{"numero_id": "bm-bmtnabc-1873-12-15-01", "volume": "bmtnabc_1873-12-15_01", "ocr_sha256": "183bd5c81e57c1d024030646c87422c1ffec385c34059c983a50e65450d9cbaf", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabc/issues/1873/12/15_01/bmtnabc_1873-12-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabc/issues/1873/12/15_01/bmtnabc_1873-12-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabc-1873-12-15-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-12-15_01#c001", "volume": "bmtnabc_1873-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "[265]", "page_fin": "274", "image_debut": 1, "image_fin": 10, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.2.1", "titre_corps": "LA MUSIQUE A LA COMÉDIE – FRANÇAISE", "titre_sommaire": "LA MUSIQUE A LA COMÉDIE – FRANÇAISE", "signature_source": "JULES BONNASSIES", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[265]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.1", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 887, "texte": "LA MUSIQUE\nA LA COMÉDIE - FRANÇAISE\n\nous venons d'achever sur l'organisation de la Co-\nmédie-Française depuis son origine jusqu'à no\njours, un travail considérable pour lequel ont été\nmis à contribution tous les documents manuscrits\nou imprimés qui traitent de l'illustre théâtre, et\nnotamment ceux que contiennent la Bibliothèque,\nles Archives Nationales et les Archives de la Co-\nmédie. Ce travail va paraître bientôt en diverses parties. Le directeur de\nla Chronique Musicale a bien voulu accueillir celle relative au rôle\nqu'a joué la musique à la Comédie-Française; nous l'en remercions.\nNous croyons devoir, avec plusieurs écrivains, faire dater ce théâtre\nnon de 1680, mais de 1658, année où Molière vint s'installer définitive-\nment à Paris.\nFondée lorsque l'Académie Royale de Musique ne Tétait pas encore,\nla Comédie eut à son service des auteurs qui, comme Molière, écrivirent"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "266", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.2", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2679, "texte": "à son intention des pièces où la musique tenait une place souvent im-\nportante, et elle conserva presque toujours, sous l'ancien régime, le désir\nd'en représenter de semblables.\nNous ne remonterons pas jusqu'aux représentations des mystères, qui\nn'appartiennent pas au théâtre régulier, et sur la partie lyrique desquelles\non a peu de détails. Les chanteurs et les joueurs d'instruments sem-\nblent s'y être tenus dans le Paradis, Pendroit le plus élevé de la scène,\ndivisée horizontalement, comme on sait, en plusieurs compartiments;\nquelquefois aussi, le talent des bourgeois accidentellement comédiens y\nest utilisé. On ne possède guère plus de renseignements sur la période\nsuivante. C'est dans la Comédie des Proverbes de Montluc (1616), que\nnous trouvons le premier témoin, dans un théâtre, d'un orchestre com-\nposé de violons. Encore n'y devaient-ils pas être permanents, ni figurer\ndans toutes les pièces. Sans doute aussi le nombre en était fort restreint,\nsi ce n'est dans les représentations de ballets à la Cour. La Galette de\nFrance du 3o novembre 1634, nous montre, à celle de Méhîe, donnée à\nl'Arsenal, vingt violons jouant dans les intermèdes. Perrault, dans le\nParallèle des anciens et des modernes, dit que, en 162 g, la symphonie,\ndans les théâtres, est flûte et d'un tambour ou de deux méchants\nviolons. Le roman de Francion ( 1633) tait voir les symphonistes en\nplus grand nombre, occupant, dans une représentation de ballet au Pe-\ntit-Bourbon, la scène derrière les spectateurs.\nChappuzeau est le seul de qui nous tenions quelques détails précis\ntouchant la place des violons au temps de Molière. « Cy-deuant, êcrit-il\nen 1673, on les plaçoit ou derrière le théâtre, ou sur les aisles, ou dans\nvn retranchement entre le théâtre et le parterre-, comme en vne forme\nde parquet cette dernière place est celle que leur assigne Israël Silves-\ntre dans son estampe de la représentation de la Princesse d Elide à Ver-\nsailles en 1664; depuis peu on les met dans vne des loges du fond,\nd'où ils font plus de bruit que de tout autre lieu où on les pourroit pla-\ncer. Il est bon qu'ils sçachent par cœur les deux derniers vers de l'acte,\npour reprendre promptement la symphonie sans attendre que Ton leur\ncrie, loue%f ce qui arriue souuent. » Par cette loge du fond, Chappuzeau\nveut dire sans doute du fond de la salle. C'était une singulière place»\nLes violons n en descendirent que pour les représentations de Vlnconnu>\nen 1675 ; ils occupèrent alors celle qu'ils ont conservée depuis, et que\nnous leur voyons marquée, dès 1688, sur les plans du nouveau théâtre\nconstruit rue des Fossés-Saint-Germain-des-Prés (voir Y Architecture de\nBlondel)."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "267", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.3", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2518, "texte": "La première grande pièce accompagnée de musique que nous rencon-\ntrions dans l'histoire du théâtre français., est Y Andromède de Corneille,\njouée en i 650, au Petit-Bourbon, parles comédiens du Marais. Elle\nfut reprise plusieurs fois, sur le théâtre de la rue Vieille-du-Ternple, et, à\nla Comédie,, le 19 juillet 1682. La musique des chœurs était de Dassoucy;\nnous ne l'avons point retrouvée.\nArrivons au théâtre de Molière. C'est le seul que le roi chargea de\ndéfrayer ses plaisirs dramatiques, et qui prit, même à la ville, la spé-\ncialité des pièces à musique et à divertissements, des comédies-ballets,\nl'Hôtel de Bourgogne se restreignant à peu près à la tragédie, et le\nMarais aux pièces « de machines. »\nPresque toutes les comédies de Molière ont été représentées d'abord à\nla Cour, sous forme de comédies-ballets, c'est-à-dire insérées dans des di-\nvertissements, coupées par des intermèdes formant de vastes pièces, dont\nelles n'étaient qu'un acte. Nous ne nous appesantirons point sur cette\nversion des œuvres de Poquelin, qui,, de 1a sorte, avaient un caractère\ndifférent de celui qu'elles prenaient ensuite au théâtre du Palais-Royal :\npar le cadre que leur donnaient les fêtes de Versailles, de Saint-Germain,\nde Chambord, du Louvre,, elles appartiennent à l'histoire du ballet de\ncour, dont il a été si bien traité dans l'Encyclopédie, par nos confrères\nMM. Victor Fournel (Contemporains de Molière), Moland (.Edition de\nMolière), Geller [les Origines de V Opéra et le ballet de la Royne\n(Didier), et Paul Lacroix (.Recueil des ballets et mascarades). M. Mo-\nland surtout a reproduit, avec les distributions, quelques livres des bal-\nlets des pièces de Molière d'après les éditions originales, qui sont pres-\nque toutes imprimées par Ballard*\nLes Précieuses ridicules sont la première des comédies de Molière où\nil y ait de la musique. Celle qui s'exécute encore maintenant est an-\ncienne; l'auteur en est inconnu.\nA cette époque, et jusqu'en 1660, lorchestre du Palais-Royal et des\nautres à plus forte raison est ordinairement composé de trois\nviolons payés Chacun 1 liv. 10 sols par jour; en 1662, ce nombre fut\nporté à quatre, qui coûtèrent 6 liv.\nPour l'intelligence de ce qui suit, faisons observer, d'après les regis-\ntres de la troupe de Molière (1), que les frais sont ordinaires ou journa-\n\n(1) Sur cette époque et sur la troupe de Molière, les Archives de la Comédie possè-\ndent les registres de dépenses des années 1663, 1664 et 1672-73, dits registres de La"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "268", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.4", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2593, "texte": "lier set extraordinaires. Les premiers sont en général fixés au commen-\ncement de l'année, d'après les dépenses qu'entraînent d habitude les\nœuvres purement littéraires ; mais, lorsqu'on joue des pièces à spectacle\nqui motivent tous les jours des dépenses exceptionnelles, ils sont éievés\nen conséquence à chaque représentation. Ils se prélèvent quotidienne-\nment, avant le partage que se font, chaque soir, les comédiens des béné-\nfices. Les frais extraordinaires sont les dépenses exceptionnelles une\nfois faites qu'occasionnent les pièces à spectacle ; on les pi élève égale-\nment, avant le partage, sur la recette, jusqu'à ce que les mémoires des\nfournisseurs soient acquittés, de sorte que parfois les acteurs restent plu-\nsieurs jours sans rien taucher.\nLes Fâcheux sont représentés, en comédie-ballet, à Vaux, le 17 août\n1661, puis à Fontainebleau. Lulli en avait fait la musique. Il passent,\nle 4 novembre, au Palais-Royal, en comédie-ballet probablement,\npuisqu'ils y parurent de la sorte en 1663, —quoique avec beaucoup\nmoins de mise en scène que chez fouquet. A ce théâtre, les inteimèdes\nfurent donc conservés, mais avec moins de développement et de luxe,\nainsi que les airs du Florentin, qui sont d'ailleurs inséparables de la co-\nmédie. On peut les voir dans la copie manuscrite de la partition du\nballet que nous avons trouvée à la Bibliothèque du Conservatoire. A la\nreprise que fait, le 22 avril le Palais-Royal, le registre de 1663\nporte, en outre des frais ordinaires :\nPour les danseurs (1) 9 liv. »\nPour deux hautbois 6 »\nPour du vin au record (2) des danseurs 1 10 s.\nAux violons d'extraordinaire (au nombre de\ndeux évidemment) 3 »\nThorillière et d'Hubert, comédiens qui les tinrent \\ le registre de recettes et dépenses\nde La Grange ( 165 g-1685), et les registres (recettes et dépenses) delà troupe de\nGuénégaud (ex-troupe du Palais-Royal), (1673-1680). Sur l'Hôtel de Bourgogne et le\nMarais, on sait qu'il n'existe plus de documents où nous puissions trouver des rensei-\ngnements administratifs ou financiers.\n\n(1) Une fois pour toutes, il est entendu que, des frais, nous ne citons que ceux\nrelatifs à la partie musicale.\n(2) Nous n'avons trouvé, dans aucun des dictionnaires de Pépoque, la signification\nde ce mot, qui vient sans doute du latin recordari, se souvenir. Le record était pro-\nbablement le répétiteur, maître de danse ou musicien, l'un et l'autre sans doute,\nmais surtout musicien, à cause du vin. D'ailleurs, les comédiens eux-mêmes faisaient\nsouvent une halte dans l'étude de leurs rôles pour prendre le « vin des répétitions. »"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "269", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.5", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2172, "texte": "Le 24, il est seulement porté, au même spectacle, 12 liv. « pour les vio-\nlons et danseurs; » le 27 et les jours suivants {les Fâcheux et le Cocu),\n« pour les danseurs, 9 liv. ; » de même à la reprise d'octobre. En juin 1664,\nces deux pièces sont de nouveau reprises ensemble : les « danceurs 5) y\nsont, chaque jour, payés 16 ou 20 liv. A la première de la Bradamante\nridicule, le 12 janvier 1664, la troupe prend encore «un violon d'extraor-\ndinaire, 1 liv. 10 sols, » et des «trompettes, 3 liv. » Dans les Visites\n(représentations chez le roi ou chez de grands personnages), elle engage\npresque toujours des violons et des danseurs supplémentaires.\nL Impromptu ne fut, que nous sachions, joué à Versailles, le 24 oc-\ntobre 1663, comme àla ville, le 4 novembre, qu'en comédie. Nous avons\ncependant frouvé, dans le recueil des ballets de Lulli, en six volumes\nmanuscrits, que possède la Bibliothèque Nationale, la musique de\n« l'lmpromptu de Versailles ou mascarade de i 665, » comprenant une\n« entrée pour exempts et gardes » et une a pour pages. ® N'y a-t-il pas\nlieu de supposer que, soit en 1663, soit en i 665, cette comédie de Mo-\nlière fit, comme la plupart des autres, partie d'un ballet ?\nEn janvier 1664, la troupe de Molière représente au Louvre le Ma-\nriage forcé, comédie-ballet dont Lulli avait musique les intermèdes.\nPuis, le 15 février, elle le joue au Palais-Royal c( avec le ballet et les\nornemens, » dit La Grange. Bien qu'elle ne songe pas à atteindre 1 éclat\nde la représentation royale, elle fait de grandes dépenses. A cette occa-\nsion , elle porte le nombre de ses violons à douze. Voici, d'après\nLa Grange, le détail des frais ordinaires de la pièce (indépendamment des\nfrais ordinaires habituels, qui sont de 5o liv. 3 sols) :\nViolons 36 liv.\nRitournelle (1) et clauessin 7\nDanseurs 4 5\nMusique (2) 5\nHautbois retranchez (3) «\n\n(1) Sans doute un bon violon pour faire, dans les ritournelles, la mélodie, perdant\nque le joueur de clavecin accompagnait.\n(2) Les chanteurs qui figuraient dans la pièce.\n(3) On verra plus bas que les hautbois, portés pendant deux représentations, dis-\nparurent à la troisième."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "270", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.6", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2507, "texte": "Mais le registre de 1664 est plus explicite et diffère même de celui de\nLa Grange. Voici ce qu'il donne pour les six premières représentations\n(nous laissons au lecteur le soin de discerner les diverses sortes de\nfrais) :\nFrais ordinaires (les six fois) b0 ilv. 3s#\nDu vin pour les records (le i 5 seulement) (1). » »\n9 danseurs (les six fois) 45 „\n12 violons (3i liv. 10 s. deux fois, 36 liv. quatre fois,\npuis 40 liv..) 3! iiv> I 0 s<\n2 hautbois (le i 5 février : 16 liv., le 17 : 22 liv., seu-\nlement) 16 liv. »\nMusique (les six fois) , 5 »\nPour les 4 violons du ( mot illisible ) ( les 15, 17 et 19\nseulement). # 4 »\nPour la loge des danseurs (2) (le 22 seulement) 9 »\nA un des violons, pour auoir repassé le balet (3) (le\n22 seulement), 11 «\nUn joueur de clauessin (les six fois) 3 »\nRitournelles (à partir du 22) 4 _ »\nPour deux tambours de basques (le 22) 3—. »\nC'est probablement en 1668 que Molière réduisit la pièce en comédie\nen un acte.\nLa musique du Mariage forcé se trouve, à la Bibliothèque Natio-\nnale, dans le recueil manuscrit en six volumes des ballets de Lulli et\ndans le recueil de ballets en deux volumes (4). Il en existe également, à\nla Bibliothèque du Conservatoire, une copie faite, en 1690, par Philidor\n1 aîné. C est de cette partition qu'a usé M. Geller pour sa publication\n\n(1) Il n'y a même rien de marqué dans la colonne des chiffres.\n(2) Louée sans doute dans un bâtiment contigu au théâtre.\n(3) Qui avait fait l'office de record (?).\n(4) Le second de ces précieux volumes est intitulé au dos : VERON, MLXXXXI, et signé\nà la fin . Fait à Paris, le dernier jour d octobre i6qlj Tr L'écriture en est peu\nsoignée, et tout y prouve qu'il devait être le répertoire usuel de quelque musicien de\n1 Opéra, peut-être du chef d'orchestre, puisqu'il comprend toutes les parties des mor-\nceaux. La plupart du temps les attaques des chœurs y sont indiquées par des figures\nà la clef très finement dessinées et coloriées, et qui sont comme les armes parlantes\ndes pei sonnages. Par exemple, un chœur de Vieillards y est précédé de têtes à lon-\ngues barbes blanches, un chœur de Pécheurs, par des lignes tendues, un chœur\nà Alchimistes, par des creusets, alambics, cornues, un chœur de Passions 7 par des\nfigures diversement émues, etc., etc. Ces dessins devaient avoir pour but de faciliter\nla recherche des morceaux du recueil, et peut-être de les faire trouver au musicien,\nqui ne savait pas lire. Il y a malheureusement, dans le volume, des pages qui man-\nquent."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "271", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.7", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2323, "texte": "(Hachette). Notre savant confrère fait observer qu'il y a retrouvé,\nsous la musique de Lulli, des textes de Molière inédits, puisqu'ils\nn'avaient été reproduits ni par l'édition du livre du ballet, ni par les\néditions de la pièce. Eh bien, toutes les comédies-ballets de l'illustre\nPoquelin se trouvent dans le même cas, et Ton va voir que, en divers\nendroits, nous avons mis la main sur toutes les partitions manuscrites\nou imprimées de ses pièces à divertissements. Peut-être y a-t-il donc à\nfaire, sur presque toutes les pièces de Molière, des découvertes analogues\nà celles dont nous a fait part l'éditeur du Mariage forcé. Nous n'avions\npas, au cours de notre travail, le temps de nous livrer à des collations\nde textes, mais nous appelons vivement sur ce point l'attention de\nM. Despois, qui prépare, en ce moment, une édition de Molière qui sera\ndéfinitive. Il trouvera probablement, en consultant les sources que nous\nindiquons, des textes inédits ou tout au moins des variantes.\nAux fêtes de Versailles de 1664, la troupe de Molière va prendre part\naux Plaisirs de Vlsle enchantée ; elle figure dans les divertissements et\njoue, le 8 mai, la Princesse d'Elide, comédie-ballet, indépendamment\ndes Fâcheux, du Mariage et de trois actes du Tartuffe. Puis elle joue\nquatre fois encore la Princesse à Fontainebleau et la donne enfin, le\n4 novembre, au Palais-Royal. Lulli en avait fait la musique pour les\nfêtes; elle fut conservée dans ce qui resta des divertissements à la ville.\nPrenons, dans le registre de l'année, les frais relatifs aux trois premières\nreprésentations, en notant que les deux sortes en sont encore mêlées :\nFrais ordinaires 52 liv. i 5 s,\n8 violons (24 liv. les deux premières, 29 liv. l'autre). 24 —■ »\n12 danseurs 60\nPour la sinfonie 8 »\nPour les escarpins des danseurs (la première fois seu-\nlement) » 36 »\nPour les escarpins des musiciens (la première fois\nseulement) 12 »\nPour 4 peres de bas de soye des satires 36 »\n3 hautbois (9 liv. la première fois, 10 liv. 10 s., et 10\nliv. les deux autres) .. 9 »\nPour le surplus des violons des ritournelles (4 liv. la\npremière fois, 3 liv. la seconde, rien la troisième).. 4 »\nPour la musique (la seconde fois : Musique chanteurs,\nla troisième : chanteurs) ib »\nPour les bas de soye des danseurs, à bon conte. 66 »"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "272", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.8", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2399, "texte": "Le 16 novembre, les violons et les ritournelles sont marqués ensem-\nble 28 liv.\nEn janvier 1722, les comédiens reprirent cette pièce. Jean-Baptiste-\nMaurice Quinault (l'aîné), le comédien, refit, pour ces représentations,\nla musique des quatrième et cinquième intermèdes. Le 14 février sui-\nvant, l'Opéra et la Comédie se réunirent pour la jouer sur le théâtre des\nMachines. La Comédie la joua encore, chez elle, en mai 1726, et, en\ndécembre 1756, elle en fit une autre reprise, pour laquelle un auteur\nanonyme versifia la partie que Molière avait laissée en prose.\nLa musique de Lulli se trouve dans le recueil de ses ballets en six\nvolumes, et dans l'un des deux recueils manuscrits de ballets (Bibl.\nNat.) , dans le recueil manuscrit intitulé : Théâtre-François, tome II\n(Arch. Com. Fr.). Il y en a deux airs dans un volume très rare que nous\navons trouvé à ces mêmes Archives et qui est intitulé : Recueil complet\nde vaudevilles et airs choisis qui ont été chantés à la Comédie-Fran-\nçoise depuis Vannée 1659 jusqu'à Vannée présente 1753, avec les dattes\nde toutes les années et le nom des auteurs. Prix : 9 liv. A Paris, aux\nadresses ordinaires, 1753 (in-8°). Jadis, la Bibliothèque du Conserva-\ntoire possédait également de la partition entière deux copies manus-\ncrites qui ont disparu, ainsi que beaucoup d'autres sans que\nles diverses administrations des Beaux-Arts, qui connaissaient le voleur,\naient eu la fermeté de contraindre ce haut personnage à les restituer.\nA la date du Ï 1 juillet 1664, NOUS voyons le registre de l'année mar-\nquer, pour la représentation de La Thébaïde et d'« Vne dance » quel-\nque menu ballet que la troupe donnait en guise de petite pièce, «vn\ndanceur 3 livres; » mais, nous ne nous expliquons guère pourquoi,\nle 18, au même spectacle, il n'y a pas de danseur marqué.\nLe 15 septembre i 665, Molière donne VAmour médecin, comédie-\nballet, à Versailles, et, le 22, au Palais-Royal. La pièce est précédée\nd'un prologue, et le ballet en forme Pavant-dernière scène. Les deux\ndivertissements furent conservés à la ville avec la musique de Lulli. La\nBibliothèque du Conservatoire possède deux manuscrits de la partition,\nqui se trouve encore à la Bibliothèque Nationale, dans le recueil des\nballets de Lulli en six volumes et dans l'un des deux recueils manuscrits\nde ballets.\nLe Misanthrope fut donné le 4 juin 1666, au Palais-Royal. La par-"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "273", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.9", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2421, "texte": "tie musicale de cette comédie est bornée au couplet : Si le Roy m'avoit\ndonné.qui, selon la tradition, fidèlement suivie, est déclamé la seconde\nfois et chanté, la première, sur un vieil air du commencement du dix-\nseptième siècle.\nLe Médecin malgré lui fut également représenté à la ville, le 6 août\nsuivant. On ignore qui composa l'air sur lequel Sganarelle complimente\nsa bouteille. Ce doit être Lulli.\nLe Ballet des Muses, dont le dessein est de Benserade, se joua, le 2 dé-\ncembre 1666, à Saint-Germain, et défraya, pendant tout l'hiver, les\nplaisirs de la Cour. D'abord, les deux premiers actes de Mélicerte\nen firent partie. En janvier 1667, Molière y substitua la Pastorale comi-\nque ou Cor id on. En février, il ajouta le Sicilien au ballet. Le ballet et\nles trois œuvres de Molière furent musiqués par Lulli. De Mélicerte, la\nBibliothèque du Conservatoire et la Bibliothèque Nationale (Rec. des\nballets de Lulli en six et en deux volumes)possèdent des partitions ma-\nnuscrites. En 1699, le fils du comédien Guérin remania et compléta\nMélicerte, et La Lande, ou, selon d'autres, Couper in,, en refit la musi-\nque. Du Sicilien, le Recueil imprimé de iys3 (Arch. Com. Fr.), repro-\nduit un air de Lulli, plus un autre ajouté, en 1695, par Charpentier. La\nsérénade seule en est chantée aujourd'hui; nos lecteurs y ont entendu\nM. Garraud, il y a quelques années.\nGeorges Dandin, comédie-ballet, fit partie des fêtes de Versailles de\n1668; il y fut joué le 18 juillet. Molière ne le donna que le 9 novembre\nàla ville, et seulement en comédie. Le ballet avait été musiqué par\nLulli; cette partition existe dans le recueil en six volumes de la Biblio-\nthèque Nationale.\nPourceaugnac, comédie-ballet, fut joué le 6 octobre 1669, à Cham-\nbord—où Lulli, l'auteur de la musique, joua le rôle d'un médecin grotes-\nque—et, le 1 5 novembre, au Palais-Royal. On ne sait précisément ce qui\nfut conservé delà partie du ballet aux représentations de la ville, mais\nles airs de la pièce le furent nécessairement. Les Archives de l'Opéra pos-\nsèdent les fragments delà partition de Lulli qu'il utilisa, en 1675, dans\nson Carnaval, opéra composé de vers de différents auteurs, notamment\nde Molière et de Benserade, et dont, au surplus, la partition a été gravée.\nLa partition de Pourceaugnac, imprimée en 1715, par Ballard, et une\npartition manuscrite existent à la Bibliothèque du Conservatoire. Le"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "274", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.10", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 869, "texte": "recueil des ballets de Lulli en six volumes et celui en deux de la Biblio-\nthèque Nationale la contiennent également; le dernier l'intitule : « Pour-\nsoignac, 1670. » On la trouve encore dans le volume Théâtre français,\ntome ll,des Archives delà Comédie; il y a, de plus, à la fin de ce livre\n« l'entrée des sergens dans Pourseaugnac. »\nLes Amants magnifiques, comédie-ballet, furent joués, le 4 février\n1670, à Saint-Germain et ne le furent pas à la ville. Le i 5 octobre\n1688, il en fut donné quelques représentations à la Comédie. Ils y re-\nparurent encore, sans beaucoup de succès, le 21 juin 1701., parles soins\nde Dancourt, qui y fit un prologue et des intermèdes nouveaux. Il y en\na un magnifique manuscrit à la Bibliothèque Nationale et un air dans\nle Recueil imprimé de 1753 (Arch. Com. Fr.).\n(La suite prochainement.)\n\nJULES BONNASSIES."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-12-15-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-12-15_01#c005", "volume": "bmtnabc_1873-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "275", "page_fin": "281", "image_debut": 11, "image_fin": 17, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.2.2", "titre_corps": "TABLETTES DE VOYAGE D'UN ARTISTE", "titre_sommaire": "TABLETTES DE VOYAGE D'UN ARTISTE", "signature_source": "ERNEST DAVID", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 11, "page_imprimee": "275", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.11", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1293, "texte": "TABLETTES DE VOYAGE D'UN ARTISTE\nLA VEUVE & LA SOEUR DE MOZART\n\n(i)\nSA LTZBOU RG\nlB2Bc\nÈs mon arrivée à Salzbourg je me dirigeai vers le cou-\nvent des Capucins bâti sur le roc, au sommet delà\nmontagne qui porte le nom de cet ordre religieux.\nJ'avais une lettre de recommandation pour le supé-\nrieur qui me reçut avec une cordialité et une hospi-\ntalité dignes du plus beau temps des patriarches;\nmais comme il était obligé d'assister au service divin, il me confia\naux soins du Père Edmond, le membre le plus jeune de la con-\nfrérie, qui me conduisit à sa cellule. Selon les règlements de l'ordre,\nelle n'avait que huit pieds de long sur huit pieds de large : une chaise,\nune petite table, quelque chose ayant plutôt l'air d'un cercueil que\nd'un lit, un prie-Dieu surmonté d'un crucifix, et une guitare, accessoire,\non en conviendra, peu en harmonie avec le reste des objets qui garnis-\nsaient la cellule, formaient l'ensemble du mobilier. Edmond, jeune\nhomme de 26 à 28 ans, portant une longue barbe qui cachait presque\nentièrement ses lèvres roses et ses dents blanches, était originaire de\nl'Esclavonie : trop pauvres pour l'élever de façon à choisir sa position\ndans le monde, ses parents prirent sur eux de le vouer à la vie monasti-\n\n(\\) Voir les numéros des ie* octobre et ler novembre."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "276", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.12", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2776, "texte": "que, et quand l'adolescent, devenu homme, éprouva des sensations nou-\nvelles et sentit en lui des germes d'activité inconnus, il n'était plus le\nmaître de diriger ses pas comme il l'entendait. Je n'ai jamais rencontré\npersonne sur qui le joug de la réclusion ait plus lourdement pesé, ou qui\nait été plus désireux de secouer sa triple chaîne d'obéissance, de pau-\nvreté et de renoncement à tout ce qui fait le charme de la vie. Sa seule\nconsolation était la musique, à laquelle il s'était adonné de toutes\nses forces ; elle seule lui offrait une légère compensation aux dogmes\ndes casuistes de sa profession, à cette pharmacopée morale considérée\ncomme une panacée destinée à secourir les consciences souffrantes, et\nqui ne sert qu'à aigrir les caractères. Il me donna sur le champ toute sa\nconfiance et j'obtins pour lui la permission de me servir de guide dans\nles recherches musicales que je me proposais de faire à Saltzbourg. Je\nn'oublierai jamais combien il fut heureux de ces quelques instants de li-\nberté que je lui procurais, et qui lui permettaient de me raconter tout\nce qu'il avait déjà souffert et ce qu'il avait encore à souffrir.\nNotre premier pèlerinage nous conduisit au couvent des Bénédictins\nde Saint-Pierre, dans l'église duquel Michel Haydn, qui en fut l'orga-\nniste, a sa tombe. Sans avoir été aussi grand compositeur que son frère\nJoseph, Michel fut un des meilleurs maîtres de chapelle de son temps.\nMichel Haydn adhérait opiniâtrement à l'ancienne école; Joseph\nen créa une qui, en esprit et en originalité, n'a été surpassée ni par\nMozart ni par Beethoven. Pendant que je faisais connaître mon sen-\ntiment à ce sujet au Père Edmond, le supérieur de Saint-Pierre entra\ndans l'église. Edmond s'empressa d'aller baiser son anneau épiscopal, et\nme présenta à lui ; après les premiers compliments d'usage, il m'offrit\nde l'accompagner à son couvent, où il me promit de me montrer des\nobjets très curieux. Ce prélat (le Père Albert en religion; Nagenzaum,\nde son nom laïque), avait été l'élève et l'ami de Michel Haydn, le cama-\nrade d'études et l'intime de Sigismond Neukomm (i). A une connais-\nsance parfaite de la musique, il joignait encore une immense habileté\nsur l'orgue. C'est lui qui administra les derniers sacrements au compo-\nsiteur mourant. C'est lui, aussi, qui fit élever à sa mémoire, dans l'église\nde son couvent, le monument en marbre devant lequel nous nous trou-\nvions. Il possédait la plus grande partie des partitions manuscrites et\noriginales de Michel Haydn, Je désirais vivement pouvoir les étudier et\nj'en fis part au supérieur qui me dit : «Venez ici quand cela vous fera\ncc plaisir; vous pourrez examiner à loisir les œuvres de notre grand or-\n\n(1) Voyez page 282 îe Michel Haydn de M. Edmond Neukomm."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "277", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.13", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2767, "texte": "« ganiste; ne craignez rien, on ne vous interrompra pas; vous pourrez\n(c même prendre vos repas avec nous ; dès aujourd'hui une place à côté\n« de moi vous sera réservée à notre table. » J'acceptai avec reconnais-\nsance l'offre du bon religieux.\nEn compagnie du Père Edmond, je visitai les églises, les orgues, ainsi\nque les tombes des grands musiciens morts à Saltzbourg. Entre autres\ncuriosités, je vis dans l'église de Saint-Sébastien le tombeau de Para-\ncelse, le fameux médecin et thaumaturge qui, comme le docteur Faust,\npassait pour entretenir un commerce avec les êtres d'un ordre supérieur.\nLa tradition prétend qu'il fut précipité du haut des rochers qui domi-\nnent Saltzbourg, en expiation de ses crimes; mais l'histoire se tait là-des-\nsus et dit tout simplement qu'il mourut en cette ville en 1541.\nAprès nous être occupés des morts, il était temps de revenir aux vivants :\nnous commençâmes par aller voir madame Mozart, qui me reçut comme\nun vieil ami ; nous trouvâmes chez elle sa sœur, veuve du compositeur\nHaibel, auteur *de l'opéra der Tiroler Kastel qui a été extrêmement po-\npulaire en Allemagne. Cette dame, la plus jeune des sœurs de madame\nMozart et veuve comme elle, était venue habiter Saltzbourg après la mort\nde son mari (1) ; elle ne voulut pas laisser partir mon compagnon sans\nlui demander sa bénédiction, qu'il lui donna de la meilleure grâce du\nmonde. Nous allâmes ensuite faire une visite à la sœur de Mozart (2),\nla baronne Sonnenbourg, la même qui, grande virtuose sur le piano,\naccompagna son jeune frère à Paris et à Londres, où Léopold Mozart,\nleur père, les avait emmenés tous deux, et qui attira, autant que le\npetit Amédée, l'attention du public. Quand elle eut quelques années de\nplus, elle devint une gracieuse jeune fille, aux longs cheveux châtains,\naux beaux yeux bleus, aux épaules arrondies, qui faisait les délices de\ntoutes les réunions, autant par sa beauté que par son talent.\nNous fûmes frappés, en entrant chez elle, de voir comme chaque ob-\njet, autour de nous, rappelait le passé. L'ameublement, le grand piano,\ntout enfin, exhalait, malgré la mode passée depuis longtemps, un par-\nfum de suprême élégance. Le grand tableau représentant la famille Mo-\nzart, dont on voit la reproduction dans la biographie du grand homme\npubliée par sa veuve, était placé au-dessus de la porte; celui où figurait\n\n(1) Sa fille, mademoiselle Sophie Haibel ou Haibl, fut cantatrice au théâtre de\nMunich, pendant les années 1829 et iB3o. Madame Haibel est morte à Saltzbourg\nen 1846.\n(2) Marie-Anne Mozart, née le 29 août 1761, avait cinq ans de plus que son frère\nqui naquit le 27 janvier 1756. Elle épousa le baron Sonnenbourg qui la laissa veuve\nd'assez bonne heure, et mourut à Saltzbourg en 1837."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "278", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.14", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2840, "texte": "le père Mozart à la tête de son petit concert domestique, et qui faisait\nface au précédent, fit voyager notre imagination bien loin en présentant\nà nos yeux, dans tout l'éclat de la beauté et dans toute la fraîcheur de\nla jeunesse, celle que nous allions voir tout à l'heure vieille femme de\n77 ans. Des pas lourds et incertains, qui s'approchaient, nous firent sor-\ntir de notre rêverie, et la sœur de Mozart parut devant nous, appuyée\nsur un domestique, ou plutôt soutenue par lui; mais quels change-\nments, grand Dieu! Elle laissait tomber la tête comme si elle était trop\nlourde pour ses épaules; son menton reposait sur sa poitrine, et quoique\nnous fussions tout près d'elle, il nous était difficile de bien voir sa\nfigure; son nez aquilin était tout ce que nous pouvions saisir de ses\ntraits. La lumière de ses beaux yeux était éteinte pour jamais, car elle\navait perdu la vue, et le sens de l'ouïe s'était considérablement affaibli.\nGraduellement, cependant, comme nous lui parlions du passé, son corps\némacié sembla se ranimer, et quand elle sut que ce n'était pas une in-\ndiscrète curiosité, mais un profond sentiment de respect pour son frère\nqui nous avait amenés chez elle, son cœur sembla se réchauffer, battre\nplus vite et s'élancer vers nous, car de telles marques d'attention étaient\ndevenues rares pour elle; son règne avait cessé depuis longtemps ; elle\nle savait bien et désirait ardemment apprendre de nous si, comme le\nsien, le souvenir de son frère se réduisait à la seule connaissance de. son\nnom, les bruits de ce monde affairé n'arrivant que de loin en loin jus-\nqu'à elle. Elle nous demanda si la génération actuelle des pianistes\njouait encore les sonates de Mozart, ses variations, ses concertos ; si ses\ncantates et ses offertoires étaient encore exécutés, et si ses quatuors et ses\nsymphonies obtenaient autant de faveur que ses opéras. Ramenée ainsi\nvers le passé, elle semblait redevenir jeune fille. Elle se souvenait en-\ncore de la première œuvre de son frère, la plus composée\nquand il n'avait encore que sept ans. Nous la conduisîmes au piano, et\nelle nous joua une partie de la première sonate du petit Amédée.\nGomme chaque circonstance se rattachant aux jours heureux passés\navec son frère était encore fraîche et présente à sa mémoire ! Elle se\nrappelait parfaitement l'ardeur qu'il mettait à écrire de la musique sur\nchaque chiffon de papier qu'il pouvait trouver, et la passion qu'il mon-\ntra pendant un mois pour l'arithmétique. « Il ne parlait que de chiffres,\nne pensait qu'aux chiffres, nous dit-elle. Il transformait en ardoises les\nmurs de l'escalier, des chambres, et même ceux des maisons voisines. Il\nencourut plus d'une menace et reçut plus d'une correction avant que ce\nbeau zèle ne se refroidît. »\nAprès le voyage de Vienne, Paris et Londres, dont elle fit partie,"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "279", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.15", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2866, "texte": "Wolfgang alla seul avec son père en Italie, puis à Paris avec sa mère.\nLorsqu'il dut chercher fortune dans le monde, elle le perdit presque\nentièrement de vue et ne connut quune faible partie de ses œuvres \\ elle\nn'avait vu qu'une fois le Don Juan, médiocrement exécuté, jamais le\ndi Figaro. Sa première sonate était la seule de ses compositions\ndont elle se souvenait ; nous rafraîchîmes sa mémoire en jouant et en\nchantant plusieurs morceaux des opéras de son frère; le père Edmond\nla ravit avec l'air du grand-prêtre de la Flûte enchantée ; elle versait des\nlarmes et donnait cours à son émotion d'une manière difficile à suppo-\nser de la part d'une constitution aussi usée, aussi épuisée que la sienne,\ncc Peut-être, s'écria-t-elle dans l'excès de son contentement, peut-être\ntrouverez-vous quelque pièce que vous ne connaissez pas dans les pa-\npiers que je possède. » Puis elle donna l'ordre qu'on lui apportât de\nvieux portefeuilles, qu'elle nous pria d'examiner. La première chose sur\nlaquelle nous mîmes la main fut Tébauche de sa première sonate à\nquatre mains. Ce croquis était précieux, car il nous révéla que Mozart,\nquand il composait pour le piano à quatre mains, n'écrivait pas les deux\nparties en partition, mais sur deux pages distinctes, ce qui augmentait\nconsidérablement la difficulté de la composition. Un autre détail que\nnous apprit cette sonate, et qui nous intéressa beaucoup, fut de voir que\nMozart, à mesure qu'il avançait dans son travail, effaçait, corrigeait et\nsubstituait de nouvelles idées à celles qu'il avait eues d'abord; ce n'é-\ntait pas seulement une consolation, mais encore un encouragement, de\nse dire qu'il avait écrit et réécrit plusieurs fois des compositions, même\nde peu d'importance, et que bien des passages en avaient été enlevés ou\ninterpolés. Les premières ébauches de ce génie, le plus brillant qui ait\njamais existé, dénotent partout les efforts du maître en lutte avec ses\nidées. Quand nous contemplons ses œuvres, elles nous paraissent les\némanations d'une nature plus puissante que la nôtre ;il nous semble que\nson esprit, se dégageant de tout obstacle terrestre, a dû prendre son es-\nsor jusqu'au sommet des régions où il est défendu aux âmes vulgaires\nde pénétrer; elles sont pour nous comme des soleils éblouissants dont\nnous ne pouvons soutenir l'éclat, et devant lesquels il nous faut baisser\nles yeux, Mais quand il nous est donné de pouvoir pénétrer dans le\nsanctum de l'artiste et d'examiner les premiers essais de ses chefs*\nnous nous apercevons combien la lutte a dû être acharnée\navant qu'il ait pu façonner le dieu auquel son imagination avait donné\nnaissance. Nul n'ignore combien Beethoven ennuyait ses voisins en bat-\ntant la mesure avec les mains et les pieds, avant de pouvoir placer dans\nleur châsse les idoles qu'il modelait si difficilement. Si le résultat de"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "280", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.16", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3032, "texte": "cette expérience a quelque chose de presque humiliant pour l'humanité,\nil tend, du moins, à relever le courage de l'artiste, et spécialement du\njeune compositeur qui, dans son enthousiasme juvénile, a déjà préparé\nses ailes et senti l'amertume des moments pendant lesquels ses idées re-\nfusent de prendre une forme terrestre. Ce n'es: pas un faible mobile\nd'encouragement que de pouvoir se dire que ceux dont les noms sont\nentourés d'une auréole éternelle, et dont nous voudrions partager la\ngloire, ont dû, comme ceux qui arrivent seulement au seuil de l'art,\nchercher, à travers les ronces et les épines de la vie, le sentier escarpé et\nraboteux qui conduit à l'immortalité. Il faut que nous soyons purifiés\npar le feu avant que d'espérer gagner le ciel, d'où nous sommes venus,\ncomme le mythe de l'Hercule païen qui, avant de prendre place au rang\ndes dieux, fut obligé de laisser tout ce qui appartenait au mortel sur le\nbûcher allumé au sommet de l'Œta.\nAyant ainsi payé le tribut d'hommages que nous devions à la sœur, et\ndans une certaine mesure à l'ombre de celui qui, plus que tout autre,\nm'a servi de modèle et de guide dans ma carrière musicale, rien ne me\nretenait plus à Saltzbourg, et j'en fis part au Père Edmond, que je recon-\nduisais à son couvent. La cloche sonnait l'heure de la prière au moment\noù nous arrivâmes au pied de la montagne, « Adieu, Père Edmond, lui\ndis-je en le serrant dans mes bras, adieu, mon pauvre ami! » En m'en-\ntendant prononcer ces paroles, ses yeux se remplirent de larmes. « Que\nDieu vous protège, me répondit-il, et vous accorde la paix du cœur, que\ne ne connaîtrai jamais! Cependant je ne puis vous quitter ainsi, il faut\nque je vous voie encore, dussé-je pour cela escalader ces rochers; il faut\nque je vous parle encore une fois avant de vous dire adieu pour tou-\nours ! » Puis il me quitta brusquement et se dirigea vers son couvent.\nLe lendemain, j'allai prendre congé de madame Mozart, qui me\ndonna des lettres pour Seyfried (i) et pour le vénérable Stadler, de\nVienne (2), anciens amis de son mari. Je dis adieu à la maison pater-\n\n(1) SEYFRIED (Ignace-Xavier, chevalier de), né à Vienne le I 5 août 1776, montra\nde bonne heure de grandes dispositions pour la musique. Mozart et Koseluch en\nfirent un pianiste extrêmement distingué. Après avoir étudié la composition avec\nWinter, il écrivit beaucoup d'opéras comiques allemands qui eurent du succès; la\nmusique d'église est particulièrement estimée en Autriche. Il a été rédacteur en chef\nde la Galette spéciale de musique des états autrichiens, et a participé à la rédaction\nde la Galette musicale de Leijp\\ick et à la Ccecilia. Seyfried est mort à Vienne le 27\naoût 1841.\n(2) STA.DLER (Vabbé Maximilien), illustre organiste, improvisateur et compositeur\ncélèbre, naquit le 7 août 1748 à Moelk (basse-Autriche). Il fut l'ami intime de Haydn\net de Mozart. Son attachement pour ce dernier lui fit prendre la plume afin de ven-\nger sa mémoire des accusations de Godefroid Weber, qui prétendait que le Requiem"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "281", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.17", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1967, "texte": "nelle de Mozart et en jetant un dernier regard sur ses murs, je m'ima-\nginai y voir les chiffres qu'il y avait charbonnés autrefois.\nLa nuit était venue et j'étais prêt à monter dans la diligence qui devait\nme conduire à Vienne, quand je sentis sur mon épaule une main trem-\nblante, et en me retournant j'aperçus le Père Edmond en costume laï-\nque, sa longue barbe cachée sous sa cravate, Il ne voulut pas me per-\nmettre de le questionner, mais je n'eus pas de peine à deviner l'état de\nson âme. « Mon pauvre ami ! » m'écriai-je, et ce fut tout ce que je pus dire.\n« Voici, me dit-il, en me donnant un rouleau de papier, voici un cadeau\n« du supérieur de Saint-Pierre et un présent de la sœur de Mozart:\na qu'ils servent à rappeler à votre souvenir votre inconsolable ami, le\n« Père Edmond! » Il s'éloigna aussitôt; le conducteur m'appela pour\nmonter en voiture et nous nous séparâmes pour ne plus jamais nous re-\nvoir en ce monde. Les papiers qu'il m'avait remis me brûlaient les\nmains tant j'étais anxieux de savoir ce qu'ils contenaient. Aussitôt que\nnous fûmes dans les montagnes, j'ouvris le rouleau et je trouvai que le\nsupérieur de Saint-Pierre m'avait envoyé le manuscrit original d'une\ndes messes les plus populaires de Michel Haydn; quant au cadeau de la\nsœur de Mozart, c'était la sonate à quatre mains dont j'ai parlé précé-\ndemment.\nJe n'ai jamais appris ce que devint le supérieur et je n'ai plus entendu\nparler delà veuve ni de la sœur de Mozart. Tout ce que j'ai pu savoir du\nPère Edmond, c'est qu'il fut envoyé de Saltzbourg dans un couvent de\nson ordre, au fond de l'Esclavonie, pour s'être absenté un soir sans\npermission !...\n\nERNEST DAVID.\n\nde Mozart était au-dessous de sa réputation et qu'il ne devait pas être l'œuvre du\ngrand compositeur.—Cette polémique a duré quelques années, et quoique Sussmayer\ny eût pris part, la question n'a pas été complètement éclaircie. Stadler mourut à\nVienne le 8 novembre 1833, à l'âge de quatre-vingt-cinq ans."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-12-15-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-12-15_01#c009", "volume": "bmtnabc_1873-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "282", "page_fin": "288", "image_debut": 18, "image_fin": 24, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.2.3", "titre_corps": "MICHEL HAYDN 1737 — 1806", "titre_sommaire": "MICHEL HAYDN 1737 — 1806", "signature_source": "EDMOND NEUKOMM", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 18, "page_imprimee": "282", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.18", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1537, "texte": "MICHEL HAYDN\n1737 — 1806\n\nOTRE intention n'est pas d'écrire une biographie com-\nplète du frère puîné de l'auteur des Saisons, non plus\nque d'analyser son œuvre qui est considérable. Aussi\nbien sa vie, calme et uniforme, ne présenterait point\nl'intérêt qui s'attache aux existences tourmentées de\nla plupart des musiciens, et, d'autre part, ses œuvres\nne sont soupçonnées des connaisseurs, que par la préférence que le grand\nHaydn, lui-même, leur accordait sur ses propres compositions reli-\ngieuses. Ce sont donc de simples notes sur Michel Haydn que nous pu-\nblions à cette place. Tombées sous nos yeux, elles ont attiré notre\nattention sur cet artiste, âujourdhui oublié, mais qui eut son heure\nde célébrité, et nous ont inspiré le désir de retracer brièvement sa phy-\nsionomie,\nNé à Rohrau, comme son frère Joseph, Michel Haydn fut envoyé\ntrès jeune à Vienne, ou il fut attaché à la chapelle impériale. Sa voix,\nfort belle et d'une étendue extraordinaire (on assure qu'elle ne renfer-\nmait pas moins de trois octaves, depuis 1 tfa grave du contralto jus-\nqu'au fa suraigu), attira promptement l'attention des dilettantes de la\ncour. Le nom de Haydn, déjà connu par les succès que Joseph, enfant de\nchœur de Saint-Etienne, avait obtenus peu d'années auparavant, eut\nune recrudescence de renommée, et LL. MM. l'empereur et Fimpéra-\ntrice mirent le comble à la faveur du jeune Michel, en lui faisant pré-\nsent d'une somme de douze ducats, un jour qu'il avait chanté d'une\nfaçon remarquable un Salve Regina de la composition de son maître"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "283", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.19", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1378, "texte": "Reiter. Il faut attribuer les facilités qui accompagnèrent ses débuts, à\nla protection spéciale que cette munificence commença, et dont il fut\ndésormais 1 objet. En effet, quand vint la mue, et que sa voix fut perdue,\nMichel Haydn ne fut point aux prises avec la misère, comme l'avait été\nson frère; les bienfaits de la cour continuèrent à lui assurer une indé-\npendance précieuse, et il put terminer à loisir l'étude des grands maîtres\nde 1 art musical, Fuchs, BachetGraun, dont les ouvrages furent ses\nmodèles durant tout le cours de sa vie.\nSa jeunesse s écoula donc tranquille et laborieuse, d'abord à Vienne,\npuis à Grosswardein, en Hongrie, où il fut directeur de la musique jus-\nqu'en l'année 1768, époque à laquelle il obtint la place de maître de\nchapelle du prince archevêque de Saltzbourg, Hyeronimus Colloredo,\nrendu célèbre par sa conduire envers Mozart.\nOn n'a que de vagues indications sur l'existence de Michel Haydn du-\nrant la période qui commence à sa sortie de la chapelle impériale et\nfinit à son arrivée à Saltzbourg; mais nous savons parles dates que portent\ngrand nombre de ses compositions de cette époque, que son temps fut\nbien employé. En outre, des documents authentiques attestent que la\nvaleur de ces œuvres lui mérita la haute estime de son frère et, par suite,\nlui valut la protection .du prince Esterhazy, C'est sur la recommanda-"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "284", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.20", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2713, "texte": "tion de ce dernier que l'archevêque de Saltzbourg le prit à son service,\naux appointements de trois cents florins.\nSi minime que paraisse cette rétribution, elle sembla satisfaisante à\nMichel Haydn qui, sûr désormais de son avenir, se fixa avec joie à\nSaltzbourg,, y prit ses habitudes et s'y maria au bout de peu de temps\navec la fille de l'organiste Lipp. Une fille naquit de cette union; mais\nelle mourut à peine âgée de trois ans. Son père conçut un violent cha-\ngrin de la perte de cette enfant, sur laquelle il avait reporté toutes ses\naffections. En effet, il n'était pas heureux dans son ménage; sa femme,\nquoique attachée au théâtre en qualité dt prima donna, donnait le pas\naux pratiques d'une dévotion mesquine sur les vertus domestiques qui\nsont l'attribut et le charme de la femme. Elle jeûnait sans cesse, se donnait\nchaque jour la discipline, portait le cilice et passait sa vie au confession-\nnal. Cette façon de diriger son ménage amena ce résultat : que le pauvre\nHaydn, dont l'humeur était aussi aimable que celle de sa femme\nl'était peu, se vit obligé de manger au cabaret, pour ne point mourir\nd'abstinence, et de passer ses soirées, après des journées bien remplies, à\nla cave du couvent de Saint-Pierre, pour échapper aux persécutions re-\nligieuses de sa compagne.\nOr, que faire en une cave, surtout lorsque cette cave est celle\nd'un couvent et que le vin vieux n'y coûte que six krentiers la bouteille,\nà moins que l'on ne fasse honneur aux crus délectables collectionnés\npar les bons pères à l'intention des bourgeois de Saltzbourg, au premier\nrang desquels ont figuré de tout temps les musiciens de la chapelle. Mi-\nchel Haydn faisait donc comme lçs concitoyens : il chantait avec eux des\nlieders aux gais refrains, tandis que sa femme courait après son salut, et\nbuvait avec eux les petits vins du Tyrol, sûr qu'il était de trouver son\npurgatoire tout préparé en rentrant à la maison. De là cependant à le\nreprésenter comme un ivrogne, ainsi que l'a fait Mozart, il y a loin. Et,\nen vérité, le bon Haydn, si doux et si inoffensif, eut peu de chance sous\nle rapport de la manière dont ceux qui ont parlé de lui l'ont dépeint. Deux\nhommes marquants se sont occupés de lui : Mozart et Weber; le premier\nl'a présenté, ainsi que nous l'avons dit, comme un buveur émérite, et le\nsecond comme un pédagogue bourru.\n\n« Croirais-tu, » écrit Mozart le père à son fils, alors à Pans,— <c croî-\ncc rais-tu que dimanche dernier Haydn a joué si effroyablement les lita-\n« nies et le Te Deum Laudamus, à l'église de la Trinité (l'archevêque\ncc était présent), que nous en fûmes littéralement épouvantés, et que\n« nous pensâmes qu'il allait trépasser sur son banc comme son prédé-"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "285", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.21", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2609, "texte": "« cesseur, Adlgasser (i). Mais, heureusement, ce n'était qu'une pe-\n« tite pointe; la tête et les mains ne s'entendaient pas bien, et ce fut\n« tout! »\n« J'ai bien ri, » répond Mozart à son père, « enlisant ce que vous me\n« racontez de la pointe de Haydn. Si j'avais été là, je lui aurais mur-\n« muré à l'oreille le nom d'Adlgaser. C'est pourtant une honte qu'un\n« homme aussi habile se rende incapable, par sa faute, défaire son de-\n« voir en une fonction qui est en l'honneur de Dieu, alors que l'ar-\n« chevêque et toute la cour sont présents, et que l'église est remplie de\n« monde. C'est affreux ! »\nVoilà qui est clair, et ces quelques lignes suffiraient pour condamner\nHaydn n'était la connaissance de l'esprit sarcastique commun aux\ndeux Mozart, père et fils, connaissance en laquelle se trouvent ceux qui\nont parcouru leur correspondance encore inédite en France. Cet esprit\ns'attaquait surtout à tout ce qui concernait Saltzbourg et ses musiciens,\net il n'en est point parmi ces derniers qui aient trouvé grâce auprès de\nLéopold et de Wolfgang Mozart, froissés à juste titre, notamment le se-\ncond, d'être assimilés par le prince-archevêque, au commun de ses\nmaîtres de chapelle. Le fragment qu'on va lire témoigne de leur irri-\ntation :\n(( Ce qui me fait haïr Salzbourg, » écrit Wolfgang à son père, « c'est\n« la composition abjecte et canaille de la musique de sa cour ; un homme\n<( honnête et sachant vivre, ne peut se commettre avec ces gens-1à.,. Ils\n« sont sans cesse fourrés dans les cabarets et passent leur vie à boire!... »\nCe fragment paraîtra exagéré, surtout si l'on se souvient de la haute\nréputation de la Chapelle de Saltzbourg, qui passait à l'époque où écri-\nvait Mozart, pour Tune des meilleures institutions musicales de l'empire,\net pouvait seule entrer en comparaison avec la célèbre Chapelle que\nl'Electeur Charles-Théodore entretenait à Mannheim. D'ailleurs, cette\nsuprématie même serait suffisante pour accorder aux musiciens saltzbour-\ngeois le bénéfice des circonstances atténuantes, n'eussions-nous sous les\nyeux cette exclamation caractéristique du père de Weber, lors de son\nséjour à Salzbourg :« Le vin y est trop bon marché! » Véritable cri\ndu cœur échappé à un lutteur terrassé.\nQuand l'automne était venu, et que la Chapelle de l'Electeur entrait\nen vacances, Michel Haydn, peu désireux de passer chez luises moments\nde loisir, se hâtait de sortir de la ville pour respirer l'air des montagnes,\net commençait ses neuvaines champêtres. C'est ainsi qu'il appelait ses\n\n(i) Adlgasser et ai i mort sur son bane d'organiste, frappé d'une attaque d'apoplexie."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "286", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.22", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2818, "texte": "visites annuelles aux innombrables couvents dont la campagne est\némaillée à dix lieues à la ronde de Saltzbourg, Tenant d'une main son\npetit bagage et sa perruque, et s'appuyant de l'autre sur une canne qui\navait appartenu à son maître Reiter, il s'éloignait allègrement de la rési-\ndence archiépiscopale et suivait son chemin, sans retourner la tête, jus-\nqu'à ce qu'il aperçût un couvent. Alors, il se dirigeait tout droit vers ces\nbâtiments hospitaliers, coupait à travers champs pour y arriver plus\npromptement, et sonnait à la porte d'une façon particulière aux hôtes\nhabituels et altérés des bons moines. Aussitôt que le frère-tourier avait\nreconnu la figure épanouie du maître de chapelle de Son Eminence, à\ntravers le grillage pratiqué dans la porte, le nom de Haydn volait de cel-\nlule en cellule, et tandis que les grosses clés grinçaient dans les serrures\nrouillées, le chapitre du couvent, précédé de l'abbé, se précipitait au-\ndevant du visiteur pour l'embrasser et lui offrir le vin d'honneur. Puis\non l'entraînait vers la meilleure chambre, en même temps que le frère-\nsommelier était dépêché en toute hâte au caveau le plus retiré, et que le\nfrère économe apportait sur la table du maître de gros cahiers de papier\nà musique bien blanc et bien réglé.\nUne existence toute béate commençait alors pour Michel Haydn,\nexistence fort remplie d'ailleurs, car pour reconnaître les bontés et les\nprévenances du chapitre, il ne pouvait échapper à l'obligation toute mo-\nrale de semer sur le papier réglé une infinité de points noirs en l'hon-\nneur de Celui qui comptait sur terre d'aussi précieux serviteurs que les\nmoines hospitaliers, au foyer desquels sa place était gracieusement mar-\nquée, C'était donc un devoir pour Michel Haydn de payer en musique\nsa dette de reconnaissance, et il s'en acquittait consciencieusement. Les\nmesses succédaient aux vêpres, les vêpres aux compiles, et les compiles\naux litanies; et Haydn ne quittait le couvent qu'après l'avoir enrichi de\nplusieurs œuvres importantes.\nPuis il reprenait son bâton de voyage et s'éloignait dans la direction\nde la communauté la plus proche. Là, sa réception ne différait en rien de\nla précédente: on avait pour lui les mêmes bontés et les mêmes préve-\nnances, et, comme auparavant, il payait son écot en bons et valables\nmorceaux religieux. Un troisième couvent succédait au second, puis un\nquatrième au troisième, et de Franciscains en Dominicains, et de Domi-\nnicains en Capucins, il atteignait l'extreme lifnite de son congé, du-\nrant lequel, chez les Franciscains, chez les Dominicains et chez les Cap-\nucins, messes, vepres, compiles et litanies s'étaient amoncelés., sans comp-\nter les répons, les graduels, les offertoires et cent autres fragments\ndes exeicices du culte, lambeaux éparpilles d'une muse prodigue.,"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "287", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.23", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2785, "texte": "*\nsur laquelle le bénéfice de jouissances éphémères exerçait une action plus\npuissante que le souci d'une enviable postérité.\nQuand il avait terminé ses excursions, Michel Haydn revenait à Saltz-\nbourg. Il reprenait sa chaîne habituelle, et fortifié par le repos produc-\ntif des semaines écoulées, il se remettait avec une nouvelle ardeur au\ntravail, jouant les orgues dès les premières heures du jour, donnant des\nleçons, composant pour la chapelle, du prince, jusqu'à la nuit, et termi-\nnant sa journée bien remplie à la cave, également bien du cou-\nvent de Saint-Pierre.\nUn jour cependant, un événement imprévu vint interrompre le cours\nde cette existence régulière. Une lettre, venue de Vienne, mandait l'hum-\nble maître de chapelle saltzbourgeois dans cette ville. Joseph Haydn par-\nvenu au faîte de la renommée, avait souvent, dans sa juste appréciation\ndu talent de son frère, fait exécuter des ouvrages de ce dernier, er le\npublic avait chaque fois ratifié le choix de son maître tavori. La cour\ns'était émue de ces manifestations artistiques, et à la suite de l'audition\nd'une messe composée en l'honneur de l'impératrice, celle-ci avait\nordonné que son auteur vînt en diriger une seconde et solennelle exécu-\ntion. Dans sa joie, Haydn avait aussitôt écrit à son frère de venir le\nretrouver à Vienne. Celui-ci fit bien d'abord quelques difficultés; un\ndéplacement, et surtout un tel honneur lui paraissaient vertigineux, la\nbanlieue de Saltzbourg lui ayant depuis de longues années apparu\ncomme les confins du cercle de son activité, et le défroncement partiel des\nsourcils du prince-archevêque comme le comble des faveurs terrestres.\nIl se mit en route cependant, et arriva à Vienne.\nLes soins pieux de Joseph Haydn avaient aplani d'avance toutes les\ndifficultés : tout était préparé pour assurer au frère bien-aimé un succès\nvéritable, et grâce à ces précautions, la réussite dépassa les espérances du\ngrand maître. La messe, supérieurement exécutée par les premiers artis-\ntes de la Chapelle Impériale, fut appréciée à 'sa valeur par l'auguste\nassistance; l'impératrice en manifesta hautement son contentement, et\nelle fit prier le compositeur à dîner au château de Schœnbrunn. En vain\nMichel Haydn essaya de refuser l'invitation impériale, prétextant le dé-\npart de la diligence de Salzbourg, qui avait lieu le jour même. L'ordre\nétait formel; on ne pouvait s'y soustraire. Il se rendit donc à Schœn-\nbrunn et fut introduit dans les appartements de réception, où de grands\ndignitaires s'entretenaient avec Leurs Majestés en attendant l'heure du\ndîner. Haydn se sentait mal à l'aise en cette compagnie; il ne savait\nquelle contenance prendre pour cacher son embarras, et aurait voulu\nque le plancher s'entrouvrît sous ses pas; mais quel ne fut pas son effroi,"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "288", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.24", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1986, "texte": "lorsque Faîtière Marie-Thérèse elle-même, s'avançant vers lui, lui adressa\nla parole en des termes affectueux et le complimenta sur ses composi-\ntions. Pour le coup, c'était trop: Michel Haydn sentit ses jambes fla-\ngeoler; il balbutia quelques syllabes inintelligibles; puis, perdant tout à\nfait la tête, il se retira en saluant, et parvenu à la porte du salon, il se\nsauva comme un voleur, descendit comme un fou les escaliers, et se jeta\ndans un fiacre qui le ramena à Vienne, Là, il courut d'un trait à la dili-\ngence, s'enfouit sous la bâche pour qu'on ne le reconnût pas, et ne s'ar-\nrêta dans son voyage fantastique, que devant la porte de son domicile,\nà Saltzbourg.\nDe nouvelles années tranquilles succédèrent à cette équipée. A la\nvérité, l'occasion de se faire un grand nom était perdue pour Haydn;\nmais, dans son amour de la vie tranquille, il bénit le ciel de n'être point\nobligé de respirer l'air de la cour, qui lui avait monté si fort au cerveau,\net se contenta de la faveur dont il jouit, à la suite de son voyage à Vienne,\nauprès des musiciens de Saltzbourg ; faveur à laquelle Mozart mit le com-\nble en lui demandant des copies de plusieurs ouvrages., et en lui envoyant\ndeux duettinos pour violons qu'il avait spécialement composés pour lui.\nCes duettinos qui furent, comme dirait M. Prudhomme, le plus beau\njour de la vie de Michel Haydn, se rapportent à Tune des occupations les\nplus importantes de l'existence active, quoique contemplative en appa-\nrence, du maître saltzbourgeois : nous voulons parler du temps qu'il con-\nsacrait à l'instruction de nombreux élèves, auxquels il enseignait son\nart. Parmi ceux-ci, plusieurs sont devenus à leur tour des maîtres esti-\nmables ; quelques-uns se sont acquis une grande renommée; et l'un d'eux\na eu la gloire de jeter à lui seul plus de lumière sur le vieux musicien\nque tous les autres réunis : nous avons nommé Weber, l'immortel au-\nteur du Freischùt\n(La suite prochainement.)\n\nEDMOND NEUKOMM."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-12-15-01-c014", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-12-15_01#c014", "volume": "bmtnabc_1873-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "289", "page_fin": "294", "image_debut": 25, "image_fin": 30, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.2.4", "titre_corps": "REVUE DES CONCERTS", "titre_sommaire": "REVUE DES CONCERTS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 25, "page_imprimee": "289", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.25", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1686, "texte": "REVUE DES CONCERTS\nCONCERTS POPULAIRES : Symphonie en si bémol de Niels Gade. Symphonie brève de\nM. Théodore Gouvy. L'exécution du septuor de Beethoven. CONCERT NATIONAL :\nUArtésienne de M. G. Bizet. Sicilienne de Boccherini. Scherzo de Cherubini.\nRuth de M. Franck. Phaéton de M. Saint-Saëns. Scènes pittoresques de M. Masse-\nnet. CONCERT DANBÉ : L'exécution et les solistes. Madame Floriani CONCERTS\nDU CASINO : Les Damen-Orchester de madame Amann Weinlich.\nONCERTS POPULAIRES. Le dernier concert populaire\nde la première série a été fort intéressant sous bien des\nrapports. La symphonie en si bémol de M. Niels Gade,\noffre des pages très saillantes, surtout dans l'allégro et\ndans le finale. L'allégro, écrit d'une manière claire et\nlimpide, se fait comprendre immédiatement : les deux\nmotifs, et notamment le second, sont larges et nobles, et la péroraison\nest d'un bel effet. L'andante, fort court, est assez joli, sans cependant\noffrir de motif hors ligne. Le finale, bien qu'un peu confus par-ci, par-\nlà, est plein de feu et de verve.\nLa première audition d'une symphonie brève de M. Théodore Gouvy,\nne lui a pas été favorable, malgré le soin avec lequel elle a été exécutée.\nCette symphonie ne se compose que de variations et d'un rondo. Le\nthème, ainsi que les variations, sont en mineur, et rien ne prête moins\nà l'effet, dans des variations, que le mode mineur, qui, grave et sombre\nde lui-même, peint à merveille la mélancolie, la tristesse, la fureur, mais\nne saurait jamais être ni léger ni brillant. Le rondo qui suit est trivial\net savant à la fois. Le motif principal rappelle parfois l'air de la Monaco\\\non pourrait l'intituler Rigaudon fugué. Comme M. Gouvy a depuis"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "290", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.26", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2686, "texte": "longtemps donné de nombreuses et irrécusables preuves d'un vrai talent,\non lui doit la vérité tout entière.\nA l'égard du septuor de Beethoven, je me permettrai une observation\nqui ne touche en rien à l'excellente exécution de l'orchestre de M. Pasde-\nloup, mais à l'idée première qu'on a eue de faire jouer par tous les instru-\nments à cordes, ce qui n'est écrit que pour ces instruments solo. Le ré-\nsultat en est très beau, mais la clarinette, le cor et le basson sont sacri-\nfiés, sauf dans les passages où leur partie est à découvert. Te sais bien\nque dans tous les orchestres les instruments à vent jouent solo, quand\nils ont un chant, et que d'un autre côté, il est extrêmement difficile\nd obtenir une justesse absolue, lorsque deux de ces instruments exécu-\ntent la même partie. Mais il faut remarquer que Beethoven ayant écrit\npour sept instruments, ni plus ni moins, a calculé ses effets de sonorité\nd une certaine manière et non d'une autre, et ensuite que, vu l'habileté\net le talent de MM. les artistes des Concerts populaires, ils arriveraient, à\nn'en pas douter, à une justesse parfaite, si ce septuor était distribué pour\ntous les instruments à cordes, et deux clarinettes, deux cors et deux bas-\nsons à l'unisson. Puisque dans les grands festivals les instruments à vent\nsont souvent quadruplés et sextuplés, pourquoi ne pas tenter de les dou-\nbler dans le septuor de Beethoven? Je crois qu'il y gagnerait encore.\nHenry Cohen.\nCONCERT NATIONAL. Bien que le Concert national ait à peine un an\nd'existence, il n'en a pas moins exercé déjà une influence considérable sur\nle mouvement musical auquel a donné naissance l'institution des Sociétés\ndestinées à populariser les chefs-d'œuvre de la musique classique. Ce\nmouvement, les Concerts du Conservatoire Pavaient préparé de longue\nmain : les Concerts populaires lui ont donné en quelques années une im-\npulsion extraordinaire ; mais c'est surtout le Concert national qui en a\ndéterminé le véritable caractère, et qui l'a engagé décidément dans la di-\nrection qu'il convient de lui imprimer, afin d'en tirer parti au mieux des\nintérêts de l'art. Et en effet, tandis que les deux premières Sociétés se\npréoccupaient surtout de vaincre l'indifférence du public pour la forme\nsymphonique, en propageant la connaissance de ces chefs-d'œuvre de\n1 esprit humain qui ont immortalisé les noms d'Havdn, de Mozart, de\n*V 7 /\nBeethoven, de Weberet de Mendelssohn, le Concert national, bien plus\nhardi, entreprenait de créer un nouveau répertoire à côté du répertoire\nclassique, et produisait, en moins de huit séances, plus de trente œuvres\ninédites, appartenant toutes à l'École française contemporaine et si-"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "291", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.27", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2761, "texte": "gnées : Massenet, Saint-Saëns, Bizet, Dubois, Paladilhe, Joncières,\nCastillon, Lalo, Gouvy, Franck, etc Ainsi se trouvait réalisé pour\nla première fois ce programme, qui doit être désormais la loi de toute\nSociété de musique instrumentale vraiment dévouée aux intérêts de Fart\nnational, et qui consiste à associer dans une égale mesure les œuvres\ncontemporaines françaises aux chefs-d'œuvre de l'École classique. Ce\nprogramme, le Concert national l'a mis en pratique l'hiver dernier à\nFQdéon, et il en a obtenu de magnifiques résultats; il annonce l'inten-\ntion d'y rester fermement attaché dans la nouvelle campagne qu'il vient\nd'entreprendre au Châtelet. Bravo ! l'École française comptera à la fin\nde cette saison quelques belles œuvres de plus !\nDans chaque numéro de la Chronique musicale, je donnerai, à cette\nmême place, un compte rendu détaillé de toutes les œuvres inédites qui\nauront été jouées dans la quinzaine; mais, pour aujourd'hui, je dois me\nborner à liquider l'arriéré et à faire sommairement une revue rétrospec-\ntive des cinq premiers concerts.\nOn a exécuté dans la première séance les morceaux symphoniques\ncomposés par M. Bizet pour Y Artésienne d'Alphonse Daudet. La mu-\nsique de M. Bizet avait été peu appréciée au Vaudeville, où elle était\nabsolument déplacée ; transportée au Châtelet, elle y a retrouvé le succès\ntrès mérité qu'elle avait déjà obtenu aux Concerts populaires. Après un\nassez beau concerto pour violon de Max Bruch, qui a été fort bién.rendu\npar M. Sarasate, je signalerai encore dans le programme des deux pre-\nmières séances une Sicilienne inédite de Boccherini et un ravissant\nScherzo, tiré de l'un des trois quatuors de Cherubini. Le quatrième\nconcert delà première série a été occupé en grande partie par l'exécution\nd'une œuvre chorale : Ruth, églogue biblique en trois parties de\nM. Franck. Cet ouvrage est écrit avec beaucoup de talent ; on y trouve\nquelques effets larges et puissants ; mais l'ensemble est d'une longueur\nexcessive et le style en a paru plus monotone que vraiment religieux.\nM. Saint-Saëns continue avec succès la série de ses Poèmes sympho-\nniques, dont les sujets sont empruntés à la Fable. Après Prométhée et le\nRouet d'Omphale, voici Phaéton. J'ai écouté ce nouveau morceau en\nayant constamment le programme sous les yeux, et je dois reconnaître\nen toute sincérité que le développement symphonique m'a paru suivre\nau pied de la lettre la donnée mythologique; le compositeur a donc\nréussi, j'ajouterai même qu'il a fait preuve d'un très réel talent. Mais\nquel genre bizarre et quelle singulière idée de s'étudier à rabaisser, à\nl'imitation de quelques phénomènes du monde matériel, un art destiné\navant tout à toucher le cœur et à frapper l'imagination ! Tous ces essais"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "292", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.28", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2492, "texte": "de musique descriptive et pittoresque me remettent toujours en mémoire\nl'excellente satire qu'en fit jadis Swift, lorsqu'il envoya les paroles d'une\ncantate à son ami le docteur Ecclin pour qu'il la mît en musique, en lui\nrecommandant de bien imiter le trot} Yamble, le reniflement et le galop\nde Pégase ! M. Saint-Saëns, lui, a voulu nous peindre la course désor-\ndonnée du char du Soleil livré aux mains inhabiles de Phaéton. Je ne\ndemande pas mieux, le programme aidant, de voir tout cela dans sa\nmusique ; mais comment diantre î m'y prendrai-je pour faire passer\nma conviction dans l'esprit de mon voisin pour qui tout ce détachement\nsymphonique ne représente qu'un fiacre, monté par un automédon en\ngilet rouge et entraîné par deux rosses qui ont pris le mors aux dents et\nse livrent à une course folle à travers le boulevard Montmartre? Sur\nquels signes certains voulez-vous que je me fonde pour combattre\nson erreur ? Non, décidément, ne me parlez pas de la musique à pro-\ngramme. Lorsqu'on peut, comme M. Saint-Saëns, prétendre à des\nsuccès de meilleur aloi dans un genre plus relevé, on doit s'empresser de\nlaisser de côté toutes ces puérilités vraiment indignes d'un musicien\nsérieux.\nL'œuvre la plus remarquable qui se soit produite jusqu'ici au Concert\nnational, c'est la quatrième suite cTorchestre de M. Massenet, intitulée :\nScènes pittoresques. Les Scènes pittoresques forment un trèsr heureux\npendant aux Scènes hongroises, jouées l'hiver dernier aux Concerts\npopulaires ; elles font le plus grand honneur au jeune auteur de Marie\nMagdeleine. Il resterait maintenant à examiner quelle est au juste la\nvaleur musicale de cette nouvelle forme symphonique, inaugurée chez\nnous avec beaucoup de succès par MM. Massenet et Guiraud ; c'est ce\nque nous ferons à la première occasion.\nH. Marcello.\nCONCERT DANBÊ. —M. Danbé qui, après deux ans d'heureuse et tran-\nquille jouissance du salon du Grand-Hôtel, s'en était vu exproprié, vient\nde recevoir une hospitalité tout écossaise de la part de M. Henri Herz,\nqui lui a généreusement offert sa salle avec l'éclairage. C'est agir en\ngrand et noble seigneur.\nLes deux morceaux les mieux réussis du concert de jeudi dernier sont\nla charmante ouverture de la Fête du village voisin, et surtout les airs\nde ballet du Prophète, que le peu nombreux, mais vaillant orchestre de\nM, Danbéa exécuté avec un entrain et une verve qui paraissaient doubler\nla masse des instrumentistes. La manière dont a été rendu Vandante de"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "293", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.29", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2731, "texte": "la symphonie en la de Beethoven, a pu en donner une idée à des per-\nsonnes qui ne la connaissaient pas ; mais M. Danbé ne doit pas perdre\nde vue que le public de la salle Herz est plus exigeant que le public mêlé\ndu Grand-Hôtel. La Rêverie de Dunkler est un joli effet, et M. Loys,\nchargé du solo de violoncelle, joint à une belle exécution une superbe\nqualité de son. M. Turban a parfaitement joué le solo de clarinette dans\nle quintette de Mozart. Mais dsoù vient que ces mêmes artistes, qui tous\nont du talent et exécutent si bien les œuvres symphoniques, sont si fai-\nbles lorsqu'il s'agit d'accompagner le chant ? Ainsi, Pair du Freischut\\\nmanquait d'ensemble, de nuances et surtout de délicatesse. De plus, le\nmouvement qui suit Vandante a été pris trop vite. Du reste, madame\nFloriani, très belle et élégante jeune femme, dont les sons élevés ont\nbeaucoup d'éclat, n'a pas été non plus sans reproche dans cet air diffi-\ncile, dont elle aurait mieux fait de chanter la traduction de Castil-Blaze,\nqui, malgré quelques accrocs au texte de Weber, est de bien loin la plus\nmusicale de toutes celles qu'on a faites. Si madame Floriani fait entendre\nde nouveau la romance de Garat : Dans le printemps de mes annéesr il\nfaudra qu'elle se rappelle que Garat a dû sa grande célébrité à son admi-\nrable articulation des paroles. Quant à la romance de Mozart : L'Amour\nmalheur eux, il faut convenir franchement qu'elle est peu digne de lui.\nH. C.\nCASINO*CADET. —CONCERT DES DAMEN-ORCHESTER. Il ne m'en coûte-\nrait pas plus d'appeler cette compagnie de virtuoses en jupons orchestre\nde dames que damen-orchester, mais je crois cette dernière dénomina-\ntion plus topique, tant le cotillon allemand y prédomine. Ainsi, dites\ndamen-orchester et prononcez de même qu'à Berlin. L'Allemande du\nSud est vive, enjouée et nerveuse, avec la taille svelte et les extrémités\ndélicates : elle a dans l'œil comme un rayon du soleil latin. Je manque-\nrais àla galanterie française envers les damen-orchester si je vous faisais\nle portrait de l'Allemande du Nord. Paix donc sur ce chapitre!\nL'orchestre de dames est dirigé par madame Amann Weinlich, une\njeune femme assez élégante, froide et flegmatique : elle le conduit de\nmémoire, avec fermeté, à petits coups de bras secs et sûrs : elle accueille\nle bis sans aucun transport, avec ce pincement de lèvres particulier aux\npersonnes graves qui se croient l'objet d'une mauvaise plaisanterie. La\nqualité la plus recommandable de son orchestre est la précision mathé-\nmatique du mouvement et le respect absolu de la mesure. Son défaut\nle plus saillant est l'inconscience de la ligne mélodique à laquelle il ne\ndonne pas le relief suffisant : il n'a aucun souci de l'expression et des"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "294", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.30", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2536, "texte": "nuances. Madame Weinlich devrait surtout s'étudier à en rétablir\nl'équilibre, compromis par les représentants du sexe masculin chargés\ndes cuivres : ces jeunes gens soufflent à pleins poumons dans leurs\ninstruments, comme s'il leur était commandé d'annoncer le jugement\ndernier. Ils sont secondés dans cette besogne par les jeunes filles de la\nbatterie, qui sont littéralement inexorables. Les instruments à cordes,\nd'une facture et d'une sonorité défectueuses, s'épuisent en efforts super-\nflus contre ces robustes adversaires. C'est une lutte pénible entre deux\ncamps d'où l'harmonie s'est envolée. Un harmonium qui prend part à\nl'exécution de presque tous les morceaux essaye en vain de jeter du gris\nsur ces couleurs criardes. La famille si intéressante des instruments de\nbois, d'où Ton tire des effets si pittoresques, est loin d'être au complet,\npuisqu'elle ne compte ni hautbois ni basson. Madame Weinlich n'a-t-\n------elle pu trouver de demoiselles qui se résignassent à les emboucher? J'ai\npourtant lu quelque part qu'une grande dame française du dix-huitième\nsiècle, dont le nom m'échappe, avait appris le basson pour plaire à je ne\nsais quel gentilhomme qu'elle aimait. Le sexe faible a-t-il dégénéré?\nLeprogrammedes damen-orchester est assez varié, et n'est pas dépourvu\nd'intérêt. Il se compose de symphonies classiques en petit nombre, de\nfragments d'opéras hongrois, d'ouvertures d'œuvres anciennes et mo-\ndernes, de trios pour violon, violoncelle et piano. Ce qu'elles jouent le\nmieux, à tout prendre, c'est la musique de danse, les valses de Strauss\nde Vienne, les polkas et les galops. Mademoiselle Pauline Jewe exécute\nsur le violon des variations et des fantaisies : elle ne manque pas d'habi-\nleté, mais son archet s'égare volontiers sur les notes extrêmes de la\nchanterelle où la justesse et le charme ne la suivent pas toujours.\nJe vous conseille de les aller entendre, à titre de distraction artistique.\nAu demeurant, c'est une curiosité inconnue aux Parisiens, et peut-être\nn'en reverra-t-on pas d'analogue d ici longtemps. Rien, toutefois,\ndans la nature elle-même et dans nos mœurs, ne s'oppose à la\ncréation et àla généralisation d'orchestres féminins. Chaque année,\ndans les concours de violon et de violoncelle, au Conservatoire, nous\nvoyons apparaître les blanches robes de jeunes filles venues pour s'en\ndisputer les prix, et l'on sait, par l'estampe de Bonnard reproduite ici,\nque nos aïeules s'exerçaient, elles aussi, sur la viole, il y a bientôt\ndeux siècles,\nArthur Heulhard."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-12-15-01-c018", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-12-15_01#c018", "volume": "bmtnabc_1873-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "295", "page_fin": "299", "image_debut": 31, "image_fin": 36, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.2.5", "titre_corps": "REVUE DES THÉATRES LYRIQUES", "titre_sommaire": "REVUE DES THÉATRES LYRIQUES", "signature_source": "ARTHUR HEULHARD", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 31, "page_imprimee": "295", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.31", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1757, "texte": "REVUE DES THÉATRES LYRIQUES\n\nOPÉRA-COMIQUE : Reprise de Maître Wolfram, de M. Ernest Reyer. M. Boithy.\nMademoiselle Chapuy. >— RENAISSANCE: La Jolie Parfumeuse, Mesdames Théo\net Grivot. MM. Bonnet, Daubray et Troy. MENUS-PLAISIRS : La Liqueur d'or\nde M. Laurent de Rillé. Mesdames Matz-Ferrare et Silly. M. Milher.\nOMME artiste, M. Ernest Reyer, l'auteur de Maître\nWolfram, est un tempérament ; comme homme, un\ncaractère. Artiste, il est inébranlable dans sa foi musi-\ncale. Homme, il est incapable d'une concession dont\nl'opportunité ne lui serait pas démontrée à lui-même\npar lui-même. C'est dire qu'il est tout d'une pièce et\nqu'il n'a plié l'échiné ni devant la critique, ni devant les préjugés d'école,\nni devant les administrations théâtrales. Sa carrière s'est naturellement\nressentie de ce manque de souplesse : on y compte des silences de cinq\nans, des pauses de dix ans, et tandis que M. Offenbach escalade les tré-\nteaux de l'Opéra-Comique avec quatre partitions en trois actes qui tom-\nbent coup sur coup, M. Ernest Reyer, une des physionomies les plus\noriginales de l'école française moderne, attend que l'auteur de Barkouf,\nde Robinson Crusoé, de Vert-Vert et de Fantasio se range pour laisser\npasser l'auteur de Maître Wolfram et de la Statue.\n(Test avec Maître Wolfram que M, Reyer aborde la scène pour la\npremière fois, le 20 mai 1854. Il avait peu produit auparavant : des\nromances, line messe solennelle pour la duchesse d'Àumale et Fode sym-\nphonique le Sélam y voilà quel était le bagage du jeune compositeur;\nIl avait conçu en Afrique ridée du Sélani et l'avait communiquée à\nThéophile Gautier, qui, sur ce léger canevas de scènes de la vie arabe,\navait brodé de jolis vers alertes et bien rhythmés. M. Reyer en avait écrit\nla musique."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "296", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.32", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2848, "texte": "On ne manqua pas d'établir entre le Sélam et le Désert de Félicien\nDavid, dont l'apparition ne datait pas de loin, des rapprochements qui\nne tournaient pas à l'avantage du premier. L'étrangeté de style du\nSélam déconcerta plus d'un critique. Scudo, contrarié dans son idéal et\ntroublé par des effets d'instrumentation inquiétants, laissa percer la\nmauvaise humeur qu'il en ressentait. Il avança perfidement que, sauf\ncertains raccords du cru de M. Reyer, les mélodies du Sélam avaient\nété sans façon notées par lui et rapportées d'Afrique comme un souvenir\nde voyage. Sept années s'écoulèrent avant que M. Reyer ne tentât son\nsecond assaut du public parisien. Durant cet intervalle, il se recueillit\net s'orienta : il n'eut, d'ailleurs, que peu de peine à choisir sa voie, et\nse laissa aller au penchant qui l'entraînait invinciblement vers l'école\nromantique allemande, à la suite de Weber, pour lequel il s'était épris\nd'une belle passion. Il s'est rendu extrêmement familier avec les formules\nde la doctrine nouvelle, et de ce commerce intime avec le plus grand dra-\nmatiste lyrique de l'Allemagne moderne, il a gardé comme un reflet du\ngénie de son idole. M. Reyer était encore sous l'impression toute fraîche\nde son enthousiasme lorsqu'il écrivit Maître Wolfram, en 1854. Il ne\ntombe jamais dans l'imitation servile du maître; le métier de copiste\nrépugnerait à sa nature d'artiste instinctivement libre et aventureux,,\nmais ses sympathies se trahissent malgré lui, jusque dans la tournure\nde sa mélodie, jusque dans la facture de son instrumentation. La parenté\nn'est pas niable. Ce qu'il y a de meilleur dans M. Reyer, c'est M. Reyer\nlu i-même, avec ses audaces, ses trouvailles et son originalité native :\nc'est quand il ressaisit sa personnalité qu'il frappe les coups décisifs et\nqu'il compose tout d'un jet la Statue, une des œuvres les plus remar-\nquables qu'on ait entendues dans ces vingt dernières années, et dont la\nreprise par l'Opéra-Comique serait à la fois un acte d'intelligence et de\nréparation. Mais revenons à Maître Wolfram.\nMaître Wolfram, dont le poème est de Méry, fut représenté pour\nla première fois au Théâtre-Lyrique, peu de temps avant sa clôture, le\n20 mai 1854. Le rôle de l'organiste amoureux Wolfram fut créé d'ori-\nginal par le baryton Laurent, et celui d'Hortense par madame Meillet\nalors dans tout l'éclat de sa voix et de sa beauté. Maître Wolfram ob-\ntint, à son apparition, au Théâtre-Lyrique, un succès très vif, qu'il re-\ntrouva tout entier à l'Opéra-Comique, lorsqu'il passa, quelques années\nplus tard, dans le répertoire de ce théâtre. Près de vingt ans ont passé\nsur cette partition, et le temps n'y a pas laissé l'empreinte de son irré-\nparable outrage. La reprise de Maître Wolfram, la semaine dernière,\na été chaleureusement accueillie, ainsi que les deux morceaux que l'au-"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "297", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.34", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2633, "texte": "teur a ajoutés à son texte primitif, un arioso et un duo. L'ouverture est\nune symphonie très étudiée dans ses détails, mais le plan en est mal concu\net parconséquent mal développé. C est un morceau prétentieux et long,\nce qui est bien éloigné du cadre de l'Opéra-Comique. M. Reyer a pris\nune revanche éclatante dans Varioso : O larmes, larmes, coule; douce-\nment de mes yeux, chanté par M, Bouhy, avec une chaleur communi-\ncative qui a soulevé les bravos et les bis de toute la salle. Voilà une\ninspiration coulant de source claire, pleine de simplicité et aussi\nd expression. La même ovation a été faite à la délicieuse romance\nd Hélène : Je crois ouïr dans les bois, sur laquelle passe comme un\nsouffle du printemps. On a obligé mademoiselle Chapuy à la redire.\nLe laige cantabile de Wolfram : Douce harmonie, et sa romance :\nJ'ai dit à toute la nature,ont été tout aussi bien reçus. Le duo pour\nténor et soprano, entre M. Coppel et mademoiselle Chapuy, a paru\nun peu haut en couleur et surchargé de modulations portenteuses ;\nen cela, il dépasse complètement le but. Que citerons-nous encore? L'air\ndu ténor -. Maudit soit le ferrailleur, qui est d'un bon style, et deux\nchœurs d étudiants d une sonorité brillante enserrée dans un rhythme à\nl'emporte-pièce. M. Bouhy, qui tenait le rôle de maître Wolfram, con-\nduit avec une méthode excellente une voix moelleuse et bien sonnante ;\nil phrase avec cet aplomb et cette égalité de son auxquels on reconnaît\nle chanteur élevé à bonne école. Mademoiselle Chapuy, qui jouait Hé-\nlène, y a dépensé tout son talent de comédienne expérimentée. Son so-\nprano, très voilé dans les notes graves du registre, s'assouplit et acquiert\nde 1 ampleur . elle le maintient avec adresse dans la demi-teinte dont elle\naffectionne les effets. La morale de la reprise de Maître Wolfram,\nc'est la reprise de la Statue.\nRENAISSANCE. LA JOLIE PARFUMEUSE. 29 Toutes les\nfois que le rideau se lève sur un mariage, dans un de nos théâtres pari-\nsiens, tenez pour assuré que l'intrigue de fond repose sur une sépara-\ntion excentrique de la femme et du mari au solennel moment de la nuit\ndes noces, et qu'elle se dénouera par la rencontre inattendue des deux\népoux biusquement sepaies par le hasard. Tel est le point de départ de\nvingt vaudevilles du Palais-Royal et des deux opéras bouffes les plus\ncourus de ce temps-ci, la Timbale det la\ngot. C est aussi la situation initiale de la Jolie Parfumeuse, et je m'ex-\nplique la préférence des auteurs pour les sujets à mariage, car, plus\nheureux généralement que les gens qu'ils mettent en ménage, ils fêtent\nleur centième avant que ceux-ci ne songent même à leur"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "298", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.35", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2718, "texte": "Les auteurs de la Jolie Parfumeuse ne pouvaient soutenir l'intrigue peu\naccidentée de leur pièce qu'en la flanquant de scènes accessoires qui ne\nfussent ni trop longues ni trop grivoises. Ils ont côtoyé l'écueil avec\nassez d'habileté, et servis par bun grand fond de gaieté naturelle, ils ont\npu se faire écouter jusqu'au bout sans murmure.\nLa noce de Rose Michon, la jolie parfumeuse, se fait aux Porcherons,\nun coin de Paris charmant, aujourd'hui enseveli sous des maisons à\nsix étages,\nDussé-je passer pour un sacrilège envers les dieux de la musique et de\nla comédie, je trouve l'acte des Porcherons, par lequel s'ouvre la pièce, fort\nbien présenté et musiqué. J'y vois errer comme l'ombre chérie de nos\nfêtes populaires perdues ; c'est un joyeux écho de la foire Saint-Laurent\nqui bruit à mon oreille. Jeaurat ou le Prince a brossé le décor ; Vadé,\nmitigé de Favart, a signé l'acte, et, sous les couplets d'Offenbach, je dis-\ntingue la vieille forme du vaudeville français avec sa reprise inévitable\nen chœur. J'aime moins les actes suivants, parce que, le décor chan-\ngeant, la musique d'Offenbach s'exile de son cadre naturel, la place pu-\nblique.\nQffenbach tenait sans doute à donner la synthèse de sa manière dans\nla partition de la Jolie Parfumeuse. On n'y rencontre guère de motifs\nqui ne se retrouvent en germe dans ses opérettes antérieures. Le malheur\nest que cette sorte de résumé des Brigands, de la Grande-Duchesse, de\nla Princesse de Trébiçonde et autres enfants de sa veine, ait été fait trop\nà la hâte. Le directeur de la Gaîté a nui considérablement au maestro\nQffenbach, et je pourrais citer dans la Jolie Parfumeuse telle et telle\nidée qui a dû être interrompue par le paiement d'une facture. Dans ce\nconflit entre la gestation de la Jolie Parfumeuse et la mise en scène de\nla Jeanne-Darc, le compositeur a quelquefois repris le dessus sur l'ad-\nministrateur, mais par éclaircies seulement.\nLe premier acte est semé de nombreux couplets dont le refrain se\nrépète en chœur : ils ne se distinguent point par l'originalité, mais ils\naniment la scène. Le duo : Tenemonsieur Babolet, est bien venu ;\nles couplets du pseudo-peintre Bonnet, agréablement tournés d'ailleurs,\nrappellent trop l'allégro du duo des Cent Vierges3 au premier acte; la\nronde Quand les gens de la noce, qui sert de finale à l'acte, est plein de\nverve et d'entrain. C'est de la musique de jambes. A partir du second\nacte, les machinistes, le régisseur et les habilleuses de la Gaîté commen-\ncent à venir tirer M. Qffenbach par le pan de son habit. C'est alors qu'il\nplaque dans sa partition des airs d'opéra-comique fastidieux qu'il dis-\ntribue au hasard à M. Troy et à mademoiselle FonU. Il est temps que"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "299", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.36", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2204, "texte": "mesdames Théo et Grivot viennent à la rescousse avec leurs jolis duos\net que l'excellent Bonnet se mette de la partie en récitant la demande\nen mariage de Poirot,une sorte de syllabique dont l'accompagnement\nest ingénieux. La chanson de Bruscambille, dite au second acte par\nmadame Théo, n'est ni neuve ni amusante, quoiqu'on l'ait bissée d'au-\ntorité.\nNe quittons pas la Jolie Parfumeuse sans nous être incliné devant\nla spirituelle beaute de madame Théo et les grâces piquantes de madame\nGrivot. Disons aussi que M. Bonnet réjouit fort, et qu'à son contact,\nM. Daubray, un pastiche du pauvre Désiré, commence enfin à chauffer\nson jeu.\nMENUS-PLAISIRS. LA LIQUEUR D'OR. - U Charles\nonselet a inventé, dans sa Lorgnette littéraire, un subterfuge fort\ncommode pour se dispenser d'apprécier l'œuvre de certains confrères\nIl remplace leur biographie par un morceau choisi dans nos meilleurs\nauteurs. J'aurais préféré substituer au compte-rendu de la\ndor un extrait de la Chute des Feuillde Millevoye, et je l'aurais\ncertainement fait, si la paternité de la Liqueur d'or n'avait été endossée\npar M. Laurent de Rillé, une personnalité extrêmement sympathique\nans le monde musical où il occupe une place distinguée. Comment\nM. Laurent de Rillé a-t-il pu se fourvoyer au point d'écrire une parti-\ntion sur le scandaleux livret de la Liqueur d'or?\nLa Liqueur d'or est une découverte de MM. Busnach et Liorat, dont\nla propriété est de rendre mère au bout de trois jours. La première 'appli-\ncation qu ils en ont faite n'a pas été heureuse : ils l'ont administrée à la\nmuse de M. Laurent de Rillé qu'elle a stérilisée sur-le-champ. Sauf un\nduo fort bien écrit au premier acte, et un trio de basses à l'italienne\nterminé en quintette au second acte, il n'y a rien dans la Liqueur\nqui vaille la peine d'un examen sérieux. Le reste de la musique est abso-\nlument incohérent. La pièce est,, en général, bien jouée et chantée.\nMadame Matz-Ferrare a du goût et une voix juste. Comme je ne dirais\nïamais de mademoiselle Silly autant de mal que j'en pense, j'aime mieux\nme taire. Milher est excellent. ~ Le châtiment de M. Laurent de Rillé\nserait que la pièce eût du succès.\n\nARTHUR HEULHARD."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-12-15-01-c021", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-12-15_01#c021", "volume": "bmtnabc_1873-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 33, "image_fin": 33, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.2.5.3", "titre_corps": "DAME JOUANT DE LA VIOLE D'après une estampe de Bonnart (XVIIIe siècle).", "titre_sommaire": "DAME JOUANT DE LA VIOLE D'après une estampe de Bonnart (XVIIIe siècle).", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.33", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 71, "texte": "DAME JOUANT DE LA VIOLE\nD'après une estampe de Bonnart (XVIIIe siècle)."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-12-15-01-c023", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-12-15_01#c023", "volume": "bmtnabc_1873-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "300", "page_fin": "303", "image_debut": 37, "image_fin": 40, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.2.6", "titre_corps": "VARIA", "titre_sommaire": "VARIA", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 37, "page_imprimee": "300", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.37", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1725, "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nFAITS DIVERS\na vente de notre Numéro exceptionnel au profit du\npersonnel de l'Opéra, se poursuivra jusqu'au ier jan-\nvier 1874, dernière limite. Nous avons encaissé déjà\nprès de quatre cents francs, et notre recette ne doit\npas s'arrêter là.\nLa réouverture du cours d'Histoire de la Musique a eu lieu au Conser-\nvatoire.\nM. Eugène Gautier, dans cette chaire de création récente, va reprendre\nl'histoire de la musique au point où il l'avait laissée.\nVoici le programme de M. Eugène Gautier pour le mois de décembre : Pre-\nmière leçon : Viadana et l'art de l'accompagnement; deuxième leçon :\nCaccini, Emilio del Cavalière, YEuridice de Péri ; troisième leçon : Monte-\nverde et YOrfeo.\nLa Maison Heugel vient de publier une magnifique édition de Richard\nCœur-de-Lion, réduite (piano et chant) par M. A. Bazille d'après l'arrange-\nment orchestral d'Adolphe Adam, et illustrée d'une lettre autographe et d'un\nbeau portrait de Grétry d'après une gravure de Cathelin (1786). Cette édition,\nprécédée d'une notice de M. Victor Wilder sur la partition de Richard, est\nabsolument conforme à la représentation de TOpéra-Comique et en tout point\ndigne du chef-d'œuvre de Grétry.\nA Bordeaux, les représentations des Noces de Figaro sont interrompues\npar le malheur qui vient de frapper la première chanteuse, madame de Stuc-\nklé, dont la mère se trouvait à bord du steamer la Ville-du-Havre, qui vient\nde sombrer si malheureusement.\nLa mère de madame de Stucklé venait de New-York pour habiter Bor-\ndeaux, auprès de sa fille. Un instant on a douté que madame de Stucklé fût\nà bord du navire, mais une dépêche malheureusement trop vraie confirme\nqu'elle a péri dans cet horrible naufrage."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "301", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.38", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2039, "texte": "Le mardi, 9 décembre, une superbe représentation de la Favorite a été\ndonnée au Grand-Théâtre du Havre, au bénéfice de la Ville-du-Havre.\nVoici la distribution des rôles :\nAlphonse, Faure.\nFernand, Bosquin.\nBalthazar, Ponsard.\nDon Gaspard, Huet.\nLéonor, Mesdames Bloch.\nInès, Barbot.\nBallet : mesdemoiselles Maria Hennecart, Glary Hennecart, L. Chenat.\nLes artistes du Havre, afin de donner plus de splendeur encore à l'inter-\nprétation de l'opéra de Donizetti, n'ont pas hésité à chanter dans les\nchœurs.\nNous pouvons citer notamment : MM. Cabannes, Fronty, Ferrier, Tho-\nler, Seguin, Sujol, G. de Beer, Defoye, Disderi, Dios, Georges Miller, Du-\nquesne, Moreau.\nMesdames Parent, de Soor, Harel, Grenier, May, J. de Beer, Blonzac,\nPernay, Sézanne, Ygonnet, Delvalli.\nVieuxtemps, le célèbre violoniste, atteint d'une paralysie qui le met\nhors d'état de se faire entendre, vient de donner sa démission de professeur\nau Conservatoire de Bruxelles.\n\nNOUVELLES\n\nARIS. Opéra. Il n'y a pas moins de quatre compétiteurs à la\ndirection de l'Opéra dans la nouvelle salle, pas moins de quatre\ncombinaisons ayant toutes pour objet de terminer les travaux com-\nmencés, moyennant la concession du privilège pour un temps plus\nou moins long.\nLa Commission est opposée à la mise en régie de l'Opéra pour le compte\nde l'État.\nNous croyons pouvoir dire, en attendant, que le choix du ministre s'est\nporté sur M. Perrin, comme directeur de la salle provisoire et du nouvel\nOpéra.\nSi l'Opéra s'installe salle Ventadour, l'orchestre de l'Académie de musi-\nque sera réduit de 85 artistes à 60 au maximum, et Ton sera vraisemblable-\nment forcé de réduire aussi les chœurs. Il va sans dire, néanmoins, que tous les\nartistes, sans exception, resteront attachés à l'administration; des congés de\nsemaine leur seront accordés plus fréquemment, voilà tout.\nIl en sera de même pour le ballet. Il paraît, en effet, que pour le ballet\nproprement dit, le plancher scénique de la salle Ventadour serait à refaire\nentièrement, sa solidité n'étant point à l'épreuve,"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "302", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.39", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2553, "texte": "Italiens. Les débuts du ténor Devilliers dans la Traviata ont été assez\nheureux. Prochainement, viendront ceux du ténor Enrico Serazzi dans la\nSonnambula , de mademoiselle Brambilla et de M. Genevoix dans Lucia, et\nenfin de mademoiselle Donadio sur laquelle la direction compte beaucoup.\nC'est un véritable roman que l'histoire du ténor Devilliers.\nIl y a d eux ans, c'était un simple ouvrier tonnelier, comme jadis Poultier,\nde l'Opéra, ne sachant ni lire ni écrire. Un jour qu'il travaillait en chantant,\nsa bonne étoile voulut qu'il fût entendu par M. Rubini. L'excellent pro-\nfesseur lui proposa immédiatement de se charger de son éducation. Ce\nn'était pas une petite affaire : M. Devilliers avait tout à apprendre. Mais son\nintelligence aidant et grâce au zèle infatigable de son professeur, il a été\npromptement en état de se présenter devant le public et, qui plus est,\nde débuter en italien.\n\\ ; /\" •\nLe maestro Vianesi fait répéter le Astupe feminili , de Cimarosa.\nVoici la distribution des feminili : Bellina , mesdemoiselles Heil-\nbronn; Léonora, de Bogdani; Ersilia, Praldi ; Remualdo, MM.Fiorini ; Gram-\npolo, Zucchini ; Filandro, Serazzi.\nLa direction nous promet les di Figaro, avec la distribution\nsuivante : La contessa, mesdemoiselles Brambilla; Suzanna, Heilbronn ; Il\nPaggio, Bogdani; Almaviva, MM. Padilla ; Bartholo, Zucchini; Figaro,\nFiorini.\nMadame Penco est engagée aux Italiens. Elle chantera Semiramide, au\nmois de mars prochain, c'est-à-dire dès son retour de Russie.\nOn va mettre prochainement à l'étude les Educande di Sorrento d'un\ncompositeur absolument inconnu à Paris, le maestro Useglio.\nOpéra-Comique. Le bal de l'Association des artistes aura lieu le premier\nsamedi du carême, au théâtre de l'Opéra-Comique. On se rappelle qu'à\nl'exception de l'année dernière, ces fêtes se sont toujours données dans cette\nsalle.\nOde'on. L'Odéon se propose de fêter le 234e anniversaire de la naissance\nde Racine d'une façon très-originale. On donnerait une représentation\nd'Athalie, avec l'opéra complet de Mendelssohn, ouvertures, marche,\nsymphonies, solis, chœurs, etc., exécutés à la façon des oratorios allemands,\navec une grande masse chorale et un orchestre considérable.\nBouffes-Parisiens. En répétition aux Bouffes : les Poupées du Diable,\nopérette en un acte, de M. Schmidt, et la Comète ( titre provisoire ), opérette\nen un acte, de MM. Talexi, Grangé et Bernard.\nAthénée. On assure que M. Verger, l'ancien directeur du Théâtre-Ita-\nlien, s'associe avec M. Ruelle pour l'exploitation de l'Athénée."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "303", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.40", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2015, "texte": "Château-d'Eau. —■ Une partie de la malheureuse troupe de l'Athénée, lais-\nsée sur le pavé par suite de la fermeture de la salle de la rue Scribe, a passée\navec armes et bagages, au théâtre du Château-d'Eau,où elle joue maintenant\ntous les soirs. Elle a pendu la crémaillère à son nouveau logis avec Pépita ou\nla Dot mal placée, l'opéra bouffe de M. Georges Mancel qui eut un grand\nsuccès de rire à l'Athénée l'hiver dernier. La musique, qui est de M. Lacome,\nnotre collaborateur, a suivi, 011 le sait, l'heureuse fortune de la pièce, et la\ntraversée qu'elle vient d'accomplir ne lui a rien enlevé de sa verve et de son\nentrain. Nous n'avons pas à revenir sur le mérite de cette partition. La presse\na été autrefois unanime à le reconnaître. La Dot mal placée est très gaiement\nenlevée par mademoiselle Girard, MM. Geraizer, Lepers, Lary et Galabert.\nLe Barbier de Séville et le Bijou perdu alternent avec elle sur l'affiche.\nFolies-Dramatiques. C'est aux Folies-Dramatiques que sera représenté\nle Capitaine Fracasse, opéra comique en trois actes et cinq tableaux, livret\nde M. Catulle Mendès, musique de Émile Pessard.\nC'est, paraît-il, un grand opéra comique de cape et d'épée, très bouffon\nsans doute, mais contenant çà et là des scènes tout à fait dramatiques. La\npièce exigera un déploiement de mise en scène exceptionnel.\nQuant à l'époque de la représentation, rien de fixé encore, la musique\nn'étant pas achevée. On parle déjà de Sainte-Foy pour le rôle de Blazius et\nde Millier pour celui de Jacquemin Lampourde. 011 cherche un capitaine\nFracasse.\nL'audition du Messie de Haendel, au Cirque des Champs-Elysees, sous\nla direction de M. Charles Lamoureux, aura lieu le vendredi ic) décembre,\nLe dimanche 7 décembre se sont ouverts les Concerts du Conservatoire.\nLa Chronique musicale rendra compte de ces séances, d'une si haute portée\nartistique, toutes les fois qu'on y produira des œuvres nouvelles ou inconnues\nau public parisien.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. 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Nous avons encaissé déjà\nprès de quatre cents francs, et notre recette ne doit\npas s'arrêter là.\nLa réouverture du cours d'Histoire de la Musique a eu lieu au Conser-\nvatoire.\nM. Eugène Gautier, dans cette chaire de création récente, va reprendre\nl'histoire de la musique au point où il l'avait laissée.\nVoici le programme de M. Eugène Gautier pour le mois de décembre : Pre-\nmière leçon : Viadana et l'art de l'accompagnement; deuxième leçon :\nCaccini, Emilio del Cavalière, YEuridice de Péri ; troisième leçon : Monte-\nverde et YOrfeo.\nLa Maison Heugel vient de publier une magnifique édition de Richard\nCœur-de-Lion, réduite (piano et chant) par M. A. Bazille d'après l'arrange-\nment orchestral d'Adolphe Adam, et illustrée d'une lettre autographe et d'un\nbeau portrait de Grétry d'après une gravure de Cathelin (1786). Cette édition,\nprécédée d'une notice de M. Victor Wilder sur la partition de Richard, est\nabsolument conforme à la représentation de TOpéra-Comique et en tout point\ndigne du chef-d'œuvre de Grétry.\nA Bordeaux, les représentations des Noces de Figaro sont interrompues\npar le malheur qui vient de frapper la première chanteuse, madame de Stuc-\nklé, dont la mère se trouvait à bord du steamer la Ville-du-Havre, qui vient\nde sombrer si malheureusement.\nLa mère de madame de Stucklé venait de New-York pour habiter Bor-\ndeaux, auprès de sa fille. 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Cabannes, Fronty, Ferrier, Tho-\nler, Seguin, Sujol, G. de Beer, Defoye, Disderi, Dios, Georges Miller, Du-\nquesne, Moreau.\nMesdames Parent, de Soor, Harel, Grenier, May, J. de Beer, Blonzac,\nPernay, Sézanne, Ygonnet, Delvalli.\nVieuxtemps, le célèbre violoniste, atteint d'une paralysie qui le met\nhors d'état de se faire entendre, vient de donner sa démission de professeur\nau Conservatoire de Bruxelles."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1873-12-15-01-c027", "article_bluemountain": "bmtnabc_1873-12-15_01#c027", "volume": "bmtnabc_1873-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "301", "page_fin": "303", "image_debut": 38, "image_fin": 40, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.2.6.3", "titre_corps": "NOUVELLES", "titre_sommaire": "NOUVELLES", "signature_source": "Pour l'article Varia : Le Secrétaire de la Rédaction, O. 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Perrin, comme directeur de la salle provisoire et du nouvel\nOpéra.\nSi l'Opéra s'installe salle Ventadour, l'orchestre de l'Académie de musi-\nque sera réduit de 85 artistes à 60 au maximum, et Ton sera vraisemblable-\nment forcé de réduire aussi les chœurs. Il va sans dire, néanmoins, que tous les\nartistes, sans exception, resteront attachés à l'administration; des congés de\nsemaine leur seront accordés plus fréquemment, voilà tout.\nIl en sera de même pour le ballet. Il paraît, en effet, que pour le ballet\nproprement dit, le plancher scénique de la salle Ventadour serait à refaire\nentièrement, sa solidité n'étant point à l'épreuve,"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "302", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.39", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2553, "texte": "Italiens. Les débuts du ténor Devilliers dans la Traviata ont été assez\nheureux. 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Mais son\nintelligence aidant et grâce au zèle infatigable de son professeur, il a été\npromptement en état de se présenter devant le public et, qui plus est,\nde débuter en italien.\n\\ ; /\" •\nLe maestro Vianesi fait répéter le Astupe feminili , de Cimarosa.\nVoici la distribution des feminili : Bellina , mesdemoiselles Heil-\nbronn; Léonora, de Bogdani; Ersilia, Praldi ; Remualdo, MM.Fiorini ; Gram-\npolo, Zucchini ; Filandro, Serazzi.\nLa direction nous promet les di Figaro, avec la distribution\nsuivante : La contessa, mesdemoiselles Brambilla; Suzanna, Heilbronn ; Il\nPaggio, Bogdani; Almaviva, MM. Padilla ; Bartholo, Zucchini; Figaro,\nFiorini.\nMadame Penco est engagée aux Italiens. Elle chantera Semiramide, au\nmois de mars prochain, c'est-à-dire dès son retour de Russie.\nOn va mettre prochainement à l'étude les Educande di Sorrento d'un\ncompositeur absolument inconnu à Paris, le maestro Useglio.\nOpéra-Comique. 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Le directeur de\nla Chronique Musicale a bien voulu accueillir celle relative au rôle\nqu'a joué la musique à la Comédie-Française; nous l'en remercions.\nNous croyons devoir, avec plusieurs écrivains, faire dater ce théâtre\nnon de 1680, mais de 1658, année où Molière vint s'installer définitive-\nment à Paris.\nFondée lorsque l'Académie Royale de Musique ne Tétait pas encore,\nla Comédie eut à son service des auteurs qui, comme Molière, écrivirent\n\nIL\ni 8"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "266", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.2", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nà son intention des pièces où la musique tenait une place souvent im-\nportante, et elle conserva presque toujours, sous l'ancien régime, le désir\nd'en représenter de semblables.\nNous ne remonterons pas jusqu'aux représentations des mystères, qui\nn'appartiennent pas au théâtre régulier, et sur la partie lyrique desquelles\non a peu de détails. Les chanteurs et les joueurs d'instruments sem-\nblent s'y être tenus dans le Paradis, Pendroit le plus élevé de la scène,\ndivisée horizontalement, comme on sait, en plusieurs compartiments;\nquelquefois aussi, le talent des bourgeois accidentellement comédiens y\nest utilisé. On ne possède guère plus de renseignements sur la période\nsuivante. C'est dans la Comédie des Proverbes de Montluc (1616), que\nnous trouvons le premier témoin, dans un théâtre, d'un orchestre com-\nposé de violons. Encore n'y devaient-ils pas être permanents, ni figurer\ndans toutes les pièces. Sans doute aussi le nombre en était fort restreint,\nsi ce n'est dans les représentations de ballets à la Cour. La Galette de\nFrance du 3o novembre 1634, nous montre, à celle de Méhîe, donnée à\nl'Arsenal, vingt violons jouant dans les intermèdes. Perrault, dans le\nParallèle des anciens et des modernes, dit que, en 162 g, la symphonie,\ndans les théâtres, est flûte et d'un tambour ou de deux méchants\nviolons. Le roman de Francion ( 1633) tait voir les symphonistes en\nplus grand nombre, occupant, dans une représentation de ballet au Pe-\ntit-Bourbon, la scène derrière les spectateurs.\nChappuzeau est le seul de qui nous tenions quelques détails précis\ntouchant la place des violons au temps de Molière. « Cy-deuant, êcrit-il\nen 1673, on les plaçoit ou derrière le théâtre, ou sur les aisles, ou dans\nvn retranchement entre le théâtre et le parterre-, comme en vne forme\nde parquet cette dernière place est celle que leur assigne Israël Silves-\ntre dans son estampe de la représentation de la Princesse d Elide à Ver-\nsailles en 1664; depuis peu on les met dans vne des loges du fond,\nd'où ils font plus de bruit que de tout autre lieu où on les pourroit pla-\ncer. Il est bon qu'ils sçachent par cœur les deux derniers vers de l'acte,\npour reprendre promptement la symphonie sans attendre que Ton leur\ncrie, loue%f ce qui arriue souuent. » Par cette loge du fond, Chappuzeau\nveut dire sans doute du fond de la salle. C'était une singulière place»\nLes violons n en descendirent que pour les représentations de Vlnconnu>\nen 1675 ; ils occupèrent alors celle qu'ils ont conservée depuis, et que\nnous leur voyons marquée, dès 1688, sur les plans du nouveau théâtre\nconstruit rue des Fossés-Saint-Germain-des-Prés (voir Y Architecture de\nBlondel)."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "267", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.3", "texte": "LA MUSIQUE A LA COMÉDIE-FRANÇAISE\n\nLa première grande pièce accompagnée de musique que nous rencon-\ntrions dans l'histoire du théâtre français., est Y Andromède de Corneille,\njouée en i 650, au Petit-Bourbon, parles comédiens du Marais. Elle\nfut reprise plusieurs fois, sur le théâtre de la rue Vieille-du-Ternple, et, à\nla Comédie,, le 19 juillet 1682. La musique des chœurs était de Dassoucy;\nnous ne l'avons point retrouvée.\nArrivons au théâtre de Molière. C'est le seul que le roi chargea de\ndéfrayer ses plaisirs dramatiques, et qui prit, même à la ville, la spé-\ncialité des pièces à musique et à divertissements, des comédies-ballets,\nl'Hôtel de Bourgogne se restreignant à peu près à la tragédie, et le\nMarais aux pièces « de machines. »\nPresque toutes les comédies de Molière ont été représentées d'abord à\nla Cour, sous forme de comédies-ballets, c'est-à-dire insérées dans des di-\nvertissements, coupées par des intermèdes formant de vastes pièces, dont\nelles n'étaient qu'un acte. Nous ne nous appesantirons point sur cette\nversion des œuvres de Poquelin, qui,, de 1a sorte, avaient un caractère\ndifférent de celui qu'elles prenaient ensuite au théâtre du Palais-Royal :\npar le cadre que leur donnaient les fêtes de Versailles, de Saint-Germain,\nde Chambord, du Louvre,, elles appartiennent à l'histoire du ballet de\ncour, dont il a été si bien traité dans l'Encyclopédie, par nos confrères\nMM. Victor Fournel (Contemporains de Molière), Moland (.Edition de\nMolière), Geller [les Origines de V Opéra et le ballet de la Royne\n(Didier), et Paul Lacroix (.Recueil des ballets et mascarades). M. Mo-\nland surtout a reproduit, avec les distributions, quelques livres des bal-\nlets des pièces de Molière d'après les éditions originales, qui sont pres-\nque toutes imprimées par Ballard*\nLes Précieuses ridicules sont la première des comédies de Molière où\nil y ait de la musique. Celle qui s'exécute encore maintenant est an-\ncienne; l'auteur en est inconnu.\nA cette époque, et jusqu'en 1660, lorchestre du Palais-Royal et des\nautres à plus forte raison est ordinairement composé de trois\nviolons payés Chacun 1 liv. 10 sols par jour; en 1662, ce nombre fut\nporté à quatre, qui coûtèrent 6 liv.\nPour l'intelligence de ce qui suit, faisons observer, d'après les regis-\ntres de la troupe de Molière (1), que les frais sont ordinaires ou journa-\n\n(1) Sur cette époque et sur la troupe de Molière, les Archives de la Comédie possè-\ndent les registres de dépenses des années 1663, 1664 et 1672-73, dits registres de La"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "268", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.4", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nlier set extraordinaires. Les premiers sont en général fixés au commen-\ncement de l'année, d'après les dépenses qu'entraînent d habitude les\nœuvres purement littéraires ; mais, lorsqu'on joue des pièces à spectacle\nqui motivent tous les jours des dépenses exceptionnelles, ils sont éievés\nen conséquence à chaque représentation. Ils se prélèvent quotidienne-\nment, avant le partage que se font, chaque soir, les comédiens des béné-\nfices. Les frais extraordinaires sont les dépenses exceptionnelles une\nfois faites qu'occasionnent les pièces à spectacle ; on les pi élève égale-\nment, avant le partage, sur la recette, jusqu'à ce que les mémoires des\nfournisseurs soient acquittés, de sorte que parfois les acteurs restent plu-\nsieurs jours sans rien taucher.\nLes Fâcheux sont représentés, en comédie-ballet, à Vaux, le 17 août\n1661, puis à Fontainebleau. Lulli en avait fait la musique. Il passent,\nle 4 novembre, au Palais-Royal, en comédie-ballet probablement,\npuisqu'ils y parurent de la sorte en 1663, —quoique avec beaucoup\nmoins de mise en scène que chez fouquet. A ce théâtre, les inteimèdes\nfurent donc conservés, mais avec moins de développement et de luxe,\nainsi que les airs du Florentin, qui sont d'ailleurs inséparables de la co-\nmédie. On peut les voir dans la copie manuscrite de la partition du\nballet que nous avons trouvée à la Bibliothèque du Conservatoire. A la\nreprise que fait, le 22 avril le Palais-Royal, le registre de 1663\nporte, en outre des frais ordinaires :\nPour les danseurs (1) 9 liv. »\nPour deux hautbois 6 »\nPour du vin au record (2) des danseurs 1 10 s.\nAux violons d'extraordinaire (au nombre de\ndeux évidemment) 3 »\nThorillière et d'Hubert, comédiens qui les tinrent \\ le registre de recettes et dépenses\nde La Grange ( 165 g-1685), et les registres (recettes et dépenses) delà troupe de\nGuénégaud (ex-troupe du Palais-Royal), (1673-1680). Sur l'Hôtel de Bourgogne et le\nMarais, on sait qu'il n'existe plus de documents où nous puissions trouver des rensei-\ngnements administratifs ou financiers.\n\n(1) Une fois pour toutes, il est entendu que, des frais, nous ne citons que ceux\nrelatifs à la partie musicale.\n(2) Nous n'avons trouvé, dans aucun des dictionnaires de Pépoque, la signification\nde ce mot, qui vient sans doute du latin recordari, se souvenir. Le record était pro-\nbablement le répétiteur, maître de danse ou musicien, l'un et l'autre sans doute,\nmais surtout musicien, à cause du vin. D'ailleurs, les comédiens eux-mêmes faisaient\nsouvent une halte dans l'étude de leurs rôles pour prendre le « vin des répétitions. »"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "269", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.5", "texte": "LA MUSIQUE A LA COMÉDIE-F R ANC AIS E\n\nLe 24, il est seulement porté, au même spectacle, 12 liv. « pour les vio-\nlons et danseurs; » le 27 et les jours suivants {les Fâcheux et le Cocu),\n« pour les danseurs, 9 liv. ; » de même à la reprise d'octobre. En juin 1664,\nces deux pièces sont de nouveau reprises ensemble : les « danceurs 5) y\nsont, chaque jour, payés 16 ou 20 liv. A la première de la Bradamante\nridicule, le 12 janvier 1664, la troupe prend encore «un violon d'extraor-\ndinaire, 1 liv. 10 sols, » et des «trompettes, 3 liv. » Dans les Visites\n(représentations chez le roi ou chez de grands personnages), elle engage\npresque toujours des violons et des danseurs supplémentaires.\nL Impromptu ne fut, que nous sachions, joué à Versailles, le 24 oc-\ntobre 1663, comme àla ville, le 4 novembre, qu'en comédie. Nous avons\ncependant frouvé, dans le recueil des ballets de Lulli, en six volumes\nmanuscrits, que possède la Bibliothèque Nationale, la musique de\n« l'lmpromptu de Versailles ou mascarade de i 665, » comprenant une\n« entrée pour exempts et gardes » et une a pour pages. ® N'y a-t-il pas\nlieu de supposer que, soit en 1663, soit en i 665, cette comédie de Mo-\nlière fit, comme la plupart des autres, partie d'un ballet ?\nEn janvier 1664, la troupe de Molière représente au Louvre le Ma-\nriage forcé, comédie-ballet dont Lulli avait musique les intermèdes.\nPuis, le 15 février, elle le joue au Palais-Royal c( avec le ballet et les\nornemens, » dit La Grange. Bien qu'elle ne songe pas à atteindre 1 éclat\nde la représentation royale, elle fait de grandes dépenses. A cette occa-\nsion , elle porte le nombre de ses violons à douze. Voici, d'après\nLa Grange, le détail des frais ordinaires de la pièce (indépendamment des\nfrais ordinaires habituels, qui sont de 5o liv. 3 sols) :\nViolons 36 liv.\nRitournelle (1) et clauessin 7\nDanseurs 4 5\nMusique (2) 5\nHautbois retranchez (3) «\n\n(1) Sans doute un bon violon pour faire, dans les ritournelles, la mélodie, perdant\nque le joueur de clavecin accompagnait.\n(2) Les chanteurs qui figuraient dans la pièce.\n(3) On verra plus bas que les hautbois, portés pendant deux représentations, dis-\nparurent à la troisième."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "270", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.6", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nMais le registre de 1664 est plus explicite et diffère même de celui de\nLa Grange. Voici ce qu'il donne pour les six premières représentations\n(nous laissons au lecteur le soin de discerner les diverses sortes de\nfrais) :\nFrais ordinaires (les six fois) b0 ilv. 3s#\nDu vin pour les records (le i 5 seulement) (1). » »\n9 danseurs (les six fois) 45 „\n12 violons (3i liv. 10 s. deux fois, 36 liv. quatre fois,\npuis 40 liv..) 3! iiv> I 0 s<\n2 hautbois (le i 5 février : 16 liv., le 17 : 22 liv., seu-\nlement) 16 liv. »\nMusique (les six fois) , 5 »\nPour les 4 violons du ( mot illisible ) ( les 15, 17 et 19\nseulement). # 4 »\nPour la loge des danseurs (2) (le 22 seulement) 9 »\nA un des violons, pour auoir repassé le balet (3) (le\n22 seulement), 11 «\nUn joueur de clauessin (les six fois) 3 »\nRitournelles (à partir du 22) 4 _ »\nPour deux tambours de basques (le 22) 3—. »\nC'est probablement en 1668 que Molière réduisit la pièce en comédie\nen un acte.\nLa musique du Mariage forcé se trouve, à la Bibliothèque Natio-\nnale, dans le recueil manuscrit en six volumes des ballets de Lulli et\ndans le recueil de ballets en deux volumes (4). Il en existe également, à\nla Bibliothèque du Conservatoire, une copie faite, en 1690, par Philidor\n1 aîné. C est de cette partition qu'a usé M. Geller pour sa publication\n\n(1) Il n'y a même rien de marqué dans la colonne des chiffres.\n(2) Louée sans doute dans un bâtiment contigu au théâtre.\n(3) Qui avait fait l'office de record (?).\n(4) Le second de ces précieux volumes est intitulé au dos : VERON, MLXXXXI, et signé\nà la fin . Fait à Paris, le dernier jour d octobre i6qlj Tr L'écriture en est peu\nsoignée, et tout y prouve qu'il devait être le répertoire usuel de quelque musicien de\n1 Opéra, peut-être du chef d'orchestre, puisqu'il comprend toutes les parties des mor-\nceaux. La plupart du temps les attaques des chœurs y sont indiquées par des figures\nà la clef très finement dessinées et coloriées, et qui sont comme les armes parlantes\ndes pei sonnages. Par exemple, un chœur de Vieillards y est précédé de têtes à lon-\ngues barbes blanches, un chœur de Pécheurs, par des lignes tendues, un chœur\nà Alchimistes, par des creusets, alambics, cornues, un chœur de Passions 7 par des\nfigures diversement émues, etc., etc. Ces dessins devaient avoir pour but de faciliter\nla recherche des morceaux du recueil, et peut-être de les faire trouver au musicien,\nqui ne savait pas lire. Il y a malheureusement, dans le volume, des pages qui man-\nquent."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "271", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.7", "texte": "LA MUSIQUE A LA COMÉDIE-FRANÇAISE\n\n(Hachette). Notre savant confrère fait observer qu'il y a retrouvé,\nsous la musique de Lulli, des textes de Molière inédits, puisqu'ils\nn'avaient été reproduits ni par l'édition du livre du ballet, ni par les\néditions de la pièce. Eh bien, toutes les comédies-ballets de l'illustre\nPoquelin se trouvent dans le même cas, et Ton va voir que, en divers\nendroits, nous avons mis la main sur toutes les partitions manuscrites\nou imprimées de ses pièces à divertissements. Peut-être y a-t-il donc à\nfaire, sur presque toutes les pièces de Molière, des découvertes analogues\nà celles dont nous a fait part l'éditeur du Mariage forcé. Nous n'avions\npas, au cours de notre travail, le temps de nous livrer à des collations\nde textes, mais nous appelons vivement sur ce point l'attention de\nM. Despois, qui prépare, en ce moment, une édition de Molière qui sera\ndéfinitive. Il trouvera probablement, en consultant les sources que nous\nindiquons, des textes inédits ou tout au moins des variantes.\nAux fêtes de Versailles de 1664, la troupe de Molière va prendre part\naux Plaisirs de Vlsle enchantée ; elle figure dans les divertissements et\njoue, le 8 mai, la Princesse d'Elide, comédie-ballet, indépendamment\ndes Fâcheux, du Mariage et de trois actes du Tartuffe. Puis elle joue\nquatre fois encore la Princesse à Fontainebleau et la donne enfin, le\n4 novembre, au Palais-Royal. Lulli en avait fait la musique pour les\nfêtes; elle fut conservée dans ce qui resta des divertissements à la ville.\nPrenons, dans le registre de l'année, les frais relatifs aux trois premières\nreprésentations, en notant que les deux sortes en sont encore mêlées :\nFrais ordinaires 52 liv. i 5 s,\n8 violons (24 liv. les deux premières, 29 liv. l'autre). 24 —■ »\n12 danseurs 60\nPour la sinfonie 8 »\nPour les escarpins des danseurs (la première fois seu-\nlement) » 36 »\nPour les escarpins des musiciens (la première fois\nseulement) 12 »\nPour 4 peres de bas de soye des satires 36 »\n3 hautbois (9 liv. la première fois, 10 liv. 10 s., et 10\nliv. les deux autres) .. 9 »\nPour le surplus des violons des ritournelles (4 liv. la\npremière fois, 3 liv. la seconde, rien la troisième).. 4 »\nPour la musique (la seconde fois : Musique chanteurs,\nla troisième : chanteurs) ib »\nPour les bas de soye des danseurs, à bon conte. 66 »"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "272", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.8", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nLe 16 novembre, les violons et les ritournelles sont marqués ensem-\nble 28 liv.\nEn janvier 1722, les comédiens reprirent cette pièce. Jean-Baptiste-\nMaurice Quinault (l'aîné), le comédien, refit, pour ces représentations,\nla musique des quatrième et cinquième intermèdes. Le 14 février sui-\nvant, l'Opéra et la Comédie se réunirent pour la jouer sur le théâtre des\nMachines. La Comédie la joua encore, chez elle, en mai 1726, et, en\ndécembre 1756, elle en fit une autre reprise, pour laquelle un auteur\nanonyme versifia la partie que Molière avait laissée en prose.\nLa musique de Lulli se trouve dans le recueil de ses ballets en six\nvolumes, et dans l'un des deux recueils manuscrits de ballets (Bibl.\nNat.) , dans le recueil manuscrit intitulé : Théâtre-François, tome II\n(Arch. Com. Fr.). Il y en a deux airs dans un volume très rare que nous\navons trouvé à ces mêmes Archives et qui est intitulé : Recueil complet\nde vaudevilles et airs choisis qui ont été chantés à la Comédie-Fran-\nçoise depuis Vannée 1659 jusqu'à Vannée présente 1753, avec les dattes\nde toutes les années et le nom des auteurs. Prix : 9 liv. A Paris, aux\nadresses ordinaires, 1753 (in-8°). Jadis, la Bibliothèque du Conserva-\ntoire possédait également de la partition entière deux copies manus-\ncrites qui ont disparu, ainsi que beaucoup d'autres sans que\nles diverses administrations des Beaux-Arts, qui connaissaient le voleur,\naient eu la fermeté de contraindre ce haut personnage à les restituer.\nA la date du Ï 1 juillet 1664, NOUS voyons le registre de l'année mar-\nquer, pour la représentation de La Thébaïde et d'« Vne dance » quel-\nque menu ballet que la troupe donnait en guise de petite pièce, «vn\ndanceur 3 livres; » mais, nous ne nous expliquons guère pourquoi,\nle 18, au même spectacle, il n'y a pas de danseur marqué.\nLe 15 septembre i 665, Molière donne VAmour médecin, comédie-\nballet, à Versailles, et, le 22, au Palais-Royal. La pièce est précédée\nd'un prologue, et le ballet en forme Pavant-dernière scène. Les deux\ndivertissements furent conservés à la ville avec la musique de Lulli. La\nBibliothèque du Conservatoire possède deux manuscrits de la partition,\nqui se trouve encore à la Bibliothèque Nationale, dans le recueil des\nballets de Lulli en six volumes et dans l'un des deux recueils manuscrits\nde ballets.\nLe Misanthrope fut donné le 4 juin 1666, au Palais-Royal. La par-"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "273", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.9", "texte": "LA MUSIQUE A LA COMÉDIE-FRANÇAISE\n\ntie musicale de cette comédie est bornée au couplet : Si le Roy m'avoit\ndonné.qui, selon la tradition, fidèlement suivie, est déclamé la seconde\nfois et chanté, la première, sur un vieil air du commencement du dix-\nseptième siècle.\nLe Médecin malgré lui fut également représenté à la ville, le 6 août\nsuivant. On ignore qui composa l'air sur lequel Sganarelle complimente\nsa bouteille. Ce doit être Lulli.\nLe Ballet des Muses, dont le dessein est de Benserade, se joua, le 2 dé-\ncembre 1666, à Saint-Germain, et défraya, pendant tout l'hiver, les\nplaisirs de la Cour. D'abord, les deux premiers actes de Mélicerte\nen firent partie. En janvier 1667, Molière y substitua la Pastorale comi-\nque ou Cor id on. En février, il ajouta le Sicilien au ballet. Le ballet et\nles trois œuvres de Molière furent musiqués par Lulli. De Mélicerte, la\nBibliothèque du Conservatoire et la Bibliothèque Nationale (Rec. des\nballets de Lulli en six et en deux volumes)possèdent des partitions ma-\nnuscrites. En 1699, le fils du comédien Guérin remania et compléta\nMélicerte, et La Lande, ou, selon d'autres, Couper in,, en refit la musi-\nque. Du Sicilien, le Recueil imprimé de iys3 (Arch. Com. Fr.), repro-\nduit un air de Lulli, plus un autre ajouté, en 1695, par Charpentier. La\nsérénade seule en est chantée aujourd'hui; nos lecteurs y ont entendu\nM. Garraud, il y a quelques années.\nGeorges Dandin, comédie-ballet, fit partie des fêtes de Versailles de\n1668; il y fut joué le 18 juillet. Molière ne le donna que le 9 novembre\nàla ville, et seulement en comédie. Le ballet avait été musiqué par\nLulli; cette partition existe dans le recueil en six volumes de la Biblio-\nthèque Nationale.\nPourceaugnac, comédie-ballet, fut joué le 6 octobre 1669, à Cham-\nbord—où Lulli, l'auteur de la musique, joua le rôle d'un médecin grotes-\nque—et, le 1 5 novembre, au Palais-Royal. On ne sait précisément ce qui\nfut conservé delà partie du ballet aux représentations de la ville, mais\nles airs de la pièce le furent nécessairement. Les Archives de l'Opéra pos-\nsèdent les fragments delà partition de Lulli qu'il utilisa, en 1675, dans\nson Carnaval, opéra composé de vers de différents auteurs, notamment\nde Molière et de Benserade, et dont, au surplus, la partition a été gravée.\nLa partition de Pourceaugnac, imprimée en 1715, par Ballard, et une\npartition manuscrite existent à la Bibliothèque du Conservatoire. Le"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "274", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.10", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nrecueil des ballets de Lulli en six volumes et celui en deux de la Biblio-\nthèque Nationale la contiennent également; le dernier l'intitule : « Pour-\nsoignac, 1670. » On la trouve encore dans le volume Théâtre français,\ntome ll,des Archives delà Comédie; il y a, de plus, à la fin de ce livre\n« l'entrée des sergens dans Pourseaugnac. »\nLes Amants magnifiques, comédie-ballet, furent joués, le 4 février\n1670, à Saint-Germain et ne le furent pas à la ville. Le i 5 octobre\n1688, il en fut donné quelques représentations à la Comédie. Ils y re-\nparurent encore, sans beaucoup de succès, le 21 juin 1701., parles soins\nde Dancourt, qui y fit un prologue et des intermèdes nouveaux. Il y en\na un magnifique manuscrit à la Bibliothèque Nationale et un air dans\nle Recueil imprimé de 1753 (Arch. Com. Fr.).\n(La suite prochainement.)\n\nJULES BONNASSIES."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "275", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.11", "texte": "TABLETTES DE VOYAGE D'UN ARTISTE\nLA VEUVE & LA SOEUR DE MOZART\n\n(i)\nSA LTZBOU RG\nlB2Bc\nÈs mon arrivée à Salzbourg je me dirigeai vers le cou-\nvent des Capucins bâti sur le roc, au sommet delà\nmontagne qui porte le nom de cet ordre religieux.\nJ'avais une lettre de recommandation pour le supé-\nrieur qui me reçut avec une cordialité et une hospi-\ntalité dignes du plus beau temps des patriarches;\nmais comme il était obligé d'assister au service divin, il me confia\naux soins du Père Edmond, le membre le plus jeune de la con-\nfrérie, qui me conduisit à sa cellule. Selon les règlements de l'ordre,\nelle n'avait que huit pieds de long sur huit pieds de large : une chaise,\nune petite table, quelque chose ayant plutôt l'air d'un cercueil que\nd'un lit, un prie-Dieu surmonté d'un crucifix, et une guitare, accessoire,\non en conviendra, peu en harmonie avec le reste des objets qui garnis-\nsaient la cellule, formaient l'ensemble du mobilier. Edmond, jeune\nhomme de 26 à 28 ans, portant une longue barbe qui cachait presque\nentièrement ses lèvres roses et ses dents blanches, était originaire de\nl'Esclavonie : trop pauvres pour l'élever de façon à choisir sa position\ndans le monde, ses parents prirent sur eux de le vouer à la vie monasti-\n\n(\\) Voir les numéros des ie* octobre et ler novembre."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "276", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.12", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE .\n\nque, et quand l'adolescent, devenu homme, éprouva des sensations nou-\nvelles et sentit en lui des germes d'activité inconnus, il n'était plus le\nmaître de diriger ses pas comme il l'entendait. Je n'ai jamais rencontré\npersonne sur qui le joug de la réclusion ait plus lourdement pesé, ou qui\nait été plus désireux de secouer sa triple chaîne d'obéissance, de pau-\nvreté et de renoncement à tout ce qui fait le charme de la vie. Sa seule\nconsolation était la musique, à laquelle il s'était adonné de toutes\nses forces ; elle seule lui offrait une légère compensation aux dogmes\ndes casuistes de sa profession, à cette pharmacopée morale considérée\ncomme une panacée destinée à secourir les consciences souffrantes, et\nqui ne sert qu'à aigrir les caractères. Il me donna sur le champ toute sa\nconfiance et j'obtins pour lui la permission de me servir de guide dans\nles recherches musicales que je me proposais de faire à Saltzbourg. Je\nn'oublierai jamais combien il fut heureux de ces quelques instants de li-\nberté que je lui procurais, et qui lui permettaient de me raconter tout\nce qu'il avait déjà souffert et ce qu'il avait encore à souffrir.\nNotre premier pèlerinage nous conduisit au couvent des Bénédictins\nde Saint-Pierre, dans l'église duquel Michel Haydn, qui en fut l'orga-\nniste, a sa tombe. Sans avoir été aussi grand compositeur que son frère\nJoseph, Michel fut un des meilleurs maîtres de chapelle de son temps.\nMichel Haydn adhérait opiniâtrement à l'ancienne école; Joseph\nen créa une qui, en esprit et en originalité, n'a été surpassée ni par\nMozart ni par Beethoven. Pendant que je faisais connaître mon sen-\ntiment à ce sujet au Père Edmond, le supérieur de Saint-Pierre entra\ndans l'église. Edmond s'empressa d'aller baiser son anneau épiscopal, et\nme présenta à lui ; après les premiers compliments d'usage, il m'offrit\nde l'accompagner à son couvent, où il me promit de me montrer des\nobjets très curieux. Ce prélat (le Père Albert en religion; Nagenzaum,\nde son nom laïque), avait été l'élève et l'ami de Michel Haydn, le cama-\nrade d'études et l'intime de Sigismond Neukomm (i). A une connais-\nsance parfaite de la musique, il joignait encore une immense habileté\nsur l'orgue. C'est lui qui administra les derniers sacrements au compo-\nsiteur mourant. C'est lui, aussi, qui fit élever à sa mémoire, dans l'église\nde son couvent, le monument en marbre devant lequel nous nous trou-\nvions. Il possédait la plus grande partie des partitions manuscrites et\noriginales de Michel Haydn, Je désirais vivement pouvoir les étudier et\nj'en fis part au supérieur qui me dit : «Venez ici quand cela vous fera\ncc plaisir; vous pourrez examiner à loisir les œuvres de notre grand or-\n\n(1) Voyez page 282 îe Michel Haydn de M. Edmond Neukomm."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "277", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.13", "texte": "LA VEUVE ET LA SŒUR DE MOZART\n\n« ganiste; ne craignez rien, on ne vous interrompra pas; vous pourrez\n(c même prendre vos repas avec nous ; dès aujourd'hui une place à côté\n« de moi vous sera réservée à notre table. » J'acceptai avec reconnais-\nsance l'offre du bon religieux.\nEn compagnie du Père Edmond, je visitai les églises, les orgues, ainsi\nque les tombes des grands musiciens morts à Saltzbourg. Entre autres\ncuriosités, je vis dans l'église de Saint-Sébastien le tombeau de Para-\ncelse, le fameux médecin et thaumaturge qui, comme le docteur Faust,\npassait pour entretenir un commerce avec les êtres d'un ordre supérieur.\nLa tradition prétend qu'il fut précipité du haut des rochers qui domi-\nnent Saltzbourg, en expiation de ses crimes; mais l'histoire se tait là-des-\nsus et dit tout simplement qu'il mourut en cette ville en 1541.\nAprès nous être occupés des morts, il était temps de revenir aux vivants :\nnous commençâmes par aller voir madame Mozart, qui me reçut comme\nun vieil ami ; nous trouvâmes chez elle sa sœur, veuve du compositeur\nHaibel, auteur *de l'opéra der Tiroler Kastel qui a été extrêmement po-\npulaire en Allemagne. Cette dame, la plus jeune des sœurs de madame\nMozart et veuve comme elle, était venue habiter Saltzbourg après la mort\nde son mari (1) ; elle ne voulut pas laisser partir mon compagnon sans\nlui demander sa bénédiction, qu'il lui donna de la meilleure grâce du\nmonde. Nous allâmes ensuite faire une visite à la sœur de Mozart (2),\nla baronne Sonnenbourg, la même qui, grande virtuose sur le piano,\naccompagna son jeune frère à Paris et à Londres, où Léopold Mozart,\nleur père, les avait emmenés tous deux, et qui attira, autant que le\npetit Amédée, l'attention du public. Quand elle eut quelques années de\nplus, elle devint une gracieuse jeune fille, aux longs cheveux châtains,\naux beaux yeux bleus, aux épaules arrondies, qui faisait les délices de\ntoutes les réunions, autant par sa beauté que par son talent.\nNous fûmes frappés, en entrant chez elle, de voir comme chaque ob-\njet, autour de nous, rappelait le passé. L'ameublement, le grand piano,\ntout enfin, exhalait, malgré la mode passée depuis longtemps, un par-\nfum de suprême élégance. Le grand tableau représentant la famille Mo-\nzart, dont on voit la reproduction dans la biographie du grand homme\npubliée par sa veuve, était placé au-dessus de la porte; celui où figurait\n\n(1) Sa fille, mademoiselle Sophie Haibel ou Haibl, fut cantatrice au théâtre de\nMunich, pendant les années 1829 et iB3o. Madame Haibel est morte à Saltzbourg\nen 1846.\n(2) Marie-Anne Mozart, née le 29 août 1761, avait cinq ans de plus que son frère\nqui naquit le 27 janvier 1756. Elle épousa le baron Sonnenbourg qui la laissa veuve\nd'assez bonne heure, et mourut à Saltzbourg en 1837."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "278", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.14", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nle père Mozart à la tête de son petit concert domestique, et qui faisait\nface au précédent, fit voyager notre imagination bien loin en présentant\nà nos yeux, dans tout l'éclat de la beauté et dans toute la fraîcheur de\nla jeunesse, celle que nous allions voir tout à l'heure vieille femme de\n77 ans. Des pas lourds et incertains, qui s'approchaient, nous firent sor-\ntir de notre rêverie, et la sœur de Mozart parut devant nous, appuyée\nsur un domestique, ou plutôt soutenue par lui; mais quels change-\nments, grand Dieu! Elle laissait tomber la tête comme si elle était trop\nlourde pour ses épaules; son menton reposait sur sa poitrine, et quoique\nnous fussions tout près d'elle, il nous était difficile de bien voir sa\nfigure; son nez aquilin était tout ce que nous pouvions saisir de ses\ntraits. La lumière de ses beaux yeux était éteinte pour jamais, car elle\navait perdu la vue, et le sens de l'ouïe s'était considérablement affaibli.\nGraduellement, cependant, comme nous lui parlions du passé, son corps\némacié sembla se ranimer, et quand elle sut que ce n'était pas une in-\ndiscrète curiosité, mais un profond sentiment de respect pour son frère\nqui nous avait amenés chez elle, son cœur sembla se réchauffer, battre\nplus vite et s'élancer vers nous, car de telles marques d'attention étaient\ndevenues rares pour elle; son règne avait cessé depuis longtemps ; elle\nle savait bien et désirait ardemment apprendre de nous si, comme le\nsien, le souvenir de son frère se réduisait à la seule connaissance de. son\nnom, les bruits de ce monde affairé n'arrivant que de loin en loin jus-\nqu'à elle. Elle nous demanda si la génération actuelle des pianistes\njouait encore les sonates de Mozart, ses variations, ses concertos ; si ses\ncantates et ses offertoires étaient encore exécutés, et si ses quatuors et ses\nsymphonies obtenaient autant de faveur que ses opéras. Ramenée ainsi\nvers le passé, elle semblait redevenir jeune fille. Elle se souvenait en-\ncore de la première œuvre de son frère, la plus composée\nquand il n'avait encore que sept ans. Nous la conduisîmes au piano, et\nelle nous joua une partie de la première sonate du petit Amédée.\nGomme chaque circonstance se rattachant aux jours heureux passés\navec son frère était encore fraîche et présente à sa mémoire ! Elle se\nrappelait parfaitement l'ardeur qu'il mettait à écrire de la musique sur\nchaque chiffon de papier qu'il pouvait trouver, et la passion qu'il mon-\ntra pendant un mois pour l'arithmétique. « Il ne parlait que de chiffres,\nne pensait qu'aux chiffres, nous dit-elle. Il transformait en ardoises les\nmurs de l'escalier, des chambres, et même ceux des maisons voisines. Il\nencourut plus d'une menace et reçut plus d'une correction avant que ce\nbeau zèle ne se refroidît. »\nAprès le voyage de Vienne, Paris et Londres, dont elle fit partie,"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "279", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.15", "texte": "LA VEUVE ET LA SŒUR DE MOZART\n\nWolfgang alla seul avec son père en Italie, puis à Paris avec sa mère.\nLorsqu'il dut chercher fortune dans le monde, elle le perdit presque\nentièrement de vue et ne connut quune faible partie de ses œuvres \\ elle\nn'avait vu qu'une fois le Don Juan, médiocrement exécuté, jamais le\ndi Figaro. Sa première sonate était la seule de ses compositions\ndont elle se souvenait ; nous rafraîchîmes sa mémoire en jouant et en\nchantant plusieurs morceaux des opéras de son frère; le père Edmond\nla ravit avec l'air du grand-prêtre de la Flûte enchantée ; elle versait des\nlarmes et donnait cours à son émotion d'une manière difficile à suppo-\nser de la part d'une constitution aussi usée, aussi épuisée que la sienne,\ncc Peut-être, s'écria-t-elle dans l'excès de son contentement, peut-être\ntrouverez-vous quelque pièce que vous ne connaissez pas dans les pa-\npiers que je possède. » Puis elle donna l'ordre qu'on lui apportât de\nvieux portefeuilles, qu'elle nous pria d'examiner. La première chose sur\nlaquelle nous mîmes la main fut Tébauche de sa première sonate à\nquatre mains. Ce croquis était précieux, car il nous révéla que Mozart,\nquand il composait pour le piano à quatre mains, n'écrivait pas les deux\nparties en partition, mais sur deux pages distinctes, ce qui augmentait\nconsidérablement la difficulté de la composition. Un autre détail que\nnous apprit cette sonate, et qui nous intéressa beaucoup, fut de voir que\nMozart, à mesure qu'il avançait dans son travail, effaçait, corrigeait et\nsubstituait de nouvelles idées à celles qu'il avait eues d'abord; ce n'é-\ntait pas seulement une consolation, mais encore un encouragement, de\nse dire qu'il avait écrit et réécrit plusieurs fois des compositions, même\nde peu d'importance, et que bien des passages en avaient été enlevés ou\ninterpolés. Les premières ébauches de ce génie, le plus brillant qui ait\njamais existé, dénotent partout les efforts du maître en lutte avec ses\nidées. Quand nous contemplons ses œuvres, elles nous paraissent les\némanations d'une nature plus puissante que la nôtre ;il nous semble que\nson esprit, se dégageant de tout obstacle terrestre, a dû prendre son es-\nsor jusqu'au sommet des régions où il est défendu aux âmes vulgaires\nde pénétrer; elles sont pour nous comme des soleils éblouissants dont\nnous ne pouvons soutenir l'éclat, et devant lesquels il nous faut baisser\nles yeux, Mais quand il nous est donné de pouvoir pénétrer dans le\nsanctum de l'artiste et d'examiner les premiers essais de ses chefs*\nnous nous apercevons combien la lutte a dû être acharnée\navant qu'il ait pu façonner le dieu auquel son imagination avait donné\nnaissance. Nul n'ignore combien Beethoven ennuyait ses voisins en bat-\ntant la mesure avec les mains et les pieds, avant de pouvoir placer dans\nleur châsse les idoles qu'il modelait si difficilement. Si le résultat de"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "280", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.16", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ncette expérience a quelque chose de presque humiliant pour l'humanité,\nil tend, du moins, à relever le courage de l'artiste, et spécialement du\njeune compositeur qui, dans son enthousiasme juvénile, a déjà préparé\nses ailes et senti l'amertume des moments pendant lesquels ses idées re-\nfusent de prendre une forme terrestre. Ce n'es: pas un faible mobile\nd'encouragement que de pouvoir se dire que ceux dont les noms sont\nentourés d'une auréole éternelle, et dont nous voudrions partager la\ngloire, ont dû, comme ceux qui arrivent seulement au seuil de l'art,\nchercher, à travers les ronces et les épines de la vie, le sentier escarpé et\nraboteux qui conduit à l'immortalité. Il faut que nous soyons purifiés\npar le feu avant que d'espérer gagner le ciel, d'où nous sommes venus,\ncomme le mythe de l'Hercule païen qui, avant de prendre place au rang\ndes dieux, fut obligé de laisser tout ce qui appartenait au mortel sur le\nbûcher allumé au sommet de l'Œta.\nAyant ainsi payé le tribut d'hommages que nous devions à la sœur, et\ndans une certaine mesure à l'ombre de celui qui, plus que tout autre,\nm'a servi de modèle et de guide dans ma carrière musicale, rien ne me\nretenait plus à Saltzbourg, et j'en fis part au Père Edmond, que je recon-\nduisais à son couvent. La cloche sonnait l'heure de la prière au moment\noù nous arrivâmes au pied de la montagne, « Adieu, Père Edmond, lui\ndis-je en le serrant dans mes bras, adieu, mon pauvre ami! » En m'en-\ntendant prononcer ces paroles, ses yeux se remplirent de larmes. « Que\nDieu vous protège, me répondit-il, et vous accorde la paix du cœur, que\ne ne connaîtrai jamais! Cependant je ne puis vous quitter ainsi, il faut\nque je vous voie encore, dussé-je pour cela escalader ces rochers; il faut\nque je vous parle encore une fois avant de vous dire adieu pour tou-\nours ! » Puis il me quitta brusquement et se dirigea vers son couvent.\nLe lendemain, j'allai prendre congé de madame Mozart, qui me\ndonna des lettres pour Seyfried (i) et pour le vénérable Stadler, de\nVienne (2), anciens amis de son mari. Je dis adieu à la maison pater-\n\n(1) SEYFRIED (Ignace-Xavier, chevalier de), né à Vienne le I 5 août 1776, montra\nde bonne heure de grandes dispositions pour la musique. Mozart et Koseluch en\nfirent un pianiste extrêmement distingué. Après avoir étudié la composition avec\nWinter, il écrivit beaucoup d'opéras comiques allemands qui eurent du succès; la\nmusique d'église est particulièrement estimée en Autriche. Il a été rédacteur en chef\nde la Galette spéciale de musique des états autrichiens, et a participé à la rédaction\nde la Galette musicale de Leijp\\ick et à la Ccecilia. Seyfried est mort à Vienne le 27\naoût 1841.\n(2) STA.DLER (Vabbé Maximilien), illustre organiste, improvisateur et compositeur\ncélèbre, naquit le 7 août 1748 à Moelk (basse-Autriche). Il fut l'ami intime de Haydn\net de Mozart. Son attachement pour ce dernier lui fit prendre la plume afin de ven-\nger sa mémoire des accusations de Godefroid Weber, qui prétendait que le Requiem"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "281", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.17", "texte": "nelle de Mozart et en jetant un dernier regard sur ses murs, je m'ima-\nginai y voir les chiffres qu'il y avait charbonnés autrefois.\nLa nuit était venue et j'étais prêt à monter dans la diligence qui devait\nme conduire à Vienne, quand je sentis sur mon épaule une main trem-\nblante, et en me retournant j'aperçus le Père Edmond en costume laï-\nque, sa longue barbe cachée sous sa cravate, Il ne voulut pas me per-\nmettre de le questionner, mais je n'eus pas de peine à deviner l'état de\nson âme. « Mon pauvre ami ! » m'écriai-je, et ce fut tout ce que je pus dire.\n« Voici, me dit-il, en me donnant un rouleau de papier, voici un cadeau\n« du supérieur de Saint-Pierre et un présent de la sœur de Mozart:\na qu'ils servent à rappeler à votre souvenir votre inconsolable ami, le\n« Père Edmond! » Il s'éloigna aussitôt; le conducteur m'appela pour\nmonter en voiture et nous nous séparâmes pour ne plus jamais nous re-\nvoir en ce monde. Les papiers qu'il m'avait remis me brûlaient les\nmains tant j'étais anxieux de savoir ce qu'ils contenaient. Aussitôt que\nnous fûmes dans les montagnes, j'ouvris le rouleau et je trouvai que le\nsupérieur de Saint-Pierre m'avait envoyé le manuscrit original d'une\ndes messes les plus populaires de Michel Haydn; quant au cadeau de la\nsœur de Mozart, c'était la sonate à quatre mains dont j'ai parlé précé-\ndemment.\nJe n'ai jamais appris ce que devint le supérieur et je n'ai plus entendu\nparler delà veuve ni de la sœur de Mozart. Tout ce que j'ai pu savoir du\nPère Edmond, c'est qu'il fut envoyé de Saltzbourg dans un couvent de\nson ordre, au fond de l'Esclavonie, pour s'être absenté un soir sans\npermission !...\n\nERNEST DAVID.\n\nde Mozart était au-dessous de sa réputation et qu'il ne devait pas être l'œuvre du\ngrand compositeur.—Cette polémique a duré quelques années, et quoique Sussmayer\ny eût pris part, la question n'a pas été complètement éclaircie. Stadler mourut à\nVienne le 8 novembre 1833, à l'âge de quatre-vingt-cinq ans.\n\n11\nLA VEUVE ET LA SŒUR DE MOZART\n1 9"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "282", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.18", "texte": "MICHEL HAYDN\n1737 — 1806\n\nOTRE intention n'est pas d'écrire une biographie com-\nplète du frère puîné de l'auteur des Saisons, non plus\nque d'analyser son œuvre qui est considérable. Aussi\nbien sa vie, calme et uniforme, ne présenterait point\nl'intérêt qui s'attache aux existences tourmentées de\nla plupart des musiciens, et, d'autre part, ses œuvres\nne sont soupçonnées des connaisseurs, que par la préférence que le grand\nHaydn, lui-même, leur accordait sur ses propres compositions reli-\ngieuses. Ce sont donc de simples notes sur Michel Haydn que nous pu-\nblions à cette place. Tombées sous nos yeux, elles ont attiré notre\nattention sur cet artiste, âujourdhui oublié, mais qui eut son heure\nde célébrité, et nous ont inspiré le désir de retracer brièvement sa phy-\nsionomie,\nNé à Rohrau, comme son frère Joseph, Michel Haydn fut envoyé\ntrès jeune à Vienne, ou il fut attaché à la chapelle impériale. Sa voix,\nfort belle et d'une étendue extraordinaire (on assure qu'elle ne renfer-\nmait pas moins de trois octaves, depuis 1 tfa grave du contralto jus-\nqu'au fa suraigu), attira promptement l'attention des dilettantes de la\ncour. Le nom de Haydn, déjà connu par les succès que Joseph, enfant de\nchœur de Saint-Etienne, avait obtenus peu d'années auparavant, eut\nune recrudescence de renommée, et LL. MM. l'empereur et Fimpéra-\ntrice mirent le comble à la faveur du jeune Michel, en lui faisant pré-\nsent d'une somme de douze ducats, un jour qu'il avait chanté d'une\nfaçon remarquable un Salve Regina de la composition de son maître"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "283", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.19", "texte": "MICHEL HAYDN\n\nReiter. Il faut attribuer les facilités qui accompagnèrent ses débuts, à\nla protection spéciale que cette munificence commença, et dont il fut\ndésormais 1 objet. En effet, quand vint la mue, et que sa voix fut perdue,\nMichel Haydn ne fut point aux prises avec la misère, comme l'avait été\nson frère; les bienfaits de la cour continuèrent à lui assurer une indé-\npendance précieuse, et il put terminer à loisir l'étude des grands maîtres\nde 1 art musical, Fuchs, BachetGraun, dont les ouvrages furent ses\nmodèles durant tout le cours de sa vie.\nSa jeunesse s écoula donc tranquille et laborieuse, d'abord à Vienne,\npuis à Grosswardein, en Hongrie, où il fut directeur de la musique jus-\nqu'en l'année 1768, époque à laquelle il obtint la place de maître de\nchapelle du prince archevêque de Saltzbourg, Hyeronimus Colloredo,\nrendu célèbre par sa conduire envers Mozart.\nOn n'a que de vagues indications sur l'existence de Michel Haydn du-\nrant la période qui commence à sa sortie de la chapelle impériale et\nfinit à son arrivée à Saltzbourg; mais nous savons parles dates que portent\ngrand nombre de ses compositions de cette époque, que son temps fut\nbien employé. En outre, des documents authentiques attestent que la\nvaleur de ces œuvres lui mérita la haute estime de son frère et, par suite,\nlui valut la protection .du prince Esterhazy, C'est sur la recommanda-"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "284", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.20", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ntion de ce dernier que l'archevêque de Saltzbourg le prit à son service,\naux appointements de trois cents florins.\nSi minime que paraisse cette rétribution, elle sembla satisfaisante à\nMichel Haydn qui, sûr désormais de son avenir, se fixa avec joie à\nSaltzbourg,, y prit ses habitudes et s'y maria au bout de peu de temps\navec la fille de l'organiste Lipp. Une fille naquit de cette union; mais\nelle mourut à peine âgée de trois ans. Son père conçut un violent cha-\ngrin de la perte de cette enfant, sur laquelle il avait reporté toutes ses\naffections. En effet, il n'était pas heureux dans son ménage; sa femme,\nquoique attachée au théâtre en qualité dt prima donna, donnait le pas\naux pratiques d'une dévotion mesquine sur les vertus domestiques qui\nsont l'attribut et le charme de la femme. Elle jeûnait sans cesse, se donnait\nchaque jour la discipline, portait le cilice et passait sa vie au confession-\nnal. Cette façon de diriger son ménage amena ce résultat : que le pauvre\nHaydn, dont l'humeur était aussi aimable que celle de sa femme\nl'était peu, se vit obligé de manger au cabaret, pour ne point mourir\nd'abstinence, et de passer ses soirées, après des journées bien remplies, à\nla cave du couvent de Saint-Pierre, pour échapper aux persécutions re-\nligieuses de sa compagne.\nOr, que faire en une cave, surtout lorsque cette cave est celle\nd'un couvent et que le vin vieux n'y coûte que six krentiers la bouteille,\nà moins que l'on ne fasse honneur aux crus délectables collectionnés\npar les bons pères à l'intention des bourgeois de Saltzbourg, au premier\nrang desquels ont figuré de tout temps les musiciens de la chapelle. Mi-\nchel Haydn faisait donc comme lçs concitoyens : il chantait avec eux des\nlieders aux gais refrains, tandis que sa femme courait après son salut, et\nbuvait avec eux les petits vins du Tyrol, sûr qu'il était de trouver son\npurgatoire tout préparé en rentrant à la maison. De là cependant à le\nreprésenter comme un ivrogne, ainsi que l'a fait Mozart, il y a loin. Et,\nen vérité, le bon Haydn, si doux et si inoffensif, eut peu de chance sous\nle rapport de la manière dont ceux qui ont parlé de lui l'ont dépeint. Deux\nhommes marquants se sont occupés de lui : Mozart et Weber; le premier\nl'a présenté, ainsi que nous l'avons dit, comme un buveur émérite, et le\nsecond comme un pédagogue bourru.\n\n« Croirais-tu, » écrit Mozart le père à son fils, alors à Pans,— <c croî-\ncc rais-tu que dimanche dernier Haydn a joué si effroyablement les lita-\n« nies et le Te Deum Laudamus, à l'église de la Trinité (l'archevêque\ncc était présent), que nous en fûmes littéralement épouvantés, et que\n« nous pensâmes qu'il allait trépasser sur son banc comme son prédé-"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "285", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.21", "texte": "MICHEL HAYDN\n\n« cesseur, Adlgasser (i). Mais, heureusement, ce n'était qu'une pe-\n« tite pointe; la tête et les mains ne s'entendaient pas bien, et ce fut\n« tout! »\n« J'ai bien ri, » répond Mozart à son père, « enlisant ce que vous me\n« racontez de la pointe de Haydn. Si j'avais été là, je lui aurais mur-\n« muré à l'oreille le nom d'Adlgaser. C'est pourtant une honte qu'un\n« homme aussi habile se rende incapable, par sa faute, défaire son de-\n« voir en une fonction qui est en l'honneur de Dieu, alors que l'ar-\n« chevêque et toute la cour sont présents, et que l'église est remplie de\n« monde. C'est affreux ! »\nVoilà qui est clair, et ces quelques lignes suffiraient pour condamner\nHaydn n'était la connaissance de l'esprit sarcastique commun aux\ndeux Mozart, père et fils, connaissance en laquelle se trouvent ceux qui\nont parcouru leur correspondance encore inédite en France. Cet esprit\ns'attaquait surtout à tout ce qui concernait Saltzbourg et ses musiciens,\net il n'en est point parmi ces derniers qui aient trouvé grâce auprès de\nLéopold et de Wolfgang Mozart, froissés à juste titre, notamment le se-\ncond, d'être assimilés par le prince-archevêque, au commun de ses\nmaîtres de chapelle. Le fragment qu'on va lire témoigne de leur irri-\ntation :\n(( Ce qui me fait haïr Salzbourg, » écrit Wolfgang à son père, « c'est\n« la composition abjecte et canaille de la musique de sa cour ; un homme\n<( honnête et sachant vivre, ne peut se commettre avec ces gens-1à.,. Ils\n« sont sans cesse fourrés dans les cabarets et passent leur vie à boire!... »\nCe fragment paraîtra exagéré, surtout si l'on se souvient de la haute\nréputation de la Chapelle de Saltzbourg, qui passait à l'époque où écri-\nvait Mozart, pour Tune des meilleures institutions musicales de l'empire,\net pouvait seule entrer en comparaison avec la célèbre Chapelle que\nl'Electeur Charles-Théodore entretenait à Mannheim. D'ailleurs, cette\nsuprématie même serait suffisante pour accorder aux musiciens saltzbour-\ngeois le bénéfice des circonstances atténuantes, n'eussions-nous sous les\nyeux cette exclamation caractéristique du père de Weber, lors de son\nséjour à Salzbourg :« Le vin y est trop bon marché! » Véritable cri\ndu cœur échappé à un lutteur terrassé.\nQuand l'automne était venu, et que la Chapelle de l'Electeur entrait\nen vacances, Michel Haydn, peu désireux de passer chez luises moments\nde loisir, se hâtait de sortir de la ville pour respirer l'air des montagnes,\net commençait ses neuvaines champêtres. C'est ainsi qu'il appelait ses\n\n(i) Adlgasser et ai i mort sur son bane d'organiste, frappé d'une attaque d'apoplexie."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "286", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.22", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nvisites annuelles aux innombrables couvents dont la campagne est\némaillée à dix lieues à la ronde de Saltzbourg, Tenant d'une main son\npetit bagage et sa perruque, et s'appuyant de l'autre sur une canne qui\navait appartenu à son maître Reiter, il s'éloignait allègrement de la rési-\ndence archiépiscopale et suivait son chemin, sans retourner la tête, jus-\nqu'à ce qu'il aperçût un couvent. Alors, il se dirigeait tout droit vers ces\nbâtiments hospitaliers, coupait à travers champs pour y arriver plus\npromptement, et sonnait à la porte d'une façon particulière aux hôtes\nhabituels et altérés des bons moines. Aussitôt que le frère-tourier avait\nreconnu la figure épanouie du maître de chapelle de Son Eminence, à\ntravers le grillage pratiqué dans la porte, le nom de Haydn volait de cel-\nlule en cellule, et tandis que les grosses clés grinçaient dans les serrures\nrouillées, le chapitre du couvent, précédé de l'abbé, se précipitait au-\ndevant du visiteur pour l'embrasser et lui offrir le vin d'honneur. Puis\non l'entraînait vers la meilleure chambre, en même temps que le frère-\nsommelier était dépêché en toute hâte au caveau le plus retiré, et que le\nfrère économe apportait sur la table du maître de gros cahiers de papier\nà musique bien blanc et bien réglé.\nUne existence toute béate commençait alors pour Michel Haydn,\nexistence fort remplie d'ailleurs, car pour reconnaître les bontés et les\nprévenances du chapitre, il ne pouvait échapper à l'obligation toute mo-\nrale de semer sur le papier réglé une infinité de points noirs en l'hon-\nneur de Celui qui comptait sur terre d'aussi précieux serviteurs que les\nmoines hospitaliers, au foyer desquels sa place était gracieusement mar-\nquée, C'était donc un devoir pour Michel Haydn de payer en musique\nsa dette de reconnaissance, et il s'en acquittait consciencieusement. Les\nmesses succédaient aux vêpres, les vêpres aux compiles, et les compiles\naux litanies; et Haydn ne quittait le couvent qu'après l'avoir enrichi de\nplusieurs œuvres importantes.\nPuis il reprenait son bâton de voyage et s'éloignait dans la direction\nde la communauté la plus proche. Là, sa réception ne différait en rien de\nla précédente: on avait pour lui les mêmes bontés et les mêmes préve-\nnances, et, comme auparavant, il payait son écot en bons et valables\nmorceaux religieux. Un troisième couvent succédait au second, puis un\nquatrième au troisième, et de Franciscains en Dominicains, et de Domi-\nnicains en Capucins, il atteignait l'extreme lifnite de son congé, du-\nrant lequel, chez les Franciscains, chez les Dominicains et chez les Cap-\nucins, messes, vepres, compiles et litanies s'étaient amoncelés., sans comp-\nter les répons, les graduels, les offertoires et cent autres fragments\ndes exeicices du culte, lambeaux éparpilles d'une muse prodigue.,"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "287", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.23", "texte": "MICHEL HAYDN\n\n*\nsur laquelle le bénéfice de jouissances éphémères exerçait une action plus\npuissante que le souci d'une enviable postérité.\nQuand il avait terminé ses excursions, Michel Haydn revenait à Saltz-\nbourg. Il reprenait sa chaîne habituelle, et fortifié par le repos produc-\ntif des semaines écoulées, il se remettait avec une nouvelle ardeur au\ntravail, jouant les orgues dès les premières heures du jour, donnant des\nleçons, composant pour la chapelle, du prince, jusqu'à la nuit, et termi-\nnant sa journée bien remplie à la cave, également bien du cou-\nvent de Saint-Pierre.\nUn jour cependant, un événement imprévu vint interrompre le cours\nde cette existence régulière. Une lettre, venue de Vienne, mandait l'hum-\nble maître de chapelle saltzbourgeois dans cette ville. Joseph Haydn par-\nvenu au faîte de la renommée, avait souvent, dans sa juste appréciation\ndu talent de son frère, fait exécuter des ouvrages de ce dernier, er le\npublic avait chaque fois ratifié le choix de son maître tavori. La cour\ns'était émue de ces manifestations artistiques, et à la suite de l'audition\nd'une messe composée en l'honneur de l'impératrice, celle-ci avait\nordonné que son auteur vînt en diriger une seconde et solennelle exécu-\ntion. Dans sa joie, Haydn avait aussitôt écrit à son frère de venir le\nretrouver à Vienne. Celui-ci fit bien d'abord quelques difficultés; un\ndéplacement, et surtout un tel honneur lui paraissaient vertigineux, la\nbanlieue de Saltzbourg lui ayant depuis de longues années apparu\ncomme les confins du cercle de son activité, et le défroncement partiel des\nsourcils du prince-archevêque comme le comble des faveurs terrestres.\nIl se mit en route cependant, et arriva à Vienne.\nLes soins pieux de Joseph Haydn avaient aplani d'avance toutes les\ndifficultés : tout était préparé pour assurer au frère bien-aimé un succès\nvéritable, et grâce à ces précautions, la réussite dépassa les espérances du\ngrand maître. La messe, supérieurement exécutée par les premiers artis-\ntes de la Chapelle Impériale, fut appréciée à 'sa valeur par l'auguste\nassistance; l'impératrice en manifesta hautement son contentement, et\nelle fit prier le compositeur à dîner au château de Schœnbrunn. En vain\nMichel Haydn essaya de refuser l'invitation impériale, prétextant le dé-\npart de la diligence de Salzbourg, qui avait lieu le jour même. L'ordre\nétait formel; on ne pouvait s'y soustraire. Il se rendit donc à Schœn-\nbrunn et fut introduit dans les appartements de réception, où de grands\ndignitaires s'entretenaient avec Leurs Majestés en attendant l'heure du\ndîner. Haydn se sentait mal à l'aise en cette compagnie; il ne savait\nquelle contenance prendre pour cacher son embarras, et aurait voulu\nque le plancher s'entrouvrît sous ses pas; mais quel ne fut pas son effroi,"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "288", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.24", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nlorsque Faîtière Marie-Thérèse elle-même, s'avançant vers lui, lui adressa\nla parole en des termes affectueux et le complimenta sur ses composi-\ntions. Pour le coup, c'était trop: Michel Haydn sentit ses jambes fla-\ngeoler; il balbutia quelques syllabes inintelligibles; puis, perdant tout à\nfait la tête, il se retira en saluant, et parvenu à la porte du salon, il se\nsauva comme un voleur, descendit comme un fou les escaliers, et se jeta\ndans un fiacre qui le ramena à Vienne, Là, il courut d'un trait à la dili-\ngence, s'enfouit sous la bâche pour qu'on ne le reconnût pas, et ne s'ar-\nrêta dans son voyage fantastique, que devant la porte de son domicile,\nà Saltzbourg.\nDe nouvelles années tranquilles succédèrent à cette équipée. A la\nvérité, l'occasion de se faire un grand nom était perdue pour Haydn;\nmais, dans son amour de la vie tranquille, il bénit le ciel de n'être point\nobligé de respirer l'air de la cour, qui lui avait monté si fort au cerveau,\net se contenta de la faveur dont il jouit, à la suite de son voyage à Vienne,\nauprès des musiciens de Saltzbourg ; faveur à laquelle Mozart mit le com-\nble en lui demandant des copies de plusieurs ouvrages., et en lui envoyant\ndeux duettinos pour violons qu'il avait spécialement composés pour lui.\nCes duettinos qui furent, comme dirait M. Prudhomme, le plus beau\njour de la vie de Michel Haydn, se rapportent à Tune des occupations les\nplus importantes de l'existence active, quoique contemplative en appa-\nrence, du maître saltzbourgeois : nous voulons parler du temps qu'il con-\nsacrait à l'instruction de nombreux élèves, auxquels il enseignait son\nart. Parmi ceux-ci, plusieurs sont devenus à leur tour des maîtres esti-\nmables ; quelques-uns se sont acquis une grande renommée; et l'un d'eux\na eu la gloire de jeter à lui seul plus de lumière sur le vieux musicien\nque tous les autres réunis : nous avons nommé Weber, l'immortel au-\nteur du Freischùt\n(La suite prochainement.)\n\nEDMOND NEUKOMM."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "289", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.25", "texte": "REVUE DES CONCERTS\nCONCERTS POPULAIRES : Symphonie en si bémol de Niels Gade. Symphonie brève de\nM. Théodore Gouvy. L'exécution du septuor de Beethoven. CONCERT NATIONAL :\nUArtésienne de M. G. Bizet. Sicilienne de Boccherini. Scherzo de Cherubini.\nRuth de M. Franck. Phaéton de M. Saint-Saëns. Scènes pittoresques de M. Masse-\nnet. CONCERT DANBÉ : L'exécution et les solistes. Madame Floriani CONCERTS\nDU CASINO : Les Damen-Orchester de madame Amann Weinlich.\nONCERTS POPULAIRES. Le dernier concert populaire\nde la première série a été fort intéressant sous bien des\nrapports. La symphonie en si bémol de M. Niels Gade,\noffre des pages très saillantes, surtout dans l'allégro et\ndans le finale. L'allégro, écrit d'une manière claire et\nlimpide, se fait comprendre immédiatement : les deux\nmotifs, et notamment le second, sont larges et nobles, et la péroraison\nest d'un bel effet. L'andante, fort court, est assez joli, sans cependant\noffrir de motif hors ligne. Le finale, bien qu'un peu confus par-ci, par-\nlà, est plein de feu et de verve.\nLa première audition d'une symphonie brève de M. Théodore Gouvy,\nne lui a pas été favorable, malgré le soin avec lequel elle a été exécutée.\nCette symphonie ne se compose que de variations et d'un rondo. Le\nthème, ainsi que les variations, sont en mineur, et rien ne prête moins\nà l'effet, dans des variations, que le mode mineur, qui, grave et sombre\nde lui-même, peint à merveille la mélancolie, la tristesse, la fureur, mais\nne saurait jamais être ni léger ni brillant. Le rondo qui suit est trivial\net savant à la fois. Le motif principal rappelle parfois l'air de la Monaco\\\non pourrait l'intituler Rigaudon fugué. Comme M. Gouvy a depuis"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "290", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.26", "texte": "LA. CHRONIQUE MUSICALE\n\nlongtemps donné de nombreuses et irrécusables preuves d'un vrai talent,\non lui doit la vérité tout entière.\nA l'égard du septuor de Beethoven, je me permettrai une observation\nqui ne touche en rien à l'excellente exécution de l'orchestre de M. Pasde-\nloup, mais à l'idée première qu'on a eue de faire jouer par tous les instru-\nments à cordes, ce qui n'est écrit que pour ces instruments solo. Le ré-\nsultat en est très beau, mais la clarinette, le cor et le basson sont sacri-\nfiés, sauf dans les passages où leur partie est à découvert. Te sais bien\nque dans tous les orchestres les instruments à vent jouent solo, quand\nils ont un chant, et que d'un autre côté, il est extrêmement difficile\nd obtenir une justesse absolue, lorsque deux de ces instruments exécu-\ntent la même partie. Mais il faut remarquer que Beethoven ayant écrit\npour sept instruments, ni plus ni moins, a calculé ses effets de sonorité\nd une certaine manière et non d'une autre, et ensuite que, vu l'habileté\net le talent de MM. les artistes des Concerts populaires, ils arriveraient, à\nn'en pas douter, à une justesse parfaite, si ce septuor était distribué pour\ntous les instruments à cordes, et deux clarinettes, deux cors et deux bas-\nsons à l'unisson. Puisque dans les grands festivals les instruments à vent\nsont souvent quadruplés et sextuplés, pourquoi ne pas tenter de les dou-\nbler dans le septuor de Beethoven? Je crois qu'il y gagnerait encore.\nHenry Cohen.\nCONCERT NATIONAL. Bien que le Concert national ait à peine un an\nd'existence, il n'en a pas moins exercé déjà une influence considérable sur\nle mouvement musical auquel a donné naissance l'institution des Sociétés\ndestinées à populariser les chefs-d'œuvre de la musique classique. Ce\nmouvement, les Concerts du Conservatoire Pavaient préparé de longue\nmain : les Concerts populaires lui ont donné en quelques années une im-\npulsion extraordinaire ; mais c'est surtout le Concert national qui en a\ndéterminé le véritable caractère, et qui l'a engagé décidément dans la di-\nrection qu'il convient de lui imprimer, afin d'en tirer parti au mieux des\nintérêts de l'art. Et en effet, tandis que les deux premières Sociétés se\npréoccupaient surtout de vaincre l'indifférence du public pour la forme\nsymphonique, en propageant la connaissance de ces chefs-d'œuvre de\n1 esprit humain qui ont immortalisé les noms d'Havdn, de Mozart, de\n*V 7 /\nBeethoven, de Weberet de Mendelssohn, le Concert national, bien plus\nhardi, entreprenait de créer un nouveau répertoire à côté du répertoire\nclassique, et produisait, en moins de huit séances, plus de trente œuvres\ninédites, appartenant toutes à l'École française contemporaine et si-"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "291", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.27", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\ngnées : Massenet, Saint-Saëns, Bizet, Dubois, Paladilhe, Joncières,\nCastillon, Lalo, Gouvy, Franck, etc Ainsi se trouvait réalisé pour\nla première fois ce programme, qui doit être désormais la loi de toute\nSociété de musique instrumentale vraiment dévouée aux intérêts de Fart\nnational, et qui consiste à associer dans une égale mesure les œuvres\ncontemporaines françaises aux chefs-d'œuvre de l'École classique. Ce\nprogramme, le Concert national l'a mis en pratique l'hiver dernier à\nFQdéon, et il en a obtenu de magnifiques résultats; il annonce l'inten-\ntion d'y rester fermement attaché dans la nouvelle campagne qu'il vient\nd'entreprendre au Châtelet. Bravo ! l'École française comptera à la fin\nde cette saison quelques belles œuvres de plus !\nDans chaque numéro de la Chronique musicale, je donnerai, à cette\nmême place, un compte rendu détaillé de toutes les œuvres inédites qui\nauront été jouées dans la quinzaine; mais, pour aujourd'hui, je dois me\nborner à liquider l'arriéré et à faire sommairement une revue rétrospec-\ntive des cinq premiers concerts.\nOn a exécuté dans la première séance les morceaux symphoniques\ncomposés par M. Bizet pour Y Artésienne d'Alphonse Daudet. La mu-\nsique de M. Bizet avait été peu appréciée au Vaudeville, où elle était\nabsolument déplacée ; transportée au Châtelet, elle y a retrouvé le succès\ntrès mérité qu'elle avait déjà obtenu aux Concerts populaires. Après un\nassez beau concerto pour violon de Max Bruch, qui a été fort bién.rendu\npar M. Sarasate, je signalerai encore dans le programme des deux pre-\nmières séances une Sicilienne inédite de Boccherini et un ravissant\nScherzo, tiré de l'un des trois quatuors de Cherubini. Le quatrième\nconcert delà première série a été occupé en grande partie par l'exécution\nd'une œuvre chorale : Ruth, églogue biblique en trois parties de\nM. Franck. Cet ouvrage est écrit avec beaucoup de talent ; on y trouve\nquelques effets larges et puissants ; mais l'ensemble est d'une longueur\nexcessive et le style en a paru plus monotone que vraiment religieux.\nM. Saint-Saëns continue avec succès la série de ses Poèmes sympho-\nniques, dont les sujets sont empruntés à la Fable. Après Prométhée et le\nRouet d'Omphale, voici Phaéton. J'ai écouté ce nouveau morceau en\nayant constamment le programme sous les yeux, et je dois reconnaître\nen toute sincérité que le développement symphonique m'a paru suivre\nau pied de la lettre la donnée mythologique; le compositeur a donc\nréussi, j'ajouterai même qu'il a fait preuve d'un très réel talent. Mais\nquel genre bizarre et quelle singulière idée de s'étudier à rabaisser, à\nl'imitation de quelques phénomènes du monde matériel, un art destiné\navant tout à toucher le cœur et à frapper l'imagination ! Tous ces essais"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "292", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.28", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nde musique descriptive et pittoresque me remettent toujours en mémoire\nl'excellente satire qu'en fit jadis Swift, lorsqu'il envoya les paroles d'une\ncantate à son ami le docteur Ecclin pour qu'il la mît en musique, en lui\nrecommandant de bien imiter le trot} Yamble, le reniflement et le galop\nde Pégase ! M. Saint-Saëns, lui, a voulu nous peindre la course désor-\ndonnée du char du Soleil livré aux mains inhabiles de Phaéton. Je ne\ndemande pas mieux, le programme aidant, de voir tout cela dans sa\nmusique ; mais comment diantre î m'y prendrai-je pour faire passer\nma conviction dans l'esprit de mon voisin pour qui tout ce détachement\nsymphonique ne représente qu'un fiacre, monté par un automédon en\ngilet rouge et entraîné par deux rosses qui ont pris le mors aux dents et\nse livrent à une course folle à travers le boulevard Montmartre? Sur\nquels signes certains voulez-vous que je me fonde pour combattre\nson erreur ? Non, décidément, ne me parlez pas de la musique à pro-\ngramme. Lorsqu'on peut, comme M. Saint-Saëns, prétendre à des\nsuccès de meilleur aloi dans un genre plus relevé, on doit s'empresser de\nlaisser de côté toutes ces puérilités vraiment indignes d'un musicien\nsérieux.\nL'œuvre la plus remarquable qui se soit produite jusqu'ici au Concert\nnational, c'est la quatrième suite cTorchestre de M. Massenet, intitulée :\nScènes pittoresques. Les Scènes pittoresques forment un trèsr heureux\npendant aux Scènes hongroises, jouées l'hiver dernier aux Concerts\npopulaires ; elles font le plus grand honneur au jeune auteur de Marie\nMagdeleine. Il resterait maintenant à examiner quelle est au juste la\nvaleur musicale de cette nouvelle forme symphonique, inaugurée chez\nnous avec beaucoup de succès par MM. Massenet et Guiraud ; c'est ce\nque nous ferons à la première occasion.\nH. Marcello.\nCONCERT DANBÊ. —M. Danbé qui, après deux ans d'heureuse et tran-\nquille jouissance du salon du Grand-Hôtel, s'en était vu exproprié, vient\nde recevoir une hospitalité tout écossaise de la part de M. Henri Herz,\nqui lui a généreusement offert sa salle avec l'éclairage. C'est agir en\ngrand et noble seigneur.\nLes deux morceaux les mieux réussis du concert de jeudi dernier sont\nla charmante ouverture de la Fête du village voisin, et surtout les airs\nde ballet du Prophète, que le peu nombreux, mais vaillant orchestre de\nM, Danbéa exécuté avec un entrain et une verve qui paraissaient doubler\nla masse des instrumentistes. La manière dont a été rendu Vandante de"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "293", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.29", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nla symphonie en la de Beethoven, a pu en donner une idée à des per-\nsonnes qui ne la connaissaient pas ; mais M. Danbé ne doit pas perdre\nde vue que le public de la salle Herz est plus exigeant que le public mêlé\ndu Grand-Hôtel. La Rêverie de Dunkler est un joli effet, et M. Loys,\nchargé du solo de violoncelle, joint à une belle exécution une superbe\nqualité de son. M. Turban a parfaitement joué le solo de clarinette dans\nle quintette de Mozart. Mais dsoù vient que ces mêmes artistes, qui tous\nont du talent et exécutent si bien les œuvres symphoniques, sont si fai-\nbles lorsqu'il s'agit d'accompagner le chant ? Ainsi, Pair du Freischut\\\nmanquait d'ensemble, de nuances et surtout de délicatesse. De plus, le\nmouvement qui suit Vandante a été pris trop vite. Du reste, madame\nFloriani, très belle et élégante jeune femme, dont les sons élevés ont\nbeaucoup d'éclat, n'a pas été non plus sans reproche dans cet air diffi-\ncile, dont elle aurait mieux fait de chanter la traduction de Castil-Blaze,\nqui, malgré quelques accrocs au texte de Weber, est de bien loin la plus\nmusicale de toutes celles qu'on a faites. Si madame Floriani fait entendre\nde nouveau la romance de Garat : Dans le printemps de mes annéesr il\nfaudra qu'elle se rappelle que Garat a dû sa grande célébrité à son admi-\nrable articulation des paroles. Quant à la romance de Mozart : L'Amour\nmalheur eux, il faut convenir franchement qu'elle est peu digne de lui.\nH. C.\nCASINO*CADET. —CONCERT DES DAMEN-ORCHESTER. Il ne m'en coûte-\nrait pas plus d'appeler cette compagnie de virtuoses en jupons orchestre\nde dames que damen-orchester, mais je crois cette dernière dénomina-\ntion plus topique, tant le cotillon allemand y prédomine. Ainsi, dites\ndamen-orchester et prononcez de même qu'à Berlin. L'Allemande du\nSud est vive, enjouée et nerveuse, avec la taille svelte et les extrémités\ndélicates : elle a dans l'œil comme un rayon du soleil latin. Je manque-\nrais àla galanterie française envers les damen-orchester si je vous faisais\nle portrait de l'Allemande du Nord. Paix donc sur ce chapitre!\nL'orchestre de dames est dirigé par madame Amann Weinlich, une\njeune femme assez élégante, froide et flegmatique : elle le conduit de\nmémoire, avec fermeté, à petits coups de bras secs et sûrs : elle accueille\nle bis sans aucun transport, avec ce pincement de lèvres particulier aux\npersonnes graves qui se croient l'objet d'une mauvaise plaisanterie. La\nqualité la plus recommandable de son orchestre est la précision mathé-\nmatique du mouvement et le respect absolu de la mesure. Son défaut\nle plus saillant est l'inconscience de la ligne mélodique à laquelle il ne\ndonne pas le relief suffisant : il n'a aucun souci de l'expression et des"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "294", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.30", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nnuances. Madame Weinlich devrait surtout s'étudier à en rétablir\nl'équilibre, compromis par les représentants du sexe masculin chargés\ndes cuivres : ces jeunes gens soufflent à pleins poumons dans leurs\ninstruments, comme s'il leur était commandé d'annoncer le jugement\ndernier. Ils sont secondés dans cette besogne par les jeunes filles de la\nbatterie, qui sont littéralement inexorables. Les instruments à cordes,\nd'une facture et d'une sonorité défectueuses, s'épuisent en efforts super-\nflus contre ces robustes adversaires. C'est une lutte pénible entre deux\ncamps d'où l'harmonie s'est envolée. Un harmonium qui prend part à\nl'exécution de presque tous les morceaux essaye en vain de jeter du gris\nsur ces couleurs criardes. La famille si intéressante des instruments de\nbois, d'où Ton tire des effets si pittoresques, est loin d'être au complet,\npuisqu'elle ne compte ni hautbois ni basson. Madame Weinlich n'a-t-\n------elle pu trouver de demoiselles qui se résignassent à les emboucher? J'ai\npourtant lu quelque part qu'une grande dame française du dix-huitième\nsiècle, dont le nom m'échappe, avait appris le basson pour plaire à je ne\nsais quel gentilhomme qu'elle aimait. Le sexe faible a-t-il dégénéré?\nLeprogrammedes damen-orchester est assez varié, et n'est pas dépourvu\nd'intérêt. Il se compose de symphonies classiques en petit nombre, de\nfragments d'opéras hongrois, d'ouvertures d'œuvres anciennes et mo-\ndernes, de trios pour violon, violoncelle et piano. Ce qu'elles jouent le\nmieux, à tout prendre, c'est la musique de danse, les valses de Strauss\nde Vienne, les polkas et les galops. Mademoiselle Pauline Jewe exécute\nsur le violon des variations et des fantaisies : elle ne manque pas d'habi-\nleté, mais son archet s'égare volontiers sur les notes extrêmes de la\nchanterelle où la justesse et le charme ne la suivent pas toujours.\nJe vous conseille de les aller entendre, à titre de distraction artistique.\nAu demeurant, c'est une curiosité inconnue aux Parisiens, et peut-être\nn'en reverra-t-on pas d'analogue d ici longtemps. Rien, toutefois,\ndans la nature elle-même et dans nos mœurs, ne s'oppose à la\ncréation et àla généralisation d'orchestres féminins. Chaque année,\ndans les concours de violon et de violoncelle, au Conservatoire, nous\nvoyons apparaître les blanches robes de jeunes filles venues pour s'en\ndisputer les prix, et l'on sait, par l'estampe de Bonnard reproduite ici,\nque nos aïeules s'exerçaient, elles aussi, sur la viole, il y a bientôt\ndeux siècles,\nArthur Heulhard."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "295", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.31", "texte": "REVUE DES THÉATRES LYRIQUES\n\nOPÉRA-COMIQUE : Reprise de Maître Wolfram, de M. Ernest Reyer. M. Boithy.\nMademoiselle Chapuy. >— RENAISSANCE: La Jolie Parfumeuse, Mesdames Théo\net Grivot. MM. Bonnet, Daubray et Troy. MENUS-PLAISIRS : La Liqueur d'or\nde M. Laurent de Rillé. Mesdames Matz-Ferrare et Silly. M. Milher.\nOMME artiste, M. Ernest Reyer, l'auteur de Maître\nWolfram, est un tempérament ; comme homme, un\ncaractère. Artiste, il est inébranlable dans sa foi musi-\ncale. Homme, il est incapable d'une concession dont\nl'opportunité ne lui serait pas démontrée à lui-même\npar lui-même. C'est dire qu'il est tout d'une pièce et\nqu'il n'a plié l'échiné ni devant la critique, ni devant les préjugés d'école,\nni devant les administrations théâtrales. Sa carrière s'est naturellement\nressentie de ce manque de souplesse : on y compte des silences de cinq\nans, des pauses de dix ans, et tandis que M. Offenbach escalade les tré-\nteaux de l'Opéra-Comique avec quatre partitions en trois actes qui tom-\nbent coup sur coup, M. Ernest Reyer, une des physionomies les plus\noriginales de l'école française moderne, attend que l'auteur de Barkouf,\nde Robinson Crusoé, de Vert-Vert et de Fantasio se range pour laisser\npasser l'auteur de Maître Wolfram et de la Statue.\n(Test avec Maître Wolfram que M, Reyer aborde la scène pour la\npremière fois, le 20 mai 1854. Il avait peu produit auparavant : des\nromances, line messe solennelle pour la duchesse d'Àumale et Fode sym-\nphonique le Sélam y voilà quel était le bagage du jeune compositeur;\nIl avait conçu en Afrique ridée du Sélani et l'avait communiquée à\nThéophile Gautier, qui, sur ce léger canevas de scènes de la vie arabe,\navait brodé de jolis vers alertes et bien rhythmés. M. Reyer en avait écrit\nla musique."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "296", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.32", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nOn ne manqua pas d'établir entre le Sélam et le Désert de Félicien\nDavid, dont l'apparition ne datait pas de loin, des rapprochements qui\nne tournaient pas à l'avantage du premier. L'étrangeté de style du\nSélam déconcerta plus d'un critique. Scudo, contrarié dans son idéal et\ntroublé par des effets d'instrumentation inquiétants, laissa percer la\nmauvaise humeur qu'il en ressentait. Il avança perfidement que, sauf\ncertains raccords du cru de M. Reyer, les mélodies du Sélam avaient\nété sans façon notées par lui et rapportées d'Afrique comme un souvenir\nde voyage. Sept années s'écoulèrent avant que M. Reyer ne tentât son\nsecond assaut du public parisien. Durant cet intervalle, il se recueillit\net s'orienta : il n'eut, d'ailleurs, que peu de peine à choisir sa voie, et\nse laissa aller au penchant qui l'entraînait invinciblement vers l'école\nromantique allemande, à la suite de Weber, pour lequel il s'était épris\nd'une belle passion. Il s'est rendu extrêmement familier avec les formules\nde la doctrine nouvelle, et de ce commerce intime avec le plus grand dra-\nmatiste lyrique de l'Allemagne moderne, il a gardé comme un reflet du\ngénie de son idole. M. Reyer était encore sous l'impression toute fraîche\nde son enthousiasme lorsqu'il écrivit Maître Wolfram, en 1854. Il ne\ntombe jamais dans l'imitation servile du maître; le métier de copiste\nrépugnerait à sa nature d'artiste instinctivement libre et aventureux,,\nmais ses sympathies se trahissent malgré lui, jusque dans la tournure\nde sa mélodie, jusque dans la facture de son instrumentation. La parenté\nn'est pas niable. Ce qu'il y a de meilleur dans M. Reyer, c'est M. Reyer\nlu i-même, avec ses audaces, ses trouvailles et son originalité native :\nc'est quand il ressaisit sa personnalité qu'il frappe les coups décisifs et\nqu'il compose tout d'un jet la Statue, une des œuvres les plus remar-\nquables qu'on ait entendues dans ces vingt dernières années, et dont la\nreprise par l'Opéra-Comique serait à la fois un acte d'intelligence et de\nréparation. Mais revenons à Maître Wolfram.\nMaître Wolfram, dont le poème est de Méry, fut représenté pour\nla première fois au Théâtre-Lyrique, peu de temps avant sa clôture, le\n20 mai 1854. Le rôle de l'organiste amoureux Wolfram fut créé d'ori-\nginal par le baryton Laurent, et celui d'Hortense par madame Meillet\nalors dans tout l'éclat de sa voix et de sa beauté. Maître Wolfram ob-\ntint, à son apparition, au Théâtre-Lyrique, un succès très vif, qu'il re-\ntrouva tout entier à l'Opéra-Comique, lorsqu'il passa, quelques années\nplus tard, dans le répertoire de ce théâtre. Près de vingt ans ont passé\nsur cette partition, et le temps n'y a pas laissé l'empreinte de son irré-\nparable outrage. La reprise de Maître Wolfram, la semaine dernière,\na été chaleureusement accueillie, ainsi que les deux morceaux que l'au-"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.33", "texte": "DAME JOUANT DE LA VIOLE\nD'après une estampe de Bonnart (XVIIIe siècle)."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "297", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.34", "texte": "teur a ajoutés à son texte primitif, un arioso et un duo. L'ouverture est\nune symphonie très étudiée dans ses détails, mais le plan en est mal concu\net parconséquent mal développé. C est un morceau prétentieux et long,\nce qui est bien éloigné du cadre de l'Opéra-Comique. M. Reyer a pris\nune revanche éclatante dans Varioso : O larmes, larmes, coule; douce-\nment de mes yeux, chanté par M, Bouhy, avec une chaleur communi-\ncative qui a soulevé les bravos et les bis de toute la salle. Voilà une\ninspiration coulant de source claire, pleine de simplicité et aussi\nd expression. La même ovation a été faite à la délicieuse romance\nd Hélène : Je crois ouïr dans les bois, sur laquelle passe comme un\nsouffle du printemps. On a obligé mademoiselle Chapuy à la redire.\nLe laige cantabile de Wolfram : Douce harmonie, et sa romance :\nJ'ai dit à toute la nature,ont été tout aussi bien reçus. Le duo pour\nténor et soprano, entre M. Coppel et mademoiselle Chapuy, a paru\nun peu haut en couleur et surchargé de modulations portenteuses ;\nen cela, il dépasse complètement le but. Que citerons-nous encore? L'air\ndu ténor -. Maudit soit le ferrailleur, qui est d'un bon style, et deux\nchœurs d étudiants d une sonorité brillante enserrée dans un rhythme à\nl'emporte-pièce. M. Bouhy, qui tenait le rôle de maître Wolfram, con-\nduit avec une méthode excellente une voix moelleuse et bien sonnante ;\nil phrase avec cet aplomb et cette égalité de son auxquels on reconnaît\nle chanteur élevé à bonne école. Mademoiselle Chapuy, qui jouait Hé-\nlène, y a dépensé tout son talent de comédienne expérimentée. Son so-\nprano, très voilé dans les notes graves du registre, s'assouplit et acquiert\nde 1 ampleur . elle le maintient avec adresse dans la demi-teinte dont elle\naffectionne les effets. La morale de la reprise de Maître Wolfram,\nc'est la reprise de la Statue.\nRENAISSANCE. LA JOLIE PARFUMEUSE. 29 Toutes les\nfois que le rideau se lève sur un mariage, dans un de nos théâtres pari-\nsiens, tenez pour assuré que l'intrigue de fond repose sur une sépara-\ntion excentrique de la femme et du mari au solennel moment de la nuit\ndes noces, et qu'elle se dénouera par la rencontre inattendue des deux\népoux biusquement sepaies par le hasard. Tel est le point de départ de\nvingt vaudevilles du Palais-Royal et des deux opéras bouffes les plus\ncourus de ce temps-ci, la Timbale det la\ngot. C est aussi la situation initiale de la Jolie Parfumeuse, et je m'ex-\nplique la préférence des auteurs pour les sujets à mariage, car, plus\nheureux généralement que les gens qu'ils mettent en ménage, ils fêtent\nleur centième avant que ceux-ci ne songent même à leur\n\n11.\nREVUE DES THÉÂTRES LYRIQUES\nJL\n19"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "298", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.35", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nLes auteurs de la Jolie Parfumeuse ne pouvaient soutenir l'intrigue peu\naccidentée de leur pièce qu'en la flanquant de scènes accessoires qui ne\nfussent ni trop longues ni trop grivoises. Ils ont côtoyé l'écueil avec\nassez d'habileté, et servis par bun grand fond de gaieté naturelle, ils ont\npu se faire écouter jusqu'au bout sans murmure.\nLa noce de Rose Michon, la jolie parfumeuse, se fait aux Porcherons,\nun coin de Paris charmant, aujourd'hui enseveli sous des maisons à\nsix étages,\nDussé-je passer pour un sacrilège envers les dieux de la musique et de\nla comédie, je trouve l'acte des Porcherons, par lequel s'ouvre la pièce, fort\nbien présenté et musiqué. J'y vois errer comme l'ombre chérie de nos\nfêtes populaires perdues ; c'est un joyeux écho de la foire Saint-Laurent\nqui bruit à mon oreille. Jeaurat ou le Prince a brossé le décor ; Vadé,\nmitigé de Favart, a signé l'acte, et, sous les couplets d'Offenbach, je dis-\ntingue la vieille forme du vaudeville français avec sa reprise inévitable\nen chœur. J'aime moins les actes suivants, parce que, le décor chan-\ngeant, la musique d'Offenbach s'exile de son cadre naturel, la place pu-\nblique.\nQffenbach tenait sans doute à donner la synthèse de sa manière dans\nla partition de la Jolie Parfumeuse. On n'y rencontre guère de motifs\nqui ne se retrouvent en germe dans ses opérettes antérieures. Le malheur\nest que cette sorte de résumé des Brigands, de la Grande-Duchesse, de\nla Princesse de Trébiçonde et autres enfants de sa veine, ait été fait trop\nà la hâte. Le directeur de la Gaîté a nui considérablement au maestro\nQffenbach, et je pourrais citer dans la Jolie Parfumeuse telle et telle\nidée qui a dû être interrompue par le paiement d'une facture. Dans ce\nconflit entre la gestation de la Jolie Parfumeuse et la mise en scène de\nla Jeanne-Darc, le compositeur a quelquefois repris le dessus sur l'ad-\nministrateur, mais par éclaircies seulement.\nLe premier acte est semé de nombreux couplets dont le refrain se\nrépète en chœur : ils ne se distinguent point par l'originalité, mais ils\naniment la scène. Le duo : Tenemonsieur Babolet, est bien venu ;\nles couplets du pseudo-peintre Bonnet, agréablement tournés d'ailleurs,\nrappellent trop l'allégro du duo des Cent Vierges3 au premier acte; la\nronde Quand les gens de la noce, qui sert de finale à l'acte, est plein de\nverve et d'entrain. C'est de la musique de jambes. A partir du second\nacte, les machinistes, le régisseur et les habilleuses de la Gaîté commen-\ncent à venir tirer M. Qffenbach par le pan de son habit. C'est alors qu'il\nplaque dans sa partition des airs d'opéra-comique fastidieux qu'il dis-\ntribue au hasard à M. Troy et à mademoiselle FonU. Il est temps que"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "299", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.36", "texte": "REVUE DES THÉÂTRES LYRIQUES *\n\nmesdames Théo et Grivot viennent à la rescousse avec leurs jolis duos\net que l'excellent Bonnet se mette de la partie en récitant la demande\nen mariage de Poirot,une sorte de syllabique dont l'accompagnement\nest ingénieux. La chanson de Bruscambille, dite au second acte par\nmadame Théo, n'est ni neuve ni amusante, quoiqu'on l'ait bissée d'au-\ntorité.\nNe quittons pas la Jolie Parfumeuse sans nous être incliné devant\nla spirituelle beaute de madame Théo et les grâces piquantes de madame\nGrivot. Disons aussi que M. Bonnet réjouit fort, et qu'à son contact,\nM. Daubray, un pastiche du pauvre Désiré, commence enfin à chauffer\nson jeu.\nMENUS-PLAISIRS. LA LIQUEUR D'OR. - U Charles\nonselet a inventé, dans sa Lorgnette littéraire, un subterfuge fort\ncommode pour se dispenser d'apprécier l'œuvre de certains confrères\nIl remplace leur biographie par un morceau choisi dans nos meilleurs\nauteurs. J'aurais préféré substituer au compte-rendu de la\ndor un extrait de la Chute des Feuillde Millevoye, et je l'aurais\ncertainement fait, si la paternité de la Liqueur d'or n'avait été endossée\npar M. Laurent de Rillé, une personnalité extrêmement sympathique\nans le monde musical où il occupe une place distinguée. Comment\nM. Laurent de Rillé a-t-il pu se fourvoyer au point d'écrire une parti-\ntion sur le scandaleux livret de la Liqueur d'or?\nLa Liqueur d'or est une découverte de MM. Busnach et Liorat, dont\nla propriété est de rendre mère au bout de trois jours. La première 'appli-\ncation qu ils en ont faite n'a pas été heureuse : ils l'ont administrée à la\nmuse de M. Laurent de Rillé qu'elle a stérilisée sur-le-champ. Sauf un\nduo fort bien écrit au premier acte, et un trio de basses à l'italienne\nterminé en quintette au second acte, il n'y a rien dans la Liqueur\nqui vaille la peine d'un examen sérieux. Le reste de la musique est abso-\nlument incohérent. La pièce est,, en général, bien jouée et chantée.\nMadame Matz-Ferrare a du goût et une voix juste. Comme je ne dirais\nïamais de mademoiselle Silly autant de mal que j'en pense, j'aime mieux\nme taire. Milher est excellent. ~ Le châtiment de M. Laurent de Rillé\nserait que la pièce eût du succès.\n\nARTHUR HEULHARD."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "300", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.37", "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nFAITS DIVERS\na vente de notre Numéro exceptionnel au profit du\npersonnel de l'Opéra, se poursuivra jusqu'au ier jan-\nvier 1874, dernière limite. Nous avons encaissé déjà\nprès de quatre cents francs, et notre recette ne doit\npas s'arrêter là.\nLa réouverture du cours d'Histoire de la Musique a eu lieu au Conser-\nvatoire.\nM. Eugène Gautier, dans cette chaire de création récente, va reprendre\nl'histoire de la musique au point où il l'avait laissée.\nVoici le programme de M. Eugène Gautier pour le mois de décembre : Pre-\nmière leçon : Viadana et l'art de l'accompagnement; deuxième leçon :\nCaccini, Emilio del Cavalière, YEuridice de Péri ; troisième leçon : Monte-\nverde et YOrfeo.\nLa Maison Heugel vient de publier une magnifique édition de Richard\nCœur-de-Lion, réduite (piano et chant) par M. A. Bazille d'après l'arrange-\nment orchestral d'Adolphe Adam, et illustrée d'une lettre autographe et d'un\nbeau portrait de Grétry d'après une gravure de Cathelin (1786). Cette édition,\nprécédée d'une notice de M. Victor Wilder sur la partition de Richard, est\nabsolument conforme à la représentation de TOpéra-Comique et en tout point\ndigne du chef-d'œuvre de Grétry.\nA Bordeaux, les représentations des Noces de Figaro sont interrompues\npar le malheur qui vient de frapper la première chanteuse, madame de Stuc-\nklé, dont la mère se trouvait à bord du steamer la Ville-du-Havre, qui vient\nde sombrer si malheureusement.\nLa mère de madame de Stucklé venait de New-York pour habiter Bor-\ndeaux, auprès de sa fille. Un instant on a douté que madame de Stucklé fût\nà bord du navire, mais une dépêche malheureusement trop vraie confirme\nqu'elle a péri dans cet horrible naufrage."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "301", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.38", "texte": "VARIA\n\nLe mardi, 9 décembre, une superbe représentation de la Favorite a été\ndonnée au Grand-Théâtre du Havre, au bénéfice de la Ville-du-Havre.\nVoici la distribution des rôles :\nAlphonse, Faure.\nFernand, Bosquin.\nBalthazar, Ponsard.\nDon Gaspard, Huet.\nLéonor, Mesdames Bloch.\nInès, Barbot.\nBallet : mesdemoiselles Maria Hennecart, Glary Hennecart, L. Chenat.\nLes artistes du Havre, afin de donner plus de splendeur encore à l'inter-\nprétation de l'opéra de Donizetti, n'ont pas hésité à chanter dans les\nchœurs.\nNous pouvons citer notamment : MM. Cabannes, Fronty, Ferrier, Tho-\nler, Seguin, Sujol, G. de Beer, Defoye, Disderi, Dios, Georges Miller, Du-\nquesne, Moreau.\nMesdames Parent, de Soor, Harel, Grenier, May, J. de Beer, Blonzac,\nPernay, Sézanne, Ygonnet, Delvalli.\nVieuxtemps, le célèbre violoniste, atteint d'une paralysie qui le met\nhors d'état de se faire entendre, vient de donner sa démission de professeur\nau Conservatoire de Bruxelles.\n\nNOUVELLES\n\nARIS. Opéra. Il n'y a pas moins de quatre compétiteurs à la\ndirection de l'Opéra dans la nouvelle salle, pas moins de quatre\ncombinaisons ayant toutes pour objet de terminer les travaux com-\nmencés, moyennant la concession du privilège pour un temps plus\nou moins long.\nLa Commission est opposée à la mise en régie de l'Opéra pour le compte\nde l'État.\nNous croyons pouvoir dire, en attendant, que le choix du ministre s'est\nporté sur M. Perrin, comme directeur de la salle provisoire et du nouvel\nOpéra.\nSi l'Opéra s'installe salle Ventadour, l'orchestre de l'Académie de musi-\nque sera réduit de 85 artistes à 60 au maximum, et Ton sera vraisemblable-\nment forcé de réduire aussi les chœurs. Il va sans dire, néanmoins, que tous les\nartistes, sans exception, resteront attachés à l'administration; des congés de\nsemaine leur seront accordés plus fréquemment, voilà tout.\nIl en sera de même pour le ballet. Il paraît, en effet, que pour le ballet\nproprement dit, le plancher scénique de la salle Ventadour serait à refaire\nentièrement, sa solidité n'étant point à l'épreuve,"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "302", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.39", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nItaliens. Les débuts du ténor Devilliers dans la Traviata ont été assez\nheureux. Prochainement, viendront ceux du ténor Enrico Serazzi dans la\nSonnambula , de mademoiselle Brambilla et de M. Genevoix dans Lucia, et\nenfin de mademoiselle Donadio sur laquelle la direction compte beaucoup.\nC'est un véritable roman que l'histoire du ténor Devilliers.\nIl y a d eux ans, c'était un simple ouvrier tonnelier, comme jadis Poultier,\nde l'Opéra, ne sachant ni lire ni écrire. Un jour qu'il travaillait en chantant,\nsa bonne étoile voulut qu'il fût entendu par M. Rubini. L'excellent pro-\nfesseur lui proposa immédiatement de se charger de son éducation. Ce\nn'était pas une petite affaire : M. Devilliers avait tout à apprendre. Mais son\nintelligence aidant et grâce au zèle infatigable de son professeur, il a été\npromptement en état de se présenter devant le public et, qui plus est,\nde débuter en italien.\n\\ ; /\" •\nLe maestro Vianesi fait répéter le Astupe feminili , de Cimarosa.\nVoici la distribution des feminili : Bellina , mesdemoiselles Heil-\nbronn; Léonora, de Bogdani; Ersilia, Praldi ; Remualdo, MM.Fiorini ; Gram-\npolo, Zucchini ; Filandro, Serazzi.\nLa direction nous promet les di Figaro, avec la distribution\nsuivante : La contessa, mesdemoiselles Brambilla; Suzanna, Heilbronn ; Il\nPaggio, Bogdani; Almaviva, MM. Padilla ; Bartholo, Zucchini; Figaro,\nFiorini.\nMadame Penco est engagée aux Italiens. Elle chantera Semiramide, au\nmois de mars prochain, c'est-à-dire dès son retour de Russie.\nOn va mettre prochainement à l'étude les Educande di Sorrento d'un\ncompositeur absolument inconnu à Paris, le maestro Useglio.\nOpéra-Comique. Le bal de l'Association des artistes aura lieu le premier\nsamedi du carême, au théâtre de l'Opéra-Comique. On se rappelle qu'à\nl'exception de l'année dernière, ces fêtes se sont toujours données dans cette\nsalle.\nOde'on. L'Odéon se propose de fêter le 234e anniversaire de la naissance\nde Racine d'une façon très-originale. On donnerait une représentation\nd'Athalie, avec l'opéra complet de Mendelssohn, ouvertures, marche,\nsymphonies, solis, chœurs, etc., exécutés à la façon des oratorios allemands,\navec une grande masse chorale et un orchestre considérable.\nBouffes-Parisiens. En répétition aux Bouffes : les Poupées du Diable,\nopérette en un acte, de M. Schmidt, et la Comète ( titre provisoire ), opérette\nen un acte, de MM. Talexi, Grangé et Bernard.\nAthénée. On assure que M. Verger, l'ancien directeur du Théâtre-Ita-\nlien, s'associe avec M. Ruelle pour l'exploitation de l'Athénée."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "303", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18731215-01.1.40", "texte": "VARIA\n\nChâteau-d'Eau. —■ Une partie de la malheureuse troupe de l'Athénée, lais-\nsée sur le pavé par suite de la fermeture de la salle de la rue Scribe, a passée\navec armes et bagages, au théâtre du Château-d'Eau,où elle joue maintenant\ntous les soirs. Elle a pendu la crémaillère à son nouveau logis avec Pépita ou\nla Dot mal placée, l'opéra bouffe de M. Georges Mancel qui eut un grand\nsuccès de rire à l'Athénée l'hiver dernier. La musique, qui est de M. Lacome,\nnotre collaborateur, a suivi, 011 le sait, l'heureuse fortune de la pièce, et la\ntraversée qu'elle vient d'accomplir ne lui a rien enlevé de sa verve et de son\nentrain. Nous n'avons pas à revenir sur le mérite de cette partition. La presse\na été autrefois unanime à le reconnaître. La Dot mal placée est très gaiement\nenlevée par mademoiselle Girard, MM. Geraizer, Lepers, Lary et Galabert.\nLe Barbier de Séville et le Bijou perdu alternent avec elle sur l'affiche.\nFolies-Dramatiques. C'est aux Folies-Dramatiques que sera représenté\nle Capitaine Fracasse, opéra comique en trois actes et cinq tableaux, livret\nde M. Catulle Mendès, musique de Émile Pessard.\nC'est, paraît-il, un grand opéra comique de cape et d'épée, très bouffon\nsans doute, mais contenant çà et là des scènes tout à fait dramatiques. La\npièce exigera un déploiement de mise en scène exceptionnel.\nQuant à l'époque de la représentation, rien de fixé encore, la musique\nn'étant pas achevée. On parle déjà de Sainte-Foy pour le rôle de Blazius et\nde Millier pour celui de Jacquemin Lampourde. 011 cherche un capitaine\nFracasse.\nL'audition du Messie de Haendel, au Cirque des Champs-Elysees, sous\nla direction de M. Charles Lamoureux, aura lieu le vendredi ic) décembre,\nLe dimanche 7 décembre se sont ouverts les Concerts du Conservatoire.\nLa Chronique musicale rendra compte de ces séances, d'une si haute portée\nartistique, toutes les fois qu'on y produira des œuvres nouvelles ou inconnues\nau public parisien.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}