{"numero_id": "bm-bmtnabc-1874-06-01-01", "volume": "bmtnabc_1874-06-01_01", "ocr_sha256": "0b780cd349614e3e1f2c583495db3dc35635ef40a03aba45f9baed14532040f3", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabc/issues/1874/06/01_01/bmtnabc_1874-06-01_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabc/issues/1874/06/01_01/bmtnabc_1874-06-01_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabc-1874-06-01-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-06-01_01#c001", "volume": "bmtnabc_1874-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "[193]", "page_fin": "203", "image_debut": 1, "image_fin": 11, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.2.1", "titre_corps": "PARTANT POUR LA SYRIE", "titre_sommaire": "PARTANT POUR LA SYRIE", "signature_source": "ARTHUR POUGIN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[193]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.1", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 788, "texte": "PARTANT POUR LA SYRIE\nHISTOIRE D'UN PSEUDO-CHANT NATIONAL\n\ntj mois d'octobre de Tannée dernière, les journaux\nsuisses annoncèrent la mort d'un artiste qui s'était\nretiré à Berne dans ces dernières années, dont le\nnom était depuis longtemps tombé dans l'oubli, et\nqui cependant, à Fépoque de sa jeunesse, n'avait\npoint été sans quelque talent et avait joui d'une cer-\ntaine réputation. Il n'y aurait peut-être guère lieu,\naujourd'hui, de s'occuper de cet artiste, qui s'ap-\npelait Louis-François-Philippê Drouet, et qui fut, il y a plus d'un demi-\nsiècle, un flûtiste distingué, si une circonstance particulière ne le rendait\ndigne de quelque attention.\nLe fait en question consiste en ceci : que Drouet serait le véritable\nauteur de la musique de la trop tameuse romance : Partant pour la"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "194", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.2", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2821, "texte": "Syrie, dont le second empire avait fait en quelque sorte sa Marseillaise.\nIl n'y a plus à douter que ce chant, faussement attribué par la tradition\nbonapartiste à la reine Hortense, n'a jamais été écrit par elle, du moins\nen ce qui concerne la musique; sous ce rapport, il lui a été maintes lois\ncontesté, et, entre autres auteurs auxquels il a été attribué, il faut sur-\ntout citer Dalvimare, le harpiste célèbre, qui fut professeur de l'impéra-\ntrice Joséphine et membre de la musique particulière de Napoléon ler.Ier.\nC'est en Allemagne, je crois, que le nom de Drouet fut prononcé pour la\npremière fois à ce sujet, et lors de la mort de cet artiste, un de nos con-\nfrères de Bruxelles, le Guide musical, publiait les lignes suivantes :\n« On sait généralement peu que Drouet est le père delà fameuse romance\nPartant pour la Syrie. Le Lexicon der Tonkunst de Schilling renferme\ndes détails très piquants sur cette partie de la vie de Drouet, détails que\nFétis, dans sa Biographie universelle des musiciens, a cru bon de laisser\ndans l'ombre. » C'est à Drouet lui-même, comme on le verra tout à\nl'heure, que nous nous adresserons pour connaître ces détails, très pi-\nquants en effet. Mais, auparavant, il n'est pas inutile de rappeler rapide-\nment ce qu'il fut.\nFils d'un barbier français établi à Amsterdam et qui avait épousé\nune Hollandaise, il était né dans cette ville en 1792. Un musicien qui\nse faisait raser chez son père, et qui l'avait pris en affection à cause de sa\ngentillesse et de son intelligence, lui fit un jour cadeau d'une petite flûte\net essaya de lui faire jouer de cet instrument; l'enfant était à peine âgé\nde quatre ans, et montra tant de bonne volonté et de dispositions natu-\nrelles que cet artiste se chargea de son éducation musicale. Le jeune\nDrouet fit des progrès rapides, et devint en peu de temps un flûtiste assez\nhabile. Un peu plus tard, il fut amené à Paris par ses parents, et entra\nau Conservatoire pour perfectionner son talent, en même temps qu'il tra-\nvaillait la composition avec Méhul et Reicha. Une notice que j'ai sous\nles yeux dit qu'il fut, à cette époque, attaché à la reine Hortense en qua-\nlité de « secrétaire musical », et ajoute je ne sais si c'est avec malice\nParis. » Le fait peut être exact, mais il est certain que les relations\nau moins musicales—de Drouet et de la jeune reine dataient déjà de plu-\nsieurs années à cette époque, et qu'elles avaient commencé en Hollande.\nVers 1813, Drouet commença àse faire entendre dans les concerts, et\nse fît une brillante réputation. Après la Restauration, il fut appelé à faire\npartie de la musique delà chambre de LouisXVIII en qualité de première\nflûte; mais il quitta bientôt la France pour se rendre à Londres, où il\nobtint de grands succès. L'accueil qu'il reçut en cette ville l'ayant décidé"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "195", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.3", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2770, "texte": "às y fixer, il y établit une fabrique de flûtes d'un nouveau modèle. Cette\nentreprise n ayant pas réussi, il fut obligé de s'éloigner de l'Angleterre en\n1818. Il retourna alors en Hollande, occupa pendant une année le poste\nde chef d orchestre de 1 Opéra français de La Haye, puis parcourut pres-\nque toute 1 Europe en donnant des concerts, et visita successivement la\nRussie, toutes les parties de l'Allemagne, la Belgique, la Suisse et l'lta-\nlie. Il faisait surtout preuve, paraît-il, d'un grand talent dans l'exécu-\ntion des œuvres classiques, et se faisait remarquer par la beauté du son\nqu il tii ait de son instrument, par son sentiment pathétique, par la pureté\nde son style,, et par sa manière de phraser.\nComme beaucoup d'artistes, Drouet avait l'humeur voyageuse. De re-\ntour en France en 1828, il fit, l'année suivante, un nouveau et court\nséjour en Angleterre, retourna ensuite en Allemagne par la Belgique et\nla Hollande, revint une troisième fois à Paris en i 832, s'y maria, puis\nparut se fixer en Suisse. En 1840 pourtant, il entra comme maître de\nchapelle àla cour du duc de Saxe-'Cobourg, Il conserva ces fonctions\npendant plus de quinze années, resta encore quelques années en Alle-\nmagne, et enfin s'établit décidément en Suisse, où il est mort.\nDrouet a beaucoup composé pour son instrument. Outre une Méthode\nde flûte, publiée par lui avec texte français et allemand, il a écrit des\nconcertos, des duos et trios pour flûtes, des duos pour flûte et piano, des\nfantaisies et thèmes variés avec accompagnement d'orchestre, et un grand\nnombre de morceaux de genre. C'était, en somme, un artiste fort habile\net fort distingué, qui eut son heure de quasi-celébrite, et dont les succès\nen Europe furent retentissants et prolongés.\nQuant àla reine HOl tense, on sait qu elle avait, sinon des aptitudes,\ndu moins des prétentions musicales. Elle chantait, dit-on, agréablement^\net elle donna sous son nom plusieurs romances dont elle passait pour\navoir écrit, et les paroles, et la musique. F qui lui a consacré unar-\nticle dans sa Biographie universelle des musiciens, a écrit sur elle les\nlignes suivantes : « Plantade avait été le maître de chant de la reine\nHortense lorsqu elle était au pensionnat de madame Campan : elle\nacquit par ses leçons un talent distingué/particulièrement dans l'art de\nchanter la romance. Douce d un heureux instinct mélodique, elle a com-\nposé de jolies pièces de ce genre, au nombre desquelles on remarque celle\nqui commence par ces mots 1 Partcint pour lu Syrie. Cette romance,,\nqui eut un succès de \\ogue vers 1810, est devenue populaire en France\ndepuis 1852. »\nCette romance, qui ne dut évidemment sa célébrité qu'au nom de son\nauteur, vrai ou présumé, car c'est une mélodie banale et une fort mé-"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "196", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.4", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3150, "texte": "diocre composition\nlande. J'ai dit que c'est à Drouet lui-même que je m'adresserais pour\navoir des détails à ce sujet, et c'est ce que je vais faire. Drouet a publié\nil y a quelques années, dans un journal allemand, des Mémoires ou des\nfragments de Mémoires écrits par lui. Je n'ai point ce journal à ma dis-\nposition, mais j'ai sous les yeux trois numéros d'un journal spécial de\nChicago, the Musical Independent (numéros de novembre et décembre\n1872 et janvier 1873), dans lequel se trouve une traduction anglaise de\nla partie des Mémoires de Drouet qui a trait à Partant pour la Syrie,\nJe vais me servir de cette traduction pour faire connaître les faits révélés\npar lui à ce sujet, et donner l'historique du long et laborieux enfante-\nment de cette romance (1).\nOn sait que la reine Hortense, qui vivait en mésintelligence presque\ncontinuelle avec son époux, le roi Louis, résidait la plupart du temps à\nParis, et n'allait que rarement en Hollande. Pendant les rares séjours\nque, de loin en loin, elle faisait à la cour d'Utrecht, son passe-temps fa-\nvori était d'essayer à mettre en musique des vers que, généralement,\nelle avait elle-même écrits. « Comme elle était, dit Drouet, absolument\nignorante des règles de la composition et même de la notation, elle sui-\nvait en cela son caprice, et cherchait ces mélodies en fredonnant et en\nfaisant des roulades. Mais comme elle était même incapable de transcrire\ncorrectement ces mélodies, elle m'envoya chercher un jour pour mettre\nses idées sur le papier et leur donner une forme à peu près acceptable.\nC'est en 1807 que je reçus, pour la première fois, Tordre de venir auprès\nde la reine, dans son appartement particulier ; je n'avais alors que quinze\nans, et je parlais librement, en vrai Hollandais. Elle me montra quel-\nques vers faits par elle, et que voici :\n\n(i) « Drouet a été aussi le secrétaire musical de la princesse Pauline, sœur\nde Pempéreur Napoléon. Cette princesse composait des romances, mais elle ne sa-\nvait pas les écrire, et Drouet était chargé de cette tâche. La vie de la princesse Pau-\nline a été assez commentée par les fabricateurs de Mémoires, mais non point de\ntelle façon qu'il n'y eût point quelque obscurité dans les détails. On en peut dire au-\ntant en ce qui concerne Drouet. Parfois il était appelé vers une heure de l'après-mid\nchez la princesse, celle-ci se trouvant encore au lit; elle fredonnait quelques notes.\n« Gomment trouvez-vous cela, monsieur Drouet.'' Charmant, princesse. Vrai-\n<r ment? Mettez-le donc sur le papier. » Et Drouet écrivait aussitôt quelque chose\nde ses propres idées, car la princesse ignorait absolument ce qu'il y avait à faire de\ntrois ou quatre modulations dont se compose une romance. Drouet occupa aussi les\nfonctions de secrétaire musical de la reine Hortense, et ce serait sous la dictée de la\nreine qu'il aurait écrit la romance : Partant pour la Syrie. Drouet n'a pas été ré-\ncompensé, ainsi qu'on l'a dit, de tout le temps qu'il a consacré à la reine. » (Uni-\nversal-Lexicon der Tonkunst. Supplementblatt, von G. Schilling,—Stuttgart, 1841.)\nSchilling tenait ses renseignements de Drouet en personne."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "197", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.5", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2246, "texte": "Partant pour la Syrie\nLe jeune et beau Dunois\n(Rrr-ra ta plan !)~\nVenait prier Marie\nDe bénir ses exploits.\nFaites, reine immortelle,\nLui dit-il en partant,\nQu'aimé de la plus belle\nJe sois le plus vaillant.\n(Rrr-ra ta plan!)\n« Elle était assise devant une table, et, essayant de chanter quelques\nnotes, elle aurait bien voulu trouver une mélodie qui s'adaptât sur ces\nparoles. Tout en s'occupant de cela, elle mangeait du sucre candi et\narrangeait de certaine façon un paquet de cartes étalées devant elle.\nC'était à moi maintenant de construire une romance ou une ballade\navec les quelques notes qu'elle venait de chanter, ou plutôt de composer\nmoi-même une mélodie en me servant des fragments inventés par la\nreine. C'est ainsi qu'est né Pair bien connu : Partant pour la Syrie.\n«Si cette petite ballade avait été publiée comme étant l'œuvre d'un\nobscur garçon de quinze ans, elle aurait passé sans doute inaperçue ;\nmais venant de la reine Hortense, elle fut bientôt l'objet de l'admiration\ngénérale, et chacun voulut l'avoir. Le succès fut immense, et Partant\npour la Syrie devint pour l'empire ce que la Marseillaise avait été pour\nla République. »\nCe qui suit est un peu délicat; mais on voudra bien se souvenir que\nc'est Drouet qui parle, et que ceci n'est qu'une simple traduction :\n« Comme j'avais entendu rapporter une foule de jolies et alléchantes\nhistoriettes concernant la reine, je me sentis absolument comme chez\nmoi en sa présence. A peine avais-je fini de noter la mélodie, que je fus\nassez hardi pour lui dire :\na donc devineresse? Mais, puisque j'ai noté les airs que \\ous n'eussiez\n« pu écrire vous-même, ne voudriez-vous point reconnaître ce service\n« en me disant la bonne aventure? » La reine, à ces paroles, fronça d'a-\nbord les sourcils, puis réfléchit un moment en me regardant avec sévé-\nrité. Je soutins son regard, ignorant alors ce que l'étiquette exigeait\nd'un simple mortel : ne parler que les yeux baissés aux têtes couronnées,\net se borner à répondre sans jamais interroger.\n« Elle se décida pourtant bientôt, et me dit en souriant : ce—Eh bien ,\n« mon enfant, je vais vous satisfaire; asseyez-vous et écoutez bien ce\n« que je vais vous dire. Seulement gardez-vous bien de rien répéter à"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "198", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.6", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2609, "texte": "« personne, pas même à quelqu'un de votre famille, de ce que je vous\n<( révélerai, parce que cela irriterait les Parques et qu'il vous arriverait\nprécisément le contraire de ce que je vais vous prédire. » La reine se\nmit alors à battre les cartes, en prenant un air sérieux ; puis sa physio-\nnomie s'éclaircit, et elle me prédit un avenir des plus heureux. Elle omit\npourtant de m'annoncer ce qui devait m'arriver un moment après,\nc'est-à-dire que je me brûlerais les mains en essayant de la sauver des\nflammes.\n« Tandis qu'elle parlait, en effet, une bougie allumée (dont elle ve-\nnait de se servir pour cacheter une lettre à l'amiral V ) tomba sur sa\nrobe, et les flammes l'enveloppèrent en un instant. Je me précipitai à\nses pieds, et, l'étreignant avec force, j'étouffai le feu avec mes mains,\nnon sans me brûler cruellement.\n« Comme vous.vous êtes brûlé pour me sauver! Sans vous j'aurais été\n« perdue, brûlée vivante ! Et je n'oserai pas même en parler, car per-\n« sonne ne doit savoir que j'ai écrit et cacheté une lettre. »\n« En me plaignant ainsi, elle examinait mes mains, soufflait dessus, et\nles frottait doucement avec du cold-cream. Et comme elle me recom-\nmandait de nouveau de ne rien dire de cet accident :\n(c allez-vous faire ? ajouta-t-elle. Vous devez jouer demain soir devant le\n« roi, et vous avez promis de jouer après-demain au concert de Rode.\n« Comment pourrez-vous vous servir de vos doigts, si terriblement\nte brûlés ? »\n« obéirai, en ne parlant à personne de cet événement. Je ferai dire à la\n« cour qu'un abcès venu à l'un de mes doigts me met dans l'impossibilité\n« de jouer ; de plus, je tousserai comme un poitrinaire, et le roi, qui me\n« dit toujours que je travaille trop, que je mange trop peu, que je suis\n« sec et jaune comme une momie, et que je n'ai plus qu'un an à vivre, le\nroi croira que je suis très malade. Il m'enverra, comme d'habitude,\n« une boîte de pastilles, un sac de gruau d'avoine et une bouteille de\n<c madère. Je donnerai les pastilles aux servantes, mon poney mangera\n« l'avoine, et,quant au madère, mon père s'en régalera. Dans huit jours,\nce mes brûlures étant guéries, je pourrai jouer à la cour. Le roi me\n« demandera alors si j'ai mangé les pastilles et avalé chaque matin une\ncuillerée de madère; je répondrai affirmativement, et Sa Majesté\nc croira qu'elle m'a encore une fois sauvé la vie. Mais, ajoutai-je, je\n«î croyais, madame, qu'on devait toujours, et en toute chose, commencer\n« par le commencement. Serait-il possible que je me fusse trompé ?\nce Assurément non,, répliqua la reine, et l'on doit toujours, en effet,"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "199", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.7", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2713, "texte": "« commencer par le commencement. Mais que signifie cette étrange\n« question ?\ncc Pourquoi alors, lorsqu'elle me disait si obligeamment ma bonne\n« aventure, Votre Majesté ne m'a-t-elle pas prédit tout d'abord la mau-\n« vaise aventure qui vient de m'arriver ? »\n«La reine rougit avec quelque embarras, puis elle répondit :\na monsieur, il faut que vous sachiez qu'on ne peut prédire que ce que\n« disent les cartes. Ensuite, j'ai remarqué que vous avez coupé beau-\n« coup trop haut. Ce n'est pas cela, et il faut couper plus au milieu.\n« D'ailleurs, ces.cartes ne sont pas bonnes; elles viennent de Bruxelles,\n« où Ton ne sait rien faire, si ce n'est de la dentelle. J'en ferai venir\n« d'autres de Paris, et je vous montrerai comment il faut couper et ce\n« qu'il faut penser. Alors, vous verrez. »\nCette petite scène eut des suites presque graves, Drouet raconte qu'en\nquittant la reine il entendit le roi, qui entrait chez elle, manifester à\nhaute voix son étonnement d'une odeur de brûlé qu'il disait sentir, et il\naffirme que le lendemain, et sans que l'on sût pourquoi, la reine partait\nde grand matin pour Paris. Peu après, il fut mandé à la cour, ce qui\nn'avait pas lieu de l'étonner, Drouet étant, comme artiste, au service du\nsouverain, auquel d'ailleurs, quoique tout enfant, il avait donné des\nleçons de musique avant que celui-ci montât sur le trône.\n« Aussitôt que le roi fut seul avec moi, dit-il, il m'engagea obligeam-\nment à m'asseoir, et m'adressa quelques questions au sujet de ce qui\ns'était passé dans le boudoir de la reine, en ma présence, la veille de son\ndépart. Je lui répondis simplement que j'avais écrit sur les paroles :\nPartant pour la Syrie, une mélodie que la reine m'avait dictée, et que,\nma tâche remplie, j'avais obtenu la permission de me retirer. Je réussis\nà éluder les questions que le roi me posa successivement à ce sujet, et\nlorsqu'il vit qu'il ne pourrait rien obtenir de moi par la crainte qu'il\nsemblait vouloir m'inspirer,, il changea de ton et voulut essayer s'il\nréussirait mieux par la douceur et la grâce. ce Vous souvenez-vous,\na me dit-il, monsieur Drouet, du temps où vous me donniez des leçons?\n« Vous n'étiez alors qu'un petit garçon, et pourtant vos leçons n'étaient\n(( vraiment pas mauvaises. Vous me grondiez quand je faisais des fautes\n« ou que je ne phrasais pas bien, et vous me menaciez de ne plus revenir\n«sije ne travaillais pas mieux. Vous en souvenez-vous? Certai-\n« nement, Sire, répliquai-je en faisant la révérence, je n'oublierai\n« jamais ce plaisir. Ah \\ mon ami, voici que vous parlez comme\ncc un vieux courtisan, et vous n'êtes encore qu'un enfant, »\ncc Le roi voulut alors recommencer à me questionner sur les faits tou\""}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "200", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.8", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1357, "texte": "chant la journée de Partant pour la Syrie, mais en vain, naturelle-\nment. Alors, il me salua gracieusement de la main, et me congédia. »\nCeci amena la disgrâce de Drouet. Le lendemain de cet entretien, un\ngrand concert avait lieu à la cour, dans lequel il devait exécuter une de\nses compositions. Il s'y rendit; mais, lorsqu'on remit au roi le pro-\ngramme de la soirée, celui-ci, avec un crayon, effaça le nom de Drouet\net le titre du morceau qu'il devait jouer. Quand vint le tour de ce mor -\nceau, et que les invités apprirent que le roi l'avait rayé du programme,\nPétonnement fut unanime, et se manifesta par de longs chuchotements.\nNous passerons sous silence certains détails relatifs à cette disgrâce, et\nqui n'ont pas trait directement à notre sujet, et nous reprendrons le récit\nde Drouet au moment où il recommence à parler de Partant pour la\nSyrie.\n« Pour finir, dit-il, je veux raconter comment la reine Hortense, en\nmangeant du sucre candi, en jouant aux cartes et en se regardant dans\nla glace, composait : Partant pour la Syrie, et comment je transcrivais\ncette romance sur le papier. La reine, en faisant le tour de sa chambre,,\ncommença à chanter ainsi :\n« Quelques minutes après, elle recommença à faire des roulades, et en\nmême temps elle changea de ton :\n(( Un instant après, elle reprit, encore dans un autre ton :"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "201", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.9", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 975, "texte": "a Enfin, elle finit comme suit :\ncc Nous avons vu qu'immédiatement après l'accident dont j'ai parlé\nun petit malentendu matrimonial s'était produit entre la reine et son\nroyal époux, et-qu'elle quittait précipitamment la Hollande, sans plus\nsonger à sa romance. J'avais emporté les quelques fragments de mélodies\nqu'elle m'avait fait écrire sous sa dictée, et, une fois rentré chez moi,\nj'avais définitivement arrangé l'air de la façon que voici :\nOn voit que Drouet ne se servit guère, pour écrire sa romance, des\nfragments mélodiques que lui avait dictés la reine; il s'en tint en quel-\nque sorte au style, à l'allure générale des phrases qu'elle lui avait chan-\ntées, et, que ce fût involontaire ou cherché de sa part, il reproduisit\nassez fidèlement cette allure et ce style, si souverainement poncifs et\nbanals. On remarquera que dans la version complète qu'il donne ici, la\ndernière période, qui comprend les deux derniers vers, n'est point répé-"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "202", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.10", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2590, "texte": "tée, comme on l'a fait depuis, en la terminant la première fois sur la\nmédiante, répétition si agaçante et si insupportable. De plus,, on pourra\nobserver que la reine Hortense avait la mémoire assez meublée, musi-\ncalement parlant, et que son inspiration péchait un peu par la nouveauté.\nPour ne citer que deux réminiscences, on peut signaler le début du troi-\nsième fragment : Faites, reine immortelle, qui est directement emprunté\nà la Marseillaise, et la fin du quatrième, qui reproduit, au contraire, la\nchute du Chant du Départ.\nRevenons maintenant au récit de Drouet.\naJe terminai cette romance, dit-il, avec l'accompagnement, en moins\nd'une heure. Quelques mois après, la reine étant revenue en Hollande\npour quelques jours, et m'ayant fait prier de me rendre auprès d'elle\navec la composition que j'avais écrite sous sa dictée, je m'empressai de\nlui obéir. Après avoir essayé la romance, et à force de l'étudier, elle par-\nvint enfin à la savoir. C'est à peine si elle connaissait ses notes, et, lors-\nqu'il lui arrivait de faire une faute, elle s'écriait :\n« de mémoire! J'ai composé cette romance et je vous l'ai dictée; je de-\n« vrais assurément la savoir. Mais j'ai à penser à tant de choses !... »\n(( Puis, tout à coup :—« Dites-moi, monsieur Drouet, est-ce bien là\n« l'air que vous avez transcrit pour moi? Note pour note, madame.\n« C'est que je ne voudrais point, mon ami, acquérir une réputation\n« aux dépens d'autrui. Etes-vous bien sûr que vous ne m'avez pas aidée\n«un peu? Oh ! Votre Majesté aun tel talent musical, qu'elle n'a\n« pas besoin de la faible assistance des autres. Si j'avais substitué mes\n« idées aux vôtres, c'eût été priver une couronne de ses diamants, pour\n«en mettre de faux àla place. Vous avez toujours quelque chose\na d'aimable à dire, monsieur Drouet. »\nDrouet, on le voit, faisait de l'esprit à bon marché. Mais laissons-le\nterminer.\na La reine me pria alors de lui faire faire quelques copies très soignées\nde sa romance. Je les fis faire en effet, et les payai quarante florins, que\nSa Majesté oublia de me rembourser. Voici donc mes profits en cette\naffaire : Pour avoir écrit cette romance et m/être brûlé les mains, j avais\nreçu un peu de cold-cream, et le roi me doit encore les dix derniers mois\nde mon service àla cour, en l'an 181 o.\n« La romance Partant pour la Syrie devint le chant populaire de la\nFrance en 1848 ; elle marqua le règne de Louis-Napoléon Bonaparte, le\nfils de la reine Hortense, le prisonnier de Ham, le fugitif d'Amérique en\nAngleterre, le président et le second empereur des Français. Toutes ces"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "203", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.11", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 707, "texte": "choses-là, la reine avait oublié de me les prédire lorsqu'elle consultait\npour moi les cartes en 1807, *\nIl ne m'a pas semblé inopportun de rappeler, d'après Drouet, l'enfante-\nment et les origines de Partant pour la Syrie. A moins que cet artiste\nn'ait voulu se rendre coupable, sur ses vieux jours, d'une immense mys-\ntification, à laquelle il n'avait d'ailleurs aucun intérêt, son amour-propre\nn'ayant que médiocrement lieu d'être flatté delà composition qu'il s'attri-\nbue, je pense qu'on peut tenir pour exacts et vrais les détails circonstan-\nciés qu'il donne à son sujet. En tous cas, ces détails m'ont paru assez\nintéressants pour n'être pas ignorés en France.\n\nARTHUR POUGIN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-06-01-01-c010", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-06-01_01#c010", "volume": "bmtnabc_1874-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "204", "page_fin": "208", "image_debut": 12, "image_fin": 16, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.2.2", "titre_corps": "LE RÉALISME DANS L'OPÉRA-COMIQUE AU XVIII SIÈCLE", "titre_sommaire": "LE RÉALISME DANS L'OPÉRA-COMIQUE AU XVIII SIÈCLE", "signature_source": "CH. BARTHÉLEMY", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 12, "page_imprimee": "204", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.12", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1310, "texte": "LE RÉALISME\nDANS\nL'OPÉRA-COMIQUE AU XVIII SIÈCLE\n\n(0\nVcATtÉ\nT 720 ï75 7\nA complaisance excessive de Vadé, ses veilles, ses\ntravaux, et les plaisirs de toute espèce auxquels il\ns'abandonnait sans retenue, avaient gravement com-\npromis sa santé. Le jeu et la table ne lui étaient pas\nindifférents; enfin, il abusait de son tempérament, qui\nétait robuste.\n« J'ai su par un de ses amis, dit Fréron, que, dans le cours de\nsix années consécutives qu'ils avaient demeuré ensemble, il n'était jamais\nrentré qu'à trois ou quatre heures du matin. Il commençait à reconnaître\nles égarements et les dangers de sa conduite ; il se proposait d'être plus\nsage, plus sédentaire et plus laborieux. Ces heureuses dispositions se sont\ndéveloppées à sa dernière heure, et il est mort dans des sentiments très\nchrétiens, le lundi, 4 juillet 1757, sur les cinq heures du soir (2). »\n<( 11 fut enterré à Saint-Germain-l'Auxerrois, Il était âgé de trente-sept\nans et demi (3).\n« Le Vaudeville, cet enfant de la franchise et de la gaieté nationale,\n\n(1) Voir les numéros des ier janvier, i 5 février et i 5 mai.\n(2) Fréron : l'Année littéraire, 1757. T. IV, p. 355 et 3i>i.\n(3) Vadé avait laissé son nom à une fille naturelle qui débuts: Hans la tragédie au\nThéâtre-Français, en 1776, et qui mourut, en 1780, d'une fluxion de poitrine."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "205", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.13", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 1623, "texte": "est mort avec ce poète naïf, » écrivait alors Monnet; et il ajoute : « La\nmort de M. Vadé fut pour moi une perte irréparable qui, jointe à ma\nmauvaise santé, m'obligea de quitter ma direction (1).\nYadé laissait encore plusieurs comédies et quelques opéras-comiques\ninédits.\nLa Canadienne, comédie en un acte, en vers, ne fut jamais représentée ;\nmais elle a été imprimée, et n'offre rien de bien saillant.\nSes deux opéras-comiques, le Mauvais Plaisant et la Veuve indécise,\nparodie de la Veuve coquette, ancien actq d'opéra, ne furent représentés\nqu'après sa mort; le premier, le 17 août 1757; le second, le 24 sep-\ntembre 1759.\n« Le Mauvais Plaisant, ou le drôle de corps, n'aurait pas dû être\nreprésenté. L'auteur n'avait fait que l'ébaucher, et ne l'aurait sûrement\npas donné tel qu'on l'a trouvé à sa mort. La pièce n'était pas finie; il\ny manquait quatre ou cinq scènes ; les autres n'étaient ni liées, ni\nretouchées ; en un mot. c'était un croquis plutôt qu'une pièce. On l'a\nfait achever et arranger par une autre main, et l'on ne s'en aperçoit que\ntrop.\n«On est un peu dédommagé de toutes ces platitudes par quelques\ncouplets assez heureux, tels que celui-ci, sur l'air du Menuet d'Exaudet,\noù l'auteur a défini la bonne compagnie :\nBien penser,\nS'énoncer,\nD'un air libre,\nMais sans trop de liberté,\nEt de légalité\nConserver Véquilibre ;\nObliger\nSans songer\nQu'on oblige,\nImmoler sa volonté\nQuand la société\nL'exige ;\nSe prêter, quand on raisonne, 1\nAux raisons que l'on nous donne,\nFaisant voir *\nLeur pouvoir\nSur les nôtres :\nOn a de Vesprit, on plaît,\n\n(i) Ibidp. 78, 81 et 82.]"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "206", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.14", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1441, "texte": "Dès que Von satisfait\nLes autres.\nPossédant\nLe talent\nD'être aimable,\nJoindre à ces variétés\nLes belles qualités\nPour paraître estimable\nAmuser\nSans user\nD'épi gramme :\nTel qui rit d'un trait lancé,\nEn est toujours blessé\nDans l'âme.\n(Scène VI.) (i).\nQuant à la Veuve indécise, le canevas seul de cet opéra-comique en\nun acte fut trouvé dans les papiers deVadé. Un homme d'esprit travailla\nsur ce canevas, et en lit une fort jolie pièce dont Duni écrivit la\nmusique (2).\nVadé fut vivement regretté du public et des gens de goût ; grâce à lui,\nla bonne société, qui jusqu'alors avait déserté les théâtres de la foire,\nà cause de leur licence, s'empressait d'y accourir assidue et nombreuse.\nLe prologue d'ouverture, du 3 février 1758, dû à la plume de Panard\net de Favart, contient un éloge heureux de l'auteur du Suffisant et du\nTrompeur trompé :\nDe plus en plus le goût s'épure,\nEt pour plaire il faut aujourd'hui\nFine critique sans satire,\nFonds heureux et joli détail,\nEt que les Dames puissent rire\nSans le secours de l'éventail.\nCes quatre derniers vers désignent les ouvrages de Vadé, que le cou-\nplet suivant propose pour exemple à tous ceux qui voudront courir la\nmême carrière. Ce couplet charmant caractérise on ne peut plus par-\nfaitement l'aimable auteur de tant de jolis ouvrages. On dit à ses succes-\nseurs :\n\n(1) Fréron : l'Année littéraire, 1757. T. VIL, p. 3i à 35\n(2) Ibidl7sg. —T. VI, p* 263 et 264."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "207", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.15", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 968, "texte": "AIR du Menuet D'Exaudet.\nObservej\nEt suive %\nCe modèle;\nComme lui peigne% les mœurs,\nPrene% de ses couleurs\nLa teinte naturelle.\nQue le trait\nDu portrait\nSoit fidèle ;\nConsulte% la vérité t\nL'art n9a rien mérité\nSans elle.\nSes couplets, dont l'harmonie\nAu sens est toujours unie,\nSont limés\nEt rimé s\nSans contrainte ;\nSes vetits vers mesurés,\nJL *\nSerrés,\nCoupés,\nFrappés,\nEn tout\nL'empreinte.\nUnissant\nLe plaisant\nA Vutile,\n// traitait tous les sujets\nEt selon les objets\nIl variait son style.\nTout y prend\nDifférent\nCaractère.\nIl n'est point de mauvais ton\nLorsque l'on a le don\nDe plaire (i)*\nUn autre à-propos, intitulé VOmbre de Vadé1 suppose que cet auteur\ndoit faire jouer une piècedesa composition devant Pluton. Momus, envoyé\nsur la terre pour lui amener des acteurs, arrive accompagné de Nicaise.\n\n(1) Voyez la Répétition interrompue$ par Panard et Favart, reprise, le 3 février 1758,\navec des additions et des changements."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "208", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.16", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2034, "texte": "de Jérôme, de Fanchonnette et de madame Saumon, l'un des types\ndes Racoleurs. Ces acteurs font, chacun suivant son caractère, l'éloge\nde Vadé, et témoignent par les transports les plus vifs la joie qu'ils ont\nde le revoir.\nCet à-propos est de Taconet; il fut représenté à Lorient, en Bretagne,\nau mois de novembre 1757. Ce fait dit assez la popularité de Vadé.\nSon caractère et ses talents nous semblent résumés d'une façon heu-\nreuse, dans ce quatrain placé au bas de son portrait (1) :\nBon citoyen, ami fidèle,\nPlaisant sans fiel et galant sans fadeur ;\nIl n'eut de maître que son cœur ;\nLa nature fut son modèle (2).\nLes autres productions de Vadé sont la Pipe cassée, poème épi-tragi-\npoissardi-héroi-comique (sic) ; les Quatre Bouquets poissards; Lettres\ndelà Grenouillère, entre M. Jérôme Dubois,pêcheux du Gros-Caillou,\net mademoiselle Nanette Dubut, blanchisseuse de linge fin; des Épitres\nen vers, des Madrigaux, des Fables, des Chansons et des Amphigouris.\nEn 1791, un nommé Harvant fit paraître un petit volume in-12, sous\nce titre : le Petit Neveu de Vadé, avec cette épigraphe,, tirée du Barbier\nde Séville : « Eh, vive la joie! Qui sait si le monde durera encore trois\nsemaines ! »\n«Le petit neveu (lit-on dans les Petites Affiches du 21 août 1791 ) a\nbeaucoup de l'originalité de son oncle, et l'auteur le fait briller par\nbeaucoup d'esprit, de facilité à faire des vers, et une grande habitude de\nparler et d'écrire le langage des halles,, langage plein de bons mots, de\ncalembours, de rimes et de répliques souvent très fines et très piquan-\ntes. .. Ce genre-là n'a pas un grand nombre d'admirateurs, mais il a néan-\nmoins son mérite, et nous engageons ceux qui l'aiment à se procurer cet\nouvrage, où ils trouveront au moins de l'esprit, et l'esprit plaît toujours,\nde quelque manière qu'il se présente. »\n\nCH. BARTHÉLEMY.\n\n(1) Gravé par Fiquet, d'après le tableau de Richard.\n(2) On ne connaît pas l'auteur de ce quatrain. Il nous semble y reconnaître la\ntouche de Favart, ou plutôt de Panard."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-06-01-01-c014", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-06-01_01#c014", "volume": "bmtnabc_1874-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 17, "image_fin": 17, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.2.3", "titre_corps": "CANARIES D'ARMIDE (LULLY — 1686)", "titre_sommaire": "CANARIES D'ARMIDE (LULLY — 1686)", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.17", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 37, "texte": "CANARIES D'ARMIDE\n(LULLY — 1686)\n(33)"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-06-01-01-c015", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-06-01_01#c015", "volume": "bmtnabc_1874-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 18, "image_fin": 19, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.2.4", "titre_corps": "CANARIES DE L'EUROPE GALANTE (CAMPRA—1697)", "titre_sommaire": "CANARIES DE L'EUROPE GALANTE (CAMPRA—1697)", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.18", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 47, "texte": "CANARIES DE L'EUROPE GALANTE\n(CAMPRA—1697)\n(34)"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.19", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4, "texte": "(34)"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-06-01-01-c016", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-06-01_01#c016", "volume": "bmtnabc_1874-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 20, "image_fin": 20, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.2.5", "titre_corps": "CANARIES D'AMADIS DE GRECE (DESTOUCHES-1699)", "titre_sommaire": "CANARIES D'AMADIS DE GRECE (DESTOUCHES-1699)", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.20", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 95, "texte": "CANARIES D'AMADIS DE GRECE\n(DESTOUCHES-1699)\nP. Bertrand grav:\n(35)\nImp: Arouy rue du Delta 26."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-06-01-01-c017", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-06-01_01#c017", "volume": "bmtnabc_1874-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "211", "image_debut": 21, "image_fin": 23, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.2.6", "titre_corps": "LES AIRS A DANSER DE L'ANCIENNE ÉCOLE FRANÇAISE", "titre_sommaire": "LES AIRS A DANSER DE L'ANCIENNE ÉCOLE FRANÇAISE", "signature_source": "TH. DE LAJARTE", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.21", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1500, "texte": "LES AIRS A DANSER\nDE\nL'ANCIENNE ÉCOLE FRANÇAISE\n\nES circonstances dans lesquelles ce travail a été com-\nmencé me font espérer qu'il sera lu avec intérêt. Sï le\nsujet que je dois traiter est loin d'avoir une raison\nd'actualité, il semble posséder au moins le mérite\nd'apporter de précieux documents à l'histoire mu-\nsicale.\nUn abonné, par une lettre adressée au directeur de cette Revue,\ndemande avec instance l'explication du mot : passacailie qu'il a vu sou-\nvent placé en tête des morceaux de musique du siècle dernier.\nJ'allais donc, sur la prière de notre directeur, me mettre en mesure de\nsatisfaire ce correspondant, lorsqu'il m'est venu la pensée d'entreprendre\nun travail d'ensemble plus complet, qui pût faire connaître aux lecteurs\ntous les « airs à danser» dont les noms se retrouvent sans cesse dans nos\nvieilles partitions, depuis Lulli jusqu'à Gossec et Cherubini, noms\noubliés pour la plupart, et dont au moins on ignore, maintenant, la\nsignification et la provenance.\nIl est bien entendu, tout d'abord, que je ne vais pas me lancer dans\nune étude approfondie des entrechats >), du « ballon », et du « jetté-\nbattu ». Sans compter mon ignorance notoire en semblable matière et\nl'inopportunité d'un pareil travail dans ces colonnes, il me serait impos-\nsible de rassembler les matériaux nécessaires pour mener à bien cette\npérilleuse entreprise.\nCe ne sera donc qu'au point de vue purement musical que j'étudierai\nles différentes « danses à caractère » usitées à l'Opéra sous Louis XIV,"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "210", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.22", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2419, "texte": "Louis XV et Louis XVI, Avec les partitions et quelques écrits contem-\nporains, j'espère pouvoir reconstituer l'ensemble des ballets de nos pères,\nqui connaissaient peu « le ballet d'action » et ne se servaient, pour leurs\ndanses, que de types tout faits, dont le rhythme et la contexture étaient\ntoujours les mêmes et qui se nommaient :\nCanaries, Passacaille, Passepied, Forlane, Rigaudon, Bourrée, Pavane,\nSarabande, Gigue, Chaconne, Menuet, Musette et Tambourin.\nSans rappeler les prouesses du Roi-Soleil comme danseur émérite, il\nne faut pas oublier quelle était l'importance de l'art chorégraphique dans\nnotre vieux théâtre. La danse faisait partie intégrante du spectacle à\nl'Académie royale de musique, et il n'existe pas un ouvrage, si petit\nqu'il soit, où la danse n'ait figuré côte à côte avec le chant et la\nsymphonie.\nLes musiciens qui veulent bien connaître l'histoire du théâtre de\nl'Opéra au dix-huitième siècle doivent donc au moins savoir le nom\ndes danses qui y étaient exécutées chaque soir.\nI\nLES CANARIES\nJe m'occuperai tout d'abord des « Canaries » (que Ton appelait aussi\n«les canaris» et «la canarie»), parce que cette danse a été très vite\nabandonnée, bien qu'elle ait été la contemporaine des passacailles, passe-\npieds et de tous les autres airs à danser qui doivent figurer dans ce\ntravail. A partir de l'école Lulliste, à l'époque de Colasse et de Mouret,\non n'en trouve plus de traces dans les partitions. Diderot, en 1759,\nl'appellait déjà « une ancienne danse », comme s'il eût été question de\nla Danse pyrrhique.\nOn donne plusieurs explications de ce nom : Canaries. Les uns vou-\ndraient qu'il provint du premier air sur lequel on a dansé la ligure, ou\ntout au moins du rhythme, importés tous deux des îles de l'Atlantique.\nD'autres prétendent que le nom vient tout simplement d'une mascarade,\nd'un intermède, ou d'une entrée de ballet, dont les danseurs étaient\naccoutrés en sauvages des Canaries. La première hypothèse est tout à\nfait invraisemblable ; mais les deux autres sont, à coup sûr, très près de\nla vérité. Les figures de cette danse étaient assez étranges; les groupes\ns'éloignaient et se rapprochaient en faisant des passes tout à fait en\ndehors de l'école chorégraphique française ; on peut donc fort bien\nadmettre qu'avant Gambert et Lulli, dans un bal à la cour, des danseurs,\ncoiffés de plumes, couverts d'oripeaux et de verroteries, aient mimé un"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "211", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.23", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2401, "texte": "pas sauvage, que Ton a appelé « Air des Canaries ». Le nom est donc\nresté au rhythme et à la figure.\nDu reste, comme air à danser, la canarie n'est qu'une espèce de gigue\nun peu lente. On verra, par les trois exemples qui accompagnent cette\ncourte explication, combien le rhythme est pareil dans ces trois mor-\nceaux, sans avoir, le moins du monde, des allures africaines.\nJe n'ai fait que transcrire, avec très peu de modifications, la canarie\nde l Europe galante. Elle est à peu près constamment écrite à cinq\nparties réelles, qui se décomposent ainsi : premier dessus de viole : clef\nde sol, première ligne ; second dessus : clef dpremière ligne; haute-\ncontre : clef d'uty seconde ligne ; taille : clef d'wif, troisième ligne; basse :\nclef de fa, quatrième ligne; les flûtes et hautbois doublent les premiers\net seconds dessus, les bassons doublent les basses de viole.\nDans ma transcription, j'ai tout respecté, même les très nombreuses\nincorrections dont Campra avait l'habitude d émailler sa musique ; les\nfausses relations, les suites de quintes et d'octaves se font remarquer\nsouvent ; mais cette « naïveté » harmonique, ces tierces picardes intem-\npestives, ont pour moi le charme que Ton éprouve en regardant les\nœuvres plastiques du moyen âge qui foulent aux pieds, sans vergogne,\nles premiers principes de l'anatomie et du dessin.\nL'Armide, de Lulli, et YAmadis de Grèce, de Destouches, ne nous\nsont parvenus qu'à deux parties : dessus et basse. La basse de Des-\ntouches n'est pas même chiffrée. Force m'a donc été de faire le rem-\nplissage, comme on disait au dix-huitième siècle.\nLa canarie d'Amadis me semble devoir être la préférée, bien que celle\nde l'Europe galante ait eu beaucoup de succès dans son temps, puisque\nY Encyclopédie la donne comme exemple du genre; mais, dans r air de\nDestouches, il y a déjà une forme mélodique très appréciable. Je dois faire\nobserver que Destouches a marqué le mouvement en 3/8, et que Campra\nn'a pas mis d'accident à « l'armure», bien que sa canarie soit bien évi-\ndemment en re mineur. Il craignait sans doute que ses inhabiles « sym-\nphonistes » n'eussent besoin de revoir le si bémol à chaque instant. Du\nreste, il abuse du si naturel : c'est une justice à lui rendre.\nLes quelques nuances que je me suis permises sont bien dans le carac-\ntère archaïque ; l'exécutant pourra les compléter.\n(À suivre,)\n\nTH. DE LAJARTE."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-06-01-01-c021", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-06-01_01#c021", "volume": "bmtnabc_1874-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "212", "page_fin": "217", "image_debut": 24, "image_fin": 29, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.2.7", "titre_corps": "LES CANTATRICES DRAMATIQUES", "titre_sommaire": "LES CANTATRICES DRAMATIQUES", "signature_source": "PAUL FOUCHER", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 24, "page_imprimee": "212", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.24", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1229, "texte": "LES\nCANTATRICES DRAMATIQUES\n\n(I)\nIII\nMARIE MALIBRAN\nII\nPRÈS avoir brillé passagèrement à Londres, fait fortune\nun moment à New-York, Marie était inconnue à\nParis, où elle alla habiter chez une sœur de M. Mali-\nbran. Le souvenir de l'intérêt que lui avait témoigné\nprécédemment la comtesse Merlin la conduisit chez\ncette dame. Je laisse ici parler la protectrice et le bio-\ngraphe de la Malibran :\n« La pauvre créature, lancée d'au delà des se trouvait sans\nguide, sans protection, sans argent, dans un dénûment presque complet,\net m'apparut avec ses beaux cheveux noirs et soyeux, tombant en longues\nboucles sur ses épaules, une étroite et courte robe de mousseline, ses\nbeaux yeux, ses lèvres qui respiraient la force et la jeunesse, ses vingt\nans et son immense talent. Tout cela me frappa de vertige ! La pitié,\nl'intérêt, l'admiration, se partagèrent tour à tour mon cœur. Je la mis\nau piano ; je la trouvais adorable. »\n« Elle voulut chanter un duo avec moi ; puis, au milieu du duo, elle\ns'arrêta tout à coup et, me sautant au cou,, les larmes aux yeux : « Oh !\npapa ! Que vous me rappelez l'école de papa, et que nous nous entendons\n\n(i) Voir les numéros des ler décembre iByB, lerIer janvier, icr février et ier mai 1874,"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "213", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.25", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2753, "texte": "bien ! » Puis, elle continua à chanter. C'était un mélange d'âme, d'en-\nfantillage, de sublime talent incompréhensible.))\nLa comtesse parla de sa découverte : « C'est un colosse, c'est la mu-\nsique incarnée, que cette jeune fille ! » dit-elle. Un jury musical, con-\nvoqué chez la protectrice de Marie, fut électrisé. Les voies s'ouvrirent\npour elle. Elle débuta en janvier 1828 dans l'opéra et par le rôle de\nSemiramide, rue Le Peletier, au bénéfice de Galli, une basse italienne\nd'un grand talent. L'émotion de Marie était au plus haut degré. Le rôle\nn'était pas tout à fait dans ses cordes. La salle était immense ; elle était\ndevant le public le plus compétent et par cela même le plus difficile du\nmonde; mais elle dut bientôt se rassurer. On a raconté alors que,dans les\nderniers jours qui avaient précédé son début, son gosier, contracté par la\nterreur, ne lui avait permis de prendre aucun aliment, mais que dans\nl'entracte, rassurée par l'accueil du public, elle dévora gaiement un\nsouper sommaire.\nIl serait aussi puéril que fastidieux de recueillir les innombrables arti-\ncles inspirés par la Malibran. Il peut n'être pas sans intérêt cependant\nde noter une ou deux courtes appréciations de critiques autorisés sur\ncette première soirée, cette solennité décisive, qui déchaîna pour la\njeune et merveilleuse cantatrice des triomphes sans précédent. « Sa\nvoix est un me^o-soprano, » disait Castil-Blaze dans le Journal des\nDébats, « second dessus d'une grande étendue. Elle la ménage avec tant\nd'art qu'on peut croire qu'elle possède les trois diapasons. Elle chante\naussi* la partie du contralto. Sa voix est d'un beau son et d'un timbre\nflatteur ; sa manière de chanter appartient à la bonne école; elle articule\nbien le trille et peut le prolonger sans en altérer le mouvement ni la jus-\ntesse ; elle joue avec expression; elle est d'une belle taille, d'un extérieur\nfort agréable ; elle a de fort jolis yeux. »\nL'appréciation de Fétis,qui se laissait moins entraîner que Castil-Blaze\npar les séduisantes qualités de la Malibran, est moins complètement\nfavorable sur ce début, mais flatteuse encore : ce Le génie du chant, la\nnouveauté de ses fioritures et quelques éclairs d'un beau sentiment dra-\nmatique firent voir ce qu'elle serait bientôt, quoique l'émotion eût nui\nen plusieurs endroits au développement de ses rares facultés. Toutefois,\non apercevait dans l'ensemble de son chant un défaut de goût, car elle\ny multipliait les traits de tout genre, sans examiner s'ils avaient entre\neux les rapports nécessaires, ni s'ils s'appropriaient à la mélodie ou même\nà l'harmonie. »\n«Quelques observations critiques des journaux, les occasions fré-\nquentes qu'elle avait d'entendre de bonnes choses à Paris et sur-"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "214", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.26", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2750, "texte": "tout son instinct admirable, donnèrent bientôt une meilleure direction\nà son talent. »\nOtello, Il Barbiere, la Cenerentola révélaient ce talent sous les as-\npects les plus variés. Mais ces diverses faces se montraient àla fois dans\nle rôle de Ninetta, de la ladra, où elle était tour à tour naïve,\nenjouée, amoureuse,, et profondément tragique. Elle donna au beau duo\nde la croix, qui passait inaperçu, ou que l'on supprimait parfois comme\ninutile, une expression inconnue jusqu'alors. Elle faisait frémir dans la\nscène du jugement et en marchant au supplice. Elle savait communi-\nquer au public les émotions qu'elle ressentait la première. La réunion en\nelle des deux voix de contralto et de soprano aigu frappait d'étonnement\nceux qui l'entendaient passer de Tune à l'autre avec des traits hardis et\nrapides. Cette double qualité de l'organe lui permettait de jouer indiffé-\nremment Roméo ou Giuletta, dans l'opéra de Zingarelli ; Tancrède ou\nAmenaïde dans le Tancredi de Rossini 5 Arsace ou Sémiramis dans la\nSemiramide. Elle créa avec éclat, dans cette première phase, un opéra\nd'Halévy composé pour elle : Clary.\nAu milieu des enivrements naissants du public, Marie Malibran se\nsentait toujours sous le joug du mari à la fois honoraire et oppressif dont\nson génie était réduit à n'être que le fermier. Un sentiment de convenance\nl'avait fait descendre à Paris, chez une sœur de M. Malibran (M. Mali-\nbran était Français d'origine). Mais bientôt l'instinct très vif de son\nindépendance, son irritation légitime de ne travailler sans cesse que pour\nréparer les désastres d'un mari qui lui eût dû tout au moins un bien-être\ngaranti mensongèrement avant le mariage, rendirent insupportable\nà Marie son séjour dans la famille de M. Malibran. Un jour, avec la spon-\ntanéité qu'elle mettait dans toutes ses accions, elle fait venir une voiture\nde place, y jette ses effets, et se fait transporter chez madame Naldi, une\namie. Elle eût pu vivre seule, avec la liberté qu'autorisait sa profession;\ntoutefois, la crainte de l'opinion, le sentiment trop juste —et trop justi-\nfié depuis qu'elle avait besoin d'un protecteur contre elle-même, lui\nfirent chercher cette tutelle sévère à laquelle elle se soumit, non-seule-\nment comme règle morale, mais au point de vue de son budget écono-\nmique. Elle apportait tout son argent à madame Naldi, qui le plaçait, et\nne lui laissait que le nécessaire. Plus tard, à l'époque de sa brillante\nfortune, elle se plaisait à montrer un petit châle de cachemire usé, —le\npremier qu'elle eût porté, et qui lui était précieux, surtout en se rap-\npelant toute la peine qu'elle avait eue à décider madame Naldi àle lui\nacheter.\nLa femme qui savait si bien ainsi se contraindre et se régler dans la vie"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "215", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.27", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2725, "texte": "privée était emportée en scène par un démon intérieur qu'elle ne maî-\ntrisait pas. Dans Desdemona, elle fuyait sous le poignard d'Othello et\nparcourait toute la chambre, en proie à un effroi frénétique, et comme\nsi réellement elle n'avait pas d'autre moyen d'échapper à une mort véri-\ntable. Donzelli, son partenaire ordinaire, un ténor à voix puissante,\nvoulut en vain convenir avec elle d'une mise en scène commune qui lui\npermît de tuer sa victime plus commodément. Il était réduit, chaque\nfois qu'il jouait avec la Malibran, aux hasards de cette course échevelée,\nqui un jour lui occasionna une chute où il se blessa légèrement avec son\npoignard de théâtre.\nCette fougue inconsciente était si peu jouée, qu'elle produisit un inci-\ndent plus comique à coup sûr que la grande artiste ne l'eût voulu. Au\ndeuxième acte d'Otello, lorsque le More et Rodrigue sont sortis pour se\nbattre, et que Desdemona, revenue de son évanouissement, interroge le\nchœur, la Malibran, s'identifiant avec les anxiétés mortelles d'une\népouse tendre, prend à partie le premier choriste qu'elle aperçoit, le traîne\nsur le devant de la scène, serre dans ses mains convulsives les gants de\ncoton blanc du gagiste, interroge de ses yeux ardents cette face placide\nqui semblait répondre : « Mais, madame, je ne suis pas assez payé par\nl'administration pour être aussi ému que vous, et je vous assure que,\npourvu que je fasse la partie dans le chœur, je ne suis nullement tenu de\nsavoir de quoi il s'agit, et de vous renseigner sur le sort d'Othello, que\nj'ignore absolument. »\nDevant l'étonnement et l'embarras de ce brave choriste, la salle avait\npassé d'une profonde émotion à une gaieté sympathique encore pour la\nresplendissante actrice. Vitet, depuis homme politique et mort sur la\nbrèche ouverte par le 24 Mai, en 1829 critique musical du Globe et\npartisan enthousiaste de la Malibran, raconta le fait dans son feuilleton.\nMais, en même temps, la Malibran avait certains traits de présence\nd'esprit étranges. Il est vrai qu'ils étaient inspirés par le cœur; ainsi, à\nla représentation donnée à son bénéfice au commencement d'avril 1829,\nla scène, au troisième acte à'Oiello, était jonchée de fleurs, hommages\ndont on n'abusait pas alors, et qui semblaient éclos spontanément dans\ncette chaude atmosphère que Marie créait autour d'elle. A l'extrême dé-\nnoûment, Desdemona, qui gisait immolée et râlante, cria à Othello, qui\nallait en tombant à son tour, après s'être poignardé, écraser couronnes et\nbouquets : « Prenez garde à mes fleurs ! prenez garde à mes fleurs! »\nIl semblait que, dans une intuition surhumaine, Marie Malibran vît\ndans ces fleurs fragiles l'emblème de son enchanteresse et si éphémère\ndestinée !"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "216", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.28", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2844, "texte": "Vers la fin de la même année, Marie partit pour Londres, engagée par\nLaporte au King's Theatre pour chanter à raison de 75 guinées par re-\nprésentation, plus un bénéfice. Elle y joua son répertoire ordinaire avec\nson succès accoutumé. Toutefois, elle y fut desservie par une note du\nGalignanVs Messenger, qui l'accusait de n'avoir voulu recevoir, dans\nune soirée qu'elle donnait, que des personnes présentées à la Cour (im-\nputation bien ridicule pour qui pouvait connaître la nature prime-sau-\ntière et les allures sans façon de Marie) , et d'avoir fait jouer dans son\nsalon une petite pièce où la nationalité anglaise était caricaturée, Un\nami, le baron de Trémont, écrivit au GalignanVs pour détruire le fâ-\ncheux effet de cette note. Quelques salons aussi se fermèrent pour elle,\nparce qu'elle mit une certaine fierté à ne pas vouloir accepter, comme prix\nde sa participation aux concerts, un prix moindre que vingt-cinq gui-\nnées, exigées par la Pasta. A coup sûr, la Malibran avait le droit de ne\npas vouloir subir un rabais, et l'estime et la sympathie de la Pasta pour\nsa jeune émule le prouvèrent.\nIci se place un épisode de la vie de l'illustre cantatrice qui eut une\ninfluence décisive sur sa destinée : son antagonisme, qui ne fut pas seu-\nlement de gloire, avec Henriette Sontag. J'en ai mentionné les principales\ncirconstances dans l'article spécial que j'ai consacré à cette dernière , y\ncompris leur réconciliation, qui eut lieu dans le salon même de Fauteur\ndes Loisirs d'une Femme du monde. Avant cette réconciliation, la Ma*\nlibran eut un mot sublime et qui l'honore à jamais. On croyait lui faire\nhabilement sa cour en critiquant devant elle sa rivale , si heureuse et si\nfêtée unanimement, et dont le talent était plus pur, plus parfait peut-\nêtre, que celui de la fille de Garcia, mais dépourvu de la flamme de\ncette dernière. On disait que la Sontag n'avait point d'âme.\nAttendez qu'elle ait souffert, répondit la et vous verrez !\nQuand, rapprochée enfin de celle qui allait devenir comtesse Rossi,\nelle joua avec elle, au bénéfice de madame Damoreau, dans II Matri-\nmonio segreto, Marie accepta volontiers le rôle de la vieille tante Fi-\ndalma, et trouva plaisant de se donner des rides et des cheveux blancs.\nCeci répondait dans une certaine mesure à un côté humoristique de\nl'esprit de la Malibran. Elle aimait à jouer chez elle, en petit comité,\ndes pièces des Variétés ; elle dessinait des charges à la plume ; ses lettres\nfourmillent de calembours. Au château de Brizay, où elle allait se re-\nposer des fatigues de l'art, elle en cherchait d'autres, s'habillait en gar-\nçon, usait et abusait de tous les exercices : le cheval, la chasse; et elle joua\nun jour une comédie de paysanne amoureuse vis-à-vis d'un vieux méde-\ncin, des amis de la maison, et qui ne la reconnut pas, tant elle s'était"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "217", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.29", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 1734, "texte": "bien déguisée. Elle poussa l'amour de la caricature jusqu'à vouloir qu'elle\ns'exerçât sur elle-même, et exigea que Dantan,qui faisait alors des char-\nges en plâtre de toutes les individualités connues, exagérât les irrégu-\nlarités de ces traits charmants, fendît jusqu'aux oreilles cette bouche un\npeu grande, dénaturât complètement cette gracieuse et poétique physio-\nnomie.\nLa Malibran avait dans la conversation des traits vifs et caractéris-\ntiques. Elle disait, en parlant d'un homme qui donnait à tout une\nimportance ridicule : « Cet hornme-là ferait un bain de vapeur d'une\ngoutte d'eau. »\nSa causerie était vive, satirique, mais sans fiel, surtout sans arrière-\npensée. Comme elle parlait toutes les langues, elle empruntait tour à\ntour à chaque idiome les mots, les tournures de phrase qui pouvaient le\nmieux servir le trait qu'elle lançait :\nVotre conversation, lui dit-on, est un véritable habit d'arlequin...\n■—Qui n'a pas de masque, repartit-elle.\nJ'ai mentionné sa passion pour le cheval, passion qui a causé sa mort.\nElle prit sa première leçon en compagnie d'un ami dévoué, admirateur\nintelligent, qui était en même temps un gentleman, Ernest Legouvé.\nRendez-vous fut convenu un matin place de la Concorde, et la novice\nécuyère, dès le premier jour, entraîna tous ses compagnons à travers\ntous les obstacles, dans les plus détestables chemins, où les plus habiles\neurent fort à faire pour la suivre. Mais la pensée de son art ne l'abandon-\nnait jamais , et, pendant le déjeuner, à la porte du Bois de Boulogne,\naprès cette course aventureuse, entendant Legouvé appeler le garçon\nd'une voix fortement timbrée :\nTiens, dit-elle, vous avez un baryton!\n(La suite prochainement.)\n\nPAUL FOUCHER."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-06-01-01-c025", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-06-01_01#c025", "volume": "bmtnabc_1874-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "218", "page_fin": "223", "image_debut": 30, "image_fin": 35, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.2.8", "titre_corps": "LA MUSIQUE", "titre_sommaire": "LA MUSIQUE", "signature_source": "JULES BONNASSIES", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 30, "page_imprimee": "218", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.30", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1481, "texte": "LA MUSIQUE\nA LA COMÉDIE-FRANÇAISE\n\n0)\nous n'essayerons point de dresser une liste de tous les\nouvrages, dans lesquels apparaît la musique, joués, à la\nComédie, depuis un siècle : aussi bien n'y figure-t-elle\npresque toujours qu'au troisième plan. Signalons au ha-\nsard : Monsieur de Crac, de Gollin d'Harleville ( 1791 ) ;\nles Deux Pages, de Faure : dans ces deux pièces on chante des couplets\nde vaudeville; les airs de la seconde sont de Dezède. Dans le premier\nacte de Louis XI de Casimir Delavigne (1832), le chœur des paysans et\npaysannes fut chanté par des choristes spécialement engagés, et qui,\nsans nouvelles convocations, sont toujours revenus spontanément, chaque\nfois que les affiches annonçaient une reprise de la pièce; ils montaient\ndirectement s'habiller, et le chef d'orchestre les trouvait, au foyer, cinq\nminutes avant l'ouverture. Dans Un Mariage sous la Régence de notre\nami Léon Guillard (i85o), on exécutait un ballet. Notons une particu-\nlarité : Mademoiselle Clotilde, qui y dansa, partit ensuite pour l'étran-\nger, et, dans toutes les villes qu'elle parcourut, se fit intituler, sur les\naffiches, Première Danseuse de la Comédie-Française.\nNous n'avons guère plus à mentionner que Y Ulysse de Ponsard, joué,\nen i852, avec la musique de M. Gounod, exécutée par les élèves instru-\nmentistes du Conservatoire et les chœurs du Théâtre-Italien ; Murillo\n\n(1) Voiries numéros'des i 5 décembre 1873, i 5 janvier, i 5 février, i 5 mars, i 5\navril et i 5 mai 1874."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "219", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.31", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2539, "texte": "d'Aylic Langlé (i 853), musique d'Adolphe Adam et de Meyerbeer;\nŒdipe roi, de Jules Lacroix (i 858), musique de M. Edmond Mem-\nbrée; Un Jeune Homme qui ne fait rien, de M. Legouvé, où M. Bressant\nchante avec goût une célèbre romance de Chopin; enfin, ces derniers\ntemps, la reprise de Dalila, de M. Octave Feuillet, où le grand air\nde Boabdil a été chanté dans la coulisse par M. Richard, ténor de\nl'Opéra.\nVoici la liste de tous les Comédiens-Français qui ont été les disciples\nd'Euterpe et de Terpsichore :\nCHANTAIENT : mademoiselle Duparc; mademoiselle Molière;\nmademoiselle d'Ennebaut; Raisin aîné (il était très bon musicien et\ncomposa les airs de plusieurs pièces); Pierre de La Thorillière; Sallé\n(moine défroqué et aïeul de la danseuse; il était basse-taille à Rouen\nen 1697 et avait également chanté à l'Académie Royale de Musique ;\nquand il avait un rôle dans des pièces à à la Comédie,\nle public abandonnait l'Opéra pour venir l'entendre. Sa femme, Fran-\nçoise Thourv, chanta d'abord en province; après son mariage, elle fut\nadmise à l'Opéra de Paris, où elle chanta notamment le rôle d'Andro-\nmède dans la seconde reprise du Persée de Lulli, en ïyo3; l'année sui-\nvante, elle quitta ce théâtre pour aller prendre l'emploi des confidentes à\nla Comédie); mademoiselle Duclos (elle avait chanté à l'Opéra); made-\nmoiselle Mimi Dancourt ; mademoiselle Dubreuil ; Jean-Baptiste-Maurice\nQuinault (que nous avons signalé aussi comme compositeur); mademoi-\nselle Legrand(qui abandonna la Comédie pour aller à l'Opéra-Comique);\nArmand (Huguet) ; mademoiselle Connell ; mademoiselle Desbrosses; ma-\ndemoiselle Labatte; mademoiselle Dangeville; Quinault-Dufresne; ma-\ndemoiselle Quinault l'aînée (elle avait passé par l'Opéra) ; Drouin (il avait\nété d'abord à l'Opéra-Comique, où il donna la Meunière de qualité\nen 1712); mademoiselle Drouin (elle était fille d'un maître de musique\net chantait admirablement); mademoiselle Gaussin; mademoiselle Clai-\nron (chanta et dansa d'abord à la Comédie-Italienne, puis alla doubler,\nà l'Opéra, mademoiselle Lemaure, quoiqu'elle fût, selon son propre\ntrès médiocre musicienne); Bouret (fut d'abord à l'Opéra-Comi-\nque) ; Bellecourt; mademoiselle Bellecourt, fille de Beaumenard (alla\nd'abord à l'Opéra-Comique, où elle débuta dans le rôle de Gogo du Coq\nde village, dont le nom lui resta) ; mademoiselle Brillant (d'abord à\nl'Opéra-Comique); Rousselet, qui fit partie de l'Opéra-Comique entre ses\ndeux débuts à la Comédie ; mademoiselle Dubois (elle fut d'abord à"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "220", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.32", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2629, "texte": "l'Opéra; sa voix était très jolie; elle chanta, en 1763, au Concert Spiri-\ntuel, etßerton écrivit pour elle les airs de bravoure de VAnglais à Bor-\ndeaux) ; mademoiselle Durancy (elle débuta en 1759 à la Comédie,\npassa, le 9 juin 1762, à l'Opéra pour tenir le premier emploi, revint, le\n16 octobre 1766, à la Comédie, et retourna, le 2 3 octobre 1767, à l'Opéra,\ndont elle fut une des grandes cantatrices; elle était fille de mademoiselle\nDarimath, une des meilleures actrices de FOpéra-Comique) ; mademoiselle\nLuzy (d'abord figurante à l'Opéra, chanta quelque temps àla Co-\nmédie-Italienne avant de passer à la Comédie-Française) ; mademoi-\nselle Doligny ; mesdemoiselles La Chassaigne et Lange, d'abord figu-\nrantes à l'Opéra; mademoiselle Ollivier; mademoiselle Fleury-Chep-\ntel (fut d'abord à l'Opéra-Comique et chanta ce genre à Amsterdam);\nmadame Fusil (en 1792, elle chanta la romance du Saule dans la\ncoulisse, pendant que mademoiselle Desgarcins (Desdemone) mimait\nle rôle) ; madame Simons-Candeille (fille d'un compositeur, compositeur\nelle-même, elle donnait, à neuf ans, des leçons de musique ; à douze, elle\nfit exécuter, au Concert Spirituel, un concerto, et, peu de temps après,\nune cantate dont elle avait aussi fait les paroles. On lui doit, entre autres\nouvrages, la Belle Fermière, pièce et musique) ; mademoiselle Leverd;\nmadame Paradol (elle avait chanté d'abord à l'Opéra et en province,\nelle était élève du compositeur Plantade) ; mademoiselle Demerson (elle\navait chanté l'opéra-comique en province); mademoiselle Saint-Ange;\nBernard, en premier lieu basse-taille au théâtre de Marseille; Guiaud,\n(il chanta le Muphti)\\Menjaud (chantait dans le Malade et dans le Bar-\nbier) ; madame Menjaud (chantait dans le Mariage (Chérubin) et dans\nla Petite Ville); Joanny (il avait chanté les tabliers en province);\nM. Ponchard fils, qui a passé à l'Opéra-Comique ; M. Brindeau; Emilie\nDubois ; Marie Royer; Leroux; M. Masset (fils du professeur du Conser-\nvatoire, va bientôt chanter à FOpéra-Comique ou au Théâtre-Lyrique) ;\nM. Verdellet (venu de ce dernier théâtre, y est retourné).\nAdrienne Lecouvreur chantait mal. Dans le rôle d'Agathe, des Folies\namoureuses moins heureuse que madame Favart, qui jouait de la\nharpe dans les Trois Sultanes— elle feignait de pincer les cordes de sa\nguitare, tandis que Chabrun la suppléait dans le trou du souffleur, ce\nqui, dit-on, sembla ridicule.\nDANSAIENT : mademoiselle Duparc ; mademoiselle Molière; Pierre\nde La Thorillière; Sallé; mademoiselle Godefroy (elle était fille d'un maî-\ntre à danser); mademoiselle Dufey ; Armand (Huguet); Dumirail (il"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "221", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.33", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2441, "texte": "était fils d'un danseur de l'Opéra); Jean-Baptiste-Maurice Quinault;\nQuinault-Dufresne; mademoiselle Quinault la cadette (Jeanne-Fran-\nçoise), qui avait été danseuse à TOpéra; Dangeville (Charles-Etienne);\nDangeville (Claude-Charles), qui avait d'abord été attaché, comme dan*\nseur, à la Comédie ; mademoiselle Dangeville (elle dansa d'abord à\nl'Opéra); mademoiselle Desmares (elle était, de plus, très adroite au\nbilboquet et en jouait dans ses rôles comiques; le public réclamait cet\naccessoire quand, par hasard, elle ne l'avait pas ; plus tard, lorsque la\nmode des pantins commença, les Comédiens en eurent à leur bouton-\nnière et les firent danser tout en jouant leurs rôles); mademoiselle Dan-\ncourt aînée; mademoiselle Dubreuil; mademoiselle Legrand : mademoi-\nselle Gaussin (elle épousa Taoligo, danseur de l'Opéra) ; Drouin,\n(il fut chargé également de la composition des ballets à la Comé-\ndie; il se démit le tendon d'Achille en dansant à Fontainebleau) ; ma-\ndemoiselle Drouin ; mademoiselle Clairon ; mademoiselle Joly ; Dugazon ;\nmademoiselle Compain, d'abord danseuse à l'Opéra,, ainsi que mesde-\nmoiselles Araldi et Delatre ; mesdemoiselles Leverd et Bourgoin avaient\nété destinées à la danse ; mademoiselle Dewintre, qui a joué quelque\ntemps les soubrettes, sortait du corps de ballet de l'Opéra.\nIndépendamment des danseurs et danseuses attachés à la Comédb\nque nous avons cités au cours de ce travail, citons mademoiselle\nCammasse, première danseuse en 1738, et, vers la même époque,\nRinaldi et mademoiselle Barbarina. Mademoiselle Constance, première\ndanseuse, débuta, en août 1779, dans l'emploi des amoureuses ; elle n'y\nréussit pas.\nActuellement toutes les dames de la Comédie sont plus ou moins\nmusiciennes. Parmi elles se distinguent mademoiselle Tholer, qui a été\nprofesseur de piano; mademoiselle Edile-Riquier, qui a remporté un\naccessit de chant au Conservatoire; mademoiselle Lloyd, qui fait preuve\nd'une belle voix dans le rôle de Chérubin, qu'elle tient aujourd'hui ;\nmesdames Madeleine Brohan et Nathalie chantent également bien;\nmademoiselle Favart, dont la voix parlée est si pure, ne chante pas;\nlorsqu'elle jouait Chérubin, quelque autre la remplaçait, de la coulisse,\npour les couplets du second acte.\nMM. Bressant, Coquelin aîné, Got (1), Berton, Prudhon et Garraud\n\n(i) Ce remarquable comédien a écrit le livret de François Villon, opéra de notre\nami Edmond Membrée."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "222", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.34", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2321, "texte": "ont de très jolies voix que nous avons tous entendues dans les pièces\ndu répertoire, le Barbier, le Misanthrope, les Précieuses, /e Médecin\nmalgré lui. Un Jeune homme qui ne fait rien, etc., etc. M. Coquelin,\nen 1869, a joué le rôle de Moron de la Princesse d'Elide, dans une re-\nprésentation au Grand-Hôtel. Il y a chanté et surtout dansé d'une façon\nremarquable avec mademoiselle Beaugrand, dont il a reçu de vifs\ncompliments. MM. Delaunay, Maubant et Talbot ne sauraient émettre\nune note. Le premier, malgré sa voix d'or, ne peut que débiter la chan-\nson de Fortunio.\nNotons quelques particularités encore. A la représentation de retraite\nde Monrose, Duprez chanta la sérénade du Barbier\\ à celle de M. Ré-\ngnier, la romance de Chérubin fut chantée par madame Garvalho : ce fut\nnaturellement l'air deMozart? que nuance si bien l'éminente cantatrice,\nqui remplaça, pour la circonstance, Tair de Malbrough.\nLe premier mari de madame Talma fut un musicien de l'orchestre,\nPetit.\nMademoiselle Georges (Weymer) était la fille d'un musicien renommé.\nLes différents compositeurs ou chefs d'orchestre attachés à la Comé-\ndie ont été : Lulli, Charpentier, Lalande, Raisin aîné, Couperin, Qui-\nnault aîné, Gilliers, Touvenelle, Grand val, Gauthier, Drouin, Deshayes,\nde Mouhy a donné la liste des divertissements refaits ou composés\npar ce dernier, Giraud, Baudron, qui est resté à la Comédie de 1766\nà 1823, Léopold Aimon, Loi seau, Offenbach, Roques et Ancessy,\ndont la mort, en janvier 1871, provoqua la suppression de l'orchestre.\nM. Léon, second chef depuis quinze ans, fut, à partir de cette époque,\nchargé de la partie musicale au Théâtre-Français. Ce théâtre est revenu\nà son point de départ : « La sinfonie, » lorsqu'il est nécessaire d'en ap-\npeler une, « se tient sur les aisles. »\nEn 1713, l'Académie de Musique avait obtenu la permission, qu'elle\na toujours conservée, de donner des bals publics. Peu de temps après, la\nComédie en obtint une pareille. Nous ignorons combien de temps elle\nen usa : lorsque Blondel écrivait, en Iys 1 les bals avaient cessé depuis\nlongtemps. Pour ces fêtes, les Comédiens avaient rendu mobile, comme\na l'Opéra, le plancher du parterre, qui s'élevait au niveau de la scène\nau moyen d'un mécanisme dont l'auteur de Y Architecture indique les\ntraces sur ses plans."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "223", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.35", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 1247, "texte": "Quelquefois le Roi permit de donner quelques-uns de ces bals au pro-\nfit d'un Comédien. C'est ainsi que, en 1723, Grandval bénéficia de huit.\nAla suite des représentations gratis, lors de la fête du monarque ou\nde quelque événement heureux, il y avait, avant 1789, des bals sur la\nscène, où le peuple avait le privilège de danser avec les Comédiens.\nDepuis la Révolution, toutes les révolutions et toutes les fêtes dynas-\ntiques ont été, à la Comédie comme ailleurs, des prétextes à cantates. La\npremière République laissa d'abord les Théâtres de la Nation et de la\nRépublique offrir, et le .public réclamer, l'exécution des chants pa-\ntriotiques. Puis, le 18 nivôse an IV, un arrêté du Directoire enjoignit\nà tous les directeurs des théâtres de Paris de faire jouer, tous les jours,\npar Torchestre, avant le lever du rideau, c< les airs chéris des républicains,\ntels que : la Marseillaise, Ça ira, Veillons au salut de VEmpire et le\nChant du Départ, et, dans l'intervalle des deux pièces, de faire tou-\njours chanter l'hymne des Marseillais ou quelque autre chanson patrio-\ntique. En 1848, Rachel, on s'en souvient, déclama plusieurs fois la\nMarseillaise sur une sorte de mélopée frémissante.\n\nJULES BONNASSIES."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-06-01-01-c029", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-06-01_01#c029", "volume": "bmtnabc_1874-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "225", "image_debut": 36, "image_fin": 38, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.2.9", "titre_corps": "LA COLLECTION PHILIDOR", "titre_sommaire": "LA COLLECTION PHILIDOR", "signature_source": "J.-B. WEKERLIN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.36", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1388, "texte": "LA COLLECTION PHILIDOR\nAU CONSERVATOIRE DE MUSIQUE DE PARIS\n\n(Suite et fin.) (i)\n44E VOLUME. Les Plaisirs troublés, mascarade dansée devant le\nRoy, par Monsieur le duc de Guise, l'an 1657.—La Revente des habits,\nballet de la mascarade, dansée devant le Roy, au Palais« Royal; par Mon\nsieur le cardinal, Tan 16.... —Le ballet des Fâcheux, dansé devant le\nRoy, àVol-viconte, par Monsieur Fouquet, l'an 166 1.\n45E VOLUME. Détruit. Il contenait : i° le Ballet de VAmour\nvainqueur ; 20 Diane et Endymion, pastorale héroïque. Cest Philidor\nl'aîné, qui avait composé la musique de ces deux pièces.\n46e VOLUME. Détruit. Ce volume renfermait : i° le Ballet royal\nde la nuit, dansé par le Roi en 165 5;2° le Ballet des Proverbes, dansé\npar le Roi, en 1654; 3° le Ballet du Temps, dansé par le Roi, en 1654;\n40 le Ballet des noces ; 5° la Revente des habits, et 6° le Grand Ballet\ndes Bienvenus.\n47e VOLUME. - Détruit. Il contenait le ballet des Plaisirs de Vîle\nenchantée, en trois journées de suite, avec les noms des personnes qui\navaient dansé ce ballet en 1664 et en 1705.\n48e VOLUME. Détruit. C'était encore un précieux volume, une\nespèce de collection de tous les vieux ballets arrangés par Philidor ou\ncomposés par lui.\n49e VOLUME. Ballet de la grotte de Versailles) cet ouvrage a aussi\nporté le titre d'Eglogue de Versailles ; les paroles sont de Quinault et\n\n(1) Voir le numéro du i 5 mai."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "225", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.38", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2003, "texte": "la musique de Lulli. L'abbé Roze se trompe en ajoutant : « La musique\nparaît être de M. de Lalande. » Ce volume a dû renfermer d'autres cho-\nses ; le commencement est lacéré.\n5OE VOLUME. Détruit. -Il contenait l'opéra de Médée et Jason, par\nColasse, copié en 1699.\n5ie VOLUME. Recueil de vaudevilles et airs de ballet, rassemblés par\nM. Philidor en 1695. Son vrai titre est : Recueil de plusieurs belles piè-\nces de symphonie, copiées, choisies et mises en ordre, par Philidor l'aisné,\nordinaire de la musique du Roy, et l'un des deux gardiens de la musi-\nque de Sa Majesté (1695). De toute la collection, c'est le seul in-40\noblong; tous les autres sont in-folio.\n52E VOLUME Détruit. Il renfermait la Princesse de Crète, opéra\nde Philidor, 1695.\n53e VOLUME. Détruit. Il contenait la Pastorale de VAmant gri-\nvois, sans nom d'auteur.\n54E VOLUME. Le Mariage de la grosse Caîeau, opéra-ballet de Phi-\nlidor l'aîné, 1688. Plus de la seconde moitié du volume est consacrée\naux poses écrites des danseurs du ballet, avec les airs en tête.\n55e VOLUME. Détruit. Voici encore un de ces volumes dont la\ndestruction fait saigner le cœur et souhaiter aux gémonies le sot animal\nqui a commis le crime... (Les Bibliothécaires de ce temps-là surveillaient\ndonc bien peu les ouvrages qui leur étaient confiés!) Nous lisons à ce\nn° 55 : « Gros volume, copié avec beaucoup de soin; on y trouve des airs\nde danse en partition, à six parties, et des Boutades de Lulli, des Caprices\nde Lalande, de Huguenet (M.Fétis ne connaissait que quelques sonates\nde ce dernier) Ce volume a beaucoup d'airs qui ne sont point\nfinis. y>\n56e ET DERNIER VOLUME. Détruit. C'était encore un précieux re-\ncueil de vieux ballets, tels que : VAmour malade,— Alcidiane, —la\nRaillerie. Xerxès; de plus il renfermait des airs et des duos ita-\nliens.\nL'abbé Roze termine son catalogue par ces mots : « Cette collection\ncontient cinquante-neuf volumes; mais il y a trois numéros qui sont\ndoubles. »\nTotal : 59.\nPour copie conforme :\n\nJ.-B. WEKERLIN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-06-01-01-c033", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-06-01_01#c033", "volume": "bmtnabc_1874-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "226", "page_fin": "227", "image_debut": 39, "image_fin": 40, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.2.10", "titre_corps": "AUDITION DES ENVOIS DE ROME", "titre_sommaire": "AUDITION DES ENVOIS DE ROME", "signature_source": "HENRI COHEN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 39, "page_imprimee": "226", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.39", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1815, "texte": "AUDITION DES ENVOIS DE ROME\n\nr de Fourtou s'était dit qu'entre les grands-prix de\npeinture et de sculpture et les grands-prix de composi-\ntion musicale les chances n'étaient pas égales; que,\ntandis que ceux-là pouvaient par leurs envois de Rome\nrendre le public arbitre et de leur mérite et du bien-\njugé de ]a récompense qui leur était accordée, ceux-ci, jusqu'à la pre-\nmière représentation de leur opéra de droit, retardée souvent\nnombre indéfini d'années, n'avaient aucun moyen de prouver ce dont\nils étaient capables. C'est donc une excellente idée qu'a eue M. le mi-\nnistre de faire exécuter des œuvres musicales aux frais de l'Etat, de\nmême que se font aux frais de l'État des expositions de tableaux et de\nstatues.\nReste à savoir si, d'après le premier essai qui a eu lieu le 23 de ce\nmois, dans la salle du Conservatoire, il ne conviendrait pas de réglemen-\nter la nature des compositions à exécuter, et à demander aux grands-prix\nun acte d'opéra sérieux et un acte d'opéra-bouffe plutôt qu'un psaume\net un oratorio contenant douze morceaux. Un oratorio! Mais, pour\nrendre ce genre de musique intéressant, il ne faut pas moins que le souffle\ninspiré de ces trois géants qui planent sur l'art musical de toute l'im-\nmensité de leur hauteur, et qui ont nom HaendeL, Haydn et Bach. Un\noratorio ! Mais, pour oser l'aborder, il faut la foi, le don de la mélodie\nau suprême degré, la parfaite connaissance des effets d'orchestre, et non-\nseulement la science, mais le génie du contre-point et de la fugue.\nLe programme se composait donc du Passage de la mer Rouge, ora-\ntorio, paroles de M. Lucien Augé, musique de M. Rabuteau, grand-prix\nde 1868, et de deux productions de M. Ch. Lefebvre, grand-prix de\n1870 : une suite symphonique et le 23e psaume.\nSur les douze morceaux qui entrent dans le Passage de la mer"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "227", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.40", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2517, "texte": "Rouge, j'en ai compté huit en mineur, dont sept qui se suivent. Qu'on\njuge de la monotonie qui doit en résulter! L'ouverture ne contient pas\nune seule idée mélodique : ce ne sont que des effets d'orchestre. A l'ouver-\nture succède un morceau intitulé : le Lever du soleil. Or7 tandis que\nVerdi, dans Jérusalem, et Félicien David, dans le Désert, ont cherché à\nexprimer le lever du soleil en déployant peu à peu toutes les richesses et\nles splendeurs de l'orchestre, M. Rabuteau n'a rien trouvé de mieux que\nde le représenter par le plus affreux grincement de violons qui se puisse\nentendre, faisant un trémolo de huit à douze mesures sur le mi aigu.\nNon, vrai, si le lever de l'aurore devait produire un effet aussi désa-\ngréable que celui-là, je préférerais mille fois ne jamais sortir des ténè-\nbres, dussent-elles etre aussi intenses que celles de la sixième plaie\n^e) °ù, du reste, cet oratorio se passe. La prière avec chœur,\nchantée par M. Caron, est assez belle, et l'instrumentation en est des\nplus remarquables. Mais on peut observer que tous les jeunes auteurs de\nl'heure présente savent instrumenter. C'est une science qui s'apprend ;\nau lieu que ce qui ne s'apprend pas, c'est le moyen de trouver ces belles\nmélodies, ces beaux rhythmes carrés qui affluent, qui débordent chez\nRossini, Donizetti et Auber. Un duo pour deux femmes, où\nles voix marchent constamment ensemble, a paru encore assez bien\nréussi; mais quel effet pouvaient produire mesdemoiselles Armandi et\nBilbaut- Vauchelet dans un duettino où aucun motif ne se détache fran-\nchement, où tout marche a la Wagner ? Qu'on me permette de nanalyser\nni la Marche égyptienne, ni le Passage de la mer Rouge, ni la Marche\ndes Hébreux, ni le chœur final. Il est pénible de n'avoir que des choses\ndésagréables à dire: mais malheureusement le jugement que je porte sur\n1 oratorio de M. Rabuteau n est pas d une sévérité injuste. Ceux qui sui-\nvent les concours et les exercices des élèves du Conservatoire savent\ncombien est indulgent et impressionnable un auditoire composé de pa-\nrents, d'amis et d'artistes. Or, pas un seul morceau n'a été bissé et plu-\nsieurs ont passé tout à fait inaperçus.\nDans la Suite symphonique de M. Lefebvre, le scherzo a été très ap-\nplaudi. Le Psaume XXIII, quoique trop long, a de bonnes parties, entre\nautres le solo, chanté par mademoiselle Champion, et le chœur final,\nbien enlevé par les élèves. L'orchestre du Conservatoire a été, comme\ntoujours, à la hauteur de sa tâche.\n\nHENRI COHEN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-06-01-01-c037", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-06-01_01#c037", "volume": "bmtnabc_1874-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "228", "page_fin": "232", "image_debut": 41, "image_fin": 45, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.2.11", "titre_corps": "EXÉCUTION", "titre_sommaire": "EXÉCUTION", "signature_source": "A. H", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 41, "page_imprimee": "228", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.41", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1355, "texte": "EXÉCUTION\nDE LA MESSE DE VERDI\nA L'ÉGLISE SAN MARCO DE MILAN\n\nous entendrez dans peu de jours, à l'Opéra-Comique,\nla Messe solennelle de Requiem dédiée par Verdi, le\nplus grand compositeur de l'ltalie moderne, aux mânes\ndu plus grand poète italien du dix-neuvième\nManzoni.\nJ'arrive de Milan, J'assistais à la cérémonie du 22 mai, dans laquelle\na été funèbrement célébré l'anniversaire de la mort de Manzoni. Et je\nviens vous conter les émotions de la journée, non comme un critique dis-\ncutant par arguments et syllogismes, mais comme un touriste encore tout\npoudreux du voyage, et qui jette sur le papier, au courant de la plume,\ndes impressions confuses sur lesquelles il se propose de revenir plus tard.\nDonc, le 22 mai était jour de deuil pour Milan comme pour toute\nl'ltalie. On voulait se rappeler qu'en perdant Manzoni on avait perdu\ncelui qui chanta pendant un demi-siècle le douloureux poème de la déli-\nvrance et de l'unité de la patrie. Par une coïncidence sympathique, le\nciel pleurait de grosses larmes à travers 'son voile, et c'était un spectacle\nattristant que celui de cette foule mélancolique, assiégeant l'entrée de\nFégliseSan Marco, sous l'effort persistant d'une pluie battante. Vêtus de\nnoir, les hommes gagnaient péniblement les places qui leur étaient assi-\ngnées dans la nef, frayant le passage aux dames en toilette sombre et pa-"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "229", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.42", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2765, "texte": "rées de jais. Les bas-côtés et les chapelles regorgeaient de monde. Plus\ngrimpants que le lierre, les enfants s'accrochaient aux saillies des piliers,\net montaient sur les socles de pierre pour voir de plus haut et de plus\nloin. Parfois, une rumeur orageuse, aussitôt comprimée, s'élevait des\ngroupes.\nAu fond, de chaque côté du chœur, sous l'autel, étaient rangés cent dix\nmusiciens, choisis parmi les plus habiles, et cent vingt choristes des\ndeux sexes, les mieux sonnants qui fussent dans la ville de Milan. Quel-\nques-uns de ces exécutants, par un désintéressement qui les honore,\nviennent du fond de l'ltalie à leurs frais, pour prendre part à cette noble\nmanifestation artistique. On remarque dans les chœurs des prime donne\ncomme la Blenio et la Bignami, et des chanteurs distingués comme la\nbasse Galvani, le ténor de Filippi. Le maestro Rossi, de Parme, est\nconfondu parmi les basses. A l'orchestre, figurent les chefs de pupitre les\nplus justement renommés : Trombini, Pinto, premier violon du théâtre\nSan Carlo de Naples, professeur au Conservatoire de cette ville; des\namateurs connus partout pour leur talent, Zuccoli, de Brescia, et Foie-\ngati, de Ferrâre. On se montre, perdus dans les violoncelles, Franchi et\nle célèbre Piatti, qui a retardé tout exprès son départ pour Londres.\nPresque tous les professeurs du Conservatoire de Milan sont là. Tous,\njusqu'aux plus modestes choristes, ont fait à la mémoire de Manzoni\nl'hommage-et le sacrifice d'un mois de travail gratuit. Au milieu, entre\nla double haie formée par l'orchestre et les chœurs, se tiennent les quatre\nartistes chargés d'interpréter les soli : Teresa Stoltz, brune, au masque\nénergique; Maria Waldmann, Autrichienne, blonde et douce; Capponi,\nle ténor, et Maini, la basse. Sur le devant de l'estrade, le maestro Verdi\nlui-même dresse sa haute taille, dont soixante années n'ont pu fléchir\nl'arête. Son œil est toujours animé d'une flamme juvénile. Sa figure a\nconservé ses lignes fortement accusées. Sa barbe s'est lamée d'argent.\nUne auréole de cheveux grisonnants entoure son front. Sa physionomie,\npleine de couleur, a plus d'un rapport avec celle de ces fiers doges véni-\ntiens auxquels le pinceau du Tintoreta conservé la vie avec l'expression.\nL'eau-forte qui illustre ce numéro la rappellera au souvenir de mes\nlecteurs.\nL'intrusion de l'élément musical dans l'élément religieux, telle qu'elle\ns'est produite à l'église Saint-Marc, a soulevé les colères impitoyables\ndes ultramontains radicaux. L'immixtion de deux cantatrices de la Scala\ndans les pratiques sacrées du service divin a indigné les âmes pieuses qui\npuisent leurs inspirations aux sources immaculées du Vatican.\nJ'ai sous les yeux un entrefilet du journal l'Unità cattolica, moni-"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "230", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.43", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2616, "texte": "teur du cléricalisme exalté, qui relève, avec toutes les armes de la pudeur\noffensée, ce qu'il appelle la délia chiesa San Marco. La\nfoudre céleste lui paraît lente à terrasser les sacrilèges. Un autre journal,\nVArte de Trieste, pousse également, et pour le même motif, des cris à\nfendre l'âme. Il signale véhémentement la pietà mercantile de l'éditeur\nRicordi qui s'est entendu avec Verdi pour spéculer sur sa Messe de\nRequiem, et battre monnaie sur la tombe de Manzoni. Ces désespoirs\nsont d'autant plus navrants qu'ils sont irrémédiables. Le mal est fait.\nLe curé de San Marco, dans sa tolérance éclairée, a compris que ces\nactrices qui chantent à l'église, dans une messe funèbre, ne sont pas\nplus des actrices qu'un prêtre qui officie n'est un homme : il leur a\nouvert toutes grandes les portes de son église. D'autre part, l'éditeur\nRicordi a fait graver dans ses ateliers la partition de la Messe de Verdi,\net l'a éditée avec un luxe du meilleur goût. Puis, il en a donné, à la\nScala, une première audition dont la recette a produit dix-huit mille\nfrancs. Pour comble d'impiété, il a consacré le montant de cette recette\nà l'érection d'un monument en l'honneur de Manzoni. C'est une action\nbien noire d'avoir fait un usage aussi profane de cette somme et de l'avoir\ndétournée d'une destination plus orthodoxe, telle que le denier de saint\nPierre... Mais le crime est consommé.\nIl est onze heures du matin. En dépit du scandale causé à VArte de\nTrieste et à VUnità cattolica, Verdi lève son bâton de mesure, donne à\nses interprètes le signal de l'attaque, et voilà sa Messe partie pour l'éter-\nnité. Les portes de San Marco sont closes. Les bruits du dehors s'étei-\ngnent peu à peu. Un grand silence se fait. Quatre mille têtes attentives\nse tendent vers le maître. Cette foule est palpitante d'émotion, mais\nmuette et comme domptée d'avance par la secrète influence du génie.\nVerdi a préféré l'église San Marco au Dôme pour l'exécution de son\nœuvre. Moins vaste que la cathédrale, elle est plus propice à une audi-\ntion musicale. La forêt de colonnes qui supporte les voûtes du Dôme eût\narrêté l'onde sonore. La décoration en eût été plus compliquée, et les\ndraperies tendues d'un pilier à l'autre eussent rompu les vibrations de\nl'air. En un tour de main, avec quelques nœuds de crêpe noir artiste-\nment accrochés aux ornements de l'architecture, San Marco s'est trouvé\nprêt.\nNe me demandez point encore l'analyse de la formidable composition\nde Verdi. J'y consacrerai, dans le prochain numéro, un article spécial où\nj'exposerai mes vues intimes sur le rôle du style religieux dans une"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "231", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.44", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2619, "texte": "Messe de Requiem. J'ai saisi les colossales proportions de celle-ci, et j'en\nai été aussi étonné que touché. J'en garde une impression ineffaçable,\nmais je ne me sens pas la force d'épiloguer sur un sentiment profond, que\nje ne pourrais décomposer et avec lequel j'éprouve le besoin de me fami-\nliariser. Ce que je sais, c'est que la Messe de \\ erdi est un monument\ngrandiose de F art musical en ce siècle, qu'elle sous-entend un progrès\nincontestable dans le style dramatique du maître, et qu'elle le hisse au\nplus haut rang parmi les compositeurs de musique sacrée. Verdi s'est\nmétamorphosé : il a en quelque sorte renouvelé sa substance. Et, pour\nm'en tenir à une comparaison éloignée qui rend bien ma pensée, sa\nMesse ne ressemble pas plus à ses productions antérieures que VAfri-\ncaine de Meyerbeer ne ressemble à son Crociato.\nLa révélation a été foudroyante, et les musiciens les plus habiles à\nreconnaître les formules favorites de Verdi devront baisser pavillon\ndevant l'inconnu. Ce n*est pas que Verdi ait jusqu'ici dédaigné la science\ndes grandes lignes dans l'expression religieuse*, le finale de Ncibuco, le\nrôle sacerdotal de Zacharie, le Miserere du Trouvère et d'autres pages\nencore que je pourrais citer, témoignent chez lui d'une réelle aptitude à\ntraiter l'harmonie sacrée.\nMais jamais il ne lui avait été donné de se livrer tout entier à ses ten-\ndances, et de mesurer ainsi l'étendue de ses forces. Jamais peut-être ses\nvoix et son orchestration ne s'étaient fondues dans une telle unité. Jamais\nsa palette, aujourd'hui débarrassée de ses couleurs mal liées, ne s était\nchargée de tons plus puissants ni plus lumineux. La Messe de Requiem\nn'est pas seulement une étape caractéristique de la longue carrière de\nVerdi; c'est un pas en avant aussi hardi qu'imprévu, quelque chose\ncomme une irruption romantique en plein camp classique.\nVerdi vient de porter un grand coup. La presse italienne constate\nunanimement, ou peu s'en faut, son triomphe. Quelques esprits timides\nhésitent encore, et se retranchent, pour défendre leurs réserves, derrière le\ncaractère dramatique et presque théâtral (j'emprunte leurs mots) de\nl'œuvre du maître.\nJ'ai entendu, à l'église, la Messe de Verdi : je veux l'entendre au\nthéâtre, où l'effet de certaines parties du tableau va se retourner. JTai dit\nsommairement ce que j'en pensais. Dans mon prochain article, j exami-\nnerai l'œuvre pièce par pièce, et je dirai pourquoi (par l'heureuse\nalliance du style dramatique et du style religieux), la Messe de Requiem\nde Verdi répond complètement à mon idéal en telle matière.\nARTHUR HEULHARD."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "232", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.45", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 928, "texte": "L'Opëra-Gomique a donné, pendant mon absence, la première repré-\nsentation du Cerisier, opéra comique en un acte, paroles de M. Jules\nPrével, musique de M. Duprato. Le sujet de la pièce est tiré d'un conte\nde La Fontaine. Le compositeur n'a pas retrouvé sa veine des Trova-\ntelles. Par instants, on pourrait croire que le livret est de M. Duprato\net la musique de M. Jules Prével. Dans ces conditions, nous ne croyons\npas que le Cerisier doive attirer beaucoup de monde sous son ombrage.\nPendant mon absence aussi (Dieux injustes, qu'il s'est passé de choses\npendant mon absence! ), mademoiselle Marie Bel val s'est fait entendre à\nl'Opéra dans le rôle de Marguerite des Huguenots. On ne nous gardera\npas rancune de ne pas parler de ce que nous n'avons pas vu. Mademoi-\nselle Belval va débuter pour la seconde fois dans le rôle d'lsabelle de\nRobert le Diable. Cette fois, nous serons à notre poste.\n\nA. H."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-06-01-01-c041", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-06-01_01#c041", "volume": "bmtnabc_1874-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "233", "page_fin": "235", "image_debut": 46, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.2.12", "titre_corps": "CHRONOLOGIE DE L'ANNÉE 1874", "titre_sommaire": "CHRONOLOGIE DE L'ANNÉE 1874", "signature_source": "A. P", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 46, "page_imprimee": "233", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.46", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2046, "texte": "CHRONOLOGIE DE L'ANNÉE 1874\n\nQAUT^IL\n27 Avril. MENUS-PLAISIRS. Première représentation : Cent mille francs\net ma fille, opéra bouffe en quatre actes, paroles de MM. Adolphe Jaime et\nPhilippe Gille, musique de M. J. Gosté. (Transformation d'une pièce jouée\nprimitivement sous forme de vaudeville, il y a quelques années, au théâtre\nDéjazet.) - SALLE PHILIPPE HERZ. Concert donné par la Société chorale\nd'amateurs, dirigée par M. Guillot de Sainbris; on y exécute de nombreux\nfragments d'une des œuvres les plus importantes de Philidor, le Carmen se-\nculare, qui n'avait pas été entendue depuis un siècle environ, ainsi que la\nfameuse ballade, le Roi des Aulnes, du compositeur danois Niels Gade.\n30. Exécution, àla soirée donnée au palais de l'Elysée par le Président\nde la République, de la nouvelle musique composée, pour les intermèdes de\nGeorges Dandin, par M. Eugène Sauzay (1).— NAPLES. (Théâtre San Carlo.)\nPremière représentation : Le Figlie di Ceope, ballet, scénario de M. Hippolyte\nMonplaisir, musique de M. Costantino Dall'Argine.\nqMoAI\nler Mai. Réouverture du concert des Champs-Elysées.\n3. Reprise des exercices des élèves au Conservatoire national de musi-\n\n(i) Malgré tous les soins que nous prenons pour rendre ces tablettes aussi com-\nplètes que possible, on conçoit qu'il ne dépend pas toujours de nous qu'elles soient\nsans lacunes; c'est ainsi, et sans que le fait fût venu à notre connaissance , que cette\ncomposition de M. Sauzay avait été exécutée, le 18 avril, dans un concert donné par\nlui.—A la fin d'avril ou au commencement de mai, on donne au Friedrich-Wilhelms-\nstaedter-Theater de Berlin, la première représention d'Un Carnaval à Rome, opérette,\nmusique de M. Johann Strauss. A l'Opéra de la même ville, le iermai, première re-\nprésentation d'un divertissement en un acte, scénario de M. G. Gurskyr, musique de\nde M. Radeke. —■ Dans le courant de mai, première représentation au théâtre\nSan Carlo, de Naples, de Maria Stuarda, drame lyrique en trois actes, paroles de\nM. Golisciani, musique de M. Costantino Palumbo."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "234", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.47", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2420, "texte": "que, après une interruption de quinze ans environ. Les œuvres qui figurent\nau programme portent les noms de Haydn, Mozart, Gherubini, Spontini,\nRossini, Weber et Mendelssohn. SALLE ERARD. Première exécution de\nJeanne d'Arc, cantate,' musique de M. Charles Poisot. DIEPPE. (Concert\nde la Société philharmonique.) Première exécution de Jeanne d'Arc, cantate,\nparoles de M. J. Cauvain, musique de M. Amédée Godard.\n4. SALLE DU CONSERVATOIRE. Grand concert donné pour la fondation\nd'une caisse philanthropique de prêts et encouragements aux artistes musi-\nciens et artistes lyriques, avec le concours gracieux de M. Francis Planté, de\nmadame Carvalho et de M. J. Diaz de Soria. La recette atteint presque le\nchiffre de dix mille francs.\n5. Clôture annuelle du Théâtre-Italien,\n6. Arrêté du ministre des Beaux-Arts, nommant madame Massart pro-\nfesseur de piano au Conservatoire national de musique, en remplacement de\nM. Henri Herz, admis sur sa demande, à faire valoir ses droits à la re-\ntraite (1).\n7. OPERA-COMIQUE. Début de mademoiselle Breton, jeune artiste sor-\ntant du Conservatoire, dans le rôle de Chérubin des Noces de Figaro.\n8. OPÉRA. Continuation des débuts de mademoiselle Jeanne Fouquet,\ndans le rôle de Marguerite de Faust. Audition, dans la grande salle de la\nmanufacture de M. Aristide Cavaillé-Coll, du grand orgue construit pour la\nnouvelle église de Saint-Anne d'Auray. (L'instrument est joué par M. Ale-\nxandre Guilmant.)\n11. Grande séance annuelle de l'Orphéon de Paris, dans la salle du Cir-\n/\nque des Champs-Elysées.\n15. OPÉRA-COMIQUE. Première représentation: le Cerisier, opéra-comi-\nque en un acte, paroles de M. Jules Prével, musique de M. J. Duprato.\n16. ELDORADO. Première représentation : la Fermière et son Garçon.\nopérette en un acte, paroles de M. Auguste Jouhaud, musique de M. Frédé-\nric Barbier. —SALLE HERZ. Cinquième concert avec orchestre et chœurs,\ndonné par la Société nationale de musique, dans lequel on entend, en fait\nd'œuvres inédites : Symphonie, de M. Gabriel Fauré; la Forêt, poème lyri-\nque en trois parties (fragments), de madame la comtesse de Grandval ; frag-\nment de Psaume (soli, chœur et orchestre), œuvre posthume d'Alexis de\nCastillon; ouverture de M. Alphonse Duvernoy.\n\n(1) Par un autre arrêté du même mois, dont nous ignorons la date précise,\nM.Maury a été nommé professeur de cornet à pistons en remplacement de M. Arban,\ndémissionnaire."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "235", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.48", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1384, "texte": "__ SALLE DE M. DUPREZ. Première représentation : la Sérénade, opéra\nbouffe en un acte, paroles de M. Édouard Duprez, musique de M. G, de\nColbert.\n21. BOUFFES-PARISIENS. Première représentation: Bagatelle, opérette en\nun acte , paroles de MM. Hector Crémieux et Ernest Blum, musique de\nde M. J. Offenbach.—FOLlES-MARIGNY. Première représentation (à ce théâ-\ntre) : les Pantins de Violette, opérette en un acte, paroles de Léon Battu, mu-\nsique d'Adolphe Adam. Première audition, chez M. le comte Wiard, du\nDernier Abencérage, opéra en deux actes, paroles de M , musique de\nM. Regnier.\n22. OPÉRA. Début de mademoiselle Marie Belval, dans le rôle de Mar-\nguerite des Huguenots. MILAN. Exécution, dans l'église Saint-Marc, de la\nmesse composée par M. Verdi pour la célébration de l'anniversaire de la\nmort de Manzoni.\n23. CONSERVATOIRE DE MUSIQUE. Audition des envois de Rome. Pre-\nmières exécutions : le Passage de la mer Rouge, oratorio, paroles de M. Lu-\ncien Augé, musique de M. Rabuteau, premier prix de 1868 ; Suite symphoni-\nque, et Psaume xxiu, de M. Charles Lefebvre, premier prix de 1870.\n24, 2 5 et 26. COLOGNE. Cinquante-unième festival musical rhénan (1).\n\nA. P.\n\n(1) Dans le courant de mai, on représente, à l'Alcazar de Marseille, une opérette nou-\nvelle en un acte: Clairette Angot en Turquie, paroles de MM. Roustan et Isch, mu-\nsique de M. Emmanuel Baumann."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-06-01-01-c044", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-06-01_01#c044", "volume": "bmtnabc_1874-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "236", "page_fin": "240", "image_debut": 49, "image_fin": 53, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.2.13", "titre_corps": "VARIA", "titre_sommaire": "VARIA", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 49, "page_imprimee": "236", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.49", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1399, "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nFAITS DIVERS\nAR décret du 22 mai, M. Arthur de Cumont a été nommé mi-\nnistre des Beaux-Arts, en remplacement de M. de Fourtou, qui\npasse au ministère de l'intérieur.\nLe 23 mai a eu lieu, au Conservatoire de musique, le juge-\nment du Concours d'essai pour le grand prix de Rome.\nLe jury était composé de MM. Ambroise Thomas, H. Reber, Félicien\nDavid, Victor Massé, François Bazin, membres de l'lnstitut; Massenet, Vau-\ncorbeil, jurés adjoints, désignés par l'Académie des Beaux-Arts; M. Camille\nSaint-Saëns, autre juré désigné par l'Académie, ne s'est point présenté.\nLes concurrents étaient au nombre de neuf. Six ont été admis au concours\ndéfinitif.\nCe sont, dans l'ordre suivant :\ni° M. Hillemacher, second prix de 1873, élève de M. François Bazin;\n20 M. Ehrhart, second prix de 1872, élève de M. Reber;\n3° M. Wormser, élève de M. F. Bazin ;\n40 M. Pop Méarini, élève de M. Victor Massé;\n5° M. Vérouge de la Nux ;\n6° M. Marmontel, mention honorable de 1873.\nCes deux derniers, élèves de M. Bazin.\nVoici l'ordre du concours définitif : entrée en loges, le samedi 3o mai, à\ndix heures du matin, au Conservatoire. Sortie, le mardi 23 juin, à dix heures\ndu soir.\nJugement préparatoire : vendredi 3 juillet, au Conservatoire.\nJugement définitif, par toutes les sections réunies de l'Académie des Beaux-\nArts, samedi 4 juillet, au Palais de l'lnstitut."}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "237", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.50", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2644, "texte": "Sous ce titre : V Art lyrique, traité de chant et d'expression, M. Delle-\nSedie va prochainement publier un important ouvrage où seront résumés les\nprincipes que Féminent chanteur met en pratique depuis longtemps avec tant\nd'autorité,\nL'impôt sur les pianos n'est en faveur nulle part. La Chambre des\ndéputés italiens vient, à son tour, de le repousser.\nMademoiselle Lise Tautin, dont on se rappelle les succès aux Bouffes-\nParisiens, vient de mourir à Bologne, à l'âge de trente-six ans.\nNotre correspondant à Barcelone, M. A. G. Bertal, nous adresse un\ncompte rendu de YUltimo (le Dernier des Abencérages), opéra\nnouveau en quatre actes. Le défaut d'espace nous empêche de reproduire in\nextenso l'article de M. Bertal; nous le résumons pour nos lecteurs.\nL'Ultimo Abençerragio, paroles de M. Francisco Fors de Casamayor, mu-\nsique de M. Felipe Pedrell, a été représenté pour la première fois le 14 avril\n1874, au Grand-Théâtre du Lycée de Barcelone. Le livret, tiré de Chateaubriand,\nest médiocre. La musique de M. Felipe Pedrell, un jeune débutant, est une\nœuvre originale et savante, d'un beau style. L'inspiration en est facile.\nM. Pedrell a le savoir : il ne sera pas longtemps à acquérir le savoir-faire. Si\nl'on considère l'absence quasi-complète de situations intéressantes et drama-\ntiques dans le livret, on est étonné que M. Pedrell ait pu en tirer un parti\naussi remarquable. Cela donne le droit d'attendre beaucoup de l'avenir de ce\njeune compositeur.\nLa mise en scène et'l'interprétation de l'œuvre ont été parfaites.\nNous avons reçu une notice sur mademoiselle Anna de Belocca. C'est\nune très belle plaquette ornée d'un portrait photographique de la jeune ar-\ntiste. L'auteur, M. Victor Berlioze (?), donne des détails biographiques très\nexacts, mais il sacre mademoiselle de Belocca étoile de première grandeur,\net la met sur la même ligne que la Malibran !\nMademoiselle de Belocca possède certes une fort belle voix; c'est beaucoup,\nmais c'est tout. Ses débuts dans le Barbier avaient fait concevoir des espé-\nrances que la critique impartiale a dû abandonner, après l'avoir entendue dans\nla Cenerentola et la Semiramide.\nLes générations futures apprendront avec étonnement qu'il y a eu à Paris5\nen 1873-74, une chanteuse comparable à la Malibran.\nLONDRES. Covent-Garden. La saison de Covent-Garden a commencé\navec sa splendeur accoutumée : M. Gye, le directeur gentleman, fait bien les\nchoses. Les plus grands noms d'artistes figurent parmi ses pensionnaires. Ci-\nter la Patti, l'Albani, madame Marimon, Faure, Nicolini et tant d'autres,\nc'est dire assez que le succès est certain et peut se calculer à l'avance. Quel-"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "238", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.51", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2002, "texte": "ques détails sur l'organisation de ce théâtre, sur l'orchestre en particulier,\nsont intéressants et instructifs.\nRappelons tout d'abord que c'est M. Vianesi qui est l'âme de ce grand cen-\ntre artistique, et qu'il a réuni un orchestre hors ligne, dont voici la compo-\nsition : 14 premiers violons, 12 seconds, 11 violes altos, 9 violoncelles,\n9 contre-basses, 3 flûtes, 2 hautbois, 1 cor anglais, 3 clarinettes, 4 bassons,\n4 cors, 2 trompettes, 3 trombones, 1 ophicléide, 1 harpe, cymbales et tim-\nbales, caisses roulantes, grosses caisses, et toute la batterie ordinaire et extra-\nordinaire, coût : 2,000 fr. par soirée. La saison se compose de quatre-vingts\nsoirées; c'est donc 160,000 fr. pour l'orchestre seulement. Ces quatre-vingts\nsoirées ont lieu dans l'espace de quatre mois : mr'ù, mai, juin et juillet.\nOn a donné à Covent-Garden, depuis l'ouverture, plusieurs opéras, parmi\nlesquels : la Traviata, Crispino, la Figlia del Regimento, l'A/ricana, Il\nBarbiere, la Favorita, Guglielmo Tell, Ugonoti, Lucia, Sonnambula, Ballo in\nMaschera, Trovatore, Fausto, I Puritani, Don Giovanni.\nM. Gye a été nommé récemment directeur des théâtres italiens de Saint-\nPétersbourg et Moscou.\n\nNOUVELLES\n\nARIS. Opéra. - La première représentation de Y Esclave, d'Ed-\nmond Membrée, aura lieu au commencement du mois de juillet.\nLes trois premiers actes sont déjà mis en scène.\nOn s'occupe à ce théâtre d'une reprise de Robert le Diable.\nMademoiselle Marie Belval continuera ses débuts dans le rôle d'lsabelle.\nQuant au rôle de Robert, on le conserve à M. Sylva.\nMademoiselle Sangalli retour de Vienne fera sa rentrée à l'Opéra\nle mois prochain, dans le ballet de la Source.\nOpéra-Comique. A l'Opéra-Comique, on ne parle plus que de la Messe\nde Requiem, de Verdi, qui sera chantée probablement le 9 juin, à une heure\net demie.\nVoici le programme des morceaux :\ni° Requiem et Kyrie, quatuor et chœurs, par mesdames Stoltz, soprano ;\nWaldmann, mezzo-soprano; MM. Capponi, ténor; Maini, basse."}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "239", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.52", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2015, "texte": "2° Dies irœ à quatre parties, solo et chœur.\nDies irœ, chœur.\nTuba mirum, chœur.\nLiber scriptus, chœur et fugue.\nQiiid sum miser, trio, par mesdames Stoltz, Waldmann et M. Gapponi.\nRex tremendœ, quatuor et chœur.\nRecordare, duo et chœur, par mesdames Stoltz et Waldmann.\nIngemisco, solo par M. Capponi.\nConfutatis, solo pour basse.\nLacrymosa, quatuor et chœur.\n3° Domine Jésus, offertoire, par mesdames Stoltz et Waldmann, MM. Cap-\nponi et MainL\n4° Sanctus, fugue à deux chœurs.\n5° Agnus Dei, duo et chœur, par mesdames Stoltz et Waldmann.\n6° Lux œterna, trio, par madame Waldmann, MM. Capponi et Maini.\nLibéra me, solo, chœur, fugue finale. Le solo par madame Stoltz.\nL orchestre et les chœurs se composent de 200 exécutants, sous la direc-\ntion de M. Deloffre.\nChâtelet. M. Louis Herz a acquis de M. Hostein et de la Société nan-\ntaise la propriété du Châtelet. Le nouveau directeur forme, pour l'exploitation\nde ce théâtre, une Société anonyme au capital de 500,000 francs, divisé en\n1,000 actions. Le Châtelet serait transformé en opéra populaire. Nous ne\npouvons qu'applaudir à cette tentative, à laquelle nous souhaitons une com-\nplète réussite.\nVariétés* —Un Sujet de pendule, tel est le titre d*un opéra bouffe en un acte\nque MM. Dubreuil, Chabrillat et Cœdès viennent de faire recevoir. Cet ou-\nvrage sera interprété par MM. Dupuis, Léonce, mesdames Berthal et Aline\nDuval.\nOn annonce aussi la reprise prochaine des Brigands, avec mademoiselle\nPaola Marié dans le rôle de Fiorella.\nFolies-Dramatiques. —> Les Folies-Dramatiques feront leur clôture en juil-\nlet et leur réouverture en août.\nLa pièce de réouverture sera, dit-on, la Fiancée du Roi de Garbe, de\nMM, Dennery et Chabrillat, musique de M. Litolff.\nEnsuite viendra le Capitaine Fracasse, de Catulle Mendès, que M. Émile\nPessard vient de mettre en musique.\nOn prépare, en attendant ces deux pièces, une reprise du Canard à trois\nbecs, l'opérette de MM. Moinaux et Jonas.\nFolies-Marigny. Le directeur, M. Gaspard a donné une reprise inatten-"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "240", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.53", "debut_caractere": 109, "fin_caractere_exclue": 473, "texte": "due des Pantins de Violette. Malgré le petit nombre d'exécutants qui se\ntrouvaient à l'orchestre, la partition charmante d'Adolphe Adam a été vive-\nment applaudie,\nPorte-Saint-Martin. La reprise du Pied de mouton aura lieu à la Porte-\nSaint-Martin du 10 au 12 juin, après une semaine de relâche.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-06-01-01-c046", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-06-01_01#c046", "volume": "bmtnabc_1874-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "236", "page_fin": "238", "image_debut": 49, "image_fin": 51, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.2.13.2", "titre_corps": "FAITS DIVERS", "titre_sommaire": "FAITS DIVERS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 49, "page_imprimee": "236", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.49", "debut_caractere": 52, "fin_caractere_exclue": 1399, "texte": "FAITS DIVERS\nAR décret du 22 mai, M. Arthur de Cumont a été nommé mi-\nnistre des Beaux-Arts, en remplacement de M. de Fourtou, qui\npasse au ministère de l'intérieur.\nLe 23 mai a eu lieu, au Conservatoire de musique, le juge-\nment du Concours d'essai pour le grand prix de Rome.\nLe jury était composé de MM. Ambroise Thomas, H. Reber, Félicien\nDavid, Victor Massé, François Bazin, membres de l'lnstitut; Massenet, Vau-\ncorbeil, jurés adjoints, désignés par l'Académie des Beaux-Arts; M. Camille\nSaint-Saëns, autre juré désigné par l'Académie, ne s'est point présenté.\nLes concurrents étaient au nombre de neuf. Six ont été admis au concours\ndéfinitif.\nCe sont, dans l'ordre suivant :\ni° M. Hillemacher, second prix de 1873, élève de M. François Bazin;\n20 M. Ehrhart, second prix de 1872, élève de M. Reber;\n3° M. Wormser, élève de M. F. Bazin ;\n40 M. Pop Méarini, élève de M. Victor Massé;\n5° M. Vérouge de la Nux ;\n6° M. Marmontel, mention honorable de 1873.\nCes deux derniers, élèves de M. Bazin.\nVoici l'ordre du concours définitif : entrée en loges, le samedi 3o mai, à\ndix heures du matin, au Conservatoire. Sortie, le mardi 23 juin, à dix heures\ndu soir.\nJugement préparatoire : vendredi 3 juillet, au Conservatoire.\nJugement définitif, par toutes les sections réunies de l'Académie des Beaux-\nArts, samedi 4 juillet, au Palais de l'lnstitut."}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "237", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.50", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2644, "texte": "Sous ce titre : V Art lyrique, traité de chant et d'expression, M. Delle-\nSedie va prochainement publier un important ouvrage où seront résumés les\nprincipes que Féminent chanteur met en pratique depuis longtemps avec tant\nd'autorité,\nL'impôt sur les pianos n'est en faveur nulle part. La Chambre des\ndéputés italiens vient, à son tour, de le repousser.\nMademoiselle Lise Tautin, dont on se rappelle les succès aux Bouffes-\nParisiens, vient de mourir à Bologne, à l'âge de trente-six ans.\nNotre correspondant à Barcelone, M. A. G. Bertal, nous adresse un\ncompte rendu de YUltimo (le Dernier des Abencérages), opéra\nnouveau en quatre actes. Le défaut d'espace nous empêche de reproduire in\nextenso l'article de M. Bertal; nous le résumons pour nos lecteurs.\nL'Ultimo Abençerragio, paroles de M. Francisco Fors de Casamayor, mu-\nsique de M. Felipe Pedrell, a été représenté pour la première fois le 14 avril\n1874, au Grand-Théâtre du Lycée de Barcelone. Le livret, tiré de Chateaubriand,\nest médiocre. La musique de M. Felipe Pedrell, un jeune débutant, est une\nœuvre originale et savante, d'un beau style. L'inspiration en est facile.\nM. Pedrell a le savoir : il ne sera pas longtemps à acquérir le savoir-faire. Si\nl'on considère l'absence quasi-complète de situations intéressantes et drama-\ntiques dans le livret, on est étonné que M. Pedrell ait pu en tirer un parti\naussi remarquable. Cela donne le droit d'attendre beaucoup de l'avenir de ce\njeune compositeur.\nLa mise en scène et'l'interprétation de l'œuvre ont été parfaites.\nNous avons reçu une notice sur mademoiselle Anna de Belocca. C'est\nune très belle plaquette ornée d'un portrait photographique de la jeune ar-\ntiste. L'auteur, M. Victor Berlioze (?), donne des détails biographiques très\nexacts, mais il sacre mademoiselle de Belocca étoile de première grandeur,\net la met sur la même ligne que la Malibran !\nMademoiselle de Belocca possède certes une fort belle voix; c'est beaucoup,\nmais c'est tout. Ses débuts dans le Barbier avaient fait concevoir des espé-\nrances que la critique impartiale a dû abandonner, après l'avoir entendue dans\nla Cenerentola et la Semiramide.\nLes générations futures apprendront avec étonnement qu'il y a eu à Paris5\nen 1873-74, une chanteuse comparable à la Malibran.\nLONDRES. Covent-Garden. La saison de Covent-Garden a commencé\navec sa splendeur accoutumée : M. Gye, le directeur gentleman, fait bien les\nchoses. Les plus grands noms d'artistes figurent parmi ses pensionnaires. Ci-\nter la Patti, l'Albani, madame Marimon, Faure, Nicolini et tant d'autres,\nc'est dire assez que le succès est certain et peut se calculer à l'avance. Quel-"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "238", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.51", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1206, "texte": "ques détails sur l'organisation de ce théâtre, sur l'orchestre en particulier,\nsont intéressants et instructifs.\nRappelons tout d'abord que c'est M. Vianesi qui est l'âme de ce grand cen-\ntre artistique, et qu'il a réuni un orchestre hors ligne, dont voici la compo-\nsition : 14 premiers violons, 12 seconds, 11 violes altos, 9 violoncelles,\n9 contre-basses, 3 flûtes, 2 hautbois, 1 cor anglais, 3 clarinettes, 4 bassons,\n4 cors, 2 trompettes, 3 trombones, 1 ophicléide, 1 harpe, cymbales et tim-\nbales, caisses roulantes, grosses caisses, et toute la batterie ordinaire et extra-\nordinaire, coût : 2,000 fr. par soirée. La saison se compose de quatre-vingts\nsoirées; c'est donc 160,000 fr. pour l'orchestre seulement. Ces quatre-vingts\nsoirées ont lieu dans l'espace de quatre mois : mr'ù, mai, juin et juillet.\nOn a donné à Covent-Garden, depuis l'ouverture, plusieurs opéras, parmi\nlesquels : la Traviata, Crispino, la Figlia del Regimento, l'A/ricana, Il\nBarbiere, la Favorita, Guglielmo Tell, Ugonoti, Lucia, Sonnambula, Ballo in\nMaschera, Trovatore, Fausto, I Puritani, Don Giovanni.\nM. Gye a été nommé récemment directeur des théâtres italiens de Saint-\nPétersbourg et Moscou."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-06-01-01-c048", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-06-01_01#c048", "volume": "bmtnabc_1874-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "238", "page_fin": "240", "image_debut": 51, "image_fin": 53, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.2.13.3", "titre_corps": "NOUVELLES", "titre_sommaire": "NOUVELLES", "signature_source": "Pour l'article Varia : Le Secrétaire de la Rédaction, O. LE TRIOUX", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 51, "page_imprimee": "238", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.51", "debut_caractere": 1208, "fin_caractere_exclue": 2002, "texte": "NOUVELLES\n\nARIS. Opéra. - La première représentation de Y Esclave, d'Ed-\nmond Membrée, aura lieu au commencement du mois de juillet.\nLes trois premiers actes sont déjà mis en scène.\nOn s'occupe à ce théâtre d'une reprise de Robert le Diable.\nMademoiselle Marie Belval continuera ses débuts dans le rôle d'lsabelle.\nQuant au rôle de Robert, on le conserve à M. Sylva.\nMademoiselle Sangalli retour de Vienne fera sa rentrée à l'Opéra\nle mois prochain, dans le ballet de la Source.\nOpéra-Comique. A l'Opéra-Comique, on ne parle plus que de la Messe\nde Requiem, de Verdi, qui sera chantée probablement le 9 juin, à une heure\net demie.\nVoici le programme des morceaux :\ni° Requiem et Kyrie, quatuor et chœurs, par mesdames Stoltz, soprano ;\nWaldmann, mezzo-soprano; MM. Capponi, ténor; Maini, basse."}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "239", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.52", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2015, "texte": "2° Dies irœ à quatre parties, solo et chœur.\nDies irœ, chœur.\nTuba mirum, chœur.\nLiber scriptus, chœur et fugue.\nQiiid sum miser, trio, par mesdames Stoltz, Waldmann et M. Gapponi.\nRex tremendœ, quatuor et chœur.\nRecordare, duo et chœur, par mesdames Stoltz et Waldmann.\nIngemisco, solo par M. Capponi.\nConfutatis, solo pour basse.\nLacrymosa, quatuor et chœur.\n3° Domine Jésus, offertoire, par mesdames Stoltz et Waldmann, MM. Cap-\nponi et MainL\n4° Sanctus, fugue à deux chœurs.\n5° Agnus Dei, duo et chœur, par mesdames Stoltz et Waldmann.\n6° Lux œterna, trio, par madame Waldmann, MM. Capponi et Maini.\nLibéra me, solo, chœur, fugue finale. Le solo par madame Stoltz.\nL orchestre et les chœurs se composent de 200 exécutants, sous la direc-\ntion de M. Deloffre.\nChâtelet. M. Louis Herz a acquis de M. Hostein et de la Société nan-\ntaise la propriété du Châtelet. Le nouveau directeur forme, pour l'exploitation\nde ce théâtre, une Société anonyme au capital de 500,000 francs, divisé en\n1,000 actions. Le Châtelet serait transformé en opéra populaire. Nous ne\npouvons qu'applaudir à cette tentative, à laquelle nous souhaitons une com-\nplète réussite.\nVariétés* —Un Sujet de pendule, tel est le titre d*un opéra bouffe en un acte\nque MM. Dubreuil, Chabrillat et Cœdès viennent de faire recevoir. Cet ou-\nvrage sera interprété par MM. Dupuis, Léonce, mesdames Berthal et Aline\nDuval.\nOn annonce aussi la reprise prochaine des Brigands, avec mademoiselle\nPaola Marié dans le rôle de Fiorella.\nFolies-Dramatiques. —> Les Folies-Dramatiques feront leur clôture en juil-\nlet et leur réouverture en août.\nLa pièce de réouverture sera, dit-on, la Fiancée du Roi de Garbe, de\nMM, Dennery et Chabrillat, musique de M. Litolff.\nEnsuite viendra le Capitaine Fracasse, de Catulle Mendès, que M. Émile\nPessard vient de mettre en musique.\nOn prépare, en attendant ces deux pièces, une reprise du Canard à trois\nbecs, l'opérette de MM. Moinaux et Jonas.\nFolies-Marigny. Le directeur, M. Gaspard a donné une reprise inatten-"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "240", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.53", "debut_caractere": 109, "fin_caractere_exclue": 473, "texte": "due des Pantins de Violette. Malgré le petit nombre d'exécutants qui se\ntrouvaient à l'orchestre, la partition charmante d'Adolphe Adam a été vive-\nment applaudie,\nPorte-Saint-Martin. La reprise du Pied de mouton aura lieu à la Porte-\nSaint-Martin du 10 au 12 juin, après une semaine de relâche.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[193]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.1", "texte": "PARTANT POUR LA SYRIE\nHISTOIRE D'UN PSEUDO-CHANT NATIONAL\n\ntj mois d'octobre de Tannée dernière, les journaux\nsuisses annoncèrent la mort d'un artiste qui s'était\nretiré à Berne dans ces dernières années, dont le\nnom était depuis longtemps tombé dans l'oubli, et\nqui cependant, à Fépoque de sa jeunesse, n'avait\npoint été sans quelque talent et avait joui d'une cer-\ntaine réputation. Il n'y aurait peut-être guère lieu,\naujourd'hui, de s'occuper de cet artiste, qui s'ap-\npelait Louis-François-Philippê Drouet, et qui fut, il y a plus d'un demi-\nsiècle, un flûtiste distingué, si une circonstance particulière ne le rendait\ndigne de quelque attention.\nLe fait en question consiste en ceci : que Drouet serait le véritable\nauteur de la musique de la trop tameuse romance : Partant pour la\n\nIV,\n13"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "194", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.2", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nSyrie, dont le second empire avait fait en quelque sorte sa Marseillaise.\nIl n'y a plus à douter que ce chant, faussement attribué par la tradition\nbonapartiste à la reine Hortense, n'a jamais été écrit par elle, du moins\nen ce qui concerne la musique; sous ce rapport, il lui a été maintes lois\ncontesté, et, entre autres auteurs auxquels il a été attribué, il faut sur-\ntout citer Dalvimare, le harpiste célèbre, qui fut professeur de l'impéra-\ntrice Joséphine et membre de la musique particulière de Napoléon ler.Ier.\nC'est en Allemagne, je crois, que le nom de Drouet fut prononcé pour la\npremière fois à ce sujet, et lors de la mort de cet artiste, un de nos con-\nfrères de Bruxelles, le Guide musical, publiait les lignes suivantes :\n« On sait généralement peu que Drouet est le père delà fameuse romance\nPartant pour la Syrie. Le Lexicon der Tonkunst de Schilling renferme\ndes détails très piquants sur cette partie de la vie de Drouet, détails que\nFétis, dans sa Biographie universelle des musiciens, a cru bon de laisser\ndans l'ombre. » C'est à Drouet lui-même, comme on le verra tout à\nl'heure, que nous nous adresserons pour connaître ces détails, très pi-\nquants en effet. Mais, auparavant, il n'est pas inutile de rappeler rapide-\nment ce qu'il fut.\nFils d'un barbier français établi à Amsterdam et qui avait épousé\nune Hollandaise, il était né dans cette ville en 1792. Un musicien qui\nse faisait raser chez son père, et qui l'avait pris en affection à cause de sa\ngentillesse et de son intelligence, lui fit un jour cadeau d'une petite flûte\net essaya de lui faire jouer de cet instrument; l'enfant était à peine âgé\nde quatre ans, et montra tant de bonne volonté et de dispositions natu-\nrelles que cet artiste se chargea de son éducation musicale. Le jeune\nDrouet fit des progrès rapides, et devint en peu de temps un flûtiste assez\nhabile. Un peu plus tard, il fut amené à Paris par ses parents, et entra\nau Conservatoire pour perfectionner son talent, en même temps qu'il tra-\nvaillait la composition avec Méhul et Reicha. Une notice que j'ai sous\nles yeux dit qu'il fut, à cette époque, attaché à la reine Hortense en qua-\nlité de « secrétaire musical », et ajoute je ne sais si c'est avec malice\nParis. » Le fait peut être exact, mais il est certain que les relations\nau moins musicales—de Drouet et de la jeune reine dataient déjà de plu-\nsieurs années à cette époque, et qu'elles avaient commencé en Hollande.\nVers 1813, Drouet commença àse faire entendre dans les concerts, et\nse fît une brillante réputation. Après la Restauration, il fut appelé à faire\npartie de la musique delà chambre de LouisXVIII en qualité de première\nflûte; mais il quitta bientôt la France pour se rendre à Londres, où il\nobtint de grands succès. L'accueil qu'il reçut en cette ville l'ayant décidé"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "195", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.3", "texte": "PARTANT POUR LA SYRIE\n\nàs y fixer, il y établit une fabrique de flûtes d'un nouveau modèle. Cette\nentreprise n ayant pas réussi, il fut obligé de s'éloigner de l'Angleterre en\n1818. Il retourna alors en Hollande, occupa pendant une année le poste\nde chef d orchestre de 1 Opéra français de La Haye, puis parcourut pres-\nque toute 1 Europe en donnant des concerts, et visita successivement la\nRussie, toutes les parties de l'Allemagne, la Belgique, la Suisse et l'lta-\nlie. Il faisait surtout preuve, paraît-il, d'un grand talent dans l'exécu-\ntion des œuvres classiques, et se faisait remarquer par la beauté du son\nqu il tii ait de son instrument, par son sentiment pathétique, par la pureté\nde son style,, et par sa manière de phraser.\nComme beaucoup d'artistes, Drouet avait l'humeur voyageuse. De re-\ntour en France en 1828, il fit, l'année suivante, un nouveau et court\nséjour en Angleterre, retourna ensuite en Allemagne par la Belgique et\nla Hollande, revint une troisième fois à Paris en i 832, s'y maria, puis\nparut se fixer en Suisse. En 1840 pourtant, il entra comme maître de\nchapelle àla cour du duc de Saxe-'Cobourg, Il conserva ces fonctions\npendant plus de quinze années, resta encore quelques années en Alle-\nmagne, et enfin s'établit décidément en Suisse, où il est mort.\nDrouet a beaucoup composé pour son instrument. Outre une Méthode\nde flûte, publiée par lui avec texte français et allemand, il a écrit des\nconcertos, des duos et trios pour flûtes, des duos pour flûte et piano, des\nfantaisies et thèmes variés avec accompagnement d'orchestre, et un grand\nnombre de morceaux de genre. C'était, en somme, un artiste fort habile\net fort distingué, qui eut son heure de quasi-celébrite, et dont les succès\nen Europe furent retentissants et prolongés.\nQuant àla reine HOl tense, on sait qu elle avait, sinon des aptitudes,\ndu moins des prétentions musicales. Elle chantait, dit-on, agréablement^\net elle donna sous son nom plusieurs romances dont elle passait pour\navoir écrit, et les paroles, et la musique. F qui lui a consacré unar-\nticle dans sa Biographie universelle des musiciens, a écrit sur elle les\nlignes suivantes : « Plantade avait été le maître de chant de la reine\nHortense lorsqu elle était au pensionnat de madame Campan : elle\nacquit par ses leçons un talent distingué/particulièrement dans l'art de\nchanter la romance. Douce d un heureux instinct mélodique, elle a com-\nposé de jolies pièces de ce genre, au nombre desquelles on remarque celle\nqui commence par ces mots 1 Partcint pour lu Syrie. Cette romance,,\nqui eut un succès de \\ogue vers 1810, est devenue populaire en France\ndepuis 1852. »\nCette romance, qui ne dut évidemment sa célébrité qu'au nom de son\nauteur, vrai ou présumé, car c'est une mélodie banale et une fort mé-"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "196", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.4", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ndiocre composition\nlande. J'ai dit que c'est à Drouet lui-même que je m'adresserais pour\navoir des détails à ce sujet, et c'est ce que je vais faire. Drouet a publié\nil y a quelques années, dans un journal allemand, des Mémoires ou des\nfragments de Mémoires écrits par lui. Je n'ai point ce journal à ma dis-\nposition, mais j'ai sous les yeux trois numéros d'un journal spécial de\nChicago, the Musical Independent (numéros de novembre et décembre\n1872 et janvier 1873), dans lequel se trouve une traduction anglaise de\nla partie des Mémoires de Drouet qui a trait à Partant pour la Syrie,\nJe vais me servir de cette traduction pour faire connaître les faits révélés\npar lui à ce sujet, et donner l'historique du long et laborieux enfante-\nment de cette romance (1).\nOn sait que la reine Hortense, qui vivait en mésintelligence presque\ncontinuelle avec son époux, le roi Louis, résidait la plupart du temps à\nParis, et n'allait que rarement en Hollande. Pendant les rares séjours\nque, de loin en loin, elle faisait à la cour d'Utrecht, son passe-temps fa-\nvori était d'essayer à mettre en musique des vers que, généralement,\nelle avait elle-même écrits. « Comme elle était, dit Drouet, absolument\nignorante des règles de la composition et même de la notation, elle sui-\nvait en cela son caprice, et cherchait ces mélodies en fredonnant et en\nfaisant des roulades. Mais comme elle était même incapable de transcrire\ncorrectement ces mélodies, elle m'envoya chercher un jour pour mettre\nses idées sur le papier et leur donner une forme à peu près acceptable.\nC'est en 1807 que je reçus, pour la première fois, Tordre de venir auprès\nde la reine, dans son appartement particulier ; je n'avais alors que quinze\nans, et je parlais librement, en vrai Hollandais. Elle me montra quel-\nques vers faits par elle, et que voici :\n\n(i) « Drouet a été aussi le secrétaire musical de la princesse Pauline, sœur\nde Pempéreur Napoléon. Cette princesse composait des romances, mais elle ne sa-\nvait pas les écrire, et Drouet était chargé de cette tâche. La vie de la princesse Pau-\nline a été assez commentée par les fabricateurs de Mémoires, mais non point de\ntelle façon qu'il n'y eût point quelque obscurité dans les détails. On en peut dire au-\ntant en ce qui concerne Drouet. Parfois il était appelé vers une heure de l'après-mid\nchez la princesse, celle-ci se trouvant encore au lit; elle fredonnait quelques notes.\n« Gomment trouvez-vous cela, monsieur Drouet.'' Charmant, princesse. Vrai-\n<r ment? Mettez-le donc sur le papier. » Et Drouet écrivait aussitôt quelque chose\nde ses propres idées, car la princesse ignorait absolument ce qu'il y avait à faire de\ntrois ou quatre modulations dont se compose une romance. Drouet occupa aussi les\nfonctions de secrétaire musical de la reine Hortense, et ce serait sous la dictée de la\nreine qu'il aurait écrit la romance : Partant pour la Syrie. Drouet n'a pas été ré-\ncompensé, ainsi qu'on l'a dit, de tout le temps qu'il a consacré à la reine. » (Uni-\nversal-Lexicon der Tonkunst. Supplementblatt, von G. Schilling,—Stuttgart, 1841.)\nSchilling tenait ses renseignements de Drouet en personne."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "197", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.5", "texte": "PARTANT POUR LA SYRIE\n\nPartant pour la Syrie\nLe jeune et beau Dunois\n(Rrr-ra ta plan !)~\nVenait prier Marie\nDe bénir ses exploits.\nFaites, reine immortelle,\nLui dit-il en partant,\nQu'aimé de la plus belle\nJe sois le plus vaillant.\n(Rrr-ra ta plan!)\n« Elle était assise devant une table, et, essayant de chanter quelques\nnotes, elle aurait bien voulu trouver une mélodie qui s'adaptât sur ces\nparoles. Tout en s'occupant de cela, elle mangeait du sucre candi et\narrangeait de certaine façon un paquet de cartes étalées devant elle.\nC'était à moi maintenant de construire une romance ou une ballade\navec les quelques notes qu'elle venait de chanter, ou plutôt de composer\nmoi-même une mélodie en me servant des fragments inventés par la\nreine. C'est ainsi qu'est né Pair bien connu : Partant pour la Syrie.\n«Si cette petite ballade avait été publiée comme étant l'œuvre d'un\nobscur garçon de quinze ans, elle aurait passé sans doute inaperçue ;\nmais venant de la reine Hortense, elle fut bientôt l'objet de l'admiration\ngénérale, et chacun voulut l'avoir. Le succès fut immense, et Partant\npour la Syrie devint pour l'empire ce que la Marseillaise avait été pour\nla République. »\nCe qui suit est un peu délicat; mais on voudra bien se souvenir que\nc'est Drouet qui parle, et que ceci n'est qu'une simple traduction :\n« Comme j'avais entendu rapporter une foule de jolies et alléchantes\nhistoriettes concernant la reine, je me sentis absolument comme chez\nmoi en sa présence. A peine avais-je fini de noter la mélodie, que je fus\nassez hardi pour lui dire :\na donc devineresse? Mais, puisque j'ai noté les airs que \\ous n'eussiez\n« pu écrire vous-même, ne voudriez-vous point reconnaître ce service\n« en me disant la bonne aventure? » La reine, à ces paroles, fronça d'a-\nbord les sourcils, puis réfléchit un moment en me regardant avec sévé-\nrité. Je soutins son regard, ignorant alors ce que l'étiquette exigeait\nd'un simple mortel : ne parler que les yeux baissés aux têtes couronnées,\net se borner à répondre sans jamais interroger.\n« Elle se décida pourtant bientôt, et me dit en souriant : ce—Eh bien ,\n« mon enfant, je vais vous satisfaire; asseyez-vous et écoutez bien ce\n« que je vais vous dire. Seulement gardez-vous bien de rien répéter à"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "198", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.6", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\n« personne, pas même à quelqu'un de votre famille, de ce que je vous\n<( révélerai, parce que cela irriterait les Parques et qu'il vous arriverait\nprécisément le contraire de ce que je vais vous prédire. » La reine se\nmit alors à battre les cartes, en prenant un air sérieux ; puis sa physio-\nnomie s'éclaircit, et elle me prédit un avenir des plus heureux. Elle omit\npourtant de m'annoncer ce qui devait m'arriver un moment après,\nc'est-à-dire que je me brûlerais les mains en essayant de la sauver des\nflammes.\n« Tandis qu'elle parlait, en effet, une bougie allumée (dont elle ve-\nnait de se servir pour cacheter une lettre à l'amiral V ) tomba sur sa\nrobe, et les flammes l'enveloppèrent en un instant. Je me précipitai à\nses pieds, et, l'étreignant avec force, j'étouffai le feu avec mes mains,\nnon sans me brûler cruellement.\n« Comme vous.vous êtes brûlé pour me sauver! Sans vous j'aurais été\n« perdue, brûlée vivante ! Et je n'oserai pas même en parler, car per-\n« sonne ne doit savoir que j'ai écrit et cacheté une lettre. »\n« En me plaignant ainsi, elle examinait mes mains, soufflait dessus, et\nles frottait doucement avec du cold-cream. Et comme elle me recom-\nmandait de nouveau de ne rien dire de cet accident :\n(c allez-vous faire ? ajouta-t-elle. Vous devez jouer demain soir devant le\n« roi, et vous avez promis de jouer après-demain au concert de Rode.\n« Comment pourrez-vous vous servir de vos doigts, si terriblement\nte brûlés ? »\n« obéirai, en ne parlant à personne de cet événement. Je ferai dire à la\n« cour qu'un abcès venu à l'un de mes doigts me met dans l'impossibilité\n« de jouer ; de plus, je tousserai comme un poitrinaire, et le roi, qui me\n« dit toujours que je travaille trop, que je mange trop peu, que je suis\n« sec et jaune comme une momie, et que je n'ai plus qu'un an à vivre, le\nroi croira que je suis très malade. Il m'enverra, comme d'habitude,\n« une boîte de pastilles, un sac de gruau d'avoine et une bouteille de\n<c madère. Je donnerai les pastilles aux servantes, mon poney mangera\n« l'avoine, et,quant au madère, mon père s'en régalera. Dans huit jours,\nce mes brûlures étant guéries, je pourrai jouer à la cour. Le roi me\n« demandera alors si j'ai mangé les pastilles et avalé chaque matin une\ncuillerée de madère; je répondrai affirmativement, et Sa Majesté\nc croira qu'elle m'a encore une fois sauvé la vie. Mais, ajoutai-je, je\n«î croyais, madame, qu'on devait toujours, et en toute chose, commencer\n« par le commencement. Serait-il possible que je me fusse trompé ?\nce Assurément non,, répliqua la reine, et l'on doit toujours, en effet,"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "199", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.7", "texte": "PARTANT POUR LA SYRIE\n\n« commencer par le commencement. Mais que signifie cette étrange\n« question ?\ncc Pourquoi alors, lorsqu'elle me disait si obligeamment ma bonne\n« aventure, Votre Majesté ne m'a-t-elle pas prédit tout d'abord la mau-\n« vaise aventure qui vient de m'arriver ? »\n«La reine rougit avec quelque embarras, puis elle répondit :\na monsieur, il faut que vous sachiez qu'on ne peut prédire que ce que\n« disent les cartes. Ensuite, j'ai remarqué que vous avez coupé beau-\n« coup trop haut. Ce n'est pas cela, et il faut couper plus au milieu.\n« D'ailleurs, ces.cartes ne sont pas bonnes; elles viennent de Bruxelles,\n« où Ton ne sait rien faire, si ce n'est de la dentelle. J'en ferai venir\n« d'autres de Paris, et je vous montrerai comment il faut couper et ce\n« qu'il faut penser. Alors, vous verrez. »\nCette petite scène eut des suites presque graves, Drouet raconte qu'en\nquittant la reine il entendit le roi, qui entrait chez elle, manifester à\nhaute voix son étonnement d'une odeur de brûlé qu'il disait sentir, et il\naffirme que le lendemain, et sans que l'on sût pourquoi, la reine partait\nde grand matin pour Paris. Peu après, il fut mandé à la cour, ce qui\nn'avait pas lieu de l'étonner, Drouet étant, comme artiste, au service du\nsouverain, auquel d'ailleurs, quoique tout enfant, il avait donné des\nleçons de musique avant que celui-ci montât sur le trône.\n« Aussitôt que le roi fut seul avec moi, dit-il, il m'engagea obligeam-\nment à m'asseoir, et m'adressa quelques questions au sujet de ce qui\ns'était passé dans le boudoir de la reine, en ma présence, la veille de son\ndépart. Je lui répondis simplement que j'avais écrit sur les paroles :\nPartant pour la Syrie, une mélodie que la reine m'avait dictée, et que,\nma tâche remplie, j'avais obtenu la permission de me retirer. Je réussis\nà éluder les questions que le roi me posa successivement à ce sujet, et\nlorsqu'il vit qu'il ne pourrait rien obtenir de moi par la crainte qu'il\nsemblait vouloir m'inspirer,, il changea de ton et voulut essayer s'il\nréussirait mieux par la douceur et la grâce. ce Vous souvenez-vous,\na me dit-il, monsieur Drouet, du temps où vous me donniez des leçons?\n« Vous n'étiez alors qu'un petit garçon, et pourtant vos leçons n'étaient\n(( vraiment pas mauvaises. Vous me grondiez quand je faisais des fautes\n« ou que je ne phrasais pas bien, et vous me menaciez de ne plus revenir\n«sije ne travaillais pas mieux. Vous en souvenez-vous? Certai-\n« nement, Sire, répliquai-je en faisant la révérence, je n'oublierai\n« jamais ce plaisir. Ah \\ mon ami, voici que vous parlez comme\ncc un vieux courtisan, et vous n'êtes encore qu'un enfant, »\ncc Le roi voulut alors recommencer à me questionner sur les faits tou\""}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "200", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.8", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nchant la journée de Partant pour la Syrie, mais en vain, naturelle-\nment. Alors, il me salua gracieusement de la main, et me congédia. »\nCeci amena la disgrâce de Drouet. Le lendemain de cet entretien, un\ngrand concert avait lieu à la cour, dans lequel il devait exécuter une de\nses compositions. Il s'y rendit; mais, lorsqu'on remit au roi le pro-\ngramme de la soirée, celui-ci, avec un crayon, effaça le nom de Drouet\net le titre du morceau qu'il devait jouer. Quand vint le tour de ce mor -\nceau, et que les invités apprirent que le roi l'avait rayé du programme,\nPétonnement fut unanime, et se manifesta par de longs chuchotements.\nNous passerons sous silence certains détails relatifs à cette disgrâce, et\nqui n'ont pas trait directement à notre sujet, et nous reprendrons le récit\nde Drouet au moment où il recommence à parler de Partant pour la\nSyrie.\n« Pour finir, dit-il, je veux raconter comment la reine Hortense, en\nmangeant du sucre candi, en jouant aux cartes et en se regardant dans\nla glace, composait : Partant pour la Syrie, et comment je transcrivais\ncette romance sur le papier. La reine, en faisant le tour de sa chambre,,\ncommença à chanter ainsi :\n« Quelques minutes après, elle recommença à faire des roulades, et en\nmême temps elle changea de ton :\n(( Un instant après, elle reprit, encore dans un autre ton :"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "201", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.9", "texte": "PARTANT POUR LA SYRIE\n\na Enfin, elle finit comme suit :\ncc Nous avons vu qu'immédiatement après l'accident dont j'ai parlé\nun petit malentendu matrimonial s'était produit entre la reine et son\nroyal époux, et-qu'elle quittait précipitamment la Hollande, sans plus\nsonger à sa romance. J'avais emporté les quelques fragments de mélodies\nqu'elle m'avait fait écrire sous sa dictée, et, une fois rentré chez moi,\nj'avais définitivement arrangé l'air de la façon que voici :\nOn voit que Drouet ne se servit guère, pour écrire sa romance, des\nfragments mélodiques que lui avait dictés la reine; il s'en tint en quel-\nque sorte au style, à l'allure générale des phrases qu'elle lui avait chan-\ntées, et, que ce fût involontaire ou cherché de sa part, il reproduisit\nassez fidèlement cette allure et ce style, si souverainement poncifs et\nbanals. On remarquera que dans la version complète qu'il donne ici, la\ndernière période, qui comprend les deux derniers vers, n'est point répé-"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "202", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.10", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ntée, comme on l'a fait depuis, en la terminant la première fois sur la\nmédiante, répétition si agaçante et si insupportable. De plus,, on pourra\nobserver que la reine Hortense avait la mémoire assez meublée, musi-\ncalement parlant, et que son inspiration péchait un peu par la nouveauté.\nPour ne citer que deux réminiscences, on peut signaler le début du troi-\nsième fragment : Faites, reine immortelle, qui est directement emprunté\nà la Marseillaise, et la fin du quatrième, qui reproduit, au contraire, la\nchute du Chant du Départ.\nRevenons maintenant au récit de Drouet.\naJe terminai cette romance, dit-il, avec l'accompagnement, en moins\nd'une heure. Quelques mois après, la reine étant revenue en Hollande\npour quelques jours, et m'ayant fait prier de me rendre auprès d'elle\navec la composition que j'avais écrite sous sa dictée, je m'empressai de\nlui obéir. Après avoir essayé la romance, et à force de l'étudier, elle par-\nvint enfin à la savoir. C'est à peine si elle connaissait ses notes, et, lors-\nqu'il lui arrivait de faire une faute, elle s'écriait :\n« de mémoire! J'ai composé cette romance et je vous l'ai dictée; je de-\n« vrais assurément la savoir. Mais j'ai à penser à tant de choses !... »\n(( Puis, tout à coup :—« Dites-moi, monsieur Drouet, est-ce bien là\n« l'air que vous avez transcrit pour moi? Note pour note, madame.\n« C'est que je ne voudrais point, mon ami, acquérir une réputation\n« aux dépens d'autrui. Etes-vous bien sûr que vous ne m'avez pas aidée\n«un peu? Oh ! Votre Majesté aun tel talent musical, qu'elle n'a\n« pas besoin de la faible assistance des autres. Si j'avais substitué mes\n« idées aux vôtres, c'eût été priver une couronne de ses diamants, pour\n«en mettre de faux àla place. Vous avez toujours quelque chose\na d'aimable à dire, monsieur Drouet. »\nDrouet, on le voit, faisait de l'esprit à bon marché. Mais laissons-le\nterminer.\na La reine me pria alors de lui faire faire quelques copies très soignées\nde sa romance. Je les fis faire en effet, et les payai quarante florins, que\nSa Majesté oublia de me rembourser. Voici donc mes profits en cette\naffaire : Pour avoir écrit cette romance et m/être brûlé les mains, j avais\nreçu un peu de cold-cream, et le roi me doit encore les dix derniers mois\nde mon service àla cour, en l'an 181 o.\n« La romance Partant pour la Syrie devint le chant populaire de la\nFrance en 1848 ; elle marqua le règne de Louis-Napoléon Bonaparte, le\nfils de la reine Hortense, le prisonnier de Ham, le fugitif d'Amérique en\nAngleterre, le président et le second empereur des Français. Toutes ces"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "203", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.11", "texte": "PARTANT POUR LA SYRIE\n\nchoses-là, la reine avait oublié de me les prédire lorsqu'elle consultait\npour moi les cartes en 1807, *\nIl ne m'a pas semblé inopportun de rappeler, d'après Drouet, l'enfante-\nment et les origines de Partant pour la Syrie. A moins que cet artiste\nn'ait voulu se rendre coupable, sur ses vieux jours, d'une immense mys-\ntification, à laquelle il n'avait d'ailleurs aucun intérêt, son amour-propre\nn'ayant que médiocrement lieu d'être flatté delà composition qu'il s'attri-\nbue, je pense qu'on peut tenir pour exacts et vrais les détails circonstan-\nciés qu'il donne à son sujet. En tous cas, ces détails m'ont paru assez\nintéressants pour n'être pas ignorés en France.\n\nARTHUR POUGIN."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "204", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.12", "texte": "LE RÉALISME\nDANS\nL'OPÉRA-COMIQUE AU XVIII SIÈCLE\n\n(0\nVcATtÉ\nT 720 ï75 7\nA complaisance excessive de Vadé, ses veilles, ses\ntravaux, et les plaisirs de toute espèce auxquels il\ns'abandonnait sans retenue, avaient gravement com-\npromis sa santé. Le jeu et la table ne lui étaient pas\nindifférents; enfin, il abusait de son tempérament, qui\nétait robuste.\n« J'ai su par un de ses amis, dit Fréron, que, dans le cours de\nsix années consécutives qu'ils avaient demeuré ensemble, il n'était jamais\nrentré qu'à trois ou quatre heures du matin. Il commençait à reconnaître\nles égarements et les dangers de sa conduite ; il se proposait d'être plus\nsage, plus sédentaire et plus laborieux. Ces heureuses dispositions se sont\ndéveloppées à sa dernière heure, et il est mort dans des sentiments très\nchrétiens, le lundi, 4 juillet 1757, sur les cinq heures du soir (2). »\n<( 11 fut enterré à Saint-Germain-l'Auxerrois, Il était âgé de trente-sept\nans et demi (3).\n« Le Vaudeville, cet enfant de la franchise et de la gaieté nationale,\n\n(1) Voir les numéros des ier janvier, i 5 février et i 5 mai.\n(2) Fréron : l'Année littéraire, 1757. T. IV, p. 355 et 3i>i.\n(3) Vadé avait laissé son nom à une fille naturelle qui débuts: Hans la tragédie au\nThéâtre-Français, en 1776, et qui mourut, en 1780, d'une fluxion de poitrine."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "205", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.13", "texte": "LE RÉALISME DANS L'OPÉRA COMIQUE\n\nest mort avec ce poète naïf, » écrivait alors Monnet; et il ajoute : « La\nmort de M. Vadé fut pour moi une perte irréparable qui, jointe à ma\nmauvaise santé, m'obligea de quitter ma direction (1).\nYadé laissait encore plusieurs comédies et quelques opéras-comiques\ninédits.\nLa Canadienne, comédie en un acte, en vers, ne fut jamais représentée ;\nmais elle a été imprimée, et n'offre rien de bien saillant.\nSes deux opéras-comiques, le Mauvais Plaisant et la Veuve indécise,\nparodie de la Veuve coquette, ancien actq d'opéra, ne furent représentés\nqu'après sa mort; le premier, le 17 août 1757; le second, le 24 sep-\ntembre 1759.\n« Le Mauvais Plaisant, ou le drôle de corps, n'aurait pas dû être\nreprésenté. L'auteur n'avait fait que l'ébaucher, et ne l'aurait sûrement\npas donné tel qu'on l'a trouvé à sa mort. La pièce n'était pas finie; il\ny manquait quatre ou cinq scènes ; les autres n'étaient ni liées, ni\nretouchées ; en un mot. c'était un croquis plutôt qu'une pièce. On l'a\nfait achever et arranger par une autre main, et l'on ne s'en aperçoit que\ntrop.\n«On est un peu dédommagé de toutes ces platitudes par quelques\ncouplets assez heureux, tels que celui-ci, sur l'air du Menuet d'Exaudet,\noù l'auteur a défini la bonne compagnie :\nBien penser,\nS'énoncer,\nD'un air libre,\nMais sans trop de liberté,\nEt de légalité\nConserver Véquilibre ;\nObliger\nSans songer\nQu'on oblige,\nImmoler sa volonté\nQuand la société\nL'exige ;\nSe prêter, quand on raisonne, 1\nAux raisons que l'on nous donne,\nFaisant voir *\nLeur pouvoir\nSur les nôtres :\nOn a de Vesprit, on plaît,\n\n(i) Ibidp. 78, 81 et 82.]"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "206", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.14", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nDès que Von satisfait\nLes autres.\nPossédant\nLe talent\nD'être aimable,\nJoindre à ces variétés\nLes belles qualités\nPour paraître estimable\nAmuser\nSans user\nD'épi gramme :\nTel qui rit d'un trait lancé,\nEn est toujours blessé\nDans l'âme.\n(Scène VI.) (i).\nQuant à la Veuve indécise, le canevas seul de cet opéra-comique en\nun acte fut trouvé dans les papiers deVadé. Un homme d'esprit travailla\nsur ce canevas, et en lit une fort jolie pièce dont Duni écrivit la\nmusique (2).\nVadé fut vivement regretté du public et des gens de goût ; grâce à lui,\nla bonne société, qui jusqu'alors avait déserté les théâtres de la foire,\nà cause de leur licence, s'empressait d'y accourir assidue et nombreuse.\nLe prologue d'ouverture, du 3 février 1758, dû à la plume de Panard\net de Favart, contient un éloge heureux de l'auteur du Suffisant et du\nTrompeur trompé :\nDe plus en plus le goût s'épure,\nEt pour plaire il faut aujourd'hui\nFine critique sans satire,\nFonds heureux et joli détail,\nEt que les Dames puissent rire\nSans le secours de l'éventail.\nCes quatre derniers vers désignent les ouvrages de Vadé, que le cou-\nplet suivant propose pour exemple à tous ceux qui voudront courir la\nmême carrière. Ce couplet charmant caractérise on ne peut plus par-\nfaitement l'aimable auteur de tant de jolis ouvrages. On dit à ses succes-\nseurs :\n\n(1) Fréron : l'Année littéraire, 1757. T. VIL, p. 3i à 35\n(2) Ibidl7sg. —T. VI, p* 263 et 264."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "207", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.15", "texte": "LE RÉALISME DANS L'OPÉRA COMIQUE\n\nAIR du Menuet D'Exaudet.\nObservej\nEt suive %\nCe modèle;\nComme lui peigne% les mœurs,\nPrene% de ses couleurs\nLa teinte naturelle.\nQue le trait\nDu portrait\nSoit fidèle ;\nConsulte% la vérité t\nL'art n9a rien mérité\nSans elle.\nSes couplets, dont l'harmonie\nAu sens est toujours unie,\nSont limés\nEt rimé s\nSans contrainte ;\nSes vetits vers mesurés,\nJL *\nSerrés,\nCoupés,\nFrappés,\nEn tout\nL'empreinte.\nUnissant\nLe plaisant\nA Vutile,\n// traitait tous les sujets\nEt selon les objets\nIl variait son style.\nTout y prend\nDifférent\nCaractère.\nIl n'est point de mauvais ton\nLorsque l'on a le don\nDe plaire (i)*\nUn autre à-propos, intitulé VOmbre de Vadé1 suppose que cet auteur\ndoit faire jouer une piècedesa composition devant Pluton. Momus, envoyé\nsur la terre pour lui amener des acteurs, arrive accompagné de Nicaise.\n\n(1) Voyez la Répétition interrompue$ par Panard et Favart, reprise, le 3 février 1758,\navec des additions et des changements."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "208", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.16", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nde Jérôme, de Fanchonnette et de madame Saumon, l'un des types\ndes Racoleurs. Ces acteurs font, chacun suivant son caractère, l'éloge\nde Vadé, et témoignent par les transports les plus vifs la joie qu'ils ont\nde le revoir.\nCet à-propos est de Taconet; il fut représenté à Lorient, en Bretagne,\nau mois de novembre 1757. Ce fait dit assez la popularité de Vadé.\nSon caractère et ses talents nous semblent résumés d'une façon heu-\nreuse, dans ce quatrain placé au bas de son portrait (1) :\nBon citoyen, ami fidèle,\nPlaisant sans fiel et galant sans fadeur ;\nIl n'eut de maître que son cœur ;\nLa nature fut son modèle (2).\nLes autres productions de Vadé sont la Pipe cassée, poème épi-tragi-\npoissardi-héroi-comique (sic) ; les Quatre Bouquets poissards; Lettres\ndelà Grenouillère, entre M. Jérôme Dubois,pêcheux du Gros-Caillou,\net mademoiselle Nanette Dubut, blanchisseuse de linge fin; des Épitres\nen vers, des Madrigaux, des Fables, des Chansons et des Amphigouris.\nEn 1791, un nommé Harvant fit paraître un petit volume in-12, sous\nce titre : le Petit Neveu de Vadé, avec cette épigraphe,, tirée du Barbier\nde Séville : « Eh, vive la joie! Qui sait si le monde durera encore trois\nsemaines ! »\n«Le petit neveu (lit-on dans les Petites Affiches du 21 août 1791 ) a\nbeaucoup de l'originalité de son oncle, et l'auteur le fait briller par\nbeaucoup d'esprit, de facilité à faire des vers, et une grande habitude de\nparler et d'écrire le langage des halles,, langage plein de bons mots, de\ncalembours, de rimes et de répliques souvent très fines et très piquan-\ntes. .. Ce genre-là n'a pas un grand nombre d'admirateurs, mais il a néan-\nmoins son mérite, et nous engageons ceux qui l'aiment à se procurer cet\nouvrage, où ils trouveront au moins de l'esprit, et l'esprit plaît toujours,\nde quelque manière qu'il se présente. »\n\nCH. BARTHÉLEMY.\n\n(1) Gravé par Fiquet, d'après le tableau de Richard.\n(2) On ne connaît pas l'auteur de ce quatrain. Il nous semble y reconnaître la\ntouche de Favart, ou plutôt de Panard."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.17", "texte": "CANARIES D'ARMIDE\n(LULLY — 1686)\n(33)"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.18", "texte": "CANARIES DE L'EUROPE GALANTE\n(CAMPRA—1697)\n(34)"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.19", "texte": "(34)"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.20", "texte": "CANARIES D'AMADIS DE GRECE\n(DESTOUCHES-1699)\nP. Bertrand grav:\n(35)\nImp: Arouy rue du Delta 26."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.21", "texte": "LES AIRS A DANSER\nDE\nL'ANCIENNE ÉCOLE FRANÇAISE\n\nES circonstances dans lesquelles ce travail a été com-\nmencé me font espérer qu'il sera lu avec intérêt. Sï le\nsujet que je dois traiter est loin d'avoir une raison\nd'actualité, il semble posséder au moins le mérite\nd'apporter de précieux documents à l'histoire mu-\nsicale.\nUn abonné, par une lettre adressée au directeur de cette Revue,\ndemande avec instance l'explication du mot : passacailie qu'il a vu sou-\nvent placé en tête des morceaux de musique du siècle dernier.\nJ'allais donc, sur la prière de notre directeur, me mettre en mesure de\nsatisfaire ce correspondant, lorsqu'il m'est venu la pensée d'entreprendre\nun travail d'ensemble plus complet, qui pût faire connaître aux lecteurs\ntous les « airs à danser» dont les noms se retrouvent sans cesse dans nos\nvieilles partitions, depuis Lulli jusqu'à Gossec et Cherubini, noms\noubliés pour la plupart, et dont au moins on ignore, maintenant, la\nsignification et la provenance.\nIl est bien entendu, tout d'abord, que je ne vais pas me lancer dans\nune étude approfondie des entrechats >), du « ballon », et du « jetté-\nbattu ». Sans compter mon ignorance notoire en semblable matière et\nl'inopportunité d'un pareil travail dans ces colonnes, il me serait impos-\nsible de rassembler les matériaux nécessaires pour mener à bien cette\npérilleuse entreprise.\nCe ne sera donc qu'au point de vue purement musical que j'étudierai\nles différentes « danses à caractère » usitées à l'Opéra sous Louis XIV,\n\nIV.\n14"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "210", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.22", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nLouis XV et Louis XVI, Avec les partitions et quelques écrits contem-\nporains, j'espère pouvoir reconstituer l'ensemble des ballets de nos pères,\nqui connaissaient peu « le ballet d'action » et ne se servaient, pour leurs\ndanses, que de types tout faits, dont le rhythme et la contexture étaient\ntoujours les mêmes et qui se nommaient :\nCanaries, Passacaille, Passepied, Forlane, Rigaudon, Bourrée, Pavane,\nSarabande, Gigue, Chaconne, Menuet, Musette et Tambourin.\nSans rappeler les prouesses du Roi-Soleil comme danseur émérite, il\nne faut pas oublier quelle était l'importance de l'art chorégraphique dans\nnotre vieux théâtre. La danse faisait partie intégrante du spectacle à\nl'Académie royale de musique, et il n'existe pas un ouvrage, si petit\nqu'il soit, où la danse n'ait figuré côte à côte avec le chant et la\nsymphonie.\nLes musiciens qui veulent bien connaître l'histoire du théâtre de\nl'Opéra au dix-huitième siècle doivent donc au moins savoir le nom\ndes danses qui y étaient exécutées chaque soir.\nI\nLES CANARIES\nJe m'occuperai tout d'abord des « Canaries » (que Ton appelait aussi\n«les canaris» et «la canarie»), parce que cette danse a été très vite\nabandonnée, bien qu'elle ait été la contemporaine des passacailles, passe-\npieds et de tous les autres airs à danser qui doivent figurer dans ce\ntravail. A partir de l'école Lulliste, à l'époque de Colasse et de Mouret,\non n'en trouve plus de traces dans les partitions. Diderot, en 1759,\nl'appellait déjà « une ancienne danse », comme s'il eût été question de\nla Danse pyrrhique.\nOn donne plusieurs explications de ce nom : Canaries. Les uns vou-\ndraient qu'il provint du premier air sur lequel on a dansé la ligure, ou\ntout au moins du rhythme, importés tous deux des îles de l'Atlantique.\nD'autres prétendent que le nom vient tout simplement d'une mascarade,\nd'un intermède, ou d'une entrée de ballet, dont les danseurs étaient\naccoutrés en sauvages des Canaries. La première hypothèse est tout à\nfait invraisemblable ; mais les deux autres sont, à coup sûr, très près de\nla vérité. Les figures de cette danse étaient assez étranges; les groupes\ns'éloignaient et se rapprochaient en faisant des passes tout à fait en\ndehors de l'école chorégraphique française ; on peut donc fort bien\nadmettre qu'avant Gambert et Lulli, dans un bal à la cour, des danseurs,\ncoiffés de plumes, couverts d'oripeaux et de verroteries, aient mimé un"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "211", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.23", "texte": "LES AIRS A DANSER, ETC.\n\npas sauvage, que Ton a appelé « Air des Canaries ». Le nom est donc\nresté au rhythme et à la figure.\nDu reste, comme air à danser, la canarie n'est qu'une espèce de gigue\nun peu lente. On verra, par les trois exemples qui accompagnent cette\ncourte explication, combien le rhythme est pareil dans ces trois mor-\nceaux, sans avoir, le moins du monde, des allures africaines.\nJe n'ai fait que transcrire, avec très peu de modifications, la canarie\nde l Europe galante. Elle est à peu près constamment écrite à cinq\nparties réelles, qui se décomposent ainsi : premier dessus de viole : clef\nde sol, première ligne ; second dessus : clef dpremière ligne; haute-\ncontre : clef d'uty seconde ligne ; taille : clef d'wif, troisième ligne; basse :\nclef de fa, quatrième ligne; les flûtes et hautbois doublent les premiers\net seconds dessus, les bassons doublent les basses de viole.\nDans ma transcription, j'ai tout respecté, même les très nombreuses\nincorrections dont Campra avait l'habitude d émailler sa musique ; les\nfausses relations, les suites de quintes et d'octaves se font remarquer\nsouvent ; mais cette « naïveté » harmonique, ces tierces picardes intem-\npestives, ont pour moi le charme que Ton éprouve en regardant les\nœuvres plastiques du moyen âge qui foulent aux pieds, sans vergogne,\nles premiers principes de l'anatomie et du dessin.\nL'Armide, de Lulli, et YAmadis de Grèce, de Destouches, ne nous\nsont parvenus qu'à deux parties : dessus et basse. La basse de Des-\ntouches n'est pas même chiffrée. Force m'a donc été de faire le rem-\nplissage, comme on disait au dix-huitième siècle.\nLa canarie d'Amadis me semble devoir être la préférée, bien que celle\nde l'Europe galante ait eu beaucoup de succès dans son temps, puisque\nY Encyclopédie la donne comme exemple du genre; mais, dans r air de\nDestouches, il y a déjà une forme mélodique très appréciable. Je dois faire\nobserver que Destouches a marqué le mouvement en 3/8, et que Campra\nn'a pas mis d'accident à « l'armure», bien que sa canarie soit bien évi-\ndemment en re mineur. Il craignait sans doute que ses inhabiles « sym-\nphonistes » n'eussent besoin de revoir le si bémol à chaque instant. Du\nreste, il abuse du si naturel : c'est une justice à lui rendre.\nLes quelques nuances que je me suis permises sont bien dans le carac-\ntère archaïque ; l'exécutant pourra les compléter.\n(À suivre,)\n\nTH. DE LAJARTE."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "212", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.24", "texte": "LES\nCANTATRICES DRAMATIQUES\n\n(I)\nIII\nMARIE MALIBRAN\nII\nPRÈS avoir brillé passagèrement à Londres, fait fortune\nun moment à New-York, Marie était inconnue à\nParis, où elle alla habiter chez une sœur de M. Mali-\nbran. Le souvenir de l'intérêt que lui avait témoigné\nprécédemment la comtesse Merlin la conduisit chez\ncette dame. Je laisse ici parler la protectrice et le bio-\ngraphe de la Malibran :\n« La pauvre créature, lancée d'au delà des se trouvait sans\nguide, sans protection, sans argent, dans un dénûment presque complet,\net m'apparut avec ses beaux cheveux noirs et soyeux, tombant en longues\nboucles sur ses épaules, une étroite et courte robe de mousseline, ses\nbeaux yeux, ses lèvres qui respiraient la force et la jeunesse, ses vingt\nans et son immense talent. Tout cela me frappa de vertige ! La pitié,\nl'intérêt, l'admiration, se partagèrent tour à tour mon cœur. Je la mis\nau piano ; je la trouvais adorable. »\n« Elle voulut chanter un duo avec moi ; puis, au milieu du duo, elle\ns'arrêta tout à coup et, me sautant au cou,, les larmes aux yeux : « Oh !\npapa ! Que vous me rappelez l'école de papa, et que nous nous entendons\n\n(i) Voir les numéros des ler décembre iByB, lerIer janvier, icr février et ier mai 1874,"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "213", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.25", "texte": "LES CANTATRICES DRAMATIQUES\n\nbien ! » Puis, elle continua à chanter. C'était un mélange d'âme, d'en-\nfantillage, de sublime talent incompréhensible.))\nLa comtesse parla de sa découverte : « C'est un colosse, c'est la mu-\nsique incarnée, que cette jeune fille ! » dit-elle. Un jury musical, con-\nvoqué chez la protectrice de Marie, fut électrisé. Les voies s'ouvrirent\npour elle. Elle débuta en janvier 1828 dans l'opéra et par le rôle de\nSemiramide, rue Le Peletier, au bénéfice de Galli, une basse italienne\nd'un grand talent. L'émotion de Marie était au plus haut degré. Le rôle\nn'était pas tout à fait dans ses cordes. La salle était immense ; elle était\ndevant le public le plus compétent et par cela même le plus difficile du\nmonde; mais elle dut bientôt se rassurer. On a raconté alors que,dans les\nderniers jours qui avaient précédé son début, son gosier, contracté par la\nterreur, ne lui avait permis de prendre aucun aliment, mais que dans\nl'entracte, rassurée par l'accueil du public, elle dévora gaiement un\nsouper sommaire.\nIl serait aussi puéril que fastidieux de recueillir les innombrables arti-\ncles inspirés par la Malibran. Il peut n'être pas sans intérêt cependant\nde noter une ou deux courtes appréciations de critiques autorisés sur\ncette première soirée, cette solennité décisive, qui déchaîna pour la\njeune et merveilleuse cantatrice des triomphes sans précédent. « Sa\nvoix est un me^o-soprano, » disait Castil-Blaze dans le Journal des\nDébats, « second dessus d'une grande étendue. Elle la ménage avec tant\nd'art qu'on peut croire qu'elle possède les trois diapasons. Elle chante\naussi* la partie du contralto. Sa voix est d'un beau son et d'un timbre\nflatteur ; sa manière de chanter appartient à la bonne école; elle articule\nbien le trille et peut le prolonger sans en altérer le mouvement ni la jus-\ntesse ; elle joue avec expression; elle est d'une belle taille, d'un extérieur\nfort agréable ; elle a de fort jolis yeux. »\nL'appréciation de Fétis,qui se laissait moins entraîner que Castil-Blaze\npar les séduisantes qualités de la Malibran, est moins complètement\nfavorable sur ce début, mais flatteuse encore : ce Le génie du chant, la\nnouveauté de ses fioritures et quelques éclairs d'un beau sentiment dra-\nmatique firent voir ce qu'elle serait bientôt, quoique l'émotion eût nui\nen plusieurs endroits au développement de ses rares facultés. Toutefois,\non apercevait dans l'ensemble de son chant un défaut de goût, car elle\ny multipliait les traits de tout genre, sans examiner s'ils avaient entre\neux les rapports nécessaires, ni s'ils s'appropriaient à la mélodie ou même\nà l'harmonie. »\n«Quelques observations critiques des journaux, les occasions fré-\nquentes qu'elle avait d'entendre de bonnes choses à Paris et sur-"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "214", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.26", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ntout son instinct admirable, donnèrent bientôt une meilleure direction\nà son talent. »\nOtello, Il Barbiere, la Cenerentola révélaient ce talent sous les as-\npects les plus variés. Mais ces diverses faces se montraient àla fois dans\nle rôle de Ninetta, de la ladra, où elle était tour à tour naïve,\nenjouée, amoureuse,, et profondément tragique. Elle donna au beau duo\nde la croix, qui passait inaperçu, ou que l'on supprimait parfois comme\ninutile, une expression inconnue jusqu'alors. Elle faisait frémir dans la\nscène du jugement et en marchant au supplice. Elle savait communi-\nquer au public les émotions qu'elle ressentait la première. La réunion en\nelle des deux voix de contralto et de soprano aigu frappait d'étonnement\nceux qui l'entendaient passer de Tune à l'autre avec des traits hardis et\nrapides. Cette double qualité de l'organe lui permettait de jouer indiffé-\nremment Roméo ou Giuletta, dans l'opéra de Zingarelli ; Tancrède ou\nAmenaïde dans le Tancredi de Rossini 5 Arsace ou Sémiramis dans la\nSemiramide. Elle créa avec éclat, dans cette première phase, un opéra\nd'Halévy composé pour elle : Clary.\nAu milieu des enivrements naissants du public, Marie Malibran se\nsentait toujours sous le joug du mari à la fois honoraire et oppressif dont\nson génie était réduit à n'être que le fermier. Un sentiment de convenance\nl'avait fait descendre à Paris, chez une sœur de M. Malibran (M. Mali-\nbran était Français d'origine). Mais bientôt l'instinct très vif de son\nindépendance, son irritation légitime de ne travailler sans cesse que pour\nréparer les désastres d'un mari qui lui eût dû tout au moins un bien-être\ngaranti mensongèrement avant le mariage, rendirent insupportable\nà Marie son séjour dans la famille de M. Malibran. Un jour, avec la spon-\ntanéité qu'elle mettait dans toutes ses accions, elle fait venir une voiture\nde place, y jette ses effets, et se fait transporter chez madame Naldi, une\namie. Elle eût pu vivre seule, avec la liberté qu'autorisait sa profession;\ntoutefois, la crainte de l'opinion, le sentiment trop juste —et trop justi-\nfié depuis qu'elle avait besoin d'un protecteur contre elle-même, lui\nfirent chercher cette tutelle sévère à laquelle elle se soumit, non-seule-\nment comme règle morale, mais au point de vue de son budget écono-\nmique. Elle apportait tout son argent à madame Naldi, qui le plaçait, et\nne lui laissait que le nécessaire. Plus tard, à l'époque de sa brillante\nfortune, elle se plaisait à montrer un petit châle de cachemire usé, —le\npremier qu'elle eût porté, et qui lui était précieux, surtout en se rap-\npelant toute la peine qu'elle avait eue à décider madame Naldi àle lui\nacheter.\nLa femme qui savait si bien ainsi se contraindre et se régler dans la vie"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "215", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.27", "texte": "LES CANTATRICES DRAMATIQUES\n\nprivée était emportée en scène par un démon intérieur qu'elle ne maî-\ntrisait pas. Dans Desdemona, elle fuyait sous le poignard d'Othello et\nparcourait toute la chambre, en proie à un effroi frénétique, et comme\nsi réellement elle n'avait pas d'autre moyen d'échapper à une mort véri-\ntable. Donzelli, son partenaire ordinaire, un ténor à voix puissante,\nvoulut en vain convenir avec elle d'une mise en scène commune qui lui\npermît de tuer sa victime plus commodément. Il était réduit, chaque\nfois qu'il jouait avec la Malibran, aux hasards de cette course échevelée,\nqui un jour lui occasionna une chute où il se blessa légèrement avec son\npoignard de théâtre.\nCette fougue inconsciente était si peu jouée, qu'elle produisit un inci-\ndent plus comique à coup sûr que la grande artiste ne l'eût voulu. Au\ndeuxième acte d'Otello, lorsque le More et Rodrigue sont sortis pour se\nbattre, et que Desdemona, revenue de son évanouissement, interroge le\nchœur, la Malibran, s'identifiant avec les anxiétés mortelles d'une\népouse tendre, prend à partie le premier choriste qu'elle aperçoit, le traîne\nsur le devant de la scène, serre dans ses mains convulsives les gants de\ncoton blanc du gagiste, interroge de ses yeux ardents cette face placide\nqui semblait répondre : « Mais, madame, je ne suis pas assez payé par\nl'administration pour être aussi ému que vous, et je vous assure que,\npourvu que je fasse la partie dans le chœur, je ne suis nullement tenu de\nsavoir de quoi il s'agit, et de vous renseigner sur le sort d'Othello, que\nj'ignore absolument. »\nDevant l'étonnement et l'embarras de ce brave choriste, la salle avait\npassé d'une profonde émotion à une gaieté sympathique encore pour la\nresplendissante actrice. Vitet, depuis homme politique et mort sur la\nbrèche ouverte par le 24 Mai, en 1829 critique musical du Globe et\npartisan enthousiaste de la Malibran, raconta le fait dans son feuilleton.\nMais, en même temps, la Malibran avait certains traits de présence\nd'esprit étranges. Il est vrai qu'ils étaient inspirés par le cœur; ainsi, à\nla représentation donnée à son bénéfice au commencement d'avril 1829,\nla scène, au troisième acte à'Oiello, était jonchée de fleurs, hommages\ndont on n'abusait pas alors, et qui semblaient éclos spontanément dans\ncette chaude atmosphère que Marie créait autour d'elle. A l'extrême dé-\nnoûment, Desdemona, qui gisait immolée et râlante, cria à Othello, qui\nallait en tombant à son tour, après s'être poignardé, écraser couronnes et\nbouquets : « Prenez garde à mes fleurs ! prenez garde à mes fleurs! »\nIl semblait que, dans une intuition surhumaine, Marie Malibran vît\ndans ces fleurs fragiles l'emblème de son enchanteresse et si éphémère\ndestinée !"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "216", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.28", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nVers la fin de la même année, Marie partit pour Londres, engagée par\nLaporte au King's Theatre pour chanter à raison de 75 guinées par re-\nprésentation, plus un bénéfice. Elle y joua son répertoire ordinaire avec\nson succès accoutumé. Toutefois, elle y fut desservie par une note du\nGalignanVs Messenger, qui l'accusait de n'avoir voulu recevoir, dans\nune soirée qu'elle donnait, que des personnes présentées à la Cour (im-\nputation bien ridicule pour qui pouvait connaître la nature prime-sau-\ntière et les allures sans façon de Marie) , et d'avoir fait jouer dans son\nsalon une petite pièce où la nationalité anglaise était caricaturée, Un\nami, le baron de Trémont, écrivit au GalignanVs pour détruire le fâ-\ncheux effet de cette note. Quelques salons aussi se fermèrent pour elle,\nparce qu'elle mit une certaine fierté à ne pas vouloir accepter, comme prix\nde sa participation aux concerts, un prix moindre que vingt-cinq gui-\nnées, exigées par la Pasta. A coup sûr, la Malibran avait le droit de ne\npas vouloir subir un rabais, et l'estime et la sympathie de la Pasta pour\nsa jeune émule le prouvèrent.\nIci se place un épisode de la vie de l'illustre cantatrice qui eut une\ninfluence décisive sur sa destinée : son antagonisme, qui ne fut pas seu-\nlement de gloire, avec Henriette Sontag. J'en ai mentionné les principales\ncirconstances dans l'article spécial que j'ai consacré à cette dernière , y\ncompris leur réconciliation, qui eut lieu dans le salon même de Fauteur\ndes Loisirs d'une Femme du monde. Avant cette réconciliation, la Ma*\nlibran eut un mot sublime et qui l'honore à jamais. On croyait lui faire\nhabilement sa cour en critiquant devant elle sa rivale , si heureuse et si\nfêtée unanimement, et dont le talent était plus pur, plus parfait peut-\nêtre, que celui de la fille de Garcia, mais dépourvu de la flamme de\ncette dernière. On disait que la Sontag n'avait point d'âme.\nAttendez qu'elle ait souffert, répondit la et vous verrez !\nQuand, rapprochée enfin de celle qui allait devenir comtesse Rossi,\nelle joua avec elle, au bénéfice de madame Damoreau, dans II Matri-\nmonio segreto, Marie accepta volontiers le rôle de la vieille tante Fi-\ndalma, et trouva plaisant de se donner des rides et des cheveux blancs.\nCeci répondait dans une certaine mesure à un côté humoristique de\nl'esprit de la Malibran. Elle aimait à jouer chez elle, en petit comité,\ndes pièces des Variétés ; elle dessinait des charges à la plume ; ses lettres\nfourmillent de calembours. Au château de Brizay, où elle allait se re-\nposer des fatigues de l'art, elle en cherchait d'autres, s'habillait en gar-\nçon, usait et abusait de tous les exercices : le cheval, la chasse; et elle joua\nun jour une comédie de paysanne amoureuse vis-à-vis d'un vieux méde-\ncin, des amis de la maison, et qui ne la reconnut pas, tant elle s'était"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "217", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.29", "texte": "LES CANTATRICES DRAMATIQUES\n\nbien déguisée. Elle poussa l'amour de la caricature jusqu'à vouloir qu'elle\ns'exerçât sur elle-même, et exigea que Dantan,qui faisait alors des char-\nges en plâtre de toutes les individualités connues, exagérât les irrégu-\nlarités de ces traits charmants, fendît jusqu'aux oreilles cette bouche un\npeu grande, dénaturât complètement cette gracieuse et poétique physio-\nnomie.\nLa Malibran avait dans la conversation des traits vifs et caractéris-\ntiques. Elle disait, en parlant d'un homme qui donnait à tout une\nimportance ridicule : « Cet hornme-là ferait un bain de vapeur d'une\ngoutte d'eau. »\nSa causerie était vive, satirique, mais sans fiel, surtout sans arrière-\npensée. Comme elle parlait toutes les langues, elle empruntait tour à\ntour à chaque idiome les mots, les tournures de phrase qui pouvaient le\nmieux servir le trait qu'elle lançait :\nVotre conversation, lui dit-on, est un véritable habit d'arlequin...\n■—Qui n'a pas de masque, repartit-elle.\nJ'ai mentionné sa passion pour le cheval, passion qui a causé sa mort.\nElle prit sa première leçon en compagnie d'un ami dévoué, admirateur\nintelligent, qui était en même temps un gentleman, Ernest Legouvé.\nRendez-vous fut convenu un matin place de la Concorde, et la novice\nécuyère, dès le premier jour, entraîna tous ses compagnons à travers\ntous les obstacles, dans les plus détestables chemins, où les plus habiles\neurent fort à faire pour la suivre. Mais la pensée de son art ne l'abandon-\nnait jamais , et, pendant le déjeuner, à la porte du Bois de Boulogne,\naprès cette course aventureuse, entendant Legouvé appeler le garçon\nd'une voix fortement timbrée :\nTiens, dit-elle, vous avez un baryton!\n(La suite prochainement.)\n\nPAUL FOUCHER."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "218", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.30", "texte": "LA MUSIQUE\nA LA COMÉDIE-FRANÇAISE\n\n0)\nous n'essayerons point de dresser une liste de tous les\nouvrages, dans lesquels apparaît la musique, joués, à la\nComédie, depuis un siècle : aussi bien n'y figure-t-elle\npresque toujours qu'au troisième plan. Signalons au ha-\nsard : Monsieur de Crac, de Gollin d'Harleville ( 1791 ) ;\nles Deux Pages, de Faure : dans ces deux pièces on chante des couplets\nde vaudeville; les airs de la seconde sont de Dezède. Dans le premier\nacte de Louis XI de Casimir Delavigne (1832), le chœur des paysans et\npaysannes fut chanté par des choristes spécialement engagés, et qui,\nsans nouvelles convocations, sont toujours revenus spontanément, chaque\nfois que les affiches annonçaient une reprise de la pièce; ils montaient\ndirectement s'habiller, et le chef d'orchestre les trouvait, au foyer, cinq\nminutes avant l'ouverture. Dans Un Mariage sous la Régence de notre\nami Léon Guillard (i85o), on exécutait un ballet. Notons une particu-\nlarité : Mademoiselle Clotilde, qui y dansa, partit ensuite pour l'étran-\nger, et, dans toutes les villes qu'elle parcourut, se fit intituler, sur les\naffiches, Première Danseuse de la Comédie-Française.\nNous n'avons guère plus à mentionner que Y Ulysse de Ponsard, joué,\nen i852, avec la musique de M. Gounod, exécutée par les élèves instru-\nmentistes du Conservatoire et les chœurs du Théâtre-Italien ; Murillo\n\n(1) Voiries numéros'des i 5 décembre 1873, i 5 janvier, i 5 février, i 5 mars, i 5\navril et i 5 mai 1874."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "219", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.31", "texte": "LA MUSIQUE A LA COMÉDIE-FRANÇAISE\n\nd'Aylic Langlé (i 853), musique d'Adolphe Adam et de Meyerbeer;\nŒdipe roi, de Jules Lacroix (i 858), musique de M. Edmond Mem-\nbrée; Un Jeune Homme qui ne fait rien, de M. Legouvé, où M. Bressant\nchante avec goût une célèbre romance de Chopin; enfin, ces derniers\ntemps, la reprise de Dalila, de M. Octave Feuillet, où le grand air\nde Boabdil a été chanté dans la coulisse par M. Richard, ténor de\nl'Opéra.\nVoici la liste de tous les Comédiens-Français qui ont été les disciples\nd'Euterpe et de Terpsichore :\nCHANTAIENT : mademoiselle Duparc; mademoiselle Molière;\nmademoiselle d'Ennebaut; Raisin aîné (il était très bon musicien et\ncomposa les airs de plusieurs pièces); Pierre de La Thorillière; Sallé\n(moine défroqué et aïeul de la danseuse; il était basse-taille à Rouen\nen 1697 et avait également chanté à l'Académie Royale de Musique ;\nquand il avait un rôle dans des pièces à à la Comédie,\nle public abandonnait l'Opéra pour venir l'entendre. Sa femme, Fran-\nçoise Thourv, chanta d'abord en province; après son mariage, elle fut\nadmise à l'Opéra de Paris, où elle chanta notamment le rôle d'Andro-\nmède dans la seconde reprise du Persée de Lulli, en ïyo3; l'année sui-\nvante, elle quitta ce théâtre pour aller prendre l'emploi des confidentes à\nla Comédie); mademoiselle Duclos (elle avait chanté à l'Opéra); made-\nmoiselle Mimi Dancourt ; mademoiselle Dubreuil ; Jean-Baptiste-Maurice\nQuinault (que nous avons signalé aussi comme compositeur); mademoi-\nselle Legrand(qui abandonna la Comédie pour aller à l'Opéra-Comique);\nArmand (Huguet) ; mademoiselle Connell ; mademoiselle Desbrosses; ma-\ndemoiselle Labatte; mademoiselle Dangeville; Quinault-Dufresne; ma-\ndemoiselle Quinault l'aînée (elle avait passé par l'Opéra) ; Drouin (il avait\nété d'abord à l'Opéra-Comique, où il donna la Meunière de qualité\nen 1712); mademoiselle Drouin (elle était fille d'un maître de musique\net chantait admirablement); mademoiselle Gaussin; mademoiselle Clai-\nron (chanta et dansa d'abord à la Comédie-Italienne, puis alla doubler,\nà l'Opéra, mademoiselle Lemaure, quoiqu'elle fût, selon son propre\ntrès médiocre musicienne); Bouret (fut d'abord à l'Opéra-Comi-\nque) ; Bellecourt; mademoiselle Bellecourt, fille de Beaumenard (alla\nd'abord à l'Opéra-Comique, où elle débuta dans le rôle de Gogo du Coq\nde village, dont le nom lui resta) ; mademoiselle Brillant (d'abord à\nl'Opéra-Comique); Rousselet, qui fit partie de l'Opéra-Comique entre ses\ndeux débuts à la Comédie ; mademoiselle Dubois (elle fut d'abord à"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "220", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.32", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nl'Opéra; sa voix était très jolie; elle chanta, en 1763, au Concert Spiri-\ntuel, etßerton écrivit pour elle les airs de bravoure de VAnglais à Bor-\ndeaux) ; mademoiselle Durancy (elle débuta en 1759 à la Comédie,\npassa, le 9 juin 1762, à l'Opéra pour tenir le premier emploi, revint, le\n16 octobre 1766, à la Comédie, et retourna, le 2 3 octobre 1767, à l'Opéra,\ndont elle fut une des grandes cantatrices; elle était fille de mademoiselle\nDarimath, une des meilleures actrices de FOpéra-Comique) ; mademoiselle\nLuzy (d'abord figurante à l'Opéra, chanta quelque temps àla Co-\nmédie-Italienne avant de passer à la Comédie-Française) ; mademoi-\nselle Doligny ; mesdemoiselles La Chassaigne et Lange, d'abord figu-\nrantes à l'Opéra; mademoiselle Ollivier; mademoiselle Fleury-Chep-\ntel (fut d'abord à l'Opéra-Comique et chanta ce genre à Amsterdam);\nmadame Fusil (en 1792, elle chanta la romance du Saule dans la\ncoulisse, pendant que mademoiselle Desgarcins (Desdemone) mimait\nle rôle) ; madame Simons-Candeille (fille d'un compositeur, compositeur\nelle-même, elle donnait, à neuf ans, des leçons de musique ; à douze, elle\nfit exécuter, au Concert Spirituel, un concerto, et, peu de temps après,\nune cantate dont elle avait aussi fait les paroles. On lui doit, entre autres\nouvrages, la Belle Fermière, pièce et musique) ; mademoiselle Leverd;\nmadame Paradol (elle avait chanté d'abord à l'Opéra et en province,\nelle était élève du compositeur Plantade) ; mademoiselle Demerson (elle\navait chanté l'opéra-comique en province); mademoiselle Saint-Ange;\nBernard, en premier lieu basse-taille au théâtre de Marseille; Guiaud,\n(il chanta le Muphti)\\Menjaud (chantait dans le Malade et dans le Bar-\nbier) ; madame Menjaud (chantait dans le Mariage (Chérubin) et dans\nla Petite Ville); Joanny (il avait chanté les tabliers en province);\nM. Ponchard fils, qui a passé à l'Opéra-Comique ; M. Brindeau; Emilie\nDubois ; Marie Royer; Leroux; M. Masset (fils du professeur du Conser-\nvatoire, va bientôt chanter à FOpéra-Comique ou au Théâtre-Lyrique) ;\nM. Verdellet (venu de ce dernier théâtre, y est retourné).\nAdrienne Lecouvreur chantait mal. Dans le rôle d'Agathe, des Folies\namoureuses moins heureuse que madame Favart, qui jouait de la\nharpe dans les Trois Sultanes— elle feignait de pincer les cordes de sa\nguitare, tandis que Chabrun la suppléait dans le trou du souffleur, ce\nqui, dit-on, sembla ridicule.\nDANSAIENT : mademoiselle Duparc ; mademoiselle Molière; Pierre\nde La Thorillière; Sallé; mademoiselle Godefroy (elle était fille d'un maî-\ntre à danser); mademoiselle Dufey ; Armand (Huguet); Dumirail (il"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "221", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.33", "texte": "LA MUSIQUE A LA COMÉDIE-FRANÇAISE\n\nétait fils d'un danseur de l'Opéra); Jean-Baptiste-Maurice Quinault;\nQuinault-Dufresne; mademoiselle Quinault la cadette (Jeanne-Fran-\nçoise), qui avait été danseuse à TOpéra; Dangeville (Charles-Etienne);\nDangeville (Claude-Charles), qui avait d'abord été attaché, comme dan*\nseur, à la Comédie ; mademoiselle Dangeville (elle dansa d'abord à\nl'Opéra); mademoiselle Desmares (elle était, de plus, très adroite au\nbilboquet et en jouait dans ses rôles comiques; le public réclamait cet\naccessoire quand, par hasard, elle ne l'avait pas ; plus tard, lorsque la\nmode des pantins commença, les Comédiens en eurent à leur bouton-\nnière et les firent danser tout en jouant leurs rôles); mademoiselle Dan-\ncourt aînée; mademoiselle Dubreuil; mademoiselle Legrand : mademoi-\nselle Gaussin (elle épousa Taoligo, danseur de l'Opéra) ; Drouin,\n(il fut chargé également de la composition des ballets à la Comé-\ndie; il se démit le tendon d'Achille en dansant à Fontainebleau) ; ma-\ndemoiselle Drouin ; mademoiselle Clairon ; mademoiselle Joly ; Dugazon ;\nmademoiselle Compain, d'abord danseuse à l'Opéra,, ainsi que mesde-\nmoiselles Araldi et Delatre ; mesdemoiselles Leverd et Bourgoin avaient\nété destinées à la danse ; mademoiselle Dewintre, qui a joué quelque\ntemps les soubrettes, sortait du corps de ballet de l'Opéra.\nIndépendamment des danseurs et danseuses attachés à la Comédb\nque nous avons cités au cours de ce travail, citons mademoiselle\nCammasse, première danseuse en 1738, et, vers la même époque,\nRinaldi et mademoiselle Barbarina. Mademoiselle Constance, première\ndanseuse, débuta, en août 1779, dans l'emploi des amoureuses ; elle n'y\nréussit pas.\nActuellement toutes les dames de la Comédie sont plus ou moins\nmusiciennes. Parmi elles se distinguent mademoiselle Tholer, qui a été\nprofesseur de piano; mademoiselle Edile-Riquier, qui a remporté un\naccessit de chant au Conservatoire; mademoiselle Lloyd, qui fait preuve\nd'une belle voix dans le rôle de Chérubin, qu'elle tient aujourd'hui ;\nmesdames Madeleine Brohan et Nathalie chantent également bien;\nmademoiselle Favart, dont la voix parlée est si pure, ne chante pas;\nlorsqu'elle jouait Chérubin, quelque autre la remplaçait, de la coulisse,\npour les couplets du second acte.\nMM. Bressant, Coquelin aîné, Got (1), Berton, Prudhon et Garraud\n\n(i) Ce remarquable comédien a écrit le livret de François Villon, opéra de notre\nami Edmond Membrée."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "222", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.34", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nont de très jolies voix que nous avons tous entendues dans les pièces\ndu répertoire, le Barbier, le Misanthrope, les Précieuses, /e Médecin\nmalgré lui. Un Jeune homme qui ne fait rien, etc., etc. M. Coquelin,\nen 1869, a joué le rôle de Moron de la Princesse d'Elide, dans une re-\nprésentation au Grand-Hôtel. Il y a chanté et surtout dansé d'une façon\nremarquable avec mademoiselle Beaugrand, dont il a reçu de vifs\ncompliments. MM. Delaunay, Maubant et Talbot ne sauraient émettre\nune note. Le premier, malgré sa voix d'or, ne peut que débiter la chan-\nson de Fortunio.\nNotons quelques particularités encore. A la représentation de retraite\nde Monrose, Duprez chanta la sérénade du Barbier\\ à celle de M. Ré-\ngnier, la romance de Chérubin fut chantée par madame Garvalho : ce fut\nnaturellement l'air deMozart? que nuance si bien l'éminente cantatrice,\nqui remplaça, pour la circonstance, Tair de Malbrough.\nLe premier mari de madame Talma fut un musicien de l'orchestre,\nPetit.\nMademoiselle Georges (Weymer) était la fille d'un musicien renommé.\nLes différents compositeurs ou chefs d'orchestre attachés à la Comé-\ndie ont été : Lulli, Charpentier, Lalande, Raisin aîné, Couperin, Qui-\nnault aîné, Gilliers, Touvenelle, Grand val, Gauthier, Drouin, Deshayes,\nde Mouhy a donné la liste des divertissements refaits ou composés\npar ce dernier, Giraud, Baudron, qui est resté à la Comédie de 1766\nà 1823, Léopold Aimon, Loi seau, Offenbach, Roques et Ancessy,\ndont la mort, en janvier 1871, provoqua la suppression de l'orchestre.\nM. Léon, second chef depuis quinze ans, fut, à partir de cette époque,\nchargé de la partie musicale au Théâtre-Français. Ce théâtre est revenu\nà son point de départ : « La sinfonie, » lorsqu'il est nécessaire d'en ap-\npeler une, « se tient sur les aisles. »\nEn 1713, l'Académie de Musique avait obtenu la permission, qu'elle\na toujours conservée, de donner des bals publics. Peu de temps après, la\nComédie en obtint une pareille. Nous ignorons combien de temps elle\nen usa : lorsque Blondel écrivait, en Iys 1 les bals avaient cessé depuis\nlongtemps. Pour ces fêtes, les Comédiens avaient rendu mobile, comme\na l'Opéra, le plancher du parterre, qui s'élevait au niveau de la scène\nau moyen d'un mécanisme dont l'auteur de Y Architecture indique les\ntraces sur ses plans."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "223", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.35", "texte": "LA MUSIQUE A LA COMÉDIE-FRANÇAISE\n\nQuelquefois le Roi permit de donner quelques-uns de ces bals au pro-\nfit d'un Comédien. C'est ainsi que, en 1723, Grandval bénéficia de huit.\nAla suite des représentations gratis, lors de la fête du monarque ou\nde quelque événement heureux, il y avait, avant 1789, des bals sur la\nscène, où le peuple avait le privilège de danser avec les Comédiens.\nDepuis la Révolution, toutes les révolutions et toutes les fêtes dynas-\ntiques ont été, à la Comédie comme ailleurs, des prétextes à cantates. La\npremière République laissa d'abord les Théâtres de la Nation et de la\nRépublique offrir, et le .public réclamer, l'exécution des chants pa-\ntriotiques. Puis, le 18 nivôse an IV, un arrêté du Directoire enjoignit\nà tous les directeurs des théâtres de Paris de faire jouer, tous les jours,\npar Torchestre, avant le lever du rideau, c< les airs chéris des républicains,\ntels que : la Marseillaise, Ça ira, Veillons au salut de VEmpire et le\nChant du Départ, et, dans l'intervalle des deux pièces, de faire tou-\njours chanter l'hymne des Marseillais ou quelque autre chanson patrio-\ntique. En 1848, Rachel, on s'en souvient, déclama plusieurs fois la\nMarseillaise sur une sorte de mélopée frémissante.\n\nJULES BONNASSIES."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.36", "texte": "LA COLLECTION PHILIDOR\nAU CONSERVATOIRE DE MUSIQUE DE PARIS\n\n(Suite et fin.) (i)\n44E VOLUME. Les Plaisirs troublés, mascarade dansée devant le\nRoy, par Monsieur le duc de Guise, l'an 1657.—La Revente des habits,\nballet de la mascarade, dansée devant le Roy, au Palais« Royal; par Mon\nsieur le cardinal, Tan 16.... —Le ballet des Fâcheux, dansé devant le\nRoy, àVol-viconte, par Monsieur Fouquet, l'an 166 1.\n45E VOLUME. Détruit. Il contenait : i° le Ballet de VAmour\nvainqueur ; 20 Diane et Endymion, pastorale héroïque. Cest Philidor\nl'aîné, qui avait composé la musique de ces deux pièces.\n46e VOLUME. Détruit. Ce volume renfermait : i° le Ballet royal\nde la nuit, dansé par le Roi en 165 5;2° le Ballet des Proverbes, dansé\npar le Roi, en 1654; 3° le Ballet du Temps, dansé par le Roi, en 1654;\n40 le Ballet des noces ; 5° la Revente des habits, et 6° le Grand Ballet\ndes Bienvenus.\n47e VOLUME. - Détruit. Il contenait le ballet des Plaisirs de Vîle\nenchantée, en trois journées de suite, avec les noms des personnes qui\navaient dansé ce ballet en 1664 et en 1705.\n48e VOLUME. Détruit. C'était encore un précieux volume, une\nespèce de collection de tous les vieux ballets arrangés par Philidor ou\ncomposés par lui.\n49e VOLUME. Ballet de la grotte de Versailles) cet ouvrage a aussi\nporté le titre d'Eglogue de Versailles ; les paroles sont de Quinault et\n\n(1) Voir le numéro du i 5 mai."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "225", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.38", "texte": "la musique de Lulli. L'abbé Roze se trompe en ajoutant : « La musique\nparaît être de M. de Lalande. » Ce volume a dû renfermer d'autres cho-\nses ; le commencement est lacéré.\n5OE VOLUME. Détruit. -Il contenait l'opéra de Médée et Jason, par\nColasse, copié en 1699.\n5ie VOLUME. Recueil de vaudevilles et airs de ballet, rassemblés par\nM. Philidor en 1695. Son vrai titre est : Recueil de plusieurs belles piè-\nces de symphonie, copiées, choisies et mises en ordre, par Philidor l'aisné,\nordinaire de la musique du Roy, et l'un des deux gardiens de la musi-\nque de Sa Majesté (1695). De toute la collection, c'est le seul in-40\noblong; tous les autres sont in-folio.\n52E VOLUME Détruit. Il renfermait la Princesse de Crète, opéra\nde Philidor, 1695.\n53e VOLUME. Détruit. Il contenait la Pastorale de VAmant gri-\nvois, sans nom d'auteur.\n54E VOLUME. Le Mariage de la grosse Caîeau, opéra-ballet de Phi-\nlidor l'aîné, 1688. Plus de la seconde moitié du volume est consacrée\naux poses écrites des danseurs du ballet, avec les airs en tête.\n55e VOLUME. Détruit. Voici encore un de ces volumes dont la\ndestruction fait saigner le cœur et souhaiter aux gémonies le sot animal\nqui a commis le crime... (Les Bibliothécaires de ce temps-là surveillaient\ndonc bien peu les ouvrages qui leur étaient confiés!) Nous lisons à ce\nn° 55 : « Gros volume, copié avec beaucoup de soin; on y trouve des airs\nde danse en partition, à six parties, et des Boutades de Lulli, des Caprices\nde Lalande, de Huguenet (M.Fétis ne connaissait que quelques sonates\nde ce dernier) Ce volume a beaucoup d'airs qui ne sont point\nfinis. y>\n56e ET DERNIER VOLUME. Détruit. C'était encore un précieux re-\ncueil de vieux ballets, tels que : VAmour malade,— Alcidiane, —la\nRaillerie. Xerxès; de plus il renfermait des airs et des duos ita-\nliens.\nL'abbé Roze termine son catalogue par ces mots : « Cette collection\ncontient cinquante-neuf volumes; mais il y a trois numéros qui sont\ndoubles. »\nTotal : 59.\nPour copie conforme :\n\nJ.-B. WEKERLIN.\n\nIV.\nLA COLLECTION PHILIDOR\nt 5"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "226", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.39", "texte": "AUDITION DES ENVOIS DE ROME\n\nr de Fourtou s'était dit qu'entre les grands-prix de\npeinture et de sculpture et les grands-prix de composi-\ntion musicale les chances n'étaient pas égales; que,\ntandis que ceux-là pouvaient par leurs envois de Rome\nrendre le public arbitre et de leur mérite et du bien-\njugé de ]a récompense qui leur était accordée, ceux-ci, jusqu'à la pre-\nmière représentation de leur opéra de droit, retardée souvent\nnombre indéfini d'années, n'avaient aucun moyen de prouver ce dont\nils étaient capables. C'est donc une excellente idée qu'a eue M. le mi-\nnistre de faire exécuter des œuvres musicales aux frais de l'Etat, de\nmême que se font aux frais de l'État des expositions de tableaux et de\nstatues.\nReste à savoir si, d'après le premier essai qui a eu lieu le 23 de ce\nmois, dans la salle du Conservatoire, il ne conviendrait pas de réglemen-\nter la nature des compositions à exécuter, et à demander aux grands-prix\nun acte d'opéra sérieux et un acte d'opéra-bouffe plutôt qu'un psaume\net un oratorio contenant douze morceaux. Un oratorio! Mais, pour\nrendre ce genre de musique intéressant, il ne faut pas moins que le souffle\ninspiré de ces trois géants qui planent sur l'art musical de toute l'im-\nmensité de leur hauteur, et qui ont nom HaendeL, Haydn et Bach. Un\noratorio ! Mais, pour oser l'aborder, il faut la foi, le don de la mélodie\nau suprême degré, la parfaite connaissance des effets d'orchestre, et non-\nseulement la science, mais le génie du contre-point et de la fugue.\nLe programme se composait donc du Passage de la mer Rouge, ora-\ntorio, paroles de M. Lucien Augé, musique de M. Rabuteau, grand-prix\nde 1868, et de deux productions de M. Ch. Lefebvre, grand-prix de\n1870 : une suite symphonique et le 23e psaume.\nSur les douze morceaux qui entrent dans le Passage de la mer"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "227", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.40", "texte": "AUDITION DES ENVOIS DE ROME\n\nRouge, j'en ai compté huit en mineur, dont sept qui se suivent. Qu'on\njuge de la monotonie qui doit en résulter! L'ouverture ne contient pas\nune seule idée mélodique : ce ne sont que des effets d'orchestre. A l'ouver-\nture succède un morceau intitulé : le Lever du soleil. Or7 tandis que\nVerdi, dans Jérusalem, et Félicien David, dans le Désert, ont cherché à\nexprimer le lever du soleil en déployant peu à peu toutes les richesses et\nles splendeurs de l'orchestre, M. Rabuteau n'a rien trouvé de mieux que\nde le représenter par le plus affreux grincement de violons qui se puisse\nentendre, faisant un trémolo de huit à douze mesures sur le mi aigu.\nNon, vrai, si le lever de l'aurore devait produire un effet aussi désa-\ngréable que celui-là, je préférerais mille fois ne jamais sortir des ténè-\nbres, dussent-elles etre aussi intenses que celles de la sixième plaie\n^e) °ù, du reste, cet oratorio se passe. La prière avec chœur,\nchantée par M. Caron, est assez belle, et l'instrumentation en est des\nplus remarquables. Mais on peut observer que tous les jeunes auteurs de\nl'heure présente savent instrumenter. C'est une science qui s'apprend ;\nau lieu que ce qui ne s'apprend pas, c'est le moyen de trouver ces belles\nmélodies, ces beaux rhythmes carrés qui affluent, qui débordent chez\nRossini, Donizetti et Auber. Un duo pour deux femmes, où\nles voix marchent constamment ensemble, a paru encore assez bien\nréussi; mais quel effet pouvaient produire mesdemoiselles Armandi et\nBilbaut- Vauchelet dans un duettino où aucun motif ne se détache fran-\nchement, où tout marche a la Wagner ? Qu'on me permette de nanalyser\nni la Marche égyptienne, ni le Passage de la mer Rouge, ni la Marche\ndes Hébreux, ni le chœur final. Il est pénible de n'avoir que des choses\ndésagréables à dire: mais malheureusement le jugement que je porte sur\n1 oratorio de M. Rabuteau n est pas d une sévérité injuste. Ceux qui sui-\nvent les concours et les exercices des élèves du Conservatoire savent\ncombien est indulgent et impressionnable un auditoire composé de pa-\nrents, d'amis et d'artistes. Or, pas un seul morceau n'a été bissé et plu-\nsieurs ont passé tout à fait inaperçus.\nDans la Suite symphonique de M. Lefebvre, le scherzo a été très ap-\nplaudi. Le Psaume XXIII, quoique trop long, a de bonnes parties, entre\nautres le solo, chanté par mademoiselle Champion, et le chœur final,\nbien enlevé par les élèves. L'orchestre du Conservatoire a été, comme\ntoujours, à la hauteur de sa tâche.\n\nHENRI COHEN."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "228", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.41", "texte": "EXÉCUTION\nDE LA MESSE DE VERDI\nA L'ÉGLISE SAN MARCO DE MILAN\n\nous entendrez dans peu de jours, à l'Opéra-Comique,\nla Messe solennelle de Requiem dédiée par Verdi, le\nplus grand compositeur de l'ltalie moderne, aux mânes\ndu plus grand poète italien du dix-neuvième\nManzoni.\nJ'arrive de Milan, J'assistais à la cérémonie du 22 mai, dans laquelle\na été funèbrement célébré l'anniversaire de la mort de Manzoni. Et je\nviens vous conter les émotions de la journée, non comme un critique dis-\ncutant par arguments et syllogismes, mais comme un touriste encore tout\npoudreux du voyage, et qui jette sur le papier, au courant de la plume,\ndes impressions confuses sur lesquelles il se propose de revenir plus tard.\nDonc, le 22 mai était jour de deuil pour Milan comme pour toute\nl'ltalie. On voulait se rappeler qu'en perdant Manzoni on avait perdu\ncelui qui chanta pendant un demi-siècle le douloureux poème de la déli-\nvrance et de l'unité de la patrie. Par une coïncidence sympathique, le\nciel pleurait de grosses larmes à travers 'son voile, et c'était un spectacle\nattristant que celui de cette foule mélancolique, assiégeant l'entrée de\nFégliseSan Marco, sous l'effort persistant d'une pluie battante. Vêtus de\nnoir, les hommes gagnaient péniblement les places qui leur étaient assi-\ngnées dans la nef, frayant le passage aux dames en toilette sombre et pa-"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "229", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.42", "texte": "EXÉCUTION DE LA MESSE DE VERDI\n\nrées de jais. Les bas-côtés et les chapelles regorgeaient de monde. Plus\ngrimpants que le lierre, les enfants s'accrochaient aux saillies des piliers,\net montaient sur les socles de pierre pour voir de plus haut et de plus\nloin. Parfois, une rumeur orageuse, aussitôt comprimée, s'élevait des\ngroupes.\nAu fond, de chaque côté du chœur, sous l'autel, étaient rangés cent dix\nmusiciens, choisis parmi les plus habiles, et cent vingt choristes des\ndeux sexes, les mieux sonnants qui fussent dans la ville de Milan. Quel-\nques-uns de ces exécutants, par un désintéressement qui les honore,\nviennent du fond de l'ltalie à leurs frais, pour prendre part à cette noble\nmanifestation artistique. On remarque dans les chœurs des prime donne\ncomme la Blenio et la Bignami, et des chanteurs distingués comme la\nbasse Galvani, le ténor de Filippi. Le maestro Rossi, de Parme, est\nconfondu parmi les basses. A l'orchestre, figurent les chefs de pupitre les\nplus justement renommés : Trombini, Pinto, premier violon du théâtre\nSan Carlo de Naples, professeur au Conservatoire de cette ville; des\namateurs connus partout pour leur talent, Zuccoli, de Brescia, et Foie-\ngati, de Ferrâre. On se montre, perdus dans les violoncelles, Franchi et\nle célèbre Piatti, qui a retardé tout exprès son départ pour Londres.\nPresque tous les professeurs du Conservatoire de Milan sont là. Tous,\njusqu'aux plus modestes choristes, ont fait à la mémoire de Manzoni\nl'hommage-et le sacrifice d'un mois de travail gratuit. Au milieu, entre\nla double haie formée par l'orchestre et les chœurs, se tiennent les quatre\nartistes chargés d'interpréter les soli : Teresa Stoltz, brune, au masque\nénergique; Maria Waldmann, Autrichienne, blonde et douce; Capponi,\nle ténor, et Maini, la basse. Sur le devant de l'estrade, le maestro Verdi\nlui-même dresse sa haute taille, dont soixante années n'ont pu fléchir\nl'arête. Son œil est toujours animé d'une flamme juvénile. Sa figure a\nconservé ses lignes fortement accusées. Sa barbe s'est lamée d'argent.\nUne auréole de cheveux grisonnants entoure son front. Sa physionomie,\npleine de couleur, a plus d'un rapport avec celle de ces fiers doges véni-\ntiens auxquels le pinceau du Tintoreta conservé la vie avec l'expression.\nL'eau-forte qui illustre ce numéro la rappellera au souvenir de mes\nlecteurs.\nL'intrusion de l'élément musical dans l'élément religieux, telle qu'elle\ns'est produite à l'église Saint-Marc, a soulevé les colères impitoyables\ndes ultramontains radicaux. L'immixtion de deux cantatrices de la Scala\ndans les pratiques sacrées du service divin a indigné les âmes pieuses qui\npuisent leurs inspirations aux sources immaculées du Vatican.\nJ'ai sous les yeux un entrefilet du journal l'Unità cattolica, moni-"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "230", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.43", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nteur du cléricalisme exalté, qui relève, avec toutes les armes de la pudeur\noffensée, ce qu'il appelle la délia chiesa San Marco. La\nfoudre céleste lui paraît lente à terrasser les sacrilèges. Un autre journal,\nVArte de Trieste, pousse également, et pour le même motif, des cris à\nfendre l'âme. Il signale véhémentement la pietà mercantile de l'éditeur\nRicordi qui s'est entendu avec Verdi pour spéculer sur sa Messe de\nRequiem, et battre monnaie sur la tombe de Manzoni. Ces désespoirs\nsont d'autant plus navrants qu'ils sont irrémédiables. Le mal est fait.\nLe curé de San Marco, dans sa tolérance éclairée, a compris que ces\nactrices qui chantent à l'église, dans une messe funèbre, ne sont pas\nplus des actrices qu'un prêtre qui officie n'est un homme : il leur a\nouvert toutes grandes les portes de son église. D'autre part, l'éditeur\nRicordi a fait graver dans ses ateliers la partition de la Messe de Verdi,\net l'a éditée avec un luxe du meilleur goût. Puis, il en a donné, à la\nScala, une première audition dont la recette a produit dix-huit mille\nfrancs. Pour comble d'impiété, il a consacré le montant de cette recette\nà l'érection d'un monument en l'honneur de Manzoni. C'est une action\nbien noire d'avoir fait un usage aussi profane de cette somme et de l'avoir\ndétournée d'une destination plus orthodoxe, telle que le denier de saint\nPierre... Mais le crime est consommé.\nIl est onze heures du matin. En dépit du scandale causé à VArte de\nTrieste et à VUnità cattolica, Verdi lève son bâton de mesure, donne à\nses interprètes le signal de l'attaque, et voilà sa Messe partie pour l'éter-\nnité. Les portes de San Marco sont closes. Les bruits du dehors s'étei-\ngnent peu à peu. Un grand silence se fait. Quatre mille têtes attentives\nse tendent vers le maître. Cette foule est palpitante d'émotion, mais\nmuette et comme domptée d'avance par la secrète influence du génie.\nVerdi a préféré l'église San Marco au Dôme pour l'exécution de son\nœuvre. Moins vaste que la cathédrale, elle est plus propice à une audi-\ntion musicale. La forêt de colonnes qui supporte les voûtes du Dôme eût\narrêté l'onde sonore. La décoration en eût été plus compliquée, et les\ndraperies tendues d'un pilier à l'autre eussent rompu les vibrations de\nl'air. En un tour de main, avec quelques nœuds de crêpe noir artiste-\nment accrochés aux ornements de l'architecture, San Marco s'est trouvé\nprêt.\nNe me demandez point encore l'analyse de la formidable composition\nde Verdi. J'y consacrerai, dans le prochain numéro, un article spécial où\nj'exposerai mes vues intimes sur le rôle du style religieux dans une"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "231", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.44", "texte": "EXÉCUTION DE LA MESSE DE VERDI\n\nMesse de Requiem. J'ai saisi les colossales proportions de celle-ci, et j'en\nai été aussi étonné que touché. J'en garde une impression ineffaçable,\nmais je ne me sens pas la force d'épiloguer sur un sentiment profond, que\nje ne pourrais décomposer et avec lequel j'éprouve le besoin de me fami-\nliariser. Ce que je sais, c'est que la Messe de \\ erdi est un monument\ngrandiose de F art musical en ce siècle, qu'elle sous-entend un progrès\nincontestable dans le style dramatique du maître, et qu'elle le hisse au\nplus haut rang parmi les compositeurs de musique sacrée. Verdi s'est\nmétamorphosé : il a en quelque sorte renouvelé sa substance. Et, pour\nm'en tenir à une comparaison éloignée qui rend bien ma pensée, sa\nMesse ne ressemble pas plus à ses productions antérieures que VAfri-\ncaine de Meyerbeer ne ressemble à son Crociato.\nLa révélation a été foudroyante, et les musiciens les plus habiles à\nreconnaître les formules favorites de Verdi devront baisser pavillon\ndevant l'inconnu. Ce n*est pas que Verdi ait jusqu'ici dédaigné la science\ndes grandes lignes dans l'expression religieuse*, le finale de Ncibuco, le\nrôle sacerdotal de Zacharie, le Miserere du Trouvère et d'autres pages\nencore que je pourrais citer, témoignent chez lui d'une réelle aptitude à\ntraiter l'harmonie sacrée.\nMais jamais il ne lui avait été donné de se livrer tout entier à ses ten-\ndances, et de mesurer ainsi l'étendue de ses forces. Jamais peut-être ses\nvoix et son orchestration ne s'étaient fondues dans une telle unité. Jamais\nsa palette, aujourd'hui débarrassée de ses couleurs mal liées, ne s était\nchargée de tons plus puissants ni plus lumineux. La Messe de Requiem\nn'est pas seulement une étape caractéristique de la longue carrière de\nVerdi; c'est un pas en avant aussi hardi qu'imprévu, quelque chose\ncomme une irruption romantique en plein camp classique.\nVerdi vient de porter un grand coup. La presse italienne constate\nunanimement, ou peu s'en faut, son triomphe. Quelques esprits timides\nhésitent encore, et se retranchent, pour défendre leurs réserves, derrière le\ncaractère dramatique et presque théâtral (j'emprunte leurs mots) de\nl'œuvre du maître.\nJ'ai entendu, à l'église, la Messe de Verdi : je veux l'entendre au\nthéâtre, où l'effet de certaines parties du tableau va se retourner. JTai dit\nsommairement ce que j'en pensais. Dans mon prochain article, j exami-\nnerai l'œuvre pièce par pièce, et je dirai pourquoi (par l'heureuse\nalliance du style dramatique et du style religieux), la Messe de Requiem\nde Verdi répond complètement à mon idéal en telle matière.\nARTHUR HEULHARD."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "232", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.45", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nL'Opëra-Gomique a donné, pendant mon absence, la première repré-\nsentation du Cerisier, opéra comique en un acte, paroles de M. Jules\nPrével, musique de M. Duprato. Le sujet de la pièce est tiré d'un conte\nde La Fontaine. Le compositeur n'a pas retrouvé sa veine des Trova-\ntelles. Par instants, on pourrait croire que le livret est de M. Duprato\net la musique de M. Jules Prével. Dans ces conditions, nous ne croyons\npas que le Cerisier doive attirer beaucoup de monde sous son ombrage.\nPendant mon absence aussi (Dieux injustes, qu'il s'est passé de choses\npendant mon absence! ), mademoiselle Marie Bel val s'est fait entendre à\nl'Opéra dans le rôle de Marguerite des Huguenots. On ne nous gardera\npas rancune de ne pas parler de ce que nous n'avons pas vu. Mademoi-\nselle Belval va débuter pour la seconde fois dans le rôle d'lsabelle de\nRobert le Diable. Cette fois, nous serons à notre poste.\n\nA. H."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "233", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.46", "texte": "CHRONOLOGIE DE L'ANNÉE 1874\n\nQAUT^IL\n27 Avril. MENUS-PLAISIRS. Première représentation : Cent mille francs\net ma fille, opéra bouffe en quatre actes, paroles de MM. Adolphe Jaime et\nPhilippe Gille, musique de M. J. Gosté. (Transformation d'une pièce jouée\nprimitivement sous forme de vaudeville, il y a quelques années, au théâtre\nDéjazet.) - SALLE PHILIPPE HERZ. Concert donné par la Société chorale\nd'amateurs, dirigée par M. Guillot de Sainbris; on y exécute de nombreux\nfragments d'une des œuvres les plus importantes de Philidor, le Carmen se-\nculare, qui n'avait pas été entendue depuis un siècle environ, ainsi que la\nfameuse ballade, le Roi des Aulnes, du compositeur danois Niels Gade.\n30. Exécution, àla soirée donnée au palais de l'Elysée par le Président\nde la République, de la nouvelle musique composée, pour les intermèdes de\nGeorges Dandin, par M. Eugène Sauzay (1).— NAPLES. (Théâtre San Carlo.)\nPremière représentation : Le Figlie di Ceope, ballet, scénario de M. Hippolyte\nMonplaisir, musique de M. Costantino Dall'Argine.\nqMoAI\nler Mai. Réouverture du concert des Champs-Elysées.\n3. Reprise des exercices des élèves au Conservatoire national de musi-\n\n(i) Malgré tous les soins que nous prenons pour rendre ces tablettes aussi com-\nplètes que possible, on conçoit qu'il ne dépend pas toujours de nous qu'elles soient\nsans lacunes; c'est ainsi, et sans que le fait fût venu à notre connaissance , que cette\ncomposition de M. Sauzay avait été exécutée, le 18 avril, dans un concert donné par\nlui.—A la fin d'avril ou au commencement de mai, on donne au Friedrich-Wilhelms-\nstaedter-Theater de Berlin, la première représention d'Un Carnaval à Rome, opérette,\nmusique de M. Johann Strauss. A l'Opéra de la même ville, le iermai, première re-\nprésentation d'un divertissement en un acte, scénario de M. G. Gurskyr, musique de\nde M. Radeke. —■ Dans le courant de mai, première représentation au théâtre\nSan Carlo, de Naples, de Maria Stuarda, drame lyrique en trois actes, paroles de\nM. Golisciani, musique de M. Costantino Palumbo."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "234", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.47", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nque, après une interruption de quinze ans environ. Les œuvres qui figurent\nau programme portent les noms de Haydn, Mozart, Gherubini, Spontini,\nRossini, Weber et Mendelssohn. SALLE ERARD. Première exécution de\nJeanne d'Arc, cantate,' musique de M. Charles Poisot. DIEPPE. (Concert\nde la Société philharmonique.) Première exécution de Jeanne d'Arc, cantate,\nparoles de M. J. Cauvain, musique de M. Amédée Godard.\n4. SALLE DU CONSERVATOIRE. Grand concert donné pour la fondation\nd'une caisse philanthropique de prêts et encouragements aux artistes musi-\nciens et artistes lyriques, avec le concours gracieux de M. Francis Planté, de\nmadame Carvalho et de M. J. Diaz de Soria. La recette atteint presque le\nchiffre de dix mille francs.\n5. Clôture annuelle du Théâtre-Italien,\n6. Arrêté du ministre des Beaux-Arts, nommant madame Massart pro-\nfesseur de piano au Conservatoire national de musique, en remplacement de\nM. Henri Herz, admis sur sa demande, à faire valoir ses droits à la re-\ntraite (1).\n7. OPERA-COMIQUE. Début de mademoiselle Breton, jeune artiste sor-\ntant du Conservatoire, dans le rôle de Chérubin des Noces de Figaro.\n8. OPÉRA. Continuation des débuts de mademoiselle Jeanne Fouquet,\ndans le rôle de Marguerite de Faust. Audition, dans la grande salle de la\nmanufacture de M. Aristide Cavaillé-Coll, du grand orgue construit pour la\nnouvelle église de Saint-Anne d'Auray. (L'instrument est joué par M. Ale-\nxandre Guilmant.)\n11. Grande séance annuelle de l'Orphéon de Paris, dans la salle du Cir-\n/\nque des Champs-Elysées.\n15. OPÉRA-COMIQUE. Première représentation: le Cerisier, opéra-comi-\nque en un acte, paroles de M. Jules Prével, musique de M. J. Duprato.\n16. ELDORADO. Première représentation : la Fermière et son Garçon.\nopérette en un acte, paroles de M. Auguste Jouhaud, musique de M. Frédé-\nric Barbier. —SALLE HERZ. Cinquième concert avec orchestre et chœurs,\ndonné par la Société nationale de musique, dans lequel on entend, en fait\nd'œuvres inédites : Symphonie, de M. Gabriel Fauré; la Forêt, poème lyri-\nque en trois parties (fragments), de madame la comtesse de Grandval ; frag-\nment de Psaume (soli, chœur et orchestre), œuvre posthume d'Alexis de\nCastillon; ouverture de M. Alphonse Duvernoy.\n\n(1) Par un autre arrêté du même mois, dont nous ignorons la date précise,\nM.Maury a été nommé professeur de cornet à pistons en remplacement de M. Arban,\ndémissionnaire."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "235", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.48", "texte": "CHRONOLOGIE\n\n__ SALLE DE M. DUPREZ. Première représentation : la Sérénade, opéra\nbouffe en un acte, paroles de M. Édouard Duprez, musique de M. G, de\nColbert.\n21. BOUFFES-PARISIENS. Première représentation: Bagatelle, opérette en\nun acte , paroles de MM. Hector Crémieux et Ernest Blum, musique de\nde M. J. Offenbach.—FOLlES-MARIGNY. Première représentation (à ce théâ-\ntre) : les Pantins de Violette, opérette en un acte, paroles de Léon Battu, mu-\nsique d'Adolphe Adam. Première audition, chez M. le comte Wiard, du\nDernier Abencérage, opéra en deux actes, paroles de M , musique de\nM. Regnier.\n22. OPÉRA. Début de mademoiselle Marie Belval, dans le rôle de Mar-\nguerite des Huguenots. MILAN. Exécution, dans l'église Saint-Marc, de la\nmesse composée par M. Verdi pour la célébration de l'anniversaire de la\nmort de Manzoni.\n23. CONSERVATOIRE DE MUSIQUE. Audition des envois de Rome. Pre-\nmières exécutions : le Passage de la mer Rouge, oratorio, paroles de M. Lu-\ncien Augé, musique de M. Rabuteau, premier prix de 1868 ; Suite symphoni-\nque, et Psaume xxiu, de M. Charles Lefebvre, premier prix de 1870.\n24, 2 5 et 26. COLOGNE. Cinquante-unième festival musical rhénan (1).\n\nA. P.\n\n(1) Dans le courant de mai, on représente, à l'Alcazar de Marseille, une opérette nou-\nvelle en un acte: Clairette Angot en Turquie, paroles de MM. Roustan et Isch, mu-\nsique de M. Emmanuel Baumann."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "236", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.49", "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nFAITS DIVERS\nAR décret du 22 mai, M. Arthur de Cumont a été nommé mi-\nnistre des Beaux-Arts, en remplacement de M. de Fourtou, qui\npasse au ministère de l'intérieur.\nLe 23 mai a eu lieu, au Conservatoire de musique, le juge-\nment du Concours d'essai pour le grand prix de Rome.\nLe jury était composé de MM. Ambroise Thomas, H. Reber, Félicien\nDavid, Victor Massé, François Bazin, membres de l'lnstitut; Massenet, Vau-\ncorbeil, jurés adjoints, désignés par l'Académie des Beaux-Arts; M. Camille\nSaint-Saëns, autre juré désigné par l'Académie, ne s'est point présenté.\nLes concurrents étaient au nombre de neuf. Six ont été admis au concours\ndéfinitif.\nCe sont, dans l'ordre suivant :\ni° M. Hillemacher, second prix de 1873, élève de M. François Bazin;\n20 M. Ehrhart, second prix de 1872, élève de M. Reber;\n3° M. Wormser, élève de M. F. Bazin ;\n40 M. Pop Méarini, élève de M. Victor Massé;\n5° M. Vérouge de la Nux ;\n6° M. Marmontel, mention honorable de 1873.\nCes deux derniers, élèves de M. Bazin.\nVoici l'ordre du concours définitif : entrée en loges, le samedi 3o mai, à\ndix heures du matin, au Conservatoire. Sortie, le mardi 23 juin, à dix heures\ndu soir.\nJugement préparatoire : vendredi 3 juillet, au Conservatoire.\nJugement définitif, par toutes les sections réunies de l'Académie des Beaux-\nArts, samedi 4 juillet, au Palais de l'lnstitut."}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "237", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.50", "texte": "VARIA\n\nSous ce titre : V Art lyrique, traité de chant et d'expression, M. Delle-\nSedie va prochainement publier un important ouvrage où seront résumés les\nprincipes que Féminent chanteur met en pratique depuis longtemps avec tant\nd'autorité,\nL'impôt sur les pianos n'est en faveur nulle part. La Chambre des\ndéputés italiens vient, à son tour, de le repousser.\nMademoiselle Lise Tautin, dont on se rappelle les succès aux Bouffes-\nParisiens, vient de mourir à Bologne, à l'âge de trente-six ans.\nNotre correspondant à Barcelone, M. A. G. Bertal, nous adresse un\ncompte rendu de YUltimo (le Dernier des Abencérages), opéra\nnouveau en quatre actes. Le défaut d'espace nous empêche de reproduire in\nextenso l'article de M. Bertal; nous le résumons pour nos lecteurs.\nL'Ultimo Abençerragio, paroles de M. Francisco Fors de Casamayor, mu-\nsique de M. Felipe Pedrell, a été représenté pour la première fois le 14 avril\n1874, au Grand-Théâtre du Lycée de Barcelone. Le livret, tiré de Chateaubriand,\nest médiocre. La musique de M. Felipe Pedrell, un jeune débutant, est une\nœuvre originale et savante, d'un beau style. L'inspiration en est facile.\nM. Pedrell a le savoir : il ne sera pas longtemps à acquérir le savoir-faire. Si\nl'on considère l'absence quasi-complète de situations intéressantes et drama-\ntiques dans le livret, on est étonné que M. Pedrell ait pu en tirer un parti\naussi remarquable. Cela donne le droit d'attendre beaucoup de l'avenir de ce\njeune compositeur.\nLa mise en scène et'l'interprétation de l'œuvre ont été parfaites.\nNous avons reçu une notice sur mademoiselle Anna de Belocca. C'est\nune très belle plaquette ornée d'un portrait photographique de la jeune ar-\ntiste. L'auteur, M. Victor Berlioze (?), donne des détails biographiques très\nexacts, mais il sacre mademoiselle de Belocca étoile de première grandeur,\net la met sur la même ligne que la Malibran !\nMademoiselle de Belocca possède certes une fort belle voix; c'est beaucoup,\nmais c'est tout. Ses débuts dans le Barbier avaient fait concevoir des espé-\nrances que la critique impartiale a dû abandonner, après l'avoir entendue dans\nla Cenerentola et la Semiramide.\nLes générations futures apprendront avec étonnement qu'il y a eu à Paris5\nen 1873-74, une chanteuse comparable à la Malibran.\nLONDRES. Covent-Garden. La saison de Covent-Garden a commencé\navec sa splendeur accoutumée : M. Gye, le directeur gentleman, fait bien les\nchoses. Les plus grands noms d'artistes figurent parmi ses pensionnaires. Ci-\nter la Patti, l'Albani, madame Marimon, Faure, Nicolini et tant d'autres,\nc'est dire assez que le succès est certain et peut se calculer à l'avance. Quel-"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "238", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.51", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nques détails sur l'organisation de ce théâtre, sur l'orchestre en particulier,\nsont intéressants et instructifs.\nRappelons tout d'abord que c'est M. Vianesi qui est l'âme de ce grand cen-\ntre artistique, et qu'il a réuni un orchestre hors ligne, dont voici la compo-\nsition : 14 premiers violons, 12 seconds, 11 violes altos, 9 violoncelles,\n9 contre-basses, 3 flûtes, 2 hautbois, 1 cor anglais, 3 clarinettes, 4 bassons,\n4 cors, 2 trompettes, 3 trombones, 1 ophicléide, 1 harpe, cymbales et tim-\nbales, caisses roulantes, grosses caisses, et toute la batterie ordinaire et extra-\nordinaire, coût : 2,000 fr. par soirée. La saison se compose de quatre-vingts\nsoirées; c'est donc 160,000 fr. pour l'orchestre seulement. Ces quatre-vingts\nsoirées ont lieu dans l'espace de quatre mois : mr'ù, mai, juin et juillet.\nOn a donné à Covent-Garden, depuis l'ouverture, plusieurs opéras, parmi\nlesquels : la Traviata, Crispino, la Figlia del Regimento, l'A/ricana, Il\nBarbiere, la Favorita, Guglielmo Tell, Ugonoti, Lucia, Sonnambula, Ballo in\nMaschera, Trovatore, Fausto, I Puritani, Don Giovanni.\nM. Gye a été nommé récemment directeur des théâtres italiens de Saint-\nPétersbourg et Moscou.\n\nNOUVELLES\n\nARIS. Opéra. - La première représentation de Y Esclave, d'Ed-\nmond Membrée, aura lieu au commencement du mois de juillet.\nLes trois premiers actes sont déjà mis en scène.\nOn s'occupe à ce théâtre d'une reprise de Robert le Diable.\nMademoiselle Marie Belval continuera ses débuts dans le rôle d'lsabelle.\nQuant au rôle de Robert, on le conserve à M. Sylva.\nMademoiselle Sangalli retour de Vienne fera sa rentrée à l'Opéra\nle mois prochain, dans le ballet de la Source.\nOpéra-Comique. A l'Opéra-Comique, on ne parle plus que de la Messe\nde Requiem, de Verdi, qui sera chantée probablement le 9 juin, à une heure\net demie.\nVoici le programme des morceaux :\ni° Requiem et Kyrie, quatuor et chœurs, par mesdames Stoltz, soprano ;\nWaldmann, mezzo-soprano; MM. Capponi, ténor; Maini, basse."}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "239", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.52", "texte": "VARIA\n\n2° Dies irœ à quatre parties, solo et chœur.\nDies irœ, chœur.\nTuba mirum, chœur.\nLiber scriptus, chœur et fugue.\nQiiid sum miser, trio, par mesdames Stoltz, Waldmann et M. Gapponi.\nRex tremendœ, quatuor et chœur.\nRecordare, duo et chœur, par mesdames Stoltz et Waldmann.\nIngemisco, solo par M. Capponi.\nConfutatis, solo pour basse.\nLacrymosa, quatuor et chœur.\n3° Domine Jésus, offertoire, par mesdames Stoltz et Waldmann, MM. Cap-\nponi et MainL\n4° Sanctus, fugue à deux chœurs.\n5° Agnus Dei, duo et chœur, par mesdames Stoltz et Waldmann.\n6° Lux œterna, trio, par madame Waldmann, MM. Capponi et Maini.\nLibéra me, solo, chœur, fugue finale. Le solo par madame Stoltz.\nL orchestre et les chœurs se composent de 200 exécutants, sous la direc-\ntion de M. Deloffre.\nChâtelet. M. Louis Herz a acquis de M. Hostein et de la Société nan-\ntaise la propriété du Châtelet. Le nouveau directeur forme, pour l'exploitation\nde ce théâtre, une Société anonyme au capital de 500,000 francs, divisé en\n1,000 actions. Le Châtelet serait transformé en opéra populaire. Nous ne\npouvons qu'applaudir à cette tentative, à laquelle nous souhaitons une com-\nplète réussite.\nVariétés* —Un Sujet de pendule, tel est le titre d*un opéra bouffe en un acte\nque MM. Dubreuil, Chabrillat et Cœdès viennent de faire recevoir. Cet ou-\nvrage sera interprété par MM. Dupuis, Léonce, mesdames Berthal et Aline\nDuval.\nOn annonce aussi la reprise prochaine des Brigands, avec mademoiselle\nPaola Marié dans le rôle de Fiorella.\nFolies-Dramatiques. —> Les Folies-Dramatiques feront leur clôture en juil-\nlet et leur réouverture en août.\nLa pièce de réouverture sera, dit-on, la Fiancée du Roi de Garbe, de\nMM, Dennery et Chabrillat, musique de M. Litolff.\nEnsuite viendra le Capitaine Fracasse, de Catulle Mendès, que M. Émile\nPessard vient de mettre en musique.\nOn prépare, en attendant ces deux pièces, une reprise du Canard à trois\nbecs, l'opérette de MM. Moinaux et Jonas.\nFolies-Marigny. Le directeur, M. Gaspard a donné une reprise inatten-"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "240", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740601-01.1.53", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\nFaits. Imprimerie Alcan-Lévy, rue de Latayettè/6t«\nProjpriêtaire-Gêrant : Q/IHHEULHod\n\ndue des Pantins de Violette. Malgré le petit nombre d'exécutants qui se\ntrouvaient à l'orchestre, la partition charmante d'Adolphe Adam a été vive-\nment applaudie,\nPorte-Saint-Martin. La reprise du Pied de mouton aura lieu à la Porte-\nSaint-Martin du 10 au 12 juin, après une semaine de relâche.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}