{"numero_id": "bm-bmtnabc-1873-11-01-01", "volume": "bmtnabc_1873-11-01_01", "ocr_sha256": "d4952ec03a188fcff39acaa75deaa9fc7fc99238b0ecc3d86bcead9ab17e93c8", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabc/issues/1873/11/01_01/bmtnabc_1873-11-01_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabc/issues/1873/11/01_01/bmtnabc_1873-11-01_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabc-1873-11-01-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-11-01_01#c001", "volume": "bmtnabc_1873-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "[97]", "page_fin": "103", "image_debut": 1, "image_fin": 11, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.2.1", "titre_corps": "CHANSONS POPULAIRES DE RUSSIE", "titre_sommaire": "CHANSONS POPULAIRES DE RUSSIE", "signature_source": "GUSTAVE BERTRAND", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[97]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.1", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1152, "texte": "CHANSONS POPULAIRES DE RUSSIE\n\nous avions, il y a un mois, inauguré nos publi-\ncations de musique russe par la Ballade Varègue,\nd'Alexandre Séroff, que madame Léonova venait\nde faire applaudir à une matinée du Châtelet.\nPlaçons en tête de ce nouveau groupe de chansons\npopulaires de Russie, la romance du Rossignol,\nSolovéi, intercalée par mademoiselle Belocca dans\nla leçon de chant du Barbier de Séviîle. La Chronique musicale a donné\nson avis sur ce talent, si charmant déjà et plus riche encore de promesres :\ndisons seulement que la jeune et très jolie prima donna, du Théâtre-Ita-\nlien, est d'une excellente famille de Russie, et que c'est, à peu de choseprès,\nson vrai nom qu'elle a inscrit au livre d'or de l'opéra italien ; en russe il\nse prononce (en aspirant légèrement la dernière consonne) : Biélokha.\nA la faveur de cette première vogue qui entoure la Belocca, nous\nsavons qu'on s'apprête, à publier le Soiovéï avec paroles françaises.\nAussi nous bornerons-nous à en donner une simple transcription pour\npiano. Voici le sens de la première et de la dernière strophe :\n« Rossignol, mon rossignol à la voix brillante, que fais-tu voltigeant"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "98", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.2", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2642, "texte": "de ci, de là, toute la nuit? Rossignol, ô rossignol, mon beau chanteur î\nEs-tu donc malheureux comme moi? La nuit t'écoute ; 1 œil noyé de\nlarmes ne se fermera pas d'ici au matin Dans la nuit d hiver 1 an-\nneau fut mis au doigt, puis s'est brisé. Et voilà qu au printemps a au-\njourd'hui, ma belle me désaime.... »Je traduis littéralement :le mot a\nété oublié dans notre dictionnaire, quoique la chose ne soit pas trop\nétrangère à nos mœurs.\nLe style musical suffirait à indiquer que ce n est pas une chanson po-\npulaire, mais une romance de salon. Elle date d une trentaine d années\nau moins; le compositeur Alabiefi n'a écrit, je crois, qu en ce genie. Le\nSolovéï est très connu des virtuoses voyageurs, violonistes, pianistes ou\nchanteurs.\nLiszt a composé une fantaisie sur ce thème-là. La Sontag est, dit-on,\nla première d'entre les dive cosmopolites qui ait adopté le Solovéï, en y\najoutant des variations brillantes. Madame Pauline Viardot lui prêtait\nson grand style et avait d'ailleurs tout un répertoire de chansons russes.\nLa Patti Pa dit aussi bien des fois. La Nilsson préfère chanter 1 Ange, de\nVarlamoff, et ne se fait pas prier, dans les concerts et les soirées de\nSaint-Pétersbourg, pour enfiler un chapelet de romances russes.\nPuisque nous en sommes aux morceaux favoris des prime donne, don-\nnons en musique la chansonnette adoptée par cette gracieuse Bosio\nqui, à peine entrevue à Paris, s'était fait adorer à Saint-Pétersbourg, et\ny fut tuée, au détour de ses premiers triomphes, par un traître coup de\nvent glacial. On lui fît des funérailles dignes d'une grande-duchesse.\nCette riante nature d'artiste avait choisi, comme on pourra voir, un\njoyeux motif sur lequel elle brodait toute sorte de caprices.\nLe Krasni Sarafane (mot à mot « robe rouge», robe de noces,car les\nmariées de campagne ont la robe rouge et le diadème), la Sarafane de\nVarlamoff est peut-être, avec le Solovéï d'Alabieff, la plus connue des\nchansons russes. Dans le ballet viennois de Plick et Plock, il ya un\nintermède où les principales nations sont personnifiées par une scène et\nun pas caractéristiques, tandis que l'orchestre joue un air du pays ; di-\nsons en passant que le librettiste allemand a eu le bon goût de représen-\nter la France par une scène et un air de Mabille*, plus courtois enveis la\nRussie, on avait choisi le Sarafane.\nPar le sujet, le Sarafane ne diffère pas sensiblement d'une chanson\npopulaire, et je ne serais pas étonné que c'en fût tout simplement une\nqu'on aurait un peu rhabillée à la moderne pour la présenter dans les\nsalons.\nLa fillette prend d'abord la parole : « Ne vous hâtez pas, ma mère,"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "99", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.3", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2736, "texte": "de me coudre ma belle robe rouge, et de me couvrir du voile de soie des\nmatrones, laissez encore l'oeil des jeunes gens se réjouir de ma vue. Je\nveux garder longtemps, toujours ma liberté chérie. » Et la mère lui\nrépond : « Mon enfant, ma petite tête folle, tu ne pourras pas toujours\nchanter comme l'oiseau et voleter comme le papillon; les coquelicots de\nta joue se faneront... Je parlais comme toi à ton âge, mais pour vieillir\nsans regret il faut revivre sa jeunesse en regardant ses enfants. »\nPassons maintenant, par manière de contraste, à la chanson qui com-\nmence ainsi : Vspomni moïa (souviens-toi, ma bien ai-\nmée)... —■ Elle est, celle-là, tout à fait populaire, ce qui n'empêche pas\nque nous la trouvions plus noble d'allure et d'un sentiment poétique\nbien autrement profond. Les deux recueils de Villebois et de Bernard en\ndonnent deux textes mélodiques assez différents : il ne s'ensuit pas que\nFun soit moins authentique; on sait combien une même chanson se\nmodifie d'une contrée, ou même d'un village à l'autre. N'a-t-on pas\nrecueilli jusqu'à vingt leçons plus ou moins divergentes de certains\nchants populaires de France?\nNous avons traduit de notre mieux les premiers vers. Voici le sens des\nvers qui viennent après. L'amant désolé ajoute : « O ma chérie, n'est-ce\npas avec moi, ton jeune amant, que tu vas te marier? » La fallacieuse\nfillette répond : « Marie-toi, je me marierai ! » Et l'auteur nous montre\nun suberbe terem s'élevant dans la prairie, celui sans doute qu'elle ha-\nbitera bientôt quand elle sera devenue l'épouse du riche et vieux boyard.\nLe dernier couplet dit : « C'est ainsi que chantent les belles servantes du\nnouveau terem, c'est ainsi qu'elles bavardent. » On peut en inférer que\nla chanson est de l'une d'elles. Le mot de terem nous apprend que la\nchanson est vieille d'environ deux cents ans, sinon plus : l'usage du\nterem, qui était le logis réservé des femmes, a cessé avec le règne du père\nde Pierre le Grand.\nNous donnons encore une chanson cosaque, avec les paroles origi-\nnales reproduites en lettres françaises, afin qu'on puisse juger à peu près\ndes sonorités du dialecte petit-russien, comme on a fait du grand-rus-\nsien par nos citations analogues du mois dernier. Je dis qu'on en jugera\nà peu près, car il est impossible de donner l'équivalent exact de cer-\ntaines voyelles composites des alphabets slaves ; d'ailleurs, l'accent to-\nnique, à lui seul déjà, donne aux mots une allure dont le lecteur fran-\nçais se fait malaisément l'idée.\nEn tout état de cause, cette chanson cosaque se fût mal prêtée à la\ntraduction; elle est d'une naïveté extrême, assez triste au fond... Il\ngit d'une pauvre mariée qui « s'est acheté le malheur pour son argent, «"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "100", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.4", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2740, "texte": "c'est-à-dire, en style moins imagé, qu'elle s'est mariée très-mal avec une\nbelle dot. En dépit du sujet, la seconde partie de la mélodie a une verte\nallure qui trahit une chanson à danser.\nOn peut vérifier encore ici Inexactitude de i observation que nous\navions faite pour le lékhalc c'est que les airs petits-russiens ont\ndes rhythmes plus vivaces, et généralement aussi plus de gaieté, tandis\nque la muse populaire de la Grande Russie est encline à la mélancolie.\nDe part et d'autre, il y a d'ordinaire un grand fond de bonhomie ; on\nsera peut-être surpris de me l'entendre affirmer à propos des chansons\ncosaques ; on m'a dé]à exprimé cet étonnement à 1 occasion du léknalc\nkosake Donnai. C'est qu'on n'est pas habitué, en à attacher\ndes idées sentimentales à ce nom de cosaques!\nJe crois que dans nos funestes souvenirs de 1814 et de 181 5 on a vo-\nlontiers attribué aux Cosaques ce qui était du fait des Kalmouks, par\nexemple, ou de telles autres bandes à demi-sauvages, car en cette oc-\ncasion la Russie avait convoqué sans exception toutes les forces dont elle\npouvait disposer. Les Kalmouks sont des lartares* les eux,\nsont des Petits-Russiens, qui, dans la grande famille slave, se distin-\nguent simplement par des traditions d'existence plus primitive, plus pa-\ntriarcale et moins absolument sédentaire. Le gouvernement central\nles laisse s'administrer suivant leurs coutumes ; il lui suffit de recevoir\nchaque année une certaine somme d'impôts et un certain contingent de\ncavaliers tout équipés. C est l'attaman qui a réparti sur les villages et\nles tribus la quotité d'impôt et de contingent.\nAu jour dit, tous les cosaques désignés pour une nouvelle période de\nservice militaire se trouvent réunis dans une grande plaine qui sert à ces\nrassemblements; ils arrivent tout prêts, avec leur lance, leur sabre ?\nleurs pistolets et leur carabine; je ne parle pas du cheval, qui est un\nami, un frère pour son cavalier; aussi n'est-il pas oublié dans les chan-\nsons. Les Cosaques se groupent à l'endroit de la plaine assigné à leur\nsotnia (régiment). La tête de chaque régiment est tournée dans le sens\nbu il va marcher, quelle que soit la destination : Moscou, Arkangel ou\nle Caucase, Samarcande ou Saint-Pétersbourg... Il y a toujours au moins\nune sotnia auprès du grand-duc héritier, qui est attaman honoraire des\nCosaques, comme l'héritier d'Angleterre est prince de Galles, comme\nl'héritier de France était dauphin de Viennois.\nAvant le départ, chaque sotnia a derrière elle une sorte de campe-\nment où sont les femmes, les vieillards et les enfants, venus pour les\nadieux. Au dernier moment, une poignée de la terre natale est renfer-\nmée dans un sachet que l'épouse ou la fiancée coud au vêtement du sol-"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "101", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.5", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2559, "texte": "dat, sur sa poitrine : c'est un souvenir et un talisman... Puis, quand le\nsignal est donné, les sotnias franchissent le Don et disparaissent aux\ndivers points de l'horizon, tandis que les « mains blanches » se tordent\net que les beaux « yeux gris » fondent en larmes. Nos lecteurs ne\nnous sauront pas mauvais gré, sans doute, de leur avoir esquissé la mise\nen scène du lékhale kosake \\a Dounaï.\nVoilà un des mille et un tableaux que suggère l'étude des chansons\npopulaires. Je voudrais qu'un slavisant traduisît, par exemple, le recueil\ndes Chants de la. Petite Russie publié par Lissenko, à Kiew (et traduit\ndéjà en allemand). Ce curieux et pittoresque travail devrait tenter\nM. Louis Léger, qui nous a déjà donné les Chants de la Bohême, et à\nqui presque tous les dialectes du monde slave sont familiers.\nVoici maintenant une autre ronde populaire de la Grande Russie :\nPo mostovoï\nQue nous dit le texte?\nà l'eau, à l'eau fraîche de source. Hé! fillette, lui crie un garçon, at-\ntends, ma beauté! nous irons ensemble à la fontaine, il est plus gai d'y\naller à deux. Ne crie pas si fort, petit niais ! mon père t'entendrait,\net il m'enverrait travailler au jardin... » Suivent d'autres couplets dont\nle sens est fort décousu, et la ronde finit sur cette idée : « Mon ami\nm'apporte un beau cadeau. Ce n'est pas ton anneau qui m'est cher,\nc'est ton amour seulement!... »\nJ'ai recherché cette chansonnette pour en avoir trouvé la mention\ndans le roman des Eaux printanières, un des plus récents de l'illustre\nécrivain Ivan Tourghénieff. Il s'est improvisé trois traductions à la fois\nde ce roman : la première dans le journal le Nord ; celle quia paru chez\nHetzel est de M. Emile Durand, qui veut bien nous traduire quelques-\nunes de ces chansons russes. Cette ronde de la « Fillette qui va à\nPeau » est une de celles que Sanine chante à Frau Lécnor et à Gemma;\nune autre est le Sarafane. Nous avons traduit tant bien que mal plusieurs\ndes couplets de l'autre ronde. Les derniers nous apprennent que le ber-\nger appelé dans la ronde, ayant ainsi abandonné son troupeau durant\nune heure, a perdu une petite vache, et qu'un autre a tant dansé qu'il a\négaré la moitié de son troupeau, ce qui a fort contristé la danseuse. Je\ncrains que de telles révélations ne laissent froid le lecteur parisien\nde 1873. Cette églogue plus que naïve n'en a pas moins inspiré une mé-\nlodie vivace et curieuse.\nL'exécution de ces rondes villageoises de la Russie ne laisse pas d'être\nassez pittoresque, parfois même un peu scénique. Le chœur, formé en"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "102", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.6", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2780, "texte": "cercle, chante tout ce qui est narration ou réflexions (comme le chœur\ndu drame et de la comédie antiques). Au milieu du cercle sont deux ou\nplusieurs paysans de l'un et l'autre sexe, chargés de représenter les per-\nsonnages qui figurent dans le texte, couple amoureux, mari et femme,\nmère et fille, méchante belle-mère, etc., etc.; chacun et chacune chante\nen dansant ou mimant la bribe de dialogue qui lui est attribuée. Quel-\nquefois le chœur ne s'interrompt pas. Dans d'autres rondes, il y a\ncomme un coryphée récitant, et le chœur ne fait que répéter, ou bien\najouter une exclamation, une courte réflexion à chaque strophe. On\ncomprend qu'il n'existe pas de code rigoureux pour tout cela. Mais pour\npeu qu'il y ait une action indiquée ou du dialogue, l'exécution de la\nronde devient semi-scénique,\nLa chanson : Vni% po matouchkié po Volghié est très-connue. Tout\nrécemment elle était citée dans la Revue des Deux-Mondes par M. Louis\nLéger. Tous les touristes qui ont voyagé sur le Volga l'ont entendue,\nplutôt vingt fois qu'une, car c'est une des chansons favorites des hâleurs\n(-bourlakes), qui tirent les bateaux le long de ce fleuve. On ferait un re-\ncueil spécial de ces cc Bourlatskaïas ; » il y en a plusieurs dans le livre\nde M. Balakhireff. —A défaut des virtuoses naïfs qui les chantent d'ori-\nginal sur les berges du grand fleuve, j'ai eu la bonne fortune de les en-\ntendre dire, à Saint-Pétersbourg, par un jeune étudiant qui imitait\ntrès curieusement les accents, les rhythmes, les moindres particularités\ndu chant des bourlakes.\nLe texte du Vniçpo matouchkié po Volghié est tout descriptif : « Là-\nbas, le long du vieux Volga » (mot à mot « de la maman Volga », car le\nnom de ce fleuve est féminin en russe), « en suivant la large vallée, se\njouait une tempête, tempête dans l'air et sur l'eau. On ne voit rien\nsur les vagues, rien qu'un petit bateau, un bateau noir sur les flots\nblancs. Noirs sont les chapeaux des rameurs, rouges leurs ceintures. Au\ngouvernail est assis le patron, en caftan couleur canelle, en camisole\ncouleur grisette, avec un foulard de soie rouge et un bonnet de velours\nnoir. » On le voit, c'est moins de la poésie qu'un jeu de couleurs.\nPourquoi ai-je mis cette chanson en parties chorales? Il faudrait plu-\ntôt me demander pourquoi je n'ai pas adopté cette forme pour toutes les\nautres, car ce serait d'autant se rapprocher de la réalité. Il y a ceci de\ntrès remarquable, en effet, que les paysans de la Russie, comme ceux de\nla Scandinavie, sont naturellement portés à chanter en parties. Dès\nqu'ils sont plusieurs, c'est ainsi qu'ils s'y prennent, et c'est surtout\nquand ils sont plusieurs qu'ils aiment à chanter. Je crois qu'il est aussi\nrare de rencontrer des paysans russes chantant à l'unisson, que d'en-"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "103", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.11", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2377, "texte": "tendre un chœur de gondoliers vénitiens ou de paysans napolitains.\nC'est, paraît-il, un instinct des races du Nord; les liedertafel d'Alle-\nmagne et les glee d'Angleterre n'ont pas d'autre raison d'être ; mais on\npeut dire que ce même sentiment semble plus impérieux chez les Slaves\net les Scandinaves. Tout le monde, à Paris, a pu entendre, au temps\nde l'Exposition universelle de 1867, quatre sœurs suédoises qui chan-\ntaient des ballades et des rondes à quatre parties : voilà l'un des types\nd'harmonisation des chansons populaires du Nord.\nL'arrangement choral que nous proposons ici n'a rien d'authentique,\npas plus que les accompagnements proposés pour les autres airs. Aux\nrusses qui trouveraient que nous en prenons à notre aise, nous répon-\ndrions que leurs musiciens et collecteurs de chansons ne procèdent pas\nautrement : nous avons là sous la main un arrangement choral de cette\nmême chanson ou « Bourlatskaïa » par un compositeur russe, lequel,\npour varier plus librement ce thème, en dérange plusieurs fois la mélo-\ndie. Nous en respectons strictement chaque note, au contraire; n'est-ce\npas la première loi à garder en ces matières?\nLe motif populaire est ce qu'il est, il s'impose, et les accompagne-\nments qu'on y ajoute, pour le faire plus aisément agréer aux dilettantes,\ndoivent s'en inspirer sans y rien changer. Ce travail délicat n'a pas plus\nà se préoccuper d'être facile que d'être difficile, il lui faut être sincère,\nc'est-à-dire tâcher de développer et mettre bien en dehors l'esprit et le\nsentiment de la cantilène populaire. Sur ce point la lutte est ouverte et\nl'émulation libre.\nMais de la part des musiciens russes qui glanent les chansons et qui les\nmettent en œuvre, non sans un grand talent quelquefois, une chose\nm'étonne : puisque les harmonies, les dessins secondaires et terciaires\nsont offerts par la muse rurale, pourquoi ne pas les prendre en même\ntemps que la mélodie dominante? Les reproduire tels quels serait\nfort curieux; et alors même que le travail musical voudrait garder quel-\nque liberté, ne serait-il pas très intéressant pour lui de s'inspirer de cette\npremière mise en œuvre du génie populaire ?\nC'est une question que je compte poser lors de mon prochain séjour\nà Saint-Pétersbourg, tout en cherchant par moi-même à me procurer\nde ces chansons chorales bien authentiques.\n\nGUSTAVE BERTRAND"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-11-01-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-11-01_01#c005", "volume": "bmtnabc_1873-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 7, "image_fin": 7, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.2.2", "titre_corps": "SOLOVEÏ (LE ROSSIGNOL)", "titre_sommaire": "SOLOVEÏ (LE ROSSIGNOL)", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.7", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 57, "texte": "SOLOVEÏ\n(LE ROSSIGNOL)\nLarghetto\nMusique d'ALABIEFF.\n(19)"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-11-01-01-c006", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-11-01_01#c006", "volume": "bmtnabc_1873-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 8, "image_fin": 8, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; 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DE FILIPPI", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 12, "page_imprimee": "104", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.12", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1124, "texte": "DES CONDITIONS ÉCONOMIQUES\nDE LA MUSIQUE ET DU THÉATRE\nEN FRANCE\n\n(Suite.) (i)\nIV.\nES subventions théâtrales, avons-nous dit, créent l'iné-\ngalité dans la condition des théâtres et suppriment la\nconcurrence. Elles ont pour effet direct de favoriser un\nétablissement aux dépens de plusieurs autres qui exis-\ntent ou qui pourraient surgir sous le régime de la loi\ncommune.\nL'origine des subventions remonte naturellement à l'ancienne monar-\nchie, alors que le roi était tout et absorbait tout. L'Opéra et la Comé-\ndie Française n'existaient que par et pour le monarque. Il était donc\ntout simple que le trésor royal se chargeât de parfaire la dépense, d'autant\nplus que ces spectacles, l'Opéra surtout, étaient montés sur un pied que\nle concours du public ordinaire ne pouvait soutenir. Le gouvernement\nrépublicain, qui succéda à la monarchie en 1792, tout en proclamant en\npiincipe la liberté absolue des théâtres et des concerts, maintint l'abus\nde 1 intervention de l'État ou de la Commune dans la gestion de la pre-\nmière scène lyrique dont il fit, ou crut faire, un moyen de propagande\n\n(r) Voir le numéro du jer octobre."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "105", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.13", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2742, "texte": "des idées et des sentiments patriotiques. L'Empire et la Restauration n'eu-\nrent garde de laisser sortir des mains du gouvernement cet instrument\nde réclame qui paraissait alors indispensable à la gloriole du trône im-\npérial ou royal. Lorsqu'enfin la Révolution de iB3o ramena le pouvoir à\ndes idées plus démocratiques, dégagées de la tyrannie révolutionnaire,\nl'abus fut conservé quoiqu'à un autre point de vue : on invoqua « l'in-\ntérêt de l'art, l'amour de l'art, la dignité de l'art, la protection du com-\nmerce et de l'industrie,)) mots sonores et décevants qui ont toujours servi\nde prétextes aux restrictions, aux entraves, aux vexations de toutes sortes\ndont l'art, les artistes et le commerce lui-même ont toujours eu à souf-\nfrir.\nEn fait d'art, l'Etat n'a qu'une seule et unique mission à remplir:\nla conservation des monuments pour les transmettre aux générations à\nvenir. Quant à l'exercice même d'un art quelconque et à ses progrès, ils\néchappent absolument à sa compétence ; le public seul est juge de ce qui\nlui plaît ou lui convient; un art, ou plutôt une forme de Part délaissée\npar le public, n'a plus de raison d'être, et doit céder la place à la nouvelle\nforme réclamée par les progrès de l'esprit humain.\nLes subventions ne sont fournies par l'État qu'à certaines conditions,\nla première desquelles est la conservation de la forme existante, de ce\nque l'on appelle les traditions de l'art. Voyez, à cet égard, les cahiers des\ncharges des théâtres subventionnés. Le directeur est tenu de continuer\nle même genre de spectacle que son prédécesseur sans pouvoir s'en\nécarter sous peine de révocation. Il doit fournir tant d'actes par an, avoir\ntant de sujets chantants, tant de musiciens d'orchestre et suivre les tra-\nditions, c'est-à-dire s'enfermer dans les mêmes formes, voire dans les\nmêmes formules considérées, de temps immémorial, comme la plus par-\nfaite expression de l'art,\nC'est aux auteurs et aux artistes à trouver le moyen d'introduire la\nvariété dans l'uniformité, et si le public n'est pas content, le directeur\nn'a pas à s'en inquiéter outre mesure ; il a sa subvention pour rempla-\ncer l'apport des spectateurs et, d'ailleurs, il lui est défendu de faire au-\ntrement.\nOn objectera que le public est libre de s'adresser ailleurs ; sans doute,\nil peut quitter l'Opéra, l'Opéra Comique, les Italiens, pour se rejeter sur\nl'opérette et le vaudeville ; mais quant aux théâtres de luxe offrant des\nartistes d'élite, des masses chorales et un grand orchestre, il en cherche-\nrait vainement en dehors des théâtres subventionnés.\nCe qui ne veut pas dire, comme on le pense généralement, que sans les\nsubventions ces théâtres n'existeraient pas. Bien au contraire : la partie"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "106", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.14", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2840, "texte": "étant égale, la spéculation se chargerait de contenter les amateurs à tous\nles degrés de l'échelle sociale, et la concurrence s'établirait, comme en\ntoute autre industrie, au grand avantage de l'art, des artistes et du public.\nMais, dans les conditions actuelles, qui oserait lutter contre la concur-\nrence des théâtres privilégiés? Concurrence désastreuse, non par le nombre\ndes spectateurs qu'elle peut enlever aux nouveaux venus (Paris peut four-\nnir des foules à dix théâtres d'opéra), mais par l'effet produit, c'est-à-dire\npar l'écart entre les prix de revient des représentations et la somme de-\nmandée aux spectateurs, écart que l'Etat se charge de combler chez l'un\net non chez l'autre. Supposons que l'État donne une subvention à un\nchapelier pour fournir à un prix ordinaire des chapeaux garnis d'un ru-\nban d'or, il est certain que la marchandise des autres chapeliers perdra\nà la comparaison. Quel sera l'insensé qui osera soutenir la concurrence\nsans pouvoir compter sur les mêmes avantages de la part de l'État?\nUn autre inconvénient résulte de l'abus que nous signalons. Du mo-\nment que les subventions existent, ne pas en avoir est un motif de dis-\ncrédit. C'est ainsi que le refus de cette faveur empêcha le dernier directeur\nde l'Opéra-Italien, M. Verger, de constituer son fonds de roulement et\nde préparer des éléments de recettes. « Montrez-moi la décision ministé-\nrielle vous accordant la subvention, lui disait un riche banquier, et je\nme charge de placer vos actions et de vous fournir les fonds nécessaires. »\nEt c'est là l'histoire de bien d'autres entreprises théâtrales échouées\navant de toucher au port; c'est là aussi la cause de la fermeture si pro-\nlongée de la salle Ventadour, la plus élégante de Paris, et de l'avorte-\nment de toutes les combinaisons tentées depuis trois ans pour recons-\ntituer l'Opéra-Italien (i).\nLes subventions théâtrales ont encore le désavantage d'offrir aux\nartistes et aux fournisseurs un semblant de garantie pour leurs créances\néventuelles, tandis qu'en fait, cette garantie est à peu près illusoire.\nMalgré les mesures de précaution que l'autorité croit devoir prendre, il\nse trouve toujours, en cas de faillite, que le montant de la subvention a\nété touché et absorbé, et qu'en tout cas il n'offrirait qu'une ressource\ninsignifiante devant l'énormité du passif.\nOn pourrait en dire autant du cautionnement exigé par l'autorité et\ndont nous nous occuperons un peu plus loin.\n\n(i) Nous avons à peine besoin de faire observer que cet article était écrit avant que\nM. Strakosch obtînt le privilège du Théâtre-Italien. Reste à savoir si le nouveau di-\nrecteur, malgré la subvention et nonobstant la faveur publique, ne reculera pas lui-\nmôme, comme tous ses devanciers, devant l'énormité de l'impôt spécial et exception-\nnel dont on grève son entreprise."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "107", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.19", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2548, "texte": "Notons, en finissant ce chapitre et sans épuiser la matière, que nous\nn envisageons pas ici la question des subventions au point de vue du\ndroit public et constitutionnel. Il y aurait long à dire à ce sujet et\nnous craindrions d être entraîné dans des digressions que ne comporte\npas la nature de cette Chronique. Rappelons seulement qu'en France,\n1 égalité devant la loi et par conséquent devant les charges et les avan-\ntages dont l'Etat est le dispensateur, est la base et le principe domi-\nnant de toute constitution, de toute loi.\nOr, de quel droit fait-on payer aux contribuables le plaisir de quel-\nques-uns d'entre eux ? De quel droit met-on à la charge du budget, c'est-\nà-dire de la collectivité forcée, une institution de luxe qui peut parfaite-\nment être défrayée par la collectivité libre, par l'association volontaire\ndes intéressés ?\nC est là du pur communisme ; une flagrante application de ces tunestes\ndoctrines dites socialistes que les gouvernements combattent avec raison\nen théorie sans oser y renoncer dans la pratique. Et ce n'est pas là, mal-\nheureusement, le seul exemple de l'empire qu'exercent encore sur les\nhommes d'Etat les préjugés les plus vulgaires et les plus dangereux.\nV\nPour qu une industrie prospère et se développe, la condition première,\nsine qua non, est le respect absolu de la propriété, et par propriété nous\nentendons, comme tous les légistes modernes, le droit d'user et de mé-\nsuser de la chose possédée. La propriété ne consiste donc pas seulement\ndans la possession d'objets matériels, mais aussi dans l'usage qu'on en\nfait, ou, en d'autres termes, dans l'exercice d'un art ou d'une industrie.\nA quoi servent des machines, s'il nous est interdit de les faire fonction-\nner? Que nous importe d'être reconnu propriétaire d'un théâtre, si son\nexploitation est tantôt suspendue, tantôt soumise à des formalités\nonéreuses? Sans la liberté d'exploitation, un immeuble est une non-va-\nleur.\nNous ne voulons pas nous livrer ici à une revue rétrospective, et rap-\npeler ce qui se passait au temps des privilèges, qui limitaient le nombre\ndes théâtres et fixaient les genres que l'on pouvait y exploiter. La loi\nde 1864 a fait justice de ces barbarismes. Mais de nos jours encore, et\nmalgré cette loi si libérale, on a trop l'habitude de considérer le théâtre\ncomme une institution publique plutôt que comme une industrie parti-\nculière. Le bon plaisir administratif a encore un large champ pour\ns'exercer. Parfois c'est la fermeture de l'établissement qui est ordonnée"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "108", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.20", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2809, "texte": "par voie administrative, le plus souvent ce sont des formalités inutiles\nqui gênent l'exploitation et se résolvent en surcroît de dépenses et di-\nminution de recettes.\nLe théâtre, dit-on, est un lieu d'amusement; or, s'il se présente des\ncirconstances qui invitent au recueillement ou qui imposent d'autres\npréoccupations, il est juste, il est convenable de faire cesser toute mani-\nfestation de joie. La proposition serait plausible s'il s'agissait de spec-\ntacles donnés sur la voie publique; mais ni le peuple ni l'autorité-n'ont\nle droit de se mêler de ce qui se passe dans un local clos et couvert, qui\nest le plus souvent une propriété particulière? Cependant les exemples\nde fermeture par ordre ne sont pas rares. Dans les temps de révolutions,\nc'est la multitude qui impose sa manière de voir et force des directeurs à\nfermer ou à ouvrir les portes de leurs théâtres; ordinairement l'ordre\nvient de l'autorité constituée, qui se croit l'interprète d'un sentiment\ngénéral. C'est ce qui est arrivé à Paris pendant le siège, et à Versailles\npendant l'insurrection communaliste de Paris. Sans doute, en pareils\nmoments, les esprits n'étaient pas portés à la réjouissance. Mais les\nthéâtres et les concerts ne constituent pas toujours un amusement pro-\nprement dit; ils peuvent être considérés, à un point de vue philoso-\nphique, comme des écoles, ou même, si l'on veut, comme des passe-\ntemps d'un genre élevé, où l'esprit, fatigué ou abattu par les préoccupa-\ntions delà journée, se retrempe et se fortifie. Considérés même comme\nsimple distraction, ils ont encore leur raison d'être, car nos forces mo-\nrales et intellectuelles exigent* autant que nos organes physiques, un\ntemps de repos et de récréation salutaire. Chacun de nous est seul juge\nde ce qui lui convient sous ce rapport. Chacun de nous a sa manière de\nsentir, et personne ne doit être astreint à se conformer aux sensations\ndes autres. L'autorité n'a pas le droit de violenter la liberté individuelle\nlorsqu'elle s'exerce sans trouble et ne s'impose à personne.\nParfois aussi la fermeture est ordonnée à la suite de désordres produits\nà l'intérieur même des salles de spectacle ou de concert. Mais dans ce cas\nencore le devoir de l'autorité publique est tout tracé : faire respecter le\ndroit du directeur et des spectateurs paisibles en expulsant les auteurs\ndu désordre. S'il arrive, enfin, que le directeur, manquant aux engage-\nments pris envers le public, provoque lui-même des manifestations hos-\ntiles, les règlements de police qui ont prévu le cas peuvent recevoir leur\napplication, sans porter atteinte au droit du directeur de continuer\nson exploitation dès qu'il rentre dans les conditions- librement consen-\nties entre lui et le public.\nOn nous dira que les cas de fermeture obligatoire sont rares de nos"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "109", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.21", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2777, "texte": "jours et ne se présentent que dans des circonstances exceptionnelles.\nMais il suffit que la chose soit légalement possible pour frapper l'indus-\ntrie théâtrale de discrédit, Les capitaux sont craintifs de leur nature, et\nils évitent les entreprises aléatoires, c'est-à-dire celles où, en dehors des\nprévisions de la spéculation, une volonté étrangère et suprême peut in-\ntervenir et frapper d'interdit la chose exploitée.\nLes formalités imposées aux théâtres et aux concerts sortent aussi du\ndroit commun et ne sont pas toujours justifiées par les nécessités d'une\nbonne police. Quelle est, par exemple, cette étrange prétention de l'au-\ntorité administrative, d'exiger des directeurs de théâtre un cautionne-\nment en argent ou en valeurs équivalentes? C'est, dit-on, pour la pro-\ntection des artistes et des nombreux intérêts engagés dans l'affaire.\nMais exige-t-on un semblable cautionnement des autres chefs d'indus-\ntrie, de ceux, notamment, qui emploient un bien plus grand nombre de\nsalariés et engagent des capitaux beaucoup plus considérables?\nOn peut appliquer aux cautionnements ce que nous avons dit des\nsubventions ; c'est un leurre qui abuse plus de personnes qu'il n'en pro-\ntège; il ne peut être fixé qu'à une somme de beaucoup inférieure aux\nengagements probables d'un directeur, sous peine de devenir une charge\nimpossible; une entrave insurmontable; mais quelque limitée que soit la\nsomme, le dépôt d'un cautionnement n'en constitue pas moins une\ngrave difficulté et une condition très onéreuse pour un directeur qui, au\ndébut de son entreprise, a déjà tant de dépenses à solder avant de réaliser\nla moindre recette.\nNous ne parlons pas, bien entendu, des charges inhérentes à la nature\nde l'industrie théâtrale; il est juste, par exemple, que le directeur paie la\ngarde que nécessite la police de son établissement et défraie les précau-\ntions à prendre contre l'incendie, bien que cette dernière condition ne\nsoit pas imposée à d'autres établissements tout aussi exposés au feu que\nles salles de spectacle.\nMais il est un autre ordre d'idées dans lequel nous trouverons encore\ndes charges effectives qui ne nous semblent pas aussi justifiées au point\nde vue du droit administratif : nous voulons parler de la censure.\nCette grave question a été fortement controversée dans la presse à dif-\nférentes époques, et a formé le principal thème de l'enquête de 1849,\ndont nous avons déjà eu à nous occuper. Remarquons en passant que\ndevant la commission du conseil d'État, la nécessité de la censure a été\nsoutenue par les mêmes personnes qui se prononçaient contre la liberté\nd'exploitation des théâtres. La majorité l'a admise en principe par des\nconsidérations tirées de la nature diverse du théâtre et du livre. Il paraît"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "110", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.22", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1717, "texte": "en effet tout simple de ne pas souffrir devant une assemblée qu'aucune\natteinte soit portée aux personnages vivants, aux croyances admises, au\ngouvernement établi, encore moins à la décence publique. Mais ce genre\nde censure, en supposant qu'on ne puisse, comme pour les livres et les jour-\nnaux, s'en rapporter aux auteurs et à l'éditeur responsable, peut s'exer-\ncer au préalable sur le manuscrit déposé longtemps avant la mise à\nl'étude, et lorsque les ressources du directeur ne sont pas encore enga-\ngées. Or, dans l'état de choses actuel, il n'en est pas ainsi; le directeur\nqui a remporté le visa de la censure n'est pas à l'abri d'une interdiction\nultérieure, et il est plus d'un exemple de pièces autorisées d'abord, puis\narrêtées au dernier moment, voire même après la représentation lorsque\nun temps et des sommes considérables ont été absorbés par leur mise en\nscène. Ajoutons qu'une pièce, autorisée dans une ville, ne Test pas dans\nune autre. Les formalités parfois assez longues pour obtenir l'autorisa-\ntion nécessaire, sont toujours à recommencer. Il nous semble que con-\nformément à l'axiome de droit: «Tout ce qui n'est pas défendu est\npermis, » le directeur ne devrait avoir à se préoccuper que de savoir :\nsi une pièce, drame, comédie, opéra ou simple chanson, a été l'objet\nd'un veto à son apparition. La loi étant une pour toute la France, l'ab-\nsence de toute interdiction devrait suffire pour rassurer les intérêts du\ndirecteur, sauf, bien entendu, les droits des auteurs ou de leurs ces-\nsionnaires, droits inviolables, sans doute, et qui forment déjà une\ncharge suffisante sans l'augmenter encore par des formalités superflues.\n(La fin prochainement.)\n\nJ. DE FILIPPI."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-11-01-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-11-01_01#c013", "volume": "bmtnabc_1873-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 15, "image_fin": 15, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.2.7", "titre_corps": "PO OULITZÉ MOSTOVOÏ (dans la rue pavée...) (CHANSON A DANSER)", "titre_sommaire": "PO OULITZÉ MOSTOVOÏ (dans la rue pavée...) 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CHANSON DE HALEURS DU VOLGA", "titre_sommaire": "VNIZ PO MATOUCHKIÉ PO VOLGHIÉ... CHANSON DE HALEURS DU VOLGA", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.18", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 111, "texte": "VNIZ PO MATOUCHKIÉ PO VOLGHIÉ...\nCHANSON DE HALEURS DU VOLGA\nP. 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La marquise de Pompadour.\nMarthe La comtesse de Livry.\nLa baronne de Croupignac La duchesse de Brancas*\nJasmin Le marquis de Gontaut.\nUn Laquais Le marquis de Clermoni-d'Amboise.\n\n(1) Voir les numéros des ior septembre et ier octobre.\n(2) L'Enfant prodigue avait été joué à la Comédie-Française le 10 octobre iy36?\net Zênéide le 13 mai 1743."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "112", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.24", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2337, "texte": "Dans Zénéide :\nLa Fée La duchesse de Brancas.\nZénéide La marquise de Pompadour.\nGnidie La comtesse de Livry.\nOlinde Le duc de Nivernois.\nDANSE : MM. de Courtenvaux, de Langer on, et le corps de ballet.\nLe duc de Chartres, dans le rôle de Rondon, M. de Gontaut dans ce-\nlui de Jasmin, M. de Nivernois dans les deux pièces et la charmante\nmarquise-Zénéide furent les plus remarqués de la soirée. « Entre les\ndeux pièces, ajoute de Luynes M. le marquis de la Salle, fils du\nmaître de la garde-robe et qui a une charge dans les gendarmes, chanta\nun air du prologue des Éléments. I] a une basse-taille très belle. Il jouait\nl'année passée chez madame de la Mark, où il avoit fort bien réussi; hier\nc'étoit son début sur le théâtre des cabinets. »\nC'était madame de Pompadour qui avait proposé et fait agréer la comé-\ndie de Voltaire ; elle avait gardé un agréable souvenir des auteurs dont\nla célébrité répandait le plus d'éclat dans la société de M. de Tournehem, et\nn'était pas moins empressée que son oncle à leur prouver sa reconnais-\nsance, mais c'était chose assez difficile à l'égard de Voltaire qui avait\ncontre lui toute la famille royale. La marquise tenta de faire cesser sa dis-\ngrâce et proposa de jouer l'Enfant prodigue. L'auteur n'apprit le succès\nde sa pièce que quelques jours après la représentation. En effet, les ac-\nteurs n'appelaient pas aux répétitions les auteurs dont les ouvrages\navaient déjà paru sur des théâtres publics, mais la marquise trouva\njuste d'accorder leurs entrées dans le théâtre aux auteurs des pièces\nreprésentées (1). Le roi donna son consentement à cette proposition, et\nl'on se pressa de l'annoncer à Voltaire qui remercia la marquise de cette\nfaveur en lui adressant de fort jolis vers dans lesquels il la mettait sans\nfaçon sur le même rang que son auguste amant :\nAinsi donc vous réunisse%\nTous les arts, tous les dons de plaire ;\nPompadour ! vous embellisse%\nLa Cour, le Parnasse et Cythère.\nCharme de tous les yeux, trésor d'un seul mortel!\n\n(i) Laujon dit encore que Voltaire vint assister à la seconde représentation de son\nEnfant prodigue. Il se trompe, car il résulte du répertoire même du théâtre de ma-\ndame de Pompadour, que cette comédie n'y fut donnée qu'une fois. En revanche\nVoltaire assista à la représentation d'Alfire qui y fut jouée le 28 février 1750,"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "113", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.26", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1570, "texte": "Que votre amour soit éternel!\nQue tous vos jours soient marqués par des fêtes !\nQue de nouveaux succès marquent ceux de Louis!\nVive% tous deux sans ennemis!\nEt garde% tous deux vos conquêtes !\nDe là grand scandale dans les sociétés de la reine et de Mesdames de\nFrance, où Ton s'éleva contre l'impertinence du poète. Le roi ne dissi-\nmula pas son mécontentement, et la marquise fut assez prudente pour\nsacrifier son imprudent panégyriste.\nIl était trop tard. Cet échec avait déjà réveillé la verve mordante des\nennemis de la marquise. Le malencontreux madrigal fit naître mille épi-\ngrammes et d'innombrables chansons, où les invectives grossières rem-\nplacent trop souvent le sel et l'esprit. Voici deux couplets qui s'attaquent\nplus particulièrement à l'actrice et à la femme.\nElle veut qu'on prône\nLa folle indécence\nDe son opéra,\nOù, par bienséance,\nTout ministre va.\nIl faut qu'on y vante\nSon chant fredonné',\nSa voix chevrotante,\nSon jeu forcené.\nLa contenance éventée,\nLa peau jaune et traitée,\nEt chaque dent tachetée,\nLes yeux fades, le col long ;\nSans esprit, sans caractère,\nL'âme vile et mercenaire,\nLe propos d'une commère,\nTout est bas che% la Poisson.\nCes couplets, improvisés dans un souper chez M. de Maurepas, coû-\ntèrent cher à leurs auteurs : M. de Maurepas y perdit son ministère et\nPont de Veyle une sinécure de vingt-cinq mille livres, sur laquelle le roi\neut encore la bonté de lui conserver une pension de mille écus. Voltaire\nnon plus ne fut pas épargné, et l'on riposta vivement à ses vers de cour-\ntisan."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "114", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.27", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1690, "texte": "Après l'éloge qu'a dicte\nLa folie ou la malice ;\nQiiel sort faut-il qiiil subisse,\nL'auteur tant de fois notté?\nLa Bastille par charité,\nEt Charenton par justice (i).\nDe Voltaire on revint à Molière, et Tartiife fut rejoué le mercredi\n10 janvier 1748.\nMme Femelle.. (Béjart) 4 La marquise de Sassenage.\nM. Orgon (Molière) Le marquis de Croi^sy.\nElmire . ...... (Mlle Molière) La duchesse de Brancas.\nTartufe (Du Croisy )........ Le duc de la Vallière.\nDamis (Hubert) Le comte de Maillebois.\nMarianne. .... (M[U de Brie) La comtesse de Pons.\nCléante (La Thorillière). ... Le marquis de Gontaut.\nValère (La Grange) Le duc de Duras.\nDorine (Madeleine Béjart). La marquise de Pompadour.\nM. Loyal (De Brie) Le marquis de Meuse.\nL'Exempt Le marquis de Voyer.\nLa comédie avait commencé à cinq heures trois quarts, on exécuta\nensuite l'opéra d'lsmène, où madame Trusson, qui avait une assez jolie\nvoix, se montra plus à son avantage que la première fois.\nLe samedi i 3, la troupe royale représenta les Dehors trompeurs ou\nVHomme du jour, comédie de Boissy, jouée à la Comédie-Française le\n18 février 1740, et un divertissement pastoral en un acte, Eglé. « L'au-\nteur des paroles se nomme Laujon, écrit Luynes, et celui qui a fait la\nmusique est un petit Lagarde, qui a tout au plus vingt ans. »\nActeurs dans la comédie :\nLa Comtesse La duchesse de Brancas<\nLucile La marquise de Pompadour.\nCéliante La comtesse de Pons.\nLe Marquis Le duc de Nivernois.\nLe Baron Le duc de Duras.\nM. de Forlis Le duc de Chartres.\nLisette La comtesse de Livry.\nChampagne Le marquis de Gontaut.\nUn Laquais Le marquis de Clermont-d*Amboise*\n\n(1) Bibliothèque nationale, manusc. Clairambault, 1748,"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "115", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.28", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2165, "texte": "Acteurs dans la pastorale :\nkglé La marquise de Pompadour,\nLa Fortune. La duchesse de Brancas.\nApollon, sous la figure de M y sis... Le duc d'Ayen.\nUn suivant de la Fortune Le marquis de Courtenvaux.\nDANSE : MM. de Courtenvaux (un faune) et de Langeron (un berger) (I).\nM. de Duras, M. de Nivernois et le duc de Chartres, se firent remar-\nquer dans la comédie; la marquise fut, comme de juste, la reine de la fête,\ncharmante comédienne dans la pièce et chanteuse adorable dans la pas-\ntoiale. Elle déploya toute la naïveté dont elle était capable dans son joli\nrôle d'innocente déniaisée. Cependant, les auditeurs, le roi surtout,\ndevaient avoir quelque peine à réprimer un sourire à certains passages,\ntels que celui-ci : « Vous êtes ingénue? Oh ! beaucoup, » répond en\nrougissant la naïve Lucile.\nLe programme du lundi 5 février annonçait trois ouvrages : le Mé-\nchant, de Gresset, VOracle, petite comédie de Saint-Foix, et une pan-\ntomime, le Pédant, où Pon se distribuait force taloches et coups de pied.\nSi la troupe ne craignait pas d'aborder la haute comédie, ce n'était\nqu'après de longs soins et de fréquentes répétitions : c'est ainsi que la\ncomédie de Gresset exigea deux mois entiers d'étude., mais la marquise\navait promis au poète de jouer sa pièce sur le théâtre des petits cabinets,\net elle voulait tenir parole. Gresset l'en remercia en ces termes :\nOn ne trace que sur le sable\nLa parole vague et peu stable\nDe tous les seigneurs de la cour ;\nMais sur le bronze inaltérable\nLes muses ont tracé le nom de Pompadour,\nEt sa parole invariable.\nCette comédie était, comme on sait, composée tout entière de carac-\ntères peints d'après nature. Voici ce qu'écrivait à ce propos le marquis\nd'Argenson en décembre 1747, au moment où Ton commença de répéter\ncet ouvrage à la cour :\nOn apprend les rôles de la comédie du Méchant, par le sieur\nplus je revois cette pièce à notre théâtre, plus j'y trouve des études faites\n\n(1) Églé fut représenté à l'Opéra le 18 février 1751, avec Titon et VAurore. Chassé\njouait Apollon; mademoiselle Fel, Églé; et mademoiselle Jacquet, la Fortune. Dupré\nreprésentait le suivant de la Fortune."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "116", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.29", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2416, "texte": "d'après nature. Cléon ou le Méchant est composé du caractère de trois per-\nsonnages que j'y ai bien reconnus : M. de Maurepas pour les tirades et les\njugements précipités tant des hommes que des ouvrages d'esprit, le duc\nd'Ayen pour la médisance et le dedans de tous, et mon frère pour le fond de\nl'âme, les plaisirs et les allures. Géronte et Valère couvrent des noms trop\nrespectables pour les articuler ici; ce sont des âmes bonnes et simples que\nséduit la méchante compagnie qui les entoure. Ariste est partout, ou doit\nêtre dans les honnêtes gens qui raisonnent bien; Florise dans quantité de\nfemmes trompées, Pasquin est le président Hénault, bonne caillette, quoique\navec l'esprit des belles-lettres, etc. Ainsi l'on doit dire : Mutato nomine de te\nfabula narratur.\nIndépendamment des allusions si faciles à saisir, c'était une entreprise\nun peu téméraire pour des amateurs que de s'essayer dans un ouvrage\nsupérieurement interprété par les comédiens français ; et cependant,\nmalgré le récent succès de cette pièce, jouée à la Comédie le i 5 avril 1747,\nmalgré des comparaisons si dangereuses, la troupe des petits cabinets\nremporta une belle victoire. « On a joué, dans les cabinets, la comédie\ndu Méchant avec grand applaudissement, mais, je crois, avec peu de\nfruit, écrit d'Argenson. Je crains que les peintures spirituelles des\nvices du temps n'aient plus réjoui que converti à la vertu. »\nCléon Le duc-de Duras.\nGéronte Le duc de Chartres.\nAriste Le comte de Maillebois.\nValère Le duc de Nivernois.\nFrontin Le marquis de Gontaut.\nUn Laquais Le marquis de Clermont-d'Amboise.\nFlorise La duchesse de Brancas.\nChloé La comtesse de Pons,\nLisette La marquise de Pompadour.\n« %M. le duc de Nivernois excella dans le rôle de Valère, dit Làujon.\nDans sa première scène (qui avait pour objet d'annoncer l'adresse habi-\ntuelle du Méchant, toujours occupé de séduire), le ton ingénu que\nM. de Nivernois prêtait à Valère, sa promptitude à céder sans réflexion\nà l'homme dont l'esprit lui paraissait bien supérieur au sien, l'orgueil\nde se rapprocher de lui, présenté avec une franchise faite pour rendre\nValère intéressant, en offrant en lui plus de faiblesse que de penchant\npour le vice ; voici qui avait échappé à Facteur qui, le premier, jouait ce\nrôle sur le Théâtre-Français. » Tel fut l'effet de cette représentation,\najoute Laujon, que madame de Pompadour obtint du roi de faire venir"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "117", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.30", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2248, "texte": "à la seconde Roseli, qui fut surpris de voir le parti que tirait de ce rôle\nM. de Nivernois : il en profita et se modela si bien sur lui, qu'à Paris\nFouvrage dut à cet heureux changement une recrudescence de succès. « Je\nme trouvais à cette seconde représentation, et j'étais à côté de Roseli.\nLe monologue de Valère y fît verser des larmes, et je fus témoin et de\nla joie de Gresset et de voir son idée si bien rendue, et de la surprise que\ncausait à Roseli le caractère noble et attendrissant que M. de Nivernois\ndonnait à ce rôle. » Il y a tout lieu de croire que Laujon s'abuse, car la\nseconde représentation du Méchant n'eut lieu que deux ans plus tard,\nen avril 1750, et M. de Monaco remplaçait M. de Nivernois dans Va-\nlère.\nAprès le Méchant, qui dura deux heures entières, 011 joua V Oracle,\nreprésenté à la Comédie-Française le 22 mars 174°-\nLucinde La marquise de Pompadour.\nLa Fée La duchesse de Brancas.\nAlcindor ou Charmant.... Le duc de Nivernais.\nLa soirée fut terminée par une pantomime fort le Pédant, de\nDehesse. C'était l'histoire d'un maître d'école livré aux plaisanteries de\nses élèves, qui se vengent, en lui jouant les tours les plus pendables, de\nses leçons et de ses coups de férule.\nLe Pédant Le marquis de Conrtenvaux.\nPierrot, son valet... Le sieur Dupré.\nUne Nourrice La demoiselle Durand.\nÉcolières Les illes Chevrier, Asiraudi\\ Dorfeuil, Puvigné, Camille.\nÉcoliers et Paysans. Les sieurs Baletti, Piffet, Barois, Beat et La Rivière.\nPour que la demoiselle Durand tînt son rôle de nourrice avec tous les\navantages extérieurs qu'il comportait, on avait eu recours à l'art, afin\nde remédier à la nature. Aussi trouve-t-on au chapitre de sa garde-robe,\n«un corset garny d'une fausse gorge, ledit corset couvert d'une étoffe\nde laine brune et garny de canetille de soie blanche. » On aurait pu\nlui appliquer à rebours le célèbre quatrain adressé à madame Favart\nsur VArtzt la Nature.\nDeux reprises seulement le jeudi i 5 février : le Mariage fait et\nrompu, et la pastorale d'Eglé; mais là était l'attrait de la soirée\nmadame de qui n'avait pas joué à l'origine dans la comé-\ndie de Dufresny, prit cette fois le rôle de l'hôtesse.\nMadame de Pompadour dit le duc de Luynes est la seule femme"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "118", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.31", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2879, "texte": "qui joue fort bien. M. de Maillebois joua très bien hier; M. de Nivernois et\nM. de Duras sont toujours supérieurs dans ce'genre. La comédie avoit com-\nmencé à six heures, et dura un peu moins d'une heure et demie. Il y eut un\nintervalle assez long entre cette pièce et le petit acte d'opéra; ce temps fut\nrempli par la musique. On commença à huit heures l'acte d'opéra, il s'appelle\nEglé. M. d'Ayen ne pouvant pas jouer le rôle de Misis, à cause de la mort de\nsa tante, madame la maréchale de Gramont, M. de La Salle le remplaça. Il a\nune assez belle basse-taille et est acteur. Madame de Pompadour, qui fait Eglé,\nchanta et joua supérieurement. Madame de Brancas, douairière, jouait le rôle\nde la Fortune. M. de Courtenvaux ne put pas danser, aussi à cause de la\nmort de madame la maréchale de Gramont, dont il avoit épousé la petite- fille.\nCe fut une des filles du maître à danser qui dansa à sa place. Les danses sont\nfort jolies. Tout fut fini avant huit heures trois quarts. M. d'Ayen n'étoit que\nspectateur. M. le président Hénault et M. le président Ogier ont permission\nd'assister à ces spectacles; on leur a donné des places dans l'orchestre. L'u-\nsage est que l'espace pour l'orchestre, quoique assez grand, étant fort rempli\nde tabourets très bas, pour qu'ils n'empêchent point les spectateurs de voir,\nsur chaque tabouret est une carte avec le nom de celui qui doit s'y asseoir.\nOn a mis le nom de M. le président Hénault sur son tabouret. Celui de M. le\nprésident Ogier n'a point de carte. On distribua hier avant l'opéra les exem-\nplaires imprimés dudit opéra... Les spectateurs ordinaires sont : première-\nment, les acteurs et actrices lorsqu'ils ne jouent point ; M. le duc de Chartres ;\nM. le maréchal de Saxe; M. le maréchal de Duras; tous les secrétaires d'État ;\nquelquefois l'abbé de Bernis, de l'Académie. J'y ai vu aussi M. le maréchal\nde Noailles, mais non pas cette année. M. le maréchal de Coigny y vient\naussi; M. de Grimberghen y vient toujours lorsque sa santé lui permet. Le\nRoi n'y est pas dans un fauteuil, mais seulement sur une chaise à dos, et il\nparaît s'y amuser. Après le spectacle, il va donner l'ordre et tout de suite\nsouper dans ses cabinets.\nLe lundi gras, 26 février, nouvelle représentation des Dehors trom-\npeurs, de Boissy, avec quelques changements d'acteurs. Madame de\nMarchais joua le rôle de Céliante, où madame de Pons s'était montrée\npar trop faible, et le comte de Maillebois lut celui de Forlis à la place du\nduc de Chartres, empêché de jouer par une indisposition subite. Après\nla comédie vint la première représentation d'Almasis, divertissement en\nun acte, paroles de Moncrif et musique de Royer.\nAlmasis La marquise de Pompadour.\nL'Ordonnatrice des fêtes Mme Trusson.\nZamnis Le duc d'Ayen.\nUn Indien M. de la Salle.\nDANSE : M. de Langeron et les enfants du corps de ballet (Indiens\net Indiennes.)"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "119", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.32", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2369, "texte": "Voici le très léger canevas sur lequel Moncrif avait brodé son opéra-\nballet : Almasis, habitante des îles Fortunées, aime Zamnis; mais l'u-\nsage du pays veut qu'elle épouse, sans le connaître, celui que choisira\nla prêtresse de l'hymen. On la conduit en grande pompe à cet époux re-\ndouté, qui, par bonheur, se trouve être son cher Zamnis. Ce maigre ou-\nvrage plut tant au roi, qu'il le fît jouer jusqu'à trois fois.\n(( Cet acte fait partie d'un opéra qui n'a pas été représenté, écrit le duc\nde Luynes. M. Moncrif dit qu'il ne le sera jamais. » Moncrif se trom-\npait : son opéra fut joué deux ans plus tard, le 28 août 1750, à l'Aca\ndémie de musique, et n'eut aucun succès (1).\nLe lendemain, mardi gras, 27 février, la troupe donna Almasis, puis\nun nouvel opéra-ballet, les Amours de Ragonde, paroles de Néricault-\nDestouches, musique de Mouret, qu'on avait appris, mis en scène et ré-\npété en quarante-huit heures. C'était un ouvrage en trois actes (la Soi-\nrée de village les Lutins —la Noce et le Charivari), qui avait été\njoué à l'Opéra le 3o janvier 1742. Le roi devait d'abord aller passer a\nla Muette la dernière journée du carnaval, mais il renonça à son projet\npour assistera ce spectacle improvisé. Cela se comprend de reste : ma-\ndame de Pompadour abordait dans cette pièce les rôles qu'on appelle au\nthéâtre les travestis,\nRagonde, fermière très mûre, parvient, par les ruses les plus extrava-\ngantes, à épouser Colin, berger très vert, dont elle raffole. Telle est\nla donnée de cette pièce, vive d'allure, véritable farce de carnaval, sou-\ntenue par une musique pleine de gaîté et d'entrain, que termine un\nformidable charivari.\nLe marquis de Sourches avait quitté sa violç à l'orchestre pour endos-\nser le casaquin de la lermière. Voici la double distribution de l'ouvrage,\nà Paris et à la cour.\nRagonde, mère de Colette,\namante de Colin (Cuvellier) M. de Sourches (début).\nColette, fille de Ragonde,\namante de Lucas (Mlle Coupé) Mme de Marchais.\nLucas, amant de Colette. (Albert) M. de la Salle.\nColin, aimé de Ragonde,\namant de C01ette...... (Jélyotte). Mme de Pompadour.\nThibault, magister (Bérard) Le vicomte de Rohan.\nMathurine (MIXq Bourdonnois Vaînée) MME Trusson.\n\n(1) Distribution à l'Opéra : Almasis, mademoiselle Chevalier; l'Ordonnatrice des\nFêtes, mademoiselle Le Mierre; Zamnis, Chassé; un Indien, Le Page."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "120", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.33", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1789, "texte": "A peine peut-on croire, après l'avoir vue, que cette pièce ait été aussi\nbien exécutée qu'elle le fut, écrit le duc de Luynes. Il n'en étoit pas question\nsamedi. Ce fut ce jour-là, en soupant, que madame de Pompadour imagina\nce divertissement pour le mardi; elle écrivit sur-le-champ à M. de la Vallière:\non lui envoya un courrier qui arriva à quatre heures du matin. Il a fallu pré-\nparer les habillements, apprendre les rôles, tant pour les acteurs que pour\nles danseurs, faire trois ou quatre répétitions. Tout a été fait et a aussi bien\nréussi que si Ton avait eu huit jours pour s'y préparer. M. de Sourches qui\nn'avoit jamais paru sur le théâtre, y joua à merveille; il a peu de voix, mais\nelle est juste et il est musicien. Madame de Pompadour étoit habillée en\nhomme, mais comme les dames le sont quand elles montent à cheval; c'étoit\nun habillement très décent.\nC'est à cette époque que parut le recueil des Comédies et ballets des\npetits appartements, qui nous sert de guide pour ce travail. Chaque\npièce portait en tête cette mention : Imprimé par exprès commande-\nment de Sa Majesté. Les ennemis de la marquise de s'indigner, surtout\nle marquis d'Argenson, qui écrit le ier mars 1748 : «On vient d'impri-\nmer un recueil fort ridicule des divertissements du théâtre des cabinets,\nou petits appartements de Sa Majesté-, ouvrages lyriques misérables et\nflatteurs; on y lit les acteurs dansants et chantants, des officiers gé-\nnéraux et des baladins, de grandes dames de la cour et des filles de\nthéâtre. En effet, le roi passe ses journées aujourd'hui à voir exercer la\nmarquise et les autres personnages par tous ces histrions de profession\nqui se familiarisent avec le monarque d'une façon sacrilège et impie. »\nfLa suite prochainement.)\n\nADOLPHE JULLIEN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-11-01-01-c020", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-11-01_01#c020", "volume": "bmtnabc_1873-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 25, "image_fin": 25, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.2.11.3", "titre_corps": "IXION", "titre_sommaire": "IXION", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.25", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 69, "texte": "IXION\nMERCURE\nLes Éléments. Acte de l'Air. Costumes originaux (1725)."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-11-01-01-c022", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-11-01_01#c022", "volume": "bmtnabc_1873-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "121", "page_fin": "125", "image_debut": 34, "image_fin": 38, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.2.12", "titre_corps": "TABLETTES DE VOYAGE D'UN ARTISTE", "titre_sommaire": "TABLETTES DE VOYAGE D'UN ARTISTE", "signature_source": "ERNEST DAVID", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 34, "page_imprimee": "121", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.34", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1562, "texte": "TABLETTES DE VOYAGE D'UN ARTISTE\nLA VEUVE & LA SOEUR DE MOZART\n\n(i)\nAVAIS toujours regardé l'histoire du mystérieux étran-\nger qui vint lui commander ce Requiem, et qui le lui\npaya généreusement, comme appartenant à ces mille\net une anecdotes que l'on se plaît à faire courir sur les\nmaîtres illustres. Mais le récit détaillé que me fit\nmadame Mozart m'a convaincu de sa réalité; cepen-\ndant le motif qui engagea cet étranger à demander cette messe est toujours\ndemeuré un mystère, et Ton n'a jamais pu savoir si réellement il tenait à\nposséder un Requiem composé par Mozart, ou si ce fut de sa part un\nmoyen ingénieux et bienfaisant de soulager la détresse du grand compo-\nsiteur. 11 se mit à l'œuvre sur-le-champ, mais la sombre nature du\nsujet avait comme brisé une corde dans son cœur, car souvent on l'en-\ntendit répéter qu'il écrivait ce Requiem pour lui. Sa santé déclinait de\njour en jour ; il sentait qu'il s'acheminait vers la tombe et il s'imaginait\nqu'on lui avait donné un poison lent (i). « Je vois bien, lui disait alors\n\n(i) Voir le numéro du ler octobre.\n(i) C'est là ce qui aura donné naissance aux bruits fâcheux que Ton fit courir à\nVienne sur Salieri. après la mort de Mozart. On a prétendu que, pour se débarrasser\nd'un rival redoutable et qu'il détestait, il lui avait fait administrer du poison. Mais\ncette accusation ne repose sur aucun fondement sérieux, et quoique Salieri ait mis\ntout en œuvre pour nuire à Mozart et surtout à sa musique, sa vie entière, qui fut\ndes plus honorables, proteste contre l'infamie dont on a osé l'accuser."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "122", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.35", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2891, "texte": "tristement sa « pauvre femme, que tu es malade, sans cela ton esprit n'ac-\n« cepterait pas une idée aussi étrange. » Voulant donner un autre cours\nà ses pensées, elle enleva le Requiem qu'elle cacha. Vers ce temps, les\nfrancs-maçons lui demandèrent une cantate qu'il termina en quelques\njours et à l'exécution de laquelle il assista. Revenu chez lui, il dit à sa\nfemme : « O ma chère Constance (Stan^erl) ces gaillards-là sont fous; j'ai\n« cru qu'il allaient perdre la tête après avoir entendu ma cantate. Ne\nor sais-je pas que j'ai écrit de bien meilleures choses ? Je n'en fais pas plus\n« de cas que de ma première production. » On aurait dit que cet inci-\ndent lui avait rendu le courage et que son esprit était dans de meilleu-\nres conditions. « Je vois bien, ajouta-t-il, que mon imagination seule\n« était malade, car je me sens tout à fait bien. Donne-moi mon Requiem,\n« qu'ils disent ce qu'ils voudront, ce sera mon chef-d'œuvre. » Mais\nson heure était marquée et il retomba bientôt dans ses idées funèbres ;\nses forces diminuèrent rapidement et il se mit au lit pour ne plus le\nquitter vivant. Quelques heures avant sa mort, il demanda son Re-\nquiem dont il parcourut les pages, et s'adressant à sa femme : « Ne t'ai-\n« je pas dit, s'écria-t-il, que c'était pour moi que je l'écrivais? * Il\navait avancé son travail jusqu'à la fin du Lacrymosa, et les mots Fa-\nceas, Domine, transire ad vitam, furent les derniers accents qu'il exhala,\nles dernières aspirations d'une âme sur le point de se délivrer de son en-\nveloppe charnelle, d'une âme prête à quitter ce monde sans entrailles,\npour aller trouver dans une autre sphère ce qu'elle chercha en vain ici-\nbas.—Sentant sa fin approcher, il fit appeler un ami qu'il jugeait capa-\nble d'achever son œuvre, et qu'il avait fait le confident de ses pensées.—\nCe fut à Sussmayer (i) qu'il remit son Requiem avec ses dernières re-\ncommandations. C'est tout ce que Mozart avait à léguer! !!\nLe monde artistique de Munich voulut recevoir la veuve de l'auteur\nde Don Juan et l'on organisa des soirées et des parties en son honneur.\nMais elle n'en accepta qu'une chez le baron de H. qui voulut lui\nfaire entendre de la musique de son mari et où elle me pria de\nl'accompagner. Le baron de H. avait un fils et trois filles qui, in-\ndépendamment de l'allemand, s'exprimaient très bien en français\net en italien, et possédaient en musique autant de goût que de talent.\nC'était le bonheur de leur père de les réunir tous les soirs autour de lui\n\n(i) SUSSMAYER (François-XavierJ, bon compositeur allemand, né en 1766 à Ste)rer\n(Haute-Autriche), reçut des leçons de Salieri et de Mozart. Il a écrit quelques opéras\nqui furent favorablement accueillis. Devenu chef d'orchestre du théâtre devienne, il\nserait probablement arrivé à une haute position artistique, si la mort ne l'eût enlevé à\nl'âge de 3g ans, le 17 septembre iBo3."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "123", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.36", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2688, "texte": "et de diriger leur petit concert. Habituellement, ils jouaient ou chan-\ntaient de la musique de Haydn, Mozart, Spohr, Zesca (Fesca?), Beetho-\nven, etc.; mais cette soirée fut exclusivement consacrée à Mozart. Les\nmots sont insuffisants pour décrire l'effet produit sur moi par l'exécu-\ntion des œuvres émouvantes du maître, en présence de celle qui avait\nassisté, pour ainsi dire, à leur éclosion graduelle. On aurait dit que les\ninstruments étaient joués par une seule main et qu'une voix unique ex-\nprimait une même pensée, lorsqu'ils exécutèrent Y Ave verum et quel-\nques fragments du Requiem.\nMadame Mozart, que l'on pria de raconter quelques épisodes de la vie\nde son mari, nous dit que ce fut à Munich qu'il produisit son Idoménée,\nà Vienne sa Flûte enchantée et à.Prague son inimitable Don Juan, cet\nopéra des opéras, ce livre des livres. La veille même de la première re-\nprésentation, il n'en avait pas terminé l'ouverture et aucune partie sépa-\nrée n'était copiée. La nuit était déjà avancée quand il rentra chez lui,\nsuccombant sous la fatigue et aussi, il faut le dire, sous les rasades de\nChampagne et de tokay qu'on l'avait forcé de boire pendant la répétition.\nLa surexcitation dans laquelle il était ne lui aurait pas permis de se\nmettre au travail, l'eùt-il même voulu ; sa femme l'engagea à se coucher\nun moment: ce Je suis prêt à le faire, lui dit-il, à la condition que tu\n« m'éveilleras dans une heure, car je serais un homme ruiné si tu me\n(( laissais dormir plus longtemps.» Elle le lui promit et veilla à ses côtés.\nSon sommeil était profond et l'heure fut bientôt passée. « Il est si fati-\n)> gué, pensa-t-elle, que je ne puis l'éveiller encore! » Et elle le laissa\nreposer jusqu'au dernier moment. Dès qu'il fut réveillé, il se mit à l'oeu-\nvre, et quand les copistes vinrent dans la matinée, ils reçurent l'une après\nl'autre, des mains du compositeur, les feuilles sur lesquelles l'encre\nn'avait pas encore eu le temps de sécher, pour en copier les parties d'or-\nchestre\nLe soir même fut ouée cette ouverture qui, pendant si longtemps, a\nfait l'étonnement du monde musical.\nAinsi passa cette soirée qui, pour moi, lut si remarquable; nous prî-\nmes congé du baron de H. et de son intéressante famille, avec des senti-\nments de gratitude et presque d'amitié.\nLe lendemain, je fis visiter à madame Mozart la riche bibliothèque\nroyale de Munich où j'appelai son attention sur les œuvres inestimables\nd'Orlando Lasso (i), qui sont une partie des trésors de ce bel établisse-\n\n(I) ROLAND DE LASSUS (OU Orlando Lasso, ou di Lasso, ou Roland de Lattre, car\nil a été connu sous tous ces noms) ,né à Mons (Hainaut), en ibio, fut un des plus"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "124", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.37", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2996, "texte": "ment; elles sont reliées en grand in-folio et enrichies de pierres précieu-\nses; le portrait d'Orlando est placé au oiilieu d7un cercle formé d'érne-\nraudes, de topazes et de rubis. Ces livres sont considérés comme ayant\nune si grande valeur, que l'on a réuni les portraits de tous ceux qui ont\nconcouru en quoi que ce soit à leur publication, y compris même le\nrelieur ; un volume supplémentaire contient une description détaillée de\nces œuvres. De là nous nous dirigeâmes vers les arcades du jardin de la\ncour [hof g art en), oh les élèves de Cornélius, le célèbre peintre, travail-\nlaient aux fresques historiques de la Bavière. « Messieurs, » m/écriai-je\nen arrivant auprès de ces jeunes gens aux barbes longues et aux cheveux\nflottants, qui, tous, étaient mes amis, « j'ai droit à vos remerciements, car\nje vous amène madame Mozart. » Ace nom, tous se levèrent comme un\nseul homme et, dégringolant de leurs échafaudages, ils s'élancèrent du\nplus vite qu'ils purent pour baiser la main de la veuve du grand artiste\npour lequel ils professaient un culte; car, quel est l'Allemand qui au\nfond du cœur n'est pas musicien et familier avec les œuvres des compo-\nsiteurs qui ont illustré cette nation ? Réellement, je fus ému en voyant\nl'extrême politesse et les attentions qu'ils déployèrent en répondant aux\nquestions qu'elle leur adressait sur les différents sujets auxquels ils\nétaient employés ; elle aurait pu être la veuve d'un Tintoret ou d'un\nCaravage. Avant de les quitter, elle leur demanda leurs noms qu'elle\ninscrivit sur ses tablettes. Puis s'adressant à un jeune homme qui se\ntenait derrière ses camarades : « Et vous, monsieur, lui dit-elle, vous\nne m'avez pas encore donné votre nom ! »\n((J'en porte un bien humble, madame; je m'appelle Forster, mais\na celui de ma jeune femme est bien connu de vous, sans doute; ah! elle\n« m'enviera le bonheur que j'ai de vous voir ! »\n« Quelle est-elle donc?\n(( C'est la fille de Jean-Paul (1).\n\ncélèbres compositeurs de son temps. Après avoir été maître de chapelle de l'église\nSaint-Jean-de-Latran, à Rome, il devint directeur de la musique de la cour de Ba-\nvière et maître de la chapelle électorale de Munich. Ce grand musicien, qui a joui\nd'une immense considération et que l'on a nommé le rival de Palestrina, mourut à\nMunich en 1594. L'empereur Maximilien l'avait anobli en 1570.\n(1) RICHTER fJean-Paul-Frédéric), célèbre écrivain allemand, plus connu sous le\nnom de JEAN-PAUL, né en 1763 à Wiensiedel (Franconie), mort en 1825, fut conseil-\nler aulique du duc de Saxe-Hilburghausen, se maria à Berlin, s'établit à Weimar, où\nle prince primat Charles de Dalbert lui faisait une pension que lui continua le roi de\nBavière, et passa les dernières années de sa vie à Bayrouth. Jean-Paul se distingue par\nl'originalité, la profondeur, la délicatesse de la pensée : ses écrits offrent de grandes\nvues pour la réforme de l'ordre social. Ses œuvres choisies ont été traduites par Phi\nlarète Chasles , 1834-38; 4 vol. in-8."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "125", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.38", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 1806, "texte": "cc La fille de Jean-Paul! Ah! si jamais homme a excité mon admi-\n« ration, c'est Jean-Paul ! Je veux voir votre femme ! je veux faire la con-\n« naissance de la fille de ce grand homme!\n(( Quand, madame?\n- « Tout de suite, si c'est possible.\nAussitôt il nous conduisit chez lui, et ce fut une scène touchante de\nvoir Témotion de la jeune épouse du peintre quand elle sut qu'elle rece-\nvait chez elle la veuve de Mozart; elle l'embrassa en versant des larmes\nde joie : madame Mozart n'était pas moins émue qu'elle. Quand les pre-\nmières questions de curiosité furent à peu près satisfaites, la conversa-\ntion devint un peu plus intelligible. Jean-Paul aima passionnément la\nmusique et il écrivit sur cet art comme on l'a rarement fait. « O musi-\n« que, dit-il, toi qui offres à nos âmes meurtries le passé et l'avenir tout\n« à la fois, dis-moi, es-tu la brise du soir de cette vie, ou la fraîche au~\nc rore de celle qui doit la suivre? Oh! oui, tes doux accents sont les\n« échos apportés d'une autre sphère par les anges, qui répandent sur le\n(c silence de notre nuit la mélodie de jours plus heureux, de jours qui\n« deviennent de plus en plus obscurs! »\nCet échange de questions qui prouvait tout l'intérêt qu'inspiraient ces\ndeux hommes extraordinaires à la femme de l'un et à la fille de l'autre,\ndonna naissance à une amitié qui, bien que spontanée, n'en fut pas\nmoins profonde et sincère. Le temps passe trop vite quand la conversa-\ntion est égayée par la bonté et les sentiments cordiaux; malheureuse-\nment, madame Mozart ne pouvait prolonger son séjour à Munich et de-\nvait retourner le lendemain à Saltzbourg, où elle me fit promettre d'al-\nler la voir quand je partirais de Munich pour continuer mes pérégrina-\ntions artistiques.\n(La tin prochainement.)\n\nERNEST DAVID."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-11-01-01-c026", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-11-01_01#c026", "volume": "bmtnabc_1873-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "126", "page_fin": "133", "image_debut": 39, "image_fin": 46, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.2.13", "titre_corps": "LES TRAITÉS DE CONTREPOINT ET DE FUGUE AU DIX-NEUVIÈME SIÈCLE", "titre_sommaire": "LES TRAITÉS DE CONTREPOINT ET DE FUGUE AU DIX-NEUVIÈME SIÈCLE", "signature_source": "HENRY COHEN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 39, "page_imprimee": "126", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.39", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1310, "texte": "LES TRAITÉS\nDE CONTREPOINT ET DE FUGUE\nAU DIX-NEUVIÈME SIÈCLE\n\nES traités d'harmonie sont aussi nombreux que les\ngrains de sable du désert. Aussi me garderai-je bien\nnon-seulement de vouloir les analyser, mais d'en es-\nsayer même la simple nomenclature. Les traités de\ncontrepoint et de fugue, au contraire, sont en petite\nquantité. La nature ardue de ce genre de composition,\nqui n'est pas même accessible à toutes les intelligences, la difficulté d'en\nexposer les principes d'une manière claire, et la longue et pénible étude\nqu'il demande en général, ont dû naturellement en limiter l'éclosion.\nAinsi, dans tout le siècle dernier, ne pourrait-on guère citer que les tra-\nvaux d'Albrechtsberger, de Fux, de Marpurg et de Mattheson, et dans\ncelui-ci que le Traité de la fugue par Langlé, les Principes de compo-\nsition des écoles d'ltalie par Choron., le Cours de contrepoint et de\nfugue par Cherubini, le Traité du contrepoint et de la fugue par Fétis,\net le Traité de haute composition par Reicha. A ces cinq grands trai-\ntés, les plus dignes d'attention qui aient paru depuis le commencement\nde ce siècle, j'en ai récemment ajouté un de bien moindre dimension,\nsous le titre de « Traité élémentaire et facile de contrepoint et de\nfugue. »\nCes cinq ouvrages ayant tour à tour joui de la laveur du public ar~"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "127", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.40", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2540, "texte": "tiste, et plusieurs d'entre eux étant encore en grand renom, je me suis\nproposé de les examiner avec le plus grand soin et la-plus scrupuleuse\nimpartialité, sous le rapport de leur mérite individuel, et de terminer\ncette étude par un court exposé du mien, qui fera comprendre les points\n011 je me suis éloigné de mes prédécesseurs, dans le but de rendre la pra-\ntique de la fugue plus facile et ses règles plus positives.\nI\nLe « Traité de la fugue » par Langlé, édité en ißos, appellera d'abord\n«\nmon attention, bien que l'ouvrage de Choron, publié trois ans plus tard,\nsoit un résumé de travaux bien antérieurs au sien.\nLanglé débute par une erreur, sans importance du reste, en disant\nque la fugue est ce le premier morceau de musique régulier qu'on ait\nfait.» Bien au contraire, chez les compositeurs du quinzième, du\nseizième et des trois quarts du dix-septième siècle, on ne rencontre que\nce qui constitue le style fugué, tel que des imitations et des canons,\nmais rien absolument qui ressemble à la fugue proprement dite.\nSon entrée en matière est excellente. J'en extrais cette observation\ntrès-fine et de la plus grande justesse : « Quand on compose un sujet de\nfugue, il faut penser au stretto, c'est-à-dire qu'il faut le composer de ma-\nnière qu'il puisse être pris en canon, soit en totalité, soit en partie par\ntoutes les voix. » Ce principe a été adopté depuis, surtout par l'école de\nCherubini. mais c'est à Langlé que revient le mérite de l'avoir formulé\net exprimé avec autant de précision.\nLes préceptes qu'il donne pour la création des contre-sujets sont par-\nfaits : aussi les siens sont-ils pour la plupart des plus remarquables. Ses\nréponses ne sont malheureusement pas toujours correctes, surtout celles\ndont le sujet débute par la tonique suivie de la dominante ; mais aux\nsujets chromatiques, qu'il paraît avoir affectionnés, quoique ce soit un\ngenre de sujets positivement vicieux, puisque la réponse diffère sou-\nvent trop du sujet, il a toujours parfaitement répondu.\nTout le chapitre des imitations qui entrent dans la fugue est très bien\ntraité. Ainsi, en offrant des exemples d'imitations à tous les intervalles,\nil présente chacune d'elles d'abord à deux parties, puis à trois et à qua-\ntre, et successivement jusqu'à huit parties. Car Langlé était de ces musi-\nciens profonds qui jugent indispensable de savoir écrire à un grand\nnombre de parties, et n'aurait pas admis comme de véritables harmo-\nnistes les élèves de l'école actuelle qui ne peuvent écrire qu'à quatre par-"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "128", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.41", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2506, "texte": "ties , et se trouveraient très embarrassés si, dans un concours, on les\nobligeait à composer un chœur à huit voix. Du reste, il faisait peu de\ncas de tous ces « calculs perdus pour faire de mauvaise musique, » ainsi\nque lui-même l'a dit dans son « Traité de la basse sous le chant. »\nJe passe sous silence ses fugues irrégulières, où la réponse se fait àla\nseconde et à la septième : il ne faut les considérer que comme des mor-\nceaux fugués. Mais un exercice extrêmement utile, et dont seul il a\ndonné des modèles, est un sujet avec contre-sujet, qui lui servent pour\nfaire successivement une fugue à trois et une fugue à quatre parties, et\navec l'adjonction d'un contre-sujet de plus, des fugues à cinq, six, sept\net huit parties. Enfin, ce traité qui, malgré ses défauts, ne méritait pas\nl'oubli dans lequel il est tombé, se termine par une fugue instrumentale\nsur la chanson populaire J'ai du bon tabac, développée avec infiniment\nde verve et d'esprit.\nII\nLes « Principes de composition des écoles d'ltalie)), par Choron, renfer-\nment tout ce qui concerne Fart musical, depuis l'étude de l'harmonie et\ndes tons primitifs de l'église, jusqu'à celle des partitions modernes. Cette\nimmense publication, dont les frais absorbèrent la majeure partie de sa\nfortune, contient tous les modèles de contrepoint simple composés par\nSala et Caresana, anciens maîtres de l'école italienne, tous les partimenti\n(basses chiffrées) de Fenaroli, une traduction française du traité de fugue\nde Marpurg, et une foule de fugues, de morceaux fugués et de canons\npar Sala et autres grands compositeurs du temps passé, parmi lesquels\nje signalerai en première ligne deux fugues à huit voix et à quatre su-\njets, et une magnifique antienne à huit voix. On ne saurait trop regret-\nter que les moyens d'exécution de cette imposante harmonie à deux\nchœurs et à huit parties réelles soient devenus presque impossibles\naujourd'hui.\nOn voit par ce sommaire de l'ouvrage de Choron que son titre n'est\npas complètement exact, puisque le traicé de fugue de Marpurg n'a rien\nde commun avec les principes des écoles d'ltalie. Tel qu'il est, un tra-\nvail de cette importance veut un examen sérieux : et laissant de côté le\npremier livre qui traite de l'harmonie, de l'accompagnement et des basses\nchiffrées de Fenaroli, et le sixième livre qui se compose de modèles de\ntout genre, depuis le plain-chant dans les divers tons d'église jusqu'aux\nmorceaux d'opéras modernes, je m'attacherai uniquement à faire ressortir"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "129", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.42", "debut_caractere": 42, "fin_caractere_exclue": 2875, "texte": "ce que contiennent de plus saillant le livre n : De la composition et du\ncontrepoint simple ; le livre ni : Des contrepoints conditionnels ; le li-\nvre iv . De 1 imitation et de la fugue ; et le livre v : Des canons. L'ordre\nsuivi par Choron manque de logique en ce qui concerne les canons,\npaice que, comme le canon entre dans la fugue, il faut de toute néces-\nsité apprendre à le faire avant d'aborder le travail de la fugue.\nJe passerai rapidement sur les 2% 3e et 5e livres, pour m'étendre plus\nlonguement sur le 4% qui a la fugue pour objet. Le second livre de-\nmande d'ailleurs peu de commentaires. Ce sont les lois du contrepoint\nsimple, appuyées le plus souvent sur de bons modèles, mais où le goût\net le charme font presque constamment défaut, ainsi que dans tous les\nexemples existants du contrepoint simple, qu'ils soient signés par Fux,\nMartini, Sala, Cherubini ou Fétis. On a fait un crime à Reicha d'avoir\npasse cette étude sous silence dans son « Traité de haute composition, »\net Fétis a dit dans sa Biographie des musiciens que « Reicha ne savait pas\nle premier mot du contrepoint. » Quant à moi, ancien élève de cet il-\nlustre maître, je déclare qu'il ne m'a jamais été possible de comprendre,\nlorsqu'on a appris l'harmonie avec un bon professeur, qui vous a donné\nen même temps des notions du style vocal ou l'utilité prati-\nque qui peut résulter de chercher à placer successivement sur ou sous\nun chant donné, composé de rondes, et appelé d'après son origine plain-\nchant, une ou plusieurs parties contenant soit le même nombre de ron-\ndes que le chant donné, soit un nombre égal dans chaque mesure de\nblanches, de blanches syncopées, ou de noires. Du reste, l'étude du con-\ntrepoint simple est à peu près abandonnée aujourd'hui, du moins en\nFrance, et il est peu probable qu'on y revienne.\nLe troisième livre, intitulé assez singulièrement : « Des contrepoints\nconditionnels, » réunit tous les contrepoints renversables. Excellent\nsous le rapport des exemples, il s'étend avec trop de complaisance sur tous\nles abus de 1 art pratiques par les musiciens du quinzième et du seizième\nsiècle, Celui qui tiendra à nouer des relations intimes avec ces abus,\npourra s'en donner à cœur joie; mais s'il est indispensable pour un artiste\nde posséder à fond le contrepoint double à l'octave, le contrepoint tri-\nple, et dans une certaine mesure le contrepoint quadruple et les contre-\npoints àla 10e et àla 120, il est parfaitement inutile qu'il perde son\ntemps à composer des contrepoints àla 9e, àla 11°, àla 13e et àla 14e,\net à plus forte raison à combiner des contrepoints inverses, rétrogrades,\nrétrogrades et contraires, et autres absurdités qui ne sont appréciables\nqu à 1 oeil. J'en dirai de même du cinquième livre qui traite des canons.\nTous y figurent, depuis les canons qui offrent des ressources réelles, jus-"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "130", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.43", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1781, "texte": "qu'aux canons énigmatiques et ceux qu'il faut lire à reculons ou\nen retournant le papier, le tout accompagné des détails les plus cir-\nconstanciés et les plus minutieux pour construire et déchiffrer ces niai-\nsériés.\nJ'ai hâte d'arriver au quatrième livre. L'immensité d'exemples de\nsujets suivis de leurs réponses témoigne du soin extrême avec lequel\nMarpurg a étudié cette partie si importante de la fugue. Tous les cas y\nsont prévus, quant au degré de la gamme par lesquels un sujet peut\ndébuter ou finir. Mais les altérations que le sujet exige fréquemment\ndans sa réponse ne reposant absolument d'après les anciennes règles que\nsur les modulations qui peuvent s'y rencontrer, et qui sont souvent très\npeu décidées, quelquefois même assez contestables, il en résulte que les\ncompositeurs étaient facilement exposés à faire des réponses fausses.\nFetis et Reicha, grâce à leur admirable intuition musicale, ont su, malgré\n1 imperfection de ces règles, trouver la réponse juste dans la presque tota-\nlité des cas; mais Marpurg en citant des exemples créés par lui-même\nou pris de Bach, de Kuhnau et d'autres auteurs, a admis une foule\nde réponses fautives, et Choron n'était pas assez fort contrepointiste\npoui les signaler et les corriger. Les bornes de cet article ne me per-\nmettront d en relever qu'un seul pris au hasard, pour prouver ce que\nj'avance.\nSujet.\nCette réponse est absolument fausse. Depuis ia seconde moitié de la\npremière mesure jusqu'au premier temps de la cinquième, elle est tout\nentière dans le ton de la sous-dominante, ce qui constitue le défaut le\nplus grave dans lequel une réponse puisse tomber. Le sujet, malgré ses\nmodulations, est celui d'une fugue réelle, et sa vraie réponse doit se faire\nsans aucun changement, comme suit :"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "131", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.44", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 2636, "texte": "L'examen de l'ouvrage de Choron m'a entraîné un peu loin. Je termi-\nnerai ce qui concerne la fugue en disant que, quoiqu'il ne s'y rencontre\npas assez de détails sur les strettos, les épisodes et la conduite générale\nde ce genre de morceaux, on y trouve de très belles Fugues fort bien\nanalysées, et qu'en somme les Principes de composition des écoles d'lta-\nlie forment un monument musical des plus remarquables.\nIII\nLe (( Traité du contrepoint et de la fugue » de Fétis, publié en 1824,\nest le plus splendide répertoire qui existe de tout ce que les anciens maî-\ntres italiens ont laissé de mieux en fait de savantes combinaisons har-\nmoniques. Grand musicien, homme dégoût et d'une érudition musicale\nimmense, il n'est pas étonnant que Fétis ayant suivi à peu près le même\nplan que Choron, l'ait presque totalement effacé. Si un professeur au\nmonde pouvait être capable de faire trouver quelque intérêt et quelque\ncharme à l'étude du contrepoint simple, ce serait à coup sûr Fétis, tant\nil en parle avec conviction et tant ses modèles sont purs en général.\nOn avu plus haut ma manière de voir à ce sujet*, mais je ne puis\nque recommander de lire et de méditer avec l'attention la plus soutenue\ntout le premier livre de son traité, où cette étude est analysée, sans toute-\nfois approuver la méthode assez bizarre qu'il a adoptée, et que je n'ai\nrencontrée nulle part, de mélanger dans les exemples à plusieurs parties\nla clef de sol avec les clefs dhit, d'autant plus que dans les compositions\nd'école la clef d'ut sur la première ligne remplace toujours la clef de sol.\nLe second livre traite de l'imitation, du canon, du style rigoureux ou\nancien, appelé aussi : alla Palestrina, et des compositions à voix nom-\nbreuses. Si l'on ne se plaçait pas au point de vue de Fétis, qui a voulu\ntout embrasser, on pourrait ici lui reprocher de s'être trop laissé aller,\ncomme Choron, à l'envie de faire connaître tous ces froids calculs qui fai-\nsaient les délices des musiciens d'une époque où le rhythme, la mélodie,\nle charme, l'expression, tout enfin ce qui fait aimer cet art enchanteur,\nn'existait pas encore. Car le profit que les élèves qui se livreraient à des\ntravaux de cette nature en pourraient tirer pour s'habituer à vaincre les\ndifficultés, serait bien plus sûrement réalisé, et sans perte de temps, en\ns'exerçant aux contrepoints et aux canons que l'oreille peut à la rigueur\napprécier encore, tels que le prodigieux canon à seize voix de la compo-\nsition de Fétis, qui n'a pas moins de 43 mesures ! Mais je m'appesan-\ntirai d'autant moins là-dessus, que le second livre se termine par des"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "132", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.45", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1824, "texte": "chefs-d'œuvre harmoniques de Vallerano, Palestrina, Porta et Benevoli,\nqu'on trouverait difficilement ailleurs, et qui sont excellents à étudier.\nLe troisième livre traite du contrepoint renversable, que Fétis appelle\ntoujours double, mais à tort, car trois sujets qui peuvent se servir de\nbasse tour à tour sont bel et bien en contrepoint triple, de même que si\nquatre sujets se trouvent dans le même cas, ils sont en contrepoint qua-\ndruple. Ce livre-ci, de même que le précédent, s'étend trop sur les pué-\nriles combinaisons du temps passé.\nLe quatrième livre est consacré à la fugue. Les sujets qui servent\nd'exemples y sont nombreux, et Fétis, tout en se conformant aux an-\nciennes règles, a cherché à ramener à des lois fixes les changements qui\ndoivent souvent se faire dans les réponses. Malheureusement la matière,\nvague en elle-même, ne lui a pas toujours permis de s'exprimer claire-\nment, témoin la phrase suivante, page 46 : « Lorsque la tonique va à la\ndominante en descendant d'un degré (il aurait dû dire, lorsque la tonique\ndescend à la dominante en passant par la sensible), la mutation de la\nréponse doit se faire par un mouvement de tierce de la dominante au\ntroisième degré. » De plus, cette règle est contredite par celle qu'il for-\nmule plus loin, page 47, et dans laquelle se lit cette observation : « On\nvérifie la bonté d'une réponse par la position de la note sensible, car\nelle doit toujours occuper la même place dans la réponse que dans le\nsujet. » En conséquence, au sujet\nil n'aurait pas fallu répondre comme Fétis, quoique sa réponse soit la\nmeilleure, par\nmais par\nPlus bas on lit :« Tout sujet dans un mode mineur demande les\ndemi-tons aux mêmes places dans la réponse que dans le sujet. y> Or, à\npart les nombreux cas où le changement dans la réponse se fait préci-"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "133", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.46", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 1029, "texte": "sèment à l'endroit où se trouve le demi-ton dans le sujet, il y a des ex-\nceptions en foule dans Reicha, comme ailleurs, et qui sont incontesta-\nblement bonnes. Notez bien que je ne blâme point Fétis dans tout ceci ;\nmais cela prouve combien sont incertaines les anciennes règles, qui sont\nuniquement fondées sur les degrés du ton et les modulations.\nJe n'ai rien à dire de la suite du troisième livre, sinon que tout ce qui\na rapport aux éléments qui entrent dans la fugue est parfaitement traité\net que les modèles de fugue composés par Fétis réunissent toutes les\nqualités théoriques. Deux fugues à huit parties, écrites l'une par Sarti\net l'autre par Cherubini, ainsi que trois exemples de fugues accompa-\ngnées par la basse ou l'orchestre, servent de complément à son travail.\nLe traité se termine par un appendice dans lequel Fétis a consacré\ntrente pages à l'explication et à la solution des canons énigmatiques :\nc'est beaucoup... peut-être trop\n(La suite prochainement.)\n\nHENRY COHEN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-11-01-01-c036", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-11-01_01#c036", "volume": "bmtnabc_1873-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "134", "page_fin": "140", "image_debut": 47, "image_fin": 53, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.2.14", "titre_corps": "REVUE MUSICALE", "titre_sommaire": "REVUE MUSICALE", "signature_source": "ARTHUR HEULHARD", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 47, "page_imprimee": "134", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.47", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1786, "texte": "REVUE MUSICALE\n\nITALIENS : Rigolctto. Mademoiselle Tagliana, M. Villa. Il Trovatore. Mademoiselle\nKrauss, MM. Padilla et Brignoli. La Traviata. Début de mademoiselle Heilbronn.\nOPÉRA-COMIQUE : Richard Cœur-de-Lion. Le livret et la partition. (Autographe\nde Grétry.) MM. Melchissédec et Duchesne.\nTALIENS. Jeudil6 octobre.—Cette représentation de\nRigoletto aurait été fort compromettante pour la direc-\ntion, si elle n'eût mis en pleine lumière le talent de\nM. Padilla, chargé du rôle du bouffon. Le ténor,\nM. Villa, n'a point été goûté, non plus que mademoi-\nselle Tagliana qui chantait Gilda. M. Villa n'a ni les\nmoyens ni le ton requis par le personnage du duc de Mantoue. Made-\nmoiselle Tagliana s'agite vainement pour donner du corps à un filet de\nvoix trempé dans un filet de vinaigre. Il y aurait de la cruauté à insister\nsur les défauts de la débutante qui est d'une extrême jeunesse, et qui a\ndevant elle un long avenir pour acquérir par l'étude ce que lui a refusé\nla nature.\nSamedi, 18 octobre. Le Trovatore a été la revanche de Rigoletto.\nC'est mademoiselle Krauss et le baryton Padilla qui ont partagé le suc-\ncès de la soirée.\nDepuis l'ovation enthousiaste qu'on a faite à la Krauss dans son beau\nrôle de Léonora, il se passe au foyer du Théâtre-Italien des petits manè-\nges bien réjouissants. Les narquois, ceux qui hochaient la tête avec des\nsourires aux débuts de la Krauss, il y a bientôt cinq ans, se pendent\naujourdhui à vos basques pour vous rappeler qu'ils ont les premiers pré-\ndit le grand avenir de cette artiste. Il est si dur d'avouer maintenant\nqu'une telle cantatrice n'a pas été comprise et adoptée d'emblée! Pen-\ndant son éloignement du Théâtre-Italien, la Krauss a travaillé encore à\népurer son chant et son jeu ; elle nous revient complète, incomparable,"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "135", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.48", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2626, "texte": "pleine de feu, d'inspiration et de génie. Chez elle, la passion, loin de\ns'épuiser avec l'heure, grandit de scène en scène et ne s'arrête qu'avec le\ndénouement. L'organe est demeuré d'une justesse absolue ; il a gardé sa\npuissance et sa chaleur entraînantes. Il y a dans sa voix des larmes et des\nsanglots d'une vérité poignante et inexprimable, et quand ce voile de la\ndouleur se lève, ce sont de sublimes éclaircies. Jamais le quatrième acte\ndu Trovatore n'a été rendu avec un tel sentiment. Dans le Miserere, et\ndans le duo avec le comte de Luna, dans la strette surtout, elle a été aussi\ngrande comédienne que cantatrice inspirée. Elle a tout électrisé autour\nd'elle : M. Brignoli lui-même s'est vu emporté par le flot magnétique,\net a trouvé le moyen de se faire applaudir dans le Miserere. Voilà qui\ntient du prodige. M. Padilla, qui remplissait aux côtés de la Krauss le\nrôle du comte de Luna, est un artiste de race, doué d'une belle voix de\nbaryton, très égale, très juste et très vaillante. Il chante avec beaucoup\nd'âme et infiniment d'adresse,ce qui nous plaît moins; il ade la cha-\nleur et presque de la fougue. Il nous a semblé (nous trompons-nous)?\nqu'il avait le souffle un peu court et qu'il ne respirait pas toujours\nau bon endroit ; ce vice, dont on guérit, a pour effet d'introduire des\ndemi-soupirs dans des mesures ou il n'y a plus aucune place pour ce\nsigne; à l'oreille, c'est un froissement comparable à celui de l'hiatus en\nprosodie. Ceci n'empêche point M. Padilla d'avoir un vrai tempéra-\nment d'artiste. Le voilà en pleine conquête du public.\nJeudi, 3o octobre. Mademoiselle Marie Heilbronn, qui parut\nquelque temps à l'Opéra-Comique et devint pensionnaire des Variétés,\nbrûle ce qu'elle a adoré, et adore ce qu'elle a brûlé.\nQui eût dit que la Fiorella des Brigands et le Bibletto des Bracon-\nniers d'Ofïenbach, serait un jour rappelée dans la Traviata sur la scène\ndes Italiens? Rien n'est plus vrai cependant. A la stupéfaction générale,\nmademoiselle Heilbronn a enlevé les vocalises du premier acte avec une\nagilité, une bravoure que nul ne lui soupçonnait. Ses trilles à l'aigu sont\nparticulièrement riches. Elle devra surveiller ses intonations qui man-\nquent parfois de justesse, notamment quand elle veut pousser la voix\nselon les principes de l'enseignement Duprez.\nLes délicatesses du second acte et les angoisses du troisième ont été\nheureusement rendues. Elle a de la demi-teinte et de la nuance, une in-\ntuition très vive, et triomphe sans trop d'efforts d'une voix rebelle au\ncantabile♦\nLa surprise qu'elle a causée doit flatter et non blesser mademoiselle\nHeilbronn,"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "138", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.51", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2694, "texte": "OPÉRA-COMIQUE. Samedi, 18 octobre. Tout un numéro de la\nChronique Musicale ne suffirait point à conter l'histoire de Richard\nCœur-de- Lion, le chef-d'œuvre de Grétry, auquel l'Qpéra-Comique\nfait en ce moment les honneurs d'une belle reprise.\nLes Mémoires de Grétry, divers recueils du même temps, des études\ncritiques et anecdotiques parues en ce siècle sur Richard Cœur-de-Lion\nabondent en détails piquants, en documents curieux dont il y aurait\nà faire une moisson fleurie et touffue pour une monographie de cet opéra\npopulaire.\nRichard Cœur-de-Lion, comédie en trois actes, en prose, mêlée d'a-\nriettes, fut représentée pour la première fois par les Comédiens italiens,\nle 21 octobre 1784, et non pas le 2 5 octobre 1785, comme le dit le bon\nGrétry dans ses Mémoires.\nSedaine avait d'abord confié le manuscrit de Richard à Monsigny,\ncomptant qu'il en écrirait la musique. Mais Monsigny se sentait fatigué,\"\ndepuis les critiques amères dont le baron Grimm avait poursuivi son ou-\nvrage de Félix, il n'avait plus le cœur à la besogne ; sa timidité s'en\nétait mêlée, il avait peur de ne pouvoir réussir à souhait la fameuse ro-\nmance du second acte. Bref, il retourna le livret à Sedaine avec le petit\nmot suivant : « Voilà, mon ami, votre manuscrit de Richard Cœur-de-\nLion, Ne doutez pas que Grétry fasse la musique de cette pièce...., il\naurait tort de se fâcher de la préférence que vous m'aviez accordée. Dans\nce moment, ce n'est pas à mon refus que vous la lui offrez; c'est au con-\ntraire moi qui vous dis : Je ne puis faire votre pièce, prene\\ Grétry. «\nEt Sedaine s'en fut la porter à Grétry, qui accepta la tâche du musicien.\nLe 21 octobre 1784, tout était prêt, et le rideau delà Comédie-Ita-\nlienne se levait sur le premier acte de Richard Cœur-de-Lion. Les\nMémoires de Bachaumont en contiennent le compte rendu àla date\ndu 22. Madame Laruette jouait Laurette, Clairval le ménestrel Blondel,\net Philippe le roi Richard. La représentation ne marcha pas sans accrocs.\nPhilippe avait la gorge prise par un enrouement. Il n'avait accepté de\nchanter ce soir-là que sur les pressantes prières de Grétry. Le parterre\nse prit à le huer, ce que voyant, Philippe prit le parti de le haranguer,\nd'expliquer son accident, et de réclamer l'indulgence du public, tout en\nprotestant de sa bonne volonté; « malgré son organe rauque, il fut ap-\nplaudi à tout rompre, durant le reste du spectacle. »\nLe dénouement primitif excita aussi des murmures ; chacun proposait\nune fin plus heureuse. « Les habitants de Paris, dit Grétry, avaient une\ntelle envie de voir terminer cet ouvrage d'une manière agréable, que\nchaque société m'envoyait un dénouement pour Richard. » Grétry lui-"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "139", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.52", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2544, "texte": "même proposa le sien, comme il appert de sa lettre autographe du 2 3\noctobre dont nous donnons ici 1 e fac-similé. La seconde représentation\nde Richard ayant été retardée jusqu'au 3i octobre, on crut que Sedaine\navait employé ce long intervalle à modifier la chute de l'intrigue. Il n'en\nétait rien. Le public fit si bien qu'il dut se décider, et, après plusieurs\nessais infructueux,, il adopta le dénouement actuel : le siège du château.\nSauvé d'un peu de ridicule, Richard atteignit et dépassa rapidement\ncent représentations. Il n'était bruit que du féal Blondel et de son\nmaître. Tapisseries, éventails, tabatières et boëtes à parfums reprodui-\nsaient en dessins les scènes attendrissantes de la pièce àla mode. En\n1789, Richard Gœur-de-Lion empruntait aux circonstances un sin-\ngulier regain d'actualité.\nLes défenseurs de la royauté croulante ripostaient aux hymnes répu-\nblicains par les chants monarchistes de Sedaine et Grétry.\nRichard fut aussitôt proscrit de toutes les scènes parisiennes. Un soir,\nau foyer de l'Opéra (Louis XVI était déjà prisonnier au Temple), Garat\nse mit à chanter d'enthousiasme la romance de Richard : Bans une tour\nobscure, Un roi puissant languit. On allait l'arrêter et le jeter en prison,\nlorsque Danton, un habitué des coulisses de l'Opéra, intervint. Sa pré-\nsence d'esprit sauva Garat : « Citoyens, s'écria-t-il, laissez donc libre le\ncitoyen Garat! C'est un imbécile, mais il chante à merveille. Quand\nm\nvous voudrez, il vous chantera le Ça ira ! avec autant de chaleur qu'il en\na mis dans le couplet que vous venez d'entendre ! » La Révolution\npassa avec ses orages; elle épargna la tête de Garat et fit un émigré de\nRichard.\nNapoléon lerIer le rappela d'exil : il adorait l'opéra de Grétry dont il or-\ndonna le premier une solennelle reprise à Saint-Cloud.\nSous la Restauration, Richard reprit un renouveau de sève et de cou-\nleur politique, et fit son tour de France en l'honneur de Louis XVIII.\nUn certain Jausserand, ténor qui avait débuté au théâtre Feydeau, jouait\nle rôle de Blondel en province. Un soir, je ne sais dans quelle ville, il\ncrut bien faire en modifiant le texte de sa romance ainsi qu'il suit:\nLouis dix-huit, ô mon roiy\nL'Univers te couronne !\nTu triomphes par la loi\nEt nous adorons ta personne !\nCette variante suscita un tapage effroyable, et le poste de l'endroit\ns'emplit d'excellents royalistes qui n'avaient pu accepter tant de plati-\ntude. Mais trêve d'anecdotes : il en fourmille, je les sens qui me grim-\npent à la plume, et force m'est de les chasser."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "140", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.53", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2507, "texte": "En 1841, Richard Cœur de Lion fut repris avec une orchestration\nrajeunie par Adolphe Adam. Du temps de la direction Carvalho, il\nétait au répertoire du Théâtre-Lyrique.\nLe travail délicat, discret, ingénieux d'Adam a laissé aux mélodies\nde Grétry ce naturel, cette grâce naïve et touchante, cette expression\npathétique et douce, et ce parfum d'archaïsme qui ajoute encore du pi-\nquant à cette exquise sensibilité. Aussi a-t-on fait fête de la façon la plus\nfranche du monde à la muse de Grétry. Savez-vous qu'il tenait beau-\ncoup de musique dans ce que nos pères appelaient modestement une\nComédie à ariettes ! Les deux premiers actes de Richard sont les plus\nchargés. Au premier, que de charmantes choses! Le chœur des villa-\ngeois, mêlé à l'introduction ; les couplets si bien tournés d'Antonio :\nLa danse n'est pas ce que j'aime, avec la jolie basse qui souligne le\npassage : Lorsque je la tiens dans mes bras ; le grand air de Blondel ;\nle trio en contrepoint : Quoi de la part du gouverneur de ce château ;\nle chant si expressif de Laurette : Je crains de lui parler la nuit ; la\njoyeuse chanson, avec sa ritournelle de violon, si bien rhythmée, et\nd'une gaieté si française : Que le Sultan Saladin. Le second acte n'est pas\nmoins varié : la marche; l'air de Richard avec l'adjonction des trompettes\net des timbales voilées; la fameuse romance : Une fièvre brûlante qui\nrevient transformée jusqu'à neuf fois dans la partition ; le chœur des sol-\ndats : Sais-tu, connais-tu qui peut t'avoir répondu ? et le finale mouve-\nmenté. Le troisième acte n'est pas le meilleur, et ce n'est peut-être pas\ncomplètement la faute de Sedaine. Il contient pourtant deux trios remar-\nquables : l'un entre Blondel et les deux valets de la comtesse, l'autre sur\nle motif d''une fièvre brûlante, intercalé dans le finale et admirablement\ntraité. L'exécution de Richard Cœur de Lion a été bonne, Melchissé-\ndec joue chaleureusement le rôle de Blondel. Il y déploie~en liberté sa\nsa voix au timbre franc et non plus comme autrefois avec\ndes fantaisies d'enfant prodigue, mais avec le style et la sobriété du\nchanteur qui place des fonds sur la méthode , cette caisse d'épargne des\nartistes. Duchesne chante comme s'il avait à cœur de surmener sa\nvoix, qui est jeune, suffisamment métallique, et semble déjà fatiguée.\nM. Neveu fait William. Mesdemoiselles Nordet Thibault et Isaac re-\nprésentent le côté féminin de la pièce, et complètent un ensemble qui a\nfait le plus grand plaisir.\n\nARTHUR HEULHARD."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-11-01-01-c042", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-11-01_01#c042", "volume": "bmtnabc_1873-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "141", "page_fin": "144", "image_debut": 54, "image_fin": 57, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.2.15", "titre_corps": "VARIA", "titre_sommaire": "VARIA", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 54, "page_imprimee": "141", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.54", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2044, "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nFAITS DIVERS\nUELQUES détails inédits donnés sur A. Adam, par VEvé-\nà propos du Bijou perdu.\nTout homme a sa marotte. Les musiciens n'échappent\npas à cette loi commune.\nMozart, on le sait, adorait le billard, et Gluck le Cham-\npagne; Haydn avait, comme BufFon, la superstition des\nmanchettes; Rossini était un cuisinier presque aussi ha-\nbile qu'Alexandre Dumas; Auber se promenait dans des voitures irréprocha-\nbles, Félicien David fait fleurir des rosiers à outrance.\nAdolphe Adam, dont on vient de reprendre le Bijou perdu, était, lui, un\nParisien pur sang ; la campagne lui portait sur les nerfs. Quand on lui par-\nlait de la verdure, des fleurs, des beautés des champs, il répondait qu'il avait\ntout cela dans son cabinet.\nSa chambre était, en effet, une miniature du Jardin des Plantes. C'étaient\ndes pots de fleurs, des caisses d'arbustes, des volières, des oiseaux de tous\nplumages et de tous ramages.\nIl y avait, en outre, des chiens, des chats, des écureuils, des perruches, des\nperroquets.\nIl possédait même une grenouille, qu'il avait élevée comme Pélisson avait\nfait de son araignée. Il la tenait sur sa table, et quand il l'appelait, elle sor-\ntait de son bocal et venait sautiller sur sa musique.\nNotre collaborateur M.deFilippi a démontré d'une façon indiscutable,\nque la perception du droit des pauvres sur des recettes souvent minimes\ndu théâtre, n'est qu'une exaction fiscale et un abus basé sur une erreur\néconomique. (Conditions économiques de la musique en France.)\nL'Assistance publique est en train de mettre le comble à la mesure. Au lieu\nde 7.200 francs de prélèvement sur la recette des concerts du Conservatoire,\nsoit 400 francs de forfait par concert, il ne s'agit cette année rien moins que\n20,000 francs, somme exorbitante qui peut entraîner la suppression de ces\nséances magnifiques, célèbres dans le monde entier. 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Edmond Duvernoy.\nLes Noces de Jeannette, jouées pour la première fois en février 1853, n'ont\njamais, depuis cette époque, quitté le répertoire, et ie rôle de Jean n'a eu\njusqu'ici que deux interprètes : Couderç, le créateur, et Melchissédec.\nL'Opéra-Comique a reçu un acte de MM. Erckmann-Chatrian, musique\nd'un jeune prix de Rome, M. Maréchal.\nTitre : les Amoureux de Catherine.\nAthénee„\nreprendra Pierrot Fantôme, opéra-comique, de M. L. Vercken.\nCet ouvrage, qui a obtenu un succès légitime à la fin de la saison théâtrale,\na été brusquement interrompu par le départ de M. Vauthier. C'est le baryton\nLepers qui reprend le rôle de Pierrot.\nGaîté» L'interprétation musicale de la Jeanne annoncée à la Gaîté,\nsera extrêmement soignée. On sait que M. Gounod a écrit pour ce drame une\nvéritable partition.\nCent choristes et soixante musiciens; un grand orgue de la maison Cavaillé-\nColl qui accompagnera chaque apparition des saintes; sept cents costumes\nqu'on dit être des merveilles d'exactitude historique; une mise en scène sur-\nprenante ; sept grands décors dus aux pinceaux de MM. Cambon5 Cheret et"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "144", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.57", "debut_caractere": 109, "fin_caractere_exclue": 1189, "texte": "Fromont ; un ingénieux divertissement dans lequel, se souvenant que sous\nles murs d'Orléans les soldats français avaient parodié la mort de l'Anglais\nSalisbury, Gounod a intercalé un de ses fragments symphoniques intitulé :\nLa Mort d'une Marionnette • tout concourt à faire de la Jeanne d'Arc, à la\nGaîté, un événement artistique et musical d'importance.\nMenus-Plaisirs. Mademoiselle Silly est engagée aux Menus-Plaisirs pour\ncréer le principal rôle de la Liqueur d'or, la nouvelle opérette de MM. Bus-\nnach, Liorat et Laurent de Rillé.\nLes autres rôles opt été distribués à madame Matz-Ferrare; MM. Milher,\nTissier, Dubouchet, etc.\nLa première représentation de la Liqueur d'or aura lieu vers le milieu du\nmois prochain.\nConcert Pasdeloup. L'abondance des matières nous a empêché de ren-\ndre compte de la réouverture des Concerts Pasdeloup au Cirque d'Hiver.\nLe compte-rendu de ces séances si intéressantes a sa place marqué dans\nla Chronique musicale, et nos lecteurs l'y trouveront régulièrement désor-\nmais.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. 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C'étaient\ndes pots de fleurs, des caisses d'arbustes, des volières, des oiseaux de tous\nplumages et de tous ramages.\nIl y avait, en outre, des chiens, des chats, des écureuils, des perruches, des\nperroquets.\nIl possédait même une grenouille, qu'il avait élevée comme Pélisson avait\nfait de son araignée. Il la tenait sur sa table, et quand il l'appelait, elle sor-\ntait de son bocal et venait sautiller sur sa musique.\nNotre collaborateur M.deFilippi a démontré d'une façon indiscutable,\nque la perception du droit des pauvres sur des recettes souvent minimes\ndu théâtre, n'est qu'une exaction fiscale et un abus basé sur une erreur\néconomique. (Conditions économiques de la musique en France.)\nL'Assistance publique est en train de mettre le comble à la mesure. Au lieu\nde 7.200 francs de prélèvement sur la recette des concerts du Conservatoire,\nsoit 400 francs de forfait par concert, il ne s'agit cette année rien moins que\n20,000 francs, somme exorbitante qui peut entraîner la suppression de ces\nséances magnifiques, célèbres dans le monde entier. 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La Chronique musicale a donné\nson avis sur ce talent, si charmant déjà et plus riche encore de promesres :\ndisons seulement que la jeune et très jolie prima donna, du Théâtre-Ita-\nlien, est d'une excellente famille de Russie, et que c'est, à peu de choseprès,\nson vrai nom qu'elle a inscrit au livre d'or de l'opéra italien ; en russe il\nse prononce (en aspirant légèrement la dernière consonne) : Biélokha.\nA la faveur de cette première vogue qui entoure la Belocca, nous\nsavons qu'on s'apprête, à publier le Soiovéï avec paroles françaises.\nAussi nous bornerons-nous à en donner une simple transcription pour\npiano. Voici le sens de la première et de la dernière strophe :\n« Rossignol, mon rossignol à la voix brillante, que fais-tu voltigeant\n\nIL\n7"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "98", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.2", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nde ci, de là, toute la nuit? Rossignol, ô rossignol, mon beau chanteur î\nEs-tu donc malheureux comme moi? La nuit t'écoute ; 1 œil noyé de\nlarmes ne se fermera pas d'ici au matin Dans la nuit d hiver 1 an-\nneau fut mis au doigt, puis s'est brisé. Et voilà qu au printemps a au-\njourd'hui, ma belle me désaime.... »Je traduis littéralement :le mot a\nété oublié dans notre dictionnaire, quoique la chose ne soit pas trop\nétrangère à nos mœurs.\nLe style musical suffirait à indiquer que ce n est pas une chanson po-\npulaire, mais une romance de salon. Elle date d une trentaine d années\nau moins; le compositeur Alabiefi n'a écrit, je crois, qu en ce genie. Le\nSolovéï est très connu des virtuoses voyageurs, violonistes, pianistes ou\nchanteurs.\nLiszt a composé une fantaisie sur ce thème-là. La Sontag est, dit-on,\nla première d'entre les dive cosmopolites qui ait adopté le Solovéï, en y\najoutant des variations brillantes. Madame Pauline Viardot lui prêtait\nson grand style et avait d'ailleurs tout un répertoire de chansons russes.\nLa Patti Pa dit aussi bien des fois. La Nilsson préfère chanter 1 Ange, de\nVarlamoff, et ne se fait pas prier, dans les concerts et les soirées de\nSaint-Pétersbourg, pour enfiler un chapelet de romances russes.\nPuisque nous en sommes aux morceaux favoris des prime donne, don-\nnons en musique la chansonnette adoptée par cette gracieuse Bosio\nqui, à peine entrevue à Paris, s'était fait adorer à Saint-Pétersbourg, et\ny fut tuée, au détour de ses premiers triomphes, par un traître coup de\nvent glacial. On lui fît des funérailles dignes d'une grande-duchesse.\nCette riante nature d'artiste avait choisi, comme on pourra voir, un\njoyeux motif sur lequel elle brodait toute sorte de caprices.\nLe Krasni Sarafane (mot à mot « robe rouge», robe de noces,car les\nmariées de campagne ont la robe rouge et le diadème), la Sarafane de\nVarlamoff est peut-être, avec le Solovéï d'Alabieff, la plus connue des\nchansons russes. Dans le ballet viennois de Plick et Plock, il ya un\nintermède où les principales nations sont personnifiées par une scène et\nun pas caractéristiques, tandis que l'orchestre joue un air du pays ; di-\nsons en passant que le librettiste allemand a eu le bon goût de représen-\nter la France par une scène et un air de Mabille*, plus courtois enveis la\nRussie, on avait choisi le Sarafane.\nPar le sujet, le Sarafane ne diffère pas sensiblement d'une chanson\npopulaire, et je ne serais pas étonné que c'en fût tout simplement une\nqu'on aurait un peu rhabillée à la moderne pour la présenter dans les\nsalons.\nLa fillette prend d'abord la parole : « Ne vous hâtez pas, ma mère,"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "99", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.3", "texte": "CHANSONS POPULAIRES DE RUSSIE\n\nde me coudre ma belle robe rouge, et de me couvrir du voile de soie des\nmatrones, laissez encore l'oeil des jeunes gens se réjouir de ma vue. Je\nveux garder longtemps, toujours ma liberté chérie. » Et la mère lui\nrépond : « Mon enfant, ma petite tête folle, tu ne pourras pas toujours\nchanter comme l'oiseau et voleter comme le papillon; les coquelicots de\nta joue se faneront... Je parlais comme toi à ton âge, mais pour vieillir\nsans regret il faut revivre sa jeunesse en regardant ses enfants. »\nPassons maintenant, par manière de contraste, à la chanson qui com-\nmence ainsi : Vspomni moïa (souviens-toi, ma bien ai-\nmée)... —■ Elle est, celle-là, tout à fait populaire, ce qui n'empêche pas\nque nous la trouvions plus noble d'allure et d'un sentiment poétique\nbien autrement profond. Les deux recueils de Villebois et de Bernard en\ndonnent deux textes mélodiques assez différents : il ne s'ensuit pas que\nFun soit moins authentique; on sait combien une même chanson se\nmodifie d'une contrée, ou même d'un village à l'autre. N'a-t-on pas\nrecueilli jusqu'à vingt leçons plus ou moins divergentes de certains\nchants populaires de France?\nNous avons traduit de notre mieux les premiers vers. Voici le sens des\nvers qui viennent après. L'amant désolé ajoute : « O ma chérie, n'est-ce\npas avec moi, ton jeune amant, que tu vas te marier? » La fallacieuse\nfillette répond : « Marie-toi, je me marierai ! » Et l'auteur nous montre\nun suberbe terem s'élevant dans la prairie, celui sans doute qu'elle ha-\nbitera bientôt quand elle sera devenue l'épouse du riche et vieux boyard.\nLe dernier couplet dit : « C'est ainsi que chantent les belles servantes du\nnouveau terem, c'est ainsi qu'elles bavardent. » On peut en inférer que\nla chanson est de l'une d'elles. Le mot de terem nous apprend que la\nchanson est vieille d'environ deux cents ans, sinon plus : l'usage du\nterem, qui était le logis réservé des femmes, a cessé avec le règne du père\nde Pierre le Grand.\nNous donnons encore une chanson cosaque, avec les paroles origi-\nnales reproduites en lettres françaises, afin qu'on puisse juger à peu près\ndes sonorités du dialecte petit-russien, comme on a fait du grand-rus-\nsien par nos citations analogues du mois dernier. Je dis qu'on en jugera\nà peu près, car il est impossible de donner l'équivalent exact de cer-\ntaines voyelles composites des alphabets slaves ; d'ailleurs, l'accent to-\nnique, à lui seul déjà, donne aux mots une allure dont le lecteur fran-\nçais se fait malaisément l'idée.\nEn tout état de cause, cette chanson cosaque se fût mal prêtée à la\ntraduction; elle est d'une naïveté extrême, assez triste au fond... Il\ngit d'une pauvre mariée qui « s'est acheté le malheur pour son argent, «"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "100", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.4", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nc'est-à-dire, en style moins imagé, qu'elle s'est mariée très-mal avec une\nbelle dot. En dépit du sujet, la seconde partie de la mélodie a une verte\nallure qui trahit une chanson à danser.\nOn peut vérifier encore ici Inexactitude de i observation que nous\navions faite pour le lékhalc c'est que les airs petits-russiens ont\ndes rhythmes plus vivaces, et généralement aussi plus de gaieté, tandis\nque la muse populaire de la Grande Russie est encline à la mélancolie.\nDe part et d'autre, il y a d'ordinaire un grand fond de bonhomie ; on\nsera peut-être surpris de me l'entendre affirmer à propos des chansons\ncosaques ; on m'a dé]à exprimé cet étonnement à 1 occasion du léknalc\nkosake Donnai. C'est qu'on n'est pas habitué, en à attacher\ndes idées sentimentales à ce nom de cosaques!\nJe crois que dans nos funestes souvenirs de 1814 et de 181 5 on a vo-\nlontiers attribué aux Cosaques ce qui était du fait des Kalmouks, par\nexemple, ou de telles autres bandes à demi-sauvages, car en cette oc-\ncasion la Russie avait convoqué sans exception toutes les forces dont elle\npouvait disposer. Les Kalmouks sont des lartares* les eux,\nsont des Petits-Russiens, qui, dans la grande famille slave, se distin-\nguent simplement par des traditions d'existence plus primitive, plus pa-\ntriarcale et moins absolument sédentaire. Le gouvernement central\nles laisse s'administrer suivant leurs coutumes ; il lui suffit de recevoir\nchaque année une certaine somme d'impôts et un certain contingent de\ncavaliers tout équipés. C est l'attaman qui a réparti sur les villages et\nles tribus la quotité d'impôt et de contingent.\nAu jour dit, tous les cosaques désignés pour une nouvelle période de\nservice militaire se trouvent réunis dans une grande plaine qui sert à ces\nrassemblements; ils arrivent tout prêts, avec leur lance, leur sabre ?\nleurs pistolets et leur carabine; je ne parle pas du cheval, qui est un\nami, un frère pour son cavalier; aussi n'est-il pas oublié dans les chan-\nsons. Les Cosaques se groupent à l'endroit de la plaine assigné à leur\nsotnia (régiment). La tête de chaque régiment est tournée dans le sens\nbu il va marcher, quelle que soit la destination : Moscou, Arkangel ou\nle Caucase, Samarcande ou Saint-Pétersbourg... Il y a toujours au moins\nune sotnia auprès du grand-duc héritier, qui est attaman honoraire des\nCosaques, comme l'héritier d'Angleterre est prince de Galles, comme\nl'héritier de France était dauphin de Viennois.\nAvant le départ, chaque sotnia a derrière elle une sorte de campe-\nment où sont les femmes, les vieillards et les enfants, venus pour les\nadieux. Au dernier moment, une poignée de la terre natale est renfer-\nmée dans un sachet que l'épouse ou la fiancée coud au vêtement du sol-"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "101", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.5", "texte": "CHANSONS POPULAIRES DE RUSSIE\n\ndat, sur sa poitrine : c'est un souvenir et un talisman... Puis, quand le\nsignal est donné, les sotnias franchissent le Don et disparaissent aux\ndivers points de l'horizon, tandis que les « mains blanches » se tordent\net que les beaux « yeux gris » fondent en larmes. Nos lecteurs ne\nnous sauront pas mauvais gré, sans doute, de leur avoir esquissé la mise\nen scène du lékhale kosake \\a Dounaï.\nVoilà un des mille et un tableaux que suggère l'étude des chansons\npopulaires. Je voudrais qu'un slavisant traduisît, par exemple, le recueil\ndes Chants de la. Petite Russie publié par Lissenko, à Kiew (et traduit\ndéjà en allemand). Ce curieux et pittoresque travail devrait tenter\nM. Louis Léger, qui nous a déjà donné les Chants de la Bohême, et à\nqui presque tous les dialectes du monde slave sont familiers.\nVoici maintenant une autre ronde populaire de la Grande Russie :\nPo mostovoï\nQue nous dit le texte?\nà l'eau, à l'eau fraîche de source. Hé! fillette, lui crie un garçon, at-\ntends, ma beauté! nous irons ensemble à la fontaine, il est plus gai d'y\naller à deux. Ne crie pas si fort, petit niais ! mon père t'entendrait,\net il m'enverrait travailler au jardin... » Suivent d'autres couplets dont\nle sens est fort décousu, et la ronde finit sur cette idée : « Mon ami\nm'apporte un beau cadeau. Ce n'est pas ton anneau qui m'est cher,\nc'est ton amour seulement!... »\nJ'ai recherché cette chansonnette pour en avoir trouvé la mention\ndans le roman des Eaux printanières, un des plus récents de l'illustre\nécrivain Ivan Tourghénieff. Il s'est improvisé trois traductions à la fois\nde ce roman : la première dans le journal le Nord ; celle quia paru chez\nHetzel est de M. Emile Durand, qui veut bien nous traduire quelques-\nunes de ces chansons russes. Cette ronde de la « Fillette qui va à\nPeau » est une de celles que Sanine chante à Frau Lécnor et à Gemma;\nune autre est le Sarafane. Nous avons traduit tant bien que mal plusieurs\ndes couplets de l'autre ronde. Les derniers nous apprennent que le ber-\nger appelé dans la ronde, ayant ainsi abandonné son troupeau durant\nune heure, a perdu une petite vache, et qu'un autre a tant dansé qu'il a\négaré la moitié de son troupeau, ce qui a fort contristé la danseuse. Je\ncrains que de telles révélations ne laissent froid le lecteur parisien\nde 1873. Cette églogue plus que naïve n'en a pas moins inspiré une mé-\nlodie vivace et curieuse.\nL'exécution de ces rondes villageoises de la Russie ne laisse pas d'être\nassez pittoresque, parfois même un peu scénique. Le chœur, formé en"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "102", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.6", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ncercle, chante tout ce qui est narration ou réflexions (comme le chœur\ndu drame et de la comédie antiques). Au milieu du cercle sont deux ou\nplusieurs paysans de l'un et l'autre sexe, chargés de représenter les per-\nsonnages qui figurent dans le texte, couple amoureux, mari et femme,\nmère et fille, méchante belle-mère, etc., etc.; chacun et chacune chante\nen dansant ou mimant la bribe de dialogue qui lui est attribuée. Quel-\nquefois le chœur ne s'interrompt pas. Dans d'autres rondes, il y a\ncomme un coryphée récitant, et le chœur ne fait que répéter, ou bien\najouter une exclamation, une courte réflexion à chaque strophe. On\ncomprend qu'il n'existe pas de code rigoureux pour tout cela. Mais pour\npeu qu'il y ait une action indiquée ou du dialogue, l'exécution de la\nronde devient semi-scénique,\nLa chanson : Vni% po matouchkié po Volghié est très-connue. Tout\nrécemment elle était citée dans la Revue des Deux-Mondes par M. Louis\nLéger. Tous les touristes qui ont voyagé sur le Volga l'ont entendue,\nplutôt vingt fois qu'une, car c'est une des chansons favorites des hâleurs\n(-bourlakes), qui tirent les bateaux le long de ce fleuve. On ferait un re-\ncueil spécial de ces cc Bourlatskaïas ; » il y en a plusieurs dans le livre\nde M. Balakhireff. —A défaut des virtuoses naïfs qui les chantent d'ori-\nginal sur les berges du grand fleuve, j'ai eu la bonne fortune de les en-\ntendre dire, à Saint-Pétersbourg, par un jeune étudiant qui imitait\ntrès curieusement les accents, les rhythmes, les moindres particularités\ndu chant des bourlakes.\nLe texte du Vniçpo matouchkié po Volghié est tout descriptif : « Là-\nbas, le long du vieux Volga » (mot à mot « de la maman Volga », car le\nnom de ce fleuve est féminin en russe), « en suivant la large vallée, se\njouait une tempête, tempête dans l'air et sur l'eau. On ne voit rien\nsur les vagues, rien qu'un petit bateau, un bateau noir sur les flots\nblancs. Noirs sont les chapeaux des rameurs, rouges leurs ceintures. Au\ngouvernail est assis le patron, en caftan couleur canelle, en camisole\ncouleur grisette, avec un foulard de soie rouge et un bonnet de velours\nnoir. » On le voit, c'est moins de la poésie qu'un jeu de couleurs.\nPourquoi ai-je mis cette chanson en parties chorales? Il faudrait plu-\ntôt me demander pourquoi je n'ai pas adopté cette forme pour toutes les\nautres, car ce serait d'autant se rapprocher de la réalité. Il y a ceci de\ntrès remarquable, en effet, que les paysans de la Russie, comme ceux de\nla Scandinavie, sont naturellement portés à chanter en parties. Dès\nqu'ils sont plusieurs, c'est ainsi qu'ils s'y prennent, et c'est surtout\nquand ils sont plusieurs qu'ils aiment à chanter. Je crois qu'il est aussi\nrare de rencontrer des paysans russes chantant à l'unisson, que d'en-"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.7", "texte": "SOLOVEÏ\n(LE ROSSIGNOL)\nLarghetto\nMusique d'ALABIEFF.\n(19)"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.8", "texte": "CHANSON RUSSE\n(20)"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.9", "texte": "KRASNY SARAFANE\nLA ROBE DE NOCE\nMusique de VARLAMOFF.\n(21.)"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.10", "texte": "VSPOMNI MOÏA LIOUBEZNAÏA....\n(22)"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "103", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.11", "texte": "CHANSONS POPULAIRES DE RUSSIE\n\ntendre un chœur de gondoliers vénitiens ou de paysans napolitains.\nC'est, paraît-il, un instinct des races du Nord; les liedertafel d'Alle-\nmagne et les glee d'Angleterre n'ont pas d'autre raison d'être ; mais on\npeut dire que ce même sentiment semble plus impérieux chez les Slaves\net les Scandinaves. Tout le monde, à Paris, a pu entendre, au temps\nde l'Exposition universelle de 1867, quatre sœurs suédoises qui chan-\ntaient des ballades et des rondes à quatre parties : voilà l'un des types\nd'harmonisation des chansons populaires du Nord.\nL'arrangement choral que nous proposons ici n'a rien d'authentique,\npas plus que les accompagnements proposés pour les autres airs. Aux\nrusses qui trouveraient que nous en prenons à notre aise, nous répon-\ndrions que leurs musiciens et collecteurs de chansons ne procèdent pas\nautrement : nous avons là sous la main un arrangement choral de cette\nmême chanson ou « Bourlatskaïa » par un compositeur russe, lequel,\npour varier plus librement ce thème, en dérange plusieurs fois la mélo-\ndie. Nous en respectons strictement chaque note, au contraire; n'est-ce\npas la première loi à garder en ces matières?\nLe motif populaire est ce qu'il est, il s'impose, et les accompagne-\nments qu'on y ajoute, pour le faire plus aisément agréer aux dilettantes,\ndoivent s'en inspirer sans y rien changer. Ce travail délicat n'a pas plus\nà se préoccuper d'être facile que d'être difficile, il lui faut être sincère,\nc'est-à-dire tâcher de développer et mettre bien en dehors l'esprit et le\nsentiment de la cantilène populaire. Sur ce point la lutte est ouverte et\nl'émulation libre.\nMais de la part des musiciens russes qui glanent les chansons et qui les\nmettent en œuvre, non sans un grand talent quelquefois, une chose\nm'étonne : puisque les harmonies, les dessins secondaires et terciaires\nsont offerts par la muse rurale, pourquoi ne pas les prendre en même\ntemps que la mélodie dominante? Les reproduire tels quels serait\nfort curieux; et alors même que le travail musical voudrait garder quel-\nque liberté, ne serait-il pas très intéressant pour lui de s'inspirer de cette\npremière mise en œuvre du génie populaire ?\nC'est une question que je compte poser lors de mon prochain séjour\nà Saint-Pétersbourg, tout en cherchant par moi-même à me procurer\nde ces chansons chorales bien authentiques.\n\nGUSTAVE BERTRAND"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "104", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.12", "texte": "DES CONDITIONS ÉCONOMIQUES\nDE LA MUSIQUE ET DU THÉATRE\nEN FRANCE\n\n(Suite.) (i)\nIV.\nES subventions théâtrales, avons-nous dit, créent l'iné-\ngalité dans la condition des théâtres et suppriment la\nconcurrence. Elles ont pour effet direct de favoriser un\nétablissement aux dépens de plusieurs autres qui exis-\ntent ou qui pourraient surgir sous le régime de la loi\ncommune.\nL'origine des subventions remonte naturellement à l'ancienne monar-\nchie, alors que le roi était tout et absorbait tout. L'Opéra et la Comé-\ndie Française n'existaient que par et pour le monarque. Il était donc\ntout simple que le trésor royal se chargeât de parfaire la dépense, d'autant\nplus que ces spectacles, l'Opéra surtout, étaient montés sur un pied que\nle concours du public ordinaire ne pouvait soutenir. Le gouvernement\nrépublicain, qui succéda à la monarchie en 1792, tout en proclamant en\npiincipe la liberté absolue des théâtres et des concerts, maintint l'abus\nde 1 intervention de l'État ou de la Commune dans la gestion de la pre-\nmière scène lyrique dont il fit, ou crut faire, un moyen de propagande\n\n(r) Voir le numéro du jer octobre."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "105", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.13", "texte": "DE LA MUSIQUE ET DU THÉÂTRE EN FRANCE\n\ndes idées et des sentiments patriotiques. L'Empire et la Restauration n'eu-\nrent garde de laisser sortir des mains du gouvernement cet instrument\nde réclame qui paraissait alors indispensable à la gloriole du trône im-\npérial ou royal. Lorsqu'enfin la Révolution de iB3o ramena le pouvoir à\ndes idées plus démocratiques, dégagées de la tyrannie révolutionnaire,\nl'abus fut conservé quoiqu'à un autre point de vue : on invoqua « l'in-\ntérêt de l'art, l'amour de l'art, la dignité de l'art, la protection du com-\nmerce et de l'industrie,)) mots sonores et décevants qui ont toujours servi\nde prétextes aux restrictions, aux entraves, aux vexations de toutes sortes\ndont l'art, les artistes et le commerce lui-même ont toujours eu à souf-\nfrir.\nEn fait d'art, l'Etat n'a qu'une seule et unique mission à remplir:\nla conservation des monuments pour les transmettre aux générations à\nvenir. Quant à l'exercice même d'un art quelconque et à ses progrès, ils\néchappent absolument à sa compétence ; le public seul est juge de ce qui\nlui plaît ou lui convient; un art, ou plutôt une forme de Part délaissée\npar le public, n'a plus de raison d'être, et doit céder la place à la nouvelle\nforme réclamée par les progrès de l'esprit humain.\nLes subventions ne sont fournies par l'État qu'à certaines conditions,\nla première desquelles est la conservation de la forme existante, de ce\nque l'on appelle les traditions de l'art. Voyez, à cet égard, les cahiers des\ncharges des théâtres subventionnés. Le directeur est tenu de continuer\nle même genre de spectacle que son prédécesseur sans pouvoir s'en\nécarter sous peine de révocation. Il doit fournir tant d'actes par an, avoir\ntant de sujets chantants, tant de musiciens d'orchestre et suivre les tra-\nditions, c'est-à-dire s'enfermer dans les mêmes formes, voire dans les\nmêmes formules considérées, de temps immémorial, comme la plus par-\nfaite expression de l'art,\nC'est aux auteurs et aux artistes à trouver le moyen d'introduire la\nvariété dans l'uniformité, et si le public n'est pas content, le directeur\nn'a pas à s'en inquiéter outre mesure ; il a sa subvention pour rempla-\ncer l'apport des spectateurs et, d'ailleurs, il lui est défendu de faire au-\ntrement.\nOn objectera que le public est libre de s'adresser ailleurs ; sans doute,\nil peut quitter l'Opéra, l'Opéra Comique, les Italiens, pour se rejeter sur\nl'opérette et le vaudeville ; mais quant aux théâtres de luxe offrant des\nartistes d'élite, des masses chorales et un grand orchestre, il en cherche-\nrait vainement en dehors des théâtres subventionnés.\nCe qui ne veut pas dire, comme on le pense généralement, que sans les\nsubventions ces théâtres n'existeraient pas. Bien au contraire : la partie"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "106", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.14", "texte": "LA. CHRONIQUE MUSICALE\n\nétant égale, la spéculation se chargerait de contenter les amateurs à tous\nles degrés de l'échelle sociale, et la concurrence s'établirait, comme en\ntoute autre industrie, au grand avantage de l'art, des artistes et du public.\nMais, dans les conditions actuelles, qui oserait lutter contre la concur-\nrence des théâtres privilégiés? Concurrence désastreuse, non par le nombre\ndes spectateurs qu'elle peut enlever aux nouveaux venus (Paris peut four-\nnir des foules à dix théâtres d'opéra), mais par l'effet produit, c'est-à-dire\npar l'écart entre les prix de revient des représentations et la somme de-\nmandée aux spectateurs, écart que l'Etat se charge de combler chez l'un\net non chez l'autre. Supposons que l'État donne une subvention à un\nchapelier pour fournir à un prix ordinaire des chapeaux garnis d'un ru-\nban d'or, il est certain que la marchandise des autres chapeliers perdra\nà la comparaison. Quel sera l'insensé qui osera soutenir la concurrence\nsans pouvoir compter sur les mêmes avantages de la part de l'État?\nUn autre inconvénient résulte de l'abus que nous signalons. Du mo-\nment que les subventions existent, ne pas en avoir est un motif de dis-\ncrédit. C'est ainsi que le refus de cette faveur empêcha le dernier directeur\nde l'Opéra-Italien, M. Verger, de constituer son fonds de roulement et\nde préparer des éléments de recettes. « Montrez-moi la décision ministé-\nrielle vous accordant la subvention, lui disait un riche banquier, et je\nme charge de placer vos actions et de vous fournir les fonds nécessaires. »\nEt c'est là l'histoire de bien d'autres entreprises théâtrales échouées\navant de toucher au port; c'est là aussi la cause de la fermeture si pro-\nlongée de la salle Ventadour, la plus élégante de Paris, et de l'avorte-\nment de toutes les combinaisons tentées depuis trois ans pour recons-\ntituer l'Opéra-Italien (i).\nLes subventions théâtrales ont encore le désavantage d'offrir aux\nartistes et aux fournisseurs un semblant de garantie pour leurs créances\néventuelles, tandis qu'en fait, cette garantie est à peu près illusoire.\nMalgré les mesures de précaution que l'autorité croit devoir prendre, il\nse trouve toujours, en cas de faillite, que le montant de la subvention a\nété touché et absorbé, et qu'en tout cas il n'offrirait qu'une ressource\ninsignifiante devant l'énormité du passif.\nOn pourrait en dire autant du cautionnement exigé par l'autorité et\ndont nous nous occuperons un peu plus loin.\n\n(i) Nous avons à peine besoin de faire observer que cet article était écrit avant que\nM. Strakosch obtînt le privilège du Théâtre-Italien. Reste à savoir si le nouveau di-\nrecteur, malgré la subvention et nonobstant la faveur publique, ne reculera pas lui-\nmôme, comme tous ses devanciers, devant l'énormité de l'impôt spécial et exception-\nnel dont on grève son entreprise."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.15", "texte": "PO OULITZÉ MOSTOVOÏ (dans la rue pavée...)\n(CHANSON A DANSER)\n(23)"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.16", "texte": "«NÉ BOUDITÉ MÉNIA...»\nCHANSON A DANSER\nAllegretto.\n(24)"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.17", "texte": "BIDOU SOBI KOPYILA...\nCHANSON COSAQUE.\n(24)"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.18", "texte": "VNIZ PO MATOUCHKIÉ PO VOLGHIÉ...\nCHANSON DE HALEURS DU VOLGA\nP. Bertrand grav:\n(25)\nImp: AROUY rue du Delta 26."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "107", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.19", "texte": "DE LA MUSIQUE ET DU THÉÂTRE EN FRANCE\n\nNotons, en finissant ce chapitre et sans épuiser la matière, que nous\nn envisageons pas ici la question des subventions au point de vue du\ndroit public et constitutionnel. Il y aurait long à dire à ce sujet et\nnous craindrions d être entraîné dans des digressions que ne comporte\npas la nature de cette Chronique. Rappelons seulement qu'en France,\n1 égalité devant la loi et par conséquent devant les charges et les avan-\ntages dont l'Etat est le dispensateur, est la base et le principe domi-\nnant de toute constitution, de toute loi.\nOr, de quel droit fait-on payer aux contribuables le plaisir de quel-\nques-uns d'entre eux ? De quel droit met-on à la charge du budget, c'est-\nà-dire de la collectivité forcée, une institution de luxe qui peut parfaite-\nment être défrayée par la collectivité libre, par l'association volontaire\ndes intéressés ?\nC est là du pur communisme ; une flagrante application de ces tunestes\ndoctrines dites socialistes que les gouvernements combattent avec raison\nen théorie sans oser y renoncer dans la pratique. Et ce n'est pas là, mal-\nheureusement, le seul exemple de l'empire qu'exercent encore sur les\nhommes d'Etat les préjugés les plus vulgaires et les plus dangereux.\nV\nPour qu une industrie prospère et se développe, la condition première,\nsine qua non, est le respect absolu de la propriété, et par propriété nous\nentendons, comme tous les légistes modernes, le droit d'user et de mé-\nsuser de la chose possédée. La propriété ne consiste donc pas seulement\ndans la possession d'objets matériels, mais aussi dans l'usage qu'on en\nfait, ou, en d'autres termes, dans l'exercice d'un art ou d'une industrie.\nA quoi servent des machines, s'il nous est interdit de les faire fonction-\nner? Que nous importe d'être reconnu propriétaire d'un théâtre, si son\nexploitation est tantôt suspendue, tantôt soumise à des formalités\nonéreuses? Sans la liberté d'exploitation, un immeuble est une non-va-\nleur.\nNous ne voulons pas nous livrer ici à une revue rétrospective, et rap-\npeler ce qui se passait au temps des privilèges, qui limitaient le nombre\ndes théâtres et fixaient les genres que l'on pouvait y exploiter. La loi\nde 1864 a fait justice de ces barbarismes. Mais de nos jours encore, et\nmalgré cette loi si libérale, on a trop l'habitude de considérer le théâtre\ncomme une institution publique plutôt que comme une industrie parti-\nculière. Le bon plaisir administratif a encore un large champ pour\ns'exercer. Parfois c'est la fermeture de l'établissement qui est ordonnée"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "108", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.20", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\npar voie administrative, le plus souvent ce sont des formalités inutiles\nqui gênent l'exploitation et se résolvent en surcroît de dépenses et di-\nminution de recettes.\nLe théâtre, dit-on, est un lieu d'amusement; or, s'il se présente des\ncirconstances qui invitent au recueillement ou qui imposent d'autres\npréoccupations, il est juste, il est convenable de faire cesser toute mani-\nfestation de joie. La proposition serait plausible s'il s'agissait de spec-\ntacles donnés sur la voie publique; mais ni le peuple ni l'autorité-n'ont\nle droit de se mêler de ce qui se passe dans un local clos et couvert, qui\nest le plus souvent une propriété particulière? Cependant les exemples\nde fermeture par ordre ne sont pas rares. Dans les temps de révolutions,\nc'est la multitude qui impose sa manière de voir et force des directeurs à\nfermer ou à ouvrir les portes de leurs théâtres; ordinairement l'ordre\nvient de l'autorité constituée, qui se croit l'interprète d'un sentiment\ngénéral. C'est ce qui est arrivé à Paris pendant le siège, et à Versailles\npendant l'insurrection communaliste de Paris. Sans doute, en pareils\nmoments, les esprits n'étaient pas portés à la réjouissance. Mais les\nthéâtres et les concerts ne constituent pas toujours un amusement pro-\nprement dit; ils peuvent être considérés, à un point de vue philoso-\nphique, comme des écoles, ou même, si l'on veut, comme des passe-\ntemps d'un genre élevé, où l'esprit, fatigué ou abattu par les préoccupa-\ntions delà journée, se retrempe et se fortifie. Considérés même comme\nsimple distraction, ils ont encore leur raison d'être, car nos forces mo-\nrales et intellectuelles exigent* autant que nos organes physiques, un\ntemps de repos et de récréation salutaire. Chacun de nous est seul juge\nde ce qui lui convient sous ce rapport. Chacun de nous a sa manière de\nsentir, et personne ne doit être astreint à se conformer aux sensations\ndes autres. L'autorité n'a pas le droit de violenter la liberté individuelle\nlorsqu'elle s'exerce sans trouble et ne s'impose à personne.\nParfois aussi la fermeture est ordonnée à la suite de désordres produits\nà l'intérieur même des salles de spectacle ou de concert. Mais dans ce cas\nencore le devoir de l'autorité publique est tout tracé : faire respecter le\ndroit du directeur et des spectateurs paisibles en expulsant les auteurs\ndu désordre. S'il arrive, enfin, que le directeur, manquant aux engage-\nments pris envers le public, provoque lui-même des manifestations hos-\ntiles, les règlements de police qui ont prévu le cas peuvent recevoir leur\napplication, sans porter atteinte au droit du directeur de continuer\nson exploitation dès qu'il rentre dans les conditions- librement consen-\nties entre lui et le public.\nOn nous dira que les cas de fermeture obligatoire sont rares de nos"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "109", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.21", "texte": "DE LA MUSIQUE ET DU THÉÂTRE EN FRANGE\n\njours et ne se présentent que dans des circonstances exceptionnelles.\nMais il suffit que la chose soit légalement possible pour frapper l'indus-\ntrie théâtrale de discrédit, Les capitaux sont craintifs de leur nature, et\nils évitent les entreprises aléatoires, c'est-à-dire celles où, en dehors des\nprévisions de la spéculation, une volonté étrangère et suprême peut in-\ntervenir et frapper d'interdit la chose exploitée.\nLes formalités imposées aux théâtres et aux concerts sortent aussi du\ndroit commun et ne sont pas toujours justifiées par les nécessités d'une\nbonne police. Quelle est, par exemple, cette étrange prétention de l'au-\ntorité administrative, d'exiger des directeurs de théâtre un cautionne-\nment en argent ou en valeurs équivalentes? C'est, dit-on, pour la pro-\ntection des artistes et des nombreux intérêts engagés dans l'affaire.\nMais exige-t-on un semblable cautionnement des autres chefs d'indus-\ntrie, de ceux, notamment, qui emploient un bien plus grand nombre de\nsalariés et engagent des capitaux beaucoup plus considérables?\nOn peut appliquer aux cautionnements ce que nous avons dit des\nsubventions ; c'est un leurre qui abuse plus de personnes qu'il n'en pro-\ntège; il ne peut être fixé qu'à une somme de beaucoup inférieure aux\nengagements probables d'un directeur, sous peine de devenir une charge\nimpossible; une entrave insurmontable; mais quelque limitée que soit la\nsomme, le dépôt d'un cautionnement n'en constitue pas moins une\ngrave difficulté et une condition très onéreuse pour un directeur qui, au\ndébut de son entreprise, a déjà tant de dépenses à solder avant de réaliser\nla moindre recette.\nNous ne parlons pas, bien entendu, des charges inhérentes à la nature\nde l'industrie théâtrale; il est juste, par exemple, que le directeur paie la\ngarde que nécessite la police de son établissement et défraie les précau-\ntions à prendre contre l'incendie, bien que cette dernière condition ne\nsoit pas imposée à d'autres établissements tout aussi exposés au feu que\nles salles de spectacle.\nMais il est un autre ordre d'idées dans lequel nous trouverons encore\ndes charges effectives qui ne nous semblent pas aussi justifiées au point\nde vue du droit administratif : nous voulons parler de la censure.\nCette grave question a été fortement controversée dans la presse à dif-\nférentes époques, et a formé le principal thème de l'enquête de 1849,\ndont nous avons déjà eu à nous occuper. Remarquons en passant que\ndevant la commission du conseil d'État, la nécessité de la censure a été\nsoutenue par les mêmes personnes qui se prononçaient contre la liberté\nd'exploitation des théâtres. La majorité l'a admise en principe par des\nconsidérations tirées de la nature diverse du théâtre et du livre. Il paraît"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "110", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.22", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nen effet tout simple de ne pas souffrir devant une assemblée qu'aucune\natteinte soit portée aux personnages vivants, aux croyances admises, au\ngouvernement établi, encore moins à la décence publique. Mais ce genre\nde censure, en supposant qu'on ne puisse, comme pour les livres et les jour-\nnaux, s'en rapporter aux auteurs et à l'éditeur responsable, peut s'exer-\ncer au préalable sur le manuscrit déposé longtemps avant la mise à\nl'étude, et lorsque les ressources du directeur ne sont pas encore enga-\ngées. Or, dans l'état de choses actuel, il n'en est pas ainsi; le directeur\nqui a remporté le visa de la censure n'est pas à l'abri d'une interdiction\nultérieure, et il est plus d'un exemple de pièces autorisées d'abord, puis\narrêtées au dernier moment, voire même après la représentation lorsque\nun temps et des sommes considérables ont été absorbés par leur mise en\nscène. Ajoutons qu'une pièce, autorisée dans une ville, ne Test pas dans\nune autre. Les formalités parfois assez longues pour obtenir l'autorisa-\ntion nécessaire, sont toujours à recommencer. Il nous semble que con-\nformément à l'axiome de droit: «Tout ce qui n'est pas défendu est\npermis, » le directeur ne devrait avoir à se préoccuper que de savoir :\nsi une pièce, drame, comédie, opéra ou simple chanson, a été l'objet\nd'un veto à son apparition. La loi étant une pour toute la France, l'ab-\nsence de toute interdiction devrait suffire pour rassurer les intérêts du\ndirecteur, sauf, bien entendu, les droits des auteurs ou de leurs ces-\nsionnaires, droits inviolables, sans doute, et qui forment déjà une\ncharge suffisante sans l'augmenter encore par des formalités superflues.\n(La fin prochainement.)\n\nJ. DE FILIPPI."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "111", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.23", "texte": "HISTOIRE\nDU\nTHÉATRE DE MADAME DE POMPADOUR\nDIT\nTHÉATRE DES PETITS CABINETS\n\nTroisième article (1).\nCHAPITRE III.\n(Suite. )\nE samedi 3o décembre, la troupe des petits cabinets\nreprésenta V Enfant Prodigue de Voltaire, et une petite\ncomédie de Cahusac, Zénéide (2).\nActeurs dans l'Enfant Prodigue :\nEuphémon père Le duc de la Vallier e.\nEuphémon fils Le duc de Nivernois.\nFierenfat Le marquis de Croissy*\nRondon Le duc de Chartres.\nLise . La marquise de Pompadour.\nMarthe La comtesse de Livry.\nLa baronne de Croupignac La duchesse de Brancas*\nJasmin Le marquis de Gontaut.\nUn Laquais Le marquis de Clermoni-d'Amboise.\n\n(1) Voir les numéros des ior septembre et ier octobre.\n(2) L'Enfant prodigue avait été joué à la Comédie-Française le 10 octobre iy36?\net Zênéide le 13 mai 1743."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "112", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.24", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nDans Zénéide :\nLa Fée La duchesse de Brancas.\nZénéide La marquise de Pompadour.\nGnidie La comtesse de Livry.\nOlinde Le duc de Nivernois.\nDANSE : MM. de Courtenvaux, de Langer on, et le corps de ballet.\nLe duc de Chartres, dans le rôle de Rondon, M. de Gontaut dans ce-\nlui de Jasmin, M. de Nivernois dans les deux pièces et la charmante\nmarquise-Zénéide furent les plus remarqués de la soirée. « Entre les\ndeux pièces, ajoute de Luynes M. le marquis de la Salle, fils du\nmaître de la garde-robe et qui a une charge dans les gendarmes, chanta\nun air du prologue des Éléments. I] a une basse-taille très belle. Il jouait\nl'année passée chez madame de la Mark, où il avoit fort bien réussi; hier\nc'étoit son début sur le théâtre des cabinets. »\nC'était madame de Pompadour qui avait proposé et fait agréer la comé-\ndie de Voltaire ; elle avait gardé un agréable souvenir des auteurs dont\nla célébrité répandait le plus d'éclat dans la société de M. de Tournehem, et\nn'était pas moins empressée que son oncle à leur prouver sa reconnais-\nsance, mais c'était chose assez difficile à l'égard de Voltaire qui avait\ncontre lui toute la famille royale. La marquise tenta de faire cesser sa dis-\ngrâce et proposa de jouer l'Enfant prodigue. L'auteur n'apprit le succès\nde sa pièce que quelques jours après la représentation. En effet, les ac-\nteurs n'appelaient pas aux répétitions les auteurs dont les ouvrages\navaient déjà paru sur des théâtres publics, mais la marquise trouva\njuste d'accorder leurs entrées dans le théâtre aux auteurs des pièces\nreprésentées (1). Le roi donna son consentement à cette proposition, et\nl'on se pressa de l'annoncer à Voltaire qui remercia la marquise de cette\nfaveur en lui adressant de fort jolis vers dans lesquels il la mettait sans\nfaçon sur le même rang que son auguste amant :\nAinsi donc vous réunisse%\nTous les arts, tous les dons de plaire ;\nPompadour ! vous embellisse%\nLa Cour, le Parnasse et Cythère.\nCharme de tous les yeux, trésor d'un seul mortel!\n\n(i) Laujon dit encore que Voltaire vint assister à la seconde représentation de son\nEnfant prodigue. Il se trompe, car il résulte du répertoire même du théâtre de ma-\ndame de Pompadour, que cette comédie n'y fut donnée qu'une fois. En revanche\nVoltaire assista à la représentation d'Alfire qui y fut jouée le 28 février 1750,"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.25", "texte": "IXION\nMERCURE\nLes Éléments. Acte de l'Air. Costumes originaux (1725)."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "113", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.26", "texte": "THEATRE DE MADAME DE POMPADOUR\n11.\n8\n\nQue votre amour soit éternel!\nQue tous vos jours soient marqués par des fêtes !\nQue de nouveaux succès marquent ceux de Louis!\nVive% tous deux sans ennemis!\nEt garde% tous deux vos conquêtes !\nDe là grand scandale dans les sociétés de la reine et de Mesdames de\nFrance, où Ton s'éleva contre l'impertinence du poète. Le roi ne dissi-\nmula pas son mécontentement, et la marquise fut assez prudente pour\nsacrifier son imprudent panégyriste.\nIl était trop tard. Cet échec avait déjà réveillé la verve mordante des\nennemis de la marquise. Le malencontreux madrigal fit naître mille épi-\ngrammes et d'innombrables chansons, où les invectives grossières rem-\nplacent trop souvent le sel et l'esprit. Voici deux couplets qui s'attaquent\nplus particulièrement à l'actrice et à la femme.\nElle veut qu'on prône\nLa folle indécence\nDe son opéra,\nOù, par bienséance,\nTout ministre va.\nIl faut qu'on y vante\nSon chant fredonné',\nSa voix chevrotante,\nSon jeu forcené.\nLa contenance éventée,\nLa peau jaune et traitée,\nEt chaque dent tachetée,\nLes yeux fades, le col long ;\nSans esprit, sans caractère,\nL'âme vile et mercenaire,\nLe propos d'une commère,\nTout est bas che% la Poisson.\nCes couplets, improvisés dans un souper chez M. de Maurepas, coû-\ntèrent cher à leurs auteurs : M. de Maurepas y perdit son ministère et\nPont de Veyle une sinécure de vingt-cinq mille livres, sur laquelle le roi\neut encore la bonté de lui conserver une pension de mille écus. Voltaire\nnon plus ne fut pas épargné, et l'on riposta vivement à ses vers de cour-\ntisan."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "114", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.27", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nAprès l'éloge qu'a dicte\nLa folie ou la malice ;\nQiiel sort faut-il qiiil subisse,\nL'auteur tant de fois notté?\nLa Bastille par charité,\nEt Charenton par justice (i).\nDe Voltaire on revint à Molière, et Tartiife fut rejoué le mercredi\n10 janvier 1748.\nMme Femelle.. (Béjart) 4 La marquise de Sassenage.\nM. Orgon (Molière) Le marquis de Croi^sy.\nElmire . ...... (Mlle Molière) La duchesse de Brancas.\nTartufe (Du Croisy )........ Le duc de la Vallière.\nDamis (Hubert) Le comte de Maillebois.\nMarianne. .... (M[U de Brie) La comtesse de Pons.\nCléante (La Thorillière). ... Le marquis de Gontaut.\nValère (La Grange) Le duc de Duras.\nDorine (Madeleine Béjart). La marquise de Pompadour.\nM. Loyal (De Brie) Le marquis de Meuse.\nL'Exempt Le marquis de Voyer.\nLa comédie avait commencé à cinq heures trois quarts, on exécuta\nensuite l'opéra d'lsmène, où madame Trusson, qui avait une assez jolie\nvoix, se montra plus à son avantage que la première fois.\nLe samedi i 3, la troupe royale représenta les Dehors trompeurs ou\nVHomme du jour, comédie de Boissy, jouée à la Comédie-Française le\n18 février 1740, et un divertissement pastoral en un acte, Eglé. « L'au-\nteur des paroles se nomme Laujon, écrit Luynes, et celui qui a fait la\nmusique est un petit Lagarde, qui a tout au plus vingt ans. »\nActeurs dans la comédie :\nLa Comtesse La duchesse de Brancas<\nLucile La marquise de Pompadour.\nCéliante La comtesse de Pons.\nLe Marquis Le duc de Nivernois.\nLe Baron Le duc de Duras.\nM. de Forlis Le duc de Chartres.\nLisette La comtesse de Livry.\nChampagne Le marquis de Gontaut.\nUn Laquais Le marquis de Clermont-d*Amboise*\n\n(1) Bibliothèque nationale, manusc. Clairambault, 1748,"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "115", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.28", "texte": "THEATRE DE MADAME DE POMPADQUR\n\nActeurs dans la pastorale :\nkglé La marquise de Pompadour,\nLa Fortune. La duchesse de Brancas.\nApollon, sous la figure de M y sis... Le duc d'Ayen.\nUn suivant de la Fortune Le marquis de Courtenvaux.\nDANSE : MM. de Courtenvaux (un faune) et de Langeron (un berger) (I).\nM. de Duras, M. de Nivernois et le duc de Chartres, se firent remar-\nquer dans la comédie; la marquise fut, comme de juste, la reine de la fête,\ncharmante comédienne dans la pièce et chanteuse adorable dans la pas-\ntoiale. Elle déploya toute la naïveté dont elle était capable dans son joli\nrôle d'innocente déniaisée. Cependant, les auditeurs, le roi surtout,\ndevaient avoir quelque peine à réprimer un sourire à certains passages,\ntels que celui-ci : « Vous êtes ingénue? Oh ! beaucoup, » répond en\nrougissant la naïve Lucile.\nLe programme du lundi 5 février annonçait trois ouvrages : le Mé-\nchant, de Gresset, VOracle, petite comédie de Saint-Foix, et une pan-\ntomime, le Pédant, où Pon se distribuait force taloches et coups de pied.\nSi la troupe ne craignait pas d'aborder la haute comédie, ce n'était\nqu'après de longs soins et de fréquentes répétitions : c'est ainsi que la\ncomédie de Gresset exigea deux mois entiers d'étude., mais la marquise\navait promis au poète de jouer sa pièce sur le théâtre des petits cabinets,\net elle voulait tenir parole. Gresset l'en remercia en ces termes :\nOn ne trace que sur le sable\nLa parole vague et peu stable\nDe tous les seigneurs de la cour ;\nMais sur le bronze inaltérable\nLes muses ont tracé le nom de Pompadour,\nEt sa parole invariable.\nCette comédie était, comme on sait, composée tout entière de carac-\ntères peints d'après nature. Voici ce qu'écrivait à ce propos le marquis\nd'Argenson en décembre 1747, au moment où Ton commença de répéter\ncet ouvrage à la cour :\nOn apprend les rôles de la comédie du Méchant, par le sieur\nplus je revois cette pièce à notre théâtre, plus j'y trouve des études faites\n\n(1) Églé fut représenté à l'Opéra le 18 février 1751, avec Titon et VAurore. Chassé\njouait Apollon; mademoiselle Fel, Églé; et mademoiselle Jacquet, la Fortune. Dupré\nreprésentait le suivant de la Fortune."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "116", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.29", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nd'après nature. Cléon ou le Méchant est composé du caractère de trois per-\nsonnages que j'y ai bien reconnus : M. de Maurepas pour les tirades et les\njugements précipités tant des hommes que des ouvrages d'esprit, le duc\nd'Ayen pour la médisance et le dedans de tous, et mon frère pour le fond de\nl'âme, les plaisirs et les allures. Géronte et Valère couvrent des noms trop\nrespectables pour les articuler ici; ce sont des âmes bonnes et simples que\nséduit la méchante compagnie qui les entoure. Ariste est partout, ou doit\nêtre dans les honnêtes gens qui raisonnent bien; Florise dans quantité de\nfemmes trompées, Pasquin est le président Hénault, bonne caillette, quoique\navec l'esprit des belles-lettres, etc. Ainsi l'on doit dire : Mutato nomine de te\nfabula narratur.\nIndépendamment des allusions si faciles à saisir, c'était une entreprise\nun peu téméraire pour des amateurs que de s'essayer dans un ouvrage\nsupérieurement interprété par les comédiens français ; et cependant,\nmalgré le récent succès de cette pièce, jouée à la Comédie le i 5 avril 1747,\nmalgré des comparaisons si dangereuses, la troupe des petits cabinets\nremporta une belle victoire. « On a joué, dans les cabinets, la comédie\ndu Méchant avec grand applaudissement, mais, je crois, avec peu de\nfruit, écrit d'Argenson. Je crains que les peintures spirituelles des\nvices du temps n'aient plus réjoui que converti à la vertu. »\nCléon Le duc-de Duras.\nGéronte Le duc de Chartres.\nAriste Le comte de Maillebois.\nValère Le duc de Nivernois.\nFrontin Le marquis de Gontaut.\nUn Laquais Le marquis de Clermont-d'Amboise.\nFlorise La duchesse de Brancas.\nChloé La comtesse de Pons,\nLisette La marquise de Pompadour.\n« %M. le duc de Nivernois excella dans le rôle de Valère, dit Làujon.\nDans sa première scène (qui avait pour objet d'annoncer l'adresse habi-\ntuelle du Méchant, toujours occupé de séduire), le ton ingénu que\nM. de Nivernois prêtait à Valère, sa promptitude à céder sans réflexion\nà l'homme dont l'esprit lui paraissait bien supérieur au sien, l'orgueil\nde se rapprocher de lui, présenté avec une franchise faite pour rendre\nValère intéressant, en offrant en lui plus de faiblesse que de penchant\npour le vice ; voici qui avait échappé à Facteur qui, le premier, jouait ce\nrôle sur le Théâtre-Français. » Tel fut l'effet de cette représentation,\najoute Laujon, que madame de Pompadour obtint du roi de faire venir"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "117", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.30", "texte": "THÉÂTRE DE MADAME DE POMPADOUR\n\nà la seconde Roseli, qui fut surpris de voir le parti que tirait de ce rôle\nM. de Nivernois : il en profita et se modela si bien sur lui, qu'à Paris\nFouvrage dut à cet heureux changement une recrudescence de succès. « Je\nme trouvais à cette seconde représentation, et j'étais à côté de Roseli.\nLe monologue de Valère y fît verser des larmes, et je fus témoin et de\nla joie de Gresset et de voir son idée si bien rendue, et de la surprise que\ncausait à Roseli le caractère noble et attendrissant que M. de Nivernois\ndonnait à ce rôle. » Il y a tout lieu de croire que Laujon s'abuse, car la\nseconde représentation du Méchant n'eut lieu que deux ans plus tard,\nen avril 1750, et M. de Monaco remplaçait M. de Nivernois dans Va-\nlère.\nAprès le Méchant, qui dura deux heures entières, 011 joua V Oracle,\nreprésenté à la Comédie-Française le 22 mars 174°-\nLucinde La marquise de Pompadour.\nLa Fée La duchesse de Brancas.\nAlcindor ou Charmant.... Le duc de Nivernais.\nLa soirée fut terminée par une pantomime fort le Pédant, de\nDehesse. C'était l'histoire d'un maître d'école livré aux plaisanteries de\nses élèves, qui se vengent, en lui jouant les tours les plus pendables, de\nses leçons et de ses coups de férule.\nLe Pédant Le marquis de Conrtenvaux.\nPierrot, son valet... Le sieur Dupré.\nUne Nourrice La demoiselle Durand.\nÉcolières Les illes Chevrier, Asiraudi\\ Dorfeuil, Puvigné, Camille.\nÉcoliers et Paysans. Les sieurs Baletti, Piffet, Barois, Beat et La Rivière.\nPour que la demoiselle Durand tînt son rôle de nourrice avec tous les\navantages extérieurs qu'il comportait, on avait eu recours à l'art, afin\nde remédier à la nature. Aussi trouve-t-on au chapitre de sa garde-robe,\n«un corset garny d'une fausse gorge, ledit corset couvert d'une étoffe\nde laine brune et garny de canetille de soie blanche. » On aurait pu\nlui appliquer à rebours le célèbre quatrain adressé à madame Favart\nsur VArtzt la Nature.\nDeux reprises seulement le jeudi i 5 février : le Mariage fait et\nrompu, et la pastorale d'Eglé; mais là était l'attrait de la soirée\nmadame de qui n'avait pas joué à l'origine dans la comé-\ndie de Dufresny, prit cette fois le rôle de l'hôtesse.\nMadame de Pompadour dit le duc de Luynes est la seule femme"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "118", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.31", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nqui joue fort bien. M. de Maillebois joua très bien hier; M. de Nivernois et\nM. de Duras sont toujours supérieurs dans ce'genre. La comédie avoit com-\nmencé à six heures, et dura un peu moins d'une heure et demie. Il y eut un\nintervalle assez long entre cette pièce et le petit acte d'opéra; ce temps fut\nrempli par la musique. On commença à huit heures l'acte d'opéra, il s'appelle\nEglé. M. d'Ayen ne pouvant pas jouer le rôle de Misis, à cause de la mort de\nsa tante, madame la maréchale de Gramont, M. de La Salle le remplaça. Il a\nune assez belle basse-taille et est acteur. Madame de Pompadour, qui fait Eglé,\nchanta et joua supérieurement. Madame de Brancas, douairière, jouait le rôle\nde la Fortune. M. de Courtenvaux ne put pas danser, aussi à cause de la\nmort de madame la maréchale de Gramont, dont il avoit épousé la petite- fille.\nCe fut une des filles du maître à danser qui dansa à sa place. Les danses sont\nfort jolies. Tout fut fini avant huit heures trois quarts. M. d'Ayen n'étoit que\nspectateur. M. le président Hénault et M. le président Ogier ont permission\nd'assister à ces spectacles; on leur a donné des places dans l'orchestre. L'u-\nsage est que l'espace pour l'orchestre, quoique assez grand, étant fort rempli\nde tabourets très bas, pour qu'ils n'empêchent point les spectateurs de voir,\nsur chaque tabouret est une carte avec le nom de celui qui doit s'y asseoir.\nOn a mis le nom de M. le président Hénault sur son tabouret. Celui de M. le\nprésident Ogier n'a point de carte. On distribua hier avant l'opéra les exem-\nplaires imprimés dudit opéra... Les spectateurs ordinaires sont : première-\nment, les acteurs et actrices lorsqu'ils ne jouent point ; M. le duc de Chartres ;\nM. le maréchal de Saxe; M. le maréchal de Duras; tous les secrétaires d'État ;\nquelquefois l'abbé de Bernis, de l'Académie. J'y ai vu aussi M. le maréchal\nde Noailles, mais non pas cette année. M. le maréchal de Coigny y vient\naussi; M. de Grimberghen y vient toujours lorsque sa santé lui permet. Le\nRoi n'y est pas dans un fauteuil, mais seulement sur une chaise à dos, et il\nparaît s'y amuser. Après le spectacle, il va donner l'ordre et tout de suite\nsouper dans ses cabinets.\nLe lundi gras, 26 février, nouvelle représentation des Dehors trom-\npeurs, de Boissy, avec quelques changements d'acteurs. Madame de\nMarchais joua le rôle de Céliante, où madame de Pons s'était montrée\npar trop faible, et le comte de Maillebois lut celui de Forlis à la place du\nduc de Chartres, empêché de jouer par une indisposition subite. Après\nla comédie vint la première représentation d'Almasis, divertissement en\nun acte, paroles de Moncrif et musique de Royer.\nAlmasis La marquise de Pompadour.\nL'Ordonnatrice des fêtes Mme Trusson.\nZamnis Le duc d'Ayen.\nUn Indien M. de la Salle.\nDANSE : M. de Langeron et les enfants du corps de ballet (Indiens\net Indiennes.)"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "119", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.32", "texte": "THÉÂTRE DP: MADAME DE POMPADOUR\n\nVoici le très léger canevas sur lequel Moncrif avait brodé son opéra-\nballet : Almasis, habitante des îles Fortunées, aime Zamnis; mais l'u-\nsage du pays veut qu'elle épouse, sans le connaître, celui que choisira\nla prêtresse de l'hymen. On la conduit en grande pompe à cet époux re-\ndouté, qui, par bonheur, se trouve être son cher Zamnis. Ce maigre ou-\nvrage plut tant au roi, qu'il le fît jouer jusqu'à trois fois.\n(( Cet acte fait partie d'un opéra qui n'a pas été représenté, écrit le duc\nde Luynes. M. Moncrif dit qu'il ne le sera jamais. » Moncrif se trom-\npait : son opéra fut joué deux ans plus tard, le 28 août 1750, à l'Aca\ndémie de musique, et n'eut aucun succès (1).\nLe lendemain, mardi gras, 27 février, la troupe donna Almasis, puis\nun nouvel opéra-ballet, les Amours de Ragonde, paroles de Néricault-\nDestouches, musique de Mouret, qu'on avait appris, mis en scène et ré-\npété en quarante-huit heures. C'était un ouvrage en trois actes (la Soi-\nrée de village les Lutins —la Noce et le Charivari), qui avait été\njoué à l'Opéra le 3o janvier 1742. Le roi devait d'abord aller passer a\nla Muette la dernière journée du carnaval, mais il renonça à son projet\npour assistera ce spectacle improvisé. Cela se comprend de reste : ma-\ndame de Pompadour abordait dans cette pièce les rôles qu'on appelle au\nthéâtre les travestis,\nRagonde, fermière très mûre, parvient, par les ruses les plus extrava-\ngantes, à épouser Colin, berger très vert, dont elle raffole. Telle est\nla donnée de cette pièce, vive d'allure, véritable farce de carnaval, sou-\ntenue par une musique pleine de gaîté et d'entrain, que termine un\nformidable charivari.\nLe marquis de Sourches avait quitté sa violç à l'orchestre pour endos-\nser le casaquin de la lermière. Voici la double distribution de l'ouvrage,\nà Paris et à la cour.\nRagonde, mère de Colette,\namante de Colin (Cuvellier) M. de Sourches (début).\nColette, fille de Ragonde,\namante de Lucas (Mlle Coupé) Mme de Marchais.\nLucas, amant de Colette. (Albert) M. de la Salle.\nColin, aimé de Ragonde,\namant de C01ette...... (Jélyotte). Mme de Pompadour.\nThibault, magister (Bérard) Le vicomte de Rohan.\nMathurine (MIXq Bourdonnois Vaînée) MME Trusson.\n\n(1) Distribution à l'Opéra : Almasis, mademoiselle Chevalier; l'Ordonnatrice des\nFêtes, mademoiselle Le Mierre; Zamnis, Chassé; un Indien, Le Page."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "120", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.33", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nA peine peut-on croire, après l'avoir vue, que cette pièce ait été aussi\nbien exécutée qu'elle le fut, écrit le duc de Luynes. Il n'en étoit pas question\nsamedi. Ce fut ce jour-là, en soupant, que madame de Pompadour imagina\nce divertissement pour le mardi; elle écrivit sur-le-champ à M. de la Vallière:\non lui envoya un courrier qui arriva à quatre heures du matin. Il a fallu pré-\nparer les habillements, apprendre les rôles, tant pour les acteurs que pour\nles danseurs, faire trois ou quatre répétitions. Tout a été fait et a aussi bien\nréussi que si Ton avait eu huit jours pour s'y préparer. M. de Sourches qui\nn'avoit jamais paru sur le théâtre, y joua à merveille; il a peu de voix, mais\nelle est juste et il est musicien. Madame de Pompadour étoit habillée en\nhomme, mais comme les dames le sont quand elles montent à cheval; c'étoit\nun habillement très décent.\nC'est à cette époque que parut le recueil des Comédies et ballets des\npetits appartements, qui nous sert de guide pour ce travail. Chaque\npièce portait en tête cette mention : Imprimé par exprès commande-\nment de Sa Majesté. Les ennemis de la marquise de s'indigner, surtout\nle marquis d'Argenson, qui écrit le ier mars 1748 : «On vient d'impri-\nmer un recueil fort ridicule des divertissements du théâtre des cabinets,\nou petits appartements de Sa Majesté-, ouvrages lyriques misérables et\nflatteurs; on y lit les acteurs dansants et chantants, des officiers gé-\nnéraux et des baladins, de grandes dames de la cour et des filles de\nthéâtre. En effet, le roi passe ses journées aujourd'hui à voir exercer la\nmarquise et les autres personnages par tous ces histrions de profession\nqui se familiarisent avec le monarque d'une façon sacrilège et impie. »\nfLa suite prochainement.)\n\nADOLPHE JULLIEN."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "121", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.34", "texte": "TABLETTES DE VOYAGE D'UN ARTISTE\nLA VEUVE & LA SOEUR DE MOZART\n\n(i)\nAVAIS toujours regardé l'histoire du mystérieux étran-\nger qui vint lui commander ce Requiem, et qui le lui\npaya généreusement, comme appartenant à ces mille\net une anecdotes que l'on se plaît à faire courir sur les\nmaîtres illustres. Mais le récit détaillé que me fit\nmadame Mozart m'a convaincu de sa réalité; cepen-\ndant le motif qui engagea cet étranger à demander cette messe est toujours\ndemeuré un mystère, et Ton n'a jamais pu savoir si réellement il tenait à\nposséder un Requiem composé par Mozart, ou si ce fut de sa part un\nmoyen ingénieux et bienfaisant de soulager la détresse du grand compo-\nsiteur. 11 se mit à l'œuvre sur-le-champ, mais la sombre nature du\nsujet avait comme brisé une corde dans son cœur, car souvent on l'en-\ntendit répéter qu'il écrivait ce Requiem pour lui. Sa santé déclinait de\njour en jour ; il sentait qu'il s'acheminait vers la tombe et il s'imaginait\nqu'on lui avait donné un poison lent (i). « Je vois bien, lui disait alors\n\n(i) Voir le numéro du ler octobre.\n(i) C'est là ce qui aura donné naissance aux bruits fâcheux que Ton fit courir à\nVienne sur Salieri. après la mort de Mozart. On a prétendu que, pour se débarrasser\nd'un rival redoutable et qu'il détestait, il lui avait fait administrer du poison. Mais\ncette accusation ne repose sur aucun fondement sérieux, et quoique Salieri ait mis\ntout en œuvre pour nuire à Mozart et surtout à sa musique, sa vie entière, qui fut\ndes plus honorables, proteste contre l'infamie dont on a osé l'accuser."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "122", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.35", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE -\n\ntristement sa « pauvre femme, que tu es malade, sans cela ton esprit n'ac-\n« cepterait pas une idée aussi étrange. » Voulant donner un autre cours\nà ses pensées, elle enleva le Requiem qu'elle cacha. Vers ce temps, les\nfrancs-maçons lui demandèrent une cantate qu'il termina en quelques\njours et à l'exécution de laquelle il assista. Revenu chez lui, il dit à sa\nfemme : « O ma chère Constance (Stan^erl) ces gaillards-là sont fous; j'ai\n« cru qu'il allaient perdre la tête après avoir entendu ma cantate. Ne\nor sais-je pas que j'ai écrit de bien meilleures choses ? Je n'en fais pas plus\n« de cas que de ma première production. » On aurait dit que cet inci-\ndent lui avait rendu le courage et que son esprit était dans de meilleu-\nres conditions. « Je vois bien, ajouta-t-il, que mon imagination seule\n« était malade, car je me sens tout à fait bien. Donne-moi mon Requiem,\n« qu'ils disent ce qu'ils voudront, ce sera mon chef-d'œuvre. » Mais\nson heure était marquée et il retomba bientôt dans ses idées funèbres ;\nses forces diminuèrent rapidement et il se mit au lit pour ne plus le\nquitter vivant. Quelques heures avant sa mort, il demanda son Re-\nquiem dont il parcourut les pages, et s'adressant à sa femme : « Ne t'ai-\n« je pas dit, s'écria-t-il, que c'était pour moi que je l'écrivais? * Il\navait avancé son travail jusqu'à la fin du Lacrymosa, et les mots Fa-\nceas, Domine, transire ad vitam, furent les derniers accents qu'il exhala,\nles dernières aspirations d'une âme sur le point de se délivrer de son en-\nveloppe charnelle, d'une âme prête à quitter ce monde sans entrailles,\npour aller trouver dans une autre sphère ce qu'elle chercha en vain ici-\nbas.—Sentant sa fin approcher, il fit appeler un ami qu'il jugeait capa-\nble d'achever son œuvre, et qu'il avait fait le confident de ses pensées.—\nCe fut à Sussmayer (i) qu'il remit son Requiem avec ses dernières re-\ncommandations. C'est tout ce que Mozart avait à léguer! !!\nLe monde artistique de Munich voulut recevoir la veuve de l'auteur\nde Don Juan et l'on organisa des soirées et des parties en son honneur.\nMais elle n'en accepta qu'une chez le baron de H. qui voulut lui\nfaire entendre de la musique de son mari et où elle me pria de\nl'accompagner. Le baron de H. avait un fils et trois filles qui, in-\ndépendamment de l'allemand, s'exprimaient très bien en français\net en italien, et possédaient en musique autant de goût que de talent.\nC'était le bonheur de leur père de les réunir tous les soirs autour de lui\n\n(i) SUSSMAYER (François-XavierJ, bon compositeur allemand, né en 1766 à Ste)rer\n(Haute-Autriche), reçut des leçons de Salieri et de Mozart. Il a écrit quelques opéras\nqui furent favorablement accueillis. Devenu chef d'orchestre du théâtre devienne, il\nserait probablement arrivé à une haute position artistique, si la mort ne l'eût enlevé à\nl'âge de 3g ans, le 17 septembre iBo3."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "123", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.36", "texte": "LA VEUVE ET LA SŒUR DE MOZART\n\net de diriger leur petit concert. Habituellement, ils jouaient ou chan-\ntaient de la musique de Haydn, Mozart, Spohr, Zesca (Fesca?), Beetho-\nven, etc.; mais cette soirée fut exclusivement consacrée à Mozart. Les\nmots sont insuffisants pour décrire l'effet produit sur moi par l'exécu-\ntion des œuvres émouvantes du maître, en présence de celle qui avait\nassisté, pour ainsi dire, à leur éclosion graduelle. On aurait dit que les\ninstruments étaient joués par une seule main et qu'une voix unique ex-\nprimait une même pensée, lorsqu'ils exécutèrent Y Ave verum et quel-\nques fragments du Requiem.\nMadame Mozart, que l'on pria de raconter quelques épisodes de la vie\nde son mari, nous dit que ce fut à Munich qu'il produisit son Idoménée,\nà Vienne sa Flûte enchantée et à.Prague son inimitable Don Juan, cet\nopéra des opéras, ce livre des livres. La veille même de la première re-\nprésentation, il n'en avait pas terminé l'ouverture et aucune partie sépa-\nrée n'était copiée. La nuit était déjà avancée quand il rentra chez lui,\nsuccombant sous la fatigue et aussi, il faut le dire, sous les rasades de\nChampagne et de tokay qu'on l'avait forcé de boire pendant la répétition.\nLa surexcitation dans laquelle il était ne lui aurait pas permis de se\nmettre au travail, l'eùt-il même voulu ; sa femme l'engagea à se coucher\nun moment: ce Je suis prêt à le faire, lui dit-il, à la condition que tu\n« m'éveilleras dans une heure, car je serais un homme ruiné si tu me\n(( laissais dormir plus longtemps.» Elle le lui promit et veilla à ses côtés.\nSon sommeil était profond et l'heure fut bientôt passée. « Il est si fati-\n)> gué, pensa-t-elle, que je ne puis l'éveiller encore! » Et elle le laissa\nreposer jusqu'au dernier moment. Dès qu'il fut réveillé, il se mit à l'oeu-\nvre, et quand les copistes vinrent dans la matinée, ils reçurent l'une après\nl'autre, des mains du compositeur, les feuilles sur lesquelles l'encre\nn'avait pas encore eu le temps de sécher, pour en copier les parties d'or-\nchestre\nLe soir même fut ouée cette ouverture qui, pendant si longtemps, a\nfait l'étonnement du monde musical.\nAinsi passa cette soirée qui, pour moi, lut si remarquable; nous prî-\nmes congé du baron de H. et de son intéressante famille, avec des senti-\nments de gratitude et presque d'amitié.\nLe lendemain, je fis visiter à madame Mozart la riche bibliothèque\nroyale de Munich où j'appelai son attention sur les œuvres inestimables\nd'Orlando Lasso (i), qui sont une partie des trésors de ce bel établisse-\n\n(I) ROLAND DE LASSUS (OU Orlando Lasso, ou di Lasso, ou Roland de Lattre, car\nil a été connu sous tous ces noms) ,né à Mons (Hainaut), en ibio, fut un des plus"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "124", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.37", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nment; elles sont reliées en grand in-folio et enrichies de pierres précieu-\nses; le portrait d'Orlando est placé au oiilieu d7un cercle formé d'érne-\nraudes, de topazes et de rubis. Ces livres sont considérés comme ayant\nune si grande valeur, que l'on a réuni les portraits de tous ceux qui ont\nconcouru en quoi que ce soit à leur publication, y compris même le\nrelieur ; un volume supplémentaire contient une description détaillée de\nces œuvres. De là nous nous dirigeâmes vers les arcades du jardin de la\ncour [hof g art en), oh les élèves de Cornélius, le célèbre peintre, travail-\nlaient aux fresques historiques de la Bavière. « Messieurs, » m/écriai-je\nen arrivant auprès de ces jeunes gens aux barbes longues et aux cheveux\nflottants, qui, tous, étaient mes amis, « j'ai droit à vos remerciements, car\nje vous amène madame Mozart. » Ace nom, tous se levèrent comme un\nseul homme et, dégringolant de leurs échafaudages, ils s'élancèrent du\nplus vite qu'ils purent pour baiser la main de la veuve du grand artiste\npour lequel ils professaient un culte; car, quel est l'Allemand qui au\nfond du cœur n'est pas musicien et familier avec les œuvres des compo-\nsiteurs qui ont illustré cette nation ? Réellement, je fus ému en voyant\nl'extrême politesse et les attentions qu'ils déployèrent en répondant aux\nquestions qu'elle leur adressait sur les différents sujets auxquels ils\nétaient employés ; elle aurait pu être la veuve d'un Tintoret ou d'un\nCaravage. Avant de les quitter, elle leur demanda leurs noms qu'elle\ninscrivit sur ses tablettes. Puis s'adressant à un jeune homme qui se\ntenait derrière ses camarades : « Et vous, monsieur, lui dit-elle, vous\nne m'avez pas encore donné votre nom ! »\n((J'en porte un bien humble, madame; je m'appelle Forster, mais\na celui de ma jeune femme est bien connu de vous, sans doute; ah! elle\n« m'enviera le bonheur que j'ai de vous voir ! »\n« Quelle est-elle donc?\n(( C'est la fille de Jean-Paul (1).\n\ncélèbres compositeurs de son temps. Après avoir été maître de chapelle de l'église\nSaint-Jean-de-Latran, à Rome, il devint directeur de la musique de la cour de Ba-\nvière et maître de la chapelle électorale de Munich. Ce grand musicien, qui a joui\nd'une immense considération et que l'on a nommé le rival de Palestrina, mourut à\nMunich en 1594. L'empereur Maximilien l'avait anobli en 1570.\n(1) RICHTER fJean-Paul-Frédéric), célèbre écrivain allemand, plus connu sous le\nnom de JEAN-PAUL, né en 1763 à Wiensiedel (Franconie), mort en 1825, fut conseil-\nler aulique du duc de Saxe-Hilburghausen, se maria à Berlin, s'établit à Weimar, où\nle prince primat Charles de Dalbert lui faisait une pension que lui continua le roi de\nBavière, et passa les dernières années de sa vie à Bayrouth. Jean-Paul se distingue par\nl'originalité, la profondeur, la délicatesse de la pensée : ses écrits offrent de grandes\nvues pour la réforme de l'ordre social. Ses œuvres choisies ont été traduites par Phi\nlarète Chasles , 1834-38; 4 vol. in-8."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "125", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.38", "texte": "LA VEUVE ET LA SŒUR DE MOZART\n\ncc La fille de Jean-Paul! Ah! si jamais homme a excité mon admi-\n« ration, c'est Jean-Paul ! Je veux voir votre femme ! je veux faire la con-\n« naissance de la fille de ce grand homme!\n(( Quand, madame?\n- « Tout de suite, si c'est possible.\nAussitôt il nous conduisit chez lui, et ce fut une scène touchante de\nvoir Témotion de la jeune épouse du peintre quand elle sut qu'elle rece-\nvait chez elle la veuve de Mozart; elle l'embrassa en versant des larmes\nde joie : madame Mozart n'était pas moins émue qu'elle. Quand les pre-\nmières questions de curiosité furent à peu près satisfaites, la conversa-\ntion devint un peu plus intelligible. Jean-Paul aima passionnément la\nmusique et il écrivit sur cet art comme on l'a rarement fait. « O musi-\n« que, dit-il, toi qui offres à nos âmes meurtries le passé et l'avenir tout\n« à la fois, dis-moi, es-tu la brise du soir de cette vie, ou la fraîche au~\nc rore de celle qui doit la suivre? Oh! oui, tes doux accents sont les\n« échos apportés d'une autre sphère par les anges, qui répandent sur le\n(c silence de notre nuit la mélodie de jours plus heureux, de jours qui\n« deviennent de plus en plus obscurs! »\nCet échange de questions qui prouvait tout l'intérêt qu'inspiraient ces\ndeux hommes extraordinaires à la femme de l'un et à la fille de l'autre,\ndonna naissance à une amitié qui, bien que spontanée, n'en fut pas\nmoins profonde et sincère. Le temps passe trop vite quand la conversa-\ntion est égayée par la bonté et les sentiments cordiaux; malheureuse-\nment, madame Mozart ne pouvait prolonger son séjour à Munich et de-\nvait retourner le lendemain à Saltzbourg, où elle me fit promettre d'al-\nler la voir quand je partirais de Munich pour continuer mes pérégrina-\ntions artistiques.\n(La tin prochainement.)\n\nERNEST DAVID."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "126", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.39", "texte": "LES TRAITÉS\nDE CONTREPOINT ET DE FUGUE\nAU DIX-NEUVIÈME SIÈCLE\n\nES traités d'harmonie sont aussi nombreux que les\ngrains de sable du désert. Aussi me garderai-je bien\nnon-seulement de vouloir les analyser, mais d'en es-\nsayer même la simple nomenclature. Les traités de\ncontrepoint et de fugue, au contraire, sont en petite\nquantité. La nature ardue de ce genre de composition,\nqui n'est pas même accessible à toutes les intelligences, la difficulté d'en\nexposer les principes d'une manière claire, et la longue et pénible étude\nqu'il demande en général, ont dû naturellement en limiter l'éclosion.\nAinsi, dans tout le siècle dernier, ne pourrait-on guère citer que les tra-\nvaux d'Albrechtsberger, de Fux, de Marpurg et de Mattheson, et dans\ncelui-ci que le Traité de la fugue par Langlé, les Principes de compo-\nsition des écoles d'ltalie par Choron., le Cours de contrepoint et de\nfugue par Cherubini, le Traité du contrepoint et de la fugue par Fétis,\net le Traité de haute composition par Reicha. A ces cinq grands trai-\ntés, les plus dignes d'attention qui aient paru depuis le commencement\nde ce siècle, j'en ai récemment ajouté un de bien moindre dimension,\nsous le titre de « Traité élémentaire et facile de contrepoint et de\nfugue. »\nCes cinq ouvrages ayant tour à tour joui de la laveur du public ar~"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "127", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.40", "texte": "TRAITE DE CONTREPOINT ET DE FUGUE\n\ntiste, et plusieurs d'entre eux étant encore en grand renom, je me suis\nproposé de les examiner avec le plus grand soin et la-plus scrupuleuse\nimpartialité, sous le rapport de leur mérite individuel, et de terminer\ncette étude par un court exposé du mien, qui fera comprendre les points\n011 je me suis éloigné de mes prédécesseurs, dans le but de rendre la pra-\ntique de la fugue plus facile et ses règles plus positives.\nI\nLe « Traité de la fugue » par Langlé, édité en ißos, appellera d'abord\n«\nmon attention, bien que l'ouvrage de Choron, publié trois ans plus tard,\nsoit un résumé de travaux bien antérieurs au sien.\nLanglé débute par une erreur, sans importance du reste, en disant\nque la fugue est ce le premier morceau de musique régulier qu'on ait\nfait.» Bien au contraire, chez les compositeurs du quinzième, du\nseizième et des trois quarts du dix-septième siècle, on ne rencontre que\nce qui constitue le style fugué, tel que des imitations et des canons,\nmais rien absolument qui ressemble à la fugue proprement dite.\nSon entrée en matière est excellente. J'en extrais cette observation\ntrès-fine et de la plus grande justesse : « Quand on compose un sujet de\nfugue, il faut penser au stretto, c'est-à-dire qu'il faut le composer de ma-\nnière qu'il puisse être pris en canon, soit en totalité, soit en partie par\ntoutes les voix. » Ce principe a été adopté depuis, surtout par l'école de\nCherubini. mais c'est à Langlé que revient le mérite de l'avoir formulé\net exprimé avec autant de précision.\nLes préceptes qu'il donne pour la création des contre-sujets sont par-\nfaits : aussi les siens sont-ils pour la plupart des plus remarquables. Ses\nréponses ne sont malheureusement pas toujours correctes, surtout celles\ndont le sujet débute par la tonique suivie de la dominante ; mais aux\nsujets chromatiques, qu'il paraît avoir affectionnés, quoique ce soit un\ngenre de sujets positivement vicieux, puisque la réponse diffère sou-\nvent trop du sujet, il a toujours parfaitement répondu.\nTout le chapitre des imitations qui entrent dans la fugue est très bien\ntraité. Ainsi, en offrant des exemples d'imitations à tous les intervalles,\nil présente chacune d'elles d'abord à deux parties, puis à trois et à qua-\ntre, et successivement jusqu'à huit parties. Car Langlé était de ces musi-\nciens profonds qui jugent indispensable de savoir écrire à un grand\nnombre de parties, et n'aurait pas admis comme de véritables harmo-\nnistes les élèves de l'école actuelle qui ne peuvent écrire qu'à quatre par-"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "128", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.41", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nties , et se trouveraient très embarrassés si, dans un concours, on les\nobligeait à composer un chœur à huit voix. Du reste, il faisait peu de\ncas de tous ces « calculs perdus pour faire de mauvaise musique, » ainsi\nque lui-même l'a dit dans son « Traité de la basse sous le chant. »\nJe passe sous silence ses fugues irrégulières, où la réponse se fait àla\nseconde et à la septième : il ne faut les considérer que comme des mor-\nceaux fugués. Mais un exercice extrêmement utile, et dont seul il a\ndonné des modèles, est un sujet avec contre-sujet, qui lui servent pour\nfaire successivement une fugue à trois et une fugue à quatre parties, et\navec l'adjonction d'un contre-sujet de plus, des fugues à cinq, six, sept\net huit parties. Enfin, ce traité qui, malgré ses défauts, ne méritait pas\nl'oubli dans lequel il est tombé, se termine par une fugue instrumentale\nsur la chanson populaire J'ai du bon tabac, développée avec infiniment\nde verve et d'esprit.\nII\nLes « Principes de composition des écoles d'ltalie)), par Choron, renfer-\nment tout ce qui concerne Fart musical, depuis l'étude de l'harmonie et\ndes tons primitifs de l'église, jusqu'à celle des partitions modernes. Cette\nimmense publication, dont les frais absorbèrent la majeure partie de sa\nfortune, contient tous les modèles de contrepoint simple composés par\nSala et Caresana, anciens maîtres de l'école italienne, tous les partimenti\n(basses chiffrées) de Fenaroli, une traduction française du traité de fugue\nde Marpurg, et une foule de fugues, de morceaux fugués et de canons\npar Sala et autres grands compositeurs du temps passé, parmi lesquels\nje signalerai en première ligne deux fugues à huit voix et à quatre su-\njets, et une magnifique antienne à huit voix. On ne saurait trop regret-\nter que les moyens d'exécution de cette imposante harmonie à deux\nchœurs et à huit parties réelles soient devenus presque impossibles\naujourd'hui.\nOn voit par ce sommaire de l'ouvrage de Choron que son titre n'est\npas complètement exact, puisque le traicé de fugue de Marpurg n'a rien\nde commun avec les principes des écoles d'ltalie. Tel qu'il est, un tra-\nvail de cette importance veut un examen sérieux : et laissant de côté le\npremier livre qui traite de l'harmonie, de l'accompagnement et des basses\nchiffrées de Fenaroli, et le sixième livre qui se compose de modèles de\ntout genre, depuis le plain-chant dans les divers tons d'église jusqu'aux\nmorceaux d'opéras modernes, je m'attacherai uniquement à faire ressortir"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "129", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.42", "texte": "TRAITÉS DE CONTREPOINT ET DE FUGUE\n11.\n9\n\nce que contiennent de plus saillant le livre n : De la composition et du\ncontrepoint simple ; le livre ni : Des contrepoints conditionnels ; le li-\nvre iv . De 1 imitation et de la fugue ; et le livre v : Des canons. L'ordre\nsuivi par Choron manque de logique en ce qui concerne les canons,\npaice que, comme le canon entre dans la fugue, il faut de toute néces-\nsité apprendre à le faire avant d'aborder le travail de la fugue.\nJe passerai rapidement sur les 2% 3e et 5e livres, pour m'étendre plus\nlonguement sur le 4% qui a la fugue pour objet. Le second livre de-\nmande d'ailleurs peu de commentaires. Ce sont les lois du contrepoint\nsimple, appuyées le plus souvent sur de bons modèles, mais où le goût\net le charme font presque constamment défaut, ainsi que dans tous les\nexemples existants du contrepoint simple, qu'ils soient signés par Fux,\nMartini, Sala, Cherubini ou Fétis. On a fait un crime à Reicha d'avoir\npasse cette étude sous silence dans son « Traité de haute composition, »\net Fétis a dit dans sa Biographie des musiciens que « Reicha ne savait pas\nle premier mot du contrepoint. » Quant à moi, ancien élève de cet il-\nlustre maître, je déclare qu'il ne m'a jamais été possible de comprendre,\nlorsqu'on a appris l'harmonie avec un bon professeur, qui vous a donné\nen même temps des notions du style vocal ou l'utilité prati-\nque qui peut résulter de chercher à placer successivement sur ou sous\nun chant donné, composé de rondes, et appelé d'après son origine plain-\nchant, une ou plusieurs parties contenant soit le même nombre de ron-\ndes que le chant donné, soit un nombre égal dans chaque mesure de\nblanches, de blanches syncopées, ou de noires. Du reste, l'étude du con-\ntrepoint simple est à peu près abandonnée aujourd'hui, du moins en\nFrance, et il est peu probable qu'on y revienne.\nLe troisième livre, intitulé assez singulièrement : « Des contrepoints\nconditionnels, » réunit tous les contrepoints renversables. Excellent\nsous le rapport des exemples, il s'étend avec trop de complaisance sur tous\nles abus de 1 art pratiques par les musiciens du quinzième et du seizième\nsiècle, Celui qui tiendra à nouer des relations intimes avec ces abus,\npourra s'en donner à cœur joie; mais s'il est indispensable pour un artiste\nde posséder à fond le contrepoint double à l'octave, le contrepoint tri-\nple, et dans une certaine mesure le contrepoint quadruple et les contre-\npoints àla 10e et àla 120, il est parfaitement inutile qu'il perde son\ntemps à composer des contrepoints àla 9e, àla 11°, àla 13e et àla 14e,\net à plus forte raison à combiner des contrepoints inverses, rétrogrades,\nrétrogrades et contraires, et autres absurdités qui ne sont appréciables\nqu à 1 oeil. J'en dirai de même du cinquième livre qui traite des canons.\nTous y figurent, depuis les canons qui offrent des ressources réelles, jus-"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "130", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.43", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nqu'aux canons énigmatiques et ceux qu'il faut lire à reculons ou\nen retournant le papier, le tout accompagné des détails les plus cir-\nconstanciés et les plus minutieux pour construire et déchiffrer ces niai-\nsériés.\nJ'ai hâte d'arriver au quatrième livre. L'immensité d'exemples de\nsujets suivis de leurs réponses témoigne du soin extrême avec lequel\nMarpurg a étudié cette partie si importante de la fugue. Tous les cas y\nsont prévus, quant au degré de la gamme par lesquels un sujet peut\ndébuter ou finir. Mais les altérations que le sujet exige fréquemment\ndans sa réponse ne reposant absolument d'après les anciennes règles que\nsur les modulations qui peuvent s'y rencontrer, et qui sont souvent très\npeu décidées, quelquefois même assez contestables, il en résulte que les\ncompositeurs étaient facilement exposés à faire des réponses fausses.\nFetis et Reicha, grâce à leur admirable intuition musicale, ont su, malgré\n1 imperfection de ces règles, trouver la réponse juste dans la presque tota-\nlité des cas; mais Marpurg en citant des exemples créés par lui-même\nou pris de Bach, de Kuhnau et d'autres auteurs, a admis une foule\nde réponses fautives, et Choron n'était pas assez fort contrepointiste\npoui les signaler et les corriger. Les bornes de cet article ne me per-\nmettront d en relever qu'un seul pris au hasard, pour prouver ce que\nj'avance.\nSujet.\nCette réponse est absolument fausse. Depuis ia seconde moitié de la\npremière mesure jusqu'au premier temps de la cinquième, elle est tout\nentière dans le ton de la sous-dominante, ce qui constitue le défaut le\nplus grave dans lequel une réponse puisse tomber. Le sujet, malgré ses\nmodulations, est celui d'une fugue réelle, et sa vraie réponse doit se faire\nsans aucun changement, comme suit :"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "131", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.44", "texte": "TRAITÉS DE CONTREPOINT ET DE FUGUE\n\nL'examen de l'ouvrage de Choron m'a entraîné un peu loin. Je termi-\nnerai ce qui concerne la fugue en disant que, quoiqu'il ne s'y rencontre\npas assez de détails sur les strettos, les épisodes et la conduite générale\nde ce genre de morceaux, on y trouve de très belles Fugues fort bien\nanalysées, et qu'en somme les Principes de composition des écoles d'lta-\nlie forment un monument musical des plus remarquables.\nIII\nLe (( Traité du contrepoint et de la fugue » de Fétis, publié en 1824,\nest le plus splendide répertoire qui existe de tout ce que les anciens maî-\ntres italiens ont laissé de mieux en fait de savantes combinaisons har-\nmoniques. Grand musicien, homme dégoût et d'une érudition musicale\nimmense, il n'est pas étonnant que Fétis ayant suivi à peu près le même\nplan que Choron, l'ait presque totalement effacé. Si un professeur au\nmonde pouvait être capable de faire trouver quelque intérêt et quelque\ncharme à l'étude du contrepoint simple, ce serait à coup sûr Fétis, tant\nil en parle avec conviction et tant ses modèles sont purs en général.\nOn avu plus haut ma manière de voir à ce sujet*, mais je ne puis\nque recommander de lire et de méditer avec l'attention la plus soutenue\ntout le premier livre de son traité, où cette étude est analysée, sans toute-\nfois approuver la méthode assez bizarre qu'il a adoptée, et que je n'ai\nrencontrée nulle part, de mélanger dans les exemples à plusieurs parties\nla clef de sol avec les clefs dhit, d'autant plus que dans les compositions\nd'école la clef d'ut sur la première ligne remplace toujours la clef de sol.\nLe second livre traite de l'imitation, du canon, du style rigoureux ou\nancien, appelé aussi : alla Palestrina, et des compositions à voix nom-\nbreuses. Si l'on ne se plaçait pas au point de vue de Fétis, qui a voulu\ntout embrasser, on pourrait ici lui reprocher de s'être trop laissé aller,\ncomme Choron, à l'envie de faire connaître tous ces froids calculs qui fai-\nsaient les délices des musiciens d'une époque où le rhythme, la mélodie,\nle charme, l'expression, tout enfin ce qui fait aimer cet art enchanteur,\nn'existait pas encore. Car le profit que les élèves qui se livreraient à des\ntravaux de cette nature en pourraient tirer pour s'habituer à vaincre les\ndifficultés, serait bien plus sûrement réalisé, et sans perte de temps, en\ns'exerçant aux contrepoints et aux canons que l'oreille peut à la rigueur\napprécier encore, tels que le prodigieux canon à seize voix de la compo-\nsition de Fétis, qui n'a pas moins de 43 mesures ! Mais je m'appesan-\ntirai d'autant moins là-dessus, que le second livre se termine par des"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "132", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.45", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nchefs-d'œuvre harmoniques de Vallerano, Palestrina, Porta et Benevoli,\nqu'on trouverait difficilement ailleurs, et qui sont excellents à étudier.\nLe troisième livre traite du contrepoint renversable, que Fétis appelle\ntoujours double, mais à tort, car trois sujets qui peuvent se servir de\nbasse tour à tour sont bel et bien en contrepoint triple, de même que si\nquatre sujets se trouvent dans le même cas, ils sont en contrepoint qua-\ndruple. Ce livre-ci, de même que le précédent, s'étend trop sur les pué-\nriles combinaisons du temps passé.\nLe quatrième livre est consacré à la fugue. Les sujets qui servent\nd'exemples y sont nombreux, et Fétis, tout en se conformant aux an-\nciennes règles, a cherché à ramener à des lois fixes les changements qui\ndoivent souvent se faire dans les réponses. Malheureusement la matière,\nvague en elle-même, ne lui a pas toujours permis de s'exprimer claire-\nment, témoin la phrase suivante, page 46 : « Lorsque la tonique va à la\ndominante en descendant d'un degré (il aurait dû dire, lorsque la tonique\ndescend à la dominante en passant par la sensible), la mutation de la\nréponse doit se faire par un mouvement de tierce de la dominante au\ntroisième degré. » De plus, cette règle est contredite par celle qu'il for-\nmule plus loin, page 47, et dans laquelle se lit cette observation : « On\nvérifie la bonté d'une réponse par la position de la note sensible, car\nelle doit toujours occuper la même place dans la réponse que dans le\nsujet. » En conséquence, au sujet\nil n'aurait pas fallu répondre comme Fétis, quoique sa réponse soit la\nmeilleure, par\nmais par\nPlus bas on lit :« Tout sujet dans un mode mineur demande les\ndemi-tons aux mêmes places dans la réponse que dans le sujet. y> Or, à\npart les nombreux cas où le changement dans la réponse se fait préci-"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "133", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.46", "texte": "TRAITÉS DE CONTREPOINT ET DE FUGUE\n\nsèment à l'endroit où se trouve le demi-ton dans le sujet, il y a des ex-\nceptions en foule dans Reicha, comme ailleurs, et qui sont incontesta-\nblement bonnes. Notez bien que je ne blâme point Fétis dans tout ceci ;\nmais cela prouve combien sont incertaines les anciennes règles, qui sont\nuniquement fondées sur les degrés du ton et les modulations.\nJe n'ai rien à dire de la suite du troisième livre, sinon que tout ce qui\na rapport aux éléments qui entrent dans la fugue est parfaitement traité\net que les modèles de fugue composés par Fétis réunissent toutes les\nqualités théoriques. Deux fugues à huit parties, écrites l'une par Sarti\net l'autre par Cherubini, ainsi que trois exemples de fugues accompa-\ngnées par la basse ou l'orchestre, servent de complément à son travail.\nLe traité se termine par un appendice dans lequel Fétis a consacré\ntrente pages à l'explication et à la solution des canons énigmatiques :\nc'est beaucoup... peut-être trop\n(La suite prochainement.)\n\nHENRY COHEN."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "134", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.47", "texte": "REVUE MUSICALE\n\nITALIENS : Rigolctto. Mademoiselle Tagliana, M. Villa. Il Trovatore. Mademoiselle\nKrauss, MM. Padilla et Brignoli. La Traviata. Début de mademoiselle Heilbronn.\nOPÉRA-COMIQUE : Richard Cœur-de-Lion. Le livret et la partition. (Autographe\nde Grétry.) MM. Melchissédec et Duchesne.\nTALIENS. Jeudil6 octobre.—Cette représentation de\nRigoletto aurait été fort compromettante pour la direc-\ntion, si elle n'eût mis en pleine lumière le talent de\nM. Padilla, chargé du rôle du bouffon. Le ténor,\nM. Villa, n'a point été goûté, non plus que mademoi-\nselle Tagliana qui chantait Gilda. M. Villa n'a ni les\nmoyens ni le ton requis par le personnage du duc de Mantoue. Made-\nmoiselle Tagliana s'agite vainement pour donner du corps à un filet de\nvoix trempé dans un filet de vinaigre. Il y aurait de la cruauté à insister\nsur les défauts de la débutante qui est d'une extrême jeunesse, et qui a\ndevant elle un long avenir pour acquérir par l'étude ce que lui a refusé\nla nature.\nSamedi, 18 octobre. Le Trovatore a été la revanche de Rigoletto.\nC'est mademoiselle Krauss et le baryton Padilla qui ont partagé le suc-\ncès de la soirée.\nDepuis l'ovation enthousiaste qu'on a faite à la Krauss dans son beau\nrôle de Léonora, il se passe au foyer du Théâtre-Italien des petits manè-\nges bien réjouissants. Les narquois, ceux qui hochaient la tête avec des\nsourires aux débuts de la Krauss, il y a bientôt cinq ans, se pendent\naujourdhui à vos basques pour vous rappeler qu'ils ont les premiers pré-\ndit le grand avenir de cette artiste. Il est si dur d'avouer maintenant\nqu'une telle cantatrice n'a pas été comprise et adoptée d'emblée! Pen-\ndant son éloignement du Théâtre-Italien, la Krauss a travaillé encore à\népurer son chant et son jeu ; elle nous revient complète, incomparable,"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "135", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.48", "texte": "REVUE MUSICALE\n\npleine de feu, d'inspiration et de génie. Chez elle, la passion, loin de\ns'épuiser avec l'heure, grandit de scène en scène et ne s'arrête qu'avec le\ndénouement. L'organe est demeuré d'une justesse absolue ; il a gardé sa\npuissance et sa chaleur entraînantes. Il y a dans sa voix des larmes et des\nsanglots d'une vérité poignante et inexprimable, et quand ce voile de la\ndouleur se lève, ce sont de sublimes éclaircies. Jamais le quatrième acte\ndu Trovatore n'a été rendu avec un tel sentiment. Dans le Miserere, et\ndans le duo avec le comte de Luna, dans la strette surtout, elle a été aussi\ngrande comédienne que cantatrice inspirée. Elle a tout électrisé autour\nd'elle : M. Brignoli lui-même s'est vu emporté par le flot magnétique,\net a trouvé le moyen de se faire applaudir dans le Miserere. Voilà qui\ntient du prodige. M. Padilla, qui remplissait aux côtés de la Krauss le\nrôle du comte de Luna, est un artiste de race, doué d'une belle voix de\nbaryton, très égale, très juste et très vaillante. Il chante avec beaucoup\nd'âme et infiniment d'adresse,ce qui nous plaît moins; il ade la cha-\nleur et presque de la fougue. Il nous a semblé (nous trompons-nous)?\nqu'il avait le souffle un peu court et qu'il ne respirait pas toujours\nau bon endroit ; ce vice, dont on guérit, a pour effet d'introduire des\ndemi-soupirs dans des mesures ou il n'y a plus aucune place pour ce\nsigne; à l'oreille, c'est un froissement comparable à celui de l'hiatus en\nprosodie. Ceci n'empêche point M. Padilla d'avoir un vrai tempéra-\nment d'artiste. Le voilà en pleine conquête du public.\nJeudi, 3o octobre. Mademoiselle Marie Heilbronn, qui parut\nquelque temps à l'Opéra-Comique et devint pensionnaire des Variétés,\nbrûle ce qu'elle a adoré, et adore ce qu'elle a brûlé.\nQui eût dit que la Fiorella des Brigands et le Bibletto des Bracon-\nniers d'Ofïenbach, serait un jour rappelée dans la Traviata sur la scène\ndes Italiens? Rien n'est plus vrai cependant. A la stupéfaction générale,\nmademoiselle Heilbronn a enlevé les vocalises du premier acte avec une\nagilité, une bravoure que nul ne lui soupçonnait. Ses trilles à l'aigu sont\nparticulièrement riches. Elle devra surveiller ses intonations qui man-\nquent parfois de justesse, notamment quand elle veut pousser la voix\nselon les principes de l'enseignement Duprez.\nLes délicatesses du second acte et les angoisses du troisième ont été\nheureusement rendues. Elle a de la demi-teinte et de la nuance, une in-\ntuition très vive, et triomphe sans trop d'efforts d'une voix rebelle au\ncantabile♦\nLa surprise qu'elle a causée doit flatter et non blesser mademoiselle\nHeilbronn,"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "138", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.51", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nOPÉRA-COMIQUE. Samedi, 18 octobre. Tout un numéro de la\nChronique Musicale ne suffirait point à conter l'histoire de Richard\nCœur-de- Lion, le chef-d'œuvre de Grétry, auquel l'Qpéra-Comique\nfait en ce moment les honneurs d'une belle reprise.\nLes Mémoires de Grétry, divers recueils du même temps, des études\ncritiques et anecdotiques parues en ce siècle sur Richard Cœur-de-Lion\nabondent en détails piquants, en documents curieux dont il y aurait\nà faire une moisson fleurie et touffue pour une monographie de cet opéra\npopulaire.\nRichard Cœur-de-Lion, comédie en trois actes, en prose, mêlée d'a-\nriettes, fut représentée pour la première fois par les Comédiens italiens,\nle 21 octobre 1784, et non pas le 2 5 octobre 1785, comme le dit le bon\nGrétry dans ses Mémoires.\nSedaine avait d'abord confié le manuscrit de Richard à Monsigny,\ncomptant qu'il en écrirait la musique. Mais Monsigny se sentait fatigué,\"\ndepuis les critiques amères dont le baron Grimm avait poursuivi son ou-\nvrage de Félix, il n'avait plus le cœur à la besogne ; sa timidité s'en\nétait mêlée, il avait peur de ne pouvoir réussir à souhait la fameuse ro-\nmance du second acte. Bref, il retourna le livret à Sedaine avec le petit\nmot suivant : « Voilà, mon ami, votre manuscrit de Richard Cœur-de-\nLion, Ne doutez pas que Grétry fasse la musique de cette pièce...., il\naurait tort de se fâcher de la préférence que vous m'aviez accordée. Dans\nce moment, ce n'est pas à mon refus que vous la lui offrez; c'est au con-\ntraire moi qui vous dis : Je ne puis faire votre pièce, prene\\ Grétry. «\nEt Sedaine s'en fut la porter à Grétry, qui accepta la tâche du musicien.\nLe 21 octobre 1784, tout était prêt, et le rideau delà Comédie-Ita-\nlienne se levait sur le premier acte de Richard Cœur-de-Lion. Les\nMémoires de Bachaumont en contiennent le compte rendu àla date\ndu 22. Madame Laruette jouait Laurette, Clairval le ménestrel Blondel,\net Philippe le roi Richard. La représentation ne marcha pas sans accrocs.\nPhilippe avait la gorge prise par un enrouement. Il n'avait accepté de\nchanter ce soir-là que sur les pressantes prières de Grétry. Le parterre\nse prit à le huer, ce que voyant, Philippe prit le parti de le haranguer,\nd'expliquer son accident, et de réclamer l'indulgence du public, tout en\nprotestant de sa bonne volonté; « malgré son organe rauque, il fut ap-\nplaudi à tout rompre, durant le reste du spectacle. »\nLe dénouement primitif excita aussi des murmures ; chacun proposait\nune fin plus heureuse. « Les habitants de Paris, dit Grétry, avaient une\ntelle envie de voir terminer cet ouvrage d'une manière agréable, que\nchaque société m'envoyait un dénouement pour Richard. » Grétry lui-"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "139", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.52", "texte": "REVUE MUSICALE\n\nmême proposa le sien, comme il appert de sa lettre autographe du 2 3\noctobre dont nous donnons ici 1 e fac-similé. La seconde représentation\nde Richard ayant été retardée jusqu'au 3i octobre, on crut que Sedaine\navait employé ce long intervalle à modifier la chute de l'intrigue. Il n'en\nétait rien. Le public fit si bien qu'il dut se décider, et, après plusieurs\nessais infructueux,, il adopta le dénouement actuel : le siège du château.\nSauvé d'un peu de ridicule, Richard atteignit et dépassa rapidement\ncent représentations. Il n'était bruit que du féal Blondel et de son\nmaître. Tapisseries, éventails, tabatières et boëtes à parfums reprodui-\nsaient en dessins les scènes attendrissantes de la pièce àla mode. En\n1789, Richard Gœur-de-Lion empruntait aux circonstances un sin-\ngulier regain d'actualité.\nLes défenseurs de la royauté croulante ripostaient aux hymnes répu-\nblicains par les chants monarchistes de Sedaine et Grétry.\nRichard fut aussitôt proscrit de toutes les scènes parisiennes. Un soir,\nau foyer de l'Opéra (Louis XVI était déjà prisonnier au Temple), Garat\nse mit à chanter d'enthousiasme la romance de Richard : Bans une tour\nobscure, Un roi puissant languit. On allait l'arrêter et le jeter en prison,\nlorsque Danton, un habitué des coulisses de l'Opéra, intervint. Sa pré-\nsence d'esprit sauva Garat : « Citoyens, s'écria-t-il, laissez donc libre le\ncitoyen Garat! C'est un imbécile, mais il chante à merveille. Quand\nm\nvous voudrez, il vous chantera le Ça ira ! avec autant de chaleur qu'il en\na mis dans le couplet que vous venez d'entendre ! » La Révolution\npassa avec ses orages; elle épargna la tête de Garat et fit un émigré de\nRichard.\nNapoléon lerIer le rappela d'exil : il adorait l'opéra de Grétry dont il or-\ndonna le premier une solennelle reprise à Saint-Cloud.\nSous la Restauration, Richard reprit un renouveau de sève et de cou-\nleur politique, et fit son tour de France en l'honneur de Louis XVIII.\nUn certain Jausserand, ténor qui avait débuté au théâtre Feydeau, jouait\nle rôle de Blondel en province. Un soir, je ne sais dans quelle ville, il\ncrut bien faire en modifiant le texte de sa romance ainsi qu'il suit:\nLouis dix-huit, ô mon roiy\nL'Univers te couronne !\nTu triomphes par la loi\nEt nous adorons ta personne !\nCette variante suscita un tapage effroyable, et le poste de l'endroit\ns'emplit d'excellents royalistes qui n'avaient pu accepter tant de plati-\ntude. Mais trêve d'anecdotes : il en fourmille, je les sens qui me grim-\npent à la plume, et force m'est de les chasser."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "140", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.53", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nEn 1841, Richard Cœur de Lion fut repris avec une orchestration\nrajeunie par Adolphe Adam. Du temps de la direction Carvalho, il\nétait au répertoire du Théâtre-Lyrique.\nLe travail délicat, discret, ingénieux d'Adam a laissé aux mélodies\nde Grétry ce naturel, cette grâce naïve et touchante, cette expression\npathétique et douce, et ce parfum d'archaïsme qui ajoute encore du pi-\nquant à cette exquise sensibilité. Aussi a-t-on fait fête de la façon la plus\nfranche du monde à la muse de Grétry. Savez-vous qu'il tenait beau-\ncoup de musique dans ce que nos pères appelaient modestement une\nComédie à ariettes ! Les deux premiers actes de Richard sont les plus\nchargés. Au premier, que de charmantes choses! Le chœur des villa-\ngeois, mêlé à l'introduction ; les couplets si bien tournés d'Antonio :\nLa danse n'est pas ce que j'aime, avec la jolie basse qui souligne le\npassage : Lorsque je la tiens dans mes bras ; le grand air de Blondel ;\nle trio en contrepoint : Quoi de la part du gouverneur de ce château ;\nle chant si expressif de Laurette : Je crains de lui parler la nuit ; la\njoyeuse chanson, avec sa ritournelle de violon, si bien rhythmée, et\nd'une gaieté si française : Que le Sultan Saladin. Le second acte n'est pas\nmoins varié : la marche; l'air de Richard avec l'adjonction des trompettes\net des timbales voilées; la fameuse romance : Une fièvre brûlante qui\nrevient transformée jusqu'à neuf fois dans la partition ; le chœur des sol-\ndats : Sais-tu, connais-tu qui peut t'avoir répondu ? et le finale mouve-\nmenté. Le troisième acte n'est pas le meilleur, et ce n'est peut-être pas\ncomplètement la faute de Sedaine. Il contient pourtant deux trios remar-\nquables : l'un entre Blondel et les deux valets de la comtesse, l'autre sur\nle motif d''une fièvre brûlante, intercalé dans le finale et admirablement\ntraité. L'exécution de Richard Cœur de Lion a été bonne, Melchissé-\ndec joue chaleureusement le rôle de Blondel. Il y déploie~en liberté sa\nsa voix au timbre franc et non plus comme autrefois avec\ndes fantaisies d'enfant prodigue, mais avec le style et la sobriété du\nchanteur qui place des fonds sur la méthode , cette caisse d'épargne des\nartistes. Duchesne chante comme s'il avait à cœur de surmener sa\nvoix, qui est jeune, suffisamment métallique, et semble déjà fatiguée.\nM. Neveu fait William. Mesdemoiselles Nordet Thibault et Isaac re-\nprésentent le côté féminin de la pièce, et complètent un ensemble qui a\nfait le plus grand plaisir.\n\nARTHUR HEULHARD."}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "141", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.54", "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nFAITS DIVERS\nUELQUES détails inédits donnés sur A. Adam, par VEvé-\nà propos du Bijou perdu.\nTout homme a sa marotte. Les musiciens n'échappent\npas à cette loi commune.\nMozart, on le sait, adorait le billard, et Gluck le Cham-\npagne; Haydn avait, comme BufFon, la superstition des\nmanchettes; Rossini était un cuisinier presque aussi ha-\nbile qu'Alexandre Dumas; Auber se promenait dans des voitures irréprocha-\nbles, Félicien David fait fleurir des rosiers à outrance.\nAdolphe Adam, dont on vient de reprendre le Bijou perdu, était, lui, un\nParisien pur sang ; la campagne lui portait sur les nerfs. Quand on lui par-\nlait de la verdure, des fleurs, des beautés des champs, il répondait qu'il avait\ntout cela dans son cabinet.\nSa chambre était, en effet, une miniature du Jardin des Plantes. C'étaient\ndes pots de fleurs, des caisses d'arbustes, des volières, des oiseaux de tous\nplumages et de tous ramages.\nIl y avait, en outre, des chiens, des chats, des écureuils, des perruches, des\nperroquets.\nIl possédait même une grenouille, qu'il avait élevée comme Pélisson avait\nfait de son araignée. Il la tenait sur sa table, et quand il l'appelait, elle sor-\ntait de son bocal et venait sautiller sur sa musique.\nNotre collaborateur M.deFilippi a démontré d'une façon indiscutable,\nque la perception du droit des pauvres sur des recettes souvent minimes\ndu théâtre, n'est qu'une exaction fiscale et un abus basé sur une erreur\néconomique. (Conditions économiques de la musique en France.)\nL'Assistance publique est en train de mettre le comble à la mesure. Au lieu\nde 7.200 francs de prélèvement sur la recette des concerts du Conservatoire,\nsoit 400 francs de forfait par concert, il ne s'agit cette année rien moins que\n20,000 francs, somme exorbitante qui peut entraîner la suppression de ces\nséances magnifiques, célèbres dans le monde entier. Or, on se demande si,\nmême au point de vue de l'administration, c'est le moyen d'atteindre son\nbut que de tarir les sources auxquelles elle puise."}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "142", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.55", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nLa musicale de Milan donne sur le libretto de la Flûte enchantée\n(Il Flauto magico), quelques détails singuliers.\nIl paraîtrait que l'auteur du libretto, Schikaneder, aurait puisé son sujet dans\nun livre disparu depuis, intitulé : VHistoire secrète des conjurations des Ja-\ncobinset à lui envoyé par un inconnu.\nLe libretto serait une des mille allégories de la Révolution française, dont\nles idées étaient l'objet d'une propagande active delà part des Illuminés, en\nAutriche et en Allemagne.\nLe succès de la pièce jouée soixante-deux fois de suite au théâtre de la\nWieden, serait dû non-seulement à sa belle musique, mais encore aux allu-\nsions qu'elle renferme, et qui auraient été comprises de mieux en mieux par\nle public. Le sujet, absurde par lui-même, devient-il plus clair par les ex-\nplications qu'on en donne? C'est une question.\nVoici, toutefois, quant aux personnages, une clef dont nous laissons à son\nauteur toute la responsabilité.\nSelon lui, la Reine de la Nuit serait l'ancien Régime.\nPamina, sa fille, serait la Liberté, en général fille du Despotisme.\nTamino représenterait le Peuple.\nLes trois Nymphes, les Députés des trois États.\nSarastro, une meilleure et sage Législation.\nLes Prêtres de Sarastro, l'Assemblée nationale.\nPapageno, les Bourgeois riches.\nUne vieille, l'Égalité.\nLes Esclaves, les Domestiques et les Salariés, des Émigrés.\nLes trois bons Génies, la Prudence, la Justice, et l'amour de la Patrie qui\nguident Tamino.\nLe Serpent qui devait dévorer Tamino, la Banqueroute générale.\nLes Animaux sauvages domptés par les sons de la flûte, signifiaient : les\nLions, les Pays-Bas, les Aigles, l'Autriche, la Prusse et la Russie. Les Léo-\npards, l'Angleterre, les autres Animaux, les petits États.\nIl paraît qu avec ce sens allégorique, le poème se comprend mieux?\n\nNOUVELLES\n\nARIS. Opéra. Un grand désastre est survenu dans le monde\nartistique.\nL'Opéra, le plus vaste et le plus beau théâtre de France, la salle\nla plus élégante et la plus sonore de Paris, n'est plus qu'un monceau\nde ruines. L'incendie n'en a rien laissé. Le feu a pris dans la soirée du mardi\n28, les uns disent dans les magasins des décors, d'autres dans un dépôt de\nfourrages qui n'eût pas dû exister dans un édifice de cette nature, bâti en\ngrande partie en bois, à titre provisoire. Les bâtiments de l'administration sur\nla rue Drouot ont été préservés ainsi que le local consacré aux archives. La\nsalle et le foyer sur la rue Lepeletier sont complètement détruits. Nous con-\nsacrerons dans notre prochain numéro un article spécial à ce déplorable évé-\nnement.\nNous nous bornons pour le moment à souhaiter que cette importante insti-"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "143", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.56", "texte": "VARIA\n\ntution musicale trouve au plus tôt un asile dans une des salles existantes, par\nexemple au Châtelet, en attendant que le somptueux édifice du boulevard des\nCapucines soit achevé.\nNous nous mettons tout entiers à la disposition de nos confrères de la grande\npresse et de la presse spéciale, et sommes absolument prêts à entrer dans toute\ncombinaison destinée à venir en aide aux victimes de ce déplorable sinistre.\nThéâtre-Italien. L'affiche du Théâtre-Italien va prendre de la variété.\nMademoiselle Heilbronn fera son second début dans Zerline de Don Juany\navec M. Padilla (Don Juan).\nTrès prochainement, le baryton Barré, qui fit longtemps partie du per-\nsonnel de l'ancien Théâtre-Lyrique et de l'Opéra-Comique, et qui s'est livré\ndepuis àla carrière italienne, se fera entendre dans Poliuto, en compagnie de\nmademoiselle Krauss.\nMM. Strakosch et Merelli ont déjà songé à remplacer de leur mieux\nmademoiselle Krauss, dont le traité n'excède pas dix représentations. Ils ont\nengagé madame Brambilla, qui a créé le principal rôle des Fromessi Sposi,\nde Ponchielli, avec un grand succès.\nOpéra-Comique. A l'Opéra-Comique, la reprise de Y Ambassadrice, avec\nmadame Carvalho, est fixée au samedi 8 novembre.\nLe succès de M. Melchissédec dans Richard-Cœur-de-Lion obligeant\nl'Opéra-Comique à donner momentanément à d'autres artistes plusieurs rô-\nles de- son répertoire, celui de Jean, dans les Noces de Jeannette, va être\nchanté prochainement par M. Edmond Duvernoy.\nLes Noces de Jeannette, jouées pour la première fois en février 1853, n'ont\njamais, depuis cette époque, quitté le répertoire, et ie rôle de Jean n'a eu\njusqu'ici que deux interprètes : Couderç, le créateur, et Melchissédec.\nL'Opéra-Comique a reçu un acte de MM. Erckmann-Chatrian, musique\nd'un jeune prix de Rome, M. Maréchal.\nTitre : les Amoureux de Catherine.\nAthénee„\nreprendra Pierrot Fantôme, opéra-comique, de M. L. Vercken.\nCet ouvrage, qui a obtenu un succès légitime à la fin de la saison théâtrale,\na été brusquement interrompu par le départ de M. Vauthier. C'est le baryton\nLepers qui reprend le rôle de Pierrot.\nGaîté» L'interprétation musicale de la Jeanne annoncée à la Gaîté,\nsera extrêmement soignée. On sait que M. Gounod a écrit pour ce drame une\nvéritable partition.\nCent choristes et soixante musiciens; un grand orgue de la maison Cavaillé-\nColl qui accompagnera chaque apparition des saintes; sept cents costumes\nqu'on dit être des merveilles d'exactitude historique; une mise en scène sur-\nprenante ; sept grands décors dus aux pinceaux de MM. Cambon5 Cheret et"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "144", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731101-01.1.57", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\nFans. Imprimerie Alcan-Lévy, rue de Latayette, 61.\nPropriétaire-Gérant : HEULHo4cK<D.\n\nFromont ; un ingénieux divertissement dans lequel, se souvenant que sous\nles murs d'Orléans les soldats français avaient parodié la mort de l'Anglais\nSalisbury, Gounod a intercalé un de ses fragments symphoniques intitulé :\nLa Mort d'une Marionnette • tout concourt à faire de la Jeanne d'Arc, à la\nGaîté, un événement artistique et musical d'importance.\nMenus-Plaisirs. Mademoiselle Silly est engagée aux Menus-Plaisirs pour\ncréer le principal rôle de la Liqueur d'or, la nouvelle opérette de MM. Bus-\nnach, Liorat et Laurent de Rillé.\nLes autres rôles opt été distribués à madame Matz-Ferrare; MM. Milher,\nTissier, Dubouchet, etc.\nLa première représentation de la Liqueur d'or aura lieu vers le milieu du\nmois prochain.\nConcert Pasdeloup. L'abondance des matières nous a empêché de ren-\ndre compte de la réouverture des Concerts Pasdeloup au Cirque d'Hiver.\nLe compte-rendu de ces séances si intéressantes a sa place marqué dans\nla Chronique musicale, et nos lecteurs l'y trouveront régulièrement désor-\nmais.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}