{"numero_id": "bm-bmtnabc-1874-11-01-01", "volume": "bmtnabc_1874-11-01_01", "ocr_sha256": "c916a3e521342c02bb23fc4d2c0e0656c0951f6411b9f9fe40e229c6464b24f7", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabc/issues/1874/11/01_01/bmtnabc_1874-11-01_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabc/issues/1874/11/01_01/bmtnabc_1874-11-01_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabc-1874-11-01-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-11-01_01#c001", "volume": "bmtnabc_1874-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "[97]", "page_fin": "104", "image_debut": 1, "image_fin": 8, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.2.1", "titre_corps": "LE PRINCIPE FÉMININ AU THÉÂTRE", "titre_sommaire": "LE PRINCIPE FÉMININ AU THÉÂTRE", "signature_source": "P. LACOME", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[97]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.1", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 681, "texte": "LE PRINCIPE FÉMININ AU THÉÂTRE\nPARADOXE\n\nL est une remarque facile à contrôler, et que\nchacun a pu, de façon ou d'autre, faire à son\ntour : c'est que dans la poétique moderne du\nthéâtre, le personnage féminin, sauf de très rares\nexceptions, accapare et dirige toute l'action; en\nd'autres termes, que toute œuvre dramatique\nrepose sur l'étude et les analyses multiples\nd'une passion unique : l'amour, le principe\nféminin.\nIl en est de même, d'ailleurs, dans la plupart des productions apparte-\nnant aux autres arts, et les tendances de la peinture, de la sculpture et\nde la littérature actuelles, consacrent de plus en plus cette prédominance\naux dépens des sujets d'un autre ordre*"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "98", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.2", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2330, "texte": "Or, il n'est pas nécessaire d'être très versé dans l'étude de l'antiquité,\npour être frappé chez elle d'une observation absolument contraire, et\nreconnaître promptement, dans le théâtre des anciens, la prédominance,\naux dépens du principe féminin, des sujets héroïques ou religieux,\nCes remarques, rapprochées du rôle que joue la femme dans la civili-\nsation païenne et de la place qu'elle occupe au foyer chrétien, seront le\nprétexte des lignes suivantes ; leur excuse est dans le sentiment si absolu\nde curiosité inassouvie que chacun porte en sor, au sujet de cet éternel\nchamp d'études et de batailles qui résume notre histoire et qui a nom :\nle cœur humain.\nI\nCommençons par établir quelques principes. Et tout d'abord, il me\nparaît que le paganisme, religion sensuelle et charmante, avait divinisé\nla femme aux dépens de l'homme. Dans l'Olympe des Grecs, la femme\nplane aux yeux ravis du poète dans un milieu idéal qui appartient\nà la divinité, mais la divinité ornée, pour ainsi dire, des faiblesses mor-\ntelles. Ce n'est pas sous un seul personnage que la femme est adorée,\nmais bien en un groupe harmonieux qui embrasse tous les âges, tous les\nlabeurs de son existence. Vierge et jeune fille avec Diane et Minerve, la\nvoici femme et épouse avec Vénus et Junon, mère avec Cérès, sœur et\namie sous les traits de Vesta.\nPar une contradiction bizarre, une opinion accréditée, sinon exacte,\nnous représente comme absolument sacrifié le rôle de la femme dans la\nsociété grecque.\nQue les anciens n'aient pas assigné à îa femme la place que nous lui\navons faite dans notre cœur et à notre foyer, c'est certain, et c'est affaire\nau tour particulier de leur génie et de leur temps. Mais qu'ils lui eussent\nréservé dans la vie ordinaire un rôle bas et effacé, après l'avoir ainsi\nexaltée sous des espèces divines,, c'est ce que je ne saurais croire. L'hétaïre\nétait la compagne brillante des hommes les plus éminents ; j'en appelle à\nPériclès, Alcibiade, Socrate lui-même. Quant à la matrone, quels respects\nne l'entouraient pas?\nDesine matronas sectarîer !\n(Cesse de poursuivre les matrones!)\ns'écrie Horace. Du reste, toute sa deuxième satire est le tableau le plus\ninstructif et le plus complet que nous possédions peut-être sur le point\nobscur et si important des mœurs antiques; il me plaît de croire que"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "99", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.3", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2473, "texte": "dans la vie de chaque jour, le païen comptait largement avec la femme.\nAthènes était sous son patronage. Et toutes ces poètes, ces guerrières,\ndont les noms nous sont parvenus, depuis la fille de Thucydide, qui\nachevait les œuvres de son père, jusqu'à l'athénienne Agnodice, qui prati-\nquait la médecine sous le costume masculin, ni plus ni moins que nos\njeunes doctoresses américaines, faut-il les considérer comme des excep-\ntions dues au hasard ? Encore une fois, je ne saurais le croire.\nMais le sujet de cette étude n'est pas la. Je me borne à constater la pré-\ndominance du principe féminin dans l'Olympe. Le paganisme était, en\nquelque sorte, une religion femelle, et dans les mille fictions d'un poly-\nthéisme riant, l'idée de la grâce, du beau., de l'esprit, de la valeur, s'incar-\nnait généralement sous les traits de la femme.\nL'héroïsme et la virilité prenaient leur revanche dans l'art. La poésie\népique n'admet le principe féminin qu'à l'état d'incident, et bien que,\nen somme, l'œuvre d'Homère roule sur les aventures d'Hélène, il faut\nbien reconnaître que Y Iliade et Y Odyssée offrent, avant tout, l'exal-\ntation des grands sentiments humains et des passions viriles.\nAu théâtre, même observation. La tragédie est sévère; certaines\ninfluèrent longtemps sur le gouvernement. Le personnage de la femme\ns'y affirme peu, s'y montre généralement en proie à des passions peu\nféminines. Les tendances sentimentales d'Euripide n'infirment en rien\ncette remarque.\nLes Romains sont, en tout, les plagiaires des Grecs, Seulement, la\ndélicate civilisation athénienne dégénère et perd sa finesse en passant par\nla pratique ét rude intelligence des fils delà Louve. Les Romains étaient\nquelque chose comme les Américains de ce temps-là, moins toutefois les\ngénéreuses tendances des hommes de l'Union, que l'on a vu plus d'une\nfois maintenir l'intégrité de leurs programmes humanitaires aux dépens\nde leurs plus graves intérêts.\nJ'établis donc, par ces quelques traits, le premier point de la question :\nF exaltation chez les anciens du principe féminin jusqu'à la divinisation,\nsa prédominance dans l'Olympe jusqu'à féminiser le paganisme, son\ninfériorité relative dans la vie ordinaire et dans les choses de l'art.\nNous allons voir par la suite des temps la contre-partie de cet état de\nchoses.\nII\nLa pensée chrétienne est née parmi le peuple élu. Fécondée par les\npersécutions, elle bouleverse le vieux monde et revendique les droits du"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "100", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.4", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2664, "texte": "faible et de Popprimé. Les idées sociales se transforment et s'épurent, le\nsentiment de l'infini embrase les âmes, la fraternité marque l'aurore des\ntemps nouveaux, Dans un ciel austère plane le Christ entouré des martyrs\net des patriarches : la religion mâle est née.\nLa femme prend place aux côtés de l'homme et devient son égale. Sous\nle mysticisme charmant de la Vierge mère, elle impose le respect et inau-\ngure la chasteté. Ce fut une surprenante et profonde transformation et,\nen nul autre point peut-être, la pensée chrétienne opposée à l'idée\npaïenne ne brille de lueurs plus personnelles.\nIl n'est pas à dire par cela que les premières sociétés chrétiennes aient\nimmédiatement réalisé l'idéal du divin maître, et même durant les\nheures obscures du moyen âge, le sort de la femme, vouée à toutes les\nignorances, formait un triste contraste avec le rôle brillant de l'Athé-\nnienne, par exemple. Il était réservé aux temps modernes de donner son\ndéveloppement prévu à la pensée de réhabilitation enfantée par la\nmorale évangélique.\nMais les doctrines, quelles qu'elles soient, ne sauraient cependant\nanéantir l'éternelle nature humaine. La femme, compagne de l'homme,\nsanctifiée par le respect, fît naître un sentiment nouveau, ou plutôt\ndonna une nouvelle forme généreuse et élevée au sentiment attractif, à\nl'amour; et de ce nouveau sentiment, à l'excès duquel la chevalerie\ndevait donner son nom, sortit peut-être toute l'esthétique moderne. Du\nmoment que la possession de la femme est devenue un but de conquête\nmorale, cette préoccupation, basée d'une part sur la nature humaine, et\nde l'autre sur la transformation des sentiments par le christianisme,\ndevient l'idée prédominante. Elle enfante la galanterie, sentiment in-\nconnu aux anciens, et, sous ce pavillon, le principe féminin s'installe en\nsouverain dans les arts, et, en particulier, au théâtre, qui fait plus spécia-\nlement l'objet de cette étude.\nDès lors, la pièce d'intrigue apparaît. Des origines mystiques du drame\nse dégage un drame plus humain ; il est bien encore gâté par le mélange\ndes idées héroïques et l'intervention des personnages surnaturels, mais\ncependant la personnalité féminine le domine, le vivifie et arrive peu à\npeu à en accaparer l'intérêt.\nLa scission avec le théâtre antique est radicale. Elle a frappé tout le\nmonde, mais on lui a attribué différentes causes. Fontenelle, dans ses\nréflexions sur la poétique, s'exprime ainsi ;\n<( Les anciens n'ont presque pas mis d'amour dans leurs drames; et\n« quelques-uns les louent de n'avoir pas avili leur théâtre par de si petits\n« sentiments. Pour moi, je pense qu'il n'ont pas connu ce que Tamour"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "101", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.5", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2555, "texte": "« leur pouvait produire,et qu'ils ne possédaient pas la science du cœur.»\nCe langage est bien celui d'une époque où on lisait peut-être encore\nCyrus et VAstrèe. En réalité, Fontenelle exprime mal une appréciation\njuste dans le fond. Les Grecs aimaient autrement que nous, voilà tout.\nLe désir chez eux n'avait pas à lutter avec les obstacles moraux que\nl'idée chrétienne lui a donnés pour barrière; il n'avait pas à compter\navec la dignité de la femme et le sentiment de son égalité avec l'homme\nconsacré par l'Evangile. Et si vous voulez, à ce sujet, le dernier mot du\nsans-façon antique, lisez-le tel qu'Horace le met dans la bouche du divin\nPlaton, dans la deuxième satire déjà citée.\nLa comédie d'intrigue n'avait que faire là où l'intrigue n'existait pas,\noù l'amour, triomphant dans la vie de chaque jour, rayonnait sous toutes\nles formes dans l'Olympe; où Sapho tenait école de plaisirs et de poésie,\noù Phryné plaidait sa cause elle-même,, où Socrate s'intitulait glorieu-\nsement le sage conseiller en amour, où chaque année, dans les princi-\npales villes de la Grèce, s'ouvraient des concours de beauté, mais\noù aussi, il faut bien en convenir, Platon lui-même professait que la\nfemme n'est pas l'égale de l'homme.\nLe principe féminin, chassé de ses autels par une foi nouvelle, basée\nsur le sacrifice et l'austérité, s'installa donc victorieusement dans la\nfiction et principalement au théâtre. A partir de Racine, l'intrigue\namoureuse est le vrai fond de toute œuvre dramatique, et la sévère tra-\ngédie elle-même ne peut échapper à cette loi. Le même Fontenelle, déjà\ncité, en cherche la raison :\n« Aucune autre passion ne peut avoir autant d'agrément sur la scène.\n« La disposition des spectateurs y contribue. N'y a-t-il pas plus\n« d'amour au monde que d'ambition ou de vengeance ? Tout ce qui est\n« régulier et sage aurait je ne sais quoi de froid sur le théâtre et pour-\n« rait même donner prise au ridicule. »\n« Bien en prit au grand Corneille, s'écrie à son tour Voltaire, dans sa\ncc préface de Zaïre, de ne s'être point borné, dans son Polyeucte, à faire\n« casser les statues de Jupiter par les néophytes... Tous ceux qui vont\n« au spectacle, ajoute-t-il, m'ont assuré que si Zaïre n'avait été que\n« convertie, elle n'aurait pas intéressé. Mais elle est amoureuse de la\n« meilleure foi du monde : voilà ce qui a fait sa fortune. Telle est\n« la corruption du genre humain ! » conclut-il en souriant.\nAu sujet de Polyeucte, il a rendu cette idée en quelques vers assez\njolis pour mériter qu'on les rappelle."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "102", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.6", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2099, "texte": "De Polyeucte la belle âme\nAurait faiblement attendri.\nEt les vers chrétiens qu'il déclame\nSeraient tombés dans le décri,\nN'eût été l}amour de sa femme\nPour le païen, son favori,\nQui méritait bien mieux sa flamme\nQue son bon dévot de mari\nDans la dissertation qui précède sa tragédie de S émir amis, Voltaire\ndit encore :\n« D'environ quatre cents tragédies qu'on a données au théâtre depuis\n« qu'il est en possession de quelque gloire en France, il n'y en a pas\n« dix ou douze qui ne soient fondées sur une intrigue d'amour. C'est\n« presque toujours la même pièce, le même nœud formé par une jalousie\n« et une rupture, et dénoué par un mariage... C'est une coquetterie\n« perpétuelle... Les femmes, dit-il ailleurs, qui parent nos spectacles ne\n« veulent souffrir qu'on leur parle d'autre chose que d'amour. »\nQu'aurait donc pu dire Voltaire s'il eût vécu de notre temps, s'il eût\npu voir ces œuvres sans nombre, qui, sous une forme terrible ou légère,\nne sont que la paraphrase perpétuelle d'un sentiment unique, l'étude\nsous toutes les formes du principe féminin, dans ses grandeurs comme\ndans ses faiblesses, dans ses charmes comme dans ses amertumes.\nLe roman a profité de cette tendance en la renforçant encore. La pein-\nture et la sculpture ont suivi la même voie. Et c'est de la sorte que la\nfemme, chassée du ciel, a retrouvé ses autels dans l'art.\nMais c'est au théâtre, surtout, que le principe féminin s'affirme\net règne d'une manière exclusive ; la raison en est probablement que, à\nla scène, la réalité des personnages donne une vie particulière, un\nétrange relief aux fictions de l'intrigue.\nIII\nMe voici arrivé à la conclusion des quelques observations qui précè-\ndent; ces observations appartiennent à la fantaisie, mais leur sujet est le\nplus vivant qui soit.\nLa conclusion en est assez embarrassante.\nEt d'abord je sens qu'elle doit être dédiée aux dames, ce qui ne rend\npas la tâche plus facile, car je ne voudrais leur dire que des choses agréa-\nbles, ne fût-ce que pour me faire pardonner les abstractions de quintes-\nsence auxquelles je viens de me livrer."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "103", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.7", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2603, "texte": "Essayons donc :\nIl est incontestable, Mesdames, que la Grèce vous a élevé des autels.\nNon-seulement elle consacra votre culte et divinisa votre être, mais\nencore, pour vous rendre plus faciles les devoirs de la vie et le charme\ndont vous êtes tenues de les rehausser, elle mit sous vos yeux l'exemple\nde toutes les phases de votre existence dans le groupe admirable des six\ngrandes déesses. « La carrière de la femme n'est-elle pas complète, dit un\n« écrivain américain dont le nom ni échappe, quand nous 1 avons vue\n« tour à tour jeune fille innocente, vierge nubile, amante, épouse, mère\n« et maîtresse du foyer domestique? Ces situations différentes sont repio-\n« duites par les six déesses grecques Artémis (Diane), Athana (Minerve),\na Aphrodite (Vénus), Herà (Junon), Déméter (Cérès) et Hestia\n« (Vesta). »\nAinsi la religion des Grecs était bien vôtre ; c était la religion fémi\nnine. Mais pourquoi borner votre règne à la Grèce? C'est 1 antiquité\ntout entière qui adresse au principe féminin l'élan passionné de ses ado-\nrations sous les noms différents de Rhéa en Phrygie, Artarté en Syrie,\nMylitta en Chaldée, Isis en Egypte.\nCe fut la période éclatante de votre domination, domination qu-Ho-\nmère caractérise d'une si adorable façon quand il dit à'Até, déesse et\nfemme : « Ses pieds sont délicats, car elle ne les pose jamais à terre ;\n« mais elle marche sur la tête des hommes. »\nOui, les hommes courbaient la tête sous vos pas, 'qu ils eussent nom\nAchille ou Enée, Périclès ou Alcibiade, Socrate ou Solon.\nJ'ajouterai, pour l'excuse de notre moderne galanterie, qu à ces époques\nlointaines et aimables, vos moyens de séduction étaient irrésistibles, et\nje vous renvoie pour la description de la fameuse ceinture de Vénus au\nxive chant de Y Iliade.\nMais un jour, sous les palmiers de la Judée, naquit une pensee austère\net une religion mâle, et dès ce jour, Mesdames, vous descendîtes du ciel\npour n'y remonter que vierges des faiblesses humaines comme Marie, ou\npurifiées comme Madeleine.\nExilées sur terre, l'art vous a offert un retuge et des autels nouveaux.\nC'est là que, sous des espèces plus modestes et moins triomphantes, votre\nculte (auquel notre humaine nature ne saurait ni ne voudrait se sous-\ntraire) et l'idée toute païenne du principe féminin se sont réincarnés.\nEn vain la morale chrétienne vous a entourées de respect; elle vous a\ncommuniqué du même coup la saveur du fruit défendu. La chasteté des\nlongs voiles, succédant aux nudités triomphantes des autels païens, n'a\nfait que transformer, sans les atténuer, vos pouvoirs dominateurs; rede-"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "104", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.8", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1817, "texte": "venues mortelles, vous avez conservé le secret des divines fascinations ;\nen un mot, exilées de l'Olympe, vous n'avez pas perdu un fidèle.\nC'est alors que l'art vous a ouvert des temples; la poésie vous a prêté\nles ailes de ses strophes; la musique, que le docteur Eryximaque appelait\nla science de l'amour, relative au rhythme et à l'harmonie,, ses accents\nsurhumains; la peinture, son arc-en-ciel; le marbre, ses contours; le\nthéâtre, enfin, une vie presque réelle.\nDe telle sorte que nous en sommes arrivés à pouvoir à peu près établir\ncette formule : l'art, c'est la femme; et la femme, c'est l'art.\nMais à ce compte, si nos conclusions sont rigoureuses, l'art ne serait\nque le paganisme restauré, et vous-mêmes, Mesdames, les dernières idoles\nde cette foi riante.\nVoilà mon paradoxe; paradoxe, bien entendu, tel que le définissait\nAlphonse Karr dans ses Guêpes.\nAinsi donc, sous le règne de la religion mâle, vous avez confisqué à\nvotre profit les épaves de la religion femelle naufragée; vous appartenez\nà la tribu des Dieux en exil, d'Henri Heine, errants par nos siècles in-\ngrats. Et cependant, jamais foule plus idolâtre n'a peuplé en plus grand\nnombre les temples que l'art a consacrés au principe féminin.\nEt voilà peut-être pourquoi certain prélat métropolitain imaginant,\nen un jour de colère, l'impôt inique qui porte le nom de Droit des pau-\nvres, appelait le théâtre la Maison du Diable !...\nMaison du Diable, vos temples!... Cette insinuation perfide ouvrirait\nici une formidable parenthèse que je me hâte de fermer. J'aime mieux\nassurer que ce prélat n'était qu'un malappris, à qui quelque joli diablo-\ntin avait fait un beau jour de la peine, ce dont tous ceux qui souffrent\nencore de sa belle imagination ne sauraient que vous avoir la plus vive\nreconnaissance.\n\nP. LACOME."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-11-01-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-11-01_01#c005", "volume": "bmtnabc_1874-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "105", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 9, "image_fin": 17, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.2.2", "titre_corps": "ANDRÉ PHILIDOR", "titre_sommaire": "ANDRÉ PHILIDOR", "signature_source": "ARTHUR POUGIN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 9, "page_imprimee": "105", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.9", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1729, "texte": "ANDRÉ PHILIDOR\n\n0)\n'ÉTAiTà l'époque où l'on venait de reprendre Orphée\nau Théâtre-Lyrique. En parlant de cette reprise dans\nson feuilleton du Journal des Débats, Berlioz écri-\nvit ceci :\nA propos d'Orphée, je signalerai ici un des plagiats les plus\naudacieux dont il y ait d'exemple dans l'histoire de la musique, et que je décou-\nis, il y a quelques années, en parcourant une partition de Philidor. Ce savant\nmusicien, on le sait, avait eu entre les mains des épreuves de la partition ita-\nenne d'Orfeo, qui se publiait à Paris en l'absence de l'auteur. Il jugea à\n> ropos de s'emparer de la mélodie : Objet de mon amour, et de l'adapter tant\nbien que mal aux paroles d'un morceau de son opéra le Sorcier, qu'il écrivait\nalors. Il en changea seulement les mesures i, 5, 6, 7 et 8, et transforma la\npremière période de Gluck, composée de trois fois trois mesures, en une\nautre formée de deux fois quatre mesures, parce que la coupe des vers l'y\nobligeait. Mais à partir de ces paroles :\nDans son cœur on ne sent eclore\nQue le seul désir de se voir,\nPhilidor a copié la mélodie de Gluck, sa basse, son harmonie, et même les\néchos de hautbois de son petit orchestre placé dans la coulisse, en transpor-\ntant le tout en la. Je n'avais point entendu parler alors de ce vol impudent et\nqui paraîtra manifeste à quiconque voudra jeter les yeux sur la romance de\nBastien : Nous étions dans cet âgeà la page 33 de la partition du\nSorcier.\nJ'apprends que M. de Sévelinges l'avait déjà signalé dans une notice\npubliée par lui sur Philidor dans la Biographie universelle de Michaud, et\nque M. Fétis a voulu en défendre le musicien français. La première représen-\n(1) Voir les numéros des i 5 juin, i 5 juillet, ier septembre et ier octobre."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "106", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.10", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2990, "texte": "tation à'Orfeo étant censée avoir eu lieu à Vienne dans le courant de 1764,\net celle du Sorcier ayant eu lieu en effet à Paris le 2 janvier de la même\nannée, il lui paraît impossible que Philidor ait eu connaissance de l'ouvrage\nde Gluck. Mais M. Farrenc a prouvé dernièrement par des documents\nauthentiques que YOrfeo fut joué pour la première fois à Vienne en 1762,\nque Favart fut chargé d'en publier la partition à Paris pendant l'année 1763,\net que Philidor s offrit, dans ce même temps, pour corriger les épreuves et\ninspecter la gravure de l'ouvrage.\nOr, il me semble très vraisemblable que l'officieux correcteur d'épreuves,\naprès avoir pillé la romance de Gluck, aura lui-même changé sur le titre de la\npartition d'Orfeo la date de 1762 en celle de 1764, afin de rendre plausible\nl'argument que cette fausse date a suggéré à M. Fétis : « Philidor ne peut avoir\nvolé Gluck, puisque le Sorcier a. été joué avant Orfeo. » Le vol est de la der-\nnière évidence. Avec un peu plus d'audace, Philidor eût pu faire passer Gluck\npour le voleur (1).\nEn ce qui concerne la gravure en France de la partition de Gluck,\nvoici comment les choses se passèrent. Le comte Durazzo, protecteur du\ngrand artiste et directeur du théâtre de la cour à Vienne, avait écrit à\nFavart pour lui demander s'il ne serait pas possible de publier à Paris\nla partition d'Orfeo, et lui en avait envoyé une copie à cet effet. Favart\ncommuniqua le manuscrit à Mondonville, qui lui répondit que l'ou-\nvrage était une merveille, puis il s'adressa à Duni, son collaborateur,\navec lequel il avait donné plusieurs pièces à la Comédie-Italienne, en le\npriant de se charger de la correction des épreuves. Duni s'en effraya un\npeu, en voyant à quel point la copie était chargée de fautes, et voici en\nquels termes Favart faisait savoir au comte Durazzo que Philidor avait\nconsenti à prendre ce soin :\nDuni m'avait fait un monstre de la partition d'Orphée et Eurydice; il\ndisait qu'il ne voudrait pas se charger de corriger les fautes du copiste quand\non lui donnerait 500 liv. J'ai fait voir cette partition à Philidor, qui n'est pas\nà beaucoup près si difficile ; il offre de corriger les fausses notes gratis, et\nd'avoir lui-même inspection sur la gravure de l'ouvrage ; il ne demande à\nVotre Excellence qu'un seul exemplaire. Il a examiné l'opéra avec attention ;\nil trouve que les fautes du copiste se réduisent à un petit nombre; il a été\nenchanté de la beauté de l'ouvrage ; en plusieurs endroits, il a versé des\nlarmes de plaisir. Il a toujours eu la plus grande estime pour les talents du\nchevalier Giuck; mais son estime se porte jusqu'à la vénération, depuis qu'il\nconnaît l'Orphée. Ainsi, nous pouvons faire graver tout de suite, sans être\nobligés d'attendre l'arrivée de M. Gluck (2)...\n(1) Cet article a été reproduit dans le volume intitulé : A travers Chants, p.\n126, 127.\n(2) FAVART. Mémoires et Correspondance littéraire. (Lettre de Favart au comte\nDurazzo, 19 avril 1763. T. 11, p. 102.)"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "107", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.11", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 1991, "texte": "Donc, d'une part, Gluck était attendu à Paris (Philidor ne l'ignorait\névidemment pas), et il y vint en effet peu de temps après, pour en\nrepartir, il est vrai, assez rapidement; de l'autre, la partition de l'Or/eo,\nune fois gravée, serait mise en vente et livrée au public. Et c'est dans\nde telles conditions qu'un artiste de la valeur et du renom de Philidor\naurait couru le risque de se faire passer pour pillard et plagiaire; et il\naurait bénévolement couru ce risque pour une mélodie d'une trentaine\nde mesures, et c'est là tout ce qu'il aurait trouvé à voler dans l'œuvre de\nGluck ; et c'est pour ce mince profit qu'il aurait compromis de gaieté de\ncœur son honneur artistique et sa brillante réputation ! A qui le fera-t-on\ncroire, et quel enfantillage est-ce là? Encore faut-il dire que son pré-\ntendu vol ne porte absolument que sur le second fragment du morceau.\nEn effet, Berlioz avoue ingénument lui-même que Philidor prit la peine\nde changer « les mesures i, 5, 6, 7 et 8, » et de transformer ((la première\npériode de Gluck, composée de trois fois trois mesures (et d'une série de\nquatre mesures), en une autre formée de deux fois quatre mesures. » De\nfait et on le comprend cette première période, composée de huit\nmesures chez l'un, de treize chez l'autre, est absolument différente chez\nles deux auteurs. Ce n'est donc réellement qu'à partir des mots indiqués\npar Berlioz : Dans son cœur on ne sent éclore..., que la ressemblance se\nproduit chez Philidor avec le dessin mélodique que Gluck a placé sur ces\nparoles : Uidolo del mio cor, ressemblance frappante, il est vrai, et qui\nsaute aux yeux, ou, si l'on peut dire, à l'oreille.\nAu reste, je vais faire, à ce sujet, ce qu'on eût dû faire depuis long-\ntemps pour rendre la comparaison facile, je vais transcrire ici les deux\nmorceaux; et, pour la faciliter plus encore, je les transcrirai dans le\nmême ton, quoique celui de Gluck soit écrit en fa, et celui de Philidor\nen la. Les voici donc l'un et l'autre :"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "108", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.12", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 257, "texte": "ROMANCE DU SORCIER\n\nOn voit que ce n'est, comme je l'ai dit, qu'à compter de la seconde\npartie du morceau que la ressemblance se produit. Elle est incontestable,\nassurément. Mais est-ce là un plagiat, est-ce là un vol, comme le dit si"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "109", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.13", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 3355, "texte": "crûment Berlioz? Et si celui-ci avait cherché à connaître Philidor autre-\nment que par la romance du Sorcier, s'il l'avait étudié attentivement,\ns'il s'était mis à même de constater ses immenses qualités, son inspira-\ntion mâle et féconde, l'abondance de son imagination, n'aurait-il pas\nhésité à l'accuser aussi durement, et n'aurait-il pas cherché à expliquer\nun fait qui me semble, pour ma part, parfaitement explicable? Voilà un\nhomme qui a écrit vingt-cinq partitions, cinquante actes d'opéra, on ne\ntrouve à articuler contre lui qu'un fait de ce genre, et aussitôt on le\ntraîne aux gémonies ! Il faut n'avoir jamais tiré de son cerveau une idée\nmusicale, pour ne pas savoir comment le souvenir agit parfois, à son\ninsu, sur l'imagination du compositeur, aussi bien que, par un effet\ncontraire, il croit parfois imiter lorsqu'il invente réellement. Dans la\ncirconstance présente, Philidor ne peut-il point, après avoir trouvé le\ncommencement de sa cantilène, qui n'a aucun rapport avec celle de\nGluck, s'être attaché à ce second motif sans se rappeler qu'il l'avait lu\ndans la partition de ce dernier? A quel musicien cela n'est-il pas arrivé\nau moins une fois? J'en appelle à tous ceux qui ont produit peu\nou prou. Pour moi, je me garderai bien l'évidence est là de cher-\ncher à nier le fait imputé à Philidor; mais, après avoir mis les pièces\nsous les yeux du lecteur, je l'explique par les raisons que je viens\nde donner, et je ne saurais faire un crime à un grand musicien de s'être,\nune fois dans sa vie, et inconsciemment, souvenu d'une façon trop\nfidèle. S'il fallait être sévère ainsi à tous les compositeurs, il n'en est pas\nun seul, je l'atteste, qui pût paraître impeccable (1).\n(i) Au moment où je corrige les épreuves de cet article, je prends connaissance d'un\narticle publié par un de mes meilleurs confrères, M. Adolphe Jullien, dans le Corres-\npondant du 10 septembre 1872. Dans cet article, intitulé Favart et Gluck, M. Jullien\na été amené à parler précisément de Philidor, de son prétendu vol, de l'article\nrieux de Berlioz, et, comme conséquence, des ressemblances qui se produisent\nsi souvent en musique. Voici ce qu'il dit à ce sujet :\n« Examinons froidement cette grave accusation. Gomment la prouver? Parla\ncollation des textes. Mais cela même suffit-il, et démontrera-t-on par là que ce n'est\npas rencontre fortuite ou réminiscence involontaire ? Castil-Blaze a dressé, dans un\nde ses recueils de musique, une longue liste des réminiscences, imitations ou calques,\nqu'il a découverts dans ses nombreuses lectures. Les plus célèbres compositeurs\ny passent, Rossini, Halévy, Meyerbeer. Certains exemples semblent mis là à plaisir\ntant la ressemblance est vague ; d'autres, au contraire, sont assez précis pour qu'on\npuisse accuser les auteurs de plagiat, tout comme Philidor, Castil-Blaze ne formule\npas cette accusation, et il a raison. On rencontre parfois tel passage absolument pareil\nchez deux auteurs fort étrangers l'un pour l'autre. Nous-même, en lisant dernièrement\nla partition de Jesserida, de Spohr, n'avons-nous pas rencontré deux mesures que\nM. Offenbach a textuellement reproduites dans le motif de sa Chanson de Fortunio ?\nEst-ce à dire qu'il les a volées? Et pourtant cela se pourrait facilement soutenir : en\neffet, si l'ouvrage de Spohr est inconnu en France, il se joue souvent en Allemagne,"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "110", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.14", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3154, "texte": "Ce qui est certain, c'est que le succès du Sorcier fut grand et pro-\nlongé, qu'il persista même après la venue de Gluck en France, même\naprès la représentation à'Orphée, et que si quelques personnes s aper-\nçurent du fait mis plus tard en lumière par Sévelinges, l'œuvre de Phi-\nlidor n'en souffrit aucunement. Le Sorcier n'en continua pas moins de\nrester au répertoire, et le public ne persista pas moins à l'applaudir.\nNous voyons, en effet, par l'Almanach des Spectacles, qu'on ne cessait\nde jouer cet ouvrage, et qu'il servait fréquemment aux débuts des artistes\nqui se présentaient à la Comédie-Italienne (i). On en fit même, il y a\nquelques années (le 9 février 1867), une reprise au gentil petit théâtre\ndes Fantaisies-Parisiennes ; il avait été réduit en un acte, et un musi-\ncien instruit et aimable, M. Ferdinand Poise, s'était chargé de faire à la\nmusique les remaniements nécessaires. Ainsi retouché, et quoique âgé\nd'un siècle, le Sorcier fut encore très favorablement accueilli (2).\nC'est après le Sorcier que vient prendre place le premier grand\nouvrage de Philidor, Tom Jones, représenté le 27 février 1765. Tom\nJones était en trois actes, et le sujet de la pièce avait permis au musicien\nde livrer carrière à sa verve dramatique. Malheureusement, le livret, qui\nétait tiré du roman célèbre et touchant de Fielding, était encore du sieur\nPoinsinet, et celui-ci faillit entraîner son collaborateur dans une chute\nhonteuse. Le fait est que la pièce fut sifflée à outrance à la première\net M. OiTenbach a dû maintes fois l'entendre. Mieux vaut dire que c'est hasard ou\nsouvenir involontaire. »\nPour en revenir à Philidor, M. Jullien conclut absolument comme nous ; en ce qui\nconcerne l'air du Sorcier :\n« La ressemblance est frappante, étonnante même, quoi qu'en dise Fétis; mais nous\nne saurions arguer de là pour conclure au vol. De pareilles rencontres sont fréquentes,\net il y a trop de gens à qui il faudrait intenter procès... avec grande chance de le\nperdre. »\njJWi val \"\n(1) Le 7 janvier 1770, à M, Teissère; le 28 février suivant, à mademoiselle\nRuyter ; le 2b octobre 1772, à M. Narbonne; le 7 mai, le 7 septembre et le\n11 octobre 1775, à mademoiselle Seybert, à M. de Saint-Aubert, à M. de la Bussière ;\nle 27 janvier et le i3 avril 1777, à mademoiselle Teissier et à mademoiselle Brabant ;\nle 10 janvier et le 3o juin 1781, à mademoiselle Mercier et à M. Fradel; en 1783, à\nM. Lecoutre, etc., etc.\n(2) Parlant de cette reprise, M. Félix Clément s'exprime ainsi dans son Diction-\nnaire lyrique : « Réduite en un acte, la pièce a été jouée pendant plusieurs mois,\nmalgré la naïveté de l'intrigue. C'est qu'il suffit d'écouter quelques mesures pour\ncomprendre qu'il y a là une musique de maître et une harmonie d'une grande per-\nfection. La romance de la jeune villageoise n'a pas vieilli 5 elle est charmante. Il n en\nest pas de même de l'air du sorcier, qui paraît long parce qu'il est monotone. Mais\nla ronde finale est d'une gaieté si franche et offre des phrases si bien tournées qu'on\néprouve une véritable sensation de plaisir et de belle humeur, influence devenue bien\nrare dans le répertoire moderne."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "111", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.15", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2889, "texte": "représentation, et que l'on crut à une chute irrémédiable, si bien qu'il\nparaissait impossible de la rejouer. Bachaumont rend ainsi compte de\ncette soirée : « Les deux premiers actes ont ennuyé. Le parterre s'est mis\nen belle humeur au troisième; à chaque phrase, c'étoit des huées, des\néclats de rire, des claquemensde main, qui ont prolongé de beaucoup le\nspectacle et qui l'auroient infailliblement fait finir, si la pièce eût été\nlongue. Philidor prétend que cette musique est sa meilleure; elle est\ntellement noyée dans l'amas des mauvaises choses dont l'auteur l'a sur-\nchargée, qu'elle n'a trouvé aucune grâce... Le sieur Poinsinet, très\nconfiant; avait dit plaisamment qu'il alloit faire lever le Siège de Calais,\nvoulant faire entendre que la foule se tournerait vers lui (1). » Les\nComédiens, consternés, étaient décidés à ne plus jouer Tom Jones ;\nBachaumont nous apprend encore comment ils durent revenir sur leur\nrésolution : ce Les enfans de France, pour qui Poinsinet a fait un diver-\ntissement assez mauvais, ayant sçu sa disgrâce au Théâtre-Italien, en\nont été si touchés que les gentilshommes de la chambre, pour faire leur\ncour, ont exigé des comédiens de jouer Tom Jones une seconde fois. On\na distribué beaucoup de billets gratis, et par une révolution assez extra-\nordinaire, cette baffouée la veille, hier est montée aux nues.\nOn a demandé les auteurs, et ils ont reçu de grands applaudissemens. »\nLe succès de cette seconde représentation fut en effet très grand, mais\nil était factice, grâce sans doute aux « billets gratis » dont parle Bachau-\nmont. Il est constant que la pièce fut bientôt retirée du répertoire,\nsans doute au grand désespoir de Philidor, qui, on Ta vu, avait foi dans\nson œuvre. Elle ne devait cependant pas définitivement, et,\nau contraire, était appelée à se relever d'une façon brillante. Le 3o jan-\nvier 1766, elle reparaissait à la scène, après avoir subi, quant au poème,\nd'importantes et indispensables modifications (2). Cette fois, la musique\nemporta le succès. Grimm le constate en ces termes dans sa Corres-\npondance : « Cette pièce étoit tombée l'année dernière malgré sa belle\nmusique; la platitude du poète avoit entraîné le musicien dans la ruine.\nGomme le sujet de la pièce est charmant, on a consulté M. Sedaine ;\ncelui-ci a supprimé plusieurs poinsinades, a mieux arrangé le second et\nle troisième acte, et, à la faveur de ces changemens et de la belle\n(1) Le Siège de Calais, tragédie de M. de Belloy, qui venait d'être jouée àla Comé-\ndie-Française avec un immense succès, et dont l'apparition fut un véritable événement\nnational.\n(2) Voici le titre de la partition, qui ne fut gravée qu'à la suite de Cette reprise\n« Tom Jones, comédie lyrique en trois actes, représentée par les Comédiens Italiens\nordinaires du roy, pour la première fois le 27 février 1765, et remise avec des\ngemens le 3o janvier 1766. »"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "112", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.16", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1671, "texte": "musique que Philidor n'a eu garde de changer, Tom Jones a beaucoup\nréussi à cette reprise. C'est sans difficulté le meilleur ouvrage de Philidor.\nCe compositeur a beaucoup de nerf et de chaleur, un style très vigou-\nreux, beaucoup de noblesse et de coloris dans sa musique... »\nJe n'exprimerai pas mon opinion personnelle sur la partition de Tom\nJones; pour cette fois, et afin de prouver que je ne suis pas le seul à con-\nsidérer Philidor comme un grand artiste, comme un homme de génie, je\nreproduirai l'appréciation que M. Félix Clément a donnée de Tom\nJones dans son Dictionnaire lyrique : « Il faudrait tout citer, car la par-\ntition de Tom Jones se soutient sans éclipse depuis l'ouverture jusqu'au\nvaudeville de la fin. Cependant, nous recommandons la lecture du duo\nentre Western et sa fille : Non, rien ne peut me retenir, qui termine le\npremier acte ; dans le second, l'air de Jones : Amour, quelle est donc ta\npuissance? Tariette de Sophie, qui est si touchante : Oest à vous que je\ndois la vie, et le septuor final ; dans le troisième acte, le quatuor des\nbuveurs en canon sans accompagnement, et le grand air de Sophie :\n0 toi qui ne peux m entendre. En tenant compte de l'état du goût\npublic à l'époque où Tom Jones a été écrit, du genre des pièces et de la\nfaiblesse des exécutants, en un mot des obstacles devant lesquels Philidor\ndevait faire plier son génie, on regrette que ce compositeur, doué d'une\norganisation si fine et qui savait écrire une harmonie si délicate et\nsi bien appropriée aux situations n'ait pas vécu en Italie,\nou il aurait été l'émule de Paisiello et de Cimarosa. »\n(La suite prochainement.)\n\nARTHUR POUGIN.."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-11-01-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-11-01_01#c009", "volume": "bmtnabc_1874-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 17, "image_fin": 17, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.2.2.4", "titre_corps": "Lieutenant de Rodoald. – M. 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J ennius, de la Liberté, que ses espérances sont déçues et que le foyer\nde la danse ne contiendra pas les noms que le nouvelliste de la Liberté\ndésirait y voir figurer. En effet, sur les quatre cartouchesqui surmontent\nles quatre panneaux de M. Boulanger, on lira le nom d'un Noverre\n« prétendu compositeur » d'après Jennius, mais, d'après les biographes,\n« célèbre danseur, né à Paris, en 1727, mort en 1807 selon les uns, en\n« 1810, selon les autres.» La perspicacité habituelle de Jennius se trouve,\n\nles numéros des i 5 septembre et i 5 octobre,"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "114", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.19", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2526, "texte": "en cette circonstance, totalement en défaut. Notre confrère s'est imaginé\nà tort que le nom de Noverre, sur l'un des cartouches en\nimpliquait l'idée d'immortaliser les compositeurs de musique de ballet.\nIl s'est absolument trompé. Noverre, compositeur de musique, n?a\nque faire dans le foyer de la danse. Son nom y est inscrit à titre de\nchorégraphe innovateur et passionné. Quelques mots sur ce célèbre\nmaître de ballets ne peuvent être inutiles.\nAprès avoir débuté à Fontainebleau, Noverre fut appelé à Berlin par\nle prince Henri de Prusse; il revint à Paris en 1749, et, après avoir\nfait de vains efforts pour réformer les ballets, il s'enrôla en Angleterre\ndans la troupe de Garrick, d7où il rapporta des idées nouvelles qu'il ne\nput faire accepter à l'Opéra, en dépit de son ouvrage intéressant : Lettres\nsur les arts imitateurs en général et sur la danse en particulier, dans\nlequel il exposait des théories nouvelles. Il s'engagea alors au théâtre de\nLyon, où il inaugura des ballets nouveaux tels que : la Toilette de\nVénus, les Fêtes du Sérail, le Jugement de Paris, etc., etc.\nIl fut successivement appelé en Wurtemberg, à Vienne, à Milan. La\nreine Marie-Antoinette le fit nommer maître des ballets de l'Opéra de\nParis, et il devint l'organisateur des fêtes du Petit-Trianon. Il composa\nles ballets de Gluck et de Piccini, créa le ballet d'action,, ramena le cos-\ntume à la vérité et supprima le masque. N'en déplaise à M. Jennius, ces\ntitres lui constituent assurément le droit de figurer dans une partie de\nl'Opéra, consacrée au passé, au présent et à l'avenir chorégraphiques.\nPartant d'un point inexact, M. Jennius ne pouvait aboutir qu'à un\nautre point également controuvable. Il est donc dans le faux, lorsqu'il\ndemande que Ton mette à côté du nom de Noverre, ceux de Mozart, de\nSchneitzoëffer et d'Adolphe Adam. La place de ces grands et charmants\nmusiciens est ailleurs. En revanche, et par la même raison, les noms de\nGardelj 1754 à 1840, Ma^ilier, 1797 à 1868, Saint-Léon, 1821 à 1870,\nfigureront avec celui de Noverre au foyer de la danse.\nsuit LES TÔITS\nFranchissons d'un bond les dix-sept étages et les trois cent soixante-\ncinq marches qui nous séparent de l'Apollon placé au sommet de l'Opéra.\nAccoudé sur son socle, nous découvrons tout Paris. Les rues semblent\ns'allonger à mesure que les maisons se rapetissent et que les passants, en\nvoiture, à pied ou à cheval, semblent appartenir à un royaume lilli-\nputien. Rien n'a été négligé pour sauvegarder Pédifice dont les propor-"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "115", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.20", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2385, "texte": "tions gigantesques ressortent mieux encore quand on les contemple de ce\npoint extrême. Le service des pompiers a été l'objet d'un soin parti-\nculier. Des plates-formes en granit, des rues en zinc et en fonte sillon-\nnent de toutes parts cette toiture immense. Partout, on peut courir sans\nrisquer une chute. Des escaliers en fonte relient entre elles ses diverses\nparties. Des réservoirs d'eau peuvent inonder en un instant tous les\npoints de la colossale construction.\nSi j'en crois les inscriptions gravées sur la pierre, je ne suis pas\nle premier explorateur de ces altitudes.\nSi je voulais donner le détail de tout ce qui constitue cette partie de\nl'Opéra, il me faudrait nécessairement faire un cours d'architecture, ce\ndont je ne me sens pas capable. Aussi, descendons quelques degrés et\nnous nous trouverons alors sous\nLES COMBLES\nLes arcs-boutants, éclairés par d'énormes lucarnes, les chevrons prin-\ncipaux ou jointifs, les fermes courbes, les jambes de force, les pans, les\nversants, les rampants, que sais-je encore, le tout en fer, coupent l'hori-\nzon d une manière pittoresque et grandiose. Deux réservoirs d'eau,\nplacés l'un à droite, l'autre à gauche, sur la limite qui sépare la scène de\nla salle, ressemblent à deux canons gigantesques dont un seul projectile\nfoudroyerait aisément une armée.\nDes appareils de ventilation, de formes et de systèmes divers, y sont\naussi installés. Le lustre se rattache à la voûte à l'aide de crampons et\nde câbles de fer. Une sorte de tranchée fait le tour de la place occupée par\nle lustre.— Elle est trouée de soixante lunettes rondes en verres de cou-\nleur, divisées par quatre plus grandes lunettes ovales; derrière chacune\nde ces ouvertures brûlera un bec de gaz, de telle sorte que le plafond de\nl'Opéra, vu de la salle, semblera être semé de gros blocs de pierres pré-\ncieuses,\nLes bouches d'eau iront pas été épargnées.—A chaque pas, il en existe*\nEn cas d'incendie, l'eau jaillirait de toutes parts, A ce point de vue,\ncomme à beaucoup d'autres, Fœuvre de M. Garnier est une merveille.\nSaviez-vous, par exemple, que les dégagements fussent organisés avec\ntant d'intelligence que tout le public pût, dans un cas pressé, sortir de\nFOpéra en TROIS MINUTES?\nUne chose non moins surprenante et que je n'ai garde de passer sous\nsilence, c'est le tour de force que M. Garnier a exécuté en établissant sur"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "116", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.21", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2242, "texte": "un espace relativement restreint, des ouvertures pour l'entrée et la sortie\nsimultanées de dix voitures.\nLa huitième merveille du monde, a-t-on dit ironiquement au début\nde cette entreprise; elle l'est plus qu'on ne le croit.\nLE CINTRE\nCet entrepôt de la plupart des moteurs des décors est terminé. Il\ncomprend cinq étages. On y voit clair sans le secours des lampes, la\npartie supérieure étant percée de fenêtres. Un corridor circulaire est éta-\nbli à chaque étage. Dans celui qui est le plus rapproché de la scène, les\nmachinistes font la majeure partie de leur service.\nDes traverses, servant de garde-fous, sont placées dans toute 1 étendue\nde ces corridors et portent un arsenal de chevilles disposées avec la plus\ngrande régularité. Là, s'attachent, se relient les plafonds, les poignées, les\ngros cordages, les fermes, les herses, les moteurs, les soutiens, les adju-\nvants de la machinerie théâtrale»\nDix ponts volants traversent la scène du manteau d'arlequin au corri-\ndor du fond et facilitent la manœuvre nécessitée par les grosses pièces des\ngrands décors. Les ponts sont construits en grosses cordes goudron-\nnées, en fil de laiton, en fer. et sont d'une solidité à toute épreuve, bien\nque d'une apparence fragile. —1 Du sommet du cintre descendent des\nmilliers de cordages se rattachant à des poulies, des tambours, des treuils\nplacés dans les étages supérieurs et dans le gril.\nQuand les machinistes circulent et travaillent sur ces ponts suspen-\ndus, ils sont en pleine forêt de mâts, et pour peu qu'une mer factice roule\nses vagues au-dessous d'eux, l'illusion est complète et ils ont le droit de\nse croire sur la mâture d'un Great-Eastern.\nLes cinq étages sur lesquels nous venons de jeter un coup-d'œil ont\ntous vue sur la scène. Quatre autres sont destinés au\nGIUL\nCette partie du cintre est sans doute ainsi nommée à cause de la dis»\nposition de son plancher, formé de frises transversales éloignées de quel-\nques centimètres les unes des autres. Toutes les dimensions de tam-\nbours, de moufles, de poulies, de contre-poids, de cassettes, y sont repré-\nsentées. De ces moteurs partent les fils que nous avons considérés tout à\nl'heure. Grâce à ces moteurs, ils accomplissent leurs missions respec-"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "117", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.22", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2467, "texte": "tives, dirigés qu'ils sont par les machinistes du cintre. Au premier as-\npect, ces machines de bois, de corde, de fer, cette réunion d'éléments si\ndivers semble constituer un désordre magnifique. Mais jamais la maxime :\n« Un beau désordre est un effet de l'art » ne fut plus justifiée. La dispo-\nsition de tout ce service est des plus régulières. —Chaque fil a son nom;\nchaque corde correspond à des poulies, à des crochets, à des tambours\nétiquetés, numérotés avec la plus scrupuleuse attention.\nSupposons maintenant qu'un cordage nous est offert. Saisissons-le et,\ndoucement, nous descendrons jusqu'au plancher de la scène, dont une\ntrappe nous livrera passage. Nous voici arrivés dans la partie souterraine\ndu théâtre ;\nLES DESSOUS\nIls sont formidables et au nombre de cinq. Ils reproduisent tous\nle plan de la scène, ses trappes et ses trappillons. Les costières seules\ny sont remplacées par des rails. Des charpentes transversales supportent\nles trappes et les trappillons, Des poteaux, reposant sur des dés de fonte\nou de pierre, des sablières ou « chapeaux de fermes », forment des séries\nde fermes qui permettent de laisser un libre passage aux « gloires » et\nautres combinaisons ou trucs. On donne à ces appareils une certaine\nstabilité en les reliant au moyen de crochets de fer et suivant les besoins\ndu moment. Les treuils, les tambours, les contre-poids sont généreu-\nsement distribués dans les dessous. Ils servent à manœuvrer les grands\ndécors, à opérer les changements à vue, provoquent la disparition subite\ndes personnages des féeries. Des dessous, on transforme les cacochymes\nen beaux cavaliers, les sorcières hideuses en fées pleines de jeunesse.\nSatan vient des dessous, de même qu'il s'y enfonce. Les lumières\nde l'enfer s'en échappent, les chœurs de démons y prennent parfois\nplace. Ce lieu, enfin, est en quelque sorte l'alambic où se distillent les\nsurprises décoratives, dramatiques, comiques et de toute nature.\nNous avons maintenant une habitude assez sérieuse des casse-cou\npour nous transporter d'un saut sur la place de l'Opéra. Cette fois, nous\npasserons tout bonnement sous les portes qui sont devant nous. Le\nlecteur voudra bien me suivre et traverser avec moi un large vestibule\npavé de mosaïque, monter dix marches de marbre blanc, traverser un\nsecond vestibule, également en mosaïque, pour arriver enfin au pied du\nGRAND ESCALIER\nA droite et à gauche, vingt marches, toujours en marbre, descendent et"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "118", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.23", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2666, "texte": "conduisent au couloir spacieux du parterre. Sept balcons de plain-pied\nplongent sur le bas de l'escalier. Leurs socles de marbre rouge de Corse,\n/\nleurs balustres en granit d'Ecosse, les piédestaux en marbre Gampan\nvert, les appuis en « brocatelle » du Jura, s'harmonisent et font ressortir les\nsix plaques de jaspe du Mont-Blanc, que des candélabres de bronze sur«\nplombent.\nEn face de soi, vingt-deux marches d'une largeur variant entre quatre\nmètres cinquante et cinq mètres cinquante invitent à monter jusqu'au\npalier principal, au milieu duquel se présente, majestueuse, la porte qui\nmène à l'amphithéâtre, à l'orchestre et aux baignoires,\nUn fronton en marbre vert de Suède,, soutenu par deux cariatides; à\ngauche, la Tragédie et son glaive ; à droite, la Musique et sa lyre d'or,\nsupporte les armes de Paris en bronze, encadrées de deux ravissants\namours en marbre blanc de Carrare. Le socle sur lequel repose ce groupe\nà la fois gracieux et sévère, est en onyx d'Algérie. De chaque côté\ndu socle, le marbre vert de Suède s'enroule délicieusement. Au-dessous,\nune large plaque de marbre jaune de Sienne relie le fronton aux caria-\ntides dont les nus sont en bronze auquel se marient très heureusement\nles draperies en marbre vert de Suède et marbre jaune de Sienne. Les\nsocles des cariatides sont composées d'une corniche d'onyx d'Algérie et\nd'un bandeau de marbre rouge de Causnes. Le marbre jaune de Sienne\nen décore la partie inférieure. Les ébrasements de cette porte sont de\n« brèche violette d'ltalie», sorte de galets calcaires empâtés dans un\nciment de même nature, fort recherchés sous Louis XIV et Louis XV, et\nde marbre rouge de Causnes.\nCet examen terminé, nous pouvons monter encore à droite ou à\ngauche, car l'escalier se divise ici en deux parties composées chacune de\ndix-huit marches qui donnent accès aux neuf balcons entourant ce\nsecond étage de l'escalier. Quatre autres marches vous jettent de chaque\ncôté dans le large couloir des premières loges. Les quarante-quatre\nmarches que nous venons de franchir sont en marbre blanc de Carrare,\nles limons de la rampe en marbre vert de Suède, les balustres en marbre\nrouge antique de Causnes, la main courante en onyx d'Algérie.\nQuatorze piédestaux où l'onyx d'Algérie, la brèche violette d'ltalie, de\nSicile, le marbre bleu turquoise d'ltalie, la brocatelle violette, font assaut\nde couleurs élégantes, soutiennent quatorze candélabres de bronze. Les\ndeux groupes candélabres du bas de l'escalier sont signés Carrier»\nBelleuse.\nLes neul balcons ont leur socle en brocatelle d'Espagne, leurs balus-\ntres en spath-fluor et leur appui en onyx d'Algérie, Le dallage du bas de"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "119", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.24", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 921, "texte": "l'escalier— de même que les marches est en marbre blanc de Carrare.\nDix-huit pilastres en marbre bleu turquoise pâle s'élèvent dans la cage\nde Fescalier. Trente colonnes en sarrancolin des Pyrénées,, ornées de\nchapiteaux en marbre blanc de Saint-Béat, montent jusqu'à la voûte, et,\npar opposition, trente pilastres en brèche violette d'ltalie à chapiteaux\net balustresen marbre blanc de Carrare, font le tour du premier étage.\nDouze médaillons en marbre jaune fleuri décorent douze balcons\nplacés au sommet de la cage. Ils sont bâtis en pierre du Jura, leurs\nbalustres sont en campan vert. A chacun de ces balcons est affecté un\ncandélabre de bronze.\nTous les pays marmorifères ont apporté leur contingent à l'ornemen-\ntation de cet escalier monumental. M. Verne a eu la direction de cette\nimportante partie des travaux et les a exécutés avec une merveilleuse\nhabileté.\n\nR. DE SAINT-ARROMAN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-11-01-01-c017", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-11-01_01#c017", "volume": "bmtnabc_1874-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "120", "page_fin": "126", "image_debut": 25, "image_fin": 31, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.2.4", "titre_corps": "VOLTAIRE LIBRETTISTE", "titre_sommaire": "VOLTAIRE LIBRETTISTE", "signature_source": "CH. BARTHÉLEMY", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 25, "page_imprimee": "120", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.25", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1064, "texte": "VOLTAIRE LIBRETTISTE\n\n(0\nL tenait tellement à ses rimes et les croyait tellement\nbien faites pour inspirer le compositeur, au'il y\nrevient encore et en fait juge son ami d'Argental :\n« Un musicien doit-il être embarrassé à mettre en\nmusique ces paroles :\nAimeç, et régnef avec nous ;\nLe dieu des dieux est seul digne de vous.\nSur la terre on poursuit avec peine\nDes plaisirs Vombre légère et vaine ;\nElle échappe, et le dégoût la suit.\nSi Zéphire un moment plaît à Flore,\nIl flétrit les fleurs qu'il fait éclore ;\nUn seul jour les forme et les détruit.\nAimeç, aimetf, et régne| avec nous ;\nLe dieu des dieux est seul digne de vous.\nLes fleurs immortelles\nNe sont qu'en nos champs ;\nL'Amour et le Temps\nIci n'ont point d'ailes,\nAime%, aimeet régne% avec nous. »\nLe n janvier 1755, ce polisson d meurt... Enfin!... et huit\njours après, Voltaire lui fit l'oraison funèbre que voici :\nles, ma\"x sont sortis, pour moi, de la boîte de Pandore avec les\ndoubles croches de M. Royer. Il ne savait pas seulement que\n\n(i) Voir les numéros des lerIer septembre et ie' octobre."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "121", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.26", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2927, "texte": "fût imprimée, et il fit faire, il y a un an, des canevas par M. de Sireuil son\nami, qui crut que j'étais mort, comme les gazettes l'avaient annoncé. Royer,\nne pouvant me tuer, a tué un de mes enfants ; je souhaite que le sien vive.\nIl m'écrivit, il y a trois mois, que son opéra était gravé. 11 le sera, sans doute,\ndans la mémoire, mais il ne l'était pas encore en papier. Je fis les plus\nhumbles remontrances ; je n'ai rien obtenu... »\nQuand Voltaire tient une plaisanterie qu'il croit bonne, il ne la lâche\npas facilement. Ce qui suit est, ce me semble, ridiculement inhumain :\n«La seule chose dont je puisse bénir Dieu est la mort de Royer. Dieu\nveuille avoir son âme et sa musique î » -\n« Cette musique n'était point de ce monde. Le traître m'avait immolé à ses\ndoubles croches et avait choisi, pour m'égorger, un nommé Sireuil. Dieu est\njuste : il a retiré Royer à lui, et je crains à présent beaucoup pour le porte-\nmanteau. »\nEt ailleurs : « Dieu a puni Royer; il est mort. Je voudrais bien qu'on\nenterrât avec lui son opéra, avant de l'avoir exposé au théâtre sur son\nlit de parade. » Mais, voici qui est encore plus odieux : « Royer est\nmort parce qu'il avait fait accroire à Sireuil que c'était moi qui l'étais.\nRoyer avait engagé ce Sireuil dans la plus méchante action du monde,\nc'est-à-dire à faire de mauvais vers.... »\nDix ans se passent, et Royer est oublié ou peu s'en faut, lorsqu'une\nbonne nouvelle arrive à Voltaire ; de la Borde s'est proposé pour remettre\nen musique l'infortunée Pandore déjà si cruellement éprouvée. Le poète\nne se sent pas de joie, et il accable son collaborateur d'un véritable déluge\nde compliments :\n« Savez-vous combien votre lettre m'a fait d'honneur et de plaisir? Voici\ndonc le temps où les morts ressuscitent... Vous voulez rendre la vie à Pan-\ndore? Il ne me manque plus que de me rajeunir; mais M. Tronchin ne fera\npas ce miracle, et vous viendrez à bout du vôtre. Pandore n'est pas un bon\nouvrage, mais il peut produire un beau spectacle et une musique variée;\nc est, d ailleurs, un opéra philosophique qui devrait être joué devant Bayle et\nDiderot ; il s'agit de l'origine du mal moral et du mal physique. Jupiter y joue,\nd'ailleurs, un assez indigne rôle... Un assez médiocre musicien, nommé\nRoyer, avait fait presque toute la musique de cette pièce bizarre, lorsqu'il\ns'avisa de mourir. Vous ne ressusciterez pas ce Royer, vous êtes plutôt\nhomme à l'enterrer. »\nVoilà de précieuses confidences mêlées à de nouveaux sarcasmes\ncontre Royer; mais, ce qui est curieux, c'est la suite de cette lettre, où\nVoltaire fait de l'esthétique musicale et parle de mélodie à peu près\ncomme un aveugle-né jugerait des couleurs. Ceci vaut la peisxe d'être\nreproduit tout du long, et c'est ce que je vais faire :\n<r J'avoue qu'on commence à se lasser du récitatif de Lulli, parce qu'on se\nlasse de tout, parce qu'on sait par cœur cette belle déclamation notée, parce"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "122", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.27", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3116, "texte": "qu'il y a peu d'acteurs qui sachenty mettre de l'âme ; mais cela n'empêche pas\nque cette déclamation ne soit le ton de la nature et la plus belle expression\nde notre langue. Ces récits m'ont toujours paru fort supérieurs à la psalmodie\nitalienne...\n« L'opéra italien ne vit que d'ariettes et de fredons; c'est le mérite des\nRomains d'aujourd'hui ; la grand'messe et les opéras font leur gloire. Ils ont\ndes feseurs de doubles croches, au lieu de Cicérons et de Virgiles ; leurs voix\ncharmantes ravissent tout un auditoire en a, en e, en i et en n.\n« Je suis persuadé qu'en unissant ensemble le mérite français et le mérite\nitalien, autant que le génie de la langue le comporte, et en ne vous bornant\npas au vain plaisir de la difficulté surmontée, vous pourrez faire un excellent\nouvrage sur un très médiocre canevas. »\nOn le voit, pressé d'être mis en musique et joué, Voltaire fait bon\nmarché de son libretto et lui rend ainsi toute la justice qui lui est due.\n« Si vous voulez vous amuser sur le péché originel en musique, vous sentez\nbien que vous serez le maître d'arranger le jardin d?Eden tout comme il vous\nplaira ; coupez, taillez mes bosquets à votre fantaisie, ne vous gênez sur rien.\nJe ne sais plus quelle dame de la cour, en écrivant en vers au duc d'Orléans\nrégent, mit à la fin de sa lettre :\nAlonge% les trop courts, et rogne% les trop longs,\nVous les trouverez tous fort bons.\n« Vous écourterez donc tout ce qui vous plaira ; vous disposerez de tout.\nLe poète d'opéra doit être très humblement soumis au musicien ; vous\nn'aurez qu'à me donner vos ordres, et je les exécuterai comme je pourrai.\nIl est vrai que je suis vieux et malade, mais je ferai des efforts pour vous\nplaire et pour vous mettre bien à votre aise.\n« Si M. Thomas ne voyageait pas actuellement avec Pierre le Grand, je le\nprierais d'animer Pandore de ce feu de Prométhée dont il a une si bonne\nprovision; mais la vôtre vous suffira; le peu que j'en avais n'est plus que\ncendres ; soufflez dessus et vous en ferez peut-être sortir encore quelques\nétincelles. Si j'avais autant de génie que j'ai de reconnaissance de vos bontés,\nje ressemblerais à l'auteur d'Armide ou à celui de Castor et Pollux. »\nOn ne peut imaginer plus d'humilité ; nous sommes loin de l'homme\nqui n'avait pas assez de colère contre Royer pour avoir soumis ses rimes\nà Sireuil : c'est que Voltaire voulait parvenir à être joué et que Pan-\ndore le consolât de l'échec ou mieux de Favortement déplorable de\nSamson. Muni des pleins pouvoirs du maître, La Borde tailla et rogna\nsi bien, qu'un an après il présentait à Voltaire deux actes terminés. Qui\nfut étonné et ravi ? Pas n'est besoin de le demander.\n« M. de la Borde, premier valet de chambre du roi, m'apporte deux actes\nde son opéra de Pandore; je m'attendais àde la musique de cour : nous avons\ntrouvé, madame Denis et moi, du Rameau. Peut-être nous trompons-nous,\nmais ma nièce s'y connaît bien : pour moi, je ne suis qu'un ignorant. ©\nLa vérité vraie est dans ce mot de la fin précédé d'un quolibet, selon\nl'usage ; on dirait une infirmité chez cet homme d'esprit : cela tourne au"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "123", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.28", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2582, "texte": "cliché, comme on dit de nos jours dans le patois de la petite presse. Répé-\ntition du trait sur la musique de cour, dans une lettre du même jour3 à\nDamilaville.\nQuoique charmé des mélodies de La Borde, Voltaire n'était cependant\npas bien certain de ne pas se tromper à cet égard; aussi, écrivant à Cha-\nbanon5 amateur de talent, il lui dit :\n« Mon cher enfant, mon cher ami, mon cher confrère, je ne me connais\npas trop en G sol ut et en F ut fa. J'ai l'oreille dure, je suis un peu sourd;\ncependant, je vous avoue qu'il y a des airs de Pandore qui m'ont fait beau-\ncoup de plaisir, J'ai retenu, par exemple, malgré moi :\nAh ! vous ave % pour vous la grandeur et la gloire. (Acte III.)\n« D'autres airs m'ont fait une grande impression et laissent encore un bruit\nconfus dans le tympan de mon oreille.\n« Pourquoi sait-on par cœur les vers de Racine ? c'est qu'ils sont bons. Il\nfaut donc que la musique retenue par les ignorants soit bonne aussi. On me\ndira que la plupart des ariettes de Lulli sont des airs du Pont-neuf et des\nbarcarolles de Venise, d'accord : aussi ne les a-t-on pas reconnus comme\nbons, mais comme faciles. Mais, pour peu qu'on ait de goût, on grave dans\nsa mémoire quatre actes entiers d'Armide. »\nC'est prodigieux d'audace, d'erreurs et d'illogismes. Ce qui suit vaut\nde l'or; c'est une révélation du talent d'artiste lyrique chez Voltaire : ici\nle ton est loin d'être aussi modeste qu'au débuto\n« La déclamation de Lulli est une mélopée si parfaite, que je déclame tout\nson récitatif en suivant ses notes et en adoucissant seulement les intonations;\nje fais alors un très grand effet sur les auditeurs, et il n'y a personne qui ne\nsoit ému. »\nNe dirait-on pas une application anticipée du procédé de cet impré-\nsario de province qui annonçait une représentation de la Dame blanche,\noù la musique serait remplacée par un dialogue vif et animé. Comme\neût dit un de nos modernes romantiques : « C'est ruisselant d'inouïsme. »\nVoltaire dilettante est, il faut l'avouer, plus étonnant encore et surtout\nplus inattendu que Voltaire librettiste.\nLe raisonnement ou mieux le déraisonnement de Voltaire se poursuit\nsur ce ton jusqu'à satiété. En somme, ce qui l'attache à cette Pandore,\nainsi qu'il l'appelle, ce n'est pas tant son amour-propre de poète ou le\nplaisir que lui cause la musique de La Borde, que les idées anti-reli-\ngieuses dont cet opéra est le prétexte et le porte-voix, pour ainsi dire.\n«Je vous demanderai surtout, insiste-t-il auprès de M. Chabanon, de faire\nune bonne brigue, une bonne cabale, pour qu'on ne retranche point :"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "124", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.29", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2627, "texte": "O Jupiter ! ô fureurs inhumaines !\nEternel persécuteur,\nDe l'infortune créateur, etc.\net non pas de Vinfortuné, comme on l'a imprimé : cela est très janséniste,\npar conséquent très orthodoxe dans le temps présent; ces bougres font Dieu\nauteur du péché, je veux le dire à l'Opéra. Ce petit blasphème sied, d'ailleurs,\nà merveille dans la bouche de Prométhée. »\nPas de commentaires, n'est-ce pas ?...\nEt le patriarche de Ferney continuait, de plus belle, à rapetasser (sic)\nsa Pandore, docile à toutes les exigences de son musicien, qu'il acca-\nblait de lettres, auxquelles il paraît que ce dernier ne répondait guère.\n« Je le crois, dit-il, fort occupé à Versailles; mais, fût-il premier ministre,\nil ne faut pas négliger Pandore. » C'était son dada, sa Rossinante, son\nidée fixe ; il en rabâchait sans cesse. A la fin, l'impatience prend notre\nrimeur et le pousse à l'impertinence : « Je ne sais pourquoi M. de La\nBorde m abandonne obstinément... Est-ce parce qu'il ne se soucie plus\nde Pandore ? est-ce caprice de grand musicien ou négligence de premier\nvalet de chambre ? »\nLm mois se passe sans nouvelles du musicien ; Voltaire n'y tient plus\net se met à déprécier l'œuvre de son collaborateur, en revenant sur ses\nimpressions si favorables qui tournent alors à la critique amère ou tout\nau moins à l'aigre-doux. « Quant à la musique de M. de La Borde, je\nme souviens d'avoir été très content de ce que j'entendis; mais il me\nparut que cette musique manquait, en quelques endroits, de cette énergie\net de ce sublime que Lulli et Rameau ont seuls connus et que l'opéra\ncomique 11 inspirera jamais à ceux qui aiment il gusto grande. »\nComment concilier cette énergie et ce sublime que Voltaire reconnaît\nici à Lulli, après avoir, peu auparavant, traité la musique de ce compo-\nsiteur d airs du Pont-Neuf? C'est ainsi, qu'à tout moment, le rimeur\nde Pandore est pris en flagrant délit de contradiction au premier chef.\nCependant, le malheureux opéra en question risquait fort de ne jamais\nêtre joué; une occasion pourtant poind à l'horizon de faire servir,\nne fût-ce qu une fois, vers et et Voltaire ne la laissa pas\néchapper; il espère un moment que son œuvre paraîtra pour les fêtes\ndu mariage du dauphin (depuis Louis XVI), et il adresse immé-\ndiatement au grand ordonnateur des pompes de cour un éloge somptueux\nde la musique de la Borde, nouvelle volte-face qu'il n'est pas diffi-\ncile sinon de justifier, du moins d'expliquer par le désir ardent qui\nle brûle de caser enfin sa Pandore. On comprend la finesse de l'allusion,\nla dauphine et Pandore ; il est vrai que le reste de la fiction n'est rien"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "125", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.30", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2735, "texte": "moins qu'heureux en rapprochements; mais peu lui importe. Donc, il\nadresse cette lettre au duc de Richelieu :\n« Je vous jure, monseigneur, que la musique de Pandore est charmante,\net que ce spectacle ferait le plus bel effet du monde aux yeux et aux oreilles*\nIl faut, pour des fêtes qui attirent une grande multitude, un bruit qui ne cesse\npoint et un spectacle qui plaise continuellement aux yeux. Vous trouverez\ntous ces avantages dans la Pandore de M. de la Borde, et vous aurez de\nplus une musique infiniment agréable, qui réunit, à mon gré, le brillant\nde l'italien et le noble du français. »\nEst-ce assez joli? Mais, la fin de cette lettre est ineffable :\n« Je vous en parle assurément en homme très désintéressé, car je suis\naveugle tout l'hiver et presque sourd le long de l'année... Je ne vous parle\nqu'en bon citoyen qui ne songe qu'au plaisir des autres.\n« De plus, il me semble que l'opéra de Pandore est convenable aux mariages\nde tous les princes. »\nEn résumé, cette lettre rappelle le Prene{ mon ours proverbial.\nAprès avoir ainsi sollicité le duc de Richelieu en faveur de sa Pandorei\nVoltaire s'adresse à d'Argental et le presse vivement de pousser à l'accep-\ntation et au succès du dit opéra :\n« J'ai à vous entretenir de la plus grande affaire de l'Europe; il s'agit de la\nmusique de Pandore. Tous les maux, qui étaient dans la boîte, affligent l'uni-\nvers et moi ; et je n'ai pas l'espérance qu'on exécute la musique de la Borde...\nJ'aime bien les Guêbres, mais j'aimerais encore mieux que Pandore réussît à\nla cour. En vérité, voilà une négociation que vous devriez entreprendre. On\nveut du Lulli; c'est se moquer d'une princesse autrichienne élevée dans\nl'amour de la musique italienne et de l'allemande; il ne faut pas la faire\nbâiller pour sa bienvenue. »\nLe fin de tout ceci, c'est que Voltaire s'ennuyait fort d'un exil mal\ndéguisé, à Ferney, où le jardinage, l'érection d'une église et quelques\nateliers d'horlogerie étaient impuissants à le consoler de l'éloignement de\nParis et surtout de la cour; à Voltaire n'était qu'un gentil-\nhomme de la Chambre in partibus. Aussi, plus le moment des fêtes du\nmariage approchait, plus il redoublait d'instances pour placer sa Pan-\ndore.\nAdressant à d'Argental la copie d'une lettre qu'il écrivait au duc\nd'Aumont, il dit à son intime :\n« Si M. le duc d'Aumont n'est pas touché de cette lettre, il a le cœur dur ;\net si son cœur est dur, son oreille l'est aussi. La musique de M. de la Borde\nest douce et agréable...\n« J'ai pris à cœur le succès de cette affaire, pour plus d'une raison: c'est la\nseule chose qui pourrait déterminer un certain voyage...\n« En un mot, faites ce que vous voudrez, et que l'espérance me reste au\nfond de la boîte. »"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "126", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.31", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2237, "texte": "Voltaire projetait un voyage à Paris ; il espérait, par madame Du\nBarry, rentrer en grâce à la cour et voir finir son exil. Vains efforts! Ni\nl'auteur de Pandore, ni Pandore elle-même ne furent appelés à la faveur\nd'embellir les fêtes du mariage du dauphin avec l'archiduchesse Marie-\nAntoinette. Mais le patriarche de Ferney ne se tint pas pour battu; en\n1773, lors du mariage du comte d'Artois (depuis le roi Charles X), il\nentreprit une nouvelle campagne pour son malheureux opéra. Il écrivait\nà Richelieu, le 5 mai :\n« Je vous présente aujourd'hui requête pour la Borde, dont on prétend que\nla Pandore est devenue un ouvrage très agréable. Je crois qu'il mourra de\ndouleur si mon héros ne fait pas exécuter son spectacle aux fêtes de madame\nla comtesse d'Artois ; et moi je reprendrai peut-être de cette vie, si cette\naventure pouvait me fournir une occasion de vous faire ma cour pendant\nquelques jours.\na Je crois que cette Pandore, avec sa boîte, a été en effet la source de bien\ndes maux, puisqu'elle fit mourir de chagrin ce pauvre Royer et qu'elle\nest capable de jouer un pareil tour à la Borde. Les musiciens me paraissent\nencore plus sensibles que les poètes. »\nCette dernière assertion est bien discutable, au moins en ce qui con*\ncerne Voltaire.\nLe 7 juillet, la Borde était à Ferney, de passage avec son frère pour\naller en Italie ; il donna à son librettiste un avant-goût de sa musique :\n« La Borde écrit Voltaire au duc de Richelieu, a fait exécuter à\nFerney quelques morceaux de sa Pandore. Si tout le reste est aussi bon\nque ce que j'ai entendu, cet ouvrage aura un très grand succès. Le sujet\nn?est pas si funeste, puisque l'amour reste au genre humain ;et d'ailleurs,\nqu'importe le sujet, pourvu que la pièce plaise ? »\nMalgré tout le mouvement que se donna Voltaire, Pandore ne servit\npas plus aux fêtes de 1773 qu'à celles de 1770. Ni la Borde ni lui n'en\nmoururent de douleur,malgré ce qu'il en avait pu dire; on ne meurt pas,\nd'ailleurs, pour si peu.\nIl avait été plus heureux, ving-huit ans auparavant, avec deux opéras\nde circonstance, et, pour n'avoir duré que l'espace d'un jour, le succès\nn'en fut pas moins cher à l'amour-propre du rimeur.\n(La suite prochainement*)\n\nCH. BARTHÉLEMY."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-11-01-01-c021", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-11-01_01#c021", "volume": "bmtnabc_1874-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "127", "page_fin": "130", "image_debut": 32, "image_fin": 39, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.2.5", "titre_corps": "REVUE DES CONCERTS", "titre_sommaire": "REVUE DES CONCERTS", "signature_source": "H. MARCELLO", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 32, "page_imprimee": "127", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.32", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1474, "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nCoup-d'œil d'ensemble. CONCERTS-POPULAIRES : Préside de M. Verdi. Suite hon-\ngroise de M. Massenet. Pièces de J.-S. Bach (première audition). Divertissement\nde Mozart (première audition).\n%\nA nouvelle saison qui vient de s'ouvrir s'annonce\ncomme devant être bien remplie. Il suffira, pour\nnous en convaincre, de jeter un coup-d'œil\nsemble sur l'état de choses actuel et de rechercher\nce qu'il nous promet pour l'avenir. M. Lamoureux\nse propose de continuer cet hiver les belles séances\nqu'il donna l'hiver dernier pour l'audition des grands oratorios de\nBach et de HaendeL Nous avons déjà entendu le Messie ét la Passion,\nnous entendrons prochainement Judas Machabée et Israël en Egypte\nd'Haendel, ainsi que la Nuit de Noël de J. S. Bach. De son côté,\nM. Danbé va reprendre ses agréables concerts du Grand-Hôtel, et je ne\ndoute pas qu'après le succès des belles soirées de Christophe Colomb, de\nla Bataille de Marignan et de la Fête d'Alexandre, il ne s'occupe avec\nun nouveau zèle de remettre en lumière d'autres œuvres aussi curieuses\nque peu connues de la génération actuelle. Je crois qu'il y aurait grand\nintérêt à ce que les séances de musique chorale du Grand-Hôtel fussent\n✓\nen quelque sorte le pendant des concerts du Cirque d'Eté, et que\nM. Danbé fit pour le répertoire moderne ce que M. Lamoureux fait\npour le répertoire classique, de telle sorte que le public pût entendre\ndans la même semaine le Messie d'Haendel et le Désert de M. F, David,"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "128", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.33", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2743, "texte": "le Paulus de Mendelssohn et le Selam de M. E. Reyer, la Passion de\nBach et la Marie-Magdeleine de M. Massenet. J'appelle toute l'attention\nde M. Danbé sur ce programme, pour la réalisation duquel il trouverait\nun précieux auxiliaire dans le concours des sociétés Bourgault-Ducou-\ndray et Amand Chevé. L'Association artistique, dirigée par M. Co-\nlonne, s'est installée au Châtelet, où elle donnera plusieurs séries de\nconcerts de musique instrumentale et chorale. Nous espérons que cette\nsociété, qui succède à la direction du Concert national, héritera aussi\ndes traditions libérales de cette dernière, qui a rendu de réels services à\nl'art français en produisant au grand jour tant d'œuvres inédites de\nnos compositeurs modernes. M. Ofïenbach lui-même, veut aussi avoir à\nla Gaîté ses matinées de musique classique. L'hiver dernier, il ressus-\ncitait quelques opéras-comiques du vieux répertoire français; cette an-\nnée, il ferait un pas de plus en avant et monterait, dit-on, ïAthalie et le\nSonge d'une Nuit tfété, avec décors et costumes.\nEnfin, je puis vous annoncer, dès aujourd'hui, trois grands concerts\nextraordinaires, qui feront sans doute événement dans la saison. Ces\ntrois concerts auront lieu au théâtre de l'Odéon, vers la fin de février ou\nau commencement de mars ; ils seront exclusivement consacrés à l'audi-\ntion d'œuvres nouvelles, inédites, de compositeurs français. Le premier\ncomprendra trois ouvrages importants: Ève, mystère, avec soli et\nchœurs, poème de M. L. Gallet. Scènes dramatiques d'après Shakes-\npeare, suite d'orchestre en quatre parties : i° (la Tempête) Ariel et les\nEsprits; 2° (Othello) le sommeil de Desdémone; 3° (Roméo et Juliette)\nronde de nuit dans le jardin de Capulet ; 40 (Macbeth) les sorcières.\nLe festin, apparition de Banquo. Triomphe de Malcolm. Ouver-\nture de Phèdre. La musique de ces trois œuvres est de M. J. Mas-\nsenet. On entendra, dans le second concert, la Forêt, poème lyrique\nen trois parties avec soli et chœurs, de madame de Grandval, et dans le\ntroisième, Tamarah, drame lyrique en trois parties, de MM. L. Gallet\net Paladilhe.\nJ'arrive maintenant aux concerts populaires dont je dois, cette année,\nm'occuper particulièrement dans cette revue, et j'y trouve tout d'abord\nà signaler une heureuse innovation : le huitième concert de chaque série\nsera consacré à l'audition d'une œuvre chorale. Le premier oratorio\nexécuté sera VElie, de Mendelssohn. M. Pasdeloup examine en ce mo-\nment un certain nombre d'œuvres nouvelles qu'il se propose de nous\nfaire entendre, et parmi lesquelles je citerai une Suite hongroise de\nHoffmann, un Requiem3 de Brahms, la Cloche, de Stor, jouée avec grand\nsuccès l'hiver dernier aux Concerts populaires de Bruxelles, la Sym-"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "129", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.38", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2755, "texte": "phonie espagnole, avec violon principal, de M. Lalo, et une Suite pour\nviolon et orchestre, de Raff, qui-doit être exécutée le 8 de ce mois par\nM. Sarasate. Je ne saurais trop engager M. Pasdeloup à faire la part aussi\nlarge que possible aux œuvres de notre jeune école française. Qu'il n'oublie\npas que c'est lui qui a produit le premier MM Massenet, Lalo, Guiraud,\nBizet, Saint-Saëns et que, depuis le jour ou ils ont fait entendre leurs\npremiers essais de musique instrumentale, ces compositeurs ont fait de\nremarquables progrès et forment aujourd'hui une école symphonique\navec laquelle il faut compter. Je l'ai dit bien souvent, et je ne cesserai de\nle répéter : « associer dans une égale mesure les œuvres des composi-\nteurs modernes (et surtout des français) aux chefs-d'œuvre du répertoire\nclassique, tel doit être le programme de toute société musicale vraiment\npréoccupée de servir les intérêts de l'art. »\nTirons un trait après ce long préambule et passons au compte-rendu\ndes deux premiers concerts de la première série. A quoi bon le dissimuler,\nle grand succès de la première séance a été pour le prélude du troisième\nacte de la Traviata, de M. Verdi. Ce morceau, chaleureusement ap-\nplaudi, a obtenu les honneurs du bis, mais non toutefois sans soulever\nquelques protestations, auxquelles nous nous associons d'autant plus\nvolontiers, qu'elles nous ont paru aussi justes au fond que modérées\ndans la forme. L'entr'acte de la Traviata est sans doute en soi un mor-\nceau fort estimable, qui doit produire et qui produit réellement tout\nson effet au théâtre, seulement il faut toujours en revenir au précepte\nd'Horace : « Non erat hic locus. » Le Prélude de M. Verdi,, exécuté\nentre la Symphonie héroïque et le Songe d'une Nuit d'été, était abso-\nlument déplacé, et je ne comprends pas que M. Pasdeloup ait consenti\nà glisser cette hérésie dans ses programmes ordinairement fort ortho-\ndoxes. Heureusement, le morceau dont nous parlons n'affiche aucune\nprétention symphonique, et c'est précisément cette extrême simplicité\nqui l'a sauvé du ridicule. Avec tout autre prélude de M. Verdi, par\nexemple celui du Ballo in maschera, l'épreuve eût été beaucoup moins\nfavorable.\nOn a exécuté ensuite la deuxième Suite d 1 orchestre (Scènes hongroises)\nde M. Massenet. Je ne m'étendrai pas longuement sur cette œuvre, qui a\ndéjà été entendue plusieurs fois, et que le succès à consacrée; il me suf-\nfira de constater qu'on y trouve réunies toutes les qualités du jeune\ncompositeur, y compris cette habileté de main qu'il possède à un si haut\ndegré. Dans le premier morceau : Entrée en forme de danse, d'un\nrhythme original et d'une facture fort ingénieuse, le musicien a réussi,\navec un rare bonheur, à faire revivre le caractère des danses hongroises,"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "130", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.39", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2254, "texte": "qu'il avait pu saisir sur les lieux mêmes, lors de son voyage à Pesth en\n1865, Nous publions en entier, dans le numéro de ce jour, le deuxième\nmorceau Intermède, dont le thème si franc et le rhythme vigoureusement\naccentué sont encore relevés par de piquantes combinaisons de sonorités,\npar exemple, dans la reprise en Si, du premier motif, par les flûtes et les\nvioloncelles, avec accompagnement de harpes et de cymbales (i).\nLes Adieux de la fiancée composent un petit tableau, empreint d'une\npoésie charmante et baigné d'une teinte douce et mélancolique qui rap-\npelle assez heureusement les grands horizons tristes des plaines de\nHongrie. Comme idée et comme développement, c'est à mon sens la\nmeilleure page de cette Suite, qui se termine par un finale très mouve-\nmenté dans ses différents épisodes et admirablement scénique. Je devrais\ndire trop scénique, car nous avons affaire à une œuvre symphonique ;\nmais n'oublions pas que la Suite d'orchestre française a bien plus d'affi-\nnité avec la musique dramatique qu'avec la symphonie, et que par con-\nséquent les qualités scéniques doivent y être comptées au nombre des\nmérites de l'œuvre.\nLes Pièces pour orchestre, de J.-S. Bach, qui remplissaient le qua-\ntrième numéro du programme, constituent une des plus remarquables\nétudes d'orchestration que je connaisse : la fugue du premier morceau est\nclaire, facile et absolument exempte de la raideur ordinaire des formes\nscolastiques ; l'allegretto en mouvement de gavotte est charmant, bien\nqu'un peu court ; quant au final, il contient un solo de trompette hor-\nriblement difficile, dont M. Teste s'est tiré à son honneur.\nLa seule nouveauté du deuxième concert était la première audition\nd'un Divertissement, composé par Mozart en 1776. C'est une œuvre de\njeunesse élégante et agréable, mais sans grande portée; le style en a\nbeaucoup vieilli : le menuet et le final présentent une très forte imitation\nde la manière d'Haydn. La belle marche des pèlerins tfHarold en Italie,\nde Berlioz, qui venait ensuite, a été bissée : le public, en cela, a fait\npreuve d'un goût très éclairé.\n(1) Les Scènes hongroises, réduites par Fauteur4 pour le piano à deux et à quatre\nmains, ont été publiées par l'Éditeur Hartmann.\n\nH. MARCELLO."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-11-01-01-c025", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-11-01_01#c025", "volume": "bmtnabc_1874-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 34, "image_fin": 37, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.2.6", "titre_corps": "N°. 2 INTERMEDE", "titre_sommaire": "N°. 2 INTERMEDE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.34", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 92, "texte": "N°. 2\nINTERMEDE\nParie.G. HABTMANN Ed: 19 Baultde la Madeleine.\nG. 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M. Halanzîer et M. Faure. THÉÂTRE- VENTADOUR. La Traviata.\nIl Trovatore. Uyi Ballo in maschera.\nVANT que la nature ne s'enveloppât tout à fait dans\nson linceul de neige, M. Faure et M. Halanzier, l'un\ndirecteur, l'autre baryton de l'Académie de musique,\nont fait légèrement tinter les grelots de la folie. Grâces\nleur soient rendues pour ce bon mouvement, car les\nmortelles heures auront coulé plus vite; plus vite\naussi l'automne aura rejoint l'hiver.\nAu moment où l'Europe entière songeait à sa provision de bois,\nM. Faure, d'une part, et M. de l'autre, ont arrêté dans cette\nopération toute une partie du monde, attentive à leur voix. On eût dit\ndeux cyclopes rappant à tour de bras l'enclume de la publicité. Devant\nce bruit formidable qui a dominé pendant huit jours les crépitements de\nla fusillade carliste, l'agence Havas, l'agence Reuter et l'agence Stefani,\nfaisaient vainement mouvoir les télégraphes. Les diplomates n'échan-\ngeaient plus de courriers; les ambassades chômaient. De Gibraltar aux\nîles Feroë, la consternation régnait. On se demandait à quel renverse-\nment de planètes conduirait fatalement la démission de M. Faure. Il\nsemblait que la fin du monde ne fût plus un mythe, mais une probabi-\nlité redoutable, dont l'échéance serait hâtée par la retraite de M. Faure.\nLes principales cours de l'Europe songeaient à leur salut dans l'autre\nmonde. Aussi les rares nouvelles qui nous en venaient bouleversaient\ntoutes les hypothèses : on disait que Victor-Emmanuel avait rendu au"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "132", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.41", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2380, "texte": "pape tous les États de l'Eglise, et qu'il s'était complètement refusé au\ndépart de YOrénoque ; on racontait que M. de Bismarck avait rendu la\nliberté à M. d'Arnim, en le suppliant de répandre à profusion les lettres\nsecrètes qu'il détenait et pour lesquelles il était détenu; on savait que\nle général Moriones avait demandé une suspension d7armes à Dorregaray,\nafin de voter en commun des indemnités aux villages incendiés, de doter\nl'Espagne de nouveaux ponts, et de la peupler de nouvelles diligences.\nSur tous les points, la politique avait changé de face et revêtu cet aspect\npatriarcal.\nEn d'autres temps, le différend qui s'est élevé entre M. Faure et\nM. Halanzier n'eût engendré qu'un poème héroï-comique, comme la\nSecchia rapita? de Tassoni, la Boucle de cheveux enlevée, de Pope, ou\nsimplement la Pipe cassée, de Vadé. Aujourd'hui cette querelle fait\ngémir la presse continentale. Le lecteur trouvera plus loin des docu-\nments nécessaires à l'instruction de l'affaire, et transcrits ici pour l'édi-\nfication des races futures. Chacun, sur Pexamen des pièces, formera son\nopinion. Pour moi, voici l'enseignement qui s'en dégage :\nEn ce qui concerne la Patti, cause première des dissentiments qui ont\néclaté entre M. Faure et M. Halanzier :\ni° La noblesse, le tiers-état et le clergé n'ont jamais manifesté l'in-\ntention irrévocable de marcher sur Versailles, dans le cas où le gouver-\nnement ne triompherait pas des scrupules qu'éprouvait cette cantatrice\nà se faire entendre à Paris;\n2° Si madame Patti désirait être applaudie à Paris, elle n'avait qu'à\nse plier aux tarifs usités à Paris, comme le fera la Krauss;\n3° Je mets madame Patti au défi de me nommer un seul bienfaiteur\nde l'humanité auquel il ait jamais été versé 5,000 francs par soirée.\nEn ce qui concerne M. Halanzier :\ni° M. Halanzier, en payant madame Adelina Patti 5,000 francs par\nsoirée, payait madame Adelina Patti plus cher qu'elle ne vaut;\n2° En l'engageant pour cinq représentations à un taux insolite, il cé-\ndait visiblement à un intérêt de spéculation, sauf pour la première\nreprésentation dont bénéficiaient les Alsaciens-Lorrains;\n3° Pour réaliser sa spéculation, il a transformé un théâtre national\nde musique en un théâtre d 1 exception, attendu qu'il a obtenu du minis-\ntère des Beaux-Arts la permission d'élever de io à 27 francs le tarif des\nfauteuils d'orchestre ;"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "133", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.42", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2352, "texte": "4° Il a eu tort de demander au ministère l'élévation d'un tarif consa-\ncré par l'usage, et le ministère a eu le tort de le lui accorder ;\n5° Le droit absolu de chaque citoyen résidant sur le territoire français\net satisfaisant à la loi de l'impôt, est d'entendre la Patti pour 10 francs et\nnon pour 27, attendu que la subvention accordée au directeur de l'Opéra\n/\nest prélevée sur le produit des contributions perçues par l'Etat, et que\nl'emploi de cette subvention est réglé par un cahier des charges fixant à\n10 fr. le prix du fauteuil d'orchestre;\n6° Il en résulte que, pendant cinq jours, le directeur de l'Opéra, d'ac-\ncord avec le ministère, a éludé les dispositions de son privilège et abusé\ndu monopole dont il jouit, ce qui est sans précédent comme sans excuse.\nEn ce qui concerne M. Faure :\ni° M. Faure a dénoncé un procédé directorial attentatoire aux intérêts\ndu public;\n20 II ne faut pas lui en savoir gré, puisqu'il n'a obéi qu'à l'impulsion\nde son amour-propre, visiblement contrarié ;\n3° La police de l'Académie de musique ne lui appartient pas;\n40 II n'avait pas le droit de donner sa démission :le terme était im-\npropre et Faction noire, puisqu'il était lié par un traité moral et verbal à\nla fortune de M. Halanzier.\n5° Il y a mis un ton qui autorisait pleinement M. Halanzier à le re-\nmercier de ses services ;\n6° En prolongeant sa résistance, en dérangeant plusieurs membres de\nl'lnstitut pour la rédaction de ses protocoles, il a laissé croire que sa va-\nnité n'était pas moindre que son talent.\nEn résumé, si M. Halanzier a eu le tort de donner du canif dans son\ncontrat avec l'État, il a eu le tort non moins grand de laisser discuter\nson administration par un de ses pensionnaires dont l'influence paraît\nfaire échec à sa volonté. Cette compétition d'autorité dans la direction de\nnotre première scène lyrique jette autour d'elle un trouble fâcheux; elle\ninquiète et elle révolte tous les esprits indépendants. Pour M. Halanzier,\nM. Faure n'est pas un artiste; c'est une belle-mère.\nIl faut que M. Halanzier apprenne à se passer de M. Faure, et qu'il\nnous apprenne à nous en passer nous-mêmes. M. Halanzier qui, au de-\nmeurant, sait les choses du théâtre, doit s'être aperçu que si les Parisiens\nont besoin d'un fétiche, il leur importe peu que ce fétiche soit le même,\npourvu que ce fétiche soit."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "134", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.43", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1682, "texte": "THÉÂTRE VENTADOUR. Le théâtre Ventadour a repris la Traviata,\nIl Trovatore et Un Ballo in maschera, pour les débuts de divers artistes.\nNous ne dirons rien de ces trois opéras, sur lesquels on a dit tout et\nmême autre chose.\nNous entendîmes dans la Traviata :\nM. Verati, un ténor dont la voix est mal posée et souvent défaillante ;\nM. Rinaldi, un baryton qui sait se servir d'une voix de courte portée ;\nMadame Pozzoni, qui, malgré sa furia italiana, s'est fait justement\napplaudir dans le rôle épineux de Violetta.\nNous eûmes dans II Trovatore, outre M. Verati :\nM. Padilla, un conte di Luna, qui serait parfait s'il consentait à res-\npirer à point et à prosodier son chant;\nMademoiselle Lamare, qui âdu feu, de Pentente scénique,— ce qu'on\nétait convenu d'appeler, dans le langage de dix-huitième des\nentrailles;\nMademoiselle Ormenij contralto, livrée en pâture à la risée publique\npar une direction impitoyable.\nNous vîmes ensuite dans Un Ballo in maschera :\nM. Anastasi, ténor, qui a certaines qualités de solidité;\nM. Padilla, dont le baryton s'est considérablement assoupli depuis\nlan dernier, de telle sorte qu'il a détaillé merveilleusement l'air fort\ndifficile et fort beau du troisième acte ;\nM.Soto, qu on s'obstine à nous montrer dans des rôles tragiques, alors\nque son talent bouffe est notoire ;\nMadame Pozzoni, qui touche par plus d'un côté à la grande artiste,\nmais qui devra se mettre en garde contre l'exaltation vocale ;\nMademoiselle Émiliani, une sorcière qu'il faut craindre ;\nEt enfin, dans le rôle du page, mademoiselle Varni, soprano acuto,\ndont la voix est hostile à la vocalise, et la structure rebelle au travesti.\n\nARTHUR HEULHARD."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-11-01-01-c030", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-11-01_01#c030", "volume": "bmtnabc_1874-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "135", "page_fin": "138", "image_debut": 44, "image_fin": 47, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.2.8", "titre_corps": "CHRONOLOGIE DE L'ANNÉE 1874", "titre_sommaire": "CHRONOLOGIE DE L'ANNÉE 1874", "signature_source": "A. 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Toutes les sommités du monde musical de Lon-\ndres assistaient à la cérémonie, où l'un des principaux critiques et publicistes\nspéciaux de l'Angleterre, M. Griinsen, a prononcé un discours retraçant les\ngrands traits de la vie et de la carrière de Balfe.\n29 et 3o Septembre, ler, 2et 3 Octobre. LIVERPOOL (salle de la Philhar-\nmonie). Grand festival triennal, placé sous la direction générale de sir Julius\nBenedict, le violoniste Saintan dirigeant l'orchestre. Outre le Paulus de Men-\ndelssohn outre un oratorio de M. Arthur Sullivan, the Light of the World,\n' f\net divers fragments de Judas Machabée, du Messie et d'lsraël en Egypte de\nHaendel, on y exécute la Symphonie avec chœurs de Beethoven, une nou-\nvelle messe, Angeli custodes, de M. Gounod, des fragments de Jeanne d'Arc\ndu même auteur, et enfin quatre œuvres écrites expressément pour la cir-\nconstance : Symphonie nouvelle en sol, de M. Benedict, Festival Ouverture\nde M. Macfarren, Festival Marsch de M. Oakeley, professeur à Édimbourg,\net the Lay of the last Minstrel, symphonie descriptive de M, J.-Fr. Barnett.\nLa recette des cinq concerts, dans deux desquels on a entendu madame Ade-\nlina Patti, a atteint le chiffre respectable de 155,000 francs."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "136", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.45", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2382, "texte": "Derniers jours de Septembre. BRUXELLES. Exécution, à la séance an-\nnuelle de la classe des Beaux-Arts de l'Académie royale de Belgique, de\nTassons Dood (la Mort du Tasse), cantate de M. Florimond van Duyse, qui\navait valu à ce jeune artiste le second prix de Rome en 1873 (1).\nOCTO^^E\n!\nlERIER Octobre. Réouverture annuelle de Frascati. Les concerts de cet éta-\nblissement sont maintenant de deux sortes : Concerts classiques, dirigés par\nM. Henri Litolff, et Concerts-promenades, placés sous la direction de\nM. Arban. A Offenbach, chez l'éditeur André, paraît le premier numéro d'un\nnouveau journal de musique, qui porte pour titre : Harmonie ; ce journal est,\ndit-on, destiné à soutenir les doctrines de l'école dite de l'avenir ; il est donc\nwagnérien au premier chef.\n2. Réouverture annuelle du Casino, qui prend la dénomination de\nTrianon d'hiver (?).\n5. OPÉRA-COMIQUE. Rentrée de madame Galli-Marié dans le rôle de\nMignon, créé par elle àce théâtre.\n6. VIENNE (Opéra-Comique). Réouverture de ce théâtre, fermé depuis\nquelques mois à la suite d'un désastre financier, par la première représenta-\ntion de Don César de opéra de M. Jules Massenet, traduit en alle-\nmand, L'ouvrage du jeune maître, qui avait été assez froidement accueilli à\nParis il y a deux ans, paraît obtenir à Vienne un vif succès; il a pour prin-\ncipaux interprètes madame Tremel, MM. Hermany et Erl.\n9. VARIÉTÉS. Reprise de la Périchole, opéra bouffe de MM. Henri\nMeilhac et Ludovic Halévy, musique de M. Offenbach.\n10. THÉATRE-VENTADOUR. Ouverture de la saison italienne par\nBorgia, de Donizetti, pour les débuts de madame Pozzoni-Anastasi (Lucre-\nzia), de M. Anastasi (Gennaro), de M. Romani (le duc), et de mademoiselle\nEmiliani (Maffio Orsini), jeune élève de M. Duprez, française de naissance.\nOn sait que le théâtre-Ventadour prend tout à la fois la succession du Théâtre-\nItalien et du Théâtre-Lyrique, qu'il hérite de la subvention destinée à ce der-\nnier, et qu'il doit jouer concurremment, avec l'opéra italien, l'opéra et l'opéra-\ncomique français. Son directeur est M. Bagier, THÉATRE-DÉJAZET. Pre-\n\n(1) Au théâtre de Dieppe on avait donné, le 13 septembre, la première représen-\ntation d'un opéra comique en un acte, le Remplaçant, paroles et musique de M. Ed-\nmond Deparis, artiste de la ville. A Hambourg, le 16 septembre, inauguration du\nnouveau Théâtre municipal."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "137", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.46", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2662, "texte": "mière représentation : les Heures diaboliques, opérette fantastique en cinq\nactes et quatorze tableaux, paroles de MM. Léon et Frantz Beauvallet, mu-\nsique de M. Eugène Moniot FOLIES-BERGÈRE. Première représentation :\nBlanc-F'arinier, opérette en un acte, paroles de M. d'Erville, musique de\nM. Rousselot. LECCO. Première représentation :il Duca di Tapigliano,\nopéra, musique de M. Cagnoni.\n11 • OPÉRA. Représentation extraordinaire donnée, sous le patronage de\nmadame la maréchale de Mac-Mahon, au bénéfice de la Société de secours\ndes Alsaciens-Lorrains. On joue les Huguenots, et madame Adelina Patti\nchante pour la première fois, en France et en français, le rôle de Valentine,\ndans lequel elle obtient un très grand succès. Pour la première fois aussi, le\nprix des places à l'Opéra prend des proportions californiennes, les places de\nloges d'avant-scène étant cotées à 60 francs, celles des premières loges à\n5o francs, les fauteuils d'orchestre à 40 francs, et le reste à l'avenant. Aussi\nla recette produit-elle le chiffre fabuleux de près de 40,000 francs. A la suite\nde cette représentation, madame Adelina Patti en donne encore quelques\nautres, et le prix des places, sans atteindre les proportions colossales des pre-\nmiers jours, est cependant plus que doublé pour la circonstance.— MANNHEIM.\nPremière représentation : la Sauvage apprivoisée, opéra comique en quatre\nactes, paroles de M. Victor Widmann, musique de M. Hermann Gœtz.\n14, 15, 16 et 17. LEEDS. Grand festival, dans lequel on exécute : Paulus\net la symphonie-cantate de Mendelssohn; le Messie et des fragments d'lsraël\nen Egypte, de Haendel ; Saint-Jean-Baptiste, oratorio de M. Macfarren; la\nFiancée de Dunkerron, cantate de M. Henry Smart, etc.. etc. Les solistes\nsont mesdames Tietjens et Patey, MM. Lloyd et Santley.\n17. THÉÂTRE-VENTADOUR. Reprise de la Traviata, de M. Verdi, pour les\ndébuts du ténor Verati, du baryton Rinaldi, et la continuation de ceux de\nmadame Pozzoni-Anastasi. BRUXELLES (Fantaisies-Parisiennes). Première\nreprésentation : le Chignon d'or, opérette bouffe en trois actes, paroles de\nMM. Eugène Grangé et Victor Bernard, musique de M. Émile Jonas.\n18. OPÉRA. Madame Adelina Patti, qui, le mercredi i 3, a donné une se-\nconde représentation des Huguenots, chante pour la première fois à Paris le\nrôle de Marguerite dans Faust. Les journaux publient une lettre de\nM. Faure, annonçant qu'il a donné sa démission et qu'il quitte l'Opéra.\nCONCERTS-POPULAIRES. Premier concert de la saison.\n20. LEIPZIG. La Société de Concerts Euterpe célèbre le cinquantième\nanniversaire de sa fondation.\n21. OPÉRA. Cinquième et dernière représentation de madame Adelina"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "138", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.47", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2451, "texte": "Patti, qui chante Faust pour la seconde fois. NEUILLY-SUR-SEINE. Mort du\nchanteur Théodore Coulon, belge de naissance, qui avait tenu l'emploi des\nbasses profondes successivement à l'Opéra-Comique et à l'Opéra, et qui avait\nchanté ensuite en province et en Italie. Il avait épousé, il y a quelques\nannées, mademoiselle Levielli, chanteuse légère à l'Opéra. Théodore Goulon\nétait âgé de cinquante-trois ans.\n22. THÉÂTRE-VENTADOUR. Reprise d'il Trovatore, de M. Verdi, pour la\nrentrée de M.Padilla (le comte de Luna), et les débuts de MM. Verati (Man-\nrico),Soto de mademoiselle Lamare (Léonora), et de mademoi-\nselle Ormeni (Azucena). DÉLASSEMENTS-COMIQUES. Première représenta-\ntion : De Chrysocale, opérette en un acte, paroles de MM. Dharmenon et\nGaston Escudier, musique de M. Gh. de Sivry (Emile Ettling).\n24. THÉÂTRE-VENTADOUR. Reprise d'un Ballo in Maschera, de M.Verdi,\npour les débuts de madame Pozzoni-Anastasi, de mademoiselle Varni (Wagner),\nde MM. Anastasi, Padilla et Soto. Séance publique annuelle de l'Académie\ndes Beaux-Arts : lecture, par le nouveau secrétaire-perpétuel, M. le vicomte\nHenri Delaborde, de l'éloge de son prédécesseur, M, Ernest Beulé; exécution\nd'une ouverture de M. Henri Maréchal, premier grand prix de Rome de\n1870, et de la cantate de M. Léon Ehrhart, premier grand prix de Rome\nde 1874. Cette cantate, intitulée Acis et Galatée, et dont les paroles ont pour\nauteur M. Eugène Adenis, est chantée par madame Fursch-Madier, MM. Ni-\ncot et Bryon d'Orgeval. Dans la même séance, les noms de trois composi-\nteurs sont proclamés pour divers prix institués par des particuliers, et dont\nl'Académie est la dispensatrice : M. Duprato partage le prix Trémont avec\ndeux autres artistes; M. Louis Deffès partage aussi le prix Lambert; enfin,\nle prix fondé par M. Chartier pour l'encouragement de la Musique de\nchambre, est décerné à M.Auguste Morel, ancien directeur du Conservatoire\nde Marseille. OPÉRA-COMIQUE.Trois cent cinquantième réprésentation de\nMignon, de M. Ambroise Thomas. FOLIES-BERGÈRE. Première représen-\ntation : Ah! c't Indien, opérette en un acte, paroles de M. Céhem Gédé (?),\nmusique de M. Firmin Bernicat. MILAN. Inauguration du nouveau théâtre\nCastelli, destiné à la représentation des œuvres lyriques (1).\n\nA. P.\n\n(i) Dans le cours du mois d'octobre, on donne au café concert des Porcherons la\npremière représentation de Virginie Angot, opérette en un acte, musique de\nM. Muller."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-11-01-01-c033", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-11-01_01#c033", "volume": "bmtnabc_1874-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "139", "page_fin": "144", "image_debut": 48, "image_fin": 53, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.2.9", "titre_corps": "VARIA", "titre_sommaire": "VARIA", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 48, "page_imprimee": "139", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.48", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2150, "texte": "VARIA\nCorrespondance.— Faits.— Nouvelles.\n\nFAITS DIVERS\n. Arthur Heulhard, dans sa Revue des Théâtres, entre-\ntient nos lecteurs du différend survenu entre M. Halan-\nzier, directeur de l'Opéra, et l'un de ses artistes,\nM. Faure. Mademoiselle Adelina Patti avait prêté\nson concours à une représentation extraordinaire, donnée\nau bénéfice des Alsaciens-Lorrains. Pour cette œuvre\nde bienfaisance, le prix des places avait été sensiblement\naugmenté. Les fauteuils d'orchestre, cotés suivant le\nCahier des charges à 10 francs, avaient été portés à 27 francs. Rien que de\ntrès normal jusqu'ici; mais mademoiselle Patti avait encore chanté deux fois\nles Huguenots et deux fois Faust ; et comme elle percevait pour chacune de\nces représentations un cachet de 5,000 francs, le prix des places était resté\nhors nature»\nM. Faure s'était appuyé sur cette élévation du prix des places pour donner\nsa démission au ministre des Beaux-Arts. En même temps, il publiait, dans les\njournaux parisiens, une lettre basant sur le même motif l'abandon de son\nposte à l'Académie de musique.\nM. Halanzier, justement ému de la publicité donnée à cet incident, a envoyé\nà la presse la lettre suivante :\n« Monsieur le rédacteur,\n« Puisque M. Faure a cru devoir traiter par la voie de la presse la question\nqui nous divise, je me vois forcé, bien à regret, de vous prier d'insérer une\nréponse que j'ai faite aussi courte que possible.\n« Tenant avant tout à rester sur le terrain de la conciliation, je n'aborderai\npas des points qui me semblent aujourd'hui jugés ; je me bornerai à établir\npar des faits irréfutables quelle est la situation de M. Faure vis-à-vis de moi\net quelles sont ses obligations envers le public.\n« D'abord, je demanderai à M. Faure pourquoi il s'est adressé au ministre.\nIl a donc oublié qu'au mois de novembre dernier, alors que les appointements\ndu personnel étaient payés par l'État, M. le ministre ayant autorisé une repré-\nsentation de la Favorite au Havre, au profit des victimes d'un naufrage, il\nexigea mon consentement personnel, alléguant qu'il ne reconnaissait qu'à\nmoi, son directeur, le droit de l'envoyer au Havre ou ailleurs ? A-t-il égale»"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "140", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.49", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2999, "texte": "ment oublié que, sur la demande du directeur du Havre, M. le ministre ayant\npermis qu'une seconde représentation eût lieu, il s'y refusa formellement par\ncette raison qu'il considérait comme indispensable mon acquiescement à cette\nreprésentation?\n« En agissant ainsi, M. Faure avait pour but de conserver ses droits contre\nmoi personnellement, dans le cas où l'État cesserait de payer les appoin-\ntements du personnel. C'était juste; mais, pour être logique, c'est à moi,\naujourd'hui comme alors, qu'il aurait dû avoir affaire.\n« J'arrive à ce mot de démission, qui tendrait à faire croire que M. Faure se\nconsidère non plus comme un artiste , mais comme un fonctionnaire. C'est\névidemment une erreur.\n« M. Faure est lié envers moi par un engagement. Cet engagement est\nverbal; mais, par cela même, il n'en est que plus étroit, entre honnêtes gens,\ndans ses conséquences réciproques; et M. Faure l'entend si bien ainsi lui-\nmême, qu'à la date du 24 juin dernier, il m'adressait de Londres le télégramme\nsuivant :\n« Pouvez-vous m'accorder un mois, voyage compris, pour Pétersbourg,\n« novembre ou décembre? Réponse. »\nCe n'est donc pas de démission qu'il convient de parler, mais de résiliation,\nce qui n'est pas la même chose; et, pour cela, il faudrait ma participation.\nIl faudrait plus encore, car M. Faure ne peut avoir oublié l'article 10 du\nrèglement général de l'Opéra, auquel il est soumis comme tous ses cama-\nrades. Cet article est ainsi concu :\n« Dans le cas d'une contestation entre l'administration et un artiste devant\n« la juridiction compétente, aux termes des lois et du présent règlement, le\n« service ne devra pas en souffrir; en conséquence, l'artiste devra satisfaire\n« aux demandes de l'administration pendant toute la durée de cette contesta-\n« tion, sous les peines portées par les règlements pour refus de service. »\n« En résumé :\n«Je le répète, j'aime à espérer encore que les choses n'en viendront pas\nlà; et, de mon côté, je ferai tout ce qui dépendra de moi pour faciliter un\nrapprochement, mais sans abandonner aucun des droits que j'ai mission de\nfaire respecter en ma qualité de directeur de l'Opéra.\n« Agréez, monsieur le rédacteur, l'assurance de mes sentiments les plus\ndistingués.\n» HALANZIER. »\nA la suite de cet échange de lettres, qui ont eu malheureusement une pu-\nblicité énorme, l'on a fini par où l'on aurait dû commencer: une conciliation\na été tentée; et à la suite de démarches amiables faites par des membres de\nl'lnstitut ; le protocole suivant a été rédigé et publié :\n« Nous sommes heureux d'annoncer que, grâce à une intervention sympa-\nthique, inspirée avant tout par l'intérêt de l'art et du public, le différend qui\nexistait entre M. Faure et M. Halanzier, directeur de l'Opéra, est terminé.\n« M. Halanzier a spontanément déclaré qu'il n'avait jamais songé à ériger en\nprincipe un fait aussi exceptionnel que l'augmentation du prix des places au\nthéâtre de l'Opéra pour les représentations récentes de Mme Patti ; que, s'il"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "141", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.50", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 3158, "texte": "s'était cru autorisé à le faire, c'était en raison de sa situation toute provisoire\ndans la salle Ventadour, et qu'une pareille mesure ne saurait se reproduire\ndans la salle nouvelle.\n«Devant cette déclaration et en présence des regrets exprimés par M.Ha-\nlanzier, qui, le premier, avait ouvert la porte à la conciliation, M. Faure a\ndéclaré à son tour que, pénétré de la reconnaissance et de déférence pour\nle public, et mettant de côté toute question personnelle, il se ferait un devoir\ncomme un honneur de reprendre son service à l'Opéra aussitôt que son état\nde maladie, régulièrement constaté, pourra le lui permettre.\n(( Nous aimons à ajouter que cette heureuse solution est due au concours\nobligeant de trois membres de l'lnstitut : MM. Legouvé et Camille Doucet,\nde l'Académie française, et M. Ambroise Thomas, de l'Académie des Beaux-\nArts. »\nM. Faure a fait sa rentrée dans le rôle de Guillaume Tell.\n—M. Baudouin, le critique musical de la République française, vient de\npublier un article remarquable, dont nous extrayons les pages suivantes :\n«Le bilan théâtral de la période 1873-74 est loin d'être chargé. L'Académie\nde musique ne nous présente qu'une seule œuvre nouvelle : l'Esclave, opéra\nen cinq actes de MM. Foussier et Got, musique de M. E. Membrée. A vrai\ndire, M. Halanziera pour lui une excuse sérieuse. Le ministre, qui a frappé le\nthéâtre qu'il dirigeait, le met, cette année, presque à l'abri des reproches.\nAussi ne lui en ferons-nous point. Les représentations de l'Opéra àla\nsalle Ventadour ont commencé le 19 janvier dernier par Don Juan, et ont été\ncontinuées sans incidents notables avec différents ouvrages du répertoire :\nGuillaume Tell, la Favorite, Coppelia, la Source, etc.\n«On aurait pu croire tout d'abord que la suppression momentanée des repré-\nsentations de l'Opéra devait profiter au théâtre de l'Opéra-Comique et\nlui imprimer une activité réelle. Dans ce cas, on se serait trompé grandement.\nM. Du Locle est resté fidèle à ses habitudes. En dehors du Florentin, qu'il\ns'est empressé d'étouffer ; de Gilles et Gillotin, charmante pochade pleine de\nfinesse et d'esprit due à la plume de M. A. Thomas, et rappelant les beaux\njours du Caïd, enfin d'un ou deux levers de rideau parmi lesquels nous cite-\nrons, pour mémoire seulement, le Cerisier de M. Duprato, M. Du Locle\ns'est borné à ses reprises éternelles. Nous ne reviendrons pas ici sur le compte\ndu Florentin, opéra comique en trois actes, de MM. Charles Lenepveu et de\nSaint-Georges, et dont nous maintenons toute la valeur réelle, malgré le très\npetit nombre de représentations que lui a accordées, non la défaveur du\npublic, mais le mauvais vouloir du directeur, Quant à Gilles et Gillotin, nous\nne pouvons nous empêcher de trouver étranges les entraves mises par\nM. A. Thomas à l'exécution de son œuvre attrayante. L'auteur de Mignon\naurait-il craint que l'esprit délicat dont pétille sa partition n'accusât davan-\ntage les longueurs d'Hamlet?\n« Malgré l'inconvenance des exécutions solennelles d\nM. Massenet, et de la Messe de Requiem de M. Verdi, sur une scène profane,\nl'importance de ces deux pages ne nous permet pas de les passer sous silence."}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "142", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.51", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3459, "texte": "Marie-Magdeleine contient plusieurs parties du plus haut intérêt, en ce sens\nqu'elles atteignent à l'originalité par des procédés d'une adresse véritablement\nmerveilleuse. Quelques morceaux s'y montrent d'une couleur charmante et\nd'un fini de nuance exquis, mais l'ensemble de l'ouvrage pèche par un\nmanque de conviction, dans le style comme dans les idées. Pour ce qui est\ndu Requiem, il nous a beaucoup appris en peu de temps : d'une part, qu'il ne\nfaut jamais se fier aux réputations faites à l'avance et proclamées trop haut ;\nd'autre part, que mesdames Stolz et Waldmann chantaient d'une manière\nadmirable; enfin, que M. 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Bourgault croit à l'art religieux, et il veut en faire à notre\népoque, en employant les formules musicales sévères des siècles passés. En\nprocédant ainsi, il n'arrive à produire que de l'archéologie musicale, et le\ncharme en souffre... À qui la faute?\n«Nous arrivons enfin au Concert national, à celui qui a le plus fait pendant\nces temps derniers, non-seulement pour mettre en lumière les œuvres de nos\ncompositeurs, mais pour établir, en outre, leur supériorité symphonique.\nM. Colonne, l'habile et intelligent directeur, a pris les œuvres récentes les\nplus acclamées des écoles étrangères, et il les a mises en regard d'oeuvres\nanalogues de l'école française contemporaine. Eh bien! l'avantage nous est\ntoujours resté, et un avantage éclatant. Qu'est devenu le Concerto pour\nviolon et orchestre de Max-Bruch, en présence de celui de M. E. Lalo? Que\nsont devenus Maçeppa, de Listz, et la Ballade et minuetto-scherço, de\nM. A. Dupont, devant le Phaëton,de M. 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L'éducation se fait,l'esprit\nmarche, et, si le progrès n'est pas encore complet, au moins est-il consi-\ndérable. »\n\nNOUVELLES\n\nARIS. Opéra. Les répétitions de la Jeanne d'Arc, de M, Mer-\nmet, interrompues par l'incendie de l'Opéra, seront reprises de\nfaçon à donner l'ouvrage dans le courant de l'année prochaine.\nLa Commission du budget a> d'ailleurs, voté les fonds nécessaires\npour montrer, dès le début, cinq opéras qu'elle a désignés au directeur de"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "144", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.53", "debut_caractere": 116, "fin_caractere_exclue": 783, "texte": "l'Académie de musique : les Huguenots, Faust,\\Hamlet, Guillaume Tell et\nJeanne d'Arc.\nM. Halanzier vient de renouveler, pour trois années, l'engagement\ndu baryton Lassalle.\nOpéra-Comique, La direction de ce théâtre a ajourné la première repré-\nsentation de Mireille au commencement de ce mois.\nThéâtre- Ventadour (Italiens). 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Arthur Heulhard, dans sa Revue des Théâtres, entre-\ntient nos lecteurs du différend survenu entre M. Halan-\nzier, directeur de l'Opéra, et l'un de ses artistes,\nM. Faure. Mademoiselle Adelina Patti avait prêté\nson concours à une représentation extraordinaire, donnée\nau bénéfice des Alsaciens-Lorrains. Pour cette œuvre\nde bienfaisance, le prix des places avait été sensiblement\naugmenté. Les fauteuils d'orchestre, cotés suivant le\nCahier des charges à 10 francs, avaient été portés à 27 francs. Rien que de\ntrès normal jusqu'ici; mais mademoiselle Patti avait encore chanté deux fois\nles Huguenots et deux fois Faust ; et comme elle percevait pour chacune de\nces représentations un cachet de 5,000 francs, le prix des places était resté\nhors nature»\nM. Faure s'était appuyé sur cette élévation du prix des places pour donner\nsa démission au ministre des Beaux-Arts. En même temps, il publiait, dans les\njournaux parisiens, une lettre basant sur le même motif l'abandon de son\nposte à l'Académie de musique.\nM. Halanzier, justement ému de la publicité donnée à cet incident, a envoyé\nà la presse la lettre suivante :\n« Monsieur le rédacteur,\n« Puisque M. Faure a cru devoir traiter par la voie de la presse la question\nqui nous divise, je me vois forcé, bien à regret, de vous prier d'insérer une\nréponse que j'ai faite aussi courte que possible.\n« Tenant avant tout à rester sur le terrain de la conciliation, je n'aborderai\npas des points qui me semblent aujourd'hui jugés ; je me bornerai à établir\npar des faits irréfutables quelle est la situation de M. Faure vis-à-vis de moi\net quelles sont ses obligations envers le public.\n« D'abord, je demanderai à M. Faure pourquoi il s'est adressé au ministre.\nIl a donc oublié qu'au mois de novembre dernier, alors que les appointements\ndu personnel étaient payés par l'État, M. le ministre ayant autorisé une repré-\nsentation de la Favorite au Havre, au profit des victimes d'un naufrage, il\nexigea mon consentement personnel, alléguant qu'il ne reconnaissait qu'à\nmoi, son directeur, le droit de l'envoyer au Havre ou ailleurs ? A-t-il égale»"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "140", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.49", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2999, "texte": "ment oublié que, sur la demande du directeur du Havre, M. le ministre ayant\npermis qu'une seconde représentation eût lieu, il s'y refusa formellement par\ncette raison qu'il considérait comme indispensable mon acquiescement à cette\nreprésentation?\n« En agissant ainsi, M. Faure avait pour but de conserver ses droits contre\nmoi personnellement, dans le cas où l'État cesserait de payer les appoin-\ntements du personnel. C'était juste; mais, pour être logique, c'est à moi,\naujourd'hui comme alors, qu'il aurait dû avoir affaire.\n« J'arrive à ce mot de démission, qui tendrait à faire croire que M. Faure se\nconsidère non plus comme un artiste , mais comme un fonctionnaire. C'est\névidemment une erreur.\n« M. Faure est lié envers moi par un engagement. Cet engagement est\nverbal; mais, par cela même, il n'en est que plus étroit, entre honnêtes gens,\ndans ses conséquences réciproques; et M. Faure l'entend si bien ainsi lui-\nmême, qu'à la date du 24 juin dernier, il m'adressait de Londres le télégramme\nsuivant :\n« Pouvez-vous m'accorder un mois, voyage compris, pour Pétersbourg,\n« novembre ou décembre? Réponse. »\nCe n'est donc pas de démission qu'il convient de parler, mais de résiliation,\nce qui n'est pas la même chose; et, pour cela, il faudrait ma participation.\nIl faudrait plus encore, car M. Faure ne peut avoir oublié l'article 10 du\nrèglement général de l'Opéra, auquel il est soumis comme tous ses cama-\nrades. Cet article est ainsi concu :\n« Dans le cas d'une contestation entre l'administration et un artiste devant\n« la juridiction compétente, aux termes des lois et du présent règlement, le\n« service ne devra pas en souffrir; en conséquence, l'artiste devra satisfaire\n« aux demandes de l'administration pendant toute la durée de cette contesta-\n« tion, sous les peines portées par les règlements pour refus de service. »\n« En résumé :\n«Je le répète, j'aime à espérer encore que les choses n'en viendront pas\nlà; et, de mon côté, je ferai tout ce qui dépendra de moi pour faciliter un\nrapprochement, mais sans abandonner aucun des droits que j'ai mission de\nfaire respecter en ma qualité de directeur de l'Opéra.\n« Agréez, monsieur le rédacteur, l'assurance de mes sentiments les plus\ndistingués.\n» HALANZIER. »\nA la suite de cet échange de lettres, qui ont eu malheureusement une pu-\nblicité énorme, l'on a fini par où l'on aurait dû commencer: une conciliation\na été tentée; et à la suite de démarches amiables faites par des membres de\nl'lnstitut ; le protocole suivant a été rédigé et publié :\n« Nous sommes heureux d'annoncer que, grâce à une intervention sympa-\nthique, inspirée avant tout par l'intérêt de l'art et du public, le différend qui\nexistait entre M. Faure et M. Halanzier, directeur de l'Opéra, est terminé.\n« M. Halanzier a spontanément déclaré qu'il n'avait jamais songé à ériger en\nprincipe un fait aussi exceptionnel que l'augmentation du prix des places au\nthéâtre de l'Opéra pour les représentations récentes de Mme Patti ; que, s'il"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "141", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.50", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 3158, "texte": "s'était cru autorisé à le faire, c'était en raison de sa situation toute provisoire\ndans la salle Ventadour, et qu'une pareille mesure ne saurait se reproduire\ndans la salle nouvelle.\n«Devant cette déclaration et en présence des regrets exprimés par M.Ha-\nlanzier, qui, le premier, avait ouvert la porte à la conciliation, M. Faure a\ndéclaré à son tour que, pénétré de la reconnaissance et de déférence pour\nle public, et mettant de côté toute question personnelle, il se ferait un devoir\ncomme un honneur de reprendre son service à l'Opéra aussitôt que son état\nde maladie, régulièrement constaté, pourra le lui permettre.\n(( Nous aimons à ajouter que cette heureuse solution est due au concours\nobligeant de trois membres de l'lnstitut : MM. Legouvé et Camille Doucet,\nde l'Académie française, et M. Ambroise Thomas, de l'Académie des Beaux-\nArts. »\nM. Faure a fait sa rentrée dans le rôle de Guillaume Tell.\n—M. Baudouin, le critique musical de la République française, vient de\npublier un article remarquable, dont nous extrayons les pages suivantes :\n«Le bilan théâtral de la période 1873-74 est loin d'être chargé. L'Académie\nde musique ne nous présente qu'une seule œuvre nouvelle : l'Esclave, opéra\nen cinq actes de MM. Foussier et Got, musique de M. E. Membrée. A vrai\ndire, M. Halanziera pour lui une excuse sérieuse. Le ministre, qui a frappé le\nthéâtre qu'il dirigeait, le met, cette année, presque à l'abri des reproches.\nAussi ne lui en ferons-nous point. Les représentations de l'Opéra àla\nsalle Ventadour ont commencé le 19 janvier dernier par Don Juan, et ont été\ncontinuées sans incidents notables avec différents ouvrages du répertoire :\nGuillaume Tell, la Favorite, Coppelia, la Source, etc.\n«On aurait pu croire tout d'abord que la suppression momentanée des repré-\nsentations de l'Opéra devait profiter au théâtre de l'Opéra-Comique et\nlui imprimer une activité réelle. Dans ce cas, on se serait trompé grandement.\nM. Du Locle est resté fidèle à ses habitudes. En dehors du Florentin, qu'il\ns'est empressé d'étouffer ; de Gilles et Gillotin, charmante pochade pleine de\nfinesse et d'esprit due à la plume de M. A. Thomas, et rappelant les beaux\njours du Caïd, enfin d'un ou deux levers de rideau parmi lesquels nous cite-\nrons, pour mémoire seulement, le Cerisier de M. Duprato, M. Du Locle\ns'est borné à ses reprises éternelles. Nous ne reviendrons pas ici sur le compte\ndu Florentin, opéra comique en trois actes, de MM. Charles Lenepveu et de\nSaint-Georges, et dont nous maintenons toute la valeur réelle, malgré le très\npetit nombre de représentations que lui a accordées, non la défaveur du\npublic, mais le mauvais vouloir du directeur, Quant à Gilles et Gillotin, nous\nne pouvons nous empêcher de trouver étranges les entraves mises par\nM. A. Thomas à l'exécution de son œuvre attrayante. L'auteur de Mignon\naurait-il craint que l'esprit délicat dont pétille sa partition n'accusât davan-\ntage les longueurs d'Hamlet?\n« Malgré l'inconvenance des exécutions solennelles d\nM. Massenet, et de la Messe de Requiem de M. 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Verdi avait encore beaucoup à faire avant de\ndevenir un bon compositeur symphonique, et mille autres choses encore que\nnous ne pouvons dire. En fait de reprises, Maître Wolfram, de M. Reyer,et\nJoconde n'ont pas brillé par l'exécution. Est-il nécessaire d'ajouter encore la\nDame blanche et le Domino noir ?\n« Pour les Italiens, leur programme s'est montré tellement incolore, qu'à\npart les femminili, de Gimarosa, dont le succès n'a pas été plus\naccentué cette fois que les précédentes, nous ne trouvons rien qui mérite\nd'être cité en dehors du répertoire courant.\n« Les autres théâtres où l'on fait de temps à autre un peu de musique, les\nBouffes, la Renaissance et la Gaîté, ont été livrés entièrement à M.Offenbach.\nCe que nous avions prévu, il y a deux ans, s'est réalisé cette année. Soit avec\nOrphée, soit avec la Jolie Parfumeuse ou Bagatelle, cet élucubrateur de qua-\ndrilles a mis la main sur toutes nos scènes secondaires. Il ne lui manque plus\nque les Folies-Dramatiques, que défend heureusement, pendant quelque\ntemps encore, la Fille de madame Angot. Mais après ? Gare àM. Cantin !\n« Tel est le résumé peu brillant de cette année théâtrale, aux points de vue\ndramatique et lyrique. Maintenant, il nous reste à examiner, dans leur\nensemble, les manifestations symphoniques, et notre tâche va devenir d'au-\ntant plus facile et agréable à remplir, que nous n'aurons partout que progrès\nà constater.\n« De nos principales sociétés concertantes, la Société des concerts du\nConservatoire est celle qui a le moins produit d'œuvres nouvelles pendant la\nsaison dernière. Peut-être ne faut-il s'en prendre qu'à l'indisposition\nprolongée de M. Deldevez, son premier directeur; toutefois, cela est regret-\ntable. Ainsi, pendant toute la saison, ne trouvons-nous à signaler que la\nSymphonie en ré mineur de R. 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Saint-Saëns, et les Suites d'orchestre,\nde M. Massenet? Chacun peut le dire : les œuvres étrangères ont paru bien\npâles.\n« Nousvoudrions encore parler des progrès croissants de la Société nationale\nde musique et des remarquables auditions données par M. Danbé et la Société\nchorale Bourgault-Ducoudray, mais la place nous manque.\n« Contentons-nous de constater qu'avec laide de ces vaillantes Sociétés, l'art\nsymphonique est maintenant, non-seulement dans une voie excellente, mais\nqu'il est en honneur aussi près du public. Qui aurait dit, il y a quelques\nannées, que la foule serait accourue avec enthousiasme aux belles interpréta-\ntions du Messie de Haendel, et de la Passion de S. Bach, données par\nM, Lamoureux, au Cirque des Champs-Elysées? Eût-on jamais pensé qu'un\npublic ordinaire, à Paris, aurait redemandé avec frénésie la Bataille de\nMarignan, de Clément Jannequin (seizième siècle)? 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LE TRIOUX", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 52, "page_imprimee": "143", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.52", "debut_caractere": 2631, "fin_caractere_exclue": 2969, "texte": "NOUVELLES\n\nARIS. Opéra. Les répétitions de la Jeanne d'Arc, de M, Mer-\nmet, interrompues par l'incendie de l'Opéra, seront reprises de\nfaçon à donner l'ouvrage dans le courant de l'année prochaine.\nLa Commission du budget a> d'ailleurs, voté les fonds nécessaires\npour montrer, dès le début, cinq opéras qu'elle a désignés au directeur de"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "144", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.53", "debut_caractere": 116, "fin_caractere_exclue": 783, "texte": "l'Académie de musique : les Huguenots, Faust,\\Hamlet, Guillaume Tell et\nJeanne d'Arc.\nM. Halanzier vient de renouveler, pour trois années, l'engagement\ndu baryton Lassalle.\nOpéra-Comique, La direction de ce théâtre a ajourné la première repré-\nsentation de Mireille au commencement de ce mois.\nThéâtre- Ventadour (Italiens). Mademoiselle de Belocca débutera, la\nsemaine prochaine, dans le Barbier.\nGaîté. Thérésa est engagée àla Gaîté pour remplir le rôle de Juanita\ndans Don Quichotte, de Sardou et Offenbach.\nRenaissance. La première représentation de Giroflée-Girofla aura lieu\nsous peu de jours.\n\nPour l'article Varia:\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[97]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.1", "texte": "LE PRINCIPE FÉMININ AU THÉÂTRE\nPARADOXE\n\nL est une remarque facile à contrôler, et que\nchacun a pu, de façon ou d'autre, faire à son\ntour : c'est que dans la poétique moderne du\nthéâtre, le personnage féminin, sauf de très rares\nexceptions, accapare et dirige toute l'action; en\nd'autres termes, que toute œuvre dramatique\nrepose sur l'étude et les analyses multiples\nd'une passion unique : l'amour, le principe\nféminin.\nIl en est de même, d'ailleurs, dans la plupart des productions apparte-\nnant aux autres arts, et les tendances de la peinture, de la sculpture et\nde la littérature actuelles, consacrent de plus en plus cette prédominance\naux dépens des sujets d'un autre ordre*\n\nVI."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "98", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.2", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nOr, il n'est pas nécessaire d'être très versé dans l'étude de l'antiquité,\npour être frappé chez elle d'une observation absolument contraire, et\nreconnaître promptement, dans le théâtre des anciens, la prédominance,\naux dépens du principe féminin, des sujets héroïques ou religieux,\nCes remarques, rapprochées du rôle que joue la femme dans la civili-\nsation païenne et de la place qu'elle occupe au foyer chrétien, seront le\nprétexte des lignes suivantes ; leur excuse est dans le sentiment si absolu\nde curiosité inassouvie que chacun porte en sor, au sujet de cet éternel\nchamp d'études et de batailles qui résume notre histoire et qui a nom :\nle cœur humain.\nI\nCommençons par établir quelques principes. Et tout d'abord, il me\nparaît que le paganisme, religion sensuelle et charmante, avait divinisé\nla femme aux dépens de l'homme. Dans l'Olympe des Grecs, la femme\nplane aux yeux ravis du poète dans un milieu idéal qui appartient\nà la divinité, mais la divinité ornée, pour ainsi dire, des faiblesses mor-\ntelles. Ce n'est pas sous un seul personnage que la femme est adorée,\nmais bien en un groupe harmonieux qui embrasse tous les âges, tous les\nlabeurs de son existence. Vierge et jeune fille avec Diane et Minerve, la\nvoici femme et épouse avec Vénus et Junon, mère avec Cérès, sœur et\namie sous les traits de Vesta.\nPar une contradiction bizarre, une opinion accréditée, sinon exacte,\nnous représente comme absolument sacrifié le rôle de la femme dans la\nsociété grecque.\nQue les anciens n'aient pas assigné à îa femme la place que nous lui\navons faite dans notre cœur et à notre foyer, c'est certain, et c'est affaire\nau tour particulier de leur génie et de leur temps. Mais qu'ils lui eussent\nréservé dans la vie ordinaire un rôle bas et effacé, après l'avoir ainsi\nexaltée sous des espèces divines,, c'est ce que je ne saurais croire. L'hétaïre\nétait la compagne brillante des hommes les plus éminents ; j'en appelle à\nPériclès, Alcibiade, Socrate lui-même. Quant à la matrone, quels respects\nne l'entouraient pas?\nDesine matronas sectarîer !\n(Cesse de poursuivre les matrones!)\ns'écrie Horace. Du reste, toute sa deuxième satire est le tableau le plus\ninstructif et le plus complet que nous possédions peut-être sur le point\nobscur et si important des mœurs antiques; il me plaît de croire que"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "99", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.3", "texte": "LE PRINCIPE FÉMININ AU THÉÂTRE\n\ndans la vie de chaque jour, le païen comptait largement avec la femme.\nAthènes était sous son patronage. Et toutes ces poètes, ces guerrières,\ndont les noms nous sont parvenus, depuis la fille de Thucydide, qui\nachevait les œuvres de son père, jusqu'à l'athénienne Agnodice, qui prati-\nquait la médecine sous le costume masculin, ni plus ni moins que nos\njeunes doctoresses américaines, faut-il les considérer comme des excep-\ntions dues au hasard ? Encore une fois, je ne saurais le croire.\nMais le sujet de cette étude n'est pas la. Je me borne à constater la pré-\ndominance du principe féminin dans l'Olympe. Le paganisme était, en\nquelque sorte, une religion femelle, et dans les mille fictions d'un poly-\nthéisme riant, l'idée de la grâce, du beau., de l'esprit, de la valeur, s'incar-\nnait généralement sous les traits de la femme.\nL'héroïsme et la virilité prenaient leur revanche dans l'art. La poésie\népique n'admet le principe féminin qu'à l'état d'incident, et bien que,\nen somme, l'œuvre d'Homère roule sur les aventures d'Hélène, il faut\nbien reconnaître que Y Iliade et Y Odyssée offrent, avant tout, l'exal-\ntation des grands sentiments humains et des passions viriles.\nAu théâtre, même observation. La tragédie est sévère; certaines\ninfluèrent longtemps sur le gouvernement. Le personnage de la femme\ns'y affirme peu, s'y montre généralement en proie à des passions peu\nféminines. Les tendances sentimentales d'Euripide n'infirment en rien\ncette remarque.\nLes Romains sont, en tout, les plagiaires des Grecs, Seulement, la\ndélicate civilisation athénienne dégénère et perd sa finesse en passant par\nla pratique ét rude intelligence des fils delà Louve. Les Romains étaient\nquelque chose comme les Américains de ce temps-là, moins toutefois les\ngénéreuses tendances des hommes de l'Union, que l'on a vu plus d'une\nfois maintenir l'intégrité de leurs programmes humanitaires aux dépens\nde leurs plus graves intérêts.\nJ'établis donc, par ces quelques traits, le premier point de la question :\nF exaltation chez les anciens du principe féminin jusqu'à la divinisation,\nsa prédominance dans l'Olympe jusqu'à féminiser le paganisme, son\ninfériorité relative dans la vie ordinaire et dans les choses de l'art.\nNous allons voir par la suite des temps la contre-partie de cet état de\nchoses.\nII\nLa pensée chrétienne est née parmi le peuple élu. Fécondée par les\npersécutions, elle bouleverse le vieux monde et revendique les droits du"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "100", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.4", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nfaible et de Popprimé. Les idées sociales se transforment et s'épurent, le\nsentiment de l'infini embrase les âmes, la fraternité marque l'aurore des\ntemps nouveaux, Dans un ciel austère plane le Christ entouré des martyrs\net des patriarches : la religion mâle est née.\nLa femme prend place aux côtés de l'homme et devient son égale. Sous\nle mysticisme charmant de la Vierge mère, elle impose le respect et inau-\ngure la chasteté. Ce fut une surprenante et profonde transformation et,\nen nul autre point peut-être, la pensée chrétienne opposée à l'idée\npaïenne ne brille de lueurs plus personnelles.\nIl n'est pas à dire par cela que les premières sociétés chrétiennes aient\nimmédiatement réalisé l'idéal du divin maître, et même durant les\nheures obscures du moyen âge, le sort de la femme, vouée à toutes les\nignorances, formait un triste contraste avec le rôle brillant de l'Athé-\nnienne, par exemple. Il était réservé aux temps modernes de donner son\ndéveloppement prévu à la pensée de réhabilitation enfantée par la\nmorale évangélique.\nMais les doctrines, quelles qu'elles soient, ne sauraient cependant\nanéantir l'éternelle nature humaine. La femme, compagne de l'homme,\nsanctifiée par le respect, fît naître un sentiment nouveau, ou plutôt\ndonna une nouvelle forme généreuse et élevée au sentiment attractif, à\nl'amour; et de ce nouveau sentiment, à l'excès duquel la chevalerie\ndevait donner son nom, sortit peut-être toute l'esthétique moderne. Du\nmoment que la possession de la femme est devenue un but de conquête\nmorale, cette préoccupation, basée d'une part sur la nature humaine, et\nde l'autre sur la transformation des sentiments par le christianisme,\ndevient l'idée prédominante. Elle enfante la galanterie, sentiment in-\nconnu aux anciens, et, sous ce pavillon, le principe féminin s'installe en\nsouverain dans les arts, et, en particulier, au théâtre, qui fait plus spécia-\nlement l'objet de cette étude.\nDès lors, la pièce d'intrigue apparaît. Des origines mystiques du drame\nse dégage un drame plus humain ; il est bien encore gâté par le mélange\ndes idées héroïques et l'intervention des personnages surnaturels, mais\ncependant la personnalité féminine le domine, le vivifie et arrive peu à\npeu à en accaparer l'intérêt.\nLa scission avec le théâtre antique est radicale. Elle a frappé tout le\nmonde, mais on lui a attribué différentes causes. Fontenelle, dans ses\nréflexions sur la poétique, s'exprime ainsi ;\n<( Les anciens n'ont presque pas mis d'amour dans leurs drames; et\n« quelques-uns les louent de n'avoir pas avili leur théâtre par de si petits\n« sentiments. Pour moi, je pense qu'il n'ont pas connu ce que Tamour"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "101", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.5", "texte": "LE PRINCIPE FÉMININ AU THÉÂTRE\n\n« leur pouvait produire,et qu'ils ne possédaient pas la science du cœur.»\nCe langage est bien celui d'une époque où on lisait peut-être encore\nCyrus et VAstrèe. En réalité, Fontenelle exprime mal une appréciation\njuste dans le fond. Les Grecs aimaient autrement que nous, voilà tout.\nLe désir chez eux n'avait pas à lutter avec les obstacles moraux que\nl'idée chrétienne lui a donnés pour barrière; il n'avait pas à compter\navec la dignité de la femme et le sentiment de son égalité avec l'homme\nconsacré par l'Evangile. Et si vous voulez, à ce sujet, le dernier mot du\nsans-façon antique, lisez-le tel qu'Horace le met dans la bouche du divin\nPlaton, dans la deuxième satire déjà citée.\nLa comédie d'intrigue n'avait que faire là où l'intrigue n'existait pas,\noù l'amour, triomphant dans la vie de chaque jour, rayonnait sous toutes\nles formes dans l'Olympe; où Sapho tenait école de plaisirs et de poésie,\noù Phryné plaidait sa cause elle-même,, où Socrate s'intitulait glorieu-\nsement le sage conseiller en amour, où chaque année, dans les princi-\npales villes de la Grèce, s'ouvraient des concours de beauté, mais\noù aussi, il faut bien en convenir, Platon lui-même professait que la\nfemme n'est pas l'égale de l'homme.\nLe principe féminin, chassé de ses autels par une foi nouvelle, basée\nsur le sacrifice et l'austérité, s'installa donc victorieusement dans la\nfiction et principalement au théâtre. A partir de Racine, l'intrigue\namoureuse est le vrai fond de toute œuvre dramatique, et la sévère tra-\ngédie elle-même ne peut échapper à cette loi. Le même Fontenelle, déjà\ncité, en cherche la raison :\n« Aucune autre passion ne peut avoir autant d'agrément sur la scène.\n« La disposition des spectateurs y contribue. N'y a-t-il pas plus\n« d'amour au monde que d'ambition ou de vengeance ? Tout ce qui est\n« régulier et sage aurait je ne sais quoi de froid sur le théâtre et pour-\n« rait même donner prise au ridicule. »\n« Bien en prit au grand Corneille, s'écrie à son tour Voltaire, dans sa\ncc préface de Zaïre, de ne s'être point borné, dans son Polyeucte, à faire\n« casser les statues de Jupiter par les néophytes... Tous ceux qui vont\n« au spectacle, ajoute-t-il, m'ont assuré que si Zaïre n'avait été que\n« convertie, elle n'aurait pas intéressé. Mais elle est amoureuse de la\n« meilleure foi du monde : voilà ce qui a fait sa fortune. Telle est\n« la corruption du genre humain ! » conclut-il en souriant.\nAu sujet de Polyeucte, il a rendu cette idée en quelques vers assez\njolis pour mériter qu'on les rappelle."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "102", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.6", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nDe Polyeucte la belle âme\nAurait faiblement attendri.\nEt les vers chrétiens qu'il déclame\nSeraient tombés dans le décri,\nN'eût été l}amour de sa femme\nPour le païen, son favori,\nQui méritait bien mieux sa flamme\nQue son bon dévot de mari\nDans la dissertation qui précède sa tragédie de S émir amis, Voltaire\ndit encore :\n« D'environ quatre cents tragédies qu'on a données au théâtre depuis\n« qu'il est en possession de quelque gloire en France, il n'y en a pas\n« dix ou douze qui ne soient fondées sur une intrigue d'amour. C'est\n« presque toujours la même pièce, le même nœud formé par une jalousie\n« et une rupture, et dénoué par un mariage... C'est une coquetterie\n« perpétuelle... Les femmes, dit-il ailleurs, qui parent nos spectacles ne\n« veulent souffrir qu'on leur parle d'autre chose que d'amour. »\nQu'aurait donc pu dire Voltaire s'il eût vécu de notre temps, s'il eût\npu voir ces œuvres sans nombre, qui, sous une forme terrible ou légère,\nne sont que la paraphrase perpétuelle d'un sentiment unique, l'étude\nsous toutes les formes du principe féminin, dans ses grandeurs comme\ndans ses faiblesses, dans ses charmes comme dans ses amertumes.\nLe roman a profité de cette tendance en la renforçant encore. La pein-\nture et la sculpture ont suivi la même voie. Et c'est de la sorte que la\nfemme, chassée du ciel, a retrouvé ses autels dans l'art.\nMais c'est au théâtre, surtout, que le principe féminin s'affirme\net règne d'une manière exclusive ; la raison en est probablement que, à\nla scène, la réalité des personnages donne une vie particulière, un\nétrange relief aux fictions de l'intrigue.\nIII\nMe voici arrivé à la conclusion des quelques observations qui précè-\ndent; ces observations appartiennent à la fantaisie, mais leur sujet est le\nplus vivant qui soit.\nLa conclusion en est assez embarrassante.\nEt d'abord je sens qu'elle doit être dédiée aux dames, ce qui ne rend\npas la tâche plus facile, car je ne voudrais leur dire que des choses agréa-\nbles, ne fût-ce que pour me faire pardonner les abstractions de quintes-\nsence auxquelles je viens de me livrer."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "103", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.7", "texte": "LE PRINCIPE FÉMININ AU THÉÂTRE\n\nEssayons donc :\nIl est incontestable, Mesdames, que la Grèce vous a élevé des autels.\nNon-seulement elle consacra votre culte et divinisa votre être, mais\nencore, pour vous rendre plus faciles les devoirs de la vie et le charme\ndont vous êtes tenues de les rehausser, elle mit sous vos yeux l'exemple\nde toutes les phases de votre existence dans le groupe admirable des six\ngrandes déesses. « La carrière de la femme n'est-elle pas complète, dit un\n« écrivain américain dont le nom ni échappe, quand nous 1 avons vue\n« tour à tour jeune fille innocente, vierge nubile, amante, épouse, mère\n« et maîtresse du foyer domestique? Ces situations différentes sont repio-\n« duites par les six déesses grecques Artémis (Diane), Athana (Minerve),\na Aphrodite (Vénus), Herà (Junon), Déméter (Cérès) et Hestia\n« (Vesta). »\nAinsi la religion des Grecs était bien vôtre ; c était la religion fémi\nnine. Mais pourquoi borner votre règne à la Grèce? C'est 1 antiquité\ntout entière qui adresse au principe féminin l'élan passionné de ses ado-\nrations sous les noms différents de Rhéa en Phrygie, Artarté en Syrie,\nMylitta en Chaldée, Isis en Egypte.\nCe fut la période éclatante de votre domination, domination qu-Ho-\nmère caractérise d'une si adorable façon quand il dit à'Até, déesse et\nfemme : « Ses pieds sont délicats, car elle ne les pose jamais à terre ;\n« mais elle marche sur la tête des hommes. »\nOui, les hommes courbaient la tête sous vos pas, 'qu ils eussent nom\nAchille ou Enée, Périclès ou Alcibiade, Socrate ou Solon.\nJ'ajouterai, pour l'excuse de notre moderne galanterie, qu à ces époques\nlointaines et aimables, vos moyens de séduction étaient irrésistibles, et\nje vous renvoie pour la description de la fameuse ceinture de Vénus au\nxive chant de Y Iliade.\nMais un jour, sous les palmiers de la Judée, naquit une pensee austère\net une religion mâle, et dès ce jour, Mesdames, vous descendîtes du ciel\npour n'y remonter que vierges des faiblesses humaines comme Marie, ou\npurifiées comme Madeleine.\nExilées sur terre, l'art vous a offert un retuge et des autels nouveaux.\nC'est là que, sous des espèces plus modestes et moins triomphantes, votre\nculte (auquel notre humaine nature ne saurait ni ne voudrait se sous-\ntraire) et l'idée toute païenne du principe féminin se sont réincarnés.\nEn vain la morale chrétienne vous a entourées de respect; elle vous a\ncommuniqué du même coup la saveur du fruit défendu. La chasteté des\nlongs voiles, succédant aux nudités triomphantes des autels païens, n'a\nfait que transformer, sans les atténuer, vos pouvoirs dominateurs; rede-"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "104", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.8", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nvenues mortelles, vous avez conservé le secret des divines fascinations ;\nen un mot, exilées de l'Olympe, vous n'avez pas perdu un fidèle.\nC'est alors que l'art vous a ouvert des temples; la poésie vous a prêté\nles ailes de ses strophes; la musique, que le docteur Eryximaque appelait\nla science de l'amour, relative au rhythme et à l'harmonie,, ses accents\nsurhumains; la peinture, son arc-en-ciel; le marbre, ses contours; le\nthéâtre, enfin, une vie presque réelle.\nDe telle sorte que nous en sommes arrivés à pouvoir à peu près établir\ncette formule : l'art, c'est la femme; et la femme, c'est l'art.\nMais à ce compte, si nos conclusions sont rigoureuses, l'art ne serait\nque le paganisme restauré, et vous-mêmes, Mesdames, les dernières idoles\nde cette foi riante.\nVoilà mon paradoxe; paradoxe, bien entendu, tel que le définissait\nAlphonse Karr dans ses Guêpes.\nAinsi donc, sous le règne de la religion mâle, vous avez confisqué à\nvotre profit les épaves de la religion femelle naufragée; vous appartenez\nà la tribu des Dieux en exil, d'Henri Heine, errants par nos siècles in-\ngrats. Et cependant, jamais foule plus idolâtre n'a peuplé en plus grand\nnombre les temples que l'art a consacrés au principe féminin.\nEt voilà peut-être pourquoi certain prélat métropolitain imaginant,\nen un jour de colère, l'impôt inique qui porte le nom de Droit des pau-\nvres, appelait le théâtre la Maison du Diable !...\nMaison du Diable, vos temples!... Cette insinuation perfide ouvrirait\nici une formidable parenthèse que je me hâte de fermer. J'aime mieux\nassurer que ce prélat n'était qu'un malappris, à qui quelque joli diablo-\ntin avait fait un beau jour de la peine, ce dont tous ceux qui souffrent\nencore de sa belle imagination ne sauraient que vous avoir la plus vive\nreconnaissance.\n\nP. LACOME."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "105", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.9", "texte": "ANDRÉ PHILIDOR\n\n0)\n'ÉTAiTà l'époque où l'on venait de reprendre Orphée\nau Théâtre-Lyrique. En parlant de cette reprise dans\nson feuilleton du Journal des Débats, Berlioz écri-\nvit ceci :\nA propos d'Orphée, je signalerai ici un des plagiats les plus\naudacieux dont il y ait d'exemple dans l'histoire de la musique, et que je décou-\nis, il y a quelques années, en parcourant une partition de Philidor. Ce savant\nmusicien, on le sait, avait eu entre les mains des épreuves de la partition ita-\nenne d'Orfeo, qui se publiait à Paris en l'absence de l'auteur. Il jugea à\n> ropos de s'emparer de la mélodie : Objet de mon amour, et de l'adapter tant\nbien que mal aux paroles d'un morceau de son opéra le Sorcier, qu'il écrivait\nalors. Il en changea seulement les mesures i, 5, 6, 7 et 8, et transforma la\npremière période de Gluck, composée de trois fois trois mesures, en une\nautre formée de deux fois quatre mesures, parce que la coupe des vers l'y\nobligeait. Mais à partir de ces paroles :\nDans son cœur on ne sent eclore\nQue le seul désir de se voir,\nPhilidor a copié la mélodie de Gluck, sa basse, son harmonie, et même les\néchos de hautbois de son petit orchestre placé dans la coulisse, en transpor-\ntant le tout en la. Je n'avais point entendu parler alors de ce vol impudent et\nqui paraîtra manifeste à quiconque voudra jeter les yeux sur la romance de\nBastien : Nous étions dans cet âgeà la page 33 de la partition du\nSorcier.\nJ'apprends que M. de Sévelinges l'avait déjà signalé dans une notice\npubliée par lui sur Philidor dans la Biographie universelle de Michaud, et\nque M. Fétis a voulu en défendre le musicien français. La première représen-\n(1) Voir les numéros des i 5 juin, i 5 juillet, ier septembre et ier octobre."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "106", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.10", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ntation à'Orfeo étant censée avoir eu lieu à Vienne dans le courant de 1764,\net celle du Sorcier ayant eu lieu en effet à Paris le 2 janvier de la même\nannée, il lui paraît impossible que Philidor ait eu connaissance de l'ouvrage\nde Gluck. Mais M. Farrenc a prouvé dernièrement par des documents\nauthentiques que YOrfeo fut joué pour la première fois à Vienne en 1762,\nque Favart fut chargé d'en publier la partition à Paris pendant l'année 1763,\net que Philidor s offrit, dans ce même temps, pour corriger les épreuves et\ninspecter la gravure de l'ouvrage.\nOr, il me semble très vraisemblable que l'officieux correcteur d'épreuves,\naprès avoir pillé la romance de Gluck, aura lui-même changé sur le titre de la\npartition d'Orfeo la date de 1762 en celle de 1764, afin de rendre plausible\nl'argument que cette fausse date a suggéré à M. Fétis : « Philidor ne peut avoir\nvolé Gluck, puisque le Sorcier a. été joué avant Orfeo. » Le vol est de la der-\nnière évidence. Avec un peu plus d'audace, Philidor eût pu faire passer Gluck\npour le voleur (1).\nEn ce qui concerne la gravure en France de la partition de Gluck,\nvoici comment les choses se passèrent. Le comte Durazzo, protecteur du\ngrand artiste et directeur du théâtre de la cour à Vienne, avait écrit à\nFavart pour lui demander s'il ne serait pas possible de publier à Paris\nla partition d'Orfeo, et lui en avait envoyé une copie à cet effet. Favart\ncommuniqua le manuscrit à Mondonville, qui lui répondit que l'ou-\nvrage était une merveille, puis il s'adressa à Duni, son collaborateur,\navec lequel il avait donné plusieurs pièces à la Comédie-Italienne, en le\npriant de se charger de la correction des épreuves. Duni s'en effraya un\npeu, en voyant à quel point la copie était chargée de fautes, et voici en\nquels termes Favart faisait savoir au comte Durazzo que Philidor avait\nconsenti à prendre ce soin :\nDuni m'avait fait un monstre de la partition d'Orphée et Eurydice; il\ndisait qu'il ne voudrait pas se charger de corriger les fautes du copiste quand\non lui donnerait 500 liv. J'ai fait voir cette partition à Philidor, qui n'est pas\nà beaucoup près si difficile ; il offre de corriger les fausses notes gratis, et\nd'avoir lui-même inspection sur la gravure de l'ouvrage ; il ne demande à\nVotre Excellence qu'un seul exemplaire. Il a examiné l'opéra avec attention ;\nil trouve que les fautes du copiste se réduisent à un petit nombre; il a été\nenchanté de la beauté de l'ouvrage ; en plusieurs endroits, il a versé des\nlarmes de plaisir. Il a toujours eu la plus grande estime pour les talents du\nchevalier Giuck; mais son estime se porte jusqu'à la vénération, depuis qu'il\nconnaît l'Orphée. Ainsi, nous pouvons faire graver tout de suite, sans être\nobligés d'attendre l'arrivée de M. Gluck (2)...\n(1) Cet article a été reproduit dans le volume intitulé : A travers Chants, p.\n126, 127.\n(2) FAVART. Mémoires et Correspondance littéraire. (Lettre de Favart au comte\nDurazzo, 19 avril 1763. T. 11, p. 102.)"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "107", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.11", "texte": "ANDRÉ PHILIDOR\n\nDonc, d'une part, Gluck était attendu à Paris (Philidor ne l'ignorait\névidemment pas), et il y vint en effet peu de temps après, pour en\nrepartir, il est vrai, assez rapidement; de l'autre, la partition de l'Or/eo,\nune fois gravée, serait mise en vente et livrée au public. Et c'est dans\nde telles conditions qu'un artiste de la valeur et du renom de Philidor\naurait couru le risque de se faire passer pour pillard et plagiaire; et il\naurait bénévolement couru ce risque pour une mélodie d'une trentaine\nde mesures, et c'est là tout ce qu'il aurait trouvé à voler dans l'œuvre de\nGluck ; et c'est pour ce mince profit qu'il aurait compromis de gaieté de\ncœur son honneur artistique et sa brillante réputation ! A qui le fera-t-on\ncroire, et quel enfantillage est-ce là? Encore faut-il dire que son pré-\ntendu vol ne porte absolument que sur le second fragment du morceau.\nEn effet, Berlioz avoue ingénument lui-même que Philidor prit la peine\nde changer « les mesures i, 5, 6, 7 et 8, » et de transformer ((la première\npériode de Gluck, composée de trois fois trois mesures (et d'une série de\nquatre mesures), en une autre formée de deux fois quatre mesures. » De\nfait et on le comprend cette première période, composée de huit\nmesures chez l'un, de treize chez l'autre, est absolument différente chez\nles deux auteurs. Ce n'est donc réellement qu'à partir des mots indiqués\npar Berlioz : Dans son cœur on ne sent éclore..., que la ressemblance se\nproduit chez Philidor avec le dessin mélodique que Gluck a placé sur ces\nparoles : Uidolo del mio cor, ressemblance frappante, il est vrai, et qui\nsaute aux yeux, ou, si l'on peut dire, à l'oreille.\nAu reste, je vais faire, à ce sujet, ce qu'on eût dû faire depuis long-\ntemps pour rendre la comparaison facile, je vais transcrire ici les deux\nmorceaux; et, pour la faciliter plus encore, je les transcrirai dans le\nmême ton, quoique celui de Gluck soit écrit en fa, et celui de Philidor\nen la. Les voici donc l'un et l'autre :"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "108", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.12", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nROMANCE DU SORCIER\n\nOn voit que ce n'est, comme je l'ai dit, qu'à compter de la seconde\npartie du morceau que la ressemblance se produit. Elle est incontestable,\nassurément. Mais est-ce là un plagiat, est-ce là un vol, comme le dit si"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "109", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.13", "texte": "ANDRÉ PHILIDOR\n\ncrûment Berlioz? Et si celui-ci avait cherché à connaître Philidor autre-\nment que par la romance du Sorcier, s'il l'avait étudié attentivement,\ns'il s'était mis à même de constater ses immenses qualités, son inspira-\ntion mâle et féconde, l'abondance de son imagination, n'aurait-il pas\nhésité à l'accuser aussi durement, et n'aurait-il pas cherché à expliquer\nun fait qui me semble, pour ma part, parfaitement explicable? Voilà un\nhomme qui a écrit vingt-cinq partitions, cinquante actes d'opéra, on ne\ntrouve à articuler contre lui qu'un fait de ce genre, et aussitôt on le\ntraîne aux gémonies ! Il faut n'avoir jamais tiré de son cerveau une idée\nmusicale, pour ne pas savoir comment le souvenir agit parfois, à son\ninsu, sur l'imagination du compositeur, aussi bien que, par un effet\ncontraire, il croit parfois imiter lorsqu'il invente réellement. Dans la\ncirconstance présente, Philidor ne peut-il point, après avoir trouvé le\ncommencement de sa cantilène, qui n'a aucun rapport avec celle de\nGluck, s'être attaché à ce second motif sans se rappeler qu'il l'avait lu\ndans la partition de ce dernier? A quel musicien cela n'est-il pas arrivé\nau moins une fois? J'en appelle à tous ceux qui ont produit peu\nou prou. Pour moi, je me garderai bien l'évidence est là de cher-\ncher à nier le fait imputé à Philidor; mais, après avoir mis les pièces\nsous les yeux du lecteur, je l'explique par les raisons que je viens\nde donner, et je ne saurais faire un crime à un grand musicien de s'être,\nune fois dans sa vie, et inconsciemment, souvenu d'une façon trop\nfidèle. S'il fallait être sévère ainsi à tous les compositeurs, il n'en est pas\nun seul, je l'atteste, qui pût paraître impeccable (1).\n(i) Au moment où je corrige les épreuves de cet article, je prends connaissance d'un\narticle publié par un de mes meilleurs confrères, M. Adolphe Jullien, dans le Corres-\npondant du 10 septembre 1872. Dans cet article, intitulé Favart et Gluck, M. Jullien\na été amené à parler précisément de Philidor, de son prétendu vol, de l'article\nrieux de Berlioz, et, comme conséquence, des ressemblances qui se produisent\nsi souvent en musique. Voici ce qu'il dit à ce sujet :\n« Examinons froidement cette grave accusation. Gomment la prouver? Parla\ncollation des textes. Mais cela même suffit-il, et démontrera-t-on par là que ce n'est\npas rencontre fortuite ou réminiscence involontaire ? Castil-Blaze a dressé, dans un\nde ses recueils de musique, une longue liste des réminiscences, imitations ou calques,\nqu'il a découverts dans ses nombreuses lectures. Les plus célèbres compositeurs\ny passent, Rossini, Halévy, Meyerbeer. Certains exemples semblent mis là à plaisir\ntant la ressemblance est vague ; d'autres, au contraire, sont assez précis pour qu'on\npuisse accuser les auteurs de plagiat, tout comme Philidor, Castil-Blaze ne formule\npas cette accusation, et il a raison. On rencontre parfois tel passage absolument pareil\nchez deux auteurs fort étrangers l'un pour l'autre. Nous-même, en lisant dernièrement\nla partition de Jesserida, de Spohr, n'avons-nous pas rencontré deux mesures que\nM. Offenbach a textuellement reproduites dans le motif de sa Chanson de Fortunio ?\nEst-ce à dire qu'il les a volées? Et pourtant cela se pourrait facilement soutenir : en\neffet, si l'ouvrage de Spohr est inconnu en France, il se joue souvent en Allemagne,"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "110", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.14", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nCe qui est certain, c'est que le succès du Sorcier fut grand et pro-\nlongé, qu'il persista même après la venue de Gluck en France, même\naprès la représentation à'Orphée, et que si quelques personnes s aper-\nçurent du fait mis plus tard en lumière par Sévelinges, l'œuvre de Phi-\nlidor n'en souffrit aucunement. Le Sorcier n'en continua pas moins de\nrester au répertoire, et le public ne persista pas moins à l'applaudir.\nNous voyons, en effet, par l'Almanach des Spectacles, qu'on ne cessait\nde jouer cet ouvrage, et qu'il servait fréquemment aux débuts des artistes\nqui se présentaient à la Comédie-Italienne (i). On en fit même, il y a\nquelques années (le 9 février 1867), une reprise au gentil petit théâtre\ndes Fantaisies-Parisiennes ; il avait été réduit en un acte, et un musi-\ncien instruit et aimable, M. Ferdinand Poise, s'était chargé de faire à la\nmusique les remaniements nécessaires. Ainsi retouché, et quoique âgé\nd'un siècle, le Sorcier fut encore très favorablement accueilli (2).\nC'est après le Sorcier que vient prendre place le premier grand\nouvrage de Philidor, Tom Jones, représenté le 27 février 1765. Tom\nJones était en trois actes, et le sujet de la pièce avait permis au musicien\nde livrer carrière à sa verve dramatique. Malheureusement, le livret, qui\nétait tiré du roman célèbre et touchant de Fielding, était encore du sieur\nPoinsinet, et celui-ci faillit entraîner son collaborateur dans une chute\nhonteuse. Le fait est que la pièce fut sifflée à outrance à la première\net M. OiTenbach a dû maintes fois l'entendre. Mieux vaut dire que c'est hasard ou\nsouvenir involontaire. »\nPour en revenir à Philidor, M. Jullien conclut absolument comme nous ; en ce qui\nconcerne l'air du Sorcier :\n« La ressemblance est frappante, étonnante même, quoi qu'en dise Fétis; mais nous\nne saurions arguer de là pour conclure au vol. De pareilles rencontres sont fréquentes,\net il y a trop de gens à qui il faudrait intenter procès... avec grande chance de le\nperdre. »\njJWi val \"\n(1) Le 7 janvier 1770, à M, Teissère; le 28 février suivant, à mademoiselle\nRuyter ; le 2b octobre 1772, à M. Narbonne; le 7 mai, le 7 septembre et le\n11 octobre 1775, à mademoiselle Seybert, à M. de Saint-Aubert, à M. de la Bussière ;\nle 27 janvier et le i3 avril 1777, à mademoiselle Teissier et à mademoiselle Brabant ;\nle 10 janvier et le 3o juin 1781, à mademoiselle Mercier et à M. Fradel; en 1783, à\nM. Lecoutre, etc., etc.\n(2) Parlant de cette reprise, M. Félix Clément s'exprime ainsi dans son Diction-\nnaire lyrique : « Réduite en un acte, la pièce a été jouée pendant plusieurs mois,\nmalgré la naïveté de l'intrigue. C'est qu'il suffit d'écouter quelques mesures pour\ncomprendre qu'il y a là une musique de maître et une harmonie d'une grande per-\nfection. La romance de la jeune villageoise n'a pas vieilli 5 elle est charmante. Il n en\nest pas de même de l'air du sorcier, qui paraît long parce qu'il est monotone. Mais\nla ronde finale est d'une gaieté si franche et offre des phrases si bien tournées qu'on\néprouve une véritable sensation de plaisir et de belle humeur, influence devenue bien\nrare dans le répertoire moderne."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "111", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.15", "texte": "ANDRÉ PHILIDOR\n\nreprésentation, et que l'on crut à une chute irrémédiable, si bien qu'il\nparaissait impossible de la rejouer. Bachaumont rend ainsi compte de\ncette soirée : « Les deux premiers actes ont ennuyé. Le parterre s'est mis\nen belle humeur au troisième; à chaque phrase, c'étoit des huées, des\néclats de rire, des claquemensde main, qui ont prolongé de beaucoup le\nspectacle et qui l'auroient infailliblement fait finir, si la pièce eût été\nlongue. Philidor prétend que cette musique est sa meilleure; elle est\ntellement noyée dans l'amas des mauvaises choses dont l'auteur l'a sur-\nchargée, qu'elle n'a trouvé aucune grâce... Le sieur Poinsinet, très\nconfiant; avait dit plaisamment qu'il alloit faire lever le Siège de Calais,\nvoulant faire entendre que la foule se tournerait vers lui (1). » Les\nComédiens, consternés, étaient décidés à ne plus jouer Tom Jones ;\nBachaumont nous apprend encore comment ils durent revenir sur leur\nrésolution : ce Les enfans de France, pour qui Poinsinet a fait un diver-\ntissement assez mauvais, ayant sçu sa disgrâce au Théâtre-Italien, en\nont été si touchés que les gentilshommes de la chambre, pour faire leur\ncour, ont exigé des comédiens de jouer Tom Jones une seconde fois. On\na distribué beaucoup de billets gratis, et par une révolution assez extra-\nordinaire, cette baffouée la veille, hier est montée aux nues.\nOn a demandé les auteurs, et ils ont reçu de grands applaudissemens. »\nLe succès de cette seconde représentation fut en effet très grand, mais\nil était factice, grâce sans doute aux « billets gratis » dont parle Bachau-\nmont. Il est constant que la pièce fut bientôt retirée du répertoire,\nsans doute au grand désespoir de Philidor, qui, on Ta vu, avait foi dans\nson œuvre. Elle ne devait cependant pas définitivement, et,\nau contraire, était appelée à se relever d'une façon brillante. Le 3o jan-\nvier 1766, elle reparaissait à la scène, après avoir subi, quant au poème,\nd'importantes et indispensables modifications (2). Cette fois, la musique\nemporta le succès. Grimm le constate en ces termes dans sa Corres-\npondance : « Cette pièce étoit tombée l'année dernière malgré sa belle\nmusique; la platitude du poète avoit entraîné le musicien dans la ruine.\nGomme le sujet de la pièce est charmant, on a consulté M. Sedaine ;\ncelui-ci a supprimé plusieurs poinsinades, a mieux arrangé le second et\nle troisième acte, et, à la faveur de ces changemens et de la belle\n(1) Le Siège de Calais, tragédie de M. de Belloy, qui venait d'être jouée àla Comé-\ndie-Française avec un immense succès, et dont l'apparition fut un véritable événement\nnational.\n(2) Voici le titre de la partition, qui ne fut gravée qu'à la suite de Cette reprise\n« Tom Jones, comédie lyrique en trois actes, représentée par les Comédiens Italiens\nordinaires du roy, pour la première fois le 27 février 1765, et remise avec des\ngemens le 3o janvier 1766. »"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "112", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.16", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nmusique que Philidor n'a eu garde de changer, Tom Jones a beaucoup\nréussi à cette reprise. C'est sans difficulté le meilleur ouvrage de Philidor.\nCe compositeur a beaucoup de nerf et de chaleur, un style très vigou-\nreux, beaucoup de noblesse et de coloris dans sa musique... »\nJe n'exprimerai pas mon opinion personnelle sur la partition de Tom\nJones; pour cette fois, et afin de prouver que je ne suis pas le seul à con-\nsidérer Philidor comme un grand artiste, comme un homme de génie, je\nreproduirai l'appréciation que M. Félix Clément a donnée de Tom\nJones dans son Dictionnaire lyrique : « Il faudrait tout citer, car la par-\ntition de Tom Jones se soutient sans éclipse depuis l'ouverture jusqu'au\nvaudeville de la fin. Cependant, nous recommandons la lecture du duo\nentre Western et sa fille : Non, rien ne peut me retenir, qui termine le\npremier acte ; dans le second, l'air de Jones : Amour, quelle est donc ta\npuissance? Tariette de Sophie, qui est si touchante : Oest à vous que je\ndois la vie, et le septuor final ; dans le troisième acte, le quatuor des\nbuveurs en canon sans accompagnement, et le grand air de Sophie :\n0 toi qui ne peux m entendre. En tenant compte de l'état du goût\npublic à l'époque où Tom Jones a été écrit, du genre des pièces et de la\nfaiblesse des exécutants, en un mot des obstacles devant lesquels Philidor\ndevait faire plier son génie, on regrette que ce compositeur, doué d'une\norganisation si fine et qui savait écrire une harmonie si délicate et\nsi bien appropriée aux situations n'ait pas vécu en Italie,\nou il aurait été l'émule de Paisiello et de Cimarosa. »\n(La suite prochainement.)\n\nARTHUR POUGIN.."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.17", "texte": "Lieutenant de Rodoald. - M. Lescieux.\nUn Norvégien. — M. Durand.\nCOSTUMES l'ernelinde.\n(1967)"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.18", "texte": "VI.\n8\n\nLES TRAVAUX DU NOUVEL OPÉRA\n\n1\"\nE remercie mes confrères de la bienveillance\navec laquelle ils m'ont fait l'honneur de repro-\nduire les détails que j'ai donnés sur l'état actuel\ndes travaux du nouvel Opéra. Bien que\nVEntracte et quelques journaux d'une égale\nimportance aient chassé sur mes terres sans\nma permission , c'est-à-dire sans se donner\nla peine de citer la source des renseignements\nqu'ils transmettaient à leurs lecteurs, je leur\naccorde néanmoins un large lambeau de ma parfaite gratitude, et je les\nautorise à poursuivre cet aimable système d'enrichissement.\nJe ne saurais m'arrêter à ce règlement de comptes sans annoncer à\nM. J ennius, de la Liberté, que ses espérances sont déçues et que le foyer\nde la danse ne contiendra pas les noms que le nouvelliste de la Liberté\ndésirait y voir figurer. En effet, sur les quatre cartouchesqui surmontent\nles quatre panneaux de M. Boulanger, on lira le nom d'un Noverre\n« prétendu compositeur » d'après Jennius, mais, d'après les biographes,\n« célèbre danseur, né à Paris, en 1727, mort en 1807 selon les uns, en\n« 1810, selon les autres.» La perspicacité habituelle de Jennius se trouve,\n\nles numéros des i 5 septembre et i 5 octobre,"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "114", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.19", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nen cette circonstance, totalement en défaut. Notre confrère s'est imaginé\nà tort que le nom de Noverre, sur l'un des cartouches en\nimpliquait l'idée d'immortaliser les compositeurs de musique de ballet.\nIl s'est absolument trompé. Noverre, compositeur de musique, n?a\nque faire dans le foyer de la danse. Son nom y est inscrit à titre de\nchorégraphe innovateur et passionné. Quelques mots sur ce célèbre\nmaître de ballets ne peuvent être inutiles.\nAprès avoir débuté à Fontainebleau, Noverre fut appelé à Berlin par\nle prince Henri de Prusse; il revint à Paris en 1749, et, après avoir\nfait de vains efforts pour réformer les ballets, il s'enrôla en Angleterre\ndans la troupe de Garrick, d7où il rapporta des idées nouvelles qu'il ne\nput faire accepter à l'Opéra, en dépit de son ouvrage intéressant : Lettres\nsur les arts imitateurs en général et sur la danse en particulier, dans\nlequel il exposait des théories nouvelles. Il s'engagea alors au théâtre de\nLyon, où il inaugura des ballets nouveaux tels que : la Toilette de\nVénus, les Fêtes du Sérail, le Jugement de Paris, etc., etc.\nIl fut successivement appelé en Wurtemberg, à Vienne, à Milan. La\nreine Marie-Antoinette le fit nommer maître des ballets de l'Opéra de\nParis, et il devint l'organisateur des fêtes du Petit-Trianon. Il composa\nles ballets de Gluck et de Piccini, créa le ballet d'action,, ramena le cos-\ntume à la vérité et supprima le masque. N'en déplaise à M. Jennius, ces\ntitres lui constituent assurément le droit de figurer dans une partie de\nl'Opéra, consacrée au passé, au présent et à l'avenir chorégraphiques.\nPartant d'un point inexact, M. Jennius ne pouvait aboutir qu'à un\nautre point également controuvable. Il est donc dans le faux, lorsqu'il\ndemande que Ton mette à côté du nom de Noverre, ceux de Mozart, de\nSchneitzoëffer et d'Adolphe Adam. La place de ces grands et charmants\nmusiciens est ailleurs. En revanche, et par la même raison, les noms de\nGardelj 1754 à 1840, Ma^ilier, 1797 à 1868, Saint-Léon, 1821 à 1870,\nfigureront avec celui de Noverre au foyer de la danse.\nsuit LES TÔITS\nFranchissons d'un bond les dix-sept étages et les trois cent soixante-\ncinq marches qui nous séparent de l'Apollon placé au sommet de l'Opéra.\nAccoudé sur son socle, nous découvrons tout Paris. Les rues semblent\ns'allonger à mesure que les maisons se rapetissent et que les passants, en\nvoiture, à pied ou à cheval, semblent appartenir à un royaume lilli-\nputien. Rien n'a été négligé pour sauvegarder Pédifice dont les propor-"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "115", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.20", "texte": "LES TRAVAUX DU NOUVEL OPÉRA\n\ntions gigantesques ressortent mieux encore quand on les contemple de ce\npoint extrême. Le service des pompiers a été l'objet d'un soin parti-\nculier. Des plates-formes en granit, des rues en zinc et en fonte sillon-\nnent de toutes parts cette toiture immense. Partout, on peut courir sans\nrisquer une chute. Des escaliers en fonte relient entre elles ses diverses\nparties. Des réservoirs d'eau peuvent inonder en un instant tous les\npoints de la colossale construction.\nSi j'en crois les inscriptions gravées sur la pierre, je ne suis pas\nle premier explorateur de ces altitudes.\nSi je voulais donner le détail de tout ce qui constitue cette partie de\nl'Opéra, il me faudrait nécessairement faire un cours d'architecture, ce\ndont je ne me sens pas capable. Aussi, descendons quelques degrés et\nnous nous trouverons alors sous\nLES COMBLES\nLes arcs-boutants, éclairés par d'énormes lucarnes, les chevrons prin-\ncipaux ou jointifs, les fermes courbes, les jambes de force, les pans, les\nversants, les rampants, que sais-je encore, le tout en fer, coupent l'hori-\nzon d une manière pittoresque et grandiose. Deux réservoirs d'eau,\nplacés l'un à droite, l'autre à gauche, sur la limite qui sépare la scène de\nla salle, ressemblent à deux canons gigantesques dont un seul projectile\nfoudroyerait aisément une armée.\nDes appareils de ventilation, de formes et de systèmes divers, y sont\naussi installés. Le lustre se rattache à la voûte à l'aide de crampons et\nde câbles de fer. Une sorte de tranchée fait le tour de la place occupée par\nle lustre.— Elle est trouée de soixante lunettes rondes en verres de cou-\nleur, divisées par quatre plus grandes lunettes ovales; derrière chacune\nde ces ouvertures brûlera un bec de gaz, de telle sorte que le plafond de\nl'Opéra, vu de la salle, semblera être semé de gros blocs de pierres pré-\ncieuses,\nLes bouches d'eau iront pas été épargnées.—A chaque pas, il en existe*\nEn cas d'incendie, l'eau jaillirait de toutes parts, A ce point de vue,\ncomme à beaucoup d'autres, Fœuvre de M. Garnier est une merveille.\nSaviez-vous, par exemple, que les dégagements fussent organisés avec\ntant d'intelligence que tout le public pût, dans un cas pressé, sortir de\nFOpéra en TROIS MINUTES?\nUne chose non moins surprenante et que je n'ai garde de passer sous\nsilence, c'est le tour de force que M. Garnier a exécuté en établissant sur"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "116", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.21", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nun espace relativement restreint, des ouvertures pour l'entrée et la sortie\nsimultanées de dix voitures.\nLa huitième merveille du monde, a-t-on dit ironiquement au début\nde cette entreprise; elle l'est plus qu'on ne le croit.\nLE CINTRE\nCet entrepôt de la plupart des moteurs des décors est terminé. Il\ncomprend cinq étages. On y voit clair sans le secours des lampes, la\npartie supérieure étant percée de fenêtres. Un corridor circulaire est éta-\nbli à chaque étage. Dans celui qui est le plus rapproché de la scène, les\nmachinistes font la majeure partie de leur service.\nDes traverses, servant de garde-fous, sont placées dans toute 1 étendue\nde ces corridors et portent un arsenal de chevilles disposées avec la plus\ngrande régularité. Là, s'attachent, se relient les plafonds, les poignées, les\ngros cordages, les fermes, les herses, les moteurs, les soutiens, les adju-\nvants de la machinerie théâtrale»\nDix ponts volants traversent la scène du manteau d'arlequin au corri-\ndor du fond et facilitent la manœuvre nécessitée par les grosses pièces des\ngrands décors. Les ponts sont construits en grosses cordes goudron-\nnées, en fil de laiton, en fer. et sont d'une solidité à toute épreuve, bien\nque d'une apparence fragile. —1 Du sommet du cintre descendent des\nmilliers de cordages se rattachant à des poulies, des tambours, des treuils\nplacés dans les étages supérieurs et dans le gril.\nQuand les machinistes circulent et travaillent sur ces ponts suspen-\ndus, ils sont en pleine forêt de mâts, et pour peu qu'une mer factice roule\nses vagues au-dessous d'eux, l'illusion est complète et ils ont le droit de\nse croire sur la mâture d'un Great-Eastern.\nLes cinq étages sur lesquels nous venons de jeter un coup-d'œil ont\ntous vue sur la scène. Quatre autres sont destinés au\nGIUL\nCette partie du cintre est sans doute ainsi nommée à cause de la dis»\nposition de son plancher, formé de frises transversales éloignées de quel-\nques centimètres les unes des autres. Toutes les dimensions de tam-\nbours, de moufles, de poulies, de contre-poids, de cassettes, y sont repré-\nsentées. De ces moteurs partent les fils que nous avons considérés tout à\nl'heure. Grâce à ces moteurs, ils accomplissent leurs missions respec-"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "117", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.22", "texte": "LES TRAVAUX DU NOUVEL OPÉRA\n\ntives, dirigés qu'ils sont par les machinistes du cintre. Au premier as-\npect, ces machines de bois, de corde, de fer, cette réunion d'éléments si\ndivers semble constituer un désordre magnifique. Mais jamais la maxime :\n« Un beau désordre est un effet de l'art » ne fut plus justifiée. La dispo-\nsition de tout ce service est des plus régulières. —Chaque fil a son nom;\nchaque corde correspond à des poulies, à des crochets, à des tambours\nétiquetés, numérotés avec la plus scrupuleuse attention.\nSupposons maintenant qu'un cordage nous est offert. Saisissons-le et,\ndoucement, nous descendrons jusqu'au plancher de la scène, dont une\ntrappe nous livrera passage. Nous voici arrivés dans la partie souterraine\ndu théâtre ;\nLES DESSOUS\nIls sont formidables et au nombre de cinq. Ils reproduisent tous\nle plan de la scène, ses trappes et ses trappillons. Les costières seules\ny sont remplacées par des rails. Des charpentes transversales supportent\nles trappes et les trappillons, Des poteaux, reposant sur des dés de fonte\nou de pierre, des sablières ou « chapeaux de fermes », forment des séries\nde fermes qui permettent de laisser un libre passage aux « gloires » et\nautres combinaisons ou trucs. On donne à ces appareils une certaine\nstabilité en les reliant au moyen de crochets de fer et suivant les besoins\ndu moment. Les treuils, les tambours, les contre-poids sont généreu-\nsement distribués dans les dessous. Ils servent à manœuvrer les grands\ndécors, à opérer les changements à vue, provoquent la disparition subite\ndes personnages des féeries. Des dessous, on transforme les cacochymes\nen beaux cavaliers, les sorcières hideuses en fées pleines de jeunesse.\nSatan vient des dessous, de même qu'il s'y enfonce. Les lumières\nde l'enfer s'en échappent, les chœurs de démons y prennent parfois\nplace. Ce lieu, enfin, est en quelque sorte l'alambic où se distillent les\nsurprises décoratives, dramatiques, comiques et de toute nature.\nNous avons maintenant une habitude assez sérieuse des casse-cou\npour nous transporter d'un saut sur la place de l'Opéra. Cette fois, nous\npasserons tout bonnement sous les portes qui sont devant nous. Le\nlecteur voudra bien me suivre et traverser avec moi un large vestibule\npavé de mosaïque, monter dix marches de marbre blanc, traverser un\nsecond vestibule, également en mosaïque, pour arriver enfin au pied du\nGRAND ESCALIER\nA droite et à gauche, vingt marches, toujours en marbre, descendent et"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "118", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.23", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nconduisent au couloir spacieux du parterre. Sept balcons de plain-pied\nplongent sur le bas de l'escalier. Leurs socles de marbre rouge de Corse,\n/\nleurs balustres en granit d'Ecosse, les piédestaux en marbre Gampan\nvert, les appuis en « brocatelle » du Jura, s'harmonisent et font ressortir les\nsix plaques de jaspe du Mont-Blanc, que des candélabres de bronze sur«\nplombent.\nEn face de soi, vingt-deux marches d'une largeur variant entre quatre\nmètres cinquante et cinq mètres cinquante invitent à monter jusqu'au\npalier principal, au milieu duquel se présente, majestueuse, la porte qui\nmène à l'amphithéâtre, à l'orchestre et aux baignoires,\nUn fronton en marbre vert de Suède,, soutenu par deux cariatides; à\ngauche, la Tragédie et son glaive ; à droite, la Musique et sa lyre d'or,\nsupporte les armes de Paris en bronze, encadrées de deux ravissants\namours en marbre blanc de Carrare. Le socle sur lequel repose ce groupe\nà la fois gracieux et sévère, est en onyx d'Algérie. De chaque côté\ndu socle, le marbre vert de Suède s'enroule délicieusement. Au-dessous,\nune large plaque de marbre jaune de Sienne relie le fronton aux caria-\ntides dont les nus sont en bronze auquel se marient très heureusement\nles draperies en marbre vert de Suède et marbre jaune de Sienne. Les\nsocles des cariatides sont composées d'une corniche d'onyx d'Algérie et\nd'un bandeau de marbre rouge de Causnes. Le marbre jaune de Sienne\nen décore la partie inférieure. Les ébrasements de cette porte sont de\n« brèche violette d'ltalie», sorte de galets calcaires empâtés dans un\nciment de même nature, fort recherchés sous Louis XIV et Louis XV, et\nde marbre rouge de Causnes.\nCet examen terminé, nous pouvons monter encore à droite ou à\ngauche, car l'escalier se divise ici en deux parties composées chacune de\ndix-huit marches qui donnent accès aux neuf balcons entourant ce\nsecond étage de l'escalier. Quatre autres marches vous jettent de chaque\ncôté dans le large couloir des premières loges. Les quarante-quatre\nmarches que nous venons de franchir sont en marbre blanc de Carrare,\nles limons de la rampe en marbre vert de Suède, les balustres en marbre\nrouge antique de Causnes, la main courante en onyx d'Algérie.\nQuatorze piédestaux où l'onyx d'Algérie, la brèche violette d'ltalie, de\nSicile, le marbre bleu turquoise d'ltalie, la brocatelle violette, font assaut\nde couleurs élégantes, soutiennent quatorze candélabres de bronze. Les\ndeux groupes candélabres du bas de l'escalier sont signés Carrier»\nBelleuse.\nLes neul balcons ont leur socle en brocatelle d'Espagne, leurs balus-\ntres en spath-fluor et leur appui en onyx d'Algérie, Le dallage du bas de"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "119", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.24", "texte": "LES TRAVAUX. DU NOUVEL OPÉRA\n\nl'escalier— de même que les marches est en marbre blanc de Carrare.\nDix-huit pilastres en marbre bleu turquoise pâle s'élèvent dans la cage\nde Fescalier. Trente colonnes en sarrancolin des Pyrénées,, ornées de\nchapiteaux en marbre blanc de Saint-Béat, montent jusqu'à la voûte, et,\npar opposition, trente pilastres en brèche violette d'ltalie à chapiteaux\net balustresen marbre blanc de Carrare, font le tour du premier étage.\nDouze médaillons en marbre jaune fleuri décorent douze balcons\nplacés au sommet de la cage. Ils sont bâtis en pierre du Jura, leurs\nbalustres sont en campan vert. A chacun de ces balcons est affecté un\ncandélabre de bronze.\nTous les pays marmorifères ont apporté leur contingent à l'ornemen-\ntation de cet escalier monumental. M. Verne a eu la direction de cette\nimportante partie des travaux et les a exécutés avec une merveilleuse\nhabileté.\n\nR. DE SAINT-ARROMAN."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "120", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.25", "texte": "VOLTAIRE LIBRETTISTE\n\n(0\nL tenait tellement à ses rimes et les croyait tellement\nbien faites pour inspirer le compositeur, au'il y\nrevient encore et en fait juge son ami d'Argental :\n« Un musicien doit-il être embarrassé à mettre en\nmusique ces paroles :\nAimeç, et régnef avec nous ;\nLe dieu des dieux est seul digne de vous.\nSur la terre on poursuit avec peine\nDes plaisirs Vombre légère et vaine ;\nElle échappe, et le dégoût la suit.\nSi Zéphire un moment plaît à Flore,\nIl flétrit les fleurs qu'il fait éclore ;\nUn seul jour les forme et les détruit.\nAimeç, aimetf, et régne| avec nous ;\nLe dieu des dieux est seul digne de vous.\nLes fleurs immortelles\nNe sont qu'en nos champs ;\nL'Amour et le Temps\nIci n'ont point d'ailes,\nAime%, aimeet régne% avec nous. »\nLe n janvier 1755, ce polisson d meurt... Enfin!... et huit\njours après, Voltaire lui fit l'oraison funèbre que voici :\nles, ma\"x sont sortis, pour moi, de la boîte de Pandore avec les\ndoubles croches de M. Royer. Il ne savait pas seulement que\n\n(i) Voir les numéros des lerIer septembre et ie' octobre."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "121", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.26", "texte": "VOLTAIRE LIBRETTISTE\n\nfût imprimée, et il fit faire, il y a un an, des canevas par M. de Sireuil son\nami, qui crut que j'étais mort, comme les gazettes l'avaient annoncé. Royer,\nne pouvant me tuer, a tué un de mes enfants ; je souhaite que le sien vive.\nIl m'écrivit, il y a trois mois, que son opéra était gravé. 11 le sera, sans doute,\ndans la mémoire, mais il ne l'était pas encore en papier. Je fis les plus\nhumbles remontrances ; je n'ai rien obtenu... »\nQuand Voltaire tient une plaisanterie qu'il croit bonne, il ne la lâche\npas facilement. Ce qui suit est, ce me semble, ridiculement inhumain :\n«La seule chose dont je puisse bénir Dieu est la mort de Royer. Dieu\nveuille avoir son âme et sa musique î » -\n« Cette musique n'était point de ce monde. Le traître m'avait immolé à ses\ndoubles croches et avait choisi, pour m'égorger, un nommé Sireuil. Dieu est\njuste : il a retiré Royer à lui, et je crains à présent beaucoup pour le porte-\nmanteau. »\nEt ailleurs : « Dieu a puni Royer; il est mort. Je voudrais bien qu'on\nenterrât avec lui son opéra, avant de l'avoir exposé au théâtre sur son\nlit de parade. » Mais, voici qui est encore plus odieux : « Royer est\nmort parce qu'il avait fait accroire à Sireuil que c'était moi qui l'étais.\nRoyer avait engagé ce Sireuil dans la plus méchante action du monde,\nc'est-à-dire à faire de mauvais vers.... »\nDix ans se passent, et Royer est oublié ou peu s'en faut, lorsqu'une\nbonne nouvelle arrive à Voltaire ; de la Borde s'est proposé pour remettre\nen musique l'infortunée Pandore déjà si cruellement éprouvée. Le poète\nne se sent pas de joie, et il accable son collaborateur d'un véritable déluge\nde compliments :\n« Savez-vous combien votre lettre m'a fait d'honneur et de plaisir? Voici\ndonc le temps où les morts ressuscitent... Vous voulez rendre la vie à Pan-\ndore? Il ne me manque plus que de me rajeunir; mais M. Tronchin ne fera\npas ce miracle, et vous viendrez à bout du vôtre. Pandore n'est pas un bon\nouvrage, mais il peut produire un beau spectacle et une musique variée;\nc est, d ailleurs, un opéra philosophique qui devrait être joué devant Bayle et\nDiderot ; il s'agit de l'origine du mal moral et du mal physique. Jupiter y joue,\nd'ailleurs, un assez indigne rôle... Un assez médiocre musicien, nommé\nRoyer, avait fait presque toute la musique de cette pièce bizarre, lorsqu'il\ns'avisa de mourir. Vous ne ressusciterez pas ce Royer, vous êtes plutôt\nhomme à l'enterrer. »\nVoilà de précieuses confidences mêlées à de nouveaux sarcasmes\ncontre Royer; mais, ce qui est curieux, c'est la suite de cette lettre, où\nVoltaire fait de l'esthétique musicale et parle de mélodie à peu près\ncomme un aveugle-né jugerait des couleurs. Ceci vaut la peisxe d'être\nreproduit tout du long, et c'est ce que je vais faire :\n<r J'avoue qu'on commence à se lasser du récitatif de Lulli, parce qu'on se\nlasse de tout, parce qu'on sait par cœur cette belle déclamation notée, parce"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "122", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.27", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nqu'il y a peu d'acteurs qui sachenty mettre de l'âme ; mais cela n'empêche pas\nque cette déclamation ne soit le ton de la nature et la plus belle expression\nde notre langue. Ces récits m'ont toujours paru fort supérieurs à la psalmodie\nitalienne...\n« L'opéra italien ne vit que d'ariettes et de fredons; c'est le mérite des\nRomains d'aujourd'hui ; la grand'messe et les opéras font leur gloire. Ils ont\ndes feseurs de doubles croches, au lieu de Cicérons et de Virgiles ; leurs voix\ncharmantes ravissent tout un auditoire en a, en e, en i et en n.\n« Je suis persuadé qu'en unissant ensemble le mérite français et le mérite\nitalien, autant que le génie de la langue le comporte, et en ne vous bornant\npas au vain plaisir de la difficulté surmontée, vous pourrez faire un excellent\nouvrage sur un très médiocre canevas. »\nOn le voit, pressé d'être mis en musique et joué, Voltaire fait bon\nmarché de son libretto et lui rend ainsi toute la justice qui lui est due.\n« Si vous voulez vous amuser sur le péché originel en musique, vous sentez\nbien que vous serez le maître d'arranger le jardin d?Eden tout comme il vous\nplaira ; coupez, taillez mes bosquets à votre fantaisie, ne vous gênez sur rien.\nJe ne sais plus quelle dame de la cour, en écrivant en vers au duc d'Orléans\nrégent, mit à la fin de sa lettre :\nAlonge% les trop courts, et rogne% les trop longs,\nVous les trouverez tous fort bons.\n« Vous écourterez donc tout ce qui vous plaira ; vous disposerez de tout.\nLe poète d'opéra doit être très humblement soumis au musicien ; vous\nn'aurez qu'à me donner vos ordres, et je les exécuterai comme je pourrai.\nIl est vrai que je suis vieux et malade, mais je ferai des efforts pour vous\nplaire et pour vous mettre bien à votre aise.\n« Si M. Thomas ne voyageait pas actuellement avec Pierre le Grand, je le\nprierais d'animer Pandore de ce feu de Prométhée dont il a une si bonne\nprovision; mais la vôtre vous suffira; le peu que j'en avais n'est plus que\ncendres ; soufflez dessus et vous en ferez peut-être sortir encore quelques\nétincelles. Si j'avais autant de génie que j'ai de reconnaissance de vos bontés,\nje ressemblerais à l'auteur d'Armide ou à celui de Castor et Pollux. »\nOn ne peut imaginer plus d'humilité ; nous sommes loin de l'homme\nqui n'avait pas assez de colère contre Royer pour avoir soumis ses rimes\nà Sireuil : c'est que Voltaire voulait parvenir à être joué et que Pan-\ndore le consolât de l'échec ou mieux de Favortement déplorable de\nSamson. Muni des pleins pouvoirs du maître, La Borde tailla et rogna\nsi bien, qu'un an après il présentait à Voltaire deux actes terminés. Qui\nfut étonné et ravi ? Pas n'est besoin de le demander.\n« M. de la Borde, premier valet de chambre du roi, m'apporte deux actes\nde son opéra de Pandore; je m'attendais àde la musique de cour : nous avons\ntrouvé, madame Denis et moi, du Rameau. Peut-être nous trompons-nous,\nmais ma nièce s'y connaît bien : pour moi, je ne suis qu'un ignorant. ©\nLa vérité vraie est dans ce mot de la fin précédé d'un quolibet, selon\nl'usage ; on dirait une infirmité chez cet homme d'esprit : cela tourne au"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "123", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.28", "texte": "VOLTAIRE LIBRETTISTE\n\ncliché, comme on dit de nos jours dans le patois de la petite presse. Répé-\ntition du trait sur la musique de cour, dans une lettre du même jour3 à\nDamilaville.\nQuoique charmé des mélodies de La Borde, Voltaire n'était cependant\npas bien certain de ne pas se tromper à cet égard; aussi, écrivant à Cha-\nbanon5 amateur de talent, il lui dit :\n« Mon cher enfant, mon cher ami, mon cher confrère, je ne me connais\npas trop en G sol ut et en F ut fa. J'ai l'oreille dure, je suis un peu sourd;\ncependant, je vous avoue qu'il y a des airs de Pandore qui m'ont fait beau-\ncoup de plaisir, J'ai retenu, par exemple, malgré moi :\nAh ! vous ave % pour vous la grandeur et la gloire. (Acte III.)\n« D'autres airs m'ont fait une grande impression et laissent encore un bruit\nconfus dans le tympan de mon oreille.\n« Pourquoi sait-on par cœur les vers de Racine ? c'est qu'ils sont bons. Il\nfaut donc que la musique retenue par les ignorants soit bonne aussi. On me\ndira que la plupart des ariettes de Lulli sont des airs du Pont-neuf et des\nbarcarolles de Venise, d'accord : aussi ne les a-t-on pas reconnus comme\nbons, mais comme faciles. Mais, pour peu qu'on ait de goût, on grave dans\nsa mémoire quatre actes entiers d'Armide. »\nC'est prodigieux d'audace, d'erreurs et d'illogismes. Ce qui suit vaut\nde l'or; c'est une révélation du talent d'artiste lyrique chez Voltaire : ici\nle ton est loin d'être aussi modeste qu'au débuto\n« La déclamation de Lulli est une mélopée si parfaite, que je déclame tout\nson récitatif en suivant ses notes et en adoucissant seulement les intonations;\nje fais alors un très grand effet sur les auditeurs, et il n'y a personne qui ne\nsoit ému. »\nNe dirait-on pas une application anticipée du procédé de cet impré-\nsario de province qui annonçait une représentation de la Dame blanche,\noù la musique serait remplacée par un dialogue vif et animé. Comme\neût dit un de nos modernes romantiques : « C'est ruisselant d'inouïsme. »\nVoltaire dilettante est, il faut l'avouer, plus étonnant encore et surtout\nplus inattendu que Voltaire librettiste.\nLe raisonnement ou mieux le déraisonnement de Voltaire se poursuit\nsur ce ton jusqu'à satiété. En somme, ce qui l'attache à cette Pandore,\nainsi qu'il l'appelle, ce n'est pas tant son amour-propre de poète ou le\nplaisir que lui cause la musique de La Borde, que les idées anti-reli-\ngieuses dont cet opéra est le prétexte et le porte-voix, pour ainsi dire.\n«Je vous demanderai surtout, insiste-t-il auprès de M. Chabanon, de faire\nune bonne brigue, une bonne cabale, pour qu'on ne retranche point :"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "124", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.29", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nO Jupiter ! ô fureurs inhumaines !\nEternel persécuteur,\nDe l'infortune créateur, etc.\net non pas de Vinfortuné, comme on l'a imprimé : cela est très janséniste,\npar conséquent très orthodoxe dans le temps présent; ces bougres font Dieu\nauteur du péché, je veux le dire à l'Opéra. Ce petit blasphème sied, d'ailleurs,\nà merveille dans la bouche de Prométhée. »\nPas de commentaires, n'est-ce pas ?...\nEt le patriarche de Ferney continuait, de plus belle, à rapetasser (sic)\nsa Pandore, docile à toutes les exigences de son musicien, qu'il acca-\nblait de lettres, auxquelles il paraît que ce dernier ne répondait guère.\n« Je le crois, dit-il, fort occupé à Versailles; mais, fût-il premier ministre,\nil ne faut pas négliger Pandore. » C'était son dada, sa Rossinante, son\nidée fixe ; il en rabâchait sans cesse. A la fin, l'impatience prend notre\nrimeur et le pousse à l'impertinence : « Je ne sais pourquoi M. de La\nBorde m abandonne obstinément... Est-ce parce qu'il ne se soucie plus\nde Pandore ? est-ce caprice de grand musicien ou négligence de premier\nvalet de chambre ? »\nLm mois se passe sans nouvelles du musicien ; Voltaire n'y tient plus\net se met à déprécier l'œuvre de son collaborateur, en revenant sur ses\nimpressions si favorables qui tournent alors à la critique amère ou tout\nau moins à l'aigre-doux. « Quant à la musique de M. de La Borde, je\nme souviens d'avoir été très content de ce que j'entendis; mais il me\nparut que cette musique manquait, en quelques endroits, de cette énergie\net de ce sublime que Lulli et Rameau ont seuls connus et que l'opéra\ncomique 11 inspirera jamais à ceux qui aiment il gusto grande. »\nComment concilier cette énergie et ce sublime que Voltaire reconnaît\nici à Lulli, après avoir, peu auparavant, traité la musique de ce compo-\nsiteur d airs du Pont-Neuf? C'est ainsi, qu'à tout moment, le rimeur\nde Pandore est pris en flagrant délit de contradiction au premier chef.\nCependant, le malheureux opéra en question risquait fort de ne jamais\nêtre joué; une occasion pourtant poind à l'horizon de faire servir,\nne fût-ce qu une fois, vers et et Voltaire ne la laissa pas\néchapper; il espère un moment que son œuvre paraîtra pour les fêtes\ndu mariage du dauphin (depuis Louis XVI), et il adresse immé-\ndiatement au grand ordonnateur des pompes de cour un éloge somptueux\nde la musique de la Borde, nouvelle volte-face qu'il n'est pas diffi-\ncile sinon de justifier, du moins d'expliquer par le désir ardent qui\nle brûle de caser enfin sa Pandore. On comprend la finesse de l'allusion,\nla dauphine et Pandore ; il est vrai que le reste de la fiction n'est rien"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "125", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.30", "texte": "VOLTAIRE LIBRETTISTE\n\nmoins qu'heureux en rapprochements; mais peu lui importe. Donc, il\nadresse cette lettre au duc de Richelieu :\n« Je vous jure, monseigneur, que la musique de Pandore est charmante,\net que ce spectacle ferait le plus bel effet du monde aux yeux et aux oreilles*\nIl faut, pour des fêtes qui attirent une grande multitude, un bruit qui ne cesse\npoint et un spectacle qui plaise continuellement aux yeux. Vous trouverez\ntous ces avantages dans la Pandore de M. de la Borde, et vous aurez de\nplus une musique infiniment agréable, qui réunit, à mon gré, le brillant\nde l'italien et le noble du français. »\nEst-ce assez joli? Mais, la fin de cette lettre est ineffable :\n« Je vous en parle assurément en homme très désintéressé, car je suis\naveugle tout l'hiver et presque sourd le long de l'année... Je ne vous parle\nqu'en bon citoyen qui ne songe qu'au plaisir des autres.\n« De plus, il me semble que l'opéra de Pandore est convenable aux mariages\nde tous les princes. »\nEn résumé, cette lettre rappelle le Prene{ mon ours proverbial.\nAprès avoir ainsi sollicité le duc de Richelieu en faveur de sa Pandorei\nVoltaire s'adresse à d'Argental et le presse vivement de pousser à l'accep-\ntation et au succès du dit opéra :\n« J'ai à vous entretenir de la plus grande affaire de l'Europe; il s'agit de la\nmusique de Pandore. Tous les maux, qui étaient dans la boîte, affligent l'uni-\nvers et moi ; et je n'ai pas l'espérance qu'on exécute la musique de la Borde...\nJ'aime bien les Guêbres, mais j'aimerais encore mieux que Pandore réussît à\nla cour. En vérité, voilà une négociation que vous devriez entreprendre. On\nveut du Lulli; c'est se moquer d'une princesse autrichienne élevée dans\nl'amour de la musique italienne et de l'allemande; il ne faut pas la faire\nbâiller pour sa bienvenue. »\nLe fin de tout ceci, c'est que Voltaire s'ennuyait fort d'un exil mal\ndéguisé, à Ferney, où le jardinage, l'érection d'une église et quelques\nateliers d'horlogerie étaient impuissants à le consoler de l'éloignement de\nParis et surtout de la cour; à Voltaire n'était qu'un gentil-\nhomme de la Chambre in partibus. Aussi, plus le moment des fêtes du\nmariage approchait, plus il redoublait d'instances pour placer sa Pan-\ndore.\nAdressant à d'Argental la copie d'une lettre qu'il écrivait au duc\nd'Aumont, il dit à son intime :\n« Si M. le duc d'Aumont n'est pas touché de cette lettre, il a le cœur dur ;\net si son cœur est dur, son oreille l'est aussi. La musique de M. de la Borde\nest douce et agréable...\n« J'ai pris à cœur le succès de cette affaire, pour plus d'une raison: c'est la\nseule chose qui pourrait déterminer un certain voyage...\n« En un mot, faites ce que vous voudrez, et que l'espérance me reste au\nfond de la boîte. »"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "126", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.31", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nVoltaire projetait un voyage à Paris ; il espérait, par madame Du\nBarry, rentrer en grâce à la cour et voir finir son exil. Vains efforts! Ni\nl'auteur de Pandore, ni Pandore elle-même ne furent appelés à la faveur\nd'embellir les fêtes du mariage du dauphin avec l'archiduchesse Marie-\nAntoinette. Mais le patriarche de Ferney ne se tint pas pour battu; en\n1773, lors du mariage du comte d'Artois (depuis le roi Charles X), il\nentreprit une nouvelle campagne pour son malheureux opéra. Il écrivait\nà Richelieu, le 5 mai :\n« Je vous présente aujourd'hui requête pour la Borde, dont on prétend que\nla Pandore est devenue un ouvrage très agréable. Je crois qu'il mourra de\ndouleur si mon héros ne fait pas exécuter son spectacle aux fêtes de madame\nla comtesse d'Artois ; et moi je reprendrai peut-être de cette vie, si cette\naventure pouvait me fournir une occasion de vous faire ma cour pendant\nquelques jours.\na Je crois que cette Pandore, avec sa boîte, a été en effet la source de bien\ndes maux, puisqu'elle fit mourir de chagrin ce pauvre Royer et qu'elle\nest capable de jouer un pareil tour à la Borde. Les musiciens me paraissent\nencore plus sensibles que les poètes. »\nCette dernière assertion est bien discutable, au moins en ce qui con*\ncerne Voltaire.\nLe 7 juillet, la Borde était à Ferney, de passage avec son frère pour\naller en Italie ; il donna à son librettiste un avant-goût de sa musique :\n« La Borde écrit Voltaire au duc de Richelieu, a fait exécuter à\nFerney quelques morceaux de sa Pandore. Si tout le reste est aussi bon\nque ce que j'ai entendu, cet ouvrage aura un très grand succès. Le sujet\nn?est pas si funeste, puisque l'amour reste au genre humain ;et d'ailleurs,\nqu'importe le sujet, pourvu que la pièce plaise ? »\nMalgré tout le mouvement que se donna Voltaire, Pandore ne servit\npas plus aux fêtes de 1773 qu'à celles de 1770. Ni la Borde ni lui n'en\nmoururent de douleur,malgré ce qu'il en avait pu dire; on ne meurt pas,\nd'ailleurs, pour si peu.\nIl avait été plus heureux, ving-huit ans auparavant, avec deux opéras\nde circonstance, et, pour n'avoir duré que l'espace d'un jour, le succès\nn'en fut pas moins cher à l'amour-propre du rimeur.\n(La suite prochainement*)\n\nCH. BARTHÉLEMY."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "127", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.32", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nCoup-d'œil d'ensemble. CONCERTS-POPULAIRES : Préside de M. Verdi. Suite hon-\ngroise de M. Massenet. Pièces de J.-S. Bach (première audition). Divertissement\nde Mozart (première audition).\n%\nA nouvelle saison qui vient de s'ouvrir s'annonce\ncomme devant être bien remplie. Il suffira, pour\nnous en convaincre, de jeter un coup-d'œil\nsemble sur l'état de choses actuel et de rechercher\nce qu'il nous promet pour l'avenir. M. Lamoureux\nse propose de continuer cet hiver les belles séances\nqu'il donna l'hiver dernier pour l'audition des grands oratorios de\nBach et de HaendeL Nous avons déjà entendu le Messie ét la Passion,\nnous entendrons prochainement Judas Machabée et Israël en Egypte\nd'Haendel, ainsi que la Nuit de Noël de J. S. Bach. De son côté,\nM. Danbé va reprendre ses agréables concerts du Grand-Hôtel, et je ne\ndoute pas qu'après le succès des belles soirées de Christophe Colomb, de\nla Bataille de Marignan et de la Fête d'Alexandre, il ne s'occupe avec\nun nouveau zèle de remettre en lumière d'autres œuvres aussi curieuses\nque peu connues de la génération actuelle. Je crois qu'il y aurait grand\nintérêt à ce que les séances de musique chorale du Grand-Hôtel fussent\n✓\nen quelque sorte le pendant des concerts du Cirque d'Eté, et que\nM. Danbé fit pour le répertoire moderne ce que M. Lamoureux fait\npour le répertoire classique, de telle sorte que le public pût entendre\ndans la même semaine le Messie d'Haendel et le Désert de M. F, David,"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "128", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.33", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nle Paulus de Mendelssohn et le Selam de M. E. Reyer, la Passion de\nBach et la Marie-Magdeleine de M. Massenet. J'appelle toute l'attention\nde M. Danbé sur ce programme, pour la réalisation duquel il trouverait\nun précieux auxiliaire dans le concours des sociétés Bourgault-Ducou-\ndray et Amand Chevé. L'Association artistique, dirigée par M. Co-\nlonne, s'est installée au Châtelet, où elle donnera plusieurs séries de\nconcerts de musique instrumentale et chorale. Nous espérons que cette\nsociété, qui succède à la direction du Concert national, héritera aussi\ndes traditions libérales de cette dernière, qui a rendu de réels services à\nl'art français en produisant au grand jour tant d'œuvres inédites de\nnos compositeurs modernes. M. Ofïenbach lui-même, veut aussi avoir à\nla Gaîté ses matinées de musique classique. L'hiver dernier, il ressus-\ncitait quelques opéras-comiques du vieux répertoire français; cette an-\nnée, il ferait un pas de plus en avant et monterait, dit-on, ïAthalie et le\nSonge d'une Nuit tfété, avec décors et costumes.\nEnfin, je puis vous annoncer, dès aujourd'hui, trois grands concerts\nextraordinaires, qui feront sans doute événement dans la saison. Ces\ntrois concerts auront lieu au théâtre de l'Odéon, vers la fin de février ou\nau commencement de mars ; ils seront exclusivement consacrés à l'audi-\ntion d'œuvres nouvelles, inédites, de compositeurs français. Le premier\ncomprendra trois ouvrages importants: Ève, mystère, avec soli et\nchœurs, poème de M. L. Gallet. Scènes dramatiques d'après Shakes-\npeare, suite d'orchestre en quatre parties : i° (la Tempête) Ariel et les\nEsprits; 2° (Othello) le sommeil de Desdémone; 3° (Roméo et Juliette)\nronde de nuit dans le jardin de Capulet ; 40 (Macbeth) les sorcières.\nLe festin, apparition de Banquo. Triomphe de Malcolm. Ouver-\nture de Phèdre. La musique de ces trois œuvres est de M. J. Mas-\nsenet. On entendra, dans le second concert, la Forêt, poème lyrique\nen trois parties avec soli et chœurs, de madame de Grandval, et dans le\ntroisième, Tamarah, drame lyrique en trois parties, de MM. L. Gallet\net Paladilhe.\nJ'arrive maintenant aux concerts populaires dont je dois, cette année,\nm'occuper particulièrement dans cette revue, et j'y trouve tout d'abord\nà signaler une heureuse innovation : le huitième concert de chaque série\nsera consacré à l'audition d'une œuvre chorale. Le premier oratorio\nexécuté sera VElie, de Mendelssohn. M. Pasdeloup examine en ce mo-\nment un certain nombre d'œuvres nouvelles qu'il se propose de nous\nfaire entendre, et parmi lesquelles je citerai une Suite hongroise de\nHoffmann, un Requiem3 de Brahms, la Cloche, de Stor, jouée avec grand\nsuccès l'hiver dernier aux Concerts populaires de Bruxelles, la Sym-"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.34", "texte": "N°. 2\nINTERMEDE\nParie.G. HABTMANN Ed: 19 Baultde la Madeleine.\nG. H. 841(2)\nE.Beauvois Grav."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.35", "texte": "G.H. 841 (2)"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.36", "texte": "G.H. 841 (2)"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.37", "texte": "G.H. 841 (2)"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "129", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.38", "texte": "phonie espagnole, avec violon principal, de M. Lalo, et une Suite pour\nviolon et orchestre, de Raff, qui-doit être exécutée le 8 de ce mois par\nM. Sarasate. Je ne saurais trop engager M. Pasdeloup à faire la part aussi\nlarge que possible aux œuvres de notre jeune école française. Qu'il n'oublie\npas que c'est lui qui a produit le premier MM Massenet, Lalo, Guiraud,\nBizet, Saint-Saëns et que, depuis le jour ou ils ont fait entendre leurs\npremiers essais de musique instrumentale, ces compositeurs ont fait de\nremarquables progrès et forment aujourd'hui une école symphonique\navec laquelle il faut compter. Je l'ai dit bien souvent, et je ne cesserai de\nle répéter : « associer dans une égale mesure les œuvres des composi-\nteurs modernes (et surtout des français) aux chefs-d'œuvre du répertoire\nclassique, tel doit être le programme de toute société musicale vraiment\npréoccupée de servir les intérêts de l'art. »\nTirons un trait après ce long préambule et passons au compte-rendu\ndes deux premiers concerts de la première série. A quoi bon le dissimuler,\nle grand succès de la première séance a été pour le prélude du troisième\nacte de la Traviata, de M. Verdi. Ce morceau, chaleureusement ap-\nplaudi, a obtenu les honneurs du bis, mais non toutefois sans soulever\nquelques protestations, auxquelles nous nous associons d'autant plus\nvolontiers, qu'elles nous ont paru aussi justes au fond que modérées\ndans la forme. L'entr'acte de la Traviata est sans doute en soi un mor-\nceau fort estimable, qui doit produire et qui produit réellement tout\nson effet au théâtre, seulement il faut toujours en revenir au précepte\nd'Horace : « Non erat hic locus. » Le Prélude de M. Verdi,, exécuté\nentre la Symphonie héroïque et le Songe d'une Nuit d'été, était abso-\nlument déplacé, et je ne comprends pas que M. Pasdeloup ait consenti\nà glisser cette hérésie dans ses programmes ordinairement fort ortho-\ndoxes. Heureusement, le morceau dont nous parlons n'affiche aucune\nprétention symphonique, et c'est précisément cette extrême simplicité\nqui l'a sauvé du ridicule. Avec tout autre prélude de M. Verdi, par\nexemple celui du Ballo in maschera, l'épreuve eût été beaucoup moins\nfavorable.\nOn a exécuté ensuite la deuxième Suite d 1 orchestre (Scènes hongroises)\nde M. Massenet. Je ne m'étendrai pas longuement sur cette œuvre, qui a\ndéjà été entendue plusieurs fois, et que le succès à consacrée; il me suf-\nfira de constater qu'on y trouve réunies toutes les qualités du jeune\ncompositeur, y compris cette habileté de main qu'il possède à un si haut\ndegré. Dans le premier morceau : Entrée en forme de danse, d'un\nrhythme original et d'une facture fort ingénieuse, le musicien a réussi,\navec un rare bonheur, à faire revivre le caractère des danses hongroises,\n\nVI.\nREVUE DES CONCERTS\n9"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "130", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.39", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nqu'il avait pu saisir sur les lieux mêmes, lors de son voyage à Pesth en\n1865, Nous publions en entier, dans le numéro de ce jour, le deuxième\nmorceau Intermède, dont le thème si franc et le rhythme vigoureusement\naccentué sont encore relevés par de piquantes combinaisons de sonorités,\npar exemple, dans la reprise en Si, du premier motif, par les flûtes et les\nvioloncelles, avec accompagnement de harpes et de cymbales (i).\nLes Adieux de la fiancée composent un petit tableau, empreint d'une\npoésie charmante et baigné d'une teinte douce et mélancolique qui rap-\npelle assez heureusement les grands horizons tristes des plaines de\nHongrie. Comme idée et comme développement, c'est à mon sens la\nmeilleure page de cette Suite, qui se termine par un finale très mouve-\nmenté dans ses différents épisodes et admirablement scénique. Je devrais\ndire trop scénique, car nous avons affaire à une œuvre symphonique ;\nmais n'oublions pas que la Suite d'orchestre française a bien plus d'affi-\nnité avec la musique dramatique qu'avec la symphonie, et que par con-\nséquent les qualités scéniques doivent y être comptées au nombre des\nmérites de l'œuvre.\nLes Pièces pour orchestre, de J.-S. Bach, qui remplissaient le qua-\ntrième numéro du programme, constituent une des plus remarquables\nétudes d'orchestration que je connaisse : la fugue du premier morceau est\nclaire, facile et absolument exempte de la raideur ordinaire des formes\nscolastiques ; l'allegretto en mouvement de gavotte est charmant, bien\nqu'un peu court ; quant au final, il contient un solo de trompette hor-\nriblement difficile, dont M. Teste s'est tiré à son honneur.\nLa seule nouveauté du deuxième concert était la première audition\nd'un Divertissement, composé par Mozart en 1776. C'est une œuvre de\njeunesse élégante et agréable, mais sans grande portée; le style en a\nbeaucoup vieilli : le menuet et le final présentent une très forte imitation\nde la manière d'Haydn. La belle marche des pèlerins tfHarold en Italie,\nde Berlioz, qui venait ensuite, a été bissée : le public, en cela, a fait\npreuve d'un goût très éclairé.\n(1) Les Scènes hongroises, réduites par Fauteur4 pour le piano à deux et à quatre\nmains, ont été publiées par l'Éditeur Hartmann.\n\nH. MARCELLO."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "131", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.40", "texte": "REVUE DES THÉÂTRES LYRIQUES\n\nOPÉRA. M. Halanzîer et M. Faure. THÉÂTRE- VENTADOUR. La Traviata.\nIl Trovatore. Uyi Ballo in maschera.\nVANT que la nature ne s'enveloppât tout à fait dans\nson linceul de neige, M. Faure et M. Halanzier, l'un\ndirecteur, l'autre baryton de l'Académie de musique,\nont fait légèrement tinter les grelots de la folie. Grâces\nleur soient rendues pour ce bon mouvement, car les\nmortelles heures auront coulé plus vite; plus vite\naussi l'automne aura rejoint l'hiver.\nAu moment où l'Europe entière songeait à sa provision de bois,\nM. Faure, d'une part, et M. de l'autre, ont arrêté dans cette\nopération toute une partie du monde, attentive à leur voix. On eût dit\ndeux cyclopes rappant à tour de bras l'enclume de la publicité. Devant\nce bruit formidable qui a dominé pendant huit jours les crépitements de\nla fusillade carliste, l'agence Havas, l'agence Reuter et l'agence Stefani,\nfaisaient vainement mouvoir les télégraphes. Les diplomates n'échan-\ngeaient plus de courriers; les ambassades chômaient. De Gibraltar aux\nîles Feroë, la consternation régnait. On se demandait à quel renverse-\nment de planètes conduirait fatalement la démission de M. Faure. Il\nsemblait que la fin du monde ne fût plus un mythe, mais une probabi-\nlité redoutable, dont l'échéance serait hâtée par la retraite de M. Faure.\nLes principales cours de l'Europe songeaient à leur salut dans l'autre\nmonde. Aussi les rares nouvelles qui nous en venaient bouleversaient\ntoutes les hypothèses : on disait que Victor-Emmanuel avait rendu au"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "132", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.41", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\npape tous les États de l'Eglise, et qu'il s'était complètement refusé au\ndépart de YOrénoque ; on racontait que M. de Bismarck avait rendu la\nliberté à M. d'Arnim, en le suppliant de répandre à profusion les lettres\nsecrètes qu'il détenait et pour lesquelles il était détenu; on savait que\nle général Moriones avait demandé une suspension d7armes à Dorregaray,\nafin de voter en commun des indemnités aux villages incendiés, de doter\nl'Espagne de nouveaux ponts, et de la peupler de nouvelles diligences.\nSur tous les points, la politique avait changé de face et revêtu cet aspect\npatriarcal.\nEn d'autres temps, le différend qui s'est élevé entre M. Faure et\nM. Halanzier n'eût engendré qu'un poème héroï-comique, comme la\nSecchia rapita? de Tassoni, la Boucle de cheveux enlevée, de Pope, ou\nsimplement la Pipe cassée, de Vadé. Aujourd'hui cette querelle fait\ngémir la presse continentale. Le lecteur trouvera plus loin des docu-\nments nécessaires à l'instruction de l'affaire, et transcrits ici pour l'édi-\nfication des races futures. Chacun, sur Pexamen des pièces, formera son\nopinion. Pour moi, voici l'enseignement qui s'en dégage :\nEn ce qui concerne la Patti, cause première des dissentiments qui ont\néclaté entre M. Faure et M. Halanzier :\ni° La noblesse, le tiers-état et le clergé n'ont jamais manifesté l'in-\ntention irrévocable de marcher sur Versailles, dans le cas où le gouver-\nnement ne triompherait pas des scrupules qu'éprouvait cette cantatrice\nà se faire entendre à Paris;\n2° Si madame Patti désirait être applaudie à Paris, elle n'avait qu'à\nse plier aux tarifs usités à Paris, comme le fera la Krauss;\n3° Je mets madame Patti au défi de me nommer un seul bienfaiteur\nde l'humanité auquel il ait jamais été versé 5,000 francs par soirée.\nEn ce qui concerne M. Halanzier :\ni° M. Halanzier, en payant madame Adelina Patti 5,000 francs par\nsoirée, payait madame Adelina Patti plus cher qu'elle ne vaut;\n2° En l'engageant pour cinq représentations à un taux insolite, il cé-\ndait visiblement à un intérêt de spéculation, sauf pour la première\nreprésentation dont bénéficiaient les Alsaciens-Lorrains;\n3° Pour réaliser sa spéculation, il a transformé un théâtre national\nde musique en un théâtre d 1 exception, attendu qu'il a obtenu du minis-\ntère des Beaux-Arts la permission d'élever de io à 27 francs le tarif des\nfauteuils d'orchestre ;"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "133", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.42", "texte": "REVUE DES THÉÂTRES LYRIQUES\n\n4° Il a eu tort de demander au ministère l'élévation d'un tarif consa-\ncré par l'usage, et le ministère a eu le tort de le lui accorder ;\n5° Le droit absolu de chaque citoyen résidant sur le territoire français\net satisfaisant à la loi de l'impôt, est d'entendre la Patti pour 10 francs et\nnon pour 27, attendu que la subvention accordée au directeur de l'Opéra\n/\nest prélevée sur le produit des contributions perçues par l'Etat, et que\nl'emploi de cette subvention est réglé par un cahier des charges fixant à\n10 fr. le prix du fauteuil d'orchestre;\n6° Il en résulte que, pendant cinq jours, le directeur de l'Opéra, d'ac-\ncord avec le ministère, a éludé les dispositions de son privilège et abusé\ndu monopole dont il jouit, ce qui est sans précédent comme sans excuse.\nEn ce qui concerne M. Faure :\ni° M. Faure a dénoncé un procédé directorial attentatoire aux intérêts\ndu public;\n20 II ne faut pas lui en savoir gré, puisqu'il n'a obéi qu'à l'impulsion\nde son amour-propre, visiblement contrarié ;\n3° La police de l'Académie de musique ne lui appartient pas;\n40 II n'avait pas le droit de donner sa démission :le terme était im-\npropre et Faction noire, puisqu'il était lié par un traité moral et verbal à\nla fortune de M. Halanzier.\n5° Il y a mis un ton qui autorisait pleinement M. Halanzier à le re-\nmercier de ses services ;\n6° En prolongeant sa résistance, en dérangeant plusieurs membres de\nl'lnstitut pour la rédaction de ses protocoles, il a laissé croire que sa va-\nnité n'était pas moindre que son talent.\nEn résumé, si M. Halanzier a eu le tort de donner du canif dans son\ncontrat avec l'État, il a eu le tort non moins grand de laisser discuter\nson administration par un de ses pensionnaires dont l'influence paraît\nfaire échec à sa volonté. Cette compétition d'autorité dans la direction de\nnotre première scène lyrique jette autour d'elle un trouble fâcheux; elle\ninquiète et elle révolte tous les esprits indépendants. Pour M. Halanzier,\nM. Faure n'est pas un artiste; c'est une belle-mère.\nIl faut que M. Halanzier apprenne à se passer de M. Faure, et qu'il\nnous apprenne à nous en passer nous-mêmes. M. Halanzier qui, au de-\nmeurant, sait les choses du théâtre, doit s'être aperçu que si les Parisiens\nont besoin d'un fétiche, il leur importe peu que ce fétiche soit le même,\npourvu que ce fétiche soit."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "134", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.43", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nTHÉÂTRE VENTADOUR. Le théâtre Ventadour a repris la Traviata,\nIl Trovatore et Un Ballo in maschera, pour les débuts de divers artistes.\nNous ne dirons rien de ces trois opéras, sur lesquels on a dit tout et\nmême autre chose.\nNous entendîmes dans la Traviata :\nM. Verati, un ténor dont la voix est mal posée et souvent défaillante ;\nM. Rinaldi, un baryton qui sait se servir d'une voix de courte portée ;\nMadame Pozzoni, qui, malgré sa furia italiana, s'est fait justement\napplaudir dans le rôle épineux de Violetta.\nNous eûmes dans II Trovatore, outre M. Verati :\nM. Padilla, un conte di Luna, qui serait parfait s'il consentait à res-\npirer à point et à prosodier son chant;\nMademoiselle Lamare, qui âdu feu, de Pentente scénique,— ce qu'on\nétait convenu d'appeler, dans le langage de dix-huitième des\nentrailles;\nMademoiselle Ormenij contralto, livrée en pâture à la risée publique\npar une direction impitoyable.\nNous vîmes ensuite dans Un Ballo in maschera :\nM. Anastasi, ténor, qui a certaines qualités de solidité;\nM. Padilla, dont le baryton s'est considérablement assoupli depuis\nlan dernier, de telle sorte qu'il a détaillé merveilleusement l'air fort\ndifficile et fort beau du troisième acte ;\nM.Soto, qu on s'obstine à nous montrer dans des rôles tragiques, alors\nque son talent bouffe est notoire ;\nMadame Pozzoni, qui touche par plus d'un côté à la grande artiste,\nmais qui devra se mettre en garde contre l'exaltation vocale ;\nMademoiselle Émiliani, une sorcière qu'il faut craindre ;\nEt enfin, dans le rôle du page, mademoiselle Varni, soprano acuto,\ndont la voix est hostile à la vocalise, et la structure rebelle au travesti.\n\nARTHUR HEULHARD."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "135", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.44", "texte": "CHRONOLOGIE DE L'ANNÉE 1874\n\nSETTEcMrB%E\n25 Septembre. LONDRES. Inauguration, dans le vestibule du théâtre de\nDrury-Lane. de la statue du compositeur irlandais Michel-William Balph,\ndit Balfe, ancien chanteur dramatique, auteur de nombreux opéras anglais,\nfrançais et italiens : the Maid of Honour, the Bohemian Girl, Falstaff', the\nMaid of Artois, Keolante, le Puits d'amour, les quatre Fils Aymon, l'Etoile\nde Séville, l Assedio di La Rochelle, Satanella, il Talismano, etc., etc. La\nstatue, œuvre de M. Malempré, représentait Balfe appuyé sur les partitions\nde ses nombreux ouvrages, tenant dans la main droite un crayon, dans l'autre\nun rouleau de papier réglé. Toutes les sommités du monde musical de Lon-\ndres assistaient à la cérémonie, où l'un des principaux critiques et publicistes\nspéciaux de l'Angleterre, M. Griinsen, a prononcé un discours retraçant les\ngrands traits de la vie et de la carrière de Balfe.\n29 et 3o Septembre, ler, 2et 3 Octobre. LIVERPOOL (salle de la Philhar-\nmonie). Grand festival triennal, placé sous la direction générale de sir Julius\nBenedict, le violoniste Saintan dirigeant l'orchestre. Outre le Paulus de Men-\ndelssohn outre un oratorio de M. Arthur Sullivan, the Light of the World,\n' f\net divers fragments de Judas Machabée, du Messie et d'lsraël en Egypte de\nHaendel, on y exécute la Symphonie avec chœurs de Beethoven, une nou-\nvelle messe, Angeli custodes, de M. Gounod, des fragments de Jeanne d'Arc\ndu même auteur, et enfin quatre œuvres écrites expressément pour la cir-\nconstance : Symphonie nouvelle en sol, de M. Benedict, Festival Ouverture\nde M. Macfarren, Festival Marsch de M. Oakeley, professeur à Édimbourg,\net the Lay of the last Minstrel, symphonie descriptive de M, J.-Fr. Barnett.\nLa recette des cinq concerts, dans deux desquels on a entendu madame Ade-\nlina Patti, a atteint le chiffre respectable de 155,000 francs."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "136", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.45", "texte": "136\nLA CHRONIQUE MUSICALE\n\nDerniers jours de Septembre. BRUXELLES. Exécution, à la séance an-\nnuelle de la classe des Beaux-Arts de l'Académie royale de Belgique, de\nTassons Dood (la Mort du Tasse), cantate de M. Florimond van Duyse, qui\navait valu à ce jeune artiste le second prix de Rome en 1873 (1).\nOCTO^^E\n!\nlERIER Octobre. Réouverture annuelle de Frascati. Les concerts de cet éta-\nblissement sont maintenant de deux sortes : Concerts classiques, dirigés par\nM. Henri Litolff, et Concerts-promenades, placés sous la direction de\nM. Arban. A Offenbach, chez l'éditeur André, paraît le premier numéro d'un\nnouveau journal de musique, qui porte pour titre : Harmonie ; ce journal est,\ndit-on, destiné à soutenir les doctrines de l'école dite de l'avenir ; il est donc\nwagnérien au premier chef.\n2. Réouverture annuelle du Casino, qui prend la dénomination de\nTrianon d'hiver (?).\n5. OPÉRA-COMIQUE. Rentrée de madame Galli-Marié dans le rôle de\nMignon, créé par elle àce théâtre.\n6. VIENNE (Opéra-Comique). Réouverture de ce théâtre, fermé depuis\nquelques mois à la suite d'un désastre financier, par la première représenta-\ntion de Don César de opéra de M. Jules Massenet, traduit en alle-\nmand, L'ouvrage du jeune maître, qui avait été assez froidement accueilli à\nParis il y a deux ans, paraît obtenir à Vienne un vif succès; il a pour prin-\ncipaux interprètes madame Tremel, MM. Hermany et Erl.\n9. VARIÉTÉS. Reprise de la Périchole, opéra bouffe de MM. Henri\nMeilhac et Ludovic Halévy, musique de M. Offenbach.\n10. THÉATRE-VENTADOUR. Ouverture de la saison italienne par\nBorgia, de Donizetti, pour les débuts de madame Pozzoni-Anastasi (Lucre-\nzia), de M. Anastasi (Gennaro), de M. Romani (le duc), et de mademoiselle\nEmiliani (Maffio Orsini), jeune élève de M. Duprez, française de naissance.\nOn sait que le théâtre-Ventadour prend tout à la fois la succession du Théâtre-\nItalien et du Théâtre-Lyrique, qu'il hérite de la subvention destinée à ce der-\nnier, et qu'il doit jouer concurremment, avec l'opéra italien, l'opéra et l'opéra-\ncomique français. Son directeur est M. Bagier, THÉATRE-DÉJAZET. Pre-\n\n(1) Au théâtre de Dieppe on avait donné, le 13 septembre, la première représen-\ntation d'un opéra comique en un acte, le Remplaçant, paroles et musique de M. Ed-\nmond Deparis, artiste de la ville. A Hambourg, le 16 septembre, inauguration du\nnouveau Théâtre municipal."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "137", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.46", "texte": "CHRONOLOGIE\n\nmière représentation : les Heures diaboliques, opérette fantastique en cinq\nactes et quatorze tableaux, paroles de MM. Léon et Frantz Beauvallet, mu-\nsique de M. Eugène Moniot FOLIES-BERGÈRE. Première représentation :\nBlanc-F'arinier, opérette en un acte, paroles de M. d'Erville, musique de\nM. Rousselot. LECCO. Première représentation :il Duca di Tapigliano,\nopéra, musique de M. Cagnoni.\n11 • OPÉRA. Représentation extraordinaire donnée, sous le patronage de\nmadame la maréchale de Mac-Mahon, au bénéfice de la Société de secours\ndes Alsaciens-Lorrains. On joue les Huguenots, et madame Adelina Patti\nchante pour la première fois, en France et en français, le rôle de Valentine,\ndans lequel elle obtient un très grand succès. Pour la première fois aussi, le\nprix des places à l'Opéra prend des proportions californiennes, les places de\nloges d'avant-scène étant cotées à 60 francs, celles des premières loges à\n5o francs, les fauteuils d'orchestre à 40 francs, et le reste à l'avenant. Aussi\nla recette produit-elle le chiffre fabuleux de près de 40,000 francs. A la suite\nde cette représentation, madame Adelina Patti en donne encore quelques\nautres, et le prix des places, sans atteindre les proportions colossales des pre-\nmiers jours, est cependant plus que doublé pour la circonstance.— MANNHEIM.\nPremière représentation : la Sauvage apprivoisée, opéra comique en quatre\nactes, paroles de M. Victor Widmann, musique de M. Hermann Gœtz.\n14, 15, 16 et 17. LEEDS. Grand festival, dans lequel on exécute : Paulus\net la symphonie-cantate de Mendelssohn; le Messie et des fragments d'lsraël\nen Egypte, de Haendel ; Saint-Jean-Baptiste, oratorio de M. Macfarren; la\nFiancée de Dunkerron, cantate de M. Henry Smart, etc.. etc. Les solistes\nsont mesdames Tietjens et Patey, MM. Lloyd et Santley.\n17. THÉÂTRE-VENTADOUR. Reprise de la Traviata, de M. Verdi, pour les\ndébuts du ténor Verati, du baryton Rinaldi, et la continuation de ceux de\nmadame Pozzoni-Anastasi. BRUXELLES (Fantaisies-Parisiennes). Première\nreprésentation : le Chignon d'or, opérette bouffe en trois actes, paroles de\nMM. Eugène Grangé et Victor Bernard, musique de M. Émile Jonas.\n18. OPÉRA. Madame Adelina Patti, qui, le mercredi i 3, a donné une se-\nconde représentation des Huguenots, chante pour la première fois à Paris le\nrôle de Marguerite dans Faust. Les journaux publient une lettre de\nM. Faure, annonçant qu'il a donné sa démission et qu'il quitte l'Opéra.\nCONCERTS-POPULAIRES. Premier concert de la saison.\n20. LEIPZIG. La Société de Concerts Euterpe célèbre le cinquantième\nanniversaire de sa fondation.\n21. OPÉRA. Cinquième et dernière représentation de madame Adelina"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "138", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.47", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nPatti, qui chante Faust pour la seconde fois. NEUILLY-SUR-SEINE. Mort du\nchanteur Théodore Coulon, belge de naissance, qui avait tenu l'emploi des\nbasses profondes successivement à l'Opéra-Comique et à l'Opéra, et qui avait\nchanté ensuite en province et en Italie. Il avait épousé, il y a quelques\nannées, mademoiselle Levielli, chanteuse légère à l'Opéra. Théodore Goulon\nétait âgé de cinquante-trois ans.\n22. THÉÂTRE-VENTADOUR. Reprise d'il Trovatore, de M. Verdi, pour la\nrentrée de M.Padilla (le comte de Luna), et les débuts de MM. Verati (Man-\nrico),Soto de mademoiselle Lamare (Léonora), et de mademoi-\nselle Ormeni (Azucena). DÉLASSEMENTS-COMIQUES. Première représenta-\ntion : De Chrysocale, opérette en un acte, paroles de MM. Dharmenon et\nGaston Escudier, musique de M. Gh. de Sivry (Emile Ettling).\n24. THÉÂTRE-VENTADOUR. Reprise d'un Ballo in Maschera, de M.Verdi,\npour les débuts de madame Pozzoni-Anastasi, de mademoiselle Varni (Wagner),\nde MM. Anastasi, Padilla et Soto. Séance publique annuelle de l'Académie\ndes Beaux-Arts : lecture, par le nouveau secrétaire-perpétuel, M. le vicomte\nHenri Delaborde, de l'éloge de son prédécesseur, M, Ernest Beulé; exécution\nd'une ouverture de M. Henri Maréchal, premier grand prix de Rome de\n1870, et de la cantate de M. Léon Ehrhart, premier grand prix de Rome\nde 1874. Cette cantate, intitulée Acis et Galatée, et dont les paroles ont pour\nauteur M. Eugène Adenis, est chantée par madame Fursch-Madier, MM. Ni-\ncot et Bryon d'Orgeval. Dans la même séance, les noms de trois composi-\nteurs sont proclamés pour divers prix institués par des particuliers, et dont\nl'Académie est la dispensatrice : M. Duprato partage le prix Trémont avec\ndeux autres artistes; M. Louis Deffès partage aussi le prix Lambert; enfin,\nle prix fondé par M. Chartier pour l'encouragement de la Musique de\nchambre, est décerné à M.Auguste Morel, ancien directeur du Conservatoire\nde Marseille. OPÉRA-COMIQUE.Trois cent cinquantième réprésentation de\nMignon, de M. Ambroise Thomas. FOLIES-BERGÈRE. Première représen-\ntation : Ah! c't Indien, opérette en un acte, paroles de M. Céhem Gédé (?),\nmusique de M. Firmin Bernicat. MILAN. Inauguration du nouveau théâtre\nCastelli, destiné à la représentation des œuvres lyriques (1).\n\nA. P.\n\n(i) Dans le cours du mois d'octobre, on donne au café concert des Porcherons la\npremière représentation de Virginie Angot, opérette en un acte, musique de\nM. Muller."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "139", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.48", "texte": "VARIA\nCorrespondance.— Faits.— Nouvelles.\n\nFAITS DIVERS\n. Arthur Heulhard, dans sa Revue des Théâtres, entre-\ntient nos lecteurs du différend survenu entre M. Halan-\nzier, directeur de l'Opéra, et l'un de ses artistes,\nM. Faure. Mademoiselle Adelina Patti avait prêté\nson concours à une représentation extraordinaire, donnée\nau bénéfice des Alsaciens-Lorrains. Pour cette œuvre\nde bienfaisance, le prix des places avait été sensiblement\naugmenté. Les fauteuils d'orchestre, cotés suivant le\nCahier des charges à 10 francs, avaient été portés à 27 francs. Rien que de\ntrès normal jusqu'ici; mais mademoiselle Patti avait encore chanté deux fois\nles Huguenots et deux fois Faust ; et comme elle percevait pour chacune de\nces représentations un cachet de 5,000 francs, le prix des places était resté\nhors nature»\nM. Faure s'était appuyé sur cette élévation du prix des places pour donner\nsa démission au ministre des Beaux-Arts. En même temps, il publiait, dans les\njournaux parisiens, une lettre basant sur le même motif l'abandon de son\nposte à l'Académie de musique.\nM. Halanzier, justement ému de la publicité donnée à cet incident, a envoyé\nà la presse la lettre suivante :\n« Monsieur le rédacteur,\n« Puisque M. Faure a cru devoir traiter par la voie de la presse la question\nqui nous divise, je me vois forcé, bien à regret, de vous prier d'insérer une\nréponse que j'ai faite aussi courte que possible.\n« Tenant avant tout à rester sur le terrain de la conciliation, je n'aborderai\npas des points qui me semblent aujourd'hui jugés ; je me bornerai à établir\npar des faits irréfutables quelle est la situation de M. Faure vis-à-vis de moi\net quelles sont ses obligations envers le public.\n« D'abord, je demanderai à M. Faure pourquoi il s'est adressé au ministre.\nIl a donc oublié qu'au mois de novembre dernier, alors que les appointements\ndu personnel étaient payés par l'État, M. le ministre ayant autorisé une repré-\nsentation de la Favorite au Havre, au profit des victimes d'un naufrage, il\nexigea mon consentement personnel, alléguant qu'il ne reconnaissait qu'à\nmoi, son directeur, le droit de l'envoyer au Havre ou ailleurs ? A-t-il égale»"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "140", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.49", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nment oublié que, sur la demande du directeur du Havre, M. le ministre ayant\npermis qu'une seconde représentation eût lieu, il s'y refusa formellement par\ncette raison qu'il considérait comme indispensable mon acquiescement à cette\nreprésentation?\n« En agissant ainsi, M. Faure avait pour but de conserver ses droits contre\nmoi personnellement, dans le cas où l'État cesserait de payer les appoin-\ntements du personnel. C'était juste; mais, pour être logique, c'est à moi,\naujourd'hui comme alors, qu'il aurait dû avoir affaire.\n« J'arrive à ce mot de démission, qui tendrait à faire croire que M. Faure se\nconsidère non plus comme un artiste , mais comme un fonctionnaire. C'est\névidemment une erreur.\n« M. Faure est lié envers moi par un engagement. Cet engagement est\nverbal; mais, par cela même, il n'en est que plus étroit, entre honnêtes gens,\ndans ses conséquences réciproques; et M. Faure l'entend si bien ainsi lui-\nmême, qu'à la date du 24 juin dernier, il m'adressait de Londres le télégramme\nsuivant :\n« Pouvez-vous m'accorder un mois, voyage compris, pour Pétersbourg,\n« novembre ou décembre? Réponse. »\nCe n'est donc pas de démission qu'il convient de parler, mais de résiliation,\nce qui n'est pas la même chose; et, pour cela, il faudrait ma participation.\nIl faudrait plus encore, car M. Faure ne peut avoir oublié l'article 10 du\nrèglement général de l'Opéra, auquel il est soumis comme tous ses cama-\nrades. Cet article est ainsi concu :\n« Dans le cas d'une contestation entre l'administration et un artiste devant\n« la juridiction compétente, aux termes des lois et du présent règlement, le\n« service ne devra pas en souffrir; en conséquence, l'artiste devra satisfaire\n« aux demandes de l'administration pendant toute la durée de cette contesta-\n« tion, sous les peines portées par les règlements pour refus de service. »\n« En résumé :\n«Je le répète, j'aime à espérer encore que les choses n'en viendront pas\nlà; et, de mon côté, je ferai tout ce qui dépendra de moi pour faciliter un\nrapprochement, mais sans abandonner aucun des droits que j'ai mission de\nfaire respecter en ma qualité de directeur de l'Opéra.\n« Agréez, monsieur le rédacteur, l'assurance de mes sentiments les plus\ndistingués.\n» HALANZIER. »\nA la suite de cet échange de lettres, qui ont eu malheureusement une pu-\nblicité énorme, l'on a fini par où l'on aurait dû commencer: une conciliation\na été tentée; et à la suite de démarches amiables faites par des membres de\nl'lnstitut ; le protocole suivant a été rédigé et publié :\n« Nous sommes heureux d'annoncer que, grâce à une intervention sympa-\nthique, inspirée avant tout par l'intérêt de l'art et du public, le différend qui\nexistait entre M. Faure et M. Halanzier, directeur de l'Opéra, est terminé.\n« M. Halanzier a spontanément déclaré qu'il n'avait jamais songé à ériger en\nprincipe un fait aussi exceptionnel que l'augmentation du prix des places au\nthéâtre de l'Opéra pour les représentations récentes de Mme Patti ; que, s'il"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "141", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.50", "texte": "VARIA\n\ns'était cru autorisé à le faire, c'était en raison de sa situation toute provisoire\ndans la salle Ventadour, et qu'une pareille mesure ne saurait se reproduire\ndans la salle nouvelle.\n«Devant cette déclaration et en présence des regrets exprimés par M.Ha-\nlanzier, qui, le premier, avait ouvert la porte à la conciliation, M. Faure a\ndéclaré à son tour que, pénétré de la reconnaissance et de déférence pour\nle public, et mettant de côté toute question personnelle, il se ferait un devoir\ncomme un honneur de reprendre son service à l'Opéra aussitôt que son état\nde maladie, régulièrement constaté, pourra le lui permettre.\n(( Nous aimons à ajouter que cette heureuse solution est due au concours\nobligeant de trois membres de l'lnstitut : MM. Legouvé et Camille Doucet,\nde l'Académie française, et M. Ambroise Thomas, de l'Académie des Beaux-\nArts. »\nM. Faure a fait sa rentrée dans le rôle de Guillaume Tell.\n—M. Baudouin, le critique musical de la République française, vient de\npublier un article remarquable, dont nous extrayons les pages suivantes :\n«Le bilan théâtral de la période 1873-74 est loin d'être chargé. L'Académie\nde musique ne nous présente qu'une seule œuvre nouvelle : l'Esclave, opéra\nen cinq actes de MM. Foussier et Got, musique de M. E. Membrée. A vrai\ndire, M. Halanziera pour lui une excuse sérieuse. Le ministre, qui a frappé le\nthéâtre qu'il dirigeait, le met, cette année, presque à l'abri des reproches.\nAussi ne lui en ferons-nous point. Les représentations de l'Opéra àla\nsalle Ventadour ont commencé le 19 janvier dernier par Don Juan, et ont été\ncontinuées sans incidents notables avec différents ouvrages du répertoire :\nGuillaume Tell, la Favorite, Coppelia, la Source, etc.\n«On aurait pu croire tout d'abord que la suppression momentanée des repré-\nsentations de l'Opéra devait profiter au théâtre de l'Opéra-Comique et\nlui imprimer une activité réelle. Dans ce cas, on se serait trompé grandement.\nM. Du Locle est resté fidèle à ses habitudes. En dehors du Florentin, qu'il\ns'est empressé d'étouffer ; de Gilles et Gillotin, charmante pochade pleine de\nfinesse et d'esprit due à la plume de M. A. Thomas, et rappelant les beaux\njours du Caïd, enfin d'un ou deux levers de rideau parmi lesquels nous cite-\nrons, pour mémoire seulement, le Cerisier de M. Duprato, M. Du Locle\ns'est borné à ses reprises éternelles. Nous ne reviendrons pas ici sur le compte\ndu Florentin, opéra comique en trois actes, de MM. Charles Lenepveu et de\nSaint-Georges, et dont nous maintenons toute la valeur réelle, malgré le très\npetit nombre de représentations que lui a accordées, non la défaveur du\npublic, mais le mauvais vouloir du directeur, Quant à Gilles et Gillotin, nous\nne pouvons nous empêcher de trouver étranges les entraves mises par\nM. A. Thomas à l'exécution de son œuvre attrayante. L'auteur de Mignon\naurait-il craint que l'esprit délicat dont pétille sa partition n'accusât davan-\ntage les longueurs d'Hamlet?\n« Malgré l'inconvenance des exécutions solennelles d\nM. Massenet, et de la Messe de Requiem de M. Verdi, sur une scène profane,\nl'importance de ces deux pages ne nous permet pas de les passer sous silence."}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "142", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.51", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nMarie-Magdeleine contient plusieurs parties du plus haut intérêt, en ce sens\nqu'elles atteignent à l'originalité par des procédés d'une adresse véritablement\nmerveilleuse. Quelques morceaux s'y montrent d'une couleur charmante et\nd'un fini de nuance exquis, mais l'ensemble de l'ouvrage pèche par un\nmanque de conviction, dans le style comme dans les idées. Pour ce qui est\ndu Requiem, il nous a beaucoup appris en peu de temps : d'une part, qu'il ne\nfaut jamais se fier aux réputations faites à l'avance et proclamées trop haut ;\nd'autre part, que mesdames Stolz et Waldmann chantaient d'une manière\nadmirable; enfin, que M. Verdi avait encore beaucoup à faire avant de\ndevenir un bon compositeur symphonique, et mille autres choses encore que\nnous ne pouvons dire. En fait de reprises, Maître Wolfram, de M. Reyer,et\nJoconde n'ont pas brillé par l'exécution. Est-il nécessaire d'ajouter encore la\nDame blanche et le Domino noir ?\n« Pour les Italiens, leur programme s'est montré tellement incolore, qu'à\npart les femminili, de Gimarosa, dont le succès n'a pas été plus\naccentué cette fois que les précédentes, nous ne trouvons rien qui mérite\nd'être cité en dehors du répertoire courant.\n« Les autres théâtres où l'on fait de temps à autre un peu de musique, les\nBouffes, la Renaissance et la Gaîté, ont été livrés entièrement à M.Offenbach.\nCe que nous avions prévu, il y a deux ans, s'est réalisé cette année. Soit avec\nOrphée, soit avec la Jolie Parfumeuse ou Bagatelle, cet élucubrateur de qua-\ndrilles a mis la main sur toutes nos scènes secondaires. Il ne lui manque plus\nque les Folies-Dramatiques, que défend heureusement, pendant quelque\ntemps encore, la Fille de madame Angot. Mais après ? Gare àM. Cantin !\n« Tel est le résumé peu brillant de cette année théâtrale, aux points de vue\ndramatique et lyrique. Maintenant, il nous reste à examiner, dans leur\nensemble, les manifestations symphoniques, et notre tâche va devenir d'au-\ntant plus facile et agréable à remplir, que nous n'aurons partout que progrès\nà constater.\n« De nos principales sociétés concertantes, la Société des concerts du\nConservatoire est celle qui a le moins produit d'œuvres nouvelles pendant la\nsaison dernière. Peut-être ne faut-il s'en prendre qu'à l'indisposition\nprolongée de M. Deldevez, son premier directeur; toutefois, cela est regret-\ntable. Ainsi, pendant toute la saison, ne trouvons-nous à signaler que la\nSymphonie en ré mineur de R. Schumann, déjà connue à Paris, mais appa-\nraissant pour la première fois au Conservatoire ; une ouverture sans intérêt\nde M. Zuylen de Nievelt, l'ouverture de Marie Stuart ; enfin, des fragments,\nadmirables de couleur et de poésie, de Roméo et Juliette et d'Harold, de\nBerlioz. Mais, quoiqu'ayant peu révélé de beautés inconnues, la Société des\nconcerts n'est pas sans avoir fait de pas en avant. La discipline de ce remar*»\nquable orchestre et les qualités de son exécution se sont accrues encore pen-\ndant cette période, et l'on ne saurait trop y applaudir.\n« Aux Concerts populaires, dirigés par M. Pasdeloup, l'interprétation est\ndemeurée la même, affectée des mêmes défauts graves dans la justesse des\nsonorités, douée des mêmes qualités pour le reste. M. Pasdeloup a,\npersévéré dans son rôle de propagateur. Dès le commencement de la saison,\nil avait commandé à trois jeunes compositeurs, aimés déjà de son public, trois\nouvertures nouvelles. Ges trois œuvres* Patrie ! de M. Bizet, page colorée*"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "143", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.52", "texte": "VARIA\n\nmais d'un plan bizarre ; Phèdre, de M. Massenet, l'un de ses meilleurs\nouvrages, et le plus personnel; enfin, Y Ouverture de Concert, M. Guiraud,\nont su recueillir des éloges unanimes.\n« L'ouverture des Piccolomini, de M. V. d'lndy,et les Esquisses sympho~\nniques, de madame de Grandval, sont d'une valeur moindre; la première,\nparce qu'elle est faite à un point de vue trop descriptif ; les secondes, parce\nqu'on y reconnaît trop la main délicate, mais sans vigueur, d'une femme.\nQuant aux fragments du Stabat, de M. Bourgault, malgré de réelles qualités\nde facture et de style, ils ont eu peu de succès près du public. Cela se com-\nprend de soi. M. Bourgault croit à l'art religieux, et il veut en faire à notre\népoque, en employant les formules musicales sévères des siècles passés. En\nprocédant ainsi, il n'arrive à produire que de l'archéologie musicale, et le\ncharme en souffre... À qui la faute?\n«Nous arrivons enfin au Concert national, à celui qui a le plus fait pendant\nces temps derniers, non-seulement pour mettre en lumière les œuvres de nos\ncompositeurs, mais pour établir, en outre, leur supériorité symphonique.\nM. Colonne, l'habile et intelligent directeur, a pris les œuvres récentes les\nplus acclamées des écoles étrangères, et il les a mises en regard d'oeuvres\nanalogues de l'école française contemporaine. Eh bien! l'avantage nous est\ntoujours resté, et un avantage éclatant. Qu'est devenu le Concerto pour\nviolon et orchestre de Max-Bruch, en présence de celui de M. E. Lalo? Que\nsont devenus Maçeppa, de Listz, et la Ballade et minuetto-scherço, de\nM. A. Dupont, devant le Phaëton,de M. Saint-Saëns, et les Suites d'orchestre,\nde M. Massenet? Chacun peut le dire : les œuvres étrangères ont paru bien\npâles.\n« Nousvoudrions encore parler des progrès croissants de la Société nationale\nde musique et des remarquables auditions données par M. Danbé et la Société\nchorale Bourgault-Ducoudray, mais la place nous manque.\n« Contentons-nous de constater qu'avec laide de ces vaillantes Sociétés, l'art\nsymphonique est maintenant, non-seulement dans une voie excellente, mais\nqu'il est en honneur aussi près du public. Qui aurait dit, il y a quelques\nannées, que la foule serait accourue avec enthousiasme aux belles interpréta-\ntions du Messie de Haendel, et de la Passion de S. Bach, données par\nM, Lamoureux, au Cirque des Champs-Elysées? Eût-on jamais pensé qu'un\npublic ordinaire, à Paris, aurait redemandé avec frénésie la Bataille de\nMarignan, de Clément Jannequin (seizième siècle)? L'éducation se fait,l'esprit\nmarche, et, si le progrès n'est pas encore complet, au moins est-il consi-\ndérable. »\n\nNOUVELLES\n\nARIS. Opéra. Les répétitions de la Jeanne d'Arc, de M, Mer-\nmet, interrompues par l'incendie de l'Opéra, seront reprises de\nfaçon à donner l'ouvrage dans le courant de l'année prochaine.\nLa Commission du budget a> d'ailleurs, voté les fonds nécessaires\npour montrer, dès le début, cinq opéras qu'elle a désignés au directeur de"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "144", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741101-01.1.53", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\nP ans. Imprimerie Alcan-Lévy, rue de Latayette,\nPropriétaire-Gérant : odcRJTHUcl{ HEULH^^JU.\n\nl'Académie de musique : les Huguenots, Faust,\\Hamlet, Guillaume Tell et\nJeanne d'Arc.\nM. Halanzier vient de renouveler, pour trois années, l'engagement\ndu baryton Lassalle.\nOpéra-Comique, La direction de ce théâtre a ajourné la première repré-\nsentation de Mireille au commencement de ce mois.\nThéâtre- Ventadour (Italiens). Mademoiselle de Belocca débutera, la\nsemaine prochaine, dans le Barbier.\nGaîté. Thérésa est engagée àla Gaîté pour remplir le rôle de Juanita\ndans Don Quichotte, de Sardou et Offenbach.\nRenaissance. La première représentation de Giroflée-Girofla aura lieu\nsous peu de jours.\n\nPour l'article Varia:\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}