{"numero_id": "bm-bmtnabc-1874-08-01-01", "volume": "bmtnabc_1874-08-01_01", "ocr_sha256": "9a6834e5cc84f16bf998e6be03bcceb4689c3cc443bb8a1f903e3e93c92bb342", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabc/issues/1874/08/01_01/bmtnabc_1874-08-01_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabc/issues/1874/08/01_01/bmtnabc_1874-08-01_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabc-1874-08-01-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-08-01_01#c001", "volume": "bmtnabc_1874-08-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "[97]", "page_fin": "104", "image_debut": 1, "image_fin": 8, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.2.1", "titre_corps": "DE LA GYMNASTIQUE PULMONAIRE CONTRE LA PHITHISIE", "titre_sommaire": "DE LA GYMNASTIQUE PULMONAIRE CONTRE LA PHITHISIE", "signature_source": "Dr V. BURQ", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[97]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.1", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 573, "texte": "DE LA\nGYMNASTIQUE PULMONAIRE\nCONTRE LA PHITHISIE\n\n« Tout organe qu'on exerce se fortifie, c'est\nune des lois fondamentales de l'organisme. »\n( RÉ VEILLÉ-PARISE. )\n« Le poumon se défend contre la phthisie\npar son activité propre. «\n(MARCHAL DE CALVI.)\nA déclamation, le chant, et surtout le jeu des instru-\nments à vent constituent-ils un exercice dangereux poul-\nies individus de complexion faible ou délicate, et plus ou\nmoins prédisposés, par leur naissance, aux affections\ngraves des organes respiratoires ?\nLa plupart des médecins eux-mêmes, qui sont encore aujourd'hui"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "98", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.2", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3160, "texte": "sous l'influence du résultat des recherches de Benoiston de Châteauneui,\nattribuent dans l'armée une mortalité double, par phthisie pulmonaire,\naux musiciens. La presque universalité des gens du monde se pronon-\ncerait vraisemblablement dans le même sens, et s'il en est quelques-uns\nqui protestent avec M. Lombard (de Genève) contre les assertions erro-\nnées de Benoiston, bien peu de praticiens, du moins en France, sem-\nblent aujourd'hui se souvenir des expériences et traitements de Ramadge,\nSteinbrenner, Carwell et autres qui, en Angleterre, soumettaient,, non\nsans succès, leurs phthisiques à une sorte de gymnastique pulmonaire\nspéciale, au moyen de la méthode de traitement dite des inhalations\nforcées.\nCONDAMNER AU REPOS DES ORGANES RESPIRATOIRES CEUX QUI SONT ME-\nNACÉS DE LOIN COMME DE PRÈS PAR LA PHTHISIE, tel est donc, en défini-\ntive, le précepte le plus général qui ressort des divers auteurs qui font\nautorité dans la matière, et tel est aussi sans doute le précepte que\nnous formulerions encore nous-même sans la circonstance que voici.\nEn Tannée i 853, nous occupant de faire nos recherches sur le cho-\nléra dans les différentes professions qui s'exercent sur les métaux, nous\nfumes naturellement amené à avoir de fréquents rapports avec les facteurs\nd'instruments de musique en cuivre. « Il y a dans notre industrie, nous\ndit un jour le célèbre facteur, M. A. Sax, un fait non moins surprenant\net tout aussi ignoré que Pimmunité cholérique, dont tous nos ouvriers\nont joui,, aussi bien en 1849 qu'en i 832 (1), c'est Y immunitéphthisique.\nJe m'explique : il est de règle de penser qu'une personne tant soit peu\n\n(i) L'importante question de la préservation cholérique de toutes les catégories\nd'individus musiciens comme simples ouvriers que leur profession expose iata-\nlement à une absorption quotidienne de poussière de cuivre, absorption fort inno-\ncente du reste, contrairement aussi au préjugé, a été déjà souvent agitée par les\njournaux et revues de toutes sortes, depuis tantôt un quart de siècle que nous lui\navons donné naissance... Les espérances que cette préservation avait fait naître ont\nété, après l'épidémie de 1865-66, complètement légitimées et mises en lumière par\nles propres recherches de l'Administration (V. le rapport de M. le docteur Vernois\nlu le g juillet 1869 au conseil d'Hygiène et de Salubrité de la Seine), et, puisque\nl'occasion nous en est offerte, il y a intérêt à citer ici, à l'adresse des intéressés, la pe-\ntite statistique suivante.\nDans les diverses épidémies de choléra qui ont régné à Paris, jusques et y compris\nl'année 1865, il est mort dans la garnison 2,861 hommes. Sur ce nombre combien\ny a-t-il de trompettes, clairons et musiciens suspects d'avoir fait échec à la préser-\nvation cuprique.'... 1 clairon, et 7 musiciens sans autre désignation!!... c'est-à-dire\nmoins d'exceptions encore que n'en comporte la préservation vaccinale. Et encore\nest-il certain que les décédés, sur lesquels nous n'avons pu obtenir de renseigne-\nments, jouassent tous des instruments en cuivre, et fussent bien en activité de ser-\nvice, c'est-à-dire en pleine absorption du préservatif?"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "99", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.3", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2810, "texte": "délicate ne saurait exercer longtemps la profession de joueur d'instru-\nment à vent, sans grand péril pour sa poitrine; et combien de gens qui,\nen voyant nos jeunes soldats aux pris avec un de ces gros instruments\ndont ils n'enserrent la taille qu'à grand'peine, ne se soient senti pris\nà leur égard d'une tendre pitié, en supputant le nombre d'années que,\ndans leur pensée, les malheureux pouvaient bien avoir encore à vivre !\n« Eh bien! chose remarquable, mais, hélas! fort peu connue des phi-\nlanthropes qui s'apitoient sur le sort des joueurs de nos grands saxo-\nphones, tous les hommes qui, dans la facture, ont pour spécialité d'essayer\nles instruments, tous sans exception, suivant du moins mon expé-\nrience personnelle, jouissent, par rapport à la phthisie, d'une immunité\ncomplète. J'ai connu bon nombre d'ouvriers essayeurs qui, très délicats\nau début, avaient acquis dans ce métier, qui parfois n'oblige pas à moins\nde huit à dix heures de soufflerie par jour, une santé peu commune.\nMoi-même je dois sans doute ma robuste constitution, et l'intégrité de\nmes poumons au goût qui m a porté, étant jeune, vers les instruments à\nanche. Je suis d une famille où la phthisie paraît être la mort naturelle.\nMa mère est morte de phthisie, et de ses onze enfants , huit ont eu le\nmeme sort, et trois seulement ont survécu ! Ceux qui sont restés sur les\nruines, jouaient et jouent encore tous trois des instruments à vent, tan-\ndis que les autres jouaient pour la plupart des instruments à cordes. Il y\na, soyez-en sûr, dans les prétendus dangers que court le joueur d'instru-\nments à vent, bien plus qu'un énorme préjugé à détruire, et le jour n'est\npeut-etre pas éloigné où la science, mieux avisée, viendra au contraire\ndemander à ces instruments des ressources contre la maladie qu'on a pré-\ncisément prétendu mettre à leur compte (i). »\nCette conversation avec M. A. Sax nous frappa d'autant plus que\nnous pouvions nous-même nous inscrire en faux contre l'opinion accré-\nditée. Fils d'une mère phthisique, nous avons vu tomber un à un, sous\nle coup de la diathèse tuberculeuse, tous nos frères et sœurs, au nombre\nde cinq, sauf un, chez lequel cette diathèse s'est limitée. Seul, nous en\nsommes resté exempt, fort et vigoureux, malgré des signes extérieurs in-\ndiquant pour un œil exercé les mêmes prédispositions, et malgré, il\nparaît, une ressemblance frappante de tous points avec notre mère,\nmorte trop jeune, hélas ! pour pouvoir en parler autrement que par ouï\ndire. Ah! c'est que nous aussi, nous avions étudié de bonne heure, avec\npassion, les instruments à vent, étude qui nous avait valu Vhonneur, à\nl'âge de i 5 ans, de figurer dans la musique de notre ville natale !\n\n(i) Nous verrons plus loin l'opinion de M. A, Sax confirmée en tous points par\nM. Sax junior*"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "100", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.4", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2326, "texte": "Un peu plus tard, des confrères de M. Sax, parmi lesquels nous cite-\nrons particulièrement MM. Gautrot, Besson, Raoux et Halary, nous\nayant affirmé la même immunité, nous avons pensé que, puisque le\nhasard nous avait fait tomber sur cette question, il serait du plus grand\nintérêt, comme il était de notre devoir, ne fût-ce qu à titie de reconnais-\nsance personnelle, de traiter à fond le sujet, et d essayei de fixer enfin une\nbonne fois la science sur cette influence, bonne ou mauvaise, du jeu des\ninstruments à vent dans la phthisie pulmonaire.\nLa tâche était bien grande, trop grande même sans doute pour un\nseul. Nous avons osé l'entreprendre, et tout ce que nous pouvons dire à\ncette heure, c'est que nous n'avons rien négligé pour nous faire par-\ndonner notre témérité.\nNous avons ouvert des enquêtes successives :\nAuprès des grands artistes en renom, comédiens, chanteurs et musi-\nciens ;\nAuprès des divers professeurs du Conservatoire de musique ;\nAuprès des mêmes professeurs libres de la ville ;\nAuprès des maîtres de chapelle et des directeurs d'orphéons.\nNous avons recueilli l'opinion de ceux de nos confrères en rapport ha-\nbituel avec le personnel de nos théâtres.\nNous avons interrogé avec soin t d'instruments de\nmusique de Paris.\nEnfin, sur l'autorisation qui nous en avait été donnée en haut lieu,\nnous sommes allé ensuite, dans les différents hôpitaux militaires de\nParis et de Versailles, relever sur les registres ad hoc les actes de décès\net les congés de convalescence (les premiers pour une période d'un quart\nde siècle) ; et de cette vaste enquête, que nous allons faire connaître ici\nen toutes ses parties, il reste désormais bien acquis pour nous :\n« Qu'entre tous les moyens prophy\nphthisie pulmonaire, il faut, contrairement au préjugé, mettre en pre-\nmière ligne la gymnastique rationnelle\nles cas, par des exercices appropriés\nle chant, et plus particulièrement, toutes les fois que faire se peut, par\nle jeu d'un instrument à vent.»\nBien des années se sont écoulées déjà, depuis que cette opinion s'est for-\nmée en nous, et formulée en ces termes. Le temps n'a fait qu'y ajouter\npar des preuves nouvelles, et c'est dans l'espérance de la faire partager\nque nous nous décidons enfin à publier cette série d'articles écrits il y\na aujourd'hui bien près de quinze années."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "101", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.5", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2285, "texte": "CHAPITRE I\nCoup d'œil sur la musique aux temps anciens et aux temps modernes,\nau point de vue de ses effets salutaires.\nLa musique, aussi ancienne que le monde, n'est pas seulement un art\nd'agrément. A l'effet agréable qu'elle produit sur les sens, elle joint\nl'heureuse influence qu'elle exerce sur le moral, et par suite sur la santé.\nL'histoire est remplie d'exemples de cette action bienfaisante sur les\nfacultés mentales, depuis Saùl, dont la harpe de David calmait les\nfureurs, jusqu'à nos soldats à qui elle fait oublier les fatigues des marches\net des combats, et qu'elle transforme souvent d'hommes abattus en\nhéros. Aussi, de tout temps et dans toutes les contrées, on voit la mu-\nsique intervenir au sein des armées ; là, rude, inculte et grossière, se\ntraduisant par des cris sauvages ou des bruits étranges; ici, réglée et\nappropriée à sa destination. Chez les Hébreux, deux trompettes d'argent\nmassif appelaient le peuple aux assemblées solennelles, signalaient la\nlevée du camp, et servaient à donner des signaux : aux prêtres seuls ap-\npartenait le droit de sonner des trompettes.\nSuivant l'historien Josèphe, —Salomon, pour obéir à Moïse, aurait\nfait faire 200,000 trompettes et 40,000 instruments de musique tels que\nharpes et psaltériums.\nChez les Grecs, la musique éveille au plus haut degré la sollicitude du\nphilosophe et du législateur. Platon recommande l'étude de la musique\ncomme un moyen de développer les facultés morales : la gymnastique\nest réservée au développement des forces physiques.\n« Dans le temps, dit Georges Kastner, dans son excellent Manuel de\nla Musique militaire, pour qu'un homme fût honoré, il devait savoir\nporter d'une main Tépée et de l'autre la lyre. »\n« Romulus, après sa victoire sur les habitants de Cécina, voulant\nréprimer la férocité d'un peuple de brigands, et adoucir les mœurs àt\nses soldats sans les amollir, favorisa l'étude de la musique et des arts\nchorégraphiques.\n« Numa organisa plus tard les Romains en huit classes, parmi les-\nquelles figurèrent des classes sacerdotales, dont les prêtres procédaient\naux chants et aux danses guerrières. Tullus Hostilius, et, enfin, Ser-\nvais Tullius, complétèrent cette organisation.\n« Toutefois, ce n'est que lorsque Rome fut parvenue à l'apogée de sa"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "102", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.6", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2560, "texte": "gloire et de sa puissance, que Ton voit la musique jouer, dans les\ninstitutions civiles des Romains, un rôle aussi brillant que chez les\nGrecs. »\nMais la musique a-t-elle jamais été considérée, dans l'antiquité,\ncomme pouvant être de quelque utilité à l'hygiène ou à la médecine\nproprement dite ?...\nNous n'avons trouvé nulle part aucune mention que Grecs ou Ro-\nmains aient jamais considéré le chant ou le jeu des instruments à vent\ncomme particulièrement approprié au développement des organes pul-\nmonaires. Tout au plus, en Grèce, employait-on la musique comme\nmoyen de régler les mouvements du corps.\nLes premiers siècles de l'ère chrétienne, ni même le moyen âge, ne\nsauraient non plus nous donner aucun renseignement à cet égard.\nUne fois l'œuvre de destruction accomplie par le Vandalisme, les chants\ninspirés des Bardes d'abord, puis des Ménestrels (bardes chrétiens),\naccompagnés du son de la harpe ou de la lyre, furent, pendant une\nsuite d'années, la seule musique en usage chez les peuples. Ce n'est que\nvers le douzième siècle que reparaît la musique instrumentale des Ro-\nmains (i): Les Ménétriers se montrent en France, pour la première fois,\navec César Borgia, qui s'en fait accompagner. Au seizième siècle, une\nbande de ces instrumentistes venue d'ltalie, à la suite de grands sei-\ngneurs de l'armée, donne naissance à nombre de joueurs de rebecs,\ntabourins, cornemuses, hautbois, violons, violes et autres instruments.\nCes hommes, en qui l'art n'a que de médiocres représentants, ne sont\npas seulement traités comme d'assez pauvres sires, mais semblent déjà\nvoués fatalement, de par l'opinion publique, aux affections pulmonaires.\nAlexis Monteil [Histoire française des divers états) nous fait con-\nnaître, en ces termes, le sentiment d'un personnage où se reflète celui\nde l'époque, sur la condition et profession de ménétrier.\n« J'ai vu cousin Sergent... Ce matin j'ai appris qu'il allait donner, au\nplus jeune de ses enfants, l'état de ménétrier. J'ai aussitôt couru chez\nlui, et me suis expliqué assez vertement sur son projet. Il m'a répondu,\nla tête baissée, qu'il étoit fort pauvre, qu'il comptoit sur les profits con-\nsidérables qui ne pouvoient manquer à son fils, et il me les a énumérés.\nMais, lui ai-je dit, faites donc entrer aussi, dans vos calculs, le dés-\nhonneur; sachez que les joueurs d'instruments ne témoignent pas en\njustice... faites entrer encore dans vos calculs les dangers que court leur\n\n(i) Suivant Michaud, les croisés, victorieux, marchaient enseignes déployées j':\ntrompettes sonnantes."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "103", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.7", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2484, "texte": "santé. Qui ne vous dira que les instruments à vent, surtout les hauts\ninstruments, les hautbois, affectent la poitrine. »\nAu temps du grand siècle de Louis XIV, la musique est, il est vrai,\nen progrès avec Lully ; mais le mouvement musical reste limité à une\ntrop faible partie de la population pour donner lieu à quelques observa-\ntions touchant notre sujet. Les instruments à cordes : violons, épinet-\ntes, clavecins, etc., régnent, d'ailleurs, à peu près sans conteste, et figu-\nrent même parfois à la tête des régiments, témoins les vingt-quatre\nviolons du prince de Condé, au son desquels le régiment de Champagne\nouvrit la tranchée au siège de Lérida.\nEn 1764, on ne comptait, dans les gardes françaises, que seize musi-\nciens par régiment.\nLe jeu des instruments à vent ne commence à acquérir quelque im-\nportance qu'à dater de la fondation du Conservatoire de musique, qui\neut lieu en 1791. En moins de cinq années, la nouvelle institution\nfournit 400 élèves pour le service de l'armée, et bientôt les musiques\ns'élèvent jusqu'à 40 exécutants et même plus (1).\nC'est donc seulement dans les auteurs qui écrivirent à la fin du der-\nnier siècle, ou qui ne datent que de celui-ci, que nous pouvions espérer\nretrouver quelques opinions ou renseignements relatifs à la question\nspéciale de l'influence du jeu des instruments à vent, dans le développe-\nment des affections graves des voies respiratoires.\nNous les avons consultés, et voici tout ce que nous y avons trouvé.\nJ. Frank dit, p. 524, t. I (Hémopthysie) :\n« Le jeu des instruments à vent, un exercice violent et prolongé de la\nvoix, un chant forcé, sont rangés au nombre des causes de l'hérro-\npthysie. »\nBayle, dans ses recherches sur la phthisie parlementaire, est muet.\nLaennec se tait également.\nMaygrier (article phthisie, du Grand Dictionnaire): « Tous ceux qui,\npar état ou autrement, sont obligés de parler souvent et avec véhémence,\ntels que les avocats, les orateurs,, les* prédicateurs et même les joueurs\nd'instruments à vent, qui font comme les précédents un usage abusif des\norganes de la voix et de la respiration, contractent par cela même de\ngrandes dispositions à la phthisie pulmonaire. »\nBenoiston de Chàteauneuf ', compulsant une première fois les registres\nde quatre hôpitaux de Paris (Hôtel-Dieu, la Charité, la Pitié et Cochin),\nne peut y trouver, en dix années, un seul décès par phthisie appartenant\n\n(1) La garde comptait, d'après Kastner, quarante-trois musiciens."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "104", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.8", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1099, "texte": "aux professions (crieurs publics, chanteurs, etc.) qui passent\npour être fatales àla poitrine (Ann. dCHyg., t. VI).\nPuis, dans un second travail inséré dans le tome X, année 1833, sous\nce titre : Essai sur la mortalité dans Vinfanterie française, le même\nauteur arrive à ce résultat « que, de 1820 à 1826, la mortalité par\nphthisie, relativement à la mortalité générale, n'a été pour les soldats de\ntout le royaume que de 1 sur 14, tandis qu'elle frappait les musiciens\ndans la proportion de 1 sur 7. )>\nCe dernier travail de Benoiston de Châteauneuf, le seul qui traite de\nce point spécial : Linfluence du jeu des instruments à vent sur la\nPhthisie, tous les auteurs à l'envi l'ont copié successivement. On lui\naccordait d'autant plus de place, qu'outre le caractère parfaitement ho-\nnorable de l'auteur, il donnait raison à un préjugé dont ces auteurs\nn'avaient pas su eux-mêmes se défendre. Et c'est ainsi que la science a\ncontinué de vivre, et vit encore sur des données statistiques dont nous\nverrons plus loin ce qu'il faut penser.\n(La suite prochainement.)\n\nDr V. BURQ."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-08-01-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-08-01_01#c005", "volume": "bmtnabc_1874-08-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "105", "page_fin": "112", "image_debut": 9, "image_fin": 16, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.2.2", "titre_corps": "LES CANTATRICES DRAMATIQUES", "titre_sommaire": "LES CANTATRICES DRAMATIQUES", "signature_source": "PAUL FOUCHER", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 9, "page_imprimee": "105", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.9", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1211, "texte": "LES\nCANTATRICES DRAMATIQUES\n\nE\nIII\nMARIE MALIBRAN\nV\n'EST à Paris que Marie voulut épouser Bériot. Rien\nalors ne devait plus manquer à sa sérénité comme à sa\ngloire. Sa conscience tranquillisée n'inquiétait plus son\ngénie. Il ne lui restait plus... qu'à mourir.\nLe mariage eut lieu le 29 mars i 836. M. Pérignon\net le marquis de Louvois furent les témoins de Marie de Bériot. Au\nmoment où l'officier de l'état civil dit la formule sacramentelle : le\nmari doit fidélité à sa femme, et la femme obéissance à son mari, Marie\nsecoue vivement, à ces derniers mots, la tête comme protestation. Elle\nn'acceptait même pas le bonheur contre sa fière et pure indépendance.\nLe soir, il y eut fête au logement que Marie occupait à Paris chez\nTroupenas, éditeur de musique. La fête se prolongea. J'ai dit\nplus haut le mot caractéristique pour sa seconde, surtout pour sa\npremière union qu'elle dit à sa mère, qui l'engageait à abréger cette\nveille fatigante et dont l'art, bien entendu, fit encore les frais. Thalberg,\nl'illustre pianiste, s'y fit entendre à la Malibran pour la première fois.\n\n(1) Voir les numéros des iev décembre 1873, lel'1e1' janvier, lel'1e1' février, ier mai,\nlel'1e1' et i 5 juin et i 5 juillet 1874."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "106", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.10", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2770, "texte": "Rossini, ami autant qu'admirateur de la cantatrice, et qui.avait tenu à\nRome avec elle, sur les fonts de baptême, un enfant de madame de\nKaters, fille de Lablache, était parmi les intimes admis à cette fête de\nfamille. Marie chante plusieurs scènes de la Sonnambula et de la Norma.\nMais la grande artiste était surtout la femme du théâtre. Il lui man-\nquait là les enfants de Pollione, son perfide Romain, pour interpréter\nles fureurs de la Druidesse. Peut-être ce soir-là aussi était-elle trop\nheureuse pour tant de colère.\nMadame de Bériot voulut que les pauvres eussent leur part de sa joie;\nelle leur fit envoyer mille francs. Ce serait ici peut-être le lieu de citer\nles innombrables traits de charité qui lui sont dus ou attribués, les mi-\nsères secourues, les mansardes visitées, les prisonniers délivrés, les or-\nphelins adoptés, etc. Mais je m'arrête de préférence à un trait d'ineffable\ndélicatesse dans la bonté que n'aurait pas eu une âme moins élevée,\nmême parmi ces privilégiés du sort qui ne refusent pas au malheur, en\nprodiguant au luxe. A Naples, elle avait un pauvre coiffeur français,\npraticien pitoyable, par lequel elle se laissait docilement coiffer ou plu-\ntôt décoiffer tous les jours, refaisant seule son ouvrage dès que le brave\nhomme était parti, et ce dernier restant persuadé que seul il avait aidé\nà embellir la charmante femme. Lui donner, c'était ce que bien d'autres\neussent fait ; mais vouloir lui donner sans l'humilier, mais vouloir res-\npecter encore l'artiste dans l'artisan, il y a là une de ces bonnes grâces\ndu cœur qui n'appartiennent qu'aux créatures d'élite.\nLa Malibran non-seulement se coiffait elle-même, mais elle taillait ses\ncostumes et, qu'on me passe la vulgarité prosaïque du détail que me\ndonne une de ses parentes, elle recouvrait ses souliers. Je ne crois pas\ncette minutie inutile à dire ; elle prouve ce besoin d'activité inépuisable\nde cette organisation sans précédent qui s'élevait à toutes les plus subli-\nmes conceptions, qui descendait aux plus infimes détails.\nLes talents les plus divers trouvaient chez elle justice et sympathie.\nElle était allée porter de la gloire à Marie Dorval, délaissée par le public.\nElle voulut féliciter et embrasser Bouffé, après une brillante représenta-\ntion du Gamin de Paris, ce succès qui réussit tant î Bouffé a prouvé,\nil y a peu de temps encore, qu'il était digne de ces nobles applaudisse-\nments.\nUn moment, mais un moment seulement, elle se laissa séduire aux\nutopies saint - simoniennes. Sa grande préoccupation était de faire\nl'art plus accessible aux masses, de mettre la connaissance des grands\ntalents à la portée des pauvres, des déshérités de toutes les jouissances.\nG Comme la religion, » disait-elle, et ce rêve lui était commun avec"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "107", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.11", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2642, "texte": "Adolphe Nourrit, « l'harmonie devrait avoir des temples où il n'y au-\nrait plus de privilégiés, où tous seraient égaux. »\nMais, dans cette nature bizarre jusqu'au dernier jour, la fantaisie ne\nperd pas ses droits. Jusqu'au dernier jour, Norma lut spirituellement\net doucement satirique, Desdemona espiègle. Elle aimait les joujoux,\nles poupées comme une enfant, se divertissait aux Guignols italiens. Un\njour, à Milan, connaissant la gourmandise enfantine d'un de ses cama-\nrades, elle lui fit accroire un moment qu'une pomme cuite mangée furti-\nvement par lui avait une préparation arsenicale destinée à tuer les\nsc-aris et joua si bien son rôle, que ce pauvre goinfre eut toutes les peines\ndu monde à croire ensuite qu'il n'avait dans l'estomac que le plus inof-\nfensif des aliments.\nL'artiste, mariée, quitta Paris pour sa maison de Bruxelles, où elle\ngoûta enfin la douceur d'un foyer purifié. Mais le démon de l'art l'y eût\nquand bien même des engagements formels ne l'eussent pas\nenchaînée à sa gloire. Marie, le 19 avril i 836, alla s'embarquer pour\nLondres et elle reparut à Covent-Garden.\nLe génie n'avait jamais pu progresser chez la Malibran : le talent était\nà son apogée. Elle était venue à bout d'amener à peu près au même\ndegré de perfection que les autres les cordes médianes de la voix. En\nentendant à Paris I Puritani, elle avait reculé devant le rôle d'Elvire à\ncause d'une cadence de la faite pour une voix franche de\nsoprano. Cette cadence se trouve entre 1 tfa diese et le sol au-dessous de\nl'octave aigu, et pourtant, quelques mois après, elle y parvint. Dans\nFidelio, à Londres, elle faisait la cadence à pleine voix entre Yutet le\nre aigu.\nUne partie de plaisir devait mettre fin à tant de merveilles et d'accla-\nmations. Marie voulut monter un jeune et beau cheval pur sang,\nmalgré les observations du propriétaire, malgré les prières de son mari.\nA peine en selle, Marie, elle, l'intrépide et l'indomptable, eut peur.\nElle avait toujours eu la pensée qu'elle mourrait jeune, et c'est pour\ncela qu'elle dépensait sans compter cette vie exubérante qui, disait-\nelle à son mari pour le rassurer, l'étoufterait si elle ne lui livrait\npoint passage. Marie se sentit défaillir. Son cheval ne se sentit plus\nmaîtrisé par une main sûre, et partit emporté. Marie vit la mort qu'elle\navait déjà tant de fois pressentie.\nUn garde-barrière, à qui elle crie d'arrêter sa monture, jette rapide-\nment son bonnet en l'air et épouvante le cheval que le reste de la caval-\ncade n'ose suivre de trop près de peur de l'exciter encore. Marie sent la\nfourche qui soutient son genou céder, son étrier fléchir,"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "108", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.12", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2613, "texte": "Une seconde barrière se présente. Le cheval, en la franchissant, peut\ndésarçonner Técuyère et la tuer. Marie cherche à s'accrocher à la partie\nsupérieure de la barrière. Le cheval continuera sa course. Elle n'aura\ntout au plus qu'une chute peu dangereuse sur le sol.\nMais la fatalité était là : le pied de Marie était pris dans rétrier. Elle\ntombe sur la croupe de son cheval, rebondit sur la terre. Elle est traînée\nsur la route ; sa tête frappe le sol. Enfin, on la ramasse évanouie.\nBériot n'était point de cette partie. Il était encore absent quand\nMarie, ayant repris connaissance, rentra une joue noire, le reste du\nvisage terreux et livide, les cheveux pleins du sang qui sortait par trois\nblessures.\nAu lieu de se faire saigner, ce qui eût pu prévenir la congestion :\n« Ce ne sera rien, dit-elle, j'ai été maladroite,c'est ma faute.» Et la Mali-\nbran voulut jouer le soir, et elle joua, lavant ses blessures et dissi-\nmulant la pâleur sous le fard. Elle voulut jouer; tout est là. Elle se\ndevait à sa gloire et elle tenait à rassurer son mari, à qui elle avait\ndemandé que Ton cachât son accident.\nElle partit pour Bruxelles, mais elle ne pouvait plus fuir le mal ;il\nétait déjà maître de sa proie.\nMarie avait promis de chanter pour les pauvres à Manchester. D'ail-\nleurs, elle se croyait mieux, elle revenait par moments à ses exercices\naccoutumés, à ses espiègleries journalières. A la date du 28 août 1836,\nelle écrivait encore une lettre des plus gaies ; mais les douleurs de tête\nrevenaient, mais elle ressentait des somnolences anormales, elle qui, pré-\ncédemment, après les représentations les plus fatigantes, était obligée\nde forcer, par des exercices corporels longtemps prolongés, ce som-\nmeil que lui refusaient ses nerfs surexcités, son imagination encore\nenflammée.\nAprès avoir chanté la Sonnambula à Aix-la-Chapelle, elle revint au\nchâteau de Roissy, près Paris, dont elle avait fait l'acquisition. Là, elle\nparut se ranimer ; mais la main sur sa tête endolorie, elle se hâtait,\ncomme si le pressentiment devenait certitude, de terminer l'album de\nses romances. Là, fait singulier, - elle composa la chanson de\nla Morte, dont les paroles, remises à Marie par Lablache, écrites par\nl'ltalien Benelli, sous l'inspiration d'une amère et sardonique gaieté,\navaient précédé de deux mois la mort du poète et précédèrent d'un\nmois la mort du charmant compositeur.\nOn ne voulait pas, vu l'état anormal de sa santé, lui permettre de\nvisiter des souterrains attenants à une citerne qu'on avait découverte\nauprès du château de Roissy. Le lendemain de cette excursion à laquelle"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "109", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.13", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2642, "texte": "on ne lui avait point permis de participer, elle se leva à cinq heures du\nmatin, et, clandestinement, la fit pour son compte.\nDans les premiers jours de septembre 1836, elle quitta Roissy pour se\nrendre en Angleterre, et alla se loger dans le même hôtel que Lablache,\nqu'elle aimait beaucoup ; mais là son état empira. Les évanouissements,\nles crises de nerfs auxquels elle avait été sujette toute sa vie redou-\nblèrent. Pendant qu'elle chantait sa composition de la Morte, on la vit\nen proie à une exaltation effrayante.\nPartie pour prendre part au festival de Manchester, à l'église où elle\nvenait chanter, le son de l'orgue entendu la jeta dans une crise nou-\nvelle, dans des éclats de rire convulsifs, auxquels succéda un évanouis-\nsement. Emportée de l'église et revenue à elle, elle retrouva assez de\ncourage pour dire l'air à'Abraham, de Gimarosa. Le soir, elle joua au\nthéâtre. Le lendemain, elle retourna à l'église; mais les sons solennels\nde l'orgue agirent de façon encore plus terrible sur elle que sur la\nMarguerite de Faust. Elle se trouva mal, tomba et ne put chanter que\nle soir.\nAffaiblie par plusieurs attaques de nerfs, hallucinée, les yeux déjà dans\nun monde étranger à la terre, à la fois une fée et une ombre, elle souleva\nles transports en chantant le duo d'Andronico, de Mercadante, avec\nmadame Garadori. On redemanda le duo, sans pitié pour l'état inquiétant\nde Marie. Elle dit alors, assure-t-on, à M. Georges Smart qui dirigeait\nl'orchestre : « Si je répète ce duo, je suis une femme morte. »\nAlors, lui répondit M. Georges Smart : vous n'avez qu'à vous\nretirer, madame, je ferai vos excuses au public. »\nNon, dit-elle, comme si sa fuite lui eût semblé une désertion ; Je\nchanterai, mais j'en mourrai. »\nEt elle répéta le duo avec une ardeur surnaturelle, qui fit passer dans\nl'auditoire la lièvre qui la soutenait encore pour la tuer presque aussitôt.\nCe turent les dernières notes qui s'échappèrent de ces lèvres inspirées.\nMais ne croyons pas que cet effort seul l'ait tuée. Marie était déjà con-\ndamnée; elle retombe, aussitôt le duo achevé, dans d'effrayantes convul-\nsions. L'état s'aggravant, on songea à la saignée, à laquelle on avait si\nimprudemment négligé de recourir, à l'origine du mal. D'ordinaire, la\nsaignée surexcitait encore les crises nerveuses auxquelles Marie avait été\ntoujours sujette. On voulut empêcher le médecin de prendre sa lancette.\nBériot, engagé avec elle pour jouer dans six meetings, n'était pas au\npied de son lit de douleur. Nul n'osait décider. Marie, revenant à\nelle, dit qu'on la saignât ; mais elle ajouta : « Cela est de peu d'im-\nportance- ))"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "110", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.14", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2766, "texte": "On voulut attribuer la mort à l'effet de cette saignée ; pas plus que\nl'effort fait dans le duo d'Andronico, ce ne fut là la cause déterminante;\ntout au plus la catastrophe en fut-elle un peu hâtée. Le coup était porté,\nmais la douleur du moins cessa d'agiter cette frêle et sublime organisa-\ntion que la terre allait rendre aux influences surhumaines qui l'avaient\ncréée. Elle tomba dans la stupeur, sembla prendre l'insensibilité d'une\nstatue. Son dernier contact avec la vie fut pour demander d'une voix\néteinte, si Bériot avait été applaudi dans un Concert qu'il avait dû don-\nner, et le dernier sourire qui se dessina sur cette bouche qui avait pas-\nsionné deux mondes et toute une génération, fut pour un suprême triom-\nphe de son cœur, qui précéda de quelques heures son dernier soupir.\nIl y avait eu engagement pour six Concerts avec la ville de Manchester.\nLa ville offrit à Bériot de satisfaire aux clauses de l'engagement comme\nsi elles avaient pu être remplies (Marie n'avait chanté que trois fois) ; Bé-\nriot refusa cette grâce; mais Manchester, chose plus grave, voulut garder\nces dépouilles adorées. Morte le 23 septembre 1836 (juste un an, jour\npour jour, après l'homme dont elle avait traduit avec tant de poésie les\ntouchantes inspirations, Bellini, âgé comme elle de vingt-huit ans ! ),\nMarie de Bériot avait été inhumée, le ier octobre, en grande pompe dans\nl'Eglise collégiale de Manchester. Un marbre, dédié à sa mémoire\navec inscription, avait été même placé dans l'église par Bériot. Voilà ce\nqui peut excuser peut-être la résistance avare de Manchester et le spec-\ntacle pénible d avocasseries débattant le plus ou moins de titres de la\nfamille, ou de la ville mortuaire à s'approprier ces restes, vides d'une si\nbelle âme. Il fallut, paraît-il, l'intervention de madame Garcia, venant\nredemander sa fille, pour que le corps de la Malibran fût transporté à\nLaeken.\nLà, les moulures des portes de bronze d'un mausolée laissent des inter-\nstices à travers lesquels on distingue une statue blanche, placée sur un\nsocle. Ainsi entrevue, l'image de marbre semble une apparition fantas-\ntique de celle que le sort n'exposa pas du moins à voir s'attiédir peu à\npeu ce public qui, dans tous les pays,'sembla pour elle se confondre tou-\njours dans une seule nationalité enthousiaste. Au plus éclatant de sa\ngloire, elle nous a lui, emportée vers le ciel dans un effort de l'inspira-\ntion, comme un papier par une flamme.\nLongtemps on a promené à Bruxelles un vieillard vénéré, l'époux\nde la grande artiste, devenu aveugle, comme si, éblouis du spectacle de\n1 âme de feu qui a disparu, et brûlés à son dernier contact, ses yeux\navaient voulu se fermer à jamais sur la terre pour ne se rouvrir que plus\nhaut, près de l'âme aimée."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "111", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.15", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2414, "texte": "Lamartine, que je n'ai cité dans ce travail que pour un mot irréfléchi\ndit à la Malibran, a consacré dans ses Souvenirs et Portraits quelques\npages magnifiques à cette « bayadère du ciel. » Il confirme la tristesse\nque l'irrégularité de sa situation avait jetée longtemps sur sa vie et son\ninépuisable charité. « Son corps charmant, » dit-il, « ne la parait pas, il\nla voilait à peine. Cependant cette beauté qui transperçait à travers ce\nfrêle tissu, comme la lampe à travers l'albâtre, fascinait tous les sens\nautant qu'elle divinisait l'âme. Ce n'était ni son chant, ni son geste, ni\nson drame que j'admirais le plus en elle, c'était sa personne. »\nPlus loin, nous trouverons un témoignage suprême de l'affection pure\net élevée que Lamartine, qui ne connut la Malibran que pendant un\nprintemps, lui avait vouée à jamais.\nIllustre dans ses racines, cette famille a été illustre dans toutes ses\nbranches. La fille de Garcia a eu pour sœur Pauline Viardot (il suffit de\nla nommer) qui épousa un des meilleurs amis, un des plus éclaires\nconseillers de la Malibran, un de ceux à qui, avec Fétis, que la grande\nartiste appelait « son cher grognon; » elle savait avouer que si elle n'a-\nvait eu que des auditeurs comme ceux-là, sa gloire n'eût pu être plus\ngrande sans doute, mais son style eût pu rester plus complètement irré-\nprochable.\nLe frère de la Malibran, un excellent chanteur, a épousé Eugénie\nMeyer, qui fut elle-même une artiste de premier ordre, se fit applau-\ndir en France et dans toute l'ltalie. Elle créa, à TOpéra-Comique de\nParis, Eva et Jeanne de Naples, aujourd'hui éminent professeur,\nqui sait faire passer dans l'âme de ses élèves cette ardeur sacrée que le\ncontact d'un génie typique a pu surexciter en elle, mais n'a pas eu be-\nsoin d'y créer.\nMadame Eugénie Garcia a un fils chez qui le talent semble hérédi-\ntaire ; enfin le nom de Bériot est dignement porté par le seul enfant de\nla Malibran qui ait survécu. On sait que Charles de Bériot est un de\nnos premiers pianistes.\nMarie Malibran a eu l'honneur d'inspirer bien des poètes. Les vers\nd'Alfred de Musset feraient double emploi ici; ils sont dans toutes les\nmémoires. J'aime mieux citer un huitain peu connu d'Antoni Des-\nchamp?> où respire un sentiment touchant et qui prouve quelle avait été,\nparmi les contemporains de la grande artiste, la conviction que sa jeu-\nnesse avait été odieusement exploitée :"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "112", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.16", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 880, "texte": "SUR LA MORT DE MADAME MALIBRAN\nAprès avoir passé par les terrestres fanges,\nJeune femme, à présent tu chantes pour les anges,\nPcwr la vierge Marie et son céleste enfant,\nQmz, divins, t'écoute triomphant.\nNe crains plus désormais quune avare famille\nN'épuise avant le temps la pauvre et jeune fille.\nL'or n'a pas cours là haut ; dans ce sublime lieu,\nTous tes accents seront pour la gloire de Dieu.\nEt maintenant, quatre vers encore! Ils sont signés Lamartine et\ninscrits à Laeken, sur le socle de la statue élevée au-dessus de la cendre\nqui reste seule aujourd'hui de tant de flamme.\nBeauté\\ génie, amour furent son nom de femme,\n✓\nEcrit dans son regard, dans son cœur, dans sa voix.\nSous trois formes au ciel appartenait cette âme.\nPleureterre, et vous deux, accueille%-la trois fois !\nAprès cet éloquent sanglot, toute plume doit s'arrêter.\n\nPAUL FOUCHER."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-08-01-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-08-01_01#c009", "volume": "bmtnabc_1874-08-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 17, "image_fin": 17, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.2.3", "titre_corps": "PASSEPIED de l'EUROPE GALANTE (CAMPRA 1697)", "titre_sommaire": "PASSEPIED de l'EUROPE GALANTE (CAMPRA 1697)", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.17", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 46, "texte": "PASSEPIED de l'EUROPE GALANTE\n(CAMPRA 1697)\n48"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-08-01-01-c010", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-08-01_01#c010", "volume": "bmtnabc_1874-08-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 18, "image_fin": 18, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.2.4", "titre_corps": "PASSEPIED de POLYDORE (J.B. 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DE LAJARTE", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.25", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1199, "texte": "LES AIRS A DANSER\nDE\nL'ANCIENNE ECOLE FRANÇAISE\n\n(I)\nIV\nLE PASSEPIED\nous allons avoir à étudier maintenant toute une caté-\ngorie de danses, dont on trouve de très nombreux spé-\ncimens dans les partitions des dix-septième et dix-\nhuitième siècles; ce sont les Passepieds, Rigaudons,\nMusettes, Menuets, Gavottes, Chaconne, etc. Il n'est\npas un ouvrage qui ne possède au moins un type de\nces danses. Le Passepied est peut-être le plus commun de tous 5 malheu-\nreusement, la quantité n'est pas rachetée par la qualité. C'est toujours\nle même rhythme, une espèce de menuet très vif, sans le charme et\nl'élégance de contours de celui-ci. Il avait aussi quelques rapports avec\nla Courante, puisque Noverre, d'après Despréaux, disait que made-\nmoiselle Prévost courait le passepied avec une grâce infinie.\nOn comptait, à ce qu'il parait, plusieurs sortes de passepieds. J'avance\nle fait d'après un petit livre assez rare, écrit en espagnol et publié\nà Naples, intitulé : Reglas utiles par a los aficionados (amateurs)\na (2).\nOn avait, au dix-huitième siècle,le vieux Passepied (elviejo Passapie),\n\n(1) Voir les numéros des ler, i 5 juin et ier juillet.\n(2) Don Bartholomeo Feruol y Boxerans (Napoles. 1745)*"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "114", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.26", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2317, "texte": "le Dragon, le Passepied de Trompas, de Maie, de los Enamorados (des\namoureux), de Pasqualin, etc., etc. Le « vieux Passepied » était le plus\nusité et a le dragon » était le plus récent et de provenance italienne.\nMalgré toutes ces étiquettes dissemblables, la figure restait à peu\nprès la même. C'était celle du Menuet prise très vite. En sachant que le\nMenuet est composé de quatre temps de danse sur trois temps musicaux,\nque le premier temps est un demi-coupé et les trois autres en « fleuret,»\ncest-à-dire que le danseur fait un demi-coupé et deux pas marchés sur\nla pointe du pied, on comprendra de suite la configuration de cette\ndanse qui, grâce à sa simplicité, a trouvé place dans tous les ballets du\ntemps.\nMais, je le répète, c'est toujours le même rhythme. Aussi ai-je eu\nbeaucoup de peine à trouver des exemples ayant une mélodie inté-\nressante.\nLe Passepied de l'Europe galante peut servir de type parfait. En\nlisant les passepieds de toute l'école lulliste, j'entendais toujours à mes\noreilles Pair de Campra. Aussi ai-je dû le choisir en respectant, autant\nque possible,, l'harmonie parfois fantaisiste du vieux maître.\nLa mesure est indiquée : 3/8, à peu près dans tous les ouvrages ;\nquelques-uns, Batistin entre autres, dont je donne un Passepied tiré de\nPolydore, qui m'a semblé mériter une mention honorable, avait\nmarqué 3/4; c'était sans doute ce une mesure de précaution » pour\nl'inhabileté en lecture de ses musiciens.\nDestouches, dans Issé, a écrit un Passepied assez intéressant comme\ncoupe; il l'a marqué 6/8, par une erreur de plume. Cet air procède en\nrondeau ; le motif principal est repris quatre fois de suite par l'or-\nchestre, après quatre couplets, variations inévitablement jouées à deux\nparties par les hautbois et les bassons, La place m'a manqué pour le\ndonner ici.\nComme troisième exemple de Passepied, on lira avec intérêt l'air de\nCastor et Pollux. Il a toutes les qualités de facture des compositions de\nRameau, mais, donnant raison à la remarque déjà faite dans la dernière\nnotice, il a le tort de dénaturer par trop le rhythme de la danse.\nOn l'appréciera, j'en suis sûr, sous le point de vue musical.\nLE RIGAUDON\nCette danse fut inventée par un maître à danser provençal, du nom\nde Rigaud, qu'il ne faut pas confondre avec l'archevêque de Rouen et"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "115", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.27", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 1051, "texte": "sa cloche, dont Kastner raconte tout au long les faits et gestes, à propos\nde l'étymologie de « tire la rigot. » Quelques auteurs nous disent\nque notre Rigaud était devenu maître de ballets d'Anne d'Autriche. Ce\nfait peu important n'est pas entièrement prouvé, mais il est fort\nadmissible.\nLe Rigaudon se battait à deux temps (sur un mouvement gay). I] était\nordinairement divisé en deux parties, le second Rigaudon servant de trio.\nComme pas, il se faisait en place, sans avancer ni reculer ; on pliait\nles genoux et se iélevait en sautant. Ce pas, on le voit, d'une très\ngrande difficulté chorégraphique.\nLes Rigaudons, comme les Passepieds,se ressemblent beaucoup entre\neux. Je me suis donc contenté de citer, comme vieux genre, l'air de\nCircé, mais aussi jai cru devoir réduire au piano le Rigaudon plus\nmoderne d _£/ neliudc, qui a des qualités musicales très réelles, et dont\nFauteur est l'objet d une étude faite avec beaucoup de soin, dans cette\nrevue, par mon collaborateur Arthur Pougin.\n(A suivre.)\n\nTH. DE LAJARTE."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-08-01-01-c018", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-08-01_01#c018", "volume": "bmtnabc_1874-08-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "116", "page_fin": "124", "image_debut": 28, "image_fin": 36, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.2.9", "titre_corps": "CURIOSITÉS DE L'ACOUSTIQUE", "titre_sommaire": "CURIOSITÉS DE L'ACOUSTIQUE", "signature_source": "ADOLPHE BITARD", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 28, "page_imprimee": "116", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.28", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1113, "texte": "CURIOSITÉS DE L'ACOUSTIQUE\nÉCHOS ET RÉSONNANCES\n\n(I)\nASSENFRATZ cite encore un écho des plus curieux, ob-\nservé à l'ancien collège et que la trouée faite\npar le boulevard Saint-Michel doit seule avoir tait dis-\nparaître.\nSi une personne placée au milieu de la cour3 entre les\ndeux ailes du bâtiment, parlait haut, les notes graves de sa voix s'en-\ntendaient dans une direction parallèle à la rue de la Harpe, et les sons\naigus dans une direction qui faisait un angle de cinquante degrés vers le\nnord avec la première.\nIl y avait évidemment là un phénomène qu'il faut attribuer à la diffé-\nrence de tonalité des murs du collège, et qui méritait d'être étudiée de plus\nprès. Dans l'état actuel de nos connaissances acoustiques, l'étude en\npourrait être entreprise avec fruit : mais l'écho n'est plus.\nLes réflexions répétées sur une surface courbe ou polygonale produi-\nsent souvent une concentration des ondes sonores qui rend perceptibles,\nà une distance considérable du foyer d'émission, des sons même très\nfaibles.\nPar exemple, deux personnes placées à deux points diamétralement\n\nVoir le numéro du i 5 juillet."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "117", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.29", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2594, "texte": "opposés de la galerie qui contourne intérieurement la coupole de Saint-\nPierre de Rome, s'entendent distinctement en parlant à voix basse, bien\nqu'on n'entende rien absolument dans l'espace intermédiaire.\nA la cathédrale de Saint-Paul, à Londres, on peut observer un pareil\nphénomène. La galerie qui règne autour de la coupole, renvoie d'un\nfoyer à un autre le son le plus léger, tel que le tic-tac d'une montre,\navec une grande force. Ici l'écho se complique d'une résonnance géné-\nrale de la galerie extrêmement sensible, et qui l a fait surnommer la ga-\nlerie murmurante (The Whispering Gallery).\nDans la promenade publique annexe du Colysée, en cours de con-\nstruction à New-York, il existe un mur circulaire d'une longueur de\ntrois cents pieds. On a découvert accidentellement que cette surface\npossède des propriétés acoustiques « bien supérieures, » au dire des té-\nmoins auriculaires, « à celles de la célèbre galerie murmurante du dôme\nde Saint-Paul, » et d'une telle étendue, qu'elle transmet avec la dernière\npureté le plus léger murmure à une distance de cent cinquante pieds.\nSuivant le New- York- Times, à qui nous empruntons ce renseigne-\nment, les principes de l'acoustique seraient à peu près complètement\nignorés des architectes des États-Unis, qui abandonneraient au hasard le\nsoin de tirer parti, comme il l'entend, des phénomènes de résonnance\nnaturelle dont une sage direction a tant d'importance dans la construc-\ntion des théâtres et surtout des salles lyriques.\nIl existe, à la cathédrale de Glocester, une sorte de couloir étroit, qui\ntraverse un côté du chœur.Cette galerie a sept ou huit mètres de longueur\net ses murs forment cinq côtés d'un octogone. Les réflexions, répétées\npar ces murs, apportent à l'oreille d'une personne placée à l'une des\nextrémités de la galerie, la voix, considérablement renforcée, d'une per-\nsonne parlant bas à l'autre extrémité.\nA Muyden, près d'Amsterdam, Chladni rapporte qu'il existe un écho\nproduit par un mur elliptique, aux deux extrémités duquel deux per-\nsonnes peuvent s'entretenir à voix basse. Si l'on parle haut près de ce\nmur, Técho, très renforcé, semble sortir de terre.\nLes phénomènes de réflexion, produits par une surface elliptique, pré-\nsentent, d'ailleurs, les mêmes variétés de caractères que les surfaces sphé-\nriques et polygonales.\nAinsi, une personne placée dans l'un des loyers réflecteurs de la cou-\npole elliptique du Baptistère, à Pise, entend très distinctement le plus\nléger murmure proféré dans le foyer opposé, bien qu'il demeure imper-\nceptible à l'oreille surtout autre point."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "118", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.30", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2692, "texte": "Le Baptistère offre, d'ailleurs, desphénomènes de résonnances etd'échos\ndes plus curieux et des plus variés. Les foyers de réflexion y abondent, et\nil n'est presque pas de coin qui n'y ait son compère, et où Ton ne puisse\nconverser à voix basse pour les autres, à haute voix pour soi-même. Il y\nexiste, en outre, un écho polysyllabique assez franCj et enfin il suffit de\ntrapper les dalles du talon pour faire résonner toute la voûte gothique\nde l'édifice, comme une cloche de bronze énorme, et aussi longtemps\nque s'il s'agissait, en effet, d'une véritable cloche.\nUn phénomène analogue à ceux dont nous venons de nous occuper,\npeut être encore observé dans le vestibule bien connu du Conservatoire\ndes Arts et Métiers de Paris. Une salle hexagone de l'Observatoire per-\nmet également la conversation à voix basse entre deux personnes qui\n\\ eulent bien s installer dans ce but à deux angles opposés, à leur choix,\nLa cathédrale de Girgenti ofîre un autre exemple de disposition sem-\nblable, en conséquence de laquelle on peut entendre de la grande\npoite occidentale de 1 édifice, quand cette porte est fermée, la voix d'une\npersonne parlant bas à un point situé derrière le maître autel,, à plus de\nsoixante-quinze mètres de là.\nCette circonstance resta ignorée assez longtemps, l'occasion ne s'étant\npas présentée d'en faire l'expérience. Mais il arriva qu'un confessionnal\niut installé en plein royer de la surface réfléchissante de derrière le maître-\nautel. Il sen suivit... ce qu on devine assez : quelqu'un découvrit, par\nhasai d, le foyer opposé ; ce quelqu'un fit part de sa découverte à des amis,\net le io\\ er délateur fut bientôt converti en un lieu de réunion, où des\noreilles indisciètes recueillaient avidement les secrets du confessionnal.\nEt il y en avait de curieux, je vous en réponds !\nCet innocent divertissement n eut, toutefois, qu'une durée éphémère,\net ce fut justement l'un des plus enragés écouteurs qui y mit un terme.\nVoici dans quelles circonstances :\nUn beau jour, notre homme était là, pantelant, l'oreille tendue et déjà\ntoute saturée de révélations piquantes autant qu'involontaires, quand\ntout à coup le foyer perfide lui transmet le son d'une voix bien connue\n—trop connue, hélas!... celle de sa propre femme, qui, agenouillée au\ntribunal de la pénitence, fait 1 aveu dépourvu d'artifice de ses... erreurs,\ndont elle sollicite ingénuement le pardon.\nLe représentant du juge éternel sur cette terre d'iniquités, absout la\npécheresse humiliée et repentante.—Mais c'est le mari qui n'entend pas\nde cette oreille-là.\nBref, 1 affaire fit du bruit —le personnage n'étant, au demeurant,\nqu'un sot—et le confessionnal fut transporté ailleurs."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "119", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.31", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2579, "texte": "Les voiles, gonflées par le vent, ont aussi la propriété de recueillir et\nde condenser les sons que le vent leur apporte des côtes. Voici un\nexemple assez curieux d'un phénomène de cette nature, rapporté par\nArnott :\n« Un jour, dit-il, à bord d'un bâtiment naviguant le long des côtes du\n« Brésil, mais hors de vue de terre, des passagers qui se promenaient sur\nce le pont, en passant àun certain endroit, entendirent très distinctement\n« le son des cloches, carillonnant comme à l'occasion d'une réjouissance\n« publique. Tout le monde s'empressa de venir prêter l'oreille en cet en-\n« droit du pont et se convaincre du mystérieux phénomène, qui dura près\nce de deux heures. Il fut constaté quelque temps après, qu'au moment de\n« l'observation, les cloches de la ville de San Salvador, située sur la côte\n« Brésilienne, avaient sonné à toute volée à propos d'une féte. Favorisé\n« par un bon vent, Jeur son avait donc parcouru une distance d'au\ncc moins cent milles (160 kilomètres), pour venir se condenser dans le\n« loyer formé par la voilure concave, qui l'avait transmis à nos\n« oreilles (1). »\nUne expérience familière est celle qui consiste à jeter une pierre dans\nun puits. Quand la pierre frappe l'eau, un bruit relativement formidable\nse produit. Certes, nous n'avons rien en ce genre de comparable au puits\nDalmate, dont parle Pline, et dans lequel une pierre jetée produisait un\nouragan.\nEn parlant à l'extrémité d'un tuyau de conduite de l'aqueduc deMarly,\nmesurant neuf cent cinquante et un mètres de longueur, Biot observa que\nle son de la voix était répété six fois. Les intervalles entre ces répétitions\nétaient égaux, soit d'environ une demi-seconde; le dernier son revenant\nà l'oreille après trois secondes, ce qui est à peu près le temps normal pour\nque le son traverse une étendue de neuf cent cinquante et un mètres.\nOn a observé de semblables échos multiples dans les longues galeries\ndes mines. Beudant (2) émet l'opinion que, de même que dans les mines,\n\n(1) Arnott, —Eléments of physics, vol. i, p. 538. —Le docteur Neil Arnott, mé-\ndecin extraordinaire de la reine Victoria, Fellow de la Société royale de Londres,\nchevalier de la Légion d'honneur, est mort le 2 mars 1874, âgé de quatre-vingt-six\nans. Ses Éléments de Physique, dont la première édition est de 1827, n'ont pas cessé\nd'être réimprimés, sans modification du plan original, sans autre changement que\nceux exigés par Je progrès continu des sciences naturelles, encore dans Fenlance, à\nl'époque où furent pub'iés les Éléments.\n(2) Beudant.—Eléments de physique, p. 36 7."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "120", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.32", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2505, "texte": "la répétition des échos est causée par l'irrégularité des parois des galeries,\nil est certain que, dans l'expérience de Biot, les tubes rapportés, compo-\nsant le tuyau de neuf cent cinquante-un mètres en question, ne devaient\nêtre ni assemblés exactement en droite ligne, ni d'un diamètre égal d'un\nbout à l'autre,\nIl nous sera permis, sans doute, de n'insister point sur la théorie et\nles effets des tuyaux acoustiques de toute nature, auxquels l'expérience\nde Biot fait naturellement songer, mais que l'on connaît trop. Laissant\ndonc de côté les porte-voix, les cornets acoustiques, les têtes parlantes\ndes Gerbert, des Albert le Grand, des Bacon, des Kempelen, etc., et\ndes exhibiteurs forains qui leur ont succédé, nous passerons à l'examen\ndes phénomènes curieux de « vibrations sympathiques» qui, pour être\nconnus depuis longtemps, n'en sont pas moins très ignorés expérimenta-\nlement, et, à ce qu'il semblerait, de parti pris.\nL'expérience pourtant est intéressante et vaudrait la peine d'être faite\ndans des conditions d'observation sérieuse.\nOn sait que chaque verre a sa note spécifique : en le heurtant contre\nn'importe quel corps dur, en le posant brusquement sur la table, on lui\nfait aisément rendre cette note. Un homme qui donnerait de la voix\ncette note, penché sur l'orifice du verre, le ferait, dit-on, éclater en peu\nde temps.\nVoici en quels termes du Hamel décrit l'expérience :\n« Il faut avant tout, dit-il, s'assurer de la note spécifique du verre\nsur lequel on veut opérer, ce qu'on peut faire en le frappant simplement\nd'une légère chiquenaude. Alors la voix, réglée sur cette note, s'élevant\ngraduellement à l'octave au-dessus de la note originale, les particules\nimperceptibles du verre, ébranlées par ces secousses réitérées, seront\nagitées d'ondulations vibratoires, lesquelles en s'accroissant par la per-\nsistance de l'opération, atteindront à la fin une telle énergie, que le verre\nvolera bientôt en éclats. Il est nécessaire, ajoute du Hamel, d'apporter\nquelque attention dans le choix du verre, qui doit être absolument clair\net exempt de tout défaut ou fêlure, et susceptible de rendre une note\njuste et en rapport avec la voix de l'expérimentateur.\nLe même écrivain nous donne encore la description de la bizarre expé-\nrience que voici :\n« On prend deux verres, dans lesquels on verse de l'eau jusqu'à une\nhauteur de deux à trois pouces, en ajoutant à l'un ou à l'autre, afin de\nles amener a rendre exactement la même note lorsqu'on les frappera."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "121", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.33", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2518, "texte": "Cela fait, on prend un petit bout de fil de fer que l'on courbe et que l'on\nplace en travers sur les bords de l'un des deux verres ; ensuite on frotte\nlégèrement le bord de l'autre verre avec son doigt mouillé ; les vibra-\ntions sonores produites de cette façon se communiqueront au verre\nsurmonté du fil de fer, et au son de cette musique, celui-ci se mettra\nbientôt à danser (i).\nUn autre exemple du meme phénomène, des plus curieux à la fois et\ndes plus est fourni par l'expérience suivante :\nAprès avoir bien exactement accordé ensemble deux violons, on en\nplace un sur une table, et l'on fait enfourcher une de ses cordes comme\nun dada par un cavalier de papier (un simple chiffon plié en deux, un\nfétu, un corps léger quelconque ferait aussi bien l'affaire). Ce violon\nainsi disposé et le cavalier solidement en selle; on s'éloigne de quelques\npas et Ton sonne un coup d'archet sur la corde du second violon corres-\npondante à celle du premier ainsi montée. Aussitôt cette dernière se\nmet en vibration et fait sauter quelquefois à une assez grande hauteur\nson cavalier.\nSi, pour rendre l'expérience plus complète, on a de même monté cha-\nque corde du violon en repos, on remarquera que, tandis que le cavalier\nde la corde correspondante à celle que l'archet met en vibration, vide\nles arçons, les autres restent parfaitement calmes et indifférents aux\nexercices de voltige de leur camarade.\nIl paraît qu'il existe de par le monde des coureurs forains qui font\nleur métier de briser des verres suivant la méthode indiquée par Du\nHamel. Le métier, en tous cas, est aussi honorable que celui qui consiste\nà exhiber des femmes à barbe, des veaux à deux têtes et autres mons-\ntruosités ; il est plus amusant et dénote incontestablement, chez celui\nqui s'y exerce, une certaine dose d'intelligence inutile à ses confrères.\nJe n'ai jamais tenté ni vu tenter l'expérience, et je ne doute point\npourtant qu'elle ne soit sérieuse ; Du Hamel n'est d'ailleurs pas le seul\nqui se soit occupé de cette sorte de phénomènes. Morhof, qui a fait un\ntraité sur la matière (2), dit avoir rencontré à Amsterdam un certain\nNicholas Petter qui faisait son passe-temps habituel de casser les verres\npar ce procédé. D'autres observateurs, Bartoli, Heister, etc., citent une\nfoule de faits semblables. Il paraît même qu'une voix puissante pas\nindispensable ; pourvu qu'on chante à l'unisson du verre et que celui-ci\n\n(1) J.-B. Du Hamel., Operum Philosopha etc. Noiimb.. 1681.\n(2) Morhof. Stentor liyaloclastes. iGB3."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "122", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.34", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2387, "texte": "réunisse les conditions de netteté exigées par Du Hamel, le résultat\npeut être facilement obtenu.\nUn verre mousseline, légèrement bombé, se prêterait singulièrement à\nl'expérience.\nAjoutons qu'il est possible de substituer à la voix humaine le son de\ncertains instruments, notamment le son du violon.\nSi je n'ai pas vu casser des verres en musique, j'ai, du moins, vu dan-\nser le petit bout de fil de fer et sauter le cavalier du violon, et je vous\ngarantis que c'est un spectacle amusant, quoiqu'à la portée de qui-\nconque.\nAu reste, l'action des vibrations sonores sur tous les êtres et sur tous\nles objets susceptibles de vibration eux-mêmes, est un fait d'observation\ngénérale. Un coup d'archet suffit à faire entrer en danse la fumée, les\ngaz, la flamme, et même le filet d'eau qui s'échappe d'un robinet. Qu'on\npénètre dans une église, une nuit de Noël, quand l'autel resplendit de\nmilliers de lumières éclatantes, si l'orgue se fait entendre, on verra au\nmême moment toutes ces petites flammes vibrer à l'unisson.\nFermez une pièce dans la fenêtre de laquelle le soleil donne, de ma-\nnière à ne laisser filtrer à travers une étroite issue qu'un mince rayoci\nlumineux, où des milliards d'atomes s'agitent capricieusement ; prenez\nalors une guitare, une harpe, un violon, et escrimez-vous de l'archet ou\ndes doigts : aussitôt les mouvements des atomes se régularisent, et les\nvoici qui sautent en cadence, avec des bonds prodigieux, ou avec des pe-\ntits trémoussements pleins de grâce, suivant la note donnée par l'in-\nstrument.\nOn a dit et répété, depuis un an, tout ce qu'il y avait à dire sur les\nflammes chantantes et résonnantes et rappelé sur cet intéressant sujet les\nbelles expériences des Higgins, des Schaffgotsch, des Barrett, des Tyn-\ndall, des Helmholtz, des Lissajoux, etc. Le mémoire de M. Frédéric\nKastner : Expériences nouvelles sur les flammes chantantes, présenté à\nl'Académie des sciences l'an dernier, a été le point de départ de cette re-\ncrudescence d'intérêt.\nL'instrument de M. Kastner, le Pyrophone, ou piano à gaz, a été\négalement l'objet d'examens multiples et détaillés.\nIl reste donc ou trop ou trop peu de choses à dire maintenant, pour\nqu il nous soit permis d y insister, après tant d'observateurs éminentc?\ndont les travaux sont restés dans toutes les mémoires.\nNous disions plus haut que les veines liquides étaient comme les"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "123", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.35", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2423, "texte": "flammes, sensibles aux vibrations musicales. Voici ce que dit à ce propos\nM. Henri de Parville (i) :\n« Ce qui est vrai pour une flamme Test aussi pour les veines liquides\nqui s'échappent par l'orifice circulaire d'un vase plein d'eau. On voit le\njet liquide se courber plus ou moins, se modifier selon le son rendu dans\nson voisinage. Un diapason excité par un archet a assez de puissance\npour diviser la veine liquide, pour l'égrener en perles fines. Alors que\nl'oreille ne percevra plus aucun son musical, le jet liquide, comme la\nflamme, trahira encore son existence.\n« Que Ton dispose une veine liquide dans une chambre obscure, et\nqu'on illumine le jet à l'aide d'un de ces puissants appareils d'électricité\nd'induction qui donnent des étincelles éblouissantes, mais ne durant\nqu'un instant, on verra le jet liquide se réduire en gouttes plus ou moins\nespacées, et chacune d'elles sera transformée en une petite étoile extrê-\nmement brillante. Donnez une note bien choisie, tout à coup les gouttes\néparses se rassembleront et formeront un collier de perles d'une inimi-\ntable beauté. Cessez de chanter, le collier sera de nouveau mis en piè-\nces, et, ainsi, à volonté, vous le réunirez ou le briserez. Cette expérience\nest saisissante et montre nettement l'influence des vibrations sur la con-\ntinuité ou la dispersion des gouttes. »\nAjoutons qu'elle est une des plus jolies que l'on puisse voir. L'effet ce\nce collier de petites perles lumineuses, se brisant et se réunissant sous\nl'influence des vibrations musicales, est tout simplement féerique.\nMais, sous l'influence de vibrations particulières, ne nous sommes-\nnous pas un peu écarté de notre sujet ? La difficulté d'appliquer aux\nflammes chantantes et aux veines liquides dansantes notre théorie du\ncarambolage nous y ramène.\nAussi bien, avons-nous oublié en chemin un écho cependant digre\ndes égards de tous.\nLa détonation d'un coup de foudre est produite par un ébranlemert\nconsidérable de l'air ; là-dessus tout le monde est d'accord. Mais le rou-\nlément qui suit cette détonation, sa répétition à intervalles distincts et\ninégaux, s'il n'est pas le produit de réflexions répétées sur les couches\népaisses de nuages environnants, sur les flancs des coteaux, les murs, les\narbres des forêts j'y perds mon latin.\nCertes, je ne puis reconn utre dans la voix du tonnerre les échos plain-\n\n(i) H. de Parville. Causeries Scientifiques. 1873."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "124", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.36", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1425, "texte": "tifs de la nymphe infortunée dont il ne nous reste plus que la voix, le\nreste s'étant résolu en ruisseau ; on dit que La Motte le Vayer y démê-\nlait quelque chose d'analogue; je n'en crois rien : La Motte le Vayer\nétait homme de sens, quoique n'aimant pas la musique.\nMais il m'est impossible de n'y point reconnaître les phénomènes ré-\nguliers et constants d'un immense carambolage !\nLors de l'éruption du volcan de Cotopaxi, dans le Pérou,, en janvier\niBo3, le bruit fut entendu, jour et nuit, comme des décharges d'artille-\nrie continuelles, par les voyageurs Humbold et Bompland qui se trou-\nvaient à Guayaquil, c'est-à-dire à cinquante-deux lieues marines (près\nde deux cent quatre-vingt-dix kilomètres) de là. Suivant eux, il ne s'agit\nque d'un phénomène extraordinaire de propagation rapide.\nMettons que le son ricochait sur la surface unie de l'eau , comme une\npierre lancée par un gamin, habile à ce genre d'exercice, sur le bassin\ndes Tuileries, et gageons que nous sommes tout aussi près de la vérité\nque nos deux savants voyageurs.\nRicochet et carambolage : ces deux termes résument assez exacte-\nment, suivant nous, et très familièrement, toute la série des phé-\nnomènes sonores autres que ceux de source directe.\nTout observateur bien doué et dépourvu de parti-pris peut reconnaître\nà tout moment l'exactitude de cette assertion, qui n'a rien de dogma-\ntique, après tout.\n\nADOLPHE BITARD."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-08-01-01-c022", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-08-01_01#c022", "volume": "bmtnabc_1874-08-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "125", "page_fin": "132", "image_debut": 37, "image_fin": 45, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.2.10", "titre_corps": "LA MUSIQUE DANS L'YMAGERIE DU MOYEN AGE", "titre_sommaire": "LA MUSIQUE DANS L'YMAGERIE DU MOYEN AGE", "signature_source": "H. LAVOIX fils", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 37, "page_imprimee": "125", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.37", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1241, "texte": "LA MUSIQUE\nDANS\nL'YMAGERIE DU MOYEN AGE\n\n(0\nN superbe manuscrit byzantin que possède la Biblio-\nthèque nationale nous offre un curieux exemple des\nreprésentations du roi David, aux premiers temps du\nchristianisme. Ce monument, splendide à tous égards,\nfut apporté de Constantinople par un ambassadeur\nfrançais qui l'y avait acheté, vers le milieu du sei-\nzième, siècle, au prix de cent écus d'or. Il est intitulé Catena in\npsalmos et preces biblicœ. Le manuscrit est du dixième siècle; mais,\nde l'avis de tous les paléographes, les grandes peintures, hors pages,\nqui ne sont pas de la même époque que récriture, semblent avoir appar-\ntenu à un livre plus ancien. Elles sont détachées des cahiers de parche-\nmin ; on a dû les rogner pour les faire entrer dans le iormat du volume.\nBref, on suppose, et non sans raison, que pour donner plus de prix au\nmanuscrit, les scribes et les calligraphes ont ajouté à leur ouvrage ces\ntreize grandes peintures qui étaient d'une époque beaucoup plus an-\ncienne. Par le style, par le dessin, par les détails même du sujet, elles se\nrapportent au temps des peintures de Pompeï, et tous les savants sont\nportés à croire que ces magnifiques miniatures sont contemporaines\n\n(i) Voir le numéro du ler juillet-,"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "126", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.38", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2746, "texte": "des peintures des catacombes, ou d'une période artistique très peu pos-\ntérieure (i).\nSur les treize miniatures à pleine page que renferme ce manuscrit, les\nhuit premières ont trait à des épisodes de la vie de David, mais une seule,\ncelle que nous reproduisons, intéresse réellement la musique. Elle repré-\nsente David jeune, gardant les troupeaux de son père Jessé, au moment\noù les ambassadeurs de Saul viennent le chercher de la part du roi. La\nscène se passe au pied de la montagne de Bethléem, personnifiée dans la\nfigure d'un homme couché ; dans le fond du tableau apparaît un édifice\nde la ville. Au centre, David jeune pince de la lyre. Ses cheveux tom-\nbent sur ses épaules; il est vêtu à la grecque; son instrument est posé\nsur un socle en bois sculpté, qui ressemble un peu à une boîte carrée,\nd'où sortirait la lyre, dont un des montants s'appuie sur une espèce de\ncontre-fort métallique que David retient de sa main gauche et qui paraît\nune sorte de table de résonnance. Auprès du musicien, une femme jeune,\nvêtue aussi à la grecque, paraît lui dicter ses chants ; c'est la mélodie\n(MEA.OAIA), déesse inspiratrice du futur prophète. On ne peut méconnaî-\ntre l'influence grecque et païenne dans cette représentation. L'artiste a\ncopié son David sur un Apollon ou un Orphée antique, dont il a repro-\nduit les traits, la pose et le costume. De plus, la personnification poétique\nde la mélodie est une idée essentiellement classique qui se rattache aux\nplus belles traditions de l'art antique.\nUne autre miniature du même manuscrit a rapport à la musique,\nmais d'une façon moins direcie. Elle représente les femmes d'lsraël chan-\ntant les gloires de David, qui vient de terrasser Goliath. Saul debout, en\ncostume de guerre, la lance à la main, la tête entourée d'un nimbe rose,\nsemble parler à deux femmes, dont Tune joue des petites cymbales en\ndansant ; derrière Saul est le jeune triomphateur.\nAutour du roi-prophète, nous rencontrons fréquemment ces quatre\ncompagnons : Asaph, Héman, Ethan et Idithon. Quelquefois ces mu-\nsiciens du temple sont transformés en danseurs, mais en général ce sont\nquatre instrumentistes, et c'est grâce à cette réunion de figures que nous\ntrouvons des représentations de concerts qui nous permettent de recon-\nstituer jusqu'à un certain point les associations d'instruments à cette\népoque reculée.\n\n(i) Nous saisissons, avec empressement, de remercier ici M. H. Bordier,\nbibliothécaire à la Bibliothèque nationale, d avoir bien voulu nous communiquer\nquelques-uns de ses beaux travaux inédits sur les miniatures des manuscrits.\nM. Bordier est un savant, et de plus un artiste, un enlumineur du moyen âge, et\ndans ses catalogues, le goût et le talent ajoutent encore à l'érudition."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "127", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.39", "debut_caractere": 41, "fin_caractere_exclue": 2840, "texte": "La plus belle représentation du roi David, que nous ayons au moyen\nâge proprement dit, est celle qui se trouve dans la Bible de Charles le\nChauve. Cette Bible lut offerte à ce prince en 850 par le comte Vivien,\nabbé de Saint-Martin-de-Tours. Ce magnifique manuscrit, qui fait aussi\npartie des collections de la Bibliothèque nationale, fut conservé dans la\ncathédrale de Metz jusqu'en 1675. A cette date, les chanoines l'offrirent\nà la Bibliothèque colbertine.\nIl n entre pas dans mon sujet de décrire ce joyau vraiment royal, aussi\nne m'arrêterai-je que sur la grande miniature du roi David qui présente\ntant d intérêt a tous les points de vue et que nous reproduisons ici. Le\nmanuscrit est renfermé dans un cadre ovale. Au centre, David joue d'une\nharpe triangulaire. Sa harpe a douze cordes et douze chevilles ; il la tient\ndans le bras gauche, tandis qu'il en pince les cordes de la main droite. Il\nest nu, sous un grand manteau qui rappelle encore les traditions grec-\nques. Dans le haut de la miniature, Asaph, assis, joue du cornet et d'une\nespèce de cliquettes; en face de lui, Heman tient deux paires de cliquettes\nsemblables à celles d'Asaph. Au-dessous, Ethan pince les cordes d'une\nlyre élégante d'une forme curieuse, sur laquelle nous aurons à revenir,\net Idithon souffle dans un long cornet à bouquin. Aux deux côtés du\nroi, veillent ses deux gardes fidèles, Cerethi et Ephelethi. Enfin, les\nquatre vertus nécessaires à un monarque, la Prudence, le Courage, la\nJustice, la Tempérance, semblent prendre sous leur protection le psal-\nmiste inspiré. Dans le livre d'heures de Charles le Chauve, autre\nmanuscrit qui entra à la Bibliothèque comme la Bible , par l'entremise\ndes chanoines de Metz, en 1674, nous retrouvons le même sujet; mais\nau point de vue artistique, la miniature est moins belle et ne présente\npas le même intérêt musical; le lecteur peut en trouver un bon fac-\nsimilé dans le Moyen âge et la Renaissance de Lacroix. La Biblio-\nthèque nationale possède encore un manuscrit du dixième siècle qui\nnous donne une curieuse représentation du roi David. Il est vêtu roya-\nlement d'une longue robe richement brodée et porte une étole. Sa tête\nest ceinte du diadème des empereurs d'Orient. Il tient appuyée sur ses\ngenoux une lyre à huit cordes, à laquelle est adaptée une grande clef*\nL'instrument est bien construit et d'une forme gracieuse. David tient\nsa lyre de la main gauche, tandis que de la droite il pince les cordes.\nUne miniature d'un manuscrit du treizième siècle doit encore arrêter\nl'attention par le nombre de personnages et les instruments qu'elle\nsente. Tout le cadre de ce tableau en cinq parties est formé par un monu-\nment de style gothique. David, jouant de la harpe, occupe seul le fond\ndu tableau dans un compartiment à part. Autour de lui sont ses quatre"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "128", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.40", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2750, "texte": "musiciens ; l'un joue de la viole, l'autre d'une espèce de hautbois, le\ntroisième sonne de la cornemuse, et le quatrième frappe de la main gau-\nche sur un tambourin, suspendu à son bras droit, tandis que sa main\ndroite tient un flutet dans lequel il souffle. Cette miniature se trouve\ndans une bible manuscrite de la Bibliothèque nationale. Nous ne pouvons\nfinir ce paragraphe sur David sans mentionner un manuscrit du quin-\nzième siècle qui, par la disposition du dessin, par une naïve tentative de\ncouleur locale et par l'instrument dont joue le roi, présente le plus réel\nintérêt. C'est un magnifique B majuscule, provenant d'un manuscrit de\nsainte Bénigne de Dijon. Dans cette œuvre, la Renaissance se fait déjà\nsentir. Le B du Beatus vir est formé par deux monstres marins et un\ntriton. Au milieu, David, vêtu à l'orientale avec un turban et une lon-\ngue barbe et assis sur un tapis aux dessins asiatiques, chante en s'accom-\npagnant sur une cithare à huit cordes. Sur l'instrument qui semble un\nluth de forme orientale, sept touches fortement accusées indiquent la\nplace dés intervalles ; trois ouïes rondes sont pratiquées sur la table\nd harmonie. Debout autour du roi, les quatre chanteurs, accom-\npagnés par le luth de leur maître, forment un concert (i).\nUn autre épisodede la Bible nous fournit aussi de nombreuses repré-\nsentations musicales, c'est l'histoire dramatique et touchante de Jephté.\nParmi les miniatures qui rappellent cette scène, nous citerons particu-\nlièrement celle qui se trouve dans le psautier de saint Louis. Ce beau\nmonument du treizième siècle fut volé par les Vandales delà Révolution\net vendu à vil prix, et ne revint à la France que grâce à la générosité du\nprince Galitzin, qui le racheta au prince Gorlouski, son premier acqué-\nreur, et l'offrit gracieusement au roi Louis XVIII. Dans cette minia-\nture, les filles d'lsraël viennent, au son des harpes, recevoir le vainqueur.\nA leur tête, Seila, joyeuse, danse en s'accompagnant du tambourin.\nLa vie des saints nous donne aussi un grand nombre de scènes et de\npersonnages relatifs à la musique. C'est ainsi que nous voyons donner la\nviole à Saint-Geniès, comédien, à Saint-Wilgeford, à Saint-Nicolas de\nTolentin, la cornemuse à Saint-Simon, le solitaire ou l'insensé, le cor\nde chasse à Saint-Hubert; au pape Saint-Corneille, à Saint-Lamberr,\névéque de Liège, la harpe, etc. La légende des saints explique ces dif-\nférents attributs. Sainte Cécile, la sainte musicienne par excellence, ne\nfut considérée sous ce rapport que vers le quatorzième siècle. Le fidèle\ncompagnon de saint Antoine lui-même ne put échapper au joug de la\n\n(i) On trouve un dessin de cette miniature dans les Arts au moyen âge, par\nDu Sommerard. Chap. VIII, pl. XXL"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "129", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.42", "debut_caractere": 46, "fin_caractere_exclue": 2364, "texte": "musique, et sur un vitrail du quinzième siècle, qui faisait partie de la\ncollection Debruge-Dumesnil, décrite par Labarte, nous voyons un bon\nsaint Antoine qui, non content de porter lui-même des clochettes, en\navait orné la queue et les oreilles de son inséparable ami.\nQuelquefois, on retrouve dans les attributs des saints des légendes\nmusicales antiques par une assimilation analogue à celle dont nous\navons parlé au sujet des premières peintures chrétiennes; soit à cause de\nla ressemblance du nom, soit pour opposer des miracles chrétiens aux\nprodiges païens, Arrien (Arianus), qui fut martyrisé au quatrième siècle,\nest illustré par une légende qui offre plus d'une analogie avec celle\ndu musicien Arion. Jeté à la mer avec les compagnons de son martyr,\nsaint Arrien fut recueilli et porté par un dauphin près d'Alexandrie où\nles chrétiens de cette ville le reçurent en grand honneur. Les représen-\ntations musicales des saints et leurs allégories pourraient à elles seules\nnous fournir un volume, mais nous nous contentons de renvoyer, à ce\nsujet, le lecteur au bel ouvrage du père Cahier (i).\nIII. — La Musique dans le symbolisme chrétien et dans l'allégorie profane.\nDu reste, il est toute une science dans laquelle la musique est loin de\nrester en arrière : je veux parler du symbolisme, cette langue de conven-\ntion dans laquelle chaque objet avait un sens caché, chaque représen-\ntation était une allusion, comme dans les écritures hiératiques des\nÉgyptiens. Cette langue fut fort en usage pendant tout le moyen âge et\nje n'ai pas l'intention de traiter un sujet si délicat et si étendu, mais nous\npouvons voir en quelques mots quelle place était réservée à la musique\ndans ce symbolisme qui explique à lui seul presque toute l'esthétique du\nmoyen âge.\nCe fut naturellement l'Église qui inventa cette langue figurée, qui\ndonne un sens aux productions d'un art dont les représentations seraient\npleines d'obscurité pour qui n'aurait pas la clet du mystère. La musique\ntout entière rentra dans le système symbolique. Ses règles générales sont\nune image de la constitution du monde. Les tons authentiques du\nplain-chant furent les jours; les plagaux, leurs inférieurs, les nuits.\n\n(1) CAHIER.— Caractéristique des saints dans l'art populaire.—Pans.— Poussielgue,\n1867. 2 vol. in-folio. T. 11, au mot Musique."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "130", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.43", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2755, "texte": "L'hiver eut en partage les tons phrygiens; le printemps, les lydiens ;\nl'été, les doriens; l'automne, les mixolydiens; les notes graves, moyennes\n/\net aiguës, représentaient les trois ordres de fidèles dans l'Eglise de Dieu;\nla division par tétracordes, les quatre Pâques, les quatre sens de l'Ecri-\nture, etc. ; les finales, la mort. Dans chaque tétracorde, le demi-ton\nmarque l'humilité sur laquelle s'appuient les autres vertus. Les tons,\ndans leur ensemble, signifient la vie, la louange de Dieu; les cieux et\naussi la voix des apôtres s'étendant sur le monde entier. Les tons mixtes\n• • s\nfigurent l'union du Seigneur et de son Eglise. Comme Ezéchiel qui vit\ndeux roues enflammées se pénétrant l'une l'antre et de deux n'en faisant\nqu'une, de même voyons-nous l'authentique et le plagal se fondre pour\nformer le mixte.\nUn des monuments les plus curieux de la musique symbolique se\nretrouve dans les ruines de l'abbaye de Cluny. C'est un chapiteau du\ndouzième siècle sur lequel sont sculptés les huit tons grégoriens; cinq\nseulement sont encore reconnaissables ; les trois autres sont complè-\ntement dégradés. Au sujet de cette intéressante sculpture, M. l'abbé\nPougnet a publié, en 1869 et 1870, une suite d'articles pleins d'érudi-\ntion et d'ingéniosité dans lesquels il n'a pas, à mon avis, suffisamment\ncité les autorités sur lesquelles il appuyait ses hypothèses, peut-être un\npeu hasardées, mais qui constituent un travail excellent et fort recom-\nmandable. Nous ne,suivrons pas M. l'abbé Pougnet dans sa longue\ndissertation sur la musique des Grecs, comparée au plain-chant, mais\nnous consacrerons, après lui, quelques mots au sujet de la personnifi-\ncation symbolique des tons sculptés sur le chapiteau de Cluny (1).\nC'est dans les antiennes qui précèdent les tonaires que nous trouvons\nl'explication des allégories propres à chacun des tons. Ce sens est pure-\nment mystique. Le plus souvent, excepté pour quelques-uns, il se\nrapporte bien plutôt à la place du ton dans l'échelle des sons, qu'à son\ncaractère esthétique. Le premier représente le premier âge du monde, le\nCréateur, Dieu ; le second le deuxième âge, Jésus, la confirmation de la\npromesse sainte ; le troisième est qualifié de ton élevé qui remplit les cœurs\npar la douceur et la délicatesse de sa mélodie; il est attribué à la trinité,\nau troisième âge du monde, au troisième jour qui est celui de la Résur-\nrection; le quatrième « dans un rang inférieur, est comme le second du\ndeuxième » disent les textes, les joies et les peines qu'il apporte sont\n\n(1) Annales archéologiques de Didron. —T. XXVI, p. 380. T. XXVII, p. 32,\n151, On peut compléter les planches de cet article par deux autres qui accom-\npagnent un article de M. Barraud.— T. XVII. p. io3."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "131", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.44", "debut_caractere": 41, "fin_caractere_exclue": 2824, "texte": "comme doublées, il est le symbole des quatre évangiles, du quatrième âi-e,\nde la quatrième veille (apparition du Christ aux apôtres). Le cinquième\nest le ton des cinq livres de Moïse, de l'extrème-onction qui s'adresse aux\ncinq sens, etc. ; le sixième est tout entier voué à la prière : « Tu es l'in-\nférieur du troisième mode, lui est-il dit, tu es touchant et viril, mais\npeu susceptible de variations : tu plairas aux simples; » il symbolise le\nsixième jour, celui de la création de 1 homme, qui, à peine venu au\nmonde, rend grâces à son créateur, le sacrement de l'ordre, enfin tout ce\nqui tient à la piière ou à 1 adoration de Dieu ; c'est le seul dont le carac-\ntère musical particulier réponde pleinement au sens mystique ; le\nseptième est celui qui représente le plus grand nombre d'idées abs-\ntraites. On sait la place que tient le nombre sept dans tous les symboles\nde l'antiquité et du moyen âge. Il suffit de citer les sept jours, les sept\nbranches du chandelier sacré, les sept cordes de la lyre, les sept pla-\nnètes, les sept sacrements. Aussi, le septième ton est-il l'image de la\nperfection comme aussi de la mort, du septième âge, celui de la résur-\nrection et du jugement dernier, du septième jour de la création, jour de\nrepos pour le Seigneur, de la septième parole « consummatum est. »\nL'antienne qui le désigne lui dit : « C'est toi qui formes les danseset\nles guides en chantant et en frappant sur les cymbales. » Le huitième,\ndans l'échelle tonale, ne fait, comme on sait, que recommencer le\npremier. Aussi en a-t-on fait l'image de l'éternité et de la béatitude\ninfinie des saints, de l'Église dont l'existence ne cessera jamais.\nSur le chapiteau de Cluny, chaque ton est représenté par un musicien\nqui tient entre ses mains un instrument. Le sens allégorique de la\nsculpture est quelquefois nettement défini par l'inscription gravée\nautour. Quelquefois aussi ces inscriptions ne font que préciser le sujet\nque le sculpteur a voulu traiter ; d'autres fois encore, elles ont rapport\nau caractère esthétique et exclusivement musical du ton. La première\nfigure tient une sorte de guitare dont les cordes sont effacées ; on lit\nautour : « Hic tonus orditur modulamin » Le second\nporte comme légende : « Su bsequi\nsecundus. » Il est sculpté sous la figure d'une danseuse qui tient dans\nses mains deux cymbales, reliées par un cordon. Les cymbales sont\nlarges, hémisphériques, et le cordon qui les retient est fort long. Ces\nattributs offrent un double intérêt, et par la forme de l'instrument, et\npar leur sens mystique qui, du reste, est facile à saisir. Les cymbales\nsont au nombre de deux pour figurer le deuxième ton, dont le sens\na été expliqué plus haut. La chaîne qui retient ces deux cymbales\nsemble l'union des deux Charités comme des deux Testaments. Le"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "132", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.45", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1658, "texte": "troisième ton est un homme tenant une lyre à six cordes. La legende\ncoïncide parfaitement avec l'explication symbolique du troisième ton\ndonnée dans le paragraphe précédent. On y lit : « Tertius impingit,\nchristumque resurgere fingit. » Cette légende peut se passer de com-\nmentaire; quant à la lyre, par une allusion que nous avons deja ren-\ncontrée plusieurs fois, elle paraît rappeler le souvenir de David chassant\nle démon de l'âme de Saûl, comme le Seigneur chassa, pour revenir au\nmonde, le démon de la. mort.\nLa figure et l'inscription qui ont rapport au quatrième ton s'expliquent\nparfaitement l'une par l'autre ; nous y voyons un clerc frappant avec un\nmarteau sur un de ces carillons à main si fréquents aux onzième, dou-\nzième et treizième siècles ; on lit autour : «\nin carminé pic indus.» Si nous nous reportons au temps où ces clochettes\nétaient employées pour annoncer et sonner la mort, nous comprendrons\nle sens de cette représentation du ton, le plus funèbre et le plus lugubre\ndu plain-chant. La dernière représentation distincte (et encore est-elle\nbien effacée) , nous montre un homme dont la tête a disparu. Il joue\nd'un luth dont une corde seulement est visible : «\ntatis, respice sextum, » dit la légende. Ce texte se rapporte encoie\naux divers sens mystiques du sixième ton, symboles que nous connais-\nsons déjà. Les figures des septième et huitième tons sont complètement\neffacées, mais leurs légendes restent. L'un porte «\ndonis septimus almum. « Il est dédié au Saint-Esprit, le dispensateur\ndes sept dons. Pour le huitième, nous lisons : «\nîtes docet esse beatos. »\n(La suite prochainement.\n\nH. LAVOIX fils"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-08-01-01-c025", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-08-01_01#c025", "volume": "bmtnabc_1874-08-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 41, "image_fin": 41, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.2.10.3", "titre_corps": "Tirè de la Bible de Charles le Chauve. IXeSiécle.", "titre_sommaire": "Tirè de la Bible de Charles le Chauve. 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Edmond Membrce.\n. Membréeest un jeune compositeur.... de cinquante-\nquatre ans. Ce n'est point, qu'on veuille bien le croire,\npar manière de raillerie que je constate ce fait, mais\npour faire voir combien est navrante, dans notre beau\npays de France, la situation de nos musiciens, et com-\nbien il serait bon que l'État, qui se fait leur protec-\nteur en subventionnant grassement, à leur intention, un certain nombre\nde scènes lyriques, voulût bien prendre leurs intérêts plus directement\nà cœur, et peser, de tout le poids de son autorité, sur des administra-\ntions qui relèvent de lui et qui lui doivent la plus grande partie de leur\nprospérité.\nCette histoire de Y Esclave est toute une odyssée. L ouvrage était\nd'abord une tragédie, dont l'action se passait dans la Rome antique, et\nque le comité de la Comédie-Française, avait reçue à coirections. Les\ndeux auteurs, MM» Got et Edouard Foussier, corrigèrent en effet leur\nœuvre, et la corrigèrent si bien qu'ils la transformèrent en poème d o-\npéra ; ils confièrent ce poème à M. Membrée, un musicien qui a\\ait fait\nde bonnes études et qui s'était fait connaître du public par plusieurs mé-\nlodies et scènes dramatiques assez réussies, dont une suitout, Page,\nécuyer, capitaine, avait obtenu une certaine popularité.\nCeci se passait en 18 si.Le 2 décembre de cette année, la date au\nmoins [est à noter, M. Membrée se mettait au travail, et, dans le\nours de 18 52, il avait terminé sa partition. Roqueplan,le «spirituel »"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "134", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.47", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2850, "texte": "Roqueplan, qui fut toujours un si pitoyable directeur de théâtre, qu'il\ns'agît des Nouveautés, des Variétés , de l'Opéra ou de 1 Opéra-Comique,\nétait alors à la tête de l'Opéra. M. Membrée lui parla de Y Esclave, et\nRoqueplan, après avoir d'abord accepté la pièce sans la musique, voulut\nensuite accepter la musique sans la pièce, et désira voir refaire celle-ci\npar Scribe. Sur ces entrefaites, Crosnier ayant remplacé Roqueplan,\nF Esclave fut écarté; comme fiche de consolation, on offrit à M. Membrée\nde lui jouer un acte , et il fit François Villon, qui fut-en effet repré-\nsenté. Le successeur de Crosnier, M. Royer, ne fut pas plus favorable à\nY Esclave ; mais, lorsque vint M. Perrin, il promit de jouer l'ouvrage.\nMais on sait ce que sont promesses de directeurs. Après s'être bien\nfait tirer l'oreille pour tenir la sienne, M. Perrin finit par dire que\nl'ouvrage était trop long, et qu'il désirerait le voir réduire en trois actes.\nLes auteurs se prêtèrent volontiers à cette modification ; mais, une fois\nle raccourcissement opéré, M. Perrin s'avisa de trouver que l'ouvrage\nétait devenu trop court, et demanda qu'il fût remis en cinq actes. Il fut\nfait de nouveau selon sa volonté ; mais sa volonté surtout était, paraît-\nil, de ne point jouer l'Esclave, et, en effet, celui-ci dut céder la place à\nRoland de Roncevaux, de M. Mermet.\nSurvinrent les événements de 1870-71. M. Perrin abandonna l'Opéra,\net Y Esclave tomba de ses mains dans celles de M. Martinet, qui était\ndevenu directeur du Théâtre-Lyrique, et qui semblait très disposé à\nle présenter au public. Mais le Théâtre-Lyrique ne renaissait point de\nses cendres, et M. Martinet, qui avait conservé l'Athénée , se voyait\nbientôt obligé d'abandonner l'un et l'autre. Enfin, c'est à un événement\ndésastreux que M. Membrée doit d'avoir vu son ouvrage aborder la\nrampe. La salle de l'Opéra ayant été détruite par le feu au moment\noù la Jeanne Darc de M. Mermet allait y être représentée, et notre\npremière scène lyrique ayant été forcée de s'installer provisoirement àla\nsalle Ventadour, l'État, en retour des sacrifices qu'il s'imposait à ce su-\njet, exigea de M. Halanzier la représentation d'une œuvre nouvelle d'un\ncompositeur français. Le déploiement de mise en scène nécessaire à\nJeanne Darc la rendait impossible sur la scène des Italiens. On songea\nalors à Y Esclave, et la représentation en fut décidée. Mais l'infortuné\nn'était pas au bout de ses peines. Voici qu'au dernier moment, l'ambas-\nsade russe s'émut en songeant qu'un acte de l'ouvrage, le quatrième, se\npassait dans l'intérieur d'une église russe, et que la scène représentait la\ncélébration d'un office. Il y avait là, paraît-il, un danger public, le\ngerme de graves difficultés diplomatiques, la possibilité d'un grand\ntrouble politique européen, et l'ambassade ayant réclamé, la suppres-"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "135", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.48", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2815, "texte": "sion de ce malencontreux quatrième acte fut chose décidée. Cette sup-\npression n'eut pas lieu, on le comprend, sans un profond remaniement.\nCe fut M. Jules Barbier qui, cette fois, se chargea de la besogne, et enfin,\naprès vingt-trois ans d'attente, après tant de transformations, le titre de\nY Esclave put, en toute liberté, s'étaler sur les affiches de l'Opéra, le mer-\ncredi 15 juillet 1874.\nOn conçoit qu'un ouvrage produit dans de telles conditions, refait,\nrepris, revu, remanié, retouché à tant de reprises, 11e peut avoir les qua-\nlités d'unité, de cohésion, nécessaires à toute grande œuvre d'art. D'au-\ntre part, la forme musicale s'est modifiée depuis un quart de siècle,\nl'esprit du public a marché en avant, et le premier jet d'une œuvre créée\nalors ne se trouve plus toujours d'accord avec lui. Il résulte de tout cela\nqu'il est matériellement impossible, et qu'il serait manifestement injuste\nde juger, d'apprécier la partition de M. Membrée d'une façon absolue,\nde vouloir en tirer une idée nette, précise, rigoureuse, de la valeur et du\ntalent de l'auteur. Le public, qui ne connaît pas le dessous des cartes,\npeut user parfois de sévérité en semblable occurrence ; mais c'est le devoir\nde la critique de remettre toutes choses en leur place, et d'apprécier sans\npassion une œuvre à coup sûr méritante, dont le plus grand tort est\nd'avoir été dédaignée pendant si longtemps et d'avoir attendu son tour\nbeaucoup plus qu'il n'eût fallu. On doit même être indulgent pour les\nauteurs du poème de 1 Esclave, qui, nous l'avons vu, ont été mis eux-\nmêmes à une rude épreuve.\nEn peu de mots, voici le sujet de leur drame : Un jeune prince\ncircassien, nommé Kaledji, vaincu dans un combat par un boyard russe,\nle comte Wassili, est devenu l'esclave de celui-ci, qui est un misérable de\nla pire espèce. Kaledji, ayant tenté de s'échapper, est poursuivi, et le\ncomte vient le chercher jusque chez le pope Paulus, dans la maison du-\nquel il a trouvé un refuge. Là, Wassili admire la fille du pope, la belle\nPaula, que plus tard il fait enlever. Mais Paula et Kaledji sont épris l'un\nde l'autre, et quand le pope va réclamer sa fille à Wassili, que celui-ci,\npour le tromper, la lui demande en mariage, Paula répond par un refus,\nen déclarant qu'elle aime Kaledji. Cet amour pour un esclave la rend\nelle-même, selon les lois du pays, esclave du comte. Pour échapper a la\nsituation qui pèse sur lui et sur sa maîtresse, Kaledji provoque alors\nun soulèvement parmi les serfs, se fait tuer à leur tête, et Paula se tue\nson tour en découvrant son corps sur le champ de bataille.\nQuoique un peu enchevêtré, un peu embrouillé, un peu singulier\nparfois, ce livret ne manque,\" à tout prendre, ni d'une certaine grandeur,\nni de situations vraiment dramatiques. Tel qu'il est, il a suffi pour"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "136", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.49", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2671, "texte": "inspirer M. Membrée et pour lui permettre d'écrire une partition dont\nje n'ai pas besoin de faire ressortir les inégalités on les comprend de\nreste, après ce que j'ai dit plus haut mais qui reste une œuvre hono-\nrable, sincère, et parfois vraiment inspirée.\nC'est peut-être la largeur du plan, la grandeur de conception qui font\ndéfaut à l'œuvre nouvelle. Les lignes magistrales, les tableaux gran-\ndioses auxquels de grands maîtres nous ont accoutumés ne s'y trouvent\npas sans doute autant qu'on le désirerait. Mais elle contient des qualités\nque je me plairai volontiers à faire ressortir, et il en est une surtout qui\nme touche en un point particulier, parce qu'elle est singulièrement rare\net que nombre de compositeurs semblent en faire fi. Je veux parler de\nl'excellente disposition des voix, de leur échafaudage harmonieux, et du\nsoin que l'auteur prend de les faire toujours chanter sans les faire sortir de\nleur diapason naturel. Cela indique un artiste de race, nourri de bonnes\nétudes et élevé à bonne école. M. Membrée a obtenu,sous ce rapport, des\neffets remarquables, et l'on peut dire que ses chœurs et ses morceaux\nd'ensemble sont écrits de main d'ouvrier. Je citerai entre autres, dans\ncet ordre d'idées, la belle prière du premier acte, d'abord très bien\nétablie par la voix de basse, sans accompagnement, puis prise en\nensemble de la façon la plus heureuse; ensuite, le finale de ce même\nacte, écrit un peu à l'italienne, et dont l'effet de sonorité [est excellent;\nenfin, quelques passages de la grande scène de l'orgie, et le chœur d:>\nserfs, au quatrième acte, qui surtout sur ces mots : Dieu tout puissant!\ncontient un élan vraiment remarquable.\npart, et à un autre point de vue, je constaterai que les\npassages de grâce, de demi-teinte, sont peut-être les mieux réussis de la\npartition. Je n'en veux pour preuve que la jolie romance de Paula au\npremier acte (en la majeur), celle du comte, qui vient bientôt après ;\nl'adorable cantilène dite par celui-ci au troisième acte : Pleure aujour-\nd'hui, demain tu souriras ; enfin le joli duo de femmes du quatrième\nacte, et qui est si bien établi par la jolie phrase de Prascovia : O mon\nenfant, 6 ma fille adorée, dont la mélodie, uniquement accompagnée\nparla clarinette basse, est d'un effet touchant et profondément mélan-\ncolique.\nCe qui manque, je l'ai dit, c'est la note vigoureuse, ce sont les\ntableaux hardis, c'est la puissance pathétique; encore peut-on dire que\nl'auteur a su trouver parfois l'accent vraiment dramatique, comme dans\nla phrase que chante Kaledji en venant défendre Paula contre les\nardeurs de Wassili, phrase noble, pleine d'ampleur et d'un grand carac-"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "137", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.50", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 1016, "texte": "tère, reprise ensuite par le chœur, puis ramenée avec beaucoup de\nbonheur à la seule voix de ténor.\nEn résumé, la partition de VEsclave est une œuvre incomplète sans\ndoute, inégale, mais fort honorable et décelant un tempérament\nd artiste. Si l Esclave avait été joué il y a vingt ans, il se serait trouvé\nbien plus dans le courant musical, et depuis lors M. Membrée, dont\n1 esprit a marché avec le temps et qui n'est pas resté en arrière des idées\nnouvelles, aurait pu donner sa mesure dans un ouvrage écrit en de\nmeilleures conditions. L'interprétation est satisfaisante de la part de\nM. Sylva (Kaledji) et de mademoiselle Mauduit (Paula), excellente de la\npart de M. Gailhard (Paulus) et de M. Lassalle (Wassili). Le côté\nfaible est le ballet; il faut avouer qu'il n'est réussi ni comme musique, ni\ncomme danse. Encore doit-on des éloges à mademoiselle Beaugrand, qui\ns est montrée, comme toujours, danseuse de premier ordre, une véritable\nballerina di rango francese.\n\nARTHUR POUGIN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-08-01-01-c031", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-08-01_01#c031", "volume": "bmtnabc_1874-08-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "138", "page_fin": "138", "image_debut": 51, "image_fin": 51, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.2.12", "titre_corps": "CHRONOLOGIE DE L'ANNÉE 1874", "titre_sommaire": "CHRONOLOGIE DE L'ANNÉE 1874", "signature_source": "A. P", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 51, "page_imprimee": "138", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.51", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1985, "texte": "CHRONOLOGIE DE L'ANNÉE 1874\nA. P.\njuive\n28 Juin. ROME (Politeama). Première représentation de Cola di\ndrame lyrique en cinq actes, paroles de M. Pietro Cossa, musique de\nM. Venceslas Persichini (1).\n29 Juin, lERIER et 3 Juillet. LONDRES (Cristal-Palace). Septième Haendcl-\nFcstival. Le premier jour, on exécute tlie Mcssials ; la seconde journée est\nconsacrée à une « sélection » de morceaux tirés d£ diverses œuvres du maître ;\n/\net le troisième jour on exécute Israël in Egypt.\nJUILLET\n4 Juillet. INSTITUT DE FRANCE. Exécution, devant les membres de l'Aca-\ndémie des Beaux-Arts, des cantates des élèves admis au concours du grand\nprix de Rome, et jugement de ce concours. (Voir, pour les résultats de ce\nconcours, la Chronique musicale du i 5 juillet.)\n15. OPÉRA. Première représentation de l'Esclave, opéra en cinq actes,\n/\nparoles de MM. Got et Edouard Foussier(et Jules Barbier), musique de\nM. Edmond Membrée.\n16, VERSAILLES (chapelle du château). Première exécution, au profit de\n/\nl'Œuvre du Refuge, d'une messe solennelle en musique de M. Emile\nBourgeois.\n18. —AVIGNON (Hôtel de ville). Exécution, à l'occasion des fêtes célébrées\nen cette ville pour le cinquième anniversaire séculaire de la mort de Pé-\ntrarque, d'une cantate de circonstance écrite en langue provençale, canta-\ndisso a Petrarco, poésie de M. Théodore Aubanel, musique de M. G.-F.\nImbert. (Voir la Chronique musicale du i 5 juillet, qui contient la musique\nde cette cantate.)\n25, 26 et 27. HALLE. Assemblée annuelle de l'Association universelle (?)\ndes artistes musiciens allemands. A cette occasion ont lieu de grandes fêtes\nmusicales, auxquelles prennent part la célèbre société musicale de Leipzig le\nGewandhaus, et plusieurs artistes renommés. Sur le programme ligure, entre\nautres œuvres importantes, le Requiem d'Hector Berlioz.\n(1) Le 24 juin, on avait donne au théâtre Mercadante. de Naples, la première re-\nprésentation de Romilda de 'Bardy, opéra sérieux, paroles de M , musique de\nM. Dell' Orefice."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-08-01-01-c033", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-08-01_01#c033", "volume": "bmtnabc_1874-08-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "139", "page_fin": "144", "image_debut": 52, "image_fin": 57, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.2.13", "titre_corps": "VARIA", "titre_sommaire": "VARIA", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 52, "page_imprimee": "139", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.52", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1784, "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nCORRESPONDANCE\n\nC\n18, 19 et 20 juillet 1874\nES fêtes avignonaises, en souvenir de Pétrarque , sont\nterminées depuis hier soir, 20 juillet, et elles se seraient\nprolongées encore bien- avant dans la nuit, si la pluie\nd'orage qui a éclaté vers les dix et onze heures, n'était\nvenue interrompre les plaisirs du bal.\nJe puis donc aujourd'hui vous en faire mon rapport, si-\nnon oculaire, du moins auriculaire ; et, comme je m'y\nsuis engagé, d'ailleurs, en envoyant àla Chronique un résumé de ces trois\nbelles journées des 18, 19 et 20, j'en extrais tout ce qu'elles ont eu de musi-\ncal pour vous en former une sorte de peu digne de celles de Pé-\ntrarque à la vérité, mais que je ne vous expédie pas moins de Vaucluse, à\nson intention.\nJe commencerai par vous parler du bruit des clairons, des trompettes et des\nophicléides qui n'a cessé de m'assourdir et de me tympaniser depuis le samedi\n18 au matin, jusqu'au lundi 20 au soir, y compris le feu d'artifice qui a sa\nmusique aussi.\n« Troumpeto de la renoumado,\nSounas ! pople picas di xnan, etc. »\nAinsi débute la Cantadisso provençale, gravée et imprimée à Paris sous le\nnom de M. Aubanel, imprimeur d'Avignon, musique de G.-F. Imbert, qui\ncrie au peuple d'applaudir, en couronnant de lauriers le buste de Pétrarque,\nmais subsidiairement de poser sur la jolie tête de madame llose-Anaïs Rou-\nmanille, la nouvelle Laure avignonaise, une couronne d'olivier en argent,\nofferte par la Société archéologique de Béziers. lnutile de dire que cette\ngcnte dame est la femme légitime du libraire de ce nom»\n« Troumpeto de la renoumado,\nSounas ! »\nLa musique de cette pièce, genre cantate, avec chœur d'ensemble et chœur\nfinal, n'est pas sans mérite. Nous en tolérons de plus insign liantes à Paris"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "140", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.53", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3270, "texte": "même ; et si le maestro avignonais, simple professeur de musique dans son\npays natal, avait pu transporter son luth à la capitale de France, il aurait\ncertes bien pu y trouver son piédestal comme tout autre.\nNos abonnés auront, du reste, pu apprécier cette pièce remarquable dans\nnotre précédent numéro, où elle a figuré avec un beau frontispice, représen-\ntant la première rencontre de Pétrarque et de la belle Laure, le lundi 6 avril,\nSemaine Sainte de l'année 1327, dans l'église de Sainte-Claire d'Avignon.\nLe dimanche 19, dès huit heures, grand duo de beffroi entre les deux\ncélèbres bourdons de Notre-Dame-des-Dons et de l'hôtel de ville.\nUne grande tente, élégamment décorée, avait été dressée sur la place du\nPalais des Papes. C'est là qu'une grande messe en musique va être célébrée\nsous l'officiat de Mgr l'archevêque. Les meilleurs morceaux de nos plus\ngrands maîtres de la musique religieuse y sont exécutés avec pompe par les\nsolos et les chœurs du Petit Séminaire.\nM. le préfet, M. le maire, M. le chevalier Nigra, M. Minich de Padoue,\ndéputé du Parlement italien, M. Vallon, de l'lnstitut, M. Mézières, de l'Aca-\ndémie française, et toutes les autorités civiles et militaires, tous les délégués,\ntous les lauréats, la Société des félibres, à la tête desquels on remarque\nM. Mistral, M. Conti, membre de l'Académie de la Crusca de Florence,\nM. de Quintana, député de Catalogne aux Cortès espagnoles, et M. Bona-\nfoux, doyen de la-faculté des lettres d'Aix, etc. Tout le personnel de la fête\nétait là.\nLe soir de la même journée, une représentation, dite de gala, devait avoir\nlieu au théâtre, où l'on s'était proposé de monter Pétrarque, de M. Duprat,\ngrâce à la troupe, aux costumes et aux décors de cette pièce qui est actuelle-\nment en représentation à Marseille et à Toulon. Mais les exigences du direc-\nteur de Marseille, qui demandait 10,000 francs pour cet office de bonne\nfraternité, n'a pas permis ce complément de joie artistique ; et le gala\nmusical s'est borné à une représentation de la troupe du théâtre des Variétés\nde Paris.\nMaintenant, il faudrait bien vous parler aussi de la grande cavalcade,\ncomposée d'une douzaine de chars, dont je me dispense de vous faire la\ndescription, quoique presque chacun d'eux eût sa musique, car son principal\nbut était la Marche triomphale du couronnement de Pétrarque au Capitole.\nLa fraîcheur des costumes historiques était sans reproche et la musique des\nPontonniers s'y est fait remarquer par son ensemble parfait.\nA propos de musiques civiles et militaires, il faudrait bien vous parler un\npeu des concours qui ont eu lieu le lundi, 20 juillet, troisième et dernier\njour de la fête ; mais vous n'allez pas exiger que je passe ici en revue les\ninnombrables cuivres qui sont venus miroiter au soleil du Palais des Papes.\nDès huit heures du matin, sous la même tente où la messe en musique\navait été célébrée la veille, il est venu se réunir un assez bon nombre de\nmusiques dont voici la liste : Les Enfants de risle (Vaucluse) ; le Cercle\nphilharmonique, de Tarascon; la Fanfare de l'Avenir, de Carpentras; la\nmusique de Sorgues ; la Société philharmonique, du Barrous; VAvenir de\nSaint-Didier (Vaucluse); la musique de Saint-Just (Bouches-du-Rhône), et la\nmusique de^Barbentanes."}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "141", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.54", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2931, "texte": "Le prix d'Excellence a été décerné à la musique des Enfants de Vlsle-sur-\nSorgues.\nLa première division : premier prix, médaille d'or, décerné à la Société\nharmonique, de Sorgues. Deuxième prix, médaille d'argent, à la Fanfare\nde Carpentras.\nIl y a eu aussi concours de fifres et de tambourins, mais ces menus détails\nseraient trop longs pour la Chronique musicale. Bornons-nous donc là\n\nCharles Soullier.\n\nFAITS DIVERS\nLa Société des compositeurs de musique a adressé, à l'Assemblée natio-\nnale, un Mémoire éloquent sur l'état actuel de l'art musical en France, et sur\nles mesures à prendre administrativement pour remédier à sa décadence\nimminente, si l'on continue dans la voie suivie.\nL'importance de ce document nous en interdit la publication in extenso.\nLes extraits suivants donneront à nos lecteurs une idée de l'esprit qui a pré-\nsidé à cette revendication imposante, par le fond, la forme et le nom des\nsignataires parmi lesquels figurent en tête MM. A.-E. Vaucorbeil et Ambroise\nThomas, Henri Reber, Félicien David, Victor Massé, membres de l'lnstitut.\nLa partie de ce Mémoire, visant plus particulièrement l'Opéra et l'Opéra-\nComique, théâtres subventionnés, est ainsi conçue :\n« Il est un autre sujet, dont l'importance ne saurait être méconnue, et qui\ns'impose à l'attention de tous ceux qu'intéresse l'avenir de nos scènes ly-\nriques; nous voulons parler de la composition et du renouvellement des ré-\npertoires. Ici deux questions sont à considérer, l'une se rapportant à la con-\nservation des ouvrages des grands maîtres, qu'il est indispensable de ne pas\nlaisser oublier, et qui sont le patrimoine de la France musicale ; l'autre, se\nrattachant à la représentation d'ouvrages nouveaux, héritage que nous espé-\nrons laisser, à notre tour, à la génération qui doit nous suivre.\n« En ce qui concerne le répertoire consacré de l'Opéra et de l'Opéra-Co-\nmique, ce répertoire est à la fois, selon nous, beaucoup trop stationnaire et\nbeaucoup trop restreint. Dans le genre du grand Opéra, nous regrettons\nd'être obligés de constater la disparition complète de toutes les œuvres dont\nle succès, jadis universel, avait été consacré par le temps. Les classiques de\nla musique dramatique ne sont plus aujourd'hui qu'un souvenir, et jamais\nl'occasion ne nous est offerte de les entendre. Tandis que Corneille et Mo-\nlière, Racine et Regnard sont restés la gloire et l'honneur de la scène litté-\nraire, où ils sont toujours représentés, les grands compositeurs d'autrefois\nsont bannis de la scène musicale. Le répertoire de l'Opéra est cependant\nriche en chefs-d'œuvre, et il ne faudrait pas chercher beaucoup pour y trou-\nver des ouvrages dont quelques-uns exciteraient les applaudissements, on\npeut même dire l'admiration du public. Il est vraiment triste que la généra-\ntion présente soit condamnée à ne pas connaître un seul des ouvrages de\nLully, de Campra, de Rameau, de Destouches, ces pères de la scène lyrique"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "142", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.55", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3238, "texte": "française, ni même une seule des merveilles enfantées par le génie des Gluck,\ndes Piccini, des Salieri, des Sacchini, des Gossec, des Lesueur, des Méhul,\ndes Cherubini, des Spontini, etc., etc.\n« Il en est de même pour notre vieil Opéra-Comique. On peut se demander\naussi ce qu'est devenue cette longue suite de chefs-d'œuvre, qu'on a vus se\nsuccéder depuis plus d'un siècle sur cette scène si nationale et qui étaient\ndus à ces grands artistes appelés Monsigny, Philidor, Grétry, Délia Maria,\nDevienne, Dalayrac, Berton, Nicolo, etc.\n« En les laissant dans l'oubli, on perd la tradition, et il devient fort difficile\nde les représenter convenablement. Nous demandons ce qui serait arrivé si\nla Comédie-Française eût agi à l'égard de nos poètes comme nos scènes ly-\nriques ont fait pour les grands musiciens? Il nous semble, qu'en présence\ndes sacrifices que s'impose si généreusement l'État, personne n'a le droit de\nréduire un répertoire à sept ou huit ouvrages, et, si cela peut se dire, de\nl'immobiliser comme on le fait depuis si longtemps. »\nLa Chronique musicale a toujours soutenu, dans la limite du possible, la\ncause qui va enfin être soumise au Corps législatif; et elle applaudit des deux\nmains aux termes de cette pétition qui se termine par les conclusions\nsuivantes :\n« En résumé, et ce qu'il est indispensable d'exiger des directeurs, c'est,\nd'une part, un répertoire roulant sur un nombre beaucoup plus considérable\nd'ouvrages connus, et renouvelés d'année en année, de façon que le public\nsoit mis à même de connaître et d'apprécier successivement les œuvres con-\nsacrées ; d'autre part, c'est une activité beaucoup plus grande en ce qui tou-\nche la représentation d'ouvrages nouveaux, de telle sorte que chacun ait sa\npart et puisse être joué, nos maîtres anciens comme ceux qui sont appelés à\nleur succéder. C'est à ces conditions que nos théâtres se relèveront, qu'ils\nreprendront en Europe le rang qu'ils ont malheureusement cessé d'y tenir au\ngrand détriment de notre pays, et que l'art musical français montrera qu'en\ndépit de nos malheurs, l'esprit national est demeuré chez nous plein de sève\net de vigueur. »\nLe Conseil municipal de Paris a adopté, dans sa séance de jeudi der-\nnier, le rapport présenté, à la demande de M. le préfet de la Seine, par\nM. Emile Perrin, sur la mise en adjudication de l'exploitation du Théâtre-\nLyrique. L'adjudicataire sera titulaire du bail pour douze ans. Il sera libre\nd'exploiter tous les genres ; il aura la jouissance des décors et partitions de\nl'ancien théâtre, dont la valeur s'élève à 40 ou 50,000 francs, et bénéficiera\npour les frais d'éclairage, qui seront à sa charge, des avantages stipulés au\nprofit de la Ville pour l'éclairage des édifices municipaux. La Ville de Paris,\npour se payer des loyers qui lui seront dus, aura le droit d'effectuer chaque\njour un prélèvement de 15 p. 100 sur la recette brute, sauf, si le prélèvement\nétait insuffisant, à réclamer de l'adjudicataire le complément de ces loyers à\nl'expiration de chaque trimestre. La mise à prix est de 70,000 francs. Pareille\nsomme devra rester en dépôt, comme cautionnement, pendant toute la durée\ndu bail. La date de la mise en adjudication n'est pas encore fixée; elle ne le"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "143", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.56", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2190, "texte": "sera définitivement que le jour où l'architecte chargé de la reconstruction\naura dit formellement à quelle date il pourra livrer le théâtre. Il peut être\nprêt à la fin de septembre. Le dernier crédit de i 50,000 francs accordé par le\nConseil municipal suffira amplement pour terminer les travaux.\nNous lisons dans la Galette musicale :\n« M. Edmond Neukomm a publié, dans le dernier numéro de 1 a Chro-\nnique musicale, un amusant article sur la fameuse enseigne du Postillon de\nLonjumcau, dont les Bavarois s'étaient emparés pendant l'occupation de ce\n\\illage et qu ils avaient triomphalement emportée à Munich.\n« Actuellement, elle figure avec honneur dans le magasin des accessoires\ndu Théâtre Royal de cette résidence, dit en terminant M. Neukomm, ou,\npour être plus exact, le caporal bavarois Ferdinand Rittinger, dont M. Neu-\nkomm se dit le simple et fidèle traducteur. Nous pouvons ajouter, comme\népilogue à cette petite narration, qu'aujourd'hui l'enseigne du Postillon de\nLonjumcau est revenue prendre la place qu'elle n'aurait pas dû quitter. Elle\na été restituée a 1 aubergiste il y a quelques mois, et, détail qui va paraître\nbien invraisemblable, cet envoi était accompagné d'un billet de cen\nfrancs, offert à titre de dommages et intérêts. »\n\nNOUVELLES\n\nARIS. Opéra. M. Félicien David travaille, en ce moment, à un\ngrand opéra en trois actes intitulé : Vlndieiet qui serait destiné au\ngrand Opéra.\nM. Menu remplace M. Gailhard dans le rôle du pope Paulus, de V Es-\nave, de M. Membrée.\nMalgré le talent qu'y déploie M. Gailhard, la voix de basse grave, parfai-\nement caractérisée de M. Menu, nous semble plus propre à lui rendre le\naractère sacerdotal que lui a imprimé l'auteur.\nOpéra-Comique. Les études du Pardon de Ploermel continuent. On sait\nque cet opéra servira de rentrée à mademoiselle Dalti. Les décors et\ncostumes seront neufs.\nCJidtelet (Opéra populaire). La direction vient d'engager, pour remplir\nle principal rôle du Paria de M. Membrée, le ténor Prunet, qui débuta assez\nmalheureusement à l'Opéra, il y a deux ans, dans le rôle de Faust.\nMademoiselle Lhéritier, ancienne pensionnaire de TOpéra-Comique, vient\naussi d'être engagée comme première chanteuse,"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "144", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.57", "debut_caractere": 102, "fin_caractere_exclue": 752, "texte": "Renaissance. Voici la distribution exacte des principaux rôles de Girojlé-\nGirofla :\nLe marquis Boléro dy Alcaraza , MM. Pradeau\nMarasquin Puget\nMursouck Vauthier\nGiroflé-Girotia JVlmes Granier\nLa marquise Alphonsine\nChat eau-d'Eau. Le Treizième coup de minuit, légende lyrique en dix\ntableaux, rouvrira, le ler septembre prochain, les portes du théâtre. Il sera\njoué par :\nRapoil MM. Cabel\nBaudibreda Dailly\nArpad Gobin\nBatrosky Leriche\nCorin Pescheux\nChef du sabbat Pauly\nMathunezzi M.ontval\nBethléem Linguet\nGabori Febvre\nWaic Anatole\nLéonore Mmes Bressolles\nSarolta Suzanne Thaï\n\nPour l'article Varia:\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. 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Aubanel, imprimeur d'Avignon, musique de G.-F. Imbert, qui\ncrie au peuple d'applaudir, en couronnant de lauriers le buste de Pétrarque,\nmais subsidiairement de poser sur la jolie tête de madame llose-Anaïs Rou-\nmanille, la nouvelle Laure avignonaise, une couronne d'olivier en argent,\nofferte par la Société archéologique de Béziers. lnutile de dire que cette\ngcnte dame est la femme légitime du libraire de ce nom»\n« Troumpeto de la renoumado,\nSounas ! »\nLa musique de cette pièce, genre cantate, avec chœur d'ensemble et chœur\nfinal, n'est pas sans mérite. Nous en tolérons de plus insign liantes à Paris"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "140", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.53", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3270, "texte": "même ; et si le maestro avignonais, simple professeur de musique dans son\npays natal, avait pu transporter son luth à la capitale de France, il aurait\ncertes bien pu y trouver son piédestal comme tout autre.\nNos abonnés auront, du reste, pu apprécier cette pièce remarquable dans\nnotre précédent numéro, où elle a figuré avec un beau frontispice, représen-\ntant la première rencontre de Pétrarque et de la belle Laure, le lundi 6 avril,\nSemaine Sainte de l'année 1327, dans l'église de Sainte-Claire d'Avignon.\nLe dimanche 19, dès huit heures, grand duo de beffroi entre les deux\ncélèbres bourdons de Notre-Dame-des-Dons et de l'hôtel de ville.\nUne grande tente, élégamment décorée, avait été dressée sur la place du\nPalais des Papes. C'est là qu'une grande messe en musique va être célébrée\nsous l'officiat de Mgr l'archevêque. Les meilleurs morceaux de nos plus\ngrands maîtres de la musique religieuse y sont exécutés avec pompe par les\nsolos et les chœurs du Petit Séminaire.\nM. le préfet, M. le maire, M. le chevalier Nigra, M. Minich de Padoue,\ndéputé du Parlement italien, M. Vallon, de l'lnstitut, M. Mézières, de l'Aca-\ndémie française, et toutes les autorités civiles et militaires, tous les délégués,\ntous les lauréats, la Société des félibres, à la tête desquels on remarque\nM. Mistral, M. Conti, membre de l'Académie de la Crusca de Florence,\nM. de Quintana, député de Catalogne aux Cortès espagnoles, et M. Bona-\nfoux, doyen de la-faculté des lettres d'Aix, etc. Tout le personnel de la fête\nétait là.\nLe soir de la même journée, une représentation, dite de gala, devait avoir\nlieu au théâtre, où l'on s'était proposé de monter Pétrarque, de M. Duprat,\ngrâce à la troupe, aux costumes et aux décors de cette pièce qui est actuelle-\nment en représentation à Marseille et à Toulon. Mais les exigences du direc-\nteur de Marseille, qui demandait 10,000 francs pour cet office de bonne\nfraternité, n'a pas permis ce complément de joie artistique ; et le gala\nmusical s'est borné à une représentation de la troupe du théâtre des Variétés\nde Paris.\nMaintenant, il faudrait bien vous parler aussi de la grande cavalcade,\ncomposée d'une douzaine de chars, dont je me dispense de vous faire la\ndescription, quoique presque chacun d'eux eût sa musique, car son principal\nbut était la Marche triomphale du couronnement de Pétrarque au Capitole.\nLa fraîcheur des costumes historiques était sans reproche et la musique des\nPontonniers s'y est fait remarquer par son ensemble parfait.\nA propos de musiques civiles et militaires, il faudrait bien vous parler un\npeu des concours qui ont eu lieu le lundi, 20 juillet, troisième et dernier\njour de la fête ; mais vous n'allez pas exiger que je passe ici en revue les\ninnombrables cuivres qui sont venus miroiter au soleil du Palais des Papes.\nDès huit heures du matin, sous la même tente où la messe en musique\navait été célébrée la veille, il est venu se réunir un assez bon nombre de\nmusiques dont voici la liste : Les Enfants de risle (Vaucluse) ; le Cercle\nphilharmonique, de Tarascon; la Fanfare de l'Avenir, de Carpentras; la\nmusique de Sorgues ; la Société philharmonique, du Barrous; VAvenir de\nSaint-Didier (Vaucluse); la musique de Saint-Just (Bouches-du-Rhône), et la\nmusique de^Barbentanes."}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "141", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.54", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 412, "texte": "Le prix d'Excellence a été décerné à la musique des Enfants de Vlsle-sur-\nSorgues.\nLa première division : premier prix, médaille d'or, décerné à la Société\nharmonique, de Sorgues. Deuxième prix, médaille d'argent, à la Fanfare\nde Carpentras.\nIl y a eu aussi concours de fifres et de tambourins, mais ces menus détails\nseraient trop longs pour la Chronique musicale. Bornons-nous donc là\n\nCharles Soullier."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-08-01-01-c037", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-08-01_01#c037", "volume": "bmtnabc_1874-08-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "141", "page_fin": "143", "image_debut": 54, "image_fin": 56, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.2.13.3", "titre_corps": "FAITS DIVERS", "titre_sommaire": "FAITS DIVERS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 54, "page_imprimee": "141", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.54", "debut_caractere": 414, "fin_caractere_exclue": 2931, "texte": "FAITS DIVERS\nLa Société des compositeurs de musique a adressé, à l'Assemblée natio-\nnale, un Mémoire éloquent sur l'état actuel de l'art musical en France, et sur\nles mesures à prendre administrativement pour remédier à sa décadence\nimminente, si l'on continue dans la voie suivie.\nL'importance de ce document nous en interdit la publication in extenso.\nLes extraits suivants donneront à nos lecteurs une idée de l'esprit qui a pré-\nsidé à cette revendication imposante, par le fond, la forme et le nom des\nsignataires parmi lesquels figurent en tête MM. A.-E. Vaucorbeil et Ambroise\nThomas, Henri Reber, Félicien David, Victor Massé, membres de l'lnstitut.\nLa partie de ce Mémoire, visant plus particulièrement l'Opéra et l'Opéra-\nComique, théâtres subventionnés, est ainsi conçue :\n« Il est un autre sujet, dont l'importance ne saurait être méconnue, et qui\ns'impose à l'attention de tous ceux qu'intéresse l'avenir de nos scènes ly-\nriques; nous voulons parler de la composition et du renouvellement des ré-\npertoires. Ici deux questions sont à considérer, l'une se rapportant à la con-\nservation des ouvrages des grands maîtres, qu'il est indispensable de ne pas\nlaisser oublier, et qui sont le patrimoine de la France musicale ; l'autre, se\nrattachant à la représentation d'ouvrages nouveaux, héritage que nous espé-\nrons laisser, à notre tour, à la génération qui doit nous suivre.\n« En ce qui concerne le répertoire consacré de l'Opéra et de l'Opéra-Co-\nmique, ce répertoire est à la fois, selon nous, beaucoup trop stationnaire et\nbeaucoup trop restreint. Dans le genre du grand Opéra, nous regrettons\nd'être obligés de constater la disparition complète de toutes les œuvres dont\nle succès, jadis universel, avait été consacré par le temps. Les classiques de\nla musique dramatique ne sont plus aujourd'hui qu'un souvenir, et jamais\nl'occasion ne nous est offerte de les entendre. Tandis que Corneille et Mo-\nlière, Racine et Regnard sont restés la gloire et l'honneur de la scène litté-\nraire, où ils sont toujours représentés, les grands compositeurs d'autrefois\nsont bannis de la scène musicale. Le répertoire de l'Opéra est cependant\nriche en chefs-d'œuvre, et il ne faudrait pas chercher beaucoup pour y trou-\nver des ouvrages dont quelques-uns exciteraient les applaudissements, on\npeut même dire l'admiration du public. 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On peut se demander\naussi ce qu'est devenue cette longue suite de chefs-d'œuvre, qu'on a vus se\nsuccéder depuis plus d'un siècle sur cette scène si nationale et qui étaient\ndus à ces grands artistes appelés Monsigny, Philidor, Grétry, Délia Maria,\nDevienne, Dalayrac, Berton, Nicolo, etc.\n« En les laissant dans l'oubli, on perd la tradition, et il devient fort difficile\nde les représenter convenablement. Nous demandons ce qui serait arrivé si\nla Comédie-Française eût agi à l'égard de nos poètes comme nos scènes ly-\nriques ont fait pour les grands musiciens? Il nous semble, qu'en présence\ndes sacrifices que s'impose si généreusement l'État, personne n'a le droit de\nréduire un répertoire à sept ou huit ouvrages, et, si cela peut se dire, de\nl'immobiliser comme on le fait depuis si longtemps. »\nLa Chronique musicale a toujours soutenu, dans la limite du possible, la\ncause qui va enfin être soumise au Corps législatif; et elle applaudit des deux\nmains aux termes de cette pétition qui se termine par les conclusions\nsuivantes :\n« En résumé, et ce qu'il est indispensable d'exiger des directeurs, c'est,\nd'une part, un répertoire roulant sur un nombre beaucoup plus considérable\nd'ouvrages connus, et renouvelés d'année en année, de façon que le public\nsoit mis à même de connaître et d'apprécier successivement les œuvres con-\nsacrées ; d'autre part, c'est une activité beaucoup plus grande en ce qui tou-\nche la représentation d'ouvrages nouveaux, de telle sorte que chacun ait sa\npart et puisse être joué, nos maîtres anciens comme ceux qui sont appelés à\nleur succéder. C'est à ces conditions que nos théâtres se relèveront, qu'ils\nreprendront en Europe le rang qu'ils ont malheureusement cessé d'y tenir au\ngrand détriment de notre pays, et que l'art musical français montrera qu'en\ndépit de nos malheurs, l'esprit national est demeuré chez nous plein de sève\net de vigueur. »\nLe Conseil municipal de Paris a adopté, dans sa séance de jeudi der-\nnier, le rapport présenté, à la demande de M. le préfet de la Seine, par\nM. Emile Perrin, sur la mise en adjudication de l'exploitation du Théâtre-\nLyrique. L'adjudicataire sera titulaire du bail pour douze ans. Il sera libre\nd'exploiter tous les genres ; il aura la jouissance des décors et partitions de\nl'ancien théâtre, dont la valeur s'élève à 40 ou 50,000 francs, et bénéficiera\npour les frais d'éclairage, qui seront à sa charge, des avantages stipulés au\nprofit de la Ville pour l'éclairage des édifices municipaux. La Ville de Paris,\npour se payer des loyers qui lui seront dus, aura le droit d'effectuer chaque\njour un prélèvement de 15 p. 100 sur la recette brute, sauf, si le prélèvement\nétait insuffisant, à réclamer de l'adjudicataire le complément de ces loyers à\nl'expiration de chaque trimestre. La mise à prix est de 70,000 francs. Pareille\nsomme devra rester en dépôt, comme cautionnement, pendant toute la durée\ndu bail. La date de la mise en adjudication n'est pas encore fixée; elle ne le"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "143", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.56", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 1260, "texte": "sera définitivement que le jour où l'architecte chargé de la reconstruction\naura dit formellement à quelle date il pourra livrer le théâtre. Il peut être\nprêt à la fin de septembre. 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La direction vient d'engager, pour remplir\nle principal rôle du Paria de M. Membrée, le ténor Prunet, qui débuta assez\nmalheureusement à l'Opéra, il y a deux ans, dans le rôle de Faust.\nMademoiselle Lhéritier, ancienne pensionnaire de TOpéra-Comique, vient\naussi d'être engagée comme première chanteuse,"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "144", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.57", "debut_caractere": 102, "fin_caractere_exclue": 752, "texte": "Renaissance. Voici la distribution exacte des principaux rôles de Girojlé-\nGirofla :\nLe marquis Boléro dy Alcaraza , MM. Pradeau\nMarasquin Puget\nMursouck Vauthier\nGiroflé-Girotia JVlmes Granier\nLa marquise Alphonsine\nChat eau-d'Eau. Le Treizième coup de minuit, légende lyrique en dix\ntableaux, rouvrira, le ler septembre prochain, les portes du théâtre. Il sera\njoué par :\nRapoil MM. Cabel\nBaudibreda Dailly\nArpad Gobin\nBatrosky Leriche\nCorin Pescheux\nChef du sabbat Pauly\nMathunezzi M.ontval\nBethléem Linguet\nGabori Febvre\nWaic Anatole\nLéonore Mmes Bressolles\nSarolta Suzanne Thaï\n\nPour l'article Varia:\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[97]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.1", "texte": "DE LA\nGYMNASTIQUE PULMONAIRE\nCONTRE LA PHITHISIE\n\n« Tout organe qu'on exerce se fortifie, c'est\nune des lois fondamentales de l'organisme. »\n( RÉ VEILLÉ-PARISE. )\n« Le poumon se défend contre la phthisie\npar son activité propre. «\n(MARCHAL DE CALVI.)\nA déclamation, le chant, et surtout le jeu des instru-\nments à vent constituent-ils un exercice dangereux poul-\nies individus de complexion faible ou délicate, et plus ou\nmoins prédisposés, par leur naissance, aux affections\ngraves des organes respiratoires ?\nLa plupart des médecins eux-mêmes, qui sont encore aujourd'hui\n\nV.\n7"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "98", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.2", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nsous l'influence du résultat des recherches de Benoiston de Châteauneui,\nattribuent dans l'armée une mortalité double, par phthisie pulmonaire,\naux musiciens. La presque universalité des gens du monde se pronon-\ncerait vraisemblablement dans le même sens, et s'il en est quelques-uns\nqui protestent avec M. Lombard (de Genève) contre les assertions erro-\nnées de Benoiston, bien peu de praticiens, du moins en France, sem-\nblent aujourd'hui se souvenir des expériences et traitements de Ramadge,\nSteinbrenner, Carwell et autres qui, en Angleterre, soumettaient,, non\nsans succès, leurs phthisiques à une sorte de gymnastique pulmonaire\nspéciale, au moyen de la méthode de traitement dite des inhalations\nforcées.\nCONDAMNER AU REPOS DES ORGANES RESPIRATOIRES CEUX QUI SONT ME-\nNACÉS DE LOIN COMME DE PRÈS PAR LA PHTHISIE, tel est donc, en défini-\ntive, le précepte le plus général qui ressort des divers auteurs qui font\nautorité dans la matière, et tel est aussi sans doute le précepte que\nnous formulerions encore nous-même sans la circonstance que voici.\nEn Tannée i 853, nous occupant de faire nos recherches sur le cho-\nléra dans les différentes professions qui s'exercent sur les métaux, nous\nfumes naturellement amené à avoir de fréquents rapports avec les facteurs\nd'instruments de musique en cuivre. « Il y a dans notre industrie, nous\ndit un jour le célèbre facteur, M. A. Sax, un fait non moins surprenant\net tout aussi ignoré que Pimmunité cholérique, dont tous nos ouvriers\nont joui,, aussi bien en 1849 qu'en i 832 (1), c'est Y immunitéphthisique.\nJe m'explique : il est de règle de penser qu'une personne tant soit peu\n\n(i) L'importante question de la préservation cholérique de toutes les catégories\nd'individus musiciens comme simples ouvriers que leur profession expose iata-\nlement à une absorption quotidienne de poussière de cuivre, absorption fort inno-\ncente du reste, contrairement aussi au préjugé, a été déjà souvent agitée par les\njournaux et revues de toutes sortes, depuis tantôt un quart de siècle que nous lui\navons donné naissance... Les espérances que cette préservation avait fait naître ont\nété, après l'épidémie de 1865-66, complètement légitimées et mises en lumière par\nles propres recherches de l'Administration (V. le rapport de M. le docteur Vernois\nlu le g juillet 1869 au conseil d'Hygiène et de Salubrité de la Seine), et, puisque\nl'occasion nous en est offerte, il y a intérêt à citer ici, à l'adresse des intéressés, la pe-\ntite statistique suivante.\nDans les diverses épidémies de choléra qui ont régné à Paris, jusques et y compris\nl'année 1865, il est mort dans la garnison 2,861 hommes. Sur ce nombre combien\ny a-t-il de trompettes, clairons et musiciens suspects d'avoir fait échec à la préser-\nvation cuprique.'... 1 clairon, et 7 musiciens sans autre désignation!!... c'est-à-dire\nmoins d'exceptions encore que n'en comporte la préservation vaccinale. Et encore\nest-il certain que les décédés, sur lesquels nous n'avons pu obtenir de renseigne-\nments, jouassent tous des instruments en cuivre, et fussent bien en activité de ser-\nvice, c'est-à-dire en pleine absorption du préservatif?"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "99", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.3", "texte": "DE LA GYMNASTIQUE PULMONAIRE\n\ndélicate ne saurait exercer longtemps la profession de joueur d'instru-\nment à vent, sans grand péril pour sa poitrine; et combien de gens qui,\nen voyant nos jeunes soldats aux pris avec un de ces gros instruments\ndont ils n'enserrent la taille qu'à grand'peine, ne se soient senti pris\nà leur égard d'une tendre pitié, en supputant le nombre d'années que,\ndans leur pensée, les malheureux pouvaient bien avoir encore à vivre !\n« Eh bien! chose remarquable, mais, hélas! fort peu connue des phi-\nlanthropes qui s'apitoient sur le sort des joueurs de nos grands saxo-\nphones, tous les hommes qui, dans la facture, ont pour spécialité d'essayer\nles instruments, tous sans exception, suivant du moins mon expé-\nrience personnelle, jouissent, par rapport à la phthisie, d'une immunité\ncomplète. J'ai connu bon nombre d'ouvriers essayeurs qui, très délicats\nau début, avaient acquis dans ce métier, qui parfois n'oblige pas à moins\nde huit à dix heures de soufflerie par jour, une santé peu commune.\nMoi-même je dois sans doute ma robuste constitution, et l'intégrité de\nmes poumons au goût qui m a porté, étant jeune, vers les instruments à\nanche. Je suis d une famille où la phthisie paraît être la mort naturelle.\nMa mère est morte de phthisie, et de ses onze enfants , huit ont eu le\nmeme sort, et trois seulement ont survécu ! Ceux qui sont restés sur les\nruines, jouaient et jouent encore tous trois des instruments à vent, tan-\ndis que les autres jouaient pour la plupart des instruments à cordes. Il y\na, soyez-en sûr, dans les prétendus dangers que court le joueur d'instru-\nments à vent, bien plus qu'un énorme préjugé à détruire, et le jour n'est\npeut-etre pas éloigné où la science, mieux avisée, viendra au contraire\ndemander à ces instruments des ressources contre la maladie qu'on a pré-\ncisément prétendu mettre à leur compte (i). »\nCette conversation avec M. A. Sax nous frappa d'autant plus que\nnous pouvions nous-même nous inscrire en faux contre l'opinion accré-\nditée. Fils d'une mère phthisique, nous avons vu tomber un à un, sous\nle coup de la diathèse tuberculeuse, tous nos frères et sœurs, au nombre\nde cinq, sauf un, chez lequel cette diathèse s'est limitée. Seul, nous en\nsommes resté exempt, fort et vigoureux, malgré des signes extérieurs in-\ndiquant pour un œil exercé les mêmes prédispositions, et malgré, il\nparaît, une ressemblance frappante de tous points avec notre mère,\nmorte trop jeune, hélas ! pour pouvoir en parler autrement que par ouï\ndire. Ah! c'est que nous aussi, nous avions étudié de bonne heure, avec\npassion, les instruments à vent, étude qui nous avait valu Vhonneur, à\nl'âge de i 5 ans, de figurer dans la musique de notre ville natale !\n\n(i) Nous verrons plus loin l'opinion de M. A, Sax confirmée en tous points par\nM. Sax junior*"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "100", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.4", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nUn peu plus tard, des confrères de M. Sax, parmi lesquels nous cite-\nrons particulièrement MM. Gautrot, Besson, Raoux et Halary, nous\nayant affirmé la même immunité, nous avons pensé que, puisque le\nhasard nous avait fait tomber sur cette question, il serait du plus grand\nintérêt, comme il était de notre devoir, ne fût-ce qu à titie de reconnais-\nsance personnelle, de traiter à fond le sujet, et d essayei de fixer enfin une\nbonne fois la science sur cette influence, bonne ou mauvaise, du jeu des\ninstruments à vent dans la phthisie pulmonaire.\nLa tâche était bien grande, trop grande même sans doute pour un\nseul. Nous avons osé l'entreprendre, et tout ce que nous pouvons dire à\ncette heure, c'est que nous n'avons rien négligé pour nous faire par-\ndonner notre témérité.\nNous avons ouvert des enquêtes successives :\nAuprès des grands artistes en renom, comédiens, chanteurs et musi-\nciens ;\nAuprès des divers professeurs du Conservatoire de musique ;\nAuprès des mêmes professeurs libres de la ville ;\nAuprès des maîtres de chapelle et des directeurs d'orphéons.\nNous avons recueilli l'opinion de ceux de nos confrères en rapport ha-\nbituel avec le personnel de nos théâtres.\nNous avons interrogé avec soin t d'instruments de\nmusique de Paris.\nEnfin, sur l'autorisation qui nous en avait été donnée en haut lieu,\nnous sommes allé ensuite, dans les différents hôpitaux militaires de\nParis et de Versailles, relever sur les registres ad hoc les actes de décès\net les congés de convalescence (les premiers pour une période d'un quart\nde siècle) ; et de cette vaste enquête, que nous allons faire connaître ici\nen toutes ses parties, il reste désormais bien acquis pour nous :\n« Qu'entre tous les moyens prophy\nphthisie pulmonaire, il faut, contrairement au préjugé, mettre en pre-\nmière ligne la gymnastique rationnelle\nles cas, par des exercices appropriés\nle chant, et plus particulièrement, toutes les fois que faire se peut, par\nle jeu d'un instrument à vent.»\nBien des années se sont écoulées déjà, depuis que cette opinion s'est for-\nmée en nous, et formulée en ces termes. Le temps n'a fait qu'y ajouter\npar des preuves nouvelles, et c'est dans l'espérance de la faire partager\nque nous nous décidons enfin à publier cette série d'articles écrits il y\na aujourd'hui bien près de quinze années."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "101", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.5", "texte": "DE LA GYMNASTIQUE PULMONAIRE\n\nCHAPITRE I\nCoup d'œil sur la musique aux temps anciens et aux temps modernes,\nau point de vue de ses effets salutaires.\nLa musique, aussi ancienne que le monde, n'est pas seulement un art\nd'agrément. A l'effet agréable qu'elle produit sur les sens, elle joint\nl'heureuse influence qu'elle exerce sur le moral, et par suite sur la santé.\nL'histoire est remplie d'exemples de cette action bienfaisante sur les\nfacultés mentales, depuis Saùl, dont la harpe de David calmait les\nfureurs, jusqu'à nos soldats à qui elle fait oublier les fatigues des marches\net des combats, et qu'elle transforme souvent d'hommes abattus en\nhéros. Aussi, de tout temps et dans toutes les contrées, on voit la mu-\nsique intervenir au sein des armées ; là, rude, inculte et grossière, se\ntraduisant par des cris sauvages ou des bruits étranges; ici, réglée et\nappropriée à sa destination. Chez les Hébreux, deux trompettes d'argent\nmassif appelaient le peuple aux assemblées solennelles, signalaient la\nlevée du camp, et servaient à donner des signaux : aux prêtres seuls ap-\npartenait le droit de sonner des trompettes.\nSuivant l'historien Josèphe, —Salomon, pour obéir à Moïse, aurait\nfait faire 200,000 trompettes et 40,000 instruments de musique tels que\nharpes et psaltériums.\nChez les Grecs, la musique éveille au plus haut degré la sollicitude du\nphilosophe et du législateur. Platon recommande l'étude de la musique\ncomme un moyen de développer les facultés morales : la gymnastique\nest réservée au développement des forces physiques.\n« Dans le temps, dit Georges Kastner, dans son excellent Manuel de\nla Musique militaire, pour qu'un homme fût honoré, il devait savoir\nporter d'une main Tépée et de l'autre la lyre. »\n« Romulus, après sa victoire sur les habitants de Cécina, voulant\nréprimer la férocité d'un peuple de brigands, et adoucir les mœurs àt\nses soldats sans les amollir, favorisa l'étude de la musique et des arts\nchorégraphiques.\n« Numa organisa plus tard les Romains en huit classes, parmi les-\nquelles figurèrent des classes sacerdotales, dont les prêtres procédaient\naux chants et aux danses guerrières. Tullus Hostilius, et, enfin, Ser-\nvais Tullius, complétèrent cette organisation.\n« Toutefois, ce n'est que lorsque Rome fut parvenue à l'apogée de sa"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "102", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.6", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ngloire et de sa puissance, que Ton voit la musique jouer, dans les\ninstitutions civiles des Romains, un rôle aussi brillant que chez les\nGrecs. »\nMais la musique a-t-elle jamais été considérée, dans l'antiquité,\ncomme pouvant être de quelque utilité à l'hygiène ou à la médecine\nproprement dite ?...\nNous n'avons trouvé nulle part aucune mention que Grecs ou Ro-\nmains aient jamais considéré le chant ou le jeu des instruments à vent\ncomme particulièrement approprié au développement des organes pul-\nmonaires. Tout au plus, en Grèce, employait-on la musique comme\nmoyen de régler les mouvements du corps.\nLes premiers siècles de l'ère chrétienne, ni même le moyen âge, ne\nsauraient non plus nous donner aucun renseignement à cet égard.\nUne fois l'œuvre de destruction accomplie par le Vandalisme, les chants\ninspirés des Bardes d'abord, puis des Ménestrels (bardes chrétiens),\naccompagnés du son de la harpe ou de la lyre, furent, pendant une\nsuite d'années, la seule musique en usage chez les peuples. Ce n'est que\nvers le douzième siècle que reparaît la musique instrumentale des Ro-\nmains (i): Les Ménétriers se montrent en France, pour la première fois,\navec César Borgia, qui s'en fait accompagner. Au seizième siècle, une\nbande de ces instrumentistes venue d'ltalie, à la suite de grands sei-\ngneurs de l'armée, donne naissance à nombre de joueurs de rebecs,\ntabourins, cornemuses, hautbois, violons, violes et autres instruments.\nCes hommes, en qui l'art n'a que de médiocres représentants, ne sont\npas seulement traités comme d'assez pauvres sires, mais semblent déjà\nvoués fatalement, de par l'opinion publique, aux affections pulmonaires.\nAlexis Monteil [Histoire française des divers états) nous fait con-\nnaître, en ces termes, le sentiment d'un personnage où se reflète celui\nde l'époque, sur la condition et profession de ménétrier.\n« J'ai vu cousin Sergent... Ce matin j'ai appris qu'il allait donner, au\nplus jeune de ses enfants, l'état de ménétrier. J'ai aussitôt couru chez\nlui, et me suis expliqué assez vertement sur son projet. Il m'a répondu,\nla tête baissée, qu'il étoit fort pauvre, qu'il comptoit sur les profits con-\nsidérables qui ne pouvoient manquer à son fils, et il me les a énumérés.\nMais, lui ai-je dit, faites donc entrer aussi, dans vos calculs, le dés-\nhonneur; sachez que les joueurs d'instruments ne témoignent pas en\njustice... faites entrer encore dans vos calculs les dangers que court leur\n\n(i) Suivant Michaud, les croisés, victorieux, marchaient enseignes déployées j':\ntrompettes sonnantes."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "103", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.7", "texte": "DE LA GYMNASTIQUE PULMONAIRE\n\nsanté. Qui ne vous dira que les instruments à vent, surtout les hauts\ninstruments, les hautbois, affectent la poitrine. »\nAu temps du grand siècle de Louis XIV, la musique est, il est vrai,\nen progrès avec Lully ; mais le mouvement musical reste limité à une\ntrop faible partie de la population pour donner lieu à quelques observa-\ntions touchant notre sujet. Les instruments à cordes : violons, épinet-\ntes, clavecins, etc., régnent, d'ailleurs, à peu près sans conteste, et figu-\nrent même parfois à la tête des régiments, témoins les vingt-quatre\nviolons du prince de Condé, au son desquels le régiment de Champagne\nouvrit la tranchée au siège de Lérida.\nEn 1764, on ne comptait, dans les gardes françaises, que seize musi-\nciens par régiment.\nLe jeu des instruments à vent ne commence à acquérir quelque im-\nportance qu'à dater de la fondation du Conservatoire de musique, qui\neut lieu en 1791. En moins de cinq années, la nouvelle institution\nfournit 400 élèves pour le service de l'armée, et bientôt les musiques\ns'élèvent jusqu'à 40 exécutants et même plus (1).\nC'est donc seulement dans les auteurs qui écrivirent à la fin du der-\nnier siècle, ou qui ne datent que de celui-ci, que nous pouvions espérer\nretrouver quelques opinions ou renseignements relatifs à la question\nspéciale de l'influence du jeu des instruments à vent, dans le développe-\nment des affections graves des voies respiratoires.\nNous les avons consultés, et voici tout ce que nous y avons trouvé.\nJ. Frank dit, p. 524, t. I (Hémopthysie) :\n« Le jeu des instruments à vent, un exercice violent et prolongé de la\nvoix, un chant forcé, sont rangés au nombre des causes de l'hérro-\npthysie. »\nBayle, dans ses recherches sur la phthisie parlementaire, est muet.\nLaennec se tait également.\nMaygrier (article phthisie, du Grand Dictionnaire): « Tous ceux qui,\npar état ou autrement, sont obligés de parler souvent et avec véhémence,\ntels que les avocats, les orateurs,, les* prédicateurs et même les joueurs\nd'instruments à vent, qui font comme les précédents un usage abusif des\norganes de la voix et de la respiration, contractent par cela même de\ngrandes dispositions à la phthisie pulmonaire. »\nBenoiston de Chàteauneuf ', compulsant une première fois les registres\nde quatre hôpitaux de Paris (Hôtel-Dieu, la Charité, la Pitié et Cochin),\nne peut y trouver, en dix années, un seul décès par phthisie appartenant\n\n(1) La garde comptait, d'après Kastner, quarante-trois musiciens."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "104", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.8", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\naux professions (crieurs publics, chanteurs, etc.) qui passent\npour être fatales àla poitrine (Ann. dCHyg., t. VI).\nPuis, dans un second travail inséré dans le tome X, année 1833, sous\nce titre : Essai sur la mortalité dans Vinfanterie française, le même\nauteur arrive à ce résultat « que, de 1820 à 1826, la mortalité par\nphthisie, relativement à la mortalité générale, n'a été pour les soldats de\ntout le royaume que de 1 sur 14, tandis qu'elle frappait les musiciens\ndans la proportion de 1 sur 7. )>\nCe dernier travail de Benoiston de Châteauneuf, le seul qui traite de\nce point spécial : Linfluence du jeu des instruments à vent sur la\nPhthisie, tous les auteurs à l'envi l'ont copié successivement. On lui\naccordait d'autant plus de place, qu'outre le caractère parfaitement ho-\nnorable de l'auteur, il donnait raison à un préjugé dont ces auteurs\nn'avaient pas su eux-mêmes se défendre. Et c'est ainsi que la science a\ncontinué de vivre, et vit encore sur des données statistiques dont nous\nverrons plus loin ce qu'il faut penser.\n(La suite prochainement.)\n\nDr V. BURQ."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "105", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.9", "texte": "LES\nCANTATRICES DRAMATIQUES\n\nE\nIII\nMARIE MALIBRAN\nV\n'EST à Paris que Marie voulut épouser Bériot. Rien\nalors ne devait plus manquer à sa sérénité comme à sa\ngloire. Sa conscience tranquillisée n'inquiétait plus son\ngénie. Il ne lui restait plus... qu'à mourir.\nLe mariage eut lieu le 29 mars i 836. M. Pérignon\net le marquis de Louvois furent les témoins de Marie de Bériot. Au\nmoment où l'officier de l'état civil dit la formule sacramentelle : le\nmari doit fidélité à sa femme, et la femme obéissance à son mari, Marie\nsecoue vivement, à ces derniers mots, la tête comme protestation. Elle\nn'acceptait même pas le bonheur contre sa fière et pure indépendance.\nLe soir, il y eut fête au logement que Marie occupait à Paris chez\nTroupenas, éditeur de musique. La fête se prolongea. J'ai dit\nplus haut le mot caractéristique pour sa seconde, surtout pour sa\npremière union qu'elle dit à sa mère, qui l'engageait à abréger cette\nveille fatigante et dont l'art, bien entendu, fit encore les frais. Thalberg,\nl'illustre pianiste, s'y fit entendre à la Malibran pour la première fois.\n\n(1) Voir les numéros des iev décembre 1873, lel'1e1' janvier, lel'1e1' février, ier mai,\nlel'1e1' et i 5 juin et i 5 juillet 1874."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "106", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.10", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nRossini, ami autant qu'admirateur de la cantatrice, et qui.avait tenu à\nRome avec elle, sur les fonts de baptême, un enfant de madame de\nKaters, fille de Lablache, était parmi les intimes admis à cette fête de\nfamille. Marie chante plusieurs scènes de la Sonnambula et de la Norma.\nMais la grande artiste était surtout la femme du théâtre. Il lui man-\nquait là les enfants de Pollione, son perfide Romain, pour interpréter\nles fureurs de la Druidesse. Peut-être ce soir-là aussi était-elle trop\nheureuse pour tant de colère.\nMadame de Bériot voulut que les pauvres eussent leur part de sa joie;\nelle leur fit envoyer mille francs. Ce serait ici peut-être le lieu de citer\nles innombrables traits de charité qui lui sont dus ou attribués, les mi-\nsères secourues, les mansardes visitées, les prisonniers délivrés, les or-\nphelins adoptés, etc. Mais je m'arrête de préférence à un trait d'ineffable\ndélicatesse dans la bonté que n'aurait pas eu une âme moins élevée,\nmême parmi ces privilégiés du sort qui ne refusent pas au malheur, en\nprodiguant au luxe. A Naples, elle avait un pauvre coiffeur français,\npraticien pitoyable, par lequel elle se laissait docilement coiffer ou plu-\ntôt décoiffer tous les jours, refaisant seule son ouvrage dès que le brave\nhomme était parti, et ce dernier restant persuadé que seul il avait aidé\nà embellir la charmante femme. Lui donner, c'était ce que bien d'autres\neussent fait ; mais vouloir lui donner sans l'humilier, mais vouloir res-\npecter encore l'artiste dans l'artisan, il y a là une de ces bonnes grâces\ndu cœur qui n'appartiennent qu'aux créatures d'élite.\nLa Malibran non-seulement se coiffait elle-même, mais elle taillait ses\ncostumes et, qu'on me passe la vulgarité prosaïque du détail que me\ndonne une de ses parentes, elle recouvrait ses souliers. Je ne crois pas\ncette minutie inutile à dire ; elle prouve ce besoin d'activité inépuisable\nde cette organisation sans précédent qui s'élevait à toutes les plus subli-\nmes conceptions, qui descendait aux plus infimes détails.\nLes talents les plus divers trouvaient chez elle justice et sympathie.\nElle était allée porter de la gloire à Marie Dorval, délaissée par le public.\nElle voulut féliciter et embrasser Bouffé, après une brillante représenta-\ntion du Gamin de Paris, ce succès qui réussit tant î Bouffé a prouvé,\nil y a peu de temps encore, qu'il était digne de ces nobles applaudisse-\nments.\nUn moment, mais un moment seulement, elle se laissa séduire aux\nutopies saint - simoniennes. Sa grande préoccupation était de faire\nl'art plus accessible aux masses, de mettre la connaissance des grands\ntalents à la portée des pauvres, des déshérités de toutes les jouissances.\nG Comme la religion, » disait-elle, et ce rêve lui était commun avec"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "107", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.11", "texte": "LES CANTATRICES DRAMATIQUES\n\nAdolphe Nourrit, « l'harmonie devrait avoir des temples où il n'y au-\nrait plus de privilégiés, où tous seraient égaux. »\nMais, dans cette nature bizarre jusqu'au dernier jour, la fantaisie ne\nperd pas ses droits. Jusqu'au dernier jour, Norma lut spirituellement\net doucement satirique, Desdemona espiègle. Elle aimait les joujoux,\nles poupées comme une enfant, se divertissait aux Guignols italiens. Un\njour, à Milan, connaissant la gourmandise enfantine d'un de ses cama-\nrades, elle lui fit accroire un moment qu'une pomme cuite mangée furti-\nvement par lui avait une préparation arsenicale destinée à tuer les\nsc-aris et joua si bien son rôle, que ce pauvre goinfre eut toutes les peines\ndu monde à croire ensuite qu'il n'avait dans l'estomac que le plus inof-\nfensif des aliments.\nL'artiste, mariée, quitta Paris pour sa maison de Bruxelles, où elle\ngoûta enfin la douceur d'un foyer purifié. Mais le démon de l'art l'y eût\nquand bien même des engagements formels ne l'eussent pas\nenchaînée à sa gloire. Marie, le 19 avril i 836, alla s'embarquer pour\nLondres et elle reparut à Covent-Garden.\nLe génie n'avait jamais pu progresser chez la Malibran : le talent était\nà son apogée. Elle était venue à bout d'amener à peu près au même\ndegré de perfection que les autres les cordes médianes de la voix. En\nentendant à Paris I Puritani, elle avait reculé devant le rôle d'Elvire à\ncause d'une cadence de la faite pour une voix franche de\nsoprano. Cette cadence se trouve entre 1 tfa diese et le sol au-dessous de\nl'octave aigu, et pourtant, quelques mois après, elle y parvint. Dans\nFidelio, à Londres, elle faisait la cadence à pleine voix entre Yutet le\nre aigu.\nUne partie de plaisir devait mettre fin à tant de merveilles et d'accla-\nmations. Marie voulut monter un jeune et beau cheval pur sang,\nmalgré les observations du propriétaire, malgré les prières de son mari.\nA peine en selle, Marie, elle, l'intrépide et l'indomptable, eut peur.\nElle avait toujours eu la pensée qu'elle mourrait jeune, et c'est pour\ncela qu'elle dépensait sans compter cette vie exubérante qui, disait-\nelle à son mari pour le rassurer, l'étoufterait si elle ne lui livrait\npoint passage. Marie se sentit défaillir. Son cheval ne se sentit plus\nmaîtrisé par une main sûre, et partit emporté. Marie vit la mort qu'elle\navait déjà tant de fois pressentie.\nUn garde-barrière, à qui elle crie d'arrêter sa monture, jette rapide-\nment son bonnet en l'air et épouvante le cheval que le reste de la caval-\ncade n'ose suivre de trop près de peur de l'exciter encore. Marie sent la\nfourche qui soutient son genou céder, son étrier fléchir,"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "108", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.12", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nUne seconde barrière se présente. Le cheval, en la franchissant, peut\ndésarçonner Técuyère et la tuer. Marie cherche à s'accrocher à la partie\nsupérieure de la barrière. Le cheval continuera sa course. Elle n'aura\ntout au plus qu'une chute peu dangereuse sur le sol.\nMais la fatalité était là : le pied de Marie était pris dans rétrier. Elle\ntombe sur la croupe de son cheval, rebondit sur la terre. Elle est traînée\nsur la route ; sa tête frappe le sol. Enfin, on la ramasse évanouie.\nBériot n'était point de cette partie. Il était encore absent quand\nMarie, ayant repris connaissance, rentra une joue noire, le reste du\nvisage terreux et livide, les cheveux pleins du sang qui sortait par trois\nblessures.\nAu lieu de se faire saigner, ce qui eût pu prévenir la congestion :\n« Ce ne sera rien, dit-elle, j'ai été maladroite,c'est ma faute.» Et la Mali-\nbran voulut jouer le soir, et elle joua, lavant ses blessures et dissi-\nmulant la pâleur sous le fard. Elle voulut jouer; tout est là. Elle se\ndevait à sa gloire et elle tenait à rassurer son mari, à qui elle avait\ndemandé que Ton cachât son accident.\nElle partit pour Bruxelles, mais elle ne pouvait plus fuir le mal ;il\nétait déjà maître de sa proie.\nMarie avait promis de chanter pour les pauvres à Manchester. D'ail-\nleurs, elle se croyait mieux, elle revenait par moments à ses exercices\naccoutumés, à ses espiègleries journalières. A la date du 28 août 1836,\nelle écrivait encore une lettre des plus gaies ; mais les douleurs de tête\nrevenaient, mais elle ressentait des somnolences anormales, elle qui, pré-\ncédemment, après les représentations les plus fatigantes, était obligée\nde forcer, par des exercices corporels longtemps prolongés, ce som-\nmeil que lui refusaient ses nerfs surexcités, son imagination encore\nenflammée.\nAprès avoir chanté la Sonnambula à Aix-la-Chapelle, elle revint au\nchâteau de Roissy, près Paris, dont elle avait fait l'acquisition. Là, elle\nparut se ranimer ; mais la main sur sa tête endolorie, elle se hâtait,\ncomme si le pressentiment devenait certitude, de terminer l'album de\nses romances. Là, fait singulier, - elle composa la chanson de\nla Morte, dont les paroles, remises à Marie par Lablache, écrites par\nl'ltalien Benelli, sous l'inspiration d'une amère et sardonique gaieté,\navaient précédé de deux mois la mort du poète et précédèrent d'un\nmois la mort du charmant compositeur.\nOn ne voulait pas, vu l'état anormal de sa santé, lui permettre de\nvisiter des souterrains attenants à une citerne qu'on avait découverte\nauprès du château de Roissy. Le lendemain de cette excursion à laquelle"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "109", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.13", "texte": "LES CANTATRICES DRAMATIQUES\n\non ne lui avait point permis de participer, elle se leva à cinq heures du\nmatin, et, clandestinement, la fit pour son compte.\nDans les premiers jours de septembre 1836, elle quitta Roissy pour se\nrendre en Angleterre, et alla se loger dans le même hôtel que Lablache,\nqu'elle aimait beaucoup ; mais là son état empira. Les évanouissements,\nles crises de nerfs auxquels elle avait été sujette toute sa vie redou-\nblèrent. Pendant qu'elle chantait sa composition de la Morte, on la vit\nen proie à une exaltation effrayante.\nPartie pour prendre part au festival de Manchester, à l'église où elle\nvenait chanter, le son de l'orgue entendu la jeta dans une crise nou-\nvelle, dans des éclats de rire convulsifs, auxquels succéda un évanouis-\nsement. Emportée de l'église et revenue à elle, elle retrouva assez de\ncourage pour dire l'air à'Abraham, de Gimarosa. Le soir, elle joua au\nthéâtre. Le lendemain, elle retourna à l'église; mais les sons solennels\nde l'orgue agirent de façon encore plus terrible sur elle que sur la\nMarguerite de Faust. Elle se trouva mal, tomba et ne put chanter que\nle soir.\nAffaiblie par plusieurs attaques de nerfs, hallucinée, les yeux déjà dans\nun monde étranger à la terre, à la fois une fée et une ombre, elle souleva\nles transports en chantant le duo d'Andronico, de Mercadante, avec\nmadame Garadori. On redemanda le duo, sans pitié pour l'état inquiétant\nde Marie. Elle dit alors, assure-t-on, à M. Georges Smart qui dirigeait\nl'orchestre : « Si je répète ce duo, je suis une femme morte. »\nAlors, lui répondit M. Georges Smart : vous n'avez qu'à vous\nretirer, madame, je ferai vos excuses au public. »\nNon, dit-elle, comme si sa fuite lui eût semblé une désertion ; Je\nchanterai, mais j'en mourrai. »\nEt elle répéta le duo avec une ardeur surnaturelle, qui fit passer dans\nl'auditoire la lièvre qui la soutenait encore pour la tuer presque aussitôt.\nCe turent les dernières notes qui s'échappèrent de ces lèvres inspirées.\nMais ne croyons pas que cet effort seul l'ait tuée. Marie était déjà con-\ndamnée; elle retombe, aussitôt le duo achevé, dans d'effrayantes convul-\nsions. L'état s'aggravant, on songea à la saignée, à laquelle on avait si\nimprudemment négligé de recourir, à l'origine du mal. D'ordinaire, la\nsaignée surexcitait encore les crises nerveuses auxquelles Marie avait été\ntoujours sujette. On voulut empêcher le médecin de prendre sa lancette.\nBériot, engagé avec elle pour jouer dans six meetings, n'était pas au\npied de son lit de douleur. Nul n'osait décider. Marie, revenant à\nelle, dit qu'on la saignât ; mais elle ajouta : « Cela est de peu d'im-\nportance- ))"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "110", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.14", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nOn voulut attribuer la mort à l'effet de cette saignée ; pas plus que\nl'effort fait dans le duo d'Andronico, ce ne fut là la cause déterminante;\ntout au plus la catastrophe en fut-elle un peu hâtée. Le coup était porté,\nmais la douleur du moins cessa d'agiter cette frêle et sublime organisa-\ntion que la terre allait rendre aux influences surhumaines qui l'avaient\ncréée. Elle tomba dans la stupeur, sembla prendre l'insensibilité d'une\nstatue. Son dernier contact avec la vie fut pour demander d'une voix\néteinte, si Bériot avait été applaudi dans un Concert qu'il avait dû don-\nner, et le dernier sourire qui se dessina sur cette bouche qui avait pas-\nsionné deux mondes et toute une génération, fut pour un suprême triom-\nphe de son cœur, qui précéda de quelques heures son dernier soupir.\nIl y avait eu engagement pour six Concerts avec la ville de Manchester.\nLa ville offrit à Bériot de satisfaire aux clauses de l'engagement comme\nsi elles avaient pu être remplies (Marie n'avait chanté que trois fois) ; Bé-\nriot refusa cette grâce; mais Manchester, chose plus grave, voulut garder\nces dépouilles adorées. Morte le 23 septembre 1836 (juste un an, jour\npour jour, après l'homme dont elle avait traduit avec tant de poésie les\ntouchantes inspirations, Bellini, âgé comme elle de vingt-huit ans ! ),\nMarie de Bériot avait été inhumée, le ier octobre, en grande pompe dans\nl'Eglise collégiale de Manchester. Un marbre, dédié à sa mémoire\navec inscription, avait été même placé dans l'église par Bériot. Voilà ce\nqui peut excuser peut-être la résistance avare de Manchester et le spec-\ntacle pénible d avocasseries débattant le plus ou moins de titres de la\nfamille, ou de la ville mortuaire à s'approprier ces restes, vides d'une si\nbelle âme. Il fallut, paraît-il, l'intervention de madame Garcia, venant\nredemander sa fille, pour que le corps de la Malibran fût transporté à\nLaeken.\nLà, les moulures des portes de bronze d'un mausolée laissent des inter-\nstices à travers lesquels on distingue une statue blanche, placée sur un\nsocle. Ainsi entrevue, l'image de marbre semble une apparition fantas-\ntique de celle que le sort n'exposa pas du moins à voir s'attiédir peu à\npeu ce public qui, dans tous les pays,'sembla pour elle se confondre tou-\njours dans une seule nationalité enthousiaste. Au plus éclatant de sa\ngloire, elle nous a lui, emportée vers le ciel dans un effort de l'inspira-\ntion, comme un papier par une flamme.\nLongtemps on a promené à Bruxelles un vieillard vénéré, l'époux\nde la grande artiste, devenu aveugle, comme si, éblouis du spectacle de\n1 âme de feu qui a disparu, et brûlés à son dernier contact, ses yeux\navaient voulu se fermer à jamais sur la terre pour ne se rouvrir que plus\nhaut, près de l'âme aimée."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "111", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.15", "texte": "LES CANTATRICES DRAMATIQUES\n\nLamartine, que je n'ai cité dans ce travail que pour un mot irréfléchi\ndit à la Malibran, a consacré dans ses Souvenirs et Portraits quelques\npages magnifiques à cette « bayadère du ciel. » Il confirme la tristesse\nque l'irrégularité de sa situation avait jetée longtemps sur sa vie et son\ninépuisable charité. « Son corps charmant, » dit-il, « ne la parait pas, il\nla voilait à peine. Cependant cette beauté qui transperçait à travers ce\nfrêle tissu, comme la lampe à travers l'albâtre, fascinait tous les sens\nautant qu'elle divinisait l'âme. Ce n'était ni son chant, ni son geste, ni\nson drame que j'admirais le plus en elle, c'était sa personne. »\nPlus loin, nous trouverons un témoignage suprême de l'affection pure\net élevée que Lamartine, qui ne connut la Malibran que pendant un\nprintemps, lui avait vouée à jamais.\nIllustre dans ses racines, cette famille a été illustre dans toutes ses\nbranches. La fille de Garcia a eu pour sœur Pauline Viardot (il suffit de\nla nommer) qui épousa un des meilleurs amis, un des plus éclaires\nconseillers de la Malibran, un de ceux à qui, avec Fétis, que la grande\nartiste appelait « son cher grognon; » elle savait avouer que si elle n'a-\nvait eu que des auditeurs comme ceux-là, sa gloire n'eût pu être plus\ngrande sans doute, mais son style eût pu rester plus complètement irré-\nprochable.\nLe frère de la Malibran, un excellent chanteur, a épousé Eugénie\nMeyer, qui fut elle-même une artiste de premier ordre, se fit applau-\ndir en France et dans toute l'ltalie. Elle créa, à TOpéra-Comique de\nParis, Eva et Jeanne de Naples, aujourd'hui éminent professeur,\nqui sait faire passer dans l'âme de ses élèves cette ardeur sacrée que le\ncontact d'un génie typique a pu surexciter en elle, mais n'a pas eu be-\nsoin d'y créer.\nMadame Eugénie Garcia a un fils chez qui le talent semble hérédi-\ntaire ; enfin le nom de Bériot est dignement porté par le seul enfant de\nla Malibran qui ait survécu. On sait que Charles de Bériot est un de\nnos premiers pianistes.\nMarie Malibran a eu l'honneur d'inspirer bien des poètes. Les vers\nd'Alfred de Musset feraient double emploi ici; ils sont dans toutes les\nmémoires. J'aime mieux citer un huitain peu connu d'Antoni Des-\nchamp?> où respire un sentiment touchant et qui prouve quelle avait été,\nparmi les contemporains de la grande artiste, la conviction que sa jeu-\nnesse avait été odieusement exploitée :"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "112", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.16", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nSUR LA MORT DE MADAME MALIBRAN\nAprès avoir passé par les terrestres fanges,\nJeune femme, à présent tu chantes pour les anges,\nPcwr la vierge Marie et son céleste enfant,\nQmz, divins, t'écoute triomphant.\nNe crains plus désormais quune avare famille\nN'épuise avant le temps la pauvre et jeune fille.\nL'or n'a pas cours là haut ; dans ce sublime lieu,\nTous tes accents seront pour la gloire de Dieu.\nEt maintenant, quatre vers encore! Ils sont signés Lamartine et\ninscrits à Laeken, sur le socle de la statue élevée au-dessus de la cendre\nqui reste seule aujourd'hui de tant de flamme.\nBeauté\\ génie, amour furent son nom de femme,\n✓\nEcrit dans son regard, dans son cœur, dans sa voix.\nSous trois formes au ciel appartenait cette âme.\nPleureterre, et vous deux, accueille%-la trois fois !\nAprès cet éloquent sanglot, toute plume doit s'arrêter.\n\nPAUL FOUCHER."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.17", "texte": "PASSEPIED de l'EUROPE GALANTE\n(CAMPRA 1697)\n48"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.18", "texte": "PASSEPIED de POLYDORE\n(J.B. STRUCK dit BATISTIN. 1720)\n49"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.19", "texte": "PASSEPIED de CASTOR et POLLUX\n(RAMEAU 1737)\n50"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.20", "texte": "50"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.21", "texte": "RIGAUDONS de CIRCE\n(DESMARETS 1694)\nler RIGAUDON.\n46"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.22", "texte": "RIGAUDONS d'ERNELINDE\n(PHILIDOR — 1767)\n47"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.23", "texte": "47"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.24", "texte": "P. Bertrand grav:\n47\nImp: AROUY rue du Delta 26."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.25", "texte": "LES AIRS A DANSER\nDE\nL'ANCIENNE ECOLE FRANÇAISE\n\n(I)\nIV\nLE PASSEPIED\nous allons avoir à étudier maintenant toute une caté-\ngorie de danses, dont on trouve de très nombreux spé-\ncimens dans les partitions des dix-septième et dix-\nhuitième siècles; ce sont les Passepieds, Rigaudons,\nMusettes, Menuets, Gavottes, Chaconne, etc. Il n'est\npas un ouvrage qui ne possède au moins un type de\nces danses. Le Passepied est peut-être le plus commun de tous 5 malheu-\nreusement, la quantité n'est pas rachetée par la qualité. C'est toujours\nle même rhythme, une espèce de menuet très vif, sans le charme et\nl'élégance de contours de celui-ci. Il avait aussi quelques rapports avec\nla Courante, puisque Noverre, d'après Despréaux, disait que made-\nmoiselle Prévost courait le passepied avec une grâce infinie.\nOn comptait, à ce qu'il parait, plusieurs sortes de passepieds. J'avance\nle fait d'après un petit livre assez rare, écrit en espagnol et publié\nà Naples, intitulé : Reglas utiles par a los aficionados (amateurs)\na (2).\nOn avait, au dix-huitième siècle,le vieux Passepied (elviejo Passapie),\n\n(1) Voir les numéros des ler, i 5 juin et ier juillet.\n(2) Don Bartholomeo Feruol y Boxerans (Napoles. 1745)*\n\nV.\n8"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "114", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.26", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nle Dragon, le Passepied de Trompas, de Maie, de los Enamorados (des\namoureux), de Pasqualin, etc., etc. Le « vieux Passepied » était le plus\nusité et a le dragon » était le plus récent et de provenance italienne.\nMalgré toutes ces étiquettes dissemblables, la figure restait à peu\nprès la même. C'était celle du Menuet prise très vite. En sachant que le\nMenuet est composé de quatre temps de danse sur trois temps musicaux,\nque le premier temps est un demi-coupé et les trois autres en « fleuret,»\ncest-à-dire que le danseur fait un demi-coupé et deux pas marchés sur\nla pointe du pied, on comprendra de suite la configuration de cette\ndanse qui, grâce à sa simplicité, a trouvé place dans tous les ballets du\ntemps.\nMais, je le répète, c'est toujours le même rhythme. Aussi ai-je eu\nbeaucoup de peine à trouver des exemples ayant une mélodie inté-\nressante.\nLe Passepied de l'Europe galante peut servir de type parfait. En\nlisant les passepieds de toute l'école lulliste, j'entendais toujours à mes\noreilles Pair de Campra. Aussi ai-je dû le choisir en respectant, autant\nque possible,, l'harmonie parfois fantaisiste du vieux maître.\nLa mesure est indiquée : 3/8, à peu près dans tous les ouvrages ;\nquelques-uns, Batistin entre autres, dont je donne un Passepied tiré de\nPolydore, qui m'a semblé mériter une mention honorable, avait\nmarqué 3/4; c'était sans doute ce une mesure de précaution » pour\nl'inhabileté en lecture de ses musiciens.\nDestouches, dans Issé, a écrit un Passepied assez intéressant comme\ncoupe; il l'a marqué 6/8, par une erreur de plume. Cet air procède en\nrondeau ; le motif principal est repris quatre fois de suite par l'or-\nchestre, après quatre couplets, variations inévitablement jouées à deux\nparties par les hautbois et les bassons, La place m'a manqué pour le\ndonner ici.\nComme troisième exemple de Passepied, on lira avec intérêt l'air de\nCastor et Pollux. Il a toutes les qualités de facture des compositions de\nRameau, mais, donnant raison à la remarque déjà faite dans la dernière\nnotice, il a le tort de dénaturer par trop le rhythme de la danse.\nOn l'appréciera, j'en suis sûr, sous le point de vue musical.\nLE RIGAUDON\nCette danse fut inventée par un maître à danser provençal, du nom\nde Rigaud, qu'il ne faut pas confondre avec l'archevêque de Rouen et"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "115", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.27", "texte": "LES AIRS A DANSER, ETC.\n\nsa cloche, dont Kastner raconte tout au long les faits et gestes, à propos\nde l'étymologie de « tire la rigot. » Quelques auteurs nous disent\nque notre Rigaud était devenu maître de ballets d'Anne d'Autriche. Ce\nfait peu important n'est pas entièrement prouvé, mais il est fort\nadmissible.\nLe Rigaudon se battait à deux temps (sur un mouvement gay). I] était\nordinairement divisé en deux parties, le second Rigaudon servant de trio.\nComme pas, il se faisait en place, sans avancer ni reculer ; on pliait\nles genoux et se iélevait en sautant. Ce pas, on le voit, d'une très\ngrande difficulté chorégraphique.\nLes Rigaudons, comme les Passepieds,se ressemblent beaucoup entre\neux. Je me suis donc contenté de citer, comme vieux genre, l'air de\nCircé, mais aussi jai cru devoir réduire au piano le Rigaudon plus\nmoderne d _£/ neliudc, qui a des qualités musicales très réelles, et dont\nFauteur est l'objet d une étude faite avec beaucoup de soin, dans cette\nrevue, par mon collaborateur Arthur Pougin.\n(A suivre.)\n\nTH. DE LAJARTE."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "116", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.28", "texte": "CURIOSITÉS DE L'ACOUSTIQUE\nÉCHOS ET RÉSONNANCES\n\n(I)\nASSENFRATZ cite encore un écho des plus curieux, ob-\nservé à l'ancien collège et que la trouée faite\npar le boulevard Saint-Michel doit seule avoir tait dis-\nparaître.\nSi une personne placée au milieu de la cour3 entre les\ndeux ailes du bâtiment, parlait haut, les notes graves de sa voix s'en-\ntendaient dans une direction parallèle à la rue de la Harpe, et les sons\naigus dans une direction qui faisait un angle de cinquante degrés vers le\nnord avec la première.\nIl y avait évidemment là un phénomène qu'il faut attribuer à la diffé-\nrence de tonalité des murs du collège, et qui méritait d'être étudiée de plus\nprès. Dans l'état actuel de nos connaissances acoustiques, l'étude en\npourrait être entreprise avec fruit : mais l'écho n'est plus.\nLes réflexions répétées sur une surface courbe ou polygonale produi-\nsent souvent une concentration des ondes sonores qui rend perceptibles,\nà une distance considérable du foyer d'émission, des sons même très\nfaibles.\nPar exemple, deux personnes placées à deux points diamétralement\n\nVoir le numéro du i 5 juillet."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "117", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.29", "texte": "ÉCHOS ET RÉSONNANCES\n\nopposés de la galerie qui contourne intérieurement la coupole de Saint-\nPierre de Rome, s'entendent distinctement en parlant à voix basse, bien\nqu'on n'entende rien absolument dans l'espace intermédiaire.\nA la cathédrale de Saint-Paul, à Londres, on peut observer un pareil\nphénomène. La galerie qui règne autour de la coupole, renvoie d'un\nfoyer à un autre le son le plus léger, tel que le tic-tac d'une montre,\navec une grande force. Ici l'écho se complique d'une résonnance géné-\nrale de la galerie extrêmement sensible, et qui l a fait surnommer la ga-\nlerie murmurante (The Whispering Gallery).\nDans la promenade publique annexe du Colysée, en cours de con-\nstruction à New-York, il existe un mur circulaire d'une longueur de\ntrois cents pieds. On a découvert accidentellement que cette surface\npossède des propriétés acoustiques « bien supérieures, » au dire des té-\nmoins auriculaires, « à celles de la célèbre galerie murmurante du dôme\nde Saint-Paul, » et d'une telle étendue, qu'elle transmet avec la dernière\npureté le plus léger murmure à une distance de cent cinquante pieds.\nSuivant le New- York- Times, à qui nous empruntons ce renseigne-\nment, les principes de l'acoustique seraient à peu près complètement\nignorés des architectes des États-Unis, qui abandonneraient au hasard le\nsoin de tirer parti, comme il l'entend, des phénomènes de résonnance\nnaturelle dont une sage direction a tant d'importance dans la construc-\ntion des théâtres et surtout des salles lyriques.\nIl existe, à la cathédrale de Glocester, une sorte de couloir étroit, qui\ntraverse un côté du chœur.Cette galerie a sept ou huit mètres de longueur\net ses murs forment cinq côtés d'un octogone. Les réflexions, répétées\npar ces murs, apportent à l'oreille d'une personne placée à l'une des\nextrémités de la galerie, la voix, considérablement renforcée, d'une per-\nsonne parlant bas à l'autre extrémité.\nA Muyden, près d'Amsterdam, Chladni rapporte qu'il existe un écho\nproduit par un mur elliptique, aux deux extrémités duquel deux per-\nsonnes peuvent s'entretenir à voix basse. Si l'on parle haut près de ce\nmur, Técho, très renforcé, semble sortir de terre.\nLes phénomènes de réflexion, produits par une surface elliptique, pré-\nsentent, d'ailleurs, les mêmes variétés de caractères que les surfaces sphé-\nriques et polygonales.\nAinsi, une personne placée dans l'un des loyers réflecteurs de la cou-\npole elliptique du Baptistère, à Pise, entend très distinctement le plus\nléger murmure proféré dans le foyer opposé, bien qu'il demeure imper-\nceptible à l'oreille surtout autre point."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "118", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.30", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nLe Baptistère offre, d'ailleurs, desphénomènes de résonnances etd'échos\ndes plus curieux et des plus variés. Les foyers de réflexion y abondent, et\nil n'est presque pas de coin qui n'y ait son compère, et où Ton ne puisse\nconverser à voix basse pour les autres, à haute voix pour soi-même. Il y\nexiste, en outre, un écho polysyllabique assez franCj et enfin il suffit de\ntrapper les dalles du talon pour faire résonner toute la voûte gothique\nde l'édifice, comme une cloche de bronze énorme, et aussi longtemps\nque s'il s'agissait, en effet, d'une véritable cloche.\nUn phénomène analogue à ceux dont nous venons de nous occuper,\npeut être encore observé dans le vestibule bien connu du Conservatoire\ndes Arts et Métiers de Paris. Une salle hexagone de l'Observatoire per-\nmet également la conversation à voix basse entre deux personnes qui\n\\ eulent bien s installer dans ce but à deux angles opposés, à leur choix,\nLa cathédrale de Girgenti ofîre un autre exemple de disposition sem-\nblable, en conséquence de laquelle on peut entendre de la grande\npoite occidentale de 1 édifice, quand cette porte est fermée, la voix d'une\npersonne parlant bas à un point situé derrière le maître autel,, à plus de\nsoixante-quinze mètres de là.\nCette circonstance resta ignorée assez longtemps, l'occasion ne s'étant\npas présentée d'en faire l'expérience. Mais il arriva qu'un confessionnal\niut installé en plein royer de la surface réfléchissante de derrière le maître-\nautel. Il sen suivit... ce qu on devine assez : quelqu'un découvrit, par\nhasai d, le foyer opposé ; ce quelqu'un fit part de sa découverte à des amis,\net le io\\ er délateur fut bientôt converti en un lieu de réunion, où des\noreilles indisciètes recueillaient avidement les secrets du confessionnal.\nEt il y en avait de curieux, je vous en réponds !\nCet innocent divertissement n eut, toutefois, qu'une durée éphémère,\net ce fut justement l'un des plus enragés écouteurs qui y mit un terme.\nVoici dans quelles circonstances :\nUn beau jour, notre homme était là, pantelant, l'oreille tendue et déjà\ntoute saturée de révélations piquantes autant qu'involontaires, quand\ntout à coup le foyer perfide lui transmet le son d'une voix bien connue\n—trop connue, hélas!... celle de sa propre femme, qui, agenouillée au\ntribunal de la pénitence, fait 1 aveu dépourvu d'artifice de ses... erreurs,\ndont elle sollicite ingénuement le pardon.\nLe représentant du juge éternel sur cette terre d'iniquités, absout la\npécheresse humiliée et repentante.—Mais c'est le mari qui n'entend pas\nde cette oreille-là.\nBref, 1 affaire fit du bruit —le personnage n'étant, au demeurant,\nqu'un sot—et le confessionnal fut transporté ailleurs."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "119", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.31", "texte": "ÉCHOS ET RÉSONNANCES\n\nLes voiles, gonflées par le vent, ont aussi la propriété de recueillir et\nde condenser les sons que le vent leur apporte des côtes. Voici un\nexemple assez curieux d'un phénomène de cette nature, rapporté par\nArnott :\n« Un jour, dit-il, à bord d'un bâtiment naviguant le long des côtes du\n« Brésil, mais hors de vue de terre, des passagers qui se promenaient sur\nce le pont, en passant àun certain endroit, entendirent très distinctement\n« le son des cloches, carillonnant comme à l'occasion d'une réjouissance\n« publique. Tout le monde s'empressa de venir prêter l'oreille en cet en-\n« droit du pont et se convaincre du mystérieux phénomène, qui dura près\nce de deux heures. Il fut constaté quelque temps après, qu'au moment de\n« l'observation, les cloches de la ville de San Salvador, située sur la côte\n« Brésilienne, avaient sonné à toute volée à propos d'une féte. Favorisé\n« par un bon vent, Jeur son avait donc parcouru une distance d'au\ncc moins cent milles (160 kilomètres), pour venir se condenser dans le\n« loyer formé par la voilure concave, qui l'avait transmis à nos\n« oreilles (1). »\nUne expérience familière est celle qui consiste à jeter une pierre dans\nun puits. Quand la pierre frappe l'eau, un bruit relativement formidable\nse produit. Certes, nous n'avons rien en ce genre de comparable au puits\nDalmate, dont parle Pline, et dans lequel une pierre jetée produisait un\nouragan.\nEn parlant à l'extrémité d'un tuyau de conduite de l'aqueduc deMarly,\nmesurant neuf cent cinquante et un mètres de longueur, Biot observa que\nle son de la voix était répété six fois. Les intervalles entre ces répétitions\nétaient égaux, soit d'environ une demi-seconde; le dernier son revenant\nà l'oreille après trois secondes, ce qui est à peu près le temps normal pour\nque le son traverse une étendue de neuf cent cinquante et un mètres.\nOn a observé de semblables échos multiples dans les longues galeries\ndes mines. Beudant (2) émet l'opinion que, de même que dans les mines,\n\n(1) Arnott, —Eléments of physics, vol. i, p. 538. —Le docteur Neil Arnott, mé-\ndecin extraordinaire de la reine Victoria, Fellow de la Société royale de Londres,\nchevalier de la Légion d'honneur, est mort le 2 mars 1874, âgé de quatre-vingt-six\nans. Ses Éléments de Physique, dont la première édition est de 1827, n'ont pas cessé\nd'être réimprimés, sans modification du plan original, sans autre changement que\nceux exigés par Je progrès continu des sciences naturelles, encore dans Fenlance, à\nl'époque où furent pub'iés les Éléments.\n(2) Beudant.—Eléments de physique, p. 36 7."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "120", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.32", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nla répétition des échos est causée par l'irrégularité des parois des galeries,\nil est certain que, dans l'expérience de Biot, les tubes rapportés, compo-\nsant le tuyau de neuf cent cinquante-un mètres en question, ne devaient\nêtre ni assemblés exactement en droite ligne, ni d'un diamètre égal d'un\nbout à l'autre,\nIl nous sera permis, sans doute, de n'insister point sur la théorie et\nles effets des tuyaux acoustiques de toute nature, auxquels l'expérience\nde Biot fait naturellement songer, mais que l'on connaît trop. Laissant\ndonc de côté les porte-voix, les cornets acoustiques, les têtes parlantes\ndes Gerbert, des Albert le Grand, des Bacon, des Kempelen, etc., et\ndes exhibiteurs forains qui leur ont succédé, nous passerons à l'examen\ndes phénomènes curieux de « vibrations sympathiques» qui, pour être\nconnus depuis longtemps, n'en sont pas moins très ignorés expérimenta-\nlement, et, à ce qu'il semblerait, de parti pris.\nL'expérience pourtant est intéressante et vaudrait la peine d'être faite\ndans des conditions d'observation sérieuse.\nOn sait que chaque verre a sa note spécifique : en le heurtant contre\nn'importe quel corps dur, en le posant brusquement sur la table, on lui\nfait aisément rendre cette note. Un homme qui donnerait de la voix\ncette note, penché sur l'orifice du verre, le ferait, dit-on, éclater en peu\nde temps.\nVoici en quels termes du Hamel décrit l'expérience :\n« Il faut avant tout, dit-il, s'assurer de la note spécifique du verre\nsur lequel on veut opérer, ce qu'on peut faire en le frappant simplement\nd'une légère chiquenaude. Alors la voix, réglée sur cette note, s'élevant\ngraduellement à l'octave au-dessus de la note originale, les particules\nimperceptibles du verre, ébranlées par ces secousses réitérées, seront\nagitées d'ondulations vibratoires, lesquelles en s'accroissant par la per-\nsistance de l'opération, atteindront à la fin une telle énergie, que le verre\nvolera bientôt en éclats. Il est nécessaire, ajoute du Hamel, d'apporter\nquelque attention dans le choix du verre, qui doit être absolument clair\net exempt de tout défaut ou fêlure, et susceptible de rendre une note\njuste et en rapport avec la voix de l'expérimentateur.\nLe même écrivain nous donne encore la description de la bizarre expé-\nrience que voici :\n« On prend deux verres, dans lesquels on verse de l'eau jusqu'à une\nhauteur de deux à trois pouces, en ajoutant à l'un ou à l'autre, afin de\nles amener a rendre exactement la même note lorsqu'on les frappera."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "121", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.33", "texte": "ÉCHOS ET RÉSONNANCES\n\nCela fait, on prend un petit bout de fil de fer que l'on courbe et que l'on\nplace en travers sur les bords de l'un des deux verres ; ensuite on frotte\nlégèrement le bord de l'autre verre avec son doigt mouillé ; les vibra-\ntions sonores produites de cette façon se communiqueront au verre\nsurmonté du fil de fer, et au son de cette musique, celui-ci se mettra\nbientôt à danser (i).\nUn autre exemple du meme phénomène, des plus curieux à la fois et\ndes plus est fourni par l'expérience suivante :\nAprès avoir bien exactement accordé ensemble deux violons, on en\nplace un sur une table, et l'on fait enfourcher une de ses cordes comme\nun dada par un cavalier de papier (un simple chiffon plié en deux, un\nfétu, un corps léger quelconque ferait aussi bien l'affaire). Ce violon\nainsi disposé et le cavalier solidement en selle; on s'éloigne de quelques\npas et Ton sonne un coup d'archet sur la corde du second violon corres-\npondante à celle du premier ainsi montée. Aussitôt cette dernière se\nmet en vibration et fait sauter quelquefois à une assez grande hauteur\nson cavalier.\nSi, pour rendre l'expérience plus complète, on a de même monté cha-\nque corde du violon en repos, on remarquera que, tandis que le cavalier\nde la corde correspondante à celle que l'archet met en vibration, vide\nles arçons, les autres restent parfaitement calmes et indifférents aux\nexercices de voltige de leur camarade.\nIl paraît qu'il existe de par le monde des coureurs forains qui font\nleur métier de briser des verres suivant la méthode indiquée par Du\nHamel. Le métier, en tous cas, est aussi honorable que celui qui consiste\nà exhiber des femmes à barbe, des veaux à deux têtes et autres mons-\ntruosités ; il est plus amusant et dénote incontestablement, chez celui\nqui s'y exerce, une certaine dose d'intelligence inutile à ses confrères.\nJe n'ai jamais tenté ni vu tenter l'expérience, et je ne doute point\npourtant qu'elle ne soit sérieuse ; Du Hamel n'est d'ailleurs pas le seul\nqui se soit occupé de cette sorte de phénomènes. Morhof, qui a fait un\ntraité sur la matière (2), dit avoir rencontré à Amsterdam un certain\nNicholas Petter qui faisait son passe-temps habituel de casser les verres\npar ce procédé. D'autres observateurs, Bartoli, Heister, etc., citent une\nfoule de faits semblables. Il paraît même qu'une voix puissante pas\nindispensable ; pourvu qu'on chante à l'unisson du verre et que celui-ci\n\n(1) J.-B. Du Hamel., Operum Philosopha etc. Noiimb.. 1681.\n(2) Morhof. Stentor liyaloclastes. iGB3."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "122", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.34", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nréunisse les conditions de netteté exigées par Du Hamel, le résultat\npeut être facilement obtenu.\nUn verre mousseline, légèrement bombé, se prêterait singulièrement à\nl'expérience.\nAjoutons qu'il est possible de substituer à la voix humaine le son de\ncertains instruments, notamment le son du violon.\nSi je n'ai pas vu casser des verres en musique, j'ai, du moins, vu dan-\nser le petit bout de fil de fer et sauter le cavalier du violon, et je vous\ngarantis que c'est un spectacle amusant, quoiqu'à la portée de qui-\nconque.\nAu reste, l'action des vibrations sonores sur tous les êtres et sur tous\nles objets susceptibles de vibration eux-mêmes, est un fait d'observation\ngénérale. Un coup d'archet suffit à faire entrer en danse la fumée, les\ngaz, la flamme, et même le filet d'eau qui s'échappe d'un robinet. Qu'on\npénètre dans une église, une nuit de Noël, quand l'autel resplendit de\nmilliers de lumières éclatantes, si l'orgue se fait entendre, on verra au\nmême moment toutes ces petites flammes vibrer à l'unisson.\nFermez une pièce dans la fenêtre de laquelle le soleil donne, de ma-\nnière à ne laisser filtrer à travers une étroite issue qu'un mince rayoci\nlumineux, où des milliards d'atomes s'agitent capricieusement ; prenez\nalors une guitare, une harpe, un violon, et escrimez-vous de l'archet ou\ndes doigts : aussitôt les mouvements des atomes se régularisent, et les\nvoici qui sautent en cadence, avec des bonds prodigieux, ou avec des pe-\ntits trémoussements pleins de grâce, suivant la note donnée par l'in-\nstrument.\nOn a dit et répété, depuis un an, tout ce qu'il y avait à dire sur les\nflammes chantantes et résonnantes et rappelé sur cet intéressant sujet les\nbelles expériences des Higgins, des Schaffgotsch, des Barrett, des Tyn-\ndall, des Helmholtz, des Lissajoux, etc. Le mémoire de M. Frédéric\nKastner : Expériences nouvelles sur les flammes chantantes, présenté à\nl'Académie des sciences l'an dernier, a été le point de départ de cette re-\ncrudescence d'intérêt.\nL'instrument de M. Kastner, le Pyrophone, ou piano à gaz, a été\négalement l'objet d'examens multiples et détaillés.\nIl reste donc ou trop ou trop peu de choses à dire maintenant, pour\nqu il nous soit permis d y insister, après tant d'observateurs éminentc?\ndont les travaux sont restés dans toutes les mémoires.\nNous disions plus haut que les veines liquides étaient comme les"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "123", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.35", "texte": "ÉCHOS ET RÉSONNANCES\n\nflammes, sensibles aux vibrations musicales. Voici ce que dit à ce propos\nM. Henri de Parville (i) :\n« Ce qui est vrai pour une flamme Test aussi pour les veines liquides\nqui s'échappent par l'orifice circulaire d'un vase plein d'eau. On voit le\njet liquide se courber plus ou moins, se modifier selon le son rendu dans\nson voisinage. Un diapason excité par un archet a assez de puissance\npour diviser la veine liquide, pour l'égrener en perles fines. Alors que\nl'oreille ne percevra plus aucun son musical, le jet liquide, comme la\nflamme, trahira encore son existence.\n« Que Ton dispose une veine liquide dans une chambre obscure, et\nqu'on illumine le jet à l'aide d'un de ces puissants appareils d'électricité\nd'induction qui donnent des étincelles éblouissantes, mais ne durant\nqu'un instant, on verra le jet liquide se réduire en gouttes plus ou moins\nespacées, et chacune d'elles sera transformée en une petite étoile extrê-\nmement brillante. Donnez une note bien choisie, tout à coup les gouttes\néparses se rassembleront et formeront un collier de perles d'une inimi-\ntable beauté. Cessez de chanter, le collier sera de nouveau mis en piè-\nces, et, ainsi, à volonté, vous le réunirez ou le briserez. Cette expérience\nest saisissante et montre nettement l'influence des vibrations sur la con-\ntinuité ou la dispersion des gouttes. »\nAjoutons qu'elle est une des plus jolies que l'on puisse voir. L'effet ce\nce collier de petites perles lumineuses, se brisant et se réunissant sous\nl'influence des vibrations musicales, est tout simplement féerique.\nMais, sous l'influence de vibrations particulières, ne nous sommes-\nnous pas un peu écarté de notre sujet ? La difficulté d'appliquer aux\nflammes chantantes et aux veines liquides dansantes notre théorie du\ncarambolage nous y ramène.\nAussi bien, avons-nous oublié en chemin un écho cependant digre\ndes égards de tous.\nLa détonation d'un coup de foudre est produite par un ébranlemert\nconsidérable de l'air ; là-dessus tout le monde est d'accord. Mais le rou-\nlément qui suit cette détonation, sa répétition à intervalles distincts et\ninégaux, s'il n'est pas le produit de réflexions répétées sur les couches\népaisses de nuages environnants, sur les flancs des coteaux, les murs, les\narbres des forêts j'y perds mon latin.\nCertes, je ne puis reconn utre dans la voix du tonnerre les échos plain-\n\n(i) H. de Parville. Causeries Scientifiques. 1873."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "124", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.36", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ntifs de la nymphe infortunée dont il ne nous reste plus que la voix, le\nreste s'étant résolu en ruisseau ; on dit que La Motte le Vayer y démê-\nlait quelque chose d'analogue; je n'en crois rien : La Motte le Vayer\nétait homme de sens, quoique n'aimant pas la musique.\nMais il m'est impossible de n'y point reconnaître les phénomènes ré-\nguliers et constants d'un immense carambolage !\nLors de l'éruption du volcan de Cotopaxi, dans le Pérou,, en janvier\niBo3, le bruit fut entendu, jour et nuit, comme des décharges d'artille-\nrie continuelles, par les voyageurs Humbold et Bompland qui se trou-\nvaient à Guayaquil, c'est-à-dire à cinquante-deux lieues marines (près\nde deux cent quatre-vingt-dix kilomètres) de là. Suivant eux, il ne s'agit\nque d'un phénomène extraordinaire de propagation rapide.\nMettons que le son ricochait sur la surface unie de l'eau , comme une\npierre lancée par un gamin, habile à ce genre d'exercice, sur le bassin\ndes Tuileries, et gageons que nous sommes tout aussi près de la vérité\nque nos deux savants voyageurs.\nRicochet et carambolage : ces deux termes résument assez exacte-\nment, suivant nous, et très familièrement, toute la série des phé-\nnomènes sonores autres que ceux de source directe.\nTout observateur bien doué et dépourvu de parti-pris peut reconnaître\nà tout moment l'exactitude de cette assertion, qui n'a rien de dogma-\ntique, après tout.\n\nADOLPHE BITARD."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "125", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.37", "texte": "LA MUSIQUE\nDANS\nL'YMAGERIE DU MOYEN AGE\n\n(0\nN superbe manuscrit byzantin que possède la Biblio-\nthèque nationale nous offre un curieux exemple des\nreprésentations du roi David, aux premiers temps du\nchristianisme. Ce monument, splendide à tous égards,\nfut apporté de Constantinople par un ambassadeur\nfrançais qui l'y avait acheté, vers le milieu du sei-\nzième, siècle, au prix de cent écus d'or. Il est intitulé Catena in\npsalmos et preces biblicœ. Le manuscrit est du dixième siècle; mais,\nde l'avis de tous les paléographes, les grandes peintures, hors pages,\nqui ne sont pas de la même époque que récriture, semblent avoir appar-\ntenu à un livre plus ancien. Elles sont détachées des cahiers de parche-\nmin ; on a dû les rogner pour les faire entrer dans le iormat du volume.\nBref, on suppose, et non sans raison, que pour donner plus de prix au\nmanuscrit, les scribes et les calligraphes ont ajouté à leur ouvrage ces\ntreize grandes peintures qui étaient d'une époque beaucoup plus an-\ncienne. Par le style, par le dessin, par les détails même du sujet, elles se\nrapportent au temps des peintures de Pompeï, et tous les savants sont\nportés à croire que ces magnifiques miniatures sont contemporaines\n\n(i) Voir le numéro du ler juillet-,"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "126", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.38", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ndes peintures des catacombes, ou d'une période artistique très peu pos-\ntérieure (i).\nSur les treize miniatures à pleine page que renferme ce manuscrit, les\nhuit premières ont trait à des épisodes de la vie de David, mais une seule,\ncelle que nous reproduisons, intéresse réellement la musique. Elle repré-\nsente David jeune, gardant les troupeaux de son père Jessé, au moment\noù les ambassadeurs de Saul viennent le chercher de la part du roi. La\nscène se passe au pied de la montagne de Bethléem, personnifiée dans la\nfigure d'un homme couché ; dans le fond du tableau apparaît un édifice\nde la ville. Au centre, David jeune pince de la lyre. Ses cheveux tom-\nbent sur ses épaules; il est vêtu à la grecque; son instrument est posé\nsur un socle en bois sculpté, qui ressemble un peu à une boîte carrée,\nd'où sortirait la lyre, dont un des montants s'appuie sur une espèce de\ncontre-fort métallique que David retient de sa main gauche et qui paraît\nune sorte de table de résonnance. Auprès du musicien, une femme jeune,\nvêtue aussi à la grecque, paraît lui dicter ses chants ; c'est la mélodie\n(MEA.OAIA), déesse inspiratrice du futur prophète. On ne peut méconnaî-\ntre l'influence grecque et païenne dans cette représentation. L'artiste a\ncopié son David sur un Apollon ou un Orphée antique, dont il a repro-\nduit les traits, la pose et le costume. De plus, la personnification poétique\nde la mélodie est une idée essentiellement classique qui se rattache aux\nplus belles traditions de l'art antique.\nUne autre miniature du même manuscrit a rapport à la musique,\nmais d'une façon moins direcie. Elle représente les femmes d'lsraël chan-\ntant les gloires de David, qui vient de terrasser Goliath. Saul debout, en\ncostume de guerre, la lance à la main, la tête entourée d'un nimbe rose,\nsemble parler à deux femmes, dont Tune joue des petites cymbales en\ndansant ; derrière Saul est le jeune triomphateur.\nAutour du roi-prophète, nous rencontrons fréquemment ces quatre\ncompagnons : Asaph, Héman, Ethan et Idithon. Quelquefois ces mu-\nsiciens du temple sont transformés en danseurs, mais en général ce sont\nquatre instrumentistes, et c'est grâce à cette réunion de figures que nous\ntrouvons des représentations de concerts qui nous permettent de recon-\nstituer jusqu'à un certain point les associations d'instruments à cette\népoque reculée.\n\n(i) Nous saisissons, avec empressement, de remercier ici M. H. Bordier,\nbibliothécaire à la Bibliothèque nationale, d avoir bien voulu nous communiquer\nquelques-uns de ses beaux travaux inédits sur les miniatures des manuscrits.\nM. Bordier est un savant, et de plus un artiste, un enlumineur du moyen âge, et\ndans ses catalogues, le goût et le talent ajoutent encore à l'érudition."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "127", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.39", "texte": "LA MUSIQUE DANS L'YMAGERIE DU MOYEN AGE\n\nLa plus belle représentation du roi David, que nous ayons au moyen\nâge proprement dit, est celle qui se trouve dans la Bible de Charles le\nChauve. Cette Bible lut offerte à ce prince en 850 par le comte Vivien,\nabbé de Saint-Martin-de-Tours. Ce magnifique manuscrit, qui fait aussi\npartie des collections de la Bibliothèque nationale, fut conservé dans la\ncathédrale de Metz jusqu'en 1675. A cette date, les chanoines l'offrirent\nà la Bibliothèque colbertine.\nIl n entre pas dans mon sujet de décrire ce joyau vraiment royal, aussi\nne m'arrêterai-je que sur la grande miniature du roi David qui présente\ntant d intérêt a tous les points de vue et que nous reproduisons ici. Le\nmanuscrit est renfermé dans un cadre ovale. Au centre, David joue d'une\nharpe triangulaire. Sa harpe a douze cordes et douze chevilles ; il la tient\ndans le bras gauche, tandis qu'il en pince les cordes de la main droite. Il\nest nu, sous un grand manteau qui rappelle encore les traditions grec-\nques. Dans le haut de la miniature, Asaph, assis, joue du cornet et d'une\nespèce de cliquettes; en face de lui, Heman tient deux paires de cliquettes\nsemblables à celles d'Asaph. Au-dessous, Ethan pince les cordes d'une\nlyre élégante d'une forme curieuse, sur laquelle nous aurons à revenir,\net Idithon souffle dans un long cornet à bouquin. Aux deux côtés du\nroi, veillent ses deux gardes fidèles, Cerethi et Ephelethi. Enfin, les\nquatre vertus nécessaires à un monarque, la Prudence, le Courage, la\nJustice, la Tempérance, semblent prendre sous leur protection le psal-\nmiste inspiré. Dans le livre d'heures de Charles le Chauve, autre\nmanuscrit qui entra à la Bibliothèque comme la Bible , par l'entremise\ndes chanoines de Metz, en 1674, nous retrouvons le même sujet; mais\nau point de vue artistique, la miniature est moins belle et ne présente\npas le même intérêt musical; le lecteur peut en trouver un bon fac-\nsimilé dans le Moyen âge et la Renaissance de Lacroix. La Biblio-\nthèque nationale possède encore un manuscrit du dixième siècle qui\nnous donne une curieuse représentation du roi David. Il est vêtu roya-\nlement d'une longue robe richement brodée et porte une étole. Sa tête\nest ceinte du diadème des empereurs d'Orient. Il tient appuyée sur ses\ngenoux une lyre à huit cordes, à laquelle est adaptée une grande clef*\nL'instrument est bien construit et d'une forme gracieuse. David tient\nsa lyre de la main gauche, tandis que de la droite il pince les cordes.\nUne miniature d'un manuscrit du treizième siècle doit encore arrêter\nl'attention par le nombre de personnages et les instruments qu'elle\nsente. Tout le cadre de ce tableau en cinq parties est formé par un monu-\nment de style gothique. David, jouant de la harpe, occupe seul le fond\ndu tableau dans un compartiment à part. Autour de lui sont ses quatre"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "128", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.40", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nmusiciens ; l'un joue de la viole, l'autre d'une espèce de hautbois, le\ntroisième sonne de la cornemuse, et le quatrième frappe de la main gau-\nche sur un tambourin, suspendu à son bras droit, tandis que sa main\ndroite tient un flutet dans lequel il souffle. Cette miniature se trouve\ndans une bible manuscrite de la Bibliothèque nationale. Nous ne pouvons\nfinir ce paragraphe sur David sans mentionner un manuscrit du quin-\nzième siècle qui, par la disposition du dessin, par une naïve tentative de\ncouleur locale et par l'instrument dont joue le roi, présente le plus réel\nintérêt. C'est un magnifique B majuscule, provenant d'un manuscrit de\nsainte Bénigne de Dijon. Dans cette œuvre, la Renaissance se fait déjà\nsentir. Le B du Beatus vir est formé par deux monstres marins et un\ntriton. Au milieu, David, vêtu à l'orientale avec un turban et une lon-\ngue barbe et assis sur un tapis aux dessins asiatiques, chante en s'accom-\npagnant sur une cithare à huit cordes. Sur l'instrument qui semble un\nluth de forme orientale, sept touches fortement accusées indiquent la\nplace dés intervalles ; trois ouïes rondes sont pratiquées sur la table\nd harmonie. Debout autour du roi, les quatre chanteurs, accom-\npagnés par le luth de leur maître, forment un concert (i).\nUn autre épisodede la Bible nous fournit aussi de nombreuses repré-\nsentations musicales, c'est l'histoire dramatique et touchante de Jephté.\nParmi les miniatures qui rappellent cette scène, nous citerons particu-\nlièrement celle qui se trouve dans le psautier de saint Louis. Ce beau\nmonument du treizième siècle fut volé par les Vandales delà Révolution\net vendu à vil prix, et ne revint à la France que grâce à la générosité du\nprince Galitzin, qui le racheta au prince Gorlouski, son premier acqué-\nreur, et l'offrit gracieusement au roi Louis XVIII. Dans cette minia-\nture, les filles d'lsraël viennent, au son des harpes, recevoir le vainqueur.\nA leur tête, Seila, joyeuse, danse en s'accompagnant du tambourin.\nLa vie des saints nous donne aussi un grand nombre de scènes et de\npersonnages relatifs à la musique. C'est ainsi que nous voyons donner la\nviole à Saint-Geniès, comédien, à Saint-Wilgeford, à Saint-Nicolas de\nTolentin, la cornemuse à Saint-Simon, le solitaire ou l'insensé, le cor\nde chasse à Saint-Hubert; au pape Saint-Corneille, à Saint-Lamberr,\névéque de Liège, la harpe, etc. La légende des saints explique ces dif-\nférents attributs. Sainte Cécile, la sainte musicienne par excellence, ne\nfut considérée sous ce rapport que vers le quatorzième siècle. Le fidèle\ncompagnon de saint Antoine lui-même ne put échapper au joug de la\n\n(i) On trouve un dessin de cette miniature dans les Arts au moyen âge, par\nDu Sommerard. Chap. VIII, pl. XXL"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.41", "texte": "Tirè de la Bible de Charles le Chauve. IXeSiécle."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "129", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.42", "texte": "LA MUSIQUE DANS L'YMAGERIE DU MOYEN AGE\nV.\n9\n\nmusique, et sur un vitrail du quinzième siècle, qui faisait partie de la\ncollection Debruge-Dumesnil, décrite par Labarte, nous voyons un bon\nsaint Antoine qui, non content de porter lui-même des clochettes, en\navait orné la queue et les oreilles de son inséparable ami.\nQuelquefois, on retrouve dans les attributs des saints des légendes\nmusicales antiques par une assimilation analogue à celle dont nous\navons parlé au sujet des premières peintures chrétiennes; soit à cause de\nla ressemblance du nom, soit pour opposer des miracles chrétiens aux\nprodiges païens, Arrien (Arianus), qui fut martyrisé au quatrième siècle,\nest illustré par une légende qui offre plus d'une analogie avec celle\ndu musicien Arion. Jeté à la mer avec les compagnons de son martyr,\nsaint Arrien fut recueilli et porté par un dauphin près d'Alexandrie où\nles chrétiens de cette ville le reçurent en grand honneur. Les représen-\ntations musicales des saints et leurs allégories pourraient à elles seules\nnous fournir un volume, mais nous nous contentons de renvoyer, à ce\nsujet, le lecteur au bel ouvrage du père Cahier (i).\nIII. — La Musique dans le symbolisme chrétien et dans l'allégorie profane.\nDu reste, il est toute une science dans laquelle la musique est loin de\nrester en arrière : je veux parler du symbolisme, cette langue de conven-\ntion dans laquelle chaque objet avait un sens caché, chaque représen-\ntation était une allusion, comme dans les écritures hiératiques des\nÉgyptiens. Cette langue fut fort en usage pendant tout le moyen âge et\nje n'ai pas l'intention de traiter un sujet si délicat et si étendu, mais nous\npouvons voir en quelques mots quelle place était réservée à la musique\ndans ce symbolisme qui explique à lui seul presque toute l'esthétique du\nmoyen âge.\nCe fut naturellement l'Église qui inventa cette langue figurée, qui\ndonne un sens aux productions d'un art dont les représentations seraient\npleines d'obscurité pour qui n'aurait pas la clet du mystère. La musique\ntout entière rentra dans le système symbolique. Ses règles générales sont\nune image de la constitution du monde. Les tons authentiques du\nplain-chant furent les jours; les plagaux, leurs inférieurs, les nuits.\n\n(1) CAHIER.— Caractéristique des saints dans l'art populaire.—Pans.— Poussielgue,\n1867. 2 vol. in-folio. T. 11, au mot Musique."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "130", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.43", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nL'hiver eut en partage les tons phrygiens; le printemps, les lydiens ;\nl'été, les doriens; l'automne, les mixolydiens; les notes graves, moyennes\n/\net aiguës, représentaient les trois ordres de fidèles dans l'Eglise de Dieu;\nla division par tétracordes, les quatre Pâques, les quatre sens de l'Ecri-\nture, etc. ; les finales, la mort. Dans chaque tétracorde, le demi-ton\nmarque l'humilité sur laquelle s'appuient les autres vertus. Les tons,\ndans leur ensemble, signifient la vie, la louange de Dieu; les cieux et\naussi la voix des apôtres s'étendant sur le monde entier. Les tons mixtes\n• • s\nfigurent l'union du Seigneur et de son Eglise. Comme Ezéchiel qui vit\ndeux roues enflammées se pénétrant l'une l'antre et de deux n'en faisant\nqu'une, de même voyons-nous l'authentique et le plagal se fondre pour\nformer le mixte.\nUn des monuments les plus curieux de la musique symbolique se\nretrouve dans les ruines de l'abbaye de Cluny. C'est un chapiteau du\ndouzième siècle sur lequel sont sculptés les huit tons grégoriens; cinq\nseulement sont encore reconnaissables ; les trois autres sont complè-\ntement dégradés. Au sujet de cette intéressante sculpture, M. l'abbé\nPougnet a publié, en 1869 et 1870, une suite d'articles pleins d'érudi-\ntion et d'ingéniosité dans lesquels il n'a pas, à mon avis, suffisamment\ncité les autorités sur lesquelles il appuyait ses hypothèses, peut-être un\npeu hasardées, mais qui constituent un travail excellent et fort recom-\nmandable. Nous ne,suivrons pas M. l'abbé Pougnet dans sa longue\ndissertation sur la musique des Grecs, comparée au plain-chant, mais\nnous consacrerons, après lui, quelques mots au sujet de la personnifi-\ncation symbolique des tons sculptés sur le chapiteau de Cluny (1).\nC'est dans les antiennes qui précèdent les tonaires que nous trouvons\nl'explication des allégories propres à chacun des tons. Ce sens est pure-\nment mystique. Le plus souvent, excepté pour quelques-uns, il se\nrapporte bien plutôt à la place du ton dans l'échelle des sons, qu'à son\ncaractère esthétique. Le premier représente le premier âge du monde, le\nCréateur, Dieu ; le second le deuxième âge, Jésus, la confirmation de la\npromesse sainte ; le troisième est qualifié de ton élevé qui remplit les cœurs\npar la douceur et la délicatesse de sa mélodie; il est attribué à la trinité,\nau troisième âge du monde, au troisième jour qui est celui de la Résur-\nrection; le quatrième « dans un rang inférieur, est comme le second du\ndeuxième » disent les textes, les joies et les peines qu'il apporte sont\n\n(1) Annales archéologiques de Didron. —T. XXVI, p. 380. T. XXVII, p. 32,\n151, On peut compléter les planches de cet article par deux autres qui accom-\npagnent un article de M. Barraud.— T. XVII. p. io3."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "131", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.44", "texte": "LA MUSIQUE DANS L'YMAGERIE DU MOYEN AGE\n\ncomme doublées, il est le symbole des quatre évangiles, du quatrième âi-e,\nde la quatrième veille (apparition du Christ aux apôtres). Le cinquième\nest le ton des cinq livres de Moïse, de l'extrème-onction qui s'adresse aux\ncinq sens, etc. ; le sixième est tout entier voué à la prière : « Tu es l'in-\nférieur du troisième mode, lui est-il dit, tu es touchant et viril, mais\npeu susceptible de variations : tu plairas aux simples; » il symbolise le\nsixième jour, celui de la création de 1 homme, qui, à peine venu au\nmonde, rend grâces à son créateur, le sacrement de l'ordre, enfin tout ce\nqui tient à la piière ou à 1 adoration de Dieu ; c'est le seul dont le carac-\ntère musical particulier réponde pleinement au sens mystique ; le\nseptième est celui qui représente le plus grand nombre d'idées abs-\ntraites. On sait la place que tient le nombre sept dans tous les symboles\nde l'antiquité et du moyen âge. Il suffit de citer les sept jours, les sept\nbranches du chandelier sacré, les sept cordes de la lyre, les sept pla-\nnètes, les sept sacrements. Aussi, le septième ton est-il l'image de la\nperfection comme aussi de la mort, du septième âge, celui de la résur-\nrection et du jugement dernier, du septième jour de la création, jour de\nrepos pour le Seigneur, de la septième parole « consummatum est. »\nL'antienne qui le désigne lui dit : « C'est toi qui formes les danseset\nles guides en chantant et en frappant sur les cymbales. » Le huitième,\ndans l'échelle tonale, ne fait, comme on sait, que recommencer le\npremier. Aussi en a-t-on fait l'image de l'éternité et de la béatitude\ninfinie des saints, de l'Église dont l'existence ne cessera jamais.\nSur le chapiteau de Cluny, chaque ton est représenté par un musicien\nqui tient entre ses mains un instrument. Le sens allégorique de la\nsculpture est quelquefois nettement défini par l'inscription gravée\nautour. Quelquefois aussi ces inscriptions ne font que préciser le sujet\nque le sculpteur a voulu traiter ; d'autres fois encore, elles ont rapport\nau caractère esthétique et exclusivement musical du ton. La première\nfigure tient une sorte de guitare dont les cordes sont effacées ; on lit\nautour : « Hic tonus orditur modulamin » Le second\nporte comme légende : « Su bsequi\nsecundus. » Il est sculpté sous la figure d'une danseuse qui tient dans\nses mains deux cymbales, reliées par un cordon. Les cymbales sont\nlarges, hémisphériques, et le cordon qui les retient est fort long. Ces\nattributs offrent un double intérêt, et par la forme de l'instrument, et\npar leur sens mystique qui, du reste, est facile à saisir. Les cymbales\nsont au nombre de deux pour figurer le deuxième ton, dont le sens\na été expliqué plus haut. La chaîne qui retient ces deux cymbales\nsemble l'union des deux Charités comme des deux Testaments. Le"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "132", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.45", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ntroisième ton est un homme tenant une lyre à six cordes. La legende\ncoïncide parfaitement avec l'explication symbolique du troisième ton\ndonnée dans le paragraphe précédent. On y lit : « Tertius impingit,\nchristumque resurgere fingit. » Cette légende peut se passer de com-\nmentaire; quant à la lyre, par une allusion que nous avons deja ren-\ncontrée plusieurs fois, elle paraît rappeler le souvenir de David chassant\nle démon de l'âme de Saûl, comme le Seigneur chassa, pour revenir au\nmonde, le démon de la. mort.\nLa figure et l'inscription qui ont rapport au quatrième ton s'expliquent\nparfaitement l'une par l'autre ; nous y voyons un clerc frappant avec un\nmarteau sur un de ces carillons à main si fréquents aux onzième, dou-\nzième et treizième siècles ; on lit autour : «\nin carminé pic indus.» Si nous nous reportons au temps où ces clochettes\nétaient employées pour annoncer et sonner la mort, nous comprendrons\nle sens de cette représentation du ton, le plus funèbre et le plus lugubre\ndu plain-chant. La dernière représentation distincte (et encore est-elle\nbien effacée) , nous montre un homme dont la tête a disparu. Il joue\nd'un luth dont une corde seulement est visible : «\ntatis, respice sextum, » dit la légende. Ce texte se rapporte encoie\naux divers sens mystiques du sixième ton, symboles que nous connais-\nsons déjà. Les figures des septième et huitième tons sont complètement\neffacées, mais leurs légendes restent. L'un porte «\ndonis septimus almum. « Il est dédié au Saint-Esprit, le dispensateur\ndes sept dons. Pour le huitième, nous lisons : «\nîtes docet esse beatos. »\n(La suite prochainement.\n\nH. LAVOIX fils"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "133", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.46", "texte": "REVUE DES THÉATRES LYRIQUES\n\nOPÉRA : IJEsclavc, opéra en cinq actes, de M. Edmond Membrce.\n. Membréeest un jeune compositeur.... de cinquante-\nquatre ans. Ce n'est point, qu'on veuille bien le croire,\npar manière de raillerie que je constate ce fait, mais\npour faire voir combien est navrante, dans notre beau\npays de France, la situation de nos musiciens, et com-\nbien il serait bon que l'État, qui se fait leur protec-\nteur en subventionnant grassement, à leur intention, un certain nombre\nde scènes lyriques, voulût bien prendre leurs intérêts plus directement\nà cœur, et peser, de tout le poids de son autorité, sur des administra-\ntions qui relèvent de lui et qui lui doivent la plus grande partie de leur\nprospérité.\nCette histoire de Y Esclave est toute une odyssée. L ouvrage était\nd'abord une tragédie, dont l'action se passait dans la Rome antique, et\nque le comité de la Comédie-Française, avait reçue à coirections. Les\ndeux auteurs, MM» Got et Edouard Foussier, corrigèrent en effet leur\nœuvre, et la corrigèrent si bien qu'ils la transformèrent en poème d o-\npéra ; ils confièrent ce poème à M. Membrée, un musicien qui a\\ait fait\nde bonnes études et qui s'était fait connaître du public par plusieurs mé-\nlodies et scènes dramatiques assez réussies, dont une suitout, Page,\nécuyer, capitaine, avait obtenu une certaine popularité.\nCeci se passait en 18 si.Le 2 décembre de cette année, la date au\nmoins [est à noter, M. Membrée se mettait au travail, et, dans le\nours de 18 52, il avait terminé sa partition. Roqueplan,le «spirituel »"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "134", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.47", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nRoqueplan, qui fut toujours un si pitoyable directeur de théâtre, qu'il\ns'agît des Nouveautés, des Variétés , de l'Opéra ou de 1 Opéra-Comique,\nétait alors à la tête de l'Opéra. M. Membrée lui parla de Y Esclave, et\nRoqueplan, après avoir d'abord accepté la pièce sans la musique, voulut\nensuite accepter la musique sans la pièce, et désira voir refaire celle-ci\npar Scribe. Sur ces entrefaites, Crosnier ayant remplacé Roqueplan,\nF Esclave fut écarté; comme fiche de consolation, on offrit à M. Membrée\nde lui jouer un acte , et il fit François Villon, qui fut-en effet repré-\nsenté. Le successeur de Crosnier, M. Royer, ne fut pas plus favorable à\nY Esclave ; mais, lorsque vint M. Perrin, il promit de jouer l'ouvrage.\nMais on sait ce que sont promesses de directeurs. Après s'être bien\nfait tirer l'oreille pour tenir la sienne, M. Perrin finit par dire que\nl'ouvrage était trop long, et qu'il désirerait le voir réduire en trois actes.\nLes auteurs se prêtèrent volontiers à cette modification ; mais, une fois\nle raccourcissement opéré, M. Perrin s'avisa de trouver que l'ouvrage\nétait devenu trop court, et demanda qu'il fût remis en cinq actes. Il fut\nfait de nouveau selon sa volonté ; mais sa volonté surtout était, paraît-\nil, de ne point jouer l'Esclave, et, en effet, celui-ci dut céder la place à\nRoland de Roncevaux, de M. Mermet.\nSurvinrent les événements de 1870-71. M. Perrin abandonna l'Opéra,\net Y Esclave tomba de ses mains dans celles de M. Martinet, qui était\ndevenu directeur du Théâtre-Lyrique, et qui semblait très disposé à\nle présenter au public. Mais le Théâtre-Lyrique ne renaissait point de\nses cendres, et M. Martinet, qui avait conservé l'Athénée , se voyait\nbientôt obligé d'abandonner l'un et l'autre. Enfin, c'est à un événement\ndésastreux que M. Membrée doit d'avoir vu son ouvrage aborder la\nrampe. La salle de l'Opéra ayant été détruite par le feu au moment\noù la Jeanne Darc de M. Mermet allait y être représentée, et notre\npremière scène lyrique ayant été forcée de s'installer provisoirement àla\nsalle Ventadour, l'État, en retour des sacrifices qu'il s'imposait à ce su-\njet, exigea de M. Halanzier la représentation d'une œuvre nouvelle d'un\ncompositeur français. Le déploiement de mise en scène nécessaire à\nJeanne Darc la rendait impossible sur la scène des Italiens. On songea\nalors à Y Esclave, et la représentation en fut décidée. Mais l'infortuné\nn'était pas au bout de ses peines. Voici qu'au dernier moment, l'ambas-\nsade russe s'émut en songeant qu'un acte de l'ouvrage, le quatrième, se\npassait dans l'intérieur d'une église russe, et que la scène représentait la\ncélébration d'un office. Il y avait là, paraît-il, un danger public, le\ngerme de graves difficultés diplomatiques, la possibilité d'un grand\ntrouble politique européen, et l'ambassade ayant réclamé, la suppres-"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "135", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.48", "texte": "REVUE DES THÉÂTRES LYRIQUES\n\nsion de ce malencontreux quatrième acte fut chose décidée. Cette sup-\npression n'eut pas lieu, on le comprend, sans un profond remaniement.\nCe fut M. Jules Barbier qui, cette fois, se chargea de la besogne, et enfin,\naprès vingt-trois ans d'attente, après tant de transformations, le titre de\nY Esclave put, en toute liberté, s'étaler sur les affiches de l'Opéra, le mer-\ncredi 15 juillet 1874.\nOn conçoit qu'un ouvrage produit dans de telles conditions, refait,\nrepris, revu, remanié, retouché à tant de reprises, 11e peut avoir les qua-\nlités d'unité, de cohésion, nécessaires à toute grande œuvre d'art. D'au-\ntre part, la forme musicale s'est modifiée depuis un quart de siècle,\nl'esprit du public a marché en avant, et le premier jet d'une œuvre créée\nalors ne se trouve plus toujours d'accord avec lui. Il résulte de tout cela\nqu'il est matériellement impossible, et qu'il serait manifestement injuste\nde juger, d'apprécier la partition de M. Membrée d'une façon absolue,\nde vouloir en tirer une idée nette, précise, rigoureuse, de la valeur et du\ntalent de l'auteur. Le public, qui ne connaît pas le dessous des cartes,\npeut user parfois de sévérité en semblable occurrence ; mais c'est le devoir\nde la critique de remettre toutes choses en leur place, et d'apprécier sans\npassion une œuvre à coup sûr méritante, dont le plus grand tort est\nd'avoir été dédaignée pendant si longtemps et d'avoir attendu son tour\nbeaucoup plus qu'il n'eût fallu. On doit même être indulgent pour les\nauteurs du poème de 1 Esclave, qui, nous l'avons vu, ont été mis eux-\nmêmes à une rude épreuve.\nEn peu de mots, voici le sujet de leur drame : Un jeune prince\ncircassien, nommé Kaledji, vaincu dans un combat par un boyard russe,\nle comte Wassili, est devenu l'esclave de celui-ci, qui est un misérable de\nla pire espèce. Kaledji, ayant tenté de s'échapper, est poursuivi, et le\ncomte vient le chercher jusque chez le pope Paulus, dans la maison du-\nquel il a trouvé un refuge. Là, Wassili admire la fille du pope, la belle\nPaula, que plus tard il fait enlever. Mais Paula et Kaledji sont épris l'un\nde l'autre, et quand le pope va réclamer sa fille à Wassili, que celui-ci,\npour le tromper, la lui demande en mariage, Paula répond par un refus,\nen déclarant qu'elle aime Kaledji. Cet amour pour un esclave la rend\nelle-même, selon les lois du pays, esclave du comte. Pour échapper a la\nsituation qui pèse sur lui et sur sa maîtresse, Kaledji provoque alors\nun soulèvement parmi les serfs, se fait tuer à leur tête, et Paula se tue\nson tour en découvrant son corps sur le champ de bataille.\nQuoique un peu enchevêtré, un peu embrouillé, un peu singulier\nparfois, ce livret ne manque,\" à tout prendre, ni d'une certaine grandeur,\nni de situations vraiment dramatiques. Tel qu'il est, il a suffi pour"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "136", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.49", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ninspirer M. Membrée et pour lui permettre d'écrire une partition dont\nje n'ai pas besoin de faire ressortir les inégalités on les comprend de\nreste, après ce que j'ai dit plus haut mais qui reste une œuvre hono-\nrable, sincère, et parfois vraiment inspirée.\nC'est peut-être la largeur du plan, la grandeur de conception qui font\ndéfaut à l'œuvre nouvelle. Les lignes magistrales, les tableaux gran-\ndioses auxquels de grands maîtres nous ont accoutumés ne s'y trouvent\npas sans doute autant qu'on le désirerait. Mais elle contient des qualités\nque je me plairai volontiers à faire ressortir, et il en est une surtout qui\nme touche en un point particulier, parce qu'elle est singulièrement rare\net que nombre de compositeurs semblent en faire fi. Je veux parler de\nl'excellente disposition des voix, de leur échafaudage harmonieux, et du\nsoin que l'auteur prend de les faire toujours chanter sans les faire sortir de\nleur diapason naturel. Cela indique un artiste de race, nourri de bonnes\nétudes et élevé à bonne école. M. Membrée a obtenu,sous ce rapport, des\neffets remarquables, et l'on peut dire que ses chœurs et ses morceaux\nd'ensemble sont écrits de main d'ouvrier. Je citerai entre autres, dans\ncet ordre d'idées, la belle prière du premier acte, d'abord très bien\nétablie par la voix de basse, sans accompagnement, puis prise en\nensemble de la façon la plus heureuse; ensuite, le finale de ce même\nacte, écrit un peu à l'italienne, et dont l'effet de sonorité [est excellent;\nenfin, quelques passages de la grande scène de l'orgie, et le chœur d:>\nserfs, au quatrième acte, qui surtout sur ces mots : Dieu tout puissant!\ncontient un élan vraiment remarquable.\npart, et à un autre point de vue, je constaterai que les\npassages de grâce, de demi-teinte, sont peut-être les mieux réussis de la\npartition. Je n'en veux pour preuve que la jolie romance de Paula au\npremier acte (en la majeur), celle du comte, qui vient bientôt après ;\nl'adorable cantilène dite par celui-ci au troisième acte : Pleure aujour-\nd'hui, demain tu souriras ; enfin le joli duo de femmes du quatrième\nacte, et qui est si bien établi par la jolie phrase de Prascovia : O mon\nenfant, 6 ma fille adorée, dont la mélodie, uniquement accompagnée\nparla clarinette basse, est d'un effet touchant et profondément mélan-\ncolique.\nCe qui manque, je l'ai dit, c'est la note vigoureuse, ce sont les\ntableaux hardis, c'est la puissance pathétique; encore peut-on dire que\nl'auteur a su trouver parfois l'accent vraiment dramatique, comme dans\nla phrase que chante Kaledji en venant défendre Paula contre les\nardeurs de Wassili, phrase noble, pleine d'ampleur et d'un grand carac-"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "137", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.50", "texte": "REVUE DES THÉÂTRES LYRIQUES\n\ntère, reprise ensuite par le chœur, puis ramenée avec beaucoup de\nbonheur à la seule voix de ténor.\nEn résumé, la partition de VEsclave est une œuvre incomplète sans\ndoute, inégale, mais fort honorable et décelant un tempérament\nd artiste. Si l Esclave avait été joué il y a vingt ans, il se serait trouvé\nbien plus dans le courant musical, et depuis lors M. Membrée, dont\n1 esprit a marché avec le temps et qui n'est pas resté en arrière des idées\nnouvelles, aurait pu donner sa mesure dans un ouvrage écrit en de\nmeilleures conditions. L'interprétation est satisfaisante de la part de\nM. Sylva (Kaledji) et de mademoiselle Mauduit (Paula), excellente de la\npart de M. Gailhard (Paulus) et de M. Lassalle (Wassili). Le côté\nfaible est le ballet; il faut avouer qu'il n'est réussi ni comme musique, ni\ncomme danse. Encore doit-on des éloges à mademoiselle Beaugrand, qui\ns est montrée, comme toujours, danseuse de premier ordre, une véritable\nballerina di rango francese.\n\nARTHUR POUGIN."}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "138", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.51", "texte": "CHRONOLOGIE DE L'ANNÉE 1874\nA. P.\njuive\n28 Juin. ROME (Politeama). Première représentation de Cola di\ndrame lyrique en cinq actes, paroles de M. Pietro Cossa, musique de\nM. Venceslas Persichini (1).\n29 Juin, lERIER et 3 Juillet. LONDRES (Cristal-Palace). Septième Haendcl-\nFcstival. Le premier jour, on exécute tlie Mcssials ; la seconde journée est\nconsacrée à une « sélection » de morceaux tirés d£ diverses œuvres du maître ;\n/\net le troisième jour on exécute Israël in Egypt.\nJUILLET\n4 Juillet. INSTITUT DE FRANCE. Exécution, devant les membres de l'Aca-\ndémie des Beaux-Arts, des cantates des élèves admis au concours du grand\nprix de Rome, et jugement de ce concours. (Voir, pour les résultats de ce\nconcours, la Chronique musicale du i 5 juillet.)\n15. OPÉRA. Première représentation de l'Esclave, opéra en cinq actes,\n/\nparoles de MM. Got et Edouard Foussier(et Jules Barbier), musique de\nM. Edmond Membrée.\n16, VERSAILLES (chapelle du château). Première exécution, au profit de\n/\nl'Œuvre du Refuge, d'une messe solennelle en musique de M. Emile\nBourgeois.\n18. —AVIGNON (Hôtel de ville). Exécution, à l'occasion des fêtes célébrées\nen cette ville pour le cinquième anniversaire séculaire de la mort de Pé-\ntrarque, d'une cantate de circonstance écrite en langue provençale, canta-\ndisso a Petrarco, poésie de M. Théodore Aubanel, musique de M. G.-F.\nImbert. (Voir la Chronique musicale du i 5 juillet, qui contient la musique\nde cette cantate.)\n25, 26 et 27. HALLE. Assemblée annuelle de l'Association universelle (?)\ndes artistes musiciens allemands. A cette occasion ont lieu de grandes fêtes\nmusicales, auxquelles prennent part la célèbre société musicale de Leipzig le\nGewandhaus, et plusieurs artistes renommés. Sur le programme ligure, entre\nautres œuvres importantes, le Requiem d'Hector Berlioz.\n(1) Le 24 juin, on avait donne au théâtre Mercadante. de Naples, la première re-\nprésentation de Romilda de 'Bardy, opéra sérieux, paroles de M , musique de\nM. Dell' Orefice."}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "139", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.52", "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nCORRESPONDANCE\n\nC\n18, 19 et 20 juillet 1874\nES fêtes avignonaises, en souvenir de Pétrarque , sont\nterminées depuis hier soir, 20 juillet, et elles se seraient\nprolongées encore bien- avant dans la nuit, si la pluie\nd'orage qui a éclaté vers les dix et onze heures, n'était\nvenue interrompre les plaisirs du bal.\nJe puis donc aujourd'hui vous en faire mon rapport, si-\nnon oculaire, du moins auriculaire ; et, comme je m'y\nsuis engagé, d'ailleurs, en envoyant àla Chronique un résumé de ces trois\nbelles journées des 18, 19 et 20, j'en extrais tout ce qu'elles ont eu de musi-\ncal pour vous en former une sorte de peu digne de celles de Pé-\ntrarque à la vérité, mais que je ne vous expédie pas moins de Vaucluse, à\nson intention.\nJe commencerai par vous parler du bruit des clairons, des trompettes et des\nophicléides qui n'a cessé de m'assourdir et de me tympaniser depuis le samedi\n18 au matin, jusqu'au lundi 20 au soir, y compris le feu d'artifice qui a sa\nmusique aussi.\n« Troumpeto de la renoumado,\nSounas ! pople picas di xnan, etc. »\nAinsi débute la Cantadisso provençale, gravée et imprimée à Paris sous le\nnom de M. Aubanel, imprimeur d'Avignon, musique de G.-F. Imbert, qui\ncrie au peuple d'applaudir, en couronnant de lauriers le buste de Pétrarque,\nmais subsidiairement de poser sur la jolie tête de madame llose-Anaïs Rou-\nmanille, la nouvelle Laure avignonaise, une couronne d'olivier en argent,\nofferte par la Société archéologique de Béziers. lnutile de dire que cette\ngcnte dame est la femme légitime du libraire de ce nom»\n« Troumpeto de la renoumado,\nSounas ! »\nLa musique de cette pièce, genre cantate, avec chœur d'ensemble et chœur\nfinal, n'est pas sans mérite. Nous en tolérons de plus insign liantes à Paris"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "140", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.53", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nmême ; et si le maestro avignonais, simple professeur de musique dans son\npays natal, avait pu transporter son luth à la capitale de France, il aurait\ncertes bien pu y trouver son piédestal comme tout autre.\nNos abonnés auront, du reste, pu apprécier cette pièce remarquable dans\nnotre précédent numéro, où elle a figuré avec un beau frontispice, représen-\ntant la première rencontre de Pétrarque et de la belle Laure, le lundi 6 avril,\nSemaine Sainte de l'année 1327, dans l'église de Sainte-Claire d'Avignon.\nLe dimanche 19, dès huit heures, grand duo de beffroi entre les deux\ncélèbres bourdons de Notre-Dame-des-Dons et de l'hôtel de ville.\nUne grande tente, élégamment décorée, avait été dressée sur la place du\nPalais des Papes. C'est là qu'une grande messe en musique va être célébrée\nsous l'officiat de Mgr l'archevêque. Les meilleurs morceaux de nos plus\ngrands maîtres de la musique religieuse y sont exécutés avec pompe par les\nsolos et les chœurs du Petit Séminaire.\nM. le préfet, M. le maire, M. le chevalier Nigra, M. Minich de Padoue,\ndéputé du Parlement italien, M. Vallon, de l'lnstitut, M. Mézières, de l'Aca-\ndémie française, et toutes les autorités civiles et militaires, tous les délégués,\ntous les lauréats, la Société des félibres, à la tête desquels on remarque\nM. Mistral, M. Conti, membre de l'Académie de la Crusca de Florence,\nM. de Quintana, député de Catalogne aux Cortès espagnoles, et M. Bona-\nfoux, doyen de la-faculté des lettres d'Aix, etc. Tout le personnel de la fête\nétait là.\nLe soir de la même journée, une représentation, dite de gala, devait avoir\nlieu au théâtre, où l'on s'était proposé de monter Pétrarque, de M. Duprat,\ngrâce à la troupe, aux costumes et aux décors de cette pièce qui est actuelle-\nment en représentation à Marseille et à Toulon. Mais les exigences du direc-\nteur de Marseille, qui demandait 10,000 francs pour cet office de bonne\nfraternité, n'a pas permis ce complément de joie artistique ; et le gala\nmusical s'est borné à une représentation de la troupe du théâtre des Variétés\nde Paris.\nMaintenant, il faudrait bien vous parler aussi de la grande cavalcade,\ncomposée d'une douzaine de chars, dont je me dispense de vous faire la\ndescription, quoique presque chacun d'eux eût sa musique, car son principal\nbut était la Marche triomphale du couronnement de Pétrarque au Capitole.\nLa fraîcheur des costumes historiques était sans reproche et la musique des\nPontonniers s'y est fait remarquer par son ensemble parfait.\nA propos de musiques civiles et militaires, il faudrait bien vous parler un\npeu des concours qui ont eu lieu le lundi, 20 juillet, troisième et dernier\njour de la fête ; mais vous n'allez pas exiger que je passe ici en revue les\ninnombrables cuivres qui sont venus miroiter au soleil du Palais des Papes.\nDès huit heures du matin, sous la même tente où la messe en musique\navait été célébrée la veille, il est venu se réunir un assez bon nombre de\nmusiques dont voici la liste : Les Enfants de risle (Vaucluse) ; le Cercle\nphilharmonique, de Tarascon; la Fanfare de l'Avenir, de Carpentras; la\nmusique de Sorgues ; la Société philharmonique, du Barrous; VAvenir de\nSaint-Didier (Vaucluse); la musique de Saint-Just (Bouches-du-Rhône), et la\nmusique de^Barbentanes."}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "141", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.54", "texte": "VARIA\n\nLe prix d'Excellence a été décerné à la musique des Enfants de Vlsle-sur-\nSorgues.\nLa première division : premier prix, médaille d'or, décerné à la Société\nharmonique, de Sorgues. Deuxième prix, médaille d'argent, à la Fanfare\nde Carpentras.\nIl y a eu aussi concours de fifres et de tambourins, mais ces menus détails\nseraient trop longs pour la Chronique musicale. Bornons-nous donc là\n\nCharles Soullier.\n\nFAITS DIVERS\nLa Société des compositeurs de musique a adressé, à l'Assemblée natio-\nnale, un Mémoire éloquent sur l'état actuel de l'art musical en France, et sur\nles mesures à prendre administrativement pour remédier à sa décadence\nimminente, si l'on continue dans la voie suivie.\nL'importance de ce document nous en interdit la publication in extenso.\nLes extraits suivants donneront à nos lecteurs une idée de l'esprit qui a pré-\nsidé à cette revendication imposante, par le fond, la forme et le nom des\nsignataires parmi lesquels figurent en tête MM. A.-E. Vaucorbeil et Ambroise\nThomas, Henri Reber, Félicien David, Victor Massé, membres de l'lnstitut.\nLa partie de ce Mémoire, visant plus particulièrement l'Opéra et l'Opéra-\nComique, théâtres subventionnés, est ainsi conçue :\n« Il est un autre sujet, dont l'importance ne saurait être méconnue, et qui\ns'impose à l'attention de tous ceux qu'intéresse l'avenir de nos scènes ly-\nriques; nous voulons parler de la composition et du renouvellement des ré-\npertoires. Ici deux questions sont à considérer, l'une se rapportant à la con-\nservation des ouvrages des grands maîtres, qu'il est indispensable de ne pas\nlaisser oublier, et qui sont le patrimoine de la France musicale ; l'autre, se\nrattachant à la représentation d'ouvrages nouveaux, héritage que nous espé-\nrons laisser, à notre tour, à la génération qui doit nous suivre.\n« En ce qui concerne le répertoire consacré de l'Opéra et de l'Opéra-Co-\nmique, ce répertoire est à la fois, selon nous, beaucoup trop stationnaire et\nbeaucoup trop restreint. Dans le genre du grand Opéra, nous regrettons\nd'être obligés de constater la disparition complète de toutes les œuvres dont\nle succès, jadis universel, avait été consacré par le temps. Les classiques de\nla musique dramatique ne sont plus aujourd'hui qu'un souvenir, et jamais\nl'occasion ne nous est offerte de les entendre. Tandis que Corneille et Mo-\nlière, Racine et Regnard sont restés la gloire et l'honneur de la scène litté-\nraire, où ils sont toujours représentés, les grands compositeurs d'autrefois\nsont bannis de la scène musicale. Le répertoire de l'Opéra est cependant\nriche en chefs-d'œuvre, et il ne faudrait pas chercher beaucoup pour y trou-\nver des ouvrages dont quelques-uns exciteraient les applaudissements, on\npeut même dire l'admiration du public. Il est vraiment triste que la généra-\ntion présente soit condamnée à ne pas connaître un seul des ouvrages de\nLully, de Campra, de Rameau, de Destouches, ces pères de la scène lyrique"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "142", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.55", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nfrançaise, ni même une seule des merveilles enfantées par le génie des Gluck,\ndes Piccini, des Salieri, des Sacchini, des Gossec, des Lesueur, des Méhul,\ndes Cherubini, des Spontini, etc., etc.\n« Il en est de même pour notre vieil Opéra-Comique. On peut se demander\naussi ce qu'est devenue cette longue suite de chefs-d'œuvre, qu'on a vus se\nsuccéder depuis plus d'un siècle sur cette scène si nationale et qui étaient\ndus à ces grands artistes appelés Monsigny, Philidor, Grétry, Délia Maria,\nDevienne, Dalayrac, Berton, Nicolo, etc.\n« En les laissant dans l'oubli, on perd la tradition, et il devient fort difficile\nde les représenter convenablement. Nous demandons ce qui serait arrivé si\nla Comédie-Française eût agi à l'égard de nos poètes comme nos scènes ly-\nriques ont fait pour les grands musiciens? Il nous semble, qu'en présence\ndes sacrifices que s'impose si généreusement l'État, personne n'a le droit de\nréduire un répertoire à sept ou huit ouvrages, et, si cela peut se dire, de\nl'immobiliser comme on le fait depuis si longtemps. »\nLa Chronique musicale a toujours soutenu, dans la limite du possible, la\ncause qui va enfin être soumise au Corps législatif; et elle applaudit des deux\nmains aux termes de cette pétition qui se termine par les conclusions\nsuivantes :\n« En résumé, et ce qu'il est indispensable d'exiger des directeurs, c'est,\nd'une part, un répertoire roulant sur un nombre beaucoup plus considérable\nd'ouvrages connus, et renouvelés d'année en année, de façon que le public\nsoit mis à même de connaître et d'apprécier successivement les œuvres con-\nsacrées ; d'autre part, c'est une activité beaucoup plus grande en ce qui tou-\nche la représentation d'ouvrages nouveaux, de telle sorte que chacun ait sa\npart et puisse être joué, nos maîtres anciens comme ceux qui sont appelés à\nleur succéder. C'est à ces conditions que nos théâtres se relèveront, qu'ils\nreprendront en Europe le rang qu'ils ont malheureusement cessé d'y tenir au\ngrand détriment de notre pays, et que l'art musical français montrera qu'en\ndépit de nos malheurs, l'esprit national est demeuré chez nous plein de sève\net de vigueur. »\nLe Conseil municipal de Paris a adopté, dans sa séance de jeudi der-\nnier, le rapport présenté, à la demande de M. le préfet de la Seine, par\nM. Emile Perrin, sur la mise en adjudication de l'exploitation du Théâtre-\nLyrique. L'adjudicataire sera titulaire du bail pour douze ans. Il sera libre\nd'exploiter tous les genres ; il aura la jouissance des décors et partitions de\nl'ancien théâtre, dont la valeur s'élève à 40 ou 50,000 francs, et bénéficiera\npour les frais d'éclairage, qui seront à sa charge, des avantages stipulés au\nprofit de la Ville pour l'éclairage des édifices municipaux. La Ville de Paris,\npour se payer des loyers qui lui seront dus, aura le droit d'effectuer chaque\njour un prélèvement de 15 p. 100 sur la recette brute, sauf, si le prélèvement\nétait insuffisant, à réclamer de l'adjudicataire le complément de ces loyers à\nl'expiration de chaque trimestre. La mise à prix est de 70,000 francs. Pareille\nsomme devra rester en dépôt, comme cautionnement, pendant toute la durée\ndu bail. La date de la mise en adjudication n'est pas encore fixée; elle ne le"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "143", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.56", "texte": "VARIA\n\nsera définitivement que le jour où l'architecte chargé de la reconstruction\naura dit formellement à quelle date il pourra livrer le théâtre. Il peut être\nprêt à la fin de septembre. Le dernier crédit de i 50,000 francs accordé par le\nConseil municipal suffira amplement pour terminer les travaux.\nNous lisons dans la Galette musicale :\n« M. Edmond Neukomm a publié, dans le dernier numéro de 1 a Chro-\nnique musicale, un amusant article sur la fameuse enseigne du Postillon de\nLonjumcau, dont les Bavarois s'étaient emparés pendant l'occupation de ce\n\\illage et qu ils avaient triomphalement emportée à Munich.\n« Actuellement, elle figure avec honneur dans le magasin des accessoires\ndu Théâtre Royal de cette résidence, dit en terminant M. Neukomm, ou,\npour être plus exact, le caporal bavarois Ferdinand Rittinger, dont M. Neu-\nkomm se dit le simple et fidèle traducteur. Nous pouvons ajouter, comme\népilogue à cette petite narration, qu'aujourd'hui l'enseigne du Postillon de\nLonjumcau est revenue prendre la place qu'elle n'aurait pas dû quitter. Elle\na été restituée a 1 aubergiste il y a quelques mois, et, détail qui va paraître\nbien invraisemblable, cet envoi était accompagné d'un billet de cen\nfrancs, offert à titre de dommages et intérêts. »\n\nNOUVELLES\n\nARIS. Opéra. M. Félicien David travaille, en ce moment, à un\ngrand opéra en trois actes intitulé : Vlndieiet qui serait destiné au\ngrand Opéra.\nM. Menu remplace M. Gailhard dans le rôle du pope Paulus, de V Es-\nave, de M. Membrée.\nMalgré le talent qu'y déploie M. Gailhard, la voix de basse grave, parfai-\nement caractérisée de M. Menu, nous semble plus propre à lui rendre le\naractère sacerdotal que lui a imprimé l'auteur.\nOpéra-Comique. Les études du Pardon de Ploermel continuent. On sait\nque cet opéra servira de rentrée à mademoiselle Dalti. Les décors et\ncostumes seront neufs.\nCJidtelet (Opéra populaire). La direction vient d'engager, pour remplir\nle principal rôle du Paria de M. Membrée, le ténor Prunet, qui débuta assez\nmalheureusement à l'Opéra, il y a deux ans, dans le rôle de Faust.\nMademoiselle Lhéritier, ancienne pensionnaire de TOpéra-Comique, vient\naussi d'être engagée comme première chanteuse,"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "144", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740801-01.1.57", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\nî ans.— Imprimerie Alcan-Lévy, rue de Latayette, 61»\nPropriétaire-Gérant : HEU\n\nRenaissance. Voici la distribution exacte des principaux rôles de Girojlé-\nGirofla :\nLe marquis Boléro dy Alcaraza , MM. Pradeau\nMarasquin Puget\nMursouck Vauthier\nGiroflé-Girotia JVlmes Granier\nLa marquise Alphonsine\nChat eau-d'Eau. Le Treizième coup de minuit, légende lyrique en dix\ntableaux, rouvrira, le ler septembre prochain, les portes du théâtre. Il sera\njoué par :\nRapoil MM. Cabel\nBaudibreda Dailly\nArpad Gobin\nBatrosky Leriche\nCorin Pescheux\nChef du sabbat Pauly\nMathunezzi M.ontval\nBethléem Linguet\nGabori Febvre\nWaic Anatole\nLéonore Mmes Bressolles\nSarolta Suzanne Thaï\n\nPour l'article Varia:\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}