{"numero_id": "bm-bmtnabc-1874-06-15-01", "volume": "bmtnabc_1874-06-15_01", "ocr_sha256": "be77ce874c6a3f05845036892a347163fd8bf872375dcb8aab1c9c4c75fd6da5", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabc/issues/1874/06/15_01/bmtnabc_1874-06-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabc/issues/1874/06/15_01/bmtnabc_1874-06-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabc-1874-06-15-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-06-15_01#c001", "volume": "bmtnabc_1874-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "[241]", "page_fin": "248", "image_debut": 1, "image_fin": 8, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.2.1", "titre_corps": "ANDRÉ PHILIDOR", "titre_sommaire": "ANDRÉ PHILIDOR", "signature_source": "ARTHUR POUGIN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[241]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.1", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 655, "texte": "ANDRÉ PHILIDOR\n\nANS les dépendances du château de Dreux, le\npromeneur aperçoit, à moitié cachée par les\narbres et placée sur une petite éminence, une\nmaisonnette de l'aspect le plus humble, de l'ap-\nparence la plus modeste, et qui pourtant consacre\nun grand souvenir. C'est dans cette maisonnette,\nqui, je crois, sert aujourd'hui de logis à Tun des\ngardes du parc, que naquit l'un des plus grands\nmusiciens dont la France puisse s'enorgueil-\nlir, François-André Danican Philidor; une petite plaque de marbre noir,\nportant une inscription commémorative, rappelle ce fait aux compa-\ntriotes d'un artiste justement célèbre naguère, et aujourd'hui bien à tort"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "242", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.2", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2443, "texte": "oublié. Voici la reproduction exacte de cette plaque, placée sur la façade,\njuste à côté du numéro de la maison :\nLes Druides (i) sont très-fiers des deux hommes fort distingués qu'a\nvu naître leur petite cité : Rotrou, le poète viril et le magistrat martyr,\net Philidor, le grand musicien et le plus fameux joueur d'échecs qu'ait\npossédé la France; mais je crois qu'ils connaissent plus l'un que l'autre,\net que leur sympathie est plutôt et plus clairement éveillée par le nom\ndu premier que par le souvenir du second.\nD'où vient donc l'injuste oubli dans lequel, au point de vue musical,\nest tombé le nom de celui qu'on pourrait appeler le grand Philidor, tan-\ndis que les amateurs d'échecs n'ont cessé de l'entourer du respect le plus\nprofond, de l'admiration, de la vénération la plus inaltérable? Parmi les\nmusiciens même, il en est bien peu qui le connaissent assez pour lui\nrendre justice, qui sachent qu'il a été, avec Duni, Grétry et Monsigny,\nl'un des fondateurs de notre opéra comique, qu'il est l'un des très rares\nartistes français qui aient obtenu de grands succès à l'Opéra, enfin qu'il\na fait jouer plus de vingt-cinq ouvrages de caractères très différents, et\nque, pour toutes ces raisons, son nom était digne de gloire à l'égal de\ncelui de Grétry, de celui de Monsigny. Ces deux derniers pourtant sont\nconnus du public, sont consacrés par la renommée; tandis que Philidor\nest l'objet d'un dédain inexplicable, d'un oubli absolument immérité, et\nd'autant plus étrange qu'à certains points de vue il est supérieur à ceux\nque les contemporains appelaient ses émules, ses rivaux, mais qu'ils se\nseraient bien gardés de considérer comme ses supérieurs.\n\n(i) Une tradition locale, dont je ne suis pas à même de vérifier le bien-fondé, veiît\nque la ville et les environs de Dreux aient été l'un des derniers, sinon le dernier\nrefuge des druides de notre vieille Gaule. Le nom même de Dreux semble, du reste,\nvenir à l'appui de cette tradition. Toujours est-il que les habitants de la ville et de\nla contrée prennent la désignation de druides, tout comme ceux de Paris s'appellent\nParisiens, et, peut-être sans trop savoir pourquoi, s'en montrent assez fiers. C'est\nun sujet assez ordinaire d'étonnement pour les étrangers que d'entendre, par exemple,\nsur une grande route, deux paysans s'interpeller ainsi : « Te v'ià, vieux Druide!...\nComment vas-tu? Eh! bonjour, mon bon Druide; ça va bien, je te remercie.»"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "243", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.3", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 3012, "texte": "Le fait est là pourtant, brutal comme tous les faits, et il ne reste qu'à\nle constater. Eh bien, c'est contre ce fait injuste que je veux protester,\net c'est pour laver la mémoire de Philidor de l'outrage qui lui est fait\nchaque jour, que j'ai entrepris ce travail. En retraçant sa vie, en énumé-\nrant ses travaux, en appréciant ses œuvres, en faisant, par la pensée, re-\nvivre son génie, j'espère rappeler l'attention sur un artiste méconnu,\nrendre à son nom un peu du lustre dont il était justement environné, et\nforcer, à son égard, sinon les sympathies du public, à qui l'on n'offre\nplus l'occasion de le connaître et qui reste par conséquent inhabile à le\njuger, du moins l'affection des musiciens, qui, grâce à mon plaidoyer,\nconsentiront peut-être à l'étudier un peu et seront bientôt à même de\npartager mon estime, mon goût, j'allais dire mon admiration. Ne dussé-\nje ramener à Philidor que quelques esprits distingués, quelques raffinés,\nquelques curieux des choses d'art, auxquels ses œuvres auraient échappé,\nje m'estimerais heureux du résultat et me considérerais comme ayant ac-\ncompli un devoir. D'ailleurs, ceux qui voudront bien me lire verront\nqu'il n'y avait pas seulement en Philidor un artiste, mais un homme\nintelligent, un homme instruit etun homme de cœur; un homme, enfin,\npour tout dire en un mot.\nI\nNous avons vu que Philidor était né à Dreux, le 7 septembre 1726 (1).\nIl était issu d'une famille féconde en musiciens, qui avait déjà fourni\nneuf artistes fort distingués, recommandables à titres et degrés différents,\n\n(i) Dans la première édition de sa Biographie universelle des Musiciens, Fétis avait\ndonné une date inexacte pour la naissance de Philidor, date que je rectifiai dans la\nRevue et Galette musicale du 11 septembre 1859, d'après Pacte de naissance du grand\nartiste et la plaque de la maison où il a vu le jour, et que Fétis corrigea lui-même\ndans sa seconde édition. Mais je ferai remarquer que les deux articles relatifs à\nPhilidor insérés dans les deux éditions de la Biographie universelle des Musiciens,\ntrès confus et cherchant à se corriger l'un l'autre, fourmillent d'omissions, d'erreurs\net d'inexactitudes. Je préviens donc, une fois pour toutes, que je serai fréquemment,\ndans l'énoncé des faits, en désaccord avec Fétis; mais comme voici quinze ans que je\nm'occupe de Philidor, j'aurai soin d'appuyer mes affirmations, soit sur des textes\ncontemporains, que je citerai toujours, soit sur des renseignements que les membres\nsurvivants de la famille (et ils sont nombreux) ont bien voulu me fournir directement,\nsoit enfin sur une biographie de Philidor que son fils aîné avait commencé à écrire\net qui, la mort l'ayant surpris, fut achevée, d'après ses notes, par un de ses amis,\nM. J. Lardin. Ce travail, absolument nul au point de vue artistique, mais très pré-\ncieux sous le rapport des faits, a été publié sous ce titre : Philidor peint par lui-\nmême, dans le Palamède (revue des échecs) de janvier 1847 ; il en a été fait un tirage\nà part."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "244", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.4", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2974, "texte": "et qui, un peu comme celle des Bach en Allemagne, forma une véritable\ndynastie musicale. C'est au chef de cette dynastie, Michel Danican, que\nfut appliqué pour la première fois le surnom de Philidor, qui n'était\npoint le nom de la famille, mais qui, du fait de celui-ci, vint s'ajouter à\nson nom patronymique, ce Michel Danican (a dit un de mes excellents\nconfrères, M. Er. Thoinan, dans un travail spécial, relatif à la généalo-\ngie des Philidor), né dans le Dauphiné, avait acquis une grande habileté\nsur le hautbois, et réussit, en arrivant à Paris, à se faire entendre et ap-\nplaudir de Louis XIII. Ce prince, grand amateur de musique et musi-\ncien lui-même, fut enchanté de l'artiste dauphinois, dont le jeu, disait-il,\nlui rappelait celui d'un célèbre hautboïste italien nommé Filidori, venu\nde Sienne quelques années avant, et dont le talent avait produit une\ncertaine sensation à la cour de France. Le roi dilettante s'écria même\ndans son enthousiasme, en écoutant Michel : « J'ai trouvé un second\nFilidori. » Il n'en fallut pas davantage, et les courtisans, toujours dis-\nposés à renchérir encore sur les éloges du maître, n'appelèrent plus Dani-\ncan que Philidor (1). »\nFrançois-André Danican-Philidor était Parrière-petit-fils du haut-\nboïste de Louis XIII. Son père n'était pas âgé de moins de soixante-\ntreize ans lorsqu'il épousa, en troisièmes noces, une jeune fille aimable et\nnaïve, qui était seulement dans sa vingtième année; si bien qu'André\nPhilidor, venu au monde le premier des huit enfants issus de ce mariage\nvraiment extraordinaire, avait à sa naissance une sœur, fille du premier\nlit de son père, déjà âgée de cinquante-six ans, et qui aurait pu être la\ngrand'mère de celle qui pouvait l'appeler sa belle-fille.\nLe jeune André fut admis fort jeune au nombre des enfants de la cha-\npelle de Louis XV, dès l'âge de six ans, dit-on, et y fit ses études sous\nla direction de Campra (2). C'était une bonne fortune, pour un enfant\n\n(1) Les Philidor, généalogie biographique des musiciens de ce nom. (France musi**\ncale, décembre 1867 et janvier 1868.)\n(2) Fétis, se fondant avec assez de raison sur les règlements de la chapelle du roi,\nqui en interdisaient l'entrée à tout enfant n'ayant point encore accompli sa dixième\nannée, conteste formellement que Philidor ait pu y être admis dans un âge aussi\ntendre. Cependant, un contemporain d'André Philidor, Laborde, financier, écrivain et\ncompositeur lui-même, affirme le fait dans ses Essais sur la musique, et pourrait bien\navoir été renseigné à ce sujet par Philidor en personne 5 de plus, le fait en question\nest resté à l'état de tradition dans la famille; enfin, sans vouloir absolument rien\naffirmer, j'ajouterai pourtant qu'il ne me paraîtrait pas extraordinaire que le roi, en\nfaveur des longs services rendus à la chapelle par deux générations de sa famille, eût\nfait une infraction aux règlements pour un enfant dont les dispositions, d'ailleurs,\nétaient exceptionnelles."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "245", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.5", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2870, "texte": "bien doué, que de tomber aux mains d'un tel maître. Artiste supérieur,\nsinon homme de génie, Campra, qui avait été successivement maître de\nchapelle à Toulon, à Arles, à Toulouse, puis, à Paris, au collège, à la\nmaison professe des Jésuites, à la Sainte-Chapelle, à Notre-Dame et en-\nfin à la Cour, avait donné à l'Opéra plus de vingt ouvrages, dont quel-\nques-uns, tels que 1 ''Europe galante,\nvénitiennes, avaient obtenu de grands et légitimes succès. C'était un mu-\nsicien instruit, doué d'une imagination abondante, d'une verve très-\nréelle, et qui n'avait pas moins réussi dans le genre profane que dans le\ngenre sacré. On n'aurait su choisir un meilleur directeur pour les jeunes\npages de la chapelle royale, et Philidor dut, par la suite, s'estimer heu-\nreux d'avoir eu pour maître le premier musicien de son temps.\nCe fut, paraît-il, au service de la chapelle que le jeune Philidor com-\nmença de contracter son goût passionné pour les échecs, sans doute par\nsuite de l'exemple qui lui était donné journellement. Les musiciens\navaient l'habitude de se réunir, en attendant la messe du roi, dans une\nsalle où se trouvait une longue table sur laquelle étaient incrustés six\néchiquiers ; ils prenaient patience en exerçant leurs forces à ce jeu dif-\nficile et compliqué, le seul, d'ailleurs, qui leur fût permis à la Cour.\nPhilidor, qui avait pour les échecs une inclination naturelle, les regar-\ndait faire silencieusement, mais en portant aux coups la plus grande\nattention. Un jour il était âgé de dix ans environ, un vieux musi-\ncien, arrivé avant l'heure accoutumée, maugréait devant lui de ce que\nses camarades ne se pressaient point assez, ce qui le privait de faire sa\npartie. L'enfant n'osait trop ; mais, cependant, tout hésitant et tout\ntimide, il proposa au bonhomme de lui servir de joueur. A cette offre, le\nvieillard partit d'abord d'un éclat de rire, puis finit par accepter. Mais sa\nsurprise fut grande lorsque, au lieu d'un élève auquel il pensait devoir\nprodiguer les conseils, il s'aperçut qu'il avait affaire à un rival redou-\ntable ; le dépit s'en mêla quand, la partie avançant, il s'aperçut que son\nadversaire pourrait bien prendre le dessus ; sa mauvaise humeur éclata\nalors, et il eût fallu voir la mine à la fois piteuse et maligne du bambin,\ntrop fier d'un succès qu'il prévoyait déjà pour consentir à l'abandonner,\nmais redoutant de payer son triomphe par quelque horion, que 1 amour-\npropre froissé du bonhomme semblait lui faire pressentir. A chaque ins-\ntant il tournait du côté de la porte un regard en quelque sorte suppliant,\ncomme pour l'engager à se rapprocher de lui afin de favoriser sa fuite\nlorsque le moment en serait venu ; cependant, petit à petit, et sans exci-\nter les soupçons de son rival, absolument absorbe par son jeu, il était\nparvenu àse glisser à l'extrémité de son banc ; sûr alors de son salut,"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "246", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.6", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2476, "texte": "il presse l'issue de la partie, précipite les coups, avance enfin victorieuse-\nment la pièce décisive, et, lançant à son adversaire un mat sardonique et\nretentissant, s'enfuit de toute la vitesse de ses petites jambes afin d'éviter\nune poursuite qui eût pu lui devenir fatale.\nOn comprend que cet incident ne passa pas inaperçu, et qu'il fut bien-\ntôt l'objet des conversations de tous les musiciens de la chapelle. Après\nune telle aventure, ce fut à qui d'entre eux ferait la partie avec le petit\nPhilidor; mais ses aptitudes étaient déjà telles que bientôt il ne se trouva\nplus un seul de ses collègues qui pût se mesurer avec lui.\nPourtant les échecs ne le passionnaient pas encore au point de lui\nfaire négliger ses études musicales, et l'on assure que, à peine âgé de\ndouze ans, il fit exécuter à la chapelle un morceau de sa composition, un\nmotet avec chœur, dont le roi Louis XV se montra si charmé qu'il\nlui en exprima personnellement sa satisfaction et lui fit remettre une\ngratification de dix louis.\nII\nOn ne sait au juste à quelle époque Philidor quitta les pages du roi, et\nabandonna Versailles pour venir s'établir à Paris. Il me semble que cela\npourrait bien coïncider avec la mort de Campra, son maître, qui arriva\nle 29 juillet 1744; auquel cas Philidor aurait eu tout près de dix-huit\nans. Son premier biographe, Laborde, dit seulement à ce sujet: « Etant\nsorti de page, il se fixa à Paris, s'y soutinten faisant quelques écoliers et\nen copiant de la musique, et tous les ans il allait à Versailles faire chanter\nun nouveau motet. » (1)\nSa position était difficile sans doute, puisqu'il était obligé non-seule-\nment de donner des leçons, mais de copier de la musique pour vivre.\nFort jeune, il avait perdu son père, qu'il n'avait pour ainsi dire pas\nconnu; ses frères du premier lit, déjà avancés en âge, ne pouvaient pro-\nbablement lui venir en aide, et comme, de son dernier mariage, son\npère avait laissé plusieurs enfants dont il é/ait l'aîné, peut-être Philidor\nse voyait-il tenu de pourvoir, non pas seulement à sa propre existence,\nmais à celle de ces derniers.\n\n(1) Dans son Traité élémentaire du Jeu des Échecs (Paris, i 853), M. le comte de\nBasterot dit qu' « à Page de quatorze ans Philidor quitta les chœurs de la chapelle\nroyale.» Mais je ferai remarquer que M. de Basterot est le seul à donner ce rensei-\ngnement, et j'ajouterai que, en ce qui concerne Philidor, il me paraît sujet à caution.\nOn verra pourquoi plus tard."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "247", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.7", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2132, "texte": "Néanmoins, une fois à Paris, il se livra sans réserve à sa passion pour\nles échecs. Il fit bientôt connaissance avec plusieurs joueurs fameux,\nentre autres M. de Légal, qui passait pour le premier de France et qui\navait trouvé la partie des pions, l'abbé Chenard, avec lequel il entreprit\npour la première fois une partie sans voir l'échiquier, et divers autres,\nqu'il rencontrait au café de la Régence, où sa réputation devint rapide-\nment colossale.\nC'est dès ce moment que, malgré sa jeunesse, il commença à opérer\nde véritables tours de force, en faisant d'abord une partie sans voir\nl'échiquier, puis en en menant deux, et enfin trois à la fois dans les\nmêmes conditions. Ce fait a été célébré en vers par l'abbé Roman:\nJoueur sublime, étonnant Philidor,\nDe ton esprit, qui donc suivra l'essor ?\nComment peux-tu, par la seule pensée,\nDans une route obscure, embarrassée,\nLes yeux fermés, guider au champ d'honneur\nDe tes échecs le bataillon vainqueur?\nOui, je l'ai vu, sur trois tables dressées\n{Pour les joueurs, prodige humiliant !)\nMenant au but, aveugle clairvoyant,\nD'un triple jeu les pièces dispersées.\nFaire, à la fois, sur les trois échiquiers,\nDe ses rivaux les trois Rois prisonniers (1).\n«\nJe crois bien qu'un tel tait ne s'était jamais produit, et l'on comprend\nqu'un jeune homme de dix-sept ou dix-huit ans, presque un enfant,\nmontrant pour un tel jeu de telles aptitudes, ait pu se faire promptement\nune brillante renommée. Cependant, ses affaires étaient en assez mau-\nvais état, et en 1745 il quittait Paris. Dans quelles conditions ? c'est ce\n\n(i) Les Echecs, poëme, par l'abbé Roman. (Paris, 1807, in-12.)\nC'est le même abbé, passionné pour les échecs, qui, dans une fable où il supposait\nMercure donnant des leçons à la jeune nymphe Echec, écrivait, en dépit de sa sou-\ntane, les aimables vers que voici :\nObéissante et docile écolière,\nD'un pareil maître elle eut bientôt appris\nDu jeu d'échecs le plus secret mystère;\nMille baisers, autant donnés que pris,\nDe ces leçons furent le doux salaire.\nBelles, vene\\, j'en donne au même prix.\nLa chronique ne dit pas si les « belles » accoururent."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "248", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.8", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1895, "texte": "qu il est assez difficile de savoir, car les biographes se contredisent à ce\nsujet.\nLaborde dit : « Les progrès qu'il avait faits aux échecs lui don-\nnèrent 1 envie de voyager pour tenter fortune, et en 1745 il partit pour la\nHollande, l'Angleterre, l'Allemagne, etc. » De son côté, M. de Basterot\nprétend —je ne sais sur la foi de quel renseignement, car je n'ai pu le\ndécouvrir que ce voyage avait d'abord un but musical : « En 1745,\nPhilidor partit pour la Hollande, en compagnie de quelques musiciens\nqui s'étaient associés pour donner des concerts à Amsterdam; mais\nle chef de la bande venant à mourir, l'entreprise fut abandonnée.\nPour subvenir à ses besoins, Philidor dut recourir à son talent de joueur\nd échecs. Il donna des leçons au prince de Waldeck et à d'autres per-\nsonnages. Deux ans après, il visita l'Angleterre pour la première fois. »\nQuoi qu'il en soit, il paraît certain que c'est en 1745 que Philidor\nquitta Paris pour se rendre en Hollande, puis en Angleterre, et qu'il mit\nà profit, pour subsister, son talent aux échecs. Je ne dirai pas, comme\nLaborde, qu'il tenta la fortune, car l'expression ne me paraît pas heu-\nreuse ; on ne tente la fortune qu'aux jeux de hasard, et les échecs ne sau-\nraient guère être mis dans le nombre. Philidor était pauvre, besoigneux;\nil donna des leçons d'échecs, qui, sans aucun doute, étaient plus profi-\ntables à sa bourse que des leçons de musique, et il fit des paris sur son\njeu, paris qu'il était certain de gagner et que ses adversaires étaient par-\nfaitement sûrs de perdre, mais dont le produit, loin d être un effet du ha-\nsard, était pour lui la récompense d'un grand effort intellectuel. Il n'y a\nrien là que de fort honorable et de parfaitement licite. Ceci soit dit pour\ncalmer certaines susceptibilités exagérées, dont quelques échos sont venus\njusqu'à moi.\n(La suite prochainement.)\n\nARTHUR POUGIN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-06-15-01-c006", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-06-15_01#c006", "volume": "bmtnabc_1874-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "249", "page_fin": "255", "image_debut": 9, "image_fin": 15, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.2.2", "titre_corps": "DE LA MUSIQUE DRAMATIQUE", "titre_sommaire": "DE LA MUSIQUE DRAMATIQUE", "signature_source": "LOUIS LACOMBE", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 9, "page_imprimee": "249", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.9", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1629, "texte": "DE LA MUSIQUE DRAMATIQUE\n\nE 23 avril 1564, naquit à Stratfort-sur-Avon, dans\nune maison d'assez pauvre apparence, un enfant du\nsexe masculin, qui reçut le prénom de William. Fils\nd'un alderman catholique, nommé Shakespeare, cet\nenfant, destiné à vivre dans un milieu protestant, de-\nvait, à partir de sa seizième année, devenir successi-\nvement boucher, maître d'école, clerc chez un procureur, braconnier,\ngardeur de chevaux à la porte des théâtres, garçon appeleur dans la cou-\nlisse, comparse, comédien et poète. Réformateur à sa façon, il devait un\njour jeter le désarroi dans les vieilles doctrines aristotéliciennes, et accom-\nplir dans le drame la révolution opérée par Dante dans le poème. Shakes-\npeare était un ignorant, au rapport de certains critiques que je veux\ncroire'très instruits et très sincères ; au dire de M. Philarète Chasles, il\nn'a rien inventé ; et cependant, en dépit de son ignorance et de son es-\nprit peu inventif, Shakespeare, de isßy à 1611, composa, outre ses son-\nnets, trente et une pièces, drames ou comédies, dont quelques-unes sont\nde véritables études historiques et légendaires. Celui qui écrivit Macbeth,\nRichard 111, le Marchand de Venise, Henri /F, Henri V, Othello,\nJules César, Coriolan, le Roi Lear, Hamlet, Antoine et Cléopâtre et\nHenri VIII, était, convenons-en, un ignorant d'une espèce particulière.\nPeut-être aussi y a-t-il quelque exagération à prétendre qu'un homme,\nauquel on doit le Songe d'une nuit d'été, Roméo et Juliette, et la\nTempête, soit dénué d'imagination... Le cinquante-deuxième anniver-\nsaire de la naissance de Shakespeare fut le jour de sa mort. A cette date,"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "250", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.10", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2910, "texte": "Shakespeare rentra dans la nuit, au sein de cette terre qu'il connaissait\nsi bien ; et son œuvre, l'indifférence, la haine et les puritains aidant,\nfut enseveli pendant cent douze ans dans l'ombre d'où Voltaire, cher-\ncheur et jaloux, le fit sortir, et où il eût voulu le faire rentrer. Voltaire\ntraduisit les trois premiers actes dz Jules César et s'arrêta là, prétendant\nque le meurtre de César terminait la pièce, et que, César poignardé, les\ndeux derniers actes devenaient inutiles. Voltaire, dont le goût était très\nsûr comme chacun sait, retranchait ainsi de son autorité privée plusieurs\ndes plus merveilleuses scènes de l'ouvrage. L'esprit avait tendu la main\nau génie, c'était méritoire. Mais il arriva que la surface mesura la\nprofondeur ; alors le critique appréhenda le poète ; l'auteur de Zaïre,\nde Brutus se sentit inférieur à l'auteur d'Othello et de Jules César ;\nl'élégance et le brio redoutèrent la grâce et l'énergie ; le vers bien fait se\nméfia du vers bien venu ; Mahomet comprit qu'il fallait lever la tête pour\nregarder Coriolan et le roi Lear, le Montenvert remarqua qu'il n'était\npas de niveau avec le mont Blanc et se trouva, relativement à son voi-\nsin, petit et mesquin : le révolutionnaire français, blessé dans sa vanité,\nne voulut plus entendre parler du révolutionnaire anglais, et Voltaire,\nqui louait jadis Shakespeare, ne tarda guère à le traiter de sauvage ivre.\nC'était moins méritoire. Malgré Voltaire, malgré Shaftesbury, malgré\nDryden, qui déclara simplement Shakespeare « hors d'usage », le poète,\nressuscité, voyait tomber autour de lui la forêt des œuvres avortées ou\nincomplètes, sous la hache de ce rude bûcheron, le temps; il sortait de\nl'ombre, du silence, des brouillards britanniques; serein, il contemplait\nle monde, son futur patrimoine. Comment avait-on passé près de ce\ngéant sans le voir? La France, l'Allemagne l'apercevaient enfin et le\ncritiquaient vertement tout en le dépouillant. Au dix-neuvième siècle,\nles types shakespeariens s'imposent à tous les arts. La peinture, la\nsculpture, la musique ne jurent que par Shakespeare. On le commente,\non le traduit, on l'arrange, on le dérange, on l'imite. La France com-\nmence à croire qu'il faut compter avec le drame, et qu'un jour on pourra,\npar faveur, lui faire une petite place aux pieds de la tragédie et de la\ncomédie , si ces bonnes dames le permettent. On l'examine, on le plai-\nsante, on le raille ; quelle drôle de mine il a ! Il pleure, il rit . absolu-\nment comme un homme; la critique le fustige, le public le trouve\nétrange; la convention s'offusque, se plaint et larmoie. Les traducteurs\net quelques-uns de leurs lecteurs défendent seuls Shakespeare, ses\ndrames et son système. Les connaisseurs patentés restent indifférents,\nhésitent ou lancent l'anathème au nouveau venu, âgé de deux cents ans\nenviron, qui vient bouleverser leurs idées, ou plutôt les idées grecques"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "251", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.11", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2908, "texte": "et romaines, devenues françaises depuis la Renaissance, qu'on leur in-\nfusa au collège, et dont ils ne se souviennent, par parenthèse, que dans\nles occasions où le génie, uni à la vérité, les contrecarre sérieusement.\nPourtant un imprésario confie un Othello de fabrique italienne à Ros-\nsini ; celui-ci s'en tire, grâce à deux ou trois phrases agréables. Les traduc-\nteurs de Shakespeare se multiplient en Italie, en France, en Allemagne;\nà Paris éclate la fameuse querelle des classiques et des romantiques, à\nlaquelle, certes, le dramaturge anglais n'est pas étranger; le siècle de\n/\nLouis XIV et le siècle d'Elisabeth sont en présence et se chamaillent\nquelque peu; les deux partis s'injurient; leur colère est au comble.\nGiboulées d'insultes. Les uns se moquent et se divertissent; les autres\nprennent la guerre au sérieux et ne ménagent rien. Victor Hugo, repré-\nsentant de l'esprit nouveau dont il explique les tendances, mitigeant\nShakespeare par Corneille et Molière, c'est-à-dire par un reflet espagnol\net français, en imprimant, d'ailleurs, à ses ouvrages le cachet d'une incon-\ntestable et magnifique individualité, écrit sa fameuse préface de Crom-\nivell. Le tumulte redouble, et c'est sur le dos iïHernani que le dénigre-\nment rageur et l'admiration passionnée vident leur querelle à coups de\npoings. Shakespeare, soutenu par l'aristocratie des intelligences, fait sa\ntrouée ; on lui emprunte d'abord des sujets, puis des caractères, puis des\nscènes, puis des pièces trop souvent défigurées par d'impertinents faiseurs ;\non tire quelques gouttes de sang au dramaturge, on lui arrache quelques\nlambeaux de chair, et ces gouttes de sang et ces lambeaux de chair suffi-\nsent pour donner aux compositions auxquelles ils sont destinés les appa-\nrences de la vie. Les classiques montrent leurs dents ébréchées, les ro-\nmantiques montrent leurs poignets vainqueurs ; la justice, tranquille,\ntient ses balances et attend...\nShakespeare vous attire comme le gouffre, vous fascine comme l'idéal.\nSe plonger dans l'œuvre du maître, c'est pénétrer dans une forêt immense,\ndans la forêt humanité. Ceux-ci y rencontrent lago, Ophélia, Shylock,\nRoméo ; ceux-là y aperçoivent Titania, Obfron, Ariel ; d'autres s'y arrê-\ntent pour suivre des yeux, à la nuit tombante, les sorcières tournoyant sur\nles bruyères ou , quand l'aurore reparaît, les fées errant parmi les fleurs;\ntous reviennent de leur course vertigineuse éblouis, charmés, transportés,\nravis d'avoir vu l'homme sous tant d'aspects divers, étonnés de s'être\ncroisés avec des êtres qu'ils croyaient imaginaires et dont ils ont constaté\nl'existence. Banco s'assied àla table de Macbeth; qui nierait les reve-\nnants? Prospéro fait sortir Ariel d'un arbre; qui nierait la puissance des\nmagiciens ? Ariel, chanteur invisible, traverse les airs au bruit d'une\ndélicieuse symphonie; qui nierait les génies? L'aube naît, l'alouette"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "252", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.12", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2819, "texte": "s'éveille et s'élève avec des battements d'ailes pour saluer le jour naissant;\nRoméo prend aux lèvres de Juliette le baiser d'adieu; qui nierait l'har-\nmonie, la poésie, l'amour? Qphélie, folle, folle, folle, hélas! la tête cou-\nronnée de fleurs, le sein recouvert par l'onde transparente, se noie en\nmurmurant son refrain étrange ; qui nierait l'abîme que la douleur se\ncreuse dans le cœur? Et ceux qui ont parcouru le royaume du poète se\ndemandent pourquoi ils ne cueilleraient pas une violette, une rose, un\nsouci, une grappe de raisin, une branche de cyprès dans ce royaume\naussi vaste que la terre, mouvementé comme les vagues de l'Océan,\nserein comme le ciel, plein de rayons où se meuvent des esprits bienfai-\nsants et d'ombres où s'enfoncent d'horribles fantômes. Et une nuée de\ncompositeurs: Rossini, Chelard, Mendelssohn, Halévy, Thomas, Gou-\nnod, Berlioz, Verdi, Stadtfeld ; les impuissants, les inconnus, les célèbres,\nles forts s'abattent sur ces proies toujours vivantes : H ami et, Macbeth,\nla Tempête, le Songe d'une nuit d'été, Othello, Coriolan, le roi Lear;\net ces artistes deviennent plus vigoureux, plus vaillants, plus observa-\nteurs en s'unissant à Shakespeare, dont ils sont pourtant éloignés de tra-\nduire les innombrables et fulgurantes beautés.\nLe sens musical n'est point l'apanage des poètes, aussi constaté-je avec\nun ravissement mêlé de surprise que Shakespeare, dans toutes ses pièces\n(je l'ai déjà remarquéailleurs), confie à la musique le rôle qui lui convient;\nqu'il la fait intervenir dans les endroits où elle est nécessaire, où elle\ncomplète la situation, où elle agrandit l'horizon ; dans les occasions où\nle visage de Dieu apparaît soudain dans l'espace crépusculaire, et où son\ndoigt terrible se montrant aux abords du globe, semble peser sur les évé-\nnements d'ici-bas.\nEssentiellement lyrique, l'œuvre Shakespearien appelle la musique à\nchaque scène, presque à chaque ligne. La musique peut y courir comme\nle moineau-franc vole à la treille dorée, et s'y poser ça et là, au hasard.\nElle s'adaptera aussi naturellement, aussi facilement au monologue\nd'Hamlet qu'aux rancunes, aux disputes, aux vengeances des Montaigus\net des Capulets; le crâne du pauvre Yorik la sollicitera autant que le\nsommeil chargé de remords de lady Macbeth; si elle convient àla fée\nMab, elle ne convient pas moins à Cordélie, à Miranda, à Desdémone;\nle roi Lear, Roméo, Juliette, Puck, Caliban, Falstafif. Les apparitions,\nle fantastique, le réel l'attendent comme une divinité qui doit ajouter\nl'idéal àla surabondance de vie qu'ils ont déjà. Goneril et Regane sont\naussi favorables à la musique que Cordélie et Jeanne Darc. Elle s'ap-\nplique à : « Ta parole est un poignard! » aussi bien qu'à : «Au Rat !\nau rat ! » et au cri d'Hamlet, frappant Claudius : « Suis ma mère !» Le"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "253", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.13", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2863, "texte": "musicien penseur qui mettra Shakespeare en musique n'est peut-être\npas encore né : il naîtra, n'en doutez pas.\nMozart, avec plus de passion, plus de grandeur, plus de profondeur,\nplus defantasie (mot allemand intraduisible); Mozart, avec des formes\nplus variées, plus souples, plus imprévues; Mozart, moins court, moins\nétriqué, moins soumis à l'instinct, moins étranger à la réflexion, Mozart\neût pu être ce musicien prodige : le rival de Shakespeare. Mais Mozart\nn'est pas sauvage, abrupt; il ne fréquente que rarement les sommets;\nl'inconnu formidable ne la harcèle pas ; le plus qu'humain lui échappe\névidemment. Zerline lui suffit; Armide l'eût gêné, dans les grands bois\nsombres ou lumineux, ce n'est pas le hêtre qu'il dessine, c'est le muguet;\nil préfère la colline à la montagne, la grotte aux rocs inaccessibles, la\nsource au torrent, le fleuve à l'océan, la barque au navire; les lilas du\njardin lui conviennent mieux que la virginité solennelle des lianes\ninextricables ; l'horreur l'émeut médiocrement les précipices, brumeux\nau-dessus desquels tourbillonnent les oiseaux de proie ne lui semblent\npoint avoir d'équivalents dans le domaine musical; il regarde si volon-\ntiers les champs semés de marguerites qu'il ne voit pas les cieux semés\nd'étoiles ; il écoute la fauvette et le rossignol; il n'entend pas les\nvautours; il est le camarade du rouge-gorge; il ne fraye pas avec l'aigle;\nMozart, céleste quelquefois, n'est jamais divin dans-l'acception sublime\ndu mot; Mozart, un peu coureur, quoique marié, Mozart que des amours\nmultiples inspiraient, ainsi que me l'avouait sa veuve, qui le laissait\nlibre par amour de l'art, Mozart, légèrement libertin, paraît-il, trouvait\nDon Juan à sa taille, mais il n'eût rien tiré d'Hamlet, d'Othello, de\nMacbeth ou du roi Lear; ces types l'eussent écrasé, près d'eux il ne fût pas\nresté grand. Tout est relatif. Mozart était un compositeur hors iigne,\nmais ce n'était pas un homme supérieur ; là est la nuance.\nCependant l'opéra de Don Juan se rapproche par plusieurs points des\ndrames de Shakespeare ; il a le mouvement, le rire, le sourire, les larmes,\nla volupté, l'insouciance, la colère, la terreur, le délire, le courage, la\ndésolation, la témérité, la légèreté ; il montre la faute et le châtiment ; il\noffre un assemblage de types admirables : c'est Leporello, curieux, pol-\ntron et gourmand ; c'est le commandeur devenu marbre et venant, statue\ninflexible, punir le coupable: c'est Dona Anna pleurant sur le corps de\nson père et courant à la poursuite du meurtrier, son ravisseur ; c'est\nZerline, naïve et coquette ; c'est le jaloux Mazetto, c'est Dona Elvira,\nc'est Don Ottavio, c'est Don Juan enfin, fier, voluptueux, éhonté, beau?\ntoujours amoureux, toujours à la recherche de son rêve : la femme qu'il\npourra aimer. De tous ces types si profondément humains et si gran-"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "254", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.14", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2873, "texte": "dioses , Mozart fait des caractères. Sauf en matière religieuse, son idéal,\nc'était la terre avec ses vertus mélangées de faiblesses. Peintre fidèle, il\nne grandissait pas ses personnages ; il ne demandait rien à l'inconnu ;il\nn'avait pas l'intuition de l'infini dans l'art; aussi la suprême poésie\nmanque-t-elle à son œuvre ; aussi le surhumain ne se rencontre-t-il\njamais sous sa plume élégante. Mozart, emprisonné dans le réel, dans le\nterrestre, ignorait ces élans vigoureux et sublimes si fréquents chez\nBeethoven; Mozart a des confins; Beethoven n'en a pas ; l'insondable est\ndans Beethoven; il n'est point dans Mozart : Mozart ressemble àun\nfleuve dont les eaux abondantes, calmes et pures, laissent voir le lit ;\nBeethoven, c'est la pleine mer, c'est le plein ciel ; Mozart observe, Bee-\nthoven observe et devine; Mozart sait, Beethoven sait et pressent. Don\nJuan est un ouvrage parfait, conçu dans de petites proportions. Ceci\nadmis, on ne saurait trop admirer le chef-d'œuvre de Mozart. Ce maître\ncharmant a le savoir, l'ingénuité, la souplesse, la couleur, l'imagination,\nle tact, la finesse, l'observation, l'individualité. Tous les styles lui sont\nfamiliers. Il manie avec une égale facilité l'orchestre et les voix, la mu-\nsique de chambre, la symphonie, l'opéra,la musique religieuse.—Correct,\nbien paré, bien poudré, aimable, galant, gentil au possible lorsqu'il\nchausse l'escarpin, lorsqu'il met des bas de soie, la fraîche culotte et l'ha-\nbit à boutons de métal ; chéri des femmes, leur pressant la taille sans\nchiffonner ses manchettes, sablant avec elles le Champagne sans en\nrépandre une seule goutte sur son jabot de dentelle, Mozart n'admettait\nrien qui inquiétât l'oreille ; aucune broussaille n'entrave sa marche vive,\nfringante, pensive ou délurée. Ce n'est pas lui qui longerait le bord des\nprécipices, qui rêverait d'excursions aux pics inaccessibles! Non ;il se\ncontente de suivre le fil de l'eau et de vous conduire avec lui dans les\nprés et dans les bois.\nMozart fut admirablement servi par le libretto de Don Juan, qui oflre\nune grande variété de situations et de caractères, et qui ne contient rien\nd'excessif. Ce poëme, tout shakespearien par la forme et par le fond, par\nl'agencement des scènes, par les développements du sujet, par le heurt\ncontinuel d'éléments hétérogènes, par le va-et-vient du comique, du\npathétique, du grotesque, du fantastique, par la rencontre incessante des\npassions les plus opposées, ce poëme, dis-je, était et demeure un repré-\nsentant de l'art moderne tel que Fa conçu Shakespeare, art qui diffère\nentièrement de celui dont Gluck s'inspira. Mozart, sans le savoir peut-\nêtre> coule sa partition dans un moule shakespearien et devient ainsi le\nmagnifique point de départ, en musique, de l'idée nouvelle. Gluck, si\nsupérieur à Mozart sous plusieurs rapports, se voit tout à coup refoulé"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "255", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.15", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 1835, "texte": "dans le passé par ce seul fait qu'un librettiste obscur â fourni à Mozart\nun canevas où se reflète l'ombre de Shakespeare. Gluck ressuscite le gé-\nnie antique; Mozart représente l'esprit moderne; Gluck, lumineux,\nbrille comme un phare sur le vieux monde ; Mozart, uni à Shakespeare\npar un littérateur quelconque, est une aurore qui se lève et dont les\nrayonnements éclaireront la terre et le ciel.\nMozart mort, on revient aux anciens errements, on sépare de nouveau\nles genres. Le drame s'efface devant la tragédie et la comédie lyriques qui\nreprennent fièrement le haut du pavé. Les saines traditions prévalent ; les\ndoctrines surannées, triomphantes, sortent de la remise où on les avait\nun moment reléguées. Les tragiques recommencent à verser des pleurs\ndans leur vieille urne, les comiques cherchent à retrouver le rire éternel\nsous leur masque usé, Spontini, Kreutzer, Méhul, Cherubini, Lesueur,\nSacchini retournent à l'antiquité païenne ou biblique. Rossini accepte\nun Othello impitoyablement classique, puis un Moïse peu divertissant.\nIl rit jusqu'aux larmes dans le Barbier ; il pleure tant qu'il peut dans\nGuillaume Tell. Les auteurs de bonne compagnie roucoulent à\nl'Opéra-Comique. Là, pas de poésie, pas d'élan, pas de passion3 pas d'as-\npirations, pas de grandeur, pas de vérité ; l'esprit y patauge dans le faux\nconcurremment avec la mode. Grétry, qui n'était pas musicien, Boïeldieu,\nqui n'était pas poète, le spirituel Auber, Hérold, qui avait de l'avenir,\nAdam, qui n'en avait pas, Halévy qui aimait trop la trompette pour\naimer beaucoup le hautbois, illustrèrent ce bâtard, l'Opéra-Comique.\nVains efforts ! L'Opéra-Comique tombe, il est tombé. Il faut que le\ndrame l'aide et lui tienne l'étrier pour qu'il remonte en selle. S'y tien-\ndra-t-il ? Nous verrons bien.\n(A suivre.)\n\nLOUIS LACOMBE."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-06-15-01-c010", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-06-15_01#c010", "volume": "bmtnabc_1874-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "258", "image_debut": 16, "image_fin": 26, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.2.3", "titre_corps": "LES AIRS A DANSER DE L'ANCIENNE ÉCOLE FRANÇAISE", "titre_sommaire": "LES AIRS A DANSER DE L'ANCIENNE ÉCOLE FRANÇAISE", "signature_source": "TH. 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Boileau Despréaux a écrit Y Art poé-\ntique , ce sera Jean-Étienne Despréaux qui écrira Y Art de la Danse. »\nEt grâce à ce monologue en vile prose, nous avons hérité d'un nou*\nveau poème ! en quatre chants ! ! calqué sur l'œuvre de Boileau ! ! !\nComme spécimen ? je me contenterai de citer les deux vers suivants :\nBoileau avait dit :\n« qu'une voyelle à courir trop hâtée,\nNe soit d'une voyelle en son chemin heurtée. »\n\n(1) Voir le numéro du i6i> juin."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "257", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.25", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2316, "texte": "G.-E. Despréaux réplique :\n« Garde% bien qu'une jambe à courir trop hâtée,\nNe soit d'une autre jambe en son chemin heurtée. »\nAinsi du reste.\nMalgré sa « métromanie », Despréaux a bien agi envers la postérité.\nSon petit volume est amusant à feuilleter et donne des renseignements\nutiles sur Part trop peu connu de la chorégraphie et sur les danseurs\ncélèbres, tels que Vestris, Noverre, Gardel, etc.\nTrois vers nous initieront de suite à cette mystérieuse passacaille qui a\nété le point de départ de cette étude :\n« De même que Beauchamps, d'un brodequin chaussé,\nSous les habits d'un Dieu, dansait seul, à Versailles,\nEn pas majestueux, la grave passacaille. »\nD'après une note insérée à la fin du volume, le mot de passacaille\nn'indiquerait plus, à la fin du siècle dernier, qu'un air lent, à trois\ntemps. En effet, nous en trouvons des exemples dans Haëndel et dans\nSébastien Bach. Gluck, lui-même, n'emploie plus le mot : passacaille,\nmais il en a gardé le rhythme et la mesure. Nous pourrions citera ce\npropos, comme exemple, le chœur du ier acte Orphée.\nDans les ballets de la seconde moitié du dix-huitième siècle, on trouve\nencore quelques « airs » portant ce nom démodé, mais l'allure en est\ncomplètement changée. Les airs de Dauvergne, Rebel et Francœur, Gar-\nnier et autres, sont là pour nous en convaincre. Je pourrais citer comme\nexemple la passacaille d\" Ap elles ef Campaspe, de Rodolphe, l'auteur du\nsolfège trop connu. Rodolphe en a écrit une autre dans Médée et Jason,\nqui est conçue d'une façon tout aussi fantaisiste.\nAutrefois, sous Louis XIV, c'était en même temps un « air à danser » et\nun cc air à jouer, » danse très grave, à un seul personnage, mouvement :\nadagio maëstoso. Cette solennité et cet unique danseur pouvaient être\nde mise àla Cour puritaine de madame de Maintenon, mais ne pou-\nvaient convenir aux roués de la Régence, ni aux invités des Petits-Sou-\npers. Aussi, à partir de la mort de Louis XIV, ne voyons-nous plus de\nvéritables passacailles dans les partitions; l'air d'Hypemnestre, de Ger-\nvais, chef de musique du Régent, est une des dernières passacailles de\ncette époque.\nC'était, comme rhythme, une espèce de chacone triste, par quatre\nmesures cc redoublées. »\nD'après le Dictionnaire de la Danse (1), le nom viendrait de l'italien\n\n(i) Cailleau, libraire; Paris, 1787."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "258", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.26", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2295, "texte": "« passaglia », qui signifierait : 'vaudeville , sans doute parce que cet air\nprocédait par phrases, en couplets, comme la chacone.\nLittré, lui, nous donne comme étymologie les mots espagnols : passa\ncalle, mot à mot « passe-rue, » J'avoue ne pas comprendre la corréla-\ntion. Ce serait une enjambée un peu longue, car une des raisons pour\nlesquelles cette danse fut sans doute abandonnée, c'est qu'elle avait un\ndouble défaut : les airs étaient à la fois lugubres et d'une dimension\nexagérée.\nJ.-J. Rousseau et, après lui, le citent\ncomme modèles les passacailles d Arde Lulli, et d de Des-\ntouches. J'ai lu la première avec beaucoup d'attention ; elle est char-\nmante, en effet ; mais elle est trop développée pour me permettre de la\ntranscrire ici. Au cinquième acte de de Lulli, onpouria trouver\naussi une passacaille assez intéressante à étudier. Celle d\nthéeest une des plus jolies de l'œuvre de Lulli, mais sa dimension de-\nvient encore plus grande. Jugez-en : 164 mesures de «symphonie»\nd'abord, ensuite un solo de « nayade, » un chœur, une ravissante ri-\ntournelle de flûtes soli, un duo de nayades, puis le chœur, reprise des\nflûtes, deux autres solos de nayades, encore le chœur, enfin, la reprise de\nla symphonie. C'est varié, mais long ; près de 500 mesures .\nQuant à la passacaille d 'lssé,il m'a été impossible de la découvrir\ndans les deux éditions de 17-4 de 1728. Si elle avait eu tant de succès,\nil n'est pas probable qu'on l'eut supprimée dans la partition gravee. Sui-\nvant l'usage adopté, comme je lai raconté ici pour Alcione, on a sans\ndoute intercalé une passacaille quelconque dans l'œuvre de Destouches,\nDes deux premiers airs qui accompagnent cette notice, celui de\nLalande est, je le crois, complètement inédit ; il contient des parties\nagréablesj mais le musicien s est montre là d une prolixité inquiétante.\nPour éviter la monotonie du rhythme et de la tonalité, et le faire entrer\ndans notre cadre, car cet air est un type du genre, j ai été foicé de 1 abré-\nger beaucoup. Le manuscrit original est de 22d mesures ! Jai Dien\ncoupé dans l'œuvre de Lalande; je ne me serais pas permis d'agir de\nmême envers un maître comme Lulli.\nLa passacaille de Rebel, le père de l'ami et collaborateur de Fran-\ncœur, est à peu près intacte.\n\nTH. DE LAJARTE."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-06-15-01-c014", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-06-15_01#c014", "volume": "bmtnabc_1874-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 17, "image_fin": 18, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.2.4", "titre_corps": "PASSACAILLE (LALANDE—1690)", "titre_sommaire": "PASSACAILLE (LALANDE—1690)", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.17", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 31, "texte": "PASSACAILLE\n(LALANDE—1690)\n(36)"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.18", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4, "texte": "(36)"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-06-15-01-c015", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-06-15_01#c015", "volume": "bmtnabc_1874-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 19, "image_fin": 21, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.2.5", "titre_corps": "PASSACAILLE D'ULYSSE (REBEL—1703)", "titre_sommaire": "PASSACAILLE D'ULYSSE (REBEL—1703)", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.19", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 38, "texte": "PASSACAILLE D'ULYSSE\n(REBEL—1703)\n(38)"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.20", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4, "texte": "(38)"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.21", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 50, "texte": "P. 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Et encore, si peu de sommeil qu'elle eût\npris, ce n'était même pas le sommeil ; cette prodigieuse organisation ne\ns'arrêtait pas un moment. Cette trame de sa vie n'avait pas d'envers ; ce\nvide apparent était habité. La Malibran, morte si prématurément, a vécu\nautant que des femmes parvenues à-la vieillesse : car elle vivait double.\nVoilà un fait prodigieux, presque incroyable, mais qui m7est attesté par\ndes personnes de sa famille. Plus tard, mariée avec de Bériot, mais sé-\nparée momentanément du célèbre artiste (elle était en Italie, et lui avait\nété obligé de retourner un ou deux mois en France) , il était convenu\nque la Malibran écrirait tous les jours à son mari.\nDe Bériot ne reçoit aucune nouvelle. Il s'impatiente, s'inquiète en-\nfin, abrège son séjour en France. 11 accourt auprès de sa femme bien-\naimée.\nDans quelle inquiétude tu m'as laissée ! dit-il. Quoi ! pas une\nlettre !\nMoi, répond Marie, mais je t'ai écrit tous les jours ; tous les\njours, on a mis mes lettres à la poste !\n;'i) Voir les numéros des iev décembre 1873, ier janvier, ier février, ier mai et\niev juin 1874."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "260", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.28", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2702, "texte": "Je n'ai rien reçu.\nMême affirmation d'une part, même dénégation de l'autre; on s'irrite,\non se querelle, puis on oublie.\nQuelque temps après, de Bériot aperçoit au fond de la rainure d'un\nsecrétaire quelque chose de blanc. Il y plonge la main, y sent un papier,\nfait ouvrir cette rainure. On y retrouve les lettres toutes cachetées que\nmadame de Bériot avait écrites tous les jours ou plutôt toutes les nuits, et\nqu'elle avait successivement jetées dans cet interstice du meuble dont\nelle se servait pour écrire, croyant les mettre à la poste.\nJe viens de nommer Charles de Bériot : l'unique roman de la vie de\nla Malibran. Entourée d'adorateurs, que les charmes de cette jeunesse de\ngénie, de cette gloire fantasque, grisaient littéralement, l'artiste les plai-\ngnait sans se dire invulnérable,— ni coquette, ni prude. «Je sais, disait-\nelle, à ce que nous rapporte sa confidente, que, n'ayant qu'un lien au\nmonde avec un homme qui pourrait être mon grand-père , dont tout\nme sépare, je finirai par aimer ; mais alors, celui que j'aimerai le saura\ntout de suite, et ce sera pour toujours.»\nLes préoccupations, dirons-nous, les jalousies de Part furent encore la\ncause déterminante de ce choix. Bériot était amoureux de laSontag;\nmais celle-ci avait aussi son roman, dont le comte Rossi était le héros.\nPlus heureuse que la Malibran, pour la future comtesse ce roman fut un\nlivre permis, s'il dut être quelque temps caché. Bériot, évincé, était mal-\nheureux. La pitié déguisa,dans le cœur de la Malibran, pour elle-même,\nce sentiment instinctif qui faisait qu'elle voulait enlever le cœur d'un\ngrand artiste à la rivale à qui elle avait disputé les bravos de la foule. Ce\nfut à Bruxelles, au château de Chimay, qu'elle retrouva de Bériot, que,\naprès l'avoir entendu jouer avec un talent que doublait peut-être la douleur ,\nelle s'approcha de lui les yeux humides, les mains tremblantes, et arrêta\ncourt l'artiste, qui répondit par quelques banalités balbutiées à l'expres-\nsion de son enthousiasme, en lui disant avec une impatience fiévreuse :\ner Non, ce n'est pas cela, ce n'est pas cela! Ne voyez-vous pas que je vous\naime?» ,\nBériot, ému, ébloui, s'attacha à cette consolatrice aussi ardemment\nque s'il avait compris qu'il s'était trompé de rêve !\nMarie repartit pour l'Angleterre. Dès lors, elle s'affranchit de la tu-\ntelle de madame Naldi, et, à son retour à Paris, au lieu de descendre chez\ncette amie, descendit à un petit hôtel qu'elle habita seule. Bériot proposa\nà Marie de partir avec lui pour la Russie et aussi en-Hollande. Marie\nrefusa vivement, et un nuage passa sur cette lune de miel furtive.\nCe fut sur ces entrefaites que M. Malibran arriva d'Amérique; Marie"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "261", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.29", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2781, "texte": "sentit alors avec désespoir toute la lourdeur de ce joug accepté si impru-\ndemment par elle. Un arrangement relatif aux questions pécuniaires fut\nconclu entre eux ; mais il était facultatif toujours de la part de M. Ma-\nlibran, dont rien ne limitait les droits. Alors Marie conçut le projet\nd'échapper à cette chaîne qui la faisait esclave et coupable toute sa vie,\npar le divorce que permet la loi américaine. Elle eut recours, dans ce\nbut, au général Lafayette, dont l'intervention devait être si efficace dans\nla patrie de Washington. Le général français avait doucement subi cette\nfascination que Marie exerçait partout et toujours, et l'appelait en sou-\nriant : (c ses dernières amours. » Au fait, la carrière de Lafayette ne de-\nvait-elle pas être consacrée jusqu'au bout à une mission de libération ?\nRevenons à l'artiste.\nAu mois de janvier iB3o, l'engagement de la Malibran avait été re-\nnouvelé au prix de mille soixante-quinze francs par représentation. Ces\nconditions, énormes alors, ont été bien dépassées depuis. La disparition\nde la Sontag, devenue grande dame, laissait la Malibran seule maîtresse\nde la scène italienne, et celle-ci prouva qu'elle n'avait pas besoin de\nl'aiguillon de l'émulation pour se perfectionner dans un art qu'elle ido-\nlâtrait et dont elle a atteint les plus sublimes limites. Tout ce qu'on peut\nlui reprocher, et encore ce reproche vint-il de quelques appréciateurs\nexigeants, c'est d'avoir parfois encore plus aimé le succès.\nDe 1829 à 1832, la Malibran se partagea exclusivement entre Paris et\nLondres. L'enthousiasme fiévreux de la chanteuse ne se circonscrivait\npas dans son art. A la première représentation de Henri ///, Alexandre\nDumas, dans ses Mémoires, nous peint madame Malibran qui n'avait\ntrouvé de places qu'aux troisièmes, penchée tout entière hors de sa loge,\nse cramponnant de ses deux mains à une colonne qu'elle ne lâchait que\npour applaudir.\nEn 1831 madame Malibran, accompagnée d'une cantatrice de ses\namies, madame Raimbeaux, s'en va voir à la Porte-Saint-Martin l'ln-\ncendiaire de la Cure et VArchevêché, un mélodrame qui spéculait sur\nles passions hostiles au clergé, et mettait en contraste un bon curé, joué\npar Bocage, et un archevêque scélérat, joué par Provost. La salie était à\ndemi vide. Madame Malibran applaudit à elle seule autant que toute\nla claque madame Dorval, jouant avec cette trivialité sublime, qui est\nle fait du génie dramatique, le rôle d'une paysanne poussée au crime par\nla crédulité. Ce qui frappa surtout et affligea la Malibran, c'est le con-\ntraste entre le délire aristocratique, les ovations gantées du public des\nItaliens, et la froideur, presque l'abandon, qui seuls récompensaient la\ngrande artiste de boulevard. Il n'y a qu'une chose pour combler cette"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "262", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.30", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2720, "texte": "différence, pour faire à Marie Dorval un succès digne d'elle : les félicita-\ntions personnelles de Marie Malibran. Celle-ci court à la loge ou la co-\nmédienne était entourée de quelques d'écrivains de la nouvelle\nécole; elle se nomme et l'embrasse vivement. Pour toute réponse, ma-\ndame Dorval montra à madame Malibran la lithographie de la grande\ncantatrice à l'endroit le plus apparent de cette humble loge.\n• Des faits innombrables de génie , de courage, de bienfaisance, de bi-\nzarrerie ont marqué cette phase de l'apogée de la Malibran. Après des\nnuits agitées, des journées occupées, un soir, au moment de jouer Ar-\nsace, elle s'évanouit dans sa loge. Pour comble de malheur, une mixture\nd'huile et d'alcali appliquée à la bouche par erreur couvre ses lèvres de\ncloches. Avec une paire de ciseaux, elle fend elle-même toute cette peau\nboursouflée et toute sanglante, va chanter aux acclamations de la salle.\nUne autre fois, elle se gargarisa la gorge enflammée d'un pot entier de\nmoutarde pour pouvoir jouer à tout prix. On fit courir le bruit qu'elle\nabusait des liqueurs fortes, parce qu'elle usait parfois de quelques exci-\ntants, toujours mitigés. Ces calomnies n'étaient pas plus fondées que\ncelles qui s'attaquaient à sa vie intime, que l'amour compromit une fois\net a ensuite défendue toujours.\nAprès l'héroïsme du courage, l'excentricité malheureuse. A son béné-\nfice, elle eut l'idée de jouer dans Otello, non pas Desdemona, mais le\nMore, et de noircir son charmant visage, idée déplorable qu'avait eue\négalement madame Pasta. Un témoin oculaire m'assure même que, dans\ncette soirée, elle avait joué, au premier acte, Desdemona , au deuxième\nacte, lago, et au troisième enfin , Otello. Le résultat de cette lugubre\nmascarade fut un solennel fiasco. On terminait par un opéra-bouffe en\nun acte, la Prova d'un opéra séria, où Lablache était magnifique d'en-\ntrain, où la Malibran était sémillante d'esprit et de grâce. Quand elle\napparut en scène, débarbouillée et en robe blanche, les acclamations de\nla salle éclatèrent interminables.\nLa comtesse Merlin nous raconte que la mémoire de la Malibran était\ntelle qu'elle apprenait en quelques heures un opéra en un acte, de façon\nà le jouer le soir. Il est probable qu'il s'agissait là de la Prova d'un opéra\nséria.\nLes bruits les plus étranges les contemporains peuvent se le rappe-\nler coururent alors au sujet de la grande cantatrice. On avait expliqué\nsa vertu tant qu'elle n'avait pas été soupçonnée par une confor-\nmation exceptionnelle qui retranchait, pour ainsi dire, du nombre des\nfemmes celle qui s'était élevée au premier rang des artistes. Bientôt des\nindispositions fréquentes, qui forçaient à chaque instant de changer le"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "263", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.31", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2732, "texte": "spectacle, vinrent faire pressentir un démenti à cette rumeur bizarre. Un\nsoir que Marie chantait Arsace, après le premier acte, elle quitta la\nscène, souffrante, épuisée. Un ami, M. de Marmier, en pénétrant dans la\nloge où le fils de Ninus avait déposé son casque, son épée, son armure,\nsurprit sans le vouloir, —au défaut de la cuirasse,— le secret de Marie.\nIl put la déterminer à continuer son rôle. Mais bientôt tout se divulgua.\nSon père s'éloigna d'elle, son père, première cause du mariage dé-\nplorable qui devait laisser engager cette jeune et ardente femme dans\ncette lutte avec son cœur, où elle devait succomber. Des salons se fer-\nmèrent pour elle, entre autres celui de madame de Sparre, qui avait été,\nsous le nom de mademoiselle Naldi, une cantatrice brillante et estimée.\nLe public même devint plus froid pour l'artiste, comme si c'était à lui\nqu'elle eût été infidèle. Les foules ont de ces attachements jaloux et fé-\nroces pour leurs idoles. Il semble qu'on ne pardonnerait à la rampe, qui\nsépare le spectateur affolé de la séduisante artiste, qu'à la condition que\ncette lign de feu ne cesse de l'entourer dans sa vie privée.\nLa comtesse Merlin resta presque seule fidèle à la Malibran et nous\ninitie à ses désespoirs. Ce n'était pas seulement aux instincts naturelle-\nment purs de Marie que pesait sa faute, mais à sa fierté, car elle était\nessentiellement fière. Un jour, Lamartine, qui nous a laissé le témoi-\ngnage écrit de ses sympathies pour la Malibran, eut la fâcheuse inspira-\ntion d'employer devant Marie, en parlant du baron Deniers, un ami sûr\net désintéressé, l'expression de protecteur.\nLa Malibran, sachez-le, Monsieur, reprit vivement celle-ci, n'a\npas besoin de protecteur !\nCependant Marie sembla retrouver les sympathies de la salie à une\nreprésentation d'adieu, où elle chanta Desdemona. Le public français\ndevinait-il qu'il ne la reverrait plus?\nDans sa fragilité, la Malibran conserva toujours deux sentiments éga-\nlement honorables et difficiles pourtant à concilier : l'horreur de 1 hypo-\ncrisie et le sentiment de la pudeur. Elle repoussa l'offre d'un rapproche-\nment avec M. Malibran, qui eût couvert de-son pardon, lui disait-on,\ndes torts qui eussent servi à ramener sa femme sous sa dépendance. Celle\nqui était aimée de Bériot comprenait que 1 honneur consistait, non à se\nréfugier chez le mari qu elle n'avait pu éviter de trahir, mais à rompre\nlégalement des liens qui l'empêchaient de légitimer ceux qu avait choi-\nsis son cœur.\nEn attendant, elle se dit que le mystère était déjà une réparation ; elle\navait juré même qu'elle ne remonterait sur le théâtre que quand elle se-\nrait la femme de Bériot ; mais un pareil serment était-il possible à tenir?"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "264", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.32", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2787, "texte": "Quoi qu'il en soitv îe lendemain de la représentation d'Otello, elle par-\ntit pour Bruxelles, où Bériot l'attendait, et de là, déguisée, elle repartit\navec lui et vint habiter, rue des Martyrs, une petite maison isolée, où\nelle mit au monde un fils.\nLa représentation d\"Otello avait eu lieu le 8 janvier i 832.\nAvant que Marie Malibran quitte pour toujours la France, un détail\nrétrospectif intéressant et que rapporte M. Quicherat dans son livre sur\nNourrit. On fut sur le point, à l'Opéra, de l'engager en 1827, sur le\nbruit de ses succès en Amérique, à Londres, et sur des auditions de sa-\nlon qui avaient précédé son brillant début dans Semiramide. C'était\npour jouer le rôle d'Elvire dans la Muette (à la suite d une fugue de ma-\ndemoiselle Cinti, qui avait été épouser à Bruxelles Damoreau) que l'on\nvoulut s'assurer le concours de la fille de Garcia. Elle dut être peu ten-\ntée de ce rôle d'Elvire, qui n'offrait aucun aliment aux instincts de son\norganisation passionnée ; mais les prétentions que put faire alors la jeune\ncantatrice , bien qu elles aient dû ne pas être admises, prouvent à quel\ndegré déjà l'opinion lui était favorable. Elle avait demandé 50,000 francs\net quatre mois de congé, et l'administration offrit jusqu'à 35,000 francs\net un congé de trois mois. On s en tint là , et les négociations furent\nrenouées avec madame Cinti-Damoreau, qui créa définitivement le rôle.\nAu mois de juillet, Lablache, devenu un des meilleurs amis de Marie,\npassa par Bruxelles, où de Bériot et sa compagne avaient établi leur\nmaison de repos. Lablache venait d'Angleterre, se rendant en Italie, et\nprenait sa route par la Belgique, évitant la France, livrée alors au\ncholéra. Il vint faire à Marie une visite à huit heures du soir, et, quand il\nlui apprit qu'il partait à la pointe du jour le lendemain, Marie lui\nrépondit : « Je pars avec vous. »\nLablache crut à une plaisanterie; mais, le lendemain, à cinq heures du\nmatin, Marie Malibran, que sa situation pénible avait empêchée de con-\ntracter aucun engagement, attendait son compagnon sous la fenêtre,\ndans une chaise de poste, oubliant son passeport, ce qui l'arrêta quelques\njours aux frontières d'ltalie ; mais, on le comprend, heureuse de fuir le\npays où elle avait dû rougir sous son auréole.\nA Rome, elle réussit peu d'abord ; elle avait intercalé dans la leçon\nA\nde chant de Rosine des romances françaises, ce que le public romain prit\nd'abord pour une mauvaise plaisanterie. Là, elle apprit avec un vif cha-\ngrin la mort de son père. Heureusement il s'était déjà réconcilié avec\nelle. A Naples, où elle fut engagée ensuite, son succès fut immense. Les\nambassadeurs de Russie et d'Autriche, au théâtre del Fondo, durent se\nréfugier aux quatrièmes loges, et toute l'influence diplomatique des re-"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "265", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.33", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2166, "texte": "présentants de deux grands nations ne put aboutir qu'à faire abaisser le\nlustre.\nMarie alla faire visite au Roi, mais en osant l'engager à ne pas venir\nau théâtre, parce que, devant Ferdinand 11, l'étiquette défendait d'ap-\nplaudir à moins qu'il ne donnât le signal, et qu'autrement, ne sentant\nplus le public en communication avec elle, elle perdrait toute sa con-\nfiance et son ardeur. Le Roi rit et promit d'applaudir lui-même. Souve-\nrain peu constitutionnel, il ne pouvait déléguer, en effet, ce soin à son\nministère. A son entrée en s:ène, la Malibran,, l'œil fixé sur la loge\nroyale, rappela du geste au Monarque sa promesse. Ferdinand II la tint\nce soir-là ; mais il ne pouvait se croire engagé par une espièglerie ; peut-\nêtre la trouva-t-il même d'un goût médiocre. Il protégeait, dit-on, la\nDebégnis. Duprez et la Malibran, avec leur chaleur unie, faisaient une\nSonnambula qui empêchait les gens de dormir. On défendit de rappeler\nplus d'une fois dans la soirée. Les représentations du théâtre del Fondo\nredevinrent presque silencieuses pour Marie. Le spleen la prit bientôt,\net elle quitta Naples sous cette influence qui devait y inspirer quelques\nannées plus tard à Nourrit l'idée du suicide.\nSon séjour dans le royaume de Naples avait été signalé par divers in-\ncidents que le sort fît parfois moins bizarres que la volonté de la\nfantasque voyageus:. Dans une de ses excursions aventureuses, des ban-\ndits l'arrêtèrent. Heureusement, le chef était un dilettante ; il avait\nentendu la Malibran au théâtre ; il ordonna qu'on se mît à genoux et\nqu'on respectât Vlmmortale ! On racontedes faits semblables de bien\ndes célébrités, mais l'authenticité de celui-ci m'est certifiée par les sou-\nvenirs précis de la famille de la Malibran.\nA une partie de bateau, la Malibran avait un costume de bain sous\nun manteau de ville qu'elle enlève en un instant, et elle se précipite à la\nmer, où elle disparaît. Elle ne savait pas nager.\nOn s'élance ; on la ressaisit; on n'a pas assez de reproches sur son\nimprudence.\nEst-ce que je pouvais penser , répondit-elle, que vous me laisseriez\npérir ?\n( La suite prochainement.)\n\nPAUL FOUCHER."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-06-15-01-c021", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-06-15_01#c021", "volume": "bmtnabc_1874-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "266", "page_fin": "274", "image_debut": 34, "image_fin": 42, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.2.8", "titre_corps": "HISTOIRE DU THÉATRE DE MADAME DE POMPADOUR DIT THÉATRE DES PETITS-CABINETS", "titre_sommaire": "HISTOIRE DU THÉATRE DE MADAME DE POMPADOUR DIT THÉATRE DES PETITS-CABINETS", "signature_source": "ADOLPHE JULLIEN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 34, "page_imprimee": "266", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.34", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1027, "texte": "HISTOIRE\nDU\nTHÉATRE DE MADAME DE POMPADOUR\nDIT\nTHÉATRE DES PETITS-CABINETS\n\nHuKnme et dernier article (i).\nCHAPITRE VII\nMISE EN SCÈNE, COSTUMES ET DECORATIONS»\nLe luxe le plus merveilleux brillait sur le théâtre de la favorite, qui\nlaissa loin derrière lui l'Opéra pour la pompe du spectacle et la richesse\nde la mise en scène. Les noms seuls des peintres, costumiers, décorateurs,\nque nous avons donnés en commençant, étaient de sûrs garants du goût\net de la splendeur qu'on devait observer dans les moindres parties de la\nreprésentation théâtrale. Mais il n'est telles imaginations que la réalité\nne dépasse et, pour se faire une idée de ce luxe éclatant, il faut avoir\nsous les yeux les sommes énormes qu'on dépensait pour 1 organisation\nmatérielle de ces spectacles.\nIl suffit pour cela d'ouvrir le Livre rouge. Voici ce qu'on y lit concer-\nnant les spectacles des petits cabinets pour l'année :\n\n(i) Voir les numéros des ier septembre, ier octobre, ier novembre, ler décembre\n1873, i 5 janvier, iQr mars et i 5 avril 1874."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "267", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.35", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2155, "texte": "A M. de la Vallière, pour les spectacles :\nle 22 février 1750 20,000 liv.\nle 22 mars 20,000 •\nle 19 avril 20,000\nle 17 mai 30,000\nle 7 juin 30,000\nle 12 juillet 30,000\nle 9 août 30,000\nle 20 sept. 25,000\nA Hébert, pour différentes fournitures de bijoux,\ndonnés à ceux qui ont représenté sur le théâtre\ndes petits appartements, le 16 mai 1751 25,203\nTOTAL 230,203 liv. (1).\nCe n'est que la dépense d une année. Un document plus considérable\nnous permet de suivre dans le détail les comptes et dépenses ayant pour\nobjet les spectacles privés de Versailles.\nC'est une liasse de papiers ayant appartenu sans doute au duc de la\nVallière et qui renferment quantité de comptes et d'états ayant trait au\nthéâtre des petits cabinets. Ce précieux recueil manuscrit est resté\ninédit jusqu'à ces dernières années.: il était comme perdu dans les\nrayons de la bibliothèque de l'Arsenal. M. Jules Cousin, le savant\nbibliothécaire de la Ville de Paris, alors attaché à l'Arsenal, en fit faire\nune copie exacte qu'il remit à M. Campardon, quand celui-ci publia son\nhistoire de madame de Pompadour. Ce dernier le reproduisit in extenso\nà la fin de son ouvrage. Nous allons en donner un résumé aussi bref et\naussi clair que possible. C'est en lisant cette longue suite d'additions\nqu'on pourra apprécier les sommes folles absorbées par ces joyeux diver-\ntissements.\nLe premier mémoire est celui du perruquier Notrelle, un des princi-\npaux, sinon le principal coopérateur de la noble compagnie. Il est inti-\ntulé : Mémoire de toutes' les fournitures de peruques et accommodages\nfaits pour les petits appartemens, par Notrelle, peruquier des menus-\nplaisirs du Roy, sous les ordres de M. le duc de La Vallière, en\n1747 174%- Le total de ce compte monte à 3,597 livres,, que le perru-\nquier réduit facilement à 2,000, en homme sûr de gagner encore gros sur\n\n(i) Registres des dépenses secrètes de la Cour, connus sous le nom de Livre rouge,\napporté par des députés des corps administratifs de Versailles, le 28 février 1793, Fan\ndeuxième de la République, déposé aux archives et imprimé par ordre de la Conven-\ntion nationale. 3 vol. in-4, 1793."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "268", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.36", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1929, "texte": "ses déboursés. Ce mémoire se compose de 19 articles différents, rédigés\ntous sur le modèle suivant :\nHUITIÈME ARTICLE\nDu jeudy i 5 février 1748.\nSixième représentation à Versailles.\nFourni 11 peruques à la romaine pour les chœurs... 44 liv.\n1 peruque pour mademoiselle Camille 4\n7 allonges et faces pour les danseurs et danseuses.... 28 —•\n1 peruque carrée extraordinaire pour M. de Cler-\nmont d'Amboise, laquelle il a fallu envoyer cher-\ncher à Paris ; pour ce, à cause du voyage 10\n3 journées pour ledit Notrelle, àis livres par jour.. 45\n3 journées pour la maîtresse coeffeuse, à i 5 livres\naussi par jour 45\n3 journées pour la seconde coeffeuse, à 6 liv. par jour. 18\n3 journées pour 2 garçons peruquiers, à 6 liv. chacun\npar jour 36\nPour la poudre et la pomade 6\n236 liv.\nPlus, le dimanche précédent, 11 février, ledit Notrelle\nest allé à Versailles, selon les ordres qu'il avait\nreceus, avec la maitresse coeffeuse, la seconde\ncoeffeuse et 2 garçons peruquiers, et ils ont été\nobligés de revenir, y ayant eu un contre-ordre à\ncause de la maladie de madame Adélaïde. Pour ce,\nce qu'il plaira à Monseigneur le duc de La Vallière\nd'ordonner\nOn peut le voir par ces derniers mots comme à propos de la mort de\nM. de Coigny, le sieur Notrelle ne perdait jamais la tête au milieu des\névénements plus ou moins graves qui dérangeaient l'économie des repré-\nsentations de la Cour.\nViennent ensuite divers états des plus intéressants et des plus chers.\ni° Etat des sommes dues aux tailleurs qui ont été à Versailles pren-\ndre les mesures, essayer les habits et habiller aux représentations.\nTotal : 744 livres.\n20 État des avances faites par le sieur Perronnet pour les ballets des\npetits appartements, depuis le mois de décembre 1747 à la fin de\nmars 1748.— 1,625 livres 10 sols.\n3° Etat des marchandises fournies au sieur Ferronnet pour les bal-\nlets des petits appartements. 11,737 livres, o sols, 5 deniers."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "269", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.37", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 1966, "texte": "4° Etat des dépenses pour les ballets des petits appartements de 1747\nà 1748, comprenant les bas de soie (855 livres), les souliers pour le\nchant et la danse (495 liv.), les chapeaux (94 liv.), et les ustencils\n(148 liv.) Total : 1,592 livres.\nNous trouvons à la suite un mémoire du costumier Péronnet : Etat\ndes habits faits pour les ballets des petits appartemens. Cette note, qui\ncomprend la description minutieuse de chaque costume, s'élève à la\nsomme totale de 12,189 liv. Et pourtant elle ne contient que les habits\nd'une dizaine de pièces, tout au plus.\nVoici maintenant le document le plus considérable du recueil; c'est\nF Inventaire général des habits et ustencils du théâtre des petits appar-\ntements sous la garde de madame Schneider, fait en Vannée 1749*\nse divise en deux catégories : Habits d'hommes et habits de femmes.\nPour avoir une idée de la façon dont cet inventaire est dressé, nous\nallons transcrire le chapitre des habits de femmes (chant) pour 1 opéra\nde Tancrède.\nB. - TANCREDE.\nRolles. »\nN° 1.\nHERMINIE, Madame la marquise de Pompadour.\nHabit oriental, grande robe en doliment de satin cerise, corset\npareil, le tout garni d'hermine découpée, appliquée en dessin de\nbroderie, jupe de satin bleu peinte en broderie d'or avec pail-\nlettes et frisé d'or, bordée d'un milleray d'or, la dite jupe doublée\nde toile 1 habit.\n(Fait neuf en totalité.)\nN° 2.\nCLORINDE, Madame la duchesse de Brancas.\nUn corset en cuirasse de moire acier brodé d'or, lambrequins,\nbrassards et amadis galonnés et écaillés d'or, grandes basques de\nbrillant argent brodées d'or, bordées de rezeau d'or.\nMante de taffetas bleu imprimée en bouquets d'or, bordée\nde rezeau d'or 1\n(La juppe de l'habit de Victoire se trouvera sous le nom\nde madame Trusson. Le tout fait neuf.)\nNo 3.\nGUERRIÈRE, Madame de Marchais,\nCorset en cuirasse de moire acier, le corps écaillé argent, bras-\nsarts, lambrequins et amadis galonnés d'argent, grandes basques"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "270", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.38", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2080, "texte": "de taffetas gris mosaïque de milleray argent, galonnés de rézeau\nargent, écharpe de taffetas blanc garnie de rézeau et glands d'or.. i habit.\n(Neuf en totalité. Ce corset servait avec la juppe de Fortune\nrendue aux Menus-Plaisirs.)\nNo 4.\nNIMPHE, Madame de Marchais.\nCorset, jupe et basques de taffetas blanc, le tout garni de guir-\nlandes et pompons et fleurs artificielles, la juppe tamponnée de\ngaze d'ltalie, mante de taffetas blanc ornée de découpures et de\nfleurs 1\n(Habit fait d'un habit de madame la marquise de Pompadour.)\nA la fin de cet inventaire, outre un état des culottes et coeffures, nous\ntrouvons une note indicative des Habits de Vancien état qui n'ont point\nservis dans les opéras de l'hiver dernier, avec les mentions : Propre—\nPassé A blanchir A détruire. Viennent ensuite un état des Par-\nties détachées d'habillemens tant d'hommes que de femmes et un cata-\nlogue des Mantes grandes et petites tant d'hommes que de femmes.\n/\nPour finir, un Etat des corps, panniers et hanches de baleine et un\n>\"\nEtat des ustancils, masques et fleurs. Ici nous voyons notés quatre\npaniers de rôles tout en baleine,, sçavoir, à madame la marquise de\nPompadour, en taffetas blanc; les trois autres en batiste, à mesdames de\nBrancas, Trusson et de Marchais. M. de Courtenvaux avait deux paires\nde hanches j M. de Langeron en avait trois; le vicomte de Rohan,\nmadame de Marchais, madame de Pompadour, n'en avaient qu'une; le\nmarquis de La Salle en avait deux, une ordinaire, et l'autre en trousse\nrembourrée. Parmi les ustancils, voici une grande pique dorée, un\nthyrse doré, un trident de Neptune en fer blanc, la faux du Temps, une\npoignée de serpents à ressorts, un flambeau de Discorde en bois doré, un\nsceau de bois, une roue de Fortune, la couronne du Destin, six masques\nfeu de Furies de cire vernis, etc., etc.\nRécapitulation générale.\nHabits d'hommes 202 /\n355\nHabits de femmes 153 y\nMantes d'hommes 12 1\nMantes de femmes 29 | 1\nCulottes 67\nCoeffures 243\nSigné : Femme de SCHNEIDER.\nLe manuscrit de la bibliothèque de l'Arsenal contient encore une"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "271", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.39", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2081, "texte": "pièce que M. Campardon n'a pas publiée. Elle ne porte aucun titre. Ce\nn'est pas un mémoire, ce paraît être plutôt un projet du costumier pour\nl'opéra d'Ismène, projet qu'il aurait soumis ensuite à M. de la Vallière\nou que celui-ci lui aurait donné. Ce qui peut confirmer cette supposi-\ntion,, c'est que madame de Brancas est marquée comme devant jouer le\nrôle de Chloé ; or, nous avons vu qu'une indisposition la força de céder ce\nrôle à Madame Trusson. C'est sous le nom de cette dernière que figurent\nles habits de Chloé dans l'état définitif des costumes. Voici cette pièce :\nACTEURS.\nISMÈNE, NIMPHE. BERGÈRE, Madame la marquise de Pompadour.\nHabit de taffetas bleu tendre, garni de gazes brochées et blondes. Une\nmante sur la hanche et l'épaule de taffetas bleu garnie de gazes et blondes.\nCHLOÉ, NIMPHE BERGÈRE, Madame la duchesse de Brancas,\nHabit du magasin des Menus-Plaisirs.\nDAPHNIS, BERGER HEROÏQUE, M. le dllC £Ayeil.\nA faire bleu et blanc.\nLe corps et le tonnelet de taffetas blanc. Draperie de taffetas bleu garni\nen bouffettes de taffetas blanc imprimé argent, garnies de réseaux argent et\nchenillés bleu. Une mante sur la hanche et sur l'épaule, de même que la dra-\nperie. Une pannetière de taffetas blanc imprimé argent, réseaux argent et\nchenillés bleu.\n(En marge.) Une coëffure sérieuse. Le tonnelet garni en découpures de\ntaffetas bleu chenillé argent.\nDANSE.\nBERGERS, BERGÈRES»\nM. de Courtenvaux.\nSept rosettes de ruban blanc garnies de fleurs.\nL'habit blanc de M. de Clermont à remettre à sa taille.\nLes sieurs Barois, Piffet, Baleiy, Dupré.\nLes demoiselles Dorfeuil, Chevrier, Durand, Astrodi.\nHabits blanc et rose. Quatre rosettes pour les chapeaux à chacun. Chacun\ndeux rosettes pour la culotte Un nœud de perruque.\nPour les demoiselles, des manches de cour, des bracelets nœuds de manches,\n\\\ndes tabelliers de gaze brochée, découpures roses. Quatre petits chapeaux de\npaille doublés et garnis d'une guirlande rose. Un collier à chacune.\nFAUNES ET D R I A D E S.\nM. de Courtenvaux.\nSon habit, sept rosettes vertes et argent."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "272", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.40", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2511, "texte": "Les sieurs Bar ois, Piffet. Les demoiselles Dorfeuil, Chevrier.\nLes corps de taffetas feuille morte, tonnelets et juppes de taffetas blanc\npeint. Draperies de peau tigrée peinte.\nLes garçons, à chacun sept rosettes vertes et argent.\nPour les deux petites filles, de petits toquets de peau tigrée garnis de vert.\nCHŒURS CHANTANTS.\n<9\nLe sieur Francisque.\nIl ne s'habillera pas.\nLes sieurs Falco, Camus, Dupuis, Benoist, Godenêche, Ducroy Le Bègue,\nBaçire, Richer, Daigremont.\nDix en faunes et en bergers.\nCes longues séries de chiffres, ces listes sans fin de décors, de costumes,\nd'accessoires, ces énumérations de richesses et de magnificences peuvent\ndonner idée des sommes fabuleuses absorbées par les exercices dramati-\nques et musicaux de madame de Pompadour. Elles font bien comprendre\nquelle juste colère animait le marquis d'Argenson lorsqu'il flétris-\nsait en termes indignés ces luxueux divertissements qui tarissaient le\ntrésor public, à l'heure même où le désordre de nos finances augmentait\nla misère profonde qui régnait dans tout le royaume, à l'approche de\nterribles défaites qui allaient épuiser les dernières ressources de la France\ndéjà bien appauvrie de sang et d'argent par ses précédentes victoires.\n« La Cour n'est occupée que de plaisirs : le retranchement des grands\nballets-opéras n'est point un signe de deuil pour ce carnaval; le roi ne\nvaquant qu'à regret à tout ce qui est public, mais chérissant au contraire\nles plaisirs privés. On ne songe qu'aux comédies des Cabinets où la mar-\nquise de Pompadour déploie ses talents et ses grâces pour le théâtre. On\nn'y voit chacun occupé que d'apprendre ses rôles ou de répéter des ballets\navec les demoiselles Gaussin et Dumesnil, et avec le sieur Deshayes, de\nla Comédie-Italienne. On prétend que Pétrone ne peignait pas autrement\nla cour où il vivait que l'on voit la nôtre, si occupée de ces délices, tandis\nque les affaires politiques demandent le plus grand sérieux et même des\ncraintes qui paraissent sans doute plus fondées aux spectateurs qu'aux\nacteurs. »\nC'est au commencement de 1748, au moment où les spectacles des\npetits cabinets étaient dans leur vogue la plus brillante, que d'Argenson\nfaisait ce rapprochement prophétique, auquel semblaient donner dé-\nmenti la grandeur de la France à l'extérieur, assurée par les victoires de\nRocoux, de Lawfeld, et l'apparente prospérité intérieure du royaume.\nDémenti d'un jour, que l'avenir devait transformer avant peu en une\nconfirmation éclatante et terrible."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "273", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.41", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1461, "texte": "RÉPERTOIRE COMPLET DU THÉA.TRE DES PETITS CABINETS, AVEC LE CHIFFRE\nDES REPRÉSENTATIONS DE CHAQUE PIÈCE.\nOpéras et Opéras-ballets.\nAcis et Galatée 2\nAlmasis 3\nAmours déguisés (les) 1\nAmours de Ragonde (les) 2\nDevin de village (le) 1\nÉglé 4\n/\nEléments (les)\nPrologue 3\nActe du Feu 2\nde l'Air 3\nde la Terre 2\nÉrigone 6\nFêtes de Thalie (les) (?) 1\nFêtes de Thétis (les) 2\nFêtes grecques et romaines (les)\nPrologue 2\nActe de Cléopâtre 2\n• des Saturnales 3\nIsmène 3\nïssé 3\nJournée galante (la). 2\nJupiter et Europe , 2\nPaix (ballet de la)\nActe de Philémon et Baucis.. 3\nPhaéton (Prologue de). 99 6 i\nPrince de Noisy (le).. 5\nSens (ballet des)\nActe de la Vue 2\nSilvie 2\nSurprises de l'Amour (les) 2\nTancrède 2\nVéîîus et Adonis 1\nZélie ... ............ 5\nZélindor. 1\nZélisca..,. E. E. Î\nTragédie et Comédies.\nAlzire 2\nDehors trompeurs (les) 3\nEnfant prodigue (P) 1\nEsprit de contradiction (Y) i\nFoire Saint-Germain (la) i\nHomme de fortune (1') 1\nMariage fait et rompu (le) 2\nMéchant (le) 2\nMère coquette (la) 3\nMonsieur de Pourceaugnac 1\nOracle (F) 1\nPetites vendanges (les) i\nPhilosophe marié (le) 2\nPréjugé à la mode (le) 4\nSecret révélé (le) 1\nTartufe 2\nTrois cousines (les) 3\nZénéide, 2\nBallets - Pantomimes.\nAmour architecte (!')... t\nBûcherons (les) 1\nChasseurs et petits vendangeurs.. 1\nImpromptu de la Cour de mar-\nbre (1'). 1\nMignonnette 1\nOpérateur chinois (Y).. . 3\nPédant (le) », 2\nQuatre âges en récréation (les)... 2\nSabotiers (les) . 1\nSavoyards (les) 1"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "274", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.42", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1505, "texte": "ORCHESTRE DU THÉÂTRE DES PETITS CABINETS.\n1747-48 1748-50\nClavecin M. Ferrand, fils d'un fermier général. M. Ferrand.\n1\n/ Lô sieur Jéliotte, de l'Opéra et de / Le sieur Jéliotie.\nI la chambre ILe sieur Labbé l'aîné.\nl Le sieur Chrétien, de la musique \\ Le sieur Chrétien»\nVioloncelles / du Roi {Le sieur Picot.\nj Le sieur Picot J M. Dupprt\nF M. Duport;huissierde l'antichambre f Le sieur Antonio.\nI du Roi \\Le sieur Dubuisson.\n( M. le prince de Dombes\n( M. îe prince de Dombes J Le sieur Marlière.\nBassons j sjeur Marlière, jLe sieur Biaise.\nF Le sieur Brunei (à la fin)\n!M. le ctedeDampierre, gentilhomme I\nordinaire des plaisirs du R0i.... | Dampierre.\nM. le marquis de Sourches, grand j M. le marq* de Sourches\nprévôt de l'hôtel [\nf M. de Bussillet, secrétaire de M. le i\n] duc d'Ayen IM. de Bussillet.\n*es j Le sieur Blavet, musicien de la j Le sieur Blavet.\nF chapelle et de la chambre (\n(Le sieur Deselles.\nLe sieur Desjardins.\nILe sieur Mondonville, maître de l Le sieur MôndonviUe\nmusique de la chapelle 1\nLesieur Deselles, le même a-dessus. J sieurLeßûux>\nM. de Bussillet, comme ci-dessus., j Courtaumer»\nLe sieur Mayer, valet de chambre de /Lg Mayer<\nM. le duc d'Ayen \\\n!Le sieur Guillemain, ordinaire de la / Lg sicur Guillemaim\nmusique du Roi \\ Le gieur Marchand.\nM. de Courtaumer, porte-manteau ) Lg sieur Caraffe IW<\nde S. M j Mt pauchet.\nM- Fauchet (m. Belleville.\nM. Belleville V\nTrompette Le sieur Caraffe cadet.\nCor de chasse Le sieur Caraffe 3*.\n\nADOLPHE JULLIEN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-06-15-01-c023", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-06-15_01#c023", "volume": "bmtnabc_1874-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "275", "page_fin": "282", "image_debut": 43, "image_fin": 50, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.2.9", "titre_corps": "LA MESSE DE REQUIEM DE VERDI", "titre_sommaire": "LA MESSE DE REQUIEM DE VERDI", "signature_source": "ARTHUR HEULHARD", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 43, "page_imprimee": "275", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.43", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1507, "texte": "LA MESSE DE REQUIEM\nDE VERDI\n\nI. — Le Dies irœ.\nEPUIS la première audition de la Messe de Verdi à\nl'église San Marco de Milan, il s'est écoulé plus de\nvingt-cinq jours,\nLa critique italienne, appelée à se prononcer sur\ncette puissante composition, l'a presque unanimement\nsaluée comme une des grandes manifestations artis-\ntiques des temps modernes. Et pourtant , il s'est glissé dans ce concert\nélogieux quelques notes discordantes. Aucuns reprochent à Verdi d'avoir\ntraité dans un style trop dramatique, trop théâtral même, une œuvre\nd'un caractère essentiellement religieux, et d'en avoir ainsi méconnu ou\nplutôt faussé l'esprit. Puisque cette question dz propriété de style a été\nsoulevée au delà des Alpes, elle peut l'être en deçà.\nIl ne m'appartient pas de faire le procès à qui que ce soit de mes\ndont l'opinion est et demeure parfaitement libre. Je crois,\ncependant, que ceux qui ont ainsi décidé contre Verdi dans une affaire\nde logique, ont rendu un verdict au moins précipité.\nPour moi, une Messe dite de Requiem constitue un morceau d'un\ngenre particulier qui n'a de sacré que sa partie sacerdotale. Le Dies irœ\nsur lequel repose tout l'effort de l'inspiration, n'est ni de tradition bi-\nni de tradition évangélique. C'est un drame catholique plein\nd'angoisses et de larmes : il est fantastique et théâtral par nature et par\ndestination. C'est fantastiquement, dramatiquement et presque théâtra-\nlement qu'il doit être conçu.\nJe m'explique. Je le prends d'un peu haut, d'un peu loin et je pour*"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "276", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.44", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2601, "texte": "rais remonter au déluge, si ce procédé d'argumentation n'était pas tombé\nen un complet discrédit.\nDans Y Ordinaire de la Sainte Meil n'est point de passions ex-\nprimées. Tout y est sacrifice divin, acte de foi, action de grâce. Le prêtre\npropose à Dieu de chanter ses louanges sur la harpe, dans l'lntroït; dans\nle Confiteor, il lui avoue ses fautes ; dans le Gloria, il lui rend\nhommage. Le Credo,l'oblation de l'hostie et du calice, 1 et le\nCanon sont de pieuses pratiques réglées par le Rituel. Le sentiment\nreligieux y rayonne dans toute sa purete. Portée sui les vapeurs lé-\ngères de l'encens qui brûle, la prière humaine monte vers Dieu comme\nune nuée odorante. C'est le dogme chrétien affirmé. Ce qui lui corres-\npond en art, c'est la ligne sereine du chant grégorien, le souffle spiri-\ntualiste et doux de Palestrina.\nDans la Messe des Morts,dans la le pivot de la\ncérémonie est le Dies irœ. Projetant partout autour d'elle sa funèbre\nsilhouette, cette ■prose effrayante ramène l'esprit des splendeurs de l'ex-\npression religieuse au chaos des passions de la chair et des intérêts de la\nterre violemment surexcités. Trois idées principales s'y font jour : la fin\ndu monde, la résurrection, le jugement dernier.\nPar ces trois points, la Messe de Requiem a un pied dans la supersti-\ntion scientifique, un pied dans la matière et dans le drame païen. Celui\nqui y parle le plus haut, c'est l'homme, l'homme de toutes les religions,\nsinon de tous les temps, l'homme qui marche dans les ténèbres et qui\na peur.\nLe drame dont il est l'acteur est philosophique et réaliste à la fois. Le\nchristianisme en revendique en vain l'invention.\nL'hypothèse de la fin du monde par l'écroulement des cieuxet le ren-\nversement des pôles se retrouve chez tous les peuples à l'état rudimen-\ntaire : la science en ruine progressivement le crédit. L'Evangile et\nl'Apocalypse décrivent, il est vrai, le cataclysme final. On sait que,\nquand l'abomination de la désolation sera venue, les étoiles tomberont\ndu firmament et que le globe s'enflammera : c'est à ce moment qu'on\nverra le soleil aussi noir qu'un sac fait de poil de chèvre, phénomène bien\ndigne\" d'attention. Les livres sacrés des nations Scandinaves donnent\naussi leur explication, paraphrase inconsciente des livres juifs . pour\neux, il arrivera que les loups se mettront en devoir de dévorer le soleil ;\ndure besogne ! Le mythe indien nous montre Vichnou jugeant le monde\nà la fin des siècles, monté sur un coursier éblouissant de blancheur\nL'Orient a enfanté ces fables, et d'autres encore dont nous n'avons pas\nété moins victimes."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "277", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.45", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2839, "texte": "Un jour, l'Église assigna Van mil de l'ère chrétienne comme la date\nexpresse de la fin du monde. Vint la fatale échéance. Le billet souscrit\npar l'Eglise ayant été protesté, les peuples ne voulurent plus le lui renou-\nveler. Il fallut trouver un moyen plus pratique de museler ces peuples,\nafin de n'être point mangé par eux. L'image de la mort fut alors dé-\nployée dans un appareil terrifiant. La Grèce, qui la représentait sculptu*\nraie et splendide, eût reculé devant l'expression matérielle du squelette.\nFondée sur un cadavre, la religion catholique en fit un jeu. Pour semer\nla terreur, elle évoqua des spectres, De funèbres marionnettes dont les\nmoines narquois tenaient le fil, commencèrent à mimer leur ronde im-\nplacable sur les murs des cimetières. On appela cela la danse macabre.\nLa sculpture, la peinture et l'imagerie se mirent au service du moustier\net de l'abbaye pour en imposer au seigneur et au paysan.\nLa musique n'avait point encore apporté sa pierre au sombre édifice.\nSon tour vint. Elle entra dans la conspiration au treizième siècle. Un\nmoine franciscain, Thomas de Celano, custos des minorités de Mayence,\nde Cologne et de Worms composa le Dies irce. La danse macabre, con-\nduite par le génie de la musique, faisait sa trouée par la grande porte de\nla cathédrale gothique.\nThomas de Celano n'entendait rien à la métaphysique. Sa conception\nest frappée au coin de la poétique brutale du moyen âge. Elle ne résulte\npas d'une conviction réfléchie, dogmatique. Son bras s'arme du bois de\nla croix et frappe. Thomas ne vise pas au cœur par la prédication ou\nl'ascétisme. Sa foi est active, pratique, entreprenante. Le dernier jour de\nl'univers est une Saint-Barthélemy posthume dans laquelle Dieu saura\nbien reconnaître les siens. C'est un coup de théâtre qu'il médite.\nLa légende biblique le sert merveilleusement. Joël, un des petits pro-\nphètes, entre autres divinations précieuses, annonce la venue du Messie\net l'épisode du jugement dernier. Rien dans l'organisation de cette épou-\nvantable journée n'a été laissé à l'imprévu par les Pères et par les doc-\ns\nteursde l'Eglise. Où se passe l'action? Dans la vallée de Josaphat, entre\nles collines qui couronnent Jérusalem à l'ouest, le mont des Oliviers à\nl'est, le torrent du Cédron au sud, et la route de Jérusalem à Damas au\nnord, Un bon metteur en scène de notre époque rétablirait le tout dans\nsa couleur locale primitive. Un habile décorateur restituerait au paysage\nl'horizon bleu frangé d'orange du ciel de la Palestine. La liturgie\nromaine a réglé l'ordonnance du lugubre tribunal de la justice suprême :\nJésus siégera sur un trône de gloire entouré à droite et à gauche de ses\ndouze apôtres. Il lui prendrait fantaisie de se placer autrement, contrai-\nrement aux prescriptions des docteurs subtils, qu'il n'en serait plus le"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "278", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.46", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2612, "texte": "maître et que sa conduite serait désavouée. Voilà le désagrément d'être\nDieu : on se doit à ses fidèles. Je ne parlerai pas de la situation des anges,\narchanges, des grands et des menus saints. La féodalité religieuse les a\nconstitués en féodalité céleste : Le paradis a ses couches sociales.\nLe souverain juge s'est enfin assis dans son auréole céleste, A ses pieds,\nl'ange de l'Apocalypse a ouvert le livre de vie et de mort. Trompette aux\nlèvres, quatre anges sonnent le réveil des morts. A cet appel fatidique,\nla terre entr'ouvre ses flancs de toutes parts. Comme un manteau à la\ntrame usée, son enveloppe craque avec des déchirements sinistres. La\npierre des sépulchres se soulève ; un effroyablecliquetis d'ossuaire s'échappe\ndes tombes entre-bâillées. Dies irœ ! Verset par verset, le terrible poème\nde Thomas de Celano, reproduit les épisodes de la résurrection de la\ncendre humaine. Avec les damnés, il pleure, crie et se tord.\nAprès le poète, voici les plus grands peintres du moyen âge, de la Re-\nnaissance et des siècles suivants qui précisent par le pinceau les scènes\nles plus saisissantes de cette épopée. C'est d'abord le Giotto; puis l'Orca-\ngna, Luca Signorelli, fra Angelico, Michel Ange; puis Rogier Van der\nWeyden, Memling, Rubens et le français Jean Cousin. Au Campo\nSantode Pise, l'ange gardien, qui plane dans l'air au-dessous du Christ,\nreplie son bras sur sa figure, pour ne pas voir entraînées aux abîmes, les\nâmes dont il avait la charge. A l'Académie des Beaux-Arts de Florence,\nune ronde lumineuse d'anges couronnés de roses, conduit au ciel, à tra-\nvers les prés fleuris, le groupe des hommes sauvés, tandis que Satan en-\ngloutit les maudits dans sa triple gueule. Au dôme d'Orvieto, des diables\ncornus étranglent sans pitié les pécheurs repoussés par Dieu. Ici, une\nmère cache son enfant dans les plis de sa robe, afin qu'il ne soit pas vu\nde l'archange saint Michel. Là, un vieillard est refoulé dans la tombe d'où\nsa tête émerge, hideuse et sanglante.\nTelle est la tradition catholique du jugement dernier évoqué dans le\nDies irœ. Ce n'est pas seulement un drame; c'est le drame des drames\njoué une seule fois par l'humanité tout entière devant Dieu sur le théâtre\ndes théâtres : la terre.\nII\nJ'ai dit pourquoi je ne reconnaissais pas le caractère absolument sacré\nà une messe de Requiem. J'ai exposé les raisons pour lesquelles je la\nregardais comme une composition dramatique épisodiquement religieuse.\nJ'avais pour but de prévenir le lecteur contre les suggestions cléricales\nqui placent les textes absconses de l'Écriture au-dessus des droits impres-"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "279", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.47", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2751, "texte": "criptibles de la pensée du philosophe et de l'artiste» Je passe à l'apprécia-\ntion et à l'analyse de la superbe création musicale de Verdi.\nEn face de ce drame du jugement dernier, ou l'horrible côtoie cons-\ntamment le pathétique, où le profane heurte solennellement le céleste,,\noti la boue humaine, foulée par les pieds des archanges justiciers, rejaillit\njusque sur la robe immaculée du Sauveur, Verdi s'est arrêté. Par un\nretour imprévu sur lui-même, il s'est profondément recueilli.\nIl a compris qu'il ne pouvait aborder la lourde tâche d'exprimer ce\nqui est la Passion de l'humanité tout entière, sans renouveler, pour ainsi\ndire, sa substance de musicien. Aidé par un tempérament d'une vigueur\npeu commune, servi par la science intime de la manipulation tragique,\nil est entré franchement, résolûment dans le vif des sentiments qui\ns'offraient à sa Muse. L'homme aux robustes épaules est resté debout : le\nmaître a su, s'inclinant devant le progrès de l'art moderne, fondre son\nmétal brut dans un creuset mieux ouvré et plus poli. Il a rompu ouver-\ntement avec ses formules favorites ; il a épuré ses procédés, tamisé son\nlimon., changé sa manière. Sur le lit de lauriers où le succès l'avait\nendormi, Verdi s'est réveillé en sursaut, et s'est élevé, par un bond\nprodigieux de l'imagination, à des hauteurs inconnues.\nCelui qu'on croyait entêté dans des idées surannées de l'école italienne,\nincapable d'une métamorphose, insensible aux découvertes du siècle, a\nmontré, en une journée, qu'il savait tout et qu'il avait tout entendu.\nCertes, dans son Don Carlos, il s'était éloigné de lïdéal qu'on lui prête\nbénévolement. A n'en pas douter, son Aida marquait une étape nou-\nvelle de sa marche en avant. Mais ce n'était là que les jalons primitifs\nd'une route sur laquelle il s'avance aujourd'hui sans faux pas, Sa Messe\nde Requiem est la manifestation décisive d'un génie mûri par l'expé-\nrience, assez hardi pour le coup de main, assez sage pour la retraite,\nLa transformation est merveilleuse, et ceux qui ne savent du réper-\ntoire de Verdi que ses opéras populaires, seront dans l'étonnement et\ndans la confusion.\nSous ce grand soleil de mélodie qui dardait impitoyablement sur sa\nmusique, Verdi a semé l'ombre protectrice de l'harmonie. On commence\nà s'y reposer au frais. Son idée s'orne d'une enveloppe plus précieuse et\nplus fraîche. Ses cadences prévues ont disparu comme par enchantement.\nJadis on les attendait, on les voyait venir, Elles cèdent le pas mainte-\nnant à des modulations accidentées d'une richesse et d'une ampleur rares.\nLa dissonnance, honnie des classiques indurés, y éclate, magistralement\npréparée, habilement sauvée, excitant le nerf de l'oreille sans jamais le\nfroisser ni le déchirer."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "280", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.48", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2583, "texte": "Les voix se meuvent dans leur registre naturel, disposées pour des\nsonorités franches et grasses. Et l'art du maître est tel à les grouper, que\nle chant s'enlève en relief sur les ensembles avec plus de clarté peut-être\nque dans les soli. A ce titre, les chœurs de la Messe de Requiem sont\ndes chefs-d'œuvre.\nMais c'est dans l'orchestration que s'est opérée la métamorphose la\nplus surprenante de Verdi. L'instrumentation, jusqu'ici négligée de\nl'auteur du Trouvère, s'est dégagée des liens pesants qui la rattachaient\nà l'antique quatuor. Elle a pris du coloris, une touche vive et des oppo-\nsitions de timbre bien venues. L'immense trou qui faisait souvent le vide\nentre les cuivres et les instruments à cordes, s'est peu à peu comblé. Les\nparties ne se doublent plus avec monotonie. L'air y circule enfin libre-\nment par le canal des instruments de bois, cette famille si pittoresque\nqui devient à l'occasion si passionnée.\nS'il dépendait de moi d'engager la volonté du public tout entier, je\ndirais de l'œuvre de Verdi qu''elle étonnera tout le monde, dût-elle ne\nplaire à personne.\nEt ce n'est pas le cas, car, dès les premières mesures du Requiem, on\nse sent appréhendé par la main du maître, et entraîné malgré soi vers\nJosaphat, la lugubre vallée des larmes.\nLe Requiem et le Kyrie, par l'heureuse union du style dramatique et\ndu style religieux, forment au drame qui va s'ouvrir un prologue solen-\nnel. Déjà le Dies irœ est pressenti, et la gradation vocale qui l'amène est\nadmirablement observée.\nLe Requiem, chanté par le chœur à quatre parties, est d'un très beau\ncaractère, ainsi que le Kyrie. L'accompagnement en sourdine, exécuté\npianissimo par les instruments à archet, et les dessins chromatiques qui\nappuyent le Kyrie, intéressent et captivent. C'est le début de la Messe\nde Requiem, et il est aussi ingénieux que magistral.\nLe Dies irœ commence par un déchaînement de sonorité tel que les\nvoix semblent chanter des clameurs. On se sent pénétré jusqu'au fond\ndu cœur, remué jusqu'au fond de la conscience. Les contre-temps bat-\ntus en réponse au chœur par la grosse caisse sont très dramatiques, et\nfont comme des soupirs surhumains de poitrines haletantes. Mais l'or-\ngane employé pour cet office à l'Opéra-Comique est d'un timbre trop\nclair, trop grêle. Je suis persuadé qu'en substituant à cet accessoire de\nsaltimbanque un instrument d'un son plus opaque, on obtiendrait un\neffet de qualité supérieure.\nLe Tuba mirum n'est point menacé dans son éclat par ce foudroyant\nLies irœ. La préparation en est superbe. Sur les dernières mesures du"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "281", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.49", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2602, "texte": "Dies irœ, les voix se sont graduellement apaisées. Il se fait un morne et\nmystérieux silence. Tout à coup retentissent les trompettes des anges\nqui appellent les morts au funèbre rendez-vous et se répondent des qua-\ntre coins de l'horizon. Enfin le Tuba mirum surgit avec une puissance\nextraordinaire qu'accentuent les trompettes éraillant l'air de leurs cris\nstridents. Il est extrêmement regrettable qu'à l'Opéra-Comique, les\ntrompettes obligées soient remplacées par des pistons. Le piston n'est\nsynonyme de trompette ni dans la langue ni dans l'expression musicales.\nLe solo de basse Mors stujpebit est suivi de près par un sujet de fugue\nbien développé et couronné par une magnifique cadence.\nDans le Liber scriptus, le maître a sacrifié à la tradition scolastique de\nla fugue à quatre parties. Le sujet est proposé d'abord par les sopranos\nqui le repassent successivement aux mezzo-sopranos, aux ténors et aux\nbasses. Le Liber scriptus est, à proprement parler, une fugue libre ; la\ndisposition à quatre parties, en ce sens qu'elle admet généralement un\ncontre-sujet, est favorable à cette forme.\nLe Quid sum miser pour soprano, mezzo-soprano et ténor, est une\nmélopée d'un pathétique effet, qu'un douloureux accompagnement de\nbasson soutient de son dessin persistant. Je n'aime pas moins le Rex\ntremendœ, quatuor avec chœurs.\nAprès Ylngemisco, pour ténor, et le Confutatis, pour basse, vient le\nLacrymosa, une page superbe d'où l'émotion découle, comme l'harmo-\nnie, à pleins bords. Ce Lacrymosa roule des sanglots et des larmes, et\nc'est les larmes aux yeux qu'on l'écoute.\nLe Dies irœ se termine par le rappel de la phrase tonitruante du ver-\nset qui le commence. C'est un tableau peint avec les couleurs les plus\nlumineuses. Le choc des passions humaines y est rendu avec une vi-\ngueur d'expression et une vérité d'accent incomparables. Il est des mo-\nments où l'auditeur, vaincu par l'attendrissement et par l'effroi, se croit\nemporté dans le néant sur la barque infernale de Jean Cousin, côte à\ncôte avec ses rameurs décharnés.\nU Offertoire inaugure la seconde partie de la Messe de Requiem. J'y\nintroduis cette division en deux parties, parce que le sentiment religieux\ndomine dans la seconde.\nEcrit à quatre voix, Y Offertoire, par la grâce du chant et l'élégance de\nl'instrumentation, se place après le Dies irœ comme une pittoresque\néclaircie. L'orchestre de l'Opéra-Comique n'a pas donné le relief néces-\nsaire aux traits de violoncelles qui soulignent le chant du ténor et du\nmezzo-soprano.\nLe Sanctus, traité en fugue à double sujet, m'a paru légèrement"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "282", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.50", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1986, "texte": "entaché de confusion. Les fugues du Requiem de Cherubini sont\ntoujours claires et toujours pompeuses, et c'est à ce caractère qu'il fallait\nviser.\nVerdi s'est surpassé dans VAgnus Dei, un pur diamant musical qui\nreflète merveilleusement les pieuses aspirations dont est empreint le\nmorceau. Il est chanté à l'unisson par le soprano et le mezzo-soprano.\nLe motif principal y revient à diverses reprises, et toujours varié\nd'accompagnement. Les flûtes à la tierce y font un délicieux ramage. Je\nle répète, c'est une trouvaille.\nLe Lux œterna est d'un beau style : il s'éteint dans un decrescendo\nqui touche par sa douce mélancolie. Enfin, le Libéra me, d'un caractère\nparfois singulier, contient une plainte admirable du soprano, dite par\nmadame Stolz, avec un art qui défie toute comparaison, et la fugue\nfinale, d'un mouvement très animé, clôt cette partition, qui sera l'éternel\nhonneur de Verdi.\nComme à Milan, l'exécution de la Messe de Requiem a été dirigée\npar Verdi lui-même. Sous le strict rapport de la mesure, les chœurs ont\nrégulièrement marché, sauf du côté des femmes qui ont mal attaqué\nleur partie dans la fugue finale.\nPar un exemple de modestie aussi louable que peu répandu, un artiste\nlyrique de beaucoup de talent, M. Soto, avait consenti à apporter aux\nbasses l'appoint de sa belle voix.\nAllez entendre Teresa Stolz et Maria Waldmann. La première possède\nla plus splendide voix de soprano que j'aie jamais entendue. La seconde\nest également pourvue d'un organe plein de chaleur qui confine à la fois\nau contralto et au soprano. Voilà un couple de cantatrices qu'il faut\nravir à l'ltalie. Et, si je le dis, ce n'est pas que j'espère convaincre\nM. Halanzier de cette idée.\nPorter un jugement définitif sur les talents de la basse Maini et du\nténor Capponi serait chose téméraire. M. Capponi paraît souffrir des\nbronches, et M. Maini ne me fait pas l'effet d'être à sa vraie place dans\nl'interprétation de la musique religieuse.\n\nARTHUR HEULHARD."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-06-15-01-c027", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-06-15_01#c027", "volume": "bmtnabc_1874-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "283", "page_fin": "288", "image_debut": 51, "image_fin": 56, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.2.10", "titre_corps": "VARIA", "titre_sommaire": "VARIA", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 51, "page_imprimee": "283", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.51", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1834, "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nFAITS DIVERS\nA musicale publie in extenso une très longue lettre\ndans laquelle M. le baron de Bulow exprime son opinion sur\nle public milanais en général, et sur Verdi en particulier.\nDes extraits de ce document remarquable intéresseront,\nsans doute, les lecteurs de la Chronique musicale. Nous les\ncitons avec les commentaires du journal italien.\nM. de Bulow prend pour point de départ les deux événements musicaux\ndu moment, en Italie : la première représentation de l'opéra de Glinka, la\nVie pour le et la Messe de Requiem de Verdi, qui n'avait pas encore été\nexécutée quand la lettre a été écrite.\n«Cette messe funèbre, dit M. de Bulow, composée par ordre de la muni-\ncipalité milanaise pour célébrer le premier anniversaire de la mort de Man-\nzoni, sera exécutée à grand fracas et théâtralement à l'église Saint-Marc, sous\nla direction même, par cas exceptionnel, de l'auteur.\n« C'est avec cette messe, probablement, que l'omnipotent corrupteur (1) du\ngoût musical en Italie espère détruire à fond ce qui reste de l'immortalité de\nRossini, laquelle fait ombrage à son ambition.\n« Il est aussi parfaitement connu, ajoute M. de Bulow, que ce reste\nd'immortalité se compose exclusivement de la musique d'église du maître :\nle Stabat et la Messe solennelle, ce qui n'empêche pas que ces œuvres ne\nsoient exécutées que très rarement en Italie (2).\n\n(1) Justice soit rendue à tout le monde, Hans de Bulow n'a jamais rien corrompu\nen Italie ni hors de Fltalie.\n(2) Et Guillaume Tell, et la Semiramide et le Barbier! UEgregio Barone ignore,\npar exemple, que l'éditeur Ricordi a vendu en moins d'un mois 20,000 exemplaires\nde la partition du Barbier pour piano seul. Mais Bulow dira encore que c est fait pour\nextirper aussi des magasinsjde Ricordi le reste de l'immortalité de Rossini."}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "284", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.52", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3515, "texte": "« C'est à rendre inexécutables les œuvres de Rossini : Guillaume Tell, le\nBarbier, etc., que Y Attila des Gosiers s'est dévoué, avec un remarquable\nsuccès, pendant vingt-cinq ans et plus. Sa dernière œuvre, en robe d'église,\naprès un premier et apparent hommage rendu à la mémoire du poète célèbre,\nsera trois fois de suite offerte à l'enthousiasme mondain au théâtre de la\nScala, après quoi l'auteur entreprendra, avec les quatre solistes principaux, le\nvoyage de Paris, pour couronner son œuvre dans cette Rome esthétique des\nItaliens (1).\n«Quelques regards furtifs accordés à la dernière élucubration de l'auteur (2)\ndu Trovatore et de la Traviata ne nous ont vraiment pas inspiré un grand\ndésir de goûter ce festival, quoique cependant nous ne puissions refuser au\nmaestro de lui rendre justice une fois.\n« Ainsi, entre autres morceaux, et malgré beaucoup de passages dignes d'un\nécolier en bas âge, et de brutalités, la fugue finale est un travail qui fera mer-\nveille parmi les musiciens allemands.\n« Mais, dans l'œuvre en général domine le style de la deuxième manière de\nl'auteur, que les publics de Vienne et de Berlin ont pu apprécier dans Aida.\n« Pendant la lecture de son assez longue réduction pour piano, nous nous\nsommes souvenus involontairement de la confession naïve de Gyrowetz qui,\nabandonné par la fantaisie et l'invention, déclarait qu'il n'était plus capable\nde consacrer sa plume qu'à la musique d'église et non plus au théâtre.\n« En fin de compte, le triste spectacle de la déconfiture subie, hier soir,\npar la musique slave (musicalement parlant, on pourrait aussi dire aile-\n\n(1) Toutes choses, qui ne vous regardent point, excellent monsieur, et qui, si elles\nintéressaient quelqu'un des vôtres (le mari de votre femme, par exemple), ne vous\nsembleraient point si fort à dédaigner.\n(2) Le mot a échappé à Votre Seigneurie. Mais, si vous me permettez de jeter un re~\ngard furtif dans votre cœur, je vous dirai la cause de votre répugnance pour la mu-\nsique de Verdi. Vous aspiriez, excellent monsieur, à être chef d'orchestre à la Scala\net directeur du royal Conservatoire latin du Barbare Milan, C'est une faiblesse comme\nune autre. Or, parmi les obstacles qui traversèrent votre projet, il y eut, avant tout,\nle bon sens, puis Ricordi, puis La Barbarie latine s'explique aussi d'une autre\nmanière; le pays est barbare, à coup sûr, qui proclame Rubinstein comme un pia-\nniste supérieur à M. Bulow, qui envoie Aida à Vienne, à Berlin, et lui fait obtenir un\ntriomphe (préparé, bien entendu).\nM. de Bulow apostrophe amèrement la plébaille théâtrale italienne, à l'occasion de\nla Vie pour le JI se sert, à son endroit, de termes hazardés, assez difficiles à\ntraduire en français : la Bestiale et Durera d'Orecchio. La dureté d'oreille,\nà la rigueur, mais la Ro\\\\e%\\a bestiale d'oreille nous semble fort.\nEnfin, M. Bulow se plaint de ce qu'on n'a pas écouté, de ce qu'on parlait à haute\nvoix, etc., etc.\nA quoi le journal italien répond : « 11 y a là quelque chose de vrai ; mais ce n'est\npas une habitude du public, sauf quand il s'ennuie. La Vie pour le C\\ar A PLU BEAU-\nCOUP comme musique, maisa ennuyé comme œuvre théâtrale. M. le Baron ne devrait\npas oublier qu'il est dans un pays latin et barbare , où, on ne sait pas pourquoi, le\npublic fait une distinction, comme forme, entre l'oratorio et le mélodrame. 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C'est\npour cette charmante artiste que cette reprise aura lieu, au théâtre de TOpéra-\nComique.\nM. du Locle se propose de donner, Fhiver prochain, le Capitaine\nd'Aventure, de MM. Cadol et Semet*\nChdtelet. Le Châtelet devient définitivement, comme nous Pavions\nannoncé, un théâtre lyrique populaire* M. Louis Herz inaugurera sa nouvelle\ndirection avec le Paria, opéra de M. Membrée*\nBouffes-Parisiens* Clôture le 16 juin.\nFolies-Dramatiques. -» Après k reprise du Cànard à trois becs, reprise dë\nla Fille de madame Angot.\n%\nChâieail-d'Èdu. « Lé Troisième coup de minuit, gfande opérette-féerie de\nMM. 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Et cette tenta-\ntive musicale fait le plus grand honneur à la patience de M. Spira, le père\nde ces jeunes enfants, qui est lui-même l'inventeur de ce nouveau genre.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[241]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.1", "texte": "ANDRÉ PHILIDOR\n\nANS les dépendances du château de Dreux, le\npromeneur aperçoit, à moitié cachée par les\narbres et placée sur une petite éminence, une\nmaisonnette de l'aspect le plus humble, de l'ap-\nparence la plus modeste, et qui pourtant consacre\nun grand souvenir. C'est dans cette maisonnette,\nqui, je crois, sert aujourd'hui de logis à Tun des\ngardes du parc, que naquit l'un des plus grands\nmusiciens dont la France puisse s'enorgueil-\nlir, François-André Danican Philidor; une petite plaque de marbre noir,\nportant une inscription commémorative, rappelle ce fait aux compa-\ntriotes d'un artiste justement célèbre naguère, et aujourd'hui bien à tort\n\nIV.\n16"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "242", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.2", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\noublié. Voici la reproduction exacte de cette plaque, placée sur la façade,\njuste à côté du numéro de la maison :\nLes Druides (i) sont très-fiers des deux hommes fort distingués qu'a\nvu naître leur petite cité : Rotrou, le poète viril et le magistrat martyr,\net Philidor, le grand musicien et le plus fameux joueur d'échecs qu'ait\npossédé la France; mais je crois qu'ils connaissent plus l'un que l'autre,\net que leur sympathie est plutôt et plus clairement éveillée par le nom\ndu premier que par le souvenir du second.\nD'où vient donc l'injuste oubli dans lequel, au point de vue musical,\nest tombé le nom de celui qu'on pourrait appeler le grand Philidor, tan-\ndis que les amateurs d'échecs n'ont cessé de l'entourer du respect le plus\nprofond, de l'admiration, de la vénération la plus inaltérable? Parmi les\nmusiciens même, il en est bien peu qui le connaissent assez pour lui\nrendre justice, qui sachent qu'il a été, avec Duni, Grétry et Monsigny,\nl'un des fondateurs de notre opéra comique, qu'il est l'un des très rares\nartistes français qui aient obtenu de grands succès à l'Opéra, enfin qu'il\na fait jouer plus de vingt-cinq ouvrages de caractères très différents, et\nque, pour toutes ces raisons, son nom était digne de gloire à l'égal de\ncelui de Grétry, de celui de Monsigny. Ces deux derniers pourtant sont\nconnus du public, sont consacrés par la renommée; tandis que Philidor\nest l'objet d'un dédain inexplicable, d'un oubli absolument immérité, et\nd'autant plus étrange qu'à certains points de vue il est supérieur à ceux\nque les contemporains appelaient ses émules, ses rivaux, mais qu'ils se\nseraient bien gardés de considérer comme ses supérieurs.\n\n(i) Une tradition locale, dont je ne suis pas à même de vérifier le bien-fondé, veiît\nque la ville et les environs de Dreux aient été l'un des derniers, sinon le dernier\nrefuge des druides de notre vieille Gaule. Le nom même de Dreux semble, du reste,\nvenir à l'appui de cette tradition. Toujours est-il que les habitants de la ville et de\nla contrée prennent la désignation de druides, tout comme ceux de Paris s'appellent\nParisiens, et, peut-être sans trop savoir pourquoi, s'en montrent assez fiers. C'est\nun sujet assez ordinaire d'étonnement pour les étrangers que d'entendre, par exemple,\nsur une grande route, deux paysans s'interpeller ainsi : « Te v'ià, vieux Druide!...\nComment vas-tu? Eh! bonjour, mon bon Druide; ça va bien, je te remercie.»"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "243", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.3", "texte": "ANDRÉ PHILIDOR\n\nLe fait est là pourtant, brutal comme tous les faits, et il ne reste qu'à\nle constater. Eh bien, c'est contre ce fait injuste que je veux protester,\net c'est pour laver la mémoire de Philidor de l'outrage qui lui est fait\nchaque jour, que j'ai entrepris ce travail. En retraçant sa vie, en énumé-\nrant ses travaux, en appréciant ses œuvres, en faisant, par la pensée, re-\nvivre son génie, j'espère rappeler l'attention sur un artiste méconnu,\nrendre à son nom un peu du lustre dont il était justement environné, et\nforcer, à son égard, sinon les sympathies du public, à qui l'on n'offre\nplus l'occasion de le connaître et qui reste par conséquent inhabile à le\njuger, du moins l'affection des musiciens, qui, grâce à mon plaidoyer,\nconsentiront peut-être à l'étudier un peu et seront bientôt à même de\npartager mon estime, mon goût, j'allais dire mon admiration. Ne dussé-\nje ramener à Philidor que quelques esprits distingués, quelques raffinés,\nquelques curieux des choses d'art, auxquels ses œuvres auraient échappé,\nje m'estimerais heureux du résultat et me considérerais comme ayant ac-\ncompli un devoir. D'ailleurs, ceux qui voudront bien me lire verront\nqu'il n'y avait pas seulement en Philidor un artiste, mais un homme\nintelligent, un homme instruit etun homme de cœur; un homme, enfin,\npour tout dire en un mot.\nI\nNous avons vu que Philidor était né à Dreux, le 7 septembre 1726 (1).\nIl était issu d'une famille féconde en musiciens, qui avait déjà fourni\nneuf artistes fort distingués, recommandables à titres et degrés différents,\n\n(i) Dans la première édition de sa Biographie universelle des Musiciens, Fétis avait\ndonné une date inexacte pour la naissance de Philidor, date que je rectifiai dans la\nRevue et Galette musicale du 11 septembre 1859, d'après Pacte de naissance du grand\nartiste et la plaque de la maison où il a vu le jour, et que Fétis corrigea lui-même\ndans sa seconde édition. Mais je ferai remarquer que les deux articles relatifs à\nPhilidor insérés dans les deux éditions de la Biographie universelle des Musiciens,\ntrès confus et cherchant à se corriger l'un l'autre, fourmillent d'omissions, d'erreurs\net d'inexactitudes. Je préviens donc, une fois pour toutes, que je serai fréquemment,\ndans l'énoncé des faits, en désaccord avec Fétis; mais comme voici quinze ans que je\nm'occupe de Philidor, j'aurai soin d'appuyer mes affirmations, soit sur des textes\ncontemporains, que je citerai toujours, soit sur des renseignements que les membres\nsurvivants de la famille (et ils sont nombreux) ont bien voulu me fournir directement,\nsoit enfin sur une biographie de Philidor que son fils aîné avait commencé à écrire\net qui, la mort l'ayant surpris, fut achevée, d'après ses notes, par un de ses amis,\nM. J. Lardin. Ce travail, absolument nul au point de vue artistique, mais très pré-\ncieux sous le rapport des faits, a été publié sous ce titre : Philidor peint par lui-\nmême, dans le Palamède (revue des échecs) de janvier 1847 ; il en a été fait un tirage\nà part."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "244", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.4", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\net qui, un peu comme celle des Bach en Allemagne, forma une véritable\ndynastie musicale. C'est au chef de cette dynastie, Michel Danican, que\nfut appliqué pour la première fois le surnom de Philidor, qui n'était\npoint le nom de la famille, mais qui, du fait de celui-ci, vint s'ajouter à\nson nom patronymique, ce Michel Danican (a dit un de mes excellents\nconfrères, M. Er. Thoinan, dans un travail spécial, relatif à la généalo-\ngie des Philidor), né dans le Dauphiné, avait acquis une grande habileté\nsur le hautbois, et réussit, en arrivant à Paris, à se faire entendre et ap-\nplaudir de Louis XIII. Ce prince, grand amateur de musique et musi-\ncien lui-même, fut enchanté de l'artiste dauphinois, dont le jeu, disait-il,\nlui rappelait celui d'un célèbre hautboïste italien nommé Filidori, venu\nde Sienne quelques années avant, et dont le talent avait produit une\ncertaine sensation à la cour de France. Le roi dilettante s'écria même\ndans son enthousiasme, en écoutant Michel : « J'ai trouvé un second\nFilidori. » Il n'en fallut pas davantage, et les courtisans, toujours dis-\nposés à renchérir encore sur les éloges du maître, n'appelèrent plus Dani-\ncan que Philidor (1). »\nFrançois-André Danican-Philidor était Parrière-petit-fils du haut-\nboïste de Louis XIII. Son père n'était pas âgé de moins de soixante-\ntreize ans lorsqu'il épousa, en troisièmes noces, une jeune fille aimable et\nnaïve, qui était seulement dans sa vingtième année; si bien qu'André\nPhilidor, venu au monde le premier des huit enfants issus de ce mariage\nvraiment extraordinaire, avait à sa naissance une sœur, fille du premier\nlit de son père, déjà âgée de cinquante-six ans, et qui aurait pu être la\ngrand'mère de celle qui pouvait l'appeler sa belle-fille.\nLe jeune André fut admis fort jeune au nombre des enfants de la cha-\npelle de Louis XV, dès l'âge de six ans, dit-on, et y fit ses études sous\nla direction de Campra (2). C'était une bonne fortune, pour un enfant\n\n(1) Les Philidor, généalogie biographique des musiciens de ce nom. (France musi**\ncale, décembre 1867 et janvier 1868.)\n(2) Fétis, se fondant avec assez de raison sur les règlements de la chapelle du roi,\nqui en interdisaient l'entrée à tout enfant n'ayant point encore accompli sa dixième\nannée, conteste formellement que Philidor ait pu y être admis dans un âge aussi\ntendre. Cependant, un contemporain d'André Philidor, Laborde, financier, écrivain et\ncompositeur lui-même, affirme le fait dans ses Essais sur la musique, et pourrait bien\navoir été renseigné à ce sujet par Philidor en personne 5 de plus, le fait en question\nest resté à l'état de tradition dans la famille; enfin, sans vouloir absolument rien\naffirmer, j'ajouterai pourtant qu'il ne me paraîtrait pas extraordinaire que le roi, en\nfaveur des longs services rendus à la chapelle par deux générations de sa famille, eût\nfait une infraction aux règlements pour un enfant dont les dispositions, d'ailleurs,\nétaient exceptionnelles."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "245", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.5", "texte": "ANDRÉ PHILIDOR\n\nbien doué, que de tomber aux mains d'un tel maître. Artiste supérieur,\nsinon homme de génie, Campra, qui avait été successivement maître de\nchapelle à Toulon, à Arles, à Toulouse, puis, à Paris, au collège, à la\nmaison professe des Jésuites, à la Sainte-Chapelle, à Notre-Dame et en-\nfin à la Cour, avait donné à l'Opéra plus de vingt ouvrages, dont quel-\nques-uns, tels que 1 ''Europe galante,\nvénitiennes, avaient obtenu de grands et légitimes succès. C'était un mu-\nsicien instruit, doué d'une imagination abondante, d'une verve très-\nréelle, et qui n'avait pas moins réussi dans le genre profane que dans le\ngenre sacré. On n'aurait su choisir un meilleur directeur pour les jeunes\npages de la chapelle royale, et Philidor dut, par la suite, s'estimer heu-\nreux d'avoir eu pour maître le premier musicien de son temps.\nCe fut, paraît-il, au service de la chapelle que le jeune Philidor com-\nmença de contracter son goût passionné pour les échecs, sans doute par\nsuite de l'exemple qui lui était donné journellement. Les musiciens\navaient l'habitude de se réunir, en attendant la messe du roi, dans une\nsalle où se trouvait une longue table sur laquelle étaient incrustés six\néchiquiers ; ils prenaient patience en exerçant leurs forces à ce jeu dif-\nficile et compliqué, le seul, d'ailleurs, qui leur fût permis à la Cour.\nPhilidor, qui avait pour les échecs une inclination naturelle, les regar-\ndait faire silencieusement, mais en portant aux coups la plus grande\nattention. Un jour il était âgé de dix ans environ, un vieux musi-\ncien, arrivé avant l'heure accoutumée, maugréait devant lui de ce que\nses camarades ne se pressaient point assez, ce qui le privait de faire sa\npartie. L'enfant n'osait trop ; mais, cependant, tout hésitant et tout\ntimide, il proposa au bonhomme de lui servir de joueur. A cette offre, le\nvieillard partit d'abord d'un éclat de rire, puis finit par accepter. Mais sa\nsurprise fut grande lorsque, au lieu d'un élève auquel il pensait devoir\nprodiguer les conseils, il s'aperçut qu'il avait affaire à un rival redou-\ntable ; le dépit s'en mêla quand, la partie avançant, il s'aperçut que son\nadversaire pourrait bien prendre le dessus ; sa mauvaise humeur éclata\nalors, et il eût fallu voir la mine à la fois piteuse et maligne du bambin,\ntrop fier d'un succès qu'il prévoyait déjà pour consentir à l'abandonner,\nmais redoutant de payer son triomphe par quelque horion, que 1 amour-\npropre froissé du bonhomme semblait lui faire pressentir. A chaque ins-\ntant il tournait du côté de la porte un regard en quelque sorte suppliant,\ncomme pour l'engager à se rapprocher de lui afin de favoriser sa fuite\nlorsque le moment en serait venu ; cependant, petit à petit, et sans exci-\nter les soupçons de son rival, absolument absorbe par son jeu, il était\nparvenu àse glisser à l'extrémité de son banc ; sûr alors de son salut,"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "246", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.6", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nil presse l'issue de la partie, précipite les coups, avance enfin victorieuse-\nment la pièce décisive, et, lançant à son adversaire un mat sardonique et\nretentissant, s'enfuit de toute la vitesse de ses petites jambes afin d'éviter\nune poursuite qui eût pu lui devenir fatale.\nOn comprend que cet incident ne passa pas inaperçu, et qu'il fut bien-\ntôt l'objet des conversations de tous les musiciens de la chapelle. Après\nune telle aventure, ce fut à qui d'entre eux ferait la partie avec le petit\nPhilidor; mais ses aptitudes étaient déjà telles que bientôt il ne se trouva\nplus un seul de ses collègues qui pût se mesurer avec lui.\nPourtant les échecs ne le passionnaient pas encore au point de lui\nfaire négliger ses études musicales, et l'on assure que, à peine âgé de\ndouze ans, il fit exécuter à la chapelle un morceau de sa composition, un\nmotet avec chœur, dont le roi Louis XV se montra si charmé qu'il\nlui en exprima personnellement sa satisfaction et lui fit remettre une\ngratification de dix louis.\nII\nOn ne sait au juste à quelle époque Philidor quitta les pages du roi, et\nabandonna Versailles pour venir s'établir à Paris. Il me semble que cela\npourrait bien coïncider avec la mort de Campra, son maître, qui arriva\nle 29 juillet 1744; auquel cas Philidor aurait eu tout près de dix-huit\nans. Son premier biographe, Laborde, dit seulement à ce sujet: « Etant\nsorti de page, il se fixa à Paris, s'y soutinten faisant quelques écoliers et\nen copiant de la musique, et tous les ans il allait à Versailles faire chanter\nun nouveau motet. » (1)\nSa position était difficile sans doute, puisqu'il était obligé non-seule-\nment de donner des leçons, mais de copier de la musique pour vivre.\nFort jeune, il avait perdu son père, qu'il n'avait pour ainsi dire pas\nconnu; ses frères du premier lit, déjà avancés en âge, ne pouvaient pro-\nbablement lui venir en aide, et comme, de son dernier mariage, son\npère avait laissé plusieurs enfants dont il é/ait l'aîné, peut-être Philidor\nse voyait-il tenu de pourvoir, non pas seulement à sa propre existence,\nmais à celle de ces derniers.\n\n(1) Dans son Traité élémentaire du Jeu des Échecs (Paris, i 853), M. le comte de\nBasterot dit qu' « à Page de quatorze ans Philidor quitta les chœurs de la chapelle\nroyale.» Mais je ferai remarquer que M. de Basterot est le seul à donner ce rensei-\ngnement, et j'ajouterai que, en ce qui concerne Philidor, il me paraît sujet à caution.\nOn verra pourquoi plus tard."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "247", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.7", "texte": "ANDRÉ PHILIDOR\n\nNéanmoins, une fois à Paris, il se livra sans réserve à sa passion pour\nles échecs. Il fit bientôt connaissance avec plusieurs joueurs fameux,\nentre autres M. de Légal, qui passait pour le premier de France et qui\navait trouvé la partie des pions, l'abbé Chenard, avec lequel il entreprit\npour la première fois une partie sans voir l'échiquier, et divers autres,\nqu'il rencontrait au café de la Régence, où sa réputation devint rapide-\nment colossale.\nC'est dès ce moment que, malgré sa jeunesse, il commença à opérer\nde véritables tours de force, en faisant d'abord une partie sans voir\nl'échiquier, puis en en menant deux, et enfin trois à la fois dans les\nmêmes conditions. Ce fait a été célébré en vers par l'abbé Roman:\nJoueur sublime, étonnant Philidor,\nDe ton esprit, qui donc suivra l'essor ?\nComment peux-tu, par la seule pensée,\nDans une route obscure, embarrassée,\nLes yeux fermés, guider au champ d'honneur\nDe tes échecs le bataillon vainqueur?\nOui, je l'ai vu, sur trois tables dressées\n{Pour les joueurs, prodige humiliant !)\nMenant au but, aveugle clairvoyant,\nD'un triple jeu les pièces dispersées.\nFaire, à la fois, sur les trois échiquiers,\nDe ses rivaux les trois Rois prisonniers (1).\n«\nJe crois bien qu'un tel tait ne s'était jamais produit, et l'on comprend\nqu'un jeune homme de dix-sept ou dix-huit ans, presque un enfant,\nmontrant pour un tel jeu de telles aptitudes, ait pu se faire promptement\nune brillante renommée. Cependant, ses affaires étaient en assez mau-\nvais état, et en 1745 il quittait Paris. Dans quelles conditions ? c'est ce\n\n(i) Les Echecs, poëme, par l'abbé Roman. (Paris, 1807, in-12.)\nC'est le même abbé, passionné pour les échecs, qui, dans une fable où il supposait\nMercure donnant des leçons à la jeune nymphe Echec, écrivait, en dépit de sa sou-\ntane, les aimables vers que voici :\nObéissante et docile écolière,\nD'un pareil maître elle eut bientôt appris\nDu jeu d'échecs le plus secret mystère;\nMille baisers, autant donnés que pris,\nDe ces leçons furent le doux salaire.\nBelles, vene\\, j'en donne au même prix.\nLa chronique ne dit pas si les « belles » accoururent."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "248", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.8", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nqu il est assez difficile de savoir, car les biographes se contredisent à ce\nsujet.\nLaborde dit : « Les progrès qu'il avait faits aux échecs lui don-\nnèrent 1 envie de voyager pour tenter fortune, et en 1745 il partit pour la\nHollande, l'Angleterre, l'Allemagne, etc. » De son côté, M. de Basterot\nprétend —je ne sais sur la foi de quel renseignement, car je n'ai pu le\ndécouvrir que ce voyage avait d'abord un but musical : « En 1745,\nPhilidor partit pour la Hollande, en compagnie de quelques musiciens\nqui s'étaient associés pour donner des concerts à Amsterdam; mais\nle chef de la bande venant à mourir, l'entreprise fut abandonnée.\nPour subvenir à ses besoins, Philidor dut recourir à son talent de joueur\nd échecs. Il donna des leçons au prince de Waldeck et à d'autres per-\nsonnages. Deux ans après, il visita l'Angleterre pour la première fois. »\nQuoi qu'il en soit, il paraît certain que c'est en 1745 que Philidor\nquitta Paris pour se rendre en Hollande, puis en Angleterre, et qu'il mit\nà profit, pour subsister, son talent aux échecs. Je ne dirai pas, comme\nLaborde, qu'il tenta la fortune, car l'expression ne me paraît pas heu-\nreuse ; on ne tente la fortune qu'aux jeux de hasard, et les échecs ne sau-\nraient guère être mis dans le nombre. Philidor était pauvre, besoigneux;\nil donna des leçons d'échecs, qui, sans aucun doute, étaient plus profi-\ntables à sa bourse que des leçons de musique, et il fit des paris sur son\njeu, paris qu'il était certain de gagner et que ses adversaires étaient par-\nfaitement sûrs de perdre, mais dont le produit, loin d être un effet du ha-\nsard, était pour lui la récompense d'un grand effort intellectuel. Il n'y a\nrien là que de fort honorable et de parfaitement licite. Ceci soit dit pour\ncalmer certaines susceptibilités exagérées, dont quelques échos sont venus\njusqu'à moi.\n(La suite prochainement.)\n\nARTHUR POUGIN."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "249", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.9", "texte": "DE LA MUSIQUE DRAMATIQUE\n\nE 23 avril 1564, naquit à Stratfort-sur-Avon, dans\nune maison d'assez pauvre apparence, un enfant du\nsexe masculin, qui reçut le prénom de William. Fils\nd'un alderman catholique, nommé Shakespeare, cet\nenfant, destiné à vivre dans un milieu protestant, de-\nvait, à partir de sa seizième année, devenir successi-\nvement boucher, maître d'école, clerc chez un procureur, braconnier,\ngardeur de chevaux à la porte des théâtres, garçon appeleur dans la cou-\nlisse, comparse, comédien et poète. Réformateur à sa façon, il devait un\njour jeter le désarroi dans les vieilles doctrines aristotéliciennes, et accom-\nplir dans le drame la révolution opérée par Dante dans le poème. Shakes-\npeare était un ignorant, au rapport de certains critiques que je veux\ncroire'très instruits et très sincères ; au dire de M. Philarète Chasles, il\nn'a rien inventé ; et cependant, en dépit de son ignorance et de son es-\nprit peu inventif, Shakespeare, de isßy à 1611, composa, outre ses son-\nnets, trente et une pièces, drames ou comédies, dont quelques-unes sont\nde véritables études historiques et légendaires. Celui qui écrivit Macbeth,\nRichard 111, le Marchand de Venise, Henri /F, Henri V, Othello,\nJules César, Coriolan, le Roi Lear, Hamlet, Antoine et Cléopâtre et\nHenri VIII, était, convenons-en, un ignorant d'une espèce particulière.\nPeut-être aussi y a-t-il quelque exagération à prétendre qu'un homme,\nauquel on doit le Songe d'une nuit d'été, Roméo et Juliette, et la\nTempête, soit dénué d'imagination... Le cinquante-deuxième anniver-\nsaire de la naissance de Shakespeare fut le jour de sa mort. A cette date,"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "250", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.10", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nShakespeare rentra dans la nuit, au sein de cette terre qu'il connaissait\nsi bien ; et son œuvre, l'indifférence, la haine et les puritains aidant,\nfut enseveli pendant cent douze ans dans l'ombre d'où Voltaire, cher-\ncheur et jaloux, le fit sortir, et où il eût voulu le faire rentrer. Voltaire\ntraduisit les trois premiers actes dz Jules César et s'arrêta là, prétendant\nque le meurtre de César terminait la pièce, et que, César poignardé, les\ndeux derniers actes devenaient inutiles. Voltaire, dont le goût était très\nsûr comme chacun sait, retranchait ainsi de son autorité privée plusieurs\ndes plus merveilleuses scènes de l'ouvrage. L'esprit avait tendu la main\nau génie, c'était méritoire. Mais il arriva que la surface mesura la\nprofondeur ; alors le critique appréhenda le poète ; l'auteur de Zaïre,\nde Brutus se sentit inférieur à l'auteur d'Othello et de Jules César ;\nl'élégance et le brio redoutèrent la grâce et l'énergie ; le vers bien fait se\nméfia du vers bien venu ; Mahomet comprit qu'il fallait lever la tête pour\nregarder Coriolan et le roi Lear, le Montenvert remarqua qu'il n'était\npas de niveau avec le mont Blanc et se trouva, relativement à son voi-\nsin, petit et mesquin : le révolutionnaire français, blessé dans sa vanité,\nne voulut plus entendre parler du révolutionnaire anglais, et Voltaire,\nqui louait jadis Shakespeare, ne tarda guère à le traiter de sauvage ivre.\nC'était moins méritoire. Malgré Voltaire, malgré Shaftesbury, malgré\nDryden, qui déclara simplement Shakespeare « hors d'usage », le poète,\nressuscité, voyait tomber autour de lui la forêt des œuvres avortées ou\nincomplètes, sous la hache de ce rude bûcheron, le temps; il sortait de\nl'ombre, du silence, des brouillards britanniques; serein, il contemplait\nle monde, son futur patrimoine. Comment avait-on passé près de ce\ngéant sans le voir? La France, l'Allemagne l'apercevaient enfin et le\ncritiquaient vertement tout en le dépouillant. Au dix-neuvième siècle,\nles types shakespeariens s'imposent à tous les arts. La peinture, la\nsculpture, la musique ne jurent que par Shakespeare. On le commente,\non le traduit, on l'arrange, on le dérange, on l'imite. La France com-\nmence à croire qu'il faut compter avec le drame, et qu'un jour on pourra,\npar faveur, lui faire une petite place aux pieds de la tragédie et de la\ncomédie , si ces bonnes dames le permettent. On l'examine, on le plai-\nsante, on le raille ; quelle drôle de mine il a ! Il pleure, il rit . absolu-\nment comme un homme; la critique le fustige, le public le trouve\nétrange; la convention s'offusque, se plaint et larmoie. Les traducteurs\net quelques-uns de leurs lecteurs défendent seuls Shakespeare, ses\ndrames et son système. Les connaisseurs patentés restent indifférents,\nhésitent ou lancent l'anathème au nouveau venu, âgé de deux cents ans\nenviron, qui vient bouleverser leurs idées, ou plutôt les idées grecques"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "251", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.11", "texte": "DE LA MUSIQUE DRAMATIQUE\n\net romaines, devenues françaises depuis la Renaissance, qu'on leur in-\nfusa au collège, et dont ils ne se souviennent, par parenthèse, que dans\nles occasions où le génie, uni à la vérité, les contrecarre sérieusement.\nPourtant un imprésario confie un Othello de fabrique italienne à Ros-\nsini ; celui-ci s'en tire, grâce à deux ou trois phrases agréables. Les traduc-\nteurs de Shakespeare se multiplient en Italie, en France, en Allemagne;\nà Paris éclate la fameuse querelle des classiques et des romantiques, à\nlaquelle, certes, le dramaturge anglais n'est pas étranger; le siècle de\n/\nLouis XIV et le siècle d'Elisabeth sont en présence et se chamaillent\nquelque peu; les deux partis s'injurient; leur colère est au comble.\nGiboulées d'insultes. Les uns se moquent et se divertissent; les autres\nprennent la guerre au sérieux et ne ménagent rien. Victor Hugo, repré-\nsentant de l'esprit nouveau dont il explique les tendances, mitigeant\nShakespeare par Corneille et Molière, c'est-à-dire par un reflet espagnol\net français, en imprimant, d'ailleurs, à ses ouvrages le cachet d'une incon-\ntestable et magnifique individualité, écrit sa fameuse préface de Crom-\nivell. Le tumulte redouble, et c'est sur le dos iïHernani que le dénigre-\nment rageur et l'admiration passionnée vident leur querelle à coups de\npoings. Shakespeare, soutenu par l'aristocratie des intelligences, fait sa\ntrouée ; on lui emprunte d'abord des sujets, puis des caractères, puis des\nscènes, puis des pièces trop souvent défigurées par d'impertinents faiseurs ;\non tire quelques gouttes de sang au dramaturge, on lui arrache quelques\nlambeaux de chair, et ces gouttes de sang et ces lambeaux de chair suffi-\nsent pour donner aux compositions auxquelles ils sont destinés les appa-\nrences de la vie. Les classiques montrent leurs dents ébréchées, les ro-\nmantiques montrent leurs poignets vainqueurs ; la justice, tranquille,\ntient ses balances et attend...\nShakespeare vous attire comme le gouffre, vous fascine comme l'idéal.\nSe plonger dans l'œuvre du maître, c'est pénétrer dans une forêt immense,\ndans la forêt humanité. Ceux-ci y rencontrent lago, Ophélia, Shylock,\nRoméo ; ceux-là y aperçoivent Titania, Obfron, Ariel ; d'autres s'y arrê-\ntent pour suivre des yeux, à la nuit tombante, les sorcières tournoyant sur\nles bruyères ou , quand l'aurore reparaît, les fées errant parmi les fleurs;\ntous reviennent de leur course vertigineuse éblouis, charmés, transportés,\nravis d'avoir vu l'homme sous tant d'aspects divers, étonnés de s'être\ncroisés avec des êtres qu'ils croyaient imaginaires et dont ils ont constaté\nl'existence. Banco s'assied àla table de Macbeth; qui nierait les reve-\nnants? Prospéro fait sortir Ariel d'un arbre; qui nierait la puissance des\nmagiciens ? Ariel, chanteur invisible, traverse les airs au bruit d'une\ndélicieuse symphonie; qui nierait les génies? L'aube naît, l'alouette"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "252", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.12", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ns'éveille et s'élève avec des battements d'ailes pour saluer le jour naissant;\nRoméo prend aux lèvres de Juliette le baiser d'adieu; qui nierait l'har-\nmonie, la poésie, l'amour? Qphélie, folle, folle, folle, hélas! la tête cou-\nronnée de fleurs, le sein recouvert par l'onde transparente, se noie en\nmurmurant son refrain étrange ; qui nierait l'abîme que la douleur se\ncreuse dans le cœur? Et ceux qui ont parcouru le royaume du poète se\ndemandent pourquoi ils ne cueilleraient pas une violette, une rose, un\nsouci, une grappe de raisin, une branche de cyprès dans ce royaume\naussi vaste que la terre, mouvementé comme les vagues de l'Océan,\nserein comme le ciel, plein de rayons où se meuvent des esprits bienfai-\nsants et d'ombres où s'enfoncent d'horribles fantômes. Et une nuée de\ncompositeurs: Rossini, Chelard, Mendelssohn, Halévy, Thomas, Gou-\nnod, Berlioz, Verdi, Stadtfeld ; les impuissants, les inconnus, les célèbres,\nles forts s'abattent sur ces proies toujours vivantes : H ami et, Macbeth,\nla Tempête, le Songe d'une nuit d'été, Othello, Coriolan, le roi Lear;\net ces artistes deviennent plus vigoureux, plus vaillants, plus observa-\nteurs en s'unissant à Shakespeare, dont ils sont pourtant éloignés de tra-\nduire les innombrables et fulgurantes beautés.\nLe sens musical n'est point l'apanage des poètes, aussi constaté-je avec\nun ravissement mêlé de surprise que Shakespeare, dans toutes ses pièces\n(je l'ai déjà remarquéailleurs), confie à la musique le rôle qui lui convient;\nqu'il la fait intervenir dans les endroits où elle est nécessaire, où elle\ncomplète la situation, où elle agrandit l'horizon ; dans les occasions où\nle visage de Dieu apparaît soudain dans l'espace crépusculaire, et où son\ndoigt terrible se montrant aux abords du globe, semble peser sur les évé-\nnements d'ici-bas.\nEssentiellement lyrique, l'œuvre Shakespearien appelle la musique à\nchaque scène, presque à chaque ligne. La musique peut y courir comme\nle moineau-franc vole à la treille dorée, et s'y poser ça et là, au hasard.\nElle s'adaptera aussi naturellement, aussi facilement au monologue\nd'Hamlet qu'aux rancunes, aux disputes, aux vengeances des Montaigus\net des Capulets; le crâne du pauvre Yorik la sollicitera autant que le\nsommeil chargé de remords de lady Macbeth; si elle convient àla fée\nMab, elle ne convient pas moins à Cordélie, à Miranda, à Desdémone;\nle roi Lear, Roméo, Juliette, Puck, Caliban, Falstafif. Les apparitions,\nle fantastique, le réel l'attendent comme une divinité qui doit ajouter\nl'idéal àla surabondance de vie qu'ils ont déjà. Goneril et Regane sont\naussi favorables à la musique que Cordélie et Jeanne Darc. Elle s'ap-\nplique à : « Ta parole est un poignard! » aussi bien qu'à : «Au Rat !\nau rat ! » et au cri d'Hamlet, frappant Claudius : « Suis ma mère !» Le"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "253", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.13", "texte": "DK LA MUSIQUE DRAMATIQUE\n\nmusicien penseur qui mettra Shakespeare en musique n'est peut-être\npas encore né : il naîtra, n'en doutez pas.\nMozart, avec plus de passion, plus de grandeur, plus de profondeur,\nplus defantasie (mot allemand intraduisible); Mozart, avec des formes\nplus variées, plus souples, plus imprévues; Mozart, moins court, moins\nétriqué, moins soumis à l'instinct, moins étranger à la réflexion, Mozart\neût pu être ce musicien prodige : le rival de Shakespeare. Mais Mozart\nn'est pas sauvage, abrupt; il ne fréquente que rarement les sommets;\nl'inconnu formidable ne la harcèle pas ; le plus qu'humain lui échappe\névidemment. Zerline lui suffit; Armide l'eût gêné, dans les grands bois\nsombres ou lumineux, ce n'est pas le hêtre qu'il dessine, c'est le muguet;\nil préfère la colline à la montagne, la grotte aux rocs inaccessibles, la\nsource au torrent, le fleuve à l'océan, la barque au navire; les lilas du\njardin lui conviennent mieux que la virginité solennelle des lianes\ninextricables ; l'horreur l'émeut médiocrement les précipices, brumeux\nau-dessus desquels tourbillonnent les oiseaux de proie ne lui semblent\npoint avoir d'équivalents dans le domaine musical; il regarde si volon-\ntiers les champs semés de marguerites qu'il ne voit pas les cieux semés\nd'étoiles ; il écoute la fauvette et le rossignol; il n'entend pas les\nvautours; il est le camarade du rouge-gorge; il ne fraye pas avec l'aigle;\nMozart, céleste quelquefois, n'est jamais divin dans-l'acception sublime\ndu mot; Mozart, un peu coureur, quoique marié, Mozart que des amours\nmultiples inspiraient, ainsi que me l'avouait sa veuve, qui le laissait\nlibre par amour de l'art, Mozart, légèrement libertin, paraît-il, trouvait\nDon Juan à sa taille, mais il n'eût rien tiré d'Hamlet, d'Othello, de\nMacbeth ou du roi Lear; ces types l'eussent écrasé, près d'eux il ne fût pas\nresté grand. Tout est relatif. Mozart était un compositeur hors iigne,\nmais ce n'était pas un homme supérieur ; là est la nuance.\nCependant l'opéra de Don Juan se rapproche par plusieurs points des\ndrames de Shakespeare ; il a le mouvement, le rire, le sourire, les larmes,\nla volupté, l'insouciance, la colère, la terreur, le délire, le courage, la\ndésolation, la témérité, la légèreté ; il montre la faute et le châtiment ; il\noffre un assemblage de types admirables : c'est Leporello, curieux, pol-\ntron et gourmand ; c'est le commandeur devenu marbre et venant, statue\ninflexible, punir le coupable: c'est Dona Anna pleurant sur le corps de\nson père et courant à la poursuite du meurtrier, son ravisseur ; c'est\nZerline, naïve et coquette ; c'est le jaloux Mazetto, c'est Dona Elvira,\nc'est Don Ottavio, c'est Don Juan enfin, fier, voluptueux, éhonté, beau?\ntoujours amoureux, toujours à la recherche de son rêve : la femme qu'il\npourra aimer. De tous ces types si profondément humains et si gran-"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "254", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.14", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ndioses , Mozart fait des caractères. Sauf en matière religieuse, son idéal,\nc'était la terre avec ses vertus mélangées de faiblesses. Peintre fidèle, il\nne grandissait pas ses personnages ; il ne demandait rien à l'inconnu ;il\nn'avait pas l'intuition de l'infini dans l'art; aussi la suprême poésie\nmanque-t-elle à son œuvre ; aussi le surhumain ne se rencontre-t-il\njamais sous sa plume élégante. Mozart, emprisonné dans le réel, dans le\nterrestre, ignorait ces élans vigoureux et sublimes si fréquents chez\nBeethoven; Mozart a des confins; Beethoven n'en a pas ; l'insondable est\ndans Beethoven; il n'est point dans Mozart : Mozart ressemble àun\nfleuve dont les eaux abondantes, calmes et pures, laissent voir le lit ;\nBeethoven, c'est la pleine mer, c'est le plein ciel ; Mozart observe, Bee-\nthoven observe et devine; Mozart sait, Beethoven sait et pressent. Don\nJuan est un ouvrage parfait, conçu dans de petites proportions. Ceci\nadmis, on ne saurait trop admirer le chef-d'œuvre de Mozart. Ce maître\ncharmant a le savoir, l'ingénuité, la souplesse, la couleur, l'imagination,\nle tact, la finesse, l'observation, l'individualité. Tous les styles lui sont\nfamiliers. Il manie avec une égale facilité l'orchestre et les voix, la mu-\nsique de chambre, la symphonie, l'opéra,la musique religieuse.—Correct,\nbien paré, bien poudré, aimable, galant, gentil au possible lorsqu'il\nchausse l'escarpin, lorsqu'il met des bas de soie, la fraîche culotte et l'ha-\nbit à boutons de métal ; chéri des femmes, leur pressant la taille sans\nchiffonner ses manchettes, sablant avec elles le Champagne sans en\nrépandre une seule goutte sur son jabot de dentelle, Mozart n'admettait\nrien qui inquiétât l'oreille ; aucune broussaille n'entrave sa marche vive,\nfringante, pensive ou délurée. Ce n'est pas lui qui longerait le bord des\nprécipices, qui rêverait d'excursions aux pics inaccessibles! Non ;il se\ncontente de suivre le fil de l'eau et de vous conduire avec lui dans les\nprés et dans les bois.\nMozart fut admirablement servi par le libretto de Don Juan, qui oflre\nune grande variété de situations et de caractères, et qui ne contient rien\nd'excessif. Ce poëme, tout shakespearien par la forme et par le fond, par\nl'agencement des scènes, par les développements du sujet, par le heurt\ncontinuel d'éléments hétérogènes, par le va-et-vient du comique, du\npathétique, du grotesque, du fantastique, par la rencontre incessante des\npassions les plus opposées, ce poëme, dis-je, était et demeure un repré-\nsentant de l'art moderne tel que Fa conçu Shakespeare, art qui diffère\nentièrement de celui dont Gluck s'inspira. Mozart, sans le savoir peut-\nêtre> coule sa partition dans un moule shakespearien et devient ainsi le\nmagnifique point de départ, en musique, de l'idée nouvelle. Gluck, si\nsupérieur à Mozart sous plusieurs rapports, se voit tout à coup refoulé"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "255", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.15", "texte": "DE LA MUSIQUE DRAMATIQUE\n\ndans le passé par ce seul fait qu'un librettiste obscur â fourni à Mozart\nun canevas où se reflète l'ombre de Shakespeare. Gluck ressuscite le gé-\nnie antique; Mozart représente l'esprit moderne; Gluck, lumineux,\nbrille comme un phare sur le vieux monde ; Mozart, uni à Shakespeare\npar un littérateur quelconque, est une aurore qui se lève et dont les\nrayonnements éclaireront la terre et le ciel.\nMozart mort, on revient aux anciens errements, on sépare de nouveau\nles genres. Le drame s'efface devant la tragédie et la comédie lyriques qui\nreprennent fièrement le haut du pavé. Les saines traditions prévalent ; les\ndoctrines surannées, triomphantes, sortent de la remise où on les avait\nun moment reléguées. Les tragiques recommencent à verser des pleurs\ndans leur vieille urne, les comiques cherchent à retrouver le rire éternel\nsous leur masque usé, Spontini, Kreutzer, Méhul, Cherubini, Lesueur,\nSacchini retournent à l'antiquité païenne ou biblique. Rossini accepte\nun Othello impitoyablement classique, puis un Moïse peu divertissant.\nIl rit jusqu'aux larmes dans le Barbier ; il pleure tant qu'il peut dans\nGuillaume Tell. Les auteurs de bonne compagnie roucoulent à\nl'Opéra-Comique. Là, pas de poésie, pas d'élan, pas de passion3 pas d'as-\npirations, pas de grandeur, pas de vérité ; l'esprit y patauge dans le faux\nconcurremment avec la mode. Grétry, qui n'était pas musicien, Boïeldieu,\nqui n'était pas poète, le spirituel Auber, Hérold, qui avait de l'avenir,\nAdam, qui n'en avait pas, Halévy qui aimait trop la trompette pour\naimer beaucoup le hautbois, illustrèrent ce bâtard, l'Opéra-Comique.\nVains efforts ! L'Opéra-Comique tombe, il est tombé. Il faut que le\ndrame l'aide et lui tienne l'étrier pour qu'il remonte en selle. S'y tien-\ndra-t-il ? Nous verrons bien.\n(A suivre.)\n\nLOUIS LACOMBE."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.16", "texte": "LES AIRS A DANSER\nDE\nL'ANCIENNE ÉCOLE FRANÇAISE\n\n111\nII\nLA PASSACAILLE\nESPRÉAUX, le mari de « la Guimard », après avoir eu beau-\ncoup de succès comme danseur, fut nommé directeur de la\nscène, puis inspecteur de l'Opéra et des théâtres de la\nCour (1807). Ces hautes fonctions ne satisfirent pas com-\nplétement l'amour-propre de l'estimable chorégraphe; il ambitionnait\nla palme poétique et voulait suivre les traces glorieuses de Boileau, son\nillustre homonyme.\ncc Les Muses sont sœurs », dût-il se dire dans le style ampoulé de\nl'époque, <( pourquoi donc Terpsichore n'aurait-elle pas son poème, tout\naussi bien que la blonde Erato ? Boileau Despréaux a écrit Y Art poé-\ntique , ce sera Jean-Étienne Despréaux qui écrira Y Art de la Danse. »\nEt grâce à ce monologue en vile prose, nous avons hérité d'un nou*\nveau poème ! en quatre chants ! ! calqué sur l'œuvre de Boileau ! ! !\nComme spécimen ? je me contenterai de citer les deux vers suivants :\nBoileau avait dit :\n« qu'une voyelle à courir trop hâtée,\nNe soit d'une voyelle en son chemin heurtée. »\n\n(1) Voir le numéro du i6i> juin."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.17", "texte": "PASSACAILLE\n(LALANDE—1690)\n(36)"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.18", "texte": "(36)"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.19", "texte": "PASSACAILLE D'ULYSSE\n(REBEL—1703)\n(38)"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.20", "texte": "(38)"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.21", "texte": "P. Bertrand grav:\n(38)\nImp: Arouy rue du Delta 26."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.22", "texte": "PASSACAILLE D'HVPERMNESTRE\n(GERVAIS-1716)\n(37)"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.23", "texte": "(37)"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.24", "texte": "(37)"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "257", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.25", "texte": "G.-E. Despréaux réplique :\n« Garde% bien qu'une jambe à courir trop hâtée,\nNe soit d'une autre jambe en son chemin heurtée. »\nAinsi du reste.\nMalgré sa « métromanie », Despréaux a bien agi envers la postérité.\nSon petit volume est amusant à feuilleter et donne des renseignements\nutiles sur Part trop peu connu de la chorégraphie et sur les danseurs\ncélèbres, tels que Vestris, Noverre, Gardel, etc.\nTrois vers nous initieront de suite à cette mystérieuse passacaille qui a\nété le point de départ de cette étude :\n« De même que Beauchamps, d'un brodequin chaussé,\nSous les habits d'un Dieu, dansait seul, à Versailles,\nEn pas majestueux, la grave passacaille. »\nD'après une note insérée à la fin du volume, le mot de passacaille\nn'indiquerait plus, à la fin du siècle dernier, qu'un air lent, à trois\ntemps. En effet, nous en trouvons des exemples dans Haëndel et dans\nSébastien Bach. Gluck, lui-même, n'emploie plus le mot : passacaille,\nmais il en a gardé le rhythme et la mesure. Nous pourrions citera ce\npropos, comme exemple, le chœur du ier acte Orphée.\nDans les ballets de la seconde moitié du dix-huitième siècle, on trouve\nencore quelques « airs » portant ce nom démodé, mais l'allure en est\ncomplètement changée. Les airs de Dauvergne, Rebel et Francœur, Gar-\nnier et autres, sont là pour nous en convaincre. Je pourrais citer comme\nexemple la passacaille d\" Ap elles ef Campaspe, de Rodolphe, l'auteur du\nsolfège trop connu. Rodolphe en a écrit une autre dans Médée et Jason,\nqui est conçue d'une façon tout aussi fantaisiste.\nAutrefois, sous Louis XIV, c'était en même temps un « air à danser » et\nun cc air à jouer, » danse très grave, à un seul personnage, mouvement :\nadagio maëstoso. Cette solennité et cet unique danseur pouvaient être\nde mise àla Cour puritaine de madame de Maintenon, mais ne pou-\nvaient convenir aux roués de la Régence, ni aux invités des Petits-Sou-\npers. Aussi, à partir de la mort de Louis XIV, ne voyons-nous plus de\nvéritables passacailles dans les partitions; l'air d'Hypemnestre, de Ger-\nvais, chef de musique du Régent, est une des dernières passacailles de\ncette époque.\nC'était, comme rhythme, une espèce de chacone triste, par quatre\nmesures cc redoublées. »\nD'après le Dictionnaire de la Danse (1), le nom viendrait de l'italien\n\n(i) Cailleau, libraire; Paris, 1787.\n\nIV.\nLES AIRS A DANSER, ETC.\nl 7"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "258", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.26", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\n« passaglia », qui signifierait : 'vaudeville , sans doute parce que cet air\nprocédait par phrases, en couplets, comme la chacone.\nLittré, lui, nous donne comme étymologie les mots espagnols : passa\ncalle, mot à mot « passe-rue, » J'avoue ne pas comprendre la corréla-\ntion. Ce serait une enjambée un peu longue, car une des raisons pour\nlesquelles cette danse fut sans doute abandonnée, c'est qu'elle avait un\ndouble défaut : les airs étaient à la fois lugubres et d'une dimension\nexagérée.\nJ.-J. Rousseau et, après lui, le citent\ncomme modèles les passacailles d Arde Lulli, et d de Des-\ntouches. J'ai lu la première avec beaucoup d'attention ; elle est char-\nmante, en effet ; mais elle est trop développée pour me permettre de la\ntranscrire ici. Au cinquième acte de de Lulli, onpouria trouver\naussi une passacaille assez intéressante à étudier. Celle d\nthéeest une des plus jolies de l'œuvre de Lulli, mais sa dimension de-\nvient encore plus grande. Jugez-en : 164 mesures de «symphonie»\nd'abord, ensuite un solo de « nayade, » un chœur, une ravissante ri-\ntournelle de flûtes soli, un duo de nayades, puis le chœur, reprise des\nflûtes, deux autres solos de nayades, encore le chœur, enfin, la reprise de\nla symphonie. C'est varié, mais long ; près de 500 mesures .\nQuant à la passacaille d 'lssé,il m'a été impossible de la découvrir\ndans les deux éditions de 17-4 de 1728. Si elle avait eu tant de succès,\nil n'est pas probable qu'on l'eut supprimée dans la partition gravee. Sui-\nvant l'usage adopté, comme je lai raconté ici pour Alcione, on a sans\ndoute intercalé une passacaille quelconque dans l'œuvre de Destouches,\nDes deux premiers airs qui accompagnent cette notice, celui de\nLalande est, je le crois, complètement inédit ; il contient des parties\nagréablesj mais le musicien s est montre là d une prolixité inquiétante.\nPour éviter la monotonie du rhythme et de la tonalité, et le faire entrer\ndans notre cadre, car cet air est un type du genre, j ai été foicé de 1 abré-\nger beaucoup. Le manuscrit original est de 22d mesures ! Jai Dien\ncoupé dans l'œuvre de Lalande; je ne me serais pas permis d'agir de\nmême envers un maître comme Lulli.\nLa passacaille de Rebel, le père de l'ami et collaborateur de Fran-\ncœur, est à peu près intacte.\n\nTH. DE LAJARTE."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "259", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.27", "texte": "LES\nCANTATRICES DRAMATIQUES\n\n(I)\nIII\nMARIE MALIBRAN\nIII\nETTE passion du cheval était telle qu'après avoir joué le\nsoir, passé une partie de la nuit dans le monde à valser,\nà causer, à chanter encore, elle faisait réveiller ses amis\npour prendre part, dès l'aube, à ces cavalcades qu'elle\naimait tant. Et encore, si peu de sommeil qu'elle eût\npris, ce n'était même pas le sommeil ; cette prodigieuse organisation ne\ns'arrêtait pas un moment. Cette trame de sa vie n'avait pas d'envers ; ce\nvide apparent était habité. La Malibran, morte si prématurément, a vécu\nautant que des femmes parvenues à-la vieillesse : car elle vivait double.\nVoilà un fait prodigieux, presque incroyable, mais qui m7est attesté par\ndes personnes de sa famille. Plus tard, mariée avec de Bériot, mais sé-\nparée momentanément du célèbre artiste (elle était en Italie, et lui avait\nété obligé de retourner un ou deux mois en France) , il était convenu\nque la Malibran écrirait tous les jours à son mari.\nDe Bériot ne reçoit aucune nouvelle. Il s'impatiente, s'inquiète en-\nfin, abrège son séjour en France. 11 accourt auprès de sa femme bien-\naimée.\nDans quelle inquiétude tu m'as laissée ! dit-il. Quoi ! pas une\nlettre !\nMoi, répond Marie, mais je t'ai écrit tous les jours ; tous les\njours, on a mis mes lettres à la poste !\n;'i) Voir les numéros des iev décembre 1873, ier janvier, ier février, ier mai et\niev juin 1874."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "260", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.28", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nJe n'ai rien reçu.\nMême affirmation d'une part, même dénégation de l'autre; on s'irrite,\non se querelle, puis on oublie.\nQuelque temps après, de Bériot aperçoit au fond de la rainure d'un\nsecrétaire quelque chose de blanc. Il y plonge la main, y sent un papier,\nfait ouvrir cette rainure. On y retrouve les lettres toutes cachetées que\nmadame de Bériot avait écrites tous les jours ou plutôt toutes les nuits, et\nqu'elle avait successivement jetées dans cet interstice du meuble dont\nelle se servait pour écrire, croyant les mettre à la poste.\nJe viens de nommer Charles de Bériot : l'unique roman de la vie de\nla Malibran. Entourée d'adorateurs, que les charmes de cette jeunesse de\ngénie, de cette gloire fantasque, grisaient littéralement, l'artiste les plai-\ngnait sans se dire invulnérable,— ni coquette, ni prude. «Je sais, disait-\nelle, à ce que nous rapporte sa confidente, que, n'ayant qu'un lien au\nmonde avec un homme qui pourrait être mon grand-père , dont tout\nme sépare, je finirai par aimer ; mais alors, celui que j'aimerai le saura\ntout de suite, et ce sera pour toujours.»\nLes préoccupations, dirons-nous, les jalousies de Part furent encore la\ncause déterminante de ce choix. Bériot était amoureux de laSontag;\nmais celle-ci avait aussi son roman, dont le comte Rossi était le héros.\nPlus heureuse que la Malibran, pour la future comtesse ce roman fut un\nlivre permis, s'il dut être quelque temps caché. Bériot, évincé, était mal-\nheureux. La pitié déguisa,dans le cœur de la Malibran, pour elle-même,\nce sentiment instinctif qui faisait qu'elle voulait enlever le cœur d'un\ngrand artiste à la rivale à qui elle avait disputé les bravos de la foule. Ce\nfut à Bruxelles, au château de Chimay, qu'elle retrouva de Bériot, que,\naprès l'avoir entendu jouer avec un talent que doublait peut-être la douleur ,\nelle s'approcha de lui les yeux humides, les mains tremblantes, et arrêta\ncourt l'artiste, qui répondit par quelques banalités balbutiées à l'expres-\nsion de son enthousiasme, en lui disant avec une impatience fiévreuse :\ner Non, ce n'est pas cela, ce n'est pas cela! Ne voyez-vous pas que je vous\naime?» ,\nBériot, ému, ébloui, s'attacha à cette consolatrice aussi ardemment\nque s'il avait compris qu'il s'était trompé de rêve !\nMarie repartit pour l'Angleterre. Dès lors, elle s'affranchit de la tu-\ntelle de madame Naldi, et, à son retour à Paris, au lieu de descendre chez\ncette amie, descendit à un petit hôtel qu'elle habita seule. Bériot proposa\nà Marie de partir avec lui pour la Russie et aussi en-Hollande. Marie\nrefusa vivement, et un nuage passa sur cette lune de miel furtive.\nCe fut sur ces entrefaites que M. Malibran arriva d'Amérique; Marie"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "261", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.29", "texte": "LES CANTATRICES DRAMATIQUES\n\nsentit alors avec désespoir toute la lourdeur de ce joug accepté si impru-\ndemment par elle. Un arrangement relatif aux questions pécuniaires fut\nconclu entre eux ; mais il était facultatif toujours de la part de M. Ma-\nlibran, dont rien ne limitait les droits. Alors Marie conçut le projet\nd'échapper à cette chaîne qui la faisait esclave et coupable toute sa vie,\npar le divorce que permet la loi américaine. Elle eut recours, dans ce\nbut, au général Lafayette, dont l'intervention devait être si efficace dans\nla patrie de Washington. Le général français avait doucement subi cette\nfascination que Marie exerçait partout et toujours, et l'appelait en sou-\nriant : (c ses dernières amours. » Au fait, la carrière de Lafayette ne de-\nvait-elle pas être consacrée jusqu'au bout à une mission de libération ?\nRevenons à l'artiste.\nAu mois de janvier iB3o, l'engagement de la Malibran avait été re-\nnouvelé au prix de mille soixante-quinze francs par représentation. Ces\nconditions, énormes alors, ont été bien dépassées depuis. La disparition\nde la Sontag, devenue grande dame, laissait la Malibran seule maîtresse\nde la scène italienne, et celle-ci prouva qu'elle n'avait pas besoin de\nl'aiguillon de l'émulation pour se perfectionner dans un art qu'elle ido-\nlâtrait et dont elle a atteint les plus sublimes limites. Tout ce qu'on peut\nlui reprocher, et encore ce reproche vint-il de quelques appréciateurs\nexigeants, c'est d'avoir parfois encore plus aimé le succès.\nDe 1829 à 1832, la Malibran se partagea exclusivement entre Paris et\nLondres. L'enthousiasme fiévreux de la chanteuse ne se circonscrivait\npas dans son art. A la première représentation de Henri ///, Alexandre\nDumas, dans ses Mémoires, nous peint madame Malibran qui n'avait\ntrouvé de places qu'aux troisièmes, penchée tout entière hors de sa loge,\nse cramponnant de ses deux mains à une colonne qu'elle ne lâchait que\npour applaudir.\nEn 1831 madame Malibran, accompagnée d'une cantatrice de ses\namies, madame Raimbeaux, s'en va voir à la Porte-Saint-Martin l'ln-\ncendiaire de la Cure et VArchevêché, un mélodrame qui spéculait sur\nles passions hostiles au clergé, et mettait en contraste un bon curé, joué\npar Bocage, et un archevêque scélérat, joué par Provost. La salie était à\ndemi vide. Madame Malibran applaudit à elle seule autant que toute\nla claque madame Dorval, jouant avec cette trivialité sublime, qui est\nle fait du génie dramatique, le rôle d'une paysanne poussée au crime par\nla crédulité. Ce qui frappa surtout et affligea la Malibran, c'est le con-\ntraste entre le délire aristocratique, les ovations gantées du public des\nItaliens, et la froideur, presque l'abandon, qui seuls récompensaient la\ngrande artiste de boulevard. Il n'y a qu'une chose pour combler cette"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "262", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.30", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ndifférence, pour faire à Marie Dorval un succès digne d'elle : les félicita-\ntions personnelles de Marie Malibran. Celle-ci court à la loge ou la co-\nmédienne était entourée de quelques d'écrivains de la nouvelle\nécole; elle se nomme et l'embrasse vivement. Pour toute réponse, ma-\ndame Dorval montra à madame Malibran la lithographie de la grande\ncantatrice à l'endroit le plus apparent de cette humble loge.\n• Des faits innombrables de génie , de courage, de bienfaisance, de bi-\nzarrerie ont marqué cette phase de l'apogée de la Malibran. Après des\nnuits agitées, des journées occupées, un soir, au moment de jouer Ar-\nsace, elle s'évanouit dans sa loge. Pour comble de malheur, une mixture\nd'huile et d'alcali appliquée à la bouche par erreur couvre ses lèvres de\ncloches. Avec une paire de ciseaux, elle fend elle-même toute cette peau\nboursouflée et toute sanglante, va chanter aux acclamations de la salle.\nUne autre fois, elle se gargarisa la gorge enflammée d'un pot entier de\nmoutarde pour pouvoir jouer à tout prix. On fit courir le bruit qu'elle\nabusait des liqueurs fortes, parce qu'elle usait parfois de quelques exci-\ntants, toujours mitigés. Ces calomnies n'étaient pas plus fondées que\ncelles qui s'attaquaient à sa vie intime, que l'amour compromit une fois\net a ensuite défendue toujours.\nAprès l'héroïsme du courage, l'excentricité malheureuse. A son béné-\nfice, elle eut l'idée de jouer dans Otello, non pas Desdemona, mais le\nMore, et de noircir son charmant visage, idée déplorable qu'avait eue\négalement madame Pasta. Un témoin oculaire m'assure même que, dans\ncette soirée, elle avait joué, au premier acte, Desdemona , au deuxième\nacte, lago, et au troisième enfin , Otello. Le résultat de cette lugubre\nmascarade fut un solennel fiasco. On terminait par un opéra-bouffe en\nun acte, la Prova d'un opéra séria, où Lablache était magnifique d'en-\ntrain, où la Malibran était sémillante d'esprit et de grâce. Quand elle\napparut en scène, débarbouillée et en robe blanche, les acclamations de\nla salle éclatèrent interminables.\nLa comtesse Merlin nous raconte que la mémoire de la Malibran était\ntelle qu'elle apprenait en quelques heures un opéra en un acte, de façon\nà le jouer le soir. Il est probable qu'il s'agissait là de la Prova d'un opéra\nséria.\nLes bruits les plus étranges les contemporains peuvent se le rappe-\nler coururent alors au sujet de la grande cantatrice. On avait expliqué\nsa vertu tant qu'elle n'avait pas été soupçonnée par une confor-\nmation exceptionnelle qui retranchait, pour ainsi dire, du nombre des\nfemmes celle qui s'était élevée au premier rang des artistes. Bientôt des\nindispositions fréquentes, qui forçaient à chaque instant de changer le"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "263", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.31", "texte": "LES CANTATRICES DRAMATIQUES\n\nspectacle, vinrent faire pressentir un démenti à cette rumeur bizarre. Un\nsoir que Marie chantait Arsace, après le premier acte, elle quitta la\nscène, souffrante, épuisée. Un ami, M. de Marmier, en pénétrant dans la\nloge où le fils de Ninus avait déposé son casque, son épée, son armure,\nsurprit sans le vouloir, —au défaut de la cuirasse,— le secret de Marie.\nIl put la déterminer à continuer son rôle. Mais bientôt tout se divulgua.\nSon père s'éloigna d'elle, son père, première cause du mariage dé-\nplorable qui devait laisser engager cette jeune et ardente femme dans\ncette lutte avec son cœur, où elle devait succomber. Des salons se fer-\nmèrent pour elle, entre autres celui de madame de Sparre, qui avait été,\nsous le nom de mademoiselle Naldi, une cantatrice brillante et estimée.\nLe public même devint plus froid pour l'artiste, comme si c'était à lui\nqu'elle eût été infidèle. Les foules ont de ces attachements jaloux et fé-\nroces pour leurs idoles. Il semble qu'on ne pardonnerait à la rampe, qui\nsépare le spectateur affolé de la séduisante artiste, qu'à la condition que\ncette lign de feu ne cesse de l'entourer dans sa vie privée.\nLa comtesse Merlin resta presque seule fidèle à la Malibran et nous\ninitie à ses désespoirs. Ce n'était pas seulement aux instincts naturelle-\nment purs de Marie que pesait sa faute, mais à sa fierté, car elle était\nessentiellement fière. Un jour, Lamartine, qui nous a laissé le témoi-\ngnage écrit de ses sympathies pour la Malibran, eut la fâcheuse inspira-\ntion d'employer devant Marie, en parlant du baron Deniers, un ami sûr\net désintéressé, l'expression de protecteur.\nLa Malibran, sachez-le, Monsieur, reprit vivement celle-ci, n'a\npas besoin de protecteur !\nCependant Marie sembla retrouver les sympathies de la salie à une\nreprésentation d'adieu, où elle chanta Desdemona. Le public français\ndevinait-il qu'il ne la reverrait plus?\nDans sa fragilité, la Malibran conserva toujours deux sentiments éga-\nlement honorables et difficiles pourtant à concilier : l'horreur de 1 hypo-\ncrisie et le sentiment de la pudeur. Elle repoussa l'offre d'un rapproche-\nment avec M. Malibran, qui eût couvert de-son pardon, lui disait-on,\ndes torts qui eussent servi à ramener sa femme sous sa dépendance. Celle\nqui était aimée de Bériot comprenait que 1 honneur consistait, non à se\nréfugier chez le mari qu elle n'avait pu éviter de trahir, mais à rompre\nlégalement des liens qui l'empêchaient de légitimer ceux qu avait choi-\nsis son cœur.\nEn attendant, elle se dit que le mystère était déjà une réparation ; elle\navait juré même qu'elle ne remonterait sur le théâtre que quand elle se-\nrait la femme de Bériot ; mais un pareil serment était-il possible à tenir?"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "264", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.32", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nQuoi qu'il en soitv îe lendemain de la représentation d'Otello, elle par-\ntit pour Bruxelles, où Bériot l'attendait, et de là, déguisée, elle repartit\navec lui et vint habiter, rue des Martyrs, une petite maison isolée, où\nelle mit au monde un fils.\nLa représentation d\"Otello avait eu lieu le 8 janvier i 832.\nAvant que Marie Malibran quitte pour toujours la France, un détail\nrétrospectif intéressant et que rapporte M. Quicherat dans son livre sur\nNourrit. On fut sur le point, à l'Opéra, de l'engager en 1827, sur le\nbruit de ses succès en Amérique, à Londres, et sur des auditions de sa-\nlon qui avaient précédé son brillant début dans Semiramide. C'était\npour jouer le rôle d'Elvire dans la Muette (à la suite d une fugue de ma-\ndemoiselle Cinti, qui avait été épouser à Bruxelles Damoreau) que l'on\nvoulut s'assurer le concours de la fille de Garcia. Elle dut être peu ten-\ntée de ce rôle d'Elvire, qui n'offrait aucun aliment aux instincts de son\norganisation passionnée ; mais les prétentions que put faire alors la jeune\ncantatrice , bien qu elles aient dû ne pas être admises, prouvent à quel\ndegré déjà l'opinion lui était favorable. Elle avait demandé 50,000 francs\net quatre mois de congé, et l'administration offrit jusqu'à 35,000 francs\net un congé de trois mois. On s en tint là , et les négociations furent\nrenouées avec madame Cinti-Damoreau, qui créa définitivement le rôle.\nAu mois de juillet, Lablache, devenu un des meilleurs amis de Marie,\npassa par Bruxelles, où de Bériot et sa compagne avaient établi leur\nmaison de repos. Lablache venait d'Angleterre, se rendant en Italie, et\nprenait sa route par la Belgique, évitant la France, livrée alors au\ncholéra. Il vint faire à Marie une visite à huit heures du soir, et, quand il\nlui apprit qu'il partait à la pointe du jour le lendemain, Marie lui\nrépondit : « Je pars avec vous. »\nLablache crut à une plaisanterie; mais, le lendemain, à cinq heures du\nmatin, Marie Malibran, que sa situation pénible avait empêchée de con-\ntracter aucun engagement, attendait son compagnon sous la fenêtre,\ndans une chaise de poste, oubliant son passeport, ce qui l'arrêta quelques\njours aux frontières d'ltalie ; mais, on le comprend, heureuse de fuir le\npays où elle avait dû rougir sous son auréole.\nA Rome, elle réussit peu d'abord ; elle avait intercalé dans la leçon\nA\nde chant de Rosine des romances françaises, ce que le public romain prit\nd'abord pour une mauvaise plaisanterie. Là, elle apprit avec un vif cha-\ngrin la mort de son père. Heureusement il s'était déjà réconcilié avec\nelle. A Naples, où elle fut engagée ensuite, son succès fut immense. Les\nambassadeurs de Russie et d'Autriche, au théâtre del Fondo, durent se\nréfugier aux quatrièmes loges, et toute l'influence diplomatique des re-"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "265", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.33", "texte": "LES CANTATRICES DRAMATIQUES\n\nprésentants de deux grands nations ne put aboutir qu'à faire abaisser le\nlustre.\nMarie alla faire visite au Roi, mais en osant l'engager à ne pas venir\nau théâtre, parce que, devant Ferdinand 11, l'étiquette défendait d'ap-\nplaudir à moins qu'il ne donnât le signal, et qu'autrement, ne sentant\nplus le public en communication avec elle, elle perdrait toute sa con-\nfiance et son ardeur. Le Roi rit et promit d'applaudir lui-même. Souve-\nrain peu constitutionnel, il ne pouvait déléguer, en effet, ce soin à son\nministère. A son entrée en s:ène, la Malibran,, l'œil fixé sur la loge\nroyale, rappela du geste au Monarque sa promesse. Ferdinand II la tint\nce soir-là ; mais il ne pouvait se croire engagé par une espièglerie ; peut-\nêtre la trouva-t-il même d'un goût médiocre. Il protégeait, dit-on, la\nDebégnis. Duprez et la Malibran, avec leur chaleur unie, faisaient une\nSonnambula qui empêchait les gens de dormir. On défendit de rappeler\nplus d'une fois dans la soirée. Les représentations du théâtre del Fondo\nredevinrent presque silencieuses pour Marie. Le spleen la prit bientôt,\net elle quitta Naples sous cette influence qui devait y inspirer quelques\nannées plus tard à Nourrit l'idée du suicide.\nSon séjour dans le royaume de Naples avait été signalé par divers in-\ncidents que le sort fît parfois moins bizarres que la volonté de la\nfantasque voyageus:. Dans une de ses excursions aventureuses, des ban-\ndits l'arrêtèrent. Heureusement, le chef était un dilettante ; il avait\nentendu la Malibran au théâtre ; il ordonna qu'on se mît à genoux et\nqu'on respectât Vlmmortale ! On racontedes faits semblables de bien\ndes célébrités, mais l'authenticité de celui-ci m'est certifiée par les sou-\nvenirs précis de la famille de la Malibran.\nA une partie de bateau, la Malibran avait un costume de bain sous\nun manteau de ville qu'elle enlève en un instant, et elle se précipite à la\nmer, où elle disparaît. Elle ne savait pas nager.\nOn s'élance ; on la ressaisit; on n'a pas assez de reproches sur son\nimprudence.\nEst-ce que je pouvais penser , répondit-elle, que vous me laisseriez\npérir ?\n( La suite prochainement.)\n\nPAUL FOUCHER."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "266", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.34", "texte": "HISTOIRE\nDU\nTHÉATRE DE MADAME DE POMPADOUR\nDIT\nTHÉATRE DES PETITS-CABINETS\n\nHuKnme et dernier article (i).\nCHAPITRE VII\nMISE EN SCÈNE, COSTUMES ET DECORATIONS»\nLe luxe le plus merveilleux brillait sur le théâtre de la favorite, qui\nlaissa loin derrière lui l'Opéra pour la pompe du spectacle et la richesse\nde la mise en scène. Les noms seuls des peintres, costumiers, décorateurs,\nque nous avons donnés en commençant, étaient de sûrs garants du goût\net de la splendeur qu'on devait observer dans les moindres parties de la\nreprésentation théâtrale. Mais il n'est telles imaginations que la réalité\nne dépasse et, pour se faire une idée de ce luxe éclatant, il faut avoir\nsous les yeux les sommes énormes qu'on dépensait pour 1 organisation\nmatérielle de ces spectacles.\nIl suffit pour cela d'ouvrir le Livre rouge. Voici ce qu'on y lit concer-\nnant les spectacles des petits cabinets pour l'année :\n\n(i) Voir les numéros des ier septembre, ier octobre, ier novembre, ler décembre\n1873, i 5 janvier, iQr mars et i 5 avril 1874."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "267", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.35", "texte": "THÉÂTRE DE MADAME DE POMPADOUR\n\nA M. de la Vallière, pour les spectacles :\nle 22 février 1750 20,000 liv.\nle 22 mars 20,000 •\nle 19 avril 20,000\nle 17 mai 30,000\nle 7 juin 30,000\nle 12 juillet 30,000\nle 9 août 30,000\nle 20 sept. 25,000\nA Hébert, pour différentes fournitures de bijoux,\ndonnés à ceux qui ont représenté sur le théâtre\ndes petits appartements, le 16 mai 1751 25,203\nTOTAL 230,203 liv. (1).\nCe n'est que la dépense d une année. Un document plus considérable\nnous permet de suivre dans le détail les comptes et dépenses ayant pour\nobjet les spectacles privés de Versailles.\nC'est une liasse de papiers ayant appartenu sans doute au duc de la\nVallière et qui renferment quantité de comptes et d'états ayant trait au\nthéâtre des petits cabinets. Ce précieux recueil manuscrit est resté\ninédit jusqu'à ces dernières années.: il était comme perdu dans les\nrayons de la bibliothèque de l'Arsenal. M. Jules Cousin, le savant\nbibliothécaire de la Ville de Paris, alors attaché à l'Arsenal, en fit faire\nune copie exacte qu'il remit à M. Campardon, quand celui-ci publia son\nhistoire de madame de Pompadour. Ce dernier le reproduisit in extenso\nà la fin de son ouvrage. Nous allons en donner un résumé aussi bref et\naussi clair que possible. C'est en lisant cette longue suite d'additions\nqu'on pourra apprécier les sommes folles absorbées par ces joyeux diver-\ntissements.\nLe premier mémoire est celui du perruquier Notrelle, un des princi-\npaux, sinon le principal coopérateur de la noble compagnie. Il est inti-\ntulé : Mémoire de toutes' les fournitures de peruques et accommodages\nfaits pour les petits appartemens, par Notrelle, peruquier des menus-\nplaisirs du Roy, sous les ordres de M. le duc de La Vallière, en\n1747 174%- Le total de ce compte monte à 3,597 livres,, que le perru-\nquier réduit facilement à 2,000, en homme sûr de gagner encore gros sur\n\n(i) Registres des dépenses secrètes de la Cour, connus sous le nom de Livre rouge,\napporté par des députés des corps administratifs de Versailles, le 28 février 1793, Fan\ndeuxième de la République, déposé aux archives et imprimé par ordre de la Conven-\ntion nationale. 3 vol. in-4, 1793."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "268", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.36", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nses déboursés. Ce mémoire se compose de 19 articles différents, rédigés\ntous sur le modèle suivant :\nHUITIÈME ARTICLE\nDu jeudy i 5 février 1748.\nSixième représentation à Versailles.\nFourni 11 peruques à la romaine pour les chœurs... 44 liv.\n1 peruque pour mademoiselle Camille 4\n7 allonges et faces pour les danseurs et danseuses.... 28 —•\n1 peruque carrée extraordinaire pour M. de Cler-\nmont d'Amboise, laquelle il a fallu envoyer cher-\ncher à Paris ; pour ce, à cause du voyage 10\n3 journées pour ledit Notrelle, àis livres par jour.. 45\n3 journées pour la maîtresse coeffeuse, à i 5 livres\naussi par jour 45\n3 journées pour la seconde coeffeuse, à 6 liv. par jour. 18\n3 journées pour 2 garçons peruquiers, à 6 liv. chacun\npar jour 36\nPour la poudre et la pomade 6\n236 liv.\nPlus, le dimanche précédent, 11 février, ledit Notrelle\nest allé à Versailles, selon les ordres qu'il avait\nreceus, avec la maitresse coeffeuse, la seconde\ncoeffeuse et 2 garçons peruquiers, et ils ont été\nobligés de revenir, y ayant eu un contre-ordre à\ncause de la maladie de madame Adélaïde. Pour ce,\nce qu'il plaira à Monseigneur le duc de La Vallière\nd'ordonner\nOn peut le voir par ces derniers mots comme à propos de la mort de\nM. de Coigny, le sieur Notrelle ne perdait jamais la tête au milieu des\névénements plus ou moins graves qui dérangeaient l'économie des repré-\nsentations de la Cour.\nViennent ensuite divers états des plus intéressants et des plus chers.\ni° Etat des sommes dues aux tailleurs qui ont été à Versailles pren-\ndre les mesures, essayer les habits et habiller aux représentations.\nTotal : 744 livres.\n20 État des avances faites par le sieur Perronnet pour les ballets des\npetits appartements, depuis le mois de décembre 1747 à la fin de\nmars 1748.— 1,625 livres 10 sols.\n3° Etat des marchandises fournies au sieur Ferronnet pour les bal-\nlets des petits appartements. 11,737 livres, o sols, 5 deniers."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "269", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.37", "texte": "THÉÂTRE DE MADAME DE POMPADOUR\n\n4° Etat des dépenses pour les ballets des petits appartements de 1747\nà 1748, comprenant les bas de soie (855 livres), les souliers pour le\nchant et la danse (495 liv.), les chapeaux (94 liv.), et les ustencils\n(148 liv.) Total : 1,592 livres.\nNous trouvons à la suite un mémoire du costumier Péronnet : Etat\ndes habits faits pour les ballets des petits appartemens. Cette note, qui\ncomprend la description minutieuse de chaque costume, s'élève à la\nsomme totale de 12,189 liv. Et pourtant elle ne contient que les habits\nd'une dizaine de pièces, tout au plus.\nVoici maintenant le document le plus considérable du recueil; c'est\nF Inventaire général des habits et ustencils du théâtre des petits appar-\ntements sous la garde de madame Schneider, fait en Vannée 1749*\nse divise en deux catégories : Habits d'hommes et habits de femmes.\nPour avoir une idée de la façon dont cet inventaire est dressé, nous\nallons transcrire le chapitre des habits de femmes (chant) pour 1 opéra\nde Tancrède.\nB. - TANCREDE.\nRolles. »\nN° 1.\nHERMINIE, Madame la marquise de Pompadour.\nHabit oriental, grande robe en doliment de satin cerise, corset\npareil, le tout garni d'hermine découpée, appliquée en dessin de\nbroderie, jupe de satin bleu peinte en broderie d'or avec pail-\nlettes et frisé d'or, bordée d'un milleray d'or, la dite jupe doublée\nde toile 1 habit.\n(Fait neuf en totalité.)\nN° 2.\nCLORINDE, Madame la duchesse de Brancas.\nUn corset en cuirasse de moire acier brodé d'or, lambrequins,\nbrassards et amadis galonnés et écaillés d'or, grandes basques de\nbrillant argent brodées d'or, bordées de rezeau d'or.\nMante de taffetas bleu imprimée en bouquets d'or, bordée\nde rezeau d'or 1\n(La juppe de l'habit de Victoire se trouvera sous le nom\nde madame Trusson. Le tout fait neuf.)\nNo 3.\nGUERRIÈRE, Madame de Marchais,\nCorset en cuirasse de moire acier, le corps écaillé argent, bras-\nsarts, lambrequins et amadis galonnés d'argent, grandes basques"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "270", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.38", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nde taffetas gris mosaïque de milleray argent, galonnés de rézeau\nargent, écharpe de taffetas blanc garnie de rézeau et glands d'or.. i habit.\n(Neuf en totalité. Ce corset servait avec la juppe de Fortune\nrendue aux Menus-Plaisirs.)\nNo 4.\nNIMPHE, Madame de Marchais.\nCorset, jupe et basques de taffetas blanc, le tout garni de guir-\nlandes et pompons et fleurs artificielles, la juppe tamponnée de\ngaze d'ltalie, mante de taffetas blanc ornée de découpures et de\nfleurs 1\n(Habit fait d'un habit de madame la marquise de Pompadour.)\nA la fin de cet inventaire, outre un état des culottes et coeffures, nous\ntrouvons une note indicative des Habits de Vancien état qui n'ont point\nservis dans les opéras de l'hiver dernier, avec les mentions : Propre—\nPassé A blanchir A détruire. Viennent ensuite un état des Par-\nties détachées d'habillemens tant d'hommes que de femmes et un cata-\nlogue des Mantes grandes et petites tant d'hommes que de femmes.\n/\nPour finir, un Etat des corps, panniers et hanches de baleine et un\n>\"\nEtat des ustancils, masques et fleurs. Ici nous voyons notés quatre\npaniers de rôles tout en baleine,, sçavoir, à madame la marquise de\nPompadour, en taffetas blanc; les trois autres en batiste, à mesdames de\nBrancas, Trusson et de Marchais. M. de Courtenvaux avait deux paires\nde hanches j M. de Langeron en avait trois; le vicomte de Rohan,\nmadame de Marchais, madame de Pompadour, n'en avaient qu'une; le\nmarquis de La Salle en avait deux, une ordinaire, et l'autre en trousse\nrembourrée. Parmi les ustancils, voici une grande pique dorée, un\nthyrse doré, un trident de Neptune en fer blanc, la faux du Temps, une\npoignée de serpents à ressorts, un flambeau de Discorde en bois doré, un\nsceau de bois, une roue de Fortune, la couronne du Destin, six masques\nfeu de Furies de cire vernis, etc., etc.\nRécapitulation générale.\nHabits d'hommes 202 /\n355\nHabits de femmes 153 y\nMantes d'hommes 12 1\nMantes de femmes 29 | 1\nCulottes 67\nCoeffures 243\nSigné : Femme de SCHNEIDER.\nLe manuscrit de la bibliothèque de l'Arsenal contient encore une"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "271", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.39", "texte": "THEATRE DE MADAME DE POMPADOUR\n\npièce que M. Campardon n'a pas publiée. Elle ne porte aucun titre. Ce\nn'est pas un mémoire, ce paraît être plutôt un projet du costumier pour\nl'opéra d'Ismène, projet qu'il aurait soumis ensuite à M. de la Vallière\nou que celui-ci lui aurait donné. Ce qui peut confirmer cette supposi-\ntion,, c'est que madame de Brancas est marquée comme devant jouer le\nrôle de Chloé ; or, nous avons vu qu'une indisposition la força de céder ce\nrôle à Madame Trusson. C'est sous le nom de cette dernière que figurent\nles habits de Chloé dans l'état définitif des costumes. Voici cette pièce :\nACTEURS.\nISMÈNE, NIMPHE. BERGÈRE, Madame la marquise de Pompadour.\nHabit de taffetas bleu tendre, garni de gazes brochées et blondes. Une\nmante sur la hanche et l'épaule de taffetas bleu garnie de gazes et blondes.\nCHLOÉ, NIMPHE BERGÈRE, Madame la duchesse de Brancas,\nHabit du magasin des Menus-Plaisirs.\nDAPHNIS, BERGER HEROÏQUE, M. le dllC £Ayeil.\nA faire bleu et blanc.\nLe corps et le tonnelet de taffetas blanc. Draperie de taffetas bleu garni\nen bouffettes de taffetas blanc imprimé argent, garnies de réseaux argent et\nchenillés bleu. Une mante sur la hanche et sur l'épaule, de même que la dra-\nperie. Une pannetière de taffetas blanc imprimé argent, réseaux argent et\nchenillés bleu.\n(En marge.) Une coëffure sérieuse. Le tonnelet garni en découpures de\ntaffetas bleu chenillé argent.\nDANSE.\nBERGERS, BERGÈRES»\nM. de Courtenvaux.\nSept rosettes de ruban blanc garnies de fleurs.\nL'habit blanc de M. de Clermont à remettre à sa taille.\nLes sieurs Barois, Piffet, Baleiy, Dupré.\nLes demoiselles Dorfeuil, Chevrier, Durand, Astrodi.\nHabits blanc et rose. Quatre rosettes pour les chapeaux à chacun. Chacun\ndeux rosettes pour la culotte Un nœud de perruque.\nPour les demoiselles, des manches de cour, des bracelets nœuds de manches,\n\\\ndes tabelliers de gaze brochée, découpures roses. Quatre petits chapeaux de\npaille doublés et garnis d'une guirlande rose. Un collier à chacune.\nFAUNES ET D R I A D E S.\nM. de Courtenvaux.\nSon habit, sept rosettes vertes et argent."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "272", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.40", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nLes sieurs Bar ois, Piffet. Les demoiselles Dorfeuil, Chevrier.\nLes corps de taffetas feuille morte, tonnelets et juppes de taffetas blanc\npeint. Draperies de peau tigrée peinte.\nLes garçons, à chacun sept rosettes vertes et argent.\nPour les deux petites filles, de petits toquets de peau tigrée garnis de vert.\nCHŒURS CHANTANTS.\n<9\nLe sieur Francisque.\nIl ne s'habillera pas.\nLes sieurs Falco, Camus, Dupuis, Benoist, Godenêche, Ducroy Le Bègue,\nBaçire, Richer, Daigremont.\nDix en faunes et en bergers.\nCes longues séries de chiffres, ces listes sans fin de décors, de costumes,\nd'accessoires, ces énumérations de richesses et de magnificences peuvent\ndonner idée des sommes fabuleuses absorbées par les exercices dramati-\nques et musicaux de madame de Pompadour. Elles font bien comprendre\nquelle juste colère animait le marquis d'Argenson lorsqu'il flétris-\nsait en termes indignés ces luxueux divertissements qui tarissaient le\ntrésor public, à l'heure même où le désordre de nos finances augmentait\nla misère profonde qui régnait dans tout le royaume, à l'approche de\nterribles défaites qui allaient épuiser les dernières ressources de la France\ndéjà bien appauvrie de sang et d'argent par ses précédentes victoires.\n« La Cour n'est occupée que de plaisirs : le retranchement des grands\nballets-opéras n'est point un signe de deuil pour ce carnaval; le roi ne\nvaquant qu'à regret à tout ce qui est public, mais chérissant au contraire\nles plaisirs privés. On ne songe qu'aux comédies des Cabinets où la mar-\nquise de Pompadour déploie ses talents et ses grâces pour le théâtre. On\nn'y voit chacun occupé que d'apprendre ses rôles ou de répéter des ballets\navec les demoiselles Gaussin et Dumesnil, et avec le sieur Deshayes, de\nla Comédie-Italienne. On prétend que Pétrone ne peignait pas autrement\nla cour où il vivait que l'on voit la nôtre, si occupée de ces délices, tandis\nque les affaires politiques demandent le plus grand sérieux et même des\ncraintes qui paraissent sans doute plus fondées aux spectateurs qu'aux\nacteurs. »\nC'est au commencement de 1748, au moment où les spectacles des\npetits cabinets étaient dans leur vogue la plus brillante, que d'Argenson\nfaisait ce rapprochement prophétique, auquel semblaient donner dé-\nmenti la grandeur de la France à l'extérieur, assurée par les victoires de\nRocoux, de Lawfeld, et l'apparente prospérité intérieure du royaume.\nDémenti d'un jour, que l'avenir devait transformer avant peu en une\nconfirmation éclatante et terrible."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "273", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.41", "texte": "RÉPERTOIRE COMPLET DU THÉA.TRE DES PETITS CABINETS, AVEC LE CHIFFRE\nDES REPRÉSENTATIONS DE CHAQUE PIÈCE.\nOpéras et Opéras-ballets.\nAcis et Galatée 2\nAlmasis 3\nAmours déguisés (les) 1\nAmours de Ragonde (les) 2\nDevin de village (le) 1\nÉglé 4\n/\nEléments (les)\nPrologue 3\nActe du Feu 2\nde l'Air 3\nde la Terre 2\nÉrigone 6\nFêtes de Thalie (les) (?) 1\nFêtes de Thétis (les) 2\nFêtes grecques et romaines (les)\nPrologue 2\nActe de Cléopâtre 2\n• des Saturnales 3\nIsmène 3\nïssé 3\nJournée galante (la). 2\nJupiter et Europe , 2\nPaix (ballet de la)\nActe de Philémon et Baucis.. 3\nPhaéton (Prologue de). 99 6 i\nPrince de Noisy (le).. 5\nSens (ballet des)\nActe de la Vue 2\nSilvie 2\nSurprises de l'Amour (les) 2\nTancrède 2\nVéîîus et Adonis 1\nZélie ... ............ 5\nZélindor. 1\nZélisca..,. E. E. Î\nTragédie et Comédies.\nAlzire 2\nDehors trompeurs (les) 3\nEnfant prodigue (P) 1\nEsprit de contradiction (Y) i\nFoire Saint-Germain (la) i\nHomme de fortune (1') 1\nMariage fait et rompu (le) 2\nMéchant (le) 2\nMère coquette (la) 3\nMonsieur de Pourceaugnac 1\nOracle (F) 1\nPetites vendanges (les) i\nPhilosophe marié (le) 2\nPréjugé à la mode (le) 4\nSecret révélé (le) 1\nTartufe 2\nTrois cousines (les) 3\nZénéide, 2\nBallets - Pantomimes.\nAmour architecte (!')... t\nBûcherons (les) 1\nChasseurs et petits vendangeurs.. 1\nImpromptu de la Cour de mar-\nbre (1'). 1\nMignonnette 1\nOpérateur chinois (Y).. . 3\nPédant (le) », 2\nQuatre âges en récréation (les)... 2\nSabotiers (les) . 1\nSavoyards (les) 1\n\nIV.\nTHÉÂTRE DE MADAME DE POMPADOUR\ni8"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "274", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.42", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nORCHESTRE DU THÉÂTRE DES PETITS CABINETS.\n1747-48 1748-50\nClavecin M. Ferrand, fils d'un fermier général. M. Ferrand.\n1\n/ Lô sieur Jéliotte, de l'Opéra et de / Le sieur Jéliotie.\nI la chambre ILe sieur Labbé l'aîné.\nl Le sieur Chrétien, de la musique \\ Le sieur Chrétien»\nVioloncelles / du Roi {Le sieur Picot.\nj Le sieur Picot J M. Dupprt\nF M. Duport;huissierde l'antichambre f Le sieur Antonio.\nI du Roi \\Le sieur Dubuisson.\n( M. le prince de Dombes\n( M. îe prince de Dombes J Le sieur Marlière.\nBassons j sjeur Marlière, jLe sieur Biaise.\nF Le sieur Brunei (à la fin)\n!M. le ctedeDampierre, gentilhomme I\nordinaire des plaisirs du R0i.... | Dampierre.\nM. le marquis de Sourches, grand j M. le marq* de Sourches\nprévôt de l'hôtel [\nf M. de Bussillet, secrétaire de M. le i\n] duc d'Ayen IM. de Bussillet.\n*es j Le sieur Blavet, musicien de la j Le sieur Blavet.\nF chapelle et de la chambre (\n(Le sieur Deselles.\nLe sieur Desjardins.\nILe sieur Mondonville, maître de l Le sieur MôndonviUe\nmusique de la chapelle 1\nLesieur Deselles, le même a-dessus. J sieurLeßûux>\nM. de Bussillet, comme ci-dessus., j Courtaumer»\nLe sieur Mayer, valet de chambre de /Lg Mayer<\nM. le duc d'Ayen \\\n!Le sieur Guillemain, ordinaire de la / Lg sicur Guillemaim\nmusique du Roi \\ Le gieur Marchand.\nM. de Courtaumer, porte-manteau ) Lg sieur Caraffe IW<\nde S. M j Mt pauchet.\nM- Fauchet (m. Belleville.\nM. Belleville V\nTrompette Le sieur Caraffe cadet.\nCor de chasse Le sieur Caraffe 3*.\n\nADOLPHE JULLIEN."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "275", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.43", "texte": "LA MESSE DE REQUIEM\nDE VERDI\n\nI. — Le Dies irœ.\nEPUIS la première audition de la Messe de Verdi à\nl'église San Marco de Milan, il s'est écoulé plus de\nvingt-cinq jours,\nLa critique italienne, appelée à se prononcer sur\ncette puissante composition, l'a presque unanimement\nsaluée comme une des grandes manifestations artis-\ntiques des temps modernes. Et pourtant , il s'est glissé dans ce concert\nélogieux quelques notes discordantes. Aucuns reprochent à Verdi d'avoir\ntraité dans un style trop dramatique, trop théâtral même, une œuvre\nd'un caractère essentiellement religieux, et d'en avoir ainsi méconnu ou\nplutôt faussé l'esprit. Puisque cette question dz propriété de style a été\nsoulevée au delà des Alpes, elle peut l'être en deçà.\nIl ne m'appartient pas de faire le procès à qui que ce soit de mes\ndont l'opinion est et demeure parfaitement libre. Je crois,\ncependant, que ceux qui ont ainsi décidé contre Verdi dans une affaire\nde logique, ont rendu un verdict au moins précipité.\nPour moi, une Messe dite de Requiem constitue un morceau d'un\ngenre particulier qui n'a de sacré que sa partie sacerdotale. Le Dies irœ\nsur lequel repose tout l'effort de l'inspiration, n'est ni de tradition bi-\nni de tradition évangélique. C'est un drame catholique plein\nd'angoisses et de larmes : il est fantastique et théâtral par nature et par\ndestination. C'est fantastiquement, dramatiquement et presque théâtra-\nlement qu'il doit être conçu.\nJe m'explique. Je le prends d'un peu haut, d'un peu loin et je pour*"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "276", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.44", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nrais remonter au déluge, si ce procédé d'argumentation n'était pas tombé\nen un complet discrédit.\nDans Y Ordinaire de la Sainte Meil n'est point de passions ex-\nprimées. Tout y est sacrifice divin, acte de foi, action de grâce. Le prêtre\npropose à Dieu de chanter ses louanges sur la harpe, dans l'lntroït; dans\nle Confiteor, il lui avoue ses fautes ; dans le Gloria, il lui rend\nhommage. Le Credo,l'oblation de l'hostie et du calice, 1 et le\nCanon sont de pieuses pratiques réglées par le Rituel. Le sentiment\nreligieux y rayonne dans toute sa purete. Portée sui les vapeurs lé-\ngères de l'encens qui brûle, la prière humaine monte vers Dieu comme\nune nuée odorante. C'est le dogme chrétien affirmé. Ce qui lui corres-\npond en art, c'est la ligne sereine du chant grégorien, le souffle spiri-\ntualiste et doux de Palestrina.\nDans la Messe des Morts,dans la le pivot de la\ncérémonie est le Dies irœ. Projetant partout autour d'elle sa funèbre\nsilhouette, cette ■prose effrayante ramène l'esprit des splendeurs de l'ex-\npression religieuse au chaos des passions de la chair et des intérêts de la\nterre violemment surexcités. Trois idées principales s'y font jour : la fin\ndu monde, la résurrection, le jugement dernier.\nPar ces trois points, la Messe de Requiem a un pied dans la supersti-\ntion scientifique, un pied dans la matière et dans le drame païen. Celui\nqui y parle le plus haut, c'est l'homme, l'homme de toutes les religions,\nsinon de tous les temps, l'homme qui marche dans les ténèbres et qui\na peur.\nLe drame dont il est l'acteur est philosophique et réaliste à la fois. Le\nchristianisme en revendique en vain l'invention.\nL'hypothèse de la fin du monde par l'écroulement des cieuxet le ren-\nversement des pôles se retrouve chez tous les peuples à l'état rudimen-\ntaire : la science en ruine progressivement le crédit. L'Evangile et\nl'Apocalypse décrivent, il est vrai, le cataclysme final. On sait que,\nquand l'abomination de la désolation sera venue, les étoiles tomberont\ndu firmament et que le globe s'enflammera : c'est à ce moment qu'on\nverra le soleil aussi noir qu'un sac fait de poil de chèvre, phénomène bien\ndigne\" d'attention. Les livres sacrés des nations Scandinaves donnent\naussi leur explication, paraphrase inconsciente des livres juifs . pour\neux, il arrivera que les loups se mettront en devoir de dévorer le soleil ;\ndure besogne ! Le mythe indien nous montre Vichnou jugeant le monde\nà la fin des siècles, monté sur un coursier éblouissant de blancheur\nL'Orient a enfanté ces fables, et d'autres encore dont nous n'avons pas\nété moins victimes."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "277", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.45", "texte": "LA MESSE DE REQUIEM DE VERDI\n\nUn jour, l'Église assigna Van mil de l'ère chrétienne comme la date\nexpresse de la fin du monde. Vint la fatale échéance. Le billet souscrit\npar l'Eglise ayant été protesté, les peuples ne voulurent plus le lui renou-\nveler. Il fallut trouver un moyen plus pratique de museler ces peuples,\nafin de n'être point mangé par eux. L'image de la mort fut alors dé-\nployée dans un appareil terrifiant. La Grèce, qui la représentait sculptu*\nraie et splendide, eût reculé devant l'expression matérielle du squelette.\nFondée sur un cadavre, la religion catholique en fit un jeu. Pour semer\nla terreur, elle évoqua des spectres, De funèbres marionnettes dont les\nmoines narquois tenaient le fil, commencèrent à mimer leur ronde im-\nplacable sur les murs des cimetières. On appela cela la danse macabre.\nLa sculpture, la peinture et l'imagerie se mirent au service du moustier\net de l'abbaye pour en imposer au seigneur et au paysan.\nLa musique n'avait point encore apporté sa pierre au sombre édifice.\nSon tour vint. Elle entra dans la conspiration au treizième siècle. Un\nmoine franciscain, Thomas de Celano, custos des minorités de Mayence,\nde Cologne et de Worms composa le Dies irce. La danse macabre, con-\nduite par le génie de la musique, faisait sa trouée par la grande porte de\nla cathédrale gothique.\nThomas de Celano n'entendait rien à la métaphysique. Sa conception\nest frappée au coin de la poétique brutale du moyen âge. Elle ne résulte\npas d'une conviction réfléchie, dogmatique. Son bras s'arme du bois de\nla croix et frappe. Thomas ne vise pas au cœur par la prédication ou\nl'ascétisme. Sa foi est active, pratique, entreprenante. Le dernier jour de\nl'univers est une Saint-Barthélemy posthume dans laquelle Dieu saura\nbien reconnaître les siens. C'est un coup de théâtre qu'il médite.\nLa légende biblique le sert merveilleusement. Joël, un des petits pro-\nphètes, entre autres divinations précieuses, annonce la venue du Messie\net l'épisode du jugement dernier. Rien dans l'organisation de cette épou-\nvantable journée n'a été laissé à l'imprévu par les Pères et par les doc-\ns\nteursde l'Eglise. Où se passe l'action? Dans la vallée de Josaphat, entre\nles collines qui couronnent Jérusalem à l'ouest, le mont des Oliviers à\nl'est, le torrent du Cédron au sud, et la route de Jérusalem à Damas au\nnord, Un bon metteur en scène de notre époque rétablirait le tout dans\nsa couleur locale primitive. Un habile décorateur restituerait au paysage\nl'horizon bleu frangé d'orange du ciel de la Palestine. La liturgie\nromaine a réglé l'ordonnance du lugubre tribunal de la justice suprême :\nJésus siégera sur un trône de gloire entouré à droite et à gauche de ses\ndouze apôtres. Il lui prendrait fantaisie de se placer autrement, contrai-\nrement aux prescriptions des docteurs subtils, qu'il n'en serait plus le"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "278", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.46", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nmaître et que sa conduite serait désavouée. Voilà le désagrément d'être\nDieu : on se doit à ses fidèles. Je ne parlerai pas de la situation des anges,\narchanges, des grands et des menus saints. La féodalité religieuse les a\nconstitués en féodalité céleste : Le paradis a ses couches sociales.\nLe souverain juge s'est enfin assis dans son auréole céleste, A ses pieds,\nl'ange de l'Apocalypse a ouvert le livre de vie et de mort. Trompette aux\nlèvres, quatre anges sonnent le réveil des morts. A cet appel fatidique,\nla terre entr'ouvre ses flancs de toutes parts. Comme un manteau à la\ntrame usée, son enveloppe craque avec des déchirements sinistres. La\npierre des sépulchres se soulève ; un effroyablecliquetis d'ossuaire s'échappe\ndes tombes entre-bâillées. Dies irœ ! Verset par verset, le terrible poème\nde Thomas de Celano, reproduit les épisodes de la résurrection de la\ncendre humaine. Avec les damnés, il pleure, crie et se tord.\nAprès le poète, voici les plus grands peintres du moyen âge, de la Re-\nnaissance et des siècles suivants qui précisent par le pinceau les scènes\nles plus saisissantes de cette épopée. C'est d'abord le Giotto; puis l'Orca-\ngna, Luca Signorelli, fra Angelico, Michel Ange; puis Rogier Van der\nWeyden, Memling, Rubens et le français Jean Cousin. Au Campo\nSantode Pise, l'ange gardien, qui plane dans l'air au-dessous du Christ,\nreplie son bras sur sa figure, pour ne pas voir entraînées aux abîmes, les\nâmes dont il avait la charge. A l'Académie des Beaux-Arts de Florence,\nune ronde lumineuse d'anges couronnés de roses, conduit au ciel, à tra-\nvers les prés fleuris, le groupe des hommes sauvés, tandis que Satan en-\ngloutit les maudits dans sa triple gueule. Au dôme d'Orvieto, des diables\ncornus étranglent sans pitié les pécheurs repoussés par Dieu. Ici, une\nmère cache son enfant dans les plis de sa robe, afin qu'il ne soit pas vu\nde l'archange saint Michel. Là, un vieillard est refoulé dans la tombe d'où\nsa tête émerge, hideuse et sanglante.\nTelle est la tradition catholique du jugement dernier évoqué dans le\nDies irœ. Ce n'est pas seulement un drame; c'est le drame des drames\njoué une seule fois par l'humanité tout entière devant Dieu sur le théâtre\ndes théâtres : la terre.\nII\nJ'ai dit pourquoi je ne reconnaissais pas le caractère absolument sacré\nà une messe de Requiem. J'ai exposé les raisons pour lesquelles je la\nregardais comme une composition dramatique épisodiquement religieuse.\nJ'avais pour but de prévenir le lecteur contre les suggestions cléricales\nqui placent les textes absconses de l'Écriture au-dessus des droits impres-"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "279", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.47", "texte": "LA MESSE DE REQUIEM DE VERDI\n\ncriptibles de la pensée du philosophe et de l'artiste» Je passe à l'apprécia-\ntion et à l'analyse de la superbe création musicale de Verdi.\nEn face de ce drame du jugement dernier, ou l'horrible côtoie cons-\ntamment le pathétique, où le profane heurte solennellement le céleste,,\noti la boue humaine, foulée par les pieds des archanges justiciers, rejaillit\njusque sur la robe immaculée du Sauveur, Verdi s'est arrêté. Par un\nretour imprévu sur lui-même, il s'est profondément recueilli.\nIl a compris qu'il ne pouvait aborder la lourde tâche d'exprimer ce\nqui est la Passion de l'humanité tout entière, sans renouveler, pour ainsi\ndire, sa substance de musicien. Aidé par un tempérament d'une vigueur\npeu commune, servi par la science intime de la manipulation tragique,\nil est entré franchement, résolûment dans le vif des sentiments qui\ns'offraient à sa Muse. L'homme aux robustes épaules est resté debout : le\nmaître a su, s'inclinant devant le progrès de l'art moderne, fondre son\nmétal brut dans un creuset mieux ouvré et plus poli. Il a rompu ouver-\ntement avec ses formules favorites ; il a épuré ses procédés, tamisé son\nlimon., changé sa manière. Sur le lit de lauriers où le succès l'avait\nendormi, Verdi s'est réveillé en sursaut, et s'est élevé, par un bond\nprodigieux de l'imagination, à des hauteurs inconnues.\nCelui qu'on croyait entêté dans des idées surannées de l'école italienne,\nincapable d'une métamorphose, insensible aux découvertes du siècle, a\nmontré, en une journée, qu'il savait tout et qu'il avait tout entendu.\nCertes, dans son Don Carlos, il s'était éloigné de lïdéal qu'on lui prête\nbénévolement. A n'en pas douter, son Aida marquait une étape nou-\nvelle de sa marche en avant. Mais ce n'était là que les jalons primitifs\nd'une route sur laquelle il s'avance aujourd'hui sans faux pas, Sa Messe\nde Requiem est la manifestation décisive d'un génie mûri par l'expé-\nrience, assez hardi pour le coup de main, assez sage pour la retraite,\nLa transformation est merveilleuse, et ceux qui ne savent du réper-\ntoire de Verdi que ses opéras populaires, seront dans l'étonnement et\ndans la confusion.\nSous ce grand soleil de mélodie qui dardait impitoyablement sur sa\nmusique, Verdi a semé l'ombre protectrice de l'harmonie. On commence\nà s'y reposer au frais. Son idée s'orne d'une enveloppe plus précieuse et\nplus fraîche. Ses cadences prévues ont disparu comme par enchantement.\nJadis on les attendait, on les voyait venir, Elles cèdent le pas mainte-\nnant à des modulations accidentées d'une richesse et d'une ampleur rares.\nLa dissonnance, honnie des classiques indurés, y éclate, magistralement\npréparée, habilement sauvée, excitant le nerf de l'oreille sans jamais le\nfroisser ni le déchirer."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "280", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.48", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nLes voix se meuvent dans leur registre naturel, disposées pour des\nsonorités franches et grasses. Et l'art du maître est tel à les grouper, que\nle chant s'enlève en relief sur les ensembles avec plus de clarté peut-être\nque dans les soli. A ce titre, les chœurs de la Messe de Requiem sont\ndes chefs-d'œuvre.\nMais c'est dans l'orchestration que s'est opérée la métamorphose la\nplus surprenante de Verdi. L'instrumentation, jusqu'ici négligée de\nl'auteur du Trouvère, s'est dégagée des liens pesants qui la rattachaient\nà l'antique quatuor. Elle a pris du coloris, une touche vive et des oppo-\nsitions de timbre bien venues. L'immense trou qui faisait souvent le vide\nentre les cuivres et les instruments à cordes, s'est peu à peu comblé. Les\nparties ne se doublent plus avec monotonie. L'air y circule enfin libre-\nment par le canal des instruments de bois, cette famille si pittoresque\nqui devient à l'occasion si passionnée.\nS'il dépendait de moi d'engager la volonté du public tout entier, je\ndirais de l'œuvre de Verdi qu''elle étonnera tout le monde, dût-elle ne\nplaire à personne.\nEt ce n'est pas le cas, car, dès les premières mesures du Requiem, on\nse sent appréhendé par la main du maître, et entraîné malgré soi vers\nJosaphat, la lugubre vallée des larmes.\nLe Requiem et le Kyrie, par l'heureuse union du style dramatique et\ndu style religieux, forment au drame qui va s'ouvrir un prologue solen-\nnel. Déjà le Dies irœ est pressenti, et la gradation vocale qui l'amène est\nadmirablement observée.\nLe Requiem, chanté par le chœur à quatre parties, est d'un très beau\ncaractère, ainsi que le Kyrie. L'accompagnement en sourdine, exécuté\npianissimo par les instruments à archet, et les dessins chromatiques qui\nappuyent le Kyrie, intéressent et captivent. C'est le début de la Messe\nde Requiem, et il est aussi ingénieux que magistral.\nLe Dies irœ commence par un déchaînement de sonorité tel que les\nvoix semblent chanter des clameurs. On se sent pénétré jusqu'au fond\ndu cœur, remué jusqu'au fond de la conscience. Les contre-temps bat-\ntus en réponse au chœur par la grosse caisse sont très dramatiques, et\nfont comme des soupirs surhumains de poitrines haletantes. Mais l'or-\ngane employé pour cet office à l'Opéra-Comique est d'un timbre trop\nclair, trop grêle. Je suis persuadé qu'en substituant à cet accessoire de\nsaltimbanque un instrument d'un son plus opaque, on obtiendrait un\neffet de qualité supérieure.\nLe Tuba mirum n'est point menacé dans son éclat par ce foudroyant\nLies irœ. La préparation en est superbe. Sur les dernières mesures du"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "281", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.49", "texte": "LA MESSE DE REQUIEM DE VERDI\n\nDies irœ, les voix se sont graduellement apaisées. Il se fait un morne et\nmystérieux silence. Tout à coup retentissent les trompettes des anges\nqui appellent les morts au funèbre rendez-vous et se répondent des qua-\ntre coins de l'horizon. Enfin le Tuba mirum surgit avec une puissance\nextraordinaire qu'accentuent les trompettes éraillant l'air de leurs cris\nstridents. Il est extrêmement regrettable qu'à l'Opéra-Comique, les\ntrompettes obligées soient remplacées par des pistons. Le piston n'est\nsynonyme de trompette ni dans la langue ni dans l'expression musicales.\nLe solo de basse Mors stujpebit est suivi de près par un sujet de fugue\nbien développé et couronné par une magnifique cadence.\nDans le Liber scriptus, le maître a sacrifié à la tradition scolastique de\nla fugue à quatre parties. Le sujet est proposé d'abord par les sopranos\nqui le repassent successivement aux mezzo-sopranos, aux ténors et aux\nbasses. Le Liber scriptus est, à proprement parler, une fugue libre ; la\ndisposition à quatre parties, en ce sens qu'elle admet généralement un\ncontre-sujet, est favorable à cette forme.\nLe Quid sum miser pour soprano, mezzo-soprano et ténor, est une\nmélopée d'un pathétique effet, qu'un douloureux accompagnement de\nbasson soutient de son dessin persistant. Je n'aime pas moins le Rex\ntremendœ, quatuor avec chœurs.\nAprès Ylngemisco, pour ténor, et le Confutatis, pour basse, vient le\nLacrymosa, une page superbe d'où l'émotion découle, comme l'harmo-\nnie, à pleins bords. Ce Lacrymosa roule des sanglots et des larmes, et\nc'est les larmes aux yeux qu'on l'écoute.\nLe Dies irœ se termine par le rappel de la phrase tonitruante du ver-\nset qui le commence. C'est un tableau peint avec les couleurs les plus\nlumineuses. Le choc des passions humaines y est rendu avec une vi-\ngueur d'expression et une vérité d'accent incomparables. Il est des mo-\nments où l'auditeur, vaincu par l'attendrissement et par l'effroi, se croit\nemporté dans le néant sur la barque infernale de Jean Cousin, côte à\ncôte avec ses rameurs décharnés.\nU Offertoire inaugure la seconde partie de la Messe de Requiem. J'y\nintroduis cette division en deux parties, parce que le sentiment religieux\ndomine dans la seconde.\nEcrit à quatre voix, Y Offertoire, par la grâce du chant et l'élégance de\nl'instrumentation, se place après le Dies irœ comme une pittoresque\néclaircie. L'orchestre de l'Opéra-Comique n'a pas donné le relief néces-\nsaire aux traits de violoncelles qui soulignent le chant du ténor et du\nmezzo-soprano.\nLe Sanctus, traité en fugue à double sujet, m'a paru légèrement"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "282", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.50", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nentaché de confusion. Les fugues du Requiem de Cherubini sont\ntoujours claires et toujours pompeuses, et c'est à ce caractère qu'il fallait\nviser.\nVerdi s'est surpassé dans VAgnus Dei, un pur diamant musical qui\nreflète merveilleusement les pieuses aspirations dont est empreint le\nmorceau. Il est chanté à l'unisson par le soprano et le mezzo-soprano.\nLe motif principal y revient à diverses reprises, et toujours varié\nd'accompagnement. Les flûtes à la tierce y font un délicieux ramage. Je\nle répète, c'est une trouvaille.\nLe Lux œterna est d'un beau style : il s'éteint dans un decrescendo\nqui touche par sa douce mélancolie. Enfin, le Libéra me, d'un caractère\nparfois singulier, contient une plainte admirable du soprano, dite par\nmadame Stolz, avec un art qui défie toute comparaison, et la fugue\nfinale, d'un mouvement très animé, clôt cette partition, qui sera l'éternel\nhonneur de Verdi.\nComme à Milan, l'exécution de la Messe de Requiem a été dirigée\npar Verdi lui-même. Sous le strict rapport de la mesure, les chœurs ont\nrégulièrement marché, sauf du côté des femmes qui ont mal attaqué\nleur partie dans la fugue finale.\nPar un exemple de modestie aussi louable que peu répandu, un artiste\nlyrique de beaucoup de talent, M. Soto, avait consenti à apporter aux\nbasses l'appoint de sa belle voix.\nAllez entendre Teresa Stolz et Maria Waldmann. La première possède\nla plus splendide voix de soprano que j'aie jamais entendue. La seconde\nest également pourvue d'un organe plein de chaleur qui confine à la fois\nau contralto et au soprano. Voilà un couple de cantatrices qu'il faut\nravir à l'ltalie. Et, si je le dis, ce n'est pas que j'espère convaincre\nM. Halanzier de cette idée.\nPorter un jugement définitif sur les talents de la basse Maini et du\nténor Capponi serait chose téméraire. M. Capponi paraît souffrir des\nbronches, et M. Maini ne me fait pas l'effet d'être à sa vraie place dans\nl'interprétation de la musique religieuse.\n\nARTHUR HEULHARD."}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "283", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.51", "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nFAITS DIVERS\nA musicale publie in extenso une très longue lettre\ndans laquelle M. le baron de Bulow exprime son opinion sur\nle public milanais en général, et sur Verdi en particulier.\nDes extraits de ce document remarquable intéresseront,\nsans doute, les lecteurs de la Chronique musicale. Nous les\ncitons avec les commentaires du journal italien.\nM. de Bulow prend pour point de départ les deux événements musicaux\ndu moment, en Italie : la première représentation de l'opéra de Glinka, la\nVie pour le et la Messe de Requiem de Verdi, qui n'avait pas encore été\nexécutée quand la lettre a été écrite.\n«Cette messe funèbre, dit M. de Bulow, composée par ordre de la muni-\ncipalité milanaise pour célébrer le premier anniversaire de la mort de Man-\nzoni, sera exécutée à grand fracas et théâtralement à l'église Saint-Marc, sous\nla direction même, par cas exceptionnel, de l'auteur.\n« C'est avec cette messe, probablement, que l'omnipotent corrupteur (1) du\ngoût musical en Italie espère détruire à fond ce qui reste de l'immortalité de\nRossini, laquelle fait ombrage à son ambition.\n« Il est aussi parfaitement connu, ajoute M. de Bulow, que ce reste\nd'immortalité se compose exclusivement de la musique d'église du maître :\nle Stabat et la Messe solennelle, ce qui n'empêche pas que ces œuvres ne\nsoient exécutées que très rarement en Italie (2).\n\n(1) Justice soit rendue à tout le monde, Hans de Bulow n'a jamais rien corrompu\nen Italie ni hors de Fltalie.\n(2) Et Guillaume Tell, et la Semiramide et le Barbier! UEgregio Barone ignore,\npar exemple, que l'éditeur Ricordi a vendu en moins d'un mois 20,000 exemplaires\nde la partition du Barbier pour piano seul. Mais Bulow dira encore que c est fait pour\nextirper aussi des magasinsjde Ricordi le reste de l'immortalité de Rossini."}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "284", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.52", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\n« C'est à rendre inexécutables les œuvres de Rossini : Guillaume Tell, le\nBarbier, etc., que Y Attila des Gosiers s'est dévoué, avec un remarquable\nsuccès, pendant vingt-cinq ans et plus. Sa dernière œuvre, en robe d'église,\naprès un premier et apparent hommage rendu à la mémoire du poète célèbre,\nsera trois fois de suite offerte à l'enthousiasme mondain au théâtre de la\nScala, après quoi l'auteur entreprendra, avec les quatre solistes principaux, le\nvoyage de Paris, pour couronner son œuvre dans cette Rome esthétique des\nItaliens (1).\n«Quelques regards furtifs accordés à la dernière élucubration de l'auteur (2)\ndu Trovatore et de la Traviata ne nous ont vraiment pas inspiré un grand\ndésir de goûter ce festival, quoique cependant nous ne puissions refuser au\nmaestro de lui rendre justice une fois.\n« Ainsi, entre autres morceaux, et malgré beaucoup de passages dignes d'un\nécolier en bas âge, et de brutalités, la fugue finale est un travail qui fera mer-\nveille parmi les musiciens allemands.\n« Mais, dans l'œuvre en général domine le style de la deuxième manière de\nl'auteur, que les publics de Vienne et de Berlin ont pu apprécier dans Aida.\n« Pendant la lecture de son assez longue réduction pour piano, nous nous\nsommes souvenus involontairement de la confession naïve de Gyrowetz qui,\nabandonné par la fantaisie et l'invention, déclarait qu'il n'était plus capable\nde consacrer sa plume qu'à la musique d'église et non plus au théâtre.\n« En fin de compte, le triste spectacle de la déconfiture subie, hier soir,\npar la musique slave (musicalement parlant, on pourrait aussi dire aile-\n\n(1) Toutes choses, qui ne vous regardent point, excellent monsieur, et qui, si elles\nintéressaient quelqu'un des vôtres (le mari de votre femme, par exemple), ne vous\nsembleraient point si fort à dédaigner.\n(2) Le mot a échappé à Votre Seigneurie. Mais, si vous me permettez de jeter un re~\ngard furtif dans votre cœur, je vous dirai la cause de votre répugnance pour la mu-\nsique de Verdi. Vous aspiriez, excellent monsieur, à être chef d'orchestre à la Scala\net directeur du royal Conservatoire latin du Barbare Milan, C'est une faiblesse comme\nune autre. Or, parmi les obstacles qui traversèrent votre projet, il y eut, avant tout,\nle bon sens, puis Ricordi, puis La Barbarie latine s'explique aussi d'une autre\nmanière; le pays est barbare, à coup sûr, qui proclame Rubinstein comme un pia-\nniste supérieur à M. Bulow, qui envoie Aida à Vienne, à Berlin, et lui fait obtenir un\ntriomphe (préparé, bien entendu).\nM. de Bulow apostrophe amèrement la plébaille théâtrale italienne, à l'occasion de\nla Vie pour le JI se sert, à son endroit, de termes hazardés, assez difficiles à\ntraduire en français : la Bestiale et Durera d'Orecchio. La dureté d'oreille,\nà la rigueur, mais la Ro\\\\e%\\a bestiale d'oreille nous semble fort.\nEnfin, M. Bulow se plaint de ce qu'on n'a pas écouté, de ce qu'on parlait à haute\nvoix, etc., etc.\nA quoi le journal italien répond : « 11 y a là quelque chose de vrai ; mais ce n'est\npas une habitude du public, sauf quand il s'ennuie. La Vie pour le C\\ar A PLU BEAU-\nCOUP comme musique, maisa ennuyé comme œuvre théâtrale. M. le Baron ne devrait\npas oublier qu'il est dans un pays latin et barbare , où, on ne sait pas pourquoi, le\npublic fait une distinction, comme forme, entre l'oratorio et le mélodrame. C'est un\npréjugé que partagent beaucoup de gens, même parmi les Allemands, Weber entre\nautres, dont le Freyschùtç fut splendidement accueilli en Italie. »"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "285", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.53", "texte": "VARIA\n\nmande), nous a enlevé la possibilité d'assister de sang-froid à un triomphe\nartificieusement préparé, de LA BARBARIE LATINE.\nLa ville de Cologne vient de donner un grand Festival Rhénan. Le cor-\nrespondant du Guide musical de Bruxelles donne les détails suivants sur\nl'audition d'une cantate triomphale composée par M. Brahms.\n« Le Triumphlied, ou cantate triomphale, pour orchestre, double chœur,\nsolo de baryton, et orgue ad libitum, a été écrit sous l'influence directe et au\nlendemain des éclatantes victoires de l'armée allemande en 1870-71. C'est un\nchant destiné à célébrer les grands événements de cette mémorable année.\nAinsi que le disait le critique du Journal de Brème, à l'occasion d'une exé-\ncution partielle qui avait eu lieu en 1871 à la cathédrale de cette ville, « le\nTriumphlied de Brahms est l'expression grandiose des sentiments profonds\nqui agitaient alors toutes les poitrines allemandes ; c'est un chant de triom-\nphe, une hymne de reconnaissance inspirée par l'admiration pour l'héroïsme\nqu'avaient déployé dans la terrible lutte les enfants de la Germanie. » Le ma-\nnuscrit portait originairement le titre de : Chant de triomphe après la vic-\ntoire des armes allemandes. A ce titre a été plus tard substitué celui que porte\nl'ouvrage actuellement, Triumphlied purement et simplement, titre auquel\nest venu s'ajouter la dédicace à l'empereur d'Allemagne.\nLa vignette qui orne la partition représente l'aigle prussien, ailes déployées,\net surmonté de la couronne impériale, derrière laquelle brille une étoile... de\npremière grandeur ; en dessous la dédicace : « A Sa Majesté Guillaume ler,Ier,\nempereur d'Allemagne. » En voilà assez pour expliquer le sens et la portée\nde l'ouvrage, l'allure martiale, les sentiments patriotiques et religieux qui le\ndominent.\nEt M. Brahms, auteur du Triumphlied, est né à Vienne, près Sadowa !\nLe Journal officiel a publié un décret relatif à l'adjudication de Fern-*\nprunt pour l'achèvement de l'Opérâ.\nCe décret est ainsi conçu :\nArticle iei\\ Est et demeure approuvée l'adjudication pâssée, le 28 avril 1874,\npar le ministre des travaux publics pour l'exécution de la loi du 28 mars\n1874, relative à l'achèvement du nouvel Opéra.\nEn conséquence est acceptée définitivement l'offre faite par le sieur Blanc\n(François), d'avancer à l'État la somme de 4 millions 900,000 francs, au taux\nde 6 0/0 et aux conditions énoncées tant dans ladite loi que dans l'arrêté sus-\nvisé. (Arrêté du 16 avril 1874.)\nLe nouveau chef du cabinet (section des théâtres) de M. de Cumont, a\nété nommé le 2 3 mai.\nC'est M. Chauffard, auditeur au Conseil d'Etat,\n—■ M. a été reçu par le nouveau ministre des travaux publics#"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "286", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.54", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nM. Caillaux, qui, comme député, a été rapporteur de la loi concernant la cons-\ntruction du nouvel Opéra, s'est engagé à presser les travaux de telle sorte\nque l'inauguration du monument pourrait bien avoir lieu le ier décembre\nprochain.\nMadame la maréchale de Mac-Mahon a bien voulu, à la demande de\nM. Batta, accorder son bienveillant patronage à la solennité musicale qu'or-\nganise notre éminent artiste au profit de la caisse de l'Association des artistes\nmusiciens et qui aura lieu le 18 juin, à deux heures, à la chapelle du Palais.\nM. Guillot de Sainbris, et les chœurs qu'il dirige avec tant d'intelligence et\nd'habileté; M. A. Batta, madame la baronne de Caters (née Lablache), tou-\njours empressés de prêter l'appui de leur talent à cenx qui souffrent, M. Jules\nLefort, le remarquable et si sympathique baryton; M. Renaud, organiste de\nla chapelle du Palais, et membre du Comité, ont déjà promis leur concours\nà cette œuvre, qui mérite, à tant de titres, l'intérêt général, ainsi que le dévoue-\nment qu'y apportent M. Batta, président, à Versailles, du Comité de l'Asso-\nciation, et M, Denevers, trésorier-secrétaire. M. Batta se fera entendre dans\nl'air d'église de Stradella et dans le prélude de Bach-Gounod.\nM. Gye vient de donner sa démission de directeur des théâtres impériaux\nde Saint-Pétersbourg et de Moscou, fonctions qu'il avait ajoutées il y a\nques mois, comme on sait, à celles de directeur de Covent Garden. Un con-\nflit au sujet de l'engagement de certains artistes, qu'on voulait lui imposer en\nhaut lieu, a motivé sa détermination.\nMademoiselle Krauss qui est allé passer quelques mois à Vienne, en atten-\ndant son début au Nouvel Opéra, s'est mise à l'étude delà Juive, sous la direc-\ntion de son professeur, madame Marchesi.\ns— La presse italienne rend à la presse française sa politesse milanaise.\nAnnonçons l'arrivée à Paris, entre autres feuilletonistes distingués de la pé-\nninsule, de M. Filippo Filippi de la Perseveran^a, un critique musicien que\nRossini avait en la plus grande estime. M. Filippi est venu assister à la pre-\nmière audition de la Messe de Verdi, salle Favart.\nUne messe de bout de Pan pour le repos de l'âme de George Hainl a été\ncélébrée à la Trinité. MM. Bosquin et Caron y ont chanté plusieurs mor-\nceaux religieux de circonstance, et la maîtrise, composée en grande partie\ndes choristes de l'Opéra, a exécuté le Libéra de Plantade, sous la direction\nde M. Hector Salomon. Bon nombre d'artistes de l'Opéra et de la Société des\nConcerts assistaient à cette cérémonie,\nL'auteur de la Coupe du roi de Thulé, M. Eugène Dia2, revient]de\navec une partition en cinq actes presque terminée, et dont le titre est : Man-\nfred.\nAuteurs du livret : MM. Gallet et Blau*"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "287", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.55", "texte": "VARIA\n\nL'Art du Chant, tel est le titre d'un ouvrage de Pierre Francesco Tosi\nimprimé, à Bologne, en 1723, et que notre collaborateur, M. Théophile\nLemaire, vient de traduire, en l'augmentant de notes et d'exemples. Nous\nreviendrons, dans notre prochain article bibliographique, sur ce livre in-\ntéressant qui vient de paraître chez l'éditeur Rothschild.\n\nNOUVELLES\n\nARÎS. Opéra. - On commencera, le 20 juin, les répétitions à\nl'orchestre de l'opéra de M. Membrée, /'Esclave, et la première\nreprésentation aura lieu vraisemblablement le 6 juillet. Madame\nNivet-Grenier sera remplacée par madame Ecarlat-Geismar dans\nle rôle.destiné primitivement à mademoiselle Bloch.\nMademoiselle Moisset, retour d'Amérique, vient d'être engagée par\nM> Halanzier, qui la fera débuter prochainement.\nOpéra-Comique. Mademoiselle Breton, qui a débuté dans le rôle de\nChérubin des Noces de Figaro, répète en ce moment Fra Diavolo.\nOn parle, pour cet hiver, d'une reprise de Cendrillon, de Nicolo. C'est\npour cette charmante artiste que cette reprise aura lieu, au théâtre de TOpéra-\nComique.\nM. du Locle se propose de donner, Fhiver prochain, le Capitaine\nd'Aventure, de MM. Cadol et Semet*\nChdtelet. Le Châtelet devient définitivement, comme nous Pavions\nannoncé, un théâtre lyrique populaire* M. Louis Herz inaugurera sa nouvelle\ndirection avec le Paria, opéra de M. Membrée*\nBouffes-Parisiens* Clôture le 16 juin.\nFolies-Dramatiques. -» Après k reprise du Cànard à trois becs, reprise dë\nla Fille de madame Angot.\n%\nChâieail-d'Èdu. « Lé Troisième coup de minuit, gfande opérette-féerie de\nMM. Clairville et Marot, musique de Debillemont, sera créé en septembre\nprochain au théâtre du Château-d;Eauà"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "288", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740615-01.1.56", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\n0 • •\nConcert des Champs-Elysées, Ce concert est toujours l'aristocratique\npromenade où tout se trouve réuni pour attirer à la fois les étrangers et les\nParisiens : de la fraîcheur, un public d'une composition exceptionnelle\net un magnifique orchestre, conduit par M. Cressonnois,' dont la réputation\nest depuis longtemps faite.\nCirque de l'lmpératrice. Los Ninos Campanologo, les jeunes sonneurs\nde cloches sont très applaudis. Rien de plus curieux que de voir ces cinq\nenfants, dont l'aîné a tout au plus dix ans, exécuter avec des sonnettes de\nbrillantes fantaisies.\nQue de patience, que d'efforts il a fallu pour en arriver là ! Et cette tenta-\ntive musicale fait le plus grand honneur à la patience de M. Spira, le père\nde ces jeunes enfants, qui est lui-même l'inventeur de ce nouveau genre.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}