{"numero_id": "bm-bmtnabc-1873-12-01-01", "volume": "bmtnabc_1873-12-01_01", "ocr_sha256": "e45ca0c91601a0af84de88f554d925763d3dc92e5cb9eaee66722f89a0d431dd", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabc/issues/1873/12/01_01/bmtnabc_1873-12-01_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabc/issues/1873/12/01_01/bmtnabc_1873-12-01_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabc-1873-12-01-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-12-01_01#c001", "volume": "bmtnabc_1873-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "[209]", "page_fin": "214", "image_debut": 1, "image_fin": 6, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.2.1", "titre_corps": "LA VIOLE D'AMOUR", "titre_sommaire": "LA VIOLE D'AMOUR", "signature_source": "CHARLES DEULIN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[209]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.1", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 771, "texte": "LA VIOLE D'AMOUR\nLÉGENDE DE SAINTE-CÉCILE\n\n(0\nI\n11 temp£ n y avait au château d'Antoing, près de\nTournay, une jeune comtesse nommée Cécile, qui aimait la\nmusique par dessus tout.\nOr, la cathédrale de Tournay avait alors pour organiste\nun jeune homme du nom de Roland, qui était fils d'un luthier, et qui\n(i) A l'occasion de la fête de sainte Cécile qui a été célébrée le 22 de ce mois,\nnotre collaborateur, M. Charles Deulin, a bien voulu nous offrir la primeur de cette\nnaïve et charmante légende, extraite de son nouveau volume prêt à paraître sous le\ntitre de Contes du roi Cambrinus. Remercions M. Deulin et souhaitons à ses Contes\ndu roi Cambrinus lé succès littéraire de ses Contes d'un Buveur de bière dont la\nsixième édition vient d'être mise en vente chez Dentu."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "210", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.2", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2078, "texte": "montrait pour la musique un tel génie qu'à quinze ans il jouait de tous\nles instruments connus.\nSouvent le duc d'Antoing le mandait au château pour exécuter des\nsonates avec sa fille, laquelle pinçait fort bien de la harpe.\nEn ce temps-là, les instruments de musique étaient fort imparfaits et,\nquoique Cécile prît un grand plaisir à les entendre, ni le théorbe, ni la\nmandoline, ni la guitare, ni la harpe, ni l'orgue ne lui allaient au cœur\nau point de faire pleurer ses beaux yeux.\nOh! disait-elle souvent, s'il se trouvait un musicien qui sût tirer\ndes larmes de mes yeux, je lui donnerais la plus belle rose de mon bou-\nquet, le plus beau rubis de mon collier, la plus belle perle de ma cou-\nronne !\nCécile était une merveille de grâce, et malgré le proverbe : « Chaque\nbrebis avec sa pareille, » Roland n'avait pu résister à son charme souve-\nrain..\nUn jour qu'elle venait de répéter ses paroles favorites, Roland dis-\nparut.\nII\nCécile regretta le jeune musicien, mais elle eut bientôt d'autres sujets\nde tristesse. Depuis plus de cent ans les d'Antoing étaient en querelle\navec les Bitremont, leurs puissants voisins.\nLe comte de Bitremont remarqua Cécile dans un tournoi, fut frappé\nde sa beauté, et la demanda à son père.\nLe comte passait pour un homme jaloux et emp3rté; il avait le teint\nolivâtre, les cheveux aussi noirs que l'aile du corbeau et l'œil sombre\nsous d'épais sourcils.\nCécile avait peur de lui, mais son père désirait fort ce mariage, qui\ndevait ramener la paix entre les deux maisons. La pauvre enfant céda\net ne tarda point à s'en repentir.\nSon époux se montra bientôt d'une jalousie effrayante; il aurait voulu\nque sa femme n'aimât que lui seul au monde, et il ne faisait rien pour\ngagner son cœur.\nTout lui portait ombrage, et même l'amour de Cécile pour la musique.\nIl souffrait impatiemment qu'elle pinçât de la harpe; il alla un jour,\ndans un accès de colère, jusqu'à briser l'instrument en mille pièces.\nLa pauvre Cécile songeait bien souvent au temps béni où elle\nvait, en toute liberté, exécuter des sonates avec Roland."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "211", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.3", "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 1848, "texte": "III\nUn soir que la comtesse de Bitremont était en visite avec son époux\nau manoir d'Antoing, on vint annoncer qu'un ménestrel demandait à\njouer de son instrument devant les hôtes du château.\nLe comte de Bitremont fît un mouvement d'impatience, mais le duc\nn'y prit garde, et donna Tordre d'introduire l'étranger; c'était Roland.\nA sa vue, les yeux de la jeune femme s'animèrent,\nQuoi! c'est vous? dit-elle avec un doux sourire. Hé! d'où venez-\nvous, beau fugitif?\nDame de beauté, répondit Roland, vous avez souvent répété que,\ns'il se trouvait un musicien qui pût tirer des pleurs de vos yeux, vous\nlui donneriez la plus belle rose de votre bouquet, le plus beau rubis de\nvotre collier, la plus belle perle de votre couronne. Je viens de passer\ndeux années à Crémone, et j'ai eu le bonheur d'inventer un instrument\nqui peut-être accomplira ce prodige. Le voici.\nEt il présenta l'instrument nouveau. Cécile le considéra attentivement,\npuis elle dit :\nComment appelez-vous ce merveilleux instrument?\nLa viole d'amour ! s\nCes paroles accrurent la colère du comte.\nQuel besoin a-t-on, murmura-t-il, de recevoir ces mendiants,\njoueurs de viole et quémandeurs de florins?\n—Je ne suis point un mendiant, répondit l'artiste, et je ne demande\nrien que l'honneur de récréer madame la comtesse.\nTout entière à sa passion, Cécile ne remarqua point la fureur crois-\nsante de son époux. Sur un signe d'elle, Roland accorda sa viole et com-\nmença.\n>\nIV\nL'instrument rendait, en effet, des sons plus suaves et plus caressants\nque tous ceux que la comtesse avait ouïs jusqu'alors. L'inventeur en\njouait avec un charme étrange. D'abord étonnée, puis émue, la comtesse\ntomba dans une rêverie profonde.\nBientôt son sein battit avec force, ses traits exprimèrent un plaisir\ndouloureux et, quand l'artiste se tut, elle fixa sur lui deux yeux hu-\nmides."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "212", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.4", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2177, "texte": "Alors oubliant tout, elle se leva, détacha la rose qui ornait son corsage\net l'offrit au jeune ménestrel en disant :\nJamais, mon doux ami, je n'ouïs rien d'aussi touchant! Jouez en-\ncore, je vous prie, car je veux tenir toute ma promesse.\nTu ne la tiendras point, malheureuse! s'écria le comte et, dans un\naccès de rage, il tira son poignard et le plongea dans le cœur de sa femme,\nqui tomba morte.\nRoland poussa un cri, sauta sur le poignard, le retira du sein de la\njeune femme, l'enfonça dans le cœur du comte de Bitremont et s'enfuit.\nV\nIl resta vingt ans sans reparaître. On le crut mort; mais il revint et\nnul ne le reconnut. Le dos voûté, les yeux hagards, la barbe et les che-\nveux gris, les joues creuses, combien il était changé!\nLa vue de Cécile assassinée avait égaré sa raison. Il croyait lac jeune\nfemme toujours vivante, mais perdue pour lui, et il la cherchait partout.\nDe grand artiste il était devenu un pauvre guisterneux. Il allait jouant\nde la viole par les tavernes et les cabarets, vivant de la charité publique\net se chauffant à la cheminée du bon Dieu.\nC'était le hasard qui le ramenait aux lieux de sa naissance. La nuit\nétait fermée, quand il se trouva devant le château d'Antoing. Il le regarda\net soudain il se fit comme une éclaircie dans sa tête; à la lumière blan-\nche de la lune, il avait reconnu le vieux manoir.\nIl franchit les murs du parc et, au bout de quelques pas, il aperçut une\nchapelle ouverte. Il y entra.\nAu milieu de la chapelle s'élevait un tombeau de marbre où se tenait\ndebout une femme jeune et merveilleusement belle. Drapée dans un\ngrand manteau de cérémonie, le front ceint de la couronne comtale, le\ncou orné d'un collier de rubis, les bras croisés, les yeux au ciel, elle\nsemblait écouter les concerts des anges.\nC'était la statue de Cécile, et l'artiste l'avait faite si ressemblante, que\nRoland poussa un cri et crut voir Cécile elle-même en chair et en os.\nAprès vous avoir cherché vingt ans, je vous retrouve enfin,, dame\nde beauté ! s'écria-t-il. Ah î j'espère encore toucher votre cœur et faire\npleurer vos beaux yeux !\nVI\nIl accorda sa viole et se redressa* Il commença alors un chant bizarre"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "213", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.5", "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 2152, "texte": "et sublime où sanglotait la plainte la plus déchirante qui soit jamais\nsortie d'une âme désolée.\nTout à coup, ô prodige ! l'immobile visage de la statue se voila d'une\ntristesse profonde, ses yeux s'emplirent de larmes et regardèrent le mu-\nsicien avec une tendresse ineffable.\nQuand il eut fini, la dame décroisa ses bras de marbre, porta la main\nà son collier, en détacha le plus beau rubis et le présenta à Roland.\nLe ménétrier prit en tremblant la pierre précieuse, puis la statue re-\ncroisa ses bras et rentra dans son immobilité.\nEperdu d'amour, Roland tomba à genoux et s'écria :\nMerci ! dame de beauté, vous avez tenu votre promesse ; mais est-ce\ndonc l'artiste seulement qui a eu l'heur de vous plaire ? Oh ! je vous en\nsupplie, dites un mot, faites un geste qui prouve que l'homme aussi a\ntouché votre cœur !\nMais la statue resta muette et impassible, et Roland s'éloigna déses-\npéré.\nIl erra toute la nuit et le jour suivant par la campagne. Le soir,\népuisé de fatigue, il demanda l'hospitalité dans une ferme. On eut pitié\nde lui et on l'envoya au grenier.\nLe matin, avant l'aube, des hommes d'armes vinrent qui le fouillèrent\net trouvèrent sur lui la pierre précieuse ; ils le conduisirent devant le\njuge.\nAux questions du magistrat, il répondit que le rubis lui avait été\ndonné par la comtesse. Le juge crut qu'il feignait la folie, le reconnut\ncoupable de sacrilège, et le condamna pour l'exemple à être pendu sur\nl'heure, en face de la chapelle où il avait commis son crime.\nSuivi d'une grande foule de peuple, Roland s'avança entre les gardes.\nIl ne comprenait pas où on le menait, ni ce qu'on lui voulait.\nEn arrivant au lieu du supplice, il aperçut la statue de Cécile. Un\néclair de raison se fit jour dans son âme. Il releva la tête.\nIl est d'usage, dit-il, qu'on accomplisse le dernier vœu d'un con-\ndamné à mort. Qu'on me rende ma viole, je désire en jouer encore une\nfois !\nVII\nOn lui remit son instrument. Il alla se placer devant la statue et en-\ntonna son chant de mort.\nC'est pour vous, dame, que je meurs, disait la funèbre lamentation.\nJe ne regrette point la vie, puisque vous ne m'avez jamais aimé; mais"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "214", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.6", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1525, "texte": "ma mémoire sera chargée d'un crime dont, vous le savez, je suis inno-\ncent ; le souffrirez-vous ?\nEt, pendant que sa viole se plaignait ainsi, il fixait ardemment ses re-\ngards sur le visage muet de la statue.\nAu fur et à mesure qu'il jouait, la raison lui revenait. Bientôt il re-\nconnut que ce n était pas Cécile avait devant les yeux, mais son\nimage, une froide statue de marbre.\nLe guisterneux remarquait en outre qu'elle ne portait plus ni son\ncollier de rubis, ni sa couronne de perles. On les lui avait ôtés par pru-\ndence et pour ne plus tenter les voleurs.\n- Oh ! c est bien fini, disait la viole, et vous ne tiendrez pas votre\npromesse jusqu au bout. Rien maintenant ne peut plus me sauver.\nAdieu donc, vous que j'ai tant aimée !\nAce moment une voix cria : Regardez! et un long frémissement\ncourut dans la foule.\nfiont de: la statue se voilait de deuil, ses yeux s'attendrissaient.\nBientôt deux larmes y parurent et descendirent lentement le long de ses\njoues de marbre.\nLa statue décroisa ses bras, rapprocha ses mains ouvertes, y reçut les\ndeux larmes qui se condensèrent en grosses perles, et les présenta au\npauvre guisterneux.\nVIII\nLe peuple cria miracle et délivra Roland.\nDès lois la raison lui iut tout à fait rendue et il redevint un grand\nartiste.\nLa chapelle fut bientôt un but de pèlerinage, et les musiciens choisirent\npour patronne Cécile, la tendre fille du duc d'Antoing, qui aimait tant\nla viole d amour, qu à 1 ouïr ses yeux de marbre pleuraient des perles.\n\nCHARLES DEULIN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-12-01-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-12-01_01#c005", "volume": "bmtnabc_1873-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "215", "page_fin": "221", "image_debut": 7, "image_fin": 13, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.2.2", "titre_corps": "LA MUSIQUE CLASSIQUE ET LES CONCERTS POPULAIRES", "titre_sommaire": "LA MUSIQUE CLASSIQUE ET LES CONCERTS POPULAIRES", "signature_source": "H. MARCELLO", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 7, "page_imprimee": "215", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.7", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1549, "texte": "LA MUSIQUE CLASSIQUE\nET\nLES CONCERTS POPULAIRES\n\n(Ij\nUAND nous allons à l'Opéra, la musique que nous y\nentendons exprime des sentiments qui nous sont plus\nou moins familiers. Tel morceau vise à peindre les\ndouceurs ou les violences de l'amour, tel autre, les\nemportements de la haine ou de la jalousie, tel autre\nenfin, la colère, la crainte, la joie, la douleur, etc\nLa musique ne fait que traduire dans son langage ces différentes pas-\nsions, dont le drame nous explique les jeux variés et auxquels l'action\nscénique donne en quelque sorte un corps. Mais allons maintenant en-\ntendre une symphonie. Ici, nous ne pouvons plus nous guider sur au-\ncun livret; la musique ne traduit plus un sentiment défini ou une\nscène tracée d'avance par le drame qui lui sert de canevas ; elle devient\nune abstraction, c'est de la musique absolue5 si j'ose m'exprimer ainsi.\nElle sort du domaine de la réalité pour prendre hardiment son essor\nvers les hauteurs de l'idéal. Libre de tous les liens qui pourraient embar-\nrasser sa marche, le compositeur abandonne la peinture des passions\nhumaines pour se livrer sans réserve aux ravissements du lyrisme et\naux caprices de son imagination. Il sait, suivant les expressions si pitto-\nresques de Berlioz, mêler les péripéties sanglantes du drame aux extases\nde la contemplation, faire succéder aux fureurs de la passion les caprices\ncharmants de la fantaisie et les langueurs divines de la rêverie, faire rire\net pleurer tour à tour, confondre tous les genres dans un vaste tableau,\n\n(i) Voir le numéro du i 5 octobre."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "216", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.8", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2770, "texte": "peindre le fleuve de la vie tantôt grossi par les orages et tantôt reflétant\nen ses eaux limpides les rivages enchantés qu'il traverse, enfin repro-\nduire par les couleurs de l'instrumentation les bruits, le scintillement et\nles harmonies infinies du monde extérieur.\nFort bien! mais quelle va être l'impression de l'auditeur encore inex-\npérimenté qui se trouve pour la première fois en face d'une de ces vastes\ncompositions? En général, il n'éprouve tout d'abord qu'un sentiment :\nFétonnement. Il comprend instinctivement qu'il se trouve en présence\nd'une œuvre grandiose, mais son esprit, accoutumé à la précision et na-\nturellement porté à ramener toutes ses conceptions à un plan défini d'a-\nvance et circonscrit par des bornes étroites, s'égare au milieu des immen-\nsités sans limites qui s'ouvrent devant lui. Procédant du connu à\nl'inconnu, il cherchera presque toujours à placer sous la musique une\naction dramatique quelconque, et Dieu sait s'il se torturera l'imagination\npour prêter à l'auteur une foule d'idées plus étranges les unes que les au-\ntres. Une fois engagé dans cette fausse direction, il ira toujours en s'éga-\nrant de plus en plus jusqu'à ce qu'une âme compatissante vienne lui\ndire : « Ne faites donc pas tant de frais d'imagination, écoutez et laissez-\nvous toucher. » Suivant ce sage conseil, notre auditeur se recueille, il\nsuit attentivement la pensée du musicien à travers ses mille transforma-\ntions, il analyse ses impressions, puis, tout à coup, le nuage qu'il avait\ndevant les yeux se déchire, il comprend, il s'émeut, il se passionne, il ad-\nmire : Lux facta est !\nQuels vastes horizons se sont ouverts tout à coup aux yeux encore\néblouis de cet auditeur, qui ne connaissait jusqu'alors que l'opéra, ou\nmême qui ne s'était jamais élevé au-dessus des platitudes de l'opéra\nbouffe! Cette symphonie qu'il vient d'entendre l'a vivement impres-\nsionné, mais la sensation n'est pas de celles qu'il a éprouvées maintes\nfois au théâtre. Sans doute, les chefs-d'œuvre de l'art dramatique l'avaient\npénétré d'une émotion profonde et quelquefois plus violente ; ici, ce\nqu'il ressent, c'est une émotion calme, pleine de sérénité et je dirai vo-\nlontiers de béatitude. Il est dominé et charmé tout à la fois par la\nforme savante et les allures sévères de cette sublime expression de l'art\nlyrique; la symphonie élève son esprit en lui révélant le sentiment du\nbeau dans toute sa perfection.\nAh ! ce sont là de grandes leçons, et l'esprit comme le goût se forment\nbien vite à pareille école ! Encourageons donc, par tous les moyens\npossibles, l'institution de concerts destinés à nous faire connaître ces im-\nmortels chefs-d'œuvre de l'esprit humain !\nCette institution, d'une haute portée morale, est utile pour le public"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "217", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.9", "debut_caractere": 42, "fin_caractere_exclue": 2838, "texte": "dont elle assainit le goût; elle est utile pour les artistes et pour les com-\npositeurs qui trouvent dans l'audition fréquente de tant de chefs-d'œu-\nvre le complément indispensable de leurs études musicales. En outre,\net ce n'est pas là son résultat le moins précieux, elle contribuera certai-\nnement à enrichir notre école française d'une nouvelle branche de mu-\nsiciens, la branche des symphonistes.\nLa jeune école compte déjà des symphonistes distingués, qui promet-\ntent beaucoup pour l'avenir ; favorisez donc leurs débuts, accueillez avec\nindulgence les œuvres qui marqueront des tendances élevées, et surtout\ndonnez aux compositeurs les moyens de se faire entendre, c'est-à-dire\nmultipliez les Sociétés de musique instrumentale. Ces Sociétés sont en-\ncore très rares, mais il s'en fonde chaque jour de nouvelles, et le succès\nqui a accueilli leurs premiers essais est d'un heureux présage pour l'ave-\nnir. Nous avons déjà parlé des Concerts du Conservatoire; quelques mots\nmaintenant au sujet des autres Sociétés de concerts. A leur tête nous\nplacerons naturellement les Concerts populaires, les premiers qui aient\nréellement commencé à populariser la musique classique.\nFondée vers i 853, la Société des Jeunes Artistes donna d'abord quel-\nques concerts dans la salle Herz, sous la direction de M. Pasdeloup. Les\ndébuts furent pénibles et les premiers résultats peu brillants. Le public\nse décidait avec peine à sacrifier à un simple concert le temps et l'argent\nqu'il donnait bien plus volontiers au théâtre. Peut-être eût-il moins\nhésité s'il s'était agi des concerts du Conservatoire, dont l'immense répu-\ntation était depuis longtemps établie; mais une société nouvelle, compo-\nsée d'éléments nouveaux et à peine connus, offrait peu de garanties et\nn'exerçait pas une grande attraction.\nCependant un certain nombre d'amateurs de musique classique assis-\ntèrent assez facilement aux premières séances de la jeune société. Leur\nnombre, d'abord fort restreint, s'accrut de jour en jour, puis le vrai pu-\nblic finit par s'adjoindre peu à peu à ce premier noyau d'amateurs, et\nbientôt, grâce à l'intelligence des artistes, grâce au zèle de leur chef, la\nSociété des Jeunes Artistes commença à acquérir une certaine impor-\ntance, si bien que, le théâtre de ses premiers débuts ne pouvant plus\ncontenir la foule qui s'était enfin décidée à en prendre le chemin, elle dut\nse transporter sur une scène plus vaste et vint s'établir au Cirque Napo-\nléon, sous le nom de Société des Concerts Populaires.\nLa nouvelle salle pouvait contenir un grand nombre de spectateurs;\nelle était située dans un quartier populeux, éloigné des théâtres lyriques\net des salles de concerts, les séances avaient lieu le dimanche dans le\njour ; enfin le prix des places était à la portée de toutes les bourses; tous"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "218", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.10", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2835, "texte": "ces différents éléments, calculés avec habileté, conduisirent àun succès\npresque inespéré. En outre quelques innovations assez heureuses vin-\nrent ajouter à la popularité de la nouvelle entreprise. Le Conservatoire\navait le tort de se renfermer dans une immobilité, fort majestueuse sans\ndoute, mais aussi fort monotone. Confiné dans un répertoire assez borné,\nqu'il ne s'occupait guère de rajeunir par l'adjonction de quelques œuvres\nmoins connues, il était resté à peu près inaccessible aux œuvres contem-\nporaines et fort inhospitalier pour les artistes, qui venaient chercher à\nParis la consécration d'une renommée déjà établie dans les principales\nvilles européennes. Les Concerts populaires se montrèrent plus hardis\net plus entreprenants. Tout en laissant la place d'honneur aux chefs-\nd'œuvre de l'école classique, ils ouvrirent leurs programmes à des œuvres\nplus modernes choisies avec soin, et accueillirent toujours avec faveur\nles virtuoses français ou étrangers qui sollicitaient l'honneur d'être pré-\nsentés par eux au public parisien. Le public, souvent embarrassé d'oc-\ncuper son dimanche, surtout dans la mauvaise saison, accepta avec\nempressement le nouveau genre de divertissement qui lui était offert.\nVenu la première fois par curiosité, il revint les autres fois par intérêt.\nIl se mit à étudier, avec non moins d'ardeur que d'intelligence, ce réper-\ntoire si riche et si nouveau pour lui.\nLes chefs-d'œuvre d'Haydn et de Mozart le pénétrèrent d'admiration,\nles grandes époques de Beethoven excitèrent son enthousiasme au plus\nhaut degré. Peu à peu son goût musical se forma, son jugement s'exerça,\net son admiration, un peu inconsciente les premiers jours, devint plus\nraisonnée dans la suite; à propos de certaines compositions modernes,\ndont la réputation n'était pas encore consacrée, il fit preuve à plusieurs\nreprises d'un goût assez éclairé. Naturellement quelques-unes de ces\nœuvres ne passèrent pas sans soulever des protestations ; aucunes même\ndevinrent l'occasion de véritables luttes artistiques, et le spectacle de ces\ndisputes, parfois un peu trop vives, remplissait de joie tous ceux qui\ns'intéressent au progrès de l'art et qui avaient si souvent déploré l'indif-\nférence du public pour la musique sérieuse.\nCe réveil du goût musical coïncidait, bizarre rapprochement, avec le\ntriomphe de l'opéra bouffe sur toutes nos scènes de genre, et ce fut sou-\nvent un problème pour nous que de voir le même public courir dans la\njournée aux concerts populaires pour entendre les chefs-d'œuvre de\nMozart et de Beethoven, et se presser le soir dans les petits théâtres pour\nse divertir aux grosses bouffonneries d'Offenbach et d'Hervé. Mon Dieu!\nje ne voudrais pas faire de grandes phrases à la Joseph Prud'homme,\ncrier à la corruption byzantine et pleurer sur les ruines du temple de"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "219", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.11", "debut_caractere": 42, "fin_caractere_exclue": 2662, "texte": "Melpomène ! Chaque chose en son temps ; et je ne fais pas un crime aux\ngens qui goûtent la musique classique de s'amuser des facéties de l'opéra\nbouffe. L'opéra bouffe est un plaisir grossier, mais on y rit parfois de\nbon cœur, et c'est si bon de rire ! On ne peut pas exiger de tout le monde\nle goût exclusif des plaisirs délicats et des divertissements sérieux.\nLe vrai musicien, au goût fin et sévère, est un peu absolu ; il n'estime\nrien, à l'exception des chefs-d'œuvre de l'art ou tout au moins des œu-\nvres qui marquent un talent réel et des tendances élevées. En dehors de\nla grande église dont Mozart-, Beethoven et Haydn sont les dieux, point de\nsalut ; anathème sur les infidèles ! anathème sur leurs grossières idoles !\nCet excès de vertu est assurément fort respectable, je le comprends, et\nje l'excuse d'autant plus volontiers que je suis, je l'avoue, un des fana-\ntiques les plus intraitables de cette religion du beau absolu. Je ne veux\npas m'en faire un titre de gloire, bien loin de là, car je reconnais avec\nvous que l'absolu en toute chose est une erreur, et j'apprécie mieux que\npersonne cette maxime si vraie et si sensée du sage :\nIl faut parmi le monde une vertu traitable ;\nA force de sagesse on peut être blâmable.\nLa parfaite raison fuit toute extrémité\nEt veut que l'on soit sage avec sobriété.\nMais, enfin, j'ai beau me raisonner, je ne puis voir sans chagrin le\nsuccès de ce genre, je voudrais bien dire honteux, mettons simplement\ndéplorable. L'opéra bouffe déprave le goût; le théâtre doit être avant\ntout moral et utile ; je veux bien qu'il soit gai, qu'il rie, qu'il badine,\nmais pourtant sans trop s'écarter de sa devise : « Castigat ridendo mores.»\nL'opéra bouffe constitue un monstrueux abus d'un langage qui n'est\nbeau et respectable que lorsqu'il sert d'expression aux conceptions les\nplus élevées de la pensée humaine. La musique cesse d'être un art quand\non ne s'en sert que pour lui faire exprimer des banalités ou des grossiè-\nretés, et je regrette sincèrement qu'on n'ait pas trouvé un terme particu-\nlier pour désigner cette suite de sons, qui compose un opéra bouffe, car\nil est vraiment pénible de se servir de la même expression pour qualifier\nle langage divin de Don Juan et de Guillaume Tell et l'argot de VŒU\ncrevé ! Les écrits de Vadé, les farces de Tabarin et les parades de la\nfoire Saint-Laurent étaient souvent pleines d'esprit et de sel et fort di-\nvertissantes ; mais enfin jamais personne n'a osé les qualifier de littéra-\nture et les désigner du même nom que les œuvres de Racine et de Boi-\nleau! Pourquoi ne ferions-nous pas de même en musique? L'opéra bouffe"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "220", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.12", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2867, "texte": "habitue le public aux plaisirs faciles, et il le dégoûte peu à peu des ré-\ncréations plus relevées, qui exigent une certaine attention et un travail\nde l'intelligence, si bien que le public en arrive bientôt à considérer\ncomme une fatigue et comme une étude fastidieuse le spectacle des œu-\nvres que, suivant son expression favorite, il ne comprend pas du premier\ncoup. Enfin, l'opéra bouffe a détourné un certain nombre de nos jeunes\ncompositeurs des études sérieuses et des aspirations élevées dont l'artiste\nne doit jamais se départir. Bien des musiciens se sont vus réduits à sacri-\nfier au goût du jour pour se procurer des ressources que Y art ne pouvait\nplus leur fournir; il fallait bien vivre, et les théâtres, impitoyablement\nfermés aux œuvres sérieusement méditées, ne s'ouvraient qu'à la bouf-\nfonnerie à la mode ! Parmi ces compositeurs, il y en a, et c'est le plus\ngrand nombre, qui n'étaient guère en état de faire autre chose; mais, à\ncôté de ces industriels, on pourrait citer deux ou trois artistes de race,\nnourris de fortes études, lauréats de nos Conservatoires, et vraiment\ncapables de prétendre à des succès de meilleur aloi. Ce sont des hommes\nperdus pour l'art, et nous les regrettons; mais en même temps que nous\ndéplorons leur défection, ne sentons-nous pas redoubler notre estime\npour ces autres artistes convaincus qui sont restés fermement attachés au\ngrand art et n'ont jamais consenti à renier le vrai Dieu pour fléchir le\ngenou devant les idoles populaires?\nMais en voilà assez sur ce sujet : aussi bien toutes ces récriminations,\noutre qu'elles paraîtront ridicules à beaucoup de personnes, sont à peu\nprès inutiles. Bien des critiques n'ont pas cessé de les proférer depuis\nune dizaine d'années : ils ont prêché dans le désert; et si la vogue de\nTopera bouffe est entamée, c'est moins à leur influence qu'il faut l'attri-\nbuer qu'à la lassitude bien naturelle du public, qui commence à s'en\ndégoûter, comme il se dégoûte à la longue de tout ce qui n'est qu'affaire\nde mode. Pour ma part, je n'hésite pas à l'imputer à cette première\ncause ; mais je suis en outre convaincu que la propagation de la mu-\nsique classique due aux concerts populaires y a fortement contribué.\nInitié aux plus belles conceptions des maîtres, le public n'a pas manqué\nd'établir une comparaison entre les chefs-d'œuvre de la grande école et\nles compositions simili-musicales qu'on lui faisait entendre chaque soir\nsur les scènes bouffes, et naturellement la comparaison n'a pas été à\nl'avantage de la musique article de Paris ! Tel pianiste amateur, fort\ndésagréable, du reste, qui passait son temps à jouer polkas, quadrilles,\nVariations, Mosaïques, Bouquets de mélodies, Maisons dyor et autres\ninepties, se mit à étudier les sonates de Beethoven et de Mozart. On en\nrevint peu à peu aux modèles du bon goût et on s'aperçut, non sans"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "221", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.13", "debut_caractere": 42, "fin_caractere_exclue": 1171, "texte": "étonnement, que les œuvres de génie, qui avaient tant enthousiasmé\nnos ne sauraient vieillir et n'avaient jamais été surpassées. Cette\néducation individuelle, provoquée par les concerts populaires, fournit à\ncette institution un nombreux contingent d'adeptes éclairés et lui im-\nprima une nouvelle et puissante impulsion. Voici déjà que la salle du\nCirque est devenue trop petite ; une société d'artistes vient s'établir à\nrOdéon au milieu de la saison dernière, et le public accourt en foule à\nces nouveaux concerts ! Je connais peu d'exemples d'un succès aussi\nprompt et aussi vif, et je ne doute pas que toute nouvelle tentative sé-\nrieuse, faite dans cette voie par des artistes capables de mener l'entre-\nprise à bonne fin, ne soit couronnée d'un égal succès. Mentionnons\nencore pour mémoire les concerts du Châtelet.\nMais ce n'était pas assez de réformer l'art musical; il était donné à la\nrévolution classique, déterminée par l'institution des Concerts popu-\nlaires , de s'étendre au-delà de ses frontières naturelles et d'exercer une\ninfluence salutaire sur l'art dramatique lui-même.\n(La fin prochainement.\n\nH. MARCELLO."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-12-01-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-12-01_01#c009", "volume": "bmtnabc_1873-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "222", "page_fin": "231", "image_debut": 14, "image_fin": 24, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.2.3", "titre_corps": "HISTOIRE DU THÉATRE DE MADAME DE POMPADOUR DIT THÉÂTRE DES PETITS CABINETS", "titre_sommaire": "HISTOIRE DU THÉATRE DE MADAME DE POMPADOUR DIT THÉÂTRE DES PETITS CABINETS", "signature_source": "ADOLPHE JULLIEN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 14, "page_imprimee": "222", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.14", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1161, "texte": "HISTOIRE\nDU\nTHÉATRE DE MADAME DE POMPADOUR\nDIT\nTHÉÂTRE DES PETITS CABINETS\n\nQuatrième article (i).\nCHAPITRE III.\n( Suite. )\nIFFÉRENTES causes jetèrent pendant quelque temps le\ndésarroi dans la troupe et firent changer, souvent\nmême contremander le spectacle. Ce fut d'abord une\nindisposition de M. de Meuse qui fit remettre la repré-\nsentation de la Mère Coquette, de Quinault* Puis la\nnouvelle de l'étrange mort de M. de Coigny, auquel\nle roi, accoutumé à le voir dès son enfance, avait toujours marqué\nune amitié particulière, occasionna un relâche le jour même (lundi\n4 mars) où Ton devait donner la reprise de V Enfant prodigue. Tout était\nprêt, on allait lever la toile, quand tout à coup ordre vint d'ajourner le\nspectacle. Le perruquier Notrelle s'exprime ainsi à ce propos dans son\nMémoire : « Ce jour-là, dans le moment qu'on étoit prest à jouer et que\nles acteurs étoient coeffés et préparés, il y a eu contre-ordre* Mais comme\nl'ouvrage a été fait et que Notrelle a été pour cela deux jours à Versailles,\nil espère qu'on ne lui refusera pas de lui passer en compte ce qui suit. »\n\n(i) Voir les numéros des i°r septembre, iCl' octobre et idr novembre."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "223", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.15", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2812, "texte": "Ce tragique événement demande à être élucidé. Voici ce qu'on lit dans\nle journal de Barbier :\nIl est arrivé, la nuit du dimanche 3 au lundi 4, un malheur épouvantable\nsur le chemin de Versailles. Il fait plus froid depuis quelques jours qu'il n'a\nfait de l'hiver ; il neige depuis trois ou quatre jours, et, la nuit de dimanche,\nla neige tombait par de gros flocons, de manière que la terre en était cou-\nverte. Il est d'usage ici que les seigneurs vont plus de nuit que de jour; rien\nne les arrête, et c'est le bon air. M. le comte de Coigny, lieutenant-général,\ncolonel-général des dragons, cordon bleu, gouverneur du château de Choisy,\nfavori du roi, fils du maréchal de Coigny vivant, soupait chez Mademoiselle,\nprincesse du sang, dont il a été toujours ami, ce qui a beaucoup contribué à\nson avancement, où il fut d'une gaîté charmante.\nComme il était d'une partie de chasse avec le Roi, le lundi matin, il\nmonta dans sa chaise de poste, accompagné d'un coureur, entre une heure et\ndeux heures après minuit, pour aller coucher à Versailles. Mademoiselle lui\nreprésenta qu'il était fou de se mettre en chemin par le temps qu'il faisait,\net qu'il ferait mieux de coucher à Paris et d'en partir à sept heures du ma-\ntin. Son postillon lui dit, dans la cour de Mademoiselle, qu'il était gelé et\naveuglé par la neige, qu'il ne verrait pas son chemin, Vous avez toujours\npeur, vous autres, dit-il, marchons.\nVis-à-vis du village d'Auteuil, il y a des fossés sur la droite du chemin ;\nle postillon ne voyait ni ne sentait le pavé, la chaise a versé dans le fossé. On\ndit que M. de Coigny a cassé une glace avec sa tête, et qu'elle lui a coupé la\ngorge ; d'autres, qu'il s'est donné un coup au derrière de la tête dans un en-\ndroit mortel ; bref, il est mort sur-le-champ. Le courrier, quoique blessé,\nest venu à Paris porter cette belle nouvelle à l'hôtel pour le faire enlever.\nPour la chaise, elle est restée dans le fossé, et a été vue le matin par tous les\npassants.\nLe roi a demandé lundi matin si Coigny était à Versailles. On lui a dit\nqu'il avait versé la nuit en venant. Il a demandé s'il était blessé, on lui a ré-\npondu tristement qu'il l'était très dangereusement. Le roi a entendu qu'il\nétait mort, s'est retiré dans son cabinet et a contremandé la chasse et même\nla comédie qu'on devait jouer le soir à Versailles.\n..... Mais le mardi la nouvelle change. On dit que c'est un duel et qu'on\nétait convenu de renverser une chaise dans le fossé. On a nommé le prince\nde Dombes. le comte d'Eu, le duc de Luxembourg et M» de Fitz-James.\nC'était en effet le prince de Bombes, Louis-Auguste de fils\naîné du duc du Maine, colonel-général des Suisses et Grisons, prince du\nsang et, de plus, basson à l'orchestre des petits appartements, qui avait\ntué en duel le comte de Coigny."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "224", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.16", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2745, "texte": "A Versailles, au jeu du roi, M. de Coigny, qui perdait contre le prince\nde Dombes des sommes considérables, s'oublia jusqu'à dire assez haut :\n« Il faut être bâtard pour avoir tant de bonheur. » Le mot était d'autant\nplus sanglant qu'il s'adressait au petit-fils de madame de Montespan.\nLe prince, voulant avant tout éviter un éclat, se pencha sans affectation\nà l'oreille du comte et lui dit simplement : « Vous pensez bien, mon-\nsieur, que nous allons nous voir rout à l'heure. » Le jeu continua, et la\nnuit était fort avancée quand ils reprirent ensemble le chemin de Paris.\nIls convinrent que la rencontre aurait lieu sur la route au point du jour.\nMais les nuits sont longues dans cette saison, et le jour commençait à\npoindre quand ils mirent pied à terre au bord de la Seine, entre le vil-\nlage d'Auteuil et la ferme de Billancourt. Les laquais allumèrent des\nflambeaux, et c'est à la lueur douteuse des torches et de l'aube naissante,\nsur un épais tapis de neige qu'ils croisèrent le fer : M. de Coigny eut la\ngorge traversée de part en part et mourut sur la place.\nLa chaise, renversée dans un fossé, fut abandonnée sur la route; on\nespérait ainsi donner le change à la curiosité publique. Mais les détails\ndu duel, bientôt divulgués, devinrent, à Paris et à Versailles, le sujet de\ntoutes les conversations; on allait en pèlerinage visiter le lieu du combat.\nC'était encore en 1748 un endroit désert, qui fut alors baptisé le Point-\ndu-Jour.\n« Mademoiselle ajoute Barbier, a été très chagrine de cette mort.\nIl n'en a plus été question un mois après. » Le deuil du roi et de la cour\nne fut pas non plus de longue durée. Huit jours après, le to mars, ma-\ndame de Pompadour reprenait, et cette fois sans encombre, le doliman\nde taffetas rose d'Almasis, tandis que le prince de Dombes, le héros de\ncette tragédie, jouait tranquillement sa partie de basson à l'orchestre.\nLe dimanche 10 mars, on devait jouer le Méchant, mais M. de Niver-\nnois s'étant trouvé incommodé, on représenta Almasis et Ismène. M. de\nCourtenvaux dansa dans la première pièce, où madame Trusson avait\ncédé une partie de son rôle à madame Marchais. Dans Ismène, M. de la\nSalle chanta à la place du duc d'Ayen; ils étaient tous deux fort enrhu-\nmés, et l'on n'avait pas voulu que ce dernier jouât le principal rôle dans\nles deux pièces.\nLe Méchant avait été remis au samedi 16, et l'on devait donner avec\nune comédie sans nom d'auteur, le Fat puni (de Pont de Veyle), mais\nla marquise eut la migraine dès le matin; elle espérait pourtant jouer,\nmais la douleur ayant fort augmenté l'après-dîner, elle fut obligée de se\nmettre au lit et force fut de décommander le spectacle.\nQuoique l'état de souffrance de la marquise se fut prolongé, il put y"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "225", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.18", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2051, "texte": "avoir représentation le jeudi 21 mars ; on joua Zénéide et l'opéra de La\nBruère et Mondonville, Erigone. Bien qu'étant toujours enrouée, la\nmarquise put jouer dans la comédie en compagnie de madame de Livry,\nqui conserva son rôle de Gnidie, de madame Marchais remplaçant ma-\ndame de Brancas dans le rôle de la Fée, et de M» de Duras qui joua\nOlinde à la place du duc de Nivernois; mais quand elle voulut chanter\nErigone, elle fut obligée d'y renoncer et de céder la place au jeune Leca-\nmus, page de la musique du roi, qui, pris ainsi à Fimproviste et forcé\nde lire le rôle, dut faire assez trisre figure clans l'une des plus gracieuses\ncréations de la marquise.\nLe mardi 26 mars, deuxième représentation du Pédant, et première\nreprésentation du prologue et de l'acte de Cléopâtre, des Fêtes grecques\net romaines, de Fuzelier et Colin de Blamont, jouées à l'Opéra le 17\njuillet 1723. La marquise n'étant pas complètement rétablie, la duchesse\nde Brancas fut chargée de remplir le rôle de Cléopâtre.\nActeurs dans le prologue :\nApollon (Thévenard) Le marquis de la Salle.\nClio. (M[ie Lemaure) Madame Trusson.\nErato (MI{q Antier) Madame Marchais\nTerpsichore.... (M[le Prévost)...... La demoiselle Puvigné.\nActeurs dans l'acte de Cléopâtre :\nAntoine (Thévenard) t Le duc d'Ayen.\nEros (Grenet) Le vicomte de Rohan\nCléopâtre (MUe Antier) La duchesse de Brancas,\nUne Egyptienne Madame Trusson.\nY\nLe jeudi 28 eut lieu la rentrée de madame de Pompadour. On joua\nd'abord Erigone, puis on répéta le prologue seul des Fêtes grecques et\nromaines. Après un entr acte d'une petite demi-heure, pendant lequel\nle roi alla voir la Dauphine, 011 joua l'acte de la Vue, du Ballet des Sens,\nparoles de Roy, musique de Mourut, joué à l'Opéra le 5 juin 1732.\nL'Amour. (Mlle Lemaure) Madame de Pompadour.\nZéphire (Mile Petitpas)...... Madame Marchais\nIris (M[le Eremans) Madame Trusson\nAquilon (Dun). M. de la Salle\nLa marquise, qui brilla dans ce nouveau rôle, avait confirmé, par ce\nchoix, le jugement que le public avait porté naguère sur les quatre actes\nd: cet ouvrage :"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "226", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.19", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2404, "texte": "Comment donc, à ce que je vois,\nIl est bien mal en son harnois.\nIl est sourd comme une statue ;\nLe goût, le toucher, /'odorat\nChe% lui sont en mauvais état :\nIl n'a rien de bon que la vue.\njLa clôture de la saison théâtrale eut lieu le samedi 3o mars; aussi\ndit-on en badinant que c'était pour la capitation, comme c'était l'usage\nà l'Opéra : on appelait ainsi la dernière représentation avant la Passion,\nqui était toujours donnée au profit des artistes. Il faut voir avec quel plai-\nsant amour-propre Laujon raconte comment son ouvrage d'Eglé eut\nl'honneur d'être désigné pour faire partie de ce spectacle.\nLa troupe avait décidé qu'elle choisirait, pour sa capitation, la comédie et\nl'acte d'opéra qui auraient réussi le plus complètement. Gresset réunit tous\nles suffrages en faveur de la comédie; mais sur l'opéra? le choix fut long-\ntemps indécis entre l'acte d ismène et celui dEgle. Nous avions, Lagarde et\nmoi, des rivaux redoutables ; on faisait valoir fortement pour nos anciens,\nnombre de succès antérieurs au dernier. Croirait-on que ce titre incontes-\ntable fut précisément celui qui fit pencher la balance de notre côté, et, contre\ntoute apparence, leur enleva la palme ? « Un honneur déplus, dit-on alors,\nn'est pas nécessaire à leur gloire; il est peu pour eux, il est tout pour de jeu-\nnes auteurs à qui l'habitude des succès n'est pas aussi familière et que l'on\ndoit encourager. » Ainsi donc, la cause de la jeunesse l'emporta sur celle de\nl'expérience. Il fut définitivement arrêté que la troupe donnerait pour sa capi-\ntation la comédie du Méchant et l'acte dEglé (i).\nLe programme se composa donc d'Eglé, de l'acte de la Vue, et de Pacte\nde Cléopâtre. La veille, ces trois pièces avaient éré répétées avec les\nmachines et les habits. «Cette répétition fut une vraie représentation,\nécrit Luynes. Madame de Pompadour voulut donner cet amusement à\nquelques dames de ses amies de Paris et à quelques hommes de ce pays-\nci, qui n'ont pas permission d'y entrer quand le roi y est. »\nCette représentation débuta par un compliment au roi, de Roy pour\nles paroles et de Colin de Blamont pour la musique; ce fut le marquis\nde la Salle qui le chanta, travesti en Apollon.\nD'un peuple de Héros le maître et le modèle9\nToujours avide de travaux,\nEntend Bellone qui l'appelle.\nIl va partir ; il vole à des succès nouveaux .\n\n(I) LAUJON, Note sur la représentation d'Eglê*"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "227", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.20", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2205, "texte": "Doux plaisirs, de sa présence\nOse% encor profiter ;\nCharme% son impatience,\nSans espoir de l'arrêter.\nAimables filles de Mémoire,\nChères délices de sa. Cour,\nVous qui partagiez tour à tour\nLes moments qu il rend à la Gloire,\nA peine vous aure% jusques à son retour\nLe temps de préparer tous vos chants de victoire.\nLe dieu des oracles ne mentit pas cette fois aux promesses faites en\nson nom ; quelques jours plus tard, Louis XV partait pour suivre les\nopérations de cette guerre qui se termina bientôt par la paix d'Aix-la-\nChapelle.\nDans la fête de l'acte de la Vue, un des suivants de Flore chanta la\ncantatille suivante, des mêmes auteurs, adressée à madame de Pompa-\ndour qui représentait l'Amour.\nO vous, qui d'une aile légère\nParcoure% cent climats divers,\nParte Nymphe aux cent voix, voleç, fende% les airs :\nQiie le dieu qui règne à Cythère\nSoit chanté dans tout Vunivers»\nQuand Psyché lui rendit les armes,\nCe n était qu'un essai du pouvoir de l'Amour :\nAvait-il rassemblé, comme dans ce beau jour,\nTant de talens et tant de charmes?\nLes décors surtout paraissent avoir obtenu l'assentiment général. «On\nne peut rien ajouter à la perfection du jeu, du goût et de la voix de ma-\ndame de Pompadour, écrit Luynes. Madame Marchais a une petite voix,\nmais jolie. Madame Trusson en a une plus grande et plus agréable. Les\ndécorations sont charmantes, le vaisseau de Gléopâtre est beaucoup\nmieux qu'à l'Opéra; et dans l'acte de la Vue, Parc-en-ciel est parfaite-\nment bien représenté (1). »\n\n(i) Voici ce que Mouffle cTAngerville écrivit plus tard à propos de l'année 1748 :\n« Nous avons dit que madame de Poinpadour jouait très bien la comédie. Il y avait\nfréquemment des spectacles aux petits appartements, où les personnages les plu s\nillustres et les plus graves de la cour se livrèrent à cet art pour amuser le Roi. C'est\nà elle qu'on doit ce goût scénique qui s'est emparé généralement de toute la France,\ndes princes, des grands, des bourgeois; qui a pénétré jusque dans les couvents, et\nqui, empoisonnant les mœurs dès l'enfance par cette foule d'élèves dont ont besoin\ntant de spectacles, a porté la corruption à son comble. » (Vie privée de Louis XV,\n11, 306.)"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "228", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.21", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2337, "texte": "Le lendemain de la fermeture du spectacle, madame de Pompadour\ndistribua, de la part du roi, des présents à quelques-uns de ceux qui\navaient pris part aux divertissements. Moncrif, le sous-directeur du\nthéâtre,—qui, bien que lecteur de la reine, se plaisait à écrire des pièces\npour la marquise, et auquel Marie Leckzinska avait dit, un jour qu'il\nl'entretenait d'un de ses ouvrages récemment applaudi : « Voilà qui est\nbien, mais en voilà assez, » Moncrif eut une belle montre à répétition ;\nMM. de Dampierre, Ferrand et Duport, une tabatière avec le portrait\ndu roi; et les autres musiciens amateurs, soit une montre., soit une taba-\ntière. Quant aux musiciens de profession, ils furent payés en argent et\nreçurent chacun 25 ou 3o louis. Mais les auteurs d\"Eglé furent particu-\nlièrement bien traités. On créa pour Lagarde la place de maître d'orches-\ntre de l'Académie de musique, fonction qu'on détacha de celles des\ndirecteurs Rebel et Francœur; et Laujon raconte dans son livre que,\nle jour même où l'acte à'Eglé lui valut des compliments de la bouche\ndu roi, le comte de Clermont, dont il était premier secrétaire, le nomma\nsecrétaire de ses commandements. Puis en 1750, dernière année des\nspectacles des petits cabinets, son protecteur joignit à cette place celle\nde secrétaire du gouvernement de Champagne et de Brie, que le roi ve-\nnait de lui accorder.\nCHAPITRE IV\nTROISIÈME ANNÉE.\n27 1 22 sM.ars 1749.\nLe théâtre des petits cabinets était trop petit pour contenir tous ceux\nqu'on eût voulu y inviter, tant était vivement recherché l'honneur d'as-\nsister à ces spectacles intimes. Il fallait absolument remédier à ce défaut :\nle plus court, sinon le moins coûteux_, était de construire une salle nou-\nvelle. Ainsi fit-on. Le voyage de la cour à Fontainebleau fut le temps\nchoisi pour bâtir un nouveau théâtre dans la cage du grand escalier de\nmarbre ou des ambassadeurs, en s'efforçant de ne gâter ni le marbre ni\nles peintures. Ce théâtre était mobile et s'enlevait ou se remettait à vo-\nlonté ; il devait suffire de quatorze heures pour le défaire et de vingt-\nquatre pour le rétablir.\nCet énorme travail ne se fît pas sans causer de grandes dépenses, et\nl'on disait tout bas qu'il avait coûté deux millions. Ces bruits parvin-\nrent jusqu'à la marquise, et un soir, à sa toilette, elle les démentit en"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "229", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.22", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2226, "texte": "ces termes : « Qu'est-ce que l'on dit que le nouveau théâtre que le Roi\nvient de faire construire sur le grand escalier coûte deux millions ? Je\nveux bien que Ton sache qu'il ne coûte que vingt mille écus, et je vou-\ndrais bien savoir si le Roi ne peut mettre cette som me à son plaisir, et\nil en est ainsi des maisons qu'il bâtit pour moi. » La marquise se trom-\npait : ce n'est pas vingt mille écus, mais bien soixante-quinze mille\nlivres que sa fantaisie d'artiste coûtait au trésor ; c'est le Roi lui-même\nqui le dit.\nLe nouveau théâtre ouvrit ses portes le mercredi 27 novembre 1748 :\nla pièce d'inauguration était due, pour les paroles, à Gentil-Bernard et à\nMoncrif, et pour la musique, à Rameau ; elle était intitulée : Les Sur-\nprises de VAmour (1) et comprenait un prologue et deux ballets.\nPrologue, Le Retour d'Astrée :\nAstrée Madame de Brancas.\nUn Plaisir Madame de Marchais.\nVulcain M. le duc dAyen.\nLe Temps M. de la Salle.\nPremier ballet, La Lyre enchantée\nUranie Madame de Pompadour\nL'Amour Madame de Marchais.\nLinus, fils d'Ap0110n....,. M. de la Salle.\nSecond ballet, Adonis :\nVénus Madame de Pompadour.\nL'Amour Madame de Marchais.\nDiane Madame de Brancas.\nAdonis M. le duc dAyen.\nUn suivant de Diane. M. le vicomte de Rohan.\nMercredi dernier, écrit Luynes, le Roi vit pour la première fois la\nnouvelle salle d'Opéra construite dans l'escalier des ambassadeurs. Il n'avoit\npoint voulu y entrer jusqu'à la première représentation... M. de la Vallière\na beaucoup d'honneur à l'arrangement du théâtre. 11 est beaucoup plus grand\nque celui de la petite galerie ; les décorations sont faites avec beaucoup de\ngoût. La place où le Roi se mit avec M. le Dauphin, madame la Dauphine et\nMesdames, est assez grande pour contenir environ vingt-cinq personnes. Des\ndeux côtés de la place du Roi, en allant au théâtre, il y a deux balcons, dont\nchacun peut tenir douze à quinze personnes Au-dessous du Roi, en face du\nthéâtre, il y a des gradins où étaient M. h président Hénault, M. le prési-\ndent Ogier, en tout trente ou quarante personnes. Entre ces gradins et le\nthéâtre est l'orchestre, qui est plus grand que celui de la petite galerie, et\n\n(1) Représenté à l'Opéra le 3i mai 1757."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "230", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.23", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2586, "texte": "contient environ quarante places. Les musiciens et les spectateurs sont fort\nà leur aise, et l'on entend, de partout , facilement la voix des acteurs ; le\nmouvement des décorations et des machines se fait avec beaucoup de facilité\net de promptitude. Cet ouvrage n'est pas aussi cher qu'on se l'imagine dans\nle public; le Roi demanda avant-hier à M. le contrôleur général combien il\navoit donné de fois i 5,000 livres. Le contrôleur-général croyoit que ce n'étoit\nque quatre fois ; mais le Roi Je fit souvenir que c'était cinq.\nLa nouvelle salle fut admirée de tous; décorations, costumes et machi-\nnes plurent aux spectateurs, mais il n'en fut pas de même de FOpéra.\nAu beau milieu de la représentation, le roi se prit à bâiller, et on l'en-\ntendit dire à l'un de ses voisins : « J'aimerais mieux la comédie. »\nMalgré cet insuccès, la troupe ne se tint pas pour battue, et le mardi 3\ndécembre, elle donna une seconde représentation du même ouvrage, sans\nqu'il paraisse avoir été plus goûté : le seul point à noter, est que le duc\nd'Ayen céda son rôle du prologue à un nouvel arrivant, doué d'une belle\nvoix, le chevalier de Clermont,'fils de M. de Clermont-d'Amboise.\nLe mardi 10, on donna devant le roi, le Dauphin et la Dauphine, le\ngrand opéra de Tancrède (sans le prologue), paroles de Danchet, musi-\nque de Camprav représenté originairement à l'Opéra le 7 novembre 1702.\nHerminie (Mn° Desmâtins) Madame de Pompadoar.\nClorinde (MiIQ Maupin) Madame de Brancas.\nUne guerrière. »\nUne nymphe j DuPeyré) Madame de Marchais.\nTancrède (Thévenard) M. le duc d'Ayen.\nArgan (Hardouin). M. de la Salle.\nIsmenor ... (Dun) Le chevalier de Clermont.\nUn guerrier (Cochereau) ]\nUn sylvain (Routelou) .. j Le vicomte de Rohan\nLa vengeance... (Desvoyes) )\nLe spectacle parut fort beau ; madame de Pompadour chanta avec une\nperfection qui ne laissait rien à désirer, MM. de la Salle et de Clermont\nbrillèrent dans leur duo; enfin, le duc d'Ayen se fit aussi applaudir, bien\nqu'il eût une voix moins éclatante que le chevalier de Clermont. Quant\nau vicomte de Rohan, iltenaitbien trois rôles, mais dans les endroits où\nsa voix ne pouvait aller, il se faisait aider par Bazire, haute-contre delà\nmusique. Cette soirée ne finit pas aussi bien qu'elle avait commencé. Au\nmilieu de la représentation, M. de Maurepas remit au roi une lettre du\nlieutenant de police Berrier lui apprenant que le prince Édouard, réfu-\ngié en France, venait d'être arrêté sur son ordre au moment où il entrait\nà l'Opéra : cette nouvelle suffit pour attrister les esprits durant toute la\nfin de la soirée."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "231", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.24", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2601, "texte": "Les représentations se succédaient alors presque sans relâche : le jeudi\n12, on donna la Mère coquette, de Quinault, jouée à la Comédie-Fran-\nçaise le 18 octobre i 665.\nIsmène Madame la marquise de Livry.\nIsabelle, fille d'ismène Madame de Marchais.\nLaurette, suivante fMlle Quinault). .. Madame la mise de Pompadour.\nCrémante M. le marquis de Meuse.\nAcante, son fils M. le duc de Duras.4\nLe marquis (Raymond Poisson) M. le marquis de Croissy.\nChampagne M. le marquis de Gontaut.\nLe page du marquis.. M. le chevalier de Clermont.\nCette comédie, fort bien rendue par toute la troupe, surtout par ma-\ndame de Pompadour-Laurette et par le duc de Duras-Acanthe, fut suivie\nde la plus divertissante pantomime qui ait jamais paru sur le théâtre des\npetits cabinets. Elle avait été d'abord essayée chez madame de Marck.\nL Opérateur chinois (et non le Père respecté) (i), tel était le titre de\ncette parade, dont les paroles étaient de Moncrif; la musique, du mar-\nquis de Courtenvaux et de Guillemain, de la musique du roi ; et les dan-\nses, de Dehesse. La scène se passait en Chine, au milieu d'une foire de\nvillage garnie de boutiques de toutes sortes, de chansons, de fleurs, de\nmercerie, de ratafiat, d'oubliés, de café. M. de Courtenvaux, vétu d'un\nmagnifique costume d'opérateur chinois, vendait ses remèdes les plus\nmerveilleux à la foule ébahie, et arrachait à un niais une dent phénomé-\nnale, tandis que M. de Langeron, costumé en philosophe (habit et toque\nfeuille-morte), péchait au moyen d'une ligne, avec une dragée pour appât,\ndes niaises et des innocentes. A la fin, un baron allemand, joué par De-\nhesse, sautait après la ligne, happait la dragée et la mangeait.\nLe Dauphin, la Dauphine et Mesdames assistaient à cette représen-\ntation, ainsi qu'à la suivante qui eut lieu le mardi 17; la reine s'y rendit\naussi. On donna une deuxième représentation de Tancrède qui fut assez\nfroidement reçu. Le roi se plaignit qu'il y eût trop de monologues ; il\nen avait compté huit, et, de son côté, le duc de Luynes déclare cet opéra\nun peu triste, bien que la musique en soit fort belle.\n(La suite prochainement.)\n\nADOLPHE JULLIEN.\n\n(1) Ce second titre est erroné, ainsi que le couplet grossier cité par M. Campar-\ndon : il n'y avait pas de parlé dans le ballet. Nous donnons une copie à l'eau-forte\nd'un délicieux tableau de Boucher, qui, sous le titre vague de : Le Ballet, représente,\nà n'en pas douter, la scène de l'Opérateur chinois. Boucher aura reproduit en tableau\navec les personnages dansants, le décor qu'il avait peint pour le théâtre de madame de\nPompadour."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-12-01-01-c012", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-12-01_01#c012", "volume": "bmtnabc_1873-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 17, "image_fin": 17, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.2.3.3", "titre_corps": "LE BALLET", "titre_sommaire": "LE BALLET", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.17", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 9, "texte": "LE BALLET"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-12-01-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-12-01_01#c013", "volume": "bmtnabc_1873-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "232", "page_fin": "239", "image_debut": 25, "image_fin": 32, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.2.4", "titre_corps": "LES CANTATRICES DRAMATIQUES", "titre_sommaire": "LES CANTATRICES DRAMATIQUES", "signature_source": "PAUL FOUCHER", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 25, "page_imprimee": "232", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.25", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1330, "texte": "LES\nCANTATRICES DRAMATIQUES\n\nII\nLA SAINT-HUBERTI\nPremière partie.\nARIË MALIBRAN a existé cinquante ans plus tôt qu'on\nne le croit. Dans une forme de l'art lyrique absolument\ndifférente, son âme flamboyait déjà chez une cantatrice\nqui, comme la fille de Garcia, a excellé à la fois dans\nle tragique et dans le bouffe, et qui savait communi-\nquer aux spectateurs des émotions qu'au plus vif degré\nelle ressentait elle-même. Mais Marie Malibran, à l'abri de la calomnie,\nautant que peut l'être une femme exposée à tous les regards et, par con-\nséquent, éveillant toutes les curiosités, une fois libre d'un lien imposé par\nl'intérêt, a fait un mariage d'amour; puis elle est morte en se dévouant\nà son art. La Saint-Huberti, dont la vie n'a point été irréprochable,\ntant sen faut, s'était associée, elle, àun aventurier dont elle a expié,\nvictime innocente, au moins àce point de vue, les intrigues, err\npérissant tragiquement sous les coups du même assassin avec le coupable\nAntoinette-Cécile Clavel était née à Toul vers 1756; elle était de la\nclasse bourgeoise, fille d'un ancien militaire qui ne lui laissa d'autre\npatrimoine, d'autre carrière à choisir que celle où une belle voix et des\ndispositions dramatiques évidentes l'engageaient. Voisine de l'Allemagne\n(des biographies même la font naître à Manheim), c'est en Pologne et"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "233", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.26", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2746, "texte": "en Prusse qu'elle va débuter. A qui n'est ni riche, ni protégée, ni jolie,\nles commencements sont difficiles. A Varsovie, le compositeur Lemoyne\n(qui donna depuis à l'Opéra de Paris Electre et Phèdre), frappé des dis-\npositions de la jeune Clavel, la perfectionne par ses leçons et la fait dé-\nbuter par un petit opéra qu'il écrit pour elle : le Bouquet de Colette,\nsingulières prémices d'un talent qui devait faire ressentir au public fran-\nçais les plus tragiques émotions qu'il dût jamais connaître.\nA Berlin, elle épouse\navec qui elle revint en France. Elle garde son nom de mademoiselle\nClavel trois ans au théâtre de Strasbourg. On ne dit ni où, ni quand, ni\ncomment finit ce mari qui pourtant, s'il était réel, dut mourir bien\navant sa femme, puisqu'on sait que l'illustre Saint-Huberti devint\nirrégulièrement, mais enfin légitimement, comtesse d'Entrai-\ngues. Mais si on ignore comment il est mort, on sait comme vivait le\nchevalier de Croisy, aux dépens de sa femme, avec qui, à Paris, il\npartageait une mansarde rue du Mail, où un grabat et une malle servant\nde chaise composaient tout le mobilier de la future Didon.\nC'était de là qu'elle partait, dans l'été de 1777, pour les représentations\nde l'Opéra, où elle était alors coryphée. Pauvre de mise et un peu de\nphysique, mal nourrie sans doute, ses camarades, à la vue de sa robe\nnoire frippée, l'appellent madame la Ressource (la revendeuse à la\ntoilette du Joueur de Regnard). Mais Gluck avait cet œil de l'aigle qui\nne sait pas seulement regarder fixement les astres, qui les devine :\n« Oui, Madame la Ressource, dit-il, vous avez raison, car elle fera la\nressource de l'Opéra. » L'auteur & A rmi de avait distribué à Cécile Clavel,\nfemme du chevalier de Croisy, dite Saint-Huberti, le petit rôle de Mé-\nlisse, en attendant qu'elle s'emparât victorieusement du personnage\nprincipal. Mademoiselle Saint-Huberti joua Mélisse, dit le Mercure de\nFrance, avec grâce et finesse.\nLes commencements sont toujours difficiles pour elle; Dauvergne, que\nnous verrons plus tard à l'état d'antagonisme violent avec la Saint-Hu-\nberti, met au nombre des mérites de son administration à l'Opéra,\nquand il les fait valoir auprès du ministre, d'avoir découvert ce jeune\ntalent luttant contre les obstacles, ce Je l'ai vue souvent, dit-il, pleu-\nrer de ne pas être employée. » On lui reprochait des habitudes de pro-\nvince, des gestes trop multipliés, des mouvements convulsifs, l'accent\nqu'elle tient de son origine plus ou moins tudesque, une prononciation\nvicieuse qui ne laisse entendre parfois que des sons inarticulés. Le tra-\nvail atténue ses défauts ; l'ardeur de l'actrice les fait oublier.\nElle se fait remarquer dans une reprise tfAtys, opéra de Piccini, com-"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "234", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.27", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2774, "texte": "battu, à son apparition, par une violente cabale et que les partisans du\ncompositeur italien mettent au-dessus de son Roland. Admise à dé-\nbuter également dans ce dernier opéra, elle ne fit pas moins applaudir\nAngélique que Sangaride. Cependant, la grande faveur dont elle s'em-\nparait définitivement devait dater d'un mauvais opéra mélodramatique :\nle Seigneur bienfaisant, de Floquet, un compositeur de ballets, dé-\ntestable ouvrage qui dut son succès à deux grands artistes qu'il mit en\névidence : Laïs et la Saint-Huberti. Celle-ci apporta une si fiévreuse\nvérité dans une scène de désespoir, que l'on craignit pour la santé de la\nchanteuse, sans se rendre compte que ces émotions sont avant tout la vie\nde l'artiste, dussent-elles quelquefois l'abréger!\nTel est l'engouement du public pour cette misérable production , que\nRochon de Chabannes y ajoute un acte pour qu'elle puisse suffire au\nspectacle. Dans ce prologue, le seigneur fait manœuvrer son régiment\ncomposé d'enfants du dépôt des gardes françaises, bataillon des danseuses\nconduites par mademoiselle Audinot. Des artilleurs défilent ensuite avec\nleurs canons. On s'émeut, on s'effraie presque dans la salle :ne craignez\nrien, s'écrie un justicier du parterre, Fauteur n'a pas inventé la poudre.\nGluck écrit dédaigneusement de Vienne le 11 mars 1781 : «Ce peuple\nvolage semble se dégoûter de tous mes opéras.... et voilà le Seigneur\nbienfaisant qui fixe son attention... il faut le laisser faire. »\nL'acte ajouté disparut, du reste, et enfin l'opéra.\nMettons le succès du Seigneur bienfaisant au nombre des péchés de\nla Saint-Huberti, bien que la liste doive, sans cela, être encore nom-\nbreuse. Mais reconnaissons qû'il fallait un talent bien vivant et bien\nattrayant pour faire durer cette pauvreté. Sur le rapport présenté au\nministre de la maison du roi, Amelot, pour les gratifications, après la\npremière représentation, le chiffre de 300 livres, proposé pour la bril-\nlante interprète, est supprimé de la main même du ministre, et celui de\n600 livres y est substitué.\nDisons, en passant, qu'Amelot, autant qu'on peut en juger par sa\ncorrespondance que nous ont conservée les Archives nationales, était un\nministre qui, dans les questions d'art, semblait ne manquer ni de\ncoup d'oeil, ni de fermeté, ni d'équité. On lui imputa d'avoir dit : « S'il\nn'y avait pas de lettres de cachet, je ne voudrais pas être ministre, le Roi\nm'en priât-il les mains jointes. » Il fit quelque usage de ces mesures\nviolentes, entre autres pour mademoiselle Théodore, jolie et sage danseuse\nqui expia par une captivité de plusieurs jours quelques propos inconsi-\ndérés ; le bordereau des frais de la poursuite et de l'arrestation existe\naux Archives. Mais Amelot, en se servant des mauvaises armes que"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "235", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.28", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2697, "texte": "l'arbitraire mettait à la disposition des ministres d'alors, ne paraît pas en\navoir abusé, relativement du moins. Au reste, il fut de ceux qui expièrent\nl'abus aux grandes représailles révolutionnaires. Il mourut en prison\nen 1794, au Luxembourg.\nLe Thésée de Quinault, remis en musique par Gossec, révèle une\nnouvelle face du talent de la Saint-Huberti, une puissance d'émotion\nqui n'a même pas besoin du chant pour impressionner le spectateur.\nVoici ce qu'en dit le Journal de Paris du ler mars 1780 : « Mademoi-\nselle Saint-Huberti paraît vouloir se livrer à la scène; elle plaît depuis\nlongtemps comme cantatrice, mais la manière dont elle joue le rôle\nd'Eglé, prouve qu'elle peut étendre son talent et, par là, le rendre plus\nintéressant. Elle rend avec beaucoup d'intelligence la pantomime de son\neffroi, qui finit par la faire succomber. Elle gradue avec une grande\nvérité le désordre de ses esprits qui, à la réapparition des démons, lui fait\nchercher un appui dans les mains de Mésée elle-même; mais à l'aspect\nde sa plus cruelle ennemie et de l'auteur de tous ses maux, elle recule\net fuit, saisie de la plus grande épouvante. »\nA travers la platitude de ce compte rendu, il m'a semblé que le lecteur\ncomprendrait quel effet devait produire la physionomie d'une actrice\ns'identifiant de façon irrésistible avec les émotions de son personnage.\nLa princesse d'Athènes dans Thésée est fort bien secondée par Larrivée\nqui avait conservé un vieil air de la partition primitive de Lulli (air qui\nréussit plus que tout le reste), et l'on résume spirituellement l'opinion\ngénérale sur l'ouvrage en disant que les paroles de Quinault ont été fort\nlégèrement traitées par Morel, l'arrangeur du livret, et fort lourdement\npar Gossec.\nMademoiselle Saint-Huberti ne créa pas, mais elle dut reprendre une\nElectre de son professeur Lemoyne, jouée le 2 juillet 1782. Guillard, le\nparolier, y traita les vers de VOreste de Voltaire, comme Morel avait\ntraité ceux de Quinault : « La musique, dit Laharpe, est la plus hor-\nriblement criarde qu'il soit possible d'entendre. On ne conçoit pas com-\nment les poumons de l'actrice et les oreilles des spectateurs peuvent y\ntenir... L'ambassadeur de Naples s'en va partout répétant que nous\navons des oreilles de corne. » Il est probable que c'est à mademoiselle\nLevasseur, la créatrice, que s'applique le paragraphe de la Correspon-\ndance littéraire.\nPlus sensible au souvenir de ce qu'elle doit à Lemoyne qu'aux dan-\ngers que peut lui faire courir sa musique, mademoiselle de Saint-Hu-\nberti use de la légitime influence qu'elle commence à posséder à l'Opéra\npour chercher à sauver la vie à Electre. Elle n'y parvint pas, mais déjà"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "236", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.29", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2585, "texte": "on reconnaît dans les correspondances du directeur, du ministre et du\nsurintendant des Menus-Plaisirs, la preuve de cette influence. On n'ose\nrefuser ouvertement à la Saint-Huberti de prolonger les représentations\nde Y Electre ; mais on invente des stratagèmes pour éviter de remettre\nsur l'affiche un ouvrage qui, même avec le talent d'une actrice devenue\névidemment la favorite du public, n'attire pas la foule. L'intervention\nde la chanteuse n'en est pas moins louable. Grétry, dans ses Essais sur\nla musique, rend justice aux sentiments de reconnaissance de la grande\nactrice pour l'homme qui l'a le premier initiée à son art. « Mademoiselle\nSaint-Huberti, dit-il, une des Françaises qui ont touché le pathétique\navec le plus de connaissance, se glorifie de tenir tout ce qu'elle sait de\nLemoyne. »\nLemoyne, malheureux dans sa tentative, désavoué par Gluck, qui\nvoit tomber son disciple, étudie la manière de Sacchini pour la Phèdre\ndont j'aurai à parler plus tard, et le style français pour les Prétendus.\nLe départ de Sophie Arnould et de mademoiselle Beaumesnil avait\ncontribué à faire la place libre.\nLe 6 août 1782, la Saint-Huberti s'empare définitivement du rôle\nd'Angélique dans une solennelle reprise de Roland de Piccini avec dé-\ncors et costumes renouvelés.\nLa mise en scène de fragments de divers ouvrages composant un spec-\ntacle complet [Le Feu dans la Vestale, un acte pris dans les Eléments de\nRoy; Ariane dans Vîle de Naxos, Apollon et Daphné avec Edelman\npour musicien des deux premiers fragments, Metra pour compositeur\ndu dernier) signale une intelligente innovation, due encore à mademoi-\nselle Saint-Hubert. « On a vu pour la première fois, » dit le Journal de\nParis, « sur le théâtre, dans les personnages principaux, le costume ri-\ngoureusement observé; mademoiselle Joinville dans celui de la Vestale;\nmesdemoiselles Saint-Huberti et Laïs dans celui d'anciens Grecs. Ces\ndessins ont été faits sur le dessin de M. Moreau le jeune, avantageuse-\nment connu dans les arts par le nombre, la variété et la continuelle beauté\nde ses ouvrages. »\nC'est à propos du même ouvrage, ou plutôt des mêmes ouvrages, que\nle journaliste dit : « A l'égard de mademoiselle on ne\nsait ce qui la sert le mieux de sa figure, de sa voix ou de son jeu ; elle\nsait donner à son chant des inflexions qui causent les émotions les plus\nvives. »\nCette admiration pour le côté plastique de mademoiselle Saint-Huberti\nest d'autant plus remarquable, que, grande, blonde et maigre, ayant des\ntraits peu prononcés, tous les contemporains de l'illustre cantatrice s'aç-"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "237", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.30", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2759, "texte": "cordent à dire qu'elle n'était pas belle ; ses portraits ne nous révèlent en\neffet aujourd'hui qu'une physionomie assez vulgaire, une face un peu\nplate, un nez légèrement retroussé qui n'a rien de tragique, Il est pro-\nbable que, semblable en cela à la Malibran, la Saint-Huberti se trans-\nfigurait sur la scène.\nLa Saint-Huberti, dans son île de Naxos, sauve du naufrage ces mor-\nceaux mal rattachés. On se divertit beaucoup, à l'autre fragment, d'un\ntrio où Daphné, changée en laurier, chantait à travers l'écorce de l'arbre.\nOn compare la Guimard, maigre danseuse évoluant entre Yestris et\nGardel, à un os que se disputent deux chiens.\nCe qui reste à la Saint-Huberti de cette création, c'est sa prédilection\nmarquée pour la vérité du costume, qualité alors exceptionnelle qu'elle\npartage avec de grands artistes, Adrienne Lecouvreur, mademoiselle\nClairon, mademoiselle Sallé la danseuse, Talma, et aussi voyons-nous\nsans cesse l'actrice réclamer des habits nouveaux pour les reprises dès\nque sa fortune lui donne droit à quelques exigences.\nLevacher de Chamois, dans ses Recherches sur le Costume, nous a\nconservé un aperçu de celui innové par la Saint-Huberti : longue\ntunique attachée sous le sein, jambes nues, brodequin antique, les che-\nveux en longues tresses retombant sur les épaules. L'actrice eut le plus\ngrand succès; mais des ordres supérieurs, venus le lendemain, firent, dit\nl'écrivain, supprimer le costume, et Ton revint au grotesque attirail des\nnymphes de cour et des marquises bocagères; ce qui semble difficile à\ncroire, d'après les éloges donnés à cette hardiesse par le rédacteur du\nJournal de Paris, qui ne se serait sans doute pas permis d'approuver sans\nordre. Levacher de Chamois ajoute que la scène se passe en Thessalie :\nce qui indique que la Saint-Huberti jouait aussi, dans ces fragments,\nDaphné, la fille du fleuve Penée. On s'explique encore mieux que la\nnouveauté de cette simplicité pittoresque de l'habit ait influé sur le rédac-\nteur du Journal de Paris en faveur de la femme.\nQuand on respecte àce degré la vérité du costume, on doit tenir à\nson tailleur. En avance sur l'industrie de Worth, des tailleurs travail-\nlaient alors pour les actrices, notamment quand elles jouaient en hom-\nmes. Le tailleur de la Saint-Huberti s'appelait Parisis. Nous trouvons à\nce sujet trace dans le registre de Francœur d'une dissidence de la Saint-\nHuberti avec le Comité, assemblée consultative composée de Legros,\nDurand, Yestris, Gardel, Moverre et Dauberval. Parisis avait été ren-\nvoyé pour cause de vin et d'insolence. La Saint-Huberti réclame son\ntailleur personnel ; on ne veut pas le lui rendre ; mais elle obtient que le\nchef-tailleur, nommé Delaistre, soit, à défaut de son subordonné , obligé"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "238", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.31", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2383, "texte": "de travailler pour elle. Ce dernier préfère alors le relâchement de la dis-\ncipline à ce surcroît de besogne, et la Saint-Huberti obtient gain de\ncause. La Saint-Huberti avait été jusqu'à offrir de jouer exceptionnelle-\nment pour qu'on lui rendît le tailleur de son choix.\nJusqu'alors l'actrice était restée circonscrite dans le drame lyrique ou\ntout au moins la pastorale mythologique. Une turpitude intitulée :\nY Embarras des Richesses, poème emprunté à un canevas de Dallainval,\nmort de misère, par Lourdet de Santerre (que les acteurs appelaient\nLourdet sans tête), lui laisse faire une excursion dans un opéra co-\nmique, comique à plus d'un titre. Le parolier dans l'ouvrage parle\n(la scène est à Athènes ) des danses du dimanche, fait acheter un jardin\npour deux cents louis, et convoque dans un ballet les quatre parties du\nmonde, en avance de deux milliers d'années sur Christophe Colomb.\nAverti par les rires, corrigé par les huées_, l'auteur met la scène à\nChaillot, qui devait être sa patrie, et demande qu'on le joue en costume\nfrançais; mais il oublie de retrancher Plutus, qui se fourvoie de plus en\nplus grotesquement, ahuri comme le veut la localité, au milieu des\nrobes à paniers, des poufs et des talons rouges :\nEmbarras d'intérêt,\nEmbarras de paroles,\nEmbarras de ballet,\nEmbarras dans les rôles,\nDes embarras, de sorte\nQue tout est embarras,\nMais vene% à la porte\nVous n'en trouverez pas.\nVoilà ce qu'on dit gaîment aux auteurs de VEmbarras des Richesses ;\nmais on applaudit la grande tragédienne de l'Opéra dans un person-\nnage comique : Rosette,\nSacchini donne son premier opéra : Renaud, vieille pièce rajustée\nd'après une Armida, représentée en 1772 à Milan ; c'est mademoiselle\nLevasseur qui joue Armide et ne la joue pas sans talent : mais sa voix\naigre déplaît au public et, à la cinquième représentation, elle est obligée\nde céder le rôle à mademoiselle Saint-Huberti qui décidément a l'emploi\ndes sauvetages lyriques.\nPareil fait s'était déjà produit quant à mademoiselle Levasseur pour\nAtys, où elle avait dû céder presque immédiatement Sangaride à ma-\ndemoiselle Laguerre, comme elle fit ensuite pour Electre àla Saint-\nHuberti. Plus de protection que de talent, c'est ce que l'on pouvait dire\nde Rosalie Levasseur, favorite de M. le comte de Mercy Argenteau,\nambassadeur de la souveraine dont la reine de France était la fille."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "239", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.32", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2541, "texte": "M. de la Fer té, letsurintendant des Menus-Plaisirs (que mademoiselle Le-\nvassent* allait voir familièrement, accompagnée de ses chiens de chasse),\ngémit de la tyrannie que cette dernière exerce. Aussi, devant ses préten-\ntions sans cesse croissantes, M. de la Ferté « ne trouve rien d'étonnant\nque mademoiselle Saint-Huberti n'exige le même traitement de made-\nmoiselle Levasseur (c'est du français de gentilhomme), dont elle a fait\ntoute cette année le service ; ainsi, elle se croirait autorisée à demander\nde l'augmentation pour peu que Ton accorda (sic) quelque chose à ma-\ndemoiselle Levasseur. »\nMais, patience ! Quand mademoiselle Saint-Huberti sera arrivée à\nl'apogée de son talent et de son influence, c'est contre elle que M, de la\nla Ferté protestera à son tour.\nMadamoiselle Maillard, que POpéra avait enlevée au Théâtre des\nPetits-Comédiens du bois de Boulogne, se fait connaître par le rôle\nd'Antiope de Renaud. Les biographies « officielles » de la Saint-Hu-\nberti nous disent que, loin d'être jalouse des talents naissants, elle\ndonna des leçons à la débutante et lui fît jouer Ariane. Mais entrons\ndans les coulisses de cette générosité, et nous verrons plus tard,\nalors que mademoiselle Maillard menace de devenir une rivale redou-\ntable, mademoiselle Saint-Huberti lui faire enlever le rôle de Sangaride\ndans Atys, par une décision de ce comité qu'elle gouverne. Elle fa-\nvorisera, pour ces mêmes rôles enlevés à mademoiselle Maillard, made-\nmoiselle Buret, une médiocrité avérée et dont elle n'a aucune concur-\nrence à redouter ; elle invoquera contre la nouvelle venue l'opinion vraie\nou supposée de la Reine, si écoutée à T'Opéra du privilège, On verra\nmême mademoiselle Saint-Huberti intervenir pour faire enlever un rôle\nà une autre camarade moins connue, mademoiselle Castello, et se le faire\ndonner a* la reprise de Diane.\nPas plus que toutes ces reines ombrageuses de la mélodie, que toutes\nces sultanes envieuses et inquiètes de ce grand harem de la faveur pu-\nblique, la Saint-Huberti ne fut à l'abri de ces susceptibilités, de ces\npassions jalouses. Mais voyons-la en même temps dévouée en idolâtre à\nl'art, reconnaissante envers le maître qui Fa formée et ceux même qui\nl'accusent le plus, témoignent qu'elle sait, au besoin, dans l'intérêt d'un\nouvrage dont elle doit servir le succès , ajourner ou diviser le congé qui\nlui est dû.\nC'est à ce moment que se produisît dans la situation de la Saint-\nHuberti à l'Opéra un changement capital.\n(La suite prochainement*)\n\nPAUL FOUCHER."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-12-01-01-c016", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-12-01_01#c016", "volume": "bmtnabc_1873-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "246", "image_debut": 33, "image_fin": 47, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.2.5", "titre_corps": "LES FONDATEURS DE L'OPÉRA FRANÇAIS", "titre_sommaire": "LES FONDATEURS DE L'OPÉRA FRANÇAIS", "signature_source": "P. LACOME", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.33", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1023, "texte": "LES FONDATEURS\nDE L'OPÉRA FRANÇAIS\n\nQuatrième et dernier ariicle (i).\nLECLAIR\nÉCLAIR (1697-1764) fut surtout renommé pour la mu-\nsique instrumentale. Ses œuvres pour le violon sont,\nen effet, des plus remarquables, bien que parfois trop\nfroides. Ce reproche ne saurait s'adresser à la belle\npage intitulée : Le tombeau, et que tout le monde\npeut connaître aujourd'hui, grâce à l'édition qu'en a\npuûliée M. A lard. Comme compositeur dramatique, Leclair eut la\nmauvaise chance de se trouver pris entre Rebel et Francœur, ces frères\nsiamois de la musique, et Rameau qui ouvrait à l'art des horizons\nnouveaux. De là., l'insignifiance relative des partitions de Leclair.\nREBEL et FRANCŒUR\nOn ne saurait pas plus séparer les noms de Rebel et Francœur, que\nceux d'Erckmann et Chatrian. Ces deux compositeurs offrent l'exemple\npresque unique d'une fidèle et heureuse collaboration musicale, exemple\nrenouvelé de notre temps, quoique d'une façon moins rigoureuse, par\n\n(1) Voir les numéros des ici juillet, i« août et i<* septembre."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "241", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.42", "debut_caractere": 44, "fin_caractere_exclue": 2248, "texte": "les frèies Ricci. Rebel était fils d'un des vingt-quatre violons de la\nchambre du loi, qui eut lui aussi sa période de célébrité; à l'âge de huit\nans, Rebel le père jouait aux opéras représentés devant le roi à Saint-\nGermain en -aye. Lully ayant un jour à une répétition remarqué un\ngros rouleau de papier de musique dans sa poche, se le fit apporter.\nC'était l'orchestre d'un acte dopéra. Le Florentin distribua incontinent\nles parties, et 1 oeuvre du bambin melomane fut exécutée à la satisfaction\ngénérale. .S étant ainsi fait remarquer, il arriva rapidement à remplir\ndes postes considérables, et composa plusieurs ballets.\nLe catalogue des œuvres de son fils est aussi celui des œuvres de\nFranc œur.\nPyrame et Thisbé (1726) semble leur chef-d'œuvre.\nCette fouie ae compositeurs plus ou moins habiles et plus ou moins\ncélèbies, est bornée, comme nous Pavons dit, par deux hommes de génie,\nLully d une part, Rameau d'une autre. Lully trouva et consacra la forme\nque varièient à 1 infini ses imitateurs, sans oser s'en écarter, sauf peut-\nêtre, comme je 1 ai dit à propos de Destouches, certains artistes dont le\nrôle ne me semble ni justement apprécié, ni clairement déterminé.\nRAMEAU\nRameau, de par Paudacedu génie, renversa brutalement l'édifice fleuri\ndu Florentin, et lui substitua un rude monument, aux formes grandio-\nses, un peu trop sévère peut-être, mais inaugurant à coup sûr un art\nnouveau.\nJean-Philippe Rameau, naquit à Dijon le 25 septembre 1683, d'après\nles autorités les plus certaines.\n11 mourut en et fut enterré à Saint-Eustache. Voici la liste de\nses ouvrages :\nHippolyte et Aricie, 1733. Rameau était l'ami et le protégé du finan-\ncier La Popelinière, dont le nom est étroitement uni à celui de l'homme\nde génie que ses efforts généreux mirent en lumière. C'est bien le cas\nde rappeler les vers tant cités de Boileau :\nSans le secours des vers, leurs noms tant publiés,\nSeraient depuis mille ans avec eux oubliés.\nIl est de fait que c'est à l'humble maître de musique qui donnait des\nleçons à sa femme, et dont il favorisa l'essor, que le financier La Pope-\nlinière doit de vivre encore dans le souvenir des hommes.\nLa Popelinière donc trouva un poème à Rameau, et ce poème, Sam-"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "242", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.43", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2731, "texte": "son, était de Voltaire, ni plus ni moins. Malheureusement, et malgré\nces grandes recommandations, le directeur de l'Opéra, Thuret refusa\nobstinément de le jouer. La Popelinière ne perdit pas courage, et\ncette fois s'adressa à un vrai librettiste, l'abbé Pellegrin. Le pauvre\nabbé, qui se défiait d'un inconnu, ne voulut donner son œuvre que\nmoyennant un billet de cinquante pistoles. Mais quand il eut entendu\nla musique des premiers actes, il déchira sa reconnaissance déclarant\nqu'il était sûr de son affaire. Et il eut raison, malgré les orages qui\naccueillirent Hippolyte et Aricie.\nLes Indes galantes, 1735. Rameau avait appris la composition tout\nseul; aussi son éducation resta toujours incomplète, et sa manière\nd'écrire incorrecte. Ce fut l'objet d'attaques sans nombre de la part des\nmusiciens. Le compositeur Montéclair y était un des plus acharnés.\nCependant au sortir de la représentation des Indes galantes, il ne put\ns'empêcher d'aller féliciter Rameau, et lui témoigna le plaisir qu'il avait\néprouvé à certain passage que Rameau précisément estimait moins que\nles autres. « J'en suis d'autant plus aise, monsieur, répondit Rameau à\nses compliments, que l'endroit que vous louez est contre les règles; il y\na trois quintes de suite. » Montéclair qui lui avait souvent reproché\ndans ses critiques des négligences semblables, ne sut que répondre. Le\ncélèbre Jéliolte, la plus excellente haute-contre qui ait jamais chanté à\nl'Opéra, jouait dans cet ouvrage.\nCastor et Pollux, 1737. Voilà sans contredit le chef-d'œuvre de Ra-\nmeau; il renferme le seul morceau dramatique de ce grand compositeur\nqu'il ait été donné quelquefois d'entendre publiquement à Paris, grâce\nà M. Roger qui en a dit, trop rarement, et avec un art admirable, l'air\nsuperbe de Télaire : « Tristes apprêts, pâles flambeaux. » Le succès\nde cet opéra fut immense. Le compositeur Mouret en conçut une telle\njalousie, qu'il en perdit la tête. Castor et Pollux fut joué à Fontaine-\nbleau, en 1763, Tannée qui précéda celle de la mort de Rameau ; le succès\nn'en fut pas moins vif que vingt-cinq ans avant. Un des amis du compo-\nsiteur l'aperçut qui se promenait, le soir de la représentation, dans une\nsalle faiblement éclairée. Il courut à lui pour l'embrasser, mais Rameau\nprit la fuite, et ne consentit à s'arrêter qu'après que l'ami lui eut crié son\nnom. « Que voulez-vous, dit-il, je fuis les compliments d'une foule de\ngens qui m'embarrassent et à qui je ne sais pas répondre. » Puis il ajouta\nà propos de quelques fragments nouveaux qu'on avait voulu lui faire\najouter à son ouvrage : « Ah! mon ami, je n'ai plus le goût d'autrefois,\nje n'ai plus de génie du tout! »Il est vrai qu?il avait quatre-vingts ans à\nce moment-là»"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "243", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.44", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1604, "texte": "On fit a propos de Castor et Pollux cette épigramme qui est restée :\nContre la moderne musique\nVoici ma dernière réplique ;\nSi le difficile est beau,\nC'est nn grand homme que Rameau.\nMais si le beau, par aventure,\nN'était que la simple nature,\nDont l'art doit être le tableau,\nC'est un pauvre homme que Rameau.\nUne seule chose me surprend, c'est que personne n'ait songé à passer\nune chemise neuve à cette petite pièce pour en faire hommage à\nWagner. Le monde est un orgue de Barbarie, qui joue périodiquement\nles mêmes airs.\nLes fêtes d'Hébé.\nDardanus, 173 g.\nRousseau, le fougueux adorateur de la muse italienne, écrivait à\nRacine fils, après Dardanus :\n« J ai appris le sort de 1 opéra de Rameau. Sa musique vocale m'étonne,\n«je voulus étant à Paris en entonner un morceau, mais, y ayant perdu\n« mon latin, il me vint dans l'idée de faire une ode lyri-comique. En\n« voici une strophe : »\nDistillateur d'accords baroques,\nDont tant d'idiots sont férus,\nChe% les Thraces et les Iroques\nPortei\" vos opéras bourrus.\nMalgré votre art hétérogène,\nLully, de la lyrique scène,\nEst toujours l'unique soutien.\nEt rt écor che pas davantage\nLes oreilles des gens de bien.\nOn peut dire hardiment qu'à tous les points de vue, Rousseau a perdu\nlà une belle occasion de se taire.\nLes Fêtes de Polymnie, 1745.\nCet opéra ne réussit point, et l'on accusa surtout de son insuccès le\nlivret qui était de Cahuzac, le collaborateur ordinaire de Rameau. Le\nlendemain de la piemièie leprésentation de cet le poète Roy\nétait à la messe aux Petits-Pères. Près de lui, un enfant de trois ans"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "244", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.45", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1972, "texte": "sifflait entre les bras de sa bonne. Roy se retourne gravement et dit avec\nle plus grand sangfroid : « Dites à cet enfant de ne pas siffler : ce n'est\npas Cahuzac qui dit la messe. »\nLa Princesse de Navarre, 1745, pour le premier mariage du Dau-\nphin.\nLes Fêtes de VHymen et de VAmour, 1747, pour le deuxième ma-\nriage du Dauphin,\nZaïsy 1748.\nPygmalion, 1748.\nNaisy 1749.\nPlatée, 1749*\nCes ouvrages divers, dont la plupart ne sont que des ballets de circons-\ntance, eurent principalement un succès de polémique. Chaque fois que\nRameau donnait une œuvre nouvelle, la lutte recommençait de plus\nbelle entre les amis et les détracteurs. Mais, en attendant, le théâtre ne\ndésemplissait pas, et la notoriété du compositeur s'affirmait encore da-\nvantage.\nZoroastre, 1749. La musique de Zoroastre appartenait en grande\npartie à ce fameux Samson de Voltaire, que l'Opéra refusa de monter.\nComme les chœurs étaient la meilleure partie de cet ouvrage, on rappe-\nlait Y Opéra des Laitues... apparemment parce que le Cœur est ce qu'il y\na de meilleur dans la laitue. Je livre ce misérable calembour aux ama-\nteurs. Un Anglais ne put trouver aucune espèce de place au théâtre pour\nvoir Zoroastre, lorsque déjà cet opéra avait eu un certain nombre de re-\nprésentations. « Voilà bien les Français, dit-il! Je n'entends partout dire\nque le plus grand mal de cet ouvrage, et, en attendant, j'y suis allé\nquatre fois de suite sans pouvoir y trouver une place. » Cet Anglais\nn'avait-il pas quelque peu raison, mes frères?...\nLa célèbre Lyonnais jouait dans Zoroastre le rôle de la Haine : on lui\nfit, entre autres, le quatrain suivant :\nQuand sous la forme d'un démon,\nLyonnais parait sur la scène,\nChacun dit à son compagnon :\nJe sens que le Diable m'entraîne.\nZoroastre dépassa en magnificence tout ce que l'art de la mise en\nscène avait jusque-là créé de plus surprenant\nAcante et Céphise, 1751.\nA l'occasion de la naissance du duc de Bourgogne , cette œuvre était"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "245", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.46", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 2297, "texte": "chantée par Jélyotte et mademoiselle Fel. L'ouverture servait de prolo-\ngue, et Rameau avait voulu y imiter les clameurs enthousiastes de la\nmultitude.\nLa Guirlande, 1751, n'était qu'un acte ou entrée ajoutée aux Indes\ngalantes, sous le titre des : Fleurs enchantées.\nDaphnis et Eglé, 1753.\nLisis et Délie, 175 3.\nLes Sybarites, 1757.\nLa Maison d'Osiris, 1754. Ballet allégorique sur la naissance du duc\nde Berry, plus tard le dauphin, et Louis XVI enfin.\nJe me creuse la tête pour savoir ce que pouvait avoir de flatteur cette\nallégorie? Si je ne me trompe, Osiris naquit de lui-même, ce qui n'est ai-\nmable ni pour le père ni pour la mère, quoique, certainement, très\nglorieux pour le fils. A la place de Cahuzac, auteur de ce poème, je l'au-\nrais intitulé :La Naissance d?Horus. Horus était fils d'Osiris et à'lsis,\nc'est-à-dire du soleil et de la terre. Or, le soleil, c'était Louis XIV : la\nfiliation était claire, et cet état civil pouvait servir plus tard pour\nappuyer des droits héréditaires. Que diable a bien pu vouloir dire\nCahuzac ?\nRameau donna encore quelques ballets, quelques actes isolés, dont je\nne transcris pas l'inutile nomenclature. Son dernier ouvrage fut les Pala-\ndins,, opéra, 1760. L'illustre compositeur avait soixante-dix-sept ans. Il\nest probable que l'oeuvre se ressentait de son grand âge et de sa fatigue ;\nelle n'eut aucun succès.\nAprès quelques représentations qui confirmèrent l'insuccès, Rameau\nprétendit qu'on n'avait pas eu le temps de goûter son œuvre, et se servit\nde cette expression :« la poire n'est pas mûre. »\npas empêché de tomber, » repartit mademoiselle Cartou, célèbre par ses\nbons mots.\nQuatre ans après, Rameau s'éteignait, laissant deux ou trois opéras\ninédits en portefeuille.\nJe renvoie aux études biographiques complètes ceux de mes lecteurs\nqui voudront avoir une idée exacte des créations de Rameau dans la\nscience de l'harmonie. Il est, je le répète, le premier didactiden sérieux,\npar ordre de date, et malgré les faiblesses et les erreurs que le temps et\nles progrès de la science moderne constatent dans son œuvre, celle-ci\nn'en est pas moins une œuvre de génie.\nNous nous attachons plus spécialement ici à ce qui concerne Rameau\ncompositeur dramatique. Comme je l'ai dit, il rompit brusquement avec"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "246", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.47", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2565, "texte": "la tradition de Lulli, et donna libre carrière à son génie personnel.\nIl innova, sans préoccupation du goût du jour. Le succès finit par cou-\nronner ses efforts ; il fît faire un pas immense à l'art dramatique et pré-\npara Gluck, bien qu'il n'y ait aucun rapport entre le génie de ces deux\nillustres musiciens, sauf le sentiment commun de la grandeur.\nNous arrêterons à cette personnalité célèbre, qui planta dans le do-\nmaine de l'art un jalon lumineux, notre énumération du nom et des\nœuvres qui constituèrent l'Ecole française à son aurore et jetèrent les\nbases de l'Opéra français. Comme je l'ai dit en débutant, la lecture de\nces œuvres m'a révélé d'étranges injustices. J'ai levé le voile d'obscurités\nimméritées, j'ai rencontré des talents de premier ordre, des œuvres d'ini-\ntiation et de génie, dont je ne trouve pas la trace reconnue ni l'influence\navouée dans l'histoire des progrès de l'art. Qui faut-il accuser de ces in-\njustices et de cet étouffement des germes féconds offerts par le génie et\nincompris des contemporains? Sans nul doute, l'éternelle nature hu-\nmaine, esclave des habitudes et condamnée à vivre du progrès, tout en\nse défiant de lui et repoussant ses conquêtes. Chaque époque, en chan-\ngeant les noms, nous offre le même spectacle. Et cependant il serait\ngrand temps de comprendre que les évolutions de l'art constituent sa\nvie élémentaire, que chaque forme donne un jour son produit suprême,\nson chef-d'œuvre impérissable, auquel vont succéder des germes nou-\nveaux appelés un jour aussi à donner leur fleur et leur fruit. C'est par\nces évolutions successives que l'Olympe de l'art se peuple d'œuvres di-\nvines et immortelles, identiques par le sentiment, diverses par la forme.\nNotre nature, trop bornée elle-même, repousse les symboles nou-\nveaux ; c'est le secret des grandes injustices que le temps ne suffit pas\ntoujours à réparer. Mais de même que le sang des martyrs féconde les\ncroyances naissantes, ainsi les œuvres inconnues et les dévouements\nignorés préparent leclosion des nouvelles formes de l'art. Les génies qui\nattachent leur nom à ces transformations ne sont souvent que les résul-\ntantes heureuses d'un nombre d'activités obscures ou méconnues en leur\ntemps.\nC'est ainsi que, pour le sujet qui nous occupe, nous ne devons pas, je\ncrois, chercher ailleurs que chez nous les ouvriers de la première\nheure, dont les trouvailles et les audaces préparèrent la forme moderne\nde l'Opéra français, et le drame lyrique qui, nous en sommes convaincu,\nest loin d'avoir dit son dernier mot.\n\nP. LACOME."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-12-01-01-c020", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-12-01_01#c020", "volume": "bmtnabc_1873-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 34, "image_fin": 37, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.2.6", "titre_corps": "Paroles de M. de la MOTHE (de l'Academie)", "titre_sommaire": "Paroles de M. de la MOTHE (de l'Academie)", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.34", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 169, "texte": "Paroles de\nM. de la MOTHE\n(de l'Academie)\nCALLIRHOÉ\n(1712)\nACTE I. — SCÈNE 1re\n(HYMNE A LA NUIT)\nPRÉLUDE SYMPHONIQUE\ntranscrit par P. 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Don Giovanni. Norma. OPÉRA-COMIQUE : L'Ambas-\nsadrice. GAITÉ : Jeanne Darc. BOUFFES-PARISIENS : La Qnenouile de verre.\nTALIENS. Nous n'insisterons pas sur les représen-\ntations données dans le courant du mois de novembre\naux Italiens ; elles sont déjà loin de nous ; de plus,\nelles ne se composent que de reprises d'oeuvres quasi-\npopulaires et qui n'ont pour ainsi dire pas quitté\nle répertoire : Borgia, Don Giovanni et\nNorma„\nS!Mademoiselle Kraussl est!l'âme du Théâtre-Italien. Les ténors, les\nbasses et les barytons tournent autour d'elle comme les satellites autour\nd'une planète. Nous ne savons pas si l'harmonie des mondes serait\ntroublée par la suppression des satellites, mais celle du Théâtre-Italien,\nqui ne repose que sur mademoiselle Krauss, ne le serait point par la\nretraite des barytons, des ténors et des basses. On commence à trouver\nque toute l'habileté directoriale de M.-Strakosch se résume dans l'en-\ngagement de'cette grande cantatrice, et l'on conçoit des craintes sérieu-\nses sur l'avenir de son exploitation, après le départ prochain de celle dont\nle talent est le seul appât qui lui attire le public.\nLucre\\ia Borgiaa été interprétée par mademoiselle Krauss ,et\nMM. Brignoli ( c'est tout dire en un et Fio-\nrini, un duc d'Esté suffisant. Mademoiselle Lombia faisait le page Or-\nsini ; ne lui faisons point de peine.\nDon Giovanni a été interprété par mademoiselle Krauss,... mesdemoi-"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "248", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.49", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2341, "texte": "selles Heilbronn et Belval. Le côté féminin est, à tout prendre, le meil-\nleur de l'exécution. M. Padilla dit sa sérénade avec un goût parfait,\nmais il manque de distinction. Zucchini joue Leporello. On prend Pa-\ndilla pour Leporello son valet, et Zucchini pour le domestique de Lepo-\nrello.\nLâ Norma a été interprétée par mademoiselleKrauss... et mademoiselle\nBiarini dans le rôle d'Adalgise. Mademoiselle Biarini débuta jadis à l'A-\nthénée dans les Masques : elle avait l'air de continuer ses débuts. M. De-\nbassini, le ténor qui nous a été présenté dans le personnage de Pollione, a\ndes qualités. Il n'a point rendu le rôle dans toutes ses parties, mais enfin\nil en a donné le sommaire.\nOPÉRA-COMIQUE. L'AMBASSADRICE. 10\nTrois mille ans ont passé sur le\nEt depuis trois mille ans Homère respecté,\nEst jeune encor de gloire et d'immortalité.\nNous n'en dirons pas autant de encore qu'elle n'ait\nguère atteint la quarantaine, ayant été pour la première fois représentée\nle 21 décembre i 836, l'année à'Actéonet des\nA son apparition sur la scène de l'Opéra -Comique, l'Ambassadrice\neut un bruyant succès. Outre la fraîcheur et la grâce qu'on trouvait alors\naux mélodies d'Auber, on voyait dans le livret de Scribe comme une\nallusion à la singulière fortune d'Henriette Sontag qui venait d'épouser\nle comte Rossi, et, de plus, l'héroïne de la pièce de l'Opéra-Comique\ns'appelait, elle aussi, Henriette. Le rapprochement était palpable\net plaisait aux bourgeois (En 1836, nous avions les Pour\ncomble de similitude entre l'Henriette de Scribe et celle du comte Rossi,\nla Sontag avait dû remonter sur les planches pour réparer les brèches\nfaites à la fortune de son mari. Les situations de Y Ambassadrice per-\ndaient en romanesque, mais elles gagnaient en actualité. Que fallait-il\nde plus ? On assiégea les portes de la salle Favart.\nL'oeuvre de Scribe et d'Auber vient d'être reprise pour madame Car-\nvalho dans le rôle d'Henriette, qui servit jadis à ses débuts à l'Opéra-\nComique. L'immense talent de la grande cantatrice refait une virginité\naux motifs de 1 Ambassadrice que l'outrage du temps a passablement\ndéflorés. Si Auber ne laissait pour tout bagage à la postérité que la\nmusique de l'Ambassadrice,il n'y aurait rien à reprendre à l'inique ju-\ngement que M. Jules Simon a porté, dans un discours fameux prononcé"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "249", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.50", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2701, "texte": "au Conservatoire, sur la fâcheuse facilité de notre maître national. A\nparler franc, Y Ambassadrice est émaillée de couplets et d'ariettes qui\nsemblent avoir été destinés plutôt au Vaudeville de la rue Chartres qu'à\nrOpéra-Comique. Cependant le filon d'or y dessine parfois son brillant\nsillon. L'ouverture est un morceau instrumental des plus fins. Au pre-\nmier acte, l'air bouffe : Que mon sort est beau, le quatuor, et la romance :\nLe ciel nous a placés dans les rangs, sont également bien traités. Et\ndans les actes suivants, le duo : Oui, c est moi qui viens ici, et Pair de\nCharlotte : Que ces murs coquets sont de la veine la plus pure. Telle\nest la part de l'or de Virgile : celle du clinquant du Tasse est malheureu-\nsement la plus forte.\nGAITÉ. JEANNE DARC. 8 novembre. En montant à la Gaîté la\nJeanneDarc de MM. Jules Barbier et Gounod, M. Offenbach a fait acte de\ndirecteur aventureux. C'est un coup de main qu'il tentait. En cas d'insuc-\ncès, le sentiment d'art et de patriotisme qui l'a guidé, eût été devant la criti-\nque une excuse suffisante de sa témérité. Il a fallu à M. Offenbach du\ncourage et presque du désintéressement. En effet, l'histoire de Jeanne\nDarc (c'est la seule orthographe de son nom reconnue par l'archéologie),\nest un sujet dont l'expérience a condamné la représentation dramatique.\nDe plus, le drame, mêlé de musique, n'est point acclimaté sur la scène\nfrançaise, et les diverses tentatives qu'on a faites jusqu'ici pour l'y intro-\nduire se sont constamment brisées contre les résistances du public.\nIl n'entre pas dans mon programme d'analyser la pièce que M. Jules\nBarbier a bâtie autour du personnage de Jeanne Darc. Je ne veux pas\ndiscuter la question de savoir jusqu'à quel point il a été vraisemblable\ndans la conception du caractère de son héroïne : chacun est maître de\nlui assigner une physionomie et un tempérament; sa légende se con-\ntredit : l'interprétation en est arbitraire. Ce qu'on sait d'elle, c'est qu'elle\nest partout le symbole vivant de l'amour de la patrie. Un jour le théâtre\nde Covent-Garden, de Londres, s'avisa de monter une parodie de la Jeanne\nDarc de Southey, dans laquelle Jeanne Darc disparaissait entraînée en\nenfer par une légion de démons. Les Anglais indignés d'un tel sacrilège,\nfaillirent massacrer le directeur, auquel ils imposèrent un dénouement\ndans lequel la vierge de Domrémy était enlevée au ciel par les anges.\nN'est-elle donc pas assez touchante ainsi, pour que MM. les poètes et\ndramaturges se croient le droit d'orner sa mémoire des grâces de leur\nesprit et des fantaisies de leur imagination? L'auréole populaire qui l'en-\ntoure est impénétrable. Les plus savants et les plus respectueux sont ceux"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "250", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.51", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2868, "texte": "qui croient à elle comme au Dieu de la patrie, ceux pour lesquels elle est\nun drapeau et non une matière à dissertation. Aussi, en poésie comme en\nart, tous ceux qui ont voulu lire dans les yeux de cette grande figure\nn'ont fait que friper le voile qui la couvre, sans compter Chapelain et\nVoltaire qui l'ont littéralement souillé. Les poètes la chantent, et tous\néchouent, depuis le Mystère du siège d'Orléans en vingt-cinq mille vers,\njusqu'à la trilogie nationale de M. Soumet en dix-huit chants et cinq\nrécits où les hors-d'œuvre abondent. Les peintres, Ingres, Delaroche,\nDevéria, tentent de fixer ses traits ; ils essuyent les bordées de la critique,\npersonne n'y reconnaît la Jeanne Darc qu'il s'est faite à lui-même. En\ns'emparant de la Jeanne Darc dans ce qu'elle a d'héroïque et de viril, en\nla modelant armée et combattant, les sculpteurs se rapprochent au moins\nd'une réalité indiscutable, et réussissent généralement mieux ; il y a\ndans les statues de Rude, de Gois, et de Foyatier plus de poésie que dans\nles vers boursouflés des chantres de Jeanne Darc. Quand les drama-\nturges ont voulu la faire se mouvoir, parler, guerroyer et mourir, ils\nse sont égarés sur la piste d'un caractère fictif, et perdu dans leur propre\ndonnée. Schiller a écrit cinq actes d'épopée avec Jeanne Darc pour hé-\nroïne ; il est tombé dans le merveilleux : d'Avrigny, un auteur d'ordre\nsecondaire, est tombé, lui, dans le ridicule, un ridicule en cinq actes, à\nla Comédie-Française. M. Jules Barbier a été relativement plus heureux\nque son devancier : il a frappé cà et là des vers énergiques et sonores ; il\na eu des élans de passion brûlante, des mouvements d'émotion sincère ;\nn'importe, il n'a pu nouer une intrigue vivante, engager une action,\net s'il n'a pas laissé le spectateur indifférent, il n'a pu l'enchaîner à son\nsujet parles liens indissolubles de l'intérêt dramatique.\nL'incompatibilité de leur principal personnage avec la scène pas\nle seul écueîl auquel se sont heurtés volontairement MM. Jules Barbier\net Gounod, son collaborateur musical. Il fallait encore triompher des\nrépugnances manifestes et d'ailleurs justifiées du public français pour le\ndrame mêlé de musique, ou plutôt interrompu, disjoint, retardé par la\nmusique. Nous croyons qu'on peut, avec du talent, bien entendu, com-\nposer d'excellente musique d'après les situations attachantes d'un\ndrame, et qu'il sera toujours extrêmement difficile, sinon impossible, de\nfaire un bon drame, où des morceaux de musique, autres que des\nchœurs, aient leur place ménagée. Les Allemands prônent, je le sais,\ncette forme hybride et bâtarde de l'art théâtral qui plaît à leur nature\ncontemplative. Presque tous leurs maîtres, Mozart, Beethoven, Weber,\nMendelssohn, Schubert, Meyerbeer et Schumann, ont contribué puis-\nsamment à l'y populariser. Les Français n'y ont pu mordre : la coupe"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "251", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.52", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2840, "texte": "d'un drame n'est point celle d'un libretto ; ils donneront à leurs aureurs\nle choix des genres selon les aptitudes de chacun., et ne sanctionneront\njamais une confusion hostile au tempérament national. Ajoutons que,\npour un livret d'opéra, il ne s'établit aucune rivalité entre le librettiste\net le compositeur : l'un se sacrifie tout entier à l'autre, et le succès est à\nce prix :il n'en sera jamais de même pour le drame, où le dialogue et\nla musique ont leur rôle distinct, car, par un antagonisme d'amour-\npropre peut-être involontaire, mais profondément instinctif, l'auteur des\nparoles et celui de la musique se couperaient leurs effets comme les\nderniers des cabotins, pour parler le langage de ces messieurs.\nParmi les différents essais tentés en France pour y implanter le drame\nmoitié lyrique et moitié dialogué, comptons le Timoléon de Joseph Ché-\nnier et Méhul, joué en 1794, au théâtre de la République et des Arts;\nle Siège de Missolonghi d'Ozaneaux et Hérold, à l'Odéon, pendant la\nguerre de l'lndépendance hellénique, en 1828; et, plus près de nous, les\nDeux Reines de Legouvé et Gounod, aux Italiens : FArtésienne de\nMM. Daudet etßizet, au Vaudeville, et enfin les Erynnies, de MM. Le-\nconte de Lisle et Massenet, à l'Odéon. Ces jalons ont à peine effleuré no-\ntre sol, aucun n'a pu l'entamer. Il nous souvient d'avoir entendu le\nStruensée de Meyerbeer à la salle Ventadour, avec le tragédien Rossi,\nun prodigieux artiste; ni Meyerbeer ni Rossi ne firent recette, et n'en-\nthousiasmèrent la critique. Il est des lois de nature.\nLa musique de Jeanne Darc est du crû de M. Charles Gounod qui\nnous revient de Londres avec tous les brouillards de la Tamise au cer-\nveau. Aujourd'hui, sa muse est une miss efflanquée et chlorotique qui\ns'est donné le spleen à force de rêver. Sterne soutient que les idées cir-\nculent dans l'air à l'état d'atomes, et que l'homme les happe au passage\ncomme si elles se respiraient ; à en juger par l'exemple de M. Gounod,\nil paraît que les atomes de Sterne sont rares en Angleterre. On pourrait\ncroire qu'à défaut d'idées nouvelles M. Gounod a conservé quelque chose\nde l'ancien fond. Hélas! l'auteur de Jeanne Darc ne se rappelle plus\nrien de l'auteur de Faust. Serait-il vrai que Gallia ait été le premier\nterme de sa décadence? On disait, dans les réclames à l'américaine par\nlesquelles on a préparé sa rentrée en France, que l'homme qui a traité si\nmagistralement toute la partie religieuse de Faust saurait sans doute\nfaire un chef-d'œuvre mystique avec Jeanne Darc. On se reportait à\nun passé presque glorieux, on se souvenait qu'il avait ouvré jadis de fins\ntissus mélodiques, qu'il avait eu, en faculté maîtresse, l'art des préciosi-\ntés instrumentales, des combinaisons harmoniques, des oppositions de\ntimbres ingénieuses, des souvenirs archaïques toujours bien placés :"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "252", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.53", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2643, "texte": "Tout à coup, par un mouvement de recul inexplicable chez un homme\nqui n'a pas dépensé toutes les forces vives de son talent, voici M. Gounod\nqui bat en retraite et rétrograde jusqu'au point de départ de ses études.\nSon orchestre et son chant ne font plus qu'un immense unisson. Il\naffecte les tonalités grises et ne se donne plus la peine de moduler. La\nsanté du mélodiste s'est usée ; la sève de l'harmoniste s est tarie. Pour l'or-\ndinaire, un trémolo perpétuel d'instruments à cordes variant de mouve-\nment et de d'intensité, voilà sa grande ligne ; c'est le Paradis et la Péri\nds Schumann à la seconde puissance. Il y a dans l'introduction du pre-\nmier acte, une pastorale de deux hautbois qui se font écho de la scène\nà l'orchestre, avec un certain parfum champêtre. Le chœur des paysans\nqui ouvre le drame, est bien conçu et bien développé, et le fréquent rappel\nde sa phrase initiale en mineur: Nous fuyons la patrie, est plein de\ncaractère. La scène de l'extase dans laquelle Jeanne entend les voix des\nsaintes, n'était point commode à traiter : M. Gounod eût pu tirer de l'in-\ntervention de l'orgue un effet moins monotone. La ballade du page Loys_,\nau second acte, est triste, simplement triste. Quand au chœur « Dieu le\nveut! » je ne suis pas bien sûr que Dieu le veuille. Cependant il a été\nbissé aux acclamations d'une claque idolâtre, ce qui ne l'empêche point\nd'être lourd, vulgaire et mal apparenté de trompettes et de grosse caisse.\nLes couplets du défi chantés par la ribaude : ce Anglais, rentre%\nvos cornes » ont une singulière fierté d'allure. C'est, avec le divertisse-\nment et la Marche funèbre composée pour V enterrement d'une marion-\nnette, qui est un hors-d'œuvre amusant, ce que la partition renferme de\nvéritablement original et scénique. Au quatrième acte, on remarque un\nchœur dialogué de femmes, la marche du sacre qui n'a fait que côtoyer\nle grandiose, le chant des saintes pendant le sommeil de Jeanne, la\nmarche funèbre et le finale, morceaux d'inégale valeur.\nLa direction musicale de l'œuvre de Gounod est confiée à M. Albert\nVizentini, un chef d'orchestre expérimenté, au bras plein de vigueur et\nde précision. Grâce à lui, les musiciens et les choristes de la Gaîté se\nsont maintenus jusqu'au bout dans les termes les plus stricts de leur dé-\nlicate association. Mademoiselle Perret, une transfuge de l'Opéra-Co-\nmique qui joue le rôle du page Loys, chante faux avec dignité.\nDans tout ceci, les décorateurs et les costumiers sont les seuls qui\naient eu du génie.\nBOUFFES-PARISIENS. LA QUENOUILLE DE VERRE. Vendredi 7\nnovembre— La Quenouille de verre appartient à cette seconde ma-"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "253", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.54", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2788, "texte": "nière du répertoire des Bouffes, où le cœur et l'esprit parlent un argot\npolisson qui me semble mieux fait pour délecter des vieillards que des\njeunes gens et des hommes mûrs. Il y a ici une nuance, et je l'indique.\nJe ne suis point un Prudhomme, je ne m'effarouche qu'à bon escient, et\nj'ai horreur des faux pudibonds qui ont classé dans l'immoralité mille\nchoses qui sont dans la nature. C'est dire que je ne redoute, au théâtre,\nni une gaillardise de sang gaulois, ni même une scène scabreuse\nabordée carrément et enlevée d'assaut : l'auteur s'adresse à ma rate, et\nj'en ris. Je le prie seulement de ne pas toucher à ma moelle épinière où\nje ne ressens aucune faiblesse et pour laquelle je ne veux pas être médi-\ncamenté. Il y a évidemment dans la Quenouille de verre une série de\ntableaux graveleux et de plaisanteries au sel de Pennés, qui constitue\nune thérapeutique spéciale dont les gens en bonne santé n'ont que faire.\nLe livret de la Quenouille de verre est signé : Albert Millaud et\nHenri Moreno. Dans le journalisme, M. Albert Millaud a donné la\nmesure de son talent, une mesure à loger cent fois la Quenouille de\nverre! C'est aussi un poète ingénieux, riche parle nombre et par la\nrime, et applaudi déjà au théâtre. M. Moreno fait de la critique de-\npuis plusieurs années ; il est suffisamment au courant des exigences\nde la scène. Tout présageait une heureuse collaboration. Nous avons eu\nla Quenouille de verre.\nLes personnages de MM. Millaud et Moreno se meuvent dans un dé-\ncor fort coquet. Figurez-vous un joli château moyen âge tout fier de ses\nmurs crénelés et de ses sveltes tourelles. C'est là que le sire de la Tour\ndes Dames, connétable giboyant aux Sarrazins, et la gente châtelaine sa\nfemme habitent, en la noble compagnie de leur neveu le chevalier Myo-\nsotis, du baron Clos-Vougeot et du vidame Saint-Estèphe, capitaines de\nleurs gardes, de René de Montlucar; devenu le concierge de son propre\nmanoir que le connétable lui a gagné au jeu, et enfin de dame Artémise,\ndont la vertu a essuyé je ne sais quel échec avec les Visigoths dans un\ncas de force majeure (c'est l'histoire de mademoiselle Cunégonde et des\nBulgares). Mais il n'est si bonne société qui ne se quitte. A la fin du\npremier acte, le connétable déclare qu'il part combattre le bon combat\nen Palestine,, et confie sa femme à la garde du tendre Myosotis, en lui\nlaissant la fameuse quenouille de verre, un symbole de fidélité qui se\nbrisera si elle manque au devoir conjugal. Le connétable n'a pas plutôt\ntourné le que le chevalier Myosotis, le baron de Clos-Yougeot et le\nvidame de Saint-Estèphe entreprennent, chacun pour son compte, la\nconquête de l'épouse délaissée. Pendant ce temps, Monsieur court le\nguilledou dans le voisinage et perçoit sur ses terres ce droit aujourd'hui"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "254", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.55", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2821, "texte": "éteint et qu'on appelle encore, en dépit des protestations de M. Veuillot,\nle droit du seigneur. C'est ainsi que Madame trouve entre les mains\nde la jeune Lucette une lettre où le seigneur et maître invite sans façon\nsa tenancière à un arrangement amiable. Quand le connétable arrive au\nrendez-vous, sa femme l'y a devancé : le connétable, croyant avoir\naffaire à Lucette, devient singulièrement pressant... On devine qu'à ce\nmoment la quenouille casse; mais le connétable peut-il décemment se\nfâcher de l'aven cure ?\nVoilà, dégagée de tous ses épisodes, l'intrigue de la Quenouille de\nverre. Il n'entrait sans doute pas dans le plan des auteurs de faire dé-\npense d'imagination. M. Grisart a écrit la musique de ce scénario banal.\nCe n'est point le coup d'essai de ce compositeur qui a déjà donné aux\nFolies-Bergère un acte intitulé Memnon? avec madame Judic pour inter-\nprète. Il manque à l'inspiration de M. Grisart cette spontanéité, ce je\ntout d'une pièce, où se reconnaît le don naturel de la mélodie. Sa phrase\na Phaleine courte et s'essouffle au bout de quelques mesures. Les idées\nvulgaires ne lui font point peur, et il met à les développer autant de\nsoin et de conscience que s'il s'agissait d'une trouvaille : à chaque instant\nl'impertinent flonflon du café-concert montre le bout de l'oreille dans\nson orchestre,, et les souvenirs de l'Alcazar et de l'Eldorado s'y précipitent\npar bouffées. Quand M. Grisart ne se laisse point glisser sur cette pente\nfatale, il lui arrive d'être distingué dans la facture, élégant dans l'instru-\nmentation ; il pastiche avec assez de bonheur les procédés piquants de Léo\nDelibes. On est surpris de le retrouver tout à coup musicien adroit et\nexpérimenté. Dans les morceaux de la partition qui se rapprochent de\nl'opéra comique, il se montre vraiment soucieux de son art. Mais sur le\nterrain de 1 opérette pure, il ne rencontre jamais ce rhythmeà vive arête\nqui jaillit parfois des couplets et des finales de Lecocq et d'Offenbach.\nL'ouverture renferme à son début un andante qui n'est pas sans grâce\net qui reparaît sous forme de romance au troisième acte, soutenu par\nunt pédale de cor qui lui donne une bonne couleur; il est fâcheux que\ncette pédale rappelle aussi servilement celle de Pair des Djinns dans le\nPremier Jour de bonheur. Le premier acte commence par un chœur\nde gardes voce dont la formule est bien rebattue. La sérénade qui\nla suit est bien accompagnée par les discrets des violons* Les\ncouplets ; « Mon mari ne mrentend pas » et ceux de la Quenouille\nde Pénélope ont été bissés, en dépit de leur banalité, grâce à madame\nj udic* Au second acte on a fait fête à la chanson à boire dite par madame\nPeschard. Le refrain : « Ce sont deux amoureux qui passent, » accom-\npagné à Punisson par le cor est d'un bon sentiment mélodique. Il y a"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "255", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.56", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 1116, "texte": "de sérieuses qualités de métier dans le duo, d'ailleurs monotone, entre le\nconnétable et Myosotis. Les couplets sur l'art de filer la quenouille, et\ntoute la scène finale du second acte sont semés de sous-entendus scanda-\nleux, piteusement rendus par le musicien. Hormis la romance que\nnous avons signalée et les couplets moitié dits moitié chantés de la Let-\ntre, le troisième acte est bien vide.\nLa direction des Bouffes a monté la pièce avec luxe. Elle a mis au\nservice des auteurs le dessus du panier de sa troupe. On a beaucoup\nadmiré madame Peschardsous le costume pittoresque du chevalier Myo-\nsotis : elle a été fort appréciée comme virtuose, ce qui paraît être sa\nvéritable préoccupation. Adèle Cuinet a marqué de la bonne humeur\ndans le rôle de dame Artémise. Homerville, Edouard-Georges et Ham-\nburger tirent tout ce qu'ils peuvent de leur sac à malices pour ré-\nchauffer un dialogue fatigant. Quant à madame Judic, c'est l'effronterie\npoussée jusqu'au sublime. L'actrice y déploie tant d'art que le public\naurait peur d'offenser la femme s'il témoignait qu'il a compris.\n\nARTHUR HEULHARD."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-12-01-01-c026", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-12-01_01#c026", "volume": "bmtnabc_1873-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "256", "page_fin": "[264]", "image_debut": 57, "image_fin": 65, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.2.9", "titre_corps": "VARIA", "titre_sommaire": "VARIA", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 57, "page_imprimee": "256", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.57", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2176, "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nCORRESPONDANCE\n\nCher monsieur et ami\nE sais qu'en fondant votre élégante et brillante Chronique\nmusicale vous avez entendu, tout en rappelant les gloires\ndu passé, ne la désintéresser en rien des questions musi-\ncales si multiples qui se produisent de nos jours non-seu-\nlement à Paris, mais aussi en province; j'ai pensé qu'il\nserait bon, nécessaire même de faire connaître à la plu-\npart des lecteurs de la Chronique musicale qui l'igno-\nrent, la situation exacte avec preuves à l'appui, de l'art musical en pro-\nvince, depuis que la liberté des théâtres a été décrétée, depuis que les cafés-\nconcerts sont devenus de véritables succursales des théâtres d'opérette,\net surtout depuis la réglementation actuelle des droits d'auteurs pour le\nthéâtre et pour les concerts. Toutes ces choses sont appréciées, jugées déjà,\nau point de vue parisien, mais beaucoup trop ignorées par les intéressés\nmême, en ce qui regarde la province. C'est donc du théâtre et des concerts\nén province, de leur situation actuelle, que je voudrais entretenir vos lecteurs,\nsi la Chronique musicale voulait bien accorder l'hospitalité à mes réflexions\nprovinciales.\nParis est le centre producteur, et il est tout naturel qu'on ait traité d'abord\nla question musicale et lyrique au point de vue parisien.\nMais puisque Paris est la lumière, et puisqu'on se plaint que son éclat di-\nminue de jour en jour, ne serait-il donc pas grand temps de voir un peu com-\nment s'en établit le rayonnement en province? N'est-il pas utile, par exemple,\nque les compositeurs, touchant à Paris leurs droits d'auteurs, pour leurs piè-\nces jouées en province, sachent enfin exactement où les mènera, avant peu,\nla réglementation actuelle de ces droits et la façon dont ils sont perçus en\nprovince?\nNe serait-il pas alors intéressant de rechercher pour quels motifs nombre\nde directeurs de province hésitent souvent aujourd'hui à monter certains\nouvrages nouveaux, de savoir d'où viennent leurs hésitations qui nuisent aux\nauteurs en empêchant la propagation de leurs œuvres, et de prouver, pièces\nen mains, que nombre d'œuvres musicales applaudies à Paris, sont restées"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "257", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.58", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2626, "texte": "lettres mortes pour beaucoup de villes de province, même très impor-\ntantes, jusqu'au jour où elles se sont produites sur leur théâtre ou à l'un de\nleurs concerts?\nEh bien! ces représentations lyriques, ces concerts, jadis si recherchés, si\nsuivis, jettent aujourd'hui leur dernier feu et ne tarderont pas à disparaître\ntout à fait, si l'on n'y porte au plus vite un remède énergique et radical.\nJe n'ai pas la prétention, cher monsieur, d'avoir découvert ce topique sou-\nverain ; mais en mettant le mal à nu, en le fouillant jusqu'à sa racine, de\nfaçon à ce que le public et les compositeurs en voient la profondeur et le dan-\nger, ne serait-ce pas faire déjà œuvre méritoire?\nJ'attends votre réponse pour me mettre en campagne.\nAgréez, etc.\nM. Délia Rocca a longtemps tenu le feuilleton musical de Y International\n(Paris-Londres). La matière sur laquelle il attire l'attention des lecteurs de\nla Chronique musicale lui est familière. Elle ne saurait être mieux traitée que\npar lui. Nos colonnes lui sont ouvertes.\n\nE. Della Rocca\n\nFAITS DIVERS\nOICI le flot des concerts qui monte. Le Concert national du Châtelet,\nsous la direction de M. Colonne, donne une puissante réplique au\n!Concert populaire de M. Pasdeloup. La création d'une nouvelle salle\nde concert est décidée en principe sur l'emplacement du magasin\ndes Villes de France.\nM. Danbé, qu'un sort injuste avait exilé du Grand-Hôtel, a trouvé un asile\nchez M. Herz, et va reprendre ses intéressantes séances. A ces Concerts pu-\nblics ou populaires va se joindre le contingent des Concerts particuliers, des\nSociétés d'amateurs, des quartettistes, etc. Une école de symphonistes fran-\nçais surgit et s'affirme avec MM. Guiraud, Massenet, Lenepveu et autres\ncompositeurs qui ont déjà donné plus que des espérances. Il convient que la\nChronique musicale encourage vigoureusement ce mouvement en avant tenté\nvers la grande musique d'orchestre, où se sont révélés, dans ces dernières\nannées, des talents encore neufs, mais pleins de sève et d'ingéniosité. Ces œu-\nvres nouvelles, que chaque hiver voit éclore et augmenter, méritent mieux\nqu'un compte-rendu sommaire souvent dicté par la sympathie plus ou moins\nprononcée qu'exerce autour d'elle la personne de l'auteur. La Chronique\nmusicale en fera l'examen impartial, approfondi, également éloigné des sévé-\nrités rebutantes et des encouragements banaux. Cette partie indispensable\nsera confiée, en raison de la multiplicité des Concerts donnés le même jour\nsur des points différents, à plusieurs de nos collaborateurs, et figurera dans\nle prochain numéro de la Chronique musicale, sous la rubrique : Revue des\nConcerts."}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "258", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.59", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3065, "texte": "Nous publions un long extrait d'une brochure publiée par M. Bour-\ngault-Ducoudray, fondateur de la Société qui porte si justement son nom.\nM. Ducoudray rappelle les glorieux états de services de la Société qu'il\ndirige, et fait aux amateurs un appel qui sera certainement entendu.\n« Lorsque la Société Bourgault-Ducoudray a été fondée en 1866, elle s'est\nproposé pour but de faire connaître au public les chefs-d'œuvre de la musique\nchorale.\n« Si, malgré un travail non interrompu et des efforts persévérants, elle n'a\npu accomplir encore qu'une bien petite partie de sa tâche, c'est que cette\ntâche présente de graves difficultés. Pour la remplir entièrement, il eût fallu\naplanir des obstacles qu'il n'a pas dépendu d'elle de vaincre.\n« C'est ainsi que l'absence d'une salle d'oratorios, munie d'un grand orgue ,\nrend impossible à Paris l'exécution d'une foule de chefs-d'œuvre, dans les\nconditions où l'auteur les a conçus.\n» Un obstacle non moins sérieux, mais qui tend heureusement de jour en\njour à disparaître, c'est le trop peu d'importance donnée jusqu'ici à la partie\nélémentaire de l'instruction musicale et qui en est la base, au solfège.\n« C'est seulement le jour où la connaissance du solfège sera vraiment ré-\npandue en France, que le développement des sociétés chorales capables d'exé-\ncuter de grands ouvrages y prendra un rapide essor. Alors nous ne vivrons\nplus comme aujourd'hui, dans l'ignorance des principaux monuments de\nl'art, et dans un état d'infériorité humiliante relativement à d'autres na-\ntions.\n« Limitée dans ses moyens d'action, la Société n'a pu que faire entrevoir\nau public quel immense intérêt il aurait à connaître un genre de musique\nqui réclame des masses chorales puissantes pour se révéler dans toute sa\ngrandeur.\na Outre l'incomparable jouissance artistique que procure la grande musi-\nque chorale interprétée par des chanteurs nombreux et bien disciplinés, il\nn'est pas d'exercice plus utile au développement des facultés musicales que la\npratique du chant d'ensemble.\n« C'est grâce à cette pratique que l'élève doit acquérir au plus haut degré\nle sentiment de la justesse, du rhythme et de la mesure dans l'expression.\nElle seule lui permet de se former un goût sûr, par l'étude comparative d'oeu-\nvres appartenant à toutes les écoles et à toutes les époques de l'art.\n« Comptant sur le progrès évident de notre goût musical, la Société espère\nque d'autres amateurs viendront grossir le noyau qu'elle a déjà formé; elle\nles invite à prendre part à l'exécution des ouvrages qu'elle va metre à l'étude\npendant la saison (Novembre 1873 Mai 1874) et dont les principaux sont:\nLa Bataille de Marignan, chant français, de CLEMENT JANNÈQUIN ( 1480); la\nCantate de J. S. BACH, C'est Dieu seul qui gouverne ;et le Messie, de HAENDEL. »\nTravaux de la Société depuis sa fondation.\n23 MARS 1869, —■ Exécution, avec orchestre, de la Passion (1), de Haendel,\nà la Salle Herz.\n\n(1) C'est la première fois qu'on exécutait à Paris cet ouvrage, dont il n?a encore été\npublié jusqu'ici aucune traduction française."}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "259", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.60", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2806, "texte": "12 DÉCEMBRE 1869. 1™ matinée donnée à la Salle Herz. (Exécution\nd œuvres d'Arcadelt, Roland de Lassus, Palestrina, Vittoria, Allegri, Aichin-\nger, Lotti, Gluck, Mendelssohn.)\n23 JANVIER 1870. 2™« matinée, donnée à la Salle Herz. (Exécution\nd'œuvres de Roland de Lassus, Paiestrina, Vittoria, Vulpius, Roland de\nGibbons. )\n3I MARS 1870. exécution, avec orchestre, de La Fête d'Alexandre(2)\nde Haendel, à la Salle Herz.\n9 AVRIL 1870. 2™ exécution, avec orchestre, de La Fêle d'Alexandre.\nà la Salle Herz.\nLe succès éclatant obtenu par ces deux exécutions a été pour la Société un vil-\nencouragement; il a prouvé que, pour qu'on appréciât en France à leur juste valeur\nles chets-d'œuvre de la musique chorale, il suffirait que ces chefs-d'œuvre y fussent\nconnus.\n22 AVRTL 1870. 3me matinée donnée àla Salle Herz. (Exécution d'œu-\nvres de Josquin Desprès, Palestrina, Lotti, Scarlatti, Rameau, Séb. Bach,\nHaendel.)\n18 NOVEMBRE 1870. Concert donné au profit des ambulances de la\nPresse, pendant le siège de Paris, à la Salle Herz.\n27 DÉCEMBRE 1871. Soirée musicale donnée dans les salons de M. Oscar\nComettant. (Exécution d'œuvres de Roland de Lassus, Palestrina, Vittoria,\nAichinger, Roland de Gibbons, Séb. Bach, Haendel.)\n16 FÉVRIER 1872. I«* concert donné au profit de la Souscription Natio-\nnale pour la Libération du Territoire, dans la Salle Pleyel. (Exécution d'œu-\nvres d'Arcadelt, Roland de Lassus, Vulpius, Rameau, Mendelssohn, Berlioz.\nSaint-Saens.)\nICR MAI 1872. 2RAE concert donné au profit de la Souscription Nationale,\ndonné à la Salle Herz, ire exécution, avec orchestre, d'Acis et Galatée, de\nHaendel, avec le concours de la Société chorale le Louvre.\n28 JANVIER 1873. —3™ exécution, avec orchestre, de La Fête d'Alexandre,\nde Haendel, à la Salle Herz, avec le concours de la Société chorale le Louvre.\n16 MARS 1873. —FE exécution, avec orchestre, de La Fête d'Alexandre,\nde Haendel, donnée au théâtre de l'Odéon, avec le concours de la Société\nchorale le Louvre.\n6 AVRIL 1873. 2ME exécution, avec orchestre, d'Acis et Galatée, de Haen-\ndel, à la Salle Herz, avec le concours de la Société chorale le Louvre.\n22 et 3I MAI 1878. Exécution de morceaux religieux anciens et mo-\ndernes, pendant la cérémonie du mois de Marie, à Saint-Louis-d'Antin.\nLe ministèie de 1 Instruction publique et des Beaux-Arts a honoré la So-\nciété d une sub\\ention de 000 francs en 1872 et de 500 francs en 1873,\ncomme encouragement à ses travaux.\nLe prix Trémont a été décerné, à la dernière séance de l'lnstitut, à\nM. Charles Constantin, l'auteur de l'acte intitulé : Dans la Forêt, repré-\n\n(2) C est la première fois que cet ouvrage était exécuté à Paris, avec la traduction\nde \\ . Wilder, qui a été publiée depuis avec la partition piano et chant, par souscrip-\ntion, chez Gautier, éditeur, rue Meslay, 28."}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "260", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.61", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2691, "texte": "senté à l'Athénée, et le prix fondé par M. Chartier, à M. Edmond Membrée,\nA cette même séance, l'Académie a donné au concours, parmi les sujets\nproposés pour 1875, l'Histoire de l'instrumentation et de ses variations depuis\nle seizième siècle jusqu'à nos jours,\nLa séance a été ouverte par l'exécution d'une ouverture intitulée le Juge-\ngement de Dieu, envoyée de Rome par M. Lefebvre, élève de deuxième an-\nnée. Elle a été close par la cantate paroles de notre excellent colla-\nborateur M. de Lauzières, musique de M. Paul Puget, prix de Rome de\n1873, et dont les interprètes étaient mademoiselle Devriès et MM. Bosquin\net Bouhy.\nL'opéra comique de Flotow, dont on avait annoncé la représentation à\nrOpéra-Comique de Vienne, sous le titre de Fleur de Haarlem.\nD'autre part, l'éditeur Ricordi, de Milan, vient d'acquérir de M. de Flotow\nla propriété de deux nouvelles partitions; l'une a pour titre : Zora l'lncanta-\ntrice, en quatre actes, poème de M. de Saint-Georges, traduction italienne de\nM. Ghislanzoni; l'autre n'a pas encore de titre; M. Ghislanzoni en est le\nlibrettiste.\nVendredi dernier a eu lieu à la Salle Pleyel l'audition des deux qua-\ntuors [couronnés dans le Concours ouvert, cette année, par la Société des\nCompositeurs de musique.\nVoici le programme de cette séance :\n10 Premier quatuor (en si bémol), par A, DÉLOFFRE.\nexécuté par MM. Maurin, Golbin, Mas et CheviJlard ;\nj Sicilienne de PERGOLÈSE.\n20 c Ariette, de Momus, dans la Querelle entre Phœbus\n( et Pan. SEBASTIEN BACH.\nChantées par madame Barthe Banderali ;\n3° Quatuor (en re majeur), par LUIGINI FILS.\nExécuté par MM. Taudou, Desjardins, Lefort et Rabaud.\nNous avons retrouvé le compte-rendu de l'incendie de 1788 à l'Hôtel\ndes Menus, dans l'humoristique Tableau de Paris, de Mercier :\n« L'Hôtel dit vulgairement des Menus Plaisirs du Roi est le dépôt de toutes\nles machines, décorations et habillements qui servent aux fêtes. C'est l'image\ndu cahos. On y entasse les débris des catafalques avec ceux d'une salle de\nbal\n« Le feu vient de prendre à ce magasin ; mais quand il arrive un incendie\ndans un magasin royal, le public ne s'y intéresse pas vivement. Il appelle cet\naccident un compte rendu écrit avec du charbon ; puis il ajoute : Il y aura tou-\njours de Vargent pour réparer cela.\n« Les pères capucins ont accouru à cet incendie avec leur zèle accoutumé,\net, pour sauver les richesses théâtrales des trois spectacles, on a vu l'un s'af-\nfubler d'un casque, porter un cimeterre sous son bras et tenir à la main\nla baguette de Médée ; l'autre avait entassé sur ses épaules les jupons de\nsatin des actrices et le caducée de Mercure, ce qui contrastait avec sa barbe\net son capuchon."}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "261", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.62", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2473, "texte": "« Celui-ci, les mains armées des rayons du char du soleil, croyait sauver de\ngros diamants et s'était enveloppé du vêtement d'un druide. Ces mains sacrées\nqui touchaient pour la première fois à tant d'objets profanes, prouvaient cet\nadage que nécessité n'a point de loi; mais au milieu de l'embrasement, il a\nfallu rire malgré soi en voyant des capucins se charger des immodestes débris\ndes décorations théâtrales, embrasser, en fuyant, des bustes voluptueux et\nprêter du secours à tous les dieux et déesses du paganisme (i). »\nA propos de l'Opéra, M. Albert de Lassalle raconte dans le Charivari\nl'anecdote que voici :\n« C'était le 14 janvier 1858, à huit heures du soir, au moment où les bom-\nbes Orsini pleuvaient dans la rue Le Peletier.\n« Deux individus, X. et Z., jouaient paisiblement au billard dans un café\nvoisin.\n« Z., qui jusque-là avait été très maladroit, fait enfin son premier caram-\nbolage, mais juste à la minute de la première détonation :\n« louché !... quelle chance! » s'écrie-t-il dans son délire de joueur\nheureux.\n« Suivez-moi ! » lui dit un agent de police en le prenant brutalement à\nla gorge.\n\nNOUVELLES\n\nARIS. Opéra. Pour les dernières nouvelles que nous tenons de\nbonne source sur la question de l'Opéra, sur les questions devrions-\nnous dire, car il y en a bien deux, tout à fait distinctes. Il s'agit d'a-\nbord de savoir si nous aurons un Opéra provisoire, ensuite si l'édifice\nnéronien du boulevard des Capucines sera terminé et quand.\nSur la première question, il paraît que l'accord est fait entre M. Strakosch\net l'administration. L'Opéra français donnera ses représentations à la salle\nVentadour alternativement avec l'Opéra italien. Les représentations com-\nmenceront dès que le versement préalable de la somme convenue aura été\neffectué. On ne jouera bien entendu que les pièces auxquelles les décors exis-\ntant à l'Opéra italien pourront suffire. Les répétitions auront lieu dans un\nautre local.\nQuant à l'achèvement du nouvel Opéra, on sait que l'architecte demande\nun an au moins, et sept millions d'argent comptant. Pour faire face à cette\ndépense qui dépasse de beaucoup les prévisions du budget, une compagnie\nfinancière offrirait les fonds aux conditions suivantes : i° Remboursement\nintégral du capital et des intérêts en sept annuités; 20 concession du privi-\nlège de l'Opéra et de l'exploitation du nouvel édifice pendant quinze ans.\n\n(1) MERCIER. Tableau de Paris. Edition de 1788. Chapitre DCCLXXVII (tome\nX. p. 56)."}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "262", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.63", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2488, "texte": "Nous apprenons avec plaisir que ces conditions répugnent au ministre,\nnon-seulement à cause du taux archi-usuraire du prêt, mais aussi et surtout\nau point de vue de 1 art qui pourrait se trouver sacrifié entre les mains d'une\ncompagnie exerçant un véritable monopole, et échappant, en vertu de son\ncontrat, à la direction et à la surveillance de l'administration supérieure.\nVoilà encore un exemple des funestes effets qu'entraîne toujours l'inter-\nvention de l'État dans les affaires théâtrales.\nD'après le Figaro, M. Dupressoiroffre au gouvernement :\ni° De faire les sacrifices nécessaires pour faire jouer l'opéra à Paris, jusqu'à\nl'ouverture du nouveau théâtre ;\n2° Achever le nouvel Opéra ;\n3° Administrer le théâtre pendant quinze ans, conjointement avec le di-\nrecteur agréé par le gouvernement, sans aucune subvention de l'État !\nEn échange de ces offres très brillantes, M. Dupressoir demande la con-\ncession de trois casinos semblables à celui de Bade, à Aix, Biarritz, Trou-\nville, ou autres stations balnéaires.\nItaliens. *— Mademoiselle de Belloca, dont les représentations avaient été\ninterrompues par suite d'une indisposition assez grave, a reparu dans le Bar-\nbier. Elle y a retrouvé les succès de son début, et s'est fait chaudement ap-\nplaudir dans la Leçon de Chant où elle a intercalé la jolie romance de madame\nde Rothschild : Si vous n' ave% rien àme dire.\nLa reprise de la Perle du Brésil est-elle décidée, comme on l'annonce\nde divers côtés ? Renseignements pris, il faut encore douter.\nOpéra-Comique. L'Opéra-Comique reprendra, cet hiver, Jeannot et\nColin, de Nicolo.\nEn même temps que le Florentin, -l'Opéra-Gomique répète l'ouvrage en\nun acte d'Ernest Reyer, Maître Wolfram, donné jadis avec succès au Théâ-\ntre-Lyrique, et Marcelin-, opéra-comique nouveau de MM. Prevel et Duprato,\négalement en un acte.\nOn prépare aussi une reprise de Mignon, avec mademoiselle Chapuy, dans\nle rôle principal et mademoiselle Reine dans celui de Frédéric.\nMadame Galli-Marié vient d'être réengagée pour l'opéra de MM. Meilhac\net Halévy, dont la musique sera de M. Georges Bizet. Cet ouvrage a pour\ntitre Carmen.\nRenaissance. —■ Tous les soirs, la Jolie parfumeuse, dont la première re-\nprésentation a eu lieu le samedi 29 septembre.\nCasino. L'orchestre de dames spécialement engagé par la direction pour\nles concerts de la saison d'hiver, a été présenté à la presse et recommandé à\nson appréciation dans une séance spéciale donnée samedi 29, à 2 heures."}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "263", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.64", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 1715, "texte": "C'est un spectacle curieux, absolument nouveau pour les Parisiens, et suf-\nfisamment artistique pour que la Chronique musicale lui consacre une étude,\nqui n'a pu être faite sur une seule audition.\nM. Gaston Escudier a donné dans Y Art Musical d'intéressants détails sur\ncette société féminine, à laquelle il a fallu adjoindre (disons-le à l'honneur du\nsexe fort) quelques jeunes gens chargés des parties des gros instruments :\nLa directrice est madame Amann Weinlich. Son poignet est solide, son\ncoup d'oeil sûr. Elle exerce une sorte d'influence sur son entourage. Mal-\nheur à celle qui ferait une faute! elle serait à l'instant foudroyée. Sa taille\nest grande, sa figure expressive; c'est la reine des Damen orchester, et c'est\nune reine imposante.\nLes toilettes sont brillantes, fraîches,, mais les couleurs n'en sont pas\ncriardes : uniformément blanches, jaunes et noires, les robes présentent un\nensemble fort harmonieux à l'œil. Rien ne choque.\nQuant à la nationalité de chacune des exécutantes, il faudrait posséder un\nétat de naissance complet, comme dans une mairie, pour la donner. Les\nunes sont Américaines, les autres Russes, quelques-unes Hongroises, celles-\nci Bohémiennes ; une seule est Française, C'est, dit-on, celle qui tient la\ngrosse caisse... Le violon solo est joué par une Berlinoise fort jolie, fort\navenante, et très distinguée.\nDepuis sa formation, l'orchestre de femmes a recueilli toutes les sympathies\net tous les succès : en Russie, les Moscovites les ont fêtées à l'envi, En Amé-\nrique, la salle des concerts n'était jamais assez spacieuse. En Autriche, elles\nont fait les délices de l'Exposition de Vienne.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "[264]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.65", "debut_caractere": 142, "fin_caractere_exclue": 1747, "texte": "A.H.\nA vente de notre numéro du i 5 novembre, au profit du personnel\nde l'Opéra, a été activement poussée par MM. les Libraires et édi-\nteurs de musique, dépositaires de la Chronique Musicale.\nNos confrères de la presse, de la grande presse surtout, ont\npresque tous recommandé dans leurs feuilletons et dans leurs courriers de\nthéâtre, lâchât de notre numéro sur l'Opéra, à titre de bonne œuvre, Grâce\nà leur pressant appel au public, nous avons dû en faire une seconde édition.\nmise en vente aux mêmes conditions et dans le même but que la première.\nNous remercions de leur généreux concours MM. G, Escudier fArt mu-\nsical), Ch. de la Rounat (XIXe Siècle), Adolphe Dupeuty (Événement), F. Os-\nwald (Gaulois), Gustave Lafargue (Figaro), Adolphe Jullien (Français), Jules\nGuillemot (Journal de Paris), Jennius (Liberté), Paul Foucher (Opinion na-\ntionale), Émile Mendel (Paris-Journal), de Thémines (Patrie), Charles Deu-\nlin (Pays), Émile Marsy (Rappel), Raoul Graphe (Soir), ainsi que MM. les\nrédacteurs de l'Écho des Orphéons, de la Gazette des Étrangers, de /'lndé-\npendance belge, du Messager de Paris, du Monde illustré, de la République\nfrançaise et du Soleil. Que ceux que nous oublions nous pardonnent :en ne les\ncitant pasy nous ne péchons que par ignorance.\nLa vente de notre numéro exceptionnel sur l'Opéra se poursuit dans plus de\ncent dépôts : La somme que nous avons déjà recueillie dans nos bureaux nous\npromet un bon résultat. Nous dirons dans notre prochain numéro le montant de\nnotre recette que nous tiendrons immédiatement àla disposition des intéressés\nsans déduction d'aucuns frais."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-12-01-01-c028", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-12-01_01#c028", "volume": "bmtnabc_1873-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "256", "page_fin": "257", "image_debut": 57, "image_fin": 58, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.2.9.2", "titre_corps": "CORRESPONDANCE", "titre_sommaire": "CORRESPONDANCE", "signature_source": "E. Della Rocca", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 57, "page_imprimee": "256", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.57", "debut_caractere": 52, "fin_caractere_exclue": 2176, "texte": "CORRESPONDANCE\n\nCher monsieur et ami\nE sais qu'en fondant votre élégante et brillante Chronique\nmusicale vous avez entendu, tout en rappelant les gloires\ndu passé, ne la désintéresser en rien des questions musi-\ncales si multiples qui se produisent de nos jours non-seu-\nlement à Paris, mais aussi en province; j'ai pensé qu'il\nserait bon, nécessaire même de faire connaître à la plu-\npart des lecteurs de la Chronique musicale qui l'igno-\nrent, la situation exacte avec preuves à l'appui, de l'art musical en pro-\nvince, depuis que la liberté des théâtres a été décrétée, depuis que les cafés-\nconcerts sont devenus de véritables succursales des théâtres d'opérette,\net surtout depuis la réglementation actuelle des droits d'auteurs pour le\nthéâtre et pour les concerts. Toutes ces choses sont appréciées, jugées déjà,\nau point de vue parisien, mais beaucoup trop ignorées par les intéressés\nmême, en ce qui regarde la province. C'est donc du théâtre et des concerts\nén province, de leur situation actuelle, que je voudrais entretenir vos lecteurs,\nsi la Chronique musicale voulait bien accorder l'hospitalité à mes réflexions\nprovinciales.\nParis est le centre producteur, et il est tout naturel qu'on ait traité d'abord\nla question musicale et lyrique au point de vue parisien.\nMais puisque Paris est la lumière, et puisqu'on se plaint que son éclat di-\nminue de jour en jour, ne serait-il donc pas grand temps de voir un peu com-\nment s'en établit le rayonnement en province? N'est-il pas utile, par exemple,\nque les compositeurs, touchant à Paris leurs droits d'auteurs, pour leurs piè-\nces jouées en province, sachent enfin exactement où les mènera, avant peu,\nla réglementation actuelle de ces droits et la façon dont ils sont perçus en\nprovince?\nNe serait-il pas alors intéressant de rechercher pour quels motifs nombre\nde directeurs de province hésitent souvent aujourd'hui à monter certains\nouvrages nouveaux, de savoir d'où viennent leurs hésitations qui nuisent aux\nauteurs en empêchant la propagation de leurs œuvres, et de prouver, pièces\nen mains, que nombre d'œuvres musicales applaudies à Paris, sont restées"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "257", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.58", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1031, "texte": "lettres mortes pour beaucoup de villes de province, même très impor-\ntantes, jusqu'au jour où elles se sont produites sur leur théâtre ou à l'un de\nleurs concerts?\nEh bien! ces représentations lyriques, ces concerts, jadis si recherchés, si\nsuivis, jettent aujourd'hui leur dernier feu et ne tarderont pas à disparaître\ntout à fait, si l'on n'y porte au plus vite un remède énergique et radical.\nJe n'ai pas la prétention, cher monsieur, d'avoir découvert ce topique sou-\nverain ; mais en mettant le mal à nu, en le fouillant jusqu'à sa racine, de\nfaçon à ce que le public et les compositeurs en voient la profondeur et le dan-\nger, ne serait-ce pas faire déjà œuvre méritoire?\nJ'attends votre réponse pour me mettre en campagne.\nAgréez, etc.\nM. Délia Rocca a longtemps tenu le feuilleton musical de Y International\n(Paris-Londres). La matière sur laquelle il attire l'attention des lecteurs de\nla Chronique musicale lui est familière. Elle ne saurait être mieux traitée que\npar lui. Nos colonnes lui sont ouvertes.\n\nE. Della Rocca"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-12-01-01-c030", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-12-01_01#c030", "volume": "bmtnabc_1873-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "257", "page_fin": "261", "image_debut": 58, "image_fin": 62, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.2.9.3", "titre_corps": "FAITS DIVERS", "titre_sommaire": "FAITS DIVERS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 58, "page_imprimee": "257", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.58", "debut_caractere": 1033, "fin_caractere_exclue": 2626, "texte": "FAITS DIVERS\nOICI le flot des concerts qui monte. Le Concert national du Châtelet,\nsous la direction de M. Colonne, donne une puissante réplique au\n!Concert populaire de M. Pasdeloup. La création d'une nouvelle salle\nde concert est décidée en principe sur l'emplacement du magasin\ndes Villes de France.\nM. Danbé, qu'un sort injuste avait exilé du Grand-Hôtel, a trouvé un asile\nchez M. Herz, et va reprendre ses intéressantes séances. A ces Concerts pu-\nblics ou populaires va se joindre le contingent des Concerts particuliers, des\nSociétés d'amateurs, des quartettistes, etc. Une école de symphonistes fran-\nçais surgit et s'affirme avec MM. Guiraud, Massenet, Lenepveu et autres\ncompositeurs qui ont déjà donné plus que des espérances. Il convient que la\nChronique musicale encourage vigoureusement ce mouvement en avant tenté\nvers la grande musique d'orchestre, où se sont révélés, dans ces dernières\nannées, des talents encore neufs, mais pleins de sève et d'ingéniosité. Ces œu-\nvres nouvelles, que chaque hiver voit éclore et augmenter, méritent mieux\nqu'un compte-rendu sommaire souvent dicté par la sympathie plus ou moins\nprononcée qu'exerce autour d'elle la personne de l'auteur. La Chronique\nmusicale en fera l'examen impartial, approfondi, également éloigné des sévé-\nrités rebutantes et des encouragements banaux. Cette partie indispensable\nsera confiée, en raison de la multiplicité des Concerts donnés le même jour\nsur des points différents, à plusieurs de nos collaborateurs, et figurera dans\nle prochain numéro de la Chronique musicale, sous la rubrique : Revue des\nConcerts."}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "258", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.59", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3065, "texte": "Nous publions un long extrait d'une brochure publiée par M. Bour-\ngault-Ducoudray, fondateur de la Société qui porte si justement son nom.\nM. Ducoudray rappelle les glorieux états de services de la Société qu'il\ndirige, et fait aux amateurs un appel qui sera certainement entendu.\n« Lorsque la Société Bourgault-Ducoudray a été fondée en 1866, elle s'est\nproposé pour but de faire connaître au public les chefs-d'œuvre de la musique\nchorale.\n« Si, malgré un travail non interrompu et des efforts persévérants, elle n'a\npu accomplir encore qu'une bien petite partie de sa tâche, c'est que cette\ntâche présente de graves difficultés. Pour la remplir entièrement, il eût fallu\naplanir des obstacles qu'il n'a pas dépendu d'elle de vaincre.\n« C'est ainsi que l'absence d'une salle d'oratorios, munie d'un grand orgue ,\nrend impossible à Paris l'exécution d'une foule de chefs-d'œuvre, dans les\nconditions où l'auteur les a conçus.\n» Un obstacle non moins sérieux, mais qui tend heureusement de jour en\njour à disparaître, c'est le trop peu d'importance donnée jusqu'ici à la partie\nélémentaire de l'instruction musicale et qui en est la base, au solfège.\n« C'est seulement le jour où la connaissance du solfège sera vraiment ré-\npandue en France, que le développement des sociétés chorales capables d'exé-\ncuter de grands ouvrages y prendra un rapide essor. Alors nous ne vivrons\nplus comme aujourd'hui, dans l'ignorance des principaux monuments de\nl'art, et dans un état d'infériorité humiliante relativement à d'autres na-\ntions.\n« Limitée dans ses moyens d'action, la Société n'a pu que faire entrevoir\nau public quel immense intérêt il aurait à connaître un genre de musique\nqui réclame des masses chorales puissantes pour se révéler dans toute sa\ngrandeur.\na Outre l'incomparable jouissance artistique que procure la grande musi-\nque chorale interprétée par des chanteurs nombreux et bien disciplinés, il\nn'est pas d'exercice plus utile au développement des facultés musicales que la\npratique du chant d'ensemble.\n« C'est grâce à cette pratique que l'élève doit acquérir au plus haut degré\nle sentiment de la justesse, du rhythme et de la mesure dans l'expression.\nElle seule lui permet de se former un goût sûr, par l'étude comparative d'oeu-\nvres appartenant à toutes les écoles et à toutes les époques de l'art.\n« Comptant sur le progrès évident de notre goût musical, la Société espère\nque d'autres amateurs viendront grossir le noyau qu'elle a déjà formé; elle\nles invite à prendre part à l'exécution des ouvrages qu'elle va metre à l'étude\npendant la saison (Novembre 1873 Mai 1874) et dont les principaux sont:\nLa Bataille de Marignan, chant français, de CLEMENT JANNÈQUIN ( 1480); la\nCantate de J. S. BACH, C'est Dieu seul qui gouverne ;et le Messie, de HAENDEL. »\nTravaux de la Société depuis sa fondation.\n23 MARS 1869, —■ Exécution, avec orchestre, de la Passion (1), de Haendel,\nà la Salle Herz.\n\n(1) C'est la première fois qu'on exécutait à Paris cet ouvrage, dont il n?a encore été\npublié jusqu'ici aucune traduction française."}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "259", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.60", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2806, "texte": "12 DÉCEMBRE 1869. 1™ matinée donnée à la Salle Herz. (Exécution\nd œuvres d'Arcadelt, Roland de Lassus, Palestrina, Vittoria, Allegri, Aichin-\nger, Lotti, Gluck, Mendelssohn.)\n23 JANVIER 1870. 2™« matinée, donnée à la Salle Herz. (Exécution\nd'œuvres de Roland de Lassus, Paiestrina, Vittoria, Vulpius, Roland de\nGibbons. )\n3I MARS 1870. exécution, avec orchestre, de La Fête d'Alexandre(2)\nde Haendel, à la Salle Herz.\n9 AVRIL 1870. 2™ exécution, avec orchestre, de La Fêle d'Alexandre.\nà la Salle Herz.\nLe succès éclatant obtenu par ces deux exécutions a été pour la Société un vil-\nencouragement; il a prouvé que, pour qu'on appréciât en France à leur juste valeur\nles chets-d'œuvre de la musique chorale, il suffirait que ces chefs-d'œuvre y fussent\nconnus.\n22 AVRTL 1870. 3me matinée donnée àla Salle Herz. (Exécution d'œu-\nvres de Josquin Desprès, Palestrina, Lotti, Scarlatti, Rameau, Séb. Bach,\nHaendel.)\n18 NOVEMBRE 1870. Concert donné au profit des ambulances de la\nPresse, pendant le siège de Paris, à la Salle Herz.\n27 DÉCEMBRE 1871. Soirée musicale donnée dans les salons de M. Oscar\nComettant. (Exécution d'œuvres de Roland de Lassus, Palestrina, Vittoria,\nAichinger, Roland de Gibbons, Séb. Bach, Haendel.)\n16 FÉVRIER 1872. I«* concert donné au profit de la Souscription Natio-\nnale pour la Libération du Territoire, dans la Salle Pleyel. (Exécution d'œu-\nvres d'Arcadelt, Roland de Lassus, Vulpius, Rameau, Mendelssohn, Berlioz.\nSaint-Saens.)\nICR MAI 1872. 2RAE concert donné au profit de la Souscription Nationale,\ndonné à la Salle Herz, ire exécution, avec orchestre, d'Acis et Galatée, de\nHaendel, avec le concours de la Société chorale le Louvre.\n28 JANVIER 1873. —3™ exécution, avec orchestre, de La Fête d'Alexandre,\nde Haendel, à la Salle Herz, avec le concours de la Société chorale le Louvre.\n16 MARS 1873. —FE exécution, avec orchestre, de La Fête d'Alexandre,\nde Haendel, donnée au théâtre de l'Odéon, avec le concours de la Société\nchorale le Louvre.\n6 AVRIL 1873. 2ME exécution, avec orchestre, d'Acis et Galatée, de Haen-\ndel, à la Salle Herz, avec le concours de la Société chorale le Louvre.\n22 et 3I MAI 1878. Exécution de morceaux religieux anciens et mo-\ndernes, pendant la cérémonie du mois de Marie, à Saint-Louis-d'Antin.\nLe ministèie de 1 Instruction publique et des Beaux-Arts a honoré la So-\nciété d une sub\\ention de 000 francs en 1872 et de 500 francs en 1873,\ncomme encouragement à ses travaux.\nLe prix Trémont a été décerné, à la dernière séance de l'lnstitut, à\nM. Charles Constantin, l'auteur de l'acte intitulé : Dans la Forêt, repré-\n\n(2) C est la première fois que cet ouvrage était exécuté à Paris, avec la traduction\nde \\ . Wilder, qui a été publiée depuis avec la partition piano et chant, par souscrip-\ntion, chez Gautier, éditeur, rue Meslay, 28."}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "260", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.61", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2691, "texte": "senté à l'Athénée, et le prix fondé par M. Chartier, à M. Edmond Membrée,\nA cette même séance, l'Académie a donné au concours, parmi les sujets\nproposés pour 1875, l'Histoire de l'instrumentation et de ses variations depuis\nle seizième siècle jusqu'à nos jours,\nLa séance a été ouverte par l'exécution d'une ouverture intitulée le Juge-\ngement de Dieu, envoyée de Rome par M. Lefebvre, élève de deuxième an-\nnée. Elle a été close par la cantate paroles de notre excellent colla-\nborateur M. de Lauzières, musique de M. Paul Puget, prix de Rome de\n1873, et dont les interprètes étaient mademoiselle Devriès et MM. Bosquin\net Bouhy.\nL'opéra comique de Flotow, dont on avait annoncé la représentation à\nrOpéra-Comique de Vienne, sous le titre de Fleur de Haarlem.\nD'autre part, l'éditeur Ricordi, de Milan, vient d'acquérir de M. de Flotow\nla propriété de deux nouvelles partitions; l'une a pour titre : Zora l'lncanta-\ntrice, en quatre actes, poème de M. de Saint-Georges, traduction italienne de\nM. Ghislanzoni; l'autre n'a pas encore de titre; M. Ghislanzoni en est le\nlibrettiste.\nVendredi dernier a eu lieu à la Salle Pleyel l'audition des deux qua-\ntuors [couronnés dans le Concours ouvert, cette année, par la Société des\nCompositeurs de musique.\nVoici le programme de cette séance :\n10 Premier quatuor (en si bémol), par A, DÉLOFFRE.\nexécuté par MM. Maurin, Golbin, Mas et CheviJlard ;\nj Sicilienne de PERGOLÈSE.\n20 c Ariette, de Momus, dans la Querelle entre Phœbus\n( et Pan. SEBASTIEN BACH.\nChantées par madame Barthe Banderali ;\n3° Quatuor (en re majeur), par LUIGINI FILS.\nExécuté par MM. Taudou, Desjardins, Lefort et Rabaud.\nNous avons retrouvé le compte-rendu de l'incendie de 1788 à l'Hôtel\ndes Menus, dans l'humoristique Tableau de Paris, de Mercier :\n« L'Hôtel dit vulgairement des Menus Plaisirs du Roi est le dépôt de toutes\nles machines, décorations et habillements qui servent aux fêtes. C'est l'image\ndu cahos. On y entasse les débris des catafalques avec ceux d'une salle de\nbal\n« Le feu vient de prendre à ce magasin ; mais quand il arrive un incendie\ndans un magasin royal, le public ne s'y intéresse pas vivement. Il appelle cet\naccident un compte rendu écrit avec du charbon ; puis il ajoute : Il y aura tou-\njours de Vargent pour réparer cela.\n« Les pères capucins ont accouru à cet incendie avec leur zèle accoutumé,\net, pour sauver les richesses théâtrales des trois spectacles, on a vu l'un s'af-\nfubler d'un casque, porter un cimeterre sous son bras et tenir à la main\nla baguette de Médée ; l'autre avait entassé sur ses épaules les jupons de\nsatin des actrices et le caducée de Mercure, ce qui contrastait avec sa barbe\net son capuchon."}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "261", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.62", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 1126, "texte": "« Celui-ci, les mains armées des rayons du char du soleil, croyait sauver de\ngros diamants et s'était enveloppé du vêtement d'un druide. Ces mains sacrées\nqui touchaient pour la première fois à tant d'objets profanes, prouvaient cet\nadage que nécessité n'a point de loi; mais au milieu de l'embrasement, il a\nfallu rire malgré soi en voyant des capucins se charger des immodestes débris\ndes décorations théâtrales, embrasser, en fuyant, des bustes voluptueux et\nprêter du secours à tous les dieux et déesses du paganisme (i). »\nA propos de l'Opéra, M. Albert de Lassalle raconte dans le Charivari\nl'anecdote que voici :\n« C'était le 14 janvier 1858, à huit heures du soir, au moment où les bom-\nbes Orsini pleuvaient dans la rue Le Peletier.\n« Deux individus, X. et Z., jouaient paisiblement au billard dans un café\nvoisin.\n« Z., qui jusque-là avait été très maladroit, fait enfin son premier caram-\nbolage, mais juste à la minute de la première détonation :\n« louché !... quelle chance! » s'écrie-t-il dans son délire de joueur\nheureux.\n« Suivez-moi ! » lui dit un agent de police en le prenant brutalement à\nla gorge."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-12-01-01-c032", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-12-01_01#c032", "volume": "bmtnabc_1873-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "261", "page_fin": "263", "image_debut": 62, "image_fin": 64, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.2.9.4", "titre_corps": "NOUVELLES", "titre_sommaire": "NOUVELLES", "signature_source": "Pour l'article Varia : Le Secrétaire de la Rédaction, O. LE TRIOUX", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 62, "page_imprimee": "261", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.62", "debut_caractere": 1128, "fin_caractere_exclue": 2473, "texte": "NOUVELLES\n\nARIS. Opéra. Pour les dernières nouvelles que nous tenons de\nbonne source sur la question de l'Opéra, sur les questions devrions-\nnous dire, car il y en a bien deux, tout à fait distinctes. Il s'agit d'a-\nbord de savoir si nous aurons un Opéra provisoire, ensuite si l'édifice\nnéronien du boulevard des Capucines sera terminé et quand.\nSur la première question, il paraît que l'accord est fait entre M. Strakosch\net l'administration. L'Opéra français donnera ses représentations à la salle\nVentadour alternativement avec l'Opéra italien. Les représentations com-\nmenceront dès que le versement préalable de la somme convenue aura été\neffectué. On ne jouera bien entendu que les pièces auxquelles les décors exis-\ntant à l'Opéra italien pourront suffire. Les répétitions auront lieu dans un\nautre local.\nQuant à l'achèvement du nouvel Opéra, on sait que l'architecte demande\nun an au moins, et sept millions d'argent comptant. Pour faire face à cette\ndépense qui dépasse de beaucoup les prévisions du budget, une compagnie\nfinancière offrirait les fonds aux conditions suivantes : i° Remboursement\nintégral du capital et des intérêts en sept annuités; 20 concession du privi-\nlège de l'Opéra et de l'exploitation du nouvel édifice pendant quinze ans.\n\n(1) MERCIER. Tableau de Paris. Edition de 1788. Chapitre DCCLXXVII (tome\nX. p. 56)."}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "262", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.63", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2488, "texte": "Nous apprenons avec plaisir que ces conditions répugnent au ministre,\nnon-seulement à cause du taux archi-usuraire du prêt, mais aussi et surtout\nau point de vue de 1 art qui pourrait se trouver sacrifié entre les mains d'une\ncompagnie exerçant un véritable monopole, et échappant, en vertu de son\ncontrat, à la direction et à la surveillance de l'administration supérieure.\nVoilà encore un exemple des funestes effets qu'entraîne toujours l'inter-\nvention de l'État dans les affaires théâtrales.\nD'après le Figaro, M. Dupressoiroffre au gouvernement :\ni° De faire les sacrifices nécessaires pour faire jouer l'opéra à Paris, jusqu'à\nl'ouverture du nouveau théâtre ;\n2° Achever le nouvel Opéra ;\n3° Administrer le théâtre pendant quinze ans, conjointement avec le di-\nrecteur agréé par le gouvernement, sans aucune subvention de l'État !\nEn échange de ces offres très brillantes, M. Dupressoir demande la con-\ncession de trois casinos semblables à celui de Bade, à Aix, Biarritz, Trou-\nville, ou autres stations balnéaires.\nItaliens. *— Mademoiselle de Belloca, dont les représentations avaient été\ninterrompues par suite d'une indisposition assez grave, a reparu dans le Bar-\nbier. Elle y a retrouvé les succès de son début, et s'est fait chaudement ap-\nplaudir dans la Leçon de Chant où elle a intercalé la jolie romance de madame\nde Rothschild : Si vous n' ave% rien àme dire.\nLa reprise de la Perle du Brésil est-elle décidée, comme on l'annonce\nde divers côtés ? Renseignements pris, il faut encore douter.\nOpéra-Comique. L'Opéra-Comique reprendra, cet hiver, Jeannot et\nColin, de Nicolo.\nEn même temps que le Florentin, -l'Opéra-Gomique répète l'ouvrage en\nun acte d'Ernest Reyer, Maître Wolfram, donné jadis avec succès au Théâ-\ntre-Lyrique, et Marcelin-, opéra-comique nouveau de MM. Prevel et Duprato,\négalement en un acte.\nOn prépare aussi une reprise de Mignon, avec mademoiselle Chapuy, dans\nle rôle principal et mademoiselle Reine dans celui de Frédéric.\nMadame Galli-Marié vient d'être réengagée pour l'opéra de MM. Meilhac\net Halévy, dont la musique sera de M. Georges Bizet. Cet ouvrage a pour\ntitre Carmen.\nRenaissance. —■ Tous les soirs, la Jolie parfumeuse, dont la première re-\nprésentation a eu lieu le samedi 29 septembre.\nCasino. L'orchestre de dames spécialement engagé par la direction pour\nles concerts de la saison d'hiver, a été présenté à la presse et recommandé à\nson appréciation dans une séance spéciale donnée samedi 29, à 2 heures."}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "263", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.64", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 1715, "texte": "C'est un spectacle curieux, absolument nouveau pour les Parisiens, et suf-\nfisamment artistique pour que la Chronique musicale lui consacre une étude,\nqui n'a pu être faite sur une seule audition.\nM. Gaston Escudier a donné dans Y Art Musical d'intéressants détails sur\ncette société féminine, à laquelle il a fallu adjoindre (disons-le à l'honneur du\nsexe fort) quelques jeunes gens chargés des parties des gros instruments :\nLa directrice est madame Amann Weinlich. Son poignet est solide, son\ncoup d'oeil sûr. Elle exerce une sorte d'influence sur son entourage. Mal-\nheur à celle qui ferait une faute! elle serait à l'instant foudroyée. Sa taille\nest grande, sa figure expressive; c'est la reine des Damen orchester, et c'est\nune reine imposante.\nLes toilettes sont brillantes, fraîches,, mais les couleurs n'en sont pas\ncriardes : uniformément blanches, jaunes et noires, les robes présentent un\nensemble fort harmonieux à l'œil. Rien ne choque.\nQuant à la nationalité de chacune des exécutantes, il faudrait posséder un\nétat de naissance complet, comme dans une mairie, pour la donner. Les\nunes sont Américaines, les autres Russes, quelques-unes Hongroises, celles-\nci Bohémiennes ; une seule est Française, C'est, dit-on, celle qui tient la\ngrosse caisse... Le violon solo est joué par une Berlinoise fort jolie, fort\navenante, et très distinguée.\nDepuis sa formation, l'orchestre de femmes a recueilli toutes les sympathies\net tous les succès : en Russie, les Moscovites les ont fêtées à l'envi, En Amé-\nrique, la salle des concerts n'était jamais assez spacieuse. En Autriche, elles\nont fait les délices de l'Exposition de Vienne.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-12-01-01-c035", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-12-01_01#c035", "volume": "bmtnabc_1873-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "[264]", "page_fin": "[264]", "image_debut": 65, "image_fin": 65, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.2.9.5", "titre_corps": "A vente de notre numéro du i 5 novembre, au profit du personnel", "titre_sommaire": "A vente de notre numéro du i 5 novembre, au profit du personnel", "signature_source": "A. 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G, Escudier fArt mu-\nsical), Ch. de la Rounat (XIXe Siècle), Adolphe Dupeuty (Événement), F. Os-\nwald (Gaulois), Gustave Lafargue (Figaro), Adolphe Jullien (Français), Jules\nGuillemot (Journal de Paris), Jennius (Liberté), Paul Foucher (Opinion na-\ntionale), Émile Mendel (Paris-Journal), de Thémines (Patrie), Charles Deu-\nlin (Pays), Émile Marsy (Rappel), Raoul Graphe (Soir), ainsi que MM. les\nrédacteurs de l'Écho des Orphéons, de la Gazette des Étrangers, de /'lndé-\npendance belge, du Messager de Paris, du Monde illustré, de la République\nfrançaise et du Soleil. Que ceux que nous oublions nous pardonnent :en ne les\ncitant pasy nous ne péchons que par ignorance.\nLa vente de notre numéro exceptionnel sur l'Opéra se poursuit dans plus de\ncent dépôts : La somme que nous avons déjà recueillie dans nos bureaux nous\npromet un bon résultat. Nous dirons dans notre prochain numéro le montant de\nnotre recette que nous tiendrons immédiatement àla disposition des intéressés\nsans déduction d'aucuns frais."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[209]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.1", "texte": "LA VIOLE D'AMOUR\nLÉGENDE DE SAINTE-CÉCILE\n\n(0\nI\n11 temp£ n y avait au château d'Antoing, près de\nTournay, une jeune comtesse nommée Cécile, qui aimait la\nmusique par dessus tout.\nOr, la cathédrale de Tournay avait alors pour organiste\nun jeune homme du nom de Roland, qui était fils d'un luthier, et qui\n(i) A l'occasion de la fête de sainte Cécile qui a été célébrée le 22 de ce mois,\nnotre collaborateur, M. Charles Deulin, a bien voulu nous offrir la primeur de cette\nnaïve et charmante légende, extraite de son nouveau volume prêt à paraître sous le\ntitre de Contes du roi Cambrinus. Remercions M. Deulin et souhaitons à ses Contes\ndu roi Cambrinus lé succès littéraire de ses Contes d'un Buveur de bière dont la\nsixième édition vient d'être mise en vente chez Dentu.\n\n11.\nH"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "210", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.2", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nmontrait pour la musique un tel génie qu'à quinze ans il jouait de tous\nles instruments connus.\nSouvent le duc d'Antoing le mandait au château pour exécuter des\nsonates avec sa fille, laquelle pinçait fort bien de la harpe.\nEn ce temps-là, les instruments de musique étaient fort imparfaits et,\nquoique Cécile prît un grand plaisir à les entendre, ni le théorbe, ni la\nmandoline, ni la guitare, ni la harpe, ni l'orgue ne lui allaient au cœur\nau point de faire pleurer ses beaux yeux.\nOh! disait-elle souvent, s'il se trouvait un musicien qui sût tirer\ndes larmes de mes yeux, je lui donnerais la plus belle rose de mon bou-\nquet, le plus beau rubis de mon collier, la plus belle perle de ma cou-\nronne !\nCécile était une merveille de grâce, et malgré le proverbe : « Chaque\nbrebis avec sa pareille, » Roland n'avait pu résister à son charme souve-\nrain..\nUn jour qu'elle venait de répéter ses paroles favorites, Roland dis-\nparut.\nII\nCécile regretta le jeune musicien, mais elle eut bientôt d'autres sujets\nde tristesse. Depuis plus de cent ans les d'Antoing étaient en querelle\navec les Bitremont, leurs puissants voisins.\nLe comte de Bitremont remarqua Cécile dans un tournoi, fut frappé\nde sa beauté, et la demanda à son père.\nLe comte passait pour un homme jaloux et emp3rté; il avait le teint\nolivâtre, les cheveux aussi noirs que l'aile du corbeau et l'œil sombre\nsous d'épais sourcils.\nCécile avait peur de lui, mais son père désirait fort ce mariage, qui\ndevait ramener la paix entre les deux maisons. La pauvre enfant céda\net ne tarda point à s'en repentir.\nSon époux se montra bientôt d'une jalousie effrayante; il aurait voulu\nque sa femme n'aimât que lui seul au monde, et il ne faisait rien pour\ngagner son cœur.\nTout lui portait ombrage, et même l'amour de Cécile pour la musique.\nIl souffrait impatiemment qu'elle pinçât de la harpe; il alla un jour,\ndans un accès de colère, jusqu'à briser l'instrument en mille pièces.\nLa pauvre Cécile songeait bien souvent au temps béni où elle\nvait, en toute liberté, exécuter des sonates avec Roland."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "211", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.3", "texte": "LA VIOLE D'AMOUR\n\nIII\nUn soir que la comtesse de Bitremont était en visite avec son époux\nau manoir d'Antoing, on vint annoncer qu'un ménestrel demandait à\njouer de son instrument devant les hôtes du château.\nLe comte de Bitremont fît un mouvement d'impatience, mais le duc\nn'y prit garde, et donna Tordre d'introduire l'étranger; c'était Roland.\nA sa vue, les yeux de la jeune femme s'animèrent,\nQuoi! c'est vous? dit-elle avec un doux sourire. Hé! d'où venez-\nvous, beau fugitif?\nDame de beauté, répondit Roland, vous avez souvent répété que,\ns'il se trouvait un musicien qui pût tirer des pleurs de vos yeux, vous\nlui donneriez la plus belle rose de votre bouquet, le plus beau rubis de\nvotre collier, la plus belle perle de votre couronne. Je viens de passer\ndeux années à Crémone, et j'ai eu le bonheur d'inventer un instrument\nqui peut-être accomplira ce prodige. Le voici.\nEt il présenta l'instrument nouveau. Cécile le considéra attentivement,\npuis elle dit :\nComment appelez-vous ce merveilleux instrument?\nLa viole d'amour ! s\nCes paroles accrurent la colère du comte.\nQuel besoin a-t-on, murmura-t-il, de recevoir ces mendiants,\njoueurs de viole et quémandeurs de florins?\n—Je ne suis point un mendiant, répondit l'artiste, et je ne demande\nrien que l'honneur de récréer madame la comtesse.\nTout entière à sa passion, Cécile ne remarqua point la fureur crois-\nsante de son époux. Sur un signe d'elle, Roland accorda sa viole et com-\nmença.\n>\nIV\nL'instrument rendait, en effet, des sons plus suaves et plus caressants\nque tous ceux que la comtesse avait ouïs jusqu'alors. L'inventeur en\njouait avec un charme étrange. D'abord étonnée, puis émue, la comtesse\ntomba dans une rêverie profonde.\nBientôt son sein battit avec force, ses traits exprimèrent un plaisir\ndouloureux et, quand l'artiste se tut, elle fixa sur lui deux yeux hu-\nmides."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "212", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.4", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nAlors oubliant tout, elle se leva, détacha la rose qui ornait son corsage\net l'offrit au jeune ménestrel en disant :\nJamais, mon doux ami, je n'ouïs rien d'aussi touchant! Jouez en-\ncore, je vous prie, car je veux tenir toute ma promesse.\nTu ne la tiendras point, malheureuse! s'écria le comte et, dans un\naccès de rage, il tira son poignard et le plongea dans le cœur de sa femme,\nqui tomba morte.\nRoland poussa un cri, sauta sur le poignard, le retira du sein de la\njeune femme, l'enfonça dans le cœur du comte de Bitremont et s'enfuit.\nV\nIl resta vingt ans sans reparaître. On le crut mort; mais il revint et\nnul ne le reconnut. Le dos voûté, les yeux hagards, la barbe et les che-\nveux gris, les joues creuses, combien il était changé!\nLa vue de Cécile assassinée avait égaré sa raison. Il croyait lac jeune\nfemme toujours vivante, mais perdue pour lui, et il la cherchait partout.\nDe grand artiste il était devenu un pauvre guisterneux. Il allait jouant\nde la viole par les tavernes et les cabarets, vivant de la charité publique\net se chauffant à la cheminée du bon Dieu.\nC'était le hasard qui le ramenait aux lieux de sa naissance. La nuit\nétait fermée, quand il se trouva devant le château d'Antoing. Il le regarda\net soudain il se fit comme une éclaircie dans sa tête; à la lumière blan-\nche de la lune, il avait reconnu le vieux manoir.\nIl franchit les murs du parc et, au bout de quelques pas, il aperçut une\nchapelle ouverte. Il y entra.\nAu milieu de la chapelle s'élevait un tombeau de marbre où se tenait\ndebout une femme jeune et merveilleusement belle. Drapée dans un\ngrand manteau de cérémonie, le front ceint de la couronne comtale, le\ncou orné d'un collier de rubis, les bras croisés, les yeux au ciel, elle\nsemblait écouter les concerts des anges.\nC'était la statue de Cécile, et l'artiste l'avait faite si ressemblante, que\nRoland poussa un cri et crut voir Cécile elle-même en chair et en os.\nAprès vous avoir cherché vingt ans, je vous retrouve enfin,, dame\nde beauté ! s'écria-t-il. Ah î j'espère encore toucher votre cœur et faire\npleurer vos beaux yeux !\nVI\nIl accorda sa viole et se redressa* Il commença alors un chant bizarre"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "213", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.5", "texte": "LA VIOLE D'AMOUR\n\net sublime où sanglotait la plainte la plus déchirante qui soit jamais\nsortie d'une âme désolée.\nTout à coup, ô prodige ! l'immobile visage de la statue se voila d'une\ntristesse profonde, ses yeux s'emplirent de larmes et regardèrent le mu-\nsicien avec une tendresse ineffable.\nQuand il eut fini, la dame décroisa ses bras de marbre, porta la main\nà son collier, en détacha le plus beau rubis et le présenta à Roland.\nLe ménétrier prit en tremblant la pierre précieuse, puis la statue re-\ncroisa ses bras et rentra dans son immobilité.\nEperdu d'amour, Roland tomba à genoux et s'écria :\nMerci ! dame de beauté, vous avez tenu votre promesse ; mais est-ce\ndonc l'artiste seulement qui a eu l'heur de vous plaire ? Oh ! je vous en\nsupplie, dites un mot, faites un geste qui prouve que l'homme aussi a\ntouché votre cœur !\nMais la statue resta muette et impassible, et Roland s'éloigna déses-\npéré.\nIl erra toute la nuit et le jour suivant par la campagne. Le soir,\népuisé de fatigue, il demanda l'hospitalité dans une ferme. On eut pitié\nde lui et on l'envoya au grenier.\nLe matin, avant l'aube, des hommes d'armes vinrent qui le fouillèrent\net trouvèrent sur lui la pierre précieuse ; ils le conduisirent devant le\njuge.\nAux questions du magistrat, il répondit que le rubis lui avait été\ndonné par la comtesse. Le juge crut qu'il feignait la folie, le reconnut\ncoupable de sacrilège, et le condamna pour l'exemple à être pendu sur\nl'heure, en face de la chapelle où il avait commis son crime.\nSuivi d'une grande foule de peuple, Roland s'avança entre les gardes.\nIl ne comprenait pas où on le menait, ni ce qu'on lui voulait.\nEn arrivant au lieu du supplice, il aperçut la statue de Cécile. Un\néclair de raison se fit jour dans son âme. Il releva la tête.\nIl est d'usage, dit-il, qu'on accomplisse le dernier vœu d'un con-\ndamné à mort. Qu'on me rende ma viole, je désire en jouer encore une\nfois !\nVII\nOn lui remit son instrument. Il alla se placer devant la statue et en-\ntonna son chant de mort.\nC'est pour vous, dame, que je meurs, disait la funèbre lamentation.\nJe ne regrette point la vie, puisque vous ne m'avez jamais aimé; mais"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "214", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.6", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nma mémoire sera chargée d'un crime dont, vous le savez, je suis inno-\ncent ; le souffrirez-vous ?\nEt, pendant que sa viole se plaignait ainsi, il fixait ardemment ses re-\ngards sur le visage muet de la statue.\nAu fur et à mesure qu'il jouait, la raison lui revenait. Bientôt il re-\nconnut que ce n était pas Cécile avait devant les yeux, mais son\nimage, une froide statue de marbre.\nLe guisterneux remarquait en outre qu'elle ne portait plus ni son\ncollier de rubis, ni sa couronne de perles. On les lui avait ôtés par pru-\ndence et pour ne plus tenter les voleurs.\n- Oh ! c est bien fini, disait la viole, et vous ne tiendrez pas votre\npromesse jusqu au bout. Rien maintenant ne peut plus me sauver.\nAdieu donc, vous que j'ai tant aimée !\nAce moment une voix cria : Regardez! et un long frémissement\ncourut dans la foule.\nfiont de: la statue se voilait de deuil, ses yeux s'attendrissaient.\nBientôt deux larmes y parurent et descendirent lentement le long de ses\njoues de marbre.\nLa statue décroisa ses bras, rapprocha ses mains ouvertes, y reçut les\ndeux larmes qui se condensèrent en grosses perles, et les présenta au\npauvre guisterneux.\nVIII\nLe peuple cria miracle et délivra Roland.\nDès lois la raison lui iut tout à fait rendue et il redevint un grand\nartiste.\nLa chapelle fut bientôt un but de pèlerinage, et les musiciens choisirent\npour patronne Cécile, la tendre fille du duc d'Antoing, qui aimait tant\nla viole d amour, qu à 1 ouïr ses yeux de marbre pleuraient des perles.\n\nCHARLES DEULIN."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "215", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.7", "texte": "LA MUSIQUE CLASSIQUE\nET\nLES CONCERTS POPULAIRES\n\n(Ij\nUAND nous allons à l'Opéra, la musique que nous y\nentendons exprime des sentiments qui nous sont plus\nou moins familiers. Tel morceau vise à peindre les\ndouceurs ou les violences de l'amour, tel autre, les\nemportements de la haine ou de la jalousie, tel autre\nenfin, la colère, la crainte, la joie, la douleur, etc\nLa musique ne fait que traduire dans son langage ces différentes pas-\nsions, dont le drame nous explique les jeux variés et auxquels l'action\nscénique donne en quelque sorte un corps. Mais allons maintenant en-\ntendre une symphonie. Ici, nous ne pouvons plus nous guider sur au-\ncun livret; la musique ne traduit plus un sentiment défini ou une\nscène tracée d'avance par le drame qui lui sert de canevas ; elle devient\nune abstraction, c'est de la musique absolue5 si j'ose m'exprimer ainsi.\nElle sort du domaine de la réalité pour prendre hardiment son essor\nvers les hauteurs de l'idéal. Libre de tous les liens qui pourraient embar-\nrasser sa marche, le compositeur abandonne la peinture des passions\nhumaines pour se livrer sans réserve aux ravissements du lyrisme et\naux caprices de son imagination. Il sait, suivant les expressions si pitto-\nresques de Berlioz, mêler les péripéties sanglantes du drame aux extases\nde la contemplation, faire succéder aux fureurs de la passion les caprices\ncharmants de la fantaisie et les langueurs divines de la rêverie, faire rire\net pleurer tour à tour, confondre tous les genres dans un vaste tableau,\n\n(i) Voir le numéro du i 5 octobre."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "216", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.8", "texte": "LA. CHRONIQUE MUSICALE\n\npeindre le fleuve de la vie tantôt grossi par les orages et tantôt reflétant\nen ses eaux limpides les rivages enchantés qu'il traverse, enfin repro-\nduire par les couleurs de l'instrumentation les bruits, le scintillement et\nles harmonies infinies du monde extérieur.\nFort bien! mais quelle va être l'impression de l'auditeur encore inex-\npérimenté qui se trouve pour la première fois en face d'une de ces vastes\ncompositions? En général, il n'éprouve tout d'abord qu'un sentiment :\nFétonnement. Il comprend instinctivement qu'il se trouve en présence\nd'une œuvre grandiose, mais son esprit, accoutumé à la précision et na-\nturellement porté à ramener toutes ses conceptions à un plan défini d'a-\nvance et circonscrit par des bornes étroites, s'égare au milieu des immen-\nsités sans limites qui s'ouvrent devant lui. Procédant du connu à\nl'inconnu, il cherchera presque toujours à placer sous la musique une\naction dramatique quelconque, et Dieu sait s'il se torturera l'imagination\npour prêter à l'auteur une foule d'idées plus étranges les unes que les au-\ntres. Une fois engagé dans cette fausse direction, il ira toujours en s'éga-\nrant de plus en plus jusqu'à ce qu'une âme compatissante vienne lui\ndire : « Ne faites donc pas tant de frais d'imagination, écoutez et laissez-\nvous toucher. » Suivant ce sage conseil, notre auditeur se recueille, il\nsuit attentivement la pensée du musicien à travers ses mille transforma-\ntions, il analyse ses impressions, puis, tout à coup, le nuage qu'il avait\ndevant les yeux se déchire, il comprend, il s'émeut, il se passionne, il ad-\nmire : Lux facta est !\nQuels vastes horizons se sont ouverts tout à coup aux yeux encore\néblouis de cet auditeur, qui ne connaissait jusqu'alors que l'opéra, ou\nmême qui ne s'était jamais élevé au-dessus des platitudes de l'opéra\nbouffe! Cette symphonie qu'il vient d'entendre l'a vivement impres-\nsionné, mais la sensation n'est pas de celles qu'il a éprouvées maintes\nfois au théâtre. Sans doute, les chefs-d'œuvre de l'art dramatique l'avaient\npénétré d'une émotion profonde et quelquefois plus violente ; ici, ce\nqu'il ressent, c'est une émotion calme, pleine de sérénité et je dirai vo-\nlontiers de béatitude. Il est dominé et charmé tout à la fois par la\nforme savante et les allures sévères de cette sublime expression de l'art\nlyrique; la symphonie élève son esprit en lui révélant le sentiment du\nbeau dans toute sa perfection.\nAh ! ce sont là de grandes leçons, et l'esprit comme le goût se forment\nbien vite à pareille école ! Encourageons donc, par tous les moyens\npossibles, l'institution de concerts destinés à nous faire connaître ces im-\nmortels chefs-d'œuvre de l'esprit humain !\nCette institution, d'une haute portée morale, est utile pour le public"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "217", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.9", "texte": "MUSIQUE CLASSIQUE ET CONCERTS POPULAIRES\n\ndont elle assainit le goût; elle est utile pour les artistes et pour les com-\npositeurs qui trouvent dans l'audition fréquente de tant de chefs-d'œu-\nvre le complément indispensable de leurs études musicales. En outre,\net ce n'est pas là son résultat le moins précieux, elle contribuera certai-\nnement à enrichir notre école française d'une nouvelle branche de mu-\nsiciens, la branche des symphonistes.\nLa jeune école compte déjà des symphonistes distingués, qui promet-\ntent beaucoup pour l'avenir ; favorisez donc leurs débuts, accueillez avec\nindulgence les œuvres qui marqueront des tendances élevées, et surtout\ndonnez aux compositeurs les moyens de se faire entendre, c'est-à-dire\nmultipliez les Sociétés de musique instrumentale. Ces Sociétés sont en-\ncore très rares, mais il s'en fonde chaque jour de nouvelles, et le succès\nqui a accueilli leurs premiers essais est d'un heureux présage pour l'ave-\nnir. Nous avons déjà parlé des Concerts du Conservatoire; quelques mots\nmaintenant au sujet des autres Sociétés de concerts. A leur tête nous\nplacerons naturellement les Concerts populaires, les premiers qui aient\nréellement commencé à populariser la musique classique.\nFondée vers i 853, la Société des Jeunes Artistes donna d'abord quel-\nques concerts dans la salle Herz, sous la direction de M. Pasdeloup. Les\ndébuts furent pénibles et les premiers résultats peu brillants. Le public\nse décidait avec peine à sacrifier à un simple concert le temps et l'argent\nqu'il donnait bien plus volontiers au théâtre. Peut-être eût-il moins\nhésité s'il s'était agi des concerts du Conservatoire, dont l'immense répu-\ntation était depuis longtemps établie; mais une société nouvelle, compo-\nsée d'éléments nouveaux et à peine connus, offrait peu de garanties et\nn'exerçait pas une grande attraction.\nCependant un certain nombre d'amateurs de musique classique assis-\ntèrent assez facilement aux premières séances de la jeune société. Leur\nnombre, d'abord fort restreint, s'accrut de jour en jour, puis le vrai pu-\nblic finit par s'adjoindre peu à peu à ce premier noyau d'amateurs, et\nbientôt, grâce à l'intelligence des artistes, grâce au zèle de leur chef, la\nSociété des Jeunes Artistes commença à acquérir une certaine impor-\ntance, si bien que, le théâtre de ses premiers débuts ne pouvant plus\ncontenir la foule qui s'était enfin décidée à en prendre le chemin, elle dut\nse transporter sur une scène plus vaste et vint s'établir au Cirque Napo-\nléon, sous le nom de Société des Concerts Populaires.\nLa nouvelle salle pouvait contenir un grand nombre de spectateurs;\nelle était située dans un quartier populeux, éloigné des théâtres lyriques\net des salles de concerts, les séances avaient lieu le dimanche dans le\njour ; enfin le prix des places était à la portée de toutes les bourses; tous"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "218", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.10", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nces différents éléments, calculés avec habileté, conduisirent àun succès\npresque inespéré. En outre quelques innovations assez heureuses vin-\nrent ajouter à la popularité de la nouvelle entreprise. Le Conservatoire\navait le tort de se renfermer dans une immobilité, fort majestueuse sans\ndoute, mais aussi fort monotone. Confiné dans un répertoire assez borné,\nqu'il ne s'occupait guère de rajeunir par l'adjonction de quelques œuvres\nmoins connues, il était resté à peu près inaccessible aux œuvres contem-\nporaines et fort inhospitalier pour les artistes, qui venaient chercher à\nParis la consécration d'une renommée déjà établie dans les principales\nvilles européennes. Les Concerts populaires se montrèrent plus hardis\net plus entreprenants. Tout en laissant la place d'honneur aux chefs-\nd'œuvre de l'école classique, ils ouvrirent leurs programmes à des œuvres\nplus modernes choisies avec soin, et accueillirent toujours avec faveur\nles virtuoses français ou étrangers qui sollicitaient l'honneur d'être pré-\nsentés par eux au public parisien. Le public, souvent embarrassé d'oc-\ncuper son dimanche, surtout dans la mauvaise saison, accepta avec\nempressement le nouveau genre de divertissement qui lui était offert.\nVenu la première fois par curiosité, il revint les autres fois par intérêt.\nIl se mit à étudier, avec non moins d'ardeur que d'intelligence, ce réper-\ntoire si riche et si nouveau pour lui.\nLes chefs-d'œuvre d'Haydn et de Mozart le pénétrèrent d'admiration,\nles grandes époques de Beethoven excitèrent son enthousiasme au plus\nhaut degré. Peu à peu son goût musical se forma, son jugement s'exerça,\net son admiration, un peu inconsciente les premiers jours, devint plus\nraisonnée dans la suite; à propos de certaines compositions modernes,\ndont la réputation n'était pas encore consacrée, il fit preuve à plusieurs\nreprises d'un goût assez éclairé. Naturellement quelques-unes de ces\nœuvres ne passèrent pas sans soulever des protestations ; aucunes même\ndevinrent l'occasion de véritables luttes artistiques, et le spectacle de ces\ndisputes, parfois un peu trop vives, remplissait de joie tous ceux qui\ns'intéressent au progrès de l'art et qui avaient si souvent déploré l'indif-\nférence du public pour la musique sérieuse.\nCe réveil du goût musical coïncidait, bizarre rapprochement, avec le\ntriomphe de l'opéra bouffe sur toutes nos scènes de genre, et ce fut sou-\nvent un problème pour nous que de voir le même public courir dans la\njournée aux concerts populaires pour entendre les chefs-d'œuvre de\nMozart et de Beethoven, et se presser le soir dans les petits théâtres pour\nse divertir aux grosses bouffonneries d'Offenbach et d'Hervé. Mon Dieu!\nje ne voudrais pas faire de grandes phrases à la Joseph Prud'homme,\ncrier à la corruption byzantine et pleurer sur les ruines du temple de"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "219", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.11", "texte": "MUSIQUE CLASSIQUE ET CONCERTS POPULAIRES\n\nMelpomène ! Chaque chose en son temps ; et je ne fais pas un crime aux\ngens qui goûtent la musique classique de s'amuser des facéties de l'opéra\nbouffe. L'opéra bouffe est un plaisir grossier, mais on y rit parfois de\nbon cœur, et c'est si bon de rire ! On ne peut pas exiger de tout le monde\nle goût exclusif des plaisirs délicats et des divertissements sérieux.\nLe vrai musicien, au goût fin et sévère, est un peu absolu ; il n'estime\nrien, à l'exception des chefs-d'œuvre de l'art ou tout au moins des œu-\nvres qui marquent un talent réel et des tendances élevées. En dehors de\nla grande église dont Mozart-, Beethoven et Haydn sont les dieux, point de\nsalut ; anathème sur les infidèles ! anathème sur leurs grossières idoles !\nCet excès de vertu est assurément fort respectable, je le comprends, et\nje l'excuse d'autant plus volontiers que je suis, je l'avoue, un des fana-\ntiques les plus intraitables de cette religion du beau absolu. Je ne veux\npas m'en faire un titre de gloire, bien loin de là, car je reconnais avec\nvous que l'absolu en toute chose est une erreur, et j'apprécie mieux que\npersonne cette maxime si vraie et si sensée du sage :\nIl faut parmi le monde une vertu traitable ;\nA force de sagesse on peut être blâmable.\nLa parfaite raison fuit toute extrémité\nEt veut que l'on soit sage avec sobriété.\nMais, enfin, j'ai beau me raisonner, je ne puis voir sans chagrin le\nsuccès de ce genre, je voudrais bien dire honteux, mettons simplement\ndéplorable. L'opéra bouffe déprave le goût; le théâtre doit être avant\ntout moral et utile ; je veux bien qu'il soit gai, qu'il rie, qu'il badine,\nmais pourtant sans trop s'écarter de sa devise : « Castigat ridendo mores.»\nL'opéra bouffe constitue un monstrueux abus d'un langage qui n'est\nbeau et respectable que lorsqu'il sert d'expression aux conceptions les\nplus élevées de la pensée humaine. La musique cesse d'être un art quand\non ne s'en sert que pour lui faire exprimer des banalités ou des grossiè-\nretés, et je regrette sincèrement qu'on n'ait pas trouvé un terme particu-\nlier pour désigner cette suite de sons, qui compose un opéra bouffe, car\nil est vraiment pénible de se servir de la même expression pour qualifier\nle langage divin de Don Juan et de Guillaume Tell et l'argot de VŒU\ncrevé ! Les écrits de Vadé, les farces de Tabarin et les parades de la\nfoire Saint-Laurent étaient souvent pleines d'esprit et de sel et fort di-\nvertissantes ; mais enfin jamais personne n'a osé les qualifier de littéra-\nture et les désigner du même nom que les œuvres de Racine et de Boi-\nleau! Pourquoi ne ferions-nous pas de même en musique? L'opéra bouffe"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "220", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.12", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nhabitue le public aux plaisirs faciles, et il le dégoûte peu à peu des ré-\ncréations plus relevées, qui exigent une certaine attention et un travail\nde l'intelligence, si bien que le public en arrive bientôt à considérer\ncomme une fatigue et comme une étude fastidieuse le spectacle des œu-\nvres que, suivant son expression favorite, il ne comprend pas du premier\ncoup. Enfin, l'opéra bouffe a détourné un certain nombre de nos jeunes\ncompositeurs des études sérieuses et des aspirations élevées dont l'artiste\nne doit jamais se départir. Bien des musiciens se sont vus réduits à sacri-\nfier au goût du jour pour se procurer des ressources que Y art ne pouvait\nplus leur fournir; il fallait bien vivre, et les théâtres, impitoyablement\nfermés aux œuvres sérieusement méditées, ne s'ouvraient qu'à la bouf-\nfonnerie à la mode ! Parmi ces compositeurs, il y en a, et c'est le plus\ngrand nombre, qui n'étaient guère en état de faire autre chose; mais, à\ncôté de ces industriels, on pourrait citer deux ou trois artistes de race,\nnourris de fortes études, lauréats de nos Conservatoires, et vraiment\ncapables de prétendre à des succès de meilleur aloi. Ce sont des hommes\nperdus pour l'art, et nous les regrettons; mais en même temps que nous\ndéplorons leur défection, ne sentons-nous pas redoubler notre estime\npour ces autres artistes convaincus qui sont restés fermement attachés au\ngrand art et n'ont jamais consenti à renier le vrai Dieu pour fléchir le\ngenou devant les idoles populaires?\nMais en voilà assez sur ce sujet : aussi bien toutes ces récriminations,\noutre qu'elles paraîtront ridicules à beaucoup de personnes, sont à peu\nprès inutiles. Bien des critiques n'ont pas cessé de les proférer depuis\nune dizaine d'années : ils ont prêché dans le désert; et si la vogue de\nTopera bouffe est entamée, c'est moins à leur influence qu'il faut l'attri-\nbuer qu'à la lassitude bien naturelle du public, qui commence à s'en\ndégoûter, comme il se dégoûte à la longue de tout ce qui n'est qu'affaire\nde mode. Pour ma part, je n'hésite pas à l'imputer à cette première\ncause ; mais je suis en outre convaincu que la propagation de la mu-\nsique classique due aux concerts populaires y a fortement contribué.\nInitié aux plus belles conceptions des maîtres, le public n'a pas manqué\nd'établir une comparaison entre les chefs-d'œuvre de la grande école et\nles compositions simili-musicales qu'on lui faisait entendre chaque soir\nsur les scènes bouffes, et naturellement la comparaison n'a pas été à\nl'avantage de la musique article de Paris ! Tel pianiste amateur, fort\ndésagréable, du reste, qui passait son temps à jouer polkas, quadrilles,\nVariations, Mosaïques, Bouquets de mélodies, Maisons dyor et autres\ninepties, se mit à étudier les sonates de Beethoven et de Mozart. On en\nrevint peu à peu aux modèles du bon goût et on s'aperçut, non sans"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "221", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.13", "texte": "MUSIQUE CLASSIQUE ET CONCERTS POPULAIRES\n\nétonnement, que les œuvres de génie, qui avaient tant enthousiasmé\nnos ne sauraient vieillir et n'avaient jamais été surpassées. Cette\néducation individuelle, provoquée par les concerts populaires, fournit à\ncette institution un nombreux contingent d'adeptes éclairés et lui im-\nprima une nouvelle et puissante impulsion. Voici déjà que la salle du\nCirque est devenue trop petite ; une société d'artistes vient s'établir à\nrOdéon au milieu de la saison dernière, et le public accourt en foule à\nces nouveaux concerts ! Je connais peu d'exemples d'un succès aussi\nprompt et aussi vif, et je ne doute pas que toute nouvelle tentative sé-\nrieuse, faite dans cette voie par des artistes capables de mener l'entre-\nprise à bonne fin, ne soit couronnée d'un égal succès. Mentionnons\nencore pour mémoire les concerts du Châtelet.\nMais ce n'était pas assez de réformer l'art musical; il était donné à la\nrévolution classique, déterminée par l'institution des Concerts popu-\nlaires , de s'étendre au-delà de ses frontières naturelles et d'exercer une\ninfluence salutaire sur l'art dramatique lui-même.\n(La fin prochainement.\n\nH. MARCELLO."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "222", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.14", "texte": "HISTOIRE\nDU\nTHÉATRE DE MADAME DE POMPADOUR\nDIT\nTHÉÂTRE DES PETITS CABINETS\n\nQuatrième article (i).\nCHAPITRE III.\n( Suite. )\nIFFÉRENTES causes jetèrent pendant quelque temps le\ndésarroi dans la troupe et firent changer, souvent\nmême contremander le spectacle. Ce fut d'abord une\nindisposition de M. de Meuse qui fit remettre la repré-\nsentation de la Mère Coquette, de Quinault* Puis la\nnouvelle de l'étrange mort de M. de Coigny, auquel\nle roi, accoutumé à le voir dès son enfance, avait toujours marqué\nune amitié particulière, occasionna un relâche le jour même (lundi\n4 mars) où Ton devait donner la reprise de V Enfant prodigue. Tout était\nprêt, on allait lever la toile, quand tout à coup ordre vint d'ajourner le\nspectacle. Le perruquier Notrelle s'exprime ainsi à ce propos dans son\nMémoire : « Ce jour-là, dans le moment qu'on étoit prest à jouer et que\nles acteurs étoient coeffés et préparés, il y a eu contre-ordre* Mais comme\nl'ouvrage a été fait et que Notrelle a été pour cela deux jours à Versailles,\nil espère qu'on ne lui refusera pas de lui passer en compte ce qui suit. »\n\n(i) Voir les numéros des i°r septembre, iCl' octobre et idr novembre."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "223", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.15", "texte": "THÉÂTRE DE MADAME DE POMPADOUR\n\nCe tragique événement demande à être élucidé. Voici ce qu'on lit dans\nle journal de Barbier :\nIl est arrivé, la nuit du dimanche 3 au lundi 4, un malheur épouvantable\nsur le chemin de Versailles. Il fait plus froid depuis quelques jours qu'il n'a\nfait de l'hiver ; il neige depuis trois ou quatre jours, et, la nuit de dimanche,\nla neige tombait par de gros flocons, de manière que la terre en était cou-\nverte. Il est d'usage ici que les seigneurs vont plus de nuit que de jour; rien\nne les arrête, et c'est le bon air. M. le comte de Coigny, lieutenant-général,\ncolonel-général des dragons, cordon bleu, gouverneur du château de Choisy,\nfavori du roi, fils du maréchal de Coigny vivant, soupait chez Mademoiselle,\nprincesse du sang, dont il a été toujours ami, ce qui a beaucoup contribué à\nson avancement, où il fut d'une gaîté charmante.\nComme il était d'une partie de chasse avec le Roi, le lundi matin, il\nmonta dans sa chaise de poste, accompagné d'un coureur, entre une heure et\ndeux heures après minuit, pour aller coucher à Versailles. Mademoiselle lui\nreprésenta qu'il était fou de se mettre en chemin par le temps qu'il faisait,\net qu'il ferait mieux de coucher à Paris et d'en partir à sept heures du ma-\ntin. Son postillon lui dit, dans la cour de Mademoiselle, qu'il était gelé et\naveuglé par la neige, qu'il ne verrait pas son chemin, Vous avez toujours\npeur, vous autres, dit-il, marchons.\nVis-à-vis du village d'Auteuil, il y a des fossés sur la droite du chemin ;\nle postillon ne voyait ni ne sentait le pavé, la chaise a versé dans le fossé. On\ndit que M. de Coigny a cassé une glace avec sa tête, et qu'elle lui a coupé la\ngorge ; d'autres, qu'il s'est donné un coup au derrière de la tête dans un en-\ndroit mortel ; bref, il est mort sur-le-champ. Le courrier, quoique blessé,\nest venu à Paris porter cette belle nouvelle à l'hôtel pour le faire enlever.\nPour la chaise, elle est restée dans le fossé, et a été vue le matin par tous les\npassants.\nLe roi a demandé lundi matin si Coigny était à Versailles. On lui a dit\nqu'il avait versé la nuit en venant. Il a demandé s'il était blessé, on lui a ré-\npondu tristement qu'il l'était très dangereusement. Le roi a entendu qu'il\nétait mort, s'est retiré dans son cabinet et a contremandé la chasse et même\nla comédie qu'on devait jouer le soir à Versailles.\n..... Mais le mardi la nouvelle change. On dit que c'est un duel et qu'on\nétait convenu de renverser une chaise dans le fossé. On a nommé le prince\nde Dombes. le comte d'Eu, le duc de Luxembourg et M» de Fitz-James.\nC'était en effet le prince de Bombes, Louis-Auguste de fils\naîné du duc du Maine, colonel-général des Suisses et Grisons, prince du\nsang et, de plus, basson à l'orchestre des petits appartements, qui avait\ntué en duel le comte de Coigny."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "224", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.16", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nA Versailles, au jeu du roi, M. de Coigny, qui perdait contre le prince\nde Dombes des sommes considérables, s'oublia jusqu'à dire assez haut :\n« Il faut être bâtard pour avoir tant de bonheur. » Le mot était d'autant\nplus sanglant qu'il s'adressait au petit-fils de madame de Montespan.\nLe prince, voulant avant tout éviter un éclat, se pencha sans affectation\nà l'oreille du comte et lui dit simplement : « Vous pensez bien, mon-\nsieur, que nous allons nous voir rout à l'heure. » Le jeu continua, et la\nnuit était fort avancée quand ils reprirent ensemble le chemin de Paris.\nIls convinrent que la rencontre aurait lieu sur la route au point du jour.\nMais les nuits sont longues dans cette saison, et le jour commençait à\npoindre quand ils mirent pied à terre au bord de la Seine, entre le vil-\nlage d'Auteuil et la ferme de Billancourt. Les laquais allumèrent des\nflambeaux, et c'est à la lueur douteuse des torches et de l'aube naissante,\nsur un épais tapis de neige qu'ils croisèrent le fer : M. de Coigny eut la\ngorge traversée de part en part et mourut sur la place.\nLa chaise, renversée dans un fossé, fut abandonnée sur la route; on\nespérait ainsi donner le change à la curiosité publique. Mais les détails\ndu duel, bientôt divulgués, devinrent, à Paris et à Versailles, le sujet de\ntoutes les conversations; on allait en pèlerinage visiter le lieu du combat.\nC'était encore en 1748 un endroit désert, qui fut alors baptisé le Point-\ndu-Jour.\n« Mademoiselle ajoute Barbier, a été très chagrine de cette mort.\nIl n'en a plus été question un mois après. » Le deuil du roi et de la cour\nne fut pas non plus de longue durée. Huit jours après, le to mars, ma-\ndame de Pompadour reprenait, et cette fois sans encombre, le doliman\nde taffetas rose d'Almasis, tandis que le prince de Dombes, le héros de\ncette tragédie, jouait tranquillement sa partie de basson à l'orchestre.\nLe dimanche 10 mars, on devait jouer le Méchant, mais M. de Niver-\nnois s'étant trouvé incommodé, on représenta Almasis et Ismène. M. de\nCourtenvaux dansa dans la première pièce, où madame Trusson avait\ncédé une partie de son rôle à madame Marchais. Dans Ismène, M. de la\nSalle chanta à la place du duc d'Ayen; ils étaient tous deux fort enrhu-\nmés, et l'on n'avait pas voulu que ce dernier jouât le principal rôle dans\nles deux pièces.\nLe Méchant avait été remis au samedi 16, et l'on devait donner avec\nune comédie sans nom d'auteur, le Fat puni (de Pont de Veyle), mais\nla marquise eut la migraine dès le matin; elle espérait pourtant jouer,\nmais la douleur ayant fort augmenté l'après-dîner, elle fut obligée de se\nmettre au lit et force fut de décommander le spectacle.\nQuoique l'état de souffrance de la marquise se fut prolongé, il put y"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.17", "texte": "LE BALLET"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "225", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.18", "texte": "avoir représentation le jeudi 21 mars ; on joua Zénéide et l'opéra de La\nBruère et Mondonville, Erigone. Bien qu'étant toujours enrouée, la\nmarquise put jouer dans la comédie en compagnie de madame de Livry,\nqui conserva son rôle de Gnidie, de madame Marchais remplaçant ma-\ndame de Brancas dans le rôle de la Fée, et de M» de Duras qui joua\nOlinde à la place du duc de Nivernois; mais quand elle voulut chanter\nErigone, elle fut obligée d'y renoncer et de céder la place au jeune Leca-\nmus, page de la musique du roi, qui, pris ainsi à Fimproviste et forcé\nde lire le rôle, dut faire assez trisre figure clans l'une des plus gracieuses\ncréations de la marquise.\nLe mardi 26 mars, deuxième représentation du Pédant, et première\nreprésentation du prologue et de l'acte de Cléopâtre, des Fêtes grecques\net romaines, de Fuzelier et Colin de Blamont, jouées à l'Opéra le 17\njuillet 1723. La marquise n'étant pas complètement rétablie, la duchesse\nde Brancas fut chargée de remplir le rôle de Cléopâtre.\nActeurs dans le prologue :\nApollon (Thévenard) Le marquis de la Salle.\nClio. (M[ie Lemaure) Madame Trusson.\nErato (MI{q Antier) Madame Marchais\nTerpsichore.... (M[le Prévost)...... La demoiselle Puvigné.\nActeurs dans l'acte de Cléopâtre :\nAntoine (Thévenard) t Le duc d'Ayen.\nEros (Grenet) Le vicomte de Rohan\nCléopâtre (MUe Antier) La duchesse de Brancas,\nUne Egyptienne Madame Trusson.\nY\nLe jeudi 28 eut lieu la rentrée de madame de Pompadour. On joua\nd'abord Erigone, puis on répéta le prologue seul des Fêtes grecques et\nromaines. Après un entr acte d'une petite demi-heure, pendant lequel\nle roi alla voir la Dauphine, 011 joua l'acte de la Vue, du Ballet des Sens,\nparoles de Roy, musique de Mourut, joué à l'Opéra le 5 juin 1732.\nL'Amour. (Mlle Lemaure) Madame de Pompadour.\nZéphire (Mile Petitpas)...... Madame Marchais\nIris (M[le Eremans) Madame Trusson\nAquilon (Dun). M. de la Salle\nLa marquise, qui brilla dans ce nouveau rôle, avait confirmé, par ce\nchoix, le jugement que le public avait porté naguère sur les quatre actes\nd: cet ouvrage :\n\n11.\nTHÉÂTRE DE MADAME DE POMPADOUR\ni 5"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "226", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.19", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nComment donc, à ce que je vois,\nIl est bien mal en son harnois.\nIl est sourd comme une statue ;\nLe goût, le toucher, /'odorat\nChe% lui sont en mauvais état :\nIl n'a rien de bon que la vue.\njLa clôture de la saison théâtrale eut lieu le samedi 3o mars; aussi\ndit-on en badinant que c'était pour la capitation, comme c'était l'usage\nà l'Opéra : on appelait ainsi la dernière représentation avant la Passion,\nqui était toujours donnée au profit des artistes. Il faut voir avec quel plai-\nsant amour-propre Laujon raconte comment son ouvrage d'Eglé eut\nl'honneur d'être désigné pour faire partie de ce spectacle.\nLa troupe avait décidé qu'elle choisirait, pour sa capitation, la comédie et\nl'acte d'opéra qui auraient réussi le plus complètement. Gresset réunit tous\nles suffrages en faveur de la comédie; mais sur l'opéra? le choix fut long-\ntemps indécis entre l'acte d ismène et celui dEgle. Nous avions, Lagarde et\nmoi, des rivaux redoutables ; on faisait valoir fortement pour nos anciens,\nnombre de succès antérieurs au dernier. Croirait-on que ce titre incontes-\ntable fut précisément celui qui fit pencher la balance de notre côté, et, contre\ntoute apparence, leur enleva la palme ? « Un honneur déplus, dit-on alors,\nn'est pas nécessaire à leur gloire; il est peu pour eux, il est tout pour de jeu-\nnes auteurs à qui l'habitude des succès n'est pas aussi familière et que l'on\ndoit encourager. » Ainsi donc, la cause de la jeunesse l'emporta sur celle de\nl'expérience. Il fut définitivement arrêté que la troupe donnerait pour sa capi-\ntation la comédie du Méchant et l'acte dEglé (i).\nLe programme se composa donc d'Eglé, de l'acte de la Vue, et de Pacte\nde Cléopâtre. La veille, ces trois pièces avaient éré répétées avec les\nmachines et les habits. «Cette répétition fut une vraie représentation,\nécrit Luynes. Madame de Pompadour voulut donner cet amusement à\nquelques dames de ses amies de Paris et à quelques hommes de ce pays-\nci, qui n'ont pas permission d'y entrer quand le roi y est. »\nCette représentation débuta par un compliment au roi, de Roy pour\nles paroles et de Colin de Blamont pour la musique; ce fut le marquis\nde la Salle qui le chanta, travesti en Apollon.\nD'un peuple de Héros le maître et le modèle9\nToujours avide de travaux,\nEntend Bellone qui l'appelle.\nIl va partir ; il vole à des succès nouveaux .\n\n(I) LAUJON, Note sur la représentation d'Eglê*"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "227", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.20", "texte": "THÉÂTRE DE MADAME DE POMPADOUR\n\nDoux plaisirs, de sa présence\nOse% encor profiter ;\nCharme% son impatience,\nSans espoir de l'arrêter.\nAimables filles de Mémoire,\nChères délices de sa. Cour,\nVous qui partagiez tour à tour\nLes moments qu il rend à la Gloire,\nA peine vous aure% jusques à son retour\nLe temps de préparer tous vos chants de victoire.\nLe dieu des oracles ne mentit pas cette fois aux promesses faites en\nson nom ; quelques jours plus tard, Louis XV partait pour suivre les\nopérations de cette guerre qui se termina bientôt par la paix d'Aix-la-\nChapelle.\nDans la fête de l'acte de la Vue, un des suivants de Flore chanta la\ncantatille suivante, des mêmes auteurs, adressée à madame de Pompa-\ndour qui représentait l'Amour.\nO vous, qui d'une aile légère\nParcoure% cent climats divers,\nParte Nymphe aux cent voix, voleç, fende% les airs :\nQiie le dieu qui règne à Cythère\nSoit chanté dans tout Vunivers»\nQuand Psyché lui rendit les armes,\nCe n était qu'un essai du pouvoir de l'Amour :\nAvait-il rassemblé, comme dans ce beau jour,\nTant de talens et tant de charmes?\nLes décors surtout paraissent avoir obtenu l'assentiment général. «On\nne peut rien ajouter à la perfection du jeu, du goût et de la voix de ma-\ndame de Pompadour, écrit Luynes. Madame Marchais a une petite voix,\nmais jolie. Madame Trusson en a une plus grande et plus agréable. Les\ndécorations sont charmantes, le vaisseau de Gléopâtre est beaucoup\nmieux qu'à l'Opéra; et dans l'acte de la Vue, Parc-en-ciel est parfaite-\nment bien représenté (1). »\n\n(i) Voici ce que Mouffle cTAngerville écrivit plus tard à propos de l'année 1748 :\n« Nous avons dit que madame de Poinpadour jouait très bien la comédie. Il y avait\nfréquemment des spectacles aux petits appartements, où les personnages les plu s\nillustres et les plus graves de la cour se livrèrent à cet art pour amuser le Roi. C'est\nà elle qu'on doit ce goût scénique qui s'est emparé généralement de toute la France,\ndes princes, des grands, des bourgeois; qui a pénétré jusque dans les couvents, et\nqui, empoisonnant les mœurs dès l'enfance par cette foule d'élèves dont ont besoin\ntant de spectacles, a porté la corruption à son comble. » (Vie privée de Louis XV,\n11, 306.)"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "228", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.21", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nLe lendemain de la fermeture du spectacle, madame de Pompadour\ndistribua, de la part du roi, des présents à quelques-uns de ceux qui\navaient pris part aux divertissements. Moncrif, le sous-directeur du\nthéâtre,—qui, bien que lecteur de la reine, se plaisait à écrire des pièces\npour la marquise, et auquel Marie Leckzinska avait dit, un jour qu'il\nl'entretenait d'un de ses ouvrages récemment applaudi : « Voilà qui est\nbien, mais en voilà assez, » Moncrif eut une belle montre à répétition ;\nMM. de Dampierre, Ferrand et Duport, une tabatière avec le portrait\ndu roi; et les autres musiciens amateurs, soit une montre., soit une taba-\ntière. Quant aux musiciens de profession, ils furent payés en argent et\nreçurent chacun 25 ou 3o louis. Mais les auteurs d\"Eglé furent particu-\nlièrement bien traités. On créa pour Lagarde la place de maître d'orches-\ntre de l'Académie de musique, fonction qu'on détacha de celles des\ndirecteurs Rebel et Francœur; et Laujon raconte dans son livre que,\nle jour même où l'acte à'Eglé lui valut des compliments de la bouche\ndu roi, le comte de Clermont, dont il était premier secrétaire, le nomma\nsecrétaire de ses commandements. Puis en 1750, dernière année des\nspectacles des petits cabinets, son protecteur joignit à cette place celle\nde secrétaire du gouvernement de Champagne et de Brie, que le roi ve-\nnait de lui accorder.\nCHAPITRE IV\nTROISIÈME ANNÉE.\n27 1 22 sM.ars 1749.\nLe théâtre des petits cabinets était trop petit pour contenir tous ceux\nqu'on eût voulu y inviter, tant était vivement recherché l'honneur d'as-\nsister à ces spectacles intimes. Il fallait absolument remédier à ce défaut :\nle plus court, sinon le moins coûteux_, était de construire une salle nou-\nvelle. Ainsi fit-on. Le voyage de la cour à Fontainebleau fut le temps\nchoisi pour bâtir un nouveau théâtre dans la cage du grand escalier de\nmarbre ou des ambassadeurs, en s'efforçant de ne gâter ni le marbre ni\nles peintures. Ce théâtre était mobile et s'enlevait ou se remettait à vo-\nlonté ; il devait suffire de quatorze heures pour le défaire et de vingt-\nquatre pour le rétablir.\nCet énorme travail ne se fît pas sans causer de grandes dépenses, et\nl'on disait tout bas qu'il avait coûté deux millions. Ces bruits parvin-\nrent jusqu'à la marquise, et un soir, à sa toilette, elle les démentit en"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "229", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.22", "texte": "THEATRE DE MADAME DE POMPADOUR\n\nces termes : « Qu'est-ce que l'on dit que le nouveau théâtre que le Roi\nvient de faire construire sur le grand escalier coûte deux millions ? Je\nveux bien que Ton sache qu'il ne coûte que vingt mille écus, et je vou-\ndrais bien savoir si le Roi ne peut mettre cette som me à son plaisir, et\nil en est ainsi des maisons qu'il bâtit pour moi. » La marquise se trom-\npait : ce n'est pas vingt mille écus, mais bien soixante-quinze mille\nlivres que sa fantaisie d'artiste coûtait au trésor ; c'est le Roi lui-même\nqui le dit.\nLe nouveau théâtre ouvrit ses portes le mercredi 27 novembre 1748 :\nla pièce d'inauguration était due, pour les paroles, à Gentil-Bernard et à\nMoncrif, et pour la musique, à Rameau ; elle était intitulée : Les Sur-\nprises de VAmour (1) et comprenait un prologue et deux ballets.\nPrologue, Le Retour d'Astrée :\nAstrée Madame de Brancas.\nUn Plaisir Madame de Marchais.\nVulcain M. le duc dAyen.\nLe Temps M. de la Salle.\nPremier ballet, La Lyre enchantée\nUranie Madame de Pompadour\nL'Amour Madame de Marchais.\nLinus, fils d'Ap0110n....,. M. de la Salle.\nSecond ballet, Adonis :\nVénus Madame de Pompadour.\nL'Amour Madame de Marchais.\nDiane Madame de Brancas.\nAdonis M. le duc dAyen.\nUn suivant de Diane. M. le vicomte de Rohan.\nMercredi dernier, écrit Luynes, le Roi vit pour la première fois la\nnouvelle salle d'Opéra construite dans l'escalier des ambassadeurs. Il n'avoit\npoint voulu y entrer jusqu'à la première représentation... M. de la Vallière\na beaucoup d'honneur à l'arrangement du théâtre. 11 est beaucoup plus grand\nque celui de la petite galerie ; les décorations sont faites avec beaucoup de\ngoût. La place où le Roi se mit avec M. le Dauphin, madame la Dauphine et\nMesdames, est assez grande pour contenir environ vingt-cinq personnes. Des\ndeux côtés de la place du Roi, en allant au théâtre, il y a deux balcons, dont\nchacun peut tenir douze à quinze personnes Au-dessous du Roi, en face du\nthéâtre, il y a des gradins où étaient M. h président Hénault, M. le prési-\ndent Ogier, en tout trente ou quarante personnes. Entre ces gradins et le\nthéâtre est l'orchestre, qui est plus grand que celui de la petite galerie, et\n\n(1) Représenté à l'Opéra le 3i mai 1757."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "230", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.23", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ncontient environ quarante places. Les musiciens et les spectateurs sont fort\nà leur aise, et l'on entend, de partout , facilement la voix des acteurs ; le\nmouvement des décorations et des machines se fait avec beaucoup de facilité\net de promptitude. Cet ouvrage n'est pas aussi cher qu'on se l'imagine dans\nle public; le Roi demanda avant-hier à M. le contrôleur général combien il\navoit donné de fois i 5,000 livres. Le contrôleur-général croyoit que ce n'étoit\nque quatre fois ; mais le Roi Je fit souvenir que c'était cinq.\nLa nouvelle salle fut admirée de tous; décorations, costumes et machi-\nnes plurent aux spectateurs, mais il n'en fut pas de même de FOpéra.\nAu beau milieu de la représentation, le roi se prit à bâiller, et on l'en-\ntendit dire à l'un de ses voisins : « J'aimerais mieux la comédie. »\nMalgré cet insuccès, la troupe ne se tint pas pour battue, et le mardi 3\ndécembre, elle donna une seconde représentation du même ouvrage, sans\nqu'il paraisse avoir été plus goûté : le seul point à noter, est que le duc\nd'Ayen céda son rôle du prologue à un nouvel arrivant, doué d'une belle\nvoix, le chevalier de Clermont,'fils de M. de Clermont-d'Amboise.\nLe mardi 10, on donna devant le roi, le Dauphin et la Dauphine, le\ngrand opéra de Tancrède (sans le prologue), paroles de Danchet, musi-\nque de Camprav représenté originairement à l'Opéra le 7 novembre 1702.\nHerminie (Mn° Desmâtins) Madame de Pompadoar.\nClorinde (MiIQ Maupin) Madame de Brancas.\nUne guerrière. »\nUne nymphe j DuPeyré) Madame de Marchais.\nTancrède (Thévenard) M. le duc d'Ayen.\nArgan (Hardouin). M. de la Salle.\nIsmenor ... (Dun) Le chevalier de Clermont.\nUn guerrier (Cochereau) ]\nUn sylvain (Routelou) .. j Le vicomte de Rohan\nLa vengeance... (Desvoyes) )\nLe spectacle parut fort beau ; madame de Pompadour chanta avec une\nperfection qui ne laissait rien à désirer, MM. de la Salle et de Clermont\nbrillèrent dans leur duo; enfin, le duc d'Ayen se fit aussi applaudir, bien\nqu'il eût une voix moins éclatante que le chevalier de Clermont. Quant\nau vicomte de Rohan, iltenaitbien trois rôles, mais dans les endroits où\nsa voix ne pouvait aller, il se faisait aider par Bazire, haute-contre delà\nmusique. Cette soirée ne finit pas aussi bien qu'elle avait commencé. Au\nmilieu de la représentation, M. de Maurepas remit au roi une lettre du\nlieutenant de police Berrier lui apprenant que le prince Édouard, réfu-\ngié en France, venait d'être arrêté sur son ordre au moment où il entrait\nà l'Opéra : cette nouvelle suffit pour attrister les esprits durant toute la\nfin de la soirée."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "231", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.24", "texte": "THÉÂTRE DE MADAME DE POMPADOUR\n\nLes représentations se succédaient alors presque sans relâche : le jeudi\n12, on donna la Mère coquette, de Quinault, jouée à la Comédie-Fran-\nçaise le 18 octobre i 665.\nIsmène Madame la marquise de Livry.\nIsabelle, fille d'ismène Madame de Marchais.\nLaurette, suivante fMlle Quinault). .. Madame la mise de Pompadour.\nCrémante M. le marquis de Meuse.\nAcante, son fils M. le duc de Duras.4\nLe marquis (Raymond Poisson) M. le marquis de Croissy.\nChampagne M. le marquis de Gontaut.\nLe page du marquis.. M. le chevalier de Clermont.\nCette comédie, fort bien rendue par toute la troupe, surtout par ma-\ndame de Pompadour-Laurette et par le duc de Duras-Acanthe, fut suivie\nde la plus divertissante pantomime qui ait jamais paru sur le théâtre des\npetits cabinets. Elle avait été d'abord essayée chez madame de Marck.\nL Opérateur chinois (et non le Père respecté) (i), tel était le titre de\ncette parade, dont les paroles étaient de Moncrif; la musique, du mar-\nquis de Courtenvaux et de Guillemain, de la musique du roi ; et les dan-\nses, de Dehesse. La scène se passait en Chine, au milieu d'une foire de\nvillage garnie de boutiques de toutes sortes, de chansons, de fleurs, de\nmercerie, de ratafiat, d'oubliés, de café. M. de Courtenvaux, vétu d'un\nmagnifique costume d'opérateur chinois, vendait ses remèdes les plus\nmerveilleux à la foule ébahie, et arrachait à un niais une dent phénomé-\nnale, tandis que M. de Langeron, costumé en philosophe (habit et toque\nfeuille-morte), péchait au moyen d'une ligne, avec une dragée pour appât,\ndes niaises et des innocentes. A la fin, un baron allemand, joué par De-\nhesse, sautait après la ligne, happait la dragée et la mangeait.\nLe Dauphin, la Dauphine et Mesdames assistaient à cette représen-\ntation, ainsi qu'à la suivante qui eut lieu le mardi 17; la reine s'y rendit\naussi. On donna une deuxième représentation de Tancrède qui fut assez\nfroidement reçu. Le roi se plaignit qu'il y eût trop de monologues ; il\nen avait compté huit, et, de son côté, le duc de Luynes déclare cet opéra\nun peu triste, bien que la musique en soit fort belle.\n(La suite prochainement.)\n\nADOLPHE JULLIEN.\n\n(1) Ce second titre est erroné, ainsi que le couplet grossier cité par M. Campar-\ndon : il n'y avait pas de parlé dans le ballet. Nous donnons une copie à l'eau-forte\nd'un délicieux tableau de Boucher, qui, sous le titre vague de : Le Ballet, représente,\nà n'en pas douter, la scène de l'Opérateur chinois. Boucher aura reproduit en tableau\navec les personnages dansants, le décor qu'il avait peint pour le théâtre de madame de\nPompadour."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "232", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.25", "texte": "LES\nCANTATRICES DRAMATIQUES\n\nII\nLA SAINT-HUBERTI\nPremière partie.\nARIË MALIBRAN a existé cinquante ans plus tôt qu'on\nne le croit. Dans une forme de l'art lyrique absolument\ndifférente, son âme flamboyait déjà chez une cantatrice\nqui, comme la fille de Garcia, a excellé à la fois dans\nle tragique et dans le bouffe, et qui savait communi-\nquer aux spectateurs des émotions qu'au plus vif degré\nelle ressentait elle-même. Mais Marie Malibran, à l'abri de la calomnie,\nautant que peut l'être une femme exposée à tous les regards et, par con-\nséquent, éveillant toutes les curiosités, une fois libre d'un lien imposé par\nl'intérêt, a fait un mariage d'amour; puis elle est morte en se dévouant\nà son art. La Saint-Huberti, dont la vie n'a point été irréprochable,\ntant sen faut, s'était associée, elle, àun aventurier dont elle a expié,\nvictime innocente, au moins àce point de vue, les intrigues, err\npérissant tragiquement sous les coups du même assassin avec le coupable\nAntoinette-Cécile Clavel était née à Toul vers 1756; elle était de la\nclasse bourgeoise, fille d'un ancien militaire qui ne lui laissa d'autre\npatrimoine, d'autre carrière à choisir que celle où une belle voix et des\ndispositions dramatiques évidentes l'engageaient. Voisine de l'Allemagne\n(des biographies même la font naître à Manheim), c'est en Pologne et"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "233", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.26", "texte": "LES CANTATRICES DRAMATIQUES\n\nen Prusse qu'elle va débuter. A qui n'est ni riche, ni protégée, ni jolie,\nles commencements sont difficiles. A Varsovie, le compositeur Lemoyne\n(qui donna depuis à l'Opéra de Paris Electre et Phèdre), frappé des dis-\npositions de la jeune Clavel, la perfectionne par ses leçons et la fait dé-\nbuter par un petit opéra qu'il écrit pour elle : le Bouquet de Colette,\nsingulières prémices d'un talent qui devait faire ressentir au public fran-\nçais les plus tragiques émotions qu'il dût jamais connaître.\nA Berlin, elle épouse\navec qui elle revint en France. Elle garde son nom de mademoiselle\nClavel trois ans au théâtre de Strasbourg. On ne dit ni où, ni quand, ni\ncomment finit ce mari qui pourtant, s'il était réel, dut mourir bien\navant sa femme, puisqu'on sait que l'illustre Saint-Huberti devint\nirrégulièrement, mais enfin légitimement, comtesse d'Entrai-\ngues. Mais si on ignore comment il est mort, on sait comme vivait le\nchevalier de Croisy, aux dépens de sa femme, avec qui, à Paris, il\npartageait une mansarde rue du Mail, où un grabat et une malle servant\nde chaise composaient tout le mobilier de la future Didon.\nC'était de là qu'elle partait, dans l'été de 1777, pour les représentations\nde l'Opéra, où elle était alors coryphée. Pauvre de mise et un peu de\nphysique, mal nourrie sans doute, ses camarades, à la vue de sa robe\nnoire frippée, l'appellent madame la Ressource (la revendeuse à la\ntoilette du Joueur de Regnard). Mais Gluck avait cet œil de l'aigle qui\nne sait pas seulement regarder fixement les astres, qui les devine :\n« Oui, Madame la Ressource, dit-il, vous avez raison, car elle fera la\nressource de l'Opéra. » L'auteur & A rmi de avait distribué à Cécile Clavel,\nfemme du chevalier de Croisy, dite Saint-Huberti, le petit rôle de Mé-\nlisse, en attendant qu'elle s'emparât victorieusement du personnage\nprincipal. Mademoiselle Saint-Huberti joua Mélisse, dit le Mercure de\nFrance, avec grâce et finesse.\nLes commencements sont toujours difficiles pour elle; Dauvergne, que\nnous verrons plus tard à l'état d'antagonisme violent avec la Saint-Hu-\nberti, met au nombre des mérites de son administration à l'Opéra,\nquand il les fait valoir auprès du ministre, d'avoir découvert ce jeune\ntalent luttant contre les obstacles, ce Je l'ai vue souvent, dit-il, pleu-\nrer de ne pas être employée. » On lui reprochait des habitudes de pro-\nvince, des gestes trop multipliés, des mouvements convulsifs, l'accent\nqu'elle tient de son origine plus ou moins tudesque, une prononciation\nvicieuse qui ne laisse entendre parfois que des sons inarticulés. Le tra-\nvail atténue ses défauts ; l'ardeur de l'actrice les fait oublier.\nElle se fait remarquer dans une reprise tfAtys, opéra de Piccini, com-"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "234", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.27", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nbattu, à son apparition, par une violente cabale et que les partisans du\ncompositeur italien mettent au-dessus de son Roland. Admise à dé-\nbuter également dans ce dernier opéra, elle ne fit pas moins applaudir\nAngélique que Sangaride. Cependant, la grande faveur dont elle s'em-\nparait définitivement devait dater d'un mauvais opéra mélodramatique :\nle Seigneur bienfaisant, de Floquet, un compositeur de ballets, dé-\ntestable ouvrage qui dut son succès à deux grands artistes qu'il mit en\névidence : Laïs et la Saint-Huberti. Celle-ci apporta une si fiévreuse\nvérité dans une scène de désespoir, que l'on craignit pour la santé de la\nchanteuse, sans se rendre compte que ces émotions sont avant tout la vie\nde l'artiste, dussent-elles quelquefois l'abréger!\nTel est l'engouement du public pour cette misérable production , que\nRochon de Chabannes y ajoute un acte pour qu'elle puisse suffire au\nspectacle. Dans ce prologue, le seigneur fait manœuvrer son régiment\ncomposé d'enfants du dépôt des gardes françaises, bataillon des danseuses\nconduites par mademoiselle Audinot. Des artilleurs défilent ensuite avec\nleurs canons. On s'émeut, on s'effraie presque dans la salle :ne craignez\nrien, s'écrie un justicier du parterre, Fauteur n'a pas inventé la poudre.\nGluck écrit dédaigneusement de Vienne le 11 mars 1781 : «Ce peuple\nvolage semble se dégoûter de tous mes opéras.... et voilà le Seigneur\nbienfaisant qui fixe son attention... il faut le laisser faire. »\nL'acte ajouté disparut, du reste, et enfin l'opéra.\nMettons le succès du Seigneur bienfaisant au nombre des péchés de\nla Saint-Huberti, bien que la liste doive, sans cela, être encore nom-\nbreuse. Mais reconnaissons qû'il fallait un talent bien vivant et bien\nattrayant pour faire durer cette pauvreté. Sur le rapport présenté au\nministre de la maison du roi, Amelot, pour les gratifications, après la\npremière représentation, le chiffre de 300 livres, proposé pour la bril-\nlante interprète, est supprimé de la main même du ministre, et celui de\n600 livres y est substitué.\nDisons, en passant, qu'Amelot, autant qu'on peut en juger par sa\ncorrespondance que nous ont conservée les Archives nationales, était un\nministre qui, dans les questions d'art, semblait ne manquer ni de\ncoup d'oeil, ni de fermeté, ni d'équité. On lui imputa d'avoir dit : « S'il\nn'y avait pas de lettres de cachet, je ne voudrais pas être ministre, le Roi\nm'en priât-il les mains jointes. » Il fit quelque usage de ces mesures\nviolentes, entre autres pour mademoiselle Théodore, jolie et sage danseuse\nqui expia par une captivité de plusieurs jours quelques propos inconsi-\ndérés ; le bordereau des frais de la poursuite et de l'arrestation existe\naux Archives. Mais Amelot, en se servant des mauvaises armes que"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "235", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.28", "texte": "LES CANTATRICES DRAMATIQUES\n\nl'arbitraire mettait à la disposition des ministres d'alors, ne paraît pas en\navoir abusé, relativement du moins. Au reste, il fut de ceux qui expièrent\nl'abus aux grandes représailles révolutionnaires. Il mourut en prison\nen 1794, au Luxembourg.\nLe Thésée de Quinault, remis en musique par Gossec, révèle une\nnouvelle face du talent de la Saint-Huberti, une puissance d'émotion\nqui n'a même pas besoin du chant pour impressionner le spectateur.\nVoici ce qu'en dit le Journal de Paris du ler mars 1780 : « Mademoi-\nselle Saint-Huberti paraît vouloir se livrer à la scène; elle plaît depuis\nlongtemps comme cantatrice, mais la manière dont elle joue le rôle\nd'Eglé, prouve qu'elle peut étendre son talent et, par là, le rendre plus\nintéressant. Elle rend avec beaucoup d'intelligence la pantomime de son\neffroi, qui finit par la faire succomber. Elle gradue avec une grande\nvérité le désordre de ses esprits qui, à la réapparition des démons, lui fait\nchercher un appui dans les mains de Mésée elle-même; mais à l'aspect\nde sa plus cruelle ennemie et de l'auteur de tous ses maux, elle recule\net fuit, saisie de la plus grande épouvante. »\nA travers la platitude de ce compte rendu, il m'a semblé que le lecteur\ncomprendrait quel effet devait produire la physionomie d'une actrice\ns'identifiant de façon irrésistible avec les émotions de son personnage.\nLa princesse d'Athènes dans Thésée est fort bien secondée par Larrivée\nqui avait conservé un vieil air de la partition primitive de Lulli (air qui\nréussit plus que tout le reste), et l'on résume spirituellement l'opinion\ngénérale sur l'ouvrage en disant que les paroles de Quinault ont été fort\nlégèrement traitées par Morel, l'arrangeur du livret, et fort lourdement\npar Gossec.\nMademoiselle Saint-Huberti ne créa pas, mais elle dut reprendre une\nElectre de son professeur Lemoyne, jouée le 2 juillet 1782. Guillard, le\nparolier, y traita les vers de VOreste de Voltaire, comme Morel avait\ntraité ceux de Quinault : « La musique, dit Laharpe, est la plus hor-\nriblement criarde qu'il soit possible d'entendre. On ne conçoit pas com-\nment les poumons de l'actrice et les oreilles des spectateurs peuvent y\ntenir... L'ambassadeur de Naples s'en va partout répétant que nous\navons des oreilles de corne. » Il est probable que c'est à mademoiselle\nLevasseur, la créatrice, que s'applique le paragraphe de la Correspon-\ndance littéraire.\nPlus sensible au souvenir de ce qu'elle doit à Lemoyne qu'aux dan-\ngers que peut lui faire courir sa musique, mademoiselle de Saint-Hu-\nberti use de la légitime influence qu'elle commence à posséder à l'Opéra\npour chercher à sauver la vie à Electre. Elle n'y parvint pas, mais déjà"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "236", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.29", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\non reconnaît dans les correspondances du directeur, du ministre et du\nsurintendant des Menus-Plaisirs, la preuve de cette influence. On n'ose\nrefuser ouvertement à la Saint-Huberti de prolonger les représentations\nde Y Electre ; mais on invente des stratagèmes pour éviter de remettre\nsur l'affiche un ouvrage qui, même avec le talent d'une actrice devenue\névidemment la favorite du public, n'attire pas la foule. L'intervention\nde la chanteuse n'en est pas moins louable. Grétry, dans ses Essais sur\nla musique, rend justice aux sentiments de reconnaissance de la grande\nactrice pour l'homme qui l'a le premier initiée à son art. « Mademoiselle\nSaint-Huberti, dit-il, une des Françaises qui ont touché le pathétique\navec le plus de connaissance, se glorifie de tenir tout ce qu'elle sait de\nLemoyne. »\nLemoyne, malheureux dans sa tentative, désavoué par Gluck, qui\nvoit tomber son disciple, étudie la manière de Sacchini pour la Phèdre\ndont j'aurai à parler plus tard, et le style français pour les Prétendus.\nLe départ de Sophie Arnould et de mademoiselle Beaumesnil avait\ncontribué à faire la place libre.\nLe 6 août 1782, la Saint-Huberti s'empare définitivement du rôle\nd'Angélique dans une solennelle reprise de Roland de Piccini avec dé-\ncors et costumes renouvelés.\nLa mise en scène de fragments de divers ouvrages composant un spec-\ntacle complet [Le Feu dans la Vestale, un acte pris dans les Eléments de\nRoy; Ariane dans Vîle de Naxos, Apollon et Daphné avec Edelman\npour musicien des deux premiers fragments, Metra pour compositeur\ndu dernier) signale une intelligente innovation, due encore à mademoi-\nselle Saint-Hubert. « On a vu pour la première fois, » dit le Journal de\nParis, « sur le théâtre, dans les personnages principaux, le costume ri-\ngoureusement observé; mademoiselle Joinville dans celui de la Vestale;\nmesdemoiselles Saint-Huberti et Laïs dans celui d'anciens Grecs. Ces\ndessins ont été faits sur le dessin de M. Moreau le jeune, avantageuse-\nment connu dans les arts par le nombre, la variété et la continuelle beauté\nde ses ouvrages. »\nC'est à propos du même ouvrage, ou plutôt des mêmes ouvrages, que\nle journaliste dit : « A l'égard de mademoiselle on ne\nsait ce qui la sert le mieux de sa figure, de sa voix ou de son jeu ; elle\nsait donner à son chant des inflexions qui causent les émotions les plus\nvives. »\nCette admiration pour le côté plastique de mademoiselle Saint-Huberti\nest d'autant plus remarquable, que, grande, blonde et maigre, ayant des\ntraits peu prononcés, tous les contemporains de l'illustre cantatrice s'aç-"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "237", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.30", "texte": "LES CANTATRICES DRAMATIQUES\n\ncordent à dire qu'elle n'était pas belle ; ses portraits ne nous révèlent en\neffet aujourd'hui qu'une physionomie assez vulgaire, une face un peu\nplate, un nez légèrement retroussé qui n'a rien de tragique, Il est pro-\nbable que, semblable en cela à la Malibran, la Saint-Huberti se trans-\nfigurait sur la scène.\nLa Saint-Huberti, dans son île de Naxos, sauve du naufrage ces mor-\nceaux mal rattachés. On se divertit beaucoup, à l'autre fragment, d'un\ntrio où Daphné, changée en laurier, chantait à travers l'écorce de l'arbre.\nOn compare la Guimard, maigre danseuse évoluant entre Yestris et\nGardel, à un os que se disputent deux chiens.\nCe qui reste à la Saint-Huberti de cette création, c'est sa prédilection\nmarquée pour la vérité du costume, qualité alors exceptionnelle qu'elle\npartage avec de grands artistes, Adrienne Lecouvreur, mademoiselle\nClairon, mademoiselle Sallé la danseuse, Talma, et aussi voyons-nous\nsans cesse l'actrice réclamer des habits nouveaux pour les reprises dès\nque sa fortune lui donne droit à quelques exigences.\nLevacher de Chamois, dans ses Recherches sur le Costume, nous a\nconservé un aperçu de celui innové par la Saint-Huberti : longue\ntunique attachée sous le sein, jambes nues, brodequin antique, les che-\nveux en longues tresses retombant sur les épaules. L'actrice eut le plus\ngrand succès; mais des ordres supérieurs, venus le lendemain, firent, dit\nl'écrivain, supprimer le costume, et Ton revint au grotesque attirail des\nnymphes de cour et des marquises bocagères; ce qui semble difficile à\ncroire, d'après les éloges donnés à cette hardiesse par le rédacteur du\nJournal de Paris, qui ne se serait sans doute pas permis d'approuver sans\nordre. Levacher de Chamois ajoute que la scène se passe en Thessalie :\nce qui indique que la Saint-Huberti jouait aussi, dans ces fragments,\nDaphné, la fille du fleuve Penée. On s'explique encore mieux que la\nnouveauté de cette simplicité pittoresque de l'habit ait influé sur le rédac-\nteur du Journal de Paris en faveur de la femme.\nQuand on respecte àce degré la vérité du costume, on doit tenir à\nson tailleur. En avance sur l'industrie de Worth, des tailleurs travail-\nlaient alors pour les actrices, notamment quand elles jouaient en hom-\nmes. Le tailleur de la Saint-Huberti s'appelait Parisis. Nous trouvons à\nce sujet trace dans le registre de Francœur d'une dissidence de la Saint-\nHuberti avec le Comité, assemblée consultative composée de Legros,\nDurand, Yestris, Gardel, Moverre et Dauberval. Parisis avait été ren-\nvoyé pour cause de vin et d'insolence. La Saint-Huberti réclame son\ntailleur personnel ; on ne veut pas le lui rendre ; mais elle obtient que le\nchef-tailleur, nommé Delaistre, soit, à défaut de son subordonné , obligé"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "238", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.31", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nde travailler pour elle. Ce dernier préfère alors le relâchement de la dis-\ncipline à ce surcroît de besogne, et la Saint-Huberti obtient gain de\ncause. La Saint-Huberti avait été jusqu'à offrir de jouer exceptionnelle-\nment pour qu'on lui rendît le tailleur de son choix.\nJusqu'alors l'actrice était restée circonscrite dans le drame lyrique ou\ntout au moins la pastorale mythologique. Une turpitude intitulée :\nY Embarras des Richesses, poème emprunté à un canevas de Dallainval,\nmort de misère, par Lourdet de Santerre (que les acteurs appelaient\nLourdet sans tête), lui laisse faire une excursion dans un opéra co-\nmique, comique à plus d'un titre. Le parolier dans l'ouvrage parle\n(la scène est à Athènes ) des danses du dimanche, fait acheter un jardin\npour deux cents louis, et convoque dans un ballet les quatre parties du\nmonde, en avance de deux milliers d'années sur Christophe Colomb.\nAverti par les rires, corrigé par les huées_, l'auteur met la scène à\nChaillot, qui devait être sa patrie, et demande qu'on le joue en costume\nfrançais; mais il oublie de retrancher Plutus, qui se fourvoie de plus en\nplus grotesquement, ahuri comme le veut la localité, au milieu des\nrobes à paniers, des poufs et des talons rouges :\nEmbarras d'intérêt,\nEmbarras de paroles,\nEmbarras de ballet,\nEmbarras dans les rôles,\nDes embarras, de sorte\nQue tout est embarras,\nMais vene% à la porte\nVous n'en trouverez pas.\nVoilà ce qu'on dit gaîment aux auteurs de VEmbarras des Richesses ;\nmais on applaudit la grande tragédienne de l'Opéra dans un person-\nnage comique : Rosette,\nSacchini donne son premier opéra : Renaud, vieille pièce rajustée\nd'après une Armida, représentée en 1772 à Milan ; c'est mademoiselle\nLevasseur qui joue Armide et ne la joue pas sans talent : mais sa voix\naigre déplaît au public et, à la cinquième représentation, elle est obligée\nde céder le rôle à mademoiselle Saint-Huberti qui décidément a l'emploi\ndes sauvetages lyriques.\nPareil fait s'était déjà produit quant à mademoiselle Levasseur pour\nAtys, où elle avait dû céder presque immédiatement Sangaride à ma-\ndemoiselle Laguerre, comme elle fit ensuite pour Electre àla Saint-\nHuberti. Plus de protection que de talent, c'est ce que l'on pouvait dire\nde Rosalie Levasseur, favorite de M. le comte de Mercy Argenteau,\nambassadeur de la souveraine dont la reine de France était la fille."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "239", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.32", "texte": "LES CANTATRICES DRAMATIQUES\n\nM. de la Fer té, letsurintendant des Menus-Plaisirs (que mademoiselle Le-\nvassent* allait voir familièrement, accompagnée de ses chiens de chasse),\ngémit de la tyrannie que cette dernière exerce. Aussi, devant ses préten-\ntions sans cesse croissantes, M. de la Ferté « ne trouve rien d'étonnant\nque mademoiselle Saint-Huberti n'exige le même traitement de made-\nmoiselle Levasseur (c'est du français de gentilhomme), dont elle a fait\ntoute cette année le service ; ainsi, elle se croirait autorisée à demander\nde l'augmentation pour peu que Ton accorda (sic) quelque chose à ma-\ndemoiselle Levasseur. »\nMais, patience ! Quand mademoiselle Saint-Huberti sera arrivée à\nl'apogée de son talent et de son influence, c'est contre elle que M, de la\nla Ferté protestera à son tour.\nMadamoiselle Maillard, que POpéra avait enlevée au Théâtre des\nPetits-Comédiens du bois de Boulogne, se fait connaître par le rôle\nd'Antiope de Renaud. Les biographies « officielles » de la Saint-Hu-\nberti nous disent que, loin d'être jalouse des talents naissants, elle\ndonna des leçons à la débutante et lui fît jouer Ariane. Mais entrons\ndans les coulisses de cette générosité, et nous verrons plus tard,\nalors que mademoiselle Maillard menace de devenir une rivale redou-\ntable, mademoiselle Saint-Huberti lui faire enlever le rôle de Sangaride\ndans Atys, par une décision de ce comité qu'elle gouverne. Elle fa-\nvorisera, pour ces mêmes rôles enlevés à mademoiselle Maillard, made-\nmoiselle Buret, une médiocrité avérée et dont elle n'a aucune concur-\nrence à redouter ; elle invoquera contre la nouvelle venue l'opinion vraie\nou supposée de la Reine, si écoutée à T'Opéra du privilège, On verra\nmême mademoiselle Saint-Huberti intervenir pour faire enlever un rôle\nà une autre camarade moins connue, mademoiselle Castello, et se le faire\ndonner a* la reprise de Diane.\nPas plus que toutes ces reines ombrageuses de la mélodie, que toutes\nces sultanes envieuses et inquiètes de ce grand harem de la faveur pu-\nblique, la Saint-Huberti ne fut à l'abri de ces susceptibilités, de ces\npassions jalouses. Mais voyons-la en même temps dévouée en idolâtre à\nl'art, reconnaissante envers le maître qui Fa formée et ceux même qui\nl'accusent le plus, témoignent qu'elle sait, au besoin, dans l'intérêt d'un\nouvrage dont elle doit servir le succès , ajourner ou diviser le congé qui\nlui est dû.\nC'est à ce moment que se produisît dans la situation de la Saint-\nHuberti à l'Opéra un changement capital.\n(La suite prochainement*)\n\nPAUL FOUCHER."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.33", "texte": "LES FONDATEURS\nDE L'OPÉRA FRANÇAIS\n\nQuatrième et dernier ariicle (i).\nLECLAIR\nÉCLAIR (1697-1764) fut surtout renommé pour la mu-\nsique instrumentale. Ses œuvres pour le violon sont,\nen effet, des plus remarquables, bien que parfois trop\nfroides. Ce reproche ne saurait s'adresser à la belle\npage intitulée : Le tombeau, et que tout le monde\npeut connaître aujourd'hui, grâce à l'édition qu'en a\npuûliée M. A lard. Comme compositeur dramatique, Leclair eut la\nmauvaise chance de se trouver pris entre Rebel et Francœur, ces frères\nsiamois de la musique, et Rameau qui ouvrait à l'art des horizons\nnouveaux. De là., l'insignifiance relative des partitions de Leclair.\nREBEL et FRANCŒUR\nOn ne saurait pas plus séparer les noms de Rebel et Francœur, que\nceux d'Erckmann et Chatrian. Ces deux compositeurs offrent l'exemple\npresque unique d'une fidèle et heureuse collaboration musicale, exemple\nrenouvelé de notre temps, quoique d'une façon moins rigoureuse, par\n\n(1) Voir les numéros des ici juillet, i« août et i<* septembre."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.34", "texte": "Paroles de\nM. de la MOTHE\n(de l'Academie)\nCALLIRHOÉ\n(1712)\nACTE I. — SCÈNE 1re\n(HYMNE A LA NUIT)\nPRÉLUDE SYMPHONIQUE\ntranscrit par P. LACOME.\nMusique de\nDESTOUCHES.\n(17)"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.35", "texte": "(17)"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.36", "texte": "(17)"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.37", "texte": "(17)"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.38", "texte": "Poëme de\nBERNARD.\nCASTOR et POLLUX (*)\nCÉLÈBRE CHŒUR\n(3e. ACTE)\n(1737)\nTranscrit par P. LACOME.\nDES Musique de\nRAMEAU.\n(*) Le succès de Castor et Pollux fut tellement grand que le compositeur MOURET en perdit la\nses accès de folie il chantait continuellement ce Chœur fameux.\n(26)"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.39", "texte": "(26)"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.40", "texte": "(26)"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.41", "texte": "P. Bertrand grav:\n(26)\nImp: Arouy rue du Delta 26."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "241", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.42", "texte": "LES FONDATEURS DE L'OPÉRA FRANÇAIS\n11.\ni 6\n\nles frèies Ricci. Rebel était fils d'un des vingt-quatre violons de la\nchambre du loi, qui eut lui aussi sa période de célébrité; à l'âge de huit\nans, Rebel le père jouait aux opéras représentés devant le roi à Saint-\nGermain en -aye. Lully ayant un jour à une répétition remarqué un\ngros rouleau de papier de musique dans sa poche, se le fit apporter.\nC'était l'orchestre d'un acte dopéra. Le Florentin distribua incontinent\nles parties, et 1 oeuvre du bambin melomane fut exécutée à la satisfaction\ngénérale. .S étant ainsi fait remarquer, il arriva rapidement à remplir\ndes postes considérables, et composa plusieurs ballets.\nLe catalogue des œuvres de son fils est aussi celui des œuvres de\nFranc œur.\nPyrame et Thisbé (1726) semble leur chef-d'œuvre.\nCette fouie ae compositeurs plus ou moins habiles et plus ou moins\ncélèbies, est bornée, comme nous Pavons dit, par deux hommes de génie,\nLully d une part, Rameau d'une autre. Lully trouva et consacra la forme\nque varièient à 1 infini ses imitateurs, sans oser s'en écarter, sauf peut-\nêtre, comme je 1 ai dit à propos de Destouches, certains artistes dont le\nrôle ne me semble ni justement apprécié, ni clairement déterminé.\nRAMEAU\nRameau, de par Paudacedu génie, renversa brutalement l'édifice fleuri\ndu Florentin, et lui substitua un rude monument, aux formes grandio-\nses, un peu trop sévère peut-être, mais inaugurant à coup sûr un art\nnouveau.\nJean-Philippe Rameau, naquit à Dijon le 25 septembre 1683, d'après\nles autorités les plus certaines.\n11 mourut en et fut enterré à Saint-Eustache. Voici la liste de\nses ouvrages :\nHippolyte et Aricie, 1733. Rameau était l'ami et le protégé du finan-\ncier La Popelinière, dont le nom est étroitement uni à celui de l'homme\nde génie que ses efforts généreux mirent en lumière. C'est bien le cas\nde rappeler les vers tant cités de Boileau :\nSans le secours des vers, leurs noms tant publiés,\nSeraient depuis mille ans avec eux oubliés.\nIl est de fait que c'est à l'humble maître de musique qui donnait des\nleçons à sa femme, et dont il favorisa l'essor, que le financier La Pope-\nlinière doit de vivre encore dans le souvenir des hommes.\nLa Popelinière donc trouva un poème à Rameau, et ce poème, Sam-"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "242", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.43", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nson, était de Voltaire, ni plus ni moins. Malheureusement, et malgré\nces grandes recommandations, le directeur de l'Opéra, Thuret refusa\nobstinément de le jouer. La Popelinière ne perdit pas courage, et\ncette fois s'adressa à un vrai librettiste, l'abbé Pellegrin. Le pauvre\nabbé, qui se défiait d'un inconnu, ne voulut donner son œuvre que\nmoyennant un billet de cinquante pistoles. Mais quand il eut entendu\nla musique des premiers actes, il déchira sa reconnaissance déclarant\nqu'il était sûr de son affaire. Et il eut raison, malgré les orages qui\naccueillirent Hippolyte et Aricie.\nLes Indes galantes, 1735. Rameau avait appris la composition tout\nseul; aussi son éducation resta toujours incomplète, et sa manière\nd'écrire incorrecte. Ce fut l'objet d'attaques sans nombre de la part des\nmusiciens. Le compositeur Montéclair y était un des plus acharnés.\nCependant au sortir de la représentation des Indes galantes, il ne put\ns'empêcher d'aller féliciter Rameau, et lui témoigna le plaisir qu'il avait\néprouvé à certain passage que Rameau précisément estimait moins que\nles autres. « J'en suis d'autant plus aise, monsieur, répondit Rameau à\nses compliments, que l'endroit que vous louez est contre les règles; il y\na trois quintes de suite. » Montéclair qui lui avait souvent reproché\ndans ses critiques des négligences semblables, ne sut que répondre. Le\ncélèbre Jéliolte, la plus excellente haute-contre qui ait jamais chanté à\nl'Opéra, jouait dans cet ouvrage.\nCastor et Pollux, 1737. Voilà sans contredit le chef-d'œuvre de Ra-\nmeau; il renferme le seul morceau dramatique de ce grand compositeur\nqu'il ait été donné quelquefois d'entendre publiquement à Paris, grâce\nà M. Roger qui en a dit, trop rarement, et avec un art admirable, l'air\nsuperbe de Télaire : « Tristes apprêts, pâles flambeaux. » Le succès\nde cet opéra fut immense. Le compositeur Mouret en conçut une telle\njalousie, qu'il en perdit la tête. Castor et Pollux fut joué à Fontaine-\nbleau, en 1763, Tannée qui précéda celle de la mort de Rameau ; le succès\nn'en fut pas moins vif que vingt-cinq ans avant. Un des amis du compo-\nsiteur l'aperçut qui se promenait, le soir de la représentation, dans une\nsalle faiblement éclairée. Il courut à lui pour l'embrasser, mais Rameau\nprit la fuite, et ne consentit à s'arrêter qu'après que l'ami lui eut crié son\nnom. « Que voulez-vous, dit-il, je fuis les compliments d'une foule de\ngens qui m'embarrassent et à qui je ne sais pas répondre. » Puis il ajouta\nà propos de quelques fragments nouveaux qu'on avait voulu lui faire\najouter à son ouvrage : « Ah! mon ami, je n'ai plus le goût d'autrefois,\nje n'ai plus de génie du tout! »Il est vrai qu?il avait quatre-vingts ans à\nce moment-là»"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "243", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.44", "texte": "LES FONDATEURS DE L'OPÉRA FRANÇAIS\n5\n\nOn fit a propos de Castor et Pollux cette épigramme qui est restée :\nContre la moderne musique\nVoici ma dernière réplique ;\nSi le difficile est beau,\nC'est nn grand homme que Rameau.\nMais si le beau, par aventure,\nN'était que la simple nature,\nDont l'art doit être le tableau,\nC'est un pauvre homme que Rameau.\nUne seule chose me surprend, c'est que personne n'ait songé à passer\nune chemise neuve à cette petite pièce pour en faire hommage à\nWagner. Le monde est un orgue de Barbarie, qui joue périodiquement\nles mêmes airs.\nLes fêtes d'Hébé.\nDardanus, 173 g.\nRousseau, le fougueux adorateur de la muse italienne, écrivait à\nRacine fils, après Dardanus :\n« J ai appris le sort de 1 opéra de Rameau. Sa musique vocale m'étonne,\n«je voulus étant à Paris en entonner un morceau, mais, y ayant perdu\n« mon latin, il me vint dans l'idée de faire une ode lyri-comique. En\n« voici une strophe : »\nDistillateur d'accords baroques,\nDont tant d'idiots sont férus,\nChe% les Thraces et les Iroques\nPortei\" vos opéras bourrus.\nMalgré votre art hétérogène,\nLully, de la lyrique scène,\nEst toujours l'unique soutien.\nEt rt écor che pas davantage\nLes oreilles des gens de bien.\nOn peut dire hardiment qu'à tous les points de vue, Rousseau a perdu\nlà une belle occasion de se taire.\nLes Fêtes de Polymnie, 1745.\nCet opéra ne réussit point, et l'on accusa surtout de son insuccès le\nlivret qui était de Cahuzac, le collaborateur ordinaire de Rameau. Le\nlendemain de la piemièie leprésentation de cet le poète Roy\nétait à la messe aux Petits-Pères. Près de lui, un enfant de trois ans"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "244", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.45", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nsifflait entre les bras de sa bonne. Roy se retourne gravement et dit avec\nle plus grand sangfroid : « Dites à cet enfant de ne pas siffler : ce n'est\npas Cahuzac qui dit la messe. »\nLa Princesse de Navarre, 1745, pour le premier mariage du Dau-\nphin.\nLes Fêtes de VHymen et de VAmour, 1747, pour le deuxième ma-\nriage du Dauphin,\nZaïsy 1748.\nPygmalion, 1748.\nNaisy 1749.\nPlatée, 1749*\nCes ouvrages divers, dont la plupart ne sont que des ballets de circons-\ntance, eurent principalement un succès de polémique. Chaque fois que\nRameau donnait une œuvre nouvelle, la lutte recommençait de plus\nbelle entre les amis et les détracteurs. Mais, en attendant, le théâtre ne\ndésemplissait pas, et la notoriété du compositeur s'affirmait encore da-\nvantage.\nZoroastre, 1749. La musique de Zoroastre appartenait en grande\npartie à ce fameux Samson de Voltaire, que l'Opéra refusa de monter.\nComme les chœurs étaient la meilleure partie de cet ouvrage, on rappe-\nlait Y Opéra des Laitues... apparemment parce que le Cœur est ce qu'il y\na de meilleur dans la laitue. Je livre ce misérable calembour aux ama-\nteurs. Un Anglais ne put trouver aucune espèce de place au théâtre pour\nvoir Zoroastre, lorsque déjà cet opéra avait eu un certain nombre de re-\nprésentations. « Voilà bien les Français, dit-il! Je n'entends partout dire\nque le plus grand mal de cet ouvrage, et, en attendant, j'y suis allé\nquatre fois de suite sans pouvoir y trouver une place. » Cet Anglais\nn'avait-il pas quelque peu raison, mes frères?...\nLa célèbre Lyonnais jouait dans Zoroastre le rôle de la Haine : on lui\nfit, entre autres, le quatrain suivant :\nQuand sous la forme d'un démon,\nLyonnais parait sur la scène,\nChacun dit à son compagnon :\nJe sens que le Diable m'entraîne.\nZoroastre dépassa en magnificence tout ce que l'art de la mise en\nscène avait jusque-là créé de plus surprenant\nAcante et Céphise, 1751.\nA l'occasion de la naissance du duc de Bourgogne , cette œuvre était"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "245", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.46", "texte": "LES FONDATEURS DE L'OPÉRA FRANÇAIS\n\nchantée par Jélyotte et mademoiselle Fel. L'ouverture servait de prolo-\ngue, et Rameau avait voulu y imiter les clameurs enthousiastes de la\nmultitude.\nLa Guirlande, 1751, n'était qu'un acte ou entrée ajoutée aux Indes\ngalantes, sous le titre des : Fleurs enchantées.\nDaphnis et Eglé, 1753.\nLisis et Délie, 175 3.\nLes Sybarites, 1757.\nLa Maison d'Osiris, 1754. Ballet allégorique sur la naissance du duc\nde Berry, plus tard le dauphin, et Louis XVI enfin.\nJe me creuse la tête pour savoir ce que pouvait avoir de flatteur cette\nallégorie? Si je ne me trompe, Osiris naquit de lui-même, ce qui n'est ai-\nmable ni pour le père ni pour la mère, quoique, certainement, très\nglorieux pour le fils. A la place de Cahuzac, auteur de ce poème, je l'au-\nrais intitulé :La Naissance d?Horus. Horus était fils d'Osiris et à'lsis,\nc'est-à-dire du soleil et de la terre. Or, le soleil, c'était Louis XIV : la\nfiliation était claire, et cet état civil pouvait servir plus tard pour\nappuyer des droits héréditaires. Que diable a bien pu vouloir dire\nCahuzac ?\nRameau donna encore quelques ballets, quelques actes isolés, dont je\nne transcris pas l'inutile nomenclature. Son dernier ouvrage fut les Pala-\ndins,, opéra, 1760. L'illustre compositeur avait soixante-dix-sept ans. Il\nest probable que l'oeuvre se ressentait de son grand âge et de sa fatigue ;\nelle n'eut aucun succès.\nAprès quelques représentations qui confirmèrent l'insuccès, Rameau\nprétendit qu'on n'avait pas eu le temps de goûter son œuvre, et se servit\nde cette expression :« la poire n'est pas mûre. »\npas empêché de tomber, » repartit mademoiselle Cartou, célèbre par ses\nbons mots.\nQuatre ans après, Rameau s'éteignait, laissant deux ou trois opéras\ninédits en portefeuille.\nJe renvoie aux études biographiques complètes ceux de mes lecteurs\nqui voudront avoir une idée exacte des créations de Rameau dans la\nscience de l'harmonie. Il est, je le répète, le premier didactiden sérieux,\npar ordre de date, et malgré les faiblesses et les erreurs que le temps et\nles progrès de la science moderne constatent dans son œuvre, celle-ci\nn'en est pas moins une œuvre de génie.\nNous nous attachons plus spécialement ici à ce qui concerne Rameau\ncompositeur dramatique. Comme je l'ai dit, il rompit brusquement avec"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "246", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.47", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nla tradition de Lulli, et donna libre carrière à son génie personnel.\nIl innova, sans préoccupation du goût du jour. Le succès finit par cou-\nronner ses efforts ; il fît faire un pas immense à l'art dramatique et pré-\npara Gluck, bien qu'il n'y ait aucun rapport entre le génie de ces deux\nillustres musiciens, sauf le sentiment commun de la grandeur.\nNous arrêterons à cette personnalité célèbre, qui planta dans le do-\nmaine de l'art un jalon lumineux, notre énumération du nom et des\nœuvres qui constituèrent l'Ecole française à son aurore et jetèrent les\nbases de l'Opéra français. Comme je l'ai dit en débutant, la lecture de\nces œuvres m'a révélé d'étranges injustices. J'ai levé le voile d'obscurités\nimméritées, j'ai rencontré des talents de premier ordre, des œuvres d'ini-\ntiation et de génie, dont je ne trouve pas la trace reconnue ni l'influence\navouée dans l'histoire des progrès de l'art. Qui faut-il accuser de ces in-\njustices et de cet étouffement des germes féconds offerts par le génie et\nincompris des contemporains? Sans nul doute, l'éternelle nature hu-\nmaine, esclave des habitudes et condamnée à vivre du progrès, tout en\nse défiant de lui et repoussant ses conquêtes. Chaque époque, en chan-\ngeant les noms, nous offre le même spectacle. Et cependant il serait\ngrand temps de comprendre que les évolutions de l'art constituent sa\nvie élémentaire, que chaque forme donne un jour son produit suprême,\nson chef-d'œuvre impérissable, auquel vont succéder des germes nou-\nveaux appelés un jour aussi à donner leur fleur et leur fruit. C'est par\nces évolutions successives que l'Olympe de l'art se peuple d'œuvres di-\nvines et immortelles, identiques par le sentiment, diverses par la forme.\nNotre nature, trop bornée elle-même, repousse les symboles nou-\nveaux ; c'est le secret des grandes injustices que le temps ne suffit pas\ntoujours à réparer. Mais de même que le sang des martyrs féconde les\ncroyances naissantes, ainsi les œuvres inconnues et les dévouements\nignorés préparent leclosion des nouvelles formes de l'art. Les génies qui\nattachent leur nom à ces transformations ne sont souvent que les résul-\ntantes heureuses d'un nombre d'activités obscures ou méconnues en leur\ntemps.\nC'est ainsi que, pour le sujet qui nous occupe, nous ne devons pas, je\ncrois, chercher ailleurs que chez nous les ouvriers de la première\nheure, dont les trouvailles et les audaces préparèrent la forme moderne\nde l'Opéra français, et le drame lyrique qui, nous en sommes convaincu,\nest loin d'avoir dit son dernier mot.\n\nP. LACOME."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "247", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.48", "texte": "REVUE MUSICALE\n\nITALIENS. : Lucrepa Borgia. Don Giovanni. Norma. OPÉRA-COMIQUE : L'Ambas-\nsadrice. GAITÉ : Jeanne Darc. BOUFFES-PARISIENS : La Qnenouile de verre.\nTALIENS. Nous n'insisterons pas sur les représen-\ntations données dans le courant du mois de novembre\naux Italiens ; elles sont déjà loin de nous ; de plus,\nelles ne se composent que de reprises d'oeuvres quasi-\npopulaires et qui n'ont pour ainsi dire pas quitté\nle répertoire : Borgia, Don Giovanni et\nNorma„\nS!Mademoiselle Kraussl est!l'âme du Théâtre-Italien. Les ténors, les\nbasses et les barytons tournent autour d'elle comme les satellites autour\nd'une planète. Nous ne savons pas si l'harmonie des mondes serait\ntroublée par la suppression des satellites, mais celle du Théâtre-Italien,\nqui ne repose que sur mademoiselle Krauss, ne le serait point par la\nretraite des barytons, des ténors et des basses. On commence à trouver\nque toute l'habileté directoriale de M.-Strakosch se résume dans l'en-\ngagement de'cette grande cantatrice, et l'on conçoit des craintes sérieu-\nses sur l'avenir de son exploitation, après le départ prochain de celle dont\nle talent est le seul appât qui lui attire le public.\nLucre\\ia Borgiaa été interprétée par mademoiselle Krauss ,et\nMM. Brignoli ( c'est tout dire en un et Fio-\nrini, un duc d'Esté suffisant. Mademoiselle Lombia faisait le page Or-\nsini ; ne lui faisons point de peine.\nDon Giovanni a été interprété par mademoiselle Krauss,... mesdemoi-"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "248", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.49", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nselles Heilbronn et Belval. Le côté féminin est, à tout prendre, le meil-\nleur de l'exécution. M. Padilla dit sa sérénade avec un goût parfait,\nmais il manque de distinction. Zucchini joue Leporello. On prend Pa-\ndilla pour Leporello son valet, et Zucchini pour le domestique de Lepo-\nrello.\nLâ Norma a été interprétée par mademoiselleKrauss... et mademoiselle\nBiarini dans le rôle d'Adalgise. Mademoiselle Biarini débuta jadis à l'A-\nthénée dans les Masques : elle avait l'air de continuer ses débuts. M. De-\nbassini, le ténor qui nous a été présenté dans le personnage de Pollione, a\ndes qualités. Il n'a point rendu le rôle dans toutes ses parties, mais enfin\nil en a donné le sommaire.\nOPÉRA-COMIQUE. L'AMBASSADRICE. 10\nTrois mille ans ont passé sur le\nEt depuis trois mille ans Homère respecté,\nEst jeune encor de gloire et d'immortalité.\nNous n'en dirons pas autant de encore qu'elle n'ait\nguère atteint la quarantaine, ayant été pour la première fois représentée\nle 21 décembre i 836, l'année à'Actéonet des\nA son apparition sur la scène de l'Opéra -Comique, l'Ambassadrice\neut un bruyant succès. Outre la fraîcheur et la grâce qu'on trouvait alors\naux mélodies d'Auber, on voyait dans le livret de Scribe comme une\nallusion à la singulière fortune d'Henriette Sontag qui venait d'épouser\nle comte Rossi, et, de plus, l'héroïne de la pièce de l'Opéra-Comique\ns'appelait, elle aussi, Henriette. Le rapprochement était palpable\net plaisait aux bourgeois (En 1836, nous avions les Pour\ncomble de similitude entre l'Henriette de Scribe et celle du comte Rossi,\nla Sontag avait dû remonter sur les planches pour réparer les brèches\nfaites à la fortune de son mari. Les situations de Y Ambassadrice per-\ndaient en romanesque, mais elles gagnaient en actualité. Que fallait-il\nde plus ? On assiégea les portes de la salle Favart.\nL'oeuvre de Scribe et d'Auber vient d'être reprise pour madame Car-\nvalho dans le rôle d'Henriette, qui servit jadis à ses débuts à l'Opéra-\nComique. L'immense talent de la grande cantatrice refait une virginité\naux motifs de 1 Ambassadrice que l'outrage du temps a passablement\ndéflorés. Si Auber ne laissait pour tout bagage à la postérité que la\nmusique de l'Ambassadrice,il n'y aurait rien à reprendre à l'inique ju-\ngement que M. Jules Simon a porté, dans un discours fameux prononcé"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "249", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.50", "texte": "REVUE MUSICALE\n\nau Conservatoire, sur la fâcheuse facilité de notre maître national. A\nparler franc, Y Ambassadrice est émaillée de couplets et d'ariettes qui\nsemblent avoir été destinés plutôt au Vaudeville de la rue Chartres qu'à\nrOpéra-Comique. Cependant le filon d'or y dessine parfois son brillant\nsillon. L'ouverture est un morceau instrumental des plus fins. Au pre-\nmier acte, l'air bouffe : Que mon sort est beau, le quatuor, et la romance :\nLe ciel nous a placés dans les rangs, sont également bien traités. Et\ndans les actes suivants, le duo : Oui, c est moi qui viens ici, et Pair de\nCharlotte : Que ces murs coquets sont de la veine la plus pure. Telle\nest la part de l'or de Virgile : celle du clinquant du Tasse est malheureu-\nsement la plus forte.\nGAITÉ. JEANNE DARC. 8 novembre. En montant à la Gaîté la\nJeanneDarc de MM. Jules Barbier et Gounod, M. Offenbach a fait acte de\ndirecteur aventureux. C'est un coup de main qu'il tentait. En cas d'insuc-\ncès, le sentiment d'art et de patriotisme qui l'a guidé, eût été devant la criti-\nque une excuse suffisante de sa témérité. Il a fallu à M. Offenbach du\ncourage et presque du désintéressement. En effet, l'histoire de Jeanne\nDarc (c'est la seule orthographe de son nom reconnue par l'archéologie),\nest un sujet dont l'expérience a condamné la représentation dramatique.\nDe plus, le drame, mêlé de musique, n'est point acclimaté sur la scène\nfrançaise, et les diverses tentatives qu'on a faites jusqu'ici pour l'y intro-\nduire se sont constamment brisées contre les résistances du public.\nIl n'entre pas dans mon programme d'analyser la pièce que M. Jules\nBarbier a bâtie autour du personnage de Jeanne Darc. Je ne veux pas\ndiscuter la question de savoir jusqu'à quel point il a été vraisemblable\ndans la conception du caractère de son héroïne : chacun est maître de\nlui assigner une physionomie et un tempérament; sa légende se con-\ntredit : l'interprétation en est arbitraire. Ce qu'on sait d'elle, c'est qu'elle\nest partout le symbole vivant de l'amour de la patrie. Un jour le théâtre\nde Covent-Garden, de Londres, s'avisa de monter une parodie de la Jeanne\nDarc de Southey, dans laquelle Jeanne Darc disparaissait entraînée en\nenfer par une légion de démons. Les Anglais indignés d'un tel sacrilège,\nfaillirent massacrer le directeur, auquel ils imposèrent un dénouement\ndans lequel la vierge de Domrémy était enlevée au ciel par les anges.\nN'est-elle donc pas assez touchante ainsi, pour que MM. les poètes et\ndramaturges se croient le droit d'orner sa mémoire des grâces de leur\nesprit et des fantaisies de leur imagination? L'auréole populaire qui l'en-\ntoure est impénétrable. Les plus savants et les plus respectueux sont ceux"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "250", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.51", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nqui croient à elle comme au Dieu de la patrie, ceux pour lesquels elle est\nun drapeau et non une matière à dissertation. Aussi, en poésie comme en\nart, tous ceux qui ont voulu lire dans les yeux de cette grande figure\nn'ont fait que friper le voile qui la couvre, sans compter Chapelain et\nVoltaire qui l'ont littéralement souillé. Les poètes la chantent, et tous\néchouent, depuis le Mystère du siège d'Orléans en vingt-cinq mille vers,\njusqu'à la trilogie nationale de M. Soumet en dix-huit chants et cinq\nrécits où les hors-d'œuvre abondent. Les peintres, Ingres, Delaroche,\nDevéria, tentent de fixer ses traits ; ils essuyent les bordées de la critique,\npersonne n'y reconnaît la Jeanne Darc qu'il s'est faite à lui-même. En\ns'emparant de la Jeanne Darc dans ce qu'elle a d'héroïque et de viril, en\nla modelant armée et combattant, les sculpteurs se rapprochent au moins\nd'une réalité indiscutable, et réussissent généralement mieux ; il y a\ndans les statues de Rude, de Gois, et de Foyatier plus de poésie que dans\nles vers boursouflés des chantres de Jeanne Darc. Quand les drama-\nturges ont voulu la faire se mouvoir, parler, guerroyer et mourir, ils\nse sont égarés sur la piste d'un caractère fictif, et perdu dans leur propre\ndonnée. Schiller a écrit cinq actes d'épopée avec Jeanne Darc pour hé-\nroïne ; il est tombé dans le merveilleux : d'Avrigny, un auteur d'ordre\nsecondaire, est tombé, lui, dans le ridicule, un ridicule en cinq actes, à\nla Comédie-Française. M. Jules Barbier a été relativement plus heureux\nque son devancier : il a frappé cà et là des vers énergiques et sonores ; il\na eu des élans de passion brûlante, des mouvements d'émotion sincère ;\nn'importe, il n'a pu nouer une intrigue vivante, engager une action,\net s'il n'a pas laissé le spectateur indifférent, il n'a pu l'enchaîner à son\nsujet parles liens indissolubles de l'intérêt dramatique.\nL'incompatibilité de leur principal personnage avec la scène pas\nle seul écueîl auquel se sont heurtés volontairement MM. Jules Barbier\net Gounod, son collaborateur musical. Il fallait encore triompher des\nrépugnances manifestes et d'ailleurs justifiées du public français pour le\ndrame mêlé de musique, ou plutôt interrompu, disjoint, retardé par la\nmusique. Nous croyons qu'on peut, avec du talent, bien entendu, com-\nposer d'excellente musique d'après les situations attachantes d'un\ndrame, et qu'il sera toujours extrêmement difficile, sinon impossible, de\nfaire un bon drame, où des morceaux de musique, autres que des\nchœurs, aient leur place ménagée. Les Allemands prônent, je le sais,\ncette forme hybride et bâtarde de l'art théâtral qui plaît à leur nature\ncontemplative. Presque tous leurs maîtres, Mozart, Beethoven, Weber,\nMendelssohn, Schubert, Meyerbeer et Schumann, ont contribué puis-\nsamment à l'y populariser. Les Français n'y ont pu mordre : la coupe"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "251", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.52", "texte": "REVUE MUSICALE\n\nd'un drame n'est point celle d'un libretto ; ils donneront à leurs aureurs\nle choix des genres selon les aptitudes de chacun., et ne sanctionneront\njamais une confusion hostile au tempérament national. Ajoutons que,\npour un livret d'opéra, il ne s'établit aucune rivalité entre le librettiste\net le compositeur : l'un se sacrifie tout entier à l'autre, et le succès est à\nce prix :il n'en sera jamais de même pour le drame, où le dialogue et\nla musique ont leur rôle distinct, car, par un antagonisme d'amour-\npropre peut-être involontaire, mais profondément instinctif, l'auteur des\nparoles et celui de la musique se couperaient leurs effets comme les\nderniers des cabotins, pour parler le langage de ces messieurs.\nParmi les différents essais tentés en France pour y implanter le drame\nmoitié lyrique et moitié dialogué, comptons le Timoléon de Joseph Ché-\nnier et Méhul, joué en 1794, au théâtre de la République et des Arts;\nle Siège de Missolonghi d'Ozaneaux et Hérold, à l'Odéon, pendant la\nguerre de l'lndépendance hellénique, en 1828; et, plus près de nous, les\nDeux Reines de Legouvé et Gounod, aux Italiens : FArtésienne de\nMM. Daudet etßizet, au Vaudeville, et enfin les Erynnies, de MM. Le-\nconte de Lisle et Massenet, à l'Odéon. Ces jalons ont à peine effleuré no-\ntre sol, aucun n'a pu l'entamer. Il nous souvient d'avoir entendu le\nStruensée de Meyerbeer à la salle Ventadour, avec le tragédien Rossi,\nun prodigieux artiste; ni Meyerbeer ni Rossi ne firent recette, et n'en-\nthousiasmèrent la critique. Il est des lois de nature.\nLa musique de Jeanne Darc est du crû de M. Charles Gounod qui\nnous revient de Londres avec tous les brouillards de la Tamise au cer-\nveau. Aujourd'hui, sa muse est une miss efflanquée et chlorotique qui\ns'est donné le spleen à force de rêver. Sterne soutient que les idées cir-\nculent dans l'air à l'état d'atomes, et que l'homme les happe au passage\ncomme si elles se respiraient ; à en juger par l'exemple de M. Gounod,\nil paraît que les atomes de Sterne sont rares en Angleterre. On pourrait\ncroire qu'à défaut d'idées nouvelles M. Gounod a conservé quelque chose\nde l'ancien fond. Hélas! l'auteur de Jeanne Darc ne se rappelle plus\nrien de l'auteur de Faust. Serait-il vrai que Gallia ait été le premier\nterme de sa décadence? On disait, dans les réclames à l'américaine par\nlesquelles on a préparé sa rentrée en France, que l'homme qui a traité si\nmagistralement toute la partie religieuse de Faust saurait sans doute\nfaire un chef-d'œuvre mystique avec Jeanne Darc. On se reportait à\nun passé presque glorieux, on se souvenait qu'il avait ouvré jadis de fins\ntissus mélodiques, qu'il avait eu, en faculté maîtresse, l'art des préciosi-\ntés instrumentales, des combinaisons harmoniques, des oppositions de\ntimbres ingénieuses, des souvenirs archaïques toujours bien placés :"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "252", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.53", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nTout à coup, par un mouvement de recul inexplicable chez un homme\nqui n'a pas dépensé toutes les forces vives de son talent, voici M. Gounod\nqui bat en retraite et rétrograde jusqu'au point de départ de ses études.\nSon orchestre et son chant ne font plus qu'un immense unisson. Il\naffecte les tonalités grises et ne se donne plus la peine de moduler. La\nsanté du mélodiste s'est usée ; la sève de l'harmoniste s est tarie. Pour l'or-\ndinaire, un trémolo perpétuel d'instruments à cordes variant de mouve-\nment et de d'intensité, voilà sa grande ligne ; c'est le Paradis et la Péri\nds Schumann à la seconde puissance. Il y a dans l'introduction du pre-\nmier acte, une pastorale de deux hautbois qui se font écho de la scène\nà l'orchestre, avec un certain parfum champêtre. Le chœur des paysans\nqui ouvre le drame, est bien conçu et bien développé, et le fréquent rappel\nde sa phrase initiale en mineur: Nous fuyons la patrie, est plein de\ncaractère. La scène de l'extase dans laquelle Jeanne entend les voix des\nsaintes, n'était point commode à traiter : M. Gounod eût pu tirer de l'in-\ntervention de l'orgue un effet moins monotone. La ballade du page Loys_,\nau second acte, est triste, simplement triste. Quand au chœur « Dieu le\nveut! » je ne suis pas bien sûr que Dieu le veuille. Cependant il a été\nbissé aux acclamations d'une claque idolâtre, ce qui ne l'empêche point\nd'être lourd, vulgaire et mal apparenté de trompettes et de grosse caisse.\nLes couplets du défi chantés par la ribaude : ce Anglais, rentre%\nvos cornes » ont une singulière fierté d'allure. C'est, avec le divertisse-\nment et la Marche funèbre composée pour V enterrement d'une marion-\nnette, qui est un hors-d'œuvre amusant, ce que la partition renferme de\nvéritablement original et scénique. Au quatrième acte, on remarque un\nchœur dialogué de femmes, la marche du sacre qui n'a fait que côtoyer\nle grandiose, le chant des saintes pendant le sommeil de Jeanne, la\nmarche funèbre et le finale, morceaux d'inégale valeur.\nLa direction musicale de l'œuvre de Gounod est confiée à M. Albert\nVizentini, un chef d'orchestre expérimenté, au bras plein de vigueur et\nde précision. Grâce à lui, les musiciens et les choristes de la Gaîté se\nsont maintenus jusqu'au bout dans les termes les plus stricts de leur dé-\nlicate association. Mademoiselle Perret, une transfuge de l'Opéra-Co-\nmique qui joue le rôle du page Loys, chante faux avec dignité.\nDans tout ceci, les décorateurs et les costumiers sont les seuls qui\naient eu du génie.\nBOUFFES-PARISIENS. LA QUENOUILLE DE VERRE. Vendredi 7\nnovembre— La Quenouille de verre appartient à cette seconde ma-"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "253", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.54", "texte": "REVUE MUSICALE\n\nnière du répertoire des Bouffes, où le cœur et l'esprit parlent un argot\npolisson qui me semble mieux fait pour délecter des vieillards que des\njeunes gens et des hommes mûrs. Il y a ici une nuance, et je l'indique.\nJe ne suis point un Prudhomme, je ne m'effarouche qu'à bon escient, et\nj'ai horreur des faux pudibonds qui ont classé dans l'immoralité mille\nchoses qui sont dans la nature. C'est dire que je ne redoute, au théâtre,\nni une gaillardise de sang gaulois, ni même une scène scabreuse\nabordée carrément et enlevée d'assaut : l'auteur s'adresse à ma rate, et\nj'en ris. Je le prie seulement de ne pas toucher à ma moelle épinière où\nje ne ressens aucune faiblesse et pour laquelle je ne veux pas être médi-\ncamenté. Il y a évidemment dans la Quenouille de verre une série de\ntableaux graveleux et de plaisanteries au sel de Pennés, qui constitue\nune thérapeutique spéciale dont les gens en bonne santé n'ont que faire.\nLe livret de la Quenouille de verre est signé : Albert Millaud et\nHenri Moreno. Dans le journalisme, M. Albert Millaud a donné la\nmesure de son talent, une mesure à loger cent fois la Quenouille de\nverre! C'est aussi un poète ingénieux, riche parle nombre et par la\nrime, et applaudi déjà au théâtre. M. Moreno fait de la critique de-\npuis plusieurs années ; il est suffisamment au courant des exigences\nde la scène. Tout présageait une heureuse collaboration. Nous avons eu\nla Quenouille de verre.\nLes personnages de MM. Millaud et Moreno se meuvent dans un dé-\ncor fort coquet. Figurez-vous un joli château moyen âge tout fier de ses\nmurs crénelés et de ses sveltes tourelles. C'est là que le sire de la Tour\ndes Dames, connétable giboyant aux Sarrazins, et la gente châtelaine sa\nfemme habitent, en la noble compagnie de leur neveu le chevalier Myo-\nsotis, du baron Clos-Vougeot et du vidame Saint-Estèphe, capitaines de\nleurs gardes, de René de Montlucar; devenu le concierge de son propre\nmanoir que le connétable lui a gagné au jeu, et enfin de dame Artémise,\ndont la vertu a essuyé je ne sais quel échec avec les Visigoths dans un\ncas de force majeure (c'est l'histoire de mademoiselle Cunégonde et des\nBulgares). Mais il n'est si bonne société qui ne se quitte. A la fin du\npremier acte, le connétable déclare qu'il part combattre le bon combat\nen Palestine,, et confie sa femme à la garde du tendre Myosotis, en lui\nlaissant la fameuse quenouille de verre, un symbole de fidélité qui se\nbrisera si elle manque au devoir conjugal. Le connétable n'a pas plutôt\ntourné le que le chevalier Myosotis, le baron de Clos-Yougeot et le\nvidame de Saint-Estèphe entreprennent, chacun pour son compte, la\nconquête de l'épouse délaissée. Pendant ce temps, Monsieur court le\nguilledou dans le voisinage et perçoit sur ses terres ce droit aujourd'hui"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "254", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.55", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\néteint et qu'on appelle encore, en dépit des protestations de M. Veuillot,\nle droit du seigneur. C'est ainsi que Madame trouve entre les mains\nde la jeune Lucette une lettre où le seigneur et maître invite sans façon\nsa tenancière à un arrangement amiable. Quand le connétable arrive au\nrendez-vous, sa femme l'y a devancé : le connétable, croyant avoir\naffaire à Lucette, devient singulièrement pressant... On devine qu'à ce\nmoment la quenouille casse; mais le connétable peut-il décemment se\nfâcher de l'aven cure ?\nVoilà, dégagée de tous ses épisodes, l'intrigue de la Quenouille de\nverre. Il n'entrait sans doute pas dans le plan des auteurs de faire dé-\npense d'imagination. M. Grisart a écrit la musique de ce scénario banal.\nCe n'est point le coup d'essai de ce compositeur qui a déjà donné aux\nFolies-Bergère un acte intitulé Memnon? avec madame Judic pour inter-\nprète. Il manque à l'inspiration de M. Grisart cette spontanéité, ce je\ntout d'une pièce, où se reconnaît le don naturel de la mélodie. Sa phrase\na Phaleine courte et s'essouffle au bout de quelques mesures. Les idées\nvulgaires ne lui font point peur, et il met à les développer autant de\nsoin et de conscience que s'il s'agissait d'une trouvaille : à chaque instant\nl'impertinent flonflon du café-concert montre le bout de l'oreille dans\nson orchestre,, et les souvenirs de l'Alcazar et de l'Eldorado s'y précipitent\npar bouffées. Quand M. Grisart ne se laisse point glisser sur cette pente\nfatale, il lui arrive d'être distingué dans la facture, élégant dans l'instru-\nmentation ; il pastiche avec assez de bonheur les procédés piquants de Léo\nDelibes. On est surpris de le retrouver tout à coup musicien adroit et\nexpérimenté. Dans les morceaux de la partition qui se rapprochent de\nl'opéra comique, il se montre vraiment soucieux de son art. Mais sur le\nterrain de 1 opérette pure, il ne rencontre jamais ce rhythmeà vive arête\nqui jaillit parfois des couplets et des finales de Lecocq et d'Offenbach.\nL'ouverture renferme à son début un andante qui n'est pas sans grâce\net qui reparaît sous forme de romance au troisième acte, soutenu par\nunt pédale de cor qui lui donne une bonne couleur; il est fâcheux que\ncette pédale rappelle aussi servilement celle de Pair des Djinns dans le\nPremier Jour de bonheur. Le premier acte commence par un chœur\nde gardes voce dont la formule est bien rebattue. La sérénade qui\nla suit est bien accompagnée par les discrets des violons* Les\ncouplets ; « Mon mari ne mrentend pas » et ceux de la Quenouille\nde Pénélope ont été bissés, en dépit de leur banalité, grâce à madame\nj udic* Au second acte on a fait fête à la chanson à boire dite par madame\nPeschard. Le refrain : « Ce sont deux amoureux qui passent, » accom-\npagné à Punisson par le cor est d'un bon sentiment mélodique. Il y a"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "255", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.56", "texte": "REVUE MUSICALE\n\nde sérieuses qualités de métier dans le duo, d'ailleurs monotone, entre le\nconnétable et Myosotis. Les couplets sur l'art de filer la quenouille, et\ntoute la scène finale du second acte sont semés de sous-entendus scanda-\nleux, piteusement rendus par le musicien. Hormis la romance que\nnous avons signalée et les couplets moitié dits moitié chantés de la Let-\ntre, le troisième acte est bien vide.\nLa direction des Bouffes a monté la pièce avec luxe. Elle a mis au\nservice des auteurs le dessus du panier de sa troupe. On a beaucoup\nadmiré madame Peschardsous le costume pittoresque du chevalier Myo-\nsotis : elle a été fort appréciée comme virtuose, ce qui paraît être sa\nvéritable préoccupation. Adèle Cuinet a marqué de la bonne humeur\ndans le rôle de dame Artémise. Homerville, Edouard-Georges et Ham-\nburger tirent tout ce qu'ils peuvent de leur sac à malices pour ré-\nchauffer un dialogue fatigant. Quant à madame Judic, c'est l'effronterie\npoussée jusqu'au sublime. L'actrice y déploie tant d'art que le public\naurait peur d'offenser la femme s'il témoignait qu'il a compris.\n\nARTHUR HEULHARD."}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "256", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.57", "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nCORRESPONDANCE\n\nCher monsieur et ami\nE sais qu'en fondant votre élégante et brillante Chronique\nmusicale vous avez entendu, tout en rappelant les gloires\ndu passé, ne la désintéresser en rien des questions musi-\ncales si multiples qui se produisent de nos jours non-seu-\nlement à Paris, mais aussi en province; j'ai pensé qu'il\nserait bon, nécessaire même de faire connaître à la plu-\npart des lecteurs de la Chronique musicale qui l'igno-\nrent, la situation exacte avec preuves à l'appui, de l'art musical en pro-\nvince, depuis que la liberté des théâtres a été décrétée, depuis que les cafés-\nconcerts sont devenus de véritables succursales des théâtres d'opérette,\net surtout depuis la réglementation actuelle des droits d'auteurs pour le\nthéâtre et pour les concerts. Toutes ces choses sont appréciées, jugées déjà,\nau point de vue parisien, mais beaucoup trop ignorées par les intéressés\nmême, en ce qui regarde la province. C'est donc du théâtre et des concerts\nén province, de leur situation actuelle, que je voudrais entretenir vos lecteurs,\nsi la Chronique musicale voulait bien accorder l'hospitalité à mes réflexions\nprovinciales.\nParis est le centre producteur, et il est tout naturel qu'on ait traité d'abord\nla question musicale et lyrique au point de vue parisien.\nMais puisque Paris est la lumière, et puisqu'on se plaint que son éclat di-\nminue de jour en jour, ne serait-il donc pas grand temps de voir un peu com-\nment s'en établit le rayonnement en province? N'est-il pas utile, par exemple,\nque les compositeurs, touchant à Paris leurs droits d'auteurs, pour leurs piè-\nces jouées en province, sachent enfin exactement où les mènera, avant peu,\nla réglementation actuelle de ces droits et la façon dont ils sont perçus en\nprovince?\nNe serait-il pas alors intéressant de rechercher pour quels motifs nombre\nde directeurs de province hésitent souvent aujourd'hui à monter certains\nouvrages nouveaux, de savoir d'où viennent leurs hésitations qui nuisent aux\nauteurs en empêchant la propagation de leurs œuvres, et de prouver, pièces\nen mains, que nombre d'œuvres musicales applaudies à Paris, sont restées"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "257", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.58", "texte": "lettres mortes pour beaucoup de villes de province, même très impor-\ntantes, jusqu'au jour où elles se sont produites sur leur théâtre ou à l'un de\nleurs concerts?\nEh bien! ces représentations lyriques, ces concerts, jadis si recherchés, si\nsuivis, jettent aujourd'hui leur dernier feu et ne tarderont pas à disparaître\ntout à fait, si l'on n'y porte au plus vite un remède énergique et radical.\nJe n'ai pas la prétention, cher monsieur, d'avoir découvert ce topique sou-\nverain ; mais en mettant le mal à nu, en le fouillant jusqu'à sa racine, de\nfaçon à ce que le public et les compositeurs en voient la profondeur et le dan-\nger, ne serait-ce pas faire déjà œuvre méritoire?\nJ'attends votre réponse pour me mettre en campagne.\nAgréez, etc.\nM. Délia Rocca a longtemps tenu le feuilleton musical de Y International\n(Paris-Londres). La matière sur laquelle il attire l'attention des lecteurs de\nla Chronique musicale lui est familière. Elle ne saurait être mieux traitée que\npar lui. Nos colonnes lui sont ouvertes.\n\nE. Della Rocca\n\nFAITS DIVERS\nOICI le flot des concerts qui monte. Le Concert national du Châtelet,\nsous la direction de M. Colonne, donne une puissante réplique au\n!Concert populaire de M. Pasdeloup. La création d'une nouvelle salle\nde concert est décidée en principe sur l'emplacement du magasin\ndes Villes de France.\nM. Danbé, qu'un sort injuste avait exilé du Grand-Hôtel, a trouvé un asile\nchez M. Herz, et va reprendre ses intéressantes séances. A ces Concerts pu-\nblics ou populaires va se joindre le contingent des Concerts particuliers, des\nSociétés d'amateurs, des quartettistes, etc. Une école de symphonistes fran-\nçais surgit et s'affirme avec MM. Guiraud, Massenet, Lenepveu et autres\ncompositeurs qui ont déjà donné plus que des espérances. Il convient que la\nChronique musicale encourage vigoureusement ce mouvement en avant tenté\nvers la grande musique d'orchestre, où se sont révélés, dans ces dernières\nannées, des talents encore neufs, mais pleins de sève et d'ingéniosité. Ces œu-\nvres nouvelles, que chaque hiver voit éclore et augmenter, méritent mieux\nqu'un compte-rendu sommaire souvent dicté par la sympathie plus ou moins\nprononcée qu'exerce autour d'elle la personne de l'auteur. La Chronique\nmusicale en fera l'examen impartial, approfondi, également éloigné des sévé-\nrités rebutantes et des encouragements banaux. Cette partie indispensable\nsera confiée, en raison de la multiplicité des Concerts donnés le même jour\nsur des points différents, à plusieurs de nos collaborateurs, et figurera dans\nle prochain numéro de la Chronique musicale, sous la rubrique : Revue des\nConcerts.\n\n11.\nVARIA\n17"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "258", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.59", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nNous publions un long extrait d'une brochure publiée par M. Bour-\ngault-Ducoudray, fondateur de la Société qui porte si justement son nom.\nM. Ducoudray rappelle les glorieux états de services de la Société qu'il\ndirige, et fait aux amateurs un appel qui sera certainement entendu.\n« Lorsque la Société Bourgault-Ducoudray a été fondée en 1866, elle s'est\nproposé pour but de faire connaître au public les chefs-d'œuvre de la musique\nchorale.\n« Si, malgré un travail non interrompu et des efforts persévérants, elle n'a\npu accomplir encore qu'une bien petite partie de sa tâche, c'est que cette\ntâche présente de graves difficultés. Pour la remplir entièrement, il eût fallu\naplanir des obstacles qu'il n'a pas dépendu d'elle de vaincre.\n« C'est ainsi que l'absence d'une salle d'oratorios, munie d'un grand orgue ,\nrend impossible à Paris l'exécution d'une foule de chefs-d'œuvre, dans les\nconditions où l'auteur les a conçus.\n» Un obstacle non moins sérieux, mais qui tend heureusement de jour en\njour à disparaître, c'est le trop peu d'importance donnée jusqu'ici à la partie\nélémentaire de l'instruction musicale et qui en est la base, au solfège.\n« C'est seulement le jour où la connaissance du solfège sera vraiment ré-\npandue en France, que le développement des sociétés chorales capables d'exé-\ncuter de grands ouvrages y prendra un rapide essor. Alors nous ne vivrons\nplus comme aujourd'hui, dans l'ignorance des principaux monuments de\nl'art, et dans un état d'infériorité humiliante relativement à d'autres na-\ntions.\n« Limitée dans ses moyens d'action, la Société n'a pu que faire entrevoir\nau public quel immense intérêt il aurait à connaître un genre de musique\nqui réclame des masses chorales puissantes pour se révéler dans toute sa\ngrandeur.\na Outre l'incomparable jouissance artistique que procure la grande musi-\nque chorale interprétée par des chanteurs nombreux et bien disciplinés, il\nn'est pas d'exercice plus utile au développement des facultés musicales que la\npratique du chant d'ensemble.\n« C'est grâce à cette pratique que l'élève doit acquérir au plus haut degré\nle sentiment de la justesse, du rhythme et de la mesure dans l'expression.\nElle seule lui permet de se former un goût sûr, par l'étude comparative d'oeu-\nvres appartenant à toutes les écoles et à toutes les époques de l'art.\n« Comptant sur le progrès évident de notre goût musical, la Société espère\nque d'autres amateurs viendront grossir le noyau qu'elle a déjà formé; elle\nles invite à prendre part à l'exécution des ouvrages qu'elle va metre à l'étude\npendant la saison (Novembre 1873 Mai 1874) et dont les principaux sont:\nLa Bataille de Marignan, chant français, de CLEMENT JANNÈQUIN ( 1480); la\nCantate de J. S. BACH, C'est Dieu seul qui gouverne ;et le Messie, de HAENDEL. »\nTravaux de la Société depuis sa fondation.\n23 MARS 1869, —■ Exécution, avec orchestre, de la Passion (1), de Haendel,\nà la Salle Herz.\n\n(1) C'est la première fois qu'on exécutait à Paris cet ouvrage, dont il n?a encore été\npublié jusqu'ici aucune traduction française."}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "259", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.60", "texte": "VARIA\n\n12 DÉCEMBRE 1869. 1™ matinée donnée à la Salle Herz. (Exécution\nd œuvres d'Arcadelt, Roland de Lassus, Palestrina, Vittoria, Allegri, Aichin-\nger, Lotti, Gluck, Mendelssohn.)\n23 JANVIER 1870. 2™« matinée, donnée à la Salle Herz. (Exécution\nd'œuvres de Roland de Lassus, Paiestrina, Vittoria, Vulpius, Roland de\nGibbons. )\n3I MARS 1870. exécution, avec orchestre, de La Fête d'Alexandre(2)\nde Haendel, à la Salle Herz.\n9 AVRIL 1870. 2™ exécution, avec orchestre, de La Fêle d'Alexandre.\nà la Salle Herz.\nLe succès éclatant obtenu par ces deux exécutions a été pour la Société un vil-\nencouragement; il a prouvé que, pour qu'on appréciât en France à leur juste valeur\nles chets-d'œuvre de la musique chorale, il suffirait que ces chefs-d'œuvre y fussent\nconnus.\n22 AVRTL 1870. 3me matinée donnée àla Salle Herz. (Exécution d'œu-\nvres de Josquin Desprès, Palestrina, Lotti, Scarlatti, Rameau, Séb. Bach,\nHaendel.)\n18 NOVEMBRE 1870. Concert donné au profit des ambulances de la\nPresse, pendant le siège de Paris, à la Salle Herz.\n27 DÉCEMBRE 1871. Soirée musicale donnée dans les salons de M. Oscar\nComettant. (Exécution d'œuvres de Roland de Lassus, Palestrina, Vittoria,\nAichinger, Roland de Gibbons, Séb. Bach, Haendel.)\n16 FÉVRIER 1872. I«* concert donné au profit de la Souscription Natio-\nnale pour la Libération du Territoire, dans la Salle Pleyel. (Exécution d'œu-\nvres d'Arcadelt, Roland de Lassus, Vulpius, Rameau, Mendelssohn, Berlioz.\nSaint-Saens.)\nICR MAI 1872. 2RAE concert donné au profit de la Souscription Nationale,\ndonné à la Salle Herz, ire exécution, avec orchestre, d'Acis et Galatée, de\nHaendel, avec le concours de la Société chorale le Louvre.\n28 JANVIER 1873. —3™ exécution, avec orchestre, de La Fête d'Alexandre,\nde Haendel, à la Salle Herz, avec le concours de la Société chorale le Louvre.\n16 MARS 1873. —FE exécution, avec orchestre, de La Fête d'Alexandre,\nde Haendel, donnée au théâtre de l'Odéon, avec le concours de la Société\nchorale le Louvre.\n6 AVRIL 1873. 2ME exécution, avec orchestre, d'Acis et Galatée, de Haen-\ndel, à la Salle Herz, avec le concours de la Société chorale le Louvre.\n22 et 3I MAI 1878. Exécution de morceaux religieux anciens et mo-\ndernes, pendant la cérémonie du mois de Marie, à Saint-Louis-d'Antin.\nLe ministèie de 1 Instruction publique et des Beaux-Arts a honoré la So-\nciété d une sub\\ention de 000 francs en 1872 et de 500 francs en 1873,\ncomme encouragement à ses travaux.\nLe prix Trémont a été décerné, à la dernière séance de l'lnstitut, à\nM. Charles Constantin, l'auteur de l'acte intitulé : Dans la Forêt, repré-\n\n(2) C est la première fois que cet ouvrage était exécuté à Paris, avec la traduction\nde \\ . Wilder, qui a été publiée depuis avec la partition piano et chant, par souscrip-\ntion, chez Gautier, éditeur, rue Meslay, 28."}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "260", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.61", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nsenté à l'Athénée, et le prix fondé par M. Chartier, à M. Edmond Membrée,\nA cette même séance, l'Académie a donné au concours, parmi les sujets\nproposés pour 1875, l'Histoire de l'instrumentation et de ses variations depuis\nle seizième siècle jusqu'à nos jours,\nLa séance a été ouverte par l'exécution d'une ouverture intitulée le Juge-\ngement de Dieu, envoyée de Rome par M. Lefebvre, élève de deuxième an-\nnée. Elle a été close par la cantate paroles de notre excellent colla-\nborateur M. de Lauzières, musique de M. Paul Puget, prix de Rome de\n1873, et dont les interprètes étaient mademoiselle Devriès et MM. Bosquin\net Bouhy.\nL'opéra comique de Flotow, dont on avait annoncé la représentation à\nrOpéra-Comique de Vienne, sous le titre de Fleur de Haarlem.\nD'autre part, l'éditeur Ricordi, de Milan, vient d'acquérir de M. de Flotow\nla propriété de deux nouvelles partitions; l'une a pour titre : Zora l'lncanta-\ntrice, en quatre actes, poème de M. de Saint-Georges, traduction italienne de\nM. Ghislanzoni; l'autre n'a pas encore de titre; M. Ghislanzoni en est le\nlibrettiste.\nVendredi dernier a eu lieu à la Salle Pleyel l'audition des deux qua-\ntuors [couronnés dans le Concours ouvert, cette année, par la Société des\nCompositeurs de musique.\nVoici le programme de cette séance :\n10 Premier quatuor (en si bémol), par A, DÉLOFFRE.\nexécuté par MM. Maurin, Golbin, Mas et CheviJlard ;\nj Sicilienne de PERGOLÈSE.\n20 c Ariette, de Momus, dans la Querelle entre Phœbus\n( et Pan. SEBASTIEN BACH.\nChantées par madame Barthe Banderali ;\n3° Quatuor (en re majeur), par LUIGINI FILS.\nExécuté par MM. Taudou, Desjardins, Lefort et Rabaud.\nNous avons retrouvé le compte-rendu de l'incendie de 1788 à l'Hôtel\ndes Menus, dans l'humoristique Tableau de Paris, de Mercier :\n« L'Hôtel dit vulgairement des Menus Plaisirs du Roi est le dépôt de toutes\nles machines, décorations et habillements qui servent aux fêtes. C'est l'image\ndu cahos. On y entasse les débris des catafalques avec ceux d'une salle de\nbal\n« Le feu vient de prendre à ce magasin ; mais quand il arrive un incendie\ndans un magasin royal, le public ne s'y intéresse pas vivement. Il appelle cet\naccident un compte rendu écrit avec du charbon ; puis il ajoute : Il y aura tou-\njours de Vargent pour réparer cela.\n« Les pères capucins ont accouru à cet incendie avec leur zèle accoutumé,\net, pour sauver les richesses théâtrales des trois spectacles, on a vu l'un s'af-\nfubler d'un casque, porter un cimeterre sous son bras et tenir à la main\nla baguette de Médée ; l'autre avait entassé sur ses épaules les jupons de\nsatin des actrices et le caducée de Mercure, ce qui contrastait avec sa barbe\net son capuchon."}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "261", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.62", "texte": "VARIA\n\n« Celui-ci, les mains armées des rayons du char du soleil, croyait sauver de\ngros diamants et s'était enveloppé du vêtement d'un druide. Ces mains sacrées\nqui touchaient pour la première fois à tant d'objets profanes, prouvaient cet\nadage que nécessité n'a point de loi; mais au milieu de l'embrasement, il a\nfallu rire malgré soi en voyant des capucins se charger des immodestes débris\ndes décorations théâtrales, embrasser, en fuyant, des bustes voluptueux et\nprêter du secours à tous les dieux et déesses du paganisme (i). »\nA propos de l'Opéra, M. Albert de Lassalle raconte dans le Charivari\nl'anecdote que voici :\n« C'était le 14 janvier 1858, à huit heures du soir, au moment où les bom-\nbes Orsini pleuvaient dans la rue Le Peletier.\n« Deux individus, X. et Z., jouaient paisiblement au billard dans un café\nvoisin.\n« Z., qui jusque-là avait été très maladroit, fait enfin son premier caram-\nbolage, mais juste à la minute de la première détonation :\n« louché !... quelle chance! » s'écrie-t-il dans son délire de joueur\nheureux.\n« Suivez-moi ! » lui dit un agent de police en le prenant brutalement à\nla gorge.\n\nNOUVELLES\n\nARIS. Opéra. Pour les dernières nouvelles que nous tenons de\nbonne source sur la question de l'Opéra, sur les questions devrions-\nnous dire, car il y en a bien deux, tout à fait distinctes. Il s'agit d'a-\nbord de savoir si nous aurons un Opéra provisoire, ensuite si l'édifice\nnéronien du boulevard des Capucines sera terminé et quand.\nSur la première question, il paraît que l'accord est fait entre M. Strakosch\net l'administration. L'Opéra français donnera ses représentations à la salle\nVentadour alternativement avec l'Opéra italien. Les représentations com-\nmenceront dès que le versement préalable de la somme convenue aura été\neffectué. On ne jouera bien entendu que les pièces auxquelles les décors exis-\ntant à l'Opéra italien pourront suffire. Les répétitions auront lieu dans un\nautre local.\nQuant à l'achèvement du nouvel Opéra, on sait que l'architecte demande\nun an au moins, et sept millions d'argent comptant. Pour faire face à cette\ndépense qui dépasse de beaucoup les prévisions du budget, une compagnie\nfinancière offrirait les fonds aux conditions suivantes : i° Remboursement\nintégral du capital et des intérêts en sept annuités; 20 concession du privi-\nlège de l'Opéra et de l'exploitation du nouvel édifice pendant quinze ans.\n\n(1) MERCIER. Tableau de Paris. Edition de 1788. Chapitre DCCLXXVII (tome\nX. p. 56)."}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "262", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.63", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nNous apprenons avec plaisir que ces conditions répugnent au ministre,\nnon-seulement à cause du taux archi-usuraire du prêt, mais aussi et surtout\nau point de vue de 1 art qui pourrait se trouver sacrifié entre les mains d'une\ncompagnie exerçant un véritable monopole, et échappant, en vertu de son\ncontrat, à la direction et à la surveillance de l'administration supérieure.\nVoilà encore un exemple des funestes effets qu'entraîne toujours l'inter-\nvention de l'État dans les affaires théâtrales.\nD'après le Figaro, M. Dupressoiroffre au gouvernement :\ni° De faire les sacrifices nécessaires pour faire jouer l'opéra à Paris, jusqu'à\nl'ouverture du nouveau théâtre ;\n2° Achever le nouvel Opéra ;\n3° Administrer le théâtre pendant quinze ans, conjointement avec le di-\nrecteur agréé par le gouvernement, sans aucune subvention de l'État !\nEn échange de ces offres très brillantes, M. Dupressoir demande la con-\ncession de trois casinos semblables à celui de Bade, à Aix, Biarritz, Trou-\nville, ou autres stations balnéaires.\nItaliens. *— Mademoiselle de Belloca, dont les représentations avaient été\ninterrompues par suite d'une indisposition assez grave, a reparu dans le Bar-\nbier. Elle y a retrouvé les succès de son début, et s'est fait chaudement ap-\nplaudir dans la Leçon de Chant où elle a intercalé la jolie romance de madame\nde Rothschild : Si vous n' ave% rien àme dire.\nLa reprise de la Perle du Brésil est-elle décidée, comme on l'annonce\nde divers côtés ? Renseignements pris, il faut encore douter.\nOpéra-Comique. L'Opéra-Comique reprendra, cet hiver, Jeannot et\nColin, de Nicolo.\nEn même temps que le Florentin, -l'Opéra-Gomique répète l'ouvrage en\nun acte d'Ernest Reyer, Maître Wolfram, donné jadis avec succès au Théâ-\ntre-Lyrique, et Marcelin-, opéra-comique nouveau de MM. Prevel et Duprato,\négalement en un acte.\nOn prépare aussi une reprise de Mignon, avec mademoiselle Chapuy, dans\nle rôle principal et mademoiselle Reine dans celui de Frédéric.\nMadame Galli-Marié vient d'être réengagée pour l'opéra de MM. Meilhac\net Halévy, dont la musique sera de M. Georges Bizet. Cet ouvrage a pour\ntitre Carmen.\nRenaissance. —■ Tous les soirs, la Jolie parfumeuse, dont la première re-\nprésentation a eu lieu le samedi 29 septembre.\nCasino. L'orchestre de dames spécialement engagé par la direction pour\nles concerts de la saison d'hiver, a été présenté à la presse et recommandé à\nson appréciation dans une séance spéciale donnée samedi 29, à 2 heures."}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "263", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.64", "texte": "VARIA\n\nC'est un spectacle curieux, absolument nouveau pour les Parisiens, et suf-\nfisamment artistique pour que la Chronique musicale lui consacre une étude,\nqui n'a pu être faite sur une seule audition.\nM. Gaston Escudier a donné dans Y Art Musical d'intéressants détails sur\ncette société féminine, à laquelle il a fallu adjoindre (disons-le à l'honneur du\nsexe fort) quelques jeunes gens chargés des parties des gros instruments :\nLa directrice est madame Amann Weinlich. Son poignet est solide, son\ncoup d'oeil sûr. Elle exerce une sorte d'influence sur son entourage. Mal-\nheur à celle qui ferait une faute! elle serait à l'instant foudroyée. Sa taille\nest grande, sa figure expressive; c'est la reine des Damen orchester, et c'est\nune reine imposante.\nLes toilettes sont brillantes, fraîches,, mais les couleurs n'en sont pas\ncriardes : uniformément blanches, jaunes et noires, les robes présentent un\nensemble fort harmonieux à l'œil. Rien ne choque.\nQuant à la nationalité de chacune des exécutantes, il faudrait posséder un\nétat de naissance complet, comme dans une mairie, pour la donner. Les\nunes sont Américaines, les autres Russes, quelques-unes Hongroises, celles-\nci Bohémiennes ; une seule est Française, C'est, dit-on, celle qui tient la\ngrosse caisse... Le violon solo est joué par une Berlinoise fort jolie, fort\navenante, et très distinguée.\nDepuis sa formation, l'orchestre de femmes a recueilli toutes les sympathies\net tous les succès : en Russie, les Moscovites les ont fêtées à l'envi, En Amé-\nrique, la salle des concerts n'était jamais assez spacieuse. En Autriche, elles\nont fait les délices de l'Exposition de Vienne.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "[264]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731201-01.1.65", "texte": "NOUVELLES DE NOTRE NUMÉRO EXCEPTIONNEL\nî ans. Imprimerie Alcan-Lévy, rue de Lafayette, 6x.\nPropriétaire-Gérant : OdcRfTHUcl{ HEULHQ/1c 1\\cD.\n\nA.H.\nA vente de notre numéro du i 5 novembre, au profit du personnel\nde l'Opéra, a été activement poussée par MM. les Libraires et édi-\nteurs de musique, dépositaires de la Chronique Musicale.\nNos confrères de la presse, de la grande presse surtout, ont\npresque tous recommandé dans leurs feuilletons et dans leurs courriers de\nthéâtre, lâchât de notre numéro sur l'Opéra, à titre de bonne œuvre, Grâce\nà leur pressant appel au public, nous avons dû en faire une seconde édition.\nmise en vente aux mêmes conditions et dans le même but que la première.\nNous remercions de leur généreux concours MM. G, Escudier fArt mu-\nsical), Ch. de la Rounat (XIXe Siècle), Adolphe Dupeuty (Événement), F. Os-\nwald (Gaulois), Gustave Lafargue (Figaro), Adolphe Jullien (Français), Jules\nGuillemot (Journal de Paris), Jennius (Liberté), Paul Foucher (Opinion na-\ntionale), Émile Mendel (Paris-Journal), de Thémines (Patrie), Charles Deu-\nlin (Pays), Émile Marsy (Rappel), Raoul Graphe (Soir), ainsi que MM. les\nrédacteurs de l'Écho des Orphéons, de la Gazette des Étrangers, de /'lndé-\npendance belge, du Messager de Paris, du Monde illustré, de la République\nfrançaise et du Soleil. Que ceux que nous oublions nous pardonnent :en ne les\ncitant pasy nous ne péchons que par ignorance.\nLa vente de notre numéro exceptionnel sur l'Opéra se poursuit dans plus de\ncent dépôts : La somme que nous avons déjà recueillie dans nos bureaux nous\npromet un bon résultat. Nous dirons dans notre prochain numéro le montant de\nnotre recette que nous tiendrons immédiatement àla disposition des intéressés\nsans déduction d'aucuns frais."}]}