{"numero_id": "bm-bmtnabc-1874-02-15-01", "volume": "bmtnabc_1874-02-15_01", "ocr_sha256": "865d511f42ca1fc8a10cc56a455c18107833b0b5311cc2ec2ccb5cdd5b68de1b", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabc/issues/1874/02/15_01/bmtnabc_1874-02-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabc/issues/1874/02/15_01/bmtnabc_1874-02-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabc-1874-02-15-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-02-15_01#c001", "volume": "bmtnabc_1874-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "[145]", "page_fin": "151", "image_debut": 1, "image_fin": 7, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.2.1", "titre_corps": "NAISSANCE ET DÉVELOPPEMENT DES. CHANTS POPULAIRES", "titre_sommaire": "NAISSANCE ET DÉVELOPPEMENT DES. CHANTS POPULAIRES", "signature_source": "LOUIS LACOMBE", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[145]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.1", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 800, "texte": "NAISSANCE ET DÉVELOPPEMENT\nDES.\nCHANTS POPULAIRES\n\n(I)\nÈs que la terre fut préparée pour recevoir l'homme,\nle Seigneur forma d'un peu d'argile la créature pri-\nvilégiée à laquelle il donna le verbe en héritage, La\nparole étant née, les yeux s'ouvrirent pour chercher\nle père commun, les lèvres s'agitèrent pour prier,\npour louer, pour bénir; le nouveau-venu put dire\nà Dieu : Je t'adore; à sa femme et à ses enfants : Je\nvous aime ! Et qui sait si la création ne tressaillit\npas d'aise en entendant prononcer ces mots divins?—A cette heure sacrée,\n\n(i) M. Louis Lacombe veut bien donner à la Chronique musicale la primeur de\ncette étude sur l'origine des chants populaires. C'est le chapitre détaché d'un ou-\nvrage considérable qui doit paraître prochainement sous le titre de Philosophie et\nMusique*"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "146", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.2", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2857, "texte": "à ce moment suprême, la musique existait-elle déjà? Je ne le pense pas.\nQuand, où, comment fut-elle enfantée? Question épineuse, obscure, in-\nsoluble ! On ne connaît pas mieux ses origines que le lieu et la date de\nsa naissance. L'Egypte pratiqua cet art avant la Grèce; les Indiens, les\nHébreux, les Chinois le connurent certainement avant les Egyptiens.\nConfutzée passe pour avoir été un excellent musicien. —La légende\nraconte que le législateur de la Chine, invité à lire une mélodie dont\non lui demandait s'il saurait deviner le sens, pria le tiers qui lui\ntransmettait cette étrange demande de venir le voir le lendemain ;le\nlendemain, Confutzée déclara qu'il n'avait pas suffisamment étudié Pair\nqu'on lui avait confié ; il pria le consultant de repasser le surlendemain;\nle surlendemain, nouveau rendez-vous proposé et accepté pour le jour\nsuivant. Lorsque l'inconnu se présenta pour la quatrième fois chez le\nphilosophe, celui-ci allant au devant du visiteur, lui dit en souriant\nmalignement : « Si je vous ai fait un peu attendre, ce ne sera pas en vain,\nj'espère : non-seulement je crois avoir découvert le sens intime de la\nmélodie que je vous rends, mais j'ai, d'après le caractère de cette mélodie,\ndessiné le portrait de l'auteur. » La légende ajoute que le portrait\nétait fort ressemblant. Je connais aujourd'hui bien des critiques qui\nne sont pas de cette force-là !\nLa Bible assure que Jubal inventa les premiers instruments de mu-\nsique. En acceptant ce fait comme positif, me voilà forcé de faire\nremonter l'art musical au-delà du déluge. Or, il est indubitable qu'on a\nchanté longtemps avant de songer à fabriquer des instruments. Anté-\nrieurement à Jubal, le texte sacré ne fournit malheureusement aucun\nrenseignement relatif au sujet qui nous intéresse. Des conjectures, pas\nde certitudes, tel est notre bilan depuis la création jusqu'à Jubal. Le fil\ndes traditions rompu, nous marchons en pleine nuit. Toutefois, ce que\nl'histoire cache, le bon sens le découvre. L'homme, né d'hier, avait\nbien autre chose à faire qu'à chanter ! Il avait à défricher le sol, à protéger\nsa famille, à se défendre contre les bêtes fauves, à s'ouvrir un passage à\ntravers les forêts inextricables, à se débattre contre les éléments, à sentir,\nà comprendre que la terre ne lui avait pas été confiée exclusivement pour\nqu'il en jouît, et que le labeur était inévitable autant que salutaire. Ce\nn'est pas tout d'exister : il faut se nourrir, se vêtir, s'abriter. Au com-\nmencement, les plantes donnèrent la nourriture, les sources calmèrent\nla soif, les troupeaux fournirent le sang des sacrifices et le vêtement; les\nchênes énormes, les hauts troncs creusés par le mortel baiser des siècles\nservirent d'abris ; on se loge comme on peut! Il fallut apprivoiser\nla brebis soyeuse, la vache pensive, le cheval qui hennit et se cabre ;il"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "147", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.3", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2898, "texte": "fallut fuir le lion et le tigre rôdant sur la montagne, s'aventurer au loin\nen suivant le cours des fleuves, devenir berger, chercher des pâturages\npropres aux animaux domestiques qui vivent en société et se laissent le\nplus facilement approcher. De berger on se fit pâtre, chasseur. Les tribus\nse formèrent. La population augmentant toujours, la nécessité de se dis-\nperser parut évidente : les uns restèrent, les autres partirent. Adieu,\nfrères, sœurs, père, mère, aïeuls! Les voyageurs franchissent les plaines,\nescaladent les monts» Ils ne s'égareront pas cependant : ils savent de\nquel côté l'aurore se lève, de quel côté le soleil se couche. Ils vont au\nSeptentrion, au Midi, dans toutes les directions; pour mieux s'orienter,\nils observent les astres, car ils reviendront un jour sur leurs pas, ils\nvoudront revoir le berceau commun, ils désireront embrasser ceux que\nla mort aura épargnés. Que de fois, pendant la séparation, ils tourneront\n•leurs yeux et tout leur cœur vers l'imperceptible point du globe où ils\nvécurent leurs jeunes années! Déjà l'homme a perdu quelque chose de sa\nbarbarie; il a souffert, il sait la vie! il regrette les êtres chéris demeurés\naux champs paternels, il s'attendrit, il pleure, il espère : le voilà poète.\nEst-il musicien ? Peut-être.\nQuoi qu'il en soit,' comment découvrit-il le secret d'exprimer ses sensa-\ntions, ses sentiments, ses pensées par des sons? La musique existait en\nlui à l'état latent, c'est évident; par quel prodige s'échappa-t-elle sou-\ndain de l'âme humaine? Jéhova avait révélé la parole au grand couple\npétri de matière et animé par le souffle de la divinité ; la Genèse ne dit\npas qu'il lui ait révélé la musique. Que d'infructueuses recherches sur la\nnaissance de cet art ! Pythagore, si je ne me trompe, et après lui Misckie-\nwicz parlent de l'harmonie des astres; c'est fort bien; mais quelle oreille\nentendit jamais cette harmonie que Dieu seul, sans doute, peut perce-\nvoir? Diodore prétend qu'on retrouva la musique, perdue après le dé-\nluge, dans les roseaux du Nil aux heures où ils étaient agités par la\nbrise; j'y consens; des gens graves affirment que les bœufs, les loups, les\nânes aussi, apparemment, furent nos naïfs instituteurs... Ces belles ima-\nginations, je l'avoue, me paraissent assez ridicules.\nN'allez pourtant pas vous imaginer que je n'admire ni les cris souvent\nexpressifs de nos aînés, les animaux, ni les bruits émouvants de la na-\nture* Ne vous figurez pas que je sois insensible aux sifflements lugubres\ndu vent qui se lamente, qui se rue, furieux, sur les rocs inébranlables,\nqui déracine les pins séculaires d'un coup d'aile et les précipite dans l'a-\nbîme où gronde le torrent frémissant; qui hurle sous ma fenêtre, bat ma\nporte, l'ébranlé, se tait une minute et recommence à se plaindre; qui\ns'abat sur la forêt, brise les branches et pousse devant lui les feuilles"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "148", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.4", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2900, "texte": "jaunies. Ne croyez pas que j'entende sans plaisir la goutte d'eau filtrant\ndu rocher et tombant à intervalles égaux sur le caillou qu'elle creuse,\ncomme si sa petite voix disait : « Dieu nous mesure le temps à tous! »\nNe pensez pas que j'écoute avec indifférence les roulements prolongés du\ntonnerre, la menace des vagues tumultueuses, le tintement de la grêle\nsur la vitre, le clapottement du lac tranquille. Ne supposez pas que je\nperçoive sans un tressaillement intérieur le croassement aigu des cor-\nbeaux attirés sur un champ de bataille et tournoyant au-dessus des\ncadavres mutilés; ne m'accusez pas d'écouter sans réfléchir l'aboiement\ndu chien', gardien fidèle dont l'œil tendre et vigilant dit si clairement .\n« Maître, je suis là pour t'aimer et, au besoin, pour te défendre. »Le\ngazouillis du rossignol et celui du ruisseau me jettent dans une inefta-\nble rêverie ; ce que l'on appelle improprement le chant de la cigale me\nravit, l'été, lorsque, par une chaude soirée, j'erre le long des blés ba-\nriolés de bleuets et de coquelicots; quand la nuit vient, quand la lune se\nmontre au détour d'une allée ou s'accroche à 1 angle d un vieux toit,\nquand là-bas, dans les marais, coassent les crapauds, moi, passant charmé\nd'assister à ce concert nocturne, je sens l'émotion me gagner tandis que\nles bois chuchotteurs applaudissent, doucement remués par un souffle\nimprévu... Ah! soyez-en convaincus, je savoure avec joie ces bruits pro-\nches ou lointains qui, tous, me rappellent la munificence du Créateur,\ndu Créateur dont l'amour a répandu sur la colerette des marguerites et\nsur la cime des bouleaux, sur la mouche qui bourdonne dans 1 herbe,\net sur l'aigle qui plane dans l'azur cet adorable rayonnement .la grâce.\nMais, en définitive, ces bruits ne constituent pas la musique, ils ne la\nfont même pas pressentir. Certains oiseaux, à la vérité, rhythment avec\nprécision une phrase de deux, trois ou quatre sons. La caille, le coucou\nsont dans ce cas. Si les reines, habitantes des palais, sont en général peu\nmusiciennes, en revanche celles qui fréquentent les étangs le sont beau-\ncoup : elles se plaisent à répéter, soir et matin, leur refrain pastoral et\nmélancolique; malheureusement ce refrain annonce la pluie; il n'est\npourtant pas ennuyeux comme elle, je vous jure, et plus d'un hautbois\nl'imiterait volontiers. Et puis, s il était natuiel que 1 oiseau chantat,\npourquoi n'eût-il pas été tout simple que l'homme en fît autant ? Les\néléments, les minéraux, les végétaux eurent en partage les sonorités\nconfuses; les quadrupèdes eurent les cris plaintifs, fiers, .câlins, mena-\nçants, stridents, sauvages; quelques oiseaux eurent le privilège de re-\nproduire de générations en générations une phrase invariable; l'homme\nseul sut moduler. Lorsque les grands maîtres empruntent le langage\ndes êtres inférieurs, c'est accidentellement; ce qu'ils tiennent à repro-"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "149", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.5", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2941, "texte": "duire, c'est bien moins les accents extérieurs de la nature que l'aspira-\ntion qui réside en elle ; c'est moins la sonorité matérielle que le mouvement\npsychique ascensionnel par lequel les êtres organiques et inorganiques\nles plus infimes et les plus élevés, les plus laids et les plus beaux, les\nplus abjects et les plus purs, remontent, soit aveuglément, soit instinc-\ntivement, soit volontairement, la chaîne infinie qui relie entre eux les\nanimaux de la création et qui, des profondeurs de la matière, sont attirés\nvers les sommets où l'Esprit palpite, libre, affranchi de tous liens.\nNée en Orient, la musique n'a dû être primitivement, ce me semble,\nqu'une sorte d'exclamation, d'interjection chantée. Les bribes mélodieu-\nses échappées à l'âme humaine se bornaient probablement à la répétition\nindéfinie de certains sons formant une phrase quelconque non dépourvue\nd'attrait, peut-être, mais courte et par conséquent sans haleine. Aujour-\nd'hui encore, pour les peuplades sauvages, le chant n'est pas autre chose.\nCes bribes répétées à satiété aidaient le pasteur à promener de steppe en\nsteppe ses bestiaux et sa mélancolie. Lui qui, plusieurs siècles après, en\nChaldée, devait, à force de contempler les étoiles du haut des monts, ces\nobservatoires naturels, fonder l'astronomie, ne trouva-t-il pas aussi dans\nson isolement plein de tristesse et de rêves quelques-uns des airs naïfs\nque les nations se transmettent les unes aux autres comme un précieux\nhéritage ? Sa chanson à peine plus longue que celle de la caille, de la\nreine ou du coucou abrégeait la journée, charmait sa solitude, endormait\nles moutons peureux et les chèvres bondissantes, éveillait les échos de la\nvallée ou de la montagne et s'éteignait, le soir, sur ses lèvres murmu-\nrantes, mêlée aux derniers mots de la prière. Il y a loin de là au Don\nJuan, de Mozart, au Freischutde Weber, aux Huguenots, de Meyer-\nbeer? Le pasteur inconscient pourtant, venait de créer un art nouveau;\nil introduisait dans la société un élément extraordinaire qui portait en\nlui des causes inconnues de destruction ou de régénération, des forces\nincalculables susceptibles de rabaisser l'humanité jusqu'à la brute ou\nde rélever jusqu'à l'ange. Il apportait au monde encore enfant, une arme\nà deux tranchants, et il ne se doutait pas, lui, le pauvre pasteur, qu'il\nse trouverait un jour de prétendus maîtres assez lâches pour corrompre\nle souffle qui venait de s'exhaler ingénument d'un cœur viril! Ah! s'il\navait pu le prévoir, qui sait s'il n'eût pas étouffé en lui cette mélodie\ninitiale, s'il ne l'eût pas enfouie, vissée au fond de son cerveau ? Hélas !\nhélas! il est dans la destinée de l'homme de tout connaître et d'abuser\nde tout! Qu'importe ? le Seigneur est là; il est patient étant éternel; il\nattend. A la longue le mal succombe, le bien triomphe; les artistes indi-\ngnes et leurs œuvres sont balayés par le temps et jetés au néant, lewr"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "150", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.6", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2770, "texte": "patrie; les artistes dignes, au contraire, les nobles artistes deviennent\ninévitablement les dominateurs, les véritables rois de l'univers.\nLes chants populaires, sauf les airs nationaux destinés à conduire les\nguerriers au combat, appartiennent presque sans exception au mode\nmineur» Cris anonymes des nations, ils expriment les souffrances des\nmasses qui flottent depuis qu'elles existent sur les eaux stagnantes de\nl'ignorance, du malheur et du désespoir. Battues par toutes les tyran-\nnies, par toutes les passions, ces tyrannies d'un autre ordre, par toutes les\ntempêtes morales, politiques et religieuses, chavirant comme de frêles em-\nbarcations sur l'océan de larmes qu'elles ont versé, les nations avides de\nliberté et rongées par l'esclavage, bâillonnées dès l'enfance et ne pouvant\ndire leurs maux, les ont chantées. La mélodie, intime et discrète confidente\nde douleurs inénarrables, fut, pour le peuple, le moule grandissant dans\nlequel il jeta le trop-plein de son âme; elle fut la soupape de la machine\nhumaine toujours prête à éclater. Écoutez les antiques mélodies juives, les\nvieux noëls, les airs hongrois, russes, arméniens, français; écoutez même\nles danses espagnoles vives et fiévreuses, écoutez le boléro pimpant avec\nson inévitable accompagnement de castagnettes, et dites-moi si les arabes-\nques, les ornements, les traits de ces airs ne se dessinent pas sur un fond\nde désespérance irrémédiable?\nPauvre peuple! s'est-il assez roulé dans ses fers? s'est-il assez débattu\ndans ses entraves? des chefs barbares Font-ils assez souvent couché sur le\nlit de Procuste? et s'étonnera-t-on que ses sanglots se soient exhalés sans\ninterruption en sons plaintifs et douloureux ?\nLes Turcs, les Polonais, les Arabes affectionnent le mode majeur.\nQuelques rayons de soleil se glissent dans leurs improvisations et vien-\nnent rompre la ligne grise ou sombre des chants populaires. Les tonalités\nturque et arabe diffèrent entre elles, et toutes les deux se séparent de la\nnôtre qui est la tonalité par excellence. Les Polonais, comme la Mignon\nde Gœthe, regrettent la patrie ; ils sont chevaleresques, amoureux, cou-\nrageux jusqu'à la témérité; s'ils ont un culte pour leur pays, ils en ont un\npour la femme, ils en ont un pour le plaisir; delà les accents déchirants,\nles élans passionnés, les accès de gaieté folle répandus dans les mazurkas\net les polonaises.\nLes Scandinaves soupirent leurs chants ; pour eux, les notes sont des\nlarmes; leur gaieté même est si désolée qu'elle semble essuyer furtivement\ndes pleurs.\nLe God save the King, dont les allures officielles conviennent fort àla\ndignité anglaise, ne saurait être considéré comme un air populaire. Dû\nà la plume germanique de Haendél, il ne sent point le terroir, bien que."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "151", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.7", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 1319, "texte": "par sa majesté, par sa carrure il s'adapte admirablement au génie britan-\nnique. Il y a du confortable dans cet air-là.\nLes montagnards écossais, moins solennels que les Anglais, se plaisent\naux motifs agrestes; ils se consolent des hommes avec la nature.\nComposé par le bon Haydn, qui aurait voulu voir régner la concorde\nuniverselle, l'hymne autrichien ne rentre pas non plus dans la catégorie\ndes airs populaires. Quant à l'Allemagne proprement dite, elle possède\nune si grande quantité de maîtres renommés et d'oeuvres magistrales, que\nle filon modeste des chants populaires se perd sous la végétation luxu-\nriante des ouvrages enfantés par les plus riches organisations musicales\ndu monde.\nJe ne m'arrêterai pas au ranz des vaches; il est trop connu; je ne\nm'arrêterai pas davantage aux tyroliennes dont les mémoires les moins\nfidèles sont bourrées. Les vraies styriennes ont la cordialité des popula-\ntions dont elles émanent. Elle ne franchissent guère la rampe, je veux\ndire les montagnes qui les séparent de nous. Les can\\one italiennes sont\ndolentes, efféminées, spirituelles, trop spirituelles même, car, en musi-\nque, l'esprit tue le sentiment et, sans le sentiment, pas de poésie, pas\nde chaleur communicative, pas d'entraînement.\n(La sir.te prochainement.)\n\nLOUIS LACOMBE."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-02-15-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-02-15_01#c005", "volume": "bmtnabc_1874-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "152", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 8, "image_fin": 17, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.2.2", "titre_corps": "LE RÉALISME DANS L'OPÉRA COMIQUE AU XVIIIe SIÈCLE", "titre_sommaire": "LE RÉALISME DANS L'OPÉRA COMIQUE AU XVIIIe SIÈCLE", "signature_source": "CH. BARTHÉLEMY", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 8, "page_imprimee": "152", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.8", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 901, "texte": "LE RÉALISME\nDANS\nL'OPÉRA COMIQUE AU XVIIIe SIÈCLE\nVADÉ\n\n(')\nT 72 O 1757\nADÉ avait étudié et possédait supérieurement le ton\npoissard. « Il avait comme le dit spirituellement\nFréron fait plusieurs cours de Halles ; ce n'était\npoint une imitation ; c'était la nature. Jamais on n'a\njoué ses pièces aussi bien qu'il les récitait, et l'on per-\ndait beaucoup à ne pas l'entendre lui-même »\nComme son emploi au bureau du Vingtième était à peu près une si-\nnécure, il avait tout le temps d'observer ses types, et voici quel était\nl'emploi de la plupart de ses matinées :\nDès l'aurore\nJe pars de mon logis\nJ'arrive dans l'endroit où Flore\nVoit à regret débiter ses faveurs :\nOU chaque Nymphe avec adresse étale,\nL'une des fruits, l'autre des fleurs ;\nCet endroit.... est la halle\nL'heure, le bruity le temps, les cris, rien n'embarrasse...\nDeux commères étaient aux prises,\n\n(1) Voir le numéro du i*r janvier."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "153", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.9", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2100, "texte": "Et disputaient un panier de cerises.\nEnchanté! je veux voir la scène jusqu'au bout. ..\nMoiy riant des bons mots qu'elles venaient de direy\nPour en entendre encor, je reste entr'elles deux.... (1)\nA cette époque, les femmes de la Halle avaient le singulier privilège\nd injurier (2) impunément tous les acheteurs, et même les passants, dans\nce qu'on appelait l'idiome poissard, langage grossier, mais énergique,\npittoresque et abondant en images vives et inattendues, souvent heu-\nreuses (3). Vadé essuyait le feu roulant de ces femmes, lesquelles parfois\ndépassaient les bornes, à ce qu'il nous apprend :\nQuoi, je ne pourrai pas vous donner un bouquet,\nSans risquer quelques invectives ?\nSans essuyer de ces femmes rétives\nTout ce que leur maudit caquet\nVa recueillir dans les archives\nDes ports, des halles, du guichet ?\nBon ! direç-vous, qu'est-ce que cela fait ?\nVous riposte% à leurs façons naïves ;\nVous en rie% vous-même... Oh! non pas, s'il vous plaît.\nAurais-je débuté par des rimes plaintives,\nSi je n'étais tout stupéfait,\nDe ce qu'elles m'ont dit en paroles trop vives (4) ?\nPlein de cette gaîté franche qui décèle la candeur de l'âme, Vadé était\ndésiré partout. Son caractère facile et son goût particulier ne lui per-\nmettaient pas de refuser aucune des parties qu'on lui proposait. Il y\nportait la joie. Il amusait par ses propos, par ses chansons.\nDoux, poli, jovial, obligeant, tous ses contemporains font l'éloge\nde son cœur et de son caractère ; ce n'était pas uniquement comme\nplaisant de société qu'il était recherché dans le monde.\n« J'ai été lié avec M. Vadé dit Fréron —et si je me connais en\ntalents et en vertus, j'ose assurer que peu d'écrivains ont possédé les\nqualités de l'esprit et du cœur au même degré que lui... Il était doux,\n\n(i) Troisième Bouquet poissard.\n(•2) Le véritable mot était engueuler.\n(3) Par exemple, un marchand de vinaigre était appelé par ces Dames : Limona\ndier de la Passion, par allusion au vinaigre que les Juifs présentèrent au Christ en\ncroix, lorsqu'il eut dit : « J'ai soif! »\n(4) Quatrième Bouquet poissard."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "154", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.10", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2326, "texte": "poli, plein d'honneur, de probité, généreux, sincère (1), peu prévenu en\nsa faveur, exempt de jalousie, incapable de nuire,, bon parent, bon ami,\nbon cito}\"en (2). »\nEt Collé : (( Vadé avait le cœur honnête, et était désintéressé au point\nd'avoir sacrifié à l'établissement d'une partie de sa famille ce qu'il avait\nretiré de ses ouvrages, et de n'avoir rien placé pour lui (3). »\n« Il aimait à obliger, et malgré la médiocrité de sa fortune, il rendit\nplus d'une fois à sa famille et à ses amis de ces services essentiels, que\nsouvent on ne trouve pas chez les gens qui sont le plus en état de les\nrendre (4). »\nMaintenant que nous connaissons, dans Vadé, l'homme, il nous\nfaut étudier l'écrivain, et, là encore, nous le retrouverons tout entier,\ntoujours lui-même, gai, franc, libre.\nOn parle, en général beaucoup moins des ouvrages que Vadé\ncomposa dans un style plus relevé. Quelques-uns, pourtant entre\nautres le Suffisant et le Trompeur trompé, opéras-comiques, ont\nun mérite bien marqué, et l'on trouve dans nos recueils plusieurs poésies\noù Vadé se montre plein de délicatesse. Il y a de lui des Epîtres, des\nÉlégies et des Fables (5), qu'il nous semble qu'aucun de nos meilleurs\npoètes ne dédaignerait. Son Epître sur VAmitié donne surtout une\ngrande idée des qualités de son cœur. Il avait en effet une belle âme...\nJean Monnet venait d'arriver de Londres, où un essai de théâtre\nfrançais avait mal réussi, grâce à la jalousie britannique, et vers la fin\nd'octobre 1751, il avait obtenu l'agrément du roi pour le rétablissement\nde l'Opéra-Comique, à la foire St-Germain, sur l'emplacement actuel\ndu marché du même nom.\nVadé, dont il fit alors la connaissance, commença à travailler pour\nson théâtre, sur lequel il donna de nombreux ouvrages, dont quelques-\nuns eurent surtout un immense succès et ne contribuèrent pas peu à\nrelever cette en y ramenant la bonne compagnie et de fructueuses\nrecettes.\nLaissons parler Monnet lui-même :\n« J'avais fait la découverte de feu M. Vadé, dont le hasard m'avait\nprocuré la connaissance. Le jugement que je portai d'abord sur le tour\n\n(I) Mon Hippocrène est la sincérité. VADÉ; Epître sur VAmitié,\n(i) Ibid., pag. 351 et 352,\n(3) Journal et Mémoires de Ch. Collé (édit. de 1868), tome 11, p. 107.\n(4) Avertissement, déjà cité, p. 6.\n(5) Au nombre de neuf."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "155", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.11", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2410, "texte": "de son génie et sur sa gaîté m'enhardit à lui faire des offres honnêtes\nqui le déterminèrent à me consacrer ses talents...\ncc M. Vadé, dans cette foire (1752), fit et donna, pour son coup\nd'essai, la Fileuse, parodie de l'opéra à 1 Omphale, que l'on donnait\nalors à l'Opéra (1). »\nLe succès de cette parodie contrarié d'ailleurs par celui de Fan-\nfale (2), jouée le même soir à la Comédie-Italienne, ne fut pas très\nheureux. Mais Vadé allait bientôt prendre sa revanche à la foire Saint-\nLaurent, dont le nouveau théâtre, bâti par Arnoult, machiniste du roi,\net décoré par le peintre Boucher, c'est tout dire, fut construit en\ntrente-sept jours.\nCe fut sur cette jolie scène que Vadé donna, avec un grand succès, le\nPoirier, opéra-comique, le 7 août 1752.\nLe Bouquet du roi, pièce de circonstance pour la fête de Louis XV,\nne réussit pas aussi bien, au même théâtre.\nC'est dans la quatrième scène de cet à-propos que Vadé appela\nLouis XV notre bien-aiméy surnom que la voix du peuple confirma\naussitôt au monarque (3).\nAu printemps de Vadé produisit le Suffisant, qui eut le succès\nle plus grand, comme le mieux mérité; Fréron fut un des premiers à\nle constater :\n« On joue actuellement une pièce dont le titre vous étonnera... c'est\nle Suffisant.\n« Quelle nouveauté et quelle hardiesse d'entreprendre un opéra-comi-\nque de caractère ! Tout le monde, à la première représentation, crai-\ngnait pour l'auteur, et s'attendait à le voir punir de sa témérité. Mais,\ncontre toute espérance, cet ouvrage a réussi La fatuité y est peinte\navec des traits neufs et plaisants; c'est une très jolie comédie en vaude-\nvilles. M. Vadé détruit par cet ouvrage les préjugés où l'on était à son\négard.\n« Parce qu'il n'avait donné jusqu'ici que des lettres, des chansons et\ndes poésies poissardes, on le croyait borné à ce genre. Il fournit encore\nune nouvelle preuve que le théâtre, auquel il paraît vouloir consacrer ses\n\n(1) Supplément au Roman comique, ou Mémoires pour servir à la vie de J. Mon-\nnet, écrits par lui-même (Londres, 1772), t. If, p. 57 à sg.\n(2) De Favart et Marcouville.\n(3) Voltaire, qui rappelle ce fait plusieurs fois, traite, on ne sait trop pourquoi,\nVadé dQ polisson (Voyez Œuvres de Voltaire, édition Beuchot, t. XL., p. 80, et\nt. LXIX, p. 56). Ce qui ne l'empêcha pas de publier un certain nombre de pamphlets,\nsous les noms supposés de Guillaume et de Jérôme Vadé."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "156", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.12", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1111, "texte": "talents, peut s'épurer de plus en plus, et devenir peut-être un jour une\nécole d'esprit, de goût même...\n« M. Vadé a un talent particulier pour le couplet; il remplit avec une\nheureuse facilité les airs les plus difficiles; il s'en trouve un très grand\nnombre dans sa pièce. Je ne vous rapporterai que les paroles qu'il a faites\nsur le menuet d'Exaudet. Le Suffisant se croit adoré de Clitie; elle ne\npeut le et le dépit éclate sur son visage; voici les leçons que le\nfat lui donne, à ce sujet;\nVous boude\nVous garde%\nLe silence :\nMais, loin d'en être accable,\nParbleu, je suis comblé\nDe votre résistance.\nA vous voir,\nLe devoir\nVous occupe :\nDe ce manège usité\nJe n'ai jamais été\nLa dupe.\nCependant cet air bigarre,\nA parler net, vous dépare :\nVos attraits\nSont moins vrais.\nAh! de grâce,\nAbandonne% ce ton là;\nEn vérité\\ cela\nMe passe.\nEntre nous,\nC'est pour vous\nQu'on vous gronde ;\nCar vous avetf un maintien\nQui ne ressemble à rien :\nCe n'est pas là le monde.\nAye\\ donc\nDu bon ton\nQuelque ébauche :\nJe suis trop franc, pardonne%,\nMais, ma foi, vous donne%\nA gauche (i).\n\n(i) Scène V."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "157", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.13", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 1445, "texte": "« Le Suffisant débite des maximes conformes à son caractère, et qui\nseraient applaudies sur tout théâtre. Il dit à Lindor, qui se pique d'être\nrespectueux auprès des femmes:\nTiens, la soumission qu'on a pour son vainqueur,\nNourrit sa vanité, sans émouvoir son cœur.\nPlus le sexe a de droits, et plus il en abuse.\nQui Vencense est esclave, est aimé qui l'amuse (1 ).\n« M. Vadé a l'avantage de voir son opéra-comique très bien rendu.\nL'acteur qui joue le Suffisant (le sieur Le Moine) S'acquitte de ce\nrôle avec le plus grand succès. Ce spectacle en générai est aujourd'hui\ntort agréable. Il y a des ballets charmants et très bien exécutés (2).»\nPour donner une idée plus complète du talent et de la facilité de Vadé\nà tourner ses couplets sur les airs les plus hérissés de difficultés, je citerai\nles suivants de la même pièce :\nAIR de la Neuvaine, ou « quand l'Auteur de la Nature ».\nQue craindre d'un Petit-Maître,\nSuffisant, enchanté de son être,\nQui se vante,\nForge, invente\nBillets doux,\nSoupers et rendez-vous !\nAffectant la faible vue,\nEt passant ses bijoux en revue,\nIl minaude,\nÉchafaude\nSon jargon\nSur un singulier ton.\nOui, la belle\nLa plus rebelle\nCesse de l'être à son aspect.\nL'air d'aisance\nLe dispense\nDes égards et du froid respect ;\nChargé de poudre et d'essence,\nIl exhale un parfum suspect. (Scène I.)\n\n(1) Scène X.\n(2) FRÉRON ; Lettres sur quelques Ecrits de ce temps, t. VIII, p. 345 à 348."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "158", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.14", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 831, "texte": "LE CHEVALIER, à Elvire.\nAIR : Paris est au Roi, ou de la Camargo.\nCe que vous pense%\nMe res semble assert\nJe me pique surtout\nD'avoir quelque goût.\nJ'occupe un brodeur...\nMoiy c'est ma fureur.\nAIR : De l'Amour tout subit les lois.\nUn minois,\nPeut bien quelquefois\nNous toucher,\nSans nous attacher ;\nUn éclair\nEst as se% l'image\nDes feux d'un homme du bel air ;\nOn le craint}\nEt même on se plaint\nD'un tourment\nQu'il cause aisément.\nLINDOR.\nVolontiers,\nTon humeur volage\nS'endort sur ses lauriers.\nLE CHEVALIER.\nOh ! parbleu, s'il fallait aimer\nToutes celles qu'on sait charmer,\nLe rôle serait assommant,\nJ'y renoncerais assurément ;\nCar enfin,\nMoi, si j'étais vain,\nJe pourraisy\nTant que je voudrais,\nMe flatter\nQue plus de cent femmes\nRespirent pour me regretter ,\nElles font\nDu bruit, elles ont\nBeau crier,"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "159", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.15", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2455, "texte": "Sans cesse prier,\nSoins perdus !\nJe ris de leurs flammes ;\n(A Clitie.) Aies soupirs vous sont dus. (Scène X.)\nN'y a-t-il pas dans ces quelques couplets un portrait pris sur\nnature de la fatuité du petit maître?...\n«A la foire Saint-Laurent suivante, le 3o juillet 1753, on exécuta,\npour la première fois, l'intermède des Troqueurs (de Vadé), premier\nouvrage en musique de ce genre, qui ait été fait et joué en France, »\ndit Monnet, qui nous donne au sujet de cette opérette les piquants dé-\ntails que voici :\ncc Quelques années auparavant, on avait permis à une troupe de\nbouffons italiens de jouer sur le Théâtre de l'Opéra des intermèdes de\net autres compositeurs d'ltalie. C'est à ces deux époques\ndifférentes qu'il faut rapporter le goût d'une partie de la nation pour ces\nnouveaux spectacles en musique. On sait combien de partisans leur fit,\nprincipalement à Paris, le fameux intermède de la Serva Padrona,\nouvrage immortel d'un homme plein de génie, de naturel et de feu...\n<c Les partisans de la nouvelle musique encouragèrent de jeunes musi-\nciens à faire de petits intermèdes français dans le goût italien. La nation,\nfacile à plier, se tourna tout d'un coup vers le nouveau genre, et, disons-\nle, à la louange des auteurs, tant des drames que de la musique... ils sur-\npassèrent, pour le naturel, la variété, la gaîté, le goût (malgré les diffi-\ncultés de notre langue), presque toutes les compositions du même genre\ndes Italiens, leurs rivaux...\n«Je reviens aux Troqueurs. Après le départ des bouffons, sur le juge-\nment impartial que des gens d'un goût sûr avaient porté de leurs pièces,\nje conçus le projet d'en faire faire, à peu près dans le même goût, par\nun musicien de notre nation. M. d'Auvergne me parut le compositeur le\nplus capable d'ouvrir,avec succès,cette carrière; je lui en fis faire la pro-\nposition et il l'accepta. Je l'associai avec M. Vadé, et je leur indiquai\nsimplement un sujet de La Fontaine.\n« Le plan et la pièce furent faits dans l'espace de quinze jours.\n(( Il fallait prévenir la cabale des bouffons : les fanatiques de la musi-\nque italienne, toujours persuadés que les Français n'avaient point de\nmusique, n'auraient pas manqué de faire échouer mon projet. De con-\ncert avec les deux auteurs, nous gardâmes le plus profond secret. En-\nsuite, pour donner le change aux ennemis que je me préparais, je ré-\npandis dans le monde, et je fis répandre, que j'avais envoyé des paroles"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "160", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.16", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1498, "texte": "à Vienne, à un musicien italien qui savait le français et qui avait la plus\ngrande envie d'essayer ses talents sur cette langue. Cette fausse nouvelle\ncourut toute la ville et il n'était plus question que de faire faire une répé-\ntition de la pièce... Elle se fit sur un petit théâtre que j'avais chez moi,\npar les acteurs de mon spectacle, en présence de plusieurs artistes célè-\nbres, qui pour la plupart avaient voyagé en Italie; ils m'assurèrent tous\nque la pièce aurait le plus grand succès. Elle fut donc représentée, et,\nquoique jouée et chantée par des acteurs qui ne savaient pas la musique,\nelle fut généralement applaudie.\n« Les bouffonnistes, persuadés que cette musique avait été faite à Vienne\npar un italien, vinrent me complimenter sur l'acquisition que j'avais\nlaite de ce bon auteur, et se confirmèrent encore la grande supériorité de\nla musique italienne sur la nôtre. Aussi charmé de leur bonne foi que\nde l'heureuse tromperie que je venais de leur faire, je leur présentai\nM. d'Auvergne, comme le véritable Orphée de Vienne.\n« Le joli drame des Troqueurs eut dans sa nouveauté le plus grand\nsuccès. »\nCette anecdote rappelle la supercherie dont Méhul se servit pour con-\nvertir Napoléon à sa musique, en faisant passer son Irato pour une\npartition italienne.\nC'est sur Les Troqueurs de Vadé, qu?Hérold écrivit son premier\nessai d'opéra-comique pour la scène ou il'devait bientôt donner Zampa)\nson chef-d'œuvre !\n(La suite prochainement.)\n\nCH. BARTHÉLEMY."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-02-15-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-02-15_01#c009", "volume": "bmtnabc_1874-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 17, "image_fin": 17, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.2.2.4", "titre_corps": "E.Millet,sculp.", "titre_sommaire": "E.Millet,sculp.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.17", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 49, "texte": "E.Millet,sculp.\nImp.A.Cadart,Paris.\nMICHEL HAYDN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-02-15-01-c010", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-02-15_01#c010", "volume": "bmtnabc_1874-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "165", "image_debut": 18, "image_fin": 22, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.2.3", "titre_corps": "MICHEL HAYDN", "titre_sommaire": "MICHEL HAYDN", "signature_source": "EDMOND NEUKOMM", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.18", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1449, "texte": "MICHEL HAYDN\n\n1737 iBo6\n(0\nN petit nombre d'ouvrages de Michel Haydn ont été\ngravés. D'après des renseignements authentiques, la\nmaison Breitkopf et Haertel lui avait fait des ouver-\ntures ; mais ses occupations et l'obligation à laquelle\nil se croyait tenu de composer pour tout le monde,\nl'empêchèrent de tirer parti de cette heureuse circons-\ntance. La plupart de ses œuvres parues ont été gravées à Salzbourg, à\nAugsbourg et à Vienne; nous les citerons par ordre chronologique :\ni° 6 Sonates pour violon et alto, Augsbourg, Gambart, 1794. On sait\nque deux de ces sonates sont de Mozart; 20 Messe latine, à quatre\nvoix, deux violons, alto_, violoncelle, deux cors et timbales, même maison.\nCette messe était 1 œuvre préférée de Michel Haydn; 3° 12 Menuets\nà grand orchestre, Augsbourg, 1795;- 40 Les Vêpres chorales alle-\nmandes sur les perfections les plus connues de Dieu, qui peuvent se\nchanter pendant le service au lieu des vêpres latines, et dans les mêmes\ntons que les psaumes habituels, Salzbourg, 1795. Cet ouvrage se compose\nde douze psaumes alternants et d'un magnificat à deux voix qui alter-\nnent également; l'accompagnement est écrit pour l'orgue (basse chiffrée),\ncor et trompette. La variété des harmonies brodées sur un canevas aussi\nuniforme que celui dont ne pouvait s'écarter Haydn, fait le principal\nmérite de ces vêpres, dont l'étude est recommandée dans les conserva-\n\n(1) Voir les numéros des i 5 décembre 1873 et janvier."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "162", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.19", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2836, "texte": "toires allemands à l'égal de celle des litanies de Bach. 5° Messe alle-\nmande (jtetetjj-eg faalbtecïïbigcs f|adjumt) à quatre voix, deux hymnes et or-\ngue, Salzbourg, 1797 (2 éditions); —6° Ouverture à 2 v. 2 ob. iFag.\nFL (1797); —la même, arrangée p. le clav. 70 2 Chœurs à 4 voix\nd'hommes, sans accompagnement : jâarl ïrcr f|ettr; Will feommcix im êxnuzn,\nSalzbourg 1800. Les compositions pour voix d'hommes de M. Haydn\nsont nombreuses; il a devancé de douze ans l'œuvre entreprise simul-\ntanément par Naegeli en Suisse, et par Zelter à Berlin; 8° 6 Canons\nallemands à 4 et 5 voix, sans accompagnement, Saltzbourg, 1800;\n90 3 Quatuors pour instruments à cordes, Vienne, Comptoir d'indus-\n1802; io° Suite de quintettes pour instruments à cordes, même\nmaison iBo3, et à Paris, chez Pleyel.\nSi on ajoute à ces ouvrages trois symphonies, publiées à Vienne, chez\nArtaria, on aura la liste des œuvres de Michel Haydn gravées avant\nl'époque de sa retraite et de sa seconde manière. Celles qui appartien-\nnent à la seconde période de sa vie sont les suivantes : Offertoires,\nVienne, Diabelli ; 22 Graduels, même maison ; Litanies du Saint-\nSacrement, Leipzig, Breitkopf et Haertel ; 2 Tantum ergo, Vienne,\nDiabelli; 2 Leçons de ténèbres, Augsbourg et Leipzig;— Un Gra-\nduel allemand (fixer licjt box fainer Paj-cstai) ; Un autre Graduel, avec\norgue en ut; Salzbourg, Hacker. Telle est l'énumération de\nl'œuvre connu de Michel Haydn. L'ayant formé en réunissant les in-\ndications puisées à diverses sources, nous avons lieu de penser qu'elle\nest complète.\nMais qu'est-ce que cette liste, en comparaison de l'immense quantité\nd'ouvrages de Michel Haydn, qui n'ont pas vu le jour? Le simple énoncé\ndes titres d'œuvres acquises après sa mort, par le prince Esterhazy,\ntémoignera mieux qu'un long discours de son incroyable fécondité. Ces\nœuvres forment les catégories suivantes : i° Musique d'église (paroles\nlatines) : 20 messes; 16 offertoires; 114 graduels (1); 9 litanies; 5 Te\n\n(1) Ces Graduels ont leur histoire. Ils furent commandés à Michel Haydn par le\nprince-arclievêque Hyéronimus Colloredo, pour remplacer les symphonies dont ses\nprédécesseurs avaient introduit l'usage entre l'épître et l'évangile. Ces symphonies,\ndisait le prince, troublaient la piété des fidèles. Sur son indication, Haydn s'ins-\npira donc du graduel du Missel romain, c'est-à-dire de l'alléluia et des réponses que\nl'officiant chante en alternant avec le chœur, entre l'épître et l'évangile; il les tra-\nvailla pour les quatre voix habituelles, avec accompagnement de deux violons et de\nl'orgue, augmentés parfois de l'harmonie. C'est le 24 décembre 1783 que Michel\nHaydn fit entendre son premier graduel, auxquels succédèrent les 113 autres, dont\nl'ensemble constitue une collection pour tous les dimanches et toutes les fêtes de\nl'année."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "163", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.20", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2759, "texte": "Deum; 3 vêpres et un dixit; 4 Tantum ergo; 5 Réponses; 2 Complet\ntoriœ; 2 Ténèbres à quatre voix, avec accompagnement d'orgue; 2 Stella\ncœli, également à quatre voix avec accompagnement d'orgue; 2 Regina\ncœli\\ un Aima; un Ave regina et un Salve reginay avec accompagne-\nment d'orchestre. Musique d'église (paroles allemandes) : 4 messes;\nun air ; une litanie; un Te Deum; 4 vêpres chorales ; une Bénédiction;\nun Regina cœli ; une prière au Mont-des-Oliviers ; plusieurs chants\navec ou sans accompagnement d'orchestre. 3° Oratorios et opéras ;\nle Pécheur pénitent, oratorio; le Repentir de Saint-Pierre, oratorio en\n2 parties; le Combat du repentir et de la conversion, oratorio; And.ro\nmeda et Perseo, drame en 2 actes; Patritius, le patriote anglais; Bra-\nvoure; VAurore joyeuse, opéra. 4e Cantates et lieders ; cantate du\nJubilé; à VAbbesse de Nonberg ; Chansonnette du brigadier et Chan-\nson des recrues ; Chœur de prêtres ; 5o lieders à quatre voix, parmi les-\nquels il convient de citer: Repos du soir; la Mère abandonnée;\nAdieu; V Arbre de la Liberté des Suisses; à tous les Allemands ; à nos\nJardins ; sur la Pelouse ; lavie champêtre ; Invitation à la vie champê-\ntre ;au bocage de Haigen ; à Elle!\n2 partite (petites symphonies); une sérénade; un concerto pour flûte ;\nune pastorale ; 2 divertissements à six instruments; 3 divertissements\nà 5 instruments; 2 quintettes; 3 nocturnes à 5 instruments; une suite\n(2 clarinettes, 2 cors et un basson); un concerto pour violon; un qua-\ntuor (violon, cor anglais, viole et violoncelle); 7 marches; 9 suites de\nmenuets ; une suite de danses anglaises.\nCes ouvrages sont, ainsi que nous l'avons dit, ceux qui appartiennent\nà la famille Esterhazy. Ils comprennent la totalité des manuscrits trou-\nvés dans le cabinet de Michel Haydn après sa mort. Si l'on y ajoute le\nnombre incalculable des fragments laissés par le maître dans les couvents\noù il les avait composés, on pourra seulement se faire une idée à peu\nprès exacte de l'œuvre entier de l'un des compositeurs les plus féconds\ndont puisse faire mention l'histoire de la musique. Encore n'avons-\nnous point parlé de ses deux Requiem, dont l'un, en manuscrit, est\ndéposé à la Bibliothèque de Salzbourg , et dont l'autre est demeuré\ninachevé. Ce dernier a sa légende, comme celui de Mozart. Il avait été\ncommandé à Michel Haydn par l'impératrice, et, comme Mozart, celui-\nci s'était frappé de l'idée qu'il le composait pour lui-même. En vain, ses\namis s'efforçaient d'éloigner cette supposition de son esprit. Il n'écou-\ntait point leurs raisonnements et répétait à ceux qu'il rencontrait « qu'il\nsentait bien que sa fin était proche, et que son plus grand regret était\nde n'avoir plus le temps nécessaire pour donner une suite à la Création"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "164", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.21", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2815, "texte": "de son frère, ainsi que celui-ci l'en avait prié, » On ne lui connut au-\ncune maladie; mais il s'affaiblit peu à peu et mourut le 10 août 1806, à\nl'âge de soixante-neuf ans, après n'avoir écrit que Y Introït et le Kyrie\nde son Requiem. La cour d'Autriche acquit ces deux morceaux au prix\nde six cents florins, qui furent comptés à la veuve de Michel Haydn.\nCelle-ci fit d'ailleurs argent de tout ce qu'avait possédé son mari ; elle\nvendit ses manuscrits au prince Esterhazy, un antiphonàire avec la basse\nchiffrée et un cahier renfermant ses observations barométriques depuis\nvingt ans, à ceux qui lui en offrirent le plus d'argent, et, ce qu'on\naura peine à croire, sa tête,— vous avez bien lu :sa tête, —au P. Ret-\ntensteiner, de l'ordre des Bénédictins.\nCette profanation explique la double tombe de Michel Haydn à Salz-\nbourg : celle où repose son corps mutilé et celle qui renferme sa tête. Le\ncorps est scellé sous les marches d'une chapelle du couvent de Saint-\nPierre, tandis que la tête est placée dans une urne qui surmonte le mo-\nnument élevé par les soins singulièrement pieux du P. Rettensteiner\ndans l'église des Bénédictins, à la mémoire de l'ami dont il avait acquis\nla meilleure partie. C'est dans ces deux églises que le voyageur égaré\ndans la patrie de Mozart devra faire ses dévotions aux restes du musicien\nmarquant, auquel il ne manqua guère que de la confiance en son génie\nnaturel pour devenir un maître illustre et renommé.\nNous 11e terminerons pas cette esquisse sans parler des deux portraits\nqui l'accompagnent. L'un, —~ celui qui représente la silhouette de Mi-\nchel Haydn, figure en tête d'une courte biographie du vieux contre-\npointiste, parue à Saltzbourgen 1833. L'autre, l'eau forte, a sa légende :\nLe peintre Morff, qui eut jadis une grande réputation en Autriche, en\navait peint l'original pour le Chapitre de Saint-Pierre, et dans le même\ntemps Sigismond Neukomm, que des liens de parenté et d'affection\nunissaient aux Haydn, lui en avait demandé une copie. Morfi était alors\nfort âgé. Quelques années se passèrent sans que Neukomm enten-\ndît parler du portrait. Lui-même vivait d'ailleurs éloigné de son pays,\nlorsqu'un jour, traversant Stuttgard, il apprend que Morff s'est retiré\ndans cette ville. Il se fait indiquer sa demeure, s'y rend aussitôt et\ndemande à le voir. Une vieille servante le reçoit et lui annonce que son\nmaître est en enfance et ne reconnaît personne. Neukomm s'informe du\nportrait de Michel Haydn : « Jésus-Marie, s'écrie cette femme, mon\nmaître disait bien qu'on viendrait le chercher ; il ne voulait pas qu'on le\nvendît. Et pourtant nous avons tout vendu : ses tableaux sont partis\nl'un après l'autre. Celui-là seul restait. Un anglais est venu le mois der-\nnier :il m'en a offert un louis d'or C'était une fortune pour nous ;il"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "165", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.22", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 833, "texte": "l'a emporté. Heureusement, monsieur ne s'en est pas aperçu. » Attiré\npar le bruit de cette conversation, Morff apparut; il fixa quelque temps\nle visiteur et se jeta dans ses bras en pleurant et en montrant une\nplace vide sur le mur ; puis, le prenant par la main, il l'entraîna vers sa\ncommode en disant : « Viens, viens, j'en ai fait une copie pour toi. » Et\nil lui remit une miniature, qui a servi de modèle à notre collaborateur\nartistique.\nQuant à l'original, on peut le voir dans la cave du couvent de Saint-\nPierre, où la bonne et honnête figure qu'il représente sourit encore aux\nbourgeois de Salzbourg, qui ont hérité de leurs pères, contemporains\net compagnons de Mozart et de Haydn, de leurs admirations pour les\nbeautés de l'art musical et de leur prédilection pour les petits vins du\nTyrol.\n\nEDMOND NEUKOMM."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-02-15-01-c014", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-02-15_01#c014", "volume": "bmtnabc_1874-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "166", "page_fin": "171", "image_debut": 23, "image_fin": 28, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.2.4", "titre_corps": "LA MUSIQUE", "titre_sommaire": "LA MUSIQUE", "signature_source": "JULES BONNASSIES", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 23, "page_imprimee": "166", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.23", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1478, "texte": "LA MUSIQUE\nA LA COMÉDIE-FRANÇAISE\n\n(0\nES anciens camarades de Molière, fidèles à sa mémoire,\nsuivirent, en toute chose, la voie qu'il leur avait indi-\nquée. L'ordonnance du 3o avril leur laissait encore les\nballets dont les pièces de machines étaient le prétexte\nnaturel et qui leur prêtaient un charme spécial. Le 17\nmars 1675, ils représentent la Circé de Thomas Cor-\nneille et de Visé, avec intermèdes de Charpentier. Ils avaient fait de si\nfortes dépenses pour cette pièce, dont les frais extraordinaires devaient\ns'élever à 10,842 liv. T 7 sols, que plusieurs des comédiens, dans l'assem-\nblée qui se tint pour la monter, avaient refusé leur consentement avec\nquelque apparence de raison. Puisons, dans le registre de La Grange, le\ndétail des frais ordinaires, qui furent de 331 liv. 5 s. par jour (2).\nFrais ordinaires (habituels) 5i liv. 16 sols.\nSymphonie 24 »\nDanseurs 3i 10\nDix petits assistans àis sols 7 10\nVoix et chaises 17 »\nSix grans assistans, deux à3o sols 7 «\nQuatre moyens assistans àis sols 3 »\nSaulteurs, prix faict 40 »\nAugmenté au sieur Charpentier 5 10\nAu sieur Poussin 5 10\n\n(1) Voir les numéros des i 5 décembre .1873 et i 5 janvier.\n(2) Le registre du régisseur donne, pour ces frais, les chiffres suivants : le 17 et le\n19, non payés; le 3lB liv. 11 s. ;le 24, 318 liv, 16 s.; le 26, 318 liv. 1 s.; le 29,\n326 liv. (il est ajouté : 5 liv. 10 s. à Charpentier et 2 liv. 10 s. pour les petits Amours);\ne 2 avril, 331 liv; le 59 33 ï liv» 10 s., etce\ni"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "167", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.24", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 1232, "texte": "Le registre du régisseur présente, en détaillant quelques-uns de ces\narticles, des variantes :\n/ Conuerset 3 liv. i 5 sols.\nMarchand 3 15\nDu Viuier 3 i 5\nSymphonie. /Du Mont 3- i 5\nDu Fresne 3 »\nCourcelles 3 »\ni Clauessin... 3 »\n24 liv. » sols.\n( La Montagne 4 liv. 10 sols.\nMarcheurs. < „ x a r\n( Et 9 autres a 3 1iv.... 27 »\n3i liv. 10 sols.\n10 petits voleurs àlO sols 5 liv. » sols.\n(augmentés ensuite chacun de 5 sols.)\nAmour et chaise 4 10\nVoix et chaises 12— »\n6 grands voleurs, dont 2à 1 liv. 10 sois 7 - »\n4 moyens voleurs àl5 sols..® 3 »\nSauteurs 40 »\nAugmentation àM. Charpentier 5 10\nLes Irais extraordinaires sont :\nBas de soye, escarpins, rubans, pour 10 dan-\nseurs, àll liv. pour chacun...., 110 liv. » sols.\nA M. Poussin, musicien, pour sa chaussure\net petite oye, un louis d'or 11 »\nChaussure des saulteurs, statues et une paire\nde bas de soye pr ledit M. Poussin, 8 escus. 24 »\nA Baraillon, pour 12 calçons à 3o sols la\npièce pour les danseurs ou marcheurs.,.. 16 10\nA M. Gaye, musicien, pour récompance, 3\nlouis. 33 »\nA Charpentier, compositeur de la musique ;\n20 louis d'or sur et tant moins de sa récom-\npance ..... 220 »\nEscarpins et bas des saulteurs »»0 » » 0 #... ».,. 46 5"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "168", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.25", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2557, "texte": "Les comédiens enfreignaient ainsi l'ordonnance du 3o avril 1673, car\nles six violons et le clavecin, portés pour 24 livres, étaient employés\nindépendamment des six violons de l'orchestre, payés chacun 1 liv. 10 s.\net compris dans les frais ordinaires habituels (68 liv.). Aussi, le 21 mars\n1675, le directeur de l'Opéra fait-il rendre une nouvelle ordonnance qui\nleur rappelle le nombre total de violons dont il leur est permis d'user, et\nleur interdit les musiciens à gages, c'est-à-dire stipulant que ce n'est\npas plus de deux voix de comédiens qu'ils peuvent se permettre. En\neffet, ils prenaient l'habitude d'employer, quoiqu'en moins grand nom-\nbre, d aussi bons chanteurs qu'à l'Opéra ; puis, équivoquant sur les\ntermes de l'ordonnance de 1673 et feignant de ne la croire applicable\nqu'aux artistes du dehors, ils utilisaient le talent de ceux d'entre eux\nqui savaient chanter, de façon à avoir six ou huit voix, tandis qu'on\nleur en tolérait deux seulement. Voyant, en outre, que, même avec des\nrestrictions purement musicales, ils arrivaient, au moyen des ballets\njoints aux machines et décors, à rivaliser de pompe théâtrale avec son\nAcadémie, Lulli obtint que l'ordonnance leur défendît les danseurs. Cet\nacte, signifié , pendant les représentations de aux comédiens,\nabrégea le succès de la pièce.\nLa Bibliothèque Nationale possède les Airs de la Comedie de Circé\navec la basse continue, Ballard 1716, partition imprimée. Le 6 août\n1705, la Comédie fit une reprise, sans machines, de pour laquelle\nDancourt écrivit un nouveau prologue et d'autres divertissements, dont\nGilliers fit la musique.\nMalgré leur dernier échec, les comédiens de Guénégaud représentent,\nle 17 novembre suivant, Y Inconnu,des mêmes auteurs, Th. Corneille,\nde Visé et Charpentier. Ils font, à la vérité, moins de dépenses pour\ncette pièce que pour la précédente, bien qu'elle en pût impliquer davan-\ntage : les frais extraordinaires ne se montent qu'à 2,500 liv. ; les frais\nordinaires, qui s'élèvent , le 17 et le 19, à 208 liv. 17 s. et à 220 liv.,\nse modèrent , à partir du 22, à 175 liv. Mais nous rencontrons encore,\ndans le registre du régisseur, ainsi qu'on va le voir, des voix externes et\ndes danseurs. Peut-être les comédiens équivoquèrent-ils de nouveau sur\nles voix d'entre eux.Quoi qu'il en soit, aucun écho ne nous est parvenu\nde réclamations du Florentin contre la représentation de Y Inconnu.\nD'ailleurs, cette infraction ne se renouvela plus de longtemps; nous la\nsignalerons quand elle se produira. Voici les frais extraordinaires ."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "169", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.26", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 1390, "texte": "Chaussures des marcheurs et petite oye à\nii liv. chacun 88 liv. » sols.\nPour racommoder le clauessin 3 »\nA François, garçon des violons, pour port\nd'instrumens » 40\nDiverses sommes relatives sans doute à des\nmusiciens, entre autres :\nA mademoiselle Bastonnet, musicienne, pour\nses coiffures, garnitures et chaizes de répé-\ntition 36 »\nAu sieur de la Montagne, pour auoir dressé\nles pantomimes 75 »\nVoilà maintenant les frais journaliers :\nIConuerset . 3 liv. i 5 sols.\nMarchant...» 3 i 5\n) petit chœur.\nDuViuier.,.l 3 i 5\nDu Mont...) 3 i 5\nDu Fresne 3 »\n\\ Courcelles 3 »\nClauessin : La Porte 3 »\nTheorbe : Carie André 3 »\n27 liv. » sols.\nDanseurs ou marcheurs, au nombre de huit,\nà 3 liv 24 liv. » sols.\n4 petits amours dansans ou assistans, à 1 liv.\n10 sols 6 »\nALa Montagne, compositeur des pas 1 10\nTT . 1 M. Poussin . 7 »\nYoix ) '\nj Mademoiselle Bastonnet 7 »\nM. Charpentier, compositeur de musique.... 11— »\nLa Grange dit, en outre, qu' « on tira une part pour Baraillon pour les\nhabits du ballet. »\nLa pièce eut trente-trois représentations consécutives, au double. On\nsait que Y Inconnu contient une représentation de comédie. C'est une\nfête galante : Psyché enlevée par l'Amour dans un palais magnifique.\nLors de la reprise de 1678, le troisième acte du Triomphe des Dames,\nqui est une pastorale, fut substitué à cette saynète. Ulnconnu fut encore"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "170", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.27", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2253, "texte": "remis en 1679 ; Charpentier y ajouta, dans le divertissement, une chan-\nson de paysanne qui eut une grande vogue. En août 1703, autre reprise,\npour laquelle Dancourt fit un prologue et des divertissements nouveaux\nque Gilliers musiqua. Le Recueil imprimé de 1753 (Arch. Com. Fr.)\ncontient deux airs de ce compositeur et deux de Charpeniier. Reprise\nencore en février 1704, aux Tuileries, avec un ballet pour intermède ;le\nRoi et toute la cour y dansèrent. Nouvelles reprises, à la Cour, en 1728,\net à la Comédie en 1746 ; la dernière provoqua les réclamations du\ndirecteur de l'Académie de musique. Cette pièce est la plus théâtrale et la\nplus luxueuse du répertoire de la Comédie-Française. C'est celle qui a\nété représentée toutes les fois que le théâtre a voulu donner un échan-\ntillon de sa splendeur. Elle le fut à l'arrivée en France de la jeune\ndauphine, Marie-Antoinette ; Molé joua le Prince.\nLes comédiens ne pouvaient se consoler du départ des voix et des\ndanseurs. La Grange nous les montre tâchant, le 7 juillet 1676, de profi-\nter d'un moment où ils espèrent que le Roi, revenant d'une guerre\nheureuse, octroyera les chartes les plus libérales, pour demander « une\npermission pour la musique et la danse. » Ils ne réussirent pas, et, le\n7 août, le Triomphe des Dames ne nécessita que :\n6 violons, 4à vn escu 16 liv. 10 sols.\n10 marcheurs à vn escu... 3o »\n28 marcheurs ou assistans pour la tin 21 »\nTrompettes et timballes 10 ,\nEn cette matière, comme en toute question théâtrale, la multiplicité\ndes actes légaux est un indice implicite de leur incessante violation.\nL'ordonnance de 1675 est renouvelée le 27 juillet 1682 et signifiée le 3o\naux comédiens, qui avaient sans doute provoqué ce rappel par quelque\nindocilité dans des représentations d'Andromède, de Crispin musicien\nou du Bourgeois Gentilhomme, qui avaient eu lieu les jours précé-\ndents. Elle est encore renouvelée le 17 août 1684 ; le 4 septembre sui-\nvant, une sentence de police et, le 2 décembre 1715, des lettres-patentes\nen sanctionnent de rechef les dispositions. Ainsi firent, depuis lors, tous\nles actes qui conférèrent à nouveau le privilège de l'Académie Royale de\nMusique.\nEn Ï 690, la Comédie avait joué le Ballet extravagant de Palaprat^"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "171", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.28", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 1818, "texte": "mais cette pièce burlesque ne pouvait éveiller les susceptibilités de\nl'Opéra.\nEsther et Athalie ne urent pas destinées à la scène française, du\nmoins dans l'origine. Ces deux tragédies sacrées avaient été représentées,\ndevant le Roi, par les demoiselles de Saint-Cyr, avec la musique de\nMoreau, la première pendant le carnaval de 1689, la seconde en 1691,\npuis à Versailles, en 1702, avec distribution princière. Les comédiens\nne donnèrent la première représentation d\"Athalie que le 3 mars 1716,\net & Esther, réduite en trois actes, que le 8 mai 1721, en supprimant,\nde Tune et l'autre, le chant et la plus grande partie des chœurs. L'Album\ndu Racine (édit. Hachette) vient de reproduire les éditions originales\ndes partitions à.'Esther (1689) et à'Athalie (sans date) d'après les exem-\nplaires de la Bibliothèque du Conservatoire. Cette bibliothèque possède,\nen outre, une édition de 1696 d'Esther, conforme d'ailleurs à l'édition\nprinceps, et une copie de cette édition faite par Philidor l'aîné.\nLa musique à\"Athalie fut refaite plusieurs fois : en 1756, par Cle-\nrambault, pour une représentation donnée parles demoiselles de Saint-\nCyr; en 1768, par Gossec; en 1821, par Perne, pour une représentation\nsolennelle au Conservatoire; plus tard, par Mendelssohn; en 1847, par\nBoieldieu pour la reprise par Rachel, et, en 1858, par M. Jules Cohen.\nLes deux dernières partitions existent aux archives de la Comédie. La\nmusique d ''Esther avait été refaite, en 1697, par Servais de Konink et\npubliée à Amsterdam, mais elle ne fut pas exécutée à la Comédie-Fran-\nçaise. M. Jules Cohen Ta de nouveau refaite, en i 863. Actuellement on\nsupprime les chœurs dans Athalie, et c'est la musique de Gossec qu'on\nfait entendre pendant l'invocation.\n(La suite prochainement.)\n\nJULES BONNASSIES."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-02-15-01-c018", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-02-15_01#c018", "volume": "bmtnabc_1874-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "172", "page_fin": "181", "image_debut": 29, "image_fin": 46, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.2.5", "titre_corps": "REVUE DES CONCERTS", "titre_sommaire": "REVUE DES CONCERTS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 29, "page_imprimee": "172", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.29", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1584, "texte": "REVUE DES CONCERTS\nCONCERTS DU CONSERVATOIRE. CONCERTS POPULAIRES. Suite de Vorchestre de\nM, Ten Brink. CONCERT NATIONAL. Les Erynnies, musique pour une pièce\nantique (Jules Massenet). Suite d'orchestre (Th. Dubois).\nsymphonique (Listz.) CONCERTS DANBÈ. Christophe Colomb, de Félicien David.\nFESTIVAL LACOMBE. CONCERT DU CAPITAINE BOYER.\nONCERTS DU CONSERVATOIRE.— La Société des Con-\ncerts du Conservatoire chez qui se perpétuent tant de\nnobles et saines traditions, s'est toujours refusée à pro-\nvoquer les réclames du journalisme si loyalement acces-\nsible, comme on sait, à ceux qui se présentent à lui au\nnom de l'art. La société tient depuis sa fondation,\nqui date de quarante-sept ans, deux loges complètes à la disposition\nde la critique musicale, en retour de quoi elle ne demande même pas\ndes comptes-rendus, qui d'ailleurs ne serviraient ni ne desserviraient sa\ngloire. C'est une magnificence d'autant plus remarquable, que la salle\nest étroite et les places réduites au nombre de neuf cents pour toute la\nsalle. Par une générosité exemplaire, —laquelle a été imitée par M. Pas-\ndeloup, M. Lamoureux, et M. Colonne au Concert national du théâtre\ndu Châtelet, des places sont également réservées à l'institution des\njeunes aveugles qui y envoie pour chaque concert ses dix élèves de choix,\net ce sont, nous pouvons l'assurer, les dix paires d'oreilles les plus méri-\ntoires de toute l'assistance. 11 ne manque au triomphe de ces concerts\nque d'être hebdomadairement régularisés. L'année dernière, chaque\nprogramme se répétait, et après les deux concerts arrivait un dimanche"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "173", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.30", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2787, "texte": "de repos, Cette année-ci, 1873-1874, par suite de l'augmentation du\nnombre des séances, le dimanche de repos ne se présente plus qu'après\nune série de quatre auditions, c'est-à-dire de deux programmes qui se\nrépètent, et les concerts sont portés au nombre de dix-huit. Cette nou-\nvelle mesure est sans nul doute un acheminement vers la périodicité\nhebdomadaire pure et simple. Le public n'a songé qu'à s'en louer. Nous\ndonnerons l'éloge sans restriction quand les dimanches de toute la saison\nmusicale seront, sans interruption, consacrés à ces exécutions qui sont\nencore sans rivales au monde.\nOui, l'on aura beau en médire ou les calomnier, les concerts du Con-\nservatoire qui sont la maison de Beethoven comme la Comédie-\nFrançaise est la maison de Molière, sont encore ce que nous avons en\nmusique de plus grandiose, de plus élevé, de plus beau. C'est une mai-\nson hautaine peut-être, mais hautaine et fière à bon droit, et digne, et\n11e mendiant rien ni aux paperassiers du journalisme, ni aux ministères\nquels qu'ils soient, des finances ou des beaux-arts, lesquels ne se font pas\nfaute cependant d'user et d'abuser des fauteuils* et des loges que la\nsociété condescend à leur voir occuper, à la grâce de Dieu. L'association\nvit par elle-même, elle marche toute seule, et droit son chemin, la tête\nhaute, sans s'émouvoir de ce que peuvent aboyer tels roquets ou tels,\nkings-charles radoteurs. Elle sait sa valeur et s'étudie à ne la point\nlaisser dépérir; tant pis pour qui la méconnaît, l'injurie, et, piteux\nserpent, s'use vainement les dents contre la lime. Bravo ! nous aimons\nces principes et ces attitudes qui appartiennent à la salubre race fran-\nçaise, à la vraie race d'où sortirent tant de génies, tant de vertus. L'es-\ntime de soi suffit aux âmes honnêtes et aux vrais artistes_, et il nous\nplaît que le Conservatoire qui ne sollicite pas la visite des princes, des\ngrands seigneurs,, dédaigne la fanfare de la presse, et n'envoie pas aux\njournaux chaque fois qu'un roi vient s'égarer dans sa musique, la petite\nnote confidentielle: « Tel prince a honoré ou honorera de sa pré-\nsence, etc. »\nLa salle des concerts est d'ailleurs merveilleusement adaptée à ces\nidéales séances qui sont pour les âmes d'élite qui y sont admises, une\ndes belles joies de l'existence. Elle est toute petite, elle est parfaite, et des\nexigences de cette salle sont sorties peut-être toutes les virtualités que\nnous nous plaisons à reconnaître dans les concertants qui composent\ncette association fortunée. Les théâtres lyriques sont trop vastes, dit\nBerlioz, et, nous le disons après lui, les salles consacrées aux concerts\nsont trop vastes. Il est prouvé, il est certain que le son pour agir musi-\ncalement sur l'organisation humaine, doit rejoindre l'oreille auditrice à"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "174", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.31", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2873, "texte": "travers un espace brièvement limité. On est toujours prêt à répondre,\nlorsqu'on parle de la sonorité des salles d'opéras ou de concerts que tout\ns'y entend fort bien. S'y entend, oui; mais s'y écoute, non. Berlioz ré-\npond à cette objection, et dit: « J'entends aussi fort bien de mon cabinet\nle canon que l'on tire sur l'esplanade des Invalides, et cependant ce bruit,\nqui d'ailleurs est en dehors des conditions musicales, ne me frappe, ne\nm'émeut, n'ébranle mon système nerveux en aucune façon. »Eh bien !\nc'est ce coup, cette émotion, cet ébranlement que le son doit absolument\ndonner à l'organe de l'ouïe pour l'émouvoir musicalement, que l'on ne\nreçoit pas des groupes même les plus puissants de voix et d'instruments,\nlorsqu'on les écoute à trop grande distance. Quelques savants pensent\nque le fluide électrique est impuissant à parcourir un espace plus grand\nqu'une certaine distance évaluée à un millier de lieues. Pour le fluide\nmusical, pour la cause inconnue, quelle qu'elle soit, de l'émotion musicale,\nil est constaté qu'il est sans force, sans chaleur et sans influence vitale à\nune certaine distance du point de départ: on entend, on ne vibre pas, on\nécoute donc sans l'émotion secrète qui nous rive à l'exécutant. Or il faut\nvibrer soi-même avec les instruments et les voix, et par eux, pour per-\ncevoir des sensations véritablement musicales. Il y a mieux : physique-\nment, l'homogénéité sonore est rompue dans les espaces trop vastes. Les\nréflecteurs du son, les abat-voix ne suffisent plus à répercuter le son\ndans tout l'horizon trop agrandi, et d'ailleurs ne le peuvent renvoyer avec\nla même vitesse à toutes les distances du rayonnement trop vaste. Les\nvibrations des violons sont les plus rapides, celles des cuivres sont les\nplus tardives, et voyez ce qui arrive aux concerts populaires de musique\nclassique et aux exécutions d'harmonie sacrée au Cirque d'Été, on en-\ntend les violons, puis les trompettes, les trombones, les cors. On récri-\nmine contre les exécutants, on les accuse d'être distraits, de manquer\nleur entrée, de ne pas suivre la mesure. On a tort, c'est la salle qui a\nfaussé la répercussion, et les réflecteurs sonores qui, renvoyant également\ndes sonorités inégalement rapides, ne peuvent frapper les oreilles disper-\nsées à diverses distances d'un ensemble homogène de sons fondus et har-\nmonieusement nourris.\nEn dehors des cuivres, le même résultat se présente, et c'est ce qui est\narrivé notamment dans un des derniers Concerts populaires. Jaell, Léo-\nnard, Colblain, Sivori, Franchomme ont exécuté le quintette de Schu-\nmann et l'incomparable menuet de Boccherini avec un sentiment excel-\nlent. Ces deux œuvres très remarquables ont produit un visible effet,\nmais là encore on a pu comprendre qu'un aussi vaste amphithéâtre trahit\ntoujours la musique de chambre. L'oreille n'a perçu distinctement que"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "175", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.32", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2803, "texte": "des parcelles mélodiques_, tandis que les développements symphoniques\net les effets d'immatérielle puissance se sont oblitérés et perdus en route.\nLes auditeurs des troisièmes places , peu familiarisés avec la délicate et\ntempérée musique de chambre,, y ont gagné de connaître deux morceaux\nnouveaux; mais ils n'en ont eu qu'une révélation imparfaite et trom-\npeuse. Ils n'en ont aperçu que les couleurs voyantes, mais non pas le fin\ntravail, la délicieuse ciselure et la divine interprétation qu'en a donnée\nSivori avec ses collaborateurs incomparables.\nDans la salle des Concerts du conservatoire, semblables périls ne sont\npoint à redouter; car ce qui rend ces Concerts inaccessibles à toute com-\nparaison, outre le choix des œuvres et la parfaite exécution, c'est la mer-\nveilleuse résonnance de la salle, que l'on a pu comparer à un Stradivarius.\nDès qu'on entend la première attaque vibrante, les auditeurs tous en-\nsemble, jeunes filles, vieillards, dilettantes ou simples spectateurs attirés\npar la curiosité, en sentent comme le choc, et le musicien se sent tressail-\nlir jusque dans la moelle comme le cheval de chasse, dont les muscles se\ndressent lorsqu'à l'entrée du bois il sent dans l'air le vent du cerf et ses\némanations fauves qui passent dans les branchages.\nParmi les pièces exécutées dans les Concerts déjà donnés, Beethoven\na apparu avec les Ruines d'Athènes, les symphonies en re, en fa, en\nsi b. et avec la symphonie pastorale; Mendelssohn, avec la symphonie\nécossaise; Haendel et Bach n'ont été que fragmentairement entendus;\nHaendel, avec un concerto dont, mieux avisé, on n'eût donné que la\ntroisième partie, et Bach, dans une suite qu'avec moins de timidité inop-\nportune l'on aurait exécutée tout entière. Les honneurs dans tous ces\nprogrammes ont été incontestablement pour la Bénédiction des Poi-\ngnards des Huguenots. Bien que détaché de son cadre et privé de\nla grande scène de basse qui amène ce chœur, le prépare et lui sert\nde repoussoir, ce splendide morceau a, dans les deux séances où il a\nété exécuté, provoqué un enthousiasme que motive peut-être le regret\nde ne pouvoir plus applaudir l'œuvre de Meyerbeer au Grand-Opéra.\nL'exécution de cette superbe et grandiose inspiration aux Concerts du\nConservatoire a inspiré à Blaze de Bury, à Victor Wilder, à Johannès\nWeber, à Ch. Bannelier, des réflexions que Scudo, Fiorentino, Berlioz,\nd'Ortigue avaient déjà émises et que nous reproduisons après les avoir\nplusieurs fois énoncées nous-même. Malgré l'acquit donné par des ap-\nplaudissements unanimes au Comité qui compose le programme des\nséances, malgré l'admiration que nous imposent ces belles scènes du\nthéâtre musical contemporain, la Bénédictim des Poignards dans les\nHuguenots, la scène de la cathédrale dans le Prophète, tout le deuxième"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "176", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.33", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2871, "texte": "acte de Guillaume-Tell, nous demandons si la Société des Concerts ne\ns'écarte pas de sa voie la plus sûre quand elle nous fait entendre, même\navec une supériorité d'exécution qui désespère toute iivalité, la musique\nqui a été écrite pour le théâtre contemporain, qui est représentée par les\nartistes vivants et qui fait partie du répertoire courant de l'Opéra dans\ntoute l'Europe? Ces pages magistrales qui ne sont à leur place qu'au théâ-\ntre ne se trouvent-elles pas dépaysées aux Concerts du Conservatoire?\n»\nLa Société devrait, en revanche, fouiller dans la Bibliothèque de mu-\nsique scénique des auteurs aujourd'hui délaissés. Elle a des liseurs de\nmusique familiarisés avec l'histoire musicale et avec les vieilles parti-\ntions, Elle a une bibliothèque et des copistes. Pourquoi ces liseurs\nexperts ne pourraient-ils ouvrir les cartons, déchiffrer tout le papier\nrayé qui se dessèche inutile sur les casiers, et ne soumettraient-ils pas\nquelques pages triées sur le volet à une exécution d'essai que suivrait\nau besoin une exécution aux séances publiques ? Les auditeurs des\nConcerts du Conservatoire qui forment, assure-t-on, un public d'élite,\nremercieraient sympathiquement nos admirables virtuoses, s'ils voyaient\nrestituer de temps à autre devant eux quelques morceaux de Gliick, de\nPiccini, de Rameau, de Lulli, de Lalande, de Roland de Lassus, de ce\nClément Jannequinqui si brillamment vient de réapparaître avec la Ba-\ntaille de Marignan sous l'évocation magique d'un héroïque enchanteur,\nM. Bourgault-Ducoudray. Tant de maîtres français, tant de maîtres\nétrangers qui ont conquis leur gloire dans nos maîtrises, dans nos cha-\npelles, sur nos théâtres, et qui aujourd'hui ne sont inconnus qu'à la\nFrance, sont chez nous retombés dans un oubli immérité. Ecartés de\nnos théâtres parce que le livret est devenu injouable et que la musique a\nvieilli dans son ensemble, dans ses rouages, dans ses formules, dans son\norchestration, et n'est restée vivante que par quelques morceaux touchés\nde l'immatérielle inspiration, ces maîtres ne devraient-ils pas sortir de\nl'ombre où on les tient et venir nous raconter l'art du passé? L'Opéra\ndédaigne ces résurrections qui, dans un autre genre, sont la gloire et\nl'honneur du Théâtre-Français? La Société des Concerts du Conserva-\ntoire doit donc remplir l'honorable tâche qu'a toujours déclinée le Grand-\nOpéra. Ces Concerts sont un musée, oa le dit, on l'affiche, on table là-\ndessus pour crier haro sur les auteurs vivants. Musée soit ; mais que du\nmoins le musée ne soit ni trop pauvre ni trop mesquinement incomplet.\nIl y aurait aussi des comparaisons chronologiques à établir. Le public\napplaudit toujours avec une unanime spontanéité un chœur agréable de\nYArmide, de Lulli. Gluck aussi a écrit une Armide, où se trouve un\nchœur semblable et exposant la même situation et les mêmes idées. Le"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "177", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.42", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2417, "texte": "chœur d Armide n'aurait rien perdu à être entendu à côté de celui de\nGluck. Cette comparaison, que la Société des Concerts a le tort de ne\npoint chercher à établir, ferait ressortir le génie créateur de Lulli, sans\nnuire au vigoureux maître qui est venu cent ans après refaire son\noeuvre, et lui donner la suprême auréole du génie.\nMaurice Cristal.\nCONCERTS POPULAIRES. Les œuvres depuis longtemps acceptées par\nle public et sanctionnées par le jugement des musiciens de tous les pays\net de tous les temps, n'ont pas besoin des formules laudatives d'une\nplume nouvelle. Ainsi la symphonie en de Beethoven et la\nSymphonie en la de Mendelssohn, qui ont été exécutées au 8e concert\nde la 2e série, et au icr de la 3e, étant trop généralement connues pour\nqu'un compte-rendu puisse offrir de l'intérêt, je consacrerai toute ma\nrevue au très remarquable début d'un jeune compositeur hollandais,\nM. J. len Brink,dont M. Pasdeloup a deux fois de suite exhibé une\nsuite d'orchestre en sol.Cette expression de renou-\nvelée de l'époque de Couperin, de Rameau et des autres maîtres du\nsiècle dernier, représente tout simplement une symphonie aux formes\nmoins impérieuses et aux allures plus libres que la symphonie propre-\nment dite\nLa Suite AtM. Ten Brink se compose d'une ouverture,\nd'un andante, d un scherzo et d'une polonaise. L'ouverture, courte et\nbrillante, est d'un rhythme très marqué. Elle est bien développée et\ncontient un motif charmant, qui ressort d'une façon tout à fait remar-\nquable, lorsque la flûte le redit. L'andante, un peu long, n'a pas fait\ngrand effet, malgré un beau chant exécuté par les basses. Ce qui a nui\npeut-être à ce morceau dont la facture est très distinguée, c'est une ins-\ntrumentation un peu compacte et où l'on désirerait parfois plus de jour\net d'éclaircies. Le scherzo, au contraire, est d'une instrumentation ex-\ntrêmement délicate, légère et fine. Les des violons se marient\nsupérieurement aux flûtes, et tout le morceau est empreint d'une couleur\ntrès poétique. Mais c'est surtout dans la polonaise que M. Ten Brink a\nfait preuve d'une grande science orchestrale. Sans vouloir insister sur un\npeu de manque d'originalité du motif principal, très entraînant du reste,\nje dois signaler le début qui est une fanfare de trompettes, admirablement\njouée par les exécutants de M. Pasdeloup, la richesse et la variété des\ntimbres dans le développement du motif et la pompeuse péroraison où"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "178", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.43", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2595, "texte": "les trompettes apparaissent de nouveau. Le ton de sol, extrêmement bril-\nlant pour cet instrument, mais très difficile à cause de sa hauteur, con-\nvient particulièrement aux passages d'éclat. Tout le monde connaît l'ef-\nfet produit par le duo de trompettes dans le chœur de Judas Machabée,\n« Chantons victoire, » lorsqu'il est exécuté par des artistes qui ne le re-\ndoutent pas. Résumons. Le succès de M. Ten Brink a été très grand.\nHenry Cohen.\nCONCERT NATIONAL. L'Odéon a représenté, l'année dernière, un\ndrame antique de M. Leconte de Lisle, les Erinnyes, pour lequel\nM. Massenet avait composé plusieurs pièces de musique instrumentale.\nL'auteur a réuni quatre de ces pièces ; il y a ajouté un cinquième mor-\nceau ; la Danse des Saturnales, pour en former sa 3e suite d'orchestre :\nMusique pour une pièce antique, dont nous allons présenter une rapide\nanalyse. Le premier morceau, Entrée des vieillards, est d'un caractère\ngrave et triste ; il manque de relief et ne produit pas grand effet, parce\nque le musicien n'a pas su donner à son idée mélodique un contour as-\nsez ferme et assez arrêté. L'épisode de Y apparition des Erynnies, placé\nau milieu de cette scène, est vigoureusement rendu ; il aurait facilement\nprêté àun long développement, et Gluck l'a traité de main de maître\ndans la scène des enfers d'Orphée ; M. Massenet a dû se renfermer dans\ndes limites plus étroites, d'abord à cause des exigences scéniques et aussi\npour certaines raisons particulières que j'exposerai plus loin. Vient en-\nsuite l'lnvocation d'Electre (n0 2 de la suite), dont nous avons déjà eu\noccasion de parler dans l'un de nos précédents comptes rendus ; c'est une\ndes meilleures inspirationsdeM. Massenet. La Chronique musicale atenu\nà publier cette page remarquable, et nous devons à la parfaite obligeance\ndes éditeurs, MM. Girodet Hartmann, de pouvoir la mettre aujourd'hui\nsous les yeux de nos lecteurs. Nous y avons joint deux autres morceaux\nqui ont obtenu un très vif succès au Concert national : la Sicilienne, de\nBoccherini, et l'andantino du Divertissement, de M. Lalo. Il est bon\nque des œuvres de cette valeur, si peu connues même à Paris où on les\nexécute, se répandent dans le public et pénètrent en province et à l'étran-\nger (1). Ceci posé, fermons la parenthèse et poursuivons l'examen de\n\n(i) La 3e suite d'orchestre de M. Massenet et le Divertissement de M. Lalo, réduits,\npour le piano, ont été publiés par M. G. Hartmann. Vlnvocation d'Electre est extraite\nd'un recueil de dix pièces de genre pour le piano (Op. 10) de M. Massenet, édité vers\n868, par M. Girod,"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "179", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.44", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2818, "texte": "notre suite d'orchestre. Le Cortège des jeunes prêtresses (n° 3) est un\nmorceau gracieux et distingué, mais sans beaucoup de caractère. Je\nn aime pas YEntr'acte intitulé : Tristesse d'Electre (n° 4), d'une senti-\nmentalité précieuse, qui rappelle beaucoup trop la manière de M. Gou-\nnod. En somme, nous voilà presque arrivés au bout de notre étude, et\njusqu'ici, sauf Plnvocation d\"Electre, nous n'avons guère rencontré que\ndes morceaux ternes et monotones. On sent que M. Massenet s'est trouvé\nfort mal à Taise sur cette scène de l'Odéon, dont on avait bien voulu lui\nconcéder un tout petit coin, mais à condition que la musique se ferait\naussi humble que possible à côté de sa terrible sœur, la Muse de la tra-\ngédie. Le compositeur s'était proposé tout d'abord d'écrire pour les\nErinnyes un véritable drame lyrique dans le genre dzVAthalie de Men-\ndelssohn, avec ouverture, chœurs, soli, mélodrames, etc. Bien qu'en\ngénéral cette alliance forcée du drame et de la musique n'ait pas produit\nde très heureux résultats, je crois pourtant que, dans la circonstance,\nétant données les traditions du théâtre antique dont le poète s'était in-\nspiré, le drame de M. Leconte de Lisle ne s'en fût pas plus mal trouvé\nquela tragédiede Racine. La direction de l'Odéon en a jugé autrement; il\nest vrai qu'à cette époque elle n'avait pas encore fait 4. et 5,000 francs de\nrecettes avec YAthalie de Mendelssohn. En tout cas, il était absolument\ninutile de traiter la musique comme une intruse; de deux choses l'une :\nou ilfallait s'en passer tout à fait, ou, si Ton réclamait son concours, il était\nau moins convenable de lui assurer une place digne d'elle. M. Massenet\navait consenti à accepter un rôle beaucoup trop effacé ; il n'a composé\nqu'une œuvre sans portée. Mais laissons-le reprendre sa liberté d'allures\net nous le retrouverons tout entier dans le dernier morceau de la suite,\nDanse des Saturnales7 dont il a fait un tableau plein de vie et de cou-\nleur. Cette brillante péroraison rachète bien des faiblesses ; on l'a vive-\nment applaudie.\nJ'arrive maintenant au 2 e concert de la 4e série; deux pièces nouvelles\ns'offrent à notre étude, une Suite d'orchestre de M. Dubois et un Poème\nsymphonique de M. Liszt. La Suite d'orchestre de M. Dubois nous était\ndéjà connue : le premier morceau, Divertissement, a été exécuté aux\nconcerts de l'Odéon, et même je me souviens d'avoir entendu la suite\ntout entière, sous le nom de Fragments symphoniques, dans une séance\nintime donnée par l'orchestre de M. le 4 mai ißy3. Cette\nnouvelle composition de M. Dubois ne modifie guère les critiques que\nnous avions déjà formulées à propos de ses Pièces pour orchestrejouées\nau concert du 14 décembre dernier. Le Divertissement est joli, mais les\ndeux autres morceaux, Andantë? Scherzo et Choral ont paru bien fai-"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "180", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.45", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2529, "texte": "bles. Tout cela est vide et sans consistance : idées courtes et péniblement\nrattachées les unes aux autres, formes maniérées, abus de certains effets\ncommuns et rebattus, tels que le trémolo à l'aigu des violons dans le\nDivertissement et, dans VAndante et le Scherzo, ces unissons pédantes-\nques, que rien ne justifie et que l'auteur emploie trop fréquemment pour\ndonner à son style une ampleur factice. L'orchestration, fine et soignée,\nmanque de vigueur et de coloris, et ne vise pas assez à la recherche d'ef-\nfets nouveaux et de combinaisons intéressantes. Au résumé, une cer-\ntaine habileté de main, peu d'idées et encore moins d'originalité.\nQuelques mots en terminant sur le de M. Liszt, bien qu'au\nfond de pareilles élucubrations ne méritent guère qu'on s'y arrête, et je\nne comprends vraiment pasqu'après le succès plus que médiocre de Fhaé-\nton, le Concert national ait cru devoir nous donner ce nouveau poème\nhippique. Est-ce le voisinage du manège du Châtelet qui nous vaut ce\ndébordement inquiétant de musique d'hippodrome ? Comment ! l'autre\njour c'était M. Saint-Saëns qui s'était imaginé d'entrer dans la carrière\nmonté sur le char du Soleil; voilà maintenant M. Liszt qui vient faire\nde la haute école, et renouveler sous les yeux d'un public ahuri la course\neffrénée de Mazeppal... Où nous arrêterons-nous? De grâce, assez de\npoèmes symphoniques; trêve de romantisme; nous nous déclaronsphi-\nlistins, et philistins endurcis. Rendez—nous donc bien vite nos perru-\nques classiques, et priez M. Liszt d'aller faire entendre sa musique aux\nTartares de l'Ukraine!\nH. Marcello.\nCONCERTS DANBÊ. L'annonce du Christophe Colomb de Félicien\nDavid, dont la première apparition eut lieu au mois de mars 1847, et\nqui n'avait pas été entendu à Paris depuis bien des années, a vivement\nexcité la curiosité du public et attiré une affluence énorme, jeudi der-\nnier, dans la salle Herz. L'exécution était confiée à l'excellent orchestre\nde M. Danbé, aux chœurs des Sociétés de l'école Galin-Paris-Chevé, sous\nla direction de M. Amand Chevé, et comme solistes, à MM. Hermann-\nLéon et Vergnet et à madame Barthe-Banderali. M. Jouanni a déclamé\nles strophes, et s'y est fait applaudir, malgré un enrouement qui lui en-\nlevait une partie de ses moyens. Un peu hésitant d abord, tout le monde\ns'est vite remis, et les choristes ont parfaitement chanté le chœur des\nMatelots, celui des Sauvages et surtout le chœur des Génies de l'Océan.\nCes deux derniers ont été bissés, ainsi que la Danse des Sauvages et l'é-"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "181", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.46", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 1908, "texte": "V\nlégie de la Mère indienne, chantée par madame Barthe-Banderali.\nMM. Hermann-Léon et Vergnet ont aussi eu une large part d'applau-\ndissements.\nH, C.\nFESTIVAL-LACOMBE. —M. et Mme Lacombe ont organisé, au bénéfice\ndes Alsaciens-Lorrains, un festival en quatre concerts, de quinzaine en\nquinzaine, dans la salle Erard.\nLa Bataille de Marignan m'a empêché d'assister au premier, et la\nlongueur démesurée des morceaux d'ensemble instrumentaux et de Pen-\ntr'acte, qui a duré vingt-cinq minutes, m'a obligé de quitter le second\nbien avant la fin. Je le regrette, parce que M. Lacombe est un artiste\nd'une grande valeur et d'un talent très sérieux, trop sérieux peut-être,\nmais j'espère m'en dédommager à l'un des deux concerts qui vont en-\ncore avoir lieu.\nQuant aux morceaux que contenait le programme de celui-ci , je suis\nforcé de constater que M. Lacombe a eu plus d'une idée malheureuse. Je\nne veux signaler que celle d'avoir non-seulement musiqué le Loup et le\nChien, mais encore d'en avoir fait un chœur. Malgré les tentatives plus\nou moins réussies de plusieurs compositeurs, entre autres M. Offenbach,\nlors de ses débuts, et tout récemment M. Etienne Rey, les fables de\nLa Fontaine sont tout à la fois ce qui existe au monde de plus spiri-\ntuel et de moins musical, même quand elles sont débitées par une voix\nseule. Mais de faire raconter par un chœur tout entier les mésaventures\nd'un chien qui a le cou pelé, et pour cause , la chose me paraît absolu-\nment inacceptable, Et franchement, quand on possède le beau talent de\nM. Lacombe comme pianiste et comme compositeur, il est regrettable\nd'abandonner la voie tracée par des œuvres telles que Manfred et L On-\ndine et le Pêcheur, pour se lancer dans les hasards des tours de force.\nMadame Lacombe a déployé dans l'air de Tancredi de superbes quali-\ntés en fait d'expression, de belle prononciation italienne et d'art du\nchant.\nH. C."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-02-15-01-c022", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-02-15_01#c022", "volume": "bmtnabc_1874-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 34, "image_fin": 35, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.2.6", "titre_corps": "SICILIENNE de BOCCHERINI", "titre_sommaire": "SICILIENNE de BOCCHERINI", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.34", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 127, "texte": "SICILIENNE de BOCCHERINI\nTranscrite pour le PIANO\npar J. 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INVOCATION « Hermès! prompt messager qui montes d'un coup d'aile « De la pâle Prairie où germe l'asphodèle « Jusques au pavé d'or des princes de l'Aithèr, « A toi d'abord, Hermès, le vin pur du Kratèr! Elektra verse la libation sur le tombeau. « Daimones très-puissants, Rois de la terre antique, « Qui siègèz côte à côte en son ombre mystique, « Toi, Dieu terrible, et toi qui fais germer les fleurs, « O Déesse! écoutez le cri de mes douleurs: « Faites que l'Atrèide, errant dans l'Hadès blème, « Exauce le désir de son enfant qui l'aime!", "titre_sommaire": "Nº: 2. INVOCATION « Hermès! prompt messager qui montes d'un coup d'aile « De la pâle Prairie où germe l'asphodèle « Jusques au pavé d'or des princes de l'Aithèr, « A toi d'abord, Hermès, le vin pur du Kratèr! 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MASSENET.\nElle verse lu seconde libation.\nLES EBINNYES\n—ACTE_II.—\nG.H.676 . Ce morceau est publié séparément chez M.M. E.et A.GIROD."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.37", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 8, "texte": "G.H.676."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.38", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 38, "texte": "LALO.\nNº 2.\nDIVERTISSEMENT.\nG. H. 284."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.39", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 10, "texte": "G. H. 284."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.40", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 10, "texte": "G. 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Le femminili.\nOMME on a tort de médire du dix-neuvième siècle, et\nqu'on est heureux d'y vivre pour la satisfaction de ses\ngoûts! Que le sort de nos pères était plus misérable!\nIl fallait opter jadis entre deux musiques, la bonne et\nla mauvaise. Maintenant, nous pouvons choisir entre\ntrois au moins : la musique du passé, celle du présent,\net celle de 1 avenir. Nous nous consolons, selon nos appétits, de la mu-\nsique du présent avec celle du passé, de la musique du passé avec celle\ndu présent, et de la musique de l'avenir avec celles du passé et du pré-\nsent. On ne saurait être mieux traité par la fortune.\nLe Astu\\ie femminili, comme Don Juan, le Matrimonio segreto, le\ndi L igaro, Richard Cœur-de-Lion, appartiennent à la musique\ndu passé . La Fille de madame Angot, Orphée aux Enfers, la Liqueur\nd'Or, àla musique du présent : Le Paradis ei la Péri, le Hollandais\nvolant, àla musique de 1 avenir. Aujourd'hui, si vous le voulez bien,\nnous ferons halte devant la musique du passé, auprès des fem-\nminili, une partition de Gimarosa qui rouvre les yeux à la lumière de\n1 aris après soixante ans de sommeil, comme les belles des Contes de\nFées.\nGimarosa écrivit le Astuce femminili pour le Théâtredes Fiorentini,\nà Naples, en 1794. Il était âgé d'environ quarante-cinq ans, étant né le\n17 décembre» 1749, d'après les biographes les mieux informés; et sur ces\nquarante-cinq ans, il avait prélevé le temps de faire de solides études, de\ndiriger la chapelle de l'impératrice Catherine à Saint-Pétersbourg, de\ns arrêter a Vienne à la cour de Joseph 11, et de composer soixante-douze\nopéias, au nombre desquels le Matrimonio segreto, YArtaserse, ÏOlim-"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "183", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.48", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2792, "texte": "piade, le Trame Deluse et Vlmprésario in Angustie, classés parmi ses\nproductions les plus remarquables. Au commencement de ce siècle, en\n1802, le femminili, représentées au Théâtre-Olympique de la\nrue de la Victoire, retrouvèrent auprès des Parisiens le succès que les\ncompatriotes de Cimarosa leur avaient fait. On se prit d'une belle fureur\npour Cimarosa, et sur l'affiche italienne brillèrent jusqu'en 1804 le\nTrame Deluse, Tlmprésario in angustie, en compagnie des Astuçie\nfemminili, lesquelles n'y reparurent plus qu'en 1814. Depuis lors, les\nfemminili dormaient dans le linceul d'oubli qui enveloppe en\nFrance, et même en Italie, l'œuvre presque entier de Cimarosa. La par-\ntition n'avait pas même été gravée.... La gloire de l'impression avait été\nréservée au livret! Cependant son souvenir trottait à l'état vague,en la\ntête de quelques vieux amateurs. Il était resté vivant dans l'esprit de Fé-\ntis qui, à l'article Cimarosa de son Dictionnaire des musiciens, pro-\nclame le Astu\\ie femminili, cc une partition admirable,'supérieure peut-\nêtre à celle du Matrimonio segreto. » Et, dans le cas particulier, Fétis\nn'affirmait pas à la légère : vraisemblablement, il aurait entendu cet ou-\nvrage à son apparition au Théâtre-Olympique, car il déclare dans son\nautobiographie que, « par sa persévérance à fréquenter TOpéra-Buffa, »\nil avait fini par classer dans sa mémoireles principales productions de\nCimarosa, de Paisiello et de Guglielmi pour lesquelles on affectait alors\nun injuste dédain. L'archiviste du Conservatoire de Naples, M. Fran-\n/\ncesco Florimo,dans la vastQHistoire de VEcole napolitaine qu'ilpublie\ndepuis 1869, et qui touche à sa fin, se rangea l'opinion de Fétis sur les\nfemminili. M. Florimo était mieux placé que personne pour la\ncontrôler, puisque la Bibliothèque du Collège royal de San-Pietro à Ma-\njella dont il est le conservateur, possède le manuscrit autographe de\nCimarosa. Son autorité, décisive en ce qui touche l'école napolitaine,\nn'aura pas été sans influence sur les projets de l'éditeur Cottrau qui a\nfait remonter dernièrement le Astu\\ie femminili au Théâtre-Philarmo-\nnique de Naples, d'où ces égarées nous sont revenues, et, cette fois, avec\nles honneurs d'une édition française.\nLe livret des femminili est d'un certain Palomba sur lequel\nles détails manquent. Ce Palomba n'a eu d'autre but que celui de four-\nnir à Cimarosa une série de scènes amenant tour à tour, dans l'ordre\ndésiré par le maître, un air, un duo, un trio, un quatuor ou un finale.\nDepuis qu'il existe des tuteurs et des pupilles, des barbons jaloux et\ndes amoureux de vingt ans, le combat victorieux de la jeunesse contre la\nvieillesse, mis à la scène par Palomba, se représente sur le théâtre du\nmonde. Le temps, lui aussi, est auteur dramatique."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "184", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.49", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2791, "texte": "Molière, dansl'Ecole des Maris, Regnard, dans les Folies amoureuses,\nBeaumarchais, dans le Barbier de Séville, ont repris cette intrigue éter-\nnelle de la nature, où le printemps personnifié dans Rosine, l'été, dans\nAlmaviva, et l'automne dans Figaro, s'unissent pour lutter contre l'hi-\nver, caché sous le masque grimaçant de Bartholo. C'est le poème de la\nvie, et qui a le mérite du moins d'être compris par tout le monde, bien\nqu il ne profite à personne. Je ne me sens pas la force de reprocher à Pa-\nlomba les lieux communs dont il a assaisonné sa pièce. J'ai entendu en\nItalie une quantité de libretti bouffes sur le même sujet, qui ne m'ont\nparu ni meilleurs ni pires. J'ai relu, il n'y a pas longtemps, pour des re-\ncherches une foule de farces italiennes jouées à Paris depuis\nla troupe des Gelosi de Henri 111, jusqu'à celle du maestro Graffigna, et\nje n y ai pas rencontré moins de cent Astu\\ie femminili qui ont fait\nrire trois générations d'hommes, dont aucun n'a crié au plagiat. L'erreur\nest de croire qu'il y a eu plus d'un opéra-bouffe italien. Les dernières\nfemminili que nous ayons entendues à Paris, avant celles de\nPalomba et de Cimarosa, ont été la Folie à Rome, de M. Victor Wilder\net du maestro Federico Ricci. Le premier acte d'Une Folie à Rome est\ncalqué , scène par scène, sur le premier acte des femminili.\nM. Ricci a fourni les paroles italiennes, prosodiées sur sa musique;\nM. Wilder les a traduites en français, et Palomba n'a pas plus touché\nde droits sur les représentations d'une Folie à Rome qu'il n'en a versé\nlui-même au véritable auteur des Astu\\ie femminili. Et, dans la circons-\ntance, chacun est dans son droit, le sujet étant tombé dans le domaine\npublic depuis des siècles. M. Dall'Argine , un compositeur italien , qui\nest loin de manquer de mérite, n'a-t-il point refait une musique nou-\nvelle sur le livret du Barbier de Séville, celui-là même qui servit à\nRossini ?\nLe femminili, dans leur version primitive, n'ont que deux\nactes, et, sur la scène des Fiorentini de 1794, la musique alternait avec\nun dialogue en patois napolitain. La partition que nous a rendue le\nThéâtre-Italien, est aujourd'hui divisée en quatre actes, dont les trois pre-\nmiers sont d'assez belle dimension. D'où vient cette métamorphose ?De\nce que le poème a été remanié sur plusieurs points, et les parlanti en\ndialecte napolitain, remplacés par des récitatifs mesurés, nouvellement\ncomposés par M. C. Rossi. J'avoue que je ne crierai point au sacrilège ;\nles adaptations lyriques du maestro Rossi ont été faites avec cette dis-\ncrétion respectueuse et cette simplicité voulue, qui dénotent en lui une\nentente parfaite de la couleur ancienne. S'il est vrai que cet arrangement\nn'ait pas défloré d'un seul comma la note écrite par Cimarosa, je suis"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "185", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.50", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2829, "texte": "tout prêt à y applaudir. La partition, déjà très touffue (elle ne compte\npas moins de vingt-quatre morceaux), a été allongée encore par les ré-\ncits rhythmés qui y ont été introduits et qui nécessitent un débit plus\nlent : de là, la coupe actuelle en quatre actes : quatre actes merveilleux,\ndébordants de vie et ruisselants de sève ! Gai moissonneur de mélodies,\nCimarosa parcourt à grand pas son champ fécond de quatre arpents. Il\na le large et franc sourire de l'homme sûr du grain qu'il a semé. Dans\nsa marche, il foule aux pieds l'ivraie. Il entonne sa chanson, et tout\nchante autour de lui. L'épi fleuri vient se jeter, tout joyeux, sous l'acier\nde sa'faucille. Plus il avance et plus la gerbe devient lourde et dorée ; il\nen charge ses épaules qui ne plient point sous le faix. La récolte finie,\nlorsqu'il se retourne pour voir le vide qu'il a fait, il s'aperçoit que le\nsol est encore tout jaunissant d'épis ; c'est une autre moisson qu'il aban-\ndonne sans regret aux glaneurs. Et qui n'a glané dans le champ de\nCimarosa!\nEvidemment, Cimarosa est un fondeur de moules, un créateur d'idées\npremières : outre les procédés de facture, les cadences finales et les atta-\nques des morceaux d'ensemble qu'on retrouve employés par Mozart sans\nqu'on sache absolument qui des deux maîtres procède l'un de l'autre, le\nfemminili regorgent de germes mélodiques dont la luxuriante\nimagination de Rossini a tiré des développements considérables. Ce qui\ncaractérise le génie de Cimarosa, c'est moins peut-être l'abondance et la\nvariété de ses motifs, bouffons que ia grâce ineffable et le sentiment sin-\ncère répandus sur ses chants d'amour. Dans ce mélange continu du\ncomique et du tendre, sa muse ne s'égare jamais et garde l'accent vrai\npour chaque chose. Il parle au cœur avec la même force irrésistible qu'à\nl'esprit ; sa mélancolie est aussi suave que sa gaieté est communicative.\nCette union de deux puissances morales qui s'excluent presque mutuel-\nlement , Mozart la réalise à un degré aussi élevé, mais d'une façon diffé-\nrente. Notre bon Grétry a fait d'un trait le parallèle de Mozart et de\nCimarosa, lorsqu'il répondit à Napoléon qui lui demandait quelle diffé-\nrence il faisait entre les deux : « Sire, Cimarosa met la statue sur le théâ-\ntre et le piédestal dans l'orchestre. Mozart met la statue dans l'orches-\ntre et le piédestal sur le théâtre. » La reprise des femminili\nnous a montré de nouveau Cimarosa tel que le dépeint Grétry.\nL'orchestration des femminili est quasi-centenaire,, on le sent\ndès les premières mesures de l'ouverture, traitée en pastorale. Les vio-\nlons, altos, violoncelles et basses, sauf de très rares intervalles, vont ac-\ncompagner le chant. Par éclaircies, la voix grêle du hautbois se fera en-\ntendre dans les passages en mineur; quelquefois même, on distinguera"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "186", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.51", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2908, "texte": "sous la ligne grise du quatuor, une interjection de clarinette, une rogue\nexclamation de basson, ou bien une interrogation timide de la flûte, et ce\nsera tout. Il faut prendre son parti de ce coloris aux tons un peu effacés,\net éloigner les yeux du piédestal pour concentrer toute son attention sur\nla statue. La statue de Cimarosa, c'est son chant, qui est du modelé le\nplus fin et de la ligne la plus pure. Le premier acte s'ouvre par un qua-\ntuor pour basse chantante, ténor et soprani : les voix groupées avec\ninfiniment d'art concertent harmonieusement et font à Pintrigue qui\ns'engage une introduction très brillante. La sensibilité native du vieux\nmaître se révèle dans le charmant duo qui suit : Quai smania in petto io\nsento, dit par les deux amoureux, Bellina et Filandro. L'air d'entrée du\nfiancé ridicule Giampaolo, est d'un ton excellent, et le quatuor entrecoupé\nde rires qui accueille le nouveau venu, un morceau capital traité avec\nune rare entente de l'effet scénique. L'air de Bellina Sono allegra son\ncontenta, n'a pas été rendu dans son véritable esprit par madame Bram-\nbilla; il contient des épisodes qui veulent être mimés et chantés avec\ntoutes leurs nuances. Le quintette final, qui offre un bel exemple de l'at-\ntaque en imitation par les parties, est une page bouffe d'un grand style\net qui n'a d'égale, dans la partition, que le sextuor du second acte. Ce se-\ncond acte est simplement une merveille. Rossini n'a pas composé de\ntableau plus vif, plus animé, plus rayonnant. L'entrée de Giampaolo,\nZitto, itto, cheto, cheto annoncée et soulignée par des traits de violon,\nrevêt un tour symphonique des plus piquants. L'affreuse canardière dont\nGiampaolo est armé, par les rires démesurés qu'elle excite, fait le plus\ngrand mal à cette entrée qui aboutit à un duettino ravissant entre Giam-\npaolo et Bellina. Le quatuor syllabique Zitto, Zitto,et le sextuor qui\nferme l'acte, sont d'un entrain et d'une verve irrésistibles. Si, dans l'opi-\nnion de quelques-uns, le sont supérieures au Matri-\nmonio segreto, c'est assurément par cette succession des scènes finales\ndu second acte, car elle défie toute comparaison. Le troisième et le\nquatrième acte sont facilement réductibles à l'unité, et peut-être gagnerait-\non à les fusionner, en portant de vigoureux coups de ciseaux dans la\nlanguissante parade des hussards; après trois auditions scrupuleuses des\nAstu\\ie femminili, je confesse que je n'ai pas encore saisi le comique\nde ce hors-d'œuvre. Des deux derniers actes, on en bâtirait un troisième\nqui ferait, dans sa teinte à demi-mélancolique, un contraste adorable\net imprévu avec les deux premiers. Il comprendrait, outre les scènes inter-\nmédiaires destinées à précipiter le dénouement, le délicieux duo d'amour\nentre ténor et soprano, avec sa phrase à voix mariées : Da palpito atroce,\nsi touchante et d'un tour si moderne qu'on croirait ouïr du Bellini :"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "187", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.52", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 1402, "texte": "le joli, très joli quartetto Ah! fermate, dont le motif principal\nchanté par le ténor et le soprano , est ingénieusement coupé par les\na parte des deux basses : la chanson du violoncelle éclose d'un seul jet\nsous le ciel napolitain ; enfin le divertissement qui clôt cette partition\ndes Astu\\ie femminili qui a été si riche en surprises,\nDu côté de la statue, sur la scène, l'exécution des femminilia\nété médiocre, c'est-à-dire pire que mauvaise. Ne croyez pas d'ailleurs\nque la musique de Cimarosa soit commode à interpréter, car elle est\ndialoguée à l'infini. Malgré sa lucidité, la phrase mélodique est hachée\nsi menu dans les morceaux d'ensemble, que les chanteurs n'ont que juste\nle temps de happer leur réplique au passage pour la faire entrer dans\nla mesure et dans le rhythme. Il paraît qu'au temps de Cimarosa, l'édu-\ncation des artistes était à la hauteur du génie des maîtres. Seuls, à travers\nla décadence manifeste des buffi du Théâtre-Italien, Zucchini et Delle\nSedie sauvent les traditions delà grande école. Dans le rôle de Giam-\npaolo, Zucchini déploie encore un art exquis servi par une verve intaris-\nsable. Il y a été parfait.\nDu côté du piédestal, à l'orchestre, un pilote que rien n'effraie,\nM. Vianesi, commande la manœuvre avec tant de puissance et d'autorité\nqu'il se rendra peut-être un jour maître de ses matelots récalcitrants.\n\nARTHUR HEULHARD."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-02-15-01-c028", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-02-15_01#c028", "volume": "bmtnabc_1874-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "188", "page_fin": "192", "image_debut": 53, "image_fin": 57, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.2.9", "titre_corps": "VARIA", "titre_sommaire": "VARIA", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 53, "page_imprimee": "188", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.53", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1796, "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nFAITS DIVERS\nHÉOPHILE GAUTIER a dit des Portraits du dix-huitième siècle\nde M. Arsène Houssaye : « Ge sont autant de petits chefs-\nd'œuvre qui resteront. »\nC'est pour ainsi dire son livre de début. C'était dans une\nnouvelle manière l'histoire de l'art, de la littérature, de la\nmusique, des mœurs et de la philosophie de tout un\nsiècle, que cette galerie de portraits sivivante et si variée.\nAprès beaucoup d'éditions et de traductions, voici une édition elzévirienne,\nimprimée avec luxe en quatre volumes in-18. Le premier volume renferme\nla Régence avec Louis XIV, Philippe d'Orléans, Law, les filles du Régent,\nmadame de Tencin, le cardinal Dubois, Fénelon, Fontenelle, Saint-Simon, Le\nSage, Les Coustou, Watteau, Santerre, xMarivaux, Campra, Rameau,\nAdrienne Lecouvreur, pour figures dominantes.\nPar décret du président de la République française,\nSur le rapport du ministre de l'instruction publique, des cultes et des beaux-\narts :\nLa commission d'examen des ouvrages dramatiques est rétablie.\nM. Noël Martin, artiste de l'Odéon, vient de louer un local de 750 mètres\nrue Madame, près la rue de Rennes, pour y faire construire un théâtre de\n1,200 places, dont il prendra la direction et dans lequel il fera représenter\ndes opérettes et des vaudevilles. Ce théâtre sera construit par une société en\ncommandite qui émet 1,800 actions de 500 fr. ; il serait terminé et ouvert au\npublic le ier octobre.\nM. Léon Escudier s'est fait délivrer, à la mairie de Puteaux, un extrait\nde lacté mortuaire de Bellini. Vincenzo Bellini est mort,comme on le sait,\nà Puteaux, le 24 septembre 1835, à l'âge de 32 ans. Il est mort isolé et c'est\nun jardinier qui lui a lermé les yeux.\nVoici cet acte mortuaire, dans lequel l'immortel auteur de Norma, des Pu-"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "189", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.54", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2965, "texte": "ritains, de la Sonnambula, est qualifié de simple professeur de musique, et\nqu'ont signé comme témoins deux des amis de Bellini, qui étaient l'un jour-\nnalier et l'autre jardinier.\nMAIRIE DE PUTEAUX. Extrait du Registre des Actes de Décès pour i'année\n18 35.\nL'an mil huit cent trente-cinq, le vingt-quatrième jour du mois de septem-\nbre, à dix heures du matin, par-devant nous, Julien Guillaume Jérôme, Maire\net Officier de l'état civil de la commune de Puteaux, canton de Courbevoie,\narrondissement de Saint-Denis, département de la Seine, sont comparus les\nsieurs: Jacques-Louis Huché, âgé de cinquante-trois ans, journalier, et Jo-\nseph Hubert, âgé de trente-sept ans, jardinier, tous deux domiciliés en cette\ncommune et amis du défunt ci-après nommé, Lesquels nous ont déclaré\nqu'hier, à cinq heures du soir, est décédé en la maison du sieur Legigan,\nquai Royal, en cette commune, Bellini , âgé de trente-deux ans, pro-\nfesseur de musique, célibataire, né à Catania, en Sicde. Sur quoi, nous, Offi-\ncier de l'état civil sus-nommé, après nous être transporté, accompagné des\ndéclarants, au domicile où se trouve le corps du défunt, nous nous sommes\nassuré du décès. En foi de quoi nous avons dressé acte, qui a été transcrit sur\nles deux registres et signé par les déclarants et nous, après lecture.\nSuivent les signatures.\n—La grande fête de charité donnée à Nice, le samedi 7 février, au cercle\nde la Méditerranée, au profit des pauvres de la ville, a dépassé toute at-\ntente.\nOn a donné Ernani. A son entrée en scène, madame la vicomtesse Vigier\na été saluée par de nombreux applaudissements.\nTagliapietra, le baryton du Théâtre-Italien, a, lui aussi, obtenu un très\nvif succès. Cet artiste est très sympathique à la colonie.\nLa recette s'est élevée à 2 5,000 francs environ.\nL'Orphéon, par la plume de M. Abel Simon, consacre une intéressante\nnotice nécrologique à Justinien Viallon :Né le ier avril 1808, Pierre-Marie-\nJustinien Viallon fit au Conservatoire, sous Chérubini et dans la classe de\nReicha, de solides et sérieuses études. Ensuite répétiteur à cette même classe,\nil ne la quitta que pour entrer, en 1838, professeur de composition à l'Ex-\nGymnase militaire, où il occupa cette haute position pendant dix-huit années\nsous la direction de Beer et sous celle de Carafa.\nLa plupart des chefs de musique de l'armée sont ses élèves et beaucoup de\ndirecteurs de fanfares, d'harmonies ou de chorales sortirent jadis de son école.\nViallon laisse une grande quantité de musique sacrée, de nombreux\nmorceaux et fantaisies pour musique militaire, des chœurs orphéoniques esti-\nmés, etc., etc.\nMusicien profondément érudit, ses ouvrages- techniques sur l'harmonie\nfurent nombreux et très remarqués.\nExécutant, il tint longtemps le grand orgue à Saint-Paul, à Saint-Louis\net à Saint-Philippe du-Roule, et fut, pendant vingt-cinq années, organiste du\npetit orgue de la Madeleine.\nViallon n'a pu donner avant sa mort toute la mesure de son talent essen-"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "190", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.55", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2856, "texte": "tiellement technique quoique primesautier et chercheur. Il ne se révèle tout\nentier que dans une œuvre considérable dont le Traité d'instrumentation et\nd'orchestration qu'il a fait paraître, n'est qu'une faible fraction; nous voulons\nparler de sa Grammaire de composition musicale, encore inédite.\nCet immense travail est divisé en quatre parties : i° Etudes des matériaux\nharmoniques;2° Etudes de la lecture et du développement des idées ;3° Etude\ndes combinaisons scientifiques (esthétique); 40 Instrumentation et orchestra-\ntion. Il constitue une œuvre considérable pleine d'aperçus ingénieux et nou-\nveaux où fourmillent les idées remarquables et les applications originales, et\nqui contribuera à faire du nom de Justinien Viallon un de ceux que l'on place\navec respect sur la liste des travailleurs obscurs mais utiles qui consacrèrent\nleur vie au progrès de la science et de Fart. Notre excellent collaborateur,\nM. A. Elwart, a prononcé sur la tombe de Justinien Viallon d'éloquentes\nparoles d'adieu.\nM. Ismaël, de l'Opéra-Comique, vient d'être nommé professeur de\ndéclamation lyrique, en remplacement de M. Obin, démissionnaire.\nL'auteur de Chardonnette et des Contes d'un buveur de bière est un col-\nlecteur d'histoires du temps jadis, qui prépare de la matière aux librettistes\ndu temps qui vient. Il ne se contente pas de leur fournir l'ossature de pi-\nquantes comédies à mettre en musique, il leur indique encore du bout de sa\nplume le style qui sied à ces légendes naïvement poétiques des vieux âges.\nC'est à ces titres que nous signalons les Contes du Roi Cambrinus, le recueil\nque M. Charles Deulin vient de publier. Et quels jolis titres aussi à imprimer\nsur une affiche : l'lntrépide Gayant, opéra fantastique; les Dou\\e princesses\ndansantes, ballet; le Sac de la Ramée, opéra comique; Désiré d'amour ; la\nEileuse d'orties ;la Marmite du Diable ;la Viole d'amour, etc Ce dernier\nconte, vous le connaissez, il a paru dans la Chronique Musicale qui en a ob-\ntenu la primeur, de M. Charles Deulin, et il était fait pour nous mettre en\ngoût de lire ceux qui l'accompagnent dans le livre des Contes du Roi Cam-\nbrinus.\n- Le 17 juin 1872, M. Gros, compositeur de musique, a fait représenter\naux Folies-Dramatiques une opérette intitulée la Branche cassée. |\nDepuis le 24 janvier 1874, les Bouffes jouent une opérette, également inti-\ntulée la Branche cassée, musique de M. Serpette.\nProcès entre les deux compositeurs; M. Gros a demandé que ses adversai-\nres fussent condamnés à 3,000 fr. de dommages-intérêts pour usurpation du\ntitre de la Branche cassée.\nLe tribunal a fait défense à M. Serpette de continuer à faire jouer son opé-\nrette sous le titre de la Branche cassée, à peine de 20 francs de dommages-\nintérêts par jour de retard; 200 francs sont en outre alloués à M. 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On répète toujours le Florentin, qui passera sous peu.\nLe samedi 7 mars, aura lieu à l'Opéra-Comique le bal annuel donné au\nbénéfice delà caisse de secours de la Société des artistes dramatiques.\nPorte-Saint-Martin. Grand succès du drame les Deux Orphelines, de\nMM. Dennery et Cormon.\nVariétés. Vendredi i 3 février, première représentation de la Petite Mar-\nquise, comédie en 3 actes de MM. Jules Meilhac et Ludovic Halévy. Les\nauteurs sont heureux ; malgré la date fatidique, la pièce a réussi.\n—Au mois d'octobre prochain, les Variétés feront reprise de la Périchole.\nMM. Meilhac et Halévy ajouteront un troisième acte à cette opérette.\nChâtelet. Mademoiselle Mélanie Reboux est engagée au théâtre du\nChâtelet pour créer le rôle principal dans la Belle au bois dormant, la grande\nféerie de Clairville, dont M. Litolff écrit la musique.\nRenaissance. Voici la distribution des Bavards, que la Renaissance va\nreprendre très prochainement :\nSarmiento MM. Habay.\nCristobal Daubray.\nTarribio Édouard Georges.\nRoland MmesDartaux.\nBéatrix Grivot.\nInès Garnier.\nFolies-Dramatiques. MM. Ernest Dubreuil et Cœdès jont dû lire aux\nFolies-Dramatiques une opérette, la Belle Bourbonnaise.\nConcerts d'harmonie sacrée. M. Lamoureux, justement encouragé par le\nsuccès du Messie, a mis à l'étude un nouvel oratorio : la Passion, de Bach,\nqui sera exécuté prochainement.\nConcerts Frascati. Frascati, avec son orchestre, dirigé par Maton, attire\nchaque soir, rue Vivienne, une foule considérable*, Les programmes offerts"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "192", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.57", "debut_caractere": 121, "fin_caractere_exclue": 1288, "texte": "au public sont des plus attrayants, et les solistes Lalliet, de Laßencheraye,\nDuvergès, Chollet, Reuschel et Bernard, charment le public qui les applaudit\nchaque soir.\nMILAN. Macbeth, notablement modifié par Verdi, vient d'être représenté\nàla Scala, où il a fait fanatisme*. Les morceaux refaits sont un air de lady\nMacbeth au second acte, les récits et mélopées de Macbeth à la scène des\napparitions, plusieurs danses, un chœur de fugitifs au quatrième acte et le\nfinale de l'Opéra : l'air de lady Macbeth, le chœur des fugitifs et les danses\nsont ce qu'il y a de plus remarquable dans cette partie nouvelle de la parti-\ntion. Pandolfini et madame Fricci interprètent avec talent les principaux\nrôles.\nTURIN. La première représentation de la Contessa di Mons, du maestro\nLauro Rossi, a eu lieu le 3i janvier dernier au Théâtre royal, à Turin.\nLe succès, paraît-il, a été complet. L'œuvre a été applaudie dans son en-\nsemble et dans ses détails.\nOn a remarqué surtout l'introduction, un beau chœur avec une entrée de\nvoix de femmes, une prière sans accompagnement d'un très bel effet, et le\nfinale.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. 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Arsène Houssaye : « Ge sont autant de petits chefs-\nd'œuvre qui resteront. »\nC'est pour ainsi dire son livre de début. C'était dans une\nnouvelle manière l'histoire de l'art, de la littérature, de la\nmusique, des mœurs et de la philosophie de tout un\nsiècle, que cette galerie de portraits sivivante et si variée.\nAprès beaucoup d'éditions et de traductions, voici une édition elzévirienne,\nimprimée avec luxe en quatre volumes in-18. Le premier volume renferme\nla Régence avec Louis XIV, Philippe d'Orléans, Law, les filles du Régent,\nmadame de Tencin, le cardinal Dubois, Fénelon, Fontenelle, Saint-Simon, Le\nSage, Les Coustou, Watteau, Santerre, xMarivaux, Campra, Rameau,\nAdrienne Lecouvreur, pour figures dominantes.\nPar décret du président de la République française,\nSur le rapport du ministre de l'instruction publique, des cultes et des beaux-\narts :\nLa commission d'examen des ouvrages dramatiques est rétablie.\nM. Noël Martin, artiste de l'Odéon, vient de louer un local de 750 mètres\nrue Madame, près la rue de Rennes, pour y faire construire un théâtre de\n1,200 places, dont il prendra la direction et dans lequel il fera représenter\ndes opérettes et des vaudevilles. Ce théâtre sera construit par une société en\ncommandite qui émet 1,800 actions de 500 fr. ; il serait terminé et ouvert au\npublic le ier octobre.\nM. Léon Escudier s'est fait délivrer, à la mairie de Puteaux, un extrait\nde lacté mortuaire de Bellini. Vincenzo Bellini est mort,comme on le sait,\nà Puteaux, le 24 septembre 1835, à l'âge de 32 ans. Il est mort isolé et c'est\nun jardinier qui lui a lermé les yeux.\nVoici cet acte mortuaire, dans lequel l'immortel auteur de Norma, des Pu-"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "189", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.54", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2965, "texte": "ritains, de la Sonnambula, est qualifié de simple professeur de musique, et\nqu'ont signé comme témoins deux des amis de Bellini, qui étaient l'un jour-\nnalier et l'autre jardinier.\nMAIRIE DE PUTEAUX. Extrait du Registre des Actes de Décès pour i'année\n18 35.\nL'an mil huit cent trente-cinq, le vingt-quatrième jour du mois de septem-\nbre, à dix heures du matin, par-devant nous, Julien Guillaume Jérôme, Maire\net Officier de l'état civil de la commune de Puteaux, canton de Courbevoie,\narrondissement de Saint-Denis, département de la Seine, sont comparus les\nsieurs: Jacques-Louis Huché, âgé de cinquante-trois ans, journalier, et Jo-\nseph Hubert, âgé de trente-sept ans, jardinier, tous deux domiciliés en cette\ncommune et amis du défunt ci-après nommé, Lesquels nous ont déclaré\nqu'hier, à cinq heures du soir, est décédé en la maison du sieur Legigan,\nquai Royal, en cette commune, Bellini , âgé de trente-deux ans, pro-\nfesseur de musique, célibataire, né à Catania, en Sicde. Sur quoi, nous, Offi-\ncier de l'état civil sus-nommé, après nous être transporté, accompagné des\ndéclarants, au domicile où se trouve le corps du défunt, nous nous sommes\nassuré du décès. En foi de quoi nous avons dressé acte, qui a été transcrit sur\nles deux registres et signé par les déclarants et nous, après lecture.\nSuivent les signatures.\n—La grande fête de charité donnée à Nice, le samedi 7 février, au cercle\nde la Méditerranée, au profit des pauvres de la ville, a dépassé toute at-\ntente.\nOn a donné Ernani. A son entrée en scène, madame la vicomtesse Vigier\na été saluée par de nombreux applaudissements.\nTagliapietra, le baryton du Théâtre-Italien, a, lui aussi, obtenu un très\nvif succès. Cet artiste est très sympathique à la colonie.\nLa recette s'est élevée à 2 5,000 francs environ.\nL'Orphéon, par la plume de M. Abel Simon, consacre une intéressante\nnotice nécrologique à Justinien Viallon :Né le ier avril 1808, Pierre-Marie-\nJustinien Viallon fit au Conservatoire, sous Chérubini et dans la classe de\nReicha, de solides et sérieuses études. Ensuite répétiteur à cette même classe,\nil ne la quitta que pour entrer, en 1838, professeur de composition à l'Ex-\nGymnase militaire, où il occupa cette haute position pendant dix-huit années\nsous la direction de Beer et sous celle de Carafa.\nLa plupart des chefs de musique de l'armée sont ses élèves et beaucoup de\ndirecteurs de fanfares, d'harmonies ou de chorales sortirent jadis de son école.\nViallon laisse une grande quantité de musique sacrée, de nombreux\nmorceaux et fantaisies pour musique militaire, des chœurs orphéoniques esti-\nmés, etc., etc.\nMusicien profondément érudit, ses ouvrages- techniques sur l'harmonie\nfurent nombreux et très remarqués.\nExécutant, il tint longtemps le grand orgue à Saint-Paul, à Saint-Louis\net à Saint-Philippe du-Roule, et fut, pendant vingt-cinq années, organiste du\npetit orgue de la Madeleine.\nViallon n'a pu donner avant sa mort toute la mesure de son talent essen-"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "190", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.55", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2856, "texte": "tiellement technique quoique primesautier et chercheur. Il ne se révèle tout\nentier que dans une œuvre considérable dont le Traité d'instrumentation et\nd'orchestration qu'il a fait paraître, n'est qu'une faible fraction; nous voulons\nparler de sa Grammaire de composition musicale, encore inédite.\nCet immense travail est divisé en quatre parties : i° Etudes des matériaux\nharmoniques;2° Etudes de la lecture et du développement des idées ;3° Etude\ndes combinaisons scientifiques (esthétique); 40 Instrumentation et orchestra-\ntion. Il constitue une œuvre considérable pleine d'aperçus ingénieux et nou-\nveaux où fourmillent les idées remarquables et les applications originales, et\nqui contribuera à faire du nom de Justinien Viallon un de ceux que l'on place\navec respect sur la liste des travailleurs obscurs mais utiles qui consacrèrent\nleur vie au progrès de la science et de Fart. Notre excellent collaborateur,\nM. A. Elwart, a prononcé sur la tombe de Justinien Viallon d'éloquentes\nparoles d'adieu.\nM. Ismaël, de l'Opéra-Comique, vient d'être nommé professeur de\ndéclamation lyrique, en remplacement de M. Obin, démissionnaire.\nL'auteur de Chardonnette et des Contes d'un buveur de bière est un col-\nlecteur d'histoires du temps jadis, qui prépare de la matière aux librettistes\ndu temps qui vient. Il ne se contente pas de leur fournir l'ossature de pi-\nquantes comédies à mettre en musique, il leur indique encore du bout de sa\nplume le style qui sied à ces légendes naïvement poétiques des vieux âges.\nC'est à ces titres que nous signalons les Contes du Roi Cambrinus, le recueil\nque M. Charles Deulin vient de publier. Et quels jolis titres aussi à imprimer\nsur une affiche : l'lntrépide Gayant, opéra fantastique; les Dou\\e princesses\ndansantes, ballet; le Sac de la Ramée, opéra comique; Désiré d'amour ; la\nEileuse d'orties ;la Marmite du Diable ;la Viole d'amour, etc Ce dernier\nconte, vous le connaissez, il a paru dans la Chronique Musicale qui en a ob-\ntenu la primeur, de M. Charles Deulin, et il était fait pour nous mettre en\ngoût de lire ceux qui l'accompagnent dans le livre des Contes du Roi Cam-\nbrinus.\n- Le 17 juin 1872, M. Gros, compositeur de musique, a fait représenter\naux Folies-Dramatiques une opérette intitulée la Branche cassée. |\nDepuis le 24 janvier 1874, les Bouffes jouent une opérette, également inti-\ntulée la Branche cassée, musique de M. Serpette.\nProcès entre les deux compositeurs; M. Gros a demandé que ses adversai-\nres fussent condamnés à 3,000 fr. de dommages-intérêts pour usurpation du\ntitre de la Branche cassée.\nLe tribunal a fait défense à M. Serpette de continuer à faire jouer son opé-\nrette sous le titre de la Branche cassée, à peine de 20 francs de dommages-\nintérêts par jour de retard; 200 francs sont en outre alloués à M. 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C'est le chapitre détaché d'un ou-\nvrage considérable qui doit paraître prochainement sous le titre de Philosophie et\nMusique*\n\nI I le\n10"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "146", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.2", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nà ce moment suprême, la musique existait-elle déjà? Je ne le pense pas.\nQuand, où, comment fut-elle enfantée? Question épineuse, obscure, in-\nsoluble ! On ne connaît pas mieux ses origines que le lieu et la date de\nsa naissance. L'Egypte pratiqua cet art avant la Grèce; les Indiens, les\nHébreux, les Chinois le connurent certainement avant les Egyptiens.\nConfutzée passe pour avoir été un excellent musicien. —La légende\nraconte que le législateur de la Chine, invité à lire une mélodie dont\non lui demandait s'il saurait deviner le sens, pria le tiers qui lui\ntransmettait cette étrange demande de venir le voir le lendemain ;le\nlendemain, Confutzée déclara qu'il n'avait pas suffisamment étudié Pair\nqu'on lui avait confié ; il pria le consultant de repasser le surlendemain;\nle surlendemain, nouveau rendez-vous proposé et accepté pour le jour\nsuivant. Lorsque l'inconnu se présenta pour la quatrième fois chez le\nphilosophe, celui-ci allant au devant du visiteur, lui dit en souriant\nmalignement : « Si je vous ai fait un peu attendre, ce ne sera pas en vain,\nj'espère : non-seulement je crois avoir découvert le sens intime de la\nmélodie que je vous rends, mais j'ai, d'après le caractère de cette mélodie,\ndessiné le portrait de l'auteur. » La légende ajoute que le portrait\nétait fort ressemblant. Je connais aujourd'hui bien des critiques qui\nne sont pas de cette force-là !\nLa Bible assure que Jubal inventa les premiers instruments de mu-\nsique. En acceptant ce fait comme positif, me voilà forcé de faire\nremonter l'art musical au-delà du déluge. Or, il est indubitable qu'on a\nchanté longtemps avant de songer à fabriquer des instruments. Anté-\nrieurement à Jubal, le texte sacré ne fournit malheureusement aucun\nrenseignement relatif au sujet qui nous intéresse. Des conjectures, pas\nde certitudes, tel est notre bilan depuis la création jusqu'à Jubal. Le fil\ndes traditions rompu, nous marchons en pleine nuit. Toutefois, ce que\nl'histoire cache, le bon sens le découvre. L'homme, né d'hier, avait\nbien autre chose à faire qu'à chanter ! Il avait à défricher le sol, à protéger\nsa famille, à se défendre contre les bêtes fauves, à s'ouvrir un passage à\ntravers les forêts inextricables, à se débattre contre les éléments, à sentir,\nà comprendre que la terre ne lui avait pas été confiée exclusivement pour\nqu'il en jouît, et que le labeur était inévitable autant que salutaire. Ce\nn'est pas tout d'exister : il faut se nourrir, se vêtir, s'abriter. Au com-\nmencement, les plantes donnèrent la nourriture, les sources calmèrent\nla soif, les troupeaux fournirent le sang des sacrifices et le vêtement; les\nchênes énormes, les hauts troncs creusés par le mortel baiser des siècles\nservirent d'abris ; on se loge comme on peut! Il fallut apprivoiser\nla brebis soyeuse, la vache pensive, le cheval qui hennit et se cabre ;il"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "147", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.3", "texte": "NAISSANCE DÈS CHANTS POPULAIRES\n\nfallut fuir le lion et le tigre rôdant sur la montagne, s'aventurer au loin\nen suivant le cours des fleuves, devenir berger, chercher des pâturages\npropres aux animaux domestiques qui vivent en société et se laissent le\nplus facilement approcher. De berger on se fit pâtre, chasseur. Les tribus\nse formèrent. La population augmentant toujours, la nécessité de se dis-\nperser parut évidente : les uns restèrent, les autres partirent. Adieu,\nfrères, sœurs, père, mère, aïeuls! Les voyageurs franchissent les plaines,\nescaladent les monts» Ils ne s'égareront pas cependant : ils savent de\nquel côté l'aurore se lève, de quel côté le soleil se couche. Ils vont au\nSeptentrion, au Midi, dans toutes les directions; pour mieux s'orienter,\nils observent les astres, car ils reviendront un jour sur leurs pas, ils\nvoudront revoir le berceau commun, ils désireront embrasser ceux que\nla mort aura épargnés. Que de fois, pendant la séparation, ils tourneront\n•leurs yeux et tout leur cœur vers l'imperceptible point du globe où ils\nvécurent leurs jeunes années! Déjà l'homme a perdu quelque chose de sa\nbarbarie; il a souffert, il sait la vie! il regrette les êtres chéris demeurés\naux champs paternels, il s'attendrit, il pleure, il espère : le voilà poète.\nEst-il musicien ? Peut-être.\nQuoi qu'il en soit,' comment découvrit-il le secret d'exprimer ses sensa-\ntions, ses sentiments, ses pensées par des sons? La musique existait en\nlui à l'état latent, c'est évident; par quel prodige s'échappa-t-elle sou-\ndain de l'âme humaine? Jéhova avait révélé la parole au grand couple\npétri de matière et animé par le souffle de la divinité ; la Genèse ne dit\npas qu'il lui ait révélé la musique. Que d'infructueuses recherches sur la\nnaissance de cet art ! Pythagore, si je ne me trompe, et après lui Misckie-\nwicz parlent de l'harmonie des astres; c'est fort bien; mais quelle oreille\nentendit jamais cette harmonie que Dieu seul, sans doute, peut perce-\nvoir? Diodore prétend qu'on retrouva la musique, perdue après le dé-\nluge, dans les roseaux du Nil aux heures où ils étaient agités par la\nbrise; j'y consens; des gens graves affirment que les bœufs, les loups, les\nânes aussi, apparemment, furent nos naïfs instituteurs... Ces belles ima-\nginations, je l'avoue, me paraissent assez ridicules.\nN'allez pourtant pas vous imaginer que je n'admire ni les cris souvent\nexpressifs de nos aînés, les animaux, ni les bruits émouvants de la na-\nture* Ne vous figurez pas que je sois insensible aux sifflements lugubres\ndu vent qui se lamente, qui se rue, furieux, sur les rocs inébranlables,\nqui déracine les pins séculaires d'un coup d'aile et les précipite dans l'a-\nbîme où gronde le torrent frémissant; qui hurle sous ma fenêtre, bat ma\nporte, l'ébranlé, se tait une minute et recommence à se plaindre; qui\ns'abat sur la forêt, brise les branches et pousse devant lui les feuilles"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "148", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.4", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\njaunies. Ne croyez pas que j'entende sans plaisir la goutte d'eau filtrant\ndu rocher et tombant à intervalles égaux sur le caillou qu'elle creuse,\ncomme si sa petite voix disait : « Dieu nous mesure le temps à tous! »\nNe pensez pas que j'écoute avec indifférence les roulements prolongés du\ntonnerre, la menace des vagues tumultueuses, le tintement de la grêle\nsur la vitre, le clapottement du lac tranquille. Ne supposez pas que je\nperçoive sans un tressaillement intérieur le croassement aigu des cor-\nbeaux attirés sur un champ de bataille et tournoyant au-dessus des\ncadavres mutilés; ne m'accusez pas d'écouter sans réfléchir l'aboiement\ndu chien', gardien fidèle dont l'œil tendre et vigilant dit si clairement .\n« Maître, je suis là pour t'aimer et, au besoin, pour te défendre. »Le\ngazouillis du rossignol et celui du ruisseau me jettent dans une inefta-\nble rêverie ; ce que l'on appelle improprement le chant de la cigale me\nravit, l'été, lorsque, par une chaude soirée, j'erre le long des blés ba-\nriolés de bleuets et de coquelicots; quand la nuit vient, quand la lune se\nmontre au détour d'une allée ou s'accroche à 1 angle d un vieux toit,\nquand là-bas, dans les marais, coassent les crapauds, moi, passant charmé\nd'assister à ce concert nocturne, je sens l'émotion me gagner tandis que\nles bois chuchotteurs applaudissent, doucement remués par un souffle\nimprévu... Ah! soyez-en convaincus, je savoure avec joie ces bruits pro-\nches ou lointains qui, tous, me rappellent la munificence du Créateur,\ndu Créateur dont l'amour a répandu sur la colerette des marguerites et\nsur la cime des bouleaux, sur la mouche qui bourdonne dans 1 herbe,\net sur l'aigle qui plane dans l'azur cet adorable rayonnement .la grâce.\nMais, en définitive, ces bruits ne constituent pas la musique, ils ne la\nfont même pas pressentir. Certains oiseaux, à la vérité, rhythment avec\nprécision une phrase de deux, trois ou quatre sons. La caille, le coucou\nsont dans ce cas. Si les reines, habitantes des palais, sont en général peu\nmusiciennes, en revanche celles qui fréquentent les étangs le sont beau-\ncoup : elles se plaisent à répéter, soir et matin, leur refrain pastoral et\nmélancolique; malheureusement ce refrain annonce la pluie; il n'est\npourtant pas ennuyeux comme elle, je vous jure, et plus d'un hautbois\nl'imiterait volontiers. Et puis, s il était natuiel que 1 oiseau chantat,\npourquoi n'eût-il pas été tout simple que l'homme en fît autant ? Les\néléments, les minéraux, les végétaux eurent en partage les sonorités\nconfuses; les quadrupèdes eurent les cris plaintifs, fiers, .câlins, mena-\nçants, stridents, sauvages; quelques oiseaux eurent le privilège de re-\nproduire de générations en générations une phrase invariable; l'homme\nseul sut moduler. Lorsque les grands maîtres empruntent le langage\ndes êtres inférieurs, c'est accidentellement; ce qu'ils tiennent à repro-"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "149", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.5", "texte": "NAISSANCE DES CHANTS POPULAIRES\n\nduire, c'est bien moins les accents extérieurs de la nature que l'aspira-\ntion qui réside en elle ; c'est moins la sonorité matérielle que le mouvement\npsychique ascensionnel par lequel les êtres organiques et inorganiques\nles plus infimes et les plus élevés, les plus laids et les plus beaux, les\nplus abjects et les plus purs, remontent, soit aveuglément, soit instinc-\ntivement, soit volontairement, la chaîne infinie qui relie entre eux les\nanimaux de la création et qui, des profondeurs de la matière, sont attirés\nvers les sommets où l'Esprit palpite, libre, affranchi de tous liens.\nNée en Orient, la musique n'a dû être primitivement, ce me semble,\nqu'une sorte d'exclamation, d'interjection chantée. Les bribes mélodieu-\nses échappées à l'âme humaine se bornaient probablement à la répétition\nindéfinie de certains sons formant une phrase quelconque non dépourvue\nd'attrait, peut-être, mais courte et par conséquent sans haleine. Aujour-\nd'hui encore, pour les peuplades sauvages, le chant n'est pas autre chose.\nCes bribes répétées à satiété aidaient le pasteur à promener de steppe en\nsteppe ses bestiaux et sa mélancolie. Lui qui, plusieurs siècles après, en\nChaldée, devait, à force de contempler les étoiles du haut des monts, ces\nobservatoires naturels, fonder l'astronomie, ne trouva-t-il pas aussi dans\nson isolement plein de tristesse et de rêves quelques-uns des airs naïfs\nque les nations se transmettent les unes aux autres comme un précieux\nhéritage ? Sa chanson à peine plus longue que celle de la caille, de la\nreine ou du coucou abrégeait la journée, charmait sa solitude, endormait\nles moutons peureux et les chèvres bondissantes, éveillait les échos de la\nvallée ou de la montagne et s'éteignait, le soir, sur ses lèvres murmu-\nrantes, mêlée aux derniers mots de la prière. Il y a loin de là au Don\nJuan, de Mozart, au Freischutde Weber, aux Huguenots, de Meyer-\nbeer? Le pasteur inconscient pourtant, venait de créer un art nouveau;\nil introduisait dans la société un élément extraordinaire qui portait en\nlui des causes inconnues de destruction ou de régénération, des forces\nincalculables susceptibles de rabaisser l'humanité jusqu'à la brute ou\nde rélever jusqu'à l'ange. Il apportait au monde encore enfant, une arme\nà deux tranchants, et il ne se doutait pas, lui, le pauvre pasteur, qu'il\nse trouverait un jour de prétendus maîtres assez lâches pour corrompre\nle souffle qui venait de s'exhaler ingénument d'un cœur viril! Ah! s'il\navait pu le prévoir, qui sait s'il n'eût pas étouffé en lui cette mélodie\ninitiale, s'il ne l'eût pas enfouie, vissée au fond de son cerveau ? Hélas !\nhélas! il est dans la destinée de l'homme de tout connaître et d'abuser\nde tout! Qu'importe ? le Seigneur est là; il est patient étant éternel; il\nattend. A la longue le mal succombe, le bien triomphe; les artistes indi-\ngnes et leurs œuvres sont balayés par le temps et jetés au néant, lewr"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "150", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.6", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\npatrie; les artistes dignes, au contraire, les nobles artistes deviennent\ninévitablement les dominateurs, les véritables rois de l'univers.\nLes chants populaires, sauf les airs nationaux destinés à conduire les\nguerriers au combat, appartiennent presque sans exception au mode\nmineur» Cris anonymes des nations, ils expriment les souffrances des\nmasses qui flottent depuis qu'elles existent sur les eaux stagnantes de\nl'ignorance, du malheur et du désespoir. Battues par toutes les tyran-\nnies, par toutes les passions, ces tyrannies d'un autre ordre, par toutes les\ntempêtes morales, politiques et religieuses, chavirant comme de frêles em-\nbarcations sur l'océan de larmes qu'elles ont versé, les nations avides de\nliberté et rongées par l'esclavage, bâillonnées dès l'enfance et ne pouvant\ndire leurs maux, les ont chantées. La mélodie, intime et discrète confidente\nde douleurs inénarrables, fut, pour le peuple, le moule grandissant dans\nlequel il jeta le trop-plein de son âme; elle fut la soupape de la machine\nhumaine toujours prête à éclater. Écoutez les antiques mélodies juives, les\nvieux noëls, les airs hongrois, russes, arméniens, français; écoutez même\nles danses espagnoles vives et fiévreuses, écoutez le boléro pimpant avec\nson inévitable accompagnement de castagnettes, et dites-moi si les arabes-\nques, les ornements, les traits de ces airs ne se dessinent pas sur un fond\nde désespérance irrémédiable?\nPauvre peuple! s'est-il assez roulé dans ses fers? s'est-il assez débattu\ndans ses entraves? des chefs barbares Font-ils assez souvent couché sur le\nlit de Procuste? et s'étonnera-t-on que ses sanglots se soient exhalés sans\ninterruption en sons plaintifs et douloureux ?\nLes Turcs, les Polonais, les Arabes affectionnent le mode majeur.\nQuelques rayons de soleil se glissent dans leurs improvisations et vien-\nnent rompre la ligne grise ou sombre des chants populaires. Les tonalités\nturque et arabe diffèrent entre elles, et toutes les deux se séparent de la\nnôtre qui est la tonalité par excellence. Les Polonais, comme la Mignon\nde Gœthe, regrettent la patrie ; ils sont chevaleresques, amoureux, cou-\nrageux jusqu'à la témérité; s'ils ont un culte pour leur pays, ils en ont un\npour la femme, ils en ont un pour le plaisir; delà les accents déchirants,\nles élans passionnés, les accès de gaieté folle répandus dans les mazurkas\net les polonaises.\nLes Scandinaves soupirent leurs chants ; pour eux, les notes sont des\nlarmes; leur gaieté même est si désolée qu'elle semble essuyer furtivement\ndes pleurs.\nLe God save the King, dont les allures officielles conviennent fort àla\ndignité anglaise, ne saurait être considéré comme un air populaire. Dû\nà la plume germanique de Haendél, il ne sent point le terroir, bien que."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "151", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.7", "texte": "NAISSANCE DES CHANTS POPULAIRES\n\npar sa majesté, par sa carrure il s'adapte admirablement au génie britan-\nnique. Il y a du confortable dans cet air-là.\nLes montagnards écossais, moins solennels que les Anglais, se plaisent\naux motifs agrestes; ils se consolent des hommes avec la nature.\nComposé par le bon Haydn, qui aurait voulu voir régner la concorde\nuniverselle, l'hymne autrichien ne rentre pas non plus dans la catégorie\ndes airs populaires. Quant à l'Allemagne proprement dite, elle possède\nune si grande quantité de maîtres renommés et d'oeuvres magistrales, que\nle filon modeste des chants populaires se perd sous la végétation luxu-\nriante des ouvrages enfantés par les plus riches organisations musicales\ndu monde.\nJe ne m'arrêterai pas au ranz des vaches; il est trop connu; je ne\nm'arrêterai pas davantage aux tyroliennes dont les mémoires les moins\nfidèles sont bourrées. Les vraies styriennes ont la cordialité des popula-\ntions dont elles émanent. Elle ne franchissent guère la rampe, je veux\ndire les montagnes qui les séparent de nous. Les can\\one italiennes sont\ndolentes, efféminées, spirituelles, trop spirituelles même, car, en musi-\nque, l'esprit tue le sentiment et, sans le sentiment, pas de poésie, pas\nde chaleur communicative, pas d'entraînement.\n(La sir.te prochainement.)\n\nLOUIS LACOMBE."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "152", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.8", "texte": "LE RÉALISME\nDANS\nL'OPÉRA COMIQUE AU XVIIIe SIÈCLE\nVADÉ\n\n(')\nT 72 O 1757\nADÉ avait étudié et possédait supérieurement le ton\npoissard. « Il avait comme le dit spirituellement\nFréron fait plusieurs cours de Halles ; ce n'était\npoint une imitation ; c'était la nature. Jamais on n'a\njoué ses pièces aussi bien qu'il les récitait, et l'on per-\ndait beaucoup à ne pas l'entendre lui-même »\nComme son emploi au bureau du Vingtième était à peu près une si-\nnécure, il avait tout le temps d'observer ses types, et voici quel était\nl'emploi de la plupart de ses matinées :\nDès l'aurore\nJe pars de mon logis\nJ'arrive dans l'endroit où Flore\nVoit à regret débiter ses faveurs :\nOU chaque Nymphe avec adresse étale,\nL'une des fruits, l'autre des fleurs ;\nCet endroit.... est la halle\nL'heure, le bruity le temps, les cris, rien n'embarrasse...\nDeux commères étaient aux prises,\n\n(1) Voir le numéro du i*r janvier."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "153", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.9", "texte": "LE RÉALISME DANS L'OPÉRA COMIQUE\n\nEt disputaient un panier de cerises.\nEnchanté! je veux voir la scène jusqu'au bout. ..\nMoiy riant des bons mots qu'elles venaient de direy\nPour en entendre encor, je reste entr'elles deux.... (1)\nA cette époque, les femmes de la Halle avaient le singulier privilège\nd injurier (2) impunément tous les acheteurs, et même les passants, dans\nce qu'on appelait l'idiome poissard, langage grossier, mais énergique,\npittoresque et abondant en images vives et inattendues, souvent heu-\nreuses (3). Vadé essuyait le feu roulant de ces femmes, lesquelles parfois\ndépassaient les bornes, à ce qu'il nous apprend :\nQuoi, je ne pourrai pas vous donner un bouquet,\nSans risquer quelques invectives ?\nSans essuyer de ces femmes rétives\nTout ce que leur maudit caquet\nVa recueillir dans les archives\nDes ports, des halles, du guichet ?\nBon ! direç-vous, qu'est-ce que cela fait ?\nVous riposte% à leurs façons naïves ;\nVous en rie% vous-même... Oh! non pas, s'il vous plaît.\nAurais-je débuté par des rimes plaintives,\nSi je n'étais tout stupéfait,\nDe ce qu'elles m'ont dit en paroles trop vives (4) ?\nPlein de cette gaîté franche qui décèle la candeur de l'âme, Vadé était\ndésiré partout. Son caractère facile et son goût particulier ne lui per-\nmettaient pas de refuser aucune des parties qu'on lui proposait. Il y\nportait la joie. Il amusait par ses propos, par ses chansons.\nDoux, poli, jovial, obligeant, tous ses contemporains font l'éloge\nde son cœur et de son caractère ; ce n'était pas uniquement comme\nplaisant de société qu'il était recherché dans le monde.\n« J'ai été lié avec M. Vadé dit Fréron —et si je me connais en\ntalents et en vertus, j'ose assurer que peu d'écrivains ont possédé les\nqualités de l'esprit et du cœur au même degré que lui... Il était doux,\n\n(i) Troisième Bouquet poissard.\n(•2) Le véritable mot était engueuler.\n(3) Par exemple, un marchand de vinaigre était appelé par ces Dames : Limona\ndier de la Passion, par allusion au vinaigre que les Juifs présentèrent au Christ en\ncroix, lorsqu'il eut dit : « J'ai soif! »\n(4) Quatrième Bouquet poissard."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "154", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.10", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\npoli, plein d'honneur, de probité, généreux, sincère (1), peu prévenu en\nsa faveur, exempt de jalousie, incapable de nuire,, bon parent, bon ami,\nbon cito}\"en (2). »\nEt Collé : (( Vadé avait le cœur honnête, et était désintéressé au point\nd'avoir sacrifié à l'établissement d'une partie de sa famille ce qu'il avait\nretiré de ses ouvrages, et de n'avoir rien placé pour lui (3). »\n« Il aimait à obliger, et malgré la médiocrité de sa fortune, il rendit\nplus d'une fois à sa famille et à ses amis de ces services essentiels, que\nsouvent on ne trouve pas chez les gens qui sont le plus en état de les\nrendre (4). »\nMaintenant que nous connaissons, dans Vadé, l'homme, il nous\nfaut étudier l'écrivain, et, là encore, nous le retrouverons tout entier,\ntoujours lui-même, gai, franc, libre.\nOn parle, en général beaucoup moins des ouvrages que Vadé\ncomposa dans un style plus relevé. Quelques-uns, pourtant entre\nautres le Suffisant et le Trompeur trompé, opéras-comiques, ont\nun mérite bien marqué, et l'on trouve dans nos recueils plusieurs poésies\noù Vadé se montre plein de délicatesse. Il y a de lui des Epîtres, des\nÉlégies et des Fables (5), qu'il nous semble qu'aucun de nos meilleurs\npoètes ne dédaignerait. Son Epître sur VAmitié donne surtout une\ngrande idée des qualités de son cœur. Il avait en effet une belle âme...\nJean Monnet venait d'arriver de Londres, où un essai de théâtre\nfrançais avait mal réussi, grâce à la jalousie britannique, et vers la fin\nd'octobre 1751, il avait obtenu l'agrément du roi pour le rétablissement\nde l'Opéra-Comique, à la foire St-Germain, sur l'emplacement actuel\ndu marché du même nom.\nVadé, dont il fit alors la connaissance, commença à travailler pour\nson théâtre, sur lequel il donna de nombreux ouvrages, dont quelques-\nuns eurent surtout un immense succès et ne contribuèrent pas peu à\nrelever cette en y ramenant la bonne compagnie et de fructueuses\nrecettes.\nLaissons parler Monnet lui-même :\n« J'avais fait la découverte de feu M. Vadé, dont le hasard m'avait\nprocuré la connaissance. Le jugement que je portai d'abord sur le tour\n\n(I) Mon Hippocrène est la sincérité. VADÉ; Epître sur VAmitié,\n(i) Ibid., pag. 351 et 352,\n(3) Journal et Mémoires de Ch. Collé (édit. de 1868), tome 11, p. 107.\n(4) Avertissement, déjà cité, p. 6.\n(5) Au nombre de neuf."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "155", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.11", "texte": "LE RÉALISME DANS L'OPÉRA COMIQUE\n\nde son génie et sur sa gaîté m'enhardit à lui faire des offres honnêtes\nqui le déterminèrent à me consacrer ses talents...\ncc M. Vadé, dans cette foire (1752), fit et donna, pour son coup\nd'essai, la Fileuse, parodie de l'opéra à 1 Omphale, que l'on donnait\nalors à l'Opéra (1). »\nLe succès de cette parodie contrarié d'ailleurs par celui de Fan-\nfale (2), jouée le même soir à la Comédie-Italienne, ne fut pas très\nheureux. Mais Vadé allait bientôt prendre sa revanche à la foire Saint-\nLaurent, dont le nouveau théâtre, bâti par Arnoult, machiniste du roi,\net décoré par le peintre Boucher, c'est tout dire, fut construit en\ntrente-sept jours.\nCe fut sur cette jolie scène que Vadé donna, avec un grand succès, le\nPoirier, opéra-comique, le 7 août 1752.\nLe Bouquet du roi, pièce de circonstance pour la fête de Louis XV,\nne réussit pas aussi bien, au même théâtre.\nC'est dans la quatrième scène de cet à-propos que Vadé appela\nLouis XV notre bien-aiméy surnom que la voix du peuple confirma\naussitôt au monarque (3).\nAu printemps de Vadé produisit le Suffisant, qui eut le succès\nle plus grand, comme le mieux mérité; Fréron fut un des premiers à\nle constater :\n« On joue actuellement une pièce dont le titre vous étonnera... c'est\nle Suffisant.\n« Quelle nouveauté et quelle hardiesse d'entreprendre un opéra-comi-\nque de caractère ! Tout le monde, à la première représentation, crai-\ngnait pour l'auteur, et s'attendait à le voir punir de sa témérité. Mais,\ncontre toute espérance, cet ouvrage a réussi La fatuité y est peinte\navec des traits neufs et plaisants; c'est une très jolie comédie en vaude-\nvilles. M. Vadé détruit par cet ouvrage les préjugés où l'on était à son\négard.\n« Parce qu'il n'avait donné jusqu'ici que des lettres, des chansons et\ndes poésies poissardes, on le croyait borné à ce genre. Il fournit encore\nune nouvelle preuve que le théâtre, auquel il paraît vouloir consacrer ses\n\n(1) Supplément au Roman comique, ou Mémoires pour servir à la vie de J. Mon-\nnet, écrits par lui-même (Londres, 1772), t. If, p. 57 à sg.\n(2) De Favart et Marcouville.\n(3) Voltaire, qui rappelle ce fait plusieurs fois, traite, on ne sait trop pourquoi,\nVadé dQ polisson (Voyez Œuvres de Voltaire, édition Beuchot, t. XL., p. 80, et\nt. LXIX, p. 56). Ce qui ne l'empêcha pas de publier un certain nombre de pamphlets,\nsous les noms supposés de Guillaume et de Jérôme Vadé."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "156", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.12", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ntalents, peut s'épurer de plus en plus, et devenir peut-être un jour une\nécole d'esprit, de goût même...\n« M. Vadé a un talent particulier pour le couplet; il remplit avec une\nheureuse facilité les airs les plus difficiles; il s'en trouve un très grand\nnombre dans sa pièce. Je ne vous rapporterai que les paroles qu'il a faites\nsur le menuet d'Exaudet. Le Suffisant se croit adoré de Clitie; elle ne\npeut le et le dépit éclate sur son visage; voici les leçons que le\nfat lui donne, à ce sujet;\nVous boude\nVous garde%\nLe silence :\nMais, loin d'en être accable,\nParbleu, je suis comblé\nDe votre résistance.\nA vous voir,\nLe devoir\nVous occupe :\nDe ce manège usité\nJe n'ai jamais été\nLa dupe.\nCependant cet air bigarre,\nA parler net, vous dépare :\nVos attraits\nSont moins vrais.\nAh! de grâce,\nAbandonne% ce ton là;\nEn vérité\\ cela\nMe passe.\nEntre nous,\nC'est pour vous\nQu'on vous gronde ;\nCar vous avetf un maintien\nQui ne ressemble à rien :\nCe n'est pas là le monde.\nAye\\ donc\nDu bon ton\nQuelque ébauche :\nJe suis trop franc, pardonne%,\nMais, ma foi, vous donne%\nA gauche (i).\n\n(i) Scène V."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "157", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.13", "texte": "LE RÉALISME DANS L'OPÉRA COMIQUE\n\n« Le Suffisant débite des maximes conformes à son caractère, et qui\nseraient applaudies sur tout théâtre. Il dit à Lindor, qui se pique d'être\nrespectueux auprès des femmes:\nTiens, la soumission qu'on a pour son vainqueur,\nNourrit sa vanité, sans émouvoir son cœur.\nPlus le sexe a de droits, et plus il en abuse.\nQui Vencense est esclave, est aimé qui l'amuse (1 ).\n« M. Vadé a l'avantage de voir son opéra-comique très bien rendu.\nL'acteur qui joue le Suffisant (le sieur Le Moine) S'acquitte de ce\nrôle avec le plus grand succès. Ce spectacle en générai est aujourd'hui\ntort agréable. Il y a des ballets charmants et très bien exécutés (2).»\nPour donner une idée plus complète du talent et de la facilité de Vadé\nà tourner ses couplets sur les airs les plus hérissés de difficultés, je citerai\nles suivants de la même pièce :\nAIR de la Neuvaine, ou « quand l'Auteur de la Nature ».\nQue craindre d'un Petit-Maître,\nSuffisant, enchanté de son être,\nQui se vante,\nForge, invente\nBillets doux,\nSoupers et rendez-vous !\nAffectant la faible vue,\nEt passant ses bijoux en revue,\nIl minaude,\nÉchafaude\nSon jargon\nSur un singulier ton.\nOui, la belle\nLa plus rebelle\nCesse de l'être à son aspect.\nL'air d'aisance\nLe dispense\nDes égards et du froid respect ;\nChargé de poudre et d'essence,\nIl exhale un parfum suspect. (Scène I.)\n\n(1) Scène X.\n(2) FRÉRON ; Lettres sur quelques Ecrits de ce temps, t. VIII, p. 345 à 348."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "158", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.14", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nLE CHEVALIER, à Elvire.\nAIR : Paris est au Roi, ou de la Camargo.\nCe que vous pense%\nMe res semble assert\nJe me pique surtout\nD'avoir quelque goût.\nJ'occupe un brodeur...\nMoiy c'est ma fureur.\nAIR : De l'Amour tout subit les lois.\nUn minois,\nPeut bien quelquefois\nNous toucher,\nSans nous attacher ;\nUn éclair\nEst as se% l'image\nDes feux d'un homme du bel air ;\nOn le craint}\nEt même on se plaint\nD'un tourment\nQu'il cause aisément.\nLINDOR.\nVolontiers,\nTon humeur volage\nS'endort sur ses lauriers.\nLE CHEVALIER.\nOh ! parbleu, s'il fallait aimer\nToutes celles qu'on sait charmer,\nLe rôle serait assommant,\nJ'y renoncerais assurément ;\nCar enfin,\nMoi, si j'étais vain,\nJe pourraisy\nTant que je voudrais,\nMe flatter\nQue plus de cent femmes\nRespirent pour me regretter ,\nElles font\nDu bruit, elles ont\nBeau crier,"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "159", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.15", "texte": "LE RÉALISME DANS L'OPÉRA COMIQUE\n\nSans cesse prier,\nSoins perdus !\nJe ris de leurs flammes ;\n(A Clitie.) Aies soupirs vous sont dus. (Scène X.)\nN'y a-t-il pas dans ces quelques couplets un portrait pris sur\nnature de la fatuité du petit maître?...\n«A la foire Saint-Laurent suivante, le 3o juillet 1753, on exécuta,\npour la première fois, l'intermède des Troqueurs (de Vadé), premier\nouvrage en musique de ce genre, qui ait été fait et joué en France, »\ndit Monnet, qui nous donne au sujet de cette opérette les piquants dé-\ntails que voici :\ncc Quelques années auparavant, on avait permis à une troupe de\nbouffons italiens de jouer sur le Théâtre de l'Opéra des intermèdes de\net autres compositeurs d'ltalie. C'est à ces deux époques\ndifférentes qu'il faut rapporter le goût d'une partie de la nation pour ces\nnouveaux spectacles en musique. On sait combien de partisans leur fit,\nprincipalement à Paris, le fameux intermède de la Serva Padrona,\nouvrage immortel d'un homme plein de génie, de naturel et de feu...\n<c Les partisans de la nouvelle musique encouragèrent de jeunes musi-\nciens à faire de petits intermèdes français dans le goût italien. La nation,\nfacile à plier, se tourna tout d'un coup vers le nouveau genre, et, disons-\nle, à la louange des auteurs, tant des drames que de la musique... ils sur-\npassèrent, pour le naturel, la variété, la gaîté, le goût (malgré les diffi-\ncultés de notre langue), presque toutes les compositions du même genre\ndes Italiens, leurs rivaux...\n«Je reviens aux Troqueurs. Après le départ des bouffons, sur le juge-\nment impartial que des gens d'un goût sûr avaient porté de leurs pièces,\nje conçus le projet d'en faire faire, à peu près dans le même goût, par\nun musicien de notre nation. M. d'Auvergne me parut le compositeur le\nplus capable d'ouvrir,avec succès,cette carrière; je lui en fis faire la pro-\nposition et il l'accepta. Je l'associai avec M. Vadé, et je leur indiquai\nsimplement un sujet de La Fontaine.\n« Le plan et la pièce furent faits dans l'espace de quinze jours.\n(( Il fallait prévenir la cabale des bouffons : les fanatiques de la musi-\nque italienne, toujours persuadés que les Français n'avaient point de\nmusique, n'auraient pas manqué de faire échouer mon projet. De con-\ncert avec les deux auteurs, nous gardâmes le plus profond secret. En-\nsuite, pour donner le change aux ennemis que je me préparais, je ré-\npandis dans le monde, et je fis répandre, que j'avais envoyé des paroles"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "160", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.16", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nà Vienne, à un musicien italien qui savait le français et qui avait la plus\ngrande envie d'essayer ses talents sur cette langue. Cette fausse nouvelle\ncourut toute la ville et il n'était plus question que de faire faire une répé-\ntition de la pièce... Elle se fit sur un petit théâtre que j'avais chez moi,\npar les acteurs de mon spectacle, en présence de plusieurs artistes célè-\nbres, qui pour la plupart avaient voyagé en Italie; ils m'assurèrent tous\nque la pièce aurait le plus grand succès. Elle fut donc représentée, et,\nquoique jouée et chantée par des acteurs qui ne savaient pas la musique,\nelle fut généralement applaudie.\n« Les bouffonnistes, persuadés que cette musique avait été faite à Vienne\npar un italien, vinrent me complimenter sur l'acquisition que j'avais\nlaite de ce bon auteur, et se confirmèrent encore la grande supériorité de\nla musique italienne sur la nôtre. Aussi charmé de leur bonne foi que\nde l'heureuse tromperie que je venais de leur faire, je leur présentai\nM. d'Auvergne, comme le véritable Orphée de Vienne.\n« Le joli drame des Troqueurs eut dans sa nouveauté le plus grand\nsuccès. »\nCette anecdote rappelle la supercherie dont Méhul se servit pour con-\nvertir Napoléon à sa musique, en faisant passer son Irato pour une\npartition italienne.\nC'est sur Les Troqueurs de Vadé, qu?Hérold écrivit son premier\nessai d'opéra-comique pour la scène ou il'devait bientôt donner Zampa)\nson chef-d'œuvre !\n(La suite prochainement.)\n\nCH. BARTHÉLEMY."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.17", "texte": "E.Millet,sculp.\nImp.A.Cadart,Paris.\nMICHEL HAYDN."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.18", "texte": "MICHEL HAYDN\n\n1737 iBo6\n(0\nN petit nombre d'ouvrages de Michel Haydn ont été\ngravés. D'après des renseignements authentiques, la\nmaison Breitkopf et Haertel lui avait fait des ouver-\ntures ; mais ses occupations et l'obligation à laquelle\nil se croyait tenu de composer pour tout le monde,\nl'empêchèrent de tirer parti de cette heureuse circons-\ntance. La plupart de ses œuvres parues ont été gravées à Salzbourg, à\nAugsbourg et à Vienne; nous les citerons par ordre chronologique :\ni° 6 Sonates pour violon et alto, Augsbourg, Gambart, 1794. On sait\nque deux de ces sonates sont de Mozart; 20 Messe latine, à quatre\nvoix, deux violons, alto_, violoncelle, deux cors et timbales, même maison.\nCette messe était 1 œuvre préférée de Michel Haydn; 3° 12 Menuets\nà grand orchestre, Augsbourg, 1795;- 40 Les Vêpres chorales alle-\nmandes sur les perfections les plus connues de Dieu, qui peuvent se\nchanter pendant le service au lieu des vêpres latines, et dans les mêmes\ntons que les psaumes habituels, Salzbourg, 1795. Cet ouvrage se compose\nde douze psaumes alternants et d'un magnificat à deux voix qui alter-\nnent également; l'accompagnement est écrit pour l'orgue (basse chiffrée),\ncor et trompette. La variété des harmonies brodées sur un canevas aussi\nuniforme que celui dont ne pouvait s'écarter Haydn, fait le principal\nmérite de ces vêpres, dont l'étude est recommandée dans les conserva-\n\n(1) Voir les numéros des i 5 décembre 1873 et janvier.\n\n111.\n11"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "162", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.19", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ntoires allemands à l'égal de celle des litanies de Bach. 5° Messe alle-\nmande (jtetetjj-eg faalbtecïïbigcs f|adjumt) à quatre voix, deux hymnes et or-\ngue, Salzbourg, 1797 (2 éditions); —6° Ouverture à 2 v. 2 ob. iFag.\nFL (1797); —la même, arrangée p. le clav. 70 2 Chœurs à 4 voix\nd'hommes, sans accompagnement : jâarl ïrcr f|ettr; Will feommcix im êxnuzn,\nSalzbourg 1800. Les compositions pour voix d'hommes de M. Haydn\nsont nombreuses; il a devancé de douze ans l'œuvre entreprise simul-\ntanément par Naegeli en Suisse, et par Zelter à Berlin; 8° 6 Canons\nallemands à 4 et 5 voix, sans accompagnement, Saltzbourg, 1800;\n90 3 Quatuors pour instruments à cordes, Vienne, Comptoir d'indus-\n1802; io° Suite de quintettes pour instruments à cordes, même\nmaison iBo3, et à Paris, chez Pleyel.\nSi on ajoute à ces ouvrages trois symphonies, publiées à Vienne, chez\nArtaria, on aura la liste des œuvres de Michel Haydn gravées avant\nl'époque de sa retraite et de sa seconde manière. Celles qui appartien-\nnent à la seconde période de sa vie sont les suivantes : Offertoires,\nVienne, Diabelli ; 22 Graduels, même maison ; Litanies du Saint-\nSacrement, Leipzig, Breitkopf et Haertel ; 2 Tantum ergo, Vienne,\nDiabelli; 2 Leçons de ténèbres, Augsbourg et Leipzig;— Un Gra-\nduel allemand (fixer licjt box fainer Paj-cstai) ; Un autre Graduel, avec\norgue en ut; Salzbourg, Hacker. Telle est l'énumération de\nl'œuvre connu de Michel Haydn. L'ayant formé en réunissant les in-\ndications puisées à diverses sources, nous avons lieu de penser qu'elle\nest complète.\nMais qu'est-ce que cette liste, en comparaison de l'immense quantité\nd'ouvrages de Michel Haydn, qui n'ont pas vu le jour? Le simple énoncé\ndes titres d'œuvres acquises après sa mort, par le prince Esterhazy,\ntémoignera mieux qu'un long discours de son incroyable fécondité. Ces\nœuvres forment les catégories suivantes : i° Musique d'église (paroles\nlatines) : 20 messes; 16 offertoires; 114 graduels (1); 9 litanies; 5 Te\n\n(1) Ces Graduels ont leur histoire. Ils furent commandés à Michel Haydn par le\nprince-arclievêque Hyéronimus Colloredo, pour remplacer les symphonies dont ses\nprédécesseurs avaient introduit l'usage entre l'épître et l'évangile. Ces symphonies,\ndisait le prince, troublaient la piété des fidèles. Sur son indication, Haydn s'ins-\npira donc du graduel du Missel romain, c'est-à-dire de l'alléluia et des réponses que\nl'officiant chante en alternant avec le chœur, entre l'épître et l'évangile; il les tra-\nvailla pour les quatre voix habituelles, avec accompagnement de deux violons et de\nl'orgue, augmentés parfois de l'harmonie. C'est le 24 décembre 1783 que Michel\nHaydn fit entendre son premier graduel, auxquels succédèrent les 113 autres, dont\nl'ensemble constitue une collection pour tous les dimanches et toutes les fêtes de\nl'année."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "163", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.20", "texte": "MICHEL HAYDN\n\nDeum; 3 vêpres et un dixit; 4 Tantum ergo; 5 Réponses; 2 Complet\ntoriœ; 2 Ténèbres à quatre voix, avec accompagnement d'orgue; 2 Stella\ncœli, également à quatre voix avec accompagnement d'orgue; 2 Regina\ncœli\\ un Aima; un Ave regina et un Salve reginay avec accompagne-\nment d'orchestre. Musique d'église (paroles allemandes) : 4 messes;\nun air ; une litanie; un Te Deum; 4 vêpres chorales ; une Bénédiction;\nun Regina cœli ; une prière au Mont-des-Oliviers ; plusieurs chants\navec ou sans accompagnement d'orchestre. 3° Oratorios et opéras ;\nle Pécheur pénitent, oratorio; le Repentir de Saint-Pierre, oratorio en\n2 parties; le Combat du repentir et de la conversion, oratorio; And.ro\nmeda et Perseo, drame en 2 actes; Patritius, le patriote anglais; Bra-\nvoure; VAurore joyeuse, opéra. 4e Cantates et lieders ; cantate du\nJubilé; à VAbbesse de Nonberg ; Chansonnette du brigadier et Chan-\nson des recrues ; Chœur de prêtres ; 5o lieders à quatre voix, parmi les-\nquels il convient de citer: Repos du soir; la Mère abandonnée;\nAdieu; V Arbre de la Liberté des Suisses; à tous les Allemands ; à nos\nJardins ; sur la Pelouse ; lavie champêtre ; Invitation à la vie champê-\ntre ;au bocage de Haigen ; à Elle!\n2 partite (petites symphonies); une sérénade; un concerto pour flûte ;\nune pastorale ; 2 divertissements à six instruments; 3 divertissements\nà 5 instruments; 2 quintettes; 3 nocturnes à 5 instruments; une suite\n(2 clarinettes, 2 cors et un basson); un concerto pour violon; un qua-\ntuor (violon, cor anglais, viole et violoncelle); 7 marches; 9 suites de\nmenuets ; une suite de danses anglaises.\nCes ouvrages sont, ainsi que nous l'avons dit, ceux qui appartiennent\nà la famille Esterhazy. Ils comprennent la totalité des manuscrits trou-\nvés dans le cabinet de Michel Haydn après sa mort. Si l'on y ajoute le\nnombre incalculable des fragments laissés par le maître dans les couvents\noù il les avait composés, on pourra seulement se faire une idée à peu\nprès exacte de l'œuvre entier de l'un des compositeurs les plus féconds\ndont puisse faire mention l'histoire de la musique. Encore n'avons-\nnous point parlé de ses deux Requiem, dont l'un, en manuscrit, est\ndéposé à la Bibliothèque de Salzbourg , et dont l'autre est demeuré\ninachevé. Ce dernier a sa légende, comme celui de Mozart. Il avait été\ncommandé à Michel Haydn par l'impératrice, et, comme Mozart, celui-\nci s'était frappé de l'idée qu'il le composait pour lui-même. En vain, ses\namis s'efforçaient d'éloigner cette supposition de son esprit. Il n'écou-\ntait point leurs raisonnements et répétait à ceux qu'il rencontrait « qu'il\nsentait bien que sa fin était proche, et que son plus grand regret était\nde n'avoir plus le temps nécessaire pour donner une suite à la Création"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "164", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.21", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nde son frère, ainsi que celui-ci l'en avait prié, » On ne lui connut au-\ncune maladie; mais il s'affaiblit peu à peu et mourut le 10 août 1806, à\nl'âge de soixante-neuf ans, après n'avoir écrit que Y Introït et le Kyrie\nde son Requiem. La cour d'Autriche acquit ces deux morceaux au prix\nde six cents florins, qui furent comptés à la veuve de Michel Haydn.\nCelle-ci fit d'ailleurs argent de tout ce qu'avait possédé son mari ; elle\nvendit ses manuscrits au prince Esterhazy, un antiphonàire avec la basse\nchiffrée et un cahier renfermant ses observations barométriques depuis\nvingt ans, à ceux qui lui en offrirent le plus d'argent, et, ce qu'on\naura peine à croire, sa tête,— vous avez bien lu :sa tête, —au P. Ret-\ntensteiner, de l'ordre des Bénédictins.\nCette profanation explique la double tombe de Michel Haydn à Salz-\nbourg : celle où repose son corps mutilé et celle qui renferme sa tête. Le\ncorps est scellé sous les marches d'une chapelle du couvent de Saint-\nPierre, tandis que la tête est placée dans une urne qui surmonte le mo-\nnument élevé par les soins singulièrement pieux du P. Rettensteiner\ndans l'église des Bénédictins, à la mémoire de l'ami dont il avait acquis\nla meilleure partie. C'est dans ces deux églises que le voyageur égaré\ndans la patrie de Mozart devra faire ses dévotions aux restes du musicien\nmarquant, auquel il ne manqua guère que de la confiance en son génie\nnaturel pour devenir un maître illustre et renommé.\nNous 11e terminerons pas cette esquisse sans parler des deux portraits\nqui l'accompagnent. L'un, —~ celui qui représente la silhouette de Mi-\nchel Haydn, figure en tête d'une courte biographie du vieux contre-\npointiste, parue à Saltzbourgen 1833. L'autre, l'eau forte, a sa légende :\nLe peintre Morff, qui eut jadis une grande réputation en Autriche, en\navait peint l'original pour le Chapitre de Saint-Pierre, et dans le même\ntemps Sigismond Neukomm, que des liens de parenté et d'affection\nunissaient aux Haydn, lui en avait demandé une copie. Morfi était alors\nfort âgé. Quelques années se passèrent sans que Neukomm enten-\ndît parler du portrait. Lui-même vivait d'ailleurs éloigné de son pays,\nlorsqu'un jour, traversant Stuttgard, il apprend que Morff s'est retiré\ndans cette ville. Il se fait indiquer sa demeure, s'y rend aussitôt et\ndemande à le voir. Une vieille servante le reçoit et lui annonce que son\nmaître est en enfance et ne reconnaît personne. Neukomm s'informe du\nportrait de Michel Haydn : « Jésus-Marie, s'écrie cette femme, mon\nmaître disait bien qu'on viendrait le chercher ; il ne voulait pas qu'on le\nvendît. Et pourtant nous avons tout vendu : ses tableaux sont partis\nl'un après l'autre. Celui-là seul restait. Un anglais est venu le mois der-\nnier :il m'en a offert un louis d'or C'était une fortune pour nous ;il"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "165", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.22", "texte": "MICHEL HAYDN\n\nl'a emporté. Heureusement, monsieur ne s'en est pas aperçu. » Attiré\npar le bruit de cette conversation, Morff apparut; il fixa quelque temps\nle visiteur et se jeta dans ses bras en pleurant et en montrant une\nplace vide sur le mur ; puis, le prenant par la main, il l'entraîna vers sa\ncommode en disant : « Viens, viens, j'en ai fait une copie pour toi. » Et\nil lui remit une miniature, qui a servi de modèle à notre collaborateur\nartistique.\nQuant à l'original, on peut le voir dans la cave du couvent de Saint-\nPierre, où la bonne et honnête figure qu'il représente sourit encore aux\nbourgeois de Salzbourg, qui ont hérité de leurs pères, contemporains\net compagnons de Mozart et de Haydn, de leurs admirations pour les\nbeautés de l'art musical et de leur prédilection pour les petits vins du\nTyrol.\n\nEDMOND NEUKOMM."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "166", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.23", "texte": "LA MUSIQUE\nA LA COMÉDIE-FRANÇAISE\n\n(0\nES anciens camarades de Molière, fidèles à sa mémoire,\nsuivirent, en toute chose, la voie qu'il leur avait indi-\nquée. L'ordonnance du 3o avril leur laissait encore les\nballets dont les pièces de machines étaient le prétexte\nnaturel et qui leur prêtaient un charme spécial. Le 17\nmars 1675, ils représentent la Circé de Thomas Cor-\nneille et de Visé, avec intermèdes de Charpentier. Ils avaient fait de si\nfortes dépenses pour cette pièce, dont les frais extraordinaires devaient\ns'élever à 10,842 liv. T 7 sols, que plusieurs des comédiens, dans l'assem-\nblée qui se tint pour la monter, avaient refusé leur consentement avec\nquelque apparence de raison. Puisons, dans le registre de La Grange, le\ndétail des frais ordinaires, qui furent de 331 liv. 5 s. par jour (2).\nFrais ordinaires (habituels) 5i liv. 16 sols.\nSymphonie 24 »\nDanseurs 3i 10\nDix petits assistans àis sols 7 10\nVoix et chaises 17 »\nSix grans assistans, deux à3o sols 7 «\nQuatre moyens assistans àis sols 3 »\nSaulteurs, prix faict 40 »\nAugmenté au sieur Charpentier 5 10\nAu sieur Poussin 5 10\n\n(1) Voir les numéros des i 5 décembre .1873 et i 5 janvier.\n(2) Le registre du régisseur donne, pour ces frais, les chiffres suivants : le 17 et le\n19, non payés; le 3lB liv. 11 s. ;le 24, 318 liv, 16 s.; le 26, 318 liv. 1 s.; le 29,\n326 liv. (il est ajouté : 5 liv. 10 s. à Charpentier et 2 liv. 10 s. pour les petits Amours);\ne 2 avril, 331 liv; le 59 33 ï liv» 10 s., etce\ni"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "167", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.24", "texte": "LA MUSIQUE A LA COMÉDIE-FRANÇAISE\n\nLe registre du régisseur présente, en détaillant quelques-uns de ces\narticles, des variantes :\n/ Conuerset 3 liv. i 5 sols.\nMarchand 3 15\nDu Viuier 3 i 5\nSymphonie. /Du Mont 3- i 5\nDu Fresne 3 »\nCourcelles 3 »\ni Clauessin... 3 »\n24 liv. » sols.\n( La Montagne 4 liv. 10 sols.\nMarcheurs. < „ x a r\n( Et 9 autres a 3 1iv.... 27 »\n3i liv. 10 sols.\n10 petits voleurs àlO sols 5 liv. » sols.\n(augmentés ensuite chacun de 5 sols.)\nAmour et chaise 4 10\nVoix et chaises 12— »\n6 grands voleurs, dont 2à 1 liv. 10 sois 7 - »\n4 moyens voleurs àl5 sols..® 3 »\nSauteurs 40 »\nAugmentation àM. Charpentier 5 10\nLes Irais extraordinaires sont :\nBas de soye, escarpins, rubans, pour 10 dan-\nseurs, àll liv. pour chacun...., 110 liv. » sols.\nA M. Poussin, musicien, pour sa chaussure\net petite oye, un louis d'or 11 »\nChaussure des saulteurs, statues et une paire\nde bas de soye pr ledit M. Poussin, 8 escus. 24 »\nA Baraillon, pour 12 calçons à 3o sols la\npièce pour les danseurs ou marcheurs.,.. 16 10\nA M. Gaye, musicien, pour récompance, 3\nlouis. 33 »\nA Charpentier, compositeur de la musique ;\n20 louis d'or sur et tant moins de sa récom-\npance ..... 220 »\nEscarpins et bas des saulteurs »»0 » » 0 #... ».,. 46 5"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "168", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.25", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nLes comédiens enfreignaient ainsi l'ordonnance du 3o avril 1673, car\nles six violons et le clavecin, portés pour 24 livres, étaient employés\nindépendamment des six violons de l'orchestre, payés chacun 1 liv. 10 s.\net compris dans les frais ordinaires habituels (68 liv.). Aussi, le 21 mars\n1675, le directeur de l'Opéra fait-il rendre une nouvelle ordonnance qui\nleur rappelle le nombre total de violons dont il leur est permis d'user, et\nleur interdit les musiciens à gages, c'est-à-dire stipulant que ce n'est\npas plus de deux voix de comédiens qu'ils peuvent se permettre. En\neffet, ils prenaient l'habitude d'employer, quoiqu'en moins grand nom-\nbre, d aussi bons chanteurs qu'à l'Opéra ; puis, équivoquant sur les\ntermes de l'ordonnance de 1673 et feignant de ne la croire applicable\nqu'aux artistes du dehors, ils utilisaient le talent de ceux d'entre eux\nqui savaient chanter, de façon à avoir six ou huit voix, tandis qu'on\nleur en tolérait deux seulement. Voyant, en outre, que, même avec des\nrestrictions purement musicales, ils arrivaient, au moyen des ballets\njoints aux machines et décors, à rivaliser de pompe théâtrale avec son\nAcadémie, Lulli obtint que l'ordonnance leur défendît les danseurs. Cet\nacte, signifié , pendant les représentations de aux comédiens,\nabrégea le succès de la pièce.\nLa Bibliothèque Nationale possède les Airs de la Comedie de Circé\navec la basse continue, Ballard 1716, partition imprimée. Le 6 août\n1705, la Comédie fit une reprise, sans machines, de pour laquelle\nDancourt écrivit un nouveau prologue et d'autres divertissements, dont\nGilliers fit la musique.\nMalgré leur dernier échec, les comédiens de Guénégaud représentent,\nle 17 novembre suivant, Y Inconnu,des mêmes auteurs, Th. Corneille,\nde Visé et Charpentier. Ils font, à la vérité, moins de dépenses pour\ncette pièce que pour la précédente, bien qu'elle en pût impliquer davan-\ntage : les frais extraordinaires ne se montent qu'à 2,500 liv. ; les frais\nordinaires, qui s'élèvent , le 17 et le 19, à 208 liv. 17 s. et à 220 liv.,\nse modèrent , à partir du 22, à 175 liv. Mais nous rencontrons encore,\ndans le registre du régisseur, ainsi qu'on va le voir, des voix externes et\ndes danseurs. Peut-être les comédiens équivoquèrent-ils de nouveau sur\nles voix d'entre eux.Quoi qu'il en soit, aucun écho ne nous est parvenu\nde réclamations du Florentin contre la représentation de Y Inconnu.\nD'ailleurs, cette infraction ne se renouvela plus de longtemps; nous la\nsignalerons quand elle se produira. Voici les frais extraordinaires ."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "169", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.26", "texte": "LA MUSIQUE A LA COMEDIE-FRANÇAISE\n\nChaussures des marcheurs et petite oye à\nii liv. chacun 88 liv. » sols.\nPour racommoder le clauessin 3 »\nA François, garçon des violons, pour port\nd'instrumens » 40\nDiverses sommes relatives sans doute à des\nmusiciens, entre autres :\nA mademoiselle Bastonnet, musicienne, pour\nses coiffures, garnitures et chaizes de répé-\ntition 36 »\nAu sieur de la Montagne, pour auoir dressé\nles pantomimes 75 »\nVoilà maintenant les frais journaliers :\nIConuerset . 3 liv. i 5 sols.\nMarchant...» 3 i 5\n) petit chœur.\nDuViuier.,.l 3 i 5\nDu Mont...) 3 i 5\nDu Fresne 3 »\n\\ Courcelles 3 »\nClauessin : La Porte 3 »\nTheorbe : Carie André 3 »\n27 liv. » sols.\nDanseurs ou marcheurs, au nombre de huit,\nà 3 liv 24 liv. » sols.\n4 petits amours dansans ou assistans, à 1 liv.\n10 sols 6 »\nALa Montagne, compositeur des pas 1 10\nTT . 1 M. Poussin . 7 »\nYoix ) '\nj Mademoiselle Bastonnet 7 »\nM. Charpentier, compositeur de musique.... 11— »\nLa Grange dit, en outre, qu' « on tira une part pour Baraillon pour les\nhabits du ballet. »\nLa pièce eut trente-trois représentations consécutives, au double. On\nsait que Y Inconnu contient une représentation de comédie. C'est une\nfête galante : Psyché enlevée par l'Amour dans un palais magnifique.\nLors de la reprise de 1678, le troisième acte du Triomphe des Dames,\nqui est une pastorale, fut substitué à cette saynète. Ulnconnu fut encore"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "170", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.27", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nremis en 1679 ; Charpentier y ajouta, dans le divertissement, une chan-\nson de paysanne qui eut une grande vogue. En août 1703, autre reprise,\npour laquelle Dancourt fit un prologue et des divertissements nouveaux\nque Gilliers musiqua. Le Recueil imprimé de 1753 (Arch. Com. Fr.)\ncontient deux airs de ce compositeur et deux de Charpeniier. Reprise\nencore en février 1704, aux Tuileries, avec un ballet pour intermède ;le\nRoi et toute la cour y dansèrent. Nouvelles reprises, à la Cour, en 1728,\net à la Comédie en 1746 ; la dernière provoqua les réclamations du\ndirecteur de l'Académie de musique. Cette pièce est la plus théâtrale et la\nplus luxueuse du répertoire de la Comédie-Française. C'est celle qui a\nété représentée toutes les fois que le théâtre a voulu donner un échan-\ntillon de sa splendeur. Elle le fut à l'arrivée en France de la jeune\ndauphine, Marie-Antoinette ; Molé joua le Prince.\nLes comédiens ne pouvaient se consoler du départ des voix et des\ndanseurs. La Grange nous les montre tâchant, le 7 juillet 1676, de profi-\nter d'un moment où ils espèrent que le Roi, revenant d'une guerre\nheureuse, octroyera les chartes les plus libérales, pour demander « une\npermission pour la musique et la danse. » Ils ne réussirent pas, et, le\n7 août, le Triomphe des Dames ne nécessita que :\n6 violons, 4à vn escu 16 liv. 10 sols.\n10 marcheurs à vn escu... 3o »\n28 marcheurs ou assistans pour la tin 21 »\nTrompettes et timballes 10 ,\nEn cette matière, comme en toute question théâtrale, la multiplicité\ndes actes légaux est un indice implicite de leur incessante violation.\nL'ordonnance de 1675 est renouvelée le 27 juillet 1682 et signifiée le 3o\naux comédiens, qui avaient sans doute provoqué ce rappel par quelque\nindocilité dans des représentations d'Andromède, de Crispin musicien\nou du Bourgeois Gentilhomme, qui avaient eu lieu les jours précé-\ndents. Elle est encore renouvelée le 17 août 1684 ; le 4 septembre sui-\nvant, une sentence de police et, le 2 décembre 1715, des lettres-patentes\nen sanctionnent de rechef les dispositions. Ainsi firent, depuis lors, tous\nles actes qui conférèrent à nouveau le privilège de l'Académie Royale de\nMusique.\nEn Ï 690, la Comédie avait joué le Ballet extravagant de Palaprat^"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "171", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.28", "texte": "LA MUSIQUE A LA COMÉDIE-FRANÇAISE\n\nmais cette pièce burlesque ne pouvait éveiller les susceptibilités de\nl'Opéra.\nEsther et Athalie ne urent pas destinées à la scène française, du\nmoins dans l'origine. Ces deux tragédies sacrées avaient été représentées,\ndevant le Roi, par les demoiselles de Saint-Cyr, avec la musique de\nMoreau, la première pendant le carnaval de 1689, la seconde en 1691,\npuis à Versailles, en 1702, avec distribution princière. Les comédiens\nne donnèrent la première représentation d\"Athalie que le 3 mars 1716,\net & Esther, réduite en trois actes, que le 8 mai 1721, en supprimant,\nde Tune et l'autre, le chant et la plus grande partie des chœurs. L'Album\ndu Racine (édit. Hachette) vient de reproduire les éditions originales\ndes partitions à.'Esther (1689) et à'Athalie (sans date) d'après les exem-\nplaires de la Bibliothèque du Conservatoire. Cette bibliothèque possède,\nen outre, une édition de 1696 d'Esther, conforme d'ailleurs à l'édition\nprinceps, et une copie de cette édition faite par Philidor l'aîné.\nLa musique à\"Athalie fut refaite plusieurs fois : en 1756, par Cle-\nrambault, pour une représentation donnée parles demoiselles de Saint-\nCyr; en 1768, par Gossec; en 1821, par Perne, pour une représentation\nsolennelle au Conservatoire; plus tard, par Mendelssohn; en 1847, par\nBoieldieu pour la reprise par Rachel, et, en 1858, par M. Jules Cohen.\nLes deux dernières partitions existent aux archives de la Comédie. La\nmusique d ''Esther avait été refaite, en 1697, par Servais de Konink et\npubliée à Amsterdam, mais elle ne fut pas exécutée à la Comédie-Fran-\nçaise. M. Jules Cohen Ta de nouveau refaite, en i 863. Actuellement on\nsupprime les chœurs dans Athalie, et c'est la musique de Gossec qu'on\nfait entendre pendant l'invocation.\n(La suite prochainement.)\n\nJULES BONNASSIES."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "172", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.29", "texte": "REVUE DES CONCERTS\nCONCERTS DU CONSERVATOIRE. CONCERTS POPULAIRES. Suite de Vorchestre de\nM, Ten Brink. CONCERT NATIONAL. Les Erynnies, musique pour une pièce\nantique (Jules Massenet). Suite d'orchestre (Th. Dubois).\nsymphonique (Listz.) CONCERTS DANBÈ. Christophe Colomb, de Félicien David.\nFESTIVAL LACOMBE. CONCERT DU CAPITAINE BOYER.\nONCERTS DU CONSERVATOIRE.— La Société des Con-\ncerts du Conservatoire chez qui se perpétuent tant de\nnobles et saines traditions, s'est toujours refusée à pro-\nvoquer les réclames du journalisme si loyalement acces-\nsible, comme on sait, à ceux qui se présentent à lui au\nnom de l'art. La société tient depuis sa fondation,\nqui date de quarante-sept ans, deux loges complètes à la disposition\nde la critique musicale, en retour de quoi elle ne demande même pas\ndes comptes-rendus, qui d'ailleurs ne serviraient ni ne desserviraient sa\ngloire. C'est une magnificence d'autant plus remarquable, que la salle\nest étroite et les places réduites au nombre de neuf cents pour toute la\nsalle. Par une générosité exemplaire, —laquelle a été imitée par M. Pas-\ndeloup, M. Lamoureux, et M. Colonne au Concert national du théâtre\ndu Châtelet, des places sont également réservées à l'institution des\njeunes aveugles qui y envoie pour chaque concert ses dix élèves de choix,\net ce sont, nous pouvons l'assurer, les dix paires d'oreilles les plus méri-\ntoires de toute l'assistance. 11 ne manque au triomphe de ces concerts\nque d'être hebdomadairement régularisés. L'année dernière, chaque\nprogramme se répétait, et après les deux concerts arrivait un dimanche"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "173", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.30", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nde repos, Cette année-ci, 1873-1874, par suite de l'augmentation du\nnombre des séances, le dimanche de repos ne se présente plus qu'après\nune série de quatre auditions, c'est-à-dire de deux programmes qui se\nrépètent, et les concerts sont portés au nombre de dix-huit. Cette nou-\nvelle mesure est sans nul doute un acheminement vers la périodicité\nhebdomadaire pure et simple. Le public n'a songé qu'à s'en louer. Nous\ndonnerons l'éloge sans restriction quand les dimanches de toute la saison\nmusicale seront, sans interruption, consacrés à ces exécutions qui sont\nencore sans rivales au monde.\nOui, l'on aura beau en médire ou les calomnier, les concerts du Con-\nservatoire qui sont la maison de Beethoven comme la Comédie-\nFrançaise est la maison de Molière, sont encore ce que nous avons en\nmusique de plus grandiose, de plus élevé, de plus beau. C'est une mai-\nson hautaine peut-être, mais hautaine et fière à bon droit, et digne, et\n11e mendiant rien ni aux paperassiers du journalisme, ni aux ministères\nquels qu'ils soient, des finances ou des beaux-arts, lesquels ne se font pas\nfaute cependant d'user et d'abuser des fauteuils* et des loges que la\nsociété condescend à leur voir occuper, à la grâce de Dieu. L'association\nvit par elle-même, elle marche toute seule, et droit son chemin, la tête\nhaute, sans s'émouvoir de ce que peuvent aboyer tels roquets ou tels,\nkings-charles radoteurs. Elle sait sa valeur et s'étudie à ne la point\nlaisser dépérir; tant pis pour qui la méconnaît, l'injurie, et, piteux\nserpent, s'use vainement les dents contre la lime. Bravo ! nous aimons\nces principes et ces attitudes qui appartiennent à la salubre race fran-\nçaise, à la vraie race d'où sortirent tant de génies, tant de vertus. L'es-\ntime de soi suffit aux âmes honnêtes et aux vrais artistes_, et il nous\nplaît que le Conservatoire qui ne sollicite pas la visite des princes, des\ngrands seigneurs,, dédaigne la fanfare de la presse, et n'envoie pas aux\njournaux chaque fois qu'un roi vient s'égarer dans sa musique, la petite\nnote confidentielle: « Tel prince a honoré ou honorera de sa pré-\nsence, etc. »\nLa salle des concerts est d'ailleurs merveilleusement adaptée à ces\nidéales séances qui sont pour les âmes d'élite qui y sont admises, une\ndes belles joies de l'existence. Elle est toute petite, elle est parfaite, et des\nexigences de cette salle sont sorties peut-être toutes les virtualités que\nnous nous plaisons à reconnaître dans les concertants qui composent\ncette association fortunée. Les théâtres lyriques sont trop vastes, dit\nBerlioz, et, nous le disons après lui, les salles consacrées aux concerts\nsont trop vastes. Il est prouvé, il est certain que le son pour agir musi-\ncalement sur l'organisation humaine, doit rejoindre l'oreille auditrice à"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "174", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.31", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ntravers un espace brièvement limité. On est toujours prêt à répondre,\nlorsqu'on parle de la sonorité des salles d'opéras ou de concerts que tout\ns'y entend fort bien. S'y entend, oui; mais s'y écoute, non. Berlioz ré-\npond à cette objection, et dit: « J'entends aussi fort bien de mon cabinet\nle canon que l'on tire sur l'esplanade des Invalides, et cependant ce bruit,\nqui d'ailleurs est en dehors des conditions musicales, ne me frappe, ne\nm'émeut, n'ébranle mon système nerveux en aucune façon. »Eh bien !\nc'est ce coup, cette émotion, cet ébranlement que le son doit absolument\ndonner à l'organe de l'ouïe pour l'émouvoir musicalement, que l'on ne\nreçoit pas des groupes même les plus puissants de voix et d'instruments,\nlorsqu'on les écoute à trop grande distance. Quelques savants pensent\nque le fluide électrique est impuissant à parcourir un espace plus grand\nqu'une certaine distance évaluée à un millier de lieues. Pour le fluide\nmusical, pour la cause inconnue, quelle qu'elle soit, de l'émotion musicale,\nil est constaté qu'il est sans force, sans chaleur et sans influence vitale à\nune certaine distance du point de départ: on entend, on ne vibre pas, on\nécoute donc sans l'émotion secrète qui nous rive à l'exécutant. Or il faut\nvibrer soi-même avec les instruments et les voix, et par eux, pour per-\ncevoir des sensations véritablement musicales. Il y a mieux : physique-\nment, l'homogénéité sonore est rompue dans les espaces trop vastes. Les\nréflecteurs du son, les abat-voix ne suffisent plus à répercuter le son\ndans tout l'horizon trop agrandi, et d'ailleurs ne le peuvent renvoyer avec\nla même vitesse à toutes les distances du rayonnement trop vaste. Les\nvibrations des violons sont les plus rapides, celles des cuivres sont les\nplus tardives, et voyez ce qui arrive aux concerts populaires de musique\nclassique et aux exécutions d'harmonie sacrée au Cirque d'Été, on en-\ntend les violons, puis les trompettes, les trombones, les cors. On récri-\nmine contre les exécutants, on les accuse d'être distraits, de manquer\nleur entrée, de ne pas suivre la mesure. On a tort, c'est la salle qui a\nfaussé la répercussion, et les réflecteurs sonores qui, renvoyant également\ndes sonorités inégalement rapides, ne peuvent frapper les oreilles disper-\nsées à diverses distances d'un ensemble homogène de sons fondus et har-\nmonieusement nourris.\nEn dehors des cuivres, le même résultat se présente, et c'est ce qui est\narrivé notamment dans un des derniers Concerts populaires. Jaell, Léo-\nnard, Colblain, Sivori, Franchomme ont exécuté le quintette de Schu-\nmann et l'incomparable menuet de Boccherini avec un sentiment excel-\nlent. Ces deux œuvres très remarquables ont produit un visible effet,\nmais là encore on a pu comprendre qu'un aussi vaste amphithéâtre trahit\ntoujours la musique de chambre. L'oreille n'a perçu distinctement que"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "175", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.32", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\ndes parcelles mélodiques_, tandis que les développements symphoniques\net les effets d'immatérielle puissance se sont oblitérés et perdus en route.\nLes auditeurs des troisièmes places , peu familiarisés avec la délicate et\ntempérée musique de chambre,, y ont gagné de connaître deux morceaux\nnouveaux; mais ils n'en ont eu qu'une révélation imparfaite et trom-\npeuse. Ils n'en ont aperçu que les couleurs voyantes, mais non pas le fin\ntravail, la délicieuse ciselure et la divine interprétation qu'en a donnée\nSivori avec ses collaborateurs incomparables.\nDans la salle des Concerts du conservatoire, semblables périls ne sont\npoint à redouter; car ce qui rend ces Concerts inaccessibles à toute com-\nparaison, outre le choix des œuvres et la parfaite exécution, c'est la mer-\nveilleuse résonnance de la salle, que l'on a pu comparer à un Stradivarius.\nDès qu'on entend la première attaque vibrante, les auditeurs tous en-\nsemble, jeunes filles, vieillards, dilettantes ou simples spectateurs attirés\npar la curiosité, en sentent comme le choc, et le musicien se sent tressail-\nlir jusque dans la moelle comme le cheval de chasse, dont les muscles se\ndressent lorsqu'à l'entrée du bois il sent dans l'air le vent du cerf et ses\némanations fauves qui passent dans les branchages.\nParmi les pièces exécutées dans les Concerts déjà donnés, Beethoven\na apparu avec les Ruines d'Athènes, les symphonies en re, en fa, en\nsi b. et avec la symphonie pastorale; Mendelssohn, avec la symphonie\nécossaise; Haendel et Bach n'ont été que fragmentairement entendus;\nHaendel, avec un concerto dont, mieux avisé, on n'eût donné que la\ntroisième partie, et Bach, dans une suite qu'avec moins de timidité inop-\nportune l'on aurait exécutée tout entière. Les honneurs dans tous ces\nprogrammes ont été incontestablement pour la Bénédiction des Poi-\ngnards des Huguenots. Bien que détaché de son cadre et privé de\nla grande scène de basse qui amène ce chœur, le prépare et lui sert\nde repoussoir, ce splendide morceau a, dans les deux séances où il a\nété exécuté, provoqué un enthousiasme que motive peut-être le regret\nde ne pouvoir plus applaudir l'œuvre de Meyerbeer au Grand-Opéra.\nL'exécution de cette superbe et grandiose inspiration aux Concerts du\nConservatoire a inspiré à Blaze de Bury, à Victor Wilder, à Johannès\nWeber, à Ch. Bannelier, des réflexions que Scudo, Fiorentino, Berlioz,\nd'Ortigue avaient déjà émises et que nous reproduisons après les avoir\nplusieurs fois énoncées nous-même. Malgré l'acquit donné par des ap-\nplaudissements unanimes au Comité qui compose le programme des\nséances, malgré l'admiration que nous imposent ces belles scènes du\nthéâtre musical contemporain, la Bénédictim des Poignards dans les\nHuguenots, la scène de la cathédrale dans le Prophète, tout le deuxième"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "176", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.33", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nacte de Guillaume-Tell, nous demandons si la Société des Concerts ne\ns'écarte pas de sa voie la plus sûre quand elle nous fait entendre, même\navec une supériorité d'exécution qui désespère toute iivalité, la musique\nqui a été écrite pour le théâtre contemporain, qui est représentée par les\nartistes vivants et qui fait partie du répertoire courant de l'Opéra dans\ntoute l'Europe? Ces pages magistrales qui ne sont à leur place qu'au théâ-\ntre ne se trouvent-elles pas dépaysées aux Concerts du Conservatoire?\n»\nLa Société devrait, en revanche, fouiller dans la Bibliothèque de mu-\nsique scénique des auteurs aujourd'hui délaissés. Elle a des liseurs de\nmusique familiarisés avec l'histoire musicale et avec les vieilles parti-\ntions, Elle a une bibliothèque et des copistes. Pourquoi ces liseurs\nexperts ne pourraient-ils ouvrir les cartons, déchiffrer tout le papier\nrayé qui se dessèche inutile sur les casiers, et ne soumettraient-ils pas\nquelques pages triées sur le volet à une exécution d'essai que suivrait\nau besoin une exécution aux séances publiques ? Les auditeurs des\nConcerts du Conservatoire qui forment, assure-t-on, un public d'élite,\nremercieraient sympathiquement nos admirables virtuoses, s'ils voyaient\nrestituer de temps à autre devant eux quelques morceaux de Gliick, de\nPiccini, de Rameau, de Lulli, de Lalande, de Roland de Lassus, de ce\nClément Jannequinqui si brillamment vient de réapparaître avec la Ba-\ntaille de Marignan sous l'évocation magique d'un héroïque enchanteur,\nM. Bourgault-Ducoudray. Tant de maîtres français, tant de maîtres\nétrangers qui ont conquis leur gloire dans nos maîtrises, dans nos cha-\npelles, sur nos théâtres, et qui aujourd'hui ne sont inconnus qu'à la\nFrance, sont chez nous retombés dans un oubli immérité. Ecartés de\nnos théâtres parce que le livret est devenu injouable et que la musique a\nvieilli dans son ensemble, dans ses rouages, dans ses formules, dans son\norchestration, et n'est restée vivante que par quelques morceaux touchés\nde l'immatérielle inspiration, ces maîtres ne devraient-ils pas sortir de\nl'ombre où on les tient et venir nous raconter l'art du passé? L'Opéra\ndédaigne ces résurrections qui, dans un autre genre, sont la gloire et\nl'honneur du Théâtre-Français? La Société des Concerts du Conserva-\ntoire doit donc remplir l'honorable tâche qu'a toujours déclinée le Grand-\nOpéra. Ces Concerts sont un musée, oa le dit, on l'affiche, on table là-\ndessus pour crier haro sur les auteurs vivants. Musée soit ; mais que du\nmoins le musée ne soit ni trop pauvre ni trop mesquinement incomplet.\nIl y aurait aussi des comparaisons chronologiques à établir. Le public\napplaudit toujours avec une unanime spontanéité un chœur agréable de\nYArmide, de Lulli. Gluck aussi a écrit une Armide, où se trouve un\nchœur semblable et exposant la même situation et les mêmes idées. Le"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.34", "texte": "SICILIENNE de BOCCHERINI\nTranscrite pour le PIANO\npar J. MASSENET.\nParis, G. HARTMANN, éditeur, G.H. Bould. de la Madeleine 19."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.35", "texte": "P, Bertrand grav: G. H. Imp: AROUY rue du Delta 26."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.36", "texte": "Nº: 2.\nINVOCATION\n« Hermès! prompt messager qui montes d'un coup d'aile\n« De la pâle Prairie où germe l'asphodèle\n« Jusques au pavé d'or des princes de l'Aithèr,\n« A toi d'abord, Hermès, le vin pur du Kratèr!\nElektra verse la libation sur le tombeau.\n« Daimones très-puissants, Rois de la terre antique,\n« Qui siègèz côte à côte en son ombre mystique,\n« Toi, Dieu terrible, et toi qui fais germer les fleurs,\n« O Déesse! écoutez le cri de mes douleurs:\n« Faites que l'Atrèide, errant dans l'Hadès blème,\n« Exauce le désir de son enfant qui l'aime!\nJ. MASSENET.\nElle verse lu seconde libation.\nLES EBINNYES\n—ACTE_II.—\nG.H.676 . Ce morceau est publié séparément chez M.M. E.et A.GIROD."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.37", "texte": "G.H.676."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.38", "texte": "LALO.\nNº 2.\nDIVERTISSEMENT.\nG. H. 284."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.39", "texte": "G. H. 284."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.40", "texte": "G. H. 284."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.41", "texte": "G. H. 284."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "177", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.42", "texte": "chœur d Armide n'aurait rien perdu à être entendu à côté de celui de\nGluck. Cette comparaison, que la Société des Concerts a le tort de ne\npoint chercher à établir, ferait ressortir le génie créateur de Lulli, sans\nnuire au vigoureux maître qui est venu cent ans après refaire son\noeuvre, et lui donner la suprême auréole du génie.\nMaurice Cristal.\nCONCERTS POPULAIRES. Les œuvres depuis longtemps acceptées par\nle public et sanctionnées par le jugement des musiciens de tous les pays\net de tous les temps, n'ont pas besoin des formules laudatives d'une\nplume nouvelle. Ainsi la symphonie en de Beethoven et la\nSymphonie en la de Mendelssohn, qui ont été exécutées au 8e concert\nde la 2e série, et au icr de la 3e, étant trop généralement connues pour\nqu'un compte-rendu puisse offrir de l'intérêt, je consacrerai toute ma\nrevue au très remarquable début d'un jeune compositeur hollandais,\nM. J. len Brink,dont M. Pasdeloup a deux fois de suite exhibé une\nsuite d'orchestre en sol.Cette expression de renou-\nvelée de l'époque de Couperin, de Rameau et des autres maîtres du\nsiècle dernier, représente tout simplement une symphonie aux formes\nmoins impérieuses et aux allures plus libres que la symphonie propre-\nment dite\nLa Suite AtM. Ten Brink se compose d'une ouverture,\nd'un andante, d un scherzo et d'une polonaise. L'ouverture, courte et\nbrillante, est d'un rhythme très marqué. Elle est bien développée et\ncontient un motif charmant, qui ressort d'une façon tout à fait remar-\nquable, lorsque la flûte le redit. L'andante, un peu long, n'a pas fait\ngrand effet, malgré un beau chant exécuté par les basses. Ce qui a nui\npeut-être à ce morceau dont la facture est très distinguée, c'est une ins-\ntrumentation un peu compacte et où l'on désirerait parfois plus de jour\net d'éclaircies. Le scherzo, au contraire, est d'une instrumentation ex-\ntrêmement délicate, légère et fine. Les des violons se marient\nsupérieurement aux flûtes, et tout le morceau est empreint d'une couleur\ntrès poétique. Mais c'est surtout dans la polonaise que M. Ten Brink a\nfait preuve d'une grande science orchestrale. Sans vouloir insister sur un\npeu de manque d'originalité du motif principal, très entraînant du reste,\nje dois signaler le début qui est une fanfare de trompettes, admirablement\njouée par les exécutants de M. Pasdeloup, la richesse et la variété des\ntimbres dans le développement du motif et la pompeuse péroraison où\n\n185\nREVUE DES CONCERTS\n12"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "178", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.43", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nles trompettes apparaissent de nouveau. Le ton de sol, extrêmement bril-\nlant pour cet instrument, mais très difficile à cause de sa hauteur, con-\nvient particulièrement aux passages d'éclat. Tout le monde connaît l'ef-\nfet produit par le duo de trompettes dans le chœur de Judas Machabée,\n« Chantons victoire, » lorsqu'il est exécuté par des artistes qui ne le re-\ndoutent pas. Résumons. Le succès de M. Ten Brink a été très grand.\nHenry Cohen.\nCONCERT NATIONAL. L'Odéon a représenté, l'année dernière, un\ndrame antique de M. Leconte de Lisle, les Erinnyes, pour lequel\nM. Massenet avait composé plusieurs pièces de musique instrumentale.\nL'auteur a réuni quatre de ces pièces ; il y a ajouté un cinquième mor-\nceau ; la Danse des Saturnales, pour en former sa 3e suite d'orchestre :\nMusique pour une pièce antique, dont nous allons présenter une rapide\nanalyse. Le premier morceau, Entrée des vieillards, est d'un caractère\ngrave et triste ; il manque de relief et ne produit pas grand effet, parce\nque le musicien n'a pas su donner à son idée mélodique un contour as-\nsez ferme et assez arrêté. L'épisode de Y apparition des Erynnies, placé\nau milieu de cette scène, est vigoureusement rendu ; il aurait facilement\nprêté àun long développement, et Gluck l'a traité de main de maître\ndans la scène des enfers d'Orphée ; M. Massenet a dû se renfermer dans\ndes limites plus étroites, d'abord à cause des exigences scéniques et aussi\npour certaines raisons particulières que j'exposerai plus loin. Vient en-\nsuite l'lnvocation d'Electre (n0 2 de la suite), dont nous avons déjà eu\noccasion de parler dans l'un de nos précédents comptes rendus ; c'est une\ndes meilleures inspirationsdeM. Massenet. La Chronique musicale atenu\nà publier cette page remarquable, et nous devons à la parfaite obligeance\ndes éditeurs, MM. Girodet Hartmann, de pouvoir la mettre aujourd'hui\nsous les yeux de nos lecteurs. Nous y avons joint deux autres morceaux\nqui ont obtenu un très vif succès au Concert national : la Sicilienne, de\nBoccherini, et l'andantino du Divertissement, de M. Lalo. Il est bon\nque des œuvres de cette valeur, si peu connues même à Paris où on les\nexécute, se répandent dans le public et pénètrent en province et à l'étran-\nger (1). Ceci posé, fermons la parenthèse et poursuivons l'examen de\n\n(i) La 3e suite d'orchestre de M. Massenet et le Divertissement de M. Lalo, réduits,\npour le piano, ont été publiés par M. G. Hartmann. Vlnvocation d'Electre est extraite\nd'un recueil de dix pièces de genre pour le piano (Op. 10) de M. Massenet, édité vers\n868, par M. Girod,"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "179", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.44", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nnotre suite d'orchestre. Le Cortège des jeunes prêtresses (n° 3) est un\nmorceau gracieux et distingué, mais sans beaucoup de caractère. Je\nn aime pas YEntr'acte intitulé : Tristesse d'Electre (n° 4), d'une senti-\nmentalité précieuse, qui rappelle beaucoup trop la manière de M. Gou-\nnod. En somme, nous voilà presque arrivés au bout de notre étude, et\njusqu'ici, sauf Plnvocation d\"Electre, nous n'avons guère rencontré que\ndes morceaux ternes et monotones. On sent que M. Massenet s'est trouvé\nfort mal à Taise sur cette scène de l'Odéon, dont on avait bien voulu lui\nconcéder un tout petit coin, mais à condition que la musique se ferait\naussi humble que possible à côté de sa terrible sœur, la Muse de la tra-\ngédie. Le compositeur s'était proposé tout d'abord d'écrire pour les\nErinnyes un véritable drame lyrique dans le genre dzVAthalie de Men-\ndelssohn, avec ouverture, chœurs, soli, mélodrames, etc. Bien qu'en\ngénéral cette alliance forcée du drame et de la musique n'ait pas produit\nde très heureux résultats, je crois pourtant que, dans la circonstance,\nétant données les traditions du théâtre antique dont le poète s'était in-\nspiré, le drame de M. Leconte de Lisle ne s'en fût pas plus mal trouvé\nquela tragédiede Racine. La direction de l'Odéon en a jugé autrement; il\nest vrai qu'à cette époque elle n'avait pas encore fait 4. et 5,000 francs de\nrecettes avec YAthalie de Mendelssohn. En tout cas, il était absolument\ninutile de traiter la musique comme une intruse; de deux choses l'une :\nou ilfallait s'en passer tout à fait, ou, si Ton réclamait son concours, il était\nau moins convenable de lui assurer une place digne d'elle. M. Massenet\navait consenti à accepter un rôle beaucoup trop effacé ; il n'a composé\nqu'une œuvre sans portée. Mais laissons-le reprendre sa liberté d'allures\net nous le retrouverons tout entier dans le dernier morceau de la suite,\nDanse des Saturnales7 dont il a fait un tableau plein de vie et de cou-\nleur. Cette brillante péroraison rachète bien des faiblesses ; on l'a vive-\nment applaudie.\nJ'arrive maintenant au 2 e concert de la 4e série; deux pièces nouvelles\ns'offrent à notre étude, une Suite d'orchestre de M. Dubois et un Poème\nsymphonique de M. Liszt. La Suite d'orchestre de M. Dubois nous était\ndéjà connue : le premier morceau, Divertissement, a été exécuté aux\nconcerts de l'Odéon, et même je me souviens d'avoir entendu la suite\ntout entière, sous le nom de Fragments symphoniques, dans une séance\nintime donnée par l'orchestre de M. le 4 mai ißy3. Cette\nnouvelle composition de M. Dubois ne modifie guère les critiques que\nnous avions déjà formulées à propos de ses Pièces pour orchestrejouées\nau concert du 14 décembre dernier. Le Divertissement est joli, mais les\ndeux autres morceaux, Andantë? Scherzo et Choral ont paru bien fai-"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "180", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.45", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nbles. Tout cela est vide et sans consistance : idées courtes et péniblement\nrattachées les unes aux autres, formes maniérées, abus de certains effets\ncommuns et rebattus, tels que le trémolo à l'aigu des violons dans le\nDivertissement et, dans VAndante et le Scherzo, ces unissons pédantes-\nques, que rien ne justifie et que l'auteur emploie trop fréquemment pour\ndonner à son style une ampleur factice. L'orchestration, fine et soignée,\nmanque de vigueur et de coloris, et ne vise pas assez à la recherche d'ef-\nfets nouveaux et de combinaisons intéressantes. Au résumé, une cer-\ntaine habileté de main, peu d'idées et encore moins d'originalité.\nQuelques mots en terminant sur le de M. Liszt, bien qu'au\nfond de pareilles élucubrations ne méritent guère qu'on s'y arrête, et je\nne comprends vraiment pasqu'après le succès plus que médiocre de Fhaé-\nton, le Concert national ait cru devoir nous donner ce nouveau poème\nhippique. Est-ce le voisinage du manège du Châtelet qui nous vaut ce\ndébordement inquiétant de musique d'hippodrome ? Comment ! l'autre\njour c'était M. Saint-Saëns qui s'était imaginé d'entrer dans la carrière\nmonté sur le char du Soleil; voilà maintenant M. Liszt qui vient faire\nde la haute école, et renouveler sous les yeux d'un public ahuri la course\neffrénée de Mazeppal... Où nous arrêterons-nous? De grâce, assez de\npoèmes symphoniques; trêve de romantisme; nous nous déclaronsphi-\nlistins, et philistins endurcis. Rendez—nous donc bien vite nos perru-\nques classiques, et priez M. Liszt d'aller faire entendre sa musique aux\nTartares de l'Ukraine!\nH. Marcello.\nCONCERTS DANBÊ. L'annonce du Christophe Colomb de Félicien\nDavid, dont la première apparition eut lieu au mois de mars 1847, et\nqui n'avait pas été entendu à Paris depuis bien des années, a vivement\nexcité la curiosité du public et attiré une affluence énorme, jeudi der-\nnier, dans la salle Herz. L'exécution était confiée à l'excellent orchestre\nde M. Danbé, aux chœurs des Sociétés de l'école Galin-Paris-Chevé, sous\nla direction de M. Amand Chevé, et comme solistes, à MM. Hermann-\nLéon et Vergnet et à madame Barthe-Banderali. M. Jouanni a déclamé\nles strophes, et s'y est fait applaudir, malgré un enrouement qui lui en-\nlevait une partie de ses moyens. Un peu hésitant d abord, tout le monde\ns'est vite remis, et les choristes ont parfaitement chanté le chœur des\nMatelots, celui des Sauvages et surtout le chœur des Génies de l'Océan.\nCes deux derniers ont été bissés, ainsi que la Danse des Sauvages et l'é-"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "181", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.46", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nV\nlégie de la Mère indienne, chantée par madame Barthe-Banderali.\nMM. Hermann-Léon et Vergnet ont aussi eu une large part d'applau-\ndissements.\nH, C.\nFESTIVAL-LACOMBE. —M. et Mme Lacombe ont organisé, au bénéfice\ndes Alsaciens-Lorrains, un festival en quatre concerts, de quinzaine en\nquinzaine, dans la salle Erard.\nLa Bataille de Marignan m'a empêché d'assister au premier, et la\nlongueur démesurée des morceaux d'ensemble instrumentaux et de Pen-\ntr'acte, qui a duré vingt-cinq minutes, m'a obligé de quitter le second\nbien avant la fin. Je le regrette, parce que M. Lacombe est un artiste\nd'une grande valeur et d'un talent très sérieux, trop sérieux peut-être,\nmais j'espère m'en dédommager à l'un des deux concerts qui vont en-\ncore avoir lieu.\nQuant aux morceaux que contenait le programme de celui-ci , je suis\nforcé de constater que M. Lacombe a eu plus d'une idée malheureuse. Je\nne veux signaler que celle d'avoir non-seulement musiqué le Loup et le\nChien, mais encore d'en avoir fait un chœur. Malgré les tentatives plus\nou moins réussies de plusieurs compositeurs, entre autres M. Offenbach,\nlors de ses débuts, et tout récemment M. Etienne Rey, les fables de\nLa Fontaine sont tout à la fois ce qui existe au monde de plus spiri-\ntuel et de moins musical, même quand elles sont débitées par une voix\nseule. Mais de faire raconter par un chœur tout entier les mésaventures\nd'un chien qui a le cou pelé, et pour cause , la chose me paraît absolu-\nment inacceptable, Et franchement, quand on possède le beau talent de\nM. Lacombe comme pianiste et comme compositeur, il est regrettable\nd'abandonner la voie tracée par des œuvres telles que Manfred et L On-\ndine et le Pêcheur, pour se lancer dans les hasards des tours de force.\nMadame Lacombe a déployé dans l'air de Tancredi de superbes quali-\ntés en fait d'expression, de belle prononciation italienne et d'art du\nchant.\nH. C."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "182", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.47", "texte": "REVUE DES THÉATRES LYRIQUES\n\nITALIENS. Le femminili.\nOMME on a tort de médire du dix-neuvième siècle, et\nqu'on est heureux d'y vivre pour la satisfaction de ses\ngoûts! Que le sort de nos pères était plus misérable!\nIl fallait opter jadis entre deux musiques, la bonne et\nla mauvaise. Maintenant, nous pouvons choisir entre\ntrois au moins : la musique du passé, celle du présent,\net celle de 1 avenir. Nous nous consolons, selon nos appétits, de la mu-\nsique du présent avec celle du passé, de la musique du passé avec celle\ndu présent, et de la musique de l'avenir avec celles du passé et du pré-\nsent. On ne saurait être mieux traité par la fortune.\nLe Astu\\ie femminili, comme Don Juan, le Matrimonio segreto, le\ndi L igaro, Richard Cœur-de-Lion, appartiennent à la musique\ndu passé . La Fille de madame Angot, Orphée aux Enfers, la Liqueur\nd'Or, àla musique du présent : Le Paradis ei la Péri, le Hollandais\nvolant, àla musique de 1 avenir. Aujourd'hui, si vous le voulez bien,\nnous ferons halte devant la musique du passé, auprès des fem-\nminili, une partition de Gimarosa qui rouvre les yeux à la lumière de\n1 aris après soixante ans de sommeil, comme les belles des Contes de\nFées.\nGimarosa écrivit le Astuce femminili pour le Théâtredes Fiorentini,\nà Naples, en 1794. Il était âgé d'environ quarante-cinq ans, étant né le\n17 décembre» 1749, d'après les biographes les mieux informés; et sur ces\nquarante-cinq ans, il avait prélevé le temps de faire de solides études, de\ndiriger la chapelle de l'impératrice Catherine à Saint-Pétersbourg, de\ns arrêter a Vienne à la cour de Joseph 11, et de composer soixante-douze\nopéias, au nombre desquels le Matrimonio segreto, YArtaserse, ÏOlim-"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "183", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.48", "texte": "REVUE DES THÉÂTRES LYRIQUES\n\npiade, le Trame Deluse et Vlmprésario in Angustie, classés parmi ses\nproductions les plus remarquables. Au commencement de ce siècle, en\n1802, le femminili, représentées au Théâtre-Olympique de la\nrue de la Victoire, retrouvèrent auprès des Parisiens le succès que les\ncompatriotes de Cimarosa leur avaient fait. On se prit d'une belle fureur\npour Cimarosa, et sur l'affiche italienne brillèrent jusqu'en 1804 le\nTrame Deluse, Tlmprésario in angustie, en compagnie des Astuçie\nfemminili, lesquelles n'y reparurent plus qu'en 1814. Depuis lors, les\nfemminili dormaient dans le linceul d'oubli qui enveloppe en\nFrance, et même en Italie, l'œuvre presque entier de Cimarosa. La par-\ntition n'avait pas même été gravée.... La gloire de l'impression avait été\nréservée au livret! Cependant son souvenir trottait à l'état vague,en la\ntête de quelques vieux amateurs. Il était resté vivant dans l'esprit de Fé-\ntis qui, à l'article Cimarosa de son Dictionnaire des musiciens, pro-\nclame le Astu\\ie femminili, cc une partition admirable,'supérieure peut-\nêtre à celle du Matrimonio segreto. » Et, dans le cas particulier, Fétis\nn'affirmait pas à la légère : vraisemblablement, il aurait entendu cet ou-\nvrage à son apparition au Théâtre-Olympique, car il déclare dans son\nautobiographie que, « par sa persévérance à fréquenter TOpéra-Buffa, »\nil avait fini par classer dans sa mémoireles principales productions de\nCimarosa, de Paisiello et de Guglielmi pour lesquelles on affectait alors\nun injuste dédain. L'archiviste du Conservatoire de Naples, M. Fran-\n/\ncesco Florimo,dans la vastQHistoire de VEcole napolitaine qu'ilpublie\ndepuis 1869, et qui touche à sa fin, se rangea l'opinion de Fétis sur les\nfemminili. M. Florimo était mieux placé que personne pour la\ncontrôler, puisque la Bibliothèque du Collège royal de San-Pietro à Ma-\njella dont il est le conservateur, possède le manuscrit autographe de\nCimarosa. Son autorité, décisive en ce qui touche l'école napolitaine,\nn'aura pas été sans influence sur les projets de l'éditeur Cottrau qui a\nfait remonter dernièrement le Astu\\ie femminili au Théâtre-Philarmo-\nnique de Naples, d'où ces égarées nous sont revenues, et, cette fois, avec\nles honneurs d'une édition française.\nLe livret des femminili est d'un certain Palomba sur lequel\nles détails manquent. Ce Palomba n'a eu d'autre but que celui de four-\nnir à Cimarosa une série de scènes amenant tour à tour, dans l'ordre\ndésiré par le maître, un air, un duo, un trio, un quatuor ou un finale.\nDepuis qu'il existe des tuteurs et des pupilles, des barbons jaloux et\ndes amoureux de vingt ans, le combat victorieux de la jeunesse contre la\nvieillesse, mis à la scène par Palomba, se représente sur le théâtre du\nmonde. Le temps, lui aussi, est auteur dramatique."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "184", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.49", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nMolière, dansl'Ecole des Maris, Regnard, dans les Folies amoureuses,\nBeaumarchais, dans le Barbier de Séville, ont repris cette intrigue éter-\nnelle de la nature, où le printemps personnifié dans Rosine, l'été, dans\nAlmaviva, et l'automne dans Figaro, s'unissent pour lutter contre l'hi-\nver, caché sous le masque grimaçant de Bartholo. C'est le poème de la\nvie, et qui a le mérite du moins d'être compris par tout le monde, bien\nqu il ne profite à personne. Je ne me sens pas la force de reprocher à Pa-\nlomba les lieux communs dont il a assaisonné sa pièce. J'ai entendu en\nItalie une quantité de libretti bouffes sur le même sujet, qui ne m'ont\nparu ni meilleurs ni pires. J'ai relu, il n'y a pas longtemps, pour des re-\ncherches une foule de farces italiennes jouées à Paris depuis\nla troupe des Gelosi de Henri 111, jusqu'à celle du maestro Graffigna, et\nje n y ai pas rencontré moins de cent Astu\\ie femminili qui ont fait\nrire trois générations d'hommes, dont aucun n'a crié au plagiat. L'erreur\nest de croire qu'il y a eu plus d'un opéra-bouffe italien. Les dernières\nfemminili que nous ayons entendues à Paris, avant celles de\nPalomba et de Cimarosa, ont été la Folie à Rome, de M. Victor Wilder\net du maestro Federico Ricci. Le premier acte d'Une Folie à Rome est\ncalqué , scène par scène, sur le premier acte des femminili.\nM. Ricci a fourni les paroles italiennes, prosodiées sur sa musique;\nM. Wilder les a traduites en français, et Palomba n'a pas plus touché\nde droits sur les représentations d'une Folie à Rome qu'il n'en a versé\nlui-même au véritable auteur des Astu\\ie femminili. Et, dans la circons-\ntance, chacun est dans son droit, le sujet étant tombé dans le domaine\npublic depuis des siècles. M. Dall'Argine , un compositeur italien , qui\nest loin de manquer de mérite, n'a-t-il point refait une musique nou-\nvelle sur le livret du Barbier de Séville, celui-là même qui servit à\nRossini ?\nLe femminili, dans leur version primitive, n'ont que deux\nactes, et, sur la scène des Fiorentini de 1794, la musique alternait avec\nun dialogue en patois napolitain. La partition que nous a rendue le\nThéâtre-Italien, est aujourd'hui divisée en quatre actes, dont les trois pre-\nmiers sont d'assez belle dimension. D'où vient cette métamorphose ?De\nce que le poème a été remanié sur plusieurs points, et les parlanti en\ndialecte napolitain, remplacés par des récitatifs mesurés, nouvellement\ncomposés par M. C. Rossi. J'avoue que je ne crierai point au sacrilège ;\nles adaptations lyriques du maestro Rossi ont été faites avec cette dis-\ncrétion respectueuse et cette simplicité voulue, qui dénotent en lui une\nentente parfaite de la couleur ancienne. S'il est vrai que cet arrangement\nn'ait pas défloré d'un seul comma la note écrite par Cimarosa, je suis"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "185", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.50", "texte": "REVUE DES THÉÂTRES LYRIQUES\n\ntout prêt à y applaudir. La partition, déjà très touffue (elle ne compte\npas moins de vingt-quatre morceaux), a été allongée encore par les ré-\ncits rhythmés qui y ont été introduits et qui nécessitent un débit plus\nlent : de là, la coupe actuelle en quatre actes : quatre actes merveilleux,\ndébordants de vie et ruisselants de sève ! Gai moissonneur de mélodies,\nCimarosa parcourt à grand pas son champ fécond de quatre arpents. Il\na le large et franc sourire de l'homme sûr du grain qu'il a semé. Dans\nsa marche, il foule aux pieds l'ivraie. Il entonne sa chanson, et tout\nchante autour de lui. L'épi fleuri vient se jeter, tout joyeux, sous l'acier\nde sa'faucille. Plus il avance et plus la gerbe devient lourde et dorée ; il\nen charge ses épaules qui ne plient point sous le faix. La récolte finie,\nlorsqu'il se retourne pour voir le vide qu'il a fait, il s'aperçoit que le\nsol est encore tout jaunissant d'épis ; c'est une autre moisson qu'il aban-\ndonne sans regret aux glaneurs. Et qui n'a glané dans le champ de\nCimarosa!\nEvidemment, Cimarosa est un fondeur de moules, un créateur d'idées\npremières : outre les procédés de facture, les cadences finales et les atta-\nques des morceaux d'ensemble qu'on retrouve employés par Mozart sans\nqu'on sache absolument qui des deux maîtres procède l'un de l'autre, le\nfemminili regorgent de germes mélodiques dont la luxuriante\nimagination de Rossini a tiré des développements considérables. Ce qui\ncaractérise le génie de Cimarosa, c'est moins peut-être l'abondance et la\nvariété de ses motifs, bouffons que ia grâce ineffable et le sentiment sin-\ncère répandus sur ses chants d'amour. Dans ce mélange continu du\ncomique et du tendre, sa muse ne s'égare jamais et garde l'accent vrai\npour chaque chose. Il parle au cœur avec la même force irrésistible qu'à\nl'esprit ; sa mélancolie est aussi suave que sa gaieté est communicative.\nCette union de deux puissances morales qui s'excluent presque mutuel-\nlement , Mozart la réalise à un degré aussi élevé, mais d'une façon diffé-\nrente. Notre bon Grétry a fait d'un trait le parallèle de Mozart et de\nCimarosa, lorsqu'il répondit à Napoléon qui lui demandait quelle diffé-\nrence il faisait entre les deux : « Sire, Cimarosa met la statue sur le théâ-\ntre et le piédestal dans l'orchestre. Mozart met la statue dans l'orches-\ntre et le piédestal sur le théâtre. » La reprise des femminili\nnous a montré de nouveau Cimarosa tel que le dépeint Grétry.\nL'orchestration des femminili est quasi-centenaire,, on le sent\ndès les premières mesures de l'ouverture, traitée en pastorale. Les vio-\nlons, altos, violoncelles et basses, sauf de très rares intervalles, vont ac-\ncompagner le chant. Par éclaircies, la voix grêle du hautbois se fera en-\ntendre dans les passages en mineur; quelquefois même, on distinguera"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "186", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.51", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nsous la ligne grise du quatuor, une interjection de clarinette, une rogue\nexclamation de basson, ou bien une interrogation timide de la flûte, et ce\nsera tout. Il faut prendre son parti de ce coloris aux tons un peu effacés,\net éloigner les yeux du piédestal pour concentrer toute son attention sur\nla statue. La statue de Cimarosa, c'est son chant, qui est du modelé le\nplus fin et de la ligne la plus pure. Le premier acte s'ouvre par un qua-\ntuor pour basse chantante, ténor et soprani : les voix groupées avec\ninfiniment d'art concertent harmonieusement et font à Pintrigue qui\ns'engage une introduction très brillante. La sensibilité native du vieux\nmaître se révèle dans le charmant duo qui suit : Quai smania in petto io\nsento, dit par les deux amoureux, Bellina et Filandro. L'air d'entrée du\nfiancé ridicule Giampaolo, est d'un ton excellent, et le quatuor entrecoupé\nde rires qui accueille le nouveau venu, un morceau capital traité avec\nune rare entente de l'effet scénique. L'air de Bellina Sono allegra son\ncontenta, n'a pas été rendu dans son véritable esprit par madame Bram-\nbilla; il contient des épisodes qui veulent être mimés et chantés avec\ntoutes leurs nuances. Le quintette final, qui offre un bel exemple de l'at-\ntaque en imitation par les parties, est une page bouffe d'un grand style\net qui n'a d'égale, dans la partition, que le sextuor du second acte. Ce se-\ncond acte est simplement une merveille. Rossini n'a pas composé de\ntableau plus vif, plus animé, plus rayonnant. L'entrée de Giampaolo,\nZitto, itto, cheto, cheto annoncée et soulignée par des traits de violon,\nrevêt un tour symphonique des plus piquants. L'affreuse canardière dont\nGiampaolo est armé, par les rires démesurés qu'elle excite, fait le plus\ngrand mal à cette entrée qui aboutit à un duettino ravissant entre Giam-\npaolo et Bellina. Le quatuor syllabique Zitto, Zitto,et le sextuor qui\nferme l'acte, sont d'un entrain et d'une verve irrésistibles. Si, dans l'opi-\nnion de quelques-uns, le sont supérieures au Matri-\nmonio segreto, c'est assurément par cette succession des scènes finales\ndu second acte, car elle défie toute comparaison. Le troisième et le\nquatrième acte sont facilement réductibles à l'unité, et peut-être gagnerait-\non à les fusionner, en portant de vigoureux coups de ciseaux dans la\nlanguissante parade des hussards; après trois auditions scrupuleuses des\nAstu\\ie femminili, je confesse que je n'ai pas encore saisi le comique\nde ce hors-d'œuvre. Des deux derniers actes, on en bâtirait un troisième\nqui ferait, dans sa teinte à demi-mélancolique, un contraste adorable\net imprévu avec les deux premiers. Il comprendrait, outre les scènes inter-\nmédiaires destinées à précipiter le dénouement, le délicieux duo d'amour\nentre ténor et soprano, avec sa phrase à voix mariées : Da palpito atroce,\nsi touchante et d'un tour si moderne qu'on croirait ouïr du Bellini :"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "187", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.52", "texte": "REVUE DES THÉÂTRES LYRIQUES\n\nle joli, très joli quartetto Ah! fermate, dont le motif principal\nchanté par le ténor et le soprano , est ingénieusement coupé par les\na parte des deux basses : la chanson du violoncelle éclose d'un seul jet\nsous le ciel napolitain ; enfin le divertissement qui clôt cette partition\ndes Astu\\ie femminili qui a été si riche en surprises,\nDu côté de la statue, sur la scène, l'exécution des femminilia\nété médiocre, c'est-à-dire pire que mauvaise. Ne croyez pas d'ailleurs\nque la musique de Cimarosa soit commode à interpréter, car elle est\ndialoguée à l'infini. Malgré sa lucidité, la phrase mélodique est hachée\nsi menu dans les morceaux d'ensemble, que les chanteurs n'ont que juste\nle temps de happer leur réplique au passage pour la faire entrer dans\nla mesure et dans le rhythme. Il paraît qu'au temps de Cimarosa, l'édu-\ncation des artistes était à la hauteur du génie des maîtres. Seuls, à travers\nla décadence manifeste des buffi du Théâtre-Italien, Zucchini et Delle\nSedie sauvent les traditions delà grande école. Dans le rôle de Giam-\npaolo, Zucchini déploie encore un art exquis servi par une verve intaris-\nsable. Il y a été parfait.\nDu côté du piédestal, à l'orchestre, un pilote que rien n'effraie,\nM. Vianesi, commande la manœuvre avec tant de puissance et d'autorité\nqu'il se rendra peut-être un jour maître de ses matelots récalcitrants.\n\nARTHUR HEULHARD."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "188", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.53", "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nFAITS DIVERS\nHÉOPHILE GAUTIER a dit des Portraits du dix-huitième siècle\nde M. Arsène Houssaye : « Ge sont autant de petits chefs-\nd'œuvre qui resteront. »\nC'est pour ainsi dire son livre de début. C'était dans une\nnouvelle manière l'histoire de l'art, de la littérature, de la\nmusique, des mœurs et de la philosophie de tout un\nsiècle, que cette galerie de portraits sivivante et si variée.\nAprès beaucoup d'éditions et de traductions, voici une édition elzévirienne,\nimprimée avec luxe en quatre volumes in-18. Le premier volume renferme\nla Régence avec Louis XIV, Philippe d'Orléans, Law, les filles du Régent,\nmadame de Tencin, le cardinal Dubois, Fénelon, Fontenelle, Saint-Simon, Le\nSage, Les Coustou, Watteau, Santerre, xMarivaux, Campra, Rameau,\nAdrienne Lecouvreur, pour figures dominantes.\nPar décret du président de la République française,\nSur le rapport du ministre de l'instruction publique, des cultes et des beaux-\narts :\nLa commission d'examen des ouvrages dramatiques est rétablie.\nM. Noël Martin, artiste de l'Odéon, vient de louer un local de 750 mètres\nrue Madame, près la rue de Rennes, pour y faire construire un théâtre de\n1,200 places, dont il prendra la direction et dans lequel il fera représenter\ndes opérettes et des vaudevilles. Ce théâtre sera construit par une société en\ncommandite qui émet 1,800 actions de 500 fr. ; il serait terminé et ouvert au\npublic le ier octobre.\nM. Léon Escudier s'est fait délivrer, à la mairie de Puteaux, un extrait\nde lacté mortuaire de Bellini. Vincenzo Bellini est mort,comme on le sait,\nà Puteaux, le 24 septembre 1835, à l'âge de 32 ans. Il est mort isolé et c'est\nun jardinier qui lui a lermé les yeux.\nVoici cet acte mortuaire, dans lequel l'immortel auteur de Norma, des Pu-"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "189", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.54", "texte": "VARIA\n\nritains, de la Sonnambula, est qualifié de simple professeur de musique, et\nqu'ont signé comme témoins deux des amis de Bellini, qui étaient l'un jour-\nnalier et l'autre jardinier.\nMAIRIE DE PUTEAUX. Extrait du Registre des Actes de Décès pour i'année\n18 35.\nL'an mil huit cent trente-cinq, le vingt-quatrième jour du mois de septem-\nbre, à dix heures du matin, par-devant nous, Julien Guillaume Jérôme, Maire\net Officier de l'état civil de la commune de Puteaux, canton de Courbevoie,\narrondissement de Saint-Denis, département de la Seine, sont comparus les\nsieurs: Jacques-Louis Huché, âgé de cinquante-trois ans, journalier, et Jo-\nseph Hubert, âgé de trente-sept ans, jardinier, tous deux domiciliés en cette\ncommune et amis du défunt ci-après nommé, Lesquels nous ont déclaré\nqu'hier, à cinq heures du soir, est décédé en la maison du sieur Legigan,\nquai Royal, en cette commune, Bellini , âgé de trente-deux ans, pro-\nfesseur de musique, célibataire, né à Catania, en Sicde. Sur quoi, nous, Offi-\ncier de l'état civil sus-nommé, après nous être transporté, accompagné des\ndéclarants, au domicile où se trouve le corps du défunt, nous nous sommes\nassuré du décès. En foi de quoi nous avons dressé acte, qui a été transcrit sur\nles deux registres et signé par les déclarants et nous, après lecture.\nSuivent les signatures.\n—La grande fête de charité donnée à Nice, le samedi 7 février, au cercle\nde la Méditerranée, au profit des pauvres de la ville, a dépassé toute at-\ntente.\nOn a donné Ernani. A son entrée en scène, madame la vicomtesse Vigier\na été saluée par de nombreux applaudissements.\nTagliapietra, le baryton du Théâtre-Italien, a, lui aussi, obtenu un très\nvif succès. Cet artiste est très sympathique à la colonie.\nLa recette s'est élevée à 2 5,000 francs environ.\nL'Orphéon, par la plume de M. Abel Simon, consacre une intéressante\nnotice nécrologique à Justinien Viallon :Né le ier avril 1808, Pierre-Marie-\nJustinien Viallon fit au Conservatoire, sous Chérubini et dans la classe de\nReicha, de solides et sérieuses études. Ensuite répétiteur à cette même classe,\nil ne la quitta que pour entrer, en 1838, professeur de composition à l'Ex-\nGymnase militaire, où il occupa cette haute position pendant dix-huit années\nsous la direction de Beer et sous celle de Carafa.\nLa plupart des chefs de musique de l'armée sont ses élèves et beaucoup de\ndirecteurs de fanfares, d'harmonies ou de chorales sortirent jadis de son école.\nViallon laisse une grande quantité de musique sacrée, de nombreux\nmorceaux et fantaisies pour musique militaire, des chœurs orphéoniques esti-\nmés, etc., etc.\nMusicien profondément érudit, ses ouvrages- techniques sur l'harmonie\nfurent nombreux et très remarqués.\nExécutant, il tint longtemps le grand orgue à Saint-Paul, à Saint-Louis\net à Saint-Philippe du-Roule, et fut, pendant vingt-cinq années, organiste du\npetit orgue de la Madeleine.\nViallon n'a pu donner avant sa mort toute la mesure de son talent essen-"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "190", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.55", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ntiellement technique quoique primesautier et chercheur. Il ne se révèle tout\nentier que dans une œuvre considérable dont le Traité d'instrumentation et\nd'orchestration qu'il a fait paraître, n'est qu'une faible fraction; nous voulons\nparler de sa Grammaire de composition musicale, encore inédite.\nCet immense travail est divisé en quatre parties : i° Etudes des matériaux\nharmoniques;2° Etudes de la lecture et du développement des idées ;3° Etude\ndes combinaisons scientifiques (esthétique); 40 Instrumentation et orchestra-\ntion. Il constitue une œuvre considérable pleine d'aperçus ingénieux et nou-\nveaux où fourmillent les idées remarquables et les applications originales, et\nqui contribuera à faire du nom de Justinien Viallon un de ceux que l'on place\navec respect sur la liste des travailleurs obscurs mais utiles qui consacrèrent\nleur vie au progrès de la science et de Fart. Notre excellent collaborateur,\nM. A. Elwart, a prononcé sur la tombe de Justinien Viallon d'éloquentes\nparoles d'adieu.\nM. Ismaël, de l'Opéra-Comique, vient d'être nommé professeur de\ndéclamation lyrique, en remplacement de M. Obin, démissionnaire.\nL'auteur de Chardonnette et des Contes d'un buveur de bière est un col-\nlecteur d'histoires du temps jadis, qui prépare de la matière aux librettistes\ndu temps qui vient. Il ne se contente pas de leur fournir l'ossature de pi-\nquantes comédies à mettre en musique, il leur indique encore du bout de sa\nplume le style qui sied à ces légendes naïvement poétiques des vieux âges.\nC'est à ces titres que nous signalons les Contes du Roi Cambrinus, le recueil\nque M. Charles Deulin vient de publier. Et quels jolis titres aussi à imprimer\nsur une affiche : l'lntrépide Gayant, opéra fantastique; les Dou\\e princesses\ndansantes, ballet; le Sac de la Ramée, opéra comique; Désiré d'amour ; la\nEileuse d'orties ;la Marmite du Diable ;la Viole d'amour, etc Ce dernier\nconte, vous le connaissez, il a paru dans la Chronique Musicale qui en a ob-\ntenu la primeur, de M. Charles Deulin, et il était fait pour nous mettre en\ngoût de lire ceux qui l'accompagnent dans le livre des Contes du Roi Cam-\nbrinus.\n- Le 17 juin 1872, M. Gros, compositeur de musique, a fait représenter\naux Folies-Dramatiques une opérette intitulée la Branche cassée. |\nDepuis le 24 janvier 1874, les Bouffes jouent une opérette, également inti-\ntulée la Branche cassée, musique de M. Serpette.\nProcès entre les deux compositeurs; M. Gros a demandé que ses adversai-\nres fussent condamnés à 3,000 fr. de dommages-intérêts pour usurpation du\ntitre de la Branche cassée.\nLe tribunal a fait défense à M. Serpette de continuer à faire jouer son opé-\nrette sous le titre de la Branche cassée, à peine de 20 francs de dommages-\nintérêts par jour de retard; 200 francs sont en outre alloués à M. Gros égale-\nment à titre de dommages-intérêts."}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "191", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.56", "texte": "VARIA\n\nNOUVELLES\n\nARrSt OPÉRA. M. Halanzier vient de réengager madame Guey-\nmard, pour trois ans.\nMadame Gueymard continuera à toucher 55,000 francs par an.\nElle va chanter pendant le carême, à l'Odéon, l'oratorio de Ma-\nrie-Madeleine, de M. Massenet, soutenue par de grandes masses chorales et\ninstrumentales. Bosquin remplira le rôle du Nazaréen, et Bouhy celui de\nJudas,\nC'est le jeudi 19 et le jeudi 26 de ce mois qu'auront lieu ces fêtes lyriques.\nThéâtre-Italien. Jeudi prochain, première représentation de la Sémira-\nmide.\nOpéra-Comique. On répète toujours le Florentin, qui passera sous peu.\nLe samedi 7 mars, aura lieu à l'Opéra-Comique le bal annuel donné au\nbénéfice delà caisse de secours de la Société des artistes dramatiques.\nPorte-Saint-Martin. Grand succès du drame les Deux Orphelines, de\nMM. Dennery et Cormon.\nVariétés. Vendredi i 3 février, première représentation de la Petite Mar-\nquise, comédie en 3 actes de MM. Jules Meilhac et Ludovic Halévy. Les\nauteurs sont heureux ; malgré la date fatidique, la pièce a réussi.\n—Au mois d'octobre prochain, les Variétés feront reprise de la Périchole.\nMM. Meilhac et Halévy ajouteront un troisième acte à cette opérette.\nChâtelet. Mademoiselle Mélanie Reboux est engagée au théâtre du\nChâtelet pour créer le rôle principal dans la Belle au bois dormant, la grande\nféerie de Clairville, dont M. Litolff écrit la musique.\nRenaissance. Voici la distribution des Bavards, que la Renaissance va\nreprendre très prochainement :\nSarmiento MM. Habay.\nCristobal Daubray.\nTarribio Édouard Georges.\nRoland MmesDartaux.\nBéatrix Grivot.\nInès Garnier.\nFolies-Dramatiques. MM. Ernest Dubreuil et Cœdès jont dû lire aux\nFolies-Dramatiques une opérette, la Belle Bourbonnaise.\nConcerts d'harmonie sacrée. M. Lamoureux, justement encouragé par le\nsuccès du Messie, a mis à l'étude un nouvel oratorio : la Passion, de Bach,\nqui sera exécuté prochainement.\nConcerts Frascati. Frascati, avec son orchestre, dirigé par Maton, attire\nchaque soir, rue Vivienne, une foule considérable*, Les programmes offerts"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "192", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740215-01.1.57", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\nParis. Imprimerie Alcan-Lévy, rue de Latayette, 61.\nPropriétaire-Gérant : 04 H U HE U LHC4 CJ\\'£.\n\nau public sont des plus attrayants, et les solistes Lalliet, de Laßencheraye,\nDuvergès, Chollet, Reuschel et Bernard, charment le public qui les applaudit\nchaque soir.\nMILAN. Macbeth, notablement modifié par Verdi, vient d'être représenté\nàla Scala, où il a fait fanatisme*. Les morceaux refaits sont un air de lady\nMacbeth au second acte, les récits et mélopées de Macbeth à la scène des\napparitions, plusieurs danses, un chœur de fugitifs au quatrième acte et le\nfinale de l'Opéra : l'air de lady Macbeth, le chœur des fugitifs et les danses\nsont ce qu'il y a de plus remarquable dans cette partie nouvelle de la parti-\ntion. Pandolfini et madame Fricci interprètent avec talent les principaux\nrôles.\nTURIN. La première représentation de la Contessa di Mons, du maestro\nLauro Rossi, a eu lieu le 3i janvier dernier au Théâtre royal, à Turin.\nLe succès, paraît-il, a été complet. L'œuvre a été applaudie dans son en-\nsemble et dans ses détails.\nOn a remarqué surtout l'introduction, un beau chœur avec une entrée de\nvoix de femmes, une prière sans accompagnement d'un très bel effet, et le\nfinale.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}