{"numero_id": "bm-bmtnabc-1874-01-01-01", "volume": "bmtnabc_1874-01-01_01", "ocr_sha256": "ae1f3a1568c678d907e672d0405f10052afe8a5a10a5e4c4cda7a32f4794d6a6", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabc/issues/1874/01/01_01/bmtnabc_1874-01-01_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabc/issues/1874/01/01_01/bmtnabc_1874-01-01_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabc-1874-01-01-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-01-01_01#c001", "volume": "bmtnabc_1874-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "[5]", "page_fin": "11", "image_debut": 1, "image_fin": 7, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.2.1", "titre_corps": "LE RÉALISME DANS L'OPÉRA COMIQUE AU XVIIIe SIÈCLE", "titre_sommaire": "LE RÉALISME DANS L'OPÉRA COMIQUE AU XVIIIe SIÈCLE", "signature_source": "CH. BARTHÉLEMY", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[5]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.1", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 554, "texte": "LE RÉALISME\nDANS L'OPÉRA COMIQUE AU XVIIIe SIÈCLE\nVADÉ\n1720-1757\n\nANS l'ancienne société française, où chacune des\nnombreuses classes qui la composaient était à sa\nplace et par conséquent tenait son rang bien mar-\nqué, l'originalité des individus était tout autrement\naccentuée que de nos jours, où une soi-disant éga-\nlité de manières et de costumes livrée à peu près\nia même pour tous, empêche l'artiste et l'obser-\nvateur de saisir le caractère de chaque série d'in-\ndividus.\nLe peuple, les ouvriers, les gens de la halle., des ports, le soldat, etc.,"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "6", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.2", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2172, "texte": "offraient à eux seuls, un assez vaste champ aux explorateurs réa-\nlistes du dernier siècle ; et si nous voulons (comme le goût général du\ntemps où nous vivons nous y porte) retrouver ces types perdus, c'est\ndans les auteurs dramatiques d'alors qu'il nous faut les chercher. C'est\nlà qu'ils nous apparaîtront vivants, agissant et parlant leur idiome\nprofondément naïf et original, dont les termes pittoresques s'effacent\nchaque jour davantage.\nQui veut, au dix-neuvième siècle, paraître ce qu'il est ? Personne ;\ntous, plus ou moins, jouent la comédie et la jouent assez mal, parce qu'ils\nveulent se donner des rôles et des costumes qui ne vont ni à leur apti-\ntude ni à leur taille.\nYoung Ta dit: « Nous naissons tous originaux et nous mourons tous\ncopies. » Ceci est bien plus vrai que jamais, de notre temps; mais, si\nnous sommes des copies, est-ce notre faute à chacun de nous en parti-\nculier ? N'est-ce pas plutôt celle de notre époque qui nous fait, en quel-\nque sorte, une exigence d'être comme tout le monde ?\nJadis, être original, c'était un moyen de se distinguer et de réussir ; au-\njourd'hui c'est un obstacle au succès et —par conséquent —un malheur.\nAujourd'hui on craint autant d'être original qu'autrefois on redoutait\nd'être copie.\nOr, pour couper court à ces considérations dont le développement\nnécessaire demanderait presque un volume, voici un original,\npeintre d'originaux ; inventeur agréable d'un genre vrai, commun,\ntrivial, si toutefois la nature peut être accusée d'un tel défaut. D'ailleurs,\nc'est un homme dégoût et un poète qui l'a dit, et sa sentence vaut un\narrêt en bonne forme :\nTous les genres sont bons, hors le genre ennuyeux (i)?\nEt lors même que l'on admettrait, tout d'abord et avant examen\napprofondi, la bassesse du genre dont Vadé étudia les types divers et ori-\nginaux, il n'en serait pas moins vrai de dire avec Dorât :\nTel objet est choquant dans la réalité\nQui plaît au spectateur, s'il est bien imité (2)\nJean-Joseph Vadé naquit au mois de janvier 1720, à Ham, en\nPicardie,\n\n(1) VOLTAIRE; préface de sa comédie : FEnfant prodigue.\n(2) La Déclamation théâtrale, poème didactique} chant II; la Comédie."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "7", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.3", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2576, "texte": "« Son père, qui vivait d'un petit commerce, étant venu s'établir à\nParis, l'amena dans cette ville à l'âge de cinq ans. Il eut la jeunesse la\nplus dissipée, la plus bouillante et la plus fougueuse. Il ne fut pas possi-\nble de lui faire faire ses études, et il n'a jamais su plus de latin que\nBoursault, » dit Fréron, qui avait été intimement lié avec Vadé et\nlui a consacré une intéressante, mais trop courte notice (1).\n(c Peut-être ajoute l'éminent critique,—cette ignorance, en le ren-\ndant moins difficile et moins timide, l'a-t-elle rendu plus original dans\nses écrits. Il tira tout, en général, de son propre fond ; cependant il cor-\nrigea, du mieux qu'il put, le vice de son éducation par la lecture de tous\nles bons livres français (2). )>\nEn 1 /39, il obtint un emploi de contrôleur du Vingtième (3) à Sois-\nsons et à Laon, où il fît pendant quatre ans les délices de la société. Il\nen revint, en 1743, universellement regretté; il passa un an à Rouen,\nfut deux ans attaché au duc d'Agénois, en qualité de secrétaire; enfin,\nses amis et ses protecteurs c'est-à-dire tous ceux qui le connaissaient\net qui ne pouvaient se passer de lui cherchèrent à le fixer à Paris, et\non lui procura un emploi au Bureau du Vingtième ; c'était le seul moyen\nde réparer un peu les torts de la fortune, sans offenser sa délicatesse, et\nde le mettre à portée de cultiver sans inquiétude les talents naturels\navec lesquels il était né (4).\n« Son état en quelque sorte assuré d'une manière solide, il voulut rem-\nplir ses loisirs selon son goût, et il se fit un genre particulier de compo-\nsition dont il alla étudier les modèles dans la Nature même. Ce fut aux\nguinguettes, aux halles, sur les bords de la rivière qu'il puisa la gaieté et\nla naïveté qu'il répandit dans tous ses écrits avec une vérité dont per-\nsonne n'avait approché avant lui et que personne n'a atteint depuis, et\nc'est à juste titre qu'on Ta appelé le Téniers de la poésie. Ses pièces\nde théâtre, son poème de la Pipe cassée, ses Bouquets poissards, ses\ncontes, ses chansons, presque tous ses ouvrages sont chacun à part un\ntableau dont le mérite de la ressemblance parfaite des objets imités est et\nsera toujours précieux aux amateurs des arts inventés pour reproduire la\nNature.\n\n(1) Dans son Année littéraire, t. IV, p. 350 à 355.\n(2) Ibid., p. 352.\n(3) On appelait ainsi autrefois un impôt établi sur les biens-fonds, et qui était la\nvingtième partie de leur revenu.\n(4) Avertissement sur la Vie et les Œuvres posthumes de M. Vadé, en tête du\nt. I de l'édition in-8° (p. 3 et 4)."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "8", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.4", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2587, "texte": "« Il travaillait avec une extrême facilité, quelle que fût la gêne imposée\npar les divers sujets qu'il avait à traiter (1). »\nSes talents portaient Vadé vers la poésie légère, et surtout vers la scène,\noù il débuta en 1749, par une comédie en un acte, en vers, représentée\nune seule fois sur le Théâtre-Français, le 3 janvier. Cette œuvre, toute\nd'actualité et qui ne fut jamais imprimée, s'intitulait : les Visites du\njour de l'an (2). Aucun ouvrage ou recueil littéraire du temps ne nous\nen offre d'analyse; ce fut donc un succès purement ce qui\nn'équivaut que trop souvent à une chute, au théâtre. Une autre comédie\naussi en un acte, en vers - de Vadé, non représentée (3), peut par sa\nfaiblesse nous donner une idée de ses Visites du jour de Van et expli-\nquer, jusqu'à un certain point, les causes de la chute, ou tout au moins\nde l'insuccès de son premier essai comique.\nNé observateur, et observateur populaire, Vadé devait se faire un\nnom brillant dans le genre poissard, dont il fut vraiment le créateur et\noù il n'eut jamais d'imitateurs dignes de lui être comparés tout au\nplus des plagiaires et des pasticheurs .sans valeur, si l'on excepte\nFavart, lequel, d'ailleurs, ne traita qu'accidentellement ce genre tout\nspécial et plus difficile qu'on ne pense.\nv* Le genre Poissard, dont Vadé est créateur et dans lequel il a\nexcellé, dit Fréron, auquel on ne peut adresser le reproche d'un goût\n— n'est point un genre méprisable , et il y aurait certainement\nbeaucoup d'injustice à le confondre avec le burlesque, cette platitude\nextravagante et facile du dernier siècle, qui ne pouvait subsister long-\ntemps parmi nous.\n« Le Burlesque ne peint rien ; le Poissard peint la nature, basse,\nsi l'on veut, aux regards dédaigneux d'une certaine dignité philosophi-\nque, mais très agréable à voir, quoi qu'en disent nos délicats.\n« Un tableau qui me représente avec vérité une guinguette, des gens\ndu peuple dansants, des soldats buvants et fumants, n'a-t-il pas droit de\nme plaire? Vadé est le Téniers de la littérature, et Têniers est compté\nparmi les plus grands artistes, quoiqu'il n'ait peint que des fêtes flaman-\ndes. Il n'y a point de connaisseur qui ne soit enchanté de ses tableaux,\n\n(1) Petite Bibliothèque des théâtres. Œuvres de Vadé, 1785 (p. 2 et 3 de la Vie de\nVadé).\n(2) Quérard dit : « Nous connaissons dans la bibliothèque d'un amateur une comé-\ndie manuscrite de Vadé, en un acte et en prose, intitulée : Les Visites du Jour de\nVan; elle a été jouée àla Comédie-Française. » {La France littéraire, t. X, p. 7\n(article Vadé).\n(3) La Canadienne."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "9", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.5", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2107, "texte": "comme il n'y a point d'homme de lettres ni d'amateur qui n'ait vu jouer\net qui ne lise même avec plaisir les œuvres de Vadé. Il faut bien qu'elles\naient une sorte de mérite réel, car elles ont toujours la plus grande vo-\ngue ; on en fait presque tous les ans de nouvelles éditions.\n(( Quel est donc ce mérite? C'est que la nature y est rendue avec ces\ntraits et ce coloris qui la font d'abord reconnaître. Tous ces écrits su-\nblimes, tous ces beaux et grands dictionnaires que certaines gens admi-\nrent en bâillant (1), sont à peine lus une seule fois, et ne seront jamais\nréimprimés. Le Bel-Esprit et la Philosophie sont des modes; la nature\nest de tous les temps et de tous les pays.\n« Au reste, le genre Poissard n'était pas le seul que Vadé cultivât avec\nsuccès. Je connais de lui des Epitres sérieuses et des Fables morales...,\nqui lui feraient, je crois, autant d'honneur qu'elles m'ont fait de plaisir,\nlorsqu'il me les a récitées (2). »\nDésireux de prendre sur le fait la nature populaire qu'il s'appliquait\nà étudier chaque jour, de plus en plus,\nVadé, pour achever ses esquisses fidèles,\nBans tous les carrefours poursuivait ses modèles,\nDe ce costume agreste, ingénu partisan,\nInterrogeait le pâtre, abordait l'artisan.\nJaloux de la saisir sans masque et sans parure,\nJusques aux Porcherons il[chercha la nature.\n/\nEtait-il au village? il en traçait les mœurs,\nTrinquait, pour les mieux peindre, avec des Racoleurs,\nEt changeant, chaque jour, de ton et de palette,\nCrayonna, sur un port, Jérôme et Fanchonnette (3).\nC'est Dorât qui parle ; écoutons maintenant Vadé lui-même nous dire\nce qu'il éprouvait dans cette étude des diverses classes du peuple. Il\nn'était pas de ceux qui se contentaient de\nVoir Paris, sans voir la Cour tille,\nOù le peuple joyeux fourmille,\nSans fréquenter les Porcherons,\nLe rendez-vous des bons Lurons\nAussi, ceux à qui rien n'échappe,\nQuittent souvent le Luxembourg\n\n(1) C'est un trait à l'adresse de la fameuse Encyclopédie du dix-huitième siècle.\n(2) Ibid., pag. 352 à 354.\nv 3) DORÂT ;La Déclamation théâtrale, chant II la Comédie."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "10", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.6", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1335, "texte": "Pour jouir dans quelque faubourg\nDu spectacle de la guinguette.\nCour tille, Porcherons, Villette !\nC'est che% vous que puisant ces vers,\nJe trouve des tableaux divers ;\nTableaux vivants où la nature\nPeint le grossier en miniature,,...\nC'est alors qu'il faisait beau voir\nCette troupe heureuse et rustique,\nS'égayer dans un choc bachique.\nVous, courtisans, vous, grands seigneurs,\nAvec tous vos biens, vos honneurs,\nDans vos fêtes, je vous défie\nDe mener plus joyeuse vie.\nVos plaisirs vains et préparés,\nPeuvent-ils être comparés\nA ceux dont mes héros s'enivrent?\nSans soins, sans remords ils s'y livrent ;\nMais vous, prétendus délicats,\nDans vos magnifiques repas,\nEsclaves de la complaisance,\nEt gênés au sein de l'aisance,\nPrétendez-vous savoir jouir ?\nNon ; vous ne save% qu'éblouir.\nAvec vos rangs, vos noms, vos titres,\nVous croye% être nos arbitres !\nPauvres gens ! vos fausses lueurs\nN'en imposent qu'à vos flatteurs ;\nVotre orgueil nourrit leur bassesse ; *\nToujours une vapeur épaisse\nSort de leur encens empesté\nEt vous masque la vérité.\nIl est un prince qu'on révère,\nPour qui l'Univers est sincère,\nQu'on aime sans espérer rien.\nQui?... C'est votre maître et le mien,\nDemandef son nom à la Gloire (i).\nAprès avoir célébré le bonheur des gens du peuple, la sincérité de\n\n(i) La Pipe cassée, chant 11."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "11", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.7", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 885, "texte": "leurs plaisirs, faisant un retour philosophique sur ses types et sur\nlûi-même, poursuit en ces termes :\nLe travail, les soins et la peine\nFurent faits pour la gent humaine:\nIl est des travaux différents,\nSelon les états et les rangs,\nTout le monde ne peut pas naître\nPrince, marquis, richard ou maître ;\nMais chacun vit de son métier ;\nVive celui de maltôtier !\n«•••« •••«*•\nSerons-nous toujours indigents !\nNous dont les labeurs d'une année\nN'acquitteraient point la journée\nQu'un sous-traitant passe â dormir !\nEspérons tout de l'avenir.\nMais en attendant qu'il nous vienne\nUn sort heureux qui nous maintienne\nDans un état toujours oisif\\\nIl faut, moi, que d'un air pensif\nJe cherche et trouve par ma plume\nLe tabac que par jour je fume-,\nCar9 non content d'être rimeur,\nJ'ai le talent d'être fumeur ! (i)\n(La suite prochainement.)\n\nCH. BARTHÉLEMY."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-01-01-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-01-01_01#c005", "volume": "bmtnabc_1874-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "12", "page_fin": "15", "image_debut": 8, "image_fin": 11, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.2.2", "titre_corps": "DES CONDITIONS ÉCONOMIQUES", "titre_sommaire": "DES CONDITIONS ÉCONOMIQUES", "signature_source": "J. DE FILIPPI", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 8, "page_imprimee": "12", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.8", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1254, "texte": "DES CONDITIONS ÉCONOMIQUES\nDE LA MUSIQUE ET DU THÉATRE\nEN FRANCE\n\n(i)\nVI\nOUR rester dans le vrai, nous devons ajouter à ces\ncourtes observations, que l'immixtion de l'autorité\npublique dans l'industrie théâtrale n'est pas la seule\ncause de l'état précaire et peu florissant dans lequel elle\na toujours végété. Les directeurs ont aussi leur part\nde responsabilité dans cet état de choses ; l'esprit de\nroutine, l'attachement à de vieux préjugés se rencontrent chez la plu-\npart d'entre eux au détriment de leurs propres intérêts.\nHabitués à la longue servitude qui a pesé sur les théâtres, ils n'ont\npas su profiter de la loi libérale de 1864, laquelle, tout incomplète\nqu'elle soit, leur laisse pourtant la faculté de vendre leur produit au prix\nqui leur convient. Les directeurs français ne connaissent qu'un seul\nmode de recette : le prix fixe, d'après un tarif invariable affiché à la porte\ndes théâtres, comme la carte d'un restaurateur. Ils ne se rendent pas\ncompte de la différence essentielle qui existe entre un objet d'art dont la\nvaleur est changeable d'un jour à l'autre et à l'infini, et une marchandise\nusuelle, dont la valeur ne varie que de loin en loin dans des proportions\n\n(1) Voir les numéros des ier octobre et lel'1e1' novembre 1873-"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "13", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.9", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2755, "texte": "minimes. Or, une représentation théâtrale ou un concert peut être assi-\nmilée à une œuvre d'art produite par la peinture ou par le statuaire.\nSa valeur n'a rien d'absolu : elle est toute relative; elle dépend de la\nbeauté toute idéale de l'œuvre exécutée, de la bravoure des exécutants,\ndes conditions dans lesquelles elle se produit. Tout cela est extrêmement\nvariable. Le tarif peut convenir à des spectacles d'une valeur à peu près\nuniforme et d'un prix peu élevé : un drame, par exemple, qui se joue\nun grand nombre de fois avec les mêmes acteurs, ou une série de con-\ncerts à grand orchestre où, comme au Conservatoire et chez Pasdeloup,\nle mérite des œuvres exécutées ne diffère pas, dans l'ensemble, d'un con-\ncert à l'autre, et l'exécution encore moins. Mais il en est tout autre-\nment dans les théâtres d'opéra, où le mérite tant de l'œuvre que des ar-\ntistes peut différer du tout au tout entre une soirée et l'autre.\nAvec le système du prix fixe, il arrive que les places sont rapidement\nenlevées un jour et délaissées le lendemain ; seulement, le jour de vogue\nla recette ne peut monter qu'à la somme réglementaire portée par le\ntarif, tandis que le lendemain elle peut descendre à un chiffre minime,\net même à rien du tout (cela s'est vu).\nAvec la vente du billet à prix débattu, ou, mieux encore, à l'enchère\npublique, le montant de la recette des grands jours pourrait s'élever,\ncomme pour les objets d'art, à des prix de beaucoup supérieurs à ceux\nque le directeur eût osé demander au public : tandis que le lendemain,\nou les jours où une circonstance quelconque amoindrirait l'attrait de la\nreprésentation, les petites bourses en profiteraient à leur tour, et elles\nfourniraient par leur nombre une ressource qui est aujourd'hui totale-\nment perdue pour l'entreprise. Ainsi tout le monde y trouverait son\ncompte : le directeur, pour lequel les bonnes recettes compenseraient\nles mauvaises, sans que celles-ci pussent jamais descendre à un taux\ninfime, et le public lui-même, qui profiterait des circonstances pour\narriver à des théâtres qui, aujourd'hui, sont inaccessibles au plus grand\nnombre.\nLe système des enchères, augmentant de beaucoup la somme des re-\ncettes, aurait pour résultat de permettre aux théâtres de luxe d'engager\nles artistes les plus célèbres, et partant les plus chers, sans attendre le\nsecours de subventions dont l'insuffisance est généralement démontrée.\nParis, qui renferme dans son sein tant de grandes fortunes, et où les\nriches de tous les pays viennent chercher les plaisirs et les modèles du\ngoût en tout genre, Paris primerait toutes les capitales de l'Europe et\npourrait offrir des spectacles bien autrement splendides que la coûteuse\nmonotonie de son unique Opéra."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "14", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.10", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2364, "texte": "Dans les villes de province, où, sans une population plus res-\ntreinte et plus économe n'offrirait pas les mêmes éléments à la spécula-\ntion, les théâtres de luxe, l'Opéra surtout, auraient d'autres moyens\nd'assurer leur existence, et sur des bases bien plus solides que par les\nsecours incertains et insuffisants de l'État ou des communes. Ce serait\nl'abonnement préalable, ou, mieux encore, l'association libre des ama-\nteurs ou des intéressés, et l'exploitation directe par l'entremise d'un dé-\nlégué ou d'un comité.\nVII\nAux causés particulières qui atrophient Findustrie théâtrale, nous de-\nvrions ajouter les causes générales.\nMais c'est là un thème qui exigerait un bien plus grand développe-\nment que nous ne pouvons le lui donner dans les limites imposées à cet\narticle. Nous n9avons voulu qu'indiquer sommairement les causes du\nmalaise et les moyens d'y remédier.\nPersuadé que la bonne littérature et la musique sont un puissant\nélément d'éducation populaire, nous voudrions voir se multiplier les\nthéâtres et les concerts pour disputer aux estaminets, aux débits de\nliqueurs et autres mauvais lieux, leur trop nombreuse clientèle.\nNous voudrions voir cesser ce spectacle affligeant de tant de compo-\nsiteurs capables consumant leur existence à postuler un tour de faveur\nà l'Opéra; de tant d'artistes élevés à grands frais et forcés de chercher\nhors de France non-seulement leur pain quotidien, mais aussi le com-\nplément de leurs études, car l'audition des grandes œuvres et des chan-\nteurs d'élite leur est à peu près interdite. Et qu'est-ce que renseigne-\nment sans l'exemple, l'école sans la pratique?\nQue l'on cesse donc de protéger l'art de cette étrange façon, en frappant\nd'impôt (i) ses manifestations et en gaspillant l'argent de l'Etat en fa-\nveur de quelques industriels, au détriment de tous les autres. Le sys-\ntème de l'intervention de FÉtat et des faveurs administratives a fait ses\npreuves, hélas ! bien négatives, en France, et généralement dans notre\nvieille Europe. Le système contraire, delà liberté et du droit commun,\nfait son chemin actuellement dans la terre classique de toutes les liber-\n\nCi) Les journaux ont annoncé récemment que la ville de Rouen avait aboli l'impôt\ndes pauvres; il faut rectifier; la ville a pris cet impôt à sa charge pour un temps et\npour un théâtre; mais la loi subsiste toujours."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "15", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.11", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 936, "texte": "tés, l'Amérique, et donne bien d'autres résultats. A New York, à Phi-\nladelphie, à Boston même, au milieu de populations si peu artistiques,\npeu musicales surtout, et en majorité protestantes, c'est-à-dire peu fa-\nvorables aux théâtres, les salles de spectacle et de concert surgissent\ncomme par enchantement et offrent sinon des œuvres nouvelles, du\nmoins une large rétribution à des milliers d'artistes qui, en Europe,\nmourraient de faim. Et l'éducation musicale des Américains se fait ainsi\npar la pratique en même temps que par la théorie. Il nous vient déjà, de-\npuis plusieurs années, de bons chanteurs et de vaillants instrumentistes\nde ces contrées lointaines. Peut-être sommes-nous destinés à en recevoir\nun jour des compositeurs de génie, et à voir venir d'au-delà de l'Océan\ncette rénovation artistique à laquelle F Europe aspire en vain sous la\npression administrative.\n\nJ. DE FILIPPI."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-01-01-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-01-01_01#c009", "volume": "bmtnabc_1874-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "16", "page_fin": "21", "image_debut": 12, "image_fin": 17, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.2.3", "titre_corps": "LES TRAITÉS DE CONTREPOINT ET DE FUGUE AU DIX-NEUVIÈME SIÈCLE", "titre_sommaire": "LES TRAITÉS DE CONTREPOINT ET DE FUGUE AU DIX-NEUVIÈME SIÈCLE", "signature_source": "HENRY COHEN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 12, "page_imprimee": "16", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.12", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1386, "texte": "LES TRAITÉS\nDE CONTREPOINT ET DE FUGUE\nAU DIX-NEUVIÈME SIÈCLE\n\n(0\nIV\nE Traité de haute composition de Reicha, qui eût été\nmieux dénommé Traité de hautes études musicales, a\négalement paru en 1824. C'est, de tous les ouvrages\nthéoriques qui existent, celui qui renferme le plus de\ndétails sur les choses véritablement essentielles pour\nformer un compositeur savant et pratique, celui qui\nmène le mieux de front l'art d'écrire dans le style ancien et dans le style\nmoderne, celui enfin dont les exemples offrent l'harmonie la plus pure.\nIl est divisé en six livres. Le premier traite des tons d'église et du style\nrigoureux. Quoiqu'un théoricien de mes amis, mort depuis longtemps,\nait reproché à Reicha d'avoir « sauté à pieds joints par dessus le contre-\npoint simple, » d'après les principes si clairs_, et les modèles si nombreux\net si bien choisis qu'il donne du style rigoureux, il est indubitable que\nl'élève qui a suivi les leçons léguées par cet illustre professeur, saura\nécrire tout aussi purement pour les voix que s'il avait consacré un long\nespace de temps à l'aride étude du contrepoint simple, avec cet avantage\nen sus, qu il connaîtra en même temps toutes les ressources de l'art mo-\nderne. Le premier livre est terminé par une très belle fugue à huit voix\net à deux chœurs, où le style rigoureux est mitigé par des formes mo-\ndernes.\n\n(1) Voir le numéro du ier novembre."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "17", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.13", "debut_caractere": 43, "fin_caractere_exclue": 2567, "texte": "Le second livre contient l'harmonie renversable. Il est excessivement\ndétaillé dans tout ce qui concerne les contrepoints renversables qui\noffrent de l'intérêt et de l'utilité, et ne fait que glisser sur les abus de\nl'art que commettaient les musiciens d'autrefois. La manière d'employer\ntous les genres de contrepoint pour les voix, et dans l'orchestre (ce dont\nReicha seul a parlé), est développée jusqu'à ses dernières limites. Tout\nce second livre est un chef-d'œuvre.\nLe troisième livre « des imitations est fort bien fait. Après les imita-\ntions proprement dites, se trouvent les canons, parmi lesquels les canons\nexcentriques des siècles primitifs prennent très peu de place.\nLa fugue occupe le quatrième et le cinquième livre. Le quatrième,\naprès une quantité de préceptes sur l'art de faire les réponses, plus clai-\nrement exprimés que ceux de Fétis, et de règles sur les éléments qui en-\ntrent dans la fugue, donne des exemples de fugues vocales et instrumen-\ntales depuis deux jusqu à huit parties, et depuis un sujet jusqu'à six su-\njets, et le cinquième livre fait voir outre les fugues vocales inusitées,\ntelles que la fugue par mouvement contraire, la fugue en augmentation\net en diminution, la fugue accompagnée par l'crchestre. Cette matière sur\nlaquelle tous les autres traités sont muets est extrêmement importante à\nconnaîtie. Reicha, qui était un homme d'une grande imagination pour\nles effets d'orchestre, 7 donne des exemples d'une fugue inventée par lui,\ndans laquelle chaque partie doit être en même temps chantée ou jouée à\ntrois octaves différentes.\nLe sixième et dernier livre est consacré à « l'art de tirer parti de ses\nidées » et aux règles qui régissent les coupes ou cadres des divers mor-\nceaux de musique instrumentale, tels que le premier allegro, l'andante\net le rondeau final des sonates et des symphonies. On voit combien tous\nces sujets sont intéressants et importants. Le du traité est\nun chœur accompagné par les instruments à cordes et huit timbales,\naccordées chacune d'une manière différente.\nV\nDe tous les grands ouvrages théoriques qui font l'objet de cet examen,\nle cours de contrepoint et de fugue de Cherubini, soit qu'il ait été com-\nposé par lui, ou simplement inspiré par lui et rédigé par Halévy ou un\nautie, est celui qui jouit de la plus grande faveur au Conservatoire de\nI aiis. Mais dussé-je m attirer les foudres et l'excommunication majeure\nde celte école, si admirable sous tant de rapports, j'espère démontrer jus-\nqu'à l'évidence que cette faveur est imméritée."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "18", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.14", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2859, "texte": "Ce traité, publié en 1835, commence par les règles du contrepoint\nsimple. La tolérance de Cherubini y semble très-grande : car à la page 6\nil autorise à deux parties deux quintes en montant, dont la première\nest diminuée et la seconde juste, avec la simple restriction que « les\nvieux compositeurs ont cependant évité ce moyen dans le contrepoint\nà deux parties. » Dans d'autres circonstances, il est d'une sévérité qui\nnon-seulement rendrait toute composition impossible, mais à laquelle\nil est obligé lui-même de déroger. Ainsi on lit à la page 3o : « Il est dé-\nfendu dans le contrepoint à trois parties* comme dans celui à deux, de\nfaire des octaves ou des octaves cachées, soit entre les deux parties\nextrêmes, soit entre la partie intermédiaire et l'une des deux autres par-\nties. » Ce qui n'empêche pas les exemples des deux pages précédentes de\nfinir par deux octaves cachées entre la haute-contre et la basse. Ces\nmêmes octaves cachées se retrouvent dans quatre exemples de la page 34\net dans une foule d'autres circonstances. Du reste, Cherubini, ou son\nprête-nom, a eu le plus grand tort d'admettre dans un ouvrage destiné\nà l'éducation musicale des modèles remplis de fautes, tel que celui de la\npage 58, qui est pris de Fux, et qui contient (mesures 3—4) deux atro-\nces quintes cachées entre le dessus et la basse, et deux autres dans les\ndeux dernières mesures, qui ne valent pas mieux, entre la basse et la\nhaute-contre. De même, l'exemple de contrepoint note contre note à\nhuit parties, de la page 63, écrit sans doute par l'auteur du Cours, se ter-\nmine par deux octaves directes entre le premier dessus et le second ténor.\nMais les fautes d'harmonie sont si nombreuses dans le cours de con-\ntrepoint et de fugue de Cherubini, que je ne signalerai plus que les deux\noctaves et les deux quintes consécutives qui se rencontrent dans la fugue\nà quatre parties en fa majeur, et qui existent, les deux octaves, de la 3e\nàla 4e mesure de la seconde accolade de la page 156, et les deux quintes\n(lesquelles se répètent par progression) dans la mesure suivante. Aussi\nFétis en louant sans réserve la fugue à huit voix de Cherubini, qui offre\nd'ailleurs de très grandes beautés, a-t-il eu tort de ne pas dire toute sa\npensée, puisque les octaves et les quintes qui s'y rencontrent encore\nn'ont certainement pas dû lui échapper.\nDans le chapitre qui traite de l'imitation, Cherubini a complètement\nconfondu l'imitation et le canon, qui sont cependant bien distincts,\npuisque l'imitation se cherche sur un chant écrit d'avance, et que le ca-\nnon se fait en imitant un chant à mesure qu'on le compose. Aussi, en\nsuivant cette méthode, un élève pourrait fort bien apprendre à faire des\ncanons et ne pas savoir trouver des imitations. Je laisse de côté les imi-\ntations (lisez : canons) contraires, rétrogrades, par augmentation, par"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "19", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.15", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 2783, "texte": "diminution, interrompues et inverses contraires. Ce que j?en ai dit pour\nles traités de Choron et de Fétis est applicable à celui-ci.\nL article suivant porte sur les contrepoints renversables. Tandis que\n1 auteur s étend avec la complaisance la plus fastidieuse sur les contre-\npoints àla9% la i le,Ie, la i3e et la 14e, absolument inusités et absolument\ninutilesj il oublie dans les exemples des contrepoints doubles à l'octave,\nàlalo et à la 12e, qui seuls sont en usage, surtout le premier, de les\nprésenter dans leur état naturel et renversé. Les contrepoints triple et\nquadruple sont assez bien traités, quoique, de même que dans Fétis, il\ny ait confusion entre ces contrepoints proprement dits et ceux où les su-\njets sont doublés par des tierces.\nParrive à la fugue. Après avoir expliqué ce qu'est un sujet et une ré-\nponse, l'auteur du cours parle du contre-sujet, qu'il regarde comme\nindispensable pour accompagner le sujet en contrepoint double, oubliaitt\nsans doute qu il existe une foule de très-belles fugues de tous les maîtres\net de toutes les écoles qui n'ont point de contre-sujet, et où l'accom-\npagnement du sujet est libre. Inutile de dire après cela qu'il repousse\nabsolument 1a dénomination de fugue à deux, à trois et à quatre sujets.\nImmédiatement après, il définit le stretto en en donnant un exemple, et\nensuite la pédale, dont il en donne un également. Revenant sur ses\npas, il explique en quoi consiste la fugue du ton, et après en avoir\nformulé U ès-sommairement les principales lois, accompagnées en tout\nde onze exemples, dont sept présentés sous forme de stretto, c'est-à-dire\navec la réponse entrant dans le sujet, il montre encore trois sujets insi-\ngnifiants avec leurs réponses, et conclut en disant : « Il est superflu de\nprésenter un plus grand nombre de sujets ; avec les moyens qu'on a ex-\nposés et du raisonnement, on sera en état de trouver la réponse de tout\nsujet de fugue du ton qui se présentera. »\nComment ? Quatorze exemples de sujets du ton, parmi lesquels ceux\nqui sont présentés en forme de stretto se confondent tellement avec la\npaitie du sujet que Cherubini appelle queue5 qu'ils finissent par se ré-\nduire à quatre ou cinq notes, suffisent pour apprendre à trouver la ré-\nponse à n importe quel sujet, c'est-à-dire pour résoudre la plus grande\ndifficulté de la fugue? On reste confondu devant une telle assertion,, et\nencore plus de voir que le Conservatoire de Paris ait pu préférer le cours\nde contrepoint et de fugue de Cherubini aux admirables traités de Reicha\net de Fétis.\nUn sujet de fugue réelle, un autre qui commence comme fugue réelle\net finit comme fugue du ton (ce qui, en définitive, constitue toujours\nla fugue du ton), et deux sujets dans lesquels la réponse est d'imitation *"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "20", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.16", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2657, "texte": "terminent ce qui a rapport au sujet. Une définition, accompagnée\nd'exemples de cette attache du sujet que Reicha appelait conduit, et que\nCherubini a baptisée du nom baroque et malsonnant de queue, suit\nles explications relatives au sujet et à la réponse , après quoi viennent\ndes modèles de fugues entières à deux, à trois et à quatre parties, analy-\nsées avec le plus grand soin. Ici l'on peut enfin trouver l'occasion d'ad-\nmirer l'art et la science de Cherubini, car la marche et les développe-\nments de toutes en général sont fort et les ressources qu'il a su\ntirer des sujets et des contre-sujets sont de la plus grande richesse.\nNéanmoins, la réponse du sujet de sa fugue à quatre parties en fa est\ndéfectueuse, comme je l'ai démontré dans mon traité élémentaire, et il\nn'est guère admissible qu'on soit libre de transporter à volonté à l'octave\nune partie du contre-sujet, comme dans la fugue de la page i3B, ni\nqu'on se permette une réponse fausse pour faciliter la création des contre-\nsujets, comme dans la fugue chromatique.\nUne fugue à huit parties par Cherubini, et une autre fugue à huit\nparties par Sarti_, différente de celle qu'adonnée Fétis, terminent cet ou-\nvrage didactique, dont les qualités, comme on voit, sont loin de com-\npenser les défauts.\nVI\nMe voici arrivé à la partie la plus facile de ma tâche. Frappé de l'ex-\ntrême longueur des cinq grands traités que je viens d'analyser, de la\nquantité de choses sans utilité pratique qui se rencontrent dans la plu-\npart, et surtout de l'insuffisance et du peu de fixité des règles existantes\npour trouver les réponses aux sujets de fugue qui exigent des mutations,\nje conçus le projet d'écrire un traité élémentaire et facile de contrepoint\net de fugue qui présentât, sous une forme abrégée, tout ce qui est essen-\ntiel à savoir de nos jours sur ces matières. Ce traité, quoique ne contenant\nque cent pages, m'a coûté dix-sept ans de travail pour l'amener à l'état de\nconcision que je me et pour découvrir à force d'essais et de tâ-\ntonnements de nouvelles règles plus précises que les anciennes pour trou-\nver sans hésitation les réponses à n'importe quel sujet de fugue. C'est là-\ndessus que je désire entretenir un moment le lecteur.\nOn a vu que les règles de la réponse ont été exclusivement fondées jus-\nqu'ici sur les degrés du ton et sur les modulations que renferme le sujet.\nOr, la présence de ces modulations dépend très-souvent de la façon de\nvoir de son auteur. Je prends pour exemple le sujet de Fétis que j'ai\ndonné dans mon premier article. Ce sujet module-t-il ou ne module-t-il\npas dans les trois premières mesures? On peut le comprendre de deux"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "21", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.17", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 1663, "texte": "manières. Si le compositeur l'a conçu comme y modulant dans le ton de\nla dominante, la réponse sera :\nTandis que s'il l'a conçu comme y restant dans le ton de la tonique,\nla réponse sera :\nOn voit donc d'après cet exemple, comme d'après vingt autres que je\npourrais citer, que de prendre les modulations du sujet pour base des\nchangements à introduire dans la réponse, est ce qu'il y a de plus vague\nau monde. J'ai donc divisé dans mon traité les sujets par catégories,\nsuivant qu'ils ne commencent ni ne finissent par la dominante ou la sen-\nsible; qu'ils commencent par la dominante; qu'ils finissent parla domi-\nnante; qu'ils se trouvent entre deux dominantes; qu'ils se terminent sur\nla sensible; qu'enfin, débutant et se terminant par n'importe quel degré\nde ton, la tonique et la dominante sont placées d'une manière spéciale\ndans le courant du sujet. Je ne veux pas m'étendre davantage là-dessus : et\nmon intention n'étant point de faire ici un cours de fugue, je renvoie à mon\ntraité, qui donne tous les détails à cet égard, les personnes qui voudront\nbien me faire l'honneur de le consulter. Je me bornerai à dire que, sauf\npour les sujets où la tonique et la dominante sont placées d'une manière\nspéciale, le compositeur ou l'élève pourra discerner à coup sûr, à la sim-\nple inspection du sujet, s'il ne faut point de changement dans la réponse,\ns'il en faut un ou s'il en faut deux. Une fois cette certitude acquise, il\ntrouvera facilement l'endroit où le changement doit avoir lieu, les ré-\nponses fausses deviendront désormais impossibles, et les plus grandes\ndifficultés de la fugue seront aplanies.\n\nHENRY COHEN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-01-01-01-c015", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-01-01_01#c015", "volume": "bmtnabc_1874-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "22", "page_fin": "29", "image_debut": 18, "image_fin": 25, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.2.4", "titre_corps": "LES CANTATRICES DRAMATIQUES", "titre_sommaire": "LES CANTATRICES DRAMATIQUES", "signature_source": "Blanchard était perdu sans le Pas-de-Calais Et Morel sans le pas de quatre. PAUL FOUCHER", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 18, "page_imprimee": "22", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.18", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1368, "texte": "LES\nCANTATRICES DRAMATIQUES\n\nII\nLQÂ S <24T.-\nDeuxième partie (i).\nADEMOISELLE Laguerre était morte épuisée, ailleurs\nqu'à la scène. Mademoiselle Maillard commençait.\nMadame Saint-Huberti n'avait plus 'd'autre concur-\nrente que Rosalie Levasseur, dont la tyrannie était\nd'autant plus fatigante que le talent ne la justifiait\nplus et que le zèle ne l'excusait pas. On avait calculé\nque, dans l'exercice 1782-1783 (l'année théâtrale commençait à Pâques),\nmademoiselle Levasseur n'avait joué que vingt-sept fois, ce qui lui\nconstituait un total de 332 fr. 6 sous 8 deniers par représentation,\nrémunération alors monstrueuse, et dont une voix usée faisait ressortir\nencore la splendide énormité.\nDes négociations s'engagèrent au commencement de 1783, pour don-\nner à la Saint-Huberti la situation dont le jugement du public la faisait\ndigne et que sa faveur rendait nécessaire. Elle n'avait gagné que 5,500\nfrancs dans l'année qui allait finir, somme reconnue (même pour le\ntemps), insuffisante en comparaison avec l'attraction qu'elle exerçait sur\nla masse. A ses appointements de 3,000 francs, plus les feux ou partages,\non ajouta i,500 francs comme chanteuse de la cour sur l'état de la mu-\nsique de la reine avec les appointements de Tannée courant rétroac-\ntivement, et Ton stipula en outre qu'on lui ferait compléter par le tréso-\n\n(1) Voir le numéro du ier décembre."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "23", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.19", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2672, "texte": "rier des Menus-Plaisirs, jusqu'à 83000 francs (total 9,500 francs) si les\nfeux et partages n'atteignaient pas ce chiffre, plus deux concerts, estimés\n3,000 francs et un congé de deux mois après Pâques. Il y avait en plus\nune indemnité annuelle, mais commune à tous les sujets, de 300 livres\npour gants, rouge, bas, lumière, fleurs, etc. L'engagement devait courir\npendant huit ans. On voit que tout cela réuni n'approchait pas des ap-\npointements d'une médiocre chanteuse d'aujourd'hui.\nLe surintendant des Menus, comprenant tout ce que ces conditions, ex-\nceptionnelles pour l'époque,, pouvaient avoir de blessant pour des amours-\npropres aveugles et intraitables, ne voulut pas faire d'engagement, pour\nainsi dire officiel, à l'artiste ainsi favorisée. Elle dut seulement renvoyer\nàM.de la Ferté sa lettre; en y ajoutant sa signature, et le secret lui fut\nrigoureusement recommandé.\nLe secret, c'était l'impossible, et la Saint-Huberti n'était guère femme\nà le tenter. L'affaire éclate. On peut dire que ce fut le troisième et non\ndernier incendie de l'Opéra, déjà brûlé en 1763 et 1781. Mademoiselle\nDuplan, forte chanteuse, qui tenait les Clytemnestre, ayant pour Aga-\nmemnon en ville, un riche boucher, et à qui Sophie Arnould disait si\nplaisamment, à la répétition d'lphigénie en Aulide, en voyant un\ndogue traverser la scène :\nReine, de votre amant, voici /'ambassadeur !\naccourt chez le surintendant des Menus, tempête, déclare que mademoi-\nselle Joinville peut très bien remplacer madame Saint-Huberti (qui\nse doute aujourd'hui que mademoiselle Joinville a existé à l'Opéra!)\nLe ministre à qui revient l'écho de ces criailleries, maintient avec beau-\ncoup de fermeté, au nom du roi, son droit de payer le talent ce qu'il vaut,\nCe fut le coup de grâce pour mademoiselle Levasseur.\nC'était justice. Pourtant, presqu'à ce même moment la Saint-Huberti\nne donnait pas toujours raison à ces légitimes faveurs. Elle entre dans\nune révolte de ses camarades contre des décisions qui faisaient le chanteur\nLegros, président de Comité, et maintiennent le danseur Dauberval en\nactivité en augmentant ses appointements. Ce qui est plus grave, ou\ntout au moins plus difficile à expliquer, elle prend fait et cause pour\nune danseuse, mademoiselle Peslin, dont la réputation n a pas survécu\naux petits soupers de l'époque, et réclame dans des termes énergiques\nd'affection blessée (les mots « d'infamie » se retrouvent dans les deux\nprotestations épistolaires de la protectrice et de la protégée), contre le\nremplacement dont cette dernière est menacée. Aussi, à travers l'estime\ntoujours marquée du ministre pour les talents de la Saint-Huberti,, et"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "24", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.20", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2769, "texte": "la crainte de la perdre, perce à divers moments dans la correspondance\navec le surintendant\", une vive mauvaise humeur et souvent même la\nperspective non réalisée de la prison pour cette étoile tracassière.\nCette étoile n'en était pas moins alors à son zénith. Au concert spiri-\ntuel, la Saint-Huberti avait lutté, sans être vaincue, dans un duo d'An-\nfossi, avec mademoiselle Mara qui passait, avec madame Todi, pour la\nmeilleure cantatrice de l'Europe. Nous arrivons à Didon qui fut le\npoint culminant de la carrière de la grande actrice, le succès qui justifia\nde façon éclatante et presque immédiate, ses avantages, considérés alors\ncomme léonins, dans l'engagement qui l'attachait à l'Opéra.\nOn a vu déjà que la Saint-Huberti était reconnaissante. Elle trouva\nune éclatante occasion de rendre à Piccini tout l'appui qu'elle avait reçu\ndu compositeur italien. Il lui avait fait reprendre le rôle de Sangaride\ndans Atys, dont elle avait relevé le succès, et la soutint contre toutes les\ncabales, qui, s'il faut en croire Ginguené, le biographe de Piccini, furent\nau moment de la faire renvoyer de l'Opéra, après son succès dans\nAriane. Peut-être y avait-on pris prétexte du déshabillé de son costume,\nce qui pourrait confirmer jusqu'à un certain point la portée que donne à\nce « scandale, » dans son récit, Levacher de Chamois. C'était Gluck,\nassure encore Ginguené, qui av.it remarqué la Saint-Huberti dans les\nchœurs et l'en avait tirée. Ainsi la Saint-Huberti aurait eu la gloire\nd'être distinguée et soutenue par les deux hommes qui se sont partagé\nla royauté de l'art lyrique pendant cette période de notre histoire.\nMarmontel avait soumis à Piccini son idée de faire une Didon, en le\nprévenant qu'il aurait de longues scènes à mettre en musique, et qu'il\nvoulait un récitatif aussi naturel que la simple déclamation, noté même\nsur la déclamation du poète. Ce fut, ajoute Marmontel, le moyen de\ndonner au récitatif cette facilité, cette vérité d'expression qui fut si favo-\nrable au jeu de la célèbre actrice.\nMarmontel, le poème écrit, appela à Grignon, où était sa maison de\ncampagne, Piccini, alors à Méréville, au château de M. de Laborde,\nqui avait confié au compositeur l'éducation musicale de ses deux\nfilles. En dix-sept jours, le chant et la basse de la partition sont no-\ntés. Piccini l'écrit en pleurant, tant il s'émeut sur les infortunes de\nson héroïne. Ginguené pleure avec lui. On invita à dîner, à la cam-\npagne de Marmontel, la Saint-Huberti. Elle chante son rôle devant les\ndeux auteurs, d'un bout à l'autre à livre ouvert, et s'exprime si bien,\nque l'on croit la voir au théâtre.\nElle part alors pour la Provence, et veut y emporter son rôle pour\nl'étudier chemin faisant. Pendant son absence, on s'occupe à l'Opéra des"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "25", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.21", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2624, "texte": "répétitions. « Une autre actrice répète; un monde infini va voir les ré-\npétitions de Didon et juge que c'est un des plus mauvais ouvrages de\nPiccini. » Cet homme se consolait en disant : « Laissez revenir ma Di-\ndon. »A la première répétition que j'en ai faite (c'est l'actrice qui parle),\non dit :« Ah ! ah ! mais il a refait la majeure partie de son opéra » ( et\nil n'y avait que quatre jours d'intervalle). Piccini entendit cela et dit :\n« Non, messieurs, je n'ai rien changé au rôle, mais on jouait Didon\nsans Didon. »\nLa Saint-Huberti explique et atténue dans la même lettre ce que son\nlangage semblait avoir de peu modeste. «Le rôle de Didon, ajoute-\nt-elle, c'est le seul rôle très intéressant de la pièce. Le rôle est tout\njeu; le récitatif est si bien fait, qu'il est impossible de le chanter. »\nDidon ale plus grand succès à Fontainebleau. Louis XVI ne peut se\nrassasier de l'applaudir. On ne veut entendre qu'une fois à la cour la\nChimène de Sacchini, et cependant la Saint-Huberti , qui répétait et\njouait consciencieusement les deux ouvrages, écrit, toujours dans la\nmême lettre :\n« On donne aujourd'hui (à la cour) le Cid de Sacchini. C'est une mu-\nsique enchanteresse. Vous qui la cultivez et qui l'aimez, vous allez ache-\nver de devenir fou. J'y joue ce soir. »\nCette répétition de Didon, qui devint une révélation pour tous les\nassistants, en fut une pour l'actrice elle-même. Pendant la longue ri-\ntournelle des prêtres de Pluton, vers la fin du troisième acte et pendant\nla durée de ce chœur même, assise sur le devant du théâtre et les veux\n7 ✓\nfixés sur l'orchestre, dès qu'elle entendit les premiers sons de cette lugu-\nbre ritournelle qu'elle ne connaissait pas, elle pâlit ; elle resta comme si\nelle eût entendu sa sentence, comme si déjà elle eût senti les affres de la\nmort.\nQuelqu'un, après la répétition, lui parla de cette impression qu'elle\navait dû éprouver. « Je l'ai éprouvée en effet, dit-elle, et, dès la dou-\nzième ou treizième mesure, je me suis sentie morte. » ..\nOn se rappelle involontairement à ces mots la Malibran malade en An-\ngleterre, à qui le public enthousiaste impose de répéter un duo, qui dit :\n« Si je répète ce duo, je suis une femme morte, » et qui le répète cepen-\ndant.\nL'actrice, à la représentation, ne fit que se replacer à cette scène dans\nla position où elle se trouvait à la répétition ; elle dut, et à plus forte\nraison, éprouver les mêmes émotions et les communiquer au public. Son\nterrible jeu muet, son immobilité tragique, l'effrayante expression de son\nvisage impressionnèrent vivement. « Le talent de c:tte sublime actrice, »"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "26", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.22", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2792, "texte": "dit Ginguené, «prenait sa source dans la sensibilité. On peut mieux\nchanter un air; on ne peut donner ni aux airs ni au récitatif un accent\nplus vrai, plus passionné; on ne peut avoir une action plus dramatique,\nun silence plus éloquent. »\nLe succès fut immense à Paris comme à Fontainebleau. « Il est impos-\nsible, )> dit Grimm, ce de réunir à un plus haut degré la sensibilité la\nplus exquise, un goût de chant plus soigné, une attention à la pièce plus\nprofonde et plus réfléchie, un abandon plus noble et plus vrai, un jeu\nplus attachant et plus digne du superbe rôle de Didon ; c'est la voix de\nTodi, c'est le jeu de Clairon, c'est un modèle qu'on n'a point eu au\nthéâtre et qui longtemps en servira» »\n« C'est le premier rôle, dit le Journal de Paris, où la Saint-Huberti\nn'ait rien laissé à désirer sous le rapport de la déclamation. » « C'est la\npremière actrice, dit un autre éloge plus flatteur, qui ait, à l'Opéra, fait\nverser des larmes. » « Grande musicienne pleine de talent, essentielle à\nl'Académie, dit un dernier appréciateur. Si la nature ne lui a pas donné\ntous les moyens nécessaires, l'art a fait des prodiges en sa faveur. »\nLe costume de la Saint-Huberti avait été exécuté sur un dessin envoyé\nde Rome et faisant contraste avec les grotesques accoutrements des acteurs\nde cette époque. M. de la Ferté, le surintendant des Menus, s'exprime, à\nson tour, en ces termes sur la représentation et sur l'actrice : « Les ha-\nbits sont magnifiques ; mademoiselle Saint-Huberti a été au-dessus de\ntout ce que lon a jamais entendu. Cela ne la rendra pas plus facile à\nmanier. Il est vrai qu'elle a très bien joué. Mais d'ailleurs elle aurait pu\nne chanter que la note, car on n'a pas entendu le quart de son rôle. »\nChez un homme peu favorable à la Saint-Huberti, il faut constater\nl'aveu de son incomparable supériorité. Il y a d'ailleurs quelque contra-\ndiction entre les éloges et les critiques que fait à la fois le surintendant\ndes Menus, et il n'y a guère à supposer qu'on n'eût pas entendu le quart\ndu rôle, quand là même, comme ailleurs, on est réduit à déclarer que\nDidon a très bien joué et que la déclamation a été portée par l'actrice au\ndegré de la perfection.\nCet excellent M. de la Ferté, que l'on voit sans cesse protester contre\nles exigences et la tyrannie des cantatrices en faveur auprès du public,\nn'y voit d autre remède que de créer une école pour leur y préparer des\nrivales. Il s'imagine que l'on peut planter à volonté des génies, dans une\nclasse, comme des fleurs ou des arbustes dans une plate-bande. Il fait,\nparfois, quand on lit sa correspondance, qu'on se dit un peu cruellement\nque ce serait à lui que pouvait être adressée cette plaisante et méchante\napplication d un vers célèbre cité par Louis XVIII, à propos du fils de"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "27", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.23", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2437, "texte": "notre homme, Papillon de la Ferté, appelé, par Fauteur de la Charte,\nd'après les traditions monarchiques qui continuaient les dynasties -par-\ntout, aux mêmes fonctions que son père :\nLes sots sont ici bas pour nos menus plaisirs.\nLe rôle de Didon est un des plus complets qui aient jamais été entendus\nà l'Opéra; il n'a pas moins de cinq airs principaux. La Saint-Huberti\nne pouvait guère le chanter plus d'une fois par semaine, mais Piccini\navait épuisé toute sa force dans ce type. Ceux d'larbe et d'Enée furent\njugés très faibles»\nSi je m'étends sur ce succès, c'est que, non-seulement il fut décisif\ndans la vie de la Saint-Huberti, mais encore qu'il a contribué à lui faire\njouer dans la célèbre lutte des gluckistes et des piccinistes un rôle qui\nne me paraît pas suffisamment apprécié. Il est pour moi prouvé que\nl'effet immense qu'elle produisit dans Didon fut pour beaucoup dans\ncette sorte d'égalité de la faveur publique, qui se maintint, à la fin du\ndernier siècle, entre Gluck et Piccini, ce qui étonnera peut-être aujour-\nd'hui, puisqu'aucune des œuvres du second n'a pu se maintenir à la\nscène, tandis que le premier est sans cesse exécuté sur nos scènes et dans\nnos conservatoires. Il serait pourtant digne d'un directeur, qui appor-\nterait dans son administration les mêmes instincts élevés que M. Car-\nvalho au Théâtre-Lyrique (il nous y a rendu Orphée et révélé Faust),\nde mettre la génération actuelle à même de connaître cette œuvre d'un\nretentissement si exceptionnel et si passionné, qu'aujourd'hui même il\nn'est encore ignoré de quiconque s'occupe d'art.\nLe 16 janvier 1784, à la douzième représentation de Didon, une cou-\nronne tombe aux pieds de madame Saint-Huberti; le public se lève en\nmasse et demande que cette couronne soit posée sur la tête de la virtuose.\nMademoiselle Gavaudan cadette (il sera beaucoup question de cette ac-\ntrice plus tard) la met sur le front de la reine de Carthage. Le fait\nétait sans exemple.\nCette apothéose inusitée donne lieu à quatre mauvais vers que nous a\nconservés le Journal de Paris :\nNe sois pas si modeste, et de cette couronne\nA nos yeux viens te décorer ;\nIl est permis de s'en parer,\nQuand c'est le public qui la donne.\nCette ovation n'est pas du goût de M. de la Ferté qui y voit un nou-\nveau sujet de redouter l'oppression du talent. Dans une lettre en date du\n18, il fait cette réflexion: que ceux qui jettent des couronnes pourraient"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "28", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.24", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2723, "texte": "aussi bien jeter des pommes cuites ou des oranges, et qu'alors il n'y au-\nrait plus moyen de conserver l'ordre dans les spectacles.\nChimène,de Sacchini, réussit le 9 février 1784, un peu plus de deux\nmois après Didon,et la Saint-Huberti prend sa part de ce nouveau\ntriomphe. Elle défend Didon et Chimène contre la concurrence d'un\nsuccès auquel elle est étrangère, la C Nous la voyons\njouer Didon, le dimanche, Chimène, le lundi, et vouloir priver l'opéra\nde Grétry d'une représentation auquel il a droit le vendredi. Elle est\nencore dans 1 ardeur de sa gloire. Plus tard, des préoccupations moins\nidéales lui feront attacher moins de prix à paraître aussi souvent sur la\nscène. Déjà dans 1 année entière de 1784, elle ne chante que cinquante-\nsept fois, elle avait paru cent dix fois en 1782 ce que Castil Blaze\nattribue à la suppression des feux.\nC'est la Saint-Huberti qui donne à Louis XVI, qui n'aimait que l'o-\npéra comique et le vaudeville, le goût des opéras sérieux ; mais il trouve\nles paroliers si faibles qu il fonde un prix de tragédie lyrique. Ce qui\nrend plus piquant le peu d'estime de ce monarque pour les livrets d'opé-\nras de son temps, c'est que son frère, le comte de Provence, y travaillait.\nLe icr décembre 1783, la Saint-Hub?rti avait créé Didon avec Je suc-\ncès que l'on sut; le 9 février 1784, elle joue, pour la première fois à\nParis, Chimène ;de i 5 mars de la même année, Délie dans\nDélie,un acte, paroles de Fuzelier, musique de mademoiselle de Beau-\nmesnil, et le 26 avril, Hypermnestre dans les Dan aï de s, cinq actes,\nparoles de Du Rollet et Tschudy, musique de Salieri. Le fait est à\npeine croyable, et s'il n'était attesté par les dates authentiques, on ne\npourrait comprendre que les forces d'une femme aient suffi en cinq mois\nà-quatre créations, dont trois étaient capitales. Cette prodigalité d'elle-\nmême, soit spontanée, soit réclamée, prouve quel était alors le caractère\npassionné et exclusif de la faveur du public pour la grande artiste, et\nencore jalousait-elle le succès de l'unique ouvrage qui, sans l'appui de\nson talent, avait attiré le public : la Caravane du Caire, jouée le\n17 janvier de la même année.\nIl est à remarquer, du reste, que, de 1784 à 1788, les recettes an-\nnuelles de l'Opéra dépassent un million, chiffre qu'elles n'avaient pas\natteint, du moins communément, jusque-là, et que ce sont précisément\nles années où madame Saint-Huberti a occupé sur notre grande scène\nlyrique une situation prépondérante que, même au moment où ses\nmoyens ont paru faiblir, on a vainement tenté de lui disputer.\nOn chercha cependant à donner une rivale à la Saint-Huberti ; ce fut\nla première élève d'une école royale de chant et de déclamation établie,"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "29", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.25", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2370, "texte": "/\npar arrêt du conseil d'Etat du 5 janvier 1784, dans l'hôtel des Menus-\nPlaisirs du Roi, à la grande joie, sans doute, de M. de la Ferté.\nCette élève était l'ancienne Marion la vachère, Anne Cameroy, dont\nla voix avait été signalée par sa sœur, cuisinière chez un ami de\ndont ce dernier avait fait l'éducation musicale, et qui débuta avec un\ngrand succès, le 17 septembre. 1784> dans le rôle de Chimène, sous le\nnom de mademoiselle Dozon. Un parti se forme pour elle, et un mo-\nment, un moment seulement, elle paraît contrebalancer le succès de la\ncréatrice de Didon,alors dans tout l'éclat de sa gloire. Sacchini, infidèle\nà la créatrice de Chimène, entre dans cette ligue et préfère pour le rôle\nd'lphise dans Dardanus, joué le 3o novembre de la même année, ce\nrayon du soleil levant au soleil à son zénith ; mademoiselle Dozon lui\nparaît avoir, dit il, mieux les qualités de son personnage.\nSi madame Saint-Huberti eût créé Iphise, c'eût été sa cinquième créa-\ntion en douze mois. Elle garda néanmoins une rancune profonde à Sac-\nchini, et l'on eut beaucoup de peine à les réconcilier. La postérité a\nencore vengé la Saint-Huberti; mademoiselle Dozon est restée aussi in- '\nconnue de notre génération que toutes les autres concurrentes qu'on a\nessayé d'opposer à la grande artiste.\nMorel, beau-frère de M. de la Ferté, et en cette qualité chargé de pres-\nque tous les poèmes de l'Opéra de la plus officielle nullité, écrit\npour Grétry, en collaboration avec le comte de Provence (tous deux\navaient travaillé déjà àla Caravane du Caire), le livret de Pamirge dans\nVile des Lanternes,opéra bouffe sans gaieté. La Saint-Huberti joua\navec beaucoup de finesse Climène, femme de Panurge, qui s'amuse de\nla sotte vanité de son mari, mais elle ne peut prêter à ce stupide ouvrage\n(qui se maintint cependant au répertoire, jusqu'à la Restauration), cette\naide vigoureuse que lui devait la tragédie lyrique. Aussi c'est la danse\nqui sauve Panurge en détresse. De là des caricatures qui représen-\ntent Panurge lancé par une fenêtre, et deux danseurs, Vestris et Gardel,\nle soutenant avec des balais, des épigrammes, dont la moins mauvaise\nassociant Morel à Blanchard, un aéronaute qui venait de traverser la\nManche, finit ainsi :\n( La suite pi'ochainement.)\n\nBlanchard était perdu sans le Pas-de-Calais\nEt Morel sans le pas de quatre.\nPAUL FOUCHER."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-01-01-01-c019", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-01-01_01#c019", "volume": "bmtnabc_1874-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "30", "page_fin": "33", "image_debut": 26, "image_fin": 37, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.2.5", "titre_corps": "LA MUSIQUE CLASSIQUE ET LES CONCERTS POPULAIRES", "titre_sommaire": "LA MUSIQUE CLASSIQUE ET LES CONCERTS POPULAIRES", "signature_source": "H. MARCELLO", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 26, "page_imprimee": "30", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.26", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1430, "texte": "LA MUSIQUE CLASSIQUE\nET\nLES CONCERTS POPULAIRES\n\no;\nË succès de l'entreprise de M. Pasdeloup donne à\nM. Ballande l'idée d'organiser sur le même plan les\nMatinées littéraires de la Gaieté. M. Ballande se met\nen tête, un beau jour, de représenter avec une troupe\nde rencontre, sans décors, sans mise en scène, les\nchefs-d'œuvre les plus sérieux du répertoire classique,\net le public, qui laisse le Théâtre-Français et l'Odéon jouer, avec des\nartistes de premier ordre, ce même répertoire devant des banquettes\nvides, se porte en foule àla Gaieté et applaudit avec enthousiasme tous\nces vieux chefs-d'œuvre dont il connaissait à peine les noms ! La fièvre\ndu classique prend une telle intensité que nous avons vu, il y a quelques\nannées, des tragédiennes improvisées venir réciter des tirades de Corneille\nou de Racine sur les tréteaux des cafés-concerts entre un quel-\nconque et un quadrille de clodoches ! Cette dernière tentative n'a pas eu\nbeaucoup de suite, c'est vrai, et il ne faut pas s'en plaindre. Corneille\ndoit être écouté avec respect, et ce n'est pas au milieu de la fumée et du\nbruit d'un cabaret que sa grande voix doit se faire entendre. En tout\ncas, c'est là un symptôme curieux de l'état des esprits. Autre résultat\nindirect, mais non moins réel. Croyez-vous que la Comédie-Française\nn'ait pas cédé à l'entraînement de cette révolution artistique lorsqu'elle\n\n(i) Voir les numéros des i 5 octobre et xeii décembre."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "31", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.27", "debut_caractere": 42, "fin_caractere_exclue": 2716, "texte": "organisa dernièrement avec tant d'éclat ses belles soirées classiques?\nMolière alternant sur l'affiche avec E. Augier, J. Sandeau, A. de Musset\net le Cid, le vieux Cid faisant autant, sinon plus de recettes, que la\npièce la plus en vogue du répertoire moderne ! Ah! nous aurions été bien\nheureux qu'une semblable restauration fût entreprise à l'Opéra, et que\nRameau, Gluck, Mozart, Weber, Spontini enssent leurs représentations\nclassiques tout comme Molière, Corneille, Racine, Le Sage et Marivaux !\nJe sais bien qu'il y a là une grande difficulté inhérente à ce théâtre :\nl'Opéra ne joue que trois fois par semaine ; on se plaint déjà qu'il ne\ndonne jamais d'œuvres nouvelles ; serait-on absolument satisfait de lui\nvoir sacrifier un jour aux représentations classiques et réduire à deux le\nnombre de ses représentations ordinaires ? Pourtant il me semble qu'on\npourrait sans inconvénient consacrer au vieux répertoire le dimanche ou\nun jour quelconque de la semaine, autre que les lundi, mercredi et\nvendredi. Mais c'est là une question de pure administration, et je décline\ntoute compétence en cette matière. Il ne faut pas se dissimuler en outre\nque jusqu'à présent Alceste, Don Juan et le Freischut\\ ont fait beau-\ncoup moins de recettes que les Huguenots ou Robert-le-Diable. Mais\nil en était de même jadis du Misanthrope et de Britannicus. Or, allez\ndemander aujourd'hui à M. Perrin si le Dépit amoureux rapporte\nmoins au théâtre qu'Adrienne Découvreur ? M. Perrin a bien su attirer\nle public à ses représentations classiques ; je ne vois pas pourquoi\nM. Halanzier réussirait moins dans une semblable tentative. Qu'il se\nrappelle seulement que jadis les reprises d'Orphée, à'Oberon, des Noces\nde Figaro, etc., firent courir tout Paris au Théâtre-Lyrique ; or, que\nne ferait-on pas aujourd'hui avec les riches ressources dont dispose\nl'Académie de musique (i) ?\nPuisque nous sommes sur ce chapitre du classique, je voudrais, avant\nde terminer, dire quelques mots des Sociétés chorales. Le répertoire\nde la musique classique comprend un nombre considérable d'œuvres\ndont nous ne connaissons encore qu'une très faible partie. Outre\nles compositions instrumentales qui n'ont jamais été surpassées, il y\na encore la masse énorme des oratorios qui ne le cèdent en rien aux\nchefs-d'œuvre de la symphonie. Que connaissons-nous de l'œuvre colo»\nsale de J. Sébastien Bach, cette grande figure historique en qui Ton\nretrouve toutes les origines de l'école allemande ? Que connaissons-nous\ndes œuvres chorales si nombreuses de Orlando di Lasso, de Palestrina\n\n(i) Le principe reste sauf,bien que la catastrophe du 29 octobre en ait rendu mo-\nmentanément l'application impossible."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "32", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.28", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2801, "texte": "de Marcello, de Haendel, de Haydn, de Beethoven, de Mendelssohn, etc ?\nParcourez seulement les programmes des concerts donnés par la société\nde musique religieuse et classique du Domchor de Berlin, vous y verrez\nles noms d'œuvres connues dans toute l'Allemagne et l'Angleterre, et\nqu'il est vraiment honteux que Paris ne connaisse pas encore! Il ya là\ntoute une mine précieuse à exploiter; malheureusement, si nous avons\ndes sociétés de musique instrumentale, nous manquons absolument de\nsociétés chorales, car je ne compte pour rien les innombrables orphéons\ndont notre pays est inondé.\nL'orphéon, tel qu'il est composé aujourd'hui, n'a que deux fins : d'une\npart, remporter le plus de médailles possible au comice de la Ferté-\nsous-Jouarre et battre ses voisins au concours de Carpentras, et c'est là\nce qu'il appelle son but artistique ! De l'autre, saisir avec empressement\ntoutes les occasions de quitter sa ville ou sa province pour s'entasser\ndans les trains de plaisir, aller s'ébaudir dans les grands centres et boire\nlargement aux triomphes passés, présents et futurs de la société, et c'est\nlà ce qu'il appelle son but moral! Une éducation grossière et insuffisante,\nun répertoire détestable, nulle aspiration élevée, nulle connaissance des\ngrandes œuvres musicales, tel est à peu près le bagage artistique de\ntoute société chorale, qu'elle s'appelle Société des Enfants de Melpo-\nmène, Société des Fils d'Apollon, ou Société des Cousins de Midas (ces\ndernières sont assurément les plus nombreuses)! Cette question des\norphéons est très importante \"et ferait certainement l'objet d'une étude\nintéressante que je ne puis pas entreprendre aujourd'hui. Je me borne\npour le moment à constater un fait, à savoir que l'orphéon actuel n'a au-\ncune valeur artistique (ni morale, quoi qu'on en dise) et que l'établisse-\nment de sociétés chorales aussi sérieusement constituées que les sociétés\ninstrumentales de musique classique serait d'un haut intérêt pour les\nprogrès de l'art musical.\nJ'ai dit que l'orphéon n'existait pas en tant qu'institution artistique;\ncependant je pour être parfaitement juste, faire une exception toute\nparticulière en faveur de deux Sociétés très distinguées et très recom-\nmanda b les. Je veux parler de la Société Bourgault-Ducoudray, dirigée\npar un véritable apôtre de la grande musique chorale et qui a fait si\nbrillamment ses preuves en plusieurs occasions. On n'a pas encore ou-\nblié les belles séances qu'elle a données à la salle Herz et aux Concerts\nde l'Odéon, pour l'exécution des deux oratorios d'Haendel, la Fête d'A-\nlexandre et Acis et Galatliée. L'autre Société est celle que dirige avec\nbeaucoup de zèle et de talent M. A. Chevé; elle a interprété cet hiver,\nd'une manière tout à fait digne d'éloges, Vlnde et la Fête d'Alexandre"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "33", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.37", "debut_caractere": 47, "fin_caractere_exclue": 2604, "texte": "de M. Wekerlin et la Marie-Magdeleine de M. Massenet. Ces deux So-\nciétés présentent cet avantage unique d'être composées à la fois d'hommes\net de femmes. Ce mode de composition est absolument indispensable\npour aborder les grandes œuvres de musique dont l'étude et\nl'exécution doivent être le but de toute Société chorale qui a la prétention\nd'être ou de devenir une Société artistique.\nOn a bien souvent reproché au Conservatoire de ne pas nous faire\nconnaître les œuvres vocales de Bach et d'Haendel ; il faut dire cep:n-\ndant que la Société ne peut le faire que dans des limites très restreintes.\nM. J. Weber nous en donne les raisons : « Les choristes sont sociétaires\ncomme les instrumentistes, et les bénéfices se répartissent par jetons de\nprésence ; en général, dans les concerts où les exécutants sont\nles répétitions se paient ; or, il peut arriver que les chœurs exigent six\nfois, dix fois plus de répétitions que l'orchestre, d'où il résulterait que\nplus on est ignorant, plus on gagnerait d'argent, Nous ne pouvons exiger\nque les artistes de Porchestre du Conservatoire poussent le désintéresse-\nment jusqu'à abandonner les trois quarts des bénéfices aux choristes. Le\nmoyen d'écarter un obstacle que nous rencontrons sans cesse, ce serait\nd'introduire l'enseignement obligatoire de la lecture musicale dans les\nécoles primaires et dans d'autres institutions. »\nIl me reste à souhaiter, en terminant, que le mouvement artistique,\nqui s'est produit à Paris dans ces dernières années, s'étende à la province\ntout entière, et que 'cette dernière, si prompte d'ordinaire à s'approprier\ntoutes les innovations bonnes ou mauvaises de la capitale, ne montre\npas moins de zèle à organiser des Sociétés de musique classique à l'imi-\ntation des Concerts populaires, qu'à modifier la coupe de ses habits et la\nforme de ses chapeaux d'après les dernières modes de la « grand'ville. ))\nLes arts souffrent depuis trop longtemps de cette centralisation excessive\nqui forme la base de notre organisation politique et administrative. Paris\nabsorbe tout, Paris seul produit, tandis que le reste du pays reste abso-\nlument stérile.\nMais il suffirait de quelques hommes entreprenants, de quelques ar-\ntistes courageux pour tirer la province de son inertie et pour la relever,\nau moyen d'un vigoureux essai de décentralisation, de l'état d'infériorité\nartistique où elle se trouve vis-à-vis de la capitale. Que Paris, qui re-\nvendique avec tant d'orgueil son titre de capitale du monde artiste, puisse\nau moins se dire la capitale d'un pays artiste !\n\nH. MARCELLO."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-01-01-01-c023", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-01-01_01#c023", "volume": "bmtnabc_1874-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 30, "image_fin": 31, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.2.6", "titre_corps": "2.", "titre_sommaire": "2.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.30", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2, "texte": "2."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-01-01-01-c024", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-01-01_01#c024", "volume": "bmtnabc_1874-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 32, "image_fin": 36, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.2.7", "titre_corps": "11.", "titre_sommaire": "11.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.32", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 23, "texte": "11.\nSYMPHONIE PASTORALE"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.33", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3, "texte": "18."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.36", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 27, "texte": "Imp. 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C", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 38, "page_imprimee": "34", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.38", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1331, "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nCIRQUE D?ETÉ : Audition du Messie. CONCERT NATIONAL : Pièces pour orchestre, de\nM, Th. Dubois. —Divertissement de M. Lalo. —Largo pour hautbois et orchestre,\nde Haendel. Andante et Variations de Schubert. - Invocation d'Electre, de\nM. Massenet. CONCERT GOTTSCHALK,\nIRQUE D'ÉTÉ. AUDITION DU MESSIE. - George-Fre-\nderick Haendel naquit le 23 février 1685 à Halle, en\nSaxe ; mais le long séjour qu'il fit à Londres, où, sauf\nquelques courtes absences, il ne cessa d'habiter depuis\n1712 jusqu'à sa mort, arrivée le i 3 avril 1759, le fait\nregarder avec orgueil par les Anglais comme un de\nleurs compatriotes.\nContemporain absolu de Rameau, puisque celui-ci naquit en 1683 et\nmourut en 1764, combien la destinée de ces deux grands musiciens fut\ndiverse ! Tandis que Haendel, après avoir joui durant sa vie de la plus\ngrande célébrité qu'un compositeur puisse espérer atteindre, n'a jamais\ndiscontinué jusqu'à ce jour d'occuper le monde musical, au point que\nl'exécution d'une de ses œuvres est toujours considérée comme un évé-\nnement, qui, hélas! a gardé le souvenir de Rameau, à part la Société\ndes Concerts du Conservatoire et quelques artistes dévoués, qui, de loin\nen loin, font entendre de courts fragments de ses opéras ? Bien plus, un\ncompositeur français s'est trouvé, lequel n'a pas reculé devant la triste"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "35", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.39", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2575, "texte": "inspiration de ridiculiser dans un opéra-comique la musique du fonda-\nteur de l'École française (i).\nLe nombre des œuvres que Haendela produites depuis 1704 jusqu'en\n1751, où il perdit la vue, tient du prodige. Il ne se monte pas à moins\nde 52 opéras et 24 oratorios, outre une quantité de motets, d antiennes\net de morceaux pour Porgue et le clavecin. Ceux des lecteurs de la\nChronique musicale qui désireraient des détails complets sur ce fa-\nmeux artiste, n'auront qu'à consulter l'excellent travail de M. Maurice\nCristal, publié par la Revue contemporaine de 1866, sous le titre de :\n« Haendel et la musique en Angleterre. »\nLes limites de cet article ne me permettront pas de m'arrêter à\nde ses compositions que le Messie3 qui est considéré comme son chef-\nd œuvre, et qui, fait incroyable, mais authentique, ne lui coûta que\nvingt-quatre jours de travail. Je me bornerai à dire que ses principaux\nopéras sont : Jules César (Giulio Cesare) et Acis et Galathée, auquel la\nSociété de M. Bourgault-Ducoudray a initié le public parisien ; et ses\noratorios, les plus en renom, en dehors du Messie, Judas Macchabée,\nSamson et Saùl/ car la Fete d?Alexandre, exécutée également par cette\nmeme Société, est plutôt une cantate qu un oratorio, puisque le sujet en\nest profane.\nM. Lamoureux, dont le nom est inséparable des exécutions colossales,\nvoulant offrir aux amateurs de la grande et belle musique une audition\ndu Messie, digne de son illustre auteur, a réuni dans le Cirque des\nChamps-Elysées 250 exécutants, choisis parmi les instrumentistes les\nplus distingués de Paris, et les choristes de l'Opéra, de l'Opéra-Co-\nmique, du Théâtre-Italien et du Conservatoire. Quoique ce nombre de\n250 exécutants soit déjà formidable, il est faible relativement à la quan-\ntité d'artistes qui composèrent les festivals de Londres en 1785, 1786 et\n1787, lorsque l'abbaye de Westminster, où reposent les restes de Haen-\ndel, ouvrit sa vaste enceinte à 500, 700 et 800 exécutants, pour célébrer\nle centième anniversaire de sa naissance. Il est encore plus faible en\ncomparaison de celui de ces immenses festivals donnés à Exeter-Hall,\net a 1 église Saint-Paul en 1837, où l'on a entendu 1200 et même\n6000 exécutants à la fois. Néanmoins, l'œuvre gigantesque de Haendel\na pioduit son effet. L orchestre et les chœurs ont admirablement fonc-\ntionné sous l'excellente direction de M. Lamoureux.\nAprès l'ouverture, composée comme presque toutes celles de Haendel,\nd un maestoso et d une fugue, M. Vergnet, qui a obtenu le second prix\n\n(1) Adolphe Adam, dans le. Bijou perdu."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "36", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.40", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2845, "texte": "de chant aux derniers concours du Conservatoire dans l'air de Joseph, a\nentonné d'une voix sûre, large et puissante le bel air : « Plus de pleurs, »\nsuivi de l'allégro : « En Judée. » Cet allegro, grand et pompeux, est hé-\nrisséde vocalises ou roulades d'un genre extrêmement difficile., aujourd'hui\nqu'on n'a plus l'habitude de les mesurer aussi exactement, et de les faire\ndans un mouvement modéré. Et à cet égard là, je ne saurais trop donner\nd'éloges à MM. et à Mesdames les artistes des chœurs, qui, de même\nque M. Vergnet, ont su exécuter ces roulades avec justesse et précision,\nsans jamais se laisser emporter par l'effet musical, malgré la difficulté\nd'y ménager les respirations dans des traits souvent fort longs. Cette\nperfection s'est surtout fait remarquer dans le chœur fugué : « Ah î parmi\nnous l'enfant est né, » sur lequel j'aurai à revenir dans un moment. Un\ngrand honneur en rejaillit également sur mademoiselle Marx, premier\nprix de piano au concours de juillet dernier, qui a dirigé les répétitions.\nLe beau chœur : « Lors la gloire du Seigneur, » qui suit l'air de ténor,\na été exécuté et chanté avec beaucoup d'ensemble. M. Dufriche, second\nprix d'opéra-comique aux concours de Tannée passée, a déployé dans\nl'air de basse : « Mais qui paraîtra , » beaucoup de sensibilité et d'ex-\npression, et de grandes qualités de musicien et de chanteur.\nPour ne pas allonger cet article outre mesure en citant tous les mor-\nceaux du Messie, je ne m'étendrai plus que sur les plus beaux d'entre\nles beaux. J'arrive donc au chœur : « Ah! parmi nous l'enfant est\nné, » dont l'effet a été immense, et qui a été unanimement et légitime-\nment bissé. Ce chœur est tout un drame. Des femmes viennent mysté-\nrieusement et à voix basse raconter la naissance du Messie. Des hommes\nrépètent le même bruit. Arrive peu à peu la foule qui le confirme. Cette\nrumeur prend de la consistance. Bientôt elle se propage en augmentant\nd'intensité. Enfin elle fait explosion, l'orgue tonne, et un immense\nchant de grâces monte du peuple entier vers l'Éternel sur les paroles :\na l'Ange, le Sauveur, le Rédempteur, le Fils d'lsraël. » Et quand on\nsonge que l'orchestre de Haendel se borne au quatuor, auquel s'ajoutent\nles contrebasses et les bassons, l'orgue, quelquefois les hautbois, très ra-\nrement les trompettes et une seule fois les timbales, on est stupéfait que\nsi peu de timbres différents puissent donner un tel résultat. Quelle leçon\npour les compositeurs du jour !\nLa symphonie pastorale qui suit contraste d'une manière ravissante\npar 5a douceur avec l'énergie qui règne dans les chœurs. Plus loin, nous\nretrouvons la belle méthode et la voix dramatique de M. Vergnet dans\nl'air : « Ah! qu'ils craignent ta puissance. » « Il fut victime » est un air\nde contralto d'une expression mélancolique et touchante, mais qui de-"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "37", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.41", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2522, "texte": "manderait une voix un peu plus forte que celle de mademoiselle Armandi,\npleine de charme d'ailleurs. « Son sang versé » est une belle fugue à\nquatre parties, écrite dans le style rigoureux, fîère d'allure et sévère de\nconduite. <c Comme un troupeau » est un chœur admirablement déve-\nloppé. L'air si mélodieux : « Ton fils aux enfers n'est pas descendu » n?a\npas produit tout l'effet auquel il a droit. C'est sans doute l'émotion de\nmademoiselle Belgirard qui en a été cause. « Jour fortuné » est un chœur\nmagnifique; mais toutes les formules laudatives tombent devant l'effet\nproduit par le célèbre « Alléluia. » Jamais Haendel n'a été plus grand.\nC'est l'enthousiasme religieux, la grandeur, la pompe, la majesté, pous-\nsés jusqu'à leurs plus extrêmes limites. Qui aurait cru qu'après un tel\nchef-d'œuvre et à l'heure avancée où il a.été exécuté, le public pût en-\ncore éprouver des émotions? Eh bien! l'air de basse : « Au bruit des\nconcerts,» magistralement interprété par M. Dufriche, avec quelques\ncoupures très intelligentes, et accompagné d'un solo de trompette, a su\nexciter les plus vifs applaudissements, ainsi que la belle fugue finale de\nr «Amen. » Ce solo, des plus ardus, et écrit extrêmement haut, a été bien\nrendu, sauf un ou deux légers accrocs. Mais ce n'est guère qu'à Londres,\noù les artistes font une étude spéciale de la trompette, telle que Haendel\navait l'habitude de la traiter, qu'on peut entendre ce solo exécuté dans\ntoute sa perfection.\nM. Lamoureux a retranché quelques morceaux de la partition, et il a\nbien fait ; car, outre que tous ne sont pas à la même hauteur, surtout\nvers la fin, le public de 1872 n'a pas absolument les mêmes goûts que\ncelui de 1741, et lorsqu'il a sa juste mesure de musique sérieuse et sa-\nvante, si pleine d'inspiration qu'elle soit d'ailleurs, il serait dangereux\nde vouloir lui en faire accepter davantage. Je n'ai regretté que le superbe\nair de soprano, toujours si applaudi à Londres : « Je sais que mon Dieu\nrépand la lumière. » Peut-être M. Lamoureux n'avait-il pas sous la\nmain de voix assez large et assez éclatante pour la faire bien valoir. Celle\nde madame Sasse ou de madame Nilsso.ll ne serait pas de trop. •\nEn somme, le résultat de la tentative de M. Lamoureux d'acclimater\nle Messie à Paris a été de nature à satisfaire les plus exigeants. Espérons\nqu'il 11e s'en tiendra pas là.\nHenry Cohen\nCONCERT-NATIONAL.— On a exécuté pour la première fois au deuxième\nConcert de la deuxième série, une suite d'orchestre de M, Th. Dubois,"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "38", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.42", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2790, "texte": "Cette nouvelle forme de composition iustrumentale est décidément en\nfaveur auprès des musiciens de notre jeune école. Nous aurons souvent\nà en parler, il importe donc de la définir une fois pour toutes et de re~\nchercher aès maintenant quelle est au juste sa valeur. La suite d'or-\nchestie, telle que la comprennent MM. Massenet, Guiraud, etc., est une\nsuite de tableaux de genre et de scènes descriptives ; sa forme rappelle\nassez la disposition de ces vieilles pièces instrumentales, composées de\nmotifs populaires, de chansons variées, d'airs de danse et quelquefois de\nfugues ou de morceaux fugués, qui furent le premier cadre de la sym-\nphonie et qu on nommait autrefois en Italie Ricercari da snonare, et en\nAllemagne Partien. Veut-on procéder seulement par analogie avec la\nmusique moderne, je crois qu'il faut rattacher la suite d'orchestre àla\ncatégoiie du ballet et du mélodrame, c'est-à-dire à ce genre de composi\ntions insti umentaies qui ont pour but de peindre à notre esprit une ac-\ntion scénique que la pantomime ou le drame expliquent à nos yeux.\nPrenons par exemple les Scènes pittoresques de M. Massenet : elles se\ndivisent en quatre parties. Chaque partie porte un titre : Marche, Air\nde Ballety Angélus, i*ête Bohême, et forme à elle seule une scène déta-\nchée dont le titre nous indique le sujet. La Marche, Y Air de Ballet et la\nFête Bohême sont purement et simplement des airs de ballet. L'Angélus\nn'est que la traduction instrumentale d'une scène d'opéra quelconque,\nc est quelque chose d analogue aux litanies des Huguenots ou à la scène\nde 1 église de Faust, réduites pour orchestre seul. L'analyse des Scènes\nHongroises, de la Musique pour une pièce antique, de la Suite de\nM. Guiraud, de VArlésienne de M. Bizet, et en général de toutes les\nsuites d orchestre qu'on nous a fait entendre jusqu'ici, conduirait aux\nmêmes résultats et nous ramènerait toujours à ces deux types : ballet,\nmélodrame. Il me paraît en résulter que la suite d'orchestre, bien que\npurement instrumentale, présente plus d'affinité avec la musique dra-\nmatique qu'avec la symphonie. Ce n'est pas, comme je l'ai entendu dire,\nune forme moderne ou une variété de la symphonie, c'est un genre tout\na fait distinct, et ce genre est notablement inférieur à cette forme admira-\nble de l'art qui a produit la symphonie en ut mineur. Il faut la considé-\nrer comme un essai de musique symphonique, appelé à dépouiller peu\nà peu sa forme actuelle pour s'assimiler les formes rigoureuses de\n1 école classique et destiné à se transformer tôt ou tard en sympho-\nnie en passant par Berlioz, Mendelsshon et la neuvième symphonie de\nBeethoven,\nCeci posé, revenons aux Pièces pour orchestre de M. Th. Dubois. Il\nn y a guèie d idees dans les trois parties qui composent ce morceau, et"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "39", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.43", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2449, "texte": "le peu qu'on y trouve ne brille pas par l'originalité. Ce ne sont que lam-\nbeaux de phrase mal soudés et insuffisamment développés; la mélodie est\ncourte et manque de souffle; l'orchestration, toujours soignée, pèche par\nle défaut de variété. En somme, la musique de M . Dubois me paraît fine,\ndistinguée, un peu précieuse, et je la comparerais volontiers à un joli\npastel aux pâles couleurs, aux formes estompées et noyées dans le rose\ntendre et dans le bleu céleste. M. Dubois a déjà produit un assez joli\ndivertissement pour orchestre, joué l'année dernière aux concerts de\nfOdéon, et une œuvre chorale, les Sept paroles du Christ 1 exécutée au\nConservatoire et aux Concerts populaires. Il est également l'auteur d'un\nopéra comique en un acte, la de VEmir, représentée cette année\nà l'Athénée; enfin, il vient de terminer un grand drame sacré, dont le\nsujet tiré du Paradis perdu, de Milton, a été mis en vers par M. E.\nBlau.\nComparé au talent aimable de M. Th. Dubois, le vigoureux tempéra-\nment de M. Lalo acquiert un relief étonnant.\nOn a exécuté, au troisième Concert de la deuxième, série son Divertis-\nsement, qui avait déjà été joué avec succès aux Concerts populaires. Cette\nnouvelle suite d'orchestre en trois parties (car c'est encore une suite\nd'orchestre), marque déjà un pas en avant dans cet acheminement vers\nla forme symphonique pure, dont nous parlions tout à l'heure. On y\nremarque une grande élévation d'idées, un style ferme et soutenu, des\ndéveloppements savants et bien conduits; l'orchestration est puissante et\npleine de détails neufs et de combinaisons piquantes. C'est véritable-\nment une œuvre de maître et on l'a fort applaudie.\nParmi les nouveautés de la quinzaine, je signalerai encore un admirable\nLargo, tiré d'un concerto de Haendel pour hautbois et orchestre, un\nThème varié, de Schubert, qui n'est autre qu'une paraphrase du lied,\nla Jeune Fille et la Mort, et enfin Vlnvocation d'Electre, solo de vio-\nloncelle extrait de la troisième suite de M. Massenet (Musique pour\nune pièce antique, les Erynnies, n° 2). Ce dernier morceau, d'un beau\ncaractère, sobre d'effets et d'une simplicité vraiment antique, a produit\nun grande impression. M. Loys Fa joué dans la perfection.\nH. Marcello.\nCONCERT GOTTSCHALK. Courte et bonne a été l'audition des œu-\nvres inédites du regretté compositeur-pianiste américain Gottschalk, à\nlaquelle sa sœur, mademoiselle Clara Gottschalk, pianiste d'un très grand"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "40", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.44", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 616, "texte": "talent\", avait convié un public choisi. Dernier amour est une belle! étude\nà notes redoublées, qui a été vivement applaudie, ainsi que Radieuse,\ngrande valse à quatre mains, exécutée par mademoiselle Gottschalk et\nM. Georges Pfeiffer. M. Bonnehée a chanté et déclamé avec esprit,\nverve, et la belle voix qu'on lui connaît, deux fables de La Fontaine\nmises en musique par M. Etienne Rey. Ce sont des tours de force que\nd'ajuster de la musique à des vers aussi inégaux que ceux des fables. Le\nRat de ville et le Rat des champs est particulièrement bien réussi et a\nété bissé avec justice.\n\nH. C."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-01-01-01-c029", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-01-01_01#c029", "volume": "bmtnabc_1874-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "41", "page_fin": "43", "image_debut": 45, "image_fin": 47, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.2.9", "titre_corps": "REVUE DES THÉATRES LYRIQUES", "titre_sommaire": "REVUE DES THÉATRES LYRIQUES", "signature_source": "ARTHUR HEULHARD", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 45, "page_imprimee": "41", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.45", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1578, "texte": "REVUE DES THÉATRES LYRIQUES\n\nITALIENS : La Sonnanbula. — MENUS-PLAISIRS : Interdiction de la Liqueur d'or.\nTALIENS. LA SONNAMBULA. Imaginez-vous la quin-\nzaine la plus aride, la plus sèche et la plus vice de la\nplus vide, la plus sèche et la plus aride année lyrique\nqui se puisse voir depuis l'ère chrétienne, je veux dire\nl'année 1873. Aussi aurais-je volontiers supprimé de\nce numéro la revue des théâtres lyriques que je fais à\ncette place depuis la fondation delà Chronique Musicale. Mais voici ve-\nnir 1874,, et comme je me remets en campagne avec presque tous mes\nlecteurs de l'an passé,, je tiens à remercier d'aussi fidèles compagnons de\nroute.\nL'année que nous allons parcourir ensemble sera-t-elle plus féconde\nque son aînée? Grosse question pleine de mystères, car il ne faut plus\ncompter pour rien, dans le mouvement musical, le Théâtre-Lyrique qui\nbrûle depuis trois ans bientôt, l'Opéra qui brûlera sans doute pendant\ntoute l'année 1874, l'Opéra-Comique qui regardera brûler l'Opéra,\net l'Athénée qui pleure sur toutes ces ruines.\nReste le Théâtre-Italien qui doit sortir prochainement de la voie pla-\ncide des reprises pour entrer dans le courant des nouveautés. En atten-\ndant, la direction nous a présenté dernièrement, dans la Sonnambula,\nmademoiselle Donadio qui a plu, malgré son entourage. Nous retrou-\nverons cette jeune artiste mieux secondée.\nMENUS-FLAISIRS. INTERDICTION de la Liqueur d'Or. M. le gou-\nverneur de la ville de Paris, en vertu des pouvoirs que lui confère l'état\nde siège, a interdit les représentations de la Liqueur d'Or, l'opérette im-"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "42", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.46", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2841, "texte": "morale des Menus-Plaisirs. Le gouverneur de Paris a pensé comme le\npublic, dont il a exécuté l'arrêt en soldat, par un coup de sabre dans le\nnœud gordien, M. le gouverneur de Paris a fait son devoir. Il a mieux\nagi encore, en restant sourd aux sollicitations des auteurs de la Liqueur\nd'Or qui ont intercédé auprès de lui pour le rétablissement de leur pièce\nsur l'affiche. L'interdiction une fois prononcée, il aurait, en la levant,\ntendu un piège à certaine curiosité malsaine que MM. les directeurs\ntiennent éveillée avec un soin jaloux. Il ne Ta pas voulu, il a bien fait.\nLa presse parisienne s'est relativement peu émue du verdict qui a\nfrappé la Liqueur d'Or qu'elle avait unanimement, ou peu s'en faut,\ncondamnée d'avance. Elle n'a pas suffisamment établi, à notre sens, la\nresponsabilité qu'emportait de ce scandale public la gardienne officielle\nde la moralité théâtrale, ce Cerbère de vertu qu'on appelle la Censure.\nEt c est sur ce point seulement, tant la question est épineuse, que nous\nvoulons appuyer. Le directeur des Menus-Plaisirs, en sa qualité de né-\ngociant, débite à son public la marchandise qui lui convient: il n'est\npoint tenu d'avoir du sens artistique ou du sens moral. Il a étudié les\nappétits d'une société qui s'excite les sens par une cuisine littéraire for-\ntement pimentée; il a doublé, triplé, quadruplé la dose, c'est son affaire ;\njl n est point inspecteur de la salubrité publique. Il n'est coupable que\nde mauvais goût, et c'est un droit qu'à la porte de la vie on achète en\nentrant.\nLe soin de surveiller les produits distribués à Paris et àla France\npar le canal du théâtre est confié à des critiques officiels, enrégimen-\ntés sous la bannière ministérielle : on les nomme communément\nMM, les Censeurs. Les yeux imperturbablement fixés sur la famille et\nla propriété, ces dignes fonctionnaires examinent la pièce soumise à leur\nvisa : ils la rejettent tout entière ou en élaguent les parties scabreuses,\nla renvoient à la direction qui la met en répétition et la monte à grands\nfrais, acteurs, costumes et décors. Toujours prudents et pénétrés de leur\nmission, MM. les Censeurs se rendent à la répétition générale, épient\njusqu'au moindre geste, jusqu'à la plus petite intonation dans le jeu des\nartistes, pratiquent les dernières coupures et donnent par leur assenti-\nment une sorte de bon à représenter qui libère le directeur de toute res-\nponsabilité morale. Or, voici qu'arrivée devant le public, la pièce est\nproclamée immonde par toutes les voix, et que le Gouverneur de Paris,\nému de la révolte générale des consciences, est forcé d'en interdire la re-\nprésentation. Cependant les artistes n'ont pas ajouté au texte revu par\nMM. les Censeurs, ils n'ont rien rétabli de ce qui en avait été supprimé\npar MM. les Censeurs, ils ont joué devant le spectateur de la première"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "43", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.47", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 1132, "texte": "représentation comme devant celui de la répétition générale (le directeur\ndes Menus-Plaisirs l'affirme dans une lettre adressée à la Galette des\nEtrangers). A quoi sert la Censure? Que signifie ce défilé de Que-\nnouilles de Verre et de Liqueurt d'or auquel la censure délivre un\npasseport pour la postérité avec un certificat de bonne vie et mœurs ?\nQue veut dire une pareille tolérance? Supprimez la censure, puisqu'elle\nn'est point apte à discerner l'honnête du déshonnête, et que c'est le pu-\nblic qui, par la manifestation de son dégoût, fait sa propre police lui-\nmême. Si vous ne «voulez pas la supprimer radicalement, cassez au moins\nles censeurs actuels comme les fauteurs de scandales publics, et remplacez-\nles par d'autres, dont vous exigerez un cautionnement suffisant pour in-\ndemniser les directeurs de spectacle des dommages commerciaux que\nleur incompétence leur cause. Si l'immoralité qui assaisonne le théâtre\ncontemporain suit sa progression naturelle, dans dix ans on mettra les\nœuvres du marquis de Sade à la scène, et le Gymnase représentera Thé-\nrèse philosophe.\n\nARTHUR HEULHARD."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-01-01-01-c033", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-01-01_01#c033", "volume": "bmtnabc_1874-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "44", "page_fin": "48", "image_debut": 48, "image_fin": 52, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.2.10", "titre_corps": "VARIA", "titre_sommaire": "VARIA", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 48, "page_imprimee": "44", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.48", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1700, "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nFAITS DIVERS\nous empruntons à la dernière chronique de M. Albert de\nLasalle, l'excellent critique musical du Monde illustré,\nle relevé des travaux des théâtres lyriques pendant l'an-\nnée 1873 :\nOPÉRA, Premières représentations : La Coupe du roi\nde Thulé, 3 actes; Gallet, Blau, E. Diaz. Gretna- Green,\nballet, i acte; Nuitter, Mérante, Guiraud.\nReprise : Freischut— JJAfricaine. Don Juan.\nOPÉRA-COMIQUE. Premières représentations : Le Roi Va dit! 3 actes;\nGondinet, Léo Delibes. Les Trois souhaits, i acte; J. Adenis, F. Poise.\nReprises : Roméo et Juliette. Galathée. Zampa. Richard-Cœur-dc-\nLion.\nTHÉÂTRE-ITALIEN. —■ Reprises: Don Pasquale.— Il Barbier edi Seviglia.—\nRigoletto. Il Trovatore. —-La Traviata.\nvanni. Norma.\nBOUFFES-PARISIENS. Premières représentations :La Petite Reine, 3 actes;\nJ. Noriac, Jaime fils, L. Vasseur. La Rosière d'ici, 3 actes; Liorat, Ro-\nques. —Le Grelot, i acte; Grangé, V.Bernard, L. Vasseur.—Les Pattes\nblanches, i acte ; Marc Constantin, Coron, Laurent de Rillé. Le Mouton\nenragé, iacte; J. Noriac, Jaime fils, Lacome. La Quenouille de verre,\n3 actes; A Millaud, Heugel fils, Ch. Grisart.\nReprise : La Timbale d'argent.\nATHÉNÉE. Premières représentations: Monsieur Polichinelle, 2 actes;\nMorand, Vatier, Delehelle, Les Rendez-vous galants, 1 acte; Langlé, ma-\ndame de Sainte-Croix. La Dot mal placée, 3 actes; Mancel, Lacome.\nNinette et Ninon, 1 acte; madame Lesguillon, Penavaire. La Guçla de\nl'Émir, 1 acte; J. Barbier, M. Carré, Th. Dubois.— Raphaël, 3 actes; Méry,\nGiunti-Bellini. —La Saint-Nicolas, 1 acte; de Mortarieu. Pierrot fan-\ntôme, 1 acte; E. Dubreuil, Stap'eaux, Lionnel. —Jaloux de soi, 1 acte; ma-"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "45", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.49", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2619, "texte": "dame Anaïs Marcelli. Royal Champagne, i acte; Couturier, de Saint-\nGeniès, Lemarié.\nReprise :La Fanchonnette. Le Barbier de Séville. 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Gustave Avocat qui publie l'œuvre complet pour\npiano de Mozart, en cinq volumes, les symphonies de Beethoven, réduites\nau piano par Savart, et le Messie de Haendel.\nCette publication est irréprochable aux divers points de vue de la netteté\nde la gravure, de la qualité du papier, en un mot du luxe de l'édition. Entre\nautres choses, le magnifique frontispice du Messie de Haendel que reproduit\naujourd'hui la Chronique musicale, est une intelligente initiative prise par\nM. Gustave Avocat.\nIl fait un heureux contraste avec ces éditions exotiques dont les illustra-\ntions n'ont rien de commun ni avec Fart, ni avec le sujet auquel elles sont\narbitrairement attachées.\nLe savant bibliothécaire du Conservatoire, M. Wekerlin, vient de pu-\nblier chez les éditeurs Durand et Schœnewerk, cinq charmantes mélodies\nqui font une suite heureuse à la série importante de ses œuvres diverses,\ndont beaucoup sont devenues si justement populaires.\nCe sont Les roses de Saadi, orientale, paroles de madame Desbordes Val-\nmore ; une Chanson indienne, poésie de Denne Baron ;Le Lac, sérénade\npoésie de Davoud Pacha; Pourquoi? poésie de V. Hugo; Le chant du Coq,\npoésie de Victor de Laprade.\nSouhaitons la bienvenue à la Chanson française, Moniteur du Caveau,\nnouveau journal publié sous les auspices de la célèbre association chanson-\nnière.\nM. Charles Coligny en est le rédacteur en chef, et notre collaborateur\n/\nM. Sylvain Saint-Etienne en est le secrétaire.\nLe premier numéro renferme une histoire de la chanson par M. Ch. Coli-\ngny, l'oraison funèbre d'Armand Gouffé par M. 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UAthalie de Racine, avec l'oratorio complet de Mendelssohn,\nsymphonies, chœurs, soli, etc., va être de nouveau exécutée à l'Odéon,\nLa très belle représentation donnée le 21 décembre dernier, à l'occasion\nde l'anniversaire de la naissance de Racine, devait être unique, par suite des\ndifficultés qu'on éprouvait à réunir les éléments de l'exécution musicale, choi-\nsis, comme Ton sait, dans les orchestres et les chœurs de l'Opéra et des\nItaliens; mais, en raison du succès obtenu, le directeur de FOdéon vient de\ns'assurer par traité d'une série de six représentations, dont les deux premières\nsont fixées au mercredi 3i décembre et samedi 3 janvier.\nAthénée. M. Ruelle, directeur du théâtre de l'Athénée, vient d'être dé-\nclaré en état de faillite.\nLes représentations italiennes annoncées à l'Athénée succéderont aux re-\nprésentations françaises.\nOn commencera par Lucia di Lammermoor avec mademoiselle Rienzi dans\nle rôle principal.\nL'orchestre sera dirigé par le maestro Graffigna, compositeur apprécié en\nItalie.\nLa Société classique, qui en est à sa troisième année d'existence, repren-\ndra ses séances, pour l'exercice 1874, le 20 janvier, dans les salons Erard.\nSon personnel d'artistes se compose ainsi :\ni° Instruments à cordes : MM. J. Armingaud, premier violon ; Léon Jacquard,\nvioloncelle; A. Turban, deuxième violon; Mas, alto; De Bailly, contre-\nbasse.\n20 Instruments à vent : MM. Taffaneî, flûte; Lalliet, hautbois; Grisez, clari-\nnette; Dupont, cor; Espaignet, basson,\n3° Pianistes : Mesdames Massart, Montigny, Szarvady; MM, Delaborde, Du-\nvernoy, A. Jaèll.\nM. de Chennevières, le nouveau directeur des Beaux-Arts, en remplace-\nment de M. Charles Blanc, a reçu mardi les directeurs de théâtre.\n—M. Paulus, le sympathique chef de musique de la ire légion de la garde\nrépublicaine, prend sa retraite. Il a dirigé pour la dernière fois son orchestre\nà la réunion des Alsaciens-Lorrains, qui a eu lieu avant-hier à l'Élysée.\nM. Paulus est remplacé par M. Sellenick, l'ancien chef de musique de la\n2e légion de la garde républicaine.\nPétrarque} l'opéra de M. Duprat, dont les Marseillais ont eu la primeur,\nva être monté à la Nouvelle-Orléans.\nBRUXELLES. La reprisé du Tannhauser aura été un mécompte sérieux\npour la direction du théâtre de la Monnaie, qui nourrissait le légitime espoir\nd'encaisser toute une série de bonnes recettes avec cet important ouvrage, en\nmême temps qu'une surprise douloureuse pour les enthousiastes de Wagner,\nqui déclaraient, après le succès de l'an dernier, la cause des opéras du maître\nsaxon à jamais gagnée à Bruxelles.\nLa salle était à moitié vide le soir de la deuxième représentation de Tann-\nhauser et, aux représentations suivantes, le mal s'est aggravé à ce points"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "48", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.52", "debut_caractere": 115, "fin_caractere_exclue": 1315, "texte": "qu'il devient peu probable qu'on donne souvent, cet hiver, l'ouvrage qui avait\nété la greaî attraction de l'an dernier (Guide musical).\nBOLOGNE. —• Lamunicipalité de Bologne vient de voter un subside extraor-\ndinaire de 4,000 fr. pour monter, la saison prochaine, le Rienp de Wagner.\nMoscou. Mademoiselle Alice Bernardi, une ancienne pensionnaire de\nM. Martinet, à l'Athénée, où elle fut peu remarquée, vient de chanter à\nMoscou Lucrepa Borgia. Elle a été rappelée plusieurs fois àla chute du ri-\ndeau : la scène était jonchée de fleurs.\nM. Franchi, décidé par ce succès en Russie, vient d'engager cette jeune\ncantatrice pour l'emmener à Londres et à Vienne au printemps prochain.\nElle chantera avec la Patti et Nicolini.\nALEXANDRIE. Les journaux d'Alexandrie nous apportent les meilleures\nnouvelles de la troupe d'opéra comique établie dans le théâtre français de\ncette ville.\nParmi les artistes les mieux accueillis du public, on cite les noms de made-\nmoiselle Seveste, de M. Cabel, et enfin de M. Sotto l'excellente basse de\nl'Athénée, dont le talent de chanteur et de comédien fait merveille auprès\ndes habitants d'Alexandrie.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. 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Ambroise Thomas, voulant que cet ouvrage ne fût pas joué,\navait intenté un procès à en raison du peu d'importance\nqu'il lui attribuait après Mignon et Hamlet. 11 s'est ravisé."}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "47", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.51", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2731, "texte": "Odéon. UAthalie de Racine, avec l'oratorio complet de Mendelssohn,\nsymphonies, chœurs, soli, etc., va être de nouveau exécutée à l'Odéon,\nLa très belle représentation donnée le 21 décembre dernier, à l'occasion\nde l'anniversaire de la naissance de Racine, devait être unique, par suite des\ndifficultés qu'on éprouvait à réunir les éléments de l'exécution musicale, choi-\nsis, comme Ton sait, dans les orchestres et les chœurs de l'Opéra et des\nItaliens; mais, en raison du succès obtenu, le directeur de FOdéon vient de\ns'assurer par traité d'une série de six représentations, dont les deux premières\nsont fixées au mercredi 3i décembre et samedi 3 janvier.\nAthénée. M. Ruelle, directeur du théâtre de l'Athénée, vient d'être dé-\nclaré en état de faillite.\nLes représentations italiennes annoncées à l'Athénée succéderont aux re-\nprésentations françaises.\nOn commencera par Lucia di Lammermoor avec mademoiselle Rienzi dans\nle rôle principal.\nL'orchestre sera dirigé par le maestro Graffigna, compositeur apprécié en\nItalie.\nLa Société classique, qui en est à sa troisième année d'existence, repren-\ndra ses séances, pour l'exercice 1874, le 20 janvier, dans les salons Erard.\nSon personnel d'artistes se compose ainsi :\ni° Instruments à cordes : MM. J. Armingaud, premier violon ; Léon Jacquard,\nvioloncelle; A. Turban, deuxième violon; Mas, alto; De Bailly, contre-\nbasse.\n20 Instruments à vent : MM. Taffaneî, flûte; Lalliet, hautbois; Grisez, clari-\nnette; Dupont, cor; Espaignet, basson,\n3° Pianistes : Mesdames Massart, Montigny, Szarvady; MM, Delaborde, Du-\nvernoy, A. Jaèll.\nM. de Chennevières, le nouveau directeur des Beaux-Arts, en remplace-\nment de M. Charles Blanc, a reçu mardi les directeurs de théâtre.\n—M. Paulus, le sympathique chef de musique de la ire légion de la garde\nrépublicaine, prend sa retraite. Il a dirigé pour la dernière fois son orchestre\nà la réunion des Alsaciens-Lorrains, qui a eu lieu avant-hier à l'Élysée.\nM. Paulus est remplacé par M. Sellenick, l'ancien chef de musique de la\n2e légion de la garde républicaine.\nPétrarque} l'opéra de M. Duprat, dont les Marseillais ont eu la primeur,\nva être monté à la Nouvelle-Orléans.\nBRUXELLES. La reprisé du Tannhauser aura été un mécompte sérieux\npour la direction du théâtre de la Monnaie, qui nourrissait le légitime espoir\nd'encaisser toute une série de bonnes recettes avec cet important ouvrage, en\nmême temps qu'une surprise douloureuse pour les enthousiastes de Wagner,\nqui déclaraient, après le succès de l'an dernier, la cause des opéras du maître\nsaxon à jamais gagnée à Bruxelles.\nLa salle était à moitié vide le soir de la deuxième représentation de Tann-\nhauser et, aux représentations suivantes, le mal s'est aggravé à ce points"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "48", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.52", "debut_caractere": 115, "fin_caractere_exclue": 1315, "texte": "qu'il devient peu probable qu'on donne souvent, cet hiver, l'ouvrage qui avait\nété la greaî attraction de l'an dernier (Guide musical).\nBOLOGNE. —• Lamunicipalité de Bologne vient de voter un subside extraor-\ndinaire de 4,000 fr. pour monter, la saison prochaine, le Rienp de Wagner.\nMoscou. Mademoiselle Alice Bernardi, une ancienne pensionnaire de\nM. Martinet, à l'Athénée, où elle fut peu remarquée, vient de chanter à\nMoscou Lucrepa Borgia. Elle a été rappelée plusieurs fois àla chute du ri-\ndeau : la scène était jonchée de fleurs.\nM. Franchi, décidé par ce succès en Russie, vient d'engager cette jeune\ncantatrice pour l'emmener à Londres et à Vienne au printemps prochain.\nElle chantera avec la Patti et Nicolini.\nALEXANDRIE. Les journaux d'Alexandrie nous apportent les meilleures\nnouvelles de la troupe d'opéra comique établie dans le théâtre français de\ncette ville.\nParmi les artistes les mieux accueillis du public, on cite les noms de made-\nmoiselle Seveste, de M. Cabel, et enfin de M. Sotto l'excellente basse de\nl'Athénée, dont le talent de chanteur et de comédien fait merveille auprès\ndes habitants d'Alexandrie.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-01-01-01-c040", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-01-01_01#c040", "volume": "bmtnabc_1874-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 29, "image_fin": 29, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.2.11", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.29", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 389, "texte": "MESSIE\n*?%\n*•>\nw\nGRAND ORATORIO\nParoles françaises\nMUSIQUE\nDE\nF. C. HAENDEL\nPARTITION\nPIANO ET CHANT\nRéduction par F. GASSK prix de Rome\nProfesseur au Conservatoire\n(Propriété de l'éditeur)\nPïax : 8 IV. net.\nPARIS\n/\nGUSTAVE AVOCAT\nRUE DU FAUBOURG MONTMARTRE 27\ni\n\"•\n36=\nV\n!11 ! 111 IliJj M {Hit! 'fil IJH! F IjjlH ti'! î 11 i! ! 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C'est\nlà qu'ils nous apparaîtront vivants, agissant et parlant leur idiome\nprofondément naïf et original, dont les termes pittoresques s'effacent\nchaque jour davantage.\nQui veut, au dix-neuvième siècle, paraître ce qu'il est ? Personne ;\ntous, plus ou moins, jouent la comédie et la jouent assez mal, parce qu'ils\nveulent se donner des rôles et des costumes qui ne vont ni à leur apti-\ntude ni à leur taille.\nYoung Ta dit: « Nous naissons tous originaux et nous mourons tous\ncopies. » Ceci est bien plus vrai que jamais, de notre temps; mais, si\nnous sommes des copies, est-ce notre faute à chacun de nous en parti-\nculier ? N'est-ce pas plutôt celle de notre époque qui nous fait, en quel-\nque sorte, une exigence d'être comme tout le monde ?\nJadis, être original, c'était un moyen de se distinguer et de réussir ; au-\njourd'hui c'est un obstacle au succès et —par conséquent —un malheur.\nAujourd'hui on craint autant d'être original qu'autrefois on redoutait\nd'être copie.\nOr, pour couper court à ces considérations dont le développement\nnécessaire demanderait presque un volume, voici un original,\npeintre d'originaux ; inventeur agréable d'un genre vrai, commun,\ntrivial, si toutefois la nature peut être accusée d'un tel défaut. D'ailleurs,\nc'est un homme dégoût et un poète qui l'a dit, et sa sentence vaut un\narrêt en bonne forme :\nTous les genres sont bons, hors le genre ennuyeux (i)?\nEt lors même que l'on admettrait, tout d'abord et avant examen\napprofondi, la bassesse du genre dont Vadé étudia les types divers et ori-\nginaux, il n'en serait pas moins vrai de dire avec Dorât :\nTel objet est choquant dans la réalité\nQui plaît au spectateur, s'il est bien imité (2)\nJean-Joseph Vadé naquit au mois de janvier 1720, à Ham, en\nPicardie,\n\n(1) VOLTAIRE; préface de sa comédie : FEnfant prodigue.\n(2) La Déclamation théâtrale, poème didactique} chant II; la Comédie."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "7", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.3", "texte": "LE RÉALISME DANS L'OPÉRA COMIQUE\n\n« Son père, qui vivait d'un petit commerce, étant venu s'établir à\nParis, l'amena dans cette ville à l'âge de cinq ans. Il eut la jeunesse la\nplus dissipée, la plus bouillante et la plus fougueuse. Il ne fut pas possi-\nble de lui faire faire ses études, et il n'a jamais su plus de latin que\nBoursault, » dit Fréron, qui avait été intimement lié avec Vadé et\nlui a consacré une intéressante, mais trop courte notice (1).\n(c Peut-être ajoute l'éminent critique,—cette ignorance, en le ren-\ndant moins difficile et moins timide, l'a-t-elle rendu plus original dans\nses écrits. Il tira tout, en général, de son propre fond ; cependant il cor-\nrigea, du mieux qu'il put, le vice de son éducation par la lecture de tous\nles bons livres français (2). )>\nEn 1 /39, il obtint un emploi de contrôleur du Vingtième (3) à Sois-\nsons et à Laon, où il fît pendant quatre ans les délices de la société. Il\nen revint, en 1743, universellement regretté; il passa un an à Rouen,\nfut deux ans attaché au duc d'Agénois, en qualité de secrétaire; enfin,\nses amis et ses protecteurs c'est-à-dire tous ceux qui le connaissaient\net qui ne pouvaient se passer de lui cherchèrent à le fixer à Paris, et\non lui procura un emploi au Bureau du Vingtième ; c'était le seul moyen\nde réparer un peu les torts de la fortune, sans offenser sa délicatesse, et\nde le mettre à portée de cultiver sans inquiétude les talents naturels\navec lesquels il était né (4).\n« Son état en quelque sorte assuré d'une manière solide, il voulut rem-\nplir ses loisirs selon son goût, et il se fit un genre particulier de compo-\nsition dont il alla étudier les modèles dans la Nature même. Ce fut aux\nguinguettes, aux halles, sur les bords de la rivière qu'il puisa la gaieté et\nla naïveté qu'il répandit dans tous ses écrits avec une vérité dont per-\nsonne n'avait approché avant lui et que personne n'a atteint depuis, et\nc'est à juste titre qu'on Ta appelé le Téniers de la poésie. Ses pièces\nde théâtre, son poème de la Pipe cassée, ses Bouquets poissards, ses\ncontes, ses chansons, presque tous ses ouvrages sont chacun à part un\ntableau dont le mérite de la ressemblance parfaite des objets imités est et\nsera toujours précieux aux amateurs des arts inventés pour reproduire la\nNature.\n\n(1) Dans son Année littéraire, t. IV, p. 350 à 355.\n(2) Ibid., p. 352.\n(3) On appelait ainsi autrefois un impôt établi sur les biens-fonds, et qui était la\nvingtième partie de leur revenu.\n(4) Avertissement sur la Vie et les Œuvres posthumes de M. Vadé, en tête du\nt. I de l'édition in-8° (p. 3 et 4)."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "8", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.4", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\n« Il travaillait avec une extrême facilité, quelle que fût la gêne imposée\npar les divers sujets qu'il avait à traiter (1). »\nSes talents portaient Vadé vers la poésie légère, et surtout vers la scène,\noù il débuta en 1749, par une comédie en un acte, en vers, représentée\nune seule fois sur le Théâtre-Français, le 3 janvier. Cette œuvre, toute\nd'actualité et qui ne fut jamais imprimée, s'intitulait : les Visites du\njour de l'an (2). Aucun ouvrage ou recueil littéraire du temps ne nous\nen offre d'analyse; ce fut donc un succès purement ce qui\nn'équivaut que trop souvent à une chute, au théâtre. Une autre comédie\naussi en un acte, en vers - de Vadé, non représentée (3), peut par sa\nfaiblesse nous donner une idée de ses Visites du jour de Van et expli-\nquer, jusqu'à un certain point, les causes de la chute, ou tout au moins\nde l'insuccès de son premier essai comique.\nNé observateur, et observateur populaire, Vadé devait se faire un\nnom brillant dans le genre poissard, dont il fut vraiment le créateur et\noù il n'eut jamais d'imitateurs dignes de lui être comparés tout au\nplus des plagiaires et des pasticheurs .sans valeur, si l'on excepte\nFavart, lequel, d'ailleurs, ne traita qu'accidentellement ce genre tout\nspécial et plus difficile qu'on ne pense.\nv* Le genre Poissard, dont Vadé est créateur et dans lequel il a\nexcellé, dit Fréron, auquel on ne peut adresser le reproche d'un goût\n— n'est point un genre méprisable , et il y aurait certainement\nbeaucoup d'injustice à le confondre avec le burlesque, cette platitude\nextravagante et facile du dernier siècle, qui ne pouvait subsister long-\ntemps parmi nous.\n« Le Burlesque ne peint rien ; le Poissard peint la nature, basse,\nsi l'on veut, aux regards dédaigneux d'une certaine dignité philosophi-\nque, mais très agréable à voir, quoi qu'en disent nos délicats.\n« Un tableau qui me représente avec vérité une guinguette, des gens\ndu peuple dansants, des soldats buvants et fumants, n'a-t-il pas droit de\nme plaire? Vadé est le Téniers de la littérature, et Têniers est compté\nparmi les plus grands artistes, quoiqu'il n'ait peint que des fêtes flaman-\ndes. Il n'y a point de connaisseur qui ne soit enchanté de ses tableaux,\n\n(1) Petite Bibliothèque des théâtres. Œuvres de Vadé, 1785 (p. 2 et 3 de la Vie de\nVadé).\n(2) Quérard dit : « Nous connaissons dans la bibliothèque d'un amateur une comé-\ndie manuscrite de Vadé, en un acte et en prose, intitulée : Les Visites du Jour de\nVan; elle a été jouée àla Comédie-Française. » {La France littéraire, t. X, p. 7\n(article Vadé).\n(3) La Canadienne."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "9", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.5", "texte": "LE RÉALISME DANS L'OPÉRA COMIQUE\n\ncomme il n'y a point d'homme de lettres ni d'amateur qui n'ait vu jouer\net qui ne lise même avec plaisir les œuvres de Vadé. Il faut bien qu'elles\naient une sorte de mérite réel, car elles ont toujours la plus grande vo-\ngue ; on en fait presque tous les ans de nouvelles éditions.\n(( Quel est donc ce mérite? C'est que la nature y est rendue avec ces\ntraits et ce coloris qui la font d'abord reconnaître. Tous ces écrits su-\nblimes, tous ces beaux et grands dictionnaires que certaines gens admi-\nrent en bâillant (1), sont à peine lus une seule fois, et ne seront jamais\nréimprimés. Le Bel-Esprit et la Philosophie sont des modes; la nature\nest de tous les temps et de tous les pays.\n« Au reste, le genre Poissard n'était pas le seul que Vadé cultivât avec\nsuccès. Je connais de lui des Epitres sérieuses et des Fables morales...,\nqui lui feraient, je crois, autant d'honneur qu'elles m'ont fait de plaisir,\nlorsqu'il me les a récitées (2). »\nDésireux de prendre sur le fait la nature populaire qu'il s'appliquait\nà étudier chaque jour, de plus en plus,\nVadé, pour achever ses esquisses fidèles,\nBans tous les carrefours poursuivait ses modèles,\nDe ce costume agreste, ingénu partisan,\nInterrogeait le pâtre, abordait l'artisan.\nJaloux de la saisir sans masque et sans parure,\nJusques aux Porcherons il[chercha la nature.\n/\nEtait-il au village? il en traçait les mœurs,\nTrinquait, pour les mieux peindre, avec des Racoleurs,\nEt changeant, chaque jour, de ton et de palette,\nCrayonna, sur un port, Jérôme et Fanchonnette (3).\nC'est Dorât qui parle ; écoutons maintenant Vadé lui-même nous dire\nce qu'il éprouvait dans cette étude des diverses classes du peuple. Il\nn'était pas de ceux qui se contentaient de\nVoir Paris, sans voir la Cour tille,\nOù le peuple joyeux fourmille,\nSans fréquenter les Porcherons,\nLe rendez-vous des bons Lurons\nAussi, ceux à qui rien n'échappe,\nQuittent souvent le Luxembourg\n\n(1) C'est un trait à l'adresse de la fameuse Encyclopédie du dix-huitième siècle.\n(2) Ibid., pag. 352 à 354.\nv 3) DORÂT ;La Déclamation théâtrale, chant II la Comédie."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "10", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.6", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nPour jouir dans quelque faubourg\nDu spectacle de la guinguette.\nCour tille, Porcherons, Villette !\nC'est che% vous que puisant ces vers,\nJe trouve des tableaux divers ;\nTableaux vivants où la nature\nPeint le grossier en miniature,,...\nC'est alors qu'il faisait beau voir\nCette troupe heureuse et rustique,\nS'égayer dans un choc bachique.\nVous, courtisans, vous, grands seigneurs,\nAvec tous vos biens, vos honneurs,\nDans vos fêtes, je vous défie\nDe mener plus joyeuse vie.\nVos plaisirs vains et préparés,\nPeuvent-ils être comparés\nA ceux dont mes héros s'enivrent?\nSans soins, sans remords ils s'y livrent ;\nMais vous, prétendus délicats,\nDans vos magnifiques repas,\nEsclaves de la complaisance,\nEt gênés au sein de l'aisance,\nPrétendez-vous savoir jouir ?\nNon ; vous ne save% qu'éblouir.\nAvec vos rangs, vos noms, vos titres,\nVous croye% être nos arbitres !\nPauvres gens ! vos fausses lueurs\nN'en imposent qu'à vos flatteurs ;\nVotre orgueil nourrit leur bassesse ; *\nToujours une vapeur épaisse\nSort de leur encens empesté\nEt vous masque la vérité.\nIl est un prince qu'on révère,\nPour qui l'Univers est sincère,\nQu'on aime sans espérer rien.\nQui?... C'est votre maître et le mien,\nDemandef son nom à la Gloire (i).\nAprès avoir célébré le bonheur des gens du peuple, la sincérité de\n\n(i) La Pipe cassée, chant 11."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "11", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.7", "texte": "LE. RÉALISME DANS L'OPÉRA COMIQUE\n\nleurs plaisirs, faisant un retour philosophique sur ses types et sur\nlûi-même, poursuit en ces termes :\nLe travail, les soins et la peine\nFurent faits pour la gent humaine:\nIl est des travaux différents,\nSelon les états et les rangs,\nTout le monde ne peut pas naître\nPrince, marquis, richard ou maître ;\nMais chacun vit de son métier ;\nVive celui de maltôtier !\n«•••« •••«*•\nSerons-nous toujours indigents !\nNous dont les labeurs d'une année\nN'acquitteraient point la journée\nQu'un sous-traitant passe â dormir !\nEspérons tout de l'avenir.\nMais en attendant qu'il nous vienne\nUn sort heureux qui nous maintienne\nDans un état toujours oisif\\\nIl faut, moi, que d'un air pensif\nJe cherche et trouve par ma plume\nLe tabac que par jour je fume-,\nCar9 non content d'être rimeur,\nJ'ai le talent d'être fumeur ! (i)\n(La suite prochainement.)\n\nCH. BARTHÉLEMY."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "12", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.8", "texte": "DES CONDITIONS ÉCONOMIQUES\nDE LA MUSIQUE ET DU THÉATRE\nEN FRANCE\n\n(i)\nVI\nOUR rester dans le vrai, nous devons ajouter à ces\ncourtes observations, que l'immixtion de l'autorité\npublique dans l'industrie théâtrale n'est pas la seule\ncause de l'état précaire et peu florissant dans lequel elle\na toujours végété. Les directeurs ont aussi leur part\nde responsabilité dans cet état de choses ; l'esprit de\nroutine, l'attachement à de vieux préjugés se rencontrent chez la plu-\npart d'entre eux au détriment de leurs propres intérêts.\nHabitués à la longue servitude qui a pesé sur les théâtres, ils n'ont\npas su profiter de la loi libérale de 1864, laquelle, tout incomplète\nqu'elle soit, leur laisse pourtant la faculté de vendre leur produit au prix\nqui leur convient. Les directeurs français ne connaissent qu'un seul\nmode de recette : le prix fixe, d'après un tarif invariable affiché à la porte\ndes théâtres, comme la carte d'un restaurateur. Ils ne se rendent pas\ncompte de la différence essentielle qui existe entre un objet d'art dont la\nvaleur est changeable d'un jour à l'autre et à l'infini, et une marchandise\nusuelle, dont la valeur ne varie que de loin en loin dans des proportions\n\n(1) Voir les numéros des ier octobre et lel'1e1' novembre 1873-"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "13", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.9", "texte": "DE LA MUSIQUE ET DU THÉÂTRE EN FRANCE\n\nminimes. Or, une représentation théâtrale ou un concert peut être assi-\nmilée à une œuvre d'art produite par la peinture ou par le statuaire.\nSa valeur n'a rien d'absolu : elle est toute relative; elle dépend de la\nbeauté toute idéale de l'œuvre exécutée, de la bravoure des exécutants,\ndes conditions dans lesquelles elle se produit. Tout cela est extrêmement\nvariable. Le tarif peut convenir à des spectacles d'une valeur à peu près\nuniforme et d'un prix peu élevé : un drame, par exemple, qui se joue\nun grand nombre de fois avec les mêmes acteurs, ou une série de con-\ncerts à grand orchestre où, comme au Conservatoire et chez Pasdeloup,\nle mérite des œuvres exécutées ne diffère pas, dans l'ensemble, d'un con-\ncert à l'autre, et l'exécution encore moins. Mais il en est tout autre-\nment dans les théâtres d'opéra, où le mérite tant de l'œuvre que des ar-\ntistes peut différer du tout au tout entre une soirée et l'autre.\nAvec le système du prix fixe, il arrive que les places sont rapidement\nenlevées un jour et délaissées le lendemain ; seulement, le jour de vogue\nla recette ne peut monter qu'à la somme réglementaire portée par le\ntarif, tandis que le lendemain elle peut descendre à un chiffre minime,\net même à rien du tout (cela s'est vu).\nAvec la vente du billet à prix débattu, ou, mieux encore, à l'enchère\npublique, le montant de la recette des grands jours pourrait s'élever,\ncomme pour les objets d'art, à des prix de beaucoup supérieurs à ceux\nque le directeur eût osé demander au public : tandis que le lendemain,\nou les jours où une circonstance quelconque amoindrirait l'attrait de la\nreprésentation, les petites bourses en profiteraient à leur tour, et elles\nfourniraient par leur nombre une ressource qui est aujourd'hui totale-\nment perdue pour l'entreprise. Ainsi tout le monde y trouverait son\ncompte : le directeur, pour lequel les bonnes recettes compenseraient\nles mauvaises, sans que celles-ci pussent jamais descendre à un taux\ninfime, et le public lui-même, qui profiterait des circonstances pour\narriver à des théâtres qui, aujourd'hui, sont inaccessibles au plus grand\nnombre.\nLe système des enchères, augmentant de beaucoup la somme des re-\ncettes, aurait pour résultat de permettre aux théâtres de luxe d'engager\nles artistes les plus célèbres, et partant les plus chers, sans attendre le\nsecours de subventions dont l'insuffisance est généralement démontrée.\nParis, qui renferme dans son sein tant de grandes fortunes, et où les\nriches de tous les pays viennent chercher les plaisirs et les modèles du\ngoût en tout genre, Paris primerait toutes les capitales de l'Europe et\npourrait offrir des spectacles bien autrement splendides que la coûteuse\nmonotonie de son unique Opéra."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "14", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.10", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nDans les villes de province, où, sans une population plus res-\ntreinte et plus économe n'offrirait pas les mêmes éléments à la spécula-\ntion, les théâtres de luxe, l'Opéra surtout, auraient d'autres moyens\nd'assurer leur existence, et sur des bases bien plus solides que par les\nsecours incertains et insuffisants de l'État ou des communes. Ce serait\nl'abonnement préalable, ou, mieux encore, l'association libre des ama-\nteurs ou des intéressés, et l'exploitation directe par l'entremise d'un dé-\nlégué ou d'un comité.\nVII\nAux causés particulières qui atrophient Findustrie théâtrale, nous de-\nvrions ajouter les causes générales.\nMais c'est là un thème qui exigerait un bien plus grand développe-\nment que nous ne pouvons le lui donner dans les limites imposées à cet\narticle. Nous n9avons voulu qu'indiquer sommairement les causes du\nmalaise et les moyens d'y remédier.\nPersuadé que la bonne littérature et la musique sont un puissant\nélément d'éducation populaire, nous voudrions voir se multiplier les\nthéâtres et les concerts pour disputer aux estaminets, aux débits de\nliqueurs et autres mauvais lieux, leur trop nombreuse clientèle.\nNous voudrions voir cesser ce spectacle affligeant de tant de compo-\nsiteurs capables consumant leur existence à postuler un tour de faveur\nà l'Opéra; de tant d'artistes élevés à grands frais et forcés de chercher\nhors de France non-seulement leur pain quotidien, mais aussi le com-\nplément de leurs études, car l'audition des grandes œuvres et des chan-\nteurs d'élite leur est à peu près interdite. Et qu'est-ce que renseigne-\nment sans l'exemple, l'école sans la pratique?\nQue l'on cesse donc de protéger l'art de cette étrange façon, en frappant\nd'impôt (i) ses manifestations et en gaspillant l'argent de l'Etat en fa-\nveur de quelques industriels, au détriment de tous les autres. Le sys-\ntème de l'intervention de FÉtat et des faveurs administratives a fait ses\npreuves, hélas ! bien négatives, en France, et généralement dans notre\nvieille Europe. Le système contraire, delà liberté et du droit commun,\nfait son chemin actuellement dans la terre classique de toutes les liber-\n\nCi) Les journaux ont annoncé récemment que la ville de Rouen avait aboli l'impôt\ndes pauvres; il faut rectifier; la ville a pris cet impôt à sa charge pour un temps et\npour un théâtre; mais la loi subsiste toujours."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "15", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.11", "texte": "DE LA MUSIQUE ET DU THÉÂTRE EN FRANCE\n\ntés, l'Amérique, et donne bien d'autres résultats. A New York, à Phi-\nladelphie, à Boston même, au milieu de populations si peu artistiques,\npeu musicales surtout, et en majorité protestantes, c'est-à-dire peu fa-\nvorables aux théâtres, les salles de spectacle et de concert surgissent\ncomme par enchantement et offrent sinon des œuvres nouvelles, du\nmoins une large rétribution à des milliers d'artistes qui, en Europe,\nmourraient de faim. Et l'éducation musicale des Américains se fait ainsi\npar la pratique en même temps que par la théorie. Il nous vient déjà, de-\npuis plusieurs années, de bons chanteurs et de vaillants instrumentistes\nde ces contrées lointaines. Peut-être sommes-nous destinés à en recevoir\nun jour des compositeurs de génie, et à voir venir d'au-delà de l'Océan\ncette rénovation artistique à laquelle F Europe aspire en vain sous la\npression administrative.\n\nJ. DE FILIPPI."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "16", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.12", "texte": "LES TRAITÉS\nDE CONTREPOINT ET DE FUGUE\nAU DIX-NEUVIÈME SIÈCLE\n\n(0\nIV\nE Traité de haute composition de Reicha, qui eût été\nmieux dénommé Traité de hautes études musicales, a\négalement paru en 1824. C'est, de tous les ouvrages\nthéoriques qui existent, celui qui renferme le plus de\ndétails sur les choses véritablement essentielles pour\nformer un compositeur savant et pratique, celui qui\nmène le mieux de front l'art d'écrire dans le style ancien et dans le style\nmoderne, celui enfin dont les exemples offrent l'harmonie la plus pure.\nIl est divisé en six livres. Le premier traite des tons d'église et du style\nrigoureux. Quoiqu'un théoricien de mes amis, mort depuis longtemps,\nait reproché à Reicha d'avoir « sauté à pieds joints par dessus le contre-\npoint simple, » d'après les principes si clairs_, et les modèles si nombreux\net si bien choisis qu'il donne du style rigoureux, il est indubitable que\nl'élève qui a suivi les leçons léguées par cet illustre professeur, saura\nécrire tout aussi purement pour les voix que s'il avait consacré un long\nespace de temps à l'aride étude du contrepoint simple, avec cet avantage\nen sus, qu il connaîtra en même temps toutes les ressources de l'art mo-\nderne. Le premier livre est terminé par une très belle fugue à huit voix\net à deux chœurs, où le style rigoureux est mitigé par des formes mo-\ndernes.\n\n(1) Voir le numéro du ier novembre."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "17", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.13", "texte": "TRAITÉS DE CONTREPOINT ET DE FfJGUE\n11.\n2\n\nLe second livre contient l'harmonie renversable. Il est excessivement\ndétaillé dans tout ce qui concerne les contrepoints renversables qui\noffrent de l'intérêt et de l'utilité, et ne fait que glisser sur les abus de\nl'art que commettaient les musiciens d'autrefois. La manière d'employer\ntous les genres de contrepoint pour les voix, et dans l'orchestre (ce dont\nReicha seul a parlé), est développée jusqu'à ses dernières limites. Tout\nce second livre est un chef-d'œuvre.\nLe troisième livre « des imitations est fort bien fait. Après les imita-\ntions proprement dites, se trouvent les canons, parmi lesquels les canons\nexcentriques des siècles primitifs prennent très peu de place.\nLa fugue occupe le quatrième et le cinquième livre. Le quatrième,\naprès une quantité de préceptes sur l'art de faire les réponses, plus clai-\nrement exprimés que ceux de Fétis, et de règles sur les éléments qui en-\ntrent dans la fugue, donne des exemples de fugues vocales et instrumen-\ntales depuis deux jusqu à huit parties, et depuis un sujet jusqu'à six su-\njets, et le cinquième livre fait voir outre les fugues vocales inusitées,\ntelles que la fugue par mouvement contraire, la fugue en augmentation\net en diminution, la fugue accompagnée par l'crchestre. Cette matière sur\nlaquelle tous les autres traités sont muets est extrêmement importante à\nconnaîtie. Reicha, qui était un homme d'une grande imagination pour\nles effets d'orchestre, 7 donne des exemples d'une fugue inventée par lui,\ndans laquelle chaque partie doit être en même temps chantée ou jouée à\ntrois octaves différentes.\nLe sixième et dernier livre est consacré à « l'art de tirer parti de ses\nidées » et aux règles qui régissent les coupes ou cadres des divers mor-\nceaux de musique instrumentale, tels que le premier allegro, l'andante\net le rondeau final des sonates et des symphonies. On voit combien tous\nces sujets sont intéressants et importants. Le du traité est\nun chœur accompagné par les instruments à cordes et huit timbales,\naccordées chacune d'une manière différente.\nV\nDe tous les grands ouvrages théoriques qui font l'objet de cet examen,\nle cours de contrepoint et de fugue de Cherubini, soit qu'il ait été com-\nposé par lui, ou simplement inspiré par lui et rédigé par Halévy ou un\nautie, est celui qui jouit de la plus grande faveur au Conservatoire de\nI aiis. Mais dussé-je m attirer les foudres et l'excommunication majeure\nde celte école, si admirable sous tant de rapports, j'espère démontrer jus-\nqu'à l'évidence que cette faveur est imméritée."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "18", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.14", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nCe traité, publié en 1835, commence par les règles du contrepoint\nsimple. La tolérance de Cherubini y semble très-grande : car à la page 6\nil autorise à deux parties deux quintes en montant, dont la première\nest diminuée et la seconde juste, avec la simple restriction que « les\nvieux compositeurs ont cependant évité ce moyen dans le contrepoint\nà deux parties. » Dans d'autres circonstances, il est d'une sévérité qui\nnon-seulement rendrait toute composition impossible, mais à laquelle\nil est obligé lui-même de déroger. Ainsi on lit à la page 3o : « Il est dé-\nfendu dans le contrepoint à trois parties* comme dans celui à deux, de\nfaire des octaves ou des octaves cachées, soit entre les deux parties\nextrêmes, soit entre la partie intermédiaire et l'une des deux autres par-\nties. » Ce qui n'empêche pas les exemples des deux pages précédentes de\nfinir par deux octaves cachées entre la haute-contre et la basse. Ces\nmêmes octaves cachées se retrouvent dans quatre exemples de la page 34\net dans une foule d'autres circonstances. Du reste, Cherubini, ou son\nprête-nom, a eu le plus grand tort d'admettre dans un ouvrage destiné\nà l'éducation musicale des modèles remplis de fautes, tel que celui de la\npage 58, qui est pris de Fux, et qui contient (mesures 3—4) deux atro-\nces quintes cachées entre le dessus et la basse, et deux autres dans les\ndeux dernières mesures, qui ne valent pas mieux, entre la basse et la\nhaute-contre. De même, l'exemple de contrepoint note contre note à\nhuit parties, de la page 63, écrit sans doute par l'auteur du Cours, se ter-\nmine par deux octaves directes entre le premier dessus et le second ténor.\nMais les fautes d'harmonie sont si nombreuses dans le cours de con-\ntrepoint et de fugue de Cherubini, que je ne signalerai plus que les deux\noctaves et les deux quintes consécutives qui se rencontrent dans la fugue\nà quatre parties en fa majeur, et qui existent, les deux octaves, de la 3e\nàla 4e mesure de la seconde accolade de la page 156, et les deux quintes\n(lesquelles se répètent par progression) dans la mesure suivante. Aussi\nFétis en louant sans réserve la fugue à huit voix de Cherubini, qui offre\nd'ailleurs de très grandes beautés, a-t-il eu tort de ne pas dire toute sa\npensée, puisque les octaves et les quintes qui s'y rencontrent encore\nn'ont certainement pas dû lui échapper.\nDans le chapitre qui traite de l'imitation, Cherubini a complètement\nconfondu l'imitation et le canon, qui sont cependant bien distincts,\npuisque l'imitation se cherche sur un chant écrit d'avance, et que le ca-\nnon se fait en imitant un chant à mesure qu'on le compose. Aussi, en\nsuivant cette méthode, un élève pourrait fort bien apprendre à faire des\ncanons et ne pas savoir trouver des imitations. Je laisse de côté les imi-\ntations (lisez : canons) contraires, rétrogrades, par augmentation, par"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "19", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.15", "texte": "TRAITÉS DE CONTREPOINT ET DE FUGUE\n\ndiminution, interrompues et inverses contraires. Ce que j?en ai dit pour\nles traités de Choron et de Fétis est applicable à celui-ci.\nL article suivant porte sur les contrepoints renversables. Tandis que\n1 auteur s étend avec la complaisance la plus fastidieuse sur les contre-\npoints àla9% la i le,Ie, la i3e et la 14e, absolument inusités et absolument\ninutilesj il oublie dans les exemples des contrepoints doubles à l'octave,\nàlalo et à la 12e, qui seuls sont en usage, surtout le premier, de les\nprésenter dans leur état naturel et renversé. Les contrepoints triple et\nquadruple sont assez bien traités, quoique, de même que dans Fétis, il\ny ait confusion entre ces contrepoints proprement dits et ceux où les su-\njets sont doublés par des tierces.\nParrive à la fugue. Après avoir expliqué ce qu'est un sujet et une ré-\nponse, l'auteur du cours parle du contre-sujet, qu'il regarde comme\nindispensable pour accompagner le sujet en contrepoint double, oubliaitt\nsans doute qu il existe une foule de très-belles fugues de tous les maîtres\net de toutes les écoles qui n'ont point de contre-sujet, et où l'accom-\npagnement du sujet est libre. Inutile de dire après cela qu'il repousse\nabsolument 1a dénomination de fugue à deux, à trois et à quatre sujets.\nImmédiatement après, il définit le stretto en en donnant un exemple, et\nensuite la pédale, dont il en donne un également. Revenant sur ses\npas, il explique en quoi consiste la fugue du ton, et après en avoir\nformulé U ès-sommairement les principales lois, accompagnées en tout\nde onze exemples, dont sept présentés sous forme de stretto, c'est-à-dire\navec la réponse entrant dans le sujet, il montre encore trois sujets insi-\ngnifiants avec leurs réponses, et conclut en disant : « Il est superflu de\nprésenter un plus grand nombre de sujets ; avec les moyens qu'on a ex-\nposés et du raisonnement, on sera en état de trouver la réponse de tout\nsujet de fugue du ton qui se présentera. »\nComment ? Quatorze exemples de sujets du ton, parmi lesquels ceux\nqui sont présentés en forme de stretto se confondent tellement avec la\npaitie du sujet que Cherubini appelle queue5 qu'ils finissent par se ré-\nduire à quatre ou cinq notes, suffisent pour apprendre à trouver la ré-\nponse à n importe quel sujet, c'est-à-dire pour résoudre la plus grande\ndifficulté de la fugue? On reste confondu devant une telle assertion,, et\nencore plus de voir que le Conservatoire de Paris ait pu préférer le cours\nde contrepoint et de fugue de Cherubini aux admirables traités de Reicha\net de Fétis.\nUn sujet de fugue réelle, un autre qui commence comme fugue réelle\net finit comme fugue du ton (ce qui, en définitive, constitue toujours\nla fugue du ton), et deux sujets dans lesquels la réponse est d'imitation *"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "20", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.16", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nterminent ce qui a rapport au sujet. Une définition, accompagnée\nd'exemples de cette attache du sujet que Reicha appelait conduit, et que\nCherubini a baptisée du nom baroque et malsonnant de queue, suit\nles explications relatives au sujet et à la réponse , après quoi viennent\ndes modèles de fugues entières à deux, à trois et à quatre parties, analy-\nsées avec le plus grand soin. Ici l'on peut enfin trouver l'occasion d'ad-\nmirer l'art et la science de Cherubini, car la marche et les développe-\nments de toutes en général sont fort et les ressources qu'il a su\ntirer des sujets et des contre-sujets sont de la plus grande richesse.\nNéanmoins, la réponse du sujet de sa fugue à quatre parties en fa est\ndéfectueuse, comme je l'ai démontré dans mon traité élémentaire, et il\nn'est guère admissible qu'on soit libre de transporter à volonté à l'octave\nune partie du contre-sujet, comme dans la fugue de la page i3B, ni\nqu'on se permette une réponse fausse pour faciliter la création des contre-\nsujets, comme dans la fugue chromatique.\nUne fugue à huit parties par Cherubini, et une autre fugue à huit\nparties par Sarti_, différente de celle qu'adonnée Fétis, terminent cet ou-\nvrage didactique, dont les qualités, comme on voit, sont loin de com-\npenser les défauts.\nVI\nMe voici arrivé à la partie la plus facile de ma tâche. Frappé de l'ex-\ntrême longueur des cinq grands traités que je viens d'analyser, de la\nquantité de choses sans utilité pratique qui se rencontrent dans la plu-\npart, et surtout de l'insuffisance et du peu de fixité des règles existantes\npour trouver les réponses aux sujets de fugue qui exigent des mutations,\nje conçus le projet d'écrire un traité élémentaire et facile de contrepoint\net de fugue qui présentât, sous une forme abrégée, tout ce qui est essen-\ntiel à savoir de nos jours sur ces matières. Ce traité, quoique ne contenant\nque cent pages, m'a coûté dix-sept ans de travail pour l'amener à l'état de\nconcision que je me et pour découvrir à force d'essais et de tâ-\ntonnements de nouvelles règles plus précises que les anciennes pour trou-\nver sans hésitation les réponses à n'importe quel sujet de fugue. C'est là-\ndessus que je désire entretenir un moment le lecteur.\nOn a vu que les règles de la réponse ont été exclusivement fondées jus-\nqu'ici sur les degrés du ton et sur les modulations que renferme le sujet.\nOr, la présence de ces modulations dépend très-souvent de la façon de\nvoir de son auteur. Je prends pour exemple le sujet de Fétis que j'ai\ndonné dans mon premier article. Ce sujet module-t-il ou ne module-t-il\npas dans les trois premières mesures? On peut le comprendre de deux"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "21", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.17", "texte": "TRAITÉS DE CONTREPOINT ET DE FUGUE\n\nmanières. Si le compositeur l'a conçu comme y modulant dans le ton de\nla dominante, la réponse sera :\nTandis que s'il l'a conçu comme y restant dans le ton de la tonique,\nla réponse sera :\nOn voit donc d'après cet exemple, comme d'après vingt autres que je\npourrais citer, que de prendre les modulations du sujet pour base des\nchangements à introduire dans la réponse, est ce qu'il y a de plus vague\nau monde. J'ai donc divisé dans mon traité les sujets par catégories,\nsuivant qu'ils ne commencent ni ne finissent par la dominante ou la sen-\nsible; qu'ils commencent par la dominante; qu'ils finissent parla domi-\nnante; qu'ils se trouvent entre deux dominantes; qu'ils se terminent sur\nla sensible; qu'enfin, débutant et se terminant par n'importe quel degré\nde ton, la tonique et la dominante sont placées d'une manière spéciale\ndans le courant du sujet. Je ne veux pas m'étendre davantage là-dessus : et\nmon intention n'étant point de faire ici un cours de fugue, je renvoie à mon\ntraité, qui donne tous les détails à cet égard, les personnes qui voudront\nbien me faire l'honneur de le consulter. Je me bornerai à dire que, sauf\npour les sujets où la tonique et la dominante sont placées d'une manière\nspéciale, le compositeur ou l'élève pourra discerner à coup sûr, à la sim-\nple inspection du sujet, s'il ne faut point de changement dans la réponse,\ns'il en faut un ou s'il en faut deux. Une fois cette certitude acquise, il\ntrouvera facilement l'endroit où le changement doit avoir lieu, les ré-\nponses fausses deviendront désormais impossibles, et les plus grandes\ndifficultés de la fugue seront aplanies.\n\nHENRY COHEN."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "22", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.18", "texte": "LES\nCANTATRICES DRAMATIQUES\n\nII\nLQÂ S <24T.-\nDeuxième partie (i).\nADEMOISELLE Laguerre était morte épuisée, ailleurs\nqu'à la scène. Mademoiselle Maillard commençait.\nMadame Saint-Huberti n'avait plus 'd'autre concur-\nrente que Rosalie Levasseur, dont la tyrannie était\nd'autant plus fatigante que le talent ne la justifiait\nplus et que le zèle ne l'excusait pas. On avait calculé\nque, dans l'exercice 1782-1783 (l'année théâtrale commençait à Pâques),\nmademoiselle Levasseur n'avait joué que vingt-sept fois, ce qui lui\nconstituait un total de 332 fr. 6 sous 8 deniers par représentation,\nrémunération alors monstrueuse, et dont une voix usée faisait ressortir\nencore la splendide énormité.\nDes négociations s'engagèrent au commencement de 1783, pour don-\nner à la Saint-Huberti la situation dont le jugement du public la faisait\ndigne et que sa faveur rendait nécessaire. Elle n'avait gagné que 5,500\nfrancs dans l'année qui allait finir, somme reconnue (même pour le\ntemps), insuffisante en comparaison avec l'attraction qu'elle exerçait sur\nla masse. A ses appointements de 3,000 francs, plus les feux ou partages,\non ajouta i,500 francs comme chanteuse de la cour sur l'état de la mu-\nsique de la reine avec les appointements de Tannée courant rétroac-\ntivement, et Ton stipula en outre qu'on lui ferait compléter par le tréso-\n\n(1) Voir le numéro du ier décembre."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "23", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.19", "texte": "LES CANTATRICES DRAMATIQUES\n\nrier des Menus-Plaisirs, jusqu'à 83000 francs (total 9,500 francs) si les\nfeux et partages n'atteignaient pas ce chiffre, plus deux concerts, estimés\n3,000 francs et un congé de deux mois après Pâques. Il y avait en plus\nune indemnité annuelle, mais commune à tous les sujets, de 300 livres\npour gants, rouge, bas, lumière, fleurs, etc. L'engagement devait courir\npendant huit ans. On voit que tout cela réuni n'approchait pas des ap-\npointements d'une médiocre chanteuse d'aujourd'hui.\nLe surintendant des Menus, comprenant tout ce que ces conditions, ex-\nceptionnelles pour l'époque,, pouvaient avoir de blessant pour des amours-\npropres aveugles et intraitables, ne voulut pas faire d'engagement, pour\nainsi dire officiel, à l'artiste ainsi favorisée. Elle dut seulement renvoyer\nàM.de la Ferté sa lettre; en y ajoutant sa signature, et le secret lui fut\nrigoureusement recommandé.\nLe secret, c'était l'impossible, et la Saint-Huberti n'était guère femme\nà le tenter. L'affaire éclate. On peut dire que ce fut le troisième et non\ndernier incendie de l'Opéra, déjà brûlé en 1763 et 1781. Mademoiselle\nDuplan, forte chanteuse, qui tenait les Clytemnestre, ayant pour Aga-\nmemnon en ville, un riche boucher, et à qui Sophie Arnould disait si\nplaisamment, à la répétition d'lphigénie en Aulide, en voyant un\ndogue traverser la scène :\nReine, de votre amant, voici /'ambassadeur !\naccourt chez le surintendant des Menus, tempête, déclare que mademoi-\nselle Joinville peut très bien remplacer madame Saint-Huberti (qui\nse doute aujourd'hui que mademoiselle Joinville a existé à l'Opéra!)\nLe ministre à qui revient l'écho de ces criailleries, maintient avec beau-\ncoup de fermeté, au nom du roi, son droit de payer le talent ce qu'il vaut,\nCe fut le coup de grâce pour mademoiselle Levasseur.\nC'était justice. Pourtant, presqu'à ce même moment la Saint-Huberti\nne donnait pas toujours raison à ces légitimes faveurs. Elle entre dans\nune révolte de ses camarades contre des décisions qui faisaient le chanteur\nLegros, président de Comité, et maintiennent le danseur Dauberval en\nactivité en augmentant ses appointements. Ce qui est plus grave, ou\ntout au moins plus difficile à expliquer, elle prend fait et cause pour\nune danseuse, mademoiselle Peslin, dont la réputation n a pas survécu\naux petits soupers de l'époque, et réclame dans des termes énergiques\nd'affection blessée (les mots « d'infamie » se retrouvent dans les deux\nprotestations épistolaires de la protectrice et de la protégée), contre le\nremplacement dont cette dernière est menacée. Aussi, à travers l'estime\ntoujours marquée du ministre pour les talents de la Saint-Huberti,, et"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "24", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.20", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nla crainte de la perdre, perce à divers moments dans la correspondance\navec le surintendant\", une vive mauvaise humeur et souvent même la\nperspective non réalisée de la prison pour cette étoile tracassière.\nCette étoile n'en était pas moins alors à son zénith. Au concert spiri-\ntuel, la Saint-Huberti avait lutté, sans être vaincue, dans un duo d'An-\nfossi, avec mademoiselle Mara qui passait, avec madame Todi, pour la\nmeilleure cantatrice de l'Europe. Nous arrivons à Didon qui fut le\npoint culminant de la carrière de la grande actrice, le succès qui justifia\nde façon éclatante et presque immédiate, ses avantages, considérés alors\ncomme léonins, dans l'engagement qui l'attachait à l'Opéra.\nOn a vu déjà que la Saint-Huberti était reconnaissante. Elle trouva\nune éclatante occasion de rendre à Piccini tout l'appui qu'elle avait reçu\ndu compositeur italien. Il lui avait fait reprendre le rôle de Sangaride\ndans Atys, dont elle avait relevé le succès, et la soutint contre toutes les\ncabales, qui, s'il faut en croire Ginguené, le biographe de Piccini, furent\nau moment de la faire renvoyer de l'Opéra, après son succès dans\nAriane. Peut-être y avait-on pris prétexte du déshabillé de son costume,\nce qui pourrait confirmer jusqu'à un certain point la portée que donne à\nce « scandale, » dans son récit, Levacher de Chamois. C'était Gluck,\nassure encore Ginguené, qui av.it remarqué la Saint-Huberti dans les\nchœurs et l'en avait tirée. Ainsi la Saint-Huberti aurait eu la gloire\nd'être distinguée et soutenue par les deux hommes qui se sont partagé\nla royauté de l'art lyrique pendant cette période de notre histoire.\nMarmontel avait soumis à Piccini son idée de faire une Didon, en le\nprévenant qu'il aurait de longues scènes à mettre en musique, et qu'il\nvoulait un récitatif aussi naturel que la simple déclamation, noté même\nsur la déclamation du poète. Ce fut, ajoute Marmontel, le moyen de\ndonner au récitatif cette facilité, cette vérité d'expression qui fut si favo-\nrable au jeu de la célèbre actrice.\nMarmontel, le poème écrit, appela à Grignon, où était sa maison de\ncampagne, Piccini, alors à Méréville, au château de M. de Laborde,\nqui avait confié au compositeur l'éducation musicale de ses deux\nfilles. En dix-sept jours, le chant et la basse de la partition sont no-\ntés. Piccini l'écrit en pleurant, tant il s'émeut sur les infortunes de\nson héroïne. Ginguené pleure avec lui. On invita à dîner, à la cam-\npagne de Marmontel, la Saint-Huberti. Elle chante son rôle devant les\ndeux auteurs, d'un bout à l'autre à livre ouvert, et s'exprime si bien,\nque l'on croit la voir au théâtre.\nElle part alors pour la Provence, et veut y emporter son rôle pour\nl'étudier chemin faisant. Pendant son absence, on s'occupe à l'Opéra des"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "25", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.21", "texte": "LES CANTATRICES DRAMATIQUES\n\nrépétitions. « Une autre actrice répète; un monde infini va voir les ré-\npétitions de Didon et juge que c'est un des plus mauvais ouvrages de\nPiccini. » Cet homme se consolait en disant : « Laissez revenir ma Di-\ndon. »A la première répétition que j'en ai faite (c'est l'actrice qui parle),\non dit :« Ah ! ah ! mais il a refait la majeure partie de son opéra » ( et\nil n'y avait que quatre jours d'intervalle). Piccini entendit cela et dit :\n« Non, messieurs, je n'ai rien changé au rôle, mais on jouait Didon\nsans Didon. »\nLa Saint-Huberti explique et atténue dans la même lettre ce que son\nlangage semblait avoir de peu modeste. «Le rôle de Didon, ajoute-\nt-elle, c'est le seul rôle très intéressant de la pièce. Le rôle est tout\njeu; le récitatif est si bien fait, qu'il est impossible de le chanter. »\nDidon ale plus grand succès à Fontainebleau. Louis XVI ne peut se\nrassasier de l'applaudir. On ne veut entendre qu'une fois à la cour la\nChimène de Sacchini, et cependant la Saint-Huberti , qui répétait et\njouait consciencieusement les deux ouvrages, écrit, toujours dans la\nmême lettre :\n« On donne aujourd'hui (à la cour) le Cid de Sacchini. C'est une mu-\nsique enchanteresse. Vous qui la cultivez et qui l'aimez, vous allez ache-\nver de devenir fou. J'y joue ce soir. »\nCette répétition de Didon, qui devint une révélation pour tous les\nassistants, en fut une pour l'actrice elle-même. Pendant la longue ri-\ntournelle des prêtres de Pluton, vers la fin du troisième acte et pendant\nla durée de ce chœur même, assise sur le devant du théâtre et les veux\n7 ✓\nfixés sur l'orchestre, dès qu'elle entendit les premiers sons de cette lugu-\nbre ritournelle qu'elle ne connaissait pas, elle pâlit ; elle resta comme si\nelle eût entendu sa sentence, comme si déjà elle eût senti les affres de la\nmort.\nQuelqu'un, après la répétition, lui parla de cette impression qu'elle\navait dû éprouver. « Je l'ai éprouvée en effet, dit-elle, et, dès la dou-\nzième ou treizième mesure, je me suis sentie morte. » ..\nOn se rappelle involontairement à ces mots la Malibran malade en An-\ngleterre, à qui le public enthousiaste impose de répéter un duo, qui dit :\n« Si je répète ce duo, je suis une femme morte, » et qui le répète cepen-\ndant.\nL'actrice, à la représentation, ne fit que se replacer à cette scène dans\nla position où elle se trouvait à la répétition ; elle dut, et à plus forte\nraison, éprouver les mêmes émotions et les communiquer au public. Son\nterrible jeu muet, son immobilité tragique, l'effrayante expression de son\nvisage impressionnèrent vivement. « Le talent de c:tte sublime actrice, »"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "26", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.22", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ndit Ginguené, «prenait sa source dans la sensibilité. On peut mieux\nchanter un air; on ne peut donner ni aux airs ni au récitatif un accent\nplus vrai, plus passionné; on ne peut avoir une action plus dramatique,\nun silence plus éloquent. »\nLe succès fut immense à Paris comme à Fontainebleau. « Il est impos-\nsible, )> dit Grimm, ce de réunir à un plus haut degré la sensibilité la\nplus exquise, un goût de chant plus soigné, une attention à la pièce plus\nprofonde et plus réfléchie, un abandon plus noble et plus vrai, un jeu\nplus attachant et plus digne du superbe rôle de Didon ; c'est la voix de\nTodi, c'est le jeu de Clairon, c'est un modèle qu'on n'a point eu au\nthéâtre et qui longtemps en servira» »\n« C'est le premier rôle, dit le Journal de Paris, où la Saint-Huberti\nn'ait rien laissé à désirer sous le rapport de la déclamation. » « C'est la\npremière actrice, dit un autre éloge plus flatteur, qui ait, à l'Opéra, fait\nverser des larmes. » « Grande musicienne pleine de talent, essentielle à\nl'Académie, dit un dernier appréciateur. Si la nature ne lui a pas donné\ntous les moyens nécessaires, l'art a fait des prodiges en sa faveur. »\nLe costume de la Saint-Huberti avait été exécuté sur un dessin envoyé\nde Rome et faisant contraste avec les grotesques accoutrements des acteurs\nde cette époque. M. de la Ferté, le surintendant des Menus, s'exprime, à\nson tour, en ces termes sur la représentation et sur l'actrice : « Les ha-\nbits sont magnifiques ; mademoiselle Saint-Huberti a été au-dessus de\ntout ce que lon a jamais entendu. Cela ne la rendra pas plus facile à\nmanier. Il est vrai qu'elle a très bien joué. Mais d'ailleurs elle aurait pu\nne chanter que la note, car on n'a pas entendu le quart de son rôle. »\nChez un homme peu favorable à la Saint-Huberti, il faut constater\nl'aveu de son incomparable supériorité. Il y a d'ailleurs quelque contra-\ndiction entre les éloges et les critiques que fait à la fois le surintendant\ndes Menus, et il n'y a guère à supposer qu'on n'eût pas entendu le quart\ndu rôle, quand là même, comme ailleurs, on est réduit à déclarer que\nDidon a très bien joué et que la déclamation a été portée par l'actrice au\ndegré de la perfection.\nCet excellent M. de la Ferté, que l'on voit sans cesse protester contre\nles exigences et la tyrannie des cantatrices en faveur auprès du public,\nn'y voit d autre remède que de créer une école pour leur y préparer des\nrivales. Il s'imagine que l'on peut planter à volonté des génies, dans une\nclasse, comme des fleurs ou des arbustes dans une plate-bande. Il fait,\nparfois, quand on lit sa correspondance, qu'on se dit un peu cruellement\nque ce serait à lui que pouvait être adressée cette plaisante et méchante\napplication d un vers célèbre cité par Louis XVIII, à propos du fils de"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "27", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.23", "texte": "LES CANTATRICES DRAMATIQUES\n\nnotre homme, Papillon de la Ferté, appelé, par Fauteur de la Charte,\nd'après les traditions monarchiques qui continuaient les dynasties -par-\ntout, aux mêmes fonctions que son père :\nLes sots sont ici bas pour nos menus plaisirs.\nLe rôle de Didon est un des plus complets qui aient jamais été entendus\nà l'Opéra; il n'a pas moins de cinq airs principaux. La Saint-Huberti\nne pouvait guère le chanter plus d'une fois par semaine, mais Piccini\navait épuisé toute sa force dans ce type. Ceux d'larbe et d'Enée furent\njugés très faibles»\nSi je m'étends sur ce succès, c'est que, non-seulement il fut décisif\ndans la vie de la Saint-Huberti, mais encore qu'il a contribué à lui faire\njouer dans la célèbre lutte des gluckistes et des piccinistes un rôle qui\nne me paraît pas suffisamment apprécié. Il est pour moi prouvé que\nl'effet immense qu'elle produisit dans Didon fut pour beaucoup dans\ncette sorte d'égalité de la faveur publique, qui se maintint, à la fin du\ndernier siècle, entre Gluck et Piccini, ce qui étonnera peut-être aujour-\nd'hui, puisqu'aucune des œuvres du second n'a pu se maintenir à la\nscène, tandis que le premier est sans cesse exécuté sur nos scènes et dans\nnos conservatoires. Il serait pourtant digne d'un directeur, qui appor-\nterait dans son administration les mêmes instincts élevés que M. Car-\nvalho au Théâtre-Lyrique (il nous y a rendu Orphée et révélé Faust),\nde mettre la génération actuelle à même de connaître cette œuvre d'un\nretentissement si exceptionnel et si passionné, qu'aujourd'hui même il\nn'est encore ignoré de quiconque s'occupe d'art.\nLe 16 janvier 1784, à la douzième représentation de Didon, une cou-\nronne tombe aux pieds de madame Saint-Huberti; le public se lève en\nmasse et demande que cette couronne soit posée sur la tête de la virtuose.\nMademoiselle Gavaudan cadette (il sera beaucoup question de cette ac-\ntrice plus tard) la met sur le front de la reine de Carthage. Le fait\nétait sans exemple.\nCette apothéose inusitée donne lieu à quatre mauvais vers que nous a\nconservés le Journal de Paris :\nNe sois pas si modeste, et de cette couronne\nA nos yeux viens te décorer ;\nIl est permis de s'en parer,\nQuand c'est le public qui la donne.\nCette ovation n'est pas du goût de M. de la Ferté qui y voit un nou-\nveau sujet de redouter l'oppression du talent. Dans une lettre en date du\n18, il fait cette réflexion: que ceux qui jettent des couronnes pourraient"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "28", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.24", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\naussi bien jeter des pommes cuites ou des oranges, et qu'alors il n'y au-\nrait plus moyen de conserver l'ordre dans les spectacles.\nChimène,de Sacchini, réussit le 9 février 1784, un peu plus de deux\nmois après Didon,et la Saint-Huberti prend sa part de ce nouveau\ntriomphe. Elle défend Didon et Chimène contre la concurrence d'un\nsuccès auquel elle est étrangère, la C Nous la voyons\njouer Didon, le dimanche, Chimène, le lundi, et vouloir priver l'opéra\nde Grétry d'une représentation auquel il a droit le vendredi. Elle est\nencore dans 1 ardeur de sa gloire. Plus tard, des préoccupations moins\nidéales lui feront attacher moins de prix à paraître aussi souvent sur la\nscène. Déjà dans 1 année entière de 1784, elle ne chante que cinquante-\nsept fois, elle avait paru cent dix fois en 1782 ce que Castil Blaze\nattribue à la suppression des feux.\nC'est la Saint-Huberti qui donne à Louis XVI, qui n'aimait que l'o-\npéra comique et le vaudeville, le goût des opéras sérieux ; mais il trouve\nles paroliers si faibles qu il fonde un prix de tragédie lyrique. Ce qui\nrend plus piquant le peu d'estime de ce monarque pour les livrets d'opé-\nras de son temps, c'est que son frère, le comte de Provence, y travaillait.\nLe icr décembre 1783, la Saint-Hub?rti avait créé Didon avec Je suc-\ncès que l'on sut; le 9 février 1784, elle joue, pour la première fois à\nParis, Chimène ;de i 5 mars de la même année, Délie dans\nDélie,un acte, paroles de Fuzelier, musique de mademoiselle de Beau-\nmesnil, et le 26 avril, Hypermnestre dans les Dan aï de s, cinq actes,\nparoles de Du Rollet et Tschudy, musique de Salieri. Le fait est à\npeine croyable, et s'il n'était attesté par les dates authentiques, on ne\npourrait comprendre que les forces d'une femme aient suffi en cinq mois\nà-quatre créations, dont trois étaient capitales. Cette prodigalité d'elle-\nmême, soit spontanée, soit réclamée, prouve quel était alors le caractère\npassionné et exclusif de la faveur du public pour la grande artiste, et\nencore jalousait-elle le succès de l'unique ouvrage qui, sans l'appui de\nson talent, avait attiré le public : la Caravane du Caire, jouée le\n17 janvier de la même année.\nIl est à remarquer, du reste, que, de 1784 à 1788, les recettes an-\nnuelles de l'Opéra dépassent un million, chiffre qu'elles n'avaient pas\natteint, du moins communément, jusque-là, et que ce sont précisément\nles années où madame Saint-Huberti a occupé sur notre grande scène\nlyrique une situation prépondérante que, même au moment où ses\nmoyens ont paru faiblir, on a vainement tenté de lui disputer.\nOn chercha cependant à donner une rivale à la Saint-Huberti ; ce fut\nla première élève d'une école royale de chant et de déclamation établie,"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "29", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.25", "texte": "LES CANTATRICES DRAMATIQUES\n\n/\npar arrêt du conseil d'Etat du 5 janvier 1784, dans l'hôtel des Menus-\nPlaisirs du Roi, à la grande joie, sans doute, de M. de la Ferté.\nCette élève était l'ancienne Marion la vachère, Anne Cameroy, dont\nla voix avait été signalée par sa sœur, cuisinière chez un ami de\ndont ce dernier avait fait l'éducation musicale, et qui débuta avec un\ngrand succès, le 17 septembre. 1784> dans le rôle de Chimène, sous le\nnom de mademoiselle Dozon. Un parti se forme pour elle, et un mo-\nment, un moment seulement, elle paraît contrebalancer le succès de la\ncréatrice de Didon,alors dans tout l'éclat de sa gloire. Sacchini, infidèle\nà la créatrice de Chimène, entre dans cette ligue et préfère pour le rôle\nd'lphise dans Dardanus, joué le 3o novembre de la même année, ce\nrayon du soleil levant au soleil à son zénith ; mademoiselle Dozon lui\nparaît avoir, dit il, mieux les qualités de son personnage.\nSi madame Saint-Huberti eût créé Iphise, c'eût été sa cinquième créa-\ntion en douze mois. Elle garda néanmoins une rancune profonde à Sac-\nchini, et l'on eut beaucoup de peine à les réconcilier. La postérité a\nencore vengé la Saint-Huberti; mademoiselle Dozon est restée aussi in- '\nconnue de notre génération que toutes les autres concurrentes qu'on a\nessayé d'opposer à la grande artiste.\nMorel, beau-frère de M. de la Ferté, et en cette qualité chargé de pres-\nque tous les poèmes de l'Opéra de la plus officielle nullité, écrit\npour Grétry, en collaboration avec le comte de Provence (tous deux\navaient travaillé déjà àla Caravane du Caire), le livret de Pamirge dans\nVile des Lanternes,opéra bouffe sans gaieté. La Saint-Huberti joua\navec beaucoup de finesse Climène, femme de Panurge, qui s'amuse de\nla sotte vanité de son mari, mais elle ne peut prêter à ce stupide ouvrage\n(qui se maintint cependant au répertoire, jusqu'à la Restauration), cette\naide vigoureuse que lui devait la tragédie lyrique. Aussi c'est la danse\nqui sauve Panurge en détresse. De là des caricatures qui représen-\ntent Panurge lancé par une fenêtre, et deux danseurs, Vestris et Gardel,\nle soutenant avec des balais, des épigrammes, dont la moins mauvaise\nassociant Morel à Blanchard, un aéronaute qui venait de traverser la\nManche, finit ainsi :\n( La suite pi'ochainement.)\n\nBlanchard était perdu sans le Pas-de-Calais\nEt Morel sans le pas de quatre.\nPAUL FOUCHER."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "30", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.26", "texte": "LA MUSIQUE CLASSIQUE\nET\nLES CONCERTS POPULAIRES\n\no;\nË succès de l'entreprise de M. Pasdeloup donne à\nM. Ballande l'idée d'organiser sur le même plan les\nMatinées littéraires de la Gaieté. M. Ballande se met\nen tête, un beau jour, de représenter avec une troupe\nde rencontre, sans décors, sans mise en scène, les\nchefs-d'œuvre les plus sérieux du répertoire classique,\net le public, qui laisse le Théâtre-Français et l'Odéon jouer, avec des\nartistes de premier ordre, ce même répertoire devant des banquettes\nvides, se porte en foule àla Gaieté et applaudit avec enthousiasme tous\nces vieux chefs-d'œuvre dont il connaissait à peine les noms ! La fièvre\ndu classique prend une telle intensité que nous avons vu, il y a quelques\nannées, des tragédiennes improvisées venir réciter des tirades de Corneille\nou de Racine sur les tréteaux des cafés-concerts entre un quel-\nconque et un quadrille de clodoches ! Cette dernière tentative n'a pas eu\nbeaucoup de suite, c'est vrai, et il ne faut pas s'en plaindre. Corneille\ndoit être écouté avec respect, et ce n'est pas au milieu de la fumée et du\nbruit d'un cabaret que sa grande voix doit se faire entendre. En tout\ncas, c'est là un symptôme curieux de l'état des esprits. Autre résultat\nindirect, mais non moins réel. Croyez-vous que la Comédie-Française\nn'ait pas cédé à l'entraînement de cette révolution artistique lorsqu'elle\n\n(i) Voir les numéros des i 5 octobre et xeii décembre."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "31", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.27", "texte": "MUSIQUE CLASSIQUE ET CONCERTS POPULAIRES\n\norganisa dernièrement avec tant d'éclat ses belles soirées classiques?\nMolière alternant sur l'affiche avec E. Augier, J. Sandeau, A. de Musset\net le Cid, le vieux Cid faisant autant, sinon plus de recettes, que la\npièce la plus en vogue du répertoire moderne ! Ah! nous aurions été bien\nheureux qu'une semblable restauration fût entreprise à l'Opéra, et que\nRameau, Gluck, Mozart, Weber, Spontini enssent leurs représentations\nclassiques tout comme Molière, Corneille, Racine, Le Sage et Marivaux !\nJe sais bien qu'il y a là une grande difficulté inhérente à ce théâtre :\nl'Opéra ne joue que trois fois par semaine ; on se plaint déjà qu'il ne\ndonne jamais d'œuvres nouvelles ; serait-on absolument satisfait de lui\nvoir sacrifier un jour aux représentations classiques et réduire à deux le\nnombre de ses représentations ordinaires ? Pourtant il me semble qu'on\npourrait sans inconvénient consacrer au vieux répertoire le dimanche ou\nun jour quelconque de la semaine, autre que les lundi, mercredi et\nvendredi. Mais c'est là une question de pure administration, et je décline\ntoute compétence en cette matière. Il ne faut pas se dissimuler en outre\nque jusqu'à présent Alceste, Don Juan et le Freischut\\ ont fait beau-\ncoup moins de recettes que les Huguenots ou Robert-le-Diable. Mais\nil en était de même jadis du Misanthrope et de Britannicus. Or, allez\ndemander aujourd'hui à M. Perrin si le Dépit amoureux rapporte\nmoins au théâtre qu'Adrienne Découvreur ? M. Perrin a bien su attirer\nle public à ses représentations classiques ; je ne vois pas pourquoi\nM. Halanzier réussirait moins dans une semblable tentative. Qu'il se\nrappelle seulement que jadis les reprises d'Orphée, à'Oberon, des Noces\nde Figaro, etc., firent courir tout Paris au Théâtre-Lyrique ; or, que\nne ferait-on pas aujourd'hui avec les riches ressources dont dispose\nl'Académie de musique (i) ?\nPuisque nous sommes sur ce chapitre du classique, je voudrais, avant\nde terminer, dire quelques mots des Sociétés chorales. Le répertoire\nde la musique classique comprend un nombre considérable d'œuvres\ndont nous ne connaissons encore qu'une très faible partie. Outre\nles compositions instrumentales qui n'ont jamais été surpassées, il y\na encore la masse énorme des oratorios qui ne le cèdent en rien aux\nchefs-d'œuvre de la symphonie. Que connaissons-nous de l'œuvre colo»\nsale de J. Sébastien Bach, cette grande figure historique en qui Ton\nretrouve toutes les origines de l'école allemande ? Que connaissons-nous\ndes œuvres chorales si nombreuses de Orlando di Lasso, de Palestrina\n\n(i) Le principe reste sauf,bien que la catastrophe du 29 octobre en ait rendu mo-\nmentanément l'application impossible."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "32", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.28", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nde Marcello, de Haendel, de Haydn, de Beethoven, de Mendelssohn, etc ?\nParcourez seulement les programmes des concerts donnés par la société\nde musique religieuse et classique du Domchor de Berlin, vous y verrez\nles noms d'œuvres connues dans toute l'Allemagne et l'Angleterre, et\nqu'il est vraiment honteux que Paris ne connaisse pas encore! Il ya là\ntoute une mine précieuse à exploiter; malheureusement, si nous avons\ndes sociétés de musique instrumentale, nous manquons absolument de\nsociétés chorales, car je ne compte pour rien les innombrables orphéons\ndont notre pays est inondé.\nL'orphéon, tel qu'il est composé aujourd'hui, n'a que deux fins : d'une\npart, remporter le plus de médailles possible au comice de la Ferté-\nsous-Jouarre et battre ses voisins au concours de Carpentras, et c'est là\nce qu'il appelle son but artistique ! De l'autre, saisir avec empressement\ntoutes les occasions de quitter sa ville ou sa province pour s'entasser\ndans les trains de plaisir, aller s'ébaudir dans les grands centres et boire\nlargement aux triomphes passés, présents et futurs de la société, et c'est\nlà ce qu'il appelle son but moral! Une éducation grossière et insuffisante,\nun répertoire détestable, nulle aspiration élevée, nulle connaissance des\ngrandes œuvres musicales, tel est à peu près le bagage artistique de\ntoute société chorale, qu'elle s'appelle Société des Enfants de Melpo-\nmène, Société des Fils d'Apollon, ou Société des Cousins de Midas (ces\ndernières sont assurément les plus nombreuses)! Cette question des\norphéons est très importante \"et ferait certainement l'objet d'une étude\nintéressante que je ne puis pas entreprendre aujourd'hui. Je me borne\npour le moment à constater un fait, à savoir que l'orphéon actuel n'a au-\ncune valeur artistique (ni morale, quoi qu'on en dise) et que l'établisse-\nment de sociétés chorales aussi sérieusement constituées que les sociétés\ninstrumentales de musique classique serait d'un haut intérêt pour les\nprogrès de l'art musical.\nJ'ai dit que l'orphéon n'existait pas en tant qu'institution artistique;\ncependant je pour être parfaitement juste, faire une exception toute\nparticulière en faveur de deux Sociétés très distinguées et très recom-\nmanda b les. Je veux parler de la Société Bourgault-Ducoudray, dirigée\npar un véritable apôtre de la grande musique chorale et qui a fait si\nbrillamment ses preuves en plusieurs occasions. On n'a pas encore ou-\nblié les belles séances qu'elle a données à la salle Herz et aux Concerts\nde l'Odéon, pour l'exécution des deux oratorios d'Haendel, la Fête d'A-\nlexandre et Acis et Galatliée. L'autre Société est celle que dirige avec\nbeaucoup de zèle et de talent M. A. Chevé; elle a interprété cet hiver,\nd'une manière tout à fait digne d'éloges, Vlnde et la Fête d'Alexandre"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.29", "texte": "MESSIE\n*?%\n*•>\nw\nGRAND ORATORIO\nParoles françaises\nMUSIQUE\nDE\nF. C. HAENDEL\nPARTITION\nPIANO ET CHANT\nRéduction par F. GASSK prix de Rome\nProfesseur au Conservatoire\n(Propriété de l'éditeur)\nPïax : 8 IV. net.\nPARIS\n/\nGUSTAVE AVOCAT\nRUE DU FAUBOURG MONTMARTRE 27\ni\n\"•\n36=\nV\n!11 ! 111 IliJj M {Hit! 'fil IJH! F IjjlH ti'! î 11 i! ! IW'lil If] 11 il\n«ifummHmiimwimiti'MWiiimimmiîiitiimiiMmttti"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.30", "texte": "2."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.32", "texte": "11.\nSYMPHONIE PASTORALE"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.33", "texte": "18."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.36", "texte": "Imp. TRINOCO Tue Albouy 23."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "33", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.37", "texte": "MUSIQUE CLASSIQUE ET CONCERTS POPULAIRES\nn.\n3\n\nde M. Wekerlin et la Marie-Magdeleine de M. Massenet. Ces deux So-\nciétés présentent cet avantage unique d'être composées à la fois d'hommes\net de femmes. Ce mode de composition est absolument indispensable\npour aborder les grandes œuvres de musique dont l'étude et\nl'exécution doivent être le but de toute Société chorale qui a la prétention\nd'être ou de devenir une Société artistique.\nOn a bien souvent reproché au Conservatoire de ne pas nous faire\nconnaître les œuvres vocales de Bach et d'Haendel ; il faut dire cep:n-\ndant que la Société ne peut le faire que dans des limites très restreintes.\nM. J. Weber nous en donne les raisons : « Les choristes sont sociétaires\ncomme les instrumentistes, et les bénéfices se répartissent par jetons de\nprésence ; en général, dans les concerts où les exécutants sont\nles répétitions se paient ; or, il peut arriver que les chœurs exigent six\nfois, dix fois plus de répétitions que l'orchestre, d'où il résulterait que\nplus on est ignorant, plus on gagnerait d'argent, Nous ne pouvons exiger\nque les artistes de Porchestre du Conservatoire poussent le désintéresse-\nment jusqu'à abandonner les trois quarts des bénéfices aux choristes. Le\nmoyen d'écarter un obstacle que nous rencontrons sans cesse, ce serait\nd'introduire l'enseignement obligatoire de la lecture musicale dans les\nécoles primaires et dans d'autres institutions. »\nIl me reste à souhaiter, en terminant, que le mouvement artistique,\nqui s'est produit à Paris dans ces dernières années, s'étende à la province\ntout entière, et que 'cette dernière, si prompte d'ordinaire à s'approprier\ntoutes les innovations bonnes ou mauvaises de la capitale, ne montre\npas moins de zèle à organiser des Sociétés de musique classique à l'imi-\ntation des Concerts populaires, qu'à modifier la coupe de ses habits et la\nforme de ses chapeaux d'après les dernières modes de la « grand'ville. ))\nLes arts souffrent depuis trop longtemps de cette centralisation excessive\nqui forme la base de notre organisation politique et administrative. Paris\nabsorbe tout, Paris seul produit, tandis que le reste du pays reste abso-\nlument stérile.\nMais il suffirait de quelques hommes entreprenants, de quelques ar-\ntistes courageux pour tirer la province de son inertie et pour la relever,\nau moyen d'un vigoureux essai de décentralisation, de l'état d'infériorité\nartistique où elle se trouve vis-à-vis de la capitale. Que Paris, qui re-\nvendique avec tant d'orgueil son titre de capitale du monde artiste, puisse\nau moins se dire la capitale d'un pays artiste !\n\nH. MARCELLO."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "34", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.38", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nCIRQUE D?ETÉ : Audition du Messie. CONCERT NATIONAL : Pièces pour orchestre, de\nM, Th. Dubois. —Divertissement de M. Lalo. —Largo pour hautbois et orchestre,\nde Haendel. Andante et Variations de Schubert. - Invocation d'Electre, de\nM. Massenet. CONCERT GOTTSCHALK,\nIRQUE D'ÉTÉ. AUDITION DU MESSIE. - George-Fre-\nderick Haendel naquit le 23 février 1685 à Halle, en\nSaxe ; mais le long séjour qu'il fit à Londres, où, sauf\nquelques courtes absences, il ne cessa d'habiter depuis\n1712 jusqu'à sa mort, arrivée le i 3 avril 1759, le fait\nregarder avec orgueil par les Anglais comme un de\nleurs compatriotes.\nContemporain absolu de Rameau, puisque celui-ci naquit en 1683 et\nmourut en 1764, combien la destinée de ces deux grands musiciens fut\ndiverse ! Tandis que Haendel, après avoir joui durant sa vie de la plus\ngrande célébrité qu'un compositeur puisse espérer atteindre, n'a jamais\ndiscontinué jusqu'à ce jour d'occuper le monde musical, au point que\nl'exécution d'une de ses œuvres est toujours considérée comme un évé-\nnement, qui, hélas! a gardé le souvenir de Rameau, à part la Société\ndes Concerts du Conservatoire et quelques artistes dévoués, qui, de loin\nen loin, font entendre de courts fragments de ses opéras ? Bien plus, un\ncompositeur français s'est trouvé, lequel n'a pas reculé devant la triste"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "35", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.39", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\ninspiration de ridiculiser dans un opéra-comique la musique du fonda-\nteur de l'École française (i).\nLe nombre des œuvres que Haendela produites depuis 1704 jusqu'en\n1751, où il perdit la vue, tient du prodige. Il ne se monte pas à moins\nde 52 opéras et 24 oratorios, outre une quantité de motets, d antiennes\net de morceaux pour Porgue et le clavecin. Ceux des lecteurs de la\nChronique musicale qui désireraient des détails complets sur ce fa-\nmeux artiste, n'auront qu'à consulter l'excellent travail de M. Maurice\nCristal, publié par la Revue contemporaine de 1866, sous le titre de :\n« Haendel et la musique en Angleterre. »\nLes limites de cet article ne me permettront pas de m'arrêter à\nde ses compositions que le Messie3 qui est considéré comme son chef-\nd œuvre, et qui, fait incroyable, mais authentique, ne lui coûta que\nvingt-quatre jours de travail. Je me bornerai à dire que ses principaux\nopéras sont : Jules César (Giulio Cesare) et Acis et Galathée, auquel la\nSociété de M. Bourgault-Ducoudray a initié le public parisien ; et ses\noratorios, les plus en renom, en dehors du Messie, Judas Macchabée,\nSamson et Saùl/ car la Fete d?Alexandre, exécutée également par cette\nmeme Société, est plutôt une cantate qu un oratorio, puisque le sujet en\nest profane.\nM. Lamoureux, dont le nom est inséparable des exécutions colossales,\nvoulant offrir aux amateurs de la grande et belle musique une audition\ndu Messie, digne de son illustre auteur, a réuni dans le Cirque des\nChamps-Elysées 250 exécutants, choisis parmi les instrumentistes les\nplus distingués de Paris, et les choristes de l'Opéra, de l'Opéra-Co-\nmique, du Théâtre-Italien et du Conservatoire. Quoique ce nombre de\n250 exécutants soit déjà formidable, il est faible relativement à la quan-\ntité d'artistes qui composèrent les festivals de Londres en 1785, 1786 et\n1787, lorsque l'abbaye de Westminster, où reposent les restes de Haen-\ndel, ouvrit sa vaste enceinte à 500, 700 et 800 exécutants, pour célébrer\nle centième anniversaire de sa naissance. Il est encore plus faible en\ncomparaison de celui de ces immenses festivals donnés à Exeter-Hall,\net a 1 église Saint-Paul en 1837, où l'on a entendu 1200 et même\n6000 exécutants à la fois. Néanmoins, l'œuvre gigantesque de Haendel\na pioduit son effet. L orchestre et les chœurs ont admirablement fonc-\ntionné sous l'excellente direction de M. Lamoureux.\nAprès l'ouverture, composée comme presque toutes celles de Haendel,\nd un maestoso et d une fugue, M. Vergnet, qui a obtenu le second prix\n\n(1) Adolphe Adam, dans le. Bijou perdu."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "36", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.40", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nde chant aux derniers concours du Conservatoire dans l'air de Joseph, a\nentonné d'une voix sûre, large et puissante le bel air : « Plus de pleurs, »\nsuivi de l'allégro : « En Judée. » Cet allegro, grand et pompeux, est hé-\nrisséde vocalises ou roulades d'un genre extrêmement difficile., aujourd'hui\nqu'on n'a plus l'habitude de les mesurer aussi exactement, et de les faire\ndans un mouvement modéré. Et à cet égard là, je ne saurais trop donner\nd'éloges à MM. et à Mesdames les artistes des chœurs, qui, de même\nque M. Vergnet, ont su exécuter ces roulades avec justesse et précision,\nsans jamais se laisser emporter par l'effet musical, malgré la difficulté\nd'y ménager les respirations dans des traits souvent fort longs. Cette\nperfection s'est surtout fait remarquer dans le chœur fugué : « Ah î parmi\nnous l'enfant est né, » sur lequel j'aurai à revenir dans un moment. Un\ngrand honneur en rejaillit également sur mademoiselle Marx, premier\nprix de piano au concours de juillet dernier, qui a dirigé les répétitions.\nLe beau chœur : « Lors la gloire du Seigneur, » qui suit l'air de ténor,\na été exécuté et chanté avec beaucoup d'ensemble. M. Dufriche, second\nprix d'opéra-comique aux concours de Tannée passée, a déployé dans\nl'air de basse : « Mais qui paraîtra , » beaucoup de sensibilité et d'ex-\npression, et de grandes qualités de musicien et de chanteur.\nPour ne pas allonger cet article outre mesure en citant tous les mor-\nceaux du Messie, je ne m'étendrai plus que sur les plus beaux d'entre\nles beaux. J'arrive donc au chœur : « Ah! parmi nous l'enfant est\nné, » dont l'effet a été immense, et qui a été unanimement et légitime-\nment bissé. Ce chœur est tout un drame. Des femmes viennent mysté-\nrieusement et à voix basse raconter la naissance du Messie. Des hommes\nrépètent le même bruit. Arrive peu à peu la foule qui le confirme. Cette\nrumeur prend de la consistance. Bientôt elle se propage en augmentant\nd'intensité. Enfin elle fait explosion, l'orgue tonne, et un immense\nchant de grâces monte du peuple entier vers l'Éternel sur les paroles :\na l'Ange, le Sauveur, le Rédempteur, le Fils d'lsraël. » Et quand on\nsonge que l'orchestre de Haendel se borne au quatuor, auquel s'ajoutent\nles contrebasses et les bassons, l'orgue, quelquefois les hautbois, très ra-\nrement les trompettes et une seule fois les timbales, on est stupéfait que\nsi peu de timbres différents puissent donner un tel résultat. Quelle leçon\npour les compositeurs du jour !\nLa symphonie pastorale qui suit contraste d'une manière ravissante\npar 5a douceur avec l'énergie qui règne dans les chœurs. Plus loin, nous\nretrouvons la belle méthode et la voix dramatique de M. Vergnet dans\nl'air : « Ah! qu'ils craignent ta puissance. » « Il fut victime » est un air\nde contralto d'une expression mélancolique et touchante, mais qui de-"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "37", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.41", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nmanderait une voix un peu plus forte que celle de mademoiselle Armandi,\npleine de charme d'ailleurs. « Son sang versé » est une belle fugue à\nquatre parties, écrite dans le style rigoureux, fîère d'allure et sévère de\nconduite. <c Comme un troupeau » est un chœur admirablement déve-\nloppé. L'air si mélodieux : « Ton fils aux enfers n'est pas descendu » n?a\npas produit tout l'effet auquel il a droit. C'est sans doute l'émotion de\nmademoiselle Belgirard qui en a été cause. « Jour fortuné » est un chœur\nmagnifique; mais toutes les formules laudatives tombent devant l'effet\nproduit par le célèbre « Alléluia. » Jamais Haendel n'a été plus grand.\nC'est l'enthousiasme religieux, la grandeur, la pompe, la majesté, pous-\nsés jusqu'à leurs plus extrêmes limites. Qui aurait cru qu'après un tel\nchef-d'œuvre et à l'heure avancée où il a.été exécuté, le public pût en-\ncore éprouver des émotions? Eh bien! l'air de basse : « Au bruit des\nconcerts,» magistralement interprété par M. Dufriche, avec quelques\ncoupures très intelligentes, et accompagné d'un solo de trompette, a su\nexciter les plus vifs applaudissements, ainsi que la belle fugue finale de\nr «Amen. » Ce solo, des plus ardus, et écrit extrêmement haut, a été bien\nrendu, sauf un ou deux légers accrocs. Mais ce n'est guère qu'à Londres,\noù les artistes font une étude spéciale de la trompette, telle que Haendel\navait l'habitude de la traiter, qu'on peut entendre ce solo exécuté dans\ntoute sa perfection.\nM. Lamoureux a retranché quelques morceaux de la partition, et il a\nbien fait ; car, outre que tous ne sont pas à la même hauteur, surtout\nvers la fin, le public de 1872 n'a pas absolument les mêmes goûts que\ncelui de 1741, et lorsqu'il a sa juste mesure de musique sérieuse et sa-\nvante, si pleine d'inspiration qu'elle soit d'ailleurs, il serait dangereux\nde vouloir lui en faire accepter davantage. Je n'ai regretté que le superbe\nair de soprano, toujours si applaudi à Londres : « Je sais que mon Dieu\nrépand la lumière. » Peut-être M. Lamoureux n'avait-il pas sous la\nmain de voix assez large et assez éclatante pour la faire bien valoir. Celle\nde madame Sasse ou de madame Nilsso.ll ne serait pas de trop. •\nEn somme, le résultat de la tentative de M. Lamoureux d'acclimater\nle Messie à Paris a été de nature à satisfaire les plus exigeants. Espérons\nqu'il 11e s'en tiendra pas là.\nHenry Cohen\nCONCERT-NATIONAL.— On a exécuté pour la première fois au deuxième\nConcert de la deuxième série, une suite d'orchestre de M, Th. Dubois,"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "38", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.42", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nCette nouvelle forme de composition iustrumentale est décidément en\nfaveur auprès des musiciens de notre jeune école. Nous aurons souvent\nà en parler, il importe donc de la définir une fois pour toutes et de re~\nchercher aès maintenant quelle est au juste sa valeur. La suite d'or-\nchestie, telle que la comprennent MM. Massenet, Guiraud, etc., est une\nsuite de tableaux de genre et de scènes descriptives ; sa forme rappelle\nassez la disposition de ces vieilles pièces instrumentales, composées de\nmotifs populaires, de chansons variées, d'airs de danse et quelquefois de\nfugues ou de morceaux fugués, qui furent le premier cadre de la sym-\nphonie et qu on nommait autrefois en Italie Ricercari da snonare, et en\nAllemagne Partien. Veut-on procéder seulement par analogie avec la\nmusique moderne, je crois qu'il faut rattacher la suite d'orchestre àla\ncatégoiie du ballet et du mélodrame, c'est-à-dire à ce genre de composi\ntions insti umentaies qui ont pour but de peindre à notre esprit une ac-\ntion scénique que la pantomime ou le drame expliquent à nos yeux.\nPrenons par exemple les Scènes pittoresques de M. Massenet : elles se\ndivisent en quatre parties. Chaque partie porte un titre : Marche, Air\nde Ballety Angélus, i*ête Bohême, et forme à elle seule une scène déta-\nchée dont le titre nous indique le sujet. La Marche, Y Air de Ballet et la\nFête Bohême sont purement et simplement des airs de ballet. L'Angélus\nn'est que la traduction instrumentale d'une scène d'opéra quelconque,\nc est quelque chose d analogue aux litanies des Huguenots ou à la scène\nde 1 église de Faust, réduites pour orchestre seul. L'analyse des Scènes\nHongroises, de la Musique pour une pièce antique, de la Suite de\nM. Guiraud, de VArlésienne de M. Bizet, et en général de toutes les\nsuites d orchestre qu'on nous a fait entendre jusqu'ici, conduirait aux\nmêmes résultats et nous ramènerait toujours à ces deux types : ballet,\nmélodrame. Il me paraît en résulter que la suite d'orchestre, bien que\npurement instrumentale, présente plus d'affinité avec la musique dra-\nmatique qu'avec la symphonie. Ce n'est pas, comme je l'ai entendu dire,\nune forme moderne ou une variété de la symphonie, c'est un genre tout\na fait distinct, et ce genre est notablement inférieur à cette forme admira-\nble de l'art qui a produit la symphonie en ut mineur. Il faut la considé-\nrer comme un essai de musique symphonique, appelé à dépouiller peu\nà peu sa forme actuelle pour s'assimiler les formes rigoureuses de\n1 école classique et destiné à se transformer tôt ou tard en sympho-\nnie en passant par Berlioz, Mendelsshon et la neuvième symphonie de\nBeethoven,\nCeci posé, revenons aux Pièces pour orchestre de M. Th. Dubois. Il\nn y a guèie d idees dans les trois parties qui composent ce morceau, et"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "39", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.43", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nle peu qu'on y trouve ne brille pas par l'originalité. Ce ne sont que lam-\nbeaux de phrase mal soudés et insuffisamment développés; la mélodie est\ncourte et manque de souffle; l'orchestration, toujours soignée, pèche par\nle défaut de variété. En somme, la musique de M . Dubois me paraît fine,\ndistinguée, un peu précieuse, et je la comparerais volontiers à un joli\npastel aux pâles couleurs, aux formes estompées et noyées dans le rose\ntendre et dans le bleu céleste. M. Dubois a déjà produit un assez joli\ndivertissement pour orchestre, joué l'année dernière aux concerts de\nfOdéon, et une œuvre chorale, les Sept paroles du Christ 1 exécutée au\nConservatoire et aux Concerts populaires. Il est également l'auteur d'un\nopéra comique en un acte, la de VEmir, représentée cette année\nà l'Athénée; enfin, il vient de terminer un grand drame sacré, dont le\nsujet tiré du Paradis perdu, de Milton, a été mis en vers par M. E.\nBlau.\nComparé au talent aimable de M. Th. Dubois, le vigoureux tempéra-\nment de M. Lalo acquiert un relief étonnant.\nOn a exécuté, au troisième Concert de la deuxième, série son Divertis-\nsement, qui avait déjà été joué avec succès aux Concerts populaires. Cette\nnouvelle suite d'orchestre en trois parties (car c'est encore une suite\nd'orchestre), marque déjà un pas en avant dans cet acheminement vers\nla forme symphonique pure, dont nous parlions tout à l'heure. On y\nremarque une grande élévation d'idées, un style ferme et soutenu, des\ndéveloppements savants et bien conduits; l'orchestration est puissante et\npleine de détails neufs et de combinaisons piquantes. C'est véritable-\nment une œuvre de maître et on l'a fort applaudie.\nParmi les nouveautés de la quinzaine, je signalerai encore un admirable\nLargo, tiré d'un concerto de Haendel pour hautbois et orchestre, un\nThème varié, de Schubert, qui n'est autre qu'une paraphrase du lied,\nla Jeune Fille et la Mort, et enfin Vlnvocation d'Electre, solo de vio-\nloncelle extrait de la troisième suite de M. Massenet (Musique pour\nune pièce antique, les Erynnies, n° 2). Ce dernier morceau, d'un beau\ncaractère, sobre d'effets et d'une simplicité vraiment antique, a produit\nun grande impression. M. Loys Fa joué dans la perfection.\nH. Marcello.\nCONCERT GOTTSCHALK. Courte et bonne a été l'audition des œu-\nvres inédites du regretté compositeur-pianiste américain Gottschalk, à\nlaquelle sa sœur, mademoiselle Clara Gottschalk, pianiste d'un très grand"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "40", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.44", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ntalent\", avait convié un public choisi. Dernier amour est une belle! étude\nà notes redoublées, qui a été vivement applaudie, ainsi que Radieuse,\ngrande valse à quatre mains, exécutée par mademoiselle Gottschalk et\nM. Georges Pfeiffer. M. Bonnehée a chanté et déclamé avec esprit,\nverve, et la belle voix qu'on lui connaît, deux fables de La Fontaine\nmises en musique par M. Etienne Rey. Ce sont des tours de force que\nd'ajuster de la musique à des vers aussi inégaux que ceux des fables. Le\nRat de ville et le Rat des champs est particulièrement bien réussi et a\nété bissé avec justice.\n\nH. C."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "41", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.45", "texte": "REVUE DES THÉATRES LYRIQUES\n\nITALIENS : La Sonnanbula. — MENUS-PLAISIRS : Interdiction de la Liqueur d'or.\nTALIENS. LA SONNAMBULA. Imaginez-vous la quin-\nzaine la plus aride, la plus sèche et la plus vice de la\nplus vide, la plus sèche et la plus aride année lyrique\nqui se puisse voir depuis l'ère chrétienne, je veux dire\nl'année 1873. Aussi aurais-je volontiers supprimé de\nce numéro la revue des théâtres lyriques que je fais à\ncette place depuis la fondation delà Chronique Musicale. Mais voici ve-\nnir 1874,, et comme je me remets en campagne avec presque tous mes\nlecteurs de l'an passé,, je tiens à remercier d'aussi fidèles compagnons de\nroute.\nL'année que nous allons parcourir ensemble sera-t-elle plus féconde\nque son aînée? Grosse question pleine de mystères, car il ne faut plus\ncompter pour rien, dans le mouvement musical, le Théâtre-Lyrique qui\nbrûle depuis trois ans bientôt, l'Opéra qui brûlera sans doute pendant\ntoute l'année 1874, l'Opéra-Comique qui regardera brûler l'Opéra,\net l'Athénée qui pleure sur toutes ces ruines.\nReste le Théâtre-Italien qui doit sortir prochainement de la voie pla-\ncide des reprises pour entrer dans le courant des nouveautés. En atten-\ndant, la direction nous a présenté dernièrement, dans la Sonnambula,\nmademoiselle Donadio qui a plu, malgré son entourage. Nous retrou-\nverons cette jeune artiste mieux secondée.\nMENUS-FLAISIRS. INTERDICTION de la Liqueur d'Or. M. le gou-\nverneur de la ville de Paris, en vertu des pouvoirs que lui confère l'état\nde siège, a interdit les représentations de la Liqueur d'Or, l'opérette im-"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "42", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.46", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nmorale des Menus-Plaisirs. Le gouverneur de Paris a pensé comme le\npublic, dont il a exécuté l'arrêt en soldat, par un coup de sabre dans le\nnœud gordien, M. le gouverneur de Paris a fait son devoir. Il a mieux\nagi encore, en restant sourd aux sollicitations des auteurs de la Liqueur\nd'Or qui ont intercédé auprès de lui pour le rétablissement de leur pièce\nsur l'affiche. L'interdiction une fois prononcée, il aurait, en la levant,\ntendu un piège à certaine curiosité malsaine que MM. les directeurs\ntiennent éveillée avec un soin jaloux. Il ne Ta pas voulu, il a bien fait.\nLa presse parisienne s'est relativement peu émue du verdict qui a\nfrappé la Liqueur d'Or qu'elle avait unanimement, ou peu s'en faut,\ncondamnée d'avance. Elle n'a pas suffisamment établi, à notre sens, la\nresponsabilité qu'emportait de ce scandale public la gardienne officielle\nde la moralité théâtrale, ce Cerbère de vertu qu'on appelle la Censure.\nEt c est sur ce point seulement, tant la question est épineuse, que nous\nvoulons appuyer. Le directeur des Menus-Plaisirs, en sa qualité de né-\ngociant, débite à son public la marchandise qui lui convient: il n'est\npoint tenu d'avoir du sens artistique ou du sens moral. Il a étudié les\nappétits d'une société qui s'excite les sens par une cuisine littéraire for-\ntement pimentée; il a doublé, triplé, quadruplé la dose, c'est son affaire ;\njl n est point inspecteur de la salubrité publique. Il n'est coupable que\nde mauvais goût, et c'est un droit qu'à la porte de la vie on achète en\nentrant.\nLe soin de surveiller les produits distribués à Paris et àla France\npar le canal du théâtre est confié à des critiques officiels, enrégimen-\ntés sous la bannière ministérielle : on les nomme communément\nMM, les Censeurs. Les yeux imperturbablement fixés sur la famille et\nla propriété, ces dignes fonctionnaires examinent la pièce soumise à leur\nvisa : ils la rejettent tout entière ou en élaguent les parties scabreuses,\nla renvoient à la direction qui la met en répétition et la monte à grands\nfrais, acteurs, costumes et décors. Toujours prudents et pénétrés de leur\nmission, MM. les Censeurs se rendent à la répétition générale, épient\njusqu'au moindre geste, jusqu'à la plus petite intonation dans le jeu des\nartistes, pratiquent les dernières coupures et donnent par leur assenti-\nment une sorte de bon à représenter qui libère le directeur de toute res-\nponsabilité morale. Or, voici qu'arrivée devant le public, la pièce est\nproclamée immonde par toutes les voix, et que le Gouverneur de Paris,\nému de la révolte générale des consciences, est forcé d'en interdire la re-\nprésentation. Cependant les artistes n'ont pas ajouté au texte revu par\nMM. les Censeurs, ils n'ont rien rétabli de ce qui en avait été supprimé\npar MM. les Censeurs, ils ont joué devant le spectateur de la première"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "43", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.47", "texte": "REVUE DES THÉÂTRES LYRIQUES\n\nreprésentation comme devant celui de la répétition générale (le directeur\ndes Menus-Plaisirs l'affirme dans une lettre adressée à la Galette des\nEtrangers). A quoi sert la Censure? Que signifie ce défilé de Que-\nnouilles de Verre et de Liqueurt d'or auquel la censure délivre un\npasseport pour la postérité avec un certificat de bonne vie et mœurs ?\nQue veut dire une pareille tolérance? Supprimez la censure, puisqu'elle\nn'est point apte à discerner l'honnête du déshonnête, et que c'est le pu-\nblic qui, par la manifestation de son dégoût, fait sa propre police lui-\nmême. Si vous ne «voulez pas la supprimer radicalement, cassez au moins\nles censeurs actuels comme les fauteurs de scandales publics, et remplacez-\nles par d'autres, dont vous exigerez un cautionnement suffisant pour in-\ndemniser les directeurs de spectacle des dommages commerciaux que\nleur incompétence leur cause. Si l'immoralité qui assaisonne le théâtre\ncontemporain suit sa progression naturelle, dans dix ans on mettra les\nœuvres du marquis de Sade à la scène, et le Gymnase représentera Thé-\nrèse philosophe.\n\nARTHUR HEULHARD."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "44", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.48", "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nFAITS DIVERS\nous empruntons à la dernière chronique de M. Albert de\nLasalle, l'excellent critique musical du Monde illustré,\nle relevé des travaux des théâtres lyriques pendant l'an-\nnée 1873 :\nOPÉRA, Premières représentations : La Coupe du roi\nde Thulé, 3 actes; Gallet, Blau, E. Diaz. Gretna- Green,\nballet, i acte; Nuitter, Mérante, Guiraud.\nReprise : Freischut— JJAfricaine. Don Juan.\nOPÉRA-COMIQUE. Premières représentations : Le Roi Va dit! 3 actes;\nGondinet, Léo Delibes. Les Trois souhaits, i acte; J. Adenis, F. Poise.\nReprises : Roméo et Juliette. Galathée. Zampa. Richard-Cœur-dc-\nLion.\nTHÉÂTRE-ITALIEN. —■ Reprises: Don Pasquale.— Il Barbier edi Seviglia.—\nRigoletto. Il Trovatore. —-La Traviata.\nvanni. Norma.\nBOUFFES-PARISIENS. Premières représentations :La Petite Reine, 3 actes;\nJ. Noriac, Jaime fils, L. Vasseur. La Rosière d'ici, 3 actes; Liorat, Ro-\nques. —Le Grelot, i acte; Grangé, V.Bernard, L. Vasseur.—Les Pattes\nblanches, i acte ; Marc Constantin, Coron, Laurent de Rillé. Le Mouton\nenragé, iacte; J. Noriac, Jaime fils, Lacome. La Quenouille de verre,\n3 actes; A Millaud, Heugel fils, Ch. Grisart.\nReprise : La Timbale d'argent.\nATHÉNÉE. Premières représentations: Monsieur Polichinelle, 2 actes;\nMorand, Vatier, Delehelle, Les Rendez-vous galants, 1 acte; Langlé, ma-\ndame de Sainte-Croix. La Dot mal placée, 3 actes; Mancel, Lacome.\nNinette et Ninon, 1 acte; madame Lesguillon, Penavaire. La Guçla de\nl'Émir, 1 acte; J. Barbier, M. Carré, Th. Dubois.— Raphaël, 3 actes; Méry,\nGiunti-Bellini. —La Saint-Nicolas, 1 acte; de Mortarieu. Pierrot fan-\ntôme, 1 acte; E. Dubreuil, Stap'eaux, Lionnel. —Jaloux de soi, 1 acte; ma-"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "45", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.49", "texte": "VARIA\n\ndame Anaïs Marcelli. Royal Champagne, i acte; Couturier, de Saint-\nGeniès, Lemarié.\nReprise :La Fanchonnette. Le Barbier de Séville. Le Déserteur.\nLe Bijou perdu.\nTOTAL :37 actes nouveaux (39 en 1872; —9 en 1871 ;—l7 en 1870;\n58 en 1869; ~~ 35 en 1868... etc., etc.).\nTRAVAUX MUSICOLOGIQUES. Deldevez : les Curiosités de la Musique (gr.\nin-8). Guy de Charnacé : Musique et Musiciens (2 vol. in-12); Adolphe\nJullien :La Musique et les Philosophes du XVIII0 siècle (in-8); Moynet :\nL'Envers du Théâtre, machines et décorations (in-12); —A. Pougin : Auber,\nses commencements, les origines de sa carrière (in-12) ; Clodomir : L'Or-\nganisation des Sociétés musicales (gr. in-8); E. Gautier :Un Musicien en\nvacances (in-8); Grandmougin : Esquisse sur Richard Wagner (in-12) ;\nEtc...\nNous constatons avec bonheur, le progrès qui se manifeste en France\npour ce qui concerne les publications musicales.\nDans notre dernier numéro, nous signalions la belle partition de Richard\nCœur de Lion, éditée par M. Heugel.\nVoici à son tour M. Gustave Avocat qui publie l'œuvre complet pour\npiano de Mozart, en cinq volumes, les symphonies de Beethoven, réduites\nau piano par Savart, et le Messie de Haendel.\nCette publication est irréprochable aux divers points de vue de la netteté\nde la gravure, de la qualité du papier, en un mot du luxe de l'édition. Entre\nautres choses, le magnifique frontispice du Messie de Haendel que reproduit\naujourd'hui la Chronique musicale, est une intelligente initiative prise par\nM. Gustave Avocat.\nIl fait un heureux contraste avec ces éditions exotiques dont les illustra-\ntions n'ont rien de commun ni avec Fart, ni avec le sujet auquel elles sont\narbitrairement attachées.\nLe savant bibliothécaire du Conservatoire, M. Wekerlin, vient de pu-\nblier chez les éditeurs Durand et Schœnewerk, cinq charmantes mélodies\nqui font une suite heureuse à la série importante de ses œuvres diverses,\ndont beaucoup sont devenues si justement populaires.\nCe sont Les roses de Saadi, orientale, paroles de madame Desbordes Val-\nmore ; une Chanson indienne, poésie de Denne Baron ;Le Lac, sérénade\npoésie de Davoud Pacha; Pourquoi? poésie de V. Hugo; Le chant du Coq,\npoésie de Victor de Laprade.\nSouhaitons la bienvenue à la Chanson française, Moniteur du Caveau,\nnouveau journal publié sous les auspices de la célèbre association chanson-\nnière.\nM. Charles Coligny en est le rédacteur en chef, et notre collaborateur\n/\nM. Sylvain Saint-Etienne en est le secrétaire.\nLe premier numéro renferme une histoire de la chanson par M. Ch. Coli-\ngny, l'oraison funèbre d'Armand Gouffé par M. Jules Janin, un article de"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "46", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.50", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nM. Sylvain Saint-Etienne, intitulé la Chanson au théâtre, une série de chan-\nsons, signées des noms les plus connus dans ce genre éminemment français.\nLe journal se présente sous les dehors les plus appétissants ; il est bien\nimprimé, sur beau papier, et illustré de gravures et de portraits. Jamais la\nchanson n'a été à pareille fête.\nLe roi de Hollande qui s'intéresse beaucoup, comme on sait, aux diffé-\nrentes branches de l'art musical, a décoré notre compatriote madame Eugé-\nnie Garcia de l'ordre du Mérite civil, lequel se porte parles dames en une\nmédaille montée en bracelet ou en sautoir. C'est, croyons-nous, la première\ncantatrice qui est l'objet d'une pareille distinction.\nMadame Garcia, belle-fille du célèbre ténor et belle-sœur de mademoiselle\nMalibran, et mademoiselle Viardot a quitté le théâtre où elle brillait il y a\nvingt ans. Mais elle continue à servir l'art du chant en faisant des élèves\nparmi lesquelles on peut citer plus d'une étoile, mademoiselle Krauss, made-\nmoiselle Monbelli et bien d'autres.\nLe montant de la vente de notre numéro exceptionnel du iS novembre,\nau profit du personnel de l'Opéra, s'élève à SlB francs qui seront immédiate-\nment mis à la disposition des intéressés.\n\nNOUVELLES\n\nARIS. Opéra. Quelques journaux annoncent comme défini-\ntive la nomination de M. Emile Perrin à l'Opéra. Nous pouvons\naffirmer que rien n'est encore décidé à l'heure qu'il est.\nOn affirme que le projet de loi de réorganisation de F Opéra ne sera pas\nprésenté avant la prorogation de la chambre. Voilà qui repousse bien loin la\ndate de l'ouverture d'un Opéra provisoire, si cette ouverture doit jamais\navoir lieu.\nLe payement des appointements du mois de décembre, au personnel de\nl'Opéra, sera effectué indépendamment du vote de tout crédit nouveau, les\ncompagnies d'assurances ayant soldé les 450,000 fr. de primes qu'elles de-\nvaient verser en cas de sinistre,\nItaliens. La semaine prochaine, on donnera aux Italiens la Cenerentola,\navec mademoiselle de Belocca. On annonce aussi le retour de mademoiselle\nKrauss avant la fin de la saison ; elle chantera probablement la Semiramide\navec mademoiselle de Belocca. La première représentation des fe-\nminili aura lieu dans les premiers jours de janvier.\nOpéra-Comique. Le théâtre de l'Opéra-Comique va s'occuper de mon-\nter les deux Gilotins de M. Sauvage, musique de M. Ambroise Thomas.\n011 sait que M. Ambroise Thomas, voulant que cet ouvrage ne fût pas joué,\navait intenté un procès à en raison du peu d'importance\nqu'il lui attribuait après Mignon et Hamlet. 11 s'est ravisé."}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "47", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.51", "texte": "VARIA\n\nOdéon. UAthalie de Racine, avec l'oratorio complet de Mendelssohn,\nsymphonies, chœurs, soli, etc., va être de nouveau exécutée à l'Odéon,\nLa très belle représentation donnée le 21 décembre dernier, à l'occasion\nde l'anniversaire de la naissance de Racine, devait être unique, par suite des\ndifficultés qu'on éprouvait à réunir les éléments de l'exécution musicale, choi-\nsis, comme Ton sait, dans les orchestres et les chœurs de l'Opéra et des\nItaliens; mais, en raison du succès obtenu, le directeur de FOdéon vient de\ns'assurer par traité d'une série de six représentations, dont les deux premières\nsont fixées au mercredi 3i décembre et samedi 3 janvier.\nAthénée. M. Ruelle, directeur du théâtre de l'Athénée, vient d'être dé-\nclaré en état de faillite.\nLes représentations italiennes annoncées à l'Athénée succéderont aux re-\nprésentations françaises.\nOn commencera par Lucia di Lammermoor avec mademoiselle Rienzi dans\nle rôle principal.\nL'orchestre sera dirigé par le maestro Graffigna, compositeur apprécié en\nItalie.\nLa Société classique, qui en est à sa troisième année d'existence, repren-\ndra ses séances, pour l'exercice 1874, le 20 janvier, dans les salons Erard.\nSon personnel d'artistes se compose ainsi :\ni° Instruments à cordes : MM. J. Armingaud, premier violon ; Léon Jacquard,\nvioloncelle; A. Turban, deuxième violon; Mas, alto; De Bailly, contre-\nbasse.\n20 Instruments à vent : MM. Taffaneî, flûte; Lalliet, hautbois; Grisez, clari-\nnette; Dupont, cor; Espaignet, basson,\n3° Pianistes : Mesdames Massart, Montigny, Szarvady; MM, Delaborde, Du-\nvernoy, A. Jaèll.\nM. de Chennevières, le nouveau directeur des Beaux-Arts, en remplace-\nment de M. Charles Blanc, a reçu mardi les directeurs de théâtre.\n—M. Paulus, le sympathique chef de musique de la ire légion de la garde\nrépublicaine, prend sa retraite. Il a dirigé pour la dernière fois son orchestre\nà la réunion des Alsaciens-Lorrains, qui a eu lieu avant-hier à l'Élysée.\nM. Paulus est remplacé par M. Sellenick, l'ancien chef de musique de la\n2e légion de la garde républicaine.\nPétrarque} l'opéra de M. Duprat, dont les Marseillais ont eu la primeur,\nva être monté à la Nouvelle-Orléans.\nBRUXELLES. La reprisé du Tannhauser aura été un mécompte sérieux\npour la direction du théâtre de la Monnaie, qui nourrissait le légitime espoir\nd'encaisser toute une série de bonnes recettes avec cet important ouvrage, en\nmême temps qu'une surprise douloureuse pour les enthousiastes de Wagner,\nqui déclaraient, après le succès de l'an dernier, la cause des opéras du maître\nsaxon à jamais gagnée à Bruxelles.\nLa salle était à moitié vide le soir de la deuxième représentation de Tann-\nhauser et, aux représentations suivantes, le mal s'est aggravé à ce points"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "48", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740101-01.1.52", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\nI ans. Imprimerie Alcan-Lévy, rue de Latayette, 61.\nPropriétaire-Gérant : HE ULIIC-f £I\\CD,\n\nqu'il devient peu probable qu'on donne souvent, cet hiver, l'ouvrage qui avait\nété la greaî attraction de l'an dernier (Guide musical).\nBOLOGNE. —• Lamunicipalité de Bologne vient de voter un subside extraor-\ndinaire de 4,000 fr. pour monter, la saison prochaine, le Rienp de Wagner.\nMoscou. Mademoiselle Alice Bernardi, une ancienne pensionnaire de\nM. Martinet, à l'Athénée, où elle fut peu remarquée, vient de chanter à\nMoscou Lucrepa Borgia. Elle a été rappelée plusieurs fois àla chute du ri-\ndeau : la scène était jonchée de fleurs.\nM. Franchi, décidé par ce succès en Russie, vient d'engager cette jeune\ncantatrice pour l'emmener à Londres et à Vienne au printemps prochain.\nElle chantera avec la Patti et Nicolini.\nALEXANDRIE. Les journaux d'Alexandrie nous apportent les meilleures\nnouvelles de la troupe d'opéra comique établie dans le théâtre français de\ncette ville.\nParmi les artistes les mieux accueillis du public, on cite les noms de made-\nmoiselle Seveste, de M. Cabel, et enfin de M. Sotto l'excellente basse de\nl'Athénée, dont le talent de chanteur et de comédien fait merveille auprès\ndes habitants d'Alexandrie.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}