{"numero_id": "bm-bmtnabc-1874-09-15-01", "volume": "bmtnabc_1874-09-15_01", "ocr_sha256": "d339713d63c7650d2cbae03cb9114a821a75c21b58aaad70aa04d5e002cb9fea", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabc/issues/1874/09/15_01/bmtnabc_1874-09-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabc/issues/1874/09/15_01/bmtnabc_1874-09-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabc-1874-09-15-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-09-15_01#c001", "volume": "bmtnabc_1874-09-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "[241]", "page_fin": "251", "image_debut": 1, "image_fin": 11, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.2.1", "titre_corps": "LES MAQUETTES DU NOUVEL OPÉRA", "titre_sommaire": "LES MAQUETTES DU NOUVEL OPÉRA", "signature_source": "RAOUL DE St-ARROMAN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[241]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.1", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 601, "texte": "LES\nMAQUETTES DU NOUVEL OPÉRA\n\nI\nOTRE époque est une bien singulière époque, et\nc'est avec un sentiment douloureux que Pécrivain\nen envisage toutes les faiblesses. Tout est per-\nverti; tout se transforme : la pensée aussi bien que\nla conscience. Les attermoiements et les atténua-\ntions pullulent. Le progrès semble arrêté. La cri-\ntique seule subsiste dans une splendeur incompa-\nrable. Il y aurait une étude à faire, intéressante et surtout universelle,\nde ces rages de l'homme qui bénéficie des créations, contre les créateurs\ndont le nombre est évidemment restreint. Le champ serait fertile en dé-"}, {"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[241]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.1", "debut_caractere": 607, "fin_caractere_exclue": 610, "texte": "i 6"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "242", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.2", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2670, "texte": "couvertes de cas fréquents et généraux. La somme de ces observations\napporterait assurément un enseignement sévère aux générations futures,\net les contemporains de mil neuf cent soixante-quatorze, par exemple,\nreculeraient épouvantés devant un résultat qui menace fort d être\ncelui-ci :\n« A Paris, écriraient-ils, en France, en Europe, dans le monde entier\n« peut-être, en plein dix-neuvième siècle, la critique (la critique que\n« l'on sait) sapait tout ce qui était grand, tout ce qui pouvait et devait le\na devenir. Mais, en revanche, elle couvrait de fleurs une certaine\n«. madame Théo; elle élevait sur de riches pavois une autre chanteuse\n« de café concert, madame Judic ; elle exaltait un nommé Offenbach et\n(c Fauteur de La Fille de madame Angot, petite chose insignifiante que\n« l'on prenait pour un chef-d'œuvre et qui rapportait des millions.\nce M. Du Locle était alors directeur de l'Opéra-Comique. Il assassi-\n« nait lentement, mais à coups sûrs, un genre éminemment français.\n« Il commit ce crime si bien qu'on ne put jamais y remédier, et qu'il\nce ne reste de cette branche de l'art que de rares vestiges.\n« L'oncle de M. Du Locle, M. Perrin, dirigeait la scène de la Comé-\n« die-Française, le premier théâtre des mondes civilisés, et remplaçait\n« la pureté de la langue, les chefs-d'œuvre de Racine, de Molière, de\n« Corneille, par le Sphinx, Jean de Thommeray, et autres médiocrités\n« parées de somptueuses et outrageantes décorations. L'austérité des\n« représentations, le respect que l'on doit aux œuvres, avaient disparu\na devant la transformation d'un temple de l'art en salon de noble et\n« bavarde compagnie, où l'aristocratie parisienne se rendait visite trois\n« fois la semaine.\n(( Le tout était subventionné par l'Etat et approuvé ou supporté par\n« la plupart des critiques. En vain quelques fidèles, quelques croyants\n« protestaient de toute la noirceur de leur encre contre ces misères,\n« contre ces effondrements. En vain ils demandaient que l'on chassât\n« les marchands du temple!\n« Il était une autre scène subventionnée et importante celle de\n« l'Académie nationale de Musique. Quelques années avant cette\n«• époque, vers l'an 1870, après une guerre dévastatrice suivie d'orgies\n« et d'abominables crises sociales, M. Perrin avait quitté la direction de\n« l'Opéra et laissé au gré, au caprice des tourmentes révolutionnaires,\n« l'édifice et ceux qui le rendaient célèbre par leurs talents. Un homme\n« était venu de province qui, avec un courage dont 011 doit le féliciter,\n« prit en main la lourde charge dont les épaules de M. Perrin avaient\n« été effrayées. M. Perrin l'avait poussé vers cette entreprise hardie. En"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "243", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.3", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2466, "texte": "(( dépit de cette déplorable situation, l'Opéra fit de très fructueuses\ncc recettes. De 1871 à 1874, il put donner le jour à trois opéras nouveaux\n« et à deux ballets. Vers la fin de 1873, la salle de la rue Le Peletier\n« fut détruite par un incendie et l'Opéra fut transporté à la salle Venta-\n« dour. Le directeur de l'Opéra, M. Halanzier, n'en demeura pas\n« moins en butte à la critique. Il venait de subir un désastre. On le\n« ciitiqua. Il fit des efforts surhumains pour pousser à l'achèvement\n« du Nouvel-Opéra, oeuvre merveilleuse s'il en fut jamais. On le cri-\n« tiqua. Aidé par une expérience consommée et par une commission\n« composée d'hommes éclairés, il fit refaire les décors de la Juive, de\n« Guillaume 1 ell, d Hamlet, de la Favorite, de la Source> de Don\ncc Juan, de Faust, de Robert le Diable. Il veillait à ce travail de géants\n« avec une sollicitude incroyable... On le critiquait toujours. . . .\nJe ne puis honnêtement préjuger les notes qui suivront fatalement\ncelles-ci, dans une centaine d'années, mais je crois fort qu'elles auront\nà peu près le même fond et qu'il sera facile de constater ce que je disais\nplus haut à savoir : qu'à notre époque on critique trop souvent ce qui\nmérite les encouragements ou l'éloge.\nII\nA Dieu ne plaise que je veuille, à cette place, abuser de ce que j ai vu\nces jours derniers, pour riposter victorieusement aux attaques dont le\ndirecteur de l'Opéra est l'objet, justement d'après la majorité, injuste-\nment selon les autres, Il messiérait à l'un des derniers venus et des plus\nhumbles dans la presse parisienne, de porter aussi haut la défense\nd'un tel administrateur, mais la liberté d'appréciation qui est laissée ici\nà chacun, me donne le droit d'exprimer une opinion à l'appui de laquelle\nj'apporte des arguments sérieux.\nAussi bien me contenterai-je et suffira-t-il de transcrire les notes que\nj'ai prises et les souvenirs que j'ai gardés. Est-ce un rêve? me suis-je dit\nen sortant du Palais de l'lndustrie. Mes yeux ont-ils bien vu? Mes\noreilles ont-elles bien entendu? Sans avoir la prétention outrée d'être\nblasé sur les surprises, je ne crains pas d'avouer que, m'inspirant de\nBrid'oison, rien ne m'étonne... d'ordinaire. Par contre, en cette cir-\nconstance particulière, je suis demeuré stupéfait et je me suis incliné\ndevant les efforts réunis de l'art, de l'industrie, de l'expérience savante\net de l'initiative intelligente. Je me suis étonné d'autant plus qu'en"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "244", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.4", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2632, "texte": "échange de ces résultats, le public, la foule, cet enfant qui est un\njuge, n'est pas toujours bien placé pour asseoir son jugement.\nLe juge est rarement dans le secret des dieux; aussi, fréquemment\npèche-t-il, en matière de décorations théâtrales notamment. Cet art n'est\nrien moins que nouveau.\nD'après les savants, à l'époque d'Euripide déjà, la mise en scène était\nfort avancée et les Grecs tenaient en grande estime la peinture des dé-\ncors, qui existait, contrairement à l'opinion d'Aristote, bien avant le\ntemps de Sophocle. Déjà on observait rigoureusement les lois de la per-\nspective, et dans certaines tragédies comme les Perses, Œdipe à Co-\nlone, par exemple, où le lieu supposé de la pièce était différent, il était\nde toute nécessité que le fond de la scène fût caché par des décorations\nappropriées. On se servait pour des changements à vue de prismes\ntriangulaires, placés sur des pivots qui tournaient et changeaient\ninstantanément le décor. Il y avait aussi des escaliers de Charon,\n(Xap&veioi x>a>[j.ax£ç) ou sortes d'échelles au moyen desquelles les\nombres des morts semblaient sortir de terre. Il existait une autre ma-\nchine, dont le nom n'a pas encore percé la nuit des temps et qui était\npoussée de derrière le mur de fond en avant, sur des rouleaux. La ma-\nchine appelée aujourd'hui gloire et à l'aide de laquelle les dieux ou les\nfées se soutiennent dans les airs, était également très prisée dans les\nthéâtres grecs. Tout ceci devait être infiniment curieux et devait avoir\ndes proportions bizarres, si on établit un rapport entre les scènes et les\nsalles du temps, et si Ton en juge par le théâtre en bois, que fit cons-\ntruire iEmilius Scaurus, gendre de Sylla, l'an 58 avant J. C. Il conte-\nnait 80,000 spectateurs. Et s'il plaisait au lecteur qui a bien le droit\nde l'ignorer, de savoir quel est celui qui le premier fit construire à\nRome un théâtre de pierre, je lui répondrais qu'on le doit au grand\nPompée ; qu'il pouvait contenir 40,000 spectateurs et qu'il fut érigé\n5 5 ans avant notre ère.\nVous voyez que les Grecs et les Romains n'y allaient pas de main\nmorte et qu'il décoraient et machinaient autrement leurs théâtres que\nles théâtres royaux du temps des Molière, des Corneille et des Racine.\nEn ce temps de merveilleuse souvenance, l'administration traitait\nd'une façon singulière les chefs-d'œuvre.\nLes Horaces, par exemple, avaient pour mise en scène : un palais à\nvolonté; au cinquième acte, un fauteuil.\nCinna : un palais à volonté ; au deuxième acte, un fauteuil, deux ta-\nbourets ; au cinquième acte, un tabouret à la gauche du roi.\nPolyeucte : un palais à volon"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "245", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.5", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2205, "texte": "Le Misanthrope de Molière était ainsi agrémenté : le théâtre est une\nchambre, il faut six chaises, trois lustres.\nPour la multiplication de ces exemples, je renverrai le lecteur au livre\nexcellent de M. J. Moynet (1) qui les a condensés avec un talent remar-\nquable.\nMais arrivons bien vite à la question, toute d'actualité, des maquettes\nde l'Opéra.\nIII\nUn beau matin, j'ai donc franchi le seuil des immenses ateliers du\nPalais de l'lndustrie. Devant ces profondeurs, remplies du comble jus-\nqu'au faîte de châssis, de toiles, de ponts volants, de pots à couleur, mon\nœil s'est d'abord égaré et je n'ai guère vu qu'un bizarre assemblage de\nchoses surprenantes. —» Petit à petit, et grâce à l'obligeance de quelques\npersonnes qui avaient bien voulu m'accompagner dans cette excursion\nau milieu d'un monde inconnu, j'ai fini par classer le tout, et j'espère\nainsi faire profiter les lecteurs de la Chronique musicale des rensei-\ngnements techniques et pleins d'intérêt que mes guides experts m'ont\ndonnés avec une rare clarté.\nEt d'abord, jamais directeur n'eut une aussi lourde responsabilité.\nMonter une pièce nouvelle en six mois, chacun a pu le faire et peut le\nfaire; mais préparer à la fois les décors de huit grands opéras et d'un\nballet (.Hamlet, la Juive, Guillaume Tell, les Huguenots, la Favorite,\nFaust, Don Juan, Robert le Diable et la Source) le 2 5 avril 1874,,\nperdre un mois en installations diverses, commencer le vrai travail le\n2 5 mai et être prêt le ier janvier 1875, accomplir un pareil tour de\nforce en huit mois, cela est littéralement prodigieux. Et cela est\ncependant.\nLe public ne peut se faire une idée, même approximative, des diffi-\ncultés d'une semblable opération.\nVoici rapidement les phases de la construction d'un décor. Etant\ndonnée la pièce que l'on a à décorer, on commence par établir une\nmaquette. Cette maquette est placée sur un petit modèle de théâtre, et\nles châssis, les rideaux, les plafonds, les praticables sont figurés avec du\ncarton. Ce travail fait, chacun le vient critiquer. Le directeur, dans le\ncas actuel, a d'abord rectifié, selon ses vues, les projets qui lui ont été\n\n(1) VEnvers du théâtre, 1 vol. in-12. Hachette."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "246", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.6", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2645, "texte": "soumis, puis il a réuni la Commission chargée de l'examen des nouvelles\n4\ndécorations, et chaque membre a discuté plus ou moins sur les modifi-\ncations à apporter. Enfin, est arrivée l'exécution. Le peintre donne\nles mesures au machiniste, qui fait immédiatement les épures à la gran-\ndeur définitivement arrêtée. On coud les toiles, on assemble sur le par-\nquet de l'atelier les châssis sur lesquels on tend la toile, fixée par des\n« broquettes. » On trace alors les silhouettes des châssis qui seront\n« chantournées, » puis taquetées; et enfin, quand le décor sera peint,\n(comme le peintre aura carrément marché sur la toile et que, par consé-\nquent, elle deviendra « floche, »)on procédera au « marouflage, » c'est-à-\n--dire que l'on collera sur la partie interne du décor un papier épais.\nCette opération dernière a le double avantage, grâce à la colle, de res-\nserrer les tissus, de rétablir la fermeté de la toile, et, grâce au papier,\nd'éviter la transparence.\nC'est avec des brosses grosses comme des balais, dont elles portent le\nnom, qu'on procède à l'ébauche d'un décor. Ces brosses sont emmanchées\nd'une hampe assez longue pour que le peintre puisse travailler debout,\net je ne connais rien d'étrange comme l'aspect de ces hommes qui mar-\nchent impunément sur les coins de cathédrales gothiques, sur les bran-\nches des forêts profondes et sur les statues des saints qu'ils viennent de\npeindre.\nCe spectacle est d'autant plus curieux au Palais de l'lndustrie que les\nproportions des décors sont imposantes. Ainsi, une toile de fond, celle,\nje crois, de l'acte du Palais, d'Hamlet, que j'ai vu peindre,—a vingt-sept\nmètres de large (dix mètres, si je ne me trompe, de plus qu'à la salle de la\nrue Le Peletier) et vingt et un mètres de hauteur.\nPour ajouter au fantastique de tout ceci, vous avez au premier étage\ntoute une série de fourneaux qui constitue l'atelier des menuisiers-machi-\nnistes. En face de chaque espace comprenant l'atelier de chacun des\npeintres, il existe un petit cabinet où, pêle-mêle, sont rangés des cartons\nrenfermant la somme de travaux de vingt années, des spécimens de toutes\nles architectures, et les maquettes des décors dont chaque peintre est\nchargé.\nTour à tour, jai visité ces réduits où MM. Rubé et Chaperon,\nCambon, Chéret, Lavastre et Despléchin combinent les splendeurs que,\ndans quatre mois, le monde entier viendra voir. Là, j'ai vu montées\nces maquettes, réduction Colas des gigantesques décors déjà faits, ou\nprès d'être terminés.\nComprenant à merveille les nécessités d'un progrès dans les décors\nd'un nouvel Opéra, M. Halanzier s'est ingénié à modifier certaines mises"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "247", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.7", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2449, "texte": "en scène, et à donner un relief plus considérable aux décors qui, au\npoint de vue du dessin général, demeureront ce qu'ils étaient en principe.\nAinsi, par exemple, la maquette de l'acte des Soldats, de Faust, donne\nl'idée d'un important changement dans la mise en scène de cet acte. Au\nlieu d'entrer misérablement, comme ils le faisaient autrefois, par des\nportes qui ressemblaient à des fenêtres, les soldats entreront désormais\npar le fond à gauche, au dernier plan, passeront sous une porte monu-\nmentale et descendront un escalier magnifique qui les conduira sur le\ndevant du théâtre, en face de la maison de Marguerite. Ce décor, exécuté\npar M. Cambon, est de toute beauté, et cette nouvelle mise en scène fera\ngrand effet, j'en suis convaincu.\nUne sérieuse modification a été également apportée au premier acte\ndes Huguenots. La mise en scène en vigueur ne permet pas de voir\nsuffisamment Valentine, quand elle vient chez Nevers pour rompre un\n« hymen odieux. » Cela était une faute, aussi l'a-t-on corrigée en éta-\nblissant un pavillon où le public verra très facilement entrer Valentine,\nde même qu'il la verra en sortir et, par cela seul, comprendra bien mieux\nl'action qui était légèrement obscurcie.\nIV\nEntrons d'abord chez MM. Rubé et Chaperon pour admirer le cin-\nquième acte de la Juive.\nDans le fond, Constance étale ses richesses architecturales. Tout le\nthéâtre est pris par ce décor. La ville seule tient la place de trois « fermes. »\nAu second plan, le bûcher sinistre où la haine, l'amour, l'ingratitude pré-\ncipiteront la malheureuse Rachel. Sur le devant, à gauche, un perron sur\nlequel le peuple assistera à cette scène tragique. A droite, le trône\nde Brogni, couvert par les draperies d'une somptueuse tente. Ce décor\natteint les plus grandioses proportions.\nPassons à l'acte du palais d\"Hamlet dont les dispositions ont été abso-\nlument changées. Il est d'une richesse et d'une couleur remarquables,\nmais ne séduira certainement pas autant que le deuxième décor du pre-\nmier acte, demeuré ce qu'il était à la création. Chacun se rappelle l'im-\npression irrésistible produite par l'effet de la neige qui jette un jour si\nmystérieux sur la plate-forme du château d'Elseneur.\nLe décor du dernier acte d'Hamlet : « le cimetière, » est une véri-\ntable trouvaille. Le soleil va se coucher à l'abri de nuages rouge-sang; il\nreflète sur les tristes cyprès, sur les sombres sapins, sur les tombes blan-"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "248", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.8", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2530, "texte": "ches une blafarde et funèbre lumière. On l'aperçoit à travers un arbre\nimmense qui occupe le premier plan. C'est bien là le sommeil de la nature\nconviant au sommeil de la mort.\nLe premier acte de Guillaume Tell vient à propos chasser les réflexions\nglaciales par lesquelles on vient de passer. Rien de plus frais, de plus\nriant, de plus pittoresque que ce décor complètement nouveau.\nNous voici en pleine Suisse. De hautes montagnes élèvent jusqu'aux\nnuages bleus leurs sommets blancs de neige. Adroite, des châlets, à tous\nles plans, jetés çà et là, à mi-côte, plus haut, plus bas, perchés sur\nun ravin, enfouis sous un roc. On les aperçoit colorés par le soleil à tra-\nvers le pont « praticable » et rustique jeté sur le torrent qui roule à\ngauche ses ondes tumultueuses. Tout à l'heure, le petit pêcheur invitera\nla jouvencelle timide à le venir rejoindre sur les flots.\nLe premier tableau du cinquième acte des Huguenots « le cloître, »\nn'étant qu'un rideau admirablement peint, faisons-le disparaître pour\narriver au deuxième tableau qui représente, d'après une estampe, un\ncoin du vieux Paris. Dans ce carrefour tomberont sous les balles des cal-\nvinistes, Valentine, Raoul et Marcel. Cette terrible époque renaîtra aux\nyeux du spectateur avec une effrayante vérité. Le décor se transformera\nde nouveau. A la lueur des torches, à la clarté de la lune, les tours\nde Notre-Dame, la Sainte - Chapelle, l'île Saint - Louis, le Châtelet\ndétacheront leurs masses imposantes. A droite, la Tour-de-Nesle. A\ngauche, le Louvre et la fenêtre de laquelle Charles IX essayait la justesse\nde son arquebuse. Partout enfin, l'exactitude historique ; partout, le\ndrame, même jusque dans ce décor, exécuté avec une merveilleuse\nhabileté.\nMM. Rubé et Chaperon signeront aussi le rideau de velours rouge,\nfrangé d'or, drapé majestueusement et relevé par une immense cordelière\nd or. Ils sont aussi chargés de la peinture du rideau de manœuvre, dont\nle fond simulera une étoffe de damas jaune recouverte d'une fine dentelle.\nJ'ai vu chez M. Cambon le décor du deuxième acte de Guillaume,\nrefait en entier. Il représente le « Lac des Quatre-Cantons. » Au pre-\nmier plan sont les chemins qui traversent la forêt et qui donneront\npassage aux conjurés. Ceux-ci arriveront en barque et justifieront ainsi\nles paroles du livret. Cette décoration est très belle. Des rochers, des\narbres aux troncs noueux lui donnent une physionomie sauvage d'un\neffet saisissant.\nLe troisième acte des Huguenots avec son effet de nuit, sa vue du"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "249", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.9", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2674, "texte": "Louvre, de la Tour de Nesle m'a vivement intéressé. Les « Jardins\nd'Elseneur » de Hamlet n'ont guère subi de modification. Us resteront\nce qu'ils étaient, proportions réservées, et paraîtront, comme toujours,\nmagnifiques. J'en dirai autant de la grande salle d'honneur de la\nFavorite.\nLe deuxième tableau du premier acte de Faust est ravissant. A gauche\nle cabaret où Méphistophélès trouvera le vin détestable. A travers les\narbres, on aperçoit un séduisant paysage des bords du Rhin. Plus loin,\nun château fort. A droite, une allée conduisant à l'église où Marguerite\nira prier. Des arbres à profusion. Les filles aux tresses blondes y seront\nadorablement encadrées.\nLe décor du deuxième acte de la Favorite fera, cette fois, comprendre\npourquoi les « Jardins de TAlcazar » étaient les cc délices des Rois\nMaures. » Ils sont magnifiques. On voit à droite deux côtés du superbe\npalais. Un peu plus à gauche, un coquet pavillon respirant le calme, le\nmystère. Partout des fontaines d'eau jaillissante, partout des fleurs.\nEnfin, une allée de « vieux, mais verdoyants sycomores. »\nFaisons encore le voyage de Constance, guidés maintenant par\nMM. Lavastre et Despléchin. Parcourons avec eux le décor du premier\nacte de la Juive.\nAu fond, la ville avec ses mille toits, ses flèches, son Hôtel-de-Ville,\nson splendide beffroi. En avant, plusieurs rues « praticables » aboutissant\nà une vaste place. Les maisons de ces rues sont de style, et j'ai noté sur-\ntout une tour colossale qui s'élève entre la maison d'Éléazar et le\n« Porche. » Celui-ci a exactement les proportions des porches latéraux de\nNotre-Dame. Un arc-boutant d'une hardiesse élégante traverse la rue\net vient se relier à la maison du Juif, qui forme l'angle du Carre-\nfour. Cette maison est flanquée d'une tourelle, sous les fenêtres de\nlaquelle Léopold viendra soupirer. A la gauche du spectateur, est une\nporte qui donnera passage au cortège pompeux que le peuple, placé sur\nles huit marches du porche, verra défiler. Les statues, de grandeur natu-\nrelle, sont du treizième siècle. Le porche, style treizième et quatorzième\nsiècles, est d'une exactitude 'rigoureuse. Le fond en est entièrement\npeint, ainsi que l'exigeait l'époque. Les portes sont ornées de « pentures »\ndans le style des plus belles pentures de Notre-Dame.\nLe décor du château de Chenonceau a été très modifié. Au fond, coule\nle Cher traversant un paysage charmant. Devant le château reproduit\ntel qu'il existe actuellement, à droite, au fond, est une immense terrasse\n« praticable. » La députation huguenote descendra par l'escalier monu-\nmental que l'on connaît et qui conduit dans les jardins plantés d'arbres"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "250", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.10", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2597, "texte": "grands comme nature. Sous leurs frais ombrages et sous les yeux de la\nreine, les dames de la cour se baigneront dans un coin du Cher bordé\nde gazons verdoyants.\nJe passe rapidement sur le troisième acte d'Hamlet, « la Chambre de\nla reine, » bien que ce petit décor soit d'un grand caractère, avec ses\nportes armoriées et sculptées, ses tapisseries de haute lice. Je signalerai\ntout particulièrement le décor du quatrième acte à'Hamlet. C'est le\nmatin. après avoir joué avec les paysans et les paysannes, après\navoir tour à tour effeuillé et réuni des fleurs, disparaîtra dans les roseaux,\nau milieu des jaunes nénuphars, et rendra son âme au monde idéal\nauquel elle appartient. Le tendre coloris de ce décor rappelle ce que\nCorot a fait de plus fin. C'est un véritable chef-d'œuvre.\nAu troisième acte de Guillaume, nous sommes à Altorf, non pas àun\nAltorf de convention,, mais au véritable Altorf, d'après une photogra-\nphie. Dans le fond, le lac des Quatre-Cantons et ses eaux irisées.\nDevant le lac, le petit village de Flûelen, séparé d'Altorf par une plaine\ninclinée vers le lac. A droite, à mi-côte d'une colline, Altorf, avec ses\nchalets entourés de jardins. Son clocher émerge de ces toits pointus. A\ngauche, au premier plan, encore des chalets, des arbres parmi lesquels\nsont deux noyers gigantesques.\nLeurs rameaux se mêlent à la tente préparée pour la fête. Le trône de\nGessler s'étale insolemment dans ce séjour joyeux, qui contraste avec\nla dramatique scène où Jemmy, une pomme sur la tête, servira de\nbut à la flèche de son père. Décoration surprenante et magistralement\nexécutée.\nNotre dernière visite sera pour M. Chéret.\nCommençons par la Favorite (premier tableau, premier acte).\nLe Cloître et ses couloirs d'un aspect sévère feront mieux ressortir le\ndeuxième tableau qui se passe dans l'île de Léon. Les jardins de la favorite\nresplendissent sous la chaude lumière d'un soleil éblouissant. Une végé-\ntation luxuriante prodigue ses splendeurs. L'air semble embaumé. Que\nde rêves dorés ce décor ne fera-t-il pas faire? J'en dirai autant des déco-\nrations inédites de la Source. Ici, l'imagination de l'artiste s'est livrée\naux inventions les plus inouïes de tons indéfinissables. C'est frais, c'est\nélégant, chatoyant, féerique.\nM. Chéret a été chargé de créer un décor pour le cinquième acte de\nGuillaume. Jusqu'ici, on avait reculé devant des frais inutiles. La\nchose en vaut la peine cependant, et voici le parti que M. Chéret en a tiré.\nC'était une rude tâche. Il a su l'accomplir.\nA droite et à gauche, des rochers dirigent le regard du spectateur vers"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "251", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.11", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 1833, "texte": "le lac des Quatre-Cantons. Au lever du rideau, les nuages s'amoncèlent.\nOn voit passer Gessler et ses soldats, dans une barque. Ils entourent\nGuillaume, chargé de fers. Le ciel s'assombrit davantage ; la tempête\néclate furieusement, et dissimule le drame qui s'accomplit dans l'ombre.\nEnfin, Guillaume revient et se jette dans les bras de ses amis. On entend\nencore les derniers hurlements du vent ; les vagues déferlent encore.\nMais la patrie est sauvée. Son oppresseur est mort. Un chant de déli-\nvrance part de toutes les poitrines pour s'élever vers Dieu. Le ciel a\nrepris sa limpidité. Les flots se sont apaisés. Tout n'est que reconnais-\nsance, grandeur, liberté, et l'hymne admirable de Rossini éclaire cette\nsublime pensée de tout l'éclat du génie.\nV\nJ'ai certainement oublié bien des choses dans cette visite. Si besoin\nest, je tiendrai les lecteurs au courant de ce qui se passera de nouveau\nau Palais de l'lndustrie.\nJe dois annoncer, en terminant, que définitivement le nouvel Opéra\nouvrira par Hamlet, avec Faure et la Nilsson. Le lendemain, nous\naurons la Juive, avec la Krauss.\nAinsi la grande entreprise sera dignement couronnée et l'on sera mal-\nvenu à ne pas unanimement apporter alors à M. Halanzier, à la Com-\nmission, à MM. Rubé et Chaperon, Cambon, Chéret, Lavastre et\nDespléchin, à tous ceux enfin qui auront préparé l'accomplissement de\nce rêve, un tribut sincère de reconnaissance et d'admiration.\nUn dernier mot. Pourquoi ne ferait-on pas une exposition des\nmaquettes de tous les décors que l'on exécutera pour l'Opéra ? Pourquoi\nne réserverait-on pas une salle spéciale à cette exhibition qui serait\ntrès suivie, j'en suis persuadé, et essentiellement artistique?\nJe ne sais si cette idée a déjà été exprimée. En tous cas, je la crois\nutile et pratique.\n\nRAOUL DE St-ARROMAN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-09-15-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-09-15_01#c005", "volume": "bmtnabc_1874-09-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "252", "page_fin": "261", "image_debut": 12, "image_fin": 22, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.2.2", "titre_corps": "LA MUSIQUE DANS L'YMAGERIE DU MOYEN AGE", "titre_sommaire": "LA MUSIQUE DANS L'YMAGERIE DU MOYEN AGE", "signature_source": "H. LAVOIX fils", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 12, "page_imprimee": "252", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.12", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1344, "texte": "LA MUSIQUE\nDANS\nL'YMAGERIE DU MOYEN AGE\n\n(<)\nIV. — Iconographie musicale du neuvième au treizième siècle.\nANS les paragraphes précédents, nous avons fixé votre\nattention sur le rôle que jouait la musique dans la\nreligion et dans la philosophie du moyen âge. Derrière\nle symbolisme des représentations et l'allégorie des\nimages, nous avons suivi l'art des sons dans sa vie,\npour ainsi dire philosophique et morale; mais il est\ntemps d'aborder notre sujet à un point de vue moins spéculatif. Si l'ico-\nnographie musicale répand peu de lumière sur l'explication de la musique\nthéorique et spéculative aux temps où Fart balbutiait ses premières notes,\nil n'en est pas de même pour Part pratique. Une miniature, un vitrail,\nun bas-relief jettent souvent un jour tout nouveau sur la forme d'un ins-\ntrument mal décrit, sur la composition d'un orchestre, sur une céré-\nmonie dans laquelle la musique tient une place importante. Grâce aux\nenlumineurs et aux imagiers, nous voyons réellement revivre le moyen\nâge. Il faudrait un livre pour décrire toutes les scènes qui nous donnent\nd'intéressants détails sur l'art à cette époque, pour citer tous les manus-\ncrits dans lesquels nous trouvons des révélations précieuses. Grâce aux\nœuvres originales que nous avons eues sous les yeux, grâce aux nom-\n\n(i) Voir les numéros des ier juillet, ier et i 5 août"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "253", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.13", "debut_caractere": 41, "fin_caractere_exclue": 2907, "texte": "breux et consciencieux travaux que nous avons consultés, nous espérons,\nen quelques pages, pouvoir donner un aperçu de ce que nous a laissé cette\népoque si curieuse, où nous retrouvons, bien informes encore, mais\ncependant reconnaissables, les éléments de notre art moderne.\nDepuis plusieurs années, une des principales conquêtes des historiens\nde la musique a été de constater qu'à côté de Fart religieux, si puissant,\nsi grand, et paré d'une grâce qui lui est particulière, mais enchaîné dans\nles liens d une liturgie sévèrement réglementée, l'art profane, propre au\ncaractère national de chaque peuple, n'avait pas un moment cessé\nd exister. Longtemps étouffé, il avait grandi insensiblement, jusqu'au\nmoment où, recouvrant sa liberté, il avait pris son essor et fait éclore la\nmerveilleuse révolution si justement appelée Renaissance. Cette vérité\nque les textes nous avaient démontrée, les représentations viennent\nencore l'affirmer d'une manière éclatante. Loin de moi la pensée de par-\ntager les idées des historiens qui ont accusé l'Église d'avoir arrêté les arts\ndans leur élan. Je crois plutôt fermement avec M. Didron et les Annales\narchéologiques, ce beau recueil fondé pour la glorification du moyen\nâge, que, loin d'annihiler le génie musical, l'Église recueillit ce qui res-\ntait du grand naufrage de l'invasion, garda pieusement le riche héritage\ndu passé,\"sans rejeter les richesses du présent; mais il n'en est pas moins\nvrai, qu'à partir du treizième siècle, nous voyons s'introduire dans\nla musique un élément nouveau. Les fortes races du Nord accentuent\ndavantage leurs tendances musicales ; avec les croisades, les instruments\nmodernes font partout irruption ; l'harmonie se ressent de ce progrès ; la\nmélodie populaire, empreinte jusqu'à un certain point de notre tonalité\nmoderne, va, non pas naître, puisqu'elle existait déjà, mais prendre droit\nde cité dans la musique véritablement artistique. Dans son cours\nd'histoire de la musique, M. Gautier a démontré cette vérité par des\nexemples frappants. L'iconographie musicale se ressent de cette révo-\nlution. C'est au treizième siècle qu'on commence à orner les ouvrages\nprofanes, comme les romans de chevalerie et les poésies des troubadours,\ndes miniatures jusque-là réservéeaaux missels et aux psautiers. Les cos-\ntumes laïques et contemporains remplacent les costumes religieux. Du\nneuvième au treizième siècle, nous ne verrons en général d'instruments\nqu'entre les mains de David ou des prêtres; nous ne les avons trouvés\nemployés que pour le service et la louange de Dieu; à dater du siècle de\nsaint Louis, gais trouvères et joyeux ménestrels entreront en scène. Ce\nseront des tableaux de fêtes et de marches triomphales, des scènes d'inté-\nrieur, dans lesquelles une belle place sera réservée à la musique, et ces\nreprésentations se rencontreront par centaines, plus nombreuses et plus"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "254", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.14", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2756, "texte": "riches en personnages et en instruments à mesure que nous approcherons\nde la Renaissance.\nLe caractère distinctif de la première période est la disparition suc-\ncessive des anciens instruments et l'apparition des nouveaux, apportés\npar les peuples du Nord. La lyre reste encore, mais bien changée et ten-\ndant à se rapprocher des formes de nos instruments modernes. C'est\nainsi que dans une miniature, reproduite par Willemin (1), nous la\nvoyons armée d'un cordier presque semblable à celui de nos violons.\nCependant, l'ancienne lyre se retrouve encore plusieurs fois, sans avoir\nsubi une grande transformation, comme dans le poëme des Vertus\net des Vices, d'Aurelius Prudence; mais un des derniers monuments\ndans lequel nous la rencontrons encore, est un calendrier saxon du\nonzième siècle. La harpe lui succède, soit triangulaire, comme celle\nde la Bible de Charles le Chauve, soit affectant, dans de plus petites\nproportions, la forme de nos harpes modernes. Ici déjà, nous sen-\ntons l'influence des populations septentrionales, mais elle s'accentue\nencore bien plus par l'introduction des instruments à cordes grattées,\ncomme le crawth et la grande vielle à roue, dont le chapiteau de\nBocherville nous donne un si curieux exemple. Chez les Saxons et les\nAnglais particulièrement, les manuscrits sont remplis de figures de ce\ngenre.\nParmi les plus importants monuments figurés de la musique au neu-\nvième siècle, il faut compter trois manuscrits dans lesquels les musico-\nlogues, et particulièrement M. de Coussemaker (2), ont abondamment\npuisé. L'un appartient à la Bibliothèque de Boulogne, l'autre à la\nBibliothèque d'Angers, le troisième à la Bibliothèque Cottonnienne, au\nBritish-Museum. Non-seulement ces trois manuscrits renferment un\ngrand nombre d'instruments, mais encore le nom des objets représentés\nest souvent écrit en marge et accompagné d'explications qui ne sont pas\ntoujours très claires, mais qui renferment cependant des indications pré-\ncieuses sur la forme et l'emploi de ces instruments. Ajoutez à cela que\nces peintures ont été faites à la même époque, mais dans différents pays\net par divers auteurs, que les dessins ne présentent entre eux que\ndes variantes de peu d'importance et que, par conséquent, il ne peut\ny avoir de doute sur l'authenticité des instruments qu'ils renferment.\n\n(1) Monuments français inédits,... dessinés... par Willemin,... aecompagnés d'un\ntexte,... par A. POTTIER. Paris, 1839, 3 vol in-f°.\n(2) COL'SSEMAKER. Essai suv les Instr. de mus. au moyen âge. Annales archéo-\nlogiques. T. 111, IV, VI, VII, VIII, IX, XVI. BOTTÉE DE TOULMON. Instruments\nde mus. au moyen âge. Paris. Crapelet. i 338, et Mémoires de la Société des\nAntiquaires de France. 2 e série, t. VII. 1844, page 60."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "255", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.15", "debut_caractere": 41, "fin_caractere_exclue": 2746, "texte": "Le Manuscrit de Boulogne porte le n° 20 et est intitulé Psalterium\nglossarium dans le Catalogue des Bibliothèques des départements (1).\nC'est un grand in-folio carré sur vélin qui contient les gloses du onzième\nsiècle sur les psaumes. On trouve dans un acrostiche les noms du scribe\nHeriveus, de l'abbé Odbert, qui fit les ornements, et de Dodolin, leur\ncollaborateur; une miniature nous intéresse particulièrement. Dans un\nportique triangulaire, surmonté de bâtiments avec bordures et rinceaux\nrouges et or, rehaussés de vert et de bleu, on voit une figure de David\njouant du psaltérion. La partie inférieure de la page représente des ins-\ntruments de musique avec des inscriptions en partie effacées. M. de\nCoussemaker a rétabli ces indications en donnant les dessins de ce ma-\nnuscrit dans le travail que nous avons cité plus haut.\nDe Manuscrit d'Angers a été décrit, en détail, par M. Lemarchand\ndans son Catalogue des manuscrits de la Bibliothèque d'Angers\n(Angers. 1863, 1 vol. in-8°) et a fourni à cet érudit la matière d'un\narticle sur les instruments des Hébreux, dans lequel Fauteur, par une\nétrange méprise, a pris, pour des instruments hébreux, ce qui n'était\nque des représentations d'objets en usage au moyen âge. M. de Cous-\nsemaker a reproduit une partie des dessins de ce manuscrit. C'est un\npsautier du neuvième siècle, in-40 sur vélin. Aux feuillets 12 (verso)\net i 3 (recto), on a dessiné le roi David, tenant un psaltérion et entouré\nd'instruments de musique. Sur le verso du feuillet 13 et le recto du 14,\non voit encore le fils de Jessé. Cette fois, il tient une lyre à la main, il\nest accompagné de musiciens et paraît dicter ses chants à deux scribes.\nLe manuscrit n° 6 de la même collection est d'une époque bien posté-\nrieure (treizième siècle), mais nous ne pouvons quitter Angers sans\nmentionner une belle miniature qui s'y trouve. C'est un David, accor-\ndant sa harpe, qui a été publié au tome IX (1849), PaSe 294 es An-\nnales archéologiques.\nEnfin, un manuscrit de la Bibliothèque cottonnienne, qui date du\ndixième siècle ou du commencement du onzième, contient un grand\nnombre d'instruments de musique. Strutt, dans son grand ouvrage sur\nles mœurs des Anglais (2), a donné une partie des dessins de ce manus-\ncrit, et c'est d'après lui que les musicologues ont fait, en général, les\nplanches qui ornent leurs livres. A ces trois curieuses pièces, il faut\n\n(1) Catalogue général des Manuscrits des Bibliothèques publiques des départements.\nParis, 1849-1872. 4 vol. in-40. Imprimerie nationale. T. IV. Bibliothèque de\nBoulogne, par M. Michelin.\n(2) STRUTT. Hopda. cynnam, ora compleat vient of the manners... of En-\nglands. Londres, 1774. 3 vol. in-40. —T. I, pl. xx et suiv."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "256", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.16", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2749, "texte": "encore ajouter le manuscrit de Saint-Emeran, dont Gerbert a fait graver\nun grand nombre de dessins, et qui, par les instruments qui s'y trouvent,\nne présente pas moins d'intérêt que ceux que nous venons de citer.\nA cause de la grossièreté du dessin, ces instruments paraissent, au\npremier abord, être des objets créés par l'imagination de l'enlumineur,\nou des instruments construits pour quelque démonstration d'une acous-\ntique compliquée, comme on peut en voir dans les théoriciens des\nseizième et dix-septième siècles; mais en tenant compte des ornements\nqui surchargent les instruments, en tenant compte aussi des inexacti-\ntudes si fréquentes au moyen âge, l'authenticité de ces représentations\ns'établit de plus en plus. Si quelques doutes pouvaient encore exister,\nun monument des plus curieux serait là pour les faire cesser. Je veux\nparler des chapiteaux de l'église de Saint-Georges de Bocherville. Non-\nseulement par le nombre des personnages, les sculptures de ces chapi-\nteaux présentent le plus grand intérêt, mais encore nous retrouvons,\nentre les mains des musiciens qui en font partie, quelques-uns des ins-\ntruments reproduits sur les manuscrits que nous avons cités plus haut.\nL'église de Saint-Georges de Bocherville fut construite entre ioso et\n1066, par Raoul de Tancarville, chambellan du duc Guillaume le Con-\nquérant. Le chapiteau, qui nous occupe en ce moment, a été publié\nsouvent, ainsi que les deux musiciens qui sont dans la même église.\nCoussemaker, dans l'essai déjà mentionné, M. Deville (1) en ont donné\ndes dessins. Cette sculpture représente un orchestre qui semble accom-\npagner la danse d'une jongleresse. On y voit une rote à échancrures et à\nquatre ouïes, une symphonie ou organistrum à roue de grande dimen-\nsion, tenue sur les genoux par deux personnages, dont l'un appuie sur\nles touches, pendant que l'autre tourne la manivelle. Plus loin, un\nmusicien joue de la flûte de Pan, puis une sorte de harpiste, puis un\nsixième personnage tient entre ses mains un nabulum, tandis que son\nvoisin pince les cordes d'un psaltérion. Le huitième musicien joue d'une\nvielle à cinq cordes, dont on voit souvent les représentations sur les\nmonuments; enfin trois personnages séparés des autres par la jongle-\nresse qui danse sur sa tête, se servent de deux instruments bien répan-\ndus pendant tout le moyen âge, la harpe et le carillon à marteau.\nLa Bibliothèque nationale possède dans le n° 1118 latin, un manus-\ncrit d'une importance capitale pour l'iconographie musicale. Il est inti-\ntulé : Liber Troporum, et provient de l'abbaye de Saint-Martial de\n\n(Î) DEVILLE. Essai historique et descriptif sur Véglise et Vabbaye de Saint -\nGeorges de Bocherville, près Rouen. Rouen, 1827. Un vol. in-f°."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "257", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.18", "debut_caractere": 44, "fin_caractere_exclue": 2220, "texte": "Limoges. Dans ce beau monument du onzième siècle, à partir du\ni° 104, nous trouvons sept miniatures contenant des musiciens. La plu-\npart de ces ligures ont été reproduites au trait, par M. de Coussemaker,\naussi nous contenterons-nous de donner une espèce de table de ces\nminiatures.\ni° Un curieux David couronné, jouant d'un crawt à trois cordes\nfolio 104.\n2\" Une flûte de Pan à sept trous, folio 107.\n3° Des jongleurs dont les exercices sont accompagnés par un haut-\nbois, folio 108.\n4° Un psaltérion carré avec prolongement pour retenir l'instrument\nfolio 110. '\n5° Psaltérion triangulaire, folio 111.\n6° Jongleur dansant au son d'une double flûte, folio 113,\n70 Cymbales jouées par une danseuse, folio 114.\nChacune de ces miniatures est intéressante, non pas par la perfection\ndu dessin, mais par les instruments qu'elle représente; et, chose rare,\nchaque figure, quoique grossière, est parfaitement nette et paraît avoir\nété copiée sur les originaux.\nLorsque s ouvrit le douzième siècle, une grande révolution venait de\ns accomplir; les croisades commençaient. Poussés par un saint enthou-\nsiasme, les peuples de l'Occident s'étaient rués en masse sur l'Orient.\nIls conquirent le tombeau du Seigneur, mais, comme les Romains qui,\naprès avoir conquis l'Asie, s'étaient laissés amollir par le luxe de leurs\nnouveaux esclaves, ils ne tardèrent pas à rendre hommage à la prodi-\ngieuse civilisation des Arabes et des Byzantins. Éblouis par tant d'éclat,\ncharmés de tant de beauté, les croisés ne résistèrent pas au désir d'imiter\nce qui leui avait paru si beau et si nouveau. Ceux qui restèrent en\nPalestine empruntèrent aux Arabes leurs arts, leurs mœurs et jusqu'à\neurs costumes ; ceux qui revinrent en Occident voulurent conserver\nsouvenance des pays merveilleux qu'ils avaient visités, tant un nouveau\nmonde artistique s'était révélé à leurs yeux. Étudier la science des infi-\ndèles, imiter leurs procédés industriels, copier l'architecture byzantine,\nreproduire dans les églises les courbes élégantes des grandes coupoles de\nSainte Sophie, tel fut pendant longtemps le but des efforts de ces peuples\nchez lesquels une première renaissance commençait, et qui voyaient\n\nl 7"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "258", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.19", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2838, "texte": "s'ouvrir devant eux un horizon jusqu'alors inconnu. La musique ne\nresta pas en arrière dans ce progrès universel, et les croisés rappor-\ntèrent d'outre-mer les nacaires ou timbales, les instruments de la lamille\ndes luths, qui devinrent bientôt d'un usage si général, les cors en\ncuivre, ou sarrasinois, etlequanon ou tympanon à baguettes, qui donna\nplus tard naissance au piano. Ce n7est, en effet, qu à partir du douzième\nsiècle que nous rencontrons ces instruments sur les bas-reliefs, les vitraux\net les miniatures.\nDu reste, à cette époque, les représentations deviennent de plus en\nplus nombreuses, et pour ne pas donner à cet article des proportions\nexagérées, nous nous voyons forcé de faire un choix parmi tant de\nrichesses. L'abbaye de Saint-Denis, la cathédrale de Chartres doivent\ntenir dans notre étude une place importante. Le caractère particulier des\ninstruments sculptés sur le portail de l'abbaye de Saint-Denis est une\ncertaine lourdeur dans les formes et une ressemblance frappante avec les\nsculptures des monuipents d'Angleterre de la même époque. Il semble-\nrait que pendant ce siècle, le nord de la France ait été pour la musique\ntributaire de l'art anglo-saxon. La lourde harpe saxonne affectant les\nformes mathématiques de secteurs quadrangulaires, les vielles à manches\nen losanges tronqués, qu'on remarque sur le portail de Saint-Denis, nous\nles retrouvons encore, plus grossièrement sculptées, il est vrai, mais tout\nà fait reconnaissables, dans les trois personnages qui ornent les piliers de\nla porte gauche dans la cathédrale de Cambridge. Cette église fut com-\nmencée sous Henri lerIer et achevée en 1174. Les modèles que nous offre la\nbasilique de Saint-Denis sont d'une conservation et d'une beauté parfaites.\nOn y voit une vielle à cinq cordes, une autre grande vielle à quatre, une\ngrande rote à cinq cordes et trois harpes. Tous ces instruments sont,\ncomme nous l'avons dit, un peu lourds, mais sculptés avec soin, et\nparaissent avoir été copiés sur des modèles par un artiste consciencieux.\nLeur construction répond à toutes les exigences d'une lutherie encore\nbarbare, et rien ne nous permet de douter de leur authenticité. Willemin,\ndans ses planches (t. I, pl. 9), a donné des reproductions fidèles de\nces sculptures. Les instruments représentés sur la cathédrale de Char-\ntres, sont loin d'avoir la même raideur de formes. Un génie plus élégant\na inspiré l'artiste. Il suffit de citer, pour exemple, la belle harpe à dix\ncordes et la grande rote à trois, que Willemin a publiées. Dans la harpe,\nles courbures sont remarquables par leurs lignes gracieuses. La jolie\ncolonne qui supporte la barre supérieure est terminée par un chapiteau\nplein de hardiesse, et la forme générale de l'instrument présente de\nbonnes conditions d'acoustique. Il en est de même de la rote; quatre"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "259", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.20", "debut_caractere": 41, "fin_caractere_exclue": 2486, "texte": "ouïes, élégamment découpées, occupent le centre de chaque renflement de\nla caisse sonore. Les deux corps de la caisse sont séparés par deux\nechancrures bien dessinées, et par un chevalet qui joint la solidité à\nl'elégance. Le cordier, sculpté avec soin et rattaché au bouton par deux\npattes, est peut-être placé trop près du chevalet, mais il est fort beau et\najoute encore à la richesse de l'instrument.\nEn lace de pareils modèles, il ne faut plus douter que la facture instru-\nmentale soit définitivement créée dès cette époque. La lutherie fera cer-\ntainement d immenses progrès, mais il n'en est pas moins vrai que\nla rote du portail de Notre-Dame-de-Chartres,révèle chez les facteurs du\ndouzième siècle un goût des plus remarquables et des principes bien\narrêtés d'après lesquels ils construisaient leurs instruments.\nV. — Iconographie musicale du treizième au seizième siècle.\nLe progiès que nous avons constaté dans le paragraphe précédent\ns accentue de plus en plus au treizième siècle. On peut citer à l'appui de\nce fait les belles harpes publiées par Strutt, d'après le manuscrit de\nMatthieu Paiis et aussi les élégants instruments que contiennent les\nmanuscrits de la Bibliothèque nationale. La caisse s'est agrandie, elle\na piis des proportions mieux appropriées aux lois de l'acoustique*,\nla baire et la colonne se courbent avec aisance ; en un mot nous avons\n' 7\nsous les } eux les types élégants qui ont longtemps servi de modèles\ndans les miniatures et dans les monuments. La fantaisie variait encore\npar ses caprices les formes instrumentales. Ces essais n'étaient pas\ntoujours heureux, mais marquaient une forte tendance vers le progrès.\nC est ainsi que d'après un manuscrit de Saint-Biaise, du treizième siècle,\nnous voyons un orgue en forme d'arbre. Les branches, formées par\nles tuyaux, sont peuplées d'oiseaux chanteurs, et le tronc semble sortir\nd un sommier. M. Barbier de Montaut a reproduit le dessin du manus-\ncrit de au tome XVIII des Annales archéologiques. Dans\nl'article qui accompagne cette planche, M. Barbier de Montaut cite plu-\nsieurs instruments du même genre.\nLa facture instrumentale n'avait fait en cela que suivre le mouve-\nment qui se fit sentir au treizième siècle dans la littérature, les sciences\net les arts. L'époque de saint Louis est une des plus intéressantes\nde l'histoire. Le moyen âge est à son apogée. Partout, l'esprit humain\ntravaille d'une formidable manière et prépare la Renaissance. La"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "260", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.21", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2749, "texte": "musique se ressent de l'impulsion donnée, et tout ce qui touche a cet art\nse perfectionne à vue d'œil. Nous l'avons dit plus haut, c est le moment\noù l'élément profane et populaire commence à prendre définitivement sa\nplace dans l'histoire de l'art : avec le Jeu de la feuillée et Robin et Ma-\nrion, d'Adam de la Halle, l'opéra comique français se laisse déjà devi-\nner. Bien plus, les tonalités modernes se font sentir, bien faibles, il est\nvrai, et encore bien hésitantes, mais assez sensibles pour prouver qu elles\nse trouvaient en germe dans la musique populaire du moyen âge. Je laisse\nà penser si les représentations sont nombreuses pendant cette période.\nAu premier rang, il faut citer les vitraux de la cathédrale de Bourges,\ndans lesquels on peut voir quatre scènes musicales, qui toutes quatre\nprésentent un réel intérêt (i), le splendide psautier de saint Louis,\nrempli d'instruments de musique, et un monument moins connu, mais\nnon moins curieux, le vitrail de l'abbaye de Bonpart en Normandie, sur\nlequel nous nous arrêterons quelques instants. Ce vitrail représente un\nconcert céleste exécuté par cinq anges. L un tient un orgue portatif à\nneuf tuyaux, le second joue d'une vielle à ueux cordes, en se servant\nd'un fort long archet, le troisième frappe avec un tampon, sur la peau\ntendue d'un tambourin, qu'il soutient de son coude et de son épaule\ngauches. Le quatrième joue d'une petite harpe fort soigneusement dessi-\nnée et fort bien construite. Sur la boîte sonore de cette harpe, on voit\ndeux ouïes en forme d'oreilles. Enfin, le cinquième pince les cordes d'un\nluth, dont le chevillier est bizarre, mais qui, par ses détails, présente de\ngrandes garanties d'exactitude. C'est aussi à la même époque que nous\ntrouvons, dans un manuscrit de la Bibliothèque nationale, un superbe\nDavid, entouré de ses quatre musiciens. Le Roi prophète assis au milieu\nd'un élégant portique, la couronne en tête, joue d'une harpe dont les\ncordes sont disposées presqu'horizontalement dans la table d'harmonie.\nCes cordes sont au nombre de quatre, et l'instrumentiste en pince des\ndeux mains. Les quatre musiciens tiennent l'un une vielle, l'autre une\ncornemuse, le troisième un hautbois, le quatiième un flûtet dont il\naccompagne le chant par le rhythme sonore de son tambourin.\nAu quatorzième siècle, les tendances populaires déjà remaïquées dans\nle siècle précédent prennent de jour en jour plus d'importance. L'art de\nla miniature est près d'arriver à son apogée, les peintres enlumineurs\nont définitivement pris en main, pour les illustrer de leurs œuvres, les\n\n(i) Voyez : Monographie de la cathédrale par les PP. A. Martin et\nCh. Cahier. • Paris. Poussielgue. 1841-1844. Grand in-folio. Première partie.\nPlanche XXXIII."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "261", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.22", "debut_caractere": 41, "fin_caractere_exclue": 690, "texte": "romans, les poésies, les fabliaux et les chroniques. Les miniatures, dans\nlesquelles la musique tient une grande place, deviennent plus nom-\nbreuses et plus animées. Ce ne sont plus seulement des scènes religieuses,\nmais des tableaux d'intérieur pleins de charme et de grâce, des écla-\ntantes cérémonies triomphales ou guerrières, qui nous révèlent les détails\nde la vie musicale à cette époque. L'actualité, pour employer un mot\nnouveau, est entrée dans les représentations.\nNous reproduisons, avec ce numéro, une des plus curieuses minia\ntures du quatorzième siècle que possède la Bibliothèque nationale.\n(La suite prochainement.)\n\nH. LAVOIX fils."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-09-15-01-c008", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-09-15_01#c008", "volume": "bmtnabc_1874-09-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 17, "image_fin": 17, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.2.2.3", "titre_corps": "Meister Heinrich [--]enlob.", "titre_sommaire": "Meister Heinrich [--]enlob.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.17", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 124, "texte": "Meister Heinrich [--]enlob.\nLe Tournoi des Maîtres Chanteurs\ntiré du Manuscrit des Minnesanger (Commencement du XIVe siècle)"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-09-15-01-c010", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-09-15_01#c010", "volume": "bmtnabc_1874-09-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "262", "page_fin": "269", "image_debut": 23, "image_fin": 30, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.2.3", "titre_corps": "DE LA GYMNASTIQUE PULMONAIRE CONTRE LA PHITHISIE", "titre_sommaire": "DE LA GYMNASTIQUE PULMONAIRE CONTRE LA PHITHISIE", "signature_source": "Dr V. 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Duvernoy, Révial, Paulin, Moreau-\nCinti, Levasseur et Bataille.\nÜBER, Halévy, Ambroise Thomas et Berlioz, s'oc-\ncupant surtout de composition, ne pouvaient nous\nfournir des renseignements bien positifs sur l'influence\nque le chant, ou le jeu des instruments à vent peut\nexercer sur les organes de la respiration, mais nous\nn'avons trouvé, chez aucun de ces maîtres éminents,\nune opinion hostile à notre thèse.\nM. le professeur Duvernoy, qui dirige le pensionnat du Conserva-\ntoire, est convaincu qu'un exercice mesuré, prudent et méthodique des\norganes vocaux peut beaucoup pour conserver, ou même rétablir la santé\net la vigueur des poitrines faibles. Lui-même jouit d'une santé excellente,\ntandis qu'il a vu son frère succomber à une maladie de poitrine. Ce\ndernier, qui se destinait à l'École polytechnique, prenant ses études\ntrop à cœur, s'est éteint d'épuisement. M. Duvernoy ne travaillait pas\navec moins d'ardeur à la musique ; mais « grâce à sa profession et aux"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "263", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.24", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2818, "texte": "influences d'une vie toujours régulière, il a pu, c'est sa conviction, échap-\nper aux conséquences fatales d'une semblable prédisposition. »\nM. le professeur Révial a étudié d'une manière toute particulière\nle jeu de l'organe respiratoire. Il dirige le travail de ses élèves d'après\ndes principes méthodiques, de manière à faire donner aux poumons,\ncomme au larynx, tout ce qu'ils peuvent donner, sans jamais arri-\nver jusqu'à la fatigue. Non seulement il pense, avec M. Duvernoy, que\nle chant n'est pas contraire aux poitrines faibles et qu'il peut être\nutile comme toute gymnastique d'un organe affaibli, mais il est convaincu\nqu'avec une bonne application de l'exercice vocal, on peut prolonger,\nsinon conserver, l'existence la plus compromise par la phthisie. Et\nM. Révial nous en a donné pour preuve l'observation suivante.\nUne jeune personne lui fut présentée, dans un état de maigreur et\nd'affaiblissement qui attestaient une constitution archi-phthisique : selon\nle pronostic des médecins, cette demoiselle aurait dû mourir très proba-\nblement en 1849; mais la pauvre malade, ainsi que cela arrive presque\n.toujours en pareil cas, ne croyait point à la gravité de son état. Elle\npossédait une fort belle voix : réussir dans la carrière théâtrale était pour\nelle une ambition d'autant plus ardente, qu'elle y voyait le moyen\nde procurer quelque aisance à des parents chéris, peu fortunés. M. Révial\nconsentit à entreprendre la cure, autant que l'éducation musicale de cette\nintéressante élève. Il dut, tant elle était épuisée, prescrire une série\nd'exercices modérés, un travail de trois, cinq, dix minutes au plus, et de\nmanière à obtenir, dans la journée, un total de deux heures d'exercices\nseulement. Eh bien ! ce régime a eu pour résultat le rétablissement de\ncette jeune personne, qui a fourni une carrière théâtrale de onze années,\naprès lesquelles elle s'est éteinte. M. Révial n'a pas de données positives\nsur sa mort, mais il est tout disposé à croire qu'une rechute est surve-\nnue sous l'influence de causes dont les mauvais effets ne pouvaient plus\nêtre conjurés par le chant. « Dans ce moment même, j'ai, parmi mes\nélèves, nous dit M. Révial, une demoiselle évidemment phthisique, dont\nl'état s'est beaucoup amélioré, depuis qu'elle suit mes leçons et mes con-\nseils. »\nM. Paulin est également persuadé que, par une bonne méthode de\nchant, on peut conserver et même rendre la santé. S'il constate avec ses\ncollègues que l'exercice abusif des poumons, mais surtout l'exercice mal\nentendu sous le rapport de son appropriation à l'état de santé et aux\nforces de l'élève, peut faire beaucoup de mal, il ne peut citer,, dans sa pra-\ntique, aucun exemple de la malfaisance de la gymnastique vocale. La\nconviction de l'utilité du chant comme préservatif de la phthisie pulmo-"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "264", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.25", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2540, "texte": "naire, est tellement arrêtée dans 1 esprit de M. Paulin, qu'il nous disait,\nquand nous lui parlâmes de notre intention de publier un travail sur ce\nsujet : « Vous rendriez, monsieur, un grand service aux familles, car\n« souvent, quand je voyais s'étioler de pauvres jeunes gens, j'aurais offert\n(c de les sauver si je n'avais craint de paraître convoiter des leçons. »\nM. Moreau-Cinti était très convaincu que le chant, bien dirigé, est le\nmoyen de donner à ceux qui ont des poitrines faibles, force, ampleur\nde formes et santé, et il en citait plusieurs exemples pris dans sa famille\net paimi ses élèves. Cet éminent artiste devait nous fournir àce sujet\ndes faits circonstanciés5 malheureusement, la mort est venue subite-\nment l'empêcher de tenir sa promesse.\nM. Levasseur pense que le chant, qu'il considère comme une gymnas-\ntique excellente en elle-même, ne devrait pas cependant être conseillé à\nune poitrine faible.\nM. Bataille professe, comme tous les hommes pratiques, une opinion\nfavorable à la gymnastique pulmonaire, bien qu'il pas à nous\nciter des exemples remarquables de la nature de ceux qui nous ont été\nfournis par quelques-uns de ses émérites collègues du Conservatoire.\nNous ne saurions mieux finir cette série de renseignements officiels que\npar une courte exposition des vues propres à ce Professeur, qui fut un\nartiste des plus distingués, et faillit, après cinq ans d'études, devenir\nnotre confrère en médecine : le sujet est doublement, on le voit, de sa\ncompétence.\nM. BataiLe regarde avec nous la gymnastique pulmonaire comme un\nexcellent moyen prophylactique de la phthisie. Ainsi que tous ceux qui\nont sérieusement étudié la question, il insiste sur l'indispensabilité d'ap-\nporté! dans la diiection des études de l'élève une prudence éclairée, sur-\ntout dans le cas où le sujet est porteur d'organes faibles et menacés de\nMais la gymnastique du poumon, si excellente qu'elle\nsoit, ne saurait être considérée comme un moyen curatif. Selon M. Ba-\ntaille, ce serait s abuser que de ne point faire cette distinction essen-\ntielle. Lui-même croit devoir la belle santé dont il jouit à sa pro-\nfession, qui l'a sauvé d'une maladie très grave de la poitrine, mais il n'a\njamais ciu être tuberculeux, et il ne connaît aucun exemple d'affection\ntuberculeuse bien positivement constatée qui ait cédé à l'exercice du\npoumon.\nB. — Par les professeurs libres : MM. Massé, Allary, Marini, Duprez, Vautrot,\nDelsarte, Ponchard et Fargueil.\nM. Massé, ancien chanteur distingué de l'Opéra-Comique, et qui"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "265", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.26", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2783, "texte": "aujourd'hui se consacre entièrement à l'enseignement du chant, professe\nune opinion si formellement favorable à l'utilité d'une gymnastique\nrationnelle du poumon, qu'il préparait même, nous dit-il, un livre sur la\nquestion, où il traitait d'une méthode de chant à ce point de vue. Anté-\nrieurement, M. Massé avait fait de la respiration une étude particulière,\net déjà, lors de son retour d'ltalie, en 1855, il eut occasion de faire part\nde ses vues sur ce sujet à M. le docteur Mandl, qui en aurait pris occa-\nsion de faire le travail dont nous avons parlé sur la fatigue de la voix\ndans ses rapports avec la respiration,\nM. Allary partage la même opinion que les autres Maîtres dont nous\nvenons de parler. Comme eux, il est convaincu que la gymnastique\nvocale est salutaire à l'organe respiratoire, aussi bien qu'un exercice\nnormal est nécessaire aux autres organes; mais, comme ces messieurs, il\ninsiste sur le danger de procéder en cela sans méthode, ni ménagement.\nA ce propos, M. Allary nous a cité un remarquable exemple de l'abus\npernicieux de l'exercice pulmonaire : il avait pour élève l'une des filles\ndu célèbre Lablache, jeune personne d'un beau talent et qui paraissait\ndouée d'une constitution très forte, car, à quinze ans, elle était grande,\nbelle et développée comme une femme de vingt ans.\nLe judicieux Professeur, préoccupé, non sans raison, d'une croissance\naussi précoce, recommandait à son élève de travailler avec ménagement,\nde ne pas chanter plus de deux à trois heures par jour, en ayant soin\nd'alterner le travail avec le repos, et de le partager par fractions d'un\nquart d'heure à une demi-heure au plus : mais mademoiselle Lablache\nse piquait de rivaliser avec la Malibran, qui alors, plus que jamais,\nforçait ses moyens en chantant dans des registres trop élevés , et la\npauvre enfant mettait tant d'acharnement à atteindre aux prodiges de\nson modèle, qu'elle chantait presque constamment, à l'insu et malgré les\nrecommandations de son professeur. Celui-ci s'aperçut bientôt d un peu\nde gêne dans la respiration de son élève, et ne fut pas longtemps à en\nsoupçonner à la fois la cause et la gravité. Il fit part de son observation\net de ses craintes àM. Lablache, qui les crut exagérées : « Jamais,\ndans sa famille, il n'y avait eu de poitrinaires, et ses enfants lui sem-\nblaient être de force à résister même à l'abus du chant. » Au bout de\nquelque temps , la respiration devint encore plus embarrassée, les pom-\nmettes des joues se colorèrent d'une teinte caractéristique, la jeune fille\ncommença à perdre de son embonpoint, de sagaîté et de son appétit. La\ntoux survenant, on consulta le médecin, qui déclara le cas très grave,\net, en effet, quelques mois après, mademoiselle Lablache succombait à\nune phthisieaiguë..."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "266", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.27", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2774, "texte": "Nous avons eu souvent occasion d'entendre, chez M. le docteur Trous-\nseau, la sœur de cette infortunée si prématurément arrachée à l'art dans\nlequel son père a laissé tant de brillants souvenirs, madame de C... que\nle monde a enlevée à la scène, où son magnifique talent lui eût valu de\nbriller au premier rang; jamais nous n'avons rencontré d'organisation\nphysique plus forte, de poitrine mieux conformée.\nM. le professeur Pierre Marini, ancien directeur du Conservatoire de\nMadrid, partage en tout point l'avis des maîtres français sur l'influence\npréservatrice que possède le chnnt contre la phthisie. Il a vu plusieurs\nfois des élèves d'une santé fort affaiblie reprendre des forces et de fraîches\ncouleurs par le bon effet des leçons de chant qu'il leur donnait; mais il\nne faut pas oublier de mentionner que M. Marini, comme tous ceux qui\nont étudié sérieusement cette question, fait aussi ses restrictions et in-\nsiste beaucoup sur la nécessité absolue d'une direction scrupuleuse des\nexercices.\nM. Duprez ne fait aucun doute que les poumons ne gagnent à la gym-\nnastique ce qu'y gagnent tous les organes, c'est-à-dire une plus grande\nvigueur, le retour de la santé perdue, ou tout au moins le prolongement\nde la résistance contre le mal ; mais il a négligé, dans le cours de sa car-\nrière, déjà si longue, de faire de ces observations particulières qui se-\nraient dans sa bouche d'une si grande valeur.\nM. Vautrot, directeur du chant au grand Opéra, a toujours, depuis\nbientôt quinze ans qu'il appartient à notre première scène lyrique, vu\nles poitrines s'y fortifier sous l'influence des exercices vocaux, et très\nsouvent des personnes faibles de constitution y acquérir de la force, ou\ntout au moins des apparences de santé qu'elles n'avaient point jus-\nque-là. M. Vautrot ne se rappelle personne qui, dans les chœurs qu'il\ndirige, ait succombé à la phthisie, ou seulement ait été obligé de quitter\nle théâtre pour maladie du poumon nous ne disons pas du larynx\ncausée par sa profession. Il admet l'influence d'une bonne ou d'une\nmauvaise respiration, mais seulement quant à la durée et aux qualités\nde la voix. Là-dessus, M. Vautrot a eu l'obligeance d'entrer avec nous\ndans des détails qui ne sauraient trouver ici leur place.\nM. Delsarte tient école, depuis trente années. A l'âge de dix-sept ans, il\navait déjà un engagement, mais, dès lors, sa voix commençait à se briser\ndans les notes élevées. Obligé de renoncer au théâtre, il se fit Professeur.\nM. Delsarte n'a jamais connu aucun phthisique parmi les chanteurs. Il\nest très persuadé que le chant est un excellent moyen pour fortifier les\npoitrines faibles. Autrefois, il mesurait les poitrines des débutants, et, à\npeine les leçons avaient-elles duré un mois ou deux, que déjà, pour"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "267", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.28", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2741, "texte": "enceindre la poitrine à la même hauteur, il fallait allonger le lien de plu-\nsieurs centimètres. Plus tard, il a négligé ce soin, mais ses élèves le pre-\nnaient pour lui (i).\nM. Delsarte professe sur le brisement de la voix, sur la théorie de la\nformation des sons, sur les divers degrés d'élévation ou d'abaissement\ndu larynx, réputés nécessaires pour la production des sons aigus ou\ngraves, des idées dont nous mentionnerons ici seulement celles qui\nimportent à notre sujet.\nDans sa méthode de chant, M. Delsarte a deux principes :\ni° Maintenir le poids du corps un peu en avant, et portant sur la\nplante des pieds, au lieu de porter sur les talons. En cet état, selon\nM. Delsarte, la poitrine se remplirait mieux d'air, avec moins d'efforts,\net il ne serait nullement besoin de tenir compte des différentes manières\nde respirer qu'on a appelées respiration costale, ou diaphragmatique,\ndistinctions sans aucune importance à ce point de vue.\n2° Emettre la voix par échappement, c'est-à-dire sans effort ni fatigue,\nsans pousser, et en quelque sorte avec plaisir, comme pour se débarrasser\ndu trop plein, et de manière à ce qu'il reste toujours assez d'air dans le\npoumon pour fournir de nouvelles notes au besoin.\nDans l'inspiration, il faut distinguer, selon M. Delsarte, Vinspiration\nvitale, qu'il évalue pour ses effets à environ le tiers de la capacité de la\npoitrine, —et l'inspiration vocale, qu'il prétend égale aux deux tiers de\nla plus grande capacité possible. C'est le vent de cette inspiration qu'il\nfaut dépenser, et qui ne coûte rien ni ne nuit. Enfin, il faut respirer à\nl'aise dans les grandes phrases musicales, et, pour éviter la fatigue, ne\nchanter qu'une heure au plus par jour, mais en quinze, vingt ou trente\nfois, afin d'entremêler le travail effectif de beaucoup de repos.\nM. Delsarte,, qui tient M. Duprez, pour un éminent professeur autant\nque pour un grand artiste, pense qu'il doit fatiguer les voix parce qu'il\nhabitue l'élève à dépenser la partie d'air qui constitue ce qu'il appelle\nl'inspiration vitale, dépense que l'on ne doit faire que très exceptionnel-\nlement. a II pousse trop, » nous, dit-il.\nM , Ponchard père ne s'est jamais préoccupé de l'influence que le chant\npeut exercer sur les poumons. Il n'est pas éloigné de penser cependant\n\n(1) MM. Hirtz et Bournet ont constaté et établi, par des recherches précises, que\nle thorax devient, en effet, plus étroit à son sommet à mesure que la phthisie se\ndéveloppe, que la circonférence supérieure diminue par rapport à l'inférieure et finit\npar devenir plus étroite que cette dernière, ce qui est le contraire dans l'état normal.\nM. le docteur Woillez a cru trouver que la diminution portait sur le diamètre trans-\nversal."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "268", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.29", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2542, "texte": "que cet exercice est plutôt salutaire que nuisible, surtout s'il en juge par\nlui-même, car il jouit encore aujourd'hui d'une magnifique santé, « Et\npourtant, nous disait-il, nul n'a chanté plus longtemps que moi. Il est\nvrai que, de mon temps, on ne faisait pas de la musique aussi savante\nqu'aujourd'hui. Nous chantions avec les moyens que la nature nous\navait donnés, sans nous inquiéter si nous respirions des côtes ou du dia-\nphragme. Et, chose singulière, malgré notre ignorance profonde de Part\nde respirer et de beaucoup d'autres choses, nous chantions bien et long-\ntemps avec nos pauvres voix naturelles ; tandis que depuis que des\nsavants se sont mis à fabriquer des voix, on n'entend plus parler que de\nchanteurs épuisés et de voix perdues. »\nM. Fargueil père décline son incompétence sur la question médicale,\nmais il peut citer des faits :\n« Dans ma longue carrière, j'ai connu, dit-il, des gens de constitution\nmoins qu'ordinaire, que la vocalisation a si bien fortifiés, que la vieil-\nlesse n'a été pour eux que la continuation de l'âge mûr. Je suis moi-\nmême un de ces heureux exemples. Je suis resté quarante ans au théâtre,\nj'ai chanté quatre cents rôles et j'ai devinez mon âge? soixante-\ndix-huit ans bien sonnés. Sans flatterie, me les donneriez-vous (i) ? Je\ndois ajouter, cependant, que j'ai vu mourir de la poitrine des chanteurs,\net, entre autres, un de mes camarades, qui a succombé à vingt-huit ans.\nMais ces exceptions malheureuses sont en très petit nombre, et j'en\nattribue particulièrement la cause à ce qu'on avait surmené les victimes.\nL'artiste s'épuise à chanter plus haut que ne lui permet son larynx.\nPour que l'art et la santé marchent de pair, il faut apprendre à respirer,\nchanter sur le plein de sa voix, et ne point crier comme le font si souvent\nles débutants.\n« Tous les enfants de chœur des anciens chapitres avaient de la voix\nparce qu'on leur apprenait à vocaliser avec voce.\n« Aujourd'hui, les professeurs font effort pour enfler la voix, tandis\nque, autrefois, il était recommandé de l'amoindrir et de la réserver pour\nes passages qui en avaient le plus besoin.\n« Une éminente cantatrice de nos jours, madame C..., n'a point suc-\ncombé à la phthisie, que tout semblait lui présager, que parce qu'elle\nuse de la méthode des anciens maîtres.\n«Si. un sujet faible de poitrine me demandait conseil, je l'engagerais à\ntravailler la gamme; si, au contraire, il voulait acquérir de la voix, je\nlui dirais de se mettre à la vocalise.\n\n(i) M. Fargueil a encore vécu douze années."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "269", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.30", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 1249, "texte": "C. — Par les chefs des maîtrises de Notre-Dame, Saint-Sulpice, Saint-Roch\net de la Madeleine.\nIl est regrettable, pour la question dont nous nous occupons, que les\nSociétés chorales, dont PORPHÉON répand la bienfaisante influence artis-\ntique et morale dans tout le Pays, sous la direction zélée de M. Delaporte,\nne possèdent pas encore leur statistique médicale. Il y sans aucun\ndoute, de précieux renseignements à y puiser.\nAprès avoir étudié l'influence du chant chez les adolescents et chez les\nadultes, il nous a paru intéressant, et même nécessaire de suivre particu-\nlièrement la même influence chez les enfants. Nous ne pouvions mieux\nnous adresser pour cela qu'aux différentes maîtrises de nos grandes églises\nde Paris. On sait, en effet, que l'éducation musicale n'y porte que\nsur de jeunes sujets.\nM. le maître de chapelle de Saint-Roch considère la gymnastique pul-\nmonaire comme un excellent moyen de développement pour la poitrine\ndes enfants; pourvu que le chant soit bien dirigé, que le Maître sache\nsurtout préparer l'organe de l'élève à émettre le son. Cet honorable pro-\nfesseur ne connaît pas d'exemple où le chant ait été une seule fois nui-\nsible à la santé.\n(La suite prochainement.)\n\nDr V. BURQ."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-09-15-01-c014", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-09-15_01#c014", "volume": "bmtnabc_1874-09-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "270", "page_fin": "277", "image_debut": 31, "image_fin": 46, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.2.4", "titre_corps": "LE SONNET", "titre_sommaire": "LE SONNET", "signature_source": "LOUIS LACOMBE", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 31, "page_imprimee": "270", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.31", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1536, "texte": "' (0\nII\n'IDÉE de mettre des sonnets en musique ne date pas\nd'hier : le seul dialogue entre Olivier de Magny et\nCaron inspira sept musiciens : Orlande de Lassus,\nJean Maletti, P. Certon, C. Goudimel, Bertrand, Boni,\nNicolas de la Grotte, valet de chambre du roi Henri 111.\nCette espèce de pléiade, fameuse en son temps, mé-\nrite d'être mise en parallèle avec la pléiade formée par Ronsard, du\nBellay, Remi Belleau, Jodelle, Daurat, Baïf et Pontus de Tyard. Elle\nrayonne encore aujourd'hui dans le ciel de l'art où les curieux, les\nérudits et les spécialistes la découvrent assez facilement, bien qu'elle\nait échappé à la vue de M* Bouillet qui, dans son gros Dictionnaire\nd'histoire et de géographie, dit universel, ne la mentionne même\npas. Cependant Nicolas de la Grotte vaut Pontus de Tyard; Cer-\nton n'est pas inférieur à Baïf; Maletti, Bertrand, Boni sont certaine-\nment à la hauteur de Remi Belleau, et surtout de Jodelle, de Daurat;\nLassus jouit d'une renommée égale à celle de Ronsard, et Claude\nGoudimel appartient au groupe des artistes les plus illustres. Goudimel\neut l'honneur de mourir pour sa foi; il tomba sous les coups du ca-\ntholicisme à l'époque où la Saint-Barthélémy, préparée de longue\nmain par la papauté, fit un vaste charnier de la France. En sa qualité\nde victime, Goudimel m'intéresse autant que les Coligny, les La Roche-\noucauld, lesCaumont de la Force, les Renel, les Pardaillan, les Piles ;\ncomme compositeur, il m'inspire une véritable admiration; le chantre et\n\nLE SONNET\n\n(i) Voir le numéro du iB août»"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "271", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.32", "debut_caractere": 11, "fin_caractere_exclue": 2814, "texte": "le martyr sont dignes l'un de l'autre ; dans l'œuvre ainsi que dans\nl'homme, le cœur occupe une large place. Et pourtant on t'oublie, mon\npauvre Goudimel ! on oublie ta noble et belle figure ! Et vous, ses six\nfrères en harmonie, on vous oublie aussi !\nQue l'évêque de Comminges, Bertrand, ait été un grand homme, j'y\nconsens, et je suis charmé d'apprendre qu'on l'honore le i 5 octobre;\nqu'un Bertrand de date moins récente, issu de la maison des comtes\nd'Aquitaine, ait vécu sous Clotaire et soit passé, après sa mort, à l'état de\nsaint, j'en suis ravi; qu'on me renseigne sur tous les Nicolas du monde,\ny compris le patron de la Russie et celui des jeunes garçons, rien de\nmieux; qu'on me dise enfin que Pierre Lassus, chirurgien de Mesdames,\nfilles de Louis XV, fut chirurgien consultant de Napoléon ler,Ier, j'en\néprouve une satisfaction profonde; toutefois je ne serais pas fâché qu'on\ndaignât modifier sur la vie et les ouvrages des Bertrand, des Boni, des\nNicolas de la Grotte, des Lassus, individualités célèbres qui contribuè-\nrent à la gloire de la Renaissance.\nFatal à la grande poésie, le sonnet ne l'est pas moins à la grande\nmusique. Il se prête mal aux élans de l'imagination, aux mouvements\nvirils de la passion, aux contemplations sublimes ; le grandiose l'effraie,\nle surhumain l'effare ; il se refuse aux développements poétiques et sur-\ntout aux développements musicaux ; s'il entrave le poète, il enchaîne le\nmusicien. Tandis que l'ode ajoute les strophes aux strophes, se meut\nmagistralement dans une forme ductile, croît démesurément, bondit vers\nl'infini, étend ses ailes à l'envergure immense, et traverse la nue, l'azur,\nles cieux en rêvant à l'illimité, le sonnet, lui, songe à la terre et s'y\nattache. Il semble crier à l'auteur, au compositeur : « Soyez brefs; dites\nvite ce que vous avez à dire, autrement le temps vous manquera ; n'allez\nni trop haut ni trop loin ; ne vous égarez pas dans les espaces; si vous\nvous mettiez à la fenêtre de l'idéal, vous vous heurteriez aux barreaux\ndont je l'ai garnie! Restreignez-vous, ne quittez pas ce globe infime et\nmorose. Atlas nouveaux, ne cherchez pas à voir dans le ciel, car alors\nvous vous sentiriez retenus dans mes liens invisibles comme le passereau\ndans les serres du vautour, comme un peuple sous le sceptre de son\ngracieux souverain, comme le hanneton attaché par la patte à un fil. O\nsonnettistes! je vous tiens, vous êtes mes féaux, mes captifs, mes esclaves:\ncontentez-vous du domaine humain ; fréquentez les sentiers, les chau-\nmes, pénétrez dans les palais, aimez, flattez, caressez la beauté, moquez-\nvous des méchants et profitez de la minute que je vous accorde. Au\nsurplus, vous auriez tort de vous plaindre. L'amitié vous tend la main,\nla rêverie vous invite, la gaieté vous attire sous le pampre jauni où la"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "272", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.33", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2628, "texte": "grappe se suspend, lumineuse et dorée, l'amoureuse flamme voltige sur\nvotre front, le fleuve vous offre ses reflets, le bois ses ombrages, le soleil\nses rayons. Sévères ou non, vos maîtresses sont belles ; vous êtes jeunes :\nréjouissez-vous! Allons ! les verres sont pleins : buvez ! avril a reverdi\nles prés où fourmillent de gentilles corolles : respirez les mille parfums\ndes fleurs ! l'amour passe devant vos vingt ans : souriez ou pleurez ! une\ninjustice vous frappe, un abus vous blesse, un préjugé vous irrite, un\nsot vous assomme, vous agace, vous persécute : souvenez-vous du nom\nque me donnait Lope de Véga ; transformez-moi en épigramme, changez\nmon quatorzième vers en flèche et décochez le trait rapide ; il atteindra\nle but.\n« Et vous, compositeurs émérites qui voulez me parer de mélodies nou-\nvelles, respectez-moi, s'il vous plaît. Peut-être ai-je aussi des droits; ne\nles méconnaissez pas. Suis-je un simple prétexte à musique? Nous sépa-\nrerons-nous, nous querellerons-nous au lieu de cheminer ensemble et de\nnous accorder? Moi, l'inspirateur, deviendrai-je le serviteur? Pouvez-\nvous me disloquer à votre fantaisie ? m'obliger à répéter dix fois ce que\n'ai déjà dit, sous prétexte que, sans ces répétitions, votre morceau serait\ntrop court et qu'il est urgent de l'allonger? Signé Ronsard, Remi\nBelleau, du Bellay, devrai-je consentira me voir corriger par vous? Mes\nquatrains, mes tercets, mes vers, mes hémistiches, mes rimes, les mots\nvieillis devront-ils souffrir d'intempestives modifications? Me traiterez-\nvous comme M, Richard Wagner traite Gluck et Beethoven, ajoutant,\nretranchant, refaisant, rajustant; dénaturant l'ensemble et les détails,\nenlevant son caractère, sa couleur, sa date à l'œuvre immortelle, et la\ndéfigurant par d'outrecuidantes retouches? Ah! ne l'oubliez pas : la\nforme musicale doit s'adapter scrupuleusement à la forme poétique; Tune\némane en quelque sorte de l'autre ; quant aux changements, aux répéti*\ntions, ils sont inconvenants, ridicules, et les redites systématiques appli-\nquées à tout ce qui se chante, exciteraient partout un rire homérique si\nl'usage qui consacre tant de sottises n'imposait pas silence au sens\ncommun. »\nJusqu'à présent, ô vieux sonnet, la France et l'ltalie n'ont pas suivi\nreligieusement tes sages recommandations, et il n'est point rare que nos\nmaestri obligent un malheureux chanteur à s'exprimer à la façon de cer-\ntain apothicaire en conversation avec M. de Pourceaugnac. L'apothi-\ncaire, armé d'un instrument dont le nom ressemble assez à celui d'une\njolie plante, le seringa, engage M. de Pourceaugnac à s'en servir."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.34", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 102, "texte": "à Madame Ida ASTRUC\nUN VIRTUOSE DE LA NUIT\nPoésie de\nFrançois BARRILLOT\nMusique de\nLouis LACOMBE\n\n(60)"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.35", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4, "texte": "(80)"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.36", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4, "texte": "(60)"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.37", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 15, "texte": "(60)\n\nMai 1873."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.38", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 93, "texte": "à Monsieur Arthur HEULHARD\nLIBRE!\nPoésie de\nFrançois BARRILLOT\nMusique de\nLouis LACOMBE\n\n(«!)"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.41", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 52, "texte": "H\n(61)\n\nP. Bertrand grav:\nImp: Arouy rue du Delta 26"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "273", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.42", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2029, "texte": "L'APOTHICAIRE\nMonsieur, voici un petit remede, un petit remède qu'il vous faut\nprendre, s'il vous plaît, s'il vous plaît.\nM. DE POURCEAUGNAC\nComment ! Je n'ai que faire de cela !\nL'APOTHICAIRE\nIl a été ordonné, monsieur, il a été ordonné.\nM. DE POURCEAUGNAC\nAh t que de bruit !\nL'APOTHICAIRE\nPrenez-le, monsieur, prenez-le ; il ne vous fera pas de mal, il ne vous\nfera pas de mal.\nM. DE POURCEAUGNAC\n. Ah!\nJ\nL'APOTHICAIRE\nC'est un petit clystère, un petit clystère, bénin, bénin ; il est bénin,\nbénin ; là, prenez, monsieur; c'est pour déterger, pour déterger, déterger.\nVaillants chanteurs, superbes ténors, basses vénérables, graves con-\ntraltos, gracieux et agiles sopranos toujours prêts à enjoliver les belles\nchoses par les ornements de votre cru que vous y glissez pour faire\nvaloir vos bonnes notes ! chanteurs divins, amoureux des traits, cour-\ntisans des trilles, adorateurs perpétuels des gammes, défenseurs de tout ce\nbagage vieilli, froid, décoloré qui prête une allure vulgaire aux œuvres\noriginales et supérieures; chanteurs délirants dont la cassette tourne à la\nmine d'or ; rossignols bourrés de billets de banque, fauvettes couvertes\nde diamants, quand viendra-t-elle enfin, l'heure désirée où les maîtres ne\nvous lanceront plus sur les brisées de ce pauvre apothicaire?\nEn Allemagne, Schubert fut un des premiers à réagir contre les rabâ-\nchages déplorables dont l'école italienne s'est montrée si prodigue. Sous\nce rapport, il alla beaucoup plus loin que Mozart. Il s'identifia avec le\npoète; il le respecta; il en fit son ami et non son valet; il l'aima,\nil s'appuya sur lui, il partagea le pouvoir.\nN'oublions pas un point essentiel.\nLa musique instrumentale est libre, la musique vocale ne l'est pas.\nSchubert le sentit. Il comprit que la poésie est la base de la musique\nchantée; il vit clairement à quoi le poète obligeait le musicien. Plein\nd'égards pour les collaborateurs qu'il s'était choisis, les Gœthe, les\nSchiller, Mayrhofer, Schober, Ossian, il ne les arracha pas à leurs pié-\n\ni 8"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "274", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.43", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2746, "texte": "destaux ; il ne crut pas qu'il lui était permis de torturer leur pensée. Il\nvoulut l'embellir, l'éclairer davantage, ajouter à son éclat, à sa profon-\ndeur, à sa verve, à sa mélancolie, à son charme ; alors, il sonda 1 idée, il\nétudia le sujet, il rendit la phrase, il se soumit aux exigences du vers ; il\nobéit à la prosodie ; le mot, il le présenta sous son véritable aspect, il lui\nlaissa sa vraie signification, il en augmenta 1 énergie, l'esprit,, la grâce\npar une adaptation merveilleuse du son à la parole. Aussi est-ce en alle-\nmand qu'il faut interpréter ou entendre les Lieder de Schubert. Traduits\nen français, ils ne conservent qu'une partie de leur mérite. Schubert se\ngarde bien d'apporter le moindre changement à la forme choisie, adoptée\npar le poète ; il la suit dans tous ses mouvements, dans ses ondulations,\ndans ses mille caprices ; il y adhère comme la barque à 1 onde, comme le\nnid à l'arbre; il s'y incorpore, il la remplit ; il y ajoute sa sympathique\nindividualité, il y joint les battements de son cœur, il la dilate dans une\nsorte de rayonnement où il semble qu'elle s'éthérise pour redevenir un pur\nesprit. De cette consciencieuse fidélité au poète naît, dans les étonnantes\ncompositions de Schubert, la variété prodigieuse et logique des formes\nmusicales et leur harmonie parfaite avec les formes poétiques.\nOn comprendra sans peine combien est sensée, nécessaire, intéres-\nsante cette union étroite entre le poète et le musicien, et les personnes\nmême qui ne s'occupent pas spécialement de ces questions, devineront\nquelle force réside dans l'art de la composition ainsi pratiqué.\nMais, m'objectera le lecteur, par quel miracle évitera-t-on les répé-\ntitions dont vous vous plaignez, lorsqu'il s'agira d'ajuster un air à un\nsonnet ? Le sonnet est court; il fournit difficilement matière à un mor-\nceau ; si les vers dont il se compose sont décasyllabiques, octosyha-\nbiques ou même tétrasyllabiques, il deviendra impossible, musicale\nment parlant, d'en tirer parti.\nJe répondrai à cela que si le compositeur trouve cette besogne malai-\nsée ou ingrate, nul ne la lui impose et qu il peut se dispenser de 1 en-\ntreprendre.\nLe sonnet étant redevenu à la mode depuis quelques années, plusieurs\njeunes gens se sont appliqués à le réchauffer des sons de leur musique.\nOnt-ils réussi ? Oui et non. Parmi les heureux, je citerai MM. Masse-\nnet et Gouvy; parmi les malheureux... Mais je me tairai sur le compte\nde ceux-ci.\nIl y a sept ou huit ans, madame Marie Damoreau, une cantatrice qui\nchante juste et qui a du talent, me disait : Faites-moi donc un sonnet ?\nLà- dessus, elle partit pour Nice. Moi, je continuai mes voyages de\nPassy à Paris et de Paris à Passy où je demeurais alors. J ai toujours"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "275", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.44", "debut_caractere": 11, "fin_caractere_exclue": 2314, "texte": "aimé la campagne. Pourtant, ma prédilection pour les bois et la solitude\nn'entrait pour rien dans la résolution que j'avais prise de me fixer momen-\ntanément à Beauséjour : j'espérais que le grand air rendrait la santé à\nune pauvre malade que j'aurais voulu sauver au prix de ma vie. Un soir,\nla mort frappa à ma porte et m'enleva l'être cher... Je souffris, je pleu-\nrai, je me sentis entraîner vers le gouffre où nous tombons tous. Vivre\nm était insuppoi table, mourir m était indifférent. Un jour pourtant,\nmon cœur se reprit à aimer. La providence m'envoyait une consolation.\nJe me remaiiai. Je ne songeais plus à la demande de madame Damoreau,\nlorsque je rencontrai à Bruxelles Zacharie Astruc. Nous nous liâmes. Il\nme présenta ses Quatorze stations au salon7 je les lus et j'y remarquai\ndeux sonnets qui me plurent tellement que, les revêtir d'un chant, fut\n1 affaire d un instant. Astruc applaudissait ma musique avec enthou-\nsiasme ; j acclamais avec bonheur ses vers, sa sculpture, ses ravissantes\naquarelles ; notre sympathie réciproque se développa rapidement, et un\nmatin, j'adressai les rimes suivantes à Fauteur du magnifique Saint-\nFrançois exposé maintenant au Palais de l'lndustrie.\nVous reçûtes le cœur et le front d'un poète,\nVous qui save% traduire en trois langues le beau,\nEt vous êtes de ceux que jamais le tombeau\nN engloutit tout entiers quand la mort les lui jette.\nLe chemin creux,• le bois, la source, le corbeau,\nLes blés jaunis, le flot poursuivant la mouette,\nTout vous est poésie ! Ainsi que Valouette,\nDès Vaube vous chante% l'azur, les fleurs et l'eau.\nLa Muse, près de vous a replié ses ailes ;\nLa plume, le ciseau vous demeurent fidèles ;\nLa palette s'épuise et demande merci.\nTriste ou joyeux, toujours plein d'ardeur et de sève,\nVous poursuivef sans fin le réel et le rêve :\nL'art vous admire, et Dieu doit vous aimer ainsi.\nDe retour à Paris, j'y retrouvai mon vieil ami et collaborateur Fran-\nçois Barrillot. Il avait subi le siège, la commune; il avait résisté au\nfroid, aux privations, à la misère. La passion des sonnets l'avait aussi\ngagné. Il en avait griffonné des masses sous les obus versaillais. Absorbé\ndans son travail, il errait par les rues, il passait sous le feu des barri-\ncades au risque de se faire fusiller, puis il rapportait chez lui un hymne"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "276", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.45", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2786, "texte": "à la patrie, une malédiction contre la guerre, un cri de liberté, une espé-\nrance pour l'âme immortelle avide de fraternité et d'absolu. Pendant ses\ndangereuses promenades, il se serait volontiers écrié comme Napoléon,\nje ne sais plus à quelle occasion : « Le boulet qui doit me tuer n'est pas\nencore fondu. »\nDans ses sonnets, Barrillot aborde tous les genres : on y rencontre\nl'idylle, cette favorite de Théocrite et de Moschus, l'ode, la complainte,\nla ballade, Tépigramme. On y aperçoit la religion, la philosophie,\nl'amour de la patrie et l'amour plus élevé de l'humanité; on y sent\nvibrer à chaque ligne une tendresse inexprimable pour le peuple, pour\nles petits, pour les déshérités ; on y coudoie la haine de la tyrannie et de\nl'ignorance, ces deux colonnes du pouvoir tel que le passé l7a compris ;\non y lit maintes pages d'histoire ; le présent soucieux y tourne vers l'a-\nvenir son visage plein de larmes; la terre s'y montre avec ses forêts, ses\nmers, ses plaines, ses monts à la blanche couronne de neige, et l'infini y\napparaît par delà les cieux ruisselant d'étoiles.\nLa poésie moderne, la poésie contemporaine surtout, ne nous initie\npas souvent aux saines pensées, aux sentiments généreux. Elle se traîne\nordinairement dans une phraséologie vide et nauséabonde. Elle prend le\nfaux pour le vrai, le laid pour le beau, le mal pour le bien. Le charlata-\nnisme lui va. Semblable au ballon qui s'enfle et crève, il ne reste d'elle\nqu'une enveloppe détendue, inutile, sans valeur. C'est donc une jouis-\nsance singulièrement intense de lire un ouvrage qui touche aux plus\nhautes questions sociales, qui remue la tête et les entrailles, qui est\nvivant humain, spirituel, grandiose. Cette jouissance, je l'éprouvai\nen parcourant les sonnets de Barrillot et je voulus associer ma musique\nà ses vers. A mon tour je chantai. Voilà comment la Chronique musicale\npublie dans le présent numéro et a publié le i 5 août dernier, outre\nAspiration, quatre fragments d'une œuvre inédite.\nPeut-être essaierai-je bientôt d'apprécier ailleurs la tâche redoutable\nque j'ai entreprise. Maintenant, j'abandonne les amateurs à leurs impres-\nsions. Y aura-t-il des oreilles qui se tendront vers Barrillot, vers moi ?\nPourquoi pas ? Dans les ténèbres où nous passent çà et là des\npenseurs qui croient aux aurores successives appelées civilisations, aux\nrevanches du droit contre la force, à la délivrance des masses, à la\nscience, à l'art, à la victoire remportée par la vertu sur le vice, à l'écra-\nsement possible des bourreaux, à la résurrection, à la récompense des\nvictimes, s'élevant dans plus de lumière à chaque nouvelle réincarnation.\nCes penseurs perdus dans la nuit regardent blanchir l'horizon, et ils\nsentent grandir l'espoir en eux, en écoutant ce cri suprême :"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "277", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.46", "debut_caractere": 11, "fin_caractere_exclue": 670, "texte": "Sur e peuple asservi le despotisme règne ;\nLe progrès creuse en vain son éternel sillon ;\nA toute vérité Von essaye un bâillon ;\nLa force dit au droit : « Crois-tu que je te craigne? »\nL'hypocrisie étend comme la musaraigne\nSes ailes dans la nuit; la pourpre, ce haillon,\nDemande Veau bénite à l'humble goupillon,\nEt tous les deux, d'accord, éternisent leur règne.\nLes peuples accablés par le poids des impôts\nTravaillent sans relâche; ils trouvent le repos\nQuand la mort en passant raidit leur face hâve.\nL'Évangile, expliqué par des hommes sans foi,\nNest plus que l'oppresseur de la raison esclave...\nFille du Dieu vivant, Liberté, Lève-toi!\n\nLOUIS LACOMBE."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-09-15-01-c018", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-09-15_01#c018", "volume": "bmtnabc_1874-09-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 34, "image_fin": 37, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.2.4.4", "titre_corps": "à Madame Ida ASTRUC UN VIRTUOSE DE LA NUIT", "titre_sommaire": "à Madame Ida ASTRUC UN VIRTUOSE DE LA NUIT", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.34", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 96, "texte": "à Madame Ida ASTRUC\nUN VIRTUOSE DE LA NUIT\nPoésie de\nFrançois BARRILLOT\nMusique de\nLouis LACOMBE"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.37", "debut_caractere": 6, "fin_caractere_exclue": 15, "texte": "Mai 1873."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-09-15-01-c019", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-09-15_01#c019", "volume": "bmtnabc_1874-09-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 38, "image_fin": 41, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.2.4.5", "titre_corps": "à Monsieur Arthur HEULHARD LIBRE!", "titre_sommaire": "à Monsieur Arthur HEULHARD LIBRE!", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.38", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 87, "texte": "à Monsieur Arthur HEULHARD\nLIBRE!\nPoésie de\nFrançois BARRILLOT\nMusique de\nLouis LACOMBE"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.41", "debut_caractere": 8, "fin_caractere_exclue": 52, "texte": "P. 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La Favorite. Débuts.\nRobert-le-Diable. Débuts de mademoiselle Belval et de M. Vergnet.\nOBERT a sa place irrévocablement marquée au répertoire\ncourant.\nIl a été traduit en allemand, en italien, en anglais, en\n#\nrusse, en danois, en polonais, et bien qu'il en manque\ntoujours une bonne traduction française, c'est l'opéra le\nplus populaire de Meyerbeer. Toutefois, ce n'est pas le meilleur.\nD'abord, il est kilométrique, et, sans les bottes de sept lieues de l'ogre, il\nest malaisé d'aller jusqu'au bout.\nEnsuite, le prince de Grenade et la princesse de Sicile font sonner,\npendant tout le trajet, des fanfares exorbitantes. Malgré tout, la partition\nde Robert a gagné une bataille décisive dans l'histoire de l'art. Elle fut\nle boulevard du romantisme lyrique : elle est la clef de la trilogie dra-\nmatique de Meyerbeer. C'est une date, et qui restera,\nRobert n'avait point été représenté à Paris depuis l'incendie de l'an-\ncienne salle. Mais l'intérêt de la reprise portait principalement sur les\ndébuts de mademoiselle Marie Belval dans le rôle d'lsabelle et de\nM. Vergnet, dans celui de Raimbaud.\nC'est la première fois que j'entends mademoiselle Belval dans l'opéra\nfrançais. Je ne l'ai point vue dans les Huguenots, mais je me rappelle la"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "279", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.48", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2709, "texte": "chanteuse italienne de Don Pasquale et de Semiramide. Ses progrès sont\nincontestables : seulement, ils ne s'exercent pas concurremment sur\ntoutes les parties de son art et ne présentent pas, dans leur marche, un\nfront régulier.\nMademoiselle Belval traverse, en ce moment, sa période de transition,\nla plus délicate qui puisse se présenter dans sa carrière. Au début de\ncette période, la situation est aussi compliquée pour 1 artiste que\npour le critique. L'artiste qui possède alors une somme à peu près\négale de qualités et de se dissimule généralement ses défauts\npour s'exagérer ses qualités ; et le critique, lui, se trouve en face d'une\nconsultation grave dont la bienveillance et la vérité doivent se partager\nles frais : conciliation toujours difficile !\nLa jeune cantatrice possède une voix de soprano que j'ai autrefois\nclassée dans la famille des grimpeurs. Ce soprano est étendu, vivace,\nhomogène, particulièrement juste, même dans ses pointes les plus auda-\ncieuses, et d'un métal résistant, toutes conditions indispensables à 1 em-\nploi des Dorus ; mais il baigne dans un filet de vinaigre d'où il faut abso-\nlument l'extraire. Je dirai donc à mademoiselle Belval : Tempérez\nl'émission du son, si votre souffle est trop abondant, sans quoi vous\nn'obtiendrez jamais le charme et la douceur, et vous éraillerez cons-\ntamment la corde vocale.\nSurveillez également, et de très près, votre prononciation, qui est\nlâche, et votre accentuation, qui est molle, si vous voulez restituer au\nrécitatif sa couleur magistrale. Vous avez contracté, dans votre excur-\nsion sur les domaines du chant italien, l'habitude d'ouvrir démesuré-\nment les voyelles, et vous l'étendez jusqu'à Ye muet, de sorte que vous\nprolongez les mots au delà de leurs limites : n'engagez pas votre langue\naussi avant entre vos dents pour lancer l's, sinon vous tombez dans le\ncanto saponato, qui donne un air d'indifférence à tout ce qu'on chante.\nVous avez l'aplomb d'une excellente musicienne : les surprises de la\nmesure ne vous déroutent pas, et vous avez un instinct très vif des mou-\nvements et des rhythmes. Vous réussissez presque tous vos traits, ce qui\nprouve que vous pourriez attaquer la note simple du chant avec plus de\ndécision et de chaleur. Une phrase musicale doit être arrêtée solidement\ndans ses lignes : c'est une corde d'arc. Si vous ne la tendez pas, comment\nlancerez-vous vos flèches ? La nature vous a donné 1 instrument : que\nl'art vous apprenne maintenant à le faire vibrer.\nVoilà l'avis du docteur Tant pis. Le public a joué le rôle du docteur\nTant mieux en applaudissant chaleureusement la débutante après son\nbel air de : Grâce, qu'elle a dit avec infiniment d'intelligence."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "280", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.49", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2352, "texte": "Aux côtés de mademoiselle Belval, débutait, dans le petit rôle du trou-\nbadour normand, le ténor Vergnet. Nous sommes convaincu que le talent\ndéjà formé de ce jeune artiste réclamait un rôle plus important, et mieux\napproprié à ses moyens. M. Vergnet s'est fait déjà apprécier de la cri-\ntique, qui rêve pour lui des destinées beaucoup plus relevées que celles\nd'un ténor léger. Son mérite a surgi tant aux différents concerts dans\nlesquels il s'est produit qu'aux concours du Conservatoire d'où il est\nsorti, il n'y a qu'un mois, pliant sous le faix des couronnes. Sa voix est\ndu timbre le plus franc et le plus naturel qui se puisse entendre. Il a dit\navec beaucoup de goût sa ballade du premier acte, et a été rappelé après\nson duo avec Bertram, duo que les programmes du Conservatoire quali-\nfient de bouffe, dénomination contre laquelle je m'insurgerai jusqu'à la\nmort, dussé-je soulever les pavés de la rue Bergère. Nous attendrons le\ndébut qui convient réellement à M. Vergnet pour nous exprimer en\nliberté sur son compte.\nM. Halanzier a accommodé de son mieux la scène du Théâtre-Italien\naux exigences décoratives de Robert le Diable, et, de ce côté, il n'y a\naucun reproche à lui faire. Mais l'orchestre et les chœurs ne paraissent\npas bien remis des émotions de la chasse à l'auroch, qui fut si fatale à\nYEsclave.\ns. 9 (\ni:<- - „ ' .\nLa Favorite. Début de M. Manoury.\nJ'ai eu la curiosité de lire le Comte de Comminges ou les Amants\nmalheureux, un vieux drame du sieur Baculard d'Arnaud, qui passe\npour être l'embryon du livret de la Favorite. MM. Royer, Vaëz et\nScribe se seraient inspirés de Baculard, ils auraient dévalisé Baculard,\npillé le bagage littéraire de Baculard. Mais Baculard déclare lui-même\nqu'il a pris le sujet de sa pièce dans une nouvelle de madame de Tencin,\nqui porte à peu près le même titre. Madame de Tencin, de son côté,\na laissé dire que son neveu Pont-de-Vesle n'était pas étranger à la rédac-\ntion des Mémoires de Comminges> Enfin, il n'est pas certain que l'in-\ntrigue de ce roman soit de l'invention de Pont-de-Vesle.\nL'histoire de la Favorite est celle de tout le théâtre, et les plus grands\ndramaturges ne sont que des perroquets de génie.\nPas plus que Poinsinet tant mystifié, Baculard tant ridiculisé n'était\nun sot. Il avait plus d'une idée saine sur l'art, rêvait des réformes quasi"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "281", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.50", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2623, "texte": "romantiques dans la coupe théâtrale, se révoltait contre l'immuable et\nmorbide procédé de la tragédie, mutilait la mythologie absorbante des\nclassiques, et décapitait l'Olympe à sa façon. Il appelait la pantomime\n« l'éloquence du corps, » et la classait parmi les agents spécifiques du\ndrame. Il est un des rares esprits du dix-huitième siècle qui aient com-\npris Shakespeare, et, dans son Comte de Comminges, il y a comme un\nreflet lointain d'Hamlet que je place bien au-dessus des traductions aca-\ndémiques de Ducis. Il entendait sourdre au loin la préface de Cromwell,\nmais le nerf et la phraséologie révolutionnaires lui manquaient égale-\nment. Il fut à peine prophète.\nDans le Comte de Comminges, le pauvre Baculard a voulu peindre\nsur le vif la lutte des passions humaines et de la loi monastique. Si Ton\nretranche de la Favorite le second tableau du premier acte, ainsi que le\nsecond et le troisième actes en entier, cet opéra offre une analogie\ntrès frappante avec la sombre élucubration de Baculard. Enlevez à la\nFavorite sa vaste échappée sur la cour de Castille au temps d'Alphonse\nle Onzième, jetez par-dessus la rampe toute cette partie héroïque et\ngalante, et vous retrouvez le Comte de Comminges, en ce que ses situa-\ntions ont d'essentiel.\nDans Baculard, la scène se passe à l'abbaye de Rancé, chez les Trap-\npistes. Là, Balthazar chante les basses sous la robe du Père abbé : Fer-\nnand, comte de Zamora, soupire ses romances de ténor, et s'appelle\nComminges, en religion, frère Arsène. On souffre qu'Alphonse de Cas-\ntille erre à l'ombre des sycomores, à condition qu'il réponde au nom du\ngénéreux d'Orsigni. Léonore de Guzman y gémit sans obstacle, en tra-\nvesti, et joue le rôle d'Adelaïde, en religion frère Euthime. Le reste des\npersonnages est à l'avenant.\nBaculard descendait paisiblement le cours oléagineux du Léthé, à\nl'abri du souvenir importun des générations, lorsqu'il fut rencontré par\nMM. Royer, Vaëz et Scribe, bien déterminés à le traîner jusqu'au fond\nde la Castille. Et comment résister à MM. Scribe, Vaëz et Royer? Celui\nqui met un frein à la fureur des flots, sait-il du librettiste arrêter\nles complots? Évidemment non. Avec de tels cicerones, l'infortuné\nBaculard eût pu aller échouer à la Terre de Feu !\nMais abandonnons Baculard, qui ne peut plus être sauvé, et tendons\nla main à M. Manoury, un jeune artiste qui vient d'entrer, toutes\nvoiles dehors, à l'Opéra, où il a débuté par le rôle d'Alphonse, de la\nFavorite. Je suis assidûment les concours du Conservatoire, et surtout\nceux de chant, d'opéra et d'opéra comique. J'y ai vu défiler, depuis trois"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "282", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.51", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2669, "texte": "ans, nombre d'élèves distingués, et je n'hésite pas à dire, après avoir\nscrupuleusement fouillé ma mémoire, que de tous ceux-là, c'est M. Ma-\nnoury que je préfère. Et cela, parce qu'il est en possession non seule-\nment de rares qualités naturelles, mais aussi de moyens pratiques extrê-\nmement propres à leur développement. Sa méthode ne le trahira\njamais. Voilà le point que je considère chez tout lauréat de notre Ecole\nde musique : je ne demande pas qu'il me paye comptant et sur table;\nj'aime mieux cent fois lui faire crédit, si je le sais solvable à un mo-\nment donné. C'est à moi de m'en assurer.\nJ'ai entendu M. Manoury dans des morceaux d'un style très différent\net d'une couleur tonale assez variée, l'air du celui de la\nromance d'Hoël dans le Pardon de diverses scènes\net de la Reine de Chypre.\nC'est un baryton dont le timbre me rappelle beaucoup celui de\nMaurel, que l'Opéra de Paris n'a pas su garder et qui est devenu l'un\ndes meilleurs chanteurs de l'ltalie. Il parcourt avec aisance son échelle\nnormale. La voix sonne avec égalité dans tout le registre, et àvec un\néclat plein de franchise dans les notes élevées telles que le/a, le fa diè\\e,\nvoire même le sol au-dessus de la portée. L'émission du son est des\nplus pures; c'est le fruit d'une respiration correcte et qui fait un heu-\nreux contraste avec ces horribles respirations claviculaires dont sont\naffectés la plupart des élèves du Conservatoire. La prononciation et l'ar-\nticulation vont de pair, toujours nettes, toujours ouvertes, sans emphase\ncomme sans faiblesse.\nEn outre, M. Manoury chante juste et sait ce qu'il chante. Il a de\nl'expression et du charme, voile le son avec beaucoup d'adresse dans les\npassages qu'il veut nuancer, et sait trouver dans ce jeu difficile ces oppo-\nsitions de timbre si flatteuses en honneur dans la méthode italienne. De\nplus, il vocalise habilement, ce qui lui permettrait, au besoin, d'aborder\nles rôles écrits en style fleuri par Rossini, Mercadante et autres, et qu'il\na fallu abandonner devant la pénurie des virtuoses.\nComme comédien, M. Manoury est un peu novice, et la majesté\nroyale semble lui peser lourd sur les épaules. L'habitude de la scène\nviendra corriger ses défauts, qui tiennent surtout au manque d'usage,\ncar le jeune artiste est intelligent, bien campé et doué d'un physique\navantageux. Il était, à n'en pas douter, sous l'empire d'une réelle\némotion, qui se traduisait par des intonations entachées de fausseté, et\ndes défaillances vocales qui ne survivront pas à cette soirée de début. Il\na parfaitement posé la fameuse phrase : ,et enlevé\navec vigueur Y allegro de son grand air. Dans son duo avec Léonore, il"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "283", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.52", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 649, "texte": "s'est engagé résolûment dans la demi-teinte, mariant très adroitement\nsa voix à celle de sa partenaire, qui est parfois intempérante et qu'il faut\nsuivre presque à tâtons. Il a faibli dans sa romance : Pour tant d'amour,\net ne s'est vraiment relevé qu'au finale du troisième acte.\nOn a fait fête à M. Manoury, qui saura répondre à ces sympathiques\navances, en affirmant de nouveau son talent.\nBosquin est applaudi à outrance dans le rôle de Fernand qu'il tient\navec Pautorité d'un artiste. Rosine Bloch, qui lui donne la réplique\npassionnée de Léonore, se meut déjà aussi difficilement qu'elle s'émeut.\n\nARTHUR HEULHARD."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-09-15-01-c024", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-09-15_01#c024", "volume": "bmtnabc_1874-09-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "284", "page_fin": "288", "image_debut": 53, "image_fin": 57, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.2.6", "titre_corps": "VARIA", "titre_sommaire": "VARIA", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 53, "page_imprimee": "284", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.53", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1924, "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nFAITS DIVERS\nous avons annoncéjdans notre précédent numéro que les\nItaliens allaient rouvrir sous la direction de M. Bagier. Le\nnouveau directeur change le titre de Théâtre-Italien.\nLe Théâtre Ventadour sera ouvert pendant toute l'année,\nsauf les mois de juillet et d'août. Les représentations\nd'abonnement des lundis, mercredis, vendredis et diman-\nches, seront consacrées aux ouvrages lyriques français, des jeudis,\naux représentations en italien, des ouvrages lyriques traduits du français,\nenfin, des mardis et samedis aux représentations, en italien, des opéras fran-\nçais-italiens, allemands, etc.\nIl sera donné, chaque année, cinq opéras nouveaux, ainsi que la reprise\nd un grand nombre d'œuvres. La plus grande activité règne à ce théâtre, dont\nla partie musicale est placée sous la direction de réminent chef d'orchestre\nVianesi; l'ouverture aura lieu le ier janvier 1875. Cependant, pour l'automne\nprochain, en octobre, novembre et décembre, les représentations du Théâtre-\nVentadour auront lieu, comme par le passé, les mardis, jeudis et samedis.\nLes leçons et les cours de l'Académie lyrique dramatique et chorégraphique\nseront confiés à des maîtres des plus célèbres.\nLes artistes et les élèves qui seront admis, après auditions et examens, à\ncette académie, contracteront un engagement dont la durée et les conditions\nseront réglées par la direction.\nPendant leurs études, les élèves les~[moins avancés seront appelés, pour\ns'habituer promptement à la scène et au public :\ni° A figurer et à faire les emplois de pages;\n20 A faire leur partie dans les chœurs et les ensembles;\n3° A doubler ensuite les troisièmes, deuxièmes et même les premiers rôles,\nquand ils auront été jugés capables après les examens.\nDes cachets fixés par un tarit suivant les différents emplois, leur seront\nalloués chaque fois qu'ils seront appelés à faire un service; ce qui leurper-"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "285", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.54", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 1785, "texte": "mettra, tout en faisant leurs études gratuitement, de recevoir quelques\nrémunérations.\nL'objet de cette institution étant de contribuer, avec quelques-uns des\nprincipaux professeurs de Paris, au développement et au perfectionnement\nde l'art lyrique, dramatique et chorégraphique, ceux-ci pourront présenter\nleurs élèves à l'admission de cette académie et continuer à faire leur instruction\naux cours, leçons et ensembles organisés au Théâtre Ventadour, tout en\ncontinuant leurs leçons particulières chez eux.\nUne messe en musique, au profit des pauvres, a été chantée dimanche,\n6 septembre, à Port-Marly, par MM. Caillot, Soto, Froment, et mesdames\nCaillot et Kleym. L'orgue était tenu par madame Marie Deschamps, qui a\naccompagné avec M. Gilette, harpiste, et le docteur M..., violoniste, Y Ave\nMaria, de Gounod.\nNous n'avons pas à faire l'éloge de ces artistes bien connus; disons\nseulement qu'on a beaucoup remarqué la belle voix et l'excellente méthode de\nM. Soto, l'ancienne basse chantante du Théâtre-Lyrique.\nM. L. Escudier et M. C.du Locle viennent d'être faits officiers de deux\nordres italiens : le premier, de la Couronne d'ltalie; le deuxième, des Saints-\nMaurice et Lazare.\n\nNOUVELLES\nARIS. Opéra. M. Halanzier est parti pour Milan, où il doit\nengager mesdames Stolz et Waldmann, les célèbres cantatrices qui\nont interprété, cet été, la Messe de Requiem de Verdi, à l'Opéra.\nComique.\nM. Jules Cohen vient d'être nommé chef du chant à l'Académie de\nmusique.\nOpéra-Comique, Madame Garvalho a fait sa rentrée avec son succès\nhabituel dans Roméo et Juliette.\nVoici la distribution de Mireille, qui passera dans les premiers jours\nd'octobre :\nVincent MM. Duchesne\nMe Ramon Neveu\nOurias Ismaël\nMe Ambroise Dufriche\nMireille Mmes Carvalho\nTaven Lina Bell\nVincenette Nadaud"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "286", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.55", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1943, "texte": "La Fée, opéra comique en un acte, serait en préparation. Lelivretest de\nM. Octave Feuillet, qui Ta tiré de son roman, portant le même titre.\nM. Hémery, organiste à Saint-Malo, en a fait la musique.\nChâtelet (Opéra-populaire). Voici, quant à présent, la liste complète\ndes ouvrages reçus à l'Opéra populaire, et qui seront donnés dans le cours de\nl'année théâtrale 1874-1875.— Le premier spectacle se composera de :\nLes Parias, poème de MM. Hippolyte Lucas et Leroy, musique de\nM. Edmond Membrée, avec un prologue en vers de M. Georges Duval,\nLa Muse populaire, musique de M. Ehrhart. Ce prologue reparaîtra dans\nle second spectacle, avec\nLes Amours du Diable, de Grisar. Viendront ensuite :\nLa Halte du Roi, opéra comique, paroles de notre collaborateur M. Nuitter,\nmusique de M. Boieldieu,\nLes Filles de Feu, ballet en deux actes, scénario de M. Louis Gallet,\nmusique de M. J. Massenet; puis la reprise de\nLa Statue, de M. Ernest Reyer, transformée en grand opéra, avec récita-\ntifs remplaçant le dialogue.\nEnfin, deux grands ouvrages, dus à deux jeunes prix de Rome, termine-\nront probablement la saison, et passeront dans les premiers mois de Tannée\nprochaine :\nLe Capitaine Fracasse, opéra comique en trois actes, paroles de M.Catulle\nMendès, musique de M. Emile Pessard, et\nAmphytrion, opéra en trois actes, imité de Molière, par M. Saunois,\nmusique de M. Théodore Dubois.\nOn voit que la nouvelle direction du Châtelet ne perd pas son temps, et\nqu'elle promet de nous donner, non-seulement un opéra populaire, mais un\nopéra véritablement national.\n< 1 •\nFolies-Dramatiques. Voici la distribution exacte de la Fiancée du roi de\nGarbe, l'opéra comique de MM. Dennery et Chabrillat, musique de Litolff,\nque les Folies donneront le mois prochain :\nMamolin t MM. Milher\nZaïr Luco\nHispal Mario-Widmer\nGrifonio Emmanuel\nOmar Hamburger\nL'Alcade Haymé\nSidi-Boul Mousseau\nDon Rapallo Vavasseur\nJuanito Speck\nLe colonel Heuzey"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "287", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.56", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 1477, "texte": "Alaciel Mmes Bogdani\nPépita Desclauzas\nBalkis Toudouze : \\\nLe grand opéra comique de M. Lecocq, qui passera à la fin de l'hiver à\nce théâtre, a pour titre : Don Juan.\nLe rôle de Don Juan sera créé par M. Widmer.\nV '\nRenaissance. —Jeudi, 10 septembre, première représentation de la Famille\nTrouillat, opérette en trois actes de MM. Blum et Grémieux, musique\nde M. Vasseur. La distribution de la pièce est ainsi faite :\nJoseph Trouillat MM. Paulin Ménier\nEloi Vauthier\nCactus Lacombe\nDucerceaux Julien\nCamusard Guillot .\nla Mariotte Mmes Thérésa\nBobinet Noémie\nPervanche Miroir\nThérésa a obtenu, pour sa part, un grand succès.\nGaité. M. Sardou remanie sa pièce de Don Quichotte, en vue du\nthéâtre de la Gaîté. 11 y sera ajouté une partie musicale, composée principa-\nlement de chœurs.\nBouffes-Parisiens. M. Millaud a lu aux artistes : Madame VArchiduc,\nopérette en trois actes, musique de J. Offenbach, et qui viendra après la Jolie\nParfumeuse qui a servi de pièce de réouverture.\nVoici la distribution telle qu'elle a été arrêtée définitivement par le direc-\nteur :\nMarietta Mmes Judic\nFortunato Grivot\nLa comtesse Raymonde\nGiacometta Nelly\nL'archiduc Ernest MM* Daubray\nGiletti Habays\nL'Hôte Homerville\nLe comte Fugère\nScœvola Grivot\nGoclès Jean-Paul\nFolies-Bergère. La salle, remise complètement à neuf, rouvrira ses\nportes au public, ce soir, i 5 septembre. 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Bagier. Le\nnouveau directeur change le titre de Théâtre-Italien.\nLe Théâtre Ventadour sera ouvert pendant toute l'année,\nsauf les mois de juillet et d'août. Les représentations\nd'abonnement des lundis, mercredis, vendredis et diman-\nches, seront consacrées aux ouvrages lyriques français, des jeudis,\naux représentations en italien, des ouvrages lyriques traduits du français,\nenfin, des mardis et samedis aux représentations, en italien, des opéras fran-\nçais-italiens, allemands, etc.\nIl sera donné, chaque année, cinq opéras nouveaux, ainsi que la reprise\nd un grand nombre d'œuvres. La plus grande activité règne à ce théâtre, dont\nla partie musicale est placée sous la direction de réminent chef d'orchestre\nVianesi; l'ouverture aura lieu le ier janvier 1875. Cependant, pour l'automne\nprochain, en octobre, novembre et décembre, les représentations du Théâtre-\nVentadour auront lieu, comme par le passé, les mardis, jeudis et samedis.\nLes leçons et les cours de l'Académie lyrique dramatique et chorégraphique\nseront confiés à des maîtres des plus célèbres.\nLes artistes et les élèves qui seront admis, après auditions et examens, à\ncette académie, contracteront un engagement dont la durée et les conditions\nseront réglées par la direction.\nPendant leurs études, les élèves les~[moins avancés seront appelés, pour\ns'habituer promptement à la scène et au public :\ni° A figurer et à faire les emplois de pages;\n20 A faire leur partie dans les chœurs et les ensembles;\n3° A doubler ensuite les troisièmes, deuxièmes et même les premiers rôles,\nquand ils auront été jugés capables après les examens.\nDes cachets fixés par un tarit suivant les différents emplois, leur seront\nalloués chaque fois qu'ils seront appelés à faire un service; ce qui leurper-"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "285", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.54", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 1193, "texte": "mettra, tout en faisant leurs études gratuitement, de recevoir quelques\nrémunérations.\nL'objet de cette institution étant de contribuer, avec quelques-uns des\nprincipaux professeurs de Paris, au développement et au perfectionnement\nde l'art lyrique, dramatique et chorégraphique, ceux-ci pourront présenter\nleurs élèves à l'admission de cette académie et continuer à faire leur instruction\naux cours, leçons et ensembles organisés au Théâtre Ventadour, tout en\ncontinuant leurs leçons particulières chez eux.\nUne messe en musique, au profit des pauvres, a été chantée dimanche,\n6 septembre, à Port-Marly, par MM. Caillot, Soto, Froment, et mesdames\nCaillot et Kleym. L'orgue était tenu par madame Marie Deschamps, qui a\naccompagné avec M. Gilette, harpiste, et le docteur M..., violoniste, Y Ave\nMaria, de Gounod.\nNous n'avons pas à faire l'éloge de ces artistes bien connus; disons\nseulement qu'on a beaucoup remarqué la belle voix et l'excellente méthode de\nM. Soto, l'ancienne basse chantante du Théâtre-Lyrique.\nM. L. Escudier et M. 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Tout est per-\nverti; tout se transforme : la pensée aussi bien que\nla conscience. Les attermoiements et les atténua-\ntions pullulent. Le progrès semble arrêté. La cri-\ntique seule subsiste dans une splendeur incompa-\nrable. Il y aurait une étude à faire, intéressante et surtout universelle,\nde ces rages de l'homme qui bénéficie des créations, contre les créateurs\ndont le nombre est évidemment restreint. Le champ serait fertile en dé-\n\nV.\n\ni 6"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "242", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.2", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ncouvertes de cas fréquents et généraux. La somme de ces observations\napporterait assurément un enseignement sévère aux générations futures,\net les contemporains de mil neuf cent soixante-quatorze, par exemple,\nreculeraient épouvantés devant un résultat qui menace fort d être\ncelui-ci :\n« A Paris, écriraient-ils, en France, en Europe, dans le monde entier\n« peut-être, en plein dix-neuvième siècle, la critique (la critique que\n« l'on sait) sapait tout ce qui était grand, tout ce qui pouvait et devait le\na devenir. Mais, en revanche, elle couvrait de fleurs une certaine\n«. madame Théo; elle élevait sur de riches pavois une autre chanteuse\n« de café concert, madame Judic ; elle exaltait un nommé Offenbach et\n(c Fauteur de La Fille de madame Angot, petite chose insignifiante que\n« l'on prenait pour un chef-d'œuvre et qui rapportait des millions.\nce M. Du Locle était alors directeur de l'Opéra-Comique. Il assassi-\n« nait lentement, mais à coups sûrs, un genre éminemment français.\n« Il commit ce crime si bien qu'on ne put jamais y remédier, et qu'il\nce ne reste de cette branche de l'art que de rares vestiges.\n« L'oncle de M. Du Locle, M. Perrin, dirigeait la scène de la Comé-\n« die-Française, le premier théâtre des mondes civilisés, et remplaçait\n« la pureté de la langue, les chefs-d'œuvre de Racine, de Molière, de\n« Corneille, par le Sphinx, Jean de Thommeray, et autres médiocrités\n« parées de somptueuses et outrageantes décorations. L'austérité des\n« représentations, le respect que l'on doit aux œuvres, avaient disparu\na devant la transformation d'un temple de l'art en salon de noble et\n« bavarde compagnie, où l'aristocratie parisienne se rendait visite trois\n« fois la semaine.\n(( Le tout était subventionné par l'Etat et approuvé ou supporté par\n« la plupart des critiques. En vain quelques fidèles, quelques croyants\n« protestaient de toute la noirceur de leur encre contre ces misères,\n« contre ces effondrements. En vain ils demandaient que l'on chassât\n« les marchands du temple!\n« Il était une autre scène subventionnée et importante celle de\n« l'Académie nationale de Musique. Quelques années avant cette\n«• époque, vers l'an 1870, après une guerre dévastatrice suivie d'orgies\n« et d'abominables crises sociales, M. Perrin avait quitté la direction de\n« l'Opéra et laissé au gré, au caprice des tourmentes révolutionnaires,\n« l'édifice et ceux qui le rendaient célèbre par leurs talents. Un homme\n« était venu de province qui, avec un courage dont 011 doit le féliciter,\n« prit en main la lourde charge dont les épaules de M. Perrin avaient\n« été effrayées. M. Perrin l'avait poussé vers cette entreprise hardie. En"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "243", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.3", "texte": "LES MAQUETTES DU NOUVEL OPÉRA\n\n(( dépit de cette déplorable situation, l'Opéra fit de très fructueuses\ncc recettes. De 1871 à 1874, il put donner le jour à trois opéras nouveaux\n« et à deux ballets. Vers la fin de 1873, la salle de la rue Le Peletier\n« fut détruite par un incendie et l'Opéra fut transporté à la salle Venta-\n« dour. Le directeur de l'Opéra, M. Halanzier, n'en demeura pas\n« moins en butte à la critique. Il venait de subir un désastre. On le\n« ciitiqua. Il fit des efforts surhumains pour pousser à l'achèvement\n« du Nouvel-Opéra, oeuvre merveilleuse s'il en fut jamais. On le cri-\n« tiqua. Aidé par une expérience consommée et par une commission\n« composée d'hommes éclairés, il fit refaire les décors de la Juive, de\n« Guillaume 1 ell, d Hamlet, de la Favorite, de la Source> de Don\ncc Juan, de Faust, de Robert le Diable. Il veillait à ce travail de géants\n« avec une sollicitude incroyable... On le critiquait toujours. . . .\nJe ne puis honnêtement préjuger les notes qui suivront fatalement\ncelles-ci, dans une centaine d'années, mais je crois fort qu'elles auront\nà peu près le même fond et qu'il sera facile de constater ce que je disais\nplus haut à savoir : qu'à notre époque on critique trop souvent ce qui\nmérite les encouragements ou l'éloge.\nII\nA Dieu ne plaise que je veuille, à cette place, abuser de ce que j ai vu\nces jours derniers, pour riposter victorieusement aux attaques dont le\ndirecteur de l'Opéra est l'objet, justement d'après la majorité, injuste-\nment selon les autres, Il messiérait à l'un des derniers venus et des plus\nhumbles dans la presse parisienne, de porter aussi haut la défense\nd'un tel administrateur, mais la liberté d'appréciation qui est laissée ici\nà chacun, me donne le droit d'exprimer une opinion à l'appui de laquelle\nj'apporte des arguments sérieux.\nAussi bien me contenterai-je et suffira-t-il de transcrire les notes que\nj'ai prises et les souvenirs que j'ai gardés. Est-ce un rêve? me suis-je dit\nen sortant du Palais de l'lndustrie. Mes yeux ont-ils bien vu? Mes\noreilles ont-elles bien entendu? Sans avoir la prétention outrée d'être\nblasé sur les surprises, je ne crains pas d'avouer que, m'inspirant de\nBrid'oison, rien ne m'étonne... d'ordinaire. Par contre, en cette cir-\nconstance particulière, je suis demeuré stupéfait et je me suis incliné\ndevant les efforts réunis de l'art, de l'industrie, de l'expérience savante\net de l'initiative intelligente. Je me suis étonné d'autant plus qu'en"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "244", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.4", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\néchange de ces résultats, le public, la foule, cet enfant qui est un\njuge, n'est pas toujours bien placé pour asseoir son jugement.\nLe juge est rarement dans le secret des dieux; aussi, fréquemment\npèche-t-il, en matière de décorations théâtrales notamment. Cet art n'est\nrien moins que nouveau.\nD'après les savants, à l'époque d'Euripide déjà, la mise en scène était\nfort avancée et les Grecs tenaient en grande estime la peinture des dé-\ncors, qui existait, contrairement à l'opinion d'Aristote, bien avant le\ntemps de Sophocle. Déjà on observait rigoureusement les lois de la per-\nspective, et dans certaines tragédies comme les Perses, Œdipe à Co-\nlone, par exemple, où le lieu supposé de la pièce était différent, il était\nde toute nécessité que le fond de la scène fût caché par des décorations\nappropriées. On se servait pour des changements à vue de prismes\ntriangulaires, placés sur des pivots qui tournaient et changeaient\ninstantanément le décor. Il y avait aussi des escaliers de Charon,\n(Xap&veioi x>a>[j.ax£ç) ou sortes d'échelles au moyen desquelles les\nombres des morts semblaient sortir de terre. Il existait une autre ma-\nchine, dont le nom n'a pas encore percé la nuit des temps et qui était\npoussée de derrière le mur de fond en avant, sur des rouleaux. La ma-\nchine appelée aujourd'hui gloire et à l'aide de laquelle les dieux ou les\nfées se soutiennent dans les airs, était également très prisée dans les\nthéâtres grecs. Tout ceci devait être infiniment curieux et devait avoir\ndes proportions bizarres, si on établit un rapport entre les scènes et les\nsalles du temps, et si Ton en juge par le théâtre en bois, que fit cons-\ntruire iEmilius Scaurus, gendre de Sylla, l'an 58 avant J. C. Il conte-\nnait 80,000 spectateurs. Et s'il plaisait au lecteur qui a bien le droit\nde l'ignorer, de savoir quel est celui qui le premier fit construire à\nRome un théâtre de pierre, je lui répondrais qu'on le doit au grand\nPompée ; qu'il pouvait contenir 40,000 spectateurs et qu'il fut érigé\n5 5 ans avant notre ère.\nVous voyez que les Grecs et les Romains n'y allaient pas de main\nmorte et qu'il décoraient et machinaient autrement leurs théâtres que\nles théâtres royaux du temps des Molière, des Corneille et des Racine.\nEn ce temps de merveilleuse souvenance, l'administration traitait\nd'une façon singulière les chefs-d'œuvre.\nLes Horaces, par exemple, avaient pour mise en scène : un palais à\nvolonté; au cinquième acte, un fauteuil.\nCinna : un palais à volonté ; au deuxième acte, un fauteuil, deux ta-\nbourets ; au cinquième acte, un tabouret à la gauche du roi.\nPolyeucte : un palais à volon"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "245", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.5", "texte": "LES MAQUETTES DU NOUVEL OPÉRA\n\nLe Misanthrope de Molière était ainsi agrémenté : le théâtre est une\nchambre, il faut six chaises, trois lustres.\nPour la multiplication de ces exemples, je renverrai le lecteur au livre\nexcellent de M. J. Moynet (1) qui les a condensés avec un talent remar-\nquable.\nMais arrivons bien vite à la question, toute d'actualité, des maquettes\nde l'Opéra.\nIII\nUn beau matin, j'ai donc franchi le seuil des immenses ateliers du\nPalais de l'lndustrie. Devant ces profondeurs, remplies du comble jus-\nqu'au faîte de châssis, de toiles, de ponts volants, de pots à couleur, mon\nœil s'est d'abord égaré et je n'ai guère vu qu'un bizarre assemblage de\nchoses surprenantes. —» Petit à petit, et grâce à l'obligeance de quelques\npersonnes qui avaient bien voulu m'accompagner dans cette excursion\nau milieu d'un monde inconnu, j'ai fini par classer le tout, et j'espère\nainsi faire profiter les lecteurs de la Chronique musicale des rensei-\ngnements techniques et pleins d'intérêt que mes guides experts m'ont\ndonnés avec une rare clarté.\nEt d'abord, jamais directeur n'eut une aussi lourde responsabilité.\nMonter une pièce nouvelle en six mois, chacun a pu le faire et peut le\nfaire; mais préparer à la fois les décors de huit grands opéras et d'un\nballet (.Hamlet, la Juive, Guillaume Tell, les Huguenots, la Favorite,\nFaust, Don Juan, Robert le Diable et la Source) le 2 5 avril 1874,,\nperdre un mois en installations diverses, commencer le vrai travail le\n2 5 mai et être prêt le ier janvier 1875, accomplir un pareil tour de\nforce en huit mois, cela est littéralement prodigieux. Et cela est\ncependant.\nLe public ne peut se faire une idée, même approximative, des diffi-\ncultés d'une semblable opération.\nVoici rapidement les phases de la construction d'un décor. Etant\ndonnée la pièce que l'on a à décorer, on commence par établir une\nmaquette. Cette maquette est placée sur un petit modèle de théâtre, et\nles châssis, les rideaux, les plafonds, les praticables sont figurés avec du\ncarton. Ce travail fait, chacun le vient critiquer. Le directeur, dans le\ncas actuel, a d'abord rectifié, selon ses vues, les projets qui lui ont été\n\n(1) VEnvers du théâtre, 1 vol. in-12. Hachette."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "246", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.6", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nsoumis, puis il a réuni la Commission chargée de l'examen des nouvelles\n4\ndécorations, et chaque membre a discuté plus ou moins sur les modifi-\ncations à apporter. Enfin, est arrivée l'exécution. Le peintre donne\nles mesures au machiniste, qui fait immédiatement les épures à la gran-\ndeur définitivement arrêtée. On coud les toiles, on assemble sur le par-\nquet de l'atelier les châssis sur lesquels on tend la toile, fixée par des\n« broquettes. » On trace alors les silhouettes des châssis qui seront\n« chantournées, » puis taquetées; et enfin, quand le décor sera peint,\n(comme le peintre aura carrément marché sur la toile et que, par consé-\nquent, elle deviendra « floche, »)on procédera au « marouflage, » c'est-à-\n--dire que l'on collera sur la partie interne du décor un papier épais.\nCette opération dernière a le double avantage, grâce à la colle, de res-\nserrer les tissus, de rétablir la fermeté de la toile, et, grâce au papier,\nd'éviter la transparence.\nC'est avec des brosses grosses comme des balais, dont elles portent le\nnom, qu'on procède à l'ébauche d'un décor. Ces brosses sont emmanchées\nd'une hampe assez longue pour que le peintre puisse travailler debout,\net je ne connais rien d'étrange comme l'aspect de ces hommes qui mar-\nchent impunément sur les coins de cathédrales gothiques, sur les bran-\nches des forêts profondes et sur les statues des saints qu'ils viennent de\npeindre.\nCe spectacle est d'autant plus curieux au Palais de l'lndustrie que les\nproportions des décors sont imposantes. Ainsi, une toile de fond, celle,\nje crois, de l'acte du Palais, d'Hamlet, que j'ai vu peindre,—a vingt-sept\nmètres de large (dix mètres, si je ne me trompe, de plus qu'à la salle de la\nrue Le Peletier) et vingt et un mètres de hauteur.\nPour ajouter au fantastique de tout ceci, vous avez au premier étage\ntoute une série de fourneaux qui constitue l'atelier des menuisiers-machi-\nnistes. En face de chaque espace comprenant l'atelier de chacun des\npeintres, il existe un petit cabinet où, pêle-mêle, sont rangés des cartons\nrenfermant la somme de travaux de vingt années, des spécimens de toutes\nles architectures, et les maquettes des décors dont chaque peintre est\nchargé.\nTour à tour, jai visité ces réduits où MM. Rubé et Chaperon,\nCambon, Chéret, Lavastre et Despléchin combinent les splendeurs que,\ndans quatre mois, le monde entier viendra voir. Là, j'ai vu montées\nces maquettes, réduction Colas des gigantesques décors déjà faits, ou\nprès d'être terminés.\nComprenant à merveille les nécessités d'un progrès dans les décors\nd'un nouvel Opéra, M. Halanzier s'est ingénié à modifier certaines mises"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "247", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.7", "texte": "LES MAQUETTES DU NOUVEL OPÉRA\n\nen scène, et à donner un relief plus considérable aux décors qui, au\npoint de vue du dessin général, demeureront ce qu'ils étaient en principe.\nAinsi, par exemple, la maquette de l'acte des Soldats, de Faust, donne\nl'idée d'un important changement dans la mise en scène de cet acte. Au\nlieu d'entrer misérablement, comme ils le faisaient autrefois, par des\nportes qui ressemblaient à des fenêtres, les soldats entreront désormais\npar le fond à gauche, au dernier plan, passeront sous une porte monu-\nmentale et descendront un escalier magnifique qui les conduira sur le\ndevant du théâtre, en face de la maison de Marguerite. Ce décor, exécuté\npar M. Cambon, est de toute beauté, et cette nouvelle mise en scène fera\ngrand effet, j'en suis convaincu.\nUne sérieuse modification a été également apportée au premier acte\ndes Huguenots. La mise en scène en vigueur ne permet pas de voir\nsuffisamment Valentine, quand elle vient chez Nevers pour rompre un\n« hymen odieux. » Cela était une faute, aussi l'a-t-on corrigée en éta-\nblissant un pavillon où le public verra très facilement entrer Valentine,\nde même qu'il la verra en sortir et, par cela seul, comprendra bien mieux\nl'action qui était légèrement obscurcie.\nIV\nEntrons d'abord chez MM. Rubé et Chaperon pour admirer le cin-\nquième acte de la Juive.\nDans le fond, Constance étale ses richesses architecturales. Tout le\nthéâtre est pris par ce décor. La ville seule tient la place de trois « fermes. »\nAu second plan, le bûcher sinistre où la haine, l'amour, l'ingratitude pré-\ncipiteront la malheureuse Rachel. Sur le devant, à gauche, un perron sur\nlequel le peuple assistera à cette scène tragique. A droite, le trône\nde Brogni, couvert par les draperies d'une somptueuse tente. Ce décor\natteint les plus grandioses proportions.\nPassons à l'acte du palais d\"Hamlet dont les dispositions ont été abso-\nlument changées. Il est d'une richesse et d'une couleur remarquables,\nmais ne séduira certainement pas autant que le deuxième décor du pre-\nmier acte, demeuré ce qu'il était à la création. Chacun se rappelle l'im-\npression irrésistible produite par l'effet de la neige qui jette un jour si\nmystérieux sur la plate-forme du château d'Elseneur.\nLe décor du dernier acte d'Hamlet : « le cimetière, » est une véri-\ntable trouvaille. Le soleil va se coucher à l'abri de nuages rouge-sang; il\nreflète sur les tristes cyprès, sur les sombres sapins, sur les tombes blan-"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "248", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.8", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nches une blafarde et funèbre lumière. On l'aperçoit à travers un arbre\nimmense qui occupe le premier plan. C'est bien là le sommeil de la nature\nconviant au sommeil de la mort.\nLe premier acte de Guillaume Tell vient à propos chasser les réflexions\nglaciales par lesquelles on vient de passer. Rien de plus frais, de plus\nriant, de plus pittoresque que ce décor complètement nouveau.\nNous voici en pleine Suisse. De hautes montagnes élèvent jusqu'aux\nnuages bleus leurs sommets blancs de neige. Adroite, des châlets, à tous\nles plans, jetés çà et là, à mi-côte, plus haut, plus bas, perchés sur\nun ravin, enfouis sous un roc. On les aperçoit colorés par le soleil à tra-\nvers le pont « praticable » et rustique jeté sur le torrent qui roule à\ngauche ses ondes tumultueuses. Tout à l'heure, le petit pêcheur invitera\nla jouvencelle timide à le venir rejoindre sur les flots.\nLe premier tableau du cinquième acte des Huguenots « le cloître, »\nn'étant qu'un rideau admirablement peint, faisons-le disparaître pour\narriver au deuxième tableau qui représente, d'après une estampe, un\ncoin du vieux Paris. Dans ce carrefour tomberont sous les balles des cal-\nvinistes, Valentine, Raoul et Marcel. Cette terrible époque renaîtra aux\nyeux du spectateur avec une effrayante vérité. Le décor se transformera\nde nouveau. A la lueur des torches, à la clarté de la lune, les tours\nde Notre-Dame, la Sainte - Chapelle, l'île Saint - Louis, le Châtelet\ndétacheront leurs masses imposantes. A droite, la Tour-de-Nesle. A\ngauche, le Louvre et la fenêtre de laquelle Charles IX essayait la justesse\nde son arquebuse. Partout enfin, l'exactitude historique ; partout, le\ndrame, même jusque dans ce décor, exécuté avec une merveilleuse\nhabileté.\nMM. Rubé et Chaperon signeront aussi le rideau de velours rouge,\nfrangé d'or, drapé majestueusement et relevé par une immense cordelière\nd or. Ils sont aussi chargés de la peinture du rideau de manœuvre, dont\nle fond simulera une étoffe de damas jaune recouverte d'une fine dentelle.\nJ'ai vu chez M. Cambon le décor du deuxième acte de Guillaume,\nrefait en entier. Il représente le « Lac des Quatre-Cantons. » Au pre-\nmier plan sont les chemins qui traversent la forêt et qui donneront\npassage aux conjurés. Ceux-ci arriveront en barque et justifieront ainsi\nles paroles du livret. Cette décoration est très belle. Des rochers, des\narbres aux troncs noueux lui donnent une physionomie sauvage d'un\neffet saisissant.\nLe troisième acte des Huguenots avec son effet de nuit, sa vue du"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "249", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.9", "texte": "LES MAQUETTES DU NOUVEL OPÉRA\n\nLouvre, de la Tour de Nesle m'a vivement intéressé. Les « Jardins\nd'Elseneur » de Hamlet n'ont guère subi de modification. Us resteront\nce qu'ils étaient, proportions réservées, et paraîtront, comme toujours,\nmagnifiques. J'en dirai autant de la grande salle d'honneur de la\nFavorite.\nLe deuxième tableau du premier acte de Faust est ravissant. A gauche\nle cabaret où Méphistophélès trouvera le vin détestable. A travers les\narbres, on aperçoit un séduisant paysage des bords du Rhin. Plus loin,\nun château fort. A droite, une allée conduisant à l'église où Marguerite\nira prier. Des arbres à profusion. Les filles aux tresses blondes y seront\nadorablement encadrées.\nLe décor du deuxième acte de la Favorite fera, cette fois, comprendre\npourquoi les « Jardins de TAlcazar » étaient les cc délices des Rois\nMaures. » Ils sont magnifiques. On voit à droite deux côtés du superbe\npalais. Un peu plus à gauche, un coquet pavillon respirant le calme, le\nmystère. Partout des fontaines d'eau jaillissante, partout des fleurs.\nEnfin, une allée de « vieux, mais verdoyants sycomores. »\nFaisons encore le voyage de Constance, guidés maintenant par\nMM. Lavastre et Despléchin. Parcourons avec eux le décor du premier\nacte de la Juive.\nAu fond, la ville avec ses mille toits, ses flèches, son Hôtel-de-Ville,\nson splendide beffroi. En avant, plusieurs rues « praticables » aboutissant\nà une vaste place. Les maisons de ces rues sont de style, et j'ai noté sur-\ntout une tour colossale qui s'élève entre la maison d'Éléazar et le\n« Porche. » Celui-ci a exactement les proportions des porches latéraux de\nNotre-Dame. Un arc-boutant d'une hardiesse élégante traverse la rue\net vient se relier à la maison du Juif, qui forme l'angle du Carre-\nfour. Cette maison est flanquée d'une tourelle, sous les fenêtres de\nlaquelle Léopold viendra soupirer. A la gauche du spectateur, est une\nporte qui donnera passage au cortège pompeux que le peuple, placé sur\nles huit marches du porche, verra défiler. Les statues, de grandeur natu-\nrelle, sont du treizième siècle. Le porche, style treizième et quatorzième\nsiècles, est d'une exactitude 'rigoureuse. Le fond en est entièrement\npeint, ainsi que l'exigeait l'époque. Les portes sont ornées de « pentures »\ndans le style des plus belles pentures de Notre-Dame.\nLe décor du château de Chenonceau a été très modifié. Au fond, coule\nle Cher traversant un paysage charmant. Devant le château reproduit\ntel qu'il existe actuellement, à droite, au fond, est une immense terrasse\n« praticable. » La députation huguenote descendra par l'escalier monu-\nmental que l'on connaît et qui conduit dans les jardins plantés d'arbres"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "250", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.10", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ngrands comme nature. Sous leurs frais ombrages et sous les yeux de la\nreine, les dames de la cour se baigneront dans un coin du Cher bordé\nde gazons verdoyants.\nJe passe rapidement sur le troisième acte d'Hamlet, « la Chambre de\nla reine, » bien que ce petit décor soit d'un grand caractère, avec ses\nportes armoriées et sculptées, ses tapisseries de haute lice. Je signalerai\ntout particulièrement le décor du quatrième acte à'Hamlet. C'est le\nmatin. après avoir joué avec les paysans et les paysannes, après\navoir tour à tour effeuillé et réuni des fleurs, disparaîtra dans les roseaux,\nau milieu des jaunes nénuphars, et rendra son âme au monde idéal\nauquel elle appartient. Le tendre coloris de ce décor rappelle ce que\nCorot a fait de plus fin. C'est un véritable chef-d'œuvre.\nAu troisième acte de Guillaume, nous sommes à Altorf, non pas àun\nAltorf de convention,, mais au véritable Altorf, d'après une photogra-\nphie. Dans le fond, le lac des Quatre-Cantons et ses eaux irisées.\nDevant le lac, le petit village de Flûelen, séparé d'Altorf par une plaine\ninclinée vers le lac. A droite, à mi-côte d'une colline, Altorf, avec ses\nchalets entourés de jardins. Son clocher émerge de ces toits pointus. A\ngauche, au premier plan, encore des chalets, des arbres parmi lesquels\nsont deux noyers gigantesques.\nLeurs rameaux se mêlent à la tente préparée pour la fête. Le trône de\nGessler s'étale insolemment dans ce séjour joyeux, qui contraste avec\nla dramatique scène où Jemmy, une pomme sur la tête, servira de\nbut à la flèche de son père. Décoration surprenante et magistralement\nexécutée.\nNotre dernière visite sera pour M. Chéret.\nCommençons par la Favorite (premier tableau, premier acte).\nLe Cloître et ses couloirs d'un aspect sévère feront mieux ressortir le\ndeuxième tableau qui se passe dans l'île de Léon. Les jardins de la favorite\nresplendissent sous la chaude lumière d'un soleil éblouissant. Une végé-\ntation luxuriante prodigue ses splendeurs. L'air semble embaumé. Que\nde rêves dorés ce décor ne fera-t-il pas faire? J'en dirai autant des déco-\nrations inédites de la Source. Ici, l'imagination de l'artiste s'est livrée\naux inventions les plus inouïes de tons indéfinissables. C'est frais, c'est\nélégant, chatoyant, féerique.\nM. Chéret a été chargé de créer un décor pour le cinquième acte de\nGuillaume. Jusqu'ici, on avait reculé devant des frais inutiles. La\nchose en vaut la peine cependant, et voici le parti que M. Chéret en a tiré.\nC'était une rude tâche. Il a su l'accomplir.\nA droite et à gauche, des rochers dirigent le regard du spectateur vers"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "251", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.11", "texte": "LES MAQUETTES DU NOUVEL OPÉRA\n\nle lac des Quatre-Cantons. Au lever du rideau, les nuages s'amoncèlent.\nOn voit passer Gessler et ses soldats, dans une barque. Ils entourent\nGuillaume, chargé de fers. Le ciel s'assombrit davantage ; la tempête\néclate furieusement, et dissimule le drame qui s'accomplit dans l'ombre.\nEnfin, Guillaume revient et se jette dans les bras de ses amis. On entend\nencore les derniers hurlements du vent ; les vagues déferlent encore.\nMais la patrie est sauvée. Son oppresseur est mort. Un chant de déli-\nvrance part de toutes les poitrines pour s'élever vers Dieu. Le ciel a\nrepris sa limpidité. Les flots se sont apaisés. Tout n'est que reconnais-\nsance, grandeur, liberté, et l'hymne admirable de Rossini éclaire cette\nsublime pensée de tout l'éclat du génie.\nV\nJ'ai certainement oublié bien des choses dans cette visite. Si besoin\nest, je tiendrai les lecteurs au courant de ce qui se passera de nouveau\nau Palais de l'lndustrie.\nJe dois annoncer, en terminant, que définitivement le nouvel Opéra\nouvrira par Hamlet, avec Faure et la Nilsson. Le lendemain, nous\naurons la Juive, avec la Krauss.\nAinsi la grande entreprise sera dignement couronnée et l'on sera mal-\nvenu à ne pas unanimement apporter alors à M. Halanzier, à la Com-\nmission, à MM. Rubé et Chaperon, Cambon, Chéret, Lavastre et\nDespléchin, à tous ceux enfin qui auront préparé l'accomplissement de\nce rêve, un tribut sincère de reconnaissance et d'admiration.\nUn dernier mot. Pourquoi ne ferait-on pas une exposition des\nmaquettes de tous les décors que l'on exécutera pour l'Opéra ? Pourquoi\nne réserverait-on pas une salle spéciale à cette exhibition qui serait\ntrès suivie, j'en suis persuadé, et essentiellement artistique?\nJe ne sais si cette idée a déjà été exprimée. En tous cas, je la crois\nutile et pratique.\n\nRAOUL DE St-ARROMAN."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "252", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.12", "texte": "LA MUSIQUE\nDANS\nL'YMAGERIE DU MOYEN AGE\n\n(<)\nIV. — Iconographie musicale du neuvième au treizième siècle.\nANS les paragraphes précédents, nous avons fixé votre\nattention sur le rôle que jouait la musique dans la\nreligion et dans la philosophie du moyen âge. Derrière\nle symbolisme des représentations et l'allégorie des\nimages, nous avons suivi l'art des sons dans sa vie,\npour ainsi dire philosophique et morale; mais il est\ntemps d'aborder notre sujet à un point de vue moins spéculatif. Si l'ico-\nnographie musicale répand peu de lumière sur l'explication de la musique\nthéorique et spéculative aux temps où Fart balbutiait ses premières notes,\nil n'en est pas de même pour Part pratique. Une miniature, un vitrail,\nun bas-relief jettent souvent un jour tout nouveau sur la forme d'un ins-\ntrument mal décrit, sur la composition d'un orchestre, sur une céré-\nmonie dans laquelle la musique tient une place importante. Grâce aux\nenlumineurs et aux imagiers, nous voyons réellement revivre le moyen\nâge. Il faudrait un livre pour décrire toutes les scènes qui nous donnent\nd'intéressants détails sur l'art à cette époque, pour citer tous les manus-\ncrits dans lesquels nous trouvons des révélations précieuses. Grâce aux\nœuvres originales que nous avons eues sous les yeux, grâce aux nom-\n\n(i) Voir les numéros des ier juillet, ier et i 5 août"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "253", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.13", "texte": "LA MUSIQUE DANS L'YMAGERIE DU MOYEN AGE\n\nbreux et consciencieux travaux que nous avons consultés, nous espérons,\nen quelques pages, pouvoir donner un aperçu de ce que nous a laissé cette\népoque si curieuse, où nous retrouvons, bien informes encore, mais\ncependant reconnaissables, les éléments de notre art moderne.\nDepuis plusieurs années, une des principales conquêtes des historiens\nde la musique a été de constater qu'à côté de Fart religieux, si puissant,\nsi grand, et paré d'une grâce qui lui est particulière, mais enchaîné dans\nles liens d une liturgie sévèrement réglementée, l'art profane, propre au\ncaractère national de chaque peuple, n'avait pas un moment cessé\nd exister. Longtemps étouffé, il avait grandi insensiblement, jusqu'au\nmoment où, recouvrant sa liberté, il avait pris son essor et fait éclore la\nmerveilleuse révolution si justement appelée Renaissance. Cette vérité\nque les textes nous avaient démontrée, les représentations viennent\nencore l'affirmer d'une manière éclatante. Loin de moi la pensée de par-\ntager les idées des historiens qui ont accusé l'Église d'avoir arrêté les arts\ndans leur élan. Je crois plutôt fermement avec M. Didron et les Annales\narchéologiques, ce beau recueil fondé pour la glorification du moyen\nâge, que, loin d'annihiler le génie musical, l'Église recueillit ce qui res-\ntait du grand naufrage de l'invasion, garda pieusement le riche héritage\ndu passé,\"sans rejeter les richesses du présent; mais il n'en est pas moins\nvrai, qu'à partir du treizième siècle, nous voyons s'introduire dans\nla musique un élément nouveau. Les fortes races du Nord accentuent\ndavantage leurs tendances musicales ; avec les croisades, les instruments\nmodernes font partout irruption ; l'harmonie se ressent de ce progrès ; la\nmélodie populaire, empreinte jusqu'à un certain point de notre tonalité\nmoderne, va, non pas naître, puisqu'elle existait déjà, mais prendre droit\nde cité dans la musique véritablement artistique. Dans son cours\nd'histoire de la musique, M. Gautier a démontré cette vérité par des\nexemples frappants. L'iconographie musicale se ressent de cette révo-\nlution. C'est au treizième siècle qu'on commence à orner les ouvrages\nprofanes, comme les romans de chevalerie et les poésies des troubadours,\ndes miniatures jusque-là réservéeaaux missels et aux psautiers. Les cos-\ntumes laïques et contemporains remplacent les costumes religieux. Du\nneuvième au treizième siècle, nous ne verrons en général d'instruments\nqu'entre les mains de David ou des prêtres; nous ne les avons trouvés\nemployés que pour le service et la louange de Dieu; à dater du siècle de\nsaint Louis, gais trouvères et joyeux ménestrels entreront en scène. Ce\nseront des tableaux de fêtes et de marches triomphales, des scènes d'inté-\nrieur, dans lesquelles une belle place sera réservée à la musique, et ces\nreprésentations se rencontreront par centaines, plus nombreuses et plus"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "254", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.14", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nriches en personnages et en instruments à mesure que nous approcherons\nde la Renaissance.\nLe caractère distinctif de la première période est la disparition suc-\ncessive des anciens instruments et l'apparition des nouveaux, apportés\npar les peuples du Nord. La lyre reste encore, mais bien changée et ten-\ndant à se rapprocher des formes de nos instruments modernes. C'est\nainsi que dans une miniature, reproduite par Willemin (1), nous la\nvoyons armée d'un cordier presque semblable à celui de nos violons.\nCependant, l'ancienne lyre se retrouve encore plusieurs fois, sans avoir\nsubi une grande transformation, comme dans le poëme des Vertus\net des Vices, d'Aurelius Prudence; mais un des derniers monuments\ndans lequel nous la rencontrons encore, est un calendrier saxon du\nonzième siècle. La harpe lui succède, soit triangulaire, comme celle\nde la Bible de Charles le Chauve, soit affectant, dans de plus petites\nproportions, la forme de nos harpes modernes. Ici déjà, nous sen-\ntons l'influence des populations septentrionales, mais elle s'accentue\nencore bien plus par l'introduction des instruments à cordes grattées,\ncomme le crawth et la grande vielle à roue, dont le chapiteau de\nBocherville nous donne un si curieux exemple. Chez les Saxons et les\nAnglais particulièrement, les manuscrits sont remplis de figures de ce\ngenre.\nParmi les plus importants monuments figurés de la musique au neu-\nvième siècle, il faut compter trois manuscrits dans lesquels les musico-\nlogues, et particulièrement M. de Coussemaker (2), ont abondamment\npuisé. L'un appartient à la Bibliothèque de Boulogne, l'autre à la\nBibliothèque d'Angers, le troisième à la Bibliothèque Cottonnienne, au\nBritish-Museum. Non-seulement ces trois manuscrits renferment un\ngrand nombre d'instruments, mais encore le nom des objets représentés\nest souvent écrit en marge et accompagné d'explications qui ne sont pas\ntoujours très claires, mais qui renferment cependant des indications pré-\ncieuses sur la forme et l'emploi de ces instruments. Ajoutez à cela que\nces peintures ont été faites à la même époque, mais dans différents pays\net par divers auteurs, que les dessins ne présentent entre eux que\ndes variantes de peu d'importance et que, par conséquent, il ne peut\ny avoir de doute sur l'authenticité des instruments qu'ils renferment.\n\n(1) Monuments français inédits,... dessinés... par Willemin,... aecompagnés d'un\ntexte,... par A. POTTIER. Paris, 1839, 3 vol in-f°.\n(2) COL'SSEMAKER. Essai suv les Instr. de mus. au moyen âge. Annales archéo-\nlogiques. T. 111, IV, VI, VII, VIII, IX, XVI. BOTTÉE DE TOULMON. Instruments\nde mus. au moyen âge. Paris. Crapelet. i 338, et Mémoires de la Société des\nAntiquaires de France. 2 e série, t. VII. 1844, page 60."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "255", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.15", "texte": "LA MUSIQUE DANS L'YMAGERIE DU MOYEN AGE\n\nLe Manuscrit de Boulogne porte le n° 20 et est intitulé Psalterium\nglossarium dans le Catalogue des Bibliothèques des départements (1).\nC'est un grand in-folio carré sur vélin qui contient les gloses du onzième\nsiècle sur les psaumes. On trouve dans un acrostiche les noms du scribe\nHeriveus, de l'abbé Odbert, qui fit les ornements, et de Dodolin, leur\ncollaborateur; une miniature nous intéresse particulièrement. Dans un\nportique triangulaire, surmonté de bâtiments avec bordures et rinceaux\nrouges et or, rehaussés de vert et de bleu, on voit une figure de David\njouant du psaltérion. La partie inférieure de la page représente des ins-\ntruments de musique avec des inscriptions en partie effacées. M. de\nCoussemaker a rétabli ces indications en donnant les dessins de ce ma-\nnuscrit dans le travail que nous avons cité plus haut.\nDe Manuscrit d'Angers a été décrit, en détail, par M. Lemarchand\ndans son Catalogue des manuscrits de la Bibliothèque d'Angers\n(Angers. 1863, 1 vol. in-8°) et a fourni à cet érudit la matière d'un\narticle sur les instruments des Hébreux, dans lequel Fauteur, par une\nétrange méprise, a pris, pour des instruments hébreux, ce qui n'était\nque des représentations d'objets en usage au moyen âge. M. de Cous-\nsemaker a reproduit une partie des dessins de ce manuscrit. C'est un\npsautier du neuvième siècle, in-40 sur vélin. Aux feuillets 12 (verso)\net i 3 (recto), on a dessiné le roi David, tenant un psaltérion et entouré\nd'instruments de musique. Sur le verso du feuillet 13 et le recto du 14,\non voit encore le fils de Jessé. Cette fois, il tient une lyre à la main, il\nest accompagné de musiciens et paraît dicter ses chants à deux scribes.\nLe manuscrit n° 6 de la même collection est d'une époque bien posté-\nrieure (treizième siècle), mais nous ne pouvons quitter Angers sans\nmentionner une belle miniature qui s'y trouve. C'est un David, accor-\ndant sa harpe, qui a été publié au tome IX (1849), PaSe 294 es An-\nnales archéologiques.\nEnfin, un manuscrit de la Bibliothèque cottonnienne, qui date du\ndixième siècle ou du commencement du onzième, contient un grand\nnombre d'instruments de musique. Strutt, dans son grand ouvrage sur\nles mœurs des Anglais (2), a donné une partie des dessins de ce manus-\ncrit, et c'est d'après lui que les musicologues ont fait, en général, les\nplanches qui ornent leurs livres. A ces trois curieuses pièces, il faut\n\n(1) Catalogue général des Manuscrits des Bibliothèques publiques des départements.\nParis, 1849-1872. 4 vol. in-40. Imprimerie nationale. T. IV. Bibliothèque de\nBoulogne, par M. Michelin.\n(2) STRUTT. Hopda. cynnam, ora compleat vient of the manners... of En-\nglands. Londres, 1774. 3 vol. in-40. —T. I, pl. xx et suiv."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "256", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.16", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nencore ajouter le manuscrit de Saint-Emeran, dont Gerbert a fait graver\nun grand nombre de dessins, et qui, par les instruments qui s'y trouvent,\nne présente pas moins d'intérêt que ceux que nous venons de citer.\nA cause de la grossièreté du dessin, ces instruments paraissent, au\npremier abord, être des objets créés par l'imagination de l'enlumineur,\nou des instruments construits pour quelque démonstration d'une acous-\ntique compliquée, comme on peut en voir dans les théoriciens des\nseizième et dix-septième siècles; mais en tenant compte des ornements\nqui surchargent les instruments, en tenant compte aussi des inexacti-\ntudes si fréquentes au moyen âge, l'authenticité de ces représentations\ns'établit de plus en plus. Si quelques doutes pouvaient encore exister,\nun monument des plus curieux serait là pour les faire cesser. Je veux\nparler des chapiteaux de l'église de Saint-Georges de Bocherville. Non-\nseulement par le nombre des personnages, les sculptures de ces chapi-\nteaux présentent le plus grand intérêt, mais encore nous retrouvons,\nentre les mains des musiciens qui en font partie, quelques-uns des ins-\ntruments reproduits sur les manuscrits que nous avons cités plus haut.\nL'église de Saint-Georges de Bocherville fut construite entre ioso et\n1066, par Raoul de Tancarville, chambellan du duc Guillaume le Con-\nquérant. Le chapiteau, qui nous occupe en ce moment, a été publié\nsouvent, ainsi que les deux musiciens qui sont dans la même église.\nCoussemaker, dans l'essai déjà mentionné, M. Deville (1) en ont donné\ndes dessins. Cette sculpture représente un orchestre qui semble accom-\npagner la danse d'une jongleresse. On y voit une rote à échancrures et à\nquatre ouïes, une symphonie ou organistrum à roue de grande dimen-\nsion, tenue sur les genoux par deux personnages, dont l'un appuie sur\nles touches, pendant que l'autre tourne la manivelle. Plus loin, un\nmusicien joue de la flûte de Pan, puis une sorte de harpiste, puis un\nsixième personnage tient entre ses mains un nabulum, tandis que son\nvoisin pince les cordes d'un psaltérion. Le huitième musicien joue d'une\nvielle à cinq cordes, dont on voit souvent les représentations sur les\nmonuments; enfin trois personnages séparés des autres par la jongle-\nresse qui danse sur sa tête, se servent de deux instruments bien répan-\ndus pendant tout le moyen âge, la harpe et le carillon à marteau.\nLa Bibliothèque nationale possède dans le n° 1118 latin, un manus-\ncrit d'une importance capitale pour l'iconographie musicale. Il est inti-\ntulé : Liber Troporum, et provient de l'abbaye de Saint-Martial de\n\n(Î) DEVILLE. Essai historique et descriptif sur Véglise et Vabbaye de Saint -\nGeorges de Bocherville, près Rouen. Rouen, 1827. Un vol. in-f°."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.17", "texte": "Meister Heinrich [--]enlob.\nLe Tournoi des Maîtres Chanteurs\ntiré du Manuscrit des Minnesanger (Commencement du XIVe siècle)"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "257", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.18", "texte": "LA MUSIQUE DANS L'YMAGERIE DU MOYEN AGE\nV.\n\nLimoges. Dans ce beau monument du onzième siècle, à partir du\ni° 104, nous trouvons sept miniatures contenant des musiciens. La plu-\npart de ces ligures ont été reproduites au trait, par M. de Coussemaker,\naussi nous contenterons-nous de donner une espèce de table de ces\nminiatures.\ni° Un curieux David couronné, jouant d'un crawt à trois cordes\nfolio 104.\n2\" Une flûte de Pan à sept trous, folio 107.\n3° Des jongleurs dont les exercices sont accompagnés par un haut-\nbois, folio 108.\n4° Un psaltérion carré avec prolongement pour retenir l'instrument\nfolio 110. '\n5° Psaltérion triangulaire, folio 111.\n6° Jongleur dansant au son d'une double flûte, folio 113,\n70 Cymbales jouées par une danseuse, folio 114.\nChacune de ces miniatures est intéressante, non pas par la perfection\ndu dessin, mais par les instruments qu'elle représente; et, chose rare,\nchaque figure, quoique grossière, est parfaitement nette et paraît avoir\nété copiée sur les originaux.\nLorsque s ouvrit le douzième siècle, une grande révolution venait de\ns accomplir; les croisades commençaient. Poussés par un saint enthou-\nsiasme, les peuples de l'Occident s'étaient rués en masse sur l'Orient.\nIls conquirent le tombeau du Seigneur, mais, comme les Romains qui,\naprès avoir conquis l'Asie, s'étaient laissés amollir par le luxe de leurs\nnouveaux esclaves, ils ne tardèrent pas à rendre hommage à la prodi-\ngieuse civilisation des Arabes et des Byzantins. Éblouis par tant d'éclat,\ncharmés de tant de beauté, les croisés ne résistèrent pas au désir d'imiter\nce qui leui avait paru si beau et si nouveau. Ceux qui restèrent en\nPalestine empruntèrent aux Arabes leurs arts, leurs mœurs et jusqu'à\neurs costumes ; ceux qui revinrent en Occident voulurent conserver\nsouvenance des pays merveilleux qu'ils avaient visités, tant un nouveau\nmonde artistique s'était révélé à leurs yeux. Étudier la science des infi-\ndèles, imiter leurs procédés industriels, copier l'architecture byzantine,\nreproduire dans les églises les courbes élégantes des grandes coupoles de\nSainte Sophie, tel fut pendant longtemps le but des efforts de ces peuples\nchez lesquels une première renaissance commençait, et qui voyaient\n\nl 7"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "258", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.19", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ns'ouvrir devant eux un horizon jusqu'alors inconnu. La musique ne\nresta pas en arrière dans ce progrès universel, et les croisés rappor-\ntèrent d'outre-mer les nacaires ou timbales, les instruments de la lamille\ndes luths, qui devinrent bientôt d'un usage si général, les cors en\ncuivre, ou sarrasinois, etlequanon ou tympanon à baguettes, qui donna\nplus tard naissance au piano. Ce n7est, en effet, qu à partir du douzième\nsiècle que nous rencontrons ces instruments sur les bas-reliefs, les vitraux\net les miniatures.\nDu reste, à cette époque, les représentations deviennent de plus en\nplus nombreuses, et pour ne pas donner à cet article des proportions\nexagérées, nous nous voyons forcé de faire un choix parmi tant de\nrichesses. L'abbaye de Saint-Denis, la cathédrale de Chartres doivent\ntenir dans notre étude une place importante. Le caractère particulier des\ninstruments sculptés sur le portail de l'abbaye de Saint-Denis est une\ncertaine lourdeur dans les formes et une ressemblance frappante avec les\nsculptures des monuipents d'Angleterre de la même époque. Il semble-\nrait que pendant ce siècle, le nord de la France ait été pour la musique\ntributaire de l'art anglo-saxon. La lourde harpe saxonne affectant les\nformes mathématiques de secteurs quadrangulaires, les vielles à manches\nen losanges tronqués, qu'on remarque sur le portail de Saint-Denis, nous\nles retrouvons encore, plus grossièrement sculptées, il est vrai, mais tout\nà fait reconnaissables, dans les trois personnages qui ornent les piliers de\nla porte gauche dans la cathédrale de Cambridge. Cette église fut com-\nmencée sous Henri lerIer et achevée en 1174. Les modèles que nous offre la\nbasilique de Saint-Denis sont d'une conservation et d'une beauté parfaites.\nOn y voit une vielle à cinq cordes, une autre grande vielle à quatre, une\ngrande rote à cinq cordes et trois harpes. Tous ces instruments sont,\ncomme nous l'avons dit, un peu lourds, mais sculptés avec soin, et\nparaissent avoir été copiés sur des modèles par un artiste consciencieux.\nLeur construction répond à toutes les exigences d'une lutherie encore\nbarbare, et rien ne nous permet de douter de leur authenticité. Willemin,\ndans ses planches (t. I, pl. 9), a donné des reproductions fidèles de\nces sculptures. Les instruments représentés sur la cathédrale de Char-\ntres, sont loin d'avoir la même raideur de formes. Un génie plus élégant\na inspiré l'artiste. Il suffit de citer, pour exemple, la belle harpe à dix\ncordes et la grande rote à trois, que Willemin a publiées. Dans la harpe,\nles courbures sont remarquables par leurs lignes gracieuses. La jolie\ncolonne qui supporte la barre supérieure est terminée par un chapiteau\nplein de hardiesse, et la forme générale de l'instrument présente de\nbonnes conditions d'acoustique. Il en est de même de la rote; quatre"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "259", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.20", "texte": "LA MUSIQUE DANS L'YMAGERIE DU MOYEN AGE\n\nouïes, élégamment découpées, occupent le centre de chaque renflement de\nla caisse sonore. Les deux corps de la caisse sont séparés par deux\nechancrures bien dessinées, et par un chevalet qui joint la solidité à\nl'elégance. Le cordier, sculpté avec soin et rattaché au bouton par deux\npattes, est peut-être placé trop près du chevalet, mais il est fort beau et\najoute encore à la richesse de l'instrument.\nEn lace de pareils modèles, il ne faut plus douter que la facture instru-\nmentale soit définitivement créée dès cette époque. La lutherie fera cer-\ntainement d immenses progrès, mais il n'en est pas moins vrai que\nla rote du portail de Notre-Dame-de-Chartres,révèle chez les facteurs du\ndouzième siècle un goût des plus remarquables et des principes bien\narrêtés d'après lesquels ils construisaient leurs instruments.\nV. — Iconographie musicale du treizième au seizième siècle.\nLe progiès que nous avons constaté dans le paragraphe précédent\ns accentue de plus en plus au treizième siècle. On peut citer à l'appui de\nce fait les belles harpes publiées par Strutt, d'après le manuscrit de\nMatthieu Paiis et aussi les élégants instruments que contiennent les\nmanuscrits de la Bibliothèque nationale. La caisse s'est agrandie, elle\na piis des proportions mieux appropriées aux lois de l'acoustique*,\nla baire et la colonne se courbent avec aisance ; en un mot nous avons\n' 7\nsous les } eux les types élégants qui ont longtemps servi de modèles\ndans les miniatures et dans les monuments. La fantaisie variait encore\npar ses caprices les formes instrumentales. Ces essais n'étaient pas\ntoujours heureux, mais marquaient une forte tendance vers le progrès.\nC est ainsi que d'après un manuscrit de Saint-Biaise, du treizième siècle,\nnous voyons un orgue en forme d'arbre. Les branches, formées par\nles tuyaux, sont peuplées d'oiseaux chanteurs, et le tronc semble sortir\nd un sommier. M. Barbier de Montaut a reproduit le dessin du manus-\ncrit de au tome XVIII des Annales archéologiques. Dans\nl'article qui accompagne cette planche, M. Barbier de Montaut cite plu-\nsieurs instruments du même genre.\nLa facture instrumentale n'avait fait en cela que suivre le mouve-\nment qui se fit sentir au treizième siècle dans la littérature, les sciences\net les arts. L'époque de saint Louis est une des plus intéressantes\nde l'histoire. Le moyen âge est à son apogée. Partout, l'esprit humain\ntravaille d'une formidable manière et prépare la Renaissance. La"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "260", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.21", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nmusique se ressent de l'impulsion donnée, et tout ce qui touche a cet art\nse perfectionne à vue d'œil. Nous l'avons dit plus haut, c est le moment\noù l'élément profane et populaire commence à prendre définitivement sa\nplace dans l'histoire de l'art : avec le Jeu de la feuillée et Robin et Ma-\nrion, d'Adam de la Halle, l'opéra comique français se laisse déjà devi-\nner. Bien plus, les tonalités modernes se font sentir, bien faibles, il est\nvrai, et encore bien hésitantes, mais assez sensibles pour prouver qu elles\nse trouvaient en germe dans la musique populaire du moyen âge. Je laisse\nà penser si les représentations sont nombreuses pendant cette période.\nAu premier rang, il faut citer les vitraux de la cathédrale de Bourges,\ndans lesquels on peut voir quatre scènes musicales, qui toutes quatre\nprésentent un réel intérêt (i), le splendide psautier de saint Louis,\nrempli d'instruments de musique, et un monument moins connu, mais\nnon moins curieux, le vitrail de l'abbaye de Bonpart en Normandie, sur\nlequel nous nous arrêterons quelques instants. Ce vitrail représente un\nconcert céleste exécuté par cinq anges. L un tient un orgue portatif à\nneuf tuyaux, le second joue d'une vielle à ueux cordes, en se servant\nd'un fort long archet, le troisième frappe avec un tampon, sur la peau\ntendue d'un tambourin, qu'il soutient de son coude et de son épaule\ngauches. Le quatrième joue d'une petite harpe fort soigneusement dessi-\nnée et fort bien construite. Sur la boîte sonore de cette harpe, on voit\ndeux ouïes en forme d'oreilles. Enfin, le cinquième pince les cordes d'un\nluth, dont le chevillier est bizarre, mais qui, par ses détails, présente de\ngrandes garanties d'exactitude. C'est aussi à la même époque que nous\ntrouvons, dans un manuscrit de la Bibliothèque nationale, un superbe\nDavid, entouré de ses quatre musiciens. Le Roi prophète assis au milieu\nd'un élégant portique, la couronne en tête, joue d'une harpe dont les\ncordes sont disposées presqu'horizontalement dans la table d'harmonie.\nCes cordes sont au nombre de quatre, et l'instrumentiste en pince des\ndeux mains. Les quatre musiciens tiennent l'un une vielle, l'autre une\ncornemuse, le troisième un hautbois, le quatiième un flûtet dont il\naccompagne le chant par le rhythme sonore de son tambourin.\nAu quatorzième siècle, les tendances populaires déjà remaïquées dans\nle siècle précédent prennent de jour en jour plus d'importance. L'art de\nla miniature est près d'arriver à son apogée, les peintres enlumineurs\nont définitivement pris en main, pour les illustrer de leurs œuvres, les\n\n(i) Voyez : Monographie de la cathédrale par les PP. A. Martin et\nCh. Cahier. • Paris. Poussielgue. 1841-1844. Grand in-folio. Première partie.\nPlanche XXXIII."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "261", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.22", "texte": "LA MUSIQUE DANS L'YMAGERIE DU MOYEN AGE\n\nromans, les poésies, les fabliaux et les chroniques. Les miniatures, dans\nlesquelles la musique tient une grande place, deviennent plus nom-\nbreuses et plus animées. Ce ne sont plus seulement des scènes religieuses,\nmais des tableaux d'intérieur pleins de charme et de grâce, des écla-\ntantes cérémonies triomphales ou guerrières, qui nous révèlent les détails\nde la vie musicale à cette époque. L'actualité, pour employer un mot\nnouveau, est entrée dans les représentations.\nNous reproduisons, avec ce numéro, une des plus curieuses minia\ntures du quatorzième siècle que possède la Bibliothèque nationale.\n(La suite prochainement.)\n\nH. LAVOIX fils."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "262", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.23", "texte": "DE LA\nGYMNASTIQUE PULMONAIRE\nCONTRE LA PHITHISIE\n\nCHAPITRE III\nCHANT\nPreuves nombreuses de son influence bienfaisante, fournies : A. Par les pro-\nfesseurs de chant du Conservatoire : MM. Duvernoy, Révial, Paulin, Moreau-\nCinti, Levasseur et Bataille.\nÜBER, Halévy, Ambroise Thomas et Berlioz, s'oc-\ncupant surtout de composition, ne pouvaient nous\nfournir des renseignements bien positifs sur l'influence\nque le chant, ou le jeu des instruments à vent peut\nexercer sur les organes de la respiration, mais nous\nn'avons trouvé, chez aucun de ces maîtres éminents,\nune opinion hostile à notre thèse.\nM. le professeur Duvernoy, qui dirige le pensionnat du Conserva-\ntoire, est convaincu qu'un exercice mesuré, prudent et méthodique des\norganes vocaux peut beaucoup pour conserver, ou même rétablir la santé\net la vigueur des poitrines faibles. Lui-même jouit d'une santé excellente,\ntandis qu'il a vu son frère succomber à une maladie de poitrine. Ce\ndernier, qui se destinait à l'École polytechnique, prenant ses études\ntrop à cœur, s'est éteint d'épuisement. M. Duvernoy ne travaillait pas\navec moins d'ardeur à la musique ; mais « grâce à sa profession et aux"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "263", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.24", "texte": "DE LA GYMNASTIQUE PULMONAIRE\n\ninfluences d'une vie toujours régulière, il a pu, c'est sa conviction, échap-\nper aux conséquences fatales d'une semblable prédisposition. »\nM. le professeur Révial a étudié d'une manière toute particulière\nle jeu de l'organe respiratoire. Il dirige le travail de ses élèves d'après\ndes principes méthodiques, de manière à faire donner aux poumons,\ncomme au larynx, tout ce qu'ils peuvent donner, sans jamais arri-\nver jusqu'à la fatigue. Non seulement il pense, avec M. Duvernoy, que\nle chant n'est pas contraire aux poitrines faibles et qu'il peut être\nutile comme toute gymnastique d'un organe affaibli, mais il est convaincu\nqu'avec une bonne application de l'exercice vocal, on peut prolonger,\nsinon conserver, l'existence la plus compromise par la phthisie. Et\nM. Révial nous en a donné pour preuve l'observation suivante.\nUne jeune personne lui fut présentée, dans un état de maigreur et\nd'affaiblissement qui attestaient une constitution archi-phthisique : selon\nle pronostic des médecins, cette demoiselle aurait dû mourir très proba-\nblement en 1849; mais la pauvre malade, ainsi que cela arrive presque\n.toujours en pareil cas, ne croyait point à la gravité de son état. Elle\npossédait une fort belle voix : réussir dans la carrière théâtrale était pour\nelle une ambition d'autant plus ardente, qu'elle y voyait le moyen\nde procurer quelque aisance à des parents chéris, peu fortunés. M. Révial\nconsentit à entreprendre la cure, autant que l'éducation musicale de cette\nintéressante élève. Il dut, tant elle était épuisée, prescrire une série\nd'exercices modérés, un travail de trois, cinq, dix minutes au plus, et de\nmanière à obtenir, dans la journée, un total de deux heures d'exercices\nseulement. Eh bien ! ce régime a eu pour résultat le rétablissement de\ncette jeune personne, qui a fourni une carrière théâtrale de onze années,\naprès lesquelles elle s'est éteinte. M. Révial n'a pas de données positives\nsur sa mort, mais il est tout disposé à croire qu'une rechute est surve-\nnue sous l'influence de causes dont les mauvais effets ne pouvaient plus\nêtre conjurés par le chant. « Dans ce moment même, j'ai, parmi mes\nélèves, nous dit M. Révial, une demoiselle évidemment phthisique, dont\nl'état s'est beaucoup amélioré, depuis qu'elle suit mes leçons et mes con-\nseils. »\nM. Paulin est également persuadé que, par une bonne méthode de\nchant, on peut conserver et même rendre la santé. S'il constate avec ses\ncollègues que l'exercice abusif des poumons, mais surtout l'exercice mal\nentendu sous le rapport de son appropriation à l'état de santé et aux\nforces de l'élève, peut faire beaucoup de mal, il ne peut citer,, dans sa pra-\ntique, aucun exemple de la malfaisance de la gymnastique vocale. La\nconviction de l'utilité du chant comme préservatif de la phthisie pulmo-"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "264", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.25", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nnaire, est tellement arrêtée dans 1 esprit de M. Paulin, qu'il nous disait,\nquand nous lui parlâmes de notre intention de publier un travail sur ce\nsujet : « Vous rendriez, monsieur, un grand service aux familles, car\n« souvent, quand je voyais s'étioler de pauvres jeunes gens, j'aurais offert\n(c de les sauver si je n'avais craint de paraître convoiter des leçons. »\nM. Moreau-Cinti était très convaincu que le chant, bien dirigé, est le\nmoyen de donner à ceux qui ont des poitrines faibles, force, ampleur\nde formes et santé, et il en citait plusieurs exemples pris dans sa famille\net paimi ses élèves. Cet éminent artiste devait nous fournir àce sujet\ndes faits circonstanciés5 malheureusement, la mort est venue subite-\nment l'empêcher de tenir sa promesse.\nM. Levasseur pense que le chant, qu'il considère comme une gymnas-\ntique excellente en elle-même, ne devrait pas cependant être conseillé à\nune poitrine faible.\nM. Bataille professe, comme tous les hommes pratiques, une opinion\nfavorable à la gymnastique pulmonaire, bien qu'il pas à nous\nciter des exemples remarquables de la nature de ceux qui nous ont été\nfournis par quelques-uns de ses émérites collègues du Conservatoire.\nNous ne saurions mieux finir cette série de renseignements officiels que\npar une courte exposition des vues propres à ce Professeur, qui fut un\nartiste des plus distingués, et faillit, après cinq ans d'études, devenir\nnotre confrère en médecine : le sujet est doublement, on le voit, de sa\ncompétence.\nM. BataiLe regarde avec nous la gymnastique pulmonaire comme un\nexcellent moyen prophylactique de la phthisie. Ainsi que tous ceux qui\nont sérieusement étudié la question, il insiste sur l'indispensabilité d'ap-\nporté! dans la diiection des études de l'élève une prudence éclairée, sur-\ntout dans le cas où le sujet est porteur d'organes faibles et menacés de\nMais la gymnastique du poumon, si excellente qu'elle\nsoit, ne saurait être considérée comme un moyen curatif. Selon M. Ba-\ntaille, ce serait s abuser que de ne point faire cette distinction essen-\ntielle. Lui-même croit devoir la belle santé dont il jouit à sa pro-\nfession, qui l'a sauvé d'une maladie très grave de la poitrine, mais il n'a\njamais ciu être tuberculeux, et il ne connaît aucun exemple d'affection\ntuberculeuse bien positivement constatée qui ait cédé à l'exercice du\npoumon.\nB. — Par les professeurs libres : MM. Massé, Allary, Marini, Duprez, Vautrot,\nDelsarte, Ponchard et Fargueil.\nM. Massé, ancien chanteur distingué de l'Opéra-Comique, et qui"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "265", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.26", "texte": "DE LA GYMNASTIQUE PULMONAIRE\n\naujourd'hui se consacre entièrement à l'enseignement du chant, professe\nune opinion si formellement favorable à l'utilité d'une gymnastique\nrationnelle du poumon, qu'il préparait même, nous dit-il, un livre sur la\nquestion, où il traitait d'une méthode de chant à ce point de vue. Anté-\nrieurement, M. Massé avait fait de la respiration une étude particulière,\net déjà, lors de son retour d'ltalie, en 1855, il eut occasion de faire part\nde ses vues sur ce sujet à M. le docteur Mandl, qui en aurait pris occa-\nsion de faire le travail dont nous avons parlé sur la fatigue de la voix\ndans ses rapports avec la respiration,\nM. Allary partage la même opinion que les autres Maîtres dont nous\nvenons de parler. Comme eux, il est convaincu que la gymnastique\nvocale est salutaire à l'organe respiratoire, aussi bien qu'un exercice\nnormal est nécessaire aux autres organes; mais, comme ces messieurs, il\ninsiste sur le danger de procéder en cela sans méthode, ni ménagement.\nA ce propos, M. Allary nous a cité un remarquable exemple de l'abus\npernicieux de l'exercice pulmonaire : il avait pour élève l'une des filles\ndu célèbre Lablache, jeune personne d'un beau talent et qui paraissait\ndouée d'une constitution très forte, car, à quinze ans, elle était grande,\nbelle et développée comme une femme de vingt ans.\nLe judicieux Professeur, préoccupé, non sans raison, d'une croissance\naussi précoce, recommandait à son élève de travailler avec ménagement,\nde ne pas chanter plus de deux à trois heures par jour, en ayant soin\nd'alterner le travail avec le repos, et de le partager par fractions d'un\nquart d'heure à une demi-heure au plus : mais mademoiselle Lablache\nse piquait de rivaliser avec la Malibran, qui alors, plus que jamais,\nforçait ses moyens en chantant dans des registres trop élevés , et la\npauvre enfant mettait tant d'acharnement à atteindre aux prodiges de\nson modèle, qu'elle chantait presque constamment, à l'insu et malgré les\nrecommandations de son professeur. Celui-ci s'aperçut bientôt d un peu\nde gêne dans la respiration de son élève, et ne fut pas longtemps à en\nsoupçonner à la fois la cause et la gravité. Il fit part de son observation\net de ses craintes àM. Lablache, qui les crut exagérées : « Jamais,\ndans sa famille, il n'y avait eu de poitrinaires, et ses enfants lui sem-\nblaient être de force à résister même à l'abus du chant. » Au bout de\nquelque temps , la respiration devint encore plus embarrassée, les pom-\nmettes des joues se colorèrent d'une teinte caractéristique, la jeune fille\ncommença à perdre de son embonpoint, de sagaîté et de son appétit. La\ntoux survenant, on consulta le médecin, qui déclara le cas très grave,\net, en effet, quelques mois après, mademoiselle Lablache succombait à\nune phthisieaiguë..."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "266", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.27", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nNous avons eu souvent occasion d'entendre, chez M. le docteur Trous-\nseau, la sœur de cette infortunée si prématurément arrachée à l'art dans\nlequel son père a laissé tant de brillants souvenirs, madame de C... que\nle monde a enlevée à la scène, où son magnifique talent lui eût valu de\nbriller au premier rang; jamais nous n'avons rencontré d'organisation\nphysique plus forte, de poitrine mieux conformée.\nM. le professeur Pierre Marini, ancien directeur du Conservatoire de\nMadrid, partage en tout point l'avis des maîtres français sur l'influence\npréservatrice que possède le chnnt contre la phthisie. Il a vu plusieurs\nfois des élèves d'une santé fort affaiblie reprendre des forces et de fraîches\ncouleurs par le bon effet des leçons de chant qu'il leur donnait; mais il\nne faut pas oublier de mentionner que M. Marini, comme tous ceux qui\nont étudié sérieusement cette question, fait aussi ses restrictions et in-\nsiste beaucoup sur la nécessité absolue d'une direction scrupuleuse des\nexercices.\nM. Duprez ne fait aucun doute que les poumons ne gagnent à la gym-\nnastique ce qu'y gagnent tous les organes, c'est-à-dire une plus grande\nvigueur, le retour de la santé perdue, ou tout au moins le prolongement\nde la résistance contre le mal ; mais il a négligé, dans le cours de sa car-\nrière, déjà si longue, de faire de ces observations particulières qui se-\nraient dans sa bouche d'une si grande valeur.\nM. Vautrot, directeur du chant au grand Opéra, a toujours, depuis\nbientôt quinze ans qu'il appartient à notre première scène lyrique, vu\nles poitrines s'y fortifier sous l'influence des exercices vocaux, et très\nsouvent des personnes faibles de constitution y acquérir de la force, ou\ntout au moins des apparences de santé qu'elles n'avaient point jus-\nque-là. M. Vautrot ne se rappelle personne qui, dans les chœurs qu'il\ndirige, ait succombé à la phthisie, ou seulement ait été obligé de quitter\nle théâtre pour maladie du poumon nous ne disons pas du larynx\ncausée par sa profession. Il admet l'influence d'une bonne ou d'une\nmauvaise respiration, mais seulement quant à la durée et aux qualités\nde la voix. Là-dessus, M. Vautrot a eu l'obligeance d'entrer avec nous\ndans des détails qui ne sauraient trouver ici leur place.\nM. Delsarte tient école, depuis trente années. A l'âge de dix-sept ans, il\navait déjà un engagement, mais, dès lors, sa voix commençait à se briser\ndans les notes élevées. Obligé de renoncer au théâtre, il se fit Professeur.\nM. Delsarte n'a jamais connu aucun phthisique parmi les chanteurs. Il\nest très persuadé que le chant est un excellent moyen pour fortifier les\npoitrines faibles. Autrefois, il mesurait les poitrines des débutants, et, à\npeine les leçons avaient-elles duré un mois ou deux, que déjà, pour"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "267", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.28", "texte": "DE I A GYMNASTIQUE PULMONAIRE\n\nenceindre la poitrine à la même hauteur, il fallait allonger le lien de plu-\nsieurs centimètres. Plus tard, il a négligé ce soin, mais ses élèves le pre-\nnaient pour lui (i).\nM. Delsarte professe sur le brisement de la voix, sur la théorie de la\nformation des sons, sur les divers degrés d'élévation ou d'abaissement\ndu larynx, réputés nécessaires pour la production des sons aigus ou\ngraves, des idées dont nous mentionnerons ici seulement celles qui\nimportent à notre sujet.\nDans sa méthode de chant, M. Delsarte a deux principes :\ni° Maintenir le poids du corps un peu en avant, et portant sur la\nplante des pieds, au lieu de porter sur les talons. En cet état, selon\nM. Delsarte, la poitrine se remplirait mieux d'air, avec moins d'efforts,\net il ne serait nullement besoin de tenir compte des différentes manières\nde respirer qu'on a appelées respiration costale, ou diaphragmatique,\ndistinctions sans aucune importance à ce point de vue.\n2° Emettre la voix par échappement, c'est-à-dire sans effort ni fatigue,\nsans pousser, et en quelque sorte avec plaisir, comme pour se débarrasser\ndu trop plein, et de manière à ce qu'il reste toujours assez d'air dans le\npoumon pour fournir de nouvelles notes au besoin.\nDans l'inspiration, il faut distinguer, selon M. Delsarte, Vinspiration\nvitale, qu'il évalue pour ses effets à environ le tiers de la capacité de la\npoitrine, —et l'inspiration vocale, qu'il prétend égale aux deux tiers de\nla plus grande capacité possible. C'est le vent de cette inspiration qu'il\nfaut dépenser, et qui ne coûte rien ni ne nuit. Enfin, il faut respirer à\nl'aise dans les grandes phrases musicales, et, pour éviter la fatigue, ne\nchanter qu'une heure au plus par jour, mais en quinze, vingt ou trente\nfois, afin d'entremêler le travail effectif de beaucoup de repos.\nM. Delsarte,, qui tient M. Duprez, pour un éminent professeur autant\nque pour un grand artiste, pense qu'il doit fatiguer les voix parce qu'il\nhabitue l'élève à dépenser la partie d'air qui constitue ce qu'il appelle\nl'inspiration vitale, dépense que l'on ne doit faire que très exceptionnel-\nlement. a II pousse trop, » nous, dit-il.\nM , Ponchard père ne s'est jamais préoccupé de l'influence que le chant\npeut exercer sur les poumons. Il n'est pas éloigné de penser cependant\n\n(1) MM. Hirtz et Bournet ont constaté et établi, par des recherches précises, que\nle thorax devient, en effet, plus étroit à son sommet à mesure que la phthisie se\ndéveloppe, que la circonférence supérieure diminue par rapport à l'inférieure et finit\npar devenir plus étroite que cette dernière, ce qui est le contraire dans l'état normal.\nM. le docteur Woillez a cru trouver que la diminution portait sur le diamètre trans-\nversal."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "268", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.29", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nque cet exercice est plutôt salutaire que nuisible, surtout s'il en juge par\nlui-même, car il jouit encore aujourd'hui d'une magnifique santé, « Et\npourtant, nous disait-il, nul n'a chanté plus longtemps que moi. Il est\nvrai que, de mon temps, on ne faisait pas de la musique aussi savante\nqu'aujourd'hui. Nous chantions avec les moyens que la nature nous\navait donnés, sans nous inquiéter si nous respirions des côtes ou du dia-\nphragme. Et, chose singulière, malgré notre ignorance profonde de Part\nde respirer et de beaucoup d'autres choses, nous chantions bien et long-\ntemps avec nos pauvres voix naturelles ; tandis que depuis que des\nsavants se sont mis à fabriquer des voix, on n'entend plus parler que de\nchanteurs épuisés et de voix perdues. »\nM. Fargueil père décline son incompétence sur la question médicale,\nmais il peut citer des faits :\n« Dans ma longue carrière, j'ai connu, dit-il, des gens de constitution\nmoins qu'ordinaire, que la vocalisation a si bien fortifiés, que la vieil-\nlesse n'a été pour eux que la continuation de l'âge mûr. Je suis moi-\nmême un de ces heureux exemples. Je suis resté quarante ans au théâtre,\nj'ai chanté quatre cents rôles et j'ai devinez mon âge? soixante-\ndix-huit ans bien sonnés. Sans flatterie, me les donneriez-vous (i) ? Je\ndois ajouter, cependant, que j'ai vu mourir de la poitrine des chanteurs,\net, entre autres, un de mes camarades, qui a succombé à vingt-huit ans.\nMais ces exceptions malheureuses sont en très petit nombre, et j'en\nattribue particulièrement la cause à ce qu'on avait surmené les victimes.\nL'artiste s'épuise à chanter plus haut que ne lui permet son larynx.\nPour que l'art et la santé marchent de pair, il faut apprendre à respirer,\nchanter sur le plein de sa voix, et ne point crier comme le font si souvent\nles débutants.\n« Tous les enfants de chœur des anciens chapitres avaient de la voix\nparce qu'on leur apprenait à vocaliser avec voce.\n« Aujourd'hui, les professeurs font effort pour enfler la voix, tandis\nque, autrefois, il était recommandé de l'amoindrir et de la réserver pour\nes passages qui en avaient le plus besoin.\n« Une éminente cantatrice de nos jours, madame C..., n'a point suc-\ncombé à la phthisie, que tout semblait lui présager, que parce qu'elle\nuse de la méthode des anciens maîtres.\n«Si. un sujet faible de poitrine me demandait conseil, je l'engagerais à\ntravailler la gamme; si, au contraire, il voulait acquérir de la voix, je\nlui dirais de se mettre à la vocalise.\n\n(i) M. Fargueil a encore vécu douze années."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "269", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.30", "texte": "DE LA GYMNASTIQUE PULMONAIRE\n\nC. — Par les chefs des maîtrises de Notre-Dame, Saint-Sulpice, Saint-Roch\net de la Madeleine.\nIl est regrettable, pour la question dont nous nous occupons, que les\nSociétés chorales, dont PORPHÉON répand la bienfaisante influence artis-\ntique et morale dans tout le Pays, sous la direction zélée de M. Delaporte,\nne possèdent pas encore leur statistique médicale. Il y sans aucun\ndoute, de précieux renseignements à y puiser.\nAprès avoir étudié l'influence du chant chez les adolescents et chez les\nadultes, il nous a paru intéressant, et même nécessaire de suivre particu-\nlièrement la même influence chez les enfants. Nous ne pouvions mieux\nnous adresser pour cela qu'aux différentes maîtrises de nos grandes églises\nde Paris. On sait, en effet, que l'éducation musicale n'y porte que\nsur de jeunes sujets.\nM. le maître de chapelle de Saint-Roch considère la gymnastique pul-\nmonaire comme un excellent moyen de développement pour la poitrine\ndes enfants; pourvu que le chant soit bien dirigé, que le Maître sache\nsurtout préparer l'organe de l'élève à émettre le son. Cet honorable pro-\nfesseur ne connaît pas d'exemple où le chant ait été une seule fois nui-\nsible à la santé.\n(La suite prochainement.)\n\nDr V. BURQ."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "270", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.31", "texte": "' (0\nII\n'IDÉE de mettre des sonnets en musique ne date pas\nd'hier : le seul dialogue entre Olivier de Magny et\nCaron inspira sept musiciens : Orlande de Lassus,\nJean Maletti, P. Certon, C. Goudimel, Bertrand, Boni,\nNicolas de la Grotte, valet de chambre du roi Henri 111.\nCette espèce de pléiade, fameuse en son temps, mé-\nrite d'être mise en parallèle avec la pléiade formée par Ronsard, du\nBellay, Remi Belleau, Jodelle, Daurat, Baïf et Pontus de Tyard. Elle\nrayonne encore aujourd'hui dans le ciel de l'art où les curieux, les\nérudits et les spécialistes la découvrent assez facilement, bien qu'elle\nait échappé à la vue de M* Bouillet qui, dans son gros Dictionnaire\nd'histoire et de géographie, dit universel, ne la mentionne même\npas. Cependant Nicolas de la Grotte vaut Pontus de Tyard; Cer-\nton n'est pas inférieur à Baïf; Maletti, Bertrand, Boni sont certaine-\nment à la hauteur de Remi Belleau, et surtout de Jodelle, de Daurat;\nLassus jouit d'une renommée égale à celle de Ronsard, et Claude\nGoudimel appartient au groupe des artistes les plus illustres. Goudimel\neut l'honneur de mourir pour sa foi; il tomba sous les coups du ca-\ntholicisme à l'époque où la Saint-Barthélémy, préparée de longue\nmain par la papauté, fit un vaste charnier de la France. En sa qualité\nde victime, Goudimel m'intéresse autant que les Coligny, les La Roche-\noucauld, lesCaumont de la Force, les Renel, les Pardaillan, les Piles ;\ncomme compositeur, il m'inspire une véritable admiration; le chantre et\n\nLE SONNET\n\n(i) Voir le numéro du iB août»"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "271", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.32", "texte": "LE SONNET\n\nle martyr sont dignes l'un de l'autre ; dans l'œuvre ainsi que dans\nl'homme, le cœur occupe une large place. Et pourtant on t'oublie, mon\npauvre Goudimel ! on oublie ta noble et belle figure ! Et vous, ses six\nfrères en harmonie, on vous oublie aussi !\nQue l'évêque de Comminges, Bertrand, ait été un grand homme, j'y\nconsens, et je suis charmé d'apprendre qu'on l'honore le i 5 octobre;\nqu'un Bertrand de date moins récente, issu de la maison des comtes\nd'Aquitaine, ait vécu sous Clotaire et soit passé, après sa mort, à l'état de\nsaint, j'en suis ravi; qu'on me renseigne sur tous les Nicolas du monde,\ny compris le patron de la Russie et celui des jeunes garçons, rien de\nmieux; qu'on me dise enfin que Pierre Lassus, chirurgien de Mesdames,\nfilles de Louis XV, fut chirurgien consultant de Napoléon ler,Ier, j'en\néprouve une satisfaction profonde; toutefois je ne serais pas fâché qu'on\ndaignât modifier sur la vie et les ouvrages des Bertrand, des Boni, des\nNicolas de la Grotte, des Lassus, individualités célèbres qui contribuè-\nrent à la gloire de la Renaissance.\nFatal à la grande poésie, le sonnet ne l'est pas moins à la grande\nmusique. Il se prête mal aux élans de l'imagination, aux mouvements\nvirils de la passion, aux contemplations sublimes ; le grandiose l'effraie,\nle surhumain l'effare ; il se refuse aux développements poétiques et sur-\ntout aux développements musicaux ; s'il entrave le poète, il enchaîne le\nmusicien. Tandis que l'ode ajoute les strophes aux strophes, se meut\nmagistralement dans une forme ductile, croît démesurément, bondit vers\nl'infini, étend ses ailes à l'envergure immense, et traverse la nue, l'azur,\nles cieux en rêvant à l'illimité, le sonnet, lui, songe à la terre et s'y\nattache. Il semble crier à l'auteur, au compositeur : « Soyez brefs; dites\nvite ce que vous avez à dire, autrement le temps vous manquera ; n'allez\nni trop haut ni trop loin ; ne vous égarez pas dans les espaces; si vous\nvous mettiez à la fenêtre de l'idéal, vous vous heurteriez aux barreaux\ndont je l'ai garnie! Restreignez-vous, ne quittez pas ce globe infime et\nmorose. Atlas nouveaux, ne cherchez pas à voir dans le ciel, car alors\nvous vous sentiriez retenus dans mes liens invisibles comme le passereau\ndans les serres du vautour, comme un peuple sous le sceptre de son\ngracieux souverain, comme le hanneton attaché par la patte à un fil. O\nsonnettistes! je vous tiens, vous êtes mes féaux, mes captifs, mes esclaves:\ncontentez-vous du domaine humain ; fréquentez les sentiers, les chau-\nmes, pénétrez dans les palais, aimez, flattez, caressez la beauté, moquez-\nvous des méchants et profitez de la minute que je vous accorde. Au\nsurplus, vous auriez tort de vous plaindre. L'amitié vous tend la main,\nla rêverie vous invite, la gaieté vous attire sous le pampre jauni où la"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "272", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.33", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ngrappe se suspend, lumineuse et dorée, l'amoureuse flamme voltige sur\nvotre front, le fleuve vous offre ses reflets, le bois ses ombrages, le soleil\nses rayons. Sévères ou non, vos maîtresses sont belles ; vous êtes jeunes :\nréjouissez-vous! Allons ! les verres sont pleins : buvez ! avril a reverdi\nles prés où fourmillent de gentilles corolles : respirez les mille parfums\ndes fleurs ! l'amour passe devant vos vingt ans : souriez ou pleurez ! une\ninjustice vous frappe, un abus vous blesse, un préjugé vous irrite, un\nsot vous assomme, vous agace, vous persécute : souvenez-vous du nom\nque me donnait Lope de Véga ; transformez-moi en épigramme, changez\nmon quatorzième vers en flèche et décochez le trait rapide ; il atteindra\nle but.\n« Et vous, compositeurs émérites qui voulez me parer de mélodies nou-\nvelles, respectez-moi, s'il vous plaît. Peut-être ai-je aussi des droits; ne\nles méconnaissez pas. Suis-je un simple prétexte à musique? Nous sépa-\nrerons-nous, nous querellerons-nous au lieu de cheminer ensemble et de\nnous accorder? Moi, l'inspirateur, deviendrai-je le serviteur? Pouvez-\nvous me disloquer à votre fantaisie ? m'obliger à répéter dix fois ce que\n'ai déjà dit, sous prétexte que, sans ces répétitions, votre morceau serait\ntrop court et qu'il est urgent de l'allonger? Signé Ronsard, Remi\nBelleau, du Bellay, devrai-je consentira me voir corriger par vous? Mes\nquatrains, mes tercets, mes vers, mes hémistiches, mes rimes, les mots\nvieillis devront-ils souffrir d'intempestives modifications? Me traiterez-\nvous comme M, Richard Wagner traite Gluck et Beethoven, ajoutant,\nretranchant, refaisant, rajustant; dénaturant l'ensemble et les détails,\nenlevant son caractère, sa couleur, sa date à l'œuvre immortelle, et la\ndéfigurant par d'outrecuidantes retouches? Ah! ne l'oubliez pas : la\nforme musicale doit s'adapter scrupuleusement à la forme poétique; Tune\némane en quelque sorte de l'autre ; quant aux changements, aux répéti*\ntions, ils sont inconvenants, ridicules, et les redites systématiques appli-\nquées à tout ce qui se chante, exciteraient partout un rire homérique si\nl'usage qui consacre tant de sottises n'imposait pas silence au sens\ncommun. »\nJusqu'à présent, ô vieux sonnet, la France et l'ltalie n'ont pas suivi\nreligieusement tes sages recommandations, et il n'est point rare que nos\nmaestri obligent un malheureux chanteur à s'exprimer à la façon de cer-\ntain apothicaire en conversation avec M. de Pourceaugnac. L'apothi-\ncaire, armé d'un instrument dont le nom ressemble assez à celui d'une\njolie plante, le seringa, engage M. de Pourceaugnac à s'en servir."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.34", "texte": "à Madame Ida ASTRUC\nUN VIRTUOSE DE LA NUIT\nPoésie de\nFrançois BARRILLOT\nMusique de\nLouis LACOMBE\n\n(60)"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.35", "texte": "(80)"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.36", "texte": "(60)"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.37", "texte": "(60)\n\nMai 1873."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.38", "texte": "à Monsieur Arthur HEULHARD\nLIBRE!\nPoésie de\nFrançois BARRILLOT\nMusique de\nLouis LACOMBE\n\n(«!)"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.41", "texte": "H\n(61)\n\nP. Bertrand grav:\nImp: Arouy rue du Delta 26"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "273", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.42", "texte": "LE SONNET\nV.\n\nL'APOTHICAIRE\nMonsieur, voici un petit remede, un petit remède qu'il vous faut\nprendre, s'il vous plaît, s'il vous plaît.\nM. DE POURCEAUGNAC\nComment ! Je n'ai que faire de cela !\nL'APOTHICAIRE\nIl a été ordonné, monsieur, il a été ordonné.\nM. DE POURCEAUGNAC\nAh t que de bruit !\nL'APOTHICAIRE\nPrenez-le, monsieur, prenez-le ; il ne vous fera pas de mal, il ne vous\nfera pas de mal.\nM. DE POURCEAUGNAC\n. Ah!\nJ\nL'APOTHICAIRE\nC'est un petit clystère, un petit clystère, bénin, bénin ; il est bénin,\nbénin ; là, prenez, monsieur; c'est pour déterger, pour déterger, déterger.\nVaillants chanteurs, superbes ténors, basses vénérables, graves con-\ntraltos, gracieux et agiles sopranos toujours prêts à enjoliver les belles\nchoses par les ornements de votre cru que vous y glissez pour faire\nvaloir vos bonnes notes ! chanteurs divins, amoureux des traits, cour-\ntisans des trilles, adorateurs perpétuels des gammes, défenseurs de tout ce\nbagage vieilli, froid, décoloré qui prête une allure vulgaire aux œuvres\noriginales et supérieures; chanteurs délirants dont la cassette tourne à la\nmine d'or ; rossignols bourrés de billets de banque, fauvettes couvertes\nde diamants, quand viendra-t-elle enfin, l'heure désirée où les maîtres ne\nvous lanceront plus sur les brisées de ce pauvre apothicaire?\nEn Allemagne, Schubert fut un des premiers à réagir contre les rabâ-\nchages déplorables dont l'école italienne s'est montrée si prodigue. Sous\nce rapport, il alla beaucoup plus loin que Mozart. Il s'identifia avec le\npoète; il le respecta; il en fit son ami et non son valet; il l'aima,\nil s'appuya sur lui, il partagea le pouvoir.\nN'oublions pas un point essentiel.\nLa musique instrumentale est libre, la musique vocale ne l'est pas.\nSchubert le sentit. Il comprit que la poésie est la base de la musique\nchantée; il vit clairement à quoi le poète obligeait le musicien. Plein\nd'égards pour les collaborateurs qu'il s'était choisis, les Gœthe, les\nSchiller, Mayrhofer, Schober, Ossian, il ne les arracha pas à leurs pié-\n\ni 8"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "274", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.43", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ndestaux ; il ne crut pas qu'il lui était permis de torturer leur pensée. Il\nvoulut l'embellir, l'éclairer davantage, ajouter à son éclat, à sa profon-\ndeur, à sa verve, à sa mélancolie, à son charme ; alors, il sonda 1 idée, il\nétudia le sujet, il rendit la phrase, il se soumit aux exigences du vers ; il\nobéit à la prosodie ; le mot, il le présenta sous son véritable aspect, il lui\nlaissa sa vraie signification, il en augmenta 1 énergie, l'esprit,, la grâce\npar une adaptation merveilleuse du son à la parole. Aussi est-ce en alle-\nmand qu'il faut interpréter ou entendre les Lieder de Schubert. Traduits\nen français, ils ne conservent qu'une partie de leur mérite. Schubert se\ngarde bien d'apporter le moindre changement à la forme choisie, adoptée\npar le poète ; il la suit dans tous ses mouvements, dans ses ondulations,\ndans ses mille caprices ; il y adhère comme la barque à 1 onde, comme le\nnid à l'arbre; il s'y incorpore, il la remplit ; il y ajoute sa sympathique\nindividualité, il y joint les battements de son cœur, il la dilate dans une\nsorte de rayonnement où il semble qu'elle s'éthérise pour redevenir un pur\nesprit. De cette consciencieuse fidélité au poète naît, dans les étonnantes\ncompositions de Schubert, la variété prodigieuse et logique des formes\nmusicales et leur harmonie parfaite avec les formes poétiques.\nOn comprendra sans peine combien est sensée, nécessaire, intéres-\nsante cette union étroite entre le poète et le musicien, et les personnes\nmême qui ne s'occupent pas spécialement de ces questions, devineront\nquelle force réside dans l'art de la composition ainsi pratiqué.\nMais, m'objectera le lecteur, par quel miracle évitera-t-on les répé-\ntitions dont vous vous plaignez, lorsqu'il s'agira d'ajuster un air à un\nsonnet ? Le sonnet est court; il fournit difficilement matière à un mor-\nceau ; si les vers dont il se compose sont décasyllabiques, octosyha-\nbiques ou même tétrasyllabiques, il deviendra impossible, musicale\nment parlant, d'en tirer parti.\nJe répondrai à cela que si le compositeur trouve cette besogne malai-\nsée ou ingrate, nul ne la lui impose et qu il peut se dispenser de 1 en-\ntreprendre.\nLe sonnet étant redevenu à la mode depuis quelques années, plusieurs\njeunes gens se sont appliqués à le réchauffer des sons de leur musique.\nOnt-ils réussi ? Oui et non. Parmi les heureux, je citerai MM. Masse-\nnet et Gouvy; parmi les malheureux... Mais je me tairai sur le compte\nde ceux-ci.\nIl y a sept ou huit ans, madame Marie Damoreau, une cantatrice qui\nchante juste et qui a du talent, me disait : Faites-moi donc un sonnet ?\nLà- dessus, elle partit pour Nice. Moi, je continuai mes voyages de\nPassy à Paris et de Paris à Passy où je demeurais alors. J ai toujours"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "275", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.44", "texte": "LE SONNET\n\naimé la campagne. Pourtant, ma prédilection pour les bois et la solitude\nn'entrait pour rien dans la résolution que j'avais prise de me fixer momen-\ntanément à Beauséjour : j'espérais que le grand air rendrait la santé à\nune pauvre malade que j'aurais voulu sauver au prix de ma vie. Un soir,\nla mort frappa à ma porte et m'enleva l'être cher... Je souffris, je pleu-\nrai, je me sentis entraîner vers le gouffre où nous tombons tous. Vivre\nm était insuppoi table, mourir m était indifférent. Un jour pourtant,\nmon cœur se reprit à aimer. La providence m'envoyait une consolation.\nJe me remaiiai. Je ne songeais plus à la demande de madame Damoreau,\nlorsque je rencontrai à Bruxelles Zacharie Astruc. Nous nous liâmes. Il\nme présenta ses Quatorze stations au salon7 je les lus et j'y remarquai\ndeux sonnets qui me plurent tellement que, les revêtir d'un chant, fut\n1 affaire d un instant. Astruc applaudissait ma musique avec enthou-\nsiasme ; j acclamais avec bonheur ses vers, sa sculpture, ses ravissantes\naquarelles ; notre sympathie réciproque se développa rapidement, et un\nmatin, j'adressai les rimes suivantes à Fauteur du magnifique Saint-\nFrançois exposé maintenant au Palais de l'lndustrie.\nVous reçûtes le cœur et le front d'un poète,\nVous qui save% traduire en trois langues le beau,\nEt vous êtes de ceux que jamais le tombeau\nN engloutit tout entiers quand la mort les lui jette.\nLe chemin creux,• le bois, la source, le corbeau,\nLes blés jaunis, le flot poursuivant la mouette,\nTout vous est poésie ! Ainsi que Valouette,\nDès Vaube vous chante% l'azur, les fleurs et l'eau.\nLa Muse, près de vous a replié ses ailes ;\nLa plume, le ciseau vous demeurent fidèles ;\nLa palette s'épuise et demande merci.\nTriste ou joyeux, toujours plein d'ardeur et de sève,\nVous poursuivef sans fin le réel et le rêve :\nL'art vous admire, et Dieu doit vous aimer ainsi.\nDe retour à Paris, j'y retrouvai mon vieil ami et collaborateur Fran-\nçois Barrillot. Il avait subi le siège, la commune; il avait résisté au\nfroid, aux privations, à la misère. La passion des sonnets l'avait aussi\ngagné. Il en avait griffonné des masses sous les obus versaillais. Absorbé\ndans son travail, il errait par les rues, il passait sous le feu des barri-\ncades au risque de se faire fusiller, puis il rapportait chez lui un hymne"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "276", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.45", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nà la patrie, une malédiction contre la guerre, un cri de liberté, une espé-\nrance pour l'âme immortelle avide de fraternité et d'absolu. Pendant ses\ndangereuses promenades, il se serait volontiers écrié comme Napoléon,\nje ne sais plus à quelle occasion : « Le boulet qui doit me tuer n'est pas\nencore fondu. »\nDans ses sonnets, Barrillot aborde tous les genres : on y rencontre\nl'idylle, cette favorite de Théocrite et de Moschus, l'ode, la complainte,\nla ballade, Tépigramme. On y aperçoit la religion, la philosophie,\nl'amour de la patrie et l'amour plus élevé de l'humanité; on y sent\nvibrer à chaque ligne une tendresse inexprimable pour le peuple, pour\nles petits, pour les déshérités ; on y coudoie la haine de la tyrannie et de\nl'ignorance, ces deux colonnes du pouvoir tel que le passé l7a compris ;\non y lit maintes pages d'histoire ; le présent soucieux y tourne vers l'a-\nvenir son visage plein de larmes; la terre s'y montre avec ses forêts, ses\nmers, ses plaines, ses monts à la blanche couronne de neige, et l'infini y\napparaît par delà les cieux ruisselant d'étoiles.\nLa poésie moderne, la poésie contemporaine surtout, ne nous initie\npas souvent aux saines pensées, aux sentiments généreux. Elle se traîne\nordinairement dans une phraséologie vide et nauséabonde. Elle prend le\nfaux pour le vrai, le laid pour le beau, le mal pour le bien. Le charlata-\nnisme lui va. Semblable au ballon qui s'enfle et crève, il ne reste d'elle\nqu'une enveloppe détendue, inutile, sans valeur. C'est donc une jouis-\nsance singulièrement intense de lire un ouvrage qui touche aux plus\nhautes questions sociales, qui remue la tête et les entrailles, qui est\nvivant humain, spirituel, grandiose. Cette jouissance, je l'éprouvai\nen parcourant les sonnets de Barrillot et je voulus associer ma musique\nà ses vers. A mon tour je chantai. Voilà comment la Chronique musicale\npublie dans le présent numéro et a publié le i 5 août dernier, outre\nAspiration, quatre fragments d'une œuvre inédite.\nPeut-être essaierai-je bientôt d'apprécier ailleurs la tâche redoutable\nque j'ai entreprise. Maintenant, j'abandonne les amateurs à leurs impres-\nsions. Y aura-t-il des oreilles qui se tendront vers Barrillot, vers moi ?\nPourquoi pas ? Dans les ténèbres où nous passent çà et là des\npenseurs qui croient aux aurores successives appelées civilisations, aux\nrevanches du droit contre la force, à la délivrance des masses, à la\nscience, à l'art, à la victoire remportée par la vertu sur le vice, à l'écra-\nsement possible des bourreaux, à la résurrection, à la récompense des\nvictimes, s'élevant dans plus de lumière à chaque nouvelle réincarnation.\nCes penseurs perdus dans la nuit regardent blanchir l'horizon, et ils\nsentent grandir l'espoir en eux, en écoutant ce cri suprême :"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "277", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.46", "texte": "LE SONNET\n\nSur e peuple asservi le despotisme règne ;\nLe progrès creuse en vain son éternel sillon ;\nA toute vérité Von essaye un bâillon ;\nLa force dit au droit : « Crois-tu que je te craigne? »\nL'hypocrisie étend comme la musaraigne\nSes ailes dans la nuit; la pourpre, ce haillon,\nDemande Veau bénite à l'humble goupillon,\nEt tous les deux, d'accord, éternisent leur règne.\nLes peuples accablés par le poids des impôts\nTravaillent sans relâche; ils trouvent le repos\nQuand la mort en passant raidit leur face hâve.\nL'Évangile, expliqué par des hommes sans foi,\nNest plus que l'oppresseur de la raison esclave...\nFille du Dieu vivant, Liberté, Lève-toi!\n\nLOUIS LACOMBE."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "278", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.47", "texte": "REVUE DES THÉÂTRES LYRIQUES\n\nOPÉRA : Robert-le-Diable. La Favorite. Débuts.\nRobert-le-Diable. Débuts de mademoiselle Belval et de M. Vergnet.\nOBERT a sa place irrévocablement marquée au répertoire\ncourant.\nIl a été traduit en allemand, en italien, en anglais, en\n#\nrusse, en danois, en polonais, et bien qu'il en manque\ntoujours une bonne traduction française, c'est l'opéra le\nplus populaire de Meyerbeer. Toutefois, ce n'est pas le meilleur.\nD'abord, il est kilométrique, et, sans les bottes de sept lieues de l'ogre, il\nest malaisé d'aller jusqu'au bout.\nEnsuite, le prince de Grenade et la princesse de Sicile font sonner,\npendant tout le trajet, des fanfares exorbitantes. Malgré tout, la partition\nde Robert a gagné une bataille décisive dans l'histoire de l'art. Elle fut\nle boulevard du romantisme lyrique : elle est la clef de la trilogie dra-\nmatique de Meyerbeer. C'est une date, et qui restera,\nRobert n'avait point été représenté à Paris depuis l'incendie de l'an-\ncienne salle. Mais l'intérêt de la reprise portait principalement sur les\ndébuts de mademoiselle Marie Belval dans le rôle d'lsabelle et de\nM. Vergnet, dans celui de Raimbaud.\nC'est la première fois que j'entends mademoiselle Belval dans l'opéra\nfrançais. Je ne l'ai point vue dans les Huguenots, mais je me rappelle la"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "279", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.48", "texte": "REVUE DES THÉÂTRES LYRIQUES\n\nchanteuse italienne de Don Pasquale et de Semiramide. Ses progrès sont\nincontestables : seulement, ils ne s'exercent pas concurremment sur\ntoutes les parties de son art et ne présentent pas, dans leur marche, un\nfront régulier.\nMademoiselle Belval traverse, en ce moment, sa période de transition,\nla plus délicate qui puisse se présenter dans sa carrière. Au début de\ncette période, la situation est aussi compliquée pour 1 artiste que\npour le critique. L'artiste qui possède alors une somme à peu près\négale de qualités et de se dissimule généralement ses défauts\npour s'exagérer ses qualités ; et le critique, lui, se trouve en face d'une\nconsultation grave dont la bienveillance et la vérité doivent se partager\nles frais : conciliation toujours difficile !\nLa jeune cantatrice possède une voix de soprano que j'ai autrefois\nclassée dans la famille des grimpeurs. Ce soprano est étendu, vivace,\nhomogène, particulièrement juste, même dans ses pointes les plus auda-\ncieuses, et d'un métal résistant, toutes conditions indispensables à 1 em-\nploi des Dorus ; mais il baigne dans un filet de vinaigre d'où il faut abso-\nlument l'extraire. Je dirai donc à mademoiselle Belval : Tempérez\nl'émission du son, si votre souffle est trop abondant, sans quoi vous\nn'obtiendrez jamais le charme et la douceur, et vous éraillerez cons-\ntamment la corde vocale.\nSurveillez également, et de très près, votre prononciation, qui est\nlâche, et votre accentuation, qui est molle, si vous voulez restituer au\nrécitatif sa couleur magistrale. Vous avez contracté, dans votre excur-\nsion sur les domaines du chant italien, l'habitude d'ouvrir démesuré-\nment les voyelles, et vous l'étendez jusqu'à Ye muet, de sorte que vous\nprolongez les mots au delà de leurs limites : n'engagez pas votre langue\naussi avant entre vos dents pour lancer l's, sinon vous tombez dans le\ncanto saponato, qui donne un air d'indifférence à tout ce qu'on chante.\nVous avez l'aplomb d'une excellente musicienne : les surprises de la\nmesure ne vous déroutent pas, et vous avez un instinct très vif des mou-\nvements et des rhythmes. Vous réussissez presque tous vos traits, ce qui\nprouve que vous pourriez attaquer la note simple du chant avec plus de\ndécision et de chaleur. Une phrase musicale doit être arrêtée solidement\ndans ses lignes : c'est une corde d'arc. Si vous ne la tendez pas, comment\nlancerez-vous vos flèches ? La nature vous a donné 1 instrument : que\nl'art vous apprenne maintenant à le faire vibrer.\nVoilà l'avis du docteur Tant pis. Le public a joué le rôle du docteur\nTant mieux en applaudissant chaleureusement la débutante après son\nbel air de : Grâce, qu'elle a dit avec infiniment d'intelligence."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "280", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.49", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nAux côtés de mademoiselle Belval, débutait, dans le petit rôle du trou-\nbadour normand, le ténor Vergnet. Nous sommes convaincu que le talent\ndéjà formé de ce jeune artiste réclamait un rôle plus important, et mieux\napproprié à ses moyens. M. Vergnet s'est fait déjà apprécier de la cri-\ntique, qui rêve pour lui des destinées beaucoup plus relevées que celles\nd'un ténor léger. Son mérite a surgi tant aux différents concerts dans\nlesquels il s'est produit qu'aux concours du Conservatoire d'où il est\nsorti, il n'y a qu'un mois, pliant sous le faix des couronnes. Sa voix est\ndu timbre le plus franc et le plus naturel qui se puisse entendre. Il a dit\navec beaucoup de goût sa ballade du premier acte, et a été rappelé après\nson duo avec Bertram, duo que les programmes du Conservatoire quali-\nfient de bouffe, dénomination contre laquelle je m'insurgerai jusqu'à la\nmort, dussé-je soulever les pavés de la rue Bergère. Nous attendrons le\ndébut qui convient réellement à M. Vergnet pour nous exprimer en\nliberté sur son compte.\nM. Halanzier a accommodé de son mieux la scène du Théâtre-Italien\naux exigences décoratives de Robert le Diable, et, de ce côté, il n'y a\naucun reproche à lui faire. Mais l'orchestre et les chœurs ne paraissent\npas bien remis des émotions de la chasse à l'auroch, qui fut si fatale à\nYEsclave.\ns. 9 (\ni:<- - „ ' .\nLa Favorite. Début de M. Manoury.\nJ'ai eu la curiosité de lire le Comte de Comminges ou les Amants\nmalheureux, un vieux drame du sieur Baculard d'Arnaud, qui passe\npour être l'embryon du livret de la Favorite. MM. Royer, Vaëz et\nScribe se seraient inspirés de Baculard, ils auraient dévalisé Baculard,\npillé le bagage littéraire de Baculard. Mais Baculard déclare lui-même\nqu'il a pris le sujet de sa pièce dans une nouvelle de madame de Tencin,\nqui porte à peu près le même titre. Madame de Tencin, de son côté,\na laissé dire que son neveu Pont-de-Vesle n'était pas étranger à la rédac-\ntion des Mémoires de Comminges> Enfin, il n'est pas certain que l'in-\ntrigue de ce roman soit de l'invention de Pont-de-Vesle.\nL'histoire de la Favorite est celle de tout le théâtre, et les plus grands\ndramaturges ne sont que des perroquets de génie.\nPas plus que Poinsinet tant mystifié, Baculard tant ridiculisé n'était\nun sot. Il avait plus d'une idée saine sur l'art, rêvait des réformes quasi"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "281", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.50", "texte": "REVUE DES THÉÂTRES LYRIQUES\n\nromantiques dans la coupe théâtrale, se révoltait contre l'immuable et\nmorbide procédé de la tragédie, mutilait la mythologie absorbante des\nclassiques, et décapitait l'Olympe à sa façon. Il appelait la pantomime\n« l'éloquence du corps, » et la classait parmi les agents spécifiques du\ndrame. Il est un des rares esprits du dix-huitième siècle qui aient com-\npris Shakespeare, et, dans son Comte de Comminges, il y a comme un\nreflet lointain d'Hamlet que je place bien au-dessus des traductions aca-\ndémiques de Ducis. Il entendait sourdre au loin la préface de Cromwell,\nmais le nerf et la phraséologie révolutionnaires lui manquaient égale-\nment. Il fut à peine prophète.\nDans le Comte de Comminges, le pauvre Baculard a voulu peindre\nsur le vif la lutte des passions humaines et de la loi monastique. Si Ton\nretranche de la Favorite le second tableau du premier acte, ainsi que le\nsecond et le troisième actes en entier, cet opéra offre une analogie\ntrès frappante avec la sombre élucubration de Baculard. Enlevez à la\nFavorite sa vaste échappée sur la cour de Castille au temps d'Alphonse\nle Onzième, jetez par-dessus la rampe toute cette partie héroïque et\ngalante, et vous retrouvez le Comte de Comminges, en ce que ses situa-\ntions ont d'essentiel.\nDans Baculard, la scène se passe à l'abbaye de Rancé, chez les Trap-\npistes. Là, Balthazar chante les basses sous la robe du Père abbé : Fer-\nnand, comte de Zamora, soupire ses romances de ténor, et s'appelle\nComminges, en religion, frère Arsène. On souffre qu'Alphonse de Cas-\ntille erre à l'ombre des sycomores, à condition qu'il réponde au nom du\ngénéreux d'Orsigni. Léonore de Guzman y gémit sans obstacle, en tra-\nvesti, et joue le rôle d'Adelaïde, en religion frère Euthime. Le reste des\npersonnages est à l'avenant.\nBaculard descendait paisiblement le cours oléagineux du Léthé, à\nl'abri du souvenir importun des générations, lorsqu'il fut rencontré par\nMM. Royer, Vaëz et Scribe, bien déterminés à le traîner jusqu'au fond\nde la Castille. Et comment résister à MM. Scribe, Vaëz et Royer? Celui\nqui met un frein à la fureur des flots, sait-il du librettiste arrêter\nles complots? Évidemment non. Avec de tels cicerones, l'infortuné\nBaculard eût pu aller échouer à la Terre de Feu !\nMais abandonnons Baculard, qui ne peut plus être sauvé, et tendons\nla main à M. Manoury, un jeune artiste qui vient d'entrer, toutes\nvoiles dehors, à l'Opéra, où il a débuté par le rôle d'Alphonse, de la\nFavorite. Je suis assidûment les concours du Conservatoire, et surtout\nceux de chant, d'opéra et d'opéra comique. J'y ai vu défiler, depuis trois"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "282", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.51", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nans, nombre d'élèves distingués, et je n'hésite pas à dire, après avoir\nscrupuleusement fouillé ma mémoire, que de tous ceux-là, c'est M. Ma-\nnoury que je préfère. Et cela, parce qu'il est en possession non seule-\nment de rares qualités naturelles, mais aussi de moyens pratiques extrê-\nmement propres à leur développement. Sa méthode ne le trahira\njamais. Voilà le point que je considère chez tout lauréat de notre Ecole\nde musique : je ne demande pas qu'il me paye comptant et sur table;\nj'aime mieux cent fois lui faire crédit, si je le sais solvable à un mo-\nment donné. C'est à moi de m'en assurer.\nJ'ai entendu M. Manoury dans des morceaux d'un style très différent\net d'une couleur tonale assez variée, l'air du celui de la\nromance d'Hoël dans le Pardon de diverses scènes\net de la Reine de Chypre.\nC'est un baryton dont le timbre me rappelle beaucoup celui de\nMaurel, que l'Opéra de Paris n'a pas su garder et qui est devenu l'un\ndes meilleurs chanteurs de l'ltalie. Il parcourt avec aisance son échelle\nnormale. La voix sonne avec égalité dans tout le registre, et àvec un\néclat plein de franchise dans les notes élevées telles que le/a, le fa diè\\e,\nvoire même le sol au-dessus de la portée. L'émission du son est des\nplus pures; c'est le fruit d'une respiration correcte et qui fait un heu-\nreux contraste avec ces horribles respirations claviculaires dont sont\naffectés la plupart des élèves du Conservatoire. La prononciation et l'ar-\nticulation vont de pair, toujours nettes, toujours ouvertes, sans emphase\ncomme sans faiblesse.\nEn outre, M. Manoury chante juste et sait ce qu'il chante. Il a de\nl'expression et du charme, voile le son avec beaucoup d'adresse dans les\npassages qu'il veut nuancer, et sait trouver dans ce jeu difficile ces oppo-\nsitions de timbre si flatteuses en honneur dans la méthode italienne. De\nplus, il vocalise habilement, ce qui lui permettrait, au besoin, d'aborder\nles rôles écrits en style fleuri par Rossini, Mercadante et autres, et qu'il\na fallu abandonner devant la pénurie des virtuoses.\nComme comédien, M. Manoury est un peu novice, et la majesté\nroyale semble lui peser lourd sur les épaules. L'habitude de la scène\nviendra corriger ses défauts, qui tiennent surtout au manque d'usage,\ncar le jeune artiste est intelligent, bien campé et doué d'un physique\navantageux. Il était, à n'en pas douter, sous l'empire d'une réelle\némotion, qui se traduisait par des intonations entachées de fausseté, et\ndes défaillances vocales qui ne survivront pas à cette soirée de début. Il\na parfaitement posé la fameuse phrase : ,et enlevé\navec vigueur Y allegro de son grand air. Dans son duo avec Léonore, il"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "283", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.52", "texte": "REVUE DES THÉÂTRES LYRIQUES\n\ns'est engagé résolûment dans la demi-teinte, mariant très adroitement\nsa voix à celle de sa partenaire, qui est parfois intempérante et qu'il faut\nsuivre presque à tâtons. Il a faibli dans sa romance : Pour tant d'amour,\net ne s'est vraiment relevé qu'au finale du troisième acte.\nOn a fait fête à M. Manoury, qui saura répondre à ces sympathiques\navances, en affirmant de nouveau son talent.\nBosquin est applaudi à outrance dans le rôle de Fernand qu'il tient\navec Pautorité d'un artiste. Rosine Bloch, qui lui donne la réplique\npassionnée de Léonore, se meut déjà aussi difficilement qu'elle s'émeut.\n\nARTHUR HEULHARD."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "284", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.53", "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nFAITS DIVERS\nous avons annoncéjdans notre précédent numéro que les\nItaliens allaient rouvrir sous la direction de M. Bagier. Le\nnouveau directeur change le titre de Théâtre-Italien.\nLe Théâtre Ventadour sera ouvert pendant toute l'année,\nsauf les mois de juillet et d'août. Les représentations\nd'abonnement des lundis, mercredis, vendredis et diman-\nches, seront consacrées aux ouvrages lyriques français, des jeudis,\naux représentations en italien, des ouvrages lyriques traduits du français,\nenfin, des mardis et samedis aux représentations, en italien, des opéras fran-\nçais-italiens, allemands, etc.\nIl sera donné, chaque année, cinq opéras nouveaux, ainsi que la reprise\nd un grand nombre d'œuvres. La plus grande activité règne à ce théâtre, dont\nla partie musicale est placée sous la direction de réminent chef d'orchestre\nVianesi; l'ouverture aura lieu le ier janvier 1875. Cependant, pour l'automne\nprochain, en octobre, novembre et décembre, les représentations du Théâtre-\nVentadour auront lieu, comme par le passé, les mardis, jeudis et samedis.\nLes leçons et les cours de l'Académie lyrique dramatique et chorégraphique\nseront confiés à des maîtres des plus célèbres.\nLes artistes et les élèves qui seront admis, après auditions et examens, à\ncette académie, contracteront un engagement dont la durée et les conditions\nseront réglées par la direction.\nPendant leurs études, les élèves les~[moins avancés seront appelés, pour\ns'habituer promptement à la scène et au public :\ni° A figurer et à faire les emplois de pages;\n20 A faire leur partie dans les chœurs et les ensembles;\n3° A doubler ensuite les troisièmes, deuxièmes et même les premiers rôles,\nquand ils auront été jugés capables après les examens.\nDes cachets fixés par un tarit suivant les différents emplois, leur seront\nalloués chaque fois qu'ils seront appelés à faire un service; ce qui leurper-"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "285", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.54", "texte": "VARIA\n\nmettra, tout en faisant leurs études gratuitement, de recevoir quelques\nrémunérations.\nL'objet de cette institution étant de contribuer, avec quelques-uns des\nprincipaux professeurs de Paris, au développement et au perfectionnement\nde l'art lyrique, dramatique et chorégraphique, ceux-ci pourront présenter\nleurs élèves à l'admission de cette académie et continuer à faire leur instruction\naux cours, leçons et ensembles organisés au Théâtre Ventadour, tout en\ncontinuant leurs leçons particulières chez eux.\nUne messe en musique, au profit des pauvres, a été chantée dimanche,\n6 septembre, à Port-Marly, par MM. Caillot, Soto, Froment, et mesdames\nCaillot et Kleym. L'orgue était tenu par madame Marie Deschamps, qui a\naccompagné avec M. Gilette, harpiste, et le docteur M..., violoniste, Y Ave\nMaria, de Gounod.\nNous n'avons pas à faire l'éloge de ces artistes bien connus; disons\nseulement qu'on a beaucoup remarqué la belle voix et l'excellente méthode de\nM. Soto, l'ancienne basse chantante du Théâtre-Lyrique.\nM. L. Escudier et M. C.du Locle viennent d'être faits officiers de deux\nordres italiens : le premier, de la Couronne d'ltalie; le deuxième, des Saints-\nMaurice et Lazare.\n\nNOUVELLES\nARIS. Opéra. M. Halanzier est parti pour Milan, où il doit\nengager mesdames Stolz et Waldmann, les célèbres cantatrices qui\nont interprété, cet été, la Messe de Requiem de Verdi, à l'Opéra.\nComique.\nM. Jules Cohen vient d'être nommé chef du chant à l'Académie de\nmusique.\nOpéra-Comique, Madame Garvalho a fait sa rentrée avec son succès\nhabituel dans Roméo et Juliette.\nVoici la distribution de Mireille, qui passera dans les premiers jours\nd'octobre :\nVincent MM. Duchesne\nMe Ramon Neveu\nOurias Ismaël\nMe Ambroise Dufriche\nMireille Mmes Carvalho\nTaven Lina Bell\nVincenette Nadaud"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "286", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.55", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nLa Fée, opéra comique en un acte, serait en préparation. Lelivretest de\nM. Octave Feuillet, qui Ta tiré de son roman, portant le même titre.\nM. Hémery, organiste à Saint-Malo, en a fait la musique.\nChâtelet (Opéra-populaire). Voici, quant à présent, la liste complète\ndes ouvrages reçus à l'Opéra populaire, et qui seront donnés dans le cours de\nl'année théâtrale 1874-1875.— Le premier spectacle se composera de :\nLes Parias, poème de MM. Hippolyte Lucas et Leroy, musique de\nM. Edmond Membrée, avec un prologue en vers de M. Georges Duval,\nLa Muse populaire, musique de M. Ehrhart. Ce prologue reparaîtra dans\nle second spectacle, avec\nLes Amours du Diable, de Grisar. Viendront ensuite :\nLa Halte du Roi, opéra comique, paroles de notre collaborateur M. Nuitter,\nmusique de M. Boieldieu,\nLes Filles de Feu, ballet en deux actes, scénario de M. Louis Gallet,\nmusique de M. J. Massenet; puis la reprise de\nLa Statue, de M. Ernest Reyer, transformée en grand opéra, avec récita-\ntifs remplaçant le dialogue.\nEnfin, deux grands ouvrages, dus à deux jeunes prix de Rome, termine-\nront probablement la saison, et passeront dans les premiers mois de Tannée\nprochaine :\nLe Capitaine Fracasse, opéra comique en trois actes, paroles de M.Catulle\nMendès, musique de M. Emile Pessard, et\nAmphytrion, opéra en trois actes, imité de Molière, par M. Saunois,\nmusique de M. Théodore Dubois.\nOn voit que la nouvelle direction du Châtelet ne perd pas son temps, et\nqu'elle promet de nous donner, non-seulement un opéra populaire, mais un\nopéra véritablement national.\n< 1 •\nFolies-Dramatiques. Voici la distribution exacte de la Fiancée du roi de\nGarbe, l'opéra comique de MM. Dennery et Chabrillat, musique de Litolff,\nque les Folies donneront le mois prochain :\nMamolin t MM. Milher\nZaïr Luco\nHispal Mario-Widmer\nGrifonio Emmanuel\nOmar Hamburger\nL'Alcade Haymé\nSidi-Boul Mousseau\nDon Rapallo Vavasseur\nJuanito Speck\nLe colonel Heuzey"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "287", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.56", "texte": "VARIA\n\nAlaciel Mmes Bogdani\nPépita Desclauzas\nBalkis Toudouze : \\\nLe grand opéra comique de M. Lecocq, qui passera à la fin de l'hiver à\nce théâtre, a pour titre : Don Juan.\nLe rôle de Don Juan sera créé par M. Widmer.\nV '\nRenaissance. —Jeudi, 10 septembre, première représentation de la Famille\nTrouillat, opérette en trois actes de MM. Blum et Grémieux, musique\nde M. Vasseur. La distribution de la pièce est ainsi faite :\nJoseph Trouillat MM. Paulin Ménier\nEloi Vauthier\nCactus Lacombe\nDucerceaux Julien\nCamusard Guillot .\nla Mariotte Mmes Thérésa\nBobinet Noémie\nPervanche Miroir\nThérésa a obtenu, pour sa part, un grand succès.\nGaité. M. Sardou remanie sa pièce de Don Quichotte, en vue du\nthéâtre de la Gaîté. 11 y sera ajouté une partie musicale, composée principa-\nlement de chœurs.\nBouffes-Parisiens. M. Millaud a lu aux artistes : Madame VArchiduc,\nopérette en trois actes, musique de J. Offenbach, et qui viendra après la Jolie\nParfumeuse qui a servi de pièce de réouverture.\nVoici la distribution telle qu'elle a été arrêtée définitivement par le direc-\nteur :\nMarietta Mmes Judic\nFortunato Grivot\nLa comtesse Raymonde\nGiacometta Nelly\nL'archiduc Ernest MM* Daubray\nGiletti Habays\nL'Hôte Homerville\nLe comte Fugère\nScœvola Grivot\nGoclès Jean-Paul\nFolies-Bergère. La salle, remise complètement à neuf, rouvrira ses\nportes au public, ce soir, i 5 septembre. On annonce, entre autres curiosités,\nun orchestre complet de Tziganes hongrois, dans leur costume pittoresque."}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "288", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18740915-01.1.57", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\nPropriétaire-Gérant : od HE ULH&4\nPar3F.— Imprimerie Alcan-Lévy, rue de Latayette, 61*\n\nAVIS\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX.\nos lecteurs devront chercher SIXIÈME\nVOLUME DE LA CHRONIQUE\nTABLE ANALYTIQUE ET ALPHABÉTIQUE DU CINQUIÈME\nVOLUME qui finit avec ce numéro.\nLes Tables de la Chronique Musicale paraîtront\ndésormais semestriellement."}]}