{"numero_id": "bm-bmtnabc-1874-02-01-01", "volume": "bmtnabc_1874-02-01_01", "ocr_sha256": "4576b04eb8022a29063d26f218caa2de63b8c18c5c5ef4057d8940f7a97b4173", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabc/issues/1874/02/01_01/bmtnabc_1874-02-01_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabc/issues/1874/02/01_01/bmtnabc_1874-02-01_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabc-1874-02-01-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-02-01_01#c001", "volume": "bmtnabc_1874-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 1", "page_fin": "103", "image_debut": 1, "image_fin": 7, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.2.1", "titre_corps": "LA MUSIQUE EN SUÈDE EN ISLANDE, EN NORWÈGE ET DANS LE DANEMARK", "titre_sommaire": "LA MUSIQUE EN SUÈDE EN ISLANDE, EN NORWÈGE ET DANS LE DANEMARK", "signature_source": "MAURICE CRISTAL", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.1", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 574, "texte": "LA MUSIQUE EN SUÈDE\nEN ISLANDE, EN NORWÈGE ET DANS LE DANEMARK\nHISTOIRE ET MONOGRAPHIE\nLE DANEMARK\n\n(i\nIII\nARIS, l'immortel Paris chicard, le Paris de la Descente\nde la Courtille, des Bals de l'Opéra, exerçait sur Lum-\nbye son inévitable fascination. Quelle gloire pour notre\ncapitale qui n'en fait jamais d'autres! Notre chef d'or-\nchestre, avec son armée, arrive donc chez nous. Rue Vi-\nvienne était une salle qui depuis... Lumbye s'y établit, et pendant les pre-\nmières soirées qui s'encombrèrent de musiciens attentifs, de dilettantes\n\n(j) Voir le numéro du i 5 janvier."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "98", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.2", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2832, "texte": "informés, de curieux, de géographes, de voyageurs et d'étrangers, tout mar-\ncha comme il convient. Les critiques reconnurent que l'orchestre de Lum-\nbye était excellent, que sa musique était aussi originale, aussi divertissante\net avait autant de sel et de mordant que celle de Musard, et que Lumbye\nproduisait en somme sur le public une grande attraction. C'est pour-\nquoi le public déserta les concerts danois et n'y reparut plus. Nos étran-\ngers ne purent prolonger leur lutte avec un musicien qui avait dans son\norchestre des chaises qu'on cassait, de la vaisselle qu'on faisait partir\nen éclats, des pistolets qui détonaient au beau moment des grands effets.\nLumbye trouva plus avantageux d'économiser les dépenses énormes\nque lui coûtait son personnel, et il retourna dans son pays ou la légende\nraconte qu'il retrouva sa gloire, ses succès et des piles d7or. Ce qui\nprouve que les proverbes sont parfois des imposteurs, Lumbye, en effet,\nn'a pas réussi à Paris, paradis des compositeurs qui ne sont pas français,\net, retourné dans son pays, il s'est trouvé qu'il y a été reçu comme un\nprophète. Cela ne se voit qu'en Scandinavie.\nCe n'est point seulement en France que le Danemark, musicalement\némancipé, a expédié ses grands hommes. Siegfried Saloman, violoniste et\ncompositeur, lequel devint l'époux de mademoiselle Henriette Nissen, la\ncélèbre chanteuse suédoise que Paris a connue, a exporté l'art danois dans\ntout le Nord. A l'époque où Saloman naquit, Copenhague avait toute\nune colonie musicale au milieu de laquelle il compléta son enseigne-\nment, après avoir pris le goût de son art dans sa famille même. Car, dès\ncette époque, on s'occupait de musique dans toutes les maisons du Dane-\nmark, de la Suède et de la Norwége. C'est le père de Saloman (son père\nétait un habile négociant ) qui enseigna à Saloman le violon, qui lui\nchoisit ses maîtres. A vingt ans, le jeune artiste obtient un subside de\nson gouvernement et il fait ses malles.\nIl faut remarquer, à ce propos, que dans les pays du Nord où l'instruc-\ntion est universellement répandue, où la musique n'est ignorée de per-\nsonne et s'enseigne comme le langage avec la lecture, l'écriture et les\narts du dessin, les gouvernements modernes, contrairement à ce qui se\npassait en Scandinavie avant Gustave Wasa, et à ce qui se passe dans\nnotre France en 1874, ne tiennent pas en mépris les musiciens et les\nperquisiteurs de l'histoire musicale. En France, c'est bien mieux sans\ndoute, on accorde de libérales missions aux archéologues et cela est\ntrès bien fait, surtout pour le profit qu'on en retire. Mais la musique\nest méprisée chez nos Mécènes officiels, qui probablement attendent d'elle\ndes bénéfices et des allégresses que nous ne devinons guère, nous autres\nvulgaires mortels. Réclamer une mission pour étudier la musique étran-"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "99", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.3", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2838, "texte": "gère, c est s exposer à être mal reçu au ministère des Beaux-arts. Mais\ncomme on serait prestement éconduit, et désigné aux Cerbères du cabi-\nnet, si la mission avait pour but d'étudier la musique en France dans\nnos piovinces peu découvertes, et où la musique autochtone, les chan-\nsons populaires se révéleraient par des merveilles! Notre art national a\nfécondé tout 1 art en Euiope. Celui qui voudrait le dire et le prouver se-\nrait bien reçu à l'étranger. En France, il serait conspué.\nLa première heur du talent de Saloman fut donnée à son pays, où il\nétait retourné sans retard; on le vit alors à Copenhague faisant des lectures\npubliques qui n'étaient pas désertées comme celles que des écrivains de\ntalent font à Paris sans que le public s'inquiète de leurs efforts, et veuille\nprofiter de leur enseignement. En même temps il se préparait à débuter\ncomme compositeur au Théâtre-Royal, et chose phénoménale, mais qui\nse voit en Scandinavie, pays des merveilles, c'étaient les directeurs qui\nsollicitaient le débutant. Croira-t-on que dans ce pays du bon Dieu, les\ngouvernements offrent des subventions à leurs théâtres nationaux, mais\nque CL n est point du tout à la condition expresse que les directeurs ex-\npulseront avec un soin jaloux les musiciens du pays, ce qui en France\nsemble être une indéracinable tradition. Dans les contrées Scandinaves\nles compositeurs font exécuter leurs partitions aussitôt qu'ils ont donné\nà leur œuvre le dernier trait de plume, et ils y ont le déplaisir toujours\népargné aux musiciens français, de ne pas voir leur musique rancir\ndans les cartons des directeurs railleurs. Saloman donna au Théâtre-\nRoyal de Copenhague VOrage en Dalécarlie, opéra en trois actes avec\nlivret de Lyser, qui lut accueilli avec faveur. La Croix de diamants, en\ntiois actes, fut repiésentee deux ans après avec non moins de succès et\nsuivie presqu'aussitôt d'un opéra en un acte intitulé les Epreuves du\ncœur.\nAyant payé sa dette à sa patrie, Saloman voulut connaître la saveur\ndes applaudissements dans les pays étrangers. Il se mit donc en routej il\narii\\a, mit ses partitions à la scène et vainquit. Une douce défaite lui\nfut en outre octioyée; il aima et il fut aimé. 11 y avait alors à Paris une\nbelle fille, une suédoise, cantatrice d'un charme réel et d'un talent fort re~\ncommandable, qui dans notre capitale était restée inaperçue, mais dont on\nse préoccupait dans tous les états Scandinaves. C'était mademoiselle lien-\nnetteNissen qui, à seize ans, avait été envoyée à Paris pour étudier le chant\navec Manuel Garcia» On l'avait engagée au Théâtre-Italien, et elle avait\ndébuté pai le rôle d Adalgise, de Nornia, dont le rôle principal était\nchanté par la Grisi. Un soir qu'on jouait II Barbiere di Seviglia, ma-\ndame Persiani-Rosine ne put chanter, et la Nissen, qui la remplaça au"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "100", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.4", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2520, "texte": "pied levé, s'y montra pleine de verve et fort piquante avec une teinte de\nmélancolie qui charma tout le monde. Sa réputation inaugurée ce soir-là\net les applaudissements qu'elle reçut allèrent se répéter en écho à Stoc-\nkolm, à Christiania et à Copenhague, où Siegfried Saloman les entendit\navec son cœur. Il semblait difficile que les deux artistes se réunissent\njamais. Pendant que la Nissen voyageait, chantant Rossini, Bellini,\nVerdi à Stockolm, à Dresde, à Milan, à Saint-Pétersbourg, à Mantoue,\nà Bologne, à Livourne, à Florence, à Rome,, à Ferrare, d'où la révolu-\ntion l'obligea de s'éloigner, à Londres où six semaines d'études de la\nlangue anglaise lui permettaient de chanter dans l'opéra national à\nCovent-Garden, à Stockolm où on la réclamait comme une gloire du\npays, à Leipzig, à Brème, à Oldembourg, à Francfort et à Berlin, son\nfutur époux prenait postes sur postes, et courait de tous côtés à l'op-\nposé. Enfin ils se rencontrèrent en Hollande, et là se renouvela entre\nSaloman et mademoiselle Nissen la comédie charmante qui, à Venise,\ns'était précédemment terminée par le mariage de Hasse et de la Faustina.\nMademoiselle Nissen devint donc madame Saloman. Cantatrice et com-\npositeur ne voyagèrent plus qu'en compagnie, s'éloignant avec soin de\ntous les pays que le soleil méridional caresse et promenant dans toutes les\nvilles septentrionales où se trouvent des théâtres de musique, un de ces\ntendres et fiers ménages d'artistes qui sont à peu près inconnus à la\nFrance, à l'ltalie, nous dirions même à l'Allemagne, et qui sont si\ncommuns dans le Nord où l'épouse fait respecter l'artiste, et où l'artiste\nn'est point déchue si elle est bonne mère, sage et fidèle compagne d'un\nmari qui l'honore et ne l'exploite pas.\nTout au-dessous du cercle polaire de l'Est à l'Ouest, en Europe, dans\ncette zone glacée qui s'est fait des façons de vivre auxquelles nos habitudes\nne peuvent se comparer, s'agite une innombrable colonie d'artistes que\nla zone méridionale et la zone tempérée n'attirent guère. S'ils y viennent,\nc'est par hasard, et on ne les y rattrape plus. Le Nord et ses mœurs\namollies et enfermées leur plaisent ; ils y sont acclimatés, gâtés, choyés.\nOn s'y préoccupe de leurs intérêts, de leurs satisfactions, de leur hon-\nneur, de leur gloire, de leur fortune. Ils sont ouatés de bien-être dans le\npays du froid, et ils y vivent aussi heureux que l'eider dans les neiges\nqui sont sa patrie, et sa patrie chérie, puisque la nature l'a faite pour lui,\net lui pour elle."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "101", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.5", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2620, "texte": "IV\nNous venons de nommer les artistes, les compositeurs que l'exporta-\ntion Scandinave a donnés à l'Europe, mais maintenant nous devons\nsignaler ceux que d'importation elle a réclamés à l'Allemagne et aux au-\ntres pays. Mais, d'abord, ceux à qui elle a donné naissance et qui n'ont\npas abandonné la mère patrie, doivent être présentés au lecteur. Ils sont\npeu nombreux.\nJean Hansen est un écrivain danois, dont il est resté une dissertation\nintitulée : Disputatio phjrsica de sonorum quorumdam in chordis com-\npiratione ad principia physicorum explicata. Cette brochure, publiée\nen 1707, et qui n'est que le développement d'une thèse que le même\nHansen avait soutenue à l'université de Copenhague, montre les préoc-\ncupations de l'époque en Danemark et en Norwége. Niels Hansen, autre\nmusicien danois, est auteur d'un traité de chant qui a eu ses moments de\ncélébrité. Gerber avait prétendu que cet ouvrage n'était qu'une traduc-\ntion ou plutôt une imitation du livre de Hiller sur le chant; mais ce\ntraité est une œuvre méditée de Niels Hansen. Il fut publié en 1777, à\nCopenhague, sous le titre : Premiers principes de musique appliqués au\nchant, et inaugura avec les leçons du maître ce système un peu in-\nconnu à la France, de faire des musiciens avant de faire des chanteurs,\nla voix n'étant qu'un instrument, lequel gagne toujours à être discipliné\net dirigé avec savoir et méthode. Quant à P. Groenland, c'était un ama-\nteur de musique qui fut codirecteur de la fabrique de porcelaine de Co-\npenhague, après avoir été employé dans la chancellerie allemande. Des\nmarches et des chants de bataille, des odes et des chants religieux, des\nsonnets de Schlegel musiqués à quatre voix et piano, telle est sa pari,\ncomme compositeur. A Kiel, en 1782, il avait connu Cramer et il l'aida\ndans la rédaction de sa publication périodique le Magasin de Musique.\nC'était un dillettante écrivailleur, et ce qu'il a produit n'est ni meilleur,\nni pire que tout ce qui se publie dans ce genre à Paris, en Angleterre,\nen Russie et même en Allemagne (1).\n*\n\n(i) Pour compléter cette monographie au double point de vue ethnique et musi-\ncal, on consultera : —YEssai sur Vinégalité des Races humaines, par M. A. de Go-\nbineau, et VEthnographie de la France. par M. Jacques de Boisjoslin; VHistoire\ngénérale de la Musique, par F. J. Fétis; le Dictionnaire biographique et suédois\nde Gezelius, et le Dictionnaire suédois de Musique par Charles Enwalsson; et en-\nfin le travail le plus caractéristique qui ait été fait sur ce sujet et qui est dû à M, le\nbaron Blaze de Bury; il est intitulé : la Musique du nord,"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "102", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.6", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2712, "texte": "Henrik Rung a composé des opéras nationaux. Il était né Danois,\nmais il avait vécu quelque temps à Milan, et Lamperti lui avait donné\ndes leçons vocales. Rentré à Copenhague, il s'y établit avec succès\ncomme professeur de chant et écrivit avec succès pour l'Opéra sur des\nlivrets en langue danoise. Son opéra VOrage, qui fut représenté sur le\nthéâtie de Copenhague, y fut vivement applaudi et est resté au réper-\ntoire. Fed cri go, opéra en trois actes, obtint l'année suivante un succès\nnon moins brillant. Mais la popularité de Rung dans les centres Scan-\ndinaves est plus solidement basée sur ses airs populaires, ses chansons à\nboiie harmonisées, ses romances à voix seule avec piano, ses ballades\npour piano ou pour quatuor avec chœur, ses barcarolles et ses lieders.\nTous ces opuscules ont un caractère particulier de nationalité. Quant à\nnous, nous piéférons les aouze chansons danoises à trois voix, avec ou\nsans accompagnement, que cet artiste a composées pour les enfants. Le\nton des iornantes de Rung est mélancolique, vaporeux et touchant. Ses\nairs danois pour l'enfance sont une merveille.\nL évêque danois Thomas Kongo, qui fut comme poète et comme\nmusicien un peintre de mœurs naïves, est Fauteur d'un chant que les\nvoyageurs entendent encore chaque nuit à Copenhague. La mélopée\npopulaire, avec ses couplets lents, pénétrés des mystérieuses impressions\ndes longues heuies nocturnes, que les veilleurs de nuit chantent dans la\ncapitale du Danemaick, en coupant de longs silences les strophes qui se\nsuccèdent d heure en heure, est en effet attribuée, et avec toutes sortes de\nraisons probantes, à cet évêque, musicien et poète, qui a été considéré\nquelquefois comme le régénérateur de la poésie danoise et que ses élégies\nremplies de finesse à la fois et de tendresse ont fait aussi comparer à\nHoiace. Quelques-uns des psaumes de Kongo, qui est mort en i jo3, ont\nété conservés dans le psautier danois.\nVoilà, en bloc, les principaux maîtres nés en Danemark et restés fixés\ndans leur pays.\nLes maîtres étrangers émigrés en Danemark sont plus nombreux.\nJean Haitman, qui mourut à Copenhague en 1791, et dont le fils\nAuguste H art m an, îesté toujours en Danemark, était en .1841 cantor\nde l'église de la garnison à Copenhague, était né à Hambourg dans la\npremière moitié du dix-huitième siècle. Vers 1760, il prit.la maîtrise\ndes Concerts a Rudolstadt. En 1768, il se rendit en Danemark, et le duc\nde Ploen lui confia la direction de sa musique concertante. Des duos\npour cor, des airs variés pour piano et violon ou pour piano seul ont\nsignalé ce compositeur, qui a laissé un nom plus autorisé dans le théâtre\nnational du Danemark. C'était, comme compositeur, un imitateur de"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "103", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.7", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2344, "texte": "Gluck. Il écrivit deux opéras : les Pêcheurs et la Mort de Balder, dont\nles paroles sont en langue danoise. Il est l'auteur de l'hymne national\net populaire : le Roi Christian est au haut du grand mât, que Meyer-\nbeer a utilisé dans son drame de Struensée, comme thème principal d'un\nentr'acte qui a toujours été applaudi dans les Concerts de PAthénée,\net aux séances populaires de M. Pasdeloup. Des chants héroïques et\nnationaux étaient le genre dans lequel Hartman excellait.\nL'un des premiers compositeurs étrangers qui aborda le théâtre à Co-\npenhague fut Jean-Abraham-Pierre Schulz, qui était né à Lunebourg\net n'arriva en Danemark qu'à l'âge de quarante ans. Fils d'un boulan-\nger, il avait été destiné à l'état ecclésiastique, mais son invincible pen-\nchant pour la musique le fit admettre au chœur du collège de Saint-Jean,\noù il fit de rapides progrès. Il avait pour maître de clavecin l'organiste\nSchmugel, qui lui parlait sans cesse de Berlin et de toute la brillante\nmusique qu'on y entendait. Schulz, qui n'avait pas quinze ans, parla de\nBerlin à ses parents qui, naturellement, le cloîtrèrent sévèrement au\ncollège. Notre garnement n'hésita pas, et le voilà sur la route de son\nEldorado, sans pain, sans argent. Il arrive. Son maître lui avait vanté\nKirnberger, un cuistre musicastre fort célèbre de l'époque; l'enfant va\nchez Kirnberger qui, assez malveillant par habitude, se montre ce jour-\nlà bon diable. Schulz, aussitôt installé au Gymnase berlinois est incor-\nporé au chœur de chant avec l'autorisation de prendre part aux leçons\nqu'il avait tant souhaitées et qui, grâce à l'enseignement sec et pédan-\ntesque de Kirnberger, lui parurent d'abord d'un médiocre régal. Par\ncompensation, il entendit les chefs-d'œuvre des grands maîtres exécutés\npar les artistes célèbres rassemblés dans la capitale de la Prusse, et cela\nle familiarisa avec renseignement de son protecteur. Les progrès de\nl'élève furent immédiats, et la lucidité de son esprit, son style clair et fa-\ncile, le sentiment qu'il avait de la mélodie devinrent plus tard d'un grand\nsecours pour Kirnberger, dont l'incontestable savoir se manifestait avec\nclarté dans la pratique, mais s'empêtrait immanquablement dans l'ex-\nposition de la doctrine selon l'incorrigible habitude des professeurs.\n(La fin prochainement.)\n\nMAURICE CRISTAL."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-02-01-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-02-01_01#c005", "volume": "bmtnabc_1874-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "104", "page_fin": "112", "image_debut": 8, "image_fin": 16, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.2.2", "titre_corps": "LES CANTATRICES DRAMATIQUES", "titre_sommaire": "LES CANTATRICES DRAMATIQUES", "signature_source": "PAUL FOUCHER", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 8, "page_imprimee": "104", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.8", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1222, "texte": "LES\nCANTATRICES DRAMATIQUES\n\nII\nL<yl S <24 IC\\QT- HU<B E <l{T I\nTroisième partie (i).\nA Saint-Huberti s'était emparée victorieusement du\nprincipal rôle de YArmidede Gluck, à qui elle valut\nun regain de trente représentations. Elle le chante en\n1784 devant le roi de Suède, et la présence du royal,\ntouriste lui sert de prétexte pour faire parer la magi-\ncienne d'un nouvel habit. Mais, s'il faut en croîre\nGastil Blaze, « M. Papillon de la Ferté, vieux, dévot, libertin et fraopé\nd'imbécillité » il y a exagération « se prend de belle passion pour ma-\ndemoiselle Maillard et lui fait confier, par ordre, le rôle de Didon. Ma-\ndemoiselle Maillard y est outrageusement sifflée, et ce n'est que sur les\npressantes sollicitations du Ministre, que la Saint-Huberti, justement\noffensée, reprend le rôle. »\nLes correspondances conservées aux Archives nationales ne portent\naucune trace de l'incident; mais on comprend qu'il y ait eu intérêt de la\npart des dieux officiels à n'en pas perpétuer le souvenir dans les lettres\nqui ménagent si peu les vulgaires mortels et même les déesses de l'Opéra.\nNous verrons plus loin, du reste, que Gastil Blaze, taxé avec quelque\n\n1) Voir les numéros des ier décembre 1878 et ier janvier 1874."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "105", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.9", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2739, "texte": "justice d'être médiocrement scrupuleux dans ses commérages, demeure\ncependant parfois confirmé par les preuves.\nLa Saint-Huberti rentre triomphalement à l'Opéra par Didon, après\nun voyage à Marseille où l'on a organisé pour elle des fêtes sur l'eau, et\noù, vêtue à la grecque, c'est au bruit des acclamations des descendants\ndes Phocéens et des salves d'artillerie, que sa voiture, chargée de cou-\nronnes, circule dans la ville. La Saint-Huberti paye cet enthousiasme\npar quelques chansons provençales.\nA la première représentation du Faux Lord de Piccini, à la Comédie\nItalienne, le parterre, les loges, accueillent comme une souveraine\n« celle qui fait, dit La Harpe, les délices de la Cour et de la ville. »\nC'est le souvenir de la reine de Carthage qui domine dans ces acclama-\ntions 5 mais c'est à tort que la Biographie universelle a voulu faire hon-\nneur à la Saint-Huberti de la réconciliation de Gluck et de Piccini. Il\ny à là erreur évidente. Les deux illustres rivaux ne furent réunis qu'une\nfois à souper chez Berton, le directeur de l'Opéra, et c'était vers 1777,\ndate à laquelle la Saint-Huberti n'était qu'une simple coryphée. Depuis,\nils ne se revirent plus. Ginguené, le biographe intime de Piccini, l'at-\nteste, et il est le plus compétent.\nLa même Biographie (article Lacépède) donne raison à cette accusa-\ntion de M. Desnoireterres, dans son ouvrage si étudié : Gluck et\nPiccini, relativement à un caprice de la grande actrice : sa simple vo-\nlonté suffit à faire mettre de côté l'opéra d 1 Omphale, de Lacépède, dont\nles répétitions avaient commencé, et dont le principal rôle lui était des-\ntiné. Ce qui prouve quelle était à ce moment l'omnipotence de la Saint-\nHuberti à l'Opéra, c'est que Lacépède, musicien et naturaliste, qui sem-\nblait vouloir faire concurrence à Gluck avant de marcher dans la voie de\nBuffon, ne chercha pas à lutter contre ce caprice, quelque vif chagrin\nqu'il dût en éprouver, et retira son opéra. Reste à savoir si c'a dû être\nune grande perte pour l'art, et si l'on ne devait pas plutôt des remercie-\nments à l'intelligente et légitimement enthousiaste interprète de Didon.\nici se place un épisode privé de la vie de la Saint-Huberti, En reve-\nnant de son voyage du midi, l'artiste s'éprit de Saint-Aubin, jeune\nhaute-contre qui venait d'épouser Jeanne-Charlotte Schrœder, si célèbre\nensuite à l'Opéra-Comique sous le nom de son mari. Rappelée, par l'ex-\npiration de son congé, à l'Opéra de Paris, madame Saint Huberti y fait\nengager Saint-Aubin.\nC'est encore Castil Blaze qui raconte cette histoire et qui dit la tenir\nde madame Saint-Aubin elle-même. On pourrait cependant peut-être ré-\ncuser ici l'imagination cancanière de l'auteur de l'Histoire de VOpéra;"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "106", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.10", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2798, "texte": "mais une lettre de M. de la Ferté, de 1785, porte cette phrase significa-\ntive : « Madame Saint-Huberti m'a dit du bien de la voix de Saint-Au-\nbin ; il est vrai que sa figure n'est pas très avantageuse. »\nIl est difficile de ne pas reconnaître dans cette dernière réserve la\npréoccupation d'une femme qui ne veut pas laisser deviner les véritables\nmotifs de sa démarché. Elle avait représenté Saint-Aubin comme disgra-\ncieux et épais. On fut étonné de trouver qu'il ne répondait pas, heureu-\nsement pour lui, a 1 idée que la Saint-Huberti en avait fait naître.\nMais Saint-Aubin était très amoureux de sa femme, beaucoup plus\njeune et plus jolie que la Saint-Huberti; il était père de deux enfants qui\nprolongeaient cette lune de miel dont ils étaient le fruit. Il ressentit le\nmal du pays—-légitime, et serait retourné à Lyon, si la Saint-Huberti n'a-\nvait préféré le souci de faire venir sa rivale à la douleur de perdre tout à\nfait un infidèle.\nGrâce à la Saint-Huberti, madame Saint-Aubin est engagée à l'Opéra\net débute avec un grand succès dans Colinette à la Cour. On lui distri-\nbue le rôle de l'Amour, dans Orphée; mais elle refuse de monter dans\nle nuage qui doit la transporter sur la terre des simples mortels, prétex\ntant qu'à Lyon, l'Amour arrive bourgeoisement sur le théâtre, sinon la\ncanne, au moins son arc à la main. Bref, elle rompt avec l'Opéra (la\nSaint-Huberti n'y mit pas d'obstacle à coup sûr), et la gentille Saint-\nAubin reçoit un ordre de début à la Comédie-Française, puis à la Comé-\ndie italienne où, la même année, sa grâce et sa finesse firent fureur dans\nla Colonie et F Épreuve villageoise de Grétry.\nIl n'est plus question, dans l'histoire intime de la Saint-Huberti, de\nSaint-Aubin, pas plus que de ce chevalier de Croisy qui avait eu pour-\ntant, dit-on, des droits plus légitimes.\nLes triomphes de province de la Saint-Huberti eurent à Paris des con-\nséquences plus regrettables, plus durables tout au moins. Elle recherche\nmoins 1 occasion de paraître à l'Opéra, et surtout à l'approche de ses\ncongés, occupe le temps qu'elle dérobe au public de la capitale, à étudier\ndes rôles d'opéra comique qu'elle ajoute à son répertoire de province. De\nlà de vives discussions avec la Direction et le Ministère, discussions où\nle bon droit n'est pas absolument du côté de l'actrice. On lui objecte que\ntandis qu'elle refuse de jouer trois ou même deux fois par semaine à\nl'Opéra, elle chante tous les jours en province. Elle répond qu'en province\nelle peut varier son répertoire tragique par la représentation d'oeuvres\nd un caractère moins fatigant, et finit par laisser échapper cet aveu, que\nsi l'Opéra veut lui imposer un service aussi multiple, il n'a qu'à la payer,\ncomme on la paie en province, où elle gagnerait trente mille francs par an."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "107", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.11", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2740, "texte": "C'est son « valet de chambre » qui est chargé généralement de reporter\nverbalement ses réponses au Directeur (elle ne sort notamment jamais le\nmatin du jour où elle doit chanter) ; ce qui, d'après les accusateurs de la\nSaint-Huberti, lui permet de pouvoir nier ou modifier les engagements\nqu'elle a pris. N'acceptons que sous bénéfice d'inventaire ces méchance-\ntés et enregistrons un nouveau triomphe de la cantatrice dans Pénélope\nde Marmontel et Piccini, le 9 décembre 1785. « Madame Saint-Hu-\nberti, dit Marmontel dans ses Mémoires, est aussi admirable dans Péné-\nlope que dans Didon. » Les applaudissements sont, du reste, presqu'ex-\nclusivement pour l'interprète. Elle est admirable dans la scène où elle\nfait raconter la vie d'Ulysse par Ulysse lui-même déguisé, qu'elle 11e re-\nconnaît pas, et où elle frémit des dangers qu'ont courus sa vie et sa\nconstance.\nThémistocle, de Morel (toujours Morel) et Philidor, tombe à plat, malgré\nle concours de la Saint-Huberti (Mandane) et de Chéron (Thémistocle).\nL'actrice entre, il faut le dire, dans la période descendante de sa carrière.\nA l'une de ses réapparitions, on remarque qu'elle est assez froidement\naccueillie, ce qu'on attribue à ce que des voix plus fraîches ont été en-\ntendues par le public. Elle fait aussi une excursion malheureuse, par le\nrôle de Clytemnestre, dans l'emploi de mademoiselle Duplan qui avait\nquitté l'Opéra. Les Mémoires secrets de Bachaumont constatent que le\nrésultat n'avait pas répondu à ce que l'on devait attendre du talent de\nla cantatrice,\nPhèdre, d'Hoffmann, d'après Racine, musique de Lemoyne, vaut ce-\npendant un succès de tragédienne à l'élève du compositeur. « La Saint-\nHuberti joue admirablement Phèdre, » dit La Harpe. « Beaucoup de\nsensibilité, grande intelligence de la scène et une vérité rare dans le geste\net les accents, » dit le Journal de Paris.\nLes répétitions de Phèdre furent signalées par de vifs dissentiments\nentre le directeur et l'actrice. A ce moment, mademoiselle Gavaudan\ncadette, une des chanteuses les plus décriées, était en prison pour avoir\ndonné à jouer. La Saint-Huberti la réclame pour répéter avec elle, mais\non refuse de la lui donner toute une journée. Tout au plus permet-\non à mademoiselle Gavaudan de sortir de prison l'après-midi, et de\nlaisser dîner ensemble les deux actrices. Elles arrivent ensemble à la ré-\npétition du soir où Dauvergne constate leur joie de s'être revues. La\nSaint-Huberti écrit à M. de la Ferté une lettre des plus vives contre\nDauvergne. Le surintendant répond par une lettre polie, mais froide, où\nil fait l'éloge significatif du Directeur attaqué, et rappelle à l'actrice que\nle public n'a pas aussi souvent qu'il le voudrait le plaisir de la voir. On"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "108", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.12", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2835, "texte": "a vu plus haut quel sens il faut attribuer à ce reproche. Dauvergne con-\nstate l'effet de cette lettre sur Phèdre quf, à la répétition suivante, ala\ntête basse et ne regarde plus que le bout de ses souliers.\nLes imputations les plus violentes sont dirigées contre la Saint-Hu-\nberti par Dauvergne dans ses lettres. Elle et Lemoyne sont c< les deux\nplus méchantes créatures qui soient au monde, » « la Saint-Huberti est\nune impudente coquine. » Ailleurs, il raconte qu'il a fait dire à l'actrice\nqu'il a la plus grande estime pour son talent, mais qu'il n'a que du mé-\npris pour sa personne. Dauvergne se dit sujet, dans les mêmes lettres, à\ndes débordements de bile. On ne le démentira pas là-dessus.\nDes accusations d'une nature plus délicate sont nettement formulées\ndans les mêmes documents, au sujet des relations de l'actrice avec les\njeunes filles qu'elle forma à l'art du chant. Qu'il me suffise de dire que,\ns'il fallait en croire Dauvergne, la Saint-Huberti n'aurait pas été Ariane\nà Naxos, mais à Lesbos. Un ignoble pamphlet de l'époque, le Vol plus\nhaut, qui diffame la Saint-Huberti de la façon la plus grossière, qui, à\ntitre de reine des impures, en fait l'objectif d'une épître ironiquement\nordurière, n'a aucune allusion cependant aux venimeuses espérons\nqu'on peut le dire, - calomnies de Dauvergne. En revanche, le por-\nnographe anonyme prétend que la Saint-Huberti achète à prix d'or\nl'amour qu'elle n'inspire plus. Rien dans les lettres de Dauvergne (et on\nvoit qu'il ne ménage pas cependant la Saint-Huberti) ne donne à croire\nque la dernière de ces assertions ait pu avoir le moindre fondement. Sans\nprétendre donc présenter notre héroïne comme irréprochable, tirons\ncependant du peu d'accord de ses deux ennemis, cette conséquence, que\nl'on peut, sous ces pénibles rapports, n'ajouter foi à l'un ni à l'autre.\nOn conçoit cependant que, de son temps,, la réputation de la Saint-\nHuberti n'ait été rien moins qu'immaculée. Aussi trouvons-nous dans\nBachaumont trace d'une mortification assez sensible qu'elle éprouva.\nPilatre des Roziers, ayant voulu organiser une fête pour le couronne-\nment du buste de Bufifon, demanda à la Saint-Huberti de vouloir bien\nfaire servir son talent à l'exécution de la cantate composée pour la cir-\nconstance. La Saint-Huberti n'accepte qu'à la condition de faire partie\ndu comité de dames chargé du détail de la cérémonie, mais cet honneur\nlui est refusé et alors elle refuse le concours de son talent.\nRevenons à Phèdre. La reine avait déclaré qu'il n'était pas besoin de\nfaire beaucoup de dépense pour avoir à Fontainebleau des opéras de\ncette espèce, A la troisième représentation, la salle était vide, la pièce\nest « déracinée, » disait-on. Castil-Blaze raconte que l'existence de l'O-\npéra fut prolongée, parce que Quidor, inspecteur de police, qui avait"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "109", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.13", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2517, "texte": "les vénalités féminines de bas étage dans son département, les contraignit\nà venir peupler la salle de l'Opéra, et y envoyait en même temps ses\nbrigades pour applaudir.\nDans l'année théâtrale 1787-1788, la Saint-Huberti ne chanta que\ntrente fois. Au commencement de 1787, l'actrice s'avise de partir avant\nla clôture de l'Opéra et, sans demander congé, vient en Alsace. Sur la\nplainte du directeur, il est écrit à Strasbourg d'empêcher cette artiste\nd'y jouer, et elle reçoit ordre de revenir sans délai dans la capitale.\nCe ne serait pas toutefois sans s'être montrée sur le théâtre de la capi-\ntale de l'Alsace, car voici les vers qu'elle y inspira à un mélomane, en\njouant le rôle de Didon :\nRomains, qui vous vante% d'une illustre origine,\nVoyef d'où dépendait votre empire naissant :\nDidon n'eut pas de charme asse% puissant\nPour arrêter la fuite où son amant s'obstine.\nMais si Vautre Didon, ornement de ces lieux,\nEût été reine de Carthage,\nIl eût, pour la servir, abandonné ses dieux,\nEt votre beau pays seroit encor sauvage.\nCe madrigal, qui ne manque pas d'élégance, serait, toujours s'il laut\nen croire Castil-Blaze, du jeune Napoléon Bonaparte; ce qui semble dif-\nficile à concilier avec les faits historiques, d'où il résulte que le futur\nempereur, alors très sojuffrant, passa en Corse l'hiver de 1786 et presque\ntoute l'année 1787. Il n'arriva à Paris que le 22 novembre, et se dirigea\nde là sur Auxonne où était son bataillon d'artillerie.\nLa Saint-Huberti en était toujours à ce point stationnaire du talent\nqui fait prévoir la décadence. Depuis quatre années, aucune des parti-\ntions nouvelles qu'elle avait interprétées, n'avait produit d'explosion vie\ntorieuse ; elle en était réduite à demander aux œuvres déjà consacrées\nses moyens d'effet sur le public. On sait qu'elle avait su rajeunir le rôle\nd'Armide; elle était sublime dan si et avait donné à l'air saisis-\nsant : « Divinités du Styx, » cette puissance dont madame Viardot, de\nnos jours, a retrouvé le secret pour cette même invocation. Elle aimait\nencore à se montrer le même soir dans deux rôles de caractère opposé\npour prouver la flexibilité de son talent, et c'est ainsi que l'affiche, en\n1788, l'annonce à la fois dans Clytemnestre d'lphigénie en Aulide, et\ndans Colette du Devin de village.\nMais les rivales se succèdent contre la reine de Carthage, et madame\nCheron (mademoiselle Dozon), de l'Opéra, lui prend le rôle d'Antigone.\nMademoiselle Maillard, la future déesse de la Raison des fêtes républi-"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "110", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.14", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2746, "texte": "caines, lutte révolutionnairement contre une illustration fatiguée, que\nsa voix commence à moins servir. Le dernier incident un peu retentis-\nsant de la vie théâtrale de la Saint-Huberti est comique et n'a plus rien\nde glorieux. Il s'agit d'un chignon commandé pour l'amante d'Énée, et\ndont le coiffeur Desnoyers demande 232 livres. Vives réclamations du\nComité de l'Opéra ; mais les experts donnent raison à l'artiste capillaire ;\nseulement il fut enjoint solennellement aux pensionnaires trop éprises du\npostiche, de ne plus commander de ces oeuvres d'art sans que la Direc-\ntion n'en ait connu d'avance le prix, dont la seule Didon pouvait encore\nfaire excuser l'excès.\nL'amour avait pris d'ailleurs dans la vie de la Saint-Huberti la place\ndont l'art et la gloire semblaient pour elle se retirer. Ce n'était plus là\nune simple fantaisie, comme pour Saint-Aubin, distingué par elle dans\nun duo à Lyon, enlevé et aimé jusqu'à l'expiration de rengagement du\nchanteur; c'était une vraie passion, éclatant avec toute la violence d'un\nretour offensif d'âge et dont les inspirations devaient être bien funestes\nà la grande artiste.\nHenri de Launay, comte d'Entraigues (l'orthographe de ce dernier\nnom lui fut très disputée), élève de l'abbé Maury et neveu du comte de\nSaint-Priestj l'un des derniers ministres de Louis XVI, homme d'esprit\net très séduisant, gentilhomme-faiseur, auteur d'un mémoire publié en\n1788 sur les Etats-Généraux, avec un retentissement des plus révolution-\nnaires, candidat démocrate d'abord, député royaliste ensuite, inspira un\nviolent attachement à celle à qui la faveur du public échappait. Voici\nune lettre de la Saint-Huberti à son amant, et il est impossible d'y mé-\nconnaître l'accent d'un cœur vraiment épris :\n« Tâche un peu que Cabanis m'aime afin qu'il me guérisse. J'ai peur\nde mourir depuis que tu m'as dit que tu croyais pouvoir m'aimer tou-\njours. Je le crois autant qusil est en moi de croire àce qui ne dépend\npas de nous. Voilà ce que c'est d'aimer les gens pour eux ou pour leurs\nvertus ; moi, je suis bien sûre de t'aimer toujours, quoi qu'il arrive,\nparce que, avant de t'aimer, je te désirais toutes les bonnes qualités, Si\nton cœur est malade, dans quel état crois-tu le mien ? Mon bien-aimé,\nquand je pense qu'il ne tiendra qu'à nous d'être heureux, mon cœur\ntressaille de plaisir; mais cette idée ne rend pas le moment bien agréa-\nble; je travaille à être indépendante et je me tue; si j'ai perdu par mes\nfatigues réitérées la fraîcheur de la qui est un agrément pour\nle vulgaire des hommes, j'espère qu'en formant mon cœur sur celui que\nj'aime, il me tiendra lieu de tout ce qu'un autre que toi peut désirer. »\nCette lettre, dont la date n'est pas donnée par MM. de Goncourt"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "111", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.15", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2597, "texte": "qui Font citée, remonte évidemment à la phase de gloire laborieuse et\nlucrative de la Saint-Huberti, et répond ainsi indirectement, mais in-\ndiscutablement, aux imputations de débauches effrénées ou de marchés\nhonteux dont, à ce même moment, elle était l'objet. Ce témoignage ir-\nrécusable nous montre la Saint-Huberti sous l'empire d'un sentiment\nexclusif, presque idéal, qui s'ennoblit par le dévouement avant de se lé-\ngitimer par le mariage.\nL influence de la Saint-Huberti avait baissé à l'Opéra. La Révolution\ngrondait; l'émigration du comte d'Entraigues achève de décider sa maî-\ntresse.\nEn avril 1790, Didon quitte Paris et va rejoindre à Lauzanne le\ncomte d Entraigues, qui l'épousa le 29 décembre de la même année.\nMais si l'amour fait ce mariage, la reconnaissance seule devait donner\nle prétexte de le rendre public.\nAgent actif de Louis XVIII, d'Entraigues est arrêté en Milan,\npar ordre de Bonaparte qui 1 accuse d'une conspiration dont les preuves\ndoivent se trouver dans le portefeuille du prisonnier. D'Entraigues qui,\naprès avoir quitté la France en 1789? s'était, en Russie, fait naturaliser\nsujet du Czar, réclame vainement pour le droit des gens violé en sa per-\nsonne. La Saint-Huberti lui devient plus utile que les principes de\nWattel. Alceste vient jouer auprès de son mari le rôle de Fidelio et le\nfait évader de sa prison.\nLe mariage fut alors déclaré. D'Entraigues et sa femme s'étaient réfu-\ngies à Vienne; ils étaient à Gratz dans cette même année 1797; et\nnommé ensuite conseiller de l'Empire en Russie, d'Entraigues devint\nmaître de secrets importants qui n'étaient plus seulement ceux de la Co-\nmédie, entre autres des articles cachés du traité de Tilsitt. Il les porta à\nLondres à Canning qui le pensionna; mais la police impériale veillait,\ntouché avait envoyé deux agents en Angleterre; et en faisant agir un\nagent vénitien ou soi-disant tel, 011 corrompt un Piémontais nommé Lo~\nrenzo, domestique du comte, qui livre les dépêches échangées entre Can-\nning et son maitre9 en laisse prendre copie, et les remet ensuite aux deux\ndestinataires sous des enveloppes différentes.\nLe comte habitait avec sa femme Barner-Terrace, au comté de Sur*\nrey, dans le voisinage de Londres. Le 21 juillet 1812, il reçoit des dé-\npêches scellées d'un cachet particulier qui l'appelaient dans la capitale\nde 1 Angleteire le lendemain. Il est probable que la trahison de Lorenzo\nn avait pu échapper à Canning et à sa police, et le domestique infidèle\ncrut ou dut comprendre qu une explication entre son maître et le minis-\ntre anglais allait le perdre."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "112", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.16", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2379, "texte": "Le 22, au moment où le comte allait se mettre en route, Lorenzo le\nfrappe d'un coup de poignard, après avoir tiré sur lui un coup de pis-\ntolet. La malheureuse Saint-Huberti, qui attendait son mari dans la\nvoituie, s élance ; elle est frappée elle-même du poignard dans la poi-\ntiine, et tombe mortellement blessée en voulant revenir vers cette voi-\nture. Lorenzo était allé se faire sauter le crâne auprès du comte d'En-\ntraigues, qui s'était traîné expirant dans sa maison. La Saint-Huberti\net son mari ne survécurent que quelques instants.\nTelles sont les dernières indications qui résultèrent du témoignage du\ncocher du comte, seul témoin du crime, et dont la déposition même de-\nvant le jury anglais sembla assez embarrassée. Beaucoup de bruits couru-\nrent; on prétendit que Lorenzo avait péri par l'ordre de ceux mêmes\nqui 1 employaient. Mais la justice britannique déclara constant le dou-\nble meuitre et le suicide du domestique dans la malle de qui on retrouva\nles enveloppes décachetées des dépêches livrées par lui. Le gouvernement\nde la Grande-Bretagne fit faire une perquisition dans le logis du mort,\net s'empara de tous les papiers.\nAinsi finit la Saint-Huberti. Elle avait connu toutes les misères, at-\nteint à tous les honneurs. De glorieuse artiste, elle était devenue presque\ngrande dame, et sa signature, d'une écriture élancée, avait eu toujours\nquelque chose d aristocratique. On voyait la comtesse d'Entraigues por-\ntei le cordon de Saint-Michel, que Louis XVIII lui avait donné pour\nla lecompenser des services rendus à sa cause, et surtout, ajoutait-on,\npour avoir sauvé avec d'Entraigues, évadé des prisons de Milan, grâce à\nsa femme, le portereuille de 1 agent diplomatique que l'on croyait et qui\npouvait, en effet, renfermer des papiers de haute importance.\nLa Saint-Huberti n échappa point sans doute à des faiblesses ; mais un\ndévouement sincère et cruellement payé releva les dernières années de\nsa vie. Elle eut parfois les petitesses de la coulisse, mais nulle n'a mieux\nsu découvrir les plus vastes horizons de la scène. Si cette aile d'un char-\nmant génie, avant de tomber brisée dans le sang, n'a pu assez éviter de\nraser quelques courants impurs pour n'en pas demeurer un moment\nsouillée, elle s est élevée du moins, le fait reste incontestable, aux plus\néclatantes, aux plus vraies sublimités de l'art.\n\nPAUL FOUCHER."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-02-01-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-02-01_01#c009", "volume": "bmtnabc_1874-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "113", "page_fin": "118", "image_debut": 17, "image_fin": 22, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.2.3", "titre_corps": "LE THÉATRE DE L'ATHÉNÉE", "titre_sommaire": "LE THÉATRE DE L'ATHÉNÉE", "signature_source": "ARTHUR POUGIN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 17, "page_imprimee": "113", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.17", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1600, "texte": "LE THÉATRE DE L'ATHÉNÉE\n\nNE des rares entreprises dramatiques de Paris qui in-\ntéressent sérieusement l'art musical, l'Athénée, vient\nde disparaître momentanément. 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En effet, le mercredi 3 décembre, ces derniers spectacles\ncessaient, l'Athénée était décidément effacé du nombre des théâtres\nparisiens, et le samedi suivant, le personnel de ce théâtre s'en allait don-\nner des représentations à celui du Château-d'Eau (i).\nNous ne savons ce qu'il adviendra de l'Athénée, et îl est à souhaiter\nqu'une nouvelle administration, plus intelligente ou plus heureuse que\n\n(i) Le premier spectacle donne au théâtre du Château-d'Eau, le samedi 6 décem-\nbre, par les artistes de VAthénée, se composait de la Dot mat placée, de M. P. La-\ncome; et de Dimanche et Lundi, de M. Ad. Deslandres. Mais je ne sais pourquoi on\navait jugé à propos de modifier et d'amplifier le titre du premier de ces deux ou-\nvrages, en l'intitulant, pour la première fois, Pépita, ou la Dot mal placée."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "114", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.18", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2787, "texte": "les précédentes, vienne rendre la vie à cet établissement utile, mais jus-\nqu'ici bien infortuné. En attendant, il nous a semblé que le moment\nétait propice pour publier une notice historique sur ce théâtre qui, en\nsomme, n'a pas été sans rendre de réels services, et qui peut être appelé\nàen rendre un jour de nouveaux. L'Athénée, dans l'espace de sept an-\nnées, a eu deux existences bien distinctes, l'une comme entreprise de\nconcerts, l'autre comme théâtre lyrique ; la première ne pouvait avoir\nune bien grande originalité, mais la seconde fixe l'attention, en ce sens\nque F Athénée a produit un certain nombre d'oeuvres estimables dans\ndivers genres, parmi lesquelles il suffira de citer les suivantes : Fleur de\nthé, de M. Charles Lecocq ; Valse et Menuet, deM. Louis Deffès; Diman-\nche et Lundi, de M. AdolpheDeslandres ; Madame Turlupin, de M, Er-\nnest Guiraud; Dans la Forêt, de M 0 Charles Constantin; Monsieur\nPolichinelle, deM. Deléhelle; la Gu\\la de l'Emir, de M, Théodore Du-\nbois, etc., etc., sans compter plusieurs traductions telles\nque le Docteur Crispin, des frères Ricci; les Masques, de M. Pedrotti;\nles Brigands, de Verdi; et Sylvana, de Weher,\nNous allons donc retracer, avec tout le soin et toute l'exactitude possi-\nbles, la trop courte carrière de P Athénée, l'un des établissements drama-\ntiques les plus intéressants qui aient vu le jour depuis le décret de 1864,\npar lequel a été définitivement consacrée la liberté de l'industrie théâ-\ntrale.\nDans lecourant de Tannée 1866, un riche banquier, M. Bischoffsheim,\nconnu par son dilettantisme, résolut de doter ;Paris d'une salle de con-\ncerts qui lui manquait d'une façon si absolue. Il fit construire cette salle,,\nélégante de forme et de décoration, dans les sous-sol de la maison\nsituée au n° 17 de la rue Scribe, à l'angle de la rue Neuve-des Mathu-\nrins, derrière l'Opéra, et lui donna le nom de salle de l'Athénée.\nM. Bischoffsheim n'était mu par aucun désir de lucre. Il voulait que\nle local aménagépar lui servît à la fois à des concerts et à des conféren-\nces, le tout sans rétribution aucune, les bénéfices de l'entreprise devant\nêtre attribués à diverses associations éducatrices et morales. Ms Pas-\ndeloup, directeur des Concerts populaires, fut chargé d'organiser la partie\nmusicale de cette entreprise, qui devait alterner avec la partie littéraire\net comprendre les grandes œuvres symphoniques et vocales du passé et\ndu présent. M, Pasdeloup réunît donc un nombreux orchestre, dont\nil avait les éléments dans la main, forma un personnel choral considéra-*\nble, s'assura le concours de virtuoses éminents, tant chanteurs qu'instru-\nmentistes, et l'ouverture de P Athénée se fit solennellement, le 21 no-\nvembre i 866? en présence d'un public choisi. Nous ne croyons pouvoir"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "115", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.19", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2752, "texte": "mieux faire, pour retracer l'ensemble de cette que de reproduire\nle compte-rendu qu'en fit alors la Revue et Galette musicale, et que\nvoici presque en son entier :\ncc Malgré son nom ancien, l'Athénée est une institution toute nou**\nvelle, consacrée à la musique, à la littérature, à la science et à la charité.\nSon fondateur, en homme vraiment intelligent et généreux, a fait con-\nstruire tout exprès une salle commode, élégante et décorée avec un goût\nparfait, dans une des maisons de la rue Scribe, à quelques pas du futur\nOpéra. Il est évident que l'architecte a pris pour modèle la grande salle\nde notre Conservatoire, dont la réputation est si bien établie, et en a re-\nproduit les principales divisions en loges, galerie et parquet. L'orchestre\ny est placé de même sur une estrade, derrière laquelle s'élève un orgue\nmagnifique, construit par la maison Mercklin et Schûtz.\n« En sa qualité de secrétaire du comité des actionnaires de VAthénée,\nM. Eugène Yung était chargé du discours d'ouverture, et il s'est ac-\nquitté en fort bons termes d'une mission acceptée non sans peur, mais\npour demeurer sans reproche, comme il Pa déclaré en commençant. Le\nfondateur de l'Athénée, a-t-il dit, nous a prié de ne pas le nommer, et\nnous croyons pouvoir lui faire ce plaisir. Pour toute récompense, pour\ntoute iaveur, il a demandé ses entrées aux séances, et il nous a semblé\nassez juste de les lui accorder. Quant aux actionnaires, ils auront cela de\n» 7\ncommun avec beaucoup d'autres, qu'ils comptent sur de beaux divi-\ndendes, et qu'ils n'en toucheront jamais; mais il faut se hâter de dire\nqu'ils n'en seront pas moins heureux et fiers de leur spéculation.\nc< Tout ce que l'entreprise produira de bénéfice appartiendra de droit\naux associations fondées pour l'éducation gratuite, pour l'instruction et\nla moralisation des diverses classes. Aucune somme ne sera palpée que\nsur la quittance d'un des chefs de ces Associations.\n« Voilà quel sera l'emploi des revenus de l'Athénée, revenus qui au-\nront une double source : les concerts et les conférences. Trois fois par\nsemaine, les lundis, mercredis et vendredis, on y entendra de la musique\nexécutée par les meilleurs artistes français et étrangers ; les mardis,\njeudis et samedis, on y écoutera des orateurs, des lecteurs venus des di-\nverscoins du globe, qui traiteront tous les sujets et bien d'autres encore:\nDe omni re scibili et quibusdam aliis «\nLa musique s'est posée largement sous la direction de M. Pasde-\nloup. Constatons que Forchestre et les choeurs ont supérieurement rem-\npli leur soit dans la Schiller-Marsch, soit dans le Départ, chœur\navec accompagnement, de ainsi que dans l'introduction de\nMoïse? de Rossini, et dans un fragment de VEnfant Prodigue 1 d'Auber*"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "116", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.20", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2220, "texte": "Un élève du Conservatoire, M. Gailhard, qui possède une très belle voix\nde basse, chantait la partie de Mo'ise, et c'est madame Vandenheuvel-\nDuprez qui a dit la ravissante chanson du chamelier de VEnfant pro-\ndigue, A travers tous ces morceaux, Joachim, le célèbre violoniste, est\nvenu exécuter en maître un concerto superbe, et il a fait preuve d'un\ntalent de plus en plus élevé. Dans l'air d'Elvira de Don Giovanni : Mi\ntradi quelï aima ingrata, madame Vandenheuvel-Duprez ne s'était pas\nmontrée moins classiquement habile et distinguée. »\nOn a vu que les concerts de l'Athénée avaient lieu les lundis, mercredis\net vendredis, le mardi, le jeudi et le samedi étant consacrés aux conféren-\nces. Ces concerts étaient remarquables à beaucoup d'égards : au point de\nvue de l'exécution d'abord ; puis, en ce qui concerne les grands virtuoses\nqui s'y faisaient entendre ; et enfin, sous le rapport de leur composition,\ndans laquelle n'entraient que des œuvres saines, élevées et d'une haute\nportée. Nous allons donner ici, avec le nom des artistes qui se sont\nproduits à l'Athénée, le répertoire à peu près complet des œuvres qui y\nont été exécutées sous la direction de M. Pasdeloup.\nVoici d'abord les noms des solistes :\nCHANT» MM. Laurent, Bollaërt, Jalama, Lepers, Périé, mesdames\nVandenheuvel-Duprez, baronne de*Caters9 Oxtoby, Mayer, Guillemin,\nLaura Harris.\nINSTRUMENTS. MM. Léonard, Joachim, Kœmpel, Sarasate ;\nWilhelmj9 Montardon, Jules StefFens, mademoiselle Castellan (violon),\nM. Chauvet (orgue); MM. Henri Ravina, Alfred Jaëll,Théodore Ritter,\nmesdames Montigny-Remaury,Massart, Clauss-Szarvady, Octavie Caus-\nsemille, Constance Skiwa, Maria Krebs (piano)*, M. de Vroye (flûte);\nM. Bottesini, contrebasse.\nPassons à la liste des œuvres exécutéesa\nORATORIOS. Les Saisons, de Joseph Haydn ;le Désert, de M. Féli-\ncien David.\nCANTATE. Ode à Sainte*Céclle, de Handel.\nMÉLODRAMES. Le Songe d'une Nuit d'été, de Mendelssohn ; les\nRuines d\" Athènes , de Beethoven; Struensée, de Meyerbeer.\nMUSIQUE RELIGIEUSE. Messe de madame la comtesse de Grandval\n(exécutée pour la première fois le iër avril 1867); messe en ré, de Bee-\nthoven.\nMUSIQUE DRAMATIQUE, ™ Fragments de Mireille, de M. Gounod ; air"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "117", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.21", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2405, "texte": "de Faust, de M, Gounod ; marche et chœur du Tannhaiiser, de M. Ri-\nchard Wagner; air d'ldoménée, de Mozart»\nMUSIQUE DE CHANT. Valse de Venzano,\nCHŒURS. Chœurs d'Athalie, de Mendelssohn ; chœurs d'Ulysse, de\nM. Gounod; le Départ, chœur de Mendelssohn; chœur de Rameau.\nSYMPHONIES. Symphonie en ut majeur, symphonie en la, de Beetho-\nven ; symphonie en la, de Mendelssohn; symphonie inédite de M. La»\ncheurid, second prix de Rome de 1856 (exécutée pour la première fois\nle i 5 février 1867).\nMUSIQUE SYMPHONIQUE. Première suite d'orchestre, de M. Jules\nMassenet (exécutée pour la première fois en mars 1867 ; à la seconde\nexécution, M. Massenet est rappelé par le public ) ; Invitation à la\nvalse, de Weber.\nOUVERTURES. Ossian, de M. Niels Gade ; Médée, de M. Bargiel;\nle Vaisseau fantôme, Tannhaiiser, de M. Richard Wagner; Fidelio,\nde Beethoven ; Lurline, de Wallace; le Freischiitç, de Weber.\nCONCERTOS. Concerto de violon, de Beethoven (exécuté par\nM. Joachim) ; concerto de violon, de Mendelssohn (M. Sarasate); con-\ncerto de piano, de Mendelssohn (M. Théodore Ritter); concerto de piano en\nmi bémol, de Beethoven; concerto de piano en ré mineur, de M. Henri\nLitolff ( mademoiselle Octavie Caussemille) ; concerto de violon, de Rode\n(mademoiselle Castellan).\nMORCEAUX DIVERS, pour instruments.— Hommage à Grétry, fantaisie\nde violon, de M. Léonard (Léonard); Chacone, de Bach, pour violon\n(Joachim); le Trille du Diable, sonate pour violon , de Tartini (Joa-\nchim) ; fantaisie pour la contrebasse, sur Lucie de Lammermoor, le Car-\nnaval de Venise (Bottesini) ; Lieder, de Schumann, transcrits pour le\npiano par Liszt (mademoiselle Constance Skiva); de Chopin\n( mademoiselle Constance Skiwa).\nPlusieurs concerts eurent lieu à l'Athénée, en dehors du répertoire or-\ndinaire et du personnel attaché à l'établissement. Nous citerons parti-\nculièrement une séance donnée par le quatuor Alard-Franchomme, les\ndeux belles soirées de musique religieuse données pendant la Semaine-\nSainte parla Société académique de musique sacrée dirigée par M. Char-\nles Vervoitte, et un superbe concert donné par la Société de musique\nclassique (fondation Beaulieu), La Société Vervoitte fit entendre un\nQuemadmodum extrait du Te Deum d'André Romberg, un Incarnatus\nde Vittoria, diverses œuvres de son directeur : Domine Deus, Ave ve-\nrum, Agnus Dei, Panis angelicus, enfin une Marche aux flambeaux,"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "118", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.22", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2166, "texte": "de Meyerbeer. La Société Beaulieu fit entendre la cantate : Héro, paro-\nles de Saint-Victor, qui avait valu le grand prix de Rome à son fondateur\nen 18 io, des fragments dLphigénie en Tauride, de Gluck, le quatuor cé-\nlèbre de Stratonice et un duo d'Euphrosine et Coradin, de Méhul, des\nfragments d'une messe solennelle de Paisiello, enfin le concerto en si\nmineur, de Hummel, exécuté par madame Remaury-Montigny. Nous\nmentionnerons encore deux concerts donnés parles élèves de l'institution\nde Notre»Dame-des-Arts.\nTandis que les séances musicales se succédaient ainsi régulièrement,\nil en était de même des séances littéraires. Dans le nombre des confé-\nrences qui furent faites à l'Athénée,la musique trouvait sa place, et nous\ndevons, entres autres, signaler les suivantes ? en donnant les noms des\norateurs.\nI 3 décembre 1866. —M. EMILE MONTÉGUT :De Vinfluence désastreuse\net bienfaisante de la musique (voilà au moins un programme original);\n27 décembre. M. LISSAJOUS: L'Acoustique des yeux ;\n26 mars 1867. M. HONORÉ CHAVÉE : L'Art (avec démonstrations\nau piano) ;\n4 avril. —M. FRANCISQUE SARCEY : Les derniers ouvrages de M. Offen-\nbach et le goût actuel à propos de ses œuvres ;\n20 avril. —La Téléphonie ou Langue musicale universelle (avec ex-\npériences).\nCependant, l'entreprise en partie double de l'Athénée ne semblait pas\nnée viable, et ne paraissait pas sympathique au public, qui ne l'encou-\nrageait guère. Pour mieux dire, nous croyons que la salle était mal si-\ntuée, et que l'Athénée, placé ailleurs, aurait parfaitement réussi, étant\ndonné le goût général qui, depuis quelques années, porte le public vers\nla musique sérieuse et le pousse du côté des tendances les plus nobles de\nl'art. Quoi qu'il en soit, les produits étaient si manifestement inférieurs\naux dépenses, qu'à partir de Pâques 1867, c'est-à-dire du 21 avril, les\nengagements des choristes, qui finissaient à cette époque, ne furent\npoint renouvelés, et que les concerts devinrent purement symphoniques.\nMais dans ces conditions, l'affaire restait encore onéreuse, et le vendredi\n3i mai, avait lieu le dernier concert.\n(La suite prochainement.)\n\nARTHUR POUGIN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-02-01-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-02-01_01#c013", "volume": "bmtnabc_1874-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "119", "page_fin": "124", "image_debut": 23, "image_fin": 28, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.2.4", "titre_corps": "MICHEL HAYDN", "titre_sommaire": "MICHEL HAYDN", "signature_source": "EDMOND NEUKOMM", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 23, "page_imprimee": "119", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.23", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1507, "texte": "MICHEL HAYDN\n\nï?3y 1806 (1)\n'EST dans le cours de l'automne de 1797 , que Weber,\nalors âgé de onze ans, fut amené à Salzbourg par son\npère, Antoine de Weber. Celui-ci était venu dans\ncette ville pour y prendre la direction du théâtre, fort\néprouvé par les incertitudes et les émotions dans les-\nquelles les premières années de guerre et de gloire\nfrançaises avaient jeté l'aristocratie.et le peuple autrichien. L'entreprise\nd'Antoine de Weber ne réussit guère plus que celles qui lavaient pré-\ncédée ; cependant il persévéra et tint bon devant l'indifférence du pu-\nblic, jusqu'au jour où le pays de Salzbourg fut directement menacé.\nEntre temps, le jeune Weber avait pu profiter d une occasion qui\ninflua favorablement sur sa carrière. Placé par son père à la Chapelle,\nil avait attiré l'attention de Michel Haydn, et celui-ci s'était offert à lui\ndonner gratuitement des leçons de clavecin, de contrebasse et de chant.\nL'élève se montra fort assidu et fit des progrès assez rapides pour que\nHaydn, sûr désormais d'avoir rencontré un enfant de génie, 1 engageât\navec résolution dans les sentiers ardus de la science musicale.\nM. de Weber, fils de 1 auteur du a dépeint Michel Haydn\nsous les traits d'un vieillard assez grognon, peu communicatif et surtout\ntrès rude dans ses manières. Il ne faisait en cela que reproduire 1 appré-\nciation de son père, dont le souvenir s'est arrêté de préférence, parmi\nses professeurs, à Heuschkel, son premier maître, et à Vogler, son\n\n(1) Voir le numéro du i 5 décembre."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "120", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.24", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2794, "texte": "initiateur aux éternelles beautés de Fart musical, quoiqu'il ait rendu\njustice, en toute occasion, au zèle qui anima Haydn durant tout le\ntemps que celui-ci lui enseigna l'étude aride du contrepoint, sans ou-\nblier le fatras de règles démodées dont on encombrait alors la mémoire\ndes apprentis musiciens. Et, en effet, Haydn, dans son admiration pour\nle jeune Weber, le faisait tellement travailler que, suivant l'expression\nde M. de Weber, son père en était arrivé à l'état de squelette. Comme\ncompensation à cette maigreur insolite, l elève avait été, il faut bien le\ndire, mis à même par son maître de publier, au bout d'une année\nd'étude, six petites fugues écrites correctement. Gr, on sait de quels\néclats d'enthousiasme le père de Weber rehaussa publiquement et en\ntous lieux le mérite de ce premier essai : il écrivit à tous les grands édi-\nteurs pour leur proposer des œuvres de son fils et invita les critiques les\nplus autorisés à célébrer sa gloire naissante.\nMais qui songeait alors à la musique en Allemagne, et surtout en\nAutriche? La grande voix du canon résonnait seule du Zuydersée au\ngolfe de Naples, et la vieille Germanie tremblait devant nos régiments\nhéroïques. Déjà deux fois elle avait sollicité la paix,, et deux fois elle avait\nrallumé la guerre. La patience française était à bout. Un effort surhu-\nmain pouvait seul assurer la tranquillité. Cet effort, on le fit. Culbutés\nà Marengo, hachés en morceaux dans les bois de Hohenlinden ,\nbattus en Bavière, battus en Italie, les Autrichiens, dispersés, affolés,\ndécimés, s'enfuirent dans toutes les directions, abandonnant canons,\nbagages et drapeaux. En vain, le prince Charles tenta de s'opposer au\nflot envahisseur. Tandis que Macdonald poursuivait Laudon l'épée\ndans les reins jusqu'à Bassano, et que Brune poussait Bellegarde jusqu'à\nTrévise, les braves de Richepanse et de Ney passaient sur les débris de\nl'armée de Bavière pour se donner la main, puis opéraient leur jonc-\ntion avec les soldats d Augereau et, marchant sur Vienne, forçaient, aux\nportes de la ville, l'empereur à traiter avec Bonaparte.\nDans cette invasion vertigineuse, le petit pays de Salzbourg, placé\nsur la route des vainqueurs, avait été fortement éprouvé. La division\nLecourbe, chargée de prendre le Tyrol à revers, avait enlevé la Salza\naprès un violent combat; puis elle avait passé comme une trombe à\ntravers la ville de Salzbourg, pour flanquer la marche de Moreau dans\nles montagnes en débordant la gauche ennemie. Ce mouvement était\ncapital, et Lecourbe avait, en cette occasion , joint à sa perspicacité stra-\ntégique bien connue des prodiges de valeur et de ténacité.\nSalzbourg vit donc passer les vainqueurs poursuivant les vaincus la\nbaïonnette dans les reins, puis, comme toujours, des traînards, la lèpre"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "121", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.25", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2115, "texte": "des armées, demeurant en arrière pour piller et abuser du désordre\njeté dans les esprits par les horreurs de la guerre, mais qui, du moins,\nisolés et désavoués, ne compromettent point une nation, comme cela a\nété maintes fois le cas pour nos envahisseurs en des circonstances récen-\ntes. Une troupe de ces maraudeurs se répandit donc dans Salzbourg ,\nà la suite des soldats de Lecourbe , et y commit des actes déplorables.\nC'est ce qui ressort d'une lettre de Michel Haydn, que son grand âge et\nsa modeste situation n'avaient point mis à l'abri de ces violences. On lira\navec intérêt cette lettre, adressée au compositeur Sigismond Neukomm,\net qui porte cette curieuse suscription, écrite en français, suivant la mode\ndu temps :\nDe Salzbourg,\nA Monsieur\nMonsieur Sigismond Neukomm, maître de la musique et du\nclavecin, et mon très cher ami,\nà Vienne„\nAuf der Wien in der Jaegergasse, n° 20»\nVienne, 9 février 18010\ns Je suis encore bien portant ; mais pour dire que ma position\nsoit bonne ? rien n'est moins vrai. Figurez-vous que deux hussards,\nauxquels on avait stupidement ouvert la porte de la maison, se sont\njetés sur moi et ont dirigé leurs sabres vers ma poitrine ; puis ils pri-\nrent Vargent qui se trouvait dans la cassette : 96 florins 20 kreut-\n\\ers (1), qui m'auraient fait vivre 3 mois 9 Vous pouveç vous figurer\naisément combien cette circonstance me met en arrière et quels prodi-\nges d'économie il me faudra faire dorénavant. En outre, je dus leur\ndonner mes 2 montres. Les cruels ! ne savaient-ils point combien au\nmoins une montre est utile à un homme d'affaires ? lls ont égale-\nment trouvé dans la cassette une tabatière en argent que m'a donnée\ndernièrement, à Vienne, M. Marschall ; une autre en nacre, doublée\nen écaille et montée en argent ; une autre en marbre, et encore une\nautre en pierre. Par bonheur, f avais serré en un dutre endroit les\n2 tabatières qui irfont été données> Vune par mon frère et Vautre par\nM. de Reich. Un précieux souvenir de Vienne me reste donc?\nJoseph Haydn, à qui son frère avait fait part de ces infortunes, répara\n\n(1; Environ deux cent francs."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "122", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.26", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2821, "texte": "les désastres causés par Faction honteuse des deux traînards, en rempla-\nçant les montres volées par une montre en or, et en annonçant à Michel\nHaydn qu'il le faisait son légataire universel. Cette nouvelle fut pieuse-\nment accueillie, mais la montre vint surtout rasséréner l'âme du vieil-\nlard, dont la joie fut complétée par le retour de son élève Weber, que\nl'arrivée de l'armée française avait éloigné de Salzbourg.\nDepuis son départ de cette ville, celui-ci avait mené une vie errante.\nIl était allé d'abord à Munich, où il avait fait de la lithographie, puis à\nChemnitz, en Saxe, où Ton avait représenté son opéra la Fille de la Fo-\nrêt, et de là à Freiberg, où il avait eu une vive polémique avec les mu-\nsiciens de la ville, que son père avait traités de méchants roquets. C'est\nau mois de novembre de Tannée 1801 que François Weber ramena son\nfils à Salzbourg, où l'appelaient des règlements de comptes relatifs à son\nancienne entreprise théâtrale. Ils y restèrent jusqu'en juillet 1802. Le\njeune Weber employa ce temps à composer la musique d'un opéra comi-\nque intitulé Pierre Schmoll et ses voisins, pour lequel il voulait primi-\ntivement employer une orchestration en dehors des règles adoptées,\nsuivant des préceptes contenus dans un article de journal tombé sous\nses yeux, et qui tendaient à faire renaître l'emploi d'instruments anciens\net tombés en oubli. L'imagination ardente du futur auteur du Freis-\ncliût% s'était enflammée à cette lecture, et il ne songeait plus qu'à faire\nde son Pierre Schmoll un Musée des antiques. Haydn l'arrêta à temps_,\net ses conseils furent écoutés. Il en résulta une partition écrite simple-\nment et qui valut à son auteur la flatteuse attestation qu'on va lire et\nqui parut le 2 juin 1802 dans la Galette de Salzbourg :\n(( J'ai assisté hier avec un véritable plaisir à une audition privée de\nl'opéra Pierre Schmoll et ses voisins, dont la musique est de mon élève\nM. Charles-Marie de Weber, et je ne puis faire autrement que d'attes-\nter en toute sincérité et suivant ma conviction, que cet opéra est tra-\nvaillé de main d'homme et tout à fait conformément aux strictes règles du\ncontrepoint; qu'il est traité avec feu et qu'il traduit fidèlement le texte;\nque M. de Weber est en même temps un des plus remarquables pianis-\ntes de notre temps, et que, par suite, je tiens pour juste et pour dû, de\nrecommander mon cher élève au monde musical entier. »\nLe séjour de Weber à Salzbourg fut la dernière joie de Haydn. La\nguerre et les changements qu'elle avait amenés dans le gouvernement de\nson pays d'adoption (1), avaient frappé son imagination, et quoique le\n\n(1) Le prince-archevêque de Saltzbourg s'était retiré à Vienne avec une pension; il\navait été remplacé dans ses fonctions souveraines par le grand-duc de Toscane, alors\nen disponibilité."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "123", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.27", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2792, "texte": "nouveau souverain eût doublé ses il ne pouvait se faire\nau nouvel ordre de choses. Renonçant à ses excursions claustrales, il\nborna désormais ses plaisirs à de rares visites à là cave du couvent de\nSaint-Pierre, et renfermé dans sa chambre de pour échapper à\nfemme et à diable, il composa sans relâche, entassant messes, vêpres et\nsaluts, comme aux plus beaux jours de ses stations chez les bons moines.\nLa quantité d'ouvrages qu'il écrivit durant les quelques années qui pré-\ncédèrent sa mort est considérable; sa fécondité fut extraordinaire, et\npeut-être même la succession trop rapide de ses productions fut-elle cause\nde leur apparente intériorité. D'une nature trop serviable et trop bien-\nveillante pour résister aux indiscrètes exigences de ceux qui l'entouraient,\nHaydn composait souvent dans de mauvaises dispositions d'esprit, ou\nacceptait de mettre en musique des vers détestables. Cependant il avait\nconscience de sa valeur, car mainte fois il lui arriva de s'écrier, quand\non lui reprochait ces complaisances : a Donnez-moi de bons textes et la\nprotection encourageante d'un comme c'est le cas pour mon frère,\net je ne resterai pas en arrière de lui. »\nIl ne faut point croire cependant d après ce qui précède, que les ou-\nvrages de Michel Haydn ne puissent figurer avec honneur à côté de\nceux de son frère. Ceux qui les ont étudiés leur accordent de nombreux\nmérites, en tête desquels il convient de placer le profond sentiment reli-\ngieux dont ils sont empreints. La foi naïve du compositeur s'y révèle\ntout entière; elle leur prête le cachet d'une adorable simplicité; elle en\nfait des modèles de traduction musicale des prières chrétiennes. D'autres\ncompositeurs de musique sacrée ont donné plus d'éclat à leurs œuvres;\naucun n'a atteint la perfection de Michel Haydn sous le rapport du sen-\ntiment, et hâtons-nous de le dire, sous le rapport de la richesse des\nharmonies. Rappelons-nous d'ailleurs l'appréciation de son talent par\nJoseph Haydn, qui s'y connaissait. Un tel certificat est, à lui seul, un\nbrevet de gloire et un passeport pour la postérité. Et qu'on ne croie pas\nqu'une indulgence fraternelle ait dicté l'opinion du grand Haydn; Mo-\nzart et l'abbé Vogler l'appuyent de tout le poids de leur estime : Mozart,\nen collectionnant avec soin les œuvres de Michel Haydn, Vogler en les\ndonnant comme modèles à ses élèves : Les compositions de Haydn,\ndisait ce dernier, sont particulièrement intéressantes à ce point de vue,\nqu'elles ne visent point à l'effet, qu'elles ne sacrifient point à la mode et\nqu elles sont écrites dans un style sévère qui leur assure une place parmi\nles ouvrages vraiment classiques. »\nA ce titre, et sur cette recommandation, Pétude de l'œuvre de Michel\nHaydn ne saurait être indifférente aux jeunes musiciens. Ils peuvent y"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "124", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.28", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 705, "texte": "puiser d'utiles enseignements et s'y perfectionner dans l'art d'écrire cor-\nrectement, sans nuire au développement de l'inspiration. Et à cette oc-\ncasion nous sommes en mesure d'informer la jeunesse musicale studieuse\nque, par suite d'une heureuse circonstance, la bibliothèque du Conser-\nvatoire de Paris, qui ne possédait que de rares ouvrages du vieux maî-\ntre salzbourgeois, va s'enrichir d'un nombre considérable de ses produc-\ntions. La Chronique Musicale en donnera prochainement la liste. Entre\ntemps, nos lecteurs nous sauront gré de donner ici le catalogue des œu-\nvres de Michel Haydn connues et classées en diverses collections.\n(La fin prochainement,)\n\nEDMOND NEUKOMM."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-02-01-01-c017", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-02-01_01#c017", "volume": "bmtnabc_1874-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "125", "page_fin": "134", "image_debut": 29, "image_fin": 46, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.2.5", "titre_corps": "REVUE DES CONCERTS", "titre_sommaire": "REVUE DES CONCERTS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 29, "page_imprimee": "125", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.29", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1887, "texte": "REVUE DES CONCERTS\nCONCERTS POPULAIRES: Prélude de, VArlésienne,*—d cLohengrin; Ouverture de Picco-\nlomini de M. V. d'lndy. CONCERT NATIONAL : Concerto pour violon de M. Lalo.\nFragment de Jean Le Précurseur, drame biblique en trois parties, de MM. L. Gallet\net Albert Cahen. Fragment d7Athalie de Mendelssohn. La Bénédiction des poignards\ndes Huguenots. CONCERTS DANBÉ : La bataille de Marignan. Fragment d'Hip-\npolyte et Aricie. SOCIÉTÉ CLASSIQUE : Soirée de réouverture. CONCERT DU LON-\nDON-QUATUOR, DE MADEMOISELLE MARS, DÉ MADAME SCHWINDT-MARTIN.\nONCERTS POPULAIRES. Le sixième concert de la\ndeuxième série a été riche en attractions : la sympho-\nnie en mi bémol de Mozart, dont le menuet est une\ndes plus charmantes inspirations du grand maître; des\nfragments de ïArtésienne de M. G. Bizet; le concerto\nen ut mineur, pour piano, de Beethoven, et un pré-\nlude du Lohengrin de Wagner. Mais procédons par ordre,\nLe prélude de VArlésienne débute par une belie et large mélodie, bien\ndéveloppée, jouée à l'unisson par tous les instruments à cordes, sauf les\ncontrebasses ; et lorsque les autres instruments viennent se joindre au\nquatuor, M. Bizet a su admirablement varier les timbres de son orches-\ntre. J'aime moins la seconde partie du prélude qui précède le menuet :\nelle m'a semblé vague, peu mélodique, trop wagnérienne enfin; mais le\nCarillon est un morceau d'un effet ravissant, auquel le public, selon\nmoi, n'a pas rendu toute la justice qu'il mérite. Le concerto de Bee-\nthoven a été l'occasion d'un véritable triomphe pour M. Alfred Jaëll. Il\nest impossible de mieux faire pénétrer dans l'âme du public les beautés\nde cette œuvre si variée, qui se termine par les difficultés les plus fou-\ndroyantes, et en même temps de mieux faire ressortir les qualités du\npiano, ce bel instrument, dont certains esprits chagrins ont médit, sous\nle prétexte qu'il ne prolonge pas les sons."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "126", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.30", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2449, "texte": "J'arrive au prélude du Lohengrin. La profonde science des effets d'or-\nchestre chez Wagner n'est pas à discuter. Son manque absolu de mélodie\net de rhythme ne Test pas davantage; d'où il résulte que, selon les sen-\nsations du public, j'excepte les fanatiques, tous ses morceaux, le\nprélude du Lohengrin compris, sont accueillis par les applaudissements\ndes uns et les sifflets des autres. Quant au prélude, figurez-vous une\nphrase unique de deux à trois cents mesures, sans mélodie, sans rhythme,\nsans un arrêt, sans un repos, sans une demi-cadence. Les violons débu-\ntent seuls par un pianissimo. Au bout d'une centaine de mesures, les vio-\nloncelles et les contrebasses continuent la phrase commencée ; au bout\nde cinquante autres mesures, les instruments à vent, cuivres et timbales,\njugent à propos de prolonger cette phrase, qu'ils jugent également à pro-\npos d'abandonner après un temps indéterminé, laissant aux instruments\nà cordes le soin de la finir pianissimo, comme ils l'avaient commencée.\nEn un mot, c'est un long écheveau que Wagner a dévidé, ne s'arrêtant\nque par force, lorsque le fil lui a manqué.\nLe septième concert de la même série nous a donné une Suite d'or-\nchestre écrite par J. Sébastien Bach en 1718. L'instrumentation en est\nvariée et puissante. L'allégro de l'ouverture est très développé et fort\nbrillant; l'effet en serait encore plus grand peut-être, si le motif fugué se\ndétachait de l'andante par un silence ou un point d'arrêt. La gavotte,\ntrès originale, se fait surtout remarquer par de magnifiques rentrées\nde cor.\nL'ouverture des Ficcolomini de M. V. d'îndy (première audition) ap<*\npartient à cette école moderne qui a fhorreur du rhythme et de la mé-\nlodie, et qui ne se complaît â rien tant qu'à mettre de la métaphysique\nen musique»\nN'ayant pas eu le programme eû mains,, j'avoue â ma honte n'avoir\npu saisir, malgré tous les efforts de mon imagination, ce que l'affiche\nwJa. révélé plus tard* savoir qu'un passage de cette ouverture exprime\net les combats de Marx Piccolomini entre son amour et son devoir, D et\nun autre, ce le triomphe du devoir, »\nQuatre salves d'applaudissements des plus noiifris Oiit témoigné â\nM, Marsick le plaisir qu'il a fait éprouver au public dans le conéerto d©\nVieuxtëmps* Coup d'archet sûr, vigoureux et léger, phrasé large, chant\nbien nuancé et expressif, justesse parfaite, tel est l'actif du talent de ce\njeune et brillant violoniste.\nHenry Coheriô"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "127", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.31", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2756, "texte": "CONCERT NATIONAL. Un des compositeurs les plus remarquables\nde notre jeune école symphonique, M, Lalo, l'auteur de Fiesque et du\nDivertissement pour orchestre dont nous avons rendu compte dans l'a-\nvant dernier numéro, vient d'écrire un Concerto pour violon, que\nM. Sarasatea exécuté avec un immense succès au concert du 18 janvier\ndernier. Ce concerto n'est pas, comme beaucoup de morceaux de ce\ngenre, une pièce plus ou moins brillante, uniquement destinée à faire\nvaloir les qualités d'un virtuose, c'est une œuvre symphonique sérieuse-\nment méditée, dont le développement est conduit par un instrument\ndominant, ici le violon, et dans laquelle l'orchestre tient une place im-\nportante et n'est pas réduit au rôle effacé de simple accompagnateur. Il\nny faut point chercher ces hardiesses et ces difficultés trop souvent sté-\nriles, telles que l?usage de la double et de la triple corde, la simultanéité\nde l'action de l'archet avec les effets de les grands arpèges\nqui embrassent presque deux ou trois octaves, et en un mot toutes\nces témérités de mécanisme plus bizarres que vraiment musicales, que\nPaganini et Vieuxtemps se plaisaient à entasser dans leurs œuvres.\nLe concerto dont il s'agit a été composé spécialement pour M. Sarasate\net, partant de ce point que les meilleures qualités du jeune virtuose sont\nla sensibilité et l'expression, M. Lalo a composé avant tout une œuvre\nmélodique et chantante. Son concerto se divise en deux parties : la pre-\nmière débute par un récit lent qui sert d'introduction à un allegro d'un\nstyle large et sévère. Le violon solo s'empare, dès le commencement, de\nl'idée principale et la développe sous ses formes les plus variées en dialo-\nguant avec l'orchestre et en brodant çà et là sur le tissu mélodique, une\nfoule d'arabesques capricieuses d'une élégance parfaite. L'andantino qui\nouvre la seconde partie, est un nocturne délicieux. Le contour mélodique,\nd'une grande pureté de lignes, flotte légèrement sur un accompagnement\nen sourdine rempli d'harmonies fines et délicates, d'oû il s'échappe\nparfois des bouffées d'accents et d'accords d'une suavité pénétrante» Ce\nmorceau plein de poésie et de sentiment, se relie directement à un final,\nconçu dans le style pittoresque, vigoureusement rhythmé, et qui cou-\nronne de la manière la plus brillante cette œuvre remarquable (i) 6\nM, Sarasate l'a exécutée en virtuose de la bonne école, il a surtout chanté\nl'andantino avec beaucoup de sentiment ; les sons qu'il tire de son instru-\nment sont d9une grande pureté; ils manquent un peu de puissance et\nd'ampleur, et pèchent parfois sous le rapport de la justesse»\n\n(1) Le Concerto de M. Lalo* avec accompagnement de piano, réduit par Pauteurj\nvient de paraître chez MM. Durand et Schoenewerk*"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "128", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.32", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2776, "texte": "Dimanche dernier, c'était le 40 concert de la 3e série, c'est-à-dire, un\nconcert avec chœurs. Après l'ouverture du FreischutM. Sarasate a\njoué pour la seconde fois le Concerto de M. Lalo; cette nouvelle audi-\ntion a obtenu un aussi vif succès que la première; l'œuvre est définiti-\nvement classée parmi les meilleures productions de l'école moderne, et\nappartient désormais au répertoire des concerts de musique classique.\nJe pense que M. Sarasate ira prochainement la faire connaître au public\ndes Concerts populaires et aux abonnés du Conservatoire, comme il Ta\ndéjà fait pour le concerto de M. Max Bruch.\nM. Caron et les chœurs ont ensuite exécuté des fragments extraits\nd'un drame biblique en trois parties, dont les paroles sont de M. L. Gai-\nlet et la musique de M. Albert Cahen. Ce drame, intitulé Jean le Pré-\ncurseur, reproduit les principaux épisodes de la vie de saint Jean-Bap-\ntiste. On nous en a donné deux scènes : i° le peuple salue l'arrivée de\nJean, chœur religieux; 20 prédication de Jean et baptême des néophites,\nair avec chœurs. Le chœur religieux, d'une facture assez distinguée,\nmanque d'expression et de caractère; la scène du baptême contient quel-\nques passages assez heureux, entre autres le récitatif du commencement\nsoutenu par les instruments de cuivre, l'andantino à trois temps et la\nprière : « Seigneur, reçois leurs vœux. » Ce qui manque le plus dans ce\ndrame biblique, c'est la couleur et le sentiment religieux; les deux scè-\nnes que nous avons entendues, sont des morceaux d'opéra, elles n'ont\nrien du style de l'oratorio. Ce style, nous le retrouvons à un haut degré\nde perfection dans les fragments d'Athalie qui succédaient à la musique\nde M. A, Cahen. Mendelssohn, élevé dans les traditions de l'école de\nSébastien Bach et poussé vers la musique sacrée par son caractère un\npeu mystique et son esprit profondément religieux, a écrit deux orato-\nrios de grandes dimensions, Elle et Paulus, qu'on exécute souvent en\nAllemagne et en Angleterre, à côté des chefs-d'œuvre de Bach et d;Haen~\ndel. M. Pasdeloup nous a fait entendre Elie dans deux concerts donnés\nle 6 et le i 3 avril 1862. Athalie tient le milieu entre le drame lyrique et\nl'oratorio : c'est une œuvre extrêmement remarquable, dont l'Odéon vient\nde donner quatre ou cinq représentations qui ont obtenu le plus grand\nsuccès. Les fragments exécutés dimanche au Concert national, se com-\nposaient des trois chœurs : « Tout l'univers est plein de sa magnifi-\ncence, » « Quel astre à nos yeux vient de luire, » « O promesse, ô\nmenace. J> Le premier est d'un style grandiose et respire l'enthou-\nsiasme religieux; le second renferme un admirable cantique à deux voix,\na; O bienheureux mille fois » d'une expression touchante, et d'une sim-\nplicité adorable*"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "129", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.41", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2598, "texte": "Le concert s'est terminé par la bénédiction des poignards des Hugue-\nnots. Cette page magnifique a produit, comme toujours, le plus grand\neffet. En 1844, elle fut interprétée par 1,022 exécutants dans un festival\norganisé par Berlioz, pour la clôture de l'Exposition des produits de\nl'industrie. « Ce chœur foudroya l'auditoire, raconte Berlioz dans ses\nMémoires; j'avais redoublé vingt fois les de ce morceau sublime, il\ny avait en conséquence 80 voix de basse employées pour les quatre par-\nties des trois moines et de Saint-Bris. L'impression qu'il produisit sur\nles exécutants et sur les auditeurs les plus rapprochés de l'orchestre, dé-\npassa toutes les proportions connues. Quant à moi, je fus pris, en con-\nduisant, d'un tremblement nerveux tel que mes dents s'entrechoquaient\ncomme dans les plus violents accès de fièvre. Ce terrible morceau, qu'on\ndirait écrit avec du fluide électrique, par une gigantesque pile deVolta,\nsemblait accompagné par les éclats de la foudre, et chanté par les tem-\npêtes! » Berlioz était dans un tel état après cette scène, qu'il fallut sus-\npendre assez longtemps le concert. On lui apporta du punch et des\nhabits. Puis, sur l'estrade même, réunissant une douzaine de harpes\nrevêtues de leur fourreau de toile, on en forma une sorte de petite cham-\nbre dans laquelle, en se baissant un peu, il put se déshabiller et même\nchanger de chemise en face du public, sans être vu.\nCe festival de 1,022 exécutants est bien fait pour étonner des audi-\nteurs français; il n'aurait rien d'extraordinaire en Angleterre, où les\nconcerts de 3,000 exécutants sont encore assez communs. Dans VAniver-\nsary meeting ofthe Charity Children, qui a lieu à l'église Saint-Paul,\non peut entendre des hymnes et des antiennes exécutées par un chœur\nde 6,500 enfants, dont pas un ne connaît la musique. En général, de\npareils ensembles ne sont que des monstruosités musicales; cependant il\nest certains morceaux (et la Bénédiction s'y prêterait\nassez), dont l'exécution confiée à une masse aussi colossale doit acquérir\nune majesté et une force d'action prodigieuse sur l'organisation humaine.\nCONCERTS DANBÊ. Ce n'est pas sans faire de certaines réserves que\nj'aurai à rendre compte du 133 e Concert-Danbé, non, certes, sur ce qui\ntouche l'orchestre de M. Danbé ou la Société de M. Bourgault-Ducou-\ndray, dont l'exécution a été parfaite de tout point, mais sur la mauvaise\norganisation du concert. Annoncé pour huit heures et demie, il n'a com-\nmencé qu'à neuf heures un quart, bien que tout l'orchestre fût prêt et\ntout le personnel de M. Bourgault-Ducoudray à son poste. L'intervalle"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "130", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.42", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2229, "texte": "entre un morceau et un autre a souvent été d'une longueur fastidieuse.\nPlusieurs d'entre eux, qu'il est inutile de nommer, auraient pu être sup-\nprimés sans nuire à l'effet général, bien au contraire. Les stalles de par-\nquet non numérotées avaient été distribuées en bien plus grande quan-\ntité que la salle n'en contenait, et certains rédacteurs de feuilles spéciales\nn'en ayant reçu que de cette espèce, il en est résulté que ceux qui n'é-\ntaient pas arrivés de très bonne heure n'ont pu trouver à se placer, ou\nqu'à se placer fort mal.\nCes réserves faites, j'aborde le programme. Le morceau capital de la\nsoirée était la Bataille de Marignan, chant français à quatre voix en\nchœur, sans accompagnement, composé par Clément vers\n1525, et dont on trouvera plus loin les paroles. Ce n'est point une œuvre\nd'imagination, c'est une œuvre de génie... Œuvre de génie est même\ntrop peu dire; c'est un chef-d'œuvre de génie, qui doit plaire aux jeunes\ncomme aux vieux, aux ignorants comme aux musiciens, en 1874\ncomme en 1525. On pourra s'en faire une idée par la réduction au piano\nque la Chronique musicale offre aujourd'hui à ses lecteurs. Il faudrait\nun numéro entier du journal pour en analyser les nombreuses beautés\net l'incroyable variété et originalité de motifs et de rhythmes. Et avec\nquelle science les voix y sont traitées! Et lorsqu'arrive l'éclatante péro-\nraison : « Ils sont perdus, ils sont défaits, ils sont rompus. Victoire au\nnoble roi François ! » comme on sent bien que maître Clément était un\ngrand musicien doublé d'un vrai patriote! Il ne faut pas non plus mar-\nchander les louanges dues à messieurs et mesdames les choristes ama-\nteurs. Sans les nuances infinies avec lesquelles ce morceau a été chanté,\nbien des détails eussent été perdus. Quant à M. Ducoudray, je le soup-\nçonne fort de s'être mis en communication avec l'âme de Clément Jan-\nnequin et d'avoir reçu directement de lui les traditions de son œuvre.,\nVoici les paroles de la Bataille de Marignan :\nËÈcôiité| tous, gentils Gallois,\nLà victoire du noble roy François,\nEt ore| si bien es coûte %\nDes coups rue% de tout s coste|\nFifres souffle\nFrappe% tambours,\nSouffle^jouet,\nTourne% vireç\nFaites vos tours\nFifres soufflef"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "131", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.43", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 1000, "texte": "Frappe% tambours.\nSonne% toujours\nFrappef tambours,\nSonnej toujours,\nFaites vos tours.\nAvanturiers, bons compagnons,\nEnsemble vos bas tons\nArquebusiers faites vos sons.\nLa lance au point\nHardis et prompts\nNobles saute% dans les arçons,\nHardis comme Lyons\nDonne % dedans.\nFrappe% crie%\nAllarme! allarme!\nChacun s'aissonne\nLa fleur de Lys,\nFleur de haut prix\nY est en personne.\nSonneç trompettes et clairons\nPour réjouir les compagnons !\nFan, fan, feine, frere; lé lé,\nA VEtendar, tost avant,\nBoute % selle, gens d'armes à cheval?\nFrere, lé lé, Venfan, feine,\nBruyeç bombardes et canons,\nPour secourir les compagnons,\nVon, von, pati, patoc, von, von,\nFari, rari, rari la reine,\nCourage! donne% des horions!\nPati, patac, fin, trique trac,\nTue ; tue ! tue !\nChipe, chope, torche, lorgne,\nTrique trac, pati, patac.\nPon, pon, pon,\nA mort ! à mort !\nFrappe% dessus\nRue% dessus\nIls sont perdus\nIls sont confus.\nTout eferlore, bi gott desfcampir\nVictoire ! victoire ! au noble roy François"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "132", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.44", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2457, "texte": "La cantate d'église de Jean Sébastien Bach : Cest Dieu seul qui gou-\nverne, tout en renfermant de nombreuses beautés, n'a pas produit un\ntrès grand effet. Elle est fort longue et presque toute écrite dans le mode\nmineur: il est vrai que les paroles de la moitié de ce morceau sont des\nplus tristes, mais c'est égal: « faut du mineur, pas trop n'en faut. » Voyez\ncomme Haendel en a été sobre dans son incomparable Messie. Du reste,,\ntout a parfaitement fonctionné, choeurs, orchestre et solistes. La beauté\nde la voix de basse de M. Bouhy et sa haute intelligence musicale n ont\npas besoin d7éloges. Mademoiselle Armandi, dont 1 organe avait paru un\npeu faible à la première audition du Messie, a dit son récit avec beau-\ncoup de charme et de sentiment, et fait entendre de superbes notes\ngraves. La phrase chantée par M. Nicot est tellement ingrate, que cet ha-\nbile ténor n'a pu y déployer toutes ses qualités.\nLes Tourbillons et les Cyclopes, de Rameau, exécutés sur le piano\npar M. Saint-Saëns, ont fait plaisir, au point que, rappelé par les ap-\nplaudissements du public, il a ajouté au programme un tambourin\ndu même auteur. Rameau excellait dans la composition des tambou-\nrins, et celui-ci est un de ses meilleurs. Le fragment d'Hippolyte et\nAricie (récit, marche et chœur), également de Rameau, a été très admiré,\nquoique peut-être un peu long. Il n'y a du reste qu'à choisir dans les\nœuvres de cet illustre maître. Zoroastrey Dardanus et surtout Castor\net Pollux étincellent des plus sublimes beautés; mais Hippolyte et\nAricie est le premier opéra que Rameau ait donné à la scène en iy 33 ,\nquoiqu'il fût âgé de quarante-huit ans. On sait que ne pouvant,\nmalgré toute sa réputation et tout son talent, trouver de poème, il s a-\ndressa à l'abbé Pellegrin qui voulut bien consentir à lui confier Hippo-\nlyte et Aricie, mais moyennant un contrat qui le garantît contre les\nchances de l'insuccès. Du reste, dès les premières notes que Rameau lui\nfit entendre, il le déchira.\nN'oublions point dans ce concert mademoiselle Rousseil, qui a dit avec\nautant de talent que de grâce, et avec ce charme ineffable répandu sur\ntoute sa personne, deux courts morceaux de poésie, dont l'auteur n'était\npas nommé sur le programme.\nH. C.\nSOCIÉTÉ CLASSIQUE. La Société classique a inauguré le 20 janvier\ndernier la 3e année de son existence dans la salle Erard où elle tient ses\nséances. Elle se compose de MM. Armingaud, Jacquard, Turban, Mas,"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "133", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.45", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2440, "texte": "de Bailly, Taffanel, Lalliet, Grisez, Dupont, et Espaignet ; son réper-\ntoire assez vaste embrasse toute la musique de chambre pour instru-\nments à cordes ou à vent. Nous n'avons plus à faire l'éloge des excellents\nartistes dont nous venons de citer les noms; ils sont bien connus du pu-\nblic d'élite qui fréquente assidûment ces soirées intéressantes, où l'on\nentend les chefs-d'œuvre du répertoire classique rendus avec un soin et\nune perfection irréprochables, La première séance a commencé par le\nquatuor en si bémol de Weber, exécuté avec un rare talent par madame\nMassart, MM. Armingaud, Mas et Jacquard. Ce morceau agréable ren-\nferme un joli menuet qu'on a entendu avec le plus grand plaisir. Puis\nest venu le quatuor en mi mineur, une merveille parmi les dix-sept\nmerveilles qu'on doit à Beethoven dans ce genre de compositions. Le\nquintette de Rubinstein pour piano, flûte, clarinette, cor et basson qu'on\na exécuté ensuite, est un des morceaux les plus discordants et les plus\npauvres d'idées que je connaisse. Le public a eu le courage de l'entendre\njusqu'au bout; il a trouvé un soulagement à ses misères dans le largo et\nle finale du 78e quatuor d'Haydn, qui ont été recueillis avec autant\nd'avidité qu'une goutte d'eau tombant dans un désert aride.\nH. M.\nLONDON-QUATUOR. La première audition du quatuor anglais n'a\npas tout à fait répondu à l'attente. Bien que mademoiselle Siedle et\nMM. Hemming et Melbourne possèdent de jolies voix et d'assez jolis ta-\nlents, et qu'ils chantent avec beaucoup d'ensemble, ils n'ont pas inter-\nprété un seul morceau anglais, ce qui eût été l'intérêt de la séance. Tout\ns'est borné à de la musique de Weber, Pinsuti et Mendelssohn, avec\nparoles anglaises : et cependant la Grande-Bretagne a produit jadis d'ex-\ncellents compositeurs, tels que Purcell, Arne, Dibdin, et dans ces der-\nniers temps Horn, Bishop et Balfe. M. Gurickx, pianiste belge d un très\ngrand mérite, a joué d'interminables Études symphoniques en forme de\nvariations, de R. Schumann, au milieu des bâillements, des rires et des\nmarques d'impatience du public. Quel dommage qu un artiste du talent\nde M. Gurickx perde son temps à travailler de pareils morceaux, abso-\nlument dénués de toute espèce de charme et d'idées, sauf, peut-être, celles\nde la musique de V avenir ! Heureusement que M. Lopez a ravivé 1 au-\nditoire avec la Sérénade de Wekerlin et une jolie chanson espagnole de\nsa composition.\nH. C."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "134", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.46", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2477, "texte": "CONCERT DE AfIle MARS. Mademoiselle Adrienne Mars, élève de\nBussine, l'ancien baryton de FOpéra-Comique, s'est fait entendre le 20\nde ce mois dans un concert-audition donné par elle dans-la salle Philippe\nHerz. C'est une jeune et jolie personne qui a la voix puissante, bien tim-\nbrée et juste. Pas très affermie encore sur la mesure, elle a déjà de\nl'acquis, prononce bien et réussit souvent des difficultés de vocalisa-\ntion; mais la force de son organe semble la destiner plutôt au grand\nopéra qu'à l'opéra comique, car les duos du Trouvère lui ont été bien\nplus favorables que lair des Noces de Jeannette. En somme, mademoi-\nselle Mars n'a qu'à travailler; elle promet et tiendra. M. Castets possède\nune voix de ténor chaude et sympathique. Il a fait beaucoup de plaisir\ndans le Miserere du Trouvère et dans le grand air de la Juive, quoi-\nqu'il y ait paru un peu fatigué vers la fin. M. Ismaël, sur le violon, et\nM. d'Èrnesti, sur le piano, ont bien mérité du public.\nH. C.\nCONCERT DE MME SCHWINDT-MARTIN. Les lecteurs de la Chronique\nMusicale ne se plaindront pas qu'on fait en ce journal une trop large\npart aux concerts particuliers. Passer sous silence tous les mauvais (et\nDieu sait s'ils sont nombreux), telle est notre consigne. Mais, par contre,\nsignaler les bons, tel est notre devoir. C'est à ce titre que nous consa-\ncrerons quelques lignes à une soirée à laquelle nous avons assisté mer-\ncredi dernier, dans les salons Erard.\nMadame Schwindt-Martin paraît pour la première fois dans le monde\nartistique parisien; mais ses débuts valent un coup de maître. Nous\nlouerons sans restriction son talent sur le piano, son jeu classique et son\nexécution brillante, sans oublier le fini de ses nuances, et ce que nous\npourrions appeler le tact musical, qui dénote chez la bénéficiaire une\norganisation d'élite. Dans les morceaux d'ensemble (le premier trio de\nRaff et la sonate en ut mineur de Beethoven), ainsi que dans les pages\nisolées de Mendelssohn et de M. de Bériot, madame Schwindt-Martin a\nfait montre de qualités précieuses, qui lui assurent des succès mérités\ncomme virtuose et comme professeur.\nUn attrait tout spécial était d'entendre Sivori dans les morceaux clas-\nsiques qui figuraient au programme de ce concert. C'est une des faces\nles moins connues du talent incontesté du célèbre violoniste, et là,\ncomme partout, il triomphe. La voix de M. Nicot et le violoncelle de\nM. Fischer ont complété le bon ensemble de la soirée.\nE. N."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-02-01-01-c021", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-02-01_01#c021", "volume": "bmtnabc_1874-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 33, "image_fin": 40, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.2.6", "titre_corps": "BATAILLE DE MARIGNAN Musique de Clément JANNEQUIN (1525) CHŒUR à 4 VOIX réduit pour le PIANO. Andte con moto.", "titre_sommaire": "BATAILLE DE MARIGNAN Musique de Clément JANNEQUIN (1525) CHŒUR à 4 VOIX réduit pour le PIANO. 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Bertrand grav:\n(27)\nImp Arouy rue du Delta 26"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-02-01-01-c022", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-02-01_01#c022", "volume": "bmtnabc_1874-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "135", "page_fin": "137", "image_debut": 47, "image_fin": 49, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.2.7", "titre_corps": "REVUE DES THEATRES LYRIQUES", "titre_sommaire": "REVUE DES THEATRES LYRIQUES", "signature_source": "ARTHUR HEULHARD", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 47, "page_imprimee": "135", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.47", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1593, "texte": "REVUE DES THEATRES LYRIQUES\n\nOPFRA : Don Juan. ITALIENS : La Cenerentola.\nA Chronique musicale prend à tâche de donner à\nchaque chose sa proportion juste. Or, il advient que,\ndurant la quinzaine écoulée, un certain Clément Jan-\nnequin prime Mozart et Rossini, et qu une simple\nonomatopée harmonique, dite la Bataille de Mari-\ngnan, balance le succès de deux pièces de résistance :\nDon Juan et la Cenerentola. Je me fais tout petit devant le sire Janne-\nquin, un vieux gaulois, dont la muse armee en guerre vient secouer son\narmure et se camper .fièrement en face des maîtres, reclamant bien haut\nsa place au soleil du dix-neuvième siècle. Donc, la Revue des Théâtres\nlyriques bat en retraite aujourd'hui devant la Revue des Concerts, et\nse recroqueville en un coin avec Mozart et Rossini, deux champions\nde taille qui, attaqués moins à l'improviste, n'eussent point baissé vi-\nsière devant le hardi routier du moyen âge musical.\nOPÉRA. DON JUAN. Après avoir chômé pendant quatre-vingt-\ntrois jours, l'Académie de musique a fait sa réouverture, par Don Juan,\nà la salle Yentadour qui lui a été assignée comme local provisoire. Si\nles manifestations spontanées de l'opinion publique sont de quelque poids\naux sphères ministérielles, les personnages officiels qui ont adopté la\ncombinaison du Théâtre-Italien doivent être flattés de l'unanimité avec\nlaquelle la presse en a condamné la première épreuve. L'arrêt a été reten-\ntissant, et chacun convient sincèrement que cette combinaison ne pou-\nvait être plus... officielle.\nJe ne veux pas reprendre un à un tous les griefs accumulés contie elle."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "136", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.48", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2752, "texte": "Des récriminations et doléances de la critique sur la piteuse situation où\nse trouve plongé l'Opéra, on formerait des Cahiers aussi volumineux\net aussi désolés que ceux du Tiers-Etat aux Etats généraux de 1789.\nN est-il point assez fâcheux pour le pays qu'une Commission d'hommes\nréputés compétents en matière d'administration théâtrale, et qui ont\ndélibéré trois mois sur la question de l'Opéra provisoire, ait encore be-\nsoin de trésors d'indulgence ? Disons la vérité pourtant, telle que nous\nla devons à nos lecteurs, c est-à-dire entière. L'Académie de musique à\nla salle Ventadour n'est l'Académie de musique que par le nom. Décors,\ncostumes, choeurs, figurants, ballets, musiciens d'orchestre, tout est ré-\nduit ou bouleversé. Une scène qui n'est pas plus profonde que celle des\nVariétés est chargée de recevoir l'Opéra français et ses pompeuses tradi-\ntions du Roi-Soleil. La plus vivante partie de son répertoire (le Pro-\nphète, les Huguenots, Robert-le-Diable, la Juive, l'Africaine, Guil-\nlaume- Tell)exilée en raison de ses grandioses accessoires : Chéret,\nCambon et Despléchin, dont le pinceau créait aux chefs-d'œuvre des\ngrands maîties des horizons pleins d une grandeur et d'une poésie qui\nrejaillissaient sur la musique, heurtant leur palette à tous les portants ;\nles décors invraisemblables du Théâtre-Italien faisant intérim à tant de\ntalent ; les seigneurs et les évêques, les pages et les dames de la cour,\nrépandus par petits groupes incolores ; les ballerines sacrifiant la grâce\nou la vigueur de l'élan à une légitime prudence ; l'orchestre diminué\ndans l'ensemble, privé d'instrumentistes excellents, mutilé dans son\nquatuor, le plus beau fleuron de sa couronne ; une acoustique bornée et\nqui se retourne contre les choristes habitués par quinze ou vingt ans\nd'exercice à porter la voix dans un espace double, tel est le tableau,\net je ne le pousse pas au noir, de l'Opéra de la salle Ventadour. Combien\nde temps cette République sans républicains durera-t-elle? C'est l'achè-\nvement du nouvel Opéra qui coupera court à ces angoisses déjà trop lon-\ngues de l'art lyrique.\nQuelle sera la gestion de M. Halanzier durant cet intervalle? Quel\nusage fera-t-il de la subvention et des crédits extraordinaires que l'As-\nsemblée nationale lui a votés sur le budget de 1874?\nFavorite et le Trouvère,vont se succéder sur l'affiche : absorberont-ils\nles quinze cent mille francs passés que le gouvernement alloue au direc-\nteur de l'Opéra? J'en ai peur : savez-vous qu'un fat comme Don Juan,\nune maîtresse comme Léonora et un amoureux comme Manrique sont\ncapables de tout, et que, par faiblesse, M. Halanzier pourrait bien les\nlaisser faire? Nous effleurons ici une question délicate sur laquelle nous\nreviendrons."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "137", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.49", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 1853, "texte": "La distribution de Don Juan à la salle Ventadour était la même qu'à\nla salle de la rue Le Peletier, sauf pour le rôle de dona Anna qui était\nconfié à mademoiselle Ferrucci. Nous avons retrouvé dona Elvire et\nZerline en mesdames Gueymard et Berthe Thibault, Don Juan, Lepo-\nrello, le Commandeur et Mazetto, en MM. Faure, Gailhard, Gaspard et\nGaron.\nL'admiration que je professe pour le grand talent de M. Faure ne\nm'empêchera pas de dire que, toutes ses notes tournant au point d orgue,\nil inflige à la mesure des entorses dont il communique la recette aux\nartistes qui chantent à ses côtés, voire meme à l'orchestre. Celui-ci n a pas\nété à sa hauteur habituelle: l'exécution du ballet a été très médiocre :\nles premiers violons ont manqué une attaque, les cors une rentrée, ce qui\na fait jeter le holà! Par le ralentissement général des mouvements, la\npartition de Don Juan prend un air d oratorio qui ne lui sied point.\nITALIENS. LA CENERENTOLA. Quelle pimpante partition que la\nCenerentola! Trop fleurie peut-être, trop festonnée, trop chargée d'or-\nnements ! Mais quelle haute saveur italienne ! Quel débordement de sève\net de vie dans ses flatteuses mélodies! Quel esprit dans son instrumen-\ntation ! Si j'en excepte le Barbier, Rossini n'a guère mieux fait dans le\ng©ût purement italien. Aussi a-t-on fait fête à la reprise de notre conte\nde Cendrillon raconté par Rossini. Delle Sedie s'y est montré chanteur\nd'un goût exquis, Zucchini, bouffe de la meilleure école.\nLe ténor Debassini joue à pile ou face avec la note : il gagne quel-\nquefois à ce jeu dangereux. Mademoiselle de Belocca n'a pas complète-\nment répondu à l'idée qu'on avait conçue de son talent à son début dans\nle Barbier, et Cendrillon ne vaut pas Rosine. Hier, elle était triom-\nphante : voici qu elle a déjà besoin d'une revanche.\n\nARTHUR HEULHARD."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-02-01-01-c026", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-02-01_01#c026", "volume": "bmtnabc_1874-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "138", "page_fin": "139", "image_debut": 50, "image_fin": 51, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.2.8", "titre_corps": "CHRONOLOGIE DE L'ANNÉE 1874", "titre_sommaire": "CHRONOLOGIE DE L'ANNÉE 1874", "signature_source": "A. P", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 50, "page_imprimee": "138", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.50", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2502, "texte": "CHRONOLOGIE DE L'ANNÉE 1874\n\nJc^CXVIE^\nIERIER Janvier. THÉATRE-ITALIEN. Début, dans il Trovatore, de mademoi-\nselle Teresa Brambilla, nièce des deux illustres cantatrices de ce nom.\nBOUFFES-PARISIENS. Les Poupées du Diable, opéra comique en un acte, paro-\nles de M. Paul de Sède, musique de M. G. Schmitt.\n4 CONCERTS POPULAIRES. Première audition du Quatuor vocal suédois,\ncomposé de mesdemoiselles Hilda Wideberg, Amy Aberg, Marie Pettersson,\nWilhelmina Sœderlund. THÉATRE-ITALIEN. Concert donné par l'orchestre\ndes dames Viennoises.\n5 Concert donné àla presse parisienne par le quatuor vocal suédois.\n7 ATHÉNÉE. Pour la réouverture de ce théâtre et les débuts de la com-\npagnie italienne dirigée par M. Graffigna : Lucia di Lammermoor.\n8 THÉATRE-ITALIEN. Début de M. Génevois, ténor, dans Lucia di Lam-\nmermoor. L'Assemblée nationale entend la lecture du rapport rédigé au\nnom de la commission du budget par M. Bardoux, sur le projet de loi pré-\nsenté par M. de Fourtou, ministre de l'lnstruction publique et des Beaux-\nArts, relativement à l'exploitation provisoire de l'Opéra dans la salle Venta-\ndour ; les conclusions de ce rapport, favorables au projet de loi et à Padoption\ndu contrat entre l'État et M. Halanzier, directeur de l'Opéra, sont adoptées\npar 517 voix contre 49.\n10 29E audition de la Société nationale de Musique, dans laquelle on\nentend diverses œuvres inédites de MM. Th. Gouvy, Paul Lacombe, Bour-\ngault-Ducoudray, Édouard Lalo, Saint-Saens, et madame de Grandval.\n14 ATHÉNÉE. Début de M. Cellini, ténor, dans Lucia di Lammermoor.\n15 THÉATRE-ITALIEN. Reprise de Cenerentola, de Rossini ; début de ma-\ndemoiselle Wanda de Bogdani. Premier concert du London-Quatuor\n(vocal), composé de mesdemoiselles P. Siedle, J. Siedle, de MM. A, Hemming\net E. Melbourne.\n17 —Un arrêté du ministre de l'lnstruction publique et des Beaux-Arts\naccorde, à titre d'encouragement, diverses allocations à: M. Colonne, chef\nd'orchestre du Concert national (2,000 fr.); M. Danbé, chef d'orchestre des\nconcerts de la salle Herz (1,000 fr,); au Conservatoire de musique de Dijon\n(1,000 fr,); à la Société des compositeurs de musique (250fr.).\n18 CONCERT NATIONAL. Première audition d'un concerto de violon de\nM. Edouard Lalo, exécuté par M. Sarasate. Mort de Charles Francisque\nMontan-Berton, comédien distingué, ancien artiste de la. Comédie-Française,\ndu Vaudeville, du Gymnase, de l'Odéon, de la Gaîté et de la Porte-Saint-\nMartin. Il était arrière-petit-fils de Pierre Montan-Berton, compositeur dis-"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "139", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.51", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2925, "texte": "tingué, qui fut chef d'orchestre et directeur de l'Opéra, petit-fils de Henri\nMontan-Berton, l'auteur célèbre du Délire, d'Aline, reine de Golconde, et de\nMontano et Stéphanie, qui fut directeur du Théâtre-Italien, enfin, fils de\nFrançois Berton, compositeur aussi, qui donna quelques petits ouvrages à\nrOpéra-Comique et mourut du choléra en 1832. Berton demeurait au nu-\nméro 17 de la rue à laquelle on avait donné le nom de sa famille (Le lecteur\nsoucieux de l'exactitude des faits devra lire avec quelque méfiance les diver-\nses notices publiées sur les membres de la famille Berton dans la Biographie\nuniverselle des Musiciens, de Fétis).\n19 Reprise des représentations de l'Opéra àla salle Ventadour, après\nune interruption de quatre-vingt-deux jours. Don Juan, joué par MM. Faure\n(Don Juan), Villaret (Octave), Gailhard (Leporello), Caron (Masetto), Gaspard\n(le Commandeur), mesdames Gueymard-Lauters (Elvire), Ferrucci (Anna),\nBerthe Thibault (Zerlme.)\n21 ATHÉNÉE. Dernière représentation de la troupe italienne et de Lu-\ncia di Lammermoor, le seul ouvrage qu'elle ait représenté sur ce théâtre.\nFOLIES-BB:RGÈRE. Première représentation du Valet de chambre, opérette en\nun acte, musique de M. O. Métra.\n22 SALLE HERZ. Grand concert donné par M. Danbé avec le concours\nde la Société Bourgault-Ducoudray. Les principales pièces du programme\nsont : la Bataille de Marignan, chant français à quatre voix de Clément\nJannequin, compositeur du seizième siècle; cantate d'église : C'est Dieu seul\nqui gouverne, de Jean-Sébastien Bach; récit, marche et chœur d 1 Hippolyte\net Aricie (acte 111, scène 7), de Rameau. —■ Premier concert du grand Fes-\ntival en quatre séances, organisé au bénéfice des Alsaciens-Lorrains par M. et\nmadame Louis Lacombe (Andréa Favel).\n23 BOUFFES-PARISIENS. Première représentation de la Branche cassée,\nopéra comique en trois actes, paroles de MM. Jules Noriac et Ad. Jaime,\nmusique de M. G. Serpette (ier prix de Rome de 1871).\n23 Deuxième concert avec orchestre de la Société nationale de musi-\nque, dans lequel on entend diverses œuvres inédites : concerto de piano\n(A. de Castillon); Menuet et Gavotte (Bourgault-Ducoudray); Romance et\nMélodie (Saint-Saèns) ; Fragments d'une Symphonie en ut majeur (Th. Gouvy);\nSuite de valses (H. Duparc); Concerto de violon (J. Garcin); deux Mélodies\n(César Franck); Airs de ballet (Théodore Dubois).\n2 5 CONCERTS POPULAIRES. Première audition de l'ouverture des Picco-\nlomini, de M. V. d'lndy. CONCEKT NATIONAL. Première audition (fragments\nde Jean le Précurseur, drame biblique, paroles de M. Louis Gallet, musique\nde M. Albert Cahen, chantés par M. Caron et les chœurs.\nLa Chronologie de Vannée 1874 paraîtra mensuellement à partir de\nce numéro. En raison des exigences de la mise en pages et du brochage,\ncette Chronologie s'étendra du 2 5 au 2 5 de chaque mois, sauf pour le\nmois de décembre qui fermera l'année d'une façon complète.\n\nA. P."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-02-01-01-c028", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-02-01_01#c028", "volume": "bmtnabc_1874-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "140", "page_fin": "144", "image_debut": 52, "image_fin": 56, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.2.9", "titre_corps": "VARIA Correspondance. — Faits divers. — Nouvelles.", "titre_sommaire": "VARIA Correspondance. — Faits divers. — Nouvelles.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 52, "page_imprimee": "140", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.52", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1965, "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nFAITS DIVERS\nE Journal officiel des Théâtres vient de reprendre sa pu»\nblication avec une rédaction nouvelle.\nNotre sympathique confrère, M. Raoul de Saint-Arro-\nman, déjà rédacteur principal de la Galette des Etrangers,\nen est le rédacteur en chef.\nLe Journal officiel des Théâtres paraît le jeudi de cha-\nque semaine. Il s'occupe spécialement des intérêts du\nmonde artistique et du monde théâtral. Chaque numéro contiendra une re-\nvue des théâtres, un compte-rendu de pièces nouvelles, des bruits de cou-\nlisses, une revue des critiques, des articles bibliographiques, littéraires et\nscientifiques, des correspondances de la province et de l'étranger, etc., etc.\nLe Journal officiel des Théâtres s'est, en outre, assuré la collaboration ex-\ntraordinaire des principaux critiques de la presse parisienne.\nRÉDACTION ET ADMINISTRATION, 39, rue de Châteaudun.\nLe Astupe femminili, l'opéra dont la reprise est imminente aux Ita-\nliens, a été écrit par Palomba et Gimarosa pour le théâtre del Fondo à Naples,\nen 1783. Les auteurs du Dictionnaire lyrique se trompent en attribuant le\npoème à Métastase, qui n'a jamais rien fait dans ce genre. Palomba était un\nassez mauvais versificateur, quoique doué d'an certain esprit d'invention pour\nl'opéra bouffe.\nOn ne peut non plus admettre l'aventure burlesque que Castil Blaze a em-\npruntée à Ferrari, sans le citer, et qui se rapporte à un autre ouvrage.\nParis n'a vu le Astupe femminiliqui déjà avaient fait le tour de l'Europe,\nqu'en 1802. Repris en iBo3 et années suivantes, puis en 1814, cet opéra est\nresté dans l'ombre pendant quarante ans, jusqu'à ce que Florence l'exhumât\nen 1868. La musique vaut au moins celle du Matrimonio segreto.\nIl vient de paraître un nouvel Almanach théâtral dont le besoin se faisait\ngénéralement sentir. Depuis 1744 jusqu'à 1870, la France a vu se succéder\nplusieurs séries d'almanachs de théâtre dont la plus longue, celle de Duchesne,"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "141", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.53", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2746, "texte": "dura quarante-deux ans. L' Almanach musical de Pougin a été le dernier essai\nde ce genre.\nUAlmanach théâtral de ißj4 se distingue de ses devanciers par une idée\nfort originale : ce sont les éphémérides théâtrales et musicales à chaque jour\nde Tannée. Vient ensuite la monographie de chaque théâtre, mais ici nous ne\nsommes plus complètement d'accord; la partie historique a besoin d'être re-\nfaite. Les auteurs de ce -petit livre qui peut être si utile feront mieux, sans\ndoute, l'année prochaine.\nOn annonce l'arrivée à Paris d'une jeune pianiste de quinze ans à peine,\nqui a une réputation dans son pays, la Hongrie.\nMademoiselle Nathalie Hauser est élève de Liszt, qui a développé en elle\nde grandes qualités naturelles.\nElle a joué à Vienne, à Bucharest, à Pesth, à Zurich, à Genève, etc. Elle\nvient demander à Paris la consécration de sa jeune renommée.\nMademoiselle Nathalie Hauser donnera un concert à la salle Herz le u\nfévrier.\nLe musée du Conservatoire vient de s'enrichir d'une pièce de toute\nbeauté, offerte par madame la baronne Dornier : nous voulons parler de la\nharpe de Marie-Antoinette. Cet instrument est de Naderman, et il a été remis\nà neuf par M. Alphonse Moreau, chef des ateliers de la maison Erard. Il est\norné de peintures et de sculptures de la plus grande finesse. La console et la\ncolonne sont vraiment admirables.\n« Dans diverses séances d'orgue, à Albert Hall (Sheffield), M. Guilmant,\norganiste de la Trinité, à Paris, vient d'obtenir un grand et légitime succès\ndont la presse anglaise s'est faite l'écho enthousiaste.\nSur le bel instrument, construit par Cavaillé, et qui compte plus de\nsoixante-dix registres, une vraie merveille de facture! M. Guilmant a fait\nd'abord entendre un concerto de Haendel,' et un morceau de Bach, puis il a\nexécuté quelques-unes de ses plus remarquables compositions, telles que la\nMarche nuptiale et la Marche funèbre; un offertoire composé sur des Noëls\na beaucoup plu.\nDans une improvisation, sorte de symphonie pastorale, M. Guilmant a dé-\nployé une riche imagination; et enfin, il a joué avec de brillantes variations\ndifférents airs nationaux anglais, tels que : Rule Britannia, le God save the\nQueen et le beau choral de Luther : Shee conquering here cornes.\nLes journaux anglais, d'accord avec l'opinion d'un public d'élite, sont una-\nnimes à proclamer l'artiste français supérieur à M. Bast, qui passe cependant,\nà juste titre, pour le premier organiste des trois royaumes.\nTreize opéras nouveaux seront donnés cet hiver sur les scènes italien-\nnes :la Contessa di Mons, de La*tro Rossi, au Theatro Regio de Turin; I\nLituanie de Ponchielli? et Caligola (nouveau pour l'ltalie), de Braga, à la\nScala de Milan; Bianca Orsini, de Petrella, et Maria Stuarda, de Palumbo,"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "142", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.54", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2343, "texte": "au San-Carlo de Naples; II Duca d'Atene, de Bacchini, et Mariulifôa, de\nCortesi, au Pagliano de Florence ; la Capricciosa, de Giorgio Valensin, au\nthéâtre delle Logge de la même ville ; Tripilla, de Luzzi, au théâtre Coccia\nde Novare; Giiilio Sabino, de Platania, au théâtre Bellini de Palerme ;\nVEsule, de Bombara, au Cirque de la même ville; Maso il montanaro, de\nCaracciolo, à Bari; et Zorilla, d'Antonio Nani, au théâtre Manoel de Malte.\n\nNOUVELLES\n\nARIS. Opéra. ~— On nous assure que M. Halanzier aurait Fin-\ntention de fermer l'Opéra à partir du ler juin jusqu'au ler septem-\nbre ; il serait en instance auprès du ministre pour en obtenir l'auto-\nrisation.\nLes membres de la sous-commission du budget, spécialement chargée\ndes intérêts de F Opéra, se sont rendus dans la nouvelle salle, à l'effet de con-\nstater l'état des travaux et de décider quelle serait la somme qui devrait être\naffectée à l'achèvement de l'œuvre de M. Garnier.\nÉtaient présents : MM. Le marquis de Talhouët, président de la sous-\ncommission; Rousseau, secrétaire; Caillaux, rapporteur; Gouin, et Bardoux,\naccompagnés de M. Charles Garnier, architecte de l'Opéra, et de M. de Car-\ndailhac,directeur des bâtiments civils.\nL'examen a été des plus minutieux. L'état actuel des travaux permet d'as-\nsurer que l'achèvement pourra avoir lieu à la fin de cette année.\nLa sous-commission a constaté que la dernière main-d'œuvre nécessitera\nencore une somme de sept millions, y compris les décors qu'il va être néces-\nsaire d'établir, les anciens ayant été brûlés.\nM. Garnier vient de commander les groupes de figures qui doivent dé»\ncorer les dessus des trois portes d'entrée du grand foyer de l'Opéra,\nMM. Guitton, Mathieu-Meusnier et M. Chevalier, qui ont si habilement\norné le théâtre de la Porte-Saint-Martin, sont chargés de ces sculptures.\nMademoiselle Krauss est-elle définitivement engagée à l'Opéra pour créer\nY Aida de Verdi? La nouvelle n'est pas confirmée.\nOn a répété le Trouvère qui passera très prochainement.\nL'opéra de Verdi sera accompagné d'un ballet.\nOpéra-Comique, —~ Gilotin et son pèreh la pièce de M» Thomas Sauvage,\nqui a gagné son procès avec son collaborateur musical, M. 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Danbé aura le temps nécessaire\npour donner une plus grande importance encore à ses intéressantes séances.\n*\nSAINT-PÉTERSBOURG. La Patti et Nicolini chanteront dans les premiers\njours de février, à Saint-Pétersbourg, la Mireille de Gounod; le maestro a\nremanié plusieurs des morceaux de son opéra, ce qui donnera un attrait de\nplus à cette représentation.\nLONDRES. Mademoiselle Marie Roze vient de conclure un nouvel et bril-\nlant engagement avec M. Mapleson, directeur de l'Opéra de Drury Lane, à\nLondres. De son côté, M. Gye, imprésario de Covent-Garden, a engagé ma-\ndemoiselle Marimon.\nTURIN. —Le journal le Pirate, publié à Turin, raconte les scènes bruyantes\nqui ont eu lieu au Théâtre royal à la deuxième représentation de l'opéra il\nRe Mànfredi du maestro Montuoro, sur les paroles du poète Leopoldo Ma-\nrenco.\nLa première audition n'avait pas déplu; on avait même applaudi quelques\nmorceaux et rappelé les artistes. Les costumes et les décors avaient produit\nun excellent effet. Mais à la deuxième représentation, tout avait été disposé\npour faire tomber le rideau avant la fin de la pièce.\nLe premier acte dut être exécuté au milieu de sifflets incessants, mais peu\nnombreux encore. Au parterre, on applaudissait et on sifflait en même temps ;\nà l'amphithéâtre, on protestait contre ce manque d'égards infligé aux excel-\nlents artistes. Des sifflets on passa aux injures les plus grossières. Ce furent"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "144", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.56", "debut_caractere": 114, "fin_caractere_exclue": 1319, "texte": "bientôt des vociférations et un scandale indescriptibles. A quelques rangs de\nloges l'irritation allait croissante. 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L'air du baryton passa, et on ne\nput interrompre le chœur des guerriers; mais il fut impossible de commencer\nle duetto du soprano avec le baryton.\nSeulement, pour un instant, les sifflets se changèrent en applaudissements\nd'estime pour les artistes; mais bientôt la bacchanale reprit le dessus, et il\ndevint urgent de laire baisser le rideau.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. 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Raoul de Saint-Arro-\nman, déjà rédacteur principal de la Galette des Etrangers,\nen est le rédacteur en chef.\nLe Journal officiel des Théâtres paraît le jeudi de cha-\nque semaine. Il s'occupe spécialement des intérêts du\nmonde artistique et du monde théâtral. Chaque numéro contiendra une re-\nvue des théâtres, un compte-rendu de pièces nouvelles, des bruits de cou-\nlisses, une revue des critiques, des articles bibliographiques, littéraires et\nscientifiques, des correspondances de la province et de l'étranger, etc., etc.\nLe Journal officiel des Théâtres s'est, en outre, assuré la collaboration ex-\ntraordinaire des principaux critiques de la presse parisienne.\nRÉDACTION ET ADMINISTRATION, 39, rue de Châteaudun.\nLe Astupe femminili, l'opéra dont la reprise est imminente aux Ita-\nliens, a été écrit par Palomba et Gimarosa pour le théâtre del Fondo à Naples,\nen 1783. Les auteurs du Dictionnaire lyrique se trompent en attribuant le\npoème à Métastase, qui n'a jamais rien fait dans ce genre. Palomba était un\nassez mauvais versificateur, quoique doué d'an certain esprit d'invention pour\nl'opéra bouffe.\nOn ne peut non plus admettre l'aventure burlesque que Castil Blaze a em-\npruntée à Ferrari, sans le citer, et qui se rapporte à un autre ouvrage.\nParis n'a vu le Astupe femminiliqui déjà avaient fait le tour de l'Europe,\nqu'en 1802. Repris en iBo3 et années suivantes, puis en 1814, cet opéra est\nresté dans l'ombre pendant quarante ans, jusqu'à ce que Florence l'exhumât\nen 1868. La musique vaut au moins celle du Matrimonio segreto.\nIl vient de paraître un nouvel Almanach théâtral dont le besoin se faisait\ngénéralement sentir. 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Les auteurs de ce -petit livre qui peut être si utile feront mieux, sans\ndoute, l'année prochaine.\nOn annonce l'arrivée à Paris d'une jeune pianiste de quinze ans à peine,\nqui a une réputation dans son pays, la Hongrie.\nMademoiselle Nathalie Hauser est élève de Liszt, qui a développé en elle\nde grandes qualités naturelles.\nElle a joué à Vienne, à Bucharest, à Pesth, à Zurich, à Genève, etc. Elle\nvient demander à Paris la consécration de sa jeune renommée.\nMademoiselle Nathalie Hauser donnera un concert à la salle Herz le u\nfévrier.\nLe musée du Conservatoire vient de s'enrichir d'une pièce de toute\nbeauté, offerte par madame la baronne Dornier : nous voulons parler de la\nharpe de Marie-Antoinette. Cet instrument est de Naderman, et il a été remis\nà neuf par M. Alphonse Moreau, chef des ateliers de la maison Erard. Il est\norné de peintures et de sculptures de la plus grande finesse. La console et la\ncolonne sont vraiment admirables.\n« Dans diverses séances d'orgue, à Albert Hall (Sheffield), M. Guilmant,\norganiste de la Trinité, à Paris, vient d'obtenir un grand et légitime succès\ndont la presse anglaise s'est faite l'écho enthousiaste.\nSur le bel instrument, construit par Cavaillé, et qui compte plus de\nsoixante-dix registres, une vraie merveille de facture! M. Guilmant a fait\nd'abord entendre un concerto de Haendel,' et un morceau de Bach, puis il a\nexécuté quelques-unes de ses plus remarquables compositions, telles que la\nMarche nuptiale et la Marche funèbre; un offertoire composé sur des Noëls\na beaucoup plu.\nDans une improvisation, sorte de symphonie pastorale, M. Guilmant a dé-\nployé une riche imagination; et enfin, il a joué avec de brillantes variations\ndifférents airs nationaux anglais, tels que : Rule Britannia, le God save the\nQueen et le beau choral de Luther : Shee conquering here cornes.\nLes journaux anglais, d'accord avec l'opinion d'un public d'élite, sont una-\nnimes à proclamer l'artiste français supérieur à M. Bast, qui passe cependant,\nà juste titre, pour le premier organiste des trois royaumes.\nTreize opéras nouveaux seront donnés cet hiver sur les scènes italien-\nnes :la Contessa di Mons, de La*tro Rossi, au Theatro Regio de Turin; I\nLituanie de Ponchielli? et Caligola (nouveau pour l'ltalie), de Braga, à la\nScala de Milan; Bianca Orsini, de Petrella, et Maria Stuarda, de Palumbo,"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "142", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.54", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 464, "texte": "au San-Carlo de Naples; II Duca d'Atene, de Bacchini, et Mariulifôa, de\nCortesi, au Pagliano de Florence ; la Capricciosa, de Giorgio Valensin, au\nthéâtre delle Logge de la même ville ; Tripilla, de Luzzi, au théâtre Coccia\nde Novare; Giiilio Sabino, de Platania, au théâtre Bellini de Palerme ;\nVEsule, de Bombara, au Cirque de la même ville; Maso il montanaro, de\nCaracciolo, à Bari; et Zorilla, d'Antonio Nani, au théâtre Manoel de Malte."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-02-01-01-c032", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-02-01_01#c032", "volume": "bmtnabc_1874-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "142", "page_fin": "144", "image_debut": 54, "image_fin": 56, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.2.9.3", "titre_corps": "NOUVELLES", "titre_sommaire": "NOUVELLES", "signature_source": "Pour l'article Varia : Le Secrétaire de la Rédaction, O. 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Rue Vi-\nvienne était une salle qui depuis... Lumbye s'y établit, et pendant les pre-\nmières soirées qui s'encombrèrent de musiciens attentifs, de dilettantes\n\n(j) Voir le numéro du i 5 janvier.\n\n111.\n7"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "98", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.2", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ninformés, de curieux, de géographes, de voyageurs et d'étrangers, tout mar-\ncha comme il convient. Les critiques reconnurent que l'orchestre de Lum-\nbye était excellent, que sa musique était aussi originale, aussi divertissante\net avait autant de sel et de mordant que celle de Musard, et que Lumbye\nproduisait en somme sur le public une grande attraction. C'est pour-\nquoi le public déserta les concerts danois et n'y reparut plus. Nos étran-\ngers ne purent prolonger leur lutte avec un musicien qui avait dans son\norchestre des chaises qu'on cassait, de la vaisselle qu'on faisait partir\nen éclats, des pistolets qui détonaient au beau moment des grands effets.\nLumbye trouva plus avantageux d'économiser les dépenses énormes\nque lui coûtait son personnel, et il retourna dans son pays ou la légende\nraconte qu'il retrouva sa gloire, ses succès et des piles d7or. Ce qui\nprouve que les proverbes sont parfois des imposteurs, Lumbye, en effet,\nn'a pas réussi à Paris, paradis des compositeurs qui ne sont pas français,\net, retourné dans son pays, il s'est trouvé qu'il y a été reçu comme un\nprophète. Cela ne se voit qu'en Scandinavie.\nCe n'est point seulement en France que le Danemark, musicalement\némancipé, a expédié ses grands hommes. Siegfried Saloman, violoniste et\ncompositeur, lequel devint l'époux de mademoiselle Henriette Nissen, la\ncélèbre chanteuse suédoise que Paris a connue, a exporté l'art danois dans\ntout le Nord. A l'époque où Saloman naquit, Copenhague avait toute\nune colonie musicale au milieu de laquelle il compléta son enseigne-\nment, après avoir pris le goût de son art dans sa famille même. Car, dès\ncette époque, on s'occupait de musique dans toutes les maisons du Dane-\nmark, de la Suède et de la Norwége. C'est le père de Saloman (son père\nétait un habile négociant ) qui enseigna à Saloman le violon, qui lui\nchoisit ses maîtres. A vingt ans, le jeune artiste obtient un subside de\nson gouvernement et il fait ses malles.\nIl faut remarquer, à ce propos, que dans les pays du Nord où l'instruc-\ntion est universellement répandue, où la musique n'est ignorée de per-\nsonne et s'enseigne comme le langage avec la lecture, l'écriture et les\narts du dessin, les gouvernements modernes, contrairement à ce qui se\npassait en Scandinavie avant Gustave Wasa, et à ce qui se passe dans\nnotre France en 1874, ne tiennent pas en mépris les musiciens et les\nperquisiteurs de l'histoire musicale. En France, c'est bien mieux sans\ndoute, on accorde de libérales missions aux archéologues et cela est\ntrès bien fait, surtout pour le profit qu'on en retire. Mais la musique\nest méprisée chez nos Mécènes officiels, qui probablement attendent d'elle\ndes bénéfices et des allégresses que nous ne devinons guère, nous autres\nvulgaires mortels. Réclamer une mission pour étudier la musique étran-"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "99", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.3", "texte": "la musique en suède, etc.\n\ngère, c est s exposer à être mal reçu au ministère des Beaux-arts. Mais\ncomme on serait prestement éconduit, et désigné aux Cerbères du cabi-\nnet, si la mission avait pour but d'étudier la musique en France dans\nnos piovinces peu découvertes, et où la musique autochtone, les chan-\nsons populaires se révéleraient par des merveilles! Notre art national a\nfécondé tout 1 art en Euiope. Celui qui voudrait le dire et le prouver se-\nrait bien reçu à l'étranger. En France, il serait conspué.\nLa première heur du talent de Saloman fut donnée à son pays, où il\nétait retourné sans retard; on le vit alors à Copenhague faisant des lectures\npubliques qui n'étaient pas désertées comme celles que des écrivains de\ntalent font à Paris sans que le public s'inquiète de leurs efforts, et veuille\nprofiter de leur enseignement. En même temps il se préparait à débuter\ncomme compositeur au Théâtre-Royal, et chose phénoménale, mais qui\nse voit en Scandinavie, pays des merveilles, c'étaient les directeurs qui\nsollicitaient le débutant. Croira-t-on que dans ce pays du bon Dieu, les\ngouvernements offrent des subventions à leurs théâtres nationaux, mais\nque CL n est point du tout à la condition expresse que les directeurs ex-\npulseront avec un soin jaloux les musiciens du pays, ce qui en France\nsemble être une indéracinable tradition. Dans les contrées Scandinaves\nles compositeurs font exécuter leurs partitions aussitôt qu'ils ont donné\nà leur œuvre le dernier trait de plume, et ils y ont le déplaisir toujours\népargné aux musiciens français, de ne pas voir leur musique rancir\ndans les cartons des directeurs railleurs. Saloman donna au Théâtre-\nRoyal de Copenhague VOrage en Dalécarlie, opéra en trois actes avec\nlivret de Lyser, qui lut accueilli avec faveur. La Croix de diamants, en\ntiois actes, fut repiésentee deux ans après avec non moins de succès et\nsuivie presqu'aussitôt d'un opéra en un acte intitulé les Epreuves du\ncœur.\nAyant payé sa dette à sa patrie, Saloman voulut connaître la saveur\ndes applaudissements dans les pays étrangers. Il se mit donc en routej il\narii\\a, mit ses partitions à la scène et vainquit. Une douce défaite lui\nfut en outre octioyée; il aima et il fut aimé. 11 y avait alors à Paris une\nbelle fille, une suédoise, cantatrice d'un charme réel et d'un talent fort re~\ncommandable, qui dans notre capitale était restée inaperçue, mais dont on\nse préoccupait dans tous les états Scandinaves. C'était mademoiselle lien-\nnetteNissen qui, à seize ans, avait été envoyée à Paris pour étudier le chant\navec Manuel Garcia» On l'avait engagée au Théâtre-Italien, et elle avait\ndébuté pai le rôle d Adalgise, de Nornia, dont le rôle principal était\nchanté par la Grisi. Un soir qu'on jouait II Barbiere di Seviglia, ma-\ndame Persiani-Rosine ne put chanter, et la Nissen, qui la remplaça au"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "100", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.4", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\npied levé, s'y montra pleine de verve et fort piquante avec une teinte de\nmélancolie qui charma tout le monde. Sa réputation inaugurée ce soir-là\net les applaudissements qu'elle reçut allèrent se répéter en écho à Stoc-\nkolm, à Christiania et à Copenhague, où Siegfried Saloman les entendit\navec son cœur. Il semblait difficile que les deux artistes se réunissent\njamais. Pendant que la Nissen voyageait, chantant Rossini, Bellini,\nVerdi à Stockolm, à Dresde, à Milan, à Saint-Pétersbourg, à Mantoue,\nà Bologne, à Livourne, à Florence, à Rome,, à Ferrare, d'où la révolu-\ntion l'obligea de s'éloigner, à Londres où six semaines d'études de la\nlangue anglaise lui permettaient de chanter dans l'opéra national à\nCovent-Garden, à Stockolm où on la réclamait comme une gloire du\npays, à Leipzig, à Brème, à Oldembourg, à Francfort et à Berlin, son\nfutur époux prenait postes sur postes, et courait de tous côtés à l'op-\nposé. Enfin ils se rencontrèrent en Hollande, et là se renouvela entre\nSaloman et mademoiselle Nissen la comédie charmante qui, à Venise,\ns'était précédemment terminée par le mariage de Hasse et de la Faustina.\nMademoiselle Nissen devint donc madame Saloman. Cantatrice et com-\npositeur ne voyagèrent plus qu'en compagnie, s'éloignant avec soin de\ntous les pays que le soleil méridional caresse et promenant dans toutes les\nvilles septentrionales où se trouvent des théâtres de musique, un de ces\ntendres et fiers ménages d'artistes qui sont à peu près inconnus à la\nFrance, à l'ltalie, nous dirions même à l'Allemagne, et qui sont si\ncommuns dans le Nord où l'épouse fait respecter l'artiste, et où l'artiste\nn'est point déchue si elle est bonne mère, sage et fidèle compagne d'un\nmari qui l'honore et ne l'exploite pas.\nTout au-dessous du cercle polaire de l'Est à l'Ouest, en Europe, dans\ncette zone glacée qui s'est fait des façons de vivre auxquelles nos habitudes\nne peuvent se comparer, s'agite une innombrable colonie d'artistes que\nla zone méridionale et la zone tempérée n'attirent guère. S'ils y viennent,\nc'est par hasard, et on ne les y rattrape plus. Le Nord et ses mœurs\namollies et enfermées leur plaisent ; ils y sont acclimatés, gâtés, choyés.\nOn s'y préoccupe de leurs intérêts, de leurs satisfactions, de leur hon-\nneur, de leur gloire, de leur fortune. Ils sont ouatés de bien-être dans le\npays du froid, et ils y vivent aussi heureux que l'eider dans les neiges\nqui sont sa patrie, et sa patrie chérie, puisque la nature l'a faite pour lui,\net lui pour elle."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "101", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.5", "texte": "LA MUSIQUE EN SUÈDE, ETC.\n\nIV\nNous venons de nommer les artistes, les compositeurs que l'exporta-\ntion Scandinave a donnés à l'Europe, mais maintenant nous devons\nsignaler ceux que d'importation elle a réclamés à l'Allemagne et aux au-\ntres pays. Mais, d'abord, ceux à qui elle a donné naissance et qui n'ont\npas abandonné la mère patrie, doivent être présentés au lecteur. Ils sont\npeu nombreux.\nJean Hansen est un écrivain danois, dont il est resté une dissertation\nintitulée : Disputatio phjrsica de sonorum quorumdam in chordis com-\npiratione ad principia physicorum explicata. Cette brochure, publiée\nen 1707, et qui n'est que le développement d'une thèse que le même\nHansen avait soutenue à l'université de Copenhague, montre les préoc-\ncupations de l'époque en Danemark et en Norwége. Niels Hansen, autre\nmusicien danois, est auteur d'un traité de chant qui a eu ses moments de\ncélébrité. Gerber avait prétendu que cet ouvrage n'était qu'une traduc-\ntion ou plutôt une imitation du livre de Hiller sur le chant; mais ce\ntraité est une œuvre méditée de Niels Hansen. Il fut publié en 1777, à\nCopenhague, sous le titre : Premiers principes de musique appliqués au\nchant, et inaugura avec les leçons du maître ce système un peu in-\nconnu à la France, de faire des musiciens avant de faire des chanteurs,\nla voix n'étant qu'un instrument, lequel gagne toujours à être discipliné\net dirigé avec savoir et méthode. Quant à P. Groenland, c'était un ama-\nteur de musique qui fut codirecteur de la fabrique de porcelaine de Co-\npenhague, après avoir été employé dans la chancellerie allemande. Des\nmarches et des chants de bataille, des odes et des chants religieux, des\nsonnets de Schlegel musiqués à quatre voix et piano, telle est sa pari,\ncomme compositeur. A Kiel, en 1782, il avait connu Cramer et il l'aida\ndans la rédaction de sa publication périodique le Magasin de Musique.\nC'était un dillettante écrivailleur, et ce qu'il a produit n'est ni meilleur,\nni pire que tout ce qui se publie dans ce genre à Paris, en Angleterre,\nen Russie et même en Allemagne (1).\n*\n\n(i) Pour compléter cette monographie au double point de vue ethnique et musi-\ncal, on consultera : —YEssai sur Vinégalité des Races humaines, par M. A. de Go-\nbineau, et VEthnographie de la France. par M. Jacques de Boisjoslin; VHistoire\ngénérale de la Musique, par F. J. Fétis; le Dictionnaire biographique et suédois\nde Gezelius, et le Dictionnaire suédois de Musique par Charles Enwalsson; et en-\nfin le travail le plus caractéristique qui ait été fait sur ce sujet et qui est dû à M, le\nbaron Blaze de Bury; il est intitulé : la Musique du nord,"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "102", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.6", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nHenrik Rung a composé des opéras nationaux. Il était né Danois,\nmais il avait vécu quelque temps à Milan, et Lamperti lui avait donné\ndes leçons vocales. Rentré à Copenhague, il s'y établit avec succès\ncomme professeur de chant et écrivit avec succès pour l'Opéra sur des\nlivrets en langue danoise. Son opéra VOrage, qui fut représenté sur le\nthéâtie de Copenhague, y fut vivement applaudi et est resté au réper-\ntoire. Fed cri go, opéra en trois actes, obtint l'année suivante un succès\nnon moins brillant. Mais la popularité de Rung dans les centres Scan-\ndinaves est plus solidement basée sur ses airs populaires, ses chansons à\nboiie harmonisées, ses romances à voix seule avec piano, ses ballades\npour piano ou pour quatuor avec chœur, ses barcarolles et ses lieders.\nTous ces opuscules ont un caractère particulier de nationalité. Quant à\nnous, nous piéférons les aouze chansons danoises à trois voix, avec ou\nsans accompagnement, que cet artiste a composées pour les enfants. Le\nton des iornantes de Rung est mélancolique, vaporeux et touchant. Ses\nairs danois pour l'enfance sont une merveille.\nL évêque danois Thomas Kongo, qui fut comme poète et comme\nmusicien un peintre de mœurs naïves, est Fauteur d'un chant que les\nvoyageurs entendent encore chaque nuit à Copenhague. La mélopée\npopulaire, avec ses couplets lents, pénétrés des mystérieuses impressions\ndes longues heuies nocturnes, que les veilleurs de nuit chantent dans la\ncapitale du Danemaick, en coupant de longs silences les strophes qui se\nsuccèdent d heure en heure, est en effet attribuée, et avec toutes sortes de\nraisons probantes, à cet évêque, musicien et poète, qui a été considéré\nquelquefois comme le régénérateur de la poésie danoise et que ses élégies\nremplies de finesse à la fois et de tendresse ont fait aussi comparer à\nHoiace. Quelques-uns des psaumes de Kongo, qui est mort en i jo3, ont\nété conservés dans le psautier danois.\nVoilà, en bloc, les principaux maîtres nés en Danemark et restés fixés\ndans leur pays.\nLes maîtres étrangers émigrés en Danemark sont plus nombreux.\nJean Haitman, qui mourut à Copenhague en 1791, et dont le fils\nAuguste H art m an, îesté toujours en Danemark, était en .1841 cantor\nde l'église de la garnison à Copenhague, était né à Hambourg dans la\npremière moitié du dix-huitième siècle. Vers 1760, il prit.la maîtrise\ndes Concerts a Rudolstadt. En 1768, il se rendit en Danemark, et le duc\nde Ploen lui confia la direction de sa musique concertante. Des duos\npour cor, des airs variés pour piano et violon ou pour piano seul ont\nsignalé ce compositeur, qui a laissé un nom plus autorisé dans le théâtre\nnational du Danemark. C'était, comme compositeur, un imitateur de"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "103", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.7", "texte": "LA MUSIQUE EN SUÈDE, ETC.\n\nGluck. Il écrivit deux opéras : les Pêcheurs et la Mort de Balder, dont\nles paroles sont en langue danoise. Il est l'auteur de l'hymne national\net populaire : le Roi Christian est au haut du grand mât, que Meyer-\nbeer a utilisé dans son drame de Struensée, comme thème principal d'un\nentr'acte qui a toujours été applaudi dans les Concerts de PAthénée,\net aux séances populaires de M. Pasdeloup. Des chants héroïques et\nnationaux étaient le genre dans lequel Hartman excellait.\nL'un des premiers compositeurs étrangers qui aborda le théâtre à Co-\npenhague fut Jean-Abraham-Pierre Schulz, qui était né à Lunebourg\net n'arriva en Danemark qu'à l'âge de quarante ans. Fils d'un boulan-\nger, il avait été destiné à l'état ecclésiastique, mais son invincible pen-\nchant pour la musique le fit admettre au chœur du collège de Saint-Jean,\noù il fit de rapides progrès. Il avait pour maître de clavecin l'organiste\nSchmugel, qui lui parlait sans cesse de Berlin et de toute la brillante\nmusique qu'on y entendait. Schulz, qui n'avait pas quinze ans, parla de\nBerlin à ses parents qui, naturellement, le cloîtrèrent sévèrement au\ncollège. Notre garnement n'hésita pas, et le voilà sur la route de son\nEldorado, sans pain, sans argent. Il arrive. Son maître lui avait vanté\nKirnberger, un cuistre musicastre fort célèbre de l'époque; l'enfant va\nchez Kirnberger qui, assez malveillant par habitude, se montre ce jour-\nlà bon diable. Schulz, aussitôt installé au Gymnase berlinois est incor-\nporé au chœur de chant avec l'autorisation de prendre part aux leçons\nqu'il avait tant souhaitées et qui, grâce à l'enseignement sec et pédan-\ntesque de Kirnberger, lui parurent d'abord d'un médiocre régal. Par\ncompensation, il entendit les chefs-d'œuvre des grands maîtres exécutés\npar les artistes célèbres rassemblés dans la capitale de la Prusse, et cela\nle familiarisa avec renseignement de son protecteur. Les progrès de\nl'élève furent immédiats, et la lucidité de son esprit, son style clair et fa-\ncile, le sentiment qu'il avait de la mélodie devinrent plus tard d'un grand\nsecours pour Kirnberger, dont l'incontestable savoir se manifestait avec\nclarté dans la pratique, mais s'empêtrait immanquablement dans l'ex-\nposition de la doctrine selon l'incorrigible habitude des professeurs.\n(La fin prochainement.)\n\nMAURICE CRISTAL."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "104", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.8", "texte": "LES\nCANTATRICES DRAMATIQUES\n\nII\nL<yl S <24 IC\\QT- HU<B E <l{T I\nTroisième partie (i).\nA Saint-Huberti s'était emparée victorieusement du\nprincipal rôle de YArmidede Gluck, à qui elle valut\nun regain de trente représentations. Elle le chante en\n1784 devant le roi de Suède, et la présence du royal,\ntouriste lui sert de prétexte pour faire parer la magi-\ncienne d'un nouvel habit. Mais, s'il faut en croîre\nGastil Blaze, « M. Papillon de la Ferté, vieux, dévot, libertin et fraopé\nd'imbécillité » il y a exagération « se prend de belle passion pour ma-\ndemoiselle Maillard et lui fait confier, par ordre, le rôle de Didon. Ma-\ndemoiselle Maillard y est outrageusement sifflée, et ce n'est que sur les\npressantes sollicitations du Ministre, que la Saint-Huberti, justement\noffensée, reprend le rôle. »\nLes correspondances conservées aux Archives nationales ne portent\naucune trace de l'incident; mais on comprend qu'il y ait eu intérêt de la\npart des dieux officiels à n'en pas perpétuer le souvenir dans les lettres\nqui ménagent si peu les vulgaires mortels et même les déesses de l'Opéra.\nNous verrons plus loin, du reste, que Gastil Blaze, taxé avec quelque\n\n1) Voir les numéros des ier décembre 1878 et ier janvier 1874."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "105", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.9", "texte": "LES CANTATRICES DRAMATIQUES\n\njustice d'être médiocrement scrupuleux dans ses commérages, demeure\ncependant parfois confirmé par les preuves.\nLa Saint-Huberti rentre triomphalement à l'Opéra par Didon, après\nun voyage à Marseille où l'on a organisé pour elle des fêtes sur l'eau, et\noù, vêtue à la grecque, c'est au bruit des acclamations des descendants\ndes Phocéens et des salves d'artillerie, que sa voiture, chargée de cou-\nronnes, circule dans la ville. La Saint-Huberti paye cet enthousiasme\npar quelques chansons provençales.\nA la première représentation du Faux Lord de Piccini, à la Comédie\nItalienne, le parterre, les loges, accueillent comme une souveraine\n« celle qui fait, dit La Harpe, les délices de la Cour et de la ville. »\nC'est le souvenir de la reine de Carthage qui domine dans ces acclama-\ntions 5 mais c'est à tort que la Biographie universelle a voulu faire hon-\nneur à la Saint-Huberti de la réconciliation de Gluck et de Piccini. Il\ny à là erreur évidente. Les deux illustres rivaux ne furent réunis qu'une\nfois à souper chez Berton, le directeur de l'Opéra, et c'était vers 1777,\ndate à laquelle la Saint-Huberti n'était qu'une simple coryphée. Depuis,\nils ne se revirent plus. Ginguené, le biographe intime de Piccini, l'at-\nteste, et il est le plus compétent.\nLa même Biographie (article Lacépède) donne raison à cette accusa-\ntion de M. Desnoireterres, dans son ouvrage si étudié : Gluck et\nPiccini, relativement à un caprice de la grande actrice : sa simple vo-\nlonté suffit à faire mettre de côté l'opéra d 1 Omphale, de Lacépède, dont\nles répétitions avaient commencé, et dont le principal rôle lui était des-\ntiné. Ce qui prouve quelle était à ce moment l'omnipotence de la Saint-\nHuberti à l'Opéra, c'est que Lacépède, musicien et naturaliste, qui sem-\nblait vouloir faire concurrence à Gluck avant de marcher dans la voie de\nBuffon, ne chercha pas à lutter contre ce caprice, quelque vif chagrin\nqu'il dût en éprouver, et retira son opéra. Reste à savoir si c'a dû être\nune grande perte pour l'art, et si l'on ne devait pas plutôt des remercie-\nments à l'intelligente et légitimement enthousiaste interprète de Didon.\nici se place un épisode privé de la vie de la Saint-Huberti, En reve-\nnant de son voyage du midi, l'artiste s'éprit de Saint-Aubin, jeune\nhaute-contre qui venait d'épouser Jeanne-Charlotte Schrœder, si célèbre\nensuite à l'Opéra-Comique sous le nom de son mari. Rappelée, par l'ex-\npiration de son congé, à l'Opéra de Paris, madame Saint Huberti y fait\nengager Saint-Aubin.\nC'est encore Castil Blaze qui raconte cette histoire et qui dit la tenir\nde madame Saint-Aubin elle-même. On pourrait cependant peut-être ré-\ncuser ici l'imagination cancanière de l'auteur de l'Histoire de VOpéra;"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "106", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.10", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nmais une lettre de M. de la Ferté, de 1785, porte cette phrase significa-\ntive : « Madame Saint-Huberti m'a dit du bien de la voix de Saint-Au-\nbin ; il est vrai que sa figure n'est pas très avantageuse. »\nIl est difficile de ne pas reconnaître dans cette dernière réserve la\npréoccupation d'une femme qui ne veut pas laisser deviner les véritables\nmotifs de sa démarché. Elle avait représenté Saint-Aubin comme disgra-\ncieux et épais. On fut étonné de trouver qu'il ne répondait pas, heureu-\nsement pour lui, a 1 idée que la Saint-Huberti en avait fait naître.\nMais Saint-Aubin était très amoureux de sa femme, beaucoup plus\njeune et plus jolie que la Saint-Huberti; il était père de deux enfants qui\nprolongeaient cette lune de miel dont ils étaient le fruit. Il ressentit le\nmal du pays—-légitime, et serait retourné à Lyon, si la Saint-Huberti n'a-\nvait préféré le souci de faire venir sa rivale à la douleur de perdre tout à\nfait un infidèle.\nGrâce à la Saint-Huberti, madame Saint-Aubin est engagée à l'Opéra\net débute avec un grand succès dans Colinette à la Cour. On lui distri-\nbue le rôle de l'Amour, dans Orphée; mais elle refuse de monter dans\nle nuage qui doit la transporter sur la terre des simples mortels, prétex\ntant qu'à Lyon, l'Amour arrive bourgeoisement sur le théâtre, sinon la\ncanne, au moins son arc à la main. Bref, elle rompt avec l'Opéra (la\nSaint-Huberti n'y mit pas d'obstacle à coup sûr), et la gentille Saint-\nAubin reçoit un ordre de début à la Comédie-Française, puis à la Comé-\ndie italienne où, la même année, sa grâce et sa finesse firent fureur dans\nla Colonie et F Épreuve villageoise de Grétry.\nIl n'est plus question, dans l'histoire intime de la Saint-Huberti, de\nSaint-Aubin, pas plus que de ce chevalier de Croisy qui avait eu pour-\ntant, dit-on, des droits plus légitimes.\nLes triomphes de province de la Saint-Huberti eurent à Paris des con-\nséquences plus regrettables, plus durables tout au moins. Elle recherche\nmoins 1 occasion de paraître à l'Opéra, et surtout à l'approche de ses\ncongés, occupe le temps qu'elle dérobe au public de la capitale, à étudier\ndes rôles d'opéra comique qu'elle ajoute à son répertoire de province. De\nlà de vives discussions avec la Direction et le Ministère, discussions où\nle bon droit n'est pas absolument du côté de l'actrice. On lui objecte que\ntandis qu'elle refuse de jouer trois ou même deux fois par semaine à\nl'Opéra, elle chante tous les jours en province. Elle répond qu'en province\nelle peut varier son répertoire tragique par la représentation d'oeuvres\nd un caractère moins fatigant, et finit par laisser échapper cet aveu, que\nsi l'Opéra veut lui imposer un service aussi multiple, il n'a qu'à la payer,\ncomme on la paie en province, où elle gagnerait trente mille francs par an."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "107", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.11", "texte": "LES CANTATRICES DRAMATIQUES\n\nC'est son « valet de chambre » qui est chargé généralement de reporter\nverbalement ses réponses au Directeur (elle ne sort notamment jamais le\nmatin du jour où elle doit chanter) ; ce qui, d'après les accusateurs de la\nSaint-Huberti, lui permet de pouvoir nier ou modifier les engagements\nqu'elle a pris. N'acceptons que sous bénéfice d'inventaire ces méchance-\ntés et enregistrons un nouveau triomphe de la cantatrice dans Pénélope\nde Marmontel et Piccini, le 9 décembre 1785. « Madame Saint-Hu-\nberti, dit Marmontel dans ses Mémoires, est aussi admirable dans Péné-\nlope que dans Didon. » Les applaudissements sont, du reste, presqu'ex-\nclusivement pour l'interprète. Elle est admirable dans la scène où elle\nfait raconter la vie d'Ulysse par Ulysse lui-même déguisé, qu'elle 11e re-\nconnaît pas, et où elle frémit des dangers qu'ont courus sa vie et sa\nconstance.\nThémistocle, de Morel (toujours Morel) et Philidor, tombe à plat, malgré\nle concours de la Saint-Huberti (Mandane) et de Chéron (Thémistocle).\nL'actrice entre, il faut le dire, dans la période descendante de sa carrière.\nA l'une de ses réapparitions, on remarque qu'elle est assez froidement\naccueillie, ce qu'on attribue à ce que des voix plus fraîches ont été en-\ntendues par le public. Elle fait aussi une excursion malheureuse, par le\nrôle de Clytemnestre, dans l'emploi de mademoiselle Duplan qui avait\nquitté l'Opéra. Les Mémoires secrets de Bachaumont constatent que le\nrésultat n'avait pas répondu à ce que l'on devait attendre du talent de\nla cantatrice,\nPhèdre, d'Hoffmann, d'après Racine, musique de Lemoyne, vaut ce-\npendant un succès de tragédienne à l'élève du compositeur. « La Saint-\nHuberti joue admirablement Phèdre, » dit La Harpe. « Beaucoup de\nsensibilité, grande intelligence de la scène et une vérité rare dans le geste\net les accents, » dit le Journal de Paris.\nLes répétitions de Phèdre furent signalées par de vifs dissentiments\nentre le directeur et l'actrice. A ce moment, mademoiselle Gavaudan\ncadette, une des chanteuses les plus décriées, était en prison pour avoir\ndonné à jouer. La Saint-Huberti la réclame pour répéter avec elle, mais\non refuse de la lui donner toute une journée. Tout au plus permet-\non à mademoiselle Gavaudan de sortir de prison l'après-midi, et de\nlaisser dîner ensemble les deux actrices. Elles arrivent ensemble à la ré-\npétition du soir où Dauvergne constate leur joie de s'être revues. La\nSaint-Huberti écrit à M. de la Ferté une lettre des plus vives contre\nDauvergne. Le surintendant répond par une lettre polie, mais froide, où\nil fait l'éloge significatif du Directeur attaqué, et rappelle à l'actrice que\nle public n'a pas aussi souvent qu'il le voudrait le plaisir de la voir. On"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "108", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.12", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\na vu plus haut quel sens il faut attribuer à ce reproche. Dauvergne con-\nstate l'effet de cette lettre sur Phèdre quf, à la répétition suivante, ala\ntête basse et ne regarde plus que le bout de ses souliers.\nLes imputations les plus violentes sont dirigées contre la Saint-Hu-\nberti par Dauvergne dans ses lettres. Elle et Lemoyne sont c< les deux\nplus méchantes créatures qui soient au monde, » « la Saint-Huberti est\nune impudente coquine. » Ailleurs, il raconte qu'il a fait dire à l'actrice\nqu'il a la plus grande estime pour son talent, mais qu'il n'a que du mé-\npris pour sa personne. Dauvergne se dit sujet, dans les mêmes lettres, à\ndes débordements de bile. On ne le démentira pas là-dessus.\nDes accusations d'une nature plus délicate sont nettement formulées\ndans les mêmes documents, au sujet des relations de l'actrice avec les\njeunes filles qu'elle forma à l'art du chant. Qu'il me suffise de dire que,\ns'il fallait en croire Dauvergne, la Saint-Huberti n'aurait pas été Ariane\nà Naxos, mais à Lesbos. Un ignoble pamphlet de l'époque, le Vol plus\nhaut, qui diffame la Saint-Huberti de la façon la plus grossière, qui, à\ntitre de reine des impures, en fait l'objectif d'une épître ironiquement\nordurière, n'a aucune allusion cependant aux venimeuses espérons\nqu'on peut le dire, - calomnies de Dauvergne. En revanche, le por-\nnographe anonyme prétend que la Saint-Huberti achète à prix d'or\nl'amour qu'elle n'inspire plus. Rien dans les lettres de Dauvergne (et on\nvoit qu'il ne ménage pas cependant la Saint-Huberti) ne donne à croire\nque la dernière de ces assertions ait pu avoir le moindre fondement. Sans\nprétendre donc présenter notre héroïne comme irréprochable, tirons\ncependant du peu d'accord de ses deux ennemis, cette conséquence, que\nl'on peut, sous ces pénibles rapports, n'ajouter foi à l'un ni à l'autre.\nOn conçoit cependant que, de son temps,, la réputation de la Saint-\nHuberti n'ait été rien moins qu'immaculée. Aussi trouvons-nous dans\nBachaumont trace d'une mortification assez sensible qu'elle éprouva.\nPilatre des Roziers, ayant voulu organiser une fête pour le couronne-\nment du buste de Bufifon, demanda à la Saint-Huberti de vouloir bien\nfaire servir son talent à l'exécution de la cantate composée pour la cir-\nconstance. La Saint-Huberti n'accepte qu'à la condition de faire partie\ndu comité de dames chargé du détail de la cérémonie, mais cet honneur\nlui est refusé et alors elle refuse le concours de son talent.\nRevenons à Phèdre. La reine avait déclaré qu'il n'était pas besoin de\nfaire beaucoup de dépense pour avoir à Fontainebleau des opéras de\ncette espèce, A la troisième représentation, la salle était vide, la pièce\nest « déracinée, » disait-on. Castil-Blaze raconte que l'existence de l'O-\npéra fut prolongée, parce que Quidor, inspecteur de police, qui avait"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "109", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.13", "texte": "LES CANTATRICES DRAMATIQUES\n\nles vénalités féminines de bas étage dans son département, les contraignit\nà venir peupler la salle de l'Opéra, et y envoyait en même temps ses\nbrigades pour applaudir.\nDans l'année théâtrale 1787-1788, la Saint-Huberti ne chanta que\ntrente fois. Au commencement de 1787, l'actrice s'avise de partir avant\nla clôture de l'Opéra et, sans demander congé, vient en Alsace. Sur la\nplainte du directeur, il est écrit à Strasbourg d'empêcher cette artiste\nd'y jouer, et elle reçoit ordre de revenir sans délai dans la capitale.\nCe ne serait pas toutefois sans s'être montrée sur le théâtre de la capi-\ntale de l'Alsace, car voici les vers qu'elle y inspira à un mélomane, en\njouant le rôle de Didon :\nRomains, qui vous vante% d'une illustre origine,\nVoyef d'où dépendait votre empire naissant :\nDidon n'eut pas de charme asse% puissant\nPour arrêter la fuite où son amant s'obstine.\nMais si Vautre Didon, ornement de ces lieux,\nEût été reine de Carthage,\nIl eût, pour la servir, abandonné ses dieux,\nEt votre beau pays seroit encor sauvage.\nCe madrigal, qui ne manque pas d'élégance, serait, toujours s'il laut\nen croire Castil-Blaze, du jeune Napoléon Bonaparte; ce qui semble dif-\nficile à concilier avec les faits historiques, d'où il résulte que le futur\nempereur, alors très sojuffrant, passa en Corse l'hiver de 1786 et presque\ntoute l'année 1787. Il n'arriva à Paris que le 22 novembre, et se dirigea\nde là sur Auxonne où était son bataillon d'artillerie.\nLa Saint-Huberti en était toujours à ce point stationnaire du talent\nqui fait prévoir la décadence. Depuis quatre années, aucune des parti-\ntions nouvelles qu'elle avait interprétées, n'avait produit d'explosion vie\ntorieuse ; elle en était réduite à demander aux œuvres déjà consacrées\nses moyens d'effet sur le public. On sait qu'elle avait su rajeunir le rôle\nd'Armide; elle était sublime dan si et avait donné à l'air saisis-\nsant : « Divinités du Styx, » cette puissance dont madame Viardot, de\nnos jours, a retrouvé le secret pour cette même invocation. Elle aimait\nencore à se montrer le même soir dans deux rôles de caractère opposé\npour prouver la flexibilité de son talent, et c'est ainsi que l'affiche, en\n1788, l'annonce à la fois dans Clytemnestre d'lphigénie en Aulide, et\ndans Colette du Devin de village.\nMais les rivales se succèdent contre la reine de Carthage, et madame\nCheron (mademoiselle Dozon), de l'Opéra, lui prend le rôle d'Antigone.\nMademoiselle Maillard, la future déesse de la Raison des fêtes républi-"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "110", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.14", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ncaines, lutte révolutionnairement contre une illustration fatiguée, que\nsa voix commence à moins servir. Le dernier incident un peu retentis-\nsant de la vie théâtrale de la Saint-Huberti est comique et n'a plus rien\nde glorieux. Il s'agit d'un chignon commandé pour l'amante d'Énée, et\ndont le coiffeur Desnoyers demande 232 livres. Vives réclamations du\nComité de l'Opéra ; mais les experts donnent raison à l'artiste capillaire ;\nseulement il fut enjoint solennellement aux pensionnaires trop éprises du\npostiche, de ne plus commander de ces oeuvres d'art sans que la Direc-\ntion n'en ait connu d'avance le prix, dont la seule Didon pouvait encore\nfaire excuser l'excès.\nL'amour avait pris d'ailleurs dans la vie de la Saint-Huberti la place\ndont l'art et la gloire semblaient pour elle se retirer. Ce n'était plus là\nune simple fantaisie, comme pour Saint-Aubin, distingué par elle dans\nun duo à Lyon, enlevé et aimé jusqu'à l'expiration de rengagement du\nchanteur; c'était une vraie passion, éclatant avec toute la violence d'un\nretour offensif d'âge et dont les inspirations devaient être bien funestes\nà la grande artiste.\nHenri de Launay, comte d'Entraigues (l'orthographe de ce dernier\nnom lui fut très disputée), élève de l'abbé Maury et neveu du comte de\nSaint-Priestj l'un des derniers ministres de Louis XVI, homme d'esprit\net très séduisant, gentilhomme-faiseur, auteur d'un mémoire publié en\n1788 sur les Etats-Généraux, avec un retentissement des plus révolution-\nnaires, candidat démocrate d'abord, député royaliste ensuite, inspira un\nviolent attachement à celle à qui la faveur du public échappait. Voici\nune lettre de la Saint-Huberti à son amant, et il est impossible d'y mé-\nconnaître l'accent d'un cœur vraiment épris :\n« Tâche un peu que Cabanis m'aime afin qu'il me guérisse. J'ai peur\nde mourir depuis que tu m'as dit que tu croyais pouvoir m'aimer tou-\njours. Je le crois autant qusil est en moi de croire àce qui ne dépend\npas de nous. Voilà ce que c'est d'aimer les gens pour eux ou pour leurs\nvertus ; moi, je suis bien sûre de t'aimer toujours, quoi qu'il arrive,\nparce que, avant de t'aimer, je te désirais toutes les bonnes qualités, Si\nton cœur est malade, dans quel état crois-tu le mien ? Mon bien-aimé,\nquand je pense qu'il ne tiendra qu'à nous d'être heureux, mon cœur\ntressaille de plaisir; mais cette idée ne rend pas le moment bien agréa-\nble; je travaille à être indépendante et je me tue; si j'ai perdu par mes\nfatigues réitérées la fraîcheur de la qui est un agrément pour\nle vulgaire des hommes, j'espère qu'en formant mon cœur sur celui que\nj'aime, il me tiendra lieu de tout ce qu'un autre que toi peut désirer. »\nCette lettre, dont la date n'est pas donnée par MM. de Goncourt"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "111", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.15", "texte": "LES CANTATRICES DRAMATIQUES\n\nqui Font citée, remonte évidemment à la phase de gloire laborieuse et\nlucrative de la Saint-Huberti, et répond ainsi indirectement, mais in-\ndiscutablement, aux imputations de débauches effrénées ou de marchés\nhonteux dont, à ce même moment, elle était l'objet. Ce témoignage ir-\nrécusable nous montre la Saint-Huberti sous l'empire d'un sentiment\nexclusif, presque idéal, qui s'ennoblit par le dévouement avant de se lé-\ngitimer par le mariage.\nL influence de la Saint-Huberti avait baissé à l'Opéra. La Révolution\ngrondait; l'émigration du comte d'Entraigues achève de décider sa maî-\ntresse.\nEn avril 1790, Didon quitte Paris et va rejoindre à Lauzanne le\ncomte d Entraigues, qui l'épousa le 29 décembre de la même année.\nMais si l'amour fait ce mariage, la reconnaissance seule devait donner\nle prétexte de le rendre public.\nAgent actif de Louis XVIII, d'Entraigues est arrêté en Milan,\npar ordre de Bonaparte qui 1 accuse d'une conspiration dont les preuves\ndoivent se trouver dans le portefeuille du prisonnier. D'Entraigues qui,\naprès avoir quitté la France en 1789? s'était, en Russie, fait naturaliser\nsujet du Czar, réclame vainement pour le droit des gens violé en sa per-\nsonne. La Saint-Huberti lui devient plus utile que les principes de\nWattel. Alceste vient jouer auprès de son mari le rôle de Fidelio et le\nfait évader de sa prison.\nLe mariage fut alors déclaré. D'Entraigues et sa femme s'étaient réfu-\ngies à Vienne; ils étaient à Gratz dans cette même année 1797; et\nnommé ensuite conseiller de l'Empire en Russie, d'Entraigues devint\nmaître de secrets importants qui n'étaient plus seulement ceux de la Co-\nmédie, entre autres des articles cachés du traité de Tilsitt. Il les porta à\nLondres à Canning qui le pensionna; mais la police impériale veillait,\ntouché avait envoyé deux agents en Angleterre; et en faisant agir un\nagent vénitien ou soi-disant tel, 011 corrompt un Piémontais nommé Lo~\nrenzo, domestique du comte, qui livre les dépêches échangées entre Can-\nning et son maitre9 en laisse prendre copie, et les remet ensuite aux deux\ndestinataires sous des enveloppes différentes.\nLe comte habitait avec sa femme Barner-Terrace, au comté de Sur*\nrey, dans le voisinage de Londres. Le 21 juillet 1812, il reçoit des dé-\npêches scellées d'un cachet particulier qui l'appelaient dans la capitale\nde 1 Angleteire le lendemain. Il est probable que la trahison de Lorenzo\nn avait pu échapper à Canning et à sa police, et le domestique infidèle\ncrut ou dut comprendre qu une explication entre son maître et le minis-\ntre anglais allait le perdre."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "112", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.16", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nLe 22, au moment où le comte allait se mettre en route, Lorenzo le\nfrappe d'un coup de poignard, après avoir tiré sur lui un coup de pis-\ntolet. La malheureuse Saint-Huberti, qui attendait son mari dans la\nvoituie, s élance ; elle est frappée elle-même du poignard dans la poi-\ntiine, et tombe mortellement blessée en voulant revenir vers cette voi-\nture. Lorenzo était allé se faire sauter le crâne auprès du comte d'En-\ntraigues, qui s'était traîné expirant dans sa maison. La Saint-Huberti\net son mari ne survécurent que quelques instants.\nTelles sont les dernières indications qui résultèrent du témoignage du\ncocher du comte, seul témoin du crime, et dont la déposition même de-\nvant le jury anglais sembla assez embarrassée. Beaucoup de bruits couru-\nrent; on prétendit que Lorenzo avait péri par l'ordre de ceux mêmes\nqui 1 employaient. Mais la justice britannique déclara constant le dou-\nble meuitre et le suicide du domestique dans la malle de qui on retrouva\nles enveloppes décachetées des dépêches livrées par lui. Le gouvernement\nde la Grande-Bretagne fit faire une perquisition dans le logis du mort,\net s'empara de tous les papiers.\nAinsi finit la Saint-Huberti. Elle avait connu toutes les misères, at-\nteint à tous les honneurs. De glorieuse artiste, elle était devenue presque\ngrande dame, et sa signature, d'une écriture élancée, avait eu toujours\nquelque chose d aristocratique. On voyait la comtesse d'Entraigues por-\ntei le cordon de Saint-Michel, que Louis XVIII lui avait donné pour\nla lecompenser des services rendus à sa cause, et surtout, ajoutait-on,\npour avoir sauvé avec d'Entraigues, évadé des prisons de Milan, grâce à\nsa femme, le portereuille de 1 agent diplomatique que l'on croyait et qui\npouvait, en effet, renfermer des papiers de haute importance.\nLa Saint-Huberti n échappa point sans doute à des faiblesses ; mais un\ndévouement sincère et cruellement payé releva les dernières années de\nsa vie. Elle eut parfois les petitesses de la coulisse, mais nulle n'a mieux\nsu découvrir les plus vastes horizons de la scène. Si cette aile d'un char-\nmant génie, avant de tomber brisée dans le sang, n'a pu assez éviter de\nraser quelques courants impurs pour n'en pas demeurer un moment\nsouillée, elle s est élevée du moins, le fait reste incontestable, aux plus\néclatantes, aux plus vraies sublimités de l'art.\n\nPAUL FOUCHER."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "113", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.17", "texte": "LE THÉATRE DE L'ATHÉNÉE\n\nNE des rares entreprises dramatiques de Paris qui in-\ntéressent sérieusement l'art musical, l'Athénée, vient\nde disparaître momentanément. L'administration de ce\nthéâtre, depuis longtemps plongée dans d'inextrica-\nbles embarras, avait sombré il v a environ deux mois,\n/ •/\nLes artistes, n'étant point payés, avaient refusé leur\nservice, et pendant deux soirées consécutives les portes de l'Athénée\nétaient restées fermées. La direction, cependant, espérant sortir de ce\nmauvais pas, avait continué de faire afficher, en dissimulant sa fâcheuse\nsituation sous l'annonce d'un relâche pour cause d'indisposition. Elle\nn'en put mais; mais au bout de deux jours, les artistes, réunis en société,\nreprirent le cours des représentations. Ce ne pouvait être que pour\npeu de temps. En effet, le mercredi 3 décembre, ces derniers spectacles\ncessaient, l'Athénée était décidément effacé du nombre des théâtres\nparisiens, et le samedi suivant, le personnel de ce théâtre s'en allait don-\nner des représentations à celui du Château-d'Eau (i).\nNous ne savons ce qu'il adviendra de l'Athénée, et îl est à souhaiter\nqu'une nouvelle administration, plus intelligente ou plus heureuse que\n\n(i) Le premier spectacle donne au théâtre du Château-d'Eau, le samedi 6 décem-\nbre, par les artistes de VAthénée, se composait de la Dot mat placée, de M. P. La-\ncome; et de Dimanche et Lundi, de M. Ad. Deslandres. Mais je ne sais pourquoi on\navait jugé à propos de modifier et d'amplifier le titre du premier de ces deux ou-\nvrages, en l'intitulant, pour la première fois, Pépita, ou la Dot mal placée.\n\n111.\n8"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "114", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.18", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nles précédentes, vienne rendre la vie à cet établissement utile, mais jus-\nqu'ici bien infortuné. En attendant, il nous a semblé que le moment\nétait propice pour publier une notice historique sur ce théâtre qui, en\nsomme, n'a pas été sans rendre de réels services, et qui peut être appelé\nàen rendre un jour de nouveaux. L'Athénée, dans l'espace de sept an-\nnées, a eu deux existences bien distinctes, l'une comme entreprise de\nconcerts, l'autre comme théâtre lyrique ; la première ne pouvait avoir\nune bien grande originalité, mais la seconde fixe l'attention, en ce sens\nque F Athénée a produit un certain nombre d'oeuvres estimables dans\ndivers genres, parmi lesquelles il suffira de citer les suivantes : Fleur de\nthé, de M. Charles Lecocq ; Valse et Menuet, deM. Louis Deffès; Diman-\nche et Lundi, de M. AdolpheDeslandres ; Madame Turlupin, de M, Er-\nnest Guiraud; Dans la Forêt, de M 0 Charles Constantin; Monsieur\nPolichinelle, deM. Deléhelle; la Gu\\la de l'Emir, de M, Théodore Du-\nbois, etc., etc., sans compter plusieurs traductions telles\nque le Docteur Crispin, des frères Ricci; les Masques, de M. Pedrotti;\nles Brigands, de Verdi; et Sylvana, de Weher,\nNous allons donc retracer, avec tout le soin et toute l'exactitude possi-\nbles, la trop courte carrière de P Athénée, l'un des établissements drama-\ntiques les plus intéressants qui aient vu le jour depuis le décret de 1864,\npar lequel a été définitivement consacrée la liberté de l'industrie théâ-\ntrale.\nDans lecourant de Tannée 1866, un riche banquier, M. Bischoffsheim,\nconnu par son dilettantisme, résolut de doter ;Paris d'une salle de con-\ncerts qui lui manquait d'une façon si absolue. Il fit construire cette salle,,\nélégante de forme et de décoration, dans les sous-sol de la maison\nsituée au n° 17 de la rue Scribe, à l'angle de la rue Neuve-des Mathu-\nrins, derrière l'Opéra, et lui donna le nom de salle de l'Athénée.\nM. Bischoffsheim n'était mu par aucun désir de lucre. Il voulait que\nle local aménagépar lui servît à la fois à des concerts et à des conféren-\nces, le tout sans rétribution aucune, les bénéfices de l'entreprise devant\nêtre attribués à diverses associations éducatrices et morales. Ms Pas-\ndeloup, directeur des Concerts populaires, fut chargé d'organiser la partie\nmusicale de cette entreprise, qui devait alterner avec la partie littéraire\net comprendre les grandes œuvres symphoniques et vocales du passé et\ndu présent. M, Pasdeloup réunît donc un nombreux orchestre, dont\nil avait les éléments dans la main, forma un personnel choral considéra-*\nble, s'assura le concours de virtuoses éminents, tant chanteurs qu'instru-\nmentistes, et l'ouverture de P Athénée se fit solennellement, le 21 no-\nvembre i 866? en présence d'un public choisi. Nous ne croyons pouvoir"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "115", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.19", "texte": "LE THÉÂTRE DE L'ATHÉNÉE\n\nmieux faire, pour retracer l'ensemble de cette que de reproduire\nle compte-rendu qu'en fit alors la Revue et Galette musicale, et que\nvoici presque en son entier :\ncc Malgré son nom ancien, l'Athénée est une institution toute nou**\nvelle, consacrée à la musique, à la littérature, à la science et à la charité.\nSon fondateur, en homme vraiment intelligent et généreux, a fait con-\nstruire tout exprès une salle commode, élégante et décorée avec un goût\nparfait, dans une des maisons de la rue Scribe, à quelques pas du futur\nOpéra. Il est évident que l'architecte a pris pour modèle la grande salle\nde notre Conservatoire, dont la réputation est si bien établie, et en a re-\nproduit les principales divisions en loges, galerie et parquet. L'orchestre\ny est placé de même sur une estrade, derrière laquelle s'élève un orgue\nmagnifique, construit par la maison Mercklin et Schûtz.\n« En sa qualité de secrétaire du comité des actionnaires de VAthénée,\nM. Eugène Yung était chargé du discours d'ouverture, et il s'est ac-\nquitté en fort bons termes d'une mission acceptée non sans peur, mais\npour demeurer sans reproche, comme il Pa déclaré en commençant. Le\nfondateur de l'Athénée, a-t-il dit, nous a prié de ne pas le nommer, et\nnous croyons pouvoir lui faire ce plaisir. Pour toute récompense, pour\ntoute iaveur, il a demandé ses entrées aux séances, et il nous a semblé\nassez juste de les lui accorder. Quant aux actionnaires, ils auront cela de\n» 7\ncommun avec beaucoup d'autres, qu'ils comptent sur de beaux divi-\ndendes, et qu'ils n'en toucheront jamais; mais il faut se hâter de dire\nqu'ils n'en seront pas moins heureux et fiers de leur spéculation.\nc< Tout ce que l'entreprise produira de bénéfice appartiendra de droit\naux associations fondées pour l'éducation gratuite, pour l'instruction et\nla moralisation des diverses classes. Aucune somme ne sera palpée que\nsur la quittance d'un des chefs de ces Associations.\n« Voilà quel sera l'emploi des revenus de l'Athénée, revenus qui au-\nront une double source : les concerts et les conférences. Trois fois par\nsemaine, les lundis, mercredis et vendredis, on y entendra de la musique\nexécutée par les meilleurs artistes français et étrangers ; les mardis,\njeudis et samedis, on y écoutera des orateurs, des lecteurs venus des di-\nverscoins du globe, qui traiteront tous les sujets et bien d'autres encore:\nDe omni re scibili et quibusdam aliis «\nLa musique s'est posée largement sous la direction de M. Pasde-\nloup. Constatons que Forchestre et les choeurs ont supérieurement rem-\npli leur soit dans la Schiller-Marsch, soit dans le Départ, chœur\navec accompagnement, de ainsi que dans l'introduction de\nMoïse? de Rossini, et dans un fragment de VEnfant Prodigue 1 d'Auber*"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "116", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.20", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nUn élève du Conservatoire, M. Gailhard, qui possède une très belle voix\nde basse, chantait la partie de Mo'ise, et c'est madame Vandenheuvel-\nDuprez qui a dit la ravissante chanson du chamelier de VEnfant pro-\ndigue, A travers tous ces morceaux, Joachim, le célèbre violoniste, est\nvenu exécuter en maître un concerto superbe, et il a fait preuve d'un\ntalent de plus en plus élevé. Dans l'air d'Elvira de Don Giovanni : Mi\ntradi quelï aima ingrata, madame Vandenheuvel-Duprez ne s'était pas\nmontrée moins classiquement habile et distinguée. »\nOn a vu que les concerts de l'Athénée avaient lieu les lundis, mercredis\net vendredis, le mardi, le jeudi et le samedi étant consacrés aux conféren-\nces. Ces concerts étaient remarquables à beaucoup d'égards : au point de\nvue de l'exécution d'abord ; puis, en ce qui concerne les grands virtuoses\nqui s'y faisaient entendre ; et enfin, sous le rapport de leur composition,\ndans laquelle n'entraient que des œuvres saines, élevées et d'une haute\nportée. Nous allons donner ici, avec le nom des artistes qui se sont\nproduits à l'Athénée, le répertoire à peu près complet des œuvres qui y\nont été exécutées sous la direction de M. Pasdeloup.\nVoici d'abord les noms des solistes :\nCHANT» MM. Laurent, Bollaërt, Jalama, Lepers, Périé, mesdames\nVandenheuvel-Duprez, baronne de*Caters9 Oxtoby, Mayer, Guillemin,\nLaura Harris.\nINSTRUMENTS. MM. Léonard, Joachim, Kœmpel, Sarasate ;\nWilhelmj9 Montardon, Jules StefFens, mademoiselle Castellan (violon),\nM. Chauvet (orgue); MM. Henri Ravina, Alfred Jaëll,Théodore Ritter,\nmesdames Montigny-Remaury,Massart, Clauss-Szarvady, Octavie Caus-\nsemille, Constance Skiwa, Maria Krebs (piano)*, M. de Vroye (flûte);\nM. Bottesini, contrebasse.\nPassons à la liste des œuvres exécutéesa\nORATORIOS. Les Saisons, de Joseph Haydn ;le Désert, de M. Féli-\ncien David.\nCANTATE. Ode à Sainte*Céclle, de Handel.\nMÉLODRAMES. Le Songe d'une Nuit d'été, de Mendelssohn ; les\nRuines d\" Athènes , de Beethoven; Struensée, de Meyerbeer.\nMUSIQUE RELIGIEUSE. Messe de madame la comtesse de Grandval\n(exécutée pour la première fois le iër avril 1867); messe en ré, de Bee-\nthoven.\nMUSIQUE DRAMATIQUE, ™ Fragments de Mireille, de M. Gounod ; air"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "117", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.21", "texte": "LE THEATRE DE L'ATHÉNÉE\n\nde Faust, de M, Gounod ; marche et chœur du Tannhaiiser, de M. Ri-\nchard Wagner; air d'ldoménée, de Mozart»\nMUSIQUE DE CHANT. Valse de Venzano,\nCHŒURS. Chœurs d'Athalie, de Mendelssohn ; chœurs d'Ulysse, de\nM. Gounod; le Départ, chœur de Mendelssohn; chœur de Rameau.\nSYMPHONIES. Symphonie en ut majeur, symphonie en la, de Beetho-\nven ; symphonie en la, de Mendelssohn; symphonie inédite de M. La»\ncheurid, second prix de Rome de 1856 (exécutée pour la première fois\nle i 5 février 1867).\nMUSIQUE SYMPHONIQUE. Première suite d'orchestre, de M. Jules\nMassenet (exécutée pour la première fois en mars 1867 ; à la seconde\nexécution, M. Massenet est rappelé par le public ) ; Invitation à la\nvalse, de Weber.\nOUVERTURES. Ossian, de M. Niels Gade ; Médée, de M. Bargiel;\nle Vaisseau fantôme, Tannhaiiser, de M. Richard Wagner; Fidelio,\nde Beethoven ; Lurline, de Wallace; le Freischiitç, de Weber.\nCONCERTOS. Concerto de violon, de Beethoven (exécuté par\nM. Joachim) ; concerto de violon, de Mendelssohn (M. Sarasate); con-\ncerto de piano, de Mendelssohn (M. Théodore Ritter); concerto de piano en\nmi bémol, de Beethoven; concerto de piano en ré mineur, de M. Henri\nLitolff ( mademoiselle Octavie Caussemille) ; concerto de violon, de Rode\n(mademoiselle Castellan).\nMORCEAUX DIVERS, pour instruments.— Hommage à Grétry, fantaisie\nde violon, de M. Léonard (Léonard); Chacone, de Bach, pour violon\n(Joachim); le Trille du Diable, sonate pour violon , de Tartini (Joa-\nchim) ; fantaisie pour la contrebasse, sur Lucie de Lammermoor, le Car-\nnaval de Venise (Bottesini) ; Lieder, de Schumann, transcrits pour le\npiano par Liszt (mademoiselle Constance Skiva); de Chopin\n( mademoiselle Constance Skiwa).\nPlusieurs concerts eurent lieu à l'Athénée, en dehors du répertoire or-\ndinaire et du personnel attaché à l'établissement. Nous citerons parti-\nculièrement une séance donnée par le quatuor Alard-Franchomme, les\ndeux belles soirées de musique religieuse données pendant la Semaine-\nSainte parla Société académique de musique sacrée dirigée par M. Char-\nles Vervoitte, et un superbe concert donné par la Société de musique\nclassique (fondation Beaulieu), La Société Vervoitte fit entendre un\nQuemadmodum extrait du Te Deum d'André Romberg, un Incarnatus\nde Vittoria, diverses œuvres de son directeur : Domine Deus, Ave ve-\nrum, Agnus Dei, Panis angelicus, enfin une Marche aux flambeaux,"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "118", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.22", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nde Meyerbeer. La Société Beaulieu fit entendre la cantate : Héro, paro-\nles de Saint-Victor, qui avait valu le grand prix de Rome à son fondateur\nen 18 io, des fragments dLphigénie en Tauride, de Gluck, le quatuor cé-\nlèbre de Stratonice et un duo d'Euphrosine et Coradin, de Méhul, des\nfragments d'une messe solennelle de Paisiello, enfin le concerto en si\nmineur, de Hummel, exécuté par madame Remaury-Montigny. Nous\nmentionnerons encore deux concerts donnés parles élèves de l'institution\nde Notre»Dame-des-Arts.\nTandis que les séances musicales se succédaient ainsi régulièrement,\nil en était de même des séances littéraires. Dans le nombre des confé-\nrences qui furent faites à l'Athénée,la musique trouvait sa place, et nous\ndevons, entres autres, signaler les suivantes ? en donnant les noms des\norateurs.\nI 3 décembre 1866. —M. EMILE MONTÉGUT :De Vinfluence désastreuse\net bienfaisante de la musique (voilà au moins un programme original);\n27 décembre. M. LISSAJOUS: L'Acoustique des yeux ;\n26 mars 1867. M. HONORÉ CHAVÉE : L'Art (avec démonstrations\nau piano) ;\n4 avril. —M. FRANCISQUE SARCEY : Les derniers ouvrages de M. Offen-\nbach et le goût actuel à propos de ses œuvres ;\n20 avril. —La Téléphonie ou Langue musicale universelle (avec ex-\npériences).\nCependant, l'entreprise en partie double de l'Athénée ne semblait pas\nnée viable, et ne paraissait pas sympathique au public, qui ne l'encou-\nrageait guère. Pour mieux dire, nous croyons que la salle était mal si-\ntuée, et que l'Athénée, placé ailleurs, aurait parfaitement réussi, étant\ndonné le goût général qui, depuis quelques années, porte le public vers\nla musique sérieuse et le pousse du côté des tendances les plus nobles de\nl'art. Quoi qu'il en soit, les produits étaient si manifestement inférieurs\naux dépenses, qu'à partir de Pâques 1867, c'est-à-dire du 21 avril, les\nengagements des choristes, qui finissaient à cette époque, ne furent\npoint renouvelés, et que les concerts devinrent purement symphoniques.\nMais dans ces conditions, l'affaire restait encore onéreuse, et le vendredi\n3i mai, avait lieu le dernier concert.\n(La suite prochainement.)\n\nARTHUR POUGIN."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "119", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.23", "texte": "MICHEL HAYDN\n\nï?3y 1806 (1)\n'EST dans le cours de l'automne de 1797 , que Weber,\nalors âgé de onze ans, fut amené à Salzbourg par son\npère, Antoine de Weber. Celui-ci était venu dans\ncette ville pour y prendre la direction du théâtre, fort\néprouvé par les incertitudes et les émotions dans les-\nquelles les premières années de guerre et de gloire\nfrançaises avaient jeté l'aristocratie.et le peuple autrichien. L'entreprise\nd'Antoine de Weber ne réussit guère plus que celles qui lavaient pré-\ncédée ; cependant il persévéra et tint bon devant l'indifférence du pu-\nblic, jusqu'au jour où le pays de Salzbourg fut directement menacé.\nEntre temps, le jeune Weber avait pu profiter d une occasion qui\ninflua favorablement sur sa carrière. Placé par son père à la Chapelle,\nil avait attiré l'attention de Michel Haydn, et celui-ci s'était offert à lui\ndonner gratuitement des leçons de clavecin, de contrebasse et de chant.\nL'élève se montra fort assidu et fit des progrès assez rapides pour que\nHaydn, sûr désormais d'avoir rencontré un enfant de génie, 1 engageât\navec résolution dans les sentiers ardus de la science musicale.\nM. de Weber, fils de 1 auteur du a dépeint Michel Haydn\nsous les traits d'un vieillard assez grognon, peu communicatif et surtout\ntrès rude dans ses manières. Il ne faisait en cela que reproduire 1 appré-\nciation de son père, dont le souvenir s'est arrêté de préférence, parmi\nses professeurs, à Heuschkel, son premier maître, et à Vogler, son\n\n(1) Voir le numéro du i 5 décembre."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "120", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.24", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ninitiateur aux éternelles beautés de Fart musical, quoiqu'il ait rendu\njustice, en toute occasion, au zèle qui anima Haydn durant tout le\ntemps que celui-ci lui enseigna l'étude aride du contrepoint, sans ou-\nblier le fatras de règles démodées dont on encombrait alors la mémoire\ndes apprentis musiciens. Et, en effet, Haydn, dans son admiration pour\nle jeune Weber, le faisait tellement travailler que, suivant l'expression\nde M. de Weber, son père en était arrivé à l'état de squelette. Comme\ncompensation à cette maigreur insolite, l elève avait été, il faut bien le\ndire, mis à même par son maître de publier, au bout d'une année\nd'étude, six petites fugues écrites correctement. Gr, on sait de quels\néclats d'enthousiasme le père de Weber rehaussa publiquement et en\ntous lieux le mérite de ce premier essai : il écrivit à tous les grands édi-\nteurs pour leur proposer des œuvres de son fils et invita les critiques les\nplus autorisés à célébrer sa gloire naissante.\nMais qui songeait alors à la musique en Allemagne, et surtout en\nAutriche? La grande voix du canon résonnait seule du Zuydersée au\ngolfe de Naples, et la vieille Germanie tremblait devant nos régiments\nhéroïques. Déjà deux fois elle avait sollicité la paix,, et deux fois elle avait\nrallumé la guerre. La patience française était à bout. Un effort surhu-\nmain pouvait seul assurer la tranquillité. Cet effort, on le fit. Culbutés\nà Marengo, hachés en morceaux dans les bois de Hohenlinden ,\nbattus en Bavière, battus en Italie, les Autrichiens, dispersés, affolés,\ndécimés, s'enfuirent dans toutes les directions, abandonnant canons,\nbagages et drapeaux. En vain, le prince Charles tenta de s'opposer au\nflot envahisseur. Tandis que Macdonald poursuivait Laudon l'épée\ndans les reins jusqu'à Bassano, et que Brune poussait Bellegarde jusqu'à\nTrévise, les braves de Richepanse et de Ney passaient sur les débris de\nl'armée de Bavière pour se donner la main, puis opéraient leur jonc-\ntion avec les soldats d Augereau et, marchant sur Vienne, forçaient, aux\nportes de la ville, l'empereur à traiter avec Bonaparte.\nDans cette invasion vertigineuse, le petit pays de Salzbourg, placé\nsur la route des vainqueurs, avait été fortement éprouvé. La division\nLecourbe, chargée de prendre le Tyrol à revers, avait enlevé la Salza\naprès un violent combat; puis elle avait passé comme une trombe à\ntravers la ville de Salzbourg, pour flanquer la marche de Moreau dans\nles montagnes en débordant la gauche ennemie. Ce mouvement était\ncapital, et Lecourbe avait, en cette occasion , joint à sa perspicacité stra-\ntégique bien connue des prodiges de valeur et de ténacité.\nSalzbourg vit donc passer les vainqueurs poursuivant les vaincus la\nbaïonnette dans les reins, puis, comme toujours, des traînards, la lèpre"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "121", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.25", "texte": "MICHEL HAYDN\n\ndes armées, demeurant en arrière pour piller et abuser du désordre\njeté dans les esprits par les horreurs de la guerre, mais qui, du moins,\nisolés et désavoués, ne compromettent point une nation, comme cela a\nété maintes fois le cas pour nos envahisseurs en des circonstances récen-\ntes. Une troupe de ces maraudeurs se répandit donc dans Salzbourg ,\nà la suite des soldats de Lecourbe , et y commit des actes déplorables.\nC'est ce qui ressort d'une lettre de Michel Haydn, que son grand âge et\nsa modeste situation n'avaient point mis à l'abri de ces violences. On lira\navec intérêt cette lettre, adressée au compositeur Sigismond Neukomm,\net qui porte cette curieuse suscription, écrite en français, suivant la mode\ndu temps :\nDe Salzbourg,\nA Monsieur\nMonsieur Sigismond Neukomm, maître de la musique et du\nclavecin, et mon très cher ami,\nà Vienne„\nAuf der Wien in der Jaegergasse, n° 20»\nVienne, 9 février 18010\ns Je suis encore bien portant ; mais pour dire que ma position\nsoit bonne ? rien n'est moins vrai. Figurez-vous que deux hussards,\nauxquels on avait stupidement ouvert la porte de la maison, se sont\njetés sur moi et ont dirigé leurs sabres vers ma poitrine ; puis ils pri-\nrent Vargent qui se trouvait dans la cassette : 96 florins 20 kreut-\n\\ers (1), qui m'auraient fait vivre 3 mois 9 Vous pouveç vous figurer\naisément combien cette circonstance me met en arrière et quels prodi-\nges d'économie il me faudra faire dorénavant. En outre, je dus leur\ndonner mes 2 montres. Les cruels ! ne savaient-ils point combien au\nmoins une montre est utile à un homme d'affaires ? lls ont égale-\nment trouvé dans la cassette une tabatière en argent que m'a donnée\ndernièrement, à Vienne, M. Marschall ; une autre en nacre, doublée\nen écaille et montée en argent ; une autre en marbre, et encore une\nautre en pierre. Par bonheur, f avais serré en un dutre endroit les\n2 tabatières qui irfont été données> Vune par mon frère et Vautre par\nM. de Reich. Un précieux souvenir de Vienne me reste donc?\nJoseph Haydn, à qui son frère avait fait part de ces infortunes, répara\n\n(1; Environ deux cent francs."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "122", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.26", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nles désastres causés par Faction honteuse des deux traînards, en rempla-\nçant les montres volées par une montre en or, et en annonçant à Michel\nHaydn qu'il le faisait son légataire universel. Cette nouvelle fut pieuse-\nment accueillie, mais la montre vint surtout rasséréner l'âme du vieil-\nlard, dont la joie fut complétée par le retour de son élève Weber, que\nl'arrivée de l'armée française avait éloigné de Salzbourg.\nDepuis son départ de cette ville, celui-ci avait mené une vie errante.\nIl était allé d'abord à Munich, où il avait fait de la lithographie, puis à\nChemnitz, en Saxe, où Ton avait représenté son opéra la Fille de la Fo-\nrêt, et de là à Freiberg, où il avait eu une vive polémique avec les mu-\nsiciens de la ville, que son père avait traités de méchants roquets. C'est\nau mois de novembre de Tannée 1801 que François Weber ramena son\nfils à Salzbourg, où l'appelaient des règlements de comptes relatifs à son\nancienne entreprise théâtrale. Ils y restèrent jusqu'en juillet 1802. Le\njeune Weber employa ce temps à composer la musique d'un opéra comi-\nque intitulé Pierre Schmoll et ses voisins, pour lequel il voulait primi-\ntivement employer une orchestration en dehors des règles adoptées,\nsuivant des préceptes contenus dans un article de journal tombé sous\nses yeux, et qui tendaient à faire renaître l'emploi d'instruments anciens\net tombés en oubli. L'imagination ardente du futur auteur du Freis-\ncliût% s'était enflammée à cette lecture, et il ne songeait plus qu'à faire\nde son Pierre Schmoll un Musée des antiques. Haydn l'arrêta à temps_,\net ses conseils furent écoutés. Il en résulta une partition écrite simple-\nment et qui valut à son auteur la flatteuse attestation qu'on va lire et\nqui parut le 2 juin 1802 dans la Galette de Salzbourg :\n(( J'ai assisté hier avec un véritable plaisir à une audition privée de\nl'opéra Pierre Schmoll et ses voisins, dont la musique est de mon élève\nM. Charles-Marie de Weber, et je ne puis faire autrement que d'attes-\nter en toute sincérité et suivant ma conviction, que cet opéra est tra-\nvaillé de main d'homme et tout à fait conformément aux strictes règles du\ncontrepoint; qu'il est traité avec feu et qu'il traduit fidèlement le texte;\nque M. de Weber est en même temps un des plus remarquables pianis-\ntes de notre temps, et que, par suite, je tiens pour juste et pour dû, de\nrecommander mon cher élève au monde musical entier. »\nLe séjour de Weber à Salzbourg fut la dernière joie de Haydn. La\nguerre et les changements qu'elle avait amenés dans le gouvernement de\nson pays d'adoption (1), avaient frappé son imagination, et quoique le\n\n(1) Le prince-archevêque de Saltzbourg s'était retiré à Vienne avec une pension; il\navait été remplacé dans ses fonctions souveraines par le grand-duc de Toscane, alors\nen disponibilité."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "123", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.27", "texte": "MICHEL HAYDN\n\nnouveau souverain eût doublé ses il ne pouvait se faire\nau nouvel ordre de choses. Renonçant à ses excursions claustrales, il\nborna désormais ses plaisirs à de rares visites à là cave du couvent de\nSaint-Pierre, et renfermé dans sa chambre de pour échapper à\nfemme et à diable, il composa sans relâche, entassant messes, vêpres et\nsaluts, comme aux plus beaux jours de ses stations chez les bons moines.\nLa quantité d'ouvrages qu'il écrivit durant les quelques années qui pré-\ncédèrent sa mort est considérable; sa fécondité fut extraordinaire, et\npeut-être même la succession trop rapide de ses productions fut-elle cause\nde leur apparente intériorité. D'une nature trop serviable et trop bien-\nveillante pour résister aux indiscrètes exigences de ceux qui l'entouraient,\nHaydn composait souvent dans de mauvaises dispositions d'esprit, ou\nacceptait de mettre en musique des vers détestables. Cependant il avait\nconscience de sa valeur, car mainte fois il lui arriva de s'écrier, quand\non lui reprochait ces complaisances : a Donnez-moi de bons textes et la\nprotection encourageante d'un comme c'est le cas pour mon frère,\net je ne resterai pas en arrière de lui. »\nIl ne faut point croire cependant d après ce qui précède, que les ou-\nvrages de Michel Haydn ne puissent figurer avec honneur à côté de\nceux de son frère. Ceux qui les ont étudiés leur accordent de nombreux\nmérites, en tête desquels il convient de placer le profond sentiment reli-\ngieux dont ils sont empreints. La foi naïve du compositeur s'y révèle\ntout entière; elle leur prête le cachet d'une adorable simplicité; elle en\nfait des modèles de traduction musicale des prières chrétiennes. D'autres\ncompositeurs de musique sacrée ont donné plus d'éclat à leurs œuvres;\naucun n'a atteint la perfection de Michel Haydn sous le rapport du sen-\ntiment, et hâtons-nous de le dire, sous le rapport de la richesse des\nharmonies. Rappelons-nous d'ailleurs l'appréciation de son talent par\nJoseph Haydn, qui s'y connaissait. Un tel certificat est, à lui seul, un\nbrevet de gloire et un passeport pour la postérité. Et qu'on ne croie pas\nqu'une indulgence fraternelle ait dicté l'opinion du grand Haydn; Mo-\nzart et l'abbé Vogler l'appuyent de tout le poids de leur estime : Mozart,\nen collectionnant avec soin les œuvres de Michel Haydn, Vogler en les\ndonnant comme modèles à ses élèves : Les compositions de Haydn,\ndisait ce dernier, sont particulièrement intéressantes à ce point de vue,\nqu'elles ne visent point à l'effet, qu'elles ne sacrifient point à la mode et\nqu elles sont écrites dans un style sévère qui leur assure une place parmi\nles ouvrages vraiment classiques. »\nA ce titre, et sur cette recommandation, Pétude de l'œuvre de Michel\nHaydn ne saurait être indifférente aux jeunes musiciens. Ils peuvent y"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "124", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.28", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\npuiser d'utiles enseignements et s'y perfectionner dans l'art d'écrire cor-\nrectement, sans nuire au développement de l'inspiration. Et à cette oc-\ncasion nous sommes en mesure d'informer la jeunesse musicale studieuse\nque, par suite d'une heureuse circonstance, la bibliothèque du Conser-\nvatoire de Paris, qui ne possédait que de rares ouvrages du vieux maî-\ntre salzbourgeois, va s'enrichir d'un nombre considérable de ses produc-\ntions. La Chronique Musicale en donnera prochainement la liste. Entre\ntemps, nos lecteurs nous sauront gré de donner ici le catalogue des œu-\nvres de Michel Haydn connues et classées en diverses collections.\n(La fin prochainement,)\n\nEDMOND NEUKOMM."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "125", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.29", "texte": "REVUE DES CONCERTS\nCONCERTS POPULAIRES: Prélude de, VArlésienne,*—d cLohengrin; Ouverture de Picco-\nlomini de M. V. d'lndy. CONCERT NATIONAL : Concerto pour violon de M. Lalo.\nFragment de Jean Le Précurseur, drame biblique en trois parties, de MM. L. Gallet\net Albert Cahen. Fragment d7Athalie de Mendelssohn. La Bénédiction des poignards\ndes Huguenots. CONCERTS DANBÉ : La bataille de Marignan. Fragment d'Hip-\npolyte et Aricie. SOCIÉTÉ CLASSIQUE : Soirée de réouverture. CONCERT DU LON-\nDON-QUATUOR, DE MADEMOISELLE MARS, DÉ MADAME SCHWINDT-MARTIN.\nONCERTS POPULAIRES. Le sixième concert de la\ndeuxième série a été riche en attractions : la sympho-\nnie en mi bémol de Mozart, dont le menuet est une\ndes plus charmantes inspirations du grand maître; des\nfragments de ïArtésienne de M. G. Bizet; le concerto\nen ut mineur, pour piano, de Beethoven, et un pré-\nlude du Lohengrin de Wagner. Mais procédons par ordre,\nLe prélude de VArlésienne débute par une belie et large mélodie, bien\ndéveloppée, jouée à l'unisson par tous les instruments à cordes, sauf les\ncontrebasses ; et lorsque les autres instruments viennent se joindre au\nquatuor, M. Bizet a su admirablement varier les timbres de son orches-\ntre. J'aime moins la seconde partie du prélude qui précède le menuet :\nelle m'a semblé vague, peu mélodique, trop wagnérienne enfin; mais le\nCarillon est un morceau d'un effet ravissant, auquel le public, selon\nmoi, n'a pas rendu toute la justice qu'il mérite. Le concerto de Bee-\nthoven a été l'occasion d'un véritable triomphe pour M. Alfred Jaëll. Il\nest impossible de mieux faire pénétrer dans l'âme du public les beautés\nde cette œuvre si variée, qui se termine par les difficultés les plus fou-\ndroyantes, et en même temps de mieux faire ressortir les qualités du\npiano, ce bel instrument, dont certains esprits chagrins ont médit, sous\nle prétexte qu'il ne prolonge pas les sons."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "126", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.30", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nJ'arrive au prélude du Lohengrin. La profonde science des effets d'or-\nchestre chez Wagner n'est pas à discuter. Son manque absolu de mélodie\net de rhythme ne Test pas davantage; d'où il résulte que, selon les sen-\nsations du public, j'excepte les fanatiques, tous ses morceaux, le\nprélude du Lohengrin compris, sont accueillis par les applaudissements\ndes uns et les sifflets des autres. Quant au prélude, figurez-vous une\nphrase unique de deux à trois cents mesures, sans mélodie, sans rhythme,\nsans un arrêt, sans un repos, sans une demi-cadence. Les violons débu-\ntent seuls par un pianissimo. Au bout d'une centaine de mesures, les vio-\nloncelles et les contrebasses continuent la phrase commencée ; au bout\nde cinquante autres mesures, les instruments à vent, cuivres et timbales,\njugent à propos de prolonger cette phrase, qu'ils jugent également à pro-\npos d'abandonner après un temps indéterminé, laissant aux instruments\nà cordes le soin de la finir pianissimo, comme ils l'avaient commencée.\nEn un mot, c'est un long écheveau que Wagner a dévidé, ne s'arrêtant\nque par force, lorsque le fil lui a manqué.\nLe septième concert de la même série nous a donné une Suite d'or-\nchestre écrite par J. Sébastien Bach en 1718. L'instrumentation en est\nvariée et puissante. L'allégro de l'ouverture est très développé et fort\nbrillant; l'effet en serait encore plus grand peut-être, si le motif fugué se\ndétachait de l'andante par un silence ou un point d'arrêt. La gavotte,\ntrès originale, se fait surtout remarquer par de magnifiques rentrées\nde cor.\nL'ouverture des Ficcolomini de M. V. d'îndy (première audition) ap<*\npartient à cette école moderne qui a fhorreur du rhythme et de la mé-\nlodie, et qui ne se complaît â rien tant qu'à mettre de la métaphysique\nen musique»\nN'ayant pas eu le programme eû mains,, j'avoue â ma honte n'avoir\npu saisir, malgré tous les efforts de mon imagination, ce que l'affiche\nwJa. révélé plus tard* savoir qu'un passage de cette ouverture exprime\net les combats de Marx Piccolomini entre son amour et son devoir, D et\nun autre, ce le triomphe du devoir, »\nQuatre salves d'applaudissements des plus noiifris Oiit témoigné â\nM, Marsick le plaisir qu'il a fait éprouver au public dans le conéerto d©\nVieuxtëmps* Coup d'archet sûr, vigoureux et léger, phrasé large, chant\nbien nuancé et expressif, justesse parfaite, tel est l'actif du talent de ce\njeune et brillant violoniste.\nHenry Coheriô"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "127", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.31", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nCONCERT NATIONAL. Un des compositeurs les plus remarquables\nde notre jeune école symphonique, M, Lalo, l'auteur de Fiesque et du\nDivertissement pour orchestre dont nous avons rendu compte dans l'a-\nvant dernier numéro, vient d'écrire un Concerto pour violon, que\nM. Sarasatea exécuté avec un immense succès au concert du 18 janvier\ndernier. Ce concerto n'est pas, comme beaucoup de morceaux de ce\ngenre, une pièce plus ou moins brillante, uniquement destinée à faire\nvaloir les qualités d'un virtuose, c'est une œuvre symphonique sérieuse-\nment méditée, dont le développement est conduit par un instrument\ndominant, ici le violon, et dans laquelle l'orchestre tient une place im-\nportante et n'est pas réduit au rôle effacé de simple accompagnateur. Il\nny faut point chercher ces hardiesses et ces difficultés trop souvent sté-\nriles, telles que l?usage de la double et de la triple corde, la simultanéité\nde l'action de l'archet avec les effets de les grands arpèges\nqui embrassent presque deux ou trois octaves, et en un mot toutes\nces témérités de mécanisme plus bizarres que vraiment musicales, que\nPaganini et Vieuxtemps se plaisaient à entasser dans leurs œuvres.\nLe concerto dont il s'agit a été composé spécialement pour M. Sarasate\net, partant de ce point que les meilleures qualités du jeune virtuose sont\nla sensibilité et l'expression, M. Lalo a composé avant tout une œuvre\nmélodique et chantante. Son concerto se divise en deux parties : la pre-\nmière débute par un récit lent qui sert d'introduction à un allegro d'un\nstyle large et sévère. Le violon solo s'empare, dès le commencement, de\nl'idée principale et la développe sous ses formes les plus variées en dialo-\nguant avec l'orchestre et en brodant çà et là sur le tissu mélodique, une\nfoule d'arabesques capricieuses d'une élégance parfaite. L'andantino qui\nouvre la seconde partie, est un nocturne délicieux. Le contour mélodique,\nd'une grande pureté de lignes, flotte légèrement sur un accompagnement\nen sourdine rempli d'harmonies fines et délicates, d'oû il s'échappe\nparfois des bouffées d'accents et d'accords d'une suavité pénétrante» Ce\nmorceau plein de poésie et de sentiment, se relie directement à un final,\nconçu dans le style pittoresque, vigoureusement rhythmé, et qui cou-\nronne de la manière la plus brillante cette œuvre remarquable (i) 6\nM, Sarasate l'a exécutée en virtuose de la bonne école, il a surtout chanté\nl'andantino avec beaucoup de sentiment ; les sons qu'il tire de son instru-\nment sont d9une grande pureté; ils manquent un peu de puissance et\nd'ampleur, et pèchent parfois sous le rapport de la justesse»\n\n(1) Le Concerto de M. Lalo* avec accompagnement de piano, réduit par Pauteurj\nvient de paraître chez MM. Durand et Schoenewerk*"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "128", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.32", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nDimanche dernier, c'était le 40 concert de la 3e série, c'est-à-dire, un\nconcert avec chœurs. Après l'ouverture du FreischutM. Sarasate a\njoué pour la seconde fois le Concerto de M. Lalo; cette nouvelle audi-\ntion a obtenu un aussi vif succès que la première; l'œuvre est définiti-\nvement classée parmi les meilleures productions de l'école moderne, et\nappartient désormais au répertoire des concerts de musique classique.\nJe pense que M. Sarasate ira prochainement la faire connaître au public\ndes Concerts populaires et aux abonnés du Conservatoire, comme il Ta\ndéjà fait pour le concerto de M. Max Bruch.\nM. Caron et les chœurs ont ensuite exécuté des fragments extraits\nd'un drame biblique en trois parties, dont les paroles sont de M. L. Gai-\nlet et la musique de M. Albert Cahen. Ce drame, intitulé Jean le Pré-\ncurseur, reproduit les principaux épisodes de la vie de saint Jean-Bap-\ntiste. On nous en a donné deux scènes : i° le peuple salue l'arrivée de\nJean, chœur religieux; 20 prédication de Jean et baptême des néophites,\nair avec chœurs. Le chœur religieux, d'une facture assez distinguée,\nmanque d'expression et de caractère; la scène du baptême contient quel-\nques passages assez heureux, entre autres le récitatif du commencement\nsoutenu par les instruments de cuivre, l'andantino à trois temps et la\nprière : « Seigneur, reçois leurs vœux. » Ce qui manque le plus dans ce\ndrame biblique, c'est la couleur et le sentiment religieux; les deux scè-\nnes que nous avons entendues, sont des morceaux d'opéra, elles n'ont\nrien du style de l'oratorio. Ce style, nous le retrouvons à un haut degré\nde perfection dans les fragments d'Athalie qui succédaient à la musique\nde M. A, Cahen. Mendelssohn, élevé dans les traditions de l'école de\nSébastien Bach et poussé vers la musique sacrée par son caractère un\npeu mystique et son esprit profondément religieux, a écrit deux orato-\nrios de grandes dimensions, Elle et Paulus, qu'on exécute souvent en\nAllemagne et en Angleterre, à côté des chefs-d'œuvre de Bach et d;Haen~\ndel. M. Pasdeloup nous a fait entendre Elie dans deux concerts donnés\nle 6 et le i 3 avril 1862. Athalie tient le milieu entre le drame lyrique et\nl'oratorio : c'est une œuvre extrêmement remarquable, dont l'Odéon vient\nde donner quatre ou cinq représentations qui ont obtenu le plus grand\nsuccès. Les fragments exécutés dimanche au Concert national, se com-\nposaient des trois chœurs : « Tout l'univers est plein de sa magnifi-\ncence, » « Quel astre à nos yeux vient de luire, » « O promesse, ô\nmenace. J> Le premier est d'un style grandiose et respire l'enthou-\nsiasme religieux; le second renferme un admirable cantique à deux voix,\na; O bienheureux mille fois » d'une expression touchante, et d'une sim-\nplicité adorable*"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.33", "texte": "BATAILLE DE MARIGNAN\nMusique de Clément JANNEQUIN (1525)\nCHŒUR à 4 VOIX réduit pour le PIANO.\nAndte con moto.\n(27)"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.34", "texte": "(27)"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.35", "texte": "(27)"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.36", "texte": "(27)"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.37", "texte": "(27)"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.38", "texte": "(27)"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.39", "texte": "(27)"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.40", "texte": "P. Bertrand grav:\n(27)\nImp Arouy rue du Delta 26"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "129", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.41", "texte": "Le concert s'est terminé par la bénédiction des poignards des Hugue-\nnots. Cette page magnifique a produit, comme toujours, le plus grand\neffet. En 1844, elle fut interprétée par 1,022 exécutants dans un festival\norganisé par Berlioz, pour la clôture de l'Exposition des produits de\nl'industrie. « Ce chœur foudroya l'auditoire, raconte Berlioz dans ses\nMémoires; j'avais redoublé vingt fois les de ce morceau sublime, il\ny avait en conséquence 80 voix de basse employées pour les quatre par-\nties des trois moines et de Saint-Bris. L'impression qu'il produisit sur\nles exécutants et sur les auditeurs les plus rapprochés de l'orchestre, dé-\npassa toutes les proportions connues. Quant à moi, je fus pris, en con-\nduisant, d'un tremblement nerveux tel que mes dents s'entrechoquaient\ncomme dans les plus violents accès de fièvre. Ce terrible morceau, qu'on\ndirait écrit avec du fluide électrique, par une gigantesque pile deVolta,\nsemblait accompagné par les éclats de la foudre, et chanté par les tem-\npêtes! » Berlioz était dans un tel état après cette scène, qu'il fallut sus-\npendre assez longtemps le concert. On lui apporta du punch et des\nhabits. Puis, sur l'estrade même, réunissant une douzaine de harpes\nrevêtues de leur fourreau de toile, on en forma une sorte de petite cham-\nbre dans laquelle, en se baissant un peu, il put se déshabiller et même\nchanger de chemise en face du public, sans être vu.\nCe festival de 1,022 exécutants est bien fait pour étonner des audi-\nteurs français; il n'aurait rien d'extraordinaire en Angleterre, où les\nconcerts de 3,000 exécutants sont encore assez communs. Dans VAniver-\nsary meeting ofthe Charity Children, qui a lieu à l'église Saint-Paul,\non peut entendre des hymnes et des antiennes exécutées par un chœur\nde 6,500 enfants, dont pas un ne connaît la musique. En général, de\npareils ensembles ne sont que des monstruosités musicales; cependant il\nest certains morceaux (et la Bénédiction s'y prêterait\nassez), dont l'exécution confiée à une masse aussi colossale doit acquérir\nune majesté et une force d'action prodigieuse sur l'organisation humaine.\nCONCERTS DANBÊ. Ce n'est pas sans faire de certaines réserves que\nj'aurai à rendre compte du 133 e Concert-Danbé, non, certes, sur ce qui\ntouche l'orchestre de M. Danbé ou la Société de M. Bourgault-Ducou-\ndray, dont l'exécution a été parfaite de tout point, mais sur la mauvaise\norganisation du concert. Annoncé pour huit heures et demie, il n'a com-\nmencé qu'à neuf heures un quart, bien que tout l'orchestre fût prêt et\ntout le personnel de M. Bourgault-Ducoudray à son poste. L'intervalle\n\n111.\nREVUE DES CONCERTS\n9"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "130", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.42", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nentre un morceau et un autre a souvent été d'une longueur fastidieuse.\nPlusieurs d'entre eux, qu'il est inutile de nommer, auraient pu être sup-\nprimés sans nuire à l'effet général, bien au contraire. Les stalles de par-\nquet non numérotées avaient été distribuées en bien plus grande quan-\ntité que la salle n'en contenait, et certains rédacteurs de feuilles spéciales\nn'en ayant reçu que de cette espèce, il en est résulté que ceux qui n'é-\ntaient pas arrivés de très bonne heure n'ont pu trouver à se placer, ou\nqu'à se placer fort mal.\nCes réserves faites, j'aborde le programme. Le morceau capital de la\nsoirée était la Bataille de Marignan, chant français à quatre voix en\nchœur, sans accompagnement, composé par Clément vers\n1525, et dont on trouvera plus loin les paroles. Ce n'est point une œuvre\nd'imagination, c'est une œuvre de génie... Œuvre de génie est même\ntrop peu dire; c'est un chef-d'œuvre de génie, qui doit plaire aux jeunes\ncomme aux vieux, aux ignorants comme aux musiciens, en 1874\ncomme en 1525. On pourra s'en faire une idée par la réduction au piano\nque la Chronique musicale offre aujourd'hui à ses lecteurs. Il faudrait\nun numéro entier du journal pour en analyser les nombreuses beautés\net l'incroyable variété et originalité de motifs et de rhythmes. Et avec\nquelle science les voix y sont traitées! Et lorsqu'arrive l'éclatante péro-\nraison : « Ils sont perdus, ils sont défaits, ils sont rompus. Victoire au\nnoble roi François ! » comme on sent bien que maître Clément était un\ngrand musicien doublé d'un vrai patriote! Il ne faut pas non plus mar-\nchander les louanges dues à messieurs et mesdames les choristes ama-\nteurs. Sans les nuances infinies avec lesquelles ce morceau a été chanté,\nbien des détails eussent été perdus. Quant à M. Ducoudray, je le soup-\nçonne fort de s'être mis en communication avec l'âme de Clément Jan-\nnequin et d'avoir reçu directement de lui les traditions de son œuvre.,\nVoici les paroles de la Bataille de Marignan :\nËÈcôiité| tous, gentils Gallois,\nLà victoire du noble roy François,\nEt ore| si bien es coûte %\nDes coups rue% de tout s coste|\nFifres souffle\nFrappe% tambours,\nSouffle^jouet,\nTourne% vireç\nFaites vos tours\nFifres soufflef"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "131", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.43", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nFrappe% tambours.\nSonne% toujours\nFrappef tambours,\nSonnej toujours,\nFaites vos tours.\nAvanturiers, bons compagnons,\nEnsemble vos bas tons\nArquebusiers faites vos sons.\nLa lance au point\nHardis et prompts\nNobles saute% dans les arçons,\nHardis comme Lyons\nDonne % dedans.\nFrappe% crie%\nAllarme! allarme!\nChacun s'aissonne\nLa fleur de Lys,\nFleur de haut prix\nY est en personne.\nSonneç trompettes et clairons\nPour réjouir les compagnons !\nFan, fan, feine, frere; lé lé,\nA VEtendar, tost avant,\nBoute % selle, gens d'armes à cheval?\nFrere, lé lé, Venfan, feine,\nBruyeç bombardes et canons,\nPour secourir les compagnons,\nVon, von, pati, patoc, von, von,\nFari, rari, rari la reine,\nCourage! donne% des horions!\nPati, patac, fin, trique trac,\nTue ; tue ! tue !\nChipe, chope, torche, lorgne,\nTrique trac, pati, patac.\nPon, pon, pon,\nA mort ! à mort !\nFrappe% dessus\nRue% dessus\nIls sont perdus\nIls sont confus.\nTout eferlore, bi gott desfcampir\nVictoire ! victoire ! au noble roy François"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "132", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.44", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nLa cantate d'église de Jean Sébastien Bach : Cest Dieu seul qui gou-\nverne, tout en renfermant de nombreuses beautés, n'a pas produit un\ntrès grand effet. Elle est fort longue et presque toute écrite dans le mode\nmineur: il est vrai que les paroles de la moitié de ce morceau sont des\nplus tristes, mais c'est égal: « faut du mineur, pas trop n'en faut. » Voyez\ncomme Haendel en a été sobre dans son incomparable Messie. Du reste,,\ntout a parfaitement fonctionné, choeurs, orchestre et solistes. La beauté\nde la voix de basse de M. Bouhy et sa haute intelligence musicale n ont\npas besoin d7éloges. Mademoiselle Armandi, dont 1 organe avait paru un\npeu faible à la première audition du Messie, a dit son récit avec beau-\ncoup de charme et de sentiment, et fait entendre de superbes notes\ngraves. La phrase chantée par M. Nicot est tellement ingrate, que cet ha-\nbile ténor n'a pu y déployer toutes ses qualités.\nLes Tourbillons et les Cyclopes, de Rameau, exécutés sur le piano\npar M. Saint-Saëns, ont fait plaisir, au point que, rappelé par les ap-\nplaudissements du public, il a ajouté au programme un tambourin\ndu même auteur. Rameau excellait dans la composition des tambou-\nrins, et celui-ci est un de ses meilleurs. Le fragment d'Hippolyte et\nAricie (récit, marche et chœur), également de Rameau, a été très admiré,\nquoique peut-être un peu long. Il n'y a du reste qu'à choisir dans les\nœuvres de cet illustre maître. Zoroastrey Dardanus et surtout Castor\net Pollux étincellent des plus sublimes beautés; mais Hippolyte et\nAricie est le premier opéra que Rameau ait donné à la scène en iy 33 ,\nquoiqu'il fût âgé de quarante-huit ans. On sait que ne pouvant,\nmalgré toute sa réputation et tout son talent, trouver de poème, il s a-\ndressa à l'abbé Pellegrin qui voulut bien consentir à lui confier Hippo-\nlyte et Aricie, mais moyennant un contrat qui le garantît contre les\nchances de l'insuccès. Du reste, dès les premières notes que Rameau lui\nfit entendre, il le déchira.\nN'oublions point dans ce concert mademoiselle Rousseil, qui a dit avec\nautant de talent que de grâce, et avec ce charme ineffable répandu sur\ntoute sa personne, deux courts morceaux de poésie, dont l'auteur n'était\npas nommé sur le programme.\nH. C.\nSOCIÉTÉ CLASSIQUE. La Société classique a inauguré le 20 janvier\ndernier la 3e année de son existence dans la salle Erard où elle tient ses\nséances. Elle se compose de MM. Armingaud, Jacquard, Turban, Mas,"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "133", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.45", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nde Bailly, Taffanel, Lalliet, Grisez, Dupont, et Espaignet ; son réper-\ntoire assez vaste embrasse toute la musique de chambre pour instru-\nments à cordes ou à vent. Nous n'avons plus à faire l'éloge des excellents\nartistes dont nous venons de citer les noms; ils sont bien connus du pu-\nblic d'élite qui fréquente assidûment ces soirées intéressantes, où l'on\nentend les chefs-d'œuvre du répertoire classique rendus avec un soin et\nune perfection irréprochables, La première séance a commencé par le\nquatuor en si bémol de Weber, exécuté avec un rare talent par madame\nMassart, MM. Armingaud, Mas et Jacquard. Ce morceau agréable ren-\nferme un joli menuet qu'on a entendu avec le plus grand plaisir. Puis\nest venu le quatuor en mi mineur, une merveille parmi les dix-sept\nmerveilles qu'on doit à Beethoven dans ce genre de compositions. Le\nquintette de Rubinstein pour piano, flûte, clarinette, cor et basson qu'on\na exécuté ensuite, est un des morceaux les plus discordants et les plus\npauvres d'idées que je connaisse. Le public a eu le courage de l'entendre\njusqu'au bout; il a trouvé un soulagement à ses misères dans le largo et\nle finale du 78e quatuor d'Haydn, qui ont été recueillis avec autant\nd'avidité qu'une goutte d'eau tombant dans un désert aride.\nH. M.\nLONDON-QUATUOR. La première audition du quatuor anglais n'a\npas tout à fait répondu à l'attente. Bien que mademoiselle Siedle et\nMM. Hemming et Melbourne possèdent de jolies voix et d'assez jolis ta-\nlents, et qu'ils chantent avec beaucoup d'ensemble, ils n'ont pas inter-\nprété un seul morceau anglais, ce qui eût été l'intérêt de la séance. Tout\ns'est borné à de la musique de Weber, Pinsuti et Mendelssohn, avec\nparoles anglaises : et cependant la Grande-Bretagne a produit jadis d'ex-\ncellents compositeurs, tels que Purcell, Arne, Dibdin, et dans ces der-\nniers temps Horn, Bishop et Balfe. M. Gurickx, pianiste belge d un très\ngrand mérite, a joué d'interminables Études symphoniques en forme de\nvariations, de R. Schumann, au milieu des bâillements, des rires et des\nmarques d'impatience du public. Quel dommage qu un artiste du talent\nde M. Gurickx perde son temps à travailler de pareils morceaux, abso-\nlument dénués de toute espèce de charme et d'idées, sauf, peut-être, celles\nde la musique de V avenir ! Heureusement que M. Lopez a ravivé 1 au-\nditoire avec la Sérénade de Wekerlin et une jolie chanson espagnole de\nsa composition.\nH. C."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "134", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.46", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nCONCERT DE AfIle MARS. Mademoiselle Adrienne Mars, élève de\nBussine, l'ancien baryton de FOpéra-Comique, s'est fait entendre le 20\nde ce mois dans un concert-audition donné par elle dans-la salle Philippe\nHerz. C'est une jeune et jolie personne qui a la voix puissante, bien tim-\nbrée et juste. Pas très affermie encore sur la mesure, elle a déjà de\nl'acquis, prononce bien et réussit souvent des difficultés de vocalisa-\ntion; mais la force de son organe semble la destiner plutôt au grand\nopéra qu'à l'opéra comique, car les duos du Trouvère lui ont été bien\nplus favorables que lair des Noces de Jeannette. En somme, mademoi-\nselle Mars n'a qu'à travailler; elle promet et tiendra. M. Castets possède\nune voix de ténor chaude et sympathique. Il a fait beaucoup de plaisir\ndans le Miserere du Trouvère et dans le grand air de la Juive, quoi-\nqu'il y ait paru un peu fatigué vers la fin. M. Ismaël, sur le violon, et\nM. d'Èrnesti, sur le piano, ont bien mérité du public.\nH. C.\nCONCERT DE MME SCHWINDT-MARTIN. Les lecteurs de la Chronique\nMusicale ne se plaindront pas qu'on fait en ce journal une trop large\npart aux concerts particuliers. Passer sous silence tous les mauvais (et\nDieu sait s'ils sont nombreux), telle est notre consigne. Mais, par contre,\nsignaler les bons, tel est notre devoir. C'est à ce titre que nous consa-\ncrerons quelques lignes à une soirée à laquelle nous avons assisté mer-\ncredi dernier, dans les salons Erard.\nMadame Schwindt-Martin paraît pour la première fois dans le monde\nartistique parisien; mais ses débuts valent un coup de maître. Nous\nlouerons sans restriction son talent sur le piano, son jeu classique et son\nexécution brillante, sans oublier le fini de ses nuances, et ce que nous\npourrions appeler le tact musical, qui dénote chez la bénéficiaire une\norganisation d'élite. Dans les morceaux d'ensemble (le premier trio de\nRaff et la sonate en ut mineur de Beethoven), ainsi que dans les pages\nisolées de Mendelssohn et de M. de Bériot, madame Schwindt-Martin a\nfait montre de qualités précieuses, qui lui assurent des succès mérités\ncomme virtuose et comme professeur.\nUn attrait tout spécial était d'entendre Sivori dans les morceaux clas-\nsiques qui figuraient au programme de ce concert. C'est une des faces\nles moins connues du talent incontesté du célèbre violoniste, et là,\ncomme partout, il triomphe. La voix de M. Nicot et le violoncelle de\nM. Fischer ont complété le bon ensemble de la soirée.\nE. N."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "135", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.47", "texte": "REVUE DES THEATRES LYRIQUES\n\nOPFRA : Don Juan. ITALIENS : La Cenerentola.\nA Chronique musicale prend à tâche de donner à\nchaque chose sa proportion juste. Or, il advient que,\ndurant la quinzaine écoulée, un certain Clément Jan-\nnequin prime Mozart et Rossini, et qu une simple\nonomatopée harmonique, dite la Bataille de Mari-\ngnan, balance le succès de deux pièces de résistance :\nDon Juan et la Cenerentola. Je me fais tout petit devant le sire Janne-\nquin, un vieux gaulois, dont la muse armee en guerre vient secouer son\narmure et se camper .fièrement en face des maîtres, reclamant bien haut\nsa place au soleil du dix-neuvième siècle. Donc, la Revue des Théâtres\nlyriques bat en retraite aujourd'hui devant la Revue des Concerts, et\nse recroqueville en un coin avec Mozart et Rossini, deux champions\nde taille qui, attaqués moins à l'improviste, n'eussent point baissé vi-\nsière devant le hardi routier du moyen âge musical.\nOPÉRA. DON JUAN. Après avoir chômé pendant quatre-vingt-\ntrois jours, l'Académie de musique a fait sa réouverture, par Don Juan,\nà la salle Yentadour qui lui a été assignée comme local provisoire. Si\nles manifestations spontanées de l'opinion publique sont de quelque poids\naux sphères ministérielles, les personnages officiels qui ont adopté la\ncombinaison du Théâtre-Italien doivent être flattés de l'unanimité avec\nlaquelle la presse en a condamné la première épreuve. L'arrêt a été reten-\ntissant, et chacun convient sincèrement que cette combinaison ne pou-\nvait être plus... officielle.\nJe ne veux pas reprendre un à un tous les griefs accumulés contie elle."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "136", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.48", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nDes récriminations et doléances de la critique sur la piteuse situation où\nse trouve plongé l'Opéra, on formerait des Cahiers aussi volumineux\net aussi désolés que ceux du Tiers-Etat aux Etats généraux de 1789.\nN est-il point assez fâcheux pour le pays qu'une Commission d'hommes\nréputés compétents en matière d'administration théâtrale, et qui ont\ndélibéré trois mois sur la question de l'Opéra provisoire, ait encore be-\nsoin de trésors d'indulgence ? Disons la vérité pourtant, telle que nous\nla devons à nos lecteurs, c est-à-dire entière. L'Académie de musique à\nla salle Ventadour n'est l'Académie de musique que par le nom. Décors,\ncostumes, choeurs, figurants, ballets, musiciens d'orchestre, tout est ré-\nduit ou bouleversé. Une scène qui n'est pas plus profonde que celle des\nVariétés est chargée de recevoir l'Opéra français et ses pompeuses tradi-\ntions du Roi-Soleil. La plus vivante partie de son répertoire (le Pro-\nphète, les Huguenots, Robert-le-Diable, la Juive, l'Africaine, Guil-\nlaume- Tell)exilée en raison de ses grandioses accessoires : Chéret,\nCambon et Despléchin, dont le pinceau créait aux chefs-d'œuvre des\ngrands maîties des horizons pleins d une grandeur et d'une poésie qui\nrejaillissaient sur la musique, heurtant leur palette à tous les portants ;\nles décors invraisemblables du Théâtre-Italien faisant intérim à tant de\ntalent ; les seigneurs et les évêques, les pages et les dames de la cour,\nrépandus par petits groupes incolores ; les ballerines sacrifiant la grâce\nou la vigueur de l'élan à une légitime prudence ; l'orchestre diminué\ndans l'ensemble, privé d'instrumentistes excellents, mutilé dans son\nquatuor, le plus beau fleuron de sa couronne ; une acoustique bornée et\nqui se retourne contre les choristes habitués par quinze ou vingt ans\nd'exercice à porter la voix dans un espace double, tel est le tableau,\net je ne le pousse pas au noir, de l'Opéra de la salle Ventadour. Combien\nde temps cette République sans républicains durera-t-elle? C'est l'achè-\nvement du nouvel Opéra qui coupera court à ces angoisses déjà trop lon-\ngues de l'art lyrique.\nQuelle sera la gestion de M. Halanzier durant cet intervalle? Quel\nusage fera-t-il de la subvention et des crédits extraordinaires que l'As-\nsemblée nationale lui a votés sur le budget de 1874?\nFavorite et le Trouvère,vont se succéder sur l'affiche : absorberont-ils\nles quinze cent mille francs passés que le gouvernement alloue au direc-\nteur de l'Opéra? J'en ai peur : savez-vous qu'un fat comme Don Juan,\nune maîtresse comme Léonora et un amoureux comme Manrique sont\ncapables de tout, et que, par faiblesse, M. Halanzier pourrait bien les\nlaisser faire? Nous effleurons ici une question délicate sur laquelle nous\nreviendrons."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "137", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.49", "texte": "REVUE DES THÉÂTRES LYRIQUES\n\nLa distribution de Don Juan à la salle Ventadour était la même qu'à\nla salle de la rue Le Peletier, sauf pour le rôle de dona Anna qui était\nconfié à mademoiselle Ferrucci. Nous avons retrouvé dona Elvire et\nZerline en mesdames Gueymard et Berthe Thibault, Don Juan, Lepo-\nrello, le Commandeur et Mazetto, en MM. Faure, Gailhard, Gaspard et\nGaron.\nL'admiration que je professe pour le grand talent de M. Faure ne\nm'empêchera pas de dire que, toutes ses notes tournant au point d orgue,\nil inflige à la mesure des entorses dont il communique la recette aux\nartistes qui chantent à ses côtés, voire meme à l'orchestre. Celui-ci n a pas\nété à sa hauteur habituelle: l'exécution du ballet a été très médiocre :\nles premiers violons ont manqué une attaque, les cors une rentrée, ce qui\na fait jeter le holà! Par le ralentissement général des mouvements, la\npartition de Don Juan prend un air d oratorio qui ne lui sied point.\nITALIENS. LA CENERENTOLA. Quelle pimpante partition que la\nCenerentola! Trop fleurie peut-être, trop festonnée, trop chargée d'or-\nnements ! Mais quelle haute saveur italienne ! Quel débordement de sève\net de vie dans ses flatteuses mélodies! Quel esprit dans son instrumen-\ntation ! Si j'en excepte le Barbier, Rossini n'a guère mieux fait dans le\ng©ût purement italien. Aussi a-t-on fait fête à la reprise de notre conte\nde Cendrillon raconté par Rossini. Delle Sedie s'y est montré chanteur\nd'un goût exquis, Zucchini, bouffe de la meilleure école.\nLe ténor Debassini joue à pile ou face avec la note : il gagne quel-\nquefois à ce jeu dangereux. Mademoiselle de Belocca n'a pas complète-\nment répondu à l'idée qu'on avait conçue de son talent à son début dans\nle Barbier, et Cendrillon ne vaut pas Rosine. Hier, elle était triom-\nphante : voici qu elle a déjà besoin d'une revanche.\n\nARTHUR HEULHARD."}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "138", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.50", "texte": "CHRONOLOGIE DE L'ANNÉE 1874\n\nJc^CXVIE^\nIERIER Janvier. THÉATRE-ITALIEN. Début, dans il Trovatore, de mademoi-\nselle Teresa Brambilla, nièce des deux illustres cantatrices de ce nom.\nBOUFFES-PARISIENS. Les Poupées du Diable, opéra comique en un acte, paro-\nles de M. Paul de Sède, musique de M. G. Schmitt.\n4 CONCERTS POPULAIRES. Première audition du Quatuor vocal suédois,\ncomposé de mesdemoiselles Hilda Wideberg, Amy Aberg, Marie Pettersson,\nWilhelmina Sœderlund. THÉATRE-ITALIEN. Concert donné par l'orchestre\ndes dames Viennoises.\n5 Concert donné àla presse parisienne par le quatuor vocal suédois.\n7 ATHÉNÉE. Pour la réouverture de ce théâtre et les débuts de la com-\npagnie italienne dirigée par M. Graffigna : Lucia di Lammermoor.\n8 THÉATRE-ITALIEN. Début de M. Génevois, ténor, dans Lucia di Lam-\nmermoor. L'Assemblée nationale entend la lecture du rapport rédigé au\nnom de la commission du budget par M. Bardoux, sur le projet de loi pré-\nsenté par M. de Fourtou, ministre de l'lnstruction publique et des Beaux-\nArts, relativement à l'exploitation provisoire de l'Opéra dans la salle Venta-\ndour ; les conclusions de ce rapport, favorables au projet de loi et à Padoption\ndu contrat entre l'État et M. Halanzier, directeur de l'Opéra, sont adoptées\npar 517 voix contre 49.\n10 29E audition de la Société nationale de Musique, dans laquelle on\nentend diverses œuvres inédites de MM. Th. Gouvy, Paul Lacombe, Bour-\ngault-Ducoudray, Édouard Lalo, Saint-Saens, et madame de Grandval.\n14 ATHÉNÉE. Début de M. Cellini, ténor, dans Lucia di Lammermoor.\n15 THÉATRE-ITALIEN. Reprise de Cenerentola, de Rossini ; début de ma-\ndemoiselle Wanda de Bogdani. Premier concert du London-Quatuor\n(vocal), composé de mesdemoiselles P. Siedle, J. Siedle, de MM. A, Hemming\net E. Melbourne.\n17 —Un arrêté du ministre de l'lnstruction publique et des Beaux-Arts\naccorde, à titre d'encouragement, diverses allocations à: M. Colonne, chef\nd'orchestre du Concert national (2,000 fr.); M. Danbé, chef d'orchestre des\nconcerts de la salle Herz (1,000 fr,); au Conservatoire de musique de Dijon\n(1,000 fr,); à la Société des compositeurs de musique (250fr.).\n18 CONCERT NATIONAL. Première audition d'un concerto de violon de\nM. Edouard Lalo, exécuté par M. Sarasate. Mort de Charles Francisque\nMontan-Berton, comédien distingué, ancien artiste de la. Comédie-Française,\ndu Vaudeville, du Gymnase, de l'Odéon, de la Gaîté et de la Porte-Saint-\nMartin. Il était arrière-petit-fils de Pierre Montan-Berton, compositeur dis-"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "139", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.51", "texte": "CHRONOLOGIE\n\ntingué, qui fut chef d'orchestre et directeur de l'Opéra, petit-fils de Henri\nMontan-Berton, l'auteur célèbre du Délire, d'Aline, reine de Golconde, et de\nMontano et Stéphanie, qui fut directeur du Théâtre-Italien, enfin, fils de\nFrançois Berton, compositeur aussi, qui donna quelques petits ouvrages à\nrOpéra-Comique et mourut du choléra en 1832. Berton demeurait au nu-\nméro 17 de la rue à laquelle on avait donné le nom de sa famille (Le lecteur\nsoucieux de l'exactitude des faits devra lire avec quelque méfiance les diver-\nses notices publiées sur les membres de la famille Berton dans la Biographie\nuniverselle des Musiciens, de Fétis).\n19 Reprise des représentations de l'Opéra àla salle Ventadour, après\nune interruption de quatre-vingt-deux jours. Don Juan, joué par MM. Faure\n(Don Juan), Villaret (Octave), Gailhard (Leporello), Caron (Masetto), Gaspard\n(le Commandeur), mesdames Gueymard-Lauters (Elvire), Ferrucci (Anna),\nBerthe Thibault (Zerlme.)\n21 ATHÉNÉE. Dernière représentation de la troupe italienne et de Lu-\ncia di Lammermoor, le seul ouvrage qu'elle ait représenté sur ce théâtre.\nFOLIES-BB:RGÈRE. Première représentation du Valet de chambre, opérette en\nun acte, musique de M. O. Métra.\n22 SALLE HERZ. Grand concert donné par M. Danbé avec le concours\nde la Société Bourgault-Ducoudray. Les principales pièces du programme\nsont : la Bataille de Marignan, chant français à quatre voix de Clément\nJannequin, compositeur du seizième siècle; cantate d'église : C'est Dieu seul\nqui gouverne, de Jean-Sébastien Bach; récit, marche et chœur d 1 Hippolyte\net Aricie (acte 111, scène 7), de Rameau. —■ Premier concert du grand Fes-\ntival en quatre séances, organisé au bénéfice des Alsaciens-Lorrains par M. et\nmadame Louis Lacombe (Andréa Favel).\n23 BOUFFES-PARISIENS. Première représentation de la Branche cassée,\nopéra comique en trois actes, paroles de MM. Jules Noriac et Ad. Jaime,\nmusique de M. G. Serpette (ier prix de Rome de 1871).\n23 Deuxième concert avec orchestre de la Société nationale de musi-\nque, dans lequel on entend diverses œuvres inédites : concerto de piano\n(A. de Castillon); Menuet et Gavotte (Bourgault-Ducoudray); Romance et\nMélodie (Saint-Saèns) ; Fragments d'une Symphonie en ut majeur (Th. Gouvy);\nSuite de valses (H. Duparc); Concerto de violon (J. Garcin); deux Mélodies\n(César Franck); Airs de ballet (Théodore Dubois).\n2 5 CONCERTS POPULAIRES. Première audition de l'ouverture des Picco-\nlomini, de M. V. d'lndy. CONCEKT NATIONAL. Première audition (fragments\nde Jean le Précurseur, drame biblique, paroles de M. Louis Gallet, musique\nde M. Albert Cahen, chantés par M. Caron et les chœurs.\nLa Chronologie de Vannée 1874 paraîtra mensuellement à partir de\nce numéro. En raison des exigences de la mise en pages et du brochage,\ncette Chronologie s'étendra du 2 5 au 2 5 de chaque mois, sauf pour le\nmois de décembre qui fermera l'année d'une façon complète.\n\nA. P."}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "140", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.52", "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nFAITS DIVERS\nE Journal officiel des Théâtres vient de reprendre sa pu»\nblication avec une rédaction nouvelle.\nNotre sympathique confrère, M. Raoul de Saint-Arro-\nman, déjà rédacteur principal de la Galette des Etrangers,\nen est le rédacteur en chef.\nLe Journal officiel des Théâtres paraît le jeudi de cha-\nque semaine. Il s'occupe spécialement des intérêts du\nmonde artistique et du monde théâtral. Chaque numéro contiendra une re-\nvue des théâtres, un compte-rendu de pièces nouvelles, des bruits de cou-\nlisses, une revue des critiques, des articles bibliographiques, littéraires et\nscientifiques, des correspondances de la province et de l'étranger, etc., etc.\nLe Journal officiel des Théâtres s'est, en outre, assuré la collaboration ex-\ntraordinaire des principaux critiques de la presse parisienne.\nRÉDACTION ET ADMINISTRATION, 39, rue de Châteaudun.\nLe Astupe femminili, l'opéra dont la reprise est imminente aux Ita-\nliens, a été écrit par Palomba et Gimarosa pour le théâtre del Fondo à Naples,\nen 1783. Les auteurs du Dictionnaire lyrique se trompent en attribuant le\npoème à Métastase, qui n'a jamais rien fait dans ce genre. Palomba était un\nassez mauvais versificateur, quoique doué d'an certain esprit d'invention pour\nl'opéra bouffe.\nOn ne peut non plus admettre l'aventure burlesque que Castil Blaze a em-\npruntée à Ferrari, sans le citer, et qui se rapporte à un autre ouvrage.\nParis n'a vu le Astupe femminiliqui déjà avaient fait le tour de l'Europe,\nqu'en 1802. Repris en iBo3 et années suivantes, puis en 1814, cet opéra est\nresté dans l'ombre pendant quarante ans, jusqu'à ce que Florence l'exhumât\nen 1868. La musique vaut au moins celle du Matrimonio segreto.\nIl vient de paraître un nouvel Almanach théâtral dont le besoin se faisait\ngénéralement sentir. Depuis 1744 jusqu'à 1870, la France a vu se succéder\nplusieurs séries d'almanachs de théâtre dont la plus longue, celle de Duchesne,"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "141", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.53", "texte": "VARIA\n\ndura quarante-deux ans. L' Almanach musical de Pougin a été le dernier essai\nde ce genre.\nUAlmanach théâtral de ißj4 se distingue de ses devanciers par une idée\nfort originale : ce sont les éphémérides théâtrales et musicales à chaque jour\nde Tannée. Vient ensuite la monographie de chaque théâtre, mais ici nous ne\nsommes plus complètement d'accord; la partie historique a besoin d'être re-\nfaite. Les auteurs de ce -petit livre qui peut être si utile feront mieux, sans\ndoute, l'année prochaine.\nOn annonce l'arrivée à Paris d'une jeune pianiste de quinze ans à peine,\nqui a une réputation dans son pays, la Hongrie.\nMademoiselle Nathalie Hauser est élève de Liszt, qui a développé en elle\nde grandes qualités naturelles.\nElle a joué à Vienne, à Bucharest, à Pesth, à Zurich, à Genève, etc. Elle\nvient demander à Paris la consécration de sa jeune renommée.\nMademoiselle Nathalie Hauser donnera un concert à la salle Herz le u\nfévrier.\nLe musée du Conservatoire vient de s'enrichir d'une pièce de toute\nbeauté, offerte par madame la baronne Dornier : nous voulons parler de la\nharpe de Marie-Antoinette. Cet instrument est de Naderman, et il a été remis\nà neuf par M. Alphonse Moreau, chef des ateliers de la maison Erard. Il est\norné de peintures et de sculptures de la plus grande finesse. La console et la\ncolonne sont vraiment admirables.\n« Dans diverses séances d'orgue, à Albert Hall (Sheffield), M. Guilmant,\norganiste de la Trinité, à Paris, vient d'obtenir un grand et légitime succès\ndont la presse anglaise s'est faite l'écho enthousiaste.\nSur le bel instrument, construit par Cavaillé, et qui compte plus de\nsoixante-dix registres, une vraie merveille de facture! M. Guilmant a fait\nd'abord entendre un concerto de Haendel,' et un morceau de Bach, puis il a\nexécuté quelques-unes de ses plus remarquables compositions, telles que la\nMarche nuptiale et la Marche funèbre; un offertoire composé sur des Noëls\na beaucoup plu.\nDans une improvisation, sorte de symphonie pastorale, M. Guilmant a dé-\nployé une riche imagination; et enfin, il a joué avec de brillantes variations\ndifférents airs nationaux anglais, tels que : Rule Britannia, le God save the\nQueen et le beau choral de Luther : Shee conquering here cornes.\nLes journaux anglais, d'accord avec l'opinion d'un public d'élite, sont una-\nnimes à proclamer l'artiste français supérieur à M. Bast, qui passe cependant,\nà juste titre, pour le premier organiste des trois royaumes.\nTreize opéras nouveaux seront donnés cet hiver sur les scènes italien-\nnes :la Contessa di Mons, de La*tro Rossi, au Theatro Regio de Turin; I\nLituanie de Ponchielli? et Caligola (nouveau pour l'ltalie), de Braga, à la\nScala de Milan; Bianca Orsini, de Petrella, et Maria Stuarda, de Palumbo,"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "142", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.54", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nau San-Carlo de Naples; II Duca d'Atene, de Bacchini, et Mariulifôa, de\nCortesi, au Pagliano de Florence ; la Capricciosa, de Giorgio Valensin, au\nthéâtre delle Logge de la même ville ; Tripilla, de Luzzi, au théâtre Coccia\nde Novare; Giiilio Sabino, de Platania, au théâtre Bellini de Palerme ;\nVEsule, de Bombara, au Cirque de la même ville; Maso il montanaro, de\nCaracciolo, à Bari; et Zorilla, d'Antonio Nani, au théâtre Manoel de Malte.\n\nNOUVELLES\n\nARIS. Opéra. ~— On nous assure que M. Halanzier aurait Fin-\ntention de fermer l'Opéra à partir du ler juin jusqu'au ler septem-\nbre ; il serait en instance auprès du ministre pour en obtenir l'auto-\nrisation.\nLes membres de la sous-commission du budget, spécialement chargée\ndes intérêts de F Opéra, se sont rendus dans la nouvelle salle, à l'effet de con-\nstater l'état des travaux et de décider quelle serait la somme qui devrait être\naffectée à l'achèvement de l'œuvre de M. Garnier.\nÉtaient présents : MM. Le marquis de Talhouët, président de la sous-\ncommission; Rousseau, secrétaire; Caillaux, rapporteur; Gouin, et Bardoux,\naccompagnés de M. Charles Garnier, architecte de l'Opéra, et de M. de Car-\ndailhac,directeur des bâtiments civils.\nL'examen a été des plus minutieux. L'état actuel des travaux permet d'as-\nsurer que l'achèvement pourra avoir lieu à la fin de cette année.\nLa sous-commission a constaté que la dernière main-d'œuvre nécessitera\nencore une somme de sept millions, y compris les décors qu'il va être néces-\nsaire d'établir, les anciens ayant été brûlés.\nM. Garnier vient de commander les groupes de figures qui doivent dé»\ncorer les dessus des trois portes d'entrée du grand foyer de l'Opéra,\nMM. Guitton, Mathieu-Meusnier et M. Chevalier, qui ont si habilement\norné le théâtre de la Porte-Saint-Martin, sont chargés de ces sculptures.\nMademoiselle Krauss est-elle définitivement engagée à l'Opéra pour créer\nY Aida de Verdi? La nouvelle n'est pas confirmée.\nOn a répété le Trouvère qui passera très prochainement.\nL'opéra de Verdi sera accompagné d'un ballet.\nOpéra-Comique, —~ Gilotin et son pèreh la pièce de M» Thomas Sauvage,\nqui a gagné son procès avec son collaborateur musical, M. Ambroise Tho-\nmas, a été lu à l'Opéra-Comique.\nLes rôles sont distribués à MM. Ismaël, Thierry, Neveu, et mesdemoiselles\nDucasse, Reine et Chevallier."}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "143", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.55", "texte": "VARIA\n\nMM. de Leuven et du Locle ont engagé mademoiselle Dalti, en ce\nmoment à Florence, pour succéder à madame Carvalho dans Roméo et Ju-\nliette, au mois d'avril. Mademoiselle Dalti a signé pour trois ans.\nMademoiselle Ed. Breton, engagée à POpéra-Comique, débutera pro-\nchainement dans Actéon.\nGaîté. —La Gaîté annonce les dernières représentations de Jeanne Darc,\nquoique cette pièce fasse toujours le maximum des recettes.\nLia Félix, si remarquable dans sa belle création de Jeanne, est tellement\nbrisée parla fatigue, qu'elle a besoin d'un repos absolu; c'est pour le lui don-\nner qu'on suspend momentanément Jeanne Darc.\nLa reprise à'Orphée aux Enfers est fixé au 5 février.\nConcert Danbé. M. Danbé vient de prendre une détermination que nous\nne pouvons qu'approuver, puisqu'elle lui permettra d'augmenter encore l'in-\ntérêt de son œuvre.\nEn présence de la reprise des représentations à l'Opéra, et vu le nombre de\nConcerts qui se donnent le dimanche, il vient de décider que ses Concerts\nn'auraient lieu qu'une fois par semaine, comme les autres entreprises de\nConcerts, et le jeudi soir; de cette façon, M. Danbé aura le temps nécessaire\npour donner une plus grande importance encore à ses intéressantes séances.\n*\nSAINT-PÉTERSBOURG. La Patti et Nicolini chanteront dans les premiers\njours de février, à Saint-Pétersbourg, la Mireille de Gounod; le maestro a\nremanié plusieurs des morceaux de son opéra, ce qui donnera un attrait de\nplus à cette représentation.\nLONDRES. Mademoiselle Marie Roze vient de conclure un nouvel et bril-\nlant engagement avec M. Mapleson, directeur de l'Opéra de Drury Lane, à\nLondres. De son côté, M. Gye, imprésario de Covent-Garden, a engagé ma-\ndemoiselle Marimon.\nTURIN. —Le journal le Pirate, publié à Turin, raconte les scènes bruyantes\nqui ont eu lieu au Théâtre royal à la deuxième représentation de l'opéra il\nRe Mànfredi du maestro Montuoro, sur les paroles du poète Leopoldo Ma-\nrenco.\nLa première audition n'avait pas déplu; on avait même applaudi quelques\nmorceaux et rappelé les artistes. Les costumes et les décors avaient produit\nun excellent effet. Mais à la deuxième représentation, tout avait été disposé\npour faire tomber le rideau avant la fin de la pièce.\nLe premier acte dut être exécuté au milieu de sifflets incessants, mais peu\nnombreux encore. Au parterre, on applaudissait et on sifflait en même temps ;\nà l'amphithéâtre, on protestait contre ce manque d'égards infligé aux excel-\nlents artistes. Des sifflets on passa aux injures les plus grossières. Ce furent"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "144", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740201-01.1.56", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\nfans. Imprimerie Alçan-Lévy, rue de Latayette, 61.\nPropriétaire-Gérant : QA HU<7? HE ULHOA\n\nbientôt des vociférations et un scandale indescriptibles. A quelques rangs de\nloges l'irritation allait croissante. On continuait à applaudir les artistes et les\nmorceaux remarqués à la première représentation.\nLa colère publique fut poussée au comble par une démarche irréfléchie et\nun excès de zèle du questeur, qui, pour essayer de réprimer le désordre, fit\noccuper les corridors des quatrièmes et cinquièmes rangs par des gardes de\npolice. Dans le premier entr'acte, plusieurs spectateurs descendirent à la Di-\nrection pour protester contre cette intervention de la police. Trouvant l'ad-\nministration ignorante du fait, ils manifestèrent l'intention de démolir le\nthéâtre.\nAu prélude du deuxième acte, les sifflets recommencèrent de plus belle,\nainsi que les applaudissements du parterre. L'air du baryton passa, et on ne\nput interrompre le chœur des guerriers; mais il fut impossible de commencer\nle duetto du soprano avec le baryton.\nSeulement, pour un instant, les sifflets se changèrent en applaudissements\nd'estime pour les artistes; mais bientôt la bacchanale reprit le dessus, et il\ndevint urgent de laire baisser le rideau.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}