{"numero_id": "bm-bmtnabc-1874-01-15-01", "volume": "bmtnabc_1874-01-15_01", "ocr_sha256": "4008e75214f52d134c7626a8b7c7e217de42a38a28dccb7468ac766c623781f4", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabc/issues/1874/01/15_01/bmtnabc_1874-01-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabc/issues/1874/01/15_01/bmtnabc_1874-01-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabc-1874-01-15-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-01-15_01#c001", "volume": "bmtnabc_1874-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "[49]", "page_fin": "54", "image_debut": 1, "image_fin": 6, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.2.1", "titre_corps": "LA MUSIQUE EN SUÈDE", "titre_sommaire": "LA MUSIQUE EN SUÈDE", "signature_source": "MAURICE CRISTAL", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[49]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.1", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 643, "texte": "LA MUSIQUE EN SUÈDE\nEN ISLANDE, EN NORWÈGE ET DANS LE DANEMARK\nHISTOIRE ET MONOGRAHIE\n\nI\nADAME de Staël l'a dit : « La France est entou-\nrée d'un mur chinois contre lequel les idées\nse heurtent sans pouvoir le franchir. » Ce\nmur, très haut dressé et tout-à-fait inexpu-\ngnable du temps de madame de Staël, n'a\npoint encore été mis bas, et lorsqu'il s'y creuse\nquelque lézarde, vite les Français replâtrent\nla trouée, pour que hommes et choses demeu-\nrent hors de la frontière. Parfois, les idées, les\nsentiments, les arts, semblables aux oiseaux, prennent leur élan par\ndessus le rempart. Ils rencontrent alors des chasseurs bons patriotes qui"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "50", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.2", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2769, "texte": "tirent sur ces volatiles téméraires avec un invincible courage et une ter-\nrible maladresse. Les oiseaux ont le vol agile et tous ne sont pas tués.\nIl est des châtelaines qui ouvrent à ces échappés leur tiède boudoir et le\nfrémissant abri de leur sein ému, et c'est ainsi que s'explique comment les\ndames de Vienne, avec leur orchestre, et les dames suédoises, rien qu'avec\nleur voix, n'ont eu qu'à se présenter pour être hospitalièrement accueil-\nlies dans ce Paris courtisanesque qui se fanatise pour les grands artistes,\nmais qui, non moins sérieusement, héberge Thomme-chien avec sa pro-\ngéniture, et les femelles qui, ayant quatre jambes bras, ne peu-\nvent pas, au dire des plaisants, être appelées les bonnes femmes sans\ntête, puisqu'elles en ont deux.\nL'orchestre des dames de Vienne, c'est désormais de la vieille histoire\net une gloire évanouie ; mais les chanteuses suédoises n'ont pas épuisé\nleur succès. Ici même, aujourd'hui, à vingt pages de distance, on vous\nraconte leurs prouesses, car ces récits victorieux ne sont pas de notre of-\nfice. Mais puisque la strophe ailée et la charmeresse mélopée nous arri-\nvent des horizons froidissants où le pôle s'avoisine, nous voulons effeuil-\nler l'histoire de cet art que l'on dit étrange et dont l'originalité ne nous\nsurprend peut-être que parce qu'il nous est inconnu.\nLa musique suédoise et ses appartenances Scandinaves, c'est une ac-\ntualité. Dans le mur chinois, la brèche s'est donc ouverte. Avant\nqu'elle soit refermée, nous en aurons profité pour parler de l'art Scandi-\nnave dont Paris dédaigne de se souvenir, et qui y a été si brillamment\nreprésenté par Ole-Bull, Lymbie, mademoiselle de Nissen, Jenny Lind\net mademoiselle Nilsson, si essentiellement suédoise, alors que les JBar-\nnums meurtriers du bel art n'avaient pas encore eu le déshonneur, en\néchange de piles d'or, de dénaturer ce talent autrefois si fin et de gros-\nsoyer cette voix qui jadis était fascinante et mystique.\nLa musique Scandinave a été encore représentée à Paris par le qua-\ntuor cavalier que M. Pasdeloup et M. Carvalho nous firent entendre, il\ny a quelques années, aux Concerts populaires et au Théâtre-Lyrique, et\nauquel les auditeurs galants ne préparèrent aucun des triomphes qu'il\nméritait si bien, par le motif fort légitime que ces musiciens, nous\nparlons du quatuor, avaient la dure chance de n'être point des\ncantatrices appétissantes et juvéniles, et de ne point aborder le public\navec de fins corsages, des jupes ondoyantes, des flottantes chevelures et\ndes minois chiffonnés.\nLe quatuor suédois, récemment exhibé à ces mêmes Concerts popu-\nlaires par M. Pasdeloup, qui a toutes les fortunes, parce qu'il a toutes les\naudaces, a été mieux avisé, Il est tout femme cette fois, ce qui ne gâte"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "51", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.3", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2556, "texte": "rien, puisqu'aussi bien on peut louer la conformité musicale des quatre\nartistes, leur solidarité vocale et leur virtuosité qui, sans nul doute, est\nau-dessus de toute dépréciation, puisque les organisateurs de ces soirées,\npar une innovation qui n'est pas sans grâce , ont offert sur un éventail,\nà chacune des spectatrices, le portrait en quatuor de ces chanteuses sué-\ndoises qui maintenant sont sûres de ne point échapper à l'immortalité.\nII\nLe scandinavisme est né de la tendance des artistes, des archéologues\net des historiens à reconstituer l'ancienne union politique et intellec-\ntuelle du Danemark, de la Suède, de la Norwége et de l'lslande, cette île\nde glace qui, découverte et colonisée dès le dixième siècle parles Norwé-\ngiens, reçut d'eux leur idiome, le vieux norwégien, source restée pure, en\nIslande mieux qu'ailleurs, des langues, des traditions, des arts et surtout\ndelà musique Scandinaves. Le nom de langues Scandinaves s'attribue en\nconséquence aux langues parlées dans la presqu'île Scandinave et dans\nles pays et les îles qui en dépendent, c'est-à-dire au danois, au norwégien,\nau suédois et à l'islandais, formant ainsi une des trois branches déta-\nchées du tronc germanique sous le nom de : Norsk ou Norroena, langue\ndu Nord.\nCette langue norrêne, conservée dans les anciens poèmes des deux\nEddas, dans les inscriptions runiques datant de l'époque chrétienne,\net dans les Sagas islandaises les plus anciennes, a été parlée dans tout le\nmonde Scandinave jusqu'au quatorzième siècle; mais elle est restée à\npeu près inconnue en Europe, et, avec elle, sont restés dans son ombre et\ndans son silence les arts, les moeurs, les traditions de tout ce monde du\nNord qui maintenant, grâce aux manifestations artistiques des Jenny\nLind , des Ole-Bull, des Nissen, des Nillsson des Lymbie et des deux\nquatuor suédois, mâle et féminin , se révèle à nous avec un prestige qui\nnous retient encore, mais qui demain peut-être ne sera plus qu'une cu-\nriosité.\nLa gloire littéraire, la splendeur musicale de tout ce monde du Nord\nsont pour nous comme un pays à peine exploré, deviné cependant.\nL'Edda et les Sagas qui chantent les dieux et les héros Scandinaves sont\nvainement des poèmes nationaux et des monuments historiques du plus\ngrand prix. Les esthéticiens laissent de côté ces richesses, et ils veulent\nignorer tout ce que fut cette civilisation où les arts, et plus particulière-\nment la musique, jouèrent un rôle actif et non interrompu.\nEn général, dans l'histoire musicale des races du Nord, tout ce qui ne"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "52", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.4", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2781, "texte": "se rapporte pas au bardisme est resté fort obscur. En Suède, jusqu'au\ntemps de Gustave Wasa, les musiciens turent considérés comme dange-\nreux ; on les déclarait infâmes, et la police d'Etat les poursuivait. Anté-\nrieure à ce prince, il existait une loi qui les bannissait du royaume\net rendait même leur meurtre méritoire. Ce sont les variations religieu-\nses, les réactions de mœurs, la lutte des civilisations nouvelles, bien\nsouvent pires que celles qu'elles remplacent, qu'il faut accuser de ces\ncruautés imbéciles par lesquelles s'anéantit tout ce qu'il y a de beau au\nmonde. N'est-ce pas par la main même des Grecs et des Romains, bien\nplus que par les mains des Barbares, que s'est opérée dans l'Europe du\nLevant cette longue série de destructions d'édifices , de statues, de fon-\ntaines, de monuments, destructions brutales, parfois systématiques, qui\nse sont prolongées en Occident pendant tout le moyen âge, en Orient,\npendant des siècles interminables, et dont le dernier forfait, le bombar-\ndement du Panthéon, date presque d'hier ? La même rage de terreur\niconoclaste poursuivit chez les peuples de race Scandinave la gloire du\npassé. Ce passé éblouissant était demeuré vivant dans la mémoire des\nbardes qui allaient de plaine en plaine, de mont en mont, consoler les\npopulations infortunées des douleurs du présent, en leur chantant la\nvieille poésie et l'antique mélopée. Les nouveaux venus triomphateurs\nvoulurent donc la détruire , et presque tout y a péri.\nCes funestes colères s'effacèrent après Gustave Wasa; mais la musique\nne fut réellement goûtée et cultivée que lorsque le contact des nations\nmusicales de la de l'ltalie, de l'Allemagne, vint éveiller un sen-\ntiment que la proscription avait amoindri et qui, effacé avec l'ancienne\ncivilisation, ne pouvait reparaître qu'avec des mœurs complètement\ntransformées et dans une époque renouvelée en entier.\nNous ne saurions concevoir qu'une vague idée de la musique instru-\nmentale de ces peuples. Les renseignements sont rares,, incomplets et mal\n*\ncontrôlés. Les Scandinaves avaient, dans des temps assez reculés, des\nharpes et des violons ; mais 011 n'en pourrait juger par ce que l'on en\nvoit aujourd'hui dans les campagnes, notamment en Suède, où l'emploi\nde ces instruments entre les mains des paysans est resté très imparfait,\ncédant la place àla musique vocale, de quatuor,fide chœur, ou accompa-\ngnée par le piano.\nLe réel instrument de la musique, à l'époque historique des héros, des\nguerriers, des aventuriers dont toute l'Europe a subi la lourde main et\nqui ont marché jusqu'à la mer Caspienne, c'était la voix; de même que\nleur pensée se résolvait en acte, leur émotion se manifestait par la poésie,\npar le chant. Leur instrument, c'était la voix, parce que le chant, Pin-"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "53", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.5", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2661, "texte": "spiration s'émettent sans intermédiaire, et parce que le chant s'accom-\npagne invinciblement de la parole, sans laquelle il n'y a guère de\nmusique nationale.\nLes peuples du Nord, qu'une observation insuffisante a pu trouver\nplus calmes et plus indifférents que les peuples du Midi, ont su en effet\ninventer toujours d'éloquentes paroles et de chaleureux accents quand\nils ont voulu célébrer la vaillance et l'héroïsme. Les poésies nationales,\nles airs patriotiques, même aux époques jugées les plus barbares par\nles critiques affadis de notre prétendue civilisation, en sont les irrécusa-\nbles témoignages. C'est ainsi qu'en Suède, en Norwége, dans le Dane-\nmark et dans l'lslande, quelques restes de ces inappréciables monuments\nsubsistent encore comme autant d'incomparables trophées dans la mé-\nmoire toujours fidèle des peuples. Regner Lodbrog, poète et guerrier qui\ngouvernait le Danemark au commencement du neuvième siècle, fut pris\ndans un combat en Angleterre par Ella, son ennemi, roi d'une partie de\nl'île. Soumis aux plus durs traitements, Regner Lodbrog fut jeté dans\nun souterrain où il périt dévoré par des serpents enfermés avec lui dans\nsa prison, et qui n'avaient pour se nourrir que la chair du malheureux\nvaincu. Pendant sa captivité et malgré ses souffrances, le guerrier eut\nencore la force de composer un chant où il célèbre les combats, rappelle\nses exploits et exhorte ses fils à ne jamais déserter les batailles.\nCette chanson superbe est restée populaire en Islande. Les deux stro-\nphes que nous en donnons ici montrent ce qu'étaient ces peuples, et com-\nbien la poésie et la musique se fortifiaient au milieu de ces mœurs si\nfières, que nos versificateurs de cabaret et nos musiciens de boudoir\ncondamnent comme grossières et sauvages.\nd'un cap d'Angleterre, dix mille de nos ennemis couchés sur la pous-\nsière. Une rosée de sang dégouttait de nos glaives; les flèches mugissaient\ndans les airs en allant chercher les casques. C'était pour moi un plaisir\naussi grand que détenir une belle fille dans mes bras.\ncc Nous nous sommes battus à coups d'épée, le jour où mon bras fit\ntoucher à son dernier crépuscule, le jeune homme si fier de sa belle\nchevelure qui recherchait les jeunes filles dès le matin et se plaisait à\nentretenir les veuves. Quelle est la destinée d'un homme vaillant, si ce\nn'est de tomber dès les premiers au milieu d'une grêle de traits? Celui\nqui n'est jamais blessé passe une vie ennuyeuse, et le lâche ne fait jamais\nusage de son cœur. »\nA ces paroles hardies s'adapte une grandiose mélopée que la tradition\nn'a pas laissé s'oblitérer. Mais les hommes qui la chantent aujourd'hui sa-"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "54", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.6", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2337, "texte": "vent-ils que ce n'est pas avec des cœurs de lièvre qu'il faut interpréter\nle rugissement des lions, les hymnes faits pour les héros et par les héros?\nLa majeure partie de ces splendides chants guerriers a disparu avec les\nraces éteintes, et quel peuple nous en rendra jamais de semblables?\nIII.\nDans le Danemark, à part l'œuvre bardique qui reste isolé dans sa\nmajestueuse tradition, on ne voit guère de musique qu'à partir du dix-\nhuitième siècle. Alors apparaissent les romances, les chants familiers, la\nmusique de danse, l'opéra avec des livrets inspirés des légendes ou de\nl'histoire Scandinave, des paroles danoises et un secret désir de mainte-\nnir la musique dans l'esprit du pays, et de créer un art national. Ce\nsont des Italiens , des Français qui éveillent le goût, le propagent. Les\nmusiciens nationaux arrivent a la suite. La chorégraphie se trouve\nmême honorablement représentée à Copenhague, et c'est le maître de\nballets Bournonville qui ouvre la danse. Bournonville était d'origine\nfrançaise ; cela va sans dire.\nBournonville|laisse toute une tradition : il a créé un corps de ballet, des\nécoles de danse, une musique de danse et même des musiciens chorégra-\nphes. L'un d'eux, H. C. Lumbye, a fait une apparition à Paris, et\ncomme d habitude, elle n a piofi té ni aux Parisiens ni aux Danois qui\navaient compté faire foi tune chez nous. On l'a surnommé le Strauss du\nNord, ce Lumbye, chef d'orchestre à Copenhague et compositeur de\ndanse. Dans son pays on vantait son instrumentation colorée, ses rhyth-\nmes variés et engageants, ses mélodies ballerines. A l'hippodrome de\nCopenhague où|i 1 avait établi des concerts dansants, il dirigeait lui-même\nun oichestre qu il avait formé. Les danseurs étaient jeunes. Ce n'était\npoint pour se réchauffer qu'ils se démenaient. Lumbye tâchait d'imiter\nStrauss et Lanner, il dirigeait avec talent, et I on disait que comme mu-\nsicien il avait le diable au corps. Cherchez dans votre bibliothèque,\nvousne manquerez pas de rencontrer quelques-unes de ses compositions,\narrangées pour piano à deux ou à quatre mains; elle ont parcouru l'An-\ngleterre, l'Allemagne, la France, tout le Nord. On les a répandues par-\ntout, et les quadrilles, valses, galops et polkas de ce compositeur s'élè-\nvent à près de quatre cents.\n(La suite prochainement.)\n\nMAURICE CRISTAL."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-01-15-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-01-15_01#c005", "volume": "bmtnabc_1874-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "55", "page_fin": "60", "image_debut": 7, "image_fin": 12, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.2.2", "titre_corps": "LA MUSIQUE", "titre_sommaire": "LA MUSIQUE", "signature_source": "JULES BONNASSIES", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 7, "page_imprimee": "55", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.7", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1494, "texte": "LA MUSIQUE\nA LA COMÉDIE-FRANÇAISE\n\n(0\nE I 3 octobre suivant, le Bourgeois gentilhomme,\ncomédie-ballet, fut représenté à Chambord et, le 2 3\nnovembre, à Paris. A Chambord, Lulli, qui était\ntoujours le collaborateur de Molière, joua le Muphti.\nEn 1672, après la brouille survenue entre le poète et\nle musicien, Beauchamps fut chargé de refaire le bal-\nlet. En 1717, la Comédie se réunit à l'Académie de Musique pour don-\nner, sur le théâtre de l'Opéra, plusieurs belles représentations du Bour-\ngeois ; on y prit le double. Les deux grands théâtres jouèrent de même\ncette pièce à l'Opéra, le 9 janvier 1852. La musique avait été refaite\npar M. Jules Cohen. On remarquait, parmi les interprètes, Samson,\nProvost, MM.Got, Delaunay, Maubant, Leroux, Mesdemoiselles Aug.\nBrohan, Denain ; MM. Gueymard, Chapuis, Obin ; dans les ballets,\nSaint-Léon, Mesdames Plunkett, Taglioni, etc. Tous les artistes de\nl'Opéra et de la Comédie, même les figurants, parurent dans la Céré-\nmonie.\nDes manuscrits de la partition de Lulli existent, un aux Archives de\nl'Opéra, deux à la Bibliothèque du Conservatoire (dont une copie faite\npar Philidor l'aîné), un dans le recueil en six volumes, un dans celui en\ndeux de la Bibliothèque Nationale, un aux Archives de la Comédie, ainsi\nque quatre airs dans le Recueil imprimé de 1753. La musique du Flo-\nrentin a été retouchée par Auber (Arch. Com.-Fr.), mais c'est à\nla partition primitive, dans la Cérémonie, seule partie de la\n\n(1) Voir le numéro du i 5 décembre 1873."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "56", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.8", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2220, "texte": "comédie-ballet exécutée maintenant que le Théâtre - Français est\nrevenu.\nLa Grange, à la date du i 5 mars 1671, analyse une délibération de la\ntroupe décidant de faire plusieurs réparations et innovations au théâtre\ndu Palais-Royal. « Plus, d'auoir doresnauant à touttes sortes de\nreprésentations, tant simples que de machines, vn concert de douze vio-\nlons, ce qui na esté exécuté quapres la représentation de Psyché{l).» Et,\nplus loin, il ajoute : « Jusques icy les musiciens et musiciennes nauoient\npoint uoulu parroistre en public. Ils chantoient a la Comedie dans des\nloges grillées et treillissées (2), mais on surmonta cet obstacle, et auec\nquelque legere despance, on trouua des personnes qui chantèrent sur le\ntheastre a visage descouuert habillez comme les comédiens, scauoir :\nMlle de Rieux. M^e Turpin.\nMrs Forestier. Grandpré.\nMosnier. Ribon.\nChampenois. Poussin. »\nPsyché, tragi-comédie-ballet de Molière et de Corneille, fut représen-\ntée, le 17 janvier 1671, aux Tuileries, dans la salle des Machines, et,\navec un peu moins de pompe, quoique les frais ordinaires se soient éle-\nvés à 351 liv., au Palais-Royal, le 24 juillet. Lulli en fît encore la musique\nainsi que les paroles italiennes ; 011 trouve cette partition dans le recueil\nen six volumes de la Bibliothèque Nationale. Le compositeur écrivit, en\n1678, un opéra qui eut le même titre, et dans lequel il transporta plu-\nsieurs morceaux de la pièce de 1671.\nEn juin 1703, la Comédie fît, à grands frais, une reprise de Psyché\navec les ballets. En 1862, M. Edouard Thierry la reprit encore avec\néclat ; cette fois, M. Jules Cohen en avait refait la partie musicale.\nVoici, d'après La Grange, les frais ordinaires des représentations de la\npièce en juillet 1671 :\n12 danceurs, à 5 liv. 10 s 66 liv.\n4 petits danceurs, à 3 1iv...... 12 liv.\n3 voix à 11 liv 33\n4 voix à 5 liv. 10 s 22\n% -\n\n(1) Après la représentation àla Cour, ainsi qu'on le verra plus loin,et lors des re-\nprésentations à la ville.\n(2) Cependant ils n'étaient pas toujours aussi rétifs, car, parmi les frais extraordi-\nnaires de la Princesse d'Elide, nous avons remarqué des escarpins que la Comédie\névidemment, ne leur paya pas pour chanter en loge grillée."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "57", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.9", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2211, "texte": "Symphonie, 4 escus 12\n12 violons 36\n2 petites grâces, à 5 liv. 10 s.. 11\n2 saulteurs 11\nM. de Beauchamp 11\nEt il ajoute :\n« Dans le cours de lapiece, M. de Beauchamps a receu de recompanse, pour\nauoir faict les ballet et conduict la musique, onze cent liures non compris\nles 11 liures par jour que la troupe luy a données tant pour battre la mesure\na la musique que pour entretenir les ballets. »\n%\nA la reprise, le 11 novembre 1672, il dit\n<( Les frais extraordinaires se sont montez à cent louis d'or (1), pour re-\nmettre toutes choses en estât et remettre des musiciens, musiciennes et dan-\nceurs a la place de ceux qui auoit pris party ailleurs. »\nreprise, les frais ordinaires, y compris la symphonie, s'élevè-\nrent à7l liv. i 3 s., le 11 et le i 3 ; les frais extraordinaires ne furent\nprélevés qu'à partir du ï5? à raison, les premiers jours, de 302 liv 125.,\npuis de 287 et 288 liv. ; en janvier 1673, il revinrent à 302 liv. i 3 s.\net dépassèrent même cette somme : il est évident que les comédiens\navaient encore été obligés de faire, pour la pièce, dont le succès conti-\nnuait, d'autres dépenses que celles indiquées par La Grange.\nLa Comtesse dCEscarbagnas fut donnée le 2 décembre 1671, à Sf-Ger-\nmain, pour la réception de la princesse Palatine. Cette comédie-ballet,\nque le monarque avait commandée à Molière, comprenait une pastorale\net était précédée d'un prologue; les actes en étaient coupés par des inter-\nmèdes empruntés aux ballets précédemment composés pour la cour\n( Amants magnifiques, Georges Dandin, Bourgeois Gentilhomme3 Bal-\nlet des Muses). Elle fat jouée, sous le nom de Ballet des Ballets, à la fin\nde 1671 et pendant le carnaval de 1672. La musique en avait été faite,\ncomme à l'ordinaire, par Lulli ; elle se trouve, à la Bibliothèque Natio-\nnale, dans le recueil en six volumes.\nCette même année 1671, Lulli fondait l'Académie Royale de Musique.\nCe théâtre avait de lourdes charges :le privilège en fut explicite et ne\npermit à nul autre de lui faire concurrence,\nUn an après, l'habile Florentin, qui maintenant avait intérêt à res-\ntreindre le lyrisme autre part que chez lui, obtint du roi, le 14 avril\n\n(1) Le louis d'or valait 11 livres."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "58", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.10", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2778, "texte": "1672, une ordonnance qui détendit aux différentes troupes de comédiens\nd'avoir plus de six voix et de douze violons. Encore cette latitude leur\nfut-elle laissée parce que Molière vivait encore, et que Louis XIV ne\nvoulait ni ne pouvait décemment lui interdire de jouer ses pièces telles\nqu'il les avait écrites. Le 12 août suivant, l'ordonnance obtenue par\nLulli pour empêcher tous comédiens représentant à Paris de louer la\nsalle qui avait servi aux représentations des entrepreneurs qu'il avait\névincés, confirma la première.\nDès lors, Molière, qui n'avait cessé d'augmenter la pompe de son spec-\ntacle et qui voyait ses projets entravés, se brouille avec son collabo-\nrateur. En juillet 1672, il reprend le Mariage forcé, qu'il substitue à\nla pastorale, dans les représentations de la Comtesse d'Escarbagnas àla\nville; il le remonte brillamment, mais non avec la musique de Lulli.\nCharpentier est chargé d'en composer une autre; Dassoucy s'était offert,\nmais ne fut pas accepté. En outre, Beauchamps eut la mission de faire\nles ballets et Baraiilon les habits. De Villiers, dit La Grange, ce auoit em-\nploy dans la musique des intermèdes. » Lors de cette reprise, les frais\nordinaires, fixés à 58 liv. 12 s., sont accrus chaque jour de 11 1 liv.\nd'abord, puis de 116 liv. et de 119 liv., à cause d'une petite augmenta-\ntion accordée à Forestier et à Le Roy, musiciens. Les frais extraordi-\nnaires sont motivés par Beauchamps et Charpentier, qui reçoivent, par\nreprésentation, un louis d'or, 1 1 liv.\nMolière, à mesure que son théâtre prospérait, dans un but\névident de vulgarisation, faire de ses grandes œuvres littéraires des co-\nmédies-opéras. On s;explique donc son désappointement. Interrompons-\nnous un moment pour relever, sur le registre du Régisseur,, quelques\ndépenses relatives à la musique pendant l'année 1672-73.\nNous voyons, à la reprise du Bourgeois Gentilhomme, le 24 mai\n1672, des tambours portés 4 liv., des violons, danseurs et musique,\n71 liv, 10 s., et, comme frais extraordinaires,, 22 liv. à Beauchamps. A\ncelle de Pourceaugnac, depuis le 7 juin, les frais ordinaires (violons et\ndanseurs) sont de 5g liv. i 5 s. En août, reprise du Bourgeois. Outre les\nfrais ordinaires (58 liv. 12 s.), ceux de la pièce s'élèvent à 84 et 81 liv. ,\net Beauchamps reçoit encore 11 liv. Le 23, reprise de VAvare, où l'on\nintroduit probablement quelque musique, puisqu'il est marqué une\n« augmentation de symphonie 12 liv. » Le 28, pour l'Ecole des Maris\net le Cocu, cette augmentation ne figure plus que pour 7 liv. 10 s. Elle\nvarie encore lors de la reprise des Fâcheux, où elle est parfois mêlée aux\nfrais de chandelle; elle est en général de 12 liv. Aux frais ordinaires\n(58 liv. i 5 s.) de ces représentations s'ajoutent quotidiennement, pour"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "59", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.11", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2729, "texte": "lac dance, symphonie et musique, »97 liv. 10 s., et 11 liv, à Beau-\nchamps, qui a refait le ballet.\nMolière, dont on limitait les franchises lyriques, avait une ressource\npour atteindre son but : il pouvait se rattraper sur les danses, puisqu'on\nne les lui avait pas encore interdites, et sur le spectacle. Il le comprit\nbien, et écrivit le Malade imaginaire, pièce à intermèdes et accompa-\ngnée, comme le Bourgeois, d'une Cérémonie burlesque. Cette pièce,\ndont il ne devait pas voir la cinquième représentation, fut jouée le 10\nfévrier 1673 au Palais-Royal. La musique des divertissements et des\nairs était de Charpentier. Elle existe aux Archives de la Comédie, dans le\nvolume Théâtre francois, tome 11. D'après les Entretiens galans\n(1681), La Grange et Mademoiselle Molière y nuançaient avec beaucoup\nde charme le duo du troisième acte (leçon de chant). A la reprise de\n1716, Mademoiselle Connell réussit également dans cette scène. En\n1860, M. Edouard Thierry fit exécuter le Malade avec les intermèdes et\nla musique de Charpentier.\n« Les frais de ladite piece du Malade Imaginaire dit La Grange à Pâques\n1673, en parlant des frais extraordinaires, ont esté grands a cause du pro-\nlogue et des intermedes, remplis de Danses, musique et vstencilles, et se sont\nmontez a deux mil quatre cent liures. Les frais journaliers ont esté grands a\ncause de 12 violons à 3 liures; 12 danceurs à 5 liures 10 s.; 3 symphonistes\nà 3 liures ; 7 musiciens ou musiciennes dont il yen a2à 11 livres, les autres\nà 5 liures 10 s. Récompansesà M. de Beauchamps, pour les ballet, à M. Char-\npentier pour la musique, vne part à M. Baraillon pour les habits. Ainsy les-\ndits frais se sont montez par jour à 250 liv. (1).\nMais aussitôt après la mort de Poquelin, Lulli, qui n'avait plus de rival\ncomme amuseur théâtral auprès du roi, s'empresse de faire réduire les\nressources lyriques des théâtres littéraires. Lorsque les œuvres de Molière\nsont encore des actualités et que ces restrictions doivent les déparer,\ntout au moins aux yeux des contemporains, il provoque, le 3o avril, une\nnouvelle ordonnance limitant à deux le nombre des voix que pourront\nemployer les comédiens, et celui des violons à six. Le registre de la\ntroupe de Guénégaud de 1673-74 et Chappuzeau, qui écrit la même an-\nnée, constatent l'exécution de cet ordre dans les deux théâtres. A l'Hôtel\nde Bourgogne, nous avons une autre preuve du fait. En juillet 1674,\n\n(1) Le registre du régisseur mêle les deux sortes de frais qui s'élèvent, le 10 février\n1678, à 378 liv. 4 s.; le 12 et le 14, à 268 liv. 5 s.; le ib, à 269 liv. 5 s,; le 3 mars, à\n268 liv. b s.; le 5,1 e 7 et le 10, à 26c)liv.b s.; le 12, à 271 liv. i 5 s.,puis à 269 liv. b s."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "60", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.12", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1671, "texte": "Hauteroche y donns son Crispin musicien (1) où paraissent six vio-\nlons, sans plus, à la fin des actes, pour les intermèdes.\n- Les représentations du Malade , qu interrompit la mort de l'auteur,\nne furent reprises que le 4 mai 1674 (2). A cette date, Lagrange porte :\nMusique 17 ijv.\nViolons. 16 •\nAssistans e, 20\nSaulteurs _ 11\nMais le registre du Régisseur est moins laconique :\nj Mlle Babet. 5 liy. 10 s.\nMusique. M\" Bourdelou 5~ 10 s.\nJ M. Caries 3\n[ M. Delaporte 3\nTotal 17 11 y.\n!DU Vivier, ritournelles 2 liv. 5 sols.\nMarchand, ritournelles 2 5\nConuerset, ritournelles 2 5\n' z J\nDu Fresne, extraordinaire 3\nCourselles 3 _\nDu Mont, ritournelles 1 lO sols.\nAssistans la Montagne et pour la conduite (3). . . 3 liv.\nNiuellon 2 5 sols.\nSauteurs 11\nParmi les assistants,, qui sont au nombre de douze et coûtent 19 liv.\ni 5 sols, on remarque « François, porteur des violons, 1 liv, »\nLe 4 mai, jour de la reprise, il est marqué « pour parts d'auteur, tail-\nleur et musiciens, 134 liv. 1 s., indépendamment des frais ordinaires et\nextraordinaires. Les jours suivants, les frais ordinaires de la pièce se mon-\ntent à 67 liv. 1 s. et à9O liv. 16 s. (outre les frais ordinaires habituels), et\nles frais extraordinaires, à 87 liv. 7 s., 91 liv., 91 liv. 6 s.\n( La suite prochainement.)\n\nJULES BONNASSIES.\n\n(1) Un air de divertissement de cette pièce, qui fut reprise en 1735 avec un grand\nsuccès, existe dans le Recueil imprimé de 1753 (Arch. Gom.-Fr.); le compositeur n'en\nest pas nommé.\n(2) Il y en eut également une représentation à Versailles, le 19 juillet.\n(3) Dans une autre liste, La Montagne et Nivellon sont mentionnés parmi les\nsymphonistes."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-01-15-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-01-15_01#c009", "volume": "bmtnabc_1874-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "61", "page_fin": "66", "image_debut": 13, "image_fin": 18, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.2.3", "titre_corps": "L'ART DU CHANT EN ITALIE", "titre_sommaire": "L'ART DU CHANT EN ITALIE", "signature_source": "THEOPHILE LEMAIRE", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 13, "page_imprimee": "61", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.13", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1473, "texte": "L'ART DU CHANT EN ITALIE\nAU XVIIe ET AU XVIIIe SIÈCLE\n\nE tout temps, on s'est plaint de la décadence de l'art du\nchant parce que, à côté de chanteurs admirables, il\ns'est toujours trouvé des artistes moins habiles, dont\nle goût défectueux et l'ignorance mettaient en péril cet\nart qui a été porté à un si haut degré de perfection au\ndix-septième et au dix-huitième siècle; mais aujour-\nd'hui, nous pouvons affirmer que l'art du chant est, en général, tombé\ndans un état tellement déplorable que, si cela continue, nos théâtres\nseront bientôt dans l'impossibilité de présenter une exécution à peu\nprès convenable de nos opéras. Si, au lieu de faire vite et mal, les\nélèves avaient la patience et le courage de consacrer le temps nécessaire\nàde bonnes études dirigées avec principe et rigoureusement graduées,\nnous verrions, avant peu, renaître les beaux jours de la musique.\nMalheureusement, on en est venu à n'ébaucher qu'à peine les premiers\néléments du chant, dont une étude longue et patiente serait absolument\nindispensable pour acquérir un talent même secondaire; on passe aussitôt\nà l'étude des airs, à laquelle on n'est nullement préparé, et après quel-\nque temps d'un travail fait sans logique et avec une incroyable légèreté,\nl'apprenti chanteur, se croyant un grand homme, s'empresse d'aller gros-\nsir la foule des médiocrités.\nLe vice de 1 enseignement actuel ne consiste pas toujours dans une\ncomplète négligence des éléments du chant, mais bien dans la manière"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "62", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.14", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2807, "texte": "superficielle dont ils sont enseignés, le peu de temps que Ton y consacre\net la précipitation que l'on met à se livrer à l'étude des airs et des scènes\nd'opéras qu'on ne devrait aborder que durant la dernière année dans le\ncours de perfectionnement.\nIl n'en était pas ainsi dans ces anciennes écoles d'ltalie qui ont pro-\nduit un si grand nombre d'excellents chanteurs ! Pourquoi les traditions\nde leur doctrine sont-elles tombées dans un oubli si funeste pour l'art ?\nIl est fâcheux que jusqu'à présent, personne (que je sache), n'ait entrepris\nde faire des recherches sérieuses sur ces écoles, soit publiques, soit pri-\nvées. dont tout le monde parle et que si peu de gens connaissent.\nFaire un retour vers ces anciennes écoles, rétablir les principes solides\nsur lesquels elles fondaient leur enseignement, me paraît le moyen le plus\nefficace pour ramener l'art du chant à son ancienne splendeur. Quels\nétaient donc ces principes et sur quelles bases reposait ce grand style qui\nfut commun aux chanteurs du dix-septième et du dix-huitième siècle ?\nC'est ce que je vais essayer de résumer ici, d'après les maîtres les plus\nanciens et les plus autorisés : Tosi, Mancini, Lanza et divers autres.\nCes grands maîtres avaient parfaitement compris que, pour atteindre\naux merveilles suprêmes de l'art du chant, il faut d'abord s'être rendu\nfort habile à en exécuter les opérations élémentaires ; ils avaient aussi\npour principe que le chanteur arriverait d'autant plus sûrement àun\ngrand talent qu'il aurait apporté plus de perfection dans l'exécution des\npxemiers exercices.\nAutrefois l'étude du solfège, c'est-à-dire de l'intonation et des valeurs,\nse faisait en même temps que celle du chant; ce travail simultané ame-\nnait d'heureux résultats, en ce sens que l'élève, habitué à étudier des\nsolfèges bien faits et d'un bon style, contractait de bonne heure l'habi\ntude de chanter avec goût. Certains maîtres étaient dans l'usage d'écrire\ndes solfèges pour chacun de leurs élèves, et ils mettaient une attention\nparticulière à les adapter aux moyens, à l'habileté et à l'étendue de la\nvoix de chacun. Lorsqu'ils se servaient de solfèges composés par d'autres\nmaîtres, ils avaient soin de choisir ceux dont les mélodies étaient agréa-\nbles et d'un style élevé, afin d'habituer les élèves à chanter avec sentiment\net avec grâce même les leçons qui paraissaient le plus insignifiantes. En\nmême temps qu'ils apportaient une attention scrupuleuse à faire bien\némettre la voix, ils cherchaient, dès le commencement des études, à faire\nprendre l'habitude de l'expression.\nL'observation rigoureuse c!e la mesure et de la plus parfaite justesse de\nl'intonation était l'objet de soins attentifs de la part des anciens maî-\ntres ; il en était de même pour la respiration qu'ils considéraient comme"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "63", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.15", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2707, "texte": "la base d'une belle exécution, et pour l'union des différents registres de\nla voix, dans laquelle ils ne souffraient pas la plus légère imperfection.\nLa manière d'ouvrir la bouche et la forme qu'on doit lui donner en\nchantant telle ou telle voyelle, étaient indiquées avec beaucoup de soin;\ndans quelques méthodes anciennes, on trouve des figures représentant\nexactement la forme que doit affecter la bouche pour l'émission et la\nprononciation de chaque note de la gamme; ces observations qui nous\nparaissent puériles aujourd'hui, étaient cependant fort en vigueur dans\nles anciennes écoles.\nIl ne faut pas croire que les anciens maîtres étaient d'un absolutisme\naveugle dans l'application des principes généraux; bien loin de là, ils\nsavaient employer les moyens propres à la disposition et aux facultés de\nl'élève, et grâce à des épreuves et à des exemples répétés avec patience,\nils obtenaient toujours l'effet qu'ils cherchaient.\nLe travail par lequel on commençait l'étude du chant proprement dit,\nétait la pose de la voix qui se faisait sur des sons soutenus avec une in-\ntensité égale, et dont la durée était toujours en rapport avec les moyens\nde l'élève. Lorsqu'après un exercice suivi et répété pendant le temps\nnécessaire, le maître jugeait que la voix était suffisamment affermie,\nqu'elle avait été corrigée de tous ses défauts, et que l'émission était claire,\npure et sonore, on procédait à l'étude de la messa di voce (mise de voix,\nou sons filés).\nUne erreur généralement accréditée et dont il est bon de faire justice,\nest de croire qu'autrefois les études du chant commençaient par la mise\nde voix; mais la logique et le bon sens ne prouvent-ils pas que cet exer-\ncice, un des plus difficiles à acquérir, nécessite de longs mois de prépara-\ntion, si l'on veut espérer y réussir ?\nL'étude de la messa di voce étant la plus longue, la plus difficile, la\nplus fatigante et en même temps la plus utile, demandait de la part du\nmaître et des élèves une grande patience, une attention soutenue et des\nsoins incessants. Par cet exercice, la voix acquiert une élasticité qui\noffre au chanteur des ressources infinies, qui lui permet de nuancer sans\neffort et sans fatigue tout ce qu'il chante, et l'empêche de tomber dans\nune insipide monotonie. Malheureusement, de nos jours, cette partie de\nPart du chant est fort négligée, et malgré le chapître « Des sons filés J>\nqui se trouve invariablement au commencement de toutes les méthodes\nmodernes, et auquel on ne prête nulle attention, il serait peut-être diffi-\ncile de rencontrer un chanteur capable de filer un son d'une manière à\npeu près convenable.\nChez les anciens chanteurs, la durée d'une belle mise de voix devait"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "64", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.16", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2901, "texte": "être de vingt-cinq à trente secondes, ce qui prouve, qu'avant de com-\nmencer cet exercice, l'élève s'était déjà rendu maître du jeu des poumons\net qu'il pouvait conduire sa respiration avec une certaine habileté. La\nmanière de diriger cette étude n'est connue aujourd'hui que d'un petit\nnombre de maîtres, et on peut affirmer que, parmi les méthodes publiées\ndepuis le commencement de ce siècle, deux ou trois seulement indiquent\nles véritables règles à observer dans le travail de cet indispensable exer-\ncice. Si les chanteurs modernes pouvaient se bien pénétrer de la nécessité\nabsolue de cette étude, on verrait bientôt se produire deux résultats :\nPunphysique, l'autre esthétique, tous deux essentiels: i°la durée moyenne\ndes voix augmentée ; 2° une interprétation mieux nuancée au service\nd'un art plus expressif et dès lors capable d'effets que la génération ac-\ntuelle ne soupçonne même pas. Que les chanteurs modernes sachent\ndonc bien, qu'autrefois, la messa di voceétait l'étude principale de tous\nles chanteurs, même les plus habiles, qu'ils en faisaient, pour ainsi dire_>\nle pain quotidien de leur talent; qu'ils préludaient, par là, à tous les\nexercices, et que c'était par un agrément de ce genre qu'ils préparaient\nun point d'orgue, une cadence fiaale ou un trille prolongé. On abordait\nensuite les études d'agilité qu'on faisait toujours précéder d'un travail\npréparatoire consistant en exercices de deux, trois, quatre, cinq, six, sept\net huit notes; ces exercices faits avec patience, conduisaient insensible-\nment, mais sûrement à l'exécution des gammes et de tous les traits d'a-\ngilité; à cette étude succédaient celles du portamerito di voce, et de Y ap-\npogiatura; cette dernière, qui n'était jamais écrite par les compositeurs,\nmais qui restait confiée au goût du chanteur, exigeait chez les maîtres\nun tact parfait et une profonde connaissance des règles auxquelles elle\nétait soumise, afin qu'ils pussent bien faire connaître aux élèves les en-\ndroits où il était permis de la placer.\nDès que l'élève avait acquis un certain degré de perfection dans l'exé-\ncution des exercices qui précèdent, venait la vocalisation que les maîtres\nde l'ancienne école italienne ont toujours considérée comme nécessaire et\nindispensable avant de commencer l'étude du chant avec paroles. La vo-\ncalisation n'étant que l'exécution, sur l'une des trois voyelles ouvertes,\nde mélodies renfermant toutes les difficultés que peut présenter l'art du\nchant, n'était-il pas logique que l'élève y fût préparé par de longues et\nsolides études élémentaires, pour qu'il pût donner à ces mélodies un\ncertain modelé et y introduire les ornements et les agréments qu'elles\nréclamaient. Tosi, en recommandant de vocaliser sur trois voyelles,\nvoulait remédier aux inconvénients d'un usage très commun déjà, qui\nconsistait à faire toujours vocaliser sur la voyelle A; mais en bonne doc-"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "65", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.17", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2788, "texte": "trine on doit exercer la voix sur toutes les voyelles, et ne pas oublier que\nles voyelles sont plus nombreuses en français qu'en italien et doivent\ntoutes avoir leur belle émission. En même temps, on faisait travailler les\ntrilles qui étaient alors de huit espèces, ainsi que les « groupes, » les\nmordants, » les « passages, » les passi et finalement tous les ornements\ndu chant en usage à cette époque, et que nous verrions peut-être revenir\na la mode, si quelque chanteur habile savait les employer et les exécuter\ncomme le firent quelques artistes admirables du dix-huitième siècle;\nmais 1 opéra moderne n a pas à songer à un retour complet et minutieux\na ces merveilles de virtuosité d'un autre temps.\nJe dois déclarer que je n'entends nullement parler ici de ces vocalistes,\ndits viituoses, qui par leur ignorance et le mauvais goût qu'ils appor-\ntaient dans les ornements dont ils surchargeaient leurs airs, ont forte-\nment contribué à l'affaiblissement de l'art du chant; mais bien des\nchanteurs instruits et éclairés dont le goût, la richesse d'imagination et\nla grande sensibilité étaient les seuls guides dans le choix des embellisse-\nments, qu ils savaient toujours employer avec sobriété et discernement.\nL'élève ayant fait des progrès suffisants dans la vocalisation et dans\ntous les exercices indiqués ci-dessus, on le préparait alors à l'étude du\nchant avec paioles. Le maître l'obligeait d'abord à lire les paroles à haute\nvoix, en veillant, avec soin, à ce qu'elles fussent prononcées nettement,\nnaturellement et sans affectation. Dès que sa prononciation était sans\ndéfauts, pure et correcte, il lui faisait articuler les mêmes paroles dis-\ntinctement et avec force, de manière à ce que toutes les syllabes des\nmots fussent parfaitement distinctes entre elles.\nIl n est pas inutile de remarquer ici que les anciens maîtres savaient\nparfaitement faire la séparation de ces deux actes de la parole : la pronon-\nciation et l'articulation, et qu'ils faisaient de chacun d'eux l'objet d'une\nétude particulière.\n« La prononciation consiste à donner à chaque syllabe et à chaque\n« lettre, tant voyelle que consonne, le son qu'elle doit avoir d'après le\n« bon usage de la langue dans laquelle on chante; l'articulation fait en-\n« tendre ce qui distingue principalement les syllabes naturelles; c'est-à-\n-----dire, les consonnes avec ce degré de force qui convient aux sentiments\n« que l'on exprime, et au lieu où l'on chante; sous ce dernier rapport,\n« la prononciation doit être la même dans une chambre, dans un salon\n« et sur un grand théâtre; mais l'articulation doit varier et augmenter\n« de force à proportion de l'extension du local, du nombre des instru-\n« ments d'accompagnement et des auditeurs. »\nLe récitatif étant, pour ainsi dire, un chant mitoyen entre le lançaoe"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "66", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.18", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2410, "texte": "ordinaire et la mélodie soutenue, c'était par là que commençait l'applica-\ntion des paroles; il y avait à cette époque le récitatif le récitatif\nde théâtre et le récitatif de chambre qui étaient enseignés, chacun, selon\nle caractère qui lui convenait. En découvrant, à leurs élèves, tous les\nsecrets des récitatifs, les maîtres avaient soin de les mettre en garde\ncontre les abus et les erreurs dont quelques chanteurs se rendaient cou-\npables.\nLes madrigaux et la musique d'église succédaient à cette première étude,\net on arrivait enfin aux airs dont l'exécution parfaite exige la plus grande\nsomme d9études préalables et d'intelligence exercée. On commençait par\nles airs d'église auxquels on faisait succéder les cantates, et, finalement,\non arrivait aux airs de théâtre qui formaient le couronnement des études.\nIci doit se borner l'aperçu que je désirais donner sur l'enseignement\ndu chant dans les écoles d'ltalie du dix-septième et du dix-huitième siè-\ncle ; n'ayant en vue ni un cours, ni une méthode de chant, je dois m'abste-\nnir d'entrer dans les détails de l'application des préceptes généraux;\napplication qui variait presque toujours avec chaque élève.\nEn effet, et c'est le dernier point sur lequel je veuille insister, les sys-\ntèmes qui ont dirigé ces écoles ont souvent été différents, et ils ont va-\nrié selon que le maître se référait à des principes plus étroits ou qu'il se\nconformait aux moyens et à l'intelligence de ses élèves. Cependant de\ntoutes ces écoles et de tous ces systèmes, il est sorti des artistes de grand\ntalent, ce qui prouve que le succès d'un chanteur dépend presque com-\nplètement de la bonne direction du maître, qui sait reconnaître la dispo-\nsition, le caractère et les capacités de ses élèves. A l'appui de cette asser-\ntion, je ne citerai qu'un exemple entre mille : Ant. Bernacchi, Ant. Pasi,\nJ.-B. Minetti, Fabri et Beriolino, tous les cinq élèves de Pistocchi,\ndifféraient entre eux de manières et de styles, quoiqu'instruits par le\nmême maître, chacun d'eux ayant été dirigé selon sa disposition natu-\nrelle. Cet exemple prouve suffisamment, je crois, qu'un bon maître ne\ndoit jamais s'astreindre à l'uniformité des procédés, et pour créer des\nchanteurs parfaits, il est de toute nécessité qu'il connaisse exactement\nles différentes manières de diriger ses élèves, et surtout qu'il sache le faire\navec discernement.\n\nTHEOPHILE LEMAIRE"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-01-15-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-01-15_01#c013", "volume": "bmtnabc_1874-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "67", "page_fin": "78", "image_debut": 19, "image_fin": 31, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.2.4", "titre_corps": "HISTOIRE DU THÉATRE DE MADAME DE POMPADOUR DU THÉATRE DES PETITS CABINETS", "titre_sommaire": "HISTOIRE DU THÉATRE DE MADAME DE POMPADOUR DU THÉATRE DES PETITS CABINETS", "signature_source": "ADOLPHE JULLIEN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 19, "page_imprimee": "67", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.19", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 872, "texte": "HISTOIRE\nDU\nTHÉATRE DE MADAME DE POMPADOUR\nDU\nTHÉATRE DES PETITS CABINETS\n\nCinquième article (i).\nCHAPTRE IV\n<*\nTROISIÈME ANNÉE.\n27 Novembre 1748. — 22 cUVIars 1749.\n(Suite. )\nE lundi 2 3 décembre, premières représentations du pro-\nlogue des Eléments et de deux actes (le Feu et l'Air)\nde cet opéra, de Roy et Destouches, représenté à l'Opéra\nle 29 mai 1725, puis de l'acte de Philémon et Bciu-\ncis, tiré du Ballet de la Paix, paroles de Roy, musique\nde Rebel et Fràncœur, joué le 29 mai 1738.\nActeurs dans le prologue des Éléments :\nVénus (Mile Lambert).. Mme de Marchais*\nLe De5tin........ (Thévenard).... M. de la Salle.\nDans l'acte du Feu :\nEmilie, vestale (Mlle Antier).... Mme de Pompadour.\nValère (Thévenard)..... Le duc d'Ayen.\nL'Amour (Mlic Dun),. .... Le Camus, page de la musique.\n\n(1) Voir les numéros des i°* septembre, icr octobre, iei> novembre et décembre."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "68", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.20", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2296, "texte": "Dans l'acte de V Air :\nJunon . (Mlle Antier).. . Mme de Brancas.\nUne Heure Mme de Marchais.\nIxion (Thévenard) .... M. de la Salle.\nMercure (Tribou). Le vicomte de Rohan.\nJupiter (Chassé). Benoît, delà musique.\nDans Philémon et Bancis :\nBaucis (Mlle Péîissïer).. Mme de Pompaionr.\nJupiter (Chassé) Le duc dAyen.\nPhilémon (,Jélyotte) Le vicomte de Rohan.\nMercure 0. . (Tribou) Le chevalier de Clermont.\nCette représentation ne fut pas honorée de la présence du Dauphin ni\nde Mesdames : ils étaient en retraite et avaient choisi ce jour pour faire\nleur dévotions. La Dauphine gardait la chambre, on avait des espérances\nde grossesse qui commençaient à avoir quelque fondement ; enfin la\nreine était descendue chez la Dauphine, où elle avait joué au cava-\ngnole. Quoi qu'il en fût, ce spectacle parut beaucoup plus agréable que\ncelui de Tancrède. La raison en est simple : le sujet était moins triste\net finissait par des danses.\nDès le lendemain de cette représentation, on se mit à défaire le théâtre,\nafin que le grand escalier fût entièrement libre pour les cérémonies du\njour de l'an. Cet ouvrage se fit très vite;en moins de dix-huit heures,\ntout avait disparu. Malheureusement cela n'avait pas marché sans acci-\ndent : deux ouvriers furent blessés, et un autre malheureux qui, sans\nêtre employé, était monté en haut par curiosité, se tua raide en tom-\nbant dans l'escalier.\nPeu importait d'ailleurs. La marquise avait pleinement reconquis\nla faveur royale, au grand déplaisir du marquis d'Argenson qui laisse\npercer sa mauvaise humeur dans la note suivante : « Le roi, qu'on\ndisait las de sa sultane favorite, la marquise de Pompadour, en est plus\naffolé que jamais. Elle a si bien chanté, si bien joué aux derniers ballets\nde Versailles, que Sa Majesté lui en a donné des louanges publiques, et,\nla caressant devant tout le monde, lui a dit qu'elle était la plus char-\nmante femme qu'il y eût en France. » Comme cette galante parole dut\nflatter agréablement l'orgueil de la favorite!\nAu commencement de l'année 1749, une vive querelle éclata entre le\nduc de Richelieu et la marquise, à propos du théâtre des petits cabinets.\nCe théâtre construit, comme on sait, sur l'escalier des ambassadeurs, fai-\nsait partie des grands appartements; les premiers gentilshommes de la"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "69", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.21", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2673, "texte": "chambre prétendaient dès lors qu'il était soumis à leur juridiction et que\nle duc de la Vallière, directeur de ce petit théâtre, empiétait sur leurs\ndroits. Le duc d'Aumont, étant de service en 1748, souleva, vers la fin\nde l'année, les premières difficultés. Madame de Pompadour en parla au\nroi, mais celui-ci, ne voulant pas encore se prononcer, répondit simple-\nment: « Laissez venir Son Excellence (le roi appelait ainsi Richelieu de-\npuis son ambassade à Vienne), vous verrez bien autre chose (1). »\nEn effet, Richelieu, dont le mauvais vouloir pour la favorite était bien\nconnu, était désigné pour être de service en l'année 1749, et tous les\nennemis de la marquise l'attendaient avec impatience, comptant bien\nqu'il ne laisserait pas échapper cette occasion d'être désagréable à ma-\ndame de Pompadour, Le bruit courait même que le duc, sur le point\nd'entrer en année, avait écrit au roi à ce sujet une lettre très respec-\ntueuse, mais très forte (2). Le marquis d'Argenson hâtait naturellement\nce retour de tous ses vœux. « On attend, dit-il, le duc de Richelieu,\ncomme le bretteur de la troupe; et l'on prétend d'ailleurs que, de toutes\nfaçons, il jouera un grand rôle. »\nA la cour, plusieurs redoutaient l'arrivée de ce rude jouteur. Ceux-là\nconseillaient prudemment de prévenir les attaques du duc, et proposaient\ndeux expédients pour mettre à couvert les droits des gentilshommes de\nla chambre. L'un était de donner à M. de la Vallière un brevet de cin-\nquième premier gentilhomme de la chambre, l'autre de donner un bre-\nvet à madame de Pompadour, pour que l'emplacement du grand escalier\noù l'on avait construit le théâtre fût regardé comme une addition à son\nappartement (3). La marquise repoussa ces expédients, et sûre de son\npouvoir, préféra attendre de pied ferme son ennemi.\n«On n'a plus d'espérance aujourd'hui écrit d'Argenson le 17 dé-\ncembre que dans l'arrivée de M. de Richelieu, qui arrive couvert de\ngloire, et surtout d'attribution de pruqualité qu'on ne lui con-\nnaissait pas encore. On s'est pressé sans doute d'exécuter plusieurs cho-\nses avant son arrivée, et il aura bien à crier là contre, quand il y sera. »\nLe duc arrive enfin. Le samedi 4 janvier, le concert de la reine eut\nlieu chez la Dauphine. Ce changement, bien simple en apparence, fut le\nsignal de la lutte. La veille, Richelieu écrivit une lettre à Bury, surin-\ntendant de la musique en survivance de Blamont, pour 1 avertir du chan-\ngement de lieu du concert et lui recommander que les meilleurs rnusi-\n\n(1) Mémoires du duc de Luynes, 7 janvier 1749.\n(2) Mémoires du duc de Luynes, 6 novembre 1748.\n(5) Mémoires du duc de Luynes, 7 janvier 1749."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "70", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.22", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2766, "texte": "ciens de la chambre s'y trouvassent réunis. Puis il fit défense à tous\nmusiciens de la chambre d'aller nulle part sans son ordre. Cette nou-\nvelle se répandit bientôt à la cour, et les musiciens, inquiets de cet avis,\nvinrent en demander l'éclaircissement au duc en ce qui concernait les\ndivertissements des cabinets.\nCelui-ci maintint sa défense et en formula de nouvelles. Depuis qu'il\ny avait des divertissements à la cour, M. de la Vallière s'en était\ntoujours mêlé et les gentilshommes de la chambre s'étaient prêtés à ses\nmoindres désirs. Au commencement de chaque année, ils signaient un\nordre général pour que les voitures de la cour pussent aller chercher et\nramener à Paris les musiciens ou comédiens, ils en signaient un autre\npour que le magasin des Menus fournît les habits; le duc refusa de si-\ngner aucun de ces ordres. Mais en même temps, il couvrait de dehors\naimables sa sourde opposition ; il continuait à aller chez madame de\nPompadour, et ne lui parlait qu'avec le ton et les manières d'une galan-\nterie ironique, lui assurant qu'elle serait toujours la maîtresse, et qu'il\nn'avait d'autre désir que de lui plaire. Le roi de son côté le traitait aussi\nbien que par le passé (i).\nLes adversaires de la marquise, à commencer par d'Argenson, célé-\nbraient les adroites manœuvres de leur champion.\n« Il a commencé par laver la tête au duc de la Vallière sur l'affaire dont\nj'ai parlé, l'opéra du grand escalier écrit le marquis le 7 janvier; il a\nrendu une ordonnance portant défense à tous ouvriers, musiciens, danseurs,\nd'obéir à d'autres qu'à lui, pour le fait des menus plaisirs; il a demandé au\nduc, ordonnateur sans mission, s'il avait une charge de cinquième premier\ngentilhomme de la chambre, ce qu'il avait donné pour cela, etc. Il a dit que\nceci était bon pour le duc de Gèvres, qui avait reçu 35,000 livres pour se dé-\npartir des droits de sa charge, mais que pour lui, Richelieu, il n'en avait pas\nreçu un écu, et n'en recevrait pas un million pour en laisser aller un pouce\nde terrain. M. de la Vallière ne savait plus que dire, et soufflait; M. de Ri-\nchelieu lui a dit : « Vous êtes une bête, » et lui a fait les cornes, ce qui n'est\npas trop honnête, et M. de Richelieu est avantageux sur cela, car il a cet\navantage de n'avoir été c... d'aucune de ses deux femmes. Il ne fait donc\npoint une affaire de crosser la petite Pompadour, et de la traiter comme une\nfille de l'Opéra, ayant grande expérience de cette sorte d'espèce de femme, et\nde toute femme. Toute maîtresse qu'elle est du roi, toute dominante qu'elle\nest à la cour, il la tourmentera, il l'excédera, et voilà déjà un grand change-\nment à la cour dans le mauvais traitement de son favori la Vallière.\n\n(1) Mémoires du duc de Luynes, 6 janvier 1749."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "71", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.23", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2563, "texte": "Cette sortie de Richelieu contre la Vallière amena la querelle à sa\npériode aiguë. « Un courtisan qui arrive de la cour m'écrit que la\nbrouillerie entre le duc de Richelieu et la marquise de Pompadour était\nmontée à un point extrême, et que cela ne pouvait durer absolument\nsans que l'un culbutât l'autre. Le maréchal de Richelieu abordant cette\ndame la dernière fois qu'il lui a parlé, lui a demandé : « Croyez-vous,\nmadame, que M. de la Vallière s'accommodât d'une charge de directeur\ngénéral des Menus-Plaisirs? s Elle lui aurait répondu, sérieusement et\nfroidement : « Cela ne conviendrait pas à un homme comme lui. » On\nattendait hier la grande nouvelle de savoir si le maréchal de Richelieu\nassisterait à l'opéra de la marquise sur le grand escalier. »\nD'Argenson écrivait cela le ï i janvier, que déjà la lutte avait pris fin.\nIl n'avait fallu pour cela rien moins que l'intervention du roi. Un jour,\nLouis XV dit à l'improviste au duc : « M. de Richelieu, combien de fois\navez-vous été à la Bastille? » (( Trois fois » répondit le maréchal sans\nse troubler. Sur ce, le roi se mit à en discuter les causes : le duc\ncomprit et battit en retraite (i).\nEn cédant, Richelieu s'attira le blâme de tous les adversaires politi-\nques de la favorite qui avaient compté sur lui pour faire naître une crise\nde cette question de coulisses et pour hâter la disgrâce de madame de\nPompadour.\nLe duc de Richelieu a perdu son procès à l'opéra des cabinets. Réglé qu'on\ns'adressera seulement à lui pour les artistes nécessaires à ce spectacle interne,\nmais que, hors de cela, et quand 011 le représentera, M. de la Vallière sera\nderrière le roi pour prendre les ordres de Sa Majesté, et que le duc de Ri-\nchelieu n'y assistera que parmi les courtisans ordinaires On prétend qu'il\na suivi le règlement jeudi dernier, mais on doutait qu'il le suivît hier et qu'il\nassistât à cet opéra Les affaires du maréchal de Richelieu semblent ne pas\nbien aller à la Cour : les ballets s'exécutent toujours sous les ordres du duc\nde la Vallière. On se moque de lui en cette décision, mais peut-être le quart\nd'heure des vengeances arrivera-t-il et emportera-t-il la disgrâce de la mar-\nquise (2).\nLe duc de Luynes avait su plus tôt et mieux que d'Argenson la fin de\nla querelle. San récit fait surtout bien ressortir l'habileté dont Ri-\nchelieu fit preuve pour rentrer en grâce, une lois qu'il vit la partie\nperdue.\nJ'ai vu aujourd'hui M. de Richelieu, écrit-il le 8 janvier. Il ne convient pas\n\n(1-2) Mémoires du marquis d'Argenson, 12 et 19 janvier 1749."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "72", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.24", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3087, "texte": "d'avoir écrit de Gênes au roi sur cette affaire; il dit qu'on lui en a beaucoup\nécrit, mais qu'il est arrivé ici sans être bien instruit de la forme que Ton avoit\ndonnée à ces divertissements ; qu'il les regarde comme des amusements per-\nsonnels de madame de Pompadour, et que, par cette raison, il ne seroit pas\njuste que les gentilshommes de la chambre se mêlassent de certains détails,\nmais que madame de Pompadour n'avoit jamais eu l'intention de faire le\nmoindre tort à ces charges; que personne ne l'avoit instruite des droits qui\nleur sont attachés. M. de Richelieu ajoute qu'il a cru devoir représenter que\nles charges à la Cour ne perdoient de leurs fonctions que par des abus que\nl'on laissoit introduire sensiblement M. de Richelieu a donc jugé à pro-\npos de faire connoître tout ce qui appartenoit à sa charge, bien résolu cepen-\ndant de ne faire aucun éclat ni rien qui pût donner le moindre sujet de peine\nà madame de Pompadour. Comme il l'a trouvée dans les mêmes dispositions,\net que M. de la Vallière, de son côté, est entré dans toutes les voies de con-\nciliation avec la plus grande douceur et les plus grandes marques d'amitié\npour M. de Richelieu, tout a été facile à terminer. On est convenu, à l'égard\ndu théâtre qui existe actuellement, qu'il ne seroit fait aucun changement,\nmais que dorénavant tout ce qui seroit nécessaire pour ces sortes d'amuse-\nments, en constructions, décorations, habillements, etc., seroit pris dans les\nmagasins des Menus sur les ordres de madame de Pompadour, qui prieroit\nle premier gentilhomme de la chambre de vouloir bien ordonner, et que l'in-\ntendant des Menus feroit exécuter; que tout se passeroit de même par rapport\nau loyer des pierres fausses et aux musiciens de la chambre dont 011 auroit\nbesoin, aux voitures dont on auroit besoin, et au payement par le trésorier\ndes Menus; tout cet arrangement n'empêchant point que M. de la Vallière\ncontinue à s'en mêler comme il a fait jusqu'à présent.\nAinsi se termina cette grande querelle entre la marquise et Richelieu.\nLe seul qui y gagna quelque chose fut le duc de la Vallière, qui reçut le\ncordon bleu, sans doute pour lui faire oublier les insolences qu'il avait\nreçues en pleine figure avec un rare sang-froid. Richelieu, au contraire,\nne recueillit dans cette affaire que les amers reproches du parti qui avait\nattendu de son adresse un plus heureux résultat.\nM. de Richelieu est trop attaché à la bagatelle du théâtre des ballets; ses\naffaires commencent à mal aller. On dit qu'il s'est conduit comme un fol; il\nest trop déclaré contre la maîtresse, et celle-ci reprend le dessus. On la re-\ngarde comme aussi forte et plus forte que le cardinal de Fleury dans le gou-\nvernement. Malheur à qui ose se buter aujourd'hui contre elle ! elle joint le\nplaisir à la décision, et le suffrage des principaux ministres à l'habitude qui\nse forme de plus en plus chez un monarque doux et tendre. Mais malheur à\nl'État gouverné ainsi par une coquette ! On crie de tous côtés. Ainsi donc,\nc est regimber contre l'éperon que de se révolter aucunement contre elle."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "73", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.26", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2589, "texte": "M. de Richelieu réprouve : il devait abandonner cette bagatelle de la salle\ndes ballets pour suivre de plus grandes choses, plus capitales, plus ver-\ntueuses. Il lui eût suffi de ne point assister à ces opéras et de s'en abstenir\npar hauteur, dès que sa charge en était blessée. Les billets qu'il donne aux\nmusiciens sont tournés ainsi : Un tel se rendra à telle heure pour jouer à\nl'Opéra de madame de Pompadour. Il a du dessous à chaque pas. Les bons\namis de ceux qui prétendent à quelque chose leur conseillent hautement de\ncheminer par madame la marquise; il faut lui rendre hommage (i).\nPendant toute la durée de cette discussion, madame de Pompadour,\npour ridiculiser son ennemi, avait donné ordre au lieutenant de police\nBerrier de laisser vendre partout des bijoux nommés plaques de chemi-\nnée,, avec une chanson dans laquelle on persiflait l'heureux vainqueur\nde madame de la Popelinière : bijoux et chanson,, on criait le tout jus-\nque dans les théâtres. Comment se vengea le duc? Lors d'un voyage à\nla Muette, la marquise s \"étant trouvée incommodée, le vindicatif gen-\ntilhomme trépigna et fit du vacarme toute la nuit au-dessus de sa\ntête (2).\nAu reste, les difficultés soulevées par le premier gentilhomme de la\nchambre n'avaient pas interrompu un seul înstànt le cours des représen-\ntations. Le jeudi 9 janvier 1749, on avait repris le prologue des Elé-\nments, les actes du Feu et de ï Air, et Phi lé mon et Baucis, avec les\nmêmes acteurs que le 2 3 décembre précédent, sauf madame de Brancas,\nqui avait cédé le rôle de Junon à madame Trusson.\nLe mercredi i 5, encore même spectacle, excepté qu'à l'acte du Feu,\ndes Eléments, on substitua celui de la Terre, ainsi monté :\nPomone (Mlle Lemaure). Mme de Pompadour.\nUne Bergère.. (Mlle Mignier).. Mme de Marchais.\nPan (Chassé) Le chevalier de Clermont.\nVertumne .... (Murayrë)...... Le vicomte de Rohan.\nLa Reine assistait à cette représentation ainsi qu'à celle du lendemain\n(jeudi 16), 011 Ton rejoua la Mère coquette, de Quinault, et la farce\nde Y Opérateur chinois. Le Dauphin et Mesdames s'y rendirent, mais non\nla Dauphine qui continuait à garder la chambre. Au spectacle de la\nveille, M. de Richelieu et M. de La Vallière, réconciliés, étaient tous\ndeux derrière le fauteuil du Roi, le premier à gauche. A la soirée du\njeudi, M. de Richelieu se tenait à la porte, où il ne resta qu'un instant\navant de partir pour Paris ; M. de La Yallière était à droite, derrière le\nfauteuil du Roi, et M.d'Ayen, qui ne jouait pas, à gauche.\n\n(1-2) Mémoires du marquis d'Argenson, 12 et 19 janvier 1749."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "74", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.27", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1687, "texte": "Le jeudi 23 janvier, on représenta deux nouveautés : le prologue de\nl'opéra de Phaéton, de Quinault et Lully, et l'opéra un peu raccourci\nd'Acis et Galatée, de Gampistron et Lully (1).\nLe prologue de Phaéton était interprété ainsi :\nAstrée . . Mme de Brancas.\nSaturne. Le duc d'Aven.\nEt l'opéra à*Acis et Galatée :\nGalatée (MlleLeßochois). Mmc de Pompadour.\nAminthe )\nTT ■«•[■ , \\MmQ de Marchais.\nune Nayade )\nAcis (Dumesy) Le vicomte de Rohan.\nPolyphême (Dan) M. de la Salle.\nTircis .. |\nXT , \\Le chevalier de Ciermont.\nNeptune )\nLe grand-prêtre de Junon Basire, de la musique du Roi.\nDANSE : MM. de Courtenvaux et de Langer on.\nDe la famille royale, Mesdames assistaient seules à ce spectacle, mais\nil y avait deux nouveaux auditeurs privilégiés : M. de La Suze et M. de\nTurenne.\nLa seconde représentation d \"Acis et Galatée eut lieu le lundi 10 fé-\nvrier; maison retrancha le prologue de Phaéton, à cause des quatre\nvers suivants qui n'étaient pas de circonstance, la Dauphine venant de\nfaire une fausse couche.\nIl calme l'univers, le ciel la favorise,\nSon auguste rang s'éternise,\nIl voit combler ses vœux par un héros naissant.\nTout doit être sensible au bonheur qu'il ressent.\nLe jeudi i 3 février, 011 représenta trois actes, dont le premier et le\ntroisième entièrement nouveaux. C'était d'abord Jupiter et Europe, pa-\nroles de Fuselier, musique de Dupoi% huissier de la chambre, et de\nDugué, de la musique du Roi.\nEurope Mme de Pompadour.\nPaies, déesse des bergers. Mme Trussôn.\nJupiter, travesti M. de la Salle.\nDANSE : M. de Langer on.\n\n(i) Le Phaéton de Lulli avait été représenté à l'Opéra le 27 avril 1783, et son Acis\net Galatêe le 17 septembre 1686."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "75", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.28", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2306, "texte": "Puis venait l'acte des Saturnales, des Fêtes grecques et romaines,\nl'opéra de Fuselier et Colin de Blamont, dont on avait déjà représenté\nun acte Tannée précédente :\nDélie (Mlle Antier)... . Mme de Brancas.\nPlautine .. (Mllc Souris).... Mme de Marchais.\nTibulle, (Murayre). . .... Le chevalier de Clermont.\net enfin Zélie, paroles de Gury, intendant des Menus, musique de Fer-\nra nd, le claveciniste attitré du théâtre de madame de Pompadour.\nZélie, nymphe de Diane Mme de Pompadour.\nL'Amour Mme de Marchais.\nLymphée, Sylvain. M. le duc d'Ayen.\nM. de Courtenvaux, qui devait danser dans les trois actes, ne le put\npas à cause d'un effort qu'il s'était donné la veille à la répétition. Il n'y\neut que M. de Langeron qui dansa, et il remporta un grand succès ,\nainsi que les enfants du corps de ballet. Les danses de Dehesse furent\ntrouvées charmantes et d'un goût nouveau : bref, ce fut une soirée des\nplus agréables. .\nAussi se hâta-t-on de rejouer les mêmes fragments quatre jours après ,\nle lundi gras, 17 février : les acteurs étaient les mêmes, sauf M. de la\nSalle, qui remplaça avec avantage le duc d'Ayen dans le rôle de Lym-\nphée.\nLe lendemain, mardi gras, on donna la deuxième représentation des\nAmours de Ragonde, montés comme au premier jour (27 février 1748).\na M. de Sourches fit Ragonde, écrit de Luynes. Il avait déjà exécuté ce\nrôle avec applaudissements, quoiqu'il ait une voix fort peu avantageuse\net peu agréable, mais c'est assez ce qui convient au personnage de Ra-\ngonde. )> Le spectacle se termina par une pantomime composée et jouée\npar Dehesse,, Chasseurs et petits Vendangeurs (1). Un petit danseur\nd'environ cinq ans fit l'ornement principal de ce ballet, tant il montra\nde grâce et d'agilité. C'était le petit Vicentini ; à côté de lui, la petite\nFoulquier se distingua aussi par sa gentillesse. La représentation finit à\nhuit heures, et le Roi alla, selon l'usage, souper dans ses cabinets avec\nles personnes qui avaient assisté au spectacle : ce soir là ils étaient\ntrente-quatre à table.\nLe mercredi 26 février, première représentation de Silvie, pastorale\nhéroïque en trois actes, précédée d'un prologue, paroles de Laujon, mu-\nsique de Lagarde et ballets de Dehesse.\n\n(1) Ce ballet avait été donné à la Comédie italienne le 24 septembre 1746."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "76", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.29", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2408, "texte": "Prologue :\nDiane MmeTrusson.\nL'Amour Mme de Marchais.\nVulcain Le chevalier de Clermont.\nDANSE: M. de Courtenvaux (un Cyclope).\nPièce :\nSilvie, nymphe de Diane... Mme de Pompadonr.\nDaphné, nymphe de Diane. Mme Trusson.\nL'Amour Mme de Marchais\nAmintas, chasseur Le duc d'Ayen.\nHylus, faune .. Le marquis de la Salle.\nUn Chasseur Le vicomte de Rohan.\nLe sujet du prologue, écrit Luyries, est l'Amour qui, n'ayant plus de traits\ndans son carquois, vient en demander de nouveaux à Vulcain, qui ordonne\nsur-le-champ aux Cyciopes de travailler pour ce que désire l'Amour. Ce su-\njet est entièrement d'imagination. C'est une nymphe de Diane poursuivie par\nun faune, qui en est amoureux et veut l'enlever. Elle aime Amintas et croit\nque ce n'est que de l'amitié ; elle est en garde contre l'Amour. Amintas lui\ndéclare sa passion. Elle l'écoute, et aussitôt se reconnaissant coupable, et\nque Diane va faire éclater sa fureur contre elle, elle veut se percer d'un de\nses traits. Elle se blesse en effet ; mais il se trouve que c'est d'un des traits\nque Vulcain, dans le prologue, venait de faire forger pour le carquois de\nl'Amour... Les paroles sont fort jolies et la musique charmante. C'est un\ndes plus jolis divertissements que l'on ait joués jusqu'à présent dans les cabi-\nnets., Il paraît que tout le monde en est content fi).\nOn en fut même si content, qu'on redonna le même spectacle le mer-\ncredi 5 mars, afin que la Reine, le Dauphin, la Dauphine, Madame\nInfante et Mesdames pussent le voir : même succès qu'au premier soir.\nLe lundi 10, deuxième représentation de l'acte de la Terre1 des Elé-\nments, et troisième représentation de Zélie et de l'acte des Saturnales,\ndans les Fêtes grecques et romaines : pas de changements d'interprètes.\nLa Reine, le Dauphin et sa femme, Madame Infante et Mesdames assis-\ntaient encore à cette soirée.\nLe jeudi i 3, première représentation du Prince de Noisy, opéra en\n\n(i) La Sylvie de Laujon fut jouée à l'Opéra le 11 novembre 1766, avec une mu-\nsique nouvelle de Berton et Trial. Daus le prologue, Larrivée jouait Vulcain; made-\nmoiselle Avenaux, Diane; et madame Larrivée, l'Amour. Dauberval figurait le Cy-\nclope. Dans l'opéra, Sophie Arnould représentait Sylvie; madame Larrivée, l'Amour;\nmademoiselle Avenaux, Diane; mesdemoiselles Dubois l'aînée et Dubreuil, deux de\nses nymphes. Legros jouait Amintas; Larrivée, Hylus; et Durand, le Chasseur."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "77", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.30", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2517, "texte": "trois actes de La Bruère, musique de Rebel et Francœur, qui passa pour\nle plus beau qu'on ait vu sur ce théâtre, sous le rapport des décora-\ntions (i).\nDès qu'on avait commencé les répétitions, cet opéra était devenu le\nsujet des conversations de toute la cour. Le duc de Luynes écrivait à ce\npropos le 11 mars : « Les répétitions sont comme on peut croire, très\nfréquentes pour les opéras des cabinets, d'autant plus qu'on y exécute\nplusieurs actes composés exprès pour ce divertissement. C'est M. de la\nVallière et madame de Pompadour qui donnent des places à ceux et à\ncelles qui ont curiosité d'entendre ces répétitions. Cette curiosité est fort\nétendue, et l'on y admet beaucoup de monde, non-seulement de la cour\net de la ville, mais même des étrangers. Les princes de Wurtemberg y\nont été, M. deCenturione, Génois, et plusieurs autres. M. de Bernstorff,\nenvoyé de Danemark, qui a de l'esprit et du goût, et qui est fort connu\nde madame de Pompadour, a été même à plusieurs représentations, à la\nvérité dans une des petites loges d'en haut qui donne sur le théâtre et\ncù l'on n'est point vu. »\nLe Druide, enchanteur M. le duc d'Ayen.\nAlie, sa fille Mme de Marchais.\nLe prince de Noisy, sous le nom de Poinçon.. .. Mme de Pompadour.\nUn Druide, grand-prêtre, ordonnateur des jeux. M. le vicomte de Rohan.\nMoulineau, géant et magicien M. le marquis de la Salle.\nUn suivant de Moulineau M. le chevalier de CAermont.\nDANSE : Le marquis de Courtenvaux, le marquis de Langer on, le comte de\nMelfort (début), le marquis de Beuvron (début), et tous les enfants de la danse.\nCet opéra était une imitation très lointaine du joli conte d'Hamilton,\nle Bélier, combinée avec la comédie de Dumas d'Aigueberre, le Prince\nde Noisy, et surchargée de tous les enjolivements de la galanterie pré-\ncieuse et raffinée de l'époque. L'intrigue est des plus simples. L$ petit\nPoinçon, qui ignore lui-même son titre de prince de Noisy, et le géant\nMoulineau se disputent le cœur de la princesse Alie, fille d'un druide\nquelconque, et, comme de juste, le gentil Poinçon finit par tuer en com-\nbat singulier son effroyable rival. Le principal mérite de cette pièce était\nde donner prétexte à de magnifiques décorations comme le temple de la\nVérité, où les deux amants viennent consulter l'oracle, et d'amener beau-\ncoup de danses qui étaient, au dire de Luynes, « très bien imaginées &,t'\nexécutées dans la perfection. La musique, ajoute-t-il, est très agréable et\n\n(i) Repris à4'Opéra le 16 septembre 1760."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "78", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.31", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2275, "texte": "dans le goût françois. » La marquise trouvait entin dans le petit Poin-\nçon un rôle très fatigant, mais qui lui convenait à merveille; elle s'y\nmontra ravissante de grâce et de tendresse, et obtint un véritable\ntriomphe.\nMercredi 19 et samedi 22 mars, deuxième et troisième représentations\ndu Prince de Noisy, en présence de la Reine, du Dauphin et de la Dau-\nphine, de Mesdames Adélaïde et Victoire. La représentation du 22, la\ndernière de Tannée, fut, comme donnée pour la capitation, à\nl'exemple de l'Opéra de Paris.\nTant de succès ne mettaient pourtant pas les acteurs à l'abri de cer-\ntaines mortifications d'amour-propre, comme celle que d'Argenson ra-\nconte en mars 1749 : « Il y a eu une aventure à un bal de la ville, à Ver-\nsailles, où le roi était : une petite Cazaux, fille d'un officier du\nétait masquée ; madame de Brancas lui parla, et lui demanda si elle\navait été à l'opéra des cabinets; elle dit que oui, et fit une description si\ncritique du peu de talent des acteurs, qu'ils ont tous juré de ne plus\njouer l'opéra; ils ont renoncé au théâtre. »\nLa morale de tout cela est qu'en cette seule année, les dépenses du\nthéâtre des petits cabinets s'élevaient au moins à cent mille écus. M. de\nla Vallière, qui avait tout intérêt à ne pas exagérer le chiffre de la dépense,\ndisait que les sommes dépensées pour la construction de la salle, pour\nles habits, pour les décorations et même pour les gratifications en bijoux\nou en argent données aux musiciens, n'avaient pas dépassé ce chiffre de\n100,000 écus. C'est déjà fort joli, surtout si l'on remarque qu'on avait\nfait usage de beaucoup de choses qui étaient dans le magasin des Menus-\nPlaisirs; et pourtant le duc de Luynes lui-même refuse de croire à cette\naffirmation, et assure que la somme énoncée par le duc de la Vallière est\nau-dessous de la vérité. Les libéralités de la favorite devaient encore\nl'accroître. « L'on vient de donner des pensions à des artistes, pour ser-\nvices rendus à la marquise de Pompadour, écrit d'Argenson le 16 novem-\nbre 1749- Tribou, son maître à chanter, a 800 liv. sur le trésor royal,\nLagarde, son maître de composition et qui a une voix si agréable, a 1,500\n/\nlivres. » La marquise offrait, l'Etat payait.\n(La suite prochainement.)\n\nADOLPHE JULLIEN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-01-15-01-c016", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-01-15_01#c016", "volume": "bmtnabc_1874-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 25, "image_fin": 25, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.2.4.3", "titre_corps": "HABIT D'HEURE DE LA NUIT", "titre_sommaire": "HABIT D'HEURE DE LA NUIT", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.25", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 93, "texte": "HABIT D'HEURE DE LA NUIT\nHABIT DE JUNON.\nLes Éléments. 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CONCERT NATIONAL : Maçeppa, scène\nlyrique de MM. A. de Lauzières et Paul Puget. Bacchanale de Cherubiai. Concerto\nen la mineur de Schumann. Gavotte de Gluck. Suite d'orchestre de M, Guiraud.\nCONCERTS DANBÉ : Trio de M. Adolphe Blanc.— CONCERTS FRASCATI : Soirée d ou-\nverture. CONCERT GOTTSCHALK.\nONCERTS POPULAIRES. Quatuor suédois. Avant\nde parler du quatuor suédois, qui a été la seule nou-\nveauté de la séance du 4 janvier, je rappellerai en peu\nde mets que l'allégro et le finale de la Ré for mations-\nS info ni g de Mendelssohn ont produit, surtout le fi-\nnale qui débute par le choral de Luther, l'effet gran-\ndiose auquel ie public est toujours préparé, et que Vlnvitation à\nla valse de Weber prouve jusqu'à quel point Berlioz était initié à tou-\ntes les ressources et à tous les secrets de l'instrumentation. La manière\ndont il a su distribuer dans l'orchestre des mélodies et des traits écrits\nspécialement pour le piano est une merveille. On a beaucoup applaudi\naussi le quintette de Mozart pour instruments à cordes et clarinette; mais\ndussé-je passer pour un rabâcheur, je ne saurais m'empêcher de protes-\nter de nouveau contre cette mode de faire jouer à une cinquantaine d'ins-\ntruments à cordes ce qui n'est destiné qu'à quatre, tandis qu'une clari-\nnette seule est obligée de soutenir la lutte. Je n'y puis admirer que deux\ngrandes difficultés vaincues : l'une,, qui consiste à jouer juste en ne faisant\nqu'effleurer la corde pour ne pas écraser l'instrument solo, et l'autre, qui"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "80", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.33", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2582, "texte": "oblige la clarinette à jouer juste tout en forçant le son, sauf dans les pas-\nsages où elle est à découvert.\nJ'arrive au quatuor des dames suédoises. M. Pasdeloup, toujours prêt\nà accorder l'hospitalité aux artistes étrangers, s'est empressé de l'offrir à\nces dames, dont les noms ne sont pas précisément des plus commodes à\nprononcer et à retenir, et le public les a accueillies avec um galanterie\npeut-être excessive, en leur prodiguant autant et plus d'applaudisse-\nments qu'aux chefs-d'œuvre de Beethoven, Weber et Mendelssohn.\nLe fait est qu'elles chantent avec un ensemble merveilleux et des\nnuances d'une grande perfection, mais les morceaux sont étranges et\ndénués de charme pour la plupart, et leurs voix ne sont ni d'une grande\nétendue, ni d'une grande force. Et cependant la Suède et la Norwège\nfournissent des voix et des talents admirables, témoins mademoiselle Nis-\nsen, qui a chanté jadis au Théâtre-Italien de Paris, et mesdames Jenny\nLind, Nilsson et Telefsen. Cette dernière, qui est norwégienne, est moins\nconnue à Paris qu'à Londres, où elle fait les beaux jours des concerts.\nHenry Cohen.\nCONCERT NATIONAL. Ainsi que je l'ai déjà dit ici même, le réper-\ntoire classique ne se compose pas seulement de morceaux sympho-\nniques, il comprend encore un grand nombre d'oeuvres chorales, popu-\nlaires en Allemagne et en Angleterre, et dont nous connaissons à peine\nles noms. A l'imitation des Concerts du Conservatoire, mais sur une\nplus large échelle, le Concert national s'est occupé d'organiser l'exécu-\ntion de quelques-unes de ces œuvres, et, fidèle à son programme, il s'est\nappliqué à faire marcher de front les œuvres anciennes et les modernes.\nC'est ainsi que le quatrième Concert de chaque série est consacré en\ngrande partie à l'exécution d'un oratorio ou d'un drame lyrique; nous\navions déjà entendu Ruth dans la première série ; on nous a donné\nau quatrième Concert de la seconde. est la cantate\nqui fut proposée au concours pour le grand pi ix de Rome en 1873; les pa-\nroles sont de M. A. deLauzières, la musique de M. Paul Rouget, premier\ngrand prix, élève de M. Victor Massé. Le sujet, emprunté àla légende\nde l'Hetman polonais, a fourni à M. de Lauzières un excellent poème,\nrempli de situations franches et musicales. La partition de M. Paul\nPuget renferme sept morceaux : 2 pièces symphoniques, 3 airs, un duo\net un trio. La Polonaise, qui sert de prélude, est bien rhythmée, habile-\nment coupée et écrite dans un fort bon style; c'est un morceau extrême-\nment réussi; la r©mance de la Reine et la sérénade chantée par Mazeppa"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "81", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.34", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2725, "texte": "ne manquent ni d'élégance, ni même d une certaine poésie. Le duo et le\ntrio sont écrits dans de bonnes proportions sceniques; le trio m'a paru un\npeu bruyant et parfois vulgaire; on y sent trop l'imitation des formes\nitaliennes et en particulier de la manière de M. Verdi. Je leur préfère de\nbeaucoup 1 air de basse, conçu dans un très bon sentiment dramatique,\net où l'auteur a su très heureusement allier la mélodie à la déclamation\ndes paroles. Cet air et le prélude-polonaise sont les deux meilleurs mor-\nceaux delà partition; ils sont vraiment remarquables et nous font au-\ngurer très favorablement de l'avenir de M. Puget. L'exécution de cette\ncantate était confiée à tiois des meilleurs artistes de f Opéra mademoi-\nselle P. Devriès, MM. Gailhard et Bosquin ; on lésa beaucoup applau-\ndis ; la toute charmante mademoiselle Devriès a surtout remporté un\ntrès vif succès.\nLe premier Concert de la troisième série a été fort brillant. On y a\nexécuté entre autres une Bacchanale, de Cherubini; le Concerto en la\nmineur pour piano, de Schumann ; le Larghetto du quintette en la, de\nMozart, et une Gavotte, de Gluck, La Bacchanale, de Cherubini, est\ntnce du ballet d Achille a qui fut représente pour la première\nfois le 18 décembre 1804» Le rôle d'Achille, crée parle célèbre Duport?\nfut repris ensuite par une danseuse, mademoiselle Clotilde, à la vingtième\n1 epiésentation de ce ballet, qui eut lieu seulement trois ans plus tard, le\ni 5 septembre 1807. L'œuvre n'eut pas grand succès ; on y remarqua\npourtant quelques fragments, parmi lesquels figure au premier rang la\nBacchanale. Ce morceau, où brille dans toute sa puissance le talent\naujourd'hui trop peu connu du maître illustre qui exerça une si grande\ninfluence sur la musique française, compose un tableau plein de vie et\nde lumière : le premier motif manque peut-être de distinction, mais le\ndéveloppement en est riche et coloré par une orchestration splendide ;\nnotons, en particulier, un crescendo d'un magnifique effet.\nLe Concerto en la mineur est une des œuvres les moins discutables\nde Schumann ; les idées y sont claires, précises; l'inspiration est soute-\nnue d un bout à l'autre, et le talent original du compositeur s'y épanouit\ndans toute sa verve et toute sa fantaisie. M. Jaëll Ta exécuté avec plus\nde bravoure que de style ; néanmoins l'oeuvre et l'exécutant ont obtenu\nun très grand succès.\nTout le monde connaît le Larghetto du quintette en /#, de Mozart,\nun admirable chef-d'œuvre et l'une des plus pures inspirations musicales\nqui existent. Quant à la Gavotte; de Gluck, c'est aussi dans son genre\nun morceau accompli ; lorchestre l'a exécuté avec un fini de détails et\nune perfection de nuances dignes des plus grands éloges, et je profite de"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "82", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.35", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2557, "texte": "cette occasion pour adresser mes meilleurs compliments aux artistes de\ntalent placés sous l'habile direction de M. Colonne. Ils composent un\nensemble excellent; l'harmonie laisse quelquefois à désirer, mais le qua-\ntuor est irréprochable, et les premiers violons notamment ont déjà fait\npreuve en maintes circonstances d'une virtuosité peu commune.\nJe ne signalerai dans le 2 e concert que deux morceaux : l'ouverture du\nCorsaire, de Berlioz, et la Suite d'orchestre, de M. Guiraud. L ouver-\nture du Corsaire (œuvre 21) a été composée en guise de préface au\npoème de Lord Byron. L'idée générale est un peu obscure ; elle devient\nabsolument une énigme pour ceux qui 11e connaissent pas 1 œuvre du\npoète anglais; néanmoins 011 sent courir à travers cette succession désoj-\ndonnée de rhythmes violents et de timbres éclatants un souffle plein\nd'une énergie sauvage qui frappe l'esprit plus qu'il ne le séduit. Cette\nouverture est une des œuvres les moins connues et aussi 1 une des moins\nimportantes de Berlioz; elle est postérieure a la Symphonie fantastique\net à Roméo.\nJe n'entrerai pas dans de longs détails au sujet de la Suite d orchestre\nde M. Guiraud qui est déjà bien connue du public. Je rappellerai seule-\nment que cette suite se divise en quatre parties : le Prélude contient un\ntrès joli thème de hautbois qui aurait beaucoup gagné à être développé;\nM. Guiraud s'est contenté de faire passer successivement la mélodie d'un\ninstrument à un autre; ces sortes d'imitations ne sauraient tenir lieu dun\ndéveloppement régulier. L■ n'offre rien de bien saillant, c est\nune agréable fantaisie. UAndante, qui compose la 2e partie, est plus dé-\nveloppé et surtout plus symphonique; il repose sur une jolie phrase très\nmélodique et pleine d'élégance ; je critiquerai seulement la longueur\nsouvent exagérée des périodes et le peu de variété avec lequel le musi-\ncien a présenté les développements de l'idée principale. Le moiceau le\nmieux réussi de toute la Suite, c'est le Carnaval avec son brillant coloris\net ses rhythmes bien accentués : on ne saurait imaginer un plus joli finale\nde ballet.\nH. Marcello.\nCONCERTS DANBÉ. Le concert du 4 janvier a été intéressant sous\nplus d'un rapport. M. Jules Lcfort a très bien chanté et avec une par-\nfaite entente de l'ancien style un air de Lotti, compositeur italien du\ndix-septième siècle. Ce morceau dont la forme n'est nullement antique,\na fait le plus grand plaisir, ainsi qu'un rigaudon de Dardanus, de l'illustre\nRameau. Enfin, la première audition d'un trio pour piano, violoncelle et"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "83", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.36", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2495, "texte": "flûte, en ut, de M. Adolphe Blanc, exécuté dans la perfection par\nMM. Lavignac, Loys et Donjon, a fourni au public une nouvelle occa-\nsion d'applaudir le talent très remarquable de ce jeune compositeur qui\na de charmantes inspirations.\nCONCERTS F RAS c ATI. Le public attendait avec impatience, depuis\nplusieurs semaines déjà., l'inauguration des concerts de la salle Frascati,\nqui avait préludé huit jours auparavant par un bal masqué, mais\nl'autorisation n'avait pas encore été complètement donnée à l'en-\ntrepreneur. Cette salle, construite sur remplacement du magasin des\nVilles de France, occupe tout l'espace contenu entre la rue Vivienne et\nla rue Richelieu. Ce n'est pas la première fois qu'elle sert de refuge à la\nmusique, car, sous Louis-Philippe, c'est là qu'eurent lieu les premiers\nconcerts Musard_, transportés plus tard rue Basse-du-Rempart dans l'hô-\ntel d Osmond, et enfin aux Champs-Élysées; et du temps de Musard\ncomme aujourd'hui, sa spécialité a toujours été de former un concert-\npromenade. La salle est élégamment décorée et ornée d'une fontaine qui\nproduit le meilleur effet. Elle est trop sonore. Le public qui ne tient pas\nà se promener en écoutant la musique, est très commodément assis.\nL orchestre excellent et parfaitement conduit par M. Maton , qu'on\ns'accorde généralement à regarder comme le premier accompagnateur de\nParis, a fait entendre entre autres morceaux, une fantaisie sur Guillaume\nTell arrangée par Ch. Constantin, un peu longue, mais où des chœurs\nd'hommes, habilement introduits et composés de voix magnifiques, ont\nchanté avec beaucoup de précision et d'ensemble le sublime chœur :\ncc Jurons par nos dangers. » L'ouverture d Oberon, un air varié pour\nhautbois sur Martha, très bien exécuté par M. et deux airs\nchantés par mademoiselle Girard, ont été, avec la fantaisie sur Guillaume\nTell, les morceaux les plus chaleureusement applaudis de la soirée, On\nvoit que ce concert ne manquait pas d attraits. Pourquoi cette malheu-\nreuse et incorrigible manie de fumer en a-t-elle obscurci— c'est le mot\nles pour bien des personnes qui n'ont pas encore pu se détermi-\nner à adorer le dieu Tabac ? D'ici àla fin du mois0 un théâtre d'opéret-\ntes inédites va être installé dans la salle. Faisons des vœux pour qu'au\nmoins, aux représentations, les fumeurs s'abstiennent de fêter leur brune\ndivinité !\nH. C.\nCONCERT GOTTSCHALK* La seconde audition des œuvres pour le\npiano de Gottschalk a été non moins intéressante que la première. Ma-"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "84", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.37", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 972, "texte": "demoiselle Clara Gottschalk a exécuté plusieurs morceaux avec une\nexquise délicatesse. Les plus applaudis ont été un duo à deux pianos sur\nles motifs du avec le concours de M. Joseph O'Kelly, et la\nPasqidnade, fantaisie originale et charmante, qui aura le succès du Ba-\nnanier et de la Bamboula. L'excellent Roger a chanté avec sa voix et\nson talent habituels deux fables de La Fontaine mises en musique par\nM. Étienne Rey et le Roi des aulnes, de Schubert, qui a paru un peu\ndémodé. « Donnez-moi la Galette de Hollande, J> disait Rameau, et je la\nmettrai en musique. )\\La tâche que s'est imposée M. Rey n'est guère\nplus facile.\nM. Taffanel a été vivement applaudi dans une fantaisie pour la flûte,\nde sa composition, et M. Lichtlé, artiste du théâtre de Strasbourg, avant\nla fatale séparation, a déployé une superbe qualité de son et parfaitement\nréussi des difficultés extrêmement grandes pour le véritable cor, c'est-à-\n--dire sans pistons.\nH. C."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-01-15-01-c022", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-01-15_01#c022", "volume": "bmtnabc_1874-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "85", "page_fin": "88", "image_debut": 38, "image_fin": 41, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.2.6", "titre_corps": "REVUE DES THÉATRES LYRIQUES", "titre_sommaire": "REVUE DES THÉATRES LYRIQUES", "signature_source": "ARTHUR HEULHARD", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 38, "page_imprimee": "85", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.38", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1712, "texte": "REVUE DES THÉATRES LYRIQUES\n\nITALIENS : M. Devilliers. Lucia di Lammermoor. MM. Genevois et Padilla.\nMLLE Heilbronn. ATHÉNÉE : Lucia di Lammermoor. Le maestro Graffigna.\nMLLC Anna Rienzi.\nTALIENS.— LUCIA DI LAMMERMOOR.— Jeudi Bjanvier.—\nQui ne se souvient de la Chasse au Chastre, une\nétourdissante nouvelle de Méry dans laquelle on voit\nun Nemrod marseillais faire le tour du monde, à la\npoursuite d'un chastre qui s'est envolé d un arbre de\nla Provence? C'est à cette battue fantastique que se li-\nvrent, eux aussi, les directeurs du Théâtre-Italien, et le gibier qu ils\ntraquent, le ténor, n'est pas moins rare et moins subtil que le chastre du\nMarseillais de Méry. Les voilà pourtant qui se rapprochent du but.\nMM. Devilliers et Genevois, les deux ténors que nous avons entendus\ndurant cette quinzaine, l'un dans le rôle de Manrique du Trovcitore,\nl'autre dans celui d'Edgardo de Lucia di Lammermoor, sont de beaucoup\nsupérieurs à tous ceux qui nous ont été présentés jusqu ici, et nous ne\ndoutons pas qu'ils ne relèvent désormais par leur concours le niveau\nd'exécution du répertoire italien. M. Devilliers avait débuté dans la TÎ ci-\nviata de Verdi, et soit que ses moyens déjà puissants ne se fussent pas\ntrouvés à Faise dans le demi-caractère, soit qu'ils eussent été paralysés\npar l'émotion, il avait, pour ainsi dire, manqué son entrée à la salle\nVentadour. Mais il a pris possession du rôle de Manrique avec tant de\njuvénile assurance, qu'il s'est fait une large trouée dans la faveur du\npublic.\nL'épreuve à laquelle s'est soumis M. Genevois dans Lucia di Lam-\nmermoor, a été moins décisive peut-être. C'est que le rôle d'Edgardo,\nsans jamais demander à son interprète une excessive dépense de torces,"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "86", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.39", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2712, "texte": "exige de lui des qualités plus délicates que le volume de la voix et l'éten-\ndue du registre, j'entends une belle méthode d'accentuation dramatique\net d'expression lyrique. M. Genevois a dit avec assez de feu le bel allegro\nde son duo avec Lucia ; mais il n'a pas mis en relief, comme il convient,\nla phrase déchirante : TJamoy ingrata, t'amo ancora, du splendide sex-\ntuor encadré dans le finale du second acte. Dès le commencement de la\nscène des tombeaux qui termine le dernier tableau d'une façon si poi-\ngnante, il a laissé voir qu'il ne possédait pas encore l'entente de la gra-\ndation dramatique. Il a forcé sa voix sur le récitatif : aussi, quand il a\nvoulu la conduire dans la moelleuse demi-teinte de l'air : O belV\naima innamorata) l'émission du son était devenue gutturale. Voilà le\ndéfaut qu'il devra surveiller. Mademoiselle Heilbronn a particulièrement\nbien chanté son duo avec Asthon ; mais là n'est point tout le rôle de la\nbien-aimée d'Edgardo. Il sera bon qu'elle retranche de son grand air\ncertain trait de son cru que le bon goût réprouve. M. Padilla ne\ntient pas le rôle du baryton avec toute l'autorité désirable. Dans le sex-\ntuor, il n'a point donné à l'éclatant cri de rage d'Asthon, qui suspend\nl'ensembie vocal, le relief et le mordant qu'il exige. L'orchestre et les\nchœurs, sous Tœil vigilant de M. Vianesi, ont été irréprochables.\nATHENÉE. LUCIA DI LAMMERMOOR. Mercredi Y janvier.\nL'homme ayant la vie plus courte que le cerf et la corneille, sa mémoire\nest moins ornée peut-être que celle de ces intéressantes bêtes. Je n'ai\ndonc pas rencontré en mon chemin la charrette épique des comédiens\ndu Roman comique ; l'exhilarant équipage du sieur Dassoucy, ses deux\npages de noir habillés, son âne caparaçonné de téorbes et bardé de\nluths ; je n'ai pas connu Gaultier Garguille et Guillot Gorju, les far-\nceurs barbouillés de lie, non plus que l'illustre Savoyard, dit Y Orphée\ndu Pont-Neuf, et le Singe de Brioché, qui ameura tout Paris. Mais, en\nmatière de haute curiosité, celui qui a vu Raphaël, grand opéra de\nM. Giunti Bellini ; le Borgne, drame shakespearien de M. Loyau de\nLacy, et Lucia di Lammermoor, interprétée par la troupe italienne de\nl'Athénée, n'a rien à envier aux générations qui l'ont précédé en ce\nmonde.\nLa direction de l'Athénée m'avait convoqué à la répétition générale de\nLucia, l'œuvre par laquelle s'est ouverte et close, dans la salle de la rue\nScribe, l'exploitation du répertoire italien : cette répétition, impropre-\nment qualifiée de générale, a revêtu un tel caractère de familiarité que\nje dois mlnterdire toute critique personnelle sur les divers incidents\nqui ont égayé la soirée. Je n'en veux retenir que ce qui appartient de"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "87", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.40", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2859, "texte": "plein droit au spectateur. Par une faveur dont je prise la délicatesse., je\nn'ai pas été rappelé à la première représentation, et je n'ai pu me repaître\nl'œil des splendeurs de mise en scène qui ont amené dans un aussi bref\ndélai la fermeture de l'Athénée. Il serait cruel de s'égayer aux dépens de\nla pauvre troupe italienne qu'une inexorable fatalité jette ainsi sur le\npavé. On ne saurait trop plaindre les acteurs et les choristes auxquels\nParis refuse ce pain qu'il prodigue si aveuglément à d'autres, ni trop\nblâmer de sa coupable inexpérience l'imprésario qui les a conduits\nau sacrifice. Tout ne s'opposait-il pas au succès de l'entreprise ? Sous\nquelque forme qu'on examine la question, la solution n7en est pas dou-\nteuse. On sait combien la fortune du Théâtre-Italien actuel a été long-\ntemps vacillante ; aujourd'hui, dans sa prospérité relative et malgré le\nprestige delà mode, il ne remplit sa salle que péniblement; cependant\nil fait l'intérim de l'Opéra et ne donne que trois représentations la se-\nmaine; l'Athénée prétendait en donner autant et trouver une clientèle\nsuffisante. Au rebours des axiomes commerciaux en vigueur, la succur-\nsale eût coulé bas la maison centrale. Sur sa scène minuscule, l'Athénée\nabordait le grand opéra; le contenu était plus vaste que le contenant, et\nquel contenant ! Le caveau de famille de tous les directeurs qui s'y sont\nsuccédé ! Ajoutons que l'organisateur de ce spectacle tentait l'aventure\navec une inconcevable précipitation, que ses artistes n'eussent pas été\nrappelés plus de dix fois dans un chef-lieu de canton de la Calabre, que\nses chœurs ne comptaient pas vingt personnes des deux sexes, que les\nmusiciens de son orchestre recrutés à la hâte n'avaient aucune habitude\nde l'exécution en commun, et qu'enfin ce personnel, si peu homogène\ndéjà, ne semblait reconnaître d'autre loi que ses fantaisies.\nL'auteur de ce beau coup est M. Achille Graffigna, en même temps\nimprésario et maestro concertatore, aussi peu écouté d'ailleurs comme\nadministrateur que comme chef d'orchestre. Le talent de M. Graffigna\nn'égale pas son audace, si j'en juge par les quelques notes biographiques\nrecueillies par Fétis sur sa carrière artistique. Il a dépassé largement la\ncinquantaine, étant né vers 1817,' en Lombardie : il a fait ses études au\nConservatoire de Milan. Son premier ouvrage, intitulé Un Lampo d'in-\nfidelta (Un éclair d'infidélité)? a été représenté à Lodi en iB3B. «Le\nlivret de cet ouvrage était fort mauvais, dit Fétis, et la musique n'en\nétait guère meilleure : cependant le public fut indulgent à cause de la\njeunesse du compositeur. Le résultat de cet essai fut le mariage du maes-\ntro avec la prima donna Triulzi qui avait chanté le principal rôle de\nl'ouvrage. » Dans l'automne de 184,1, il donna à la Scala de Milan Ilde-\ngonda et opéra-bouffe écrit spécialement pour cette scène."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "88", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.41", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1947, "texte": "Romani, dans sa Chronologie de la Scala, ne nous dit pas quel accueil\nil reçut ; ce qui est constant, c est qu'on ne lui en commanda pas un\nsecond. Il a composé depuis : Eleonora di San-Bonifa^io, joué à Vé-\nrone en 1842 , Mignoni e Fanfan, à Florence en 1844, Gli ultimi giorni\ndi Suli et Ester d Engaddi, à POpéra-Italien d'Odessa, en 1845, enfin,\nIci Duchessa di San-Giuliano, au Théâtre-Italien de Paris,, il y a quel-\nques années. Ces divers opéras ont été aussi froidement accueillis en Ita-\nlie que sur les bords de la mer Noire.\nM. Graffigna rapporte d Odessa où il a été longtemps chef d'orchestre,\nla funeste manie de frapper du bâton le premier temps de la mesure sur\nle bois de son pupitre : le pupitre sollicité par ce coup, y répond par un\nbruit sec et dru comme un éclat de castagnettes. Cette accentuation so-\nnore de la mesure peut plaire à des souffleurs espagnols, mais elle est de\nnul effet sur les choristes de l'Athénée qui ont fugué à qui mieux mieux\nleurs parties dans l'exécution de Lucia. Mademoiselle Anna Rienzi, la\nprima donna assolutissima, engagée par M. Graffigna pour le rôle de\nLucia, est anglaise . son soprano a plus d'acuité que d'expansion, plus\nd homogénéité factice que de franchise naturelle. Elle est encore trop\nfi aichement emoulue de 1 ecole pour dissimuler les défauts de sa vocali-\nsation, mais elle a du style une certaine intuition qui la rend sup-\nportable. La charité chrétienne m'interdit l'appréciation du baryton\nRinaldi, qui a pourtant quelques bonnes qualités, du ténor et surtout\nde la basse qui a été sans vergogne.\nOn a fait grand tapage dernièrement de l'incident de YOrénoque, un\nnavne français, dont la station dans les eaux de Givita-Vecchia est re-\ngardée par certains politiques d'outre-mont, comme une insulte à l'ltalie.\nPar les deux ou trois représentations de Lucia di Lamnzervnoor à\n1 Athénée, la patrie du maestro Graffigna est vengée.\n\nARTHUR HEULHARD."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-01-15-01-c026", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-01-15_01#c026", "volume": "bmtnabc_1874-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "89", "page_fin": "96", "image_debut": 42, "image_fin": 49, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.2.7", "titre_corps": "VARIA", "titre_sommaire": "VARIA", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 42, "page_imprimee": "89", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.42", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1523, "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nCORRESPONDANCE\n\n9 janvier 1874.\nMonsieur le Rédacteur,\n'HABITE en ce moment le château de Ch. de G. (Sarthe),\nce qui au premier abord peut vous paraître indifférent.\nCependant j'ai là sous la main une de ces copieuses bi-\nbliothèques de campagne où plusieurs générations ont\naccumulé, sans y penser, les plus précieux documents...\nVous plaît-il que j'extraie de cette mine quelques pépites*\net que je vous les envoie?\nCeci, par exemple, peut vous être utile, en même temps qu'agréable : ce\nsont les appréciations du Journal des Dames et des Modes (année 1821), sur\nl'inauguration de la salle de l'Opéra qui vient de brûler.\nVous y trouverez plus d'un détail piquant, ignoré aujourd'hui, et très ca-\nractéristique des moeurs de l'époque; le tout pourrait servir de complément\nà votre intéressant numéro du 15 novembre dernier.\nC'est maintenant le Journal des Dames qui parle :\n« L'aspect de l'intérieur de la salle est or et blanc d'abord; bleu et or en-\nsuite jusqu'au plafond.\n« Les corridors sont vastes, les escaliers très beaux; les dégagements nom-\nbreux et bien entendus.\n« Le foyer public règne sur toute la longueur de la façade. Les peintures\nsont blanc mat et or ; les draperies des croisées amarante et orange.\n« Le foyer du chant et celui de la danse sont deux pièces d'une grande\nbeauté. Dans l'une, les murs paraissent sonores; dans l'autre, le plancher en\npente doucement inclinée vers une superbe glace, qui va jusqu'au bas, est\nd'une élasticité parfaite."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "90", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.43", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2763, "texte": "« Provisoirement, la nouvelle salle de l'Opéra sera éclairée par l'ancien\nlustre, mais lorsque les travaux qu'exige l'éclairage par le gaz hydrogène\nseront terminés, on jouira de la vue d'un lustre magnifique d'un goût tout à\nlait neuf.\n« Le milieu de cette pièce de serrurerie représente une espèce de colonne\ncannelée servant de tube pour l'introduction du gaz dont les cent huit becs\ndonnent issue à la flamme, laquelle, au lieu de monter en ligne droite, for-\nmera une tulipe.\n« Ce lustre, entièrement dore, est fait, dit-on, sur le même plan que celui de\nl'Opéra de Londres. La colonne par sa hauteur, le cercle lumineux par sa\nvaste circonférence, nous ont singulièrement frappé. Nous nous faisons une\ngrande idée de la surprise qu'il causera... «\nDécidément le nouveau lustre de l'Opéra est la grande préoccupation de\ntous les esprits en l'année 1821. Je crois même me souvenir que l'Opéra de\nla rue Le Peletier fut le premier théâtre de France où l'on fit l'essai du gaz\nhydrogène, Écoutez ce qu'en dit encore le rédacteur du Journal des Dames :\n« Dans le siècle des lumières, l'ignorance de certaines personnes à l'égard du\ngaz hydrogène est vraiment surprenante. L'une nous dit sérieusement qu'elle\ncroyait que ce gaz arrivait tout enflammé de l'atelier de fabrication au som-\nmet des candélabres placés dans le voisinage du Grand-Opéra. Vous avez\nbeau répliquer que, si le gaz hydrogène brûlait à l'abattoir Montmartre, il\ny aurait explosion sur les lieux, et point du tout éclairage dans l'intérieur de\nParis. On vous répond pour preuve de ce qu'on avance que ce gaz s'appelle\ngaz inflammable. Oui, mais non gaz enflammé!\n« Heureusement que l'allumeur arrive, et qu'en se présentant à l'orifice\ndes tuyaux une mèche flamboyante à la main, il met fin à la discussion.\n« L'autre, au moins aussi crédule, a entendu dire à quelqu'un qui pourtant\nn'est pas une bête, que le gaz hydrogène, comme l'ancien feu grégeois, si re-\ndouté du temps des croisades, brûle dans l'eau. La pluie survient, et si tous\nles jets de gaz ne s'éteignent pas à la fois, c'est que la pluie n'est pas assez\nabondante pour les arroser tous ensemble. Alors le fluide inflammable même\néteint, s'échappant incessamment des tubes conducteurs, se rallume à la\nflamme voisine.\n« Nous en disons autant du vent; et cela servira de réponse aux personnes\nqui assurent avoir soufflé en vain sur un jet de gaz enflammé.\n« Mais voilà le plus fort :\n« Le gaz hydrogène ne brûle pas.\n« Qu'entendez-vous par ces mots; car la phrase n'exprime peut-être pas\nvotre pensée d'une manière bien exacte?\n« Je veux dire que ce gaz ne cause pas de brûlure.\n« Je le crois bien, tant qu'il n'est pas enflammé.\n« Même quand il éclaire, là, pour me faire comprendre, épilogueur\néternel !"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "91", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.44", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 1842, "texte": "« Mettez seulement votre doigt au-dessus de la flamme, et vous m'en di-\nrez des nouvelles.\n« Aïe... !\n« Et bien ! mettriez-vous encore votre main au feu que la personne qui\nvous avait parlé du gaz enflammé ne causant pas de brûlure, était incapable\nde vous tromper ? »\nEnfin le grand jour est venu ! Nous sommes au 16 août 1821. L'Opéra de\nla rue Le Peletier donne sa première représentation... Mais laissons parler\nencore le rédacteur du Journal des Dames.\n« La soirée d'hier est à jamais mémorable dans les fastes des jours marqués\npar le plaisir. Les annales des théâtres disent à la postérité, que dans cette\nmême soirée, remarquable par l'ouverture de la nouvelle salle de l'Opéra,\nFeydeau, le Vaudeville, le Gymnase et la Gaîté offraient chacun une nou-\nveauté, et chose plus extraordinaire encore, autant de pièces, autant de suc-\ncès incontestés.\n« Nous ne parlerons pas de la beauté du temps qui paraissait s'être mis de la\npartie pour engager les promeneurs du boulevard de Gand à s'asseoir tran-\nquillement auprès des dames qui occupaient un double rang de chaises de-\npuis la rue du Helder, jusqu'à la rue Le Peletier, en attendant l'heure de la\nsortie de l'Opéra. Les croisées, les balcons des maisons des hôtels des rues\nLe Peletier et Grange-Batelière étaient garnis de monde comme en un\njour de fête.\n« Ce jour là, les chapeaux parés étaient en crêpe rose ou en satin blanc.\nSur le devant figurait un paquet de plumes d'autruche panachées et frisées. »\nIl me reste, monsieur, à vous prier d'agréer, etc.\npt S. Veuillez, je vous prie, m'envoyer un nouvel exemplaire de votre\nnuméro du i 5 novembre qui est entièrement consacré à l'histoire deTOpéra\nde la rue Le Peletier. Je voudrais, ainsi que l'ont fait beaucoup de vos\nsouscripteurs, le faire reliera part sans pourtant le distraire de ma collec-\ntion.\n\nA. Lebuys.\nL."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "92", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.45", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2807, "texte": "FAITS DIVERS\nN vient d'installer au Conservatoire, dans le cabinet du bibliothé-\ncaire, M. Wekerlin, le clavecin ou plutôt le piano qui a appartenu\nà Marie-Joseph Chénier. C'est un don personnel fait au bibliothé-\ncaire par M. Henry Didier, ancien représentant de l'Algérie. Cet in-\nstrument était en 1792 le principal ornement du petit salon de Marie-Joseph\nChénier, où se réunissaient le soir la plupart des patriotes en renom, et où,\nentre deux discussions politiques, le maître de la maison s'asseyait au clavier et\nchantait des couplets ou des morceaux en vogue* C'est là que Rouget de Lisle,\nencore inconnu, fit retentir pour la première fois aux oreilles et au\nParisiens cette Marseillaise inspirée, que bientôt la France entière allait char-\nter d'une voix enthousiaste. Un peu plus tard encore, le modeste instrument,\ndont nous faisons ici l'histoire, devait servir à inaugurer le Chant du Départ et\nles autres hymnes patriotiques dont Chénier avait fait les|paroles et dont Mehul\navait composé la musique Toutes ces premières auditions rendaient cet in-\nstrument précieux à Marie-Joseph Chénier; il le garda comme une relique tant\nqu'il vécut, et pour en assurer, autantjqu'il le pouvait faire, la conservation\ndans l'avenir, il le légua au meilleur et au plus constant de ses amis politi-\nques, à Daunou, chez qui ce clavecin légendaire est resté endormi et muet,\njusqu'au jour où M. Henry Didier le reçut des mains des héritiers de Dau-\nnou. Durant la dernière guerre, cet instrument se trouvait relégué en Picar-\ndie. Les Prussiens en arrachèrent les cordes, enfoncèrent la table d'harmonie\npour chercher de l'argent, qui ne s'y trouvait pas. Le pauvre clavecin était\ndans un état à pitié. C'est M. Wolff, chef de la maison Pleyel-Wolff,\nqui en a fait une restauration aussi habile qu'intelligente.\nDans l'intéressant travail sur Mozart publié dans le Ménestrel, M. Vic-\ntor Wilder nous dit quels étaient les états de service du grand maître à l'âge\nde dix-huit ans. En voici le relevé :\ni 3 petits morceaux de clavecin, menuets, variations et fugues ; 2 3 sonates\npour clavecin et violon ; 5 concertos de clavecin et un grand concerto pour\n2 violons ; 5 sonates pour orgue ;\n16 quatuors et 2 quintettes ; 20 morceaux de chant religieux, motets,\npsaumes, litanies, offertoires, etc.; 23 morceaux de chant, lieders et airs de\nconcert ; 81 petits morceaux symphoniqnes ;\n10 grands morceaux, divertimenti, sérénades et autres ayant l'étendue et\nle développement des grands ouvrages d'orchestre ;\n34 symphonies ;\n9 messes ; 3 oratorios et 7 ouvrages dramatiques formant un ensemble de\n14 actes.\nN'est-ce pas une fécondité sans exemple, et plus d'un compositeur, au\nterme de sa carrière, ne serait-il pas fier de pouvoir ranger en bataille une si\nbelle collection d'ouvrages ?"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "93", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.46", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2849, "texte": "On assure qu'une pétition, signée des noms des principaux compositeurs,\ndoit être présentée prochainement au Ministre des Beaux-Arts, pour deman-\nder la suppression des classes d'harmonie et de composition du Conserva-\ntoire.\nLes signataires de cette pétition invoquent, avec juste raison, qu'il est inhu-\nmain et immoral d'apprendre à des jeunes gens un métier qu'on leur rend\nimpossible à exercer.\nVictimes eux-mêmes de ce triste état de choses, les auteurs de la pétition\nont voulu, dans un but uniquement charitable, épargner les déboires à\nceux qui seraient tentés de les suivre dans la voie sans issue où ils se sont\nengagés.\n—M. Oswald, du Gaulois, nous donne les détails que voici sur la question\ndu Théâtre-Lyrique.\n« M. Letellier est toujours sur les rangs pour l'exploitation du Théâtre-\nLyrique, place du Châtelet. Il paraît d'accord avec la Ville, seulement il\nréclame la subvention au ministre. Il demande à M. deFourtou de proposer\nà la Chambre de porter au budget de 1874 trois douzièmes de la subvention\npour son exploitation, qui commencerait le ier octobre.\n« Ceci est une difficulté capitale. Messieurs les députés ne paraissent pas trop\ndisposés à se montrer magnifiques envers le théâtre restauré. On se rappelle\nque le rapporteur de la commission du budget a formellement déclaré que\nson intention, comme celle de ses collègues, avait été de supprimer pure-\nment et simplement l'allocation attribuée au Théâtre-Lyrique, et qu'il a fait\nvaloir cette suppression comme une économie importante.\n« Revenir là-dessus paraît assez difficile, du moins pour cette année. Il est\névident que la subvention est indispensable. Mais n'y aurait-il pas moyen de\ntransiger? M. Letellier exploiterait sans subvention pendant trois mois, d'oc-\ntobre à janvier, et la subvention serait portée au budget de 1875; ou bien\nencore, il retarderait l'inauguration de la nouvelle salle jusqu'au i°r janvier,\népoque à partir de laquelle la subvention lui serait accordée. Nous y per-\ndrions trois mois, c'est vrai, et M. Letellier une partie de la bonne saison ;\nmais enfin on fait ce que l'on peut, et il faut se contenter de ce qu'il est pos-\nsible d'obtenir.\n« Après cela, il est très possible que l'intervention de la Ville change la\nsituation. La Ville est la première intéressée à ce que sa propriété rapporte. »\n—Le nouveau journal musical Y Echo, de Berlin, nous rapporte l'intéres-\nsant compte-rendu d'une séance de musique historique où M. W. Tappert a\nfait une conférence sur Robin et Marion, de notre Adam de la Haie. Les\nnaïves mélodies du Bossu d'Arras ont, paraît-il, fait une impression très vive.\nLa Société des Compositeurs de musique nous a fait entendre, il y a\nquelques années, cette pièce, que certains considèrent comme l'embryon de\nl'opéra comique.\n—■ L'almanach des théâtres allemands, rédigé par A. Entsch, vient de' pa-"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "94", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.47", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2263, "texte": "raître à Berlin. Ce petit livre en est aujourd'hui à sa 38e année. Notre col-\nlaborateur, M. Arthur Pougin, avait entrepris, il y a quelques années, la\npublication d'un Almanach musical extrêmement précieux. Comment se\nfait-il qu'un éditeur intelligent ne la reprenne pas\n\nNOUVELLES\n\nARIS. Opéra. L'Assemblée nationale a voté jeudi, par 503 voix\ncontre 42, le projet de loi présenté par le Ministre des Beaux-Arts\net dont voici la teneur :\n« ARTICLE PREMIER. —Un crédit extraordinaire de 609,258 fr. 89 c. est\nouvert au Ministre de l'lnstruction publique et des Beaux-Arts, à titre de\nsubvention supplémentaire, pour l'exploitation provisoire de l'Opéra, pendant\nl'année 1874, aux risques et périls de l entrepreneur-directeur.\n« ART. 2. Un second crédit extraordinaire de 300,000 françs est ouvert au\nMinistre de l'lnstruction publique et des Beaux-Arts, pour faire exécuter\nles décors, costumes et accessoires, et pour acheter les instruments de mu-\nsique et les parties d'orchestre indispensables à l'exploitation provisoire\nprévue au précédent article.\n« ART. 3. Ces deux crédits seront imputés sur les fonds du budget de l'exer-\ncice 1874. »\nLe service des répétitions est commencé à l'Opéra.\nOn relève en ce moment, dans la partie des bâtiments de la rue Drouot\niespectée par le feu, les murs du foyer des artistes, qui sera consacré àce\ntravail.\nC est, on le sait, Don Juan qui doit ouvrir la marche, et dont la première\nreprésentation est annoncée pour le 19 courant. Pour cet ouvrage les décors\ndu Théâtre-Italien serviront.\nPuis viendront Jaust, la Muette, la b avorite, le Trouvère', et probablement\nLucie et Guillaume Tell* Il ne serait pas absolument impossible de jouer\nRobert-le-Diable : les décors de ce dernier ouvrage ont été sauvés; seulement\nleurs dimensions ne sont pas en rapport avec les proportions plus étroites de\nla salle Ventadour.\nIl n'y aurait aucun inconvénient à les raccourcir, comme cela a été fait\npour les décors de Faust et de Roméo et Juliette, appartenant à l'ancien\nThéâtre-Lyrique. II faudra travailler pour venir à bout de toutes les diffi-\ncultés, dont quelques-unes ne laissent pas que d'être sérieuses. Mais on y\nparviendra.\nM. Halanzier vient d'inaugurer sa nouvelle direction par deux actes de"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "95", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.48", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2434, "texte": "très intelligente administra don en s attachant M. C'arvalho comme directeur\nde la scène, et en signant avec madame Carvalho un traité qui commencera à\nla fin de son engagement à l'Opéra-Comique, c'est-à-dire le 3i mars pro-\nchain.\nOpéra-Comique. On nous assure que le Florentin, de M. Charles Le-\nnepveu, passera à l'Opéra-Comique dans les premiers jours du mois de fé-\nvrier Les deux premiers actes sont complètement sus, et les artistes en font\nie plus grand éloge.\nDepuis 1869, cet opéra et son auteur attendaient le jour heureux de la repré-\nsentation.\nEn attendant, l'Opéra-Comique a repris l'Ombre de M. de Flotow, avec\nIsmael, Lhérie, mesdames Priola et Reine,\nOdéon. —Aujourd'hui i 5 janvier, pour célébrer le 252e anniversaire de la\nnaissance de Molière, l'Odéon donne une très belle représentation du réper-\ntoire classique, composée du Tartuffe et du Malade imaginaire, avec la\nCérémonie, dans laquelle paraîtront tous les artistes delà troupe.\nPour cette cérémonie, le Directeur de l'Odéon a fait orchestrer à nouveau\nla musique de Lulli, ou mieux les motifs de Lulli, qui sera exécutée\npar un excellent orchestre de quarante musiciens.\nFolies-Dramatiques. La Fiancée du Roi de Garbe, de M. LitolfF, est en\nrépétition aux Folies-Dramatiques. M. Sainte-Foy a quitté 1 Opéra-Comique\npour débuter dans cette pièce par un rôle spécialement écrit pour lui.\nM. Cantin nous promet des merveilles. Les dépenses de décorset de cos-\ntumes se montent déjà à une centaine de mille francs.\nMadame Galli-Marié est en pourparlers avec M. Cantin pour créer le\nprincipal rôle de la Fiancée du Roi de Garbe.\nLe Comité de la Société des Compositeurs de musique vient de consti-\ntuer son bureau pour l'année 1874 ; ont été nommés :\nPrésidents d'honneur : MM. A. Thomas, Félicien David, Reber, V. Massé,\nde l'lnstitut ;\nPrésident : M. Vaucorbeil ;\nVice-présidents : MM. Wekerlin, d'lngrande ;\nSecrétaire : M. Th. de Lajarte ;\nSecrétaire-adjoint : M.-Guillot de Sainbris ;\nTrésorier : M. Ad. Blanc ;\nArchiviste-bibliothécaire : M. Wekerlin ;\nMembres du Comité : MM. Barbereau, Félix Clément, Delioux, de Groot>\nAd. Nibelle, Limagne, Ortolan, Vogel, Wolff.\n*\nNous apprenons avec satisfaction que M. J. Chantep ie, qui obtint, au\nconcours de livrets pour l'Opéra, dans lequel la Coupe du Roi de Thulé eut\nle prix, le second rang avec la Clarine, vient de confier son manuscrit à\nM. Lenepveu, auteur de Florentin, pour en faire la musique."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "96", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.49", "debut_caractere": 124, "fin_caractere_exclue": 1498, "texte": "MILAN. Le Cartellone de la Scala donne la liste suivante des artistes en-\ngagés pour la saison de carnaval et carême, et des opéras qui seront repré-\nsentés pendant la même période. Artistes : Mesdames Fricci-Baraldi,-Sin-\nger, Durand, Jones ; MM. Bolis, Gulli, Pandolfini, Broggi, Castelmary, Pe-\ntit ; chefs d'orchestre, Franco Faccio, Ed. Perelli. Opéras : I Lituanie de\nPonchielli ; Caligola, de Braga ; Macbeth (modifié), de Verdi ; Fausto, de\nGounod ; Aida, de verdi. On parle d'un sixième ouvrage, dont l'auteur est\nM. Burgio de Villa-Fiorita 5 mais la Commission Fa écarté jusqu'ici sous\nprétexte que la Scala ne doit pas servir aux essais des jeunes gens. Plus d'un\ntalent ignoré s'y est pourtant révélé , et le succès éclatant obtenu à Bologne\npar 1 opéra de Gobatti, / G-oti) obstinément repoussé par la Commission de\nla Scala qui lui a préféré une mauvaise partition aussitôt tombée que repré-\nsentée, devrait servir de leçon à cet aréopage peu libéral.\n- L Administration de 1 Opéra nous a délivré Ja pièce suivante :\nReçu de M. A.Heulhard, directeur de la CHRONIQUE MUSICALE, la somme de\ncinq cent dix-huit francs, montant du produit de la vente du numéro du 1 5 no-\nvembre dernier, au profit des petits employés de l'Opéra.\nParis, le 14 janvier 1874.\nSigné : Alexandre,\nCaissier de l'Opéra.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. 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(Sarthe),\nce qui au premier abord peut vous paraître indifférent.\nCependant j'ai là sous la main une de ces copieuses bi-\nbliothèques de campagne où plusieurs générations ont\naccumulé, sans y penser, les plus précieux documents...\nVous plaît-il que j'extraie de cette mine quelques pépites*\net que je vous les envoie?\nCeci, par exemple, peut vous être utile, en même temps qu'agréable : ce\nsont les appréciations du Journal des Dames et des Modes (année 1821), sur\nl'inauguration de la salle de l'Opéra qui vient de brûler.\nVous y trouverez plus d'un détail piquant, ignoré aujourd'hui, et très ca-\nractéristique des moeurs de l'époque; le tout pourrait servir de complément\nà votre intéressant numéro du 15 novembre dernier.\nC'est maintenant le Journal des Dames qui parle :\n« L'aspect de l'intérieur de la salle est or et blanc d'abord; bleu et or en-\nsuite jusqu'au plafond.\n« Les corridors sont vastes, les escaliers très beaux; les dégagements nom-\nbreux et bien entendus.\n« Le foyer public règne sur toute la longueur de la façade. Les peintures\nsont blanc mat et or ; les draperies des croisées amarante et orange.\n« Le foyer du chant et celui de la danse sont deux pièces d'une grande\nbeauté. 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La colonne par sa hauteur, le cercle lumineux par sa\nvaste circonférence, nous ont singulièrement frappé. Nous nous faisons une\ngrande idée de la surprise qu'il causera... «\nDécidément le nouveau lustre de l'Opéra est la grande préoccupation de\ntous les esprits en l'année 1821. Je crois même me souvenir que l'Opéra de\nla rue Le Peletier fut le premier théâtre de France où l'on fit l'essai du gaz\nhydrogène, Écoutez ce qu'en dit encore le rédacteur du Journal des Dames :\n« Dans le siècle des lumières, l'ignorance de certaines personnes à l'égard du\ngaz hydrogène est vraiment surprenante. L'une nous dit sérieusement qu'elle\ncroyait que ce gaz arrivait tout enflammé de l'atelier de fabrication au som-\nmet des candélabres placés dans le voisinage du Grand-Opéra. Vous avez\nbeau répliquer que, si le gaz hydrogène brûlait à l'abattoir Montmartre, il\ny aurait explosion sur les lieux, et point du tout éclairage dans l'intérieur de\nParis. On vous répond pour preuve de ce qu'on avance que ce gaz s'appelle\ngaz inflammable. Oui, mais non gaz enflammé!\n« Heureusement que l'allumeur arrive, et qu'en se présentant à l'orifice\ndes tuyaux une mèche flamboyante à la main, il met fin à la discussion.\n« L'autre, au moins aussi crédule, a entendu dire à quelqu'un qui pourtant\nn'est pas une bête, que le gaz hydrogène, comme l'ancien feu grégeois, si re-\ndouté du temps des croisades, brûle dans l'eau. La pluie survient, et si tous\nles jets de gaz ne s'éteignent pas à la fois, c'est que la pluie n'est pas assez\nabondante pour les arroser tous ensemble. Alors le fluide inflammable même\néteint, s'échappant incessamment des tubes conducteurs, se rallume à la\nflamme voisine.\n« Nous en disons autant du vent; et cela servira de réponse aux personnes\nqui assurent avoir soufflé en vain sur un jet de gaz enflammé.\n« Mais voilà le plus fort :\n« Le gaz hydrogène ne brûle pas.\n« Qu'entendez-vous par ces mots; car la phrase n'exprime peut-être pas\nvotre pensée d'une manière bien exacte?\n« Je veux dire que ce gaz ne cause pas de brûlure.\n« Je le crois bien, tant qu'il n'est pas enflammé.\n« Même quand il éclaire, là, pour me faire comprendre, épilogueur\néternel !"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "91", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.44", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 1842, "texte": "« Mettez seulement votre doigt au-dessus de la flamme, et vous m'en di-\nrez des nouvelles.\n« Aïe... !\n« Et bien ! mettriez-vous encore votre main au feu que la personne qui\nvous avait parlé du gaz enflammé ne causant pas de brûlure, était incapable\nde vous tromper ? »\nEnfin le grand jour est venu ! Nous sommes au 16 août 1821. L'Opéra de\nla rue Le Peletier donne sa première représentation... Mais laissons parler\nencore le rédacteur du Journal des Dames.\n« La soirée d'hier est à jamais mémorable dans les fastes des jours marqués\npar le plaisir. Les annales des théâtres disent à la postérité, que dans cette\nmême soirée, remarquable par l'ouverture de la nouvelle salle de l'Opéra,\nFeydeau, le Vaudeville, le Gymnase et la Gaîté offraient chacun une nou-\nveauté, et chose plus extraordinaire encore, autant de pièces, autant de suc-\ncès incontestés.\n« Nous ne parlerons pas de la beauté du temps qui paraissait s'être mis de la\npartie pour engager les promeneurs du boulevard de Gand à s'asseoir tran-\nquillement auprès des dames qui occupaient un double rang de chaises de-\npuis la rue du Helder, jusqu'à la rue Le Peletier, en attendant l'heure de la\nsortie de l'Opéra. Les croisées, les balcons des maisons des hôtels des rues\nLe Peletier et Grange-Batelière étaient garnis de monde comme en un\njour de fête.\n« Ce jour là, les chapeaux parés étaient en crêpe rose ou en satin blanc.\nSur le devant figurait un paquet de plumes d'autruche panachées et frisées. »\nIl me reste, monsieur, à vous prier d'agréer, etc.\npt S. Veuillez, je vous prie, m'envoyer un nouvel exemplaire de votre\nnuméro du i 5 novembre qui est entièrement consacré à l'histoire deTOpéra\nde la rue Le Peletier. Je voudrais, ainsi que l'ont fait beaucoup de vos\nsouscripteurs, le faire reliera part sans pourtant le distraire de ma collec-\ntion.\n\nA. Lebuys.\nL."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-01-15-01-c031", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-01-15_01#c031", "volume": "bmtnabc_1874-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "92", "page_fin": "94", "image_debut": 45, "image_fin": 47, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.2.7.3", "titre_corps": "FAITS DIVERS", "titre_sommaire": "FAITS DIVERS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 45, "page_imprimee": "92", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.45", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2807, "texte": "FAITS DIVERS\nN vient d'installer au Conservatoire, dans le cabinet du bibliothé-\ncaire, M. Wekerlin, le clavecin ou plutôt le piano qui a appartenu\nà Marie-Joseph Chénier. C'est un don personnel fait au bibliothé-\ncaire par M. Henry Didier, ancien représentant de l'Algérie. Cet in-\nstrument était en 1792 le principal ornement du petit salon de Marie-Joseph\nChénier, où se réunissaient le soir la plupart des patriotes en renom, et où,\nentre deux discussions politiques, le maître de la maison s'asseyait au clavier et\nchantait des couplets ou des morceaux en vogue* C'est là que Rouget de Lisle,\nencore inconnu, fit retentir pour la première fois aux oreilles et au\nParisiens cette Marseillaise inspirée, que bientôt la France entière allait char-\nter d'une voix enthousiaste. Un peu plus tard encore, le modeste instrument,\ndont nous faisons ici l'histoire, devait servir à inaugurer le Chant du Départ et\nles autres hymnes patriotiques dont Chénier avait fait les|paroles et dont Mehul\navait composé la musique Toutes ces premières auditions rendaient cet in-\nstrument précieux à Marie-Joseph Chénier; il le garda comme une relique tant\nqu'il vécut, et pour en assurer, autantjqu'il le pouvait faire, la conservation\ndans l'avenir, il le légua au meilleur et au plus constant de ses amis politi-\nques, à Daunou, chez qui ce clavecin légendaire est resté endormi et muet,\njusqu'au jour où M. Henry Didier le reçut des mains des héritiers de Dau-\nnou. Durant la dernière guerre, cet instrument se trouvait relégué en Picar-\ndie. Les Prussiens en arrachèrent les cordes, enfoncèrent la table d'harmonie\npour chercher de l'argent, qui ne s'y trouvait pas. Le pauvre clavecin était\ndans un état à pitié. C'est M. Wolff, chef de la maison Pleyel-Wolff,\nqui en a fait une restauration aussi habile qu'intelligente.\nDans l'intéressant travail sur Mozart publié dans le Ménestrel, M. Vic-\ntor Wilder nous dit quels étaient les états de service du grand maître à l'âge\nde dix-huit ans. En voici le relevé :\ni 3 petits morceaux de clavecin, menuets, variations et fugues ; 2 3 sonates\npour clavecin et violon ; 5 concertos de clavecin et un grand concerto pour\n2 violons ; 5 sonates pour orgue ;\n16 quatuors et 2 quintettes ; 20 morceaux de chant religieux, motets,\npsaumes, litanies, offertoires, etc.; 23 morceaux de chant, lieders et airs de\nconcert ; 81 petits morceaux symphoniqnes ;\n10 grands morceaux, divertimenti, sérénades et autres ayant l'étendue et\nle développement des grands ouvrages d'orchestre ;\n34 symphonies ;\n9 messes ; 3 oratorios et 7 ouvrages dramatiques formant un ensemble de\n14 actes.\nN'est-ce pas une fécondité sans exemple, et plus d'un compositeur, au\nterme de sa carrière, ne serait-il pas fier de pouvoir ranger en bataille une si\nbelle collection d'ouvrages ?"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "93", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.46", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2849, "texte": "On assure qu'une pétition, signée des noms des principaux compositeurs,\ndoit être présentée prochainement au Ministre des Beaux-Arts, pour deman-\nder la suppression des classes d'harmonie et de composition du Conserva-\ntoire.\nLes signataires de cette pétition invoquent, avec juste raison, qu'il est inhu-\nmain et immoral d'apprendre à des jeunes gens un métier qu'on leur rend\nimpossible à exercer.\nVictimes eux-mêmes de ce triste état de choses, les auteurs de la pétition\nont voulu, dans un but uniquement charitable, épargner les déboires à\nceux qui seraient tentés de les suivre dans la voie sans issue où ils se sont\nengagés.\n—M. Oswald, du Gaulois, nous donne les détails que voici sur la question\ndu Théâtre-Lyrique.\n« M. Letellier est toujours sur les rangs pour l'exploitation du Théâtre-\nLyrique, place du Châtelet. Il paraît d'accord avec la Ville, seulement il\nréclame la subvention au ministre. Il demande à M. deFourtou de proposer\nà la Chambre de porter au budget de 1874 trois douzièmes de la subvention\npour son exploitation, qui commencerait le ier octobre.\n« Ceci est une difficulté capitale. Messieurs les députés ne paraissent pas trop\ndisposés à se montrer magnifiques envers le théâtre restauré. On se rappelle\nque le rapporteur de la commission du budget a formellement déclaré que\nson intention, comme celle de ses collègues, avait été de supprimer pure-\nment et simplement l'allocation attribuée au Théâtre-Lyrique, et qu'il a fait\nvaloir cette suppression comme une économie importante.\n« Revenir là-dessus paraît assez difficile, du moins pour cette année. Il est\névident que la subvention est indispensable. Mais n'y aurait-il pas moyen de\ntransiger? M. Letellier exploiterait sans subvention pendant trois mois, d'oc-\ntobre à janvier, et la subvention serait portée au budget de 1875; ou bien\nencore, il retarderait l'inauguration de la nouvelle salle jusqu'au i°r janvier,\népoque à partir de laquelle la subvention lui serait accordée. Nous y per-\ndrions trois mois, c'est vrai, et M. Letellier une partie de la bonne saison ;\nmais enfin on fait ce que l'on peut, et il faut se contenter de ce qu'il est pos-\nsible d'obtenir.\n« Après cela, il est très possible que l'intervention de la Ville change la\nsituation. La Ville est la première intéressée à ce que sa propriété rapporte. »\n—Le nouveau journal musical Y Echo, de Berlin, nous rapporte l'intéres-\nsant compte-rendu d'une séance de musique historique où M. W. Tappert a\nfait une conférence sur Robin et Marion, de notre Adam de la Haie. 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Halanzier vient d'inaugurer sa nouvelle direction par deux actes de"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "95", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.48", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2434, "texte": "très intelligente administra don en s attachant M. C'arvalho comme directeur\nde la scène, et en signant avec madame Carvalho un traité qui commencera à\nla fin de son engagement à l'Opéra-Comique, c'est-à-dire le 3i mars pro-\nchain.\nOpéra-Comique. On nous assure que le Florentin, de M. Charles Le-\nnepveu, passera à l'Opéra-Comique dans les premiers jours du mois de fé-\nvrier Les deux premiers actes sont complètement sus, et les artistes en font\nie plus grand éloge.\nDepuis 1869, cet opéra et son auteur attendaient le jour heureux de la repré-\nsentation.\nEn attendant, l'Opéra-Comique a repris l'Ombre de M. de Flotow, avec\nIsmael, Lhérie, mesdames Priola et Reine,\nOdéon. —Aujourd'hui i 5 janvier, pour célébrer le 252e anniversaire de la\nnaissance de Molière, l'Odéon donne une très belle représentation du réper-\ntoire classique, composée du Tartuffe et du Malade imaginaire, avec la\nCérémonie, dans laquelle paraîtront tous les artistes delà troupe.\nPour cette cérémonie, le Directeur de l'Odéon a fait orchestrer à nouveau\nla musique de Lulli, ou mieux les motifs de Lulli, qui sera exécutée\npar un excellent orchestre de quarante musiciens.\nFolies-Dramatiques. La Fiancée du Roi de Garbe, de M. LitolfF, est en\nrépétition aux Folies-Dramatiques. M. Sainte-Foy a quitté 1 Opéra-Comique\npour débuter dans cette pièce par un rôle spécialement écrit pour lui.\nM. Cantin nous promet des merveilles. Les dépenses de décorset de cos-\ntumes se montent déjà à une centaine de mille francs.\nMadame Galli-Marié est en pourparlers avec M. Cantin pour créer le\nprincipal rôle de la Fiancée du Roi de Garbe.\nLe Comité de la Société des Compositeurs de musique vient de consti-\ntuer son bureau pour l'année 1874 ; ont été nommés :\nPrésidents d'honneur : MM. A. Thomas, Félicien David, Reber, V. Massé,\nde l'lnstitut ;\nPrésident : M. Vaucorbeil ;\nVice-présidents : MM. Wekerlin, d'lngrande ;\nSecrétaire : M. Th. de Lajarte ;\nSecrétaire-adjoint : M.-Guillot de Sainbris ;\nTrésorier : M. Ad. Blanc ;\nArchiviste-bibliothécaire : M. Wekerlin ;\nMembres du Comité : MM. Barbereau, Félix Clément, Delioux, de Groot>\nAd. Nibelle, Limagne, Ortolan, Vogel, Wolff.\n*\nNous apprenons avec satisfaction que M. J. Chantep ie, qui obtint, au\nconcours de livrets pour l'Opéra, dans lequel la Coupe du Roi de Thulé eut\nle prix, le second rang avec la Clarine, vient de confier son manuscrit à\nM. Lenepveu, auteur de Florentin, pour en faire la musique."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "96", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.49", "debut_caractere": 124, "fin_caractere_exclue": 1498, "texte": "MILAN. Le Cartellone de la Scala donne la liste suivante des artistes en-\ngagés pour la saison de carnaval et carême, et des opéras qui seront repré-\nsentés pendant la même période. Artistes : Mesdames Fricci-Baraldi,-Sin-\nger, Durand, Jones ; MM. Bolis, Gulli, Pandolfini, Broggi, Castelmary, Pe-\ntit ; chefs d'orchestre, Franco Faccio, Ed. Perelli. Opéras : I Lituanie de\nPonchielli ; Caligola, de Braga ; Macbeth (modifié), de Verdi ; Fausto, de\nGounod ; Aida, de verdi. On parle d'un sixième ouvrage, dont l'auteur est\nM. Burgio de Villa-Fiorita 5 mais la Commission Fa écarté jusqu'ici sous\nprétexte que la Scala ne doit pas servir aux essais des jeunes gens. Plus d'un\ntalent ignoré s'y est pourtant révélé , et le succès éclatant obtenu à Bologne\npar 1 opéra de Gobatti, / G-oti) obstinément repoussé par la Commission de\nla Scala qui lui a préféré une mauvaise partition aussitôt tombée que repré-\nsentée, devrait servir de leçon à cet aréopage peu libéral.\n- L Administration de 1 Opéra nous a délivré Ja pièce suivante :\nReçu de M. A.Heulhard, directeur de la CHRONIQUE MUSICALE, la somme de\ncinq cent dix-huit francs, montant du produit de la vente du numéro du 1 5 no-\nvembre dernier, au profit des petits employés de l'Opéra.\nParis, le 14 janvier 1874.\nSigné : Alexandre,\nCaissier de l'Opéra.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[49]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.1", "texte": "LA MUSIQUE EN SUÈDE\nEN ISLANDE, EN NORWÈGE ET DANS LE DANEMARK\nHISTOIRE ET MONOGRAHIE\n\nI\nADAME de Staël l'a dit : « La France est entou-\nrée d'un mur chinois contre lequel les idées\nse heurtent sans pouvoir le franchir. » Ce\nmur, très haut dressé et tout-à-fait inexpu-\ngnable du temps de madame de Staël, n'a\npoint encore été mis bas, et lorsqu'il s'y creuse\nquelque lézarde, vite les Français replâtrent\nla trouée, pour que hommes et choses demeu-\nrent hors de la frontière. Parfois, les idées, les\nsentiments, les arts, semblables aux oiseaux, prennent leur élan par\ndessus le rempart. Ils rencontrent alors des chasseurs bons patriotes qui\n\n111.\n4"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "50", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.2", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ntirent sur ces volatiles téméraires avec un invincible courage et une ter-\nrible maladresse. Les oiseaux ont le vol agile et tous ne sont pas tués.\nIl est des châtelaines qui ouvrent à ces échappés leur tiède boudoir et le\nfrémissant abri de leur sein ému, et c'est ainsi que s'explique comment les\ndames de Vienne, avec leur orchestre, et les dames suédoises, rien qu'avec\nleur voix, n'ont eu qu'à se présenter pour être hospitalièrement accueil-\nlies dans ce Paris courtisanesque qui se fanatise pour les grands artistes,\nmais qui, non moins sérieusement, héberge Thomme-chien avec sa pro-\ngéniture, et les femelles qui, ayant quatre jambes bras, ne peu-\nvent pas, au dire des plaisants, être appelées les bonnes femmes sans\ntête, puisqu'elles en ont deux.\nL'orchestre des dames de Vienne, c'est désormais de la vieille histoire\net une gloire évanouie ; mais les chanteuses suédoises n'ont pas épuisé\nleur succès. Ici même, aujourd'hui, à vingt pages de distance, on vous\nraconte leurs prouesses, car ces récits victorieux ne sont pas de notre of-\nfice. Mais puisque la strophe ailée et la charmeresse mélopée nous arri-\nvent des horizons froidissants où le pôle s'avoisine, nous voulons effeuil-\nler l'histoire de cet art que l'on dit étrange et dont l'originalité ne nous\nsurprend peut-être que parce qu'il nous est inconnu.\nLa musique suédoise et ses appartenances Scandinaves, c'est une ac-\ntualité. Dans le mur chinois, la brèche s'est donc ouverte. Avant\nqu'elle soit refermée, nous en aurons profité pour parler de l'art Scandi-\nnave dont Paris dédaigne de se souvenir, et qui y a été si brillamment\nreprésenté par Ole-Bull, Lymbie, mademoiselle de Nissen, Jenny Lind\net mademoiselle Nilsson, si essentiellement suédoise, alors que les JBar-\nnums meurtriers du bel art n'avaient pas encore eu le déshonneur, en\néchange de piles d'or, de dénaturer ce talent autrefois si fin et de gros-\nsoyer cette voix qui jadis était fascinante et mystique.\nLa musique Scandinave a été encore représentée à Paris par le qua-\ntuor cavalier que M. Pasdeloup et M. Carvalho nous firent entendre, il\ny a quelques années, aux Concerts populaires et au Théâtre-Lyrique, et\nauquel les auditeurs galants ne préparèrent aucun des triomphes qu'il\nméritait si bien, par le motif fort légitime que ces musiciens, nous\nparlons du quatuor, avaient la dure chance de n'être point des\ncantatrices appétissantes et juvéniles, et de ne point aborder le public\navec de fins corsages, des jupes ondoyantes, des flottantes chevelures et\ndes minois chiffonnés.\nLe quatuor suédois, récemment exhibé à ces mêmes Concerts popu-\nlaires par M. Pasdeloup, qui a toutes les fortunes, parce qu'il a toutes les\naudaces, a été mieux avisé, Il est tout femme cette fois, ce qui ne gâte"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "51", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.3", "texte": "LA MUSIQUE EN SUÈDE, ETC.\n\nrien, puisqu'aussi bien on peut louer la conformité musicale des quatre\nartistes, leur solidarité vocale et leur virtuosité qui, sans nul doute, est\nau-dessus de toute dépréciation, puisque les organisateurs de ces soirées,\npar une innovation qui n'est pas sans grâce , ont offert sur un éventail,\nà chacune des spectatrices, le portrait en quatuor de ces chanteuses sué-\ndoises qui maintenant sont sûres de ne point échapper à l'immortalité.\nII\nLe scandinavisme est né de la tendance des artistes, des archéologues\net des historiens à reconstituer l'ancienne union politique et intellec-\ntuelle du Danemark, de la Suède, de la Norwége et de l'lslande, cette île\nde glace qui, découverte et colonisée dès le dixième siècle parles Norwé-\ngiens, reçut d'eux leur idiome, le vieux norwégien, source restée pure, en\nIslande mieux qu'ailleurs, des langues, des traditions, des arts et surtout\ndelà musique Scandinaves. Le nom de langues Scandinaves s'attribue en\nconséquence aux langues parlées dans la presqu'île Scandinave et dans\nles pays et les îles qui en dépendent, c'est-à-dire au danois, au norwégien,\nau suédois et à l'islandais, formant ainsi une des trois branches déta-\nchées du tronc germanique sous le nom de : Norsk ou Norroena, langue\ndu Nord.\nCette langue norrêne, conservée dans les anciens poèmes des deux\nEddas, dans les inscriptions runiques datant de l'époque chrétienne,\net dans les Sagas islandaises les plus anciennes, a été parlée dans tout le\nmonde Scandinave jusqu'au quatorzième siècle; mais elle est restée à\npeu près inconnue en Europe, et, avec elle, sont restés dans son ombre et\ndans son silence les arts, les moeurs, les traditions de tout ce monde du\nNord qui maintenant, grâce aux manifestations artistiques des Jenny\nLind , des Ole-Bull, des Nissen, des Nillsson des Lymbie et des deux\nquatuor suédois, mâle et féminin , se révèle à nous avec un prestige qui\nnous retient encore, mais qui demain peut-être ne sera plus qu'une cu-\nriosité.\nLa gloire littéraire, la splendeur musicale de tout ce monde du Nord\nsont pour nous comme un pays à peine exploré, deviné cependant.\nL'Edda et les Sagas qui chantent les dieux et les héros Scandinaves sont\nvainement des poèmes nationaux et des monuments historiques du plus\ngrand prix. Les esthéticiens laissent de côté ces richesses, et ils veulent\nignorer tout ce que fut cette civilisation où les arts, et plus particulière-\nment la musique, jouèrent un rôle actif et non interrompu.\nEn général, dans l'histoire musicale des races du Nord, tout ce qui ne"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "52", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.4", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nse rapporte pas au bardisme est resté fort obscur. En Suède, jusqu'au\ntemps de Gustave Wasa, les musiciens turent considérés comme dange-\nreux ; on les déclarait infâmes, et la police d'Etat les poursuivait. Anté-\nrieure à ce prince, il existait une loi qui les bannissait du royaume\net rendait même leur meurtre méritoire. Ce sont les variations religieu-\nses, les réactions de mœurs, la lutte des civilisations nouvelles, bien\nsouvent pires que celles qu'elles remplacent, qu'il faut accuser de ces\ncruautés imbéciles par lesquelles s'anéantit tout ce qu'il y a de beau au\nmonde. N'est-ce pas par la main même des Grecs et des Romains, bien\nplus que par les mains des Barbares, que s'est opérée dans l'Europe du\nLevant cette longue série de destructions d'édifices , de statues, de fon-\ntaines, de monuments, destructions brutales, parfois systématiques, qui\nse sont prolongées en Occident pendant tout le moyen âge, en Orient,\npendant des siècles interminables, et dont le dernier forfait, le bombar-\ndement du Panthéon, date presque d'hier ? La même rage de terreur\niconoclaste poursuivit chez les peuples de race Scandinave la gloire du\npassé. Ce passé éblouissant était demeuré vivant dans la mémoire des\nbardes qui allaient de plaine en plaine, de mont en mont, consoler les\npopulations infortunées des douleurs du présent, en leur chantant la\nvieille poésie et l'antique mélopée. Les nouveaux venus triomphateurs\nvoulurent donc la détruire , et presque tout y a péri.\nCes funestes colères s'effacèrent après Gustave Wasa; mais la musique\nne fut réellement goûtée et cultivée que lorsque le contact des nations\nmusicales de la de l'ltalie, de l'Allemagne, vint éveiller un sen-\ntiment que la proscription avait amoindri et qui, effacé avec l'ancienne\ncivilisation, ne pouvait reparaître qu'avec des mœurs complètement\ntransformées et dans une époque renouvelée en entier.\nNous ne saurions concevoir qu'une vague idée de la musique instru-\nmentale de ces peuples. Les renseignements sont rares,, incomplets et mal\n*\ncontrôlés. Les Scandinaves avaient, dans des temps assez reculés, des\nharpes et des violons ; mais 011 n'en pourrait juger par ce que l'on en\nvoit aujourd'hui dans les campagnes, notamment en Suède, où l'emploi\nde ces instruments entre les mains des paysans est resté très imparfait,\ncédant la place àla musique vocale, de quatuor,fide chœur, ou accompa-\ngnée par le piano.\nLe réel instrument de la musique, à l'époque historique des héros, des\nguerriers, des aventuriers dont toute l'Europe a subi la lourde main et\nqui ont marché jusqu'à la mer Caspienne, c'était la voix; de même que\nleur pensée se résolvait en acte, leur émotion se manifestait par la poésie,\npar le chant. Leur instrument, c'était la voix, parce que le chant, Pin-"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "53", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.5", "texte": "LA MUSIQUE EN SUÈDE, ETC.\n\nspiration s'émettent sans intermédiaire, et parce que le chant s'accom-\npagne invinciblement de la parole, sans laquelle il n'y a guère de\nmusique nationale.\nLes peuples du Nord, qu'une observation insuffisante a pu trouver\nplus calmes et plus indifférents que les peuples du Midi, ont su en effet\ninventer toujours d'éloquentes paroles et de chaleureux accents quand\nils ont voulu célébrer la vaillance et l'héroïsme. Les poésies nationales,\nles airs patriotiques, même aux époques jugées les plus barbares par\nles critiques affadis de notre prétendue civilisation, en sont les irrécusa-\nbles témoignages. C'est ainsi qu'en Suède, en Norwége, dans le Dane-\nmark et dans l'lslande, quelques restes de ces inappréciables monuments\nsubsistent encore comme autant d'incomparables trophées dans la mé-\nmoire toujours fidèle des peuples. Regner Lodbrog, poète et guerrier qui\ngouvernait le Danemark au commencement du neuvième siècle, fut pris\ndans un combat en Angleterre par Ella, son ennemi, roi d'une partie de\nl'île. Soumis aux plus durs traitements, Regner Lodbrog fut jeté dans\nun souterrain où il périt dévoré par des serpents enfermés avec lui dans\nsa prison, et qui n'avaient pour se nourrir que la chair du malheureux\nvaincu. Pendant sa captivité et malgré ses souffrances, le guerrier eut\nencore la force de composer un chant où il célèbre les combats, rappelle\nses exploits et exhorte ses fils à ne jamais déserter les batailles.\nCette chanson superbe est restée populaire en Islande. Les deux stro-\nphes que nous en donnons ici montrent ce qu'étaient ces peuples, et com-\nbien la poésie et la musique se fortifiaient au milieu de ces mœurs si\nfières, que nos versificateurs de cabaret et nos musiciens de boudoir\ncondamnent comme grossières et sauvages.\nd'un cap d'Angleterre, dix mille de nos ennemis couchés sur la pous-\nsière. Une rosée de sang dégouttait de nos glaives; les flèches mugissaient\ndans les airs en allant chercher les casques. C'était pour moi un plaisir\naussi grand que détenir une belle fille dans mes bras.\ncc Nous nous sommes battus à coups d'épée, le jour où mon bras fit\ntoucher à son dernier crépuscule, le jeune homme si fier de sa belle\nchevelure qui recherchait les jeunes filles dès le matin et se plaisait à\nentretenir les veuves. Quelle est la destinée d'un homme vaillant, si ce\nn'est de tomber dès les premiers au milieu d'une grêle de traits? Celui\nqui n'est jamais blessé passe une vie ennuyeuse, et le lâche ne fait jamais\nusage de son cœur. »\nA ces paroles hardies s'adapte une grandiose mélopée que la tradition\nn'a pas laissé s'oblitérer. Mais les hommes qui la chantent aujourd'hui sa-"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "54", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.6", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nvent-ils que ce n'est pas avec des cœurs de lièvre qu'il faut interpréter\nle rugissement des lions, les hymnes faits pour les héros et par les héros?\nLa majeure partie de ces splendides chants guerriers a disparu avec les\nraces éteintes, et quel peuple nous en rendra jamais de semblables?\nIII.\nDans le Danemark, à part l'œuvre bardique qui reste isolé dans sa\nmajestueuse tradition, on ne voit guère de musique qu'à partir du dix-\nhuitième siècle. Alors apparaissent les romances, les chants familiers, la\nmusique de danse, l'opéra avec des livrets inspirés des légendes ou de\nl'histoire Scandinave, des paroles danoises et un secret désir de mainte-\nnir la musique dans l'esprit du pays, et de créer un art national. Ce\nsont des Italiens , des Français qui éveillent le goût, le propagent. Les\nmusiciens nationaux arrivent a la suite. La chorégraphie se trouve\nmême honorablement représentée à Copenhague, et c'est le maître de\nballets Bournonville qui ouvre la danse. Bournonville était d'origine\nfrançaise ; cela va sans dire.\nBournonville|laisse toute une tradition : il a créé un corps de ballet, des\nécoles de danse, une musique de danse et même des musiciens chorégra-\nphes. L'un d'eux, H. C. Lumbye, a fait une apparition à Paris, et\ncomme d habitude, elle n a piofi té ni aux Parisiens ni aux Danois qui\navaient compté faire foi tune chez nous. On l'a surnommé le Strauss du\nNord, ce Lumbye, chef d'orchestre à Copenhague et compositeur de\ndanse. Dans son pays on vantait son instrumentation colorée, ses rhyth-\nmes variés et engageants, ses mélodies ballerines. A l'hippodrome de\nCopenhague où|i 1 avait établi des concerts dansants, il dirigeait lui-même\nun oichestre qu il avait formé. Les danseurs étaient jeunes. Ce n'était\npoint pour se réchauffer qu'ils se démenaient. Lumbye tâchait d'imiter\nStrauss et Lanner, il dirigeait avec talent, et I on disait que comme mu-\nsicien il avait le diable au corps. Cherchez dans votre bibliothèque,\nvousne manquerez pas de rencontrer quelques-unes de ses compositions,\narrangées pour piano à deux ou à quatre mains; elle ont parcouru l'An-\ngleterre, l'Allemagne, la France, tout le Nord. On les a répandues par-\ntout, et les quadrilles, valses, galops et polkas de ce compositeur s'élè-\nvent à près de quatre cents.\n(La suite prochainement.)\n\nMAURICE CRISTAL."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "55", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.7", "texte": "LA MUSIQUE\nA LA COMÉDIE-FRANÇAISE\n\n(0\nE I 3 octobre suivant, le Bourgeois gentilhomme,\ncomédie-ballet, fut représenté à Chambord et, le 2 3\nnovembre, à Paris. A Chambord, Lulli, qui était\ntoujours le collaborateur de Molière, joua le Muphti.\nEn 1672, après la brouille survenue entre le poète et\nle musicien, Beauchamps fut chargé de refaire le bal-\nlet. En 1717, la Comédie se réunit à l'Académie de Musique pour don-\nner, sur le théâtre de l'Opéra, plusieurs belles représentations du Bour-\ngeois ; on y prit le double. Les deux grands théâtres jouèrent de même\ncette pièce à l'Opéra, le 9 janvier 1852. La musique avait été refaite\npar M. Jules Cohen. On remarquait, parmi les interprètes, Samson,\nProvost, MM.Got, Delaunay, Maubant, Leroux, Mesdemoiselles Aug.\nBrohan, Denain ; MM. Gueymard, Chapuis, Obin ; dans les ballets,\nSaint-Léon, Mesdames Plunkett, Taglioni, etc. Tous les artistes de\nl'Opéra et de la Comédie, même les figurants, parurent dans la Céré-\nmonie.\nDes manuscrits de la partition de Lulli existent, un aux Archives de\nl'Opéra, deux à la Bibliothèque du Conservatoire (dont une copie faite\npar Philidor l'aîné), un dans le recueil en six volumes, un dans celui en\ndeux de la Bibliothèque Nationale, un aux Archives de la Comédie, ainsi\nque quatre airs dans le Recueil imprimé de 1753. La musique du Flo-\nrentin a été retouchée par Auber (Arch. Com.-Fr.), mais c'est à\nla partition primitive, dans la Cérémonie, seule partie de la\n\n(1) Voir le numéro du i 5 décembre 1873."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "56", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.8", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ncomédie-ballet exécutée maintenant que le Théâtre - Français est\nrevenu.\nLa Grange, à la date du i 5 mars 1671, analyse une délibération de la\ntroupe décidant de faire plusieurs réparations et innovations au théâtre\ndu Palais-Royal. « Plus, d'auoir doresnauant à touttes sortes de\nreprésentations, tant simples que de machines, vn concert de douze vio-\nlons, ce qui na esté exécuté quapres la représentation de Psyché{l).» Et,\nplus loin, il ajoute : « Jusques icy les musiciens et musiciennes nauoient\npoint uoulu parroistre en public. Ils chantoient a la Comedie dans des\nloges grillées et treillissées (2), mais on surmonta cet obstacle, et auec\nquelque legere despance, on trouua des personnes qui chantèrent sur le\ntheastre a visage descouuert habillez comme les comédiens, scauoir :\nMlle de Rieux. M^e Turpin.\nMrs Forestier. Grandpré.\nMosnier. Ribon.\nChampenois. Poussin. »\nPsyché, tragi-comédie-ballet de Molière et de Corneille, fut représen-\ntée, le 17 janvier 1671, aux Tuileries, dans la salle des Machines, et,\navec un peu moins de pompe, quoique les frais ordinaires se soient éle-\nvés à 351 liv., au Palais-Royal, le 24 juillet. Lulli en fît encore la musique\nainsi que les paroles italiennes ; 011 trouve cette partition dans le recueil\nen six volumes de la Bibliothèque Nationale. Le compositeur écrivit, en\n1678, un opéra qui eut le même titre, et dans lequel il transporta plu-\nsieurs morceaux de la pièce de 1671.\nEn juin 1703, la Comédie fît, à grands frais, une reprise de Psyché\navec les ballets. En 1862, M. Edouard Thierry la reprit encore avec\néclat ; cette fois, M. Jules Cohen en avait refait la partie musicale.\nVoici, d'après La Grange, les frais ordinaires des représentations de la\npièce en juillet 1671 :\n12 danceurs, à 5 liv. 10 s 66 liv.\n4 petits danceurs, à 3 1iv...... 12 liv.\n3 voix à 11 liv 33\n4 voix à 5 liv. 10 s 22\n% -\n\n(1) Après la représentation àla Cour, ainsi qu'on le verra plus loin,et lors des re-\nprésentations à la ville.\n(2) Cependant ils n'étaient pas toujours aussi rétifs, car, parmi les frais extraordi-\nnaires de la Princesse d'Elide, nous avons remarqué des escarpins que la Comédie\névidemment, ne leur paya pas pour chanter en loge grillée."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "57", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.9", "texte": "LA MUSIQUE A LA COMÉDIE-FRANÇAISE\n\nSymphonie, 4 escus 12\n12 violons 36\n2 petites grâces, à 5 liv. 10 s.. 11\n2 saulteurs 11\nM. de Beauchamp 11\nEt il ajoute :\n« Dans le cours de lapiece, M. de Beauchamps a receu de recompanse, pour\nauoir faict les ballet et conduict la musique, onze cent liures non compris\nles 11 liures par jour que la troupe luy a données tant pour battre la mesure\na la musique que pour entretenir les ballets. »\n%\nA la reprise, le 11 novembre 1672, il dit\n<( Les frais extraordinaires se sont montez à cent louis d'or (1), pour re-\nmettre toutes choses en estât et remettre des musiciens, musiciennes et dan-\nceurs a la place de ceux qui auoit pris party ailleurs. »\nreprise, les frais ordinaires, y compris la symphonie, s'élevè-\nrent à7l liv. i 3 s., le 11 et le i 3 ; les frais extraordinaires ne furent\nprélevés qu'à partir du ï5? à raison, les premiers jours, de 302 liv 125.,\npuis de 287 et 288 liv. ; en janvier 1673, il revinrent à 302 liv. i 3 s.\net dépassèrent même cette somme : il est évident que les comédiens\navaient encore été obligés de faire, pour la pièce, dont le succès conti-\nnuait, d'autres dépenses que celles indiquées par La Grange.\nLa Comtesse dCEscarbagnas fut donnée le 2 décembre 1671, à Sf-Ger-\nmain, pour la réception de la princesse Palatine. Cette comédie-ballet,\nque le monarque avait commandée à Molière, comprenait une pastorale\net était précédée d'un prologue; les actes en étaient coupés par des inter-\nmèdes empruntés aux ballets précédemment composés pour la cour\n( Amants magnifiques, Georges Dandin, Bourgeois Gentilhomme3 Bal-\nlet des Muses). Elle fat jouée, sous le nom de Ballet des Ballets, à la fin\nde 1671 et pendant le carnaval de 1672. La musique en avait été faite,\ncomme à l'ordinaire, par Lulli ; elle se trouve, à la Bibliothèque Natio-\nnale, dans le recueil en six volumes.\nCette même année 1671, Lulli fondait l'Académie Royale de Musique.\nCe théâtre avait de lourdes charges :le privilège en fut explicite et ne\npermit à nul autre de lui faire concurrence,\nUn an après, l'habile Florentin, qui maintenant avait intérêt à res-\ntreindre le lyrisme autre part que chez lui, obtint du roi, le 14 avril\n\n(1) Le louis d'or valait 11 livres."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "58", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.10", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\n1672, une ordonnance qui détendit aux différentes troupes de comédiens\nd'avoir plus de six voix et de douze violons. Encore cette latitude leur\nfut-elle laissée parce que Molière vivait encore, et que Louis XIV ne\nvoulait ni ne pouvait décemment lui interdire de jouer ses pièces telles\nqu'il les avait écrites. Le 12 août suivant, l'ordonnance obtenue par\nLulli pour empêcher tous comédiens représentant à Paris de louer la\nsalle qui avait servi aux représentations des entrepreneurs qu'il avait\névincés, confirma la première.\nDès lors, Molière, qui n'avait cessé d'augmenter la pompe de son spec-\ntacle et qui voyait ses projets entravés, se brouille avec son collabo-\nrateur. En juillet 1672, il reprend le Mariage forcé, qu'il substitue à\nla pastorale, dans les représentations de la Comtesse d'Escarbagnas àla\nville; il le remonte brillamment, mais non avec la musique de Lulli.\nCharpentier est chargé d'en composer une autre; Dassoucy s'était offert,\nmais ne fut pas accepté. En outre, Beauchamps eut la mission de faire\nles ballets et Baraiilon les habits. De Villiers, dit La Grange, ce auoit em-\nploy dans la musique des intermèdes. » Lors de cette reprise, les frais\nordinaires, fixés à 58 liv. 12 s., sont accrus chaque jour de 11 1 liv.\nd'abord, puis de 116 liv. et de 119 liv., à cause d'une petite augmenta-\ntion accordée à Forestier et à Le Roy, musiciens. Les frais extraordi-\nnaires sont motivés par Beauchamps et Charpentier, qui reçoivent, par\nreprésentation, un louis d'or, 1 1 liv.\nMolière, à mesure que son théâtre prospérait, dans un but\névident de vulgarisation, faire de ses grandes œuvres littéraires des co-\nmédies-opéras. On s;explique donc son désappointement. Interrompons-\nnous un moment pour relever, sur le registre du Régisseur,, quelques\ndépenses relatives à la musique pendant l'année 1672-73.\nNous voyons, à la reprise du Bourgeois Gentilhomme, le 24 mai\n1672, des tambours portés 4 liv., des violons, danseurs et musique,\n71 liv, 10 s., et, comme frais extraordinaires,, 22 liv. à Beauchamps. A\ncelle de Pourceaugnac, depuis le 7 juin, les frais ordinaires (violons et\ndanseurs) sont de 5g liv. i 5 s. En août, reprise du Bourgeois. Outre les\nfrais ordinaires (58 liv. 12 s.), ceux de la pièce s'élèvent à 84 et 81 liv. ,\net Beauchamps reçoit encore 11 liv. Le 23, reprise de VAvare, où l'on\nintroduit probablement quelque musique, puisqu'il est marqué une\n« augmentation de symphonie 12 liv. » Le 28, pour l'Ecole des Maris\net le Cocu, cette augmentation ne figure plus que pour 7 liv. 10 s. Elle\nvarie encore lors de la reprise des Fâcheux, où elle est parfois mêlée aux\nfrais de chandelle; elle est en général de 12 liv. Aux frais ordinaires\n(58 liv. i 5 s.) de ces représentations s'ajoutent quotidiennement, pour"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "59", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.11", "texte": "LA MUSIQUE A LA COMÉDIE-FRANÇAISE\n\nlac dance, symphonie et musique, »97 liv. 10 s., et 11 liv, à Beau-\nchamps, qui a refait le ballet.\nMolière, dont on limitait les franchises lyriques, avait une ressource\npour atteindre son but : il pouvait se rattraper sur les danses, puisqu'on\nne les lui avait pas encore interdites, et sur le spectacle. Il le comprit\nbien, et écrivit le Malade imaginaire, pièce à intermèdes et accompa-\ngnée, comme le Bourgeois, d'une Cérémonie burlesque. Cette pièce,\ndont il ne devait pas voir la cinquième représentation, fut jouée le 10\nfévrier 1673 au Palais-Royal. La musique des divertissements et des\nairs était de Charpentier. Elle existe aux Archives de la Comédie, dans le\nvolume Théâtre francois, tome 11. D'après les Entretiens galans\n(1681), La Grange et Mademoiselle Molière y nuançaient avec beaucoup\nde charme le duo du troisième acte (leçon de chant). A la reprise de\n1716, Mademoiselle Connell réussit également dans cette scène. En\n1860, M. Edouard Thierry fit exécuter le Malade avec les intermèdes et\nla musique de Charpentier.\n« Les frais de ladite piece du Malade Imaginaire dit La Grange à Pâques\n1673, en parlant des frais extraordinaires, ont esté grands a cause du pro-\nlogue et des intermedes, remplis de Danses, musique et vstencilles, et se sont\nmontez a deux mil quatre cent liures. Les frais journaliers ont esté grands a\ncause de 12 violons à 3 liures; 12 danceurs à 5 liures 10 s.; 3 symphonistes\nà 3 liures ; 7 musiciens ou musiciennes dont il yen a2à 11 livres, les autres\nà 5 liures 10 s. Récompansesà M. de Beauchamps, pour les ballet, à M. Char-\npentier pour la musique, vne part à M. Baraillon pour les habits. Ainsy les-\ndits frais se sont montez par jour à 250 liv. (1).\nMais aussitôt après la mort de Poquelin, Lulli, qui n'avait plus de rival\ncomme amuseur théâtral auprès du roi, s'empresse de faire réduire les\nressources lyriques des théâtres littéraires. Lorsque les œuvres de Molière\nsont encore des actualités et que ces restrictions doivent les déparer,\ntout au moins aux yeux des contemporains, il provoque, le 3o avril, une\nnouvelle ordonnance limitant à deux le nombre des voix que pourront\nemployer les comédiens, et celui des violons à six. Le registre de la\ntroupe de Guénégaud de 1673-74 et Chappuzeau, qui écrit la même an-\nnée, constatent l'exécution de cet ordre dans les deux théâtres. A l'Hôtel\nde Bourgogne, nous avons une autre preuve du fait. En juillet 1674,\n\n(1) Le registre du régisseur mêle les deux sortes de frais qui s'élèvent, le 10 février\n1678, à 378 liv. 4 s.; le 12 et le 14, à 268 liv. 5 s.; le ib, à 269 liv. 5 s,; le 3 mars, à\n268 liv. b s.; le 5,1 e 7 et le 10, à 26c)liv.b s.; le 12, à 271 liv. i 5 s.,puis à 269 liv. b s."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "60", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.12", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nHauteroche y donns son Crispin musicien (1) où paraissent six vio-\nlons, sans plus, à la fin des actes, pour les intermèdes.\n- Les représentations du Malade , qu interrompit la mort de l'auteur,\nne furent reprises que le 4 mai 1674 (2). A cette date, Lagrange porte :\nMusique 17 ijv.\nViolons. 16 •\nAssistans e, 20\nSaulteurs _ 11\nMais le registre du Régisseur est moins laconique :\nj Mlle Babet. 5 liy. 10 s.\nMusique. M\" Bourdelou 5~ 10 s.\nJ M. Caries 3\n[ M. Delaporte 3\nTotal 17 11 y.\n!DU Vivier, ritournelles 2 liv. 5 sols.\nMarchand, ritournelles 2 5\nConuerset, ritournelles 2 5\n' z J\nDu Fresne, extraordinaire 3\nCourselles 3 _\nDu Mont, ritournelles 1 lO sols.\nAssistans la Montagne et pour la conduite (3). . . 3 liv.\nNiuellon 2 5 sols.\nSauteurs 11\nParmi les assistants,, qui sont au nombre de douze et coûtent 19 liv.\ni 5 sols, on remarque « François, porteur des violons, 1 liv, »\nLe 4 mai, jour de la reprise, il est marqué « pour parts d'auteur, tail-\nleur et musiciens, 134 liv. 1 s., indépendamment des frais ordinaires et\nextraordinaires. Les jours suivants, les frais ordinaires de la pièce se mon-\ntent à 67 liv. 1 s. et à9O liv. 16 s. (outre les frais ordinaires habituels), et\nles frais extraordinaires, à 87 liv. 7 s., 91 liv., 91 liv. 6 s.\n( La suite prochainement.)\n\nJULES BONNASSIES.\n\n(1) Un air de divertissement de cette pièce, qui fut reprise en 1735 avec un grand\nsuccès, existe dans le Recueil imprimé de 1753 (Arch. Gom.-Fr.); le compositeur n'en\nest pas nommé.\n(2) Il y en eut également une représentation à Versailles, le 19 juillet.\n(3) Dans une autre liste, La Montagne et Nivellon sont mentionnés parmi les\nsymphonistes."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "61", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.13", "texte": "L'ART DU CHANT EN ITALIE\nAU XVIIe ET AU XVIIIe SIÈCLE\n\nE tout temps, on s'est plaint de la décadence de l'art du\nchant parce que, à côté de chanteurs admirables, il\ns'est toujours trouvé des artistes moins habiles, dont\nle goût défectueux et l'ignorance mettaient en péril cet\nart qui a été porté à un si haut degré de perfection au\ndix-septième et au dix-huitième siècle; mais aujour-\nd'hui, nous pouvons affirmer que l'art du chant est, en général, tombé\ndans un état tellement déplorable que, si cela continue, nos théâtres\nseront bientôt dans l'impossibilité de présenter une exécution à peu\nprès convenable de nos opéras. Si, au lieu de faire vite et mal, les\nélèves avaient la patience et le courage de consacrer le temps nécessaire\nàde bonnes études dirigées avec principe et rigoureusement graduées,\nnous verrions, avant peu, renaître les beaux jours de la musique.\nMalheureusement, on en est venu à n'ébaucher qu'à peine les premiers\néléments du chant, dont une étude longue et patiente serait absolument\nindispensable pour acquérir un talent même secondaire; on passe aussitôt\nà l'étude des airs, à laquelle on n'est nullement préparé, et après quel-\nque temps d'un travail fait sans logique et avec une incroyable légèreté,\nl'apprenti chanteur, se croyant un grand homme, s'empresse d'aller gros-\nsir la foule des médiocrités.\nLe vice de 1 enseignement actuel ne consiste pas toujours dans une\ncomplète négligence des éléments du chant, mais bien dans la manière"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "62", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.14", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nsuperficielle dont ils sont enseignés, le peu de temps que Ton y consacre\net la précipitation que l'on met à se livrer à l'étude des airs et des scènes\nd'opéras qu'on ne devrait aborder que durant la dernière année dans le\ncours de perfectionnement.\nIl n'en était pas ainsi dans ces anciennes écoles d'ltalie qui ont pro-\nduit un si grand nombre d'excellents chanteurs ! Pourquoi les traditions\nde leur doctrine sont-elles tombées dans un oubli si funeste pour l'art ?\nIl est fâcheux que jusqu'à présent, personne (que je sache), n'ait entrepris\nde faire des recherches sérieuses sur ces écoles, soit publiques, soit pri-\nvées. dont tout le monde parle et que si peu de gens connaissent.\nFaire un retour vers ces anciennes écoles, rétablir les principes solides\nsur lesquels elles fondaient leur enseignement, me paraît le moyen le plus\nefficace pour ramener l'art du chant à son ancienne splendeur. Quels\nétaient donc ces principes et sur quelles bases reposait ce grand style qui\nfut commun aux chanteurs du dix-septième et du dix-huitième siècle ?\nC'est ce que je vais essayer de résumer ici, d'après les maîtres les plus\nanciens et les plus autorisés : Tosi, Mancini, Lanza et divers autres.\nCes grands maîtres avaient parfaitement compris que, pour atteindre\naux merveilles suprêmes de l'art du chant, il faut d'abord s'être rendu\nfort habile à en exécuter les opérations élémentaires ; ils avaient aussi\npour principe que le chanteur arriverait d'autant plus sûrement àun\ngrand talent qu'il aurait apporté plus de perfection dans l'exécution des\npxemiers exercices.\nAutrefois l'étude du solfège, c'est-à-dire de l'intonation et des valeurs,\nse faisait en même temps que celle du chant; ce travail simultané ame-\nnait d'heureux résultats, en ce sens que l'élève, habitué à étudier des\nsolfèges bien faits et d'un bon style, contractait de bonne heure l'habi\ntude de chanter avec goût. Certains maîtres étaient dans l'usage d'écrire\ndes solfèges pour chacun de leurs élèves, et ils mettaient une attention\nparticulière à les adapter aux moyens, à l'habileté et à l'étendue de la\nvoix de chacun. Lorsqu'ils se servaient de solfèges composés par d'autres\nmaîtres, ils avaient soin de choisir ceux dont les mélodies étaient agréa-\nbles et d'un style élevé, afin d'habituer les élèves à chanter avec sentiment\net avec grâce même les leçons qui paraissaient le plus insignifiantes. En\nmême temps qu'ils apportaient une attention scrupuleuse à faire bien\némettre la voix, ils cherchaient, dès le commencement des études, à faire\nprendre l'habitude de l'expression.\nL'observation rigoureuse c!e la mesure et de la plus parfaite justesse de\nl'intonation était l'objet de soins attentifs de la part des anciens maî-\ntres ; il en était de même pour la respiration qu'ils considéraient comme"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "63", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.15", "texte": "L'ART DU CHANT EN ITALIE\n\nla base d'une belle exécution, et pour l'union des différents registres de\nla voix, dans laquelle ils ne souffraient pas la plus légère imperfection.\nLa manière d'ouvrir la bouche et la forme qu'on doit lui donner en\nchantant telle ou telle voyelle, étaient indiquées avec beaucoup de soin;\ndans quelques méthodes anciennes, on trouve des figures représentant\nexactement la forme que doit affecter la bouche pour l'émission et la\nprononciation de chaque note de la gamme; ces observations qui nous\nparaissent puériles aujourd'hui, étaient cependant fort en vigueur dans\nles anciennes écoles.\nIl ne faut pas croire que les anciens maîtres étaient d'un absolutisme\naveugle dans l'application des principes généraux; bien loin de là, ils\nsavaient employer les moyens propres à la disposition et aux facultés de\nl'élève, et grâce à des épreuves et à des exemples répétés avec patience,\nils obtenaient toujours l'effet qu'ils cherchaient.\nLe travail par lequel on commençait l'étude du chant proprement dit,\nétait la pose de la voix qui se faisait sur des sons soutenus avec une in-\ntensité égale, et dont la durée était toujours en rapport avec les moyens\nde l'élève. Lorsqu'après un exercice suivi et répété pendant le temps\nnécessaire, le maître jugeait que la voix était suffisamment affermie,\nqu'elle avait été corrigée de tous ses défauts, et que l'émission était claire,\npure et sonore, on procédait à l'étude de la messa di voce (mise de voix,\nou sons filés).\nUne erreur généralement accréditée et dont il est bon de faire justice,\nest de croire qu'autrefois les études du chant commençaient par la mise\nde voix; mais la logique et le bon sens ne prouvent-ils pas que cet exer-\ncice, un des plus difficiles à acquérir, nécessite de longs mois de prépara-\ntion, si l'on veut espérer y réussir ?\nL'étude de la messa di voce étant la plus longue, la plus difficile, la\nplus fatigante et en même temps la plus utile, demandait de la part du\nmaître et des élèves une grande patience, une attention soutenue et des\nsoins incessants. Par cet exercice, la voix acquiert une élasticité qui\noffre au chanteur des ressources infinies, qui lui permet de nuancer sans\neffort et sans fatigue tout ce qu'il chante, et l'empêche de tomber dans\nune insipide monotonie. Malheureusement, de nos jours, cette partie de\nPart du chant est fort négligée, et malgré le chapître « Des sons filés J>\nqui se trouve invariablement au commencement de toutes les méthodes\nmodernes, et auquel on ne prête nulle attention, il serait peut-être diffi-\ncile de rencontrer un chanteur capable de filer un son d'une manière à\npeu près convenable.\nChez les anciens chanteurs, la durée d'une belle mise de voix devait"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "64", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.16", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nêtre de vingt-cinq à trente secondes, ce qui prouve, qu'avant de com-\nmencer cet exercice, l'élève s'était déjà rendu maître du jeu des poumons\net qu'il pouvait conduire sa respiration avec une certaine habileté. La\nmanière de diriger cette étude n'est connue aujourd'hui que d'un petit\nnombre de maîtres, et on peut affirmer que, parmi les méthodes publiées\ndepuis le commencement de ce siècle, deux ou trois seulement indiquent\nles véritables règles à observer dans le travail de cet indispensable exer-\ncice. Si les chanteurs modernes pouvaient se bien pénétrer de la nécessité\nabsolue de cette étude, on verrait bientôt se produire deux résultats :\nPunphysique, l'autre esthétique, tous deux essentiels: i°la durée moyenne\ndes voix augmentée ; 2° une interprétation mieux nuancée au service\nd'un art plus expressif et dès lors capable d'effets que la génération ac-\ntuelle ne soupçonne même pas. Que les chanteurs modernes sachent\ndonc bien, qu'autrefois, la messa di voceétait l'étude principale de tous\nles chanteurs, même les plus habiles, qu'ils en faisaient, pour ainsi dire_>\nle pain quotidien de leur talent; qu'ils préludaient, par là, à tous les\nexercices, et que c'était par un agrément de ce genre qu'ils préparaient\nun point d'orgue, une cadence fiaale ou un trille prolongé. On abordait\nensuite les études d'agilité qu'on faisait toujours précéder d'un travail\npréparatoire consistant en exercices de deux, trois, quatre, cinq, six, sept\net huit notes; ces exercices faits avec patience, conduisaient insensible-\nment, mais sûrement à l'exécution des gammes et de tous les traits d'a-\ngilité; à cette étude succédaient celles du portamerito di voce, et de Y ap-\npogiatura; cette dernière, qui n'était jamais écrite par les compositeurs,\nmais qui restait confiée au goût du chanteur, exigeait chez les maîtres\nun tact parfait et une profonde connaissance des règles auxquelles elle\nétait soumise, afin qu'ils pussent bien faire connaître aux élèves les en-\ndroits où il était permis de la placer.\nDès que l'élève avait acquis un certain degré de perfection dans l'exé-\ncution des exercices qui précèdent, venait la vocalisation que les maîtres\nde l'ancienne école italienne ont toujours considérée comme nécessaire et\nindispensable avant de commencer l'étude du chant avec paroles. La vo-\ncalisation n'étant que l'exécution, sur l'une des trois voyelles ouvertes,\nde mélodies renfermant toutes les difficultés que peut présenter l'art du\nchant, n'était-il pas logique que l'élève y fût préparé par de longues et\nsolides études élémentaires, pour qu'il pût donner à ces mélodies un\ncertain modelé et y introduire les ornements et les agréments qu'elles\nréclamaient. Tosi, en recommandant de vocaliser sur trois voyelles,\nvoulait remédier aux inconvénients d'un usage très commun déjà, qui\nconsistait à faire toujours vocaliser sur la voyelle A; mais en bonne doc-"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "65", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.17", "texte": "trine on doit exercer la voix sur toutes les voyelles, et ne pas oublier que\nles voyelles sont plus nombreuses en français qu'en italien et doivent\ntoutes avoir leur belle émission. En même temps, on faisait travailler les\ntrilles qui étaient alors de huit espèces, ainsi que les « groupes, » les\nmordants, » les « passages, » les passi et finalement tous les ornements\ndu chant en usage à cette époque, et que nous verrions peut-être revenir\na la mode, si quelque chanteur habile savait les employer et les exécuter\ncomme le firent quelques artistes admirables du dix-huitième siècle;\nmais 1 opéra moderne n a pas à songer à un retour complet et minutieux\na ces merveilles de virtuosité d'un autre temps.\nJe dois déclarer que je n'entends nullement parler ici de ces vocalistes,\ndits viituoses, qui par leur ignorance et le mauvais goût qu'ils appor-\ntaient dans les ornements dont ils surchargeaient leurs airs, ont forte-\nment contribué à l'affaiblissement de l'art du chant; mais bien des\nchanteurs instruits et éclairés dont le goût, la richesse d'imagination et\nla grande sensibilité étaient les seuls guides dans le choix des embellisse-\nments, qu ils savaient toujours employer avec sobriété et discernement.\nL'élève ayant fait des progrès suffisants dans la vocalisation et dans\ntous les exercices indiqués ci-dessus, on le préparait alors à l'étude du\nchant avec paioles. Le maître l'obligeait d'abord à lire les paroles à haute\nvoix, en veillant, avec soin, à ce qu'elles fussent prononcées nettement,\nnaturellement et sans affectation. Dès que sa prononciation était sans\ndéfauts, pure et correcte, il lui faisait articuler les mêmes paroles dis-\ntinctement et avec force, de manière à ce que toutes les syllabes des\nmots fussent parfaitement distinctes entre elles.\nIl n est pas inutile de remarquer ici que les anciens maîtres savaient\nparfaitement faire la séparation de ces deux actes de la parole : la pronon-\nciation et l'articulation, et qu'ils faisaient de chacun d'eux l'objet d'une\nétude particulière.\n« La prononciation consiste à donner à chaque syllabe et à chaque\n« lettre, tant voyelle que consonne, le son qu'elle doit avoir d'après le\n« bon usage de la langue dans laquelle on chante; l'articulation fait en-\n« tendre ce qui distingue principalement les syllabes naturelles; c'est-à-\n-----dire, les consonnes avec ce degré de force qui convient aux sentiments\n« que l'on exprime, et au lieu où l'on chante; sous ce dernier rapport,\n« la prononciation doit être la même dans une chambre, dans un salon\n« et sur un grand théâtre; mais l'articulation doit varier et augmenter\n« de force à proportion de l'extension du local, du nombre des instru-\n« ments d'accompagnement et des auditeurs. »\nLe récitatif étant, pour ainsi dire, un chant mitoyen entre le lançaoe\n\n111.\nL'ART DU CHANT EN ITALIE\nP\"\n3"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "66", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.18", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nordinaire et la mélodie soutenue, c'était par là que commençait l'applica-\ntion des paroles; il y avait à cette époque le récitatif le récitatif\nde théâtre et le récitatif de chambre qui étaient enseignés, chacun, selon\nle caractère qui lui convenait. En découvrant, à leurs élèves, tous les\nsecrets des récitatifs, les maîtres avaient soin de les mettre en garde\ncontre les abus et les erreurs dont quelques chanteurs se rendaient cou-\npables.\nLes madrigaux et la musique d'église succédaient à cette première étude,\net on arrivait enfin aux airs dont l'exécution parfaite exige la plus grande\nsomme d9études préalables et d'intelligence exercée. On commençait par\nles airs d'église auxquels on faisait succéder les cantates, et, finalement,\non arrivait aux airs de théâtre qui formaient le couronnement des études.\nIci doit se borner l'aperçu que je désirais donner sur l'enseignement\ndu chant dans les écoles d'ltalie du dix-septième et du dix-huitième siè-\ncle ; n'ayant en vue ni un cours, ni une méthode de chant, je dois m'abste-\nnir d'entrer dans les détails de l'application des préceptes généraux;\napplication qui variait presque toujours avec chaque élève.\nEn effet, et c'est le dernier point sur lequel je veuille insister, les sys-\ntèmes qui ont dirigé ces écoles ont souvent été différents, et ils ont va-\nrié selon que le maître se référait à des principes plus étroits ou qu'il se\nconformait aux moyens et à l'intelligence de ses élèves. Cependant de\ntoutes ces écoles et de tous ces systèmes, il est sorti des artistes de grand\ntalent, ce qui prouve que le succès d'un chanteur dépend presque com-\nplètement de la bonne direction du maître, qui sait reconnaître la dispo-\nsition, le caractère et les capacités de ses élèves. A l'appui de cette asser-\ntion, je ne citerai qu'un exemple entre mille : Ant. Bernacchi, Ant. Pasi,\nJ.-B. Minetti, Fabri et Beriolino, tous les cinq élèves de Pistocchi,\ndifféraient entre eux de manières et de styles, quoiqu'instruits par le\nmême maître, chacun d'eux ayant été dirigé selon sa disposition natu-\nrelle. Cet exemple prouve suffisamment, je crois, qu'un bon maître ne\ndoit jamais s'astreindre à l'uniformité des procédés, et pour créer des\nchanteurs parfaits, il est de toute nécessité qu'il connaisse exactement\nles différentes manières de diriger ses élèves, et surtout qu'il sache le faire\navec discernement.\n\nTHEOPHILE LEMAIRE"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "67", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.19", "texte": "HISTOIRE\nDU\nTHÉATRE DE MADAME DE POMPADOUR\nDU\nTHÉATRE DES PETITS CABINETS\n\nCinquième article (i).\nCHAPTRE IV\n<*\nTROISIÈME ANNÉE.\n27 Novembre 1748. — 22 cUVIars 1749.\n(Suite. )\nE lundi 2 3 décembre, premières représentations du pro-\nlogue des Eléments et de deux actes (le Feu et l'Air)\nde cet opéra, de Roy et Destouches, représenté à l'Opéra\nle 29 mai 1725, puis de l'acte de Philémon et Bciu-\ncis, tiré du Ballet de la Paix, paroles de Roy, musique\nde Rebel et Fràncœur, joué le 29 mai 1738.\nActeurs dans le prologue des Éléments :\nVénus (Mile Lambert).. Mme de Marchais*\nLe De5tin........ (Thévenard).... M. de la Salle.\nDans l'acte du Feu :\nEmilie, vestale (Mlle Antier).... Mme de Pompadour.\nValère (Thévenard)..... Le duc d'Ayen.\nL'Amour (Mlic Dun),. .... Le Camus, page de la musique.\n\n(1) Voir les numéros des i°* septembre, icr octobre, iei> novembre et décembre."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "68", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.20", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nDans l'acte de V Air :\nJunon . (Mlle Antier).. . Mme de Brancas.\nUne Heure Mme de Marchais.\nIxion (Thévenard) .... M. de la Salle.\nMercure (Tribou). Le vicomte de Rohan.\nJupiter (Chassé). Benoît, delà musique.\nDans Philémon et Bancis :\nBaucis (Mlle Péîissïer).. Mme de Pompaionr.\nJupiter (Chassé) Le duc dAyen.\nPhilémon (,Jélyotte) Le vicomte de Rohan.\nMercure 0. . (Tribou) Le chevalier de Clermont.\nCette représentation ne fut pas honorée de la présence du Dauphin ni\nde Mesdames : ils étaient en retraite et avaient choisi ce jour pour faire\nleur dévotions. La Dauphine gardait la chambre, on avait des espérances\nde grossesse qui commençaient à avoir quelque fondement ; enfin la\nreine était descendue chez la Dauphine, où elle avait joué au cava-\ngnole. Quoi qu'il en fût, ce spectacle parut beaucoup plus agréable que\ncelui de Tancrède. La raison en est simple : le sujet était moins triste\net finissait par des danses.\nDès le lendemain de cette représentation, on se mit à défaire le théâtre,\nafin que le grand escalier fût entièrement libre pour les cérémonies du\njour de l'an. Cet ouvrage se fit très vite;en moins de dix-huit heures,\ntout avait disparu. Malheureusement cela n'avait pas marché sans acci-\ndent : deux ouvriers furent blessés, et un autre malheureux qui, sans\nêtre employé, était monté en haut par curiosité, se tua raide en tom-\nbant dans l'escalier.\nPeu importait d'ailleurs. La marquise avait pleinement reconquis\nla faveur royale, au grand déplaisir du marquis d'Argenson qui laisse\npercer sa mauvaise humeur dans la note suivante : « Le roi, qu'on\ndisait las de sa sultane favorite, la marquise de Pompadour, en est plus\naffolé que jamais. Elle a si bien chanté, si bien joué aux derniers ballets\nde Versailles, que Sa Majesté lui en a donné des louanges publiques, et,\nla caressant devant tout le monde, lui a dit qu'elle était la plus char-\nmante femme qu'il y eût en France. » Comme cette galante parole dut\nflatter agréablement l'orgueil de la favorite!\nAu commencement de l'année 1749, une vive querelle éclata entre le\nduc de Richelieu et la marquise, à propos du théâtre des petits cabinets.\nCe théâtre construit, comme on sait, sur l'escalier des ambassadeurs, fai-\nsait partie des grands appartements; les premiers gentilshommes de la"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "69", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.21", "texte": "THÉÂTRE DE MADAME DE POMPADOUR\n\nchambre prétendaient dès lors qu'il était soumis à leur juridiction et que\nle duc de la Vallière, directeur de ce petit théâtre, empiétait sur leurs\ndroits. Le duc d'Aumont, étant de service en 1748, souleva, vers la fin\nde l'année, les premières difficultés. Madame de Pompadour en parla au\nroi, mais celui-ci, ne voulant pas encore se prononcer, répondit simple-\nment: « Laissez venir Son Excellence (le roi appelait ainsi Richelieu de-\npuis son ambassade à Vienne), vous verrez bien autre chose (1). »\nEn effet, Richelieu, dont le mauvais vouloir pour la favorite était bien\nconnu, était désigné pour être de service en l'année 1749, et tous les\nennemis de la marquise l'attendaient avec impatience, comptant bien\nqu'il ne laisserait pas échapper cette occasion d'être désagréable à ma-\ndame de Pompadour, Le bruit courait même que le duc, sur le point\nd'entrer en année, avait écrit au roi à ce sujet une lettre très respec-\ntueuse, mais très forte (2). Le marquis d'Argenson hâtait naturellement\nce retour de tous ses vœux. « On attend, dit-il, le duc de Richelieu,\ncomme le bretteur de la troupe; et l'on prétend d'ailleurs que, de toutes\nfaçons, il jouera un grand rôle. »\nA la cour, plusieurs redoutaient l'arrivée de ce rude jouteur. Ceux-là\nconseillaient prudemment de prévenir les attaques du duc, et proposaient\ndeux expédients pour mettre à couvert les droits des gentilshommes de\nla chambre. L'un était de donner à M. de la Vallière un brevet de cin-\nquième premier gentilhomme de la chambre, l'autre de donner un bre-\nvet à madame de Pompadour, pour que l'emplacement du grand escalier\noù l'on avait construit le théâtre fût regardé comme une addition à son\nappartement (3). La marquise repoussa ces expédients, et sûre de son\npouvoir, préféra attendre de pied ferme son ennemi.\n«On n'a plus d'espérance aujourd'hui écrit d'Argenson le 17 dé-\ncembre que dans l'arrivée de M. de Richelieu, qui arrive couvert de\ngloire, et surtout d'attribution de pruqualité qu'on ne lui con-\nnaissait pas encore. On s'est pressé sans doute d'exécuter plusieurs cho-\nses avant son arrivée, et il aura bien à crier là contre, quand il y sera. »\nLe duc arrive enfin. Le samedi 4 janvier, le concert de la reine eut\nlieu chez la Dauphine. Ce changement, bien simple en apparence, fut le\nsignal de la lutte. La veille, Richelieu écrivit une lettre à Bury, surin-\ntendant de la musique en survivance de Blamont, pour 1 avertir du chan-\ngement de lieu du concert et lui recommander que les meilleurs rnusi-\n\n(1) Mémoires du duc de Luynes, 7 janvier 1749.\n(2) Mémoires du duc de Luynes, 6 novembre 1748.\n(5) Mémoires du duc de Luynes, 7 janvier 1749."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "70", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.22", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nciens de la chambre s'y trouvassent réunis. Puis il fit défense à tous\nmusiciens de la chambre d'aller nulle part sans son ordre. Cette nou-\nvelle se répandit bientôt à la cour, et les musiciens, inquiets de cet avis,\nvinrent en demander l'éclaircissement au duc en ce qui concernait les\ndivertissements des cabinets.\nCelui-ci maintint sa défense et en formula de nouvelles. Depuis qu'il\ny avait des divertissements à la cour, M. de la Vallière s'en était\ntoujours mêlé et les gentilshommes de la chambre s'étaient prêtés à ses\nmoindres désirs. Au commencement de chaque année, ils signaient un\nordre général pour que les voitures de la cour pussent aller chercher et\nramener à Paris les musiciens ou comédiens, ils en signaient un autre\npour que le magasin des Menus fournît les habits; le duc refusa de si-\ngner aucun de ces ordres. Mais en même temps, il couvrait de dehors\naimables sa sourde opposition ; il continuait à aller chez madame de\nPompadour, et ne lui parlait qu'avec le ton et les manières d'une galan-\nterie ironique, lui assurant qu'elle serait toujours la maîtresse, et qu'il\nn'avait d'autre désir que de lui plaire. Le roi de son côté le traitait aussi\nbien que par le passé (i).\nLes adversaires de la marquise, à commencer par d'Argenson, célé-\nbraient les adroites manœuvres de leur champion.\n« Il a commencé par laver la tête au duc de la Vallière sur l'affaire dont\nj'ai parlé, l'opéra du grand escalier écrit le marquis le 7 janvier; il a\nrendu une ordonnance portant défense à tous ouvriers, musiciens, danseurs,\nd'obéir à d'autres qu'à lui, pour le fait des menus plaisirs; il a demandé au\nduc, ordonnateur sans mission, s'il avait une charge de cinquième premier\ngentilhomme de la chambre, ce qu'il avait donné pour cela, etc. Il a dit que\nceci était bon pour le duc de Gèvres, qui avait reçu 35,000 livres pour se dé-\npartir des droits de sa charge, mais que pour lui, Richelieu, il n'en avait pas\nreçu un écu, et n'en recevrait pas un million pour en laisser aller un pouce\nde terrain. M. de la Vallière ne savait plus que dire, et soufflait; M. de Ri-\nchelieu lui a dit : « Vous êtes une bête, » et lui a fait les cornes, ce qui n'est\npas trop honnête, et M. de Richelieu est avantageux sur cela, car il a cet\navantage de n'avoir été c... d'aucune de ses deux femmes. Il ne fait donc\npoint une affaire de crosser la petite Pompadour, et de la traiter comme une\nfille de l'Opéra, ayant grande expérience de cette sorte d'espèce de femme, et\nde toute femme. Toute maîtresse qu'elle est du roi, toute dominante qu'elle\nest à la cour, il la tourmentera, il l'excédera, et voilà déjà un grand change-\nment à la cour dans le mauvais traitement de son favori la Vallière.\n\n(1) Mémoires du duc de Luynes, 6 janvier 1749."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "71", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.23", "texte": "THÉÂTRE DE MADAME DE POMPADOUR\n\nCette sortie de Richelieu contre la Vallière amena la querelle à sa\npériode aiguë. « Un courtisan qui arrive de la cour m'écrit que la\nbrouillerie entre le duc de Richelieu et la marquise de Pompadour était\nmontée à un point extrême, et que cela ne pouvait durer absolument\nsans que l'un culbutât l'autre. Le maréchal de Richelieu abordant cette\ndame la dernière fois qu'il lui a parlé, lui a demandé : « Croyez-vous,\nmadame, que M. de la Vallière s'accommodât d'une charge de directeur\ngénéral des Menus-Plaisirs? s Elle lui aurait répondu, sérieusement et\nfroidement : « Cela ne conviendrait pas à un homme comme lui. » On\nattendait hier la grande nouvelle de savoir si le maréchal de Richelieu\nassisterait à l'opéra de la marquise sur le grand escalier. »\nD'Argenson écrivait cela le ï i janvier, que déjà la lutte avait pris fin.\nIl n'avait fallu pour cela rien moins que l'intervention du roi. Un jour,\nLouis XV dit à l'improviste au duc : « M. de Richelieu, combien de fois\navez-vous été à la Bastille? » (( Trois fois » répondit le maréchal sans\nse troubler. Sur ce, le roi se mit à en discuter les causes : le duc\ncomprit et battit en retraite (i).\nEn cédant, Richelieu s'attira le blâme de tous les adversaires politi-\nques de la favorite qui avaient compté sur lui pour faire naître une crise\nde cette question de coulisses et pour hâter la disgrâce de madame de\nPompadour.\nLe duc de Richelieu a perdu son procès à l'opéra des cabinets. Réglé qu'on\ns'adressera seulement à lui pour les artistes nécessaires à ce spectacle interne,\nmais que, hors de cela, et quand 011 le représentera, M. de la Vallière sera\nderrière le roi pour prendre les ordres de Sa Majesté, et que le duc de Ri-\nchelieu n'y assistera que parmi les courtisans ordinaires On prétend qu'il\na suivi le règlement jeudi dernier, mais on doutait qu'il le suivît hier et qu'il\nassistât à cet opéra Les affaires du maréchal de Richelieu semblent ne pas\nbien aller à la Cour : les ballets s'exécutent toujours sous les ordres du duc\nde la Vallière. On se moque de lui en cette décision, mais peut-être le quart\nd'heure des vengeances arrivera-t-il et emportera-t-il la disgrâce de la mar-\nquise (2).\nLe duc de Luynes avait su plus tôt et mieux que d'Argenson la fin de\nla querelle. San récit fait surtout bien ressortir l'habileté dont Ri-\nchelieu fit preuve pour rentrer en grâce, une lois qu'il vit la partie\nperdue.\nJ'ai vu aujourd'hui M. de Richelieu, écrit-il le 8 janvier. Il ne convient pas\n\n(1-2) Mémoires du marquis d'Argenson, 12 et 19 janvier 1749."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "72", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.24", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nd'avoir écrit de Gênes au roi sur cette affaire; il dit qu'on lui en a beaucoup\nécrit, mais qu'il est arrivé ici sans être bien instruit de la forme que Ton avoit\ndonnée à ces divertissements ; qu'il les regarde comme des amusements per-\nsonnels de madame de Pompadour, et que, par cette raison, il ne seroit pas\njuste que les gentilshommes de la chambre se mêlassent de certains détails,\nmais que madame de Pompadour n'avoit jamais eu l'intention de faire le\nmoindre tort à ces charges; que personne ne l'avoit instruite des droits qui\nleur sont attachés. M. de Richelieu ajoute qu'il a cru devoir représenter que\nles charges à la Cour ne perdoient de leurs fonctions que par des abus que\nl'on laissoit introduire sensiblement M. de Richelieu a donc jugé à pro-\npos de faire connoître tout ce qui appartenoit à sa charge, bien résolu cepen-\ndant de ne faire aucun éclat ni rien qui pût donner le moindre sujet de peine\nà madame de Pompadour. Comme il l'a trouvée dans les mêmes dispositions,\net que M. de la Vallière, de son côté, est entré dans toutes les voies de con-\nciliation avec la plus grande douceur et les plus grandes marques d'amitié\npour M. de Richelieu, tout a été facile à terminer. On est convenu, à l'égard\ndu théâtre qui existe actuellement, qu'il ne seroit fait aucun changement,\nmais que dorénavant tout ce qui seroit nécessaire pour ces sortes d'amuse-\nments, en constructions, décorations, habillements, etc., seroit pris dans les\nmagasins des Menus sur les ordres de madame de Pompadour, qui prieroit\nle premier gentilhomme de la chambre de vouloir bien ordonner, et que l'in-\ntendant des Menus feroit exécuter; que tout se passeroit de même par rapport\nau loyer des pierres fausses et aux musiciens de la chambre dont 011 auroit\nbesoin, aux voitures dont on auroit besoin, et au payement par le trésorier\ndes Menus; tout cet arrangement n'empêchant point que M. de la Vallière\ncontinue à s'en mêler comme il a fait jusqu'à présent.\nAinsi se termina cette grande querelle entre la marquise et Richelieu.\nLe seul qui y gagna quelque chose fut le duc de la Vallière, qui reçut le\ncordon bleu, sans doute pour lui faire oublier les insolences qu'il avait\nreçues en pleine figure avec un rare sang-froid. Richelieu, au contraire,\nne recueillit dans cette affaire que les amers reproches du parti qui avait\nattendu de son adresse un plus heureux résultat.\nM. de Richelieu est trop attaché à la bagatelle du théâtre des ballets; ses\naffaires commencent à mal aller. On dit qu'il s'est conduit comme un fol; il\nest trop déclaré contre la maîtresse, et celle-ci reprend le dessus. On la re-\ngarde comme aussi forte et plus forte que le cardinal de Fleury dans le gou-\nvernement. Malheur à qui ose se buter aujourd'hui contre elle ! elle joint le\nplaisir à la décision, et le suffrage des principaux ministres à l'habitude qui\nse forme de plus en plus chez un monarque doux et tendre. Mais malheur à\nl'État gouverné ainsi par une coquette ! On crie de tous côtés. Ainsi donc,\nc est regimber contre l'éperon que de se révolter aucunement contre elle."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.25", "texte": "HABIT D'HEURE DE LA NUIT\nHABIT DE JUNON.\nLes Éléments. Acte de l'A Costumes originaux (1725)."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "73", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.26", "texte": "THEATRE DE MADAME DE POMPADOUR\n\nM. de Richelieu réprouve : il devait abandonner cette bagatelle de la salle\ndes ballets pour suivre de plus grandes choses, plus capitales, plus ver-\ntueuses. Il lui eût suffi de ne point assister à ces opéras et de s'en abstenir\npar hauteur, dès que sa charge en était blessée. Les billets qu'il donne aux\nmusiciens sont tournés ainsi : Un tel se rendra à telle heure pour jouer à\nl'Opéra de madame de Pompadour. Il a du dessous à chaque pas. Les bons\namis de ceux qui prétendent à quelque chose leur conseillent hautement de\ncheminer par madame la marquise; il faut lui rendre hommage (i).\nPendant toute la durée de cette discussion, madame de Pompadour,\npour ridiculiser son ennemi, avait donné ordre au lieutenant de police\nBerrier de laisser vendre partout des bijoux nommés plaques de chemi-\nnée,, avec une chanson dans laquelle on persiflait l'heureux vainqueur\nde madame de la Popelinière : bijoux et chanson,, on criait le tout jus-\nque dans les théâtres. Comment se vengea le duc? Lors d'un voyage à\nla Muette, la marquise s \"étant trouvée incommodée, le vindicatif gen-\ntilhomme trépigna et fit du vacarme toute la nuit au-dessus de sa\ntête (2).\nAu reste, les difficultés soulevées par le premier gentilhomme de la\nchambre n'avaient pas interrompu un seul înstànt le cours des représen-\ntations. Le jeudi 9 janvier 1749, on avait repris le prologue des Elé-\nments, les actes du Feu et de ï Air, et Phi lé mon et Baucis, avec les\nmêmes acteurs que le 2 3 décembre précédent, sauf madame de Brancas,\nqui avait cédé le rôle de Junon à madame Trusson.\nLe mercredi i 5, encore même spectacle, excepté qu'à l'acte du Feu,\ndes Eléments, on substitua celui de la Terre, ainsi monté :\nPomone (Mlle Lemaure). Mme de Pompadour.\nUne Bergère.. (Mlle Mignier).. Mme de Marchais.\nPan (Chassé) Le chevalier de Clermont.\nVertumne .... (Murayrë)...... Le vicomte de Rohan.\nLa Reine assistait à cette représentation ainsi qu'à celle du lendemain\n(jeudi 16), 011 Ton rejoua la Mère coquette, de Quinault, et la farce\nde Y Opérateur chinois. Le Dauphin et Mesdames s'y rendirent, mais non\nla Dauphine qui continuait à garder la chambre. Au spectacle de la\nveille, M. de Richelieu et M. de La Vallière, réconciliés, étaient tous\ndeux derrière le fauteuil du Roi, le premier à gauche. A la soirée du\njeudi, M. de Richelieu se tenait à la porte, où il ne resta qu'un instant\navant de partir pour Paris ; M. de La Yallière était à droite, derrière le\nfauteuil du Roi, et M.d'Ayen, qui ne jouait pas, à gauche.\n\n(1-2) Mémoires du marquis d'Argenson, 12 et 19 janvier 1749."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "74", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.27", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nLe jeudi 23 janvier, on représenta deux nouveautés : le prologue de\nl'opéra de Phaéton, de Quinault et Lully, et l'opéra un peu raccourci\nd'Acis et Galatée, de Gampistron et Lully (1).\nLe prologue de Phaéton était interprété ainsi :\nAstrée . . Mme de Brancas.\nSaturne. Le duc d'Aven.\nEt l'opéra à*Acis et Galatée :\nGalatée (MlleLeßochois). Mmc de Pompadour.\nAminthe )\nTT ■«•[■ , \\MmQ de Marchais.\nune Nayade )\nAcis (Dumesy) Le vicomte de Rohan.\nPolyphême (Dan) M. de la Salle.\nTircis .. |\nXT , \\Le chevalier de Ciermont.\nNeptune )\nLe grand-prêtre de Junon Basire, de la musique du Roi.\nDANSE : MM. de Courtenvaux et de Langer on.\nDe la famille royale, Mesdames assistaient seules à ce spectacle, mais\nil y avait deux nouveaux auditeurs privilégiés : M. de La Suze et M. de\nTurenne.\nLa seconde représentation d \"Acis et Galatée eut lieu le lundi 10 fé-\nvrier; maison retrancha le prologue de Phaéton, à cause des quatre\nvers suivants qui n'étaient pas de circonstance, la Dauphine venant de\nfaire une fausse couche.\nIl calme l'univers, le ciel la favorise,\nSon auguste rang s'éternise,\nIl voit combler ses vœux par un héros naissant.\nTout doit être sensible au bonheur qu'il ressent.\nLe jeudi i 3 février, 011 représenta trois actes, dont le premier et le\ntroisième entièrement nouveaux. C'était d'abord Jupiter et Europe, pa-\nroles de Fuselier, musique de Dupoi% huissier de la chambre, et de\nDugué, de la musique du Roi.\nEurope Mme de Pompadour.\nPaies, déesse des bergers. Mme Trussôn.\nJupiter, travesti M. de la Salle.\nDANSE : M. de Langer on.\n\n(i) Le Phaéton de Lulli avait été représenté à l'Opéra le 27 avril 1783, et son Acis\net Galatêe le 17 septembre 1686."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "75", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.28", "texte": "THÉÂTRE DE MADAME DE POMPADOUR\n\nPuis venait l'acte des Saturnales, des Fêtes grecques et romaines,\nl'opéra de Fuselier et Colin de Blamont, dont on avait déjà représenté\nun acte Tannée précédente :\nDélie (Mlle Antier)... . Mme de Brancas.\nPlautine .. (Mllc Souris).... Mme de Marchais.\nTibulle, (Murayre). . .... Le chevalier de Clermont.\net enfin Zélie, paroles de Gury, intendant des Menus, musique de Fer-\nra nd, le claveciniste attitré du théâtre de madame de Pompadour.\nZélie, nymphe de Diane Mme de Pompadour.\nL'Amour Mme de Marchais.\nLymphée, Sylvain. M. le duc d'Ayen.\nM. de Courtenvaux, qui devait danser dans les trois actes, ne le put\npas à cause d'un effort qu'il s'était donné la veille à la répétition. Il n'y\neut que M. de Langeron qui dansa, et il remporta un grand succès ,\nainsi que les enfants du corps de ballet. Les danses de Dehesse furent\ntrouvées charmantes et d'un goût nouveau : bref, ce fut une soirée des\nplus agréables. .\nAussi se hâta-t-on de rejouer les mêmes fragments quatre jours après ,\nle lundi gras, 17 février : les acteurs étaient les mêmes, sauf M. de la\nSalle, qui remplaça avec avantage le duc d'Ayen dans le rôle de Lym-\nphée.\nLe lendemain, mardi gras, on donna la deuxième représentation des\nAmours de Ragonde, montés comme au premier jour (27 février 1748).\na M. de Sourches fit Ragonde, écrit de Luynes. Il avait déjà exécuté ce\nrôle avec applaudissements, quoiqu'il ait une voix fort peu avantageuse\net peu agréable, mais c'est assez ce qui convient au personnage de Ra-\ngonde. )> Le spectacle se termina par une pantomime composée et jouée\npar Dehesse,, Chasseurs et petits Vendangeurs (1). Un petit danseur\nd'environ cinq ans fit l'ornement principal de ce ballet, tant il montra\nde grâce et d'agilité. C'était le petit Vicentini ; à côté de lui, la petite\nFoulquier se distingua aussi par sa gentillesse. La représentation finit à\nhuit heures, et le Roi alla, selon l'usage, souper dans ses cabinets avec\nles personnes qui avaient assisté au spectacle : ce soir là ils étaient\ntrente-quatre à table.\nLe mercredi 26 février, première représentation de Silvie, pastorale\nhéroïque en trois actes, précédée d'un prologue, paroles de Laujon, mu-\nsique de Lagarde et ballets de Dehesse.\n\n(1) Ce ballet avait été donné à la Comédie italienne le 24 septembre 1746."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "76", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.29", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nPrologue :\nDiane MmeTrusson.\nL'Amour Mme de Marchais.\nVulcain Le chevalier de Clermont.\nDANSE: M. de Courtenvaux (un Cyclope).\nPièce :\nSilvie, nymphe de Diane... Mme de Pompadonr.\nDaphné, nymphe de Diane. Mme Trusson.\nL'Amour Mme de Marchais\nAmintas, chasseur Le duc d'Ayen.\nHylus, faune .. Le marquis de la Salle.\nUn Chasseur Le vicomte de Rohan.\nLe sujet du prologue, écrit Luyries, est l'Amour qui, n'ayant plus de traits\ndans son carquois, vient en demander de nouveaux à Vulcain, qui ordonne\nsur-le-champ aux Cyciopes de travailler pour ce que désire l'Amour. Ce su-\njet est entièrement d'imagination. C'est une nymphe de Diane poursuivie par\nun faune, qui en est amoureux et veut l'enlever. Elle aime Amintas et croit\nque ce n'est que de l'amitié ; elle est en garde contre l'Amour. Amintas lui\ndéclare sa passion. Elle l'écoute, et aussitôt se reconnaissant coupable, et\nque Diane va faire éclater sa fureur contre elle, elle veut se percer d'un de\nses traits. Elle se blesse en effet ; mais il se trouve que c'est d'un des traits\nque Vulcain, dans le prologue, venait de faire forger pour le carquois de\nl'Amour... Les paroles sont fort jolies et la musique charmante. C'est un\ndes plus jolis divertissements que l'on ait joués jusqu'à présent dans les cabi-\nnets., Il paraît que tout le monde en est content fi).\nOn en fut même si content, qu'on redonna le même spectacle le mer-\ncredi 5 mars, afin que la Reine, le Dauphin, la Dauphine, Madame\nInfante et Mesdames pussent le voir : même succès qu'au premier soir.\nLe lundi 10, deuxième représentation de l'acte de la Terre1 des Elé-\nments, et troisième représentation de Zélie et de l'acte des Saturnales,\ndans les Fêtes grecques et romaines : pas de changements d'interprètes.\nLa Reine, le Dauphin et sa femme, Madame Infante et Mesdames assis-\ntaient encore à cette soirée.\nLe jeudi i 3, première représentation du Prince de Noisy, opéra en\n\n(i) La Sylvie de Laujon fut jouée à l'Opéra le 11 novembre 1766, avec une mu-\nsique nouvelle de Berton et Trial. Daus le prologue, Larrivée jouait Vulcain; made-\nmoiselle Avenaux, Diane; et madame Larrivée, l'Amour. Dauberval figurait le Cy-\nclope. Dans l'opéra, Sophie Arnould représentait Sylvie; madame Larrivée, l'Amour;\nmademoiselle Avenaux, Diane; mesdemoiselles Dubois l'aînée et Dubreuil, deux de\nses nymphes. Legros jouait Amintas; Larrivée, Hylus; et Durand, le Chasseur."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "77", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.30", "texte": "THEATRE DE MADAME DE POMPADOUR\n\ntrois actes de La Bruère, musique de Rebel et Francœur, qui passa pour\nle plus beau qu'on ait vu sur ce théâtre, sous le rapport des décora-\ntions (i).\nDès qu'on avait commencé les répétitions, cet opéra était devenu le\nsujet des conversations de toute la cour. Le duc de Luynes écrivait à ce\npropos le 11 mars : « Les répétitions sont comme on peut croire, très\nfréquentes pour les opéras des cabinets, d'autant plus qu'on y exécute\nplusieurs actes composés exprès pour ce divertissement. C'est M. de la\nVallière et madame de Pompadour qui donnent des places à ceux et à\ncelles qui ont curiosité d'entendre ces répétitions. Cette curiosité est fort\nétendue, et l'on y admet beaucoup de monde, non-seulement de la cour\net de la ville, mais même des étrangers. Les princes de Wurtemberg y\nont été, M. deCenturione, Génois, et plusieurs autres. M. de Bernstorff,\nenvoyé de Danemark, qui a de l'esprit et du goût, et qui est fort connu\nde madame de Pompadour, a été même à plusieurs représentations, à la\nvérité dans une des petites loges d'en haut qui donne sur le théâtre et\ncù l'on n'est point vu. »\nLe Druide, enchanteur M. le duc d'Ayen.\nAlie, sa fille Mme de Marchais.\nLe prince de Noisy, sous le nom de Poinçon.. .. Mme de Pompadour.\nUn Druide, grand-prêtre, ordonnateur des jeux. M. le vicomte de Rohan.\nMoulineau, géant et magicien M. le marquis de la Salle.\nUn suivant de Moulineau M. le chevalier de CAermont.\nDANSE : Le marquis de Courtenvaux, le marquis de Langer on, le comte de\nMelfort (début), le marquis de Beuvron (début), et tous les enfants de la danse.\nCet opéra était une imitation très lointaine du joli conte d'Hamilton,\nle Bélier, combinée avec la comédie de Dumas d'Aigueberre, le Prince\nde Noisy, et surchargée de tous les enjolivements de la galanterie pré-\ncieuse et raffinée de l'époque. L'intrigue est des plus simples. L$ petit\nPoinçon, qui ignore lui-même son titre de prince de Noisy, et le géant\nMoulineau se disputent le cœur de la princesse Alie, fille d'un druide\nquelconque, et, comme de juste, le gentil Poinçon finit par tuer en com-\nbat singulier son effroyable rival. Le principal mérite de cette pièce était\nde donner prétexte à de magnifiques décorations comme le temple de la\nVérité, où les deux amants viennent consulter l'oracle, et d'amener beau-\ncoup de danses qui étaient, au dire de Luynes, « très bien imaginées &,t'\nexécutées dans la perfection. La musique, ajoute-t-il, est très agréable et\n\n(i) Repris à4'Opéra le 16 septembre 1760."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "78", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.31", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ndans le goût françois. » La marquise trouvait entin dans le petit Poin-\nçon un rôle très fatigant, mais qui lui convenait à merveille; elle s'y\nmontra ravissante de grâce et de tendresse, et obtint un véritable\ntriomphe.\nMercredi 19 et samedi 22 mars, deuxième et troisième représentations\ndu Prince de Noisy, en présence de la Reine, du Dauphin et de la Dau-\nphine, de Mesdames Adélaïde et Victoire. La représentation du 22, la\ndernière de Tannée, fut, comme donnée pour la capitation, à\nl'exemple de l'Opéra de Paris.\nTant de succès ne mettaient pourtant pas les acteurs à l'abri de cer-\ntaines mortifications d'amour-propre, comme celle que d'Argenson ra-\nconte en mars 1749 : « Il y a eu une aventure à un bal de la ville, à Ver-\nsailles, où le roi était : une petite Cazaux, fille d'un officier du\nétait masquée ; madame de Brancas lui parla, et lui demanda si elle\navait été à l'opéra des cabinets; elle dit que oui, et fit une description si\ncritique du peu de talent des acteurs, qu'ils ont tous juré de ne plus\njouer l'opéra; ils ont renoncé au théâtre. »\nLa morale de tout cela est qu'en cette seule année, les dépenses du\nthéâtre des petits cabinets s'élevaient au moins à cent mille écus. M. de\nla Vallière, qui avait tout intérêt à ne pas exagérer le chiffre de la dépense,\ndisait que les sommes dépensées pour la construction de la salle, pour\nles habits, pour les décorations et même pour les gratifications en bijoux\nou en argent données aux musiciens, n'avaient pas dépassé ce chiffre de\n100,000 écus. C'est déjà fort joli, surtout si l'on remarque qu'on avait\nfait usage de beaucoup de choses qui étaient dans le magasin des Menus-\nPlaisirs; et pourtant le duc de Luynes lui-même refuse de croire à cette\naffirmation, et assure que la somme énoncée par le duc de la Vallière est\nau-dessous de la vérité. Les libéralités de la favorite devaient encore\nl'accroître. « L'on vient de donner des pensions à des artistes, pour ser-\nvices rendus à la marquise de Pompadour, écrit d'Argenson le 16 novem-\nbre 1749- Tribou, son maître à chanter, a 800 liv. sur le trésor royal,\nLagarde, son maître de composition et qui a une voix si agréable, a 1,500\n/\nlivres. » La marquise offrait, l'Etat payait.\n(La suite prochainement.)\n\nADOLPHE JULLIEN."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "79", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.32", "texte": "REVUE DES CONCERTS\nCONCERTS POPULAIRES : Le Quatuor suédois. CONCERT NATIONAL : Maçeppa, scène\nlyrique de MM. A. de Lauzières et Paul Puget. Bacchanale de Cherubiai. Concerto\nen la mineur de Schumann. Gavotte de Gluck. Suite d'orchestre de M, Guiraud.\nCONCERTS DANBÉ : Trio de M. Adolphe Blanc.— CONCERTS FRASCATI : Soirée d ou-\nverture. CONCERT GOTTSCHALK.\nONCERTS POPULAIRES. Quatuor suédois. Avant\nde parler du quatuor suédois, qui a été la seule nou-\nveauté de la séance du 4 janvier, je rappellerai en peu\nde mets que l'allégro et le finale de la Ré for mations-\nS info ni g de Mendelssohn ont produit, surtout le fi-\nnale qui débute par le choral de Luther, l'effet gran-\ndiose auquel ie public est toujours préparé, et que Vlnvitation à\nla valse de Weber prouve jusqu'à quel point Berlioz était initié à tou-\ntes les ressources et à tous les secrets de l'instrumentation. La manière\ndont il a su distribuer dans l'orchestre des mélodies et des traits écrits\nspécialement pour le piano est une merveille. On a beaucoup applaudi\naussi le quintette de Mozart pour instruments à cordes et clarinette; mais\ndussé-je passer pour un rabâcheur, je ne saurais m'empêcher de protes-\nter de nouveau contre cette mode de faire jouer à une cinquantaine d'ins-\ntruments à cordes ce qui n'est destiné qu'à quatre, tandis qu'une clari-\nnette seule est obligée de soutenir la lutte. Je n'y puis admirer que deux\ngrandes difficultés vaincues : l'une,, qui consiste à jouer juste en ne faisant\nqu'effleurer la corde pour ne pas écraser l'instrument solo, et l'autre, qui"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "80", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.33", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\noblige la clarinette à jouer juste tout en forçant le son, sauf dans les pas-\nsages où elle est à découvert.\nJ'arrive au quatuor des dames suédoises. M. Pasdeloup, toujours prêt\nà accorder l'hospitalité aux artistes étrangers, s'est empressé de l'offrir à\nces dames, dont les noms ne sont pas précisément des plus commodes à\nprononcer et à retenir, et le public les a accueillies avec um galanterie\npeut-être excessive, en leur prodiguant autant et plus d'applaudisse-\nments qu'aux chefs-d'œuvre de Beethoven, Weber et Mendelssohn.\nLe fait est qu'elles chantent avec un ensemble merveilleux et des\nnuances d'une grande perfection, mais les morceaux sont étranges et\ndénués de charme pour la plupart, et leurs voix ne sont ni d'une grande\nétendue, ni d'une grande force. Et cependant la Suède et la Norwège\nfournissent des voix et des talents admirables, témoins mademoiselle Nis-\nsen, qui a chanté jadis au Théâtre-Italien de Paris, et mesdames Jenny\nLind, Nilsson et Telefsen. Cette dernière, qui est norwégienne, est moins\nconnue à Paris qu'à Londres, où elle fait les beaux jours des concerts.\nHenry Cohen.\nCONCERT NATIONAL. Ainsi que je l'ai déjà dit ici même, le réper-\ntoire classique ne se compose pas seulement de morceaux sympho-\nniques, il comprend encore un grand nombre d'oeuvres chorales, popu-\nlaires en Allemagne et en Angleterre, et dont nous connaissons à peine\nles noms. A l'imitation des Concerts du Conservatoire, mais sur une\nplus large échelle, le Concert national s'est occupé d'organiser l'exécu-\ntion de quelques-unes de ces œuvres, et, fidèle à son programme, il s'est\nappliqué à faire marcher de front les œuvres anciennes et les modernes.\nC'est ainsi que le quatrième Concert de chaque série est consacré en\ngrande partie à l'exécution d'un oratorio ou d'un drame lyrique; nous\navions déjà entendu Ruth dans la première série ; on nous a donné\nau quatrième Concert de la seconde. est la cantate\nqui fut proposée au concours pour le grand pi ix de Rome en 1873; les pa-\nroles sont de M. A. deLauzières, la musique de M. Paul Rouget, premier\ngrand prix, élève de M. Victor Massé. Le sujet, emprunté àla légende\nde l'Hetman polonais, a fourni à M. de Lauzières un excellent poème,\nrempli de situations franches et musicales. La partition de M. Paul\nPuget renferme sept morceaux : 2 pièces symphoniques, 3 airs, un duo\net un trio. La Polonaise, qui sert de prélude, est bien rhythmée, habile-\nment coupée et écrite dans un fort bon style; c'est un morceau extrême-\nment réussi; la r©mance de la Reine et la sérénade chantée par Mazeppa"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "81", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.34", "texte": "ne manquent ni d'élégance, ni même d une certaine poésie. Le duo et le\ntrio sont écrits dans de bonnes proportions sceniques; le trio m'a paru un\npeu bruyant et parfois vulgaire; on y sent trop l'imitation des formes\nitaliennes et en particulier de la manière de M. Verdi. Je leur préfère de\nbeaucoup 1 air de basse, conçu dans un très bon sentiment dramatique,\net où l'auteur a su très heureusement allier la mélodie à la déclamation\ndes paroles. Cet air et le prélude-polonaise sont les deux meilleurs mor-\nceaux delà partition; ils sont vraiment remarquables et nous font au-\ngurer très favorablement de l'avenir de M. Puget. L'exécution de cette\ncantate était confiée à tiois des meilleurs artistes de f Opéra mademoi-\nselle P. Devriès, MM. Gailhard et Bosquin ; on lésa beaucoup applau-\ndis ; la toute charmante mademoiselle Devriès a surtout remporté un\ntrès vif succès.\nLe premier Concert de la troisième série a été fort brillant. On y a\nexécuté entre autres une Bacchanale, de Cherubini; le Concerto en la\nmineur pour piano, de Schumann ; le Larghetto du quintette en la, de\nMozart, et une Gavotte, de Gluck, La Bacchanale, de Cherubini, est\ntnce du ballet d Achille a qui fut représente pour la première\nfois le 18 décembre 1804» Le rôle d'Achille, crée parle célèbre Duport?\nfut repris ensuite par une danseuse, mademoiselle Clotilde, à la vingtième\n1 epiésentation de ce ballet, qui eut lieu seulement trois ans plus tard, le\ni 5 septembre 1807. L'œuvre n'eut pas grand succès ; on y remarqua\npourtant quelques fragments, parmi lesquels figure au premier rang la\nBacchanale. Ce morceau, où brille dans toute sa puissance le talent\naujourd'hui trop peu connu du maître illustre qui exerça une si grande\ninfluence sur la musique française, compose un tableau plein de vie et\nde lumière : le premier motif manque peut-être de distinction, mais le\ndéveloppement en est riche et coloré par une orchestration splendide ;\nnotons, en particulier, un crescendo d'un magnifique effet.\nLe Concerto en la mineur est une des œuvres les moins discutables\nde Schumann ; les idées y sont claires, précises; l'inspiration est soute-\nnue d un bout à l'autre, et le talent original du compositeur s'y épanouit\ndans toute sa verve et toute sa fantaisie. M. Jaëll Ta exécuté avec plus\nde bravoure que de style ; néanmoins l'oeuvre et l'exécutant ont obtenu\nun très grand succès.\nTout le monde connaît le Larghetto du quintette en /#, de Mozart,\nun admirable chef-d'œuvre et l'une des plus pures inspirations musicales\nqui existent. Quant à la Gavotte; de Gluck, c'est aussi dans son genre\nun morceau accompli ; lorchestre l'a exécuté avec un fini de détails et\nune perfection de nuances dignes des plus grands éloges, et je profite de\n\n111.\nREVUE DES CONCERTS\n6"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "82", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.35", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ncette occasion pour adresser mes meilleurs compliments aux artistes de\ntalent placés sous l'habile direction de M. Colonne. Ils composent un\nensemble excellent; l'harmonie laisse quelquefois à désirer, mais le qua-\ntuor est irréprochable, et les premiers violons notamment ont déjà fait\npreuve en maintes circonstances d'une virtuosité peu commune.\nJe ne signalerai dans le 2 e concert que deux morceaux : l'ouverture du\nCorsaire, de Berlioz, et la Suite d'orchestre, de M. Guiraud. L ouver-\nture du Corsaire (œuvre 21) a été composée en guise de préface au\npoème de Lord Byron. L'idée générale est un peu obscure ; elle devient\nabsolument une énigme pour ceux qui 11e connaissent pas 1 œuvre du\npoète anglais; néanmoins 011 sent courir à travers cette succession désoj-\ndonnée de rhythmes violents et de timbres éclatants un souffle plein\nd'une énergie sauvage qui frappe l'esprit plus qu'il ne le séduit. Cette\nouverture est une des œuvres les moins connues et aussi 1 une des moins\nimportantes de Berlioz; elle est postérieure a la Symphonie fantastique\net à Roméo.\nJe n'entrerai pas dans de longs détails au sujet de la Suite d orchestre\nde M. Guiraud qui est déjà bien connue du public. Je rappellerai seule-\nment que cette suite se divise en quatre parties : le Prélude contient un\ntrès joli thème de hautbois qui aurait beaucoup gagné à être développé;\nM. Guiraud s'est contenté de faire passer successivement la mélodie d'un\ninstrument à un autre; ces sortes d'imitations ne sauraient tenir lieu dun\ndéveloppement régulier. L■ n'offre rien de bien saillant, c est\nune agréable fantaisie. UAndante, qui compose la 2e partie, est plus dé-\nveloppé et surtout plus symphonique; il repose sur une jolie phrase très\nmélodique et pleine d'élégance ; je critiquerai seulement la longueur\nsouvent exagérée des périodes et le peu de variété avec lequel le musi-\ncien a présenté les développements de l'idée principale. Le moiceau le\nmieux réussi de toute la Suite, c'est le Carnaval avec son brillant coloris\net ses rhythmes bien accentués : on ne saurait imaginer un plus joli finale\nde ballet.\nH. Marcello.\nCONCERTS DANBÉ. Le concert du 4 janvier a été intéressant sous\nplus d'un rapport. M. Jules Lcfort a très bien chanté et avec une par-\nfaite entente de l'ancien style un air de Lotti, compositeur italien du\ndix-septième siècle. Ce morceau dont la forme n'est nullement antique,\na fait le plus grand plaisir, ainsi qu'un rigaudon de Dardanus, de l'illustre\nRameau. Enfin, la première audition d'un trio pour piano, violoncelle et"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "83", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.36", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nflûte, en ut, de M. Adolphe Blanc, exécuté dans la perfection par\nMM. Lavignac, Loys et Donjon, a fourni au public une nouvelle occa-\nsion d'applaudir le talent très remarquable de ce jeune compositeur qui\na de charmantes inspirations.\nCONCERTS F RAS c ATI. Le public attendait avec impatience, depuis\nplusieurs semaines déjà., l'inauguration des concerts de la salle Frascati,\nqui avait préludé huit jours auparavant par un bal masqué, mais\nl'autorisation n'avait pas encore été complètement donnée à l'en-\ntrepreneur. Cette salle, construite sur remplacement du magasin des\nVilles de France, occupe tout l'espace contenu entre la rue Vivienne et\nla rue Richelieu. Ce n'est pas la première fois qu'elle sert de refuge à la\nmusique, car, sous Louis-Philippe, c'est là qu'eurent lieu les premiers\nconcerts Musard_, transportés plus tard rue Basse-du-Rempart dans l'hô-\ntel d Osmond, et enfin aux Champs-Élysées; et du temps de Musard\ncomme aujourd'hui, sa spécialité a toujours été de former un concert-\npromenade. La salle est élégamment décorée et ornée d'une fontaine qui\nproduit le meilleur effet. Elle est trop sonore. Le public qui ne tient pas\nà se promener en écoutant la musique, est très commodément assis.\nL orchestre excellent et parfaitement conduit par M. Maton , qu'on\ns'accorde généralement à regarder comme le premier accompagnateur de\nParis, a fait entendre entre autres morceaux, une fantaisie sur Guillaume\nTell arrangée par Ch. Constantin, un peu longue, mais où des chœurs\nd'hommes, habilement introduits et composés de voix magnifiques, ont\nchanté avec beaucoup de précision et d'ensemble le sublime chœur :\ncc Jurons par nos dangers. » L'ouverture d Oberon, un air varié pour\nhautbois sur Martha, très bien exécuté par M. et deux airs\nchantés par mademoiselle Girard, ont été, avec la fantaisie sur Guillaume\nTell, les morceaux les plus chaleureusement applaudis de la soirée, On\nvoit que ce concert ne manquait pas d attraits. Pourquoi cette malheu-\nreuse et incorrigible manie de fumer en a-t-elle obscurci— c'est le mot\nles pour bien des personnes qui n'ont pas encore pu se détermi-\nner à adorer le dieu Tabac ? D'ici àla fin du mois0 un théâtre d'opéret-\ntes inédites va être installé dans la salle. Faisons des vœux pour qu'au\nmoins, aux représentations, les fumeurs s'abstiennent de fêter leur brune\ndivinité !\nH. C.\nCONCERT GOTTSCHALK* La seconde audition des œuvres pour le\npiano de Gottschalk a été non moins intéressante que la première. Ma-"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "84", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.37", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ndemoiselle Clara Gottschalk a exécuté plusieurs morceaux avec une\nexquise délicatesse. Les plus applaudis ont été un duo à deux pianos sur\nles motifs du avec le concours de M. Joseph O'Kelly, et la\nPasqidnade, fantaisie originale et charmante, qui aura le succès du Ba-\nnanier et de la Bamboula. L'excellent Roger a chanté avec sa voix et\nson talent habituels deux fables de La Fontaine mises en musique par\nM. Étienne Rey et le Roi des aulnes, de Schubert, qui a paru un peu\ndémodé. « Donnez-moi la Galette de Hollande, J> disait Rameau, et je la\nmettrai en musique. )\\La tâche que s'est imposée M. Rey n'est guère\nplus facile.\nM. Taffanel a été vivement applaudi dans une fantaisie pour la flûte,\nde sa composition, et M. Lichtlé, artiste du théâtre de Strasbourg, avant\nla fatale séparation, a déployé une superbe qualité de son et parfaitement\nréussi des difficultés extrêmement grandes pour le véritable cor, c'est-à-\n--dire sans pistons.\nH. C."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "85", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.38", "texte": "REVUE DES THÉATRES LYRIQUES\n\nITALIENS : M. Devilliers. Lucia di Lammermoor. MM. Genevois et Padilla.\nMLLE Heilbronn. ATHÉNÉE : Lucia di Lammermoor. Le maestro Graffigna.\nMLLC Anna Rienzi.\nTALIENS.— LUCIA DI LAMMERMOOR.— Jeudi Bjanvier.—\nQui ne se souvient de la Chasse au Chastre, une\nétourdissante nouvelle de Méry dans laquelle on voit\nun Nemrod marseillais faire le tour du monde, à la\npoursuite d'un chastre qui s'est envolé d un arbre de\nla Provence? C'est à cette battue fantastique que se li-\nvrent, eux aussi, les directeurs du Théâtre-Italien, et le gibier qu ils\ntraquent, le ténor, n'est pas moins rare et moins subtil que le chastre du\nMarseillais de Méry. Les voilà pourtant qui se rapprochent du but.\nMM. Devilliers et Genevois, les deux ténors que nous avons entendus\ndurant cette quinzaine, l'un dans le rôle de Manrique du Trovcitore,\nl'autre dans celui d'Edgardo de Lucia di Lammermoor, sont de beaucoup\nsupérieurs à tous ceux qui nous ont été présentés jusqu ici, et nous ne\ndoutons pas qu'ils ne relèvent désormais par leur concours le niveau\nd'exécution du répertoire italien. M. Devilliers avait débuté dans la TÎ ci-\nviata de Verdi, et soit que ses moyens déjà puissants ne se fussent pas\ntrouvés à Faise dans le demi-caractère, soit qu'ils eussent été paralysés\npar l'émotion, il avait, pour ainsi dire, manqué son entrée à la salle\nVentadour. Mais il a pris possession du rôle de Manrique avec tant de\njuvénile assurance, qu'il s'est fait une large trouée dans la faveur du\npublic.\nL'épreuve à laquelle s'est soumis M. Genevois dans Lucia di Lam-\nmermoor, a été moins décisive peut-être. C'est que le rôle d'Edgardo,\nsans jamais demander à son interprète une excessive dépense de torces,"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "86", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.39", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nexige de lui des qualités plus délicates que le volume de la voix et l'éten-\ndue du registre, j'entends une belle méthode d'accentuation dramatique\net d'expression lyrique. M. Genevois a dit avec assez de feu le bel allegro\nde son duo avec Lucia ; mais il n'a pas mis en relief, comme il convient,\nla phrase déchirante : TJamoy ingrata, t'amo ancora, du splendide sex-\ntuor encadré dans le finale du second acte. Dès le commencement de la\nscène des tombeaux qui termine le dernier tableau d'une façon si poi-\ngnante, il a laissé voir qu'il ne possédait pas encore l'entente de la gra-\ndation dramatique. Il a forcé sa voix sur le récitatif : aussi, quand il a\nvoulu la conduire dans la moelleuse demi-teinte de l'air : O belV\naima innamorata) l'émission du son était devenue gutturale. Voilà le\ndéfaut qu'il devra surveiller. Mademoiselle Heilbronn a particulièrement\nbien chanté son duo avec Asthon ; mais là n'est point tout le rôle de la\nbien-aimée d'Edgardo. Il sera bon qu'elle retranche de son grand air\ncertain trait de son cru que le bon goût réprouve. M. Padilla ne\ntient pas le rôle du baryton avec toute l'autorité désirable. Dans le sex-\ntuor, il n'a point donné à l'éclatant cri de rage d'Asthon, qui suspend\nl'ensembie vocal, le relief et le mordant qu'il exige. L'orchestre et les\nchœurs, sous Tœil vigilant de M. Vianesi, ont été irréprochables.\nATHENÉE. LUCIA DI LAMMERMOOR. Mercredi Y janvier.\nL'homme ayant la vie plus courte que le cerf et la corneille, sa mémoire\nest moins ornée peut-être que celle de ces intéressantes bêtes. Je n'ai\ndonc pas rencontré en mon chemin la charrette épique des comédiens\ndu Roman comique ; l'exhilarant équipage du sieur Dassoucy, ses deux\npages de noir habillés, son âne caparaçonné de téorbes et bardé de\nluths ; je n'ai pas connu Gaultier Garguille et Guillot Gorju, les far-\nceurs barbouillés de lie, non plus que l'illustre Savoyard, dit Y Orphée\ndu Pont-Neuf, et le Singe de Brioché, qui ameura tout Paris. Mais, en\nmatière de haute curiosité, celui qui a vu Raphaël, grand opéra de\nM. Giunti Bellini ; le Borgne, drame shakespearien de M. Loyau de\nLacy, et Lucia di Lammermoor, interprétée par la troupe italienne de\nl'Athénée, n'a rien à envier aux générations qui l'ont précédé en ce\nmonde.\nLa direction de l'Athénée m'avait convoqué à la répétition générale de\nLucia, l'œuvre par laquelle s'est ouverte et close, dans la salle de la rue\nScribe, l'exploitation du répertoire italien : cette répétition, impropre-\nment qualifiée de générale, a revêtu un tel caractère de familiarité que\nje dois mlnterdire toute critique personnelle sur les divers incidents\nqui ont égayé la soirée. Je n'en veux retenir que ce qui appartient de"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "87", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.40", "texte": "VARIA\n\nplein droit au spectateur. Par une faveur dont je prise la délicatesse., je\nn'ai pas été rappelé à la première représentation, et je n'ai pu me repaître\nl'œil des splendeurs de mise en scène qui ont amené dans un aussi bref\ndélai la fermeture de l'Athénée. Il serait cruel de s'égayer aux dépens de\nla pauvre troupe italienne qu'une inexorable fatalité jette ainsi sur le\npavé. On ne saurait trop plaindre les acteurs et les choristes auxquels\nParis refuse ce pain qu'il prodigue si aveuglément à d'autres, ni trop\nblâmer de sa coupable inexpérience l'imprésario qui les a conduits\nau sacrifice. Tout ne s'opposait-il pas au succès de l'entreprise ? Sous\nquelque forme qu'on examine la question, la solution n7en est pas dou-\nteuse. On sait combien la fortune du Théâtre-Italien actuel a été long-\ntemps vacillante ; aujourd'hui, dans sa prospérité relative et malgré le\nprestige delà mode, il ne remplit sa salle que péniblement; cependant\nil fait l'intérim de l'Opéra et ne donne que trois représentations la se-\nmaine; l'Athénée prétendait en donner autant et trouver une clientèle\nsuffisante. Au rebours des axiomes commerciaux en vigueur, la succur-\nsale eût coulé bas la maison centrale. Sur sa scène minuscule, l'Athénée\nabordait le grand opéra; le contenu était plus vaste que le contenant, et\nquel contenant ! Le caveau de famille de tous les directeurs qui s'y sont\nsuccédé ! Ajoutons que l'organisateur de ce spectacle tentait l'aventure\navec une inconcevable précipitation, que ses artistes n'eussent pas été\nrappelés plus de dix fois dans un chef-lieu de canton de la Calabre, que\nses chœurs ne comptaient pas vingt personnes des deux sexes, que les\nmusiciens de son orchestre recrutés à la hâte n'avaient aucune habitude\nde l'exécution en commun, et qu'enfin ce personnel, si peu homogène\ndéjà, ne semblait reconnaître d'autre loi que ses fantaisies.\nL'auteur de ce beau coup est M. Achille Graffigna, en même temps\nimprésario et maestro concertatore, aussi peu écouté d'ailleurs comme\nadministrateur que comme chef d'orchestre. Le talent de M. Graffigna\nn'égale pas son audace, si j'en juge par les quelques notes biographiques\nrecueillies par Fétis sur sa carrière artistique. Il a dépassé largement la\ncinquantaine, étant né vers 1817,' en Lombardie : il a fait ses études au\nConservatoire de Milan. Son premier ouvrage, intitulé Un Lampo d'in-\nfidelta (Un éclair d'infidélité)? a été représenté à Lodi en iB3B. «Le\nlivret de cet ouvrage était fort mauvais, dit Fétis, et la musique n'en\nétait guère meilleure : cependant le public fut indulgent à cause de la\njeunesse du compositeur. Le résultat de cet essai fut le mariage du maes-\ntro avec la prima donna Triulzi qui avait chanté le principal rôle de\nl'ouvrage. » Dans l'automne de 184,1, il donna à la Scala de Milan Ilde-\ngonda et opéra-bouffe écrit spécialement pour cette scène."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "88", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.41", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nRomani, dans sa Chronologie de la Scala, ne nous dit pas quel accueil\nil reçut ; ce qui est constant, c est qu'on ne lui en commanda pas un\nsecond. Il a composé depuis : Eleonora di San-Bonifa^io, joué à Vé-\nrone en 1842 , Mignoni e Fanfan, à Florence en 1844, Gli ultimi giorni\ndi Suli et Ester d Engaddi, à POpéra-Italien d'Odessa, en 1845, enfin,\nIci Duchessa di San-Giuliano, au Théâtre-Italien de Paris,, il y a quel-\nques années. Ces divers opéras ont été aussi froidement accueillis en Ita-\nlie que sur les bords de la mer Noire.\nM. Graffigna rapporte d Odessa où il a été longtemps chef d'orchestre,\nla funeste manie de frapper du bâton le premier temps de la mesure sur\nle bois de son pupitre : le pupitre sollicité par ce coup, y répond par un\nbruit sec et dru comme un éclat de castagnettes. Cette accentuation so-\nnore de la mesure peut plaire à des souffleurs espagnols, mais elle est de\nnul effet sur les choristes de l'Athénée qui ont fugué à qui mieux mieux\nleurs parties dans l'exécution de Lucia. Mademoiselle Anna Rienzi, la\nprima donna assolutissima, engagée par M. Graffigna pour le rôle de\nLucia, est anglaise . son soprano a plus d'acuité que d'expansion, plus\nd homogénéité factice que de franchise naturelle. Elle est encore trop\nfi aichement emoulue de 1 ecole pour dissimuler les défauts de sa vocali-\nsation, mais elle a du style une certaine intuition qui la rend sup-\nportable. La charité chrétienne m'interdit l'appréciation du baryton\nRinaldi, qui a pourtant quelques bonnes qualités, du ténor et surtout\nde la basse qui a été sans vergogne.\nOn a fait grand tapage dernièrement de l'incident de YOrénoque, un\nnavne français, dont la station dans les eaux de Givita-Vecchia est re-\ngardée par certains politiques d'outre-mont, comme une insulte à l'ltalie.\nPar les deux ou trois représentations de Lucia di Lamnzervnoor à\n1 Athénée, la patrie du maestro Graffigna est vengée.\n\nARTHUR HEULHARD."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "89", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.42", "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nCORRESPONDANCE\n\n9 janvier 1874.\nMonsieur le Rédacteur,\n'HABITE en ce moment le château de Ch. de G. (Sarthe),\nce qui au premier abord peut vous paraître indifférent.\nCependant j'ai là sous la main une de ces copieuses bi-\nbliothèques de campagne où plusieurs générations ont\naccumulé, sans y penser, les plus précieux documents...\nVous plaît-il que j'extraie de cette mine quelques pépites*\net que je vous les envoie?\nCeci, par exemple, peut vous être utile, en même temps qu'agréable : ce\nsont les appréciations du Journal des Dames et des Modes (année 1821), sur\nl'inauguration de la salle de l'Opéra qui vient de brûler.\nVous y trouverez plus d'un détail piquant, ignoré aujourd'hui, et très ca-\nractéristique des moeurs de l'époque; le tout pourrait servir de complément\nà votre intéressant numéro du 15 novembre dernier.\nC'est maintenant le Journal des Dames qui parle :\n« L'aspect de l'intérieur de la salle est or et blanc d'abord; bleu et or en-\nsuite jusqu'au plafond.\n« Les corridors sont vastes, les escaliers très beaux; les dégagements nom-\nbreux et bien entendus.\n« Le foyer public règne sur toute la longueur de la façade. Les peintures\nsont blanc mat et or ; les draperies des croisées amarante et orange.\n« Le foyer du chant et celui de la danse sont deux pièces d'une grande\nbeauté. Dans l'une, les murs paraissent sonores; dans l'autre, le plancher en\npente doucement inclinée vers une superbe glace, qui va jusqu'au bas, est\nd'une élasticité parfaite."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "90", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.43", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\n« Provisoirement, la nouvelle salle de l'Opéra sera éclairée par l'ancien\nlustre, mais lorsque les travaux qu'exige l'éclairage par le gaz hydrogène\nseront terminés, on jouira de la vue d'un lustre magnifique d'un goût tout à\nlait neuf.\n« Le milieu de cette pièce de serrurerie représente une espèce de colonne\ncannelée servant de tube pour l'introduction du gaz dont les cent huit becs\ndonnent issue à la flamme, laquelle, au lieu de monter en ligne droite, for-\nmera une tulipe.\n« Ce lustre, entièrement dore, est fait, dit-on, sur le même plan que celui de\nl'Opéra de Londres. La colonne par sa hauteur, le cercle lumineux par sa\nvaste circonférence, nous ont singulièrement frappé. Nous nous faisons une\ngrande idée de la surprise qu'il causera... «\nDécidément le nouveau lustre de l'Opéra est la grande préoccupation de\ntous les esprits en l'année 1821. Je crois même me souvenir que l'Opéra de\nla rue Le Peletier fut le premier théâtre de France où l'on fit l'essai du gaz\nhydrogène, Écoutez ce qu'en dit encore le rédacteur du Journal des Dames :\n« Dans le siècle des lumières, l'ignorance de certaines personnes à l'égard du\ngaz hydrogène est vraiment surprenante. L'une nous dit sérieusement qu'elle\ncroyait que ce gaz arrivait tout enflammé de l'atelier de fabrication au som-\nmet des candélabres placés dans le voisinage du Grand-Opéra. Vous avez\nbeau répliquer que, si le gaz hydrogène brûlait à l'abattoir Montmartre, il\ny aurait explosion sur les lieux, et point du tout éclairage dans l'intérieur de\nParis. On vous répond pour preuve de ce qu'on avance que ce gaz s'appelle\ngaz inflammable. Oui, mais non gaz enflammé!\n« Heureusement que l'allumeur arrive, et qu'en se présentant à l'orifice\ndes tuyaux une mèche flamboyante à la main, il met fin à la discussion.\n« L'autre, au moins aussi crédule, a entendu dire à quelqu'un qui pourtant\nn'est pas une bête, que le gaz hydrogène, comme l'ancien feu grégeois, si re-\ndouté du temps des croisades, brûle dans l'eau. La pluie survient, et si tous\nles jets de gaz ne s'éteignent pas à la fois, c'est que la pluie n'est pas assez\nabondante pour les arroser tous ensemble. Alors le fluide inflammable même\néteint, s'échappant incessamment des tubes conducteurs, se rallume à la\nflamme voisine.\n« Nous en disons autant du vent; et cela servira de réponse aux personnes\nqui assurent avoir soufflé en vain sur un jet de gaz enflammé.\n« Mais voilà le plus fort :\n« Le gaz hydrogène ne brûle pas.\n« Qu'entendez-vous par ces mots; car la phrase n'exprime peut-être pas\nvotre pensée d'une manière bien exacte?\n« Je veux dire que ce gaz ne cause pas de brûlure.\n« Je le crois bien, tant qu'il n'est pas enflammé.\n« Même quand il éclaire, là, pour me faire comprendre, épilogueur\néternel !"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "91", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.44", "texte": "VARIA\n\n« Mettez seulement votre doigt au-dessus de la flamme, et vous m'en di-\nrez des nouvelles.\n« Aïe... !\n« Et bien ! mettriez-vous encore votre main au feu que la personne qui\nvous avait parlé du gaz enflammé ne causant pas de brûlure, était incapable\nde vous tromper ? »\nEnfin le grand jour est venu ! Nous sommes au 16 août 1821. L'Opéra de\nla rue Le Peletier donne sa première représentation... Mais laissons parler\nencore le rédacteur du Journal des Dames.\n« La soirée d'hier est à jamais mémorable dans les fastes des jours marqués\npar le plaisir. Les annales des théâtres disent à la postérité, que dans cette\nmême soirée, remarquable par l'ouverture de la nouvelle salle de l'Opéra,\nFeydeau, le Vaudeville, le Gymnase et la Gaîté offraient chacun une nou-\nveauté, et chose plus extraordinaire encore, autant de pièces, autant de suc-\ncès incontestés.\n« Nous ne parlerons pas de la beauté du temps qui paraissait s'être mis de la\npartie pour engager les promeneurs du boulevard de Gand à s'asseoir tran-\nquillement auprès des dames qui occupaient un double rang de chaises de-\npuis la rue du Helder, jusqu'à la rue Le Peletier, en attendant l'heure de la\nsortie de l'Opéra. Les croisées, les balcons des maisons des hôtels des rues\nLe Peletier et Grange-Batelière étaient garnis de monde comme en un\njour de fête.\n« Ce jour là, les chapeaux parés étaient en crêpe rose ou en satin blanc.\nSur le devant figurait un paquet de plumes d'autruche panachées et frisées. »\nIl me reste, monsieur, à vous prier d'agréer, etc.\npt S. Veuillez, je vous prie, m'envoyer un nouvel exemplaire de votre\nnuméro du i 5 novembre qui est entièrement consacré à l'histoire deTOpéra\nde la rue Le Peletier. Je voudrais, ainsi que l'ont fait beaucoup de vos\nsouscripteurs, le faire reliera part sans pourtant le distraire de ma collec-\ntion.\n\nA. Lebuys.\nL."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "92", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.45", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nFAITS DIVERS\nN vient d'installer au Conservatoire, dans le cabinet du bibliothé-\ncaire, M. Wekerlin, le clavecin ou plutôt le piano qui a appartenu\nà Marie-Joseph Chénier. C'est un don personnel fait au bibliothé-\ncaire par M. Henry Didier, ancien représentant de l'Algérie. Cet in-\nstrument était en 1792 le principal ornement du petit salon de Marie-Joseph\nChénier, où se réunissaient le soir la plupart des patriotes en renom, et où,\nentre deux discussions politiques, le maître de la maison s'asseyait au clavier et\nchantait des couplets ou des morceaux en vogue* C'est là que Rouget de Lisle,\nencore inconnu, fit retentir pour la première fois aux oreilles et au\nParisiens cette Marseillaise inspirée, que bientôt la France entière allait char-\nter d'une voix enthousiaste. Un peu plus tard encore, le modeste instrument,\ndont nous faisons ici l'histoire, devait servir à inaugurer le Chant du Départ et\nles autres hymnes patriotiques dont Chénier avait fait les|paroles et dont Mehul\navait composé la musique Toutes ces premières auditions rendaient cet in-\nstrument précieux à Marie-Joseph Chénier; il le garda comme une relique tant\nqu'il vécut, et pour en assurer, autantjqu'il le pouvait faire, la conservation\ndans l'avenir, il le légua au meilleur et au plus constant de ses amis politi-\nques, à Daunou, chez qui ce clavecin légendaire est resté endormi et muet,\njusqu'au jour où M. Henry Didier le reçut des mains des héritiers de Dau-\nnou. Durant la dernière guerre, cet instrument se trouvait relégué en Picar-\ndie. Les Prussiens en arrachèrent les cordes, enfoncèrent la table d'harmonie\npour chercher de l'argent, qui ne s'y trouvait pas. Le pauvre clavecin était\ndans un état à pitié. C'est M. Wolff, chef de la maison Pleyel-Wolff,\nqui en a fait une restauration aussi habile qu'intelligente.\nDans l'intéressant travail sur Mozart publié dans le Ménestrel, M. Vic-\ntor Wilder nous dit quels étaient les états de service du grand maître à l'âge\nde dix-huit ans. En voici le relevé :\ni 3 petits morceaux de clavecin, menuets, variations et fugues ; 2 3 sonates\npour clavecin et violon ; 5 concertos de clavecin et un grand concerto pour\n2 violons ; 5 sonates pour orgue ;\n16 quatuors et 2 quintettes ; 20 morceaux de chant religieux, motets,\npsaumes, litanies, offertoires, etc.; 23 morceaux de chant, lieders et airs de\nconcert ; 81 petits morceaux symphoniqnes ;\n10 grands morceaux, divertimenti, sérénades et autres ayant l'étendue et\nle développement des grands ouvrages d'orchestre ;\n34 symphonies ;\n9 messes ; 3 oratorios et 7 ouvrages dramatiques formant un ensemble de\n14 actes.\nN'est-ce pas une fécondité sans exemple, et plus d'un compositeur, au\nterme de sa carrière, ne serait-il pas fier de pouvoir ranger en bataille une si\nbelle collection d'ouvrages ?"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "93", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.46", "texte": "VARIA\n\nOn assure qu'une pétition, signée des noms des principaux compositeurs,\ndoit être présentée prochainement au Ministre des Beaux-Arts, pour deman-\nder la suppression des classes d'harmonie et de composition du Conserva-\ntoire.\nLes signataires de cette pétition invoquent, avec juste raison, qu'il est inhu-\nmain et immoral d'apprendre à des jeunes gens un métier qu'on leur rend\nimpossible à exercer.\nVictimes eux-mêmes de ce triste état de choses, les auteurs de la pétition\nont voulu, dans un but uniquement charitable, épargner les déboires à\nceux qui seraient tentés de les suivre dans la voie sans issue où ils se sont\nengagés.\n—M. Oswald, du Gaulois, nous donne les détails que voici sur la question\ndu Théâtre-Lyrique.\n« M. Letellier est toujours sur les rangs pour l'exploitation du Théâtre-\nLyrique, place du Châtelet. Il paraît d'accord avec la Ville, seulement il\nréclame la subvention au ministre. Il demande à M. deFourtou de proposer\nà la Chambre de porter au budget de 1874 trois douzièmes de la subvention\npour son exploitation, qui commencerait le ier octobre.\n« Ceci est une difficulté capitale. Messieurs les députés ne paraissent pas trop\ndisposés à se montrer magnifiques envers le théâtre restauré. On se rappelle\nque le rapporteur de la commission du budget a formellement déclaré que\nson intention, comme celle de ses collègues, avait été de supprimer pure-\nment et simplement l'allocation attribuée au Théâtre-Lyrique, et qu'il a fait\nvaloir cette suppression comme une économie importante.\n« Revenir là-dessus paraît assez difficile, du moins pour cette année. Il est\névident que la subvention est indispensable. Mais n'y aurait-il pas moyen de\ntransiger? M. Letellier exploiterait sans subvention pendant trois mois, d'oc-\ntobre à janvier, et la subvention serait portée au budget de 1875; ou bien\nencore, il retarderait l'inauguration de la nouvelle salle jusqu'au i°r janvier,\népoque à partir de laquelle la subvention lui serait accordée. Nous y per-\ndrions trois mois, c'est vrai, et M. Letellier une partie de la bonne saison ;\nmais enfin on fait ce que l'on peut, et il faut se contenter de ce qu'il est pos-\nsible d'obtenir.\n« Après cela, il est très possible que l'intervention de la Ville change la\nsituation. La Ville est la première intéressée à ce que sa propriété rapporte. »\n—Le nouveau journal musical Y Echo, de Berlin, nous rapporte l'intéres-\nsant compte-rendu d'une séance de musique historique où M. W. Tappert a\nfait une conférence sur Robin et Marion, de notre Adam de la Haie. Les\nnaïves mélodies du Bossu d'Arras ont, paraît-il, fait une impression très vive.\nLa Société des Compositeurs de musique nous a fait entendre, il y a\nquelques années, cette pièce, que certains considèrent comme l'embryon de\nl'opéra comique.\n—■ L'almanach des théâtres allemands, rédigé par A. Entsch, vient de' pa-"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "94", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.47", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nraître à Berlin. Ce petit livre en est aujourd'hui à sa 38e année. Notre col-\nlaborateur, M. Arthur Pougin, avait entrepris, il y a quelques années, la\npublication d'un Almanach musical extrêmement précieux. Comment se\nfait-il qu'un éditeur intelligent ne la reprenne pas\n\nNOUVELLES\n\nARIS. Opéra. L'Assemblée nationale a voté jeudi, par 503 voix\ncontre 42, le projet de loi présenté par le Ministre des Beaux-Arts\net dont voici la teneur :\n« ARTICLE PREMIER. —Un crédit extraordinaire de 609,258 fr. 89 c. est\nouvert au Ministre de l'lnstruction publique et des Beaux-Arts, à titre de\nsubvention supplémentaire, pour l'exploitation provisoire de l'Opéra, pendant\nl'année 1874, aux risques et périls de l entrepreneur-directeur.\n« ART. 2. Un second crédit extraordinaire de 300,000 françs est ouvert au\nMinistre de l'lnstruction publique et des Beaux-Arts, pour faire exécuter\nles décors, costumes et accessoires, et pour acheter les instruments de mu-\nsique et les parties d'orchestre indispensables à l'exploitation provisoire\nprévue au précédent article.\n« ART. 3. Ces deux crédits seront imputés sur les fonds du budget de l'exer-\ncice 1874. »\nLe service des répétitions est commencé à l'Opéra.\nOn relève en ce moment, dans la partie des bâtiments de la rue Drouot\niespectée par le feu, les murs du foyer des artistes, qui sera consacré àce\ntravail.\nC est, on le sait, Don Juan qui doit ouvrir la marche, et dont la première\nreprésentation est annoncée pour le 19 courant. Pour cet ouvrage les décors\ndu Théâtre-Italien serviront.\nPuis viendront Jaust, la Muette, la b avorite, le Trouvère', et probablement\nLucie et Guillaume Tell* Il ne serait pas absolument impossible de jouer\nRobert-le-Diable : les décors de ce dernier ouvrage ont été sauvés; seulement\nleurs dimensions ne sont pas en rapport avec les proportions plus étroites de\nla salle Ventadour.\nIl n'y aurait aucun inconvénient à les raccourcir, comme cela a été fait\npour les décors de Faust et de Roméo et Juliette, appartenant à l'ancien\nThéâtre-Lyrique. II faudra travailler pour venir à bout de toutes les diffi-\ncultés, dont quelques-unes ne laissent pas que d'être sérieuses. Mais on y\nparviendra.\nM. Halanzier vient d'inaugurer sa nouvelle direction par deux actes de"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "95", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.48", "texte": "VARIA\n\ntrès intelligente administra don en s attachant M. C'arvalho comme directeur\nde la scène, et en signant avec madame Carvalho un traité qui commencera à\nla fin de son engagement à l'Opéra-Comique, c'est-à-dire le 3i mars pro-\nchain.\nOpéra-Comique. On nous assure que le Florentin, de M. Charles Le-\nnepveu, passera à l'Opéra-Comique dans les premiers jours du mois de fé-\nvrier Les deux premiers actes sont complètement sus, et les artistes en font\nie plus grand éloge.\nDepuis 1869, cet opéra et son auteur attendaient le jour heureux de la repré-\nsentation.\nEn attendant, l'Opéra-Comique a repris l'Ombre de M. de Flotow, avec\nIsmael, Lhérie, mesdames Priola et Reine,\nOdéon. —Aujourd'hui i 5 janvier, pour célébrer le 252e anniversaire de la\nnaissance de Molière, l'Odéon donne une très belle représentation du réper-\ntoire classique, composée du Tartuffe et du Malade imaginaire, avec la\nCérémonie, dans laquelle paraîtront tous les artistes delà troupe.\nPour cette cérémonie, le Directeur de l'Odéon a fait orchestrer à nouveau\nla musique de Lulli, ou mieux les motifs de Lulli, qui sera exécutée\npar un excellent orchestre de quarante musiciens.\nFolies-Dramatiques. La Fiancée du Roi de Garbe, de M. LitolfF, est en\nrépétition aux Folies-Dramatiques. M. Sainte-Foy a quitté 1 Opéra-Comique\npour débuter dans cette pièce par un rôle spécialement écrit pour lui.\nM. Cantin nous promet des merveilles. Les dépenses de décorset de cos-\ntumes se montent déjà à une centaine de mille francs.\nMadame Galli-Marié est en pourparlers avec M. Cantin pour créer le\nprincipal rôle de la Fiancée du Roi de Garbe.\nLe Comité de la Société des Compositeurs de musique vient de consti-\ntuer son bureau pour l'année 1874 ; ont été nommés :\nPrésidents d'honneur : MM. A. Thomas, Félicien David, Reber, V. Massé,\nde l'lnstitut ;\nPrésident : M. Vaucorbeil ;\nVice-présidents : MM. Wekerlin, d'lngrande ;\nSecrétaire : M. Th. de Lajarte ;\nSecrétaire-adjoint : M.-Guillot de Sainbris ;\nTrésorier : M. Ad. Blanc ;\nArchiviste-bibliothécaire : M. Wekerlin ;\nMembres du Comité : MM. Barbereau, Félix Clément, Delioux, de Groot>\nAd. Nibelle, Limagne, Ortolan, Vogel, Wolff.\n*\nNous apprenons avec satisfaction que M. J. Chantep ie, qui obtint, au\nconcours de livrets pour l'Opéra, dans lequel la Coupe du Roi de Thulé eut\nle prix, le second rang avec la Clarine, vient de confier son manuscrit à\nM. Lenepveu, auteur de Florentin, pour en faire la musique."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "96", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740115-01.1.49", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\ni ans. Imprimerie Alcan-Lévy, rue de Lafayelte, 61\n1 ropriétaire-Gérant : QécRJTHUcI{ HE ULIiC4\"'I .\n\nMILAN. Le Cartellone de la Scala donne la liste suivante des artistes en-\ngagés pour la saison de carnaval et carême, et des opéras qui seront repré-\nsentés pendant la même période. Artistes : Mesdames Fricci-Baraldi,-Sin-\nger, Durand, Jones ; MM. Bolis, Gulli, Pandolfini, Broggi, Castelmary, Pe-\ntit ; chefs d'orchestre, Franco Faccio, Ed. Perelli. Opéras : I Lituanie de\nPonchielli ; Caligola, de Braga ; Macbeth (modifié), de Verdi ; Fausto, de\nGounod ; Aida, de verdi. On parle d'un sixième ouvrage, dont l'auteur est\nM. Burgio de Villa-Fiorita 5 mais la Commission Fa écarté jusqu'ici sous\nprétexte que la Scala ne doit pas servir aux essais des jeunes gens. Plus d'un\ntalent ignoré s'y est pourtant révélé , et le succès éclatant obtenu à Bologne\npar 1 opéra de Gobatti, / G-oti) obstinément repoussé par la Commission de\nla Scala qui lui a préféré une mauvaise partition aussitôt tombée que repré-\nsentée, devrait servir de leçon à cet aréopage peu libéral.\n- L Administration de 1 Opéra nous a délivré Ja pièce suivante :\nReçu de M. A.Heulhard, directeur de la CHRONIQUE MUSICALE, la somme de\ncinq cent dix-huit francs, montant du produit de la vente du numéro du 1 5 no-\nvembre dernier, au profit des petits employés de l'Opéra.\nParis, le 14 janvier 1874.\nSigné : Alexandre,\nCaissier de l'Opéra.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}