{"numero_id": "bm-bmtnabc-1874-05-15-01", "volume": "bmtnabc_1874-05-15_01", "ocr_sha256": "4784a4cd946534ad4c0f29c9ea0159e8689572a1571fcd74b4f4aeb53adb462a", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabc/issues/1874/05/15_01/bmtnabc_1874-05-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabc/issues/1874/05/15_01/bmtnabc_1874-05-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabc-1874-05-15-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-05-15_01#c001", "volume": "bmtnabc_1874-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "[145]", "page_fin": "158", "image_debut": 1, "image_fin": 14, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.2.1", "titre_corps": "MOZART ET LE NOZZE DI FIGARO", "titre_sommaire": "MOZART ET LE NOZZE DI FIGARO", "signature_source": "ADOLPHE JULLIEN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[145]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.1", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 675, "texte": "MOZART\nET\nLE NOZZE DI FIGARO\n\n1 REMIÈRES REPRESENTATIONS A VIENNE ET A PARIS\n'OPÉRA-COMIQUE vient de rejouer les Noces\nde Figaro, Le moment est opportun pour\nprésenter au lecteur sans empiéter sur le\ndomaine de la ciitique musicale un aperçu\nhistorique sur les premières représentations\nde cet ouvrage à Vienne, puis à Paris. Ce\nrécit offrira un double intérêt, politique et\nmusical. Il touche à la politique en ce que,\nl'opéra de Mozart ayant fait son annnritinr.\nchez nous au plus fort de la tourmente révolutionnaire, son histoire se\ntrouve confondue avec celle des humiliations, des persécutions que la\nCommune de Paris infligeait aux directeurs de l'Opéra, avant qu'elle"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "146", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.2", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2702, "texte": "les fît emprisonner. Il offre aussi un grand enseignement musical—nous\nle ferons ressortir en insistant sur les sots jugements portés alors sur cet\nouvrage et qui montrera combien nous sommes enclins, en France, à\ntout juger à la légère et à qualifier d'abord d'inventions baroques et\nbarbares des créations musicales que l'histoire doit ranger parmi les\nœuvres de génie.\nA présent que l'admiration, même irréfléchie, pour Fauteur de Don\nJuan et des Noces de Figaro est devenue un article de foi musicale pour\nla grande majorité des amateurs, il est curieux de se reporter au temps\nde l'apparition des ouvrages de Mozart en France et de voir quel triste\naccueil ils recurent. Puisse cette histoire être un avertissement salutaire\n.4\npour tous ceux qui ne craignent pas de se prononcer à la hâte sur les\nproductions les plus complexes ! A voir de quelle façon Mozart fut traité\nchez nous par des juges qui affectaient une compétence indiscutable, on\nse prend à rire des attaques désespérées auxquelles les plus grands musi-\nciens de notre temps sont en butte. Aujourd'hui encore, ceux qui\nproclament le plus haut Terreur de nos pères sont ceux-là mêmes qui se\nprononcent avec le plus d'assurance et ont le plus de prétention à l'infail-\nlibilité. Ils rient des préjugés d'hier et des jugements que le temps a\ncassés, sans admettre que le temps puisse casser les leurs. Il est donc\nutile de remettre parfois sous les yeux du public les jugements absurdes\nqu'on porta jadis sur les chefs-d'œuvre auxquels la postérité a voué une\nadmiration sans bornes. Nous Pavons fait naguère pour Don Juan (1),\nnous le ferons aujourd'hui pour les Noces de Figaro.\nC'était en 1793, au début de laTerreur. Francœur et Cellerier étaient,\ndepuis deux ans, administrateurs de l'Opéra, pour le compte de la\nCommune de Paris, qui allait bientôt les décréter d'arrestation. Ce\nn'était pas chose facile que de diriger alors l'Académie de musique. Le\nrépertoire n'offrait plus grand attrait aux amateurs, et les ouvrages nou-\nveaux subissaient des échecs répétés. Le Louis IX en Egypte, de\nLemoine, la Cor a de Méhul, la Corisandre de Langlé, Y Œdipe à\nThèbes de Méreaux, n'avaient pu fournir une longue carrière.\nLe public n'écoutait plus que d'une oreille distraite les chefs*d?œuvre\nde Piccinni, de Sacchini,de Salieri et de Gluck. Certains ouvrages même,\ntels que Roland, Iphigénie en Aulide, Chimène, Œdipe à Colone,\nétaient retranchés du répertoire « comme présentant des rois, et propres\nà blesser les oreilles et les yeux des républicains délicats qui fréquentent\nmaintenant le spectacle. Il est temps, en effet, ajoute VAlmanach des\n\n(i) Voir îe feuilleton musical du Français (iô septembre 1872)."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "147", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.3", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2603, "texte": "Spectacles, que rédigeait alors Collot-d'Herbois, d'oublier ces vieilles\nchimères de nos pères et de ne plus offrir sur nos théâtres que des\nmodèles d'un patriotisme ardent et d'un amour brûlant pour la patrie,\nla liberté et l'égalité. »\nCe que le public voulait, c'étaient des à-propos révolutionnaires ou\npatriotiques. Le goût naissait de ces représentations républicaines, où\nl'on figurait sur la scène les cérémonies religieuses et civiques de la vie\nréelle. Déjà on lisait de plus en plus souvent sur les affiches de l'Opéra\nces mots : De par et pour le peuple. C'était l'annonce officielle des spec-\ntacles offerts par le gouvernement au peuple souverain. Et ces représen-\ntations comportaient toujours quelque chant patriotique, quelque\ncantate révolutionnaire.\nLe 2 octobre 1792, Gardel et Gossec avaient mis la Marseillaise en\naction sur la scène de l'Opéra. Une foule de femmes, de guerriers,\nd'enfants accourait à l'appel des trompettes. On se préparait au combat,\non préludait à la victoire par des danses ; des groupes variés et pitto-\nresques se formaient après chaque couplet de la Marseillaise. Le\ndernier : Amour sacré de la patrie, était chanté lentement, à demi-voix,\npar les femmes seules_, comme une prière. Acteurs, spectateurs, tous\nétaient à genoux devant la Liberté représentée par mademoiselle Mail-\nlard. Tout à coup les clairons sonnaient, les tambours battaient, le canon\ngrondait, et tous se levaient dans un enthousiasme voisin du délire en\ncriant à tue-tête : Aux armes, citoyens ! Cela fait, chacun rentrait tran-\nquillement se coucher.\nLes auteurs avaient décoré cet intermède du nom à?Offrande à la\nLiberté. Le succès en fut tel que les directeurs commandèrent aussitôt à\ndifférents auteurs d'autres ouvrages du même genre. C'était d'une bonne\npolitique : ils flattaient ainsi les goûts de la foule et sauvegardaient leurs\npropres intérêts.\nLe 27 janvier 1793, l'Opéra représenta encore avec un plein succès le\nTriomphe de la République, ou le Camp de Grand-Pré. Cet opéra\nrépublicain était de la façon de M.-J. Chénier et de Gossec, qui, en\nauteurs connaissant bien leur public, n'avaient pas manqué d y intro-\nduire le chant de la Marseillaise.\nQuelques jours après, le 3 février, nouvel opéra patriotique.» la Patrie\nreconnaissante, ou VApothéose de Beaurepaire. Celui-là fut sifflé (il\nfallait qu'il fût bien mauvais pour essuyer pareil échec-dans un temps\noù les ouvrages de ce genre étaient accueillis avec tant d'enthousiasme),\net les auteurs, Leboeuf et Candeille, en furent pour leurs frais de poésie\net de musique apologétiques."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "148", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.4", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2586, "texte": "Cet échec ne prit pas Fran:œar au dépourvu. Depuis quelque temps,\nil préparait la représentation d'un ouvrage fort important d'un compo-\nsiteur tout à fait inconnu en France, et qui venait de mourir à Vienne\nau mois de décembre 1791 • C'étaient le di Figaro, de Mozait.\nPresque personne, en effet, n'avait gardé le souvenir de ce musicien qui,\nà l'âge de vingt-deux ans, était venu passer à Paris plusieurs mois de\nl'année 1778, et qui y avait fait exécuter, non sans succès, deux sympho -\nnies au Concert Spirituel (1).\nFrancoeur, lui, n'avait pas oublie ce jeune homme à 1 aspect modeste\net timide, au regard doux et un peu fier. Il jugea qu'il serait intéressant\npour les amateurs de notre pays de connaître au moins un des ouvrages\nqui avaient fondé en Allemagne la réputation de ce compositeur, et il\nchoisit les Noces de Figaro, non sans doute qu il le préférât aux auties,\nmais parce que le grand nom de Beaumarchais devait patronner celui de\nMozart : la vogue de la comédie semblait devoir assurer la réussite de\nl'opéra.\nLa première représentation des avait eu lieu à Vienne le 28\navril 1786. C'était le troisième grand ouvrage dramatique de Mozart,\nqui avait déjà composé Idoménée,en 1781, et VEnlèvement au sérail, en\n1782. Mozart avait demandé lui-même à Lorenzo d'Aponte de lui écrire\nun libretto sur la comédie de Beaumarchais. « Causant un jour avec\nMozart, dit d'Aponte dans ses Mémoires, il me demanda si je pourrais\ndisposer pour la musique la comédie de Beaumarchais intitulée le Ma-\nriage de Figaro. La proposition fut de mon gout, et le succès fut sou-\ndain et universel. »\nMais l'empereur Joseph II? tout prince philosophe et réformateur qu'il\nétait, avait défendu qu'on représentât sur aucun théâtre de Vienne cette\nFolle Journée qui avait eu un si grand retentissement à Paris. Heureu-\nsement pour Mozart, contre lequel existait à Vienne une cabale redou-\ntable que dirigeaitSalieri, l'auteur des Danaïdes. il n'y avait rien à mectre\nà l'étude au théâtre de l'Opéra-Italien. D'Aponte, après avoir terminé la\npièce qu'il communiquait au fur et à mesure à son collaborateur, alla\ntrouver l'empereur et lui proposa l'œuvre nouvelle. « Comment! s'écria\nJoseph, mais il n'a jamais écrit qu'un drame vocal, et qui n'est pas une\nchose bien saillante! » C'est de VEnlèvement au sérail que l'empereur\nvoulait parler. D'Aponte eut le courage de défendre Mozart contre les\npréjugés du souverain, qui n'aimait que les opéras de l'école italienne; et\nil gagna la partie.\n\n(1) Voir notre étude : Mozart à Paris, dans le Correspondant (2b septembre 1873)"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "149", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.5", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2446, "texte": "L'empereur assista à une répétition des Nofâe di Figaro; il en sortit\némerveillé, et décida que l'ouvrage serait représenté. En dépit de l'oppo-\nsition du parti saliériste et des chanteurs italiens, qui dénigraient une\nmusique dans laquelle ils ne savaient pas briller, le public viennois,\ncomposé en grande partie d'artistes et d'amateurs d'élite, fit un accueil\nfavorable au nouvel ouvrage. Voici ce que dit d'Aponte dans ses Mé-\nmoires : ce Enfin le jour de la représentation de l'opéra de Mozart arriva;\nelle eut lieu à la grande confusion des maestri : cet opéra eut un succès\nd'enthousiasme. » De son côté, Léopold Mozart mande à sa fille en ces\ntermes la réussite du nouvel ouvrage de son cher Wolfgang : « A la se-\nconde représentation, on a répété cinq morceaux: on en a redemandé\nsept à la troisième : un petit duo a été redemandé trois fois. »\nRevenons à Paris. Francœur avait fait traduire l'opéra de Mozart par\nun nommé Notaris, et avait distribué les rôles à ses meilleurs chanteurs.\nQuand tout fut prêt, il envoya aux journaux un avis annonçant pour le\nmercredi 20 mars « la première représentation de Figaro, opéra en cinq\nactes, du citoyen Mozart, en attendant le Siège de Thionville. »\nLa représentation eut lieu au jour dit : tous les spectateurs en sortirent\nharassés de fatigue et la tête brisée. Pour leur faire mieux goûter la mu-\nsique de Mozart, Francœur avait imaginé de faire débiter toute la co-\nmédie de Beaumarchais par ses chanteurs, qui ne savaient aucunement\nparler en scène. Toute la musique de Mozart réunie aux cinq grands\nactes de Beaumarchais, jugez de la longueur d'un tel spectacle (1) !\n4 Voici la triple distribution des rôles à Vienne en 1786 ; puis à Paris,\nà l'Opéra, en 1793, et aux Italiens, en 1807 :\nLe comte Mandini Adrien Bianchi\nFigaro - Benucci Laïs Barilli\nBartholo O'Kelly Chardini Tarulli\nBasile Russani Renaldy Zardi\nAntonio Leroux Garmanini\nDon Gurzio Lupi\nLa comtesse Mmes Storace Mmes Ponteuil Mmes Barilli\nSuzanne Laschi Gavaudan Crespi-Bianchi\nChérubin Mandini Henri Capra\nMarceline Russani Mulot Sevesti\nBarberine Gottlieb R***\n\n1) En rapportant, dans son bel ouvrage : Beaumarchais et son temps, une lettre\nde Grétry où le célèbre compositeur propose à Beaumarchais de transformer la Mère\ncoupable en opéra-comique, lui assurant « qu'on parlera un jour, s'il consent, de la\ncolère d'Almaviva autant qu'on a parlé de la colère d'Achille, » M. de Loménie"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "150", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.6", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2803, "texte": "Il n'y a guère de journaux où nous puissions trouver l'opinion des\ncontemporains sur l'œuvre de Mozart : en ce temps-là, les feuilles publi-\nques n'étaient pleines que de bulletins de batailles ou de listes de prison-\nniers et de victimes.\nVoici pourtant ce que dit le Moniteur universel :\nL'administration de l'Opéra vient de faire un double essai : celui de faire\njouer par ses acteurs un opéra-comique en dialogue parlé, et celui d'une\npièce faite sur musique parodiée. C'est le Mariage de Figaro, traduit d'abord\nà Vienne en italien, mis alors en musique par Mozart (sic), compositeur\ncélèbre pour la symphonie, et que la scène compte déjà au nombre des maî-\ntres les plus distingués parmi les Allemands, et traduit depuis en français\npour la partie musicale qu'on a jointe au drame connu. La musique a paru\nbelle, riche d'harmonie et travaillée avec beaucoup d'art. La mélodie est très\nagréable sans être pourtant piquante. Il y a plusieurs morceaux d'ensemble\nd'une grande beauté; mais certains airs n'ont pas eu tout l'effet dont ils se-\nraient susceptibles s'ils étaient exécutés dans leur véritable mouvement.\nCeux qui connaissent la partition assurent qu'ils ont presque tous été fort\nralentis.\nL'exécution des acteurs est telle qu'on devait l'attendre de leurs talents en\naccordant une juste indulgence au peu d'habitude qu'ils ont en ce genre.\nMadame Ponteuil, qui est plus exercée, a montré dans le rôle de la comtesse\nbeaucoup d'intelligence et d'habileté. Mademoiselle Gavaudan a senti le vé-\nritable caractère de celui de Suzanne, qu'elle a fort bien rendu. Laïs n'a pas\nparu saisir d'une manière aussi juste celui du rôle de Figaro, qui est la légè-\nreté, la gaieté, la prestesse. Adrien, dans le rôle du comte, n'a besoin que de\ns'animer un peu plus. Tous les autres rôles accessoires méritent des éloges.\nEn somme, cet ouvrage, d'une excessive longueur, avec beaucoup de retran-\nchements, peut espérer du succès. Celui de la première représentation a été\naussi complet que l'attention fatiguée des spectateurs a pu le permettre.\nLe Journal de Paris reproduit les mêmes critiques sur la longueur de\nla pièce, qui ennuyait le public à ce point que, vers la fin, les plus beaux\nmorceaux ne produisaient plus d'effet, et conclut en ces termes : « Cette\nreprésentation a prouvé cependant que le genre d'opéra-comique peut\nêtre introduit sur ce théâtre avec de grands avantages, et qu'il s'y trouve\najoute : « Cette idée de Grétry n'eut pas de suite ; mais deux ans après, sous la Répu-\nblique, on jouait le Mariage de Figaro, transformé en opéra-comique et assez mal-\nheureusement versifié par Beaumarchais. J'ignore quel était l'auteur de la musique. »\nM. de Loménie fait erreur : Beaumarchais n'était pour rien dans cette adaptation,\net la musique était de Mozart,"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "151", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.7", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2916, "texte": "parmi les acteurs une réunion de talents plus que suffisante pour y jouer\navec succès les meilleures comédies. La» musique est une œuvre posthume\nde Motard (sic), célèbre compositeur dans la partie instrumentale. Get\nouvrage a des beautés qui font regretter la perte de Fauteur. » De ces\néloges-là, on sait ce que vaut l'aune,\nDe tous ces critiques anonymes, celui du Journal général de France\nest le seul qui paraisse savoir ce qu'était Mozart et qui ait rendu hom-\nmage à son génie.\nUn nouveau genre vient de s'introduire à ce théâtre (l'Opéra), c'est celui\ndes comédies parlées, sans récitatif. Nous n'examinerons pas si cette innova-\ntion peut paraître singulière dans un spectacle où tout avait été chanté jus-\nqu'à présent; si elle le' met, ou non, en rivalité avec-d'autres spectacles plus\nhabitués que lui à l'opéra-comique ; si elle n'établit pas des objets de compa-\nraison; si, par la suite, elle ne l'expose pas à un démembrement, à une révo -\nlution totale dans le genre qui lui était propre. Si elle rapporte de l'argent à\nla direction, tout raisonnement là-dessus deviendra superflu. Quoi qu'il en soit,\nles artistes les plus distingués du Grand-Opéra ont joué hier l'opéra-comique,\net s'en sont acquittés avec beaucoup'd'intelligence; mais peut-être n'eussent-\nils pas dû choisir pour un début dans ce genre le Mariage de Figaro, ouvrage\nque tout le monde sait par cœur, et qu'on a vu jouer déjà avec une supério-\nrité décourageante. Cette comédie est ornée de la superbe musique de Mozart,\nartiste distingué, mort depuis un an, à Vienne, au service de l'empereur :\ncette musique porte le cachet des plus grands maîtres : deux finales, surtout\ncelui du second acte, sont des chefs-d'œuvre : le génie, la vigueur et l'élégance\ns'y font remarquer, et nous engageons les amateurs de la belle musique à aller\nentendre souvent celle-ci, qui doit leur plaire particulièrement. Cette pièce\nest mise avec soin, mais elle est trop longue, et, quoiquon ait supprimé le\nplaidoyer du troisième acte, il reste encore beaucoup de coupures à faire dans\nle dialogue, ce qui resserrerait davantage l'intérêt ; car les comédies intriguées\nperdent toujours du côté de l'action quand elles sont mises en musique... Au\nreste, cet essai prouve que ce spectacle pourra jouer agréablement le genre de\nl'opéra-comique, si les auteurs travaillent pour lui ; mais nous lui conseillons\nd'éviter les objets de comparaison en n'établissant pas des pièces trop connues,\ncomme le Mariage de Figaro, qui ne peut avoir là de mérite plus grand que\npartout ailleurs, qu'en nous offrant une musique riche, savante, et qui est un\nvéritable présent à faire aux connaisseurs.\nAu lendemain de la première représentation, un spectateur, inspiré\nmoins par la musique de Mozart que par le talent d'une actrice, adressa\nles vers suivants à madame Ponteuil, dont Beaumarchais reconnaissait\nlui-même la supériorité :"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "152", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.8", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2576, "texte": "Malgré d'invincibles obstacles\nDont maint talent sublime était épouvanté,\nAu plus pompeux de nos spectacles\nThalie, avec succès, hier a débuté.\n*\nJe n'en suis pas surpris : ta voix et ta beauté\nY doivent, en Jowf temps, opérer des miracles.\nVoici, en dernier, le jugement le plus précieux, celui de Beaumarchais.\nIl se trouve formulé dans une longue lettre que M. de Loménie a\nsimplement publiée dans les pièces annexes de son ouvrage, sans\ndéterminer à quels faits elle se rapporte : ce curieux document trouve\nici sa place naturelle. L'irascible auteur se montre médiocrement satis-\nfait de la parure musicale ajustée à sa comédie; il trouve à reprendre\ndans toutes les parties de la représentation, dans la mise en scène, dans\nles danses, dans le jeu des acteurs, et jusque dans le plan musical de Mo-\nzart, qu'il juge en homme qui se sait « un peu musicien », comme il dit\navec une fausse modestie dans son avertissement de Tarare. Il esquisse\naussi dans cette lettre ses idées favorites sur l'opéra, sur la fusion intime\ndu chant, de la poésie et de la danse, et traite les nobles chanteurs de\nl'Académie de musique avec beaucoup déménagements dans la critique\net force réticences dans l'éloge, qui donnent à cette pièce un plaisant ca\nchet de louange ironique.\nAux acteurs de l'Opéra, assemblés.\nCe 3 avril 1793,\nMes frères et sœurs, ou plutôt, c'est mieux dit, mes sœurs et frères, —hon-\nneur au beau sexe.\nC'est un très bon projet que le mélange de deux genres, pour accumuler\nles recettes : celui du grand opéra et celui de l'opéra parlé et chanté.\nAvec les superbes accessoires de votre spectacle, aucun autre 11e pourra\nsoutenir votre concurrence.\nMais c'est un nouveau genre de talent que vous devez perfectionner en\nvous. L'habitude du chant continuel nuit au débit de la comédie, et la lon-\ngueur en tue l'effet, surtout dans la comédie gaie.\nL'unique désir d'être utile à votre spectacle m'a fait vaincre la répugnance\nque j'ai de m'occuper d'autre chose que d'étriller tous les chiens qui m'aboient.\nJ'ai été voir à muche-pot la deuxième représentation du Mariage. Et voici\nmes observations. Il faut à votre théâtre plus de mouvement et de variété.\nJetant par la fenêtre l'amour-propre d'auteur, j'ai réuni le troisième avec le\nquatrième acte. Il y aura moins de comédie et le chant sera rapproché, la pièce\ndeviendra plus courte; et un beau ballet pour la noce terminera le Mariage.\nLe génie de la pièce indique assez de quelle dégaîne ce ballet doit trotter. Ce\nsont moins des danses françaises que le genre vif et grenadin des Maures,"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "153", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.9", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2853, "texte": "dont les Espagnols ont conservé les goûts, une noce de Gamache à peu près.\nVous privez votre spectacle d'un de ses plus grands attraits, si vous faites\nscission entre le chant, la parole et la danse; ne négligez pas cet avis.\nJ'ai trouvé vos autres actes vides. Comme tous les actes commencent\npar des paroles, il n'y a rien de si glacé que d'entrer sur la scène pour parler\npendant que le public s'ennuie. Il faut de grands et beaux morceaux d'orches-\ntre pour remplir ces longs intervalles et mettre de la variété ; cette remarque\nest essentielle.\nJe désirerais entre le premier et le deuxième acte la répétition désordonnée\nd'un ballet vif quelconque, et qui ressemblerait aux répétitions du foyer. Des\nmutineries d'actrices, la colère du maître de ballet, les rires de quelques jeu-\nnes danseurs, des morceaux entamés, point finis, et une impatience générale\nqui amenât une espèce de farandole, etc , etc. Cette façon de traiter un ballet\nappartiendrait à cette folle journée, et aurait l'air de préparer la fête que Fi-\ngaro a imaginée.\nSi vous ne faites pas un effort pour réchauffer cette pièce, il vaudrait mieux\nl'abandonner.\n♦\nA\nEtre piquant ou nul, c'est là votre devise.\nQuant aux scènes parlées, je demande à Bartholo, qui a bien la prestance\net le jeu de scn rôle, de s'appesantir moins sur le débit, de fouetter davan-\ntage sa première scène avec Marceline, avec la brusquerie d'un vieillard tou -\njours en colère.\nJe demande à ma Spinette (i), qui joue Suzanne très gaiement, de contras-\nter avec l'humeur de Marceline, dans la scène de leur débat au premier acte,\npar une ironie légère et fine. Une des grâces de cette scène est que l'une rit\npendant que l'autre se fâche. Laissons l'aigreur à la vieillesse, puisque c'est\nl'âge des regrets.\nJ'ai trouvé le petit page un peu déguingandé; c'est ou naïf, ou polisson\nqu'il doit être, cela est très aisé à réparer.\nLe comte Almaviva jouera fort bien la comédie; je le prie seulement de dis-\ntinguer la noblesse du caractère qu'il représente, de Yéchassare qui gourme\nun peu l'acteur, et son débit y gagnera de la vivacité ; car, ce qu'on désire\nle plus, c'est que la pièce marche. Du reste son rôle est fort bien.\nIl n'y a dans celui de Figaro que quelques changements de position à faire à\nla scène, qui lui donneront plus de finesse; c'est l'affaire d'un instant à la répé-\ntition. Je le prie de réfléchir, en homme d'esprit qu'il est, qu'un degré même\nléger de charge peut faire une farce de cette pièce, car Figaro est un mauvais\nsujet, mais fin, rusé, éduqué et non pas farceur. Du reste, rien à dire sur la vi-\nvacité du débit.\nJe prie Basile de débiter et non d'appuyer sur toutes ses syllabes comme\n\n(i) Mademoiselle Gavaudan cadette, qui jouait Suzanne, avait créé le rôle de Spinette\ndans Tarare. D'où l'expression de Beaumarchais : « Ma Spinette. »"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "154", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.10", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2368, "texte": "s'il chantait des vers. Il fait beaucoup languir cette scène du petit page dans\nle fauteuil; la comédie ne marche pas ainsi. Oubliez le théâtre : la scène se\npasse dans une chambre.\nSi vous adoptez ces idées, la pièce reprendra vigueur, et vous encouragerez\npar là quelques hommes de mérite à travailler pour vous. Je ferais alors l'im-\npossible pour aller à huis clos vous entendre répéter tous, avec le vif désir\nde contribuer, si je le puis; à multiplier les succès du premier théâtre du\nmonde.\nBEAUMARCHAIS.\nJe n'ai rien dit de la comtesse, qui a la décence de son rôle; on désirerait\nquelquefois un jeu un peu plus animé.\nLes artistes de l'Opéra eurent sans doute assez de sens pour distinguer\nla vérité sous ces compliments affectés et assez de goût pour mettre les\navis de l'auteur à profit; mais le coup était porté. Un ouvrage qui avait\nparu si ennuyeux ne pouvait rester longtemps sur l'affiche. La seconde\nreprésentation eut lieu le vendredi 22 mars, puis il fut'joué trois lois\ndans le mois d'avril :le lundi 15, le vendredi 19 et le mercredi 24. En\ntout cinq représentations. La première recette avait été de 5,035 liv. i 3\nsols; la seconde fut de 2,175 liv. 4 sols; la troisième descendit à 620 liv.\n16 sols; la quatrième remonta à 1,109 liv. 8 sols; et la cinquième re-\ntomba au chiffre dérisoire de 448 liv. 8 sols. Ce fut l'arrêt de mort pour\nl'opéra (1).\nPeu importait, du reste. Le public se souciait fort peu de voir cont-\nnuerou non les représentations dQ Figaro, pourvu qu'il pût applaudir\nle nouvel ouvrage de Saulnier et Duthil, musiqué par Louis Jadin, le\nSiège de Thionville. Nous savions d'avance que l'opéra de Mozart n'a-\nvait été donné qu'en attendant un ouvrage plus considérable. C'était le\nSiège de Thionville, qui fut représenté, avec succès, le 2 juin 1793.\nQuelques jours après, Francœur et Gellerier s'étant refusés à faire re-\nprésenter gratis ce bel ouvrage, la Commune de Paris rendit, le 19 juin,\nun arrêté ainsi conçu :\nConsidérant que depuis longtemps l'aristocratie s'est réfugiée chez les\nadministrateurs des différentes spectacles;\nConsidérant que ces messieurs corrompent l'esprit par les pièces qu'ils re-\nprésentent;\nConsidérant qu'ils influent d'une manière funeste sur la Révolution;\nArrête que le Siège de Thionville sera représenté gratis et uniquement\n\n(1) Registres des Archives de l'Opéra."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "155", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.11", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2526, "texte": "pour 1 amusement des sans-culottes, qui, jusqu'à ce moment, ont été les vrais\ndéfenseurs de la liberté et les soutiens de la démocratie (1).\nLes administrateurs n'avaient qu'à obéir. Quelque temps après,\ncomme 1 Opéra allait se trouver forcé de suspendre ses représentations\npai suite du manque d argent, les artistes présentèrent à la municipalité\nun plan d'organisation pour gouverner eux-mêmes le théâtre et en faire\nexpulser Cellerier et Francœur. La Commune de Paris adopta ce projet\nsur un réquisitoire de son procureur général Hébert, et rendit, dans sa\nséance du 17 septembre, un arrêté où il était dit :\nLe Conseil général, après avoir entendu une députation des artistes de\nl'Opéra, informé que les administrateurs de ce spectacle ont violé toutes les\nclauses du traité qu'ils avaient fait avec la municipalité; qu'ils se sont empa-\nrés clandestinement des recettes sans payer les employés et les fournisseurs;\nqu'ils ont laissé les magasins dans un dénuement absolu ; qu'ils ont employé\nles plus perfides manœuvres pour trafiquer arbitrairement des grands talents\nqui le composent...,.\nArrête, comme mesure de sûreté générale, que Cellerier et Francœur,\nadministrateurs de l'Opéra, seront arrêtés comme hommes suspects, que les\nscellés seront mis sur leurs papiers, et sur ceux du Comité de l'administra-\ntion actuelle de l'Opéra (2).\nFrancœur fut enfermé à la Force, d'où il ne sortit qu'au bout d'un an,\naprès le 9 thermidor. Cellerier fut assez heureux pour échapper à toutes\nles poursuites.\nLa Commune de Paris fit donc diriger le théâtre par un comité\ncomposé de deux délégués et d'artistes du théâtre, tous gens faisant\nmontre des opinions les plus révolutionnaires. C'étaient les citoyens\nBralle, inspecteur général; Watterville, secrétaire général; Pierre\nGardel, maître des ballets ; de la Suze, maître de chant; Rey, maître de\nl'orchestre; Rochefort, second maître de l'orchestre; Guichard, second\nmaître de chant, et Berthélemi, compositeur de costumes.\nDepuis lors, plus jamais ne fut question, à l'Opéra, des Noces de\nFigaro.\nSur la fin de 1802, une troupe allemande qui vint donner des repré-\nsentations au théâtre de la Cité, décoré du nom de Théâtre-Mozart,\ny joua les hoces en allemand (3). Les prime-donne de la troupe étaient\n\n(1) Moniteur univ., 1793, i^r semestre, n° 172.\n(2) Moniteur umvl793, 2e trimestre, n° 280.\n(3) Castil-Blaze, Scudo et d'autres encore affirment le fait : nous devons dire que\nnous n'en avons trouvé aucune trace dans les feuilles du temps."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "156", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.12", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2639, "texte": "madame Ludgers et la belle-sœur de Mozart, Aloïse de Weber, madame\nLange.\nEn 1807 la troupe d'opéra italien qui donnait des représen-\ntations au théâtre de l'lmpératrice, rue de Louvois, y joua, le\n23 décembre, le di Figaro. Bianchi représentait le comte ; Barilli,\nFigaro; Tarulli, Bartholo; et Carmanini, Antonio. Madame Barilli\ntenait le rôle de la comtesse, et madame Bianchi celui de Suzanne. Une\ndemoiselle Capra, demeurée bien obscure, jouait Chérubin : il est vrai\nque ce rôle était réduit à rien. C'était Suzanne qui chantait l'air : « Non\nso piîi cosa son », et la comtesse disait elle-même celui où le jeune page\nexprime son embarras et son désir, son ivresse et sa timidité aux pieds\nde sa marraine.\nCette fois, l'ouvrage de Mozart obtint un vif succès. Les amateurs\navaient eu le temps de s'initier aux exquises beautés de l'œuvre du\nmaître, et ils applaudirent avec enthousiasme. La critique dut suivre ce\nmouvement. Par malheur, la plupart de ceux qui se mêlaient alors de\njuger la musique n'y entendaient pas grand'chose : ils pensèrent s'en\ntirer par des phrases. Suard, qui écrivait au Moniteur, fit à ce propos un\narticle qui montre à merveille combien le public court risque de traiter\ntout d'abord d'incompréhensibles des ouvrages qu'il donnera plus tard\ncomme des chefs-d'œuvre inimitables.\nSuard attribue d'abord, avec raison, l'échec des sur la scène de\nl'Opéra à ce que les auditeurs n'étaient point familiarisés avec cette\nmusique, qui ressemblait alors, pour nous, à l'écrit d'un poète étranger\ntrop difficile à comprendre.\nDepuis, continue-t-il, les œuvres de Mozart se sont répandues ; ses pro-\nductions instrumentales ont assiégé tous les pupitres : à force de les\ndéchiffrer, on est parvenu à saisir ses idées, à les lier, à ponctuer, s'il est\npossible de le dire, ses phrases brillantes et neuves, ses transitions imprévues,\nses tours hardis, pour lesquels il faut une intelligence sûre, des yeux et des\ndoigts très exercés. Les Mystères d'lsis, Don Juan, quoique établis sur notre\nscène lyrique de manière à ne pas complètement satisfaire ceux qui les ont\nentendus en Allemagne, ont achevé de dissiper les doutes, de débrouiller le\ntexte, de rendre les interprétations faciles, de faire trouver fort clair ce qui\nparaissait fort obscur, heureux et neuf ce qui semblait bizarre, mélodieux\nmême ce qu'on prenait pour une combinaison pénible de moyens harmo-\nniques. C'est dans ces dispositions nouvelles des artistes et des amateurs que\nles Noççe sont entendues aujourd'hui, et elles en ont moins besoin que tout\nautre ouvrage de son auteur : dans cette composition charmante, Mozart a"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "157", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.13", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2882, "texte": "eu l'esprit de sentir que, travaillant sur un ouvrage où 1 esprit a été porté\njusqu'à un si étrange abus, il devait tout donner à la scène, à la situation, au\ndialogue, et jusqu'à la saillie échappée à l'auteur français ; qu un ouvrage si\noriginal ne devait pas être écrit comme un autre ; qu'il devait y avoir de la\npart du musicien quelque chose de la fougue d'imagination, de la liberté et,\nsi l'on veut, de la licence du père de Figaro. Grétry n'eût pas mieux raisonné,\nn'eût pas mieux entendu son auteur. Aussi Mozart est-il pour beaucoup de\npersonnes, en faisant acception de la différence des moyens et de 1 école où\nils ont été formés tous deux,, le Grétry de l'Allemagne.\nEst-il rien de plus singulier que cette assimilation de Grétry et de Mo-\nzart? Et ce n'est là qu'une faible partie du long article de Suard : ceux de\nnos lecteurs qui seraient curieux de le connaître en entier n'auront qu'à\nse reporter au Moniteur du 28 décembre 1807. Combien doit-on pré-\nférer à cet enthousiasme forcé, et qui sonne faux, l'admiration sincère\net plus réservée des véritables amateurs ! Elle ne fit pas défaut à Mozart.\nCette représentation des à l'Opéra-Italien établit définitivement\nchez nous la réputation du grand musicien. Durant plus de cinquante\nans, l'œuvre admirée ne quitta pas le répertoire des Italiens, et les plus\ngrands artistes y parurent à tour de rôle : Garcia, Pellegrini, Levasseur,\nLablache, Tamburini; mesdames Mainvielle-Fodor, Morandi, Catalani,\nBertinotti, Naldi, Cinti, Malibran, Persiani, Grisi.\nLa dernière reprise eut lieu en mars 1861. Badiali jouait le comte ;\nAngelini, Figaro; Zucchini, Bartholo; madame Penco, Suzanne ; made-\nmoiselle Battu, la comtesse; et madame Dalmondi, Chérubin. Depuis\nlors (treize ans déjà passés!...), l'Opéra-Italien n'a jamais rejoué les\nCe silence persistant est de la part du théâtre un aveu d'impuis-\nsance. Du reste, mieux vaut ne pas les jouer que les jouer mal. Mozart\nest de tous les maîtres celui dont les œuvres, en raison même de leur\nperfection, supportent le moins une exécution imparfaite, et c'est encore\nl'honorer que se reconnaître indigne de devenir son interprète.\nCependant, le Théâtre-Lyrique avait su profiter de l'oubli où les\nItaliens paraissaient tenir les Nofôe, et M. Carvalho inaugura par une\nbrillante reprise (18 mai 1858) cette longue série de restitutions de chefs-\nd'œuvre qui ont fait la gloire de son théâtre. C'était bien à lui, mais com-\nbien eût-il été plus méritoire de nous rendre l'opéra même de Mozart,\nsans y faire des changements et des retranchements maladroits !\nOn coupa d'abord l'air de Bartholo, puis le trio : « Suzanne, que l on\nsorte! » puis encore l'air du comte, puis enfin les ariettes de Marceline\net de Basile, au cinquième acte, Ces deux morceaux, il est vrai, sont\nmoins regrettables, l'auteur les ayant mis là uniquement pour ne pas"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "158", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.14", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2570, "texte": "faire de jaloux et pour donner à ces artistes occasion de chanter un solo\ncomme leurs camarades. Est-ce tout? Que non pas. Madame Carvalho,\nqui voulait jouer Chérubin, ne jugea pas le rôle assez important et décida\nde chanter avec la comtesse le délicieux duetto : « SulV aria )> que\nd'Aponte et Mozart avaient écrit pour la comtesse et Suzanne, selon le\nplan de Beaumarchais. Cette simple substitution faussait le caractère du\nmorceau, qui prenait une nuance plus vive de sensibilité. De gracieuse et\nsimple causerie, ce duetto se transformait ainsi en tendre madrigal.\nAujourd'hui qu'elle se décide à troquer le pourpoint de Chérubin\ncontre la riche toilette de la comtesse, madame Carvalho chante ce\nmorceau de droit. Il semblait dès lors qu'on dût restituer l'autre partie à\nSuzanne ; mais Chérubin donne encore la réplique à sa marraine. C'est\nainsi que le caprice d'une chanteuse se transforme en tradition et finit\npar prévaloir même contre Mozart et Beaumarchais.\nOn se rappelle le succès d'enthousiasme qu'obtinrent les Noces au\nboulevard du Temple. Une bonne part de ce triomphe revient au brillant\ntrio de cantatrices : mesdames Vandenheuvel-Duprez, Ugalde, Carvalho,\nque le directeur avait su réunir pour représenter la comtesse, Suzanre,\nChérubin ; et aussi à deux bons acteurs, morts avant l'âge, Balanqué et\nMeillet, qui tenaient bien les rôles du comte et de Figaro.\nCes représentations d'opéras revus et corrigés offrent un danger\nd'autant plus grand qu'elles ont plus de succès. Le public s'habitue à\nvoir l'ouvrage sous cette forme empruntée, et, quand ensuite l'œuvre\noriginale lui est soumise, il ne s'y reconnaît plus. Ajoutez à cela qu'il se\ntrouve toujours un éditeur qui, pour battre monnaie, s'empresse de\npublier une édition conforme aux représentations de tel théâtre, ce qui\naide à perpétuer ces fantaisies d'un jour. C'est ainsi que l'édition des\nNoces dite du Théâtre-Lyrique, avec ses coupures, ses changements et\nses ornements superflus, fait encore loi pour bien des gens. L'Opéra-\nComique même, lorsqu'il voulut jouer les Noces, crut devoir adopter la\nversion à la mode. Quand donc nous sera-t-il donné d'entendre 1 œuvre\nde Mozart telle qu'il Pa composée, sans retranchements ni additions de\nfantaisie ?\nCet opéra est le seul ouvrage, entendez bien :le seul, qui ait\nencore été donné successivement sur nos quatre grands théâtres lyriques.\nL'histoire des Noces de Figaro à Paris peut se résumer dans ces quatre\ndates : Opéra, 1793; Italiens, 1807; Théâtre-Lyrique, i 858; Opéra-\nComique, 1872.\n\nADOLPHE JULLIEN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-05-15-01-c004", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-05-15_01#c004", "volume": "bmtnabc_1874-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "159", "page_fin": "165", "image_debut": 15, "image_fin": 23, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.2.2", "titre_corps": "LA COLLECTION PHILIDOR", "titre_sommaire": "LA COLLECTION PHILIDOR", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 15, "page_imprimee": "159", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.15", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1550, "texte": "LA COLLECTION PHILIDOR\nAU CONSERVATOIRE DE MUSIQUE DE PARIS\nES Philidor, dont le véritable nom était Danican, fi-\ngurent au nombre de dix dans la Biographie des Mu-\nsiciens de F. Fétis. Le troisième en date, André, est\n7 l\nl'auteur de la collection en question ; il s'intitule lui-\nmême Philidor l'aisné, ordinaire de la musique du\nROJS9 et l'un des deux gardiens des livres de la Bi*\nhliothèque de musique de Sa Majesté. Le plus célèbre des Philidor est\nle fameux joueur d'échecs, François-André, auteur de vingt-deux opéras.\nL'abbé Roze, troisième bibliothécaire du Conservatoire à partir de sa\nfondation, a laissé un Catalogue sur la collection Philidor. Ce catalogue\ndonne des détails sur les 59 volumes dont se composait alors cette collec-\ntion, diminuée de moitié depuis* Il y manque les volumes 4 bis, 17, 19,\n47, 48, 50, 52, 53, 55 et 56. M. Fétis, bibliothécaire de 1827 à 1831,\nconstate déjà les volumes détruits, sans les nommer tous (voyez le 2e vo-\nlume de /a Revue musicale, pages 9 à i 3, année 1827)* Ce malheur ir-\nréparable est attribué à un vandale de relieur, auquel on donnait accès\ntrop facilement à la Bibliothèque. M. Fétis, dans l'article cité, mentionne\nle 41e volume renfermant Y Orphée de Rossi comme existant * cependant\nce volume ne s'est pas retrouvé depuis.\nNous allons passer en revue le contenu dés volumes présents et des\nabsents; quant à ces derniers, ce sera d'après le catalogue écrit delà main\nde l'abbé Roze, document qui a été recouvré.\nLe ler1er VOLUME débute par la Bataille de Jannequîn; puis viennent dès"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "160", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.16", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2296, "texte": "Courantes, des Passepieds, des Branles, des Gaillardes, des Pavanes (i);\ndifférents morceaux joués dans les Concerts de Louis XIII, par les 24\nviolons et les 12 grands hautbois. —Un Ballet à cheval pour le mariage\nde Louis XIII, joué par les grands hautbois. Les auteurs nommés sont\nSaint-Amant, Robert, Verdié, Constantin, Grignès, Mazuel, Couperin,\nLavallez, Orlando de Lassus, de La Pierre, Lepage, Lazarin, Verpré.\n2E VOLUME. Airs faits sous le règne de Henri 111. Ballets dansés\nsous le règne de Henri IV et sous celui de Louis XIII (1 5y5 à 1620).\n3e VOLUME. l4 ballets sans nom d'auteur, faits depuis l'année 1625\nà 1647, sous Louis XIII. Le dernier a pour titre : Ballet du décri des\nmonnoyes, dansé à Paris.\n4E VOLUME. Ballets : Les Fêtes de Bacchus, 1651, —Le Dérègle-\nment des Passions, 1652. Les Noces de Pélée et Thétis, 1654.\nLe 4E volume bis, qui manque, contenait en plus le texte du ballet de\nPélée et Thé is.\n5e VOLUME. Le Ballet royal de la Nuit, divisé en 4 parties ou 4\nveilles, dansé par Sa Majesté en 165 3-\n6E VOLUME. Le Ballet du Temps, dansé en 1654. —Le Ballet de la\nRevente des habits. Un fragment du ballet de Xerxès, de Cavalli.\nLe Triomphe de Bacchus dans les Indes, ballet dansé en 1666.\n7e VOLUMF. —Le Ballet des Plaisirs, dansé par Sa Majesté en 165 5.\n8e VOLUME. Le Ballet royal d'Alcidiane, dansé par Sa Majesté en\n16 58.\n90 VOLUME. Le Ballet royal de la Raillerie, dansé par Sa Majesté\nen 1659.\n10E VOLUME. Le Ballet royal de Vlmpatience, dansé par Sa Majesté\nen 1661.\n1ie VOLUME. Les Noces du village, ballet ridicule, mêlé de chant,\ndansé par Sa Majesté en 1663. Les 9% 10e et 12E entrées sont laissées en\nblanc, ce qui fait penser que Philidor ne possédait pas ces airs, ou n'a\npas pu les retrouver.\nï2E VOLUME. —Ballet royal des amours déguisés, dansé par Sa Ma-\njesté en 1664.\n13e VOLUME. —Le Mariage forcé, comédie-ballet en 3 actes, 1664.\n(Texte et musique.)\n\n(î) Nous remarquerons que la Pavane et la Romanesca, cités particulièrement par\nMk E> Gautier dans le Musicien en vacances, au chapitre Collection Philidor, ne se\ntrouvent pas dans cette collection, en tant du moins qu'il s'agit de la Pavane, la\nseule connue et reproduite, d'après l'Orchésographie, par le prince de la Moskowa,\ndans sa collection de Musique classique."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "161", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.19", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2283, "texte": "I 4° VOLUME. La Naissance de Vénus, ballet royal dansé par Sa\nMajesté en 1665.\nis° VOLUME. - Le Ballet royal de VAmour malade, dansé par Sa\nMajesté en 1667.\nI 6( VOLUME. Le Ballet royal de Flore, dansé par Sa Majesté en\n1669.\n17e VOLUME. •*- Ce volume qui n'existe plus, renfermait un Recueil de\nBranles faits sous Louis XIII et Louis XIV par Richamore, Belleville,\nConstantin, Lazarin, Branchu, Prévost (maître à danser du Roi), de\nLaharpe, Robichon, Dumanoir et Boulard.\n18E VOLUME. Musique des ballets qu'on dansait au Collège des Jé-\nsuites; la musique est de Beauchamp, Desmatins et Colasse.\n19E VOLUME. Détruit. Ce numéro renfermait en 2 volumes, des airs\nde ballet pour violon et basse, anciens vaudevilles.\n20e VOLUME. Ballet de Villeneuve Saint-Georges, mêlé de chant et\nde danse.\n21e VOLUME. Ballets du Temps, de la Raillerie, la Revente des\nhabits, Aerxès. Le ballet de Xerxès est plus complet dans ce volume\nque dans le 6e, mais ni l'un ni l'autre ne renferment les airs chantés.\n21° VOLUME bis. Ne renferme pas de musique, mais il contient le\ntexte et les paroles chantées des ballets de la Nuit, des Proverbes, de la\nMascarade des cinq Villageoises et des cinq Amants de la cour, du\nTemps, de la suite de VÉpousée de Massy; de la Revente des habits,\ndu grand ballet des Bienvenus, 1653, 1654, 1655. Ce volume donne des\nindications sur les personnages.\n22e VOLUME. Détruit. Il renfermait les ballets de Vlmpatience, des\nSaisons, & Hercule amoureux, des Noces de villages, et des Sept Pla-\nnètes.\n23e VOLUME. Détruit. Il renfermait le ballet de la Princesse d'Elide,\nle Mariage forcé, la Naissance de Vénus.\n24e VOLUME. Ce volume a été lacéré; il ne renferme plus que le Bal-\nlet des Muses, de Lulli. Il contenait de plus auparavant les ballets des\nGardes, de Créqui ; la Mascarade de Versailles, la Fête de Versailles,\net une Mascarade à la louange de Louis XIV.\n25e VOLUME. Détruit. Il renfermait des Contredanses et des Menuets\nen partition, composés par MM. Philidor père, Philidor aîné, Philidor\ncadet, Anne Philidor, Fanchon Philidor, François Philidor. On y trou-\nvait en outre des compositions de Charpentier, La Pus, Pécourt, Con-\nGuillegaut, Le Peintre, Talon, le comte de Marsan, Marchand\nl'aîné, Desjardins, Lully (à ce nom se trouvait une note disant que les"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "162", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.20", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2371, "texte": "airs de Lully étaient difficiles à danser), de La Chaussée, Desmarets,\nToulomp ou la maréchale d'Estrées, Campra, le marquis de Nangis,\nBomestre, Lalouette, Cler, Faure, Fouvoix, de la Chataigneraye, Hu-\nguenet, Bonard, madame la maréchale de Villerov, Joncques, Baudy,\nL'ainé, Plumet, Bonnefons, Alaix, Couperin père, le marquis de Bes-\nmaux.\nN. B.— On dirait que l'abbé Roze s'est fait un plaisir de nous énumé-\nrer tout au long, au contraire d'autres numéros, tout ce qui allait nous\nmanquer un jour, et d'après la fin de sa note, on trouvait dans ce nu-\nméro : La Furstemberg; fait, à ce que Von croit, par le Prince de ce\nnom.\n26e VOLUME. Détruit. Ce volume contenait de vieilles danses, comme\nBranles, Courantes, Sarabandes, Bourrées, Menuets, Passepieds, Contre-\ndanses, Anglaises, Chacones, etc. Les noms d'auteurs qui y figuraient\nsont : Lully, Chansy, Legrand, Converset, Rochemard, madame Talon,\nPhilidor l'aîné et le cadet, Toulon, Lalande, mademoiselle du Dicour,\nChevalier, Lalouette, Bonard, Queversin, Huguenet, Body, Fable,\nForcroix, Guillegaut, Ardelets, Duclos, Saliort, Carlier, Dubois, Fari-\nnelle, Plumet, Couptin, L'Eance, le marquis de Baisemaux, jMolier,\nMorel; le prince de Furstemberg, le marquis de Châteauneuf, Féorier,\n27e VOLUME. Détruit. Contenait plusieurs morceaux à une et deux\nvoix, avec paroles italiennes et espagnoles. Les auteurs nommés étaient :\nLully, La Barre aîné et cadet, Luigi, Lorenzani, Martin, Farine ou Fa-\nrina, Dubuisson, Lovigi, Carissimi, Bernard, Mato, Mélani, Lalande.\n28e VOLUME. Ce volume contient le ballet du Canal de Versailles,\nsans date ni nom d'auteur.\n29e VOLUME. L'Amour médecin, intermède. La musique a été\narrangée par Philidor Famé sur des airs de Lulli»\n3oe VOLUME. Détruit. Il contenait la pastorale et le ballet de Diane\net Endymion, musique de Anne Philidor fils.\n3ie VOLUME. Ce volume renferme les paroles des ballets de Xerxès,\nde ïlmpatience, des Saisons, du Fâcheux (1660 et 1661). Détails sur\nles acteurs et les actrices.\n32E VOLUME. Ce volume renferme les paroles des ballets des Arts, de\nla Mascarade ridicule, des Amours déguisés, du Mariage forcé, de\nla Naissance de Vénus (1663 et i 665). Paroles chantées, et détails sur\nles acteurs.\n33e VOLUME. Détruit. Il contenait les paroles des ballets des\ndu Triomphe de Bacclius. Idem le Grand Divertissement royal de Ver-"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "163", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.21", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1955, "texte": "sailles, Georges Dandin, l'Eglogue de Versaillesy le ballet de Flore\n(1666 à 1669).\n34E VOLUME. Détruit. Il contenait les paroles des ballets de Pour-\nceaugnac, des Jeux pythiens, du Bourgeois gentilhomme, VAccommo-\ndement de VAmour et de Bacchus (1669 à 1673).\n3 5e VOLUME. — Renferme les paroles des ballets : Chacun fait le\nmétier d autrui, la Raillerie, la Paix, les Plaisirs troublés C1657 à\n1660).\n36e VOLUME, — Renferme le Concert de violons et hautbois, donné au\nsouper du Roy, le 16 janvier 1707? Par troupe des petits violons et\nhautbois. La musique est de Lulli fils.\n37 VOLUME. Détruit. Il renfermait les ballets de l'Amour malade,\nde Psyché, ou la Puissance de VAmour (i656 et 1657).\n38 VOLUME. » Détruit. Il contenait différents airs des auteurs sui-\nvants : Lambert, du Bousset, Chevalier, Lulli, Le Camus, de Buillon,\nMorel, Lalande, etc.\n39E VOLUME. — Détruit. Renfermait des airs français de Moulinier,\nSicard, etc.\n40e VOLUME. Détruit. Renfermait des airs à boire de Sicard, du petit\nChevalier, etc.\n41E VOLUME. — Icij je n}ose mettre A détruit », mais bien « disparu » 5\nce volume contenait l'Orphée, en italien, de Kossi. Cet opéra, le pre-\nmier donné en date de 1647, paroles de Butti. Il ne faut pas\ndésespérer de voir reparaître cette partition un jour.\n41E VOLUME bis. — Ce volume, à coup sûr moins intéressant que le\nprécédent, contient des symphonies allemandes. L'abbé Roze observe :\n« Il y a de très belles ouvertures, quoique d'un style ancien. » Malgré\ncela, il n est pas probable que la Société des Concerts nous les fasse\njamais entendre. Pourquoi allemandes Rien ne l'indique; chacune\nde ces ouvertures renferme, ou une bourrée, ou un menuet, ou une\ngavotte ; il y a même un traquenard.\n42E VOLUME. — Détruit. Il renfermait Popéra de Scipion VAfricain}\nmusique des fils de Lulli.\n43E VOLUME. — Détruit. Il renfermait Panthée, musique de Colasse, et\nil y en avait deux exemplaires.\nJ.-B. WEKERLI N."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "164", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.22", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1318, "texte": "Nous donnons dans ce numéro un curieux exemple du pathos ridicule\nqui se récitait et se chantait aux oreilles du jeune roi Louis XIV qui\navait alors dix-sept ans; il chantait d'ailleurs lui-même ces belles choses,\net avec conviction, cela s'entend.\nA la suite du morceau que nous reproduisons, un des jeux, ou plu-\ntôt d'après le manuscrit, le roi, de la suite de Vénus, lui répond ;\nVous triomphe^, mère d'amour,\nEt votre gloire est sans seconde,\nPuisque le plus grand roy du monde\nCommence à vous faire la cour.\nQue sa mine est hautaine et fiere,\nEt quelle laisse loin derrière\nLes monarques plus relevés !\nDans quel éclat vous vivre,\nEt le beau train que vous ave\\ !\nPourvu quil s'adonne à vous suivre !\nTous vos amours sont déconfits\nPar la splendeur qui Y environne,\nEt sa jeune et vive personne\nEfface jusqu'à votre fils.\nMais vous ne les garderez guère,\nSon âme héroïque et sévère\nAime trop les sanglants hasards ;\nDéjà ses grands projets s'ébauchent,\nEt je crains que Vhonneur et Mars\nA la fin ne vous le débauchent.\nLe ciel ne Va si bien formé\nQue pour aimer les choses grandes\nEt pour être beaucoup aimé.\nToutes vos amorces sont vaines\nPour le retenir dans vos chaînes,\nIl est d'ailleurs trop combattu,\nEt, méprisant vos avantages,\nA la suite de la vertu\nPrétend de plus solides gages."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "165", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.23", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 360, "texte": "Mais votre culte étant si doux,\nLui pour rie %-vous pas faire croire\nQiie pour arriver à la gloire\nOn y peut aller par che% vous ?\nLa jeunesse a mauvaise grâce\nQuand trop sérieuse elle passe,\nSans voir le palais de l}amour ;\nIl faut qu'elle entre, et pour le sage\nSi ce n'est pas son vrai séjour,\nC'est un gîte sur son passage.\nJ.-B. W."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-05-15-01-c008", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-05-15_01#c008", "volume": "bmtnabc_1874-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 17, "image_fin": 18, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.2.3", "titre_corps": "BALLET ROYAL DE LA NUIT dansé par S. M. LOUIS XIV le 23 Février 1653.", "titre_sommaire": "BALLET ROYAL DE LA NUIT dansé par S. M. 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Voici l'analyse de la partie\nqui nous intéresse :\nCHAPITRE 11. ORCHESTRE. ARTICLE PREMIER.\nL'orchestre restera composé de dix-huit musiciens, ainsi qu'il a été réglé\npar un ordre des Premiers Gentilshommes de la Chambre, du ier avril 1764,\nsavoir : huit violons, trois basses, un basson, une contre-basse, une quinte,\ndeux hautbois, deux cors de chasse.\nART. 2. Les musiciens se rendront à l'orchestre à quatre heures trois\nquarts, pour ouvrir la symphonie à cinq heures.\nART. 3. Ils ne pourront se faire remplacer sans l'agrément du directeur\nde l'orchestre.\nART. 4. Lorsqu'il viendra quelque Prince ou Princesse du Sang, ils\nne commenceront qu'à leur arrivée.\nART. 5. Ils ne pourront s'absenter pendant les entr'actes.\nART. 6. Ils se trouveront aux répétitions des divertissements indiquées\nparle maître des ballets.\nART. 7. Le directeur de l'orchestre proposera aux Comédiens assem-\nblés les candidats aux emplois vacants; on s'en remet à lui de la sincérité\ndes choix.\n\n(i) Voir les numéros des i 5 décembre 1873, i 5 janvier, i 5 février, i 5 mars et i 5\navril 1874.\n*1"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "167", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.25", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2417, "texte": "ART. 8. —Le Comité jugera des contraventions sur la déclaration du\ndirecteur. Il sanctionne le règlement de police particulier qui a été unanime-\nment approuvé par les musiciens.\nART. 9. Tous les instruments seront renfermés dans une armoire de la\nsalle d'assemblées ; une des clefs sera conservée par le directeur, l'autre par\nle comédien qui aura le département de la musique.\nART. 10. - Il sera fait un inventaire de toute la musique, dont une copie\nsera délivrée au directeur, une autre au comédien ayant le département de la\nmusique.\nCHAPITRE 111. DANSE. Règlement convenu entre le maître des\nballets, les premiers danseurs, premières danseuses, figurants et figurantes,\net approuvé par les Comédiens :\nARTICLE PREMIER. Il sera payé une amende de 20 sols pour chaque\nquart d'heure de retard ; le premier quart d'heure sera franc, mais il n'y aura\npas de grâce pour la minute suivante. Chacun, avant la fin du premier quart\nd'heure, écrira ses motifs de retard au semainier, sinon il encourra l'amende.\nLe répétiteur se tiendra prêt, au quart précis, à commencer les répétitions.\nLes surnuméraires ne seront affranchis de payer immédiatement les amen-\ndes, que si le maître des ballets en répond pour eux.\nART. 2. Les sujets se trouveront à la Comédie une heure juste avant le\nballet, pour s'habiller. Le semainier y tiendra la main et infligera trois livres\nd'amende aux contrevenants.\nArt. 3. Tous reconnaîtront un semainier pour le maintien du bon or-\ndre, de la décence, et l'avoueront seul comme habile à percevoir les amen-\ndes. Les amendes seront vérifiées par le maître des ballets et retenues par le\ncaissier.\nART. 4. Le semainier est responsable des contraventions. Il s'interpo-\nsera dans les querelles.\nParlons tout de suite de ce qui regarde la question dans les divers rè-\nglements d'administration intérieure subséquents.\nRÈGLEMENT DU 4 SEPTEMBRE 1813 TITRE 111. DES MU-\nSICIENS. ART, 52. L'orchestre est placé sous la surveillance et direction\nd'un chef, qui communique avec l'administration et en transmet les ordres\naux musiciens.\nART. 53. Lorsqu'une place est vacante, le chef en fait un rapport au.\nComité, qui y nomme, s'il y a lieu.\nART. 54. Les musiciens que le chef convoque pour les répétitions sont\ntenus d'y venir, sous peine de 10 fr. d'amende. Chaque soir, tous les mu-\nsiciens doivent se trouver au théâtre à six heuies précises ; ils se réunissent"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "168", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.26", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2473, "texte": "dans le foyer qui leur est assigné et se rendent à l'orchestre sur un signal\ndonné par le chef.\nART. 56. Le musicien qui manque à l'ouverture paye une amende de\n2 fr. 50.\nART. sy. Le spectacle commencé, aucun ne peut quitter l'orchestre\nqu'en cas d'indisposition.\nART. 58. Nul ne peut se faire remplacer sans motifs valables et sans\nl'autorisation du chef, qui doit être prévenu la veille ou au moins le matin.\nIl ne peut y avoir plus de deux remplaçants à la fois.\nART. 59. Le musicien qui, pendant le spectacle, manque de respect au\npublic ou aux acteurs, paye, la première fois, une amende de 10 fr.; la seconde\nil perd sa place.\nART. 60. Chaque soir, le chef remet au secrétaire-souffleur ou aux se-\nmainiers la liste de ceux qui ont manqué à la représentation ou qui ont en«\ncouru l'amende, sous peine de la payer lui-même.\nRÈGLEMENT DU 3I DÉCEMBRE 1816.... ORCHESTRE. MM. les\nmusiciens se rendront tous les jours, à six heures et demie du soir, au\nthéâtre, et commenceront la première symphonie à six heures trois quarts.\nIls en joueront une deuxième et une troisième immédiatement avant la levée\ndu rideau. lls se rendront aux répétitions, lorsque le besoin l'exigera, aux\nheures indiquées. Le chef d'orchestre veillera spécialement à l'exactitude\ndu service. Des amendes seront déterminées pour ceux qui y manqueront,—\nIl ne pourra y avoir plus de deux remplaçants à la fois, et l'on ne se fera rem-\nplacer qu'avec l'autorisation du chet. MM. les musiciens sont invités à s'en-\ntendre pour que des sorties générales n'aient pas lieu au commencement de\nchaque acte, et pour que leurs rentrées soient moins tumultueuses : ces al-\nlées et venues troublent les acteurs, fatiguent le public et nuisent à l'ensemble\nde la représentation.\nRÈGLEMENT DU IERIER JUILLET 1833 CHEF D'ORCHESTRE. —Il est\nresponsable de son orchestre.— Il veille àce que les musiciens soient rendus\nau théâtre une demi-heure avant le lever du rideau. Il donne ses ordres pour\nqu'ils se rendent exactement aux répétitions indiquées, lorsque le besoin\nl'exige. Il veille àce que des sorties générales n'aient pas lieu au com-\nmencement de chaque acte, et à ce que les rentrées se fassent sans bruit,\nIl inflige des amendes à ceux qui troublent l'ordre ou manquent à leur ser-\nvice.\nCe règlement est le dernier qui ait été fait.\nDes pièces, où la musique joue un rôle, les plus remarquables que nous\nrencontrions, à la fin du dix-huitième siècle, sont le Barbier de Séville\n•m"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "169", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.27", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2632, "texte": "(1775) et le Mariage de Figaro {1784) (1). Le Barbier fut d'abord une\nespèce d'opéra comique destiné par Beaumarchais à la Comédie-Ita-\nlienne, et dont il composa les couplets sur des airs italiens et espagnols\nqu'il voulait naturaliser en France. La pièce fut refusée. L'auteur en fit\nalors une comédie pour le Théâtre-Français. La partie musicale en fut\ngravée pour orchestre; la Bibliothèque du Conservatoire en possède un\nexemplaire sur lequel une main inconnue a écrit : Cette musique est de\nM. Beaumarchais. C'est celle qui est exécutée maintenant, excepté la\nsérénade, tirée de l'opéra de Paesiello.\nLe Mariage contient plusieurs airs dont la musique doit être égale-\nment de Beaumarchais et s'est transmise au théâtre par tradition. Sur\nl'édition originale de la pièce, ceux qui se les veulent procurer sont ren-\nvoyés à Baudron, premier violon de la Comédie. Les couplets de la fin\nsont abandonnés depuis longtemps; cependant, il y a quelques années,\nM. Edouard Thierry les fit chanter. Le plus brillant des airs du Mariage\nest celui de Malbroughs'en va-t-en guerre, sur lequel le petit page mo-\ndule sa complainte amoureuse, et qui, selon d'aucuns, aurait une ori-\ngine orientale. Suivant d'autres, cette chanson, couplets et air, fut\ncomposée après la bataille de Malplaquet pour railler notre vainqueur,\net elle eut un grand succès à ce moment; puis, bientôt le léger Athénien\nde Paris s'en souvint aussi peu que des misères de 1709. Mais elle se\nserait conservée en province, d'où la nourrice du Dauphin la rapporta\net la remit à la mode, à Versailles, en en berçant le royal bébé. Beaumar-\nchais, qui écrivait le Mariage, aurait alors utilisé Y actualité en y adap-\ntant les couplets de Chérubin, mais en y apportant cette originale mo-\ndification de substituer des paroles marquant le regret aux lazzis de nos\nancêtres, et de prêter comme la nourrice peut-être au joyeux air,\nce mouvement lent et cet accent triste, auxquels la mélodie, insignifiante\ndans sa première version, emprunte un caractère ravissant.\nSi l'Académie de Musique avait eu mainte fois à garantir son privi-\nlège des empiétements des Comédiens, ceux-ci songèrent peu, que nous\nsachions, à user de représailles, quoique presque toutes les tragédies\nlyriques aient été tirées de tragédies françaises. La seule trace que nous\nayons rencontrée des réclamations de la Comédie à ce sujet, est un mé-\nmoire qu'elle adressa, le 2 mars 1784, au baron de Breteuil, Ministre de\n\n(1) Voir, sur Tune et l'autre, la magnifique et savante édition du Théâtre de Beau-\nmarchais donnée par nos amis MM. de Marescot et G. d'Heilly."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "170", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.28", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2522, "texte": "la Maison du Roi, pour demander qu'on interdît à l'Opéra de faire jouer\ndes poèmes calqués sur les siens, et au censeur de les approuver,\nLa loi des 13-19 janvier 1791, en proclamant la liberté industrielle\ndes théâtres, abrogea toutes les obligations qui avaient lié car nous\nvenons de voir que depuis longtemps elles ne liaient plus qu'en principe\nla Comédie à l'Opéra. Celle-ci vit donc, sous ce rapport, le nouvel\nétat de choses avec indifférence.\nLa liberté des théâtres dure jusqu'en 1806. Le 8 juin, un décret\nillégal, comme tous ceux que signa Napoléon au sujet des théâtres,\npuisqu'ils abrogeaient une loi, interdit l'ouverture de nouveaux\nétablissements dramatiques, décide que les répertoires de l'Opéra, du\nThéâtre-Français et dePOpéra-Comique seront arrêtés parle Ministre de\nl'lntérieur, et qu'aucun théâtre ne pourra en user sans leur permission\net sans leur payer une redevance; enfin, que le Ministre de l'lntérieur\ndélimitera le genre de chaque entreprise.\nEn conséquence, le Ministre arrête, le 25 avril 1807, que le Théâtre-\nFrançais, outre les pièces nouvelles qui lui sont destinées, jouera les\ntragédies, les comédies et les drames représentés à l'ancienne Comédie-\nFrançaise et les comédies jouées à l'ancienne Comédie-Italienne. Le\nThéâtre de l'lmpératrice (Odéon) est l'annexe du Théâtre-Français pour\nla comédie seulement, et n'emprunte à ce dernier que les pièces de la\nComédie-Italienne. L'Opéra garde son ancien répertoire et peut seul\ndonner des pièces entièrement en musique et des ballets sérieux, plus,\nmais non à l'exclusion des autres scènes, des ballets bourgeois et cham-\npêtres.\nL'Opéra-Comique a les comédies, etc._, mêlées de couplets et vaude-\nvilles. Les airs des répertoires des deux théâtres lyriques ne peuvent, sans\nl'autorisation des auteurs ou propriétaires, être pris parles autres scènes\nque cinq ans après la première représentation de Pouvrage où ils se trou-\nvent. Le 29 juillet 1807, *e décret qui réduit à huit le nombre des théâ-\ntres de Paris approuve ce règlement.\nCes divers actes, on le voit, tout en enlevant à la Comédie le droit\nque lui avait conféré la loi de 1791 : de jouer même des opéras si elle le\njugeait bon, lui laissait l'entière faculté de représenter, avec tout leurs\nagréments, comme on disait jadis, les pièces à spectacle de son répertoire,\net les pièces nouvelles analogues.\nLe décret du i 3 août 1811 qui rétablit la redevance que payaient au-\ntrefois à l'Opéra les théâtres de second ordre et les spectacles, continua"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "171", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.29", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 910, "texte": "d'épargner la Comédie. Celle-ci d'ailleurs usa peu, voire pour ses an-\nciennes pièces, de sa liberté. Elle était devenue depuis longtemps un\nthéâtre purement littéraire, et son public, même dans les grandes œu-\nvres du répertoire, ne réclamait plus la mise en scène des parties que,\nau dix-septième siècle, Molière et d'autres y avaient introduites comme\nprétexte à ballets. Le décret du 6 janvier 1864, qui a rétabli la liberté\nindustrielle des théâtres, n'a pas, en fait, modifié cette situation : il laisse\nles théâtres subventionnés soumis à une législation spéciale. D'ailleurs\nla Comédie ne désire, pas plus qu'auparavant, jouer des opéras, et la par-\ntie musicale et chorégraphique que lui permettaient les décrets de Na-\npoléon levIev pour les pièces littéraires lui suffira toutes les fois qu'elle en\nvoudra reprendre.\n(La fin au prochain numéro.)\n\nJULES BONNASSIES."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-05-15-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-05-15_01#c013", "volume": "bmtnabc_1874-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "172", "page_fin": "179", "image_debut": 30, "image_fin": 38, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.2.5", "titre_corps": "LE RÉALISME DANS L'OPÉRA COMIQUE AU XVIII SIÈCLE", "titre_sommaire": "LE RÉALISME DANS L'OPÉRA COMIQUE AU XVIII SIÈCLE", "signature_source": "CH. BARTHÉLÉMY", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 30, "page_imprimee": "172", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.30", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1310, "texte": "LE RÉALISME\nDANS\nL'OPÉRA COMIQUE AU XVIII SIÈCLE\n\n(I)\nVQAT>É\nT 720 175 7\nDe toutes les nouveautés produites, en 1754, à la foire Saint-Germain,\nsur le théâtre de l'Opéra-Comique, «la meilleure, sans contredit, et celle\naussi qui a eu le plus de succès, est le Trompeur trompé, en un acte, )>\nau jugement de Fréron.\n« L'auteur, M. Vadé, poursuit-il, a un talent singulier pour ce\ngenre; et, ce qui lui fait beaucoup d'honneur, c'est qu'il n'a recours,\npour réussir, nia des équivoques grossières, ni à des jeux de mots indé-\ncents, ni à des allusions obscènes. Peut-être même serait-on en droit de\nlui reprocher trop d'esprit et de délicatesse. Ce spectacle a, comme les\nautres, son génie particulier qui doit s'éloigner autant de la plate polis-\nsonnerie que de la doucereuse idylle, ou de la finesse épigrammatique.\na Je regarde le Trompeur trompé moins comme un opéra-comique\nque comme une petite comédie en couplets. Considéré sous ce point de\nvue, c'est un ouvrage très ingénieux, et je n'ai rien lu de l'auteur qui\nm'ait fait plus de plaisir.\n« Un petit maître de qualité trahit une femme de condition pour une\nbergère, une Cidalise pour une Colette. Mais cette dernière aime\nLicidas et rejette avec dédain toutes les propositions de M. le comte. Elle\n\n(1) Voir les numéros des ier janvier et i 5 février."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "173", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.31", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2226, "texte": "fait confidence à Cidalise elle-même des poursuites de son perfide, et\nCidalise engage son aimable rivale à feindre d'écouter le comte, qui veut\n1 emmener à Paris dans son carrosse, mais déguisée, afin que ses parents\nne s aperçoivent point de sa fuite. On lui apporte un domino et un\nmasque, et Cidalise prend l'un et l'autre. Le comte, transporté, vient\nchercher sa nouvelle conquête. Cidalise contrefait un moment Colette\net s'entend dire beaucoup de douceurs. Elle se démasque enfin ; le comte\ndemeure confondu. Il y avait entre eux un dédit considérable : il\nconsent à épouser Cidalise. Licidas et Colette sont au comble de leurs\nvœux.\n« Tel est le fond de cette jolie bagatelle, ornée de couplets agréables et\npiquants sur des airs choisis et difficiles à remplir. Je suis bien fâché qu'il\nne me reste point de place pour vous en citer des morceaux qui, certai-\nnement, vous plairaient beaucoup (i). »\nEn 1755, à l'ouverture du théâtre de l'Opéra-Comique de la foire\nSaint-Germain, Monet donna, le ier février, les Troyennes en Cham-\npagne, travestissement de la belle tragédie des Troyennes de Chateau-\nbrun. L'idée de cette parodie, de Vadé, est bouffonne; elle eut beaucoup\nde succès.\nQuelques jours après, Vadé produisait, au même théâtre, une autre\nparodie qui est un petit chef-d'œuvre du genre : c'est celle de l'opéra de\nDaphnis et Alcimàdure sous le titre de Jérôme et F'anchonnetle, pasto-\nrale de la Grenouillère (i).\n« Je connais, dit Fréron, peu de parodies aussi exactes que celle-\nlà, et pour le fond, et pour la forme, et pour les détails, et pour le\nnombre des acteurs, et même pour la diction. M. Mondonville a choisi\nla langue toulousaine ou languedocienne, et M. Vadé a pris le jargon\npoissard.\nJérôme est Daphnis, Fanchonnette, Alcimàdure, et Cadet frère de\nFanchonnette, Jeanet, frère dsAlcimàdure.\n« Daphnis, dans l'original, fait, devant Alcimàdure, Péloge de sa\nmaîtresse. Elle ignore que c'est d'elle qu'il veut parler ; elle lui\ndemande :\nQuai és aquél oubjét, tan bél, tan précious?\nQuel est cet objet si beau, si précieux?\n\n(1) Fréron : VAnnée littéraire, 1754. T. 11, p. 71 et 72.\n(2) A laquelle Monet donne pour sous titre : A ncicréon\n(Loc. cit., p. 76.)"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "174", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.32", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1056, "texte": "DAPHNIS.\nBous lou bouléts sabé?\nVous le voulez savoir?\nALCIMADURE\nDigats, digats.\nDitesy dites.\nDAPHNIS.\nEs bous.\nC'est vous.\nALCIMADURE\n. Bous trufats, yéu non sotii pas bélo.\nVous vous moqueç, je ne suis pas belle.\nDAPHNIS.\nBous siats de la béutat lou pu parfait moudélo.\nVous êtes de la beauté le plus parfait modèle.\n« Jérôme vante aussi les appas de celle qu'il adore :\nFANCHONNETTE.\nQui c'est donc que ste fille?\nJÉRÔME.\nC'est vous.\nFANCHONNETTE.\nAh ! vous monsieu Jérômey\nJe ri suis pas bell\\\nJÉRÔME.\nSi fait, foi d'honnête homme.\nT'neÇy la beauté et ma Fanchon\nSont taillés sur le mêm' patron (i)*\ncc Jérôme est délicat à sa manière; il me semble voir AnacreoH\nbâtelier.\nMais d'mandez-moi pourquoi qu je reviens?\nCar je ripeus pu me traîner presque ;\nHormis daimer, f nons V cœur à rien :\nVoyez pourtant c' que c'est que V ses que k\nFaudra-t'y donc que je succombe?\nMoi qu* étais fort comme un Samson.\nSi je veux pêcher $ c'est que 1' bras me tombe :\nJe ri vois qu' l'amour au lieu d'poisson (2).\n\n(1) Scène 111.\n(2) Scène V«"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "175", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.33", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2089, "texte": "« Cadet, pour le guérir, lui propose de se dissiper, et de faire quelque\nvoyage. Jérôme répond :\nHé, quand f courrais comme un Basque,\nV dieu d'Amour court aussi bien :\nTout c qu'on fait contre c p'tit masque\nNe sert de rien.\nVautre jour croyant qu'y m' quitterait,\nJe irienfoncis cheux un cabaret ;\nN' v'ià t'y pas qri l'petit sorcier\nEntre jusqu dans mon d'misquier (1).\n« Le Poissard est un genre nouveau que M. Vadé a porté à sa\nperfection. Il ne faut pas le confondre avec le burlesque de Scarron, ou\nle grotesque de Callot, qui ne sont que des extravagances ; c'est ici un\ntableau réel, une représentation fidèle de mœurs que nous avons sous\nnos yeux ; en un mot, M. Vadé est le Téniers de la halle et des ports.\n(( La poésie et la peinture embrassent tous les objets, excepté ceux qui\nsont absolument dégoûtants. Tout ce que l'art imite bien, dit Boileau,\nest fait pour plaire. Un genre est bon dès qu'il amuse; le genre\nennuyeux est le seul genre qui soit mauvais. Il y a seulement (et M. Vadé\nen convient lui-même) des genres plus nobles les uns que les autres. Il les\nconnaît, et il ne dépend que de lui de les cultiver avec succès.\n« Le Suffisant et le Trompeur trompé, opéras-comiques de sa façon,\nsont de très jolies comédies. Sa parodie de Jérôme est très bien rendue\npar les acteurs. Mademoiselle Rosaline est charmante dans le rôle de\nFanchonnette; il n'est pas possible de mieux saisir le ton, les\nles gestes des femmes de la halle et des blanchisseuses de la Gre-\nnouillère (2). ))\nJe résiste avec peine au plaisir d'une citation. Celle que voici, très\ncourte, donnera une idée de la façon heureuse et pleine de coeur dont\nVadé savait faire preuve de son affection pour la personne du roi,\nJEROME*\nAIR de M. de Catinat.\nSi f rions pas servi V Roi, je ri l'en aimons pas moins,\nTout Français a pour lui des bras en cas d'besoins ;\nIl a dJ quoi vivre, on V sait; mais s'il ri avait pas d' bien]\nMorgué, je m passerais d' tout pour qu'i ri manquât de rien.\n(Scène VL)\n\n(1) Scène VI.\n(2) Fréron : VAnnée littéraire, ijbb, T. I, p. 35z à 355."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "176", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.34", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2320, "texte": "L'attentat de Damiens à la vie de Louis XV, le 5 janvier 1757, et\nl'heureuse protection des jours du roi, inspirèrent à Vadé l'idée de Y Im-\npromptu du cœur, représenté, un mois après, sur le théâtre de la Foire\nSaint-Germain, pour l'ouverture de cette scène.\ncc Cette nouveauté piquante, dit Fréron a eu le plus grand suc-\ncès... L'idée de cet ouvrage est très ingénieuse. L'auteur y fait paraître,\nen quelque sorte, tous les différents personnages dont il s'est servi dans\nles différentes pièces qu'il a composées pour la scène Comico-Lyrique, Il\nles rassemble dans celle-ci pour témoigner, chacun suivant son caractère\net son ton, la joie qu'ils ressentent tous également, et qui ne diffère que\npar les expressions. Les plus grossières sont souvent celles qui flattent\ndavantage les dieux, les bois et les belles, parce qu'elles sont plus simples\net plus naturelles.\ncc II y a donc dans cet Impromptu des gens de haut et bas étage, une\nLéonore, un Damon, un oncle de Léonore, un Nicaise, un Jérôme, une\nLouison, une Nanette, une Babet, une Fanchon, une Javotte, des mar-\nchands et des marchandes de chansons, des marmottes.\n« La scène est dans une place publique de Paris. Tout ce monde là se\nréjouit avec transport. L'oncle de Léonore la marie avec Damon et fait\nilluminer sa maison. Le tout se termine par des danses relatives aux diffé-\nrents caractères des acteurs.\nc< La pièce est d'une gaieté soutenue; nulles longueurs, nulles fades\nlouanges, nuls madrigaux insipides; on y donne au Roi des éloges que\ntous les cœurs avouent et applaudissent. La scène surtout entre Nicaise\net Jérôme est charmante: il y a beaucoup d'esprit dans le rôle du niais,\nsupérieurement joué par l'inimitable Bouret.\n« Jérôme le trouve si bête qu'il lui dit par ironie que c'est dommage\nqu'on ne Fait pas choisi pour aller complimenter le Roi, au nom de\ntous ses sujets.. Nicaise lui répond qu'il s'en serait acquittéencorplus\nmieux que lui.\nJÉRÔME.\ncc Quoi ? plus mieux î Eh ben voyons donc, avec ton plus mieux, com-\nment qu tu dirais ? Supposons qu? c'est moi qui suis Sa Majesté.\nNIGAISE.\n« Toi! Oh, pardi oui, t'en as encor ben l'air!\nJÉRÔME.\ncc Mais.je te dis comme par semblant.\nNICAISE.\n<c Gn'y a pas de semblant là-dedans. T'es mon cousin, par conséquent\nça ne se peut pas. Y faut raisonner dans la vie."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "177", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.36", "debut_caractere": 42, "fin_caractere_exclue": 1118, "texte": "JÉRÔME.\n« Hé ben, ça vous démontr ait t'y pas un académistre ?\nNICAISE.\n« Mais voyons comme tu dirais, toi?\nJÉRÔME.\n« Moi, je dirais tout de suite, et sans me faire prier... Tiens, écoute :\nV %\nAIR : Reçois dans ton galetas.\nSire, je viens devant vous...\nNICAISE.\n« Pardi ! voyez donc le gros sorcier; il le verrait ben, peut-être.\nJÉRÔME.\n« Mais queu raison qu'tu me fais donc là ?\nNICAISE.\n« C'est que je vous prends garde à tout, moi. Mais, voyons, dis tou-\nours.\nJEROME.\nSire, je viens devant vous,\nAu nom de toute la France,\nPour vous dir qu f avons trètous\nBen souffert de votre souffrance ;\nQiû si vous nous voye% ben porté)\nC'est parc qu' vous êtes en bonn' santé (bis).\nNICAISE.\n« Ah ! jarni, c'est bon, çà.\nJÉRÔME.\n« Hé ben, voyons, comment qu' tu dirais, toi?\nNICAISE.\n« Moi, je commencerais déjà d'abord par lui ôtermon chapeau.\nJÉRÔME.\n« Sans doute.\nNICAISE.\n« Hé puis je me mettrais dans la tête tout ce que les Français ont dans\nl'âme.\nJÉRÔME.\n<( Hé ben!\nNICAISE.\n« Hé puis je lui dirais avec franchise : « Sire, je donnerais ma \\ié\n« pour conserver la vôtre. »"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "178", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.37", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1387, "texte": "JÉRÔME, avec transport.\n« Tiens, baise-moi, tu as de l'esprit comme tout le royaume. »\n(iScènelV.) (1)\nUne autre scène fort jolie, est celle où le peuple veut acheter des chan-\nsons en l'honneur du roi, dont un violon vient de les charmer ; mais\nvainement on se fouille, et le marchand va faire crédit, lorsque Nicaise\ndit :\nAIR : Nous sommes précepteurs d'amour.\nAh! tout ça s'ra bentôt payé,\nCar au lieu d'venir par le Coche,\nMoi, tout doue ment, f suis v'nu à pied,\nJ'ai mis la voitur dans ma poche.\nJÉRÔME.\n« Comment la voiture ?\nNICAISE.\ncc Oui, vingt-quatre sols que mon oncle Clément m'a donnés pour\naller dans le panier de devant à côté du cocher, comme un enfant de fa-\nmille que je suis.\nLOUISON.\ncc Mon enfant! vingt-quatre sols! Et vous n'avez pas pris la postel\nNICAISE.\n« Oh ! non, moi je n'aime pas les chevaux...\nJÉRÔME.\nAIR : Moi qui veux M'instruire.\nRégale-nous donc à présent.\nNICAISE.\nAh! pour ça f m'en pique.\n(Montrant la marchande de chansons.)\nMais si f li donn' tout mon argent,\nJ' veux toute sa boutique (bis).\n(Il donne ses vingt-quatre sous, et prend toutes les chansons qu'il distribue.)\n« Tenez, ce sont les dragées du cœur, ça !\nBABET.\n(( Il a raison, sont les confitures des bons sujets...\nNICAISE, gardant trois livrets de chansons pour lui.\n« Je garde ces trois là, toujours.\n\n(i) Fréron : VAnnée littéraire, 17570 T I, p. à 241."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "179", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.38", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 1075, "texte": "JÉRÔME.\n« Quoi? trois?... C'est inutile, puisque c'est la même chose.\nNICAISE.\n« Ça ne lait rien.\nJÉRÔME.\nAIR : Les cœurs se donnent troc pour troc.\nMais c'est trois fois le mêm tableau.\nNICAISE.\nMoi j'ai m 1 ça.\nJÉRÔME\nFaut qu tu f satisfasses.\nNICAISE.\nPardi, la Dam de nof château\nAime à se mirer dans trois glaces.\nm\n« Et je mirerai trois fois mon amitié là-dedans.\nBABET.\n« Il n'est, pardié, pas si gnais qu'il le parait, au moins, »\n(Scène VI.)\nReprésenté le 8 février 1757, Ylmpromptu du cœur fut le dernier\nouvrage dramatique de Vadé (1).\n(La lin au prochain numéro.)\n\nCH. BARTHÉLÉMY.\n\n(i) En 1756, il avait donné avec un grand succès, aux foires de Saint-Germain et\nde Saint-Laurent, les Racoleurs et Nicaise. La première de ces deux pièces est un\ngrand tableau de Téniers mis en action; l'autre est une expression animée du conte\nde La Fontaine. L'ingénieux naturel de Sans regret (dans les Racoleurs), et l'ini-\nmitable naïveté de Nicaise (dans la pièce de ce nom), sont des types achevés, comme\nceux de Jérôme et de Fanchonnette."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-05-15-01-c017", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-05-15_01#c017", "volume": "bmtnabc_1874-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "180", "page_fin": "184", "image_debut": 39, "image_fin": 43, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.2.6", "titre_corps": "REVUE DES CONCERTS", "titre_sommaire": "REVUE DES CONCERTS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 39, "page_imprimee": "180", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.39", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1696, "texte": "REVUE DES CONCERTS\nCONCERT DE M. PLANTÉ, AU; CONSERVATOIRE. *— SOCIÉTÉ CHORALE D'AMATEURS : Audi-\ntion du Carmen sœculare d'Horace, musique de Philidor (i 779). Chœur de l'oratorio\nà'Agar de M. Georges Pfeiffer. Cantique à trois voix d'hommes, avec solo de\nsoprano, de M. Vaucorbeil. CONCERTS DE M. ROGER, DE MADEMOISELLE MARIE\nDUMAS, DE M. CH. LEBOUC, DE M. FERRARIS.\nCONCERT DE M. PLANTÉ, AU CONSERVATOIRE.— Le Concert de bien-\nfaisance offert si généreusement par la Société des artistes du Conserva-\ntoire, et où devait être exécutée la symphonie avec chœurs de Beethoven,\nne pourra avoir lieu. Le public réfractaire n'a point accouru. Madame\nla maréchale de Mac-Mahon avait pris l'initiative de cette œuvre chari-\ntable ; mais, par suite des soins multiples que réclament les autres\nbonnes œuvres dont elle s'occupe, elle s'est vue dans l'impossibilité de\nplacer, en temps utile, la plus grande partie des billets dont elle s'était\nchargée, et, au dernier moment, il a fallu renoncer à cette séance et à la\ntroisième audition de la symphonie avec chœurs. En revanche, dans\ncette même salle du Conservatoire, au Concert non moins généreu-\nsement offert par M. Planté pour la fondation d'une caisse de prêts et\nencouragements, destinée à venir en aide aux artistes musiciens et\nlyriques, tout le dilettantisme du grand monde s7est empressé pour\nlutter de toilettes et de bravos, et la recette a été de dix mille francs.\nM. Francis Planté, qui est conférencier comme Paul Féval :il l'a\nprouvé à la salle Pleyel dans son speech sur la légende de saint Fran-\nçois-de-Paule, de Liszt, a littéralement fanatisé un public que nous\nvoudrions voir aussi chaleureux pour les grandes œuvres symphoniques"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "181", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.40", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2630, "texte": "qu'il l'est pour le pianisme de M. Planté. Ce virtuose est un fascinateur,\net les dames professent pour lui une ferveur qui rappelle tous les succès\ndu même genre de Chopin et de Liszt. Le solo de piano est son triomphe,\net ce prestigieux virtuose a le secret des cœurs, parce qu'il sait placer\ndans leur vraie lumière les œuvres de génie qu'il interprètent qu'il met\nà leur service un mécanisme incomparable. Il faut l'observer de près pour\napprécier comme il convient la dextérité de ses doigts et son habileté\nà croiser le jeu des deux pédales en les élevant, les baissant et les mélan-\ngeant. C'est ainsi qu'il arrive à ce velours égal à travers les plus chan-\ngeantes nuances, à cette suave exécution où le mécanisme disparaît\nparce qu'il est absolument complet, et où il ne reste en relief que la\npoésie musicale de l'œuvre exécutée.\nM. Planté a les exquises délicatesses de la femme; il en a les nerfs. C'est\nce qui fait la physionomie et le charme de son jeu. Ce jeu brille ; il est\npur, il est doux, il attire. Une audition de luxe comme celle qui nous a\nété donnée au Conservatoire ne peut avoir son pendant que dans les\nfêtes d'été de nos opulentes châfellenies, au milieu des fleurs, dans les\nhaltes de chasse, ou dans les réceptions florales des parcs peuplés de\nmarbres, de fontaines, de faunes et de déesses; lorsqu'aux heures oisives\nles belles femmes viennent errer sous les arbres,, puis se rassembler\n•autour du piano sous le verdoyant abri, et, là, écouter, dans l'air amou-\nreux et les brises tiédissantes, les ineffables lamentations de Beethoven,\nde Schumann, de Weber, de Schubert, ou les pimpantes mélancolies de\nBoccherini, ce Watteau mal connu à Paris de la musique du quatuor.\nBien des étrangers s'étaient rendus à ce Concert, que présidait, en\nquelque sorte, madame de Mac-Mahon. Madame Carvalho, M. de Soria\nont alterné avec M. Planté et ont également été applaudis par un audi-\ntoire affolé. A un moment, quinze cents gants blancs ont, en applau-\ndissant, fait une sartarelle si formidable que nous en sommes revenu à\npenser à Beethoven et à nous dire : Pourquoi le même public n'a-t-il\npas accouru, avec la même ardeur, applaudir la symphonie avec chœurs ?\nL'un n'empêchait pas l'autre ; et, au lieu de dix mille francs, ce serait\nvingt mille que les bénéficiaires auraient à se partager.\nMaurice Cristal.\nSOCIÉTÉ CHORALE D'AMATEURS. Le grand attrait de curiosité de la\nséance annuelle de la Société chorale d'amateurs, si habilement dirigée\npar M. Guillot de Sainbris, a été l'exhumation du Carmen sœculare\nd'Horace, mis en musique par Philidor, et qui, composé en 1779, proba-"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "182", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.41", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2455, "texte": "blernent à la demande de l'impératrice Catherine 11, à qui il est dédié,\nn'avait plus été entendu à Paris depuis le Concert Spirituel de jan-\nvier 1780, où il fut accueilli avec de véritables transports, d'après la\nnotice qu'en a donnée M. de Sainbris sur le programme du Concert.\nMalheureusement, l'attente du public a été trompée. Philidor, un des\nplus illustres maîtres du grand siècle qui vit éclore les œuvres de Mon-\nsigny, Grétry, Duni, Gluck, Piccinni, Paisiello et tant d'autres grands\nmusiciens, sans oublier Cimarosa et Mozart,— Philidor, gêné sans doute\nparla poésie latine, tourmenté peut-être par l'idée que jamais le Carmen\nsœculare ne serait appelé à jouir de la popularité du Maréchal- ferrant,\ndu Sorcier,de Tom Jones et d Ernelinde,son chef-d'œuvre,— Philidor,\nenfin, n'a produit qu'une œuvre froide et décolorée, qui ne pouvait\nréussir, en 1874, à Paris, après l'immense effet obtenu par le Messie, la\nFête d'Alexandre,et même la Pass L'exé-\ncution en a été irréprochable ; mais ni la parfaite direction de M. Guillot\nde Sainbris, ni l'ensemble et le talent des sociétaires-amateurs, ni\nl'habileté des artistes de l'orchestre, n'ont pu sauver une partition aussi\ndénuée d'intérêt, et dont heureusement encore tout n'a pas été chanté.\nPour être juste, je dois cependant signaler les deux duos « Dianam\ntenerae » et « Fertilis frugum », le chœur fugué « Certus undenos » et le\nquatuor,où l'on trouve quelques éclairs du génie de Philidor, et qui ont\nété fort applaudis.\nLa Fille du roi des Aulnes,de Niels W. Gade, qui est probablement\nle même ouvrage que la Fille du mentionnée par Fétis comme\nétant une légende danoise, est une œuvre dans le genre romantique, un\npeu longue, mais qui renferme de belles parties. Je citerai, entre autres,\nmorceaux, le chœur du commencement, le Chant du matin, inspiration\nd'une grande fraîcheur, qui a produit beaucoup d'effet, et la scène\n« O mon enfant, sur ton front glacé! »\nLe chœur à trois voix de l'oratorio de M. Georges Pfeiffer, le\ncantique à trois voix d'hommes, avec solo de soprano, de M. Vaucorbeil,\net la scène d 'Andromeda,de Sarti, contemporain de Philidor, ont été\ncouverts d'applaudissements.\nCONCERT DE M. ROGER. Affluence énorme, trop grande même\npour les salons du Grand-Hôtel. Le public tenait à témoignera l'éminent\nartiste la sympathie qu'il lui a toujours inspirée. M. Roger a chanté\navec un charme inexprimable et une émotion des plus pénétrantes l'ad-"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "183", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.42", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2318, "texte": "mirable air de Richard Cœur de Lion « O Richard, ô mon roi ! » et a\ndû être bien heureux de l'accueil qu'a reçu son élève, M. Couturier,\nbasse superbe, dans l'air des Maîtres chanteurs, de Limnander. Madame\nCarlotta Patti s'est aussi fait entendre à son Concert. Cette cantatrice,\ndont la réputation est immense, a chanté deux morceaux, dont un air\nvarié de Proch. Il y a de tout dans ces variations, des effets de flûte, des\neffets de violon, je crois même des pifâicati ; mais, quant à des effets de\nvoix, néant. Et cependant, on ne saurait refuser beaucoup de talent à\nmadame Carlotta Patti ; mais l'usage qu'elle en fait est déplorable.\nH. C.\nCONCERT DE MADEMOISELLE MARIE DUMAS. Mademoiselle Dumas,\ncette personnalité si sympathique et si tranchée, a donné une soirée\nmusicale et dramatique intéressante au plus haut point. Mon\ncollègue M. Bertrand ayant écrit, dans le numéro du ier avril de la\nChronique musicale, une notice sur les Matinées de mademoiselle\nDumas, qui fait ressortir tout ce que son talent renferme d'original, je\nn'ai rien à ajouter au tableau, et je me bornerai à dire un mot des\nartistes qui se sont fait entendre à son Concert.\nM. Antonin Marmontel, dont il faudrait bien se garder de juger le\ntalent de compositeur d'après la musique de Pendant le bal, improvisée\nau milieu d'une réunion intime, a joué le Menuet de mademoiselle\nde la Vallière, ravissante inspiration de M. A. de manière\nà le placer au premier rang de nos pianistes. Le galop déjà célèbre des\nQuatre FilsAymon,k huit mains, pour un seul piano,par M. Lavignac,\na été exécuté d'une laçon entraînante par l'auteur, en compagnie de\nMM. Marmontel fils, Lack et Wormser. Le violoniste cubain,\nM. Brindis de Sala, a un jeu franc, pur et très vigoureux, trop fort peut-\nêtre par moments. Il est à regretter que madame Pauline Boutin, dont\nla voix et le talent sont si sympathiques, n'ait pas cette fois-ci été très\nheureuse dans le choix de ses morceaux. Mademoiselle Teoni, M. Jules\nLefort et M. Délia Rocca ont été fort applaudis.\nH. C.\nCONCERT DE M. CH. LEBOUC. Ce Concert tenait le milieu entre les\nConcerts classiques et les Concerts mondains. Plus classique cependant\nque mondain, M. Lebouc a exécuté avec MM. Lavignac et White un\ntrio de Haydn, une élégie de sa composition, qui lui a permis de déployer"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "184", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.43", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1823, "texte": "toute la belle qualité de son qu'il tire de son violoncelle, et une Rêverie\nde M. le duc de Massa, qu'il a exécutée avec madame White. Le beau\nduo pour piano et orgue, de M. Adolphe Blanc, dont j'ai rendu compte\ndans l'une de mes précédentes revues, a été merveilleusement rendu par\nmadame Béguin-Salomon et M. Lavignac. M. Pagans et madame Bar-\nthe-Banderali ont eu l'heureuse idée de faire revivre d'anciens morceaux\ndu plus grand mérite, tels qu'un air de Porpora, par M. Pagans, Pair\nde la Querelle de Phébus et de Pan, de Sébastien Bach, par madame\nBarthe, et un duo madrigalesquede Legrenzi, né en 1625. Mais par une\nconcession au goût moderne, que le public a été loin de trouver désa-\ngréable, ces deux artistes ont chanté une sérénade aragonaiseet le Tango,\nhavanaise à deux voix, ainsi qu'un duettino de Mendelssohn, accompa-\ngné au quatuor, où le pizzicato des violons est de l'effet le plus original\net le plus charmant.\nH. C.\nCONCERT DE M. FERRARIS. —M, Ferraris est un pianiste d'une indivi-\ndualité des plus marquantes. Absolument classique, absolument roman-\ntique, à volonté, et selon son public, il joue indistinctement les\nœuvres des maîtres les plus célèbres de toutes les écoles et les siennes\npropres, et cherche surtout à inculquer à ses élèves le goût du clas-\nsique et du beau.\nC'est ainsi qu'à son Concert une jeune artiste du plus grand avenir,\nmademoiselle Hoffmann, a exécuté avec lui un duo pour deux pianos,\nde Henri Herz, et une fugue, également pour deux pianos, de sa compo-\nsition, tout ce qu'il ya de plus classique, comme on voit, et\nM. Ferraris a joué, avec un succès égal au grand talent qu'il y a déployé,\nplusieurs morceaux de lui, tels que la Clochette, le Tourbillon et une\nfantaisie sur le Trovatore, tout à fait excentrique et d'un prodigieux\neffet.\nH. C."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-05-15-01-c020", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-05-15_01#c020", "volume": "bmtnabc_1874-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "185", "page_fin": "187", "image_debut": 44, "image_fin": 46, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.2.7", "titre_corps": "REVUE DES THÉATRES LYRIQUES", "titre_sommaire": "REVUE DES THÉATRES LYRIQUES", "signature_source": "ARTHUR HEULHARD", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 44, "page_imprimee": "185", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.44", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1686, "texte": "REVUE DES THÉATRES LYRIQUES\n\nOPÉRA : Mademoiselle Fouquet dans Faust. OPÉRA-COLIQUE : Reprise des Noces\nde Figaro. Débuts de mademoiselle Breton. Madame Carvalho.\nANS la monographie historique placée en tête de ce\nnuméro, M. Adolphe Jullien,qui a puisé ses rensei-\ngnements aux meilleures sources, nous dit quelle a été\nla fortune contraire des Noces de Figaro, et quels\nfurent, à travers le temps, ses défenseurs, ses critiques\net ses interprètes. Il me dispense ainsi, par l'enchaî-\nnement logique des faits, de revenir sur les jugements iniques dont ce\nchef-d'œuvre de Mozart a été l'objet, dès son apparition en France. Je\nréduirai donc les proportions de cet article au compte-rendu succinct de\nl'exécution actuelle des Noces de Figaro, dont la reprise à l'Opéra-\nComique est, avec le second début de mademoiselle Fouquet à l'Opéra\ndans Faust, la seule nouveauté de la quinzaine. Maigre pitance î\nJ'ai salué, il y a quinze jours, les premiers débuts de mademoiselle\nJeanne Fouquet dans Guillaume Tell. Il m'a paru que la Marguerite\nde Faust n'avait pas tenu tout ce qu'avait promis Mathilde. Je ne\nmodifie en rien mon appréciation sur les qualités de sentiment et\nd'expression dont la débutante est instinctivement douée. Sa voix trahit\ntrop souvent sa volonté. C'est l'organe qui manque réellement de santé,\net qui n'est pas alimenté par un souffle assez puissant. Avant de fixer\nl'emploi naturel dans lequel ses moyens la confinent au théâtre, j'atten-\ndrai une troisième épreuve.\nOPÉRA-COMIQUE.— LES NOCES DE FIGARO. L'attrait de la reprise\ndes Noces de Figaro portait sur les débuts, de mademoiselle Breton\ndans le rôle de Chérubin. Mademoiselle Breton vient en droite ligne du"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "186", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.45", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2698, "texte": "Conservatoire. Elle en est sortie en même temps que mademoiselle Fou-\nquet, avec un second prix de chant et un second prix d'opéra-comique.\nElle est élève de Roger pour le chant et de Mocker pour l'opéra-comique.\nQue vous dirai-je de la débutante ?Je l'avais entendue au concours du\nmois d'août dernier, au Conservatoire. C'est une toute jeune fille, pres-\nque une petite fille, car en elle tout est petit, sauf la bonne volonté, qui\nest grande. Elle chantait l'air de Rosine du Barbier. Une mine éveillée,\nde gentilles façons, une voix fraîche, pure, tintant avec un éclat cristal-\nlin, enlevant les traits avec une agilité surprenante, trillant avec ai-\nsance, descendant chromatiquement la gamme en notes piquées, et se\njouant de toutes les difficultés, voilà ce que j'avais vu, entendu et admiré\nen mademoiselle Breton. Je lui reprochais trop de pétulance comme\nchanteuse: je lui souhaitais plus de discernement dans le choix de ses\nornements et de ses vocalises; somme toute, elle m'avait infini-\nment plu.\nChérubin m'a fait regretter Rosine.\nMademoiselle Breton a l'intelligence de la scène : elle dit juste, elle\njoue bien. Mais sa voix, qui portait suffisamment dans la salle de la rue\nBergère, est d'un volume trop mince pour celle de l'Opéra-Comique: elle\nn'est pas assez dense pour un vaisseau aussi vaste, et ne fait qu'y rider\nl'onde sonore. Elle a chancé avec goût et sentiment la délicieuse romance :\nUn doux martyre me prit un jour, et s'est fait applaudir dans le joli\nduo du troisième acte avec madame Carvalho. Mais, je le répète, ses\nmoyens ne sont pas en rapport avec le cadre dans lequelils se produisent\nactuellement. J'ai beau chercher dans le répertoire de l'Opéra Comique,\nje ne vois aucun rôle pour elle. Mais je voudrais me tromper pourtant,\ncar sa personne et son talent ont de la grâce et de la distinction. J'ai\ntoujours regretté qu'il n'y ait pas dans Paris une salle de la dimension de\nla Renaissance, dont le directeur exploiterait un genre plus relevé que\nl'opérette, et donnerait asile à ces talents discrets qui feraient merveille\nsur une petite scène.\nQuant à madame Carvalho, on peut dire d'elle qu'elle a le génie du\nchant, Elle est admirable dans le rôle de la Comtesse; on ne rend pas\nMozart plus divinement. Mademoiselle Priola, quand elle met une sour-\ndine à son émission de voix intempérante, est assez agréable en Suzanne.\nM. Bouhy est un peu lourd dans le personnage de Figaro, ce Panurge à\nguitare dont Teau-forte de M. Feyen-Perrin nous représente le type dans\nson incarnation moderne.\nMais il est un mal qui va empirant, dans l'interprétation dest œuvres\ndramatiques de Mozart, c'est la viciation des mouvements d'orchestre."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "187", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.46", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2172, "texte": "Dans l'opéra italien, le chant, comparé à l'orchestre, est un Etat dans\nl'Etat. La virtuosité de l'artiste y a sa large place. Dans la musique dra-\nmatique de Mozart, au contraire, le chant et l'orchestre constituent une\ndouble symphonie, mi-chantante, mi-concertante. De là, l'étroite obli-\ngation où sont les chanteurs et les musiciens, de se soumettre à l'empire\nabsolu de la mesure. La première qualité des interprètes de Moz irt doit\nêtre l'aveugle soumission à la discipline du rhythme. La lettre ne suffit\npas sans l'esprit, j'en conviens; mais elle assure au moins une exécution\npassable.\nSi je prête une oreille attentive à l'orchestre de l'Opéra-Comique, j'en-\ntends que le quatuor y fonctionne bien, parce qu'il est tenu constamment\nen haleine et que Mozart ne laisse ni trêve ni repos aux premiers pupi-\ntres. Si je concentre mon attention sur les instruments plus spécialement\nchargés de l'accompagnement, je remarque la plus grande hésitation\ndans les rentrées syncopées et dans les attaques fuguées dont le style de\nozart est plein. Je constate que par la faute des contre-basses, des\nbassons ou des cors, entre autres instruments révoltés, l'orchestre de\nl'Opéra-Comique joue, sans cohésion et sans homogénéité.\nCe qui compromet tout, c'est la complaisance excessive des chefs d'or-\nchestre pour les artistes de la scène, et ce reproche ne s'adresse pas qu'à\nceux de l'Opéra-Comique.\nLe bâton de mesure est à la merci des chanteurs. Il suit de là un ra-\nlentissement graduel des mouvements, tel que les chefs d'orchestre\nfinissent par diriger un opéra comique comme un oratorio. Le fragment\nde symphonie qui sert à l'entr'acte du second au troisième acte a été\nconduit avec une lenteur inusitée. Cette fausse direction donnée à la\nmesure dans l'exécution des œuvres dramatiques de Mozart nous avait\ndéjà frappé aux représentations de Don Juan à l'Opéra. Faure y tyran-\nnisait l'orchestre, en introduisant des points d'orgue sur chaque note.\nNous avons déjà livré cette observation au contrôle du lecteur ; et\nnous ne cesserons d'insister sur une épidémie qui menace la musique de\nMozart jusque dans sa moelle.\n\nARTHUR HEULHARD."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-05-15-01-c024", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-05-15_01#c024", "volume": "bmtnabc_1874-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "188", "page_fin": "192", "image_debut": 47, "image_fin": 51, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.2.8", "titre_corps": "VARIA", "titre_sommaire": "VARIA", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 47, "page_imprimee": "188", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.47", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1957, "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits. — Nouvelles.\n\nFAITS DIVERS\nAR arrêté du ministre des beaux-arts, en date du 6 mai, ma-\ndame Massart a été nommée professeur de piano au Con-\nservatoire national de musique et de déclamation, en rem-\nplacement de M. Henri Herz, admis, sur sa demande, à\nfaire valoir ses droits à la retraite et nommé professeur\nhonoraire.\nArban, n'ayant pu obtenir au Conservatoire le congé qu'il avait sollicité\npour se rendre à Saint-Pétersbourg, a donné sa démission. M. Maury, son\nsuppléant habituel, le remplace comme professeur de cornet à pistons.\nL'exercice des élèves qui a eu lieu, dimanche dernier, au Conservatoire,\net qui avait attiré un nombreux public d'artistes, heureux de voir enfin re-\nprendre ces utiles et si intéressantes séances, depuis si longtemps interrom-\npues, malgré les prescriptions formelles du règlement de l'école. Il y a quelque\nchose comme quinze ans qu'on n'avait assisté à un exercice au Conservatoire»\nLe dernier est celui auquel avait pris part Capoul, peu de temps avant son\nentrée à l'Opéra-Comique, et dans lequel les élèves avaient joué Marie,\nd'Hérold.\nL'exercice de dimanche était un simple concert : le programme, exclusive-\nment composé d'œuvres classiques, était on ne peut mieux disposé, entremêlant\nles noms d'Haydn, de Spontini, de Mozart, de Mendelssohn, de Rossini, de\nCherubini et de Weber. On peut dire que c'est l'orchestre, cet orchestre com-\nposé en partie de bambins, qui a eu les honneurs de la journée; et la façon\ndont il s'est acquitté de sa tâche prouve déjà la qualité des éléments fournis\npar les classes. Il est certain que la symphonie en si bémol a été dite avec une\nchaleur, un entrain, une verve, un ensemble qu'on trouverait dans bien peu\nd'armées symphoniques. Tous les jeunes instrumentistes se sont également\ndistingués dans l'accompagnement à orchestre de divers morceaux du pro-\ngramme, et M. Deldevez a dû s'estimer heureux et fier d'avoir obtenu de tels\nrésultats."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "189", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.48", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 3247, "texte": "La classe vocale d'ensemble de M. Jules Cohen s'est aussi distinguée d'une\nfaçon toute particulière dans le Gloria de la messe de Rossini, qui a été rendu\navec un grand éclat et une rare vigueur. Un baryton déjà bien formé, M. Ma-\nnoury, mérite des éloges pour le style qu'il a apporté dans l'air de Fernand\nCorte112, et le jeune ténor Vergnet, que nous avons entendu cet hiver dans les\nconcerts, s est tait légitimement applaudir dans celui des Abencerrages, de\nChérubini. Enfin, une jeune pianiste, mademoiselle Poitevin, a obtenu un\nvrai succès en exécutant, avec une grâce délicate et une grande finesse de\ndoigté, l'andante et le scherzo du trio en ré mineur de Mendelssohn, dans le-\nquel elle avait pour partenaires MM. Brindis et Loeb.\nVoilà décidément le Conservatoire en bon chemin. Espérons que ce premier\nconcert n est que le prélude de toute une série de séances auxquelles il sera\nfacile d apporter un intérêt toujours croissant, étant donné les excellentes\nétudes que Ton fait aujourd'hui, rue Bergère, sous la haute et sérieuse direc-\ntion de M. Ambroise Thomas. (A. POUGIN. Le Ménestrel.)\nVoici l'ordre dans lequel auront lieu, cette année les épreuves et les juge-\nments du grand concours de composition musicale :\nConcours d'essai : entrée en loges, le samedi 16 mai à dix heures du matin,\nau Conservatoire. Sortie, le jeudi 21, à dix heures du soir.\nJugement du concours d'essai : samedi 23.\nConcours définitif': entrée en loges, le samedi 3o mai, à dix heures du ma-\ntin, au Conservatoire. Sortie, le mardi 23 juin, à dix heures du soir.\nJugement préparatoire : vendredi 3 juillet, au Conservatoire.\nJugement définitif, par toutes les sections réunies de l'Académie des beaux-\narts, samedi 4 juillet, au palais de l'lnstitut.\nLes concurrents peuvent se faire inscrire pour le concours d'essai jusqu'au\n13 mai inclusivement, au secrétariat du Conservatoire de musique.\nNotre collaborateur M.Adolphe Jullien avait déjà publié, l'année der-\nnière, àla Revue de France, deux articles composés en entier avec des docu-\nments inconnus, trouvés par lui aux Archives de l'État, et remplis de\nrévélations sur les menées occultes qui troublaient les coulisses de l'Opéra et\ncelles du monde officiel, à la fin du siècle dernier. Il vient de donner, dans le\nmême recueil, un nouveau travail, puisé aux mêmes sources secrètes, et qui\ncomplète cette série de recherches entreprises aux Archives nationales. Il est\nintitulé :Un Mariage à lOpéra au siècle dernier. C'est l'histoire de l'union\nlégitime du séduisant ballerin Dauberval, qui avait fait tourner tant de têtes\nféminines et que la légende galante donnait comme le rival heureux du roi\nauprès de la Dubarry, avec la jeune danseuse mademoiselle Théodore, plus\néprise de philosophie que de son art, et formée à l'école de Jean-Jacques,\nauquel elle avait demandé une règle de conduite avant d'entrer à l'Opéra.\nCet article, avant d'aboutir au mariage, offre un récit piquant de l'exis-\ntence accidentée des deux époux. D'une part, les bonnes fortunes de Dau-\nberval, sa fatuité cynique, la souscription ouverte en sa faveur par la\nDubarry, sa lettre d'une impertinence galante à la favorite, sa maladie qui\nmit en émoi tout Paris ; d'autre part, le brillant début de mademoiselle"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "190", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.49", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2531, "texte": "Théodore, la lettre que lui adressa Rousseau, son duel avec mademoiselle de\nBeaumesnil, sa rupture avec le ministre et le surintendant des Menus, sa\nfuite au château de Poinchy, chez Dauber.val, son emprisonnement à la\nForce, ses discussions acerbes avec le ministre, sa mise en liberté, etc..., son\nmariage enfin ! avec Dauberval et leur retraite à Bordeaux, où les deux\népoux conquirent la faveur et l'estime publiques par leurs talents et leur\nédifiante union.\nPendant les dernières saisons du carnaval et du carême, 011 a représenté\nquatorze opéras nouveaux sur les scènes d'ltalie. En voici les titres et les noms\ndes auteurs :\nLa contessa di Mons, séria, du maestro Lauro Rossi. Tripilla, opéra-\nbuffa, du maestro Lussi.— La Moglie per un soldo, buffa du maestro Migliac-\ncio. Zorilla, du maestro Nani, à Malta. —La Cantante du maestro Ci»\npollone, à Sulmona. Maso il Montanaro, du maestro Caracciolo, à Bari.\nI Lituanie de Ponchielli, àla Scala de Milan. Il Cahgola, du maestro\nBraga, au même théâtre. Il Duca d'Atene, du maestro Bacchini. —La\nCapriçciosa, du maestro Valentin, et Vldolo Cinese, de trois maestri, à Flo-\nrence. Carmela, de Luigi del Corona, au théâtre Manzoni di Pistoia.\nSalvator Rosa, de Gomes, au Carlo Felice de Gênes, et Bianca Orsini, de Pe-\ntrella, à San-Carlo de Naples.\nDans sa séance du 6 mai, le Cercle de la Critique musicale et dramatique\na renouvelé son bureau ainsi qu'il suit :\nM. de La Rounat, président.\nM. Adolphe Nibelle, vice-président (section musicale).\nM. Gustave Bertrand, vice-président (section dramatique).\nSecrétaire, M. Eugène Tassin, qui succède à notre excellent confrère Raoul\nde Saint-Arroman.\nUn concours de composition musicale est ouvert à Lille à l'occasion des\nfêtes du couronnement de Notre-Dame-de-la-Treille. Deux prix seront\ndécernés î\nLe premier, de 1,000 francs et une médaille d'or ; le second, de 500 francs,\net une médaille de vermeil.\nLe Comité catholique, 3i, rue Négrier, à Lille, enverra aux compositeurs\nqui en feront la demande la cantate à mettre en musique, et les conditions\ndu concours.\nMadame Elwart, femme de réminent professeur au Conservatoire, vient\nde mourir* Là Chronique musicale s'associe de tout cœur àla perte cruelle\nqui frappe son collaborateur.\nMongini, qui a parcouru avec éclat les scènes italiennes, et qui a chanté\nl'hiver passé à Paris, est mort à Milan. Il avait créé au Caire le rôle de\nténor dans Aida, et cette création avait été pour lui un grand succès. Mon-\ngini n'était âgé que de quarante-cinq ans."}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "191", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.50", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 1902, "texte": "M. Arthur Heulhard se rend à Milan, où il assistera à l'audition de la\nGrande Messe composée par Verdi pour l'anniversaire de la mort du grand\npoète italien Manzoni. Les exécutants, chœurs et orchestre, sont recrutés\nparmi les grands artistes italiens, qui ont voulu tous participer à cette solen-\nnité. Milan sera le 22 mai le rendez-vous de l'ltalie artistique. Notre direc-\nteui teia poui les lecteuis de la Chronique musicale un compte rendu spécial.\n\nNOUVELLES\n\nARIS. Opéra. —Ce soir, reprise des Huguenots, ainsi distribués\nVaientine Mes Gueymard.\nMarguerite Marie Belval.\nRaoul MM. Villaret.\nNevers Lassalle.\nMarcel Belval.\nSaint-Bris Gailhard.\nBelval a redemandé le rôle de Marcel, qu'avait repris M. Menu, pour\nassister au début de sa fille.\nL'intérêt de cette reprise porte principalement sur les débuts de mademoi-\nselle Belval, dont le talent a été très apprécié, au Théâtre-Italien, dans Sémi-\nramide. ,\nItaliens. La clôture annuelle a eu lieu le 5 mai.\nOpéra-Comique. Le Pardon de Ploè'rmel vient d'être mis à l'étude.\n—M. Du Locle va donner, du au i 5 juin, des auditions de la Grande\nMesse, composée par Verdi, et qui doit être chantée à Milan, le 22 mai, à\nl'occasion de l'anniversaire de la mort de Manzoni, le poëte national italien»\nUn traité a été signé avec quatre grands artistes italiens, qui doivent venir à\nParis exécuter la Messe de Manzoni, La propriété de la nouvelle œuvre de\nVerdi a été acquise par M. Léon Escudier*\nVariétés. Les Variétés ont reçu le Chignon d'or, opéra-bouffe de\nM. Tréfeu, musique de M. Jonas, joué l'an dernier à Vienne avec un grand\nsuccès.\nRenaissancet Le théâtre de la Renaissance donne Gentil-Bernard, avec\nMUe Scriwaneck* Puis viendra Fopéra-bouffe en trois actes de MM. Clairville,\nBusnach et Litolff, les Deux Diablesses, qui sera la transformation de l'opéra-\nféerie la Belle au Bois dormant. Les principaux morceaux de la partition de"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "192", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.51", "debut_caractere": 118, "fin_caractere_exclue": 1023, "texte": "Litolfï ont été intercalés dans la pièce refaite. Le reste sera nouveau, et écrit\ndans le genre bouffe. L'ouvrage est réduit à trois actes.\nBouffes-Parisiens. Par suite d'une indisposition de M. Jacques Often-\nbach, la première représentation de Bagatelle est différée de quelques jours.\nFolies-Dramatiques. Quelques journaux ont annoncé la reprise de la\nFille de madame Angot. C'est une erreur. Le succès mérité de la Belle Bour-\nbonnaise est loin d'être épuisé, et on répète actuellement les rôles en double.\nPorte-Saint-Martin. Les Deux Orphelines, plus que centenaires, vont\nbientôt céder l'affiche au Pied de mouton.\nConcert des Champs-Elysées. Le Concert des Champs-Élysées, dirigé\npar M. de Besseiièvre, a fait sa réouverture. L'orchestre, sous la direction de\nM. Cressonnois, est, comme toutes les années, remarquable d'entrain.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-05-15-01-c026", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-05-15_01#c026", "volume": "bmtnabc_1874-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "188", "page_fin": "191", "image_debut": 47, "image_fin": 50, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.2.8.2", "titre_corps": "FAITS DIVERS", "titre_sommaire": "FAITS DIVERS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 47, "page_imprimee": "188", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.47", "debut_caractere": 45, "fin_caractere_exclue": 1957, "texte": "FAITS DIVERS\nAR arrêté du ministre des beaux-arts, en date du 6 mai, ma-\ndame Massart a été nommée professeur de piano au Con-\nservatoire national de musique et de déclamation, en rem-\nplacement de M. Henri Herz, admis, sur sa demande, à\nfaire valoir ses droits à la retraite et nommé professeur\nhonoraire.\nArban, n'ayant pu obtenir au Conservatoire le congé qu'il avait sollicité\npour se rendre à Saint-Pétersbourg, a donné sa démission. M. Maury, son\nsuppléant habituel, le remplace comme professeur de cornet à pistons.\nL'exercice des élèves qui a eu lieu, dimanche dernier, au Conservatoire,\net qui avait attiré un nombreux public d'artistes, heureux de voir enfin re-\nprendre ces utiles et si intéressantes séances, depuis si longtemps interrom-\npues, malgré les prescriptions formelles du règlement de l'école. Il y a quelque\nchose comme quinze ans qu'on n'avait assisté à un exercice au Conservatoire»\nLe dernier est celui auquel avait pris part Capoul, peu de temps avant son\nentrée à l'Opéra-Comique, et dans lequel les élèves avaient joué Marie,\nd'Hérold.\nL'exercice de dimanche était un simple concert : le programme, exclusive-\nment composé d'œuvres classiques, était on ne peut mieux disposé, entremêlant\nles noms d'Haydn, de Spontini, de Mozart, de Mendelssohn, de Rossini, de\nCherubini et de Weber. On peut dire que c'est l'orchestre, cet orchestre com-\nposé en partie de bambins, qui a eu les honneurs de la journée; et la façon\ndont il s'est acquitté de sa tâche prouve déjà la qualité des éléments fournis\npar les classes. Il est certain que la symphonie en si bémol a été dite avec une\nchaleur, un entrain, une verve, un ensemble qu'on trouverait dans bien peu\nd'armées symphoniques. Tous les jeunes instrumentistes se sont également\ndistingués dans l'accompagnement à orchestre de divers morceaux du pro-\ngramme, et M. Deldevez a dû s'estimer heureux et fier d'avoir obtenu de tels\nrésultats."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "189", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.48", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 3247, "texte": "La classe vocale d'ensemble de M. Jules Cohen s'est aussi distinguée d'une\nfaçon toute particulière dans le Gloria de la messe de Rossini, qui a été rendu\navec un grand éclat et une rare vigueur. Un baryton déjà bien formé, M. Ma-\nnoury, mérite des éloges pour le style qu'il a apporté dans l'air de Fernand\nCorte112, et le jeune ténor Vergnet, que nous avons entendu cet hiver dans les\nconcerts, s est tait légitimement applaudir dans celui des Abencerrages, de\nChérubini. Enfin, une jeune pianiste, mademoiselle Poitevin, a obtenu un\nvrai succès en exécutant, avec une grâce délicate et une grande finesse de\ndoigté, l'andante et le scherzo du trio en ré mineur de Mendelssohn, dans le-\nquel elle avait pour partenaires MM. Brindis et Loeb.\nVoilà décidément le Conservatoire en bon chemin. Espérons que ce premier\nconcert n est que le prélude de toute une série de séances auxquelles il sera\nfacile d apporter un intérêt toujours croissant, étant donné les excellentes\nétudes que Ton fait aujourd'hui, rue Bergère, sous la haute et sérieuse direc-\ntion de M. Ambroise Thomas. (A. POUGIN. Le Ménestrel.)\nVoici l'ordre dans lequel auront lieu, cette année les épreuves et les juge-\nments du grand concours de composition musicale :\nConcours d'essai : entrée en loges, le samedi 16 mai à dix heures du matin,\nau Conservatoire. Sortie, le jeudi 21, à dix heures du soir.\nJugement du concours d'essai : samedi 23.\nConcours définitif': entrée en loges, le samedi 3o mai, à dix heures du ma-\ntin, au Conservatoire. Sortie, le mardi 23 juin, à dix heures du soir.\nJugement préparatoire : vendredi 3 juillet, au Conservatoire.\nJugement définitif, par toutes les sections réunies de l'Académie des beaux-\narts, samedi 4 juillet, au palais de l'lnstitut.\nLes concurrents peuvent se faire inscrire pour le concours d'essai jusqu'au\n13 mai inclusivement, au secrétariat du Conservatoire de musique.\nNotre collaborateur M.Adolphe Jullien avait déjà publié, l'année der-\nnière, àla Revue de France, deux articles composés en entier avec des docu-\nments inconnus, trouvés par lui aux Archives de l'État, et remplis de\nrévélations sur les menées occultes qui troublaient les coulisses de l'Opéra et\ncelles du monde officiel, à la fin du siècle dernier. Il vient de donner, dans le\nmême recueil, un nouveau travail, puisé aux mêmes sources secrètes, et qui\ncomplète cette série de recherches entreprises aux Archives nationales. Il est\nintitulé :Un Mariage à lOpéra au siècle dernier. C'est l'histoire de l'union\nlégitime du séduisant ballerin Dauberval, qui avait fait tourner tant de têtes\nféminines et que la légende galante donnait comme le rival heureux du roi\nauprès de la Dubarry, avec la jeune danseuse mademoiselle Théodore, plus\néprise de philosophie que de son art, et formée à l'école de Jean-Jacques,\nauquel elle avait demandé une règle de conduite avant d'entrer à l'Opéra.\nCet article, avant d'aboutir au mariage, offre un récit piquant de l'exis-\ntence accidentée des deux époux. D'une part, les bonnes fortunes de Dau-\nberval, sa fatuité cynique, la souscription ouverte en sa faveur par la\nDubarry, sa lettre d'une impertinence galante à la favorite, sa maladie qui\nmit en émoi tout Paris ; d'autre part, le brillant début de mademoiselle"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "190", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.49", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2531, "texte": "Théodore, la lettre que lui adressa Rousseau, son duel avec mademoiselle de\nBeaumesnil, sa rupture avec le ministre et le surintendant des Menus, sa\nfuite au château de Poinchy, chez Dauber.val, son emprisonnement à la\nForce, ses discussions acerbes avec le ministre, sa mise en liberté, etc..., son\nmariage enfin ! avec Dauberval et leur retraite à Bordeaux, où les deux\népoux conquirent la faveur et l'estime publiques par leurs talents et leur\nédifiante union.\nPendant les dernières saisons du carnaval et du carême, 011 a représenté\nquatorze opéras nouveaux sur les scènes d'ltalie. En voici les titres et les noms\ndes auteurs :\nLa contessa di Mons, séria, du maestro Lauro Rossi. Tripilla, opéra-\nbuffa, du maestro Lussi.— La Moglie per un soldo, buffa du maestro Migliac-\ncio. Zorilla, du maestro Nani, à Malta. —La Cantante du maestro Ci»\npollone, à Sulmona. Maso il Montanaro, du maestro Caracciolo, à Bari.\nI Lituanie de Ponchielli, àla Scala de Milan. Il Cahgola, du maestro\nBraga, au même théâtre. Il Duca d'Atene, du maestro Bacchini. —La\nCapriçciosa, du maestro Valentin, et Vldolo Cinese, de trois maestri, à Flo-\nrence. Carmela, de Luigi del Corona, au théâtre Manzoni di Pistoia.\nSalvator Rosa, de Gomes, au Carlo Felice de Gênes, et Bianca Orsini, de Pe-\ntrella, à San-Carlo de Naples.\nDans sa séance du 6 mai, le Cercle de la Critique musicale et dramatique\na renouvelé son bureau ainsi qu'il suit :\nM. de La Rounat, président.\nM. Adolphe Nibelle, vice-président (section musicale).\nM. Gustave Bertrand, vice-président (section dramatique).\nSecrétaire, M. Eugène Tassin, qui succède à notre excellent confrère Raoul\nde Saint-Arroman.\nUn concours de composition musicale est ouvert à Lille à l'occasion des\nfêtes du couronnement de Notre-Dame-de-la-Treille. Deux prix seront\ndécernés î\nLe premier, de 1,000 francs et une médaille d'or ; le second, de 500 francs,\net une médaille de vermeil.\nLe Comité catholique, 3i, rue Négrier, à Lille, enverra aux compositeurs\nqui en feront la demande la cantate à mettre en musique, et les conditions\ndu concours.\nMadame Elwart, femme de réminent professeur au Conservatoire, vient\nde mourir* Là Chronique musicale s'associe de tout cœur àla perte cruelle\nqui frappe son collaborateur.\nMongini, qui a parcouru avec éclat les scènes italiennes, et qui a chanté\nl'hiver passé à Paris, est mort à Milan. Il avait créé au Caire le rôle de\nténor dans Aida, et cette création avait été pour lui un grand succès. Mon-\ngini n'était âgé que de quarante-cinq ans."}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "191", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.50", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 461, "texte": "M. Arthur Heulhard se rend à Milan, où il assistera à l'audition de la\nGrande Messe composée par Verdi pour l'anniversaire de la mort du grand\npoète italien Manzoni. Les exécutants, chœurs et orchestre, sont recrutés\nparmi les grands artistes italiens, qui ont voulu tous participer à cette solen-\nnité. Milan sera le 22 mai le rendez-vous de l'ltalie artistique. Notre direc-\nteui teia poui les lecteuis de la Chronique musicale un compte rendu spécial."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-05-15-01-c028", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-05-15_01#c028", "volume": "bmtnabc_1874-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "191", "page_fin": "192", "image_debut": 50, "image_fin": 51, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.2.8.3", "titre_corps": "NOUVELLES", "titre_sommaire": "NOUVELLES", "signature_source": "Pour l'article Varia : Le Secrétaire de la Rédaction, O. LE TRIOUX", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 50, "page_imprimee": "191", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.50", "debut_caractere": 463, "fin_caractere_exclue": 1902, "texte": "NOUVELLES\n\nARIS. Opéra. —Ce soir, reprise des Huguenots, ainsi distribués\nVaientine Mes Gueymard.\nMarguerite Marie Belval.\nRaoul MM. Villaret.\nNevers Lassalle.\nMarcel Belval.\nSaint-Bris Gailhard.\nBelval a redemandé le rôle de Marcel, qu'avait repris M. Menu, pour\nassister au début de sa fille.\nL'intérêt de cette reprise porte principalement sur les débuts de mademoi-\nselle Belval, dont le talent a été très apprécié, au Théâtre-Italien, dans Sémi-\nramide. ,\nItaliens. La clôture annuelle a eu lieu le 5 mai.\nOpéra-Comique. Le Pardon de Ploè'rmel vient d'être mis à l'étude.\n—M. Du Locle va donner, du au i 5 juin, des auditions de la Grande\nMesse, composée par Verdi, et qui doit être chantée à Milan, le 22 mai, à\nl'occasion de l'anniversaire de la mort de Manzoni, le poëte national italien»\nUn traité a été signé avec quatre grands artistes italiens, qui doivent venir à\nParis exécuter la Messe de Manzoni, La propriété de la nouvelle œuvre de\nVerdi a été acquise par M. Léon Escudier*\nVariétés. Les Variétés ont reçu le Chignon d'or, opéra-bouffe de\nM. Tréfeu, musique de M. Jonas, joué l'an dernier à Vienne avec un grand\nsuccès.\nRenaissancet Le théâtre de la Renaissance donne Gentil-Bernard, avec\nMUe Scriwaneck* Puis viendra Fopéra-bouffe en trois actes de MM. Clairville,\nBusnach et Litolff, les Deux Diablesses, qui sera la transformation de l'opéra-\nféerie la Belle au Bois dormant. Les principaux morceaux de la partition de"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "192", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.51", "debut_caractere": 118, "fin_caractere_exclue": 1023, "texte": "Litolfï ont été intercalés dans la pièce refaite. Le reste sera nouveau, et écrit\ndans le genre bouffe. L'ouvrage est réduit à trois actes.\nBouffes-Parisiens. Par suite d'une indisposition de M. Jacques Often-\nbach, la première représentation de Bagatelle est différée de quelques jours.\nFolies-Dramatiques. Quelques journaux ont annoncé la reprise de la\nFille de madame Angot. C'est une erreur. Le succès mérité de la Belle Bour-\nbonnaise est loin d'être épuisé, et on répète actuellement les rôles en double.\nPorte-Saint-Martin. Les Deux Orphelines, plus que centenaires, vont\nbientôt céder l'affiche au Pied de mouton.\nConcert des Champs-Elysées. Le Concert des Champs-Élysées, dirigé\npar M. de Besseiièvre, a fait sa réouverture. L'orchestre, sous la direction de\nM. Cressonnois, est, comme toutes les années, remarquable d'entrain.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[145]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.1", "texte": "MOZART\nET\nLE NOZZE DI FIGARO\n\n1 REMIÈRES REPRESENTATIONS A VIENNE ET A PARIS\n'OPÉRA-COMIQUE vient de rejouer les Noces\nde Figaro, Le moment est opportun pour\nprésenter au lecteur sans empiéter sur le\ndomaine de la ciitique musicale un aperçu\nhistorique sur les premières représentations\nde cet ouvrage à Vienne, puis à Paris. Ce\nrécit offrira un double intérêt, politique et\nmusical. Il touche à la politique en ce que,\nl'opéra de Mozart ayant fait son annnritinr.\nchez nous au plus fort de la tourmente révolutionnaire, son histoire se\ntrouve confondue avec celle des humiliations, des persécutions que la\nCommune de Paris infligeait aux directeurs de l'Opéra, avant qu'elle\n\niv.\nX\n10"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "146", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.2", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nles fît emprisonner. Il offre aussi un grand enseignement musical—nous\nle ferons ressortir en insistant sur les sots jugements portés alors sur cet\nouvrage et qui montrera combien nous sommes enclins, en France, à\ntout juger à la légère et à qualifier d'abord d'inventions baroques et\nbarbares des créations musicales que l'histoire doit ranger parmi les\nœuvres de génie.\nA présent que l'admiration, même irréfléchie, pour Fauteur de Don\nJuan et des Noces de Figaro est devenue un article de foi musicale pour\nla grande majorité des amateurs, il est curieux de se reporter au temps\nde l'apparition des ouvrages de Mozart en France et de voir quel triste\naccueil ils recurent. Puisse cette histoire être un avertissement salutaire\n.4\npour tous ceux qui ne craignent pas de se prononcer à la hâte sur les\nproductions les plus complexes ! A voir de quelle façon Mozart fut traité\nchez nous par des juges qui affectaient une compétence indiscutable, on\nse prend à rire des attaques désespérées auxquelles les plus grands musi-\nciens de notre temps sont en butte. Aujourd'hui encore, ceux qui\nproclament le plus haut Terreur de nos pères sont ceux-là mêmes qui se\nprononcent avec le plus d'assurance et ont le plus de prétention à l'infail-\nlibilité. Ils rient des préjugés d'hier et des jugements que le temps a\ncassés, sans admettre que le temps puisse casser les leurs. Il est donc\nutile de remettre parfois sous les yeux du public les jugements absurdes\nqu'on porta jadis sur les chefs-d'œuvre auxquels la postérité a voué une\nadmiration sans bornes. Nous Pavons fait naguère pour Don Juan (1),\nnous le ferons aujourd'hui pour les Noces de Figaro.\nC'était en 1793, au début de laTerreur. Francœur et Cellerier étaient,\ndepuis deux ans, administrateurs de l'Opéra, pour le compte de la\nCommune de Paris, qui allait bientôt les décréter d'arrestation. Ce\nn'était pas chose facile que de diriger alors l'Académie de musique. Le\nrépertoire n'offrait plus grand attrait aux amateurs, et les ouvrages nou-\nveaux subissaient des échecs répétés. Le Louis IX en Egypte, de\nLemoine, la Cor a de Méhul, la Corisandre de Langlé, Y Œdipe à\nThèbes de Méreaux, n'avaient pu fournir une longue carrière.\nLe public n'écoutait plus que d'une oreille distraite les chefs*d?œuvre\nde Piccinni, de Sacchini,de Salieri et de Gluck. Certains ouvrages même,\ntels que Roland, Iphigénie en Aulide, Chimène, Œdipe à Colone,\nétaient retranchés du répertoire « comme présentant des rois, et propres\nà blesser les oreilles et les yeux des républicains délicats qui fréquentent\nmaintenant le spectacle. Il est temps, en effet, ajoute VAlmanach des\n\n(i) Voir îe feuilleton musical du Français (iô septembre 1872)."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "147", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.3", "texte": "MOZART ET LE NOZZE DI FIGARO\n\nSpectacles, que rédigeait alors Collot-d'Herbois, d'oublier ces vieilles\nchimères de nos pères et de ne plus offrir sur nos théâtres que des\nmodèles d'un patriotisme ardent et d'un amour brûlant pour la patrie,\nla liberté et l'égalité. »\nCe que le public voulait, c'étaient des à-propos révolutionnaires ou\npatriotiques. Le goût naissait de ces représentations républicaines, où\nl'on figurait sur la scène les cérémonies religieuses et civiques de la vie\nréelle. Déjà on lisait de plus en plus souvent sur les affiches de l'Opéra\nces mots : De par et pour le peuple. C'était l'annonce officielle des spec-\ntacles offerts par le gouvernement au peuple souverain. Et ces représen-\ntations comportaient toujours quelque chant patriotique, quelque\ncantate révolutionnaire.\nLe 2 octobre 1792, Gardel et Gossec avaient mis la Marseillaise en\naction sur la scène de l'Opéra. Une foule de femmes, de guerriers,\nd'enfants accourait à l'appel des trompettes. On se préparait au combat,\non préludait à la victoire par des danses ; des groupes variés et pitto-\nresques se formaient après chaque couplet de la Marseillaise. Le\ndernier : Amour sacré de la patrie, était chanté lentement, à demi-voix,\npar les femmes seules_, comme une prière. Acteurs, spectateurs, tous\nétaient à genoux devant la Liberté représentée par mademoiselle Mail-\nlard. Tout à coup les clairons sonnaient, les tambours battaient, le canon\ngrondait, et tous se levaient dans un enthousiasme voisin du délire en\ncriant à tue-tête : Aux armes, citoyens ! Cela fait, chacun rentrait tran-\nquillement se coucher.\nLes auteurs avaient décoré cet intermède du nom à?Offrande à la\nLiberté. Le succès en fut tel que les directeurs commandèrent aussitôt à\ndifférents auteurs d'autres ouvrages du même genre. C'était d'une bonne\npolitique : ils flattaient ainsi les goûts de la foule et sauvegardaient leurs\npropres intérêts.\nLe 27 janvier 1793, l'Opéra représenta encore avec un plein succès le\nTriomphe de la République, ou le Camp de Grand-Pré. Cet opéra\nrépublicain était de la façon de M.-J. Chénier et de Gossec, qui, en\nauteurs connaissant bien leur public, n'avaient pas manqué d y intro-\nduire le chant de la Marseillaise.\nQuelques jours après, le 3 février, nouvel opéra patriotique.» la Patrie\nreconnaissante, ou VApothéose de Beaurepaire. Celui-là fut sifflé (il\nfallait qu'il fût bien mauvais pour essuyer pareil échec-dans un temps\noù les ouvrages de ce genre étaient accueillis avec tant d'enthousiasme),\net les auteurs, Leboeuf et Candeille, en furent pour leurs frais de poésie\net de musique apologétiques."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "148", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.4", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nCet échec ne prit pas Fran:œar au dépourvu. Depuis quelque temps,\nil préparait la représentation d'un ouvrage fort important d'un compo-\nsiteur tout à fait inconnu en France, et qui venait de mourir à Vienne\nau mois de décembre 1791 • C'étaient le di Figaro, de Mozait.\nPresque personne, en effet, n'avait gardé le souvenir de ce musicien qui,\nà l'âge de vingt-deux ans, était venu passer à Paris plusieurs mois de\nl'année 1778, et qui y avait fait exécuter, non sans succès, deux sympho -\nnies au Concert Spirituel (1).\nFrancoeur, lui, n'avait pas oublie ce jeune homme à 1 aspect modeste\net timide, au regard doux et un peu fier. Il jugea qu'il serait intéressant\npour les amateurs de notre pays de connaître au moins un des ouvrages\nqui avaient fondé en Allemagne la réputation de ce compositeur, et il\nchoisit les Noces de Figaro, non sans doute qu il le préférât aux auties,\nmais parce que le grand nom de Beaumarchais devait patronner celui de\nMozart : la vogue de la comédie semblait devoir assurer la réussite de\nl'opéra.\nLa première représentation des avait eu lieu à Vienne le 28\navril 1786. C'était le troisième grand ouvrage dramatique de Mozart,\nqui avait déjà composé Idoménée,en 1781, et VEnlèvement au sérail, en\n1782. Mozart avait demandé lui-même à Lorenzo d'Aponte de lui écrire\nun libretto sur la comédie de Beaumarchais. « Causant un jour avec\nMozart, dit d'Aponte dans ses Mémoires, il me demanda si je pourrais\ndisposer pour la musique la comédie de Beaumarchais intitulée le Ma-\nriage de Figaro. La proposition fut de mon gout, et le succès fut sou-\ndain et universel. »\nMais l'empereur Joseph II? tout prince philosophe et réformateur qu'il\nétait, avait défendu qu'on représentât sur aucun théâtre de Vienne cette\nFolle Journée qui avait eu un si grand retentissement à Paris. Heureu-\nsement pour Mozart, contre lequel existait à Vienne une cabale redou-\ntable que dirigeaitSalieri, l'auteur des Danaïdes. il n'y avait rien à mectre\nà l'étude au théâtre de l'Opéra-Italien. D'Aponte, après avoir terminé la\npièce qu'il communiquait au fur et à mesure à son collaborateur, alla\ntrouver l'empereur et lui proposa l'œuvre nouvelle. « Comment! s'écria\nJoseph, mais il n'a jamais écrit qu'un drame vocal, et qui n'est pas une\nchose bien saillante! » C'est de VEnlèvement au sérail que l'empereur\nvoulait parler. D'Aponte eut le courage de défendre Mozart contre les\npréjugés du souverain, qui n'aimait que les opéras de l'école italienne; et\nil gagna la partie.\n\n(1) Voir notre étude : Mozart à Paris, dans le Correspondant (2b septembre 1873)"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "149", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.5", "texte": "MOZART ET LE NOZZE DI FIGARO\n\nL'empereur assista à une répétition des Nofâe di Figaro; il en sortit\némerveillé, et décida que l'ouvrage serait représenté. En dépit de l'oppo-\nsition du parti saliériste et des chanteurs italiens, qui dénigraient une\nmusique dans laquelle ils ne savaient pas briller, le public viennois,\ncomposé en grande partie d'artistes et d'amateurs d'élite, fit un accueil\nfavorable au nouvel ouvrage. Voici ce que dit d'Aponte dans ses Mé-\nmoires : ce Enfin le jour de la représentation de l'opéra de Mozart arriva;\nelle eut lieu à la grande confusion des maestri : cet opéra eut un succès\nd'enthousiasme. » De son côté, Léopold Mozart mande à sa fille en ces\ntermes la réussite du nouvel ouvrage de son cher Wolfgang : « A la se-\nconde représentation, on a répété cinq morceaux: on en a redemandé\nsept à la troisième : un petit duo a été redemandé trois fois. »\nRevenons à Paris. Francœur avait fait traduire l'opéra de Mozart par\nun nommé Notaris, et avait distribué les rôles à ses meilleurs chanteurs.\nQuand tout fut prêt, il envoya aux journaux un avis annonçant pour le\nmercredi 20 mars « la première représentation de Figaro, opéra en cinq\nactes, du citoyen Mozart, en attendant le Siège de Thionville. »\nLa représentation eut lieu au jour dit : tous les spectateurs en sortirent\nharassés de fatigue et la tête brisée. Pour leur faire mieux goûter la mu-\nsique de Mozart, Francœur avait imaginé de faire débiter toute la co-\nmédie de Beaumarchais par ses chanteurs, qui ne savaient aucunement\nparler en scène. Toute la musique de Mozart réunie aux cinq grands\nactes de Beaumarchais, jugez de la longueur d'un tel spectacle (1) !\n4 Voici la triple distribution des rôles à Vienne en 1786 ; puis à Paris,\nà l'Opéra, en 1793, et aux Italiens, en 1807 :\nLe comte Mandini Adrien Bianchi\nFigaro - Benucci Laïs Barilli\nBartholo O'Kelly Chardini Tarulli\nBasile Russani Renaldy Zardi\nAntonio Leroux Garmanini\nDon Gurzio Lupi\nLa comtesse Mmes Storace Mmes Ponteuil Mmes Barilli\nSuzanne Laschi Gavaudan Crespi-Bianchi\nChérubin Mandini Henri Capra\nMarceline Russani Mulot Sevesti\nBarberine Gottlieb R***\n\n1) En rapportant, dans son bel ouvrage : Beaumarchais et son temps, une lettre\nde Grétry où le célèbre compositeur propose à Beaumarchais de transformer la Mère\ncoupable en opéra-comique, lui assurant « qu'on parlera un jour, s'il consent, de la\ncolère d'Almaviva autant qu'on a parlé de la colère d'Achille, » M. de Loménie"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "150", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.6", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nIl n'y a guère de journaux où nous puissions trouver l'opinion des\ncontemporains sur l'œuvre de Mozart : en ce temps-là, les feuilles publi-\nques n'étaient pleines que de bulletins de batailles ou de listes de prison-\nniers et de victimes.\nVoici pourtant ce que dit le Moniteur universel :\nL'administration de l'Opéra vient de faire un double essai : celui de faire\njouer par ses acteurs un opéra-comique en dialogue parlé, et celui d'une\npièce faite sur musique parodiée. C'est le Mariage de Figaro, traduit d'abord\nà Vienne en italien, mis alors en musique par Mozart (sic), compositeur\ncélèbre pour la symphonie, et que la scène compte déjà au nombre des maî-\ntres les plus distingués parmi les Allemands, et traduit depuis en français\npour la partie musicale qu'on a jointe au drame connu. La musique a paru\nbelle, riche d'harmonie et travaillée avec beaucoup d'art. La mélodie est très\nagréable sans être pourtant piquante. Il y a plusieurs morceaux d'ensemble\nd'une grande beauté; mais certains airs n'ont pas eu tout l'effet dont ils se-\nraient susceptibles s'ils étaient exécutés dans leur véritable mouvement.\nCeux qui connaissent la partition assurent qu'ils ont presque tous été fort\nralentis.\nL'exécution des acteurs est telle qu'on devait l'attendre de leurs talents en\naccordant une juste indulgence au peu d'habitude qu'ils ont en ce genre.\nMadame Ponteuil, qui est plus exercée, a montré dans le rôle de la comtesse\nbeaucoup d'intelligence et d'habileté. Mademoiselle Gavaudan a senti le vé-\nritable caractère de celui de Suzanne, qu'elle a fort bien rendu. Laïs n'a pas\nparu saisir d'une manière aussi juste celui du rôle de Figaro, qui est la légè-\nreté, la gaieté, la prestesse. Adrien, dans le rôle du comte, n'a besoin que de\ns'animer un peu plus. Tous les autres rôles accessoires méritent des éloges.\nEn somme, cet ouvrage, d'une excessive longueur, avec beaucoup de retran-\nchements, peut espérer du succès. Celui de la première représentation a été\naussi complet que l'attention fatiguée des spectateurs a pu le permettre.\nLe Journal de Paris reproduit les mêmes critiques sur la longueur de\nla pièce, qui ennuyait le public à ce point que, vers la fin, les plus beaux\nmorceaux ne produisaient plus d'effet, et conclut en ces termes : « Cette\nreprésentation a prouvé cependant que le genre d'opéra-comique peut\nêtre introduit sur ce théâtre avec de grands avantages, et qu'il s'y trouve\najoute : « Cette idée de Grétry n'eut pas de suite ; mais deux ans après, sous la Répu-\nblique, on jouait le Mariage de Figaro, transformé en opéra-comique et assez mal-\nheureusement versifié par Beaumarchais. J'ignore quel était l'auteur de la musique. »\nM. de Loménie fait erreur : Beaumarchais n'était pour rien dans cette adaptation,\net la musique était de Mozart,"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "151", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.7", "texte": "MOZART ET LE NOZZE D 1 FIGARO\n\nparmi les acteurs une réunion de talents plus que suffisante pour y jouer\navec succès les meilleures comédies. La» musique est une œuvre posthume\nde Motard (sic), célèbre compositeur dans la partie instrumentale. Get\nouvrage a des beautés qui font regretter la perte de Fauteur. » De ces\néloges-là, on sait ce que vaut l'aune,\nDe tous ces critiques anonymes, celui du Journal général de France\nest le seul qui paraisse savoir ce qu'était Mozart et qui ait rendu hom-\nmage à son génie.\nUn nouveau genre vient de s'introduire à ce théâtre (l'Opéra), c'est celui\ndes comédies parlées, sans récitatif. Nous n'examinerons pas si cette innova-\ntion peut paraître singulière dans un spectacle où tout avait été chanté jus-\nqu'à présent; si elle le' met, ou non, en rivalité avec-d'autres spectacles plus\nhabitués que lui à l'opéra-comique ; si elle n'établit pas des objets de compa-\nraison; si, par la suite, elle ne l'expose pas à un démembrement, à une révo -\nlution totale dans le genre qui lui était propre. Si elle rapporte de l'argent à\nla direction, tout raisonnement là-dessus deviendra superflu. Quoi qu'il en soit,\nles artistes les plus distingués du Grand-Opéra ont joué hier l'opéra-comique,\net s'en sont acquittés avec beaucoup'd'intelligence; mais peut-être n'eussent-\nils pas dû choisir pour un début dans ce genre le Mariage de Figaro, ouvrage\nque tout le monde sait par cœur, et qu'on a vu jouer déjà avec une supério-\nrité décourageante. Cette comédie est ornée de la superbe musique de Mozart,\nartiste distingué, mort depuis un an, à Vienne, au service de l'empereur :\ncette musique porte le cachet des plus grands maîtres : deux finales, surtout\ncelui du second acte, sont des chefs-d'œuvre : le génie, la vigueur et l'élégance\ns'y font remarquer, et nous engageons les amateurs de la belle musique à aller\nentendre souvent celle-ci, qui doit leur plaire particulièrement. Cette pièce\nest mise avec soin, mais elle est trop longue, et, quoiquon ait supprimé le\nplaidoyer du troisième acte, il reste encore beaucoup de coupures à faire dans\nle dialogue, ce qui resserrerait davantage l'intérêt ; car les comédies intriguées\nperdent toujours du côté de l'action quand elles sont mises en musique... Au\nreste, cet essai prouve que ce spectacle pourra jouer agréablement le genre de\nl'opéra-comique, si les auteurs travaillent pour lui ; mais nous lui conseillons\nd'éviter les objets de comparaison en n'établissant pas des pièces trop connues,\ncomme le Mariage de Figaro, qui ne peut avoir là de mérite plus grand que\npartout ailleurs, qu'en nous offrant une musique riche, savante, et qui est un\nvéritable présent à faire aux connaisseurs.\nAu lendemain de la première représentation, un spectateur, inspiré\nmoins par la musique de Mozart que par le talent d'une actrice, adressa\nles vers suivants à madame Ponteuil, dont Beaumarchais reconnaissait\nlui-même la supériorité :"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "152", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.8", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nMalgré d'invincibles obstacles\nDont maint talent sublime était épouvanté,\nAu plus pompeux de nos spectacles\nThalie, avec succès, hier a débuté.\n*\nJe n'en suis pas surpris : ta voix et ta beauté\nY doivent, en Jowf temps, opérer des miracles.\nVoici, en dernier, le jugement le plus précieux, celui de Beaumarchais.\nIl se trouve formulé dans une longue lettre que M. de Loménie a\nsimplement publiée dans les pièces annexes de son ouvrage, sans\ndéterminer à quels faits elle se rapporte : ce curieux document trouve\nici sa place naturelle. L'irascible auteur se montre médiocrement satis-\nfait de la parure musicale ajustée à sa comédie; il trouve à reprendre\ndans toutes les parties de la représentation, dans la mise en scène, dans\nles danses, dans le jeu des acteurs, et jusque dans le plan musical de Mo-\nzart, qu'il juge en homme qui se sait « un peu musicien », comme il dit\navec une fausse modestie dans son avertissement de Tarare. Il esquisse\naussi dans cette lettre ses idées favorites sur l'opéra, sur la fusion intime\ndu chant, de la poésie et de la danse, et traite les nobles chanteurs de\nl'Académie de musique avec beaucoup déménagements dans la critique\net force réticences dans l'éloge, qui donnent à cette pièce un plaisant ca\nchet de louange ironique.\nAux acteurs de l'Opéra, assemblés.\nCe 3 avril 1793,\nMes frères et sœurs, ou plutôt, c'est mieux dit, mes sœurs et frères, —hon-\nneur au beau sexe.\nC'est un très bon projet que le mélange de deux genres, pour accumuler\nles recettes : celui du grand opéra et celui de l'opéra parlé et chanté.\nAvec les superbes accessoires de votre spectacle, aucun autre 11e pourra\nsoutenir votre concurrence.\nMais c'est un nouveau genre de talent que vous devez perfectionner en\nvous. L'habitude du chant continuel nuit au débit de la comédie, et la lon-\ngueur en tue l'effet, surtout dans la comédie gaie.\nL'unique désir d'être utile à votre spectacle m'a fait vaincre la répugnance\nque j'ai de m'occuper d'autre chose que d'étriller tous les chiens qui m'aboient.\nJ'ai été voir à muche-pot la deuxième représentation du Mariage. Et voici\nmes observations. Il faut à votre théâtre plus de mouvement et de variété.\nJetant par la fenêtre l'amour-propre d'auteur, j'ai réuni le troisième avec le\nquatrième acte. Il y aura moins de comédie et le chant sera rapproché, la pièce\ndeviendra plus courte; et un beau ballet pour la noce terminera le Mariage.\nLe génie de la pièce indique assez de quelle dégaîne ce ballet doit trotter. Ce\nsont moins des danses françaises que le genre vif et grenadin des Maures,"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "153", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.9", "texte": "MOZART ET LE NOZZE Dr FIGARO\n\ndont les Espagnols ont conservé les goûts, une noce de Gamache à peu près.\nVous privez votre spectacle d'un de ses plus grands attraits, si vous faites\nscission entre le chant, la parole et la danse; ne négligez pas cet avis.\nJ'ai trouvé vos autres actes vides. Comme tous les actes commencent\npar des paroles, il n'y a rien de si glacé que d'entrer sur la scène pour parler\npendant que le public s'ennuie. Il faut de grands et beaux morceaux d'orches-\ntre pour remplir ces longs intervalles et mettre de la variété ; cette remarque\nest essentielle.\nJe désirerais entre le premier et le deuxième acte la répétition désordonnée\nd'un ballet vif quelconque, et qui ressemblerait aux répétitions du foyer. Des\nmutineries d'actrices, la colère du maître de ballet, les rires de quelques jeu-\nnes danseurs, des morceaux entamés, point finis, et une impatience générale\nqui amenât une espèce de farandole, etc , etc. Cette façon de traiter un ballet\nappartiendrait à cette folle journée, et aurait l'air de préparer la fête que Fi-\ngaro a imaginée.\nSi vous ne faites pas un effort pour réchauffer cette pièce, il vaudrait mieux\nl'abandonner.\n♦\nA\nEtre piquant ou nul, c'est là votre devise.\nQuant aux scènes parlées, je demande à Bartholo, qui a bien la prestance\net le jeu de scn rôle, de s'appesantir moins sur le débit, de fouetter davan-\ntage sa première scène avec Marceline, avec la brusquerie d'un vieillard tou -\njours en colère.\nJe demande à ma Spinette (i), qui joue Suzanne très gaiement, de contras-\nter avec l'humeur de Marceline, dans la scène de leur débat au premier acte,\npar une ironie légère et fine. Une des grâces de cette scène est que l'une rit\npendant que l'autre se fâche. Laissons l'aigreur à la vieillesse, puisque c'est\nl'âge des regrets.\nJ'ai trouvé le petit page un peu déguingandé; c'est ou naïf, ou polisson\nqu'il doit être, cela est très aisé à réparer.\nLe comte Almaviva jouera fort bien la comédie; je le prie seulement de dis-\ntinguer la noblesse du caractère qu'il représente, de Yéchassare qui gourme\nun peu l'acteur, et son débit y gagnera de la vivacité ; car, ce qu'on désire\nle plus, c'est que la pièce marche. Du reste son rôle est fort bien.\nIl n'y a dans celui de Figaro que quelques changements de position à faire à\nla scène, qui lui donneront plus de finesse; c'est l'affaire d'un instant à la répé-\ntition. Je le prie de réfléchir, en homme d'esprit qu'il est, qu'un degré même\nléger de charge peut faire une farce de cette pièce, car Figaro est un mauvais\nsujet, mais fin, rusé, éduqué et non pas farceur. Du reste, rien à dire sur la vi-\nvacité du débit.\nJe prie Basile de débiter et non d'appuyer sur toutes ses syllabes comme\n\n(i) Mademoiselle Gavaudan cadette, qui jouait Suzanne, avait créé le rôle de Spinette\ndans Tarare. D'où l'expression de Beaumarchais : « Ma Spinette. »"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "154", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.10", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ns'il chantait des vers. Il fait beaucoup languir cette scène du petit page dans\nle fauteuil; la comédie ne marche pas ainsi. Oubliez le théâtre : la scène se\npasse dans une chambre.\nSi vous adoptez ces idées, la pièce reprendra vigueur, et vous encouragerez\npar là quelques hommes de mérite à travailler pour vous. Je ferais alors l'im-\npossible pour aller à huis clos vous entendre répéter tous, avec le vif désir\nde contribuer, si je le puis; à multiplier les succès du premier théâtre du\nmonde.\nBEAUMARCHAIS.\nJe n'ai rien dit de la comtesse, qui a la décence de son rôle; on désirerait\nquelquefois un jeu un peu plus animé.\nLes artistes de l'Opéra eurent sans doute assez de sens pour distinguer\nla vérité sous ces compliments affectés et assez de goût pour mettre les\navis de l'auteur à profit; mais le coup était porté. Un ouvrage qui avait\nparu si ennuyeux ne pouvait rester longtemps sur l'affiche. La seconde\nreprésentation eut lieu le vendredi 22 mars, puis il fut'joué trois lois\ndans le mois d'avril :le lundi 15, le vendredi 19 et le mercredi 24. En\ntout cinq représentations. La première recette avait été de 5,035 liv. i 3\nsols; la seconde fut de 2,175 liv. 4 sols; la troisième descendit à 620 liv.\n16 sols; la quatrième remonta à 1,109 liv. 8 sols; et la cinquième re-\ntomba au chiffre dérisoire de 448 liv. 8 sols. Ce fut l'arrêt de mort pour\nl'opéra (1).\nPeu importait, du reste. Le public se souciait fort peu de voir cont-\nnuerou non les représentations dQ Figaro, pourvu qu'il pût applaudir\nle nouvel ouvrage de Saulnier et Duthil, musiqué par Louis Jadin, le\nSiège de Thionville. Nous savions d'avance que l'opéra de Mozart n'a-\nvait été donné qu'en attendant un ouvrage plus considérable. C'était le\nSiège de Thionville, qui fut représenté, avec succès, le 2 juin 1793.\nQuelques jours après, Francœur et Gellerier s'étant refusés à faire re-\nprésenter gratis ce bel ouvrage, la Commune de Paris rendit, le 19 juin,\nun arrêté ainsi conçu :\nConsidérant que depuis longtemps l'aristocratie s'est réfugiée chez les\nadministrateurs des différentes spectacles;\nConsidérant que ces messieurs corrompent l'esprit par les pièces qu'ils re-\nprésentent;\nConsidérant qu'ils influent d'une manière funeste sur la Révolution;\nArrête que le Siège de Thionville sera représenté gratis et uniquement\n\n(1) Registres des Archives de l'Opéra."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "155", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.11", "texte": "MOZART ET LE NOZZE DI FIGARO\n\npour 1 amusement des sans-culottes, qui, jusqu'à ce moment, ont été les vrais\ndéfenseurs de la liberté et les soutiens de la démocratie (1).\nLes administrateurs n'avaient qu'à obéir. Quelque temps après,\ncomme 1 Opéra allait se trouver forcé de suspendre ses représentations\npai suite du manque d argent, les artistes présentèrent à la municipalité\nun plan d'organisation pour gouverner eux-mêmes le théâtre et en faire\nexpulser Cellerier et Francœur. La Commune de Paris adopta ce projet\nsur un réquisitoire de son procureur général Hébert, et rendit, dans sa\nséance du 17 septembre, un arrêté où il était dit :\nLe Conseil général, après avoir entendu une députation des artistes de\nl'Opéra, informé que les administrateurs de ce spectacle ont violé toutes les\nclauses du traité qu'ils avaient fait avec la municipalité; qu'ils se sont empa-\nrés clandestinement des recettes sans payer les employés et les fournisseurs;\nqu'ils ont laissé les magasins dans un dénuement absolu ; qu'ils ont employé\nles plus perfides manœuvres pour trafiquer arbitrairement des grands talents\nqui le composent...,.\nArrête, comme mesure de sûreté générale, que Cellerier et Francœur,\nadministrateurs de l'Opéra, seront arrêtés comme hommes suspects, que les\nscellés seront mis sur leurs papiers, et sur ceux du Comité de l'administra-\ntion actuelle de l'Opéra (2).\nFrancœur fut enfermé à la Force, d'où il ne sortit qu'au bout d'un an,\naprès le 9 thermidor. Cellerier fut assez heureux pour échapper à toutes\nles poursuites.\nLa Commune de Paris fit donc diriger le théâtre par un comité\ncomposé de deux délégués et d'artistes du théâtre, tous gens faisant\nmontre des opinions les plus révolutionnaires. C'étaient les citoyens\nBralle, inspecteur général; Watterville, secrétaire général; Pierre\nGardel, maître des ballets ; de la Suze, maître de chant; Rey, maître de\nl'orchestre; Rochefort, second maître de l'orchestre; Guichard, second\nmaître de chant, et Berthélemi, compositeur de costumes.\nDepuis lors, plus jamais ne fut question, à l'Opéra, des Noces de\nFigaro.\nSur la fin de 1802, une troupe allemande qui vint donner des repré-\nsentations au théâtre de la Cité, décoré du nom de Théâtre-Mozart,\ny joua les hoces en allemand (3). Les prime-donne de la troupe étaient\n\n(1) Moniteur univ., 1793, i^r semestre, n° 172.\n(2) Moniteur umvl793, 2e trimestre, n° 280.\n(3) Castil-Blaze, Scudo et d'autres encore affirment le fait : nous devons dire que\nnous n'en avons trouvé aucune trace dans les feuilles du temps."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "156", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.12", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nmadame Ludgers et la belle-sœur de Mozart, Aloïse de Weber, madame\nLange.\nEn 1807 la troupe d'opéra italien qui donnait des représen-\ntations au théâtre de l'lmpératrice, rue de Louvois, y joua, le\n23 décembre, le di Figaro. Bianchi représentait le comte ; Barilli,\nFigaro; Tarulli, Bartholo; et Carmanini, Antonio. Madame Barilli\ntenait le rôle de la comtesse, et madame Bianchi celui de Suzanne. Une\ndemoiselle Capra, demeurée bien obscure, jouait Chérubin : il est vrai\nque ce rôle était réduit à rien. C'était Suzanne qui chantait l'air : « Non\nso piîi cosa son », et la comtesse disait elle-même celui où le jeune page\nexprime son embarras et son désir, son ivresse et sa timidité aux pieds\nde sa marraine.\nCette fois, l'ouvrage de Mozart obtint un vif succès. Les amateurs\navaient eu le temps de s'initier aux exquises beautés de l'œuvre du\nmaître, et ils applaudirent avec enthousiasme. La critique dut suivre ce\nmouvement. Par malheur, la plupart de ceux qui se mêlaient alors de\njuger la musique n'y entendaient pas grand'chose : ils pensèrent s'en\ntirer par des phrases. Suard, qui écrivait au Moniteur, fit à ce propos un\narticle qui montre à merveille combien le public court risque de traiter\ntout d'abord d'incompréhensibles des ouvrages qu'il donnera plus tard\ncomme des chefs-d'œuvre inimitables.\nSuard attribue d'abord, avec raison, l'échec des sur la scène de\nl'Opéra à ce que les auditeurs n'étaient point familiarisés avec cette\nmusique, qui ressemblait alors, pour nous, à l'écrit d'un poète étranger\ntrop difficile à comprendre.\nDepuis, continue-t-il, les œuvres de Mozart se sont répandues ; ses pro-\nductions instrumentales ont assiégé tous les pupitres : à force de les\ndéchiffrer, on est parvenu à saisir ses idées, à les lier, à ponctuer, s'il est\npossible de le dire, ses phrases brillantes et neuves, ses transitions imprévues,\nses tours hardis, pour lesquels il faut une intelligence sûre, des yeux et des\ndoigts très exercés. Les Mystères d'lsis, Don Juan, quoique établis sur notre\nscène lyrique de manière à ne pas complètement satisfaire ceux qui les ont\nentendus en Allemagne, ont achevé de dissiper les doutes, de débrouiller le\ntexte, de rendre les interprétations faciles, de faire trouver fort clair ce qui\nparaissait fort obscur, heureux et neuf ce qui semblait bizarre, mélodieux\nmême ce qu'on prenait pour une combinaison pénible de moyens harmo-\nniques. C'est dans ces dispositions nouvelles des artistes et des amateurs que\nles Noççe sont entendues aujourd'hui, et elles en ont moins besoin que tout\nautre ouvrage de son auteur : dans cette composition charmante, Mozart a"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "157", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.13", "texte": "MOZART ET LE NOZZE DI FIGARO\n\neu l'esprit de sentir que, travaillant sur un ouvrage où 1 esprit a été porté\njusqu'à un si étrange abus, il devait tout donner à la scène, à la situation, au\ndialogue, et jusqu'à la saillie échappée à l'auteur français ; qu un ouvrage si\noriginal ne devait pas être écrit comme un autre ; qu'il devait y avoir de la\npart du musicien quelque chose de la fougue d'imagination, de la liberté et,\nsi l'on veut, de la licence du père de Figaro. Grétry n'eût pas mieux raisonné,\nn'eût pas mieux entendu son auteur. Aussi Mozart est-il pour beaucoup de\npersonnes, en faisant acception de la différence des moyens et de 1 école où\nils ont été formés tous deux,, le Grétry de l'Allemagne.\nEst-il rien de plus singulier que cette assimilation de Grétry et de Mo-\nzart? Et ce n'est là qu'une faible partie du long article de Suard : ceux de\nnos lecteurs qui seraient curieux de le connaître en entier n'auront qu'à\nse reporter au Moniteur du 28 décembre 1807. Combien doit-on pré-\nférer à cet enthousiasme forcé, et qui sonne faux, l'admiration sincère\net plus réservée des véritables amateurs ! Elle ne fit pas défaut à Mozart.\nCette représentation des à l'Opéra-Italien établit définitivement\nchez nous la réputation du grand musicien. Durant plus de cinquante\nans, l'œuvre admirée ne quitta pas le répertoire des Italiens, et les plus\ngrands artistes y parurent à tour de rôle : Garcia, Pellegrini, Levasseur,\nLablache, Tamburini; mesdames Mainvielle-Fodor, Morandi, Catalani,\nBertinotti, Naldi, Cinti, Malibran, Persiani, Grisi.\nLa dernière reprise eut lieu en mars 1861. Badiali jouait le comte ;\nAngelini, Figaro; Zucchini, Bartholo; madame Penco, Suzanne ; made-\nmoiselle Battu, la comtesse; et madame Dalmondi, Chérubin. Depuis\nlors (treize ans déjà passés!...), l'Opéra-Italien n'a jamais rejoué les\nCe silence persistant est de la part du théâtre un aveu d'impuis-\nsance. Du reste, mieux vaut ne pas les jouer que les jouer mal. Mozart\nest de tous les maîtres celui dont les œuvres, en raison même de leur\nperfection, supportent le moins une exécution imparfaite, et c'est encore\nl'honorer que se reconnaître indigne de devenir son interprète.\nCependant, le Théâtre-Lyrique avait su profiter de l'oubli où les\nItaliens paraissaient tenir les Nofôe, et M. Carvalho inaugura par une\nbrillante reprise (18 mai 1858) cette longue série de restitutions de chefs-\nd'œuvre qui ont fait la gloire de son théâtre. C'était bien à lui, mais com-\nbien eût-il été plus méritoire de nous rendre l'opéra même de Mozart,\nsans y faire des changements et des retranchements maladroits !\nOn coupa d'abord l'air de Bartholo, puis le trio : « Suzanne, que l on\nsorte! » puis encore l'air du comte, puis enfin les ariettes de Marceline\net de Basile, au cinquième acte, Ces deux morceaux, il est vrai, sont\nmoins regrettables, l'auteur les ayant mis là uniquement pour ne pas"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "158", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.14", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nfaire de jaloux et pour donner à ces artistes occasion de chanter un solo\ncomme leurs camarades. Est-ce tout? Que non pas. Madame Carvalho,\nqui voulait jouer Chérubin, ne jugea pas le rôle assez important et décida\nde chanter avec la comtesse le délicieux duetto : « SulV aria )> que\nd'Aponte et Mozart avaient écrit pour la comtesse et Suzanne, selon le\nplan de Beaumarchais. Cette simple substitution faussait le caractère du\nmorceau, qui prenait une nuance plus vive de sensibilité. De gracieuse et\nsimple causerie, ce duetto se transformait ainsi en tendre madrigal.\nAujourd'hui qu'elle se décide à troquer le pourpoint de Chérubin\ncontre la riche toilette de la comtesse, madame Carvalho chante ce\nmorceau de droit. Il semblait dès lors qu'on dût restituer l'autre partie à\nSuzanne ; mais Chérubin donne encore la réplique à sa marraine. C'est\nainsi que le caprice d'une chanteuse se transforme en tradition et finit\npar prévaloir même contre Mozart et Beaumarchais.\nOn se rappelle le succès d'enthousiasme qu'obtinrent les Noces au\nboulevard du Temple. Une bonne part de ce triomphe revient au brillant\ntrio de cantatrices : mesdames Vandenheuvel-Duprez, Ugalde, Carvalho,\nque le directeur avait su réunir pour représenter la comtesse, Suzanre,\nChérubin ; et aussi à deux bons acteurs, morts avant l'âge, Balanqué et\nMeillet, qui tenaient bien les rôles du comte et de Figaro.\nCes représentations d'opéras revus et corrigés offrent un danger\nd'autant plus grand qu'elles ont plus de succès. Le public s'habitue à\nvoir l'ouvrage sous cette forme empruntée, et, quand ensuite l'œuvre\noriginale lui est soumise, il ne s'y reconnaît plus. Ajoutez à cela qu'il se\ntrouve toujours un éditeur qui, pour battre monnaie, s'empresse de\npublier une édition conforme aux représentations de tel théâtre, ce qui\naide à perpétuer ces fantaisies d'un jour. C'est ainsi que l'édition des\nNoces dite du Théâtre-Lyrique, avec ses coupures, ses changements et\nses ornements superflus, fait encore loi pour bien des gens. L'Opéra-\nComique même, lorsqu'il voulut jouer les Noces, crut devoir adopter la\nversion à la mode. Quand donc nous sera-t-il donné d'entendre 1 œuvre\nde Mozart telle qu'il Pa composée, sans retranchements ni additions de\nfantaisie ?\nCet opéra est le seul ouvrage, entendez bien :le seul, qui ait\nencore été donné successivement sur nos quatre grands théâtres lyriques.\nL'histoire des Noces de Figaro à Paris peut se résumer dans ces quatre\ndates : Opéra, 1793; Italiens, 1807; Théâtre-Lyrique, i 858; Opéra-\nComique, 1872.\n\nADOLPHE JULLIEN."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "159", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.15", "texte": "LA COLLECTION PHILIDOR\nAU CONSERVATOIRE DE MUSIQUE DE PARIS\nES Philidor, dont le véritable nom était Danican, fi-\ngurent au nombre de dix dans la Biographie des Mu-\nsiciens de F. Fétis. Le troisième en date, André, est\n7 l\nl'auteur de la collection en question ; il s'intitule lui-\nmême Philidor l'aisné, ordinaire de la musique du\nROJS9 et l'un des deux gardiens des livres de la Bi*\nhliothèque de musique de Sa Majesté. Le plus célèbre des Philidor est\nle fameux joueur d'échecs, François-André, auteur de vingt-deux opéras.\nL'abbé Roze, troisième bibliothécaire du Conservatoire à partir de sa\nfondation, a laissé un Catalogue sur la collection Philidor. Ce catalogue\ndonne des détails sur les 59 volumes dont se composait alors cette collec-\ntion, diminuée de moitié depuis* Il y manque les volumes 4 bis, 17, 19,\n47, 48, 50, 52, 53, 55 et 56. M. Fétis, bibliothécaire de 1827 à 1831,\nconstate déjà les volumes détruits, sans les nommer tous (voyez le 2e vo-\nlume de /a Revue musicale, pages 9 à i 3, année 1827)* Ce malheur ir-\nréparable est attribué à un vandale de relieur, auquel on donnait accès\ntrop facilement à la Bibliothèque. M. Fétis, dans l'article cité, mentionne\nle 41e volume renfermant Y Orphée de Rossi comme existant * cependant\nce volume ne s'est pas retrouvé depuis.\nNous allons passer en revue le contenu dés volumes présents et des\nabsents; quant à ces derniers, ce sera d'après le catalogue écrit delà main\nde l'abbé Roze, document qui a été recouvré.\nLe ler1er VOLUME débute par la Bataille de Jannequîn; puis viennent dès"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "160", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.16", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nCourantes, des Passepieds, des Branles, des Gaillardes, des Pavanes (i);\ndifférents morceaux joués dans les Concerts de Louis XIII, par les 24\nviolons et les 12 grands hautbois. —Un Ballet à cheval pour le mariage\nde Louis XIII, joué par les grands hautbois. Les auteurs nommés sont\nSaint-Amant, Robert, Verdié, Constantin, Grignès, Mazuel, Couperin,\nLavallez, Orlando de Lassus, de La Pierre, Lepage, Lazarin, Verpré.\n2E VOLUME. Airs faits sous le règne de Henri 111. Ballets dansés\nsous le règne de Henri IV et sous celui de Louis XIII (1 5y5 à 1620).\n3e VOLUME. l4 ballets sans nom d'auteur, faits depuis l'année 1625\nà 1647, sous Louis XIII. Le dernier a pour titre : Ballet du décri des\nmonnoyes, dansé à Paris.\n4E VOLUME. Ballets : Les Fêtes de Bacchus, 1651, —Le Dérègle-\nment des Passions, 1652. Les Noces de Pélée et Thétis, 1654.\nLe 4E volume bis, qui manque, contenait en plus le texte du ballet de\nPélée et Thé is.\n5e VOLUME. Le Ballet royal de la Nuit, divisé en 4 parties ou 4\nveilles, dansé par Sa Majesté en 165 3-\n6E VOLUME. Le Ballet du Temps, dansé en 1654. —Le Ballet de la\nRevente des habits. Un fragment du ballet de Xerxès, de Cavalli.\nLe Triomphe de Bacchus dans les Indes, ballet dansé en 1666.\n7e VOLUMF. —Le Ballet des Plaisirs, dansé par Sa Majesté en 165 5.\n8e VOLUME. Le Ballet royal d'Alcidiane, dansé par Sa Majesté en\n16 58.\n90 VOLUME. Le Ballet royal de la Raillerie, dansé par Sa Majesté\nen 1659.\n10E VOLUME. Le Ballet royal de Vlmpatience, dansé par Sa Majesté\nen 1661.\n1ie VOLUME. Les Noces du village, ballet ridicule, mêlé de chant,\ndansé par Sa Majesté en 1663. Les 9% 10e et 12E entrées sont laissées en\nblanc, ce qui fait penser que Philidor ne possédait pas ces airs, ou n'a\npas pu les retrouver.\nï2E VOLUME. —Ballet royal des amours déguisés, dansé par Sa Ma-\njesté en 1664.\n13e VOLUME. —Le Mariage forcé, comédie-ballet en 3 actes, 1664.\n(Texte et musique.)\n\n(î) Nous remarquerons que la Pavane et la Romanesca, cités particulièrement par\nMk E> Gautier dans le Musicien en vacances, au chapitre Collection Philidor, ne se\ntrouvent pas dans cette collection, en tant du moins qu'il s'agit de la Pavane, la\nseule connue et reproduite, d'après l'Orchésographie, par le prince de la Moskowa,\ndans sa collection de Musique classique."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.17", "texte": "BALLET ROYAL DE LA NUIT\ndansé par S. M. LOUIS XIV le 23 Février 1653.\nS'adressant au roi représentant une (sic) des Jeux qui sont à la suite de Venus.\n(32)"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.18", "texte": "(P. Bertrand grav:)\n(32)\nImp: Arouy rue du Delta 26."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "161", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.19", "texte": "I 4° VOLUME. La Naissance de Vénus, ballet royal dansé par Sa\nMajesté en 1665.\nis° VOLUME. - Le Ballet royal de VAmour malade, dansé par Sa\nMajesté en 1667.\nI 6( VOLUME. Le Ballet royal de Flore, dansé par Sa Majesté en\n1669.\n17e VOLUME. •*- Ce volume qui n'existe plus, renfermait un Recueil de\nBranles faits sous Louis XIII et Louis XIV par Richamore, Belleville,\nConstantin, Lazarin, Branchu, Prévost (maître à danser du Roi), de\nLaharpe, Robichon, Dumanoir et Boulard.\n18E VOLUME. Musique des ballets qu'on dansait au Collège des Jé-\nsuites; la musique est de Beauchamp, Desmatins et Colasse.\n19E VOLUME. Détruit. Ce numéro renfermait en 2 volumes, des airs\nde ballet pour violon et basse, anciens vaudevilles.\n20e VOLUME. Ballet de Villeneuve Saint-Georges, mêlé de chant et\nde danse.\n21e VOLUME. Ballets du Temps, de la Raillerie, la Revente des\nhabits, Aerxès. Le ballet de Xerxès est plus complet dans ce volume\nque dans le 6e, mais ni l'un ni l'autre ne renferment les airs chantés.\n21° VOLUME bis. Ne renferme pas de musique, mais il contient le\ntexte et les paroles chantées des ballets de la Nuit, des Proverbes, de la\nMascarade des cinq Villageoises et des cinq Amants de la cour, du\nTemps, de la suite de VÉpousée de Massy; de la Revente des habits,\ndu grand ballet des Bienvenus, 1653, 1654, 1655. Ce volume donne des\nindications sur les personnages.\n22e VOLUME. Détruit. Il renfermait les ballets de Vlmpatience, des\nSaisons, & Hercule amoureux, des Noces de villages, et des Sept Pla-\nnètes.\n23e VOLUME. Détruit. Il renfermait le ballet de la Princesse d'Elide,\nle Mariage forcé, la Naissance de Vénus.\n24e VOLUME. Ce volume a été lacéré; il ne renferme plus que le Bal-\nlet des Muses, de Lulli. Il contenait de plus auparavant les ballets des\nGardes, de Créqui ; la Mascarade de Versailles, la Fête de Versailles,\net une Mascarade à la louange de Louis XIV.\n25e VOLUME. Détruit. Il renfermait des Contredanses et des Menuets\nen partition, composés par MM. Philidor père, Philidor aîné, Philidor\ncadet, Anne Philidor, Fanchon Philidor, François Philidor. On y trou-\nvait en outre des compositions de Charpentier, La Pus, Pécourt, Con-\nGuillegaut, Le Peintre, Talon, le comte de Marsan, Marchand\nl'aîné, Desjardins, Lully (à ce nom se trouvait une note disant que les\n\nIV.\nLA COLLECTION PHILIDOR\n11"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "162", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.20", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nairs de Lully étaient difficiles à danser), de La Chaussée, Desmarets,\nToulomp ou la maréchale d'Estrées, Campra, le marquis de Nangis,\nBomestre, Lalouette, Cler, Faure, Fouvoix, de la Chataigneraye, Hu-\nguenet, Bonard, madame la maréchale de Villerov, Joncques, Baudy,\nL'ainé, Plumet, Bonnefons, Alaix, Couperin père, le marquis de Bes-\nmaux.\nN. B.— On dirait que l'abbé Roze s'est fait un plaisir de nous énumé-\nrer tout au long, au contraire d'autres numéros, tout ce qui allait nous\nmanquer un jour, et d'après la fin de sa note, on trouvait dans ce nu-\nméro : La Furstemberg; fait, à ce que Von croit, par le Prince de ce\nnom.\n26e VOLUME. Détruit. Ce volume contenait de vieilles danses, comme\nBranles, Courantes, Sarabandes, Bourrées, Menuets, Passepieds, Contre-\ndanses, Anglaises, Chacones, etc. Les noms d'auteurs qui y figuraient\nsont : Lully, Chansy, Legrand, Converset, Rochemard, madame Talon,\nPhilidor l'aîné et le cadet, Toulon, Lalande, mademoiselle du Dicour,\nChevalier, Lalouette, Bonard, Queversin, Huguenet, Body, Fable,\nForcroix, Guillegaut, Ardelets, Duclos, Saliort, Carlier, Dubois, Fari-\nnelle, Plumet, Couptin, L'Eance, le marquis de Baisemaux, jMolier,\nMorel; le prince de Furstemberg, le marquis de Châteauneuf, Féorier,\n27e VOLUME. Détruit. Contenait plusieurs morceaux à une et deux\nvoix, avec paroles italiennes et espagnoles. Les auteurs nommés étaient :\nLully, La Barre aîné et cadet, Luigi, Lorenzani, Martin, Farine ou Fa-\nrina, Dubuisson, Lovigi, Carissimi, Bernard, Mato, Mélani, Lalande.\n28e VOLUME. Ce volume contient le ballet du Canal de Versailles,\nsans date ni nom d'auteur.\n29e VOLUME. L'Amour médecin, intermède. La musique a été\narrangée par Philidor Famé sur des airs de Lulli»\n3oe VOLUME. Détruit. Il contenait la pastorale et le ballet de Diane\net Endymion, musique de Anne Philidor fils.\n3ie VOLUME. Ce volume renferme les paroles des ballets de Xerxès,\nde ïlmpatience, des Saisons, du Fâcheux (1660 et 1661). Détails sur\nles acteurs et les actrices.\n32E VOLUME. Ce volume renferme les paroles des ballets des Arts, de\nla Mascarade ridicule, des Amours déguisés, du Mariage forcé, de\nla Naissance de Vénus (1663 et i 665). Paroles chantées, et détails sur\nles acteurs.\n33e VOLUME. Détruit. Il contenait les paroles des ballets des\ndu Triomphe de Bacclius. Idem le Grand Divertissement royal de Ver-"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "163", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.21", "texte": "LA COLLECTION PHILIDOR\n\nsailles, Georges Dandin, l'Eglogue de Versaillesy le ballet de Flore\n(1666 à 1669).\n34E VOLUME. Détruit. Il contenait les paroles des ballets de Pour-\nceaugnac, des Jeux pythiens, du Bourgeois gentilhomme, VAccommo-\ndement de VAmour et de Bacchus (1669 à 1673).\n3 5e VOLUME. — Renferme les paroles des ballets : Chacun fait le\nmétier d autrui, la Raillerie, la Paix, les Plaisirs troublés C1657 à\n1660).\n36e VOLUME, — Renferme le Concert de violons et hautbois, donné au\nsouper du Roy, le 16 janvier 1707? Par troupe des petits violons et\nhautbois. La musique est de Lulli fils.\n37 VOLUME. Détruit. Il renfermait les ballets de l'Amour malade,\nde Psyché, ou la Puissance de VAmour (i656 et 1657).\n38 VOLUME. » Détruit. Il contenait différents airs des auteurs sui-\nvants : Lambert, du Bousset, Chevalier, Lulli, Le Camus, de Buillon,\nMorel, Lalande, etc.\n39E VOLUME. — Détruit. Renfermait des airs français de Moulinier,\nSicard, etc.\n40e VOLUME. Détruit. Renfermait des airs à boire de Sicard, du petit\nChevalier, etc.\n41E VOLUME. — Icij je n}ose mettre A détruit », mais bien « disparu » 5\nce volume contenait l'Orphée, en italien, de Kossi. Cet opéra, le pre-\nmier donné en date de 1647, paroles de Butti. Il ne faut pas\ndésespérer de voir reparaître cette partition un jour.\n41E VOLUME bis. — Ce volume, à coup sûr moins intéressant que le\nprécédent, contient des symphonies allemandes. L'abbé Roze observe :\n« Il y a de très belles ouvertures, quoique d'un style ancien. » Malgré\ncela, il n est pas probable que la Société des Concerts nous les fasse\njamais entendre. Pourquoi allemandes Rien ne l'indique; chacune\nde ces ouvertures renferme, ou une bourrée, ou un menuet, ou une\ngavotte ; il y a même un traquenard.\n42E VOLUME. — Détruit. Il renfermait Popéra de Scipion VAfricain}\nmusique des fils de Lulli.\n43E VOLUME. — Détruit. Il renfermait Panthée, musique de Colasse, et\nil y en avait deux exemplaires.\nJ.-B. WEKERLI N."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "164", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.22", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nNous donnons dans ce numéro un curieux exemple du pathos ridicule\nqui se récitait et se chantait aux oreilles du jeune roi Louis XIV qui\navait alors dix-sept ans; il chantait d'ailleurs lui-même ces belles choses,\net avec conviction, cela s'entend.\nA la suite du morceau que nous reproduisons, un des jeux, ou plu-\ntôt d'après le manuscrit, le roi, de la suite de Vénus, lui répond ;\nVous triomphe^, mère d'amour,\nEt votre gloire est sans seconde,\nPuisque le plus grand roy du monde\nCommence à vous faire la cour.\nQue sa mine est hautaine et fiere,\nEt quelle laisse loin derrière\nLes monarques plus relevés !\nDans quel éclat vous vivre,\nEt le beau train que vous ave\\ !\nPourvu quil s'adonne à vous suivre !\nTous vos amours sont déconfits\nPar la splendeur qui Y environne,\nEt sa jeune et vive personne\nEfface jusqu'à votre fils.\nMais vous ne les garderez guère,\nSon âme héroïque et sévère\nAime trop les sanglants hasards ;\nDéjà ses grands projets s'ébauchent,\nEt je crains que Vhonneur et Mars\nA la fin ne vous le débauchent.\nLe ciel ne Va si bien formé\nQue pour aimer les choses grandes\nEt pour être beaucoup aimé.\nToutes vos amorces sont vaines\nPour le retenir dans vos chaînes,\nIl est d'ailleurs trop combattu,\nEt, méprisant vos avantages,\nA la suite de la vertu\nPrétend de plus solides gages."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "165", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.23", "texte": "LA COLLECTION PHILIDOR\n\nMais votre culte étant si doux,\nLui pour rie %-vous pas faire croire\nQiie pour arriver à la gloire\nOn y peut aller par che% vous ?\nLa jeunesse a mauvaise grâce\nQuand trop sérieuse elle passe,\nSans voir le palais de l}amour ;\nIl faut qu'elle entre, et pour le sage\nSi ce n'est pas son vrai séjour,\nC'est un gîte sur son passage.\nJ.-B. W."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "166", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.24", "texte": "LA MUSIQUE\nA LA COMÉDIE-FRANÇAISE\n\n(0\nE 29 mars 1769, la Comédie fait, pour ses employés et\ngagistes, un nouveau règlement que nous avons\ntrouvé dans ses Archives. Voici l'analyse de la partie\nqui nous intéresse :\nCHAPITRE 11. ORCHESTRE. ARTICLE PREMIER.\nL'orchestre restera composé de dix-huit musiciens, ainsi qu'il a été réglé\npar un ordre des Premiers Gentilshommes de la Chambre, du ier avril 1764,\nsavoir : huit violons, trois basses, un basson, une contre-basse, une quinte,\ndeux hautbois, deux cors de chasse.\nART. 2. Les musiciens se rendront à l'orchestre à quatre heures trois\nquarts, pour ouvrir la symphonie à cinq heures.\nART. 3. Ils ne pourront se faire remplacer sans l'agrément du directeur\nde l'orchestre.\nART. 4. Lorsqu'il viendra quelque Prince ou Princesse du Sang, ils\nne commenceront qu'à leur arrivée.\nART. 5. Ils ne pourront s'absenter pendant les entr'actes.\nART. 6. Ils se trouveront aux répétitions des divertissements indiquées\nparle maître des ballets.\nART. 7. Le directeur de l'orchestre proposera aux Comédiens assem-\nblés les candidats aux emplois vacants; on s'en remet à lui de la sincérité\ndes choix.\n\n(i) Voir les numéros des i 5 décembre 1873, i 5 janvier, i 5 février, i 5 mars et i 5\navril 1874.\n*1"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "167", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.25", "texte": "LA MUSIQUE A LA COMÉDIE-FRANÇAISE\n\nART. 8. —Le Comité jugera des contraventions sur la déclaration du\ndirecteur. Il sanctionne le règlement de police particulier qui a été unanime-\nment approuvé par les musiciens.\nART. 9. Tous les instruments seront renfermés dans une armoire de la\nsalle d'assemblées ; une des clefs sera conservée par le directeur, l'autre par\nle comédien qui aura le département de la musique.\nART. 10. - Il sera fait un inventaire de toute la musique, dont une copie\nsera délivrée au directeur, une autre au comédien ayant le département de la\nmusique.\nCHAPITRE 111. DANSE. Règlement convenu entre le maître des\nballets, les premiers danseurs, premières danseuses, figurants et figurantes,\net approuvé par les Comédiens :\nARTICLE PREMIER. Il sera payé une amende de 20 sols pour chaque\nquart d'heure de retard ; le premier quart d'heure sera franc, mais il n'y aura\npas de grâce pour la minute suivante. Chacun, avant la fin du premier quart\nd'heure, écrira ses motifs de retard au semainier, sinon il encourra l'amende.\nLe répétiteur se tiendra prêt, au quart précis, à commencer les répétitions.\nLes surnuméraires ne seront affranchis de payer immédiatement les amen-\ndes, que si le maître des ballets en répond pour eux.\nART. 2. Les sujets se trouveront à la Comédie une heure juste avant le\nballet, pour s'habiller. Le semainier y tiendra la main et infligera trois livres\nd'amende aux contrevenants.\nArt. 3. Tous reconnaîtront un semainier pour le maintien du bon or-\ndre, de la décence, et l'avoueront seul comme habile à percevoir les amen-\ndes. Les amendes seront vérifiées par le maître des ballets et retenues par le\ncaissier.\nART. 4. Le semainier est responsable des contraventions. Il s'interpo-\nsera dans les querelles.\nParlons tout de suite de ce qui regarde la question dans les divers rè-\nglements d'administration intérieure subséquents.\nRÈGLEMENT DU 4 SEPTEMBRE 1813 TITRE 111. DES MU-\nSICIENS. ART, 52. L'orchestre est placé sous la surveillance et direction\nd'un chef, qui communique avec l'administration et en transmet les ordres\naux musiciens.\nART. 53. Lorsqu'une place est vacante, le chef en fait un rapport au.\nComité, qui y nomme, s'il y a lieu.\nART. 54. Les musiciens que le chef convoque pour les répétitions sont\ntenus d'y venir, sous peine de 10 fr. d'amende. Chaque soir, tous les mu-\nsiciens doivent se trouver au théâtre à six heuies précises ; ils se réunissent"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "168", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.26", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ndans le foyer qui leur est assigné et se rendent à l'orchestre sur un signal\ndonné par le chef.\nART. 56. Le musicien qui manque à l'ouverture paye une amende de\n2 fr. 50.\nART. sy. Le spectacle commencé, aucun ne peut quitter l'orchestre\nqu'en cas d'indisposition.\nART. 58. Nul ne peut se faire remplacer sans motifs valables et sans\nl'autorisation du chef, qui doit être prévenu la veille ou au moins le matin.\nIl ne peut y avoir plus de deux remplaçants à la fois.\nART. 59. Le musicien qui, pendant le spectacle, manque de respect au\npublic ou aux acteurs, paye, la première fois, une amende de 10 fr.; la seconde\nil perd sa place.\nART. 60. Chaque soir, le chef remet au secrétaire-souffleur ou aux se-\nmainiers la liste de ceux qui ont manqué à la représentation ou qui ont en«\ncouru l'amende, sous peine de la payer lui-même.\nRÈGLEMENT DU 3I DÉCEMBRE 1816.... ORCHESTRE. MM. les\nmusiciens se rendront tous les jours, à six heures et demie du soir, au\nthéâtre, et commenceront la première symphonie à six heures trois quarts.\nIls en joueront une deuxième et une troisième immédiatement avant la levée\ndu rideau. lls se rendront aux répétitions, lorsque le besoin l'exigera, aux\nheures indiquées. Le chef d'orchestre veillera spécialement à l'exactitude\ndu service. Des amendes seront déterminées pour ceux qui y manqueront,—\nIl ne pourra y avoir plus de deux remplaçants à la fois, et l'on ne se fera rem-\nplacer qu'avec l'autorisation du chet. MM. les musiciens sont invités à s'en-\ntendre pour que des sorties générales n'aient pas lieu au commencement de\nchaque acte, et pour que leurs rentrées soient moins tumultueuses : ces al-\nlées et venues troublent les acteurs, fatiguent le public et nuisent à l'ensemble\nde la représentation.\nRÈGLEMENT DU IERIER JUILLET 1833 CHEF D'ORCHESTRE. —Il est\nresponsable de son orchestre.— Il veille àce que les musiciens soient rendus\nau théâtre une demi-heure avant le lever du rideau. Il donne ses ordres pour\nqu'ils se rendent exactement aux répétitions indiquées, lorsque le besoin\nl'exige. Il veille àce que des sorties générales n'aient pas lieu au com-\nmencement de chaque acte, et à ce que les rentrées se fassent sans bruit,\nIl inflige des amendes à ceux qui troublent l'ordre ou manquent à leur ser-\nvice.\nCe règlement est le dernier qui ait été fait.\nDes pièces, où la musique joue un rôle, les plus remarquables que nous\nrencontrions, à la fin du dix-huitième siècle, sont le Barbier de Séville\n•m"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "169", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.27", "texte": "LA MUSIQUE A LA COMÉDIE-FRANÇAISE\n\n(1775) et le Mariage de Figaro {1784) (1). Le Barbier fut d'abord une\nespèce d'opéra comique destiné par Beaumarchais à la Comédie-Ita-\nlienne, et dont il composa les couplets sur des airs italiens et espagnols\nqu'il voulait naturaliser en France. La pièce fut refusée. L'auteur en fit\nalors une comédie pour le Théâtre-Français. La partie musicale en fut\ngravée pour orchestre; la Bibliothèque du Conservatoire en possède un\nexemplaire sur lequel une main inconnue a écrit : Cette musique est de\nM. Beaumarchais. C'est celle qui est exécutée maintenant, excepté la\nsérénade, tirée de l'opéra de Paesiello.\nLe Mariage contient plusieurs airs dont la musique doit être égale-\nment de Beaumarchais et s'est transmise au théâtre par tradition. Sur\nl'édition originale de la pièce, ceux qui se les veulent procurer sont ren-\nvoyés à Baudron, premier violon de la Comédie. Les couplets de la fin\nsont abandonnés depuis longtemps; cependant, il y a quelques années,\nM. Edouard Thierry les fit chanter. Le plus brillant des airs du Mariage\nest celui de Malbroughs'en va-t-en guerre, sur lequel le petit page mo-\ndule sa complainte amoureuse, et qui, selon d'aucuns, aurait une ori-\ngine orientale. Suivant d'autres, cette chanson, couplets et air, fut\ncomposée après la bataille de Malplaquet pour railler notre vainqueur,\net elle eut un grand succès à ce moment; puis, bientôt le léger Athénien\nde Paris s'en souvint aussi peu que des misères de 1709. Mais elle se\nserait conservée en province, d'où la nourrice du Dauphin la rapporta\net la remit à la mode, à Versailles, en en berçant le royal bébé. Beaumar-\nchais, qui écrivait le Mariage, aurait alors utilisé Y actualité en y adap-\ntant les couplets de Chérubin, mais en y apportant cette originale mo-\ndification de substituer des paroles marquant le regret aux lazzis de nos\nancêtres, et de prêter comme la nourrice peut-être au joyeux air,\nce mouvement lent et cet accent triste, auxquels la mélodie, insignifiante\ndans sa première version, emprunte un caractère ravissant.\nSi l'Académie de Musique avait eu mainte fois à garantir son privi-\nlège des empiétements des Comédiens, ceux-ci songèrent peu, que nous\nsachions, à user de représailles, quoique presque toutes les tragédies\nlyriques aient été tirées de tragédies françaises. La seule trace que nous\nayons rencontrée des réclamations de la Comédie à ce sujet, est un mé-\nmoire qu'elle adressa, le 2 mars 1784, au baron de Breteuil, Ministre de\n\n(1) Voir, sur Tune et l'autre, la magnifique et savante édition du Théâtre de Beau-\nmarchais donnée par nos amis MM. de Marescot et G. d'Heilly."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "170", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.28", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nla Maison du Roi, pour demander qu'on interdît à l'Opéra de faire jouer\ndes poèmes calqués sur les siens, et au censeur de les approuver,\nLa loi des 13-19 janvier 1791, en proclamant la liberté industrielle\ndes théâtres, abrogea toutes les obligations qui avaient lié car nous\nvenons de voir que depuis longtemps elles ne liaient plus qu'en principe\nla Comédie à l'Opéra. Celle-ci vit donc, sous ce rapport, le nouvel\nétat de choses avec indifférence.\nLa liberté des théâtres dure jusqu'en 1806. Le 8 juin, un décret\nillégal, comme tous ceux que signa Napoléon au sujet des théâtres,\npuisqu'ils abrogeaient une loi, interdit l'ouverture de nouveaux\nétablissements dramatiques, décide que les répertoires de l'Opéra, du\nThéâtre-Français et dePOpéra-Comique seront arrêtés parle Ministre de\nl'lntérieur, et qu'aucun théâtre ne pourra en user sans leur permission\net sans leur payer une redevance; enfin, que le Ministre de l'lntérieur\ndélimitera le genre de chaque entreprise.\nEn conséquence, le Ministre arrête, le 25 avril 1807, que le Théâtre-\nFrançais, outre les pièces nouvelles qui lui sont destinées, jouera les\ntragédies, les comédies et les drames représentés à l'ancienne Comédie-\nFrançaise et les comédies jouées à l'ancienne Comédie-Italienne. Le\nThéâtre de l'lmpératrice (Odéon) est l'annexe du Théâtre-Français pour\nla comédie seulement, et n'emprunte à ce dernier que les pièces de la\nComédie-Italienne. L'Opéra garde son ancien répertoire et peut seul\ndonner des pièces entièrement en musique et des ballets sérieux, plus,\nmais non à l'exclusion des autres scènes, des ballets bourgeois et cham-\npêtres.\nL'Opéra-Comique a les comédies, etc._, mêlées de couplets et vaude-\nvilles. Les airs des répertoires des deux théâtres lyriques ne peuvent, sans\nl'autorisation des auteurs ou propriétaires, être pris parles autres scènes\nque cinq ans après la première représentation de Pouvrage où ils se trou-\nvent. Le 29 juillet 1807, *e décret qui réduit à huit le nombre des théâ-\ntres de Paris approuve ce règlement.\nCes divers actes, on le voit, tout en enlevant à la Comédie le droit\nque lui avait conféré la loi de 1791 : de jouer même des opéras si elle le\njugeait bon, lui laissait l'entière faculté de représenter, avec tout leurs\nagréments, comme on disait jadis, les pièces à spectacle de son répertoire,\net les pièces nouvelles analogues.\nLe décret du i 3 août 1811 qui rétablit la redevance que payaient au-\ntrefois à l'Opéra les théâtres de second ordre et les spectacles, continua"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "171", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.29", "texte": "LA MUSIQUE A LA COMÉDIE-FRANÇAISE\n\nd'épargner la Comédie. Celle-ci d'ailleurs usa peu, voire pour ses an-\nciennes pièces, de sa liberté. Elle était devenue depuis longtemps un\nthéâtre purement littéraire, et son public, même dans les grandes œu-\nvres du répertoire, ne réclamait plus la mise en scène des parties que,\nau dix-septième siècle, Molière et d'autres y avaient introduites comme\nprétexte à ballets. Le décret du 6 janvier 1864, qui a rétabli la liberté\nindustrielle des théâtres, n'a pas, en fait, modifié cette situation : il laisse\nles théâtres subventionnés soumis à une législation spéciale. D'ailleurs\nla Comédie ne désire, pas plus qu'auparavant, jouer des opéras, et la par-\ntie musicale et chorégraphique que lui permettaient les décrets de Na-\npoléon levIev pour les pièces littéraires lui suffira toutes les fois qu'elle en\nvoudra reprendre.\n(La fin au prochain numéro.)\n\nJULES BONNASSIES."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "172", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.30", "texte": "LE RÉALISME\nDANS\nL'OPÉRA COMIQUE AU XVIII SIÈCLE\n\n(I)\nVQAT>É\nT 720 175 7\nDe toutes les nouveautés produites, en 1754, à la foire Saint-Germain,\nsur le théâtre de l'Opéra-Comique, «la meilleure, sans contredit, et celle\naussi qui a eu le plus de succès, est le Trompeur trompé, en un acte, )>\nau jugement de Fréron.\n« L'auteur, M. Vadé, poursuit-il, a un talent singulier pour ce\ngenre; et, ce qui lui fait beaucoup d'honneur, c'est qu'il n'a recours,\npour réussir, nia des équivoques grossières, ni à des jeux de mots indé-\ncents, ni à des allusions obscènes. Peut-être même serait-on en droit de\nlui reprocher trop d'esprit et de délicatesse. Ce spectacle a, comme les\nautres, son génie particulier qui doit s'éloigner autant de la plate polis-\nsonnerie que de la doucereuse idylle, ou de la finesse épigrammatique.\na Je regarde le Trompeur trompé moins comme un opéra-comique\nque comme une petite comédie en couplets. Considéré sous ce point de\nvue, c'est un ouvrage très ingénieux, et je n'ai rien lu de l'auteur qui\nm'ait fait plus de plaisir.\n« Un petit maître de qualité trahit une femme de condition pour une\nbergère, une Cidalise pour une Colette. Mais cette dernière aime\nLicidas et rejette avec dédain toutes les propositions de M. le comte. Elle\n\n(1) Voir les numéros des ier janvier et i 5 février."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "173", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.31", "texte": "LE RÉALISME DANS L'OPÉRA COMIQUE\n\nfait confidence à Cidalise elle-même des poursuites de son perfide, et\nCidalise engage son aimable rivale à feindre d'écouter le comte, qui veut\n1 emmener à Paris dans son carrosse, mais déguisée, afin que ses parents\nne s aperçoivent point de sa fuite. On lui apporte un domino et un\nmasque, et Cidalise prend l'un et l'autre. Le comte, transporté, vient\nchercher sa nouvelle conquête. Cidalise contrefait un moment Colette\net s'entend dire beaucoup de douceurs. Elle se démasque enfin ; le comte\ndemeure confondu. Il y avait entre eux un dédit considérable : il\nconsent à épouser Cidalise. Licidas et Colette sont au comble de leurs\nvœux.\n« Tel est le fond de cette jolie bagatelle, ornée de couplets agréables et\npiquants sur des airs choisis et difficiles à remplir. Je suis bien fâché qu'il\nne me reste point de place pour vous en citer des morceaux qui, certai-\nnement, vous plairaient beaucoup (i). »\nEn 1755, à l'ouverture du théâtre de l'Opéra-Comique de la foire\nSaint-Germain, Monet donna, le ier février, les Troyennes en Cham-\npagne, travestissement de la belle tragédie des Troyennes de Chateau-\nbrun. L'idée de cette parodie, de Vadé, est bouffonne; elle eut beaucoup\nde succès.\nQuelques jours après, Vadé produisait, au même théâtre, une autre\nparodie qui est un petit chef-d'œuvre du genre : c'est celle de l'opéra de\nDaphnis et Alcimàdure sous le titre de Jérôme et F'anchonnetle, pasto-\nrale de la Grenouillère (i).\n« Je connais, dit Fréron, peu de parodies aussi exactes que celle-\nlà, et pour le fond, et pour la forme, et pour les détails, et pour le\nnombre des acteurs, et même pour la diction. M. Mondonville a choisi\nla langue toulousaine ou languedocienne, et M. Vadé a pris le jargon\npoissard.\nJérôme est Daphnis, Fanchonnette, Alcimàdure, et Cadet frère de\nFanchonnette, Jeanet, frère dsAlcimàdure.\n« Daphnis, dans l'original, fait, devant Alcimàdure, Péloge de sa\nmaîtresse. Elle ignore que c'est d'elle qu'il veut parler ; elle lui\ndemande :\nQuai és aquél oubjét, tan bél, tan précious?\nQuel est cet objet si beau, si précieux?\n\n(1) Fréron : VAnnée littéraire, 1754. T. 11, p. 71 et 72.\n(2) A laquelle Monet donne pour sous titre : A ncicréon\n(Loc. cit., p. 76.)"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "174", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.32", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nDAPHNIS.\nBous lou bouléts sabé?\nVous le voulez savoir?\nALCIMADURE\nDigats, digats.\nDitesy dites.\nDAPHNIS.\nEs bous.\nC'est vous.\nALCIMADURE\n. Bous trufats, yéu non sotii pas bélo.\nVous vous moqueç, je ne suis pas belle.\nDAPHNIS.\nBous siats de la béutat lou pu parfait moudélo.\nVous êtes de la beauté le plus parfait modèle.\n« Jérôme vante aussi les appas de celle qu'il adore :\nFANCHONNETTE.\nQui c'est donc que ste fille?\nJÉRÔME.\nC'est vous.\nFANCHONNETTE.\nAh ! vous monsieu Jérômey\nJe ri suis pas bell\\\nJÉRÔME.\nSi fait, foi d'honnête homme.\nT'neÇy la beauté et ma Fanchon\nSont taillés sur le mêm' patron (i)*\ncc Jérôme est délicat à sa manière; il me semble voir AnacreoH\nbâtelier.\nMais d'mandez-moi pourquoi qu je reviens?\nCar je ripeus pu me traîner presque ;\nHormis daimer, f nons V cœur à rien :\nVoyez pourtant c' que c'est que V ses que k\nFaudra-t'y donc que je succombe?\nMoi qu* étais fort comme un Samson.\nSi je veux pêcher $ c'est que 1' bras me tombe :\nJe ri vois qu' l'amour au lieu d'poisson (2).\n\n(1) Scène 111.\n(2) Scène V«"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "175", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.33", "texte": "LE RÉALISME DANS L'OPÉRA COMIQUE\n\n« Cadet, pour le guérir, lui propose de se dissiper, et de faire quelque\nvoyage. Jérôme répond :\nHé, quand f courrais comme un Basque,\nV dieu d'Amour court aussi bien :\nTout c qu'on fait contre c p'tit masque\nNe sert de rien.\nVautre jour croyant qu'y m' quitterait,\nJe irienfoncis cheux un cabaret ;\nN' v'ià t'y pas qri l'petit sorcier\nEntre jusqu dans mon d'misquier (1).\n« Le Poissard est un genre nouveau que M. Vadé a porté à sa\nperfection. Il ne faut pas le confondre avec le burlesque de Scarron, ou\nle grotesque de Callot, qui ne sont que des extravagances ; c'est ici un\ntableau réel, une représentation fidèle de mœurs que nous avons sous\nnos yeux ; en un mot, M. Vadé est le Téniers de la halle et des ports.\n(( La poésie et la peinture embrassent tous les objets, excepté ceux qui\nsont absolument dégoûtants. Tout ce que l'art imite bien, dit Boileau,\nest fait pour plaire. Un genre est bon dès qu'il amuse; le genre\nennuyeux est le seul genre qui soit mauvais. Il y a seulement (et M. Vadé\nen convient lui-même) des genres plus nobles les uns que les autres. Il les\nconnaît, et il ne dépend que de lui de les cultiver avec succès.\n« Le Suffisant et le Trompeur trompé, opéras-comiques de sa façon,\nsont de très jolies comédies. Sa parodie de Jérôme est très bien rendue\npar les acteurs. Mademoiselle Rosaline est charmante dans le rôle de\nFanchonnette; il n'est pas possible de mieux saisir le ton, les\nles gestes des femmes de la halle et des blanchisseuses de la Gre-\nnouillère (2). ))\nJe résiste avec peine au plaisir d'une citation. Celle que voici, très\ncourte, donnera une idée de la façon heureuse et pleine de coeur dont\nVadé savait faire preuve de son affection pour la personne du roi,\nJEROME*\nAIR de M. de Catinat.\nSi f rions pas servi V Roi, je ri l'en aimons pas moins,\nTout Français a pour lui des bras en cas d'besoins ;\nIl a dJ quoi vivre, on V sait; mais s'il ri avait pas d' bien]\nMorgué, je m passerais d' tout pour qu'i ri manquât de rien.\n(Scène VL)\n\n(1) Scène VI.\n(2) Fréron : VAnnée littéraire, ijbb, T. I, p. 35z à 355."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "176", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.34", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nL'attentat de Damiens à la vie de Louis XV, le 5 janvier 1757, et\nl'heureuse protection des jours du roi, inspirèrent à Vadé l'idée de Y Im-\npromptu du cœur, représenté, un mois après, sur le théâtre de la Foire\nSaint-Germain, pour l'ouverture de cette scène.\ncc Cette nouveauté piquante, dit Fréron a eu le plus grand suc-\ncès... L'idée de cet ouvrage est très ingénieuse. L'auteur y fait paraître,\nen quelque sorte, tous les différents personnages dont il s'est servi dans\nles différentes pièces qu'il a composées pour la scène Comico-Lyrique, Il\nles rassemble dans celle-ci pour témoigner, chacun suivant son caractère\net son ton, la joie qu'ils ressentent tous également, et qui ne diffère que\npar les expressions. Les plus grossières sont souvent celles qui flattent\ndavantage les dieux, les bois et les belles, parce qu'elles sont plus simples\net plus naturelles.\ncc II y a donc dans cet Impromptu des gens de haut et bas étage, une\nLéonore, un Damon, un oncle de Léonore, un Nicaise, un Jérôme, une\nLouison, une Nanette, une Babet, une Fanchon, une Javotte, des mar-\nchands et des marchandes de chansons, des marmottes.\n« La scène est dans une place publique de Paris. Tout ce monde là se\nréjouit avec transport. L'oncle de Léonore la marie avec Damon et fait\nilluminer sa maison. Le tout se termine par des danses relatives aux diffé-\nrents caractères des acteurs.\nc< La pièce est d'une gaieté soutenue; nulles longueurs, nulles fades\nlouanges, nuls madrigaux insipides; on y donne au Roi des éloges que\ntous les cœurs avouent et applaudissent. La scène surtout entre Nicaise\net Jérôme est charmante: il y a beaucoup d'esprit dans le rôle du niais,\nsupérieurement joué par l'inimitable Bouret.\n« Jérôme le trouve si bête qu'il lui dit par ironie que c'est dommage\nqu'on ne Fait pas choisi pour aller complimenter le Roi, au nom de\ntous ses sujets.. Nicaise lui répond qu'il s'en serait acquittéencorplus\nmieux que lui.\nJÉRÔME.\ncc Quoi ? plus mieux î Eh ben voyons donc, avec ton plus mieux, com-\nment qu tu dirais ? Supposons qu? c'est moi qui suis Sa Majesté.\nNIGAISE.\n« Toi! Oh, pardi oui, t'en as encor ben l'air!\nJÉRÔME.\ncc Mais.je te dis comme par semblant.\nNICAISE.\n<c Gn'y a pas de semblant là-dedans. T'es mon cousin, par conséquent\nça ne se peut pas. Y faut raisonner dans la vie."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "177", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.36", "texte": "LE RÉALISME DANS L'OPÉRA COMIQUE\nIV.\nJ 2\n\nJÉRÔME.\n« Hé ben, ça vous démontr ait t'y pas un académistre ?\nNICAISE.\n« Mais voyons comme tu dirais, toi?\nJÉRÔME.\n« Moi, je dirais tout de suite, et sans me faire prier... Tiens, écoute :\nV %\nAIR : Reçois dans ton galetas.\nSire, je viens devant vous...\nNICAISE.\n« Pardi ! voyez donc le gros sorcier; il le verrait ben, peut-être.\nJÉRÔME.\n« Mais queu raison qu'tu me fais donc là ?\nNICAISE.\n« C'est que je vous prends garde à tout, moi. Mais, voyons, dis tou-\nours.\nJEROME.\nSire, je viens devant vous,\nAu nom de toute la France,\nPour vous dir qu f avons trètous\nBen souffert de votre souffrance ;\nQiû si vous nous voye% ben porté)\nC'est parc qu' vous êtes en bonn' santé (bis).\nNICAISE.\n« Ah ! jarni, c'est bon, çà.\nJÉRÔME.\n« Hé ben, voyons, comment qu' tu dirais, toi?\nNICAISE.\n« Moi, je commencerais déjà d'abord par lui ôtermon chapeau.\nJÉRÔME.\n« Sans doute.\nNICAISE.\n« Hé puis je me mettrais dans la tête tout ce que les Français ont dans\nl'âme.\nJÉRÔME.\n<( Hé ben!\nNICAISE.\n« Hé puis je lui dirais avec franchise : « Sire, je donnerais ma \\ié\n« pour conserver la vôtre. »"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "178", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.37", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nJÉRÔME, avec transport.\n« Tiens, baise-moi, tu as de l'esprit comme tout le royaume. »\n(iScènelV.) (1)\nUne autre scène fort jolie, est celle où le peuple veut acheter des chan-\nsons en l'honneur du roi, dont un violon vient de les charmer ; mais\nvainement on se fouille, et le marchand va faire crédit, lorsque Nicaise\ndit :\nAIR : Nous sommes précepteurs d'amour.\nAh! tout ça s'ra bentôt payé,\nCar au lieu d'venir par le Coche,\nMoi, tout doue ment, f suis v'nu à pied,\nJ'ai mis la voitur dans ma poche.\nJÉRÔME.\n« Comment la voiture ?\nNICAISE.\ncc Oui, vingt-quatre sols que mon oncle Clément m'a donnés pour\naller dans le panier de devant à côté du cocher, comme un enfant de fa-\nmille que je suis.\nLOUISON.\ncc Mon enfant! vingt-quatre sols! Et vous n'avez pas pris la postel\nNICAISE.\n« Oh ! non, moi je n'aime pas les chevaux...\nJÉRÔME.\nAIR : Moi qui veux M'instruire.\nRégale-nous donc à présent.\nNICAISE.\nAh! pour ça f m'en pique.\n(Montrant la marchande de chansons.)\nMais si f li donn' tout mon argent,\nJ' veux toute sa boutique (bis).\n(Il donne ses vingt-quatre sous, et prend toutes les chansons qu'il distribue.)\n« Tenez, ce sont les dragées du cœur, ça !\nBABET.\n(( Il a raison, sont les confitures des bons sujets...\nNICAISE, gardant trois livrets de chansons pour lui.\n« Je garde ces trois là, toujours.\n\n(i) Fréron : VAnnée littéraire, 17570 T I, p. à 241."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "179", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.38", "texte": "LE RÉALISME DANS L'OPÉRA COMIQUE\n\nJÉRÔME.\n« Quoi? trois?... C'est inutile, puisque c'est la même chose.\nNICAISE.\n« Ça ne lait rien.\nJÉRÔME.\nAIR : Les cœurs se donnent troc pour troc.\nMais c'est trois fois le mêm tableau.\nNICAISE.\nMoi j'ai m 1 ça.\nJÉRÔME\nFaut qu tu f satisfasses.\nNICAISE.\nPardi, la Dam de nof château\nAime à se mirer dans trois glaces.\nm\n« Et je mirerai trois fois mon amitié là-dedans.\nBABET.\n« Il n'est, pardié, pas si gnais qu'il le parait, au moins, »\n(Scène VI.)\nReprésenté le 8 février 1757, Ylmpromptu du cœur fut le dernier\nouvrage dramatique de Vadé (1).\n(La lin au prochain numéro.)\n\nCH. BARTHÉLÉMY.\n\n(i) En 1756, il avait donné avec un grand succès, aux foires de Saint-Germain et\nde Saint-Laurent, les Racoleurs et Nicaise. La première de ces deux pièces est un\ngrand tableau de Téniers mis en action; l'autre est une expression animée du conte\nde La Fontaine. L'ingénieux naturel de Sans regret (dans les Racoleurs), et l'ini-\nmitable naïveté de Nicaise (dans la pièce de ce nom), sont des types achevés, comme\nceux de Jérôme et de Fanchonnette."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "180", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.39", "texte": "REVUE DES CONCERTS\nCONCERT DE M. PLANTÉ, AU; CONSERVATOIRE. *— SOCIÉTÉ CHORALE D'AMATEURS : Audi-\ntion du Carmen sœculare d'Horace, musique de Philidor (i 779). Chœur de l'oratorio\nà'Agar de M. Georges Pfeiffer. Cantique à trois voix d'hommes, avec solo de\nsoprano, de M. Vaucorbeil. CONCERTS DE M. ROGER, DE MADEMOISELLE MARIE\nDUMAS, DE M. CH. LEBOUC, DE M. FERRARIS.\nCONCERT DE M. PLANTÉ, AU CONSERVATOIRE.— Le Concert de bien-\nfaisance offert si généreusement par la Société des artistes du Conserva-\ntoire, et où devait être exécutée la symphonie avec chœurs de Beethoven,\nne pourra avoir lieu. Le public réfractaire n'a point accouru. Madame\nla maréchale de Mac-Mahon avait pris l'initiative de cette œuvre chari-\ntable ; mais, par suite des soins multiples que réclament les autres\nbonnes œuvres dont elle s'occupe, elle s'est vue dans l'impossibilité de\nplacer, en temps utile, la plus grande partie des billets dont elle s'était\nchargée, et, au dernier moment, il a fallu renoncer à cette séance et à la\ntroisième audition de la symphonie avec chœurs. En revanche, dans\ncette même salle du Conservatoire, au Concert non moins généreu-\nsement offert par M. Planté pour la fondation d'une caisse de prêts et\nencouragements, destinée à venir en aide aux artistes musiciens et\nlyriques, tout le dilettantisme du grand monde s7est empressé pour\nlutter de toilettes et de bravos, et la recette a été de dix mille francs.\nM. Francis Planté, qui est conférencier comme Paul Féval :il l'a\nprouvé à la salle Pleyel dans son speech sur la légende de saint Fran-\nçois-de-Paule, de Liszt, a littéralement fanatisé un public que nous\nvoudrions voir aussi chaleureux pour les grandes œuvres symphoniques"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "181", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.40", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nqu'il l'est pour le pianisme de M. Planté. Ce virtuose est un fascinateur,\net les dames professent pour lui une ferveur qui rappelle tous les succès\ndu même genre de Chopin et de Liszt. Le solo de piano est son triomphe,\net ce prestigieux virtuose a le secret des cœurs, parce qu'il sait placer\ndans leur vraie lumière les œuvres de génie qu'il interprètent qu'il met\nà leur service un mécanisme incomparable. Il faut l'observer de près pour\napprécier comme il convient la dextérité de ses doigts et son habileté\nà croiser le jeu des deux pédales en les élevant, les baissant et les mélan-\ngeant. C'est ainsi qu'il arrive à ce velours égal à travers les plus chan-\ngeantes nuances, à cette suave exécution où le mécanisme disparaît\nparce qu'il est absolument complet, et où il ne reste en relief que la\npoésie musicale de l'œuvre exécutée.\nM. Planté a les exquises délicatesses de la femme; il en a les nerfs. C'est\nce qui fait la physionomie et le charme de son jeu. Ce jeu brille ; il est\npur, il est doux, il attire. Une audition de luxe comme celle qui nous a\nété donnée au Conservatoire ne peut avoir son pendant que dans les\nfêtes d'été de nos opulentes châfellenies, au milieu des fleurs, dans les\nhaltes de chasse, ou dans les réceptions florales des parcs peuplés de\nmarbres, de fontaines, de faunes et de déesses; lorsqu'aux heures oisives\nles belles femmes viennent errer sous les arbres,, puis se rassembler\n•autour du piano sous le verdoyant abri, et, là, écouter, dans l'air amou-\nreux et les brises tiédissantes, les ineffables lamentations de Beethoven,\nde Schumann, de Weber, de Schubert, ou les pimpantes mélancolies de\nBoccherini, ce Watteau mal connu à Paris de la musique du quatuor.\nBien des étrangers s'étaient rendus à ce Concert, que présidait, en\nquelque sorte, madame de Mac-Mahon. Madame Carvalho, M. de Soria\nont alterné avec M. Planté et ont également été applaudis par un audi-\ntoire affolé. A un moment, quinze cents gants blancs ont, en applau-\ndissant, fait une sartarelle si formidable que nous en sommes revenu à\npenser à Beethoven et à nous dire : Pourquoi le même public n'a-t-il\npas accouru, avec la même ardeur, applaudir la symphonie avec chœurs ?\nL'un n'empêchait pas l'autre ; et, au lieu de dix mille francs, ce serait\nvingt mille que les bénéficiaires auraient à se partager.\nMaurice Cristal.\nSOCIÉTÉ CHORALE D'AMATEURS. Le grand attrait de curiosité de la\nséance annuelle de la Société chorale d'amateurs, si habilement dirigée\npar M. Guillot de Sainbris, a été l'exhumation du Carmen sœculare\nd'Horace, mis en musique par Philidor, et qui, composé en 1779, proba-"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "182", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.41", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nblernent à la demande de l'impératrice Catherine 11, à qui il est dédié,\nn'avait plus été entendu à Paris depuis le Concert Spirituel de jan-\nvier 1780, où il fut accueilli avec de véritables transports, d'après la\nnotice qu'en a donnée M. de Sainbris sur le programme du Concert.\nMalheureusement, l'attente du public a été trompée. Philidor, un des\nplus illustres maîtres du grand siècle qui vit éclore les œuvres de Mon-\nsigny, Grétry, Duni, Gluck, Piccinni, Paisiello et tant d'autres grands\nmusiciens, sans oublier Cimarosa et Mozart,— Philidor, gêné sans doute\nparla poésie latine, tourmenté peut-être par l'idée que jamais le Carmen\nsœculare ne serait appelé à jouir de la popularité du Maréchal- ferrant,\ndu Sorcier,de Tom Jones et d Ernelinde,son chef-d'œuvre,— Philidor,\nenfin, n'a produit qu'une œuvre froide et décolorée, qui ne pouvait\nréussir, en 1874, à Paris, après l'immense effet obtenu par le Messie, la\nFête d'Alexandre,et même la Pass L'exé-\ncution en a été irréprochable ; mais ni la parfaite direction de M. Guillot\nde Sainbris, ni l'ensemble et le talent des sociétaires-amateurs, ni\nl'habileté des artistes de l'orchestre, n'ont pu sauver une partition aussi\ndénuée d'intérêt, et dont heureusement encore tout n'a pas été chanté.\nPour être juste, je dois cependant signaler les deux duos « Dianam\ntenerae » et « Fertilis frugum », le chœur fugué « Certus undenos » et le\nquatuor,où l'on trouve quelques éclairs du génie de Philidor, et qui ont\nété fort applaudis.\nLa Fille du roi des Aulnes,de Niels W. Gade, qui est probablement\nle même ouvrage que la Fille du mentionnée par Fétis comme\nétant une légende danoise, est une œuvre dans le genre romantique, un\npeu longue, mais qui renferme de belles parties. Je citerai, entre autres,\nmorceaux, le chœur du commencement, le Chant du matin, inspiration\nd'une grande fraîcheur, qui a produit beaucoup d'effet, et la scène\n« O mon enfant, sur ton front glacé! »\nLe chœur à trois voix de l'oratorio de M. Georges Pfeiffer, le\ncantique à trois voix d'hommes, avec solo de soprano, de M. Vaucorbeil,\net la scène d 'Andromeda,de Sarti, contemporain de Philidor, ont été\ncouverts d'applaudissements.\nCONCERT DE M. ROGER. Affluence énorme, trop grande même\npour les salons du Grand-Hôtel. Le public tenait à témoignera l'éminent\nartiste la sympathie qu'il lui a toujours inspirée. M. Roger a chanté\navec un charme inexprimable et une émotion des plus pénétrantes l'ad-"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "183", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.42", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nmirable air de Richard Cœur de Lion « O Richard, ô mon roi ! » et a\ndû être bien heureux de l'accueil qu'a reçu son élève, M. Couturier,\nbasse superbe, dans l'air des Maîtres chanteurs, de Limnander. Madame\nCarlotta Patti s'est aussi fait entendre à son Concert. Cette cantatrice,\ndont la réputation est immense, a chanté deux morceaux, dont un air\nvarié de Proch. Il y a de tout dans ces variations, des effets de flûte, des\neffets de violon, je crois même des pifâicati ; mais, quant à des effets de\nvoix, néant. Et cependant, on ne saurait refuser beaucoup de talent à\nmadame Carlotta Patti ; mais l'usage qu'elle en fait est déplorable.\nH. C.\nCONCERT DE MADEMOISELLE MARIE DUMAS. Mademoiselle Dumas,\ncette personnalité si sympathique et si tranchée, a donné une soirée\nmusicale et dramatique intéressante au plus haut point. Mon\ncollègue M. Bertrand ayant écrit, dans le numéro du ier avril de la\nChronique musicale, une notice sur les Matinées de mademoiselle\nDumas, qui fait ressortir tout ce que son talent renferme d'original, je\nn'ai rien à ajouter au tableau, et je me bornerai à dire un mot des\nartistes qui se sont fait entendre à son Concert.\nM. Antonin Marmontel, dont il faudrait bien se garder de juger le\ntalent de compositeur d'après la musique de Pendant le bal, improvisée\nau milieu d'une réunion intime, a joué le Menuet de mademoiselle\nde la Vallière, ravissante inspiration de M. A. de manière\nà le placer au premier rang de nos pianistes. Le galop déjà célèbre des\nQuatre FilsAymon,k huit mains, pour un seul piano,par M. Lavignac,\na été exécuté d'une laçon entraînante par l'auteur, en compagnie de\nMM. Marmontel fils, Lack et Wormser. Le violoniste cubain,\nM. Brindis de Sala, a un jeu franc, pur et très vigoureux, trop fort peut-\nêtre par moments. Il est à regretter que madame Pauline Boutin, dont\nla voix et le talent sont si sympathiques, n'ait pas cette fois-ci été très\nheureuse dans le choix de ses morceaux. Mademoiselle Teoni, M. Jules\nLefort et M. Délia Rocca ont été fort applaudis.\nH. C.\nCONCERT DE M. CH. LEBOUC. Ce Concert tenait le milieu entre les\nConcerts classiques et les Concerts mondains. Plus classique cependant\nque mondain, M. Lebouc a exécuté avec MM. Lavignac et White un\ntrio de Haydn, une élégie de sa composition, qui lui a permis de déployer"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "184", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.43", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ntoute la belle qualité de son qu'il tire de son violoncelle, et une Rêverie\nde M. le duc de Massa, qu'il a exécutée avec madame White. Le beau\nduo pour piano et orgue, de M. Adolphe Blanc, dont j'ai rendu compte\ndans l'une de mes précédentes revues, a été merveilleusement rendu par\nmadame Béguin-Salomon et M. Lavignac. M. Pagans et madame Bar-\nthe-Banderali ont eu l'heureuse idée de faire revivre d'anciens morceaux\ndu plus grand mérite, tels qu'un air de Porpora, par M. Pagans, Pair\nde la Querelle de Phébus et de Pan, de Sébastien Bach, par madame\nBarthe, et un duo madrigalesquede Legrenzi, né en 1625. Mais par une\nconcession au goût moderne, que le public a été loin de trouver désa-\ngréable, ces deux artistes ont chanté une sérénade aragonaiseet le Tango,\nhavanaise à deux voix, ainsi qu'un duettino de Mendelssohn, accompa-\ngné au quatuor, où le pizzicato des violons est de l'effet le plus original\net le plus charmant.\nH. C.\nCONCERT DE M. FERRARIS. —M, Ferraris est un pianiste d'une indivi-\ndualité des plus marquantes. Absolument classique, absolument roman-\ntique, à volonté, et selon son public, il joue indistinctement les\nœuvres des maîtres les plus célèbres de toutes les écoles et les siennes\npropres, et cherche surtout à inculquer à ses élèves le goût du clas-\nsique et du beau.\nC'est ainsi qu'à son Concert une jeune artiste du plus grand avenir,\nmademoiselle Hoffmann, a exécuté avec lui un duo pour deux pianos,\nde Henri Herz, et une fugue, également pour deux pianos, de sa compo-\nsition, tout ce qu'il ya de plus classique, comme on voit, et\nM. Ferraris a joué, avec un succès égal au grand talent qu'il y a déployé,\nplusieurs morceaux de lui, tels que la Clochette, le Tourbillon et une\nfantaisie sur le Trovatore, tout à fait excentrique et d'un prodigieux\neffet.\nH. C."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "185", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.44", "texte": "REVUE DES THÉATRES LYRIQUES\n\nOPÉRA : Mademoiselle Fouquet dans Faust. OPÉRA-COLIQUE : Reprise des Noces\nde Figaro. Débuts de mademoiselle Breton. Madame Carvalho.\nANS la monographie historique placée en tête de ce\nnuméro, M. Adolphe Jullien,qui a puisé ses rensei-\ngnements aux meilleures sources, nous dit quelle a été\nla fortune contraire des Noces de Figaro, et quels\nfurent, à travers le temps, ses défenseurs, ses critiques\net ses interprètes. Il me dispense ainsi, par l'enchaî-\nnement logique des faits, de revenir sur les jugements iniques dont ce\nchef-d'œuvre de Mozart a été l'objet, dès son apparition en France. Je\nréduirai donc les proportions de cet article au compte-rendu succinct de\nl'exécution actuelle des Noces de Figaro, dont la reprise à l'Opéra-\nComique est, avec le second début de mademoiselle Fouquet à l'Opéra\ndans Faust, la seule nouveauté de la quinzaine. Maigre pitance î\nJ'ai salué, il y a quinze jours, les premiers débuts de mademoiselle\nJeanne Fouquet dans Guillaume Tell. Il m'a paru que la Marguerite\nde Faust n'avait pas tenu tout ce qu'avait promis Mathilde. Je ne\nmodifie en rien mon appréciation sur les qualités de sentiment et\nd'expression dont la débutante est instinctivement douée. Sa voix trahit\ntrop souvent sa volonté. C'est l'organe qui manque réellement de santé,\net qui n'est pas alimenté par un souffle assez puissant. Avant de fixer\nl'emploi naturel dans lequel ses moyens la confinent au théâtre, j'atten-\ndrai une troisième épreuve.\nOPÉRA-COMIQUE.— LES NOCES DE FIGARO. L'attrait de la reprise\ndes Noces de Figaro portait sur les débuts, de mademoiselle Breton\ndans le rôle de Chérubin. Mademoiselle Breton vient en droite ligne du"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "186", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.45", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nConservatoire. Elle en est sortie en même temps que mademoiselle Fou-\nquet, avec un second prix de chant et un second prix d'opéra-comique.\nElle est élève de Roger pour le chant et de Mocker pour l'opéra-comique.\nQue vous dirai-je de la débutante ?Je l'avais entendue au concours du\nmois d'août dernier, au Conservatoire. C'est une toute jeune fille, pres-\nque une petite fille, car en elle tout est petit, sauf la bonne volonté, qui\nest grande. Elle chantait l'air de Rosine du Barbier. Une mine éveillée,\nde gentilles façons, une voix fraîche, pure, tintant avec un éclat cristal-\nlin, enlevant les traits avec une agilité surprenante, trillant avec ai-\nsance, descendant chromatiquement la gamme en notes piquées, et se\njouant de toutes les difficultés, voilà ce que j'avais vu, entendu et admiré\nen mademoiselle Breton. Je lui reprochais trop de pétulance comme\nchanteuse: je lui souhaitais plus de discernement dans le choix de ses\nornements et de ses vocalises; somme toute, elle m'avait infini-\nment plu.\nChérubin m'a fait regretter Rosine.\nMademoiselle Breton a l'intelligence de la scène : elle dit juste, elle\njoue bien. Mais sa voix, qui portait suffisamment dans la salle de la rue\nBergère, est d'un volume trop mince pour celle de l'Opéra-Comique: elle\nn'est pas assez dense pour un vaisseau aussi vaste, et ne fait qu'y rider\nl'onde sonore. Elle a chancé avec goût et sentiment la délicieuse romance :\nUn doux martyre me prit un jour, et s'est fait applaudir dans le joli\nduo du troisième acte avec madame Carvalho. Mais, je le répète, ses\nmoyens ne sont pas en rapport avec le cadre dans lequelils se produisent\nactuellement. J'ai beau chercher dans le répertoire de l'Opéra Comique,\nje ne vois aucun rôle pour elle. Mais je voudrais me tromper pourtant,\ncar sa personne et son talent ont de la grâce et de la distinction. J'ai\ntoujours regretté qu'il n'y ait pas dans Paris une salle de la dimension de\nla Renaissance, dont le directeur exploiterait un genre plus relevé que\nl'opérette, et donnerait asile à ces talents discrets qui feraient merveille\nsur une petite scène.\nQuant à madame Carvalho, on peut dire d'elle qu'elle a le génie du\nchant, Elle est admirable dans le rôle de la Comtesse; on ne rend pas\nMozart plus divinement. Mademoiselle Priola, quand elle met une sour-\ndine à son émission de voix intempérante, est assez agréable en Suzanne.\nM. Bouhy est un peu lourd dans le personnage de Figaro, ce Panurge à\nguitare dont Teau-forte de M. Feyen-Perrin nous représente le type dans\nson incarnation moderne.\nMais il est un mal qui va empirant, dans l'interprétation dest œuvres\ndramatiques de Mozart, c'est la viciation des mouvements d'orchestre."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "187", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.46", "texte": "REVUE DES THÉÂTRES LYRIQUES\n\nDans l'opéra italien, le chant, comparé à l'orchestre, est un Etat dans\nl'Etat. La virtuosité de l'artiste y a sa large place. Dans la musique dra-\nmatique de Mozart, au contraire, le chant et l'orchestre constituent une\ndouble symphonie, mi-chantante, mi-concertante. De là, l'étroite obli-\ngation où sont les chanteurs et les musiciens, de se soumettre à l'empire\nabsolu de la mesure. La première qualité des interprètes de Moz irt doit\nêtre l'aveugle soumission à la discipline du rhythme. La lettre ne suffit\npas sans l'esprit, j'en conviens; mais elle assure au moins une exécution\npassable.\nSi je prête une oreille attentive à l'orchestre de l'Opéra-Comique, j'en-\ntends que le quatuor y fonctionne bien, parce qu'il est tenu constamment\nen haleine et que Mozart ne laisse ni trêve ni repos aux premiers pupi-\ntres. Si je concentre mon attention sur les instruments plus spécialement\nchargés de l'accompagnement, je remarque la plus grande hésitation\ndans les rentrées syncopées et dans les attaques fuguées dont le style de\nozart est plein. Je constate que par la faute des contre-basses, des\nbassons ou des cors, entre autres instruments révoltés, l'orchestre de\nl'Opéra-Comique joue, sans cohésion et sans homogénéité.\nCe qui compromet tout, c'est la complaisance excessive des chefs d'or-\nchestre pour les artistes de la scène, et ce reproche ne s'adresse pas qu'à\nceux de l'Opéra-Comique.\nLe bâton de mesure est à la merci des chanteurs. Il suit de là un ra-\nlentissement graduel des mouvements, tel que les chefs d'orchestre\nfinissent par diriger un opéra comique comme un oratorio. Le fragment\nde symphonie qui sert à l'entr'acte du second au troisième acte a été\nconduit avec une lenteur inusitée. Cette fausse direction donnée à la\nmesure dans l'exécution des œuvres dramatiques de Mozart nous avait\ndéjà frappé aux représentations de Don Juan à l'Opéra. Faure y tyran-\nnisait l'orchestre, en introduisant des points d'orgue sur chaque note.\nNous avons déjà livré cette observation au contrôle du lecteur ; et\nnous ne cesserons d'insister sur une épidémie qui menace la musique de\nMozart jusque dans sa moelle.\n\nARTHUR HEULHARD."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "188", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.47", "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits. — Nouvelles.\n\nFAITS DIVERS\nAR arrêté du ministre des beaux-arts, en date du 6 mai, ma-\ndame Massart a été nommée professeur de piano au Con-\nservatoire national de musique et de déclamation, en rem-\nplacement de M. Henri Herz, admis, sur sa demande, à\nfaire valoir ses droits à la retraite et nommé professeur\nhonoraire.\nArban, n'ayant pu obtenir au Conservatoire le congé qu'il avait sollicité\npour se rendre à Saint-Pétersbourg, a donné sa démission. M. Maury, son\nsuppléant habituel, le remplace comme professeur de cornet à pistons.\nL'exercice des élèves qui a eu lieu, dimanche dernier, au Conservatoire,\net qui avait attiré un nombreux public d'artistes, heureux de voir enfin re-\nprendre ces utiles et si intéressantes séances, depuis si longtemps interrom-\npues, malgré les prescriptions formelles du règlement de l'école. Il y a quelque\nchose comme quinze ans qu'on n'avait assisté à un exercice au Conservatoire»\nLe dernier est celui auquel avait pris part Capoul, peu de temps avant son\nentrée à l'Opéra-Comique, et dans lequel les élèves avaient joué Marie,\nd'Hérold.\nL'exercice de dimanche était un simple concert : le programme, exclusive-\nment composé d'œuvres classiques, était on ne peut mieux disposé, entremêlant\nles noms d'Haydn, de Spontini, de Mozart, de Mendelssohn, de Rossini, de\nCherubini et de Weber. On peut dire que c'est l'orchestre, cet orchestre com-\nposé en partie de bambins, qui a eu les honneurs de la journée; et la façon\ndont il s'est acquitté de sa tâche prouve déjà la qualité des éléments fournis\npar les classes. Il est certain que la symphonie en si bémol a été dite avec une\nchaleur, un entrain, une verve, un ensemble qu'on trouverait dans bien peu\nd'armées symphoniques. Tous les jeunes instrumentistes se sont également\ndistingués dans l'accompagnement à orchestre de divers morceaux du pro-\ngramme, et M. Deldevez a dû s'estimer heureux et fier d'avoir obtenu de tels\nrésultats."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "189", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.48", "texte": "VARIA\n\nLa classe vocale d'ensemble de M. Jules Cohen s'est aussi distinguée d'une\nfaçon toute particulière dans le Gloria de la messe de Rossini, qui a été rendu\navec un grand éclat et une rare vigueur. Un baryton déjà bien formé, M. Ma-\nnoury, mérite des éloges pour le style qu'il a apporté dans l'air de Fernand\nCorte112, et le jeune ténor Vergnet, que nous avons entendu cet hiver dans les\nconcerts, s est tait légitimement applaudir dans celui des Abencerrages, de\nChérubini. Enfin, une jeune pianiste, mademoiselle Poitevin, a obtenu un\nvrai succès en exécutant, avec une grâce délicate et une grande finesse de\ndoigté, l'andante et le scherzo du trio en ré mineur de Mendelssohn, dans le-\nquel elle avait pour partenaires MM. Brindis et Loeb.\nVoilà décidément le Conservatoire en bon chemin. Espérons que ce premier\nconcert n est que le prélude de toute une série de séances auxquelles il sera\nfacile d apporter un intérêt toujours croissant, étant donné les excellentes\nétudes que Ton fait aujourd'hui, rue Bergère, sous la haute et sérieuse direc-\ntion de M. Ambroise Thomas. (A. POUGIN. Le Ménestrel.)\nVoici l'ordre dans lequel auront lieu, cette année les épreuves et les juge-\nments du grand concours de composition musicale :\nConcours d'essai : entrée en loges, le samedi 16 mai à dix heures du matin,\nau Conservatoire. Sortie, le jeudi 21, à dix heures du soir.\nJugement du concours d'essai : samedi 23.\nConcours définitif': entrée en loges, le samedi 3o mai, à dix heures du ma-\ntin, au Conservatoire. Sortie, le mardi 23 juin, à dix heures du soir.\nJugement préparatoire : vendredi 3 juillet, au Conservatoire.\nJugement définitif, par toutes les sections réunies de l'Académie des beaux-\narts, samedi 4 juillet, au palais de l'lnstitut.\nLes concurrents peuvent se faire inscrire pour le concours d'essai jusqu'au\n13 mai inclusivement, au secrétariat du Conservatoire de musique.\nNotre collaborateur M.Adolphe Jullien avait déjà publié, l'année der-\nnière, àla Revue de France, deux articles composés en entier avec des docu-\nments inconnus, trouvés par lui aux Archives de l'État, et remplis de\nrévélations sur les menées occultes qui troublaient les coulisses de l'Opéra et\ncelles du monde officiel, à la fin du siècle dernier. Il vient de donner, dans le\nmême recueil, un nouveau travail, puisé aux mêmes sources secrètes, et qui\ncomplète cette série de recherches entreprises aux Archives nationales. Il est\nintitulé :Un Mariage à lOpéra au siècle dernier. C'est l'histoire de l'union\nlégitime du séduisant ballerin Dauberval, qui avait fait tourner tant de têtes\nféminines et que la légende galante donnait comme le rival heureux du roi\nauprès de la Dubarry, avec la jeune danseuse mademoiselle Théodore, plus\néprise de philosophie que de son art, et formée à l'école de Jean-Jacques,\nauquel elle avait demandé une règle de conduite avant d'entrer à l'Opéra.\nCet article, avant d'aboutir au mariage, offre un récit piquant de l'exis-\ntence accidentée des deux époux. D'une part, les bonnes fortunes de Dau-\nberval, sa fatuité cynique, la souscription ouverte en sa faveur par la\nDubarry, sa lettre d'une impertinence galante à la favorite, sa maladie qui\nmit en émoi tout Paris ; d'autre part, le brillant début de mademoiselle"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "190", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.49", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nThéodore, la lettre que lui adressa Rousseau, son duel avec mademoiselle de\nBeaumesnil, sa rupture avec le ministre et le surintendant des Menus, sa\nfuite au château de Poinchy, chez Dauber.val, son emprisonnement à la\nForce, ses discussions acerbes avec le ministre, sa mise en liberté, etc..., son\nmariage enfin ! avec Dauberval et leur retraite à Bordeaux, où les deux\népoux conquirent la faveur et l'estime publiques par leurs talents et leur\nédifiante union.\nPendant les dernières saisons du carnaval et du carême, 011 a représenté\nquatorze opéras nouveaux sur les scènes d'ltalie. En voici les titres et les noms\ndes auteurs :\nLa contessa di Mons, séria, du maestro Lauro Rossi. Tripilla, opéra-\nbuffa, du maestro Lussi.— La Moglie per un soldo, buffa du maestro Migliac-\ncio. Zorilla, du maestro Nani, à Malta. —La Cantante du maestro Ci»\npollone, à Sulmona. Maso il Montanaro, du maestro Caracciolo, à Bari.\nI Lituanie de Ponchielli, àla Scala de Milan. Il Cahgola, du maestro\nBraga, au même théâtre. Il Duca d'Atene, du maestro Bacchini. —La\nCapriçciosa, du maestro Valentin, et Vldolo Cinese, de trois maestri, à Flo-\nrence. Carmela, de Luigi del Corona, au théâtre Manzoni di Pistoia.\nSalvator Rosa, de Gomes, au Carlo Felice de Gênes, et Bianca Orsini, de Pe-\ntrella, à San-Carlo de Naples.\nDans sa séance du 6 mai, le Cercle de la Critique musicale et dramatique\na renouvelé son bureau ainsi qu'il suit :\nM. de La Rounat, président.\nM. Adolphe Nibelle, vice-président (section musicale).\nM. Gustave Bertrand, vice-président (section dramatique).\nSecrétaire, M. Eugène Tassin, qui succède à notre excellent confrère Raoul\nde Saint-Arroman.\nUn concours de composition musicale est ouvert à Lille à l'occasion des\nfêtes du couronnement de Notre-Dame-de-la-Treille. Deux prix seront\ndécernés î\nLe premier, de 1,000 francs et une médaille d'or ; le second, de 500 francs,\net une médaille de vermeil.\nLe Comité catholique, 3i, rue Négrier, à Lille, enverra aux compositeurs\nqui en feront la demande la cantate à mettre en musique, et les conditions\ndu concours.\nMadame Elwart, femme de réminent professeur au Conservatoire, vient\nde mourir* Là Chronique musicale s'associe de tout cœur àla perte cruelle\nqui frappe son collaborateur.\nMongini, qui a parcouru avec éclat les scènes italiennes, et qui a chanté\nl'hiver passé à Paris, est mort à Milan. Il avait créé au Caire le rôle de\nténor dans Aida, et cette création avait été pour lui un grand succès. Mon-\ngini n'était âgé que de quarante-cinq ans."}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "191", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.50", "texte": "VARIA\n\nM. Arthur Heulhard se rend à Milan, où il assistera à l'audition de la\nGrande Messe composée par Verdi pour l'anniversaire de la mort du grand\npoète italien Manzoni. Les exécutants, chœurs et orchestre, sont recrutés\nparmi les grands artistes italiens, qui ont voulu tous participer à cette solen-\nnité. Milan sera le 22 mai le rendez-vous de l'ltalie artistique. Notre direc-\nteui teia poui les lecteuis de la Chronique musicale un compte rendu spécial.\n\nNOUVELLES\n\nARIS. Opéra. —Ce soir, reprise des Huguenots, ainsi distribués\nVaientine Mes Gueymard.\nMarguerite Marie Belval.\nRaoul MM. Villaret.\nNevers Lassalle.\nMarcel Belval.\nSaint-Bris Gailhard.\nBelval a redemandé le rôle de Marcel, qu'avait repris M. Menu, pour\nassister au début de sa fille.\nL'intérêt de cette reprise porte principalement sur les débuts de mademoi-\nselle Belval, dont le talent a été très apprécié, au Théâtre-Italien, dans Sémi-\nramide. ,\nItaliens. La clôture annuelle a eu lieu le 5 mai.\nOpéra-Comique. Le Pardon de Ploè'rmel vient d'être mis à l'étude.\n—M. Du Locle va donner, du au i 5 juin, des auditions de la Grande\nMesse, composée par Verdi, et qui doit être chantée à Milan, le 22 mai, à\nl'occasion de l'anniversaire de la mort de Manzoni, le poëte national italien»\nUn traité a été signé avec quatre grands artistes italiens, qui doivent venir à\nParis exécuter la Messe de Manzoni, La propriété de la nouvelle œuvre de\nVerdi a été acquise par M. Léon Escudier*\nVariétés. Les Variétés ont reçu le Chignon d'or, opéra-bouffe de\nM. Tréfeu, musique de M. Jonas, joué l'an dernier à Vienne avec un grand\nsuccès.\nRenaissancet Le théâtre de la Renaissance donne Gentil-Bernard, avec\nMUe Scriwaneck* Puis viendra Fopéra-bouffe en trois actes de MM. Clairville,\nBusnach et Litolff, les Deux Diablesses, qui sera la transformation de l'opéra-\nféerie la Belle au Bois dormant. Les principaux morceaux de la partition de"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "192", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740515-01.1.51", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\ni ans. Imprimerie Alcan-Lévy, rue de Latayette, 61»\nPropriétaire-Gérant : Q/l Cl\\T H HE UL HQd\n\nLitolfï ont été intercalés dans la pièce refaite. Le reste sera nouveau, et écrit\ndans le genre bouffe. L'ouvrage est réduit à trois actes.\nBouffes-Parisiens. Par suite d'une indisposition de M. Jacques Often-\nbach, la première représentation de Bagatelle est différée de quelques jours.\nFolies-Dramatiques. Quelques journaux ont annoncé la reprise de la\nFille de madame Angot. C'est une erreur. Le succès mérité de la Belle Bour-\nbonnaise est loin d'être épuisé, et on répète actuellement les rôles en double.\nPorte-Saint-Martin. Les Deux Orphelines, plus que centenaires, vont\nbientôt céder l'affiche au Pied de mouton.\nConcert des Champs-Elysées. Le Concert des Champs-Élysées, dirigé\npar M. de Besseiièvre, a fait sa réouverture. L'orchestre, sous la direction de\nM. Cressonnois, est, comme toutes les années, remarquable d'entrain.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}