{"numero_id": "bm-bmtnabc-1874-03-01-01", "volume": "bmtnabc_1874-03-01_01", "ocr_sha256": "2db76b7c5875d0977f29b0fc15cfe93a08502f4f7fb1caa8b9fd113d1eeb9cbd", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabc/issues/1874/03/01_01/bmtnabc_1874-03-01_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabc/issues/1874/03/01_01/bmtnabc_1874-03-01_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabc-1874-03-01-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-03-01_01#c001", "volume": "bmtnabc_1874-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "[193]", "page_fin": "198", "image_debut": 1, "image_fin": 6, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.2.1", "titre_corps": "PROFESSION DE FOI MUSICALE DE M. OFFENBACH", "titre_sommaire": "PROFESSION DE FOI MUSICALE DE M. OFFENBACH", "signature_source": "ADOLPHE JULLIEN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[193]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.1", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 621, "texte": "PROFESSION DE FOI\nMUSICALE\nDE M. OFFENBACH\n\nOffenbach étant, depuis le grand succès de\nson Orphée aux Enfers, le point de mire\nde l'attention générale, un journal, qui est\ntout àsa dévotion, a cru devoir rappeler\nque l'heureux directeur de la Gaîté avait,\nil y a vingt ans, publié quelques causeries\nmusicales dans Y Artiste. Il était assez ma-\nladroit d'évoquer ce souvenir. A cette épo-\nque, en effet, le pauvre violoncelliste, sans\nse douter qu'il pût jamais devenir compo-\nsiteur ni directeur, était un fidèle servant du grand art, affichait les\nconvictions les plus sévères, traitait avec une rigueur extrême les fa-"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "194", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.2", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2489, "texte": "bricants de petite musique, et marquait en particulier pour Adam et\nClapisson un profond dédain.\nLe journal en question n'a, bien entendu, rapporté de ces articles que\nles passages qui devaient faire le plus d'honneur au maître qu'il vou-\nlait glorifier; mais il a prudemment laissé dans l'ombre ceux qui pou-\nvaient contrarier le moins du monde M. Oftenbach, et il y en a bon\nnombre que le célèbre maestro buffo peut regretter d'avoir écrits na-\nguère-, tant ils retombent violemment aujourd'hui sur sa propre tête. Ce\nsont précisément ces morceaux qu'il serait curieux de remettre en lu-\nmière. On y pourrait, au besoin, ajouter quelques mots d'explication ;\nmais, le plus souvent, le démenti donné par les œuvres du compositeur\nou les actes du directeur aux opinions si absolues de est telle-\nment violent, tellement éclatant, que tout commentaire serait superflu\net ne pourrait qu'en atténuer la portée.\nLe temps écoulé semblait garantir M. Offenbach d'un souvenir im-\nportun ; mais un adage latin devait l'avertir que ces chapitres, si bien\ncachés qu'ils fussent dans l'épaisseur d'un volume in-quarto, seraient\ndécouverts un jour ou l'autre. Tout au plus pouvait-il espérer que cette\nrévélation ne serait pas provoquée par les flatteries empressées d'un\njournal dévoué ; et pourtant lui,, qui a mis en musique plusieurs fables\nde La Fontaine, devait bien connaître certaine moralité dont il peut\napprécier aujourd'hui toute la justesse :\nRien n'est si dangereux qu'un ignorant ami,\nMieux vaudrait un sage ennemi.\nCes curieux articles datent des premiers mois de 185 5. A cette époque,\nM. Perrin, réunissant en ses mains les rênes de l'Opéra-Comique et du\nThéâtre-Lyrique, se faisait concurrence à lui-même sur chacun de ces\nthéâtres, et représentait des deux côtés quelques ouvrages de jeunes\ncompositeurs en quête d'un succès : ici, les Sabots de la Marquise, de\nM. Boulanger, et Miss Fauvette, de M. Massé; là, le Roman de la Rose,\nde M. Pascal, et les Charmeurs, de M. Poise. Le critique de Y Artiste\ntraite avec une indulgence dédaigneuse ce « répertoiricule charmant et\namusant ; » mais il n'était pas toujours aussi clément à l'endroit de ces\nmenus ouvrages :\n« Les partitions de beaucoup de nos compositeurs du jour ressemblent aux\nélégantes du boulevard, elles portent trop de crinoline. A la lumière, elles\nforment un ensemble assez substantiel et d'un beau coloris. De près, en\ndéshabillé, au piano, ce sont des fantômes gonflés de vent et de son* >5"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "195", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.3", "debut_caractere": 42, "fin_caractere_exclue": 2709, "texte": "Le succès retentissant que venait d'obtenir la Promise et qui avait\ndéterminé l'entrée de Clapisson à l'lnstitut, avait le don d'exaspérer\nM. Offenbach, et il criblait de traits acérés le musicien qui n'avait dû\nl'honneur d'être admis à l'Académie qu'à la remarquable vulgarité de\nses refrains : cette vulgarité même avait fait leur vogue.\nw M. Clapisson s'est empressé de célébrer sa nomination d'académicien\nen prodiguant quelques mélodies surannées et hors d'âge dans les Vignes,\nvaudeville en un acte, qui, d'abord répété à l'Opéra-Comique, a été trans-\nporté au Théâtre-Lyrique, et qui, malgré cette transposition, a eu l'air de se\ntrouver gené sur la scène si musicale de ce théâtre. Si nous disons que ces\nmélodies sont surannées, ce n'est pas un blâme adressé à M. Clapisson, car\nces mélodies ne sont pas de lui; il s'est contenté de les emprunter au réper-\ntoire des vieux airs français, tels que le Sultan Saladin, le Père Trinque-\nfort, etc., etc. »\nDans ce cas particulier, le mépris que M. Offenbach éprouvait pour\nl'auteur de la Promise était doublé par l'admiration profonde qu'il avait\nvouée à l'auteur de Benvenuto Cellini ; et l'lnstitut ayant commis l'in-\nconcevable erreur de préférer un musicien aussi médiocre que Clapisson\nau compositeur de génie dont la France commence aujourd'hui seule-\nment à s'honorer, le partisan de Berlioz exprimait en termes irrités sa\nvive indignation et poursuivait le nouvel académicien de ses brocards.\n« On avait besoin d'un symphoniste, ce fut un danseur qui l'obtint.\n« Un ami d'Hector Berlioz était allé solliciter la voix d'un immortel. Il lui\nénumérait toutes les qualités sérieuses de son ami, comme symphoniste et\ngrand compositeur. Tout cela est bel et bon, dit l'immortel, mais citez-moi\nquelques-uns de ces fameux ouvrages. L'autre lui répond : Roméo et Ju-\nliette, la Damnation de Faust, etc., etc. Ma foi, je ne connais pas toutes\nces œuvres. D'ailleurs, nous avons promis notre voix au célèbre auteur du\nPostillon de madame Ablou, qui est connu dans les cinq parties du monde.—\nEt même dans tous les cafés-chantants, répondit le berlioziste en se retirant.\n« Aussi M. Clapisson a-t-il été nommé au même titre que M. Adam, c'est à\ndire pour cause de Postillon, ce qui prouve que l'Académie est à cheval sur\nles principes d'art. »\nCe dernier trait montre quel cas M. Offenbach faisait d'Adolphe Adam.\nTantôt il le louait ironiquement d'avoir prodigué dans le Muletier de\nTolède (( ces mélodies faciles et improvisées dont il a le monopole, »\nil devait l'en déposséder par la — tantôt il lui reprochait en termes\nd'une politesse affectée d'accaparer le Théâtre-Lyrique au détriment\ndes jeunes musiciens."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "196", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.4", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2650, "texte": "M. Perrin vient de faire jouer le Muletier de Tolède, de l'auteur du Cha-\nlet; A Clichy, autre opéra-comique de l'auteur du Chalet; la reprise de la\nReine d'an jour, aussi de Fauteur du Chalet. Nous ne nous plaignons certes\npas d'entendre cette charmante musique, mais nous avouons que nous aime-\nrions asse% entendre, ne fût-ce que de loin en loin, un ouvrage de nos jeunes\nconfrères.\nMoins de six mois après avoir formulé cette chaleureuse réclamation en\nfaveur des jeunes musiciens, M. Offenbach, bien recommandé auprès de\nM. Fould, obtenait l'autorisation d'ouvrir un petit théâtre aux Champs-\nElysées, puis l'hiver venu, de le transporter au passage Choiseul et d'y\njouer non plus seulement des saynètes, mais des actes. En l'espace de\ndouze mois, de juillet 1855 à juillet 1856, M. Offenbach représenta\nvingt-neuf pièces en un acte,, dont TREIZE signées de lui. Cette préférence,\nd'ailleurs si naturelle, souleva les plus vives réclamations de la part des\ncompositeurs sans asile, qu'excitait fort la faveur inattendue dont M. Of-\nfenbach avait été l'objet.\nIl imagina alors de mettre au concours un poème d'opéra pour cou-\nper court à ces clabauderies; il joua quelque temps les ouvrages couron-\nnés ex œquo de MM. Ch. Lecocq et G. Rizet, la partition de ce der-\nnier avait été déclarée par le jury « plus scénique et même plus bouffe » que\ncelle de son concurrent (1), puis les choses reprirent leur train comme\npar le passé; si bien qu'à la fin de 1861, M. Offenbach, sur le point de\nquitter la direction des Bouffes,, se trouva y avoir fait représenter cent-\nun ouvrages, dont TRENTE-CINQ de lui, les plus considérables s'entend, et\nceux qui restaient inamovibles sur l'affiche : on ne faisait qu'entrevoir\nles autres. Adolphe Adam, auquel M. Offenbach reprochait si vivement\nde barrer le chemin aux jeunes musiciens, n'avait pas fait jouer un\nseul ouvrage de lui-même durant sa direction de quatre mois au Théâtre-\nLyrique.\nPlus tard enfin, lorqu'il eut déposé le pouvoir directorial, on sait avec\nquelle âpretéM. Offenbach réclamait que le spectacle entier fût composé\nde ses ouvrages, afin de palper tous les droits d'auteurs de la soirée. Croit-\non qu'Adam ait jamais montré des exigences aussi léonines ?\nJ'ai réservé pour la fin le morceau suivant auquel ces vingt ans écou-\nlés ont donné une saveur étrangement piquante. C'est une profession de\n\n(i) On trouvera leâ fênseignemêfits les plus précis sut5 ce curieux concours et sur\nceux qui ont été institués ensuite par le ministère des Beaux-Arts, dans notre étude :\nLes Théâtres lyriques et les Concours de musique dramatiques. (Revue de France,\n3i mai 1872.)"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "197", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.5", "debut_caractere": 42, "fin_caractere_exclue": 2946, "texte": "foi musicale, inspirée à M. Offenbach par Paudition de la Juive, un\nmanifeste passionné, tel que Berlioz lui-même n'en a pas écrit de plus\nviolent, et où son enthousiasme pour le grand art n'a d'égal que sa sainte\ncolère contre le métier et le mercantilisme en musique,\nNous qui avons compris, dès la première fois, quelle puissance d'or-\nchestration, quelles inspirations larges et élevées s'y trouvaient, le succès\nque cette partition a obtenu depuis ne nous a pas étonné. C'est de la belle\nmusique, de la musique aux larges épaules, à la cambrure fière comme un\ncheval pur sang ; rien d'étriqué, rien de mesquin, c'est du Michel-Ange en\nmusique ; mais malgré tout cela, et presque à cause de tout cela, les petits\nesprits ne la trouvent pas à leur goût, cela manque essentiellement d'airs à\npolkas et à mazurkas; c'est à peine si une valse, une belle valse, ma foi,\ncelle du premier acte, et les adorables airs de danse du troisième acte, ont\nl'approbation de ces messieurs. Non, non, ce qu'il leur faut à ces composi-\nteurs de quatrième ordre, c'est de la musique populaire déjà avant la repré-\nsentation] celle-là est de suite acclamée; nous avons peut-être le mauvais\ngoût de ne pas aimer cette musique aux idées lilliputiennes, cette musique\nen état de sevrage; nous l'avouons franchement, la musique mercantile n'a\npour nous aucune espèce de charme; aussi sommes-nous souvent forcé de ne\npas aller entendre certains opéras, pour ne pas en rendre compte ; à telle ou\ntelle enseigne, nous reconnaissons de suite la marchandise ; nous sommes\ndésolé d'avoir à employer ce mot, quand nous parlons d'art, mais Vart n'a\nrien à démêler avec ces marchands d'idées qui composent au mètre et à la\ntoise ; ces messieurs seraient probablement eux-mêmes tout étonnés si on les\ncomparait à des compositeurs sérieux.\nIl convient d'ajouter que ces articles, pris d'ensemble, révèlent un vé-\nritable sens artistique et une réelle connaissance des œuvres des maîtres.\nLe sentiment qui y domine et qui honore singulièrement M, Offenbach,\nest une admiration ardente pour Weber et Berlioz. Il les venge en ter-\nmes indignés : l'un, des mutilations que lui faisait subir Castil-Blaze;\nl'autre nous savons par quelles épigrammes, du choix de l'lnstitut\nqui lui avait préféré Clapisson. Il écrit de verve sur le Freischut% et\nPEnfance du Christ, des lignes enthousiastes, et affirme avec chaleur,\ncontre tous, le génie de Berlioz. Ce sont là de belles pensées; mais, si\nl'on rapproche des tendances élevées que manifestait autrefois le musi-\ncien misérable et en quête de leçons, les prédilections affichées par le\ncompositeur illustre et millionnaire pour le grotesque et le trivial, on\nse prend à douter de la sincérité de son jeune enthousiasme, et l'on se\ndemande de qui M. Offenbach se raille depuis vingt ans, si c'est de nous\nou de lui-même.\nPeut-être n'est-ce de personne, et ne faut-il voir dans cette contradic-"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "198", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.6", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1632, "texte": "tion véritablement stupéfiante, qu'une singularité de caractère, qu'une\nétrange dualité* On a déjà pu remarquer, lors de la représentation de\nJeanne Darc, quel curieux contraste le directeur offrait avec Fauteur\nchez M. Offenbach : Pun, délaissant trop souvent le genre gracieux et\naimable de la Chanson de Fortunio pour le burlesque et la charge gros-\nsièie, 1 autre, doué de goûts élevés, montrant qu'il apprécie le beau en\nmusique comme en littérature, et risquant au besoin, pour le prouver,\nune partie considérable qu il adu reste gagnée. On peut donc\nespéier que, si M. Offenbach auteur n'a-jamais eiu le courage ou les\nmoyens de i énoncer au genre qui lui avait procuré gloire et fortune, il\na conseï vé intactes ses nobles préférences d'il y a vingt ans, et que le di-\nrecteur n'a fait que se ressouvenir des aspirations du critique.\nIl est pour lui un moyen bien simple de confirmer cette flatteuse sup-\nposition . C est de jouer à la Gaîté, avec cette richesse de mise en scène\nqui va toujours crescendo, une des admirables créations de Weber ou de\nBerlioz, qu il exaltait naguère et défendait contre les profanations du\n<x crétinisme. » M. Offenbach caresserait, paraît-il, le projet de repré-\nsenter le Songe d une nuit d été de Shakespeare, avec la musique de\nMendelssohn. C est là une excellente idée, mais il est à désirer que ses\npréférences d aujourd'hui ne lui fassent pas oublier ses enthousiasmes\npassés. Critique, il a défendu avec une noble ardeur les conceptions de\ngénie de Weber et de Berlioz* directeur, il doit leur ouvrir toutes grandes\nles portes de son théâtre.\n\nADOLPHE JULLIEN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-03-01-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-03-01_01#c005", "volume": "bmtnabc_1874-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "199", "page_fin": "207", "image_debut": 7, "image_fin": 15, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.2.2", "titre_corps": "HISTOIRE DU THÉATRE DE MADAME DE POMPADOUR DIT THÉATRE DES PETITS CABINETS", "titre_sommaire": "HISTOIRE DU THÉATRE DE MADAME DE POMPADOUR DIT THÉATRE DES PETITS CABINETS", "signature_source": "ADOLPHE JULLIEN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 7, "page_imprimee": "199", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.7", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 875, "texte": "HISTOIRE\nDU\nTHÉATRE DE MADAME DE POMPADOUR\nDIT\nTHÉATRE DES PETITS CABINETS\n\nSixième article (i).\nCHAPITRE V\nQUATRIÈME ANNEE\n26 £\\Çovembre 1749. 27 C4vril 17^0.\nL y eut, comme chaque année, un relâche de près de\nhuit mois; puis le théâtre rouvrit le mercredi 26 no-\nvembre par la première représentation d'lssé, pasto-\nrale héroïque en cinq actes (le prologue supprimé), pa-\nroles de La Mothe, musique de Destouches, jouée à\nl'Opéra en 1698.\nIssé, nymphe, fille\nde Macarée (MlleLe Rochois ou Desmâtins,) Mme de Pompadour.\nDoris, sœur d'lssé. (Mlle Moreau) Mme de Marchais.\nUn Grand-Prêtre. (Hardouin) Le duc d'Ayen.\nHylas (Thévenard) M. de la Salle.\nPan (Dun) Le cher, de Clermont.\nApollon, sous le\nnom de Philémon. (Du Méni) Le vicomte de Rohan.\nUn Berger (Boutelou)\n\n(i) Voir les numéros des ieT septembre, ler octobre, le»' novembre, iev décembre\n1873, et i 5 janvier 1874^"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "200", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.8", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2294, "texte": "Les nouveaux danseurs, M. de Beuvron et M. de Melfort, continuè-\nrent leurs débuts dans Issé> dont les décorations excitèrent l'admiration\ngénérale, à commencer par un magnifique soleil composé de treize cents\nbougies.\nLe lundi, ier décembre, première représentation du Philosophe marié,\nde Destouches (1727), suivi du ballet de VOpérateur chinois. Un nou-\nvel acteur débutait dans la comédie, le chevalier de Pons, attaché au duc\nde Chartres.\nAriste . Le duc de Duras.\nDamon M* de Maillebois.\nGéronte .. Le duc de Chartres.\nLe marquis du Lauret,. Le chevalier de Pons.\nLysimon ...... M. de Gontaut.\nPicart Le chevalier dè Clermont.\nCéliante Mme de Pompadour.\nM élite Mme de Marchais,\nFinette » Mme de Livry.\nCette pièce fut bien rendue, surtout par M. de Duras et madame de\nPompadour; madame de Livry et madame de Marchais se firent aussi\napplaudir, mais le débutant ne paraît pas avoir fait sensation.\nLa comédie de Destouches obtint un si grand succès qu'elle fut reprise\nle jeudi 11 avec le divertissement nouveau des Quatre Ages en récréation,\nde Dehesse. Le théâtre représentait un hameau sur le devant et une forêt\ndans le fond. On voyait dans ce bois les Quatre Ages. Le premier était\nguidé par Dehesse habillé en gouvernante. Le second, quittant le jeu du\nvolant pour la danse, paraissait conduit par M. de Courtenvaux, en ma-\ngister. Le troisième arrivait en dansant avec vivacité au son du tambou-\nrin, puis enfin le quatrième, représenté par des vieillards qui figuraient\nun pas de quatre avec leurs femmes. Tout se terminait par un colin-\nmaillard général et par une contredanse animée.\nLe même jour, on inaugura dans la salle un nouveau balcon qui avait\nété construit en fort peu de temps; il était au-dessus des places qui sont\nderrière le Roi, et s'étendait des deux côtés au-dessus des galeries. Cette\nmodification, donnant un grand nombre d'excellentes places, permit àla\nmarquise de satisfaire bien des convoitises et d'apaiser bien des jalousies.\nLe mardi 16 et le dimanche 21, on donna deux nouvelles représenta-\ntions à! Issé : l'opéra plut beaucoup, et les acteurs eurent autant de suc-\ncès que le premier soir, sans pourtant rivaliser avec le fameux soleil de\ntreize cents bougies.\nLe spectacle fut interrompu, comme Tannée précédente, à cause des"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "201", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.9", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2091, "texte": "cérémonies du premier jour de l'an. On rouvrit le samedi 10 janvier\n1750 par une reprise des Dehors trompeurs ou VHomme du jour, co-\nmédie de Boissy déjà jouée en janvier 1748. La distribution demeura la\nmême à quelques changements près. Madame de Marchais remplaçait\nmadame de Pons dans le rôle de la marquise; le chevalier de Pons, con-\ntinuant ses débuts, jouait le marquis à la place du duc de Nivernois;\nenfin le comte de Frise, neveu du comte de Saxe, faisait son entrée dans\nla troupe en doublant M. de Gontaut dans le petit rôle du valet Cham-\npagne.\nAprès la comédie vint la première représentation des Bûcherons ou le\nMédecin de village, ballet-pantomime de Dehesse. Le théâtre repré-\nsente une forêt ; plusieurs ouvriers y coupent et élaguent des arbres,\nleurs femmes viennent leur apporter à manger. L'un des bûcherons\ntombe du haut d'un arbre ; le médecin et le chirurgien se disputent\nsur le traitement du blessé, lui coupent un bras et une jambe et se\nprennent aux cheveux... Le bailli arrive et ordonne qu'on restaure le\nblessé; on lui remet la jambe à la place du bras et vice versa : le tout\nfinit par une contredanse. Le principal mérite de cette pantomime était\nde ne durer qu'un quart d'heure; on applaudit sa brièveté.\nQuatre jours après (mercredi 14 janvier), on représenta les Fêtes de\nThétis, opéra en deux actes, précédé d'un prologue, paroles de Roy;\nmusique, pour le prologue et le premier acte, de Colin de Blamont, et\npour le second, de Bury.\nPrologue :\nThétis Mme de Marchais.\nLa Seine Mme Trus s on„\nMercure Le duc d'Ayen.\nPremier acte, Sisyphe amoureux d Egine :\nEgine Mme de Pompadour.\nJupiter M. de la Salle.\nSisyphe Le chevalier de Clermontt\nSecond acte, Titon et VAurore :\nL'Aurore Mme de Pompadour.\nHébé Mme de Marchais.\nTiton Le vicomte de Rohan.\nLe Soleil Le marquis de la Salle (1).\nDANSE : MM. de Melfort, de Courtenvaux, de Beuvron et les chœurs.\n\nvi) Cet acte seul fut repris à l'Opéra le 18 février 17.51. Mademoiselle Lemierre jouait\nHébé; Jélyotte, Titon; mademoiselle Romainville l'Aurore; et Lepage, le Soleil."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "202", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.10", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2210, "texte": "Le sujet du prologue était Thétis qui se plaignait de ce que la guerre,\ndéclarée de tous côtés, interrompait le commerce : l'ouvrage entier fut\njugé assez médiocre, peut-être parce qu'il durait autant qu'un opéra en\ncinq actes. On trouva trop d'uniformité dans la musique, surtout au\nprologue et au premier acte. Madame de Marchais était si fort enrhumée\nqu'on l'entendait à peine; mais madame de Pompadour fut fort applau-\ndie, surtout dans son ariette finale.\nLe jeudi 22, deuxième représentation de cet opéra. Soirée assez terne,\nmais qui fit ressortir d'autant les talents de madame de Pompadour.\nCroyons-en son ennemi, le marquis d'Argenson : « On ne parle que de\nl'accroissement de la faveur de la marquise; elle seule a pu amuser le\nRoi, elle vient de jouer son opéra, dont le poëte Roy a fait les paroles,\navec des grâces qu'elle seule a possédées. »\nEn voyant la médiocre réussite des Fêtes de Thétis, la troupe s'était\nhâtée de remonter une comédie, et, le mercredi 28, elle rejoua le Pré-\njugé à la modey suivi de la seconde représentation du ballet des Quatre\nAges. La comédie de La Chaussée n'avait pas été donnée depuis le 18\nmars 1747; aussi y avait-il plusieurs changements de rôles :\nDorval M. de Duras.\nDamon M. de Maillebois.\nArgant M. le duc de Chartres, au lieu de M. de Croissy.\nClitandre M. de Pons, au lieu de M. de Voyer dArgenson.\nDamis M. de Voyer, au lieu de M. de Coigny,\nHenri M. le comte de Frise, au lieu de M. de Gontaut.\nConstance Mme de Pompadour.\nSophie Mme de Marchais, au lieu de Mme de Pons.\nFlorine Mme de Livry.\nLe mercredi 4 février, reprise , avec corrections, d'Erigone et de\nZélie. Les acteurs demeuraient les mêmes, sauf madame de Brancas,\nremplacée par madame Trusson dans Antonoé, et le chevalier de Cler-\n/\nmont qui remplaçait M. de la Salle dans le suivant de Bacchus d\\£W-\ngone.\nC'était assez de reprises : aussi donna-t-on trois premières représenta-\ntions pour fêter le mardi-gras, 10 février. On commença par un frag-\nment d'une comédie de Dancourt, la Foire Saint-Germain, jouée le 19\njanvier 1696 à la Comédie-Française.\nMlle Mousset, marchande de modes.... e. Mme de Livry.\nLorange? marchand de café, en arménien. Le duc de Duras*"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "203", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.11", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2178, "texte": "Le chevalier de Castagnac, gascon Le marquis de Voyer.\nUrbine, gasconne Mme de Brancas.\nClitandre, amant d'Angélique Le chevalier de Pons.\nLe Breton, son valet Le comte de Maillebois.\nAngélique .. Mme de Marchais.\nMme Isaac, sa gouvernante. Le marquis de Sourches.\nJasmin, laquais d'Angélique Le chevalier de Clermont,\nM. Farfadel, banquier Le duc de Chartres.\nMlle de Kermonin, bretonne.., Mme de Pompadour.\nMarotte, grisette » Mme Trusson.\nPuis venait un second fragment, composé de scènes des Petites Ven-\ndanges, de Dancourt, et du Secret révélé, une ancienne comédie de\nBrueys et Palaprat assez peu amusante, qui avait dû son succès au\nThéâtre-Français, en 1790,— au jeu des deux principaux acteurs :\nLucas (Thibault), vigneron. (Raisin le cadet). Le duc de Chartres.\nEraste, amant de Claudine Le chevalier de Pons.\nOronte, bourgeois, son rival Le marquis de Voyer.\nMargot, femme de Lucas Mme de Brancas.\nClaudine, nièce de Lucas Mme de Pompadour.\nLolive, valet d'Eraste Le comte de Frise.\nColin, valet de Lucas (De Villiers)... Le duc de Duras.\nUn Laquais Le chevalier de Clermont.\nLa soirée se termina par la première représentation d'un ballet pan-\ntomime, Mignonette, dû à la collaboration de Dehesse, Lanoue, La-\ngarde et Tribou. C'était l'histoire d'un géant amoureux de la princesse\nMignonette. Les quatre auteurs jouaient les rôles du géant Nigrifer, du\ngénie Luisant, de l'esclave Ziblis et du suivant Magotin. La petite\nFoulquier, âgée de neuf ans, représentait la princesse, et le petit Vicen-\ntini, âgé de six, jouait le rôle du prince Hochet, amant de Mignonette.\nCe qui plut davantage dans la pièce fut une danse intitulée le Ballet des\nChiens. Ce petit divertissement avait, au dire de d'Argenson, coûté la\nbagatelle de cinquante mille écus.\nLe mercredi 18, on donna en présence du Dauphin et de Mesdames\nune nouvelle représentation d\"Erigone et de Zélie, jouées comme la der-\nnière fois. La Reine n'y assistait pas.\nLe mercredi 25, première représentation de la Journée galante,\nopéra-ballet en trois actes, paroles de Laujon, danses de Dehesse,\nmusique de Lagarde* Les trois actes de cet opéra avaient des titres\ndifférents*"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "204", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.12", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1846, "texte": "Le premier était la Toilette de Vénus :\nVénus Mme de Pompadour.\nMars • • • M, delà Salle.\nLES GRÂCES , <MLLES Puvigné (I)? Camille, Chevrier.\nLe second, Les Amusements du soir ou la Musique, avait déjà été\nreprésenté au théâtres des cabinets, le i 3 janvier 1748, sous le titre\nd'Eglé. Le duc d'Ayen conservait le personnage d'Apollon, madame de\nMarchais remplaçait madame de Pompadour dans le rôle d'Eglé, et ma-\ndame Trusson, madame de Brancas dans celui de la Fortune.\nLe troisième, la Nuit ou Léandre et Héro :\nHéro, prêtresse de Vénus. Mme de Pompadour.\nLéandre, amant d'Héro.,. M. de Rohan.\nNeptune M. de Clermont.\nDANSE : MM. de Melfort, de Beuvron et de Courtenvaux.\nMusique et tout parut agréable dans cet ouvrage : le second\nacte plut infiniment, le tioisieme fut moins goûte parce compre-\nnait une tempete très longue et très difficile à rendre par le petit orchestre\ndu théâtre.\nMadame de Pompadour et ses amis avaient abordé avec succès la co-\nmédie, 1 opéia, le baliet \\ il ne manquait à leur couronne qu'un fleuron,\nla tragédie. Ils prétendirent le posséder, et le samedi 28 février, ils repré-\nsentèrent 1 A.l\\ire de Voltaire, jouée à la Comédie le 27 janvier 1736,\nDon Alvarès M. de Pons.\nDon Gusman M. de Maillebois.\nMontés M. de la Salle.\nZamore M. de Duras.\nUn Américain M. de Clermont.\nAlonze M. de Frise.\nAlzire Mme de Pompadour.\nElmire 1\nCéphane. ! M™\nTout en affectant un grand courage, les nobles acteurs ne laissaient\n\n(i) Cette jolie enfant avait conquis les bonnes grâces du directeur de la troupe.\n\" M. de la Vallière s'est mis à entretenir la petite Puvigné, danseuse de l'Opéra, qui\na à peine treize ans et qui n'est qu'une enfant; il fait construire pour lui des cabinets\nà sa maison des champs, à l'imitation du Roy; il doit de tous côtés. » (Mémoires du\nmarquis d\\Argenson, décembre 1748.)"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "205", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.13", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2377, "texte": "pas d'être fort inquiets. « La pièce est difficile à jouer, dit le duc de\nLuynes, et les acteurs craignoient de ne pas réussir, de sorte qu'il y eut\nbeaucoup moins de gens admis qu7à l'ordinaire. La pièce cependant fut\nfort bien jouée. Madame de Pompadour et M. de Duras surtout reçurent\nl'un et l'autre de grands éloges, qui leur étoient justement dus. » Le\nspectacle se termina par une petite pantomime, les SaboVers, exécutée\npar le petit Vicentini et la petite Foulquier.\nLe lendemain, Voltaire alla saluer la marquise à sa toilette et lui\nadressa cet impromptu, où il faisait galamment allusion à son succès de\nla veille.\nCette Américaine parfaite\nTrop de larmes a fait couler .\nNe pourrai-je me consoler\nEt voir Vénus à sa toilette ?\nLe mercredi 4 mars, deuxième représentation de la Journée galante,\nde Laujon et Lagarde : tout marcha comme au premier jour. La Reine,\nle Dauphin et la Dauphine assistaient au spectacle. La présence de la\nReine causa même une vive surprise à la cour et devint matière à de\nnombreux commentaires. < J'ai marqué que la Reine alla hier à l'opéra\ndes petits cabinets, écrit Luynes; elle ne fut avertie qu'à six heures du\nsoir; jusque-là elle avoit cru qu'elle n'iroit point, d'autant plus qu'elle\nn'y avoit point été depuis le mardi-gras. Personne ne sait la raison de ce\nchangement; on a cru que le Roi auroit désiré que la Reine lui en par-\nlât, et c'est ce que la Reine n'a jamais voulu faire. La Reine n'ayant\ndonc fait aucune démarche, on ignore de même ce qui a déterminé le\nRoi de lui faire proposer d'aller hier à l'opéra. »\nDeux jours après, la troupe ayant repris confiance rejoua Attire de-3\nvant un auditoire plus nombreux. Voltaire assistait à la représentation\nde son ouvrage qui fut encore mieux rendu que la première fois; mal-\nheureusement pour son amour-propre, il dut entendre le Roi exprimer\ntout haut son étonnement que l'auteur pût être le même qui\navait fait Oreste. Cette brillante soirée fut terminée par un ballet-panto-\nmime de Dehesse, les Savoyards ou les Marmottes, qui avait été joué à\nla Comédie italienne, le 3o août 1749, et dans lequel madame Favart\ndansait et chantait avec verve une chanson savoyarde française de\nCollé (1).\nA ce moment le théâtre dut faire relâche plusieurs fois par suite d'în®\n\n(i) Voir notre notice sur madame Favart (Ménestrel, février et mars 1872)*"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "206", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.14", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2173, "texte": "dispositions. « Il devoit y avoir spectacle dans les cabinets avant-hier,\naujourd'hui et après-demain, écrit Luynes le jeudi 12 mars, —on\ndevoit jouer la comédie du Méchant, de M, Gresset, et deux fois l'opéra\ndu petit Poinson, qui a déjà été joué dans les cabinets; un gros rhume\nde madame de Pompadour et la maladie de madame de Brancas douai-\nrière ont dérangé jusqu'à présent tout ce projet. L'on compte jouer ces\ndeux pièces après la quinzaine de Pâques. »\nEn effet, le samedi 18 avril, la troupe reprit le Méchant qu'elle n'avait\npas joué depuis plus de deux ans.\nCié0n*....... Le duc de Duras.\nGéronte Le duc de Chartres.\nAriste Le chevalier de Pons, au lieu de M. de Maillebois .\nValère M. de Monaco (début), au lieu de M. de Nivernois.\nFrontin M. de Maillebois, au lieu de M. de Gontaut.\nLisette MmQ de Pompadour.\nGhloé Mme de Marchais, au lieu de M&e de Pons.\nFlorise Mme de Livry, au lieu de Mme de Brancas.\nAprès la comédie vint un Pas de six, ballet-pantomime héroïque.\nDeux faunes.... MM. de Courtenvaux et de Langeron.\nDeux bergers... MM. de Melfort et de Beuvron.\nDeux bergères.. Les demoiselles Puvigné et Camille.\nCette représentation ayant commencé fort tard ne se termina qu'à\nonze heures et demie : elle fut suivie d'un médianoche servi dans les\ncabinets.\nAprès cette double excursion dans le répertoire de la Comédie-Fran-\nçaise, les nobles comédiens revinrent à la musique, et ils obtinrent leurs\nderniers succès, les samedi 2 5 et lundi 27 avril, dans deux représenta-\ntions de ce charmant opéra du Prince de Noisy, qui resta le plus grand\nsuccès remporté, durant ces quatre par la troupe de la favorite.\nGes luxueux divertissements n'avaient pas été sans exciter de méchants\npropos et des satires où s'épanchait le dépit des mécontents de la cour\net de la ville. L'argent n'était que le prétexte, la raison vraie était l'a*\nmour-propre froissé de ceux qui n'avaient pu se faire admettre au nombre\ndes spectateurs.\nOn chansonna la nouvelle mode introduite par la favorite. Tant qu'on\nne fit que chanter, il n'y eut pas grand mal; mais bientôt des satires\nvirulentes et des pamphlets circulèrent en sous-main, qui s'attaquaient"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "207", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.15", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 1866, "texte": "plus haut. C'est ainsi qu'on colportait des poésies emphatiques et vio-\nlentes :\nParmi ces histrions qui régnent avec toi,\nQui pourra désormais reconnaître son Roy ? (i)\nSur le trône français on fait régner Vamour.\nLa fureur du théâtre assassine la Cour.\nLes palais de nos Roy s jadis si respectables\nPerdent tout leur éclat, deviennent méprisables ;\nIls ne sont habités que par des baladins! (2)\nC'est ainsi qu'on pouvait lire dans l'Ecole de Vliomme ou Parallèle\ndes portraits du siècle et des tableaux de VEcriture-Sainte, des atta-\nques comme celle-ci : « Lindor, trop gêné dans sa grandeur pour pren-\ndre une fille de coulisses..... se satisfait en prince de son rang : on lui\nbâtit une grande maison, on y élève exprès un théâtre où sa maîtresse\ndevient danseuse en titre et en office; hommes entêtés de la vanité des\nsauteuses, insensés Candaules, ne pensez pas que le dernier des Gygès\nsoit mort en Lydie. »\nLindor-Louis XV jugea qu'il était temps de restreindre ces amuse-\nments. Madame de Pompadour venait précisément de se faire construire—\nsur ses épargnes, assurait sans rire M. de Tournehem—le délicieux châ-\nteau de Bellevue, qui avait coûté près de trois millions. La marquise n'a-\nvait pas oublié l'actrice dans l'ordonnance intérieure du château, et elle y\navait fait construire un charmant petit théâtre. Le roi, tout heureux de\npouvoir atténuer le mauvais effet que ces divertissements faisaient dans\nle public sans nuire aux succès dramatiques de la marquise, mit en avant\nles dépenses excessives occasionnées par ces fêtes, et décida qu'il n'y au-\nrait plus à Versailles ni comédies, ni ballets, ni chant, ni danse, et que\nles spectacles particuliers auraient lieu désormais au château de Bel-\nlevue*\n(La suite prochainement.)\n(1-2) Bibliothèque nationale. Manuscrit Clairambault, février 1749*\n\nADOLPHE JULLIEN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-03-01-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-03-01_01#c009", "volume": "bmtnabc_1874-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 16, "image_fin": 17, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.2.3", "titre_corps": "UN PORTRAIT D'AMATI", "titre_sommaire": "UN PORTRAIT D'AMATI", "signature_source": "A. 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On sait\nque les violes, les basses et les petits violons signés : Amati, sont enlevés\npar les collectionneurs, à coups de billets de mille francs, lorsqu'ils se\nproduisent, dans les ventes, en bel état de conservation; On est donc\nparfaitement d'accord sur la valeur de leurs instruments. On l'est beau-\ncoup moins sur les dates de leur vie et de leur mort, sur les détails de\nleur existence et les procédés de leur fabrication.\nAndré Amati\\ dit le Vieux, le chef de la famille; est né à Crémone au\ncommencement du seizième siècle. Il y est mort vers 1277 ;\nNicolas Amati, son frère, lui a survécu. Il s'adonnait spécialement à\nla factufe des basses ; - ' - • *\nAntoine Amati (i550-i638?) était fils d'Amati le Vieux;\nJérôme Aniat{ était frère puîné d'Antoine ;\nNicolas Amati\\ 1 596-1684),' fils de Jérôme, est lie plus célèbre ;\nJérôme fils de Nicolas, est le dernier artiste de ce nom,\nOn fait entrer dans la famille Amati :\nJoseph Amati, qui travaillait à Bologne au commencement du dix-\nseptième siècle. ' •\nUn artiste d'infiniment de talent/ M. Lécurîeux, a rapporté de son\nséjour en Italie le portrait d'André AitiatH dont la Chronique Musicale\noffre à ses lecteurs, dans le numéro de ce jour, une superbe épreuve à\nPeau forte, sortie des presses de M. Cadârt*"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-03-01-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-03-01_01#c013", "volume": "bmtnabc_1874-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 17, "image_fin": 17, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.2.3.4", "titre_corps": "Lecurieux sc.", "titre_sommaire": "Lecurieux sc.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.17", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 74, "texte": "Lecurieux sc.\nA. CADART,Edit,Imp. 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Schulz lui plut, et\nelle l'emmena en France, en Italie, en Allemagne.\nCette tournée dura cinq ans, et notre artiste y rajeunit\nson esprit et y transforma son goût. Rentré à Berlin,\nil prit la direction de l'orchestre du Théâtre-Français,\nqui se trouvait enfin complété, et dirigea cet orchestre jusqu'à sa sup-\npression. Quatre ans après, en 1780, il entra comme maître de chapelle\nau château de Reinsberg, chez le prince Henri de Prusse, et y resta\nsept ans. Cette époque coïncide avec la publication de ses ouvrages les\nmeilleurs.\nC'est en ce moment que lui fut offerte la place de maître de chapelle\nde la cour à Copenhague, que Schulz accepta. Dès son arrivée, le théâtre\nroyal monta son opéra comique français , la Fée Urgèle, qu'on tradui-\nsit en danois pour la circonstance. Puis l'auteur, désormais naturalisé,\ndonna dans Copenhague Aline, reine de Golconde, en trois actes ; la\nFête de la Moisson, en un acte ; le Sacrifice des Nymphes, prologue ;\ndeux oratorios ; Jean et Marie et la Mort du Christ ; une cantate de Ict\nPassion et un Hymne à Dieu, qui, traduit par Voss sur le texte danois,\neut en Allemagne un grand retentissement.\n\n(1) Voir les numéros des i 5 janvier et ier février."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "210", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.19", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2788, "texte": "Schulz s'est occupé aussi de réviser la notation musicale, de rendre\nfacile l'impression des exemples de musique dans les ouvrages de théorie\nou de Critique, d'améliorer la tablature pour l'usage des écrits musicaux,\net il a mis en pratique sa théorie, en donnant son oratorio en exemple\npour Temploi de ses signes de notation dails les partitions. La pédago-\ngie était entrée fortement dans cette tête intelligente, qui se préoccupa\ntoujours de l'influence de ]a musique sur l'éducation populaire, et qui\nécrivit quelques pages remarquables sur ce sujet unanimement apprécié\n/ m\ndans toute l'Allemagne et dans tous les Etats Scandinaves. Il avait, dans\nce sens, composé toute une bibliothèque d'odes, d'hymnes, de chants qui\nrépandirent son nom dans les contrées du Nord et le firent grandement\nestimer. En 1791, il fonda, avec l'autorisation du roi, une caisse pour\nles veuves des musiciens de la chapelle royale et donna, au bénéfice de\ncette caisse, des concerts dont les produits furent considérables. Un in-\ncendie dans le palais du roi ayant menacé la bibliothèque musicale, il\nse surmena pour en atténuer les désastres, et ce fut le point de départ\nd'une maladie qui, au bout de quelques années, se termina par sa mort,\nau moment même où s'éteignait près de lui une femme qu'il avait lon-\nguement chérie.\nL'influence de cet artiste distingué sur les progrès de la musique en\nDanemark a été considérable ; elle a été aidée et continuée par l'œuvre\nde Christophe-Ernest-Frédéric Weyse, né à Altona en 1774 et mort à\nCopenhague en 1842 ; de Auguste Hartman, le fils de Jean Hartman ,\ndont les airs nationaux sont restés célèbres, du Bolonais Joseph Siboni,\nqui, s'étant rendu à Copenhague, y resta toute sa vie. Engagé au service\ndu roi qui lui voua une grande amitié, applaudi du public pour sa belle\nvoix et sa bonne méthode, etdirecteur estimé d'une école de chant atta-\nchée au théâtre royal, et qui, sous son administration, a produit d'excel-\nlents artistes, Siboni imagina toujours qu'il était né Danois et ne put\njamais souffrir qu'on lui parlât de son pays.\nA côté de ces maîtres, il faut citer Kuntzen, Paulli, Froehlich, Sahl-\ngreen, Krossing, Wechschall, qu'on trouve à un certain moment tous\nréunis à Copenhague, et qui y formaient un noyau solide de professeurs\némérites, de compositeurs recommandables répandant tout autour d'eux\nles connaissances musicales, les bonnes méthodes et le sentiment délicat\ndes oeuvres bien faites, nourries et contrôlées par un goût pur.\nTous ces étrangers ont vécu en Danemark et y ont été heureux. Il ne\nfaut pas blâmer ce pays d'une hospitalité mal entendue. Nous avons\ndéjà prouvé que si le théâtre, la cour, tous les grands personnages et le\npeuple lui-même, se sont montrés constamment favorables aux artistes"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "211", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.20", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2560, "texte": "et aux compositeurs étrangers demeurés dans le Danemark, en revan-\nche, on n'a jamais manqué dans ce pays de protéger efficacement les\nvirtuoses et les compositeurs nés dans le pays, et d'aider et d'encourager\nles enfants qui ont montré des dispositions heureuses.\nWeyse avait commencé par être commerçant; c'était la volonté de sa\nfamille. Entre temps, il reçut de son grand'père, cantor etrecteur au lycée\nd'Altona, des leçons de musique qui le mirent en goût. Grandi et de-\nvenu libre, il se débarrassa de son négoce, s'établit à Copenhague et y\ndemeura jusqu'à l'heure où la mort le frappa, à l'âge de soixante-dix-huit\nans. Comme opéras, il a donné à Copenhague qui\ncommença brillamment sa renommée, en trois actes,\naventure au jardin du roi, opéra comique, et la Potion narcotique qui\nlui fit obtenir une place dans la chapelle de la cour. Il a écrit aussi une\nouverture pour la tragédie de Macbeth.\nDans l'histoire de l'art Scandinave, Weyse mérite une place à part. Il\na publié un recueil de cinquante anciens chants de bardes, arrangés pour\nvoix seule avec accompagnement de piano. Nous verrons qu'une colla-\nboration suivie et persistante des archéologues et des musiciens de tous\nles Etats Scandinaves, a eu pour résultat d'enrichir puissamment cette\nbibliothèque historique d'une époque qui fut si grandiose et si palpi-\ntante. Les bardes ont été la préoccupation constante des savants en\nScandinavie; c'est en s'inspirant des bardes que les compositeurs de ces\ncontrées ont trouvé leurs plus nobles inspirations. La musique popu-\nlaire moderne semble même n'être qu'un regain de ces antiques mélopées.\nSchulz avait été l'ami, le professeur, l'appui de Weyse lorsqu'il arriva\ninconnu à Copenhague. Les œuvres de ces deux maîtres, et celles de\nKruntzey avaient donné quelque éclat au théâtre de la capitale. Mais la\nsituation de l'Opéra-National devint bientôt moins florissante, et elle\nne se releva qu'après l'installation en Danemark de Frédéric Kuhlau,\ncompositeur bien connu en Allemagne et en France, où ses composi-\ntions instrumentales pour le piano et pour la flûte ont vulgarisé son\nnom.\nV\nEn Danemark, où l'on a toujours feint de croire que ce musicien est\ndanois de naissance (il était né en 1786, à Uelzen, dans le pays de Lune-\nbourg, près des frontières du Holstein), on a toujours appelé Kulhau\ngrand compositeur danois.Kulhau est en effet le maître de l'opéra natio-\nnal dans le Danemark, où il a rempli à peu près le même office que\nGlinkaen Russie. Ce n'est, du reste, qu'à partir de son arrivée àCopeu-"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "212", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.21", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2828, "texte": "hague que le talent de ce maître se caractérisa. Sa première partition,\nla Montagne des Brigands, fut une révélation pour les Danois qui\ncomprirent que Kuhlau allait être le restaurateur de leur opéra natio-\nnal. Tous les théâtres Scandinaves montèrent aussitôt ce drame, qui par-\ntout provoqua une ardente et curieuse sympathie. Il faut dire que le\nmaître empruntant sa couleur locale aux chants nationaux, avait réussi\nà donner à son opéra la physionomie particulière de la musique du\nNord, et que sa musique fut, pour les Scandinaves, ce que 1\na été depuis pour les Allemands, et ce que la Vie pour le C\\ar a été pour\nles Russes, c'est-à-dire le voile levé sur les mystères traditionnels de lart\nautochtone. Elisa, le second opéra de Kuhlau, fut également bien ac-\ncueilli. Après la première représentation, l'artiste reçut du roi le titre\nde compositeur de la cour. Il résolut, dès lors, de se fixer dans un\npays qui l'accueillait si bien ; il acheta une maison à Lyngbye, petite\nville peu éloignée de la capitale, et s'y établit avec ses parents qu'il\nfit venir d'Allemagne. C'est dms sa maison charmante de Lyngbye\nqu'ont été écrits ses opéras danois Lulu, la Harpe enchantée, Hugo et\nAdélaïde et la Montagne des Elfes, qui fut représentée en 1828.\nCette dernière partition rappelle plutôt nos anciens vaudevilles qu'un\nopéra ; c'est un pot-pourri d'airs anciens du Danemark, mais Kuhlau\navait mis tout son savoir, toute son habileté à bien employer ces mélo-\ndies nationales et à les mettre en relief. Ayant dans ses mains des pierres\nprécieuses, il les sut sertir dans de l'or finement ouvré, et ses chants\nfurent pleins d'attraits pour les habitants du pays.\nDans d'autres contrées, lorsqu'on a voulu monter ces opéras de ter-\nroir, on a espéré retrouver la sympathie fervente qu'ils avaient obtenue\nsur le théâtre même qui les avait vus naître au sein de la patrie. Le\nsuccès attendu n'est point arrivé. C'est que les vins du crû deman-\ndaient à être savourés sur place, et à l'heure propice. Quand ils ont\nvoyagé, ils ne sont plus dégustés que par des gourmets dont les habitu-\ndes sont changées. Le flacon débouché, on retrouve, à la vérité, toutes\nles matières chimiques qui composent la liqueur et même Tâpreté du\nsol natal : mais le principe essentiel, le divin arôme, où le ressaisir puis-\nqu'il s'est évaporé? C'est un peu là l'excuse des artistes étrangers quand\nils nous paraissent froids, disparates et maussades. Ils sont dépaysés, et\nl'étincelle magnétique n'a point rivé l'auditeur et le virtuose. Jenny\nLind, Ole-Bull, Lumbye, le quatuor mâle de la Suède, l'ont cruelle-\nment éprouvé à Paris. Le quatuor vocal des dames suédoises a eu lui-\nmême à vaincre cette glaciale inertie d'un public, qui n'a pas le secret\ndes merveilles qu'on propose à son enthousiasme. Cependant le public"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "213", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.22", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2860, "texte": "parisien de 1874 ne s'ensauvage guère plus, quand d'au-delà- les fron-\ntières les musiciens barbares viennent l'assiéger. Le carnaval musical de\n1867 l'a acclimaté à toutes les excentricités du genre. D'ailleurs, de toutes\nles musiques la musique Scandinave est bien certainement\ncelle dont on a le plus rebattu ses réfractaires oreilles. Il est vrai que,\nquand il prête une attention dédaigneuse à ces étrangers, qui ne sollici-\ntent ses éloges que pour courir les exploiter ailleurs, le public a son\nexcuse lui aussi. Cette excuse, c'est l'incommensurable masse de chari-\nvaris qu'on lui impose sr ns trêve, sans merci, sous prétexte qu'il est tou-\njours bon de s'inoculer de la musique exotique, comme si en fait de\npoison nous n'avions pas déjà la musique française, et sous le prétexte\naussi que son éducation est à compléter, comme si elle n'était pas tout\nentière à recommencer.\nA Paris où tant de gens semblent convaincus que toute la musique de\nl'univers se concentre à la salle Favart, on raconte sur nos compositeurs\nfrançais des anecdotes fort piquantes. Mais il est temps qu'on sache que\npartout, sous le ciel, l'être humain a palpité de joie et d'affliction, et\nque les hommes, au Nord comme au Midi, en Scandinavie comme dans\nles coulisses de notre Opéra-Comique, s'intéressent aux douleurs comme\naux plaisirs des natures d'élite, auxquelles ils doivent, soit l'émotion de\nleur cœur, soit la secousse féconde de leur intelligence. Un jour, en pa-\ntinant près de Lyngbie, madame Ermete Pierotti, la charmeresse com-\npagne de l'illustre géographe voyageur qui, avec elle, a visité l'Afrique,\ntout l'Orient et notre Europe entière, se faisait raconter l'œuvre musi-\ncal de Kuhlau qui fut aussi un homme de bien que tout le Danemark a\nsympathiquement regretté. On répondit mal à ses questions, mais en\nrevanche on insista sur la vie de famille de ce brave homme, et sur le\ndévouement de Kuhlau à son père et à sa mère. Tout enfant, à peine\nâgé de six ans, le petit Frédéric aidait sa mère qui était fort pauvre et\nqui employait toutes ses minutes à travailler durement dans sa chau-\nmière. Un soir elle l'envoya faire la provision de bois et en même temps\npuiser de l'eau à une source qui n'était pas encore glacée. La nuit devint\nobscure et triste ; le froid piquait, l'enfant fit une chute et se releva mu-\ntilé aux yeux. Désespérés, les parents redoublèrent d'ardeur au travail,\net multiplièrent leurs privations pour donner une compensation au petit\ninvalide, dont involontairement ils avaient causé le mal. D'ailleurs, à\ncause de son infirmité, qui plus tard s'atténua grandement, il fallait renon-\ncer à l'aide précaire du gamin. Un jour il y eut assez d'économies dans\nla chaumière pour payer des leçons de clavecin et de chant, et juste l'en-\nfant devint un prodige... On dirait que ceci est un conte de fées, mais"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "214", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.23", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2628, "texte": "la fée ici c'est la mère de noire infirme enfant. Puis le jeune artiste\nvoyagea ; il s'appliqua à connaître chaque instrument, et écrivit toute\ncette musique spécialisée qui a répandu le nom de Kuhlau dans l'Eu-\nrope entière. Notre adolescent était célèbre, la mère travaillait toujours,\nmais ce n'était plus par pauvreté ; et le père et la mère, quand, entre deux\nvoyages, le jeune touriste rentrait au logis, écoutaient le soir au foyer la\nbelle musique que composait leur cher fils. Cependant Kuhlau était\nmenacé de la conscription, arrivée dans ces parages avec la domination\nfrançaise. Que faire? Ce fut bien facile. A Copenhague, Kuhlau était\nconnu comme musicien, et la capitale du Danemark était hospitalière à\ntous les compositeurs renommés de l'étranger. Kuhlau s'y réfugia, s'y\nfixa, et, avec lui, y fixa le bonheur.\nLa vie du musicien, à Lyngbye, entre son père et sa mère, était toute\npatriarcale; il leur fit une vieillesse douce, sereine au milieu des tendres\népanchements, des belles joies de l'art, et d'une existence modeste quoi-\nque honorée et presque glorieuse. Kuhlau avait su partout ne se faire\nque des amis. On l'admirait pour son talent, on l'estimait cordialement\net on l'aimait pour la vénération filiale dont il entourait ses parents.\nC'est la douleur d'avoir perdu son père qui frappa irréparablement ce\ncœur pieux. Un incendie qui avait dévasté sa maison charmante et dé-\ntruit les manuscrits de plusieurs de ses ouvrages, avait comme présagé la\nfin du bonheur qui avait pendant quelques années entouré cette famille\nrespectée. Le père mort, le fils languit et s'éteignit bientôt. La mère\nsuivit ses funérailles, et, au milieu de toute la pompe dont la cour, le\nthéâtre, les sociétés musicales voulurent honorer l'artiste étranger que le\nDanemark avait adopté, la pauvre mère ne vit, porté devant elle, que\nle corps inerte de ce fils qu'elle avait tant chéri, et dont elle avait été si\nreligieusement aimée. Elle mourut bientôt après.\nUne partition agréable, ce n'est point un dessert à mettre de côté ;\nmais le sentiment sacré qui écrase d'un incommensurable désespoir le\nfils dont le père est mort, cela vaut tous les chefs-d'œuvre de notre misé-\nrable terre. Parfois même, ces inconsolables deuils inspirent les chefs-\nd'œuvre, témoin les inouïes sublimités du trio de Guillaume Tell, dont\nRossini assurait qu'il avait trouvé les foudroyantes angoisses, un jour\nqu'il pensait à la désolation dont son cœur serait pour jamais meurtri,\nlorsqu'il perdrait son père qui, pour lui, était la représentation même de\nla divinité ici-bas.\n(La fin prochainement.)\n\nMAURICE CRISTAL."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-03-01-01-c017", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-03-01_01#c017", "volume": "bmtnabc_1874-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "215", "page_fin": "219", "image_debut": 24, "image_fin": 28, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.2.5", "titre_corps": "LE THÉATRE DE L'ATHÉNÉE", "titre_sommaire": "LE THÉATRE DE L'ATHÉNÉE", "signature_source": "ARTHUR POUGIN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 24, "page_imprimee": "215", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.24", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1476, "texte": "LE THÉATRE DE L'ATHÉNÉE\n\n\"1\n'ATHÉNÉE avait vécu comme entreprise de concert,\nvécu si mal qu'il en était mort. On crut qu'il serait\nplus heureux comme entreprise dramatique, et l'on\ns'empressa de le transformer en théâtre. La transfor-\nmation était facile en ce qui concernait la salle, à\nlaquelle on n'eut rien à changer. Quelques aménage-\nments suffirent pour approprier la scène à sa nouvelle destination, et un\ndirecteur fut bientôt trouvé. On en eût trouvé cent s il l'eût fallu, les-\namateurs, bien loin de manquer, se multipliant toujours en semblable\noccasion. C'est un vaudevilliste spirituel, M. William Busnach, un peu\ndoublé d'homme de bourse, qui se mit à la tete de la nouvelle affaire.\nCelui-là, du moins, à rencontre de beaucoup d'autres, connaissait un\npeu plus le théâtre que par ouï dire, ce qui ne 1 empêcha pas de faire\nune assez méchante spéculation*\nJustement, les Bouffes-Parisiens, après avoir été abandonnés par leur\nfondateur, avaient marché de déconfiture en déconfiture. Tombés en\nquenouille, et venus aux mains de madame Ugalde, ils avaient fini par\nfermer leurs portes devant l'indifférence du public. M. Busnach, décidé\nà jouer l'opérette à l'Athénée et à y faire revivre un répertoire analogue\nà celui des Bouffes, crut naturellement bien faire en faisant entrer dans\nle personnel qu'il formait une bonne partie de la troupe du passage Choi-\nseul. Voici les noms des artistes engagés par lui pour l'Athénée :\n\n(i) Voir le numéro du ler février."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "216", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.25", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2574, "texte": "MM. Léonce, Désiré, Charles Potier, Vavasseur, Alfred Audran, Syt>\nter, Baretti, Oscar, Luce, Bilhaut, Tourtois, Brice, Daubrây, Pelardy,\nNivelau ;\nMesdames Lovato, Irma Marié, Suzanne Lagier, Moya, Lucile Ga»\nbel, Van Ghell, Bonelli, Lasseny, Pradal, Davenay.\nLe chef d'orchestre était Bernardin, un excellent artiste, doué peut-\nêtre de plus d'instinct que de savoir, mais qui semblait né pour conduire\nl'opérette, et qui avait fait ses preuves en ce genre à la création des Fo-\nlies-Nouvelles du boulevard du Temple, où il s'était acquis, ainsi qu'à\nson orchestre, une réputation méritée (i).\nAprès avoir réuni son personnel, s'être assuré le concours d'un certain\nnombre d'auteurs et de compositeurs, avoir reçu de ceux-ci les premiers\nouvrages nécessaires à son exploitation, M. Busnach se mit rapidement à\nl'œuvre, de façon à pouvoir ouvrir son théâtre à l'entrée de la saison d'hi-\nver. Cependant, des retards imprévus, comme il s'en produit toujours en\nces sortes de choses, vinrent retarder de quelques semaines son inaugu-\nration, qui eut lieu le i 3 décembre 1867, par la représentation d'une\ngrande opérette bouffe en quatre actes, Malbrough s'en va-t-en guerre,\ndont le sort ne fut pas très heureux, et qui fut un assez pauvre début.\nVoici, du reste, la nomenclature des ouvrages représentés à l'Athénée\npendant la direction de M. Busnach, c'est-à-dire dans l'espace d'un peu\nplus d'un an; ils sont au nombre de neuf seulement, dont un joué anté-\nrieurement, à un autre théâtre, et forment un ensemble de dix-huit\nactes :\nMalbrough va-t'en guerre, opéra bouffe en quatre actes, paroles\nde MM. Siraudin et W. Busnach, musique de M. X... i 3 décembre\n1867.\nIl est rare de voir un compositeur garder l'anonyme, mais plus rare en-\ncore d'en voir quatre se dissimuler derrière une initiale mystérieuse.\n\n(1) Tout enfant, Bernardin (son vrai nom était Courtois) avait remporté un second\nprix au Conservatoire, dans la classe d'Habeneck, et obtenu de grands succès en jouant\ndes solos aux concerts Vivienne. Il était ensuite devenu second chef d'orchestre au\nVaudeville, puis avait été mis à la tête de celui des Folies-Nouvelles, où le signataire\nde ces lignes lui servait de second. Des Folies-Nouvelles il était passé aux Bouffes-\nParisiens. Lorsqu'eut sombré l'administration de M. Busnach à Y Athénée, il fut en-\ngagé aux Folies-Dramatiques, qui commençaient aussi à jouer la grande opérette.\nBernardin, qui avait signé aux Folies-Nouvelles deux ou trois partitionnettes sans\nvaleur aucune, tomba malade et mourut pendant le siège de Paris."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "217", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.26", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2512, "texte": "C'était pourtant le cas pour Malbrough s'en va-t-en guerre, dont la parti-\ntion était l'œuvre de quatre jeunes musiciens : MM. Georges Bizet (pre-\nmier acte), Emile Jonas (deuxième), Legouix (troisième), et Léo Delibes\n(quatrième). Malgré cette riche collaboration, l'ouvrage n'eut qu'un succès\ntrès limité.\nLe Train des Maris, opérette en un acte, paroles de M. Émile Abra-\nham, musique de M. Henri Cartier. 25 décembre 1867.\nL Amour et son carquois, bouffonnerie musicale en deux actes, pa-\nroles de M. Marquet, musique de M. Charles Lecocq.— 3o janvier 1868.\nLa Vipérine, opérette en un acte, paroles de MM. W. Busnach et\nJules Prével, musique de M. J.-J. Debillemont. 18 mars 1868.\nCe petit ouvrage avait été joué primitivement aux Folies-Marigny, le\n19 octobre 1866.\nFleur de Thé, opéra bouffe en trois actes, paroles de MM. Chivot et\nDuru, musique de M. Charles Lecocq. —ll avril 1868.\nFleur de Thé obtint un grand succès, et fonda la jeune réputation de\nM. Lecocq, qui avait déjà écrit la musique d'un certain nombre de pe-\ntites pièces représentées sur divers théâtres : Folies-Nouvelles, Bouffes-\nParisiens, Palais-Royal, Folies-Marigny, etc. Plus de quatre-vingts re-\nprésentations en furent données sans interruption; puis l'Athénée ayant\nfait, le 28 juin, sa fermeture annuelle d'été, la troupe alla jouer la pièce\nà Bruxelles et au Havre, et elle reparut sur l'affiche lors de la réouver-\nture, le 3 septembre. La centième représentation en eut lieu le 24 de ce\nmois. Traduite par M. Dohm, rédacteur en chef du journal satirique le\nKladderadatsch, Fleur de Thé fut jouée en allemand, à Berlin, sur le\nthéâtre Friedrich-Wilhemstadt, au mois de janvier 1869, avec autant de\nbonheur qu'à Paris. Enfin, le 12 juin 1869, Fleur de Thé fut reprise aux\nVariétés, où sa fortune ne fut pas moins grande qu'à l'Athénée.\nLe Petit Poucet, opéra bouffe en trois actes et quatre tableaux, paroles\nde MM. Eugène Leterrier et Albert Vanloo, musique de M. Laurent de\nRillé. 8 octobre 1868.\nLes Jumeaux de Bergame, opéra comique en un acte, paroles de ,\nmusique de M. Charles Lecocq. 20 novembre 1868.\nLe Vengeur, opérette en un acte, paroles de MM. Nuitter et Beau-\nmont, musique de M. Isidore Legouix. 20 novembre 1868.\nLes Horreurs de la Guerre, opéra bouffe en deux actes, paroles de\nM. Philippe Gille, musique de M. J. de Costé. 9 décembre 1868.\nLes Horreurs de la Guerre avaient été jouées précédemment dans une\nsoirée particulière. Cette bouffonnerie fut traduite en allemand, et repré-"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "218", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.27", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2503, "texte": "sentée presque simultanément à Berlin et à Vienne, ici au théâtre An\nder Wien, là au théâtre Friedrich-Wilhemstadt.\nDepuis sa transformation en théâtre, l'Athénée se débattait au milieu\nde difficultés qu'il ne devait pas pouvoir surmonter. La salle, construite\ndans un quartier excentrique, presque isolée de tous, quoique à deux pas\ndu boulevard, environnée de rues pour ainsi dire obscures, n'était pas\nplus propre à une entreprise dramatique qu'à une entreprise purement\nmusicale. Les spectateurs hésitaient à s'engager, pour y pénétrer, dans\nles fondrières qui entouraient le nouvel Opéra, dont les travaux de\nconstruction n'étaient pas faits pour animer, le soir, un quartier presque\ndésert, et il en résultait que, malgré tous ses efforts, l'Athénée ne parve-\nnait pas à attirer le public. Dans l'espace d'une année, le succès de\nFleur de Thé était d'ailleurs le seul qu'il eût obtenu, et le produit de ce\nsuccès n'avait pas suffi à compenser les pertes considérables qu'il avait\néprouvées d'autre part. Bref, la direction ayant suspendu ses paiements,\nle théâtre dut fermer ses portes vers le milieu du mois de janvier 1869.\nCertains auteurs se trouvèrent, par ce fait, frustrés dans leurs espé-\nrances, car l'administration de l'Athénée avait reçu, en assez grand\nnombre, des ouvrages qui attendaient leur tour de représentation, et qui\ndurent rentrer dans l'ombre mystérieuse des cartons. Parmi ces ou-\nvrages, nous citerons les suivants :\nLe Don Juan suisse, opéra bouffe en quatre actes, paroles de\nMM. Hector Crémieux et Philippe Gille, musique de M. Léo Delibes ;\nBocchoris, opérette en un acte, paroles de M. Octave Gastineau, mu-\nsique de M. J.-J. Debillemont\nLe Commandeur, paroles de M. Cham, musique de M. Vogel;\nJoli Grec à l'œil noir, opéra comique en un acte, paroles de M. Al»\nphonse de Launay, musique de M. Adolphe Nibelle;\nLa Princesse Ravigotte, opéra bouffe en trois actes, paroles de M. Oc-\ntave Gastineau, musique de M. Léo Delibes;\nL'Ours et l'Amateur des Jardins, opérette en un acte, paroles de\nM. Marquet, musique de M. Charles Lecocq ;\nRiquet à la Houppe, musique de M. Louis Deffès.\nCependant, à peine le nouveau théâtre avait-il fermé ses portes, après\nune existence de treize mois, que M. Martinet, directeur des Fantaisies-\nParisiennes (un petit théâtre bien intéressant, dont nous esquisserons\npeut-être aussi un jour la trop courte histoire), mécontent de la salle\nqu'il occupait au boulevard des Italiens, eut l'idée de se transporter dans"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "219", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.28", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 1403, "texte": "celle de l'Athénée, Le 11 février 1869, en effet, la troupe des Fantaisies\némigrait dans la salle de la rue Scribe, et rouvrait celle-ci par une repré-\nsentation d'Une Folie à Rome, opéra bouffe de M, Federico Ricci, qu'elle\navait créé au boulevard le 3o janvier précédent. Pendant quelques se«\nmaines, les affiches portèrent cette mention :\nTHÉÂTRE DES FANTAISIES» PARISIENNES\n(Salle de VAthénée)\npuis, bientôt, M. Martinet renonça au titre primitif de son théâtre, et\nadopta celui de : Théâtre de l'Athénée.\nLa première direction de l'Athénée avait consacré ses forces à l'opé-\nrette, genre Bouffes-Parisiens. La seconde sembla vouloir se lancer dans\nle grand opéra, sérieux et bouffe, à l'aide de traductions, ce qui ne l'em-\npêcha pourtant pas de donner quelques petits opéras comiques, et même\nde faire quelques reprises d'ouvrages connus en ce genre. Pour cela,\nM. Martinet jugea à propos de renforcer considérablement sa troupe,\nalors composée de MM. Arsandaux, G. Bonnet, Soto, Barnolt, Masson,\nKetten, Villefroy, Davoust, Laurent, de Mesdames Marimon, Decroix,\nPersini, Lyonnel, Bonnefoy. Il appela donc à son aide MM. Jourdan,\nGrillon,Mamet, Aubery, Peters, Raoult, mesdemoiselles Louisa Singelée,\nRossi-Caccia, Rosa Formi, Berdet, Biarini... L'orchestre avait pour pre-\nmier chef M. Charles Constantin, pour second M. Placet.\n(La suite prochainement.)\n\nARTHUR POUGIN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-03-01-01-c021", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-03-01_01#c021", "volume": "bmtnabc_1874-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "220", "page_fin": "227", "image_debut": 29, "image_fin": 44, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.2.6", "titre_corps": "REVUE DES CONCERTS", "titre_sommaire": "REVUE DES CONCERTS", "signature_source": "H. C", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 29, "page_imprimee": "220", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.29", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1673, "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nCONCERTS POPULAIRES : Patrie, ouverture de M. G. Bizet. Phèdre, de M. Massenet.\nODÉON : Marie - Magdeleine, drame sacré de, M. Massenet. AUDITION DE\nM. WEKERLIN. CONCERT DE LA SOCIÉTÉ PHILHARMONIQUE DE PARIS, CONCERT DU\nCAPITAINE VoYER.\nONCERTS POPULAIRES. Séance du i 5 février.\nJ'ai, témoigné, dans Tune de mes dernières re-\nvues, l'estime que je professe pour le talent de M. G.\nBizet, pour ne pas dire avec la même franchise ce\nque je pense de son ouverture dramatique, intitulée :\n« Pairie\\ épisode de la guerre de Pologne. Bataille\nde Raclawa, gagnée sur les Russes, par Kosciuzko, T 792. »Et tout\nd'abord je me permettrai de demander pourquoi cette ouverture re-\nprésente plutôt la bataille de Raclawa que celle de Balaclava, par\nexemple. Elle ne renferme aucun chant patriotique polonais, que je\nsache, sans quoi le programme l'aurait indiqué, et seuls, des chants\npolonais ou russes en eussent pu justifier le titre. Prenons donc l'ou-\nverture comme une bataille quelconque mise en musique et dans la-\nquelle se trouvent de très heureux effets et de très belles combinaisons\nd'orchestre. Son principal défaut, selon moi, est d'être décousue et con\nfuse. La mêlée d'une bataille y est parfaitement exprimée; le canon\ny est admirablement imité; les clairons, les tambours se mêlant au\nbruit des autres instruments, lui donnent une couleur ardente et étrange;\nmais que devient la mélodie dans tout cela? Un assez beau chant dans le\nmode mineur, large et mélancolique, m'a semblé représenter les plaintes\ndes blessés. Me serais-je trompé? Mais ce motif arrive sans être annoncé;\nil cesse en s'enchaînant avec un autre motif qu'on a déjà entendu, et"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "221", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.30", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2432, "texte": "cet enchaînement ne sert qu'à lier deux chants très disparates, dont au-\ncun n'est développé. Somme toute, l'ouverture de M. Bizet a été vigou-\nreusement applaudie ; j'avoue toutefois n'avoir pas très bien compris ]a\nportée des applaudissements, à moins qu'ils n'aient été adressés à ses\nriches effets d'instrumentation et à l'excellente exécution de l'orchestre.\nM. Sivori a obtenu un immense succès dans une romance et une ta-\nrentelle de sa composition, et dans le trio de Mendelssohn en ut mineur,\noù il a eu pour dignes partenaires MM. Jaëllet Franchomme.\nSéance du 22 février. Le 3e concert n'a offert en fait de premières\nauditions que l'ouverture de Phèdre, de M. Massenet. Mais je ne puis\nrésister à l'envie de dire deux mots de l'andante de la symphonie Y Impé-\nriale, de Haydn, qui est bien la plus ravissante romance avec variations\nqu'il soit possible d'imaginer. Sur cet andante on a parodié autrefois\nde très jolies paroles qui se sont beaucoup chantées sous le premier\nEmpire et sous la Restauration, et qui commençaient par : « Je ne vous\ndirai pas : j'aime. »\nL'ouverture de Phèdre est une œuvre qu'il faudrait entendre plus\nd'une fois pour pouvoir bien l'apprécier. Elle renferme tant de choses,\net des choses si variées, qu'une seule audition est absolument insuffi-\nsante. Je signalerai cependant dans l'andante un très agréable chant\npour clarinette, répété ensuite par les hautbois et continué par les deux\ninstruments. Au chant qui va en crescendo, succède une espèce de mar-\nche d'un effet très original. Les timbales frappant toujours à temps\négaux lui donnent une teinte sombre, sinistre même, et ce mouvement\namène parfaitement l'allégro qui est excessivement agité. Le dernier\nmotif de cet allegro est charmant, mais c'est surtout par les effets d'or-\nchestre que se distingue cette ouverture où M. Massenet a dépeint en\ngrand maître les inquiétudes, les agitations passionnées et les remords\nqui devaient déchirer « la fille de Minos et de Pasiphaé. »\nHenry Cohen.\nODÉON. Marie-Magdeleine. Le Vendredi-Saint, i i avril 1873,\nune foule élégante se pressait au Concert spirituel de l'Odéon pour en •\ntendre un nouveau drame sacré : Marie-Magdeleine. L'œuvre était belle ;\nelle produisit une grande impression. Le compositeur avait fait preuve\nd'un talent peu ordinaire; le public l'applaudit avec enthousiasme, et la\nsoirée ne fut pour lui qu'une longue ovation» Quelques mois aupara-"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "222", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.31", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2792, "texte": "vant, M. Massenet avait conquis l'estime des musiciens par Don César\nde avec Marie-Magdeleine , il venait de s'emparer victorieu-\nsement du public tout entier. En songeant depuis à cette belle soirée, si\nvite passée et déjà si loin de nous avions bien souvent déploré\nqu'un ouvrage de cette valeur ne pût être exécuté qu'une seule fois et\ndevant une assemblée aussi restreinte. Nous attendions avec impatience\nqu'il vînt se présenter de nouveau devant le public avec l'autorité d'une\noeuvre consacrée par le succès. La Direction du Concert national vient\nde nous rendre Marie-Magdeleine, et il serait malheureux que l'audi-\ntion du 19 février 1874 n'eût pas de lendemain.\nLe poème de Marie-Magdeleine est de M. L. Gallet : écrit en vers\nélégants et harmonieux, il est parfaitement disposé pour la musique et\nrenferme tous les éléments d'un drame intéressant. Sur ce poème,\nM. Massenet a composé une œuvre des plus remarquables, qui le classe\ndTemblée au premier rang de nos jeunes compositeurs. Cette partition, la\nmeilleure qu'il ait écrite jusqu'à ce jour, marquera une époque bien\ntranchée dans sa carrière de musicien : elle restera son œuvre de jeunesse,\nc'est-à-dire cette œuvre unique que chaque artiste a composée à son\nheure et dans laquelle il a mis ce cette tendresse ineffable d'un premier\nces mélodies suaves et faciles qui s'exhalent de l'âme comme le\nparfum de la fleur et qu'on ne peut donner qu'une seule fois dans sa\nvie. » M. Massenet écrira un jour son œuvre, celle qui portera définiti-\nvement la caractéristique de son talent ; il ne retrouvera peut-être jamais\nces accents délicieux qu'il a puisés dans son cœur de vingt-cinq ans pour\nchanter Ce divin poème de l'amour. Son imagination s'est élevée jusqu'aux\nplus pures régions de l'idéal à la suite de ces deux grandes figures :\nJésus, l'amour dans sa pureté absolue, dans son essence divine et poussé\njusqu'à cet idéalisme si parfait qui est la plus haute règle de la vie déta-\nchée et vertueuse; Magdeleine, l'amour avec toutes ses faiblesses hu-\nmaines, l'amour troublé par les égarements de la passion et finalement\npurifié des souillures du monde par le repentir et le pardon. Dans les\ndrames sacrés que les grands poèmes de la foi chrétienne ont inspirés\naux Bach et aux Haendel, la pureté et la correction de la ligne l'empor-\ntent souvent sur l'éclat du coloris , et la froide sévérité du dogme exclut\npresque toujours la poésie de la légende. Le dont le souffle anime\nces œuvres si profondément religieuses, porte sur ses traits l'ascétisme\nd'un Christ et sa figure sévère semble se détacher sur le vi®\ngoureux clair-obscur d'une toile de Ribeira*\nLe drame sacré de M. Massenet n'a pas la vâste envergure de Ceâ\nsolennels oratorios; la Passion et le Messie sont des épopées grandioses j"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "223", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.32", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2850, "texte": "Marie-Magdeleine n'est qu'une idylle, mais une idylle que la gran-\ndeur du sujet élèvera parfois jusqu'au ton sublime de l'ode. Le Christ\nnous y apparaît avec cette expression douce et affectueuse qu'on lui voit\ndans les tableaux du Corrège; il y revêt cette adorable figure, dont la\nbeauté calme et pure exerçait sur les naïves populations de la Gaiilée une\nfascination à laquelle nul ne se pouvait soustraire. Ce n'est plus le Dieu\nredoutable que Bach nous représente environné de l'appareil de sa toute-\npuissance,, c'est le Fils de l'Homme vivant au sein de cette légende mys-\ntique, derrière laquelle s'agite le sort de l'humanité.\nNous sommes aux portes de Magdala, auprès d'une fontaine sur\nlaquelle s'étend l'ombre de quelques palmiers. Le soleil, à son déclin,\nempourpre l'horizon. Des femmes et des publicains, des pharisiens et\ndes scribes vont et viennent sur le chemin qui conduit à Magdala ; d'au-\ntres sont assis à l'ombre et s'entretiennent par groupes. Au loin, dans un\nlumineux nuage de sable, chemine lentement une caravane avec son\ncortège de chameliers, de marchands vêtus de couleurs vives et de sol-\ndats aux armes étincelantes. Toute cette introduction \"est pleine de cou-\nleur et de mouvement ; le premier chœur de femmes chanté à l'unisson\navec accompagnement de cors, clarinettes et bassons, est empreint d'une\ndélicieuse langueur. Méryem la Magdaléenne arrive au milieu de ces\ngroupes. C'est là que Jésus lui apparut un joùr, et la beauté sereine du\njeune prophète a calmé cette organisation si profondément troublée.\nSurprise de tant de charmes, la belle pécheresse a goûté pour la première\nfois le contact plein d'attraits de la vertu ; elle exprime son ravissement\ndans une touchante cantilène accompagnée par les harpes et par un vioa\nloncelle solo qui en suit délicatement les contours. Mais Judas a aperçu\nMéryem dans la foule ; il s'approche d'elle et s'efforce de réveiller dans\nson cœur le souvenir mal éteint des folles amours et des joies du passé.\nLe musicien a su donner beaucoup de relief à cette figure de Judas, dont\nil a marqué l'hypocrisie et la fausseté par des traits caractéristiques. Les\ndeux airs : « Est-il une voix qui te blâme , » « Ah! tu sais que je\nVaime! » écrits dans la manière d'Haendel, mettent parfaitement en\nlumière la douceur onctueuse et la perfidie dissimulée du personnage.\nMéryem veut fuir le traître dont la langue empoisonnée cherche à dis-\ntiller le venin dans son âme, mais le peuple l'entoure et l'insulte. Ce\nchœur vigoureux, que dominent par instant les sanglots de Méryem\ncourbée sous l'implacable anathème qui gronde sur sa tête, est d'un\ngrand et pathétique effet. L'arrivée de Jésus interrompt brusquement\ncette scène et donne lieu à un beau trio qui s'enchaîne immédiatement\nau finale, Le Nazaréen reproche sa lâcheté à cette foule toujours prête â"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "224", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.33", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2266, "texte": "flétrir les erreurs des autres et qui ne sut jamais compter les siennes.\n« Femme, relève-toi, dit-il à Méryem,\nVa, sois illuminée par la grâce d'en haut,\nEt qu'à l'amour divin ton âme destinée,\nSoit comme un vase d'or, sans tache et sans défaut.\nPrie, attends, espère !\nRetourne en ta maison, bientôt le jour viendra\nOU Jésus la visitera.\nIl s'éloigne, et la Magdaléenne remonte lentement la route, tandis que\nla foule s'écarte silencieusement devant elle.\nLe deuxième acte nous transporte dans la maison de la Magdaléenne.\nTout s'apprête pour recevoir le Maître. Le chœur des servantes qui ou-\nvre cet acte est une inspiration pleine de fraîcheur et toute parfumée de\npoésie orientale. Méryem et Marthe, sa sœur, attendent sur le seuil.\n« Il va venir, soupire Méryem.\nMon âme appelle son retour,\nComme languissante et brisée\nLa fleur appelle la rosée\nEt les premiers baisers du jour.\nLa phrase mélodique qui accompagne ces paroles, est d'une expres-\nsion triste et résignée qui vous pénètre jusqu'au fond du cœur. Jésus pa-\nraît : les deux femmes se prosternent et entonnent un alléluia à deux stro-\nphes, dont la première sans accompagnement, et la deuxième soutenue\npar un simple dessin de violoncelle solo. Un charme infini s'exhale de\ncette scène ainsi que du beau duo qui suit entre Jésus et Méryem, mor-\nceau plein d'élévation et de poésie, où s'unissent dans un élan passionné\nla prédication suave et douce du Maître, et l'enthousiasme de Magde-\nleine. Cependant les disciples inquiets viennent, guidés par Judas, cher-\ncher le Maître chez la Magdaléenne. La nuit est venue; Jésus, debout\nau milieu de ses apôtres prosternés, récite avec eux la prière du soir. Ce\nchœur, d'un caractère grave et religieux, est une des plus belles pages\ndelà partition ; c'est l'œuvre d'un grand musicien.\nLe troisième acte se divise en deux parties : i 0 le Golgotha; 20 le tom-\nbeau de Jésus. Le Christ est sur la croix entre les deux larrons. A ses\npieds se déroule le spectacle de la bassesse et de la stupidité humaines :\nles soldats jouent aux dés ses dépouilles, les pharisiens et les docteurs\nl'insultent, la foule, ivre d'une joie féroce, lance dans les airs un effroya-\nble concert d'injures et de malédictions. Tous ces différents épisodes se"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "225", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.42", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2459, "texte": "déroulent dans un morceau d'ensemble, mouvementé et coloré par une\norchestration puissante, où je signalerai un dessin persistant des premier s\n\\iolons qui rappelle celui de la Bénédiction des poignards. Tandis que\nla foule s est écartée un instant, repoussée par les soldats, la Magde-\nléenne vient se prosterner au pied de la croix, et exhale sa douleur dans\nun chant d'adieu d'un accent passionné. Puis tout à coup, vers la neu-\nvième heure, la tempête éclaté, l'orchestre se déchaîne dans une strette\nfurieuse, les trompettes mêlent leurs stridents appels au bruit lugubre\ndu tamtam, et du sein de ce tumulte s'élève un cri terrible, auquel ré-\npondent les clameurs de la foule éperdue qui se débat au milieu de cet\nimmense cataclysme. Tout est consommé ! Cette scène si dramatique a\nvivement impressionné le public.\nLa deuxième partie nous transporte au tombeau de Jésus dans les jar-\ndins de Joseph d'Arimathie. Sur un délicieux prélude instrumental, dont\nil est impossible de rendre par la parole le murmure mystérieux et la\ncouleur élégiaque, on voit s'avancer aux premières lueurs de l'aube la\nMagdaléenne suivie des saintes femmes (i). Le récit, les strophes de\nMadeleine et le chœur des femmes composent une scène admirable, dans\nlaquelle 1 inspiration du musicien s'est élevée à une hauteur qui touche\nde bien près au sublime. Madeleine est abîmée dans une douloureuse\nextase, elle prie ; un souffle divin passe sur son front purifié, elle lève les\nyeux, ô mystère ineffable ! le Christ est debout devant elle, environné de\nlumière, il lui sourit, il lui parle :\nVay dis aux miens d'enseigner à la terre\nLa loi du Christ victorieux ;\nVoici l'heure où je dois remonter vers mon père,\nCar mon royaume est dans les deux !\nA ces mots, il disparaît dans une nuée éclatante pendant que les voix\ndes anges chantent dans les profondeurs du ciel : « Gloria in excelsis\nDeo. » Madeleine, au comble de l'exaltation, appelle les disciples avec\nles saintes femmes, et la première elle pousse le cri des chrétiens : cc Christ\nest vivant, Christ est ressuscité. » La foule répète ce chant de victoire,\ndans un chœur d'allégresse qui termine ce beau drame plein de poésie,\nde sentiment et d'élévation.\nLes personnages de Marie-Magdeleine furent créés à l'origine par\nmesdames Viardot, Vidal, MM. Bosquin et Petit. De ces interprètes il\nne restait l'autre jour que Bosquin, qui est du reste excellent dans b\n\n(i) Nous publions ce morceau dans le numéro de cc jour."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "226", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.43", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2296, "texte": "rôle du Nazaréen. Madame Gueymard, quoique très soutirante, a chanté\navec beaucoup d'autorité le rôle si dramatique de Madeleine. Bouhy a\nparfaitement rendu le personnage de Judas, et une toute jeune fille, ma-\ndemoiselle Charlotte Salla, que nous retrouverons bientôt sur une de\nnos grandes scènes lyriques, s'est montrée fort gracieuse dans le petit îôle\nde Marthe.\nH. Marcello.\nAUDITION DE M. WEKERLIN. L'auteur de tant d'aimables mélo-\ndies qui ont fait le tour de tous les Concerts et de tous les salons,\nM. Wekerlin, a donné lundi dernier, dans la salle Pleyel, une audition\nde ses nouvelles compositions, auxquelles il a joint quelques auties\nœuvres. L'espace me manquant pour en rendre un compte détaillé,\nje suis obligé de me borner à citer ce qui a le plus particulièiement\nattiré les sympathies du public. En premier lieu, je noterai la Pesca,\ntrio parfaitement chanté par madame Barthe-Banderali, mademoiselle\nArmandi et M. Lafont. Ce charmant morceau, modèle de fraîcheur, de\ngrâce et de mélodie, est écrit dans le plus pur et le plus délicat style ita-\nlien. Vient ensuite Alsace, véritable inspiration patriotique, chantée\navec enthousiasme par M. Nicot et bissée à l'unanimité. Le Chant du\nCoq., interprété par M. Lafont, est très original, et Minuit est une séré-\nnade à quatre voix pleine d'entrain.\nParmi les morceaux qui ne sont pas de M. Wekerlin, la jolie made-\nmoiselle Armandi a fort bien chanté une touchante romance de la reine\nMarie-Antoinette, intitulée : C'est mon ami, et M. Seligmann s est vive-\nment fait applaudir dans une chanson grecque de sa composition, ainsi\nque dans la Kouitra, imitation algérienne également de lui, où le vio-\nloncelle accompagnait la voix de madame Barthe. Les deux artistes ont\nI <D\nété rappelés et la chanson bissés, quoique, à vrai dire, elle ait plus\nd'originalité que de charme.\nH. C.\nSOCIÉTÉ PHILHARMONIQUE DE PARIS. Cette Société, qui en est àsa\ntroisième année, a donné le 21 février son premier concert réglemen-\ntaire de la saison dans la salle Erard. L'orchestre, dirigé par M. Ed. Co-\n*\nlonne, a fait entendre, entre autres morceaux, la Symphonie romaine.\nCette œuvre posthume de Mendelssohn est très iaible en général, malgré\nquelques jolis détails et de bons effets d'instrumentation, surtout dans la"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "227", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.44", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 1394, "texte": "saltarelle; mais le motif de la saltarelle n?a rien de mélodieux ni d'entraî-\nnant. La gracieuse gavotte à\\Iphi génie en Aulide a été admirablement\nexécutée. M. Gurickx a parfaitement joué sur le piano une toccata de\nA. Dupont, fort difficile, et malgré cela pleine de charme. M. Montar-\ndon s'est fait applaudir dans une berceuse pour violon, de M. Samuel\nDavid, et enfin M. Diaz de Soria, dont je voudrais entendre la voix dans\nun bel air de Rossini ou de Meyerbeer, a soupiré d'une manière très\nagréable les Cloches du soir et Bonjour, deux bluettes de M. Maréchal.\nH. C.\nCONCERTS DU CAPITAINE VOYER. — M. Voyer, capitaine d'état-major,\net pianiste-amateur, vient de donner dans la salle Erard des audi-\ntions dans lesquelles il a tenu à se faire entendre tout seul. Malgré le\npeu de variété qu'offre naturellement ce genre de concerts, M. Voyer a\nsu intéresser très vivement son public, qui était des plus distingués, par\nle talent tout à fait remarquable qu'il y a déployé. Ainsi le scherzo de\nla sonate en ut mineur de Beethoven présente des difficultés formidables\ndont il s'est joué en artiste consommé. L1 Invitation à la Valse, de\nWeber, a été légèrement et vigoureusement enlevée. Il ne manque abso-\nlument à M. Voyer que de donner un peu plus de relief, de punto\niïeffetto, aux terminaisons des périodes et aux endroits qui appellent\nles applaudissements.\n\nH. C."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-03-01-01-c025", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-03-01_01#c025", "volume": "bmtnabc_1874-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 34, "image_fin": 41, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.2.7", "titre_corps": "MARIE-MAGDELEINE", "titre_sommaire": "MARIE-MAGDELEINE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.34", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 252, "texte": "MARIE-MAGDELEINE\nParoles de Drame Sacré en 3 Açtes et 4 Parties Musique de\nL. 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Lenepveu.\n. Charles Lenepveu vient de se brouiller avec TOpéra-\nComique pour toute la durée du septennat au moins»\nLa désunion ne doit pas finir de sitôt, car c'est une\npremière représentation qui en est cause. Tous les\ntorts sont du côté de M. Lenepveu, 'qui a poussé la\ndirection à cette extrémité fâcheuse par mille traits\npleins de noirceur.\nVoici ce qui s'est passé : l'origine de l'affaire remonte assez haut. Un\nconcours d'opéra-comique ayant été ouvert en 1867 par le maréchal\nVaillant, alors ministre des Beaux-Arts, il fut stipulé, entre autres\nconditions, que l'ouvrage agréé par le jury serait représenté à la salle\nFavart. M. Lenepveu obtint la palme proposée, avec une partition en\ntrois actes, intitulée : Le Florentin.M. Lenepveu put s'imaginer aisé-\nment qu'il était en pleine possession des droits de sa couronne. Il y était\nd'autant plus autorisé qu'il existe un certain cahier des charges qui règle,\nau profit des jeunes compositeurs, l'emploi de la subvention d'Etat\nallouée à l'Opéra-Comique. On eut beau dire à M. Lenepveu que le\ncahier des charges a été donné à l'Opéra-Comique pour l'éluder, comme\nla parole à l'homme pour déguiser sa pensée, ii eut le mauvais goût de\nn'en rien croire. II invoqua la foi des traités et réclama l'exécution du\nFlorentin. Dès lors,, il apparut aux directeurs de la salle Favart comme\nun homme possédé de la manie des grandeurs. Messieurs de l'Opéra-Co-\nmique le traitèrent en allopathes : s'il leur recommandait un jour son\nFlorentin, ils affichaient pour le lendemain O spectacle\nde l'hospitalité écossaise, que tu étais ironique ! Ce manège dura six"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "229", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.46", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2789, "texte": "ans, pendant lesquels le patient se permit quelques timides observations.\nLes saisons succédaient aux saisons, les journées aux nuits, les heures\naux heures, et le Florentin continuait à coucher à la belle étoiie.\nChaque année, pastiche amer des douze signes du zodiaque! douze\nopéras comiques décrivaient devant lui leur orbe fantastique. La Fille\ndu Régiment singeait le Bélier ; le Chalet imitait le Taureau; Galathée\nrappelait les Gémeaux; les Rendez-vous Bourgeois grimaçaient comme\nl'Ecrevisse : semblables au Lion, à la Vierge, à la Balance, au Scorpion,\nau Sagittaire, au Capricorne, au Verseau, aux Poissons, le Postillon de\nLongjumeau, Bonsoir Voisin, les Noces de Jeannette, Fra Diavolo,\nles Dragons de Villars, le Café du Roi, Zampa et le Pré aux Clercs\ns'allongeaient en caravane sans fin. La presse s'émut du supplice qu'en-\ndurait M. Lenepveu, et des rumeurs d'un caractère non équivoque s'é-\nlevèrent dans la critique musicale contre les organisateurs de ce martyre.\nEn excitant cette sympathie, M. Lenepveu aggravait ses torts. On le\nlui fît bien voir : pendant six mois, l'entrée en répétition du Florentin\nfut annoncée comme imminente, et pendant deux mois la première re-\nprésentation en fut reculée de semaine en semaine. En dépit de ses tribu-\nlations, M. Lenepveu n'en a pas moins atteint un résultat que la plupart\ndes compositeurs modernes se sont lassés de poursuivre : une première\nreprésentation à V Opéra-Comique. Voilà pourquoi j'ai dit tout à l'heure\nque M. Lenepveu venait de se brouiller avec lui. Si la partition n'avait\nqu'un seul acte, il y aurait quelque espoir de réconciliation prochaine;\nmalheureusement, elle en a trois, et, sur ce terrain,, l'Opéra-Comique ne\npardonne guère.\nIl s'en faut de peu que le livret fourni à M. Lenepveu par M. de\nSaint-Georges ne soit franchement mauvais : c'est un livret à la manière\nnoire, un mélodrame fort éloigné du cadre de écrit\ndans le style assez bas de Bouchardy et semé de tirades surannées, dont\nle parterre de l'Ambigu s'accommoderait à peine. Il nous conte les\nfureurs criminelles du peintre Andréa Galeotti contre son élève Angelo\nPalma, et les cas de conscience de sa pupille Paola, aimée à la fois des\ndeux artistes. L'action se passe à Florence, sous le règne de Laurent de\nMédicis. M. de Saint-Georges a voulu nous prouver qu'à cette époque,\nles rivalités d'atelier ne se traduisaient point en charges comme aujour-\nd'hui, mais bien en violents déchaînements de haine. Et de fait, les\npeintres de la Renaissance, ceux de Toscane surtout, étaient gens fort\nirritables, et le sujet du Florentin se retrouve en germe plus d'une\nfois dans leur histoire. Ainsi, Andréa Galeotti est le plus grand maître\nde Florence ; dans son atelier se pressent de nombreux élèves, attentifs"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "230", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.47", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2892, "texte": "à ses leçons. Sa pupille Paola est la joie de la maison, que la bouque-\ntière Garita embaume avec ses fleurs, et le modèle Polpetto, qui pose\nles héros et les dieux, broche sur le tout par ses saillies et par ses préten-\ntions bouffonnes au sculptural, Galeotti est vénéré, aimé, heureux. Avec\nles ans, une seule pensée vient assombrir son front : un artiste, dont la\ngloire menace d'éclipser la sienne, s'est levé; ce génie naissant dissimule\nson nom derrière un pseudonyme : le Florentin ! Sur ces entrefaites, son\nélève favori, Angelo Palma, qui l'avait quitté, est revenu à lui et s'est\nfait pardonner. Angelo Palma, c'est le Florentin. Il vient concourir pour\nla couronne d'or qui doit être décernée par le duc Laurent à l'auteur de\nla plus belle toile représentant Hébé.\nAngelo Palma se trouve tout à coup en rivalité avec Galeotti, qui a\npeint, lui aussi, une Hébé. Angelo n'hésite pas : il est l'élève de Galeotti ;\nde plus, il aime la pupille de son vieux maître et veut l'épouser. Il sacri-\nfiera son Hébé. Il donnera ordre au modèle Polpetto d'y mettre le feu,\net, grâce à ce dévouement, Galeotti restera vainqueur du concours. Le\njour du triomphe arrive : le vieux Galeotti, à genoux, et la tête penchée\nsur sa poitrine, reçoit de la main même du duc Laurent le laurier d'or\nque lui vaut son Hébé. Il se relève O surprise ! ô honte ! l'Hébé\nqu'on a exposée devant la cour éblouie n'est point son Hébé. Il s'appro-\nche, et recule atterré. A l'angle du tableau couronné,il découvre une si-\ngnature qui s'était dissimulée à tous les yeux.,.., cette signature est :\nle Florentin. Polpetto s'est trompé de toile : il a brûlé celle de Galeotti !\nCette scène du concours qui termine le second acte, est réellement dra-\nmatique. Je ne veux pas insister sur les invraisemblances qui amènent\ncette poignante situation, la seule de la pièce qui prête à l'inspiration\nmusicale. Le vieux Galeotti, fou de désespoir, se précipite, le poignard\nlevé, sur la toile du Florentin. Il est prêt à la lacérer. Alors l'idéal ar-\ntistique parle plus haut en lui que la passion de la vengeance; il s'arrête,\npâle d'émotion, et s'écrie, en jetant son arme à terre : C'est un chef-\nd'œuvre. Je me reconnais incapable d'analyser le troisième acte, qui est\ntout à fait psychologique, et dans lequel je ne distingue aucune ligne\nd'intrigue. Ce que je sais, c'est que Galeotti garde rancune à Angelo\nPalma, son rival heureux tant en art qu'en amour, et qu'il aposte des\nsoudards pour l'assassiner, combinaison qui échoue.\nPassons à la musique de M. Lenepveu. Il n'était pas facile d'écrire, su r\nun canevas languissant et bourré de hors-d'œuvre. une partition qui se\ntînt également d'un bout à l'autre. Sans préjuger en rien l'avenir, il nous\nest permis de dire que dans tous les cas où le librettiste a présenté une\nsituation au musicien, celui-ci a répondu à l'appel qu'on faisait à son"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "231", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.48", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2771, "texte": "tempérament. La griffe du lion n'y marque point sa trace, je le veux\nbien, mais 011 m'accordera aussi qu'il n'y avait point prise. J'ajoute que\nl'auteur est un débutant, que la scène ne lui est point familière, et qu'il\nlui a fallu un instinct personnel extrêmement vif pour se frayer un che-\nmin à travers les méandres capricieux de l'intrigue de M. de Saint-\nGeorges. M. Lenepveu est avant tout un symphoniste : il est même sur-\nprenant qu'ayant la conscience de sa supériorité orchestrale, il n'ait\ndonné à son ouverture et à ses entractes qu'un développement secon-\ndaire. Je n'ai assisté qu'à une seule audition du Florentin : j'en ai\ngardé une impression confuse qui se modifierait peut-être par un examen\nméticuleux. Je consens cependant à prendre la responsabilité de mon opi-\nnion actuelle. La partition de M. Lenepveu n'est pas originale : elle est\nécrite sous deux influences qui semblent s'excluer mutuellement et qu'il\na cependant réunies, celles de Gounod et de Verdi. La facture ordinaire\nde Gounod, l'inévitable crescendo dramatique, se trouve fondu dans le\nmoule des strettes de Verdi. C'est une œuvre d'étude et de tâtonne-\nment.\nLa mélodie de M. Lenepveu me rappelle par trop la Galatée de Vir-\ngile, cette Galatée qui s'enfuyait vers les saules, tout en désirant être\nvue : seulement elle s'illusionne sur la distance, et elle a atteint les saules\navant que personne ne l'ait remarquée. Ce jeu machiavélique est très\ndélicat, et M. Lenepveu devra s'appliquer à plus de franchise. Rendons-\nlui justice sur des points essentiels : dans son Fhrentin, la tonalité ne se\ndérobe point à chaque mesure, et le rhythme y est volontiers accentué.\nSon instrumentation est, de parti-pris, trop finie et trop spirituelle : elle\nne tient généralement pas compte de la simplicité des sentiments qu'elle\naccompagne ; elle répand les traits à profusion et sans mesure. Elle est\nfournie, touffue et intempérante comme un monologue gascon. Les\ninstruments bavards, les clarinettes, les bassons et les hautbois y font un\ndialogue incessant et fatigant àla longue. Le chant y est soutenu de\npréférence par les violoncelles et par les cors, dont M. Lenepveu fait un\nusage exquis. A travers ce chaos de notes, se détachent quelques mor-\nceaux de haute saveur sur lesquels je veux appuyer, parce qu'ils sont\nl'indice et la promesse formelle de qualités excessivement remarquables.\nJ e n'aime pas, et je le confesse hardiment, tout ce qui, cians la partition\nde M. Lenepveu, touche au genre de l'opéra comique propre : couplets,\nromances et ariettes.\nM. Lenepveu n'est lui-même qu'autant que le nœud dramatique\nse serre. La sentimentalité ne me paraît point son fort, et les chants\nisolés du ténor ne sont pas marqués par une inspiration soutenue,"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "232", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.49", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2145, "texte": "Quatre morceaux se sont gravés dans ma mémoire, et dominent de toute\nleur hauteur le reste de la partition. C'est d'abord le trio du premier\nacte, entre Paola, Andréa et Angelo, gradué avec infiniment de tact\nscénique et terminé par une strette vigoureuse, où se rencontre, comme\nje l'ai dit plus haut, ce mélange extrêmement singulier du procédé de\nGounod et de la coupe de Verdi. J'y trouve une phrase pleine d'éclat,\nsortie toute armée du cerveau de M. Lenepveu : Viens reprendre ta\nplace, elle est toujours ici. Le cœur du vieux maître Galeotti, vaincu\npar la prière d'Angelo, s'y fond dans une grâce souveraine. Le duo\nbouffe entre Polpetto et Carita la bouquetière qui causent mariage, est\nsimplement charmant : ici, l'esprit de l'orchestration est à sa place, et il\ny a dans le dialogue instrumental comme un gazouillement anticipé du\nberceau qui a de l'à-propos et du sel. Le chœur Les bouquetières de\nFlorence, mené par Carita, est plein de fraîcheur, et le motif principal\ny est ramené par une très jolie rentrée qui provoque un bis mérité. La\npièce capitale de la partition, c'est le sextuor et la scène finale du second\nacte. Voilà qui est palpitant de vie, de mouvement et de passion. Parmi\nles compositeurs les moins discutés de l'école moderne française, j'en con-\nnais peu qui soient capables de traiter un morceau d'ensemble de cette\nimportance, avec cette liberté d'allures et cette habileté dans la disposi-\ntion des voix.\nM. Lenepveu n'a pas écrit un chef-d'œuvre, mais, tel qu'il est, son\nFlorentin est au-dessus des dénigrements et des panégyriques exagérés.\nIsmaël, le vaillant baryton, a rendu le rôle d'Andréa Galeotti avec une\nintelligence et un feu qui font oublier la fatigue de sa voix et l'insuffi-\nsance de son souffle. Lhérie l'a bien secondé. Mesdemoiselles Priola et\nDucasse sont deux Dugazons : c'est un double emploi. M. Neveu a joué\nLaurent de Médicis (excusez du peu). L'orchestre accompagne tantôt\ntrop mollement, tantôt trop lourdement. Les chœurs et la mise en scène\nsont bien dignes d'un théâtre subventionné, c'est-à-dire indignes d'un\nthéâtre non subventionné.\n\nARTHUR HEULHARD."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-03-01-01-c030", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-03-01_01#c030", "volume": "bmtnabc_1874-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "233", "page_fin": "235", "image_debut": 50, "image_fin": 52, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.2.9", "titre_corps": "CHRONOLOGIE DE L'ANNÉE 1874", "titre_sommaire": "CHRONOLOGIE DE L'ANNÉE 1874", "signature_source": "A. 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Ten-Brinck.—Décret du président de la République,\nrétablissant la commission d'examen pour les ouvrages dramatiques.\n3. SOCIÉTÉ CLASSIQUE. Première audition d'un Andante e capriccio\nin gusto di saltarello, de M. Léon Gastinel, pour flûte, hautbois, clarinette,\ncor, basson, deux violons, alto, violoncelle et contrebasse.\n5. THÉÂTRE-ITALIEN. Reprise de le AstupeJemminili, opéra bouffe de\nCimarosa, qui n'avait pas été joué à Paris depuis soixante ans. L'ouvrage avait\nété remanié récemment, pour la reprise qui en fut faite au théâtre Filarmonico\nde Naples, en ce qui concerne le livret par le poète Golisciani, en ce qui tou-\nche les récitatifs par le maestro G, Rossi. BOUFFES-PARISIENS. Première\nreprésentation de Madame de Rabucor, opérette en un acte, paroles de M. Ad.\nJaime, musique de madame de Sainte-Croix.\n7. GAITÉ. Reprise d'Orphée aux Enfers, opéra bouffe de M. Hector\nCrémieux pour les paroles, de M. J. Offenbach pour la musique. Créé aux\nBouffes-Parisiens, il y a une quinzaine d'années , cet ouvrage était alors en\ndeux actes; la seconde édition en est considérablement revue, corrigée et\naugmentée, et forme aujourd'hui un opéra-féerie-ballet en quatre actes et\ndouze tableaux.\n8. CONCERTS POPULAIRES. Exécution par M. Sarasate, du concerto de\nviolon de M, Lalo, exécuté le 18 janvier, par le même virtuose, au Concert"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "234", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.51", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2601, "texte": "national. —CONCERT NATIONAL. Première audition d'une suite d'orchestre, de\nM. Théodore Dubois, et de poème svmphonique de Liszt.\n9- ~ SALLE SAX. Première séance donnée par le Spectre de P aganini, qui\nexécute successivement les vingt-quatre études de Paganini. « La salle, dit le\nprogramme, sera complètement ombragée, l'artiste seul sera éclairé par la\nlumière oxyhydrique, qui changera de couleur selon le caractère de chaque\nétude. »\n12. CONCERT DANBÉ. Exécution de Christophe Colomb, ou la Découverte\ndu nouveau monde, ode-symphonie en quatre parties, paroles de Méry, Ch.\nChaubet et Sylvain Saint » Etienne, musique de M. Félicien David. Les\nchœurs sont chantés par la Société Amand Chevé, les soli, par madame\nBarthe-Banderali, MM. Vergnet et Hermann-Léon.\n13. SALONS ERARD. Soirée musicale donnée par Emile Pessard, pour\nl'audition de ses œuvre?. Entre autres compositions, M. Pessard fait entendre :\nune Grande Marche triomphale, pour deux pianos; une Rêverie, pour cor et\npiano; un Ave Maria, un duo bouffe (Oreste et Pylade), plusieurs mélodies\nvocales, divers morceaux de piano, et une opérette bouffe en un acte, Don\nQuichotte>, paroles de M . J. Deschamps (î ).\n14. SALONS ERARD. Première séance de musique de chambre (2E année),\ndonnée par MM. Des jardins, Taudou, Lefort et Rabaud. THÉÂTRE DES\nMENUS-PLAISIRS. Première représentation de Minuit, opérette en un acte,\nparoles et musique de M. Eugène Moniot.\n15. CONCERTS POPULAIRES. Première audition de Patrie, ouverture dra-\nmatique de M. Georges Bizet.\n16. SOCIÉTÉ CLASSIQUE. Première audition d'un quintette de M. Chaîne,\npour instruments à vent.\n18. FOLIES—BERGERE, La Fille de Dagobert, operette en un acte, naroles\nde M. Hermil (Milher, des Folies-Dramatiques), musique de M. Eugène\nMoniot.\n19- ODÉON. Nouvelle exécution de Marie-Magdeleine, drame sacré en\ntrois actes et quatre parties,poème de M. Louis Gallet, musique de M. Jules\nMassenet, déjà exécuté Tan dernier à ce théâtre, avec un grand succès. L'in-\nterprétation est confiée cette fois à madame Gueymard (Méryem), mademoi-\nselle Charlotte Salla (Marthe), MM. Bosquin (Jésus) et Bouhy (Judas).\nSALONS ERARD. Première des « six petits concerts » donnés par M. Charles-\nValentin Alkan, pour l'audition de ses œuvres. Distribution, aux membres\nde l'Assemblée nationale, du rapport de M. Caillaux sur la question du nou-\nvel Opéra.\n\n(i) A cette date jdu i 3 février, nous enregistrons,, à titre de simple curiosité, la pre-\nmière représentation, au théâtre des Variétés, d'un à-propos en un acte, de M, Wil-\nliam Busnach, intitulé : VOpéra aux Italiens,"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "235", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.52", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1463, "texte": "2J FOLIES-DRAMATIQUES. 365E représentation de la Fille de madame\nAngot, opéra bouffe en trois actes, paroles de MM. Clairville, Siraudin et\nV.Koning, musique de M. Charles Lecocq. Ce fait, d'une pièce jouée trois\ncent soixante-cinq fois, c'est-à-dire pendant tout le cours d une année, sans\ninterruption aucune, est probablement sans exemple dans l'histoire du théâtre\nen tout temps et en tout pays. Nous n'en voulons tirer aucune conclusion, et\nnous en prenons acte à titre de simple curiosité. A cette occasion, les au-\nteurs intercalent dans leur ouvrage une scène nouvelle, intitulée le Retour de\nmadame Angot, et exécutée par M. Millier. BORDEAUX (Cercle philharmoni-\nque). Concert donné parle grand pianiste Francis Planté, en compagnie de\nM. Sivori, l'excellent violoniste, et de M. Fischer, violoncelliste. Ce concert\nest le premier de toute une série de grandes séances musicales que M. Planté\net ses deux compagnons doivent donner à Toulouse, Béziers, Montpellier,\nNîmes, Avignon, Marseille, Toulon, Nice et Lyon.\n22. CONCERTS POPULAIRES. Première exécution de Phèdre, ouverture nou-\nvelle de M.Jules Massenet. CONCERT NATIONAL. Première exécution, par\ntous les instruments à cordes, de Y Adagio e scherzo du premier quatuor de\nM. Vaucorbeil.\n25. _ OPÉRA-COMIQUE. Première représentation du Florentin, opéra co-\nmique en trois actes, paroles de M. de Saint-Georges, musique de M. Charles\nLenepveu, premier grand prix de Rome en 1865.\n\nA. P."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-03-01-01-c033", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-03-01_01#c033", "volume": "bmtnabc_1874-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "236", "page_fin": "240", "image_debut": 53, "image_fin": 57, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.2.10", "titre_corps": "VARIA", "titre_sommaire": "VARIA", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 53, "page_imprimee": "236", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.53", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1537, "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nCORRESPONDANCE\nLe Directeur des Beaux-Arts,\nPH. DE CHENNEVIÈRES.\n. Arthur Heulhard, directeur de la Chronique musicale,\nvient de recevoir du Ministère de l'lnstruction publique\net des Beaux-Arts la dépêche suivante :\nMonsieur,\nJ 1 ai Vhonneur de vous annoncer que, par arrêté, rendu sur ma propo-\nM. le Ministre vient de souscrire à vingt exemplaires, au prix\nde 40 francs l'un, de la Chronique musicale (année 1874).\nJe suis heureux, Monsieur, de vous faire connaître cette marque de\nVintérêt qu'inspire à M. le Ministre votre publication , et vous prie\nd'agréer ïassurance de ma considération très distinguée.\n\nFAITS DIVERS\na Chronique musicale rendra compte prochainement, sous la ru-\nbrique : Bibliographie musicale, des divers ouvrages qui lui ont été\nenvoyés. Citons dès aujourd'hui les titres des principaux :\nTRAITÉ DE L'EXPRESSION MUSICALE. - Accents, nuances et mouvements dans\nla musique vocale et instrumentale, par M. Mathis Lussy (Paris. Heugel, 1874,\n1 v. gr. in-8).\nECOLE PRIMAIRE DU CHANT CHORAL. Manuel de l'Orphéoniste, par M. Louis\nDessane (Paris. Brandus, 1 v. gr. in-8).\nTRAITÉ THÉORIQUE ET PRATIQUE DE L'ORGANISATION DES SOCIÉTÉS MUSICALES,\nHarmonies et fanfares suivi d'une instruction détaillée sur les concours\nde musique, avec les divers documents qui s'y rattachent, à l'usage des chefs-\ndirecteurs, par P. Clodomir (Paris. A. Leduc, 1873, 1 v. in-16).\nMUSIQUE ET MUSICIENS, par M. Guy de Charnue? (Paris. Librairie musicale\nPottie; de Laiaine, 2 v. in-24)."}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "237", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.54", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2623, "texte": "AUBER. Ses commencements, les origines de sa carrière (Paris. Pottier\nde Lalaine, 1873, brochure in-18).\nA PROPOS DE L'EXÉCUTION DU MESSIE DE HAENDEL, au Cirque des Champs-\nElysées, le 19 décembre iBy3, par M. A. P. (.Arthur Pougin) (Paris. Imp.\nChaix, 1873, in-18).\nLA MUSIQUE ET LES PHILOSOPHES AU DIX-HUITIÈME SIÈCLE, par M. Adolphe\nJullien, brochure in-8).\nTRENTE-SIX BALLADES JOYEUSES, par M. Théodore de Banville, précédées\nd'une histoire de la ballade, par M. Ch. Asselineau (Paris. Lemerre, 1873,\n1 v, in-18).\nLE VOYAGE INTERROMPU, comédie en vers, par M. Daniel Bernard (Pa-\nris, gr. in-8, Laplace et Sanchez, 1873).\nDans la dernière phrase de l'article : le Réalisme dans l'Opéra-Comique,\nparu dans notre numéro du i 5 février, M. Barthélémy dit : « C'est sur les\nTroqueurs, de Vadé, qu'Hérold écrivit son premier essai d'opéra-comique. »\nAvant les Troqueurs, Hérold avait écrit pour l'Opéra-Comique Charles de\nFrance, en collaboration avec Boieldieu, les Rosières, la Clochette et le\nPremier Venu.\nLe Florentin, comme la Coupe du Roi de Thulé, est le résultat du con-\ncours ouvert, par le maréchal Vaillant, en 1867.\nVoilà donc enfin deux des ouvrages couronnés qui auront vu le feu de la\nrampe.\nIl en reste un troisième, celui qui était désigné au Théâtre-Lyrique ; il a\npour titre : le Magnifique ; pour parolier : M. Jules Barbier; pour musi-\ncien : M. Jules Philippot,\nIl est ouvert, par l'Académie des beaux-arts, un concours de poésie,\ndont le sujet est une scène lyrique destinée à être mise en musique par les\nconcurrents aux grands prix de Rome de 1874.\nCette scène, à trois ou à deux personnages, doit donner matière à un solo\nplus ou moins développé pour chaque personnage, à un duo, et en outre à un\ntrio, si la scène est à trois voix, ainsi qu'à des récitatifs reliant ces différents\nmorceaux.\nUne médaille de 500 francs sera accordée à l'auteur de la scène choisie\ncomme texte du concours.\nL'auteur devra se mettre à la disposition de la section de musique, des\nbeaux-arts, pour faire les changements jugés nécessaires.\nLes pièces de vers devront être adressées, par paquet cacheté, au secrétariat\ndu Conservatoire national de musique et de déclamation jusqu'au vendredi\ni 3 mai, date de rigueur.\nLes pièces de vers ne seront pas signées.\nChaque pièce portera seulement une épigraphe reproduite sur un pli ca-\ncheté, contenant le nom et l'adresse de l'auteur.\nIl ne sera reçu que des pièces inédites Les manuscrits ne seront pas rendus.\nL'Assemblée nationale a voté sur la proposition de M. de Belcastel, ten-\ndant à frapper chaque piano d'une taxe de dix francs / l'amendement a été\nrejeté."}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "238", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.55", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2164, "texte": "r 0\n— M. Edouard Colonne succède à M. Edmond Guion, comme chef d'or-\nchestre de la Société philharmonique.\n— Burgmuller, compositeur bien connu, quia écrit les ballets de la Péri,\nde Lady Henriette, en collaboration de MM. Deldevez et Flotow, auteur de\nla charmante valse intercalée par Adolphe Adam, dans Giselle, et de nom-\nbreux morceaux de piano fort estimés, vient de mourir à Beaulieu, commune\nde Marolles. Il était né à Ratisbonne, en 1807.\n— M. Vianesi, l'excellent chef d'orchestre du Théâtre-Italien, nous\nannonce son prochain départ pour Londres, où il va reprendre, à Covent-\nGarden, le bâton de commandement pour la saison théâtrale de 1874.\nDans sa lettre, M. Vianesi exprime le sentiment de gratitude profonde\nqu'il éprouve pour le public parisien, dont les suffrages et la sympathie ont\nfait de son séjour parmi nous; dit-il, le plus cher souvenir de sa carrière\nmusicale.\nM. Vianesi regrette Paris ; le public des Italiens le lui rend de tout cœur.\nMais M. Vianesi ne nous dit pas adieu pour toujours, et nous espérons que\nl'éminent artiste nous reviendra dans un avenir prochain.\n—- Le Ministère des Beaux-Arts vient d'accorder des indemnités aux So-\nciétés suivantes :\nSociété classique de musique de chambre Fr.. . 5oo\nSociété nationale de musique . — ... 400\nSociété Beaulieu — ... 400\nSociété philharmonique — . . . 400\n\nNOUVELLES\n\nARIS. La Société des Concerts du Conservatoire, après l'audition\nde diverses œuvres de compositeurs français, a décidé qu'elle exécu-\nterait dans l'un de ses concerts un chœur avec orchestre de M. We-\nkerlin. Ce morceau est tiré du Jugement dernier, poésie de Gilbert,\net a pour titre : Chœur des Élus.\nItaliens. Une indisposition de mademoiselle de Belocca retarde pour\nquelques jours, aux Italiens, la Sémiramide de Rossini, chantée par MM. Pa-\ndilla, Benfratelli, Fiorini; mesdemoiselles de Belocca et Belval.\nMadame Penco , retour de Russie, va peut-être jouer Nofma au\nThéâtre-Italien.\nOpéra-Comique. La nomination de Mi C. du Locle à la direction de\nrOpéra-Comique a été signée par le ministre. M, de Leuven reçoit, à titre\nd'indemnité de son associé, une somme de i 50,000 francs,"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "239", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.56", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2447, "texte": "Le premier acte de M, Camille du Locle, depuis qu'il est seul directeur\nde l'Opéra-Comique, a été de s'entendre avec M. Massenet pour l'audition, à\nTOpéra-Comique, de Marie-Magdeleine, qui a obtenu un si grand succès à\nl'Odéon.\nLa symphonie du jeune maître aura pour solistes : madame Çarvalho ;\nMM. Bouhy, Duchesne.\nOn pense pouvoir donner la première audition dans une quinzaine de\njours.\nPour la circonstance, les choeurs seront considérablement renforcés.\nM. Gounod vient de promettre à M. du Locle qu'il sera prêt à lui don-\nner, l'hiver prochain, un ouvrage en trois actes.\nGaîté. On prête au maestro Offenbach l'intention de monter le Songe\nd'une nuit d'été, de Mendelssohn, sur des paroles de MM. Vacquerie et\nMeurice.\nNous pouvons aujourd'hui compléter la nouvelle.\nComme le Songe d'une Nuit d'Eté ne constituerait pas tout un spectacle,\nOffenbach donnera en même temps, pour finir gaiement la soirée, la\nfarce de M. de Pourceaugnac, mise en musique par un jeune musicien de\nbeaucoup de talent, M. Eugène Guiraud, l'auteur de Madame Turlupin et\nde Gretna-Green.\nRenaissance. M. Litolff se voue entièrement à la musique bouffe : il\nvient de signer un traité avec M. Hostein, directeur de la Renaissance, par\nlequel il s'engage à donner à ce théâtre une opérette pour le mois de sep-\ntembre prochain.\nVariétés. Mademoiselle Schneider fera sa rentrée dans la Péricholc, à\nlaquelle MM. Meilhac et Halévy sont en train d'ajouter un acte, ainsi que\nnous l'annoncions dernièrement.\nL'lle de Tulipatan passe aux Variétés, où Berthelier, Léonce, Cooper\net madame Aline Duval vont la jouer dans quelques jours, à la fin du spec-\ntacle, pour remplacer ïOpéra aux Italiens.\nPalais - Roy al. Les directeurs du Palais-Royal ont demandé à MM. Mei-\nlhac et Halévy une pièce pour la Mi-Carême, qui portera justement ce titre :\n« La Mi-Carême » et qui sera jouée par Gil Perez et Lhéritier.\nPorte-Saint-Martin. La grande féerie scientifique de MM. d'Ennery et\nVerne : le Tour du Monde en quatre-vingts jours, sera jouée à la Porte-Saint-\nMartin, aux vacances prochaines.\nLa direction espère bien que les Deux Orphelines tiendront l'affiche jus-\nque-là.\nBouffes-Parisiens. La Branche cassée ne pouvant tenir l'affiche des\nBouffes jusqu'à ce que les Parisiennes soient prêtes, ce théâtre va donner pro-\nchainement, jusqu'à fin mars, un spectacle coupé.\nVoici quelle sera la composition du programme :\nUn lever de rideau, de MM. Paul Avenel et Hubans ;"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "240", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.57", "debut_caractere": 118, "fin_caractere_exclue": 1358, "texte": "Les Pattes blanches, de M. Laurent de Rillé ( reprise ) ;\nMariée depuis midi, de MM. Busnach, Liorat et Jacobi, saynète pour ma-\ndame Judic toute seule. Cette petite pièce, inédite pour le public parisien, a\nété jouée par madame Judic à Bruxelles avec succès ;\nEt enfin, le Bouton, opérette de MM. Bernard et Talexi, faite expressé-\nment pour madame Peschard.\nAmbigu. M. Dupeuty se fait l'écho d'une nouvelle combinaison lyrique\nconcernant Y Ambigu. Le célèbre ténor Roger s'associerait avec M. Meyer pour\ny créer un deuxième théâtre de l'Opéra-Comique, jouant tous les grands ou-\nvrages négligés ou abandonnés par la salle Favart, et que leurs auteurs peuvent\nretirer au bout d'un an et un jour, le Val d'Andorre, par exemple ; les Mous-\nquetaires de la Reine, etc.\nLa troupe serait déjà arrêtée dans les projets de Roger, qui, en outre, ferait\ndébuter successivement ses élèves. Nous mentionnons cette nouvelle sous\ntoutes réserves.\nCasino-Cadet. La direction du Casino-Cadet vient d'engager un nouvel\norchestre de dames, composé exclusivement de dames.\nLe premier concert aura lieu dans quelques jours, dans les salons du Casino,\net sera offert à la presse parisienne.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-03-01-01-c035", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-03-01_01#c035", "volume": "bmtnabc_1874-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "236", "page_fin": "236", "image_debut": 53, "image_fin": 53, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.2.10.2", "titre_corps": "CORRESPONDANCE", "titre_sommaire": "CORRESPONDANCE", "signature_source": "Le Directeur des Beaux-Arts, PH. 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Arthur Heulhard, directeur de la Chronique musicale,\nvient de recevoir du Ministère de l'lnstruction publique\net des Beaux-Arts la dépêche suivante :\nMonsieur,\nJ 1 ai Vhonneur de vous annoncer que, par arrêté, rendu sur ma propo-\nM. le Ministre vient de souscrire à vingt exemplaires, au prix\nde 40 francs l'un, de la Chronique musicale (année 1874).\nJe suis heureux, Monsieur, de vous faire connaître cette marque de\nVintérêt qu'inspire à M. le Ministre votre publication , et vous prie\nd'agréer ïassurance de ma considération très distinguée."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-03-01-01-c037", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-03-01_01#c037", "volume": "bmtnabc_1874-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "236", "page_fin": "238", "image_debut": 53, "image_fin": 55, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.2.10.3", "titre_corps": "FAITS DIVERS", "titre_sommaire": "FAITS DIVERS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 53, "page_imprimee": "236", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.53", "debut_caractere": 665, "fin_caractere_exclue": 1537, "texte": "FAITS DIVERS\na Chronique musicale rendra compte prochainement, sous la ru-\nbrique : Bibliographie musicale, des divers ouvrages qui lui ont été\nenvoyés. Citons dès aujourd'hui les titres des principaux :\nTRAITÉ DE L'EXPRESSION MUSICALE. - Accents, nuances et mouvements dans\nla musique vocale et instrumentale, par M. Mathis Lussy (Paris. Heugel, 1874,\n1 v. gr. in-8).\nECOLE PRIMAIRE DU CHANT CHORAL. Manuel de l'Orphéoniste, par M. Louis\nDessane (Paris. Brandus, 1 v. gr. in-8).\nTRAITÉ THÉORIQUE ET PRATIQUE DE L'ORGANISATION DES SOCIÉTÉS MUSICALES,\nHarmonies et fanfares suivi d'une instruction détaillée sur les concours\nde musique, avec les divers documents qui s'y rattachent, à l'usage des chefs-\ndirecteurs, par P. Clodomir (Paris. A. Leduc, 1873, 1 v. in-16).\nMUSIQUE ET MUSICIENS, par M. Guy de Charnue? (Paris. Librairie musicale\nPottie; de Laiaine, 2 v. in-24)."}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "237", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.54", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2623, "texte": "AUBER. Ses commencements, les origines de sa carrière (Paris. Pottier\nde Lalaine, 1873, brochure in-18).\nA PROPOS DE L'EXÉCUTION DU MESSIE DE HAENDEL, au Cirque des Champs-\nElysées, le 19 décembre iBy3, par M. A. P. (.Arthur Pougin) (Paris. Imp.\nChaix, 1873, in-18).\nLA MUSIQUE ET LES PHILOSOPHES AU DIX-HUITIÈME SIÈCLE, par M. Adolphe\nJullien, brochure in-8).\nTRENTE-SIX BALLADES JOYEUSES, par M. Théodore de Banville, précédées\nd'une histoire de la ballade, par M. Ch. Asselineau (Paris. Lemerre, 1873,\n1 v, in-18).\nLE VOYAGE INTERROMPU, comédie en vers, par M. Daniel Bernard (Pa-\nris, gr. in-8, Laplace et Sanchez, 1873).\nDans la dernière phrase de l'article : le Réalisme dans l'Opéra-Comique,\nparu dans notre numéro du i 5 février, M. Barthélémy dit : « C'est sur les\nTroqueurs, de Vadé, qu'Hérold écrivit son premier essai d'opéra-comique. »\nAvant les Troqueurs, Hérold avait écrit pour l'Opéra-Comique Charles de\nFrance, en collaboration avec Boieldieu, les Rosières, la Clochette et le\nPremier Venu.\nLe Florentin, comme la Coupe du Roi de Thulé, est le résultat du con-\ncours ouvert, par le maréchal Vaillant, en 1867.\nVoilà donc enfin deux des ouvrages couronnés qui auront vu le feu de la\nrampe.\nIl en reste un troisième, celui qui était désigné au Théâtre-Lyrique ; il a\npour titre : le Magnifique ; pour parolier : M. Jules Barbier; pour musi-\ncien : M. Jules Philippot,\nIl est ouvert, par l'Académie des beaux-arts, un concours de poésie,\ndont le sujet est une scène lyrique destinée à être mise en musique par les\nconcurrents aux grands prix de Rome de 1874.\nCette scène, à trois ou à deux personnages, doit donner matière à un solo\nplus ou moins développé pour chaque personnage, à un duo, et en outre à un\ntrio, si la scène est à trois voix, ainsi qu'à des récitatifs reliant ces différents\nmorceaux.\nUne médaille de 500 francs sera accordée à l'auteur de la scène choisie\ncomme texte du concours.\nL'auteur devra se mettre à la disposition de la section de musique, des\nbeaux-arts, pour faire les changements jugés nécessaires.\nLes pièces de vers devront être adressées, par paquet cacheté, au secrétariat\ndu Conservatoire national de musique et de déclamation jusqu'au vendredi\ni 3 mai, date de rigueur.\nLes pièces de vers ne seront pas signées.\nChaque pièce portera seulement une épigraphe reproduite sur un pli ca-\ncheté, contenant le nom et l'adresse de l'auteur.\nIl ne sera reçu que des pièces inédites Les manuscrits ne seront pas rendus.\nL'Assemblée nationale a voté sur la proposition de M. de Belcastel, ten-\ndant à frapper chaque piano d'une taxe de dix francs / l'amendement a été\nrejeté."}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "238", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.55", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1364, "texte": "r 0\n— M. Edouard Colonne succède à M. Edmond Guion, comme chef d'or-\nchestre de la Société philharmonique.\n— Burgmuller, compositeur bien connu, quia écrit les ballets de la Péri,\nde Lady Henriette, en collaboration de MM. Deldevez et Flotow, auteur de\nla charmante valse intercalée par Adolphe Adam, dans Giselle, et de nom-\nbreux morceaux de piano fort estimés, vient de mourir à Beaulieu, commune\nde Marolles. Il était né à Ratisbonne, en 1807.\n— M. Vianesi, l'excellent chef d'orchestre du Théâtre-Italien, nous\nannonce son prochain départ pour Londres, où il va reprendre, à Covent-\nGarden, le bâton de commandement pour la saison théâtrale de 1874.\nDans sa lettre, M. Vianesi exprime le sentiment de gratitude profonde\nqu'il éprouve pour le public parisien, dont les suffrages et la sympathie ont\nfait de son séjour parmi nous; dit-il, le plus cher souvenir de sa carrière\nmusicale.\nM. Vianesi regrette Paris ; le public des Italiens le lui rend de tout cœur.\nMais M. Vianesi ne nous dit pas adieu pour toujours, et nous espérons que\nl'éminent artiste nous reviendra dans un avenir prochain.\n—- Le Ministère des Beaux-Arts vient d'accorder des indemnités aux So-\nciétés suivantes :\nSociété classique de musique de chambre Fr.. . 5oo\nSociété nationale de musique . — ... 400\nSociété Beaulieu — ... 400\nSociété philharmonique — . . . 400"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-03-01-01-c039", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-03-01_01#c039", "volume": "bmtnabc_1874-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "238", "page_fin": "240", "image_debut": 55, "image_fin": 57, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.2.10.4", "titre_corps": "NOUVELLES", "titre_sommaire": "NOUVELLES", "signature_source": "Pour l'article Varia : Le Secrétaire de la Rédaction, O. 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OFFENBACH\n\nOffenbach étant, depuis le grand succès de\nson Orphée aux Enfers, le point de mire\nde l'attention générale, un journal, qui est\ntout àsa dévotion, a cru devoir rappeler\nque l'heureux directeur de la Gaîté avait,\nil y a vingt ans, publié quelques causeries\nmusicales dans Y Artiste. Il était assez ma-\nladroit d'évoquer ce souvenir. A cette épo-\nque, en effet, le pauvre violoncelliste, sans\nse douter qu'il pût jamais devenir compo-\nsiteur ni directeur, était un fidèle servant du grand art, affichait les\nconvictions les plus sévères, traitait avec une rigueur extrême les fa-\n\n111.\ni 3"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "194", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.2", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nbricants de petite musique, et marquait en particulier pour Adam et\nClapisson un profond dédain.\nLe journal en question n'a, bien entendu, rapporté de ces articles que\nles passages qui devaient faire le plus d'honneur au maître qu'il vou-\nlait glorifier; mais il a prudemment laissé dans l'ombre ceux qui pou-\nvaient contrarier le moins du monde M. Oftenbach, et il y en a bon\nnombre que le célèbre maestro buffo peut regretter d'avoir écrits na-\nguère-, tant ils retombent violemment aujourd'hui sur sa propre tête. Ce\nsont précisément ces morceaux qu'il serait curieux de remettre en lu-\nmière. On y pourrait, au besoin, ajouter quelques mots d'explication ;\nmais, le plus souvent, le démenti donné par les œuvres du compositeur\nou les actes du directeur aux opinions si absolues de est telle-\nment violent, tellement éclatant, que tout commentaire serait superflu\net ne pourrait qu'en atténuer la portée.\nLe temps écoulé semblait garantir M. Offenbach d'un souvenir im-\nportun ; mais un adage latin devait l'avertir que ces chapitres, si bien\ncachés qu'ils fussent dans l'épaisseur d'un volume in-quarto, seraient\ndécouverts un jour ou l'autre. Tout au plus pouvait-il espérer que cette\nrévélation ne serait pas provoquée par les flatteries empressées d'un\njournal dévoué ; et pourtant lui,, qui a mis en musique plusieurs fables\nde La Fontaine, devait bien connaître certaine moralité dont il peut\napprécier aujourd'hui toute la justesse :\nRien n'est si dangereux qu'un ignorant ami,\nMieux vaudrait un sage ennemi.\nCes curieux articles datent des premiers mois de 185 5. A cette époque,\nM. Perrin, réunissant en ses mains les rênes de l'Opéra-Comique et du\nThéâtre-Lyrique, se faisait concurrence à lui-même sur chacun de ces\nthéâtres, et représentait des deux côtés quelques ouvrages de jeunes\ncompositeurs en quête d'un succès : ici, les Sabots de la Marquise, de\nM. Boulanger, et Miss Fauvette, de M. Massé; là, le Roman de la Rose,\nde M. Pascal, et les Charmeurs, de M. Poise. Le critique de Y Artiste\ntraite avec une indulgence dédaigneuse ce « répertoiricule charmant et\namusant ; » mais il n'était pas toujours aussi clément à l'endroit de ces\nmenus ouvrages :\n« Les partitions de beaucoup de nos compositeurs du jour ressemblent aux\nélégantes du boulevard, elles portent trop de crinoline. A la lumière, elles\nforment un ensemble assez substantiel et d'un beau coloris. De près, en\ndéshabillé, au piano, ce sont des fantômes gonflés de vent et de son* >5"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "195", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.3", "texte": "PROFESSION DE FOI MUSIC. DE M. OFFFNBACH\n\nLe succès retentissant que venait d'obtenir la Promise et qui avait\ndéterminé l'entrée de Clapisson à l'lnstitut, avait le don d'exaspérer\nM. Offenbach, et il criblait de traits acérés le musicien qui n'avait dû\nl'honneur d'être admis à l'Académie qu'à la remarquable vulgarité de\nses refrains : cette vulgarité même avait fait leur vogue.\nw M. Clapisson s'est empressé de célébrer sa nomination d'académicien\nen prodiguant quelques mélodies surannées et hors d'âge dans les Vignes,\nvaudeville en un acte, qui, d'abord répété à l'Opéra-Comique, a été trans-\nporté au Théâtre-Lyrique, et qui, malgré cette transposition, a eu l'air de se\ntrouver gené sur la scène si musicale de ce théâtre. Si nous disons que ces\nmélodies sont surannées, ce n'est pas un blâme adressé à M. Clapisson, car\nces mélodies ne sont pas de lui; il s'est contenté de les emprunter au réper-\ntoire des vieux airs français, tels que le Sultan Saladin, le Père Trinque-\nfort, etc., etc. »\nDans ce cas particulier, le mépris que M. Offenbach éprouvait pour\nl'auteur de la Promise était doublé par l'admiration profonde qu'il avait\nvouée à l'auteur de Benvenuto Cellini ; et l'lnstitut ayant commis l'in-\nconcevable erreur de préférer un musicien aussi médiocre que Clapisson\nau compositeur de génie dont la France commence aujourd'hui seule-\nment à s'honorer, le partisan de Berlioz exprimait en termes irrités sa\nvive indignation et poursuivait le nouvel académicien de ses brocards.\n« On avait besoin d'un symphoniste, ce fut un danseur qui l'obtint.\n« Un ami d'Hector Berlioz était allé solliciter la voix d'un immortel. Il lui\nénumérait toutes les qualités sérieuses de son ami, comme symphoniste et\ngrand compositeur. Tout cela est bel et bon, dit l'immortel, mais citez-moi\nquelques-uns de ces fameux ouvrages. L'autre lui répond : Roméo et Ju-\nliette, la Damnation de Faust, etc., etc. Ma foi, je ne connais pas toutes\nces œuvres. D'ailleurs, nous avons promis notre voix au célèbre auteur du\nPostillon de madame Ablou, qui est connu dans les cinq parties du monde.—\nEt même dans tous les cafés-chantants, répondit le berlioziste en se retirant.\n« Aussi M. Clapisson a-t-il été nommé au même titre que M. Adam, c'est à\ndire pour cause de Postillon, ce qui prouve que l'Académie est à cheval sur\nles principes d'art. »\nCe dernier trait montre quel cas M. Offenbach faisait d'Adolphe Adam.\nTantôt il le louait ironiquement d'avoir prodigué dans le Muletier de\nTolède (( ces mélodies faciles et improvisées dont il a le monopole, »\nil devait l'en déposséder par la — tantôt il lui reprochait en termes\nd'une politesse affectée d'accaparer le Théâtre-Lyrique au détriment\ndes jeunes musiciens."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "196", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.4", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nM. Perrin vient de faire jouer le Muletier de Tolède, de l'auteur du Cha-\nlet; A Clichy, autre opéra-comique de l'auteur du Chalet; la reprise de la\nReine d'an jour, aussi de Fauteur du Chalet. Nous ne nous plaignons certes\npas d'entendre cette charmante musique, mais nous avouons que nous aime-\nrions asse% entendre, ne fût-ce que de loin en loin, un ouvrage de nos jeunes\nconfrères.\nMoins de six mois après avoir formulé cette chaleureuse réclamation en\nfaveur des jeunes musiciens, M. Offenbach, bien recommandé auprès de\nM. Fould, obtenait l'autorisation d'ouvrir un petit théâtre aux Champs-\nElysées, puis l'hiver venu, de le transporter au passage Choiseul et d'y\njouer non plus seulement des saynètes, mais des actes. En l'espace de\ndouze mois, de juillet 1855 à juillet 1856, M. Offenbach représenta\nvingt-neuf pièces en un acte,, dont TREIZE signées de lui. Cette préférence,\nd'ailleurs si naturelle, souleva les plus vives réclamations de la part des\ncompositeurs sans asile, qu'excitait fort la faveur inattendue dont M. Of-\nfenbach avait été l'objet.\nIl imagina alors de mettre au concours un poème d'opéra pour cou-\nper court à ces clabauderies; il joua quelque temps les ouvrages couron-\nnés ex œquo de MM. Ch. Lecocq et G. Rizet, la partition de ce der-\nnier avait été déclarée par le jury « plus scénique et même plus bouffe » que\ncelle de son concurrent (1), puis les choses reprirent leur train comme\npar le passé; si bien qu'à la fin de 1861, M. Offenbach, sur le point de\nquitter la direction des Bouffes,, se trouva y avoir fait représenter cent-\nun ouvrages, dont TRENTE-CINQ de lui, les plus considérables s'entend, et\nceux qui restaient inamovibles sur l'affiche : on ne faisait qu'entrevoir\nles autres. Adolphe Adam, auquel M. Offenbach reprochait si vivement\nde barrer le chemin aux jeunes musiciens, n'avait pas fait jouer un\nseul ouvrage de lui-même durant sa direction de quatre mois au Théâtre-\nLyrique.\nPlus tard enfin, lorqu'il eut déposé le pouvoir directorial, on sait avec\nquelle âpretéM. Offenbach réclamait que le spectacle entier fût composé\nde ses ouvrages, afin de palper tous les droits d'auteurs de la soirée. Croit-\non qu'Adam ait jamais montré des exigences aussi léonines ?\nJ'ai réservé pour la fin le morceau suivant auquel ces vingt ans écou-\nlés ont donné une saveur étrangement piquante. C'est une profession de\n\n(i) On trouvera leâ fênseignemêfits les plus précis sut5 ce curieux concours et sur\nceux qui ont été institués ensuite par le ministère des Beaux-Arts, dans notre étude :\nLes Théâtres lyriques et les Concours de musique dramatiques. (Revue de France,\n3i mai 1872.)"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "197", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.5", "texte": "PROFESSION DE FOI MUSIC. DE M. OFFENBACH\n\nfoi musicale, inspirée à M. Offenbach par Paudition de la Juive, un\nmanifeste passionné, tel que Berlioz lui-même n'en a pas écrit de plus\nviolent, et où son enthousiasme pour le grand art n'a d'égal que sa sainte\ncolère contre le métier et le mercantilisme en musique,\nNous qui avons compris, dès la première fois, quelle puissance d'or-\nchestration, quelles inspirations larges et élevées s'y trouvaient, le succès\nque cette partition a obtenu depuis ne nous a pas étonné. C'est de la belle\nmusique, de la musique aux larges épaules, à la cambrure fière comme un\ncheval pur sang ; rien d'étriqué, rien de mesquin, c'est du Michel-Ange en\nmusique ; mais malgré tout cela, et presque à cause de tout cela, les petits\nesprits ne la trouvent pas à leur goût, cela manque essentiellement d'airs à\npolkas et à mazurkas; c'est à peine si une valse, une belle valse, ma foi,\ncelle du premier acte, et les adorables airs de danse du troisième acte, ont\nl'approbation de ces messieurs. Non, non, ce qu'il leur faut à ces composi-\nteurs de quatrième ordre, c'est de la musique populaire déjà avant la repré-\nsentation] celle-là est de suite acclamée; nous avons peut-être le mauvais\ngoût de ne pas aimer cette musique aux idées lilliputiennes, cette musique\nen état de sevrage; nous l'avouons franchement, la musique mercantile n'a\npour nous aucune espèce de charme; aussi sommes-nous souvent forcé de ne\npas aller entendre certains opéras, pour ne pas en rendre compte ; à telle ou\ntelle enseigne, nous reconnaissons de suite la marchandise ; nous sommes\ndésolé d'avoir à employer ce mot, quand nous parlons d'art, mais Vart n'a\nrien à démêler avec ces marchands d'idées qui composent au mètre et à la\ntoise ; ces messieurs seraient probablement eux-mêmes tout étonnés si on les\ncomparait à des compositeurs sérieux.\nIl convient d'ajouter que ces articles, pris d'ensemble, révèlent un vé-\nritable sens artistique et une réelle connaissance des œuvres des maîtres.\nLe sentiment qui y domine et qui honore singulièrement M, Offenbach,\nest une admiration ardente pour Weber et Berlioz. Il les venge en ter-\nmes indignés : l'un, des mutilations que lui faisait subir Castil-Blaze;\nl'autre nous savons par quelles épigrammes, du choix de l'lnstitut\nqui lui avait préféré Clapisson. Il écrit de verve sur le Freischut% et\nPEnfance du Christ, des lignes enthousiastes, et affirme avec chaleur,\ncontre tous, le génie de Berlioz. Ce sont là de belles pensées; mais, si\nl'on rapproche des tendances élevées que manifestait autrefois le musi-\ncien misérable et en quête de leçons, les prédilections affichées par le\ncompositeur illustre et millionnaire pour le grotesque et le trivial, on\nse prend à douter de la sincérité de son jeune enthousiasme, et l'on se\ndemande de qui M. Offenbach se raille depuis vingt ans, si c'est de nous\nou de lui-même.\nPeut-être n'est-ce de personne, et ne faut-il voir dans cette contradic-"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "198", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.6", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ntion véritablement stupéfiante, qu'une singularité de caractère, qu'une\nétrange dualité* On a déjà pu remarquer, lors de la représentation de\nJeanne Darc, quel curieux contraste le directeur offrait avec Fauteur\nchez M. Offenbach : Pun, délaissant trop souvent le genre gracieux et\naimable de la Chanson de Fortunio pour le burlesque et la charge gros-\nsièie, 1 autre, doué de goûts élevés, montrant qu'il apprécie le beau en\nmusique comme en littérature, et risquant au besoin, pour le prouver,\nune partie considérable qu il adu reste gagnée. On peut donc\nespéier que, si M. Offenbach auteur n'a-jamais eiu le courage ou les\nmoyens de i énoncer au genre qui lui avait procuré gloire et fortune, il\na conseï vé intactes ses nobles préférences d'il y a vingt ans, et que le di-\nrecteur n'a fait que se ressouvenir des aspirations du critique.\nIl est pour lui un moyen bien simple de confirmer cette flatteuse sup-\nposition . C est de jouer à la Gaîté, avec cette richesse de mise en scène\nqui va toujours crescendo, une des admirables créations de Weber ou de\nBerlioz, qu il exaltait naguère et défendait contre les profanations du\n<x crétinisme. » M. Offenbach caresserait, paraît-il, le projet de repré-\nsenter le Songe d une nuit d été de Shakespeare, avec la musique de\nMendelssohn. C est là une excellente idée, mais il est à désirer que ses\npréférences d aujourd'hui ne lui fassent pas oublier ses enthousiasmes\npassés. Critique, il a défendu avec une noble ardeur les conceptions de\ngénie de Weber et de Berlioz* directeur, il doit leur ouvrir toutes grandes\nles portes de son théâtre.\n\nADOLPHE JULLIEN."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "199", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.7", "texte": "HISTOIRE\nDU\nTHÉATRE DE MADAME DE POMPADOUR\nDIT\nTHÉATRE DES PETITS CABINETS\n\nSixième article (i).\nCHAPITRE V\nQUATRIÈME ANNEE\n26 £\\Çovembre 1749. 27 C4vril 17^0.\nL y eut, comme chaque année, un relâche de près de\nhuit mois; puis le théâtre rouvrit le mercredi 26 no-\nvembre par la première représentation d'lssé, pasto-\nrale héroïque en cinq actes (le prologue supprimé), pa-\nroles de La Mothe, musique de Destouches, jouée à\nl'Opéra en 1698.\nIssé, nymphe, fille\nde Macarée (MlleLe Rochois ou Desmâtins,) Mme de Pompadour.\nDoris, sœur d'lssé. (Mlle Moreau) Mme de Marchais.\nUn Grand-Prêtre. (Hardouin) Le duc d'Ayen.\nHylas (Thévenard) M. de la Salle.\nPan (Dun) Le cher, de Clermont.\nApollon, sous le\nnom de Philémon. (Du Méni) Le vicomte de Rohan.\nUn Berger (Boutelou)\n\n(i) Voir les numéros des ieT septembre, ler octobre, le»' novembre, iev décembre\n1873, et i 5 janvier 1874^"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "200", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.8", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nLes nouveaux danseurs, M. de Beuvron et M. de Melfort, continuè-\nrent leurs débuts dans Issé> dont les décorations excitèrent l'admiration\ngénérale, à commencer par un magnifique soleil composé de treize cents\nbougies.\nLe lundi, ier décembre, première représentation du Philosophe marié,\nde Destouches (1727), suivi du ballet de VOpérateur chinois. Un nou-\nvel acteur débutait dans la comédie, le chevalier de Pons, attaché au duc\nde Chartres.\nAriste . Le duc de Duras.\nDamon M* de Maillebois.\nGéronte .. Le duc de Chartres.\nLe marquis du Lauret,. Le chevalier de Pons.\nLysimon ...... M. de Gontaut.\nPicart Le chevalier dè Clermont.\nCéliante Mme de Pompadour.\nM élite Mme de Marchais,\nFinette » Mme de Livry.\nCette pièce fut bien rendue, surtout par M. de Duras et madame de\nPompadour; madame de Livry et madame de Marchais se firent aussi\napplaudir, mais le débutant ne paraît pas avoir fait sensation.\nLa comédie de Destouches obtint un si grand succès qu'elle fut reprise\nle jeudi 11 avec le divertissement nouveau des Quatre Ages en récréation,\nde Dehesse. Le théâtre représentait un hameau sur le devant et une forêt\ndans le fond. On voyait dans ce bois les Quatre Ages. Le premier était\nguidé par Dehesse habillé en gouvernante. Le second, quittant le jeu du\nvolant pour la danse, paraissait conduit par M. de Courtenvaux, en ma-\ngister. Le troisième arrivait en dansant avec vivacité au son du tambou-\nrin, puis enfin le quatrième, représenté par des vieillards qui figuraient\nun pas de quatre avec leurs femmes. Tout se terminait par un colin-\nmaillard général et par une contredanse animée.\nLe même jour, on inaugura dans la salle un nouveau balcon qui avait\nété construit en fort peu de temps; il était au-dessus des places qui sont\nderrière le Roi, et s'étendait des deux côtés au-dessus des galeries. Cette\nmodification, donnant un grand nombre d'excellentes places, permit àla\nmarquise de satisfaire bien des convoitises et d'apaiser bien des jalousies.\nLe mardi 16 et le dimanche 21, on donna deux nouvelles représenta-\ntions à! Issé : l'opéra plut beaucoup, et les acteurs eurent autant de suc-\ncès que le premier soir, sans pourtant rivaliser avec le fameux soleil de\ntreize cents bougies.\nLe spectacle fut interrompu, comme Tannée précédente, à cause des"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "201", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.9", "texte": "THÉÂTRE DE MADAME DE POMPADOUR\n\ncérémonies du premier jour de l'an. On rouvrit le samedi 10 janvier\n1750 par une reprise des Dehors trompeurs ou VHomme du jour, co-\nmédie de Boissy déjà jouée en janvier 1748. La distribution demeura la\nmême à quelques changements près. Madame de Marchais remplaçait\nmadame de Pons dans le rôle de la marquise; le chevalier de Pons, con-\ntinuant ses débuts, jouait le marquis à la place du duc de Nivernois;\nenfin le comte de Frise, neveu du comte de Saxe, faisait son entrée dans\nla troupe en doublant M. de Gontaut dans le petit rôle du valet Cham-\npagne.\nAprès la comédie vint la première représentation des Bûcherons ou le\nMédecin de village, ballet-pantomime de Dehesse. Le théâtre repré-\nsente une forêt ; plusieurs ouvriers y coupent et élaguent des arbres,\nleurs femmes viennent leur apporter à manger. L'un des bûcherons\ntombe du haut d'un arbre ; le médecin et le chirurgien se disputent\nsur le traitement du blessé, lui coupent un bras et une jambe et se\nprennent aux cheveux... Le bailli arrive et ordonne qu'on restaure le\nblessé; on lui remet la jambe à la place du bras et vice versa : le tout\nfinit par une contredanse. Le principal mérite de cette pantomime était\nde ne durer qu'un quart d'heure; on applaudit sa brièveté.\nQuatre jours après (mercredi 14 janvier), on représenta les Fêtes de\nThétis, opéra en deux actes, précédé d'un prologue, paroles de Roy;\nmusique, pour le prologue et le premier acte, de Colin de Blamont, et\npour le second, de Bury.\nPrologue :\nThétis Mme de Marchais.\nLa Seine Mme Trus s on„\nMercure Le duc d'Ayen.\nPremier acte, Sisyphe amoureux d Egine :\nEgine Mme de Pompadour.\nJupiter M. de la Salle.\nSisyphe Le chevalier de Clermontt\nSecond acte, Titon et VAurore :\nL'Aurore Mme de Pompadour.\nHébé Mme de Marchais.\nTiton Le vicomte de Rohan.\nLe Soleil Le marquis de la Salle (1).\nDANSE : MM. de Melfort, de Courtenvaux, de Beuvron et les chœurs.\n\nvi) Cet acte seul fut repris à l'Opéra le 18 février 17.51. Mademoiselle Lemierre jouait\nHébé; Jélyotte, Titon; mademoiselle Romainville l'Aurore; et Lepage, le Soleil."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "202", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.10", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nLe sujet du prologue était Thétis qui se plaignait de ce que la guerre,\ndéclarée de tous côtés, interrompait le commerce : l'ouvrage entier fut\njugé assez médiocre, peut-être parce qu'il durait autant qu'un opéra en\ncinq actes. On trouva trop d'uniformité dans la musique, surtout au\nprologue et au premier acte. Madame de Marchais était si fort enrhumée\nqu'on l'entendait à peine; mais madame de Pompadour fut fort applau-\ndie, surtout dans son ariette finale.\nLe jeudi 22, deuxième représentation de cet opéra. Soirée assez terne,\nmais qui fit ressortir d'autant les talents de madame de Pompadour.\nCroyons-en son ennemi, le marquis d'Argenson : « On ne parle que de\nl'accroissement de la faveur de la marquise; elle seule a pu amuser le\nRoi, elle vient de jouer son opéra, dont le poëte Roy a fait les paroles,\navec des grâces qu'elle seule a possédées. »\nEn voyant la médiocre réussite des Fêtes de Thétis, la troupe s'était\nhâtée de remonter une comédie, et, le mercredi 28, elle rejoua le Pré-\njugé à la modey suivi de la seconde représentation du ballet des Quatre\nAges. La comédie de La Chaussée n'avait pas été donnée depuis le 18\nmars 1747; aussi y avait-il plusieurs changements de rôles :\nDorval M. de Duras.\nDamon M. de Maillebois.\nArgant M. le duc de Chartres, au lieu de M. de Croissy.\nClitandre M. de Pons, au lieu de M. de Voyer dArgenson.\nDamis M. de Voyer, au lieu de M. de Coigny,\nHenri M. le comte de Frise, au lieu de M. de Gontaut.\nConstance Mme de Pompadour.\nSophie Mme de Marchais, au lieu de Mme de Pons.\nFlorine Mme de Livry.\nLe mercredi 4 février, reprise , avec corrections, d'Erigone et de\nZélie. Les acteurs demeuraient les mêmes, sauf madame de Brancas,\nremplacée par madame Trusson dans Antonoé, et le chevalier de Cler-\n/\nmont qui remplaçait M. de la Salle dans le suivant de Bacchus d\\£W-\ngone.\nC'était assez de reprises : aussi donna-t-on trois premières représenta-\ntions pour fêter le mardi-gras, 10 février. On commença par un frag-\nment d'une comédie de Dancourt, la Foire Saint-Germain, jouée le 19\njanvier 1696 à la Comédie-Française.\nMlle Mousset, marchande de modes.... e. Mme de Livry.\nLorange? marchand de café, en arménien. Le duc de Duras*"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "203", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.11", "texte": "THÉÂTRE DE MADAME DE POMPADOUR\n\nLe chevalier de Castagnac, gascon Le marquis de Voyer.\nUrbine, gasconne Mme de Brancas.\nClitandre, amant d'Angélique Le chevalier de Pons.\nLe Breton, son valet Le comte de Maillebois.\nAngélique .. Mme de Marchais.\nMme Isaac, sa gouvernante. Le marquis de Sourches.\nJasmin, laquais d'Angélique Le chevalier de Clermont,\nM. Farfadel, banquier Le duc de Chartres.\nMlle de Kermonin, bretonne.., Mme de Pompadour.\nMarotte, grisette » Mme Trusson.\nPuis venait un second fragment, composé de scènes des Petites Ven-\ndanges, de Dancourt, et du Secret révélé, une ancienne comédie de\nBrueys et Palaprat assez peu amusante, qui avait dû son succès au\nThéâtre-Français, en 1790,— au jeu des deux principaux acteurs :\nLucas (Thibault), vigneron. (Raisin le cadet). Le duc de Chartres.\nEraste, amant de Claudine Le chevalier de Pons.\nOronte, bourgeois, son rival Le marquis de Voyer.\nMargot, femme de Lucas Mme de Brancas.\nClaudine, nièce de Lucas Mme de Pompadour.\nLolive, valet d'Eraste Le comte de Frise.\nColin, valet de Lucas (De Villiers)... Le duc de Duras.\nUn Laquais Le chevalier de Clermont.\nLa soirée se termina par la première représentation d'un ballet pan-\ntomime, Mignonette, dû à la collaboration de Dehesse, Lanoue, La-\ngarde et Tribou. C'était l'histoire d'un géant amoureux de la princesse\nMignonette. Les quatre auteurs jouaient les rôles du géant Nigrifer, du\ngénie Luisant, de l'esclave Ziblis et du suivant Magotin. La petite\nFoulquier, âgée de neuf ans, représentait la princesse, et le petit Vicen-\ntini, âgé de six, jouait le rôle du prince Hochet, amant de Mignonette.\nCe qui plut davantage dans la pièce fut une danse intitulée le Ballet des\nChiens. Ce petit divertissement avait, au dire de d'Argenson, coûté la\nbagatelle de cinquante mille écus.\nLe mercredi 18, on donna en présence du Dauphin et de Mesdames\nune nouvelle représentation d\"Erigone et de Zélie, jouées comme la der-\nnière fois. La Reine n'y assistait pas.\nLe mercredi 25, première représentation de la Journée galante,\nopéra-ballet en trois actes, paroles de Laujon, danses de Dehesse,\nmusique de Lagarde* Les trois actes de cet opéra avaient des titres\ndifférents*"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "204", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.12", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nLe premier était la Toilette de Vénus :\nVénus Mme de Pompadour.\nMars • • • M, delà Salle.\nLES GRÂCES , <MLLES Puvigné (I)? Camille, Chevrier.\nLe second, Les Amusements du soir ou la Musique, avait déjà été\nreprésenté au théâtres des cabinets, le i 3 janvier 1748, sous le titre\nd'Eglé. Le duc d'Ayen conservait le personnage d'Apollon, madame de\nMarchais remplaçait madame de Pompadour dans le rôle d'Eglé, et ma-\ndame Trusson, madame de Brancas dans celui de la Fortune.\nLe troisième, la Nuit ou Léandre et Héro :\nHéro, prêtresse de Vénus. Mme de Pompadour.\nLéandre, amant d'Héro.,. M. de Rohan.\nNeptune M. de Clermont.\nDANSE : MM. de Melfort, de Beuvron et de Courtenvaux.\nMusique et tout parut agréable dans cet ouvrage : le second\nacte plut infiniment, le tioisieme fut moins goûte parce compre-\nnait une tempete très longue et très difficile à rendre par le petit orchestre\ndu théâtre.\nMadame de Pompadour et ses amis avaient abordé avec succès la co-\nmédie, 1 opéia, le baliet \\ il ne manquait à leur couronne qu'un fleuron,\nla tragédie. Ils prétendirent le posséder, et le samedi 28 février, ils repré-\nsentèrent 1 A.l\\ire de Voltaire, jouée à la Comédie le 27 janvier 1736,\nDon Alvarès M. de Pons.\nDon Gusman M. de Maillebois.\nMontés M. de la Salle.\nZamore M. de Duras.\nUn Américain M. de Clermont.\nAlonze M. de Frise.\nAlzire Mme de Pompadour.\nElmire 1\nCéphane. ! M™\nTout en affectant un grand courage, les nobles acteurs ne laissaient\n\n(i) Cette jolie enfant avait conquis les bonnes grâces du directeur de la troupe.\n\" M. de la Vallière s'est mis à entretenir la petite Puvigné, danseuse de l'Opéra, qui\na à peine treize ans et qui n'est qu'une enfant; il fait construire pour lui des cabinets\nà sa maison des champs, à l'imitation du Roy; il doit de tous côtés. » (Mémoires du\nmarquis d\\Argenson, décembre 1748.)"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "205", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.13", "texte": "THEATRE DE MADAME DE POMPADOUR\n\npas d'être fort inquiets. « La pièce est difficile à jouer, dit le duc de\nLuynes, et les acteurs craignoient de ne pas réussir, de sorte qu'il y eut\nbeaucoup moins de gens admis qu7à l'ordinaire. La pièce cependant fut\nfort bien jouée. Madame de Pompadour et M. de Duras surtout reçurent\nl'un et l'autre de grands éloges, qui leur étoient justement dus. » Le\nspectacle se termina par une petite pantomime, les SaboVers, exécutée\npar le petit Vicentini et la petite Foulquier.\nLe lendemain, Voltaire alla saluer la marquise à sa toilette et lui\nadressa cet impromptu, où il faisait galamment allusion à son succès de\nla veille.\nCette Américaine parfaite\nTrop de larmes a fait couler .\nNe pourrai-je me consoler\nEt voir Vénus à sa toilette ?\nLe mercredi 4 mars, deuxième représentation de la Journée galante,\nde Laujon et Lagarde : tout marcha comme au premier jour. La Reine,\nle Dauphin et la Dauphine assistaient au spectacle. La présence de la\nReine causa même une vive surprise à la cour et devint matière à de\nnombreux commentaires. < J'ai marqué que la Reine alla hier à l'opéra\ndes petits cabinets, écrit Luynes; elle ne fut avertie qu'à six heures du\nsoir; jusque-là elle avoit cru qu'elle n'iroit point, d'autant plus qu'elle\nn'y avoit point été depuis le mardi-gras. Personne ne sait la raison de ce\nchangement; on a cru que le Roi auroit désiré que la Reine lui en par-\nlât, et c'est ce que la Reine n'a jamais voulu faire. La Reine n'ayant\ndonc fait aucune démarche, on ignore de même ce qui a déterminé le\nRoi de lui faire proposer d'aller hier à l'opéra. »\nDeux jours après, la troupe ayant repris confiance rejoua Attire de-3\nvant un auditoire plus nombreux. Voltaire assistait à la représentation\nde son ouvrage qui fut encore mieux rendu que la première fois; mal-\nheureusement pour son amour-propre, il dut entendre le Roi exprimer\ntout haut son étonnement que l'auteur pût être le même qui\navait fait Oreste. Cette brillante soirée fut terminée par un ballet-panto-\nmime de Dehesse, les Savoyards ou les Marmottes, qui avait été joué à\nla Comédie italienne, le 3o août 1749, et dans lequel madame Favart\ndansait et chantait avec verve une chanson savoyarde française de\nCollé (1).\nA ce moment le théâtre dut faire relâche plusieurs fois par suite d'în®\n\n(i) Voir notre notice sur madame Favart (Ménestrel, février et mars 1872)*"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "206", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.14", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ndispositions. « Il devoit y avoir spectacle dans les cabinets avant-hier,\naujourd'hui et après-demain, écrit Luynes le jeudi 12 mars, —on\ndevoit jouer la comédie du Méchant, de M, Gresset, et deux fois l'opéra\ndu petit Poinson, qui a déjà été joué dans les cabinets; un gros rhume\nde madame de Pompadour et la maladie de madame de Brancas douai-\nrière ont dérangé jusqu'à présent tout ce projet. L'on compte jouer ces\ndeux pièces après la quinzaine de Pâques. »\nEn effet, le samedi 18 avril, la troupe reprit le Méchant qu'elle n'avait\npas joué depuis plus de deux ans.\nCié0n*....... Le duc de Duras.\nGéronte Le duc de Chartres.\nAriste Le chevalier de Pons, au lieu de M. de Maillebois .\nValère M. de Monaco (début), au lieu de M. de Nivernois.\nFrontin M. de Maillebois, au lieu de M. de Gontaut.\nLisette MmQ de Pompadour.\nGhloé Mme de Marchais, au lieu de M&e de Pons.\nFlorise Mme de Livry, au lieu de Mme de Brancas.\nAprès la comédie vint un Pas de six, ballet-pantomime héroïque.\nDeux faunes.... MM. de Courtenvaux et de Langeron.\nDeux bergers... MM. de Melfort et de Beuvron.\nDeux bergères.. Les demoiselles Puvigné et Camille.\nCette représentation ayant commencé fort tard ne se termina qu'à\nonze heures et demie : elle fut suivie d'un médianoche servi dans les\ncabinets.\nAprès cette double excursion dans le répertoire de la Comédie-Fran-\nçaise, les nobles comédiens revinrent à la musique, et ils obtinrent leurs\nderniers succès, les samedi 2 5 et lundi 27 avril, dans deux représenta-\ntions de ce charmant opéra du Prince de Noisy, qui resta le plus grand\nsuccès remporté, durant ces quatre par la troupe de la favorite.\nGes luxueux divertissements n'avaient pas été sans exciter de méchants\npropos et des satires où s'épanchait le dépit des mécontents de la cour\net de la ville. L'argent n'était que le prétexte, la raison vraie était l'a*\nmour-propre froissé de ceux qui n'avaient pu se faire admettre au nombre\ndes spectateurs.\nOn chansonna la nouvelle mode introduite par la favorite. Tant qu'on\nne fit que chanter, il n'y eut pas grand mal; mais bientôt des satires\nvirulentes et des pamphlets circulèrent en sous-main, qui s'attaquaient"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "207", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.15", "texte": "THÉÂTRE DE MADAME DE POMPADOUR\n\nplus haut. C'est ainsi qu'on colportait des poésies emphatiques et vio-\nlentes :\nParmi ces histrions qui régnent avec toi,\nQui pourra désormais reconnaître son Roy ? (i)\nSur le trône français on fait régner Vamour.\nLa fureur du théâtre assassine la Cour.\nLes palais de nos Roy s jadis si respectables\nPerdent tout leur éclat, deviennent méprisables ;\nIls ne sont habités que par des baladins! (2)\nC'est ainsi qu'on pouvait lire dans l'Ecole de Vliomme ou Parallèle\ndes portraits du siècle et des tableaux de VEcriture-Sainte, des atta-\nques comme celle-ci : « Lindor, trop gêné dans sa grandeur pour pren-\ndre une fille de coulisses..... se satisfait en prince de son rang : on lui\nbâtit une grande maison, on y élève exprès un théâtre où sa maîtresse\ndevient danseuse en titre et en office; hommes entêtés de la vanité des\nsauteuses, insensés Candaules, ne pensez pas que le dernier des Gygès\nsoit mort en Lydie. »\nLindor-Louis XV jugea qu'il était temps de restreindre ces amuse-\nments. Madame de Pompadour venait précisément de se faire construire—\nsur ses épargnes, assurait sans rire M. de Tournehem—le délicieux châ-\nteau de Bellevue, qui avait coûté près de trois millions. La marquise n'a-\nvait pas oublié l'actrice dans l'ordonnance intérieure du château, et elle y\navait fait construire un charmant petit théâtre. Le roi, tout heureux de\npouvoir atténuer le mauvais effet que ces divertissements faisaient dans\nle public sans nuire aux succès dramatiques de la marquise, mit en avant\nles dépenses excessives occasionnées par ces fêtes, et décida qu'il n'y au-\nrait plus à Versailles ni comédies, ni ballets, ni chant, ni danse, et que\nles spectacles particuliers auraient lieu désormais au château de Bel-\nlevue*\n(La suite prochainement.)\n(1-2) Bibliothèque nationale. Manuscrit Clairambault, février 1749*\n\nADOLPHE JULLIEN."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.16", "texte": "UN PORTRAIT D'AMATI\nA.H.\n\nE Cabinet d'estampes de la Bibliothèque nationale ne possède\naucun portrait des Amati, cette famille si fameuse dans les\nannales de la lutherie. Nous avons consulté les catalogues des\nMusées et collections de Crémone, patrie des Amati, espérant\nque les figures de ces hommes intéressants nous auraient été conservées\npar quelque artiste, peintre ou graveur, de leur ville natale : nos re-\ncherches ont été vaines. - v- * . •\nPour expliquer cet inique silence du burin et du pinceau, nous devons\ndire que l'histoire des Amati est assez confuse, et que leur carrière n'est\npas environnée du même éclat que leur nom et leurs produits. On sait\nque les violes, les basses et les petits violons signés : Amati, sont enlevés\npar les collectionneurs, à coups de billets de mille francs, lorsqu'ils se\nproduisent, dans les ventes, en bel état de conservation; On est donc\nparfaitement d'accord sur la valeur de leurs instruments. On l'est beau-\ncoup moins sur les dates de leur vie et de leur mort, sur les détails de\nleur existence et les procédés de leur fabrication.\nAndré Amati\\ dit le Vieux, le chef de la famille; est né à Crémone au\ncommencement du seizième siècle. Il y est mort vers 1277 ;\nNicolas Amati, son frère, lui a survécu. Il s'adonnait spécialement à\nla factufe des basses ; - ' - • *\nAntoine Amati (i550-i638?) était fils d'Amati le Vieux;\nJérôme Aniat{ était frère puîné d'Antoine ;\nNicolas Amati\\ 1 596-1684),' fils de Jérôme, est lie plus célèbre ;\nJérôme fils de Nicolas, est le dernier artiste de ce nom,\nOn fait entrer dans la famille Amati :\nJoseph Amati, qui travaillait à Bologne au commencement du dix-\nseptième siècle. ' •\nUn artiste d'infiniment de talent/ M. Lécurîeux, a rapporté de son\nséjour en Italie le portrait d'André AitiatH dont la Chronique Musicale\noffre à ses lecteurs, dans le numéro de ce jour, une superbe épreuve à\nPeau forte, sortie des presses de M. Cadârt*"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.17", "texte": "Lecurieux sc.\nA. CADART,Edit,Imp. Rue Nve_des Mathurins, 58, Paris.\nAMATI."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.18", "texte": "LA MUSIQUE EN SUÈDE\nEN ISLANDE, EN NORWÈGE ET DANS LE DANEMARK\nHISTOIRE ET MONOGRAPHIE\nLE DANEMARK\n\n(i)\nIV\nCHULZ connut alors la princesse polonaise Sapieha qui\nse préparait à de longs voyages. Schulz lui plut, et\nelle l'emmena en France, en Italie, en Allemagne.\nCette tournée dura cinq ans, et notre artiste y rajeunit\nson esprit et y transforma son goût. Rentré à Berlin,\nil prit la direction de l'orchestre du Théâtre-Français,\nqui se trouvait enfin complété, et dirigea cet orchestre jusqu'à sa sup-\npression. Quatre ans après, en 1780, il entra comme maître de chapelle\nau château de Reinsberg, chez le prince Henri de Prusse, et y resta\nsept ans. Cette époque coïncide avec la publication de ses ouvrages les\nmeilleurs.\nC'est en ce moment que lui fut offerte la place de maître de chapelle\nde la cour à Copenhague, que Schulz accepta. Dès son arrivée, le théâtre\nroyal monta son opéra comique français , la Fée Urgèle, qu'on tradui-\nsit en danois pour la circonstance. Puis l'auteur, désormais naturalisé,\ndonna dans Copenhague Aline, reine de Golconde, en trois actes ; la\nFête de la Moisson, en un acte ; le Sacrifice des Nymphes, prologue ;\ndeux oratorios ; Jean et Marie et la Mort du Christ ; une cantate de Ict\nPassion et un Hymne à Dieu, qui, traduit par Voss sur le texte danois,\neut en Allemagne un grand retentissement.\n\n(1) Voir les numéros des i 5 janvier et ier février.\n\n111.\n14"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "210", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.19", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nSchulz s'est occupé aussi de réviser la notation musicale, de rendre\nfacile l'impression des exemples de musique dans les ouvrages de théorie\nou de Critique, d'améliorer la tablature pour l'usage des écrits musicaux,\net il a mis en pratique sa théorie, en donnant son oratorio en exemple\npour Temploi de ses signes de notation dails les partitions. La pédago-\ngie était entrée fortement dans cette tête intelligente, qui se préoccupa\ntoujours de l'influence de ]a musique sur l'éducation populaire, et qui\nécrivit quelques pages remarquables sur ce sujet unanimement apprécié\n/ m\ndans toute l'Allemagne et dans tous les Etats Scandinaves. Il avait, dans\nce sens, composé toute une bibliothèque d'odes, d'hymnes, de chants qui\nrépandirent son nom dans les contrées du Nord et le firent grandement\nestimer. En 1791, il fonda, avec l'autorisation du roi, une caisse pour\nles veuves des musiciens de la chapelle royale et donna, au bénéfice de\ncette caisse, des concerts dont les produits furent considérables. Un in-\ncendie dans le palais du roi ayant menacé la bibliothèque musicale, il\nse surmena pour en atténuer les désastres, et ce fut le point de départ\nd'une maladie qui, au bout de quelques années, se termina par sa mort,\nau moment même où s'éteignait près de lui une femme qu'il avait lon-\nguement chérie.\nL'influence de cet artiste distingué sur les progrès de la musique en\nDanemark a été considérable ; elle a été aidée et continuée par l'œuvre\nde Christophe-Ernest-Frédéric Weyse, né à Altona en 1774 et mort à\nCopenhague en 1842 ; de Auguste Hartman, le fils de Jean Hartman ,\ndont les airs nationaux sont restés célèbres, du Bolonais Joseph Siboni,\nqui, s'étant rendu à Copenhague, y resta toute sa vie. Engagé au service\ndu roi qui lui voua une grande amitié, applaudi du public pour sa belle\nvoix et sa bonne méthode, etdirecteur estimé d'une école de chant atta-\nchée au théâtre royal, et qui, sous son administration, a produit d'excel-\nlents artistes, Siboni imagina toujours qu'il était né Danois et ne put\njamais souffrir qu'on lui parlât de son pays.\nA côté de ces maîtres, il faut citer Kuntzen, Paulli, Froehlich, Sahl-\ngreen, Krossing, Wechschall, qu'on trouve à un certain moment tous\nréunis à Copenhague, et qui y formaient un noyau solide de professeurs\némérites, de compositeurs recommandables répandant tout autour d'eux\nles connaissances musicales, les bonnes méthodes et le sentiment délicat\ndes oeuvres bien faites, nourries et contrôlées par un goût pur.\nTous ces étrangers ont vécu en Danemark et y ont été heureux. Il ne\nfaut pas blâmer ce pays d'une hospitalité mal entendue. Nous avons\ndéjà prouvé que si le théâtre, la cour, tous les grands personnages et le\npeuple lui-même, se sont montrés constamment favorables aux artistes"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "211", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.20", "texte": "LA MUSIQUE EN SUÈDE, ETC.\n\net aux compositeurs étrangers demeurés dans le Danemark, en revan-\nche, on n'a jamais manqué dans ce pays de protéger efficacement les\nvirtuoses et les compositeurs nés dans le pays, et d'aider et d'encourager\nles enfants qui ont montré des dispositions heureuses.\nWeyse avait commencé par être commerçant; c'était la volonté de sa\nfamille. Entre temps, il reçut de son grand'père, cantor etrecteur au lycée\nd'Altona, des leçons de musique qui le mirent en goût. Grandi et de-\nvenu libre, il se débarrassa de son négoce, s'établit à Copenhague et y\ndemeura jusqu'à l'heure où la mort le frappa, à l'âge de soixante-dix-huit\nans. Comme opéras, il a donné à Copenhague qui\ncommença brillamment sa renommée, en trois actes,\naventure au jardin du roi, opéra comique, et la Potion narcotique qui\nlui fit obtenir une place dans la chapelle de la cour. Il a écrit aussi une\nouverture pour la tragédie de Macbeth.\nDans l'histoire de l'art Scandinave, Weyse mérite une place à part. Il\na publié un recueil de cinquante anciens chants de bardes, arrangés pour\nvoix seule avec accompagnement de piano. Nous verrons qu'une colla-\nboration suivie et persistante des archéologues et des musiciens de tous\nles Etats Scandinaves, a eu pour résultat d'enrichir puissamment cette\nbibliothèque historique d'une époque qui fut si grandiose et si palpi-\ntante. Les bardes ont été la préoccupation constante des savants en\nScandinavie; c'est en s'inspirant des bardes que les compositeurs de ces\ncontrées ont trouvé leurs plus nobles inspirations. La musique popu-\nlaire moderne semble même n'être qu'un regain de ces antiques mélopées.\nSchulz avait été l'ami, le professeur, l'appui de Weyse lorsqu'il arriva\ninconnu à Copenhague. Les œuvres de ces deux maîtres, et celles de\nKruntzey avaient donné quelque éclat au théâtre de la capitale. Mais la\nsituation de l'Opéra-National devint bientôt moins florissante, et elle\nne se releva qu'après l'installation en Danemark de Frédéric Kuhlau,\ncompositeur bien connu en Allemagne et en France, où ses composi-\ntions instrumentales pour le piano et pour la flûte ont vulgarisé son\nnom.\nV\nEn Danemark, où l'on a toujours feint de croire que ce musicien est\ndanois de naissance (il était né en 1786, à Uelzen, dans le pays de Lune-\nbourg, près des frontières du Holstein), on a toujours appelé Kulhau\ngrand compositeur danois.Kulhau est en effet le maître de l'opéra natio-\nnal dans le Danemark, où il a rempli à peu près le même office que\nGlinkaen Russie. Ce n'est, du reste, qu'à partir de son arrivée àCopeu-"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "212", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.21", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nhague que le talent de ce maître se caractérisa. Sa première partition,\nla Montagne des Brigands, fut une révélation pour les Danois qui\ncomprirent que Kuhlau allait être le restaurateur de leur opéra natio-\nnal. Tous les théâtres Scandinaves montèrent aussitôt ce drame, qui par-\ntout provoqua une ardente et curieuse sympathie. Il faut dire que le\nmaître empruntant sa couleur locale aux chants nationaux, avait réussi\nà donner à son opéra la physionomie particulière de la musique du\nNord, et que sa musique fut, pour les Scandinaves, ce que 1\na été depuis pour les Allemands, et ce que la Vie pour le C\\ar a été pour\nles Russes, c'est-à-dire le voile levé sur les mystères traditionnels de lart\nautochtone. Elisa, le second opéra de Kuhlau, fut également bien ac-\ncueilli. Après la première représentation, l'artiste reçut du roi le titre\nde compositeur de la cour. Il résolut, dès lors, de se fixer dans un\npays qui l'accueillait si bien ; il acheta une maison à Lyngbye, petite\nville peu éloignée de la capitale, et s'y établit avec ses parents qu'il\nfit venir d'Allemagne. C'est dms sa maison charmante de Lyngbye\nqu'ont été écrits ses opéras danois Lulu, la Harpe enchantée, Hugo et\nAdélaïde et la Montagne des Elfes, qui fut représentée en 1828.\nCette dernière partition rappelle plutôt nos anciens vaudevilles qu'un\nopéra ; c'est un pot-pourri d'airs anciens du Danemark, mais Kuhlau\navait mis tout son savoir, toute son habileté à bien employer ces mélo-\ndies nationales et à les mettre en relief. Ayant dans ses mains des pierres\nprécieuses, il les sut sertir dans de l'or finement ouvré, et ses chants\nfurent pleins d'attraits pour les habitants du pays.\nDans d'autres contrées, lorsqu'on a voulu monter ces opéras de ter-\nroir, on a espéré retrouver la sympathie fervente qu'ils avaient obtenue\nsur le théâtre même qui les avait vus naître au sein de la patrie. Le\nsuccès attendu n'est point arrivé. C'est que les vins du crû deman-\ndaient à être savourés sur place, et à l'heure propice. Quand ils ont\nvoyagé, ils ne sont plus dégustés que par des gourmets dont les habitu-\ndes sont changées. Le flacon débouché, on retrouve, à la vérité, toutes\nles matières chimiques qui composent la liqueur et même Tâpreté du\nsol natal : mais le principe essentiel, le divin arôme, où le ressaisir puis-\nqu'il s'est évaporé? C'est un peu là l'excuse des artistes étrangers quand\nils nous paraissent froids, disparates et maussades. Ils sont dépaysés, et\nl'étincelle magnétique n'a point rivé l'auditeur et le virtuose. Jenny\nLind, Ole-Bull, Lumbye, le quatuor mâle de la Suède, l'ont cruelle-\nment éprouvé à Paris. Le quatuor vocal des dames suédoises a eu lui-\nmême à vaincre cette glaciale inertie d'un public, qui n'a pas le secret\ndes merveilles qu'on propose à son enthousiasme. Cependant le public"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "213", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.22", "texte": "LA MUSIQUE EN SUÈDE, ETC.\n\nparisien de 1874 ne s'ensauvage guère plus, quand d'au-delà- les fron-\ntières les musiciens barbares viennent l'assiéger. Le carnaval musical de\n1867 l'a acclimaté à toutes les excentricités du genre. D'ailleurs, de toutes\nles musiques la musique Scandinave est bien certainement\ncelle dont on a le plus rebattu ses réfractaires oreilles. Il est vrai que,\nquand il prête une attention dédaigneuse à ces étrangers, qui ne sollici-\ntent ses éloges que pour courir les exploiter ailleurs, le public a son\nexcuse lui aussi. Cette excuse, c'est l'incommensurable masse de chari-\nvaris qu'on lui impose sr ns trêve, sans merci, sous prétexte qu'il est tou-\njours bon de s'inoculer de la musique exotique, comme si en fait de\npoison nous n'avions pas déjà la musique française, et sous le prétexte\naussi que son éducation est à compléter, comme si elle n'était pas tout\nentière à recommencer.\nA Paris où tant de gens semblent convaincus que toute la musique de\nl'univers se concentre à la salle Favart, on raconte sur nos compositeurs\nfrançais des anecdotes fort piquantes. Mais il est temps qu'on sache que\npartout, sous le ciel, l'être humain a palpité de joie et d'affliction, et\nque les hommes, au Nord comme au Midi, en Scandinavie comme dans\nles coulisses de notre Opéra-Comique, s'intéressent aux douleurs comme\naux plaisirs des natures d'élite, auxquelles ils doivent, soit l'émotion de\nleur cœur, soit la secousse féconde de leur intelligence. Un jour, en pa-\ntinant près de Lyngbie, madame Ermete Pierotti, la charmeresse com-\npagne de l'illustre géographe voyageur qui, avec elle, a visité l'Afrique,\ntout l'Orient et notre Europe entière, se faisait raconter l'œuvre musi-\ncal de Kuhlau qui fut aussi un homme de bien que tout le Danemark a\nsympathiquement regretté. On répondit mal à ses questions, mais en\nrevanche on insista sur la vie de famille de ce brave homme, et sur le\ndévouement de Kuhlau à son père et à sa mère. Tout enfant, à peine\nâgé de six ans, le petit Frédéric aidait sa mère qui était fort pauvre et\nqui employait toutes ses minutes à travailler durement dans sa chau-\nmière. Un soir elle l'envoya faire la provision de bois et en même temps\npuiser de l'eau à une source qui n'était pas encore glacée. La nuit devint\nobscure et triste ; le froid piquait, l'enfant fit une chute et se releva mu-\ntilé aux yeux. Désespérés, les parents redoublèrent d'ardeur au travail,\net multiplièrent leurs privations pour donner une compensation au petit\ninvalide, dont involontairement ils avaient causé le mal. D'ailleurs, à\ncause de son infirmité, qui plus tard s'atténua grandement, il fallait renon-\ncer à l'aide précaire du gamin. Un jour il y eut assez d'économies dans\nla chaumière pour payer des leçons de clavecin et de chant, et juste l'en-\nfant devint un prodige... On dirait que ceci est un conte de fées, mais"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "214", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.23", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nla fée ici c'est la mère de noire infirme enfant. Puis le jeune artiste\nvoyagea ; il s'appliqua à connaître chaque instrument, et écrivit toute\ncette musique spécialisée qui a répandu le nom de Kuhlau dans l'Eu-\nrope entière. Notre adolescent était célèbre, la mère travaillait toujours,\nmais ce n'était plus par pauvreté ; et le père et la mère, quand, entre deux\nvoyages, le jeune touriste rentrait au logis, écoutaient le soir au foyer la\nbelle musique que composait leur cher fils. Cependant Kuhlau était\nmenacé de la conscription, arrivée dans ces parages avec la domination\nfrançaise. Que faire? Ce fut bien facile. A Copenhague, Kuhlau était\nconnu comme musicien, et la capitale du Danemark était hospitalière à\ntous les compositeurs renommés de l'étranger. Kuhlau s'y réfugia, s'y\nfixa, et, avec lui, y fixa le bonheur.\nLa vie du musicien, à Lyngbye, entre son père et sa mère, était toute\npatriarcale; il leur fit une vieillesse douce, sereine au milieu des tendres\népanchements, des belles joies de l'art, et d'une existence modeste quoi-\nque honorée et presque glorieuse. Kuhlau avait su partout ne se faire\nque des amis. On l'admirait pour son talent, on l'estimait cordialement\net on l'aimait pour la vénération filiale dont il entourait ses parents.\nC'est la douleur d'avoir perdu son père qui frappa irréparablement ce\ncœur pieux. Un incendie qui avait dévasté sa maison charmante et dé-\ntruit les manuscrits de plusieurs de ses ouvrages, avait comme présagé la\nfin du bonheur qui avait pendant quelques années entouré cette famille\nrespectée. Le père mort, le fils languit et s'éteignit bientôt. La mère\nsuivit ses funérailles, et, au milieu de toute la pompe dont la cour, le\nthéâtre, les sociétés musicales voulurent honorer l'artiste étranger que le\nDanemark avait adopté, la pauvre mère ne vit, porté devant elle, que\nle corps inerte de ce fils qu'elle avait tant chéri, et dont elle avait été si\nreligieusement aimée. Elle mourut bientôt après.\nUne partition agréable, ce n'est point un dessert à mettre de côté ;\nmais le sentiment sacré qui écrase d'un incommensurable désespoir le\nfils dont le père est mort, cela vaut tous les chefs-d'œuvre de notre misé-\nrable terre. Parfois même, ces inconsolables deuils inspirent les chefs-\nd'œuvre, témoin les inouïes sublimités du trio de Guillaume Tell, dont\nRossini assurait qu'il avait trouvé les foudroyantes angoisses, un jour\nqu'il pensait à la désolation dont son cœur serait pour jamais meurtri,\nlorsqu'il perdrait son père qui, pour lui, était la représentation même de\nla divinité ici-bas.\n(La fin prochainement.)\n\nMAURICE CRISTAL."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "215", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.24", "texte": "LE THÉATRE DE L'ATHÉNÉE\n\n\"1\n'ATHÉNÉE avait vécu comme entreprise de concert,\nvécu si mal qu'il en était mort. On crut qu'il serait\nplus heureux comme entreprise dramatique, et l'on\ns'empressa de le transformer en théâtre. La transfor-\nmation était facile en ce qui concernait la salle, à\nlaquelle on n'eut rien à changer. Quelques aménage-\nments suffirent pour approprier la scène à sa nouvelle destination, et un\ndirecteur fut bientôt trouvé. On en eût trouvé cent s il l'eût fallu, les-\namateurs, bien loin de manquer, se multipliant toujours en semblable\noccasion. C'est un vaudevilliste spirituel, M. William Busnach, un peu\ndoublé d'homme de bourse, qui se mit à la tete de la nouvelle affaire.\nCelui-là, du moins, à rencontre de beaucoup d'autres, connaissait un\npeu plus le théâtre que par ouï dire, ce qui ne 1 empêcha pas de faire\nune assez méchante spéculation*\nJustement, les Bouffes-Parisiens, après avoir été abandonnés par leur\nfondateur, avaient marché de déconfiture en déconfiture. Tombés en\nquenouille, et venus aux mains de madame Ugalde, ils avaient fini par\nfermer leurs portes devant l'indifférence du public. M. Busnach, décidé\nà jouer l'opérette à l'Athénée et à y faire revivre un répertoire analogue\nà celui des Bouffes, crut naturellement bien faire en faisant entrer dans\nle personnel qu'il formait une bonne partie de la troupe du passage Choi-\nseul. Voici les noms des artistes engagés par lui pour l'Athénée :\n\n(i) Voir le numéro du ler février."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "216", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.25", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nMM. Léonce, Désiré, Charles Potier, Vavasseur, Alfred Audran, Syt>\nter, Baretti, Oscar, Luce, Bilhaut, Tourtois, Brice, Daubrây, Pelardy,\nNivelau ;\nMesdames Lovato, Irma Marié, Suzanne Lagier, Moya, Lucile Ga»\nbel, Van Ghell, Bonelli, Lasseny, Pradal, Davenay.\nLe chef d'orchestre était Bernardin, un excellent artiste, doué peut-\nêtre de plus d'instinct que de savoir, mais qui semblait né pour conduire\nl'opérette, et qui avait fait ses preuves en ce genre à la création des Fo-\nlies-Nouvelles du boulevard du Temple, où il s'était acquis, ainsi qu'à\nson orchestre, une réputation méritée (i).\nAprès avoir réuni son personnel, s'être assuré le concours d'un certain\nnombre d'auteurs et de compositeurs, avoir reçu de ceux-ci les premiers\nouvrages nécessaires à son exploitation, M. Busnach se mit rapidement à\nl'œuvre, de façon à pouvoir ouvrir son théâtre à l'entrée de la saison d'hi-\nver. Cependant, des retards imprévus, comme il s'en produit toujours en\nces sortes de choses, vinrent retarder de quelques semaines son inaugu-\nration, qui eut lieu le i 3 décembre 1867, par la représentation d'une\ngrande opérette bouffe en quatre actes, Malbrough s'en va-t-en guerre,\ndont le sort ne fut pas très heureux, et qui fut un assez pauvre début.\nVoici, du reste, la nomenclature des ouvrages représentés à l'Athénée\npendant la direction de M. Busnach, c'est-à-dire dans l'espace d'un peu\nplus d'un an; ils sont au nombre de neuf seulement, dont un joué anté-\nrieurement, à un autre théâtre, et forment un ensemble de dix-huit\nactes :\nMalbrough va-t'en guerre, opéra bouffe en quatre actes, paroles\nde MM. Siraudin et W. Busnach, musique de M. X... i 3 décembre\n1867.\nIl est rare de voir un compositeur garder l'anonyme, mais plus rare en-\ncore d'en voir quatre se dissimuler derrière une initiale mystérieuse.\n\n(1) Tout enfant, Bernardin (son vrai nom était Courtois) avait remporté un second\nprix au Conservatoire, dans la classe d'Habeneck, et obtenu de grands succès en jouant\ndes solos aux concerts Vivienne. Il était ensuite devenu second chef d'orchestre au\nVaudeville, puis avait été mis à la tête de celui des Folies-Nouvelles, où le signataire\nde ces lignes lui servait de second. Des Folies-Nouvelles il était passé aux Bouffes-\nParisiens. Lorsqu'eut sombré l'administration de M. Busnach à Y Athénée, il fut en-\ngagé aux Folies-Dramatiques, qui commençaient aussi à jouer la grande opérette.\nBernardin, qui avait signé aux Folies-Nouvelles deux ou trois partitionnettes sans\nvaleur aucune, tomba malade et mourut pendant le siège de Paris."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "217", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.26", "texte": "LE THÉÂTRE DE L'ATHÉNÉE\n\nC'était pourtant le cas pour Malbrough s'en va-t-en guerre, dont la parti-\ntion était l'œuvre de quatre jeunes musiciens : MM. Georges Bizet (pre-\nmier acte), Emile Jonas (deuxième), Legouix (troisième), et Léo Delibes\n(quatrième). Malgré cette riche collaboration, l'ouvrage n'eut qu'un succès\ntrès limité.\nLe Train des Maris, opérette en un acte, paroles de M. Émile Abra-\nham, musique de M. Henri Cartier. 25 décembre 1867.\nL Amour et son carquois, bouffonnerie musicale en deux actes, pa-\nroles de M. Marquet, musique de M. Charles Lecocq.— 3o janvier 1868.\nLa Vipérine, opérette en un acte, paroles de MM. W. Busnach et\nJules Prével, musique de M. J.-J. Debillemont. 18 mars 1868.\nCe petit ouvrage avait été joué primitivement aux Folies-Marigny, le\n19 octobre 1866.\nFleur de Thé, opéra bouffe en trois actes, paroles de MM. Chivot et\nDuru, musique de M. Charles Lecocq. —ll avril 1868.\nFleur de Thé obtint un grand succès, et fonda la jeune réputation de\nM. Lecocq, qui avait déjà écrit la musique d'un certain nombre de pe-\ntites pièces représentées sur divers théâtres : Folies-Nouvelles, Bouffes-\nParisiens, Palais-Royal, Folies-Marigny, etc. Plus de quatre-vingts re-\nprésentations en furent données sans interruption; puis l'Athénée ayant\nfait, le 28 juin, sa fermeture annuelle d'été, la troupe alla jouer la pièce\nà Bruxelles et au Havre, et elle reparut sur l'affiche lors de la réouver-\nture, le 3 septembre. La centième représentation en eut lieu le 24 de ce\nmois. Traduite par M. Dohm, rédacteur en chef du journal satirique le\nKladderadatsch, Fleur de Thé fut jouée en allemand, à Berlin, sur le\nthéâtre Friedrich-Wilhemstadt, au mois de janvier 1869, avec autant de\nbonheur qu'à Paris. Enfin, le 12 juin 1869, Fleur de Thé fut reprise aux\nVariétés, où sa fortune ne fut pas moins grande qu'à l'Athénée.\nLe Petit Poucet, opéra bouffe en trois actes et quatre tableaux, paroles\nde MM. Eugène Leterrier et Albert Vanloo, musique de M. Laurent de\nRillé. 8 octobre 1868.\nLes Jumeaux de Bergame, opéra comique en un acte, paroles de ,\nmusique de M. Charles Lecocq. 20 novembre 1868.\nLe Vengeur, opérette en un acte, paroles de MM. Nuitter et Beau-\nmont, musique de M. Isidore Legouix. 20 novembre 1868.\nLes Horreurs de la Guerre, opéra bouffe en deux actes, paroles de\nM. Philippe Gille, musique de M. J. de Costé. 9 décembre 1868.\nLes Horreurs de la Guerre avaient été jouées précédemment dans une\nsoirée particulière. Cette bouffonnerie fut traduite en allemand, et repré-"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "218", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.27", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nsentée presque simultanément à Berlin et à Vienne, ici au théâtre An\nder Wien, là au théâtre Friedrich-Wilhemstadt.\nDepuis sa transformation en théâtre, l'Athénée se débattait au milieu\nde difficultés qu'il ne devait pas pouvoir surmonter. La salle, construite\ndans un quartier excentrique, presque isolée de tous, quoique à deux pas\ndu boulevard, environnée de rues pour ainsi dire obscures, n'était pas\nplus propre à une entreprise dramatique qu'à une entreprise purement\nmusicale. Les spectateurs hésitaient à s'engager, pour y pénétrer, dans\nles fondrières qui entouraient le nouvel Opéra, dont les travaux de\nconstruction n'étaient pas faits pour animer, le soir, un quartier presque\ndésert, et il en résultait que, malgré tous ses efforts, l'Athénée ne parve-\nnait pas à attirer le public. Dans l'espace d'une année, le succès de\nFleur de Thé était d'ailleurs le seul qu'il eût obtenu, et le produit de ce\nsuccès n'avait pas suffi à compenser les pertes considérables qu'il avait\néprouvées d'autre part. Bref, la direction ayant suspendu ses paiements,\nle théâtre dut fermer ses portes vers le milieu du mois de janvier 1869.\nCertains auteurs se trouvèrent, par ce fait, frustrés dans leurs espé-\nrances, car l'administration de l'Athénée avait reçu, en assez grand\nnombre, des ouvrages qui attendaient leur tour de représentation, et qui\ndurent rentrer dans l'ombre mystérieuse des cartons. Parmi ces ou-\nvrages, nous citerons les suivants :\nLe Don Juan suisse, opéra bouffe en quatre actes, paroles de\nMM. Hector Crémieux et Philippe Gille, musique de M. Léo Delibes ;\nBocchoris, opérette en un acte, paroles de M. Octave Gastineau, mu-\nsique de M. J.-J. Debillemont\nLe Commandeur, paroles de M. Cham, musique de M. Vogel;\nJoli Grec à l'œil noir, opéra comique en un acte, paroles de M. Al»\nphonse de Launay, musique de M. Adolphe Nibelle;\nLa Princesse Ravigotte, opéra bouffe en trois actes, paroles de M. Oc-\ntave Gastineau, musique de M. Léo Delibes;\nL'Ours et l'Amateur des Jardins, opérette en un acte, paroles de\nM. Marquet, musique de M. Charles Lecocq ;\nRiquet à la Houppe, musique de M. Louis Deffès.\nCependant, à peine le nouveau théâtre avait-il fermé ses portes, après\nune existence de treize mois, que M. Martinet, directeur des Fantaisies-\nParisiennes (un petit théâtre bien intéressant, dont nous esquisserons\npeut-être aussi un jour la trop courte histoire), mécontent de la salle\nqu'il occupait au boulevard des Italiens, eut l'idée de se transporter dans"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "219", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.28", "texte": "LE THEATRE DE L'ATHÉNÉE\n\ncelle de l'Athénée, Le 11 février 1869, en effet, la troupe des Fantaisies\némigrait dans la salle de la rue Scribe, et rouvrait celle-ci par une repré-\nsentation d'Une Folie à Rome, opéra bouffe de M, Federico Ricci, qu'elle\navait créé au boulevard le 3o janvier précédent. Pendant quelques se«\nmaines, les affiches portèrent cette mention :\nTHÉÂTRE DES FANTAISIES» PARISIENNES\n(Salle de VAthénée)\npuis, bientôt, M. Martinet renonça au titre primitif de son théâtre, et\nadopta celui de : Théâtre de l'Athénée.\nLa première direction de l'Athénée avait consacré ses forces à l'opé-\nrette, genre Bouffes-Parisiens. La seconde sembla vouloir se lancer dans\nle grand opéra, sérieux et bouffe, à l'aide de traductions, ce qui ne l'em-\npêcha pourtant pas de donner quelques petits opéras comiques, et même\nde faire quelques reprises d'ouvrages connus en ce genre. Pour cela,\nM. Martinet jugea à propos de renforcer considérablement sa troupe,\nalors composée de MM. Arsandaux, G. Bonnet, Soto, Barnolt, Masson,\nKetten, Villefroy, Davoust, Laurent, de Mesdames Marimon, Decroix,\nPersini, Lyonnel, Bonnefoy. Il appela donc à son aide MM. Jourdan,\nGrillon,Mamet, Aubery, Peters, Raoult, mesdemoiselles Louisa Singelée,\nRossi-Caccia, Rosa Formi, Berdet, Biarini... L'orchestre avait pour pre-\nmier chef M. Charles Constantin, pour second M. Placet.\n(La suite prochainement.)\n\nARTHUR POUGIN."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "220", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.29", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nCONCERTS POPULAIRES : Patrie, ouverture de M. G. Bizet. Phèdre, de M. Massenet.\nODÉON : Marie - Magdeleine, drame sacré de, M. Massenet. AUDITION DE\nM. WEKERLIN. CONCERT DE LA SOCIÉTÉ PHILHARMONIQUE DE PARIS, CONCERT DU\nCAPITAINE VoYER.\nONCERTS POPULAIRES. Séance du i 5 février.\nJ'ai, témoigné, dans Tune de mes dernières re-\nvues, l'estime que je professe pour le talent de M. G.\nBizet, pour ne pas dire avec la même franchise ce\nque je pense de son ouverture dramatique, intitulée :\n« Pairie\\ épisode de la guerre de Pologne. Bataille\nde Raclawa, gagnée sur les Russes, par Kosciuzko, T 792. »Et tout\nd'abord je me permettrai de demander pourquoi cette ouverture re-\nprésente plutôt la bataille de Raclawa que celle de Balaclava, par\nexemple. Elle ne renferme aucun chant patriotique polonais, que je\nsache, sans quoi le programme l'aurait indiqué, et seuls, des chants\npolonais ou russes en eussent pu justifier le titre. Prenons donc l'ou-\nverture comme une bataille quelconque mise en musique et dans la-\nquelle se trouvent de très heureux effets et de très belles combinaisons\nd'orchestre. Son principal défaut, selon moi, est d'être décousue et con\nfuse. La mêlée d'une bataille y est parfaitement exprimée; le canon\ny est admirablement imité; les clairons, les tambours se mêlant au\nbruit des autres instruments, lui donnent une couleur ardente et étrange;\nmais que devient la mélodie dans tout cela? Un assez beau chant dans le\nmode mineur, large et mélancolique, m'a semblé représenter les plaintes\ndes blessés. Me serais-je trompé? Mais ce motif arrive sans être annoncé;\nil cesse en s'enchaînant avec un autre motif qu'on a déjà entendu, et"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "221", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.30", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\ncet enchaînement ne sert qu'à lier deux chants très disparates, dont au-\ncun n'est développé. Somme toute, l'ouverture de M. Bizet a été vigou-\nreusement applaudie ; j'avoue toutefois n'avoir pas très bien compris ]a\nportée des applaudissements, à moins qu'ils n'aient été adressés à ses\nriches effets d'instrumentation et à l'excellente exécution de l'orchestre.\nM. Sivori a obtenu un immense succès dans une romance et une ta-\nrentelle de sa composition, et dans le trio de Mendelssohn en ut mineur,\noù il a eu pour dignes partenaires MM. Jaëllet Franchomme.\nSéance du 22 février. Le 3e concert n'a offert en fait de premières\nauditions que l'ouverture de Phèdre, de M. Massenet. Mais je ne puis\nrésister à l'envie de dire deux mots de l'andante de la symphonie Y Impé-\nriale, de Haydn, qui est bien la plus ravissante romance avec variations\nqu'il soit possible d'imaginer. Sur cet andante on a parodié autrefois\nde très jolies paroles qui se sont beaucoup chantées sous le premier\nEmpire et sous la Restauration, et qui commençaient par : « Je ne vous\ndirai pas : j'aime. »\nL'ouverture de Phèdre est une œuvre qu'il faudrait entendre plus\nd'une fois pour pouvoir bien l'apprécier. Elle renferme tant de choses,\net des choses si variées, qu'une seule audition est absolument insuffi-\nsante. Je signalerai cependant dans l'andante un très agréable chant\npour clarinette, répété ensuite par les hautbois et continué par les deux\ninstruments. Au chant qui va en crescendo, succède une espèce de mar-\nche d'un effet très original. Les timbales frappant toujours à temps\négaux lui donnent une teinte sombre, sinistre même, et ce mouvement\namène parfaitement l'allégro qui est excessivement agité. Le dernier\nmotif de cet allegro est charmant, mais c'est surtout par les effets d'or-\nchestre que se distingue cette ouverture où M. Massenet a dépeint en\ngrand maître les inquiétudes, les agitations passionnées et les remords\nqui devaient déchirer « la fille de Minos et de Pasiphaé. »\nHenry Cohen.\nODÉON. Marie-Magdeleine. Le Vendredi-Saint, i i avril 1873,\nune foule élégante se pressait au Concert spirituel de l'Odéon pour en •\ntendre un nouveau drame sacré : Marie-Magdeleine. L'œuvre était belle ;\nelle produisit une grande impression. Le compositeur avait fait preuve\nd'un talent peu ordinaire; le public l'applaudit avec enthousiasme, et la\nsoirée ne fut pour lui qu'une longue ovation» Quelques mois aupara-"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "222", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.31", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nvant, M. Massenet avait conquis l'estime des musiciens par Don César\nde avec Marie-Magdeleine , il venait de s'emparer victorieu-\nsement du public tout entier. En songeant depuis à cette belle soirée, si\nvite passée et déjà si loin de nous avions bien souvent déploré\nqu'un ouvrage de cette valeur ne pût être exécuté qu'une seule fois et\ndevant une assemblée aussi restreinte. Nous attendions avec impatience\nqu'il vînt se présenter de nouveau devant le public avec l'autorité d'une\noeuvre consacrée par le succès. La Direction du Concert national vient\nde nous rendre Marie-Magdeleine, et il serait malheureux que l'audi-\ntion du 19 février 1874 n'eût pas de lendemain.\nLe poème de Marie-Magdeleine est de M. L. Gallet : écrit en vers\nélégants et harmonieux, il est parfaitement disposé pour la musique et\nrenferme tous les éléments d'un drame intéressant. Sur ce poème,\nM. Massenet a composé une œuvre des plus remarquables, qui le classe\ndTemblée au premier rang de nos jeunes compositeurs. Cette partition, la\nmeilleure qu'il ait écrite jusqu'à ce jour, marquera une époque bien\ntranchée dans sa carrière de musicien : elle restera son œuvre de jeunesse,\nc'est-à-dire cette œuvre unique que chaque artiste a composée à son\nheure et dans laquelle il a mis ce cette tendresse ineffable d'un premier\nces mélodies suaves et faciles qui s'exhalent de l'âme comme le\nparfum de la fleur et qu'on ne peut donner qu'une seule fois dans sa\nvie. » M. Massenet écrira un jour son œuvre, celle qui portera définiti-\nvement la caractéristique de son talent ; il ne retrouvera peut-être jamais\nces accents délicieux qu'il a puisés dans son cœur de vingt-cinq ans pour\nchanter Ce divin poème de l'amour. Son imagination s'est élevée jusqu'aux\nplus pures régions de l'idéal à la suite de ces deux grandes figures :\nJésus, l'amour dans sa pureté absolue, dans son essence divine et poussé\njusqu'à cet idéalisme si parfait qui est la plus haute règle de la vie déta-\nchée et vertueuse; Magdeleine, l'amour avec toutes ses faiblesses hu-\nmaines, l'amour troublé par les égarements de la passion et finalement\npurifié des souillures du monde par le repentir et le pardon. Dans les\ndrames sacrés que les grands poèmes de la foi chrétienne ont inspirés\naux Bach et aux Haendel, la pureté et la correction de la ligne l'empor-\ntent souvent sur l'éclat du coloris , et la froide sévérité du dogme exclut\npresque toujours la poésie de la légende. Le dont le souffle anime\nces œuvres si profondément religieuses, porte sur ses traits l'ascétisme\nd'un Christ et sa figure sévère semble se détacher sur le vi®\ngoureux clair-obscur d'une toile de Ribeira*\nLe drame sacré de M. Massenet n'a pas la vâste envergure de Ceâ\nsolennels oratorios; la Passion et le Messie sont des épopées grandioses j"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "223", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.32", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nMarie-Magdeleine n'est qu'une idylle, mais une idylle que la gran-\ndeur du sujet élèvera parfois jusqu'au ton sublime de l'ode. Le Christ\nnous y apparaît avec cette expression douce et affectueuse qu'on lui voit\ndans les tableaux du Corrège; il y revêt cette adorable figure, dont la\nbeauté calme et pure exerçait sur les naïves populations de la Gaiilée une\nfascination à laquelle nul ne se pouvait soustraire. Ce n'est plus le Dieu\nredoutable que Bach nous représente environné de l'appareil de sa toute-\npuissance,, c'est le Fils de l'Homme vivant au sein de cette légende mys-\ntique, derrière laquelle s'agite le sort de l'humanité.\nNous sommes aux portes de Magdala, auprès d'une fontaine sur\nlaquelle s'étend l'ombre de quelques palmiers. Le soleil, à son déclin,\nempourpre l'horizon. Des femmes et des publicains, des pharisiens et\ndes scribes vont et viennent sur le chemin qui conduit à Magdala ; d'au-\ntres sont assis à l'ombre et s'entretiennent par groupes. Au loin, dans un\nlumineux nuage de sable, chemine lentement une caravane avec son\ncortège de chameliers, de marchands vêtus de couleurs vives et de sol-\ndats aux armes étincelantes. Toute cette introduction \"est pleine de cou-\nleur et de mouvement ; le premier chœur de femmes chanté à l'unisson\navec accompagnement de cors, clarinettes et bassons, est empreint d'une\ndélicieuse langueur. Méryem la Magdaléenne arrive au milieu de ces\ngroupes. C'est là que Jésus lui apparut un joùr, et la beauté sereine du\njeune prophète a calmé cette organisation si profondément troublée.\nSurprise de tant de charmes, la belle pécheresse a goûté pour la première\nfois le contact plein d'attraits de la vertu ; elle exprime son ravissement\ndans une touchante cantilène accompagnée par les harpes et par un vioa\nloncelle solo qui en suit délicatement les contours. Mais Judas a aperçu\nMéryem dans la foule ; il s'approche d'elle et s'efforce de réveiller dans\nson cœur le souvenir mal éteint des folles amours et des joies du passé.\nLe musicien a su donner beaucoup de relief à cette figure de Judas, dont\nil a marqué l'hypocrisie et la fausseté par des traits caractéristiques. Les\ndeux airs : « Est-il une voix qui te blâme , » « Ah! tu sais que je\nVaime! » écrits dans la manière d'Haendel, mettent parfaitement en\nlumière la douceur onctueuse et la perfidie dissimulée du personnage.\nMéryem veut fuir le traître dont la langue empoisonnée cherche à dis-\ntiller le venin dans son âme, mais le peuple l'entoure et l'insulte. Ce\nchœur vigoureux, que dominent par instant les sanglots de Méryem\ncourbée sous l'implacable anathème qui gronde sur sa tête, est d'un\ngrand et pathétique effet. L'arrivée de Jésus interrompt brusquement\ncette scène et donne lieu à un beau trio qui s'enchaîne immédiatement\nau finale, Le Nazaréen reproche sa lâcheté à cette foule toujours prête â"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "224", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.33", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nflétrir les erreurs des autres et qui ne sut jamais compter les siennes.\n« Femme, relève-toi, dit-il à Méryem,\nVa, sois illuminée par la grâce d'en haut,\nEt qu'à l'amour divin ton âme destinée,\nSoit comme un vase d'or, sans tache et sans défaut.\nPrie, attends, espère !\nRetourne en ta maison, bientôt le jour viendra\nOU Jésus la visitera.\nIl s'éloigne, et la Magdaléenne remonte lentement la route, tandis que\nla foule s'écarte silencieusement devant elle.\nLe deuxième acte nous transporte dans la maison de la Magdaléenne.\nTout s'apprête pour recevoir le Maître. Le chœur des servantes qui ou-\nvre cet acte est une inspiration pleine de fraîcheur et toute parfumée de\npoésie orientale. Méryem et Marthe, sa sœur, attendent sur le seuil.\n« Il va venir, soupire Méryem.\nMon âme appelle son retour,\nComme languissante et brisée\nLa fleur appelle la rosée\nEt les premiers baisers du jour.\nLa phrase mélodique qui accompagne ces paroles, est d'une expres-\nsion triste et résignée qui vous pénètre jusqu'au fond du cœur. Jésus pa-\nraît : les deux femmes se prosternent et entonnent un alléluia à deux stro-\nphes, dont la première sans accompagnement, et la deuxième soutenue\npar un simple dessin de violoncelle solo. Un charme infini s'exhale de\ncette scène ainsi que du beau duo qui suit entre Jésus et Méryem, mor-\nceau plein d'élévation et de poésie, où s'unissent dans un élan passionné\nla prédication suave et douce du Maître, et l'enthousiasme de Magde-\nleine. Cependant les disciples inquiets viennent, guidés par Judas, cher-\ncher le Maître chez la Magdaléenne. La nuit est venue; Jésus, debout\nau milieu de ses apôtres prosternés, récite avec eux la prière du soir. Ce\nchœur, d'un caractère grave et religieux, est une des plus belles pages\ndelà partition ; c'est l'œuvre d'un grand musicien.\nLe troisième acte se divise en deux parties : i 0 le Golgotha; 20 le tom-\nbeau de Jésus. Le Christ est sur la croix entre les deux larrons. A ses\npieds se déroule le spectacle de la bassesse et de la stupidité humaines :\nles soldats jouent aux dés ses dépouilles, les pharisiens et les docteurs\nl'insultent, la foule, ivre d'une joie féroce, lance dans les airs un effroya-\nble concert d'injures et de malédictions. Tous ces différents épisodes se"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.34", "texte": "MARIE-MAGDELEINE\nParoles de Drame Sacré en 3 Açtes et 4 Parties Musique de\nL. GALLET\nJ. MASSENET\nLe Tombeau de Jésus et la Résurrection.\nLe jardin de Joseph d'Arimathie — Premières lueurs de l'aube.\nRÉCIT, STROPHES ET CHŒUR.\nMÉRYEM, LES SAINTES FEMMES."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "225", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.42", "texte": "déroulent dans un morceau d'ensemble, mouvementé et coloré par une\norchestration puissante, où je signalerai un dessin persistant des premier s\n\\iolons qui rappelle celui de la Bénédiction des poignards. Tandis que\nla foule s est écartée un instant, repoussée par les soldats, la Magde-\nléenne vient se prosterner au pied de la croix, et exhale sa douleur dans\nun chant d'adieu d'un accent passionné. Puis tout à coup, vers la neu-\nvième heure, la tempête éclaté, l'orchestre se déchaîne dans une strette\nfurieuse, les trompettes mêlent leurs stridents appels au bruit lugubre\ndu tamtam, et du sein de ce tumulte s'élève un cri terrible, auquel ré-\npondent les clameurs de la foule éperdue qui se débat au milieu de cet\nimmense cataclysme. Tout est consommé ! Cette scène si dramatique a\nvivement impressionné le public.\nLa deuxième partie nous transporte au tombeau de Jésus dans les jar-\ndins de Joseph d'Arimathie. Sur un délicieux prélude instrumental, dont\nil est impossible de rendre par la parole le murmure mystérieux et la\ncouleur élégiaque, on voit s'avancer aux premières lueurs de l'aube la\nMagdaléenne suivie des saintes femmes (i). Le récit, les strophes de\nMadeleine et le chœur des femmes composent une scène admirable, dans\nlaquelle 1 inspiration du musicien s'est élevée à une hauteur qui touche\nde bien près au sublime. Madeleine est abîmée dans une douloureuse\nextase, elle prie ; un souffle divin passe sur son front purifié, elle lève les\nyeux, ô mystère ineffable ! le Christ est debout devant elle, environné de\nlumière, il lui sourit, il lui parle :\nVay dis aux miens d'enseigner à la terre\nLa loi du Christ victorieux ;\nVoici l'heure où je dois remonter vers mon père,\nCar mon royaume est dans les deux !\nA ces mots, il disparaît dans une nuée éclatante pendant que les voix\ndes anges chantent dans les profondeurs du ciel : « Gloria in excelsis\nDeo. » Madeleine, au comble de l'exaltation, appelle les disciples avec\nles saintes femmes, et la première elle pousse le cri des chrétiens : cc Christ\nest vivant, Christ est ressuscité. » La foule répète ce chant de victoire,\ndans un chœur d'allégresse qui termine ce beau drame plein de poésie,\nde sentiment et d'élévation.\nLes personnages de Marie-Magdeleine furent créés à l'origine par\nmesdames Viardot, Vidal, MM. Bosquin et Petit. De ces interprètes il\nne restait l'autre jour que Bosquin, qui est du reste excellent dans b\n\n(i) Nous publions ce morceau dans le numéro de cc jour.\n\n111.\nREVUE DES CONCERTS\ni 3"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "226", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.43", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nrôle du Nazaréen. Madame Gueymard, quoique très soutirante, a chanté\navec beaucoup d'autorité le rôle si dramatique de Madeleine. Bouhy a\nparfaitement rendu le personnage de Judas, et une toute jeune fille, ma-\ndemoiselle Charlotte Salla, que nous retrouverons bientôt sur une de\nnos grandes scènes lyriques, s'est montrée fort gracieuse dans le petit îôle\nde Marthe.\nH. Marcello.\nAUDITION DE M. WEKERLIN. L'auteur de tant d'aimables mélo-\ndies qui ont fait le tour de tous les Concerts et de tous les salons,\nM. Wekerlin, a donné lundi dernier, dans la salle Pleyel, une audition\nde ses nouvelles compositions, auxquelles il a joint quelques auties\nœuvres. L'espace me manquant pour en rendre un compte détaillé,\nje suis obligé de me borner à citer ce qui a le plus particulièiement\nattiré les sympathies du public. En premier lieu, je noterai la Pesca,\ntrio parfaitement chanté par madame Barthe-Banderali, mademoiselle\nArmandi et M. Lafont. Ce charmant morceau, modèle de fraîcheur, de\ngrâce et de mélodie, est écrit dans le plus pur et le plus délicat style ita-\nlien. Vient ensuite Alsace, véritable inspiration patriotique, chantée\navec enthousiasme par M. Nicot et bissée à l'unanimité. Le Chant du\nCoq., interprété par M. Lafont, est très original, et Minuit est une séré-\nnade à quatre voix pleine d'entrain.\nParmi les morceaux qui ne sont pas de M. Wekerlin, la jolie made-\nmoiselle Armandi a fort bien chanté une touchante romance de la reine\nMarie-Antoinette, intitulée : C'est mon ami, et M. Seligmann s est vive-\nment fait applaudir dans une chanson grecque de sa composition, ainsi\nque dans la Kouitra, imitation algérienne également de lui, où le vio-\nloncelle accompagnait la voix de madame Barthe. Les deux artistes ont\nI <D\nété rappelés et la chanson bissés, quoique, à vrai dire, elle ait plus\nd'originalité que de charme.\nH. C.\nSOCIÉTÉ PHILHARMONIQUE DE PARIS. Cette Société, qui en est àsa\ntroisième année, a donné le 21 février son premier concert réglemen-\ntaire de la saison dans la salle Erard. L'orchestre, dirigé par M. Ed. Co-\n*\nlonne, a fait entendre, entre autres morceaux, la Symphonie romaine.\nCette œuvre posthume de Mendelssohn est très iaible en général, malgré\nquelques jolis détails et de bons effets d'instrumentation, surtout dans la"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "227", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.44", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nsaltarelle; mais le motif de la saltarelle n?a rien de mélodieux ni d'entraî-\nnant. La gracieuse gavotte à\\Iphi génie en Aulide a été admirablement\nexécutée. M. Gurickx a parfaitement joué sur le piano une toccata de\nA. Dupont, fort difficile, et malgré cela pleine de charme. M. Montar-\ndon s'est fait applaudir dans une berceuse pour violon, de M. Samuel\nDavid, et enfin M. Diaz de Soria, dont je voudrais entendre la voix dans\nun bel air de Rossini ou de Meyerbeer, a soupiré d'une manière très\nagréable les Cloches du soir et Bonjour, deux bluettes de M. Maréchal.\nH. C.\nCONCERTS DU CAPITAINE VOYER. — M. Voyer, capitaine d'état-major,\net pianiste-amateur, vient de donner dans la salle Erard des audi-\ntions dans lesquelles il a tenu à se faire entendre tout seul. Malgré le\npeu de variété qu'offre naturellement ce genre de concerts, M. Voyer a\nsu intéresser très vivement son public, qui était des plus distingués, par\nle talent tout à fait remarquable qu'il y a déployé. Ainsi le scherzo de\nla sonate en ut mineur de Beethoven présente des difficultés formidables\ndont il s'est joué en artiste consommé. L1 Invitation à la Valse, de\nWeber, a été légèrement et vigoureusement enlevée. Il ne manque abso-\nlument à M. Voyer que de donner un peu plus de relief, de punto\niïeffetto, aux terminaisons des périodes et aux endroits qui appellent\nles applaudissements.\n\nH. C."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "228", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.45", "texte": "REVUE DES THÉATRES LYRIQUES\n\nOPÉRA-COMIQUE. —Le Florentin, opéra comique en trois actes, paroles de\nM. de Saint-Georges, musique de M. Lenepveu.\n. Charles Lenepveu vient de se brouiller avec TOpéra-\nComique pour toute la durée du septennat au moins»\nLa désunion ne doit pas finir de sitôt, car c'est une\npremière représentation qui en est cause. Tous les\ntorts sont du côté de M. Lenepveu, 'qui a poussé la\ndirection à cette extrémité fâcheuse par mille traits\npleins de noirceur.\nVoici ce qui s'est passé : l'origine de l'affaire remonte assez haut. Un\nconcours d'opéra-comique ayant été ouvert en 1867 par le maréchal\nVaillant, alors ministre des Beaux-Arts, il fut stipulé, entre autres\nconditions, que l'ouvrage agréé par le jury serait représenté à la salle\nFavart. M. Lenepveu obtint la palme proposée, avec une partition en\ntrois actes, intitulée : Le Florentin.M. Lenepveu put s'imaginer aisé-\nment qu'il était en pleine possession des droits de sa couronne. Il y était\nd'autant plus autorisé qu'il existe un certain cahier des charges qui règle,\nau profit des jeunes compositeurs, l'emploi de la subvention d'Etat\nallouée à l'Opéra-Comique. On eut beau dire à M. Lenepveu que le\ncahier des charges a été donné à l'Opéra-Comique pour l'éluder, comme\nla parole à l'homme pour déguiser sa pensée, ii eut le mauvais goût de\nn'en rien croire. II invoqua la foi des traités et réclama l'exécution du\nFlorentin. Dès lors,, il apparut aux directeurs de la salle Favart comme\nun homme possédé de la manie des grandeurs. Messieurs de l'Opéra-Co-\nmique le traitèrent en allopathes : s'il leur recommandait un jour son\nFlorentin, ils affichaient pour le lendemain O spectacle\nde l'hospitalité écossaise, que tu étais ironique ! Ce manège dura six"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "229", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.46", "texte": "REVUE DES THÉÂTRES LYRIQUES\n\nans, pendant lesquels le patient se permit quelques timides observations.\nLes saisons succédaient aux saisons, les journées aux nuits, les heures\naux heures, et le Florentin continuait à coucher à la belle étoiie.\nChaque année, pastiche amer des douze signes du zodiaque! douze\nopéras comiques décrivaient devant lui leur orbe fantastique. La Fille\ndu Régiment singeait le Bélier ; le Chalet imitait le Taureau; Galathée\nrappelait les Gémeaux; les Rendez-vous Bourgeois grimaçaient comme\nl'Ecrevisse : semblables au Lion, à la Vierge, à la Balance, au Scorpion,\nau Sagittaire, au Capricorne, au Verseau, aux Poissons, le Postillon de\nLongjumeau, Bonsoir Voisin, les Noces de Jeannette, Fra Diavolo,\nles Dragons de Villars, le Café du Roi, Zampa et le Pré aux Clercs\ns'allongeaient en caravane sans fin. La presse s'émut du supplice qu'en-\ndurait M. Lenepveu, et des rumeurs d'un caractère non équivoque s'é-\nlevèrent dans la critique musicale contre les organisateurs de ce martyre.\nEn excitant cette sympathie, M. Lenepveu aggravait ses torts. On le\nlui fît bien voir : pendant six mois, l'entrée en répétition du Florentin\nfut annoncée comme imminente, et pendant deux mois la première re-\nprésentation en fut reculée de semaine en semaine. En dépit de ses tribu-\nlations, M. Lenepveu n'en a pas moins atteint un résultat que la plupart\ndes compositeurs modernes se sont lassés de poursuivre : une première\nreprésentation à V Opéra-Comique. Voilà pourquoi j'ai dit tout à l'heure\nque M. Lenepveu venait de se brouiller avec lui. Si la partition n'avait\nqu'un seul acte, il y aurait quelque espoir de réconciliation prochaine;\nmalheureusement, elle en a trois, et, sur ce terrain,, l'Opéra-Comique ne\npardonne guère.\nIl s'en faut de peu que le livret fourni à M. Lenepveu par M. de\nSaint-Georges ne soit franchement mauvais : c'est un livret à la manière\nnoire, un mélodrame fort éloigné du cadre de écrit\ndans le style assez bas de Bouchardy et semé de tirades surannées, dont\nle parterre de l'Ambigu s'accommoderait à peine. Il nous conte les\nfureurs criminelles du peintre Andréa Galeotti contre son élève Angelo\nPalma, et les cas de conscience de sa pupille Paola, aimée à la fois des\ndeux artistes. L'action se passe à Florence, sous le règne de Laurent de\nMédicis. M. de Saint-Georges a voulu nous prouver qu'à cette époque,\nles rivalités d'atelier ne se traduisaient point en charges comme aujour-\nd'hui, mais bien en violents déchaînements de haine. Et de fait, les\npeintres de la Renaissance, ceux de Toscane surtout, étaient gens fort\nirritables, et le sujet du Florentin se retrouve en germe plus d'une\nfois dans leur histoire. Ainsi, Andréa Galeotti est le plus grand maître\nde Florence ; dans son atelier se pressent de nombreux élèves, attentifs"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "230", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.47", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nà ses leçons. Sa pupille Paola est la joie de la maison, que la bouque-\ntière Garita embaume avec ses fleurs, et le modèle Polpetto, qui pose\nles héros et les dieux, broche sur le tout par ses saillies et par ses préten-\ntions bouffonnes au sculptural, Galeotti est vénéré, aimé, heureux. Avec\nles ans, une seule pensée vient assombrir son front : un artiste, dont la\ngloire menace d'éclipser la sienne, s'est levé; ce génie naissant dissimule\nson nom derrière un pseudonyme : le Florentin ! Sur ces entrefaites, son\nélève favori, Angelo Palma, qui l'avait quitté, est revenu à lui et s'est\nfait pardonner. Angelo Palma, c'est le Florentin. Il vient concourir pour\nla couronne d'or qui doit être décernée par le duc Laurent à l'auteur de\nla plus belle toile représentant Hébé.\nAngelo Palma se trouve tout à coup en rivalité avec Galeotti, qui a\npeint, lui aussi, une Hébé. Angelo n'hésite pas : il est l'élève de Galeotti ;\nde plus, il aime la pupille de son vieux maître et veut l'épouser. Il sacri-\nfiera son Hébé. Il donnera ordre au modèle Polpetto d'y mettre le feu,\net, grâce à ce dévouement, Galeotti restera vainqueur du concours. Le\njour du triomphe arrive : le vieux Galeotti, à genoux, et la tête penchée\nsur sa poitrine, reçoit de la main même du duc Laurent le laurier d'or\nque lui vaut son Hébé. Il se relève O surprise ! ô honte ! l'Hébé\nqu'on a exposée devant la cour éblouie n'est point son Hébé. Il s'appro-\nche, et recule atterré. A l'angle du tableau couronné,il découvre une si-\ngnature qui s'était dissimulée à tous les yeux.,.., cette signature est :\nle Florentin. Polpetto s'est trompé de toile : il a brûlé celle de Galeotti !\nCette scène du concours qui termine le second acte, est réellement dra-\nmatique. Je ne veux pas insister sur les invraisemblances qui amènent\ncette poignante situation, la seule de la pièce qui prête à l'inspiration\nmusicale. Le vieux Galeotti, fou de désespoir, se précipite, le poignard\nlevé, sur la toile du Florentin. Il est prêt à la lacérer. Alors l'idéal ar-\ntistique parle plus haut en lui que la passion de la vengeance; il s'arrête,\npâle d'émotion, et s'écrie, en jetant son arme à terre : C'est un chef-\nd'œuvre. Je me reconnais incapable d'analyser le troisième acte, qui est\ntout à fait psychologique, et dans lequel je ne distingue aucune ligne\nd'intrigue. Ce que je sais, c'est que Galeotti garde rancune à Angelo\nPalma, son rival heureux tant en art qu'en amour, et qu'il aposte des\nsoudards pour l'assassiner, combinaison qui échoue.\nPassons à la musique de M. Lenepveu. Il n'était pas facile d'écrire, su r\nun canevas languissant et bourré de hors-d'œuvre. une partition qui se\ntînt également d'un bout à l'autre. Sans préjuger en rien l'avenir, il nous\nest permis de dire que dans tous les cas où le librettiste a présenté une\nsituation au musicien, celui-ci a répondu à l'appel qu'on faisait à son"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "231", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.48", "texte": "REVUE DES THÉÂTRES LYRIQUES\n\ntempérament. La griffe du lion n'y marque point sa trace, je le veux\nbien, mais 011 m'accordera aussi qu'il n'y avait point prise. J'ajoute que\nl'auteur est un débutant, que la scène ne lui est point familière, et qu'il\nlui a fallu un instinct personnel extrêmement vif pour se frayer un che-\nmin à travers les méandres capricieux de l'intrigue de M. de Saint-\nGeorges. M. Lenepveu est avant tout un symphoniste : il est même sur-\nprenant qu'ayant la conscience de sa supériorité orchestrale, il n'ait\ndonné à son ouverture et à ses entractes qu'un développement secon-\ndaire. Je n'ai assisté qu'à une seule audition du Florentin : j'en ai\ngardé une impression confuse qui se modifierait peut-être par un examen\nméticuleux. Je consens cependant à prendre la responsabilité de mon opi-\nnion actuelle. La partition de M. Lenepveu n'est pas originale : elle est\nécrite sous deux influences qui semblent s'excluer mutuellement et qu'il\na cependant réunies, celles de Gounod et de Verdi. La facture ordinaire\nde Gounod, l'inévitable crescendo dramatique, se trouve fondu dans le\nmoule des strettes de Verdi. C'est une œuvre d'étude et de tâtonne-\nment.\nLa mélodie de M. Lenepveu me rappelle par trop la Galatée de Vir-\ngile, cette Galatée qui s'enfuyait vers les saules, tout en désirant être\nvue : seulement elle s'illusionne sur la distance, et elle a atteint les saules\navant que personne ne l'ait remarquée. Ce jeu machiavélique est très\ndélicat, et M. Lenepveu devra s'appliquer à plus de franchise. Rendons-\nlui justice sur des points essentiels : dans son Fhrentin, la tonalité ne se\ndérobe point à chaque mesure, et le rhythme y est volontiers accentué.\nSon instrumentation est, de parti-pris, trop finie et trop spirituelle : elle\nne tient généralement pas compte de la simplicité des sentiments qu'elle\naccompagne ; elle répand les traits à profusion et sans mesure. Elle est\nfournie, touffue et intempérante comme un monologue gascon. Les\ninstruments bavards, les clarinettes, les bassons et les hautbois y font un\ndialogue incessant et fatigant àla longue. Le chant y est soutenu de\npréférence par les violoncelles et par les cors, dont M. Lenepveu fait un\nusage exquis. A travers ce chaos de notes, se détachent quelques mor-\nceaux de haute saveur sur lesquels je veux appuyer, parce qu'ils sont\nl'indice et la promesse formelle de qualités excessivement remarquables.\nJ e n'aime pas, et je le confesse hardiment, tout ce qui, cians la partition\nde M. Lenepveu, touche au genre de l'opéra comique propre : couplets,\nromances et ariettes.\nM. Lenepveu n'est lui-même qu'autant que le nœud dramatique\nse serre. La sentimentalité ne me paraît point son fort, et les chants\nisolés du ténor ne sont pas marqués par une inspiration soutenue,"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "232", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.49", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nQuatre morceaux se sont gravés dans ma mémoire, et dominent de toute\nleur hauteur le reste de la partition. C'est d'abord le trio du premier\nacte, entre Paola, Andréa et Angelo, gradué avec infiniment de tact\nscénique et terminé par une strette vigoureuse, où se rencontre, comme\nje l'ai dit plus haut, ce mélange extrêmement singulier du procédé de\nGounod et de la coupe de Verdi. J'y trouve une phrase pleine d'éclat,\nsortie toute armée du cerveau de M. Lenepveu : Viens reprendre ta\nplace, elle est toujours ici. Le cœur du vieux maître Galeotti, vaincu\npar la prière d'Angelo, s'y fond dans une grâce souveraine. Le duo\nbouffe entre Polpetto et Carita la bouquetière qui causent mariage, est\nsimplement charmant : ici, l'esprit de l'orchestration est à sa place, et il\ny a dans le dialogue instrumental comme un gazouillement anticipé du\nberceau qui a de l'à-propos et du sel. Le chœur Les bouquetières de\nFlorence, mené par Carita, est plein de fraîcheur, et le motif principal\ny est ramené par une très jolie rentrée qui provoque un bis mérité. La\npièce capitale de la partition, c'est le sextuor et la scène finale du second\nacte. Voilà qui est palpitant de vie, de mouvement et de passion. Parmi\nles compositeurs les moins discutés de l'école moderne française, j'en con-\nnais peu qui soient capables de traiter un morceau d'ensemble de cette\nimportance, avec cette liberté d'allures et cette habileté dans la disposi-\ntion des voix.\nM. Lenepveu n'a pas écrit un chef-d'œuvre, mais, tel qu'il est, son\nFlorentin est au-dessus des dénigrements et des panégyriques exagérés.\nIsmaël, le vaillant baryton, a rendu le rôle d'Andréa Galeotti avec une\nintelligence et un feu qui font oublier la fatigue de sa voix et l'insuffi-\nsance de son souffle. Lhérie l'a bien secondé. Mesdemoiselles Priola et\nDucasse sont deux Dugazons : c'est un double emploi. M. Neveu a joué\nLaurent de Médicis (excusez du peu). L'orchestre accompagne tantôt\ntrop mollement, tantôt trop lourdement. Les chœurs et la mise en scène\nsont bien dignes d'un théâtre subventionné, c'est-à-dire indignes d'un\nthéâtre non subventionné.\n\nARTHUR HEULHARD."}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "233", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.50", "texte": "CHRONOLOGIE DE L'ANNÉE 1874\n\nJQ^^CVIE%\n26 Janvier. SALONS ERARD. M. Voyer, capitaine d'état-major, donne le\npremier des quatre concerts annoncés par lui; dans chacun de ces quatre\nconcerts, dont lui seul fait tous les frais, M. Voyer exécute une des sonates\nde Weber. Première séance de la Société de quatuors, fondée par\nMM. Montardon, Wenner, Benjamin Godard et Delsart. - A Berlin, pour\nl'inauguration d'une nouvelle salle de concert, la Reichenshalle, première\naudition d'un oratorio de M. Kiel : Christus.\nFÉVcRJEcFi\nIERIER Février. CONCERTS POPULAIRES. Première audition d'une suite d'or-\nchestre (en so/), de M. J. Ten-Brinck.—Décret du président de la République,\nrétablissant la commission d'examen pour les ouvrages dramatiques.\n3. SOCIÉTÉ CLASSIQUE. Première audition d'un Andante e capriccio\nin gusto di saltarello, de M. Léon Gastinel, pour flûte, hautbois, clarinette,\ncor, basson, deux violons, alto, violoncelle et contrebasse.\n5. THÉÂTRE-ITALIEN. Reprise de le AstupeJemminili, opéra bouffe de\nCimarosa, qui n'avait pas été joué à Paris depuis soixante ans. L'ouvrage avait\nété remanié récemment, pour la reprise qui en fut faite au théâtre Filarmonico\nde Naples, en ce qui concerne le livret par le poète Golisciani, en ce qui tou-\nche les récitatifs par le maestro G, Rossi. BOUFFES-PARISIENS. Première\nreprésentation de Madame de Rabucor, opérette en un acte, paroles de M. Ad.\nJaime, musique de madame de Sainte-Croix.\n7. GAITÉ. Reprise d'Orphée aux Enfers, opéra bouffe de M. Hector\nCrémieux pour les paroles, de M. J. Offenbach pour la musique. Créé aux\nBouffes-Parisiens, il y a une quinzaine d'années , cet ouvrage était alors en\ndeux actes; la seconde édition en est considérablement revue, corrigée et\naugmentée, et forme aujourd'hui un opéra-féerie-ballet en quatre actes et\ndouze tableaux.\n8. CONCERTS POPULAIRES. Exécution par M. Sarasate, du concerto de\nviolon de M, Lalo, exécuté le 18 janvier, par le même virtuose, au Concert"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "234", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.51", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nnational. —CONCERT NATIONAL. Première audition d'une suite d'orchestre, de\nM. Théodore Dubois, et de poème svmphonique de Liszt.\n9- ~ SALLE SAX. Première séance donnée par le Spectre de P aganini, qui\nexécute successivement les vingt-quatre études de Paganini. « La salle, dit le\nprogramme, sera complètement ombragée, l'artiste seul sera éclairé par la\nlumière oxyhydrique, qui changera de couleur selon le caractère de chaque\nétude. »\n12. CONCERT DANBÉ. Exécution de Christophe Colomb, ou la Découverte\ndu nouveau monde, ode-symphonie en quatre parties, paroles de Méry, Ch.\nChaubet et Sylvain Saint » Etienne, musique de M. Félicien David. Les\nchœurs sont chantés par la Société Amand Chevé, les soli, par madame\nBarthe-Banderali, MM. Vergnet et Hermann-Léon.\n13. SALONS ERARD. Soirée musicale donnée par Emile Pessard, pour\nl'audition de ses œuvre?. Entre autres compositions, M. Pessard fait entendre :\nune Grande Marche triomphale, pour deux pianos; une Rêverie, pour cor et\npiano; un Ave Maria, un duo bouffe (Oreste et Pylade), plusieurs mélodies\nvocales, divers morceaux de piano, et une opérette bouffe en un acte, Don\nQuichotte>, paroles de M . J. Deschamps (î ).\n14. SALONS ERARD. Première séance de musique de chambre (2E année),\ndonnée par MM. Des jardins, Taudou, Lefort et Rabaud. THÉÂTRE DES\nMENUS-PLAISIRS. Première représentation de Minuit, opérette en un acte,\nparoles et musique de M. Eugène Moniot.\n15. CONCERTS POPULAIRES. Première audition de Patrie, ouverture dra-\nmatique de M. Georges Bizet.\n16. SOCIÉTÉ CLASSIQUE. Première audition d'un quintette de M. Chaîne,\npour instruments à vent.\n18. FOLIES—BERGERE, La Fille de Dagobert, operette en un acte, naroles\nde M. Hermil (Milher, des Folies-Dramatiques), musique de M. Eugène\nMoniot.\n19- ODÉON. Nouvelle exécution de Marie-Magdeleine, drame sacré en\ntrois actes et quatre parties,poème de M. Louis Gallet, musique de M. Jules\nMassenet, déjà exécuté Tan dernier à ce théâtre, avec un grand succès. L'in-\nterprétation est confiée cette fois à madame Gueymard (Méryem), mademoi-\nselle Charlotte Salla (Marthe), MM. Bosquin (Jésus) et Bouhy (Judas).\nSALONS ERARD. Première des « six petits concerts » donnés par M. Charles-\nValentin Alkan, pour l'audition de ses œuvres. Distribution, aux membres\nde l'Assemblée nationale, du rapport de M. Caillaux sur la question du nou-\nvel Opéra.\n\n(i) A cette date jdu i 3 février, nous enregistrons,, à titre de simple curiosité, la pre-\nmière représentation, au théâtre des Variétés, d'un à-propos en un acte, de M, Wil-\nliam Busnach, intitulé : VOpéra aux Italiens,"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "235", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.52", "texte": "CHRONOLOGIE\n\n2J FOLIES-DRAMATIQUES. 365E représentation de la Fille de madame\nAngot, opéra bouffe en trois actes, paroles de MM. Clairville, Siraudin et\nV.Koning, musique de M. Charles Lecocq. Ce fait, d'une pièce jouée trois\ncent soixante-cinq fois, c'est-à-dire pendant tout le cours d une année, sans\ninterruption aucune, est probablement sans exemple dans l'histoire du théâtre\nen tout temps et en tout pays. Nous n'en voulons tirer aucune conclusion, et\nnous en prenons acte à titre de simple curiosité. A cette occasion, les au-\nteurs intercalent dans leur ouvrage une scène nouvelle, intitulée le Retour de\nmadame Angot, et exécutée par M. Millier. BORDEAUX (Cercle philharmoni-\nque). Concert donné parle grand pianiste Francis Planté, en compagnie de\nM. Sivori, l'excellent violoniste, et de M. Fischer, violoncelliste. Ce concert\nest le premier de toute une série de grandes séances musicales que M. Planté\net ses deux compagnons doivent donner à Toulouse, Béziers, Montpellier,\nNîmes, Avignon, Marseille, Toulon, Nice et Lyon.\n22. CONCERTS POPULAIRES. Première exécution de Phèdre, ouverture nou-\nvelle de M.Jules Massenet. CONCERT NATIONAL. Première exécution, par\ntous les instruments à cordes, de Y Adagio e scherzo du premier quatuor de\nM. Vaucorbeil.\n25. _ OPÉRA-COMIQUE. Première représentation du Florentin, opéra co-\nmique en trois actes, paroles de M. de Saint-Georges, musique de M. Charles\nLenepveu, premier grand prix de Rome en 1865.\n\nA. P."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "236", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.53", "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nCORRESPONDANCE\nLe Directeur des Beaux-Arts,\nPH. DE CHENNEVIÈRES.\n. Arthur Heulhard, directeur de la Chronique musicale,\nvient de recevoir du Ministère de l'lnstruction publique\net des Beaux-Arts la dépêche suivante :\nMonsieur,\nJ 1 ai Vhonneur de vous annoncer que, par arrêté, rendu sur ma propo-\nM. le Ministre vient de souscrire à vingt exemplaires, au prix\nde 40 francs l'un, de la Chronique musicale (année 1874).\nJe suis heureux, Monsieur, de vous faire connaître cette marque de\nVintérêt qu'inspire à M. le Ministre votre publication , et vous prie\nd'agréer ïassurance de ma considération très distinguée.\n\nFAITS DIVERS\na Chronique musicale rendra compte prochainement, sous la ru-\nbrique : Bibliographie musicale, des divers ouvrages qui lui ont été\nenvoyés. Citons dès aujourd'hui les titres des principaux :\nTRAITÉ DE L'EXPRESSION MUSICALE. - Accents, nuances et mouvements dans\nla musique vocale et instrumentale, par M. Mathis Lussy (Paris. Heugel, 1874,\n1 v. gr. in-8).\nECOLE PRIMAIRE DU CHANT CHORAL. Manuel de l'Orphéoniste, par M. Louis\nDessane (Paris. Brandus, 1 v. gr. in-8).\nTRAITÉ THÉORIQUE ET PRATIQUE DE L'ORGANISATION DES SOCIÉTÉS MUSICALES,\nHarmonies et fanfares suivi d'une instruction détaillée sur les concours\nde musique, avec les divers documents qui s'y rattachent, à l'usage des chefs-\ndirecteurs, par P. Clodomir (Paris. A. Leduc, 1873, 1 v. in-16).\nMUSIQUE ET MUSICIENS, par M. Guy de Charnue? (Paris. Librairie musicale\nPottie; de Laiaine, 2 v. in-24)."}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "237", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.54", "texte": "VARIA\n\nAUBER. Ses commencements, les origines de sa carrière (Paris. Pottier\nde Lalaine, 1873, brochure in-18).\nA PROPOS DE L'EXÉCUTION DU MESSIE DE HAENDEL, au Cirque des Champs-\nElysées, le 19 décembre iBy3, par M. A. P. (.Arthur Pougin) (Paris. Imp.\nChaix, 1873, in-18).\nLA MUSIQUE ET LES PHILOSOPHES AU DIX-HUITIÈME SIÈCLE, par M. Adolphe\nJullien, brochure in-8).\nTRENTE-SIX BALLADES JOYEUSES, par M. Théodore de Banville, précédées\nd'une histoire de la ballade, par M. Ch. Asselineau (Paris. Lemerre, 1873,\n1 v, in-18).\nLE VOYAGE INTERROMPU, comédie en vers, par M. Daniel Bernard (Pa-\nris, gr. in-8, Laplace et Sanchez, 1873).\nDans la dernière phrase de l'article : le Réalisme dans l'Opéra-Comique,\nparu dans notre numéro du i 5 février, M. Barthélémy dit : « C'est sur les\nTroqueurs, de Vadé, qu'Hérold écrivit son premier essai d'opéra-comique. »\nAvant les Troqueurs, Hérold avait écrit pour l'Opéra-Comique Charles de\nFrance, en collaboration avec Boieldieu, les Rosières, la Clochette et le\nPremier Venu.\nLe Florentin, comme la Coupe du Roi de Thulé, est le résultat du con-\ncours ouvert, par le maréchal Vaillant, en 1867.\nVoilà donc enfin deux des ouvrages couronnés qui auront vu le feu de la\nrampe.\nIl en reste un troisième, celui qui était désigné au Théâtre-Lyrique ; il a\npour titre : le Magnifique ; pour parolier : M. Jules Barbier; pour musi-\ncien : M. Jules Philippot,\nIl est ouvert, par l'Académie des beaux-arts, un concours de poésie,\ndont le sujet est une scène lyrique destinée à être mise en musique par les\nconcurrents aux grands prix de Rome de 1874.\nCette scène, à trois ou à deux personnages, doit donner matière à un solo\nplus ou moins développé pour chaque personnage, à un duo, et en outre à un\ntrio, si la scène est à trois voix, ainsi qu'à des récitatifs reliant ces différents\nmorceaux.\nUne médaille de 500 francs sera accordée à l'auteur de la scène choisie\ncomme texte du concours.\nL'auteur devra se mettre à la disposition de la section de musique, des\nbeaux-arts, pour faire les changements jugés nécessaires.\nLes pièces de vers devront être adressées, par paquet cacheté, au secrétariat\ndu Conservatoire national de musique et de déclamation jusqu'au vendredi\ni 3 mai, date de rigueur.\nLes pièces de vers ne seront pas signées.\nChaque pièce portera seulement une épigraphe reproduite sur un pli ca-\ncheté, contenant le nom et l'adresse de l'auteur.\nIl ne sera reçu que des pièces inédites Les manuscrits ne seront pas rendus.\nL'Assemblée nationale a voté sur la proposition de M. de Belcastel, ten-\ndant à frapper chaque piano d'une taxe de dix francs / l'amendement a été\nrejeté."}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "238", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.55", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nr 0\n— M. Edouard Colonne succède à M. Edmond Guion, comme chef d'or-\nchestre de la Société philharmonique.\n— Burgmuller, compositeur bien connu, quia écrit les ballets de la Péri,\nde Lady Henriette, en collaboration de MM. Deldevez et Flotow, auteur de\nla charmante valse intercalée par Adolphe Adam, dans Giselle, et de nom-\nbreux morceaux de piano fort estimés, vient de mourir à Beaulieu, commune\nde Marolles. Il était né à Ratisbonne, en 1807.\n— M. Vianesi, l'excellent chef d'orchestre du Théâtre-Italien, nous\nannonce son prochain départ pour Londres, où il va reprendre, à Covent-\nGarden, le bâton de commandement pour la saison théâtrale de 1874.\nDans sa lettre, M. Vianesi exprime le sentiment de gratitude profonde\nqu'il éprouve pour le public parisien, dont les suffrages et la sympathie ont\nfait de son séjour parmi nous; dit-il, le plus cher souvenir de sa carrière\nmusicale.\nM. Vianesi regrette Paris ; le public des Italiens le lui rend de tout cœur.\nMais M. Vianesi ne nous dit pas adieu pour toujours, et nous espérons que\nl'éminent artiste nous reviendra dans un avenir prochain.\n—- Le Ministère des Beaux-Arts vient d'accorder des indemnités aux So-\nciétés suivantes :\nSociété classique de musique de chambre Fr.. . 5oo\nSociété nationale de musique . — ... 400\nSociété Beaulieu — ... 400\nSociété philharmonique — . . . 400\n\nNOUVELLES\n\nARIS. La Société des Concerts du Conservatoire, après l'audition\nde diverses œuvres de compositeurs français, a décidé qu'elle exécu-\nterait dans l'un de ses concerts un chœur avec orchestre de M. We-\nkerlin. Ce morceau est tiré du Jugement dernier, poésie de Gilbert,\net a pour titre : Chœur des Élus.\nItaliens. Une indisposition de mademoiselle de Belocca retarde pour\nquelques jours, aux Italiens, la Sémiramide de Rossini, chantée par MM. Pa-\ndilla, Benfratelli, Fiorini; mesdemoiselles de Belocca et Belval.\nMadame Penco , retour de Russie, va peut-être jouer Nofma au\nThéâtre-Italien.\nOpéra-Comique. La nomination de Mi C. du Locle à la direction de\nrOpéra-Comique a été signée par le ministre. M, de Leuven reçoit, à titre\nd'indemnité de son associé, une somme de i 50,000 francs,"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "239", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.56", "texte": "VARIA\n\nLe premier acte de M, Camille du Locle, depuis qu'il est seul directeur\nde l'Opéra-Comique, a été de s'entendre avec M. Massenet pour l'audition, à\nTOpéra-Comique, de Marie-Magdeleine, qui a obtenu un si grand succès à\nl'Odéon.\nLa symphonie du jeune maître aura pour solistes : madame Çarvalho ;\nMM. Bouhy, Duchesne.\nOn pense pouvoir donner la première audition dans une quinzaine de\njours.\nPour la circonstance, les choeurs seront considérablement renforcés.\nM. Gounod vient de promettre à M. du Locle qu'il sera prêt à lui don-\nner, l'hiver prochain, un ouvrage en trois actes.\nGaîté. On prête au maestro Offenbach l'intention de monter le Songe\nd'une nuit d'été, de Mendelssohn, sur des paroles de MM. Vacquerie et\nMeurice.\nNous pouvons aujourd'hui compléter la nouvelle.\nComme le Songe d'une Nuit d'Eté ne constituerait pas tout un spectacle,\nOffenbach donnera en même temps, pour finir gaiement la soirée, la\nfarce de M. de Pourceaugnac, mise en musique par un jeune musicien de\nbeaucoup de talent, M. Eugène Guiraud, l'auteur de Madame Turlupin et\nde Gretna-Green.\nRenaissance. M. Litolff se voue entièrement à la musique bouffe : il\nvient de signer un traité avec M. Hostein, directeur de la Renaissance, par\nlequel il s'engage à donner à ce théâtre une opérette pour le mois de sep-\ntembre prochain.\nVariétés. Mademoiselle Schneider fera sa rentrée dans la Péricholc, à\nlaquelle MM. Meilhac et Halévy sont en train d'ajouter un acte, ainsi que\nnous l'annoncions dernièrement.\nL'lle de Tulipatan passe aux Variétés, où Berthelier, Léonce, Cooper\net madame Aline Duval vont la jouer dans quelques jours, à la fin du spec-\ntacle, pour remplacer ïOpéra aux Italiens.\nPalais - Roy al. Les directeurs du Palais-Royal ont demandé à MM. Mei-\nlhac et Halévy une pièce pour la Mi-Carême, qui portera justement ce titre :\n« La Mi-Carême » et qui sera jouée par Gil Perez et Lhéritier.\nPorte-Saint-Martin. La grande féerie scientifique de MM. d'Ennery et\nVerne : le Tour du Monde en quatre-vingts jours, sera jouée à la Porte-Saint-\nMartin, aux vacances prochaines.\nLa direction espère bien que les Deux Orphelines tiendront l'affiche jus-\nque-là.\nBouffes-Parisiens. La Branche cassée ne pouvant tenir l'affiche des\nBouffes jusqu'à ce que les Parisiennes soient prêtes, ce théâtre va donner pro-\nchainement, jusqu'à fin mars, un spectacle coupé.\nVoici quelle sera la composition du programme :\nUn lever de rideau, de MM. Paul Avenel et Hubans ;"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "240", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740301-01.1.57", "texte": "LA. CHRONIQUE MUSICALE\nPans. Imprimerie Alcan-Lévy, rue de Latayette, 61.\nPropriétaire-Gérant : Q/l P\\JTH UIIE ULH&J\n\nLes Pattes blanches, de M. Laurent de Rillé ( reprise ) ;\nMariée depuis midi, de MM. Busnach, Liorat et Jacobi, saynète pour ma-\ndame Judic toute seule. Cette petite pièce, inédite pour le public parisien, a\nété jouée par madame Judic à Bruxelles avec succès ;\nEt enfin, le Bouton, opérette de MM. Bernard et Talexi, faite expressé-\nment pour madame Peschard.\nAmbigu. M. Dupeuty se fait l'écho d'une nouvelle combinaison lyrique\nconcernant Y Ambigu. Le célèbre ténor Roger s'associerait avec M. Meyer pour\ny créer un deuxième théâtre de l'Opéra-Comique, jouant tous les grands ou-\nvrages négligés ou abandonnés par la salle Favart, et que leurs auteurs peuvent\nretirer au bout d'un an et un jour, le Val d'Andorre, par exemple ; les Mous-\nquetaires de la Reine, etc.\nLa troupe serait déjà arrêtée dans les projets de Roger, qui, en outre, ferait\ndébuter successivement ses élèves. Nous mentionnons cette nouvelle sous\ntoutes réserves.\nCasino-Cadet. La direction du Casino-Cadet vient d'engager un nouvel\norchestre de dames, composé exclusivement de dames.\nLe premier concert aura lieu dans quelques jours, dans les salons du Casino,\net sera offert à la presse parisienne.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}