{"numero_id": "bm-bmtnabc-1874-07-15-01", "volume": "bmtnabc_1874-07-15_01", "ocr_sha256": "7253a42d90214cf4314d205965fd0113585964fbc716542bf611b7700ec5c138", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabc/issues/1874/07/15_01/bmtnabc_1874-07-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabc/issues/1874/07/15_01/bmtnabc_1874-07-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabc-1874-07-15-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-07-15_01#c001", "volume": "bmtnabc_1874-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "[49]", "page_fin": "56", "image_debut": 1, "image_fin": 8, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.2.1", "titre_corps": "CURIOSITÉS DE L'ACOUSTIQUE", "titre_sommaire": "CURIOSITÉS DE L'ACOUSTIQUE", "signature_source": "ADOLPHE BITARD", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[49]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.1", "debut_caractere": 6, "fin_caractere_exclue": 700, "texte": "CURIOSITÉS DE L'ACOUSTIQUE\nÉCHOS ET RÉSONNANCES\n\nANS un milieu de nature homogène, d'une den-\nsité invariable, le son se propage uniformé-\nment et en ligne droite, décroissant graduelle-\nment à mesure que les ondes sonores s'éloi-\ngnent du centre d'ébranlement. Mais s'il ren-\ncontre un obstaclev où il lui communique son\nmouvement vibratoire, alors il y a réson-\nnance ; ou il se réfléchit à sa surface, en faisant\nl'angle de réflexion égal à l'angle d'incidence,\net il se produit alors un phénomène auquel nous avons donné le nom\nà'écho, en mémoire de l'infortunée victime de Narcisse, dont on connaît\nl'histoire lamentable.\nLa physique établit une corrélation étroite entre les phénomènes du"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "50", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.2", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2428, "texte": "son et ceux de la lumière. Il y a une grande analogie, en effet, quant aux\nphénomènes de la réflexion surtout. Toutefois, pour être réfléchi avec\nla plus grande netteté, le son n'exige pas une surface claire et unie, et\nn'est que peu sensible aux séductions d'un miroir. La voûte humide et\nsombre d'un caveau, ou d'une grotte profonde, une masse de vapeur très\ndense, un dôme épais de verdure même sont très souvent des réflecteurs\npuissants du son. Enfin, le son se joue parfois des obstacles impéné-\ntrables ou infranchissables au rayon lumineux le plus intense.\nEn résultat de compte, on peut dire plus exactement que le son obéit\naux mêmes lois que les corps élastiques. D ou il suit que certaines conv\nbinaisons de l'écho peuvent être, sans témérité, assimilées à celles du\ncarambolage.\nIl y a des échos simples ou monosyllabiques, c est-à-dire qui ne répè -\ntent qu'une syllabe, ou son distinct *, et des échos polysyllcibiques, qui\nen répètent plusieurs. La même surface réfléchissante peut produire ces\ndeux sortes d'échos : c'est simplement une question de distance.\nIl est convenu que le temps le plus court exigé pour placer dans la\nconversation une seule syllabe, est d'un dixième de seconde. Le son par-\ncourant, dans le même temps, environ trente-quatre mètres, il faudra\ndonc, pour permettre à l'écho de se produire, en d'autres termes, pour\nque le son réfléchi ait le temps de revenir avant l'émission d'un nouveau\nson direct, qu'une distance de dix-sept mètres au moins soit ménagée\nentre la source du son et le corps réfléchissant. La vitesse du son réfléchi\nétant la même que celle du son direct, dans cet intervalle d'un dixième\nde seconde, il aura parcouru dix-sept mètres pour aller à l'obstacle et\ndix-sept mètres pour en revenir, soit au total les trente-quatre mètres\nnécessaires.\nSi la distance était plus rapprochée, ou l'émission du son original plus\nprécipitée, le son réfléchi se confondrait au retour avec le son direct de\nla syllabe suivante, et il n'y aurait plus écho, mais résonnance.\nEn doublant la distance, on obtiendra de l'écho deux syllabes au lieu\nd'une, et ainsi de suite, autant de syllabes qu'on apportera de multiples\nau chiffre de dix-sept mètres.\nLes résonna.nces ou combinaisons de sons directs ou réfléchis, pro-\nduisent, dans les lieux clos et de peu d'étendue relative, une confusion\ninsupportable. On peut en faire l'observation dans les grandes pièces"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "51", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.3", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2453, "texte": "désertes d'un appartement démeublé; dans les églises peu chargées d'or-\nnements et où les fidèles sont peu nombreux ; enfin dans toute arène\nvouée aux joûtes oratoires.\nC'est ainsi que dans l'église Saint-Paul, de Boston (États-Unis), la\nvoix du prédicateur ne devient intelligible, même pour lui, qu'aux\njours de fête carillonnée, où les ornements, qui abondent ces jours-\nlà, atténuent le plus heureusement du monde l'extrême sonorité des\nvoûtes.\nA Notre-Dame de Paris, il nous est arrivé, une fois par hasard,\nle sermon étant prêché par un prédicateur obscur, d9observer le même\neffet de résonnance choquante. Malgré tous ses efforts, l'infortuné prédi-\ncateur ne parvenait pas à se faire entendre, et souffrait visiblement lui-\nmême d'un phénomène d'acoustique dont le peu d'empressement des\nfidèles était l'unique cause.\nLe grand amphithéâtre de chimie et de physique du Jardin des Plantes,\nl'amphithéâtre de physique du Collège de France et l'hémicycle de\n*\n1 Ecole des Beaux-Arts, à Paris, présentent, dans ce genre, des défectuo-\nsités plus ou moins graves auxquelles on n'a pu remédier, jusqu'à pré-\nsent, d'une manière satisfaisante.\nDans les salles de concert, ces résonnances sont plutôt avantageuses,\ncar elles ajoutent à l'effet des instruments ; et, loin de les éviter, l'archi-\ntecte, au contraire, vise à augmenter le plus possible la sonorité des\nsurfaces réfléchissantes. Les anciens, dans ce but, garnissaient leurs\nthéâtres qui, d'ailleurs, étaient immenses, de cloches d'airain renversées\nque le son des voix faisait vibrer.\nil est inutile de donner des exemples monosyllabiques et même\npolysyllabiques, qui sont produits par des corps réfléchissants simples.\nMais les échos qui répètent plusieurs fois le même son, et qu'on appelle\npar cette raison échos polyphones, présentent des variétés curieuses qui\nméritent bien d'être signalées.\nUn des échos polyphones les plus célèbres est celui que le P. Kircher a\nobservé à la villa du marquis de Simonetta, située près de Milan, et\nqu'ont cité, d'après lui, ou d'après leurs propres observations posté-\nrieures, Gaspard Schott, d'abord, puis Misson, Addison, Monge, Ber-\nnouilli et vingt autres, avec des détails que nous négligerons. Cet écho\nest produit par les murs parallèles des deux ailes de l'édifice. Il paraît\nqu'il répète jusqu'à quarante fois un seul mot prononcé d'une fenêtre\ns'ouvrant au milieu d'un de ces murs, et soixante fois la détonation d'un"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "52", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.4", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2230, "texte": "pistolet, non pas pourtant très distinctement, si ce n'est à 1 aube et le\nsoir fort tard, et par un temps calme.\nL'abbé Teinturier a décrit un écho qui existait près de Verdun et qui\nétait produit par une cause analogue. Au lieu de deux murs, il s agissait\nde deux tours distantes l'une de l'autre d'environ quarante-cinq mètres.\nUn mot prononcé par une personne placée exactement entre ces deux\ntours était répété douze à treize fois.\nPrès d'Andersbach, en Bohême, il existe une sorte de labyrinthe, de\ntrois milles et demi (d'Allemagne) de circonférence, semé de rochers coni-\nques et très aigus représentant assez bien, au dire de l'auteur anonyme\nde la Description de cet écho, le squelette d'une montagne. D'un centre\nphonique, situé à peu de distance du plus grand de ces rochers, Pécho\nrépète trois fois de suite, et sans la moindre confusion, une phrase de\nsept syllabes.\nPlott, dans son Histoire naturelle du comté d'Oxford (Angleterre),\nparle d'un écho du parc de Woodstock où fut jadis assassinée la belle\nRosamonde, maîtresse de Henri 111, lequel écho répète le même son\ndix-sept fois pendant le jour et vingt fois pendant la nuit.\nJe ne suppose pas que ce soit l'ombre de la belle Rosamonde qui se\nlivre à de pareilles plaisanteries.\nUn écho, niché quelque part dans un coin de l'aile nord de l'église\nparoissiale de Shipley, répète jusqu'à vingt et une syllabes.\nIl y a, dit-on, au tombeau de Metella, femme de Crassus, situé près\nde Rome, un écho qui répète cinq fois les paroles qu'on prononce au\npied de la colline qui le supporte. Boissard affirme même que cet écho\na poussé la complaisance jusqu'à lui répéter huit fois le premier vers de\nVEnéide :\nArma, virumque cano) Trojœ qui primus ab oris...\nqu'il venait de lui souffler.\nCes exemples des complaisances aimables de l'écho pourraient se mul-\ntiplier à l'infini, mais nous avons mieux, beaucoup mieux, et la variété\nne saurait nuire à notre description.\nGranville décrit un admirable écho produit par un banc de rochers qui\ns'élève sur la rive du Rhin, près de Larley,et qui renvoie les sons musi-\ncaux avec une grande netteté et une intensité lentement décroissante\njusqu à évanouissement total. Pour jouir dans toute sa plénitude du"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "53", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.5", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2436, "texte": "plaisir d'entendre ce phénomène, il convient d'être placé sur un bateau\nstationnant au milieu du fleuve.\nSur les rives de la Clyde, à Roseneath, près de Glasgow (Écosse), il\ny avait un écho qui faisait sa spécialité de répéter trois fois de suite la\nmélodie qu'une personne «de l'aimable société» voulait bien lui seriner,\net chaque fois dans un ton plus grave..Mais, hélas !il a disparu : c'est\nen vain que vous le demanderiez aux échos d'alentour aujourd'hui.\nConnaissez-vous le lac de Killarney, en Irlande ? Ce lac est situé dans\nl'un des sites les plus pittoresques et les plus imposants du monde entier.\nIl se trouve encaissé entre des montagnes élevées à pic, de la plus haute\ndesquelles s'échappe et tombe, avec un fracas épouvantable, la cascade\nde Sullivan. Un grand nombre d'îles plus de trente, je crois\némaillent sa surface limpide. Rien ne peut rendre l'impression de ce\nspectacle grandiose, éclairé par la pâle lueur de la lune, dans une belle\nnuit d'été, car je ne veux pas m'arrêter à l'idée d'une tempête en pa-\nreil lieu.\nNaturellement, ce lac est riche en échos. Il en héberge un, entre\nautres, qui se borne à faire la seconde partie dans un air joué sur la\nhornpipe. Ce n'est rien : car il paraît on me l'a affirmé, du moins\nqu'il en possède un d'une puissance bien autrement merveilleuse et\nsurtout de mœurs exemplairement policées. Car si vous lui demandez :\nHow do you do? (Comment vous portez-vous?) il ne manque pas,\nparait-il, de vous répondre aussitôt : (Très bien,\nje vous remercie.)\nA moins, bien entendu, qu'il ne soit malade.\nIl est triste de penser que le P. Kircher ne connut point cet écho si bien\nélevé. Pour lui qui passa une partie de sa vie à faire l'éducation de cette\nsorte de phénomène en apparence rebelle à tout enseignement, soit\nlaïque, soit congréganiste, il n'est pas douteux qu'il n'eût cultivé sa\nconnaissance avec bonheur.\nEntre autres inventions, le savant Jésuite avait imaginé un écho à\nvariations, dont les obstacles étaient disposés de sorte qu'ils lui ren-\nvoyaient : le premier, le mot final de la phrase qu'il venait de prononcer,\net les suivants ce même mot, diminué d'une syllabe à chaque obstacle.\nOn voit d'ici le parti que tirait le P. Kircher de cette disposition : en\nchoisissant un mot final qui, ainsi décapité, conservait cependant un sens,\net dont les tronçons réunis, par la succession rapide des réflexions,\nformaient une phrase intelligible."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "54", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.6", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2384, "texte": "Comme au lac de Killarney, le P. Kirchcr avait donné à la campagne\nde Rome, stupéfaite, un écho avec lequel on pouvait entrer en conver-\nsation. La conversation n'était pas très variée, cependant ; il faut bien\nl'avouer.\nC'est encore le P. Kircher qui inventa l'écho liétérophone proprement\ndit, lequel présente le plus indiscutable effet de carambolage du son\nqu'on puisse désirer. L'invention consiste à placer en face de l'angle\nformé par deux murs, et à distance convenable, un obstacle préparé de\nfaçon qu'il renvoie le son de l'autre côté, où l'oreille d'un compère est\ntendue, au lieu de le renvoyer au foyer d'émission, suivant la méthode\nnaturelle et vulgaire. Dans ce cas, il suffît que l'un des deux compères\nenvoie à l'obstacle réfléchissant une question quelconque, pour que\n'autre, qui a recueilli cette question, y fasse une réponse convenable,\napportée au premier par la même voie.\nIl y a des esprits mal faits qui prendront de telles expériences pour des\nenfantillages, d'un résultat absolument nul pour la science; et d'autres\nqui trouveront, développé au dernier point chez le savant Jésuite, un\npenchant déplorable à la mystification (i). Je n'aurai garde de me pro-\nnoncer en cette délicate conjoncture; mais,si le P. Kircher passa un tan-\ntinet pour sorcier dans son temps, le pape Sylvestre II (Gerbert de son\nnom), ayant joui à un haut degré d'une réputation analogue, au dixième\nsiècle, grâce à ses inventions de têtes parlantes, on comprend qu'il ne\ns'en soit pas plus mal trouvé.\nComme Chladni, dans un ordre d'expériences plus sérieux, Kircher\nétait sans cesse poursuivi du démon de l'invention. Non content\nd observer les phénomènes de vibrations sonores que la nature lui\noffrait, il fallait qu'il les reproduisît artificiellement ou qu'il en cons-\ntiuisit d ou a peu près. C'est ainsi qu'il s'ingénia à reproduire\nsans succès la célèbre oreille d espèce de caverne située\ndans les carrières de Syracuse, où la tradition veut que le tyran ait fait\nconstruire un cachot pour les prisonniers, dont il pouvait entendre toutes\nles paroles à distance.\nLes tentatives de ce genre n'ont jamais réussi, quels que soient les\nsoins qu'on ait pris pour s'assurer le triomphe. Et ceci déconcerte un peu,\nil faut le diie, les théoriciens les plus savants, et partant les moins faciles\n\n(t) (.est encore au P. Kixher qu'est due l'invention de la"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "55", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.7", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2400, "texte": "à déconcerter. M. R. Radau nous fournit un exemple de plus de l'inanité\nde pareilles entreprises :\n« Un Anglais qui voyageait en Italie, dit M. Radau (i), rencontra sur\nsa route un écho tellement beau qu'il voulut l'acheter. L'écho était pro-\nduit par une maison isolée. L'Anglais la fit démolir, numérota toutes les\npierres et les emporta avec lui en Angleterre, dans une de ses propriétés,\noù il fit rebâtir la maison exactement comme elle avait été. Il choisit\npour emplacement un endroit de son parc qui était à une distance du\nchateau égale à celle où l'écho avait été distinct en Italie. Quand tout\nfut prêt, l'heureux propriétaire résolut de pendre la crémaillère de son\nécho d'une manière solennelle. Il invita tous ses amis à un grand dîner\net leur promit l'écho pour le dessert. On mangea bien ; l'histoire ne dit\npas si on ne but pas mieux... Quand on fut arrivé au dessert, l'amphi-\ntryon annonça qu'il allait inaugurer son phénomène et se fit apporter sa\nboîte aux pistolets.\ncc Après avoir chargé lentement les deux armes, il s'approcha de la\nfenêtre et tira un coup : pas l'ombre d'un écho !\n« Alors, il prit le second pistolet et se brûla la cervelle. »\nNous avons vu, jusqu'à présent, des échos qui peuvent trouver leur\nexplication dans la théorie de la réflexion des rayons lumineux, même\nl'écho hétérophone du P. Kircher. Nous en exceptons bien entendu le\nplus merveilleux des échos de Killarney, et feu l'écho de Roseneath. Il en\nest d'autres, toutefois, qui mettent en complète déroute toute notion\nconnue des principes de la réflexion.\nHassenfratz raconte qu'ayant entendu un écho particulièrement\nremarquable, dans la plaine de Montrouge, dont le centre phonique se\ntrouvait sur un mur devant lequel s'élevaient quelques arbres, il résolut\nd'étudier de plus près les circonstances déterminantes de ce phénomène.\nEn conséquence, ayant chargé un aide de produire le son dont il vou-\nlait observer la réflexion, il se tint à quelque distance; puis, l'oreille\ntendue, il s'approcha lentement du mur. Mais, à mesure qu'il s'appro-\nchait du centre de réflexion, l'écho s'évanouissait; une résonnance sourde\npersistait seule et cette résonnance venait des arbres. C'est tout ce qu'il\nen apprit.\nJ'ai observé, moi-même, un écho analogue, présentant des circon-\n\n(i) R. Radau : VAcoustique, ou les phénomènes du son. (Bibliothèque des Mer.\nveilles.)— 1870 —p. 113."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "56", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.8", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2285, "texte": "stances encore plus bizarres, et que, comme Hassenfratz, je serai obligé\nde laisser sans explication. C'est à Épinay-sur-Seine, a lentiée de ce\nvillage, sur la route de Pontoise, que j ai fait cette observation.\nJe venais de passer près de Tune des premières maisons d'Epinay, en\nrevenant de Sannois. Deux personnes causaient ? voce à la porte de\ncette maison, de telle sorte que je n avais pu qu'à peine, en passant près\nd'elles, saisir le son de leurs voix/Je n'y avais, d'ailleurs, pas fait autre-\nment attention; quand, arrivé à quelque cent mètres de distance, sur le\nmême plan que mes deux causeurs, je fus surpris d'entendre tout à coup\nrésonner très distinctement à mes oreilles, non-seulement l'écho, mais\nun double écho de la conversation de ces deux personnes, avec une in-\ntensité légèrement différente, mais en tout cas de beaucoup supérieure au\nson direct, qu'il m'était de toute impossibilité de percevoir. J'entendais\ndonc le son réfléchi—d'après des principes connus—du mur vis-à-vis, et de\nplus—l'écho de cet écho, si je puis dire, répercuté par les arbres sous les-\nquels je me trouvais... ou bien je m'y perds absolument.\nLe phénomène de la résonnance des arbres est, d'ailleurs, un fait ac-\nquis; les exemples ne font pas défaut, dans cet ordre d'expériences. En\nvoici un de plus :\nLe général Gay-Vernon, directeur des études à l'Ecole polytechnique,\nracontait que, dans sa première jeunesse, il avait observé un écho très\nprononcé, dont le centre phonique paraissait être un moulin à eau, situé\nprès de Vernon (Haute-Vienne), son pays natal. Revenant, après quel-\nques années d'absence, de Metz ,où il était élève du génie mili-\ntaire, il voulut renouer connaissance avec son écho: mais l'écho, blessé\nsans doute de son abandon, avait disparu.\nOù était-il allé? Avait-il au moins laissé son adresse aux voisins ? Im-\npossible de le savoir. Pourtant le jeune élève du génie ne trouva rien de\nchangé au site; le moulin était toujours là, et n'avait subi aucune modi-\nfication. En cherchant bien, Gay-Vernon finit par s'apercevoir qu'un\nbouquet d'arbres qui ombrageait naguère le mur du moulin, n'existait\nplus. Il était tombé sous la hache sacrilège du bûcheron.\nEt l'écho ne lui avait pas survécu !\n(La suite prochainement.)\n\nADOLPHE BITARD."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-07-15-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-07-15_01#c005", "volume": "bmtnabc_1874-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "57", "page_fin": "63", "image_debut": 9, "image_fin": 15, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.2.2", "titre_corps": "LES CANTATRICES DRAMATIQUES", "titre_sommaire": "LES CANTATRICES DRAMATIQUES", "signature_source": "PAUL FOUCHER", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 9, "page_imprimee": "57", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.9", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1128, "texte": "LES\nCANTATRICES DRAMATIQUES\n\n(0\nIII\nMARIE MALIBRAN\nIV\nN jour, elle était allée faire, aux environs de Naples, une\nde ces folles parties, où elle prenait plaisir à sauter de ro-\nchers en rochers, à se précipiter dans la mer, en recevant\nd'aplomb sur la tête les rayons d'un soleil ardent. On\ndansait joyeusement la Tarentelle sur l'herbe, où Ton\nvenait de déjeuner. A ce moment, on entend une psaLnodie monotone?\nqui conduisait à sa fosse un Camaldule. C'était au pied au couvent que\nl'on dansait. Marie ne pense plus qu'à y pénétrer. Mais sur la façade,\nces mots : « Scommunica per le donne. » Qu'importe! Elle sonne; on\nouvre (elle était en homme).\nVous avez déjà violé notre asile, lui dit sévèrement un jeune moine\nqui a paru.\nMais, à la vue de cette physionomie si vive et si intelligente, le frère,\nsympathique malgré lui, fait apporter les plus beaux fruits du jardin.\nPrenez, dit-il, signora. Maintenant laissez-nous en paix et priez\npour nous.\nEn quittant Naples, Marie s'arrêta un instant à Avezza, le Bedlam de\n\nfi) Voir les numéros des ieP décembre 1873, lerIer janvier, ier février, ier mai et\nier et i 5 juin 1-874."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "58", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.10", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2664, "texte": "cette capitale. Elle chanta pour les fous, et une légende lui attribua la\nguérison d'un gentilhomme qui sortit lucide presque en même temps.\nUn ou deux ans avant, en France, rencontrant un sourd-muet, elle avait\nappris en quelques heures à s'exprimer dans son langage.\nLa Malibran alla donner quelques représentations à Bologne. Elle\ns'était approprié, en Italie, la Norma, la Sonnambula. Elle avait fait\ndu dénouement de I Capuletti une scène sublime. Entrant dans le ca-\nveau funèbre de Giuletta, déjà levée, Roméo allait à la tombe, la trouvait\nvide, et alors il apercevait seulement Giuletta qu'il prenait d'abord pour\nun fantôme. On conçoit tout ce que la transition de l'effroi au délire de\nl'amant, redevenant possesseur de la femme qu'il a pleurée, devait créer\nde ressources au talent si passionné, si spontané de la Malibran. Dans\nNorma, au lieu de désigner de la main à Pollione Adalgise, ainsi que le\nfaisait la Grisi, nature plus contenue, la Malibran prenait sa rivale par\nla main et, sur ce mot : « Prendila, » la jetait violemment du côté de\nTinfidèle. La différence des deux natures s'appréciait dans cette seule\ndiversité de gestes.\nA Bologne, elle dut interrompre ses triomphes et, sans pouvoir rem-\nplir jusqu'au bout ses engagements, se réfugier, après un voyage ou\nplutôt une fuite pénible, dans sa maison de Bruxelles, où elle mit au\nmonde, en janvier 1833, une fille qui ne vécut pas. Les Bolonais avaient\nconsacré son souvenir en inaugurant un buste en marbre de la fugitive\nidole sous le péristyle de leur théâtre.\nDe Bruxelles, Marie se rend à Londres, où elle chante la Sonnam-\nbula, the DeviVsbride, un vieil opéra, une œuvre nouvelle de Ché-\nlard, et Fidelio, en anglais ! C'était le génie cosmopolite. Elle emporte\nprès de deux cent mille francs de cette courte excursion. Ceci donnera\nidée de la fortune qu'elle amassait si rapidement. Devant les offres qui\nlui venaient de toutes parts, elle devenait riche, comme elle était prodi-\ngue de sa flamme, sans compter.\nDe Londres, elle repartit pour Naples, mais il était encore dans sa\ndestinée de n'y réussir qu'à demi. A son arrivée à Milan, la ville est illu-\nminée. Le duc Visconti, directeur du théâtre, devait, un an avant la\nmort de la cantatrice, lui signer un engagement de 450,000 francs, logée\net nourrie.\nLa troupe de Milan fut engagée à Sinigaglia pour la foire. Là, un\ncardinal légat était chargé de comprimer la satisfaction, ne permettant\nd'applaudir qu'une fois. Pourquoi une fois et non deux, ou trois ?je\nl'ignore. A tous ceux qui dépassaient ce rationnement de l'enthou-\nsiasme, des gens de police marquaient une croix blanche dans le dos. On"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "59", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.11", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2628, "texte": "juge que de croix fait faire la Malibran avec un public aussi impression-\nnable. Le parterre, vu de dos, a l'aspect d'un cimetière, et en masse, va\ncoucher en prison ; mais Marie va rendre visite au cardinal légat,\nqui l'avait trouvée admirable, et menace de partir si ses jeunes admira-\nteurs ne sont pas rendus àla liberté. Du coup, la ville était ruinée.— La\npopulation avait doublé, du jour où la Malibran avait été sur l'affiche.\nEnfin, le légat cède, fait relâcher les délinquants, et donne libre carrière\nà l'enthousiasme, en dépit d'un commandant autrichien. Le lendemain,\nle représentant du Saint-Père, à son arrivée dans la salle, est accueilli par\nune triple salve d'applaudissements. Ici le temporel se montra spirituel.\nJ'ai autorisé ces applaudissements pour la cantatrice, dit-il,\net non pas pour moi.\nA un mot fin du légat, ajoutons un madrigal courtois d'Altesse. Un\nsoir, à la cour de Modène, le duc valsait avec la Malibran. Elle remar-\nqua la plaque en diamants que le prince portait sur sa poitrine.\nLes rayons de votre génie éteignent ces feux, répondit le prince,\ngalant comme un grand-duc de Scribe.\nEt détachant sa plaque, il l'appliqua sur la poitrine de la diva.\nLe compliment pouvait être suranné, mais le procédé était vraiment\nroyal et faisait honte au Roi-Bomba.\nDe Sinigaglia, que la Malibran ne put quitter sans donner un concert\nen plein vent au peuple qui arrêta sa voiture (Bériot, qui était avec elle,\ndut faire sa partie), elle se rendit à Lucques. C'est là qu'elle joua pour\nla première fois de Castro, de Persiani. Un fait intéressant se\nrattache aux répétitions de cet opéra. La Malibran l'avait étudié à Na-\nples avec Duprez. Ne raisonnant pas assez ses impressions, la Malibran\nse sentit mal disposée pour l'œuvre du professeur. Elle la répétait en\nriant et en la parodiant. Duprez s'indigne, prend la partition, chante à\nla Malibran son rôle, la fait fondre en larmes, et, dans ce même opéra,\nl'artiste produisit un effet qu'elle ne retrouva que dans un seul autre\nopéra : I Capuletti. L'émotion, là, s'empara de la salle à un tel point\nque le public sanglotant n'eut la force de l'applaudir qu'après la chute\ndu rideau.\nA Lucques, à la cour du Duc, on se disputa la coupe dans laquelle la\nMalibran avait pris une glace, et on en partagea les débris entre les\njeunes enthousiastes. Décidément, Marie avait les grands-ducs plus\nheureux que les rois.\nSes engagements la rappelaient pourtant à Naples. Diverses causes\navaient contribué à y paralyser l'essor magique de son talent. Elle\navait d'abord débuté au petit théâtre del Fondo; quand elle joua ensuite"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "60", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.12", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2752, "texte": "à San Carlo, les abonnés de cette grande scène lui gardèrent rancune. Sa\npremière rentrée se produisit un jour de gala, et, pour conjurer le mauvais\nsort dont se préoccupent les Napolitains, elle ne joua pas le troisième acte\nd'Otello qui, avec elle, transportait le plus la salle. On s'irrita de la voir\nse grimer dans Fidalma dll Matrimonio. Enfin, tous les opéras com-\nposés pour elle durant ses différents séjours dans la capitale : Y Irène, de\nPacini (dans cet opéra, elle chanta un duo avec sa jeune sœur Pau-\nline, qui depuis devait maintenir à la même hauteur ce grand nom de\nGarcia), La Figlia del Aria, de Coccia, ïAmélia, de Rossi, tombèrent.\nLà, un enfantillage delà Malibran contribua encore à compromettre son\nsuccès; dans VAmélia, elle voulut danser la mazourka et elle dansait\nmal.\nEnthousiastes de Bellini, les Napolitains se choquèrent, et peut-être\nn'avaient-ils pas tout à fait tort, d'entendre la Malibran intercaler dans\nles opéras de ce poète lyrique des airs de Mercadante et de Vaccaï, qui\nfaisaient briller sa voix. Ils ne pardonnèrent pas surtout qu'on leur mon-\ntrât dans I Capuletti la pompe funèbre d'un enterrement. Le froissement\ndes idées religieuses, la peur du cattivo augurio fit éclater le public en\nmurmures et en signe d'improbation plus vifs, qui n'épargnèrent pas la\ngrande actrice elle-même.\nMalgré tout, la Malibran avait fini par dompter, par entraîner avec\nelle le public rétif ; mais, à la veille de paraître dans un opéra nouveau\nde Pacini, Il Colonelle*, ses succès furent arrêtés par une fatalité for-\ntuite. Il semblait écrit que les chevaux devaient toujours être funestes à\nMarie ! Le dimanche gras de 1835, elle allait dîner chez la marquise de\nLagrange ; sa calèche légère avait de la peine à fendre la foule. Un porc\nqu'on allait égorger s'échappa des mains de ses bourreaux, sauta par-\ndessus la flamme du bûcher où l'on allait le jeter, et effrayé par les cris\nfuribonds des pêcheurs ei des lazzaroni, vint se ruer dans les pieds de\nl'attelage de la voiture de la grande artiste. Moins effrayant que le mons-\ntre du récit de Théramène, ce sanglier vulgaire faillit produire un aussi\nterrible résultat. Les « coursiers » prirent le mors aux dents, la voiture\nfut culbutée, Marie eut le coude et le poignet foulés. Un médecin français\nqui se trouva là, les lui remet, et pendant l'opération, très douloureuse,\nelle répétait au docteur : « Surtout ne dites pas à Charles combien je\nsouffre. »\nLe lendemain de l'accident, le bras maintenu par un appareil de fer-\nblanc, elle eut le courage surhumain de chanter Ine\\ de Castro. Le\nbras dut naturellement ne plus obéir à la fiévreuse activité de l'actrice,\net quelques jours après, utilisant jusqu'à ses souffrances au profit de"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "61", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.13", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2702, "texte": "Part, elle disait au grand tragédien Young : « Mon ami, je vois à présent\nque je faisais trop de gestes et que souvent à la scène l'immobilité est\nune force. » Elle dut se confirmer alors dans sa tactique que lui avait\nsuggérée l'observation : d'être un peu froide, ou tout au moins calme et\nmesurée au commencement d'un opéra, ce Les têtes du parterre, » disait-\nelle plaisamment, « me représentent une multitude de bougies éteintes\nrangées dans un panier; si on les aborde tout de suite avec une masse de\nfeu, les bougies fondent ; si, au contraire, vous les allumez graduelle-\nment, vous obtenez une brillante illumination. Moi, j'allume mon pu-\nblic petit à petit. »\nLa Malibran fit ses adieux, adieux pour toujours! àce public\nconquis, dans la Norma> et, le 4 mars 1835, elle arrivait à Venise, où sa\nprésence produisait une véritable révolution. Des fanfares annoncèrent\nla gondole. Elle dut se réfugier dans l'église Saint-Marc devant l'enthou-\nsiasme de la foule, qui ne la laissa arriver qu'avec peine à son hôtel. A\nNaples, on la croyait mal avec le sort. A Venise, les gens du pçuple se\nmirent à jouer à la loterie les chiffres du jour, de l'annonce de son dé-\nbut, de la date de ces débuts, du total de ses représentations , et ces nu-\nméros gagnèrent.\nOn sait la lugubre étiquette qui voue au noir toutes les gondoles sans\nexception à Venise. La Malibran n'était pas femme à subir, dans ses\nparties nautiques, ce deuil de plaisance. Ici, laissons-la parler :\n« J'ai fait un coup d'État : j'ai révolutionné les reflets du canal et des\ncanots. J'ai une gondole que j'ai fait faire : grise, avec les boules et bou-\ntons d'or et soie ; les matelots, en jaquette écarlate, chapeau de paille\njaune et rubans de velours noir autour ; pantalons de gros drap bleu,\navec des lisières sur les côtés à la pair de France, seulement en rouge ;\nles manches et collets de velours en noir ; intérieur écarlate et rideaux\nbleus. De sorte que lorsque je passe, on sait que c'est moi.\n« Le fait est que je n'aurais jamais pu me décider à m'enterrer toute\nvivante dans ces gondoles noires en dedans et en dehors. »\nCette horreur du noir était un instinct prophétique. La Malibran re-\nfusa d'aller dans la gondole du gouverneur, qui ne se distinguait sans\ndoute des autres qu'en ce qu'elle était encore plus noire :\n« Santa Maria, lui dit-elle, j'aurais l'air d'aller à votre enterrement; »\nmais, quelques jours après, elle l'engagea à venir dans la gondole qu'elle\nvenait de faire construire. Le gouverneur arrive sous le joug ; quel est\nson étonnement en apercevant la couleur gaie et anti-réglementaire de\nl'embarcation de la grande artiste ! Il fallut pourtant que le gouverneur"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "62", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.14", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2575, "texte": "sautât dans l'embarcation, aux acclamations de la foule et prît ce jour-là,\nquoi qu'il en eût, sa part de la popularité de la Malibran.\nA Venise, dans la Sonnambula, le ténor, chargé du rôle d'Llvino,\nest saisi d'un tremblement : il ne peut chanter Y air : Son geloso del\nZefiro errante. Marie chante les deux parties et fait un air du duo.\nContinuer à décrire l'émotion qu'elle provoque à Venise deviendrait\nfastidieux. Affluence torrentielle, couronnes, fleurs, feuilles d'or et d'ar-\ngent, colombes lâchées dans la salle, députations de la population,\ntout consacra cette dynastie de l'enthousiasme. Mais cette médaille eut\nun moment un revers. Un soir, c'était encore après une représenta-\ntion de la Sonnambula, à la suite d'un de ses triomphes où le délire du\npublic était seul au niveau des inspirations fiévreuses de la canta-\ntrice, prenant l'air àsa fenêtre, elle vit une barque s'approcher.\nLe gondolier s'arrête au pied du balcon et chante une barcarolle, dont\nles paroles étaient insultantes pour Marie. Répondant sur le même ton,\navec cette vive facilité d'improvisation qui lui faisait écrire en quel-\nques minutes la veille une gracieuse romance pour son ami, le marquis\nde Louvois, elle riposte par le même nombre de couplets, lançant à\nchaque strophe des pièces de monnaie qu'elle enveloppait dans du papier\nenflammé, afin que, sur la lagune, le chanteur pût les retrouver et les\nramasser.\nL'insulteur ramassa l'argent, se tut, remonta dans sa barque et\ns'éloigna.\nDe Venise, elle se rendit à Londres, de Londres, elle revint à Luc-\nques, de Lucques, à Milan, non sans difficultés, car des cordons\nsanitaires étaient tracés en Italie. Le choléra ayant éclaté à\nelle dut passer par des montagnes, où un guide, monté sur un cheval\ntomba et se blessa. Elle le pansa elle-même, lui donna son\ncheval et prit l'animal indomptable qu'elle sut conduire. Hélas ! c'était\nsa dernière imprudence heureuse !\nA Milan, nouveaux délires. Elle y crée la Maria Stuarda, écrite pour\nelle par Donizetti. L'opéra réussit; mais des allusions politiques trop\nsoulignées par l'actrice le firent suspendre. C'est à Milan que l'enthou-\nqui ne lui faisait défaut nulle prenait pour elle le caractère\nà la fois le plus vif et le plus raisonné. On parait à l'avance, dans la salles\nles loges de guirlandes et bouquets qui, au moment où l'actrice repa-\naprès la représentation, tombaient à ses pieds. Ces fleurs la\npoursuivaient sur sa route, une lois le spectacle fini, dans la ville illu-\nminée et où retentissait la musique militaire. La société la recherchait"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "63", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.15", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 746, "texte": "autant qu'elle l'aimait. Des médailles d'or, d'argent et de bronze furent\nfrappées pour elle.\nC'est à Venise que la Malibran avait reçu la nouvelle de la déclaration\nde nullité de son mariage avec M. Malibran, prononcée par le tribunal\nde première instance, le 6 mars 1835. La déclaration fut motivée sur ce\nque la Malibran était légalement espagnole, que M. Malibran s'était fait\nnaturaliser citoyen des Etats-Unis, qu'ils avaient été unis devant le\nconsul français, et que le mariage contracté entre une Espagnole et un\nAméricain devant un consul d'une autre nation était nul de plein droit.\nIl sembla que, dès-lors, la grande artiste retrouvât le droit de s'estimer\nelle-même.\nLa fin prochainement.)\n\nPAUL FOUCHER."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-07-15-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-07-15_01#c009", "volume": "bmtnabc_1874-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "65", "image_debut": 16, "image_fin": 26, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.2.3", "titre_corps": "FESTIVAL D'AVIGNON", "titre_sommaire": "FESTIVAL D'AVIGNON", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.16", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1654, "texte": "FESTIVAL D'AVIGNON\n\n18, 19 ET 20 JUILLET 1874\n3m3 C\nans notre précédent numéro, nous avons déjà annoncé\nles grandes fêtes littéraires et musicales qui se prépa-\nrent, à Avignon, en l'honneur du sme5me centenaire de la\nmort du grand poète Pétrarque. Dans le programme de\ncette solennité, dont nous donnons plus loin la compo-\nsition in extenso , figure l'exécution d'une cantate à\nPétrarque (cantadisso Petrarco); les paroles, en langue provençale,\nsont du poète Théodore Aubanel, et la musique de M. G. F. Imbert,\nprofesseur au Conservatoire d'Avignon. Nous donnons à nos lecteurs,\ndans ce numéro, la primeur de cette cantate, dont nous devons la com-\nmunication à l'obligeance de l'éditeur Gustave Avocat.\nLa prochaine livraison de la Chronique Musicale contiendra un\ncompte rendu du Festival, auquel assistera notre collaborateur Charles\nSoullier.\nPROGRAMME DES FÊTES\nLitici an es et musicales qui seront célébrées à Voccasion du cinquième] centenaire\nde la mort de Pétrarque} les 18, ig et 20 juillet 1874, à Avignon.\nLe samedi 18, délégation à Vaucluse des Félibres provençaux auprès des\npoètes français et italiens.\nA huit heures du soir, des hérauts d'armes parcourront les différents quar-\ntiers de la ville et annonceront la féte.\nA neuf heuies du soir, retour de Vaucluse et réception à la gare, par les\nautorités de la ville d Avignon, des délégués des Sociétés savantes et du buste\nde Pétrarque, du statuaire Consonove.\nMarche en cortège, de la gare à l'Hôtel de Ville. - Musique. - Illumi-\nnation de l'avenue de la gare, de la place de l'Horloge et de la statue de\nGrillon.\nCantadisso à Petrarco,poésie provençale de Théodore Aubanel, musique"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "65", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.26", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2291, "texte": "de G.-F. Imbert, chantée à l'Hôtel de Ville par les élèves du Conservatoire\nd'Avignon sous la direction de M. G.-F. Imbert.\nConcert sur la place de l'Horloge, par la musique des pontonniers.\nGrande retraite aux flambeaux (Pécoulado), par les musiques municipales\net du régiment des pontonniers.\nDimanche 19 juillet, à huit heures du matin, messe solennelle sur la place\ndu Palais des Papes; bénédiction des récompenses. L'Orphéon et les musi-\nques militaires concourront à cette solennité à laquelle assisteront les auto-\nrités, les membres du jury, les délégués des sociétés savantes, etc.\nA quatre heures de l'après-midi, grande cavalcade historique de bienfaisance,\nreprésentant la marche triomphale de Pétrarque, allant recevoir la couronne\nau Capitole.\nLe soir, à neuf heures, au théâtre, représentation de gala, en l'honneur de\nPétrarque par plusieurs célébrités parisiennes.\nFêtes populaires et réjouissances publiques à la porte de l'Oulle. •\nEclairage électrique de l'antique Palais des Papes.\nIllumination de l'avenue de la Gare et de la place de l'Horloge.\nLundi, 20 juillet, à huit heures du matin, grand concours d'orphéons, de\nmusiques d harmonie, de fanfares et de tambourins.\nUn grand nombre de médailles d'or, d'argent, vermeil, bronze, sera dis-\ntribué.\nA quatre heures de l'après-midi, jeux floraux sur la place du Palais des\nPapes, concours littéraires des fêtes de Pétrarque.\nDes prix et mentions consistant en objets d'art, fleurs, couronnes, médailles\nd'or, vermeil, argent et bronze seront décernées aux meilleures pièces\nadressées au concours de poésies provençales, italiennes, françaises et au\nconcours historique, ouvert en l'honneur du cinquième centenaire de\nPétrarque.\nA quatre heures, courses de taureaux à 1 île de Barthelasse. Joûtes sur le\nRhône.\nA la même heure, farandoles : Provençaux et Provençales parcourront les\ndivers quartiers de la ville.\nA neuf heures, grande fête de nuit sur le Rhône.\nGondoles vénitiennes, jets de lumière électrique, réjouissances publiques,\nilluminations de la porte de FOulle et de la place de l'Horloge.\nLes jeunes gens de la ville d'Avignon organisent, avec le concours de la\nmunicipalité, une superbe cavalcade historique au profit des pauvres, repré-\nsentant le cortège du couronnement de Pétrarque à Rome, en Fan 1341."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-07-15-01-c012", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-07-15_01#c012", "volume": "bmtnabc_1874-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 17, "image_fin": 17, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.2.3.3", "titre_corps": "CANTADISSO A PETRARCO", "titre_sommaire": "CANTADISSO A PETRARCO", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.17", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 194, "texte": "CANTADISSO\nA PETRARCO\nPER LI PÈSTO PROUVENCALO D'OU CENTENÀRI CINQUEN\nPouesio de\nTEODOR AUBANEL\nMusico de\nG.-F IMBERT\nParis, GUSTAVE AVOCAT, Editeur, Rue du Faubourg Montmartre, 27.\nJULIET 1874."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-07-15-01-c014", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-07-15_01#c014", "volume": "bmtnabc_1874-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "1", "page_fin": "8", "image_debut": 18, "image_fin": 25, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.2.4", "titre_corps": "CANTATE A PETRARQUE", "titre_sommaire": "CANTATE A PETRARQUE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 18, "page_imprimee": "1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.18", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 136, "texte": "CANTADISSO\nA PETRARCO\npèr\nLI FÈSTO PROUVENCALO\nDÓU Centenàri Cinquen.\nPouesio de Teodor AUBANRL.\nMusico de G.F.IMBERT.\nJuliet 1874.\nCOR."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "8", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.25", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 810, "texte": "CANTATE A PETRARQUE\nCHOFJR.\nSonnez, trompettes de la renommée! Peuples,battez des mains! Pétrarque arrive le\nfront couronné (de lauriers). Toi, sa tant aimée, Lattre, souris à ton amant!\nVêtu de la robe de pourpre et le manteau d'or sur l'épaule, rentre danslacité pa-\npale, toi, le fils du pays latin,en triomphateur, en citoyen!\nDans Avignon, en Italie, tant qu'il y aura de belles filles, tant que la poésie vivra,\nnous chanterons avec frénésie tes Sonnets,tes fièresChansons!\nMail revta Provence t'embrasse! Devant tes rayons l'ombre se déchire,car pour les\n\"hommes detarace,pour les amoureux du beau, il n'y a point de nuit ni de tumbe.\nCHŒUR FINAL.\nPétrarque, monte au Capitole! Cinq cents ans passent comme un jour; des grands\npoètes la g-loire est l'éternel festin.\nIrop .Ti\\lN 0 CQ rue A l bo'u j Sis>"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-07-15-01-c015", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-07-15_01#c015", "volume": "bmtnabc_1874-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "1", "page_fin": "8", "image_debut": 18, "image_fin": 25, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.2.4.1", "titre_corps": "CANTADISSO A PETRARCO pèr LI FÈSTO PROUVENCALO DÓU Centenàri Cinquen.", "titre_sommaire": "CANTADISSO A PETRARCO pèr LI FÈSTO PROUVENCALO DÓU Centenàri Cinquen.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 18, "page_imprimee": "1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.18", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 136, "texte": "CANTADISSO\nA PETRARCO\npèr\nLI FÈSTO PROUVENCALO\nDÓU Centenàri Cinquen.\nPouesio de Teodor AUBANRL.\nMusico de G.F.IMBERT.\nJuliet 1874.\nCOR."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-07-15-01-c016", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-07-15_01#c016", "volume": "bmtnabc_1874-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "66", "page_fin": "73", "image_debut": 27, "image_fin": 34, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.2.5", "titre_corps": "DE LA MUSIQUE DRAMATIQUE", "titre_sommaire": "DE LA MUSIQUE DRAMATIQUE", "signature_source": "LOUIS LACOMBE", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 27, "page_imprimee": "66", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.27", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1349, "texte": "DE LA MUSIQUE DRAMATIQUE\n\n(I)\nENDANT que l'esprit mène joyeuse vie en France, le génie\nmeurt de faim en Angleterre et en Allemagne. Weber,\ncréateur de l'opéra fantastique, termine ses jours dans\nle besoin. Eu riante est surnommée Obé-\nron ne réussit pas. Weber, comme compositeur de\nmusique de piano, obtenait-il plus de succès de son vi-\nvant? Non. Genève dormait à l'audition du Les opéras\nde Franz Schubert, mal accueillis à Vienne, ne furent pas tous repré-\nsentés. Un seul de ces ouvrages fut gravé récemment; parvint-il au\nthéâtre? Le reçut-on mieux? Je l'ignore. S'il eût été applaudi, je le\nsaurais.\nComment des compositeurs de la valeur de Weber, de Schubert, ne\npeuvent-ils pas, lorsqu'ils sont assez heureux pour mettre le pied sur les\nplanches, s'y maintenir ? Comment Olympie,\nCorteq, Joseph, Anacréon, Œdipe à\nlio, ne demeurent-ils pas au répertoire? Comment Spontini, Méhul,\nCherubini, Sacchini, Gluck, Rossini, Beethoven, sont-ils obligés de\ncéder le pas aux premiers venus ? Accusera-t-on aujourd'hui ces maîtres\nde n'avoir ni talent ni intelligence? Non, certes. Leur insuccès doit-il\nêtre atribué aux critiques de la presse, des artistes, du public t Non,\ncar nul ne songe à rabaisser leur mérite. Quel intérêt aurait-on à mal-\ntraiter les morts? Faut-il s'en prendre à l'exécution? aux chanteurs?\n\n(i) Voir le numéro du i 5 juin."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "67", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.28", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2815, "texte": "aux choristes? à l'orchestre? à la mise en scène? aux costumes? aux\ndécors? S'avisera-t-on d'avancer que ce qui était beau pour nos aïeux ne\nTest plus pour nous ? que le goût change ? Mais si le goût change, le\nbeau ne change pas. Le splendide est toujours le splendide, indépen-\ndamment de l'opinion qu'on peut en avoir. Je pense donc qu'il faut\nchercher ailleurs que dans l'insuffisance musicale la cause de la défa-\nveur dont maints opéras ont à souffrir. Cette cause, je crois la découvrir\ndans les livrets grelottants imposés par les directeurs aux compositeurs,\net que ceux-ci acceptent avec un déplorable empressement. Se figure-\nt-on quelque chose de plus insipide que Moïse? Imagine-t-on un cane-\nvas plus défavorable que celui de Guillaume Tell ? Supporte-t-on le\nscénario d'Œdipe à Colone? Assistera-t-on sans bâillements à la re-\nprésentation de Fidélio ? Le Joseph d'Alexandre Duval ressemble-t-il\nà une merveille? Alceste, Armide, Orphée, Ipliigênie en Tauride, sont-\nils acceptables? Un seul de ces ouvrages ferait-il recette? Obtiendrait-\nil une série de cinquante représentations? Aurait-il seulement un succès\nd'estime? Le public a déjà répondu plus d'une fois à ces interrogations,\net sa réponse, récemment encore, fut que la tragédie lyrique l'ennuie,\net que les Grecs et les Romains, avec la physionomie d'emprunt que\nleur a donnée le dix-septième siècle en France, l'agacent, le crispent\naffreusement.\nLes trois actes de doléances dont se compose Alceste l'assomment ; les\nlamentations d'Orphée et le rôle ridicule de l'Amour lui déplaisent sou-\nverainement; le style outrageant appliqué à ces beaux sujets, mal déve-\nloppés, et dont on change souvent le dénouement, témoins : Orphée,\nAlceste, lui semble bouffon; les fadeurs rimées, dont ils sont bourrés,\nle portent à l'hilarité. D'ailleurs, toutes ces anciennes histoires rema-\nniées par la plèbe littéraire, il les connaît, il les sait par cœur, et, ce\nqu'il y a de pis, il en a perdu le sens. Pour lui, l'Olympe est un ciel de\ncarton ; les foudres de Jupiter ont fait leur temps ; les arrêts du Destin\nn'ont plus cours; le dogme de la fatalité est absurde. Après Jésus-Christ\nprêchant le sacrifice par l'exemple, après Luther proclamant la liberté\nd'examen, après Voltaire interpellant la foi et tâchant de là rendre tribu-\ntaire de la raison, après 1789 s'insurgeant contre les privilèges, contre\nla noblesse, contre la royauté, et prenant pour devise : Liberté, égalité\nfraternité; retournera-t-il au paganisme? retournera-t-il à Eschyle, à\nSophocle, à Euripide, à Aristophane? demandera-t-il des émotions à\nProméthée, à Iphigénie, à Œdipe? Après Shakespeare, admettra-t-il\nencore la tragédie et la comédie, la séparation du rire et des larmes ?\nEntre 1787, année où fut représenté Don Juan, à Prague, et le 29"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "68", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.29", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2708, "texte": "février i 836, date du jour où les Huguenots firent leur apparition à\nl'Académie royale de Musique, je ne compte guère que deux opéras, le\ndont Berlin eut la primeur le 18 juin 1821, et Robert le\nDiable, donné à Pans le 21 novembre 1831, qui s'aventurent aux\nabords du drame, et qui, dans le genre romantique, fantastique, sérieux\net grandiose, tournent entièrement le dos à la tragédie, à la comédie.\nEn dépit de leurs défauts, et ces défauts sont nombreux, le Freyschut\\\net Robert le Diable jouent, entre Don Juan et les Huguenots, le rôle\nde trait d'union. Mozart et Meyerbeer se résument, l'un dans Don\nJuan, l'autre dans les Huguenots.\nChose étrange ! la naissance de Meyerbeer suit de près la mort de\nMozart, arrivée le 5 décembre 1791 !La Providence plaçait-elle à des-\nsein le berceau du juif à côté de la tombe du chrétien, et le fils d'lsraël\ndevait-il ramasser le flambeau échappé aux mains défaillantes du catho-\nlique ? On serait tenté de le croire. Mozart et Meyerbeer, si différents, si\nopposés même par la nature de leur génie et de leur talent, se rencon-\ntrent sur un terrain commun : le drame. A quarante-neuf ans d'inter-\nvalle, Meyerbeer succède à Mozart, les Huguenots continuent Don\nJuan. Giacomo prolonge, en l'élargissant, la voie ouverte par Wolfgang.\nEt cette voie est la bonne.\nLe drame s'impose à la France, à l'ltalie, à l'Allemagne. Tout ce qui\nn'est pas lui ne vit qu'à moitié. Même dans ses tentatives les moins\nréussies, il offre une variété dont la foule est friande. On le combat\nencore, mais mollement ; les masses penchent visiblement de son côté;\nles classiques les plus obstinés se voient forcés, sous peine de choir,, de\nlui faire place à leurs placides foyers, où le peu de flamme qui brille\nvient de lui.\nAujourd'hui, ces trois sœurs toujours en guerre : les écoles italienne,\nallemande et française l'accueillent à l'envi et le traitent en prince.\nL'esprit, la mélodie, la déclamation, séparés, ne captivent plus suffi-\nsamment les masses cherchant la vie réelle jusque dans les plaisirs\nde l'intelligence, et voulant être égayées et charmées, amusées et inté-\nressées,, touchées et terrifiées presqu'au même moment. Au mouvement\ndes passions, elles demandent que le théâtre joigne le mouvement des\névénements; outre la beauté poétique, la vérité des caractères, des types,\nl'affirmation de l'idée, elles exigent la magnificence du spectacle, l'exac-\ntitude des costumes, la splendeur des décors, l'effet de la mise en scène.\nShakespeare allemanisé, italianisé, francisé, triomphe petit à petit des\nguerres occultes ou déclarées ; son système, outrageusement critiqué,\nprévaut ; c est tout naturel : il a la vérité pour lui. La musique n'est"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "69", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.30", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2792, "texte": "pas la dernière à profiter des avantages que présente la forme où vont se\nrencontrer pêle-méle les vertus, les vices, les défauts, les travers, les\nridicules, les tendances diverses de la grande famille humaine. Mozart\nécrit Don Juan; Meyerbeer compose les Huguenots, et l'artiste d'ins-\ntinct et l'artiste de volonté, deviennent les disciples de Shakespeare.\nEn matière lyrique, la France ne vise plus uniquement à l'esprit;\nl'ltalie rêve quelque chose à côté de la mélodie; l'Allemagne, enfermée\ndans la déclamation comme dans une tour, songe à en sortir. Elle\nenfanta Beethoven, génie de la trempe de Shakespeare, mais qui, absorbé\npar la symphonie, n'a pas, à l'opéra comme à l'orchestre, ses coudées\nfranches. Weber, chevaleresque, amoureux, fantastique, gracieux, éner-\ngique, est Allemand par ses prédilections pour les légendes, germain et\noriental par ses créations musicales. Prétendant rester Allemand, toute-\nfois , il gourmande Meyerbeer dans les lettres qu'il lui écrit ; il l'accuse\nde devenir trop Italien, et de gâter son talent en suivant les traces de\nRossini. Weber, très exclusif, ne comprend pas quel but Meyerbeer\npoursuit; il vit dans une sphère, relativement un peu bornée; il ne s'a-\nperçoit point que Meyerbeer laisse pousser ses ailes, et que ces ailes\nacquerront un jour assez d'envergure pour toucher fraternellement le\nfront de Shakespeare et celui de Mozart. Au Meyerbeer n'est ni\nAllemand, ni Italien, ni Français; il est tout cela et quelque chose de\nplus encore : Meyerbeer. C'est un philosophe, un érudit; il a étudié\nl'homme dans l'histoire, et il le sait. Comme Augustin 1 hierry, il a\nfréquenté les siècles écoulés ; comme Michelet, il évoque le passé et le\nfait revivre; comme Hugo, il connaît à fond le moyen âge ; comme les\nOrientaux, il raffole du merveilleux ; il n'est pas éloigné de croire aux\ncontes dont il devient l'écho lyrique; toutes les passions lui sont fami-\nlières ; les religions jalouses, semblent avoir mis sur son cerveau leurs\ndifférentes et formidables empreintes. Meyerbeer, de par sa vaste intel-\nligence, initie sa muse au catholicisme et au protestantisme, ces frères\nennemis. On n'exagéra rien lorsqu'on prétendit que Meyerbeer avait\ncomposé, pour Robert le Diable, de la musique catholique, et, pour les\nHuguenots, de la musique protestante. Écoutez, au cinquième acte de\nRobert, le chœur des moines ; écoutez, au premier acte des Huguenots,\nle fameux Piff) paff, de Marcel, et dites-moi si le fanatisme religieux,\ncatholique ou protestant, a jamais rencontré une interprétation plus\njuste.\nBertram, Alice, Robert, types immortels, représentent 1 idée fonda-\nmentale du catholicisme; Marcel,Valentine, Raoul, autres types gigan-\ntesques, résument l'esprit de la Réforme. Bertram, c'est Satan; Alice"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "70", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.31", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2831, "texte": "c'est l'ange gardien ; Robert, c'est l'homme toujours flottant entre le bien\net le mal; Marcel, c'est le pasteur soldat, combattant à coups de Bible et\nd'e'pée; Valentine, c'est le divorce justifié par l'amour; Raoul, c'est\nl'image vivante de l'esprit nouveau ne reculant ni devant les devoirs, ni\ndevant les supplices imposés par la conscience. Derrière Bertram, Alice\net Robert, j'aperçois vaguement le pape adossé à l'église ; derrière Marcel,\nValentine et Raoul, je vois Luther appuyé au temple; la prière plane\ndans Robert,le choral éclate dans les\nLa préoccupation constante de Meyerbeer était de terminer, à son\navantage, la querelle des écoles allemande, française et italienne, en les\nobligeant à se réunir dans la même partition. Cette tentative demeura\nsans résultat. Si les ménages à trois réussissent ce n'est pas dans\nl'art qui n'entend rien aux concessions. Chacune des écoles précitées\nprêcha pour son saint, et leur réunion forcée, accidentelle, ne servit qu à\nmieux faire sentir, à mieux mettre en évidence la divergence de leurs\ntendances respectives. Si Meyerbeer, au lieu de s'adresser à leurs per-\nsonnes, eût interrogé leurs âmes, peut-être serait-il parvenu à les unir\nplus intimement; quoi qu'il en soit, l'opération sera éternellement diffi-\ncile, parce que les âmes sont individuelles et qu'il n'existe pas de creu-\nset où elles s'amalgament. En définitive, et j'en ai fait l'observation\nailleurs, ce n est pas l'âme de telle ou telle nation qu'il faut in-\ncarner, c'est celle de l'humanité. Entre l'Allemagne, la France et\nl'ltalie, l'entente est possible, la fusion ne l'est pas. La gaieté et la\nvolupté effarouchent la profondeur ; la facilité et la mollesse se moquent\ndu tiavail, lequel veut toucher le tond des choses; l'observation super-\nficielle méprise la persévérance ; le savoir importune l'instinct ;le rivage\ntrouve l'Océan trop remuant; la plaine se plaint de la hauteur des\nmonts; le passereau dénigre l'aigle. C'est la lutte interminable de\ncontre Plus;mais c'est aussi, c'est surtout la dispute féconde des génies.\n.1 aime ces combats sublimes des civilisations travaillant à la suprématie\ndes peuples les uns sur les autres, à la gloire et au bonheur de tous. Quel\nest celui de ces titans qui escaladera le ciel, qui dérobera le feu sacré ?\nIl importe peu; et pourvu que Prométhée ne succombe pas, il n'y a\naucun inconvénient à ce que chacun des lutteurs ait son heure de\ntriomphe dans l'ascension générale : les peuples, comme les époux, se\ncomplètent l'un par l'autre.\nLorsque, des sommets dont je me plais à gravir la cime pour contem-\npler 1 art dans son étendue, je baisse les yeux sur les villes et les capi-\ntales, j'y remarque deux cours d'eau fort distincts : un fleuve, un ruis-\nseau ; le premier descend à la mer, le second se perd dans un cloaque ;le"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "71", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.32", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2896, "texte": "premier est l'image de l'art aspirant à se mesurer avec l'infini, le second\nest l'ignoble parodie du beau, l'immonde caricature qui flatte les instincts\ndévergondés de la populace intellectuelle des rues et des salons. De rares\ncompositeurs s'aventurent sur le fleuve aux vastes ondes, gagnent l'Océan\net s'y hasardent ; d'autres suivent le ruisseau, y piétinent, s'y crottent et\nvont tomber dans le grand collecteur où ils s'embourbent. Or, si quel-\nques promeneurs fréquentent les rives du fleuve, la majorité, triste\nconstatation ! court le long du ruisseau, reçoit des éclaboussures, se\ntient les côtes et élargit sur sa bouche, aux lèvres épaisses, le rire hébété\ndu mardi-gras. Nul ne revient très propre de cette excursion carnava-\nlesque, mais on a partagé un instant les plaisirs grossiers de la multi-\ntude, et on est ravi, en revenant chez soi, d'apprendre à sa mère et à ses\nsœurs comment on se divertit dans ce que, par une flatterie insigne,\nAlexandre Dumas appela le demi-monde.\nQuel spectacle navrant! ces auteurs dégradés, ces paroliers va-nu-\npieds, ces musicailleurs émérites, ces indignes parodistes qu'on devrait\ncouvrir de huées et de sifflets, ces ivrognes de la pensée qui font du bruit\ndans la civilisation comme les gamins casseurs de vitres dans la cité, ces\nhontes vivantes dont le métier est de tout pervertir et de sécher en nous\nla sève généreuse dont le créateur remplit le cœur des créatures, ces mal-\nheureux qui ramassent l'or jusque dans la vase et acquièrent la fortune\npar des infamies dont le bon sens, la pudeur et l'honnêteté auraient dû\ndepuis longtemps faire justice, ces gens qui se croient drôles parce qu'ils\nabrutissent le siècle, ces misérables qui glissent la dépravation dans\nl'oreille, puis dans la pensée, puis dans les sens de la jeunesse, ces\npassants déplorables, gorgés de succès scandaleux et déçus, ces tristes\nhères enfin prennent un à un les types de l'antiquité, les obligent à\ndescendre de leur piédestal et les roulent dans leur fange avec une satis-\nlaction hideuse. La dépravation s'échappe de ces hommes comme le jet\nde Champagne d'une bouteille à peine débouchée. Tant pis pour vous, si\nvous vous trouvez dans le voisinage. Allez changer de toilette et ne vous\nplaignez pas. N'ayez même pas l'air mécontent : on vous appellerait un\nmisanthrope ; on vous raillerait implacablement ; vous feriez tache au\nmilieu de votre entourage momentané; et si vous aviez le moindre haus-\nsement d'épaules devant ces élucubrations que l'esprit fuit comme la\npeste, on vous traiterait de jaloux, d'envieux, et vous vous attireriez un\nmauvais parti. Oui, on vous appellerait un Don Quichotte si vous pré-\ntendiez préserver de la souillure contemporaine Hélène, Calypso, Mar-\nguerite, Orphée, Faust, Méphistophélès, Galathée, créations adorables\nqu'on salit à plaisir comme si on ne voulait laisser subsister rien de poé-"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "72", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.33", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2780, "texte": "tique et de grand dans le souvenir des hommes. Bizarre contradiction !\nQu'un drôle se permette, dehors, un geste indécent, on le jette au\nviolon ; qu'un auteur quelconque étale sur les planches le dévergondage\nle moins vêtu, on l'applaudit, on le paye bien, et le feuilleton lui crie :\nbravo I Nos écrivassiers dramatiques confondent évidemment la bru-\ntalité avec la verve, la grossièreté avec l'esprit, le poivre avec le sel.\nPourquoi personne n'a-t-il le courage de le leur dire?\nCe régime va-t-il durer ? Ne se présentera-t-il pas quelque âme hon-\nnête pour arrêter la démoralisation qui, du théâtre, se précipite sur nous\nen cascade, nous inonde, nous submerge? Après des événements qui\nrendent si nécessaires la force morale, la dignité, la grandeur dame, l'é-\nlévation de la pensée hésitante ou flétrie, nous replongera-t-on dans\ncette littérature basse, érotique, malsaine, qui a pour chantres d'effron-\ntés saltimbanques? Non, non! C'est impossible. Il faut que l'indignation\nse montre et qu'elle flagelle tant d'odieux excès; il faut que la presse soit\ninflexible envers ceux qui ne craignent pas d'essayer sur le public, dont\ns'encombrent chaque soir nos salles de spectacles, des poisons qui ne\npar4onnent pas. Allons ! critiques vigilants et loyaux, taillez vos plumes\net piquez ces braves sires jusqu'à ce qu'ils crèvent ou changent de route;\nallons ! mères de famille, donnez à vos fils le goût et le respect des nobles\nœuvres, infiltrez-leur la vénération des grandes choses, des grands\nhommes, des grands principes, des grands sacrifices; occupez-vous moins\nde leur bien-être et plus de leurs mœurs; allons ! artistes vaillants, à\nl'œuvre ! Remorquez toute cette foule qui se noie ! A l'œuvre ! vous\ndis-je ; menez cette tourbe sur la montagne; fondez la calotte de plomb\nqui pèse sur ces têtes, brisez les entraves qui garrottent ces intelligences,\ndessillez ces yeux, accoutumez-les à la lumière céleste. L'humanité\nsombre iA la rescousse ! marchez devant, et le monde, abêti et hagard,\nvous suivra, maîtres ?\nAssez d'abrutissement ! assez de honte! Obligez-nous à retourner àla\nbeauté chaste et délaissée ! Sortez-nous de cet enfer ! Tirez-nous de l'ab-\nject, retrempez-nous dans le sublime ! Faites-nous pressentir la splen-\ndeur sacrée des cieux ! Le théâtre ne doit pas détruire, il doit fonder ;il\nne doit pas énerver le public, il doit lui infuser de nouvelles forces; il ne\ndoit pas s'ensevelir dans la matière, il doit s'épanouir dans le rayonne-\nment. Chers artistes, frères que j'aime, chercher le vrai, le trouver, le\ntraduire, est pour vous une question de conscience, pour vos produc-\ntions, une question d'avenir, pour la civilisation, une question de ni-\nveau : créez donc assez de beaux ouvrages pour qu'il n'y ait plus de"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "73", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.34", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2012, "texte": "place pour les turpitudes qui nous affligent, et que votre souffle puis-\nsant balayera enfin quand vous le voudrez fermement.\nEt vous que je vénère, chantres de l'antiquité, représentants illustres\nde Fécole française, Lulli, Rameau, Gluck, Méhul, et toi, suave Pergo-\nlèse, et toi, toi qui mis un abime entre le théâtre ancien et le théâtre mo-\nderne, ô naïf Mozart ! et toi, Beethoven, prêtre de la nature, prêtre de la\nfraternité, prêtre de 1 infini; et toi, l'Albert Durer, l'Hoffmann de notre\nart, ô Weber ! et toi, le Racine, le Bernardin de Saint-Pierre de la mu-\nsique, ô Mendelssohn ! pourquoi vos ouvrages dramatiques, tant prônés,\ntant admirés, ne forment-ils pas un répertoire que la critique, le public\net les artistes iraient étudier ? Pourquoi Paris ne possède-t-il pas une\nsalle qu'on pourrait nommer la salle des génies, sorte de Panthéon où\nles âmes des morts illustres apparaîtraient à tour de rôle et se manifeste-\nraient dans leurs meilleures créations? Pourquoi cet immense flamboie-\nment enfermé dans les bibliothèques ne s'étendrait-il pas incessamment\nsur les générations successives, préparant ainsi l'immortalité de l'avenir\npar l'immortalité du passé ? Pourquoi ? Hélas ! parce qu'on dépense\nsans y regarder des milliards pour détruire les peuples les uns par les\nautres, et qu'on regarde à quelques millions dès qu'il s'agit d'instruire\nles nations et de les mettre à même de s'inoculer, avec l'instruction, avec\nl'admiration et la pratique du beau, la vraie et saine liberté !\nSi j'étais gouvernement, s'écriait un enfant, je mangerais des confi-\ntures.\nPauvre petit ! si j'étais gouvernement, moi, je voudrais faire des\nhommes, et je ne reculerais devant aucun sacrifice pour propager la\nscience, les beaux-arts et les lettres, ces degrés par où montent les es-\nprits pour se glisser jusqu'à Dieu, c'est-à-dire jusqu'à la lumière sans\nombre !\n(i).\n\nLOUIS LACOMBE\n\n(i) Ce fragment et le précédent font partie de l'ouvrage intitulé : Philosophie et\nMusique."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-07-15-01-c020", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-07-15_01#c020", "volume": "bmtnabc_1874-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "74", "page_fin": "82", "image_debut": 35, "image_fin": 44, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.2.6", "titre_corps": "ANDRÉ PHILIDOR", "titre_sommaire": "ANDRÉ PHILIDOR", "signature_source": "ARTHUR POUGIN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 35, "page_imprimee": "74", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.35", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1916, "texte": "ANDRÉ PHILIDOR\n\n(0\nRRIVK en Hollande, Philidor se mesura avec les pre-\nmiers joueurs de ce pays, et aussi avec l'Arabe Phi-\nlippe Stamma, dont la renommée était alors euro-\npéenne; il compléta ainsi son talent, déjà si remar-\nquable. En 1748, il était à Aix-la-Chapelle, où\nil rédigea sa fameuse Analyse du jeu des échecs.\nLord Sandwich, qui avait entendu parler de lui et\nqui désirait le connaître, l'ayant, à ce moment, in-\nvité à venir le trouver au camp de l'armée anglaise, massée entre Bois-\nlc-Duc et Maastricht, il s y rendit, et joua avec le duc de Cumberland;\ncelui-ci, non-seulement souscrivit personnellement à son ouvrage, mais\nencore lui procura un nombre considérable d'autres souscriptions, qui\nlui permiient de le publier à Londres, lorsqu il y fut Tannée sui-\nvante (1). Philidor n'obtint pas moins de succès en Angleterre qu'il\n\n(i) Voir le numéro du i 5 juin.\n(i) Fétis, toujours prêt à contredire les gens qui ont raison et à contester les faits\nmême les plus évidents, avait mis en doute, dans la première édition de sa Biogra-\nphie universelle des Musiciens, l'existence de cette première édition de Y Analyse du\nJeu des Echecs, publiée en français, à Londres, en 174 g, et, dans sa seconde édition,\nil dit que c est parce qu'il ne l'avait vue citée dans aucun catalogue. S'il y avait tenu\nbeaucoup, il aurait certainement pu recevoir, dans un dépôt public, communication\nde l'édition originale de Y Analyse de Philidor, ou tout au moins de la seconde, dans\nla préface de laquelle les lignes suivantes l'auraient éclairé d'une façon certaine :\n« La F rance a possédé dans tous les temps d'excellents joueurs, mais ils ont négligé\nde nous faire part de leurs découvertes ; et je crois être le premier de ma nation qui\nait mis au jour la théorie et la vraie pratique de ce jeu. Cet ouvrage est divisé en deux\nparties : la première est une réimpression de l'édition de 174 g, avec les corrections"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "75", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.36", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 3230, "texte": "n'en avait obtenus en France et en Allemagne, et ces succès devaient\nd'autant plus le flatter que l'Angleterre, on le sait, est la terre classique\ndes échecs.. Mais sa renommée s'étendait à ce point que le grand Fré-\ndéric le lit appeler à Berlin, non pour jouer avec lui, car Tamour-\npropre de ce prince eût peut-être été froissé d'une défaite, mais pour\nle faire jouer avec un certain juif qui passait pour être d'une grande\nforce, et que Philidor, qui s'était rendu à cette invitation, battait facile-\nment en lui rendant un cavalier. Philidor joua souvent aussi, devant le\nroi, avec le marquis de Varennes, auquel il faisait le même avantage.\nIl retourna ensuite en Angleterre. Il est probable, cependant, que\ndurant cette longue absence de son pays, Philidor ne s'occupa pas exclu-\nsivement d'échecs, et qu'il songea aussi à fortifier ses facultés musicales.\nLaborde nous dit : « Son goût se forma dans ce voyage, en entendant\nles ouvrages des meilleurs maîtres de l'ltalie. » Pour que Philidor pût\nrevenir en France, en 1754, avec un talent si formé, si souple, si sûr de\nlui-même que celui qu'il déploya dès ses débuts au théâtre, peu d'an-\nnées après, il faut, en effet, et qu'il ait beaucoup entendu, par conséquent\nbeaucoup profité, et même beaucoup travaillé, quoique ne produisant\npas pour le public. J'ajouterai que ce n'est pas la seule audition d'oeuvres\nitaliennes qui dut développer considérablement son talent musical, bien\nque l'influence du style italien soit évidente sur la plupart de ses œuvres;\nmais je ferai remarquer que Philidor séjourna justement à Londres à\nl'époque des dernières années de l'existence de Haendel et des grands\nsuccès qu'obtenaient les admirables oratorios de ce maître immortel.\nL'audition fréquente et l'étude de ces œuvres ne durent pas être sans\nprofit pour lui, et lui valurent peut-être cette fermeté de style, cette\ngrandeur de conception, cette richesse orchestrale qui frappèrent plus\ntard les oreilles parisiennes, et qui lui firent une place tout à fait à part\n\net observations nouvelles; l'autre renferme une suite de fins de parties utiles et même\nnécessaires à connaître, ainsi que nombre de débuts nouveaux. »\nBeaucoup d'éditions françaises de Y Analyse du Jeu des Echecs ont été faites,soit en\nFrance, soit à l'étranger : Londres, 1749, in-8°; —Amsterdam et Leipzig, i752,in-8°;\nLondres (Hollande), 1752, in-8°; Leipzig, 1754, in-8°; Paris, 1767, in-12;\nParis, 1762, in-8° ; Londres, 1767, in-B°, Londres, 1777, in-8° (avec un\nsuperbe portrait dessiné et gravé par Bartolozzi) ; Londres, 1790, 2 vol. in-8° ;\nParis et Strasbourg, an XI (i8o3), in-18 (avec portrait) ; Paris et Strasbourg, 1812,\nin-12; Paris, 1820, in-18 ; Philadelphie, 1821, in-18; Paris, iB3o, in-18 (avec\nportrait); Paris, 1844, in-18 ; Paris, 1844, in-12 ; Paris, 1848, in-12. Les meil-\nleures de ces éditions sont celles de Londres, 1777, et de Philadelphie, 1821. On peut\nconsulter à ce sujet la Bibliographie anecdotique du Jeu des Échecs, par M.Jean Gay.\n(Paris, Jules Gay, 1864, in-12). Je crois qu'en ces dernières années, il s'est fait encore,\nà Paris, une ou deux éditions de l'Analyse de Philidor, qui est restée, après plus d'un\nsiècle, un ouvrage classique en son genre."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "76", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.37", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2428, "texte": "auprès de Duni, de Monsigny et de Grétry, avec lesquels on peut dire\nqu'il fonda l'Opéra-Gomique français, mais qui lui étaient de beau-\ncoup inférieurs sous ces divers rapports. L'observation que je présente\nici n'a jamais été faite, mais je crois fermement que le séjour pro-\nlongé de Londres a influé d'une façon considérable sur l'avenir musical\nde Philidor.\nDes traditions de famille veulent qu'il ait écrit, à Londres, en iys3,\nune musique nouvelle pour l'ode à sainte Cécile de Dryden, déjà mise\nen musique par Haendel. M. Fétis nie ce fait, d'une part, parce qu'il lui\nsemble que l'entreprise de Philidor eût été outrecuidante, ensuite parce\nqu'il affirme n'en avoir trouvé mention dans aucun des auteurs qui ont\ntraité de l'histoire de la musique en Angleterre à cette époque. Je ne\nprendrai pas parti dans cette querelle; mais je ferai pourtant observer\nque, en dehors de l'affirmation du fils de Philidor, nous avons celle de\nLaborde, qui certainement n'a pas dû inventer le fait, et qui dit en pro-\npres termes : « Il essaya ses forces à Londres en 1753, où il mit en\nmusique l'ode de Dryden, en anglais, dédiée à sainte Cécile. Le fameux\nHaendel trouva ses chœurs bien fabriqués, et dit seulement qu'il manquait\nencore de goût dans les airs. » Ne peut-on croire que Philidor a effective-\nment mis en musique l'ode de Dryden. mais sans aucun désir de publi-\ncité et seulement pour s'exercer, qu'il se soit mis en rapport avec Haendel,\nqu'il lui ait fait entendre son ouvrage, qu'il lui ait demandé son avis, et\nque celui-ci le lui ait donné tel que nous le rapporte Laborde ? Ce n'est là\nqu'une conjecture; mais, à tout prendre, elle ne me paraît nullement\ninacceptable.\nIII\nEnfin, après neuf ans d'absence, Philidor songea à rentrer dans son\npays. C'est au mois de novembre 1754 qu'il revint à Paris (1). Evidem-\nment il était bien décidé, cette fois, à tenter la fortune artistique et à se\nlancer dans la carrière. Mais peut-être son ambition était-elle trop\nprompte à s'échauffer, car on raconte que, l'emploi de maître de la cha-\npelle du roi se trouvant vacant en ce moment, Philidor conçut le projet\nde l'obtenir; pour cela, il écrivit un grand rfïotet sur les paroles : Lauda\nJérusalem, et le fit exécuter au Concert spirituel, le 2 février 1755, en\nprésence du roi et de la reine. Mais Philidor, à cette époque, n'était\n\n(1) Je prends cette date dans la notice publiée par le Palamède."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "77", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.38", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2752, "texte": "âgé que de vingt-huit ans, et, de quelque talent qu'il fît preuve, sa per-\nsonnalité, à lui débutant, devait évidemment s'effacer devant les titres\nd'artistes posés depuis longtemps et qui avaient des droits acquis. Au\nsurplus, il paraît que le style de ce morceau, complètement écrit dans la\nforme italienne, déplut considérablement à là reine, qui ne manquait\npas une occasion de se prononcer contre ce genre de musique. Il avait\ndonc toutes les chances contre lui, et vit confier à un autre l'emploi qu'il\nconvoitait.\nIl tourna alors ses vues du côté du théâtre ; mais, là encore, il devait\nrencontrer de graves difficultés.— «En 1757, nous dit Laborde, il\nessaya de composer un acte d'opéra ; mais Rebel (alors directeur) refusa\nde le donner, en lui disant qu'on ne voulait point introduire d'airs dans\nles scènes. En 1758, ayant fait quelques airs pour les Pèlerins de la\nMecque, à l'Opéra-Comique, Corbi, directeur de ce spectacle, lui pro-\nposa d'entreprendre un ouvrage. On lui donna le poème de Biaise le\nSavetier, qui fut joué avec le plus grand succès à la foire Saint-Laurent,\nen 1759. »\nJe ne m'attarderai pas à discuter ici avec Fétis, qui, là comme\nailleurs, et sans donner aucune preuve contraire, conteste purement et\nsimplement les assertions de Laborde. Or, au point de vue général, j'ai\nremarqué que Fétis est presque toujours dans Terreur lorsqu'il contredit\nson devancier, et dans le fait Laborde ayant été le premier\nbiographe de Philidor, ayant écrit sa notice du vivant de celui-ci, avec\nqui il était en excellentes relations, de qui il a peut-être reçu des rensei-\ngnements directs, me semble plus digne de confiance que Fétis, qui,\nécrivant soixante ans après, ne s'appuie sur aucun témoignage pour\njustifier son dire ( 1).\nToujours est-il que le véritable début de Philidor se fit le 9 mars 1759,\npar un joli petit opéra-comique en un acte, Biaise le Savetier, dont\nSedaine lui avait fourni les paroles, et que ce début fut pour lui plein de\nbonheur et d'éclat.\nIl y avait tantôt six ans c'était le 3o juillet 1753 que Dauvergne\navait fait, à l'Opéra-Comique, alors dirigé par Monet, le premier essai\n\n(i) Fétis dit simplement qu'aucun ouvrage portant le titre des Pèlerins de la\nMecque n'a été représenté à l'Opéra-Comique en iy58. La pièce, en trois actes et «en\nvaudevilles », n'était point nouvelle ; elle était de Lesage, Fuzelier et d'Orneval, et\navait été jouée pour la première fois à ce théâtre le 29 juillet 1726. On en aura sans\ndoute fait une reprise en 1759, pour laquelle Corbi aura chargé Philidor de lui\nécrire quelques airs nouveaux. Je ne puis rien affirmer à ce sujet, mais je remarque\nque plusieurs contemporains citent Philidor comme ayant fait des airs pour les Pè-\nlerins de la Mecque."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "78", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.39", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2768, "texte": "d'un véritable opéra-comique, c'est-à-dire d'une pièce accompagnée de\nmusique inédite, « mêlée d'ariettes nouvelles. » C'était une imitation\nfrançaise des « intermèdes » italiens que des chanteurs ultramontains\navaient fait connaître à Paris avec tant de succès. Ce qu'on appelait\nalors opéras-comiques n'était autre chose que des parodies d'opéras (d'où\nle nom : opéras-comiques), dans lesquelles les couplets étaient chantés\nsoit sur des airs connus, c'est-à-dire des vaudevilles, soit sur des mor-\nceaux tirés de l'opéra parodié. Pour faire la distinction, on qualifia les\npièces du nouveau genre : pièces à ariettes. Ce n'est que plus tard, à\npartir de la fin du dix-huitième siècle, qu'une interversion complète eut\nlieu, et que l'on prit l'habitude d'appeler d'abord pièces en vaudevilles,\npuis vaudevilles, les pièces dans lesquelles on chantait des airs connus,\ntandis qu'on appliqua la qualification d'opéras-comiques aux anciennes\npièces à ariettes, celles qui comportaient de la musique entièrement nou-\nvelle. Depuis lors, cette double dénomination n'a plus changé. Mais il\nfaut encore remarquer que les premières pièces à ariettes, celles dont,\navec tant de succès, les Troqueurs donnèrent le premier modèle, conte-\nnaient généralement, avec les airs nouveaux, un certain nombre de cou-\nplets qui se chantaient sur de vieux vaudevilles, et qu'elles étaient, par\nconséquent, mêlées de musique ancienne et nouvelle. Beaucoup des\nlivrets mis en musique par Duni, Monsigny, Philidor et Grétry sont\ndans ce cas.\nDepuis longtemps déjà, la Comédie-Italienne, mentant à son titre, avait\nabandonné les comédies italiennes, et s'était mise à jouer des comédies\nfrançaises, des opéras-comiques (vaudevilles) et des ballets. Mais on a\ntoujours aimé beaucoup la musique en France, et la Comédie-Italienne\nne demandait pas mieux que de satisfaire le goût de son public, quoi-\nqu'elle eût, à ce sujet, souvent maille à partir avec l'Opéra, qui ne\nsupportait pas qu'on empiétât sur son privilège. C'est ce qui fait que,\nsans en arriver encore à donner des pièces du genre de celles qu'on\nappela plus tard pièces à ariettes, il lui arrivait souvent de jouer cer-\ntains ouvrages mêlés de divertissements, de danses, de couplets, dans\nlesquels on faisait entrer à la fois de la musique connue et de la musique\ninédite. Ce n'est donc pas tout d'un coup et tout d'une pièce, on le voit,\nque fut créé le genre de notre opéra-comique, et il y avait près de qua-\nrante ans qu il était en germe lorsqu'il prit corps et s'imposa par la force\ndes choses.\nCertains compositeurs distingués écrivirent, et quelques-uns en grand\nnombre, la musique d'ouvrages du genre de ceux que je viens de\nsignaler. Mouret, qui fut si justement surnommé le musicien des grâces,"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "79", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.40", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2641, "texte": "et qui obtint des succès à l'Opéra, fut longtemps attaché, à cet effet, à la\nComédie-Italienne; j'ai réuni, pour ma part, les titres de plus de trente\npièces écrites par lui pour ce théâtre, de 1718 a 1 1 : lAmante roma-\nnesque, le \"Naufrage au Port à l'Anglais, ïAmour maître de\nlangues, la Désolation des deux Comédies, le Procès des Théâ-\ntres,— Arlequin Pluton, les Lunettes magiques, —la Foire renais-\nsante, la Fausse Magie, les Aventures de la rue Quincampoix,\nle Philosophe trompé par la nature, le Triomphe d* Arlequin,\nla Mode, le May, la Rupture du Carnaval et de la Folie, les\nAmours de Vincennes, Mélusine, —le Trésor supposé, les Amans\nignorans, Arlequin Endymion, la Fille inquiète, VAmante\ncapricieuse,—- Démocrite prétendu fou,— le Phénixle Triomphe de\nVlntérêt, le Je ne scais quoi, VAmant déguisé, le Jeu d amour,\nVEmpereur dans la lune, Colombine mari par complaisance,\nle Chaos, —le Berger d'Amphrise. Un autre musicien aimable,\naujourd'hui bien oublié, Jean-Claude Gilliers, qui vivait dans le meme\ntemps que Mouret, écrivit aussi, non-seulement pour la Comédie-Ita-\nlienne, mais pour TOpéra-Comique, son rival, nombre d'ouvrages du\nmême genre : la Foire de Guibrajr, le Tombeau de Nostradamus,\nla Ceinture de Vénus, Télémaque, - les Dieux à la Foire,\nVAmante retrouvée, Sancho-Pança gouverneur, la Nièce vengée,\nla Comédie sans hommes, la Fille sauvage, le Pot-pourri\ncomique, Sophie et Sigismond, la Première Représentation,\nLucas et Perrette. Plusieurs autres compositeurs, moins suivi-\nrent Mouret et Gilliers dans cette voie : Labbé [les Amours déguisés),\nDelacroix (.Arlequin au Sabbat), Quinault (les Aventures du camp de\nPorche-F ont aine), Aubert (Arlequin Huila, la Reine des Péris, Arle-\nquin gentilhomme malgré lui), Biaise [les Fées rivales, le Génie de la\nFrance, les Ages en récréation, Amadis, les Muses, Alcione), Des-\nbrosses (les Amusemens champêtres, le Mai), etc.\nEnfin Dauvergne vint,., et le succès des Troqueurs, donnés par lui à\nl'Opéra-Comique, fut si éclatant, que ce théâtre ne songea qu'à le renou-\nveler et à poursuivre un essai qui avait été si heureux. Duni, qui s'était\nfait une réputation en Italie, sa patrie, et qui était alors attaché à la cour\nde Parme, cour toute française, où on lui avait demandé un petit opéra\nsur paroles françaises, avait fait demander un poëme à Favart, qui lui\navait envoyé le Peintre amoureux de son modèle. Ce petit ouvrage\nayant été très bien accueilli à Parme, l'administration de l'Opéra-\nComique avait fait demander à Duni s'il lui plairait de venir le monter\nà Paris. Le compositeur ne se Tétait pas fait dire deux fois, et son œuvre"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "80", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.41", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2805, "texte": "ayant obtenu un grand succès, il se fixa en France, écrivit une seconde\npièce, Nina et Lindor, et devint l un des fondateurs du nouveau genre.\nUn chanteur de l'Opéra-Comique, Laruette, dont le nom est resté le\ntype de l'emploi connu d'abord sous la qualification de « rôles à\ntablier, » et qui était bon musicien, se mit aussi à composer des « pièces\nà ariettes, » et fit jouer en peu de temps le Docteur Sangrado (dont il\nécrivit la musique en collaboration de Duni), le Médecin de VAmour,\nVHeureux Déguisement, Cendrillon; le financier Laborde, qui se\npiquait aussi de composition, donna Gilles garçon peintre, amoureux\net rival, et enfin Monsigny, qui était venu à Paris dans le but de se\nproduire au théâtre, fit ses débuts par les Aveux indiscrets.\nPendant ce temps, la Comédie-Italienne suivait la même voie, mais\npar d'autres moyens ; c'est-à-dire que les pièces à ariettes qu'elle offrait à\nson public n'étaient point le fait d'auteurs français, et n'étaient que la\ntraduction d'intermèdes italiens. Evidemment, les deux théâtres (car\n1 Opéra-Comique donnait aussi des traductions) avaient quelque peine à\nformer un personnel de jeunes compositeurs capables de les fournir\nd'œuvres nouvelles et de ne les point laisser chômer. La Comédie-\nitalienne donna donc successivement : les Voyageurs (i Viaggiatori) ,\nla Servante maîtresse (la Serva padrona), Ninette à la Cour (écrite en\nfrançais, à Parme, par Duni), le Maître de musique [il Maestro di\nmusica), la Bohémienne (la Zingara), les Chinois [il Cinese), la Pipée\n(il Paratagio), le Charlatan (il Medico ignorante).\nTelle était la situation au moment où Monsigny et Philidor se pro-\nduisirent presque simultanément et donnèrent, à un mois de distance,\nchacun leur premier ouvrage à l'Opéra-Comique. Le 7 février 1759, le\npremier faisait jouer à ce théâtre les Aveux indiscrets, et le 9 mars sui-\nvant, le second entrait en lice avec Biaise le Savetier. Tous deux obtin-\nrent un grand succès, et, avec Duni, furent aussitôt les musiciens\nattitrés des deux scènes rivales. Grétry il faut le remarquer —ne com-\nmença que dix ans plus tard_, en 1769, grâce à l'appui et au dévouement\nde Philidor lui-même. Lorsqu'il vint, le genre était donc créé, florissant,\net, s'il sut y faire preuve de génie, c'est une inexactitude néanmoins de\nle considérer, ainsi qu'on affecte de le faire parfois, comme le véritable\net principal créateur de l'opéra-comique. Les vrais parrains de celui-ci,\non ne saurait trop le répéter, sont Duni, Philidor et Monsigny.\nLa musique de Biaise le Savetier fit une profonde sensation, et\nl'apparition de cet ouvrage fut presque un événement. La main ferme et\nsure de Philidor annonçait, du premier coup, un musicien d'une grande\nvaleur et d'une instruction rare, et le public fut même tellement surpris"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "81", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.43", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3008, "texte": "que son étonnement ne fut pas sans quelque mécompte ; peu habitué à\nune nourriture aussi succulente, il ne s'y fit pas sans scrupule et sans\nhésitation, ce La musique de Biaise, nous disent les frères Contant\nd'Orville dans leur Histoire de F opéra-bouffon, quoique sçavante et\npleine de feu, a paru aux connaisseurs trop uniforme; ils auroient sou-\nhaité un certain mélange de doux et de fort, de mouvement et de repos,\nqui est à l'égard des sons ce que la distribution de l'ombre et de la\nlumière est à l'égard des couleurs. » Voilà le jugement d'un simple\ndilettante. Un almanach spécial, les Spectacles de Paris, se borne à\nconstater le succès éclatant et persistant de l'ouvrage : « Tout ce qu'on\npeut dire de cet opéra comique, c'est que le public Fa vu soixante-huit\nfois sans se lasser, peut-être même, pourrait-on dire, chaque jour avec le\nmérite de la nouveauté. »\nVoici maintenant l'appréciation d'un artiste, d'un musicien, onze ans\naprès l'apparition de l'œuvre de Philidor. Dans un article de fond\npublié dans son Journal de musique, à la date de mai 1770, Framery,\nétudiant les progrès faits par la musique française depuis un certain\ntemps, s'exprimait ainsi :\n« Les choses en étoient à ce point; la musique gagnoit chaque jour.\non s'accoutumoit à l'entendre, ce qui aidoit à devenir capable de la sentir.\nLa musique françoise étoit absolument discréditée, du côté qu'on appelle le\npetit genre, c'est-à-dire celui des grâces et de la gaîté. Ce qui existoit alors\nétoit véritablement un mélange très agréable de tournures françoises et de\ntournures italiennes. Notre musique étoit chose facile à chanter, mais c'étoit\nun assemblage informe, et l'harmonie n'avoit pas acquis autant de perfection\nque le chant. Un homme parut, dont le premier ouvrage sembla plus extraor-\ndinaire qu'agréable. Les oreilles, étonnées d'être remplies pour la première\nfois, se crurent assourdies. L'expression des paroles, rendue d'une façon nou-\nvelle, ne fut point d'abord sentie. Parce que ce musicien transporta dans\nl'orchestre les passions qu'il avait à peindre, afin de conserver au chant sa\nsimplicité, on lui refusa de l'expression; et parce qu'il ne s'astreignit point à\ndonner à toutes ses ariettes la tournure quarrée et monotone d'une brunette\nou d'une romance, on nia qu'il eût du chant. Tel est l'effet que produisit\nBiaise le savetier dans sa nouveauté. On n'étoit pas encore assez sensible à\nla musique, on n'étoit pas assez instruit de ses moyens pour tenir compte à\ncet auteur, autant qu'il le méritoit, des tableaux ingénieux qu'il avoit offerts,\nde l'emploi raisonné des instruments à vent qui n'avoient servi jusqu'alors\nque de remplissage, de la hardiesse avec laquelle il avoit osé le premier\npeindre les passions différentes et contrastées de cinq ou six personnes dans\nun même morceau de musique, sans confusion, sans embarras, sans jamais\nfaire perdre à l'un d'eux le caractère qui lui avoit été donné. Nous avions\ndes chœurs, nous avions des fugues, mais un quinque dialogué avec autant"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "82", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.44", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2279, "texte": "d'esprit que de force d'harmonie, c'est ce dont on n'avoit 1 idée ni en Italie\nni en France. »\nJ'ai tenu à reproduire en entier ce paragraphe intéressant, parce que,\nd'une part, il résume et fait connaître d'une façon complète les élé-\nments nouveaux que Philidor importa dans la musique théâtrale, et fait\ncomprendre le caractère jusqu'à un certain point novateur de son talent;\nd'autre part, parce qu'il nous rend un compte exact des premières\nimpressions du public à l'audition de la musique de ce maître; enfin,\nparce que le critique nous fait voir que les vrais musiciens lui tenaient\ncompte de ses efforts et savaient très bien en apprécier la valeur et la\nportée. Et, à ce sujet, j'en reviens à mon premier dire : pour que le\ntalent de Philidor se montrât du premier coup si plein de maturité et de\nperfection, si ferme et si serré, si complexe pour le temps, il fallait que le\njeune musicien eût bien profité de son long séjour en Angleterre, où\ncertainement les œuvres de Hœndel n'avaient pas été perdues pour lui.\nIl est certain, d'ailleurs, que la partition de Biaise le Savetier, très\nfournie et très importante (elle ne comprend pas moins de quatorze mor-\nceaux), est excellente d'un bout à l'autre, et indique un rare tempé-\nrament d'artiste. On y trouve une habileté de mise en œuvre, une\nscience de la facture, un sentiment de l'harmonie, une verve scénique,\nune abondance mélodique, et une force d'instrumentation auxquels on\nn'était certes pas habitué à cette époque, et qui durent, en effet, dérouter\nsingulièrement les premiers auditeurs. A ceux qui voudraient s'en\nrendre compte, je conseille surtout de lire le très remarquable quintette\ncité par Framery, un trio plein de verve et d'élégance : le Ressort est,\nje crois, mêlé, et la tendre et jolie romance de Blaisine : Lorsque tu me\nfaisais Vamour. Ces trois morceaux pourront, à eux seuls, leur donner\nune idée de la supériorité dont Philidor faisait déjà preuve.\nSon talent s'affirmera bientôt d'une façon plus éclatante, surtout dans\nle Maréchal-f errant, avec lequel il obtint un de ses grands triomphes,\net où il fut vigoureusement aidé par son ami Laruette, qui jouait\nfaçon supérieure l'un des rôles les plus importants de l'ouvrage.\n(La suite prochainement.)\n\nARTHUR POUGIN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-07-15-01-c023", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-07-15_01#c023", "volume": "bmtnabc_1874-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 42, "image_fin": 42, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.2.6.3", "titre_corps": "Mr. LA RUETTE Role de la Bride , dans le maréchal ferand.", "titre_sommaire": "Mr. LA RUETTE Role de la Bride , dans le maréchal ferand.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.42", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 85, "texte": "Mr. LA RUETTE Role de la Bride ,\ndans le maréchal ferand.\n( Fac-Simile à l'eau-forte)"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-07-15-01-c025", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-07-15_01#c025", "volume": "bmtnabc_1874-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "83", "page_fin": "84", "image_debut": 45, "image_fin": 46, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.2.7", "titre_corps": "LE PRIX DE ROME", "titre_sommaire": "LE PRIX DE ROME", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 45, "page_imprimee": "83", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.45", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1167, "texte": "LE PRIX DE ROME\n'ACADÉMIE des Beaux-Arts, toutes sections réunies, vient\nde décerner le grand prix de composition musicale à\nM. Ehrhart, élève de M. Reber. Les cantates des concur-\nrents ont été exécutées, comme d'habitude, d'abord au\nConservatoire, en présence du jury spécial, et, ensuite, au palais Ma-\nzarin, devant toute l'Académie des Beaux-Arts, qui a voté après avoir\nreçu communication du choix préalable du jury, composé de : MM. Am-\nbroise Thomas, Reber, Bazin, Victor Massé, Félicien David, Massenet,\nVaucorbeil et Saint-Saëns.\nOn a trouvé singulier que MM. Bazin, Reber et Massé, professeurs\ndes concurrents, aient fait partie du jury ; mais ils figurent, dans cette\nliste, à titre de membres de la section à l'Académie des Beaux-Arts.\nPREMIER GRAND PRIX\nM» Ehrhart, élève de M. Reber.\nSecond grand prix : M. Véronge de la Nux, élève de M. Bazin.\nUne mention honorable à M. Wormser, élève de M. Bazin.\nVoici les noms des artistes qui s'étaient mis obligeamment à la dispo-\nsition des jeunes aspirants au prix de Rome :\nMadame Furchs-Madier, MM. Nicot et Brion d'Orgeval, pour\nM. Ehrhart;\nMademoiselle Chapuy, MM. Bosquin et Delle-Sedie, pour M.\nWormser ;"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "84", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.46", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 590, "texte": "Mademoiselle Huet, MM. Coppel et Manoury, pour M. PopMeaiini,\nMademoiselle Ducasse, MM. Roger et Bonnehée, poui M. Mai-\nmontel;\nMademoiselle Duvivier, MM. Vergnetet Manoury, pour M. de la Nux ;\nMademoiselle Arnaud, MM. Grisy et Menu, pour M. Hillemacher.\nMademoiselle Mauduit et M . Sylva devaient primitivement interpré -\nter la cantate de M. Antonin Marmontel; ils en ont été empêchés par\nles répétitions générales de l'Esclave de M. Membrée. Fort heureuse-\nment, Roger et mademoiselle Ducasse, se sont dévoués et ont lu, pour\nainsi dire, cette cantate remarquable."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-07-15-01-c029", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-07-15_01#c029", "volume": "bmtnabc_1874-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "85", "page_fin": "90", "image_debut": 47, "image_fin": 52, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.2.8", "titre_corps": "BIBLIOGRAPHIE", "titre_sommaire": "BIBLIOGRAPHIE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 47, "page_imprimee": "85", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.47", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1723, "texte": "BIBLIOGRAPHIE\nUSIQUE ET MUSICIENS, par M. GUY DE CHAR-\nNACÉ 2 vol. in-24. Paris, 1873.Librairie musi-\ncale de Pottier de Lalaine. - «Écrit au jour le jour\ndes événements, ce petit livre n'a d'autre prétention\nque de présenter une réunion de documents impar-\ntiaux à ceux qui écriront plus tard l'histoire de la musique de la France,\nà notre époque, et d'avoir été dicté par un sentiment bien fort de la\njustice et de la vérité, puisé au culte du beau. »\nAinsi s'exprime M. de Charnacé dans sa préface, où il développe,\nsous forme de lettre à M. Charles Blanc, ses idées sur 1 état actuel\nde la musique et sur la situation de nos théâtres lyriques. Est-il besoin\nd'ajouter que ces idées sont excellentes, et que nous nous y asso-\ncions de tout point. Nous partageons la haine et le dégoût de l'auteur\npour ce qu'il appelle « l'art démocratique et social, » c'est-à-dire l'o-\npéra bouffe, « cette peste morale, » et la musique de café-concert « à\ntrois sous la chope. » Nous partageons également ses vives sympathies\npour les compositeurs de notre jeune école, qui ont eu la force de se\nsoustraire à cette débauche musicale, pour rester fermement attachés\naux traditions du grand art. M. de Charnacé prend leur cause en main\net la défend en termes chaleureux : « Allez, dit-il, au-devant du mérite\ninconnu, qui ne peut se produire tout seul comme celui du peintre et du\nstatuaire ; ouvrez-leur d'autres voies en dehors du théâtre, où si peu\npeuvent parvenir, et auquel tous ne sont pas aptes. Pour naître à la lu-\nmière, la musique symphonique n'attend chez nous qu'un rayon de fa-\nveur. Créez un fonds destiné à la publication des œuvres instrumenta-\nles, car vous savez que les éditeurs préfèrent graver les Canards à trois"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "86", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.48", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2757, "texte": "becs, hélas ! trop demandés sur le marché, que les compositions artisti-\nques. Faites décider de leur valeur et de leur impression par un comité\ncompétent, et prélevez-en les fonds sur la somme considérable destinée,\nchaque année, aux copistes, souvent sans talent, des chefs-d'œuvre de la\nm\npeinture. (Voilà, certes, une idée qui mériterait de faire son chemin.)\nEt, maintenant, pour lutter contre l'acharnement des cafés-concerts,\nencouragez la création de sociétés chorales et de concerts populaires\nvraiment dignes de ce nom ; donnez à ces établissements des primes d'en-\ncouragement, à la charge d'avoir des prix d'entrée les plus minimes.\nAffranchissez-les des droits qui les grèvent, à la condition de ne faire\nentendre que de belles et saines œuvres. Par votre énergie, débarrassez\nla rue de tous les bastringues, les orchestres, les tréteaux, les hurle-\nments et les hoquets qu'on y entend ; balayez, enfin, les maisons de\nprostitution musicale dont Paris regorge. » Voilà les paroles d'un vrai\net honnête musicien, et nous ne saurions trop féliciter notre confrère\nd'avoir exprimé, avec tant de netteté et de conviction, les idées que nous\navons nous-même défendues si souvent dans ce journal.\nMaintenant que la profession de foi de l'auteur nous est connue,\njetons un rapide coup d'œilsur le nouvel ouvrage qu'il nous présente.\nLe premier volume réunit les comptes rendus des œuvres lyriques\nreprésentées depuis deux ans et ceux de quelques chefs-d'œuvre remis à\nla scène ou exécutés dans les concerts, ainsi que des appréciations sur\nquelques-uns des maîtres contemporains. Ces pages sont fort intéres-\nsantes : elles renferment des aperçus ingénieux et des critiques qui nous\nparaissent toujours fondées, sauf en ce qui concerne Wagner et Schu-\nmann, après lesquels M. de Charnacé ne cesse de s'acharner avec une\nacrimonie et une passion, qui nuisent parfois à la rectitude de son juge-\nment.\nLe second volume est consacré tout entier à la traduction de quel-\nques fragments des œuvres critiques de Wagner (Gesammelte Schriften\nund dichtungen). Ces fragments sont les suivants : ie Sur la musique\nallemande. 20 Sur l cuverture. 3° De la direction de Vorchestre.\n40 L'opéra et le drame (ire partie). Je n'ai pas besoin de faire ressortir\nl'importance de cette traduction qui permettra au public de se fami-\nliariser avec des travaux d'esthétique musicale extrêmement remar-\nquables et qui lui étaient inconnus jusqu'ici. On parle volontiers de\nWagner et de son système, mais, parmi tous ces aimables discoureurs,\nqui foulent aux pieds ou qui exaltent jusqu'aux nues le « prophète de\nla musique de l'avenir, » combien peu connaissent vraiment les ques-\nt ons qu'ils tranchent avec une si charmante désinvolture. Malheureu-"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "87", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.49", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 2265, "texte": "Sement, les fragments d'opéra et drame, traduits par M. de Charnacé, ne\npeuvent guère suffire à nous donner une idée complète des théories du\ncélèbre réformateur, et nous regrettons que notre confrère ait laissé\nde côté les deux autres parties de ce curieux ouvrage, à savoir : a Les\npièces de théâtre et l'essence de la poésie dramatique ; la poésie et la\nmusique dans le drame de Vavenir. » Il est vrai que si M. de Charnacé\navait voulu traduire et publier in extenso l'œuvre complète de Wagner,\nil lui aurait fallu, ainsi qu'il l'explique lui-même, l'autorisation de l'au-\nteur, autorisation qui lui eût été certainement refusée, en présence de\nl'esprit d'hostilité qu'il ne cesse de manifester avec trop de complaisance\net des critiques trop souvent injustes dont il a cru devoir entremêler sa\ntraduction. Sur ce terrain, nous avons le regret de nous séparer absolu-\nment de M. de Charnacé, et, bien que nous n'admettions pas sans\nréserves toutes les doctrines de Wagner et notamment les critiques qui\nse trouvent formulées dans les derniers paragraphes d'opéra et drame\n(ire partie), nous ne pouvons néanmoins nous empêcher de reconnaître\net d'apprécier, comme il convient, la haute valeur de ses œuvres drama-\ntiques et de ses travaux d'esthétique.\nH. Marcello,\nLA COMÉDIE-FRANÇAISE, histoire administrative (1658-1757),\npar JULES BONNASSIES. Paris, Didier, 1874. In-12 de 400 pages,\navec un tableau. Voici le premier volume de la grande série sur l'his-\ntoire administrative de notre première scène nationale, annoncée depuis\nlongtemps dans le monde des lettrés et dont les lecteurs de la Chronique\nmusicale connaissent un chapitre. L'auteur explique, dans sa préface,\nque jafriais ce travail n'a été fait sérieusement ni au dix-huitième siècle,\nni en celui-ci, parce que aucun des écrivains qui ont abordé le sujet n'a\neu recours aux documents conservés dans les Archives de la Comédie.\nC'est là, en effet, aux Archives nationales et dans les études des notaires\nde Paris, que notre collaborateur M. Jules Bonnassies a puisé les élé-\nments de cette grande série qui ne comprendra pas moins de six volumes.\nIndiquer même succinctement ce que contient celui-ci n'est guère\npossible : bornons-nous à dire que tous les contrats, actes de Société,"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "88", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.50", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2294, "texte": "règlements intérieurs, pièces légales, dont la Comédie fut 1 objet de 1657\nà 1757, ont été retrouvés par l'auteur et commentées par lui.\nLa seconde partie du volume est consacrée à une restitution de la vie\ndes comédiens français sous l'ancien régime, La part de 1 inédit y est\négalement considérable.\nO. Le Trioux.\nTRAITÉ THÉORIQUE ET PRATIQUE DE L'ORGANI-\nSATION DES SOCIÉTÉS MUSICALES, par P. CLODOMIR. -\nVoici un excellent ouvrage et qui fait le plus grand honneur à son au-\nteur. Très spirituellement écrit, ce qui n'est pas à dédaigner dans un\nlivre théorique et technique, M. Clodomir a renfermé dans un volume\nélégant et fort joliment illustré tout ce qu'il est nécessaire de savoir\npour organiser de bonnes Sociétés de musique d'harmonie, depuis les\nnotions des instruments qui la constituent jusqu'aux instructions sur les\nconcours de musique et les statuts et règlements des Sociétés.\nLes détails sur l'étendue des instruments sont suffisants pour permettre\nà tout compositeur d'écrire pour la musique militaire, dont l'instrumen-\ntation est, comme on sait, si absolument différente de celle des orches-\ntres de symphonie et d'opéra. Il ne lui faudra qu'un peu d'habitude\npour y parvenir. Le chapitre qui traite de l'accord des instruments est\nd'une haute importance, et je ne sache pas que ce sujet ait jamais été\nabordé, du moins avec cette lucidité. Mais ce qui est surtout précieux pour\nun chef de musique d'harmonie, c'est de savoir former un orchestre où\nla proportion convenable entre les instruments de nature diverse comme\nétendue, timbre et sonorité, lui permettra de produire le plus d'effet pos-\nsible, selon le nombre d'instrumentistes dont il pourra disposer, et tout\ncela est parfaitement développé dans le chapitre 111. Les compositeurs\nnovices et même ceux qui ont l'habitude de la partition symphonique\net lyrique, éprouvent souvent de la peine à bien se rendre compte de\nl'énorme quantité de transpositions qui se rencontrent dans les partitions\nde fanfares ou d'harmonie. Les explications de M. Clodomir à cet égard\nne laissent rien à désirer. Le prix approximatif des instruments est très\nutile à connaître ; aussi les musiciens, aussi bien que les chefs-direc-\nteurs et les présidents de Sociétés sauront-ils gré à l'auteur de ce livre de"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "89", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.51", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 2049, "texte": "le leur avoir donné. Rien enfin n'a été négligé, ni les instructions sur la\nmanière d'obtenir une bonne exécution, ni les soins de propreté néces-\nsaires à l'entretien des instruments, pas même les ficelles qu'il est bon\nqu'un directeur de musique emploie quelquefois pour jeter delà poudre\naux yeux de son public. Enfin, le Traité théorique et pratique de l'or-\nganisation des Sociétés musicales, harmonies et fanfares, de M. Clo-\ndomir, est un ouvrage à part, et le complément indispensable des traités\nd'instrumentation de Berlioz et de M. Gevaërt.\nÉCOLE PRIMAIRE DE CHANT CHORAL, par M. Louis\nDESSANE. Je dois faire ma confession : je n'ai jamais été partisan outré\ndes orphéons, parce que, en dehors du bien moral qui peut en résulter\npour ceux qui en font partie, ce dont je n'ai point à me mêler, je n'ai\npas très distinctement perçu jusqu'à présent le grand avantage que l'art\nmusical en retire, seule chose qui m'intéresse. Mais puisque les orphéons\nexistent, autant les encourager et faciliter aux orphéonistes les moyens\nde devenir bons musiciens. Sous ce rapport, Y École primaire de chant\nchoral, par M. Louis Dessane, est un ouvrage qui peut rendre de grands\nservices. Les principes de la musique y sont clairement énoncés, et la\nplupart des études ou exercices bien combinés et bien gradués. Ce n'est\npas la faute de M. Dessane si l'usage déplorable a prévalu de substituer\npour les ténors la clef de sol, qui n'appartient qu'aux voix de femmes et\naux instruments élevés, à la clef d'wf, quatrième ligne, où les notes se\ntrouvent à leur véritable place. Il ne faut pas non plus lui reprocher\nd'avoir consacré trois ou quatre leçons au chant à bouche fermée. Lim-\nnander, qui, le premier, si je ne me trompe, a employé ce moyen, dont\nplus tard, Auber et même Verdi, ont eu, selon moi, le tort d'user, a\nrendu à l'art un très mauvais service, la voix humaine n'étant pas faite\npour les jongleries. M. Louis Dessane s'est conformé aux usages,\nbons ou mauvais, qui existent, et son ouvrage est un excellent manuel\npratique."}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "90", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.52", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 765, "texte": "LES GAMMES COMPLÈTES ET PROGRESSIVES POUR\nLE VIOLON, par EDOUARD LAPRET. Apprendre à faire les gammes\nse trouve dans toutes les méthodes de violon ; mais jamais, jusqu'à ce\njour, il n'a paru d'ouvrage aussi complet que celui de M. Lapret. L'é-\nlève qui aura le courage de le travailler depuis le commencement jus-\nqu'à la fin, devra nécessairement arriver à une force d'exécution extraor-\ndinaire. Ce qui frappe dans cette méthode, c'est la simplicité avec\nlaquelle son auteur, sans discours et sans commentaires, conduit pro-\ngressivement son élève depuis les exercices les plus élémentaires jus-\nqu'aux plus extrêmes difficultés. Le travail de M. Lapret peut se placer\nau premier rang des bons ouvrages théoriques et pratiques.\nHenry Cohen."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-07-15-01-c037", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-07-15_01#c037", "volume": "bmtnabc_1874-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "91", "page_fin": "96", "image_debut": 53, "image_fin": 58, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.2.9", "titre_corps": "VARIA", "titre_sommaire": "VARIA", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 53, "page_imprimee": "91", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.53", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1355, "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nFAITS DIVERS\nous empruntons à la chronique musicale du Monde illusti'é,\nde notre collaborateur Albert de Lasallç, des détails fort\nintéressants sur la longévité des musiciens, M. de Lasallç\ns'exprime ainsi :\nUn de ces jours derniers, par un beau soleil, nous nous\namusions à inventorier les bustes des compositeurs, qui\nornent les façades de l'Opéra. Ces morceaux de sculpture portent en légende,\navec le nom du musicien, la date de sa naissance et celle de sa mort. 11 nous\nfat facile le lendemain de dresser le tableau suivant, qui indique l'âge auquel\nchacun de ces illustres artistes a rendu son âme à Orphée.\nVoyez, et dites si la musique n'est pas Télixir de longue vie dont on\ncroyait la recette introuvable :\nGossec mort à 96 ans\nAuber 90\nMonsigny 88\nCampra 84\nChérubini.... 82\nRameau 81\nHaydn 77\nSpontini 77\nRossini 76\nSaiieri 75\nHaendel 74\nPaisiello 74\nLesueur 74\nGluck 73\nPiccini 72\nGrétry 72\nMeyerbeer 70\nS. Bach 65\nHalévy mort à 63 ans\nBoïeldieu 59\nBeethoven 57\nDalayrac 56\nLuili 54\nMéhul 54\nA. Adam. ..... 53\nDonizetti 5o —■\nCimarosa 47\nNicolo 43\nHérold 41\nWeber 40\nChopin 39\nMendelssohn. . 38\nMozart 35\nBeliini 33\nSchubert 3i\nPergolèse 26\nVoilà donc, disposés en tableau, les noms des trente-six compositeurs les\nplus célèbres. Sur le nombre, il y en a dix seulement qui n'ont pas atteint"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "92", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.54", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2221, "texte": "Tâge d'un demi-siècle. Mais vous en compterez dix-sept dont la vie s'est\nprolongée au delà de soixante-dix ans.\nVous voudrez bien remarquer encore que la liste s'ouvre par les noms de\nmusiciens français (car je compte comme tel le florentin Cherubini, qui a\nvécu et travaillé à Paris, qui a été membre de notre Institut et directeur de\nnotre Conservatoire). Par contre, les six derniers noms de la nomenclature\nappartiennent à des étrangers. On me dira qu'il y a là l'effet d'un simple\nhasard. Je veux bien qu'il soit simple ce hasard ; dans tous les cas, il est assez\nheureux pour mériter d'être signalé.\nEnfin, la moyenne générale de tous ces âges mortuaires est sensiblement\nde soixante et un ans, sept mois.\nMaintenant, en considérant séparément les nationalités, nous trouvons ces\nmoyennes :\nFrançais 68 ans\nItaliens « 59\nAllemands 56 -\nCONCOURS A HUIS-CLOS DU CONSERVATOIRE. Solfège : Les concours à\nhuis-clos du Conservatoire ont commencé le 9 juillet. Notre collaborateur,\nM. Arthur Pougin, en fera, dans un prochain numéro, le compte rendu cri-\ntique, à la suite duquel nous insérerons le Palmarès, qui donnera à nos lec-\nteurs le détail exact des élèves couronnés pour les classes de chant et d'ins-\ntruments. La Chronique musicale suit en cela le principe qu'elle a adopté\nl'année dernière au sujet de ces mêmes concours.\nCONCOURS PUBLICS DU CONSERVATOIRE. Les concours publics du Conser-\nvatoire de musique commenceront le jeudi 23 courant.\nVoici l'ordre des séances :\nJeudi 23, à dix heures du matin, chant.\nVendredi 24, à neuf heures, piano.\nSamedi 25, à midi, opéra.\nLundi 27, à midi, opéra-comique.\nMardi 28, à dix heures, tragédie, comédie.\nMercredi 29, à neuf heures, violoncelle, violon.\nJeudi 30, à neuf heures, instruments à vent.\nLe ministère hongrois vient de rendre un décret administratif qui\naffirme le droit que possède chacun de manifester ses opinions au théâtre\navec des sifflets. Cette singulière décision a été provoquée par le comte Bis-\nsingen, lequel, en compagnie de son ami le comte Esterhazy, s'était permis\nde siffler un ténor débutant qui lui déplaisait. Le comte Bissingen avait été\ncondamné pour ce fait à cinquante florins d'amende. 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Les concours publics du Conser-\nvatoire de musique commenceront le jeudi 23 courant.\nVoici l'ordre des séances :\nJeudi 23, à dix heures du matin, chant.\nVendredi 24, à neuf heures, piano.\nSamedi 25, à midi, opéra.\nLundi 27, à midi, opéra-comique.\nMardi 28, à dix heures, tragédie, comédie.\nMercredi 29, à neuf heures, violoncelle, violon.\nJeudi 30, à neuf heures, instruments à vent.\nLe ministère hongrois vient de rendre un décret administratif qui\naffirme le droit que possède chacun de manifester ses opinions au théâtre\navec des sifflets. Cette singulière décision a été provoquée par le comte Bis-\nsingen, lequel, en compagnie de son ami le comte Esterhazy, s'était permis\nde siffler un ténor débutant qui lui déplaisait. Le comte Bissingen avait été\ncondamné pour ce fait à cinquante florins d'amende. 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Louis Lacombe, et madame Lacombe viennent\nd'ouvrir, rue Mondovi, 4, de beaux salons, où, le samedi, ces excellents\nartistes aimés du public parisien réunissent quelques amis.\nCe sont de charmantes soirées où on entend de la musique comme la sa-\nvent faire ces deux professeurs sympathiques de l'art classique et moderne.\nC'est laque, dorénavant, ils recevront leurs élèves; M. et madame Lacombe\nne quitteront point Paris cette année, même pendant les vacances, et ils se\ntiendront à la disposition des amateurs et professeurs qui viennent à Paris\ndans le but de perfectionner leur talent.\nM. le ministre de l'lnstruction publique et des Beaux-Arts vient de\nsouscrire à vingt exemplaires du Messie de Haendel, édité par M. Gustave\nAvocat. Nos lecteurs se souviennent que nous avons donné dans un de nos\nprécédents numéros le beau frontispice de cette édition du Messie.\n—M. 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Cogniard a\nengagé, pour jouer le principal rôle, mademoiselle Bressolle, une jeune\nartiste qu'on avait remarquée à la Renaissance.\nLe ténor chargé de lui donner la réplique est M. Gabel, frère de la canta-\ntrice, et la direction du Château-d'Eau cherche à obtenir de M. Hostein\nqu il lui cède pour cet ouvrage madame Henry, une dugazon de province\ndont on dit le plus grand bien.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[49]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.1", "texte": "V.\n4\n\nCURIOSITÉS DE L'ACOUSTIQUE\nÉCHOS ET RÉSONNANCES\n\nANS un milieu de nature homogène, d'une den-\nsité invariable, le son se propage uniformé-\nment et en ligne droite, décroissant graduelle-\nment à mesure que les ondes sonores s'éloi-\ngnent du centre d'ébranlement. Mais s'il ren-\ncontre un obstaclev où il lui communique son\nmouvement vibratoire, alors il y a réson-\nnance ; ou il se réfléchit à sa surface, en faisant\nl'angle de réflexion égal à l'angle d'incidence,\net il se produit alors un phénomène auquel nous avons donné le nom\nà'écho, en mémoire de l'infortunée victime de Narcisse, dont on connaît\nl'histoire lamentable.\nLa physique établit une corrélation étroite entre les phénomènes du"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "50", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.2", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nson et ceux de la lumière. Il y a une grande analogie, en effet, quant aux\nphénomènes de la réflexion surtout. Toutefois, pour être réfléchi avec\nla plus grande netteté, le son n'exige pas une surface claire et unie, et\nn'est que peu sensible aux séductions d'un miroir. La voûte humide et\nsombre d'un caveau, ou d'une grotte profonde, une masse de vapeur très\ndense, un dôme épais de verdure même sont très souvent des réflecteurs\npuissants du son. Enfin, le son se joue parfois des obstacles impéné-\ntrables ou infranchissables au rayon lumineux le plus intense.\nEn résultat de compte, on peut dire plus exactement que le son obéit\naux mêmes lois que les corps élastiques. D ou il suit que certaines conv\nbinaisons de l'écho peuvent être, sans témérité, assimilées à celles du\ncarambolage.\nIl y a des échos simples ou monosyllabiques, c est-à-dire qui ne répè -\ntent qu'une syllabe, ou son distinct *, et des échos polysyllcibiques, qui\nen répètent plusieurs. La même surface réfléchissante peut produire ces\ndeux sortes d'échos : c'est simplement une question de distance.\nIl est convenu que le temps le plus court exigé pour placer dans la\nconversation une seule syllabe, est d'un dixième de seconde. Le son par-\ncourant, dans le même temps, environ trente-quatre mètres, il faudra\ndonc, pour permettre à l'écho de se produire, en d'autres termes, pour\nque le son réfléchi ait le temps de revenir avant l'émission d'un nouveau\nson direct, qu'une distance de dix-sept mètres au moins soit ménagée\nentre la source du son et le corps réfléchissant. La vitesse du son réfléchi\nétant la même que celle du son direct, dans cet intervalle d'un dixième\nde seconde, il aura parcouru dix-sept mètres pour aller à l'obstacle et\ndix-sept mètres pour en revenir, soit au total les trente-quatre mètres\nnécessaires.\nSi la distance était plus rapprochée, ou l'émission du son original plus\nprécipitée, le son réfléchi se confondrait au retour avec le son direct de\nla syllabe suivante, et il n'y aurait plus écho, mais résonnance.\nEn doublant la distance, on obtiendra de l'écho deux syllabes au lieu\nd'une, et ainsi de suite, autant de syllabes qu'on apportera de multiples\nau chiffre de dix-sept mètres.\nLes résonna.nces ou combinaisons de sons directs ou réfléchis, pro-\nduisent, dans les lieux clos et de peu d'étendue relative, une confusion\ninsupportable. On peut en faire l'observation dans les grandes pièces"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "51", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.3", "texte": "ÉCHOS ET RÉSONNANCES\n\ndésertes d'un appartement démeublé; dans les églises peu chargées d'or-\nnements et où les fidèles sont peu nombreux ; enfin dans toute arène\nvouée aux joûtes oratoires.\nC'est ainsi que dans l'église Saint-Paul, de Boston (États-Unis), la\nvoix du prédicateur ne devient intelligible, même pour lui, qu'aux\njours de fête carillonnée, où les ornements, qui abondent ces jours-\nlà, atténuent le plus heureusement du monde l'extrême sonorité des\nvoûtes.\nA Notre-Dame de Paris, il nous est arrivé, une fois par hasard,\nle sermon étant prêché par un prédicateur obscur, d9observer le même\neffet de résonnance choquante. Malgré tous ses efforts, l'infortuné prédi-\ncateur ne parvenait pas à se faire entendre, et souffrait visiblement lui-\nmême d'un phénomène d'acoustique dont le peu d'empressement des\nfidèles était l'unique cause.\nLe grand amphithéâtre de chimie et de physique du Jardin des Plantes,\nl'amphithéâtre de physique du Collège de France et l'hémicycle de\n*\n1 Ecole des Beaux-Arts, à Paris, présentent, dans ce genre, des défectuo-\nsités plus ou moins graves auxquelles on n'a pu remédier, jusqu'à pré-\nsent, d'une manière satisfaisante.\nDans les salles de concert, ces résonnances sont plutôt avantageuses,\ncar elles ajoutent à l'effet des instruments ; et, loin de les éviter, l'archi-\ntecte, au contraire, vise à augmenter le plus possible la sonorité des\nsurfaces réfléchissantes. Les anciens, dans ce but, garnissaient leurs\nthéâtres qui, d'ailleurs, étaient immenses, de cloches d'airain renversées\nque le son des voix faisait vibrer.\nil est inutile de donner des exemples monosyllabiques et même\npolysyllabiques, qui sont produits par des corps réfléchissants simples.\nMais les échos qui répètent plusieurs fois le même son, et qu'on appelle\npar cette raison échos polyphones, présentent des variétés curieuses qui\nméritent bien d'être signalées.\nUn des échos polyphones les plus célèbres est celui que le P. Kircher a\nobservé à la villa du marquis de Simonetta, située près de Milan, et\nqu'ont cité, d'après lui, ou d'après leurs propres observations posté-\nrieures, Gaspard Schott, d'abord, puis Misson, Addison, Monge, Ber-\nnouilli et vingt autres, avec des détails que nous négligerons. Cet écho\nest produit par les murs parallèles des deux ailes de l'édifice. Il paraît\nqu'il répète jusqu'à quarante fois un seul mot prononcé d'une fenêtre\ns'ouvrant au milieu d'un de ces murs, et soixante fois la détonation d'un"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "52", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.4", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\npistolet, non pas pourtant très distinctement, si ce n'est à 1 aube et le\nsoir fort tard, et par un temps calme.\nL'abbé Teinturier a décrit un écho qui existait près de Verdun et qui\nétait produit par une cause analogue. Au lieu de deux murs, il s agissait\nde deux tours distantes l'une de l'autre d'environ quarante-cinq mètres.\nUn mot prononcé par une personne placée exactement entre ces deux\ntours était répété douze à treize fois.\nPrès d'Andersbach, en Bohême, il existe une sorte de labyrinthe, de\ntrois milles et demi (d'Allemagne) de circonférence, semé de rochers coni-\nques et très aigus représentant assez bien, au dire de l'auteur anonyme\nde la Description de cet écho, le squelette d'une montagne. D'un centre\nphonique, situé à peu de distance du plus grand de ces rochers, Pécho\nrépète trois fois de suite, et sans la moindre confusion, une phrase de\nsept syllabes.\nPlott, dans son Histoire naturelle du comté d'Oxford (Angleterre),\nparle d'un écho du parc de Woodstock où fut jadis assassinée la belle\nRosamonde, maîtresse de Henri 111, lequel écho répète le même son\ndix-sept fois pendant le jour et vingt fois pendant la nuit.\nJe ne suppose pas que ce soit l'ombre de la belle Rosamonde qui se\nlivre à de pareilles plaisanteries.\nUn écho, niché quelque part dans un coin de l'aile nord de l'église\nparoissiale de Shipley, répète jusqu'à vingt et une syllabes.\nIl y a, dit-on, au tombeau de Metella, femme de Crassus, situé près\nde Rome, un écho qui répète cinq fois les paroles qu'on prononce au\npied de la colline qui le supporte. Boissard affirme même que cet écho\na poussé la complaisance jusqu'à lui répéter huit fois le premier vers de\nVEnéide :\nArma, virumque cano) Trojœ qui primus ab oris...\nqu'il venait de lui souffler.\nCes exemples des complaisances aimables de l'écho pourraient se mul-\ntiplier à l'infini, mais nous avons mieux, beaucoup mieux, et la variété\nne saurait nuire à notre description.\nGranville décrit un admirable écho produit par un banc de rochers qui\ns'élève sur la rive du Rhin, près de Larley,et qui renvoie les sons musi-\ncaux avec une grande netteté et une intensité lentement décroissante\njusqu à évanouissement total. Pour jouir dans toute sa plénitude du"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "53", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.5", "texte": "ÉCHOS ET RÉSONNANCES\n\nplaisir d'entendre ce phénomène, il convient d'être placé sur un bateau\nstationnant au milieu du fleuve.\nSur les rives de la Clyde, à Roseneath, près de Glasgow (Écosse), il\ny avait un écho qui faisait sa spécialité de répéter trois fois de suite la\nmélodie qu'une personne «de l'aimable société» voulait bien lui seriner,\net chaque fois dans un ton plus grave..Mais, hélas !il a disparu : c'est\nen vain que vous le demanderiez aux échos d'alentour aujourd'hui.\nConnaissez-vous le lac de Killarney, en Irlande ? Ce lac est situé dans\nl'un des sites les plus pittoresques et les plus imposants du monde entier.\nIl se trouve encaissé entre des montagnes élevées à pic, de la plus haute\ndesquelles s'échappe et tombe, avec un fracas épouvantable, la cascade\nde Sullivan. Un grand nombre d'îles plus de trente, je crois\némaillent sa surface limpide. Rien ne peut rendre l'impression de ce\nspectacle grandiose, éclairé par la pâle lueur de la lune, dans une belle\nnuit d'été, car je ne veux pas m'arrêter à l'idée d'une tempête en pa-\nreil lieu.\nNaturellement, ce lac est riche en échos. Il en héberge un, entre\nautres, qui se borne à faire la seconde partie dans un air joué sur la\nhornpipe. Ce n'est rien : car il paraît on me l'a affirmé, du moins\nqu'il en possède un d'une puissance bien autrement merveilleuse et\nsurtout de mœurs exemplairement policées. Car si vous lui demandez :\nHow do you do? (Comment vous portez-vous?) il ne manque pas,\nparait-il, de vous répondre aussitôt : (Très bien,\nje vous remercie.)\nA moins, bien entendu, qu'il ne soit malade.\nIl est triste de penser que le P. Kircher ne connut point cet écho si bien\nélevé. Pour lui qui passa une partie de sa vie à faire l'éducation de cette\nsorte de phénomène en apparence rebelle à tout enseignement, soit\nlaïque, soit congréganiste, il n'est pas douteux qu'il n'eût cultivé sa\nconnaissance avec bonheur.\nEntre autres inventions, le savant Jésuite avait imaginé un écho à\nvariations, dont les obstacles étaient disposés de sorte qu'ils lui ren-\nvoyaient : le premier, le mot final de la phrase qu'il venait de prononcer,\net les suivants ce même mot, diminué d'une syllabe à chaque obstacle.\nOn voit d'ici le parti que tirait le P. Kircher de cette disposition : en\nchoisissant un mot final qui, ainsi décapité, conservait cependant un sens,\net dont les tronçons réunis, par la succession rapide des réflexions,\nformaient une phrase intelligible."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "54", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.6", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nComme au lac de Killarney, le P. Kirchcr avait donné à la campagne\nde Rome, stupéfaite, un écho avec lequel on pouvait entrer en conver-\nsation. La conversation n'était pas très variée, cependant ; il faut bien\nl'avouer.\nC'est encore le P. Kircher qui inventa l'écho liétérophone proprement\ndit, lequel présente le plus indiscutable effet de carambolage du son\nqu'on puisse désirer. L'invention consiste à placer en face de l'angle\nformé par deux murs, et à distance convenable, un obstacle préparé de\nfaçon qu'il renvoie le son de l'autre côté, où l'oreille d'un compère est\ntendue, au lieu de le renvoyer au foyer d'émission, suivant la méthode\nnaturelle et vulgaire. Dans ce cas, il suffît que l'un des deux compères\nenvoie à l'obstacle réfléchissant une question quelconque, pour que\n'autre, qui a recueilli cette question, y fasse une réponse convenable,\napportée au premier par la même voie.\nIl y a des esprits mal faits qui prendront de telles expériences pour des\nenfantillages, d'un résultat absolument nul pour la science; et d'autres\nqui trouveront, développé au dernier point chez le savant Jésuite, un\npenchant déplorable à la mystification (i). Je n'aurai garde de me pro-\nnoncer en cette délicate conjoncture; mais,si le P. Kircher passa un tan-\ntinet pour sorcier dans son temps, le pape Sylvestre II (Gerbert de son\nnom), ayant joui à un haut degré d'une réputation analogue, au dixième\nsiècle, grâce à ses inventions de têtes parlantes, on comprend qu'il ne\ns'en soit pas plus mal trouvé.\nComme Chladni, dans un ordre d'expériences plus sérieux, Kircher\nétait sans cesse poursuivi du démon de l'invention. Non content\nd observer les phénomènes de vibrations sonores que la nature lui\noffrait, il fallait qu'il les reproduisît artificiellement ou qu'il en cons-\ntiuisit d ou a peu près. C'est ainsi qu'il s'ingénia à reproduire\nsans succès la célèbre oreille d espèce de caverne située\ndans les carrières de Syracuse, où la tradition veut que le tyran ait fait\nconstruire un cachot pour les prisonniers, dont il pouvait entendre toutes\nles paroles à distance.\nLes tentatives de ce genre n'ont jamais réussi, quels que soient les\nsoins qu'on ait pris pour s'assurer le triomphe. Et ceci déconcerte un peu,\nil faut le diie, les théoriciens les plus savants, et partant les moins faciles\n\n(t) (.est encore au P. Kixher qu'est due l'invention de la"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "55", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.7", "texte": "ÉCHOS ET RÉSONNANGES\n\nà déconcerter. M. R. Radau nous fournit un exemple de plus de l'inanité\nde pareilles entreprises :\n« Un Anglais qui voyageait en Italie, dit M. Radau (i), rencontra sur\nsa route un écho tellement beau qu'il voulut l'acheter. L'écho était pro-\nduit par une maison isolée. L'Anglais la fit démolir, numérota toutes les\npierres et les emporta avec lui en Angleterre, dans une de ses propriétés,\noù il fit rebâtir la maison exactement comme elle avait été. Il choisit\npour emplacement un endroit de son parc qui était à une distance du\nchateau égale à celle où l'écho avait été distinct en Italie. Quand tout\nfut prêt, l'heureux propriétaire résolut de pendre la crémaillère de son\nécho d'une manière solennelle. Il invita tous ses amis à un grand dîner\net leur promit l'écho pour le dessert. On mangea bien ; l'histoire ne dit\npas si on ne but pas mieux... Quand on fut arrivé au dessert, l'amphi-\ntryon annonça qu'il allait inaugurer son phénomène et se fit apporter sa\nboîte aux pistolets.\ncc Après avoir chargé lentement les deux armes, il s'approcha de la\nfenêtre et tira un coup : pas l'ombre d'un écho !\n« Alors, il prit le second pistolet et se brûla la cervelle. »\nNous avons vu, jusqu'à présent, des échos qui peuvent trouver leur\nexplication dans la théorie de la réflexion des rayons lumineux, même\nl'écho hétérophone du P. Kircher. Nous en exceptons bien entendu le\nplus merveilleux des échos de Killarney, et feu l'écho de Roseneath. Il en\nest d'autres, toutefois, qui mettent en complète déroute toute notion\nconnue des principes de la réflexion.\nHassenfratz raconte qu'ayant entendu un écho particulièrement\nremarquable, dans la plaine de Montrouge, dont le centre phonique se\ntrouvait sur un mur devant lequel s'élevaient quelques arbres, il résolut\nd'étudier de plus près les circonstances déterminantes de ce phénomène.\nEn conséquence, ayant chargé un aide de produire le son dont il vou-\nlait observer la réflexion, il se tint à quelque distance; puis, l'oreille\ntendue, il s'approcha lentement du mur. Mais, à mesure qu'il s'appro-\nchait du centre de réflexion, l'écho s'évanouissait; une résonnance sourde\npersistait seule et cette résonnance venait des arbres. C'est tout ce qu'il\nen apprit.\nJ'ai observé, moi-même, un écho analogue, présentant des circon-\n\n(i) R. Radau : VAcoustique, ou les phénomènes du son. (Bibliothèque des Mer.\nveilles.)— 1870 —p. 113."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "56", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.8", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nstances encore plus bizarres, et que, comme Hassenfratz, je serai obligé\nde laisser sans explication. C'est à Épinay-sur-Seine, a lentiée de ce\nvillage, sur la route de Pontoise, que j ai fait cette observation.\nJe venais de passer près de Tune des premières maisons d'Epinay, en\nrevenant de Sannois. Deux personnes causaient ? voce à la porte de\ncette maison, de telle sorte que je n avais pu qu'à peine, en passant près\nd'elles, saisir le son de leurs voix/Je n'y avais, d'ailleurs, pas fait autre-\nment attention; quand, arrivé à quelque cent mètres de distance, sur le\nmême plan que mes deux causeurs, je fus surpris d'entendre tout à coup\nrésonner très distinctement à mes oreilles, non-seulement l'écho, mais\nun double écho de la conversation de ces deux personnes, avec une in-\ntensité légèrement différente, mais en tout cas de beaucoup supérieure au\nson direct, qu'il m'était de toute impossibilité de percevoir. J'entendais\ndonc le son réfléchi—d'après des principes connus—du mur vis-à-vis, et de\nplus—l'écho de cet écho, si je puis dire, répercuté par les arbres sous les-\nquels je me trouvais... ou bien je m'y perds absolument.\nLe phénomène de la résonnance des arbres est, d'ailleurs, un fait ac-\nquis; les exemples ne font pas défaut, dans cet ordre d'expériences. En\nvoici un de plus :\nLe général Gay-Vernon, directeur des études à l'Ecole polytechnique,\nracontait que, dans sa première jeunesse, il avait observé un écho très\nprononcé, dont le centre phonique paraissait être un moulin à eau, situé\nprès de Vernon (Haute-Vienne), son pays natal. Revenant, après quel-\nques années d'absence, de Metz ,où il était élève du génie mili-\ntaire, il voulut renouer connaissance avec son écho: mais l'écho, blessé\nsans doute de son abandon, avait disparu.\nOù était-il allé? Avait-il au moins laissé son adresse aux voisins ? Im-\npossible de le savoir. Pourtant le jeune élève du génie ne trouva rien de\nchangé au site; le moulin était toujours là, et n'avait subi aucune modi-\nfication. En cherchant bien, Gay-Vernon finit par s'apercevoir qu'un\nbouquet d'arbres qui ombrageait naguère le mur du moulin, n'existait\nplus. Il était tombé sous la hache sacrilège du bûcheron.\nEt l'écho ne lui avait pas survécu !\n(La suite prochainement.)\n\nADOLPHE BITARD."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "57", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.9", "texte": "LES\nCANTATRICES DRAMATIQUES\n\n(0\nIII\nMARIE MALIBRAN\nIV\nN jour, elle était allée faire, aux environs de Naples, une\nde ces folles parties, où elle prenait plaisir à sauter de ro-\nchers en rochers, à se précipiter dans la mer, en recevant\nd'aplomb sur la tête les rayons d'un soleil ardent. On\ndansait joyeusement la Tarentelle sur l'herbe, où Ton\nvenait de déjeuner. A ce moment, on entend une psaLnodie monotone?\nqui conduisait à sa fosse un Camaldule. C'était au pied au couvent que\nl'on dansait. Marie ne pense plus qu'à y pénétrer. Mais sur la façade,\nces mots : « Scommunica per le donne. » Qu'importe! Elle sonne; on\nouvre (elle était en homme).\nVous avez déjà violé notre asile, lui dit sévèrement un jeune moine\nqui a paru.\nMais, à la vue de cette physionomie si vive et si intelligente, le frère,\nsympathique malgré lui, fait apporter les plus beaux fruits du jardin.\nPrenez, dit-il, signora. Maintenant laissez-nous en paix et priez\npour nous.\nEn quittant Naples, Marie s'arrêta un instant à Avezza, le Bedlam de\n\nfi) Voir les numéros des ieP décembre 1873, lerIer janvier, ier février, ier mai et\nier et i 5 juin 1-874."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "58", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.10", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ncette capitale. Elle chanta pour les fous, et une légende lui attribua la\nguérison d'un gentilhomme qui sortit lucide presque en même temps.\nUn ou deux ans avant, en France, rencontrant un sourd-muet, elle avait\nappris en quelques heures à s'exprimer dans son langage.\nLa Malibran alla donner quelques représentations à Bologne. Elle\ns'était approprié, en Italie, la Norma, la Sonnambula. Elle avait fait\ndu dénouement de I Capuletti une scène sublime. Entrant dans le ca-\nveau funèbre de Giuletta, déjà levée, Roméo allait à la tombe, la trouvait\nvide, et alors il apercevait seulement Giuletta qu'il prenait d'abord pour\nun fantôme. On conçoit tout ce que la transition de l'effroi au délire de\nl'amant, redevenant possesseur de la femme qu'il a pleurée, devait créer\nde ressources au talent si passionné, si spontané de la Malibran. Dans\nNorma, au lieu de désigner de la main à Pollione Adalgise, ainsi que le\nfaisait la Grisi, nature plus contenue, la Malibran prenait sa rivale par\nla main et, sur ce mot : « Prendila, » la jetait violemment du côté de\nTinfidèle. La différence des deux natures s'appréciait dans cette seule\ndiversité de gestes.\nA Bologne, elle dut interrompre ses triomphes et, sans pouvoir rem-\nplir jusqu'au bout ses engagements, se réfugier, après un voyage ou\nplutôt une fuite pénible, dans sa maison de Bruxelles, où elle mit au\nmonde, en janvier 1833, une fille qui ne vécut pas. Les Bolonais avaient\nconsacré son souvenir en inaugurant un buste en marbre de la fugitive\nidole sous le péristyle de leur théâtre.\nDe Bruxelles, Marie se rend à Londres, où elle chante la Sonnam-\nbula, the DeviVsbride, un vieil opéra, une œuvre nouvelle de Ché-\nlard, et Fidelio, en anglais ! C'était le génie cosmopolite. Elle emporte\nprès de deux cent mille francs de cette courte excursion. Ceci donnera\nidée de la fortune qu'elle amassait si rapidement. Devant les offres qui\nlui venaient de toutes parts, elle devenait riche, comme elle était prodi-\ngue de sa flamme, sans compter.\nDe Londres, elle repartit pour Naples, mais il était encore dans sa\ndestinée de n'y réussir qu'à demi. A son arrivée à Milan, la ville est illu-\nminée. Le duc Visconti, directeur du théâtre, devait, un an avant la\nmort de la cantatrice, lui signer un engagement de 450,000 francs, logée\net nourrie.\nLa troupe de Milan fut engagée à Sinigaglia pour la foire. Là, un\ncardinal légat était chargé de comprimer la satisfaction, ne permettant\nd'applaudir qu'une fois. Pourquoi une fois et non deux, ou trois ?je\nl'ignore. A tous ceux qui dépassaient ce rationnement de l'enthou-\nsiasme, des gens de police marquaient une croix blanche dans le dos. On"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "59", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.11", "texte": "LES CANTATRICES DRAMATIQUES\n\njuge que de croix fait faire la Malibran avec un public aussi impression-\nnable. Le parterre, vu de dos, a l'aspect d'un cimetière, et en masse, va\ncoucher en prison ; mais Marie va rendre visite au cardinal légat,\nqui l'avait trouvée admirable, et menace de partir si ses jeunes admira-\nteurs ne sont pas rendus àla liberté. Du coup, la ville était ruinée.— La\npopulation avait doublé, du jour où la Malibran avait été sur l'affiche.\nEnfin, le légat cède, fait relâcher les délinquants, et donne libre carrière\nà l'enthousiasme, en dépit d'un commandant autrichien. Le lendemain,\nle représentant du Saint-Père, à son arrivée dans la salle, est accueilli par\nune triple salve d'applaudissements. Ici le temporel se montra spirituel.\nJ'ai autorisé ces applaudissements pour la cantatrice, dit-il,\net non pas pour moi.\nA un mot fin du légat, ajoutons un madrigal courtois d'Altesse. Un\nsoir, à la cour de Modène, le duc valsait avec la Malibran. Elle remar-\nqua la plaque en diamants que le prince portait sur sa poitrine.\nLes rayons de votre génie éteignent ces feux, répondit le prince,\ngalant comme un grand-duc de Scribe.\nEt détachant sa plaque, il l'appliqua sur la poitrine de la diva.\nLe compliment pouvait être suranné, mais le procédé était vraiment\nroyal et faisait honte au Roi-Bomba.\nDe Sinigaglia, que la Malibran ne put quitter sans donner un concert\nen plein vent au peuple qui arrêta sa voiture (Bériot, qui était avec elle,\ndut faire sa partie), elle se rendit à Lucques. C'est là qu'elle joua pour\nla première fois de Castro, de Persiani. Un fait intéressant se\nrattache aux répétitions de cet opéra. La Malibran l'avait étudié à Na-\nples avec Duprez. Ne raisonnant pas assez ses impressions, la Malibran\nse sentit mal disposée pour l'œuvre du professeur. Elle la répétait en\nriant et en la parodiant. Duprez s'indigne, prend la partition, chante à\nla Malibran son rôle, la fait fondre en larmes, et, dans ce même opéra,\nl'artiste produisit un effet qu'elle ne retrouva que dans un seul autre\nopéra : I Capuletti. L'émotion, là, s'empara de la salle à un tel point\nque le public sanglotant n'eut la force de l'applaudir qu'après la chute\ndu rideau.\nA Lucques, à la cour du Duc, on se disputa la coupe dans laquelle la\nMalibran avait pris une glace, et on en partagea les débris entre les\njeunes enthousiastes. Décidément, Marie avait les grands-ducs plus\nheureux que les rois.\nSes engagements la rappelaient pourtant à Naples. Diverses causes\navaient contribué à y paralyser l'essor magique de son talent. Elle\navait d'abord débuté au petit théâtre del Fondo; quand elle joua ensuite"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "60", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.12", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nà San Carlo, les abonnés de cette grande scène lui gardèrent rancune. Sa\npremière rentrée se produisit un jour de gala, et, pour conjurer le mauvais\nsort dont se préoccupent les Napolitains, elle ne joua pas le troisième acte\nd'Otello qui, avec elle, transportait le plus la salle. On s'irrita de la voir\nse grimer dans Fidalma dll Matrimonio. Enfin, tous les opéras com-\nposés pour elle durant ses différents séjours dans la capitale : Y Irène, de\nPacini (dans cet opéra, elle chanta un duo avec sa jeune sœur Pau-\nline, qui depuis devait maintenir à la même hauteur ce grand nom de\nGarcia), La Figlia del Aria, de Coccia, ïAmélia, de Rossi, tombèrent.\nLà, un enfantillage delà Malibran contribua encore à compromettre son\nsuccès; dans VAmélia, elle voulut danser la mazourka et elle dansait\nmal.\nEnthousiastes de Bellini, les Napolitains se choquèrent, et peut-être\nn'avaient-ils pas tout à fait tort, d'entendre la Malibran intercaler dans\nles opéras de ce poète lyrique des airs de Mercadante et de Vaccaï, qui\nfaisaient briller sa voix. Ils ne pardonnèrent pas surtout qu'on leur mon-\ntrât dans I Capuletti la pompe funèbre d'un enterrement. Le froissement\ndes idées religieuses, la peur du cattivo augurio fit éclater le public en\nmurmures et en signe d'improbation plus vifs, qui n'épargnèrent pas la\ngrande actrice elle-même.\nMalgré tout, la Malibran avait fini par dompter, par entraîner avec\nelle le public rétif ; mais, à la veille de paraître dans un opéra nouveau\nde Pacini, Il Colonelle*, ses succès furent arrêtés par une fatalité for-\ntuite. Il semblait écrit que les chevaux devaient toujours être funestes à\nMarie ! Le dimanche gras de 1835, elle allait dîner chez la marquise de\nLagrange ; sa calèche légère avait de la peine à fendre la foule. Un porc\nqu'on allait égorger s'échappa des mains de ses bourreaux, sauta par-\ndessus la flamme du bûcher où l'on allait le jeter, et effrayé par les cris\nfuribonds des pêcheurs ei des lazzaroni, vint se ruer dans les pieds de\nl'attelage de la voiture de la grande artiste. Moins effrayant que le mons-\ntre du récit de Théramène, ce sanglier vulgaire faillit produire un aussi\nterrible résultat. Les « coursiers » prirent le mors aux dents, la voiture\nfut culbutée, Marie eut le coude et le poignet foulés. Un médecin français\nqui se trouva là, les lui remet, et pendant l'opération, très douloureuse,\nelle répétait au docteur : « Surtout ne dites pas à Charles combien je\nsouffre. »\nLe lendemain de l'accident, le bras maintenu par un appareil de fer-\nblanc, elle eut le courage surhumain de chanter Ine\\ de Castro. Le\nbras dut naturellement ne plus obéir à la fiévreuse activité de l'actrice,\net quelques jours après, utilisant jusqu'à ses souffrances au profit de"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "61", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.13", "texte": "LES CANTATRICES DRAMATIQUES\n\nPart, elle disait au grand tragédien Young : « Mon ami, je vois à présent\nque je faisais trop de gestes et que souvent à la scène l'immobilité est\nune force. » Elle dut se confirmer alors dans sa tactique que lui avait\nsuggérée l'observation : d'être un peu froide, ou tout au moins calme et\nmesurée au commencement d'un opéra, ce Les têtes du parterre, » disait-\nelle plaisamment, « me représentent une multitude de bougies éteintes\nrangées dans un panier; si on les aborde tout de suite avec une masse de\nfeu, les bougies fondent ; si, au contraire, vous les allumez graduelle-\nment, vous obtenez une brillante illumination. Moi, j'allume mon pu-\nblic petit à petit. »\nLa Malibran fit ses adieux, adieux pour toujours! àce public\nconquis, dans la Norma> et, le 4 mars 1835, elle arrivait à Venise, où sa\nprésence produisait une véritable révolution. Des fanfares annoncèrent\nla gondole. Elle dut se réfugier dans l'église Saint-Marc devant l'enthou-\nsiasme de la foule, qui ne la laissa arriver qu'avec peine à son hôtel. A\nNaples, on la croyait mal avec le sort. A Venise, les gens du pçuple se\nmirent à jouer à la loterie les chiffres du jour, de l'annonce de son dé-\nbut, de la date de ces débuts, du total de ses représentations , et ces nu-\nméros gagnèrent.\nOn sait la lugubre étiquette qui voue au noir toutes les gondoles sans\nexception à Venise. La Malibran n'était pas femme à subir, dans ses\nparties nautiques, ce deuil de plaisance. Ici, laissons-la parler :\n« J'ai fait un coup d'État : j'ai révolutionné les reflets du canal et des\ncanots. J'ai une gondole que j'ai fait faire : grise, avec les boules et bou-\ntons d'or et soie ; les matelots, en jaquette écarlate, chapeau de paille\njaune et rubans de velours noir autour ; pantalons de gros drap bleu,\navec des lisières sur les côtés à la pair de France, seulement en rouge ;\nles manches et collets de velours en noir ; intérieur écarlate et rideaux\nbleus. De sorte que lorsque je passe, on sait que c'est moi.\n« Le fait est que je n'aurais jamais pu me décider à m'enterrer toute\nvivante dans ces gondoles noires en dedans et en dehors. »\nCette horreur du noir était un instinct prophétique. La Malibran re-\nfusa d'aller dans la gondole du gouverneur, qui ne se distinguait sans\ndoute des autres qu'en ce qu'elle était encore plus noire :\n« Santa Maria, lui dit-elle, j'aurais l'air d'aller à votre enterrement; »\nmais, quelques jours après, elle l'engagea à venir dans la gondole qu'elle\nvenait de faire construire. Le gouverneur arrive sous le joug ; quel est\nson étonnement en apercevant la couleur gaie et anti-réglementaire de\nl'embarcation de la grande artiste ! Il fallut pourtant que le gouverneur"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "62", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.14", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nsautât dans l'embarcation, aux acclamations de la foule et prît ce jour-là,\nquoi qu'il en eût, sa part de la popularité de la Malibran.\nA Venise, dans la Sonnambula, le ténor, chargé du rôle d'Llvino,\nest saisi d'un tremblement : il ne peut chanter Y air : Son geloso del\nZefiro errante. Marie chante les deux parties et fait un air du duo.\nContinuer à décrire l'émotion qu'elle provoque à Venise deviendrait\nfastidieux. Affluence torrentielle, couronnes, fleurs, feuilles d'or et d'ar-\ngent, colombes lâchées dans la salle, députations de la population,\ntout consacra cette dynastie de l'enthousiasme. Mais cette médaille eut\nun moment un revers. Un soir, c'était encore après une représenta-\ntion de la Sonnambula, à la suite d'un de ses triomphes où le délire du\npublic était seul au niveau des inspirations fiévreuses de la canta-\ntrice, prenant l'air àsa fenêtre, elle vit une barque s'approcher.\nLe gondolier s'arrête au pied du balcon et chante une barcarolle, dont\nles paroles étaient insultantes pour Marie. Répondant sur le même ton,\navec cette vive facilité d'improvisation qui lui faisait écrire en quel-\nques minutes la veille une gracieuse romance pour son ami, le marquis\nde Louvois, elle riposte par le même nombre de couplets, lançant à\nchaque strophe des pièces de monnaie qu'elle enveloppait dans du papier\nenflammé, afin que, sur la lagune, le chanteur pût les retrouver et les\nramasser.\nL'insulteur ramassa l'argent, se tut, remonta dans sa barque et\ns'éloigna.\nDe Venise, elle se rendit à Londres, de Londres, elle revint à Luc-\nques, de Lucques, à Milan, non sans difficultés, car des cordons\nsanitaires étaient tracés en Italie. Le choléra ayant éclaté à\nelle dut passer par des montagnes, où un guide, monté sur un cheval\ntomba et se blessa. Elle le pansa elle-même, lui donna son\ncheval et prit l'animal indomptable qu'elle sut conduire. Hélas ! c'était\nsa dernière imprudence heureuse !\nA Milan, nouveaux délires. Elle y crée la Maria Stuarda, écrite pour\nelle par Donizetti. L'opéra réussit; mais des allusions politiques trop\nsoulignées par l'actrice le firent suspendre. C'est à Milan que l'enthou-\nqui ne lui faisait défaut nulle prenait pour elle le caractère\nà la fois le plus vif et le plus raisonné. On parait à l'avance, dans la salles\nles loges de guirlandes et bouquets qui, au moment où l'actrice repa-\naprès la représentation, tombaient à ses pieds. Ces fleurs la\npoursuivaient sur sa route, une lois le spectacle fini, dans la ville illu-\nminée et où retentissait la musique militaire. La société la recherchait"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "63", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.15", "texte": "LES CANTATRICES DRAMATIQUES\n\nautant qu'elle l'aimait. Des médailles d'or, d'argent et de bronze furent\nfrappées pour elle.\nC'est à Venise que la Malibran avait reçu la nouvelle de la déclaration\nde nullité de son mariage avec M. Malibran, prononcée par le tribunal\nde première instance, le 6 mars 1835. La déclaration fut motivée sur ce\nque la Malibran était légalement espagnole, que M. Malibran s'était fait\nnaturaliser citoyen des Etats-Unis, qu'ils avaient été unis devant le\nconsul français, et que le mariage contracté entre une Espagnole et un\nAméricain devant un consul d'une autre nation était nul de plein droit.\nIl sembla que, dès-lors, la grande artiste retrouvât le droit de s'estimer\nelle-même.\nLa fin prochainement.)\n\nPAUL FOUCHER."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.16", "texte": "FESTIVAL D'AVIGNON\n\n18, 19 ET 20 JUILLET 1874\n3m3 C\nans notre précédent numéro, nous avons déjà annoncé\nles grandes fêtes littéraires et musicales qui se prépa-\nrent, à Avignon, en l'honneur du sme5me centenaire de la\nmort du grand poète Pétrarque. Dans le programme de\ncette solennité, dont nous donnons plus loin la compo-\nsition in extenso , figure l'exécution d'une cantate à\nPétrarque (cantadisso Petrarco); les paroles, en langue provençale,\nsont du poète Théodore Aubanel, et la musique de M. G. F. Imbert,\nprofesseur au Conservatoire d'Avignon. Nous donnons à nos lecteurs,\ndans ce numéro, la primeur de cette cantate, dont nous devons la com-\nmunication à l'obligeance de l'éditeur Gustave Avocat.\nLa prochaine livraison de la Chronique Musicale contiendra un\ncompte rendu du Festival, auquel assistera notre collaborateur Charles\nSoullier.\nPROGRAMME DES FÊTES\nLitici an es et musicales qui seront célébrées à Voccasion du cinquième] centenaire\nde la mort de Pétrarque} les 18, ig et 20 juillet 1874, à Avignon.\nLe samedi 18, délégation à Vaucluse des Félibres provençaux auprès des\npoètes français et italiens.\nA huit heures du soir, des hérauts d'armes parcourront les différents quar-\ntiers de la ville et annonceront la féte.\nA neuf heuies du soir, retour de Vaucluse et réception à la gare, par les\nautorités de la ville d Avignon, des délégués des Sociétés savantes et du buste\nde Pétrarque, du statuaire Consonove.\nMarche en cortège, de la gare à l'Hôtel de Ville. - Musique. - Illumi-\nnation de l'avenue de la gare, de la place de l'Horloge et de la statue de\nGrillon.\nCantadisso à Petrarco,poésie provençale de Théodore Aubanel, musique"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.17", "texte": "CANTADISSO\nA PETRARCO\nPER LI PÈSTO PROUVENCALO D'OU CENTENÀRI CINQUEN\nPouesio de\nTEODOR AUBANEL\nMusico de\nG.-F IMBERT\nParis, GUSTAVE AVOCAT, Editeur, Rue du Faubourg Montmartre, 27.\nJULIET 1874."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.18", "texte": "CANTADISSO\nA PETRARCO\npèr\nLI FÈSTO PROUVENCALO\nDÓU Centenàri Cinquen.\nPouesio de Teodor AUBANRL.\nMusico de G.F.IMBERT.\nJuliet 1874.\nCOR."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "8", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.25", "texte": "CANTATE A PETRARQUE\nCHOFJR.\nSonnez, trompettes de la renommée! Peuples,battez des mains! Pétrarque arrive le\nfront couronné (de lauriers). Toi, sa tant aimée, Lattre, souris à ton amant!\nVêtu de la robe de pourpre et le manteau d'or sur l'épaule, rentre danslacité pa-\npale, toi, le fils du pays latin,en triomphateur, en citoyen!\nDans Avignon, en Italie, tant qu'il y aura de belles filles, tant que la poésie vivra,\nnous chanterons avec frénésie tes Sonnets,tes fièresChansons!\nMail revta Provence t'embrasse! Devant tes rayons l'ombre se déchire,car pour les\n\"hommes detarace,pour les amoureux du beau, il n'y a point de nuit ni de tumbe.\nCHŒUR FINAL.\nPétrarque, monte au Capitole! Cinq cents ans passent comme un jour; des grands\npoètes la g-loire est l'éternel festin.\nIrop .Ti\\lN 0 CQ rue A l bo'u j Sis>"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "65", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.26", "texte": "de G.-F. Imbert, chantée à l'Hôtel de Ville par les élèves du Conservatoire\nd'Avignon sous la direction de M. G.-F. Imbert.\nConcert sur la place de l'Horloge, par la musique des pontonniers.\nGrande retraite aux flambeaux (Pécoulado), par les musiques municipales\net du régiment des pontonniers.\nDimanche 19 juillet, à huit heures du matin, messe solennelle sur la place\ndu Palais des Papes; bénédiction des récompenses. L'Orphéon et les musi-\nques militaires concourront à cette solennité à laquelle assisteront les auto-\nrités, les membres du jury, les délégués des sociétés savantes, etc.\nA quatre heures de l'après-midi, grande cavalcade historique de bienfaisance,\nreprésentant la marche triomphale de Pétrarque, allant recevoir la couronne\nau Capitole.\nLe soir, à neuf heures, au théâtre, représentation de gala, en l'honneur de\nPétrarque par plusieurs célébrités parisiennes.\nFêtes populaires et réjouissances publiques à la porte de l'Oulle. •\nEclairage électrique de l'antique Palais des Papes.\nIllumination de l'avenue de la Gare et de la place de l'Horloge.\nLundi, 20 juillet, à huit heures du matin, grand concours d'orphéons, de\nmusiques d harmonie, de fanfares et de tambourins.\nUn grand nombre de médailles d'or, d'argent, vermeil, bronze, sera dis-\ntribué.\nA quatre heures de l'après-midi, jeux floraux sur la place du Palais des\nPapes, concours littéraires des fêtes de Pétrarque.\nDes prix et mentions consistant en objets d'art, fleurs, couronnes, médailles\nd'or, vermeil, argent et bronze seront décernées aux meilleures pièces\nadressées au concours de poésies provençales, italiennes, françaises et au\nconcours historique, ouvert en l'honneur du cinquième centenaire de\nPétrarque.\nA quatre heures, courses de taureaux à 1 île de Barthelasse. Joûtes sur le\nRhône.\nA la même heure, farandoles : Provençaux et Provençales parcourront les\ndivers quartiers de la ville.\nA neuf heures, grande fête de nuit sur le Rhône.\nGondoles vénitiennes, jets de lumière électrique, réjouissances publiques,\nilluminations de la porte de FOulle et de la place de l'Horloge.\nLes jeunes gens de la ville d'Avignon organisent, avec le concours de la\nmunicipalité, une superbe cavalcade historique au profit des pauvres, repré-\nsentant le cortège du couronnement de Pétrarque à Rome, en Fan 1341.\n\nV.\nFESTIVAL D'AVIGNON\n5"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "66", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.27", "texte": "DE LA MUSIQUE DRAMATIQUE\n\n(I)\nENDANT que l'esprit mène joyeuse vie en France, le génie\nmeurt de faim en Angleterre et en Allemagne. Weber,\ncréateur de l'opéra fantastique, termine ses jours dans\nle besoin. Eu riante est surnommée Obé-\nron ne réussit pas. Weber, comme compositeur de\nmusique de piano, obtenait-il plus de succès de son vi-\nvant? Non. Genève dormait à l'audition du Les opéras\nde Franz Schubert, mal accueillis à Vienne, ne furent pas tous repré-\nsentés. Un seul de ces ouvrages fut gravé récemment; parvint-il au\nthéâtre? Le reçut-on mieux? Je l'ignore. S'il eût été applaudi, je le\nsaurais.\nComment des compositeurs de la valeur de Weber, de Schubert, ne\npeuvent-ils pas, lorsqu'ils sont assez heureux pour mettre le pied sur les\nplanches, s'y maintenir ? Comment Olympie,\nCorteq, Joseph, Anacréon, Œdipe à\nlio, ne demeurent-ils pas au répertoire? Comment Spontini, Méhul,\nCherubini, Sacchini, Gluck, Rossini, Beethoven, sont-ils obligés de\ncéder le pas aux premiers venus ? Accusera-t-on aujourd'hui ces maîtres\nde n'avoir ni talent ni intelligence? Non, certes. Leur insuccès doit-il\nêtre atribué aux critiques de la presse, des artistes, du public t Non,\ncar nul ne songe à rabaisser leur mérite. Quel intérêt aurait-on à mal-\ntraiter les morts? Faut-il s'en prendre à l'exécution? aux chanteurs?\n\n(i) Voir le numéro du i 5 juin."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "67", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.28", "texte": "DE LA MUSIQUE DRAMATIQUE\n\naux choristes? à l'orchestre? à la mise en scène? aux costumes? aux\ndécors? S'avisera-t-on d'avancer que ce qui était beau pour nos aïeux ne\nTest plus pour nous ? que le goût change ? Mais si le goût change, le\nbeau ne change pas. Le splendide est toujours le splendide, indépen-\ndamment de l'opinion qu'on peut en avoir. Je pense donc qu'il faut\nchercher ailleurs que dans l'insuffisance musicale la cause de la défa-\nveur dont maints opéras ont à souffrir. Cette cause, je crois la découvrir\ndans les livrets grelottants imposés par les directeurs aux compositeurs,\net que ceux-ci acceptent avec un déplorable empressement. Se figure-\nt-on quelque chose de plus insipide que Moïse? Imagine-t-on un cane-\nvas plus défavorable que celui de Guillaume Tell ? Supporte-t-on le\nscénario d'Œdipe à Colone? Assistera-t-on sans bâillements à la re-\nprésentation de Fidélio ? Le Joseph d'Alexandre Duval ressemble-t-il\nà une merveille? Alceste, Armide, Orphée, Ipliigênie en Tauride, sont-\nils acceptables? Un seul de ces ouvrages ferait-il recette? Obtiendrait-\nil une série de cinquante représentations? Aurait-il seulement un succès\nd'estime? Le public a déjà répondu plus d'une fois à ces interrogations,\net sa réponse, récemment encore, fut que la tragédie lyrique l'ennuie,\net que les Grecs et les Romains, avec la physionomie d'emprunt que\nleur a donnée le dix-septième siècle en France, l'agacent, le crispent\naffreusement.\nLes trois actes de doléances dont se compose Alceste l'assomment ; les\nlamentations d'Orphée et le rôle ridicule de l'Amour lui déplaisent sou-\nverainement; le style outrageant appliqué à ces beaux sujets, mal déve-\nloppés, et dont on change souvent le dénouement, témoins : Orphée,\nAlceste, lui semble bouffon; les fadeurs rimées, dont ils sont bourrés,\nle portent à l'hilarité. D'ailleurs, toutes ces anciennes histoires rema-\nniées par la plèbe littéraire, il les connaît, il les sait par cœur, et, ce\nqu'il y a de pis, il en a perdu le sens. Pour lui, l'Olympe est un ciel de\ncarton ; les foudres de Jupiter ont fait leur temps ; les arrêts du Destin\nn'ont plus cours; le dogme de la fatalité est absurde. Après Jésus-Christ\nprêchant le sacrifice par l'exemple, après Luther proclamant la liberté\nd'examen, après Voltaire interpellant la foi et tâchant de là rendre tribu-\ntaire de la raison, après 1789 s'insurgeant contre les privilèges, contre\nla noblesse, contre la royauté, et prenant pour devise : Liberté, égalité\nfraternité; retournera-t-il au paganisme? retournera-t-il à Eschyle, à\nSophocle, à Euripide, à Aristophane? demandera-t-il des émotions à\nProméthée, à Iphigénie, à Œdipe? Après Shakespeare, admettra-t-il\nencore la tragédie et la comédie, la séparation du rire et des larmes ?\nEntre 1787, année où fut représenté Don Juan, à Prague, et le 29"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "68", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.29", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nfévrier i 836, date du jour où les Huguenots firent leur apparition à\nl'Académie royale de Musique, je ne compte guère que deux opéras, le\ndont Berlin eut la primeur le 18 juin 1821, et Robert le\nDiable, donné à Pans le 21 novembre 1831, qui s'aventurent aux\nabords du drame, et qui, dans le genre romantique, fantastique, sérieux\net grandiose, tournent entièrement le dos à la tragédie, à la comédie.\nEn dépit de leurs défauts, et ces défauts sont nombreux, le Freyschut\\\net Robert le Diable jouent, entre Don Juan et les Huguenots, le rôle\nde trait d'union. Mozart et Meyerbeer se résument, l'un dans Don\nJuan, l'autre dans les Huguenots.\nChose étrange ! la naissance de Meyerbeer suit de près la mort de\nMozart, arrivée le 5 décembre 1791 !La Providence plaçait-elle à des-\nsein le berceau du juif à côté de la tombe du chrétien, et le fils d'lsraël\ndevait-il ramasser le flambeau échappé aux mains défaillantes du catho-\nlique ? On serait tenté de le croire. Mozart et Meyerbeer, si différents, si\nopposés même par la nature de leur génie et de leur talent, se rencon-\ntrent sur un terrain commun : le drame. A quarante-neuf ans d'inter-\nvalle, Meyerbeer succède à Mozart, les Huguenots continuent Don\nJuan. Giacomo prolonge, en l'élargissant, la voie ouverte par Wolfgang.\nEt cette voie est la bonne.\nLe drame s'impose à la France, à l'ltalie, à l'Allemagne. Tout ce qui\nn'est pas lui ne vit qu'à moitié. Même dans ses tentatives les moins\nréussies, il offre une variété dont la foule est friande. On le combat\nencore, mais mollement ; les masses penchent visiblement de son côté;\nles classiques les plus obstinés se voient forcés, sous peine de choir,, de\nlui faire place à leurs placides foyers, où le peu de flamme qui brille\nvient de lui.\nAujourd'hui, ces trois sœurs toujours en guerre : les écoles italienne,\nallemande et française l'accueillent à l'envi et le traitent en prince.\nL'esprit, la mélodie, la déclamation, séparés, ne captivent plus suffi-\nsamment les masses cherchant la vie réelle jusque dans les plaisirs\nde l'intelligence, et voulant être égayées et charmées, amusées et inté-\nressées,, touchées et terrifiées presqu'au même moment. Au mouvement\ndes passions, elles demandent que le théâtre joigne le mouvement des\névénements; outre la beauté poétique, la vérité des caractères, des types,\nl'affirmation de l'idée, elles exigent la magnificence du spectacle, l'exac-\ntitude des costumes, la splendeur des décors, l'effet de la mise en scène.\nShakespeare allemanisé, italianisé, francisé, triomphe petit à petit des\nguerres occultes ou déclarées ; son système, outrageusement critiqué,\nprévaut ; c est tout naturel : il a la vérité pour lui. La musique n'est"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "69", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.30", "texte": "DE LA MUSIQUE DRAMATIQUE\n\npas la dernière à profiter des avantages que présente la forme où vont se\nrencontrer pêle-méle les vertus, les vices, les défauts, les travers, les\nridicules, les tendances diverses de la grande famille humaine. Mozart\nécrit Don Juan; Meyerbeer compose les Huguenots, et l'artiste d'ins-\ntinct et l'artiste de volonté, deviennent les disciples de Shakespeare.\nEn matière lyrique, la France ne vise plus uniquement à l'esprit;\nl'ltalie rêve quelque chose à côté de la mélodie; l'Allemagne, enfermée\ndans la déclamation comme dans une tour, songe à en sortir. Elle\nenfanta Beethoven, génie de la trempe de Shakespeare, mais qui, absorbé\npar la symphonie, n'a pas, à l'opéra comme à l'orchestre, ses coudées\nfranches. Weber, chevaleresque, amoureux, fantastique, gracieux, éner-\ngique, est Allemand par ses prédilections pour les légendes, germain et\noriental par ses créations musicales. Prétendant rester Allemand, toute-\nfois , il gourmande Meyerbeer dans les lettres qu'il lui écrit ; il l'accuse\nde devenir trop Italien, et de gâter son talent en suivant les traces de\nRossini. Weber, très exclusif, ne comprend pas quel but Meyerbeer\npoursuit; il vit dans une sphère, relativement un peu bornée; il ne s'a-\nperçoit point que Meyerbeer laisse pousser ses ailes, et que ces ailes\nacquerront un jour assez d'envergure pour toucher fraternellement le\nfront de Shakespeare et celui de Mozart. Au Meyerbeer n'est ni\nAllemand, ni Italien, ni Français; il est tout cela et quelque chose de\nplus encore : Meyerbeer. C'est un philosophe, un érudit; il a étudié\nl'homme dans l'histoire, et il le sait. Comme Augustin 1 hierry, il a\nfréquenté les siècles écoulés ; comme Michelet, il évoque le passé et le\nfait revivre; comme Hugo, il connaît à fond le moyen âge ; comme les\nOrientaux, il raffole du merveilleux ; il n'est pas éloigné de croire aux\ncontes dont il devient l'écho lyrique; toutes les passions lui sont fami-\nlières ; les religions jalouses, semblent avoir mis sur son cerveau leurs\ndifférentes et formidables empreintes. Meyerbeer, de par sa vaste intel-\nligence, initie sa muse au catholicisme et au protestantisme, ces frères\nennemis. On n'exagéra rien lorsqu'on prétendit que Meyerbeer avait\ncomposé, pour Robert le Diable, de la musique catholique, et, pour les\nHuguenots, de la musique protestante. Écoutez, au cinquième acte de\nRobert, le chœur des moines ; écoutez, au premier acte des Huguenots,\nle fameux Piff) paff, de Marcel, et dites-moi si le fanatisme religieux,\ncatholique ou protestant, a jamais rencontré une interprétation plus\njuste.\nBertram, Alice, Robert, types immortels, représentent 1 idée fonda-\nmentale du catholicisme; Marcel,Valentine, Raoul, autres types gigan-\ntesques, résument l'esprit de la Réforme. Bertram, c'est Satan; Alice"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "70", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.31", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nc'est l'ange gardien ; Robert, c'est l'homme toujours flottant entre le bien\net le mal; Marcel, c'est le pasteur soldat, combattant à coups de Bible et\nd'e'pée; Valentine, c'est le divorce justifié par l'amour; Raoul, c'est\nl'image vivante de l'esprit nouveau ne reculant ni devant les devoirs, ni\ndevant les supplices imposés par la conscience. Derrière Bertram, Alice\net Robert, j'aperçois vaguement le pape adossé à l'église ; derrière Marcel,\nValentine et Raoul, je vois Luther appuyé au temple; la prière plane\ndans Robert,le choral éclate dans les\nLa préoccupation constante de Meyerbeer était de terminer, à son\navantage, la querelle des écoles allemande, française et italienne, en les\nobligeant à se réunir dans la même partition. Cette tentative demeura\nsans résultat. Si les ménages à trois réussissent ce n'est pas dans\nl'art qui n'entend rien aux concessions. Chacune des écoles précitées\nprêcha pour son saint, et leur réunion forcée, accidentelle, ne servit qu à\nmieux faire sentir, à mieux mettre en évidence la divergence de leurs\ntendances respectives. Si Meyerbeer, au lieu de s'adresser à leurs per-\nsonnes, eût interrogé leurs âmes, peut-être serait-il parvenu à les unir\nplus intimement; quoi qu'il en soit, l'opération sera éternellement diffi-\ncile, parce que les âmes sont individuelles et qu'il n'existe pas de creu-\nset où elles s'amalgament. En définitive, et j'en ai fait l'observation\nailleurs, ce n est pas l'âme de telle ou telle nation qu'il faut in-\ncarner, c'est celle de l'humanité. Entre l'Allemagne, la France et\nl'ltalie, l'entente est possible, la fusion ne l'est pas. La gaieté et la\nvolupté effarouchent la profondeur ; la facilité et la mollesse se moquent\ndu tiavail, lequel veut toucher le tond des choses; l'observation super-\nficielle méprise la persévérance ; le savoir importune l'instinct ;le rivage\ntrouve l'Océan trop remuant; la plaine se plaint de la hauteur des\nmonts; le passereau dénigre l'aigle. C'est la lutte interminable de\ncontre Plus;mais c'est aussi, c'est surtout la dispute féconde des génies.\n.1 aime ces combats sublimes des civilisations travaillant à la suprématie\ndes peuples les uns sur les autres, à la gloire et au bonheur de tous. Quel\nest celui de ces titans qui escaladera le ciel, qui dérobera le feu sacré ?\nIl importe peu; et pourvu que Prométhée ne succombe pas, il n'y a\naucun inconvénient à ce que chacun des lutteurs ait son heure de\ntriomphe dans l'ascension générale : les peuples, comme les époux, se\ncomplètent l'un par l'autre.\nLorsque, des sommets dont je me plais à gravir la cime pour contem-\npler 1 art dans son étendue, je baisse les yeux sur les villes et les capi-\ntales, j'y remarque deux cours d'eau fort distincts : un fleuve, un ruis-\nseau ; le premier descend à la mer, le second se perd dans un cloaque ;le"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "71", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.32", "texte": "DE LA MUSIQUE DRAMATIQUE\n\npremier est l'image de l'art aspirant à se mesurer avec l'infini, le second\nest l'ignoble parodie du beau, l'immonde caricature qui flatte les instincts\ndévergondés de la populace intellectuelle des rues et des salons. De rares\ncompositeurs s'aventurent sur le fleuve aux vastes ondes, gagnent l'Océan\net s'y hasardent ; d'autres suivent le ruisseau, y piétinent, s'y crottent et\nvont tomber dans le grand collecteur où ils s'embourbent. Or, si quel-\nques promeneurs fréquentent les rives du fleuve, la majorité, triste\nconstatation ! court le long du ruisseau, reçoit des éclaboussures, se\ntient les côtes et élargit sur sa bouche, aux lèvres épaisses, le rire hébété\ndu mardi-gras. Nul ne revient très propre de cette excursion carnava-\nlesque, mais on a partagé un instant les plaisirs grossiers de la multi-\ntude, et on est ravi, en revenant chez soi, d'apprendre à sa mère et à ses\nsœurs comment on se divertit dans ce que, par une flatterie insigne,\nAlexandre Dumas appela le demi-monde.\nQuel spectacle navrant! ces auteurs dégradés, ces paroliers va-nu-\npieds, ces musicailleurs émérites, ces indignes parodistes qu'on devrait\ncouvrir de huées et de sifflets, ces ivrognes de la pensée qui font du bruit\ndans la civilisation comme les gamins casseurs de vitres dans la cité, ces\nhontes vivantes dont le métier est de tout pervertir et de sécher en nous\nla sève généreuse dont le créateur remplit le cœur des créatures, ces mal-\nheureux qui ramassent l'or jusque dans la vase et acquièrent la fortune\npar des infamies dont le bon sens, la pudeur et l'honnêteté auraient dû\ndepuis longtemps faire justice, ces gens qui se croient drôles parce qu'ils\nabrutissent le siècle, ces misérables qui glissent la dépravation dans\nl'oreille, puis dans la pensée, puis dans les sens de la jeunesse, ces\npassants déplorables, gorgés de succès scandaleux et déçus, ces tristes\nhères enfin prennent un à un les types de l'antiquité, les obligent à\ndescendre de leur piédestal et les roulent dans leur fange avec une satis-\nlaction hideuse. La dépravation s'échappe de ces hommes comme le jet\nde Champagne d'une bouteille à peine débouchée. Tant pis pour vous, si\nvous vous trouvez dans le voisinage. Allez changer de toilette et ne vous\nplaignez pas. N'ayez même pas l'air mécontent : on vous appellerait un\nmisanthrope ; on vous raillerait implacablement ; vous feriez tache au\nmilieu de votre entourage momentané; et si vous aviez le moindre haus-\nsement d'épaules devant ces élucubrations que l'esprit fuit comme la\npeste, on vous traiterait de jaloux, d'envieux, et vous vous attireriez un\nmauvais parti. Oui, on vous appellerait un Don Quichotte si vous pré-\ntendiez préserver de la souillure contemporaine Hélène, Calypso, Mar-\nguerite, Orphée, Faust, Méphistophélès, Galathée, créations adorables\nqu'on salit à plaisir comme si on ne voulait laisser subsister rien de poé-"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "72", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.33", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ntique et de grand dans le souvenir des hommes. Bizarre contradiction !\nQu'un drôle se permette, dehors, un geste indécent, on le jette au\nviolon ; qu'un auteur quelconque étale sur les planches le dévergondage\nle moins vêtu, on l'applaudit, on le paye bien, et le feuilleton lui crie :\nbravo I Nos écrivassiers dramatiques confondent évidemment la bru-\ntalité avec la verve, la grossièreté avec l'esprit, le poivre avec le sel.\nPourquoi personne n'a-t-il le courage de le leur dire?\nCe régime va-t-il durer ? Ne se présentera-t-il pas quelque âme hon-\nnête pour arrêter la démoralisation qui, du théâtre, se précipite sur nous\nen cascade, nous inonde, nous submerge? Après des événements qui\nrendent si nécessaires la force morale, la dignité, la grandeur dame, l'é-\nlévation de la pensée hésitante ou flétrie, nous replongera-t-on dans\ncette littérature basse, érotique, malsaine, qui a pour chantres d'effron-\ntés saltimbanques? Non, non! C'est impossible. Il faut que l'indignation\nse montre et qu'elle flagelle tant d'odieux excès; il faut que la presse soit\ninflexible envers ceux qui ne craignent pas d'essayer sur le public, dont\ns'encombrent chaque soir nos salles de spectacles, des poisons qui ne\npar4onnent pas. Allons ! critiques vigilants et loyaux, taillez vos plumes\net piquez ces braves sires jusqu'à ce qu'ils crèvent ou changent de route;\nallons ! mères de famille, donnez à vos fils le goût et le respect des nobles\nœuvres, infiltrez-leur la vénération des grandes choses, des grands\nhommes, des grands principes, des grands sacrifices; occupez-vous moins\nde leur bien-être et plus de leurs mœurs; allons ! artistes vaillants, à\nl'œuvre ! Remorquez toute cette foule qui se noie ! A l'œuvre ! vous\ndis-je ; menez cette tourbe sur la montagne; fondez la calotte de plomb\nqui pèse sur ces têtes, brisez les entraves qui garrottent ces intelligences,\ndessillez ces yeux, accoutumez-les à la lumière céleste. L'humanité\nsombre iA la rescousse ! marchez devant, et le monde, abêti et hagard,\nvous suivra, maîtres ?\nAssez d'abrutissement ! assez de honte! Obligez-nous à retourner àla\nbeauté chaste et délaissée ! Sortez-nous de cet enfer ! Tirez-nous de l'ab-\nject, retrempez-nous dans le sublime ! Faites-nous pressentir la splen-\ndeur sacrée des cieux ! Le théâtre ne doit pas détruire, il doit fonder ;il\nne doit pas énerver le public, il doit lui infuser de nouvelles forces; il ne\ndoit pas s'ensevelir dans la matière, il doit s'épanouir dans le rayonne-\nment. Chers artistes, frères que j'aime, chercher le vrai, le trouver, le\ntraduire, est pour vous une question de conscience, pour vos produc-\ntions, une question d'avenir, pour la civilisation, une question de ni-\nveau : créez donc assez de beaux ouvrages pour qu'il n'y ait plus de"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "73", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.34", "texte": "DE LA MUSIQUE DRAMATIQUE\n\nplace pour les turpitudes qui nous affligent, et que votre souffle puis-\nsant balayera enfin quand vous le voudrez fermement.\nEt vous que je vénère, chantres de l'antiquité, représentants illustres\nde Fécole française, Lulli, Rameau, Gluck, Méhul, et toi, suave Pergo-\nlèse, et toi, toi qui mis un abime entre le théâtre ancien et le théâtre mo-\nderne, ô naïf Mozart ! et toi, Beethoven, prêtre de la nature, prêtre de la\nfraternité, prêtre de 1 infini; et toi, l'Albert Durer, l'Hoffmann de notre\nart, ô Weber ! et toi, le Racine, le Bernardin de Saint-Pierre de la mu-\nsique, ô Mendelssohn ! pourquoi vos ouvrages dramatiques, tant prônés,\ntant admirés, ne forment-ils pas un répertoire que la critique, le public\net les artistes iraient étudier ? Pourquoi Paris ne possède-t-il pas une\nsalle qu'on pourrait nommer la salle des génies, sorte de Panthéon où\nles âmes des morts illustres apparaîtraient à tour de rôle et se manifeste-\nraient dans leurs meilleures créations? Pourquoi cet immense flamboie-\nment enfermé dans les bibliothèques ne s'étendrait-il pas incessamment\nsur les générations successives, préparant ainsi l'immortalité de l'avenir\npar l'immortalité du passé ? Pourquoi ? Hélas ! parce qu'on dépense\nsans y regarder des milliards pour détruire les peuples les uns par les\nautres, et qu'on regarde à quelques millions dès qu'il s'agit d'instruire\nles nations et de les mettre à même de s'inoculer, avec l'instruction, avec\nl'admiration et la pratique du beau, la vraie et saine liberté !\nSi j'étais gouvernement, s'écriait un enfant, je mangerais des confi-\ntures.\nPauvre petit ! si j'étais gouvernement, moi, je voudrais faire des\nhommes, et je ne reculerais devant aucun sacrifice pour propager la\nscience, les beaux-arts et les lettres, ces degrés par où montent les es-\nprits pour se glisser jusqu'à Dieu, c'est-à-dire jusqu'à la lumière sans\nombre !\n(i).\n\nLOUIS LACOMBE\n\n(i) Ce fragment et le précédent font partie de l'ouvrage intitulé : Philosophie et\nMusique."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "74", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.35", "texte": "ANDRÉ PHILIDOR\n\n(0\nRRIVK en Hollande, Philidor se mesura avec les pre-\nmiers joueurs de ce pays, et aussi avec l'Arabe Phi-\nlippe Stamma, dont la renommée était alors euro-\npéenne; il compléta ainsi son talent, déjà si remar-\nquable. En 1748, il était à Aix-la-Chapelle, où\nil rédigea sa fameuse Analyse du jeu des échecs.\nLord Sandwich, qui avait entendu parler de lui et\nqui désirait le connaître, l'ayant, à ce moment, in-\nvité à venir le trouver au camp de l'armée anglaise, massée entre Bois-\nlc-Duc et Maastricht, il s y rendit, et joua avec le duc de Cumberland;\ncelui-ci, non-seulement souscrivit personnellement à son ouvrage, mais\nencore lui procura un nombre considérable d'autres souscriptions, qui\nlui permiient de le publier à Londres, lorsqu il y fut Tannée sui-\nvante (1). Philidor n'obtint pas moins de succès en Angleterre qu'il\n\n(i) Voir le numéro du i 5 juin.\n(i) Fétis, toujours prêt à contredire les gens qui ont raison et à contester les faits\nmême les plus évidents, avait mis en doute, dans la première édition de sa Biogra-\nphie universelle des Musiciens, l'existence de cette première édition de Y Analyse du\nJeu des Echecs, publiée en français, à Londres, en 174 g, et, dans sa seconde édition,\nil dit que c est parce qu'il ne l'avait vue citée dans aucun catalogue. S'il y avait tenu\nbeaucoup, il aurait certainement pu recevoir, dans un dépôt public, communication\nde l'édition originale de Y Analyse de Philidor, ou tout au moins de la seconde, dans\nla préface de laquelle les lignes suivantes l'auraient éclairé d'une façon certaine :\n« La F rance a possédé dans tous les temps d'excellents joueurs, mais ils ont négligé\nde nous faire part de leurs découvertes ; et je crois être le premier de ma nation qui\nait mis au jour la théorie et la vraie pratique de ce jeu. Cet ouvrage est divisé en deux\nparties : la première est une réimpression de l'édition de 174 g, avec les corrections"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "75", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.36", "texte": "ANDRÉ PHILIDOR\n\nn'en avait obtenus en France et en Allemagne, et ces succès devaient\nd'autant plus le flatter que l'Angleterre, on le sait, est la terre classique\ndes échecs.. Mais sa renommée s'étendait à ce point que le grand Fré-\ndéric le lit appeler à Berlin, non pour jouer avec lui, car Tamour-\npropre de ce prince eût peut-être été froissé d'une défaite, mais pour\nle faire jouer avec un certain juif qui passait pour être d'une grande\nforce, et que Philidor, qui s'était rendu à cette invitation, battait facile-\nment en lui rendant un cavalier. Philidor joua souvent aussi, devant le\nroi, avec le marquis de Varennes, auquel il faisait le même avantage.\nIl retourna ensuite en Angleterre. Il est probable, cependant, que\ndurant cette longue absence de son pays, Philidor ne s'occupa pas exclu-\nsivement d'échecs, et qu'il songea aussi à fortifier ses facultés musicales.\nLaborde nous dit : « Son goût se forma dans ce voyage, en entendant\nles ouvrages des meilleurs maîtres de l'ltalie. » Pour que Philidor pût\nrevenir en France, en 1754, avec un talent si formé, si souple, si sûr de\nlui-même que celui qu'il déploya dès ses débuts au théâtre, peu d'an-\nnées après, il faut, en effet, et qu'il ait beaucoup entendu, par conséquent\nbeaucoup profité, et même beaucoup travaillé, quoique ne produisant\npas pour le public. J'ajouterai que ce n'est pas la seule audition d'oeuvres\nitaliennes qui dut développer considérablement son talent musical, bien\nque l'influence du style italien soit évidente sur la plupart de ses œuvres;\nmais je ferai remarquer que Philidor séjourna justement à Londres à\nl'époque des dernières années de l'existence de Haendel et des grands\nsuccès qu'obtenaient les admirables oratorios de ce maître immortel.\nL'audition fréquente et l'étude de ces œuvres ne durent pas être sans\nprofit pour lui, et lui valurent peut-être cette fermeté de style, cette\ngrandeur de conception, cette richesse orchestrale qui frappèrent plus\ntard les oreilles parisiennes, et qui lui firent une place tout à fait à part\n\net observations nouvelles; l'autre renferme une suite de fins de parties utiles et même\nnécessaires à connaître, ainsi que nombre de débuts nouveaux. »\nBeaucoup d'éditions françaises de Y Analyse du Jeu des Echecs ont été faites,soit en\nFrance, soit à l'étranger : Londres, 1749, in-8°; —Amsterdam et Leipzig, i752,in-8°;\nLondres (Hollande), 1752, in-8°; Leipzig, 1754, in-8°; Paris, 1767, in-12;\nParis, 1762, in-8° ; Londres, 1767, in-B°, Londres, 1777, in-8° (avec un\nsuperbe portrait dessiné et gravé par Bartolozzi) ; Londres, 1790, 2 vol. in-8° ;\nParis et Strasbourg, an XI (i8o3), in-18 (avec portrait) ; Paris et Strasbourg, 1812,\nin-12; Paris, 1820, in-18 ; Philadelphie, 1821, in-18; Paris, iB3o, in-18 (avec\nportrait); Paris, 1844, in-18 ; Paris, 1844, in-12 ; Paris, 1848, in-12. Les meil-\nleures de ces éditions sont celles de Londres, 1777, et de Philadelphie, 1821. On peut\nconsulter à ce sujet la Bibliographie anecdotique du Jeu des Échecs, par M.Jean Gay.\n(Paris, Jules Gay, 1864, in-12). Je crois qu'en ces dernières années, il s'est fait encore,\nà Paris, une ou deux éditions de l'Analyse de Philidor, qui est restée, après plus d'un\nsiècle, un ouvrage classique en son genre."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "76", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.37", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nauprès de Duni, de Monsigny et de Grétry, avec lesquels on peut dire\nqu'il fonda l'Opéra-Gomique français, mais qui lui étaient de beau-\ncoup inférieurs sous ces divers rapports. L'observation que je présente\nici n'a jamais été faite, mais je crois fermement que le séjour pro-\nlongé de Londres a influé d'une façon considérable sur l'avenir musical\nde Philidor.\nDes traditions de famille veulent qu'il ait écrit, à Londres, en iys3,\nune musique nouvelle pour l'ode à sainte Cécile de Dryden, déjà mise\nen musique par Haendel. M. Fétis nie ce fait, d'une part, parce qu'il lui\nsemble que l'entreprise de Philidor eût été outrecuidante, ensuite parce\nqu'il affirme n'en avoir trouvé mention dans aucun des auteurs qui ont\ntraité de l'histoire de la musique en Angleterre à cette époque. Je ne\nprendrai pas parti dans cette querelle; mais je ferai pourtant observer\nque, en dehors de l'affirmation du fils de Philidor, nous avons celle de\nLaborde, qui certainement n'a pas dû inventer le fait, et qui dit en pro-\npres termes : « Il essaya ses forces à Londres en 1753, où il mit en\nmusique l'ode de Dryden, en anglais, dédiée à sainte Cécile. Le fameux\nHaendel trouva ses chœurs bien fabriqués, et dit seulement qu'il manquait\nencore de goût dans les airs. » Ne peut-on croire que Philidor a effective-\nment mis en musique l'ode de Dryden. mais sans aucun désir de publi-\ncité et seulement pour s'exercer, qu'il se soit mis en rapport avec Haendel,\nqu'il lui ait fait entendre son ouvrage, qu'il lui ait demandé son avis, et\nque celui-ci le lui ait donné tel que nous le rapporte Laborde ? Ce n'est là\nqu'une conjecture; mais, à tout prendre, elle ne me paraît nullement\ninacceptable.\nIII\nEnfin, après neuf ans d'absence, Philidor songea à rentrer dans son\npays. C'est au mois de novembre 1754 qu'il revint à Paris (1). Evidem-\nment il était bien décidé, cette fois, à tenter la fortune artistique et à se\nlancer dans la carrière. Mais peut-être son ambition était-elle trop\nprompte à s'échauffer, car on raconte que, l'emploi de maître de la cha-\npelle du roi se trouvant vacant en ce moment, Philidor conçut le projet\nde l'obtenir; pour cela, il écrivit un grand rfïotet sur les paroles : Lauda\nJérusalem, et le fit exécuter au Concert spirituel, le 2 février 1755, en\nprésence du roi et de la reine. Mais Philidor, à cette époque, n'était\n\n(1) Je prends cette date dans la notice publiée par le Palamède."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "77", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.38", "texte": "ANDRÉ PHILIDOR\n\nâgé que de vingt-huit ans, et, de quelque talent qu'il fît preuve, sa per-\nsonnalité, à lui débutant, devait évidemment s'effacer devant les titres\nd'artistes posés depuis longtemps et qui avaient des droits acquis. Au\nsurplus, il paraît que le style de ce morceau, complètement écrit dans la\nforme italienne, déplut considérablement à là reine, qui ne manquait\npas une occasion de se prononcer contre ce genre de musique. Il avait\ndonc toutes les chances contre lui, et vit confier à un autre l'emploi qu'il\nconvoitait.\nIl tourna alors ses vues du côté du théâtre ; mais, là encore, il devait\nrencontrer de graves difficultés.— «En 1757, nous dit Laborde, il\nessaya de composer un acte d'opéra ; mais Rebel (alors directeur) refusa\nde le donner, en lui disant qu'on ne voulait point introduire d'airs dans\nles scènes. En 1758, ayant fait quelques airs pour les Pèlerins de la\nMecque, à l'Opéra-Comique, Corbi, directeur de ce spectacle, lui pro-\nposa d'entreprendre un ouvrage. On lui donna le poème de Biaise le\nSavetier, qui fut joué avec le plus grand succès à la foire Saint-Laurent,\nen 1759. »\nJe ne m'attarderai pas à discuter ici avec Fétis, qui, là comme\nailleurs, et sans donner aucune preuve contraire, conteste purement et\nsimplement les assertions de Laborde. Or, au point de vue général, j'ai\nremarqué que Fétis est presque toujours dans Terreur lorsqu'il contredit\nson devancier, et dans le fait Laborde ayant été le premier\nbiographe de Philidor, ayant écrit sa notice du vivant de celui-ci, avec\nqui il était en excellentes relations, de qui il a peut-être reçu des rensei-\ngnements directs, me semble plus digne de confiance que Fétis, qui,\nécrivant soixante ans après, ne s'appuie sur aucun témoignage pour\njustifier son dire ( 1).\nToujours est-il que le véritable début de Philidor se fit le 9 mars 1759,\npar un joli petit opéra-comique en un acte, Biaise le Savetier, dont\nSedaine lui avait fourni les paroles, et que ce début fut pour lui plein de\nbonheur et d'éclat.\nIl y avait tantôt six ans c'était le 3o juillet 1753 que Dauvergne\navait fait, à l'Opéra-Comique, alors dirigé par Monet, le premier essai\n\n(i) Fétis dit simplement qu'aucun ouvrage portant le titre des Pèlerins de la\nMecque n'a été représenté à l'Opéra-Comique en iy58. La pièce, en trois actes et «en\nvaudevilles », n'était point nouvelle ; elle était de Lesage, Fuzelier et d'Orneval, et\navait été jouée pour la première fois à ce théâtre le 29 juillet 1726. On en aura sans\ndoute fait une reprise en 1759, pour laquelle Corbi aura chargé Philidor de lui\nécrire quelques airs nouveaux. Je ne puis rien affirmer à ce sujet, mais je remarque\nque plusieurs contemporains citent Philidor comme ayant fait des airs pour les Pè-\nlerins de la Mecque."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "78", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.39", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nd'un véritable opéra-comique, c'est-à-dire d'une pièce accompagnée de\nmusique inédite, « mêlée d'ariettes nouvelles. » C'était une imitation\nfrançaise des « intermèdes » italiens que des chanteurs ultramontains\navaient fait connaître à Paris avec tant de succès. Ce qu'on appelait\nalors opéras-comiques n'était autre chose que des parodies d'opéras (d'où\nle nom : opéras-comiques), dans lesquelles les couplets étaient chantés\nsoit sur des airs connus, c'est-à-dire des vaudevilles, soit sur des mor-\nceaux tirés de l'opéra parodié. Pour faire la distinction, on qualifia les\npièces du nouveau genre : pièces à ariettes. Ce n'est que plus tard, à\npartir de la fin du dix-huitième siècle, qu'une interversion complète eut\nlieu, et que l'on prit l'habitude d'appeler d'abord pièces en vaudevilles,\npuis vaudevilles, les pièces dans lesquelles on chantait des airs connus,\ntandis qu'on appliqua la qualification d'opéras-comiques aux anciennes\npièces à ariettes, celles qui comportaient de la musique entièrement nou-\nvelle. Depuis lors, cette double dénomination n'a plus changé. Mais il\nfaut encore remarquer que les premières pièces à ariettes, celles dont,\navec tant de succès, les Troqueurs donnèrent le premier modèle, conte-\nnaient généralement, avec les airs nouveaux, un certain nombre de cou-\nplets qui se chantaient sur de vieux vaudevilles, et qu'elles étaient, par\nconséquent, mêlées de musique ancienne et nouvelle. Beaucoup des\nlivrets mis en musique par Duni, Monsigny, Philidor et Grétry sont\ndans ce cas.\nDepuis longtemps déjà, la Comédie-Italienne, mentant à son titre, avait\nabandonné les comédies italiennes, et s'était mise à jouer des comédies\nfrançaises, des opéras-comiques (vaudevilles) et des ballets. Mais on a\ntoujours aimé beaucoup la musique en France, et la Comédie-Italienne\nne demandait pas mieux que de satisfaire le goût de son public, quoi-\nqu'elle eût, à ce sujet, souvent maille à partir avec l'Opéra, qui ne\nsupportait pas qu'on empiétât sur son privilège. C'est ce qui fait que,\nsans en arriver encore à donner des pièces du genre de celles qu'on\nappela plus tard pièces à ariettes, il lui arrivait souvent de jouer cer-\ntains ouvrages mêlés de divertissements, de danses, de couplets, dans\nlesquels on faisait entrer à la fois de la musique connue et de la musique\ninédite. Ce n'est donc pas tout d'un coup et tout d'une pièce, on le voit,\nque fut créé le genre de notre opéra-comique, et il y avait près de qua-\nrante ans qu il était en germe lorsqu'il prit corps et s'imposa par la force\ndes choses.\nCertains compositeurs distingués écrivirent, et quelques-uns en grand\nnombre, la musique d'ouvrages du genre de ceux que je viens de\nsignaler. Mouret, qui fut si justement surnommé le musicien des grâces,"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "79", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.40", "texte": "ANDRÉ PHILIDOR\n\net qui obtint des succès à l'Opéra, fut longtemps attaché, à cet effet, à la\nComédie-Italienne; j'ai réuni, pour ma part, les titres de plus de trente\npièces écrites par lui pour ce théâtre, de 1718 a 1 1 : lAmante roma-\nnesque, le \"Naufrage au Port à l'Anglais, ïAmour maître de\nlangues, la Désolation des deux Comédies, le Procès des Théâ-\ntres,— Arlequin Pluton, les Lunettes magiques, —la Foire renais-\nsante, la Fausse Magie, les Aventures de la rue Quincampoix,\nle Philosophe trompé par la nature, le Triomphe d* Arlequin,\nla Mode, le May, la Rupture du Carnaval et de la Folie, les\nAmours de Vincennes, Mélusine, —le Trésor supposé, les Amans\nignorans, Arlequin Endymion, la Fille inquiète, VAmante\ncapricieuse,—- Démocrite prétendu fou,— le Phénixle Triomphe de\nVlntérêt, le Je ne scais quoi, VAmant déguisé, le Jeu d amour,\nVEmpereur dans la lune, Colombine mari par complaisance,\nle Chaos, —le Berger d'Amphrise. Un autre musicien aimable,\naujourd'hui bien oublié, Jean-Claude Gilliers, qui vivait dans le meme\ntemps que Mouret, écrivit aussi, non-seulement pour la Comédie-Ita-\nlienne, mais pour TOpéra-Comique, son rival, nombre d'ouvrages du\nmême genre : la Foire de Guibrajr, le Tombeau de Nostradamus,\nla Ceinture de Vénus, Télémaque, - les Dieux à la Foire,\nVAmante retrouvée, Sancho-Pança gouverneur, la Nièce vengée,\nla Comédie sans hommes, la Fille sauvage, le Pot-pourri\ncomique, Sophie et Sigismond, la Première Représentation,\nLucas et Perrette. Plusieurs autres compositeurs, moins suivi-\nrent Mouret et Gilliers dans cette voie : Labbé [les Amours déguisés),\nDelacroix (.Arlequin au Sabbat), Quinault (les Aventures du camp de\nPorche-F ont aine), Aubert (Arlequin Huila, la Reine des Péris, Arle-\nquin gentilhomme malgré lui), Biaise [les Fées rivales, le Génie de la\nFrance, les Ages en récréation, Amadis, les Muses, Alcione), Des-\nbrosses (les Amusemens champêtres, le Mai), etc.\nEnfin Dauvergne vint,., et le succès des Troqueurs, donnés par lui à\nl'Opéra-Comique, fut si éclatant, que ce théâtre ne songea qu'à le renou-\nveler et à poursuivre un essai qui avait été si heureux. Duni, qui s'était\nfait une réputation en Italie, sa patrie, et qui était alors attaché à la cour\nde Parme, cour toute française, où on lui avait demandé un petit opéra\nsur paroles françaises, avait fait demander un poëme à Favart, qui lui\navait envoyé le Peintre amoureux de son modèle. Ce petit ouvrage\nayant été très bien accueilli à Parme, l'administration de l'Opéra-\nComique avait fait demander à Duni s'il lui plairait de venir le monter\nà Paris. Le compositeur ne se Tétait pas fait dire deux fois, et son œuvre"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "80", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.41", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nayant obtenu un grand succès, il se fixa en France, écrivit une seconde\npièce, Nina et Lindor, et devint l un des fondateurs du nouveau genre.\nUn chanteur de l'Opéra-Comique, Laruette, dont le nom est resté le\ntype de l'emploi connu d'abord sous la qualification de « rôles à\ntablier, » et qui était bon musicien, se mit aussi à composer des « pièces\nà ariettes, » et fit jouer en peu de temps le Docteur Sangrado (dont il\nécrivit la musique en collaboration de Duni), le Médecin de VAmour,\nVHeureux Déguisement, Cendrillon; le financier Laborde, qui se\npiquait aussi de composition, donna Gilles garçon peintre, amoureux\net rival, et enfin Monsigny, qui était venu à Paris dans le but de se\nproduire au théâtre, fit ses débuts par les Aveux indiscrets.\nPendant ce temps, la Comédie-Italienne suivait la même voie, mais\npar d'autres moyens ; c'est-à-dire que les pièces à ariettes qu'elle offrait à\nson public n'étaient point le fait d'auteurs français, et n'étaient que la\ntraduction d'intermèdes italiens. Evidemment, les deux théâtres (car\n1 Opéra-Comique donnait aussi des traductions) avaient quelque peine à\nformer un personnel de jeunes compositeurs capables de les fournir\nd'œuvres nouvelles et de ne les point laisser chômer. La Comédie-\nitalienne donna donc successivement : les Voyageurs (i Viaggiatori) ,\nla Servante maîtresse (la Serva padrona), Ninette à la Cour (écrite en\nfrançais, à Parme, par Duni), le Maître de musique [il Maestro di\nmusica), la Bohémienne (la Zingara), les Chinois [il Cinese), la Pipée\n(il Paratagio), le Charlatan (il Medico ignorante).\nTelle était la situation au moment où Monsigny et Philidor se pro-\nduisirent presque simultanément et donnèrent, à un mois de distance,\nchacun leur premier ouvrage à l'Opéra-Comique. Le 7 février 1759, le\npremier faisait jouer à ce théâtre les Aveux indiscrets, et le 9 mars sui-\nvant, le second entrait en lice avec Biaise le Savetier. Tous deux obtin-\nrent un grand succès, et, avec Duni, furent aussitôt les musiciens\nattitrés des deux scènes rivales. Grétry il faut le remarquer —ne com-\nmença que dix ans plus tard_, en 1769, grâce à l'appui et au dévouement\nde Philidor lui-même. Lorsqu'il vint, le genre était donc créé, florissant,\net, s'il sut y faire preuve de génie, c'est une inexactitude néanmoins de\nle considérer, ainsi qu'on affecte de le faire parfois, comme le véritable\net principal créateur de l'opéra-comique. Les vrais parrains de celui-ci,\non ne saurait trop le répéter, sont Duni, Philidor et Monsigny.\nLa musique de Biaise le Savetier fit une profonde sensation, et\nl'apparition de cet ouvrage fut presque un événement. La main ferme et\nsure de Philidor annonçait, du premier coup, un musicien d'une grande\nvaleur et d'une instruction rare, et le public fut même tellement surpris"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.42", "texte": "Mr. LA RUETTE Role de la Bride ,\ndans le maréchal ferand.\n( Fac-Simile à l'eau-forte)"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "81", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.43", "texte": "que son étonnement ne fut pas sans quelque mécompte ; peu habitué à\nune nourriture aussi succulente, il ne s'y fit pas sans scrupule et sans\nhésitation, ce La musique de Biaise, nous disent les frères Contant\nd'Orville dans leur Histoire de F opéra-bouffon, quoique sçavante et\npleine de feu, a paru aux connaisseurs trop uniforme; ils auroient sou-\nhaité un certain mélange de doux et de fort, de mouvement et de repos,\nqui est à l'égard des sons ce que la distribution de l'ombre et de la\nlumière est à l'égard des couleurs. » Voilà le jugement d'un simple\ndilettante. Un almanach spécial, les Spectacles de Paris, se borne à\nconstater le succès éclatant et persistant de l'ouvrage : « Tout ce qu'on\npeut dire de cet opéra comique, c'est que le public Fa vu soixante-huit\nfois sans se lasser, peut-être même, pourrait-on dire, chaque jour avec le\nmérite de la nouveauté. »\nVoici maintenant l'appréciation d'un artiste, d'un musicien, onze ans\naprès l'apparition de l'œuvre de Philidor. Dans un article de fond\npublié dans son Journal de musique, à la date de mai 1770, Framery,\nétudiant les progrès faits par la musique française depuis un certain\ntemps, s'exprimait ainsi :\n« Les choses en étoient à ce point; la musique gagnoit chaque jour.\non s'accoutumoit à l'entendre, ce qui aidoit à devenir capable de la sentir.\nLa musique françoise étoit absolument discréditée, du côté qu'on appelle le\npetit genre, c'est-à-dire celui des grâces et de la gaîté. Ce qui existoit alors\nétoit véritablement un mélange très agréable de tournures françoises et de\ntournures italiennes. Notre musique étoit chose facile à chanter, mais c'étoit\nun assemblage informe, et l'harmonie n'avoit pas acquis autant de perfection\nque le chant. Un homme parut, dont le premier ouvrage sembla plus extraor-\ndinaire qu'agréable. Les oreilles, étonnées d'être remplies pour la première\nfois, se crurent assourdies. L'expression des paroles, rendue d'une façon nou-\nvelle, ne fut point d'abord sentie. Parce que ce musicien transporta dans\nl'orchestre les passions qu'il avait à peindre, afin de conserver au chant sa\nsimplicité, on lui refusa de l'expression; et parce qu'il ne s'astreignit point à\ndonner à toutes ses ariettes la tournure quarrée et monotone d'une brunette\nou d'une romance, on nia qu'il eût du chant. Tel est l'effet que produisit\nBiaise le savetier dans sa nouveauté. On n'étoit pas encore assez sensible à\nla musique, on n'étoit pas assez instruit de ses moyens pour tenir compte à\ncet auteur, autant qu'il le méritoit, des tableaux ingénieux qu'il avoit offerts,\nde l'emploi raisonné des instruments à vent qui n'avoient servi jusqu'alors\nque de remplissage, de la hardiesse avec laquelle il avoit osé le premier\npeindre les passions différentes et contrastées de cinq ou six personnes dans\nun même morceau de musique, sans confusion, sans embarras, sans jamais\nfaire perdre à l'un d'eux le caractère qui lui avoit été donné. Nous avions\ndes chœurs, nous avions des fugues, mais un quinque dialogué avec autant\n\nV.\nANDRÉ PHILIDOR\n6"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "82", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.44", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nd'esprit que de force d'harmonie, c'est ce dont on n'avoit 1 idée ni en Italie\nni en France. »\nJ'ai tenu à reproduire en entier ce paragraphe intéressant, parce que,\nd'une part, il résume et fait connaître d'une façon complète les élé-\nments nouveaux que Philidor importa dans la musique théâtrale, et fait\ncomprendre le caractère jusqu'à un certain point novateur de son talent;\nd'autre part, parce qu'il nous rend un compte exact des premières\nimpressions du public à l'audition de la musique de ce maître; enfin,\nparce que le critique nous fait voir que les vrais musiciens lui tenaient\ncompte de ses efforts et savaient très bien en apprécier la valeur et la\nportée. Et, à ce sujet, j'en reviens à mon premier dire : pour que le\ntalent de Philidor se montrât du premier coup si plein de maturité et de\nperfection, si ferme et si serré, si complexe pour le temps, il fallait que le\njeune musicien eût bien profité de son long séjour en Angleterre, où\ncertainement les œuvres de Hœndel n'avaient pas été perdues pour lui.\nIl est certain, d'ailleurs, que la partition de Biaise le Savetier, très\nfournie et très importante (elle ne comprend pas moins de quatorze mor-\nceaux), est excellente d'un bout à l'autre, et indique un rare tempé-\nrament d'artiste. On y trouve une habileté de mise en œuvre, une\nscience de la facture, un sentiment de l'harmonie, une verve scénique,\nune abondance mélodique, et une force d'instrumentation auxquels on\nn'était certes pas habitué à cette époque, et qui durent, en effet, dérouter\nsingulièrement les premiers auditeurs. A ceux qui voudraient s'en\nrendre compte, je conseille surtout de lire le très remarquable quintette\ncité par Framery, un trio plein de verve et d'élégance : le Ressort est,\nje crois, mêlé, et la tendre et jolie romance de Blaisine : Lorsque tu me\nfaisais Vamour. Ces trois morceaux pourront, à eux seuls, leur donner\nune idée de la supériorité dont Philidor faisait déjà preuve.\nSon talent s'affirmera bientôt d'une façon plus éclatante, surtout dans\nle Maréchal-f errant, avec lequel il obtint un de ses grands triomphes,\net où il fut vigoureusement aidé par son ami Laruette, qui jouait\nfaçon supérieure l'un des rôles les plus importants de l'ouvrage.\n(La suite prochainement.)\n\nARTHUR POUGIN."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "83", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.45", "texte": "LE PRIX DE ROME\n'ACADÉMIE des Beaux-Arts, toutes sections réunies, vient\nde décerner le grand prix de composition musicale à\nM. Ehrhart, élève de M. Reber. Les cantates des concur-\nrents ont été exécutées, comme d'habitude, d'abord au\nConservatoire, en présence du jury spécial, et, ensuite, au palais Ma-\nzarin, devant toute l'Académie des Beaux-Arts, qui a voté après avoir\nreçu communication du choix préalable du jury, composé de : MM. Am-\nbroise Thomas, Reber, Bazin, Victor Massé, Félicien David, Massenet,\nVaucorbeil et Saint-Saëns.\nOn a trouvé singulier que MM. Bazin, Reber et Massé, professeurs\ndes concurrents, aient fait partie du jury ; mais ils figurent, dans cette\nliste, à titre de membres de la section à l'Académie des Beaux-Arts.\nPREMIER GRAND PRIX\nM» Ehrhart, élève de M. Reber.\nSecond grand prix : M. Véronge de la Nux, élève de M. Bazin.\nUne mention honorable à M. Wormser, élève de M. Bazin.\nVoici les noms des artistes qui s'étaient mis obligeamment à la dispo-\nsition des jeunes aspirants au prix de Rome :\nMadame Furchs-Madier, MM. Nicot et Brion d'Orgeval, pour\nM. Ehrhart;\nMademoiselle Chapuy, MM. Bosquin et Delle-Sedie, pour M.\nWormser ;"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "84", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.46", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nMademoiselle Huet, MM. Coppel et Manoury, pour M. PopMeaiini,\nMademoiselle Ducasse, MM. Roger et Bonnehée, poui M. Mai-\nmontel;\nMademoiselle Duvivier, MM. Vergnetet Manoury, pour M. de la Nux ;\nMademoiselle Arnaud, MM. Grisy et Menu, pour M. Hillemacher.\nMademoiselle Mauduit et M . Sylva devaient primitivement interpré -\nter la cantate de M. Antonin Marmontel; ils en ont été empêchés par\nles répétitions générales de l'Esclave de M. Membrée. Fort heureuse-\nment, Roger et mademoiselle Ducasse, se sont dévoués et ont lu, pour\nainsi dire, cette cantate remarquable."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "85", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.47", "texte": "BIBLIOGRAPHIE\nUSIQUE ET MUSICIENS, par M. GUY DE CHAR-\nNACÉ 2 vol. in-24. Paris, 1873.Librairie musi-\ncale de Pottier de Lalaine. - «Écrit au jour le jour\ndes événements, ce petit livre n'a d'autre prétention\nque de présenter une réunion de documents impar-\ntiaux à ceux qui écriront plus tard l'histoire de la musique de la France,\nà notre époque, et d'avoir été dicté par un sentiment bien fort de la\njustice et de la vérité, puisé au culte du beau. »\nAinsi s'exprime M. de Charnacé dans sa préface, où il développe,\nsous forme de lettre à M. Charles Blanc, ses idées sur 1 état actuel\nde la musique et sur la situation de nos théâtres lyriques. Est-il besoin\nd'ajouter que ces idées sont excellentes, et que nous nous y asso-\ncions de tout point. Nous partageons la haine et le dégoût de l'auteur\npour ce qu'il appelle « l'art démocratique et social, » c'est-à-dire l'o-\npéra bouffe, « cette peste morale, » et la musique de café-concert « à\ntrois sous la chope. » Nous partageons également ses vives sympathies\npour les compositeurs de notre jeune école, qui ont eu la force de se\nsoustraire à cette débauche musicale, pour rester fermement attachés\naux traditions du grand art. M. de Charnacé prend leur cause en main\net la défend en termes chaleureux : « Allez, dit-il, au-devant du mérite\ninconnu, qui ne peut se produire tout seul comme celui du peintre et du\nstatuaire ; ouvrez-leur d'autres voies en dehors du théâtre, où si peu\npeuvent parvenir, et auquel tous ne sont pas aptes. Pour naître à la lu-\nmière, la musique symphonique n'attend chez nous qu'un rayon de fa-\nveur. Créez un fonds destiné à la publication des œuvres instrumenta-\nles, car vous savez que les éditeurs préfèrent graver les Canards à trois"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "86", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.48", "texte": "LA. CHRONIQUE MUSICALE\n\nbecs, hélas ! trop demandés sur le marché, que les compositions artisti-\nques. Faites décider de leur valeur et de leur impression par un comité\ncompétent, et prélevez-en les fonds sur la somme considérable destinée,\nchaque année, aux copistes, souvent sans talent, des chefs-d'œuvre de la\nm\npeinture. (Voilà, certes, une idée qui mériterait de faire son chemin.)\nEt, maintenant, pour lutter contre l'acharnement des cafés-concerts,\nencouragez la création de sociétés chorales et de concerts populaires\nvraiment dignes de ce nom ; donnez à ces établissements des primes d'en-\ncouragement, à la charge d'avoir des prix d'entrée les plus minimes.\nAffranchissez-les des droits qui les grèvent, à la condition de ne faire\nentendre que de belles et saines œuvres. Par votre énergie, débarrassez\nla rue de tous les bastringues, les orchestres, les tréteaux, les hurle-\nments et les hoquets qu'on y entend ; balayez, enfin, les maisons de\nprostitution musicale dont Paris regorge. » Voilà les paroles d'un vrai\net honnête musicien, et nous ne saurions trop féliciter notre confrère\nd'avoir exprimé, avec tant de netteté et de conviction, les idées que nous\navons nous-même défendues si souvent dans ce journal.\nMaintenant que la profession de foi de l'auteur nous est connue,\njetons un rapide coup d'œilsur le nouvel ouvrage qu'il nous présente.\nLe premier volume réunit les comptes rendus des œuvres lyriques\nreprésentées depuis deux ans et ceux de quelques chefs-d'œuvre remis à\nla scène ou exécutés dans les concerts, ainsi que des appréciations sur\nquelques-uns des maîtres contemporains. Ces pages sont fort intéres-\nsantes : elles renferment des aperçus ingénieux et des critiques qui nous\nparaissent toujours fondées, sauf en ce qui concerne Wagner et Schu-\nmann, après lesquels M. de Charnacé ne cesse de s'acharner avec une\nacrimonie et une passion, qui nuisent parfois à la rectitude de son juge-\nment.\nLe second volume est consacré tout entier à la traduction de quel-\nques fragments des œuvres critiques de Wagner (Gesammelte Schriften\nund dichtungen). Ces fragments sont les suivants : ie Sur la musique\nallemande. 20 Sur l cuverture. 3° De la direction de Vorchestre.\n40 L'opéra et le drame (ire partie). Je n'ai pas besoin de faire ressortir\nl'importance de cette traduction qui permettra au public de se fami-\nliariser avec des travaux d'esthétique musicale extrêmement remar-\nquables et qui lui étaient inconnus jusqu'ici. On parle volontiers de\nWagner et de son système, mais, parmi tous ces aimables discoureurs,\nqui foulent aux pieds ou qui exaltent jusqu'aux nues le « prophète de\nla musique de l'avenir, » combien peu connaissent vraiment les ques-\nt ons qu'ils tranchent avec une si charmante désinvolture. Malheureu-"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "87", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.49", "texte": "BIBLIOGRAPHIE\n\nSement, les fragments d'opéra et drame, traduits par M. de Charnacé, ne\npeuvent guère suffire à nous donner une idée complète des théories du\ncélèbre réformateur, et nous regrettons que notre confrère ait laissé\nde côté les deux autres parties de ce curieux ouvrage, à savoir : a Les\npièces de théâtre et l'essence de la poésie dramatique ; la poésie et la\nmusique dans le drame de Vavenir. » Il est vrai que si M. de Charnacé\navait voulu traduire et publier in extenso l'œuvre complète de Wagner,\nil lui aurait fallu, ainsi qu'il l'explique lui-même, l'autorisation de l'au-\nteur, autorisation qui lui eût été certainement refusée, en présence de\nl'esprit d'hostilité qu'il ne cesse de manifester avec trop de complaisance\net des critiques trop souvent injustes dont il a cru devoir entremêler sa\ntraduction. Sur ce terrain, nous avons le regret de nous séparer absolu-\nment de M. de Charnacé, et, bien que nous n'admettions pas sans\nréserves toutes les doctrines de Wagner et notamment les critiques qui\nse trouvent formulées dans les derniers paragraphes d'opéra et drame\n(ire partie), nous ne pouvons néanmoins nous empêcher de reconnaître\net d'apprécier, comme il convient, la haute valeur de ses œuvres drama-\ntiques et de ses travaux d'esthétique.\nH. Marcello,\nLA COMÉDIE-FRANÇAISE, histoire administrative (1658-1757),\npar JULES BONNASSIES. Paris, Didier, 1874. In-12 de 400 pages,\navec un tableau. Voici le premier volume de la grande série sur l'his-\ntoire administrative de notre première scène nationale, annoncée depuis\nlongtemps dans le monde des lettrés et dont les lecteurs de la Chronique\nmusicale connaissent un chapitre. L'auteur explique, dans sa préface,\nque jafriais ce travail n'a été fait sérieusement ni au dix-huitième siècle,\nni en celui-ci, parce que aucun des écrivains qui ont abordé le sujet n'a\neu recours aux documents conservés dans les Archives de la Comédie.\nC'est là, en effet, aux Archives nationales et dans les études des notaires\nde Paris, que notre collaborateur M. Jules Bonnassies a puisé les élé-\nments de cette grande série qui ne comprendra pas moins de six volumes.\nIndiquer même succinctement ce que contient celui-ci n'est guère\npossible : bornons-nous à dire que tous les contrats, actes de Société,"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "88", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.50", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nrèglements intérieurs, pièces légales, dont la Comédie fut 1 objet de 1657\nà 1757, ont été retrouvés par l'auteur et commentées par lui.\nLa seconde partie du volume est consacrée à une restitution de la vie\ndes comédiens français sous l'ancien régime, La part de 1 inédit y est\négalement considérable.\nO. Le Trioux.\nTRAITÉ THÉORIQUE ET PRATIQUE DE L'ORGANI-\nSATION DES SOCIÉTÉS MUSICALES, par P. CLODOMIR. -\nVoici un excellent ouvrage et qui fait le plus grand honneur à son au-\nteur. Très spirituellement écrit, ce qui n'est pas à dédaigner dans un\nlivre théorique et technique, M. Clodomir a renfermé dans un volume\nélégant et fort joliment illustré tout ce qu'il est nécessaire de savoir\npour organiser de bonnes Sociétés de musique d'harmonie, depuis les\nnotions des instruments qui la constituent jusqu'aux instructions sur les\nconcours de musique et les statuts et règlements des Sociétés.\nLes détails sur l'étendue des instruments sont suffisants pour permettre\nà tout compositeur d'écrire pour la musique militaire, dont l'instrumen-\ntation est, comme on sait, si absolument différente de celle des orches-\ntres de symphonie et d'opéra. Il ne lui faudra qu'un peu d'habitude\npour y parvenir. Le chapitre qui traite de l'accord des instruments est\nd'une haute importance, et je ne sache pas que ce sujet ait jamais été\nabordé, du moins avec cette lucidité. Mais ce qui est surtout précieux pour\nun chef de musique d'harmonie, c'est de savoir former un orchestre où\nla proportion convenable entre les instruments de nature diverse comme\nétendue, timbre et sonorité, lui permettra de produire le plus d'effet pos-\nsible, selon le nombre d'instrumentistes dont il pourra disposer, et tout\ncela est parfaitement développé dans le chapitre 111. Les compositeurs\nnovices et même ceux qui ont l'habitude de la partition symphonique\net lyrique, éprouvent souvent de la peine à bien se rendre compte de\nl'énorme quantité de transpositions qui se rencontrent dans les partitions\nde fanfares ou d'harmonie. Les explications de M. Clodomir à cet égard\nne laissent rien à désirer. Le prix approximatif des instruments est très\nutile à connaître ; aussi les musiciens, aussi bien que les chefs-direc-\nteurs et les présidents de Sociétés sauront-ils gré à l'auteur de ce livre de"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "89", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.51", "texte": "BIBLIOGRAPHIE\n\nle leur avoir donné. Rien enfin n'a été négligé, ni les instructions sur la\nmanière d'obtenir une bonne exécution, ni les soins de propreté néces-\nsaires à l'entretien des instruments, pas même les ficelles qu'il est bon\nqu'un directeur de musique emploie quelquefois pour jeter delà poudre\naux yeux de son public. Enfin, le Traité théorique et pratique de l'or-\nganisation des Sociétés musicales, harmonies et fanfares, de M. Clo-\ndomir, est un ouvrage à part, et le complément indispensable des traités\nd'instrumentation de Berlioz et de M. Gevaërt.\nÉCOLE PRIMAIRE DE CHANT CHORAL, par M. Louis\nDESSANE. Je dois faire ma confession : je n'ai jamais été partisan outré\ndes orphéons, parce que, en dehors du bien moral qui peut en résulter\npour ceux qui en font partie, ce dont je n'ai point à me mêler, je n'ai\npas très distinctement perçu jusqu'à présent le grand avantage que l'art\nmusical en retire, seule chose qui m'intéresse. Mais puisque les orphéons\nexistent, autant les encourager et faciliter aux orphéonistes les moyens\nde devenir bons musiciens. Sous ce rapport, Y École primaire de chant\nchoral, par M. Louis Dessane, est un ouvrage qui peut rendre de grands\nservices. Les principes de la musique y sont clairement énoncés, et la\nplupart des études ou exercices bien combinés et bien gradués. Ce n'est\npas la faute de M. Dessane si l'usage déplorable a prévalu de substituer\npour les ténors la clef de sol, qui n'appartient qu'aux voix de femmes et\naux instruments élevés, à la clef d'wf, quatrième ligne, où les notes se\ntrouvent à leur véritable place. Il ne faut pas non plus lui reprocher\nd'avoir consacré trois ou quatre leçons au chant à bouche fermée. Lim-\nnander, qui, le premier, si je ne me trompe, a employé ce moyen, dont\nplus tard, Auber et même Verdi, ont eu, selon moi, le tort d'user, a\nrendu à l'art un très mauvais service, la voix humaine n'étant pas faite\npour les jongleries. M. Louis Dessane s'est conformé aux usages,\nbons ou mauvais, qui existent, et son ouvrage est un excellent manuel\npratique."}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "90", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.52", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nLES GAMMES COMPLÈTES ET PROGRESSIVES POUR\nLE VIOLON, par EDOUARD LAPRET. Apprendre à faire les gammes\nse trouve dans toutes les méthodes de violon ; mais jamais, jusqu'à ce\njour, il n'a paru d'ouvrage aussi complet que celui de M. Lapret. L'é-\nlève qui aura le courage de le travailler depuis le commencement jus-\nqu'à la fin, devra nécessairement arriver à une force d'exécution extraor-\ndinaire. Ce qui frappe dans cette méthode, c'est la simplicité avec\nlaquelle son auteur, sans discours et sans commentaires, conduit pro-\ngressivement son élève depuis les exercices les plus élémentaires jus-\nqu'aux plus extrêmes difficultés. Le travail de M. Lapret peut se placer\nau premier rang des bons ouvrages théoriques et pratiques.\nHenry Cohen."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "91", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.53", "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nFAITS DIVERS\nous empruntons à la chronique musicale du Monde illusti'é,\nde notre collaborateur Albert de Lasallç, des détails fort\nintéressants sur la longévité des musiciens, M. de Lasallç\ns'exprime ainsi :\nUn de ces jours derniers, par un beau soleil, nous nous\namusions à inventorier les bustes des compositeurs, qui\nornent les façades de l'Opéra. Ces morceaux de sculpture portent en légende,\navec le nom du musicien, la date de sa naissance et celle de sa mort. 11 nous\nfat facile le lendemain de dresser le tableau suivant, qui indique l'âge auquel\nchacun de ces illustres artistes a rendu son âme à Orphée.\nVoyez, et dites si la musique n'est pas Télixir de longue vie dont on\ncroyait la recette introuvable :\nGossec mort à 96 ans\nAuber 90\nMonsigny 88\nCampra 84\nChérubini.... 82\nRameau 81\nHaydn 77\nSpontini 77\nRossini 76\nSaiieri 75\nHaendel 74\nPaisiello 74\nLesueur 74\nGluck 73\nPiccini 72\nGrétry 72\nMeyerbeer 70\nS. Bach 65\nHalévy mort à 63 ans\nBoïeldieu 59\nBeethoven 57\nDalayrac 56\nLuili 54\nMéhul 54\nA. Adam. ..... 53\nDonizetti 5o —■\nCimarosa 47\nNicolo 43\nHérold 41\nWeber 40\nChopin 39\nMendelssohn. . 38\nMozart 35\nBeliini 33\nSchubert 3i\nPergolèse 26\nVoilà donc, disposés en tableau, les noms des trente-six compositeurs les\nplus célèbres. Sur le nombre, il y en a dix seulement qui n'ont pas atteint"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "92", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.54", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nTâge d'un demi-siècle. Mais vous en compterez dix-sept dont la vie s'est\nprolongée au delà de soixante-dix ans.\nVous voudrez bien remarquer encore que la liste s'ouvre par les noms de\nmusiciens français (car je compte comme tel le florentin Cherubini, qui a\nvécu et travaillé à Paris, qui a été membre de notre Institut et directeur de\nnotre Conservatoire). Par contre, les six derniers noms de la nomenclature\nappartiennent à des étrangers. On me dira qu'il y a là l'effet d'un simple\nhasard. Je veux bien qu'il soit simple ce hasard ; dans tous les cas, il est assez\nheureux pour mériter d'être signalé.\nEnfin, la moyenne générale de tous ces âges mortuaires est sensiblement\nde soixante et un ans, sept mois.\nMaintenant, en considérant séparément les nationalités, nous trouvons ces\nmoyennes :\nFrançais 68 ans\nItaliens « 59\nAllemands 56 -\nCONCOURS A HUIS-CLOS DU CONSERVATOIRE. Solfège : Les concours à\nhuis-clos du Conservatoire ont commencé le 9 juillet. Notre collaborateur,\nM. Arthur Pougin, en fera, dans un prochain numéro, le compte rendu cri-\ntique, à la suite duquel nous insérerons le Palmarès, qui donnera à nos lec-\nteurs le détail exact des élèves couronnés pour les classes de chant et d'ins-\ntruments. La Chronique musicale suit en cela le principe qu'elle a adopté\nl'année dernière au sujet de ces mêmes concours.\nCONCOURS PUBLICS DU CONSERVATOIRE. Les concours publics du Conser-\nvatoire de musique commenceront le jeudi 23 courant.\nVoici l'ordre des séances :\nJeudi 23, à dix heures du matin, chant.\nVendredi 24, à neuf heures, piano.\nSamedi 25, à midi, opéra.\nLundi 27, à midi, opéra-comique.\nMardi 28, à dix heures, tragédie, comédie.\nMercredi 29, à neuf heures, violoncelle, violon.\nJeudi 30, à neuf heures, instruments à vent.\nLe ministère hongrois vient de rendre un décret administratif qui\naffirme le droit que possède chacun de manifester ses opinions au théâtre\navec des sifflets. Cette singulière décision a été provoquée par le comte Bis-\nsingen, lequel, en compagnie de son ami le comte Esterhazy, s'était permis\nde siffler un ténor débutant qui lui déplaisait. Le comte Bissingen avait été\ncondamné pour ce fait à cinquante florins d'amende. Mais le riche seigneur"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "93", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.55", "texte": "VARIA\n\nen a rappelé pour faire résoudre la question en principe. Son insistance\na fini par avoir le dessus ( Gaçetta musicale, de Milan),\nM. Capoul et mademoiselle Adelina Patti seraient engagés à Saint-Pé-\ntersbourg pour y créer, cet hiver, l'opéra de M. Victor Massé : Paul et\nVirginie.\nUn bill tendant à modifier la loi relative aux droits d'auteur, au point\nde vue international, a été adopté le 8 juillet en première lecture à la\nChambre des Communes de Londres. Une réforme de la législation actuelle\ndans un sens libéral est depuis longtemps souhaitée. Nous espérons que les\nmodifications en question seront assez larges pour donner satisfaction aux\nartistes de tous les pays.\nNous enregistrons avec plaisir les deux nouvelles suivantes, concernant\ndes récompenses méritées :\nM. Achille Lemoine, éditeur de musique, vient d'être nommé chevalier\nde la Légion d'honneur ;\nM. Vianesi, le chef d'orchestre du Théâtre-Italien, vient de recevoir la\ncroix de chevalier de Tordre de Léopold de Belgique.\n$\nNotre collaborateur, M. Louis Lacombe, et madame Lacombe viennent\nd'ouvrir, rue Mondovi, 4, de beaux salons, où, le samedi, ces excellents\nartistes aimés du public parisien réunissent quelques amis.\nCe sont de charmantes soirées où on entend de la musique comme la sa-\nvent faire ces deux professeurs sympathiques de l'art classique et moderne.\nC'est laque, dorénavant, ils recevront leurs élèves; M. et madame Lacombe\nne quitteront point Paris cette année, même pendant les vacances, et ils se\ntiendront à la disposition des amateurs et professeurs qui viennent à Paris\ndans le but de perfectionner leur talent.\nM. le ministre de l'lnstruction publique et des Beaux-Arts vient de\nsouscrire à vingt exemplaires du Messie de Haendel, édité par M. Gustave\nAvocat. Nos lecteurs se souviennent que nous avons donné dans un de nos\nprécédents numéros le beau frontispice de cette édition du Messie.\n—M. Charles Lamoureux adresse àla Galette musicale une lettre sur le\ncinquième festival triennal de Haendel, célébré à Londres ces jours derniers,\nfestival dont l'intelligent chef d'orchestre et l'actif propagateur français des\nconcerts d'oratorios a voulu surveiller de près le mécanisme et le fonctionne-\nment. Voici quelques extraits de cette intéressante et curieuse épître :\n« La répétition était annoncée pour midi. A l'heure précise, quatre mille\nexécutants et vingt mille auditeurs étaient à leur poste, et au douzième coup"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "94", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.56", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nde l'horloge la baguette de sir Michael Costa donnait le signal de l'attaque^A\ncompter de ce moment, une série de surprises commença pour moi. Au\nsigne du chef d'orchestre, le silence se fit; toute l'assistance, musiciens,\nchoristes et public, se leva, se découvrit, et l'immortel « Alléluia » du Messie\nfut attaqué avec une puissance de sonorité et de rhythme que je croyais tout\nd'abord impossible dans l'immense vaisseau de Sydenham. C'est une tradition\nen Angleterre de se tenir debout et découvert chaque fois que Ton exécute\ncette splendide page. Le cœur le plus froid ne peut rester indifférent devant\ncette imposante et respectueuse manifestation, à laquelle un enthousiasme\nindescriptible sert de péroraison. Voici, d'après les documents officiels que\nj'ai rapportés, quelle était la composition des chœurs :\nSoprani 758\nContralti 788\nTénors 690\nBasses 713\nLes voix étaient fort belles, surtout celles de soprani et de basses, et por-\ntaient admirablement, grâce à l'ingénieuse et gigantesque coquille qui enve-\nloppe 1 estrade. Quant à 1 orchestre, c'était une véritable armée, à laquelle\n1 orgue colossal du Crystal Palace ajoutait la puissance de son tonnerre. J'ai\ncompté cent quarante premiers violons ; que l'on juge du reste par ce nombre.\nLa répétition donna la mesure de ce qu'on pouvait espérer des trois journées\ndu festival. En effet, 1 exécution fut tout le temps remarquable, même dans\nles œuvres qui, comme le Messie, n'avaient pas été répétées. Plus de quatre-\nvingt mille auditeurs ont assisté au dernier festival de Sydenham, et la\nrecette s'est élevée à près de cent mille francs. »\nSamedi dernier, 11 juillet, la pluie est venue interrompre une charmante\nfête, chez madame la comtesse de Noé. Tout Paris connaît, au moins par\nouï dire, la maison hospitalière et le petit parc ombragé dont madame de Noé\net M. de Noé (Cham, le spirituel artiste) font si bien les honneurs. Samedi,\nle jardin était illuminé à la vénitienne et les hôtes nombreux, 11 s'agissait\nde 1 audition intéressante de morceaux extraits des œuvres théâtrales de\nmadame de Maistre» 11 a fallu céder la place à l'averse et se retirer dans\nles salons, assez vastes, pour contenir tout le monde. Mais\nc était un contretemps, et un désappointement général. Le compositeur et\nles artistes qui lui prêtaient leur concours nous excuseront de ne pas ren-\ndie un compte détaillé d une exécution que les circonstances rendaient,\npour ainsi dire, improvisée, et que, pour notre compte personnel, nous\navons à peine entendue. Nous constaterons, néanmoins, qu'il y a, dans\n1 œuvre de madame de Maistre, de fort belles choses qui ont été très bien\nchantées.\nLe musée du Conservatoire, qui est tout à fait transformé depuis\n1 achat de la magnifique collection du docteur S. Fau, attire un grand"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "95", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.57", "texte": "VARIA\n\nnombre d'étrangers et excite la curiosité la plus vive parmi les amateurs et les\nartistes. M. J.-B. Vuillaume a offert un contralto; M. Eugène Gand, un bel\narchet de Tourte l'aîné; MM. Gand et Bernardel frères, un des altos supplé-\nmentaires qui ont figuré dans la musique de la chapelle des Tuileries;\nM. Antoine Courtois, le trombone-alto du virtuose Bernard ; enfin, MM. La-\nfleur et Baluze ont donné trois beaux archets de Jacques et de Joseph\nLafieur.\nLe musée a reçu, en outre, un superbe tympanon hongrois de M. Herzfeld,\namateur viennois fort distingué ; M. Victor Schœlcher a fait présent de six\ninstruments algériens et madame Denne-Baron, d'une flûte d'Adler. Aujour-\nd'hui, la riche et curieuse collection du Conservatoire renferme plus de six\ncents pièces, que M. Gustave Chouquet a groupées avec beaucoup de\nméthode et de goût.\nM. Adolphe Jullien vient de réunir en un volume, orné d'une eau-forte\nd'après Boucher, ses articles sur Y Histoire du théâtre de madame de Pompa-\ndoter, qui ont paru dans la Chronique musicale. Ce livre luxueux, qui sort des\npresses de M. Alcan-Lévy, est publié àla librairie J. Baur, 11, rue des Saints-\nPères.\n\nNOUVELLES\n\nARIS. Opéra. La répétition générale de l'Esclave, avec cos-\ntumes et décors, a eu lieu dimanche dernier ; la distribution est\nconforme à celle que nous avons déjà indiquée. Notre directeur,\nM. Arthur Heulhard, rendra compte, dans le prochain numéro, de\nl'œuvre musicale de M. Membrée, dont la première représentation a lieu ce\nsoir.\nMadame Sangalli vient de signer avec M. Halanzier un engagement\nqui la lie pour deux années à l'Opéra*\nChâtelet (Opéra populaire). Tous les engagements sont finis ;on répète\nles chœurs du Paria.\nLa pièce qui succédera au Paria sera les Amours du Diable, avec made-\nmoiselle Mélanie Reboux dans le principal rôle. Mademoiselle Reboux\nrevient à la musique sérieuse ; nous lui souhaitons de retrouver ses succès\nd'autrefois.\nVariétés. M. Bertrand vient de recevoir une opérette en éinq actes, de\nMM. Jules Moinaux et H. Bocage. Titre : La Princesse de Babylone*"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "96", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740715-01.1.58", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\nParis. Imprimerie Alcan-Lévy, rue de Latayette, 61,\nPropriétaire-Gérant : Q4%THU\n\nFolies-Dramatiques. Fermeture de ce théâtre du 11 juillet au 16 août;\nla salle va être remise à neuf. La réouverture se fera avec la Belle Bour-\nbonnaise de M. Cœdès.\nChâteau-<TEau. Nous avons déjà dit que la réouverture aurait lieu avec\nle Treizième coup de minuit, opérette de M. Debillemont. M. Cogniard a\nengagé, pour jouer le principal rôle, mademoiselle Bressolle, une jeune\nartiste qu'on avait remarquée à la Renaissance.\nLe ténor chargé de lui donner la réplique est M. Gabel, frère de la canta-\ntrice, et la direction du Château-d'Eau cherche à obtenir de M. Hostein\nqu il lui cède pour cet ouvrage madame Henry, une dugazon de province\ndont on dit le plus grand bien.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}