{"numero_id": "bm-bmtnabc-1874-03-15-01", "volume": "bmtnabc_1874-03-15_01", "ocr_sha256": "12a0c00d583f7a988cd1e67459084046c854ddd7bfed6f39640ec1206ade8dc5", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabc/issues/1874/03/15_01/bmtnabc_1874-03-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabc/issues/1874/03/15_01/bmtnabc_1874-03-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabc-1874-03-15-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-03-15_01#c001", "volume": "bmtnabc_1874-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 1", "page_fin": "244", "image_debut": 1, "image_fin": 4, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.2.1", "titre_corps": "LE PAGE DE MUSIQUE", "titre_sommaire": "LE PAGE DE MUSIQUE", "signature_source": "PAUL ARÈNE", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.1", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1048, "texte": "LE PAGE DE MUSIQUE\n\nUOIQUE je ne sois ni comte ni marquis, raconte d'As-\nsoucy en ses aventures burlesques, je ne laissais pas\nd'avoir deux pages à ma suite, vêtus de noir, triste\net funeste couleur bien digne de mes tristes et fu-\nnestes aventures. Ces pages étaient de ceux qu'on ap-\npelle pages de musique, autrement des chantres à\nchausses retroussées, C'est pourquoi, outre mon équipage, qui n'était pas\nd'un peigne dans un chausson, je faisais porter mon luth, pour me\ndivertir et les instruire. »\nUn page de musique ! Le nom seul fait rêver. Vie bizarre et char-\nmante de s'en aller ainsi à travers pays, étudiant la musique, non la\nguerre, portant non comme les pages d'autrefois la lance et l'écu d'un\nchevalier, mais ce qui peut-être vaut mieux, le théorbe ou le luth et le\nlivre de tablature de quelque poète-chanteur.\nLes bons jours, certes ! ne manquaient pas. C'est Madame Royale qui\nfait venir, voulant entendre leur chanson nouvelle, le maître et l'élève à\nson palais de la Vigne. C'est un prieur, c'est un légat qui les régalent de"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "242", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.2", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2707, "texte": "vin épiscopal, de vin papal. On se dispute leur compagnie. Devant eux,\ntout le long du chemin, les châteaux s'ouvrent ; au maître, des florins\npar poignées; à l'élève un habit tout couvert de passements d'or, une\ntoque à plumes, un poignard, donnés en cadeau. Grande joie, musique\net bombance! Parfois aussi, pour le gentil enfant qui se tient là, timide,\nderrière son maître, des joies plus douces ; car on est presque homme à\nquinze ans, et si les seigneurs, les bourgeois, aux seizième et dix-septième\nsiècles, raffolaient de chants italiens, nobles dames et bourgeoises du\nmême temps aimaient fort, paraît-il, les yeux noirs venus d Italie.\nPuis les séjours dans les bonnes villes : confrères qu'on rencontre,\njoyeux compagnons qui vous font fête, aventures de grande route et\nd;auberge, amours de passage, duels pour un air ou pour un couplet.\nL'apprenti musicien avait sa part de tout, parfois au détriment de la\nmusique, témoin ce Pierrotin, page de d'Assoucy, qui perdit la voix à\nforce de boire.\nIl y avait la misère aussi. Les portes ne s'ouvraient plus, les oreilles\nrestaient insensibles. On traversait des saisons dures, chantant au cabaret\npour le menu peuple, avec des plumets lamentables et des pourpoints\ndu temps jadis. L'art y gagnait, car le maître, la poche vide, rentrait au\nlogis de bonne heure, et la leçon du page en était plus longue.\nLe pire de tout, c'est quand le maître disparaissait, mis en prison pour\nquelque méchante affaire : mœurs par trop italiennes, petit air dont les\nparoles équivoques avaient scandalisé une présidente. Cest quand le\nmaître venait à mourir, laissant tout seul, en pays étranger, son page,\nson petit page de musique.\nJ'ai lu autrefois, dans une gentilhommière du Haut Dauphiné, moitié\nferme, moitié château, la lettre d'un petit page de musique, abandonné\nainsi, pendant toute une saison de neige. Cette lettre n'est jamais partie.\nOn la conserve encore aux archives, parmi d'autres paperasses,\n« Qu'il fait froid ici, sorella mia, et que ton Giovannino est mal-\nheureux ! Tu le sais, au printemps dernier, quand il signor Antonio, mon\nmaître, me jugea, malgré mon âge, assez fort en musique et pour la\nvoix, il se mit à parler de Paris. Paris est loin, disait-il, mais on chante-\nrait en route. À Paris, la reine est une Médicis. Avec un luth et quel-\nques beaux airs, à Paris, on est sûr de la fortune. Paris, toujours Paris.\nEt toujours la Reine, la Cour ! Donc, un beau matin nous partîmes.\nEnsemble avec nos instruments et nos livres, nous emportions ce\ngrand Pulcinella napolitain tout de blanc vêtu et sanglé de cuir, qu'An-\ntonio a lui-même taillé dans le bois et qui nous faisait tant rire, Tan passé\nsur la Piazzetta."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "243", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.3", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2639, "texte": "Povero Pulcinella ! il n'a pas eu de bonheur, ni moi non plus d'ailleurs,\net le vieil Antonio moins encore.\nTout alla bien les premiers mois, une fois sortis d'ltalie. C'était la Pro-\nvence ; figure-toi, sorella, un pays qui ressemble à notre pays : la mer,\nun beau soleil, des treilles sur des maisons blanches, et des villages, et de\ngrandes villes! C'était plaisir de voyager. Puis un parler presque italien,\ndes gens toujours prêts à chanter, toujours prêts à rire. Nos duos, ins-\ntruments et voix, faisaient merveille, et Pulcinella, bien que tous ses laz-\nzis ne fussent pas compris, avait des succès sans pareils. Le brave monde !\net la belle France que cette France !\nIl fallait pourtant la quitter. Mon maître, tout joyeux, répétait :\nParigi ! Parigi ! ! Nous nous enfonçâmes donc dans la montagne, tirant\nvers Lyon, c'était notre plus court.\nQuel chemin ! petite sœur, quel chemin ! ! Des montagnes, toujours\ndes montagnes. De loin en loin un pauvre village ; et le ciel qui devenait\nmoins bleu, et le parler, à mesure que nous montions, qui se faisait\nbarbare. Mes chansons ne plaisaient guère, sorella ; quant à Pulcinella,\non ne le comprenait plus.\nNous étions sombres, Antonio et moi ; Pulcinella lui-même semblait\nmélancolique. Dans les auberges où nous entrions, Pulcinella manquait\nd'entrain et de verve, son œil rouge s'éteignait, sa face de coq s'attristait.\nIl gèle, povero ! il gèle faute de soleil, disait Antonio en essayant de\nsourire. Puis il répétait ; Parigi ! Parigi ! ! pour nous rendre un peu\nd'espérance.\nEt le froid, avec cela, qui venait. Le froid, la pluie, quelle misère !\nNous avions vendu l'âne. Je portais les livres et les luths ; Antonio\nallait devant, son petit théâtre sur le dos, par les champs mouillés, par\nles Chemins pleins d'ornières. Va maie! va maie! murmurait-il, Paris\nest trop loin. Trop loin, Parigi! ! D'ailleurs nous n'avancions plus guère,\ncar le vieux maître se fatiguait.\nUn jour, il tomba de la neige, et puis il en tomba tous les jours. Bien-\ntôt, ne pouvant aller plus loin, nous nous arrêtâmes dans un village. On\nnous dit que les chemins étaient bloqués pour un mois, qu'il nous fau-\ndrait attendre la bonne saison. Attendre, sans argent ! cela découragea le\nvieil Antonio. « Aï ! soupira-t-il, aï povero Pulcinella ! »\nLe soir, près d'un feu de sapin où les paysans nous avaient fait place,\nAntonio, à la flamme claire, voulut me donner sa dernière leçon, sa der-\nnière, entends-tu, sorella? mais je ne savais pas que ce fût sa derniere.\nPuis il m embiassa plus fort que de coutume, et nous montâmes au gre-\nnier, dormir pour cette nuit-là, dans le foin."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "244", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.4", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2647, "texte": "J'avais accroché le Pulcinella, tout mouillé, devant la lucarne, accro-\nché avec grand soin, sorella mia, à un clou solide. Au milieu de la nuit,\nun bruit m7éveille, un bien léger bruit. En face de moi, sur la clarté de\nla lucarne, blanc comme la neige et le clair de lune qui brillaient derrière,\nPulcinella se balançait. C'est bien naturel, sorella, un Pulcinella qui se\nbalance. Cela pourtant me faisait peur.\nAntonio! Antonio ! criai-je. Antonio ne me répondit pas. Je me re-\ntournai : Sur le mur du fond, dans la grande clarté qu'envoyait la lu-\ncarne, une forme noire se balançait. L'ombre de Pulcinella, sans doute.\nAntonio !... A ce moment (c'est le vent peut-être qui fît cela) le Pul-\ncinella se décroche, et tombe brisé en cent morceaux. Antonio!...\nMais, sur le mur du fond, la longue ombre noire continue à se balancer.\nAh! sorella mia, che cosa? Pombre du Pulcinella, c'était Antonio mon\nmaître, mon pauvre maître pendu à un clou.\nJe suis seul maintenant. On a enterré Antonio. Les gens du pays, le\nprétendant ensorcelé, ont voulu brûler son Pulcinella, les barbares!\nMais le printemps approche, j'irai à Paris et j'y jouerai à la cour une\nbelle chanson que j'ai composée à la mémoire de mon doux et cher\nmaître : Pulcinella nelle neve, Polichinelle dans les neiges, Polichi-\nnelle mort de froid !\nBonne chance à Paris, pauvre petit page de musique ! Car Antonio\navait dit vrai : à Paris, plus d'un page de musique a fait fortune. Marie\nde Médicis en ayant emmené plusieurs d'ltalie, la mode après elle, et\njusque sous Louis XIV, s'en continua.\nLulli, ce démon de treize ans, méchant et vif, et noir quoique fils de\nmeunier, était page de musique aussi, lorsque le chevalier de Guise le\nrencontra, jouant de la guitare, du violon, à travers les rues de Florence.\n« Apportez-moi un petit Italien, si vous en trouvez un de joli, » avait\ndit mademoiselle de Montpensier au chevalier de Guise. Et le chevalier\nrapporta Lulli, comme il eût rapporté un perroquet d'Amérique. Hélas !\nle pauvre Lulli ne plut pas ; il n'était pas assez joli, on le relégua aux\ncuisines. Et peut-être n'en serait-il jamais sorti, si le duc de Nogent,\npassant par là et l'entendant s'escrimer du violon et de la voix, entre\ndeux récurages de casseroles, ne s'était pris de caprice pour ses chansons\net ses menuets.\nMais n'est-ce pas lui que Roybet a peint, ce page de Musique devenu\nmarmiton, hélas! ce chantre à chausses retroussées, qui, rêvant peut-être\nd'ltalie, sans veste et les bras nus, sa toque florentine au plumet frippé\njetée par terre, chante, assis sur un banc de bois, d'un air énigmati-\nquement mélancolique?\n\nPAUL ARÈNE."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-03-15-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-03-15_01#c005", "volume": "bmtnabc_1874-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "245", "page_fin": "251", "image_debut": 6, "image_fin": 12, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.2.3", "titre_corps": "NAISSANCE ET DÉVELOPPEMENT DES CHANTS POPULAIRES", "titre_sommaire": "NAISSANCE ET DÉVELOPPEMENT DES CHANTS POPULAIRES", "signature_source": "LOUIS LACOMBE", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 6, "page_imprimee": "245", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.6", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1260, "texte": "NAISSANCE ET DÉVELOPPEMENT\nDES\nCHANTS POPULAIRES\n\n(1)\nA France est, par excellence, la terre des airs popu-\nlaires; elle en a produit un nombre considérable. Les\ncontrées méridionales, la Bretagne, l'Auvergne, le\nBerry, la Normandie, toutes ces belles provinces si\ndévastées naguères par la féodalité batailleuse , si\nunies à cette heure, ont produit des milliers de mé-\nlodies jetées à tous les vents par des auteurs ignorants, ignorés. J'y\nretrouve l'esprit guerrier, la sensibilité sincère, la foi, la grâce naïve\nde ce cher et doux pays hospitalier qui fut, de tout temps, généreux\net dévoué jusqu'au sacrifice. J'y retrouve l'histoire instructive de\nses luttes, la preuve de sa vaillance, la certitude des maux qu'il endura,\nla confidence de ses amours et , par intervalles, les francs éclats\nde son rire. Soit prévention, soit légèreté, Mozart se trompait donc\ngrossièrement lorsque, écrivant de Paris à sa sœur, il lui signalait avec\nun dédain superbe la pauvreté de nos vieux airs dont il ne pouvait, ne\nsavait ou ne voulait rien faire. Mieux avisés, Beethoven, Weber, Ros-\nsini, Schubert, Meyerbeer en tirèrent profit; Schubert en comprit le\ncharme pénétrant : un matin, il pressa la Muse française sur son sein et,\n\n(i) Voir le numéro du i 5 février."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "246", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.7", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2858, "texte": "de ce chaste embrassement, naquit une de ses plus jolies compositions.\nSans vouloir rabaisser aucune de nos gloires, j'ose affirmer que les airs\nfrançais attendent encore le génie qui saura s'en servir, s'inspirer de leur\nbeauté, s'imprégner de leur parfum. Je ne conteste pas, certes, la finesse\nd'Auber, le talent d'Halévy, le sentiment d'Hérold, mais enfin je me\npersuade que l'énergique initiatrice à laquelle j'appartiens ne s'est pas\nincarnée tout entière, musicalement parlant, dans un de ses enfants. Le\ndrame lyrique, d'ailleurs, c'est ma conviction, prendra prochainement\nen France des proportions inconnues. Une ère nouvelle s'ouvre, favo-\nrable à l'unité de composition, et on verra sous peu combien la France\ndont l'instinct scénique n'est un mystère pour personne, tenait en ré-\nserve de ressources dramatiques et de trésors mélodiques, combien sa\ngrande et souple intelligence, magnifiquement développée dans tous les\nsens, était apte à aborder les plus hautes conceptions artistiques. A\nl'exemple de Mermet et de Richard Wagner, les maîtres, se chargeant\nde la composition totale de leurs œuvres, ne tarderont pas à écrire eux-\nmêmes leurs poèmes et leurs partitions.\nQuand ils prendront ce parti, qui est le bon, ils ne seront plus dans\nla sotte obligation de se livrer pieds et poings liés au premier marchand\nde paroles venu, de courir après des faiseurs de livrets informes sinon\nimmondes, de se commettre avec les fabricants d'une certaine prose où,\npour me servir d'un calembour vulgaire, les vers se sont mis, Alors les\nhommes éminents, libres de traiter à leur manière les sujets qui leur plai-\nront, dégagés des liens incommodes de la collaboration, donneront une\nhomogénéité réelle à leurs productions. J'entends d'ici les bourdonne-\nments injurieux, les objections, les réclamations, les ricanements, les\npropos intéressés que ne manquera pas de soulever cette théorie... outre-\ncuidante; mais je n'en prends nul souci. Et voyez comme cela se trouve!\nje relisais justement ces jours derniers la fable de mon ami La Fon-\ntaine, intitulée : Le Meunier, son fils et l'âne, et voilà que je ris des\nrieurs. Et ceux-ci de s'écrier : «Y songez-vous? Où déterrera-t-on, je\nvous prie, ce poète habile qui sera aussi un habile maestro? Quelle na-\nture d'élite sera suffisamment forte, suffisamment instruite, suffisam-\nment versée dans des arts si différents, la poésie, la musique, pour\nmener à bien une pareille entreprise ? Michel-Ange était à la fois archi-\ntecte, sculpteur, peintre et poète, nous le savons ; mais les Michel-Ange\nne foisonnent pas. Souvenez-vous de ce pauvre Rousseau et de son\nvin du Village! Est-il prudent que le musicien repousse orgueilleuse-\nment les littérateurs manœuvres? N'est-il pas avantageux pour lui d'avoir\nà sa disposition de petits vers qui ne disent rien et qu'il peut désarti-"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "247", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.8", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2685, "texte": "culer à sa fantaisie. N'y aura-t-il pas ingratitude de sa part à reléguer\navec mépris dans un coin les canevas usés sur lesquels il promène jusqu'à\nprésent ses broderies sonores? Sera-ce chrétien d'arracher à leur piédes-\ntal de carton et de renvoyer à des portes qui ne s'ouvriront plus pour\neux, des hommes honorables, accoutumés à tracer, dans l'ombre et le\nmystère, des rimes si utiles, à élever des charpentes si soigneusement\nconstruites?)) Tranquillisez-vous, mes chers et malins contradicteurs;\ndès qu'un progrès est entrevu, des hommes se trouvent qui le réalisent.\nEn ce qui vous concerne, soyez sans inquiétude : il y aura toujours des\ncompositeurs de votre force que vous comblerez d'aise en leur confiant\nvos libretti à situations brillantes et à rimes faciles.\nJe reviens à mon esquisse.\nLes Infidèles, très fidèles à leur parole, par parenthèse, forment leur\ngamme de deux tétracordes appartenant au mode mineur et à des tons\ndifférents; ces tétracordes se composent l'un et l'autre de quatre sons\ndont la disposition amène les intervalles suivants : une seconde mineure,\nune seconde augmentée, une seconde mineure. Il résulte de là que, si\nnous prenons sol pour point de départ, le premier tétracorde sera en ut\nmineur et que le deuxième, commençant à ré, sera en sol mineur. Signa-\nler cet assemblage bizarre, cette union anormale et forcée, c'est montrer\nque les airs turcs ne finissent jamais, car, en définitive, aucun des tons\nemployés alternativement n'ayant le temps de s'établir, l'oreille reste en\nsuspens, attirée qu'elle est vers une double conclusion. Pareils à certains\népoux, liés mais non unis, et plus pressés de proclamer leurs droits réci-\nproques, de faire prévaloir leur volonté particulière que de s'entendre\nen mettant en commun dans une affection mutuelle leurs peines, leurs\njoies et leurs espérances, ces infortunés tétracordes, rivés ensemble à la\nmême gamme comme des forçats à la même chaîne, se querellent sans\ncesse. Cela n'empêche pas quelques motifs turcs de mériter notre atten-\ntion, et de la fixer par leur excentricité.\nLes naturels du Canada, et je les en félicite, ont deviné une des prières\nde la Muette : ces braves sauvages sont prophètes à leur façon. Quant\naux Chinois, ils ont prévu une des plus jolies marches de Cherubini. Ca-\nractériserai-je suffisamment ces jolis airs arabes en disant que ce sont\nde grands voyageurs et qu'ils émigrent volontiers d'un ton dans un\nautre ?\nMon confrère et ami, Charles Lévy, passant naguère à Constantino-\nple (il a un peu voyagé partout), entendit près de l'Hellespont (style poé-\ntique si Ton veut, vieux style à coup sûr), un individu qui, assis sur je"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "248", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.9", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2543, "texte": "ne sais quelles ruines, chantait sans accompagnement, à pleine voix et\navec upe justesse irréprochable, une mélodie arménienne. Gémissait-il\nsur le sort de l'Arménie morcelée, se plaignait-il de vivre sous la domi-\nnation turque, regrettait-il la bien-aimée absente?... ou morte?... C'est\nce que disaient sûrement les paroles; mais Charles Lévy ne sachant pas\nl'arménien (la chose est permise!), ne rapporta sur son calepin que le\nchant. Ce chant navrant contrastait avec le ciel musulman dont la splen-\ndeur, je présume, est un reflet du paradis de Mahomet et qui, le soir,\navec ses myriades d'étoiles scintillantes paraît contenir les yeux de toutes\nles houris. La mer gémissait dans les Dardanelles. Lévy fit de ses\ngémissements lointains un trémolo harmonieux pour l'air qu'il trans-\ncrivait.\nVoyageant plus rapidement encore que mon ami Lévy, je quitte à\npeine les Dardanelles que me voilà sur les bords du Rhin. Là, je ren-\ncontre une chanson à boire : Am Rhein ! am Rhein; le bon vin, paraît-\nil, inspire de tout temps les bons musiciens : les produits de la nature\nviennent en aide aux produits intellectuels. Les airs populaires allemands\nne sont point batailleurs, agressifs; au contraire : empreints d'une hon-\nnête médiocrité, humbles, lourds, bonasses, ils ne relèvent guère la tête\nqu'à l'époque où Luther entonne ses chorals. Puis, ils retombent dans\nleur mansuétude un peu servile. S'ils échappaient à la servilité, évite-\nraient-ils l'arrogance? Je soumets cette question à M. de Bismark. 11 est\nvrai que le grand chancelier n'est pas musicien... Bah! il se tirerait\nd'affaire en jugeant la chose par analogie!\nLa Pologne... ce qui fut la Pologne! est là tout près. La nation mar-\ntyre, étendue sur le sol, garrottée par\nUn géant hérétique\nQu'un monde a peine à contenir,\nest-elle morte? Non! son pouls bat! ses bras enchaînés se crispent, sa\ntête se hausse, son cœur se révolte. Ah ! fût- elle ensevelie, que, semblable\nà Lazare, elle sortirait de son sépulcre à la voix de Copernic, de Mic-\nkiewicz, de Chopin, trois hommes qui ont vécu parmi les astres et qui\nlui crient du milieu où ils résident : « Mère ! mère, tu es immortelle! »\nEn effet la Pologne, si jamais elle était effacée de la carte de l'Europe,\nserait toujours inscrite au livre de vie. Quand elle n'aura plus sa place\nsur le globe, elle l'aura dans le ciel, elle la conservera dans le souvenir\nreconnaissant des hommes. Chopin résume en lui ce noble pays où\nl'art, la science et le courage malheureux ont poussé un même cri :\nLiberté !"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "249", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.10", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2729, "texte": "Un fait me frappe avant tout autre quand je mets en regard les airs\nrusses, arméniens, persans et hongrois, c'est leur parenté éloignée mais\nréelle. Ornés et même un peu surchargés d'arabesques dont le caractère\noriginal et charmant transporte l'auditeur dans une sphère nouvelle, ces\nairs offrent des points de ressemblance et des différences très prononcés.\nS'il se rapprochent par l'usage et l'abus des fioritures, par le sentiment\npittoresque et poétique qui les a dictés, ils se séparent par les aspirations\ndiverses qui caractérisent fortement la physionomie des différents peu-\nples dont ils sont une émanation.\nSi là tendance au merveilleux, l'amour, la volupté naïve, le mobile\ndésir, la mollesse innée ou habituelle constituent le fond des mélodies\npersanes et arméniennes; si un malaise où perce, avec l'ennui de l'escla-\nvage, la conviction de ne pouvoir en sortir, se cache sous les ornements\nmélancoliques des thèmes russes dont toute virilité n'est pourtant pas\nbannie; si cette virilité annonce que les paysans serfs sauront un jour\nprendre rang parmi les nations ; en revanche, l'ardeur guerrière,, Tin\ndépendance conquise au prix de la vie, un penchant irrésistible à la\nrêverie, à la volupté tendre, le besoin d'imprévu, le souvenir presque\neffacé de contrées lointaines parcourues, habitées autrefois par les aïeux\net vaguement entrevues par les générations vivantes dans les mirages de\nTimagination, tout cela a son expression dans les chants nationaux\nhongrois.\nSi j'introduisais ici un Persan, un Russe et un Hongrois, on trouverait\nle premier porté aux raffinements de l'esprit, le second sauvage par état,\nle troisième épris de liberté à son heure, amoureux de légendes toujours,\nrêvant d'émigrations dans les étoiles.\nJéhova, le dieu formidable et vengeur, devait inspirer aux Juifs des\nmélodies terribles ou grandioses; la synagogue, en effet, nous a conservé\nquelques hymnes antiques ou très anciennes, dont la beauté âpre et sévère\nrépond parfaitement à l'idée qu'on se fait de l'être implacable que les\nIsraélites adorent. Pour eux, l'Eternel n'est pas seulement la justice, il\nest la la vengeance effrayante, atroce, sans bornes; pour nous,\nl'Eternel est surtout celui qui pardonne, c'est-à-dire la suprême puis-\nsance, la suprême intelligence, le suprême amour. Un abîme donc, on le\nvoit, sépare les mélodies juives des mélodies chrétiennes. Mon intention\nn'est point de les comparer entre elles, cela m'entraînerait trop loin; j'ai\nvoulu tout uniment indiquer d'un mot les côtés saillants par lesquels\nelles diffèrent.\nJe laisse en Espagne les boléros tapageurs, je saute à pieds joints par\ndessus les airs italiens, et je vais, me renfermant entre les Alpes, les"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "250", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.11", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2672, "texte": "Pyrénées, l'Océan et le Rhin, citer quelques-unes de nos richesses mu-\nsicales.\nNous sommes tellement accoutumés à entendre fredonner, brailler,\ndéfigurer nos airs dans les rues par les ivrognes, gens aussi étrangers au\nchant qu'aux bonnes mœurs, que nous ne nous rendons pas compte de\nl'effet que ces airs si maltraités produiraient, s'ils étaient chantés avec\ngrâce, avec esprit, avec vigueur par des artistes assez intelligents pour en\nrétablir le mouvement, pour les bien rhythmer, pour leur rendre tout\nleur charme. Reconstitués, en quelque sorte, grâce au talent d'habiles\nchanteurs ou d'exécutants consciencieux, ils reprendraient vite leur va-\nleur, seraient heureux de remonter sur le piédestal dont on les a contraints\nà descendre! Comme leur énergie, leur douceur, leur naïveté, leur hé-\nroïsme, leur gaieté, leurs qualités multiples, en un mot, gagneraient à\nêtre remises en évidence, en pleine lumière! La foule de ces pauvres airs\nméconnus se présente à ma mémoire, et, franchement, ils ont si bonne\ntournure, ils sont si vaillants, si vifs, si légers, si tendres, que je ne sais\nauxquels accorder la préférence.\nEt d'abord le Midi m'offre un noël admirable, autant par le rayon de\nfoi qui l'illumine que par sa simplicité touchante.\nFaisant entendre un soir ce noël à un feuilletonniste célèbre, que ses\nnombreux amis eurent la douleur de perdre prématurément il y a déjà\nplusieurs années, Joseph d'Ortigues, cet excellent homme le trouva si\nbeau qu'il me pria de le lui copier, ajoutant que son intention était de\nl'insérer dans un livre sur le plain-chant, ouvrage depuis longtemps en\npréparation et dont il rassemblait les matériaux; je m'empressai de co-\npier le noël et de le lui porter, vêtu de mon harmonie, bonne ou mauvaise,\nmais que d'Ortigues avait trouvée à son gré; il me remercia, publia\nson traité, y glissa mon travail, et ne me nomma pas... Molière prenait\nson bien où il le trouvait; moi, je reprends le mien où il est.\nQui ne connaît le roi Dagobert? Bien rendue, cette chanson drola-\ntique n'aurait-elle pas so'n originalité?\nIl pleut, il pleut bergère, est un modèle de grâce et de candeur.\nSans compter Au clair de la lune, varié avec succès parßoieldieu dan 3\nLes voitures versées, et avec talent par Moschelès; sans parler de : Oma\ntendre Musette, des airs bretons, si colorés, des airs normands qui ne\nsont pas bêtes, croyez-le, des airs berrichons et béarnais, de Vive Henri\nquatre, n'avons-nous pas la Marseillaise, c'est-à-dire le plus beau des\nchants patriotiques? n'avons-nous pas les airs bourguignons, les bour-\nrées d'Auvergne ?\nJe ne saurais trop le répéter : les trésors musicaux et populaires de la"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "251", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.12", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 781, "texte": "France sont incalculables et dignes d'elle. Vienne un vrai maître qui\nsoit le produit et non l'accapareur de ces trésors, un maître qui sache\nles utiliser, un maître auquel la qualité de Français ne fasse pas oublier\nla qualité plus générale d'homme, et vous le verrez se rapprocher rapi-\ndement du faîte de l'art. Il sera grand, parce qu'il aura mêlé à son âme\nla grande âme de la France. Je ne crois pas avoir exagéré le mérite\nintrinsèque de nos airs nationaux ; mais, me fussé-je rendu coupable\nd'un peu de partialité, on me le pardonnerait certainement, en se rappe-\nlant qu'au-dessus de l'amour de la patrie, je place l'amour des patries\nqui nous rapproche de tous les hommes, et l'amour du progrès qui nous\nrapproche de Dieu.\n\nLOUIS LACOMBE."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-03-15-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-03-15_01#c009", "volume": "bmtnabc_1874-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "252", "page_fin": "258", "image_debut": 13, "image_fin": 19, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.2.4", "titre_corps": "LA MUSIQUE A LA COMÉDIE – FRANÇAISE", "titre_sommaire": "LA MUSIQUE A LA COMÉDIE – FRANÇAISE", "signature_source": "JULES BONNASSIES", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 13, "page_imprimee": "252", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.13", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1622, "texte": "LA MUSIQUE\nA LA COMÉDIE - FRANÇAISE\n\n(0\nUELQUES années avant la fin du dix-huitième siècle, la\nComédie, qui maintenait avec tant d'énergie l'inté-\ngrité de son privilège contre les empiétements des\nforains, prit le parti de se mettre légalement, vis-à-\n-vis de l'Opéra, dans la situation que les bateleurs pre-\nnaient à son égard ; elle joua plus fréquemment, sans\nenfreindre les ordonnances, des pièces accompagnées de chant. Bientôt,\nquand les forains absorbèrent une partie de son public, et que l'Opéra-\nComique parvint à éluder les prohibitions réglementaires en traitant\navec l'Opéra, la plupart des comédies qu'elle joua furent entremêlées de\nvaudevilles et devinrent à peu près des opéras comiques. Pour éviter de\npayer une rétribution à l'Opéra, elle ne prit point de chanteurs ni de\ndanseurs externes, et sauf quelques infractions qui seront indiquées,\nse garda de dépasser le nombre de violons qui lui était accordé, mais\nelle engagea de préférence des comédiens qui savaient chanter et danser,\ncomme on le verra dans une liste que nous donnerons plus bas.\nElle exploita ce genre jusqu'à ce que TOpéra-Comique devînt considé-\nrable et se fondît avec la Comédie-Italienne, époque où la Comédie-\n\n(i) Voir les numéros des i 5 décembre 1873i5 janvier et i 5 février 1874.\nL'oubli d'une ligne et une confusion typographique nous font dire dans le numéro du\ni 5 février, que la musique d'Athalie fut refaite «en 1847, Par Boieldieu, pour la re-\nprise par Rachel. » Voici le véritable texte : fut refaite « en Russie, par Boiel-\ndieu , de iBo3 à iBri, donnée, à Paris, en 1838, et, en 1847, pour la reprise par\nRachel"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "253", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.14", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2362, "texte": "Française ne put soutenir la concurrence, et où, d'ailleurs, un autre\ncourant d'idées littéraires emporta vers le drame les auteurs qui travail-\nlaient pour elle. Nous aurions pu relever toutes les pièces à vaudevilles\net à divertissements que joua la Comédie pendant cette période de\nsoixante années; mais, outre que chacun est à même d'établir cette\nliste d'après des ouvrages spéciaux, nous avons crû préférable de ne si-\ngnaler que les pièces dont la musique fut conservée dans les recueils du\nthéâtre, où nous l'avons trouvée. Ce choix, qui a été celui des contem-\nporains, aura donc l'avantage d'indiquer les œuvres les plus importantes,\ncelles qui eurent le plus de succès, qu'on reprenait le plus souvent, qui\nrestaient, en un mot, au répertoire. Les sources dont nous parlons sont :\ni° un volume imprimé en 1753, —et par là même c'est celui qui ale\nplus d'autorité, dont nous avons déjà reproduit le titre exact et que\nnous avons rappelé ensuite abréviativement 1753 ; la Comé-\ndie en possède le seul exemplaire qui nous soit connu. Pour éviter les\nrépétitions, nous indiquerons ce document, lorsque nous aurons à\nle citer, par la lettre A, suivie du nombre d'airs qu'il contient : 20 le\nvolume manuscrit des Archives de la Comédie, intitulé\nçois., tome 11.1 l renferme souvent les mêmes airs que le Recueil de\n1753, et, pour beaucoup de pièces, il en donne un plus grand nombre.\nIl sera représenté par la lettre B. Les autres sources exigent une mention\nspéciale; c'est la Bibliothèque Nationale qui les possède toutes.\nL'Été des Coquettes,par Dancourt. Compositeur : Hurel, 1690.\nAi, B.\nL'Opéra de Village,Dancourt. Grandval, 1692. A 2, B. La musique\nen avait d'abord été faite par Raisin l'aîné.\nJe vous prens sans verd,La Fontaine. Raisin l'aîné, 1693. A 2, B.\nRec. d'Airs des Com.modem. Grandval en refit les divertissements.\nLa Sérénade,Regnard. Gilliers, 1693. Ai (La musique est aussi de\nRegnard; Gilliers ne fit que la retoucher).\nCom. mod., 1706, Ballard.\nSancho-Pança,Dufrény, 1694. Ai La musique des pièces de Du-\nfrény est également de lui. On la trouve dans l'édition de son théâtre.\nLes Vendanges, Dancourt. Grandval, 1694. Ai.\nAttendez-moi sous l'orme,Dufrény. Dufrény, 1695. A 2, B.\nd'Airs des Com. mod.\nLes Eaux de Bourbon,Dancourt. Gilliers, 1694. B.\nLa Foire de Be\\ons,Dancourt. Gilliers, 1695. Ai."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "254", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.15", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2176, "texte": "Les Vendanges de Suresnes,Dancourt. Gilliers, 1695. Ai.\nLe Moulin de Javelle,Dancourt. Gilliers, 1696. Ai, B.\nLes Vacances, Dancourt. 1696. Ai, B.\nLe Charivary, Dancourt. Gilliers, 1697. Al, B.\nLe Retour des Officiers,Dancourt. Gilliers, 1697. Ai.\nLes Curieux de Compiègne,Dancourt. Gilliers, 1698. Ai. im-\nprimés par Ballard ( exempl. broché à la Bibl. Nat.).\nLe Mary retrouvé,Dancourt. Campra, 1698. Ai, B.\nLa Noce interrompue,Dufrény. Dufrény, 1699. B-\nLa Fete de Village,Dancourt. Gilliers, 1700. Ai Reprise, en 1724,\nsous le titre de : Les Bourgeoises de qualité.\nLes Trois Cousines,Dancourt. Gilliers, 1700. A 2, B. Touvenelle,\ncompositeur et violon de la Comédie, y joua, sur le théâtre, un rôle de\nmusicien. Reprise, en 1724, avec un nouveau prologue.\nLes Trois Gascons,JLamotte et Boindin. Grandval, 1701. Ai.\nColin-Maillard, Chappuzeau; refait par Dancourt. Gilliers, Ai.\nLe Double Veuvage,Dufrény. Dufrény, 1702.\nLe Bal d Auteuil, Boindin. Grandval, 1702. Ai. Recueil d'Airs sé-\nrieux et à boire, Ballard {Exempl. broché à la Bibl. Nat.). C'est cette\ncomédie qui seivit de prétexte à la funeste institution de la censure.\nV Opérateur Barrg,Dancourt. Gilliers, 1702. Ai.\nLe Galant Jardinier, Dancourt. Gilliers, 1704. Ai, B.\nLe Port de Mer,Boindin et Lamotte. Grandval, 1704. Ai. Cette\npièce contient une léte marine. Le duc de Mantoue, se trouvant à Paris,\ny fit danser un de ses sauteurs, qui était d'une agilité extraordinaire.\nLe Diable boiteux, Dancourt. Grandval, 1707. Ai.\nL'Amour Diable,Legrand. Gilliers, 1708. Ai, B.\nLa Loire Saint-Laurent,Legrand. Grandval, 1709. A 2.\nLa Famille extravagante,Legrand. Gilliers, 1709. A3.\nL'Amour charlatan,Dancourt. Gilliers, 1710, Ai, B.\nL'Usurier gentilhomme, Legrand. Grandval, 1713. Ai.\nLes Letes du Cours, Dancourt. Gilliers, 1714. Ai. Airs gravés.\nLes Captifs, Roy. Quinault l'aîné, 1714- B. vé.\nLe Vert-Galant,Dancourt. Gilliers, 1714, B.\nLe Triple Mariage, 1716. Destouches. Gilliers, selon Leris ; Qui-\nnault, selon B.\nLe Prix de VArquebuse, Dancourt. Grandval, 1717. Ai.\nLa Metetnpsicose ou les Dieux-Comédiens, Dancourt. Moufet,\n1717. B.\nLe Roi de Cocagne,Legrand. Quinault, 1718. A4, B."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "255", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.16", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2056, "texte": "Momusfabuliste, Fuzelier. Quinault, 1719, Ai.\nCartouche,Legrand. Quinault, 1721. Ai. Lemazurier attribue le\npoème à Grandval le père.\nLe Galant coureur,Legrand. Quinault, 1722. Ai.\nLe Nouveau Monde,abbé Pellegrin. Quinault, 1722. A3. Le ballet\nétait d'Antoine-François Botot-Dangeville, le danseur de l'Opéra , dont\nle fils, Etienne, y fit l'Amour, et la fille, la célèbre Mademoiselle Dange-\nville, y dansa et chanta. Repris en 1746.\nLe Curieux de Reims...}... Grandval, 1725. Ai.\nLe Triomphe du Temps, Legrand. Quinault, 1725. Ar. Partitisn\ngravée, Paris, Flahault.\nLa Françoise Italienne,Legrand. Quinault, 1725. Ai. Le ballet\nétait de Dangeville.\nL'lmpromptu de la Folie, Legrand. Quinault, 1725. Ai. Fait corps\navec la précédente.\nLes Chevaliers...'!...Grandval, 1726. Ai. C'est probablement\nvalier errant,parodie de Y Œdipe de La Motte, joué, en 1726, a la Co-\nmédie-Italienne.\nLes Nouveaux Débarqués...?...Quinault, 1726. Ai.\nLa Nouveauté, Legrand. Quinault, 1727. Ai, Le compositeur, comé-\ndien, y chantait surtout, avec Mademoiselle Legrand, un duo qui fit le\nsuccès de la pièce.\nLa Tragédie en prose, Du Castre d'Aurigny. Grandval, 1730. Ai.\nLe Divorce,Avisse. Grandval, 1730. Ai.\nLe Mari curieux,d'Allainval. Grandval, 1731.' Ai. B.\nLe Complaisant,Delaunay ou Pont-de-Vesle. Quinault, B.\nRemis en 1734; Quinault, retiré, y reparut. Repris en 1754.\nLes Mécontens, La Bruère. Mouret, 1734. Ai.\nLa Grondeuse,Fagan. Mouret, 1734. B.\nLes Acteurs déplacef , L'Affichard. Grandval, 1735. Ai. Accompa-\ngnés d'un ballet grotesque.\nLe Mariage par lettre de change, Philippe Poisson. Grandval,\n1735. Ai. Divertissement gravé, Paris, Le Breton.\nL'Heure du Berger, Champmeslé, à l'Hôtel de Bourgogne, en juillet\n1672, ou Boizard du Pontau, 1737. Divertissement...par Faure, musi-\ncien de V orchestre de l'Opéra de Par\nLes Originaux,Fagan. Grandval, 1737. Ai. Font partie des\ntères de Thalie.Dugazon y ajouta la scène du maître de. danse, et\nl'exécuta d'une façon merveilleuse.\nLe Fat puni,Pont-de-Vesle. Grandval, 1738. A3."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "256", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.17", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1786, "texte": "Le Consentement forcé, Guyot de Merville. Grandval, 1738. Ai.\nEsope au Parnasse, Pesselier. Grandval, 173 g. Ai.\nLOracle, Saint-Foix. Grandval, 1740. A 2.\nJoconde, Fagan. Grandval,, 1740. Ai.\nDeucalion et Pyrrha, Saint-Foix. Grandval, 1741. Ai.\nLes Masques ou le Bal de Passy, Parmentier. Grandval, 1741, Ai.\nLes Souhaits,Grandval, 1741. A4. Ce ne doit pas être la comédie\nde Regnard.\nLa Fête d'Auteuil, Boissy. Grandval, 1742. A 2.\nAmour pour Amour, La Chaussée. Grandval, 1742. Ai.\nVlsle sauvage, Saint-Foix. Grandval, 1743. Ai.\nZénéide, Cahuzac. Grandval, 1743. Ai.\nL!Heureux Retour, Panard et Fagan. Grandval, 1744. A4. Le par-\nterre y chanta les louanges du Roi, de la Reine et du Dauphin avec les\nacteurs.\nLes Grâces, Saint-Foix. Grandval, 1744. Ai.\nL'Algérien, Cahuzac. Grandval, 1744. A4.\nLe Quartier d'Hiver, Bret, Dancourt et Villaret. Grandval,\n1744. Ai.\nLa Folie du Jour, Boissy. Grandval, 1745. Ai.\nL'Etranger, abbé Bonnet. Grandval, 1745. Ai.\nLe Rival de lui-même, Làchaussée. Grandval, 1746. Ai.\nLe Plaisir, abbé Marchadier. Grandval, 1747. A4.\nVlsle des Vieillards...l... Grandval, 1748. Ai.\nL'Heureux indiscretGrandval, 1751, A 2.\nLes Hommes, comédie-ballet, Saint-Foix. Giraud; 1753. A 2.\nNous voyons, en outre, sans indication de compositeurs :\nLe Magnifique, Quinault(i), 1631. Ai.\nLe Mary sans femme, Montfleury, à l'Hôtel de Bourgogne, 1663.\nRepris plusieurs fois. B.\nLa Comédie sans titre, Boursault, 1679, B. (Ce volume dit : 1683).\nReprise en octobre 1753,\nLa plupart de Ce s airs et des divertissements ôiit été refaits ou retou-\nchés, au dix-huitième siècle et dans celui-ci, par Deshayes, Desnoyers, Gi-\nraud etßaudron, successivement attachés à la Comédie. Leur musique se\n\ni) Celui-ci n'est plus le musicien-comédien, c'est le poètes"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "257", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.18", "debut_caractere": 45, "fin_caractere_exclue": 2781, "texte": "trouve dans un volume manuscrit, aux Archives du théâtre, intitulé,\nsur le plat : Théâtre-Français, tome\n_ Nous avons dit que, tout en restant dans la légalité, la Comédie s'en\nécarta quelquefois. En effet, nous voyons, le 20 juin 1716, un arrêt du\nConseil en faveur de l'Opéra contre les comédiens français, les condam-\nner en 500 livres d'amende, au profit de l'Hôpital-Général, pour une\ncontravention dans une représentation du Malade imaginaire du 12\njanvier, et à pareille amende pour seconde contravention dans une repré-\nsentation de la Princesse d Elidedu 4. mai, dans les entr'actes des-\nquelles ils ont fait exécuter des danses et entrées de ballets, et se sont\nservis d un plus grand nombre de voix et d'instruments qu'il n'est licite.\nL les décharge, « par grâce et sans tirer à conséquence, »de la\ndemande en dommages-intérêts faite par l'Opéra.\nCependant ils se mettent encore en contravention et reçoivent de\nnouveaux avertissements. En 1718, ils se plaignent, dans un mémoire,\nde leurs obligations envers l'Académie de Musique. Les défenses, disent-\nils, dont ils sont victimes ont été faites au profit de Lulli, quand l'Opéra,\nle lendemain de sa naissance, avait à assurer sa viabilité. Elles n'ont plus\nde raison d'être, maintenant qu'il a dépassé tous les théâtres d'Europe,\net que sa réputation et son luxe défient la Comédie elle-même. II nous\nîeproche nos neuf violons ou hautbois! Mais, lorsque nous avons été\nrestreints à six violons, nous n'avions qu'une petite salle, rue Maza-\nrine; iue des Fossés, nous en avons une plus grande, qui exige plus\nd instiuments. D ailleurs, la Comédie-Italienne s'en permet autant que\nnous, sans que l'Opéra s'en irrite, et les forains bien davantage. - Ce\ndernier trait est piquant. il fait allusion aux traités conclus entre l'Opéra\netl'Opéra-Comique, dont les Comédiens niaient la légalité.- Nous nous\nsommes conformés aux ordonnances relativement aux voix et aux dan-\nseurs; mais, quant aux instruments, nos anciennes pièces, que la Cour\nmême nous ordonne souvent de venir jouer, en réclament un plus grand\nnombre. Il faut uonc prendie un lemperament, et nous permettre de les\njouer avec tous leurs accessoires, les jours autres que ceux d'Opéra...\nEn conséquence, ils demandent qu on leur laisse les neuf violons ou\nhautbois dont ils ont pris sur eux de faire usage.\nLes suites de cette affaire nous échappent. Mais nous trouvons\nmentionné, dans les papiers de Beffara (Arch. de l'Opéra), un arrêt du\nConseil du 21 mars 1718, qui décharge les Comédiens des amendes qu'ils\nont à payer à l'Académie de Musique (pour les infractions de 1716 ou\npour de plus récentes? ) , mais qui confirme leurs obligations.\nLes défenses portées à l'arrêt du 20 juin 1716 sont renouvelées dans"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "258", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.19", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1842, "texte": "celui du lerIer juin 1730, qui confère à Gruer le privilège de l'Opéra, et\ndans une autre, du 11 novembre 1741? clui prononce comminatoirement\n10,000 livres d'amende contre les contrevenants, et que l'Opéra fait signi-\nfier aux Comédiens le 29 mai 1742.\nEn septembre 1746, Berger, le directeur, adresse une requete au\nConseil à propos de nouvelles infractions de ces derniers, qui ont em-\nployé plus de chanteurs et de musiciens qu ils ne le doivent. Lois des\nreprésentations de lu Fête interrompue, espèce d opéra de La Chaussée,\nen avril, un huissier du Conseil avait dressé procès-verbal, et Berger\ns'était plaint. Les Comédiens continuèrent. Ils reprirent le Nouveau\nMonde et Vlnconnu, cette dernière pièce qualifiée, dans leurs affiches,\nde comédie-ballet. Le 6 septembre, Berger leur fit signifier une seconde\nfois l'arrêt du 11 novembre 1741. Us n'en tinrent compte, et un procès-\nverbal du 7 constata que la pièce était jouée en cinq ballets exécutés par\ndes danseurs externes, avec changements de décorations, scènes de mu-\nsique, etc. Berger demandait 30,000 livres de dommages-intérêts ; un\narrêt du 3 octobre condamna les Comédiens à les payer, en leur défendant\nde récidiver. Il est peu probable, toutefois, qu'ils acquittèrent cette\nsomme : l'autorité dut, comme à l'ordinaire, en provoquer la décharge.\nL'oppression amenait, comme toujours, la révolte ; la Comédie secouait\nle joug ouvertement ! Elle avait même affiché, dans des documents pu-\nblics, son intention de ne plus respecter les ordonnances : son règlement\ndu 26 octobre 172 g, qui établissait quatre classes de comédiens adminis-\ntrateurs, et qu'elle fit imprimer, chargeait le troisième groupe c< de la\nsymphonie extraordinaire, des danseurs extraordinaires et de 1 orchestre\npour la symphonie, »\n(La suite prochainement.)\n\nJULES BONNASSIES."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-03-15-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-03-15_01#c013", "volume": "bmtnabc_1874-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "259", "page_fin": "263", "image_debut": 20, "image_fin": 24, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.2.5", "titre_corps": "L'ACHÈVEMENT DU NOUVEL OPÉRA", "titre_sommaire": "L'ACHÈVEMENT DU NOUVEL OPÉRA", "signature_source": "O. L", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 20, "page_imprimee": "259", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.20", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1381, "texte": "L'ACHÈVEMENT DU NOUVEL OPÉRA\n\nNE visite officielle vient d'être faite au nouvel Opéra par\nM. le Ministre des Travaux publics, accompagné de M. de\nBoureuille, son secrétaire général, et de M. de Cardaillac,\ndirecteur des bâtiments civils.\n« M. le Ministre dit le Journal officiel a pu constater que les\ntravaux étaient très avancés ; le grand escalier, accompagné de ses gale-\nries et le foyer sont surtout très près de leur achèvement. La salle et la\nscène sont, en apparence du moins, dans un moindre état d'avancement;\nmais M. Garnier a fait remarquer, en ce qui concerne la salle, que la\nplupart des ouvrages dont elle se compose s'exécutent au dehors dans\ndes ateliers séparés, et qu'il n'y aura bientôt plus qu'à les poser, ce qui\nse fera très rapidement.\n(( Quant à la scène qui, depuis les fondations jusqu'au sommet, pré-\nsente une hauteur totale de quatre-vingt-dix mètres, tout se prépare pour\nrecevoir la machinerie qui se fabrique également dans divers ateliers à\nl'extérieur. Il y a là évidemment un grand effort à faire, mais M. Gar-\nnier a déclaré au ministre que toutes les mesures avaient été prises et\nque, si les crédits nécessaires étaient accordés par l'Assemblée, cette par-\ntie du monument, comme toutes les autres, serait prête pour l'exploita-\ntion de l'Opéra à la fin de l'année. »\nPour faire suite à des assurances consolantes, voici quelques passages du"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "260", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.21", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2266, "texte": "remarquable rapport présenté par la commission du budget à l'Assemblée\nnationale sur l'achèvement du nouvel Opéra. Ce rapport est suivi d'une de-\nmande de crédit.\n« C'est en 1861 que l'Opéra nouveau a été entrepris, après un brillant\nconcours qui plaça M. Garnier au premier rang. C'est au commence-\nment de 1875 qu'il sera complètement terminé, et par conséquent sa\nconstruction qui, dans le principe, devait durer cinq ans, en aura duré\nprès de quatorze, près de trois fois plus de temps qu'on ne 1 avait prévu.\n« La dépense annoncée à l'origine sera augmentée dans la même pro-\nportion, et s'élèvera de 12 à 36 millions. »\nUne des raisons invoquées en 1861 pour justifier l'édification d'une nou-\nvelle salle d'Opéra, c'est qu'il y avait déjà péril à habiter l'ancienne « qui\ns'affaissait et qu'on ne soutenait qu'artificiellement. »\n« Enfin, répondant à certaines préoccupations exprimées au sujet [de\nla dépense, M. Barôche, ministre présidant le conseil d'État, justifiait,\ndans la séance du 27 juin 1861, l'évaluation de 12 millions de la ma-\nnière suivante :\n« L'Opéra, bâti comme il est, a coûté 2,500,000 francs.\n« Pour faire cette même construction aujourd'hui au prix où sont les\nmatériaux, d'après les séries de prix sur lesquelles les mémoires sont ré-\nglés, il faudrait dépenser de 5 à 6 millions. Est-il étonnant que ce chiffre\nsoit doublé quand on veut faire un opéra monumental dont les plans\nont frappé par leur beauté et par leur grandeur. »\nM. le rapporteur fait ensuite un historique très intéressant, et surtout très\nrévélateur, du budget des travaux du nouvel Opéra. Les chiffres qu'il donne\nsont en partie inédits, et n'avaient jamais été groupés d'une façon aussi\nclaire :\n« Le premier devis sérieusement étudié pour le nouvel Opéra ne fut\ndressé qu'en 1862, après l'approbation des plans. Il se montait à\n31,000,000, y compris 2,000,000 pour la machinerie théâtrale et l'a-\nmeublement.\n« Le Gouvernement en exigea la réduction.\na Des suppressions et des modifications successives le firent descendre\nà 25 millions, et même jusqu'à 18 millions, malgré les observations des\narchitectes et le peu de confiance que le conseil général des bâtiments\ncivils avait dans des réductions qui portaient, non pas tant sur une mo-"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "261", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.22", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2744, "texte": "difîcation des plans, puisqu'on conservait le plan adopté, que sur des dé-\ntails de construction.\n« La marche des travaux rencontra de nombreuses difficultés qu'il\nfallut surmonter, surtout dans les fondations ; car la construction a au-\ntant de profondeur au dessous du sol que d'élévation au-dessus, telle-\nment que du point le plus bas au point le plus élevé de l'édifice, la hau-\nteur atteint celle des tours de Notre-Dame; et on fut amené successive-\nment à supprimer toutes les modifications qui avaient été proposées. En\n1869, on était revenu au premier projet, et un devis rectifié, montant à\n32,500,000 francs fut rédigé et approuvé par le conseil général des bâti-\nments civils.\n« C'est ce devis qui, depuis cette époque, a servi de base à toutes les\nopérations et sur lequel il avait été dépensé avant la*guerre 25,500,000 fr.\n« Vous avez accordé en 1871 un crédit de 600,000 fr. pour régler\nseulement les dépenses faites, terminer les travaux rigoureusement indis-\npensables et mettre les parties exécutées à l'abri de toute dégradation.\n« En 1872, vous avez reconnu et dans l'intérêt de tout un quartier\nimportant de Paris, et surtout en considération de ce que l'ancienne\nsalle exigeait de coûteuses réparations, la nécessité de reprendre les tra-\nvaux, et vous avez accordé un crédit de 1 million.\n« En 1873, vous avez demandé, en accordant un nouveau crédit de\nT million, qu'on recherchât les simplifications à introduire dans les\ntravaux restant à exécuter, et les suppressions indiquées à la suite de cet\nexamen s'élevaient à 746,000 fr., de sorte que la dépense restant à faire,\nà partir de 1874, ne devait plus être que de 3,654,000 fr.\n« Vous avez voté enfin 1 million sur l'exercice 1874, de sorte qu'il ne\ndevait plus rester à créditer que 2,654,000 fr. ; mais si 011 calcule que\nles suppressions indiquées au budget de 1873, et montant à 746,000 fr.,\nseront au moins compensées par la plus-value qu'occasionnera une nou-\nvelle organisation nécessaire pour terminer plus rapidement, on recon-\nnaîtra que le crédit de 3 millions 500,000 fr. demandé pour achever la\nconstruction n'a rien d'exagéré. Il en résultera seulement que le jour où\nl'on voudra reprendre les parties ajournées, il y aura 746,000 fr. de\nplus à dépenser; de sorte que la dépense totale de la construction, arrêtée\naujourd'hui à 32,600,000 fr., s'élèvera en réalité à 33,346,000 fr.,\nou 33,500,000 fr. en nombre rond, sans compter le prix des ter-\nrains, qui, au prix de 715 fr. le mètre, ont coûté 10,500,000 fr.*, sans\ncompter les nouveaux décors et accessoires, pour lesquels on demande\nun crédit de 2,500,000 fr., de sorte que l'ensemble de la dépense que\nnous constatons sera de 46,500,000 fr., comprenant en résumé :"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "262", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.23", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2150, "texte": "<( En travaux de constructions faits antérieurement ou restant à\nfaire 32,600,000 fr»\nTravaux ajournés. 900,000\nDécors et accessoires 2,5oo,ooo\nTerrains. io,5oo,ooo\nTelle est, messieurs, la situation à ce jour. »\nLes sommes votées antérieurement s'élèvent à 29,100,000 fr. Le crédit\nsupplémentaire demandé pour l'achèvement des travaux est de 3,5oo,ooo fr.\nM. le Rapporteur entame ensuite le chapitre des dépenses du mobilier\n(costumes, décors, etc.), pour lequel il demande un crédit de 2,5oo,ooo fr.\n« En sus des 3,5oo,ooo fr. de dépenses à faire pour la construction\nproprement dite, il y a des frais de décors et de divers accessoires évalués\nà 2,5oo,ooo fr.\ncc Le répertoire courant de l'Opéra se composait de 19 ouvrages, les\ndécorations de 16 de ces ouvrages sont entièrement brûlées, ainsi que la\nplupart des costumes et accessoires, les partitions de musique et ins-\ntruments, le matériel scénique, l'ameublement des pièces de service et\ndes loges d'artistes.\n(( Il faut renouveler cet immense matériel.\n« Vous avez déjà alloué, en adoptant le projet d'exploitation provi-\nsoire, une somme de 3oo,ooo fr. qui a été considérée, pour partie au\nmoins, comme une avance. On a supposé que, sauf les décors, le sur-\nplus, c'est-à-dire les costumes, les accessoires, les partitions seraient\nconfectionés de manière à être utilisés sur la nouvelle scène ; on calcule\nqu'il restera, en déduisant ce qui a été détérioré, ce qui ne pourra être\napproprié, en tenant compte des frais à faire pour utiliser le reste, une\nvaleur de 100,000 fr.,de sorte qu'au lieu de 2,5oo,ooo fr. qui vous sont\ndemandés, il n'y a plus à allouer que 2,400,000 fr.\nEn réunissant cette dernière somme à celle de 3,5oo,ooo fr., on arrive\nà un chiffre total de 5,900,000 fr. pour les dépenses restant à faire. »\n« On s'est souvent préoccupé de l'augmentation des dépenses d'ex-\nploitation du nouvel Opéra, et nous pensons que de courtes explications\nà ce sujet auront quelque intérêt.\n« Le volume de la nouvelle salle est d environ trois fois celui de l'an-\ncien théâtre, et les dépenses de l'éclairage et du chauffage en seront\nd'autant plus augmentées."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "263", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.24", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 1459, "texte": "« Les décors coûteront plus cher qu'autrefois, à cause de leurs di-\nmensions. Ainsi, on estime que chaque pièce à monter coûtera de ce\nchef moitié en plus que ce qu'elle aurait coûté dans l'ancien Opéra.\n« On peut calculer que l'excédant de dépenses résultant de ces aug-\nmentations, en faisant une large part à l'imprévu, pourra s'élever jusqu'à\n2,500 fr. par soirée de jeu.\n« En compensation, le nombre des places installées au nouvel Opéra\ndépassera d'environ 300 en moyenne celui dont on pouvait disposer dans\nl'ancienne salle , et cet excédant se composant presque entièrement de\nplaces de luxe, dont le prix moyen actuel est de 10 fr., l'augmentation\nde recettes ne sera pas de moins de 3,000 fr. lorsque la salle sera remplie.\n« On doit espérer, dans ces conditions, que la subvention accordée au\ndirecteur de l'Opéra suffira, et qu'il n'y a pas à craindre d'avoir à l'aug-\nmenter.\nce Le nouvel Opéra pourra-t-il être livré à l'exploitation à la fin de\nl'année 1874, ou au plus tard dans le mois de janvier 1875, si vous\naccordez, comme nous vous le proposons, les crédits qui vous sont de-\nmandés ?\ncc Les assurances les plus formelles ont été données à cet égard à votre\nCommission, tant par l'administration que par l'architecte. »\nSuit un projet de loi conforme.\nCes documents officiels nous ont semblé présenter le plus haut intérêt ;\naussi nous devons les consigner dans les Archives de la Chronique musicale,\n\nO. L."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-03-15-01-c017", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-03-15_01#c017", "volume": "bmtnabc_1874-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "264", "page_fin": "270", "image_debut": 25, "image_fin": 31, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.2.6", "titre_corps": "REVUE DES CONCERTS", "titre_sommaire": "REVUE DES CONCERTS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 25, "page_imprimee": "264", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.25", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1852, "texte": "REVUE DES CONCERTS\nCONCERTS POPULAIRES : Ouverture de Concert de M. E. Guiraud. Le Mouvement\nperpétuel de Paganini. Esquisses sympde madame de Grandval.\nCONCERT NATIONAL : Fragments de la Symphonie en ut majeur de M. Gouvy.\nFantaisie sur des Airs hongrois de Liszt.— Rome et Naples, pièces symphoniques\nde M. Rabuteau. Ballade et Minuetto-scher\\o de M. Dupont. SOCIÉTÉ CLAS-\nSIQUE. CONCERT DE M. AUZENDE,— DE M. LEBOUC, —DE M. KOWALSKI.\nONCERTS POPULAIRES. Le quatrième concert de la\ntroisième série nous a initié à la première audition\nd'une ouverture de concert de M. E. Guiraud. Disons\ntout de suite que cette œuvre se distingue par les qua-\nlités les plus transcendantes. Le premier allegro est\nbrillant, clair et parfaitement modulé. L'andante qui\nsuit renferme un admirable chant de clarinette dans le style religieux.\nDes arpèges de harpe en accords de septième diminuée produisent, en se\nmêlant à l'orchestre, un effet de sonorité très singulier, très neuf et très\nheureux. L'instrumentation, du reste, est partout belle et vigoureuse, et\nle ton difficile dt fa dièse majeur, dans lequel une partie de cet ouvrage\nest écrite, lui donne un éclat tout particulier. L'allégro final est plein\nd'entrain, mais la facture de l'ouverture, qui s'éloigne de la forme ordi-\noù la première partie finit sur la dominante, et la seconde sur la\ntonique, a quelque peu surpris l'oreille du public, qui, sans se rendre\ncompte de cette impression , n'a pas bien compris la terminaison au\npremier abord, et n'a accentué ses applaudissements qu'au bout d'un\nmoment, lorsque la réflexion lui est venue.\nEn osant annoncer sur l'affiche le de Paganini,\nexécuté par tous les premiers violons, qui sont au nombre de dix-\nhuit, M. Pasdeloup a prouvé à ses artistes la confiance qu'il avait en\nleurs talents, et les artistes lui ont prouvé qu'ils étaient à la hauteur de"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "265", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.26", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2601, "texte": "sa confiance. Ce morceau vertigineux, pendant lequel on se sentait la\npoitrine oppressée et la respiration coupée, a été enlevé avec une sûreté,\nuni précision et une délicatesse de nuances à faire croire qu'un seul\ninstrumentiste l'exécutait. Aussi, le succès en a-t-il été colossal, et\nM. Pasdeloup a été rappelé ainsi que tous les violonistes en masse.\nMaintenant, toute part faite des éloges auxquels a droit la parfaite\nexécution du Mouvement perpétuel, je me demanderai si c'est bien là le\nvrai but de l'art musical, et si le véritable et sévère bon goût doit sanc-\ntionner de pareils tours de force, disons le mot, de pareils casse-\ncous. Il faut le croire, puisque le Conservatoire en a le premier donné\nl'exemple, en faisant exécuter le septuor de Beethoven par tous les ins-\ntruments à cordes. Il me reste cependant un doute et une crainte. Ce\nqui se fait pour un morceau ne se fera-t-il pas pour tout autre ? On a\ncommencé par jouer en tutti des œuvres écrites pour des instruments\nsolos : on continue en se lançant dans des exercices d'une difficulté\nredoutable, il est vrai, mais qui cependant sont mesurés. N'en arrivera-\nt-on pas un jour à vouloir faire exécuter par tous les violonistes réunis\ndes points d'orgue non mesurés, et l'art en profitera-t-il grandement?\nL'art mécanique, peut-être oui ; mais l'art de sentiment et d'expression,\ncertainement non. Que l'artiste se garde donc d'élever sa suprême ambi-\ntion à devenir un instrumentiste de précision, car dès lors adieu son ins-\npiration, sa personnalité et son génie.\nCinquième Concert. Sous le titre modeste à'Esquisses sympho-\nniques, madame de Grandval a déroulé devant les oreilles du public deux\ntableaux charmants : l'un qui forme un andante, et qu'on pourrait com-\nparer à un tableau à l'huile, et l'autre dans le genre de la pastorale, qui\nfigurerait une aquarelle. Le tableau à l'huile,—l'andante veux-je dire,—\ndébute par une introduction d'un style sévère, qui commence pianis-\nsimo, augmente de force progressivement et finit par s'éteindre dans un\nnouveau pianissimo. Bientôt se fait entendre une mélodie, accompagnée\npar la harpe. C'est une inspiration très poétique qui, se développant\nparfaitement bien, aboutit à un magnifique fortissimo et diminue peu à\npeu d'intensité.\nLe mouvement pastoral se distingue par des effets d'orchestre très va-\nriés et très heureux, et respire une grande fraîcheur. Par le temps d'har-\nmonies heurtées et risquées qui court, c'est une chance que d'en\nrencontrer qui ne blessent jamais l'oreille.\nM. Bosquin, que j'avais déjà entendu au Théâtre-Lyrique, il y a"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "266", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.27", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2555, "texte": "quelques années, dans Iphigénie en Tauride, a fait d'immenses progrès.\nIl a admirablement chanté l'air de Pylade de cet opéra, et n'a rien laissé\nà désirer,\nHenry Cohen.\nCONCERT NATIONAL. Avant de parler des Concerts de la dernière\nquinzaine, je dois dire quelques mots des fragments de la symphonie en\nut majeur de M. Gouvy, qui ont été exécutés au troisième Concert de\nla quatrième série. M. Gouvy avait donné l'année dernière, aux Concerts\nde l'Odéon, un morceau : Variations et rondo, qu'on a repris derniè-\nrement aux Concerts populaires et dont la Chronique musicale a rendu\ncompte. Sa nouvelle composition marque un progrès sensible sur la\nprécédente ; elle se distingue par un bon sentiment mélodique, une cer-\ntaine élégance de formes et une instrumentation très soignée. Je repro-\ncherai seulement à M. Gouvy de ne pas assez se maintenir dans les limites\nde la musique purement symphonique et de donner à ses développe-\nments une longueur excessive. Ses périodes manquent souvent d'incises\net se succèdent,, plutôt par amplification, qu'en vertu d'un développe-\nment régulier. Sauf cette légère critique, je me plais à constater que le\nmusicien a fait preuve dans ces fragments d'un talent qui ne demande\nqu'à s'exercer; il a droit à tous nos encouragements.\nJ'arrive maintenant au premier Concert de la cinquième et dernière\nsérie. Celui-là, on peut Pintituler hardiment : Concert de musique ro-\nmantique. Jugez-en d'après le programme : le Rouet d\" poème\nsymphonique de M. Saint-Saëns: Mouvement perpétuel, de Paganini ;\nFantaisies sur des airs hongrois, de Liszt; Marche troyenne, de Ber-\nlioz, et enfin la symphonie en la mineur, de Mendelssohn, que, naturel-\nlement, je mets à part. Le Mouvement perpétuel, de Paganini, ne pré-\nsente d'autre intérêt que celui d'une exécution difficile et fatigante. C'est\nun long allegro qui se déroule en interminables spirales, sans une pause,\nsans même un quart de soupir ; les premiers violons l'ont exécuté avec\nun ensemble parfait et sans trahir la moindre fatigue. Le Rouet d'Om-\nphale est déjà connu du public ; il a été joué avec le même succès aux\nConcerts populaires et au Concert national. Etant admis ce genre de\nsymphonie imitative (que, pour notre part, nous réprouvons absolu-\nment, car c'est la matérialisation de l'art), il faut bien reconnaître que\nl'œuvre de M. Saint-Saëns est extrêmement gracieuse, et que les pi-\nquantes combinaisons d'orchestre sur lesquelles elle repose ont été trai-\ntées par le musicien avec une sûreté de main et une délicatesse de touche"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "267", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.28", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2665, "texte": "remarquables. Très applaudi comme compositeur, M. Saint-Saëns a\nobtenu un brillant succès de virtuose en exécutant immédiatement après\nune Fantaisie sur des airs hongrois,de Liszt, pour piano et orchestre.\nOn sait que M. Liszt a fait une étude spéciale de la musique des Bohé-\nmiens. «Ces peuples, dit-il dans un ouvrage assez curieux(i),possèdent\ndes mélodies originales, disposées sur un accompagnement de basse\ncontinue qui renferme l'harmonie dans un cercle étroit de consonnances\nmonotones. Ces mélodies sont destinées à la danse, d'où le rhythme par-\nticulier qui les distingue. On y trouve un genre de modulations qui\nn'est fondé que sur le caprice de chacun, car l'art des Bohémiens n'est ni\nune science qu'on puisse apprendre, ni un métier qu'on enseigne par\nroutine; c'est un langage sublime, u\nque des initiés.En général, les mélodies bohémiennes se divisent en\ndeux parties : la première, d'un mouvement très lent, s'appelle\nd'un mot qui signifie lenteur et qui peut se traduire par maestoso; la se-\nconde partie, qualifiée de frisehka,est d'un mouvement rapide, qui va\nen s'accélérant de Y allegro vivace » La fantaisie que\nM. Liszt a composée sur ces airs exotiques est pleine de couleur et d'o-\nriginalité. Le presto final ou frisehka est bizarre, sauvage, emporté ;\nl'orchestreet le piano, entraînés dans un mouvement vertigineux, sifflent,\nmiaulent, hurlent, ricanent ; c'est quelque chose d'indescriptible; mais\nil y a dans ce quelque chose une saveur étrange qui plaît et une verve\ndiabolique qui entraîne. Le public a beaucoup applaudi ; il a fait bisser\nle presto que M. Saint-Saëns avait merveilleusement exécuté. La\nche troyenne,de Berlioz, ne m'a pas paru extrêmement remarquable :\nelle commence par une fanfare brillante et se termine par une vigou-\nreuse coda ; l'idée principale est courte et mal conduite, elle*revient trop\nsouvent ; somme toute, je préfère la\nOn nous a donné au deuxième Concert de la cinquième série deux\nmorceaux inédits : le premier, Rome et Naples, pièces symphoniques ,\nest de M. Rabuteau , prix de de Rome de 1868. Rome y est représentée\npar une sorte tfAndante religiosod'une assez bonne facture ; Naples,\npar une Tarentelle sans vie, sans gaieté et sans chaleur. L'orchestration,\nassez soignée, manque de plénitude, de variété et de couleur. En un mot,\nc'est le devoir d'un bon élève, ce n'est pas encore l'œuvre d'un talent\nformé, et l'on ne peut guère entrevoir, d'après cet essai sans portée, ce\nque le musicien sera capable de faire plus tard. M. A. Dupont, profes-\nseur au Conservatoire de Bruxelles, est venu ensuite exécuter lui-même\n\n(i) La Musique des Bohémiens, par M. Frantz Liszt"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "268", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.29", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2611, "texte": "une Ballade et un Minuetto-Scherzo, pour piano et orchestre, de sa\ncomposition. J'ai rarement entendu rien de plus faible et de plus insigni-\nfiant. Il n'y a pas une note originale, pas l'ombre d'un développement\ndans ces deux pièces incolores; ce ne sont que rengaines et formes démo-\ndées. Le rôle de l'orchestre y est à peu près nul et se borne à quelques\nformules banales d'accompagnement. Franchement, on écrit de ces cho-\nses-là à l'usage des pensionnats de demoiselles ; mais on ne les joue pas\ndans un Concert de musique classique, devant un public qui est en âge\nd'entendre des œuvres sérieuses. Le Concert s'est terminé par la Séré-\nnade (op. 8) , de Beethoven, exécutée par tous le 3 instruments à corde.\nCe dérangement est loin d'être avantageux pour l'œuvre à laquelle on\na fait subir en outre de fâcheuses mutilations. Beethoven a écrit assez de\ncompositions pour orchestre sans qu'il soit nécessaire d'en créer de nou-\nvelles par la transformation de ses morceaux de musique de chambre. Il\nme paraît aussi contraire au goût et à la logique musicale de vouloir\nfaire jouer un trio par tout un orchestre,, que de réduire en trio la sym-\nphonie en ut mineur. Chaque chose a sa place. Il y a en musique,\ncomme dans tous les arts,, une loi essentielle, et qui demande impérieu-\nsement à être respectée : c'est la loi des proportions. M. Colonne aeu\ntort de l'oublier.\nH. Marcello.\nSOCIÉTÉ CLASSIQUE. J'ai suivi avec le plus grand intérêt les quatre\npremières séances de la Société classique et j'y ai noté, entre autres,\nquelques œuvres modernes qui méritent que nous les passions rapide-\nment en revue. On a exécuté dans la deuxième séance un Andante e\nCapriccio, de M. Gastinel, pour flûte, hautbois, clarinette,cor, basson,\nquatuor et contrebasse; VAndante n'a rien de bien saillant, mais le Ca-\npriccio in gusto di Saltarello m'a paru extrêmement joli. Le troisième\nconcert nous présente deux pièces : l'une de A. de Castillon, l'autre de\nM. Lalo, écrites également pour dix instruments et un quintette de\nM. Chaîne, pour flûte, hautbois, clarinette, cor et basson. Le public n'a\npas beaucoup goûté Y allegretto de A. de Castillon, qui renferme pour-\ntant de curieux détails de facture. Tous les honneurs de la soirée ont\nété pour Y andantino du divertissement de M. Lalo. Cette page remar-\nquable, que nous avons publiée dans l'un de nos derniers numéros, a\nété bissée par acclamation. Le quintette de M. Chaîne est un morceau\ntrès agréable et parfaitement écrit pour les instruments ; on y trouve un\ncharmant scherzo et quelques jolies variations. Enfin je signalerai dans"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "269", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.30", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2048, "texte": "la quatrième séance un thème et variations extraits du troisième quatuor\n(op. 56) de M. Gouvy, morceau fort inégal et dont la troisième et la qua-\ntrième variation forment la meilleure partie. Ces différentes composi-\ntions ont été exécutées avec un ensemble et une perfection de nuances\ndignes des plus grands éloges.\nH. M.\n»\nCONCERT DE M. AUZENDE, salle Comme pianiste,\nM. Auzende a beaucoup de talent et tire un son prodigieux de son ins-\ntrument. Gomme compositeur, sa Gr (carac-\ntéristique de quoi?) est un long andante, monotone, vague, sans une\nidée mélodique ni un effet. Et cependant quel brillant morceau d'ensem-\nble, un orchestre de choix, composé d'artistes tels que MM. Taffanel,\nGrisez, Baneux, Espaignet, White, Trombetta, Gary et Turban, aurait\npu et dû inspirer. M. White a parfaitement exécuté la fantaisie d'Alard\nsur Robert le Diable. Mais, en somme, rien n'est aride et froid comme\nun concert sans musique de chant, et surtout lorsqu'il y a absence\ncomplète d'artistes femmes.\nMATINÉES DE M. LEBOUC. Neuvièm Première audition\nde la première sonate pour piano et orgue qui ait été composée jusqu'ici,\nexécutée d'une façon merveilleuse par madame Béguin-Saloman et\nM. Lavignac : l'auteur de cette oeuvre nouvelle, M. Adolphe Blanc, qui\na déjà tant donné de preuves de talent dans ses compositions instru-\nmentales, s'y est surpassé. On a surtout beaucoup applaudi le premier\nallegro, charmant d'un bout à l'autre, et l'andante, où le piano accom-\npagne constamment l'orgue avec des dessins et des motifs entièrement\ndifférents. Les deux instruments y produisent en même temps un bon\neffet individuel et un bon effet d'ensemble.\nMadame Pauline Boutin possède une voix de soprano bien timbrée et\nne manque pas d'intentions ; mais le professeur qui lui a appris le bel\nair de la Prise de Jéricho ne sait pas le premier mot des traditions ni des\nmouvements de ce morceau.\nH. C.\nCONCERT DE M. KOWÂLSKI. Henri Kowalski est un irrégulier du\npiano. Il parait, il disparaît ; un jour on apprend qu'il est en Amérique,"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "270", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.31", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1701, "texte": "le lendemain il annonce un concert dans les salons Erard, et alors c'est\nfête, car de chaque voyage il rapporte ses impressions traduites en pages\nmusicales, tantôt tendres, tantôt fougueuses, suivant les hasards de la\nroute et les caprices de l'inspiration. Je n'en veux pour exemple que le\nmorceau intitulé : A toute Vapeur,qui aeu les honneurs de la dernière\nsoirée chez Erard, et dont l'auteur a raconté l'histoire dans son livre :\nA travers V Amérique.\n« La salle d'Ogdensburg est près du port (ainsi s'exprime Kowalski)\net, par un hasard malheureux, un bateau à vapeur se met à siffler avec\nune persistance qui finit par répandre le désordre dans notre programme.\nLes chanteurs abordent courageusement la difficulté, non sans souffrir\nde la discordance qui en résulte. Mon tour arrive, je prélude au piano,\nmais le sifflet de retentir avec une nouvelle force. Sans perdre conte _\nnance, jugeant que le sifflet donne un si il me vient à ia pensée\nd'exécuter dans le ton de mi bémol le galop célèbre, l'Express-train. Le\ndépart du train, sa marche progressive en vitesse y sont parfaitement\nimités, et comme s'il y avait entente entre nous deux, le sifflet du bateau\nvient me prêter son concours en jouant sa partie avec une mesure éton-\nnante. Les Américains comprennent et me font une ovation. »\nLe public français a fait de même; il a accueilli chaleureusement\nl'Express-train devenu : A toute vapet ses bravos ont remplacé le\nsifflet du bateau canadien. Parmi les autres morceaux applaudis, nous\nciterons la Marche des Gardes françaises, à quatre mains, la Cubaine,\nla Danse tchèque et le Niagara. Quant à la virtuosité du bénéficiaire,\nil n'y a plus à en faire l'éloge."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-03-15-01-c021", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-03-15_01#c021", "volume": "bmtnabc_1874-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "271", "page_fin": "275", "image_debut": 32, "image_fin": 46, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.2.7", "titre_corps": "REVUE DES THÉATRES LYRIQUES", "titre_sommaire": "REVUE DES THÉATRES LYRIQUES", "signature_source": "ARTHUR HEULHARD", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 32, "page_imprimee": "271", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.32", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1844, "texte": "REVUE DES THÉATRES LYRIQUES\n\nITALIENS : Reprise de la Semiramide.\nL y a, dans cette reprise de Semiramide, un cas de mys-\ntification dont nous ne sommes point dupe. La presse\nmusicale a été presque tout entière bannie de la pre-\nmière représentation, et la plupart des critiques spé-\nciaux du journalisme quotidien en ont été également\nexclus. Cette mesure de proscription, aussi peu déli-\ncate que peu pratique, révèle de singulières préoccupations dans l'ad-\nministration du Théâtre-Italien. En vérité, quand nous examinons le\nsans-gêne yankee avec lequel les directeurs de ce spectacle en usent avec\nParis, nous nous demandons s'ils ne se croient pas toujours à la tête d'une\nde ces troupes ambulantes qu'ils ont promenées autrefois à travers l'Eu-\nrope et l'Amérique, avec la permission des maires. Dans une lettre qui\nnous a été adressée ainsi qu'à nos confrères, ces messieurs ont tenté l'ex-\nplication de-ce procédé, sans antécédent dans les fastes du théâtre. S'il\nfaut ajouter foi aux termes de cette circulaire, les abonnements à la salle\nVentadour sont tellement nombreux le mardi, que le service de presse\nest quasi-impraticable ce jour-là. Nous ne voulons pas relever trop cruel-\nlement tout ce qu'une pareille excuse a d'invraisemblable ; nous décli-\nnons simplement l'appel fait à notre crédulité, et nous pensons, avec\nbeaucoup d'autres, que les artistes du Théâtre-Italien ont trop besoin des\nconseils de l'expérience, pour que MM. Strakosch et Merelli éliminent\naussi cavalièrement la critique des premières représentations de leurs\nnombreuses reprises. Depuis l'ouverture delà saison, la presse parisienne\ns'est montrée envers eux indulgente jusqu'à la charité, tolérante jusqu'à\nla faiblesse. M. Strakosch a obtenu la concession de la salle Ventadour,\ngrâce au prestige de ses relations étendues dans le monde artistique. Il"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "272", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.33", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2762, "texte": "est venu à nous, entouré de cette auréole qui s'attache en France à ceux\nqui arrivent de loin. On le disait imprésario divin et financier géné-\nreux. On nous dépeignait son cabinet de travail comme un Observatoire,\nun Greenwich, un Montsouris, d'où il dénichait les étoiles au plus pro-\nfond du firmament musical, et d'où il happait les cantatrices au vol\ncomme pinsons en pipée. Et, franchement, c'est trop de crédit donné à\nune légende mensongère !\nOn n'attend pas de nous l'analyse de la Semiramide dans Tordre\noù les morceaux de cette partition sont classés à la table théma-\ntique. Sémiramide a été jouée d'original en 1823, à la Fenice de\nVenise, et depuis son apparition à Paris, le 9 décembre 1825, la cri-\ntique verse sur cet ouvrage son torrent de commentaires. Celui qui\nchercherait à s en faire une opinion d'après les idées d'autrui, se perdrait\ndans un chaos de jugements contradictoires, et en sortirait la tête mou-\nlue. Le mieux est de s'en rapporter tout naïvement à soi-même, quand\non n'est l'esclave d'aucun parti-pris, et qu'on va de par le monde au\npourchas d'impressions sincères. Quand on est d'accord avec soi-même\net qu'on n'a pas d'intérêt à se tromper, 011 se rapproche de la vérité au-\ntant qu'homme du monde. Voilà cinquante ans que le débat s'est engagé\nentre les musiciens, sur la question de savoir si Semiramide est un opéra\nassyrien ou italien, et s'il est de Babylone ou de Venise. Les uns veu-\nlent y voir la reconstruction du peuple ninivite par une sorte de Cu-\nvier musical; d'autres n'y voient qu'une promenade aux ruines des\nJardins suspendus, faite par un habitant de Pesaro d'un naturel enjoué,,\nJe connais des musiciens fort distingués qui parlent de S émir ami set\nde son auteur ainsi qu'il suit : « Rossini n'a guère mieux compris l'As-\nsyrie que le président de Brosses n'a compris l'ltalie, et malgré tout le\nrespect dû au génie de Rossini et à l'esprit du président, nous ne sau-\nrions pas plus souscrire aux erreurs de couleur locale commises par le\npremier, qu'aux appréciations erronées du second sur presque tous les\nmonuments de la renaissance italienne. Le but de la musique est d'être\nnon-seulement agréable, mais logique aussi, et en rapport avec le sujet\nqu'elle traite.\n« L'ouverture de ASemiramide est un hors-d'œuvre déplacé : une ouver-\nture doit lever discrètement le voile sur le caractère du drame qui se\nprépare : elle doit laisser entrevoir l'horizon sous lequel l'action va se\npasser. Sans tomber jamais dans l'imitation servile des bruits de la na-\nture, Félicien David a rendu avec une fidélité grandiose le désert et ses\nmajestés calmes, la mer et ses flots révoltés. C'est par une lumineuse\ntrouée dans la pierre et dans le bronze qu'il fallait entrer dans le palais"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "273", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.44", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2829, "texte": "de Sémiramis, et non par une porte entrebâillée à la dérobée, par une\nsoubrette de Carlo Gozzi. On ne se raille pas plus plaisamment par an-\nticipation de l'ombre de Ninus. Qui donc a initié les prêtres du dieu\nBaal, Oroè, la reine, Assur et autres personnages antérieurs à l'ère chré-\ntienne, aux exercices les plus ardus des solfèges de l'école de Naples ?\nRossini, depuis l'introduction jusqu'au chœur final, est dans le faux. Sa\nSémiramis ne s'est survécu que par ses magnifiques interprétations.\nC'est le champ clos où les plus grands artistes du monde ont fait assaut\nde virtuosité : Galli, dans le rôle d'Assur, la Mariani, la Pisaroni, l'Al-\nboni dans celui d'Arsace, mademoiselleColbran, la Sontag, Marie Mali-\nbran, la Grisi dans celui de Sémiramis. Laissez faire le temps qui empor-\ntera d un coup d'aile et l'œuvre et les glorieux souvenirs qui lui font\ncortège. »\nAinsi disent les matérialistes, les positivistes, les rationalistes qui ai-\nment à être édifiés sur les latitudes et les longitudes. J'ai entendu d'autres\nmusiciens, tout aussi experts que ceux-là, répondre à ces objections :\n« Ose-t-on bien accuser Rossini d'avoir manqué, dans Semiramide, à la\nloi de la couleur locale ! Est-ce que la musique n'est pas un art de con-\nvention? Quand nos oreilles sont charmées par la langue musicale la plus\nfleurie et la mieux sonnante qui soit ; si nos yeux sont l'objet d'un mi-\nrage, que nous importe ! Un opéra n'est point une collection archéolo-\ngique comme le British Muséum ! La tragédie de Voltaire à laquelle le\nlivret de Semiramide est emprunté, n'est point écrite en caractères cunéi-\nformes. Est-ce que l'apparition de Ninus et le finale du premier acte ne\nsont pas des morceaux dignes des héros assyriens ? Est-ce que cela n est\npas d'un grand style, d une expression puissante et d'une envergure baby-\nlonienne? » Ainsi disent les sensualistes. Il y a dans ces deux raisonnements\nbeaucoup à prendre et beaucoup à laisser. Il est évident que, dans sa fièvre\nde production, l'imagination de Rossini se grise parfois de ses inspirations\njusqu'à méconnaître le véritable caractère du sentiment ou de la passion\nqui doit être logiquement exprimé. C'est un arbre de forêt vierge : la\nsève y est si généreuse, si abondante, qu'elle ne coule plus en paix, et\nqu'elle jaillit toute dorée de l'écorce. Ce phénomène se traduit dans la\ntête de Rossini par un besoin désordonné de mouvement, et si impérieux,\nqu il lui sacrifiera tout et qu'il sera impuissant à le refréner là où l'unité\ndramatique l'exige. Il procédera par coups de tête, par bonds du cœur; et\ndans cette ivresse où il nage comme à plaisir, il passera souvent à côté\ndu vrai et mêlera à des émotions tragiques je ne sais quels éclats de verve\nbouffe qui déconcertent l'oreille.\nDans semiramide, la partie chorale confiée aux prêtres de Bélus man^"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "274", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.45", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2823, "texte": "que généralement de la dignité sacerdotale; et bien que je voie leurs\nfronts ornés de bandelettes, ces gens-là m'ont l'air d'avoir été oubliés par\nCourbet dans son Retour de la Conférence. La célébration des mystères\ndu culte assyrien ne paraît pas exercer sur eux sa sombre influence :\nleurs chœurs, écrits allegro vivace, allegro molto, tranchent singuliè-\nrement sur le ton tragique du reste de l'ouvrage, et leur introduction\nmêlée de fanfares sur un deux-quatre persistant, toute brillante qu'elle\nsoit, me semble pétrie d'un limon par trop profane. Mais le trio du pre-\nmier acte entre Idreno, Assur et Oroè, l'entrée d'Arsace : Eccomi al fine\nin Babilonia, le tableau des jardins avec la cavatine de Sémiramis et le\nduo entre elle et Arsace, la scène du trône, l'apparition de Ninus, et le\nfinale du premier acte, le second duo entre Sémiramis et Arsace : Ebben\na te ferisci , voilà des morceaux qui s'élèvent de toute leur hauteur en-\ntre Rossini et ses contempteurs. C'est au seuil de ces beautés qu'il faut\nlaisser toute raillerie, car les sublimités de Guillaume Tell y sont en\ngerme, et dans le finale du premier acte, tout plein d'harmonies lugu-\nbres, Rossini se prépare une palette éclatante, celle qui lui prêtera d'im-\nmortelles couleurs.pour peindre les douleurs et la délivrance de l'Hel-\nvétie.\nLa décadence actuelle du chant italien porte un coup presque mortel\naux traits de bravoure que Rossini a semés à profusion dans Sentira-\nmide. On peut dire, dès aujourd'hui, que la vocalisation dramatique est\nun art disparu. Notre génération de dilettanti n'y comprend littérale-\nment rien. Les virtuoses qui chantaient jadis Arsace, Sémiramis et\nAssur, ont-ils emporté avec eux dans leur tombe le don de faire compren-\ndre le style flamboyant ? Ce qui est hors de doute, c'est qu'ils n'en ont\npoint communiqué la recette à leurs successeurs.\nC'est pitié d'entendre Semiramide interprétée par la troupe actuelle\ndu Théâtre-Italien, bien que ses meilleurs sujets aient été conviés à\ncette reprise. M. Padilla, qui s'est chargé du rôle formidable d'Assur, ab-\ndique sur l'autel des basses chantantes l'autorité qu'il s'était acquise dans\nl'emploi des barytons. Si c'est par fantaisie ou par vanité d'artiste qu'il a\nvoulu jouer Assur, nous ne saurions trop le blâmer de son outrecui\ndance; si c'est par nécessité, nous ne saurions trop le plaindre d'être\nexposé à sè déclasser la voix. Il est déplorable que la direction du Théâ-\ntre-Italien sacrifie ainsi le meilleur de ses chanteurs aux raisons d'écono-\nmies inavouables qui l'ont empêché de contracter un engagement\nextraordinaire avec une basse chantante capable d'aborder le rôle d'Assur.\nM. Padilla ne pouvait faire plus clairement l'aveu de son impuissance\nqu'en abandonnant à M. Fiorini-Oroè, les traits de basse qu'il est inca-"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "275", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.46", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 1647, "texte": "pable d'exécuter, dans le quatuor du serment, sur le mot Giuro. Il a dû\négalement renoncer au récitatif et à l'air superbe des tombeaux qui pré-\ncèdent la prière et le dernier trio du second acte. A ce compte, Bertram\npourrait passer aussi l'Évocation des nonnes dans Robert.\nOn attendait impatiemment mademoiselle de Belocca dans Arsace ;\nla déception a été grande. Nous avons dit déjà que Cendrillon ne\nvalait pas Rosine, à propos de la C nous dirons, à propos\nde Semiramide,qu'Arsace ne vaut guère mieux que Cendrillon. Les\nyeux de mademoiselle de Belocca sont de feu et son organe est d'or.\nJe îegrette quelle ne soit pas laide : peut-être chercherait-elle à le\nfaire oublier. Je suis fâché qu'elle n'ait pas une voix défectueuse : peut-\netre songerait-elle à se la faire pardonner. Elle articule avec mollesse ,\naccentue avec nonchalance, et n'est tourmentée d'aucun souci de style et\nd'expression. Mademoiselle Beival a retourné le public en sa faveur :\nson soprano est de la famille des grimpeurs ; il a escaladé les difficultés\ndont les cavatines de Sémiramis sont hérissées, avec une bravoure et une\njustesse de son qui marquent un progrès sensible sur son début dans\nDon Pasquale.Voilà le fruit de l'étude.\nGomme s'il avait eu à cœur de nous faire pressentir le vide que son dé-\npart va laisser au Théâtre-Italien, M. Vianesi, un chef d'orchestre unique,\na dirigé l'ouverture avec une telle maestria qu'elle a été bissée par accla-\nmation. Pendant toute la saison, M. Vianesi a été le pivot de cette ma-\nchine qui s appelle le Théâtre-Italien et qui n'a fonctionné sans accrocs\nque par lui.\n\nARTHUR HEULHARD."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-03-15-01-c025", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-03-15_01#c025", "volume": "bmtnabc_1874-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 34, "image_fin": 43, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.2.8", "titre_corps": "SEMIRAMIDE da G. ROSSINI.", "titre_sommaire": "SEMIRAMIDE da G. 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Trinooq R Albony 23"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-03-15-01-c026", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-03-15_01#c026", "volume": "bmtnabc_1874-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "276", "page_fin": "280", "image_debut": 47, "image_fin": 51, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.2.9", "titre_corps": "VARIA Correspondance. — Faits divers. — Nouvelles.", "titre_sommaire": "VARIA Correspondance. — Faits divers. — Nouvelles.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 47, "page_imprimee": "276", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.47", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1694, "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nFAITS DIVERS\n/\n. Emile Villemot consacre dans VEvénement une page\ntouchante à la regrettée artiste Aimée Desclée. Il rappelle\nà cette occasion le chapitre du Capitaine Fracasse où\nThéophile Gautier raconte la mort dans la neige du\npauvre Matamore. Il neigeait aussi le jour de l'enter-\nrement de la comédienne. En sa qualité de musicienne\ndistinguée, mademoiselle Desclée appartient de droit à la\nChronique musicale, qui, déjà, s'était fait l'écho des succès à Londres de la\njeune femme. (Tome i, page 94.)\nMademoiselle Desclée aimait particulièrement la symphonie en la de Bee-\nthoven. Au service mortuaire, M. Bazille, de l'Opéra-Comique, a joué sur\nl'orgue le morceau de prédilection de la pauvre défunte.\nNous trouvons dans /'Artiste des détails curieux sur les débuts de quel-\nques artistes connus :\nMadame Théo a commencé sa réputation au concert de l'Eldorado.\nMadame Ugalde a débuté au café du Géant. C'est à ce même concert qu'elle\na découvert Marie Sass.\nMademoiselle Agar a paru d'abord au café du Cheval-Blanc.\nThérésa (Emma Valladon), au café Moka.\nJudic (Anna Damiens), à l'Eldorado.\nZulma Boufifar a débuté dans un café concert de Bruxelles, puis Offen-\nbach l'entendit à Ems et la fît venir à Paris.\nMichot, le ténor, a commencé au café Moka.\nMadame Casimir, la duègne de l'Opéra-Comique, s'est fait entendre pour\nla.première fois dans un café concert de Bruxelles.\nMesdames Hortensç Schneider et Marie Cico sortent également des cafés\nconcerts.\nEnfin Blondelet, des Variétés, tenait l'emploi de sauvage au café des\nAveugles.\nM. Ernest Altès, second chef d'orchestre à l'Opéra, est nommé officier\nd'Académie par M. de Fourtou,"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "277", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.48", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 3005, "texte": "M. Émils Réty, chef du secrétariat du Conservatoire, vient d'être dé-\ncoré de la Légion d'honneur. C'est la juste récompense des nombreux et\nimportants services qu a rendus a notre ecole de musique cet\nen qui Ambroise Thomas a.trouvé un précieux collaborateur. M. îe ministre\ndes Beaux-Arts est venu lui-même au Conservatoire apporter la décoration\nà M. Réty.\nNous empruntons au Trovatore, un des meilleurs journaux de théâtre\nd'ltalie, des notes intéressantes sur le mouvement musical et dramatique à\nStuttgard et à Leipzig :\nLe Conservatoire de Stuttgard, qui est sous le protectorat du roi de Wur-\ntemberg, ne compte pas moins de 508 élèves, dont 151 ont été admis l'au-\ntomne dernier. Tous les pays envoient des élèves à cette école. Il suffira de\ndire qu'il y en a 36 de Suisse, 36 d'Angleterre, 12 de Russie, 3 de France,\n1 de Turquie, 2 d'Afrique, et l'Amérique en compte 71! Les leçons, répar-\nties entre vingt-sept professeurs, se donnent par semaine au nombre de 611.\nPendant le mois de janvier, au théâtre de Leipzig, on a donné onze\nopéras. Ce sont H ans Heiling le Vampire, le Templier, la Juive, de Mar-\nschner ; le Freischutf,] de Weber ; les Joyeuses Commères de Windsor, de\nNicolaï; iAfricaine, de Meyerbeer ; Fidelio, de Beethoven; le Barbier, de\nRossini ;le C\\ar et le Bûcheron , de Lortzing ; Martha, de Flotow; et le\nVaisseau fantôme, de Wagner. Onze opéras en un mois! Fécondité proposée\nen exemple à MM. les directeurs des théâtres subventionnés par l'État\nfrançais.\nLe public de Padoue est en veine de démolir des spectacles, cette année.\nCe qui est arrivé, la saison dernière, au théâtre Concordi, s'est répété l'autre\nsoir au Garibaldi, mais avec un crescendo inquiétant.\nAprès avoir raconté iÇ,fiasco pyramidal d'un Ballo in maschera, le Corriere\nveneto décrit en ces termes la catastrophe finale : La rumeur est à son comble ;\naprès dix minutes d'une attente tumultueuse, le public prend d'assaut l'or-\nchestre et l'avant-scène ; les sièges, les lampes volent de toutes parts ; le théâ-\ntre ressemble à un champ dévasté par la tempête. Un délégué, ceint d'une\nécharpe tricolore, se présente accompagné de gardes et de carabiniers. Il est\naccueilli par les cris : nous voulons notre argent! La confusion est extrême.\nEnfin, un tout jeune homme réclame un instant de silence. Je propose, dit-il,\nque la recette de la soirée, prélèvement fait des frais, soit donnée aux pauvres\nde la ville D'unanimes applaudissements accueillent la proposition. Le pu-\nblic abandonne la salle en renversant tout ce qui s'oppose à son passage, et\nainsi finit l'histoire !\nSous le titre de Francis Plante, portrait musical, M. O. Comettant vient\nde faire paraître, au Ménestrel, une brochure consacrée au pianiste F. Planté.\nLa première partie de ce travail renferme les diverses opinions de la presse\nsur la virtuosité de 1 artiste ; la seconde contient des reproductions de plu-\nsieurs journaux de province. 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Devriès.\n— L'Esclave, de M. Edmond Membrée, va entrer en répétitions à l'Opéra.\nLa distribution des rôles est faite à MM. Sylva, Lassalle, Bataille, Gailhard\net mademoiselle Mauduit. Il y a eneore un rôle féminin à donner.\n— Mademoiselle Krauss appartiendra à l'Opéra à partir du ier janvier 1875,\naux appointements de io;ooo lrancs par mois. Quant à l'engagement de ma-\ndame Sass, il n'en est point encore question.\n— Mademoiselle Krauss sera à Paris au mois de mai, et c'est à cette époque\nqu'il sera pris une décision relativement à son rôle de début. Il est entendu\nexpressément que mademoiselle Krauss débutera dans un opéra nouveau\nla Jeanne Darc, de Mermet?\nItaliens.— On a commencé à ce théâtreles études du Stabat et de la Petite\nMesse de Rossini, qui seront exécutés pendant la semaine sainte. 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Herpin, second chef d'orchestre de l'Eldorado.\nConcerts Frascati. Dix jeunes chanteuses, suédoises, norvégiennes,\nrusses et hongroises, vont prochainement débuter aux concerts Frascati. Elles\nexécutent un répertoire varié et original, sous la direction d'un Kapellemeis-\nter. C'est de Vienne qu'arrive cette nouvelle phalange féminine.\nr\n—On annonce pour le dimanche 29 mars, à 8 heures du soir, au Cirque\ndes Champs-Élysées, un grand concert, sous le patronage de madame la ma-\nréchale de Mac-Mahon, au profit de la Société de prévoyance et de secours\nmutuels des Alsaciens-Lorrains. Mesdames Marie Roze, Montigny-Remaury;\nle quatuor vocal parisien : M. Nicot, Henriot, Solon et Graff, sous la direc-\ntion de M. Heyberger; MM. Loys, Donjon, Turban, Triébert, Garigue et\nDihau; l'orchestre Danbé, les chœurs de la Société Chevé, et la musique de\nla Garde républicaine, sous la direction de M. Sellenick, prêteront leur con-\ncours à cette œuvre patriotique et artistique.\nMILAN» La première représentation d'l Lituani, du maestro Ponchielli, à\nla Scala (7 mars), avait attiré un public empressé.\nOn jugera du succès de l'œuvre par le nombre des rappels dont l'auteur a\nété l'objet : ils s'élèvent à vingt-quatre, dont quatre après l'ouverture, deux"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "280", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.51", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1349, "texte": "pendant le prologue, huit pendant le premier acte, cinq pendant le second,\ndeux pendant le troisième, et trois à la fin de l'opéra. L'exécution en était\nconfiée à la Fricci, et à MM. Bolis, Pandolfini et Petit.\nLONDRES. M. Mapleson, directeur de Her Majesty's Opéra, vient de publier\nson programme. La saison s'ouvrira le mardi 17 mars au théâtre de Drury-\nLane. 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Emile Villemot consacre dans VEvénement une page\ntouchante à la regrettée artiste Aimée Desclée. Il rappelle\nà cette occasion le chapitre du Capitaine Fracasse où\nThéophile Gautier raconte la mort dans la neige du\npauvre Matamore. Il neigeait aussi le jour de l'enter-\nrement de la comédienne. En sa qualité de musicienne\ndistinguée, mademoiselle Desclée appartient de droit à la\nChronique musicale, qui, déjà, s'était fait l'écho des succès à Londres de la\njeune femme. (Tome i, page 94.)\nMademoiselle Desclée aimait particulièrement la symphonie en la de Bee-\nthoven. Au service mortuaire, M. Bazille, de l'Opéra-Comique, a joué sur\nl'orgue le morceau de prédilection de la pauvre défunte.\nNous trouvons dans /'Artiste des détails curieux sur les débuts de quel-\nques artistes connus :\nMadame Théo a commencé sa réputation au concert de l'Eldorado.\nMadame Ugalde a débuté au café du Géant. C'est à ce même concert qu'elle\na découvert Marie Sass.\nMademoiselle Agar a paru d'abord au café du Cheval-Blanc.\nThérésa (Emma Valladon), au café Moka.\nJudic (Anna Damiens), à l'Eldorado.\nZulma Boufifar a débuté dans un café concert de Bruxelles, puis Offen-\nbach l'entendit à Ems et la fît venir à Paris.\nMichot, le ténor, a commencé au café Moka.\nMadame Casimir, la duègne de l'Opéra-Comique, s'est fait entendre pour\nla.première fois dans un café concert de Bruxelles.\nMesdames Hortensç Schneider et Marie Cico sortent également des cafés\nconcerts.\nEnfin Blondelet, des Variétés, tenait l'emploi de sauvage au café des\nAveugles.\nM. Ernest Altès, second chef d'orchestre à l'Opéra, est nommé officier\nd'Académie par M. de Fourtou,"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "277", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.48", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 3005, "texte": "M. Émils Réty, chef du secrétariat du Conservatoire, vient d'être dé-\ncoré de la Légion d'honneur. C'est la juste récompense des nombreux et\nimportants services qu a rendus a notre ecole de musique cet\nen qui Ambroise Thomas a.trouvé un précieux collaborateur. M. îe ministre\ndes Beaux-Arts est venu lui-même au Conservatoire apporter la décoration\nà M. Réty.\nNous empruntons au Trovatore, un des meilleurs journaux de théâtre\nd'ltalie, des notes intéressantes sur le mouvement musical et dramatique à\nStuttgard et à Leipzig :\nLe Conservatoire de Stuttgard, qui est sous le protectorat du roi de Wur-\ntemberg, ne compte pas moins de 508 élèves, dont 151 ont été admis l'au-\ntomne dernier. Tous les pays envoient des élèves à cette école. Il suffira de\ndire qu'il y en a 36 de Suisse, 36 d'Angleterre, 12 de Russie, 3 de France,\n1 de Turquie, 2 d'Afrique, et l'Amérique en compte 71! Les leçons, répar-\nties entre vingt-sept professeurs, se donnent par semaine au nombre de 611.\nPendant le mois de janvier, au théâtre de Leipzig, on a donné onze\nopéras. Ce sont H ans Heiling le Vampire, le Templier, la Juive, de Mar-\nschner ; le Freischutf,] de Weber ; les Joyeuses Commères de Windsor, de\nNicolaï; iAfricaine, de Meyerbeer ; Fidelio, de Beethoven; le Barbier, de\nRossini ;le C\\ar et le Bûcheron , de Lortzing ; Martha, de Flotow; et le\nVaisseau fantôme, de Wagner. Onze opéras en un mois! Fécondité proposée\nen exemple à MM. les directeurs des théâtres subventionnés par l'État\nfrançais.\nLe public de Padoue est en veine de démolir des spectacles, cette année.\nCe qui est arrivé, la saison dernière, au théâtre Concordi, s'est répété l'autre\nsoir au Garibaldi, mais avec un crescendo inquiétant.\nAprès avoir raconté iÇ,fiasco pyramidal d'un Ballo in maschera, le Corriere\nveneto décrit en ces termes la catastrophe finale : La rumeur est à son comble ;\naprès dix minutes d'une attente tumultueuse, le public prend d'assaut l'or-\nchestre et l'avant-scène ; les sièges, les lampes volent de toutes parts ; le théâ-\ntre ressemble à un champ dévasté par la tempête. Un délégué, ceint d'une\nécharpe tricolore, se présente accompagné de gardes et de carabiniers. Il est\naccueilli par les cris : nous voulons notre argent! La confusion est extrême.\nEnfin, un tout jeune homme réclame un instant de silence. Je propose, dit-il,\nque la recette de la soirée, prélèvement fait des frais, soit donnée aux pauvres\nde la ville D'unanimes applaudissements accueillent la proposition. Le pu-\nblic abandonne la salle en renversant tout ce qui s'oppose à son passage, et\nainsi finit l'histoire !\nSous le titre de Francis Plante, portrait musical, M. O. Comettant vient\nde faire paraître, au Ménestrel, une brochure consacrée au pianiste F. Planté.\nLa première partie de ce travail renferme les diverses opinions de la presse\nsur la virtuosité de 1 artiste ; la seconde contient des reproductions de plu-\nsieurs journaux de province. 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Parfois aussi, pour le gentil enfant qui se tient là, timide,\nderrière son maître, des joies plus douces ; car on est presque homme à\nquinze ans, et si les seigneurs, les bourgeois, aux seizième et dix-septième\nsiècles, raffolaient de chants italiens, nobles dames et bourgeoises du\nmême temps aimaient fort, paraît-il, les yeux noirs venus d Italie.\nPuis les séjours dans les bonnes villes : confrères qu'on rencontre,\njoyeux compagnons qui vous font fête, aventures de grande route et\nd;auberge, amours de passage, duels pour un air ou pour un couplet.\nL'apprenti musicien avait sa part de tout, parfois au détriment de la\nmusique, témoin ce Pierrotin, page de d'Assoucy, qui perdit la voix à\nforce de boire.\nIl y avait la misère aussi. Les portes ne s'ouvraient plus, les oreilles\nrestaient insensibles. On traversait des saisons dures, chantant au cabaret\npour le menu peuple, avec des plumets lamentables et des pourpoints\ndu temps jadis. L'art y gagnait, car le maître, la poche vide, rentrait au\nlogis de bonne heure, et la leçon du page en était plus longue.\nLe pire de tout, c'est quand le maître disparaissait, mis en prison pour\nquelque méchante affaire : mœurs par trop italiennes, petit air dont les\nparoles équivoques avaient scandalisé une présidente. Cest quand le\nmaître venait à mourir, laissant tout seul, en pays étranger, son page,\nson petit page de musique.\nJ'ai lu autrefois, dans une gentilhommière du Haut Dauphiné, moitié\nferme, moitié château, la lettre d'un petit page de musique, abandonné\nainsi, pendant toute une saison de neige. Cette lettre n'est jamais partie.\nOn la conserve encore aux archives, parmi d'autres paperasses,\n« Qu'il fait froid ici, sorella mia, et que ton Giovannino est mal-\nheureux ! Tu le sais, au printemps dernier, quand il signor Antonio, mon\nmaître, me jugea, malgré mon âge, assez fort en musique et pour la\nvoix, il se mit à parler de Paris. Paris est loin, disait-il, mais on chante-\nrait en route. À Paris, la reine est une Médicis. Avec un luth et quel-\nques beaux airs, à Paris, on est sûr de la fortune. Paris, toujours Paris.\nEt toujours la Reine, la Cour ! Donc, un beau matin nous partîmes.\nEnsemble avec nos instruments et nos livres, nous emportions ce\ngrand Pulcinella napolitain tout de blanc vêtu et sanglé de cuir, qu'An-\ntonio a lui-même taillé dans le bois et qui nous faisait tant rire, Tan passé\nsur la Piazzetta."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "243", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.3", "texte": "LE PAGE DE MUSIQUE\n\nPovero Pulcinella ! il n'a pas eu de bonheur, ni moi non plus d'ailleurs,\net le vieil Antonio moins encore.\nTout alla bien les premiers mois, une fois sortis d'ltalie. C'était la Pro-\nvence ; figure-toi, sorella, un pays qui ressemble à notre pays : la mer,\nun beau soleil, des treilles sur des maisons blanches, et des villages, et de\ngrandes villes! C'était plaisir de voyager. Puis un parler presque italien,\ndes gens toujours prêts à chanter, toujours prêts à rire. Nos duos, ins-\ntruments et voix, faisaient merveille, et Pulcinella, bien que tous ses laz-\nzis ne fussent pas compris, avait des succès sans pareils. Le brave monde !\net la belle France que cette France !\nIl fallait pourtant la quitter. Mon maître, tout joyeux, répétait :\nParigi ! Parigi ! ! Nous nous enfonçâmes donc dans la montagne, tirant\nvers Lyon, c'était notre plus court.\nQuel chemin ! petite sœur, quel chemin ! ! Des montagnes, toujours\ndes montagnes. De loin en loin un pauvre village ; et le ciel qui devenait\nmoins bleu, et le parler, à mesure que nous montions, qui se faisait\nbarbare. Mes chansons ne plaisaient guère, sorella ; quant à Pulcinella,\non ne le comprenait plus.\nNous étions sombres, Antonio et moi ; Pulcinella lui-même semblait\nmélancolique. Dans les auberges où nous entrions, Pulcinella manquait\nd'entrain et de verve, son œil rouge s'éteignait, sa face de coq s'attristait.\nIl gèle, povero ! il gèle faute de soleil, disait Antonio en essayant de\nsourire. Puis il répétait ; Parigi ! Parigi ! ! pour nous rendre un peu\nd'espérance.\nEt le froid, avec cela, qui venait. Le froid, la pluie, quelle misère !\nNous avions vendu l'âne. Je portais les livres et les luths ; Antonio\nallait devant, son petit théâtre sur le dos, par les champs mouillés, par\nles Chemins pleins d'ornières. Va maie! va maie! murmurait-il, Paris\nest trop loin. Trop loin, Parigi! ! D'ailleurs nous n'avancions plus guère,\ncar le vieux maître se fatiguait.\nUn jour, il tomba de la neige, et puis il en tomba tous les jours. Bien-\ntôt, ne pouvant aller plus loin, nous nous arrêtâmes dans un village. On\nnous dit que les chemins étaient bloqués pour un mois, qu'il nous fau-\ndrait attendre la bonne saison. Attendre, sans argent ! cela découragea le\nvieil Antonio. « Aï ! soupira-t-il, aï povero Pulcinella ! »\nLe soir, près d'un feu de sapin où les paysans nous avaient fait place,\nAntonio, à la flamme claire, voulut me donner sa dernière leçon, sa der-\nnière, entends-tu, sorella? mais je ne savais pas que ce fût sa derniere.\nPuis il m embiassa plus fort que de coutume, et nous montâmes au gre-\nnier, dormir pour cette nuit-là, dans le foin."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "244", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.4", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nJ'avais accroché le Pulcinella, tout mouillé, devant la lucarne, accro-\nché avec grand soin, sorella mia, à un clou solide. Au milieu de la nuit,\nun bruit m7éveille, un bien léger bruit. En face de moi, sur la clarté de\nla lucarne, blanc comme la neige et le clair de lune qui brillaient derrière,\nPulcinella se balançait. C'est bien naturel, sorella, un Pulcinella qui se\nbalance. Cela pourtant me faisait peur.\nAntonio! Antonio ! criai-je. Antonio ne me répondit pas. Je me re-\ntournai : Sur le mur du fond, dans la grande clarté qu'envoyait la lu-\ncarne, une forme noire se balançait. L'ombre de Pulcinella, sans doute.\nAntonio !... A ce moment (c'est le vent peut-être qui fît cela) le Pul-\ncinella se décroche, et tombe brisé en cent morceaux. Antonio!...\nMais, sur le mur du fond, la longue ombre noire continue à se balancer.\nAh! sorella mia, che cosa? Pombre du Pulcinella, c'était Antonio mon\nmaître, mon pauvre maître pendu à un clou.\nJe suis seul maintenant. On a enterré Antonio. Les gens du pays, le\nprétendant ensorcelé, ont voulu brûler son Pulcinella, les barbares!\nMais le printemps approche, j'irai à Paris et j'y jouerai à la cour une\nbelle chanson que j'ai composée à la mémoire de mon doux et cher\nmaître : Pulcinella nelle neve, Polichinelle dans les neiges, Polichi-\nnelle mort de froid !\nBonne chance à Paris, pauvre petit page de musique ! Car Antonio\navait dit vrai : à Paris, plus d'un page de musique a fait fortune. Marie\nde Médicis en ayant emmené plusieurs d'ltalie, la mode après elle, et\njusque sous Louis XIV, s'en continua.\nLulli, ce démon de treize ans, méchant et vif, et noir quoique fils de\nmeunier, était page de musique aussi, lorsque le chevalier de Guise le\nrencontra, jouant de la guitare, du violon, à travers les rues de Florence.\n« Apportez-moi un petit Italien, si vous en trouvez un de joli, » avait\ndit mademoiselle de Montpensier au chevalier de Guise. Et le chevalier\nrapporta Lulli, comme il eût rapporté un perroquet d'Amérique. Hélas !\nle pauvre Lulli ne plut pas ; il n'était pas assez joli, on le relégua aux\ncuisines. Et peut-être n'en serait-il jamais sorti, si le duc de Nogent,\npassant par là et l'entendant s'escrimer du violon et de la voix, entre\ndeux récurages de casseroles, ne s'était pris de caprice pour ses chansons\net ses menuets.\nMais n'est-ce pas lui que Roybet a peint, ce page de Musique devenu\nmarmiton, hélas! ce chantre à chausses retroussées, qui, rêvant peut-être\nd'ltalie, sans veste et les bras nus, sa toque florentine au plumet frippé\njetée par terre, chante, assis sur un banc de bois, d'un air énigmati-\nquement mélancolique?\n\nPAUL ARÈNE."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "245", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.6", "texte": "NAISSANCE ET DÉVELOPPEMENT\nDES\nCHANTS POPULAIRES\n\n(1)\nA France est, par excellence, la terre des airs popu-\nlaires; elle en a produit un nombre considérable. Les\ncontrées méridionales, la Bretagne, l'Auvergne, le\nBerry, la Normandie, toutes ces belles provinces si\ndévastées naguères par la féodalité batailleuse , si\nunies à cette heure, ont produit des milliers de mé-\nlodies jetées à tous les vents par des auteurs ignorants, ignorés. J'y\nretrouve l'esprit guerrier, la sensibilité sincère, la foi, la grâce naïve\nde ce cher et doux pays hospitalier qui fut, de tout temps, généreux\net dévoué jusqu'au sacrifice. J'y retrouve l'histoire instructive de\nses luttes, la preuve de sa vaillance, la certitude des maux qu'il endura,\nla confidence de ses amours et , par intervalles, les francs éclats\nde son rire. Soit prévention, soit légèreté, Mozart se trompait donc\ngrossièrement lorsque, écrivant de Paris à sa sœur, il lui signalait avec\nun dédain superbe la pauvreté de nos vieux airs dont il ne pouvait, ne\nsavait ou ne voulait rien faire. Mieux avisés, Beethoven, Weber, Ros-\nsini, Schubert, Meyerbeer en tirèrent profit; Schubert en comprit le\ncharme pénétrant : un matin, il pressa la Muse française sur son sein et,\n\n(i) Voir le numéro du i 5 février."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "246", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.7", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nde ce chaste embrassement, naquit une de ses plus jolies compositions.\nSans vouloir rabaisser aucune de nos gloires, j'ose affirmer que les airs\nfrançais attendent encore le génie qui saura s'en servir, s'inspirer de leur\nbeauté, s'imprégner de leur parfum. Je ne conteste pas, certes, la finesse\nd'Auber, le talent d'Halévy, le sentiment d'Hérold, mais enfin je me\npersuade que l'énergique initiatrice à laquelle j'appartiens ne s'est pas\nincarnée tout entière, musicalement parlant, dans un de ses enfants. Le\ndrame lyrique, d'ailleurs, c'est ma conviction, prendra prochainement\nen France des proportions inconnues. Une ère nouvelle s'ouvre, favo-\nrable à l'unité de composition, et on verra sous peu combien la France\ndont l'instinct scénique n'est un mystère pour personne, tenait en ré-\nserve de ressources dramatiques et de trésors mélodiques, combien sa\ngrande et souple intelligence, magnifiquement développée dans tous les\nsens, était apte à aborder les plus hautes conceptions artistiques. A\nl'exemple de Mermet et de Richard Wagner, les maîtres, se chargeant\nde la composition totale de leurs œuvres, ne tarderont pas à écrire eux-\nmêmes leurs poèmes et leurs partitions.\nQuand ils prendront ce parti, qui est le bon, ils ne seront plus dans\nla sotte obligation de se livrer pieds et poings liés au premier marchand\nde paroles venu, de courir après des faiseurs de livrets informes sinon\nimmondes, de se commettre avec les fabricants d'une certaine prose où,\npour me servir d'un calembour vulgaire, les vers se sont mis, Alors les\nhommes éminents, libres de traiter à leur manière les sujets qui leur plai-\nront, dégagés des liens incommodes de la collaboration, donneront une\nhomogénéité réelle à leurs productions. J'entends d'ici les bourdonne-\nments injurieux, les objections, les réclamations, les ricanements, les\npropos intéressés que ne manquera pas de soulever cette théorie... outre-\ncuidante; mais je n'en prends nul souci. Et voyez comme cela se trouve!\nje relisais justement ces jours derniers la fable de mon ami La Fon-\ntaine, intitulée : Le Meunier, son fils et l'âne, et voilà que je ris des\nrieurs. Et ceux-ci de s'écrier : «Y songez-vous? Où déterrera-t-on, je\nvous prie, ce poète habile qui sera aussi un habile maestro? Quelle na-\nture d'élite sera suffisamment forte, suffisamment instruite, suffisam-\nment versée dans des arts si différents, la poésie, la musique, pour\nmener à bien une pareille entreprise ? Michel-Ange était à la fois archi-\ntecte, sculpteur, peintre et poète, nous le savons ; mais les Michel-Ange\nne foisonnent pas. Souvenez-vous de ce pauvre Rousseau et de son\nvin du Village! Est-il prudent que le musicien repousse orgueilleuse-\nment les littérateurs manœuvres? N'est-il pas avantageux pour lui d'avoir\nà sa disposition de petits vers qui ne disent rien et qu'il peut désarti-"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "247", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.8", "texte": "NAISSANCE DÈS CHANTS POPULAIRES\n\nculer à sa fantaisie. N'y aura-t-il pas ingratitude de sa part à reléguer\navec mépris dans un coin les canevas usés sur lesquels il promène jusqu'à\nprésent ses broderies sonores? Sera-ce chrétien d'arracher à leur piédes-\ntal de carton et de renvoyer à des portes qui ne s'ouvriront plus pour\neux, des hommes honorables, accoutumés à tracer, dans l'ombre et le\nmystère, des rimes si utiles, à élever des charpentes si soigneusement\nconstruites?)) Tranquillisez-vous, mes chers et malins contradicteurs;\ndès qu'un progrès est entrevu, des hommes se trouvent qui le réalisent.\nEn ce qui vous concerne, soyez sans inquiétude : il y aura toujours des\ncompositeurs de votre force que vous comblerez d'aise en leur confiant\nvos libretti à situations brillantes et à rimes faciles.\nJe reviens à mon esquisse.\nLes Infidèles, très fidèles à leur parole, par parenthèse, forment leur\ngamme de deux tétracordes appartenant au mode mineur et à des tons\ndifférents; ces tétracordes se composent l'un et l'autre de quatre sons\ndont la disposition amène les intervalles suivants : une seconde mineure,\nune seconde augmentée, une seconde mineure. Il résulte de là que, si\nnous prenons sol pour point de départ, le premier tétracorde sera en ut\nmineur et que le deuxième, commençant à ré, sera en sol mineur. Signa-\nler cet assemblage bizarre, cette union anormale et forcée, c'est montrer\nque les airs turcs ne finissent jamais, car, en définitive, aucun des tons\nemployés alternativement n'ayant le temps de s'établir, l'oreille reste en\nsuspens, attirée qu'elle est vers une double conclusion. Pareils à certains\népoux, liés mais non unis, et plus pressés de proclamer leurs droits réci-\nproques, de faire prévaloir leur volonté particulière que de s'entendre\nen mettant en commun dans une affection mutuelle leurs peines, leurs\njoies et leurs espérances, ces infortunés tétracordes, rivés ensemble à la\nmême gamme comme des forçats à la même chaîne, se querellent sans\ncesse. Cela n'empêche pas quelques motifs turcs de mériter notre atten-\ntion, et de la fixer par leur excentricité.\nLes naturels du Canada, et je les en félicite, ont deviné une des prières\nde la Muette : ces braves sauvages sont prophètes à leur façon. Quant\naux Chinois, ils ont prévu une des plus jolies marches de Cherubini. Ca-\nractériserai-je suffisamment ces jolis airs arabes en disant que ce sont\nde grands voyageurs et qu'ils émigrent volontiers d'un ton dans un\nautre ?\nMon confrère et ami, Charles Lévy, passant naguère à Constantino-\nple (il a un peu voyagé partout), entendit près de l'Hellespont (style poé-\ntique si Ton veut, vieux style à coup sûr), un individu qui, assis sur je"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "248", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.9", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nne sais quelles ruines, chantait sans accompagnement, à pleine voix et\navec upe justesse irréprochable, une mélodie arménienne. Gémissait-il\nsur le sort de l'Arménie morcelée, se plaignait-il de vivre sous la domi-\nnation turque, regrettait-il la bien-aimée absente?... ou morte?... C'est\nce que disaient sûrement les paroles; mais Charles Lévy ne sachant pas\nl'arménien (la chose est permise!), ne rapporta sur son calepin que le\nchant. Ce chant navrant contrastait avec le ciel musulman dont la splen-\ndeur, je présume, est un reflet du paradis de Mahomet et qui, le soir,\navec ses myriades d'étoiles scintillantes paraît contenir les yeux de toutes\nles houris. La mer gémissait dans les Dardanelles. Lévy fit de ses\ngémissements lointains un trémolo harmonieux pour l'air qu'il trans-\ncrivait.\nVoyageant plus rapidement encore que mon ami Lévy, je quitte à\npeine les Dardanelles que me voilà sur les bords du Rhin. Là, je ren-\ncontre une chanson à boire : Am Rhein ! am Rhein; le bon vin, paraît-\nil, inspire de tout temps les bons musiciens : les produits de la nature\nviennent en aide aux produits intellectuels. Les airs populaires allemands\nne sont point batailleurs, agressifs; au contraire : empreints d'une hon-\nnête médiocrité, humbles, lourds, bonasses, ils ne relèvent guère la tête\nqu'à l'époque où Luther entonne ses chorals. Puis, ils retombent dans\nleur mansuétude un peu servile. S'ils échappaient à la servilité, évite-\nraient-ils l'arrogance? Je soumets cette question à M. de Bismark. 11 est\nvrai que le grand chancelier n'est pas musicien... Bah! il se tirerait\nd'affaire en jugeant la chose par analogie!\nLa Pologne... ce qui fut la Pologne! est là tout près. La nation mar-\ntyre, étendue sur le sol, garrottée par\nUn géant hérétique\nQu'un monde a peine à contenir,\nest-elle morte? Non! son pouls bat! ses bras enchaînés se crispent, sa\ntête se hausse, son cœur se révolte. Ah ! fût- elle ensevelie, que, semblable\nà Lazare, elle sortirait de son sépulcre à la voix de Copernic, de Mic-\nkiewicz, de Chopin, trois hommes qui ont vécu parmi les astres et qui\nlui crient du milieu où ils résident : « Mère ! mère, tu es immortelle! »\nEn effet la Pologne, si jamais elle était effacée de la carte de l'Europe,\nserait toujours inscrite au livre de vie. Quand elle n'aura plus sa place\nsur le globe, elle l'aura dans le ciel, elle la conservera dans le souvenir\nreconnaissant des hommes. Chopin résume en lui ce noble pays où\nl'art, la science et le courage malheureux ont poussé un même cri :\nLiberté !"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "249", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.10", "texte": "NAISSANCE DES CHANTS POPULAIRES\n\nUn fait me frappe avant tout autre quand je mets en regard les airs\nrusses, arméniens, persans et hongrois, c'est leur parenté éloignée mais\nréelle. Ornés et même un peu surchargés d'arabesques dont le caractère\noriginal et charmant transporte l'auditeur dans une sphère nouvelle, ces\nairs offrent des points de ressemblance et des différences très prononcés.\nS'il se rapprochent par l'usage et l'abus des fioritures, par le sentiment\npittoresque et poétique qui les a dictés, ils se séparent par les aspirations\ndiverses qui caractérisent fortement la physionomie des différents peu-\nples dont ils sont une émanation.\nSi là tendance au merveilleux, l'amour, la volupté naïve, le mobile\ndésir, la mollesse innée ou habituelle constituent le fond des mélodies\npersanes et arméniennes; si un malaise où perce, avec l'ennui de l'escla-\nvage, la conviction de ne pouvoir en sortir, se cache sous les ornements\nmélancoliques des thèmes russes dont toute virilité n'est pourtant pas\nbannie; si cette virilité annonce que les paysans serfs sauront un jour\nprendre rang parmi les nations ; en revanche, l'ardeur guerrière,, Tin\ndépendance conquise au prix de la vie, un penchant irrésistible à la\nrêverie, à la volupté tendre, le besoin d'imprévu, le souvenir presque\neffacé de contrées lointaines parcourues, habitées autrefois par les aïeux\net vaguement entrevues par les générations vivantes dans les mirages de\nTimagination, tout cela a son expression dans les chants nationaux\nhongrois.\nSi j'introduisais ici un Persan, un Russe et un Hongrois, on trouverait\nle premier porté aux raffinements de l'esprit, le second sauvage par état,\nle troisième épris de liberté à son heure, amoureux de légendes toujours,\nrêvant d'émigrations dans les étoiles.\nJéhova, le dieu formidable et vengeur, devait inspirer aux Juifs des\nmélodies terribles ou grandioses; la synagogue, en effet, nous a conservé\nquelques hymnes antiques ou très anciennes, dont la beauté âpre et sévère\nrépond parfaitement à l'idée qu'on se fait de l'être implacable que les\nIsraélites adorent. Pour eux, l'Eternel n'est pas seulement la justice, il\nest la la vengeance effrayante, atroce, sans bornes; pour nous,\nl'Eternel est surtout celui qui pardonne, c'est-à-dire la suprême puis-\nsance, la suprême intelligence, le suprême amour. Un abîme donc, on le\nvoit, sépare les mélodies juives des mélodies chrétiennes. Mon intention\nn'est point de les comparer entre elles, cela m'entraînerait trop loin; j'ai\nvoulu tout uniment indiquer d'un mot les côtés saillants par lesquels\nelles diffèrent.\nJe laisse en Espagne les boléros tapageurs, je saute à pieds joints par\ndessus les airs italiens, et je vais, me renfermant entre les Alpes, les"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "250", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.11", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nPyrénées, l'Océan et le Rhin, citer quelques-unes de nos richesses mu-\nsicales.\nNous sommes tellement accoutumés à entendre fredonner, brailler,\ndéfigurer nos airs dans les rues par les ivrognes, gens aussi étrangers au\nchant qu'aux bonnes mœurs, que nous ne nous rendons pas compte de\nl'effet que ces airs si maltraités produiraient, s'ils étaient chantés avec\ngrâce, avec esprit, avec vigueur par des artistes assez intelligents pour en\nrétablir le mouvement, pour les bien rhythmer, pour leur rendre tout\nleur charme. Reconstitués, en quelque sorte, grâce au talent d'habiles\nchanteurs ou d'exécutants consciencieux, ils reprendraient vite leur va-\nleur, seraient heureux de remonter sur le piédestal dont on les a contraints\nà descendre! Comme leur énergie, leur douceur, leur naïveté, leur hé-\nroïsme, leur gaieté, leurs qualités multiples, en un mot, gagneraient à\nêtre remises en évidence, en pleine lumière! La foule de ces pauvres airs\nméconnus se présente à ma mémoire, et, franchement, ils ont si bonne\ntournure, ils sont si vaillants, si vifs, si légers, si tendres, que je ne sais\nauxquels accorder la préférence.\nEt d'abord le Midi m'offre un noël admirable, autant par le rayon de\nfoi qui l'illumine que par sa simplicité touchante.\nFaisant entendre un soir ce noël à un feuilletonniste célèbre, que ses\nnombreux amis eurent la douleur de perdre prématurément il y a déjà\nplusieurs années, Joseph d'Ortigues, cet excellent homme le trouva si\nbeau qu'il me pria de le lui copier, ajoutant que son intention était de\nl'insérer dans un livre sur le plain-chant, ouvrage depuis longtemps en\npréparation et dont il rassemblait les matériaux; je m'empressai de co-\npier le noël et de le lui porter, vêtu de mon harmonie, bonne ou mauvaise,\nmais que d'Ortigues avait trouvée à son gré; il me remercia, publia\nson traité, y glissa mon travail, et ne me nomma pas... Molière prenait\nson bien où il le trouvait; moi, je reprends le mien où il est.\nQui ne connaît le roi Dagobert? Bien rendue, cette chanson drola-\ntique n'aurait-elle pas so'n originalité?\nIl pleut, il pleut bergère, est un modèle de grâce et de candeur.\nSans compter Au clair de la lune, varié avec succès parßoieldieu dan 3\nLes voitures versées, et avec talent par Moschelès; sans parler de : Oma\ntendre Musette, des airs bretons, si colorés, des airs normands qui ne\nsont pas bêtes, croyez-le, des airs berrichons et béarnais, de Vive Henri\nquatre, n'avons-nous pas la Marseillaise, c'est-à-dire le plus beau des\nchants patriotiques? n'avons-nous pas les airs bourguignons, les bour-\nrées d'Auvergne ?\nJe ne saurais trop le répéter : les trésors musicaux et populaires de la"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "251", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.12", "texte": "NAISSANCE DES CHANTS POPULAIRES\n\nFrance sont incalculables et dignes d'elle. Vienne un vrai maître qui\nsoit le produit et non l'accapareur de ces trésors, un maître qui sache\nles utiliser, un maître auquel la qualité de Français ne fasse pas oublier\nla qualité plus générale d'homme, et vous le verrez se rapprocher rapi-\ndement du faîte de l'art. Il sera grand, parce qu'il aura mêlé à son âme\nla grande âme de la France. Je ne crois pas avoir exagéré le mérite\nintrinsèque de nos airs nationaux ; mais, me fussé-je rendu coupable\nd'un peu de partialité, on me le pardonnerait certainement, en se rappe-\nlant qu'au-dessus de l'amour de la patrie, je place l'amour des patries\nqui nous rapproche de tous les hommes, et l'amour du progrès qui nous\nrapproche de Dieu.\n\nLOUIS LACOMBE."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "252", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.13", "texte": "LA MUSIQUE\nA LA COMÉDIE - FRANÇAISE\n\n(0\nUELQUES années avant la fin du dix-huitième siècle, la\nComédie, qui maintenait avec tant d'énergie l'inté-\ngrité de son privilège contre les empiétements des\nforains, prit le parti de se mettre légalement, vis-à-\n-vis de l'Opéra, dans la situation que les bateleurs pre-\nnaient à son égard ; elle joua plus fréquemment, sans\nenfreindre les ordonnances, des pièces accompagnées de chant. Bientôt,\nquand les forains absorbèrent une partie de son public, et que l'Opéra-\nComique parvint à éluder les prohibitions réglementaires en traitant\navec l'Opéra, la plupart des comédies qu'elle joua furent entremêlées de\nvaudevilles et devinrent à peu près des opéras comiques. Pour éviter de\npayer une rétribution à l'Opéra, elle ne prit point de chanteurs ni de\ndanseurs externes, et sauf quelques infractions qui seront indiquées,\nse garda de dépasser le nombre de violons qui lui était accordé, mais\nelle engagea de préférence des comédiens qui savaient chanter et danser,\ncomme on le verra dans une liste que nous donnerons plus bas.\nElle exploita ce genre jusqu'à ce que TOpéra-Comique devînt considé-\nrable et se fondît avec la Comédie-Italienne, époque où la Comédie-\n\n(i) Voir les numéros des i 5 décembre 1873i5 janvier et i 5 février 1874.\nL'oubli d'une ligne et une confusion typographique nous font dire dans le numéro du\ni 5 février, que la musique d'Athalie fut refaite «en 1847, Par Boieldieu, pour la re-\nprise par Rachel. » Voici le véritable texte : fut refaite « en Russie, par Boiel-\ndieu , de iBo3 à iBri, donnée, à Paris, en 1838, et, en 1847, pour la reprise par\nRachel"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "253", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.14", "texte": "LA MUSIQUE A LA COMÉDIE-FRANÇAISE\n\nFrançaise ne put soutenir la concurrence, et où, d'ailleurs, un autre\ncourant d'idées littéraires emporta vers le drame les auteurs qui travail-\nlaient pour elle. Nous aurions pu relever toutes les pièces à vaudevilles\net à divertissements que joua la Comédie pendant cette période de\nsoixante années; mais, outre que chacun est à même d'établir cette\nliste d'après des ouvrages spéciaux, nous avons crû préférable de ne si-\ngnaler que les pièces dont la musique fut conservée dans les recueils du\nthéâtre, où nous l'avons trouvée. Ce choix, qui a été celui des contem-\nporains, aura donc l'avantage d'indiquer les œuvres les plus importantes,\ncelles qui eurent le plus de succès, qu'on reprenait le plus souvent, qui\nrestaient, en un mot, au répertoire. Les sources dont nous parlons sont :\ni° un volume imprimé en 1753, —et par là même c'est celui qui ale\nplus d'autorité, dont nous avons déjà reproduit le titre exact et que\nnous avons rappelé ensuite abréviativement 1753 ; la Comé-\ndie en possède le seul exemplaire qui nous soit connu. Pour éviter les\nrépétitions, nous indiquerons ce document, lorsque nous aurons à\nle citer, par la lettre A, suivie du nombre d'airs qu'il contient : 20 le\nvolume manuscrit des Archives de la Comédie, intitulé\nçois., tome 11.1 l renferme souvent les mêmes airs que le Recueil de\n1753, et, pour beaucoup de pièces, il en donne un plus grand nombre.\nIl sera représenté par la lettre B. Les autres sources exigent une mention\nspéciale; c'est la Bibliothèque Nationale qui les possède toutes.\nL'Été des Coquettes,par Dancourt. Compositeur : Hurel, 1690.\nAi, B.\nL'Opéra de Village,Dancourt. Grandval, 1692. A 2, B. La musique\nen avait d'abord été faite par Raisin l'aîné.\nJe vous prens sans verd,La Fontaine. Raisin l'aîné, 1693. A 2, B.\nRec. d'Airs des Com.modem. Grandval en refit les divertissements.\nLa Sérénade,Regnard. Gilliers, 1693. Ai (La musique est aussi de\nRegnard; Gilliers ne fit que la retoucher).\nCom. mod., 1706, Ballard.\nSancho-Pança,Dufrény, 1694. Ai La musique des pièces de Du-\nfrény est également de lui. On la trouve dans l'édition de son théâtre.\nLes Vendanges, Dancourt. Grandval, 1694. Ai.\nAttendez-moi sous l'orme,Dufrény. Dufrény, 1695. A 2, B.\nd'Airs des Com. mod.\nLes Eaux de Bourbon,Dancourt. Gilliers, 1694. B.\nLa Foire de Be\\ons,Dancourt. Gilliers, 1695. Ai."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "254", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.15", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nLes Vendanges de Suresnes,Dancourt. Gilliers, 1695. Ai.\nLe Moulin de Javelle,Dancourt. Gilliers, 1696. Ai, B.\nLes Vacances, Dancourt. 1696. Ai, B.\nLe Charivary, Dancourt. Gilliers, 1697. Al, B.\nLe Retour des Officiers,Dancourt. Gilliers, 1697. Ai.\nLes Curieux de Compiègne,Dancourt. Gilliers, 1698. Ai. im-\nprimés par Ballard ( exempl. broché à la Bibl. Nat.).\nLe Mary retrouvé,Dancourt. Campra, 1698. Ai, B.\nLa Noce interrompue,Dufrény. Dufrény, 1699. B-\nLa Fete de Village,Dancourt. Gilliers, 1700. Ai Reprise, en 1724,\nsous le titre de : Les Bourgeoises de qualité.\nLes Trois Cousines,Dancourt. Gilliers, 1700. A 2, B. Touvenelle,\ncompositeur et violon de la Comédie, y joua, sur le théâtre, un rôle de\nmusicien. Reprise, en 1724, avec un nouveau prologue.\nLes Trois Gascons,JLamotte et Boindin. Grandval, 1701. Ai.\nColin-Maillard, Chappuzeau; refait par Dancourt. Gilliers, Ai.\nLe Double Veuvage,Dufrény. Dufrény, 1702.\nLe Bal d Auteuil, Boindin. Grandval, 1702. Ai. Recueil d'Airs sé-\nrieux et à boire, Ballard {Exempl. broché à la Bibl. Nat.). C'est cette\ncomédie qui seivit de prétexte à la funeste institution de la censure.\nV Opérateur Barrg,Dancourt. Gilliers, 1702. Ai.\nLe Galant Jardinier, Dancourt. Gilliers, 1704. Ai, B.\nLe Port de Mer,Boindin et Lamotte. Grandval, 1704. Ai. Cette\npièce contient une léte marine. Le duc de Mantoue, se trouvant à Paris,\ny fit danser un de ses sauteurs, qui était d'une agilité extraordinaire.\nLe Diable boiteux, Dancourt. Grandval, 1707. Ai.\nL'Amour Diable,Legrand. Gilliers, 1708. Ai, B.\nLa Loire Saint-Laurent,Legrand. Grandval, 1709. A 2.\nLa Famille extravagante,Legrand. Gilliers, 1709. A3.\nL'Amour charlatan,Dancourt. Gilliers, 1710, Ai, B.\nL'Usurier gentilhomme, Legrand. Grandval, 1713. Ai.\nLes Letes du Cours, Dancourt. Gilliers, 1714. Ai. Airs gravés.\nLes Captifs, Roy. Quinault l'aîné, 1714- B. vé.\nLe Vert-Galant,Dancourt. Gilliers, 1714, B.\nLe Triple Mariage, 1716. Destouches. Gilliers, selon Leris ; Qui-\nnault, selon B.\nLe Prix de VArquebuse, Dancourt. Grandval, 1717. Ai.\nLa Metetnpsicose ou les Dieux-Comédiens, Dancourt. Moufet,\n1717. B.\nLe Roi de Cocagne,Legrand. Quinault, 1718. A4, B."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "255", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.16", "texte": "LA MUSIQUE A LA COMÉDIE-FRANÇAISE\n\nMomusfabuliste, Fuzelier. Quinault, 1719, Ai.\nCartouche,Legrand. Quinault, 1721. Ai. Lemazurier attribue le\npoème à Grandval le père.\nLe Galant coureur,Legrand. Quinault, 1722. Ai.\nLe Nouveau Monde,abbé Pellegrin. Quinault, 1722. A3. Le ballet\nétait d'Antoine-François Botot-Dangeville, le danseur de l'Opéra , dont\nle fils, Etienne, y fit l'Amour, et la fille, la célèbre Mademoiselle Dange-\nville, y dansa et chanta. Repris en 1746.\nLe Curieux de Reims...}... Grandval, 1725. Ai.\nLe Triomphe du Temps, Legrand. Quinault, 1725. Ar. Partitisn\ngravée, Paris, Flahault.\nLa Françoise Italienne,Legrand. Quinault, 1725. Ai. Le ballet\nétait de Dangeville.\nL'lmpromptu de la Folie, Legrand. Quinault, 1725. Ai. Fait corps\navec la précédente.\nLes Chevaliers...'!...Grandval, 1726. Ai. C'est probablement\nvalier errant,parodie de Y Œdipe de La Motte, joué, en 1726, a la Co-\nmédie-Italienne.\nLes Nouveaux Débarqués...?...Quinault, 1726. Ai.\nLa Nouveauté, Legrand. Quinault, 1727. Ai, Le compositeur, comé-\ndien, y chantait surtout, avec Mademoiselle Legrand, un duo qui fit le\nsuccès de la pièce.\nLa Tragédie en prose, Du Castre d'Aurigny. Grandval, 1730. Ai.\nLe Divorce,Avisse. Grandval, 1730. Ai.\nLe Mari curieux,d'Allainval. Grandval, 1731.' Ai. B.\nLe Complaisant,Delaunay ou Pont-de-Vesle. Quinault, B.\nRemis en 1734; Quinault, retiré, y reparut. Repris en 1754.\nLes Mécontens, La Bruère. Mouret, 1734. Ai.\nLa Grondeuse,Fagan. Mouret, 1734. B.\nLes Acteurs déplacef , L'Affichard. Grandval, 1735. Ai. Accompa-\ngnés d'un ballet grotesque.\nLe Mariage par lettre de change, Philippe Poisson. Grandval,\n1735. Ai. Divertissement gravé, Paris, Le Breton.\nL'Heure du Berger, Champmeslé, à l'Hôtel de Bourgogne, en juillet\n1672, ou Boizard du Pontau, 1737. Divertissement...par Faure, musi-\ncien de V orchestre de l'Opéra de Par\nLes Originaux,Fagan. Grandval, 1737. Ai. Font partie des\ntères de Thalie.Dugazon y ajouta la scène du maître de. danse, et\nl'exécuta d'une façon merveilleuse.\nLe Fat puni,Pont-de-Vesle. Grandval, 1738. A3."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "256", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.17", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nLe Consentement forcé, Guyot de Merville. Grandval, 1738. Ai.\nEsope au Parnasse, Pesselier. Grandval, 173 g. Ai.\nLOracle, Saint-Foix. Grandval, 1740. A 2.\nJoconde, Fagan. Grandval,, 1740. Ai.\nDeucalion et Pyrrha, Saint-Foix. Grandval, 1741. Ai.\nLes Masques ou le Bal de Passy, Parmentier. Grandval, 1741, Ai.\nLes Souhaits,Grandval, 1741. A4. Ce ne doit pas être la comédie\nde Regnard.\nLa Fête d'Auteuil, Boissy. Grandval, 1742. A 2.\nAmour pour Amour, La Chaussée. Grandval, 1742. Ai.\nVlsle sauvage, Saint-Foix. Grandval, 1743. Ai.\nZénéide, Cahuzac. Grandval, 1743. Ai.\nL!Heureux Retour, Panard et Fagan. Grandval, 1744. A4. Le par-\nterre y chanta les louanges du Roi, de la Reine et du Dauphin avec les\nacteurs.\nLes Grâces, Saint-Foix. Grandval, 1744. Ai.\nL'Algérien, Cahuzac. Grandval, 1744. A4.\nLe Quartier d'Hiver, Bret, Dancourt et Villaret. Grandval,\n1744. Ai.\nLa Folie du Jour, Boissy. Grandval, 1745. Ai.\nL'Etranger, abbé Bonnet. Grandval, 1745. Ai.\nLe Rival de lui-même, Làchaussée. Grandval, 1746. Ai.\nLe Plaisir, abbé Marchadier. Grandval, 1747. A4.\nVlsle des Vieillards...l... Grandval, 1748. Ai.\nL'Heureux indiscretGrandval, 1751, A 2.\nLes Hommes, comédie-ballet, Saint-Foix. Giraud; 1753. A 2.\nNous voyons, en outre, sans indication de compositeurs :\nLe Magnifique, Quinault(i), 1631. Ai.\nLe Mary sans femme, Montfleury, à l'Hôtel de Bourgogne, 1663.\nRepris plusieurs fois. B.\nLa Comédie sans titre, Boursault, 1679, B. (Ce volume dit : 1683).\nReprise en octobre 1753,\nLa plupart de Ce s airs et des divertissements ôiit été refaits ou retou-\nchés, au dix-huitième siècle et dans celui-ci, par Deshayes, Desnoyers, Gi-\nraud etßaudron, successivement attachés à la Comédie. Leur musique se\n\ni) Celui-ci n'est plus le musicien-comédien, c'est le poètes"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "257", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.18", "texte": "LA MUSIQUE A LA COMÉDIE-FRANCAISE\n4\n111.\n>7\n\ntrouve dans un volume manuscrit, aux Archives du théâtre, intitulé,\nsur le plat : Théâtre-Français, tome\n_ Nous avons dit que, tout en restant dans la légalité, la Comédie s'en\nécarta quelquefois. En effet, nous voyons, le 20 juin 1716, un arrêt du\nConseil en faveur de l'Opéra contre les comédiens français, les condam-\nner en 500 livres d'amende, au profit de l'Hôpital-Général, pour une\ncontravention dans une représentation du Malade imaginaire du 12\njanvier, et à pareille amende pour seconde contravention dans une repré-\nsentation de la Princesse d Elidedu 4. mai, dans les entr'actes des-\nquelles ils ont fait exécuter des danses et entrées de ballets, et se sont\nservis d un plus grand nombre de voix et d'instruments qu'il n'est licite.\nL les décharge, « par grâce et sans tirer à conséquence, »de la\ndemande en dommages-intérêts faite par l'Opéra.\nCependant ils se mettent encore en contravention et reçoivent de\nnouveaux avertissements. En 1718, ils se plaignent, dans un mémoire,\nde leurs obligations envers l'Académie de Musique. Les défenses, disent-\nils, dont ils sont victimes ont été faites au profit de Lulli, quand l'Opéra,\nle lendemain de sa naissance, avait à assurer sa viabilité. Elles n'ont plus\nde raison d'être, maintenant qu'il a dépassé tous les théâtres d'Europe,\net que sa réputation et son luxe défient la Comédie elle-même. II nous\nîeproche nos neuf violons ou hautbois! Mais, lorsque nous avons été\nrestreints à six violons, nous n'avions qu'une petite salle, rue Maza-\nrine; iue des Fossés, nous en avons une plus grande, qui exige plus\nd instiuments. D ailleurs, la Comédie-Italienne s'en permet autant que\nnous, sans que l'Opéra s'en irrite, et les forains bien davantage. - Ce\ndernier trait est piquant. il fait allusion aux traités conclus entre l'Opéra\netl'Opéra-Comique, dont les Comédiens niaient la légalité.- Nous nous\nsommes conformés aux ordonnances relativement aux voix et aux dan-\nseurs; mais, quant aux instruments, nos anciennes pièces, que la Cour\nmême nous ordonne souvent de venir jouer, en réclament un plus grand\nnombre. Il faut uonc prendie un lemperament, et nous permettre de les\njouer avec tous leurs accessoires, les jours autres que ceux d'Opéra...\nEn conséquence, ils demandent qu on leur laisse les neuf violons ou\nhautbois dont ils ont pris sur eux de faire usage.\nLes suites de cette affaire nous échappent. Mais nous trouvons\nmentionné, dans les papiers de Beffara (Arch. de l'Opéra), un arrêt du\nConseil du 21 mars 1718, qui décharge les Comédiens des amendes qu'ils\nont à payer à l'Académie de Musique (pour les infractions de 1716 ou\npour de plus récentes? ) , mais qui confirme leurs obligations.\nLes défenses portées à l'arrêt du 20 juin 1716 sont renouvelées dans"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "258", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.19", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ncelui du lerIer juin 1730, qui confère à Gruer le privilège de l'Opéra, et\ndans une autre, du 11 novembre 1741? clui prononce comminatoirement\n10,000 livres d'amende contre les contrevenants, et que l'Opéra fait signi-\nfier aux Comédiens le 29 mai 1742.\nEn septembre 1746, Berger, le directeur, adresse une requete au\nConseil à propos de nouvelles infractions de ces derniers, qui ont em-\nployé plus de chanteurs et de musiciens qu ils ne le doivent. Lois des\nreprésentations de lu Fête interrompue, espèce d opéra de La Chaussée,\nen avril, un huissier du Conseil avait dressé procès-verbal, et Berger\ns'était plaint. Les Comédiens continuèrent. Ils reprirent le Nouveau\nMonde et Vlnconnu, cette dernière pièce qualifiée, dans leurs affiches,\nde comédie-ballet. Le 6 septembre, Berger leur fit signifier une seconde\nfois l'arrêt du 11 novembre 1741. Us n'en tinrent compte, et un procès-\nverbal du 7 constata que la pièce était jouée en cinq ballets exécutés par\ndes danseurs externes, avec changements de décorations, scènes de mu-\nsique, etc. Berger demandait 30,000 livres de dommages-intérêts ; un\narrêt du 3 octobre condamna les Comédiens à les payer, en leur défendant\nde récidiver. Il est peu probable, toutefois, qu'ils acquittèrent cette\nsomme : l'autorité dut, comme à l'ordinaire, en provoquer la décharge.\nL'oppression amenait, comme toujours, la révolte ; la Comédie secouait\nle joug ouvertement ! Elle avait même affiché, dans des documents pu-\nblics, son intention de ne plus respecter les ordonnances : son règlement\ndu 26 octobre 172 g, qui établissait quatre classes de comédiens adminis-\ntrateurs, et qu'elle fit imprimer, chargeait le troisième groupe c< de la\nsymphonie extraordinaire, des danseurs extraordinaires et de 1 orchestre\npour la symphonie, »\n(La suite prochainement.)\n\nJULES BONNASSIES."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "259", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.20", "texte": "L'ACHÈVEMENT DU NOUVEL OPÉRA\n\nNE visite officielle vient d'être faite au nouvel Opéra par\nM. le Ministre des Travaux publics, accompagné de M. de\nBoureuille, son secrétaire général, et de M. de Cardaillac,\ndirecteur des bâtiments civils.\n« M. le Ministre dit le Journal officiel a pu constater que les\ntravaux étaient très avancés ; le grand escalier, accompagné de ses gale-\nries et le foyer sont surtout très près de leur achèvement. La salle et la\nscène sont, en apparence du moins, dans un moindre état d'avancement;\nmais M. Garnier a fait remarquer, en ce qui concerne la salle, que la\nplupart des ouvrages dont elle se compose s'exécutent au dehors dans\ndes ateliers séparés, et qu'il n'y aura bientôt plus qu'à les poser, ce qui\nse fera très rapidement.\n(( Quant à la scène qui, depuis les fondations jusqu'au sommet, pré-\nsente une hauteur totale de quatre-vingt-dix mètres, tout se prépare pour\nrecevoir la machinerie qui se fabrique également dans divers ateliers à\nl'extérieur. Il y a là évidemment un grand effort à faire, mais M. Gar-\nnier a déclaré au ministre que toutes les mesures avaient été prises et\nque, si les crédits nécessaires étaient accordés par l'Assemblée, cette par-\ntie du monument, comme toutes les autres, serait prête pour l'exploita-\ntion de l'Opéra à la fin de l'année. »\nPour faire suite à des assurances consolantes, voici quelques passages du"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "260", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.21", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nremarquable rapport présenté par la commission du budget à l'Assemblée\nnationale sur l'achèvement du nouvel Opéra. Ce rapport est suivi d'une de-\nmande de crédit.\n« C'est en 1861 que l'Opéra nouveau a été entrepris, après un brillant\nconcours qui plaça M. Garnier au premier rang. C'est au commence-\nment de 1875 qu'il sera complètement terminé, et par conséquent sa\nconstruction qui, dans le principe, devait durer cinq ans, en aura duré\nprès de quatorze, près de trois fois plus de temps qu'on ne 1 avait prévu.\n« La dépense annoncée à l'origine sera augmentée dans la même pro-\nportion, et s'élèvera de 12 à 36 millions. »\nUne des raisons invoquées en 1861 pour justifier l'édification d'une nou-\nvelle salle d'Opéra, c'est qu'il y avait déjà péril à habiter l'ancienne « qui\ns'affaissait et qu'on ne soutenait qu'artificiellement. »\n« Enfin, répondant à certaines préoccupations exprimées au sujet [de\nla dépense, M. Barôche, ministre présidant le conseil d'État, justifiait,\ndans la séance du 27 juin 1861, l'évaluation de 12 millions de la ma-\nnière suivante :\n« L'Opéra, bâti comme il est, a coûté 2,500,000 francs.\n« Pour faire cette même construction aujourd'hui au prix où sont les\nmatériaux, d'après les séries de prix sur lesquelles les mémoires sont ré-\nglés, il faudrait dépenser de 5 à 6 millions. Est-il étonnant que ce chiffre\nsoit doublé quand on veut faire un opéra monumental dont les plans\nont frappé par leur beauté et par leur grandeur. »\nM. le rapporteur fait ensuite un historique très intéressant, et surtout très\nrévélateur, du budget des travaux du nouvel Opéra. Les chiffres qu'il donne\nsont en partie inédits, et n'avaient jamais été groupés d'une façon aussi\nclaire :\n« Le premier devis sérieusement étudié pour le nouvel Opéra ne fut\ndressé qu'en 1862, après l'approbation des plans. Il se montait à\n31,000,000, y compris 2,000,000 pour la machinerie théâtrale et l'a-\nmeublement.\n« Le Gouvernement en exigea la réduction.\na Des suppressions et des modifications successives le firent descendre\nà 25 millions, et même jusqu'à 18 millions, malgré les observations des\narchitectes et le peu de confiance que le conseil général des bâtiments\ncivils avait dans des réductions qui portaient, non pas tant sur une mo-"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "261", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.22", "texte": "L'ACHÈVEMENT DU NOUVEL OPÉRA\n\ndifîcation des plans, puisqu'on conservait le plan adopté, que sur des dé-\ntails de construction.\n« La marche des travaux rencontra de nombreuses difficultés qu'il\nfallut surmonter, surtout dans les fondations ; car la construction a au-\ntant de profondeur au dessous du sol que d'élévation au-dessus, telle-\nment que du point le plus bas au point le plus élevé de l'édifice, la hau-\nteur atteint celle des tours de Notre-Dame; et on fut amené successive-\nment à supprimer toutes les modifications qui avaient été proposées. En\n1869, on était revenu au premier projet, et un devis rectifié, montant à\n32,500,000 francs fut rédigé et approuvé par le conseil général des bâti-\nments civils.\n« C'est ce devis qui, depuis cette époque, a servi de base à toutes les\nopérations et sur lequel il avait été dépensé avant la*guerre 25,500,000 fr.\n« Vous avez accordé en 1871 un crédit de 600,000 fr. pour régler\nseulement les dépenses faites, terminer les travaux rigoureusement indis-\npensables et mettre les parties exécutées à l'abri de toute dégradation.\n« En 1872, vous avez reconnu et dans l'intérêt de tout un quartier\nimportant de Paris, et surtout en considération de ce que l'ancienne\nsalle exigeait de coûteuses réparations, la nécessité de reprendre les tra-\nvaux, et vous avez accordé un crédit de 1 million.\n« En 1873, vous avez demandé, en accordant un nouveau crédit de\nT million, qu'on recherchât les simplifications à introduire dans les\ntravaux restant à exécuter, et les suppressions indiquées à la suite de cet\nexamen s'élevaient à 746,000 fr., de sorte que la dépense restant à faire,\nà partir de 1874, ne devait plus être que de 3,654,000 fr.\n« Vous avez voté enfin 1 million sur l'exercice 1874, de sorte qu'il ne\ndevait plus rester à créditer que 2,654,000 fr. ; mais si 011 calcule que\nles suppressions indiquées au budget de 1873, et montant à 746,000 fr.,\nseront au moins compensées par la plus-value qu'occasionnera une nou-\nvelle organisation nécessaire pour terminer plus rapidement, on recon-\nnaîtra que le crédit de 3 millions 500,000 fr. demandé pour achever la\nconstruction n'a rien d'exagéré. Il en résultera seulement que le jour où\nl'on voudra reprendre les parties ajournées, il y aura 746,000 fr. de\nplus à dépenser; de sorte que la dépense totale de la construction, arrêtée\naujourd'hui à 32,600,000 fr., s'élèvera en réalité à 33,346,000 fr.,\nou 33,500,000 fr. en nombre rond, sans compter le prix des ter-\nrains, qui, au prix de 715 fr. le mètre, ont coûté 10,500,000 fr.*, sans\ncompter les nouveaux décors et accessoires, pour lesquels on demande\nun crédit de 2,500,000 fr., de sorte que l'ensemble de la dépense que\nnous constatons sera de 46,500,000 fr., comprenant en résumé :"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "262", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.23", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\n<( En travaux de constructions faits antérieurement ou restant à\nfaire 32,600,000 fr»\nTravaux ajournés. 900,000\nDécors et accessoires 2,5oo,ooo\nTerrains. io,5oo,ooo\nTelle est, messieurs, la situation à ce jour. »\nLes sommes votées antérieurement s'élèvent à 29,100,000 fr. Le crédit\nsupplémentaire demandé pour l'achèvement des travaux est de 3,5oo,ooo fr.\nM. le Rapporteur entame ensuite le chapitre des dépenses du mobilier\n(costumes, décors, etc.), pour lequel il demande un crédit de 2,5oo,ooo fr.\n« En sus des 3,5oo,ooo fr. de dépenses à faire pour la construction\nproprement dite, il y a des frais de décors et de divers accessoires évalués\nà 2,5oo,ooo fr.\ncc Le répertoire courant de l'Opéra se composait de 19 ouvrages, les\ndécorations de 16 de ces ouvrages sont entièrement brûlées, ainsi que la\nplupart des costumes et accessoires, les partitions de musique et ins-\ntruments, le matériel scénique, l'ameublement des pièces de service et\ndes loges d'artistes.\n(( Il faut renouveler cet immense matériel.\n« Vous avez déjà alloué, en adoptant le projet d'exploitation provi-\nsoire, une somme de 3oo,ooo fr. qui a été considérée, pour partie au\nmoins, comme une avance. On a supposé que, sauf les décors, le sur-\nplus, c'est-à-dire les costumes, les accessoires, les partitions seraient\nconfectionés de manière à être utilisés sur la nouvelle scène ; on calcule\nqu'il restera, en déduisant ce qui a été détérioré, ce qui ne pourra être\napproprié, en tenant compte des frais à faire pour utiliser le reste, une\nvaleur de 100,000 fr.,de sorte qu'au lieu de 2,5oo,ooo fr. qui vous sont\ndemandés, il n'y a plus à allouer que 2,400,000 fr.\nEn réunissant cette dernière somme à celle de 3,5oo,ooo fr., on arrive\nà un chiffre total de 5,900,000 fr. pour les dépenses restant à faire. »\n« On s'est souvent préoccupé de l'augmentation des dépenses d'ex-\nploitation du nouvel Opéra, et nous pensons que de courtes explications\nà ce sujet auront quelque intérêt.\n« Le volume de la nouvelle salle est d environ trois fois celui de l'an-\ncien théâtre, et les dépenses de l'éclairage et du chauffage en seront\nd'autant plus augmentées."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "263", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.24", "texte": "L'ACHÈVEMENT DU NOUVEL OPÉRA\n\n« Les décors coûteront plus cher qu'autrefois, à cause de leurs di-\nmensions. Ainsi, on estime que chaque pièce à monter coûtera de ce\nchef moitié en plus que ce qu'elle aurait coûté dans l'ancien Opéra.\n« On peut calculer que l'excédant de dépenses résultant de ces aug-\nmentations, en faisant une large part à l'imprévu, pourra s'élever jusqu'à\n2,500 fr. par soirée de jeu.\n« En compensation, le nombre des places installées au nouvel Opéra\ndépassera d'environ 300 en moyenne celui dont on pouvait disposer dans\nl'ancienne salle , et cet excédant se composant presque entièrement de\nplaces de luxe, dont le prix moyen actuel est de 10 fr., l'augmentation\nde recettes ne sera pas de moins de 3,000 fr. lorsque la salle sera remplie.\n« On doit espérer, dans ces conditions, que la subvention accordée au\ndirecteur de l'Opéra suffira, et qu'il n'y a pas à craindre d'avoir à l'aug-\nmenter.\nce Le nouvel Opéra pourra-t-il être livré à l'exploitation à la fin de\nl'année 1874, ou au plus tard dans le mois de janvier 1875, si vous\naccordez, comme nous vous le proposons, les crédits qui vous sont de-\nmandés ?\ncc Les assurances les plus formelles ont été données à cet égard à votre\nCommission, tant par l'administration que par l'architecte. »\nSuit un projet de loi conforme.\nCes documents officiels nous ont semblé présenter le plus haut intérêt ;\naussi nous devons les consigner dans les Archives de la Chronique musicale,\n\nO. L."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "264", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.25", "texte": "REVUE DES CONCERTS\nCONCERTS POPULAIRES : Ouverture de Concert de M. E. Guiraud. Le Mouvement\nperpétuel de Paganini. Esquisses sympde madame de Grandval.\nCONCERT NATIONAL : Fragments de la Symphonie en ut majeur de M. Gouvy.\nFantaisie sur des Airs hongrois de Liszt.— Rome et Naples, pièces symphoniques\nde M. Rabuteau. Ballade et Minuetto-scher\\o de M. Dupont. SOCIÉTÉ CLAS-\nSIQUE. CONCERT DE M. AUZENDE,— DE M. LEBOUC, —DE M. KOWALSKI.\nONCERTS POPULAIRES. Le quatrième concert de la\ntroisième série nous a initié à la première audition\nd'une ouverture de concert de M. E. Guiraud. Disons\ntout de suite que cette œuvre se distingue par les qua-\nlités les plus transcendantes. Le premier allegro est\nbrillant, clair et parfaitement modulé. L'andante qui\nsuit renferme un admirable chant de clarinette dans le style religieux.\nDes arpèges de harpe en accords de septième diminuée produisent, en se\nmêlant à l'orchestre, un effet de sonorité très singulier, très neuf et très\nheureux. L'instrumentation, du reste, est partout belle et vigoureuse, et\nle ton difficile dt fa dièse majeur, dans lequel une partie de cet ouvrage\nest écrite, lui donne un éclat tout particulier. L'allégro final est plein\nd'entrain, mais la facture de l'ouverture, qui s'éloigne de la forme ordi-\noù la première partie finit sur la dominante, et la seconde sur la\ntonique, a quelque peu surpris l'oreille du public, qui, sans se rendre\ncompte de cette impression , n'a pas bien compris la terminaison au\npremier abord, et n'a accentué ses applaudissements qu'au bout d'un\nmoment, lorsque la réflexion lui est venue.\nEn osant annoncer sur l'affiche le de Paganini,\nexécuté par tous les premiers violons, qui sont au nombre de dix-\nhuit, M. Pasdeloup a prouvé à ses artistes la confiance qu'il avait en\nleurs talents, et les artistes lui ont prouvé qu'ils étaient à la hauteur de"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "265", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.26", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nsa confiance. Ce morceau vertigineux, pendant lequel on se sentait la\npoitrine oppressée et la respiration coupée, a été enlevé avec une sûreté,\nuni précision et une délicatesse de nuances à faire croire qu'un seul\ninstrumentiste l'exécutait. Aussi, le succès en a-t-il été colossal, et\nM. Pasdeloup a été rappelé ainsi que tous les violonistes en masse.\nMaintenant, toute part faite des éloges auxquels a droit la parfaite\nexécution du Mouvement perpétuel, je me demanderai si c'est bien là le\nvrai but de l'art musical, et si le véritable et sévère bon goût doit sanc-\ntionner de pareils tours de force, disons le mot, de pareils casse-\ncous. Il faut le croire, puisque le Conservatoire en a le premier donné\nl'exemple, en faisant exécuter le septuor de Beethoven par tous les ins-\ntruments à cordes. Il me reste cependant un doute et une crainte. Ce\nqui se fait pour un morceau ne se fera-t-il pas pour tout autre ? On a\ncommencé par jouer en tutti des œuvres écrites pour des instruments\nsolos : on continue en se lançant dans des exercices d'une difficulté\nredoutable, il est vrai, mais qui cependant sont mesurés. N'en arrivera-\nt-on pas un jour à vouloir faire exécuter par tous les violonistes réunis\ndes points d'orgue non mesurés, et l'art en profitera-t-il grandement?\nL'art mécanique, peut-être oui ; mais l'art de sentiment et d'expression,\ncertainement non. Que l'artiste se garde donc d'élever sa suprême ambi-\ntion à devenir un instrumentiste de précision, car dès lors adieu son ins-\npiration, sa personnalité et son génie.\nCinquième Concert. Sous le titre modeste à'Esquisses sympho-\nniques, madame de Grandval a déroulé devant les oreilles du public deux\ntableaux charmants : l'un qui forme un andante, et qu'on pourrait com-\nparer à un tableau à l'huile, et l'autre dans le genre de la pastorale, qui\nfigurerait une aquarelle. Le tableau à l'huile,—l'andante veux-je dire,—\ndébute par une introduction d'un style sévère, qui commence pianis-\nsimo, augmente de force progressivement et finit par s'éteindre dans un\nnouveau pianissimo. Bientôt se fait entendre une mélodie, accompagnée\npar la harpe. C'est une inspiration très poétique qui, se développant\nparfaitement bien, aboutit à un magnifique fortissimo et diminue peu à\npeu d'intensité.\nLe mouvement pastoral se distingue par des effets d'orchestre très va-\nriés et très heureux, et respire une grande fraîcheur. Par le temps d'har-\nmonies heurtées et risquées qui court, c'est une chance que d'en\nrencontrer qui ne blessent jamais l'oreille.\nM. Bosquin, que j'avais déjà entendu au Théâtre-Lyrique, il y a"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "266", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.27", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nquelques années, dans Iphigénie en Tauride, a fait d'immenses progrès.\nIl a admirablement chanté l'air de Pylade de cet opéra, et n'a rien laissé\nà désirer,\nHenry Cohen.\nCONCERT NATIONAL. Avant de parler des Concerts de la dernière\nquinzaine, je dois dire quelques mots des fragments de la symphonie en\nut majeur de M. Gouvy, qui ont été exécutés au troisième Concert de\nla quatrième série. M. Gouvy avait donné l'année dernière, aux Concerts\nde l'Odéon, un morceau : Variations et rondo, qu'on a repris derniè-\nrement aux Concerts populaires et dont la Chronique musicale a rendu\ncompte. Sa nouvelle composition marque un progrès sensible sur la\nprécédente ; elle se distingue par un bon sentiment mélodique, une cer-\ntaine élégance de formes et une instrumentation très soignée. Je repro-\ncherai seulement à M. Gouvy de ne pas assez se maintenir dans les limites\nde la musique purement symphonique et de donner à ses développe-\nments une longueur excessive. Ses périodes manquent souvent d'incises\net se succèdent,, plutôt par amplification, qu'en vertu d'un développe-\nment régulier. Sauf cette légère critique, je me plais à constater que le\nmusicien a fait preuve dans ces fragments d'un talent qui ne demande\nqu'à s'exercer; il a droit à tous nos encouragements.\nJ'arrive maintenant au premier Concert de la cinquième et dernière\nsérie. Celui-là, on peut Pintituler hardiment : Concert de musique ro-\nmantique. Jugez-en d'après le programme : le Rouet d\" poème\nsymphonique de M. Saint-Saëns: Mouvement perpétuel, de Paganini ;\nFantaisies sur des airs hongrois, de Liszt; Marche troyenne, de Ber-\nlioz, et enfin la symphonie en la mineur, de Mendelssohn, que, naturel-\nlement, je mets à part. Le Mouvement perpétuel, de Paganini, ne pré-\nsente d'autre intérêt que celui d'une exécution difficile et fatigante. C'est\nun long allegro qui se déroule en interminables spirales, sans une pause,\nsans même un quart de soupir ; les premiers violons l'ont exécuté avec\nun ensemble parfait et sans trahir la moindre fatigue. Le Rouet d'Om-\nphale est déjà connu du public ; il a été joué avec le même succès aux\nConcerts populaires et au Concert national. Etant admis ce genre de\nsymphonie imitative (que, pour notre part, nous réprouvons absolu-\nment, car c'est la matérialisation de l'art), il faut bien reconnaître que\nl'œuvre de M. Saint-Saëns est extrêmement gracieuse, et que les pi-\nquantes combinaisons d'orchestre sur lesquelles elle repose ont été trai-\ntées par le musicien avec une sûreté de main et une délicatesse de touche"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "267", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.28", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nremarquables. Très applaudi comme compositeur, M. Saint-Saëns a\nobtenu un brillant succès de virtuose en exécutant immédiatement après\nune Fantaisie sur des airs hongrois,de Liszt, pour piano et orchestre.\nOn sait que M. Liszt a fait une étude spéciale de la musique des Bohé-\nmiens. «Ces peuples, dit-il dans un ouvrage assez curieux(i),possèdent\ndes mélodies originales, disposées sur un accompagnement de basse\ncontinue qui renferme l'harmonie dans un cercle étroit de consonnances\nmonotones. Ces mélodies sont destinées à la danse, d'où le rhythme par-\nticulier qui les distingue. On y trouve un genre de modulations qui\nn'est fondé que sur le caprice de chacun, car l'art des Bohémiens n'est ni\nune science qu'on puisse apprendre, ni un métier qu'on enseigne par\nroutine; c'est un langage sublime, u\nque des initiés.En général, les mélodies bohémiennes se divisent en\ndeux parties : la première, d'un mouvement très lent, s'appelle\nd'un mot qui signifie lenteur et qui peut se traduire par maestoso; la se-\nconde partie, qualifiée de frisehka,est d'un mouvement rapide, qui va\nen s'accélérant de Y allegro vivace » La fantaisie que\nM. Liszt a composée sur ces airs exotiques est pleine de couleur et d'o-\nriginalité. Le presto final ou frisehka est bizarre, sauvage, emporté ;\nl'orchestreet le piano, entraînés dans un mouvement vertigineux, sifflent,\nmiaulent, hurlent, ricanent ; c'est quelque chose d'indescriptible; mais\nil y a dans ce quelque chose une saveur étrange qui plaît et une verve\ndiabolique qui entraîne. Le public a beaucoup applaudi ; il a fait bisser\nle presto que M. Saint-Saëns avait merveilleusement exécuté. La\nche troyenne,de Berlioz, ne m'a pas paru extrêmement remarquable :\nelle commence par une fanfare brillante et se termine par une vigou-\nreuse coda ; l'idée principale est courte et mal conduite, elle*revient trop\nsouvent ; somme toute, je préfère la\nOn nous a donné au deuxième Concert de la cinquième série deux\nmorceaux inédits : le premier, Rome et Naples, pièces symphoniques ,\nest de M. Rabuteau , prix de de Rome de 1868. Rome y est représentée\npar une sorte tfAndante religiosod'une assez bonne facture ; Naples,\npar une Tarentelle sans vie, sans gaieté et sans chaleur. L'orchestration,\nassez soignée, manque de plénitude, de variété et de couleur. En un mot,\nc'est le devoir d'un bon élève, ce n'est pas encore l'œuvre d'un talent\nformé, et l'on ne peut guère entrevoir, d'après cet essai sans portée, ce\nque le musicien sera capable de faire plus tard. M. A. Dupont, profes-\nseur au Conservatoire de Bruxelles, est venu ensuite exécuter lui-même\n\n(i) La Musique des Bohémiens, par M. Frantz Liszt"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "268", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.29", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nune Ballade et un Minuetto-Scherzo, pour piano et orchestre, de sa\ncomposition. J'ai rarement entendu rien de plus faible et de plus insigni-\nfiant. Il n'y a pas une note originale, pas l'ombre d'un développement\ndans ces deux pièces incolores; ce ne sont que rengaines et formes démo-\ndées. Le rôle de l'orchestre y est à peu près nul et se borne à quelques\nformules banales d'accompagnement. Franchement, on écrit de ces cho-\nses-là à l'usage des pensionnats de demoiselles ; mais on ne les joue pas\ndans un Concert de musique classique, devant un public qui est en âge\nd'entendre des œuvres sérieuses. Le Concert s'est terminé par la Séré-\nnade (op. 8) , de Beethoven, exécutée par tous le 3 instruments à corde.\nCe dérangement est loin d'être avantageux pour l'œuvre à laquelle on\na fait subir en outre de fâcheuses mutilations. Beethoven a écrit assez de\ncompositions pour orchestre sans qu'il soit nécessaire d'en créer de nou-\nvelles par la transformation de ses morceaux de musique de chambre. Il\nme paraît aussi contraire au goût et à la logique musicale de vouloir\nfaire jouer un trio par tout un orchestre,, que de réduire en trio la sym-\nphonie en ut mineur. Chaque chose a sa place. Il y a en musique,\ncomme dans tous les arts,, une loi essentielle, et qui demande impérieu-\nsement à être respectée : c'est la loi des proportions. M. Colonne aeu\ntort de l'oublier.\nH. Marcello.\nSOCIÉTÉ CLASSIQUE. J'ai suivi avec le plus grand intérêt les quatre\npremières séances de la Société classique et j'y ai noté, entre autres,\nquelques œuvres modernes qui méritent que nous les passions rapide-\nment en revue. On a exécuté dans la deuxième séance un Andante e\nCapriccio, de M. Gastinel, pour flûte, hautbois, clarinette,cor, basson,\nquatuor et contrebasse; VAndante n'a rien de bien saillant, mais le Ca-\npriccio in gusto di Saltarello m'a paru extrêmement joli. Le troisième\nconcert nous présente deux pièces : l'une de A. de Castillon, l'autre de\nM. Lalo, écrites également pour dix instruments et un quintette de\nM. Chaîne, pour flûte, hautbois, clarinette, cor et basson. Le public n'a\npas beaucoup goûté Y allegretto de A. de Castillon, qui renferme pour-\ntant de curieux détails de facture. Tous les honneurs de la soirée ont\nété pour Y andantino du divertissement de M. Lalo. Cette page remar-\nquable, que nous avons publiée dans l'un de nos derniers numéros, a\nété bissée par acclamation. Le quintette de M. Chaîne est un morceau\ntrès agréable et parfaitement écrit pour les instruments ; on y trouve un\ncharmant scherzo et quelques jolies variations. Enfin je signalerai dans"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "269", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.30", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nla quatrième séance un thème et variations extraits du troisième quatuor\n(op. 56) de M. Gouvy, morceau fort inégal et dont la troisième et la qua-\ntrième variation forment la meilleure partie. Ces différentes composi-\ntions ont été exécutées avec un ensemble et une perfection de nuances\ndignes des plus grands éloges.\nH. M.\n»\nCONCERT DE M. AUZENDE, salle Comme pianiste,\nM. Auzende a beaucoup de talent et tire un son prodigieux de son ins-\ntrument. Gomme compositeur, sa Gr (carac-\ntéristique de quoi?) est un long andante, monotone, vague, sans une\nidée mélodique ni un effet. Et cependant quel brillant morceau d'ensem-\nble, un orchestre de choix, composé d'artistes tels que MM. Taffanel,\nGrisez, Baneux, Espaignet, White, Trombetta, Gary et Turban, aurait\npu et dû inspirer. M. White a parfaitement exécuté la fantaisie d'Alard\nsur Robert le Diable. Mais, en somme, rien n'est aride et froid comme\nun concert sans musique de chant, et surtout lorsqu'il y a absence\ncomplète d'artistes femmes.\nMATINÉES DE M. LEBOUC. Neuvièm Première audition\nde la première sonate pour piano et orgue qui ait été composée jusqu'ici,\nexécutée d'une façon merveilleuse par madame Béguin-Saloman et\nM. Lavignac : l'auteur de cette oeuvre nouvelle, M. Adolphe Blanc, qui\na déjà tant donné de preuves de talent dans ses compositions instru-\nmentales, s'y est surpassé. On a surtout beaucoup applaudi le premier\nallegro, charmant d'un bout à l'autre, et l'andante, où le piano accom-\npagne constamment l'orgue avec des dessins et des motifs entièrement\ndifférents. Les deux instruments y produisent en même temps un bon\neffet individuel et un bon effet d'ensemble.\nMadame Pauline Boutin possède une voix de soprano bien timbrée et\nne manque pas d'intentions ; mais le professeur qui lui a appris le bel\nair de la Prise de Jéricho ne sait pas le premier mot des traditions ni des\nmouvements de ce morceau.\nH. C.\nCONCERT DE M. KOWÂLSKI. Henri Kowalski est un irrégulier du\npiano. Il parait, il disparaît ; un jour on apprend qu'il est en Amérique,"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "270", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.31", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nle lendemain il annonce un concert dans les salons Erard, et alors c'est\nfête, car de chaque voyage il rapporte ses impressions traduites en pages\nmusicales, tantôt tendres, tantôt fougueuses, suivant les hasards de la\nroute et les caprices de l'inspiration. Je n'en veux pour exemple que le\nmorceau intitulé : A toute Vapeur,qui aeu les honneurs de la dernière\nsoirée chez Erard, et dont l'auteur a raconté l'histoire dans son livre :\nA travers V Amérique.\n« La salle d'Ogdensburg est près du port (ainsi s'exprime Kowalski)\net, par un hasard malheureux, un bateau à vapeur se met à siffler avec\nune persistance qui finit par répandre le désordre dans notre programme.\nLes chanteurs abordent courageusement la difficulté, non sans souffrir\nde la discordance qui en résulte. Mon tour arrive, je prélude au piano,\nmais le sifflet de retentir avec une nouvelle force. Sans perdre conte _\nnance, jugeant que le sifflet donne un si il me vient à ia pensée\nd'exécuter dans le ton de mi bémol le galop célèbre, l'Express-train. Le\ndépart du train, sa marche progressive en vitesse y sont parfaitement\nimités, et comme s'il y avait entente entre nous deux, le sifflet du bateau\nvient me prêter son concours en jouant sa partie avec une mesure éton-\nnante. Les Américains comprennent et me font une ovation. »\nLe public français a fait de même; il a accueilli chaleureusement\nl'Express-train devenu : A toute vapet ses bravos ont remplacé le\nsifflet du bateau canadien. Parmi les autres morceaux applaudis, nous\nciterons la Marche des Gardes françaises, à quatre mains, la Cubaine,\nla Danse tchèque et le Niagara. Quant à la virtuosité du bénéficiaire,\nil n'y a plus à en faire l'éloge."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "271", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.32", "texte": "REVUE DES THÉATRES LYRIQUES\n\nITALIENS : Reprise de la Semiramide.\nL y a, dans cette reprise de Semiramide, un cas de mys-\ntification dont nous ne sommes point dupe. La presse\nmusicale a été presque tout entière bannie de la pre-\nmière représentation, et la plupart des critiques spé-\nciaux du journalisme quotidien en ont été également\nexclus. Cette mesure de proscription, aussi peu déli-\ncate que peu pratique, révèle de singulières préoccupations dans l'ad-\nministration du Théâtre-Italien. En vérité, quand nous examinons le\nsans-gêne yankee avec lequel les directeurs de ce spectacle en usent avec\nParis, nous nous demandons s'ils ne se croient pas toujours à la tête d'une\nde ces troupes ambulantes qu'ils ont promenées autrefois à travers l'Eu-\nrope et l'Amérique, avec la permission des maires. Dans une lettre qui\nnous a été adressée ainsi qu'à nos confrères, ces messieurs ont tenté l'ex-\nplication de-ce procédé, sans antécédent dans les fastes du théâtre. S'il\nfaut ajouter foi aux termes de cette circulaire, les abonnements à la salle\nVentadour sont tellement nombreux le mardi, que le service de presse\nest quasi-impraticable ce jour-là. Nous ne voulons pas relever trop cruel-\nlement tout ce qu'une pareille excuse a d'invraisemblable ; nous décli-\nnons simplement l'appel fait à notre crédulité, et nous pensons, avec\nbeaucoup d'autres, que les artistes du Théâtre-Italien ont trop besoin des\nconseils de l'expérience, pour que MM. Strakosch et Merelli éliminent\naussi cavalièrement la critique des premières représentations de leurs\nnombreuses reprises. Depuis l'ouverture delà saison, la presse parisienne\ns'est montrée envers eux indulgente jusqu'à la charité, tolérante jusqu'à\nla faiblesse. M. Strakosch a obtenu la concession de la salle Ventadour,\ngrâce au prestige de ses relations étendues dans le monde artistique. Il"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "272", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.33", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nest venu à nous, entouré de cette auréole qui s'attache en France à ceux\nqui arrivent de loin. On le disait imprésario divin et financier géné-\nreux. On nous dépeignait son cabinet de travail comme un Observatoire,\nun Greenwich, un Montsouris, d'où il dénichait les étoiles au plus pro-\nfond du firmament musical, et d'où il happait les cantatrices au vol\ncomme pinsons en pipée. Et, franchement, c'est trop de crédit donné à\nune légende mensongère !\nOn n'attend pas de nous l'analyse de la Semiramide dans Tordre\noù les morceaux de cette partition sont classés à la table théma-\ntique. Sémiramide a été jouée d'original en 1823, à la Fenice de\nVenise, et depuis son apparition à Paris, le 9 décembre 1825, la cri-\ntique verse sur cet ouvrage son torrent de commentaires. Celui qui\nchercherait à s en faire une opinion d'après les idées d'autrui, se perdrait\ndans un chaos de jugements contradictoires, et en sortirait la tête mou-\nlue. Le mieux est de s'en rapporter tout naïvement à soi-même, quand\non n'est l'esclave d'aucun parti-pris, et qu'on va de par le monde au\npourchas d'impressions sincères. Quand on est d'accord avec soi-même\net qu'on n'a pas d'intérêt à se tromper, 011 se rapproche de la vérité au-\ntant qu'homme du monde. Voilà cinquante ans que le débat s'est engagé\nentre les musiciens, sur la question de savoir si Semiramide est un opéra\nassyrien ou italien, et s'il est de Babylone ou de Venise. Les uns veu-\nlent y voir la reconstruction du peuple ninivite par une sorte de Cu-\nvier musical; d'autres n'y voient qu'une promenade aux ruines des\nJardins suspendus, faite par un habitant de Pesaro d'un naturel enjoué,,\nJe connais des musiciens fort distingués qui parlent de S émir ami set\nde son auteur ainsi qu'il suit : « Rossini n'a guère mieux compris l'As-\nsyrie que le président de Brosses n'a compris l'ltalie, et malgré tout le\nrespect dû au génie de Rossini et à l'esprit du président, nous ne sau-\nrions pas plus souscrire aux erreurs de couleur locale commises par le\npremier, qu'aux appréciations erronées du second sur presque tous les\nmonuments de la renaissance italienne. Le but de la musique est d'être\nnon-seulement agréable, mais logique aussi, et en rapport avec le sujet\nqu'elle traite.\n« L'ouverture de ASemiramide est un hors-d'œuvre déplacé : une ouver-\nture doit lever discrètement le voile sur le caractère du drame qui se\nprépare : elle doit laisser entrevoir l'horizon sous lequel l'action va se\npasser. Sans tomber jamais dans l'imitation servile des bruits de la na-\nture, Félicien David a rendu avec une fidélité grandiose le désert et ses\nmajestés calmes, la mer et ses flots révoltés. C'est par une lumineuse\ntrouée dans la pierre et dans le bronze qu'il fallait entrer dans le palais"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.34", "texte": "SEMIRAMIDE\nda G. ROSSINI.\nN°. 7\nCAVATINA."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.43", "texte": "Imp. Trinooq R Albony 23"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "273", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.44", "texte": "de Sémiramis, et non par une porte entrebâillée à la dérobée, par une\nsoubrette de Carlo Gozzi. On ne se raille pas plus plaisamment par an-\nticipation de l'ombre de Ninus. Qui donc a initié les prêtres du dieu\nBaal, Oroè, la reine, Assur et autres personnages antérieurs à l'ère chré-\ntienne, aux exercices les plus ardus des solfèges de l'école de Naples ?\nRossini, depuis l'introduction jusqu'au chœur final, est dans le faux. Sa\nSémiramis ne s'est survécu que par ses magnifiques interprétations.\nC'est le champ clos où les plus grands artistes du monde ont fait assaut\nde virtuosité : Galli, dans le rôle d'Assur, la Mariani, la Pisaroni, l'Al-\nboni dans celui d'Arsace, mademoiselleColbran, la Sontag, Marie Mali-\nbran, la Grisi dans celui de Sémiramis. Laissez faire le temps qui empor-\ntera d un coup d'aile et l'œuvre et les glorieux souvenirs qui lui font\ncortège. »\nAinsi disent les matérialistes, les positivistes, les rationalistes qui ai-\nment à être édifiés sur les latitudes et les longitudes. J'ai entendu d'autres\nmusiciens, tout aussi experts que ceux-là, répondre à ces objections :\n« Ose-t-on bien accuser Rossini d'avoir manqué, dans Semiramide, à la\nloi de la couleur locale ! Est-ce que la musique n'est pas un art de con-\nvention? Quand nos oreilles sont charmées par la langue musicale la plus\nfleurie et la mieux sonnante qui soit ; si nos yeux sont l'objet d'un mi-\nrage, que nous importe ! Un opéra n'est point une collection archéolo-\ngique comme le British Muséum ! La tragédie de Voltaire à laquelle le\nlivret de Semiramide est emprunté, n'est point écrite en caractères cunéi-\nformes. Est-ce que l'apparition de Ninus et le finale du premier acte ne\nsont pas des morceaux dignes des héros assyriens ? Est-ce que cela n est\npas d'un grand style, d une expression puissante et d'une envergure baby-\nlonienne? » Ainsi disent les sensualistes. Il y a dans ces deux raisonnements\nbeaucoup à prendre et beaucoup à laisser. Il est évident que, dans sa fièvre\nde production, l'imagination de Rossini se grise parfois de ses inspirations\njusqu'à méconnaître le véritable caractère du sentiment ou de la passion\nqui doit être logiquement exprimé. C'est un arbre de forêt vierge : la\nsève y est si généreuse, si abondante, qu'elle ne coule plus en paix, et\nqu'elle jaillit toute dorée de l'écorce. Ce phénomène se traduit dans la\ntête de Rossini par un besoin désordonné de mouvement, et si impérieux,\nqu il lui sacrifiera tout et qu'il sera impuissant à le refréner là où l'unité\ndramatique l'exige. Il procédera par coups de tête, par bonds du cœur; et\ndans cette ivresse où il nage comme à plaisir, il passera souvent à côté\ndu vrai et mêlera à des émotions tragiques je ne sais quels éclats de verve\nbouffe qui déconcertent l'oreille.\nDans semiramide, la partie chorale confiée aux prêtres de Bélus man^\n\n111.\nREVUE DES THÉÂTRES LYRIQUES\n[8"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "274", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.45", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nque généralement de la dignité sacerdotale; et bien que je voie leurs\nfronts ornés de bandelettes, ces gens-là m'ont l'air d'avoir été oubliés par\nCourbet dans son Retour de la Conférence. La célébration des mystères\ndu culte assyrien ne paraît pas exercer sur eux sa sombre influence :\nleurs chœurs, écrits allegro vivace, allegro molto, tranchent singuliè-\nrement sur le ton tragique du reste de l'ouvrage, et leur introduction\nmêlée de fanfares sur un deux-quatre persistant, toute brillante qu'elle\nsoit, me semble pétrie d'un limon par trop profane. Mais le trio du pre-\nmier acte entre Idreno, Assur et Oroè, l'entrée d'Arsace : Eccomi al fine\nin Babilonia, le tableau des jardins avec la cavatine de Sémiramis et le\nduo entre elle et Arsace, la scène du trône, l'apparition de Ninus, et le\nfinale du premier acte, le second duo entre Sémiramis et Arsace : Ebben\na te ferisci , voilà des morceaux qui s'élèvent de toute leur hauteur en-\ntre Rossini et ses contempteurs. C'est au seuil de ces beautés qu'il faut\nlaisser toute raillerie, car les sublimités de Guillaume Tell y sont en\ngerme, et dans le finale du premier acte, tout plein d'harmonies lugu-\nbres, Rossini se prépare une palette éclatante, celle qui lui prêtera d'im-\nmortelles couleurs.pour peindre les douleurs et la délivrance de l'Hel-\nvétie.\nLa décadence actuelle du chant italien porte un coup presque mortel\naux traits de bravoure que Rossini a semés à profusion dans Sentira-\nmide. On peut dire, dès aujourd'hui, que la vocalisation dramatique est\nun art disparu. Notre génération de dilettanti n'y comprend littérale-\nment rien. Les virtuoses qui chantaient jadis Arsace, Sémiramis et\nAssur, ont-ils emporté avec eux dans leur tombe le don de faire compren-\ndre le style flamboyant ? Ce qui est hors de doute, c'est qu'ils n'en ont\npoint communiqué la recette à leurs successeurs.\nC'est pitié d'entendre Semiramide interprétée par la troupe actuelle\ndu Théâtre-Italien, bien que ses meilleurs sujets aient été conviés à\ncette reprise. M. Padilla, qui s'est chargé du rôle formidable d'Assur, ab-\ndique sur l'autel des basses chantantes l'autorité qu'il s'était acquise dans\nl'emploi des barytons. Si c'est par fantaisie ou par vanité d'artiste qu'il a\nvoulu jouer Assur, nous ne saurions trop le blâmer de son outrecui\ndance; si c'est par nécessité, nous ne saurions trop le plaindre d'être\nexposé à sè déclasser la voix. Il est déplorable que la direction du Théâ-\ntre-Italien sacrifie ainsi le meilleur de ses chanteurs aux raisons d'écono-\nmies inavouables qui l'ont empêché de contracter un engagement\nextraordinaire avec une basse chantante capable d'aborder le rôle d'Assur.\nM. Padilla ne pouvait faire plus clairement l'aveu de son impuissance\nqu'en abandonnant à M. Fiorini-Oroè, les traits de basse qu'il est inca-"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "275", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.46", "texte": "REVUE DES THÉÂTRES LYRIQUES\n\npable d'exécuter, dans le quatuor du serment, sur le mot Giuro. Il a dû\négalement renoncer au récitatif et à l'air superbe des tombeaux qui pré-\ncèdent la prière et le dernier trio du second acte. A ce compte, Bertram\npourrait passer aussi l'Évocation des nonnes dans Robert.\nOn attendait impatiemment mademoiselle de Belocca dans Arsace ;\nla déception a été grande. Nous avons dit déjà que Cendrillon ne\nvalait pas Rosine, à propos de la C nous dirons, à propos\nde Semiramide,qu'Arsace ne vaut guère mieux que Cendrillon. Les\nyeux de mademoiselle de Belocca sont de feu et son organe est d'or.\nJe îegrette quelle ne soit pas laide : peut-être chercherait-elle à le\nfaire oublier. Je suis fâché qu'elle n'ait pas une voix défectueuse : peut-\netre songerait-elle à se la faire pardonner. Elle articule avec mollesse ,\naccentue avec nonchalance, et n'est tourmentée d'aucun souci de style et\nd'expression. Mademoiselle Beival a retourné le public en sa faveur :\nson soprano est de la famille des grimpeurs ; il a escaladé les difficultés\ndont les cavatines de Sémiramis sont hérissées, avec une bravoure et une\njustesse de son qui marquent un progrès sensible sur son début dans\nDon Pasquale.Voilà le fruit de l'étude.\nGomme s'il avait eu à cœur de nous faire pressentir le vide que son dé-\npart va laisser au Théâtre-Italien, M. Vianesi, un chef d'orchestre unique,\na dirigé l'ouverture avec une telle maestria qu'elle a été bissée par accla-\nmation. Pendant toute la saison, M. Vianesi a été le pivot de cette ma-\nchine qui s appelle le Théâtre-Italien et qui n'a fonctionné sans accrocs\nque par lui.\n\nARTHUR HEULHARD."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "276", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.47", "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nFAITS DIVERS\n/\n. Emile Villemot consacre dans VEvénement une page\ntouchante à la regrettée artiste Aimée Desclée. Il rappelle\nà cette occasion le chapitre du Capitaine Fracasse où\nThéophile Gautier raconte la mort dans la neige du\npauvre Matamore. Il neigeait aussi le jour de l'enter-\nrement de la comédienne. En sa qualité de musicienne\ndistinguée, mademoiselle Desclée appartient de droit à la\nChronique musicale, qui, déjà, s'était fait l'écho des succès à Londres de la\njeune femme. (Tome i, page 94.)\nMademoiselle Desclée aimait particulièrement la symphonie en la de Bee-\nthoven. Au service mortuaire, M. Bazille, de l'Opéra-Comique, a joué sur\nl'orgue le morceau de prédilection de la pauvre défunte.\nNous trouvons dans /'Artiste des détails curieux sur les débuts de quel-\nques artistes connus :\nMadame Théo a commencé sa réputation au concert de l'Eldorado.\nMadame Ugalde a débuté au café du Géant. C'est à ce même concert qu'elle\na découvert Marie Sass.\nMademoiselle Agar a paru d'abord au café du Cheval-Blanc.\nThérésa (Emma Valladon), au café Moka.\nJudic (Anna Damiens), à l'Eldorado.\nZulma Boufifar a débuté dans un café concert de Bruxelles, puis Offen-\nbach l'entendit à Ems et la fît venir à Paris.\nMichot, le ténor, a commencé au café Moka.\nMadame Casimir, la duègne de l'Opéra-Comique, s'est fait entendre pour\nla.première fois dans un café concert de Bruxelles.\nMesdames Hortensç Schneider et Marie Cico sortent également des cafés\nconcerts.\nEnfin Blondelet, des Variétés, tenait l'emploi de sauvage au café des\nAveugles.\nM. Ernest Altès, second chef d'orchestre à l'Opéra, est nommé officier\nd'Académie par M. de Fourtou,"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "277", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.48", "texte": "VARIA\n\nM. Émils Réty, chef du secrétariat du Conservatoire, vient d'être dé-\ncoré de la Légion d'honneur. C'est la juste récompense des nombreux et\nimportants services qu a rendus a notre ecole de musique cet\nen qui Ambroise Thomas a.trouvé un précieux collaborateur. M. îe ministre\ndes Beaux-Arts est venu lui-même au Conservatoire apporter la décoration\nà M. Réty.\nNous empruntons au Trovatore, un des meilleurs journaux de théâtre\nd'ltalie, des notes intéressantes sur le mouvement musical et dramatique à\nStuttgard et à Leipzig :\nLe Conservatoire de Stuttgard, qui est sous le protectorat du roi de Wur-\ntemberg, ne compte pas moins de 508 élèves, dont 151 ont été admis l'au-\ntomne dernier. Tous les pays envoient des élèves à cette école. Il suffira de\ndire qu'il y en a 36 de Suisse, 36 d'Angleterre, 12 de Russie, 3 de France,\n1 de Turquie, 2 d'Afrique, et l'Amérique en compte 71! Les leçons, répar-\nties entre vingt-sept professeurs, se donnent par semaine au nombre de 611.\nPendant le mois de janvier, au théâtre de Leipzig, on a donné onze\nopéras. Ce sont H ans Heiling le Vampire, le Templier, la Juive, de Mar-\nschner ; le Freischutf,] de Weber ; les Joyeuses Commères de Windsor, de\nNicolaï; iAfricaine, de Meyerbeer ; Fidelio, de Beethoven; le Barbier, de\nRossini ;le C\\ar et le Bûcheron , de Lortzing ; Martha, de Flotow; et le\nVaisseau fantôme, de Wagner. Onze opéras en un mois! Fécondité proposée\nen exemple à MM. les directeurs des théâtres subventionnés par l'État\nfrançais.\nLe public de Padoue est en veine de démolir des spectacles, cette année.\nCe qui est arrivé, la saison dernière, au théâtre Concordi, s'est répété l'autre\nsoir au Garibaldi, mais avec un crescendo inquiétant.\nAprès avoir raconté iÇ,fiasco pyramidal d'un Ballo in maschera, le Corriere\nveneto décrit en ces termes la catastrophe finale : La rumeur est à son comble ;\naprès dix minutes d'une attente tumultueuse, le public prend d'assaut l'or-\nchestre et l'avant-scène ; les sièges, les lampes volent de toutes parts ; le théâ-\ntre ressemble à un champ dévasté par la tempête. Un délégué, ceint d'une\nécharpe tricolore, se présente accompagné de gardes et de carabiniers. Il est\naccueilli par les cris : nous voulons notre argent! La confusion est extrême.\nEnfin, un tout jeune homme réclame un instant de silence. Je propose, dit-il,\nque la recette de la soirée, prélèvement fait des frais, soit donnée aux pauvres\nde la ville D'unanimes applaudissements accueillent la proposition. Le pu-\nblic abandonne la salle en renversant tout ce qui s'oppose à son passage, et\nainsi finit l'histoire !\nSous le titre de Francis Plante, portrait musical, M. O. Comettant vient\nde faire paraître, au Ménestrel, une brochure consacrée au pianiste F. Planté.\nLa première partie de ce travail renferme les diverses opinions de la presse\nsur la virtuosité de 1 artiste ; la seconde contient des reproductions de plu-\nsieurs journaux de province. Enfin la troisième partie est en quelque sorte\nla biographie de réminent pianiste"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "278", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.49", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nLe procès relatif à Lucia di Lammermoor et à la Vestale, dont les mai-\nsons Gottrau, de Naples, et Ricordi, de Milan, se disputaient la propriété,\nvient d'être définitivement jugé. La Cour d'appel de Rome, par arrêt du 6\nfévrier 1874, a confirmé la sentence du tribunal de première instance en fa-\nveur de l'éditeur Cottrau, reconnu propriétaire de Lucia et de la Vestale.\nM. Ricordi a été condamné, pour impression abusive et débit de la partition\nde Lucia, au paiement de dommages et intérêts et de tous les frais d'appel\n\nNOUVELLES\n\nARTS. Opéra. L'Opéra fera la semaine prochaine la reprise\nd'Hamlet, interprété par MM. Faure, Belval, Bosquin, Bataille,\nPonsard, madame Gueymard et mademoiselle F. Devriès.\n— L'Esclave, de M. Edmond Membrée, va entrer en répétitions à l'Opéra.\nLa distribution des rôles est faite à MM. Sylva, Lassalle, Bataille, Gailhard\net mademoiselle Mauduit. Il y a eneore un rôle féminin à donner.\n— Mademoiselle Krauss appartiendra à l'Opéra à partir du ier janvier 1875,\naux appointements de io;ooo lrancs par mois. Quant à l'engagement de ma-\ndame Sass, il n'en est point encore question.\n— Mademoiselle Krauss sera à Paris au mois de mai, et c'est à cette époque\nqu'il sera pris une décision relativement à son rôle de début. Il est entendu\nexpressément que mademoiselle Krauss débutera dans un opéra nouveau\nla Jeanne Darc, de Mermet?\nItaliens.— On a commencé à ce théâtreles études du Stabat et de la Petite\nMesse de Rossini, qui seront exécutés pendant la semaine sainte. Dans la\nPetite Messe, c'est mademoiselle de Belocca qui chantera les solos du con-\ntralto qui furent, à l'origine, dits par madame Alboni, à l'église de Trieste, à\nl'occasion des obsèques de Rossini.\nVoici la distribution des Noces de Figaro, telle qu'elle vient d'être arrêtée :\nChérubin. Mmes de Belocca.\nSuzanne. . Heilbronn.\nLa comtesse Belval.\nLe comte MM. Barré.\nFigaro Fiorini.\nBasile Benfratelli.\nOpéra-Comique. — Le ténor Charelli, qui était venu chanter, il y a quel-"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "279", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.50", "texte": "VARIA\n\nques semaines la Fille du Régiment à l'Opéra-Comique, vient d'être engagé\npour trois ans à ce théâtre.\nL'Opéra-Comique va très prochainement faire une reprise de Mignon,\nchantée par mademoiselle Chapuis et mademoiselle Priola (Philine), M. Lhé-\nrie (Wilhelm) et Melchissédec (Lothario). Mademoiselle Reine chantera le\npetit rôle de Frédérick.\n—M. du Locle pense aussi à une reprise des Noces de Figaro, pour les dé-\nbuts de mademoiselle Breton.\nM. Comte, prix de Rome, vient de faire recevoir à l'Opéra-Comique un\nouvrage en un acte, intitulé Beppo.\nMarie-Magdeleine, le drame sacré de J. Massenet, sera exécuté à\nl'Opéra-Comique lés 24, 26 et 28 mars, sous la direction de M. Edouard\nColonne. Mesdames Carvalho et Franck, MM. Duchesne et Bouhy chante-\nront les soli.\nChâtelet. M. Justament, l'habile maître de ballet de l'ancienne Porte-\nSaint-Martin, vient d'être chargé par M. Hostein de toute la partie chorégra-\nphique relative à la Belle an bois dormant, l'opéra féerique qui succédera au\ngrand succès des Pilules du diable.\nFolies-Dramatiques. La Belle Bourbonnaise passera dans la première\nquinzaine d'avril.\nLe successeur de M. Thibault, comme chef d'orchestre aux Folies-Drama-\ntiques, est nommé. C'est M. Herpin, second chef d'orchestre de l'Eldorado.\nConcerts Frascati. Dix jeunes chanteuses, suédoises, norvégiennes,\nrusses et hongroises, vont prochainement débuter aux concerts Frascati. Elles\nexécutent un répertoire varié et original, sous la direction d'un Kapellemeis-\nter. C'est de Vienne qu'arrive cette nouvelle phalange féminine.\nr\n—On annonce pour le dimanche 29 mars, à 8 heures du soir, au Cirque\ndes Champs-Élysées, un grand concert, sous le patronage de madame la ma-\nréchale de Mac-Mahon, au profit de la Société de prévoyance et de secours\nmutuels des Alsaciens-Lorrains. Mesdames Marie Roze, Montigny-Remaury;\nle quatuor vocal parisien : M. Nicot, Henriot, Solon et Graff, sous la direc-\ntion de M. Heyberger; MM. Loys, Donjon, Turban, Triébert, Garigue et\nDihau; l'orchestre Danbé, les chœurs de la Société Chevé, et la musique de\nla Garde républicaine, sous la direction de M. Sellenick, prêteront leur con-\ncours à cette œuvre patriotique et artistique.\nMILAN» La première représentation d'l Lituani, du maestro Ponchielli, à\nla Scala (7 mars), avait attiré un public empressé.\nOn jugera du succès de l'œuvre par le nombre des rappels dont l'auteur a\nété l'objet : ils s'élèvent à vingt-quatre, dont quatre après l'ouverture, deux"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "280", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740315-01.1.51", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\npendant le prologue, huit pendant le premier acte, cinq pendant le second,\ndeux pendant le troisième, et trois à la fin de l'opéra. L'exécution en était\nconfiée à la Fricci, et à MM. Bolis, Pandolfini et Petit.\nLONDRES. M. Mapleson, directeur de Her Majesty's Opéra, vient de publier\nson programme. La saison s'ouvrira le mardi 17 mars au théâtre de Drury-\nLane. Les principaux opéras mentionnés au programme sont : Il Talismanode\nBalfe annoncé déjà 1 année dernière, avec madame Nilsson dans le rôle prin-\ncipal, Robel to Dever eux, Fra Diavolo, Caterina (les Diamants de la Couronne) y\nOtello, Ernani. Voici les noms des artistes engagés : Mesdames\nAlvina-Valeiia, Marie Roze, Risarelli (début), Bauermeister, Trebelli-Bet-\ntini, Macvitz, Tietjens ; MM. Fancelli, Naudin, Fabrini, Marchetti, Rinaldini,\nCampanini, Rota, Catalani, Gampobello, Borella, Zoboli, Casaboni_, Agnesij\nchef dOl chestre, Michel Costa,* maestro al piano, Li Galsi ; violon solo,\nSainton. Covent-Garaen n'ouvrira ses portes que le 3i mars. On dit\nM. Gye disposé à briguer la direction, vacante dès à présent, des deux théâ-\ntres italiens de Saint-Pétersbourg et de Moscou, ce qui ne l'empêcherait pas\nde rester imprésario de Covent-Garden, les deux saisons n'étant pas simul-\ntanées.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOU'"}]}