{"numero_id": "bm-bmtnabc-1873-10-15-01", "volume": "bmtnabc_1873-10-15_01", "ocr_sha256": "84a5b9aff5a35790e1bcf11b4328269eb2f7a31d2386bda8a421c1f65a30f220", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabc/issues/1873/10/15_01/bmtnabc_1873-10-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabc/issues/1873/10/15_01/bmtnabc_1873-10-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabc-1873-10-15-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-10-15_01#c001", "volume": "bmtnabc_1873-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.2.1", "titre_corps": "LES THÉATRES LYRIQUES EN SONNETS", "titre_sommaire": "LES THÉATRES LYRIQUES EN SONNETS", "signature_source": "A. 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Théodore de\nBanville, Arsène Houssaye, Xavier Aubryet, Albert\nMillaud, Charles Joliet et Charles Monselet, des maî-\ntres en l'art de modeler le vers.\nC'est une fraternelle accolade de la musique et de la poésie :\nEt de plus, un témoignage de sympathie à la Chronique musicale,\ndonné avec tant de grâce et de désintéressement que je ne sais en quels\ntermes remercier nos collaborateurs.\nJe crois mieux faire en ne retardant pas la surprise et le plaisir\nont voulu vous causer."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-10-15-01-c004", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-10-15_01#c004", "volume": "bmtnabc_1873-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 2, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.2.2", "titre_corps": "OPÉRA", "titre_sommaire": "OPÉRA", "signature_source": "THÉODORE DE BANVILLE", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.2", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 538, "texte": "OPÉRA\nTHÉODORE DE BANVILLE\n'Opéra ! C'est le grand palais d'or et de joie\nOù le sourire lutte avec le diamant,\nOù la Richesse, avec son éblouissement,\nDans son prodigieux appareil\nLà sont VAmbition en quêje de sa proie,\nLa Haine, la Luxure et le\nEt Maufrigneusepâle, au\nLaisse autour de ses pieds tr\nEt Rossini, Mozart, Meyerbe\nLeur faisant oublier ces risibles néants,\nLes emportent, vaincus, dans leur sacré délire,\n%\nComme domptant jadis la n\nLe saint aïeul Orphée, avec la grande Lyre,\nFaisait pleurer d'amour les bêtes dans les bois."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-10-15-01-c008", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-10-15_01#c008", "volume": "bmtnabc_1873-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 3, "image_fin": 3, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.2.3", "titre_corps": "LES ITALIENS", "titre_sommaire": "LES ITALIENS", "signature_source": "ARSÈNE HOUSSAYE", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.3", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 550, "texte": "LES ITALIENS\nARSÈNE HOUSSAYE.\n•o\\art et Rossini vont me donner l'andante :\njCeux qui ne savent pas la langue du vieux Dante\n\"'Aiment ce beau théâtre où chanta Mercadante,\nOù Verdi tant de fois jeta son\nCes dilettantes sont comme le sacristain\nQui rta jamais compris une mess\nCest qu'ici-bas tout est plus bea\nJe ne voudrais pas lire au livre\nLes femmes, mes amis, sont comm\nCar moins on les comprend plus\nAspasie ou Lais, Hélène ou Cléopâtre.\nQue faut-il à Paris le soir pour être heureux ?\nYeux noirs et cheveux blonds,\nQuand Nilsson ou Patti chante"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-10-15-01-c012", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-10-15_01#c012", "volume": "bmtnabc_1873-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 4, "image_fin": 4, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.2.4", "titre_corps": "L'OPÉRA-COMIQUE", "titre_sommaire": "L'OPÉRA-COMIQUE", "signature_source": "XAVIER AUBRYET", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.4", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 463, "texte": "L'OPÉRA-COMIQUE\nXAVIER AUBRYET.\n'est le rendez-vous éternel\nDes fiancés que Von régale.\nLà, le point d'orgue est paternel,\nLa double croche est conjugale.\nL'orchestre, au château d'Apenel,\nTisse une layette idéale.\nL'amour subit n'est pas mortel,\nCar un notaire est dans\nChaque Isabelle a son Mergy ;\nOn la voit tantôt qui rougit,\nTantôt plus pâle que son linge.\nEn sortant, deux Messieurs\nSans doute ennemis des abus,\nDisent : « C'est bien fait pour Comminge ! 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nous en ferons aussi, de la musique,\nEt nous acclamerons la reine des Neuf-Sœurs.\nOr, voici la nouvelle, il se peut qu'on sourie :\nLa Gaité, renonçant au d\nSe transforme en rival du\nMais le temple d'Euterpe aura ce caractère\nn unir le grave au doux,\nSi l'on rit vendredi, dimanch"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-10-15-01-c024", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-10-15_01#c024", "volume": "bmtnabc_1873-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "[55]", "page_fin": "[55]", "image_debut": 7, "image_fin": 7, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.2.7", "titre_corps": "LES BOUFFES-PARISIENS", "titre_sommaire": "LES BOUFFES-PARISIENS", "signature_source": "CHARLES MONSELET", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 7, "page_imprimee": "[55]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.7", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 339, "texte": "LES BOUFFES-PARISIENS\nCHARLES MONSELET.\nnnui, lorsque tu\nPrompt à rompre\nJe prends le chemin\nDes Bouffes-Parisiens.\nA moi les beautés en touffes\nFA les gais coméd\nJe veux ce soir\nMon esprit, je t\nParis me rendra Bergame.\nFavart appelait sa femme :\n« Chère bouffe »\nDit le chant et la folie ;\nEt j'ai toute l'ltali\nDans le passage Choiseul."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-10-15-01-c028", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-10-15_01#c028", "volume": "bmtnabc_1873-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "[56]", "page_fin": "63", "image_debut": 8, "image_fin": 15, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.2.8", "titre_corps": "QUINAULT", "titre_sommaire": "QUINAULT", "signature_source": "DANIEL BERNARD", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 8, "page_imprimee": "[56]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.8", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1385, "texte": "QUINAULT\nSA VIE ET SES OUVRAGES\n\n(0\n(Suite et fin.)\nII\nN ce temps-là, l'Opéra le vrai, celui qui a fait sou-\nche, et non les essais qui parurent avant était en-\ncore en enfance. Le ballet de Beaujoyeux, les quatre\npièces de Rinuccini (Daphné, Euridice, Aréthuse,\nAriane), le ballet des Fées, où Louis XIII dansa en\ncompagnie de Guillemine la Quinteuse, de Robine la\nHasardeuse, de Jacqueline l'Entendue, d'Alizon la Hargneuse et de\nNacette la Cabrioleuse, la Festa teatrale délia Finta comman-\ndée par Mazarin, n'étaient que des préludes, ou, si Ton veut, des expé-\nriences d'acclimatation. A mesure qu'on se civilisa davantage, la pompe\ndes spectacles augmenta en imitation du luxe italien. L\"Andromède de\nCorneille, tragédie à machines, pouvait donner une idée des magnificences\nde l'Opéra de Venise; on monta Andromède pour divertir Louis XIV\nenfant, et le sieur Torelli, machiniste, travailla aux décorations, qui\nfurent jugées'si belles « qu'on les grava en tailles-douces. »\nIl y eut, outre cela, les mascarades en vers de Benserade; Cassandre,\nqui valut à son auteur cet éloge singulier : ce M. de Benserade esr le seul\nqui ait eu le talent de confondre le caractère des danseurs avec celui des\nbergers ou des dieux qu'ils représentent. » La pastorale de l'abbé Perrin,\nà Issy, eut ensuite beaucoup de retentissement; les paroles en étaient\n\n(i) Voir le numéro du i 5 septembre."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "57", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.9", "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 2750, "texte": "fort méchantes; mais on était piqué de la tarentule de la curiosité et l'on\nvint en foule. La route d'lssy à Paris se couvrit de princes, de ducs,\nde maréchaux, d'officiers de cour; les carrosses formèrent une queue\ninterminable depuis les portes de la capitale jusqu'à la maison de\nM. de la Haye où la comédie se jouait. Il n'y eut que la fameuse\nson d'or du marquis de Sourdéac qui réussit à éclipser cette Pastorale\nlongtemps célèbre dans le souvenir des contemporains. UErcole\namante, aux noces du roi, ne plut qu'à demi; les Français commen-\nçaient à s'habituer à entendre des opéras dans leur langue et ils repous-\nsaient l'invasion étrangère. Perrin, qui avait de la spontanéité et de\nl'à-propos, exploita ce sentiment d'amour-propre national ; profitant du\nsuccès de sa Pomone,qu'on avait applaudie dans la grande salle de l'hô-\ntel de Nevers, il obtint du roi des lettres patentes pour l'établissement\nd'une Académie de musique ; le privilège porte la date du 28 juin 1669\net donne le droit exclusif d'établir des opéras non seulement à Paris mais\npar toute la France.\nL'entreprise était formidable ; Perrin avait besoin d'associés. Il choi-\nsit Cambert pour la musique, le marquis de Sourdéac pour les machines\net prit un nommé Champeron comme bailleur de fonds. Jusque-là tout\nallait bien; mais on avait compté sans Lulli, surintendant de la musique\ndu roi, qui avait peur de Cambert et qui le jalousait. Le rusé Florentin\ncommença par jouer un tour pendable à l'association; il lui débaucha\nMorel et Gillet qui étaient les deux plus belles voix de la troupe, sous\nprétexte que Louis XIV voulait avoir ces chanteurs dans sa troupe à lui.\nContre la force pas de résistance; Perrin fut obligé de parer le coup\ncomme il put; il envoya en Languedoc le sieur Monnier qui ramena de\nlà-bas Clidière, Beaumeville, Miracle, Tholet et Rossignol; ces artistes\navaient en province une réputation méritée, et Perrin se vit en état de\nreprésenter Pomone sur le théâtre Guénégaud, en mars 1671.\nPomone alla aux nues; la laideur de la Cartigny, qui remplissait le\nrôle principal, n'empêcha pas la vogue de l'ouvrage. L'association gagna\nplus de trente mille livres, ce qui amena tout naturellement la discorde\nau camp des Grecs ; Sourdéac prétendit qu'il avait fait des avances pour\npayer les dettes de Perrin, s'empara des rênes du pouvoir et se débar-\nrassa de l'abbé sans autre forme de procès. A Pomone succédèrent les\nPeines et les Plaisirs de l'Amour dont on a conservé le compte rendu\ntracé de la propre main de Saint-Evremond: « Cet opéra eut quelque\nchose de plus poli et de plus galant que les autres. Les voix et les instru-\nments s'étaient déjà mieux formés pour l'exécution. Le prologue était-\nbeau et le tombeau de Climène fut ir ."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "58", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.10", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2729, "texte": "Lulli devint de plus en plus inquiet. Il s'employa si bien auprès de\nmadame de Montespan que, par le crédit de cette dame, il obtint le dé-\nsistement de Perrin et la cession du privilège moyennant une somme\nd'argent. Du coup_> le pauvre Cambert s'en alla mourir en Angleterre;\nun nouveau gouvernement s'installa, Sourdéac fut remplacé par Viga-\nrani et l'abbé Perrin par Quinault.\nLe public, il faut bien l'avouer, ne perdit pas au change.\nLes Fêtes de Vamour et de Bacchus, Cadmus et Hermione, qui furent\nles premières pièces représentées sous la nouvelle direction, contentèrent\ntellement Sa Majesté qu'elle daigna choisir Quinaulr pour son librettiste\nordinaire et qu'elle condescendit même à indiquer parfois les sujets qu'il\ndevait traiter. Nous avons trouvé dans un manuscrit de l'époque des dé-\ntails sur la manière dont Lulli et son poète s'entendaient ensemble pour la\ncomposition d'un opéra: « Quinault cherchait et dressoit plusieurs su-\njets. Ils les portaient au Roi qui en choisissoit un ; alors Quinault écri-\nvoit un plan du dessin et de la suite de sa pièce. Il donnoit une copie de\nce plan à Lulli, et Lulli voyant de quoi il étoit question en chaque acte\net quel en étoit le but, préparoit à sa fantaisie des Divertissements, des\ndanses, des chansonnettes de bergers. Quinault composoit les scènes et,\naussitôt en avoit achevé quelques-unes, il les montroit à l'Académie\nfrançaise dont il étoit. » On prétend aussi que le poète consultait beau-\ncoup une amie à lui: mademoiselle Serment; on lui donne pour collabo-\nrateurs Boyer et Perrault qui, eux-mêmes, se soumettaient au jugement\nde Colbert. Mademoiselle Serment n'a pu donner beaucoup de conseils,\npuisqu'elle ne fît la connaissance de Quinault que dans le temps où celui-\nci composait Armide, sa dernière et sa meilleure œuvre, comme on\nsait.\nLulli était très difficile sur les paroles qu'on lui apportait ; elles ne lui\nconvenaient jamais de prime-saut et il les corrigeait, il en retranchait la\nmoitié impitoyablement. Le librettiste désespéré s'en retournait rimer sur\nde nouveaux frais: il se mordait si bien les doigts que Lulli agréait une\nscène, à la fin des fins. La scène adoptée, Lulli la lisait, la relisait, jus-\nqu'à la savoir par cœur; il s'établissait devant son clavecin et, quand il\navait achevé son chant, il se l'imprimait tellement dans la tête qu'il ne\ns'y serait pas mépris d'une note. Il le dictait à ses élèves, L'Alouette\net Colasse qu'il faisait mander vitement. Le lendemain il n'y pensait\nplus.\nLa collaboration assidue de Quinault et de Lulli ne pouvait man-\nquer d'exciter l'envie. On fit de nombreuses démarches auprès du direc-\nteur de l'Opéra pour qu'il cessât de fréquenter l'Hélicon, bras dessus"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "59", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.11", "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 1957, "texte": "bras dessous avec son inséparable compagnon de route : « Quinault; di-\nsait-on, est un homme noyé (c'était l'expression dont on se servait) ; à\nquoi bon se noyer avec lui? » Thomas Corneille, en manière de rivalité,\nécrivit un opéra. L'ayant porté au musicien à la mode, celui-ci le\nrenvoya à Quinault, de même qu'il y renvoya La Fontaine et sa pasto-\nrale de Daphné. La Fontaine avait plus de vanité qu'on ne Ta cru géné-\nralement ; il se blessa du refus de Lulli et, comme le bruit de son\naventure avait transpiré dans le public, il fut en butte aux couplets de\nLinière :\nAh ! que j'aime La Fontaine\nD'avoir fait un opéra :\nOn verra finir ma peine\nAussitôt qu'on le jouera.\nPar l'avis d'un fin critique,\nJe vais me mettre en boutique,\nPour y vendre des sifflets ;\nJe serai riche à jamais.\nCe n'était pourtant pas la faute de Quinault si La Fontaine délaissait\nla fable où il excellait pour un autre art qu'il ignorait complètement.\nL'opéra était un genre nouveau et il fallait un véritable génie pour le\ndévelopper. Le collaborateur de Lulli n'arriva pas subitement au dernier\ndegré de la perfection. Alceste renferme des éléments grotesques qui\nfont tache sur la beauté de l'ensemble ; un certain Straton, chargé\ndu rôle comique, chante, au milieu des pâtres, une sorte de rigodon fort\ndéplacé :\nTout rit aux amants ;\nLes jeux charmants\nSont leur partage :\nTôt, tôty tôt, soyons contents ;\nIl vient un temps\nQu'on est trop sage.\nOn dirait un refrain de vaudeville, Les mêmes nuances disparates\néclatent dans Cadmus qui précéda Alceste ; c'est dans Atys que Qui-\nnault arrive à la maturité complète; le style s'affermit, la pensée s'élève,\nle talent s'épure. Il n'y a point de déclaration (celle de Phèdre exceptée)\nqui soit mieux amenée que celle de la nymphe Sangaride. Le début de\nla pièce est parfumé d'une fraîche senteur pastorale; l'odeur des foins\nmêlée aux effluves de la brise. Y a t-il rien de plus matinal que la stro-\nphe suivante :"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "60", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.12", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2496, "texte": "Le soleil peint nos champs des plus vives couleurs ;\nIl a séché les pleurs\nQue sur l'émail des prés a répandus Vaurore,\nEt ses rayons nouveaux ont déjà fait éclore\nMille nouvelles fleurs.\nLa poésie de Quinault est le démenti le plus formel adressé aux doctri-\nnaires qui veulent que les vers d'opéra soient des vers de mirliton. D'au-\ntres grands hommes du siècle de LouisXlV ont fait les Satires, Phèdre,\nle Misanthrope, le Chêne et le Roseau, Poljrencte, qui sont des œuvres\nd'une perfection accomplie; mais personne n'a eu, comme Quinault, le\nsentiment de la mesure et du rhythme nécessaires à l'inspiration du com-\npositeur. Que reproche-t-on à la langue française, musicalement par-\nlant ? On lui reproche de n'avoir pas autant de voyelles que la langue\nitalienne. Hé bien! lisez les principaux passages d'Armide et de Roland,\nles voyelles abondent ; elles sont là, non point par un effet du hasard,\nmais par une précaution du librettiste, afin d'aider à l'émission du son.\nLes vers de Quinault appellent la mélodie comme le Septentrion attire\nl'aimant.\nTous les rhétoriciens ont fait le parallèle obligé entre Corneille et\nRacine; le parallèle entre Racine et Quinault serait plus neuf et plus\nais^# _ Racine, avant d'aborder la tragédie,, écrit des odes fort ordinai-\nres sur les nymphes de la Seine; Quinault, lui aussi, a des hésitations,\nse lance dans la comédie de genre avant de découvrir sa véritable veine.\nRacine, ayant chanté l'amour et mené une jeunesse orageuse, a des scru-\npules, sur la fin de sa carrière; les mêmes inquiétudes religieuses tra-\ncassent Quinault et lui font abandonner la scène de ses exploits. Le chef-\nd'œuvre de Racine est sa dernière pièce : Athalie; le chef-d'œuvre\nde Quinault est : Armide, son dernier opéra.\nVoilà bien des traits de ressemblance qui indiquent suffisamment (à\ndes degrés divers) la même nature de talent. Nous avons loué, exalté,\ndéifié Athalie; nos dédains pour Armide sont inconcevables. C'est là\nque l'amabilité du style est vraiment soutenue, que les situations ont le\nplus d'intérêt, qu'il y a le plus de charmes dans les détails et dans l'in-\nvention allégorique. Le seul rival que l'on puisse opposer à Fauteur est\nVirgile lui-même, le grand Virgile; Didon éplorée, essayant de s'oppo-\nser au départ de son amant, n'est pas plus touchante qu'Armide enla-\nçant dans ses bras charmants et voluptueux le chevalier Renaud.\nJe mourrai si tu pars et tu n'en peux douter.....\nIngrat ! sans toi, je ne puis vivre."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "61", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.13", "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 2252, "texte": "Mais, après mon trépas, ne crois pas éviter\nMon ombre obstinée à te suivre.\nTu la verras s'armer contre ton cœur sans foi ;\nTu la trouveras inflexible,\nComme tu l'as été pour moi ;\nEt sa fureury s'il est possible,\nEgalera l'amour dont fai brûlé pour toi\nN'est-ce pas là une belle strophe et ce monologue ne traduit-il pas à\nmerveille les mouvements d'un cœur blessé?\nQuinault n'a pas eu seulement le don des vers harmonieux ; il a\ntrouvé aussi des mots comme le : Qu il mourut, d Horace, et le : Moi\nseule, de Médée. Cybèle, jalouse du bel Atys et de la nymphe qu'il\naime, fait périr cette nymphe ; Atys désespéré se tue, et pendant que\nCybèle verse des larmes sur le sort de son favori : Ne pleurez pas,\ns'écrie Atys...\nJe suis vengé : vous m'aime %et je meurs !\nRéponse sublime et qui suffirait à recommander la mémoire du poète\nà l'admiration de la postérité.\nC'est Armide qui a valu à son auteur les éloges exagérés de Schlegel.\nIl est vrai que Schlegel et Lessing, en bons Allemands qu ils étaient,\nont suivi un procédé identique ; de même que Lessing, dans sa Diama-\nturgie, a mis Destouches en tête de notre littérature, de même Schlegel\nn'a glorifié Quinault qu'aux dépens de Molière. Sacrifier Métastasé à\nQuinault, passe encore *, mais Molière ne s immole pas ainsi. Halte-là,\nmonsieur le critique !\nNous appellerons spécialement 1 attention du lecteur sur le ballet\nintroduit par le poète au troisième acte à?Avi/7iide. Ce divertissement,\nau lieu d'être une superfluité, concourt au développement de l'intrigue.\nC'est, je crois, la première fois qu'on a imaginé de faire servir la danse\nà l'intérêt de l'action. Armide appelle la Haine et lui livre le cœur de\nRenaud. « Aussitôt, dit le texte, la Haine sort des Enfers accompagnée\ndes Furies, de la Cruauté, de la Vengeance, de la Rage et des Passions\nqui dépendent de la Haine. » Tout ce monde-la se met à danser, comme\nde juste.\nOn pourra rire de la naïveté du procédé et surtout de la phrase que\nnous venons de transcrire. Il faut bien reconnaître néanmoins que\nl'innovation était considérable ; elle ouvre la carrière aux opéras où la\ndanse est partie agissante et nécessaire, comme dans le Dieu et la Baya-\ndère ou la Muette de Portici. Rappelons-nous que les trois quarts des"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "62", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.14", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2342, "texte": "écrivains actuels amènent un intermède chorégraphique par ces simples\nmots: Que la fête commence ! C'est commode, mais peu ingé-\nnieux et peu spirituel !\nLes œuvres du grand siècle sont toutes marquées d'un incomparable\ncachet de majesté. Toute brûlante qu'est la passion d'Armide, il y a de\nla retenue et delà dignité dans les élans de cette enchanteresse ; Quinault\nest un Scribe en perruque bouclée. Sans doute, il n'a point deviné qu'en\ndehors de la mythologie on fouillerait dans les sujets historiques, qu'on\ncoucherait la Saint-Barthélémy sur les portées d'un papier réglé, qu'on\nferait chanter des cavatines à Jeanne d'Arc et des airs de basse au\nfarouche Attila, au splendide Nabuchodonosor. On ne peut avoir toutes\nles presciences. Quinault tâchait surtout d'accommoder ses ouvrages aux\nvolontés du Roi,, qui avait en horreur la musique brillante et facile.\nUne anecdote à ce sujet. Un jour, le duc de Saint-Aignan ayant pré-\nsenté à Louis XIV le petit Baptiste (Anet), qui exécutait sur le violon\ndes morceaux d'une agilité prodigieuse, le prince écouta patiemment,\nindolemment, les variations du virtuose; après quoi, ayant fait venir\nun artiste de la chapelle royale : Jouez-moi un air de Cadmus,\ndemanda-t-il. La mélodie lourde et traînante de Lulli plongea\nLouis XIV dans le ravissement. Se tournant vers le duc de Saint-\nAignan : Que voulez-vous, monsieur, dit-il, je ne saurais que vous\nrépondre; voilà mon goût à moi, voilà mon goût.\nIl ne faudrait pas admettre que l'habile Quinault ait été dépourvu de\nmalice. Comme tous les lyriques, il avait un réel talent pour l'épi-\ngramme. On se souvient des doléances qu'il fît sur les difficultés qu'il\néprouva à marier ses filles. Les quatre derniers vers de ce morceau poé-\ntique sont seuls connus. Chose bizarre ! nous avons retrouvé la pièce\nentière dans un volume de controverses religieuses; nous la publions\ntelle quelle.\nL;OPÉRA DIFFICILE\nCe n'est pas l'opéra que je fais pour le Roy\nQui m'empesche d'estre tranquille /\nTout ce qu'on fait pour lui paraît toujours facile*\nLa grande peine où je me voi,\nC'est d'avoir cinq filles che% moi\nDont la moins âgée est nubile.\nJe dois les établir et voudrois le pouvoir ;\nMais à suivre Apollon, on ne s'enrichit guère,\nC'est avec peu de bien un terrible devoir\nDe se sentir pressé d'estre cinq fois beau-père."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "63", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.15", "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 1586, "texte": "Quoi ? cinq actes devant notaire,\nPour cinq filles qu'il faut pourvoir !\nO ciel ! peut-on jamais avoir\nOpéra plus fâcheux à faire ?\nQuoi qu'en ait dit ce père embarrassé, il fit épouser son aînée à un\nneveu du peintre Lebrun, et sa cadette à M. Gaillard, qui occupait un\nposte élevé dans la magistrature.\nAprès Armide, Quinault se confina dans les pratiques de la dévotion.\nIl mourut le 26 novembre 1688, laissant la réputation d'un homme\nadroit et sensible. Un distique de Boileau a failli ensevelir dans\nl'oubli le chantre d'Armide et d'Atjrs; heureusement que La Harpe\net Voltaire sont venus infirmer le jugement du satirique.\nIl n'est point vrai de dire que les opéras de Quinault soient des lieux\ncommuns; l'expression de morale lubrique est aussi déplacée qu'indé-\ncente. Il n'est pas exact non plus que Lulli ait réchauffé les ouvrages\nde son collaborateur; c'est plutôt le contraire qui serait la vérité. Qui-\nnault a en partage le tour nombreux et l'élégance innée ; ces qualités, il\nles a conservées en dépit des outrages du temps. Ne le comparons à au-\ncun des auteurs modernes; M. Viennet a plus imité La Fontaine que\nM. de Saint-Georges n'a continué Quinault. Les conditions de l'art ont\nchangé; mais, dans sa spécialité curieuse, le fils du boulanger est resté\ninimitable, comme Saint-Simon dans ses Mémoires, comme Bossuet\ndans ses Oraisons funèbres, comme Despréaux dans son Lutrin, comme\nBéranger dans ses Chansons. Il y a des génies qui ne font pas école;\npour comprendre le mérite de Quinault il faut relire Marmontel et le\nbailli du Rolet.\n\nDANIEL BERNARD."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-10-15-01-c032", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-10-15_01#c032", "volume": "bmtnabc_1873-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "68", "image_debut": 16, "image_fin": 28, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.2.9", "titre_corps": "LES NOELS DE NICOLAS SABOLY", "titre_sommaire": "LES NOELS DE NICOLAS SABOLY", "signature_source": "CHARLES SOULLIER", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.16", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1603, "texte": "LES NOELS DE NICOLAS SABOLY\n\nN homme d'esprit et de sens, qui était aussi un grand\néconomiste et un clairvoyant observateur, me disait\nun jour qu'il ne fallait produire à Paris que ce qui\nn'y était pas déjà.\nA ce compte, la notice que nous publions aujour-\nd'hui et les pièces qui raccompagnent seront les bien-\nvenues dans la Chronique musicale qui prend à tâche de ne rien omettre\nde ce qui; parmi les hommes et les choses d'art lyrique, peut intéresser\net piquer la curiosité des connaisseurs.\nNicolas Saboly, Fauteur si justement célèbre des Noëls provençaux,\nné à Monteux (Vaucluse) , en 1614, mort à Avignon le 25 juillet 1675,\nà l'âge de 61 ans, était devenu deuxième bénéficier de Saint-Pierre,\néglise collégiale de cette ville. Il en fut aussi maître de musique et or-\nganiste durant un assez grand nombre d'années, pendant lesquelles il\ncomposa plus de cent Noëls qui, depuis deux siècles, sont encore aujour-\nd'hui restés populaires dans nos contrées méridionales. Il les mettait,, le\nplus souvent, lui-même en musique ; aussi, est-ce à juste raison qu'il\nfut appelé le Troubadour du dix-septième siècle.\na S'il avait pu, dit Fortia d'Urban, chanter les belles et les\nexploits de l'ancienne chevalerie, il aurait obtenu une place très-distin-\nguée parmi les premiers poètes de la nation. Ses Noëls, qui sont tout\nautant d'hymnes, respirent une naïveté touchante et presque sublime. »\nSaboly, nous venons de le dire, composait presque toujours la mu-\nsique de ses Noëls ; mais il faut remarquer que, dès que ces sortes de\npetits poèmes avaient vu le jour, les musiciens de son temps s'en empa-"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "65", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.25", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2184, "texte": "raient pour y adapter leurs mélodies ; et nous voyons dans les divers re-\ncueils notés qui nous restent de lui, que plusieurs d'entre eux comptent\njusqu à trois ou quatre airs différents. Toutefois, les meilleurs de ces airs\nétaient, bien entendu, toujours les siens.\nCertes, on doit avouer, avec Fortia d'Urban,que la plupart des mélo-\ndies de Saboly sont empreintes d'une naïveté touchante qui s'élève par-\nfois jusqu'au sublime; et l'un des airs que nous reproduisons ci-\ncontre (le Dialogue de saint Joseph , qui est un modèle du\ngenre, en est une preuve convaincante; mais il ne faut pas oublier de\ndire aussi, avec le biographe Barjavel, que ces qualités ne constituent\npas exclusivement le caractère du chantre de la Nativité. On trouve\ndans ses recueils quelques pièces très mordantes et très spirituellement\nsatiriques, telles que celles sur l'abbé Bibasso et contre un sieur Cade-\nnières, qui furent, dit-on, retranchées de sa collection, afin de ne pas\nblesser la susceptibilité de quelques familles du pays.\nA propos de cette dernière pièce de notre troubadour Contadin, nous\ncroyons être agréable à nos lecteurs en reproduisant ici quelques lignes\nde notre spirituel Castil-Blaze, qui ne laissait jamais rien échapper dans\nses piquantes chroniques.\n<( Nous trouvons, dit-il, Saboly tout entier dans une chanson pleine\nd'esprit, de sel attique et surtout de malice, qu'il décocha contre un\ncertain Cadenières, bourgeois gentilhomme qui n'avait pu se faire oc-\ntioyer le droit de placer la particule devant son nom, dans le pays du\nmonde où rien n était plus facile. Un juge de l'infime tribunal de saint\nPierre, un simple docteur même, étaient anoblis par leurs charges, et\nCadenières enrageait de ne pouvoir se faire appeler M. de Cadenières,\nCe pauvre homme était en outre affligé d'une paralysie aux mains, et\nSaboly ne lui fit pas même grâce de cette infirmité dans le vaudeville\ndont il s'agit ; il voulait que le portrait fût ressemblant au dernier\npoint, et ce complément était nécessaire. En voici le premier couplet :\nNoste paure cat\nCadeniero\nQii'a de niero,\nNoste paure cat\nQu'a de niero\nSus lou na ;\nSe grato,\nSe freto,\nN'en pou gis avé\nPerço que na gis de det"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "66", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.26", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2058, "texte": "« Même avec un commentaire, il sera difficile de faire comprendre ce\ncouplet aux personnes qui n'ont pas l'intelligence de la langue proven-\nçale. La double pointe de ces vers piquants vient d'un double calem-\nbour : niero signifie puce; de signifie en même temps doigts, ou dé\nparticule nobiliaire ; Cadeniero, nom propre, par la combinaison de ses\nsyllabes, présente réunis ces quatre mots : qui a des puces. Ces prélimi-\nnaires établis, essayons de traduire :\nNotre pauvre cat (chat), .\nQii a des puces,\nQii'a des puces,\nNotre pauvre cat\nQu'a des puces\nSur le ne% :\nSe gratte,\nSe frotte,\nIl ri en peut point saisir,\nParce qu'il n'a point de doints(De).\nSaboly trouva la chanson si plaisante qu'il écrivit un air nouveau\npour la chanter et la répandre plus avant dans la Société d'Avignon.\nElle eut un succès de vogue : tout le monde la redit alors, et peu de nos\ncontemporains Font oubliée. L'auteur adapta plus tard la musique de ce\nvaudeville satirique à son trente-cinquième Noël : SanJousé m'a dit (i)\net lorsque, dans les réunions de famille, les sept couplets de ce Noël\navaient défilé jusqu'au dernier, il était rare que l'assistance ne conti-\nnuât pas la période, en ajoutant le vaudeville à la queue de notre pau-\nvre chat (Noste pauvre cat).\nMais, si l'esprit et le sel attique dominaient dans les noëls de Saboly,\non y remarquait aussi l'expression d'une sensibilité pleine de douceur\net d'aménité. Rien n'égalait la richesse de son imagination, si ce n'est la\ngrandeur de son âme et la bonté de son cœur.\n(c Au dire de la tradition, dit M. Augustin Boudin dans une récente\nbrochure pleine de détails intéressants sur notre auteur, Saboly était\nd'un commerce très agréable: Joyeux convive, hôte charmant, il mettait\nen pratique le précepte d'Horace: Carpe diem. Sa maison d'une simpli-\ncité antique, mais embellie par la présence de deux muses, était le ren-\n\n(i) Ce Noël fait partie de ceux que nous reproduisons aujourd'hui, et de la collec-\ntion de ceux qui vont être publie's par l'éditeur de musique, Gustave Avocat."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "67", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.27", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2772, "texte": "dez-vous des littérateurs et des artistes. Les chanoines de Saint-Pierre\nsurtout, pour qui le poète musicien avait des prévenances délicates, ne\nfaisaient point défaut à ses soirées d'hiver 011 les attendait toujours un\nbeau feu bien clair et souvent une bonne bouteille de Châteauneuf. Le\nchantre de la Nativité était généreux, désintéressé, charitable ; son âtre\nne fumait guère pour lui seul ; il aimait à rompre le pain de l'hospitalité,\net ce n'était pas à la Noël seulement qu'il réservait la part du bon Dieu.\nSans cela, auiait-il eu des rimes si energicjues contre le mauvais riche''\nSans cela n eut~il laisse qu une succession repudiable ? Son âme d'ar-\ntiste était pleine des élans les plus passionnés pour la vertu. »\nL écrivain auquel nous empruntons ces lignes (et qui par parenthèse\na découvert un Noël entièrement inédit de Saboly) eut l'occasion,\ndans un de ses voyages à Paris, de chanter quelques uns de ces airs au\ncélèbre auteur des Temps mérovingiens, Augustin Thierry, qui, après\nles avoir écoutés religieusement, s'écria : « Ces Noëls sont d'une tou-\nte chante simplicité!... Que ces mélodies ont de grâce et de fraîcheur!\n«Onré a entendu cela nulle part. »\nEh bien, on pourra V entendre aujourd'hui partout!\nMais.., va-t-on s éciier, les Noëls de Saboly sont Il\nfaut avoii vécu paimi le peuple avignonais, et avoir parlé sa langue,\npour comprendre tout ce que la forme de cette poésie ajoute de charme\nà l'idée de l'auteur, et tout ce que l'originalité des airs lui prête de mou-\nvement et de vie.\nGui, nous le savons : tel est le cri général des méridionaux à l'endroit\nde ces Noëls de Saboly, et nous faisons chorus à ce sujet avec tout le\nmonde, du moins poui ce qui touche particulièrement à ses poésies j mais\nil n en est pas de même pour les mélodies qui restent un type invariable:\ncelles-ci seront de tous les temps, elles sont de plus historiques, et à ce\ntitre elles méritent d'être propagées universellement.\nNous avons en effet entrepris un travail bien ingrat: Il y avait sur-\ntout, nous en convenons, de la témérité à oser traduire ces Noëls en vers\nfrançais ; car il s agissait là non seulement de substituer, ainsi que nous\navons pu le fane dans SciriirCLîuis de Rossini ou ailleurs, des vers d'une\nlangue à ceux d une autre, et de plaquer ces vers sur leur musique ori-\nginale sans changer une seule note et sans en altérer le sens. Il fallait en\noutre transformel en chœur de pures mélodies, de telle sorte que leur\npensée primitive, tout en prenant un corps harmonique, ne fût pas dé-\ncolorée ou absorbée dans l'ensemble des agencements; mais il y a plus\nencore, il fallait pouvoir trouver dans les expressions et dans les tour»\nnures de notre langue française, un caractère d'originalité assez éner-"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "68", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.28", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 916, "texte": "gique pour lutter corps à corps avec cette franchise parfois un peu rude\net même un peu décolletée de l'idiome provençal.\nEh! bien, nous avons tenté de remplir cette tâche et nous nous\nsommes mis à l'œuvre pour tirer du trop modeste coin où elles étaient\nreléguées, depuis plus de deux siècles, ces perles de Part, de la littérature\net de l'histoire.\nAurons-nous réussi dans cette entreprise? Ce n'est point à nous à tran-\ncher cette question.\nOn nous saura gré, je pense, de nous être attaché à populariser à na-\nturaliser dans le monde artistique français, les inspirations d'un compo-\nsiteur spécial qui, pour n'être placé que dans un ordre relativement su-\nbalterne, a cependant le mérite considérable de l'antériorité. Cette utile\npropagation servira de réponse à ceux qui croient qu'avant l'arrivée de\nLulli, notre nationalité n'avait point en elle de germe mélodique.\n\nCHARLES SOULLIER."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-10-15-01-c036", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-10-15_01#c036", "volume": "bmtnabc_1873-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 17, "image_fin": 17, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.2.10", "titre_corps": "LA NATIVITÉ Musique de NICOLAS SABOLY Traduction de Charles SOULLIER", "titre_sommaire": "LA NATIVITÉ Musique de NICOLAS SABOLY Traduction de Charles SOULLIER", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.17", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 247, "texte": "LA NATIVITÉ\nMusique de NICOLAS SABOLY\nTraduction de Charles SOULLIER\n(NOTA) L'air de ce Noët est did-on tired de la Comédie de Molière LE MÉ DECIN MALGRÉ LUI?\nReprésentée pour la 1re fois au Théâtre Français le 9 Août 1666. Quelques uns l'à Lulli."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-10-15-01-c037", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-10-15_01#c037", "volume": "bmtnabc_1873-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 18, "image_fin": 18, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.2.11", "titre_corps": "TRADUCTION FRANÇAISE.", "titre_sommaire": "TRADUCTION FRANÇAISE.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.18", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 848, "texte": "TRADUCTION FRANÇAISE.\n1\nVenez, donc\nGentes pastourelles}\nVenez donc\nJeunes pastoureaux!\nVenez voir le prodige nouveau\nQui va marquer l'ère nouvelle\nAh!ah!ah!que la mère est belle\nAh!ah!ah!que l'en fa lit est beau!\n2\nLevez-vous,\nLe ciel est splendide\nLevez-vous,\nVite,arrivez tous!\nVenez donc,venez,vous joindre à nous,\nMathieu, Christophe, Armand, Placide!\nDieu!Dieu!Dieu!quel regard candide!\nDieu!Dieu!Dieu!quel air tendre et doux!\n3\n- Qui va là ?\nQui frappe à la porte?\nQui va là?\n- Que vous fait cela?\nVous verrez ce que nous portons 1à...\n- Bien venu soit l'ami qui porte!\n- Pan!pan!pan!ou vrez~nou s:qu'importe?\nPan! pan!pan!ouvrez: nous voilà!\n4\nDoucement!\nIl a fine oreille:\nDoucement!\nMarchez lentement!\nApprochez bien délicatement,\nComme sur la fleur fait l'abeille.\nPaixîpaix!paixîcar 1 enfant sommeille,\nPaix!paix!paixîcar le petit dort!"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-10-15-01-c038", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-10-15_01#c038", "volume": "bmtnabc_1873-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 18, "image_fin": 18, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.2.12", "titre_corps": "TEXTE ORIGINAL.", "titre_sommaire": "TEXTE ORIGINAL.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.18", "debut_caractere": 850, "fin_caractere_exclue": 1785, "texte": "TEXTE ORIGINAL.\n1\nVenès lèu\nVèire la piéucello-\nVenès lèu,\nGenti pastourèu!\nSoun enfant es pu blanc que la nèu,\nE trelusis coume uno estello.\nAi!ai!ai!que la maire es bello!\nAi!ai!que l'enfant es bèu.\n2\nHou!Christou,\nLa nuech es fort claro,\nHouîChristou,\nSauto vite au sou,\nE vai-t'en au païs dei Jusibu,\nVèire causo raro.\nHou!hou!hou!me lèvetoutaro,\nïloulhouîtoutaro li vou.\n3\nQu's aqui\nQue bat de la sorto?\nQu's aqui?\nSian vbsteis ami,\nQue pourtenun parèu decabrit:\nDison qu'es bon ami qu porto .\nTa!ta!ta!druvès nous la porto,\nTaîta! venès nous druvi!\n4\nAvès tort,\nVous e vostei fiho,\nAvès tort\nDe pica tan fort}\nVàutrei, tous de butor,\nPoudès jamai teni sesiho.\nChut! chut!chut! que ?enfant soumiho,\nChut! chut! que lou petit dor.\n5\nGros badau,\nN au res j a mai pauso!\nGros badau,\nTeisas vous un pau!\nParlas, plante marchas tan pu siau\nCouine l'ai uuoeaealauso.\nPI an! p la 11! p I a n! que l'enfant,\nPlan! planîleissas-l-en repau."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-10-15-01-c039", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-10-15_01#c039", "volume": "bmtnabc_1873-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 19, "image_fin": 19, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.2.13", "titre_corps": "LA REDEMPTION", "titre_sommaire": "LA REDEMPTION", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.19", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 70, "texte": "LA REDEMPTION\nMusique de NICOLAS SABOLY\nTraduction de Charles SOULLIER"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-10-15-01-c040", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-10-15_01#c040", "volume": "bmtnabc_1873-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 20, "image_fin": 20, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.2.14", "titre_corps": "TRADUCTION FRANÇAISE.", "titre_sommaire": "TRADUCTION FRANÇAISE.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.20", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 971, "texte": "TRADUCTION FRANÇAISE.\n1\nPuisque l orgueil de l'humaine nature\nOsa rêver une tour de Babel\nUn homme Dieu pour réparer 1 injure\nSur cette terre est descendu du ciel.\n2\nQuand même Adam n'eut pas commis sa faute\nLe fils de Dieu fût encor descendu.\nSa mission fut si grande et si haute,\nQui! fallait bien que son nom fût connu.\n5\nQuel méchant lit qu'une pierre détaillé.\nUn gros caillou n'est qu'un coussin bien\nMais le bon fruit,conservé sur la paille,\nAvec le temps profite et devient mur.\n4\nCe faible enfant est trop jeune et trop tendre,\nTraitre Judas,on n'en donnerait rien-\nLaisse le donc mûrir pour le mieux vendre\nEt de la terre il sera le vrai bien.\n5\nIl est fragile autant qu'on peut le dire:\nLe moindre mal lui causerait la mort,\nIl saura mieux endurer son martyre\nLorsque le temps l'aura rendu plus fort.\n6\nSi père Adamjorsquil mangea sa pomme,\nEut vu Jésus verser son sang pour nous,\nIl se fût dit: Heureux le premier homme\nDont le péché fit un sauveur si doux!\n&"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-10-15-01-c041", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-10-15_01#c041", "volume": "bmtnabc_1873-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 20, "image_fin": 20, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.2.15", "titre_corps": "TEXTE ORIGINAL.", "titre_sommaire": "TEXTE ORIGINAL.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.20", "debut_caractere": 973, "fin_caractere_exclue": 1867, "texte": "TEXTE ORIGINAL.\n1\nPièisque lourguei de l'umano naturo,\nEromountajusquàDiéu a moundaut,\nUn Orne Diéujpèr repera l'injuro\nFau que descende doucèu eiçavau\n2\nQuand bèn Adam n'auriégis fas de fauto,\nLou Fieu de Dieu sarié toujour venguj\nSa qualitat es si grando e si auto,\nQu'èro besoun que fusse couneigu .\n3\nLou marrit lie qu\\ino pèiro detaio!\nUn gros caiau es un pouissin bèn dur!\nAquéu bèu fru qu'es sus un pau de paio,\nEmé lou tèms se rendra bki madur.\n4\nAquel enfant es trop jouine e trop tendre,\nTraite Judas!nauriés gaire d'argent,\nSentrepreniés toutaro de lou vendre:\nEspèro dounc qu'âge un pau mai de tèm.\n5\nEs delica mai que noua pourriéu dire,\nLou mendre mau li causai ié la mort:\nPourra bèn mai endura de martire,\nQuand sara grand e que sara plus fort.\n6\nSi tu ta presènco,\nLou Fieu.de Dieu mouri pèrtoun amour,\nPourries bèndire:Urousoes mounoufènso,\nQu'a méritât un si grand Redentour!"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-10-15-01-c042", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-10-15_01#c042", "volume": "bmtnabc_1873-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 21, "image_fin": 21, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.2.16", "titre_corps": "SAINT JOSEPH ET SON HÔTE", "titre_sommaire": "SAINT JOSEPH ET SON HÔTE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.21", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 141, "texte": "SAINT JOSEPH ET SON HÔTE\nDIALOGUE\nPrécédé et suivi du Chœur des Bergers et des Rois\nMusique de NICOLAS SABOLY\nTraduction de Charles SOULLIER."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-10-15-01-c043", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-10-15_01#c043", "volume": "bmtnabc_1873-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 22, "image_fin": 22, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.2.17", "titre_corps": "TRADUCTION, FRANCAISE", "titre_sommaire": "TRADUCTION, FRANCAISE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.22", "debut_caractere": 3, "fin_caractere_exclue": 1435, "texte": "TRADUCTION, FRANCAISE\n1\nS t JOSEPH\nHola! quelqu'un! Maitre ou maitresse!\nAmis, répondez a ma voix!\nJ'ai déjà frappé bien des fois,\nEt nul ne vient; quelle rudesse!\nL'HÔTE, br asquement.-\nVous interrompez mon sommeil!\nA ce tapage on ne dort guère,\nVous (jui provoquez mon réveil\nQue voulez-vous? que faut-il faire?\n2\nS*; JOSEPH, d'une voix très douce.\nMon bon ami, si je ré clame,\nC'est au nom de l'humanité\nDonnez-nous l'hospitalité\nSi ce n'est pour moi, pour ma femme!\nL'HOTE\nVous êtes des trouble-repos.\nDes rôdeurs, troupe mal famée,\nQui dérangez atout propos;\nBonne nuit! ma porte est fermée !\n3\nS*. JOSEPH\nNazareth est notre patrie..\nJe suis Joseph le charpentier.\nAssez connu dans mon métier:\nMa femme s>appelle Marie.\nL'HOTE\nJe ne puis pas vous recueillir:\nAllez chercher ailleurs fortune.\nLa nuit, on n'a guère a choisir:\nCouchez donc au clair de la lune._\n4\nSt JOSEPH\nDe la nourriture et du gite\nNous pavrons le prix, quel qu'il soit:\nSouvent le moindre- petit toit\nVaut un palais, quand il abrite.\nL'HOTE\nVotre souper sera mal cuit,\nMon linge est de grossière toile\nVous risquez donc, pour cette nuit,\nDe loger à la belle etoile.\n5\nSfc. JOSEPH\nNe nous traitez pas de là sorte:\nVous pourriez, par ce temps affreux,\nEu vous montrant si rigoureux*\nNous trouver morts à votre porte !\nL'HOTE, d'union plus doux.\nVous triomphez de ma bonté,\nEl je veux être seeourable.\nJe vous reçois par charité:\nVouscoueherez dans une. étable."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-10-15-01-c044", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-10-15_01#c044", "volume": "bmtnabc_1873-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 22, "image_fin": 22, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.2.18", "titre_corps": "TEXTE ORIGINAL", "titre_sommaire": "TEXTE ORIGINAL", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.22", "debut_caractere": 1437, "fin_caractere_exclue": 2755, "texte": "TEXTE ORIGINAL\n1\nSAN JOUSE\nHou! de IWstau! mèstre,inestresso>\nVarie t, chambriero, ci lia res?\nAi déjà pica proun de fes,\nE'res noun vèn! quinto rudesso!\nL'OSTE\nMe siéu deja leva très cop ;\nS'eiço duro, dourmirai gaire.\nQu pico a bas ? qu'es tout aco ?\nQuau sias?que voulès?que fau faire?\n2\nSAN JousÈ\nMoun bon ami, prènes la peno\nDe descendre un pau eiçavaù!\nVoudrias îouja dins voste oustau,\nléu soulainen emé ma feno?\nVOSTE\nVautre sias de troublo-repau;\nSias d'aguéstei batur-d'estrado\nQue sounjas rèn qu'a faire mau.\nAdioussias, ma porto es sarrado\n3\nSAN_ JOUSE\nNazarèt- es nostro patrio ;\niëu siéu pas tau que me crèse :\nSiéu fustié, m'apelle Jouse\nMa feuio s'apello Mario.\nL'OSTE^\nGiliaproun gènt,vole plus res;\nDieu vous done meiour fourtuno!\n§ i me cresès, demandées\nVount_es lou lougis de la Luno.\n4\nSAN JOUSE\nRetiras-nous, que que nous caste!\nLoujas- nous- dins lou galatas i\nVous pagaren nostrerepas,\nCoume s'erian à taulo d'oste.\nL'OSTE\nVoste soupa «ara man cua;\nCresei que farés pauro chiero\nCar per segur, aquesto nue,\nVous loujarès a la carriero.:\n5\nSAN JOUSE\nNous tratés pas\nHélas! veses lou tèms que fai !\n1) ur be s - nous ! s ' ista* g aire mai,\niXous troubarés mort à la portol\nL'OSTE\nVosto moulie me fai pieta,.\nE me rend un pau plus afable:\nVous loujarai pèr earita\nD ins un pichet marri Lestable."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-10-15-01-c045", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-10-15_01#c045", "volume": "bmtnabc_1873-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 23, "image_fin": 23, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.2.19", "titre_corps": "DIEU ET DIABLE Musique de NICOLAS SABOLY. Traduction de Charles SOULLIER", "titre_sommaire": "DIEU ET DIABLE Musique de NICOLAS SABOLY. Traduction de Charles SOULLIER", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.23", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 306, "texte": "DIEU ET DIABLE\nMusique de NICOLAS SABOLY.\nTraduction de Charles SOULLIER\n(NOTA) Les paroles provençales de ce Noël sont si défectueuses et si biscornues (le diable avait sans dou-\nCouplet mais nous suppléons aux autres couplets par une chanson complainte sur cet air d'ailleurs très re-\nmarquable de SABOLY"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-10-15-01-c046", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-10-15_01#c046", "volume": "bmtnabc_1873-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 24, "image_fin": 24, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.2.20", "titre_corps": "TRADUCTION FRANÇAISE.", "titre_sommaire": "TRADUCTION FRANÇAISE.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.24", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1218, "texte": "TRADUCTION FRANÇAISE.\n1\nJ ai vu Lucifer,\nMalicorne,\nPortant corne*,\nj'ai vu Lucifer\nPour moi sorti de 1 Enfer\n- O diable\nEffroyable,\nDis,que me veux-tu?\nFair'lachasse à ta vertu.\n2\n-Jai pour tes loisirs\nDes fillettes,\nGentillettes,\nj'ai pour tes loisirs\nDes amours et des plaisirs.\n-O diable,\nEffroyable,\nPour l'amour de Dieu\nA Satan j'ai dit adieu .\n3\n-j'ai dans mes greniers\nVingt exquises\nFriandises,\nJ'ai dans mes greniers*\nDes fruits secs en pleins paniers\n-O diable,\nEffroyable,\nQui fais tant d'heureux,\nGarde tes fruits secspoureux!\n4\n- Je suis exigeant,\nPrends y garde\nEnta mansarde!\nJe suis exigeant\nQuand on a besoin dargent.\n- Ô diable\nEffroyable,\nJe m'en passerai!\nJe suis pauvre et j'patirai!\n5\n_Rends_toi donc enfin,\nOu la vie\nT est ravie,\nRends_toi donc enfin,\nOu ton fils faim!\n- ô diable\nEffroyable,\nJe me donne à toi...\nQue Chariot vive et prends moi!\n6\n-Il t'faudra,demain\nSeul'ressource\nDe ta bourse,\nIl t'faudra demain,\nArrêter sur l'grand chemin.\n- Ô diable\nEffroyable,\nMon fils a d'l'honneur\nEt nVeut pas d'un pèr' voleur!\n7\n-Mourez donc alors,\nIndociles,\nImbéciles,\nMourez donc alors,\nSelon la loi des plus forts!\n-ô diable\nEffroyable,\nNous mourrons tous deux,\nMais...pour vivre dans les cieux!"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-10-15-01-c047", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-10-15_01#c047", "volume": "bmtnabc_1873-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 24, "image_fin": 24, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.2.21", "titre_corps": "TEXTE ORIGINAL.", "titre_sommaire": "TEXTE ORIGINAL.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.24", "debut_caractere": 1220, "fin_caractere_exclue": 2304, "texte": "TEXTE ORIGINAL.\n1\nSant Jousè m'a di:\nPrente gardo, prente gardo!\nSant Jousè m'a di:\nPrente gardo pèrei ci!\nQuand jalo,quand nèvo?lei marridei gènt\nSoun pèr orto d'à quéu tèm\n2\nM'a mes quantecant\nil al a bar do Palabardo\nM'a mes quantecant\nL alabardo entre lei man:\nQui mavche?qtii vivePvese très voulur!\nQui va là?Sian pas Seguri\n5\nLeis ai vist de près\nQu'an de mourre,qu'a» de mourre!\nLeis ai vist de près\nQu'an de mourre de travès\nDe pato,de grifo,coume noste cat,\nE de co coume de rat!\n4\nVilèn Belzebut,\n' *\nQu as de bano, qu'as de bano,\nVilèn Belzebut,\nQu'as de bano «us lou su>\nQue rodesfque cerques?ci liarèndetiéu\nSiantous deis enfant de Dieu\n5\nTraite Lucifer,\nPerque sortes,perqué sortes,\nTraite Lucifer,\nPerqué sortes de l'infer?\nLa casso,la pesco valôn rèn pèr tu\nAroque Dieu es vengu.\n6\nMalurous Satan,\nQu'as leis alo,qu'as leis alo,\nMalurous Satan,\nQu'as leis alo dun tavan,\nQue dises?que groundesffasses pas lou fin!\nToun Mèstre es aqui dedin.\n7\nBel ange Michèu,\nSourtès vite, -\nBel ange Michèu,\nSourtès lèu*\nLei diable barrulon à l'entour doujas,\nMandas lèi au pais bas."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-10-15-01-c048", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-10-15_01#c048", "volume": "bmtnabc_1873-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "69", "page_fin": "75", "image_debut": 29, "image_fin": 35, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.2.22", "titre_corps": "LA MUSIQUE CLASSIQUE ET LES CONCERTS POPULAIRES", "titre_sommaire": "LA MUSIQUE CLASSIQUE ET LES CONCERTS POPULAIRES", "signature_source": "H. MARCELLO", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 29, "page_imprimee": "69", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.29", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1295, "texte": "LA MUSIQUE CLASSIQUE\nET\nLES CONCERTS POPULAIRES\n\nL y a bien peu de temps que le goût de la musique\ninstrumentale s'est introduit en France, mais en re-\nvanche il s'est développé depuis quelques années avec\nune rapidité et une vigueur peu communes. Comment\ns'expliquer que ce mouvement général des esprits vers\nune forme de Part qui a enfanté tant de chefs-d'œuvre,\ndéjà consacrés chez nos voisins par une longue admiration, ait été chez\nnous si lent à se produire? Cela tient à des causes nombreuses; mais\nje crois qu'il faut l'attribuer en première ligne au génie particulier de\nnotre nation.\nOn l'a dit bien souvent, et un critique fort éclairé Fa répété avec\nbeaucoup de justesse (i) : « C'est par la clarté des idées, par la rectitude\net la promptitude de ses jugements, que la France se distingue surtout\nen Europe. Vive, ingénieuse et puissante dans le domaine de la réalité\net lorsqu'il s'agit d'atteindre un but défini et prochain, elle n'aime\nguère à s'aventurer par delà Phorizon qui borne son regard. Elle ob-\nserve et voit bien ce qui est, elle déduit avec rigueur toutes les consé-\nquences possibles d'un principe, elle marche avec intrépidité, et quoi\nqu'il arrive, jusqu'au bout d'un syllogisme ; mais l'enthousiasme qui\n\n(i) SCUDO; Critique et littérature musicales, Iol' volume."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "70", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.30", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2742, "texte": "déborde, la rêverie, la mélancolie, la fantaisie, tous les élans vers l'idéal,\ntoutes les aspirations vers l'infini, la France les comprend plus diffici-\nlement. Aussi, 1 art français, qui brille par tant de qualités éminentes\nd ordre, de clarté et de vérité logique, manque-t-il un peu de profondeur\net de sensibilité. Il satisfait bien plus la raison que le sentiment, il éclaire\nplus qu il 11 échauffe, il s adresse moins à l'intuition du cœur qu'aux\nfacultés réfléchies de l'esprit. »\nEn littérature, le génie français portera Fart dramatique àsa plus\nhaute expression, il s'y montrera supérieur au génie de toutes les au-\ntres nations; mais par contre il n'atteindra jamais aux sommets étin-\ncelants de la poésie lyrique. Molière, Racine, Corneille, ont élevé des\nmonuments qui seront à jamais la gloire de notre pays; mais nous n'a-\nvons pas une seule œuvre lyrique, pas un seul poème épique à mettre\nen parallèle avec les chefs-d'œuvre de Virgile, de Dante, de PArioste,\ndu Tasse,, à moins que vous ne consentiez à vous présenter au concours\navec la Hciv icide et quelques odes de Malherbe et de J. 13. Rousseau.\nEn peinture, mêmes observations ; quelles sont les œuvres de l'école\nfrançaise que vous pourriez opposer avec quelque succès aux grandes\ncompositions de Raphaël, de Michel-Ange, de Véronèse, de Titien? Et\nencore, en peinture, nous sommes plus riches qu'en littérature, car.,\nsi 1 épopée littéraire nous fait défaut, nous possédons au moins quel-\nques toiles épiques de Poussin, de Lesueur, de Lebrun, de David et de\nson école.\nMais arrivons à la musique : en musique, comme en littérature, c'est\nencore dans le genre dramatique que nous avons le mieux réussi. C'est\nvers lui que nous avons dirigé toutes nos aspirations, c'est en lui que\nnous avons concentré toutes nos prédilections 5 et, si j'avais écrit cet ar-\nticle en 1825, je n'aurais pas hésité à ajouter que c'est le seul que nous\ncomprenions réellement.\nQuant à la symphonie, qui est la forme épique de la musique, elle\nn existe pas chez-nous; je dis n'existe pas, car je ne saurais faire entrer\nen ligne de compte les quelques productions de ce genre, très rares et\nd ailleuis tiès pâles, qui sont sorties de la plume de nos compositeurs\nfrançais. Cette forme nous est tellement étrangère, elle reste tellement\nen dehors de notre goût et de nos tendances musicales, qu'en France,\nun compositeur purement et exclusivement symphoniste, fût-ce Beetho-\nven lui-meme, arriverait sans doute, dans le cours de sa longue carrière,\nà se créer une certaine célébrité, mais une célébrité tardive et dont l'é-\nclat ne rayonnerait guère au-delà d'un petit cercle de savants et d'ar-\ntistes. Bien mieux, supposez toujours Beethoven Français, Beethoven,"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "71", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.31", "debut_caractere": 42, "fin_caractere_exclue": 2824, "texte": "auteur des neuf symphonies que vous connaissez, ne pourrait pas être\nnommé membre de l'lnstitut, et ce, faute de titres suffisants! ! !\nAvoir créé neuf chefs-d'œuvre qui sont encore l'expression la plus\nparfaite du grand et du beau en musique, et n'avoir aucun titre à l'im-\nmortalité que l'lnstitut confère si généreusement avec le droit de\nporter un habit à palmes vertes dans les cérémonies officielles ! est-ce\nassez caractéristique? Mais le règlement est formel et si Beethoven avait\nvoulu donner à son amour-propre cette suprême satisfaction (entre\nnous, je crois qu'il se serait montré absolument indifférent à cet excès\nd'honneur), il lui aurait fallu écrire Fidelio, car, de par la loi, le sanc-\ntuaire ne s'ouvre que devant le compositeur qui a fait représenter un\nopéra en un acte. Quand je dis Fidelio, c'est parce que j'ai pris pour\nexemple le grand nom de Beethoven, mais il ne faudrait pas en induire\nqu'il fût nécessaire d'écrire une œuvre de cette valeur pour entrer à\nl'lnstitut. A quoi bon, puisqu'on y arrive tout aussi sûrement avec un\nPostillon de Long jumeau quelconque, escorté d'une vingtaine de com-\npositions du même genre? Et encore, notez que je parle du beau temps\nde l'Académie ; aujourd'hui, il suffirait d'avoir écrit les Pantins de Vio-\nlette. Demain, on se contentera peut-être de l'Œil crevé!\nCette courte digression au sujet d'un règlement suranné, montre bien\nquel rang effacé la symphonie occupe chez nous dans la hiérarchie mu-\nsicale. Quant au règlement lui-même, il est peut-être un peu étroit.\nAvouez pourtant qu'il est essentiellement pratique; il ne vise pas la\nsymphonie, c'est vrai, mais où diantre aurions-nous pris des symphonistes\npour en faire des membres de Ulnstitut?\nQue voulez-vous y faire? Cela n'est pas dans notre tempérament ar-\ntistique. Le génie le plus vaste ne peut pas tout embrasser ; d'autres ont\ncréé la symphonie; nous, nous avons créé... le vaudeville. Après tout,\nle vaudeville est une charmante invention, et tout le monde ne l'aurait\npas trouvé! Le Français, « né malin, » l'orna de toutes les grâces de son\nesprit et sut en faire un type fort aimable. Aussi, le retrouve-t-on un\npeu partout: en peinture il s'appelle tableau de genre, en musique il\nporte le nom d'opéra comique. Sous cette triple forme, le vaudeville\nconstituait encore un genre assez délicat, mais il touchait de bien près\naux limites que le bon goût ne doit jamais franchir. Il n'y avait qu'un\npas à sauter pour tomber dans la bouffonnerie et dans la trivialité. Hé-\nlas ! nous l'avons sauté, ce pas, et bien d'autres avec, et de chute en\nchute nous avons roulé jusqu'aux platitudes du genre bouffe.\nLes dix dernières années que nous venons de traverser n'ont pas peu\ncontribué à cette décadence (décadence n'est pas assez fort, c'est débâ-"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "72", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.32", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2654, "texte": "c!e qu'il faudrait dire) ! Tous les arts en général se sont desséchés sous\nle souffle malsain de cet esprit de frivolité qui avait éteint toutes les no-\nbles passions, corrompu le goût et substitué aux plus pures aspirations\nde 1 intelligence un appétit quasi bestial de jouissances faciles et de vo-\nluptés grossières. Toute conception sévère et vraiment grande était de-\nvenue lettre morte pour la foule, toujours affamée de mais\nde plaisirs sans efforts.\nLa Comédie-Française donnait ses magnifiques représentations clas-\nsiques devant des banquettes vides; le Misanthrope, le Cid, Andro-\nmaque, admirables spectacles! disaient les beaux esprits de la jeune gé-\nnération, et nous nous inclinons bien volontiers devant ces chefs-d'œu-\nvre, mais avouez donc une bonne fois que leur représentation est d'un\ninsupportable ennui. Il n'y a queles gens qui ont lu les poésies de Lebrun-\nPindare ou suivi les représentations d\"Arbogaste pour se divertir à de\npareilles antiquités. Ayons donc le courage de nos opinions et faisons jus-\nticede toutes ces admirationsde convention, Nous allons au théâtre pour\nnous divertir et non pour étudier encore ce que nous avons tant de fois\nappris par cœur sur les bancs du collège. Assez de classiques, nous ne\nles connaissons que trop (en etes-vous bien surs?), nous sommes de no-\ntre temps et nous voulons du nouveau. Le Cid aux académiciens, à\nnous la Belle Hélène! Mais àce compte là, réplique le sévère Men-\ntor, un opéra en cinq actes doit vous paraître un spectacle bien fati-\ngant?— Sans doute, mais il ya la mise en scène et le ballet. —Ah ! c'est\njuste! Pourtant il me semble que la musique de Mozart et de Rossini,\nque les Huguenots, le Prophète... - Oh! admirable, sublime, mais\nc'est de la grande musique; il faut l'entendre dix, vingt fois de suite\npour la comprendre, et encore, au bout de la vingtième fois, c'est à peine\nsi 1 on arrive à retenir quelque petit air qu'on puisse fredonner en sor-\ntant du théatie, ou jouer le lendemain sur son piano ; et puis tout cela\nest un peu rebattu, et d'ailleurs, ce n'est pas toujours amusant, tandis-\nque... Oui, je sais, la Belle Hélène? Sans doute, pourquoi ne\nvoulez-vous pas admettre... Il suffit !\nVoilà qui va fort bien, et je crois vous entendre,\nl'opéra qu il vous faut, c'est une collection de morceaux gais et faciles\nqu'on puisse écouter sans fatigue en digérant un bon dîner. Pourquoi\npas? Allez donc proposer à ces mélomanes de fantaisie de venir en-\ntendre une symphonie de Beethoven !\nCe petit tableau de l'état du goût et des arts vous paraîtra sans doute\nsingulièrement chargé. Je veux bien avouer que j'ai un peu forcé la"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "73", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.33", "debut_caractere": 42, "fin_caractere_exclue": 2838, "texte": "touche ; mais prenez garde que ces dehors plaçants ne cachent un grand\nfond de vérité ! Il est incontestable que le niveau artistique a réellement\nbaissé dans ces dernières années ; c'est la musique que nous trouvons\nen tête de ce mouvement de décadence. C'est à la musique classique\nqu'était réservée la gloire de nous ramener aux saines traditions.\nAu milieu de cette dépravation générale du goût, il s'est trouvé quel-\nques artistes convaincus, dont l'esprit était trop imbu des principes\néternels du grand, du beau et du vrai, pour se laisser gagner par la con-\ntagion. Ces artistes, ne reculant devant aucune difficulté, se sont coura-\ngeusement placés en travers du courant qui entraînait la foule, et là, ils\nont rassemblé toutes leurs forces pour tenter de réagir contre le mauvais\ngoût et les instincts frivoles de cette foule égarée.\nJ'ajoute immédiatement que cette noble entreprise a été couronnée de\nsuccès : la réforme est commencée, et cette réforme, je l'attribue haute-\nment aux progrès que la musique classique a faits récemment en France,\ngrâce aux efforts persévérants de nos grandes Sociétés de concerts. Ces\nSociétés se divisent en deux groupes: i° Sociétés de concerts à orchestre;\n2° Sociétés de quatuors. Examinons maintenant quelle a été la part de\nchacun dans ce grand mouvement artistique. Et d'abord,, à tout sei-\ngneur tout honneur : commençons par la Société des concerts du Conser-\nvatoire.\nLes concerts du Conservatoire sont d'une nature toute particulière, et\nforment, à eux seuls, une catégorie absolument à part. Fondée en 1828\npar Habeneck, sous les auspices de M. le duc Sosthènes de la Roche-\nfoucauld, dirigée par des maîtres éminents, fermement attachée aux pré-\ncieuses traditions qui lui ont été léguées par ses fondateurs, cette Société\nmodèle, qui réunit dans son sein les artistes les plus remarquables de\nParis, et compose, de l'aveu de tous, le premier orchestre du monde,\nest passée peu à peu à l'état de véritable institution nationale. Etant\ndonnée cette situation exceptionnelle, nous devons naturellement nous\nattendre à trouver cette troupe d'élite à la tète du mouvement que nous\nétudions ici. Eh! bien, il n'en est rien; non seulement elle n'est pas à la\ntête du mouvement, mais encore elle n'y a que fort peu contribué!\nQuelque étrange que cela puisse paraître au premierabord, ne nous pres-\nsons point de lui en faire un crime, car nous allons voir, par ce qui va\nsuivre, qu'il ne pouvait guère en être autrement. Sans doute, la Société\ndes concerts est notre plus belle institution musicale; mais cette institu-\ntion n'est rien moins que populaire. Je m'explique. Les concerts du Con-\nservatoire ont lieu dans une salle de dimensions fort restreintes, et dont\nl'accès est des plus difficiles. Le public qui les fréquente se compose près-"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "74", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.34", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2783, "texte": "que exclusivement d'abonnés, et ne se renouvelle que rarement. C'est\nun petit cercle d'amateurs et de musiciens admiiateuis\néclairés du grand art et n'ayant jamais sacrifié au mauvais goût de la\nfoule. L'amateur qui a réussi à pénétrer dans le sanctuaire après avoir\nattendu pendant deux ou trois ans et quelquefois davantage qu une va-\ncance se produisît, se scelle en quelque sorte à la stalle dont il est de-\nvenu titulaire, et il se passera de longues années avant qu'il la cède à son\nsuccesseur. Les concerts du Conservatoire sont donc à peu près inabor-\ndables pour la masse du public et dès lors on ne saurait raisonnable-\nment leur reprocher de n'exercer aucune influence sur le goût musical\nde la masse. Il en est de même des Sociétés de quatuors, qui ne s adressent,\nelles aussi, qu'à un public d'élite.\nMais, et c'est ici que nous entrons dans le vif de la question, il s'est\nformé de nouvelles sociétés d'artistes, à l'imitation delà Société des Con-\ncerts, et dans le but de faire participer la foule à ces suprêmes jouissances\nde la musique, réservées jusque-là à un trop petit nombre de privilégiés,\nCes Sociétés ont appelé à elles le public tout entier, et c est en cela\nqu'elles ont vraiment mérité et justifié leur nom de Sociétés popu-\nlaires.\nCertes la tâche était rude, l'entreprise pleine de hasards et de difficul-\ntés : en un mot, c'était Pinconnu avec toutes ses incertitudes. Comment\nattirer la foule dans une salle de concerts où l'on n'exécuterait de la\nmusique que pour la musique elle-même? Comment populariser un\ngenre de compositions musicales d'une beauté achevée sans doute, mais\nd'un style sévère et, d'ailleurs, complètement dépourvues des séductions\nordinaires, qui, pour le gros du public, constituent le principal attrait\ndes représentations théâtrales, j'entends l'action dramatique, les décors,\nles costumes et, en général, toutes les richesses de la mise en scène? Au\nthéâtre, le public le plus grossier et le plus ignorant en musique, arrive\nencore à comprendre un opéra et à suivre avec intérêt toutes les péri-\npéties d'un drame lyrique. Peut-être trouvera-t-il la représentation d'une\nœuvre de Gluck un peu fatigante ; il goûtera mieux sans doute les\ncharmes de ce qu'on appelle la musique facile que les beautés calmes et\nsévères dans leur grandiose simplicité de ce qu'on est convenu d'appeler\nla grande musique. Cependaut, soyez assuré que dans cette grande\nmusique qui, pour beaucoup, constitue une étude et nullement un di-\nvertissement, il se rencontrera toujours au moins une scène, par exem-\nple la scène des enfers dans -Orphée, le chœur des Scythes dans Iphigénie\nou le premier acte d'Alceste, pour réchauffer la froideur du public\net graver dans son esprit et dans son cœur des impressions ineffaçables."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "75", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.35", "debut_caractere": 42, "fin_caractere_exclue": 1708, "texte": "Quoi qu'on en dise, la foule peut bien ne comprendre qu'imparfaite-\nment les raffinements et les délicatesses qui ne s'adressent qu'à l'esprit,\nmais elle se laisse toujours émouvoir par tout ce qui parle directement\nau cœur. J'ai assisté jadis à une de ces représentations gratuites que l'on\ndonnait au Théâtre-Français le jour du i 5 août; j'y ai vu entre autres\nHorace, en compagnie d'un public qui avait été entièrement fourni par\nles classes les moins éclairées de la société. Eh bien, je dois à la vérité de\nconstater que l'œuvre du grand Corneille avait excité dans tous ces cœurs\nrudes une émotion que l'on rencontre bien rarement chez les spectateurs\ndes classes plus instruites, qui composent le public ordinaire de la Co-\nmédie- F r a n c a i s e.\nAucune des beautés de l'œuvre n'échappait à cette foule, qui\nécoutait religieusement et avec une curiosité pleine d'admiration ces\nbeaux vers, dont les plus saillants étaient immédiatement soulignés par\nles applaudissements, non plus de la claque (elle avait congé ce jour-là)\nmais de toute une salle profondément émue. Je vous assure que le spec-\ntacle de cette foule, si naïve dans ses éléments, mais si intelligente dans\nsa masse, m'a causé un vif plaisir et que mon esprit, surexcité par cet\nenthousiasme si sincère, n'a jamais mieux goûté les sublimes beautés de\nnotre grand poëte français.. La foule n'est donc pas insensible à tout ce\nqui est beau et grand. Elle se laisse toucher par les superbes tirades de\nCorneille, elle se laissera toucher par les magnifiques accents de la musi-\nque de Gluck; mais quel effet produira sur elle une symphonie de Bee-\nthoven ?\nLa suite prochainement.\n\nH. MARCELLO."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-10-15-01-c052", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-10-15_01#c052", "volume": "bmtnabc_1873-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "76", "page_fin": "83", "image_debut": 36, "image_fin": 44, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.2.23", "titre_corps": "LES DÉCORS ET LES MACHINES DE L'OPÉRA", "titre_sommaire": "LES DÉCORS ET LES MACHINES DE L'OPÉRA", "signature_source": "CH. NUITTER", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 36, "page_imprimee": "76", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.36", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1763, "texte": "LES DÉCORS ET LES MACHINES\nDE L'OPÉRA\n\nLUDOVIC GELLER a décrit, dans un intéressant volume,\nles décors, les costumes et la mise en scène an dix-\nseptième siècle, (i) Après avoir fait connaître 1 his-\ntorique des représentations italiennes qui ont servi\nde modèle aux nôtres, les machines théâtrales, les\nballets delà minorité de Louis XIV, etc., il s'arrête\nau moment où l'opéra est constitué et devient un spectacle régulier.\nC'est à cette époque que nous commencerons, renvoyant le lecteur,\npour l'étude des origines, au livre de M. Celler, aux recueils gravés\nde Burnacini et de Torelli, et à un curieux volume, conservé au dépar-\ntement des manuscrits de la Bibliothèque nationale, intitule : Mémoire\nde plusieurs décorations qui serue aux pièces contenus en ce présent\nliure, commancépar Laurent Mahelot et continué par Michel Laurent\nen ïannée i6y3.\nQuand l'abbé Perrin, associé au marquis de Sourdéac, fonda l'Acadé-\nmie de musique, les décorations théâtrales étaient uniformément traitées\ndans le goût des décorateurs italiens, dont le dessin de Burnacini, repro-\nduit par la Chronique Musicale, peut donner une idée. Tous les décors\nde cette époque présentent un parallélisme complet, d'après une perspec-\ntive régulière toujours prise de face. A chaque plan les châssis ou cou-\nlisses diminuent d'élévation ; les derniers sont hauts de quinze à dix-huit\npieds au plus; les plafonds ou bandes d'air qui les accompagnent,\ns'abaissent graduellement, jusqu'au fond, terminé généralement par une\nferme (2) et non par un rideau. Pour la manœuvre, les châssis sont fixés\n\n(1) Paris, 1869, in-12.\n(2) On appellç ferme une partie de décor formée de toiles tendues sur des châssis, et\ndont la manœuvre diffère naturellement de celle des rideaux en toiles de fond."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "77", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.37", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2541, "texte": "à des portants, roulant dans le dessous sur un chariot qu'un tour de\ntreuil fait avancer ou reculer. Les portants sont doubles à chaque plan,\net disposés de façon que le même tour de treuil fait avancer l'un sur le\nthéâtre et reculer l'autre dans les coulisses ; là, onôte le châssis qui vient\nd'être vu pour le remplacer par celui qu'une manœuvre inverse fera ap-\nparaître et ainsi de suite. Ce système est d'abord appliqué aussi bien\npour les intérieurs que pour les paysages; au lieu du décor fermé dont\non se sert maintenant pour représenter un salon, il y a de chaque côté\nune série de châssis dont les lignes de perspective se raccordent tant bien\nque mal et où les portes et les fenêtres n'existent qu'en peinture.\nTel est le mécanisme des décorations à l'origine, et, il y a moins de\nquarante ans, nous nous souvenons de l'avoir vu fonctionner encore. Il\nétait, comme on le voit d'une extrême simplicité et facilitait singulière-\nment les changements à vue qui, à l'Opéra, ont été longtemps la règle.\nJusqu'à la représentation de Guillaume Tell,il n'y avait pas d'entr'acte,\ntous les décors changeaient à vue et le rideau ne baissait qu'à la fin du\nspectacle ou bien entre l'opéra et le ballet.\nL'effort des décorateurs à l'origine se porta sur les machines qui\nétaient fort compliquées. On pourra en juger par la description de celles\nque le marquis de Sourdéac avait imaginées pour Pomone. Elles contri-\nbuèrent aux succès de ce premier opéra qui fut représenté pendant huit\nmois de suite, c'est-à-dire environ cent fois, puisque, dès sa création,\nY Académie de musique, ainsi du reste que les autres théâtres à cette épo-\nque, ne joua que trois fois par semaine. D'après ce qu'en dit Saint-Evre-\nmond : « On voyoit les machines avec surprise, les danses avec plaisir ;\non entendoit le chant avec agrément et les paroles avec dégoût. »\nVoici comment était conçue cette pastorale peu connue et d'un genre\nbien différent de celui des opéras qui devaient lui succéder.\nLe décor du prologue représentait le Louvre. Après un court prologue\noù la nymphe de la Seine et Vertumne chantaient les louanges du Roi,\nle théâtre changeait et représentait les Vergers de Pomone. La déesse\nveut en bannir l'amour ; le dieu des vergers et un faune s'efforcent en\nvain de lui plaire; l'un fait chanter des jardiniers,\nVive le Dieu des jardiniers,\nIl est toujours prêt à bien faire,\nBergères, porte% vos paniers\nIl a de quoy vous satisfaire.\nl'autre fait danser des bouviers. Mais ils n'obtiennent en récompense"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "78", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.38", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2187, "texte": "qu'une couronne d'épines et une couronne de chardons. Vertumne, dans\nun monologue, se désole de ne pouvoir attendrir Pomone.\nHélas ! que me sert-il de changer tons les jours\nDe forme et de figure\nSi je ne puis changer l'objet de mes amours.\nIl évoquait alors les lutins soumis à sa puissance.\nUne troupe de follets volaient de tous les côtés du théâtre, puis dispa-\nraissaient. Cet effet terminait le premier acte.\nAu deuxième acte, le théâtre représentait une forêt de chênes. Beroé\nnourrice de Pomone, se plaignait d'aimer encore.\nAh! n'est-ce pas assse% qu'on aime et qu'on soupire\nPendant le cours de sa jeune saison ;\nPourquoi faut-il, amour? étendre ton empire\nJusques sur notre âge grison.\nElle était éprise de Vertumne qui, afin de se débarrasser d'elle, se\ntransformait en Dragon et semblait vouloir la dévorer, mais Beroé se\ndoutait de la ruse et continuait à parler d'amour au Dragon. Vertumne\nen était réduit à employer d'autres moyens, et c'est là que brillait l'art\ndu machiniste.\n« Le ciel brille d éclairs, le tonnerre gronde, et douze follets transformés\nen fantômes tombent du ciel dans un nuage enflammé.\" Les follets descen-\ndus de la machine environnent Beroé, et, pour l'épouvanter, dansent à ses\nyeux une danse terrible. Trois fantômes disparaissent, quatre autres saisis-\nsent Beroé, l'emportent en l'air, et cinq autres restent sur le théâtre. »\nEn vain le dieu des jardins et quatre jardiniers venaient au secours\nde Beroé. Les cinq follets restés en scène se transformaient en bourgeoises\nde Lampsaque. Les jardiniers croyaient reconnaître, l'un sa femme,\nl'autre sa cousine, mais au moment où ils voulaient les embrasser, les\nfollets se transformaient en autant de buissons d'épines.\nACTE 111. Le théâtre représente des rochers et de la verdure. Ver-\ntumne, pour séduire Pomone, paraît en dieu Plutus. Le décor change\net l'on voit le palais du dieu des richesses. Pomone reste insensible.\nVertumne alors apparaît sous les traits de Bacchus. Le faune, rival de\n\"V ertumne, est joué pai une troupe de follets et de satyres. La scène\ndevait etre amusante et des effets de ce genre ont été bien souvent\nreproduits dans les féeries modernes."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "79", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.39", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2844, "texte": "« Les follets placent Faune sur un gazon et mettent autour de luy trois\nflacons et trois bouteilles. Lorsqu'il veut prendre une bouteille, elle s'enfuit\net traverse le théâtre. Il s'attaque à la seconde qui fuit de même. Il veut sai-\nsir la troisième, elle s'élève en l'air où un follet la vient prendre. Il croit\ns'emparer de la quatrième, elle fond en terre et la cinquième après elle; il\nprend la sixième et boit à même; il trouve que c'est de l'eau et crache. »\nACTE IV. Le jardin et le berceau de Pomone. Vertumne prenait la\nfigure de Beroé. Là se plaçait un ballet de cueilleurs de fruits venant\ndanser, la hotte sur le dos. La vraie Beroé se montrait alors et Vertumne\nreprenait sa figure. L'usage des masques, qui pour les danseurs devait\nsubsister jusqu'à Noverre, servait à l'illusion au milieu de tant de trans-\nformations.\nPomone, à la fin de cet acte, commençait à s'attendrir.\nAu dernier acte on voyait un palais magnifique ou étaient célébrées\nles noces de Vertumne et de Pomone.\n« Dix-huit follets transformés paraissent en différentes nues brillantes, six\nau fond du théâtre dans une grande nue, six sur le côté droit en trois petites\nnues diverses et autant sur la gauche, sous des formes de Dieux, de Muses et\nd Amours, partie chantans, partie jouans des instrumens; à la fin, les six\npetites nues se retirent et la grande vole du fond du théâtre sur le centre. »\nTel était le programme du premier opéra. Nous avons cru devoir le\ndonner avec quelques détails et l'on voit que dès le début les effets de\nmachines étaient assez compliqués.\nBientôt Lulli succéda à Perrin. Les opéras de Quinault firent régner\nle genre héroïque à la place de la pastorale.\nVigarani, qui s'était distingué dans toutes les fêtes de la cour, rem-\nplaça le marquis de Sourdéac ; il avait pour collaborateur Erard, pein-\ntre du roy (i). Les machines ne furent pas moins compliquées, et parmi\nles effets de théâtre de cette époque nous citerons la scène du Dragon de\nCadmus qui est restée célèbre (1674); elle était placée au prologue, dont\nle décor représentait d'abord une campagne riante.\n« Les danseurs rustiques qui ont suivi le dieu Pan commencent une fête\nqui est interrompue par des bruits souterrains, et par une espèce de nuit qui\nobscurcit tout à coup le théâtre, ce qui oblige l'assemblée champêtre à fuir,\n\n(1) Ull procès porté en 1669 devant la Prévôté de l'hôtel nous fait connaître quel\nétait alors le prix des décorations. « Entre Ch. Errard, premier peintre du Roy,\net Ch. de Vigarany, intendant général des plaisirs, ballets, théâtres et comédies du Roy,\ndemande en paiement de sgo livres pour quatre décorations faites et fournies en 166 1,\nau prix de 1090 livres, sur lequel 500 livres ont été payées. » Expertise ordonnée.\nJugement de la Prévôté du 2 mars 1669. Archives nationales. V3e 16."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "80", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.40", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2767, "texte": "en poussant des cris de terreur qui font une manière de concert affreux avec\nles bruits souterrains. Dans cette obscurité soudaine, l'Envie sort de son\nantre qui s'ouvre au milieu du théâtre. Elle évoque le monstrueux serpent\nPython qui paroît dans son marais bourbeux, jetant du feu par la gueule et\npar les yeux, qui forment la seule lumière qui éclaire le théâtre. Elle appelle\nles vents les plus impétueux pour seconder sa fureur; elle en fait sortir qua-\ntre de ceux qui sont renfermés dans les cavernes souterraines et elle en fait\ndescendre quatre autres de ceux qui forment les orages. Tous ces vents, après\navoir volé et s'être croisés dans l'air, viennent se ranger autour d'elle... des\ntraits enflammés. percent l'épaisseur des nuages et fondent sur le serpent\nPython, qui, après s'être débattu quelque temps en l'air, tombe enfin tout\nembrasé dans son marais bourbeux. Une pluie de feu se\" répand sur toute la\nscène et contraint Y Envie de s'abîmer avec les quatre vents souterrains, tan-\ndis que les vents de l'air s'envolent. Dans le même instant les nuages se dis-\nsipent et le théâtre devient entièrement éclairé. »\nEn 1680, Vigarani se retira. Berain le remplaça pour les dessins des\ncostumes, et ce fut un sieur Rousseau qui peignit les décorations (1).\nDès Tannée suivante, Lully fit venir d'ltalie un machiniste, Rivani, qui\navait longtemps travaillé aux somptueux opéras de Venise. Rivani,\npour son début exécuta les décors et les machines du Triomphe de l'A-\nmour\\ où, entre autres effets, on admira un double théâtre divisant en\ndeux étages le fond de la scène. Déjà, du reste, dans la Toison d'or,\nle marquis de Sourdéac avait exécuté une construction de ce genre (2).\nUne innovation plus réelle, qui contribua, non moins que les décors,\nau succès du Triomphe de VAmour, ce fut la présence des danseuses,\nqui parurent pour la première fois à l'Opéra. Jusque là, les rôles de fem-\nmes avaient été dansés par des hommes masqués.\nEn 1684, pour la représentation d'Amadisy les décorations furent des-\nsinées par Bérain, qui ne s'était fait connaître encore que comme dessi-\nnateur de costumes. « Jamais, dit le Mercure, on n'a rien vu de plus\nmagnifique, de mieux entendu ni de plus convenable au sujet. Les vols\ndont la nouveauté et la beauté ont surpris, sont du même Bérain qu'on\npeut dire un génie universel. (3) »\nBérain est encore cité en 1690 comme ayant composé les décorations\nd'Enée et Lavinie.\nPendant quelques années, Fart du décorateur fit peu de progrès. Les\n\n(1) Parfait. Histoire inédite de l'Académie Royale de musique. Bibliothèque natio-\nnale, manuscrits. Fr. 12355.\n(2) L. Celler. Les décors, les costumes et la mise en scène au dix-septième\nsiècle, p. 122.\n(3) Mercure Galant. Janvier, 1684, p. 327-328."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "81", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.42", "debut_caractere": 45, "fin_caractere_exclue": 2521, "texte": "habiles artistes dont nous venons de parler avaient créé des modèles que\nl'on se bornait à reproduire avec quelques modifications nécessitées par\nles exigences de tel ou tel poème. A cette époque, les décors et les costu-\nmes servaient longtemps. Il était rare que l'on fît pour un ouvrage des\ndécors complètement neufs. On se contentait souvent de combiner des\ntemples, des arbres, des palais appartenant à différents opéras. La plan-\ntation était toujours la même: la perspective toujours prise du même\npoint, mais bientôt des innovations hardies devaient se produire et de\ngrands progrès devaient être réalisés dans l'art du décorateur.\nII\nEn 1726, une des décorations de fut peinte par\nServandoni.\nil n'est pas certain que Servandoni soit né à Florence, comme le\ndisent ses biographes. Il se pourrait même qu'il ne fût pas Italien.\nD'après Mariette, son père aurait été un simple voiturin de ceux qui\nconduisaient les voitures de Lyon en Italie. D'après une notice consacrée\nà d'Hannetaire, dans la Biographie son véritable nom\naurait été Jean-Nicolas Sewandon. Différentes notes publiées à ce sujet\ndans Xlntermédiaire des chercheurs et des c(ire année. 1864.\np. 21. 182. 229) n'ont produit aucune preuve positive, et la question n'a\npas été résolue.\nCe qui n'est pas douteux, c'est que Servandoni \"a été un des plus\nremarquables artistes qui aient contribué à l'éclat de la mise en scène de\nl'opéra. Il était élève de Jean-Paul Panini, peintre parmesan. Avant de\ns'établir en France, vers 1724, Servandoni avait beaucoup travaillé en\nItalie et en Angleterre. Il avait laissé à l'Opéra de Londres sept décora-\ntions de sa main. Jamais, avant lai, l'illusion n'avait été aussi complète ;\nl'emploi des lumières, l'entente de la perspective firent paraître immense\nla scène de l'Opéra, qui n'était ni large ni profonde. Le Mercure d'octo-\nbre 1726 décrit longuement la décoration du Palais de Ninus (ier acte\nde Pyrame et Thisbé), l'architecture seule avait été traitée par Servan-\ndoni; les figures étaient de Dumont, peintre français de l'Académie\nroyale de peinture. En-1727, Proserpinefut donnée avec des décors qui\nn'obtinrent pas moins de succès. Au cinquième acte, on voyait un désert\navec des roches et des troncs d'arbres entre lesquels un torrent se préci-\npitait avec rapidité d'une hauteur de vingt pieds. La chute d'eau était\nimitée par plusieurs gazes d'argent qui formaient la cascade, par le\nmoyen de deux roues de douze pieds de diamètre chacune ; le mouve*"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "82", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.43", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2658, "texte": "ment de l'eau agitée par la chute du torrent se faisait par le moyen de\ntrois espèces de colonnes torses irrégulières de différentes proportions et\nplacées horizontalement qui tournaient dans le même sens.\nC'est surtout lors de la huitième reprise de Thésée, le 29 novembre\n1729, que Servandoni rompit hardiment avec les traditions et modifia\ncomplètement la construction des décors. Le Temple de Minerve (]er acte)\nfut mis par les connaisseurs au dessus du Palais de Ninus.\n« La perspective semblait avoir donné réellement à ce temple une éléva-\ntion extraordinaire, puisque, malgré la petitesse du lieu, et sans avoir déràngé\naucune machine, les décorations étoient beaucoup plus hautes sur le fond\ndu théâtre que sur le devant, chose qu'on n'avoit point encore vue à l'Opéra\net qui fit un effet admirable, car, outre le dôme, on voyoit dans !e fond deux\nordres d'architecture, le tout ayant trente-deux pieds de haut réels, qui\nparoissoient à la vue en avoir plus de soixante, au lieu que jusqu'alors\naucune décoration n'avoit eu au plus que dix-huit pieds de haut dans le\nfond (1) ».\nEn même temps que Servandoni réalisait cette réforme, il créait, dans\nles parties latérales de ses décorations, des perspectives obliques qui,\ncomme dans son Palais du Soleil, à la reprise de Phaéton, en iy3o5\nfaisaient paraître la scène d'une largeur inaccoutumée et laissaient voir\ndes enfilades de galeries qui semblaient se prolonger au loin.\nA ces effets résultant de la perspective, l'habile artiste joignit d autres\nressources tirées de l'éclairage, de transparents habilement disposés. Cette\npartie de la décoration avait souvent été traitée d'une façon bien naïve ;\nnous trouvons dans l'inventaire des décors de l'Opéra, dressé en 1748,\nla mention d'un arc-en-ciel en serrurerie et toile transparente (2), qui\ndevait produire peu d'illusion. Des moyens analogues furent disposés\navec plus d'habileté dans le Palais du Soleil de Phaéton, et Servandoni\ny joignit l'emploi de verres coloriés imitant des pierreries. Le trône était\nentouré de rayons, formés de gazes d'or, à travers desquels se répandait\nune vive lumière, semblant éclairer toute la décoration, qui paraissait\nchargée d or, de rubis, d'émeraudes, de topazes, etc.\nCe décor fit le succès de la reprise. Les comédiens italiens, dans leur\nparodie de Phaéton, ne manquèrent pas d'en parler; voici ce que disait\nProtée :\nPuisque vous le vouleç, je romprai le silence ;\nLe sort de Phaéton se découvre à mes yeux.\nDieux! que d'argent! quel monde! o Dieux!\nIl ne doit son succès heureux\n\n(1) Parfait. Histoire inédite de l'Académie Royale de musique. 11. 53.\n(2) Archives de l'Opéra."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "83", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.44", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2295, "texte": "Qu'à sa magnificence.\nMais n'importe ! malgré cette grande dépense\nEt son nouveau soleil, il ennuîra toujours.\nEn vain un pinceau d'importance,\nAux yeux de tout Paris fait briller sa science,\nDans peu de temps il finiroit son cours\nSi d'un danseur il n'avoit le secours.\nMais quoi qu'on admire sa danse,\nLe vendredi ne vient pas tous les jours,\nMais qu'on admire sa danse,\nBientôt de ce brillant concours\nCessera l'affluence.\nServandoni avait formé une école de décorateurs; plus tard il se con-\ntenta de donner les dessins qui furent exécutés par d'autres sous sa\ndirection. En iy33, pour VEmpire de VAmour, André, peintre de l'Opéra,\nfit paraître une décoration dans laquelle on employa pour la première\nfois le cuivre doré et le fer blanc poli et verni dont les reflets éclatants\nproduisirent un effet magique. Il y a peu d'années on a vu, dans les fée-\nries, des décors de ce genre exécutés par des décorateurs anglais.\nA la reprise de Philomèle en 1734, Parrocel, le fils, d'Avignon, pei-\ngnit, toujours sur les dessins de Servandoni, le Palais de Térée où il\ncombina de la façon la plus heureuse l'effet d'un incendie et d'un clair\nde lune.\n« Le palais et la ville paroissoient en feu, on voyoit sortir les flammes de\ntoutes parts, et la charpente tomber embrasée. Ces flammes étoient faites par\nle moyen de plusieurs fers contournés en forme de flammes, recouverts de\ntoiles transparentes peintes en feu, et par une quantité de lumières derrière.\nDes étoupes, de Tarcanson et de l'artifice brûlant en flammes réelles à côté de\ncelles qui étoient peintes, mêlés de plusieurs étincelles et tourbillons de feu\net de fumée, le bruit que les grosses pièces de charpente faisoient en tombant\nainsi allumées augmentoient l'étonnement et la terreur et représentoient au\nvrai la destruction et les effets d'un incendie, en sorte que plusieurs specta-\nteurs effrayés furent sur le point de se sauver (1) ».\nOn ne peut s'empêcher en lisant cette description de songer à l'incen-\ndie du Prophète. On voit que, dès cette époque, l'art du décorateur par-\nvenu à une grande perfection, savait utiliser toutes les ressources et con-\ntenait en germe tous les progrès qui devaient être réalisés plus tard.\n( La suite prochainement.)\n\nCH. NUITTER.\n\n(1) Parfait. IL 71."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-10-15-01-c055", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-10-15_01#c055", "volume": "bmtnabc_1873-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 41, "image_fin": 41, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.2.23.3", "titre_corps": "DÉCOR DU STYLE ITALIEN Dessiné pour l'Opéra par Burnacini (XVIIe siécle.)", "titre_sommaire": "DÉCOR DU STYLE ITALIEN Dessiné pour l'Opéra par Burnacini (XVIIe siécle.)", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.41", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 73, "texte": "DÉCOR DU STYLE ITALIEN\nDessiné pour l'Opéra par Burnacini (XVIIe siécle.)"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-10-15-01-c057", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-10-15_01#c057", "volume": "bmtnabc_1873-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "84", "page_fin": "89", "image_debut": 45, "image_fin": 50, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.2.24", "titre_corps": "REVUE MUSICALE", "titre_sommaire": "REVUE MUSICALE", "signature_source": "ARTHUR HEULHARD", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 45, "page_imprimee": "84", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.45", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1654, "texte": "REVUE MUSICALE\n\nOPÉRA : Début de mademoiselle Ferrucci dans les Huguenots. ITALIENS : Réouver-\nture. Don Pasquale. Mademoiselle Marie Belval, MM. Zucchini, Delle Sedie, Ben-\nfratelli. Il Barbiere di Seviglia. Mademoiselle de Belocca, MM. Brignoli et Fio-\nrini, M. Vianesi.\nPÉRA. —Lundi 6 octobre. —Cz jourd'hui, lundi 6 oc-\ntobre, la cour et la ville allèrent entendre la Ferrucci,\nqui débutait dans la Valentine des Huguenots, à l'A-\ncadémie de musique. Le sieur Halanzier, directeur de\nce spectacle, ne néglige rien pour le rendre attrayant\nau public et fructueux à sa bourse. Il a le génie de ces\nsortes d'entreprises. M. l'intendant des Menus se loue beaucoup de 1 ac-\nX\ntrice nouvelle-venue, qui a un beau port et chante avec agrément,\nC'est ainsi que le Mercure de France, les Mémoires secrets de\nM. de Bachaumont et autres recueils du siècle dernier pour servir à\nThistoire de la république des lettres, eussent sommairement annoncé\net commenté le début de mademoiselle Ferrucci à l'Opéra, en supposant\nmademoiselle Ferrucci; les Huguenots et M. Halanzier contemporains du\nMercure et de M. de Bachaumont. La critique ne se croyait tenue envers\nles débuts qu'a dix lignes de compte-rendu, et la curiosité du public se\ntrouvait satisfaite de cette mesure. C'était l'âge d7or de la presse musicale.\nToute une année de direction Halanzier eût tenu en un feuilleton de\nsix colonnes !\nHélas! les dieux ne nous font plus ces loisirs et M. Halanzier a\nchangé tout cela. Un début à l'Opéra vaut son feuilleton tout comme la\nreprise d'une œuvre importante ou la première représentation d'un opéra\nnouveau. Un feuilleton pour M. Trinquierî Un feuilleton pour"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "85", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.46", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2839, "texte": "M. Prunet î Un feuilleton pour mademoiselle Dérivis ! Un feuilleton\npour mademoiselle Leavington ou pour la rentrée de M. Achard ! Dix\nfeuilletons pour les rentrées et sorties de M. Faure! Voici venir made-\nmoiselle Ferrucci. Elle aussi aura eu son feuilleton ! En dépit de la\ndésinence italienne de son nom, mademoiselle Berthe Ferrucci est de\nnationalité Irançaise. Les bruits les plus flatteurs ont cours sur sa car-\nrière lyrique à l'étranger : elle a brillé d'un éclat assez vif, dit-on, sur\nplusieurs scènes exotiques où elle tenait l'emploi des Falcon ; mais, en\nce temps-ci, où l'on organise une renommée avec autant de promptitude\nque Carnot pouvait organiser la victoire, nous sommes devenus un peu\nsceptiques à l'endroit des gloires fabriquées au delà de nos frontières. Il\nfaut convenir cependant que mademoiselle Ferrucci est une Valentine\nvraisemblable, sinon vraie. Elle a la noble prestance et la mine haute\nd'une héroïne : la démarche déterminée, la taille élevée et souple, le bras\nsolidement attaché à l'épaule , la physionomie éclairée par de grands\nyeux d'une béatitude un peu bourbonnienne, et ce prestige de la forme\ndont on veut que Raoul ait été ébloui. Plus blanche que la blanche\nhermine, plus pure qu'un jour de printemps : telle est la légende\nplastique du personnage de Valentine.\nSur ce point, la nature prévoyante a mis d'accord Scribe et mademoi-\nselle Ferrucci. Elle a réglé moins complaisamment ses rapports avec\nMeyerbeer. Dramatiquement et musicalement, le rôle de Valentine est\ndes plus lourds qui soient. Rien n'y est sacrifié à la virtuosité : pas de\nromance, pas d'air, pas de brindisi, pas de couplets. Valentine apparaît\népisodiquement au second acte, et pour faire sa partie dans le finale;\nmais à partir du troisième, la voilà qui s'engage audacieusement dans\nl'action, la voilà jetée par son amour dans la fournaise de la guerre civile:\nles événements s'enchaînent et se précipitent irrésistiblement. Alors\nMeyerbeer s'est dévoué à la vérité scénique. Son puissant génie s'est\nsenti sur son véritable terrain, la catastrophe; il en suit pas à pas les\npéripéties, il comprend que sa muse ne doit en retarder le dénouement\npar aucun hors-d'œuvre, et il écrit le rôle de Valentine tout entier en\nardentes répliques, en phrases passionnées, en récitatifs courts mais déci-\nsifs, et dit à son héroïne: Tu ne seras pas une prima-donna coquetantà\nl'italienne, soupirant à ton gré des romances à roulades sur la pente du\ngouffre où te pousse mon librettiste: tu pleureras, tu imploreras, tu agi-\nras surtout : je te demande plus encore des accents que des chants! Aussi\nla clef de voûte du rôle repose-t-elle sur deux duos, le duo du troisième\nacte avec Marcel, et celui du quatrième avec Raoul. C'est à ces deux\nsituations caractéristiques qu'on juge des moyens vocaux et des facultés"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "86", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.47", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2661, "texte": "dramatiques de la cantatrice qui aborde le rôle. Mademoiselle Ferrucci\na bravement reçu le baptême du feu ; elle a été rappelée après le premier\nduo, et applaudie, applaudie seulement, après le second. Sa voix de so-\nprano ne manque ni de sonorité ni d'étendue ; mais elle accentue d'une\nfaçon très défectueuse, ce qui lui donne parfois., et notamment dans le\nmédium, une prononciation de petite vieille où se perd la fraîcheur du\ntimbre. On peut dire de mademoiselle Ferrucci qu'elle ne chante pas\nfrançais. Elle devrait se préoccuper moins du son, et reporter sur l'étude\nde la déclamation les efforts qu'elle fait pour assurer l'éclat de la note.\nAuprès de la débutante, M. Villaret jouait Raoul; sa corpulence\nest dénuée d'idéal, mais elle recèle une voix d'acier, la seule voix de\nténor avec laquelle l'Opéra puisse décemment exploiter le grand réper-\ntoire.\nM. Belval jouait Marcel. On a dit un jour que la voix de Belval était\nun rhume mal soigné, et la boutade n'est pas si méchante qu'elle en\na Pair; en revanche, il a conservé la mâle tradition du rôle: un dia-\nmant brut incrusté dans du fer !\nM. Lassalle a chanté Nevers jusqu'à la fin du second acte; M. Caron\nlui a succédé à partir du troisième. M. Lassalle est très grand, comme\nles habitants supposés de la planète Sirius; M. Caron est très petit comme\nles indigènes de Lilliput. Nevers s'est trôuvé tout à coup diminué de\nmoitié! La substitution ayant été faite sans annonce préalable, on apu\ncroire un instant que M. Halanzier, cherchant des effets directoriaux\ndans les contrastes violents, était l'auteur de cette mystification. Une in-\ndisposition subite de M. Lassalle en était la véritable cause. Puisque\nnous insistons plus que de coutume sur le rôle de Nevers, enlevons une\nillusion à ceux qui admirent le grand caractère de ce gentilhomme lors-\nqu'il brise son épée plutôt que de s'associer au massacre des Huguenots.\nC;est une de ces falsifications historiques si fréquentes dans le théâtre de\nScribe :\n•\nL'horrible détermination de la Saint-Barthélemy fut prise dans le\nconseil italien de Catherine de Médicis dont le chancelier de Birague, le\nmaréchal de Retz et M, le duc de Nevers en personne furent les princi-\npaux complices.\nLe regrettable accident survenu à M. Lassalle n'est pas le seul, hélas !\ndont le public ait eu à souffrir pendant cette exécution (c'est le mot pro-\npre) des Huguenots. Les défaillances de l'orchestre et des chœurs ont\nfrappé les moins experts; le premier acte, si plein de rhythmes, a été\nchanté par les seigneurs recrutés par M. Halanzier, avec un déplorable\nlaisser-aller. Les mouvements si francs qu'y a semés Meyerbeer, sont"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "87", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.48", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2564, "texte": "attaqués avec une mollesse par trop épicurienne. Dans le petit chœur\nfugué : Vous save\\ si je suis ami sûr et tendre, ça été une véritable dé-\nbandade. Et je suis sûr que ma mémoire ne me souffle pas tout. Dans le\npompeux final du troisième acte, où les fanfares du duc de Nevers en-\nvoient la réplique à l'orchestre, la sonnerie de trompettes a manqué ses\nréponses et s'est livrée à un contrepoint sauvage qui eût fort étonné\nMeyerbeer. Toute l'habileté de M. Deldevez n'a pu la faire rentrer dans\nla mesure.\nCe qui manque à l'Opéra, c'est l'œil du maître; ce qu'il y faudrait,\nc'est l'intelligence d'un parisien servie par la volonté d'un picard. M. Ha-\nlanzier n'a pu dépouiller complètement le vieil homme ; il se croit en-\ncore directeur du Grand Théâtre de Marseille, il se demande, après\nchaque représentation, si la Cannebière est contente; la Cannebière est\nle critérium delà vérité. Si la Cannebière est contente, il en infère que\nParis doit l'être. L'idéal de M. Halanzier ne va pas au-delà.\nITALIENS. —Mardi 7 octobre. Le Théâtre-Italien était mort! Vive\nle Théâtre-Italien !\nLe Christ qui a ressuscité ce Lazare est M. Strakosch, qui se trouve\nplacé vis-à-vis de la critique dans une situation extrêmement délicate.\nOn lui a fait la réputation d'un imprésario si habile! On a tant vanté le\nflair de ses correspondants, la sagacité de ses agents, l'étendue de ses rela-\ntions dans le monde musical qu'on ne saurait montrer trop de sévérité\nenvers les sujets et les œuvres qu'il va nous présenter; d'autre part, l'ex-\nploitation du Théâtre-Italien est entourée de tant de difficultés maté-\nrielles, que le directeur qui se consacre à cette périlleuse mission se re-\ncommande de lui-même à toute notre indulgence. Quand je pense qu'un\ntel sacrifice s'appelle le privilège du Théâtre-Italien dans la langue\nministérielle !\nAussitôt en possession de ce privilège (le mot me fait frémir), M. Stra-\nkosch s'est mis en quête de musiciens et de chanteurs, a bravement\nannoncé la réouverture des Italiens à la date du 7 octobre, et le 7 octo-\nen effet, M. Strakosch était prêt et affichait Don Pasquale pour le\nsoir. Qui ne connaît Don Pasquale ? Une délicieuse conversation musi-\ncale à laquelle suffisent quatre personnages et deux décors, l'opéra-bouffe\nle plus facile à monter de tout le répertoire italien, ce qui ne signifie pas\nqu'il soit le moins agréable à entendre. Deux artistes chers aux anciens\nhabitués de la salle Ventadour, Zucchini et Delle Sedie faisaient,\nl'un Don Pasquale, et l'autre le docteur Malatesta. Zucchini est resté"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "88", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.49", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2592, "texte": "comique facétieux et plein de rondeur; c'est un fin renard qui a dé-\npisté toutes les ruses et toutes les finesses du syllabique bouffe. On\nsent trop chez Delle Sedie le professeur de chant; de chacune de ses\nnotes il fait une démonstration... qui n'est pas toujours concluante. Au-\nprès de ces vieux routiers, débutaient mademoiselle Belval dans le rôle\nde Norinâ, et M. Benfratelli ; ceux qui se connaissent à la classification\ndes voix, affirment que celui-ci est ténor : ne l'affligeons pas en cher-\nchant à prouver le contraire.\nMademoiselle Marie Belval est la fille de l'artiste de l'Opéra dont\nnous parlions tout à l'heure : elle se rapproche de son père par la crâ-\nnerie un peu plébéienne de ses allures en scène; elle ne lui ressemble\npas plus pourtant qu'un fifre et un basson ne se ressemblent. Sa voix de\nsoprano est légèrement acidulée, mais jeune, fraîche et mordante. Elle\nvocalise dans la pose la plus naturelle du monde et sans s'effrayer ja-\nmais de la difficulté ; elle s'en remet pour le reste à l'instinct musical\nqui la guide, et qui nous paraît jusqu'ici le don le plus précieux de la dé-\nbutante.\nSamedi, n octobre. L'atmosphère de la salle Ventadour s'est\néchauffée : un courant magnétique s'est établi entre les loges et la scène:\nles tons un peu crus de la décoration intérieure se sont-ils harmonisés\ncomme par enchantement? Us n'offusquent déjà plus l'œil. La soirée sera\nbonne pour le Barbier de Séville.\nElle l'a été en effet. C'est mademoiselle de Belocca qui a rompu la\nglace, elle venait tout exprès du pays de la neige. Car mademoiselle de\nBelocca est née en Russie où sa famille habite encore. La jolie Rosine !\nPoint grande, toute mignonne au contraire, avec un air de tête char-\nmant, des yeux grands ouverts et pleins de bonté, un sourire rayonnant\net doux. C'est la grâce plus belle encor que la beauté, dont parle La\nFontaine. La voix de mademoiselle de Belocca est du métal le plus pur\net le plus résistant, homogène et sonore dans toutes ses parties. L'ins-\ntrument est d'une merveilleuse santé. C'est un mezzo-soprano qui\nsonne dans le registre grave avec un éclat de bon aloi qu'envierait le\ncontralto le mieux doué. C'est là qu'elle cherche ses effets, comme si\nelle voulait donner le change sur le véritable diapason de sa voix. A\nla scène de la leçon de chant, elle a dit le Brindisi de Lucre\\ia Borgia ;\non a été séduit par la générosité de son organe et elle a dû recommen-\ncer, au milieu des bravos et des bis, la seconde strophe de son morceau.\nMais (il ne tiendra qu'à mademoiselle de Belocca' que ces vilains mais"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "89", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.50", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 1215, "texte": "disparaissent) elle ne vocalise pas toujours avec un goût et une légèreté\nirréprochables; ses gammes ascendantes tournent un peu court à 1 aigu.\nSes études auraient-elles tourné un peu court, comme ses gammes as-\ncendantes? Le trille seul est d'une richesse et d'une netteté inatta-\nquables.\nZucchini jouait Bartholo et Delle Sedie Figaro. Ils y ont été vaillants.\nM. Brignoli (Almaviva) chante les Brignoli : c'est un genre bien in-\ngrat. Il n'est pas aisé, et il ne serait peut-être pas loyal, de juger d'après\nson premier début M. Fiorini, qui remplissait le rôle de Don Basile et\nqui a chanté l'air de la Calomnie sous l'empire d'une frayeur atroce : il\nn'a pas détonné, ce qui est de bon augure.\n11 y a plus d'une réserve à faire sur la représentation de\nquale; mais on peut dire que celle du Barbier est pour M. Strakosch un\nheureux présage de succès; elle a servi, en outre, à mettre en relief le\ntalent hors ligne de son chef d'orchestre, M. Vianesi, un bras de fer au\nservice d'une intelligence d'élite. Je doute que le finale du premier acte\net l'intermède de l'Orage aient jamais été exécutés au Théâtre-Italien\navec une pareille précision et un tel respect des nuances.\n\nARTHUR HEULHARD."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-10-15-01-c061", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-10-15_01#c061", "volume": "bmtnabc_1873-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "90", "page_fin": "96", "image_debut": 51, "image_fin": 57, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.2.25", "titre_corps": "VARIA", "titre_sommaire": "VARIA", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 51, "page_imprimee": "90", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.51", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2059, "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nCORRESPONDANCE\nC. B.\nMonsieur le directeur,\nA lecture de l'intéressant article consacré par M. Ch. Nuit-\nter aux succès de madame Angot (mère), m'a remis en\nmémoire un couplet politique dont j'ignore s'il existe des\nfrères et que je crois inédit, ou peu s'en faut. Voici com-\nment je l'ai entendu chanter par mon grand-père, contem-\nporain du succès de Madame Angot au sérail de Constan-\ntinople (i8o3), bouffonnerie inspirée à Aude par Madame\nAngot (première, 1796).\nNé en 1760, mort en 1815, Facteur-directeur Corsse (le grand-père du té-\nnor Roger), prit, en 1800, la direction du théâtre de FAmbigu-Comique, an-\ncienne scène Audinot; la vogue extraordinaire qu'obtint, en iBo3, sur cette\nscène Madame Angot au sérail, et le talent avec lequel Corsse remplitle rôle\nde Fex-poissarde, releva la fortune de son théâtre, qui parvint à une brillante\nprospérité dont il avait grandement besoin.\nC'est à tout cela que fait allusion le couplet suivant et aussi àla bataille\nde Marengo gagnée en 1800 par Bonaparte, qui préludait à cette série de vic-\ntoires ruineuses que continua l'Empire.\nSur le timbre quelque peu mélancolique et même un brin solennel : Trou-\nverez-vous un Parlement, voici le texte du couplet politique annoncé et qui\napparente si hardiment l'acteur Corsse (sic) et le général Bonaparte :\nLe Corsse de Madame A ngot\nEst d'une bien chétive éeorce ;\nMais le Corse de Marengo\nEst d'une bien plus dure éeorce :\nL'un nous demande un peu d'argent\nPour faire aller sa comédie,\nEt Vautre verse notre sang\nPour terminer sa tragédie.\nVeuillez agréer, etc.\nCh. Barthélémy.\nP. S. Des diverses Madame Angot, 011 ne signale, vers i 855, que la reprise\nassez brillante au théâtre de la Gaîté de Madame Angot, ou la poissarde\nparvenue ( r796); le succès fit son tour de banlieue, voire de France. C'était\nPaulin Menier qui jouait le rôle de la poissarde, et Colbrun était fort drôle\nsous les traits de Nicolas.\nMadame Angot au sérail eut, dans sa nouveauté (i8o3), deux cents repré-\nsentations successives."}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "91", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.52", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2292, "texte": "Edmond Neukomm.\nParis, ce 12 octobre 187?.\n4»\nMon cher Heulhard,\nEn rentrant à Paris, je trouve une lettre par laquelle un éditeur étranger,\nétabli à Paris, me signale une omission dans mon article : Les Musiciens\nallemands pendant la dernière guerre. Je m'empresse donc de combler cette\nlacune en ajoutant à ma liste déjà longue de morceaux politiques une Garde\nsur les Vosges (die Wacht an den Vogesen), de L. Liebe. Ce morceau fait\npendant à la Garde sur le Rhin, dont nous avons parlé. Mais où je ne suis\nplus d'accord avec mon correspondant, c'est lorsqu'il semble attribuer mon\nomission à cette circonstance particulière : « Que M. L. Liebe est Français et\nque c'est probablement pour se faire pardonner son ancienne nationalité qu'il\na écrit le morceau précité. » En effet, si nous avons peu ménagé les Wagner,\nles Listz et les Parlow, à plus forte raison eussions-nous donné une atten-\ntion particulière à ce L. Liebe, si nous avions connu sa Garde sur les Vosges.\nPour ma part, je lui eusse accordé une bonne place dans mon article; mais\nje me fusse bien gardé d'écrire qu'il était Français, par la simple raison que\nce L. Liebe (Louis Liebe) est né à Magdebourg, et que dès lors il s'agit d'un\nsimple Prussien ingrat, ce qui n'a rien d'étonnant.\nCeci dit, mon cher Heulhard, je vous serre la main alla francese.\n\nFAITS DIVERS\nN ferait un grand opéra, très grandiose avec Alcibiade ; je ne sais\npas de vie plus fastueuse et plus dramatique. C'est toute une\népopée.\nUHistoire d'Alcibiade vient d'être écrite dans le style le plus sévère\npar M. Henry Houssaye que nous connaissons bien déjà par Y Histoire d'Ap-\npelles. Le jeune helléniste, tout en ne voulant s'attacher qu'au grand côté\nhistorique de son héros, a bien été forcé de le peindre à travers les avan-\ntures de sa vie privée. Or, il n'est pas d'existence plus romanesque et plus\nglorieuse.\nSa mort, sous les yeux de Timandra, quand il lutta seul contre une nuée\nde Perses, au reflet des flammes de sa maison incendiée, serait un des plus\nbeaux actes de tragédie lyrique.\nLe premier volume de YHistoire d}Alcibiade renferme un très beau portrait\nd'après un buste du Vatican. Avec un peu de bonne volonté, on y reconnaî-\ntrait la figure de Faure.\nMais là n'est pas l'intérêt du beau livre de M. Henry Houssaye, qui est"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "92", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.53", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2995, "texte": "toute l'histoire de la République athénienne, depuis la mort de Périclès jus-\nque l'avènement des Trente Tyrans.\nOn nous accuse de n'être pas sérieux en France; cependant on fait encore\ndes livres comme Y Histoire d£ Alcibiade, et le succès prouve qu'il ya un vrai\npublic pour ces livres-là,\n—-, Le Figaro donne sur la salle des Italiens les renseignements qui sui-\nvent :\n« L'aspect de la salle n'est plus le même. Les loges d'avant-scène, à cause\nde leur renfoncement, constituent une décoration spéciale, sur fond rouge,\nqui s'harmonise parfaitement avec les voussures de la scène. Les autres dé-\ncorations sont généralement en or sur fond jaune.\n« De l'or sur fond jaune ! C'est là une innovation hardie, mais M. Char-\npentier, l'architecte du théâtre, a complètement réussi. Ce mariage de deux\nmêmes couleurs est d'un très bel effet.\n« La première galerie est dorée en plein ; la deuxième et la troisième sont\nen stuc, avec panneaux et ornements dorés; la quatrième, à fond jaune ainsi\nque les archivoltes, est ornée de peintures emblématiques. Les colonnes\nsont également à fond jaune, avec bases, chapiteaux et cannelures dorées.\n« Le lustre a été changé, et le nouveau, sans être beaucoup plus grand\nque l'ancien, aura plus d'éclat à cause de la disposition des cristaux, qui en-\ncadrent les becs de gaz au lieu d'en être entourés, et tamisent ainsi la lumière\nen lui donnant toutes sortes de reflets.\n« Tout le mobilier est neuf. C'est le théâtre de Paris où l'on est le mieux\nassis.\n« La loge de madame de Rothschild, qui était la loge de l'administration,\navait son entrée par la scène; comme madame de Rothschild ne peut pas\nentrer par la scène, on a pratiqué une entrée donnant sur les couloirs de la\nsalle. »\nVoici des détails inédits sur le chef d'orchestre actuel des Italiens, M,\nVianesi, dont l'habileté s'est affirmée avec tant d'éclat dès la soirée de réou-\nverture.\nM. Vianesi est né à Livourne. Son père, professeur de musique, élève dis-\ntingué de Stanislas Mattei de Bologne, lui enseigna les premiers éléments\nde son art. M. Vianesi étudia le piano avec Dolher et la composition avec\nPacini. A l'âge de huit ans, sa carrière musicale était commencée. Il a paru\ncomme artiste lyrique, sur cent vingt-cinq théâtres, en compagnie de ses frè-\nres et de ses sœurs : il chantait les rôles de baryton et basse chantante : Fi-\ngaro, Dulcamara, Don Pasquale, Don Magnifico, etc., etc. A dix-sept ans, il\nétait nommé chef de musique du premier régiment de grenadiers en Italie.\nGiuditta Pasta, avec laquelle il était lié d'amitié, lui conseilla de quitter le\nservice militaire.\nEn 1858, il fut nommé chef d'orchestre de Drury Lane à Londres. La Per-\nsiani, Pauline Viardot, Badiali, Gassier, Naudin faisaient alors partie de la\ntroupe engagée à ce théâtre. En 1862, il devint chef d'orchestre à Moscou et\nensuite à Saint-Pétersbourg au théâtre Impérial. L'empereur de Russie l'a\nnommé maître de chapelle à son service. Il est passé en dernier lieu à Londres"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "93", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.54", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2674, "texte": "à Covent-Garden où il a remplacé Costa. Que d'artistes ont chanté sous sa di-\nrection! Mario, Tamberlick, Badiali, Graziani, Naudin, Ronconi, Gassier;\nmesdames Grisi, Persiani, Viardot, Patti, Albani, pour citer au hasard!\nSon rêve d'artiste était de diriger l'orchestre du théâtre Italien de Paris\net d'y recevoir ce qu'il appelle lui-même il battesimo artistico. M,\nconsidère sa profession comme un sacerdoce. Depuis vingt ans qu'il est chef\nd'orchestre, il n'a manqué ni une répétition ni une représentation, et ne\nlaisse à qui que ce soit le soin de surveiller les répétitions des artistes et des\nchœurs. Un scrupule caractéristique: Les jours de représentation, M. Via-\nnesi dîne à trois heures de l'après-midi pour rester maître de toute sa tête et\nde tout son bras. Il aime son orchestre comme Quasimodo sa cloche, avec\nune véritable passion. Ajoutons qu'il est homme de goût et de sens, qu il\nparle plusieurs langues et raffole de peinture.\nM. Vianesi est, jusqu'à présent, la véritable trouvaille de M. Strakosch.\nComplétons les renseignements que nous avons donnés dans notre der-\nnier numéro sur la Pavane, qu'on exécute àla Gaîté dans le Gascon.\nC'est notre excellent collaborateur, M. Wekerlin, qui en a fourni le texte\nà M. Vizentini, d'après la version originale de la bibliothèque du Conserva-\ntoire.\n—M. Gaston Escudier publie dans VArt musical une série d'articles sur\nles fêtes populaires. Dans l'un d'eux, il nous initie aux mystères fort peu sacrés\nde la musique foraine :\n<c Au grand cirque Loisset, l'un des plus beaux que je connaisse, et auquel\nje consacrerai un chapitre tout spécial, j'ai entendu deux clowns exécuter sur\ndes pots de fleurs et sur des verres les Cloches du monastère de Lefebure\nWely quelquefois les verres jouaient seuls. Rossini, un jour, assistait\nà une de ces représentations. L'artiste venait d'exécuter l'ouverture de\nGuillaume-Tell. Le maître racontait le lendemain qu'il avait entendu son\nouverture fort proprement rincée par un clown. »\nDans le journal l'Arte de Trieste, M. E. Cordona raconte l'odyssée du\npiano-forte de Cimarosa.\nLe vénérable instrument sur lequel le maître avait composé ses œuvrés\ncélèbres vient d'être placé dans la collection du Conservatoire de Naples.\nAprès de nombreuses pérégrinations, la précieuse relique était en dernier\nlieu devenue la propriété de M. Andréa Cefali da Cortale (Calabre), qui, à la\nsollicitation de M. Florimo, l'archiviste éminent de la bibliothèque San-\nPietro, en a fait hommage au Conservatoire.\nC'est paraît-il, un piano carré, à cinq octaves. Sur la planchette perpendi-\nculaire au clavier, on lit l'inscription : Adam Londini fecit 1780.\nCompton Street. Schos."}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "94", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.55", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2051, "texte": "NOUVELLES\n\nARIS. Opéra. C'est par erreur que plusieurs journaux ont an-\nnoncé que l'Opéra répétait la Reine de Chypre. Il n'est nullement\nquestion de cette reprise.\nC'est toujours par erreur qu'on annonce du nouveau à l'Opéra de\nPans.\nLa besogne de M. Halanzier est faite à l'Opéra de Berlin. Le directeur de\nce théâtre va remettre à la scène Nurmahal et Fernand Cortez, de Spontini,\nIphigénie en Tauride et Alceste, de Gluck.\nItaliens. Malgré les affirmations d'une partie de la presse, nous croyons\nqu'on n'est pas exactement renseigné sur les projets de M. Strakosch.\nLe nouveau directeur des Italiens aurait, dit-on, l'intention d'ajouter au\nrépertoire actuel le Ruy-Blas, du signor Marchetti \\ Patrie, de Sardou, par\nLauro Rossi, sous le titre de Contessa di Mons ;il Mercante di de\nShakespeare, par Pinsuti; Luigi X/, du compositeur Fumagalli; Maria An-\ntonietta, par Badiali.\nNouvel engagement au Théâtre-Italien : celui de Marie Biarini, que\nnous avons remarquée, il y a trois ans, à l'Athénée, où elle créa avec\nsuccès l'un des deux rôles principaux des Masques, de Pedrotti.\nDepuis cette époque, madame Biarini s'est consacrée à la carrière ita-\nlienne.\nM. Strakosch a engagé mademoiselle Emilia Tagliana, jeune cantatrice\nà peine âgée de vingt ans, et qui a déjà obtenu de brillants succès à Rome,\nà Naples, à Milan,\nElle débute dans Rigoletto.\nMademoiselle Gabrielle Krauss, que nous allons entendre au Théâtre-\nItalien, est arrivée à Paris\nOpéra-Comique. Mademoiselle Chevalier, lauréat du dernier concours\ndu Conservatoire où elle suivait les cours de M. Saint-Yves-Bax, a débuté\nen tapinois dans le rôle d'Angèle du Domino noir : début discret, sur lequel\nil n'est point permis dé fonder de grandes espérances.\nAthénée. L'Athénée vient d'engager pour deux ans mademoiselle Edma\nBreton, une des jeunes élèves de Roger, fort remarquée au dernier concours\ndu Conservatoire»\nElle débutera dans la Tour de Tulipano, trois actes de M. de Saint-Geor\nges et Adenis, musique de M. Debillemont, dont les autres rôles seront"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "95", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.56", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2722, "texte": "chantés par mesdemoiselles Girard, Marietti; MM. Geraizer, Galabert, Au-\nbéry, Crambade.\nOn annonce comme très prochaine la première représentation de la\nreprise du Bijou perdu, d'Adam, avec mademoiselle Singelée, si fort applau-\ndie à l'Athénée, sous la direction Martinet, et le baryton Lepers.\nRenaissance. Le Mariage aux Lanternes et les Dames de la Halle\nqu'on vient de reprendre à ce théâtre, composent, avec Pomme d/Api, un\nspectacle attrayant qui fera patienter le public jusqu'à la première repré-\nsentation de la Jolie Parfumeuse.\nGaîté. C'est Christian, des Variétés, qui jouera le rôle de Jupiter dans\nOrphée aux Enfers dont la reprise est imminente,\nBouffes-Parisiens. En remplacement de la Belle Imperia, retirée en\npleine répétitions, par ses auteurs, on monte la Qiienouille de Verre.\nEnsuite viendra la Branche cassée, opérette de M, Gaston Serpette, prix\nde Rome, auteur de la cantate de Jeanne d'Arc, exécutée à l'Opéra il y a\nquatre ans environ.\nVictorien Sardou met la dernière main à une comédie intitulée la Jeu-\nnesse de Mozart. On devine que la musique y a sa part. Le principal rôle est\nécrit spécialement pour un artiste phénomène, M. Charles Réné, comédien\nétonnant, dit-on, et pianiste supérieur. Cet artiste n'a pas huit ans. Mais il a\ndonc appris le piano sur le sein de sa nourrice !\nNote du Ménestrel sur le Concert national qui va se transporter cette\nannée de l'Odéon au Châtelet :\nDe pareilles institutions ne peuvent donner de résultats financiers que\ndans un local vaste et spacieux, et l'Odéon, malgré ses excellentes conditions,\nn'offre pas à cet égard les avantages qu'on trouve dans la salle nouvelle, où\n3,500 spectateurs peuvent s'étager à Taise. Cet agrandissement a nécessaire-\nment entraîné une augmentation proportionnelle du nombre des exécutants.\nEn conséquence, le concert national a renforcé ses chœurs et son orchestre\nqui reste sous l'habile direction de M. Colonne. Il donnera vingt séances\ndans le cours de la saison, distribuées par séries de quatre concerts. Parmi les\nœuvres dont l'exécution est dès à présent arrêtée, nous pouvons nommer : le\nMessie de Haendel et la Grande Passion de Bach, VAthalie de\nla Marie-Magdeleine de Massenet, le Ruth de Franck et sa Rédemption, re-\nfondue et refaite en grande partie; un autre drame biblique : Dalila de Ca-\nmille Saint-Saèns, et le Paradis perdu de Th. Dubois. Parmi les pièces\npurement instrumentales, nous ne citerons que les Scènes pittoresques, une\nnouvelle suite d'orchestre de Massenet, le concerto de violon de M. Lalo et\ncelui de Max Bruch, tous deux exécutés par Sarasate, nous réservant d'an-\nnoncer en temps utile les différentes primeurs qu'on nous prépare encore.\nBonne chance au Concert national."}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "96", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.57", "debut_caractere": 124, "fin_caractere_exclue": 1129, "texte": "BRUXELLES. —Le Roi d'Yvetot,opéra-bouffe en trois actes, de MM. 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B.\nMonsieur le directeur,\nA lecture de l'intéressant article consacré par M. Ch. Nuit-\nter aux succès de madame Angot (mère), m'a remis en\nmémoire un couplet politique dont j'ignore s'il existe des\nfrères et que je crois inédit, ou peu s'en faut. Voici com-\nment je l'ai entendu chanter par mon grand-père, contem-\nporain du succès de Madame Angot au sérail de Constan-\ntinople (i8o3), bouffonnerie inspirée à Aude par Madame\nAngot (première, 1796).\nNé en 1760, mort en 1815, Facteur-directeur Corsse (le grand-père du té-\nnor Roger), prit, en 1800, la direction du théâtre de FAmbigu-Comique, an-\ncienne scène Audinot; la vogue extraordinaire qu'obtint, en iBo3, sur cette\nscène Madame Angot au sérail, et le talent avec lequel Corsse remplitle rôle\nde Fex-poissarde, releva la fortune de son théâtre, qui parvint à une brillante\nprospérité dont il avait grandement besoin.\nC'est à tout cela que fait allusion le couplet suivant et aussi àla bataille\nde Marengo gagnée en 1800 par Bonaparte, qui préludait à cette série de vic-\ntoires ruineuses que continua l'Empire.\nSur le timbre quelque peu mélancolique et même un brin solennel : Trou-\nverez-vous un Parlement, voici le texte du couplet politique annoncé et qui\napparente si hardiment l'acteur Corsse (sic) et le général Bonaparte :\nLe Corsse de Madame A ngot\nEst d'une bien chétive éeorce ;\nMais le Corse de Marengo\nEst d'une bien plus dure éeorce :\nL'un nous demande un peu d'argent\nPour faire aller sa comédie,\nEt Vautre verse notre sang\nPour terminer sa tragédie.\nVeuillez agréer, etc.\nCh. Barthélémy.\nP. S. Des diverses Madame Angot, 011 ne signale, vers i 855, que la reprise\nassez brillante au théâtre de la Gaîté de Madame Angot, ou la poissarde\nparvenue ( r796); le succès fit son tour de banlieue, voire de France. C'était\nPaulin Menier qui jouait le rôle de la poissarde, et Colbrun était fort drôle\nsous les traits de Nicolas.\nMadame Angot au sérail eut, dans sa nouveauté (i8o3), deux cents repré-\nsentations successives."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-10-15-01-c065", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-10-15_01#c065", "volume": "bmtnabc_1873-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "91", "page_fin": "91", "image_debut": 52, "image_fin": 52, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.2.25.3", "titre_corps": "Paris, ce 12 octobre 187?.", "titre_sommaire": "Paris, ce 12 octobre 187?.", "signature_source": "Edmond Neukomm", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 52, "page_imprimee": "91", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.52", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 1328, "texte": "Edmond Neukomm.\nParis, ce 12 octobre 187?.\n4»\nMon cher Heulhard,\nEn rentrant à Paris, je trouve une lettre par laquelle un éditeur étranger,\nétabli à Paris, me signale une omission dans mon article : Les Musiciens\nallemands pendant la dernière guerre. Je m'empresse donc de combler cette\nlacune en ajoutant à ma liste déjà longue de morceaux politiques une Garde\nsur les Vosges (die Wacht an den Vogesen), de L. Liebe. Ce morceau fait\npendant à la Garde sur le Rhin, dont nous avons parlé. Mais où je ne suis\nplus d'accord avec mon correspondant, c'est lorsqu'il semble attribuer mon\nomission à cette circonstance particulière : « Que M. L. Liebe est Français et\nque c'est probablement pour se faire pardonner son ancienne nationalité qu'il\na écrit le morceau précité. » En effet, si nous avons peu ménagé les Wagner,\nles Listz et les Parlow, à plus forte raison eussions-nous donné une atten-\ntion particulière à ce L. Liebe, si nous avions connu sa Garde sur les Vosges.\nPour ma part, je lui eusse accordé une bonne place dans mon article; mais\nje me fusse bien gardé d'écrire qu'il était Français, par la simple raison que\nce L. Liebe (Louis Liebe) est né à Magdebourg, et que dès lors il s'agit d'un\nsimple Prussien ingrat, ce qui n'a rien d'étonnant.\nCeci dit, mon cher Heulhard, je vous serre la main alla francese."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-10-15-01-c066", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-10-15_01#c066", "volume": "bmtnabc_1873-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "91", "page_fin": "93", "image_debut": 52, "image_fin": 54, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.2.25.4", "titre_corps": "FAITS DIVERS", "titre_sommaire": "FAITS DIVERS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 52, "page_imprimee": "91", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.52", "debut_caractere": 1330, "fin_caractere_exclue": 2292, "texte": "FAITS DIVERS\nN ferait un grand opéra, très grandiose avec Alcibiade ; je ne sais\npas de vie plus fastueuse et plus dramatique. C'est toute une\népopée.\nUHistoire d'Alcibiade vient d'être écrite dans le style le plus sévère\npar M. Henry Houssaye que nous connaissons bien déjà par Y Histoire d'Ap-\npelles. Le jeune helléniste, tout en ne voulant s'attacher qu'au grand côté\nhistorique de son héros, a bien été forcé de le peindre à travers les avan-\ntures de sa vie privée. Or, il n'est pas d'existence plus romanesque et plus\nglorieuse.\nSa mort, sous les yeux de Timandra, quand il lutta seul contre une nuée\nde Perses, au reflet des flammes de sa maison incendiée, serait un des plus\nbeaux actes de tragédie lyrique.\nLe premier volume de YHistoire d}Alcibiade renferme un très beau portrait\nd'après un buste du Vatican. Avec un peu de bonne volonté, on y reconnaî-\ntrait la figure de Faure.\nMais là n'est pas l'intérêt du beau livre de M. Henry Houssaye, qui est"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "92", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.53", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2995, "texte": "toute l'histoire de la République athénienne, depuis la mort de Périclès jus-\nque l'avènement des Trente Tyrans.\nOn nous accuse de n'être pas sérieux en France; cependant on fait encore\ndes livres comme Y Histoire d£ Alcibiade, et le succès prouve qu'il ya un vrai\npublic pour ces livres-là,\n—-, Le Figaro donne sur la salle des Italiens les renseignements qui sui-\nvent :\n« L'aspect de la salle n'est plus le même. Les loges d'avant-scène, à cause\nde leur renfoncement, constituent une décoration spéciale, sur fond rouge,\nqui s'harmonise parfaitement avec les voussures de la scène. Les autres dé-\ncorations sont généralement en or sur fond jaune.\n« De l'or sur fond jaune ! C'est là une innovation hardie, mais M. Char-\npentier, l'architecte du théâtre, a complètement réussi. Ce mariage de deux\nmêmes couleurs est d'un très bel effet.\n« La première galerie est dorée en plein ; la deuxième et la troisième sont\nen stuc, avec panneaux et ornements dorés; la quatrième, à fond jaune ainsi\nque les archivoltes, est ornée de peintures emblématiques. Les colonnes\nsont également à fond jaune, avec bases, chapiteaux et cannelures dorées.\n« Le lustre a été changé, et le nouveau, sans être beaucoup plus grand\nque l'ancien, aura plus d'éclat à cause de la disposition des cristaux, qui en-\ncadrent les becs de gaz au lieu d'en être entourés, et tamisent ainsi la lumière\nen lui donnant toutes sortes de reflets.\n« Tout le mobilier est neuf. C'est le théâtre de Paris où l'on est le mieux\nassis.\n« La loge de madame de Rothschild, qui était la loge de l'administration,\navait son entrée par la scène; comme madame de Rothschild ne peut pas\nentrer par la scène, on a pratiqué une entrée donnant sur les couloirs de la\nsalle. »\nVoici des détails inédits sur le chef d'orchestre actuel des Italiens, M,\nVianesi, dont l'habileté s'est affirmée avec tant d'éclat dès la soirée de réou-\nverture.\nM. Vianesi est né à Livourne. Son père, professeur de musique, élève dis-\ntingué de Stanislas Mattei de Bologne, lui enseigna les premiers éléments\nde son art. M. Vianesi étudia le piano avec Dolher et la composition avec\nPacini. A l'âge de huit ans, sa carrière musicale était commencée. Il a paru\ncomme artiste lyrique, sur cent vingt-cinq théâtres, en compagnie de ses frè-\nres et de ses sœurs : il chantait les rôles de baryton et basse chantante : Fi-\ngaro, Dulcamara, Don Pasquale, Don Magnifico, etc., etc. A dix-sept ans, il\nétait nommé chef de musique du premier régiment de grenadiers en Italie.\nGiuditta Pasta, avec laquelle il était lié d'amitié, lui conseilla de quitter le\nservice militaire.\nEn 1858, il fut nommé chef d'orchestre de Drury Lane à Londres. La Per-\nsiani, Pauline Viardot, Badiali, Gassier, Naudin faisaient alors partie de la\ntroupe engagée à ce théâtre. En 1862, il devint chef d'orchestre à Moscou et\nensuite à Saint-Pétersbourg au théâtre Impérial. L'empereur de Russie l'a\nnommé maître de chapelle à son service. Il est passé en dernier lieu à Londres"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "93", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.54", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2674, "texte": "à Covent-Garden où il a remplacé Costa. Que d'artistes ont chanté sous sa di-\nrection! Mario, Tamberlick, Badiali, Graziani, Naudin, Ronconi, Gassier;\nmesdames Grisi, Persiani, Viardot, Patti, Albani, pour citer au hasard!\nSon rêve d'artiste était de diriger l'orchestre du théâtre Italien de Paris\net d'y recevoir ce qu'il appelle lui-même il battesimo artistico. M,\nconsidère sa profession comme un sacerdoce. Depuis vingt ans qu'il est chef\nd'orchestre, il n'a manqué ni une répétition ni une représentation, et ne\nlaisse à qui que ce soit le soin de surveiller les répétitions des artistes et des\nchœurs. Un scrupule caractéristique: Les jours de représentation, M. Via-\nnesi dîne à trois heures de l'après-midi pour rester maître de toute sa tête et\nde tout son bras. Il aime son orchestre comme Quasimodo sa cloche, avec\nune véritable passion. Ajoutons qu'il est homme de goût et de sens, qu il\nparle plusieurs langues et raffole de peinture.\nM. Vianesi est, jusqu'à présent, la véritable trouvaille de M. Strakosch.\nComplétons les renseignements que nous avons donnés dans notre der-\nnier numéro sur la Pavane, qu'on exécute àla Gaîté dans le Gascon.\nC'est notre excellent collaborateur, M. Wekerlin, qui en a fourni le texte\nà M. Vizentini, d'après la version originale de la bibliothèque du Conserva-\ntoire.\n—M. Gaston Escudier publie dans VArt musical une série d'articles sur\nles fêtes populaires. Dans l'un d'eux, il nous initie aux mystères fort peu sacrés\nde la musique foraine :\n<c Au grand cirque Loisset, l'un des plus beaux que je connaisse, et auquel\nje consacrerai un chapitre tout spécial, j'ai entendu deux clowns exécuter sur\ndes pots de fleurs et sur des verres les Cloches du monastère de Lefebure\nWely quelquefois les verres jouaient seuls. Rossini, un jour, assistait\nà une de ces représentations. L'artiste venait d'exécuter l'ouverture de\nGuillaume-Tell. Le maître racontait le lendemain qu'il avait entendu son\nouverture fort proprement rincée par un clown. »\nDans le journal l'Arte de Trieste, M. E. Cordona raconte l'odyssée du\npiano-forte de Cimarosa.\nLe vénérable instrument sur lequel le maître avait composé ses œuvrés\ncélèbres vient d'être placé dans la collection du Conservatoire de Naples.\nAprès de nombreuses pérégrinations, la précieuse relique était en dernier\nlieu devenue la propriété de M. Andréa Cefali da Cortale (Calabre), qui, à la\nsollicitation de M. Florimo, l'archiviste éminent de la bibliothèque San-\nPietro, en a fait hommage au Conservatoire.\nC'est paraît-il, un piano carré, à cinq octaves. Sur la planchette perpendi-\nculaire au clavier, on lit l'inscription : Adam Londini fecit 1780.\nCompton Street. 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Geraizer, Galabert, Au-\nbéry, Crambade.\nOn annonce comme très prochaine la première représentation de la\nreprise du Bijou perdu, d'Adam, avec mademoiselle Singelée, si fort applau-\ndie à l'Athénée, sous la direction Martinet, et le baryton Lepers.\nRenaissance. Le Mariage aux Lanternes et les Dames de la Halle\nqu'on vient de reprendre à ce théâtre, composent, avec Pomme d/Api, un\nspectacle attrayant qui fera patienter le public jusqu'à la première repré-\nsentation de la Jolie Parfumeuse.\nGaîté. C'est Christian, des Variétés, qui jouera le rôle de Jupiter dans\nOrphée aux Enfers dont la reprise est imminente,\nBouffes-Parisiens. En remplacement de la Belle Imperia, retirée en\npleine répétitions, par ses auteurs, on monte la Qiienouille de Verre.\nEnsuite viendra la Branche cassée, opérette de M, Gaston Serpette, prix\nde Rome, auteur de la cantate de Jeanne d'Arc, exécutée à l'Opéra il y a\nquatre ans environ.\nVictorien Sardou met la dernière main à une comédie intitulée la Jeu-\nnesse de Mozart. On devine que la musique y a sa part. Le principal rôle est\nécrit spécialement pour un artiste phénomène, M. Charles Réné, comédien\nétonnant, dit-on, et pianiste supérieur. Cet artiste n'a pas huit ans. Mais il a\ndonc appris le piano sur le sein de sa nourrice !\nNote du Ménestrel sur le Concert national qui va se transporter cette\nannée de l'Odéon au Châtelet :\nDe pareilles institutions ne peuvent donner de résultats financiers que\ndans un local vaste et spacieux, et l'Odéon, malgré ses excellentes conditions,\nn'offre pas à cet égard les avantages qu'on trouve dans la salle nouvelle, où\n3,500 spectateurs peuvent s'étager à Taise. Cet agrandissement a nécessaire-\nment entraîné une augmentation proportionnelle du nombre des exécutants.\nEn conséquence, le concert national a renforcé ses chœurs et son orchestre\nqui reste sous l'habile direction de M. Colonne. Il donnera vingt séances\ndans le cours de la saison, distribuées par séries de quatre concerts. Parmi les\nœuvres dont l'exécution est dès à présent arrêtée, nous pouvons nommer : le\nMessie de Haendel et la Grande Passion de Bach, VAthalie de\nla Marie-Magdeleine de Massenet, le Ruth de Franck et sa Rédemption, re-\nfondue et refaite en grande partie; un autre drame biblique : Dalila de Ca-\nmille Saint-Saèns, et le Paradis perdu de Th. Dubois. Parmi les pièces\npurement instrumentales, nous ne citerons que les Scènes pittoresques, une\nnouvelle suite d'orchestre de Massenet, le concerto de violon de M. Lalo et\ncelui de Max Bruch, tous deux exécutés par Sarasate, nous réservant d'an-\nnoncer en temps utile les différentes primeurs qu'on nous prépare encore.\nBonne chance au Concert national."}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "96", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.57", "debut_caractere": 124, "fin_caractere_exclue": 1129, "texte": "BRUXELLES. —Le Roi d'Yvetot,opéra-bouffe en trois actes, de MM. Hemery\net Chabrillat, musique de M. Vasseur, passera le 20 octobre aux Fantaisies-\nParisiennes de Bruxelles.\nLes principaux rôles seront tenus par mesdames Desclauzas, Pauline Lui-\ngini, Félicie Delorme, Pélagie Colbrun/ MM. Maiio Widmer, Alfred Au-\ndran. Marchand, Leroy.\nMILAN. Notre cori espondant de nous Gcnt en ces termes succincts*\n« Représentation de \\ Ebvect (lu Juive) au nouveau, très vaste et luxueux\nthéâtre dal Verme. Public écoutant avec beaucoup d'attention la musique\nd'Halévy. Un grand tiers de l'assistance suivant la pièce en lisant le livret.\nSalle trop sonore ; les chanteurs et l'orchestre en abusent, et poussent de la\nvoix et de laichet à qui mieux mieux. Lostumes des premiers sujets seuls\nexacts ; ceux des choristes et des danseuses n'appartiennent à aucun pays, ni\nà aucune époque. Les décors absolument élémentaires... Comparez avec\nParis ! »\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.1", "texte": "LES THÉATRES LYRIQUES\nEN SONNETS\nA. H.\nOICI, mes chers lecteurs et mes aimables lectrices, le\nprécieux cadeau que vous offrent MM. Théodore de\nBanville, Arsène Houssaye, Xavier Aubryet, Albert\nMillaud, Charles Joliet et Charles Monselet, des maî-\ntres en l'art de modeler le vers.\nC'est une fraternelle accolade de la musique et de la poésie :\nEt de plus, un témoignage de sympathie à la Chronique musicale,\ndonné avec tant de grâce et de désintéressement que je ne sais en quels\ntermes remercier nos collaborateurs.\nJe crois mieux faire en ne retardant pas la surprise et le plaisir\nont voulu vous causer."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.2", "texte": "OPÉRA\nTHÉODORE DE BANVILLE\n'Opéra ! C'est le grand palais d'or et de joie\nOù le sourire lutte avec le diamant,\nOù la Richesse, avec son éblouissement,\nDans son prodigieux appareil\nLà sont VAmbition en quêje de sa proie,\nLa Haine, la Luxure et le\nEt Maufrigneusepâle, au\nLaisse autour de ses pieds tr\nEt Rossini, Mozart, Meyerbe\nLeur faisant oublier ces risibles néants,\nLes emportent, vaincus, dans leur sacré délire,\n%\nComme domptant jadis la n\nLe saint aïeul Orphée, avec la grande Lyre,\nFaisait pleurer d'amour les bêtes dans les bois."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.3", "texte": "LES ITALIENS\nARSÈNE HOUSSAYE.\n•o\\art et Rossini vont me donner l'andante :\njCeux qui ne savent pas la langue du vieux Dante\n\"'Aiment ce beau théâtre où chanta Mercadante,\nOù Verdi tant de fois jeta son\nCes dilettantes sont comme le sacristain\nQui rta jamais compris une mess\nCest qu'ici-bas tout est plus bea\nJe ne voudrais pas lire au livre\nLes femmes, mes amis, sont comm\nCar moins on les comprend plus\nAspasie ou Lais, Hélène ou Cléopâtre.\nQue faut-il à Paris le soir pour être heureux ?\nYeux noirs et cheveux blonds,\nQuand Nilsson ou Patti chante"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.4", "texte": "L'OPÉRA-COMIQUE\nXAVIER AUBRYET.\n'est le rendez-vous éternel\nDes fiancés que Von régale.\nLà, le point d'orgue est paternel,\nLa double croche est conjugale.\nL'orchestre, au château d'Apenel,\nTisse une layette idéale.\nL'amour subit n'est pas mortel,\nCar un notaire est dans\nChaque Isabelle a son Mergy ;\nOn la voit tantôt qui rougit,\nTantôt plus pâle que son linge.\nEn sortant, deux Messieurs\nSans doute ennemis des abus,\nDisent : « C'est bien fait pour Comminge ! »"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.5", "texte": "L'ATHÉNÉE\nALBERT MILLAUD.\ningt pieds au dessous du niveau\nDe la rivière, et puis vous êtes\nDans un caveau.\nL'Athénée a de belles\n/ »\nOn y boit du vin en feuillettes ;\nPas du petit vin bleu\nMais un vin qui tourne les têtes\nEt qui vous bondit au cerveau.\nLes crus y sont de race franche :\nOn y boit du Gluck, carte blanche,\nMozart première,\nMais ce qui surtout plaît à chaque\nFin gourmet dont\nC'est du pur Rossini mousseux."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.6", "texte": "LA GAITÉ\nCHARLES JOUET.\nuisqu aujourd'hui le vent souffle à la politique,\n1— S'il emportait au moins\nQue la lessive a lieu sur la place publique ;\nQu'un solo de hautbois se perd dans ces clameurs ;\nQu'il tourne face au Roi,\nQu'en guise de Catons on p\nEh bien ! nous en ferons aussi, de la musique,\nEt nous acclamerons la reine des Neuf-Sœurs.\nOr, voici la nouvelle, il se peut qu'on sourie :\nLa Gaité, renonçant au d\nSe transforme en rival du\nMais le temple d'Euterpe aura ce caractère\nn unir le grave au doux,\nSi l'on rit vendredi, dimanch"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "[55]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.7", "texte": "LES BOUFFES-PARISIENS\nCHARLES MONSELET.\nnnui, lorsque tu\nPrompt à rompre\nJe prends le chemin\nDes Bouffes-Parisiens.\nA moi les beautés en touffes\nFA les gais coméd\nJe veux ce soir\nMon esprit, je t\nParis me rendra Bergame.\nFavart appelait sa femme :\n« Chère bouffe »\nDit le chant et la folie ;\nEt j'ai toute l'ltali\nDans le passage Choiseul."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "[56]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.8", "texte": "QUINAULT\nSA VIE ET SES OUVRAGES\n\n(0\n(Suite et fin.)\nII\nN ce temps-là, l'Opéra le vrai, celui qui a fait sou-\nche, et non les essais qui parurent avant était en-\ncore en enfance. Le ballet de Beaujoyeux, les quatre\npièces de Rinuccini (Daphné, Euridice, Aréthuse,\nAriane), le ballet des Fées, où Louis XIII dansa en\ncompagnie de Guillemine la Quinteuse, de Robine la\nHasardeuse, de Jacqueline l'Entendue, d'Alizon la Hargneuse et de\nNacette la Cabrioleuse, la Festa teatrale délia Finta comman-\ndée par Mazarin, n'étaient que des préludes, ou, si Ton veut, des expé-\nriences d'acclimatation. A mesure qu'on se civilisa davantage, la pompe\ndes spectacles augmenta en imitation du luxe italien. L\"Andromède de\nCorneille, tragédie à machines, pouvait donner une idée des magnificences\nde l'Opéra de Venise; on monta Andromède pour divertir Louis XIV\nenfant, et le sieur Torelli, machiniste, travailla aux décorations, qui\nfurent jugées'si belles « qu'on les grava en tailles-douces. »\nIl y eut, outre cela, les mascarades en vers de Benserade; Cassandre,\nqui valut à son auteur cet éloge singulier : ce M. de Benserade esr le seul\nqui ait eu le talent de confondre le caractère des danseurs avec celui des\nbergers ou des dieux qu'ils représentent. » La pastorale de l'abbé Perrin,\nà Issy, eut ensuite beaucoup de retentissement; les paroles en étaient\n\n(i) Voir le numéro du i 5 septembre."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "57", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.9", "texte": "QUINAULT\n\nfort méchantes; mais on était piqué de la tarentule de la curiosité et l'on\nvint en foule. La route d'lssy à Paris se couvrit de princes, de ducs,\nde maréchaux, d'officiers de cour; les carrosses formèrent une queue\ninterminable depuis les portes de la capitale jusqu'à la maison de\nM. de la Haye où la comédie se jouait. Il n'y eut que la fameuse\nson d'or du marquis de Sourdéac qui réussit à éclipser cette Pastorale\nlongtemps célèbre dans le souvenir des contemporains. UErcole\namante, aux noces du roi, ne plut qu'à demi; les Français commen-\nçaient à s'habituer à entendre des opéras dans leur langue et ils repous-\nsaient l'invasion étrangère. Perrin, qui avait de la spontanéité et de\nl'à-propos, exploita ce sentiment d'amour-propre national ; profitant du\nsuccès de sa Pomone,qu'on avait applaudie dans la grande salle de l'hô-\ntel de Nevers, il obtint du roi des lettres patentes pour l'établissement\nd'une Académie de musique ; le privilège porte la date du 28 juin 1669\net donne le droit exclusif d'établir des opéras non seulement à Paris mais\npar toute la France.\nL'entreprise était formidable ; Perrin avait besoin d'associés. Il choi-\nsit Cambert pour la musique, le marquis de Sourdéac pour les machines\net prit un nommé Champeron comme bailleur de fonds. Jusque-là tout\nallait bien; mais on avait compté sans Lulli, surintendant de la musique\ndu roi, qui avait peur de Cambert et qui le jalousait. Le rusé Florentin\ncommença par jouer un tour pendable à l'association; il lui débaucha\nMorel et Gillet qui étaient les deux plus belles voix de la troupe, sous\nprétexte que Louis XIV voulait avoir ces chanteurs dans sa troupe à lui.\nContre la force pas de résistance; Perrin fut obligé de parer le coup\ncomme il put; il envoya en Languedoc le sieur Monnier qui ramena de\nlà-bas Clidière, Beaumeville, Miracle, Tholet et Rossignol; ces artistes\navaient en province une réputation méritée, et Perrin se vit en état de\nreprésenter Pomone sur le théâtre Guénégaud, en mars 1671.\nPomone alla aux nues; la laideur de la Cartigny, qui remplissait le\nrôle principal, n'empêcha pas la vogue de l'ouvrage. L'association gagna\nplus de trente mille livres, ce qui amena tout naturellement la discorde\nau camp des Grecs ; Sourdéac prétendit qu'il avait fait des avances pour\npayer les dettes de Perrin, s'empara des rênes du pouvoir et se débar-\nrassa de l'abbé sans autre forme de procès. A Pomone succédèrent les\nPeines et les Plaisirs de l'Amour dont on a conservé le compte rendu\ntracé de la propre main de Saint-Evremond: « Cet opéra eut quelque\nchose de plus poli et de plus galant que les autres. Les voix et les instru-\nments s'étaient déjà mieux formés pour l'exécution. Le prologue était-\nbeau et le tombeau de Climène fut ir ."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "58", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.10", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nLulli devint de plus en plus inquiet. Il s'employa si bien auprès de\nmadame de Montespan que, par le crédit de cette dame, il obtint le dé-\nsistement de Perrin et la cession du privilège moyennant une somme\nd'argent. Du coup_> le pauvre Cambert s'en alla mourir en Angleterre;\nun nouveau gouvernement s'installa, Sourdéac fut remplacé par Viga-\nrani et l'abbé Perrin par Quinault.\nLe public, il faut bien l'avouer, ne perdit pas au change.\nLes Fêtes de Vamour et de Bacchus, Cadmus et Hermione, qui furent\nles premières pièces représentées sous la nouvelle direction, contentèrent\ntellement Sa Majesté qu'elle daigna choisir Quinaulr pour son librettiste\nordinaire et qu'elle condescendit même à indiquer parfois les sujets qu'il\ndevait traiter. Nous avons trouvé dans un manuscrit de l'époque des dé-\ntails sur la manière dont Lulli et son poète s'entendaient ensemble pour la\ncomposition d'un opéra: « Quinault cherchait et dressoit plusieurs su-\njets. Ils les portaient au Roi qui en choisissoit un ; alors Quinault écri-\nvoit un plan du dessin et de la suite de sa pièce. Il donnoit une copie de\nce plan à Lulli, et Lulli voyant de quoi il étoit question en chaque acte\net quel en étoit le but, préparoit à sa fantaisie des Divertissements, des\ndanses, des chansonnettes de bergers. Quinault composoit les scènes et,\naussitôt en avoit achevé quelques-unes, il les montroit à l'Académie\nfrançaise dont il étoit. » On prétend aussi que le poète consultait beau-\ncoup une amie à lui: mademoiselle Serment; on lui donne pour collabo-\nrateurs Boyer et Perrault qui, eux-mêmes, se soumettaient au jugement\nde Colbert. Mademoiselle Serment n'a pu donner beaucoup de conseils,\npuisqu'elle ne fît la connaissance de Quinault que dans le temps où celui-\nci composait Armide, sa dernière et sa meilleure œuvre, comme on\nsait.\nLulli était très difficile sur les paroles qu'on lui apportait ; elles ne lui\nconvenaient jamais de prime-saut et il les corrigeait, il en retranchait la\nmoitié impitoyablement. Le librettiste désespéré s'en retournait rimer sur\nde nouveaux frais: il se mordait si bien les doigts que Lulli agréait une\nscène, à la fin des fins. La scène adoptée, Lulli la lisait, la relisait, jus-\nqu'à la savoir par cœur; il s'établissait devant son clavecin et, quand il\navait achevé son chant, il se l'imprimait tellement dans la tête qu'il ne\ns'y serait pas mépris d'une note. Il le dictait à ses élèves, L'Alouette\net Colasse qu'il faisait mander vitement. Le lendemain il n'y pensait\nplus.\nLa collaboration assidue de Quinault et de Lulli ne pouvait man-\nquer d'exciter l'envie. On fit de nombreuses démarches auprès du direc-\nteur de l'Opéra pour qu'il cessât de fréquenter l'Hélicon, bras dessus"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "59", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.11", "texte": "QUINAULT\n\nbras dessous avec son inséparable compagnon de route : « Quinault; di-\nsait-on, est un homme noyé (c'était l'expression dont on se servait) ; à\nquoi bon se noyer avec lui? » Thomas Corneille, en manière de rivalité,\nécrivit un opéra. L'ayant porté au musicien à la mode, celui-ci le\nrenvoya à Quinault, de même qu'il y renvoya La Fontaine et sa pasto-\nrale de Daphné. La Fontaine avait plus de vanité qu'on ne Ta cru géné-\nralement ; il se blessa du refus de Lulli et, comme le bruit de son\naventure avait transpiré dans le public, il fut en butte aux couplets de\nLinière :\nAh ! que j'aime La Fontaine\nD'avoir fait un opéra :\nOn verra finir ma peine\nAussitôt qu'on le jouera.\nPar l'avis d'un fin critique,\nJe vais me mettre en boutique,\nPour y vendre des sifflets ;\nJe serai riche à jamais.\nCe n'était pourtant pas la faute de Quinault si La Fontaine délaissait\nla fable où il excellait pour un autre art qu'il ignorait complètement.\nL'opéra était un genre nouveau et il fallait un véritable génie pour le\ndévelopper. Le collaborateur de Lulli n'arriva pas subitement au dernier\ndegré de la perfection. Alceste renferme des éléments grotesques qui\nfont tache sur la beauté de l'ensemble ; un certain Straton, chargé\ndu rôle comique, chante, au milieu des pâtres, une sorte de rigodon fort\ndéplacé :\nTout rit aux amants ;\nLes jeux charmants\nSont leur partage :\nTôt, tôty tôt, soyons contents ;\nIl vient un temps\nQu'on est trop sage.\nOn dirait un refrain de vaudeville, Les mêmes nuances disparates\néclatent dans Cadmus qui précéda Alceste ; c'est dans Atys que Qui-\nnault arrive à la maturité complète; le style s'affermit, la pensée s'élève,\nle talent s'épure. Il n'y a point de déclaration (celle de Phèdre exceptée)\nqui soit mieux amenée que celle de la nymphe Sangaride. Le début de\nla pièce est parfumé d'une fraîche senteur pastorale; l'odeur des foins\nmêlée aux effluves de la brise. Y a t-il rien de plus matinal que la stro-\nphe suivante :"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "60", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.12", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nLe soleil peint nos champs des plus vives couleurs ;\nIl a séché les pleurs\nQue sur l'émail des prés a répandus Vaurore,\nEt ses rayons nouveaux ont déjà fait éclore\nMille nouvelles fleurs.\nLa poésie de Quinault est le démenti le plus formel adressé aux doctri-\nnaires qui veulent que les vers d'opéra soient des vers de mirliton. D'au-\ntres grands hommes du siècle de LouisXlV ont fait les Satires, Phèdre,\nle Misanthrope, le Chêne et le Roseau, Poljrencte, qui sont des œuvres\nd'une perfection accomplie; mais personne n'a eu, comme Quinault, le\nsentiment de la mesure et du rhythme nécessaires à l'inspiration du com-\npositeur. Que reproche-t-on à la langue française, musicalement par-\nlant ? On lui reproche de n'avoir pas autant de voyelles que la langue\nitalienne. Hé bien! lisez les principaux passages d'Armide et de Roland,\nles voyelles abondent ; elles sont là, non point par un effet du hasard,\nmais par une précaution du librettiste, afin d'aider à l'émission du son.\nLes vers de Quinault appellent la mélodie comme le Septentrion attire\nl'aimant.\nTous les rhétoriciens ont fait le parallèle obligé entre Corneille et\nRacine; le parallèle entre Racine et Quinault serait plus neuf et plus\nais^# _ Racine, avant d'aborder la tragédie,, écrit des odes fort ordinai-\nres sur les nymphes de la Seine; Quinault, lui aussi, a des hésitations,\nse lance dans la comédie de genre avant de découvrir sa véritable veine.\nRacine, ayant chanté l'amour et mené une jeunesse orageuse, a des scru-\npules, sur la fin de sa carrière; les mêmes inquiétudes religieuses tra-\ncassent Quinault et lui font abandonner la scène de ses exploits. Le chef-\nd'œuvre de Racine est sa dernière pièce : Athalie; le chef-d'œuvre\nde Quinault est : Armide, son dernier opéra.\nVoilà bien des traits de ressemblance qui indiquent suffisamment (à\ndes degrés divers) la même nature de talent. Nous avons loué, exalté,\ndéifié Athalie; nos dédains pour Armide sont inconcevables. C'est là\nque l'amabilité du style est vraiment soutenue, que les situations ont le\nplus d'intérêt, qu'il y a le plus de charmes dans les détails et dans l'in-\nvention allégorique. Le seul rival que l'on puisse opposer à Fauteur est\nVirgile lui-même, le grand Virgile; Didon éplorée, essayant de s'oppo-\nser au départ de son amant, n'est pas plus touchante qu'Armide enla-\nçant dans ses bras charmants et voluptueux le chevalier Renaud.\nJe mourrai si tu pars et tu n'en peux douter.....\nIngrat ! sans toi, je ne puis vivre."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "61", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.13", "texte": "QUÏNAULT\n\nMais, après mon trépas, ne crois pas éviter\nMon ombre obstinée à te suivre.\nTu la verras s'armer contre ton cœur sans foi ;\nTu la trouveras inflexible,\nComme tu l'as été pour moi ;\nEt sa fureury s'il est possible,\nEgalera l'amour dont fai brûlé pour toi\nN'est-ce pas là une belle strophe et ce monologue ne traduit-il pas à\nmerveille les mouvements d'un cœur blessé?\nQuinault n'a pas eu seulement le don des vers harmonieux ; il a\ntrouvé aussi des mots comme le : Qu il mourut, d Horace, et le : Moi\nseule, de Médée. Cybèle, jalouse du bel Atys et de la nymphe qu'il\naime, fait périr cette nymphe ; Atys désespéré se tue, et pendant que\nCybèle verse des larmes sur le sort de son favori : Ne pleurez pas,\ns'écrie Atys...\nJe suis vengé : vous m'aime %et je meurs !\nRéponse sublime et qui suffirait à recommander la mémoire du poète\nà l'admiration de la postérité.\nC'est Armide qui a valu à son auteur les éloges exagérés de Schlegel.\nIl est vrai que Schlegel et Lessing, en bons Allemands qu ils étaient,\nont suivi un procédé identique ; de même que Lessing, dans sa Diama-\nturgie, a mis Destouches en tête de notre littérature, de même Schlegel\nn'a glorifié Quinault qu'aux dépens de Molière. Sacrifier Métastasé à\nQuinault, passe encore *, mais Molière ne s immole pas ainsi. Halte-là,\nmonsieur le critique !\nNous appellerons spécialement 1 attention du lecteur sur le ballet\nintroduit par le poète au troisième acte à?Avi/7iide. Ce divertissement,\nau lieu d'être une superfluité, concourt au développement de l'intrigue.\nC'est, je crois, la première fois qu'on a imaginé de faire servir la danse\nà l'intérêt de l'action. Armide appelle la Haine et lui livre le cœur de\nRenaud. « Aussitôt, dit le texte, la Haine sort des Enfers accompagnée\ndes Furies, de la Cruauté, de la Vengeance, de la Rage et des Passions\nqui dépendent de la Haine. » Tout ce monde-la se met à danser, comme\nde juste.\nOn pourra rire de la naïveté du procédé et surtout de la phrase que\nnous venons de transcrire. Il faut bien reconnaître néanmoins que\nl'innovation était considérable ; elle ouvre la carrière aux opéras où la\ndanse est partie agissante et nécessaire, comme dans le Dieu et la Baya-\ndère ou la Muette de Portici. Rappelons-nous que les trois quarts des"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "62", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.14", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nécrivains actuels amènent un intermède chorégraphique par ces simples\nmots: Que la fête commence ! C'est commode, mais peu ingé-\nnieux et peu spirituel !\nLes œuvres du grand siècle sont toutes marquées d'un incomparable\ncachet de majesté. Toute brûlante qu'est la passion d'Armide, il y a de\nla retenue et delà dignité dans les élans de cette enchanteresse ; Quinault\nest un Scribe en perruque bouclée. Sans doute, il n'a point deviné qu'en\ndehors de la mythologie on fouillerait dans les sujets historiques, qu'on\ncoucherait la Saint-Barthélémy sur les portées d'un papier réglé, qu'on\nferait chanter des cavatines à Jeanne d'Arc et des airs de basse au\nfarouche Attila, au splendide Nabuchodonosor. On ne peut avoir toutes\nles presciences. Quinault tâchait surtout d'accommoder ses ouvrages aux\nvolontés du Roi,, qui avait en horreur la musique brillante et facile.\nUne anecdote à ce sujet. Un jour, le duc de Saint-Aignan ayant pré-\nsenté à Louis XIV le petit Baptiste (Anet), qui exécutait sur le violon\ndes morceaux d'une agilité prodigieuse, le prince écouta patiemment,\nindolemment, les variations du virtuose; après quoi, ayant fait venir\nun artiste de la chapelle royale : Jouez-moi un air de Cadmus,\ndemanda-t-il. La mélodie lourde et traînante de Lulli plongea\nLouis XIV dans le ravissement. Se tournant vers le duc de Saint-\nAignan : Que voulez-vous, monsieur, dit-il, je ne saurais que vous\nrépondre; voilà mon goût à moi, voilà mon goût.\nIl ne faudrait pas admettre que l'habile Quinault ait été dépourvu de\nmalice. Comme tous les lyriques, il avait un réel talent pour l'épi-\ngramme. On se souvient des doléances qu'il fît sur les difficultés qu'il\néprouva à marier ses filles. Les quatre derniers vers de ce morceau poé-\ntique sont seuls connus. Chose bizarre ! nous avons retrouvé la pièce\nentière dans un volume de controverses religieuses; nous la publions\ntelle quelle.\nL;OPÉRA DIFFICILE\nCe n'est pas l'opéra que je fais pour le Roy\nQui m'empesche d'estre tranquille /\nTout ce qu'on fait pour lui paraît toujours facile*\nLa grande peine où je me voi,\nC'est d'avoir cinq filles che% moi\nDont la moins âgée est nubile.\nJe dois les établir et voudrois le pouvoir ;\nMais à suivre Apollon, on ne s'enrichit guère,\nC'est avec peu de bien un terrible devoir\nDe se sentir pressé d'estre cinq fois beau-père."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "63", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.15", "texte": "QUINAULT\n\nQuoi ? cinq actes devant notaire,\nPour cinq filles qu'il faut pourvoir !\nO ciel ! peut-on jamais avoir\nOpéra plus fâcheux à faire ?\nQuoi qu'en ait dit ce père embarrassé, il fit épouser son aînée à un\nneveu du peintre Lebrun, et sa cadette à M. Gaillard, qui occupait un\nposte élevé dans la magistrature.\nAprès Armide, Quinault se confina dans les pratiques de la dévotion.\nIl mourut le 26 novembre 1688, laissant la réputation d'un homme\nadroit et sensible. Un distique de Boileau a failli ensevelir dans\nl'oubli le chantre d'Armide et d'Atjrs; heureusement que La Harpe\net Voltaire sont venus infirmer le jugement du satirique.\nIl n'est point vrai de dire que les opéras de Quinault soient des lieux\ncommuns; l'expression de morale lubrique est aussi déplacée qu'indé-\ncente. Il n'est pas exact non plus que Lulli ait réchauffé les ouvrages\nde son collaborateur; c'est plutôt le contraire qui serait la vérité. Qui-\nnault a en partage le tour nombreux et l'élégance innée ; ces qualités, il\nles a conservées en dépit des outrages du temps. Ne le comparons à au-\ncun des auteurs modernes; M. Viennet a plus imité La Fontaine que\nM. de Saint-Georges n'a continué Quinault. Les conditions de l'art ont\nchangé; mais, dans sa spécialité curieuse, le fils du boulanger est resté\ninimitable, comme Saint-Simon dans ses Mémoires, comme Bossuet\ndans ses Oraisons funèbres, comme Despréaux dans son Lutrin, comme\nBéranger dans ses Chansons. Il y a des génies qui ne font pas école;\npour comprendre le mérite de Quinault il faut relire Marmontel et le\nbailli du Rolet.\n\nDANIEL BERNARD."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.16", "texte": "LES NOELS DE NICOLAS SABOLY\n\nN homme d'esprit et de sens, qui était aussi un grand\néconomiste et un clairvoyant observateur, me disait\nun jour qu'il ne fallait produire à Paris que ce qui\nn'y était pas déjà.\nA ce compte, la notice que nous publions aujour-\nd'hui et les pièces qui raccompagnent seront les bien-\nvenues dans la Chronique musicale qui prend à tâche de ne rien omettre\nde ce qui; parmi les hommes et les choses d'art lyrique, peut intéresser\net piquer la curiosité des connaisseurs.\nNicolas Saboly, Fauteur si justement célèbre des Noëls provençaux,\nné à Monteux (Vaucluse) , en 1614, mort à Avignon le 25 juillet 1675,\nà l'âge de 61 ans, était devenu deuxième bénéficier de Saint-Pierre,\néglise collégiale de cette ville. Il en fut aussi maître de musique et or-\nganiste durant un assez grand nombre d'années, pendant lesquelles il\ncomposa plus de cent Noëls qui, depuis deux siècles, sont encore aujour-\nd'hui restés populaires dans nos contrées méridionales. Il les mettait,, le\nplus souvent, lui-même en musique ; aussi, est-ce à juste raison qu'il\nfut appelé le Troubadour du dix-septième siècle.\na S'il avait pu, dit Fortia d'Urban, chanter les belles et les\nexploits de l'ancienne chevalerie, il aurait obtenu une place très-distin-\nguée parmi les premiers poètes de la nation. Ses Noëls, qui sont tout\nautant d'hymnes, respirent une naïveté touchante et presque sublime. »\nSaboly, nous venons de le dire, composait presque toujours la mu-\nsique de ses Noëls ; mais il faut remarquer que, dès que ces sortes de\npetits poèmes avaient vu le jour, les musiciens de son temps s'en empa-"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.17", "texte": "LA NATIVITÉ\nMusique de NICOLAS SABOLY\nTraduction de Charles SOULLIER\n(NOTA) L'air de ce Noët est did-on tired de la Comédie de Molière LE MÉ DECIN MALGRÉ LUI?\nReprésentée pour la 1re fois au Théâtre Français le 9 Août 1666. Quelques uns l'à Lulli."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.18", "texte": "TRADUCTION FRANÇAISE.\n1\nVenez, donc\nGentes pastourelles}\nVenez donc\nJeunes pastoureaux!\nVenez voir le prodige nouveau\nQui va marquer l'ère nouvelle\nAh!ah!ah!que la mère est belle\nAh!ah!ah!que l'en fa lit est beau!\n2\nLevez-vous,\nLe ciel est splendide\nLevez-vous,\nVite,arrivez tous!\nVenez donc,venez,vous joindre à nous,\nMathieu, Christophe, Armand, Placide!\nDieu!Dieu!Dieu!quel regard candide!\nDieu!Dieu!Dieu!quel air tendre et doux!\n3\n- Qui va là ?\nQui frappe à la porte?\nQui va là?\n- Que vous fait cela?\nVous verrez ce que nous portons 1à...\n- Bien venu soit l'ami qui porte!\n- Pan!pan!pan!ou vrez~nou s:qu'importe?\nPan! pan!pan!ouvrez: nous voilà!\n4\nDoucement!\nIl a fine oreille:\nDoucement!\nMarchez lentement!\nApprochez bien délicatement,\nComme sur la fleur fait l'abeille.\nPaixîpaix!paixîcar 1 enfant sommeille,\nPaix!paix!paixîcar le petit dort!\n\nTEXTE ORIGINAL.\n1\nVenès lèu\nVèire la piéucello-\nVenès lèu,\nGenti pastourèu!\nSoun enfant es pu blanc que la nèu,\nE trelusis coume uno estello.\nAi!ai!ai!que la maire es bello!\nAi!ai!que l'enfant es bèu.\n2\nHou!Christou,\nLa nuech es fort claro,\nHouîChristou,\nSauto vite au sou,\nE vai-t'en au païs dei Jusibu,\nVèire causo raro.\nHou!hou!hou!me lèvetoutaro,\nïloulhouîtoutaro li vou.\n3\nQu's aqui\nQue bat de la sorto?\nQu's aqui?\nSian vbsteis ami,\nQue pourtenun parèu decabrit:\nDison qu'es bon ami qu porto .\nTa!ta!ta!druvès nous la porto,\nTaîta! venès nous druvi!\n4\nAvès tort,\nVous e vostei fiho,\nAvès tort\nDe pica tan fort}\nVàutrei, tous de butor,\nPoudès jamai teni sesiho.\nChut! chut!chut! que ?enfant soumiho,\nChut! chut! que lou petit dor.\n5\nGros badau,\nN au res j a mai pauso!\nGros badau,\nTeisas vous un pau!\nParlas, plante marchas tan pu siau\nCouine l'ai uuoeaealauso.\nPI an! p la 11! p I a n! que l'enfant,\nPlan! planîleissas-l-en repau."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.19", "texte": "LA REDEMPTION\nMusique de NICOLAS SABOLY\nTraduction de Charles SOULLIER"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.20", "texte": "TRADUCTION FRANÇAISE.\n1\nPuisque l orgueil de l'humaine nature\nOsa rêver une tour de Babel\nUn homme Dieu pour réparer 1 injure\nSur cette terre est descendu du ciel.\n2\nQuand même Adam n'eut pas commis sa faute\nLe fils de Dieu fût encor descendu.\nSa mission fut si grande et si haute,\nQui! fallait bien que son nom fût connu.\n5\nQuel méchant lit qu'une pierre détaillé.\nUn gros caillou n'est qu'un coussin bien\nMais le bon fruit,conservé sur la paille,\nAvec le temps profite et devient mur.\n4\nCe faible enfant est trop jeune et trop tendre,\nTraitre Judas,on n'en donnerait rien-\nLaisse le donc mûrir pour le mieux vendre\nEt de la terre il sera le vrai bien.\n5\nIl est fragile autant qu'on peut le dire:\nLe moindre mal lui causerait la mort,\nIl saura mieux endurer son martyre\nLorsque le temps l'aura rendu plus fort.\n6\nSi père Adamjorsquil mangea sa pomme,\nEut vu Jésus verser son sang pour nous,\nIl se fût dit: Heureux le premier homme\nDont le péché fit un sauveur si doux!\n&\n\nTEXTE ORIGINAL.\n1\nPièisque lourguei de l'umano naturo,\nEromountajusquàDiéu a moundaut,\nUn Orne Diéujpèr repera l'injuro\nFau que descende doucèu eiçavau\n2\nQuand bèn Adam n'auriégis fas de fauto,\nLou Fieu de Dieu sarié toujour venguj\nSa qualitat es si grando e si auto,\nQu'èro besoun que fusse couneigu .\n3\nLou marrit lie qu\\ino pèiro detaio!\nUn gros caiau es un pouissin bèn dur!\nAquéu bèu fru qu'es sus un pau de paio,\nEmé lou tèms se rendra bki madur.\n4\nAquel enfant es trop jouine e trop tendre,\nTraite Judas!nauriés gaire d'argent,\nSentrepreniés toutaro de lou vendre:\nEspèro dounc qu'âge un pau mai de tèm.\n5\nEs delica mai que noua pourriéu dire,\nLou mendre mau li causai ié la mort:\nPourra bèn mai endura de martire,\nQuand sara grand e que sara plus fort.\n6\nSi tu ta presènco,\nLou Fieu.de Dieu mouri pèrtoun amour,\nPourries bèndire:Urousoes mounoufènso,\nQu'a méritât un si grand Redentour!"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.21", "texte": "SAINT JOSEPH ET SON HÔTE\nDIALOGUE\nPrécédé et suivi du Chœur des Bergers et des Rois\nMusique de NICOLAS SABOLY\nTraduction de Charles SOULLIER."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.22", "texte": "%\n\nTRADUCTION, FRANCAISE\n1\nS t JOSEPH\nHola! quelqu'un! Maitre ou maitresse!\nAmis, répondez a ma voix!\nJ'ai déjà frappé bien des fois,\nEt nul ne vient; quelle rudesse!\nL'HÔTE, br asquement.-\nVous interrompez mon sommeil!\nA ce tapage on ne dort guère,\nVous (jui provoquez mon réveil\nQue voulez-vous? que faut-il faire?\n2\nS*; JOSEPH, d'une voix très douce.\nMon bon ami, si je ré clame,\nC'est au nom de l'humanité\nDonnez-nous l'hospitalité\nSi ce n'est pour moi, pour ma femme!\nL'HOTE\nVous êtes des trouble-repos.\nDes rôdeurs, troupe mal famée,\nQui dérangez atout propos;\nBonne nuit! ma porte est fermée !\n3\nS*. JOSEPH\nNazareth est notre patrie..\nJe suis Joseph le charpentier.\nAssez connu dans mon métier:\nMa femme s>appelle Marie.\nL'HOTE\nJe ne puis pas vous recueillir:\nAllez chercher ailleurs fortune.\nLa nuit, on n'a guère a choisir:\nCouchez donc au clair de la lune._\n4\nSt JOSEPH\nDe la nourriture et du gite\nNous pavrons le prix, quel qu'il soit:\nSouvent le moindre- petit toit\nVaut un palais, quand il abrite.\nL'HOTE\nVotre souper sera mal cuit,\nMon linge est de grossière toile\nVous risquez donc, pour cette nuit,\nDe loger à la belle etoile.\n5\nSfc. JOSEPH\nNe nous traitez pas de là sorte:\nVous pourriez, par ce temps affreux,\nEu vous montrant si rigoureux*\nNous trouver morts à votre porte !\nL'HOTE, d'union plus doux.\nVous triomphez de ma bonté,\nEl je veux être seeourable.\nJe vous reçois par charité:\nVouscoueherez dans une. étable.\n\nTEXTE ORIGINAL\n1\nSAN JOUSE\nHou! de IWstau! mèstre,inestresso>\nVarie t, chambriero, ci lia res?\nAi déjà pica proun de fes,\nE'res noun vèn! quinto rudesso!\nL'OSTE\nMe siéu deja leva très cop ;\nS'eiço duro, dourmirai gaire.\nQu pico a bas ? qu'es tout aco ?\nQuau sias?que voulès?que fau faire?\n2\nSAN JousÈ\nMoun bon ami, prènes la peno\nDe descendre un pau eiçavaù!\nVoudrias îouja dins voste oustau,\nléu soulainen emé ma feno?\nVOSTE\nVautre sias de troublo-repau;\nSias d'aguéstei batur-d'estrado\nQue sounjas rèn qu'a faire mau.\nAdioussias, ma porto es sarrado\n3\nSAN_ JOUSE\nNazarèt- es nostro patrio ;\niëu siéu pas tau que me crèse :\nSiéu fustié, m'apelle Jouse\nMa feuio s'apello Mario.\nL'OSTE^\nGiliaproun gènt,vole plus res;\nDieu vous done meiour fourtuno!\n§ i me cresès, demandées\nVount_es lou lougis de la Luno.\n4\nSAN JOUSE\nRetiras-nous, que que nous caste!\nLoujas- nous- dins lou galatas i\nVous pagaren nostrerepas,\nCoume s'erian à taulo d'oste.\nL'OSTE\nVoste soupa «ara man cua;\nCresei que farés pauro chiero\nCar per segur, aquesto nue,\nVous loujarès a la carriero.:\n5\nSAN JOUSE\nNous tratés pas\nHélas! veses lou tèms que fai !\n1) ur be s - nous ! s ' ista* g aire mai,\niXous troubarés mort à la portol\nL'OSTE\nVosto moulie me fai pieta,.\nE me rend un pau plus afable:\nVous loujarai pèr earita\nD ins un pichet marri Lestable."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.23", "texte": "DIEU ET DIABLE\nMusique de NICOLAS SABOLY.\nTraduction de Charles SOULLIER\n(NOTA) Les paroles provençales de ce Noël sont si défectueuses et si biscornues (le diable avait sans dou-\nCouplet mais nous suppléons aux autres couplets par une chanson complainte sur cet air d'ailleurs très re-\nmarquable de SABOLY"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.24", "texte": "TRADUCTION FRANÇAISE.\n1\nJ ai vu Lucifer,\nMalicorne,\nPortant corne*,\nj'ai vu Lucifer\nPour moi sorti de 1 Enfer\n- O diable\nEffroyable,\nDis,que me veux-tu?\nFair'lachasse à ta vertu.\n2\n-Jai pour tes loisirs\nDes fillettes,\nGentillettes,\nj'ai pour tes loisirs\nDes amours et des plaisirs.\n-O diable,\nEffroyable,\nPour l'amour de Dieu\nA Satan j'ai dit adieu .\n3\n-j'ai dans mes greniers\nVingt exquises\nFriandises,\nJ'ai dans mes greniers*\nDes fruits secs en pleins paniers\n-O diable,\nEffroyable,\nQui fais tant d'heureux,\nGarde tes fruits secspoureux!\n4\n- Je suis exigeant,\nPrends y garde\nEnta mansarde!\nJe suis exigeant\nQuand on a besoin dargent.\n- Ô diable\nEffroyable,\nJe m'en passerai!\nJe suis pauvre et j'patirai!\n5\n_Rends_toi donc enfin,\nOu la vie\nT est ravie,\nRends_toi donc enfin,\nOu ton fils faim!\n- ô diable\nEffroyable,\nJe me donne à toi...\nQue Chariot vive et prends moi!\n6\n-Il t'faudra,demain\nSeul'ressource\nDe ta bourse,\nIl t'faudra demain,\nArrêter sur l'grand chemin.\n- Ô diable\nEffroyable,\nMon fils a d'l'honneur\nEt nVeut pas d'un pèr' voleur!\n7\n-Mourez donc alors,\nIndociles,\nImbéciles,\nMourez donc alors,\nSelon la loi des plus forts!\n-ô diable\nEffroyable,\nNous mourrons tous deux,\nMais...pour vivre dans les cieux!\n\nTEXTE ORIGINAL.\n1\nSant Jousè m'a di:\nPrente gardo, prente gardo!\nSant Jousè m'a di:\nPrente gardo pèrei ci!\nQuand jalo,quand nèvo?lei marridei gènt\nSoun pèr orto d'à quéu tèm\n2\nM'a mes quantecant\nil al a bar do Palabardo\nM'a mes quantecant\nL alabardo entre lei man:\nQui mavche?qtii vivePvese très voulur!\nQui va là?Sian pas Seguri\n5\nLeis ai vist de près\nQu'an de mourre,qu'a» de mourre!\nLeis ai vist de près\nQu'an de mourre de travès\nDe pato,de grifo,coume noste cat,\nE de co coume de rat!\n4\nVilèn Belzebut,\n' *\nQu as de bano, qu'as de bano,\nVilèn Belzebut,\nQu'as de bano «us lou su>\nQue rodesfque cerques?ci liarèndetiéu\nSiantous deis enfant de Dieu\n5\nTraite Lucifer,\nPerque sortes,perqué sortes,\nTraite Lucifer,\nPerqué sortes de l'infer?\nLa casso,la pesco valôn rèn pèr tu\nAroque Dieu es vengu.\n6\nMalurous Satan,\nQu'as leis alo,qu'as leis alo,\nMalurous Satan,\nQu'as leis alo dun tavan,\nQue dises?que groundesffasses pas lou fin!\nToun Mèstre es aqui dedin.\n7\nBel ange Michèu,\nSourtès vite, -\nBel ange Michèu,\nSourtès lèu*\nLei diable barrulon à l'entour doujas,\nMandas lèi au pais bas."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "65", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.25", "texte": "raient pour y adapter leurs mélodies ; et nous voyons dans les divers re-\ncueils notés qui nous restent de lui, que plusieurs d'entre eux comptent\njusqu à trois ou quatre airs différents. Toutefois, les meilleurs de ces airs\nétaient, bien entendu, toujours les siens.\nCertes, on doit avouer, avec Fortia d'Urban,que la plupart des mélo-\ndies de Saboly sont empreintes d'une naïveté touchante qui s'élève par-\nfois jusqu'au sublime; et l'un des airs que nous reproduisons ci-\ncontre (le Dialogue de saint Joseph , qui est un modèle du\ngenre, en est une preuve convaincante; mais il ne faut pas oublier de\ndire aussi, avec le biographe Barjavel, que ces qualités ne constituent\npas exclusivement le caractère du chantre de la Nativité. On trouve\ndans ses recueils quelques pièces très mordantes et très spirituellement\nsatiriques, telles que celles sur l'abbé Bibasso et contre un sieur Cade-\nnières, qui furent, dit-on, retranchées de sa collection, afin de ne pas\nblesser la susceptibilité de quelques familles du pays.\nA propos de cette dernière pièce de notre troubadour Contadin, nous\ncroyons être agréable à nos lecteurs en reproduisant ici quelques lignes\nde notre spirituel Castil-Blaze, qui ne laissait jamais rien échapper dans\nses piquantes chroniques.\n<( Nous trouvons, dit-il, Saboly tout entier dans une chanson pleine\nd'esprit, de sel attique et surtout de malice, qu'il décocha contre un\ncertain Cadenières, bourgeois gentilhomme qui n'avait pu se faire oc-\ntioyer le droit de placer la particule devant son nom, dans le pays du\nmonde où rien n était plus facile. Un juge de l'infime tribunal de saint\nPierre, un simple docteur même, étaient anoblis par leurs charges, et\nCadenières enrageait de ne pouvoir se faire appeler M. de Cadenières,\nCe pauvre homme était en outre affligé d'une paralysie aux mains, et\nSaboly ne lui fit pas même grâce de cette infirmité dans le vaudeville\ndont il s'agit ; il voulait que le portrait fût ressemblant au dernier\npoint, et ce complément était nécessaire. En voici le premier couplet :\nNoste paure cat\nCadeniero\nQii'a de niero,\nNoste paure cat\nQu'a de niero\nSus lou na ;\nSe grato,\nSe freto,\nN'en pou gis avé\nPerço que na gis de det\n\n11.\nLES NOELS DE NICOLAS SABOLY\n5"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "66", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.26", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\n« Même avec un commentaire, il sera difficile de faire comprendre ce\ncouplet aux personnes qui n'ont pas l'intelligence de la langue proven-\nçale. La double pointe de ces vers piquants vient d'un double calem-\nbour : niero signifie puce; de signifie en même temps doigts, ou dé\nparticule nobiliaire ; Cadeniero, nom propre, par la combinaison de ses\nsyllabes, présente réunis ces quatre mots : qui a des puces. Ces prélimi-\nnaires établis, essayons de traduire :\nNotre pauvre cat (chat), .\nQii a des puces,\nQii'a des puces,\nNotre pauvre cat\nQu'a des puces\nSur le ne% :\nSe gratte,\nSe frotte,\nIl ri en peut point saisir,\nParce qu'il n'a point de doints(De).\nSaboly trouva la chanson si plaisante qu'il écrivit un air nouveau\npour la chanter et la répandre plus avant dans la Société d'Avignon.\nElle eut un succès de vogue : tout le monde la redit alors, et peu de nos\ncontemporains Font oubliée. L'auteur adapta plus tard la musique de ce\nvaudeville satirique à son trente-cinquième Noël : SanJousé m'a dit (i)\net lorsque, dans les réunions de famille, les sept couplets de ce Noël\navaient défilé jusqu'au dernier, il était rare que l'assistance ne conti-\nnuât pas la période, en ajoutant le vaudeville à la queue de notre pau-\nvre chat (Noste pauvre cat).\nMais, si l'esprit et le sel attique dominaient dans les noëls de Saboly,\non y remarquait aussi l'expression d'une sensibilité pleine de douceur\net d'aménité. Rien n'égalait la richesse de son imagination, si ce n'est la\ngrandeur de son âme et la bonté de son cœur.\n(c Au dire de la tradition, dit M. Augustin Boudin dans une récente\nbrochure pleine de détails intéressants sur notre auteur, Saboly était\nd'un commerce très agréable: Joyeux convive, hôte charmant, il mettait\nen pratique le précepte d'Horace: Carpe diem. Sa maison d'une simpli-\ncité antique, mais embellie par la présence de deux muses, était le ren-\n\n(i) Ce Noël fait partie de ceux que nous reproduisons aujourd'hui, et de la collec-\ntion de ceux qui vont être publie's par l'éditeur de musique, Gustave Avocat."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "67", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.27", "texte": "LES NOELS DE NICOLAS SABOLY\n\ndez-vous des littérateurs et des artistes. Les chanoines de Saint-Pierre\nsurtout, pour qui le poète musicien avait des prévenances délicates, ne\nfaisaient point défaut à ses soirées d'hiver 011 les attendait toujours un\nbeau feu bien clair et souvent une bonne bouteille de Châteauneuf. Le\nchantre de la Nativité était généreux, désintéressé, charitable ; son âtre\nne fumait guère pour lui seul ; il aimait à rompre le pain de l'hospitalité,\net ce n'était pas à la Noël seulement qu'il réservait la part du bon Dieu.\nSans cela, auiait-il eu des rimes si energicjues contre le mauvais riche''\nSans cela n eut~il laisse qu une succession repudiable ? Son âme d'ar-\ntiste était pleine des élans les plus passionnés pour la vertu. »\nL écrivain auquel nous empruntons ces lignes (et qui par parenthèse\na découvert un Noël entièrement inédit de Saboly) eut l'occasion,\ndans un de ses voyages à Paris, de chanter quelques uns de ces airs au\ncélèbre auteur des Temps mérovingiens, Augustin Thierry, qui, après\nles avoir écoutés religieusement, s'écria : « Ces Noëls sont d'une tou-\nte chante simplicité!... Que ces mélodies ont de grâce et de fraîcheur!\n«Onré a entendu cela nulle part. »\nEh bien, on pourra V entendre aujourd'hui partout!\nMais.., va-t-on s éciier, les Noëls de Saboly sont Il\nfaut avoii vécu paimi le peuple avignonais, et avoir parlé sa langue,\npour comprendre tout ce que la forme de cette poésie ajoute de charme\nà l'idée de l'auteur, et tout ce que l'originalité des airs lui prête de mou-\nvement et de vie.\nGui, nous le savons : tel est le cri général des méridionaux à l'endroit\nde ces Noëls de Saboly, et nous faisons chorus à ce sujet avec tout le\nmonde, du moins poui ce qui touche particulièrement à ses poésies j mais\nil n en est pas de même pour les mélodies qui restent un type invariable:\ncelles-ci seront de tous les temps, elles sont de plus historiques, et à ce\ntitre elles méritent d'être propagées universellement.\nNous avons en effet entrepris un travail bien ingrat: Il y avait sur-\ntout, nous en convenons, de la témérité à oser traduire ces Noëls en vers\nfrançais ; car il s agissait là non seulement de substituer, ainsi que nous\navons pu le fane dans SciriirCLîuis de Rossini ou ailleurs, des vers d'une\nlangue à ceux d une autre, et de plaquer ces vers sur leur musique ori-\nginale sans changer une seule note et sans en altérer le sens. Il fallait en\noutre transformel en chœur de pures mélodies, de telle sorte que leur\npensée primitive, tout en prenant un corps harmonique, ne fût pas dé-\ncolorée ou absorbée dans l'ensemble des agencements; mais il y a plus\nencore, il fallait pouvoir trouver dans les expressions et dans les tour»\nnures de notre langue française, un caractère d'originalité assez éner-"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "68", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.28", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ngique pour lutter corps à corps avec cette franchise parfois un peu rude\net même un peu décolletée de l'idiome provençal.\nEh! bien, nous avons tenté de remplir cette tâche et nous nous\nsommes mis à l'œuvre pour tirer du trop modeste coin où elles étaient\nreléguées, depuis plus de deux siècles, ces perles de Part, de la littérature\net de l'histoire.\nAurons-nous réussi dans cette entreprise? Ce n'est point à nous à tran-\ncher cette question.\nOn nous saura gré, je pense, de nous être attaché à populariser à na-\nturaliser dans le monde artistique français, les inspirations d'un compo-\nsiteur spécial qui, pour n'être placé que dans un ordre relativement su-\nbalterne, a cependant le mérite considérable de l'antériorité. Cette utile\npropagation servira de réponse à ceux qui croient qu'avant l'arrivée de\nLulli, notre nationalité n'avait point en elle de germe mélodique.\n\nCHARLES SOULLIER."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "69", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.29", "texte": "LA MUSIQUE CLASSIQUE\nET\nLES CONCERTS POPULAIRES\n\nL y a bien peu de temps que le goût de la musique\ninstrumentale s'est introduit en France, mais en re-\nvanche il s'est développé depuis quelques années avec\nune rapidité et une vigueur peu communes. Comment\ns'expliquer que ce mouvement général des esprits vers\nune forme de Part qui a enfanté tant de chefs-d'œuvre,\ndéjà consacrés chez nos voisins par une longue admiration, ait été chez\nnous si lent à se produire? Cela tient à des causes nombreuses; mais\nje crois qu'il faut l'attribuer en première ligne au génie particulier de\nnotre nation.\nOn l'a dit bien souvent, et un critique fort éclairé Fa répété avec\nbeaucoup de justesse (i) : « C'est par la clarté des idées, par la rectitude\net la promptitude de ses jugements, que la France se distingue surtout\nen Europe. Vive, ingénieuse et puissante dans le domaine de la réalité\net lorsqu'il s'agit d'atteindre un but défini et prochain, elle n'aime\nguère à s'aventurer par delà Phorizon qui borne son regard. Elle ob-\nserve et voit bien ce qui est, elle déduit avec rigueur toutes les consé-\nquences possibles d'un principe, elle marche avec intrépidité, et quoi\nqu'il arrive, jusqu'au bout d'un syllogisme ; mais l'enthousiasme qui\n\n(i) SCUDO; Critique et littérature musicales, Iol' volume."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "70", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.30", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ndéborde, la rêverie, la mélancolie, la fantaisie, tous les élans vers l'idéal,\ntoutes les aspirations vers l'infini, la France les comprend plus diffici-\nlement. Aussi, 1 art français, qui brille par tant de qualités éminentes\nd ordre, de clarté et de vérité logique, manque-t-il un peu de profondeur\net de sensibilité. Il satisfait bien plus la raison que le sentiment, il éclaire\nplus qu il 11 échauffe, il s adresse moins à l'intuition du cœur qu'aux\nfacultés réfléchies de l'esprit. »\nEn littérature, le génie français portera Fart dramatique àsa plus\nhaute expression, il s'y montrera supérieur au génie de toutes les au-\ntres nations; mais par contre il n'atteindra jamais aux sommets étin-\ncelants de la poésie lyrique. Molière, Racine, Corneille, ont élevé des\nmonuments qui seront à jamais la gloire de notre pays; mais nous n'a-\nvons pas une seule œuvre lyrique, pas un seul poème épique à mettre\nen parallèle avec les chefs-d'œuvre de Virgile, de Dante, de PArioste,\ndu Tasse,, à moins que vous ne consentiez à vous présenter au concours\navec la Hciv icide et quelques odes de Malherbe et de J. 13. Rousseau.\nEn peinture, mêmes observations ; quelles sont les œuvres de l'école\nfrançaise que vous pourriez opposer avec quelque succès aux grandes\ncompositions de Raphaël, de Michel-Ange, de Véronèse, de Titien? Et\nencore, en peinture, nous sommes plus riches qu'en littérature, car.,\nsi 1 épopée littéraire nous fait défaut, nous possédons au moins quel-\nques toiles épiques de Poussin, de Lesueur, de Lebrun, de David et de\nson école.\nMais arrivons à la musique : en musique, comme en littérature, c'est\nencore dans le genre dramatique que nous avons le mieux réussi. C'est\nvers lui que nous avons dirigé toutes nos aspirations, c'est en lui que\nnous avons concentré toutes nos prédilections 5 et, si j'avais écrit cet ar-\nticle en 1825, je n'aurais pas hésité à ajouter que c'est le seul que nous\ncomprenions réellement.\nQuant à la symphonie, qui est la forme épique de la musique, elle\nn existe pas chez-nous; je dis n'existe pas, car je ne saurais faire entrer\nen ligne de compte les quelques productions de ce genre, très rares et\nd ailleuis tiès pâles, qui sont sorties de la plume de nos compositeurs\nfrançais. Cette forme nous est tellement étrangère, elle reste tellement\nen dehors de notre goût et de nos tendances musicales, qu'en France,\nun compositeur purement et exclusivement symphoniste, fût-ce Beetho-\nven lui-meme, arriverait sans doute, dans le cours de sa longue carrière,\nà se créer une certaine célébrité, mais une célébrité tardive et dont l'é-\nclat ne rayonnerait guère au-delà d'un petit cercle de savants et d'ar-\ntistes. Bien mieux, supposez toujours Beethoven Français, Beethoven,"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "71", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.31", "texte": "MUSIQUE CLASSIQUE ET CONCERTS POPULAIRES\n\nauteur des neuf symphonies que vous connaissez, ne pourrait pas être\nnommé membre de l'lnstitut, et ce, faute de titres suffisants! ! !\nAvoir créé neuf chefs-d'œuvre qui sont encore l'expression la plus\nparfaite du grand et du beau en musique, et n'avoir aucun titre à l'im-\nmortalité que l'lnstitut confère si généreusement avec le droit de\nporter un habit à palmes vertes dans les cérémonies officielles ! est-ce\nassez caractéristique? Mais le règlement est formel et si Beethoven avait\nvoulu donner à son amour-propre cette suprême satisfaction (entre\nnous, je crois qu'il se serait montré absolument indifférent à cet excès\nd'honneur), il lui aurait fallu écrire Fidelio, car, de par la loi, le sanc-\ntuaire ne s'ouvre que devant le compositeur qui a fait représenter un\nopéra en un acte. Quand je dis Fidelio, c'est parce que j'ai pris pour\nexemple le grand nom de Beethoven, mais il ne faudrait pas en induire\nqu'il fût nécessaire d'écrire une œuvre de cette valeur pour entrer à\nl'lnstitut. A quoi bon, puisqu'on y arrive tout aussi sûrement avec un\nPostillon de Long jumeau quelconque, escorté d'une vingtaine de com-\npositions du même genre? Et encore, notez que je parle du beau temps\nde l'Académie ; aujourd'hui, il suffirait d'avoir écrit les Pantins de Vio-\nlette. Demain, on se contentera peut-être de l'Œil crevé!\nCette courte digression au sujet d'un règlement suranné, montre bien\nquel rang effacé la symphonie occupe chez nous dans la hiérarchie mu-\nsicale. Quant au règlement lui-même, il est peut-être un peu étroit.\nAvouez pourtant qu'il est essentiellement pratique; il ne vise pas la\nsymphonie, c'est vrai, mais où diantre aurions-nous pris des symphonistes\npour en faire des membres de Ulnstitut?\nQue voulez-vous y faire? Cela n'est pas dans notre tempérament ar-\ntistique. Le génie le plus vaste ne peut pas tout embrasser ; d'autres ont\ncréé la symphonie; nous, nous avons créé... le vaudeville. Après tout,\nle vaudeville est une charmante invention, et tout le monde ne l'aurait\npas trouvé! Le Français, « né malin, » l'orna de toutes les grâces de son\nesprit et sut en faire un type fort aimable. Aussi, le retrouve-t-on un\npeu partout: en peinture il s'appelle tableau de genre, en musique il\nporte le nom d'opéra comique. Sous cette triple forme, le vaudeville\nconstituait encore un genre assez délicat, mais il touchait de bien près\naux limites que le bon goût ne doit jamais franchir. Il n'y avait qu'un\npas à sauter pour tomber dans la bouffonnerie et dans la trivialité. Hé-\nlas ! nous l'avons sauté, ce pas, et bien d'autres avec, et de chute en\nchute nous avons roulé jusqu'aux platitudes du genre bouffe.\nLes dix dernières années que nous venons de traverser n'ont pas peu\ncontribué à cette décadence (décadence n'est pas assez fort, c'est débâ-"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "72", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.32", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nc!e qu'il faudrait dire) ! Tous les arts en général se sont desséchés sous\nle souffle malsain de cet esprit de frivolité qui avait éteint toutes les no-\nbles passions, corrompu le goût et substitué aux plus pures aspirations\nde 1 intelligence un appétit quasi bestial de jouissances faciles et de vo-\nluptés grossières. Toute conception sévère et vraiment grande était de-\nvenue lettre morte pour la foule, toujours affamée de mais\nde plaisirs sans efforts.\nLa Comédie-Française donnait ses magnifiques représentations clas-\nsiques devant des banquettes vides; le Misanthrope, le Cid, Andro-\nmaque, admirables spectacles! disaient les beaux esprits de la jeune gé-\nnération, et nous nous inclinons bien volontiers devant ces chefs-d'œu-\nvre, mais avouez donc une bonne fois que leur représentation est d'un\ninsupportable ennui. Il n'y a queles gens qui ont lu les poésies de Lebrun-\nPindare ou suivi les représentations d\"Arbogaste pour se divertir à de\npareilles antiquités. Ayons donc le courage de nos opinions et faisons jus-\nticede toutes ces admirationsde convention, Nous allons au théâtre pour\nnous divertir et non pour étudier encore ce que nous avons tant de fois\nappris par cœur sur les bancs du collège. Assez de classiques, nous ne\nles connaissons que trop (en etes-vous bien surs?), nous sommes de no-\ntre temps et nous voulons du nouveau. Le Cid aux académiciens, à\nnous la Belle Hélène! Mais àce compte là, réplique le sévère Men-\ntor, un opéra en cinq actes doit vous paraître un spectacle bien fati-\ngant?— Sans doute, mais il ya la mise en scène et le ballet. —Ah ! c'est\njuste! Pourtant il me semble que la musique de Mozart et de Rossini,\nque les Huguenots, le Prophète... - Oh! admirable, sublime, mais\nc'est de la grande musique; il faut l'entendre dix, vingt fois de suite\npour la comprendre, et encore, au bout de la vingtième fois, c'est à peine\nsi 1 on arrive à retenir quelque petit air qu'on puisse fredonner en sor-\ntant du théatie, ou jouer le lendemain sur son piano ; et puis tout cela\nest un peu rebattu, et d'ailleurs, ce n'est pas toujours amusant, tandis-\nque... Oui, je sais, la Belle Hélène? Sans doute, pourquoi ne\nvoulez-vous pas admettre... Il suffit !\nVoilà qui va fort bien, et je crois vous entendre,\nl'opéra qu il vous faut, c'est une collection de morceaux gais et faciles\nqu'on puisse écouter sans fatigue en digérant un bon dîner. Pourquoi\npas? Allez donc proposer à ces mélomanes de fantaisie de venir en-\ntendre une symphonie de Beethoven !\nCe petit tableau de l'état du goût et des arts vous paraîtra sans doute\nsingulièrement chargé. Je veux bien avouer que j'ai un peu forcé la"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "73", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.33", "texte": "MUSIQUE CLASSIQUE ET CONCERTS POPULAIRES\n\ntouche ; mais prenez garde que ces dehors plaçants ne cachent un grand\nfond de vérité ! Il est incontestable que le niveau artistique a réellement\nbaissé dans ces dernières années ; c'est la musique que nous trouvons\nen tête de ce mouvement de décadence. C'est à la musique classique\nqu'était réservée la gloire de nous ramener aux saines traditions.\nAu milieu de cette dépravation générale du goût, il s'est trouvé quel-\nques artistes convaincus, dont l'esprit était trop imbu des principes\néternels du grand, du beau et du vrai, pour se laisser gagner par la con-\ntagion. Ces artistes, ne reculant devant aucune difficulté, se sont coura-\ngeusement placés en travers du courant qui entraînait la foule, et là, ils\nont rassemblé toutes leurs forces pour tenter de réagir contre le mauvais\ngoût et les instincts frivoles de cette foule égarée.\nJ'ajoute immédiatement que cette noble entreprise a été couronnée de\nsuccès : la réforme est commencée, et cette réforme, je l'attribue haute-\nment aux progrès que la musique classique a faits récemment en France,\ngrâce aux efforts persévérants de nos grandes Sociétés de concerts. Ces\nSociétés se divisent en deux groupes: i° Sociétés de concerts à orchestre;\n2° Sociétés de quatuors. Examinons maintenant quelle a été la part de\nchacun dans ce grand mouvement artistique. Et d'abord,, à tout sei-\ngneur tout honneur : commençons par la Société des concerts du Conser-\nvatoire.\nLes concerts du Conservatoire sont d'une nature toute particulière, et\nforment, à eux seuls, une catégorie absolument à part. Fondée en 1828\npar Habeneck, sous les auspices de M. le duc Sosthènes de la Roche-\nfoucauld, dirigée par des maîtres éminents, fermement attachée aux pré-\ncieuses traditions qui lui ont été léguées par ses fondateurs, cette Société\nmodèle, qui réunit dans son sein les artistes les plus remarquables de\nParis, et compose, de l'aveu de tous, le premier orchestre du monde,\nest passée peu à peu à l'état de véritable institution nationale. Etant\ndonnée cette situation exceptionnelle, nous devons naturellement nous\nattendre à trouver cette troupe d'élite à la tète du mouvement que nous\nétudions ici. Eh! bien, il n'en est rien; non seulement elle n'est pas à la\ntête du mouvement, mais encore elle n'y a que fort peu contribué!\nQuelque étrange que cela puisse paraître au premierabord, ne nous pres-\nsons point de lui en faire un crime, car nous allons voir, par ce qui va\nsuivre, qu'il ne pouvait guère en être autrement. Sans doute, la Société\ndes concerts est notre plus belle institution musicale; mais cette institu-\ntion n'est rien moins que populaire. Je m'explique. Les concerts du Con-\nservatoire ont lieu dans une salle de dimensions fort restreintes, et dont\nl'accès est des plus difficiles. Le public qui les fréquente se compose près-"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "74", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.34", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nque exclusivement d'abonnés, et ne se renouvelle que rarement. C'est\nun petit cercle d'amateurs et de musiciens admiiateuis\néclairés du grand art et n'ayant jamais sacrifié au mauvais goût de la\nfoule. L'amateur qui a réussi à pénétrer dans le sanctuaire après avoir\nattendu pendant deux ou trois ans et quelquefois davantage qu une va-\ncance se produisît, se scelle en quelque sorte à la stalle dont il est de-\nvenu titulaire, et il se passera de longues années avant qu'il la cède à son\nsuccesseur. Les concerts du Conservatoire sont donc à peu près inabor-\ndables pour la masse du public et dès lors on ne saurait raisonnable-\nment leur reprocher de n'exercer aucune influence sur le goût musical\nde la masse. Il en est de même des Sociétés de quatuors, qui ne s adressent,\nelles aussi, qu'à un public d'élite.\nMais, et c'est ici que nous entrons dans le vif de la question, il s'est\nformé de nouvelles sociétés d'artistes, à l'imitation delà Société des Con-\ncerts, et dans le but de faire participer la foule à ces suprêmes jouissances\nde la musique, réservées jusque-là à un trop petit nombre de privilégiés,\nCes Sociétés ont appelé à elles le public tout entier, et c est en cela\nqu'elles ont vraiment mérité et justifié leur nom de Sociétés popu-\nlaires.\nCertes la tâche était rude, l'entreprise pleine de hasards et de difficul-\ntés : en un mot, c'était Pinconnu avec toutes ses incertitudes. Comment\nattirer la foule dans une salle de concerts où l'on n'exécuterait de la\nmusique que pour la musique elle-même? Comment populariser un\ngenre de compositions musicales d'une beauté achevée sans doute, mais\nd'un style sévère et, d'ailleurs, complètement dépourvues des séductions\nordinaires, qui, pour le gros du public, constituent le principal attrait\ndes représentations théâtrales, j'entends l'action dramatique, les décors,\nles costumes et, en général, toutes les richesses de la mise en scène? Au\nthéâtre, le public le plus grossier et le plus ignorant en musique, arrive\nencore à comprendre un opéra et à suivre avec intérêt toutes les péri-\npéties d'un drame lyrique. Peut-être trouvera-t-il la représentation d'une\nœuvre de Gluck un peu fatigante ; il goûtera mieux sans doute les\ncharmes de ce qu'on appelle la musique facile que les beautés calmes et\nsévères dans leur grandiose simplicité de ce qu'on est convenu d'appeler\nla grande musique. Cependaut, soyez assuré que dans cette grande\nmusique qui, pour beaucoup, constitue une étude et nullement un di-\nvertissement, il se rencontrera toujours au moins une scène, par exem-\nple la scène des enfers dans -Orphée, le chœur des Scythes dans Iphigénie\nou le premier acte d'Alceste, pour réchauffer la froideur du public\net graver dans son esprit et dans son cœur des impressions ineffaçables."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "75", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.35", "texte": "MUSIQUE CLASSIQUE ET CONCERTS POPULAIRES\n\nQuoi qu'on en dise, la foule peut bien ne comprendre qu'imparfaite-\nment les raffinements et les délicatesses qui ne s'adressent qu'à l'esprit,\nmais elle se laisse toujours émouvoir par tout ce qui parle directement\nau cœur. J'ai assisté jadis à une de ces représentations gratuites que l'on\ndonnait au Théâtre-Français le jour du i 5 août; j'y ai vu entre autres\nHorace, en compagnie d'un public qui avait été entièrement fourni par\nles classes les moins éclairées de la société. Eh bien, je dois à la vérité de\nconstater que l'œuvre du grand Corneille avait excité dans tous ces cœurs\nrudes une émotion que l'on rencontre bien rarement chez les spectateurs\ndes classes plus instruites, qui composent le public ordinaire de la Co-\nmédie- F r a n c a i s e.\nAucune des beautés de l'œuvre n'échappait à cette foule, qui\nécoutait religieusement et avec une curiosité pleine d'admiration ces\nbeaux vers, dont les plus saillants étaient immédiatement soulignés par\nles applaudissements, non plus de la claque (elle avait congé ce jour-là)\nmais de toute une salle profondément émue. Je vous assure que le spec-\ntacle de cette foule, si naïve dans ses éléments, mais si intelligente dans\nsa masse, m'a causé un vif plaisir et que mon esprit, surexcité par cet\nenthousiasme si sincère, n'a jamais mieux goûté les sublimes beautés de\nnotre grand poëte français.. La foule n'est donc pas insensible à tout ce\nqui est beau et grand. Elle se laisse toucher par les superbes tirades de\nCorneille, elle se laissera toucher par les magnifiques accents de la musi-\nque de Gluck; mais quel effet produira sur elle une symphonie de Bee-\nthoven ?\nLa suite prochainement.\n\nH. MARCELLO."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "76", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.36", "texte": "LES DÉCORS ET LES MACHINES\nDE L'OPÉRA\n\nLUDOVIC GELLER a décrit, dans un intéressant volume,\nles décors, les costumes et la mise en scène an dix-\nseptième siècle, (i) Après avoir fait connaître 1 his-\ntorique des représentations italiennes qui ont servi\nde modèle aux nôtres, les machines théâtrales, les\nballets delà minorité de Louis XIV, etc., il s'arrête\nau moment où l'opéra est constitué et devient un spectacle régulier.\nC'est à cette époque que nous commencerons, renvoyant le lecteur,\npour l'étude des origines, au livre de M. Celler, aux recueils gravés\nde Burnacini et de Torelli, et à un curieux volume, conservé au dépar-\ntement des manuscrits de la Bibliothèque nationale, intitule : Mémoire\nde plusieurs décorations qui serue aux pièces contenus en ce présent\nliure, commancépar Laurent Mahelot et continué par Michel Laurent\nen ïannée i6y3.\nQuand l'abbé Perrin, associé au marquis de Sourdéac, fonda l'Acadé-\nmie de musique, les décorations théâtrales étaient uniformément traitées\ndans le goût des décorateurs italiens, dont le dessin de Burnacini, repro-\nduit par la Chronique Musicale, peut donner une idée. Tous les décors\nde cette époque présentent un parallélisme complet, d'après une perspec-\ntive régulière toujours prise de face. A chaque plan les châssis ou cou-\nlisses diminuent d'élévation ; les derniers sont hauts de quinze à dix-huit\npieds au plus; les plafonds ou bandes d'air qui les accompagnent,\ns'abaissent graduellement, jusqu'au fond, terminé généralement par une\nferme (2) et non par un rideau. Pour la manœuvre, les châssis sont fixés\n\n(1) Paris, 1869, in-12.\n(2) On appellç ferme une partie de décor formée de toiles tendues sur des châssis, et\ndont la manœuvre diffère naturellement de celle des rideaux en toiles de fond."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "77", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.37", "texte": "LES DÉCORS ET LES MACHINES DE L'OPÉRA\n\nà des portants, roulant dans le dessous sur un chariot qu'un tour de\ntreuil fait avancer ou reculer. Les portants sont doubles à chaque plan,\net disposés de façon que le même tour de treuil fait avancer l'un sur le\nthéâtre et reculer l'autre dans les coulisses ; là, onôte le châssis qui vient\nd'être vu pour le remplacer par celui qu'une manœuvre inverse fera ap-\nparaître et ainsi de suite. Ce système est d'abord appliqué aussi bien\npour les intérieurs que pour les paysages; au lieu du décor fermé dont\non se sert maintenant pour représenter un salon, il y a de chaque côté\nune série de châssis dont les lignes de perspective se raccordent tant bien\nque mal et où les portes et les fenêtres n'existent qu'en peinture.\nTel est le mécanisme des décorations à l'origine, et, il y a moins de\nquarante ans, nous nous souvenons de l'avoir vu fonctionner encore. Il\nétait, comme on le voit d'une extrême simplicité et facilitait singulière-\nment les changements à vue qui, à l'Opéra, ont été longtemps la règle.\nJusqu'à la représentation de Guillaume Tell,il n'y avait pas d'entr'acte,\ntous les décors changeaient à vue et le rideau ne baissait qu'à la fin du\nspectacle ou bien entre l'opéra et le ballet.\nL'effort des décorateurs à l'origine se porta sur les machines qui\nétaient fort compliquées. On pourra en juger par la description de celles\nque le marquis de Sourdéac avait imaginées pour Pomone. Elles contri-\nbuèrent aux succès de ce premier opéra qui fut représenté pendant huit\nmois de suite, c'est-à-dire environ cent fois, puisque, dès sa création,\nY Académie de musique, ainsi du reste que les autres théâtres à cette épo-\nque, ne joua que trois fois par semaine. D'après ce qu'en dit Saint-Evre-\nmond : « On voyoit les machines avec surprise, les danses avec plaisir ;\non entendoit le chant avec agrément et les paroles avec dégoût. »\nVoici comment était conçue cette pastorale peu connue et d'un genre\nbien différent de celui des opéras qui devaient lui succéder.\nLe décor du prologue représentait le Louvre. Après un court prologue\noù la nymphe de la Seine et Vertumne chantaient les louanges du Roi,\nle théâtre changeait et représentait les Vergers de Pomone. La déesse\nveut en bannir l'amour ; le dieu des vergers et un faune s'efforcent en\nvain de lui plaire; l'un fait chanter des jardiniers,\nVive le Dieu des jardiniers,\nIl est toujours prêt à bien faire,\nBergères, porte% vos paniers\nIl a de quoy vous satisfaire.\nl'autre fait danser des bouviers. Mais ils n'obtiennent en récompense"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "78", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.38", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nqu'une couronne d'épines et une couronne de chardons. Vertumne, dans\nun monologue, se désole de ne pouvoir attendrir Pomone.\nHélas ! que me sert-il de changer tons les jours\nDe forme et de figure\nSi je ne puis changer l'objet de mes amours.\nIl évoquait alors les lutins soumis à sa puissance.\nUne troupe de follets volaient de tous les côtés du théâtre, puis dispa-\nraissaient. Cet effet terminait le premier acte.\nAu deuxième acte, le théâtre représentait une forêt de chênes. Beroé\nnourrice de Pomone, se plaignait d'aimer encore.\nAh! n'est-ce pas assse% qu'on aime et qu'on soupire\nPendant le cours de sa jeune saison ;\nPourquoi faut-il, amour? étendre ton empire\nJusques sur notre âge grison.\nElle était éprise de Vertumne qui, afin de se débarrasser d'elle, se\ntransformait en Dragon et semblait vouloir la dévorer, mais Beroé se\ndoutait de la ruse et continuait à parler d'amour au Dragon. Vertumne\nen était réduit à employer d'autres moyens, et c'est là que brillait l'art\ndu machiniste.\n« Le ciel brille d éclairs, le tonnerre gronde, et douze follets transformés\nen fantômes tombent du ciel dans un nuage enflammé.\" Les follets descen-\ndus de la machine environnent Beroé, et, pour l'épouvanter, dansent à ses\nyeux une danse terrible. Trois fantômes disparaissent, quatre autres saisis-\nsent Beroé, l'emportent en l'air, et cinq autres restent sur le théâtre. »\nEn vain le dieu des jardins et quatre jardiniers venaient au secours\nde Beroé. Les cinq follets restés en scène se transformaient en bourgeoises\nde Lampsaque. Les jardiniers croyaient reconnaître, l'un sa femme,\nl'autre sa cousine, mais au moment où ils voulaient les embrasser, les\nfollets se transformaient en autant de buissons d'épines.\nACTE 111. Le théâtre représente des rochers et de la verdure. Ver-\ntumne, pour séduire Pomone, paraît en dieu Plutus. Le décor change\net l'on voit le palais du dieu des richesses. Pomone reste insensible.\nVertumne alors apparaît sous les traits de Bacchus. Le faune, rival de\n\"V ertumne, est joué pai une troupe de follets et de satyres. La scène\ndevait etre amusante et des effets de ce genre ont été bien souvent\nreproduits dans les féeries modernes."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "79", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.39", "texte": "LES DÉCORS ET LES MACHINES DE L'OPÉRA\n\n« Les follets placent Faune sur un gazon et mettent autour de luy trois\nflacons et trois bouteilles. Lorsqu'il veut prendre une bouteille, elle s'enfuit\net traverse le théâtre. Il s'attaque à la seconde qui fuit de même. Il veut sai-\nsir la troisième, elle s'élève en l'air où un follet la vient prendre. Il croit\ns'emparer de la quatrième, elle fond en terre et la cinquième après elle; il\nprend la sixième et boit à même; il trouve que c'est de l'eau et crache. »\nACTE IV. Le jardin et le berceau de Pomone. Vertumne prenait la\nfigure de Beroé. Là se plaçait un ballet de cueilleurs de fruits venant\ndanser, la hotte sur le dos. La vraie Beroé se montrait alors et Vertumne\nreprenait sa figure. L'usage des masques, qui pour les danseurs devait\nsubsister jusqu'à Noverre, servait à l'illusion au milieu de tant de trans-\nformations.\nPomone, à la fin de cet acte, commençait à s'attendrir.\nAu dernier acte on voyait un palais magnifique ou étaient célébrées\nles noces de Vertumne et de Pomone.\n« Dix-huit follets transformés paraissent en différentes nues brillantes, six\nau fond du théâtre dans une grande nue, six sur le côté droit en trois petites\nnues diverses et autant sur la gauche, sous des formes de Dieux, de Muses et\nd Amours, partie chantans, partie jouans des instrumens; à la fin, les six\npetites nues se retirent et la grande vole du fond du théâtre sur le centre. »\nTel était le programme du premier opéra. Nous avons cru devoir le\ndonner avec quelques détails et l'on voit que dès le début les effets de\nmachines étaient assez compliqués.\nBientôt Lulli succéda à Perrin. Les opéras de Quinault firent régner\nle genre héroïque à la place de la pastorale.\nVigarani, qui s'était distingué dans toutes les fêtes de la cour, rem-\nplaça le marquis de Sourdéac ; il avait pour collaborateur Erard, pein-\ntre du roy (i). Les machines ne furent pas moins compliquées, et parmi\nles effets de théâtre de cette époque nous citerons la scène du Dragon de\nCadmus qui est restée célèbre (1674); elle était placée au prologue, dont\nle décor représentait d'abord une campagne riante.\n« Les danseurs rustiques qui ont suivi le dieu Pan commencent une fête\nqui est interrompue par des bruits souterrains, et par une espèce de nuit qui\nobscurcit tout à coup le théâtre, ce qui oblige l'assemblée champêtre à fuir,\n\n(1) Ull procès porté en 1669 devant la Prévôté de l'hôtel nous fait connaître quel\nétait alors le prix des décorations. « Entre Ch. Errard, premier peintre du Roy,\net Ch. de Vigarany, intendant général des plaisirs, ballets, théâtres et comédies du Roy,\ndemande en paiement de sgo livres pour quatre décorations faites et fournies en 166 1,\nau prix de 1090 livres, sur lequel 500 livres ont été payées. » Expertise ordonnée.\nJugement de la Prévôté du 2 mars 1669. Archives nationales. V3e 16."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "80", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.40", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nen poussant des cris de terreur qui font une manière de concert affreux avec\nles bruits souterrains. Dans cette obscurité soudaine, l'Envie sort de son\nantre qui s'ouvre au milieu du théâtre. Elle évoque le monstrueux serpent\nPython qui paroît dans son marais bourbeux, jetant du feu par la gueule et\npar les yeux, qui forment la seule lumière qui éclaire le théâtre. Elle appelle\nles vents les plus impétueux pour seconder sa fureur; elle en fait sortir qua-\ntre de ceux qui sont renfermés dans les cavernes souterraines et elle en fait\ndescendre quatre autres de ceux qui forment les orages. Tous ces vents, après\navoir volé et s'être croisés dans l'air, viennent se ranger autour d'elle... des\ntraits enflammés. percent l'épaisseur des nuages et fondent sur le serpent\nPython, qui, après s'être débattu quelque temps en l'air, tombe enfin tout\nembrasé dans son marais bourbeux. Une pluie de feu se\" répand sur toute la\nscène et contraint Y Envie de s'abîmer avec les quatre vents souterrains, tan-\ndis que les vents de l'air s'envolent. Dans le même instant les nuages se dis-\nsipent et le théâtre devient entièrement éclairé. »\nEn 1680, Vigarani se retira. Berain le remplaça pour les dessins des\ncostumes, et ce fut un sieur Rousseau qui peignit les décorations (1).\nDès Tannée suivante, Lully fit venir d'ltalie un machiniste, Rivani, qui\navait longtemps travaillé aux somptueux opéras de Venise. Rivani,\npour son début exécuta les décors et les machines du Triomphe de l'A-\nmour\\ où, entre autres effets, on admira un double théâtre divisant en\ndeux étages le fond de la scène. Déjà, du reste, dans la Toison d'or,\nle marquis de Sourdéac avait exécuté une construction de ce genre (2).\nUne innovation plus réelle, qui contribua, non moins que les décors,\nau succès du Triomphe de VAmour, ce fut la présence des danseuses,\nqui parurent pour la première fois à l'Opéra. Jusque là, les rôles de fem-\nmes avaient été dansés par des hommes masqués.\nEn 1684, pour la représentation d'Amadisy les décorations furent des-\nsinées par Bérain, qui ne s'était fait connaître encore que comme dessi-\nnateur de costumes. « Jamais, dit le Mercure, on n'a rien vu de plus\nmagnifique, de mieux entendu ni de plus convenable au sujet. Les vols\ndont la nouveauté et la beauté ont surpris, sont du même Bérain qu'on\npeut dire un génie universel. (3) »\nBérain est encore cité en 1690 comme ayant composé les décorations\nd'Enée et Lavinie.\nPendant quelques années, Fart du décorateur fit peu de progrès. Les\n\n(1) Parfait. Histoire inédite de l'Académie Royale de musique. Bibliothèque natio-\nnale, manuscrits. Fr. 12355.\n(2) L. Celler. Les décors, les costumes et la mise en scène au dix-septième\nsiècle, p. 122.\n(3) Mercure Galant. Janvier, 1684, p. 327-328."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.41", "texte": "DÉCOR DU STYLE ITALIEN\nDessiné pour l'Opéra par Burnacini (XVIIe siécle.)"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "81", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.42", "texte": "LES DÉCORS ET LES MACHINES DE L'OPÉRA\n11.\n6\n\nhabiles artistes dont nous venons de parler avaient créé des modèles que\nl'on se bornait à reproduire avec quelques modifications nécessitées par\nles exigences de tel ou tel poème. A cette époque, les décors et les costu-\nmes servaient longtemps. Il était rare que l'on fît pour un ouvrage des\ndécors complètement neufs. On se contentait souvent de combiner des\ntemples, des arbres, des palais appartenant à différents opéras. La plan-\ntation était toujours la même: la perspective toujours prise du même\npoint, mais bientôt des innovations hardies devaient se produire et de\ngrands progrès devaient être réalisés dans l'art du décorateur.\nII\nEn 1726, une des décorations de fut peinte par\nServandoni.\nil n'est pas certain que Servandoni soit né à Florence, comme le\ndisent ses biographes. Il se pourrait même qu'il ne fût pas Italien.\nD'après Mariette, son père aurait été un simple voiturin de ceux qui\nconduisaient les voitures de Lyon en Italie. D'après une notice consacrée\nà d'Hannetaire, dans la Biographie son véritable nom\naurait été Jean-Nicolas Sewandon. Différentes notes publiées à ce sujet\ndans Xlntermédiaire des chercheurs et des c(ire année. 1864.\np. 21. 182. 229) n'ont produit aucune preuve positive, et la question n'a\npas été résolue.\nCe qui n'est pas douteux, c'est que Servandoni \"a été un des plus\nremarquables artistes qui aient contribué à l'éclat de la mise en scène de\nl'opéra. Il était élève de Jean-Paul Panini, peintre parmesan. Avant de\ns'établir en France, vers 1724, Servandoni avait beaucoup travaillé en\nItalie et en Angleterre. Il avait laissé à l'Opéra de Londres sept décora-\ntions de sa main. Jamais, avant lai, l'illusion n'avait été aussi complète ;\nl'emploi des lumières, l'entente de la perspective firent paraître immense\nla scène de l'Opéra, qui n'était ni large ni profonde. Le Mercure d'octo-\nbre 1726 décrit longuement la décoration du Palais de Ninus (ier acte\nde Pyrame et Thisbé), l'architecture seule avait été traitée par Servan-\ndoni; les figures étaient de Dumont, peintre français de l'Académie\nroyale de peinture. En-1727, Proserpinefut donnée avec des décors qui\nn'obtinrent pas moins de succès. Au cinquième acte, on voyait un désert\navec des roches et des troncs d'arbres entre lesquels un torrent se préci-\npitait avec rapidité d'une hauteur de vingt pieds. La chute d'eau était\nimitée par plusieurs gazes d'argent qui formaient la cascade, par le\nmoyen de deux roues de douze pieds de diamètre chacune ; le mouve*"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "82", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.43", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nment de l'eau agitée par la chute du torrent se faisait par le moyen de\ntrois espèces de colonnes torses irrégulières de différentes proportions et\nplacées horizontalement qui tournaient dans le même sens.\nC'est surtout lors de la huitième reprise de Thésée, le 29 novembre\n1729, que Servandoni rompit hardiment avec les traditions et modifia\ncomplètement la construction des décors. Le Temple de Minerve (]er acte)\nfut mis par les connaisseurs au dessus du Palais de Ninus.\n« La perspective semblait avoir donné réellement à ce temple une éléva-\ntion extraordinaire, puisque, malgré la petitesse du lieu, et sans avoir déràngé\naucune machine, les décorations étoient beaucoup plus hautes sur le fond\ndu théâtre que sur le devant, chose qu'on n'avoit point encore vue à l'Opéra\net qui fit un effet admirable, car, outre le dôme, on voyoit dans !e fond deux\nordres d'architecture, le tout ayant trente-deux pieds de haut réels, qui\nparoissoient à la vue en avoir plus de soixante, au lieu que jusqu'alors\naucune décoration n'avoit eu au plus que dix-huit pieds de haut dans le\nfond (1) ».\nEn même temps que Servandoni réalisait cette réforme, il créait, dans\nles parties latérales de ses décorations, des perspectives obliques qui,\ncomme dans son Palais du Soleil, à la reprise de Phaéton, en iy3o5\nfaisaient paraître la scène d'une largeur inaccoutumée et laissaient voir\ndes enfilades de galeries qui semblaient se prolonger au loin.\nA ces effets résultant de la perspective, l'habile artiste joignit d autres\nressources tirées de l'éclairage, de transparents habilement disposés. Cette\npartie de la décoration avait souvent été traitée d'une façon bien naïve ;\nnous trouvons dans l'inventaire des décors de l'Opéra, dressé en 1748,\nla mention d'un arc-en-ciel en serrurerie et toile transparente (2), qui\ndevait produire peu d'illusion. Des moyens analogues furent disposés\navec plus d'habileté dans le Palais du Soleil de Phaéton, et Servandoni\ny joignit l'emploi de verres coloriés imitant des pierreries. Le trône était\nentouré de rayons, formés de gazes d'or, à travers desquels se répandait\nune vive lumière, semblant éclairer toute la décoration, qui paraissait\nchargée d or, de rubis, d'émeraudes, de topazes, etc.\nCe décor fit le succès de la reprise. Les comédiens italiens, dans leur\nparodie de Phaéton, ne manquèrent pas d'en parler; voici ce que disait\nProtée :\nPuisque vous le vouleç, je romprai le silence ;\nLe sort de Phaéton se découvre à mes yeux.\nDieux! que d'argent! quel monde! o Dieux!\nIl ne doit son succès heureux\n\n(1) Parfait. Histoire inédite de l'Académie Royale de musique. 11. 53.\n(2) Archives de l'Opéra."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "83", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.44", "texte": "LES DÉCORS ET LES MACHINES DE L'OPÉRA\n\nQu'à sa magnificence.\nMais n'importe ! malgré cette grande dépense\nEt son nouveau soleil, il ennuîra toujours.\nEn vain un pinceau d'importance,\nAux yeux de tout Paris fait briller sa science,\nDans peu de temps il finiroit son cours\nSi d'un danseur il n'avoit le secours.\nMais quoi qu'on admire sa danse,\nLe vendredi ne vient pas tous les jours,\nMais qu'on admire sa danse,\nBientôt de ce brillant concours\nCessera l'affluence.\nServandoni avait formé une école de décorateurs; plus tard il se con-\ntenta de donner les dessins qui furent exécutés par d'autres sous sa\ndirection. En iy33, pour VEmpire de VAmour, André, peintre de l'Opéra,\nfit paraître une décoration dans laquelle on employa pour la première\nfois le cuivre doré et le fer blanc poli et verni dont les reflets éclatants\nproduisirent un effet magique. Il y a peu d'années on a vu, dans les fée-\nries, des décors de ce genre exécutés par des décorateurs anglais.\nA la reprise de Philomèle en 1734, Parrocel, le fils, d'Avignon, pei-\ngnit, toujours sur les dessins de Servandoni, le Palais de Térée où il\ncombina de la façon la plus heureuse l'effet d'un incendie et d'un clair\nde lune.\n« Le palais et la ville paroissoient en feu, on voyoit sortir les flammes de\ntoutes parts, et la charpente tomber embrasée. Ces flammes étoient faites par\nle moyen de plusieurs fers contournés en forme de flammes, recouverts de\ntoiles transparentes peintes en feu, et par une quantité de lumières derrière.\nDes étoupes, de Tarcanson et de l'artifice brûlant en flammes réelles à côté de\ncelles qui étoient peintes, mêlés de plusieurs étincelles et tourbillons de feu\net de fumée, le bruit que les grosses pièces de charpente faisoient en tombant\nainsi allumées augmentoient l'étonnement et la terreur et représentoient au\nvrai la destruction et les effets d'un incendie, en sorte que plusieurs specta-\nteurs effrayés furent sur le point de se sauver (1) ».\nOn ne peut s'empêcher en lisant cette description de songer à l'incen-\ndie du Prophète. On voit que, dès cette époque, l'art du décorateur par-\nvenu à une grande perfection, savait utiliser toutes les ressources et con-\ntenait en germe tous les progrès qui devaient être réalisés plus tard.\n( La suite prochainement.)\n\nCH. NUITTER.\n\n(1) Parfait. IL 71."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "84", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.45", "texte": "REVUE MUSICALE\n\nOPÉRA : Début de mademoiselle Ferrucci dans les Huguenots. ITALIENS : Réouver-\nture. Don Pasquale. Mademoiselle Marie Belval, MM. Zucchini, Delle Sedie, Ben-\nfratelli. Il Barbiere di Seviglia. Mademoiselle de Belocca, MM. Brignoli et Fio-\nrini, M. Vianesi.\nPÉRA. —Lundi 6 octobre. —Cz jourd'hui, lundi 6 oc-\ntobre, la cour et la ville allèrent entendre la Ferrucci,\nqui débutait dans la Valentine des Huguenots, à l'A-\ncadémie de musique. Le sieur Halanzier, directeur de\nce spectacle, ne néglige rien pour le rendre attrayant\nau public et fructueux à sa bourse. Il a le génie de ces\nsortes d'entreprises. M. l'intendant des Menus se loue beaucoup de 1 ac-\nX\ntrice nouvelle-venue, qui a un beau port et chante avec agrément,\nC'est ainsi que le Mercure de France, les Mémoires secrets de\nM. de Bachaumont et autres recueils du siècle dernier pour servir à\nThistoire de la république des lettres, eussent sommairement annoncé\net commenté le début de mademoiselle Ferrucci à l'Opéra, en supposant\nmademoiselle Ferrucci; les Huguenots et M. Halanzier contemporains du\nMercure et de M. de Bachaumont. La critique ne se croyait tenue envers\nles débuts qu'a dix lignes de compte-rendu, et la curiosité du public se\ntrouvait satisfaite de cette mesure. C'était l'âge d7or de la presse musicale.\nToute une année de direction Halanzier eût tenu en un feuilleton de\nsix colonnes !\nHélas! les dieux ne nous font plus ces loisirs et M. Halanzier a\nchangé tout cela. Un début à l'Opéra vaut son feuilleton tout comme la\nreprise d'une œuvre importante ou la première représentation d'un opéra\nnouveau. Un feuilleton pour M. Trinquierî Un feuilleton pour"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "85", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.46", "texte": "REVUE MUSICALE\n\nM. Prunet î Un feuilleton pour mademoiselle Dérivis ! Un feuilleton\npour mademoiselle Leavington ou pour la rentrée de M. Achard ! Dix\nfeuilletons pour les rentrées et sorties de M. Faure! Voici venir made-\nmoiselle Ferrucci. Elle aussi aura eu son feuilleton ! En dépit de la\ndésinence italienne de son nom, mademoiselle Berthe Ferrucci est de\nnationalité Irançaise. Les bruits les plus flatteurs ont cours sur sa car-\nrière lyrique à l'étranger : elle a brillé d'un éclat assez vif, dit-on, sur\nplusieurs scènes exotiques où elle tenait l'emploi des Falcon ; mais, en\nce temps-ci, où l'on organise une renommée avec autant de promptitude\nque Carnot pouvait organiser la victoire, nous sommes devenus un peu\nsceptiques à l'endroit des gloires fabriquées au delà de nos frontières. Il\nfaut convenir cependant que mademoiselle Ferrucci est une Valentine\nvraisemblable, sinon vraie. Elle a la noble prestance et la mine haute\nd'une héroïne : la démarche déterminée, la taille élevée et souple, le bras\nsolidement attaché à l'épaule , la physionomie éclairée par de grands\nyeux d'une béatitude un peu bourbonnienne, et ce prestige de la forme\ndont on veut que Raoul ait été ébloui. Plus blanche que la blanche\nhermine, plus pure qu'un jour de printemps : telle est la légende\nplastique du personnage de Valentine.\nSur ce point, la nature prévoyante a mis d'accord Scribe et mademoi-\nselle Ferrucci. Elle a réglé moins complaisamment ses rapports avec\nMeyerbeer. Dramatiquement et musicalement, le rôle de Valentine est\ndes plus lourds qui soient. Rien n'y est sacrifié à la virtuosité : pas de\nromance, pas d'air, pas de brindisi, pas de couplets. Valentine apparaît\népisodiquement au second acte, et pour faire sa partie dans le finale;\nmais à partir du troisième, la voilà qui s'engage audacieusement dans\nl'action, la voilà jetée par son amour dans la fournaise de la guerre civile:\nles événements s'enchaînent et se précipitent irrésistiblement. Alors\nMeyerbeer s'est dévoué à la vérité scénique. Son puissant génie s'est\nsenti sur son véritable terrain, la catastrophe; il en suit pas à pas les\npéripéties, il comprend que sa muse ne doit en retarder le dénouement\npar aucun hors-d'œuvre, et il écrit le rôle de Valentine tout entier en\nardentes répliques, en phrases passionnées, en récitatifs courts mais déci-\nsifs, et dit à son héroïne: Tu ne seras pas une prima-donna coquetantà\nl'italienne, soupirant à ton gré des romances à roulades sur la pente du\ngouffre où te pousse mon librettiste: tu pleureras, tu imploreras, tu agi-\nras surtout : je te demande plus encore des accents que des chants! Aussi\nla clef de voûte du rôle repose-t-elle sur deux duos, le duo du troisième\nacte avec Marcel, et celui du quatrième avec Raoul. C'est à ces deux\nsituations caractéristiques qu'on juge des moyens vocaux et des facultés"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "86", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.47", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ndramatiques de la cantatrice qui aborde le rôle. Mademoiselle Ferrucci\na bravement reçu le baptême du feu ; elle a été rappelée après le premier\nduo, et applaudie, applaudie seulement, après le second. Sa voix de so-\nprano ne manque ni de sonorité ni d'étendue ; mais elle accentue d'une\nfaçon très défectueuse, ce qui lui donne parfois., et notamment dans le\nmédium, une prononciation de petite vieille où se perd la fraîcheur du\ntimbre. On peut dire de mademoiselle Ferrucci qu'elle ne chante pas\nfrançais. Elle devrait se préoccuper moins du son, et reporter sur l'étude\nde la déclamation les efforts qu'elle fait pour assurer l'éclat de la note.\nAuprès de la débutante, M. Villaret jouait Raoul; sa corpulence\nest dénuée d'idéal, mais elle recèle une voix d'acier, la seule voix de\nténor avec laquelle l'Opéra puisse décemment exploiter le grand réper-\ntoire.\nM. Belval jouait Marcel. On a dit un jour que la voix de Belval était\nun rhume mal soigné, et la boutade n'est pas si méchante qu'elle en\na Pair; en revanche, il a conservé la mâle tradition du rôle: un dia-\nmant brut incrusté dans du fer !\nM. Lassalle a chanté Nevers jusqu'à la fin du second acte; M. Caron\nlui a succédé à partir du troisième. M. Lassalle est très grand, comme\nles habitants supposés de la planète Sirius; M. Caron est très petit comme\nles indigènes de Lilliput. Nevers s'est trôuvé tout à coup diminué de\nmoitié! La substitution ayant été faite sans annonce préalable, on apu\ncroire un instant que M. Halanzier, cherchant des effets directoriaux\ndans les contrastes violents, était l'auteur de cette mystification. Une in-\ndisposition subite de M. Lassalle en était la véritable cause. Puisque\nnous insistons plus que de coutume sur le rôle de Nevers, enlevons une\nillusion à ceux qui admirent le grand caractère de ce gentilhomme lors-\nqu'il brise son épée plutôt que de s'associer au massacre des Huguenots.\nC;est une de ces falsifications historiques si fréquentes dans le théâtre de\nScribe :\n•\nL'horrible détermination de la Saint-Barthélemy fut prise dans le\nconseil italien de Catherine de Médicis dont le chancelier de Birague, le\nmaréchal de Retz et M, le duc de Nevers en personne furent les princi-\npaux complices.\nLe regrettable accident survenu à M. Lassalle n'est pas le seul, hélas !\ndont le public ait eu à souffrir pendant cette exécution (c'est le mot pro-\npre) des Huguenots. Les défaillances de l'orchestre et des chœurs ont\nfrappé les moins experts; le premier acte, si plein de rhythmes, a été\nchanté par les seigneurs recrutés par M. Halanzier, avec un déplorable\nlaisser-aller. Les mouvements si francs qu'y a semés Meyerbeer, sont"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "87", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.48", "texte": "REVUE MUSICALE\n\nattaqués avec une mollesse par trop épicurienne. Dans le petit chœur\nfugué : Vous save\\ si je suis ami sûr et tendre, ça été une véritable dé-\nbandade. Et je suis sûr que ma mémoire ne me souffle pas tout. Dans le\npompeux final du troisième acte, où les fanfares du duc de Nevers en-\nvoient la réplique à l'orchestre, la sonnerie de trompettes a manqué ses\nréponses et s'est livrée à un contrepoint sauvage qui eût fort étonné\nMeyerbeer. Toute l'habileté de M. Deldevez n'a pu la faire rentrer dans\nla mesure.\nCe qui manque à l'Opéra, c'est l'œil du maître; ce qu'il y faudrait,\nc'est l'intelligence d'un parisien servie par la volonté d'un picard. M. Ha-\nlanzier n'a pu dépouiller complètement le vieil homme ; il se croit en-\ncore directeur du Grand Théâtre de Marseille, il se demande, après\nchaque représentation, si la Cannebière est contente; la Cannebière est\nle critérium delà vérité. Si la Cannebière est contente, il en infère que\nParis doit l'être. L'idéal de M. Halanzier ne va pas au-delà.\nITALIENS. —Mardi 7 octobre. Le Théâtre-Italien était mort! Vive\nle Théâtre-Italien !\nLe Christ qui a ressuscité ce Lazare est M. Strakosch, qui se trouve\nplacé vis-à-vis de la critique dans une situation extrêmement délicate.\nOn lui a fait la réputation d'un imprésario si habile! On a tant vanté le\nflair de ses correspondants, la sagacité de ses agents, l'étendue de ses rela-\ntions dans le monde musical qu'on ne saurait montrer trop de sévérité\nenvers les sujets et les œuvres qu'il va nous présenter; d'autre part, l'ex-\nploitation du Théâtre-Italien est entourée de tant de difficultés maté-\nrielles, que le directeur qui se consacre à cette périlleuse mission se re-\ncommande de lui-même à toute notre indulgence. Quand je pense qu'un\ntel sacrifice s'appelle le privilège du Théâtre-Italien dans la langue\nministérielle !\nAussitôt en possession de ce privilège (le mot me fait frémir), M. Stra-\nkosch s'est mis en quête de musiciens et de chanteurs, a bravement\nannoncé la réouverture des Italiens à la date du 7 octobre, et le 7 octo-\nen effet, M. Strakosch était prêt et affichait Don Pasquale pour le\nsoir. Qui ne connaît Don Pasquale ? Une délicieuse conversation musi-\ncale à laquelle suffisent quatre personnages et deux décors, l'opéra-bouffe\nle plus facile à monter de tout le répertoire italien, ce qui ne signifie pas\nqu'il soit le moins agréable à entendre. Deux artistes chers aux anciens\nhabitués de la salle Ventadour, Zucchini et Delle Sedie faisaient,\nl'un Don Pasquale, et l'autre le docteur Malatesta. Zucchini est resté"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "88", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.49", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ncomique facétieux et plein de rondeur; c'est un fin renard qui a dé-\npisté toutes les ruses et toutes les finesses du syllabique bouffe. On\nsent trop chez Delle Sedie le professeur de chant; de chacune de ses\nnotes il fait une démonstration... qui n'est pas toujours concluante. Au-\nprès de ces vieux routiers, débutaient mademoiselle Belval dans le rôle\nde Norinâ, et M. Benfratelli ; ceux qui se connaissent à la classification\ndes voix, affirment que celui-ci est ténor : ne l'affligeons pas en cher-\nchant à prouver le contraire.\nMademoiselle Marie Belval est la fille de l'artiste de l'Opéra dont\nnous parlions tout à l'heure : elle se rapproche de son père par la crâ-\nnerie un peu plébéienne de ses allures en scène; elle ne lui ressemble\npas plus pourtant qu'un fifre et un basson ne se ressemblent. Sa voix de\nsoprano est légèrement acidulée, mais jeune, fraîche et mordante. Elle\nvocalise dans la pose la plus naturelle du monde et sans s'effrayer ja-\nmais de la difficulté ; elle s'en remet pour le reste à l'instinct musical\nqui la guide, et qui nous paraît jusqu'ici le don le plus précieux de la dé-\nbutante.\nSamedi, n octobre. L'atmosphère de la salle Ventadour s'est\néchauffée : un courant magnétique s'est établi entre les loges et la scène:\nles tons un peu crus de la décoration intérieure se sont-ils harmonisés\ncomme par enchantement? Us n'offusquent déjà plus l'œil. La soirée sera\nbonne pour le Barbier de Séville.\nElle l'a été en effet. C'est mademoiselle de Belocca qui a rompu la\nglace, elle venait tout exprès du pays de la neige. Car mademoiselle de\nBelocca est née en Russie où sa famille habite encore. La jolie Rosine !\nPoint grande, toute mignonne au contraire, avec un air de tête char-\nmant, des yeux grands ouverts et pleins de bonté, un sourire rayonnant\net doux. C'est la grâce plus belle encor que la beauté, dont parle La\nFontaine. La voix de mademoiselle de Belocca est du métal le plus pur\net le plus résistant, homogène et sonore dans toutes ses parties. L'ins-\ntrument est d'une merveilleuse santé. C'est un mezzo-soprano qui\nsonne dans le registre grave avec un éclat de bon aloi qu'envierait le\ncontralto le mieux doué. C'est là qu'elle cherche ses effets, comme si\nelle voulait donner le change sur le véritable diapason de sa voix. A\nla scène de la leçon de chant, elle a dit le Brindisi de Lucre\\ia Borgia ;\non a été séduit par la générosité de son organe et elle a dû recommen-\ncer, au milieu des bravos et des bis, la seconde strophe de son morceau.\nMais (il ne tiendra qu'à mademoiselle de Belocca' que ces vilains mais"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "89", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.50", "texte": "REVUE MUSICALE\n\ndisparaissent) elle ne vocalise pas toujours avec un goût et une légèreté\nirréprochables; ses gammes ascendantes tournent un peu court à 1 aigu.\nSes études auraient-elles tourné un peu court, comme ses gammes as-\ncendantes? Le trille seul est d'une richesse et d'une netteté inatta-\nquables.\nZucchini jouait Bartholo et Delle Sedie Figaro. Ils y ont été vaillants.\nM. Brignoli (Almaviva) chante les Brignoli : c'est un genre bien in-\ngrat. Il n'est pas aisé, et il ne serait peut-être pas loyal, de juger d'après\nson premier début M. Fiorini, qui remplissait le rôle de Don Basile et\nqui a chanté l'air de la Calomnie sous l'empire d'une frayeur atroce : il\nn'a pas détonné, ce qui est de bon augure.\n11 y a plus d'une réserve à faire sur la représentation de\nquale; mais on peut dire que celle du Barbier est pour M. Strakosch un\nheureux présage de succès; elle a servi, en outre, à mettre en relief le\ntalent hors ligne de son chef d'orchestre, M. Vianesi, un bras de fer au\nservice d'une intelligence d'élite. Je doute que le finale du premier acte\net l'intermède de l'Orage aient jamais été exécutés au Théâtre-Italien\navec une pareille précision et un tel respect des nuances.\n\nARTHUR HEULHARD."}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "90", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.51", "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nCORRESPONDANCE\nC. B.\nMonsieur le directeur,\nA lecture de l'intéressant article consacré par M. Ch. Nuit-\nter aux succès de madame Angot (mère), m'a remis en\nmémoire un couplet politique dont j'ignore s'il existe des\nfrères et que je crois inédit, ou peu s'en faut. Voici com-\nment je l'ai entendu chanter par mon grand-père, contem-\nporain du succès de Madame Angot au sérail de Constan-\ntinople (i8o3), bouffonnerie inspirée à Aude par Madame\nAngot (première, 1796).\nNé en 1760, mort en 1815, Facteur-directeur Corsse (le grand-père du té-\nnor Roger), prit, en 1800, la direction du théâtre de FAmbigu-Comique, an-\ncienne scène Audinot; la vogue extraordinaire qu'obtint, en iBo3, sur cette\nscène Madame Angot au sérail, et le talent avec lequel Corsse remplitle rôle\nde Fex-poissarde, releva la fortune de son théâtre, qui parvint à une brillante\nprospérité dont il avait grandement besoin.\nC'est à tout cela que fait allusion le couplet suivant et aussi àla bataille\nde Marengo gagnée en 1800 par Bonaparte, qui préludait à cette série de vic-\ntoires ruineuses que continua l'Empire.\nSur le timbre quelque peu mélancolique et même un brin solennel : Trou-\nverez-vous un Parlement, voici le texte du couplet politique annoncé et qui\napparente si hardiment l'acteur Corsse (sic) et le général Bonaparte :\nLe Corsse de Madame A ngot\nEst d'une bien chétive éeorce ;\nMais le Corse de Marengo\nEst d'une bien plus dure éeorce :\nL'un nous demande un peu d'argent\nPour faire aller sa comédie,\nEt Vautre verse notre sang\nPour terminer sa tragédie.\nVeuillez agréer, etc.\nCh. Barthélémy.\nP. S. Des diverses Madame Angot, 011 ne signale, vers i 855, que la reprise\nassez brillante au théâtre de la Gaîté de Madame Angot, ou la poissarde\nparvenue ( r796); le succès fit son tour de banlieue, voire de France. C'était\nPaulin Menier qui jouait le rôle de la poissarde, et Colbrun était fort drôle\nsous les traits de Nicolas.\nMadame Angot au sérail eut, dans sa nouveauté (i8o3), deux cents repré-\nsentations successives."}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "91", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.52", "texte": "VARIA\n\nEdmond Neukomm.\nParis, ce 12 octobre 187?.\n4»\nMon cher Heulhard,\nEn rentrant à Paris, je trouve une lettre par laquelle un éditeur étranger,\nétabli à Paris, me signale une omission dans mon article : Les Musiciens\nallemands pendant la dernière guerre. Je m'empresse donc de combler cette\nlacune en ajoutant à ma liste déjà longue de morceaux politiques une Garde\nsur les Vosges (die Wacht an den Vogesen), de L. Liebe. Ce morceau fait\npendant à la Garde sur le Rhin, dont nous avons parlé. Mais où je ne suis\nplus d'accord avec mon correspondant, c'est lorsqu'il semble attribuer mon\nomission à cette circonstance particulière : « Que M. L. Liebe est Français et\nque c'est probablement pour se faire pardonner son ancienne nationalité qu'il\na écrit le morceau précité. » En effet, si nous avons peu ménagé les Wagner,\nles Listz et les Parlow, à plus forte raison eussions-nous donné une atten-\ntion particulière à ce L. Liebe, si nous avions connu sa Garde sur les Vosges.\nPour ma part, je lui eusse accordé une bonne place dans mon article; mais\nje me fusse bien gardé d'écrire qu'il était Français, par la simple raison que\nce L. Liebe (Louis Liebe) est né à Magdebourg, et que dès lors il s'agit d'un\nsimple Prussien ingrat, ce qui n'a rien d'étonnant.\nCeci dit, mon cher Heulhard, je vous serre la main alla francese.\n\nFAITS DIVERS\nN ferait un grand opéra, très grandiose avec Alcibiade ; je ne sais\npas de vie plus fastueuse et plus dramatique. C'est toute une\népopée.\nUHistoire d'Alcibiade vient d'être écrite dans le style le plus sévère\npar M. Henry Houssaye que nous connaissons bien déjà par Y Histoire d'Ap-\npelles. Le jeune helléniste, tout en ne voulant s'attacher qu'au grand côté\nhistorique de son héros, a bien été forcé de le peindre à travers les avan-\ntures de sa vie privée. Or, il n'est pas d'existence plus romanesque et plus\nglorieuse.\nSa mort, sous les yeux de Timandra, quand il lutta seul contre une nuée\nde Perses, au reflet des flammes de sa maison incendiée, serait un des plus\nbeaux actes de tragédie lyrique.\nLe premier volume de YHistoire d}Alcibiade renferme un très beau portrait\nd'après un buste du Vatican. Avec un peu de bonne volonté, on y reconnaî-\ntrait la figure de Faure.\nMais là n'est pas l'intérêt du beau livre de M. Henry Houssaye, qui est"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "92", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.53", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ntoute l'histoire de la République athénienne, depuis la mort de Périclès jus-\nque l'avènement des Trente Tyrans.\nOn nous accuse de n'être pas sérieux en France; cependant on fait encore\ndes livres comme Y Histoire d£ Alcibiade, et le succès prouve qu'il ya un vrai\npublic pour ces livres-là,\n—-, Le Figaro donne sur la salle des Italiens les renseignements qui sui-\nvent :\n« L'aspect de la salle n'est plus le même. Les loges d'avant-scène, à cause\nde leur renfoncement, constituent une décoration spéciale, sur fond rouge,\nqui s'harmonise parfaitement avec les voussures de la scène. Les autres dé-\ncorations sont généralement en or sur fond jaune.\n« De l'or sur fond jaune ! C'est là une innovation hardie, mais M. Char-\npentier, l'architecte du théâtre, a complètement réussi. Ce mariage de deux\nmêmes couleurs est d'un très bel effet.\n« La première galerie est dorée en plein ; la deuxième et la troisième sont\nen stuc, avec panneaux et ornements dorés; la quatrième, à fond jaune ainsi\nque les archivoltes, est ornée de peintures emblématiques. Les colonnes\nsont également à fond jaune, avec bases, chapiteaux et cannelures dorées.\n« Le lustre a été changé, et le nouveau, sans être beaucoup plus grand\nque l'ancien, aura plus d'éclat à cause de la disposition des cristaux, qui en-\ncadrent les becs de gaz au lieu d'en être entourés, et tamisent ainsi la lumière\nen lui donnant toutes sortes de reflets.\n« Tout le mobilier est neuf. C'est le théâtre de Paris où l'on est le mieux\nassis.\n« La loge de madame de Rothschild, qui était la loge de l'administration,\navait son entrée par la scène; comme madame de Rothschild ne peut pas\nentrer par la scène, on a pratiqué une entrée donnant sur les couloirs de la\nsalle. »\nVoici des détails inédits sur le chef d'orchestre actuel des Italiens, M,\nVianesi, dont l'habileté s'est affirmée avec tant d'éclat dès la soirée de réou-\nverture.\nM. Vianesi est né à Livourne. Son père, professeur de musique, élève dis-\ntingué de Stanislas Mattei de Bologne, lui enseigna les premiers éléments\nde son art. M. Vianesi étudia le piano avec Dolher et la composition avec\nPacini. A l'âge de huit ans, sa carrière musicale était commencée. Il a paru\ncomme artiste lyrique, sur cent vingt-cinq théâtres, en compagnie de ses frè-\nres et de ses sœurs : il chantait les rôles de baryton et basse chantante : Fi-\ngaro, Dulcamara, Don Pasquale, Don Magnifico, etc., etc. A dix-sept ans, il\nétait nommé chef de musique du premier régiment de grenadiers en Italie.\nGiuditta Pasta, avec laquelle il était lié d'amitié, lui conseilla de quitter le\nservice militaire.\nEn 1858, il fut nommé chef d'orchestre de Drury Lane à Londres. La Per-\nsiani, Pauline Viardot, Badiali, Gassier, Naudin faisaient alors partie de la\ntroupe engagée à ce théâtre. En 1862, il devint chef d'orchestre à Moscou et\nensuite à Saint-Pétersbourg au théâtre Impérial. L'empereur de Russie l'a\nnommé maître de chapelle à son service. Il est passé en dernier lieu à Londres"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "93", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.54", "texte": "VARIA\n\nà Covent-Garden où il a remplacé Costa. Que d'artistes ont chanté sous sa di-\nrection! Mario, Tamberlick, Badiali, Graziani, Naudin, Ronconi, Gassier;\nmesdames Grisi, Persiani, Viardot, Patti, Albani, pour citer au hasard!\nSon rêve d'artiste était de diriger l'orchestre du théâtre Italien de Paris\net d'y recevoir ce qu'il appelle lui-même il battesimo artistico. M,\nconsidère sa profession comme un sacerdoce. Depuis vingt ans qu'il est chef\nd'orchestre, il n'a manqué ni une répétition ni une représentation, et ne\nlaisse à qui que ce soit le soin de surveiller les répétitions des artistes et des\nchœurs. Un scrupule caractéristique: Les jours de représentation, M. Via-\nnesi dîne à trois heures de l'après-midi pour rester maître de toute sa tête et\nde tout son bras. Il aime son orchestre comme Quasimodo sa cloche, avec\nune véritable passion. Ajoutons qu'il est homme de goût et de sens, qu il\nparle plusieurs langues et raffole de peinture.\nM. Vianesi est, jusqu'à présent, la véritable trouvaille de M. Strakosch.\nComplétons les renseignements que nous avons donnés dans notre der-\nnier numéro sur la Pavane, qu'on exécute àla Gaîté dans le Gascon.\nC'est notre excellent collaborateur, M. Wekerlin, qui en a fourni le texte\nà M. Vizentini, d'après la version originale de la bibliothèque du Conserva-\ntoire.\n—M. Gaston Escudier publie dans VArt musical une série d'articles sur\nles fêtes populaires. Dans l'un d'eux, il nous initie aux mystères fort peu sacrés\nde la musique foraine :\n<c Au grand cirque Loisset, l'un des plus beaux que je connaisse, et auquel\nje consacrerai un chapitre tout spécial, j'ai entendu deux clowns exécuter sur\ndes pots de fleurs et sur des verres les Cloches du monastère de Lefebure\nWely quelquefois les verres jouaient seuls. Rossini, un jour, assistait\nà une de ces représentations. L'artiste venait d'exécuter l'ouverture de\nGuillaume-Tell. Le maître racontait le lendemain qu'il avait entendu son\nouverture fort proprement rincée par un clown. »\nDans le journal l'Arte de Trieste, M. E. Cordona raconte l'odyssée du\npiano-forte de Cimarosa.\nLe vénérable instrument sur lequel le maître avait composé ses œuvrés\ncélèbres vient d'être placé dans la collection du Conservatoire de Naples.\nAprès de nombreuses pérégrinations, la précieuse relique était en dernier\nlieu devenue la propriété de M. Andréa Cefali da Cortale (Calabre), qui, à la\nsollicitation de M. Florimo, l'archiviste éminent de la bibliothèque San-\nPietro, en a fait hommage au Conservatoire.\nC'est paraît-il, un piano carré, à cinq octaves. Sur la planchette perpendi-\nculaire au clavier, on lit l'inscription : Adam Londini fecit 1780.\nCompton Street. Schos."}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "94", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.55", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nNOUVELLES\n\nARIS. Opéra. C'est par erreur que plusieurs journaux ont an-\nnoncé que l'Opéra répétait la Reine de Chypre. Il n'est nullement\nquestion de cette reprise.\nC'est toujours par erreur qu'on annonce du nouveau à l'Opéra de\nPans.\nLa besogne de M. Halanzier est faite à l'Opéra de Berlin. Le directeur de\nce théâtre va remettre à la scène Nurmahal et Fernand Cortez, de Spontini,\nIphigénie en Tauride et Alceste, de Gluck.\nItaliens. Malgré les affirmations d'une partie de la presse, nous croyons\nqu'on n'est pas exactement renseigné sur les projets de M. Strakosch.\nLe nouveau directeur des Italiens aurait, dit-on, l'intention d'ajouter au\nrépertoire actuel le Ruy-Blas, du signor Marchetti \\ Patrie, de Sardou, par\nLauro Rossi, sous le titre de Contessa di Mons ;il Mercante di de\nShakespeare, par Pinsuti; Luigi X/, du compositeur Fumagalli; Maria An-\ntonietta, par Badiali.\nNouvel engagement au Théâtre-Italien : celui de Marie Biarini, que\nnous avons remarquée, il y a trois ans, à l'Athénée, où elle créa avec\nsuccès l'un des deux rôles principaux des Masques, de Pedrotti.\nDepuis cette époque, madame Biarini s'est consacrée à la carrière ita-\nlienne.\nM. Strakosch a engagé mademoiselle Emilia Tagliana, jeune cantatrice\nà peine âgée de vingt ans, et qui a déjà obtenu de brillants succès à Rome,\nà Naples, à Milan,\nElle débute dans Rigoletto.\nMademoiselle Gabrielle Krauss, que nous allons entendre au Théâtre-\nItalien, est arrivée à Paris\nOpéra-Comique. Mademoiselle Chevalier, lauréat du dernier concours\ndu Conservatoire où elle suivait les cours de M. Saint-Yves-Bax, a débuté\nen tapinois dans le rôle d'Angèle du Domino noir : début discret, sur lequel\nil n'est point permis dé fonder de grandes espérances.\nAthénée. L'Athénée vient d'engager pour deux ans mademoiselle Edma\nBreton, une des jeunes élèves de Roger, fort remarquée au dernier concours\ndu Conservatoire»\nElle débutera dans la Tour de Tulipano, trois actes de M. de Saint-Geor\nges et Adenis, musique de M. Debillemont, dont les autres rôles seront"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "95", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.56", "texte": "VARIA\n\nchantés par mesdemoiselles Girard, Marietti; MM. Geraizer, Galabert, Au-\nbéry, Crambade.\nOn annonce comme très prochaine la première représentation de la\nreprise du Bijou perdu, d'Adam, avec mademoiselle Singelée, si fort applau-\ndie à l'Athénée, sous la direction Martinet, et le baryton Lepers.\nRenaissance. Le Mariage aux Lanternes et les Dames de la Halle\nqu'on vient de reprendre à ce théâtre, composent, avec Pomme d/Api, un\nspectacle attrayant qui fera patienter le public jusqu'à la première repré-\nsentation de la Jolie Parfumeuse.\nGaîté. C'est Christian, des Variétés, qui jouera le rôle de Jupiter dans\nOrphée aux Enfers dont la reprise est imminente,\nBouffes-Parisiens. En remplacement de la Belle Imperia, retirée en\npleine répétitions, par ses auteurs, on monte la Qiienouille de Verre.\nEnsuite viendra la Branche cassée, opérette de M, Gaston Serpette, prix\nde Rome, auteur de la cantate de Jeanne d'Arc, exécutée à l'Opéra il y a\nquatre ans environ.\nVictorien Sardou met la dernière main à une comédie intitulée la Jeu-\nnesse de Mozart. On devine que la musique y a sa part. Le principal rôle est\nécrit spécialement pour un artiste phénomène, M. Charles Réné, comédien\nétonnant, dit-on, et pianiste supérieur. Cet artiste n'a pas huit ans. Mais il a\ndonc appris le piano sur le sein de sa nourrice !\nNote du Ménestrel sur le Concert national qui va se transporter cette\nannée de l'Odéon au Châtelet :\nDe pareilles institutions ne peuvent donner de résultats financiers que\ndans un local vaste et spacieux, et l'Odéon, malgré ses excellentes conditions,\nn'offre pas à cet égard les avantages qu'on trouve dans la salle nouvelle, où\n3,500 spectateurs peuvent s'étager à Taise. Cet agrandissement a nécessaire-\nment entraîné une augmentation proportionnelle du nombre des exécutants.\nEn conséquence, le concert national a renforcé ses chœurs et son orchestre\nqui reste sous l'habile direction de M. Colonne. Il donnera vingt séances\ndans le cours de la saison, distribuées par séries de quatre concerts. Parmi les\nœuvres dont l'exécution est dès à présent arrêtée, nous pouvons nommer : le\nMessie de Haendel et la Grande Passion de Bach, VAthalie de\nla Marie-Magdeleine de Massenet, le Ruth de Franck et sa Rédemption, re-\nfondue et refaite en grande partie; un autre drame biblique : Dalila de Ca-\nmille Saint-Saèns, et le Paradis perdu de Th. Dubois. Parmi les pièces\npurement instrumentales, nous ne citerons que les Scènes pittoresques, une\nnouvelle suite d'orchestre de Massenet, le concerto de violon de M. Lalo et\ncelui de Max Bruch, tous deux exécutés par Sarasate, nous réservant d'an-\nnoncer en temps utile les différentes primeurs qu'on nous prépare encore.\nBonne chance au Concert national."}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "96", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731015-01.1.57", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\ni ans. imprimerie Alcan-Lévy, rue de Lafayette, 61.\nPropriétaire-Gérant :Q4 CRJT 11 U HEULII<34l^'D.\n\nBRUXELLES. —Le Roi d'Yvetot,opéra-bouffe en trois actes, de MM. Hemery\net Chabrillat, musique de M. Vasseur, passera le 20 octobre aux Fantaisies-\nParisiennes de Bruxelles.\nLes principaux rôles seront tenus par mesdames Desclauzas, Pauline Lui-\ngini, Félicie Delorme, Pélagie Colbrun/ MM. Maiio Widmer, Alfred Au-\ndran. Marchand, Leroy.\nMILAN. Notre cori espondant de nous Gcnt en ces termes succincts*\n« Représentation de \\ Ebvect (lu Juive) au nouveau, très vaste et luxueux\nthéâtre dal Verme. Public écoutant avec beaucoup d'attention la musique\nd'Halévy. Un grand tiers de l'assistance suivant la pièce en lisant le livret.\nSalle trop sonore ; les chanteurs et l'orchestre en abusent, et poussent de la\nvoix et de laichet à qui mieux mieux. Lostumes des premiers sujets seuls\nexacts ; ceux des choristes et des danseuses n'appartiennent à aucun pays, ni\nà aucune époque. Les décors absolument élémentaires... Comparez avec\nParis ! »\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}