{"numero_id": "bm-bmtnabc-1874-09-01-01", "volume": "bmtnabc_1874-09-01_01", "ocr_sha256": "903e535be35a87a67a386fed7d11f3252bd9e58addc0e8c2128910d6a8ce6264", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabc/issues/1874/09/01_01/bmtnabc_1874-09-01_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabc/issues/1874/09/01_01/bmtnabc_1874-09-01_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabc-1874-09-01-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-09-01_01#c001", "volume": "bmtnabc_1874-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "[193]", "page_fin": "202", "image_debut": 1, "image_fin": 10, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.2.1", "titre_corps": "VOLTAIRE LIBRETTISTE", "titre_sommaire": "VOLTAIRE LIBRETTISTE", "signature_source": "CH. BARTHÉLEMY", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[193]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.1", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 782, "texte": "VOLTAIRE LIBRETTISTE\n\n(1732-1769)\nOLTAIRE, qui, d'une main plus ou moins\nheureuse, voulut toucher à tous les sujets,\ndepuis la théologie jusqu'aux petits vers, en\npassant par la philosophie, la linguistique,\nl'histoire, le poème épique et le théâtre, ne\npouvait oublier l'opéra ou la tragédie lyrique,\ncomme on l'appelait, avec juste raison, au\nsiècle dernier. Si ce fut par un goût bien mar-\nqué pour ce genre illustré par Quinault, ou par\njalousie des lauriers que Roy, Cahusac, labbé Pellegrin et autres, ses\ncontemporains, recueillaient sous ses yeux, il n est pas difficile de choi-\nsir l'explication vraie, la seule réelle de cette entreprise de Voltaire sur\nun terrain où il devait trébucher dès les premiers pas et enfin échouer\ncomplètement j nous verrons bientôt pourquoi."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "194", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.2", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2503, "texte": "Déjà, deux ans avant sa première tentative de libretto d'opéra,—dans\nsa préface d'Œdipe, il traçait ainsi la théorie qu'il s'était faite du\ngenre difficile qu'il allait aborder, envers et contre Apollon ;\n« L'Opéra dit-il est un spectacle aussi bizarre que magnifique, où les\nyeux et les oreilles sont plus satisfaits que l'esprit, où l'asservissement à\nla musique rend nécessaires les fautes les plus ridicules, où il faut chanter des\nariettes dans la destruction d'une ville et danser autour d'un tombeau ;\noù l'on voit le palais de Pluton et celui du Soleil; des dieux, des démons, des\nmagiciens, des prestiges, des monstres, des palais formés et détruits en un\nclin d'œil. On tolère ces extravagances, on les aime même, parce qu'on est là\ndans le pays des fées ; et pourvu qu'il y ait du spectacle, de belles danses, une\nbelle musique, quelques 'scènes intéressantes, on est content. Il serait aussi\nridicule d'exiger dans Alceste l'unité d'action, de lieu et de temps, que de\nvouloir introduire des danses et des démons dans Cinna et'dans Rodogune. »\nAprès un tel tableau et un pareil aveu des difficultés, des conditions\net des bizarreries du genre lyrique, il y a lieu de s'étonner que Voltaire\nse soit lancé dans une entreprise, pour laquelle évidemment il ne se sen-\ntait pas un goût déterminé ou au moins une sympathie suffisante.\n« Qu'allait-il faire dans cette maudite galère ? » eût dit Molière, en\nvoyant Voltaire s'embarquer dans une aventure où lui-même se déclara\ninsuffisant, en s'adjoignant le grand Corneille d'abord, puis d'autres\npoètes.\n« Les vers bons à mettre en chant, » comme disait- Boileau (qui avait\néchoué dans un essai lyrique et que La Fontaine n'avait pas impuné-\nment affronté), ces vers, coupés pour les exigences de la musique, de-\nvaient aussi être une pierre d'achoppement pour Pauteur de la Hen-\nriadeet il resta longtemps meurtri d'une première chute « accompagnée\nde plusieurs autres, » traînant jusqu'au tombeau la longue chaîne de\nses illusions et de ses espérances cruellement trompées.\nI\nSAMSON (1732)\nCe tut entre ses deux tragédies d'Eriphyle (7 mars 1732) et de Zaïre\n(septembre de la même année), représentées avec des fortunes diverses,\nque Voltaire produisit le libretto de Samson, opéra en cinq actes. « Ex-\ncusez du peu ! » eût dit Rossini, qui avait eu à lutter contre les rimes\nrebelles du Guillaume Tell, de M. de Jouy, lequel n'eut guère de com-\nmun avec l'auteur delà Henriade qu'un goût malheureux pour le genre\nlyrique."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "195", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.3", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2714, "texte": "Samson était composé dès i73i. Voltaire, dans sa lettre à Thieriot\n(du icr décembre de cette année), cite un menuet de huit vers qui devait\ns y tiouver. Ce ne fut qu'en 1746 que ce libretto parut au jour; l'a ver-\ntissement placé en tete de ce poème s'exprime ainsi :\nm,«CneL°iléra qU'°n u°nne au Public> avait été mis en musique, il y a quel-\nl'Fnrn!frvPPar.ar \"n homme reconnu pour un des plus habiles musiciens de\nà toutes Îps qUI S °PP.osent quelquefois au progrès des arts comme\nà toutes les autres entreprises, privèrent Pans de cette musique. »\nL accent de vanité qui domine dans ces quelques lignes vaut la peine\nd'être noté et relevé; en résumé, si l'on avait attendu la représentation\nde Samson pour faire progresser le genre lyrique, on se fût exposé à u ne\nassez dure déconvenue.\nLe meme avertissement reparut, avec des variantes, dans l'édition de\n1752.\n«M. Rameau y lit-on le plus grand musicien de France, mit cet\nopéra en musique vers 1 an 1732. On était prêt de le jouer, lorsque la même\ncabale qui depuis fit suspendre les représentations de\ntisrne, empccha qu on ne représentât l'opéra de Samson.\n« Le musicien employa depuis presque tous les airs de Samson dans d'au-\ntres compositions lyriques, que l'envie n'a pas pu supprimer.\n«On publie ce pocime, dénué son plus grand charme, et 011 le donne\nseulement comme une esquisse d'un genre extraordinaire. C'est la seule\npourSlt?e]SHe>)Fe imPression d'un ouvrage fait plutôt pour être chanté que\nDans cette nouvelle version de l'avertissement, Rameau n'est plus\n« reconnu pour un des plus habiles musiciens de l'Europe, » il est (et\nc est encore assez magnifique) « le plus grand musicien de France. »\nQuant à la soi-disant cabale qui s?opposa aux représentations de\nSamson et 1 engloba dans la même interdiction que Mahomet, elle n'a\njamais existé ; seulement, à une époque où il y avait une religion d'Etat,\nhautement reconnue, les audaces d'interprétation de la Bible dans Sam-\nson furent assimilées aux déclarations révolutionnaires qui émaillent le\nMahomet du même auteur. Mais Voltaire donnait assez volontiers le\nnom de cabale et de complot à tout acte de justice contre les doctrines\nsubversives dont il se faisait trop souvent l'interprète et le vulgarisateur.\nRameau, comme plus d'un compositeur de ce temps-ci, Rossini en\ntête, employa ailleurs ses bonnes inspirations, et c'est ainsi que la\nplus grande partie de la musique de Samson passa dans le Zoroastrei\nde Cahusac (1749), devenu dès lors, pour ce fait, la bête noire de Vol-\ntaire. Ainsi, Paris ne fut nullement privé des mélodies de Rameau ; la\ncapitale évita l'ennui du libretto de Samson, voilà tout; mais c'était\nbien quelque chose, il faut en convenir."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "196", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.4", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1870, "texte": "Le librettiste annonce son œuvre, parodiée de la Bible, comme\n« l'esquisse d'un genre extraordinaire. » Hum ! voilà de la modestie\nbien discutable, et cet ouvrage ne nous semble guère plus fait pour être\nlu que pour être chanté. Ceci nous rappelle le mot de Figaio a propos\nde l'opéra comique : « Ce qui ne vaut pas la peine d êtie dit, on le\nchante. » Mais les rimes de Samson valaient-elles bien la peine d'être\nchantées ?... That is the question. Qu'on en juge par cette citation de la\nfin du premier acte du susdit libretto. Voici ce que le héros hébreu de-\nvait chanter, une sorte de Marseillaise avant la lettre i\nPeuple, éveille-toi, romps tes fers,\nRemonte à ta grandeur première,\nComme un jour Dieu, du haut des airs,\nRappellera les morts à la lumière\nDu sein de la poussière!\nEt ranimera l'univers.\nPeuple, éveille-toi, romps tes Jers,\nLa Liberté t'appelle ;\nTu naquis pour elle;\nReprends tes concerts.\nPeuple, éveille-toi, romps tes fers,\nL'hiver détruit les fleurs et la verdure ;\nMais du flambeau des jours la féconde clarté\nRanime la nature\nEt lui rend sa beauté ;\nL'affreux esclavage\nFlétrit le courage ;\nMais la Liberté\nRelève sa grandeur et nourrit sa fierté.\nLiberté ! Liberté !\n11 est probable que Rameau, qui se vantait, on le sait, de mettre\nen musique tout, jusqu'à la Gazette même,— recula devant ces vers\nduriuscules otx ni la rime ni la raison ne sont satisfaites, en dépit du\nvers, resté proverbial, de Boileau :\nLa raison dit Virgile ; Quinaut.\nQuoi qu'il en soit, cette emphatique litanie en l'honneur de la liberté\nne fut pas perdue ; lors de la translation des cendres de Voltaire au\nPanthéon, le 10 juillet 1791, le cortège funèbre, sorte de mascarade an-\ntique, s'arrêta devant les Tuileries et y chanta ce chœur, mis en musique\npar GosseC) plus intrépide que Rameau. La liberté exige parfois de rudes\nsacrifices..."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "197", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.5", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2472, "texte": "Comme nous Pavons déjà dit : dès 1731, Voltaire et Rameau travail-\nlaient ensemble à mettre, tant bien que mal, sur ses pieds le héros\nhébreu. Le ier décembre iy3i, le librettiste écrivait de Paris à son féal\nThieriot :\n« Quand Orphée-Rameau voudra, je serai à son service. Je lui ferai airs et\nrécits, comme sa Muse l'ordonnera. »\nParmi ces airs à mettre en musique, on jugera, par un échantillon de\nchoix, de ce que devait être le reste :\nLe vrai bonheur\nSouvent dans un cœur\nEst né du sein de la douleur.\nC'est un plaisir\nQiiun doux souvenir\nDes peines passées ;\nLes craintes cessées\nFont renaître un nouveau désir.\nQuelle poésie de flûte à l'oignon ! Décidément, à côté de Voltaire,\nM. Scribe est un poète lyrique de haute volée. Mais le librettiste était\ntellement persuadé de la bonté de son œuvre , qu'il ajoutait ces paroles\nincommensurables :\n« Quand Rameau voudra faire jouer Samson, il faudra qu'il tâche\nd'avoir quelque examinateur au-dessus de la basse envie et de la petite\nintrigue d'auteur... »\nMoins de deux ans après ceci, le collaborateur de Rameau semble\ns'être rendu justice; je dis semble, parce qu'avec Voltaire on ne sait ja-\nmais bien quand il est sérieux ou quand il ne l'est pas; c'est une presque\nperpétuelle grimace que cet homme-là. Enfin, voici ce qu'il écrit à\nBerger (novembre 1733) :\n« J'ai fait une grande sottise de composer un opéra ; mais l'envie de\ntravailler pour un homme comme M. Rameau m'avait emporté. Je ne son-\ngeais qu'à son génie, et je ne m'appercevais pas que ie mien (si tant est que\nj'en aïe un), n'est point fait du tout pour le genre lyrique. Aussi, je lui man-\ndais, il y a quelque temps, que j'aurais plus tôt fait un poëme épique que je\nn'aurais rempli des canevas. Ce n'est pas assurément que je méprise ce genre\nd'ouvrage: il n'y en a aucun de méprisable; mais c'est un talent qui, je crois,\nme manque entièrement. Peut-être qu'avec de la tranquillité d'esprit, des\nsoins et les conseils de mes amis, je pourrai parvenir à faire quelque chose de\nmoins indigne de notre Orphée ; mais je prévois qu'il faudra remettre 1 exé-\ncution de cet opéra à l'hiver prochain. Il n'en vaudra que mieux et 11 en sera\nque plus désiré du public. Notre grand musicien, qui a sans doute des\nennemis en proportion de son mérite, ne doit pas être fâché que ses rivaux\npassent avant lui. Le point n'est pas d'être joué bientôt, mais de réussir. 11\nvaut mieux être applaudi tard que d'être sifflé de bonne heure. »"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "198", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.6", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2749, "texte": "Les quolibets accumulés à la fin de cette lettre déguisent mal le pro-\nfond dépit de son auteur; voici ce qui venait de se passer : Rameau ne\npouvant rien tirer du libretto de Samson et voulant enfin se produire\nsur la scène lyrique, avait accepté de Pabbé Pellegrin, mis en musique,\nfait enfin recevoir et jouer avec succès l'opéra tfHippolyte et Aricie\n(icr octobre 1733). A un mois de distance, le souvenir de ce déboire pour\nVoltaire datait à peine d'hier. Il écrivait, dès le 27 septembre , à Gide-\nville :\n« Les paroles sont de l'abbé Pellegrin, et dignes de l'abbé Pellegrin.\nLa musique est d'un nommé Rameau, homme qui a le malheur de savoir plus\nde musique que Lulli. C'est un pédant en musique; il est exact et ennuyeux.»\nVoilà de la critique musicale bien sommaire. Ah ! M. de Voltaire, —\neût-on pu lui dire, -— vous êtes orfèvre, « c'est-à-dire un librettiste\nmalheureux. »\nDonc, Voltaire n'avait pas pour unique intention, en offrant Samson\nà Rameau, de faciliter l'entrée du musicien à l'Opéra. Et quel dépit\ndans ces mots: « un nommé Rameau, » succédant si brusquement à\n« notre Orphée ! » Quelle dissonnance non préparée et encore moins\nrésolue !...\n•\nCependant, faisant contre fortune bon cœur, Voltaire écrit encore à\nBerger (mai 1734) :\n« Vous, monsieur, qui êtes le très digne secrétaire d'un prince qui veut\nbien être à la tête de nos plaisirs ( Victor Amédée de Savoie, prince de Cari-\ngnan, directeur de l Opéra), faites-moi, je vous prie, l'amitié de me mander\nquand il faudra lui envoyer les paroles de Samson. Je n'ai fait cet ouvrage par\naucun autre motif que par celui de contribuer de fort loin à la gloire\nde M. Rameau et de servir à ses talents, comme celui qui fournit la toile et\nle chevalet contribue a la gloire du peintre. Mais quoique je ne joue qu'un\nrôle fort subalterne dans cette affaire, cependant je voudrais bien n'avoir\naucune difficulté à essuyer et pouvoir compter personnellement sur la pro-\ntection de M. le prince de Carignan, soit pour la manière dont cet opéra sera\nexecute, soit pour l'examen des paroles. »\nToujours la même allégation!... Il a voulu fournir un livret à Ra-\nmeau ; mais ce qui l'inquiète le plus, c'est de savoir si le public entendra\nses rimes sous une musique quelconque. Une anecdote de parolier, qui\nnous revient à la mémoire, complète (ce nous semble) la pensée toute\npersonnelle de Voltaire : un jour, c'était dans sa vieillesse, l'auteur des\n/\nDeux-Gendres, Etienne, assistait à un concert où l'on exécutait un air\nde Joconde, un de ses livrets mis en musique par Nicolo, 011 sait avec\nquel succès. L air s achève au milieu des applaudissements; Étienne\nîayonnait démotion. « Ah ! (dit-il à un de ses voisins) , on vient de\nchanter de mes paroles. »"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "199", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.7", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2464, "texte": "Voltaire eût dit, ou tout au moins éprouvé même chose, à l'audition de\nson Samson ; mais il n'eut pas ce bonheur tant et si ardemment et si\nlongtemps désiré.\nLa même année (1734) et le même Berger sont témoins de cette petite\nconfidence qui vaut son pesant de vanité... lyrique :\n« M. Rameau n'a point d'ami ni d'admirateur plus zélé que moi, et si dans\nma solitude et dans ma vie philosophique je retrouve quelque étincelle de\ngénie, ce sera pour le mettre avec le sien. »\nN'est-ce pas ineffable?... Mais où Voltaire est inimitable, c'est lors-\nqu'il veut parler musique ; écoutez ceci :\n« On dit que dans les Indes l'opéra de Rameau (les Indes galantes) pour-\nrait réussir. Je crois que la profusion de ses doubles croches peut révolter les\nLullistes ; mais, à la longue, il faudra bien que le goût de Rameau devienne\nle goût dominant de la nation, à mesure qu'elle sera plus savante. Les oreilles\nse forment petit à petit. Trois ou quatre générations changent les organes\nd'une nation. Lulli nous a donné le sens deVouïe, que nous n'avions point;\nmais les Rameau le perfectionneront. Vous m'en direz des nouvelles dans\ncent cinquante ans d'ici. »\nVoltaire n'a pas été meilleur prophète que librettiste, et\nSon oracle est moins sur que celui de Calchas.\nEt de se raccrocher de plus belle à sa planche de salut, c'est-à-dire à\nson libretto biblique :\n« Je ferai de Samson tout ce qu'on voudra ; c'est pour Rameau, c'est pour\nsa musique mâle et vigoureuse que j'avais pris ce sujet. «\nEst-ce bien vrai, ou plutôt n'est-ce pas pour faire son Armide, comme\nQuinault la sienne, sauf qu'il y a un abîme entre les deux librettistes?...\nSerrant toujours de près Rameau, dont il a peur de subir l'abandon,\n%\nVoltaire l'accable de compliments et de flagorneries :\n« Orphée-Rameau a bien raison de croire que Samson est le chef-d'œuvre\nde sa musique ; et, quand il voudra le donner, il me trouvera toujours prêt à\nquitter tout pour rimer ses doubles croches. »\nSes doubles croches!... il y tient décidément. Ceci semble indiquer\nque Rameau composait d'abord sa mélodie , sous laquelle Voltaire\najustait tant bien que mal, — plutôt mal que bien, — ses versicules ;\nce qui expliquerait le rocailleux des qu'il commettait et dont\nnous avons déjà cité deux exemples.\nReprenant son libretto au point de vue littéraire et scénique, l'auteur\ndéfend pied à pied les caractères qu'il y a mis, surtout celui de Dalila ,\nsort ede contrefaçon maladroite d'Armide."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "200", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.8", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3084, "texte": "« Je n'entends pas trop— écrit-il à Thieriot (de Cirey, le 25 décembre 1735)\n— ce qu'on veut dire par une Dalila intéressante. Je veux que ma Dalila\nchante de beaux airs, où le goût français soit fondu dans le goût italien. Voilà\ntout l'intérêt que je connais dans un opéra. Un beau spectacle bien varié, des\nfêtes brillantes, beaucoup d'airs, peu de récitatifs, des actes courts, c'est là\nce qui me plaît. Une pièce ne peut être véritablement touchante que dans la\nrue des Fossés-Saint-Germain (à la Comédie-Française). — Phaéton, le plus\nbel opéra de Lulli, est le moins intéressant.\nJe veux que le Samson soit dans un goût nouveau; rien qu'une scène de\nrécitatif à chaque acte, point de confident, point de verbiage. Est-ce que\nvous n'êtes pas las de ce chant uniforme et de ces eu perpétuels qui termi-\nnent, avec une monotonie d'antiphonaire, nos syllabes féminines? C'est un\npoison froid qui tue notre récitatif. Mandez-moi sur cela l'avis de Pollion\n(M. La Fopelimère) et de Bernard (Vauteur du libretto de Castor et Pollux). »\nGoût nouveau, on va voir ce que cela veut dire. « Il faudra, — écrit-il\nau même Thieriot, à un mois de distance, — il faudra obtenir un exa-\nminateur raisonnable, qui se souvienne que Samson se joue à l'Opéra et\nnon à la Sorbonne. » ce que Voltaire appelle un « nouveau genre\nd'opéra, » c'est le droit d'insulter impunément en plein théâtre l'objet\nde la foi des chrétiens, en travestissant les récits bibliques. Singulière\nfaçon d'entendre, d'enseigner et -surtout de pratiquer la tolérance reli-\ngieuse !...\nIl semble que pour lui Samson fut son hégire ; il en parle avec fana-\ntisme et s'obstine à vouloir l'imposer quand par force, s'il le faut,\nà l'Opéra et au public. Et pour combler la mesure du ridicule, écoutez-\nle donnant des conseils à Rameau, par l'intermédiaire de son séide Thie-\nriot; c'est du dernier plaisant et à la fois d'une rare outrecuidance :\n« Je réponds à M. Rameau du plus grand succès, s'il veut joindre à sa belle\nmusique quelques airs dans un goût italien mitigé (?). Qu'il réconcilie l'Italie\navec la France. Encouragez-le, je vous prie, à ne pas laisser inutile une\nmusique si admirable. »\nC est inouï, insensé, sans logique... Et d'abord, qu'est-ce qu'wn goût\nitalien mitigé ? Où Voltaire avait-il entendu de la musique italienne ?\nIl en avait peut-être entendu parler; toujours le ouï-dire, comme pour\nl'hébreu et les langues orientales qu'il se vantait de connaître à fond, et\nsur lesquelles il déraisonnait d'une façon si bouffonne qu'on en pleure...\nde rire ! Rameau suivit le conseil de Voltaire , en ne laissant pas inutile\nsa musique; il la mit dans Zoroastre ; mais ce n'était pas là ce qu'avait\nvoulu dire son irascible librettiste, et Cahusac paya pour le musicien\nbien avisé. Ce pauvre Cahusac !...\nEn attendant que, treize ans après, Rameau encadrât la musique de\nSamson dans Zoroastre, le libretto biblique n'avançait guère ; le musi-\ncien doutait avec raison que le poème, traité de cette façon , pût être\naccepté ; il n'achevait rien. Quant à Voltaire, il tenait plus que jamais"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "201", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.9", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2931, "texte": "au plan que — disait-il, — il s'était toujours proposé. « Je m'étais\nécarté de la route ordinaire dans le poème, parce qu'il {Rameau) s'en\nécarte dans la musique. »\nIl fallut, bon gré mal gré, corriger le livret. Il paraît que madame du\nChâtelet, Y amie du poète, travaillait avec lui à ce bel ouvrage qui ne\ndevait jamais voir la lumière... de la rampe. Dans l'intimité, la vérité\nlui échappait, ou plutôt habitué à rire de tout, il se moquait lui-même\nde son œuvre ; ce que c'est que la force de l'habitude ! Il appelle quelque\npart son libretto : « Mes sottises philistines et hébraïques. » Et ailleurs :\n« Il y avait un certain contraste de guerriers, qui venaient présenter des\narmes à Samson et de p qui le retenaient, lequel faisait un effet\nfort profane et fort agréable. Si vous voulez , je vous enverrai encore\ncette guenille. » Oui, guenille, mais comme le bonhomme Chrysale,\nVoltaire eût volontiers ajouté :\nGuenille, si F on veut; ma guenille m'est chère.\nCes plaisanteries, d'un goût douteux, s'adressaient, dans l'intimité, à\nThieriot, au marquis d'Argenson et autres familiers ; mais lorsqu'il s'agit\nde livrer à la publicité ses opinions, Voltaire alors le prend de haut et,\n— par exemple, — dans sa Connaissance des beautés et des défauts de\nla poésie et de Véloquence dans la langue française, sorte de rhétorique\ndont tous les exemples sont tirés de ses propres ouvrages, il prononce ex\ncathedra les outrecuidantes assertions que voici :\n« Le plus grand mal de ces spectacles {les opéras), c'est qu'il n'y est presque\npas permis d'y rendre la vertu respectable et d'y mettre de la noblesse; ils\nsont consacrés aux misérables redites de maximes voluptueuses, que Ton\nn'oserait débiter ailleurs : la clémence d'Auguste envers Ginna, la magnani-\nmité de Cornélie ne pourraient y trouver place. Par quel honteux usage faut-\nil que la musique, qui peut élever lame aux grands sentiments, ne soit\nemployée parmi nous qu'à chanter des vaudevilles d'amour? Il est à souhaiter\nqu'il s'élève quelque génie assez fort pour corriger la nation de cet abus et\npour donner à un spectacle devenu nécessaire la dignité et les mœurs qui lui\nmanquent.\n« Il faut que l'opéra soit sur un autre pied pour ne plus mériter le mépris\nqu'ont pour lui toutes les nations de l'Europe.\n« Je crois avoir trouvé ce que je cherchais depuis longtemps dans le cin-\nquième acte de l'opéra de Samson. Qu'on examine avec attention les mor-\nceaux que j'en vais rapporter...\n« Que l'on compare à présent la force et l'harmonie d'une telle poésie avec\nles vers dont sont remplis les opéras qui ont parmi nous du succès, à\nla faveur de la musique. »\nJe sais bien que l'ouvrage d'où est tirée cette citation curieuse , —\npour ne pas dire davantage , — n'a pas paru sous le nom de Voltaire ;\nmais on sait depuis longtemps, à n'en pouvoir douter et par les nom-\nbreuses confidences de l'auteur à ses intimes, que ce livre est tout de"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "202", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.10", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2625, "texte": "lui. C'est se prodiguer l'encens à discrétion et sans craindre d'en être\nsuffoqué, si épaisse cependant qu'en soit la fumée !...\nDe 1736 à 1768, il n'est plus fait mention de Samson dans la corres-\npondance de Voltaire; il ne faut pas croire pourtant qu'il eût oublié son\nœuvre, d'autant mieux chérie qu'elle était assez mal venue, pour ne pas\ndire avortée ; cette fois encore c'est sur le ton de la bouffonnerie qu'il\nen parle incidemment à Ghabanon , auteur dramatique et musicien\nlui-même r\n« Quoi! vous songez à ce paillard de Samson et à cette p de Dalila? Et\nde plus, vous nous envoyez du beurre de Bretagne? Il faut que vous ayez une\nbelle âme !\n« Savez-vous bien que Rameau avait fait une musique délicieuse sur ce\nSamson? Il y avait du terrible et du gracieux. Il en a mis une partie dans\nl'acte des Incas, dans Castor et Pollux, dans Zoroastre. »\nCeci a été écrit au commencement de 1768, à une époque où Voltaire\nespérait encore tirer quelque parti de son libretto, sans doute en le trans-\nformant en tragédie. Comme Moncrif, lecteur de la reine et examina-\nteur de cette œuvre, ne lui avait pas été favorable pour la raison que\nnous avons déjà ditela parodie de la Bible 3 — le patriarche de\nFerney n'eut pas assez de foudres pour accabler, par lettre, son juge\nsévère. Voltaire prétend qu'on veut empêcher « qu'on ne mette des\ndoubles croches sur la mâchoire d'âne de Samson. »\nCette plaisanterie sur la mâchoire d'âne plaît tant à son heureux au-\nteur, qu'il la remet en œuvre dans la suite de la même lettre :\n« M. le duc de Choiseul n'est pas, je crois, musicien; c'est la seule chose\nqui lui manque ; mais je suis persuadé que, dans l'occasion, il protégerait la\nmâchoire d'âne de Samson contre les mâchoires d'ânes qui s'opposeraient à\nce divertissement honnête, ut est. Il faut une terrible musique pour ce\nSamson qui fait des miracles de diable ; et je doute fort que le ridicule\nmélange de la musique italienne avec la française, dont on est aujourd'hui\ninfatué, puisse parvenir aux beautés vraies, mâles et vigoureuses et à la décla-\nmation énergique que Samson exige... Par ma foi, la musique italienne n'est\nfaite que pour faire briller des châtrés à la chapelle du pape. Il n'y aura plus\nde génie à la Lulli pour la déclamation, je vous le certifie dans l'amertume de\nmon cœur. »\nIl y a loin de ce jugement sévère porté contre la musique italienne aux\néloges pompeux que l'on a lus ci -dessus ; mais Voltaire, qui ne sut\njamais garder de milieu ni de mesure en rien, était aussi outré dans la\npalinodie qu'il l'avait été dans l'éloge.\n(La suite prochainement.)\n\nCH. BARTHÉLEMY."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-09-01-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-09-01_01#c005", "volume": "bmtnabc_1874-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "203", "page_fin": "208", "image_debut": 11, "image_fin": 16, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.2.2", "titre_corps": "ANDRÉ PHILIDOR", "titre_sommaire": "ANDRÉ PHILIDOR", "signature_source": "ARTHUR POUGIN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 11, "page_imprimee": "203", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.11", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1590, "texte": "ANDRÉ PHILIDOR\n\nI'l\nIV\nHILIDOR fit suivre cet ouvrage d'une opérette peu im-\nportante : Y Huître et les Plaideurs, ou le Tribunal\nde la chicane, qui fut donnée à TOpéra-Comique le\n17 septembre 1759, et reprise au même théâtre,\navec des changements et des augmentations, le 13 août\n1761 (2).\nC'est à cette époque que se place l'heureux mariage de Philidor. Par\nune de ses cousines, une demoiselle Leroy ou Leroi, qui avait épousé le\n\n(1) Voiries numéros des i 5 juin et i 5 juillet.\n(2) Voici le titre exact de la seconde édition de la pièce imprimée : « L'Huître et\nles Plaideurs, ou le Tribunal de la chicane, opéra-comique en un acte, en prose,\nmêlé de morceaux de musique et vaudeville, représenté sur le théâtre de la foire\nSaint-Laurent en 1759 et 1761, par M. Sedaine, la musique de M. Philidor. »\nEt voici la préface de cette seconde édition : « Cette petite pièce, ou plutôt cette\nfarce a été représentée pour la première fois à la foire Saint-Laurent de l'année 1760\n(l'auteur se trompe de date) ; proposée, faite, mise en musique, apprise et repré-\nsentée en moins de dix-sept jours. Elle avait tous les défauts d'un ouvrage indi-\ngeste et précipité; cependant, le reproche le plus unanime fut son peu de durée. C'est\nce qui m'a décidé à l'étendre en y joignant des couplets, des scènes et des morceaux\nde musique qui couvrissent du moins l'irrégularité de l'ouvrage. Et de fait, un\nopéra-comique qui n'est point composé de scènes à tiroirs, et qui n'a ni amant, ni\nintrigue, ni mariage, ne peut guères tenir son succès que des charmes de la musique\net du mérite de l'exécution. »"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "204", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.12", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3038, "texte": "compositeur Richer, surintendant de la musique du duc d'Orléans, il se\ntrouvait déjà allié à la famille de cet artiste, dont le fils aîné, violon-\ncelliste distingué, était attaché à l'infant don Philippe, dont le second,\nvioloniste de talent, était à la Cour du duc de Parme 5 et dont le troi-\nsième acquit une grande réputation comme chanteur et fut une des\nétoiles du Concert spirituel ; il resserra cette alliance en épousant, le\ni 3 février 1760, la fille de Richer, qui devint elle-même une chanteuse\nremarquable, et qui obtint, ainsi que son frère, de grands succès au Con-\ncert spirituel. Cette union fut constamment heureuse, et Philidor n'eut\nqu a se louer de sa femme, qui lui survécut de quelques années (1).\nTrois semaines après son mariage, il donna son troisième ouvrage.\nCelui-ci parut, non plus à TOpéra-Comique, mais à la Comédie-Ita-\nlienne, et, chose assez singulière, les deux théâtres donnèrent, le même\njour (6 mars 1760), la première représentation de deux pièces tirées du\nmême sujet, d un conte de La Fontaine. Celle de la Comédie-Italienne,\nintitulée : le Quiproquo, ou le Volage fixé, était d'un nommé Moustou\npour les paroles, de Philidor pour la musique \\ celle deTOpéra-Comique,\nqui avait pour titre : les Troqiieurs dupés, avait pour librettiste Sedaine,\npour compositeur l'ltalien Sodi. Par un hasard encore étrange, Phili-\ndor, qui avait donné ses deux premiers ouvrages avec Sedaine, et qui\ns'était séparé de lui en cette circonstance, fut trahi par son collaborateur,\ntandis que Sedaine l'était par le sien. « Par un contraste singulier, lit-\non dans Y Histoire de Vopéra bouffon, tandis que les paroles du Volage\nnuisaient sur le théâtre des Italiens à la musique de M. Philidor, la\n\n(i) Voici quelques renseignements intéressants, que j'extrais de la notice publiée\ndans le Palamède :\n« Philidor a eu quatre sœurs et six frères.\n« Le treize février mil sept cent soixante, il épousa Angélique-Henriette-Élisabeth\nRicher, sœur du célèbre chanteur et professeur de chant de ce temps, dont\nM. Ponchard a encore reçu les leçons ; de cette union sont issus sept enfants, dont\ndeux, un fils et une fille, morts en bas âge ; il est donc resté à Philidor, et il a laissé\naprès lui quatre fils et une fille décédée au mois d'août 1825, âgée de cinquante ans,\ntrès jolie, charmante, et femme de Pradher, professeur de piano au Conservatoire,\nqui n'avait que dix-sept ans lorsqu'il l'épousa, elle en ayant vingt-huit. Pradher est\nmort il y a quelques années; sa femme, Élyse Philidor, seule des enfants du compo-\nsiteui, était musicienne. André-Joseph-Hélène Danican-Philidor, l'aîné et le der-\nnier (survivant) des quatre fils du célèbre compositeur et joueur d'échecs, ancien\nconseiller de préfecture et ancien membre du conseil général d'Eure-et-Loir, est\nmoit a laiib, rue de la Paix, g, dans sa quatre-vingt-troisième année, le vendredi\n6 juin 1845, à sept heures du soir. »\nAu sujet de la famille Richer, on peut consulter Laborde, qui donne sur elle des\nrenseignements très précis."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "205", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.13", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2643, "texte": "musique des Troqueurs dupés empêchait de réussir les paroles de\nM. Sedaine sur le théâtre de l'Opéra-Comique.\nPhilidor ne se fût pas découragé pour ce petit échec, dont, d'ailleurs,\non ne le rendait pas personnellement responsable. Il se remit aussitôt à\n1 œuvre, et retrouva la veine de son premier succès avec le Soldat magi-\ncien, joli petit acte, dont Anseaume, alors souffleur de la Comédie-Ita-\nlienne, lui avait fourni le livret, et qui fut donné à l'Opéra-Comique le\n14 août 1760. Mademoiselle Luzy, qui joua plus tard les soubrettes à la\nComédie-Française, y tenait le rôle de Crispin d'une façon charmante,\net trente-deux représentations consécutives n'empêchèrent pas cet aima-\nble ouvrage d'être fréquemment repris et de se maintenir pendant de\nlongues années au répertoire (1).\nRepienant sa collaboration avec Sedaine, Philidor donnait au même\nthéâtre, le 18 février un acte nouveau intitulé : le Jardinier et\nson Seigneur. La pièce était amusante et vive , la musique fort bien\nvenue, et le Mercure de France, en en constatant le succès, s'exprimait\nainsi sur le compte du compositeur : « En possession des suffrages\ndes amateurs de ce genre ( l'opéra-comique) M. Philidor en obtient\ntous les jours de nouveaux applaudissements ; et ces mêmes amateurs\ntrouvent qu il a rendu dans cette pièce des images que Ton n'avait pas\nencore osé risquer en musique. » Ce qui revient à dire que Philidor\ncontinuait son rôle de novateur, et s'inquiétait peu des critiques igno-\nrantes dont il était parfois l'objet.\nIl le pouvait sans inconvénient, car, à cette époque, il était sûr de\nlui-même, sûr de son talent; il se sentait assez fort pour imposer au pu-\nblic ses volontés, et cela est si vrai que, pendant près de dix ans, et\nquoiqu'il eût parfois maille à partir avec certains esprits récalcitrants,\nquoiqu'il se mît en lutte ouverte avec certaines routines d'oreille et qu'il\nheurtât, non sans combat, des habitudes reçues, on peut dire qu'il ne\nconnut pas un insuccès. Tom Jones à la Comédie-Italienne, Ernelinde\nà l'Opéra, soulevèrent bien quelques critiques, quelques protestations,\nquelques hésitations; mais, en fin de compte, le musicien parvint tou-\njours par désarmer ses et ces deux ouvrages, qui figurent\nparmi les plus importants de son répertoire, lui valurent aussi ses plus\ngrands triomphes.\n\n(1) Le sujet du Soldat magicien était tiré du Bon Soldat, comédie en un acte que\nDancourt avait extraite des Fous divertissants, comédie en cinq actes et en vers, dont\nles deux Poisson avaient eux-mêmes puisé le fond dans un conte d'Ouville. Le plan,\nmis en oeuvre par Anseaume, avait été tracé par de Serrières."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "206", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.14", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2566, "texte": "Trois écrivains s'étaient mis en quatre pour fabriquer un livret d'opéra-\ncomique en deux actes, qui devait être signé d'un seul d'entre eux :\nQuêtant (1). Ce petit ouvrage, tiré d'un conte de Boccace, le Revenant,\net qui avait pour titre : le Maréchal-ferrant, fut mis en musique par\nPhilidor, et représenté à l'Opéra-Comique, !e 22 août 1761, avec un\nsuccès encore inconnu dans les fastes de ce théâtre.\nLes biographes qui ont refusé à ce compositeur le don du charme et de\nla mélodie, ne connaissaient assurément pas cette œuvre savoureuse et\nsi bien venue, qui fourmille de motifs heureux, de chants élégants et\ngracieux. Dans le Maréchal, Philidor s'est montré tout à la fois musi-\ncien inspiré, harmoniste distingué et parfois hardi, instrumentateur\ntrès habile (2), en même qu'il déployait une gaieté franche, allant souvent\njusqu'à la bouffonnerie et une originalité piquante, sans être jamais gro-\ntesque. Je serais fort embarrassé de choisir les meilleurs morceaux de\ncette partition excellente ; j'en signalerai pourtant quelques-uns. Au\npremier acte, d'abord le trio de la dispute, qui est d'une facture très\nserrée, d'un rhythme franc, vif et vigoureusement accusé, et dont l'har-\nmonie, toujours très pure, est souvent fort élégante ; l'ariette qui suit :\nJe suis douce, je suis bonne, conçue volontairement sur un plan uni-\nforme et très original, et qui est pleine de malice et de finesse; l'air très\ncourt du maréchal : Je suis expert en médecine, morceau franc du col-\nlier, et dans lequel la largeur du style-fait ressortir encore le sentiment\ncomique ;le duo de Marcel et de La Bride : Premièrement, buvons, qui\nest une des meilleures pages de la partition et des plus franchement gaies,\navec ses harmonies ingénieuses et élégantes, ses imitations excellem-\nment employées. Ce n'est pas tout. L'air de La Bride :\nQtLand pour le gfand voyàge^\nMargot plia bagage...\ncité avec raison par divers biographes de Philidor, est très original ;\nPimitatiou avec la voix du bruit des cloches, tandis que le quatuor\nfait des gammes en à l'unisson et que les cors donnent des\n\n(1) » Quant au poëme, si c'en est un, le plan est de M. de Serrières, les ariettes,\ndont quelques-unes sont bien coupées, sont de M. Anseaume, et le reste de M. Quê-\ntant, qui s'est approprié le tout, sans doute avec le consentement des autres auteurs. »\n(Desboulmiers, Histoire de V Opéra-Comique.)\n(2) Je demande grâce pour ce néologisme, et j'espère qu'on me le pardonnera en\nfaveur d'une expression qui, quoique indispensable, manque à la langue musicale."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "207", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.15", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2254, "texte": "notes pleines et ouvertes, a un cachet de bizarrerie et de singularité des\nplus amusants. Enfin, le trio bouffe :\nQue voulez-vous?\nMonsieur le maréchal,\nqui termine ce premier acte, et dans lequel Bastien, racontant les souf-\nfrances de son âne, contrefait grotesquement les braiments de l'animal,\ntandis que les deux autres personnages l'imitent en se moquant de lui,\nest d'une couleur très comique. C'est là de la bonne, de la vraie bouffon-\nnerie musicale.\nAu second acte, l'air de La Bride :\nBrillant dans mon emploi,\nest chaudement et franchement écrit; son allure est gaie; son instru-\nmentation nourrie et colorée. L'air de Colin se fait surtout remarquer\npari excellent récitatif qui le précède. Enfin, toute la première partie du\ntrio :\nFripon9\nRépond;\nParle, dis quel est ton nom.\net qui n'est, jusqu'à l'arrivée de Colin, qu'un duo entre Eustache et\nMarcel , est traitée d'une façon supérieure; on voit que cela est écrit\npar une main habile et expérimentée; l'attaque en est ferme et vigou-\nreuse, le rhythme net et carré, l'instrumentation soignée et très savou-\nreuse, quoique laissant toujours entendre très distinctement les paroles.\nEn somme, la partition du Maréchal-ferrant est une œuvre supé-\nrieure, si 1 on considère surtout l'époque à laquelle elle a été écrite; elle\nbrille par le style, par la verve, par la facture, par l'instrumentation, et\nelle plaça Philidor au premier rang des compositeurs de cette époque,\ndont les ouvrages alimentaient le répertoire de l'Opéra-Comique, à côté\nde Duni et de Monsigny, dont il n'avait peut- être pas la grâce délicate\net touchante, mais qu'il égalait sous le rapport de l'inspiration, et aux-\nquels il était bien supérieur au point de vue du savoir et de la pratique\npure. Au reste, le public accueillit l'œuvre avec de véritables transports\nde joie, et lui fit un succès qui ne put être épuisé par cent représenta-\ntions, et qui ne l'empêcha point de rester pendant quarante ans au réper-\ntoire. Les annalistes s'accordent pour reporter sur le musicien l'honneur\nd'un tel succès : La pièce, en général, lit-on dans Y Histoire de\nVopéra bouffon, est conduite avec art : elle est écrite avec décence; mais\nsa pleine réussite semble principalement due à l'harmonieuse musique"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "208", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.16", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2249, "texte": "de M. Philidor. » Et Desboulmiers, plus explicite à ce point de vue, dit\ndans son Histoire de VOpéra-Comique : « Cet opéra-comique est un\ndes plus grands succès qu'on ait jamais vus sur le théâtre de la foire.\nL'on peut assurer, sans partialité, qu'il fut dû tout entier à l'excellente\nmusique, qui est de M. Philidor. • Cette fois, il y eut unanimité,\nquoique peut-être tout le monde n'appréciât pas complètement le génie\ndu musicien, car, quelques années plus tard, Framery, dans un article\ndont j'ai cité plus haut un fragment, rappelant les premières préventions\ndu public à l'égard de Philidor, disait, en parlant du Maréchal : ce Le\nMaréchal ramena tous les esprits, on en chanta toutes les ariettes (en\ncontinuant cependant de nier que l'auteur eût du chant, car les pre-\nmières impressions sont puissantes). Les auteurs adoptèrent ce nouveau\ngenre, qui n'était point celui de l'ltalie ; ses tournures de phrase, consé-\nquentes les unes aux autres, et qui ne tenaient rien du premier mélange,\nfurent le modèle sur lequel le génie des autres musiciens se forma. Ce\nchangement se fit sans qu'on s'en aperçût, sans même qu'on y pensât ;\non était bien éloigné de croire lui devoir quelque chose : à peine fit-on\nréflexion que sa manière était neuve, qu'elle n'était pas celle qui, jusqu'à\nce moment, avait été d'usage (1). »\nOn voit que parmi les contemporains de Philidor il s'en trouvait pour\nlui rendre justice, et pour admirer en lui un vrai grand artiste (2).\n(La suite prochainement.)\nNous donnons plus loin un autographe de François-André Danican\nPhilidor, que nous devons à l'obligeance de M. Danican Philidor, secré-\ntaire général de la préfecture du Doubs.\n\nARTHUR POUGIN.\n\n(1) On donna au théâtre de Nicolet une parodie du Maréchal-ferrant dont voici le\ntitre d'après la pièce imprimée : « Le Forgeron, opéra-bouffon meslé d'ariettes, avec\nun prologue, parodie du Maréchal, représenté pour la première fois en avril 1762,\npar la troupe du sieur Nicolet, sur le boulevard, par M. G. Delautel, premier violon\nde son orchestre.» (Paris, Hérissant, in-8, 1762). Ce Delautel,, artiste aujourd'hui\ncomplètement inconnu, avait écrit les paroles et la musique de ce petit ouvrage.\n(2) Journal de musique, etc., mai 1770."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-09-01-01-c014", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-09-01_01#c014", "volume": "bmtnabc_1874-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 17, "image_fin": 24, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.2.8", "titre_corps": "LE MARÉCHAL FERRANT (1761)", "titre_sommaire": "LE MARÉCHAL FERRANT (1761)", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.17", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 73, "texte": "LE MARÉCHAL FERRANT\n(1761)\nAIR DE LA BRIDE\nMusique de\nA. 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Bertrand grav:\n(54)\nImp: Arouy rue du Delta 26."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-09-01-01-c016", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-09-01_01#c016", "volume": "bmtnabc_1874-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "219", "image_debut": 29, "image_fin": 35, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.2.10", "titre_corps": "PEINTURES DÉCORATIVES DU FOYER DU NOUVEL OPÉRA", "titre_sommaire": "PEINTURES DÉCORATIVES DU FOYER DU NOUVEL OPÉRA", "signature_source": "VILLIERS DE L'ISLE-ADAM", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.29", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1335, "texte": "PEINTURES DÉCORATIVES\nDU\nFOYER DU NOUVEL OPÉRA\n\n/\nUJOURD'HUI nous nous sommes trouvés, à l'Ecole des\nBeaux-Arts, en présence d'une série de peintures con-\nçues par le même artiste, exécutées par lui seul, et\ndont l'élaboration n'a pas coûté moins de neuf ou dix\nannées de persévérance.\nIl y a neuf ans, en effet, un événement vint préoc-\ncuper le monde des peintres modernes; il s'agissait de représenter digne-\nment l'Art français dans un lieu qui, de sa nature, devait mettre l'œuvre\nsans cesse en lumière, le foyer du nouvel Opéra. Cette tâche venait\nd'être confiée à un jeune peintre, déjà presque célèbre par de brillantes\npromesses et par quelques toiles estimées, M. Paul Baudry. Or, de-\npuis ce temps, ce jeune homme, au su de tous les artistes, s'est confiné\ndans l'exécution de ce vaste ouvrage,et, aux dépens de bien des intérêts,\ns'est voué à la gestation exclusive de l'œuvre qu'il nous montre au-\njourd'hui.\nCette œuvre comprend trente-trois compositions, exécutées avec un\nsentiment d'unité qui en est le caractère principal. La dernière, le pla-\nfond même du foyer, n'est pas encore terminée à cette heure.\nAux deux extrémités de la première deux toiles, de dimensions\nexceptionnelles, représentent l'une le Parnasse et l'autre les Poètes.\nEntre ces deux tableaux sont exposées dix autres peintures et dix mé-\ndaillons."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "214", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.30", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2412, "texte": "Le Parnasse est un tableau conçu d'après les données allégoriques de\nla tradition grecque.\nApollon est descendu de son char céleste; les Heures tiennent les\nrênes des coursiers de lumière ; à la droite du dieu, les Grâces offrent la\nflèche d'ivoire et la «grande» lyre; au-devant, à quelque distance,\nMelpomène, en tunique de pourpre et cuirassée de bronze, se tient\nappuyée sur la massue d'Hercule. Clio convoque à la fête élyséenne les\ngénies de la Musique; Erato s'incline vers un personnage, sans doute\nHaydn ou Mozart; au loin, Mercure guide vers TEmpyrée un groupe de\ncompositeurs divins : Beethoven, Gluck, Lulli, Meyerbeer, Boiëldieu,\nRossini, d'autres encore, et la fontaine Hippocrène épanche son onde\nsacrée, son enthousiasme, sur la hauteur, aux pieds d'tJranie et de\nPolymnie,\nA droite, dans l'angle inférieur, le peintre, en manière de signature\ngénérale, n'a point jugé inopportun de nous offrir son propre portrait,\nentre celui de M. Charles Garnier, l'architecte du nouvel Opéra, et celui\nde M. Ambroise Baudry, dont le talent et les conseils ont été des\nplus appréciés, au point de vue architectural, dans la construction de\nl'édifice.\nLa grande composition opposée, intitulée : LES POÈTES, est le parfait\npendant de ce tableau.\nAu centre, dans le lointain azuré, Homère est debout, à l'ombre\ndes deux ailes, étendues sur sa tête, de l'immortelle Poésie. A sa droite,\nAchille s'élance héroïque, svelte, aux pieds légers, étincelant, comme le\ntype éclaireur des civilisations guerrières; à gauche, sont groupés\nAmphion, dont les chants savaient émouvoir jusqu'aux rochers; Hésiode,\nqui raconta la Nature et la gloire des Jours ; puis, le divin Orphée, à la\nlyre enveloppée d'un vol de colombes.\nCes deux peintures présentent des qualités d'exécution de premier\nordre. L'Allégorie, difficile dans les temps modernes, y transparait\nsimple et sans banalité. Les formes et les attitudes concourent au senti-\nment d'harmonie qui émane de ces groupes noblement conçus : la cou-\nleur totale, concentrée dans la première toile, sur la robe de la Muse tra-\ngique, et dans la seconde sur l'armure de TAtreïde, est d'une haute et\nsavante distinction. L'impression que laissent ces deux tableaux est\nexcellente.\nLes dix compositions, exposées latéralement, représentent les carac-\ntères traditionnels et les influences magiques delà Danse, de la Musique,\nde la Poésie et de la Beauté."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "215", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.31", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 2719, "texte": "La Mort d'Orphée est l'une de celles qui nous offre la plus parfaite\npureté de dessin.\nLa Bacchante, courbant la branche de pin, pour s'en former un thyrse\nmeui trier, est admirable, et sa tête, renversée en sa fureur fière, est d'un\nbeau sentiment. Orphée, nous paraît-il, n'est pas revêtu de la beauté de\ncet éphèbe inspiré que l'on imagine à son nom ; et les Ménades (dont\n1 une célèbie, par une danse cruelle, l'agonie du grand chanteur) n'expri-\nment peut-êtie pas toute la sincérité de 1 emportement qu'elles devraient\népi ou ver , mais il ya de telles élégances dans le ton et les lignes de ce\ntableau, qu il mérite, malgré cela, de chaleureuses félicitations.\nLa sainte Cécile, écoutant les harmonies de l'Art sacré, au fond d'un\nrêve mystérieux, paraît religieusement comprise. La vision, toutefois, est\ntrop distincte : les yeux de l'âme perçoivent des réalités, en effet, mais\nces réalités ont un caractère autre que celui de la chair et du sang, pro-\nprement dits.\nLa peinture de Murillo, celle même de Raphaël, se sont rapprochées\nsouvent de l'idéal à ce sujet. Est-il donc impossible aujourd'hui, sans\nrecourir à des moyens inférieurs, de pénétrer la lumière d'une apparition\nde cette couleur solennelle, inquiétante et terrible quelle nécessite?\nN'avoir à sa disposition qu'un grand talent ne suffit pas pour exécuter ces\nsortes de sujets.\nLes Corybantes exultant autour du berceau de Jupiter, l'églogue des\nBergers, les supplications d'Orphée, retenant l'ombre d'Eurydice, la\ndanse lascive de Salomé devant Hérode (toile des plus remarquables par\nla solidité du dessin, la vitalité des nus et des modelés, et parla bonne\ncouleur), le Saiil écoutant David, et cette superbe composition intitulée\nVAssaut, où les qualités de mouvement et de force sont absolument\nincontestables, où la précision du geste est si savamment étudiée et\nrendue, où le coloris, obtenu par des effets sobres et purs, est répandu si\nheureusement; toutes ces toiles, qui symbolisent les unes la musique\nsacrée ou guerrière, la pastorale, la puissance des accents enivrants,\nfurieux ou mystiques ; les autres, les danses de joie et de luxure, ou celles\nqui surgissent, hystériques, de l'ivresse mêlée àla mort; toutes ces\npeintures, disons-nous, procèdent d'un même sentiment, très sincère et\ntrès pur de Fart moderne, attestent une personnalité supérieure et, nous\nn'hésitons pas à le dire, une seule d'entre elles suffirait pour établir\nle talent et la conscience d'un vaillant artiste.\nLes deux tableaux, Marsyas vaincu et le Jugement de Paris,\nsemblent clore cette série symbolique : l'une en figurant le triomphe de\nl'art céleste sur l'art grossier, qui consiste à reproduire servilement les"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "216", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.32", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2583, "texte": "choses de la nature, et l'autre le triomphe de la Beauté idéale, but\nsuprême de l'Art lui-même.\nCe dernier tableau, qui présentait des difficultés de tout genre, nous\nparaît être le meilleur à cause de la prodigieuse élégance d'expression\nqu'il nous offre. La Vénus, sous cette affectation de modestie, symbolise\nparfaitement la pensée de l'artiste, et cette apparente ingénuité est un\ncharme artificiel et moderne qu'elle s'ajoute et que les Grâces ne sau-\nraient lui reprocher.\nLes dix médaillons qui représentent, avec des enfants aux têtes carac-\ntéristiques, l'Histoire de la Musique dans l'Humanité, sont composés\navec une recherche de simplicité, dans la couleur, qui dépasse parfois\nle but et qui les font ressembler à des grisailles. C'est là une tendance\naussi fatale que celle de pousser la couleur à outrance, en vue de sur-\nprendre un public irréfléchi. En craignant toujours d'user de la lumière,\non s'expose à éteindre absolument la couleur. Constatons cependant\nbeaucoup de franchise et de pureté dans la plupart de ces médaillons :\nl'un d'eux, surtout, Germania,nous a paru d'une inspiration charmante.\nDans la seconde Salle supérieure, ont été placés deux autres grands\nsujets, la Comédie et la Tragédie,entre lesquelles sont exposées les\nMuses, au nombre de huit seulement. La neuvième, Polymnie, n'ayant\npoint trouvé de place sur la cimaise.\nLa ravissante peinture représentant est très brillamment\nimaginée. Rieuse, Thalie (dont le visage veut rappeler celui d'une\naimable artiste parisienne, Mademoiselle Massin) vient de précipiter, à\ncoups de verges, des hauteurs du ciel, un faune grotesque, vieux et\nenflammé. Celui-ci tombe, recouvert, par endroits, de la peau de lion\ndont il s'était revêtu, et qui, par allégorie, le mord vigoureusement dans\nles hasards de cette chute. Le gouffre bleu, qui le reçoit, ne l'engloutira\npas assez vite pour qu'une flèche définitive ne l'atteigne pas à travers\nl'espace. Les Ris et les Jeux, dont l'un tient son arc bien tendu sur le\nmonstre, achèvent l'humiliation de sa déroute au milieu des rires d'une\njoie moqueuse. Toile délicieuse, où se révèlent des qualités de finesse\net de naturel, d'un goût élevé et original. Le raccourci du faune est\ndessiné de main de maître, et le coloris est d'une lumière très harmo-\nnieuse.\nLa composition opposée, La Tragédieest une œuvre remarquable,\nbien qu'inachevée, nous semble-t-il. La Pitié, blanche sous ses voiles\nde gaze noire, supplie dans une attitude abandonnée, du plus savant\neffet.\nLa Fureur se précipite avec une décision superbe. La couleur et la"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "217", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.33", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 2675, "texte": "valeur des groupes sont de premier ordre. Toile où la maîtrise d'un\nbeau talent se reconnaît dès le premier coup d'œii.\nEntre ces deux tableaux, la galerie des Muses offre un aspect des\nplus séduisants et des plus gracieux. Toutes sont des visages exquis,\nparmi lesquels les têtes d'Uranie et de Terpsichore nous ont paru de\nnature à ravir plus spécialement le regard. Les costumes, d'une oppo-\nsition de couleur riche et nouvelle, sont drapés avec une haute distinc-\ntion et un art parfait. Le lambeau de pourpre noué autour du front de\nThalie_, et qui rappelle le côté bohémien de ses enfants préférés, de\nceux qui vont par les routes sur le chariot de Thespis, est un effet\nmoderne des plus heureusement rendus. Les carnations, pour n'être pas\ncélestes, si l'on veut, sont toutefois bien éclairées et sévèrement peintes.\nVoilà l'Œuvre.\nFaut-il, maintenant, exprimer le sentiment personnel qu'elle nous\ninspire? Faut-il se déclarer au point de vue de l'Art suprême des grands\npeintres passés, présents et à venir? Faut-il, en un mot, cesser de juger\nen homme du monde et statuer sur ces toiles, d'une façon plus haute, en\nles éclairant du flambeau que toute intelligence éprise de lumière, d'en-\nthousiasme et de beauté, sent resplendir en e11e?... Il est difficile de\nle faire.\nToutes les fois, —et c'est le cas actuel, qu'il s'agit, après avoir\nexaminé avec conscience, de prononcer un verdict de quelque impor-\ntance sur un ouvrage, 1« Critique devrait être saisi d'un sentiment de\ndéfiance (non de lui-même), mais bien de l'expression qu'il sera con-\ntraint d'employer pour formuler son jugement.\nEn ce temps de nuances spirituelles, où les paroles ne parviennent\nque déformées par la diversité d'acceptions que chacun, suivant son tem-\npérament cérébral, leur attribue, il est devenu impossible à un artiste\nsérieux de dire tout uniment : « Ceci est bien, ceci est mal, » et de tran-\ncher, militairement, des questions devenues complexes.\nIl faut d'abord nettifier ce qu'on entend par ce bien et ce mal. Autre-\nment l'on s'expose, n'ayant pas tenu compte de ses auditeurs, à être\ncompris parfois au rebours de sa pensée et, le plus souvent, de travers.\nBref, dans la Babel des théories esthétiques modernes, il importe\nd'établir toujours, avant un prononcé quelconque sur une œuvre d'art,\nce que l'on entend soi-même par cet Art universel au nom duquel on\nprononce. Sinon, de quel droit pourrait-on accepter et faire reconnaître le\nmandat très grave, en toute circonstance, de juger quelque chose?\nTout lecteur doit d'abord réclamer d'un Critique ce que l'électeur\ncommence par réclamer de son député : savoir, une profession de foi"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "218", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.34", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2559, "texte": "claire et absolue, au nom de laquelle celui-ci peut être investi du droit\nde défendre, d'éclaircir, et de statuer.\nOr, en ces conjectures, voici la nôtre.\nLe Beau, c'est l'Art lui-même, la Vérité, la sanction, le but Hors\nlui, nous ne voyons plus que la Vie et ses non-valeurs intimes au-des-\nsus desquelles l'Art a précisément pour mission de nous élever sous peine\nde déserrer sa destinée.\nLe Beau n'a rien à faire avec le Joli, qui n'élève pas, qui ne grandit\npas. On peut enfler les lignes du Joli, on n'obtiendra pas de lui la plé-\nnitude; les dimensions d'une toile ne la feront pas plus étendue qu'elle\nn'est en réalité, et ce n'est pas de ce cette grandeur-là qu'il s'agit en\nmatière d'art. Une tête de cocotte sur un torse de Michel-Ange ne me\nreprésentera jamais une muse.\nQu'est-ce donc que le Beau véritable ? Et à quels signes le reconnaî-\ntre? Nous répondrons :« Si vous ne l'avez pas en vous-même, vous\nne le reconnaîtrez nulle part. »\ncomme l'eau claire, sans couleur,odeur ni saveur particulière. » Ceci\nveut dire que l'impression de beauté qui se dégage d'une œuvre d'art\nn'est subordonnée ni au sujet que représente cette œuvre, ni même aux\nqualités d'exécution qu'elle peut offrir.\nLe Beau est indépendant de ces contingences : il se manifeste par elles,\nmais il est, avant tout, dans l'âme de l'artiste et il baigne, pour ainsi\ndire, intellectuellement l'ensemble de l'œuvre en général.\nEn peinture, ce sentiment qui doit émaner d'une toile, n'est renfermé\nni dans le dessin, qui, suivant l'expression d'lngres, est la probité de\nl'Art, ni dans la couleur, qui est, selon la pensée de Delacroix, Pâme\nextérieure des choses. Il est l'impression que laisse, dans l'Esprit, la vue\nde la composition, dans son unité abstraite.\nLe Beau est de sa nature un et infini. Ses manifestations sont aussi\nmultiples que les étoiles du ciel. Tout sujet lui est bon ; tout moyen lui\nest possible; toute mèche peut brûler en ce flambeau pour produire la\nlumière. Les différents degrés d'intensité de cette lumière, qui asa corres-\npondance en chaque homme digne de ce nom, ne proviennent, dans les\nœuvres d'art où ils apparaissent, que des différents degrés de puissance\nconceptive et expressive dont sont douées les âmes des artistes : voilà\ntout.\nAinsi, lorsqu'en peinture, par exemple, la vue d'un tableau ne nous\ncause pas cette magique impression où la nature apparaît comme trans-\nfigurée par l'atmosphère idéale que l'Art seul peut répandre sur les choses,\nnous devons, quelles que soient les habiletés de main-d'œuvre et les"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "219", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.35", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 2538, "texte": "qualités diverses du peintre, nous prémunir contre l'Artiste qui l'a pro-\nduite, et faire nos plus grandes réserves touchant la véritable valeur de\ncette toile. L'impression que laisse, non le métier, mais le style de\nl'oeuvre, classe seule l'artiste en notre esprit.\nSi donc, fortement pénétré de ces convictions, et elles sont, en\nnous, inébranlables, nous entrons dans la Salle des Beaux-Arts pour\ny connaître l'Œuvre de M, Paul Baudry, le jugement que nous por-\nterons sur elle, d'après l'impression qu'elle nous laisse, sera le suivant :\nM. Baudry était certes, tant par la nature de son talent, la sincérité et\nla conscience de ses efforts, toujours chercheurs, que par les garanties\nde jeunesse et de mérite réel, progressif, qu'il offrait, l'un des peintres\nles plus dignes de recevoir la tâche qui lui a été confiée. Peut-être\nmême était-il le seul qui pût mener à aussi bien une telle mission.\nMais il a le malheur d'exister dans une période de l'École française,\ncelle qui commence, dont les tendances esthétiques, déjà pressenties\nen son œuvre, sont tout simplement déplorables au point de vue de l'Art\nmagistral. L'Enthousiasme sacré, sous l'appréhension de se compro-\nmettre en tant que distinction, est enchaîné dans le cœur de l'artiste\nmoderne. La Beauté réelle, profonde, qui seule a le droit de pénétrer\ndans le Sanctuaire, disparaît des conceptions générales, pour faire place\nà nous ne savons quelle grâce équivoque, où les plus riches talents se\ncomplaisent à cœur joie. Loin d'élever le niveau des meilleurs entende-\nments de la génération qui vient (selon le devoir unique de l'Art\nvéritable), l'impression qu'elle laisse ne peut qu'affadir l'énergie, glacer\nl'imagination et même entretenir un esprit de scandale contre les ten-\ntatives plus hautes vers la pure Beauté.\nNous ne pouvons pas reprocher à M. Baudry de manquer absolument\nde génie. Ce serait une mauvaise guerre. Nous nous bornerons à cons-\ntater la très fière élégance de son talent, sa souplesse acquise, et même\nune certaine noblesse artistique dans le goût général de ses compositions.\nMais nous constaterons aussi ce défaut grave, et même, selon nous,\ncapital, qui devait être évité dans une œuvre de l'importance et de la\nsolennité de la sienne : le manque de grandeur et, trop souvent, d élé-\nvation dans son œuvre accomplie. Ce défaut, qui éteint son style et en\npâlit toute la beauté, nous souhaitons vivement qu il sen sépaie à\nl'avenir, s'il est de la nature de ceux qui osent.\n\nVILLIERS DE L'ISLE-ADAM."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-09-01-01-c020", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-09-01_01#c020", "volume": "bmtnabc_1874-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "220", "page_fin": "224", "image_debut": 36, "image_fin": 40, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.2.11", "titre_corps": "LES ÉVENTAILS MUSICAUX", "titre_sommaire": "LES ÉVENTAILS MUSICAUX", "signature_source": "S. BLONDEL", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 36, "page_imprimee": "220", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.36", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1397, "texte": "LES ÉVENTAILS MUSICAUX\n\n'ÉVENTAIL , que la plupart de nos lectrices emploient\navec une grâce toute féminine pour agiter l'air et se\nprocurer un peu de fraîcheur, tient dignement son\nrang parmi les objets plus ou moins précieux qui ont\nrapport à l'art musical.\nEn effet, ce « sceptre de la beauté, » dont l'élé-\ngance n'a souvent de rivale que celle de la main qui l'agite ou le déploie,\nest d'une nature essentiellement artistique, et plus d'une fois ses déli-\ncates peintures ont, selon les temps, cédé la place à d'aristocratiques\nariettes ou à d'intéressants refrains populaires.\nC'est donc aux éventails que Ton doit la conservation de certains chants\nmondains ou patriotiques qui, sans eux , seraient restés ensevelis pour\njamais dans l'oubli.\nL'ltalie a vu naître, à la fin du dix-huitième siècle, la mode d'inscrire\ndes mélodies sur les éventails.\nAlors, lorsqu'un morceau d'opéra ou une obtenaient la\nfaveur du public, les éventaillistes s'empressaient d'en consacrer la vogue\nen les notant sur les éventails de spectacle, lesquels étaient 'naturelle-\nment vendus, comme de nos jours, dans les théâtres.\nC'est ainsi qu'ont été reproduits peut-être plusieurs chefs-d'œuvre des\nanciens maîtres italiens; et combien ces éventails, malheureusement dé-\ntruits en partie, nous révéleraient aujourd'hui de surprises musicales ?\nLa famille Borghèse, à Rome, conserve, dit-on, quelques éventails de"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "221", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.37", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2039, "texte": "ce genre. Un artiste de nos amis, M. da Silva, nous assure en avoir vu\négalement plusieurs, à Madrid, dans des collections particulières.\nQuoi qu'il en soit, M. Philippe de Saint-Albin possède un éventail\nitalien du dix-huitième siècle, gouaché sur peau par un certain abbé\nUrazzi, et offrant une vingtaine de cartes différemment ornées et placées\npêle-mêle dans tous les sens, comme certaines représentations d'assignats\nfort connues; une de ces cartes, dont on n'aperçoit que l'angle, est\ncouverte de portées de plain-chant, sous les notes desquelles on lit les\nparoles énigmatiques suivantes :\nMais c'est surtout en France, à l'une des époques les plus terribles et\nles plus curieuses de notre histoire, que les éventails ont servi de réper-\ntoire musical à nos aïeules.\nEn 1789, lorsque les idées d'émancipation républicaine envahirent\ntous les esprits, les éventails reproduisirent les principaux événements\npolitiques, ainsi que les chansons composées en leur honneur. On fre-\ndonnait beaucoup en ce temps-là, et les poètes de carrefour ne chômaient\npoint.\nL'éventail que nous reproduisons ci-contre en est une preuve. Ce\nmeuble curieux, qui fait partie de la riche collection de M. le comte de\nLiesville, représente Louis XVI assis sur son trône, ayant auprès de lui\nNecker debout, sous les traits de Minerve. Au-dessus, on lit ces deux\ndistiques inscrits de chaque côté :\n« La France, par Brienne, au bord de son tombeau,\n« Conduite par Necker, renaîtra de nouveau. »\n« Necker a de Pallas la sagesse et Végide,\n« Et le juste Louis a Minerve pour guide. »\nLe roi tient en main la devise : Je veux faire le bien. A droite, un\npersonnage, figurant le tiers État, lui présente un placet avec ces mots :\nRéformes des fermes. A ses côtés, un paysan demande Yégalité des\nimpôts. A gauche, un noble et un évêque disent : Nous abdiquons nos\nprivilèges.\nComme on le voit, la Révolution commence. Enfin, sur les deux\nextrémités de l'éventail, on lit cinq couplets , dont le premier est noté.\nEn voici la reproduction :"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "222", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.38", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 752, "texte": "Air du vaudeville des Deux morts :\n\nLE PAYSAN\nJ} vons voir noty roy, père de la France.\nGuillot, veux-tu v'nir avec moi?\nJ'allons lui faire la révérence,\nPour qu'il nous ôte tous les droits.\nSon cœur est bon;j'ons l'assurance\nQu'il voudra bien nous écouté ;\nChantons, sautons, faisons bombance,\nPour notre roy plein de bonté !\nLE COMMERÇANT\nNos cœurs sont remplis d'un grand fêle ;\nConnaissant du roy les bontés,\nNous lui seronts toujours fidelle)\nNous prouveront ?wtre amitié.\nNous demandons une réforme,\nSire, daigné nous ïaccordé ;\nCar ces droits qu'on retire, en somme,\nNous empêchent l'activité.\nM. NECKER\nAttende\\ tous le bien suprême\nDe la bonté de votre roy ;\nSoye% toujours sur qu'il vous aime\nEt s'en fait une douce loy"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "223", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.39", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2098, "texte": "Nobles, ainsi que toute la France,\nIl faut lui prouver votre amour.\nAinsifaisons réjouissance\nEn ce beau jour, en ce beau jour!\nLE PEUPLE\nSous la figure de Minerve,\nNecker nous est un vrai soutien.\nPar sa prudence, il nous réserve\nDe nous fair pour toujours du bien.\nQuel plaisir, quell' double existence,\nD'avoir un Mentor éclairé !\nIl fait le bonheur de la France,\nPar son esprit, sa probité.\nCes pitoyables vers ont ceci de curieux qu'ils peignent exactement les\nsentiments de l'époque. Malheureusement, le ministre des finances\nNecker, dont l'exil avait eu pour résultat un soulèvement populaire\nsuivi de la prise de la Bastille, et qui, rappelé à la cour, y était revenu\ncomme en triomphe, ne put persuader le roi ni résister à ses ennemis;\net les éventails musicaux célébrèrent bientôt sa chute comme auparavant\nils avaient acclamé son retour.\nEn 1791, parurent les éventails àAu mois de février 1792,\nlors de la représentation d'une pièce de Palissot, au Vaudeville, les\nroyalistes ayant crié : Vive le Roi !le peuple répondit, dans la salle et à\nla sortie, par le cri de : Vive la Nation! ce qui occasionna du tumulte et\ndes querelles. Alors, le ministre de l'intérieur écrivit au département une\nlettre dans laquelle il montrait le danger de crier : Vive le Roi! « Ce\nsont des conspirateurs, disait-il, qui osent exprimer des en\nsouhaitant au roi un bonheur indépendant du bonheur national. »\nL'acclamation jadis si usitée de : était donc devenue\ninconstitutionnelle; celle de : Vive au contraire, donnait un\nbrevet de patriotisme. C'est alors qu'on commença à mettre en musique,\nsur les éventails, les devises républicaines. F. Pouy, dans ses\nsur limprimerie dans le département raconte que les\npublications de feuilles volantes et de brochures qui ne firent que\ns'accroître à la Révolution, avaient pour but de familiariser le peuple\navec les idées nouvelles, et la distribution allait son train. « Dans un\nmoment d'enthousiasme, on mit en musique ces mots : Vive la Nation,\nla Liberté, la Loi et la Constitution!pour les mieux graver dans\nle cœur des citoyens. »"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "224", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.40", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1691, "texte": "Cette curiosité musicale, en tête de laquelle est imprimé le symbole\ndes trois ordres , fait partie de la bibliothèque d'Amiens. « L'idée\nétait heureuse, remarque à cet égard M. Champfleury,dans son Histoire\ndes faïences patriotiques sous la Révolution; mais où un Méhul eût été\nnécessaire pour recouvrir d'une grave mélodie la formule constitu-\ntionnelle, il semble qu'un graveur de musique ait jeté, au hasard, des\nnotes sans rapports harmoniques. »\nQuoi qu'il en soit, les femmes patriotes voulurent avoir aussi le cri\nde : Vive la Nation ! peint sur leurs éventails, désir que les éventaillistes,\nen commerçants intelligents, semblent d'ailleurs avoir prévu d'avance,\nen adaptant ce cri comme refrain à quantité de couplets publiés par eux.\nC'est grâce à cette mode que plusieurs éventails de l'époque ont été\nprécieusement conservés dans les collections. Si les œuvres des maîtres\ncontemporains, tels que Méhul et Gossec, n'y sont point reproduites, on\ny voit du moins des chants patriotiques, des refrains populaires, dont ils\nnous ont conservé le souvenir.\nTels sont les éventails à la Ça ira! et à la Marat, sur quelques-uns\ndesquels on lit des couplets joyeux ou de tristes complaintes on ne peut\nplus médiocrement rimées, le tout sur des airs de vaudevilles en vogue\nconservés dans la Clef du Caveau.\nAvec le Directoire, la mode changea ; les éventails se couvrirent de\nsoie, de peintures, de paillettes d'or ou d'acier, et la musique, désormais\nabandonnée par les éventaillistes, se réfugia dans les recueils périodiques\nqu'elle avait désertés un moment, tels que le Chansonnier des Grâces,\nVAlmanach des Muses, le Ga\\etier chantant, etc., etc.\n\nS. BLONDEL."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-09-01-01-c025", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-09-01_01#c025", "volume": "bmtnabc_1874-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "222", "page_fin": "222", "image_debut": 38, "image_fin": 38, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.2.11.5", "titre_corps": "Air du vaudeville des Deux morts :", "titre_sommaire": "Air du vaudeville des Deux morts :", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 38, "page_imprimee": "222", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.38", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 57, "texte": "Air du vaudeville des Deux morts :"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-09-01-01-c027", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-09-01_01#c027", "volume": "bmtnabc_1874-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "233", "image_debut": 42, "image_fin": 50, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.2.13", "titre_corps": "REVUE DES THÉATRES LYRIQUES", "titre_sommaire": "REVUE DES THÉATRES LYRIQUES", "signature_source": "ARTHUR HEULHARD", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.42", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1478, "texte": "REVUE DES THÉATRES LYRIQUES\n\nOPÉRA-COMIQUE : Reprise du Pardon de Ploërmel,\nONSIEUR Du Locle, qui fait mine d'activité, vient de\nnous rendre le Pardon de Ploërmel, l'opéra comique\nle plus bretonnant qui soit dans tout le répertoire.\nConvenons qu'après le Cerisier, cette restitution nous\nétait bien due.\nLe Pardon de Ploërmel est une délicieuse peinture\nde la Bretagne faite par un juif allemand, venu tout exprès de Berlin,\npour lever, à sa façon, le plan en relief de cette province. C'est le privi-\nlège du génie de supprimer ainsi, par sa seule force de projection, tous\nles obstacles de nationalité qui semblent s'opposer à ses pacifiques con-\nquêtes. Et qui, plus que Meyerbeer, a jamais joui de cette souveraine\nfaculté de l'assimilation?\nGrâce à Meyerbeer, la Bretagne n'attendit pas longtemps son musi-\ncien. Le Pardon de Ploërmel est du 4 avril 1859, et la découverte de la\nBretagne ne date guère que de iB3o. Elle fit irruption dans les arts avec\nle romantisme.\nAuparavant, je ne sais quelle fée maligne avait élevé entre elle et le\nreste de la France une sorte de muraille de la Chine infranchissable.\n( Et laissez-moi vous dire, à propos de cette dernière muraille, qu'elle\nn'est point en porcelaine, comme M. Jouvin le prétend.) Madame de Sé-\nvigné, qui se piquait d'aimer la nature, s'intéressait aux choses de la\nBretagne ; mais la génération pour laquelle elle écrivait ne comprit pas\nce goût, qui parut entaché de bizarrerie. Se figure-t-on Versailles échouant"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "226", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.43", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2704, "texte": "au milieu du pays de Cornouailles, avec son bagage mythologique? Non,\ncela eût manqué de gazons découpés, d'ifs taillés en brosse, de cascades\nécumant artificiellement sous les Tritons et les Neptunes barbus. On\neût envoyé Le Notre en avant pour civiliser le terrain.\nAu commencement de ce siècle, la pompeuse personnalité de Chateau-\nbriand pénétra dans les sphères officielles, comme un reflet des fidélités\nbretonnes. Le passé que défendait Chateaubriand avait pourtant coûté\ncher au coin de terre où il était né! Jusqu'ici, la Bretagne ne se dessine\npoint comme élément du beau. Cendrillon se tient coite près de l7âtre, en\ntête à tête avec le grillon domestique, triste, douce, résignée, jusqu'au\njour où la fantaisie des artistes et des poètes la chaussera de la pantoufle\nde verre.\nC'est vers iB3o, pour se continuer jusqu'à nos jours, que la circula-\ntion intellectuelle s'ouvrit entre la Bretagne et le tronc gaulois, avec le-\nquel elle semblait jouer à la branche morte. A travers les âcres et lourds\nparfums du dix-neuvième siècle, une fraîche odeur de genêt bénit se fraya\npassage, précédant la marche d'une poétique nouvelle, d'un caractère\nintime et pénétrant. Comme on voit ces îles flottantes qui descendent,\ntoutes fleuries, au fil de l'eau des Amazones, on vit la vieille Armorique\nrompre avec ses assises de granit et entreprendre son tour de France.\nPensive, elle vint s'asseoir au chevet du poète et du romancier, elle\nvint s'accouder au chevalet du peintre.\nSon ombre se projette sur la philosophie. Lamennais, son enfant,\ns'échappe des méandres du mysticisme catholique et gagne les clairières\ndelà libre pensée. Moins hardi que lui, Maurice de Guérin n'emporte de\nson séjour à la Chesnaye que des croyances confuses, partagées par sa\nsœur Eugénie.\nBrizeux, le doux poète, chante, dans ses vers tout embaumés des sen-\nteurs de la lande, le bon curé d'Arzanno, le bois de Ker-Malô, le mou-\nlin du Teir, le limpide courant du Scorff : puis le voici qui conte ses\nprintanières amours dans son tendre poème de Marie, plein d'ébats\ndans les bruyères et de rendez-vous où Ton ne se dit rien, près des ponts,\nsous les bouleaux, derrière les pierres, partout. Dans sa rustique épopée\ndes Bretons5 il rimera les émotions de la veillée, les hasards de la\nrécolte , les travaux d'automne, les fileries des fileuses et les jeux\ndes lutteurs. Le souvenir de son pays le poursuit, énergique et\nvivace, à travers les bruits du grand Paris ; il se mêle impérieu-\nsement aux impressions de son voyage d'ltalie. Un autre Breton, La\nMorvonnais, trouvera, lui aussi, des accents émus à la suite de Brizeux.\nCeux-ci, comme Jules Janin et Pitre-Chevalier, écriront l'histoire pit-"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "227", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.44", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2316, "texte": "toresque de la Bretagne ; ceux-là, comme Emile Souvestre et La Ville-\nmarqué, étudieront ses coutumes curieuses et réuniront ses chants\npopulaires. Un inconnu d alors, Corentin Féval, qui deviendra Paul\nFéval, commencera sa réputation de conteur par des scènes de la vie bre-\ntonne que ses longs romans de cape et d epée n'ont pas fait oublier.\nDu livre, la Bretagne saute à pieds joints sur la toile. Une petite pièce\nde Brizeux, le Paysagiste, marque bien l'étonnement que causèrent,\nparmi les gars de sa commune, les premiers rapins qui violèrent l'entrée\ndu paysage breton.\nD'étranges bruits couraient dans toute la commune,\nVoici : Depuis deux jours un homme en veste brune,\nUn monsieur inconnu, son cahier à la main,\nS'en allait griffonnant de chemin en chemin.\nAu bourg on Vavait vu, d'un coin du cimetière\nDessiner le clocher et les deux croix de pierre,\nSi bien que le clocher, quoique rapetissé,\nSUT son papier maudit semblait avoir passé.\nAussi, garçon prudent, Melcn, à son approche\nSe cacha tout entier sous une grande roche,\nPuis, comme un écureuil, sautillant dans les bois,\nIl monta sur un chêne en criant : « Je vous vois ! »\nCe peintre était Eugène Guieysse. Au fond, il s'appelait Légion. Il\nprécédait Adolphe Leleux, qui engendra Luminais, qui engendra Fortin,\nqui engendra Penguilly l'Haridon, qui engendra Guérard, Fischer,\nGustave Brion, Yan d'Argent, Jules N0ë1... la légion des Bretons bre-\ntonnants enfin ! Ce fut alors une enrégimentation de moissonneurs et de\nfaucheurs, de sonneurs de cornemuse et de bombarde, de lutteurs et de\njoueurs de boules ; un interminable défilé de foires tumultueuses, de\ncabarets enfumés, de noces arrosées de genièvre et de cidre, tout cela\ncroisé par des fêtes paroissiales, des enterrements de jeunes filles, des\npèlerinages aux bonnes Vierges, des haltes à la porte des églises, des\ncommunions en masse et des ports de viatique.\nPendant un bon tiers de ce siècle, le Finistère et le Morbihan ont gémi\nsous le talon des peintres. Ils sont passés à l'état d'articles de mode. Une\nfois, Paul de Saint-Victor s'est fâché tout rouge contre cette tyrannie du\npinceau, contre cette canalisation de la nature. Mais en vain.\nMeyerbeer, à son tour, arracha la Bretagne de sa couche virginale, et\nla transporta, palpitante, sur la scène."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "228", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.45", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2470, "texte": "Ce fut comme un viol. Nul compositeur, avant lui, n'avait seulement\nfrôlé cette fleur sauvage. Il la prit tout d'un coup, et tout entière.\nMeyerbeer préméditait l'audace; ses coups de mains étaient calculés\npendant dix ans. Il y avait de la stratégie dans l'élaboration de ses idées.\nIl se lançait dans un sujet, non comme dans une aventure, mais comme\ndans une expédition lointaine, où l'intendance militait autant qu'un\nrégiment. '\nQuand il composa le Pardon de Ploërmel, il était las de l'épopée\nlyrique, et voulait se retremper dans le drame champêtre. Il mena\nPégase au vert. Non que Pégase se sentît fourbu, mais l'herbe drue\nle tentait. George Sand s'est traitée de même avec la Petite Fadette, la\nMare au Diable et François le Champi, qu'elle s'imposa comme une\nvillégiature de l'esprit.\nDepuis ißsi, Meyerbeer recherchait volontiers la solitude. Ses détrac-\nteurs redoublaient de violence. Ceux d'Allemagne faisaient un honteux\nécho à ceux de France.\nVoici ce que Richard Wagner, le commensal et Y ami de Louis de\nBavière, écrivait alors de Meyerbeer, dans une folle diatribe dirigée\ncontre les compositeurs juifs en général. Comme ce maraud parle des\ndieux !\n« La faculté de tromper est si grande cet artiste, qu'il se\ntrompe lui-même> et peut-être le veut-il aussi bien par rapport à lui-\nmême que par rapport au public. Nous croyons, en effet, qu\"il voudrait\nbien créer des œuvres d'art et qu'z7 sait qu'il n est pas en état de le\nfaire; pour sortir de ce pénible conflit entre sa volonté et sa faculté, il\ncompose des opéras pour Paris et les fait exécuter dans les autres pays,\nce qui est de nos jours le moyen le plus sûr d'acquérir la gloire d'ar-\ntiste sans être artiste. Quand nous le voyons ainsi accablé par la peine\nqu'il se donne pour se tromper lui-même, il nous apparaît presque\ncomme un personnage tragique; mais il y a chez lui trop d'intérêt per-\nsonnel en jeu pour qu'il ne s'y mêle pas beaucoup de comique : d'ailleurs,\nle judaïsme qui règne dans les arts, et que ce compositeur représente\ndans la musique, se distingue surtout par son impuissance de nous\némouvoir... et par le ridicule qui lui est inhérent. »Et dans un autre\npassage, en forme de conclusion : ce Les éléments artistiques qui répon-\ndent à la nature du juif doivent donc, jusqu'à la trivialité et au ridicule,\nporter le caractère de la froideur et de l'indifférence, et nous sommes\nobligés de désigner la période du judaïsme dans l'art musical moderne"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "229", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.46", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2308, "texte": "comme celle de la plus complète impuissance de produire, de stabilité\nqui mène à la décadence !! ! »\nMeyerbeer s'inquiéta peu de savoir à quelle congestion des méninges\ncérébrales il fallait attribuer les opinions singulières de M. Wagner, et\npassa outre. Le penseur avait peu à peu envahi le musicien. Ce qui le\ntuait, c'était le conflit de sa patience de philosophe et de ses révoltes\nd'artiste. Les médecins lui ordonnèrent le séjour de Spa. Il s'y rendait\nchaque année, et chaque année il s'y isolait de plus en plus, se recueil-\nlant, allant au-devant de la mélancolie.\nSa gloire était faite : Robert le Diable, les Huguenots et le Prophète\nceignaient son front d'une triple auréole. Par un phénomène commun\nà presque tous les grands génies, il revenait de lui-même à son point de\ndépart. Après avoir subi les influences italiennes et françaises, le cosmo-\npolite se réveillait tout à coup homme du Nord. La tradition de Weber,\nqui avait nourri l'enfant, tressaillait encore une fois dans l'âme du\nvieillard. La nature, mère féconde et généreuse, reprit en lui son éter-\nnelle chanson, que le hasard avait interrompue.\nLe Pardon de Ploërmel est le Freischutç de Meyerbeer. C'est un\nà l'aquarelle.\nQuel compositeur français eût pu imprimer au Pardon de Ploërmel\nun tel caractère de grandeur et de simplicité ? Qui eût pu saisir sur le\nvif avec autant d'autorité cette magnifique couleur locale dont toute\nl'œuvre est empreinte? Qu'on cherche et qu'on réponde.\nOriginairement, le livret du Pardon de Ploërmel n'avait qu'un acte.\nLe sujet, ainsi condensé, ne manquait pas d'une certaine originalité. Par\nmalheur, Meyerbeer s'avisa de le trouver élastique.\nMeyerbeer, en ménage avec ses collaborateurs, avait l'art souverain de\ntirer les couvertures à lui. Il savait dissimuler l'égoïsme du musicien et\nse donner des librettistes en pâture.\nSéduit par les développements lyriques auxquels la petite pièce de\nMM. Carré et Barbier prêtait le flanc, il intervint dans le jeu des auteurs,\nbrouilla les cartes, biseauta, tricha, et fit perdre la partie à ses parte-\nnaires.\nLe Pardon de Ploërmel, de MM. Carré et Barbier, était une idylle\npoussée au noir, une légende rustique enluminée à la litharge. Celui de\nMeyerbeer devient un drame quasi fantastique en trois actes, avec chèvre"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "230", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.47", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2564, "texte": "obligée, orage et torrent d'eau naturelle. Sur le tout broche un rôle\ncomique. Un compatriote d'Hoffmann est passé par là.\nL'intrigue du Pardon de Ploërmel est ténue comme un fil de la\nvierge. Sur cette base fragile, Meyerbeer a posé trop de choses :il Ta\ntendue outre mesure, en la surchargeant de hors-d'œuvre de son cru, et\nI a rompue en maints endroits. Mais c'était un forceps que cet homme.\nII fallait que tout cédât à sa volonté! Par lui, ce qui, était monotone a\nété rendu obscur; ce qui était obscur, merveilleux; ce qui était merveil-\nleux, inintelligible. Malgré les coupures faites par la direction actuelle\nde l'Opéra-Comique, et la suppression complète de la scène du second\nacte entre Claude et Loïc, le Pardon est encore d'une longueur déme-\nsurée. Le monologue de Gorentin dans sa chaumière, au premier acte,\na été fait pour mettre en relief le talent mimique de Sainte-Foy :\nSainte-Foy manquant, le monologue est fastidieux.\nLes propos d'Hoél et de Gorentin, dans tout le cours de l'action, sont,\npour la plupart, incohérents et mal en point. Je laisse de côté les nom-\nbreuses invraisemblances dont ils sont semés; je n'en veux relever\nqu une, parce qu'elle va servir à l'intelligence du livret.\nHoël, penché à une fençtre de la chaumière du cornemuseux Goren-\ntin, désigne du doigt la closerie des Herbiers, en lui disant :«Il y aura\ndemain un an qu'elle était la proie des flammes... C'est là qu'habitait le\npèiede ma fiancée. Nous étions partis avant l'aube, entourés de nos\namis et chantant les cantiques de Notre-Dame... Je conduisais Dinorah\nà la chapelle à laquelle on devait nous marier après le pardon; tout à\ncoup un orage épouvantable éclata sur nos têtes, et la foudre mit le feu\naux Herbiers. » A la suite de cet accident, Hoël quitte le pays. Dinorah,\nfolle de désespoir, abandonne sa maison et s'enfuit par les prés, par les\nrochers sauvages, dans son costume de fiancée. Cette vie errante dure\nune année entière, au bout de laquelle la pauvre fille est précipitée du\nhaut d'un pont, dans un torrent d'où elle est retirée par Hoël, les vête-\nments lacérés et souillés de boue. Elle n'en est pas moins prête à\nreprendre sa place sous le dais de fleurs des mariées, le long des sentiers\nqui mènent à la chapelle nuptiale.\nJe voudrais, pour 1 honneur du cérémonial, qu'on lui donnât le temps\nde se changer.\nLe Pardon de Ploërmel parut sur la scène de TOpéra-Comique, le\n4 aviil 1859. Le rôle de Hoël était confié à Faure, qui le créa d'une\nfaçon magistrale. Marie Cabel interprétait Dinorah. Sainte-Foy prêtait"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "231", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.48", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2808, "texte": "a Corentin ses mines effarouchées, son expérience consommée de la scène,\nsa voix factice et stridente. Mesdames Bélia et Breuillé faisaient les deux\npâtres. Mesdames Dupuy et Decroix, les deux chevrières. Barielle, une\nbasse d un fort beau timbre, chantait l'air du braconnier, et Warot, celui\ndu faucheur. Enfin, deux petits rôles parlés, Claude et Loïc, aujourd'hui\nîetranchés, empruntaient à Lemaire et à Palianti, leur joyeuse physio-\nnomie. En octobre ißsi,le Pardon fut repris avec une autre distri-\nbution qui ne fut pas du goût de tout le monde. C'était mademoiselle\nWertheimber qui jouait Hoël, abaissant per fas et nef as au diapason du\nrôle son contralto caverneux. Mademoiselle Monrose succédait à Marie\nCabel. Je n'ai pas besoin de faire ressortir ce qu'il y avait de défectueux\ndans cette seconde épreuve : on le devine.\nLa musique du Pardon surprit les amis du maître et dérouta ses con-\ntempteurs. On était habitué à le voir souffler dans des trompettes\nhéroïques, et, au moment où l'on craignait pour les murailles de Jéricho,\non s'attendait peu à l'entendre sonner de la musette dans les buissons de\nhoux bretons. On l'accusait de rester sourd à la douce voix de la nature,\nde se complaire dans les catastrophes d'hommes, dans les éboulements\nd'édifices, dans les complications extrêmes des passions humaines. On le\nvit tout à coup humer fortement les senteurs de la lande, enfler un biniou\nhomérique, une cornemuse shakespearienne, et entonner à pleins pou-\nmons le chant des bardes armoricains.\nOn disait : Meyerbeer ne vit que par l'harmonie, par l'éclat des\nensembles, par l'échafaudage des masses chorales. Il marche appuyé sur\nl'histoire, adossé à l'archéologie, aux traditions religieuses. Le camp et\nle cloître, voilà les deux pôles de son talent. Et Meyerbeer, piqué,\nrépondit à ceux-là : Venez avec moi sous les vertes feuillées, je veux\nvous montrer les drames nés sous les toits de chaume, les pieuses prières\ndu paysan, et les colères du ciel ; les clartés décroissantes du crépuscule,\nles fugitives ombres de la nuit et les fraîcheurs de l'aube matinale.\nUne expression mélodique pleine de sincérité, des chants d'un style\ntoujours noble et toujours pur, une admirable entente du pittoresque,\nune orchestration d'une richesse et d'une ingéniosité incomparables, un\ncoloris instrumental aussi juste à l'esprit que flatteur à l'oreille, telles\nsont les qualités primordiales du Pardon de Ploërmel. Ce n'est pas un\nopéra comique, en ce sens qu'il excède souvent le cadre restreint du\ngenre ; ce n'est pas non plus un drame lyrique, car il contient une partie\ncomique importante, jusqu'à présent proscrite de l'opéra. C'est une\nœuvre à part qui ne correspond à aucune définition musicale et pour\nlaquelle il faudrait créer le nom de drame pittoresque."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "232", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.49", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2454, "texte": "L'analyse de la partition m'entraînerait trop loin, car elle est très\ntouffue dans l'ensemble, et brille en même temps par le détail. De plus,\nMeyerbeer s'y est taillé des a parte qui sont de véritables morceaux\nd'éloquence et sur lesquels il me faudrait m'appesantir longuement :\nje parle de Vouverture et de Y intermède pastoral du troisième acte.\nOrdinairement, le maître ne développe pas ses ouvertures : ici, il\ndéroge à ses habitudes. L'introduction symphonique coupée par le chœur\nchanté derrière le rideau est une page superbe en forme de prologue, où\nles violons et les petites flûtes, associés dans des gammes chromatiques\ndissonnantes, simulent avec un réalisme tout moderne l'orage qui détruit\nla chaumière de Dinorah. J'ai une envie folle de vous citer tous les mor-\nceaux du premier acte : Y introduction, d'un rhythme si franc, et que\nrelève encore là jolie villanelle des deux chevrières, Gui lon la ! le réci-\ntatif et rair un peu précieux de Dinorah près de sa chèvre; les couplets\ncomiques de Corentin, le cornemuseux, saturés de curiosités instru-\nmentales,\nDieu nous donne à chacun en partage\nUne humeur différente ici-bas ; *\nle duo mouvementé dans lequel Corentin se croit aux prises avec la reine\ndes Korigans ; le fameux air d'Hoël, un des plus beaux qu'ait écrits\nMeyerbeer et qui soient au théâtre; sa magnifique phrase fondue dans\nles moules d'airain de Weber,\nSi tu crois revoir ton père expirant;\net enfin le trio final dont l'agencement vocal semble tripler la sonorité,\ntout en dessinant admirablement le caractère de Corentin.\nCe premier acte n est pas toujours exempt de longueurs, ainsi que le\nsecond. Les frayeurs de Corentin y tiennent peut-être une place trop\ngrande, d'autant que le maître les a notées dans un style uniformément\nsyncopé qui frise parfois la monotonie.\nLe second acte est très musical. Il renferme néanmoins deux mor-\nceaux qui me semblent au-dessous du niveau élevé où se maintient le\nreste de la partition. Je désigne ici la petite chanson de contralto ajoutée\naprès coup par Meyerbeer, qui a servi l'autre soir aux débuts de\nmademoiselle Lina Bell, et la romance de Dinorah :\nLe vieux sorcier de la montagne,\nconçue dans le goût archaïque. Mais le chœur des bûcherons au lever\ndu rideau, toute la scène de l'ombre, la valse, et le finale dramatique\nqui clôt l'acte, sont autant de morceaux complets.\nQuant au troisième acte, c'est celui que je préfère. Je n'y vois pas une"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "233", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.50", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2162, "texte": "note à retrancher et je ne connais rien de plus grandement bucolique\nque l'épisode du chasseur, du faucheur et des deux pâtres perdus dès\nl'aurore dans les bruyères, et réunissant leurs voix pour envoyer à Dieu\nl'humble supplique des pauvres gens.\nLa touchante romance d'Hoël aux côtés de sa fiancée évanouie ; le\nduo qui la et la scène finale du Pardon, dans laquelle revient la\nmâle prière entendue dans l'ouverture, forment les grandes lignes d'une\npathétique péroraison.\nMademoiselle Zina Dalti, qui avait abandonné l'Opéra-Comique pour\ncultiver le chant italien , interprète assez convenablement Dinorah. Le\nvice constitutionnel de sa voix est un chevrotement perpétuel qui nuit\nen même temps et à la justesse et à l'éclat du son. Le baryton Bouhy me\nsemble avoir trop présumé de ses forces en abordant le rôle d'Hoël. Il s'est\nvu dans la nécessité de baisser d'un demi-ton son air du premier acte :\nOpuissante magie l qu'il chante aujourd'hui en mi bémol mineur , ton\nextrêmement sourd, et chargé de notes bémolisées qui ne sont plus dans\nle caractère tonal du morceau. En revanche, il a dit avec beaucop d'âme\nla suave romance : Ah ! mon remords te venge.\nLhérie est descendu de son piédestal de premier ténor pour chanter\nCorentin, un trial de force. Ce sacrifice d'amour-propre lui a porté\nbonheur. Il dit le dialogue avec intelligence, presque avec humour. Qui\nl'eût cru ! Il donne, en outre, aux frayeurs du cornemuseux leur accen-\ntuation juste, et montre dans des répliques où la mesure est constam-\nment à cheval sur des syncopes, un imperturbable aplomb de musicien.\nDufriche, un lauréat du Conservatoire, et Charelli,, un nouveau pen-\nsionnaire du théâtre, chantent, et remarquablement, les strophes du\nchasseur et du faucheur. Mesdemoiselles Lina Bell, transfuge des Varié-\ntés, Reine, Ducasse et Chevalier complètent un ensemble qui ne s'était\nvu de longtemps à l'Opéra-Comique.\nLa mise en scène du Pardon de Ploërmel est assez piteuse, sauf le\ndernier tableau. La Bretagne est un pays pauvre. Il fallait, pour rester\ndans les termes du Contrat social, lui faire l'aumône d'une belle déco-\nration.\n\nARTHUR HEULHARD."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-09-01-01-c031", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-09-01_01#c031", "volume": "bmtnabc_1874-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "234", "page_fin": "240", "image_debut": 51, "image_fin": 57, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.2.14", "titre_corps": "VARIA", "titre_sommaire": "VARIA", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 51, "page_imprimee": "234", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.51", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2065, "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nCORRESPONDANCE\n\nMONSIEUR LE DIRECTEUR,\nA CHRONIQUE MUSICALE publie, en ce moment, sous ce titre :\nDe la Gymnastique pulmonaire contre la phthisie, un savant\net très intéressant travail de M. le docteur Burq. Je suis si\nheureuse de voir qu'un médecin de talent propage des idées\nque je mets en pratique depuis bientôt six ans. que je vous\nadresse ces lignes pour que vous les publiiez si vous le jugez\nà propos. On ne saurait, ce me semble, trop répandre les bonnes choses.\nJadis, étudiant le chant, je fus tellement surmenée par des professeurs igno-\nrants ou ineptes , que ma carrière théâtrale fut brisée. Ma poitrine ne put\nrésister aux efforts incessants qu'on exigeait d'elle. Pendant deux ans, je de-\nmeurai presque aphone ; je souffrais horriblement d'une laryngite granuleuse,\nje crachais le sang, je n'osais articuler un son, je pouvais à peine respirer, à\npeine parler, je ne faisais pas un pas sans tousser. Condamnée par les nota-\nbilités de l'art médical, je me sentais mourir, et chacun autour de moi s'é-\ntonnait que je vécusse encore, lorsque,le désir de vivre me saisissant violem-\nment, j'abandonnai toute espèce de traitement et je résolus de savoir com-\nment on s'y était pris pour épuiser mes pauvres poumons. Ayant eu l'occa-\nsion de faire de l'anatomie, j'en profitai. Je parvins à me rendre exactement\ncompte de la manière dont s'accomplissent les diverses fonctions du thorax,\net, en apprenant comment le divin mécanicien avait construit la machine\nhumaine, je fus sauvée. Le mécanisme de la respiration m'étant connu, je le\nfis jouer. Respirer est une science. On ne me l'avait jamais dit, et je ne m'en\ndoutais point. On m'avait fait chanter de poitrine tous les sons du médium :\nc'était insensé, et je comprenais que ce déplorable système m'avait enflammé\nle larynx, les bronches, le poumon droit, et qu'il avait amené l'aphonie.\nAlors je cessai de me renfermer; je marchai, j'allai respirer au grand air. A\nl'aide d'exercices vocaux raisonnés, j'arrivai tout doucement, d'abord en ta-"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "235", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.52", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 3533, "texte": "tonnant, ensuite, avec plus d'assurance, à établir une sorte de gymnas-\ntique interne qui est aujourd hui lobjet dun travail très concis. très succinct,\net que je me réserve de publier prochainement. Enfin, mes poumons, redeve-\nnus sains et solides, fonctionnèrent tant et si bien, qu'au bout d'un an je ne\nradiais plus le sang*. J ctais guérie. Je ne souflrais plus, je pouvais marcher\ndeux ou trois heures sans fatigue, je m'étais reconstitué une voix forte, juste\net belle que je manie à ma guise, et qui, chaque jour, se développe et gagne\nen puissance, malgré la fatigue inhérente à la carrière du professorat à la-\nquelle je me suis vouée.\nCertaine désormais de suivre le bon chemin, je renouvelai sur mes élèves\nles expériences tentées sur moi-même avec un si complet succès. J'obtins\ndes résultats extraordinaires. Je dotai de voix remarquables des jeunes filles\nqui n'en avaient pas et qui, en pratiquant ma gymnastique des organes in-\nternes, virent se développer leur poitrine, de telle sorte qu'elles durent faire\nélargir le haut de leur corsage de dix à quinze centimètres en moins de trois\nmois ; les épaules dites en porte-manteau s'abaissèrent et devinrent gra-\ncieuses ; des abdomens réellement informes s'effacèrent. Ces métamorphoses\nne me causent aucun étonnement; elles sont le résultat invariable des moyens\nque j'emploie.\nUne de mes élèves avait l'omoplate gauche si proéminente, et l'omoplate\ndroite si déprimée, que l'on disait d'elle : « Elle est bossue. » Deux ans\naprès, ses études étant terminées, les deux omoplates étaient semblables.\nCette personne possède, à cette heure, la plus jolie poitrine et les plus char-\nmantes épaules qu'on puisse voir.\nJe dirige depuis le ier juin dernier les études d'un garçon de vingt-trois ans\nqui, doué d'une superbe voix, vint de Toulouse à Paris dans le but d'étudier\nle chant. Tombé entre les mains d'un grandissime professeur, dont je tairai\nle nom, il ne tarda pas à perdre entièrement sa voix. Ce fut l'affaire de quinze\nmois. Les motifs? hélas! ils ne varient guère! On ne lui avait appris ni à\nrespirer, ni à émettre le son, ni à articuler; on le laissait chanter dans la\ngorge, dans le nez; il ne dépassait plus le ré du médium qu'avec une peine\ninfinie ; il lui était impossible de fixer un son, de le soutenir, d'aborder la\nnuance piano sans chevroter. C'était horrible, inconcevable, désolant !\nAujourd'hui, il attaque le si bémol grave et le si bémol aigu; ]e médium se\nforme, sa voix acquiert de l'homogénéité ; sa respiration, si courte jadis\nqu'elle l'obligeait à reprendre haleine à chaque demi-mesure, s'allonge enfin\nassez pour lui permettre de chanter une phrase tout entière sans fatigue. Sa\npoitrine s'élargit beaucoup. Je ne multiplierai pas inutilement les exemples\net je n'ajouterai qu'un mot aux faits précédents. Si beaucoup de nos chanteurs\npassent journellement à l'état d'étoiles filantes, si nos théâtres sont à peu près\ndépourvus de voix, nous ne devons nous en prendre qu'à l'imperfection de\nl'enseignement, au vice des méthodes, à l'insuffisance, ou même à l'absence\nde vues concernant la respiration, l'émission, /'articulation, à l'ignorance rou-\ntinière de nos professeurs émérites devenus innocemment, je me plais à le\ncroire, les bourreaux de leurs disciples et les useurs de nos poitrines.\nLe jour où, pour être admis à 1 honneur de professer le chant au Conser-\nvatoire, on devra passer de sérieux examens; le jour où la coterie ne sera plus\nsouveraine maîtresse ; le jour où le talent et l'expérience l'emporteront sur"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "236", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.53", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2852, "texte": "l'intrigue et la camaraderie, nous aurons des voix durables dans des corps\nbien sains. Ce jour-là, les maîtres anciens et modernes trouveront des inter-\nprètes, les artistes dureront, l'art sera dépourvu de ficelles, et les chanteurs,\nsûrs d'eux-mêmes, ne ressembleront plus aux équilibristes dansant sur la\ncorde raide au risque de se rompre le cou.\nSi, après deux ans d'études vocales, la poitrine ne s'est pas amplement\nélargie, si la voix n'a pas doublé de volume, si sa justesse n'est pas irrépro-\nchable, si on ne se sent pas, pour ainsi parler, en possession de son avenir, si\n1 organe n a pas acquis une complète homogénéité et tout le charme désirable,\nc est qu on a été mal enseigné, qu'on a mal travaillé, et que, si toutefois il\nn est pas trop tard, tout est à défaire d'abord et à refaire ensuite.\nVeuillez agréer, Monsieur le Directeur, l'assurance de tous mes sentiments\n24 août 1874.\nORANGE.— Notre collaborateur, M. Charles Soullier, nous envoie une des-\ncription pittoresque des fêtes qui ont eu lieu à Orange les 23 , 24 et 25\naoût, entre autres de la représentation de Norma, chantée au théâtre romain,\npar mademoiselle de Taisy, madame Labat, MM. Michot et Bonnesseur; nous\nn'en donnerons qu'une analyse.\nM. Soullier nous parle tout d'abord de l'effet saisissant delà vaste enceinte\ndu théâtre, de ses murs gigantesques, dont Louis XlV,pénétré d'admiration,\nn'avait pu s'empêcher de dire : « Ah! voilà bien la plus belle muraille de mon\nroyaume. »\nSur la scène, qui a trente-six mètres de largeur, une masse chorale de\nquatre-vingt-dix personnes se déployait à l'aise, faisant flotter au vent les\ncostumes divers de druides, de guerriers romains, de licteurs, d'eubades et\nde prêtresses.\nIl ne faut pas oublier que ces chœurs célèbres ont remporté deux fois le\npremier prix dans les concours universels des orphéons de France réunis à\nParis. j\nUn orchestre de cent vingt musiciens, sous la direction habile de M.Joseph\nBrun, professeur du conservatoire d'Avignon ; enfin les artistes susnommés\nde l'Opéra de Paris, tels étaient les éléments remarquables de cette solen-\nnité musicale exécutée en plein vent, avec un ciel étoilé pour plafond.\nDans les entr'actes, des projections de lumière électrique de diverses cou-\nleurs venaient, par intervalles, éclairer la foule bigarrée, groupée capricieu-\nsement sur les gradins du théâtre, et « semblaient, dit M. Soullier, une popu-\nlation de Lilliputiens vus par le gros bout d'une lorgnette. »\nLa recette de cette représentation a atteint le chiffre respectable de\n18,000 francs.\nChaque année, à la même époque, qui est celle de la foire aux oignons, il\ny a, à Orange, des solennités du même genre, impossibles ailleurs qu'en Pro-\nvence, où le ciel est pur, et où les Romains ont laissé de leur passage ces mo-\nnuments éternels et gigantesques.\n\nAndrée Lacombe."}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "237", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.54", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2521, "texte": "FAITS DIVERS\nARDI a eu lieu, à la Chambre des notaires, l'adjudication du bail du\nThéâtre-Lyrique. Une seule enchère de 100 fr.,a été ajoutéeàla mise\nà prix de 70,000 fr. et c'est à M. Castellano que le théâtre a été ad-\njugé. On va jouer uniquement le drame dans cette salle qui fut créée\npour la musique, et qui échappe désormais à notre compétence. En changeant\nde destination, la salle de la place du Ghâtelet prend le nom de Théâtre-Ly-\nrique et Historique, On ouvrira le ier novembre avec :la Jeunesse des Mous-\nquetaires.\nNos lecteurs se souviennent de l'article de notre collaborateur Edmond\nNeukomm, sur l'enseigne du Postillon de Long jumeau. Un entrefilet qui a\nparu dans la plupart des journaux, et que nous avons reproduit nous-mêmes\ndans notre dernier numéro, annonçait que renseigne, enlevée par le caporal\nRittinger, avait été restituée à son propriétaire avec une indemnité de\nioo francs.\nNotre collaborateur et ami Albert de Lasalle, dans sa chronique musi-\ncale du Monde illustré, racontait ces jours derniers qu'il avait voulu tirer les\nchoses au clair. Croyant peu à cette restitution de la part des Prussiens, il\ns'est donné la peine d'écrire à l'aubergiste lui-même, qui lui a répondu :\n« Monsieur,\n« Le Postillon nous a été pris par les Bavarois. Nous nous sommes plaints\naux Prussiens, et, au bout d'un certain temps, ils nous ont envoyé une pe-\ntite somme pour le remplacer.\n« Je vous salue,\n« Veuve BOÊTTE. »\nu L'enseigne du Postillon de Longjumeau est donc toujours à Munich. Mais\nnous trouvons dans le Ménestrel du 3o août, la note suivante que nous li-\nvrons sans commentaires :\n« L'enseigne du Postillon de Longjumeau est-elle toujours à Munich, où\nelle fut expédiée pendant la guerre, ou bien est-elle revenue s'accrocher\nau-dessus de la porte de son auberge légendaire ? Tliat is the question et voici\nles faits : Après l'article de M. Edmond Neukomm, racontant par le menu\ntous les détails de l'enlèvement opéré par le caporal Rittinger, un de nos\namis eut la curiosité d'aller y voir. Il profita de son premier jour de liberté\npour se rendre à Longjumeau et le lendemain vint nous rendre compte de\nson excursion. Tout était rentré dans l'ordre, l'enseigne était à sa place et\nl'aubergiste avait assuré à notre ami que le corps du délit lui avait été ren-\nvoyé avec un billet de cent francs à titre de dommages-intérêts. La chose\nnous parut assez peu ordinaire et suffisamment curieuse pour en faire part\naux lecteurs de ce journal, et comme notre ami présentait toutes les garan-"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "238", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.55", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3162, "texte": "ties de sincérité désirables, nous dressâmes procès-verbal de sa déposition,\net nous insérâmes dans le Ménestrel une petite note qui fit le tour de la\npresse parisienne. Or? voilà que M. Edmond Neukomm nous écrit pour nous\nprier de redresser les faits, car M. Albert de Lasalle, le chroniqueur du\nMonde illustré, a reçu de madame veuve Boette le billet que voici :« Le Pos-\ntillon nous a été pris par des Bavarois. Nous nous sommes plaints aux\nPrussiens, et, au bout d'un certain temps, ils nous ont envoyé une petite\nsomme pour le remplacer. » Voilà qui est bien ; mais justement la Galette\nde Lorraine (organe prussien), nous apporte, dans son numéro du 22 cou-\nrant, la nouvelle que renseigne vient d'être restituée sur un ordre du roi de\nBavière, accompagnée cette fois d'un billet de mille francs! Pour peu que\ncela dure, voilà un tableau qui va créer des rentes à son propriétaire, et\nM. de Leuven en pourra réclamer sa part de droits d'auteur. Mais, entre\ntemps, où est la vérité ? qui a raison ? notre ami, madame Boette ou la\nGalette de Lorraine ? Mystère! et, à moins qu'il n'y ait à Longjumeau\nautant de postillons qu'il y a de Jean-Marie Farina à Cologne, je ne vois\npas trop comment on peut avoir le mot de cette énigme. Si fait pourtant! il\nest un moyen fort simple de tirer la chose au clair, c'est de nous rendre en\nmasse dimanche prochain à Longjumeau, et je serai bien mauvais prophète si\nmadame Boette ne se montrait enchantée de nous donner toutes les explica-\ntions désirables.\nLes Italiens vont rouvrir sous la direction de M. Bagier,\nVoici quelles sont les clauses imposées par la Société des auteurs et com-\npositeurs dramatiques pour l'exploitation de la salle Ventadour : dix actes\nnouveaux par an, 10 0/0 de droits d'auteur, deux cents représentations par\nan d'opéras français, et trente seulement d'opéras italiens (ou traduits du\nfrançais). M. Bagier a accepté ces conditions, qui sont notablement plus\ndouces que celles formulées d'abord. Il s'est, en outre, entendu avec M. Stra-\nkosch pour le rachat du matériel qu'il avait cédé l'année dernière à celui-ci.\nLes représentations françaises n'auront lieu qu'après l'inauguration du\nnouvel Opéra, c'est-à-dire vers la fin de l'année.\nNotre collaborateur, M. Lacome, Fauteur de la musique de la Dot mal\nplacée, vient de terminer la partition d'un opéra bouffe en trois actes, dont\nles paroles sont de MM. de Forges et Laurencin.\nOn lit dans 1t Journal de Paris, du 3o novembre 1809 :\nLe sieur Dumas, auteur de la contre-basse guerrière, ayant obtenu les en-\ncouragements du gouvernement, vient de composer un nouvel instrument\nintermédiaire entre le premier et la clarinette, dont il est la basse, et de com-\npléter ainsi le système de la musique militaire. Au moyen de ce nouvel ins-\ntrument, que l'auteur nomme basse guerrière, et qui a déjà eu l'approbation\nde MM. Gebauer, Martini, Grétry, Desvignes, Lesueur et Cornu, tout se\ntrouvera lié et uniforme dans le système des instruments à vent; l'oreille\naura le plaisir d'entendre des sons de même nature, depuis les sons les plus\naigus de la clarinette jusqu'aux sons les plus graves de la contre-basse; l'é-"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "239", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.56", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2291, "texte": "chelle musicale est bien graduée, le médium est rempli et la filiation des sons\ns'y trouve sans lacune comme entre la contre-basse à cordes, la basse et le\nviolon. Le sieur Dumas demeure dans la Cité, rue de la Vieille-Draperie\nn° 10.\nL'annonce est terminée par ce post-scriptum parfaitement vrai, dont M.Sax\na démontré l'exactitude en inventant les saxophones.\nNOTA. Le basson n étant que la basse du hautbois ,ne remplit pas aussi\nbien le système des instruments guerriers.\n\nNOUVELLES\n\nARIS. Opéra. Une indisposition de M. Belval fait remettre à\nmercredi prochain la reprise de Robert-le-Diable, qui doit servir\nde pièce de début à M. Vergnet, le jeune lauréat du concours du\nConservatoire.\n—M. Halanzier a engagé, il y a deux ans, M. Ladislas Mierwinski qui pos-\nsède, dit-on, une remarquable voix de ténor; M. Croharé, chef de chant de\nl'Opéra, lui a donné des leçons depuis cette époque, et l'on annonce aujour-\nd'hui ses prochains débuts dans le rôle de Raoul des Huguenots.\nOpéra-Comique. On répète activement Mireille, de Gounod, avec\nmesdames Carvalho et Duchesne, ainsi que Carmen, nouvel opéra comique,\ndont les paroles sont de MM. Meilhac et Halévy et la musique de M. Georges\nBizet. Cette dernière pièce aura pour principale interprète madame Galli-\nMarié, pour laquelle le rôle de Carmen a été écrit,\nChâtelet (Opéra populaire). Le prologue d'ouverture de l'Opéra popu-\nlaire au Châtelet, sera écrit par M. Ehrhart, prix de Rome de cette année,\nsur des paroles de M. G. Duval; il aura pour titre : la Musc populaire.\nNous avons donné la distribution du Paria, avec lequel on inaugurera les\nreprésentations d'opéra; les rôles des Amours du Diable de Grisar, l'ouvrage\nqui alternera avec celui de M. Membrée, seront remplis par mesdames Méla-\nnie Reboux, Vidal, Foliari, Rizzio, MM. Nicot, Peters, Brion d'Orgeval,\nBourdais et Aujac.\nLa direction du Châtelet vient de recevoir un opéra comique, en deux\nactes, paroles de notre collaborateur M. Nuitter, musique de M. Adrien\nBoiëldieu : il aura pour titre : la Halte du Roi.\nFolies-Dramatiques. Réouverture avec la Fille de MmcAngot. MM. Mario\nWidmer, Emmanuel et mademoiselle Rose Marie, une débutante qu il ne\nfaut pas confondre avec son homonyme des Bouffes, jouerontles rôles d Ange\nPitou, de Pomponnet et de Clairette."}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "240", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.57", "debut_caractere": 125, "fin_caractere_exclue": 1141, "texte": "Bouffes-Parisiens. —Ce théâtre rouvrira ses portes vers le ier septembre\navec madame Théo et M. Daubray dans la Jolie Parfumeuse.\nChâteau - d'Eau. —Ce soir ier septembre, première représentation du\nTreizième Coup de Minuit.\nFolies-Mari gny. Aujourd'hui, réouverture des Folies-Marigny, par la\n10e représentation des Filles de VAir, de M. Buguet, et la première représen-\ntation de la Sage-femme de Montargis, de M. H. Rochefort et A. Marx.\nMademoiselle Gosselin, qui a été pendant trois ans danseuse à l'Opéra, jouera\nle rôle de la Sylphide.\nConcerts Frascati. Cet établissement, qui avait été mis en faillite,\nappartient à de nouveaux directeurs, MM. Roger et Cie.\nLa partie artistique est confiée à M. Antonin Louis. Des concerts classiques,\nde genre, des bals et des tableaux vivants : voilà le programme de la nou-\nvelle administration.\nChefs d'orchestre : MM. Litolfï et Hervé.\nM. Tamberlick serait engagé pour chanter dans quelques concerts.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-09-01-01-c033", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-09-01_01#c033", "volume": "bmtnabc_1874-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "234", "page_fin": "236", "image_debut": 51, "image_fin": 53, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.2.14.2", "titre_corps": "CORRESPONDANCE", "titre_sommaire": "CORRESPONDANCE", "signature_source": "Andrée Lacombe", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 51, "page_imprimee": "234", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.51", "debut_caractere": 52, "fin_caractere_exclue": 2065, "texte": "CORRESPONDANCE\n\nMONSIEUR LE DIRECTEUR,\nA CHRONIQUE MUSICALE publie, en ce moment, sous ce titre :\nDe la Gymnastique pulmonaire contre la phthisie, un savant\net très intéressant travail de M. le docteur Burq. Je suis si\nheureuse de voir qu'un médecin de talent propage des idées\nque je mets en pratique depuis bientôt six ans. que je vous\nadresse ces lignes pour que vous les publiiez si vous le jugez\nà propos. On ne saurait, ce me semble, trop répandre les bonnes choses.\nJadis, étudiant le chant, je fus tellement surmenée par des professeurs igno-\nrants ou ineptes , que ma carrière théâtrale fut brisée. Ma poitrine ne put\nrésister aux efforts incessants qu'on exigeait d'elle. Pendant deux ans, je de-\nmeurai presque aphone ; je souffrais horriblement d'une laryngite granuleuse,\nje crachais le sang, je n'osais articuler un son, je pouvais à peine respirer, à\npeine parler, je ne faisais pas un pas sans tousser. Condamnée par les nota-\nbilités de l'art médical, je me sentais mourir, et chacun autour de moi s'é-\ntonnait que je vécusse encore, lorsque,le désir de vivre me saisissant violem-\nment, j'abandonnai toute espèce de traitement et je résolus de savoir com-\nment on s'y était pris pour épuiser mes pauvres poumons. Ayant eu l'occa-\nsion de faire de l'anatomie, j'en profitai. Je parvins à me rendre exactement\ncompte de la manière dont s'accomplissent les diverses fonctions du thorax,\net, en apprenant comment le divin mécanicien avait construit la machine\nhumaine, je fus sauvée. Le mécanisme de la respiration m'étant connu, je le\nfis jouer. Respirer est une science. On ne me l'avait jamais dit, et je ne m'en\ndoutais point. On m'avait fait chanter de poitrine tous les sons du médium :\nc'était insensé, et je comprenais que ce déplorable système m'avait enflammé\nle larynx, les bronches, le poumon droit, et qu'il avait amené l'aphonie.\nAlors je cessai de me renfermer; je marchai, j'allai respirer au grand air. A\nl'aide d'exercices vocaux raisonnés, j'arrivai tout doucement, d'abord en ta-"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "235", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.52", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 3533, "texte": "tonnant, ensuite, avec plus d'assurance, à établir une sorte de gymnas-\ntique interne qui est aujourd hui lobjet dun travail très concis. très succinct,\net que je me réserve de publier prochainement. Enfin, mes poumons, redeve-\nnus sains et solides, fonctionnèrent tant et si bien, qu'au bout d'un an je ne\nradiais plus le sang*. J ctais guérie. Je ne souflrais plus, je pouvais marcher\ndeux ou trois heures sans fatigue, je m'étais reconstitué une voix forte, juste\net belle que je manie à ma guise, et qui, chaque jour, se développe et gagne\nen puissance, malgré la fatigue inhérente à la carrière du professorat à la-\nquelle je me suis vouée.\nCertaine désormais de suivre le bon chemin, je renouvelai sur mes élèves\nles expériences tentées sur moi-même avec un si complet succès. J'obtins\ndes résultats extraordinaires. Je dotai de voix remarquables des jeunes filles\nqui n'en avaient pas et qui, en pratiquant ma gymnastique des organes in-\nternes, virent se développer leur poitrine, de telle sorte qu'elles durent faire\nélargir le haut de leur corsage de dix à quinze centimètres en moins de trois\nmois ; les épaules dites en porte-manteau s'abaissèrent et devinrent gra-\ncieuses ; des abdomens réellement informes s'effacèrent. Ces métamorphoses\nne me causent aucun étonnement; elles sont le résultat invariable des moyens\nque j'emploie.\nUne de mes élèves avait l'omoplate gauche si proéminente, et l'omoplate\ndroite si déprimée, que l'on disait d'elle : « Elle est bossue. » Deux ans\naprès, ses études étant terminées, les deux omoplates étaient semblables.\nCette personne possède, à cette heure, la plus jolie poitrine et les plus char-\nmantes épaules qu'on puisse voir.\nJe dirige depuis le ier juin dernier les études d'un garçon de vingt-trois ans\nqui, doué d'une superbe voix, vint de Toulouse à Paris dans le but d'étudier\nle chant. Tombé entre les mains d'un grandissime professeur, dont je tairai\nle nom, il ne tarda pas à perdre entièrement sa voix. Ce fut l'affaire de quinze\nmois. Les motifs? hélas! ils ne varient guère! On ne lui avait appris ni à\nrespirer, ni à émettre le son, ni à articuler; on le laissait chanter dans la\ngorge, dans le nez; il ne dépassait plus le ré du médium qu'avec une peine\ninfinie ; il lui était impossible de fixer un son, de le soutenir, d'aborder la\nnuance piano sans chevroter. C'était horrible, inconcevable, désolant !\nAujourd'hui, il attaque le si bémol grave et le si bémol aigu; ]e médium se\nforme, sa voix acquiert de l'homogénéité ; sa respiration, si courte jadis\nqu'elle l'obligeait à reprendre haleine à chaque demi-mesure, s'allonge enfin\nassez pour lui permettre de chanter une phrase tout entière sans fatigue. Sa\npoitrine s'élargit beaucoup. Je ne multiplierai pas inutilement les exemples\net je n'ajouterai qu'un mot aux faits précédents. Si beaucoup de nos chanteurs\npassent journellement à l'état d'étoiles filantes, si nos théâtres sont à peu près\ndépourvus de voix, nous ne devons nous en prendre qu'à l'imperfection de\nl'enseignement, au vice des méthodes, à l'insuffisance, ou même à l'absence\nde vues concernant la respiration, l'émission, /'articulation, à l'ignorance rou-\ntinière de nos professeurs émérites devenus innocemment, je me plais à le\ncroire, les bourreaux de leurs disciples et les useurs de nos poitrines.\nLe jour où, pour être admis à 1 honneur de professer le chant au Conser-\nvatoire, on devra passer de sérieux examens; le jour où la coterie ne sera plus\nsouveraine maîtresse ; le jour où le talent et l'expérience l'emporteront sur"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "236", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.53", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2852, "texte": "l'intrigue et la camaraderie, nous aurons des voix durables dans des corps\nbien sains. Ce jour-là, les maîtres anciens et modernes trouveront des inter-\nprètes, les artistes dureront, l'art sera dépourvu de ficelles, et les chanteurs,\nsûrs d'eux-mêmes, ne ressembleront plus aux équilibristes dansant sur la\ncorde raide au risque de se rompre le cou.\nSi, après deux ans d'études vocales, la poitrine ne s'est pas amplement\nélargie, si la voix n'a pas doublé de volume, si sa justesse n'est pas irrépro-\nchable, si on ne se sent pas, pour ainsi parler, en possession de son avenir, si\n1 organe n a pas acquis une complète homogénéité et tout le charme désirable,\nc est qu on a été mal enseigné, qu'on a mal travaillé, et que, si toutefois il\nn est pas trop tard, tout est à défaire d'abord et à refaire ensuite.\nVeuillez agréer, Monsieur le Directeur, l'assurance de tous mes sentiments\n24 août 1874.\nORANGE.— Notre collaborateur, M. Charles Soullier, nous envoie une des-\ncription pittoresque des fêtes qui ont eu lieu à Orange les 23 , 24 et 25\naoût, entre autres de la représentation de Norma, chantée au théâtre romain,\npar mademoiselle de Taisy, madame Labat, MM. Michot et Bonnesseur; nous\nn'en donnerons qu'une analyse.\nM. Soullier nous parle tout d'abord de l'effet saisissant delà vaste enceinte\ndu théâtre, de ses murs gigantesques, dont Louis XlV,pénétré d'admiration,\nn'avait pu s'empêcher de dire : « Ah! voilà bien la plus belle muraille de mon\nroyaume. »\nSur la scène, qui a trente-six mètres de largeur, une masse chorale de\nquatre-vingt-dix personnes se déployait à l'aise, faisant flotter au vent les\ncostumes divers de druides, de guerriers romains, de licteurs, d'eubades et\nde prêtresses.\nIl ne faut pas oublier que ces chœurs célèbres ont remporté deux fois le\npremier prix dans les concours universels des orphéons de France réunis à\nParis. j\nUn orchestre de cent vingt musiciens, sous la direction habile de M.Joseph\nBrun, professeur du conservatoire d'Avignon ; enfin les artistes susnommés\nde l'Opéra de Paris, tels étaient les éléments remarquables de cette solen-\nnité musicale exécutée en plein vent, avec un ciel étoilé pour plafond.\nDans les entr'actes, des projections de lumière électrique de diverses cou-\nleurs venaient, par intervalles, éclairer la foule bigarrée, groupée capricieu-\nsement sur les gradins du théâtre, et « semblaient, dit M. Soullier, une popu-\nlation de Lilliputiens vus par le gros bout d'une lorgnette. »\nLa recette de cette représentation a atteint le chiffre respectable de\n18,000 francs.\nChaque année, à la même époque, qui est celle de la foire aux oignons, il\ny a, à Orange, des solennités du même genre, impossibles ailleurs qu'en Pro-\nvence, où le ciel est pur, et où les Romains ont laissé de leur passage ces mo-\nnuments éternels et gigantesques.\n\nAndrée Lacombe."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-09-01-01-c035", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-09-01_01#c035", "volume": "bmtnabc_1874-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "237", "page_fin": "239", "image_debut": 54, "image_fin": 56, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.2.14.3", "titre_corps": "FAITS DIVERS", "titre_sommaire": "FAITS DIVERS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 54, "page_imprimee": "237", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.54", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2521, "texte": "FAITS DIVERS\nARDI a eu lieu, à la Chambre des notaires, l'adjudication du bail du\nThéâtre-Lyrique. Une seule enchère de 100 fr.,a été ajoutéeàla mise\nà prix de 70,000 fr. et c'est à M. Castellano que le théâtre a été ad-\njugé. On va jouer uniquement le drame dans cette salle qui fut créée\npour la musique, et qui échappe désormais à notre compétence. En changeant\nde destination, la salle de la place du Ghâtelet prend le nom de Théâtre-Ly-\nrique et Historique, On ouvrira le ier novembre avec :la Jeunesse des Mous-\nquetaires.\nNos lecteurs se souviennent de l'article de notre collaborateur Edmond\nNeukomm, sur l'enseigne du Postillon de Long jumeau. Un entrefilet qui a\nparu dans la plupart des journaux, et que nous avons reproduit nous-mêmes\ndans notre dernier numéro, annonçait que renseigne, enlevée par le caporal\nRittinger, avait été restituée à son propriétaire avec une indemnité de\nioo francs.\nNotre collaborateur et ami Albert de Lasalle, dans sa chronique musi-\ncale du Monde illustré, racontait ces jours derniers qu'il avait voulu tirer les\nchoses au clair. Croyant peu à cette restitution de la part des Prussiens, il\ns'est donné la peine d'écrire à l'aubergiste lui-même, qui lui a répondu :\n« Monsieur,\n« Le Postillon nous a été pris par les Bavarois. Nous nous sommes plaints\naux Prussiens, et, au bout d'un certain temps, ils nous ont envoyé une pe-\ntite somme pour le remplacer.\n« Je vous salue,\n« Veuve BOÊTTE. »\nu L'enseigne du Postillon de Longjumeau est donc toujours à Munich. Mais\nnous trouvons dans le Ménestrel du 3o août, la note suivante que nous li-\nvrons sans commentaires :\n« L'enseigne du Postillon de Longjumeau est-elle toujours à Munich, où\nelle fut expédiée pendant la guerre, ou bien est-elle revenue s'accrocher\nau-dessus de la porte de son auberge légendaire ? Tliat is the question et voici\nles faits : Après l'article de M. Edmond Neukomm, racontant par le menu\ntous les détails de l'enlèvement opéré par le caporal Rittinger, un de nos\namis eut la curiosité d'aller y voir. Il profita de son premier jour de liberté\npour se rendre à Longjumeau et le lendemain vint nous rendre compte de\nson excursion. Tout était rentré dans l'ordre, l'enseigne était à sa place et\nl'aubergiste avait assuré à notre ami que le corps du délit lui avait été ren-\nvoyé avec un billet de cent francs à titre de dommages-intérêts. La chose\nnous parut assez peu ordinaire et suffisamment curieuse pour en faire part\naux lecteurs de ce journal, et comme notre ami présentait toutes les garan-"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "238", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.55", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3162, "texte": "ties de sincérité désirables, nous dressâmes procès-verbal de sa déposition,\net nous insérâmes dans le Ménestrel une petite note qui fit le tour de la\npresse parisienne. Or? voilà que M. Edmond Neukomm nous écrit pour nous\nprier de redresser les faits, car M. Albert de Lasalle, le chroniqueur du\nMonde illustré, a reçu de madame veuve Boette le billet que voici :« Le Pos-\ntillon nous a été pris par des Bavarois. Nous nous sommes plaints aux\nPrussiens, et, au bout d'un certain temps, ils nous ont envoyé une petite\nsomme pour le remplacer. » Voilà qui est bien ; mais justement la Galette\nde Lorraine (organe prussien), nous apporte, dans son numéro du 22 cou-\nrant, la nouvelle que renseigne vient d'être restituée sur un ordre du roi de\nBavière, accompagnée cette fois d'un billet de mille francs! Pour peu que\ncela dure, voilà un tableau qui va créer des rentes à son propriétaire, et\nM. de Leuven en pourra réclamer sa part de droits d'auteur. Mais, entre\ntemps, où est la vérité ? qui a raison ? notre ami, madame Boette ou la\nGalette de Lorraine ? Mystère! et, à moins qu'il n'y ait à Longjumeau\nautant de postillons qu'il y a de Jean-Marie Farina à Cologne, je ne vois\npas trop comment on peut avoir le mot de cette énigme. Si fait pourtant! il\nest un moyen fort simple de tirer la chose au clair, c'est de nous rendre en\nmasse dimanche prochain à Longjumeau, et je serai bien mauvais prophète si\nmadame Boette ne se montrait enchantée de nous donner toutes les explica-\ntions désirables.\nLes Italiens vont rouvrir sous la direction de M. Bagier,\nVoici quelles sont les clauses imposées par la Société des auteurs et com-\npositeurs dramatiques pour l'exploitation de la salle Ventadour : dix actes\nnouveaux par an, 10 0/0 de droits d'auteur, deux cents représentations par\nan d'opéras français, et trente seulement d'opéras italiens (ou traduits du\nfrançais). M. Bagier a accepté ces conditions, qui sont notablement plus\ndouces que celles formulées d'abord. Il s'est, en outre, entendu avec M. Stra-\nkosch pour le rachat du matériel qu'il avait cédé l'année dernière à celui-ci.\nLes représentations françaises n'auront lieu qu'après l'inauguration du\nnouvel Opéra, c'est-à-dire vers la fin de l'année.\nNotre collaborateur, M. Lacome, Fauteur de la musique de la Dot mal\nplacée, vient de terminer la partition d'un opéra bouffe en trois actes, dont\nles paroles sont de MM. de Forges et Laurencin.\nOn lit dans 1t Journal de Paris, du 3o novembre 1809 :\nLe sieur Dumas, auteur de la contre-basse guerrière, ayant obtenu les en-\ncouragements du gouvernement, vient de composer un nouvel instrument\nintermédiaire entre le premier et la clarinette, dont il est la basse, et de com-\npléter ainsi le système de la musique militaire. Au moyen de ce nouvel ins-\ntrument, que l'auteur nomme basse guerrière, et qui a déjà eu l'approbation\nde MM. Gebauer, Martini, Grétry, Desvignes, Lesueur et Cornu, tout se\ntrouvera lié et uniforme dans le système des instruments à vent; l'oreille\naura le plaisir d'entendre des sons de même nature, depuis les sons les plus\naigus de la clarinette jusqu'aux sons les plus graves de la contre-basse; l'é-"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "239", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.56", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 482, "texte": "chelle musicale est bien graduée, le médium est rempli et la filiation des sons\ns'y trouve sans lacune comme entre la contre-basse à cordes, la basse et le\nviolon. Le sieur Dumas demeure dans la Cité, rue de la Vieille-Draperie\nn° 10.\nL'annonce est terminée par ce post-scriptum parfaitement vrai, dont M.Sax\na démontré l'exactitude en inventant les saxophones.\nNOTA. Le basson n étant que la basse du hautbois ,ne remplit pas aussi\nbien le système des instruments guerriers."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-09-01-01-c037", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-09-01_01#c037", "volume": "bmtnabc_1874-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "239", "page_fin": "240", "image_debut": 56, "image_fin": 57, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.2.14.4", "titre_corps": "NOUVELLES", "titre_sommaire": "NOUVELLES", "signature_source": "Pour l'article Varia : Le Secrétaire de la Rédaction, O. LE TRIOUX", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 56, "page_imprimee": "239", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.56", "debut_caractere": 484, "fin_caractere_exclue": 2291, "texte": "NOUVELLES\n\nARIS. Opéra. Une indisposition de M. Belval fait remettre à\nmercredi prochain la reprise de Robert-le-Diable, qui doit servir\nde pièce de début à M. Vergnet, le jeune lauréat du concours du\nConservatoire.\n—M. Halanzier a engagé, il y a deux ans, M. Ladislas Mierwinski qui pos-\nsède, dit-on, une remarquable voix de ténor; M. Croharé, chef de chant de\nl'Opéra, lui a donné des leçons depuis cette époque, et l'on annonce aujour-\nd'hui ses prochains débuts dans le rôle de Raoul des Huguenots.\nOpéra-Comique. On répète activement Mireille, de Gounod, avec\nmesdames Carvalho et Duchesne, ainsi que Carmen, nouvel opéra comique,\ndont les paroles sont de MM. Meilhac et Halévy et la musique de M. Georges\nBizet. Cette dernière pièce aura pour principale interprète madame Galli-\nMarié, pour laquelle le rôle de Carmen a été écrit,\nChâtelet (Opéra populaire). Le prologue d'ouverture de l'Opéra popu-\nlaire au Châtelet, sera écrit par M. Ehrhart, prix de Rome de cette année,\nsur des paroles de M. G. Duval; il aura pour titre : la Musc populaire.\nNous avons donné la distribution du Paria, avec lequel on inaugurera les\nreprésentations d'opéra; les rôles des Amours du Diable de Grisar, l'ouvrage\nqui alternera avec celui de M. Membrée, seront remplis par mesdames Méla-\nnie Reboux, Vidal, Foliari, Rizzio, MM. Nicot, Peters, Brion d'Orgeval,\nBourdais et Aujac.\nLa direction du Châtelet vient de recevoir un opéra comique, en deux\nactes, paroles de notre collaborateur M. Nuitter, musique de M. Adrien\nBoiëldieu : il aura pour titre : la Halte du Roi.\nFolies-Dramatiques. Réouverture avec la Fille de MmcAngot. MM. Mario\nWidmer, Emmanuel et mademoiselle Rose Marie, une débutante qu il ne\nfaut pas confondre avec son homonyme des Bouffes, jouerontles rôles d Ange\nPitou, de Pomponnet et de Clairette."}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "240", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.57", "debut_caractere": 125, "fin_caractere_exclue": 1141, "texte": "Bouffes-Parisiens. —Ce théâtre rouvrira ses portes vers le ier septembre\navec madame Théo et M. Daubray dans la Jolie Parfumeuse.\nChâteau - d'Eau. —Ce soir ier septembre, première représentation du\nTreizième Coup de Minuit.\nFolies-Mari gny. Aujourd'hui, réouverture des Folies-Marigny, par la\n10e représentation des Filles de VAir, de M. Buguet, et la première représen-\ntation de la Sage-femme de Montargis, de M. H. Rochefort et A. Marx.\nMademoiselle Gosselin, qui a été pendant trois ans danseuse à l'Opéra, jouera\nle rôle de la Sylphide.\nConcerts Frascati. Cet établissement, qui avait été mis en faillite,\nappartient à de nouveaux directeurs, MM. Roger et Cie.\nLa partie artistique est confiée à M. Antonin Louis. Des concerts classiques,\nde genre, des bals et des tableaux vivants : voilà le programme de la nou-\nvelle administration.\nChefs d'orchestre : MM. Litolfï et Hervé.\nM. Tamberlick serait engagé pour chanter dans quelques concerts.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[193]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.1", "texte": "VOLTAIRE LIBRETTISTE\n\n(1732-1769)\nOLTAIRE, qui, d'une main plus ou moins\nheureuse, voulut toucher à tous les sujets,\ndepuis la théologie jusqu'aux petits vers, en\npassant par la philosophie, la linguistique,\nl'histoire, le poème épique et le théâtre, ne\npouvait oublier l'opéra ou la tragédie lyrique,\ncomme on l'appelait, avec juste raison, au\nsiècle dernier. Si ce fut par un goût bien mar-\nqué pour ce genre illustré par Quinault, ou par\njalousie des lauriers que Roy, Cahusac, labbé Pellegrin et autres, ses\ncontemporains, recueillaient sous ses yeux, il n est pas difficile de choi-\nsir l'explication vraie, la seule réelle de cette entreprise de Voltaire sur\nun terrain où il devait trébucher dès les premiers pas et enfin échouer\ncomplètement j nous verrons bientôt pourquoi.\n\nV.\ni 3"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "194", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.2", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nDéjà, deux ans avant sa première tentative de libretto d'opéra,—dans\nsa préface d'Œdipe, il traçait ainsi la théorie qu'il s'était faite du\ngenre difficile qu'il allait aborder, envers et contre Apollon ;\n« L'Opéra dit-il est un spectacle aussi bizarre que magnifique, où les\nyeux et les oreilles sont plus satisfaits que l'esprit, où l'asservissement à\nla musique rend nécessaires les fautes les plus ridicules, où il faut chanter des\nariettes dans la destruction d'une ville et danser autour d'un tombeau ;\noù l'on voit le palais de Pluton et celui du Soleil; des dieux, des démons, des\nmagiciens, des prestiges, des monstres, des palais formés et détruits en un\nclin d'œil. On tolère ces extravagances, on les aime même, parce qu'on est là\ndans le pays des fées ; et pourvu qu'il y ait du spectacle, de belles danses, une\nbelle musique, quelques 'scènes intéressantes, on est content. Il serait aussi\nridicule d'exiger dans Alceste l'unité d'action, de lieu et de temps, que de\nvouloir introduire des danses et des démons dans Cinna et'dans Rodogune. »\nAprès un tel tableau et un pareil aveu des difficultés, des conditions\net des bizarreries du genre lyrique, il y a lieu de s'étonner que Voltaire\nse soit lancé dans une entreprise, pour laquelle évidemment il ne se sen-\ntait pas un goût déterminé ou au moins une sympathie suffisante.\n« Qu'allait-il faire dans cette maudite galère ? » eût dit Molière, en\nvoyant Voltaire s'embarquer dans une aventure où lui-même se déclara\ninsuffisant, en s'adjoignant le grand Corneille d'abord, puis d'autres\npoètes.\n« Les vers bons à mettre en chant, » comme disait- Boileau (qui avait\néchoué dans un essai lyrique et que La Fontaine n'avait pas impuné-\nment affronté), ces vers, coupés pour les exigences de la musique, de-\nvaient aussi être une pierre d'achoppement pour Pauteur de la Hen-\nriadeet il resta longtemps meurtri d'une première chute « accompagnée\nde plusieurs autres, » traînant jusqu'au tombeau la longue chaîne de\nses illusions et de ses espérances cruellement trompées.\nI\nSAMSON (1732)\nCe tut entre ses deux tragédies d'Eriphyle (7 mars 1732) et de Zaïre\n(septembre de la même année), représentées avec des fortunes diverses,\nque Voltaire produisit le libretto de Samson, opéra en cinq actes. « Ex-\ncusez du peu ! » eût dit Rossini, qui avait eu à lutter contre les rimes\nrebelles du Guillaume Tell, de M. de Jouy, lequel n'eut guère de com-\nmun avec l'auteur delà Henriade qu'un goût malheureux pour le genre\nlyrique."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "195", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.3", "texte": "VOLTAIRE LIBRETTISTE\n\nSamson était composé dès i73i. Voltaire, dans sa lettre à Thieriot\n(du icr décembre de cette année), cite un menuet de huit vers qui devait\ns y tiouver. Ce ne fut qu'en 1746 que ce libretto parut au jour; l'a ver-\ntissement placé en tete de ce poème s'exprime ainsi :\nm,«CneL°iléra qU'°n u°nne au Public> avait été mis en musique, il y a quel-\nl'Fnrn!frvPPar.ar \"n homme reconnu pour un des plus habiles musiciens de\nà toutes Îps qUI S °PP.osent quelquefois au progrès des arts comme\nà toutes les autres entreprises, privèrent Pans de cette musique. »\nL accent de vanité qui domine dans ces quelques lignes vaut la peine\nd'être noté et relevé; en résumé, si l'on avait attendu la représentation\nde Samson pour faire progresser le genre lyrique, on se fût exposé à u ne\nassez dure déconvenue.\nLe meme avertissement reparut, avec des variantes, dans l'édition de\n1752.\n«M. Rameau y lit-on le plus grand musicien de France, mit cet\nopéra en musique vers 1 an 1732. On était prêt de le jouer, lorsque la même\ncabale qui depuis fit suspendre les représentations de\ntisrne, empccha qu on ne représentât l'opéra de Samson.\n« Le musicien employa depuis presque tous les airs de Samson dans d'au-\ntres compositions lyriques, que l'envie n'a pas pu supprimer.\n«On publie ce pocime, dénué son plus grand charme, et 011 le donne\nseulement comme une esquisse d'un genre extraordinaire. C'est la seule\npourSlt?e]SHe>)Fe imPression d'un ouvrage fait plutôt pour être chanté que\nDans cette nouvelle version de l'avertissement, Rameau n'est plus\n« reconnu pour un des plus habiles musiciens de l'Europe, » il est (et\nc est encore assez magnifique) « le plus grand musicien de France. »\nQuant à la soi-disant cabale qui s?opposa aux représentations de\nSamson et 1 engloba dans la même interdiction que Mahomet, elle n'a\njamais existé ; seulement, à une époque où il y avait une religion d'Etat,\nhautement reconnue, les audaces d'interprétation de la Bible dans Sam-\nson furent assimilées aux déclarations révolutionnaires qui émaillent le\nMahomet du même auteur. Mais Voltaire donnait assez volontiers le\nnom de cabale et de complot à tout acte de justice contre les doctrines\nsubversives dont il se faisait trop souvent l'interprète et le vulgarisateur.\nRameau, comme plus d'un compositeur de ce temps-ci, Rossini en\ntête, employa ailleurs ses bonnes inspirations, et c'est ainsi que la\nplus grande partie de la musique de Samson passa dans le Zoroastrei\nde Cahusac (1749), devenu dès lors, pour ce fait, la bête noire de Vol-\ntaire. Ainsi, Paris ne fut nullement privé des mélodies de Rameau ; la\ncapitale évita l'ennui du libretto de Samson, voilà tout; mais c'était\nbien quelque chose, il faut en convenir."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "196", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.4", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nLe librettiste annonce son œuvre, parodiée de la Bible, comme\n« l'esquisse d'un genre extraordinaire. » Hum ! voilà de la modestie\nbien discutable, et cet ouvrage ne nous semble guère plus fait pour être\nlu que pour être chanté. Ceci nous rappelle le mot de Figaio a propos\nde l'opéra comique : « Ce qui ne vaut pas la peine d êtie dit, on le\nchante. » Mais les rimes de Samson valaient-elles bien la peine d'être\nchantées ?... That is the question. Qu'on en juge par cette citation de la\nfin du premier acte du susdit libretto. Voici ce que le héros hébreu de-\nvait chanter, une sorte de Marseillaise avant la lettre i\nPeuple, éveille-toi, romps tes fers,\nRemonte à ta grandeur première,\nComme un jour Dieu, du haut des airs,\nRappellera les morts à la lumière\nDu sein de la poussière!\nEt ranimera l'univers.\nPeuple, éveille-toi, romps tes Jers,\nLa Liberté t'appelle ;\nTu naquis pour elle;\nReprends tes concerts.\nPeuple, éveille-toi, romps tes fers,\nL'hiver détruit les fleurs et la verdure ;\nMais du flambeau des jours la féconde clarté\nRanime la nature\nEt lui rend sa beauté ;\nL'affreux esclavage\nFlétrit le courage ;\nMais la Liberté\nRelève sa grandeur et nourrit sa fierté.\nLiberté ! Liberté !\n11 est probable que Rameau, qui se vantait, on le sait, de mettre\nen musique tout, jusqu'à la Gazette même,— recula devant ces vers\nduriuscules otx ni la rime ni la raison ne sont satisfaites, en dépit du\nvers, resté proverbial, de Boileau :\nLa raison dit Virgile ; Quinaut.\nQuoi qu'il en soit, cette emphatique litanie en l'honneur de la liberté\nne fut pas perdue ; lors de la translation des cendres de Voltaire au\nPanthéon, le 10 juillet 1791, le cortège funèbre, sorte de mascarade an-\ntique, s'arrêta devant les Tuileries et y chanta ce chœur, mis en musique\npar GosseC) plus intrépide que Rameau. La liberté exige parfois de rudes\nsacrifices..."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "197", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.5", "texte": "VOLTAIRE LIBRETTISTE\n\nComme nous Pavons déjà dit : dès 1731, Voltaire et Rameau travail-\nlaient ensemble à mettre, tant bien que mal, sur ses pieds le héros\nhébreu. Le ier décembre iy3i, le librettiste écrivait de Paris à son féal\nThieriot :\n« Quand Orphée-Rameau voudra, je serai à son service. Je lui ferai airs et\nrécits, comme sa Muse l'ordonnera. »\nParmi ces airs à mettre en musique, on jugera, par un échantillon de\nchoix, de ce que devait être le reste :\nLe vrai bonheur\nSouvent dans un cœur\nEst né du sein de la douleur.\nC'est un plaisir\nQiiun doux souvenir\nDes peines passées ;\nLes craintes cessées\nFont renaître un nouveau désir.\nQuelle poésie de flûte à l'oignon ! Décidément, à côté de Voltaire,\nM. Scribe est un poète lyrique de haute volée. Mais le librettiste était\ntellement persuadé de la bonté de son œuvre , qu'il ajoutait ces paroles\nincommensurables :\n« Quand Rameau voudra faire jouer Samson, il faudra qu'il tâche\nd'avoir quelque examinateur au-dessus de la basse envie et de la petite\nintrigue d'auteur... »\nMoins de deux ans après ceci, le collaborateur de Rameau semble\ns'être rendu justice; je dis semble, parce qu'avec Voltaire on ne sait ja-\nmais bien quand il est sérieux ou quand il ne l'est pas; c'est une presque\nperpétuelle grimace que cet homme-là. Enfin, voici ce qu'il écrit à\nBerger (novembre 1733) :\n« J'ai fait une grande sottise de composer un opéra ; mais l'envie de\ntravailler pour un homme comme M. Rameau m'avait emporté. Je ne son-\ngeais qu'à son génie, et je ne m'appercevais pas que ie mien (si tant est que\nj'en aïe un), n'est point fait du tout pour le genre lyrique. Aussi, je lui man-\ndais, il y a quelque temps, que j'aurais plus tôt fait un poëme épique que je\nn'aurais rempli des canevas. Ce n'est pas assurément que je méprise ce genre\nd'ouvrage: il n'y en a aucun de méprisable; mais c'est un talent qui, je crois,\nme manque entièrement. Peut-être qu'avec de la tranquillité d'esprit, des\nsoins et les conseils de mes amis, je pourrai parvenir à faire quelque chose de\nmoins indigne de notre Orphée ; mais je prévois qu'il faudra remettre 1 exé-\ncution de cet opéra à l'hiver prochain. Il n'en vaudra que mieux et 11 en sera\nque plus désiré du public. Notre grand musicien, qui a sans doute des\nennemis en proportion de son mérite, ne doit pas être fâché que ses rivaux\npassent avant lui. Le point n'est pas d'être joué bientôt, mais de réussir. 11\nvaut mieux être applaudi tard que d'être sifflé de bonne heure. »"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "198", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.6", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nLes quolibets accumulés à la fin de cette lettre déguisent mal le pro-\nfond dépit de son auteur; voici ce qui venait de se passer : Rameau ne\npouvant rien tirer du libretto de Samson et voulant enfin se produire\nsur la scène lyrique, avait accepté de Pabbé Pellegrin, mis en musique,\nfait enfin recevoir et jouer avec succès l'opéra tfHippolyte et Aricie\n(icr octobre 1733). A un mois de distance, le souvenir de ce déboire pour\nVoltaire datait à peine d'hier. Il écrivait, dès le 27 septembre , à Gide-\nville :\n« Les paroles sont de l'abbé Pellegrin, et dignes de l'abbé Pellegrin.\nLa musique est d'un nommé Rameau, homme qui a le malheur de savoir plus\nde musique que Lulli. C'est un pédant en musique; il est exact et ennuyeux.»\nVoilà de la critique musicale bien sommaire. Ah ! M. de Voltaire, —\neût-on pu lui dire, -— vous êtes orfèvre, « c'est-à-dire un librettiste\nmalheureux. »\nDonc, Voltaire n'avait pas pour unique intention, en offrant Samson\nà Rameau, de faciliter l'entrée du musicien à l'Opéra. Et quel dépit\ndans ces mots: « un nommé Rameau, » succédant si brusquement à\n« notre Orphée ! » Quelle dissonnance non préparée et encore moins\nrésolue !...\n•\nCependant, faisant contre fortune bon cœur, Voltaire écrit encore à\nBerger (mai 1734) :\n« Vous, monsieur, qui êtes le très digne secrétaire d'un prince qui veut\nbien être à la tête de nos plaisirs ( Victor Amédée de Savoie, prince de Cari-\ngnan, directeur de l Opéra), faites-moi, je vous prie, l'amitié de me mander\nquand il faudra lui envoyer les paroles de Samson. Je n'ai fait cet ouvrage par\naucun autre motif que par celui de contribuer de fort loin à la gloire\nde M. Rameau et de servir à ses talents, comme celui qui fournit la toile et\nle chevalet contribue a la gloire du peintre. Mais quoique je ne joue qu'un\nrôle fort subalterne dans cette affaire, cependant je voudrais bien n'avoir\naucune difficulté à essuyer et pouvoir compter personnellement sur la pro-\ntection de M. le prince de Carignan, soit pour la manière dont cet opéra sera\nexecute, soit pour l'examen des paroles. »\nToujours la même allégation!... Il a voulu fournir un livret à Ra-\nmeau ; mais ce qui l'inquiète le plus, c'est de savoir si le public entendra\nses rimes sous une musique quelconque. Une anecdote de parolier, qui\nnous revient à la mémoire, complète (ce nous semble) la pensée toute\npersonnelle de Voltaire : un jour, c'était dans sa vieillesse, l'auteur des\n/\nDeux-Gendres, Etienne, assistait à un concert où l'on exécutait un air\nde Joconde, un de ses livrets mis en musique par Nicolo, 011 sait avec\nquel succès. L air s achève au milieu des applaudissements; Étienne\nîayonnait démotion. « Ah ! (dit-il à un de ses voisins) , on vient de\nchanter de mes paroles. »"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "199", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.7", "texte": "VOLTAIRE LIBRETTISTE\n\nVoltaire eût dit, ou tout au moins éprouvé même chose, à l'audition de\nson Samson ; mais il n'eut pas ce bonheur tant et si ardemment et si\nlongtemps désiré.\nLa même année (1734) et le même Berger sont témoins de cette petite\nconfidence qui vaut son pesant de vanité... lyrique :\n« M. Rameau n'a point d'ami ni d'admirateur plus zélé que moi, et si dans\nma solitude et dans ma vie philosophique je retrouve quelque étincelle de\ngénie, ce sera pour le mettre avec le sien. »\nN'est-ce pas ineffable?... Mais où Voltaire est inimitable, c'est lors-\nqu'il veut parler musique ; écoutez ceci :\n« On dit que dans les Indes l'opéra de Rameau (les Indes galantes) pour-\nrait réussir. Je crois que la profusion de ses doubles croches peut révolter les\nLullistes ; mais, à la longue, il faudra bien que le goût de Rameau devienne\nle goût dominant de la nation, à mesure qu'elle sera plus savante. Les oreilles\nse forment petit à petit. Trois ou quatre générations changent les organes\nd'une nation. Lulli nous a donné le sens deVouïe, que nous n'avions point;\nmais les Rameau le perfectionneront. Vous m'en direz des nouvelles dans\ncent cinquante ans d'ici. »\nVoltaire n'a pas été meilleur prophète que librettiste, et\nSon oracle est moins sur que celui de Calchas.\nEt de se raccrocher de plus belle à sa planche de salut, c'est-à-dire à\nson libretto biblique :\n« Je ferai de Samson tout ce qu'on voudra ; c'est pour Rameau, c'est pour\nsa musique mâle et vigoureuse que j'avais pris ce sujet. «\nEst-ce bien vrai, ou plutôt n'est-ce pas pour faire son Armide, comme\nQuinault la sienne, sauf qu'il y a un abîme entre les deux librettistes?...\nSerrant toujours de près Rameau, dont il a peur de subir l'abandon,\n%\nVoltaire l'accable de compliments et de flagorneries :\n« Orphée-Rameau a bien raison de croire que Samson est le chef-d'œuvre\nde sa musique ; et, quand il voudra le donner, il me trouvera toujours prêt à\nquitter tout pour rimer ses doubles croches. »\nSes doubles croches!... il y tient décidément. Ceci semble indiquer\nque Rameau composait d'abord sa mélodie , sous laquelle Voltaire\najustait tant bien que mal, — plutôt mal que bien, — ses versicules ;\nce qui expliquerait le rocailleux des qu'il commettait et dont\nnous avons déjà cité deux exemples.\nReprenant son libretto au point de vue littéraire et scénique, l'auteur\ndéfend pied à pied les caractères qu'il y a mis, surtout celui de Dalila ,\nsort ede contrefaçon maladroite d'Armide."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "200", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.8", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\n« Je n'entends pas trop— écrit-il à Thieriot (de Cirey, le 25 décembre 1735)\n— ce qu'on veut dire par une Dalila intéressante. Je veux que ma Dalila\nchante de beaux airs, où le goût français soit fondu dans le goût italien. Voilà\ntout l'intérêt que je connais dans un opéra. Un beau spectacle bien varié, des\nfêtes brillantes, beaucoup d'airs, peu de récitatifs, des actes courts, c'est là\nce qui me plaît. Une pièce ne peut être véritablement touchante que dans la\nrue des Fossés-Saint-Germain (à la Comédie-Française). — Phaéton, le plus\nbel opéra de Lulli, est le moins intéressant.\nJe veux que le Samson soit dans un goût nouveau; rien qu'une scène de\nrécitatif à chaque acte, point de confident, point de verbiage. Est-ce que\nvous n'êtes pas las de ce chant uniforme et de ces eu perpétuels qui termi-\nnent, avec une monotonie d'antiphonaire, nos syllabes féminines? C'est un\npoison froid qui tue notre récitatif. Mandez-moi sur cela l'avis de Pollion\n(M. La Fopelimère) et de Bernard (Vauteur du libretto de Castor et Pollux). »\nGoût nouveau, on va voir ce que cela veut dire. « Il faudra, — écrit-il\nau même Thieriot, à un mois de distance, — il faudra obtenir un exa-\nminateur raisonnable, qui se souvienne que Samson se joue à l'Opéra et\nnon à la Sorbonne. » ce que Voltaire appelle un « nouveau genre\nd'opéra, » c'est le droit d'insulter impunément en plein théâtre l'objet\nde la foi des chrétiens, en travestissant les récits bibliques. Singulière\nfaçon d'entendre, d'enseigner et -surtout de pratiquer la tolérance reli-\ngieuse !...\nIl semble que pour lui Samson fut son hégire ; il en parle avec fana-\ntisme et s'obstine à vouloir l'imposer quand par force, s'il le faut,\nà l'Opéra et au public. Et pour combler la mesure du ridicule, écoutez-\nle donnant des conseils à Rameau, par l'intermédiaire de son séide Thie-\nriot; c'est du dernier plaisant et à la fois d'une rare outrecuidance :\n« Je réponds à M. Rameau du plus grand succès, s'il veut joindre à sa belle\nmusique quelques airs dans un goût italien mitigé (?). Qu'il réconcilie l'Italie\navec la France. Encouragez-le, je vous prie, à ne pas laisser inutile une\nmusique si admirable. »\nC est inouï, insensé, sans logique... Et d'abord, qu'est-ce qu'wn goût\nitalien mitigé ? Où Voltaire avait-il entendu de la musique italienne ?\nIl en avait peut-être entendu parler; toujours le ouï-dire, comme pour\nl'hébreu et les langues orientales qu'il se vantait de connaître à fond, et\nsur lesquelles il déraisonnait d'une façon si bouffonne qu'on en pleure...\nde rire ! Rameau suivit le conseil de Voltaire , en ne laissant pas inutile\nsa musique; il la mit dans Zoroastre ; mais ce n'était pas là ce qu'avait\nvoulu dire son irascible librettiste, et Cahusac paya pour le musicien\nbien avisé. Ce pauvre Cahusac !...\nEn attendant que, treize ans après, Rameau encadrât la musique de\nSamson dans Zoroastre, le libretto biblique n'avançait guère ; le musi-\ncien doutait avec raison que le poème, traité de cette façon , pût être\naccepté ; il n'achevait rien. Quant à Voltaire, il tenait plus que jamais"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "201", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.9", "texte": "VOLTAIRE LIBRETTISTE\n\nau plan que — disait-il, — il s'était toujours proposé. « Je m'étais\nécarté de la route ordinaire dans le poème, parce qu'il {Rameau) s'en\nécarte dans la musique. »\nIl fallut, bon gré mal gré, corriger le livret. Il paraît que madame du\nChâtelet, Y amie du poète, travaillait avec lui à ce bel ouvrage qui ne\ndevait jamais voir la lumière... de la rampe. Dans l'intimité, la vérité\nlui échappait, ou plutôt habitué à rire de tout, il se moquait lui-même\nde son œuvre ; ce que c'est que la force de l'habitude ! Il appelle quelque\npart son libretto : « Mes sottises philistines et hébraïques. » Et ailleurs :\n« Il y avait un certain contraste de guerriers, qui venaient présenter des\narmes à Samson et de p qui le retenaient, lequel faisait un effet\nfort profane et fort agréable. Si vous voulez , je vous enverrai encore\ncette guenille. » Oui, guenille, mais comme le bonhomme Chrysale,\nVoltaire eût volontiers ajouté :\nGuenille, si F on veut; ma guenille m'est chère.\nCes plaisanteries, d'un goût douteux, s'adressaient, dans l'intimité, à\nThieriot, au marquis d'Argenson et autres familiers ; mais lorsqu'il s'agit\nde livrer à la publicité ses opinions, Voltaire alors le prend de haut et,\n— par exemple, — dans sa Connaissance des beautés et des défauts de\nla poésie et de Véloquence dans la langue française, sorte de rhétorique\ndont tous les exemples sont tirés de ses propres ouvrages, il prononce ex\ncathedra les outrecuidantes assertions que voici :\n« Le plus grand mal de ces spectacles {les opéras), c'est qu'il n'y est presque\npas permis d'y rendre la vertu respectable et d'y mettre de la noblesse; ils\nsont consacrés aux misérables redites de maximes voluptueuses, que Ton\nn'oserait débiter ailleurs : la clémence d'Auguste envers Ginna, la magnani-\nmité de Cornélie ne pourraient y trouver place. Par quel honteux usage faut-\nil que la musique, qui peut élever lame aux grands sentiments, ne soit\nemployée parmi nous qu'à chanter des vaudevilles d'amour? Il est à souhaiter\nqu'il s'élève quelque génie assez fort pour corriger la nation de cet abus et\npour donner à un spectacle devenu nécessaire la dignité et les mœurs qui lui\nmanquent.\n« Il faut que l'opéra soit sur un autre pied pour ne plus mériter le mépris\nqu'ont pour lui toutes les nations de l'Europe.\n« Je crois avoir trouvé ce que je cherchais depuis longtemps dans le cin-\nquième acte de l'opéra de Samson. Qu'on examine avec attention les mor-\nceaux que j'en vais rapporter...\n« Que l'on compare à présent la force et l'harmonie d'une telle poésie avec\nles vers dont sont remplis les opéras qui ont parmi nous du succès, à\nla faveur de la musique. »\nJe sais bien que l'ouvrage d'où est tirée cette citation curieuse , —\npour ne pas dire davantage , — n'a pas paru sous le nom de Voltaire ;\nmais on sait depuis longtemps, à n'en pouvoir douter et par les nom-\nbreuses confidences de l'auteur à ses intimes, que ce livre est tout de"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "202", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.10", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nlui. C'est se prodiguer l'encens à discrétion et sans craindre d'en être\nsuffoqué, si épaisse cependant qu'en soit la fumée !...\nDe 1736 à 1768, il n'est plus fait mention de Samson dans la corres-\npondance de Voltaire; il ne faut pas croire pourtant qu'il eût oublié son\nœuvre, d'autant mieux chérie qu'elle était assez mal venue, pour ne pas\ndire avortée ; cette fois encore c'est sur le ton de la bouffonnerie qu'il\nen parle incidemment à Ghabanon , auteur dramatique et musicien\nlui-même r\n« Quoi! vous songez à ce paillard de Samson et à cette p de Dalila? Et\nde plus, vous nous envoyez du beurre de Bretagne? Il faut que vous ayez une\nbelle âme !\n« Savez-vous bien que Rameau avait fait une musique délicieuse sur ce\nSamson? Il y avait du terrible et du gracieux. Il en a mis une partie dans\nl'acte des Incas, dans Castor et Pollux, dans Zoroastre. »\nCeci a été écrit au commencement de 1768, à une époque où Voltaire\nespérait encore tirer quelque parti de son libretto, sans doute en le trans-\nformant en tragédie. Comme Moncrif, lecteur de la reine et examina-\nteur de cette œuvre, ne lui avait pas été favorable pour la raison que\nnous avons déjà ditela parodie de la Bible 3 — le patriarche de\nFerney n'eut pas assez de foudres pour accabler, par lettre, son juge\nsévère. Voltaire prétend qu'on veut empêcher « qu'on ne mette des\ndoubles croches sur la mâchoire d'âne de Samson. »\nCette plaisanterie sur la mâchoire d'âne plaît tant à son heureux au-\nteur, qu'il la remet en œuvre dans la suite de la même lettre :\n« M. le duc de Choiseul n'est pas, je crois, musicien; c'est la seule chose\nqui lui manque ; mais je suis persuadé que, dans l'occasion, il protégerait la\nmâchoire d'âne de Samson contre les mâchoires d'ânes qui s'opposeraient à\nce divertissement honnête, ut est. Il faut une terrible musique pour ce\nSamson qui fait des miracles de diable ; et je doute fort que le ridicule\nmélange de la musique italienne avec la française, dont on est aujourd'hui\ninfatué, puisse parvenir aux beautés vraies, mâles et vigoureuses et à la décla-\nmation énergique que Samson exige... Par ma foi, la musique italienne n'est\nfaite que pour faire briller des châtrés à la chapelle du pape. Il n'y aura plus\nde génie à la Lulli pour la déclamation, je vous le certifie dans l'amertume de\nmon cœur. »\nIl y a loin de ce jugement sévère porté contre la musique italienne aux\néloges pompeux que l'on a lus ci -dessus ; mais Voltaire, qui ne sut\njamais garder de milieu ni de mesure en rien, était aussi outré dans la\npalinodie qu'il l'avait été dans l'éloge.\n(La suite prochainement.)\n\nCH. BARTHÉLEMY."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "203", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.11", "texte": "ANDRÉ PHILIDOR\n\nI'l\nIV\nHILIDOR fit suivre cet ouvrage d'une opérette peu im-\nportante : Y Huître et les Plaideurs, ou le Tribunal\nde la chicane, qui fut donnée à TOpéra-Comique le\n17 septembre 1759, et reprise au même théâtre,\navec des changements et des augmentations, le 13 août\n1761 (2).\nC'est à cette époque que se place l'heureux mariage de Philidor. Par\nune de ses cousines, une demoiselle Leroy ou Leroi, qui avait épousé le\n\n(1) Voiries numéros des i 5 juin et i 5 juillet.\n(2) Voici le titre exact de la seconde édition de la pièce imprimée : « L'Huître et\nles Plaideurs, ou le Tribunal de la chicane, opéra-comique en un acte, en prose,\nmêlé de morceaux de musique et vaudeville, représenté sur le théâtre de la foire\nSaint-Laurent en 1759 et 1761, par M. Sedaine, la musique de M. Philidor. »\nEt voici la préface de cette seconde édition : « Cette petite pièce, ou plutôt cette\nfarce a été représentée pour la première fois à la foire Saint-Laurent de l'année 1760\n(l'auteur se trompe de date) ; proposée, faite, mise en musique, apprise et repré-\nsentée en moins de dix-sept jours. Elle avait tous les défauts d'un ouvrage indi-\ngeste et précipité; cependant, le reproche le plus unanime fut son peu de durée. C'est\nce qui m'a décidé à l'étendre en y joignant des couplets, des scènes et des morceaux\nde musique qui couvrissent du moins l'irrégularité de l'ouvrage. Et de fait, un\nopéra-comique qui n'est point composé de scènes à tiroirs, et qui n'a ni amant, ni\nintrigue, ni mariage, ne peut guères tenir son succès que des charmes de la musique\net du mérite de l'exécution. »"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "204", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.12", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ncompositeur Richer, surintendant de la musique du duc d'Orléans, il se\ntrouvait déjà allié à la famille de cet artiste, dont le fils aîné, violon-\ncelliste distingué, était attaché à l'infant don Philippe, dont le second,\nvioloniste de talent, était à la Cour du duc de Parme 5 et dont le troi-\nsième acquit une grande réputation comme chanteur et fut une des\nétoiles du Concert spirituel ; il resserra cette alliance en épousant, le\ni 3 février 1760, la fille de Richer, qui devint elle-même une chanteuse\nremarquable, et qui obtint, ainsi que son frère, de grands succès au Con-\ncert spirituel. Cette union fut constamment heureuse, et Philidor n'eut\nqu a se louer de sa femme, qui lui survécut de quelques années (1).\nTrois semaines après son mariage, il donna son troisième ouvrage.\nCelui-ci parut, non plus à TOpéra-Comique, mais à la Comédie-Ita-\nlienne, et, chose assez singulière, les deux théâtres donnèrent, le même\njour (6 mars 1760), la première représentation de deux pièces tirées du\nmême sujet, d un conte de La Fontaine. Celle de la Comédie-Italienne,\nintitulée : le Quiproquo, ou le Volage fixé, était d'un nommé Moustou\npour les paroles, de Philidor pour la musique \\ celle deTOpéra-Comique,\nqui avait pour titre : les Troqiieurs dupés, avait pour librettiste Sedaine,\npour compositeur l'ltalien Sodi. Par un hasard encore étrange, Phili-\ndor, qui avait donné ses deux premiers ouvrages avec Sedaine, et qui\ns'était séparé de lui en cette circonstance, fut trahi par son collaborateur,\ntandis que Sedaine l'était par le sien. « Par un contraste singulier, lit-\non dans Y Histoire de Vopéra bouffon, tandis que les paroles du Volage\nnuisaient sur le théâtre des Italiens à la musique de M. Philidor, la\n\n(i) Voici quelques renseignements intéressants, que j'extrais de la notice publiée\ndans le Palamède :\n« Philidor a eu quatre sœurs et six frères.\n« Le treize février mil sept cent soixante, il épousa Angélique-Henriette-Élisabeth\nRicher, sœur du célèbre chanteur et professeur de chant de ce temps, dont\nM. Ponchard a encore reçu les leçons ; de cette union sont issus sept enfants, dont\ndeux, un fils et une fille, morts en bas âge ; il est donc resté à Philidor, et il a laissé\naprès lui quatre fils et une fille décédée au mois d'août 1825, âgée de cinquante ans,\ntrès jolie, charmante, et femme de Pradher, professeur de piano au Conservatoire,\nqui n'avait que dix-sept ans lorsqu'il l'épousa, elle en ayant vingt-huit. Pradher est\nmort il y a quelques années; sa femme, Élyse Philidor, seule des enfants du compo-\nsiteui, était musicienne. André-Joseph-Hélène Danican-Philidor, l'aîné et le der-\nnier (survivant) des quatre fils du célèbre compositeur et joueur d'échecs, ancien\nconseiller de préfecture et ancien membre du conseil général d'Eure-et-Loir, est\nmoit a laiib, rue de la Paix, g, dans sa quatre-vingt-troisième année, le vendredi\n6 juin 1845, à sept heures du soir. »\nAu sujet de la famille Richer, on peut consulter Laborde, qui donne sur elle des\nrenseignements très précis."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "205", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.13", "texte": "ANDRÉ PHILIDOR\n\nmusique des Troqueurs dupés empêchait de réussir les paroles de\nM. Sedaine sur le théâtre de l'Opéra-Comique.\nPhilidor ne se fût pas découragé pour ce petit échec, dont, d'ailleurs,\non ne le rendait pas personnellement responsable. Il se remit aussitôt à\n1 œuvre, et retrouva la veine de son premier succès avec le Soldat magi-\ncien, joli petit acte, dont Anseaume, alors souffleur de la Comédie-Ita-\nlienne, lui avait fourni le livret, et qui fut donné à l'Opéra-Comique le\n14 août 1760. Mademoiselle Luzy, qui joua plus tard les soubrettes à la\nComédie-Française, y tenait le rôle de Crispin d'une façon charmante,\net trente-deux représentations consécutives n'empêchèrent pas cet aima-\nble ouvrage d'être fréquemment repris et de se maintenir pendant de\nlongues années au répertoire (1).\nRepienant sa collaboration avec Sedaine, Philidor donnait au même\nthéâtre, le 18 février un acte nouveau intitulé : le Jardinier et\nson Seigneur. La pièce était amusante et vive , la musique fort bien\nvenue, et le Mercure de France, en en constatant le succès, s'exprimait\nainsi sur le compte du compositeur : « En possession des suffrages\ndes amateurs de ce genre ( l'opéra-comique) M. Philidor en obtient\ntous les jours de nouveaux applaudissements ; et ces mêmes amateurs\ntrouvent qu il a rendu dans cette pièce des images que Ton n'avait pas\nencore osé risquer en musique. » Ce qui revient à dire que Philidor\ncontinuait son rôle de novateur, et s'inquiétait peu des critiques igno-\nrantes dont il était parfois l'objet.\nIl le pouvait sans inconvénient, car, à cette époque, il était sûr de\nlui-même, sûr de son talent; il se sentait assez fort pour imposer au pu-\nblic ses volontés, et cela est si vrai que, pendant près de dix ans, et\nquoiqu'il eût parfois maille à partir avec certains esprits récalcitrants,\nquoiqu'il se mît en lutte ouverte avec certaines routines d'oreille et qu'il\nheurtât, non sans combat, des habitudes reçues, on peut dire qu'il ne\nconnut pas un insuccès. Tom Jones à la Comédie-Italienne, Ernelinde\nà l'Opéra, soulevèrent bien quelques critiques, quelques protestations,\nquelques hésitations; mais, en fin de compte, le musicien parvint tou-\njours par désarmer ses et ces deux ouvrages, qui figurent\nparmi les plus importants de son répertoire, lui valurent aussi ses plus\ngrands triomphes.\n\n(1) Le sujet du Soldat magicien était tiré du Bon Soldat, comédie en un acte que\nDancourt avait extraite des Fous divertissants, comédie en cinq actes et en vers, dont\nles deux Poisson avaient eux-mêmes puisé le fond dans un conte d'Ouville. Le plan,\nmis en oeuvre par Anseaume, avait été tracé par de Serrières."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "206", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.14", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nTrois écrivains s'étaient mis en quatre pour fabriquer un livret d'opéra-\ncomique en deux actes, qui devait être signé d'un seul d'entre eux :\nQuêtant (1). Ce petit ouvrage, tiré d'un conte de Boccace, le Revenant,\net qui avait pour titre : le Maréchal-ferrant, fut mis en musique par\nPhilidor, et représenté à l'Opéra-Comique, !e 22 août 1761, avec un\nsuccès encore inconnu dans les fastes de ce théâtre.\nLes biographes qui ont refusé à ce compositeur le don du charme et de\nla mélodie, ne connaissaient assurément pas cette œuvre savoureuse et\nsi bien venue, qui fourmille de motifs heureux, de chants élégants et\ngracieux. Dans le Maréchal, Philidor s'est montré tout à la fois musi-\ncien inspiré, harmoniste distingué et parfois hardi, instrumentateur\ntrès habile (2), en même qu'il déployait une gaieté franche, allant souvent\njusqu'à la bouffonnerie et une originalité piquante, sans être jamais gro-\ntesque. Je serais fort embarrassé de choisir les meilleurs morceaux de\ncette partition excellente ; j'en signalerai pourtant quelques-uns. Au\npremier acte, d'abord le trio de la dispute, qui est d'une facture très\nserrée, d'un rhythme franc, vif et vigoureusement accusé, et dont l'har-\nmonie, toujours très pure, est souvent fort élégante ; l'ariette qui suit :\nJe suis douce, je suis bonne, conçue volontairement sur un plan uni-\nforme et très original, et qui est pleine de malice et de finesse; l'air très\ncourt du maréchal : Je suis expert en médecine, morceau franc du col-\nlier, et dans lequel la largeur du style-fait ressortir encore le sentiment\ncomique ;le duo de Marcel et de La Bride : Premièrement, buvons, qui\nest une des meilleures pages de la partition et des plus franchement gaies,\navec ses harmonies ingénieuses et élégantes, ses imitations excellem-\nment employées. Ce n'est pas tout. L'air de La Bride :\nQtLand pour le gfand voyàge^\nMargot plia bagage...\ncité avec raison par divers biographes de Philidor, est très original ;\nPimitatiou avec la voix du bruit des cloches, tandis que le quatuor\nfait des gammes en à l'unisson et que les cors donnent des\n\n(1) » Quant au poëme, si c'en est un, le plan est de M. de Serrières, les ariettes,\ndont quelques-unes sont bien coupées, sont de M. Anseaume, et le reste de M. Quê-\ntant, qui s'est approprié le tout, sans doute avec le consentement des autres auteurs. »\n(Desboulmiers, Histoire de V Opéra-Comique.)\n(2) Je demande grâce pour ce néologisme, et j'espère qu'on me le pardonnera en\nfaveur d'une expression qui, quoique indispensable, manque à la langue musicale."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "207", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.15", "texte": "ANDRÉ PHILIDOR\n\nnotes pleines et ouvertes, a un cachet de bizarrerie et de singularité des\nplus amusants. Enfin, le trio bouffe :\nQue voulez-vous?\nMonsieur le maréchal,\nqui termine ce premier acte, et dans lequel Bastien, racontant les souf-\nfrances de son âne, contrefait grotesquement les braiments de l'animal,\ntandis que les deux autres personnages l'imitent en se moquant de lui,\nest d'une couleur très comique. C'est là de la bonne, de la vraie bouffon-\nnerie musicale.\nAu second acte, l'air de La Bride :\nBrillant dans mon emploi,\nest chaudement et franchement écrit; son allure est gaie; son instru-\nmentation nourrie et colorée. L'air de Colin se fait surtout remarquer\npari excellent récitatif qui le précède. Enfin, toute la première partie du\ntrio :\nFripon9\nRépond;\nParle, dis quel est ton nom.\net qui n'est, jusqu'à l'arrivée de Colin, qu'un duo entre Eustache et\nMarcel , est traitée d'une façon supérieure; on voit que cela est écrit\npar une main habile et expérimentée; l'attaque en est ferme et vigou-\nreuse, le rhythme net et carré, l'instrumentation soignée et très savou-\nreuse, quoique laissant toujours entendre très distinctement les paroles.\nEn somme, la partition du Maréchal-ferrant est une œuvre supé-\nrieure, si 1 on considère surtout l'époque à laquelle elle a été écrite; elle\nbrille par le style, par la verve, par la facture, par l'instrumentation, et\nelle plaça Philidor au premier rang des compositeurs de cette époque,\ndont les ouvrages alimentaient le répertoire de l'Opéra-Comique, à côté\nde Duni et de Monsigny, dont il n'avait peut- être pas la grâce délicate\net touchante, mais qu'il égalait sous le rapport de l'inspiration, et aux-\nquels il était bien supérieur au point de vue du savoir et de la pratique\npure. Au reste, le public accueillit l'œuvre avec de véritables transports\nde joie, et lui fit un succès qui ne put être épuisé par cent représenta-\ntions, et qui ne l'empêcha point de rester pendant quarante ans au réper-\ntoire. Les annalistes s'accordent pour reporter sur le musicien l'honneur\nd'un tel succès : La pièce, en général, lit-on dans Y Histoire de\nVopéra bouffon, est conduite avec art : elle est écrite avec décence; mais\nsa pleine réussite semble principalement due à l'harmonieuse musique"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "208", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.16", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nde M. Philidor. » Et Desboulmiers, plus explicite à ce point de vue, dit\ndans son Histoire de VOpéra-Comique : « Cet opéra-comique est un\ndes plus grands succès qu'on ait jamais vus sur le théâtre de la foire.\nL'on peut assurer, sans partialité, qu'il fut dû tout entier à l'excellente\nmusique, qui est de M. Philidor. • Cette fois, il y eut unanimité,\nquoique peut-être tout le monde n'appréciât pas complètement le génie\ndu musicien, car, quelques années plus tard, Framery, dans un article\ndont j'ai cité plus haut un fragment, rappelant les premières préventions\ndu public à l'égard de Philidor, disait, en parlant du Maréchal : ce Le\nMaréchal ramena tous les esprits, on en chanta toutes les ariettes (en\ncontinuant cependant de nier que l'auteur eût du chant, car les pre-\nmières impressions sont puissantes). Les auteurs adoptèrent ce nouveau\ngenre, qui n'était point celui de l'ltalie ; ses tournures de phrase, consé-\nquentes les unes aux autres, et qui ne tenaient rien du premier mélange,\nfurent le modèle sur lequel le génie des autres musiciens se forma. Ce\nchangement se fit sans qu'on s'en aperçût, sans même qu'on y pensât ;\non était bien éloigné de croire lui devoir quelque chose : à peine fit-on\nréflexion que sa manière était neuve, qu'elle n'était pas celle qui, jusqu'à\nce moment, avait été d'usage (1). »\nOn voit que parmi les contemporains de Philidor il s'en trouvait pour\nlui rendre justice, et pour admirer en lui un vrai grand artiste (2).\n(La suite prochainement.)\nNous donnons plus loin un autographe de François-André Danican\nPhilidor, que nous devons à l'obligeance de M. Danican Philidor, secré-\ntaire général de la préfecture du Doubs.\n\nARTHUR POUGIN.\n\n(1) On donna au théâtre de Nicolet une parodie du Maréchal-ferrant dont voici le\ntitre d'après la pièce imprimée : « Le Forgeron, opéra-bouffon meslé d'ariettes, avec\nun prologue, parodie du Maréchal, représenté pour la première fois en avril 1762,\npar la troupe du sieur Nicolet, sur le boulevard, par M. G. Delautel, premier violon\nde son orchestre.» (Paris, Hérissant, in-8, 1762). Ce Delautel,, artiste aujourd'hui\ncomplètement inconnu, avait écrit les paroles et la musique de ce petit ouvrage.\n(2) Journal de musique, etc., mai 1770."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.17", "texte": "LE MARÉCHAL FERRANT\n(1761)\nAIR DE LA BRIDE\nMusique de\nA. D. PHILIDOR\n(54)"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.18", "texte": "(54)"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.19", "texte": "(54)"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.20", "texte": "(54)"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.21", "texte": "(54)"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.22", "texte": "(54)"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.23", "texte": "(54)"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.24", "texte": "P. Bertrand grav:\n(54)\nImp: Arouy rue du Delta 26."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.25", "texte": "V:\ni 4"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.29", "texte": "PEINTURES DÉCORATIVES\nDU\nFOYER DU NOUVEL OPÉRA\n\n/\nUJOURD'HUI nous nous sommes trouvés, à l'Ecole des\nBeaux-Arts, en présence d'une série de peintures con-\nçues par le même artiste, exécutées par lui seul, et\ndont l'élaboration n'a pas coûté moins de neuf ou dix\nannées de persévérance.\nIl y a neuf ans, en effet, un événement vint préoc-\ncuper le monde des peintres modernes; il s'agissait de représenter digne-\nment l'Art français dans un lieu qui, de sa nature, devait mettre l'œuvre\nsans cesse en lumière, le foyer du nouvel Opéra. Cette tâche venait\nd'être confiée à un jeune peintre, déjà presque célèbre par de brillantes\npromesses et par quelques toiles estimées, M. Paul Baudry. Or, de-\npuis ce temps, ce jeune homme, au su de tous les artistes, s'est confiné\ndans l'exécution de ce vaste ouvrage,et, aux dépens de bien des intérêts,\ns'est voué à la gestation exclusive de l'œuvre qu'il nous montre au-\njourd'hui.\nCette œuvre comprend trente-trois compositions, exécutées avec un\nsentiment d'unité qui en est le caractère principal. La dernière, le pla-\nfond même du foyer, n'est pas encore terminée à cette heure.\nAux deux extrémités de la première deux toiles, de dimensions\nexceptionnelles, représentent l'une le Parnasse et l'autre les Poètes.\nEntre ces deux tableaux sont exposées dix autres peintures et dix mé-\ndaillons."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "214", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.30", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nLe Parnasse est un tableau conçu d'après les données allégoriques de\nla tradition grecque.\nApollon est descendu de son char céleste; les Heures tiennent les\nrênes des coursiers de lumière ; à la droite du dieu, les Grâces offrent la\nflèche d'ivoire et la «grande» lyre; au-devant, à quelque distance,\nMelpomène, en tunique de pourpre et cuirassée de bronze, se tient\nappuyée sur la massue d'Hercule. Clio convoque à la fête élyséenne les\ngénies de la Musique; Erato s'incline vers un personnage, sans doute\nHaydn ou Mozart; au loin, Mercure guide vers TEmpyrée un groupe de\ncompositeurs divins : Beethoven, Gluck, Lulli, Meyerbeer, Boiëldieu,\nRossini, d'autres encore, et la fontaine Hippocrène épanche son onde\nsacrée, son enthousiasme, sur la hauteur, aux pieds d'tJranie et de\nPolymnie,\nA droite, dans l'angle inférieur, le peintre, en manière de signature\ngénérale, n'a point jugé inopportun de nous offrir son propre portrait,\nentre celui de M. Charles Garnier, l'architecte du nouvel Opéra, et celui\nde M. Ambroise Baudry, dont le talent et les conseils ont été des\nplus appréciés, au point de vue architectural, dans la construction de\nl'édifice.\nLa grande composition opposée, intitulée : LES POÈTES, est le parfait\npendant de ce tableau.\nAu centre, dans le lointain azuré, Homère est debout, à l'ombre\ndes deux ailes, étendues sur sa tête, de l'immortelle Poésie. A sa droite,\nAchille s'élance héroïque, svelte, aux pieds légers, étincelant, comme le\ntype éclaireur des civilisations guerrières; à gauche, sont groupés\nAmphion, dont les chants savaient émouvoir jusqu'aux rochers; Hésiode,\nqui raconta la Nature et la gloire des Jours ; puis, le divin Orphée, à la\nlyre enveloppée d'un vol de colombes.\nCes deux peintures présentent des qualités d'exécution de premier\nordre. L'Allégorie, difficile dans les temps modernes, y transparait\nsimple et sans banalité. Les formes et les attitudes concourent au senti-\nment d'harmonie qui émane de ces groupes noblement conçus : la cou-\nleur totale, concentrée dans la première toile, sur la robe de la Muse tra-\ngique, et dans la seconde sur l'armure de TAtreïde, est d'une haute et\nsavante distinction. L'impression que laissent ces deux tableaux est\nexcellente.\nLes dix compositions, exposées latéralement, représentent les carac-\ntères traditionnels et les influences magiques delà Danse, de la Musique,\nde la Poésie et de la Beauté."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "215", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.31", "texte": "PEINTURES DU FOYER DU NOUVEL OPÉRA\n\nLa Mort d'Orphée est l'une de celles qui nous offre la plus parfaite\npureté de dessin.\nLa Bacchante, courbant la branche de pin, pour s'en former un thyrse\nmeui trier, est admirable, et sa tête, renversée en sa fureur fière, est d'un\nbeau sentiment. Orphée, nous paraît-il, n'est pas revêtu de la beauté de\ncet éphèbe inspiré que l'on imagine à son nom ; et les Ménades (dont\n1 une célèbie, par une danse cruelle, l'agonie du grand chanteur) n'expri-\nment peut-êtie pas toute la sincérité de 1 emportement qu'elles devraient\népi ou ver , mais il ya de telles élégances dans le ton et les lignes de ce\ntableau, qu il mérite, malgré cela, de chaleureuses félicitations.\nLa sainte Cécile, écoutant les harmonies de l'Art sacré, au fond d'un\nrêve mystérieux, paraît religieusement comprise. La vision, toutefois, est\ntrop distincte : les yeux de l'âme perçoivent des réalités, en effet, mais\nces réalités ont un caractère autre que celui de la chair et du sang, pro-\nprement dits.\nLa peinture de Murillo, celle même de Raphaël, se sont rapprochées\nsouvent de l'idéal à ce sujet. Est-il donc impossible aujourd'hui, sans\nrecourir à des moyens inférieurs, de pénétrer la lumière d'une apparition\nde cette couleur solennelle, inquiétante et terrible quelle nécessite?\nN'avoir à sa disposition qu'un grand talent ne suffit pas pour exécuter ces\nsortes de sujets.\nLes Corybantes exultant autour du berceau de Jupiter, l'églogue des\nBergers, les supplications d'Orphée, retenant l'ombre d'Eurydice, la\ndanse lascive de Salomé devant Hérode (toile des plus remarquables par\nla solidité du dessin, la vitalité des nus et des modelés, et parla bonne\ncouleur), le Saiil écoutant David, et cette superbe composition intitulée\nVAssaut, où les qualités de mouvement et de force sont absolument\nincontestables, où la précision du geste est si savamment étudiée et\nrendue, où le coloris, obtenu par des effets sobres et purs, est répandu si\nheureusement; toutes ces toiles, qui symbolisent les unes la musique\nsacrée ou guerrière, la pastorale, la puissance des accents enivrants,\nfurieux ou mystiques ; les autres, les danses de joie et de luxure, ou celles\nqui surgissent, hystériques, de l'ivresse mêlée àla mort; toutes ces\npeintures, disons-nous, procèdent d'un même sentiment, très sincère et\ntrès pur de Fart moderne, attestent une personnalité supérieure et, nous\nn'hésitons pas à le dire, une seule d'entre elles suffirait pour établir\nle talent et la conscience d'un vaillant artiste.\nLes deux tableaux, Marsyas vaincu et le Jugement de Paris,\nsemblent clore cette série symbolique : l'une en figurant le triomphe de\nl'art céleste sur l'art grossier, qui consiste à reproduire servilement les"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "216", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.32", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nchoses de la nature, et l'autre le triomphe de la Beauté idéale, but\nsuprême de l'Art lui-même.\nCe dernier tableau, qui présentait des difficultés de tout genre, nous\nparaît être le meilleur à cause de la prodigieuse élégance d'expression\nqu'il nous offre. La Vénus, sous cette affectation de modestie, symbolise\nparfaitement la pensée de l'artiste, et cette apparente ingénuité est un\ncharme artificiel et moderne qu'elle s'ajoute et que les Grâces ne sau-\nraient lui reprocher.\nLes dix médaillons qui représentent, avec des enfants aux têtes carac-\ntéristiques, l'Histoire de la Musique dans l'Humanité, sont composés\navec une recherche de simplicité, dans la couleur, qui dépasse parfois\nle but et qui les font ressembler à des grisailles. C'est là une tendance\naussi fatale que celle de pousser la couleur à outrance, en vue de sur-\nprendre un public irréfléchi. En craignant toujours d'user de la lumière,\non s'expose à éteindre absolument la couleur. Constatons cependant\nbeaucoup de franchise et de pureté dans la plupart de ces médaillons :\nl'un d'eux, surtout, Germania,nous a paru d'une inspiration charmante.\nDans la seconde Salle supérieure, ont été placés deux autres grands\nsujets, la Comédie et la Tragédie,entre lesquelles sont exposées les\nMuses, au nombre de huit seulement. La neuvième, Polymnie, n'ayant\npoint trouvé de place sur la cimaise.\nLa ravissante peinture représentant est très brillamment\nimaginée. Rieuse, Thalie (dont le visage veut rappeler celui d'une\naimable artiste parisienne, Mademoiselle Massin) vient de précipiter, à\ncoups de verges, des hauteurs du ciel, un faune grotesque, vieux et\nenflammé. Celui-ci tombe, recouvert, par endroits, de la peau de lion\ndont il s'était revêtu, et qui, par allégorie, le mord vigoureusement dans\nles hasards de cette chute. Le gouffre bleu, qui le reçoit, ne l'engloutira\npas assez vite pour qu'une flèche définitive ne l'atteigne pas à travers\nl'espace. Les Ris et les Jeux, dont l'un tient son arc bien tendu sur le\nmonstre, achèvent l'humiliation de sa déroute au milieu des rires d'une\njoie moqueuse. Toile délicieuse, où se révèlent des qualités de finesse\net de naturel, d'un goût élevé et original. Le raccourci du faune est\ndessiné de main de maître, et le coloris est d'une lumière très harmo-\nnieuse.\nLa composition opposée, La Tragédieest une œuvre remarquable,\nbien qu'inachevée, nous semble-t-il. La Pitié, blanche sous ses voiles\nde gaze noire, supplie dans une attitude abandonnée, du plus savant\neffet.\nLa Fureur se précipite avec une décision superbe. La couleur et la"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "217", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.33", "texte": "PEINTURES DU FOYER DU NOUVEL OPÉRA\n\nvaleur des groupes sont de premier ordre. Toile où la maîtrise d'un\nbeau talent se reconnaît dès le premier coup d'œii.\nEntre ces deux tableaux, la galerie des Muses offre un aspect des\nplus séduisants et des plus gracieux. Toutes sont des visages exquis,\nparmi lesquels les têtes d'Uranie et de Terpsichore nous ont paru de\nnature à ravir plus spécialement le regard. Les costumes, d'une oppo-\nsition de couleur riche et nouvelle, sont drapés avec une haute distinc-\ntion et un art parfait. Le lambeau de pourpre noué autour du front de\nThalie_, et qui rappelle le côté bohémien de ses enfants préférés, de\nceux qui vont par les routes sur le chariot de Thespis, est un effet\nmoderne des plus heureusement rendus. Les carnations, pour n'être pas\ncélestes, si l'on veut, sont toutefois bien éclairées et sévèrement peintes.\nVoilà l'Œuvre.\nFaut-il, maintenant, exprimer le sentiment personnel qu'elle nous\ninspire? Faut-il se déclarer au point de vue de l'Art suprême des grands\npeintres passés, présents et à venir? Faut-il, en un mot, cesser de juger\nen homme du monde et statuer sur ces toiles, d'une façon plus haute, en\nles éclairant du flambeau que toute intelligence éprise de lumière, d'en-\nthousiasme et de beauté, sent resplendir en e11e?... Il est difficile de\nle faire.\nToutes les fois, —et c'est le cas actuel, qu'il s'agit, après avoir\nexaminé avec conscience, de prononcer un verdict de quelque impor-\ntance sur un ouvrage, 1« Critique devrait être saisi d'un sentiment de\ndéfiance (non de lui-même), mais bien de l'expression qu'il sera con-\ntraint d'employer pour formuler son jugement.\nEn ce temps de nuances spirituelles, où les paroles ne parviennent\nque déformées par la diversité d'acceptions que chacun, suivant son tem-\npérament cérébral, leur attribue, il est devenu impossible à un artiste\nsérieux de dire tout uniment : « Ceci est bien, ceci est mal, » et de tran-\ncher, militairement, des questions devenues complexes.\nIl faut d'abord nettifier ce qu'on entend par ce bien et ce mal. Autre-\nment l'on s'expose, n'ayant pas tenu compte de ses auditeurs, à être\ncompris parfois au rebours de sa pensée et, le plus souvent, de travers.\nBref, dans la Babel des théories esthétiques modernes, il importe\nd'établir toujours, avant un prononcé quelconque sur une œuvre d'art,\nce que l'on entend soi-même par cet Art universel au nom duquel on\nprononce. Sinon, de quel droit pourrait-on accepter et faire reconnaître le\nmandat très grave, en toute circonstance, de juger quelque chose?\nTout lecteur doit d'abord réclamer d'un Critique ce que l'électeur\ncommence par réclamer de son député : savoir, une profession de foi"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "218", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.34", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nclaire et absolue, au nom de laquelle celui-ci peut être investi du droit\nde défendre, d'éclaircir, et de statuer.\nOr, en ces conjectures, voici la nôtre.\nLe Beau, c'est l'Art lui-même, la Vérité, la sanction, le but Hors\nlui, nous ne voyons plus que la Vie et ses non-valeurs intimes au-des-\nsus desquelles l'Art a précisément pour mission de nous élever sous peine\nde déserrer sa destinée.\nLe Beau n'a rien à faire avec le Joli, qui n'élève pas, qui ne grandit\npas. On peut enfler les lignes du Joli, on n'obtiendra pas de lui la plé-\nnitude; les dimensions d'une toile ne la feront pas plus étendue qu'elle\nn'est en réalité, et ce n'est pas de ce cette grandeur-là qu'il s'agit en\nmatière d'art. Une tête de cocotte sur un torse de Michel-Ange ne me\nreprésentera jamais une muse.\nQu'est-ce donc que le Beau véritable ? Et à quels signes le reconnaî-\ntre? Nous répondrons :« Si vous ne l'avez pas en vous-même, vous\nne le reconnaîtrez nulle part. »\ncomme l'eau claire, sans couleur,odeur ni saveur particulière. » Ceci\nveut dire que l'impression de beauté qui se dégage d'une œuvre d'art\nn'est subordonnée ni au sujet que représente cette œuvre, ni même aux\nqualités d'exécution qu'elle peut offrir.\nLe Beau est indépendant de ces contingences : il se manifeste par elles,\nmais il est, avant tout, dans l'âme de l'artiste et il baigne, pour ainsi\ndire, intellectuellement l'ensemble de l'œuvre en général.\nEn peinture, ce sentiment qui doit émaner d'une toile, n'est renfermé\nni dans le dessin, qui, suivant l'expression d'lngres, est la probité de\nl'Art, ni dans la couleur, qui est, selon la pensée de Delacroix, Pâme\nextérieure des choses. Il est l'impression que laisse, dans l'Esprit, la vue\nde la composition, dans son unité abstraite.\nLe Beau est de sa nature un et infini. Ses manifestations sont aussi\nmultiples que les étoiles du ciel. Tout sujet lui est bon ; tout moyen lui\nest possible; toute mèche peut brûler en ce flambeau pour produire la\nlumière. Les différents degrés d'intensité de cette lumière, qui asa corres-\npondance en chaque homme digne de ce nom, ne proviennent, dans les\nœuvres d'art où ils apparaissent, que des différents degrés de puissance\nconceptive et expressive dont sont douées les âmes des artistes : voilà\ntout.\nAinsi, lorsqu'en peinture, par exemple, la vue d'un tableau ne nous\ncause pas cette magique impression où la nature apparaît comme trans-\nfigurée par l'atmosphère idéale que l'Art seul peut répandre sur les choses,\nnous devons, quelles que soient les habiletés de main-d'œuvre et les"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "219", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.35", "texte": "PEINTURES I)U FOYER DU NOUVEL OPÉRA\n\nqualités diverses du peintre, nous prémunir contre l'Artiste qui l'a pro-\nduite, et faire nos plus grandes réserves touchant la véritable valeur de\ncette toile. L'impression que laisse, non le métier, mais le style de\nl'oeuvre, classe seule l'artiste en notre esprit.\nSi donc, fortement pénétré de ces convictions, et elles sont, en\nnous, inébranlables, nous entrons dans la Salle des Beaux-Arts pour\ny connaître l'Œuvre de M, Paul Baudry, le jugement que nous por-\nterons sur elle, d'après l'impression qu'elle nous laisse, sera le suivant :\nM. Baudry était certes, tant par la nature de son talent, la sincérité et\nla conscience de ses efforts, toujours chercheurs, que par les garanties\nde jeunesse et de mérite réel, progressif, qu'il offrait, l'un des peintres\nles plus dignes de recevoir la tâche qui lui a été confiée. Peut-être\nmême était-il le seul qui pût mener à aussi bien une telle mission.\nMais il a le malheur d'exister dans une période de l'École française,\ncelle qui commence, dont les tendances esthétiques, déjà pressenties\nen son œuvre, sont tout simplement déplorables au point de vue de l'Art\nmagistral. L'Enthousiasme sacré, sous l'appréhension de se compro-\nmettre en tant que distinction, est enchaîné dans le cœur de l'artiste\nmoderne. La Beauté réelle, profonde, qui seule a le droit de pénétrer\ndans le Sanctuaire, disparaît des conceptions générales, pour faire place\nà nous ne savons quelle grâce équivoque, où les plus riches talents se\ncomplaisent à cœur joie. Loin d'élever le niveau des meilleurs entende-\nments de la génération qui vient (selon le devoir unique de l'Art\nvéritable), l'impression qu'elle laisse ne peut qu'affadir l'énergie, glacer\nl'imagination et même entretenir un esprit de scandale contre les ten-\ntatives plus hautes vers la pure Beauté.\nNous ne pouvons pas reprocher à M. Baudry de manquer absolument\nde génie. Ce serait une mauvaise guerre. Nous nous bornerons à cons-\ntater la très fière élégance de son talent, sa souplesse acquise, et même\nune certaine noblesse artistique dans le goût général de ses compositions.\nMais nous constaterons aussi ce défaut grave, et même, selon nous,\ncapital, qui devait être évité dans une œuvre de l'importance et de la\nsolennité de la sienne : le manque de grandeur et, trop souvent, d élé-\nvation dans son œuvre accomplie. Ce défaut, qui éteint son style et en\npâlit toute la beauté, nous souhaitons vivement qu il sen sépaie à\nl'avenir, s'il est de la nature de ceux qui osent.\n\nVILLIERS DE L'ISLE-ADAM."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "220", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.36", "texte": "LES ÉVENTAILS MUSICAUX\n\n'ÉVENTAIL , que la plupart de nos lectrices emploient\navec une grâce toute féminine pour agiter l'air et se\nprocurer un peu de fraîcheur, tient dignement son\nrang parmi les objets plus ou moins précieux qui ont\nrapport à l'art musical.\nEn effet, ce « sceptre de la beauté, » dont l'élé-\ngance n'a souvent de rivale que celle de la main qui l'agite ou le déploie,\nest d'une nature essentiellement artistique, et plus d'une fois ses déli-\ncates peintures ont, selon les temps, cédé la place à d'aristocratiques\nariettes ou à d'intéressants refrains populaires.\nC'est donc aux éventails que Ton doit la conservation de certains chants\nmondains ou patriotiques qui, sans eux , seraient restés ensevelis pour\njamais dans l'oubli.\nL'ltalie a vu naître, à la fin du dix-huitième siècle, la mode d'inscrire\ndes mélodies sur les éventails.\nAlors, lorsqu'un morceau d'opéra ou une obtenaient la\nfaveur du public, les éventaillistes s'empressaient d'en consacrer la vogue\nen les notant sur les éventails de spectacle, lesquels étaient 'naturelle-\nment vendus, comme de nos jours, dans les théâtres.\nC'est ainsi qu'ont été reproduits peut-être plusieurs chefs-d'œuvre des\nanciens maîtres italiens; et combien ces éventails, malheureusement dé-\ntruits en partie, nous révéleraient aujourd'hui de surprises musicales ?\nLa famille Borghèse, à Rome, conserve, dit-on, quelques éventails de"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "221", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.37", "texte": "LES ÉVENTAILS MUSICAUX\n\nce genre. Un artiste de nos amis, M. da Silva, nous assure en avoir vu\négalement plusieurs, à Madrid, dans des collections particulières.\nQuoi qu'il en soit, M. Philippe de Saint-Albin possède un éventail\nitalien du dix-huitième siècle, gouaché sur peau par un certain abbé\nUrazzi, et offrant une vingtaine de cartes différemment ornées et placées\npêle-mêle dans tous les sens, comme certaines représentations d'assignats\nfort connues; une de ces cartes, dont on n'aperçoit que l'angle, est\ncouverte de portées de plain-chant, sous les notes desquelles on lit les\nparoles énigmatiques suivantes :\nMais c'est surtout en France, à l'une des époques les plus terribles et\nles plus curieuses de notre histoire, que les éventails ont servi de réper-\ntoire musical à nos aïeules.\nEn 1789, lorsque les idées d'émancipation républicaine envahirent\ntous les esprits, les éventails reproduisirent les principaux événements\npolitiques, ainsi que les chansons composées en leur honneur. On fre-\ndonnait beaucoup en ce temps-là, et les poètes de carrefour ne chômaient\npoint.\nL'éventail que nous reproduisons ci-contre en est une preuve. Ce\nmeuble curieux, qui fait partie de la riche collection de M. le comte de\nLiesville, représente Louis XVI assis sur son trône, ayant auprès de lui\nNecker debout, sous les traits de Minerve. Au-dessus, on lit ces deux\ndistiques inscrits de chaque côté :\n« La France, par Brienne, au bord de son tombeau,\n« Conduite par Necker, renaîtra de nouveau. »\n« Necker a de Pallas la sagesse et Végide,\n« Et le juste Louis a Minerve pour guide. »\nLe roi tient en main la devise : Je veux faire le bien. A droite, un\npersonnage, figurant le tiers État, lui présente un placet avec ces mots :\nRéformes des fermes. A ses côtés, un paysan demande Yégalité des\nimpôts. A gauche, un noble et un évêque disent : Nous abdiquons nos\nprivilèges.\nComme on le voit, la Révolution commence. Enfin, sur les deux\nextrémités de l'éventail, on lit cinq couplets , dont le premier est noté.\nEn voici la reproduction :"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "222", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.38", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nAir du vaudeville des Deux morts :\n\nLE PAYSAN\nJ} vons voir noty roy, père de la France.\nGuillot, veux-tu v'nir avec moi?\nJ'allons lui faire la révérence,\nPour qu'il nous ôte tous les droits.\nSon cœur est bon;j'ons l'assurance\nQu'il voudra bien nous écouté ;\nChantons, sautons, faisons bombance,\nPour notre roy plein de bonté !\nLE COMMERÇANT\nNos cœurs sont remplis d'un grand fêle ;\nConnaissant du roy les bontés,\nNous lui seronts toujours fidelle)\nNous prouveront ?wtre amitié.\nNous demandons une réforme,\nSire, daigné nous ïaccordé ;\nCar ces droits qu'on retire, en somme,\nNous empêchent l'activité.\nM. NECKER\nAttende\\ tous le bien suprême\nDe la bonté de votre roy ;\nSoye% toujours sur qu'il vous aime\nEt s'en fait une douce loy"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "223", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.39", "texte": "LES ÉVENTAILS MUSICAUX\n\nNobles, ainsi que toute la France,\nIl faut lui prouver votre amour.\nAinsifaisons réjouissance\nEn ce beau jour, en ce beau jour!\nLE PEUPLE\nSous la figure de Minerve,\nNecker nous est un vrai soutien.\nPar sa prudence, il nous réserve\nDe nous fair pour toujours du bien.\nQuel plaisir, quell' double existence,\nD'avoir un Mentor éclairé !\nIl fait le bonheur de la France,\nPar son esprit, sa probité.\nCes pitoyables vers ont ceci de curieux qu'ils peignent exactement les\nsentiments de l'époque. Malheureusement, le ministre des finances\nNecker, dont l'exil avait eu pour résultat un soulèvement populaire\nsuivi de la prise de la Bastille, et qui, rappelé à la cour, y était revenu\ncomme en triomphe, ne put persuader le roi ni résister à ses ennemis;\net les éventails musicaux célébrèrent bientôt sa chute comme auparavant\nils avaient acclamé son retour.\nEn 1791, parurent les éventails àAu mois de février 1792,\nlors de la représentation d'une pièce de Palissot, au Vaudeville, les\nroyalistes ayant crié : Vive le Roi !le peuple répondit, dans la salle et à\nla sortie, par le cri de : Vive la Nation! ce qui occasionna du tumulte et\ndes querelles. Alors, le ministre de l'intérieur écrivit au département une\nlettre dans laquelle il montrait le danger de crier : Vive le Roi! « Ce\nsont des conspirateurs, disait-il, qui osent exprimer des en\nsouhaitant au roi un bonheur indépendant du bonheur national. »\nL'acclamation jadis si usitée de : était donc devenue\ninconstitutionnelle; celle de : Vive au contraire, donnait un\nbrevet de patriotisme. C'est alors qu'on commença à mettre en musique,\nsur les éventails, les devises républicaines. F. Pouy, dans ses\nsur limprimerie dans le département raconte que les\npublications de feuilles volantes et de brochures qui ne firent que\ns'accroître à la Révolution, avaient pour but de familiariser le peuple\navec les idées nouvelles, et la distribution allait son train. « Dans un\nmoment d'enthousiasme, on mit en musique ces mots : Vive la Nation,\nla Liberté, la Loi et la Constitution!pour les mieux graver dans\nle cœur des citoyens. »"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "224", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.40", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nCette curiosité musicale, en tête de laquelle est imprimé le symbole\ndes trois ordres , fait partie de la bibliothèque d'Amiens. « L'idée\nétait heureuse, remarque à cet égard M. Champfleury,dans son Histoire\ndes faïences patriotiques sous la Révolution; mais où un Méhul eût été\nnécessaire pour recouvrir d'une grave mélodie la formule constitu-\ntionnelle, il semble qu'un graveur de musique ait jeté, au hasard, des\nnotes sans rapports harmoniques. »\nQuoi qu'il en soit, les femmes patriotes voulurent avoir aussi le cri\nde : Vive la Nation ! peint sur leurs éventails, désir que les éventaillistes,\nen commerçants intelligents, semblent d'ailleurs avoir prévu d'avance,\nen adaptant ce cri comme refrain à quantité de couplets publiés par eux.\nC'est grâce à cette mode que plusieurs éventails de l'époque ont été\nprécieusement conservés dans les collections. Si les œuvres des maîtres\ncontemporains, tels que Méhul et Gossec, n'y sont point reproduites, on\ny voit du moins des chants patriotiques, des refrains populaires, dont ils\nnous ont conservé le souvenir.\nTels sont les éventails à la Ça ira! et à la Marat, sur quelques-uns\ndesquels on lit des couplets joyeux ou de tristes complaintes on ne peut\nplus médiocrement rimées, le tout sur des airs de vaudevilles en vogue\nconservés dans la Clef du Caveau.\nAvec le Directoire, la mode changea ; les éventails se couvrirent de\nsoie, de peintures, de paillettes d'or ou d'acier, et la musique, désormais\nabandonnée par les éventaillistes, se réfugia dans les recueils périodiques\nqu'elle avait désertés un moment, tels que le Chansonnier des Grâces,\nVAlmanach des Muses, le Ga\\etier chantant, etc., etc.\n\nS. BLONDEL."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.42", "texte": "REVUE DES THÉATRES LYRIQUES\n\nOPÉRA-COMIQUE : Reprise du Pardon de Ploërmel,\nONSIEUR Du Locle, qui fait mine d'activité, vient de\nnous rendre le Pardon de Ploërmel, l'opéra comique\nle plus bretonnant qui soit dans tout le répertoire.\nConvenons qu'après le Cerisier, cette restitution nous\nétait bien due.\nLe Pardon de Ploërmel est une délicieuse peinture\nde la Bretagne faite par un juif allemand, venu tout exprès de Berlin,\npour lever, à sa façon, le plan en relief de cette province. C'est le privi-\nlège du génie de supprimer ainsi, par sa seule force de projection, tous\nles obstacles de nationalité qui semblent s'opposer à ses pacifiques con-\nquêtes. Et qui, plus que Meyerbeer, a jamais joui de cette souveraine\nfaculté de l'assimilation?\nGrâce à Meyerbeer, la Bretagne n'attendit pas longtemps son musi-\ncien. Le Pardon de Ploërmel est du 4 avril 1859, et la découverte de la\nBretagne ne date guère que de iB3o. Elle fit irruption dans les arts avec\nle romantisme.\nAuparavant, je ne sais quelle fée maligne avait élevé entre elle et le\nreste de la France une sorte de muraille de la Chine infranchissable.\n( Et laissez-moi vous dire, à propos de cette dernière muraille, qu'elle\nn'est point en porcelaine, comme M. Jouvin le prétend.) Madame de Sé-\nvigné, qui se piquait d'aimer la nature, s'intéressait aux choses de la\nBretagne ; mais la génération pour laquelle elle écrivait ne comprit pas\nce goût, qui parut entaché de bizarrerie. Se figure-t-on Versailles échouant\n\nV.\ni 5"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "226", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.43", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nau milieu du pays de Cornouailles, avec son bagage mythologique? Non,\ncela eût manqué de gazons découpés, d'ifs taillés en brosse, de cascades\nécumant artificiellement sous les Tritons et les Neptunes barbus. On\neût envoyé Le Notre en avant pour civiliser le terrain.\nAu commencement de ce siècle, la pompeuse personnalité de Chateau-\nbriand pénétra dans les sphères officielles, comme un reflet des fidélités\nbretonnes. Le passé que défendait Chateaubriand avait pourtant coûté\ncher au coin de terre où il était né! Jusqu'ici, la Bretagne ne se dessine\npoint comme élément du beau. Cendrillon se tient coite près de l7âtre, en\ntête à tête avec le grillon domestique, triste, douce, résignée, jusqu'au\njour où la fantaisie des artistes et des poètes la chaussera de la pantoufle\nde verre.\nC'est vers iB3o, pour se continuer jusqu'à nos jours, que la circula-\ntion intellectuelle s'ouvrit entre la Bretagne et le tronc gaulois, avec le-\nquel elle semblait jouer à la branche morte. A travers les âcres et lourds\nparfums du dix-neuvième siècle, une fraîche odeur de genêt bénit se fraya\npassage, précédant la marche d'une poétique nouvelle, d'un caractère\nintime et pénétrant. Comme on voit ces îles flottantes qui descendent,\ntoutes fleuries, au fil de l'eau des Amazones, on vit la vieille Armorique\nrompre avec ses assises de granit et entreprendre son tour de France.\nPensive, elle vint s'asseoir au chevet du poète et du romancier, elle\nvint s'accouder au chevalet du peintre.\nSon ombre se projette sur la philosophie. Lamennais, son enfant,\ns'échappe des méandres du mysticisme catholique et gagne les clairières\ndelà libre pensée. Moins hardi que lui, Maurice de Guérin n'emporte de\nson séjour à la Chesnaye que des croyances confuses, partagées par sa\nsœur Eugénie.\nBrizeux, le doux poète, chante, dans ses vers tout embaumés des sen-\nteurs de la lande, le bon curé d'Arzanno, le bois de Ker-Malô, le mou-\nlin du Teir, le limpide courant du Scorff : puis le voici qui conte ses\nprintanières amours dans son tendre poème de Marie, plein d'ébats\ndans les bruyères et de rendez-vous où Ton ne se dit rien, près des ponts,\nsous les bouleaux, derrière les pierres, partout. Dans sa rustique épopée\ndes Bretons5 il rimera les émotions de la veillée, les hasards de la\nrécolte , les travaux d'automne, les fileries des fileuses et les jeux\ndes lutteurs. Le souvenir de son pays le poursuit, énergique et\nvivace, à travers les bruits du grand Paris ; il se mêle impérieu-\nsement aux impressions de son voyage d'ltalie. Un autre Breton, La\nMorvonnais, trouvera, lui aussi, des accents émus à la suite de Brizeux.\nCeux-ci, comme Jules Janin et Pitre-Chevalier, écriront l'histoire pit-"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "227", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.44", "texte": "REVUE DES THÉÂTRES LYRIQUES\n\ntoresque de la Bretagne ; ceux-là, comme Emile Souvestre et La Ville-\nmarqué, étudieront ses coutumes curieuses et réuniront ses chants\npopulaires. Un inconnu d alors, Corentin Féval, qui deviendra Paul\nFéval, commencera sa réputation de conteur par des scènes de la vie bre-\ntonne que ses longs romans de cape et d epée n'ont pas fait oublier.\nDu livre, la Bretagne saute à pieds joints sur la toile. Une petite pièce\nde Brizeux, le Paysagiste, marque bien l'étonnement que causèrent,\nparmi les gars de sa commune, les premiers rapins qui violèrent l'entrée\ndu paysage breton.\nD'étranges bruits couraient dans toute la commune,\nVoici : Depuis deux jours un homme en veste brune,\nUn monsieur inconnu, son cahier à la main,\nS'en allait griffonnant de chemin en chemin.\nAu bourg on Vavait vu, d'un coin du cimetière\nDessiner le clocher et les deux croix de pierre,\nSi bien que le clocher, quoique rapetissé,\nSUT son papier maudit semblait avoir passé.\nAussi, garçon prudent, Melcn, à son approche\nSe cacha tout entier sous une grande roche,\nPuis, comme un écureuil, sautillant dans les bois,\nIl monta sur un chêne en criant : « Je vous vois ! »\nCe peintre était Eugène Guieysse. Au fond, il s'appelait Légion. Il\nprécédait Adolphe Leleux, qui engendra Luminais, qui engendra Fortin,\nqui engendra Penguilly l'Haridon, qui engendra Guérard, Fischer,\nGustave Brion, Yan d'Argent, Jules N0ë1... la légion des Bretons bre-\ntonnants enfin ! Ce fut alors une enrégimentation de moissonneurs et de\nfaucheurs, de sonneurs de cornemuse et de bombarde, de lutteurs et de\njoueurs de boules ; un interminable défilé de foires tumultueuses, de\ncabarets enfumés, de noces arrosées de genièvre et de cidre, tout cela\ncroisé par des fêtes paroissiales, des enterrements de jeunes filles, des\npèlerinages aux bonnes Vierges, des haltes à la porte des églises, des\ncommunions en masse et des ports de viatique.\nPendant un bon tiers de ce siècle, le Finistère et le Morbihan ont gémi\nsous le talon des peintres. Ils sont passés à l'état d'articles de mode. Une\nfois, Paul de Saint-Victor s'est fâché tout rouge contre cette tyrannie du\npinceau, contre cette canalisation de la nature. Mais en vain.\nMeyerbeer, à son tour, arracha la Bretagne de sa couche virginale, et\nla transporta, palpitante, sur la scène."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "228", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.45", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nCe fut comme un viol. Nul compositeur, avant lui, n'avait seulement\nfrôlé cette fleur sauvage. Il la prit tout d'un coup, et tout entière.\nMeyerbeer préméditait l'audace; ses coups de mains étaient calculés\npendant dix ans. Il y avait de la stratégie dans l'élaboration de ses idées.\nIl se lançait dans un sujet, non comme dans une aventure, mais comme\ndans une expédition lointaine, où l'intendance militait autant qu'un\nrégiment. '\nQuand il composa le Pardon de Ploërmel, il était las de l'épopée\nlyrique, et voulait se retremper dans le drame champêtre. Il mena\nPégase au vert. Non que Pégase se sentît fourbu, mais l'herbe drue\nle tentait. George Sand s'est traitée de même avec la Petite Fadette, la\nMare au Diable et François le Champi, qu'elle s'imposa comme une\nvillégiature de l'esprit.\nDepuis ißsi, Meyerbeer recherchait volontiers la solitude. Ses détrac-\nteurs redoublaient de violence. Ceux d'Allemagne faisaient un honteux\nécho à ceux de France.\nVoici ce que Richard Wagner, le commensal et Y ami de Louis de\nBavière, écrivait alors de Meyerbeer, dans une folle diatribe dirigée\ncontre les compositeurs juifs en général. Comme ce maraud parle des\ndieux !\n« La faculté de tromper est si grande cet artiste, qu'il se\ntrompe lui-même> et peut-être le veut-il aussi bien par rapport à lui-\nmême que par rapport au public. Nous croyons, en effet, qu\"il voudrait\nbien créer des œuvres d'art et qu'z7 sait qu'il n est pas en état de le\nfaire; pour sortir de ce pénible conflit entre sa volonté et sa faculté, il\ncompose des opéras pour Paris et les fait exécuter dans les autres pays,\nce qui est de nos jours le moyen le plus sûr d'acquérir la gloire d'ar-\ntiste sans être artiste. Quand nous le voyons ainsi accablé par la peine\nqu'il se donne pour se tromper lui-même, il nous apparaît presque\ncomme un personnage tragique; mais il y a chez lui trop d'intérêt per-\nsonnel en jeu pour qu'il ne s'y mêle pas beaucoup de comique : d'ailleurs,\nle judaïsme qui règne dans les arts, et que ce compositeur représente\ndans la musique, se distingue surtout par son impuissance de nous\némouvoir... et par le ridicule qui lui est inhérent. »Et dans un autre\npassage, en forme de conclusion : ce Les éléments artistiques qui répon-\ndent à la nature du juif doivent donc, jusqu'à la trivialité et au ridicule,\nporter le caractère de la froideur et de l'indifférence, et nous sommes\nobligés de désigner la période du judaïsme dans l'art musical moderne"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "229", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.46", "texte": "REVUE DES THÉÂTRES LYRIQUES\n\ncomme celle de la plus complète impuissance de produire, de stabilité\nqui mène à la décadence !! ! »\nMeyerbeer s'inquiéta peu de savoir à quelle congestion des méninges\ncérébrales il fallait attribuer les opinions singulières de M. Wagner, et\npassa outre. Le penseur avait peu à peu envahi le musicien. Ce qui le\ntuait, c'était le conflit de sa patience de philosophe et de ses révoltes\nd'artiste. Les médecins lui ordonnèrent le séjour de Spa. Il s'y rendait\nchaque année, et chaque année il s'y isolait de plus en plus, se recueil-\nlant, allant au-devant de la mélancolie.\nSa gloire était faite : Robert le Diable, les Huguenots et le Prophète\nceignaient son front d'une triple auréole. Par un phénomène commun\nà presque tous les grands génies, il revenait de lui-même à son point de\ndépart. Après avoir subi les influences italiennes et françaises, le cosmo-\npolite se réveillait tout à coup homme du Nord. La tradition de Weber,\nqui avait nourri l'enfant, tressaillait encore une fois dans l'âme du\nvieillard. La nature, mère féconde et généreuse, reprit en lui son éter-\nnelle chanson, que le hasard avait interrompue.\nLe Pardon de Ploërmel est le Freischutç de Meyerbeer. C'est un\nà l'aquarelle.\nQuel compositeur français eût pu imprimer au Pardon de Ploërmel\nun tel caractère de grandeur et de simplicité ? Qui eût pu saisir sur le\nvif avec autant d'autorité cette magnifique couleur locale dont toute\nl'œuvre est empreinte? Qu'on cherche et qu'on réponde.\nOriginairement, le livret du Pardon de Ploërmel n'avait qu'un acte.\nLe sujet, ainsi condensé, ne manquait pas d'une certaine originalité. Par\nmalheur, Meyerbeer s'avisa de le trouver élastique.\nMeyerbeer, en ménage avec ses collaborateurs, avait l'art souverain de\ntirer les couvertures à lui. Il savait dissimuler l'égoïsme du musicien et\nse donner des librettistes en pâture.\nSéduit par les développements lyriques auxquels la petite pièce de\nMM. Carré et Barbier prêtait le flanc, il intervint dans le jeu des auteurs,\nbrouilla les cartes, biseauta, tricha, et fit perdre la partie à ses parte-\nnaires.\nLe Pardon de Ploërmel, de MM. Carré et Barbier, était une idylle\npoussée au noir, une légende rustique enluminée à la litharge. Celui de\nMeyerbeer devient un drame quasi fantastique en trois actes, avec chèvre"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "230", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.47", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nobligée, orage et torrent d'eau naturelle. Sur le tout broche un rôle\ncomique. Un compatriote d'Hoffmann est passé par là.\nL'intrigue du Pardon de Ploërmel est ténue comme un fil de la\nvierge. Sur cette base fragile, Meyerbeer a posé trop de choses :il Ta\ntendue outre mesure, en la surchargeant de hors-d'œuvre de son cru, et\nI a rompue en maints endroits. Mais c'était un forceps que cet homme.\nII fallait que tout cédât à sa volonté! Par lui, ce qui, était monotone a\nété rendu obscur; ce qui était obscur, merveilleux; ce qui était merveil-\nleux, inintelligible. Malgré les coupures faites par la direction actuelle\nde l'Opéra-Comique, et la suppression complète de la scène du second\nacte entre Claude et Loïc, le Pardon est encore d'une longueur déme-\nsurée. Le monologue de Gorentin dans sa chaumière, au premier acte,\na été fait pour mettre en relief le talent mimique de Sainte-Foy :\nSainte-Foy manquant, le monologue est fastidieux.\nLes propos d'Hoél et de Gorentin, dans tout le cours de l'action, sont,\npour la plupart, incohérents et mal en point. Je laisse de côté les nom-\nbreuses invraisemblances dont ils sont semés; je n'en veux relever\nqu une, parce qu'elle va servir à l'intelligence du livret.\nHoël, penché à une fençtre de la chaumière du cornemuseux Goren-\ntin, désigne du doigt la closerie des Herbiers, en lui disant :«Il y aura\ndemain un an qu'elle était la proie des flammes... C'est là qu'habitait le\npèiede ma fiancée. Nous étions partis avant l'aube, entourés de nos\namis et chantant les cantiques de Notre-Dame... Je conduisais Dinorah\nà la chapelle à laquelle on devait nous marier après le pardon; tout à\ncoup un orage épouvantable éclata sur nos têtes, et la foudre mit le feu\naux Herbiers. » A la suite de cet accident, Hoël quitte le pays. Dinorah,\nfolle de désespoir, abandonne sa maison et s'enfuit par les prés, par les\nrochers sauvages, dans son costume de fiancée. Cette vie errante dure\nune année entière, au bout de laquelle la pauvre fille est précipitée du\nhaut d'un pont, dans un torrent d'où elle est retirée par Hoël, les vête-\nments lacérés et souillés de boue. Elle n'en est pas moins prête à\nreprendre sa place sous le dais de fleurs des mariées, le long des sentiers\nqui mènent à la chapelle nuptiale.\nJe voudrais, pour 1 honneur du cérémonial, qu'on lui donnât le temps\nde se changer.\nLe Pardon de Ploërmel parut sur la scène de TOpéra-Comique, le\n4 aviil 1859. Le rôle de Hoël était confié à Faure, qui le créa d'une\nfaçon magistrale. Marie Cabel interprétait Dinorah. Sainte-Foy prêtait"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "231", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.48", "texte": "REVUE DES THÉÂTRES LYRIQUES\n\na Corentin ses mines effarouchées, son expérience consommée de la scène,\nsa voix factice et stridente. Mesdames Bélia et Breuillé faisaient les deux\npâtres. Mesdames Dupuy et Decroix, les deux chevrières. Barielle, une\nbasse d un fort beau timbre, chantait l'air du braconnier, et Warot, celui\ndu faucheur. Enfin, deux petits rôles parlés, Claude et Loïc, aujourd'hui\nîetranchés, empruntaient à Lemaire et à Palianti, leur joyeuse physio-\nnomie. En octobre ißsi,le Pardon fut repris avec une autre distri-\nbution qui ne fut pas du goût de tout le monde. C'était mademoiselle\nWertheimber qui jouait Hoël, abaissant per fas et nef as au diapason du\nrôle son contralto caverneux. Mademoiselle Monrose succédait à Marie\nCabel. Je n'ai pas besoin de faire ressortir ce qu'il y avait de défectueux\ndans cette seconde épreuve : on le devine.\nLa musique du Pardon surprit les amis du maître et dérouta ses con-\ntempteurs. On était habitué à le voir souffler dans des trompettes\nhéroïques, et, au moment où l'on craignait pour les murailles de Jéricho,\non s'attendait peu à l'entendre sonner de la musette dans les buissons de\nhoux bretons. On l'accusait de rester sourd à la douce voix de la nature,\nde se complaire dans les catastrophes d'hommes, dans les éboulements\nd'édifices, dans les complications extrêmes des passions humaines. On le\nvit tout à coup humer fortement les senteurs de la lande, enfler un biniou\nhomérique, une cornemuse shakespearienne, et entonner à pleins pou-\nmons le chant des bardes armoricains.\nOn disait : Meyerbeer ne vit que par l'harmonie, par l'éclat des\nensembles, par l'échafaudage des masses chorales. Il marche appuyé sur\nl'histoire, adossé à l'archéologie, aux traditions religieuses. Le camp et\nle cloître, voilà les deux pôles de son talent. Et Meyerbeer, piqué,\nrépondit à ceux-là : Venez avec moi sous les vertes feuillées, je veux\nvous montrer les drames nés sous les toits de chaume, les pieuses prières\ndu paysan, et les colères du ciel ; les clartés décroissantes du crépuscule,\nles fugitives ombres de la nuit et les fraîcheurs de l'aube matinale.\nUne expression mélodique pleine de sincérité, des chants d'un style\ntoujours noble et toujours pur, une admirable entente du pittoresque,\nune orchestration d'une richesse et d'une ingéniosité incomparables, un\ncoloris instrumental aussi juste à l'esprit que flatteur à l'oreille, telles\nsont les qualités primordiales du Pardon de Ploërmel. Ce n'est pas un\nopéra comique, en ce sens qu'il excède souvent le cadre restreint du\ngenre ; ce n'est pas non plus un drame lyrique, car il contient une partie\ncomique importante, jusqu'à présent proscrite de l'opéra. C'est une\nœuvre à part qui ne correspond à aucune définition musicale et pour\nlaquelle il faudrait créer le nom de drame pittoresque."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "232", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.49", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nL'analyse de la partition m'entraînerait trop loin, car elle est très\ntouffue dans l'ensemble, et brille en même temps par le détail. De plus,\nMeyerbeer s'y est taillé des a parte qui sont de véritables morceaux\nd'éloquence et sur lesquels il me faudrait m'appesantir longuement :\nje parle de Vouverture et de Y intermède pastoral du troisième acte.\nOrdinairement, le maître ne développe pas ses ouvertures : ici, il\ndéroge à ses habitudes. L'introduction symphonique coupée par le chœur\nchanté derrière le rideau est une page superbe en forme de prologue, où\nles violons et les petites flûtes, associés dans des gammes chromatiques\ndissonnantes, simulent avec un réalisme tout moderne l'orage qui détruit\nla chaumière de Dinorah. J'ai une envie folle de vous citer tous les mor-\nceaux du premier acte : Y introduction, d'un rhythme si franc, et que\nrelève encore là jolie villanelle des deux chevrières, Gui lon la ! le réci-\ntatif et rair un peu précieux de Dinorah près de sa chèvre; les couplets\ncomiques de Corentin, le cornemuseux, saturés de curiosités instru-\nmentales,\nDieu nous donne à chacun en partage\nUne humeur différente ici-bas ; *\nle duo mouvementé dans lequel Corentin se croit aux prises avec la reine\ndes Korigans ; le fameux air d'Hoël, un des plus beaux qu'ait écrits\nMeyerbeer et qui soient au théâtre; sa magnifique phrase fondue dans\nles moules d'airain de Weber,\nSi tu crois revoir ton père expirant;\net enfin le trio final dont l'agencement vocal semble tripler la sonorité,\ntout en dessinant admirablement le caractère de Corentin.\nCe premier acte n est pas toujours exempt de longueurs, ainsi que le\nsecond. Les frayeurs de Corentin y tiennent peut-être une place trop\ngrande, d'autant que le maître les a notées dans un style uniformément\nsyncopé qui frise parfois la monotonie.\nLe second acte est très musical. Il renferme néanmoins deux mor-\nceaux qui me semblent au-dessous du niveau élevé où se maintient le\nreste de la partition. Je désigne ici la petite chanson de contralto ajoutée\naprès coup par Meyerbeer, qui a servi l'autre soir aux débuts de\nmademoiselle Lina Bell, et la romance de Dinorah :\nLe vieux sorcier de la montagne,\nconçue dans le goût archaïque. Mais le chœur des bûcherons au lever\ndu rideau, toute la scène de l'ombre, la valse, et le finale dramatique\nqui clôt l'acte, sont autant de morceaux complets.\nQuant au troisième acte, c'est celui que je préfère. Je n'y vois pas une"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "233", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.50", "texte": "REVUE DES THÉÂTRES LYRIQUES\n\nnote à retrancher et je ne connais rien de plus grandement bucolique\nque l'épisode du chasseur, du faucheur et des deux pâtres perdus dès\nl'aurore dans les bruyères, et réunissant leurs voix pour envoyer à Dieu\nl'humble supplique des pauvres gens.\nLa touchante romance d'Hoël aux côtés de sa fiancée évanouie ; le\nduo qui la et la scène finale du Pardon, dans laquelle revient la\nmâle prière entendue dans l'ouverture, forment les grandes lignes d'une\npathétique péroraison.\nMademoiselle Zina Dalti, qui avait abandonné l'Opéra-Comique pour\ncultiver le chant italien , interprète assez convenablement Dinorah. Le\nvice constitutionnel de sa voix est un chevrotement perpétuel qui nuit\nen même temps et à la justesse et à l'éclat du son. Le baryton Bouhy me\nsemble avoir trop présumé de ses forces en abordant le rôle d'Hoël. Il s'est\nvu dans la nécessité de baisser d'un demi-ton son air du premier acte :\nOpuissante magie l qu'il chante aujourd'hui en mi bémol mineur , ton\nextrêmement sourd, et chargé de notes bémolisées qui ne sont plus dans\nle caractère tonal du morceau. En revanche, il a dit avec beaucop d'âme\nla suave romance : Ah ! mon remords te venge.\nLhérie est descendu de son piédestal de premier ténor pour chanter\nCorentin, un trial de force. Ce sacrifice d'amour-propre lui a porté\nbonheur. Il dit le dialogue avec intelligence, presque avec humour. Qui\nl'eût cru ! Il donne, en outre, aux frayeurs du cornemuseux leur accen-\ntuation juste, et montre dans des répliques où la mesure est constam-\nment à cheval sur des syncopes, un imperturbable aplomb de musicien.\nDufriche, un lauréat du Conservatoire, et Charelli,, un nouveau pen-\nsionnaire du théâtre, chantent, et remarquablement, les strophes du\nchasseur et du faucheur. Mesdemoiselles Lina Bell, transfuge des Varié-\ntés, Reine, Ducasse et Chevalier complètent un ensemble qui ne s'était\nvu de longtemps à l'Opéra-Comique.\nLa mise en scène du Pardon de Ploërmel est assez piteuse, sauf le\ndernier tableau. La Bretagne est un pays pauvre. Il fallait, pour rester\ndans les termes du Contrat social, lui faire l'aumône d'une belle déco-\nration.\n\nARTHUR HEULHARD."}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "234", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.51", "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nCORRESPONDANCE\n\nMONSIEUR LE DIRECTEUR,\nA CHRONIQUE MUSICALE publie, en ce moment, sous ce titre :\nDe la Gymnastique pulmonaire contre la phthisie, un savant\net très intéressant travail de M. le docteur Burq. Je suis si\nheureuse de voir qu'un médecin de talent propage des idées\nque je mets en pratique depuis bientôt six ans. que je vous\nadresse ces lignes pour que vous les publiiez si vous le jugez\nà propos. On ne saurait, ce me semble, trop répandre les bonnes choses.\nJadis, étudiant le chant, je fus tellement surmenée par des professeurs igno-\nrants ou ineptes , que ma carrière théâtrale fut brisée. Ma poitrine ne put\nrésister aux efforts incessants qu'on exigeait d'elle. Pendant deux ans, je de-\nmeurai presque aphone ; je souffrais horriblement d'une laryngite granuleuse,\nje crachais le sang, je n'osais articuler un son, je pouvais à peine respirer, à\npeine parler, je ne faisais pas un pas sans tousser. Condamnée par les nota-\nbilités de l'art médical, je me sentais mourir, et chacun autour de moi s'é-\ntonnait que je vécusse encore, lorsque,le désir de vivre me saisissant violem-\nment, j'abandonnai toute espèce de traitement et je résolus de savoir com-\nment on s'y était pris pour épuiser mes pauvres poumons. Ayant eu l'occa-\nsion de faire de l'anatomie, j'en profitai. Je parvins à me rendre exactement\ncompte de la manière dont s'accomplissent les diverses fonctions du thorax,\net, en apprenant comment le divin mécanicien avait construit la machine\nhumaine, je fus sauvée. Le mécanisme de la respiration m'étant connu, je le\nfis jouer. Respirer est une science. On ne me l'avait jamais dit, et je ne m'en\ndoutais point. On m'avait fait chanter de poitrine tous les sons du médium :\nc'était insensé, et je comprenais que ce déplorable système m'avait enflammé\nle larynx, les bronches, le poumon droit, et qu'il avait amené l'aphonie.\nAlors je cessai de me renfermer; je marchai, j'allai respirer au grand air. A\nl'aide d'exercices vocaux raisonnés, j'arrivai tout doucement, d'abord en ta-"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "235", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.52", "texte": "VARIA\n\ntonnant, ensuite, avec plus d'assurance, à établir une sorte de gymnas-\ntique interne qui est aujourd hui lobjet dun travail très concis. très succinct,\net que je me réserve de publier prochainement. Enfin, mes poumons, redeve-\nnus sains et solides, fonctionnèrent tant et si bien, qu'au bout d'un an je ne\nradiais plus le sang*. J ctais guérie. Je ne souflrais plus, je pouvais marcher\ndeux ou trois heures sans fatigue, je m'étais reconstitué une voix forte, juste\net belle que je manie à ma guise, et qui, chaque jour, se développe et gagne\nen puissance, malgré la fatigue inhérente à la carrière du professorat à la-\nquelle je me suis vouée.\nCertaine désormais de suivre le bon chemin, je renouvelai sur mes élèves\nles expériences tentées sur moi-même avec un si complet succès. J'obtins\ndes résultats extraordinaires. Je dotai de voix remarquables des jeunes filles\nqui n'en avaient pas et qui, en pratiquant ma gymnastique des organes in-\nternes, virent se développer leur poitrine, de telle sorte qu'elles durent faire\nélargir le haut de leur corsage de dix à quinze centimètres en moins de trois\nmois ; les épaules dites en porte-manteau s'abaissèrent et devinrent gra-\ncieuses ; des abdomens réellement informes s'effacèrent. Ces métamorphoses\nne me causent aucun étonnement; elles sont le résultat invariable des moyens\nque j'emploie.\nUne de mes élèves avait l'omoplate gauche si proéminente, et l'omoplate\ndroite si déprimée, que l'on disait d'elle : « Elle est bossue. » Deux ans\naprès, ses études étant terminées, les deux omoplates étaient semblables.\nCette personne possède, à cette heure, la plus jolie poitrine et les plus char-\nmantes épaules qu'on puisse voir.\nJe dirige depuis le ier juin dernier les études d'un garçon de vingt-trois ans\nqui, doué d'une superbe voix, vint de Toulouse à Paris dans le but d'étudier\nle chant. Tombé entre les mains d'un grandissime professeur, dont je tairai\nle nom, il ne tarda pas à perdre entièrement sa voix. Ce fut l'affaire de quinze\nmois. Les motifs? hélas! ils ne varient guère! On ne lui avait appris ni à\nrespirer, ni à émettre le son, ni à articuler; on le laissait chanter dans la\ngorge, dans le nez; il ne dépassait plus le ré du médium qu'avec une peine\ninfinie ; il lui était impossible de fixer un son, de le soutenir, d'aborder la\nnuance piano sans chevroter. C'était horrible, inconcevable, désolant !\nAujourd'hui, il attaque le si bémol grave et le si bémol aigu; ]e médium se\nforme, sa voix acquiert de l'homogénéité ; sa respiration, si courte jadis\nqu'elle l'obligeait à reprendre haleine à chaque demi-mesure, s'allonge enfin\nassez pour lui permettre de chanter une phrase tout entière sans fatigue. Sa\npoitrine s'élargit beaucoup. Je ne multiplierai pas inutilement les exemples\net je n'ajouterai qu'un mot aux faits précédents. Si beaucoup de nos chanteurs\npassent journellement à l'état d'étoiles filantes, si nos théâtres sont à peu près\ndépourvus de voix, nous ne devons nous en prendre qu'à l'imperfection de\nl'enseignement, au vice des méthodes, à l'insuffisance, ou même à l'absence\nde vues concernant la respiration, l'émission, /'articulation, à l'ignorance rou-\ntinière de nos professeurs émérites devenus innocemment, je me plais à le\ncroire, les bourreaux de leurs disciples et les useurs de nos poitrines.\nLe jour où, pour être admis à 1 honneur de professer le chant au Conser-\nvatoire, on devra passer de sérieux examens; le jour où la coterie ne sera plus\nsouveraine maîtresse ; le jour où le talent et l'expérience l'emporteront sur"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "236", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.53", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE.\n\nl'intrigue et la camaraderie, nous aurons des voix durables dans des corps\nbien sains. Ce jour-là, les maîtres anciens et modernes trouveront des inter-\nprètes, les artistes dureront, l'art sera dépourvu de ficelles, et les chanteurs,\nsûrs d'eux-mêmes, ne ressembleront plus aux équilibristes dansant sur la\ncorde raide au risque de se rompre le cou.\nSi, après deux ans d'études vocales, la poitrine ne s'est pas amplement\nélargie, si la voix n'a pas doublé de volume, si sa justesse n'est pas irrépro-\nchable, si on ne se sent pas, pour ainsi parler, en possession de son avenir, si\n1 organe n a pas acquis une complète homogénéité et tout le charme désirable,\nc est qu on a été mal enseigné, qu'on a mal travaillé, et que, si toutefois il\nn est pas trop tard, tout est à défaire d'abord et à refaire ensuite.\nVeuillez agréer, Monsieur le Directeur, l'assurance de tous mes sentiments\n24 août 1874.\nORANGE.— Notre collaborateur, M. Charles Soullier, nous envoie une des-\ncription pittoresque des fêtes qui ont eu lieu à Orange les 23 , 24 et 25\naoût, entre autres de la représentation de Norma, chantée au théâtre romain,\npar mademoiselle de Taisy, madame Labat, MM. Michot et Bonnesseur; nous\nn'en donnerons qu'une analyse.\nM. Soullier nous parle tout d'abord de l'effet saisissant delà vaste enceinte\ndu théâtre, de ses murs gigantesques, dont Louis XlV,pénétré d'admiration,\nn'avait pu s'empêcher de dire : « Ah! voilà bien la plus belle muraille de mon\nroyaume. »\nSur la scène, qui a trente-six mètres de largeur, une masse chorale de\nquatre-vingt-dix personnes se déployait à l'aise, faisant flotter au vent les\ncostumes divers de druides, de guerriers romains, de licteurs, d'eubades et\nde prêtresses.\nIl ne faut pas oublier que ces chœurs célèbres ont remporté deux fois le\npremier prix dans les concours universels des orphéons de France réunis à\nParis. j\nUn orchestre de cent vingt musiciens, sous la direction habile de M.Joseph\nBrun, professeur du conservatoire d'Avignon ; enfin les artistes susnommés\nde l'Opéra de Paris, tels étaient les éléments remarquables de cette solen-\nnité musicale exécutée en plein vent, avec un ciel étoilé pour plafond.\nDans les entr'actes, des projections de lumière électrique de diverses cou-\nleurs venaient, par intervalles, éclairer la foule bigarrée, groupée capricieu-\nsement sur les gradins du théâtre, et « semblaient, dit M. Soullier, une popu-\nlation de Lilliputiens vus par le gros bout d'une lorgnette. »\nLa recette de cette représentation a atteint le chiffre respectable de\n18,000 francs.\nChaque année, à la même époque, qui est celle de la foire aux oignons, il\ny a, à Orange, des solennités du même genre, impossibles ailleurs qu'en Pro-\nvence, où le ciel est pur, et où les Romains ont laissé de leur passage ces mo-\nnuments éternels et gigantesques.\n\nAndrée Lacombe."}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "237", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.54", "texte": "VARIA\n\nFAITS DIVERS\nARDI a eu lieu, à la Chambre des notaires, l'adjudication du bail du\nThéâtre-Lyrique. Une seule enchère de 100 fr.,a été ajoutéeàla mise\nà prix de 70,000 fr. et c'est à M. Castellano que le théâtre a été ad-\njugé. On va jouer uniquement le drame dans cette salle qui fut créée\npour la musique, et qui échappe désormais à notre compétence. En changeant\nde destination, la salle de la place du Ghâtelet prend le nom de Théâtre-Ly-\nrique et Historique, On ouvrira le ier novembre avec :la Jeunesse des Mous-\nquetaires.\nNos lecteurs se souviennent de l'article de notre collaborateur Edmond\nNeukomm, sur l'enseigne du Postillon de Long jumeau. Un entrefilet qui a\nparu dans la plupart des journaux, et que nous avons reproduit nous-mêmes\ndans notre dernier numéro, annonçait que renseigne, enlevée par le caporal\nRittinger, avait été restituée à son propriétaire avec une indemnité de\nioo francs.\nNotre collaborateur et ami Albert de Lasalle, dans sa chronique musi-\ncale du Monde illustré, racontait ces jours derniers qu'il avait voulu tirer les\nchoses au clair. Croyant peu à cette restitution de la part des Prussiens, il\ns'est donné la peine d'écrire à l'aubergiste lui-même, qui lui a répondu :\n« Monsieur,\n« Le Postillon nous a été pris par les Bavarois. Nous nous sommes plaints\naux Prussiens, et, au bout d'un certain temps, ils nous ont envoyé une pe-\ntite somme pour le remplacer.\n« Je vous salue,\n« Veuve BOÊTTE. »\nu L'enseigne du Postillon de Longjumeau est donc toujours à Munich. Mais\nnous trouvons dans le Ménestrel du 3o août, la note suivante que nous li-\nvrons sans commentaires :\n« L'enseigne du Postillon de Longjumeau est-elle toujours à Munich, où\nelle fut expédiée pendant la guerre, ou bien est-elle revenue s'accrocher\nau-dessus de la porte de son auberge légendaire ? Tliat is the question et voici\nles faits : Après l'article de M. Edmond Neukomm, racontant par le menu\ntous les détails de l'enlèvement opéré par le caporal Rittinger, un de nos\namis eut la curiosité d'aller y voir. Il profita de son premier jour de liberté\npour se rendre à Longjumeau et le lendemain vint nous rendre compte de\nson excursion. Tout était rentré dans l'ordre, l'enseigne était à sa place et\nl'aubergiste avait assuré à notre ami que le corps du délit lui avait été ren-\nvoyé avec un billet de cent francs à titre de dommages-intérêts. La chose\nnous parut assez peu ordinaire et suffisamment curieuse pour en faire part\naux lecteurs de ce journal, et comme notre ami présentait toutes les garan-"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "238", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.55", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nties de sincérité désirables, nous dressâmes procès-verbal de sa déposition,\net nous insérâmes dans le Ménestrel une petite note qui fit le tour de la\npresse parisienne. Or? voilà que M. Edmond Neukomm nous écrit pour nous\nprier de redresser les faits, car M. Albert de Lasalle, le chroniqueur du\nMonde illustré, a reçu de madame veuve Boette le billet que voici :« Le Pos-\ntillon nous a été pris par des Bavarois. Nous nous sommes plaints aux\nPrussiens, et, au bout d'un certain temps, ils nous ont envoyé une petite\nsomme pour le remplacer. » Voilà qui est bien ; mais justement la Galette\nde Lorraine (organe prussien), nous apporte, dans son numéro du 22 cou-\nrant, la nouvelle que renseigne vient d'être restituée sur un ordre du roi de\nBavière, accompagnée cette fois d'un billet de mille francs! Pour peu que\ncela dure, voilà un tableau qui va créer des rentes à son propriétaire, et\nM. de Leuven en pourra réclamer sa part de droits d'auteur. Mais, entre\ntemps, où est la vérité ? qui a raison ? notre ami, madame Boette ou la\nGalette de Lorraine ? Mystère! et, à moins qu'il n'y ait à Longjumeau\nautant de postillons qu'il y a de Jean-Marie Farina à Cologne, je ne vois\npas trop comment on peut avoir le mot de cette énigme. Si fait pourtant! il\nest un moyen fort simple de tirer la chose au clair, c'est de nous rendre en\nmasse dimanche prochain à Longjumeau, et je serai bien mauvais prophète si\nmadame Boette ne se montrait enchantée de nous donner toutes les explica-\ntions désirables.\nLes Italiens vont rouvrir sous la direction de M. Bagier,\nVoici quelles sont les clauses imposées par la Société des auteurs et com-\npositeurs dramatiques pour l'exploitation de la salle Ventadour : dix actes\nnouveaux par an, 10 0/0 de droits d'auteur, deux cents représentations par\nan d'opéras français, et trente seulement d'opéras italiens (ou traduits du\nfrançais). M. Bagier a accepté ces conditions, qui sont notablement plus\ndouces que celles formulées d'abord. Il s'est, en outre, entendu avec M. Stra-\nkosch pour le rachat du matériel qu'il avait cédé l'année dernière à celui-ci.\nLes représentations françaises n'auront lieu qu'après l'inauguration du\nnouvel Opéra, c'est-à-dire vers la fin de l'année.\nNotre collaborateur, M. Lacome, Fauteur de la musique de la Dot mal\nplacée, vient de terminer la partition d'un opéra bouffe en trois actes, dont\nles paroles sont de MM. de Forges et Laurencin.\nOn lit dans 1t Journal de Paris, du 3o novembre 1809 :\nLe sieur Dumas, auteur de la contre-basse guerrière, ayant obtenu les en-\ncouragements du gouvernement, vient de composer un nouvel instrument\nintermédiaire entre le premier et la clarinette, dont il est la basse, et de com-\npléter ainsi le système de la musique militaire. Au moyen de ce nouvel ins-\ntrument, que l'auteur nomme basse guerrière, et qui a déjà eu l'approbation\nde MM. Gebauer, Martini, Grétry, Desvignes, Lesueur et Cornu, tout se\ntrouvera lié et uniforme dans le système des instruments à vent; l'oreille\naura le plaisir d'entendre des sons de même nature, depuis les sons les plus\naigus de la clarinette jusqu'aux sons les plus graves de la contre-basse; l'é-"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "239", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.56", "texte": "VARIA\n\nchelle musicale est bien graduée, le médium est rempli et la filiation des sons\ns'y trouve sans lacune comme entre la contre-basse à cordes, la basse et le\nviolon. Le sieur Dumas demeure dans la Cité, rue de la Vieille-Draperie\nn° 10.\nL'annonce est terminée par ce post-scriptum parfaitement vrai, dont M.Sax\na démontré l'exactitude en inventant les saxophones.\nNOTA. Le basson n étant que la basse du hautbois ,ne remplit pas aussi\nbien le système des instruments guerriers.\n\nNOUVELLES\n\nARIS. Opéra. Une indisposition de M. Belval fait remettre à\nmercredi prochain la reprise de Robert-le-Diable, qui doit servir\nde pièce de début à M. Vergnet, le jeune lauréat du concours du\nConservatoire.\n—M. Halanzier a engagé, il y a deux ans, M. Ladislas Mierwinski qui pos-\nsède, dit-on, une remarquable voix de ténor; M. Croharé, chef de chant de\nl'Opéra, lui a donné des leçons depuis cette époque, et l'on annonce aujour-\nd'hui ses prochains débuts dans le rôle de Raoul des Huguenots.\nOpéra-Comique. On répète activement Mireille, de Gounod, avec\nmesdames Carvalho et Duchesne, ainsi que Carmen, nouvel opéra comique,\ndont les paroles sont de MM. Meilhac et Halévy et la musique de M. Georges\nBizet. Cette dernière pièce aura pour principale interprète madame Galli-\nMarié, pour laquelle le rôle de Carmen a été écrit,\nChâtelet (Opéra populaire). Le prologue d'ouverture de l'Opéra popu-\nlaire au Châtelet, sera écrit par M. Ehrhart, prix de Rome de cette année,\nsur des paroles de M. G. Duval; il aura pour titre : la Musc populaire.\nNous avons donné la distribution du Paria, avec lequel on inaugurera les\nreprésentations d'opéra; les rôles des Amours du Diable de Grisar, l'ouvrage\nqui alternera avec celui de M. Membrée, seront remplis par mesdames Méla-\nnie Reboux, Vidal, Foliari, Rizzio, MM. Nicot, Peters, Brion d'Orgeval,\nBourdais et Aujac.\nLa direction du Châtelet vient de recevoir un opéra comique, en deux\nactes, paroles de notre collaborateur M. Nuitter, musique de M. Adrien\nBoiëldieu : il aura pour titre : la Halte du Roi.\nFolies-Dramatiques. Réouverture avec la Fille de MmcAngot. MM. Mario\nWidmer, Emmanuel et mademoiselle Rose Marie, une débutante qu il ne\nfaut pas confondre avec son homonyme des Bouffes, jouerontles rôles d Ange\nPitou, de Pomponnet et de Clairette."}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "240", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740901-01.1.57", "texte": "LA. CHRONIQUE MUSICALE\nP ans. Imprimerie Alcan-Lévy, rue de Latayette, 61»\nPropriétaire-Gérant : Q/l H U<l( HE ULHzI cl\\ D.\n\nBouffes-Parisiens. —Ce théâtre rouvrira ses portes vers le ier septembre\navec madame Théo et M. Daubray dans la Jolie Parfumeuse.\nChâteau - d'Eau. —Ce soir ier septembre, première représentation du\nTreizième Coup de Minuit.\nFolies-Mari gny. Aujourd'hui, réouverture des Folies-Marigny, par la\n10e représentation des Filles de VAir, de M. Buguet, et la première représen-\ntation de la Sage-femme de Montargis, de M. H. Rochefort et A. Marx.\nMademoiselle Gosselin, qui a été pendant trois ans danseuse à l'Opéra, jouera\nle rôle de la Sylphide.\nConcerts Frascati. Cet établissement, qui avait été mis en faillite,\nappartient à de nouveaux directeurs, MM. Roger et Cie.\nLa partie artistique est confiée à M. Antonin Louis. Des concerts classiques,\nde genre, des bals et des tableaux vivants : voilà le programme de la nou-\nvelle administration.\nChefs d'orchestre : MM. Litolfï et Hervé.\nM. Tamberlick serait engagé pour chanter dans quelques concerts.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}