{"numero_id": "bm-bmtnabc-1874-11-15-01", "volume": "bmtnabc_1874-11-15_01", "ocr_sha256": "9768ba37a29640b9d17d1af65408931812844f4095c6d6489f8d9b8ffb84b3d1", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabc/issues/1874/11/15_01/bmtnabc_1874-11-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabc/issues/1874/11/15_01/bmtnabc_1874-11-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabc-1874-11-15-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-11-15_01#c001", "volume": "bmtnabc_1874-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "[145]", "page_fin": "147", "image_debut": 1, "image_fin": 3, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.2.1", "titre_corps": "LES TRAVAUX DU NOUVEL OPÉRA", "titre_sommaire": "LES TRAVAUX DU NOUVEL OPÉRA", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[145]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.1", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 663, "texte": "LES TRAVAUX DU NOUVEL OPÉRA\n01\nOIN de'se démentir, l'activité apportée aux tra-\nvaux dont j'entretiens les lecteurs depuis deux\nmois, n'a fait que redoubler en se divisant sur\ntoutes les parties de ce chantier colossal.\nDe tous côtés les efforts se sont multipliés et\nse multiplient chaque jour davantage, avec un\nadmirable entrain. Certainement le but qu'on\ns'est proposé sera atteint. Dans le courant du\nmois de janvier, les impatiences du public se-\nront satisfaites. Chacun pourra de ses propres yeux contempler l'œuvre\ndont, le premier, j'ai eu le plaisir de donner une description sommaire.\n\nVoir les numéros des i 5 septembre, i 5 octobre et iei\" novembre."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "146", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.2", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2297, "texte": "Les travaux du\nGRAND FOYER\nbien que très avancés, ne sont pas près encore de leur achèvement.\nAujourd'hui, si j'en parle, ce n'est qu'au point de vue du système d'éclai-\nrage employé. J'ai vu les ouvriers de la maison Lecoq, de la rue Saint-\nDenis, fixer au plafond les dix lustres qui projetteront leurs mille becs de\nflamme sur les richesses du promenoir étincelant de dorures. Chaque\nlustre porte cent becs de gaz, divisés en deux parties bien distinctes.\nQuarante-deux sont destinés à éclairer la partie inférieure et la partie\nmoyenne du foyer. Les cinquante-huit autres becs, disposés sur un\nauront pour mission d'illuminer la partie supérieure, les\nstatues, les corniches et les peintures du plafond.\nChaque lustre pèse sept cents kilogrammes* Par conséquent, la\nvoûte supportera un poids de sept mille kilog>\nLA SALLË\nOh le sait déjà, a été construite sur le modèle de l'ancienne salle de\nla rue Le Peletier. Ses proportions n'ont cependant pas été exactement\nrespectées,car il y aura une plus-value de quelques centaines déplacés.\nCet accroissement proviendrait aussi d'une disposition plus savante des\nplaces à bas prix.\nTrois couleurs ont été employées dans la décoration de la nouvelle\nsalle : l'or jaune, l'or vert, et le rouge* Les deux premiers éléments domi-\nnent et scintillent de toutes partso Le rouge semble ne servir qu'à\nrepousser les deux autres couleurs. Il remplit, du reste, à merveille la\nfonction qui lui est attribuée.\nChaque loge est délicieusement sculptée. Des attributs lyriques ou\ndramatiques, des masques comiques ou tragiques, des instruments de\nmusique remontant aux temps les plus primitifs, sont semés à profusion.\nDe longues branches de lauriers encadrent ces sujets divers. L'ensemble\nde cette décoration est, selon moi, d'un goût parfait. Les loges d'entre«\ncolonnes sont particulièrement exquises. Les chapiteaux des colonnes\nentre lesquelles elles sont placées, sont supportés par deux cariatides,\nbronze et marbre, d'un style semblable à celui des cariatides qui sou-\ntiennent la porte monumentale du grand escalier.\nLes appuis des loges, de même que la tapisserie des sont\nen velours rouge. Autant qu'il est possible de s'en rendre compte en\nl'absence des sièges , les places seront plus confortables qu'elles ne\nTétaient jadis,"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "147", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.3", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2132, "texte": "J'ai déjà dit que les couloirs entourant les loges et y donnant accès\navaient d'énormes proportions. Débarrassés des matériaux divers qui les\nencombraient, on peut maintenant les mesurer exactement et com-\nprendre que les spectateurs de la salle quadruplés et même quintuplés\npourraient s y promener à l'aise. Je ferai la même observation au sujet\ndu grand escalier sur lequel tout le public d'une représentation aura la\nfaculté de circuler les coudées franches.\nEn vérité, à l'Opéra nouveau, les dégagements eux-mêmes ont un\naspect grandiose.\nLA SCÈNE\nest absolument terminée et, quand il le voudra, le régisseur est libre\ndésormais de crier : « Au rideau! » Pour mémoire, je signalerai les dix\nloges qui ont été construites en arrière du manteau d'arlequin, cinq à\ndroite et cinq à gauche. Un escalier en colimaçon y conduit.\nLa scène est divisée en dix plans, comprenant dix rues, comprenant\nelles-mêmes deux costières, une ferme et des trapillons. Il faudrait un\nvolume pour raconter les multiples subdivisions du plancher d'une\nscène et l'usage surprenant que l'on en fait. Ces détails sortent du cadre\nque je me suis tracé. C'est à peine si je dois noter les châssis, les fermes\nles praticables, les montants, qui facilitent sur la scène les plus étranges\nexercices.\nQuoi qu'il en soit, je puis affirmer que les machinistes, la figuration,\nles artistes , auront un espace suffisant pour remplir les emplois\nqui leur seront donnés. Le plancher de la scène et les planchers qui en\ndépendent offrent une superficie de 10,000 mètres carrés. On peut juger\npar ce chiffre des dimensions des coulisses.\nLa longueur des cordages qui se balancent au-dessus atteint le chiffre\npiodigieux de i 86,300 mètres, soit 186 kilomètres trois cents mètres\nsoit encore 46 lieues 500 mètres, sur lesquelles deux lieues et demie sont\nen fer*\nDu reste, et afin que les détails cie chiffres ne se perdent pas au milieu\nd'une description, j'ai pensé à établir un tableau dont l'intérêt est indis-\ncutable. Il m a coûté beaucoup de travail, mais je suis suffisamment\nrétribué de mes peines en fournissant une aussi curieuse"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-11-15-01-c004", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-11-15_01#c004", "volume": "bmtnabc_1874-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "148", "page_fin": "149", "image_debut": 4, "image_fin": 5, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.2.2", "titre_corps": "STATISTIQUE", "titre_sommaire": "STATISTIQUE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 4, "page_imprimee": "148", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.4", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1461, "texte": "STATISTIQUE\nSCÈNE\nLa surface du plancher de la scène est de * io5000 mètres carrés\nLa longueur des cordages atteint i 86,300 mètres\nSoit ~ * ...... 186 kil. 300 mètres\nSoit encore .. .. . « 46 lieues 500 mèt.\nDont * » 2 lieues 500 mèt.\ntout en fer.\n512 colonnes en fer supportent les planchers de la scène et des dessous.\nSuperposées, elles donnent une hauteur de 3.460 mètres\nLa longueur des poutres en tôle des dessous de la\nscène est de 4.000 mètres\nLe poids total du fer employé dans les dessous se\nchiffre par... « 833.000 kilog.\nLe support du plancher de la scène en tige méplate_,\na une longueur de 3,800 mètres\nLes contrepoids en plomb et en fonte pèsent...... 8o?ooo kilog.\nTUYAUX\nLongueur des tuyaux pour Peau 7,000 mètres\nLongueur des tuyaux pour l'eau (en caoutchouc).. 1,500 mètres\nLongueur des tuyaux pour le gaz, environ.. 14,000 mètres\nSoit une longueur totale de tuyaux de .... 22,500 mètres\nOu bien .. 22 kilomèt • 500\nOu bien encore.. 5 lieues 2,500 m.\nMO SAÏQUE\n11 existe à 1'0péra.............. 8.670 mètres carrés\nde mosaïque. En admettant les petits cubes en marbre à une dimension\nde 0,01 cent, carré, on aurait..... 86 millions 707.200 petits cubes.\nLe nombre des colonnes décoratives s'élève à.... 302\nCelui des portes à 0...... 1 3\nIl y a *...., 5,654 marches.\nIl résulte de ceci, qu'en comptant 6 marches par mètre en moyenne,\n011 arrive à une hauteur de 942 mètres et de 250 en admettant\n22 marches par étage»"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "149", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.5", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2037, "texte": "DIMENSIONS GENERALES\nLa plus grande longueur du monument est de 172 mètres 70 cent.\nSa plus grande largeur est de 124 mètres 80 cent.\nEn supposant que ces deux termes puissent être soumis à un diamètre,\non trouverait que les théâtres d'Argos et d'Éphèse, dont le diamètre a\ntoujours été cité comme colossal, n'atteignaient que 137 mètres et\n182 mètres, tandis que le nouvel Opéra arriverait à environ 198 mètres.\nLa hauteur maximum du sol du boulevard des Capucines au sommet\nde la lyre est de 66 mètres 52 cent.\nLa hauteur totale du fond de la cave au sommet de la lyre d'Apollon\nest de. . » 79 mètres.\nEnfin, dernier détail : la longueur des conduits de cheminée est\nde. .3 » • 3,500 mètres.\nJe parlais tout à l'heure des dégagements et de l'éloquence de leurs\ndimensions. Les chiffres en ont encore une plus considérable. C'est pour-\nquoi je me garderai de les commenter»\nR. DE SAÏNT-ARROMAN.\nLe nom de M. Charles Garnier ne restera pas seulement attaché éter-\nnellement 'au nouvel Opéra. 11 aura la rare faveur de demeurer dans le\ncœur de tous ceux qui ont collaboré à l'œuvre. Le témoignage d affec-\ntion que les ouvriers de l'Opéra viennent de donner à leur chef en est un\nsûr garant. A l'occasion de la saint Charles, ils ont fait frapper à la\nMonnaie et offert à M. Charles Garnier une médaille commémorative.\nVoici la lettre que M. Garnier leur a adressée pour les remercier\nde cette attention :\n♦\n0/1 ([Messieurs les Ouvriers du nouvel Opéra.\nc\"Messieurs,\nJe suis profondément touché de la marque de sympathie que vous\nvene\\ de me donner* Nul témoignage ne pouvait m\"être plus sensible,\net je vous assure que je conserve cette médaille qui me rappellera bien\nprécieusement que je suis entouré de braves gens qui veulent bien m ho-\nnorer de leur amitié.\nMerci donc à vous tous, Messieurs, pour votre affectueuse Je\nsuis encore trop ému pour vous dire, comme je le voudrais, le plaisir\nque vous causé. Laissez-moi vous serrer la main et vous en-\nvoyer une cordiale amitié.\nEt merci.\nCharles Garnier."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-11-15-01-c006", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-11-15_01#c006", "volume": "bmtnabc_1874-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "150", "page_fin": "157", "image_debut": 6, "image_fin": 13, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.2.3", "titre_corps": "DE LA GYMNASTIQUE PULMONAIRE CONTRE LA PHTHISIE", "titre_sommaire": "DE LA GYMNASTIQUE PULMONAIRE CONTRE LA PHTHISIE", "signature_source": "Dr V. BURQ", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 6, "page_imprimee": "150", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.6", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1049, "texte": "DE LA\nGYMNASTIQUE PULMONAIRE\nCONTRE LA PHTHISIE\n\n(I)\nCHAPITRE IV\nJEU DES INSTRUMENTS A VENT\nPreuves de son utilité fournies\n(Suite )\nB. - Par les facteurs d'instruments de musique : MM. Sax (Adolphe et Alphonse),\nGautrot, Besson, Raoux, Courtois et Halary.\nES facteurs d'instruments à vent ont été unanimes pour\ndéclarer bien fondée la thèse que nous soutenons.\nAprès avoir donné la place qui lui revenait à l'opinion\nde M. Adolphe Sax, il n'est que justice d'y ajouter\nd'abord celle de son frère junior, M. Alphonse Sax, au-\nquel sont dues les premières tentatives d'orchestres fé-\nminins, créés précisément en vue du but que nous nous proposons.\nDans une lettre publiée par le M. Alphonse\nSax dit :\n« Je prétends combattre par les faits le préjugé que l'usage des\ninstruments à vent, et particulièrement des instruments en cuivre, pré-\ndispose singulièrement à la phthisie pulmonaire. Fils de facteur d'ins-\ntruments à vent, facteur moi-même et instrumentiste (M. Sax junior\n\n(i) Voir les numéros des Ici et i 5 août, i 5 septembre et i 5 octobre."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "151", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.7", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2593, "texte": "passe pour un maître dans le jeu de la flûte), j'ai été, pendant tout le\ncours de mon existence, en rapport avec des milliers d'artistes jouant de\nces instruments prétendus si pernicieux à la santé, et cependant trois\nseulement de ces artistes sont, à ma connaissance, morts de la poitrine.\nEncore faut-il ajouter qu'il fut constaté que les malheureux ne furent\npoint victimes de leur profession, mais bien des excès de toute nature\nauxquels ils s'étaient constamment adonnés.\n« Les personnes qui se livrent à la pratique des instruments à vent se\ndistinguent, en général tout le monde apu le remarquer par une\npoitrine large et une carrure très arquée des épaules qui ne coexistent\nguère avec la phthisie. Le contraire s'observe chez les disciples de Paga-\nnini et les pianistes, témoins Liszt, Litolff, Haller et A. Dupont, pour\nn'en citer que quelques-uns parmi les plus célèbres. Deux de mes\nfrères et moi qui, dès les premières années, avons soufflé dans un instru-\nment à vent, sommes les seuls sur onze enfants qui ayons échappé à la\nphthisie. Indépendamment des qualités extérieures qui mettent en relief\nleur vigueur, les artistes qui jouent d'un instrument à vent se distinguent,\nen général, par un excellent appétit, par des digestions promptes et\nfaciles. Pour que les instruments à vent produisent les bons effets qu'on\nest en droit, selon moi, d'en attendre, il importe que le professeur\napprenne à ses élèves à bien respirer. Je suis si parfaitement convaincu des\nrésultats heureux que peut amener pour la santé l'exercice des instru-\nments à vent, que je voudrais voir même les femmes appelées à en\nuser. »\nM. Gautrot, dont la fabrication d'instruments de musique en cuivre\na pris une extension tout à fait hors ligne (environ six cents ouvriers\nsont occupés tant dans ses ateliers de Paris que dans ceux qu'il a créés à\nChâteau-Thierry), M. Besson, M. Halary, M. Raoux, qui est en même\ntemps cor à l'Opéra, les frères Courtois, etc., ont tous exprimé une même\nopinion favorable, quant à l'influence favorable du jeu des instruments\nqui nous occupe. L'un d'eux, M. Halary, qui est aussi un artiste des\nplus forts sur le piston, nous a transmis, par écrit, des réflexions dont\nvoici quelques extraits :\n«Je regarde le jeu des instruments à vent comme un exercice gymnas-\ntique très salutaire aux poumons. La durée de l'étude doit être seu-\nlement proportionnée à la force physique individuelle, bien que plu-\nsieurs de mes collègues, attachés aux théâtres de l'Opéra, des Italiens et\nde POpéra-Comique, aient prouvé depuis longtemps que la fatigue,"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "152", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.8", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2236, "texte": "souvent très grande de ces différents services, semble parfois supportée\nbeaucoup mieux par ceux dont la constitution paraît relativement faible\net chétive.\n« L'émission du son est une chose excessivement sérieuse, mais trop\nsouvent, hélas I négligée par le professeur.\n« Dans le jeu des instruments en cuivre avec embouchure, la lèvre\nreprésente Tanche du tuyau d'orgue :le gosier n7a pour mission que de\nla soutenir et de laisser passer plus ou moins d'air, selon l'acuité, la\ngravité ou l'intensité du son.\n« L'instrumentiste doit éviter toujours avec soin de souffler au point\nde se fatiguer la poitrine. Lorsque la fatigue arrive, si c'est seulement\nparce que les muscles des joues ou des lèvres refusent leur service, c'est\nfort bien et signe que l'on aura bien étudié ; dans le cas où ce serait la\npoitrine qui se trouverait oppressée, signe contraire.\n« Chaque genre d'instrument cause une lassitude qui lui est propre.\nLes instruments du médium sont ceux qui occasionnent le moins de\nfatigue, parce qu'ils demandent moins de pression des lèvres, et moitié\nmoins d'efforts du côté des poumons que les instruments aigus ou\ngraves qui, en outre, impressionnent parfois très désagréablement le\ncerveau et tout le système nerveux. »\n€ Paris, 25 juillet 1857. »\nC. —■ Par des médecins : MM. Linas, Marchai de Calvi, Trousseau et Chenu.\nUn de nos confrères des plus distingués,, collaborateur assidu de la\nGalette hebdomadaire de médecine et de chirurgie, M. le docteur\nLinas, nous a fourni, comme résumé de sa propre pensée, l'observation\nqui suit :\n« Un de mes très proches parents tombe au sort. Il arrive au régiment\nmalingre et souffreteux, avec l'espoir très légitime d une réforme pro-\nchaine ; mais comme la réformation se fait attendre, et que ses forces ou\nson courage lui font défaut pour affronter l'exercice et la corvée, il se\nsouvient fort à propos qu'il sait lire dans un solfège, et demande à entrer\ndans le corps de musique. Sa demande est agréée : on en fait un joueur\nde saxophone et, en moins de deux années, sa santé avait pris l'aspect le\nplus florissant. »\nM. le docteur Marchai de Calvi, dans son importante Monographie\nsur les accidents diabétiques> reconnaît avec M. Bouchardat que la"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "153", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.9", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2721, "texte": "phthisie pulmonaire, qui est une des terminaisons du diabète, a pour\ncause l'élimination delà glycose, en proportions considérables et pendant\nun temps assez long. Mais, tandis que le savant professeur d'hygiène\nrapporte plus directement la phthisie à ce que les ressources de la calori-\nfïcation, et partant de l'organisme, sont bien près d'être épuisées par la\nglycosurie, le docteur Marchai accuse plus particulièrement de l'enva-\nhissement tuberculeux le défaut d'activité pulmonaire. « Le poumon se\ndéfend, dit-il, contre la phthisie par son activité propre, » et, en preuve,\nnotre savant confrère et ami se plaît à citer longuement les résultats de\nnos recherches sur les chanteurs et sur les musiciens de l'armée.\nLe professeur Trousseau admettait volontiers nos conclusions quant\nà l'efficacité d'une bonne gymnastique pulmonaire, dans la prophylaxie\nde la phthisie : parlant en 1862 de nos recherches dans une de ces\nleçons cliniques qui faisaient toujours foule à FHôtel-Dieu, nous l'avons\nentendu se demander si l'immunité phthisique dont jouissent les asth-\nmatiques, ne tiendrait pas précisément à leurs efforts continuels pour\nrespirer, à une sorte de gymnastique pulmonaire incessante en ce cas\nautrement efficace encore, bien que pathologique, que celle résultant du\njeu momentané d'un instrument à vent. « Ces malades ne pourraient-ils\npoint être considérés, disait spirituellement l'éminent professeur, comme\nsoufflant constamment dans un trombone? »\nEnfin M. le docteur Chenu, dans ses publications sur l'armée d'Orient,\ndit : <( J'envisage la question de l'influence du jeu des instruments à\nvent, quant à la phthisie, sous deux points de vue. De toutes mes\nrecherches sur l'armée d'Orient, et de ce que j'ai pu voir dans ma car-\nrière militaire, comme médecin, je puis tirer ces conclusions :\n« Premièrement, tout phthisique qui fait usage d'un instrument à vent\nnon-seulement ne perdra rien à cet exercice des poumons, et ne verra\npoint sa maladie s'aggraver, mais son état pourra s'améliorer, et même\nl'usage de l'instrument, s'il est pratiqué avec mesure, pourra amener la\nguérison.\n« Secondement, si l'instrument est au-dessus des forces de l'in-\ndividu qui l'adopte, il pourra en résulter une affection aiguë de la\npoitrine, affection dont la phthisie peut résulter, mais ce résultat n'a\nrien de nécessaire, ni de certain. Il y aura ici, comme dans tout abus\ndes forces organiques, un désordre sui generis, qui peut être amendé en\nfaisant disparaître la cause.\n«En résumé, je considère la gymnastique des poumons comme un\nmoyen prophylactique de la phthisie, et je suis persuadé qu'il ne peut\nen être autrement que si l'exercice de l'organe est provoqué par un ins-"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "154", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.10", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1751, "texte": "trament disproportionné avec les forces de l'individu. Dans le cas oh\nl'instrument choisi sera en rapport avec ces forces, je suis convaincu\nqu'il devra en résulter un effet préventif, et même une amélioration du\nphthisique lui-même. Un cas de phthisie se produisant chez un musi-\ncien, on devra le considérer comme un effet de J'abus plutôt que de\nl'usage, et, dans tous les cas, un fait isolé, qui paraîtrait se produire en\ndehors de ces principes, ne prouverait rien contre leur application\ngénérale. »\nCHAPITRE IV\nENQUÊTE\nSur la mortalité par phthisie pulmonaire çhe% les musiciens de la garnison de Paris\net de Versailles pendant une période de vingt-six années, à partir de 1882.\n«\nNous voici arrivé maintenant à la partie de l'enquête d'où pouvait\nnaître la démonstration la plus péremptoire pour ou contre la thèse que\nnous soutenons. Qu'on ne s'étonne donc pas de l'étendue que nous avons\ncru devoir donner ici à notre travail.\nNous avons dit plus haut lopinion de Benoiston de Châteauneuf\nconcernant la plus grande mortalité par phthisie, qui serait afférente\naux musiciens de l'armée, opinion que la plupart des orateurs ont ac-\nceptée et propagée bien à la légère, nous le prouverons bientôt, et nous\ndisions tout à l'heure l'opinion contraire que le docteur Chenu a émise\nen conformité avec nos propres recherches.\nDe quel côté est la vérité ? C'est ce que nous allons chercher à établir.\nParlons d'abord de la statistique qui a servi de base aux assertions de\nBenoiston de Châteauneuf.\nA la fin de l'année de 1820, dit cet auteur, l'armée présentait, d'après\nla collection des comptes du ministre de la guerre,, l'effectif suivant :\nSoldats de ligne 106,700\nDito de la garde royale .... 13,924\nTotal. ..... 120,624"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "155", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.11", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 1796, "texte": "La pour six années, de 1820 à 1826, a été la suivante :\nComposition de l'armée Décès\nSoldats et infanterie de troupe . . . 90,998 2,036\nSous-officiers, sergents et caporaux. . 24,408 266\nOuvriers prévôts 383 2\nTambours. 3,917 34\nMusiciens r . , , f , , , , . 918 14\n- ». »\nTotal , . , , , 120,624 £,352\nMortalité générale : 1,94 sur i?oooe\nEt plus loin nous lisons :\n« Aujourd'hui, les décès de 6,000 musiciens ne jouant que des instru*\nments à vçnt, les seuls qui, comme on le sait, composent la musique\nmilitaire, peuvent aider à résoudre la question de l'influence du jeu de\nces instruments sur la santé.\n« Sur ces 6,000 musiciens, on compte de 1820 à 1826,102 morts, parmi\nlesquels il y a 17 phthisiques. En prenant ici la moyenne de sept années,\nhuit cent cinquante-sept musiciens ont donné quinze décès par an, dont\ndeux de la poitrine ou un sur sept. Cette proportion est double de\ncelle du soldat, un sur quatorze : mais le soldat est un homme de choix9\nle musicien ne V est pas. »\nLes chiffres de Benoiston furent contestés. Mis en demeure par le doc-\nteur Boudin, de qui nous tenons le fait, de dire où il les avait pris,\nBenoiston refusa de répondre.\nCe que personne n'avait osé entreprendre, la vérification de ces chif-\nfres, nous l'avons tentée à travers mille difficultés, et voici à quels résul-\ntats nous sommes arrivé.\nL'effectif réel de l'armée française a été, d'après les comptes du Ministre\nde la guerre, pour les budgets de 1821 à 1826 inclusivement.\nHommes Musiciens Trompettes\nAnnées 1821 182,674 sur lesquels 1,171 913\n1822 216,926 1,357 i,030\n1823 3o 1,222 1,238 1,188\n1824 247,877 1,296 1,212\n1825 225,021 1,283 1,221\n1826 220,058 —■ 1,280 1^267\nT0ta1.... 1.393,778 7,625 6,831\nMoyenne... 230,629 1,271 1,139\nMusiciens et trompettes 2,410"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "156", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.12", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2692, "texte": "Ainsi, d'une part, moyenne de l'effectif, 230,629 au lieu de 120, 624,\net d'autre part, 7,625 musiciens pour six années, au lieu de 6,000 seu-\nlement accusés par Benoiston pour sept années, plus 6,831 trompettes\nou clairons, dont il ne dit rien, ensemble 14,456 instrumentistes.\nBenoiston a, il est vrai, défalqué de ses calculs l'armée des Pyrénées';\nmais cette armée aurait dû ne pas compter moins de 110,000 hommes,\npour que le chiffre de 120,624 attribué par lui à l'effectif fût vrai. Mais\nque penser de ces 6,831 trompettes ou clairons passés complètement sous\nsilence. Et comprend-on que notre auteur ait pu omettre un élément\naussi capital dans la question qu'il s'était proposée de résoudre? Ici, en\neffet, outre l'importance du chiffre, pas de confusion possible sur la\nnature de l'instrument dont jouaient les décédés.\nAdmettons cependant, pour un instant, comme bien fondées, les bases\nde la statistique que nous incriminons, savoir : musiciens ayant\ndonné en 7 années 102 morts, dont 17 par phthisie. Admettons aussi\nque dans ce chiffre fatal de 17 décès (1) qui,, depuis sa publication, a\nservi en France à soutenir cette opinion que le jeu des instruments à\nvent est funeste, il n'y en eût aucun dévolu aux hommes qui font partie\nde la batterie dans les corps de musique,, et que mieux encore, Benoiston\nn'ait point confondu les décès afférents aux instrumentistes de toute\nsorte, c'est-à-dire aux trompettes ou clairons aussi bien qu'aux musi-\nciens proprement dits, ce qui, en ce cas, diminuerait de moitié la totalité\npar phthisie attribuée à ces hommes; que signifie, nous le demandons,\nun chiffre aussi infime pour la solution d'une telle question?\nOù Benoiston a-t-il pris ensuite que la mortalité par la phthisie\nn'avait été pour l'armée que de 1 sur 14? Et comment les auteurs qui\nl'ont copié à l'envi, ont-ils pu ne point s'apercevoir qu'il y avait là tout\nau moins une erreur flagrante !\nPour ne citer qu'un des documents les plus récents qui pouvaient\néclairer ici nos confrères, nous trouvons dans un mémoire, publié en\n1860 par notre savant confrère, M. le docteur Laverand, dans les An-\nnales d'hygiène et de médecine légale, sur les causes de la mortalité\nde larmée servant à Vintérieur, que la fréquence des maladies tuber-\nculeuses dans les différentes garnisons serait exprimée par le tableau sui-\nvant, dressé d'après les décès de l'armée, pour une période de 28 années,\nsoustraction faite de ceux qui ont eu lieu parle choléra ou par trauma-\ntisme à la suite des événements politiques.\n\n(1) Nous avons tenté par toutes les voies et moyens de découvrir l'origine de ces\ndeux chiffres : 102 et 17; il nous a été impossible d'y parvenir."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "157", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.13", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 1683, "texte": "Garnisons Mortalité générale M°tubPearrcXilseseS sur^ooo\nParis.,. 10,000 2,459 245\nStrasbourg 3,662 658 179\nMetz 1,648 428 259\nLille 4° 3 144 356\nPerpignan 798 85 107\nValenciennes 124 36 289\nCalais 24 9 375\nBayonne 179 4^\nDunkerque 143 49 342\nThionville 20 4 200\nMaubeuge 83 11 i 32\nTotal 17,084 3929 2740\n2740 décès par affection tuberculeuse sur i,0007 c'est 1 sur 4,o6,c'est-\nà-dire trois fois plus que ne le dit Benoiston.\nSuivant Marc d'Espine, la mortalité s'élèverait encore beaucoup plus\nhaut? à tout près de 1 sur 2, en y ajoutant les décès par méningite\ntuberculeuse, péritonites et caries.\nDonc, à supposer que la mortalité par phthisie des musiciens tout seuls\nsoit réellement représentée par ce fameux chiffre de 17, correspondant à\nune période de 7 années, ayant compté 857 musiciens en moyenne, il\ny aurait encore avantage du coté du soldat-musicien, puisqu il ne\nmourrait que comme 1 sur 7 1/2, et point 7 tout court comme le dit\nBenoiston, et sa statistique se trouverait déjà ruinée par le côté même\nqui semblait lui donner le plus raison.\n\nDr V. BURQ.\n\n(i) La statistique des décès de l'armée, aussi bien que celle de la population civile,\ncontient nombre de lacunes. Les tableaux nosographiques, dresses a grands frais\npar les différentes mairies de Paris, en sont particulièrement si pleins, que nous\nsommes à peu près le seul qui, dans un espace de trente années, ait eu le courage,\nune première fois en i 856 et une deuxième en 1867, d'aller les exhumer de la\npoussière des archives de la Ville, où ils seraient probablement encore à jamai\nenfouis, si les incendiaires de cette année néfaste de 1871 ne les avaient point\ndétruitsy"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-11-15-01-c010", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-11-15_01#c010", "volume": "bmtnabc_1874-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "158", "page_fin": "163", "image_debut": 14, "image_fin": 19, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.2.4", "titre_corps": "LA MUSIQUE DANS L'YMAGERIE DU MOYEN AGE", "titre_sommaire": "LA MUSIQUE DANS L'YMAGERIE DU MOYEN AGE", "signature_source": "H. LAVOIX fils", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 14, "page_imprimee": "158", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.14", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1162, "texte": "LA MUSIQUE\nDANS\nL'YMAGERIE DU MOYEN AGE\n\nI''\nVI. — Iconographie musicale au seizième siècle.\nCONCLUSION\nVEC le seizième siècle, nous arrivons à la fin de cette\nétude. Le moyen-âge est fini, la renaissance com-\nmence. La vive croyance qui illuminait ces siècles\nde foi est ébranlée; les temps sont proches pour la\nrévolution luthérienne; nous ne retrouvons plus\nces chefs-d'œuvre d'un art naïf, devant lesquels plus\nd'une fois nous avons dû nous arrêter avec émotion; Père du doute\ns'ouvre pour les artistes comme pour les philosophes; l'inspiration\nreligieuse a définitivement fait place à l'inspiration profane. L'ar-\nchitecture gothique n'est plus; de grands maîtres ont ramené la\nsculpture aux principes de l'antiquité ; à la miniature va succéder le\ntableau de genre et de chevalet, dont nous avons vu bien des fois\ndes essais dans les manuscrits par Hemling et les frères Van\nEyck; bien plus, l'art de la calligraphie même a disparu devant les\nprogrès de l'imprimerie, et c'est à peine si quelques amateurs ont en-\ncore la fantaisie de faire enluminer les ouvrages qui sont en leur pos-\n\n(i) Voir les numéros des îe* et î5 août, î5 septembre et i 5 octobre*"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "159", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.15", "debut_caractere": 41, "fin_caractere_exclue": 2592, "texte": "session. Un certain nombre de monuments restent encore qui semblent\nappartenir à la période précédente. Quoique portant la date du seizième\nsiècle, ces œuvres paraissent inspirées par le génie des siècles pas-\nsés. Aussi viennent-elles de droit prendre place dans ce tableau bien\nincomplet dans lequel fai tenté de grouper les représentations musicales\nles plus intéressantes du moyen-âge.\nAu premier rang, il faut compter un des plus importants monuments\nqui nous soient restés de la fin du quinzième siècle et du commence-\nment du seizième siècle. C'est une suite nombreuse de figures sculptées\ndans l'église de Saint-Jean, à Girencester, dans le Glocestershire. Aucun\nmusicologue, du moins à ma connaissance, n?a encore tiré parti de\nce précieux document. Ces bas-reliefs, pris séparément, ont tous\nun intérêt musical, et, dans leur ensemble, nous donnent des détails\ncurieux sur une fête populaire fort en vogue en Angleterre. Les\nfigures sont sculptées sur l'entablement du parapet de la net, et se sui-\nvent en lignes coupées, de place en place, par des angles, sur les arêtes\ndesquels quelques-uns des personnages sont placés. La nef de cette\néglise paraît avoir été réparée entre 1504 et 1522, et c'est aussi à cette\népoque qu'il faut rapporter les sculptures qui nous occupent aujour-\nd'hui. D'après une on prétend qu'elle représente une fête\nappelée Whitson aie.\nSur Fétymologie du mot aie, de nombreuses recherches ont été faites;\nPopinion la plus répandue est que Pale, tenant une grande place dans les\nfêtes populaires, certaines de ces cérémonies tirèrent leur nom de cette\ncirconstance.\nLe docteur Hick.es dit que fanglo saxon Geôle, le danois-saxon Jul,\nl'islandais 01, ont le même sens; aussi en vient-il à penser que le jour\nde Noël qui, chez les peuples du Nord de l'Angleterre s'appelle Yuleest,\npeut être ainsi désigné parce qu'il est la fête par excellence, celle dans\nlaquelle se boit le plus de bière. Quoi qu'il en soit de cette étymologie\npleine d'érudition, dont je suis, je Pavance, incapable de discuter Tau-*\nthenticité, la fête de Whitson aie, qui se célébrait encore en Angleterre\nil y a peu d'années, était une frairie dans laquelle la musique jouait un\nrôle important (i)„\nDeux personnages étaient désignés pour être le roi et la reine de la\njournée ; une vaste grange devait servir de palais à leurs majestés et leur\nsuite, et là, les souverains populaires étaient reçus par le\n\n(i) Voir les planches dont il ici danâ de Barter, que nous âfons déjà\ncité pl. XVIII, page 19, et un texte développé sur le Whithson aïe,"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "160", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.16", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2762, "texte": "porte-bourse, le porte-épée et le porte-masse, chacun ayant les insignes\nde sa dignité. Pendant ce temps, les jeunes gens dansaient et offraient\ndes rubans aux jeunes filles; et un plaisant, par ses lazzi, ne contribuait\npas peu à amuser la société; tout ceci se faisait au son d'un orchestre\nchampêtre.\nOn prétend que cette coutume fut instituée en commémoration de\nl'ancien Drunk Lean (Boit sec), une fête que les tenants et vassaux don-\nnaient à leurs seigneurs, et que le peuple a conservée, dans laquelle ils\napportaient au suzerain ou à son intendant l'aie qu'ils étaient tenus de\nfournir en redevance. De semblables fêtes existaient aussi dans l'église\nanglaise, sous le nom de Ghurch-ale, qu'il ne faut pas confondre avec la\nfête de la dédicace de l'église, qui avait un caractère plus grave. Dans ce\ncas, il ne serait pas impossible que les sculptures de Cirencester repré-\nsentassent plutôt une fête relative à l'église que le Whitson aie, malgré\nla tradition. Du reste, les frairies populaires étaient souvent représentées\ndans les églises ; et dans un vitrail du seizième siècle, à Bar-sur-Aube,\nnous trouvons une sorte de cortège du Bœuf gras, accompagné par un\nbedon et une flûte traversière. Mais quelle que soit la cérémonie spé-\nciale que rappelle cette procession de personnages sérieux, grotesques et\nmême licencieux, il n'en est pas moins vrai que nous avons sous les yeux\nun des plus rares spécimens de la musique populaire au commencement\ndu seizième siècle.\nLa marche s'ouvre par un monstre, aux yeux effarés, à la pose con®\ntournée; derrière lui vient le roi de la fête; il est en habit de chasse, un\ncor est suspendu à son côté; il porte à la main une grande banderolle.\nsur laquelle est écrite la devise du jour, Be Merrye, soyez gais; après lui\nvient un mendiant contrefait et hideux, il tient une vielle à quatre\ncordes et d'une forme rare, dont les touches sont placées sur les côtés de\nl'instrument, suivant la coutume du moyen-âge.\nPour ne pas perdre notre temps en détails inutiles, nous ne noterons,\nparmi les dix-huit figures de musiciens sculptées sur le bas-relief, que\ncelles qui paraissent présenter des particularités intéressantes. Un\ndes ménestrels joue d'une petite harpe à treize cordes, qui semble un\nsouvenir des bardes gallois ; un autre souffle dans une double flûte à\nlarge embouchure. Nous avions trouvé ce vaste bocal dans les flûtes de\ngrandes dimensions; mais, dans le cas présent, en se rendant compte des\nprocédés qui peuvent faire sonner l'instrument, on ne peut expliquer\ncette embouchure que par une inexactitude de l'artiste. Ensuite vient\nune belle figure semblable à une tête de Christ, dont je ne comprends pas\nle sens, puis un joueur de double flûte, puis une danseuse avec son"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "161", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.17", "debut_caractere": 48, "fin_caractere_exclue": 2826, "texte": "tambourin, puis un joyeux drille, qui élève triomphalement le pot d'ale\ndont il va s'abreuver. Enfin l'orchestre de la procession est composé d'un\njoueur de rebec, puis d'un homme déguisé en singe et tenant une corne-\nmuse, puis d'un musicien avec une régale à dix tuyaux. Tout le reste de\nla troupe, à part un ménestrel qui s'époumone à souffler dans un cor, se\ncompose de clowns, d'ours, de grimaciers, de moines, de têtes de mort,\nde bretteurs de rois, personnages qui n'intéressent que très médiocre-\nment en musique; aussi, nous avons cru pouvoir nous arrêter aux dix-\nhuit premières figures, malgré tout ce qu'il y a de pittoresque et même\nd'amusant dans cette procession, où tout marche pêle-mêle au son de la\nmusique, où tout semble empressé d'obéir à la joyeuse devise du roi de\nla fête : soyez gais.\nOn ne peut traiter de l'iconographie musicale au seizième siècle sans\nciter l'excellent travail de M. Durieux sur les miniatures des manuscrits\nde Cambrai. M. Durieux a donné un assez grand nombre de figures,\nmais il a dans sa collection un manuscrit flamand, sur lequel nous de-\nvons nous arrêter quelques instants. N'ayant pas eu sous les yeux l'ori-\nginal, nous ne pouvons mieux faire que de citer la description de\nM. Durieux. « N° 124, Recueil de chants religieux et de chants pro-\nfanes, in-40 papier, 4 vol. obi., avec musique. Manuscrit flamand. Cro-\nquis nombreux à la plume, très artistement faits, et rehaussés de cou-\nleurs légères. Scènes, comme en ont fait plus tard Callot et Téniers :\nlettres bouffonnes, grotesques, incongrues, fantastiques..*., marchands\nambulants avec leurs cris indiqués au-dessous. Quatre frontispices :\npremier vol., un joueur de harpe grotesque, monté sur un porc, qui tient\ndans sa gueule une banderolle avec ce mot : Ténor : deuxième vol., un\naveugle jouant d'un instrument à vent; un oiseau est perché sur sa tête ;\nSuperius, 3e vol., un homme monté sur des échasses, une chandelle sur\nla tête, joue du tambourin et de la flûte à bec : Contra-tenor; 4e vol.,\nun bossut monté sur un oiseau et jouant d'une espèce de trompe :\nBassus. Deux grandes aquarelles, scène de charlatan; condamné qu'on\nmène au supplice. Nombreux instruments de musique : flûte, trompette,\ntambour, etc., etc. (1) » Ce manuscrit est de 1542, et un peu plus récent\nque l'époque dans laquelle nous avons circonscrit notre sujet; mais l'in-\ntérêt qu'il présente excuse cette petite digression.\nTerminons le seizième siècle, en mentionnant deux manuscrits qui\nappartiennent à la Bibliothèque nationale. Le premier est le livre des\n« Eschez amoureux et des Echez d'amour. » Fonds français, n° 143. Il\n\n(I) Dcjrieux. Les miniatures des manuscrits de la Bibliothèque de Cambrai,\nTexte et planches, par A. Durieux, Cambrai, 1861. In-8° et in-f°, p. 86,, pi, 18."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "162", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.18", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2704, "texte": "fut écrit et enluminé pour le jeune duc de Valois, plus tard François ler.1er.\nCe magnifique monument, un des plus curieux de notre collection, ren-\nferme un grand nombre de miniatures, dont plusieurs sont intéres-\nsantes pour les musiciens. Parmi ces dernières, il faut citer : au f° 36,\n(verso) un Apollon magnifique en costume du seizième siècle, ayant à la\nmain une harpe; au f° 65, la personnification de la musique, dont nous\navons déjà donné une reproduction dans le numéro précédent ; au f° 130,\nun Neptune courant sur les flots, entouré par les sirènes et les tritons.\nUne des sirènes tient une gigue à trois cordes et une trompette, une\nautre joue du trombone. On peut voir ces deux figures dans les plan-\nches de Pouvrage de G. Kastner sur les sirènes.\nPar une singulière idée, dont nous trouvons plus d?un exemple\nau seizième siècle, les poissons qui nagent derrière Neptune tien-\nnent des cromornes et des hautbois dans leurs bouches ; enfin le f° i 36\nreprésente un Pluton à Pair farouche; à côté de lui est assise Proserpine,\nvieille et décrépite comme une mégère. Au pied des deux maîtres de\n1 enfer, on voit une femme jouant d'une vielle curieuse à quatre cordes\net une autre agaçant des cordes d'une harpe. A gauche de la minia-\nture, trois démons jouent aussi de la harpe ; cette profusion de harpes\nn est pas sans avoir un sens analogue à celui des représenta»\ntions, que nous avons citées dans un précédent chapitre» Le second\nmanuscrit a pour titre ; Proverbes et adages ; il est du commencement\ndu seizième siècle comme le précédent. Il faut y remarquer une suite de\nminiatures repiésentant les neuf muses; sur ces neuf divinités, six jouent\ndes instruments de musique. Ce sont Euterpe, Erato et Calliope, Thalie,\nPolymnie et ierpsichore. Les trois premières n'offrent pas grand\nintérêt, mais il n'en est pas de même des trois autres. Thalie tient à la\nmain une superbe gigue à quatre cordes, très bien construite, très\ncomplète, un orgue magnifique avec soufflets, dont on trouve\nune reproduction dans Willemin. Terpsichore est entourée d'instru-»\nments, sans compter un luth à huit cordes dont elle joue; on voit à ses\npieds tiois flûtes de diverses dimensions, une harpe, un tambourin, une\nsorte de virginal, un triangle avec anneaux»\nNous donnons, avec cette dernière partie, la reproduction dsune\nplanche curieuse du commencement du seizième siècle, que nous avons\ncité dans les pages précédentes. Ce dessin est tiré de la Margarita philo»\nsophica9 de Reisch, dont la première édition est de 1496 suivant les uns,\nde i 503 suivant les autres. C'est un manuel de philosophie, qui eut une\n\n(I) KASTNER» tes sirènes Pans, Ërandus, iBSB. i vol, in-40, pL V,"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "163", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.19", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 1601, "texte": "gi ande vogue au seizième siècle. Chaque traité de géométrie, mathéma-\ntique? musique, etc., est précédé d'une planche représentant la science\ndont il va être question. Comme on peut le voir dans notre dessin, la\nMusique tient elle-même école. Elle est entourée de ses élèves; l'un joue\nde 1 oigue, un autre pince de la harpe pendant que Pythagore, représen-\ntant la Musique pratique, pèse ses marteaux, et que Tubalcaïn, le père\ndes facteurs d'instruments de cuivre, forge ses trompettes. Derrière la\nMusique se tient le poète, c'est-à-dire la Poésie sans laquelle notre art\nn'est qu'une partie des mathématiques.\nÎNous voici arrivé à la fin de ce travail ° à partir de cette époque, la\nmusique n a presque plus besoin expliquée par les monuments ;\nc est dans les œuvres des maîtres qu'il faudra chercher son histoire.\nEncore quelques années, et la musique, débarrassée des entraves qui la\nliait encore aux traditions de FEglise, va entrer dans la voie des progrès\nmodernes. De toute part surgiront les œuvres, qui, chaque jour, ôte-\nront de son importance à l'iconographie musicale ; à peine si, pour\nquelques détails, on aura besoin de consulter les monuments figurés.\nAvant de terminer ce travail, remercions les auteurs dans lesquels\nnous avons puisé de précieux renseignements : les Willemin , les\ndu Sommerard, les Labarte, les Coussemaker. Remercions aussi les\nsavants, chargés de conserver nos trésors de manuscrits, à la Biblio-\nthèque nationale, et qui nous ont si généreusement prêté le secours de\nleur science et de leur érudition.\n\nH. LAVOIX fils."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-11-15-01-c014", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-11-15_01#c014", "volume": "bmtnabc_1874-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "164", "page_fin": "170", "image_debut": 20, "image_fin": 26, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.2.5", "titre_corps": "LES CANTATRICES DRAMATIQUES", "titre_sommaire": "LES CANTATRICES DRAMATIQUES", "signature_source": "PAUL FOUCHER", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 20, "page_imprimee": "164", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.20", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1173, "texte": "LES\nCANTATRICES DRAMATIQUES\n\n(I)\nIV\nCATARINA GABRIELLI\nI\nE prince Gabrielli, un grand seigneur de Rome, se\npromenait dans son jardin, vers 1744, lorsqu'il en-\ntendit un chant d'une rare perfection. Il demanda à\nson domestique quelle était cette harmonieuse étoile\ntombée dans ses domaines, et demeura fort surpris\nquand on lui dit que c'était la fille de son cuisinier\nqui s'exerçait ainsi, tout en travaillant, et qu'elle répétait un air de\nGaluppi, qu'elle avait entendu une fois seulement, la veille, au Théâtre\nArgentina, où son père la conduisait quelquefois, comme à la seule école\ndont il eût le moyen de payer les frais.\nTrès grand amateur de musique lui-même, comme tous les princes\nitaliens, le seigneur Gabrielli prit des informations au sujet de la jeune\nfille. Elle était spirituelle, jolie, et surtout très piquante : un léger éga-\nrement de l'œil droit donnait à la physionomie cette singularité\nattrayante, qui fait que l'on plaît tout autant et qu'on ne plaît pas de\nmême que les autres. Dans ces conditions, il est difficile qu une canta-\n\n(1) Voir les numéros des iQr décembre 1873, i«r janvier, iw février, mai, iel'et\ni 5 juin, i 5 juillet et ior août."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "165", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.21", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2715, "texte": "trice de talent ne réussisse pas. Aussi le prince s'écria-t-il : « S'e cosi,\nil mio cuoco deverra presto un asino d'oro. » (S'il en est ainsi, mon\ncuisinier deviendra bientôt un âne d'or.) Il fit venir Catarina, et, après\navoir fait mieux connaissance avec son répertoire, se chargea de l'édu-\ncation musicale de la petite cuisinière. La virtuose ôta son tablier, chanta\ndans des concerts donnés pour elle, et devint bientôt célèbre dans Rome.\nSes maîtres de musique furent Garcia (dit lo Spagnoletto), alors à\nRome, et le « fameux » Porpora. Je dis fameux, parce que l'épithète se\ntrouve dans toutes les biographies,, échos de l'enthousiasme des contem-\nporains, qui ne prévoyaient pas que l'auteur d'un opéra d'Ariane,\napplaudi sur toutes les scènes, le maître appelé le Patriarche de l'har-\nmonie, serait un jour oublié. Il paraît toutefois que Porpora était en\nmême temps qu'un compositeur de mérite, un homme d'esprit. Il\ndisait, d'un organiste, plus pieux que musicien, et mieux avec le ciel\nqu'avec la mesure c « Cet homme accomplit à la lettre le précepte de\nl'Evangile, car sa main gauche ne sait pas ce que fait la droite. » Mais\nPorpora, et c'est là ce qui est intéressant pour notre sujet, avait la main\nheureuse en fait d'élèves. Rival victorieux de Hasse, en Allemagne,\navant d'être vaincu par Haendel à Londres, il acheva de désespérer le\npremier, en rejetant sur le second plan Faustina, une chanteuse que\nHasse avait épousée, grâce au succès d'une jeune Italienne, nommée\nMengotti, que Porpora s'était plu à former, et qui, prima donna à\nVienne plus tard, en même que la Gabrielli, lui disputa le premier\nrang, ainsi que nous le verrons.\nCe qui peut paraître bizarre, c'est qu'on n'a jamais donné à Catarina\nque le nom du généreux seigneur qui lui avait ouvert la voie du succès.\nOn n'a même jamais su le nom du père de la cantatrice, bien que la date\nde sa naissance (12 novembre 1730) soit connue. Jusqu'à quel point\nCatarina a-t-elle eu le droit de porter ce nom de Gabrielli, qu'elle ne\nquitta plus?\nLes aventures de sa vie autorisent, il faut le dire, à ce sujet, des con-\njectures, qui auraient au moins autant de chances de rester dans les\nbornes de la médisance que de s'égarer dans la calomnie.\nSon premier début à la scène fut à dix-sept ans, sur le théâtre de\nLucques,dans la Sofonisbe, de Galuppi, autre grande célébrité musicale\ndu siècle dernier, oubliée au nôtre, et qui fit fureur à Londres plus tard,\nen 1760, avec un opéra : Il Filosofo di Campagna, qu'interprétait la\nPaganini, encore une célébrité oubliée.\nLe succès de la Gabrielli fut éclatant, Guadagni, un célèbre soprano,\neut peine à soutenir sa réputation auprès d'elle. Loin d'en vouloir à la"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "166", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.22", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2747, "texte": "débutante, il s'étudia à développer ses qualités, Quelques biographes\nassurent qu'il en fut récompensé, par la Gabrielli, de la façon la plus\ngénéreuse. Il fut, dit brutalement le dictionnaire Choron et Fayollejocle\nhéros de la Gabrielli au Théâtre et à la Chambre. » Guadagni était d'une\nfigure séduisante, un des premiers ténors et le meilleur joueur de billard\nde l'Europe; mais les écrivains qui prêtent cette fantaisie à la Gabrielli\n(il faut avouer que l'on ne prête qu'aux riches), oubliaient que Guadagni\nétait un véritable soprano dans toute l'acception du mot. Le fait est attesté\npar tous les contemporains, et une Anglaise mélomane du temps,\nmistriss Sara Gondar, le dit avec une crudité de style des plus nettes.\nLa Gabrielli parcourut, en triomphatrice, plusieurs scènes de l'ltalie,\nL'opéra de Didone abandonnata porta au comble sa gloire à Naples,\nen lySo» Métastase avait composé Pœuvre dans des conditions qui\ndevaient porter bonheur aux interprètes. Il l'avait écrite en 1724 pour\nla Romanina, une chanteuse qu'il adora jusqu'à ce qu'elle mourût,\nléguant au poète, avec les souvenirs de son amour, toute sa fortune,\nune succession de vingt-cinq mille écus romains. Métastase renonça à\ncette fortune en faveur du pauvre Bulgarelli, le mari de la Romanina,\net les biographes, à célébrèrent le désintéressement de l'amant. Il\nsemble pourtant que dans ce ménage à trois, il y avait eu déjà pour\nl'illustre poète suffisamment de bénéfice dans le partage.\nL influence du talent de Métastase avait été dans l'œuvre tellement\nprépondérante, que Ton ignore profondément aujourd'hui le nom du\ncompositeur d'origine. Il s'appelait Sarri. Un autre compositeur, por-\ntant un nom mieux illustré dans la peinture, Leonardo Vinci, l'avait mise\nen musique dès 1726 pour Rome. Mais ce fut purement et simplement\nla Didone de Métastase, qui remplit l'ltalie de son succès, que toutes les\ngrandes villes de la Péninsule s'envièrent l'honneur de représenter, et\nque les populations des campagnes vinrent elles-mêmes applaudir avec\nenthousiasme. Cependant, c'est au compositeur en même temps qu'au\npoète, que la Gabrielli dut son triomphe, car ses biographies nous parlent\nde l'effet prodigieux que la cantatrice produisit en 1750, en chantant\nl'ariette: « Sono regina e sono amante. »\nMais ce compositeur n'était alors ni Sarri, ni Leonardo Vinci, mais\nJomelli, qui avait à son tour traduit en langue musicale, pour Vienne, le\npoëme de Métastase. Castil-Blaze a intercalé l'air gravé dans son His-\ntoire du Théâtre-Italien.\nRappels, couronnes, sonnets, rien ne manqua au triomphe de la vir-\ntuose. En Italie, on le sait, la poésie est ce qui coûte le moins.\nCet éclat, jeté par l'interprète sur la Didone, devait non-seulement"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "167", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.23", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2807, "texte": "attirer l'attention, mais conquérir les sympathies de Métastase, qui fit\nprofiter à Vienne la Gabrielli des instincts, favorables à l'art9 de Fran*\ncois ler,Ier, empereur médiocre, mais très bon musicien.\nC'était de tradition chez ces souverains» En 1724, pour l'anniversaire\ndu jour de naissance d'une archiduchesse, probablement Marie Thérèse,\nl'aînée des filles de l'empereur Charles VI et la future épouse de Fran-\nçois lep,Iep, née en 1717, un opéra nouveau avait été donné, avec le con-\ncours, comme exécutants, des plus grands seigneurs de l'Autriche, sur\nle théâtre de la cour. Sa Majesté Impériale elle-même, Charles VI,\naccompagnait les voix sur l'épinette, comme principal directeur de la\nmusique. Les auteurs de l'ouvrage, Apostolo Zeno, appelé l'Eschyle du\npoème lyrique (Métastase devait en être le Sophocle et l'Euripide) et\nCaldara, qui fut depuis le compositeur attitré de ce même Métastase,\ntremblèrent d'être « exécutés » par d'aussi nobles talents. Il est difficile\nde croire pourtant que Marie-Thérèse elle-même, qui n'avait que sept\nans, ait pu, comme le dit, en rapportant le fait, Burgh, dans ses Anec-\ndots of music, y chanter un des principaux rôles. Mais, en définitive,\npoète et musicien n'eurent qu'à se féliciter, dit-on, d'avoir pris le per-\nsonnel de leur interprétation dans Falmanach de la cour, plutôt que sur\nles registres de l'opéra de Vienne. Deux archiduchesses dansèrent dans\nl'opéra d'Eurysthène, sans compter celle qui y chantait.\nL'empereur fut si heureux de ce succès auquel il avait pris part direc-\ntement comme virtuose,, qu'il organisa à la troisième représentation une\nloterie magnifique, où les acteurs aristocratiques gagnèrent des dia-\nmants, des montres d'or, des lots divers, de la valeur de mille ou deux\nmille florins. C'était plus facile et moins méritoire de la part d'un\nempereur que de jouer juste.\nC'était sur ce terrain, si bien préparé pour ses succès, que la Gabrielli\nalla chercher les leçons de déclamation lyrique de Métastase. Les pro-\ngrès qu'elle lui dut, le crédit que le Poeta Cœsareo mit à son service,\nla firent nommer chanteuse de la cour. François lerIer n'allait au spec-\ntacle que lorsque la Gabrielli chantait; aussi, n'y a-t-il pas lieu de con-\nsidérer comme sérieux ce trait de courage attribué à Duval, le biblio-\nthécaire de l'empereur. « Où allez-vous? lui aurait dit François ler.Ier.\nEntendre chanter la Gabrielli, sire Mais elle chante mal (?) Je\nsupplie votre Majesté de dire cela tout bas. Et pourquoi ne le dirais-\nje pas tout haut? C'est qu'il importe à Votre Majesté d'être crue de\ntout le monde, et qu'en disant cela, elle ne le serait de personne. »\nOn prétend que l'abbé de Marcy, présent à cette conversation, dit à\nDuval : « Savez-vous bien que vous avez dit là une grande vérité à"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "168", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.24", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2709, "texte": "l'empereur ! *\nsophe, je souhaite qu'il en profite. * Les faits avérés réduisent à bien peu\nl'héroïsme de cette franchise. François lerIer plaisantait évidemment ; il\naimait trop l'art pour ne pas rendre justice à une grande artiste,\nLa Gabrielli fut une cantatrice plus dramatique encore dans sa vie\nprivée que sur la scène. Adorée de hauts personnages, à qui ses gloires\nde cantatrice et ses charmes de femme la signalaient, elle les désolait\nde ses caprices, les laissait se morfondre au profit de quelque vir-\ntuose roturier, d'une haute-contre avec qui elle continuait, dans son\nboudoir, le duo d'amour chanté la veille sur la scène. C'est ainsi qu'on\nvoyait la Banti, à Naples, avoir dans son antichambre autant de\nseigneurs que ceux-ci, dans la leur, avaient de domestiques.\nLa Gabrielli faillit payer cher son inconstance, mais dans une circons-\ntance où, du moins, l'amant trahi ne put lui reprocher une mésalliance\nde ses fantaisies. Elle était aimée, à Vienne, de l'ambassadeur de France,\nqui se croyait seul accueilli, quand la diplomatie portugaise était admise\nau même degré de faveur.\nLe Français fut averti; il se conduisit, en cette circonstance, en véri-\ntable Italien. 11 se cacha et put voir l'ambassadeur portugais accueilli de\nla chanteuse par trop cosmopolite. Il attendit le départ de son rival, sans\ndoute pour ne pas faire une complication internationale d'un incident\nprivé; mais à peine le Portugais fut-il parti que la scène éclata; il\nvoulut percer tout de bon l'infidèle, de son épée. Heureusement, la\nGabrielli n'était pas seulement cuirassée contre lui qu'au moral : son\njuste-au-corps amortit le coup et l'actrice ne fut pas touchée.\nL'ambassadeur comprit toute l'insanité d'une conduite aussi anti-\npolitique et qui n'avait échappé à l'odieux qu'en tombant dans le\nridicule. Pour obtenir son pardon, il lui fallut livrer son épée. On voit\nque c'était une capitulation complète. La Gabrielli voulut exposer chez\nelle l'épée, en écrivant au-dessous : « Épée de M. *** qui osa frapper la\nGabrielli. » L'exposition menaçait de durer et les rieurs n'étaient pas du\ncôté de l'ambassadeur ; le Français s'adressa à Métastase, le protecteur,\nle professeur, l'ami de Catarina. Métastase obtint que l'épée de l'ambas-\nsadeur lui fût rendue et que là se terminât pour la France ce Rosbach\nde chambre à coucher.\nCette histoire est racontée par tous les biographes de la Gabrielli, sans\nqu'ils donnent les noms des deux rivaux. Moins discret qu'eux, j'aurais\nvoulu dissiper le mystère qui couvre le nom de ce haut personnage si\ndramatiquement amoureux ; mais l'on est, à ce sujet, réduit aux conjec-\ntures. En 1751, au moment où commençait à Vienne la faveur de la"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "169", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.25", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2743, "texte": "chanteuse, la France était représentée à la cour de Marie-Thérèse par le\nmarquis de Hautefort, ayant rang d'ambassadeur. En 1755, lui avait\nsuccédé un simple ministre plénipotentiaire, le marquis d'Aubeterre.\nTous deux sont également inconnus. En 1756, le duc de Choiseul était\nenvoyé à Vienne; mais ce ne serait qu'avec peu de vraisemblance que\nl'on pourrait rendre celui qui fut depuis le grave antagoniste de la\nDubarry, solidaire de cette folle équipée. Toutes les vraisemblances,\nsi l'histoire est exacte, sont donc pour que le marquis de Hautefort en\nait été le triste héros.\nCe n'est que dans les lettres de Métastase que nous trouvons quel-\nques détails sur le séjour de Catarina Gabrielli à Vienne. Elles nous\npermettent de voir dans le domaine de la réalité paisible cette héroïne\nd'une sorte de légende aventureuse, cette Frétillon aristocratique. Nous\nlisons, dans la correspondance du poète, qu'en février 1756, l'enga-\ngement de la Gabrielli avait encore deux ans à courir au théâtre impé-\nrial de Vienne; mais comme Marie-Thérèse, devenue impératrice, avait\nrésolu de faire taire la musique théâtrale pendant le cours de la guerre,\nla souveraine avait eu la ce clémence partiale » (sic) de faire savoir à la\nvirtuose favorite qu'elle pouvait momentanément s'engager ailleurs, si\nelle ne voulait pas rester oisive. Métastase alors se trouva l'agent de\nnégociations engagées pour faire paraître la Gabrielli, devant succéder à\nla Paganini,sur le Théâtre-Italien, que Farinelli (mieux Farinello), con-\nseiller favori en même temps que directeur des plaisirs lyriques du roi\nd'Espagne Ferdinand VI, avait fait établir au Buen-Retiro. L'inter-\nvention de Métastase entre la cantatrice et Farinello était d'autant plus\nnaturelle, que ce dernier avait commandé au premier des travaux pour le\nthéâtre confié à ses soins.\nD'après ces lettres, la Gabrielli base ses prétentions sur celles qu'avait\neues, dans les mêmes circonstances, la Mengotti, dont j'ai parlé plus\nhaut, et à qui, dit Métastase, « elle est certainement supérieure comme\nagilité de voix, comme figure et autres qualités théâtrales. » On stipule\npour la Gabrielli le premier emploi et Métastase engage Farinello à se\nhâter de traiter avec elle, afin de prévenir les tentations qu'elle pourrait\navoir de s'engager ailleurs.\nDans une lettre suivante, Métastase fait connaître les conditions\nauxquelles la cantatrice s'engagerait. A ce titre de prima donna seraient\nattachés, pour elle, des émoluments de 1,200 piastres d'or (le traitement\ndéjà accordé à la pour se tenir à la disposition (servi\\io) des\ncléments souverains d'Espagne, jusqu'à la Pâques de 1759. La Gabrielli\nespère encore de la munificence des Majestés Catholiques 300 piastres"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "170", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.26", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2007, "texte": "d or pour ses frais de voyage, ainsi que cela a été concédé également à la\nMengotti. Elle demande de plus le titre exprès de virtuose de chambre,\nou de virtuose au service de Leurs Majestés Catholiques. Ces conditions\nfurent acceptées à Madrid,, et l'engagement de la cantatrice envoyé en\njuillet .1757 par Métastasé à Farinello.\nC est également dans ces mêmes lettres que nous trouvons quelques\nindications sur les triomphes scéniques de la Gabrielli à Vienne. Dans\nles fêtes données pour la naissance de l'archiduc Maximilien, elle dut\ncréer, à la fin de 1756, le principal rôle de : le Roi pasteur, poème de\nMétastase, musique de Gluck... Le poète césarien parle de ce génie\nimmortel en ces singuliers termes : « Un maître de chapelle bohème, à\nqui la vivacité; le bruit, l'extravagance ont servi de mérite sur plus d'un\nthéâtre d'Europe, au sort duquel je compatis, heureux que le nombre\ndes vivants dont heureusement il n'y a pas encore pénurie—n'en ait\npas été diminué, »\nLa façon dont un homme tel que Métastase parle de Gluck est d'autant\nplus singulière que le premier n'eut, pour ses beaux poëmes, à leur\norigine du moins, que des compositeurs tombés aujoyrd'hui dans l'oubli :\nSarri, Vinci, Galdara,dont il reconnaît lui-même, dans ses lettres,\nl'insuffisance,— et que sa poésie lyrique ne s'est maintenue àla scène que\nreprise plus tard en sous-œuvre au point de vue musical par de véri»\ntables maîtres.\n« La Gabrielli, ajoute Métastase à l'occasion du même opéra le Roi\npasteur, n'a point d'égale pour l'excellence de la voix, le goût, l'action.))\nMétastase s'arrête au milieu de cet éloge enthousiaste pour déclarer\npeut-être yen avait-il besoin qu'il n'est point amoureux de la jeune\ncantatrice. Métastase, on le sait, était l'un des plus beaux hommes de\nson temps. Si l'on songe aux fantaisies qui accidentèrent la vie de\nGabrielli, en peut croire que le poète césaréien put être pour elle infidèle\nà la mémoire de la Romanina.\n(La suite prochainement.)\n\nPAUL FOUCHER."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-11-15-01-c018", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-11-15_01#c018", "volume": "bmtnabc_1874-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "171", "page_fin": "178", "image_debut": 27, "image_fin": 35, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.2.6", "titre_corps": "LA DISETTE ET LES ACCAPAREURS", "titre_sommaire": "LA DISETTE ET LES ACCAPAREURS", "signature_source": "H. MARCELLO", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 27, "page_imprimee": "171", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.27", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1688, "texte": "LA DISETTE ET LES ACCAPAREURS\n\nN ces temps troublés, où la disette d'artistes dramatiques\net surtout de chanteurs se fait si cruellement sentir, il\nn'est peut-être pas inutile de s'occuper de ce fâcheux état\nde choses, qui ralentit le développement de fart musical\net cause de nombreux tourments à nos directeurs de\nthéâtre.\nNous traversons en ce moment une période de transition, période d'épui-\nsement, comme toutes celles qui suivent les époques qui ont beaucoup pro-\nduit. Tous les arts se ressentent de cette fatigue et de cette langueur ; la\nmusique surtout a souffert de cet état de délabrement. Le temps des grands\nmusiciens est déjà loin de nous. Où sont nos maîtres immortels? Où sont\nnos prodigieux virtuoses qui avaient nom Duprez, Nourrit, Levasseur, Ru-\nbini, Lablache, Mario, Pasta, Malibran, Alboni, Frezzolini, Falcon, Stolz et\ntant d'autres ?\nVeut-on dresser la liste des chanteurs qui jouissent actuellement d'une\nhaute réputation? Quand j'aurai cité mesdames Carvalho, Patti, Nilsson,\nKrauss,Sass, Gueymard, Albani etMM.Faure, Nicolini,Tamberlick,Capoul,\nje crois que la liste sera à peu près complète, et encore, parmi les noms qui\nfigurent dans cette trop courte nomenclature, combien peu soutiendraient\nle parallèle avec ceux que j'ai énumérés plus haut !\nIl y a donc là une décadence bien manifeste et une disette de chanteurs\nque nous ressentons d'autant plus vivement que, parmi les artistes que je\nviens de nommer, nous ne pouvons guère revendiquer comme nôtres que\nmesdames Carvalho, Gueymard et M. Faure.\nMadame Carvalho, une des meilleures chanteuses de notre temps, nousappar-\ntient absolument : son merveilleux talent est toujours resté l'un des plus beaux"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "172", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.28", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3114, "texte": "ornements de notre scène française, et ce n'est que bien rarement qu'elle a\nconsenti à nous quitter pour aller faire les délices de l'étranger. Madame\nGueymard est demeurée fidèle à notre Opéra. M. Faure ne nous consacre\nplus que quelques mois par an, mais enfin il se partage encore à peu près\négalement entre la scène française et les scènes étrangères. Quant aux autres,\nce sont des exilés volontaires, et nous ne les connaissons plus guère que de\nréputation. Madame Patti nous a abandonnés sans esprit de retour; madame\nNilsson qui nous a quitté après sa création d'Hamlet, s'est décidée à grand'\npeine à venir inaugurer le nouvel Opéra. Restera-t-elle longtemps parmi\nnous? J'en doute, car je regarde comme fort improbable que ces deux ai-\nmables virtuoses se décident jamais à quitter les pays où fleurissent les\nroubles et les dollars pour venir chanter dans une ville où l'enthousiasme\nn'est pas coté à la Bourse et où les diamants ne pleuvent guère sur la\nscène.\nM. Capoul a été élevé dans nos conservatoires : il a débuté à l'Opéra-\nComique; c'est nous qui avons créé et quelque peu exagéré sa réputation.\nNous l'avons choyé, applaudi, nous en avons fait notre idole, en un mot,\nnous n'avons rien épargné pour nous l'attacher; peines perdues; les succès\nde rOpéra-Comique ne suffisaient pas à l'ambition du jeune artiste, et il n'a\nrien eu de plus pressé que de se lancer à corps perdu dans la carrière ita-\nlienne. Le charmant ténor qui roucoulait jadis le Premier Jour de bonheur\net Rêve d'amour, s'essouffle maintenant à crier le répertoire de M. Verdi.\nNous voilà donc réduits à un petit nombre d'artistes que je vous laisse\nle soin de nommer, artistes de talent sans doute, mais parmi lesquels je\ntrouve bien peu de ces sujets d'élite dont le concours ajoute tant d'éclat à\nla représentation des chefs-d'œuvre lyriques.\nPourquoi sommes-nous si pauvres en chanteurs, pauvres à ce point que\nM. Mermet n'a pu réussir qu'à demi à découvrir la Jeanne d'Arc de ses\nrêves, et que M. Gounod garde son Polyeucte en portefeuille faute de ténor?\nQuelles sont donc les raisons de cette disette et quel remède y apporter ?\nLes causes premières sont multiples.\nD'abord faut-il admettre que, de notre temps, les belles voix soient plus\nrares qu'au temps passé ? Non, sans aucun doute; il y a certainement bon\nnombre de sujets doués de ces précieuses qualités : seulement ils ignorent\nle plus souvent qu'ils ont une fortune dans le gosier et ne se révèlent guère\nd'eux-mêmes à l'admiration du public, le tout est de savoir les découvrir et\npoint n'est besoin d'ajouter que les recherches de ce genre sont aussi diffi-\nciles que peu fécondes.\nDoit-on s'en prendre, comme le veulent beaucoup de gens, à l'éducation\nvicieuse que reçoivent nos chanteurs? Les grandes écoles de chant ont dis-\nparu et leurs traditions sont bien près de se perdre. L'enseignement du\nConservatoire a donné lieu à de vives critiques, dans l'examen desquelles il\nne m'appartient pas d'entrer ; je constate seulement, qu'aux yeux de beau-\ncoup de personnes, cet enseignement, destiné à former les voix, n'arrive le plus"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "173", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.29", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 3318, "texte": "souvent qu'à les déformer et que, selon elles, il doit être compté en première\nligne au nombre des causes auxquelles il convient d'attribuer la décadence de\nFart du chant. Les professeurs particuliers, il y en a de très célèbres, qui se\nchargent de l'éducation des rares sujets chez qui ils ont su découvrir des\ndispositions extraordinaires, ne sont pas exempts de défauts et leurs diffé-\nrentes méthodes ne sont pas plus à l'abri de la critique que la méthode offi-\ncielle professée au Conservatoire.\nOn leur reproche, et non sans quelque raison, de trop exiger de l'organe\nvocal si fragile de sa nature et surtout d'être trop pressés d'arriver au but et de\nlancer dans la carrière des chanteurs incomplets, qui ne tardent pas à briser\ncomplètement leur voix mal assise et déjà fatiguée outre mesure par les\nétudes précipitées et peu judicieuses auxquelles ils ont été soumis. Les\nvoix les mieux constituées durent bien peu aujourd'hui, et cette extrême\nfragilité n'est pas seulement imputable aux chanteurs et aux professeurs ;\nles compositeurs, eux aussi, y sont bien pour quelque chose, et personne ne\ncontestera la justesse des réflexions suivantes inspirées à Scudo par des\ntendances déjà marquées de son temps, et qui s'accentuent chaque jour\nde plus en plus : « Séduits par les effets nouveaux et variés de For-\nce chestre, par l'étendue de son échelle, excités par les mœurs de la société\n« nouvelle à reproduire au théâtre le délire des passions extrêmes à Faide\n« d'une sonorité puissante, quelques compositeurs ont exigé de la voix\n« humaine des efforts qui en ont altéré la fraîcheur et la flexibilité. On a\n« méconnu les sages limites fixées par la nature, aussi bien à la capacité de\n« l'oreille qu'à l'étendue de notre organe vocal ; on a écrit des opéras comme\n« des symphonies; on a confondu et mêlé tous les genres, et Fart de chanter n'a\n« plus été que Fart de pousser des cris et de lutter à pleins poumons contre\n« le bruit de plus en plus envahissant de l'orchestre. Plus de nuances, plus de\n« vocalisation, plus de phrases limpides et saillantes, où le chanteur ait le\n« temps de déployer sa voix et puisse pénétrer chaque note du souffle\n« de son âme. La masse instrumentale, les combinaisons harmoniques et les\n« gros effets d'ensemble ont étouffé la mélodie vocale. » Ce défaut, déjà\nsensible chez Meyerbeer et Halévy, a été fortement exagéré depuis par les\nmaîtres contemporains. Il est regrettable qu'on ne donne plus tous ses soins\nà écrire spécialement pour les voix, comme le faisaient jadis avec tant d'art\net de perfection les maîtres de l'école italienne et les compositeurs français ;\net l'un des reproches les plus mérités qu'on puisse adresser à la jeune école,\nc'est de subordonner par trop les voix à l'orchestre et de les traiter souvent\ncomme un simple instrument, de telle façon que je pourrais citer, dans le\nrépertoire moderne, plus d'un morceau de chant qui semble avoir été écrit\npour violon, violoncelle ou flûte et qui ferait certainement plus d'effet\nsur l'un de ces instruments que dans la bouche d'un chanteur.\nSans doute, ce sans-façon avec lequel on traite les voix et cette énorme\ndépense de forces qu'on exige du chanteur abrègent singulièrement sa car-\nrière et contribuent, dans une certaine mesure, à l'appauvrissement dont nous"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "174", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.30", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3376, "texte": "nous plaignons. Et pourtant ce n'est pas là encore qu'il faut rechercher les\nvéritables causes de la disette d'artistes à laquelle nous nous trouvons réduits.\nLes deux grandes causes, ce sont : d'un côté l'accroissement considérable du\nnombre des théâtres lyriques, surtout en Amérique, et de l'autre, l'accapare-\nment des artistes par ces entrepreneurs que nous voyons courir aux quatre\ncoins du monde pour enrôler des troupes nomades et exploiter tour à tour\nles théâtres des deux hémisphères. De nos jours, on chante l'opéra, l'opéra\nitalien surtout, dans toutes les grandes villes du monde. De là une énorme\nconsommation de chanteurs. Dans la plupart de ces villes (excepté, bien\nentendu, en France, en Allemagne, en Italie), les théâtres ne jouent que pen-\ndant une saison de l'année, ils ne donnent pas une série régulière de repré-\nsentations et n'ont pas une troupe fixe et à demeure comme notre Opéra.\nQuelques mois avant l'ouverture de la saison, le directeur se met en quête\nd'une troupe. Quant à son répertoire il n'a pas à s'en inquiéter, il se compo-\nsera invariablement des œuvres de l'école italienne moderne et de quelques\nopéras français. La grande question, c'est d'avoir une troupe : or, dans beaucoup\nde pays, il n'y a pas de conservatoire où l'on puisse s'adresser et, d'ailleurs, il\nfaut des artistes tout formés et possédant déjà un répertoire. Mais, direz-vous, le\ndirecteur n'a qu'à rappeler à lui la troupe qu'il dirigeait l'année précédente?\nCette troupe, elle n'existe plus, du moins dans son ensemble ; à peine la sai-\nson terminée, tous les éléments qui la composaient se sont désagrégés,\nchaque artiste a tiré de son côté pour aller remplir d'autres engagements qui\nl'appelaient souvent à huit cents lieues de là. Il faudrait donc aller quérir le\nténor à Cuba, le baryton à Moscou et la prima donna à New-York. De là,\nune source de difficultés énormes et de tribulations interminables pour le\nmalheureux directeur, qui se voit sans troupe à la veille de commencer une\nnouvelle campagne. Que faire? le temps presse; il faut, coûte que coûte, arri-\nver à une solution.« To be or not to be. » C'est alors que le directeur, à bout\nd'expédients, s'adresse à un entrepreneur, à un de ces conducteurs de trou-*\npes nomades qui courent sans cesse d'un bout à l'autre du monde. Un bon\ntraité est signé et, moyennant un forfait bien en règle, ledit entrepreneur\nse charge de fournir une troupe complète toute organisée et toute prête à\nentrer en campagne. Cette troupe, ce sera presque toujours une collection\nde sujets ayant tous un nom plus ou moins connu; à leur tête brillera quel«\nquefois une étoile de première grandeur, dont le nom est un attrait certain\net un élément de recettes assuré. S'il y a seulement deux ou trois étoiles\ndans la troupe, c'est une troupe di primo cartello, et sa valeur est inestima-\nble. Car, dans beaucoup de villes, en Angleterre et en Amérique surtout, lé\ngrand, je dirais volontiers le seul talent de l'imprésario, consiste à savoir\ngrouper habilement sur son affiche les noms célèbres et à mettre en jeu les\nplus savantes combinaisons de la réclame et du puffisme.\nVoilà, en quelques traits, le système tel qu'il se pratique en Angleterre, en\nEspagne, en Russie et en Amérique. Est-il besoin de faire ressortir combien\nce système est déplorable et funeste aux véritables intérêts de Fart qu'il"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "175", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.31", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 3249, "texte": "menace de faire tomber des hauteurs de l'idéal dans le domaine vulgaire des\nspéculations commerciales. La représentation d'un opéra dans ces conditions\nn est plus que l'exhibition d'une étoile, autour de laquelle viennent se grou-\nper une foule de médiocrités le plus souvent insupportables; l'œuvre d'art\ndisparaît et tout l'intérêt du spectacle se résume en mademoiselle X., chan-\ntant son rôle favori. Ajoutons que ce système pratiqué chez nos voisins, au\ngrand détriment de l'art pris in abstracto, ne laisse pas que de porter une\ngrave atteinte aux intérêts de l'art français en particulier, en ce sens que dès\nqu un artiste de valeur a réussi à se poser au premier rang et à acquérir\nquelque renommée, il nous est enlevé aussitôt par un accapareur.\nCelui-ci arrive, propose un engagement à forfait et répand l'or à pleines\nmains pour s'assurer le concours de l'étoile en question. En général, l'étoile\nse montre fort exigeante ; quoi de plus juste ? on vient la chercher, on lui\nfait des avances, elle saura exploiter tous les avantages de la situation, car il\nest piquant de remarquer que l'étoile sait toujours marier, avec un art in-\nfini, la finesse du commerçant le plus expérimenté au talent du virtuose le\nplus accompli. Elle commencera donc par exiger une somme bien ronde;\nil ne faudrait pas s étonner, par exemple, de lui voir demander un million\npour deux ans de représentations; le fait s'est présenté il n'y pas bien long-\ntemps. Oui, mais l'entrepreneur s'est fort récrié sans doute? Lui, nullement;\nil a conclu le marché séance tenante, trop heureux d'avoir fait une si bonne\naffaire. Avec une pareille étoile dans sa troupe, le succès et la recette sont\nassurés d'avance, mais il lui faut l'étoile, et pour acheter son concours, il ne\nreculera devant aucun sacrifice. L'étoile demande un million, il donnera\nun million; mais, ce n'est pas tout, il paiera en outre tous les frais de\nv°ya§e 5 voiture, des chevaux, des laquais, une demoiselle de compagnie,\nou la compagnie d un mari, cela s'est vu, plus encore un secrétaire, si l'ar-*\ntiste est un si grand personnage qu'elle ne puisse décemment se passer d'un\nsecrétaire. Joignez à cela les énormes dépenses qu'il lui faudra faire pour\nmettre en pratique sur une large échelle les principes de puffisme et de ré-\nclame créés et légués à la postérité par l'immortel Barnum. Et à ce sujet,\nje vous engage vivement à lire un délicieux passage de Berlioz, sur Barnum\net le voyage de Jenny Lind en Amérique (1), ainsi que les extraits de The\nLife of Phinéas Taylor Barnum, traduits et publiés par M, Paul Merruau,\nVous y verrez, entre autres curiosités, comment il en coûta y 50,000 francs à\nBarnum pour être certain du concours, dans cent cinquante concerts, du\nrossignol que trois industriels se disputaient. Barnum n'avait pas les fonds,\nil les réalisa au moyen de la vente de ses propriétés et d'un emprunt de\n2 5,000 francs. Le paquebot qui portait Barnum et sa fortune arrive en vue\ndeo cotes d Amérique, une émeute d admiration et d'amour éclate aussitôt 4\nUne foule immense accourt au lieu du débarquement et conduit procession-\nnellement la virtuose à son hôtel. Plus de trente mille personnes passent la\n\n(j) Soirées de VOrchestrCi 8® soirée"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "176", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.32", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3067, "texte": "nuit sous ses fenêtres et demandent à cris redoublés mademoiselle Jenny\nLind. Elle paraît au balcon, étonnée, émue de l'explosion de ces senti-\nments affectueux, dont pourtant Barnum est seul en mesure de connaître\nle prix. A minuit, une sérénade fut organisée par deux cents musiciens,\nescortés par trois cents porteurs de torches. Les poètes se mirent à l'œuvre\ndès le lendemain ; Barnum offrit un prix de 200 dollars à l'auteur de la\nmeilleure pièce de vers en l'honneur de la plus grande merveille vocale\nconnue. Tant d'efforts obtinrent un succès complet et légitime; les recettes\natteignirent à un chiffre fabuleux. Il avait été convenu que la recette du\npremier concert serait distribuée généreusement aux pauvres : « La charité,\ndit Barnum, est la meilleure politique. » A la fin du concert, Barnum-se\nprésenta devant l'auditoire avec une liste des hôpitaux de New-York portant\nen regard les sommes qu'il attribuait à chacun de ces établissements sur la\nrecette du jour. « Cet ange, s'écria l'entrepreneur avec une émotion diffici-\nlement contenue, cet ange, car je ne puis lui donner un autre nom, ne veut\npas recevoir un penny en récompense de l'admirable talent qu'il vient de\ndéployer. » Puis, avec des larmes dans les yeux, incapable de dire un mot\nde plus, il tendit la liste préparée d'avance. Le résultat fut tel qu'il l'avait\nprévu; ce ne fut plus de l'enthousiasme, ce fut de l'extase qu'éprouva le\npublic ! Nous nous arrêterons ici, toute description serait impuissante à faire\ncomprendre les mille ressources au moyen desquelles Barnum triompha\ndans la lutte qu'il avait entreprise. Non-seulement il fit honneur aux enga-\ngements contractés avec le rossignol, mais il gagna lui-même des sommes\nconsidérables (1).\nDécidément, Barnum était un grand homme, et je comprends que nombre\nde gens ait brûlé de la noble ambition de marcher sur ses traces, tandis que\nles triomphes de Jenny Lind tournaient la tête à bien des artistes qui pour-\ntant n'étaient pas, tant s'en faut, la plus grande merveille vocale connue.\nMais, voyez-vous maintenant la position de nos malheureux directeurs\nd'opéra. Ils ont à la tête de leur troupe un artiste de talent, ou, ce qui\nrevient au même (pour le directeur s'entend), un nom qui fait recette. Ils\nont déjà payé fort cher pour l'engager; ils font d'énormes sacrifices pour le\nretenir et pour se l'attacher, mais il arrive un moment où il leur devient\nimpossible de satisfaire aux énormes prétentions émises par l'artiste, à qui\nl'accapareur est venu faire des propositions californiennes pour l'entraîner à\nl'étranger. Le directeur se voit contraint de céder, l'artiste part, et le pu-\nblic ,ah dame! le public se contentera de ceux qui restent, si mieux il\nn'aime se passer d'opéra!\nCette situation, véritablement inquiétante pour les intérêts de l'art fran-\nçais, préoccupe depuis longtemps tous ceux qui suivent le mouvement artis-\ntique et qui s'intéressent aux choses de la musique. Sans parler des direc-\n\n(1) Extrait de The Life of Phineas Taylor Barnum, traduction de M. Paul\nMerruau."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "177", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.34", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3230, "texte": "teurs de nos grandes scènes lyriques, les critiques musicaux se sont souvent\noccupés de cette question. Les hommes les plus compétents en cette\nmatière ont été unanimes à déplorer ce triste état de choses et à reconnaître\nqu'il fallait y apporter un prompt remède. Voilà bien en effet le véritable\nnœud de la question : il faut un remède, mais quel remède? Où trouver une\nsolution pratique ?\nEntre autres combinaisons plus ou moins réalisables qui ont été succès®\nsivement étudiées, je n'en citerai qu'une seule, mais elle suffit pour nous\nmener à une conclusion. On a proposé de faire signer aux élèves, avant leur\nentree au Conservatoire, un engagement formel, en vertu duquel ils seraient\ntenus de chanter pendant un certain temps, dix ou quinze ans par exemple, sur\nune scène française; autrement dit, on ferait souscrire aux élèves du Conser-\nvatoire un engagement analogue à celui par lequel les élèves de l'École\nnormale contractent 1 obligation de se consacrer à l'enseignement pendant\nun temps déterminé. Voilà un moyen; voyons maintenant s'il est pratique\net susceptible de produire des résultats. D'abord vous obligez les élèves du\nConservatoire à chanter sur une scène française pendant une période de dix\nans, je suppose, à partir de leur sortie de l'école. Mais, à ce compte-là, nous\nn aurons jamais que des débutants. Les artistes, encore mal aguerris, vien-\ndront faire leurs premières armes sur nos scènes, ils s'y essaieront, ils y\napprendront leur métier, ils arriveront peut-être au bout de peu de temps,\ns'ils sont bien doués, à acquérir un véritable talent et une grande répu-\ntation , mais, ne 1 oubliez pas, pendant toute cette période de formation., le\ntemps a marché, le délai de dix ans touche peut-être à sa fin, va se\ntrouver libre d'engagement, et alors.., alors n'allez pas croire qu'il signera\nun nouveau traité avec son directeur, En même temps que son talent gran-\ndissait, ses prétentions se sont singulièrement d'autant plus que les\nprétentions croissent toujours plus vite que le talent, et si le directeur refuse\nde souscrire à ses exigences, il fera ce que font nos artistes d'aujourd'hui, il\ncourra se jeter dans les bras du premier Barnum venu, qui lui aura promis\ndes sommes fabuleuses pour une tournée en Amérique. Et nous, public, qui\navons formé 1 artiste, qui avons été pleins d'indulgence pour ses premières\nfaiblesses, nous nous trouverons Gros-Jean comme devant. Le rossignol se\nsera envolé, et il ne nous restera pour toute consolation que la perspective\nd élever de nouveaux sujets..,, toujours pour la même destination.\nMais, à ce compte-là, pour employer une image vulgaire, nous passerions\nnotre vie à essuyer les plâtres et à assainir la maison pour qu'un autre\nvienne s'y loger à notre place ; serviteur ! votre système est impossible.\nEt d'ailleurs, songez donc bien que si vous imposez des conditions trop\nonéreuses aux élèves qui se destinent au Conservatoire, rien de plus simple,\nils n'y entreront pas, ils préféreront se mettre entre les mains d'un profes-\nseur particulier. Viendrez-vous encore faire un nouveau règlement à\n1 usage des professeurs particuliers? Non, tout cela est la situa-\ntion est mauvaise, elle exigerait un remède énergique, mais quelque savantes"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "178", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.35", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1284, "texte": "que soient vos combinaisons, quelque ingénieux que puissent paraître YOS\nsystèmes, vous vous trouverez toujours en face de cette loi fondamentale de\nl'offre et de la demande qui régit toutes les transactions commerciales... S'il\ny a grande consommation de chanteurs et peu de sujets, le prix des chan-\nteurs sera très élevé, et un directeur d'opéra ne pourra jamais empêcher\nun autre directeur, son voisin, de lui faire concurrence et d'offrir 200,000 fr.\nau ténor tju'il ne paie que 60,000fr.\nConclusion : Il ya là un état de choses extrêmement fâcheux, extrême-\nment nuisible au progrès de l'art pur et dégagé de tout esprit de spéculation\ncommerciale, mais auquel, malheureusement, nous ne pouvons apporter au-\ncun remède. Quoi qu'il en soit, la question est intéressante et mérite qu'on\ns'en occupe; je n'ai pas la prétention de l'avoir coulée à fond, j'ai voulu seule-\nment l'esquisser en quelques traits afin d'appeler sur ce sujet l'attention des\namis de la musique et d'inviter les intéressés à chercher un système de répres-\nsion que j'avoue n'avoir pu découvrir. Si quelqu'un de nos lecteurs, après avoir\nréfléchi sur la question, se trouvait en mesure de proposer une solution\npratique, je lui serais reconnaissant de me la communiquer.\n\nH. MARCELLO."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-11-15-01-c021", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-11-15_01#c021", "volume": "bmtnabc_1874-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 33, "image_fin": 33, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.2.6.3", "titre_corps": "Victor Masson, del, et sc.", "titre_sommaire": "Victor Masson, del, et sc.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.33", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 136, "texte": "Victor Masson, del, et sc.\nImp.A.Catlart, Paris.\nLA MUSIQUE\nd'après la Margaráta Philosophica de Greg Reish\n(Commencement du XVIe Siède)"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-11-15-01-c023", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-11-15_01#c023", "volume": "bmtnabc_1874-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "179", "page_fin": "181", "image_debut": 36, "image_fin": 38, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.2.7", "titre_corps": "REVUE DES CONCERTS", "titre_sommaire": "REVUE DES CONCERTS", "signature_source": "H. MARCELLO", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 36, "page_imprimee": "179", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.36", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1762, "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nCONCERTS-POPULAIRES. Observations à propos du Schiller-Marsch, de Meyerbeer. ~\nAir de ballet, de M. Th. Dubois (première audition). Sonate pour violon, de\nLeclair (1720). Concertos de Mendelssohn. Madame Jaëll et M. Sarasate.—\nPhaêton, de M. Saint-Saëns. Fragments de la Damnation de Faust, de Berlioz.\nE Schiller-Marsch, de Meyerbeer, qui ouvrait le troi-\nsième Concert de la première série, me paraît assez mal\nplacé en tête d'un programme. L'orchestration de ce\nmorceau, pleine de relief et d'éclat, jette une ombre\ndéfavorable sur l'œuvre qui lui succède immédiatement,\nmême quand cette œuvre est la Symphonie en ré majeur, de Beethoven,\nde telle sorte que l'auditeur éprouve une sensation analogue à celle de ce\npeintre, à qui on montrerait un tableau d'lngres, après avoir ébloui ses\nyeux par un Rubens étincelant de couleur et de lumière. Ce n'est là\nqu'un détail, mais un détail qui a bien son importance, car il nous\nrappelle à l'observation de cette grande loi de la progression des effets,\nqui demande à être strictement suivie, aussi bien dans l'agencement des\ndifférentes parties d'une œuvre dramatique, que dans la succession des\nmorceaux d'un concert.\nJe n'ai pas grand'chose à dire de Y Air de ballet, de M. Dubois, qu9on\na exécuté après la Symphonie en ré. La première phrase, en mouvement\nde gavotte, ne manque pas d'agrément ; ce qui suit n'est pas toujours en\nparfaite harmonie avec l'idée première et le morceau complet forme un\ntout sans homogénéité, qui n'appartient ni au style ancien, ni au style\nmoderne. Au demeurant, Y Air de ballet, de M. Dubois, est une page\nfinement écrite ; seulement, je me demande si c'était bien la peine de\ndéranger un orchestre tout entier pour lui faire exécuter d'aussi petite\nmusique ?"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "180", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.37", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2719, "texte": "Était-il bien nécessaire aussi de transporter à l'orchestre la jolie\nsonate de Leclair, composée en 1720 pour violon seul avec la basse\ncontinue ?Jene le crois pas. Ces sortes d'arrangements ne m7ont jamais\nparu très heureux et je les regarde comme des contre-sens musicaux\nqu'il importe d'éviter avec le plus grand soin. Une de ces transfor-\nmations a paru réussir, c'est celle du Septuor, de Beethoven \\ et encore\nl'exécution de ce chef-d'œuvre par sept instruments, est-elle demeurée\ninfiniment supérieure à l'exécution par l'orchestre tout entier ; j'en\nappelle à ceux qui ont entendu le Septuor dans les concerts de musique\nde chambre, En tout cas, cette tentative eût-elle absolument réussi,\nqu'elle ne suffirait pas pour autoriser en principe des transformations,\ndont le moindre défaut est de changer, de fond en comble, le caractère\nd'une œuvre et par suite d'en dénaturer le sens et l'expression. Le com-\npositeur a mis son morceau au point où il doit être mis; il était plus\ncapable que personne de savoir sous quelle forme son idée devait être\nprésentée ; ne refaisons donc point ce que nous étions incapables\nde faire.\nJe comprends parfaitement dans quelle intention M. Pasdeloup a fait\nexécuter la sonate de Leclair; il a vu là un moyen de renouveler un peu\nses programmes, en y faisant entrer une œuvre peu connue et d'ailleurs\nassez intéressante. L'idée est des plus louables, mais je crois que M. Pas-\ndeloup aurait pu en tirer un meilleur parti, en nous faisant entendre\nquelque symphonie de Gossec, d'Onslow, de M. Reber, ou de M. Féli-\ncien David. Je ne m'abuse pas sur la valeur de ces productions de\nl'École française; je sais qu'elles paraîtraient bien effacées à côté des\nchefs-d'œuvre de l'École classique; mais enfin Gossec a composé vingt-\nneuf symphonies à grand orchestre, qui sont absolument ignorées du\npublic et qui mériteraient d'être étudiées par les artistes, curieux de\nconnaître les commencements d'un art, dont la symphonie en ut mi-\nneur est demeurée la plus parfaite expression.\nNous avons entendu dans cette dernière quinzaine deux concertos de\nMendelssohn : le concerto en sol mineur, pour piano, joué par\nmadame Jaëll avec une grande perfection de mécanisme, et le con-\ncerto pour violon,, exécuté par M. Sarasate, avec un admirable talent.\nM. Sarasate n'est pas seulement un virtuose de premier ordre, c'est\nsurtout un grand artiste, qui joint à une bravoure qu'aucune difficulté\nn'arrête, un beau style toujours soutenu et un profond sentiment des\nœuvres dont il se fait l'interprète. Il a obtenu un immense succès.\nParmi les autres morceaux qui ont été exécutés dans ces deux con-\ncerts, je signalerai encore l'ouverture du Tannhauser, la Suite d'or-"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "181", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.38", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 1395, "texte": "cliestre en ré majeur,de J. S. Bach, et le de M. Saint-Saëns,\ndont nous avons rendu compte l'année dernière. A propos de ce dernier\nmorceau, qui a la prétention de représenter une scène mythologique, je\nferai remarquer à M. Pasdeloup qu'un mot d'explication sur ses pro-\ngrammes serait indispensable pour éclairer le public sur la pensée du\nmusicien. Parmi les quatre mille personnes qui assistent à ses concerts\ndu dimanche, il en est bien quelques-unes qui ignorent absolument\nle nom et l'aventure de Phaëton, et qui ne devineront jamais, si on ne\nleur vient en aide par quelques mots d'explication, que la musique de\nSaint-Saëns a pour but de nous peindre la course affolée du char du\nsoleil, confié aux: mains inhabiles du fils d'Apollon et de Climène. Le\nmieux serait sans doute de ne nous offrir que de la musique qui puisse\nêtre comprise sans explication ; mais, si vous nous donnez de la musique\nà programme, donnez-nous au moins le programme.\nLe quatrième concert s'est terminé par des FRAGMENTS de la Damnation\nde Faust,de Berlioz. Quand nous sera-t-il donc donné d'entendre une\nœuvre complète de ce grand musicien français? Depuis que Berlioz est\nmort, sa musique doit avoir acquis de la valeur, et il me semble qu'en\nsa qualité de compositeur non vivant, il devrait avoir droit à quelques\négards, et notamment à l'exécution intégrale de ses œuvres î\n\nH. MARCELLO."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-11-15-01-c027", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-11-15_01#c027", "volume": "bmtnabc_1874-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "182", "page_fin": "186", "image_debut": 39, "image_fin": 43, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.2.8", "titre_corps": "REVUE DES THÉATRES LYRIQUES", "titre_sommaire": "REVUE DES THÉATRES LYRIQUES", "signature_source": "ARTHUR HEULHARD", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 39, "page_imprimee": "182", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.39", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1306, "texte": "REVUE DES THÉATRES LYRIQUES\n\nOPÉRA : Les Huguenots. M. Mierswinski. THÉATRE-VENTADOUR : Otello. M. Fer-\nnando.-—OPÉRA-COMIQUE : Mireille.— RENAISSANCE : Giroflée-Girofla.— BOUFFES-\nPARISIENS : Madame VArchiduc» FOLIES-DRAMATIQUES : L<a fiancée du roi de\nGarbe.\nE voici placé dans la situation d'un commandant de\nplace, qui aurait crié famine pendant un long inves-\ntissement, et qui se trouverait tout à coup obligé de\nprononcer devant sa garnison l'allocution suivante :\n« Fidèles compagnons d'infortune, hier nos magasins\nd'approvisionnement étaient tristes et désolés. La na-\nture y avait horreur du vide. Nous avons dû pour nous sustenter, arra-\ncher la vie aux animaux de la plus basse extraction. Aujourd'hui, par\nun hasard providentiel, que je ne puis mieux comparer qu'à la manne\nhébraïque, les vivres abondent dans nos greniers; les planchers crient\nsous le poids des substances les plus nourrissantes, L'accumulation des\nviandes y est telle que l'édifice menace ruine. Soldats de la garnison, je\nvous donne formellement l'ordre de ne vous nourrir à l'avenir que des\naiguillettes les plus délicates, de n'user plus que des filets les plus réjouis-\nsants à l'œil, et cela à l'exclusion de toute autre pièce charnue. Je déclare\nque cette mesure est prise dans le but d'éviter un encombrement de vie-"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "183", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.40", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2595, "texte": "tuailles qui porterait préjudice à l'équilibre de vos fonctions digestives. »\nJe vous laisse à penser la stupéfaction de la garnison.\nEt cependant, c'est un cas semblable qui se présente ici. L'affiuence\ndes nouveautés va me forcer, moi aussi, de jeter du lest.\nLes théâtres lyriques n'ont pas donné ou repris moins de vingt actes,\ndepuis une quinzaine. Comptez bien : La Fiancée du roi de Garbe,\ntrois actes, Madame VArchiduc, trois actes, Otello, trois actes, repré-\nsentés alors que le dernier numéro de la Chronique musicale était sous\npresse. Et depuis, Giroflée-Girofla, Mireille, les Parias; j'allais oublier\nles Huguenots, pour le début du ténor Ladislas. Entassez tout ce qu'un\ncritique de la bonne école pourrait écrire sur ces beaux sujets médullaires;\ncompilez tout ce qu'il en pourrait dire d'éloquent, de goguenard, de\nmalicieux, de fantaisiste, de spirituel, de pédant et de supercoquentieux ;\nc'est la matière d'un in-folio, dans le format in-folio, et à Dieu ne plaise\nque j'expose le lecteur à un in-folio.\nTâchons plutôt d'être bref.\n' Commençons par le début de M. Ladislas Mierswinski, dans les\nHuguenots, puisque c'est l'Opéra qui remplit, dans Tordre hiérarchique\nde nos scènes lyriques, le rôle de plus en plus difficile de Jupiter. Ab\nJove principium. Et à ce proverbe latin, ajoutons un passage de la\nGenèse, dont nous ferons application à M. Ladislas : In principio erat\nverbum : Au commencement était le verbe. » Au théâtre, le verbe\nconsiste à se faire comprendre dans la langue que l'on veut parler, et\nc'est ce qui manque à M. Ladislas, dont le verbe est de nationalité polo-\nnaise. Or, Raoul est sire de Nangis, fief qui n'est point en Pologne,\ncomme l'accent de M. Ladislas Mierswinski le fait croire. Ce vice de pro-\nnonciation est la plus forte prévention que j'aie contre le nouveau ténor\nde M. Halanzier. Sa voix est assez belle, mais inculte : on s'est trop\nhâté de nous la faire entendre. Son éducation musicale n'est pas moins\nprimitive. La morale de cette tentative est que, pour chanter français, il\nfaut parler français.\nA ce début, qu'on eût pu retarder, je préfère celui de M. Fernando,\nqu'on eût pu avancer. M. Fernando chante le rôle d'Otello, qui s'étend\nsur une échelle vocale extrêmement étendue, sans aucune défaillance.\nIl y met une chaleur, une bravoure, une fougue réellement étonnantes.\nDans le récitatif, sa voix tinte avec une intensité de son toute métallique.\nA travers le réseau de vocalises dont Rossini a enveloppé tous ses airs,\nelle se fraye passage à plein gosier, sans artifices de mauvais aloi. Dans"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "184", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.41", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2553, "texte": "M. Fernando, c'est le musicien qui n'est pas toujours bien en selle :il\nattaque franchement, mais il rhythme avec impatience. Que M. Fer-\nnando veille à la mesure : c'est la racine carrée de la musique, comme\nla justesse est la racine carrée du chant.\nL Opéra-Comique a repris la Mireille, de Gounod, jadis jouée et qua-\nsi-tombée au Théâtre-Lyrique, M. du Locle pille M, Carvalho. Singulier\nproblème réalisé déjà ! M. du Locle se taille des manteaux dans les vestes\nde M. Carvalho, C est madame Carvalho qui gère cette garde-robe fan-\ntastique. N a-t-on pas vu Roméo et Juliette se relever place Boïeldieu du\ncoup reçu place du Châtelet? Cette fois, pourtant, la témérité déborde,\net je doute que Mireille tienne l'affiche au-delà des représentations\nprescrites par le bon sens. Mireille est une œuvre évidemment incom-\nplète, inégale, dont les trous sont des précipices. Le premier acte est plein\nde couleur. Dans les suivants, quelques morceaux bien venus s'enlèvent\nen relief sur un fond de mélopées longues et tristes. La Provence, que\nMistral illumine d'un chaud soleil d'été, Gounod l'éclairé d'un pâle soleil\nd'hiver. Le côté maladif de son talent s'y trahit trop souvent. M. du Locle?\nqui a des idées d'amphithéâtre, des goûts de carabin facétieux, a rétabli\nla scène morbide du Rhône, qui avait été prudemment coupée dans la\nversion du Théâtre-Lyrique; cette charge d'hôpital nous paraît un peu\ncrue.\nMadame Carvalho anime toute cette pastorale tragique de son souffle\npoétique. Le chevrottement aigu du ténor Duchesne semble en voie de\nguérison. Le chant de Gounod a des hypocrisies qui siéent mal au franc\net magnifique organe de Melchissédec. Ismaël engage avec la note une\nlutte dont il ne sort pas toujours vainqueur. C'est à madame Galli-Marié\nqu est dévolu le rôle de Taven : pour l'appréciation, cherchez la rime\nd'Agésilas.\nGiroflée- Girofla se joue à la Renaissance ; cela se sait déjà partout.\nLe libretto de MM. Leterrier et Vanloo nous initie aux mystères de\nla belle-mère. Il n'y a ni bonnes ni mauvaises belles-mères, il n'y a que\ndes belles-mères. Et bien que l'action se passe au pays de la féerie, c'est\n1 enseignement qui se dégage de Giroflée-Girofla, tant il est vrai qu'il y\na des maximes absolues, même dans la féerie.\nMadame Aurore, épouse de Boléro, deux lois mère, devient deux fois\nbelle-mère. Giroflée et Girofla sont ses filles ; Marasquin et Moursouk\nsont ses gendres, ou plutôt ils sont son gendre, car, au moment où\nchacun d eux réclame sa fiancée, dame Aurore n?a plus à leur disposition"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "185", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.42", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2844, "texte": "que Giroflée. Girofla a été enlevée par les pirates! Toute l'intrigue est\nlà : une belle-mère est assiégée par deux gendres, auxquels elle n a\nqu'une fille à donner : situation délicate pour la belle-mère, épineuse\npour la fille, insupportable pour les gendres! Le dénoûment satisfait à\nla fois les passions et les mœurs. Girofla, reconquise par l'amiral Mata-\nmoros, rentre à temps au bercail. Sur ce canevas un peu tendu,\nMM. Leterrier et Vanloo ont brodé certaines scènes risquées, d'où la\nfranche gaillardise chasse heureusement le sous-entendu graveleux. Je\nn'excepte de ce jugement que la scène qui ouvre le troisième acte entre\nGiroflée et Marasquin_, et qui constitue une monographie trop complai-\nsante de la nuit des noces.\nLa musique de Giroflée-Girofla est, à mon sens, la- meilleure que\nM. Charles Lecocq ait jamais faite. Elle me paraît supérieure à Fleur de\nThé, aux Cent vierges, à la Fille de madame Angot, et pourtant elle\nest appelée à un succès moins grand que cette parce qu'elle se\nrelève d'une pointe de style assez sensible et qui pourra nuire à sa popu-\nlarité. Qu'on ne m'accuse pas de prodiguer l'encens aux faux dieux de\nl'opérette : je ne suis point suspect de sacrifices au veau d'or. Mais\nj'estime particulièrement le talent de M. Lecocq, qui me paraît beaucoup\nplus sainement trempé que celui de M. Offenbach, par exemple. J'aime\nLecocq parce que je ne vois pas percer, dans la carrière de ce compo-\nsiteur, cet esprit d'intrigue personnelle qui conquiert la scène par une\nsorte de Calvaire d'antichambre. J'aime Lecocq parce qu'il est Fran-\nçais, bien Français, et plus encore parce que sa muse est française, parce\nqu'elle a certaines faiblesses de la muse française ; j'entends par là cette\nfacilité native qui se laisse trop aller à elle-même, quoiqu'elle ait en soi\nla force de se corriger. J'aime Lecocq, parce qu'il n'est point l'esclave de\nson genre, et qu'au contraire il en est le maître, car il se ferait écouter\njusque sur le terrain de Topéra-comique. Ses couplets, toujours enclos\ndans une ri:ournelle typique, sont de la belle humeur du petit vin\nd'Anjou. Ses chœurs, n'était un abus d'unisson qui les dépare, ont de\nl'allure et de la sonorité. Ses morceaux d'ensemble sont bien dialogués.\nSon orchestration a de la verve, de la clarté : elle est semée de jolis\ndessins d'instruments qui visent et atteignent souvent au pittoresque.\nDe tous les compositeurs d'opérette, M. Lecocq est, avec M. Cœdès, le\nplus apte à traiter le genre de Topéra-comique. A l'appui de cette opi-\nnion, je citerai tout le second acte de Giroflée-Girofla, sauf la chanson\nde la jarretière dont l'archaïsme est commun ; au premier acte, le chœur\ndes pirates, le sextuor et le finale ponctué parles cloches; au troisième,\nles deux duos d'amour entre Giroflée et Marasquin, Moursouk et Girofla."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "186", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.43", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1396, "texte": "Giroflée-Girofla, c'est mademoiselle Granier, qui joue et chante avec\nles grâces les plus piquantes. Dame Aurore, c'est Alphonsine, qui\nressemble singulièrement à un portrait de madame de Maintenon par un\nmauvais peintre, et qui s'est forgée une voix bien extraordinaire. M. Puget\n(Marasquin) est un agréable ténorino/mais il joue avec des afféteries\nenfantines. Vauthier (Moursouk), l'ancien baryton de l'Athénée, perd en\njustesse et en goût ce qu'il gagne en force et en éclat. Un débutant, venu\nde Bruxelles, M. est une assez bonne ganache prématurée.\nMadame VArchiduc et la Fiancée du roi de Garbe sont bien loin de\nnous déjà pour que nous y insistions.\nMadame VArchiduc est de M, Albert Millaud pour les paroles et de\nM. Jacques Offenbach pour la musique. J'ai tout dit en nommant\nles auteurs : M. Albert Millaud trousse avec esprit l'article de journal et\nla poésie badine ; mais le théâtre est plus rétif. Quant à M. Offenbach,\ntout le monde sait qu'il est immortel. Il est même difficile de l'être plus,\nLa Fiancée du roi de Garbe a pour musicien M, Litolff, qui a tous\nles talents, hormis celui d'être bouffe, Symphoniste émérite, virtuose\net chef d'orchestre de premier ordre, M. Litolff est incapable de faire un\nbon couplet d'opérette. C'est trop et trop peu pour lui.\nP. S. Nous renvoyons au prochain numéro notre appréciation sur\nles Parias.\n\nARTHUR HEULHARD."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-11-15-01-c031", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-11-15_01#c031", "volume": "bmtnabc_1874-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "187", "page_fin": "192", "image_debut": 44, "image_fin": 49, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.2.9", "titre_corps": "VARIA", "titre_sommaire": "VARIA", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 44, "page_imprimee": "187", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.44", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1836, "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nFAITS DIVERS\nE théâtre de la Porte Saint-Martin vient d'inaugurer un nou-\nveau genre de spectacle que l'on pourrait appeler la féerie-\nscientifique. Un Anglais, deux fois millionnaire, parie la moi-\ntié de sa fortune, avec les membres de son cercle, qu'il fera\nle Tour du Monde en 80 jours. Après un voyage rempli de\npéripéties dramatiques, il gagne son pari. Cette donnée permet\naux auteurs, MM. Jules Verne et Dennery, de faire passer sous les yeux des\nspectateurs une suite de tableaux représentant les différentes parties du\nmonde.\nLa mise en scène est bien faite; plusieurs décors sont très beaux; on y voit\nun éléphant vivant; un train de chemin de fer avec une vraie locomotive;\nenfin un steamer, dont la machine éclate, sombre en pleine mer. Le décor de\nl'île de Bornéo, nous montre un brillant ballet dansé par des Malaisiennes;\nil est réglé avec beaucoup d'art par M. Gredelue, l'habile maître de ballet de\nla Porte-Saint-Martin. Nous y avons admiré madame Dorina Mérante, sa\nfemme, danseuse de haut style, dont la place est marquée à l'Opéra. Le talent\nde madame Mérante n'est pas moins apprécié en Angleterre qu'en France,\net les plus brillantes propositions lui sont faites, ainsi qu'a son mari, pour la\nsaison d'hiver.\nNotre excellent collaborateur et confrère du Monde illustré, M.Albert\nde Lasallô, met en ce moment la dernière ira in à un nouveau livre intitulé :\nles Treize Salles de VOpéra, qui paraîtra chez l'éditeur Sartorius. Nous savons\ndéjà que cet ouvrage, commandé par l'actualité, sera plein de documents\ncurieux, rassemblés à grand renfort de minutieuses recherches.\nMademoiselle Angèle Blot a rouvert le 3 novembre son cours gratuit de\nharpe pour les jeunes personnes. S'inscrire chez le professeur, tous les jours\navant midi, 147, faubourg Poissonnière,"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "188", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.45", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3085, "texte": "Le magnifique lustre qui éclairera la salle du nouvel Opéra pèse\n6,2 5o kilogrammes et mesure huit mètres de haut. Il sera installé dans la\nsalle d'ici à huit jours. La scène est complètement terminée ; on est en train\nd'y poser le rideau de fer et le manteau d'arlequin. Les herses sont installées\nau cintre, ainsi que les tambours qui servent à équiper les rideaux. La rampe,\nqui ne comportera pas moins de soixante becs, va être posée. Les dorures\nsont également terminées ; les tapissiers s'occupent de la décoration des\nloges. Les peintures de M. Baudry sont en place ; le grand escalier d'honneur\nest tout prêt. Tout le bâtiment administratif est achevé.\nLa question d'acoustique, au nouvel Opéra, préoccupe toujours les\nmusiciens.\nIl paraîtrait que, pour agrandir l'orchestre, M. Halanzier aurait eu l'idée\nd'empiéter sur le ventre de la scène. Or, plus la scène avance, plus la salle\nest sonore. C'est ainsi qu'à la Scala et dans les principaux théâtres lyriques\nd'ltalie, il y a une grande distance entre la toile et le trou du soufleur. Quand\nle rideau se lève, il y a comme une sorte d'appel d'air qui repousse la voix\ndu chanteur au fond du théâtre. A l'Opéra-Comique, par exemple, ainsi\nqu; aux Italiens, deux salles mal construites, l'artiste est mieux entendu au\nfond de la scène que sur le devant de la salle. Tandis qu'au contraire, si on\ndonne au chanteur la facilité d'avancer sur son public, non-seulement il se\nfatigue moins, mais encore aucun spectateur ne perd une note.\nRègle générale : il doit y avoir proportion mathématique entre la longueur\net la hauteur de la scène, et la distance de la toile au trou du souffleur. C'est\ncette proportion qui va être atteinte par la nouvelle mesure prise par M. le\ndirecteur de l'Opéra.\nNous extrayons du Guide musical de Bruxelles la note suivante, qui a\ntrait à un compositeur belge trop oublié, Cyprien de Rore :\n« CYPRIEN DE RORE. Le célèbre compositeur belge, Cyprien de Rore\nauquel la ville de Malines, où il vit le jour en isi6, éleva, il y a quelques\nannées, un monument en bronze, n'a pour toute biographie qu'une humble\net concise épitaphe, commentée en sens bien divers, d'après le système ou\nle caprice des auteurs, et réellement insuffisante pour la constatation d'une\ngloire artistique aussi grande, aussi incontestable.\n«Plusieurs documents, découverts récemment dans les dépôts d'archives\nd'ltalie, par M. E. Van der Straeten, élucident admirablement les points\nobscurs de cette noble carrière, outre qu'ils fournissent sur la position pré-\ncaire du maître des renseignements aussi intéressants que neufs.\n«Voici, entre autres, une lettre autographe du fameux musicien, retiré, en\n1559, à Anvers, chez ses parents, qu'une série de désastres avaient réduits à\nla misère.\n« Cyprien de Rore avait quitté volontairement, par scrupule de religion\npeut-être, le poste de maître de chapelle d'Hercule 11, duc de Ferrare, qui,\ncomme on sait, accorda un asile aux réformateurs Calvin et Marot et se\ndéclara pour leur doctrine.\n« Il apprend à Anvers la mort de son ancien protecteur. Devenu en"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "189", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.46", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2709, "texte": "quelque sorte à charge à sa famille, il s'empresse d'écrire à Alphonse 11, qui\nvenait de succéder à son père, pour lui offrir ses services, en l'assurant que,\nde toutes les présentations qui lui arrivent de diverses contrées, celle que\nle nouveau duc de Ferrare pourrait lui faire lui sera la plus agréable.\n« Il ne réussit point dans ses démarches, et, peu après, il se résigna\nd'accepter, en vue de venir en aide à son vieux compatriote et maître, Adrien\nWillaert, la place de vice-directeur de la musique à la basilique de Saint-\nMarc, à Venise.\n« Voici la lettre de Cyprien de Rore, traduite aussi littéralement que\npossible :\nAnvers, le 12 novembre 1559.\n« Illustrissime et excellentissime seigneur,\n0 Si j'avais connu d'abord votre résidence fixe, je vous aurais fait mes compliments\nde condoléance sur la mort du très illustre et très excellent seigneur votre père, que\nDieu protège!\n« C'est avec sa bonne permission, comme Votre Excellence doit savoir, que j'ai\nrécemment, bien malgré moi, quitté mon service, pour passer le reste de mes jours\navec mes parents, me résignant à mon sort, bien que ma pauvreté s'accommodât\nmieux d'un emploi auprès de Son Excellence.\na Mais, en arrivant ici, j'ai trouvé mes parents totalement ruinés, à la suite de\nplusieurs malheurs qu'ils ont éprouvés, et, malgré ma résolution de vivre avec eux\nen liberté et en repos, je me vois obligé de reprendre un nouveau joug.\n« Recherché, tant en Italie qu'ici et ailleurs, par divers personnages, avec l'offre de\nbons émoluments, je n'ai cru devoir prendre aucun engagement sans avertir au préa-\nlable Votre Excellence, car j'ai toujours été, comme je le suis encore présentement,\ntrès dévoué à son illustre maison souveraine.\n« Si Votre Excellence m'agrée, eu égard à mes services passés, je quitterai toutes\nchoses pour elle, afin qu'elle connaisse parfaitement ma bonne affection. Dans le cas\ncontraire, elle voudra bien, pour ma gouverne future, me prévenir de sa résolution.\n« Je n'en resterai pas moins tout dévoué à sa très illustre famille, et pour venir\ndans cette bonne disposition, je baise humblement les mains de Votre Excellence, en\npriant Dieu de la conserver et rendre heureuse dans l'état de son choix.\n« Son humble serviteur,\n« CIPRIANO DE RORE. «\n\nNOUVELLES\n\nARIS. Opéra. M. Halanzier vient de traiter avec M. Bourbou-\nresque, basse profonde, qui chantait précédemment au Théâtre de\nMarseille.\nMademoiselle Daram débutera dans le rôle du page des Hu-\nguenots.\nLes travaux d'aménagement du Nouvel Opéra sont poussés avec activité,\net on pense pouvoir l'inaugurer à la date fixée : le 18 janvier prochain.\nThéâtre Ventadour (Italiens), Mardi prochain, première représentation\nde Crispino e la Comare."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "190", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.47", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1920, "texte": "— Nous avons déjà annoncé la réception, par M. Bagier, de la Clé d'or,\nopéra de M. Octave Feuillet pour les paroles, et de M. Eugène Gautier pour\nla musique. La Clé d'or commencera en janvier les représentations françaises\ndu Théâtre Ventadour. On continuera avec une pièce nouvelle : Un Caprice\nde Ninon, de MM. François Oswald et Arnold Mortier, musique de M. Sa-\nmuel David. Puis viendront deux reprises importantes, la Perle du Brésil,\nde Félicien David, et la Statue? de Ernest Reyer*\nOpéra-Comique. — Voici la distribution de Carmen, le nouvel opéra-\ncomique de MM. Meilhac et Halévy, et Georges Bizet :\nDon José MM. Lhérie\nEscamille Bouhy\nLe Dancaïre Potel\nLe Remendado Barnolt\nZuniga Dufriche\nMorales Duvernoy\nCarmen Mmes Galli-Marié.\nMicaëla Chapuy\nFrasquita Ducasse\nMercedès Chevalier\nOpéra Populaire (Châtelet).— Damain, première représentation (reprise)\nde : les Amours du diable, opéra-féerie. Cette pièce alternera avec les Parias,\nde M. Membrée*\nVariétés. — Hier, première représentation des Prés Saint-Gervais, de\nV. Sardou, musique de Ch. Lecocq. La pièce est jouée par :\nLarose . MM. Dupuis\nNarcisse Berthelier\nHarpin Christian\nNicole Baron\nGrégoire Cooper\nConti Mmes Peschard\nFriquette Paola-Marié\nMme Nicole A. Duval\nToinon B. Legrand\nLa partition des Prés Saint-Gervais vient d'être vendue cinquante-cinq\nmille francs à M. Spiers, directeur du grand Critérium de Londres.\nFolies-Dramatiques. — La Fiancée du roi de Garbe aura peu vécu, elle va\ncéder l'affiche à Héloise et Abeilard. Mademoiselle Desclauzas prend le rôle\nd'Héloïse, créé par mademoiselle Coralie Geoffroy, et Mademoiselle Van»\nGhell jouera celui d'Odette, créé par mademoiselle Paola Marié.\n— Hervé va terminer une grande opérette, Blanche de Nevers,ç\\\\i\\ passera a\nla fin de l'hiver, après Don Juan XI F, de M. Lecocqô *\nIl serait question aussi d'une prochaine reprise de la Belle Bourbonnaise,\nde M» Cœdès."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "191", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.48", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2283, "texte": "Athénée. —M. Wilfrid, ancien artiste, prend la direction de l'Athénée, dont\nil va refaire un théâtre d'opérette. On ouvrirait avec Fleur de Thé, de\nM. Lecocq.\nConcerts du Châtelet. L'association artistique, dirigée par M. Colonne,\ndonne aujourd'hui son premier concert, avec le programme suivant :\nSymphonie romaine. « ....... MENDELSSOHN.\nAllegro vivace. Andante con moto. Minuetto.\nSaltarello.\nScherzo d'un quatuor... ~ CHERUBINÎ.\nPar tous les instruments à cordes.\nLe Rouet d'Omphale. G. SAINT-SAENS.\nPoème symphonique. *\nConcerto en sol, pour piano. ........ BEETHOVEN.\nScènes pittoresques (4e suite d'orchestre) J. MASSENET.\nN° 1. Marche.\nN° 2. - Air de Ballet.\nN° 3. Angélus.\nN° 4. Fête bohème.\nConcerts Danbé. L'ancien orchestre du Grand-Hôtel va reprendre ses\nconcerts le ler décembre, sous la direction de M. Danbé, dans un nouveau\nlocal que l'on construit actuellement, 57, rue Taitbout, et qui sera merveil-\nleux. L'ouverture se fera avec le nouvel oratorio, de M. Rubenstein, la Tour\nde Babel; il sera interprété avec le concours de la Société des chœurs de\nM» Chevé.\nConcerts d'Harmonie sacrée (Cirque des Champs-Élrsées). —Le jeudi, 19\nnovembre, aura lieu la première audition de l'oratorio, en trois actes, Judas\nMacchabée, de Haendel. Trois cents exécutants, dirigés par M. Charles\nLamoureux, prendront part à cette solennité.\nLes soli seront interprétés : Judas Machabée et Simon, MM. Vergnet et\nGailhard, de l'Opéra, obligeamment autorisés par M. Halanzier; un jeune\nIsraélite : madame Brunet-Lafleur ; une israélite : mademoiselle Jenny Howe,\ncantatrice italienne. L'orgue sera tenu par M. Henri Fissot.\nLa deuxième et la troisième audition du Judas Macchabée auront lieu les\ndeux jeudis suivants, toujours au Cirque des Champs-Elysées, mais à trois\nheures de l'après-midi.\nGaîté. Dimanche 6 décembre, réouverture des Matinées littéraires et\nmusicales du théâtre de la Gaîté. Voici le programme très intéressant de la\npartie musicale de ces matinées, pour l'année 1874-1875 :\nMonsigny : le Déserteur, opéra-comique en trois actes, de Sedaine (1769).\nMéhul : Une Folie, opéra-comique en deux actes, de Bouilly (1802).\nGrétry : les Deux Avares, opéra-comique en un acte, de Falbaire (1770).\nL'Epreuve villageoise, opéra-comique en un acte? de Deforges (1784),"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "192", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.49", "debut_caractere": 115, "fin_caractere_exclue": 899, "texte": "Boieldieu : le Calife de Bagdad, opéra-comique en un acte, de Saint-\nJust (1801).\nMa Tante Aurore, opéra-comique en un acte, de Longchamps (i8o3).\nHérold : les Troqueurs, opéra-comique en un acte, de Vadé (1819).\nDélia Maria : le Prisonnier, opéra-comique en un acte, d'Alexandre\nDuval (1798).\nDalayrac : Maison à vendre, opéra-comique en un acte, d'Alexandre\nDuval (1800).\nNicolo : les Rendez-vous bourgeois, opéra-comique en un acte, de\nHoffmann, etc., etc.\nPremières représentations des Trois Fileuses, ballet inédit en trois\ntableaux.\nLe Christ, oratorio de Mendelssohn, exécuté à grand orchestre, avec\nchœurs, soli, etc.\nEve, mystère en deux parties, œuvre inédite de J. Massenet, l'auteur de\nMarie-Magdeleine.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-11-15-01-c033", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-11-15_01#c033", "volume": "bmtnabc_1874-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "187", "page_fin": "189", "image_debut": 44, "image_fin": 46, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.2.9.2", "titre_corps": "FAITS DIVERS", "titre_sommaire": "FAITS DIVERS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 44, "page_imprimee": "187", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.44", "debut_caractere": 52, "fin_caractere_exclue": 1836, "texte": "FAITS DIVERS\nE théâtre de la Porte Saint-Martin vient d'inaugurer un nou-\nveau genre de spectacle que l'on pourrait appeler la féerie-\nscientifique. Un Anglais, deux fois millionnaire, parie la moi-\ntié de sa fortune, avec les membres de son cercle, qu'il fera\nle Tour du Monde en 80 jours. Après un voyage rempli de\npéripéties dramatiques, il gagne son pari. Cette donnée permet\naux auteurs, MM. Jules Verne et Dennery, de faire passer sous les yeux des\nspectateurs une suite de tableaux représentant les différentes parties du\nmonde.\nLa mise en scène est bien faite; plusieurs décors sont très beaux; on y voit\nun éléphant vivant; un train de chemin de fer avec une vraie locomotive;\nenfin un steamer, dont la machine éclate, sombre en pleine mer. Le décor de\nl'île de Bornéo, nous montre un brillant ballet dansé par des Malaisiennes;\nil est réglé avec beaucoup d'art par M. Gredelue, l'habile maître de ballet de\nla Porte-Saint-Martin. Nous y avons admiré madame Dorina Mérante, sa\nfemme, danseuse de haut style, dont la place est marquée à l'Opéra. Le talent\nde madame Mérante n'est pas moins apprécié en Angleterre qu'en France,\net les plus brillantes propositions lui sont faites, ainsi qu'a son mari, pour la\nsaison d'hiver.\nNotre excellent collaborateur et confrère du Monde illustré, M.Albert\nde Lasallô, met en ce moment la dernière ira in à un nouveau livre intitulé :\nles Treize Salles de VOpéra, qui paraîtra chez l'éditeur Sartorius. Nous savons\ndéjà que cet ouvrage, commandé par l'actualité, sera plein de documents\ncurieux, rassemblés à grand renfort de minutieuses recherches.\nMademoiselle Angèle Blot a rouvert le 3 novembre son cours gratuit de\nharpe pour les jeunes personnes. S'inscrire chez le professeur, tous les jours\navant midi, 147, faubourg Poissonnière,"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "188", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.45", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3085, "texte": "Le magnifique lustre qui éclairera la salle du nouvel Opéra pèse\n6,2 5o kilogrammes et mesure huit mètres de haut. Il sera installé dans la\nsalle d'ici à huit jours. La scène est complètement terminée ; on est en train\nd'y poser le rideau de fer et le manteau d'arlequin. Les herses sont installées\nau cintre, ainsi que les tambours qui servent à équiper les rideaux. La rampe,\nqui ne comportera pas moins de soixante becs, va être posée. Les dorures\nsont également terminées ; les tapissiers s'occupent de la décoration des\nloges. Les peintures de M. Baudry sont en place ; le grand escalier d'honneur\nest tout prêt. Tout le bâtiment administratif est achevé.\nLa question d'acoustique, au nouvel Opéra, préoccupe toujours les\nmusiciens.\nIl paraîtrait que, pour agrandir l'orchestre, M. Halanzier aurait eu l'idée\nd'empiéter sur le ventre de la scène. Or, plus la scène avance, plus la salle\nest sonore. C'est ainsi qu'à la Scala et dans les principaux théâtres lyriques\nd'ltalie, il y a une grande distance entre la toile et le trou du soufleur. Quand\nle rideau se lève, il y a comme une sorte d'appel d'air qui repousse la voix\ndu chanteur au fond du théâtre. A l'Opéra-Comique, par exemple, ainsi\nqu; aux Italiens, deux salles mal construites, l'artiste est mieux entendu au\nfond de la scène que sur le devant de la salle. Tandis qu'au contraire, si on\ndonne au chanteur la facilité d'avancer sur son public, non-seulement il se\nfatigue moins, mais encore aucun spectateur ne perd une note.\nRègle générale : il doit y avoir proportion mathématique entre la longueur\net la hauteur de la scène, et la distance de la toile au trou du souffleur. C'est\ncette proportion qui va être atteinte par la nouvelle mesure prise par M. le\ndirecteur de l'Opéra.\nNous extrayons du Guide musical de Bruxelles la note suivante, qui a\ntrait à un compositeur belge trop oublié, Cyprien de Rore :\n« CYPRIEN DE RORE. Le célèbre compositeur belge, Cyprien de Rore\nauquel la ville de Malines, où il vit le jour en isi6, éleva, il y a quelques\nannées, un monument en bronze, n'a pour toute biographie qu'une humble\net concise épitaphe, commentée en sens bien divers, d'après le système ou\nle caprice des auteurs, et réellement insuffisante pour la constatation d'une\ngloire artistique aussi grande, aussi incontestable.\n«Plusieurs documents, découverts récemment dans les dépôts d'archives\nd'ltalie, par M. E. Van der Straeten, élucident admirablement les points\nobscurs de cette noble carrière, outre qu'ils fournissent sur la position pré-\ncaire du maître des renseignements aussi intéressants que neufs.\n«Voici, entre autres, une lettre autographe du fameux musicien, retiré, en\n1559, à Anvers, chez ses parents, qu'une série de désastres avaient réduits à\nla misère.\n« Cyprien de Rore avait quitté volontairement, par scrupule de religion\npeut-être, le poste de maître de chapelle d'Hercule 11, duc de Ferrare, qui,\ncomme on sait, accorda un asile aux réformateurs Calvin et Marot et se\ndéclara pour leur doctrine.\n« Il apprend à Anvers la mort de son ancien protecteur. Devenu en"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "189", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.46", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2257, "texte": "quelque sorte à charge à sa famille, il s'empresse d'écrire à Alphonse 11, qui\nvenait de succéder à son père, pour lui offrir ses services, en l'assurant que,\nde toutes les présentations qui lui arrivent de diverses contrées, celle que\nle nouveau duc de Ferrare pourrait lui faire lui sera la plus agréable.\n« Il ne réussit point dans ses démarches, et, peu après, il se résigna\nd'accepter, en vue de venir en aide à son vieux compatriote et maître, Adrien\nWillaert, la place de vice-directeur de la musique à la basilique de Saint-\nMarc, à Venise.\n« Voici la lettre de Cyprien de Rore, traduite aussi littéralement que\npossible :\nAnvers, le 12 novembre 1559.\n« Illustrissime et excellentissime seigneur,\n0 Si j'avais connu d'abord votre résidence fixe, je vous aurais fait mes compliments\nde condoléance sur la mort du très illustre et très excellent seigneur votre père, que\nDieu protège!\n« C'est avec sa bonne permission, comme Votre Excellence doit savoir, que j'ai\nrécemment, bien malgré moi, quitté mon service, pour passer le reste de mes jours\navec mes parents, me résignant à mon sort, bien que ma pauvreté s'accommodât\nmieux d'un emploi auprès de Son Excellence.\na Mais, en arrivant ici, j'ai trouvé mes parents totalement ruinés, à la suite de\nplusieurs malheurs qu'ils ont éprouvés, et, malgré ma résolution de vivre avec eux\nen liberté et en repos, je me vois obligé de reprendre un nouveau joug.\n« Recherché, tant en Italie qu'ici et ailleurs, par divers personnages, avec l'offre de\nbons émoluments, je n'ai cru devoir prendre aucun engagement sans avertir au préa-\nlable Votre Excellence, car j'ai toujours été, comme je le suis encore présentement,\ntrès dévoué à son illustre maison souveraine.\n« Si Votre Excellence m'agrée, eu égard à mes services passés, je quitterai toutes\nchoses pour elle, afin qu'elle connaisse parfaitement ma bonne affection. Dans le cas\ncontraire, elle voudra bien, pour ma gouverne future, me prévenir de sa résolution.\n« Je n'en resterai pas moins tout dévoué à sa très illustre famille, et pour venir\ndans cette bonne disposition, je baise humblement les mains de Votre Excellence, en\npriant Dieu de la conserver et rendre heureuse dans l'état de son choix.\n« Son humble serviteur,\n« CIPRIANO DE RORE. «"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-11-15-01-c035", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-11-15_01#c035", "volume": "bmtnabc_1874-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "189", "page_fin": "192", "image_debut": 46, "image_fin": 49, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.2.9.3", "titre_corps": "NOUVELLES", "titre_sommaire": "NOUVELLES", "signature_source": "Pour l'article Varia : Le Secrétaire de la Rédaction, O. 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Puis viendront deux reprises importantes, la Perle du Brésil,\nde Félicien David, et la Statue? de Ernest Reyer*\nOpéra-Comique. — Voici la distribution de Carmen, le nouvel opéra-\ncomique de MM. Meilhac et Halévy, et Georges Bizet :\nDon José MM. Lhérie\nEscamille Bouhy\nLe Dancaïre Potel\nLe Remendado Barnolt\nZuniga Dufriche\nMorales Duvernoy\nCarmen Mmes Galli-Marié.\nMicaëla Chapuy\nFrasquita Ducasse\nMercedès Chevalier\nOpéra Populaire (Châtelet).— Damain, première représentation (reprise)\nde : les Amours du diable, opéra-féerie. Cette pièce alternera avec les Parias,\nde M. Membrée*\nVariétés. — Hier, première représentation des Prés Saint-Gervais, de\nV. Sardou, musique de Ch. Lecocq. La pièce est jouée par :\nLarose . MM. Dupuis\nNarcisse Berthelier\nHarpin Christian\nNicole Baron\nGrégoire Cooper\nConti Mmes Peschard\nFriquette Paola-Marié\nMme Nicole A. Duval\nToinon B. Legrand\nLa partition des Prés Saint-Gervais vient d'être vendue cinquante-cinq\nmille francs à M. 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Chacun pourra de ses propres yeux contempler l'œuvre\ndont, le premier, j'ai eu le plaisir de donner une description sommaire.\n\nVoir les numéros des i 5 septembre, i 5 octobre et iei\" novembre.\n\nVI.\nÎO"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "146", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.2", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nLes travaux du\nGRAND FOYER\nbien que très avancés, ne sont pas près encore de leur achèvement.\nAujourd'hui, si j'en parle, ce n'est qu'au point de vue du système d'éclai-\nrage employé. J'ai vu les ouvriers de la maison Lecoq, de la rue Saint-\nDenis, fixer au plafond les dix lustres qui projetteront leurs mille becs de\nflamme sur les richesses du promenoir étincelant de dorures. Chaque\nlustre porte cent becs de gaz, divisés en deux parties bien distinctes.\nQuarante-deux sont destinés à éclairer la partie inférieure et la partie\nmoyenne du foyer. Les cinquante-huit autres becs, disposés sur un\nauront pour mission d'illuminer la partie supérieure, les\nstatues, les corniches et les peintures du plafond.\nChaque lustre pèse sept cents kilogrammes* Par conséquent, la\nvoûte supportera un poids de sept mille kilog>\nLA SALLË\nOh le sait déjà, a été construite sur le modèle de l'ancienne salle de\nla rue Le Peletier. Ses proportions n'ont cependant pas été exactement\nrespectées,car il y aura une plus-value de quelques centaines déplacés.\nCet accroissement proviendrait aussi d'une disposition plus savante des\nplaces à bas prix.\nTrois couleurs ont été employées dans la décoration de la nouvelle\nsalle : l'or jaune, l'or vert, et le rouge* Les deux premiers éléments domi-\nnent et scintillent de toutes partso Le rouge semble ne servir qu'à\nrepousser les deux autres couleurs. Il remplit, du reste, à merveille la\nfonction qui lui est attribuée.\nChaque loge est délicieusement sculptée. Des attributs lyriques ou\ndramatiques, des masques comiques ou tragiques, des instruments de\nmusique remontant aux temps les plus primitifs, sont semés à profusion.\nDe longues branches de lauriers encadrent ces sujets divers. L'ensemble\nde cette décoration est, selon moi, d'un goût parfait. Les loges d'entre«\ncolonnes sont particulièrement exquises. Les chapiteaux des colonnes\nentre lesquelles elles sont placées, sont supportés par deux cariatides,\nbronze et marbre, d'un style semblable à celui des cariatides qui sou-\ntiennent la porte monumentale du grand escalier.\nLes appuis des loges, de même que la tapisserie des sont\nen velours rouge. Autant qu'il est possible de s'en rendre compte en\nl'absence des sièges , les places seront plus confortables qu'elles ne\nTétaient jadis,"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "147", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.3", "texte": "LES TRAVAUX DU NOUVEL OPÉRA\n\nJ'ai déjà dit que les couloirs entourant les loges et y donnant accès\navaient d'énormes proportions. Débarrassés des matériaux divers qui les\nencombraient, on peut maintenant les mesurer exactement et com-\nprendre que les spectateurs de la salle quadruplés et même quintuplés\npourraient s y promener à l'aise. Je ferai la même observation au sujet\ndu grand escalier sur lequel tout le public d'une représentation aura la\nfaculté de circuler les coudées franches.\nEn vérité, à l'Opéra nouveau, les dégagements eux-mêmes ont un\naspect grandiose.\nLA SCÈNE\nest absolument terminée et, quand il le voudra, le régisseur est libre\ndésormais de crier : « Au rideau! » Pour mémoire, je signalerai les dix\nloges qui ont été construites en arrière du manteau d'arlequin, cinq à\ndroite et cinq à gauche. Un escalier en colimaçon y conduit.\nLa scène est divisée en dix plans, comprenant dix rues, comprenant\nelles-mêmes deux costières, une ferme et des trapillons. Il faudrait un\nvolume pour raconter les multiples subdivisions du plancher d'une\nscène et l'usage surprenant que l'on en fait. Ces détails sortent du cadre\nque je me suis tracé. C'est à peine si je dois noter les châssis, les fermes\nles praticables, les montants, qui facilitent sur la scène les plus étranges\nexercices.\nQuoi qu'il en soit, je puis affirmer que les machinistes, la figuration,\nles artistes , auront un espace suffisant pour remplir les emplois\nqui leur seront donnés. Le plancher de la scène et les planchers qui en\ndépendent offrent une superficie de 10,000 mètres carrés. On peut juger\npar ce chiffre des dimensions des coulisses.\nLa longueur des cordages qui se balancent au-dessus atteint le chiffre\npiodigieux de i 86,300 mètres, soit 186 kilomètres trois cents mètres\nsoit encore 46 lieues 500 mètres, sur lesquelles deux lieues et demie sont\nen fer*\nDu reste, et afin que les détails cie chiffres ne se perdent pas au milieu\nd'une description, j'ai pensé à établir un tableau dont l'intérêt est indis-\ncutable. Il m a coûté beaucoup de travail, mais je suis suffisamment\nrétribué de mes peines en fournissant une aussi curieuse"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "148", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.4", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nSTATISTIQUE\nSCÈNE\nLa surface du plancher de la scène est de * io5000 mètres carrés\nLa longueur des cordages atteint i 86,300 mètres\nSoit ~ * ...... 186 kil. 300 mètres\nSoit encore .. .. . « 46 lieues 500 mèt.\nDont * » 2 lieues 500 mèt.\ntout en fer.\n512 colonnes en fer supportent les planchers de la scène et des dessous.\nSuperposées, elles donnent une hauteur de 3.460 mètres\nLa longueur des poutres en tôle des dessous de la\nscène est de 4.000 mètres\nLe poids total du fer employé dans les dessous se\nchiffre par... « 833.000 kilog.\nLe support du plancher de la scène en tige méplate_,\na une longueur de 3,800 mètres\nLes contrepoids en plomb et en fonte pèsent...... 8o?ooo kilog.\nTUYAUX\nLongueur des tuyaux pour Peau 7,000 mètres\nLongueur des tuyaux pour l'eau (en caoutchouc).. 1,500 mètres\nLongueur des tuyaux pour le gaz, environ.. 14,000 mètres\nSoit une longueur totale de tuyaux de .... 22,500 mètres\nOu bien .. 22 kilomèt • 500\nOu bien encore.. 5 lieues 2,500 m.\nMO SAÏQUE\n11 existe à 1'0péra.............. 8.670 mètres carrés\nde mosaïque. En admettant les petits cubes en marbre à une dimension\nde 0,01 cent, carré, on aurait..... 86 millions 707.200 petits cubes.\nLe nombre des colonnes décoratives s'élève à.... 302\nCelui des portes à 0...... 1 3\nIl y a *...., 5,654 marches.\nIl résulte de ceci, qu'en comptant 6 marches par mètre en moyenne,\n011 arrive à une hauteur de 942 mètres et de 250 en admettant\n22 marches par étage»"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "149", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.5", "texte": "LES TRAVAUX. DU NOUVEL OPÉRA\n\nDIMENSIONS GENERALES\nLa plus grande longueur du monument est de 172 mètres 70 cent.\nSa plus grande largeur est de 124 mètres 80 cent.\nEn supposant que ces deux termes puissent être soumis à un diamètre,\non trouverait que les théâtres d'Argos et d'Éphèse, dont le diamètre a\ntoujours été cité comme colossal, n'atteignaient que 137 mètres et\n182 mètres, tandis que le nouvel Opéra arriverait à environ 198 mètres.\nLa hauteur maximum du sol du boulevard des Capucines au sommet\nde la lyre est de 66 mètres 52 cent.\nLa hauteur totale du fond de la cave au sommet de la lyre d'Apollon\nest de. . » 79 mètres.\nEnfin, dernier détail : la longueur des conduits de cheminée est\nde. .3 » • 3,500 mètres.\nJe parlais tout à l'heure des dégagements et de l'éloquence de leurs\ndimensions. Les chiffres en ont encore une plus considérable. C'est pour-\nquoi je me garderai de les commenter»\nR. DE SAÏNT-ARROMAN.\nLe nom de M. Charles Garnier ne restera pas seulement attaché éter-\nnellement 'au nouvel Opéra. 11 aura la rare faveur de demeurer dans le\ncœur de tous ceux qui ont collaboré à l'œuvre. Le témoignage d affec-\ntion que les ouvriers de l'Opéra viennent de donner à leur chef en est un\nsûr garant. A l'occasion de la saint Charles, ils ont fait frapper à la\nMonnaie et offert à M. Charles Garnier une médaille commémorative.\nVoici la lettre que M. Garnier leur a adressée pour les remercier\nde cette attention :\n♦\n0/1 ([Messieurs les Ouvriers du nouvel Opéra.\nc\"Messieurs,\nJe suis profondément touché de la marque de sympathie que vous\nvene\\ de me donner* Nul témoignage ne pouvait m\"être plus sensible,\net je vous assure que je conserve cette médaille qui me rappellera bien\nprécieusement que je suis entouré de braves gens qui veulent bien m ho-\nnorer de leur amitié.\nMerci donc à vous tous, Messieurs, pour votre affectueuse Je\nsuis encore trop ému pour vous dire, comme je le voudrais, le plaisir\nque vous causé. Laissez-moi vous serrer la main et vous en-\nvoyer une cordiale amitié.\nEt merci.\nCharles Garnier."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "150", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.6", "texte": "DE LA\nGYMNASTIQUE PULMONAIRE\nCONTRE LA PHTHISIE\n\n(I)\nCHAPITRE IV\nJEU DES INSTRUMENTS A VENT\nPreuves de son utilité fournies\n(Suite )\nB. - Par les facteurs d'instruments de musique : MM. Sax (Adolphe et Alphonse),\nGautrot, Besson, Raoux, Courtois et Halary.\nES facteurs d'instruments à vent ont été unanimes pour\ndéclarer bien fondée la thèse que nous soutenons.\nAprès avoir donné la place qui lui revenait à l'opinion\nde M. Adolphe Sax, il n'est que justice d'y ajouter\nd'abord celle de son frère junior, M. Alphonse Sax, au-\nquel sont dues les premières tentatives d'orchestres fé-\nminins, créés précisément en vue du but que nous nous proposons.\nDans une lettre publiée par le M. Alphonse\nSax dit :\n« Je prétends combattre par les faits le préjugé que l'usage des\ninstruments à vent, et particulièrement des instruments en cuivre, pré-\ndispose singulièrement à la phthisie pulmonaire. Fils de facteur d'ins-\ntruments à vent, facteur moi-même et instrumentiste (M. Sax junior\n\n(i) Voir les numéros des Ici et i 5 août, i 5 septembre et i 5 octobre."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "151", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.7", "texte": "DE LA GYMNASTIQUE PULMONAIRE\n\npasse pour un maître dans le jeu de la flûte), j'ai été, pendant tout le\ncours de mon existence, en rapport avec des milliers d'artistes jouant de\nces instruments prétendus si pernicieux à la santé, et cependant trois\nseulement de ces artistes sont, à ma connaissance, morts de la poitrine.\nEncore faut-il ajouter qu'il fut constaté que les malheureux ne furent\npoint victimes de leur profession, mais bien des excès de toute nature\nauxquels ils s'étaient constamment adonnés.\n« Les personnes qui se livrent à la pratique des instruments à vent se\ndistinguent, en général tout le monde apu le remarquer par une\npoitrine large et une carrure très arquée des épaules qui ne coexistent\nguère avec la phthisie. Le contraire s'observe chez les disciples de Paga-\nnini et les pianistes, témoins Liszt, Litolff, Haller et A. Dupont, pour\nn'en citer que quelques-uns parmi les plus célèbres. Deux de mes\nfrères et moi qui, dès les premières années, avons soufflé dans un instru-\nment à vent, sommes les seuls sur onze enfants qui ayons échappé à la\nphthisie. Indépendamment des qualités extérieures qui mettent en relief\nleur vigueur, les artistes qui jouent d'un instrument à vent se distinguent,\nen général, par un excellent appétit, par des digestions promptes et\nfaciles. Pour que les instruments à vent produisent les bons effets qu'on\nest en droit, selon moi, d'en attendre, il importe que le professeur\napprenne à ses élèves à bien respirer. Je suis si parfaitement convaincu des\nrésultats heureux que peut amener pour la santé l'exercice des instru-\nments à vent, que je voudrais voir même les femmes appelées à en\nuser. »\nM. Gautrot, dont la fabrication d'instruments de musique en cuivre\na pris une extension tout à fait hors ligne (environ six cents ouvriers\nsont occupés tant dans ses ateliers de Paris que dans ceux qu'il a créés à\nChâteau-Thierry), M. Besson, M. Halary, M. Raoux, qui est en même\ntemps cor à l'Opéra, les frères Courtois, etc., ont tous exprimé une même\nopinion favorable, quant à l'influence favorable du jeu des instruments\nqui nous occupe. L'un d'eux, M. Halary, qui est aussi un artiste des\nplus forts sur le piston, nous a transmis, par écrit, des réflexions dont\nvoici quelques extraits :\n«Je regarde le jeu des instruments à vent comme un exercice gymnas-\ntique très salutaire aux poumons. La durée de l'étude doit être seu-\nlement proportionnée à la force physique individuelle, bien que plu-\nsieurs de mes collègues, attachés aux théâtres de l'Opéra, des Italiens et\nde POpéra-Comique, aient prouvé depuis longtemps que la fatigue,"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "152", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.8", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nsouvent très grande de ces différents services, semble parfois supportée\nbeaucoup mieux par ceux dont la constitution paraît relativement faible\net chétive.\n« L'émission du son est une chose excessivement sérieuse, mais trop\nsouvent, hélas I négligée par le professeur.\n« Dans le jeu des instruments en cuivre avec embouchure, la lèvre\nreprésente Tanche du tuyau d'orgue :le gosier n7a pour mission que de\nla soutenir et de laisser passer plus ou moins d'air, selon l'acuité, la\ngravité ou l'intensité du son.\n« L'instrumentiste doit éviter toujours avec soin de souffler au point\nde se fatiguer la poitrine. Lorsque la fatigue arrive, si c'est seulement\nparce que les muscles des joues ou des lèvres refusent leur service, c'est\nfort bien et signe que l'on aura bien étudié ; dans le cas où ce serait la\npoitrine qui se trouverait oppressée, signe contraire.\n« Chaque genre d'instrument cause une lassitude qui lui est propre.\nLes instruments du médium sont ceux qui occasionnent le moins de\nfatigue, parce qu'ils demandent moins de pression des lèvres, et moitié\nmoins d'efforts du côté des poumons que les instruments aigus ou\ngraves qui, en outre, impressionnent parfois très désagréablement le\ncerveau et tout le système nerveux. »\n€ Paris, 25 juillet 1857. »\nC. —■ Par des médecins : MM. Linas, Marchai de Calvi, Trousseau et Chenu.\nUn de nos confrères des plus distingués,, collaborateur assidu de la\nGalette hebdomadaire de médecine et de chirurgie, M. le docteur\nLinas, nous a fourni, comme résumé de sa propre pensée, l'observation\nqui suit :\n« Un de mes très proches parents tombe au sort. Il arrive au régiment\nmalingre et souffreteux, avec l'espoir très légitime d une réforme pro-\nchaine ; mais comme la réformation se fait attendre, et que ses forces ou\nson courage lui font défaut pour affronter l'exercice et la corvée, il se\nsouvient fort à propos qu'il sait lire dans un solfège, et demande à entrer\ndans le corps de musique. Sa demande est agréée : on en fait un joueur\nde saxophone et, en moins de deux années, sa santé avait pris l'aspect le\nplus florissant. »\nM. le docteur Marchai de Calvi, dans son importante Monographie\nsur les accidents diabétiques> reconnaît avec M. Bouchardat que la"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "153", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.9", "texte": "DE LA GYMNASTIQUE PULMONAIRE\n\nphthisie pulmonaire, qui est une des terminaisons du diabète, a pour\ncause l'élimination delà glycose, en proportions considérables et pendant\nun temps assez long. Mais, tandis que le savant professeur d'hygiène\nrapporte plus directement la phthisie à ce que les ressources de la calori-\nfïcation, et partant de l'organisme, sont bien près d'être épuisées par la\nglycosurie, le docteur Marchai accuse plus particulièrement de l'enva-\nhissement tuberculeux le défaut d'activité pulmonaire. « Le poumon se\ndéfend, dit-il, contre la phthisie par son activité propre, » et, en preuve,\nnotre savant confrère et ami se plaît à citer longuement les résultats de\nnos recherches sur les chanteurs et sur les musiciens de l'armée.\nLe professeur Trousseau admettait volontiers nos conclusions quant\nà l'efficacité d'une bonne gymnastique pulmonaire, dans la prophylaxie\nde la phthisie : parlant en 1862 de nos recherches dans une de ces\nleçons cliniques qui faisaient toujours foule à FHôtel-Dieu, nous l'avons\nentendu se demander si l'immunité phthisique dont jouissent les asth-\nmatiques, ne tiendrait pas précisément à leurs efforts continuels pour\nrespirer, à une sorte de gymnastique pulmonaire incessante en ce cas\nautrement efficace encore, bien que pathologique, que celle résultant du\njeu momentané d'un instrument à vent. « Ces malades ne pourraient-ils\npoint être considérés, disait spirituellement l'éminent professeur, comme\nsoufflant constamment dans un trombone? »\nEnfin M. le docteur Chenu, dans ses publications sur l'armée d'Orient,\ndit : <( J'envisage la question de l'influence du jeu des instruments à\nvent, quant à la phthisie, sous deux points de vue. De toutes mes\nrecherches sur l'armée d'Orient, et de ce que j'ai pu voir dans ma car-\nrière militaire, comme médecin, je puis tirer ces conclusions :\n« Premièrement, tout phthisique qui fait usage d'un instrument à vent\nnon-seulement ne perdra rien à cet exercice des poumons, et ne verra\npoint sa maladie s'aggraver, mais son état pourra s'améliorer, et même\nl'usage de l'instrument, s'il est pratiqué avec mesure, pourra amener la\nguérison.\n« Secondement, si l'instrument est au-dessus des forces de l'in-\ndividu qui l'adopte, il pourra en résulter une affection aiguë de la\npoitrine, affection dont la phthisie peut résulter, mais ce résultat n'a\nrien de nécessaire, ni de certain. Il y aura ici, comme dans tout abus\ndes forces organiques, un désordre sui generis, qui peut être amendé en\nfaisant disparaître la cause.\n«En résumé, je considère la gymnastique des poumons comme un\nmoyen prophylactique de la phthisie, et je suis persuadé qu'il ne peut\nen être autrement que si l'exercice de l'organe est provoqué par un ins-"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "154", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.10", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ntrament disproportionné avec les forces de l'individu. Dans le cas oh\nl'instrument choisi sera en rapport avec ces forces, je suis convaincu\nqu'il devra en résulter un effet préventif, et même une amélioration du\nphthisique lui-même. Un cas de phthisie se produisant chez un musi-\ncien, on devra le considérer comme un effet de J'abus plutôt que de\nl'usage, et, dans tous les cas, un fait isolé, qui paraîtrait se produire en\ndehors de ces principes, ne prouverait rien contre leur application\ngénérale. »\nCHAPITRE IV\nENQUÊTE\nSur la mortalité par phthisie pulmonaire çhe% les musiciens de la garnison de Paris\net de Versailles pendant une période de vingt-six années, à partir de 1882.\n«\nNous voici arrivé maintenant à la partie de l'enquête d'où pouvait\nnaître la démonstration la plus péremptoire pour ou contre la thèse que\nnous soutenons. Qu'on ne s'étonne donc pas de l'étendue que nous avons\ncru devoir donner ici à notre travail.\nNous avons dit plus haut lopinion de Benoiston de Châteauneuf\nconcernant la plus grande mortalité par phthisie, qui serait afférente\naux musiciens de l'armée, opinion que la plupart des orateurs ont ac-\nceptée et propagée bien à la légère, nous le prouverons bientôt, et nous\ndisions tout à l'heure l'opinion contraire que le docteur Chenu a émise\nen conformité avec nos propres recherches.\nDe quel côté est la vérité ? C'est ce que nous allons chercher à établir.\nParlons d'abord de la statistique qui a servi de base aux assertions de\nBenoiston de Châteauneuf.\nA la fin de l'année de 1820, dit cet auteur, l'armée présentait, d'après\nla collection des comptes du ministre de la guerre,, l'effectif suivant :\nSoldats de ligne 106,700\nDito de la garde royale .... 13,924\nTotal. ..... 120,624"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "155", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.11", "texte": "DE LA GYMNASTIQUE PULMONAIRE\n\nLa pour six années, de 1820 à 1826, a été la suivante :\nComposition de l'armée Décès\nSoldats et infanterie de troupe . . . 90,998 2,036\nSous-officiers, sergents et caporaux. . 24,408 266\nOuvriers prévôts 383 2\nTambours. 3,917 34\nMusiciens r . , , f , , , , . 918 14\n- ». »\nTotal , . , , , 120,624 £,352\nMortalité générale : 1,94 sur i?oooe\nEt plus loin nous lisons :\n« Aujourd'hui, les décès de 6,000 musiciens ne jouant que des instru*\nments à vçnt, les seuls qui, comme on le sait, composent la musique\nmilitaire, peuvent aider à résoudre la question de l'influence du jeu de\nces instruments sur la santé.\n« Sur ces 6,000 musiciens, on compte de 1820 à 1826,102 morts, parmi\nlesquels il y a 17 phthisiques. En prenant ici la moyenne de sept années,\nhuit cent cinquante-sept musiciens ont donné quinze décès par an, dont\ndeux de la poitrine ou un sur sept. Cette proportion est double de\ncelle du soldat, un sur quatorze : mais le soldat est un homme de choix9\nle musicien ne V est pas. »\nLes chiffres de Benoiston furent contestés. Mis en demeure par le doc-\nteur Boudin, de qui nous tenons le fait, de dire où il les avait pris,\nBenoiston refusa de répondre.\nCe que personne n'avait osé entreprendre, la vérification de ces chif-\nfres, nous l'avons tentée à travers mille difficultés, et voici à quels résul-\ntats nous sommes arrivé.\nL'effectif réel de l'armée française a été, d'après les comptes du Ministre\nde la guerre, pour les budgets de 1821 à 1826 inclusivement.\nHommes Musiciens Trompettes\nAnnées 1821 182,674 sur lesquels 1,171 913\n1822 216,926 1,357 i,030\n1823 3o 1,222 1,238 1,188\n1824 247,877 1,296 1,212\n1825 225,021 1,283 1,221\n1826 220,058 —■ 1,280 1^267\nT0ta1.... 1.393,778 7,625 6,831\nMoyenne... 230,629 1,271 1,139\nMusiciens et trompettes 2,410"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "156", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.12", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nAinsi, d'une part, moyenne de l'effectif, 230,629 au lieu de 120, 624,\net d'autre part, 7,625 musiciens pour six années, au lieu de 6,000 seu-\nlement accusés par Benoiston pour sept années, plus 6,831 trompettes\nou clairons, dont il ne dit rien, ensemble 14,456 instrumentistes.\nBenoiston a, il est vrai, défalqué de ses calculs l'armée des Pyrénées';\nmais cette armée aurait dû ne pas compter moins de 110,000 hommes,\npour que le chiffre de 120,624 attribué par lui à l'effectif fût vrai. Mais\nque penser de ces 6,831 trompettes ou clairons passés complètement sous\nsilence. Et comprend-on que notre auteur ait pu omettre un élément\naussi capital dans la question qu'il s'était proposée de résoudre? Ici, en\neffet, outre l'importance du chiffre, pas de confusion possible sur la\nnature de l'instrument dont jouaient les décédés.\nAdmettons cependant, pour un instant, comme bien fondées, les bases\nde la statistique que nous incriminons, savoir : musiciens ayant\ndonné en 7 années 102 morts, dont 17 par phthisie. Admettons aussi\nque dans ce chiffre fatal de 17 décès (1) qui,, depuis sa publication, a\nservi en France à soutenir cette opinion que le jeu des instruments à\nvent est funeste, il n'y en eût aucun dévolu aux hommes qui font partie\nde la batterie dans les corps de musique,, et que mieux encore, Benoiston\nn'ait point confondu les décès afférents aux instrumentistes de toute\nsorte, c'est-à-dire aux trompettes ou clairons aussi bien qu'aux musi-\nciens proprement dits, ce qui, en ce cas, diminuerait de moitié la totalité\npar phthisie attribuée à ces hommes; que signifie, nous le demandons,\nun chiffre aussi infime pour la solution d'une telle question?\nOù Benoiston a-t-il pris ensuite que la mortalité par la phthisie\nn'avait été pour l'armée que de 1 sur 14? Et comment les auteurs qui\nl'ont copié à l'envi, ont-ils pu ne point s'apercevoir qu'il y avait là tout\nau moins une erreur flagrante !\nPour ne citer qu'un des documents les plus récents qui pouvaient\néclairer ici nos confrères, nous trouvons dans un mémoire, publié en\n1860 par notre savant confrère, M. le docteur Laverand, dans les An-\nnales d'hygiène et de médecine légale, sur les causes de la mortalité\nde larmée servant à Vintérieur, que la fréquence des maladies tuber-\nculeuses dans les différentes garnisons serait exprimée par le tableau sui-\nvant, dressé d'après les décès de l'armée, pour une période de 28 années,\nsoustraction faite de ceux qui ont eu lieu parle choléra ou par trauma-\ntisme à la suite des événements politiques.\n\n(1) Nous avons tenté par toutes les voies et moyens de découvrir l'origine de ces\ndeux chiffres : 102 et 17; il nous a été impossible d'y parvenir."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "157", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.13", "texte": "DE LA GYMNASTIQUE PULMONAIRE\n\nGarnisons Mortalité générale M°tubPearrcXilseseS sur^ooo\nParis.,. 10,000 2,459 245\nStrasbourg 3,662 658 179\nMetz 1,648 428 259\nLille 4° 3 144 356\nPerpignan 798 85 107\nValenciennes 124 36 289\nCalais 24 9 375\nBayonne 179 4^\nDunkerque 143 49 342\nThionville 20 4 200\nMaubeuge 83 11 i 32\nTotal 17,084 3929 2740\n2740 décès par affection tuberculeuse sur i,0007 c'est 1 sur 4,o6,c'est-\nà-dire trois fois plus que ne le dit Benoiston.\nSuivant Marc d'Espine, la mortalité s'élèverait encore beaucoup plus\nhaut? à tout près de 1 sur 2, en y ajoutant les décès par méningite\ntuberculeuse, péritonites et caries.\nDonc, à supposer que la mortalité par phthisie des musiciens tout seuls\nsoit réellement représentée par ce fameux chiffre de 17, correspondant à\nune période de 7 années, ayant compté 857 musiciens en moyenne, il\ny aurait encore avantage du coté du soldat-musicien, puisqu il ne\nmourrait que comme 1 sur 7 1/2, et point 7 tout court comme le dit\nBenoiston, et sa statistique se trouverait déjà ruinée par le côté même\nqui semblait lui donner le plus raison.\n\nDr V. BURQ.\n\n(i) La statistique des décès de l'armée, aussi bien que celle de la population civile,\ncontient nombre de lacunes. Les tableaux nosographiques, dresses a grands frais\npar les différentes mairies de Paris, en sont particulièrement si pleins, que nous\nsommes à peu près le seul qui, dans un espace de trente années, ait eu le courage,\nune première fois en i 856 et une deuxième en 1867, d'aller les exhumer de la\npoussière des archives de la Ville, où ils seraient probablement encore à jamai\nenfouis, si les incendiaires de cette année néfaste de 1871 ne les avaient point\ndétruitsy"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "158", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.14", "texte": "LA MUSIQUE\nDANS\nL'YMAGERIE DU MOYEN AGE\n\nI''\nVI. — Iconographie musicale au seizième siècle.\nCONCLUSION\nVEC le seizième siècle, nous arrivons à la fin de cette\nétude. Le moyen-âge est fini, la renaissance com-\nmence. La vive croyance qui illuminait ces siècles\nde foi est ébranlée; les temps sont proches pour la\nrévolution luthérienne; nous ne retrouvons plus\nces chefs-d'œuvre d'un art naïf, devant lesquels plus\nd'une fois nous avons dû nous arrêter avec émotion; Père du doute\ns'ouvre pour les artistes comme pour les philosophes; l'inspiration\nreligieuse a définitivement fait place à l'inspiration profane. L'ar-\nchitecture gothique n'est plus; de grands maîtres ont ramené la\nsculpture aux principes de l'antiquité ; à la miniature va succéder le\ntableau de genre et de chevalet, dont nous avons vu bien des fois\ndes essais dans les manuscrits par Hemling et les frères Van\nEyck; bien plus, l'art de la calligraphie même a disparu devant les\nprogrès de l'imprimerie, et c'est à peine si quelques amateurs ont en-\ncore la fantaisie de faire enluminer les ouvrages qui sont en leur pos-\n\n(i) Voir les numéros des îe* et î5 août, î5 septembre et i 5 octobre*"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "159", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.15", "texte": "LA MUSIQUE DANS L'YMAGERIE DU MOYEN AGE\n\nsession. Un certain nombre de monuments restent encore qui semblent\nappartenir à la période précédente. Quoique portant la date du seizième\nsiècle, ces œuvres paraissent inspirées par le génie des siècles pas-\nsés. Aussi viennent-elles de droit prendre place dans ce tableau bien\nincomplet dans lequel fai tenté de grouper les représentations musicales\nles plus intéressantes du moyen-âge.\nAu premier rang, il faut compter un des plus importants monuments\nqui nous soient restés de la fin du quinzième siècle et du commence-\nment du seizième siècle. C'est une suite nombreuse de figures sculptées\ndans l'église de Saint-Jean, à Girencester, dans le Glocestershire. Aucun\nmusicologue, du moins à ma connaissance, n?a encore tiré parti de\nce précieux document. Ces bas-reliefs, pris séparément, ont tous\nun intérêt musical, et, dans leur ensemble, nous donnent des détails\ncurieux sur une fête populaire fort en vogue en Angleterre. Les\nfigures sont sculptées sur l'entablement du parapet de la net, et se sui-\nvent en lignes coupées, de place en place, par des angles, sur les arêtes\ndesquels quelques-uns des personnages sont placés. La nef de cette\néglise paraît avoir été réparée entre 1504 et 1522, et c'est aussi à cette\népoque qu'il faut rapporter les sculptures qui nous occupent aujour-\nd'hui. D'après une on prétend qu'elle représente une fête\nappelée Whitson aie.\nSur Fétymologie du mot aie, de nombreuses recherches ont été faites;\nPopinion la plus répandue est que Pale, tenant une grande place dans les\nfêtes populaires, certaines de ces cérémonies tirèrent leur nom de cette\ncirconstance.\nLe docteur Hick.es dit que fanglo saxon Geôle, le danois-saxon Jul,\nl'islandais 01, ont le même sens; aussi en vient-il à penser que le jour\nde Noël qui, chez les peuples du Nord de l'Angleterre s'appelle Yuleest,\npeut être ainsi désigné parce qu'il est la fête par excellence, celle dans\nlaquelle se boit le plus de bière. Quoi qu'il en soit de cette étymologie\npleine d'érudition, dont je suis, je Pavance, incapable de discuter Tau-*\nthenticité, la fête de Whitson aie, qui se célébrait encore en Angleterre\nil y a peu d'années, était une frairie dans laquelle la musique jouait un\nrôle important (i)„\nDeux personnages étaient désignés pour être le roi et la reine de la\njournée ; une vaste grange devait servir de palais à leurs majestés et leur\nsuite, et là, les souverains populaires étaient reçus par le\n\n(i) Voir les planches dont il ici danâ de Barter, que nous âfons déjà\ncité pl. XVIII, page 19, et un texte développé sur le Whithson aïe,"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "160", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.16", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nporte-bourse, le porte-épée et le porte-masse, chacun ayant les insignes\nde sa dignité. Pendant ce temps, les jeunes gens dansaient et offraient\ndes rubans aux jeunes filles; et un plaisant, par ses lazzi, ne contribuait\npas peu à amuser la société; tout ceci se faisait au son d'un orchestre\nchampêtre.\nOn prétend que cette coutume fut instituée en commémoration de\nl'ancien Drunk Lean (Boit sec), une fête que les tenants et vassaux don-\nnaient à leurs seigneurs, et que le peuple a conservée, dans laquelle ils\napportaient au suzerain ou à son intendant l'aie qu'ils étaient tenus de\nfournir en redevance. De semblables fêtes existaient aussi dans l'église\nanglaise, sous le nom de Ghurch-ale, qu'il ne faut pas confondre avec la\nfête de la dédicace de l'église, qui avait un caractère plus grave. Dans ce\ncas, il ne serait pas impossible que les sculptures de Cirencester repré-\nsentassent plutôt une fête relative à l'église que le Whitson aie, malgré\nla tradition. Du reste, les frairies populaires étaient souvent représentées\ndans les églises ; et dans un vitrail du seizième siècle, à Bar-sur-Aube,\nnous trouvons une sorte de cortège du Bœuf gras, accompagné par un\nbedon et une flûte traversière. Mais quelle que soit la cérémonie spé-\nciale que rappelle cette procession de personnages sérieux, grotesques et\nmême licencieux, il n'en est pas moins vrai que nous avons sous les yeux\nun des plus rares spécimens de la musique populaire au commencement\ndu seizième siècle.\nLa marche s'ouvre par un monstre, aux yeux effarés, à la pose con®\ntournée; derrière lui vient le roi de la fête; il est en habit de chasse, un\ncor est suspendu à son côté; il porte à la main une grande banderolle.\nsur laquelle est écrite la devise du jour, Be Merrye, soyez gais; après lui\nvient un mendiant contrefait et hideux, il tient une vielle à quatre\ncordes et d'une forme rare, dont les touches sont placées sur les côtés de\nl'instrument, suivant la coutume du moyen-âge.\nPour ne pas perdre notre temps en détails inutiles, nous ne noterons,\nparmi les dix-huit figures de musiciens sculptées sur le bas-relief, que\ncelles qui paraissent présenter des particularités intéressantes. Un\ndes ménestrels joue d'une petite harpe à treize cordes, qui semble un\nsouvenir des bardes gallois ; un autre souffle dans une double flûte à\nlarge embouchure. Nous avions trouvé ce vaste bocal dans les flûtes de\ngrandes dimensions; mais, dans le cas présent, en se rendant compte des\nprocédés qui peuvent faire sonner l'instrument, on ne peut expliquer\ncette embouchure que par une inexactitude de l'artiste. Ensuite vient\nune belle figure semblable à une tête de Christ, dont je ne comprends pas\nle sens, puis un joueur de double flûte, puis une danseuse avec son"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "161", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.17", "texte": "LA MUSIQUE DANS L'YMAGERIE DU MOYEN AGE\n161\n11\n\ntambourin, puis un joyeux drille, qui élève triomphalement le pot d'ale\ndont il va s'abreuver. Enfin l'orchestre de la procession est composé d'un\njoueur de rebec, puis d'un homme déguisé en singe et tenant une corne-\nmuse, puis d'un musicien avec une régale à dix tuyaux. Tout le reste de\nla troupe, à part un ménestrel qui s'époumone à souffler dans un cor, se\ncompose de clowns, d'ours, de grimaciers, de moines, de têtes de mort,\nde bretteurs de rois, personnages qui n'intéressent que très médiocre-\nment en musique; aussi, nous avons cru pouvoir nous arrêter aux dix-\nhuit premières figures, malgré tout ce qu'il y a de pittoresque et même\nd'amusant dans cette procession, où tout marche pêle-mêle au son de la\nmusique, où tout semble empressé d'obéir à la joyeuse devise du roi de\nla fête : soyez gais.\nOn ne peut traiter de l'iconographie musicale au seizième siècle sans\nciter l'excellent travail de M. Durieux sur les miniatures des manuscrits\nde Cambrai. M. Durieux a donné un assez grand nombre de figures,\nmais il a dans sa collection un manuscrit flamand, sur lequel nous de-\nvons nous arrêter quelques instants. N'ayant pas eu sous les yeux l'ori-\nginal, nous ne pouvons mieux faire que de citer la description de\nM. Durieux. « N° 124, Recueil de chants religieux et de chants pro-\nfanes, in-40 papier, 4 vol. obi., avec musique. Manuscrit flamand. Cro-\nquis nombreux à la plume, très artistement faits, et rehaussés de cou-\nleurs légères. Scènes, comme en ont fait plus tard Callot et Téniers :\nlettres bouffonnes, grotesques, incongrues, fantastiques..*., marchands\nambulants avec leurs cris indiqués au-dessous. Quatre frontispices :\npremier vol., un joueur de harpe grotesque, monté sur un porc, qui tient\ndans sa gueule une banderolle avec ce mot : Ténor : deuxième vol., un\naveugle jouant d'un instrument à vent; un oiseau est perché sur sa tête ;\nSuperius, 3e vol., un homme monté sur des échasses, une chandelle sur\nla tête, joue du tambourin et de la flûte à bec : Contra-tenor; 4e vol.,\nun bossut monté sur un oiseau et jouant d'une espèce de trompe :\nBassus. Deux grandes aquarelles, scène de charlatan; condamné qu'on\nmène au supplice. Nombreux instruments de musique : flûte, trompette,\ntambour, etc., etc. (1) » Ce manuscrit est de 1542, et un peu plus récent\nque l'époque dans laquelle nous avons circonscrit notre sujet; mais l'in-\ntérêt qu'il présente excuse cette petite digression.\nTerminons le seizième siècle, en mentionnant deux manuscrits qui\nappartiennent à la Bibliothèque nationale. Le premier est le livre des\n« Eschez amoureux et des Echez d'amour. » Fonds français, n° 143. Il\n\n(I) Dcjrieux. Les miniatures des manuscrits de la Bibliothèque de Cambrai,\nTexte et planches, par A. Durieux, Cambrai, 1861. In-8° et in-f°, p. 86,, pi, 18."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "162", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.18", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nfut écrit et enluminé pour le jeune duc de Valois, plus tard François ler.1er.\nCe magnifique monument, un des plus curieux de notre collection, ren-\nferme un grand nombre de miniatures, dont plusieurs sont intéres-\nsantes pour les musiciens. Parmi ces dernières, il faut citer : au f° 36,\n(verso) un Apollon magnifique en costume du seizième siècle, ayant à la\nmain une harpe; au f° 65, la personnification de la musique, dont nous\navons déjà donné une reproduction dans le numéro précédent ; au f° 130,\nun Neptune courant sur les flots, entouré par les sirènes et les tritons.\nUne des sirènes tient une gigue à trois cordes et une trompette, une\nautre joue du trombone. On peut voir ces deux figures dans les plan-\nches de Pouvrage de G. Kastner sur les sirènes.\nPar une singulière idée, dont nous trouvons plus d?un exemple\nau seizième siècle, les poissons qui nagent derrière Neptune tien-\nnent des cromornes et des hautbois dans leurs bouches ; enfin le f° i 36\nreprésente un Pluton à Pair farouche; à côté de lui est assise Proserpine,\nvieille et décrépite comme une mégère. Au pied des deux maîtres de\n1 enfer, on voit une femme jouant d'une vielle curieuse à quatre cordes\net une autre agaçant des cordes d'une harpe. A gauche de la minia-\nture, trois démons jouent aussi de la harpe ; cette profusion de harpes\nn est pas sans avoir un sens analogue à celui des représenta»\ntions, que nous avons citées dans un précédent chapitre» Le second\nmanuscrit a pour titre ; Proverbes et adages ; il est du commencement\ndu seizième siècle comme le précédent. Il faut y remarquer une suite de\nminiatures repiésentant les neuf muses; sur ces neuf divinités, six jouent\ndes instruments de musique. Ce sont Euterpe, Erato et Calliope, Thalie,\nPolymnie et ierpsichore. Les trois premières n'offrent pas grand\nintérêt, mais il n'en est pas de même des trois autres. Thalie tient à la\nmain une superbe gigue à quatre cordes, très bien construite, très\ncomplète, un orgue magnifique avec soufflets, dont on trouve\nune reproduction dans Willemin. Terpsichore est entourée d'instru-»\nments, sans compter un luth à huit cordes dont elle joue; on voit à ses\npieds tiois flûtes de diverses dimensions, une harpe, un tambourin, une\nsorte de virginal, un triangle avec anneaux»\nNous donnons, avec cette dernière partie, la reproduction dsune\nplanche curieuse du commencement du seizième siècle, que nous avons\ncité dans les pages précédentes. Ce dessin est tiré de la Margarita philo»\nsophica9 de Reisch, dont la première édition est de 1496 suivant les uns,\nde i 503 suivant les autres. C'est un manuel de philosophie, qui eut une\n\n(I) KASTNER» tes sirènes Pans, Ërandus, iBSB. i vol, in-40, pL V,"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "163", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.19", "texte": "LA MUSIQUE DANS LTMAGERIE DU MOYEN AGE\n\ngi ande vogue au seizième siècle. Chaque traité de géométrie, mathéma-\ntique? musique, etc., est précédé d'une planche représentant la science\ndont il va être question. Comme on peut le voir dans notre dessin, la\nMusique tient elle-même école. Elle est entourée de ses élèves; l'un joue\nde 1 oigue, un autre pince de la harpe pendant que Pythagore, représen-\ntant la Musique pratique, pèse ses marteaux, et que Tubalcaïn, le père\ndes facteurs d'instruments de cuivre, forge ses trompettes. Derrière la\nMusique se tient le poète, c'est-à-dire la Poésie sans laquelle notre art\nn'est qu'une partie des mathématiques.\nÎNous voici arrivé à la fin de ce travail ° à partir de cette époque, la\nmusique n a presque plus besoin expliquée par les monuments ;\nc est dans les œuvres des maîtres qu'il faudra chercher son histoire.\nEncore quelques années, et la musique, débarrassée des entraves qui la\nliait encore aux traditions de FEglise, va entrer dans la voie des progrès\nmodernes. De toute part surgiront les œuvres, qui, chaque jour, ôte-\nront de son importance à l'iconographie musicale ; à peine si, pour\nquelques détails, on aura besoin de consulter les monuments figurés.\nAvant de terminer ce travail, remercions les auteurs dans lesquels\nnous avons puisé de précieux renseignements : les Willemin , les\ndu Sommerard, les Labarte, les Coussemaker. Remercions aussi les\nsavants, chargés de conserver nos trésors de manuscrits, à la Biblio-\nthèque nationale, et qui nous ont si généreusement prêté le secours de\nleur science et de leur érudition.\n\nH. LAVOIX fils."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "164", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.20", "texte": "LES\nCANTATRICES DRAMATIQUES\n\n(I)\nIV\nCATARINA GABRIELLI\nI\nE prince Gabrielli, un grand seigneur de Rome, se\npromenait dans son jardin, vers 1744, lorsqu'il en-\ntendit un chant d'une rare perfection. Il demanda à\nson domestique quelle était cette harmonieuse étoile\ntombée dans ses domaines, et demeura fort surpris\nquand on lui dit que c'était la fille de son cuisinier\nqui s'exerçait ainsi, tout en travaillant, et qu'elle répétait un air de\nGaluppi, qu'elle avait entendu une fois seulement, la veille, au Théâtre\nArgentina, où son père la conduisait quelquefois, comme à la seule école\ndont il eût le moyen de payer les frais.\nTrès grand amateur de musique lui-même, comme tous les princes\nitaliens, le seigneur Gabrielli prit des informations au sujet de la jeune\nfille. Elle était spirituelle, jolie, et surtout très piquante : un léger éga-\nrement de l'œil droit donnait à la physionomie cette singularité\nattrayante, qui fait que l'on plaît tout autant et qu'on ne plaît pas de\nmême que les autres. Dans ces conditions, il est difficile qu une canta-\n\n(1) Voir les numéros des iQr décembre 1873, i«r janvier, iw février, mai, iel'et\ni 5 juin, i 5 juillet et ior août."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "165", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.21", "texte": "LES CANTATRICES DRAMATIQUES\n\ntrice de talent ne réussisse pas. Aussi le prince s'écria-t-il : « S'e cosi,\nil mio cuoco deverra presto un asino d'oro. » (S'il en est ainsi, mon\ncuisinier deviendra bientôt un âne d'or.) Il fit venir Catarina, et, après\navoir fait mieux connaissance avec son répertoire, se chargea de l'édu-\ncation musicale de la petite cuisinière. La virtuose ôta son tablier, chanta\ndans des concerts donnés pour elle, et devint bientôt célèbre dans Rome.\nSes maîtres de musique furent Garcia (dit lo Spagnoletto), alors à\nRome, et le « fameux » Porpora. Je dis fameux, parce que l'épithète se\ntrouve dans toutes les biographies,, échos de l'enthousiasme des contem-\nporains, qui ne prévoyaient pas que l'auteur d'un opéra d'Ariane,\napplaudi sur toutes les scènes, le maître appelé le Patriarche de l'har-\nmonie, serait un jour oublié. Il paraît toutefois que Porpora était en\nmême temps qu'un compositeur de mérite, un homme d'esprit. Il\ndisait, d'un organiste, plus pieux que musicien, et mieux avec le ciel\nqu'avec la mesure c « Cet homme accomplit à la lettre le précepte de\nl'Evangile, car sa main gauche ne sait pas ce que fait la droite. » Mais\nPorpora, et c'est là ce qui est intéressant pour notre sujet, avait la main\nheureuse en fait d'élèves. Rival victorieux de Hasse, en Allemagne,\navant d'être vaincu par Haendel à Londres, il acheva de désespérer le\npremier, en rejetant sur le second plan Faustina, une chanteuse que\nHasse avait épousée, grâce au succès d'une jeune Italienne, nommée\nMengotti, que Porpora s'était plu à former, et qui, prima donna à\nVienne plus tard, en même que la Gabrielli, lui disputa le premier\nrang, ainsi que nous le verrons.\nCe qui peut paraître bizarre, c'est qu'on n'a jamais donné à Catarina\nque le nom du généreux seigneur qui lui avait ouvert la voie du succès.\nOn n'a même jamais su le nom du père de la cantatrice, bien que la date\nde sa naissance (12 novembre 1730) soit connue. Jusqu'à quel point\nCatarina a-t-elle eu le droit de porter ce nom de Gabrielli, qu'elle ne\nquitta plus?\nLes aventures de sa vie autorisent, il faut le dire, à ce sujet, des con-\njectures, qui auraient au moins autant de chances de rester dans les\nbornes de la médisance que de s'égarer dans la calomnie.\nSon premier début à la scène fut à dix-sept ans, sur le théâtre de\nLucques,dans la Sofonisbe, de Galuppi, autre grande célébrité musicale\ndu siècle dernier, oubliée au nôtre, et qui fit fureur à Londres plus tard,\nen 1760, avec un opéra : Il Filosofo di Campagna, qu'interprétait la\nPaganini, encore une célébrité oubliée.\nLe succès de la Gabrielli fut éclatant, Guadagni, un célèbre soprano,\neut peine à soutenir sa réputation auprès d'elle. Loin d'en vouloir à la"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "166", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.22", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ndébutante, il s'étudia à développer ses qualités, Quelques biographes\nassurent qu'il en fut récompensé, par la Gabrielli, de la façon la plus\ngénéreuse. Il fut, dit brutalement le dictionnaire Choron et Fayollejocle\nhéros de la Gabrielli au Théâtre et à la Chambre. » Guadagni était d'une\nfigure séduisante, un des premiers ténors et le meilleur joueur de billard\nde l'Europe; mais les écrivains qui prêtent cette fantaisie à la Gabrielli\n(il faut avouer que l'on ne prête qu'aux riches), oubliaient que Guadagni\nétait un véritable soprano dans toute l'acception du mot. Le fait est attesté\npar tous les contemporains, et une Anglaise mélomane du temps,\nmistriss Sara Gondar, le dit avec une crudité de style des plus nettes.\nLa Gabrielli parcourut, en triomphatrice, plusieurs scènes de l'ltalie,\nL'opéra de Didone abandonnata porta au comble sa gloire à Naples,\nen lySo» Métastase avait composé Pœuvre dans des conditions qui\ndevaient porter bonheur aux interprètes. Il l'avait écrite en 1724 pour\nla Romanina, une chanteuse qu'il adora jusqu'à ce qu'elle mourût,\nléguant au poète, avec les souvenirs de son amour, toute sa fortune,\nune succession de vingt-cinq mille écus romains. Métastase renonça à\ncette fortune en faveur du pauvre Bulgarelli, le mari de la Romanina,\net les biographes, à célébrèrent le désintéressement de l'amant. Il\nsemble pourtant que dans ce ménage à trois, il y avait eu déjà pour\nl'illustre poète suffisamment de bénéfice dans le partage.\nL influence du talent de Métastase avait été dans l'œuvre tellement\nprépondérante, que Ton ignore profondément aujourd'hui le nom du\ncompositeur d'origine. Il s'appelait Sarri. Un autre compositeur, por-\ntant un nom mieux illustré dans la peinture, Leonardo Vinci, l'avait mise\nen musique dès 1726 pour Rome. Mais ce fut purement et simplement\nla Didone de Métastase, qui remplit l'ltalie de son succès, que toutes les\ngrandes villes de la Péninsule s'envièrent l'honneur de représenter, et\nque les populations des campagnes vinrent elles-mêmes applaudir avec\nenthousiasme. Cependant, c'est au compositeur en même temps qu'au\npoète, que la Gabrielli dut son triomphe, car ses biographies nous parlent\nde l'effet prodigieux que la cantatrice produisit en 1750, en chantant\nl'ariette: « Sono regina e sono amante. »\nMais ce compositeur n'était alors ni Sarri, ni Leonardo Vinci, mais\nJomelli, qui avait à son tour traduit en langue musicale, pour Vienne, le\npoëme de Métastase. Castil-Blaze a intercalé l'air gravé dans son His-\ntoire du Théâtre-Italien.\nRappels, couronnes, sonnets, rien ne manqua au triomphe de la vir-\ntuose. En Italie, on le sait, la poésie est ce qui coûte le moins.\nCet éclat, jeté par l'interprète sur la Didone, devait non-seulement"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "167", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.23", "texte": "LES CANTATRICES DRAMATIQUES\n\nattirer l'attention, mais conquérir les sympathies de Métastase, qui fit\nprofiter à Vienne la Gabrielli des instincts, favorables à l'art9 de Fran*\ncois ler,Ier, empereur médiocre, mais très bon musicien.\nC'était de tradition chez ces souverains» En 1724, pour l'anniversaire\ndu jour de naissance d'une archiduchesse, probablement Marie Thérèse,\nl'aînée des filles de l'empereur Charles VI et la future épouse de Fran-\nçois lep,Iep, née en 1717, un opéra nouveau avait été donné, avec le con-\ncours, comme exécutants, des plus grands seigneurs de l'Autriche, sur\nle théâtre de la cour. Sa Majesté Impériale elle-même, Charles VI,\naccompagnait les voix sur l'épinette, comme principal directeur de la\nmusique. Les auteurs de l'ouvrage, Apostolo Zeno, appelé l'Eschyle du\npoème lyrique (Métastase devait en être le Sophocle et l'Euripide) et\nCaldara, qui fut depuis le compositeur attitré de ce même Métastase,\ntremblèrent d'être « exécutés » par d'aussi nobles talents. Il est difficile\nde croire pourtant que Marie-Thérèse elle-même, qui n'avait que sept\nans, ait pu, comme le dit, en rapportant le fait, Burgh, dans ses Anec-\ndots of music, y chanter un des principaux rôles. Mais, en définitive,\npoète et musicien n'eurent qu'à se féliciter, dit-on, d'avoir pris le per-\nsonnel de leur interprétation dans Falmanach de la cour, plutôt que sur\nles registres de l'opéra de Vienne. Deux archiduchesses dansèrent dans\nl'opéra d'Eurysthène, sans compter celle qui y chantait.\nL'empereur fut si heureux de ce succès auquel il avait pris part direc-\ntement comme virtuose,, qu'il organisa à la troisième représentation une\nloterie magnifique, où les acteurs aristocratiques gagnèrent des dia-\nmants, des montres d'or, des lots divers, de la valeur de mille ou deux\nmille florins. C'était plus facile et moins méritoire de la part d'un\nempereur que de jouer juste.\nC'était sur ce terrain, si bien préparé pour ses succès, que la Gabrielli\nalla chercher les leçons de déclamation lyrique de Métastase. Les pro-\ngrès qu'elle lui dut, le crédit que le Poeta Cœsareo mit à son service,\nla firent nommer chanteuse de la cour. François lerIer n'allait au spec-\ntacle que lorsque la Gabrielli chantait; aussi, n'y a-t-il pas lieu de con-\nsidérer comme sérieux ce trait de courage attribué à Duval, le biblio-\nthécaire de l'empereur. « Où allez-vous? lui aurait dit François ler.Ier.\nEntendre chanter la Gabrielli, sire Mais elle chante mal (?) Je\nsupplie votre Majesté de dire cela tout bas. Et pourquoi ne le dirais-\nje pas tout haut? C'est qu'il importe à Votre Majesté d'être crue de\ntout le monde, et qu'en disant cela, elle ne le serait de personne. »\nOn prétend que l'abbé de Marcy, présent à cette conversation, dit à\nDuval : « Savez-vous bien que vous avez dit là une grande vérité à"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "168", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.24", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nl'empereur ! *\nsophe, je souhaite qu'il en profite. * Les faits avérés réduisent à bien peu\nl'héroïsme de cette franchise. François lerIer plaisantait évidemment ; il\naimait trop l'art pour ne pas rendre justice à une grande artiste,\nLa Gabrielli fut une cantatrice plus dramatique encore dans sa vie\nprivée que sur la scène. Adorée de hauts personnages, à qui ses gloires\nde cantatrice et ses charmes de femme la signalaient, elle les désolait\nde ses caprices, les laissait se morfondre au profit de quelque vir-\ntuose roturier, d'une haute-contre avec qui elle continuait, dans son\nboudoir, le duo d'amour chanté la veille sur la scène. C'est ainsi qu'on\nvoyait la Banti, à Naples, avoir dans son antichambre autant de\nseigneurs que ceux-ci, dans la leur, avaient de domestiques.\nLa Gabrielli faillit payer cher son inconstance, mais dans une circons-\ntance où, du moins, l'amant trahi ne put lui reprocher une mésalliance\nde ses fantaisies. Elle était aimée, à Vienne, de l'ambassadeur de France,\nqui se croyait seul accueilli, quand la diplomatie portugaise était admise\nau même degré de faveur.\nLe Français fut averti; il se conduisit, en cette circonstance, en véri-\ntable Italien. 11 se cacha et put voir l'ambassadeur portugais accueilli de\nla chanteuse par trop cosmopolite. Il attendit le départ de son rival, sans\ndoute pour ne pas faire une complication internationale d'un incident\nprivé; mais à peine le Portugais fut-il parti que la scène éclata; il\nvoulut percer tout de bon l'infidèle, de son épée. Heureusement, la\nGabrielli n'était pas seulement cuirassée contre lui qu'au moral : son\njuste-au-corps amortit le coup et l'actrice ne fut pas touchée.\nL'ambassadeur comprit toute l'insanité d'une conduite aussi anti-\npolitique et qui n'avait échappé à l'odieux qu'en tombant dans le\nridicule. Pour obtenir son pardon, il lui fallut livrer son épée. On voit\nque c'était une capitulation complète. La Gabrielli voulut exposer chez\nelle l'épée, en écrivant au-dessous : « Épée de M. *** qui osa frapper la\nGabrielli. » L'exposition menaçait de durer et les rieurs n'étaient pas du\ncôté de l'ambassadeur ; le Français s'adressa à Métastase, le protecteur,\nle professeur, l'ami de Catarina. Métastase obtint que l'épée de l'ambas-\nsadeur lui fût rendue et que là se terminât pour la France ce Rosbach\nde chambre à coucher.\nCette histoire est racontée par tous les biographes de la Gabrielli, sans\nqu'ils donnent les noms des deux rivaux. Moins discret qu'eux, j'aurais\nvoulu dissiper le mystère qui couvre le nom de ce haut personnage si\ndramatiquement amoureux ; mais l'on est, à ce sujet, réduit aux conjec-\ntures. En 1751, au moment où commençait à Vienne la faveur de la"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "169", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.25", "texte": "LES CANTATRICES DRAMATIQUES\n\nchanteuse, la France était représentée à la cour de Marie-Thérèse par le\nmarquis de Hautefort, ayant rang d'ambassadeur. En 1755, lui avait\nsuccédé un simple ministre plénipotentiaire, le marquis d'Aubeterre.\nTous deux sont également inconnus. En 1756, le duc de Choiseul était\nenvoyé à Vienne; mais ce ne serait qu'avec peu de vraisemblance que\nl'on pourrait rendre celui qui fut depuis le grave antagoniste de la\nDubarry, solidaire de cette folle équipée. Toutes les vraisemblances,\nsi l'histoire est exacte, sont donc pour que le marquis de Hautefort en\nait été le triste héros.\nCe n'est que dans les lettres de Métastase que nous trouvons quel-\nques détails sur le séjour de Catarina Gabrielli à Vienne. Elles nous\npermettent de voir dans le domaine de la réalité paisible cette héroïne\nd'une sorte de légende aventureuse, cette Frétillon aristocratique. Nous\nlisons, dans la correspondance du poète, qu'en février 1756, l'enga-\ngement de la Gabrielli avait encore deux ans à courir au théâtre impé-\nrial de Vienne; mais comme Marie-Thérèse, devenue impératrice, avait\nrésolu de faire taire la musique théâtrale pendant le cours de la guerre,\nla souveraine avait eu la ce clémence partiale » (sic) de faire savoir à la\nvirtuose favorite qu'elle pouvait momentanément s'engager ailleurs, si\nelle ne voulait pas rester oisive. Métastase alors se trouva l'agent de\nnégociations engagées pour faire paraître la Gabrielli, devant succéder à\nla Paganini,sur le Théâtre-Italien, que Farinelli (mieux Farinello), con-\nseiller favori en même temps que directeur des plaisirs lyriques du roi\nd'Espagne Ferdinand VI, avait fait établir au Buen-Retiro. L'inter-\nvention de Métastase entre la cantatrice et Farinello était d'autant plus\nnaturelle, que ce dernier avait commandé au premier des travaux pour le\nthéâtre confié à ses soins.\nD'après ces lettres, la Gabrielli base ses prétentions sur celles qu'avait\neues, dans les mêmes circonstances, la Mengotti, dont j'ai parlé plus\nhaut, et à qui, dit Métastase, « elle est certainement supérieure comme\nagilité de voix, comme figure et autres qualités théâtrales. » On stipule\npour la Gabrielli le premier emploi et Métastase engage Farinello à se\nhâter de traiter avec elle, afin de prévenir les tentations qu'elle pourrait\navoir de s'engager ailleurs.\nDans une lettre suivante, Métastase fait connaître les conditions\nauxquelles la cantatrice s'engagerait. A ce titre de prima donna seraient\nattachés, pour elle, des émoluments de 1,200 piastres d'or (le traitement\ndéjà accordé à la pour se tenir à la disposition (servi\\io) des\ncléments souverains d'Espagne, jusqu'à la Pâques de 1759. La Gabrielli\nespère encore de la munificence des Majestés Catholiques 300 piastres"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "170", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.26", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nd or pour ses frais de voyage, ainsi que cela a été concédé également à la\nMengotti. Elle demande de plus le titre exprès de virtuose de chambre,\nou de virtuose au service de Leurs Majestés Catholiques. Ces conditions\nfurent acceptées à Madrid,, et l'engagement de la cantatrice envoyé en\njuillet .1757 par Métastasé à Farinello.\nC est également dans ces mêmes lettres que nous trouvons quelques\nindications sur les triomphes scéniques de la Gabrielli à Vienne. Dans\nles fêtes données pour la naissance de l'archiduc Maximilien, elle dut\ncréer, à la fin de 1756, le principal rôle de : le Roi pasteur, poème de\nMétastase, musique de Gluck... Le poète césarien parle de ce génie\nimmortel en ces singuliers termes : « Un maître de chapelle bohème, à\nqui la vivacité; le bruit, l'extravagance ont servi de mérite sur plus d'un\nthéâtre d'Europe, au sort duquel je compatis, heureux que le nombre\ndes vivants dont heureusement il n'y a pas encore pénurie—n'en ait\npas été diminué, »\nLa façon dont un homme tel que Métastase parle de Gluck est d'autant\nplus singulière que le premier n'eut, pour ses beaux poëmes, à leur\norigine du moins, que des compositeurs tombés aujoyrd'hui dans l'oubli :\nSarri, Vinci, Galdara,dont il reconnaît lui-même, dans ses lettres,\nl'insuffisance,— et que sa poésie lyrique ne s'est maintenue àla scène que\nreprise plus tard en sous-œuvre au point de vue musical par de véri»\ntables maîtres.\n« La Gabrielli, ajoute Métastase à l'occasion du même opéra le Roi\npasteur, n'a point d'égale pour l'excellence de la voix, le goût, l'action.))\nMétastase s'arrête au milieu de cet éloge enthousiaste pour déclarer\npeut-être yen avait-il besoin qu'il n'est point amoureux de la jeune\ncantatrice. Métastase, on le sait, était l'un des plus beaux hommes de\nson temps. Si l'on songe aux fantaisies qui accidentèrent la vie de\nGabrielli, en peut croire que le poète césaréien put être pour elle infidèle\nà la mémoire de la Romanina.\n(La suite prochainement.)\n\nPAUL FOUCHER."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "171", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.27", "texte": "LA DISETTE ET LES ACCAPAREURS\n\nN ces temps troublés, où la disette d'artistes dramatiques\net surtout de chanteurs se fait si cruellement sentir, il\nn'est peut-être pas inutile de s'occuper de ce fâcheux état\nde choses, qui ralentit le développement de fart musical\net cause de nombreux tourments à nos directeurs de\nthéâtre.\nNous traversons en ce moment une période de transition, période d'épui-\nsement, comme toutes celles qui suivent les époques qui ont beaucoup pro-\nduit. Tous les arts se ressentent de cette fatigue et de cette langueur ; la\nmusique surtout a souffert de cet état de délabrement. Le temps des grands\nmusiciens est déjà loin de nous. Où sont nos maîtres immortels? Où sont\nnos prodigieux virtuoses qui avaient nom Duprez, Nourrit, Levasseur, Ru-\nbini, Lablache, Mario, Pasta, Malibran, Alboni, Frezzolini, Falcon, Stolz et\ntant d'autres ?\nVeut-on dresser la liste des chanteurs qui jouissent actuellement d'une\nhaute réputation? Quand j'aurai cité mesdames Carvalho, Patti, Nilsson,\nKrauss,Sass, Gueymard, Albani etMM.Faure, Nicolini,Tamberlick,Capoul,\nje crois que la liste sera à peu près complète, et encore, parmi les noms qui\nfigurent dans cette trop courte nomenclature, combien peu soutiendraient\nle parallèle avec ceux que j'ai énumérés plus haut !\nIl y a donc là une décadence bien manifeste et une disette de chanteurs\nque nous ressentons d'autant plus vivement que, parmi les artistes que je\nviens de nommer, nous ne pouvons guère revendiquer comme nôtres que\nmesdames Carvalho, Gueymard et M. Faure.\nMadame Carvalho, une des meilleures chanteuses de notre temps, nousappar-\ntient absolument : son merveilleux talent est toujours resté l'un des plus beaux"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "172", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.28", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nornements de notre scène française, et ce n'est que bien rarement qu'elle a\nconsenti à nous quitter pour aller faire les délices de l'étranger. Madame\nGueymard est demeurée fidèle à notre Opéra. M. Faure ne nous consacre\nplus que quelques mois par an, mais enfin il se partage encore à peu près\négalement entre la scène française et les scènes étrangères. Quant aux autres,\nce sont des exilés volontaires, et nous ne les connaissons plus guère que de\nréputation. Madame Patti nous a abandonnés sans esprit de retour; madame\nNilsson qui nous a quitté après sa création d'Hamlet, s'est décidée à grand'\npeine à venir inaugurer le nouvel Opéra. Restera-t-elle longtemps parmi\nnous? J'en doute, car je regarde comme fort improbable que ces deux ai-\nmables virtuoses se décident jamais à quitter les pays où fleurissent les\nroubles et les dollars pour venir chanter dans une ville où l'enthousiasme\nn'est pas coté à la Bourse et où les diamants ne pleuvent guère sur la\nscène.\nM. Capoul a été élevé dans nos conservatoires : il a débuté à l'Opéra-\nComique; c'est nous qui avons créé et quelque peu exagéré sa réputation.\nNous l'avons choyé, applaudi, nous en avons fait notre idole, en un mot,\nnous n'avons rien épargné pour nous l'attacher; peines perdues; les succès\nde rOpéra-Comique ne suffisaient pas à l'ambition du jeune artiste, et il n'a\nrien eu de plus pressé que de se lancer à corps perdu dans la carrière ita-\nlienne. Le charmant ténor qui roucoulait jadis le Premier Jour de bonheur\net Rêve d'amour, s'essouffle maintenant à crier le répertoire de M. Verdi.\nNous voilà donc réduits à un petit nombre d'artistes que je vous laisse\nle soin de nommer, artistes de talent sans doute, mais parmi lesquels je\ntrouve bien peu de ces sujets d'élite dont le concours ajoute tant d'éclat à\nla représentation des chefs-d'œuvre lyriques.\nPourquoi sommes-nous si pauvres en chanteurs, pauvres à ce point que\nM. Mermet n'a pu réussir qu'à demi à découvrir la Jeanne d'Arc de ses\nrêves, et que M. Gounod garde son Polyeucte en portefeuille faute de ténor?\nQuelles sont donc les raisons de cette disette et quel remède y apporter ?\nLes causes premières sont multiples.\nD'abord faut-il admettre que, de notre temps, les belles voix soient plus\nrares qu'au temps passé ? Non, sans aucun doute; il y a certainement bon\nnombre de sujets doués de ces précieuses qualités : seulement ils ignorent\nle plus souvent qu'ils ont une fortune dans le gosier et ne se révèlent guère\nd'eux-mêmes à l'admiration du public, le tout est de savoir les découvrir et\npoint n'est besoin d'ajouter que les recherches de ce genre sont aussi diffi-\nciles que peu fécondes.\nDoit-on s'en prendre, comme le veulent beaucoup de gens, à l'éducation\nvicieuse que reçoivent nos chanteurs? Les grandes écoles de chant ont dis-\nparu et leurs traditions sont bien près de se perdre. L'enseignement du\nConservatoire a donné lieu à de vives critiques, dans l'examen desquelles il\nne m'appartient pas d'entrer ; je constate seulement, qu'aux yeux de beau-\ncoup de personnes, cet enseignement, destiné à former les voix, n'arrive le plus"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "173", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.29", "texte": "LA DISETTE ET LES ACCAPAREURS\n\nsouvent qu'à les déformer et que, selon elles, il doit être compté en première\nligne au nombre des causes auxquelles il convient d'attribuer la décadence de\nFart du chant. Les professeurs particuliers, il y en a de très célèbres, qui se\nchargent de l'éducation des rares sujets chez qui ils ont su découvrir des\ndispositions extraordinaires, ne sont pas exempts de défauts et leurs diffé-\nrentes méthodes ne sont pas plus à l'abri de la critique que la méthode offi-\ncielle professée au Conservatoire.\nOn leur reproche, et non sans quelque raison, de trop exiger de l'organe\nvocal si fragile de sa nature et surtout d'être trop pressés d'arriver au but et de\nlancer dans la carrière des chanteurs incomplets, qui ne tardent pas à briser\ncomplètement leur voix mal assise et déjà fatiguée outre mesure par les\nétudes précipitées et peu judicieuses auxquelles ils ont été soumis. Les\nvoix les mieux constituées durent bien peu aujourd'hui, et cette extrême\nfragilité n'est pas seulement imputable aux chanteurs et aux professeurs ;\nles compositeurs, eux aussi, y sont bien pour quelque chose, et personne ne\ncontestera la justesse des réflexions suivantes inspirées à Scudo par des\ntendances déjà marquées de son temps, et qui s'accentuent chaque jour\nde plus en plus : « Séduits par les effets nouveaux et variés de For-\nce chestre, par l'étendue de son échelle, excités par les mœurs de la société\n« nouvelle à reproduire au théâtre le délire des passions extrêmes à Faide\n« d'une sonorité puissante, quelques compositeurs ont exigé de la voix\n« humaine des efforts qui en ont altéré la fraîcheur et la flexibilité. On a\n« méconnu les sages limites fixées par la nature, aussi bien à la capacité de\n« l'oreille qu'à l'étendue de notre organe vocal ; on a écrit des opéras comme\n« des symphonies; on a confondu et mêlé tous les genres, et Fart de chanter n'a\n« plus été que Fart de pousser des cris et de lutter à pleins poumons contre\n« le bruit de plus en plus envahissant de l'orchestre. Plus de nuances, plus de\n« vocalisation, plus de phrases limpides et saillantes, où le chanteur ait le\n« temps de déployer sa voix et puisse pénétrer chaque note du souffle\n« de son âme. La masse instrumentale, les combinaisons harmoniques et les\n« gros effets d'ensemble ont étouffé la mélodie vocale. » Ce défaut, déjà\nsensible chez Meyerbeer et Halévy, a été fortement exagéré depuis par les\nmaîtres contemporains. Il est regrettable qu'on ne donne plus tous ses soins\nà écrire spécialement pour les voix, comme le faisaient jadis avec tant d'art\net de perfection les maîtres de l'école italienne et les compositeurs français ;\net l'un des reproches les plus mérités qu'on puisse adresser à la jeune école,\nc'est de subordonner par trop les voix à l'orchestre et de les traiter souvent\ncomme un simple instrument, de telle façon que je pourrais citer, dans le\nrépertoire moderne, plus d'un morceau de chant qui semble avoir été écrit\npour violon, violoncelle ou flûte et qui ferait certainement plus d'effet\nsur l'un de ces instruments que dans la bouche d'un chanteur.\nSans doute, ce sans-façon avec lequel on traite les voix et cette énorme\ndépense de forces qu'on exige du chanteur abrègent singulièrement sa car-\nrière et contribuent, dans une certaine mesure, à l'appauvrissement dont nous"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "174", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.30", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nnous plaignons. Et pourtant ce n'est pas là encore qu'il faut rechercher les\nvéritables causes de la disette d'artistes à laquelle nous nous trouvons réduits.\nLes deux grandes causes, ce sont : d'un côté l'accroissement considérable du\nnombre des théâtres lyriques, surtout en Amérique, et de l'autre, l'accapare-\nment des artistes par ces entrepreneurs que nous voyons courir aux quatre\ncoins du monde pour enrôler des troupes nomades et exploiter tour à tour\nles théâtres des deux hémisphères. De nos jours, on chante l'opéra, l'opéra\nitalien surtout, dans toutes les grandes villes du monde. De là une énorme\nconsommation de chanteurs. Dans la plupart de ces villes (excepté, bien\nentendu, en France, en Allemagne, en Italie), les théâtres ne jouent que pen-\ndant une saison de l'année, ils ne donnent pas une série régulière de repré-\nsentations et n'ont pas une troupe fixe et à demeure comme notre Opéra.\nQuelques mois avant l'ouverture de la saison, le directeur se met en quête\nd'une troupe. Quant à son répertoire il n'a pas à s'en inquiéter, il se compo-\nsera invariablement des œuvres de l'école italienne moderne et de quelques\nopéras français. La grande question, c'est d'avoir une troupe : or, dans beaucoup\nde pays, il n'y a pas de conservatoire où l'on puisse s'adresser et, d'ailleurs, il\nfaut des artistes tout formés et possédant déjà un répertoire. Mais, direz-vous, le\ndirecteur n'a qu'à rappeler à lui la troupe qu'il dirigeait l'année précédente?\nCette troupe, elle n'existe plus, du moins dans son ensemble ; à peine la sai-\nson terminée, tous les éléments qui la composaient se sont désagrégés,\nchaque artiste a tiré de son côté pour aller remplir d'autres engagements qui\nl'appelaient souvent à huit cents lieues de là. Il faudrait donc aller quérir le\nténor à Cuba, le baryton à Moscou et la prima donna à New-York. De là,\nune source de difficultés énormes et de tribulations interminables pour le\nmalheureux directeur, qui se voit sans troupe à la veille de commencer une\nnouvelle campagne. Que faire? le temps presse; il faut, coûte que coûte, arri-\nver à une solution.« To be or not to be. » C'est alors que le directeur, à bout\nd'expédients, s'adresse à un entrepreneur, à un de ces conducteurs de trou-*\npes nomades qui courent sans cesse d'un bout à l'autre du monde. Un bon\ntraité est signé et, moyennant un forfait bien en règle, ledit entrepreneur\nse charge de fournir une troupe complète toute organisée et toute prête à\nentrer en campagne. Cette troupe, ce sera presque toujours une collection\nde sujets ayant tous un nom plus ou moins connu; à leur tête brillera quel«\nquefois une étoile de première grandeur, dont le nom est un attrait certain\net un élément de recettes assuré. S'il y a seulement deux ou trois étoiles\ndans la troupe, c'est une troupe di primo cartello, et sa valeur est inestima-\nble. Car, dans beaucoup de villes, en Angleterre et en Amérique surtout, lé\ngrand, je dirais volontiers le seul talent de l'imprésario, consiste à savoir\ngrouper habilement sur son affiche les noms célèbres et à mettre en jeu les\nplus savantes combinaisons de la réclame et du puffisme.\nVoilà, en quelques traits, le système tel qu'il se pratique en Angleterre, en\nEspagne, en Russie et en Amérique. Est-il besoin de faire ressortir combien\nce système est déplorable et funeste aux véritables intérêts de Fart qu'il"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "175", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.31", "texte": "LA DISETTE ET LES ACCAPAREURS\n\nmenace de faire tomber des hauteurs de l'idéal dans le domaine vulgaire des\nspéculations commerciales. La représentation d'un opéra dans ces conditions\nn est plus que l'exhibition d'une étoile, autour de laquelle viennent se grou-\nper une foule de médiocrités le plus souvent insupportables; l'œuvre d'art\ndisparaît et tout l'intérêt du spectacle se résume en mademoiselle X., chan-\ntant son rôle favori. Ajoutons que ce système pratiqué chez nos voisins, au\ngrand détriment de l'art pris in abstracto, ne laisse pas que de porter une\ngrave atteinte aux intérêts de l'art français en particulier, en ce sens que dès\nqu un artiste de valeur a réussi à se poser au premier rang et à acquérir\nquelque renommée, il nous est enlevé aussitôt par un accapareur.\nCelui-ci arrive, propose un engagement à forfait et répand l'or à pleines\nmains pour s'assurer le concours de l'étoile en question. En général, l'étoile\nse montre fort exigeante ; quoi de plus juste ? on vient la chercher, on lui\nfait des avances, elle saura exploiter tous les avantages de la situation, car il\nest piquant de remarquer que l'étoile sait toujours marier, avec un art in-\nfini, la finesse du commerçant le plus expérimenté au talent du virtuose le\nplus accompli. Elle commencera donc par exiger une somme bien ronde;\nil ne faudrait pas s étonner, par exemple, de lui voir demander un million\npour deux ans de représentations; le fait s'est présenté il n'y pas bien long-\ntemps. Oui, mais l'entrepreneur s'est fort récrié sans doute? Lui, nullement;\nil a conclu le marché séance tenante, trop heureux d'avoir fait une si bonne\naffaire. Avec une pareille étoile dans sa troupe, le succès et la recette sont\nassurés d'avance, mais il lui faut l'étoile, et pour acheter son concours, il ne\nreculera devant aucun sacrifice. L'étoile demande un million, il donnera\nun million; mais, ce n'est pas tout, il paiera en outre tous les frais de\nv°ya§e 5 voiture, des chevaux, des laquais, une demoiselle de compagnie,\nou la compagnie d un mari, cela s'est vu, plus encore un secrétaire, si l'ar-*\ntiste est un si grand personnage qu'elle ne puisse décemment se passer d'un\nsecrétaire. Joignez à cela les énormes dépenses qu'il lui faudra faire pour\nmettre en pratique sur une large échelle les principes de puffisme et de ré-\nclame créés et légués à la postérité par l'immortel Barnum. Et à ce sujet,\nje vous engage vivement à lire un délicieux passage de Berlioz, sur Barnum\net le voyage de Jenny Lind en Amérique (1), ainsi que les extraits de The\nLife of Phinéas Taylor Barnum, traduits et publiés par M, Paul Merruau,\nVous y verrez, entre autres curiosités, comment il en coûta y 50,000 francs à\nBarnum pour être certain du concours, dans cent cinquante concerts, du\nrossignol que trois industriels se disputaient. Barnum n'avait pas les fonds,\nil les réalisa au moyen de la vente de ses propriétés et d'un emprunt de\n2 5,000 francs. Le paquebot qui portait Barnum et sa fortune arrive en vue\ndeo cotes d Amérique, une émeute d admiration et d'amour éclate aussitôt 4\nUne foule immense accourt au lieu du débarquement et conduit procession-\nnellement la virtuose à son hôtel. Plus de trente mille personnes passent la\n\n(j) Soirées de VOrchestrCi 8® soirée"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "176", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.32", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nnuit sous ses fenêtres et demandent à cris redoublés mademoiselle Jenny\nLind. Elle paraît au balcon, étonnée, émue de l'explosion de ces senti-\nments affectueux, dont pourtant Barnum est seul en mesure de connaître\nle prix. A minuit, une sérénade fut organisée par deux cents musiciens,\nescortés par trois cents porteurs de torches. Les poètes se mirent à l'œuvre\ndès le lendemain ; Barnum offrit un prix de 200 dollars à l'auteur de la\nmeilleure pièce de vers en l'honneur de la plus grande merveille vocale\nconnue. Tant d'efforts obtinrent un succès complet et légitime; les recettes\natteignirent à un chiffre fabuleux. Il avait été convenu que la recette du\npremier concert serait distribuée généreusement aux pauvres : « La charité,\ndit Barnum, est la meilleure politique. » A la fin du concert, Barnum-se\nprésenta devant l'auditoire avec une liste des hôpitaux de New-York portant\nen regard les sommes qu'il attribuait à chacun de ces établissements sur la\nrecette du jour. « Cet ange, s'écria l'entrepreneur avec une émotion diffici-\nlement contenue, cet ange, car je ne puis lui donner un autre nom, ne veut\npas recevoir un penny en récompense de l'admirable talent qu'il vient de\ndéployer. » Puis, avec des larmes dans les yeux, incapable de dire un mot\nde plus, il tendit la liste préparée d'avance. Le résultat fut tel qu'il l'avait\nprévu; ce ne fut plus de l'enthousiasme, ce fut de l'extase qu'éprouva le\npublic ! Nous nous arrêterons ici, toute description serait impuissante à faire\ncomprendre les mille ressources au moyen desquelles Barnum triompha\ndans la lutte qu'il avait entreprise. Non-seulement il fit honneur aux enga-\ngements contractés avec le rossignol, mais il gagna lui-même des sommes\nconsidérables (1).\nDécidément, Barnum était un grand homme, et je comprends que nombre\nde gens ait brûlé de la noble ambition de marcher sur ses traces, tandis que\nles triomphes de Jenny Lind tournaient la tête à bien des artistes qui pour-\ntant n'étaient pas, tant s'en faut, la plus grande merveille vocale connue.\nMais, voyez-vous maintenant la position de nos malheureux directeurs\nd'opéra. Ils ont à la tête de leur troupe un artiste de talent, ou, ce qui\nrevient au même (pour le directeur s'entend), un nom qui fait recette. Ils\nont déjà payé fort cher pour l'engager; ils font d'énormes sacrifices pour le\nretenir et pour se l'attacher, mais il arrive un moment où il leur devient\nimpossible de satisfaire aux énormes prétentions émises par l'artiste, à qui\nl'accapareur est venu faire des propositions californiennes pour l'entraîner à\nl'étranger. Le directeur se voit contraint de céder, l'artiste part, et le pu-\nblic ,ah dame! le public se contentera de ceux qui restent, si mieux il\nn'aime se passer d'opéra!\nCette situation, véritablement inquiétante pour les intérêts de l'art fran-\nçais, préoccupe depuis longtemps tous ceux qui suivent le mouvement artis-\ntique et qui s'intéressent aux choses de la musique. Sans parler des direc-\n\n(1) Extrait de The Life of Phineas Taylor Barnum, traduction de M. Paul\nMerruau."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.33", "texte": "Victor Masson, del, et sc.\nImp.A.Catlart, Paris.\nLA MUSIQUE\nd'après la Margaráta Philosophica de Greg Reish\n(Commencement du XVIe Siède)"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "177", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.34", "texte": "teurs de nos grandes scènes lyriques, les critiques musicaux se sont souvent\noccupés de cette question. Les hommes les plus compétents en cette\nmatière ont été unanimes à déplorer ce triste état de choses et à reconnaître\nqu'il fallait y apporter un prompt remède. Voilà bien en effet le véritable\nnœud de la question : il faut un remède, mais quel remède? Où trouver une\nsolution pratique ?\nEntre autres combinaisons plus ou moins réalisables qui ont été succès®\nsivement étudiées, je n'en citerai qu'une seule, mais elle suffit pour nous\nmener à une conclusion. On a proposé de faire signer aux élèves, avant leur\nentree au Conservatoire, un engagement formel, en vertu duquel ils seraient\ntenus de chanter pendant un certain temps, dix ou quinze ans par exemple, sur\nune scène française; autrement dit, on ferait souscrire aux élèves du Conser-\nvatoire un engagement analogue à celui par lequel les élèves de l'École\nnormale contractent 1 obligation de se consacrer à l'enseignement pendant\nun temps déterminé. Voilà un moyen; voyons maintenant s'il est pratique\net susceptible de produire des résultats. D'abord vous obligez les élèves du\nConservatoire à chanter sur une scène française pendant une période de dix\nans, je suppose, à partir de leur sortie de l'école. Mais, à ce compte-là, nous\nn aurons jamais que des débutants. Les artistes, encore mal aguerris, vien-\ndront faire leurs premières armes sur nos scènes, ils s'y essaieront, ils y\napprendront leur métier, ils arriveront peut-être au bout de peu de temps,\ns'ils sont bien doués, à acquérir un véritable talent et une grande répu-\ntation , mais, ne 1 oubliez pas, pendant toute cette période de formation., le\ntemps a marché, le délai de dix ans touche peut-être à sa fin, va se\ntrouver libre d'engagement, et alors.., alors n'allez pas croire qu'il signera\nun nouveau traité avec son directeur, En même temps que son talent gran-\ndissait, ses prétentions se sont singulièrement d'autant plus que les\nprétentions croissent toujours plus vite que le talent, et si le directeur refuse\nde souscrire à ses exigences, il fera ce que font nos artistes d'aujourd'hui, il\ncourra se jeter dans les bras du premier Barnum venu, qui lui aura promis\ndes sommes fabuleuses pour une tournée en Amérique. Et nous, public, qui\navons formé 1 artiste, qui avons été pleins d'indulgence pour ses premières\nfaiblesses, nous nous trouverons Gros-Jean comme devant. Le rossignol se\nsera envolé, et il ne nous restera pour toute consolation que la perspective\nd élever de nouveaux sujets..,, toujours pour la même destination.\nMais, à ce compte-là, pour employer une image vulgaire, nous passerions\nnotre vie à essuyer les plâtres et à assainir la maison pour qu'un autre\nvienne s'y loger à notre place ; serviteur ! votre système est impossible.\nEt d'ailleurs, songez donc bien que si vous imposez des conditions trop\nonéreuses aux élèves qui se destinent au Conservatoire, rien de plus simple,\nils n'y entreront pas, ils préféreront se mettre entre les mains d'un profes-\nseur particulier. Viendrez-vous encore faire un nouveau règlement à\n1 usage des professeurs particuliers? Non, tout cela est la situa-\ntion est mauvaise, elle exigerait un remède énergique, mais quelque savantes\n\nVI.\nLA DISETTE ET LES ACCAPAREURS\nI 2"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "178", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.35", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nque soient vos combinaisons, quelque ingénieux que puissent paraître YOS\nsystèmes, vous vous trouverez toujours en face de cette loi fondamentale de\nl'offre et de la demande qui régit toutes les transactions commerciales... S'il\ny a grande consommation de chanteurs et peu de sujets, le prix des chan-\nteurs sera très élevé, et un directeur d'opéra ne pourra jamais empêcher\nun autre directeur, son voisin, de lui faire concurrence et d'offrir 200,000 fr.\nau ténor tju'il ne paie que 60,000fr.\nConclusion : Il ya là un état de choses extrêmement fâcheux, extrême-\nment nuisible au progrès de l'art pur et dégagé de tout esprit de spéculation\ncommerciale, mais auquel, malheureusement, nous ne pouvons apporter au-\ncun remède. Quoi qu'il en soit, la question est intéressante et mérite qu'on\ns'en occupe; je n'ai pas la prétention de l'avoir coulée à fond, j'ai voulu seule-\nment l'esquisser en quelques traits afin d'appeler sur ce sujet l'attention des\namis de la musique et d'inviter les intéressés à chercher un système de répres-\nsion que j'avoue n'avoir pu découvrir. Si quelqu'un de nos lecteurs, après avoir\nréfléchi sur la question, se trouvait en mesure de proposer une solution\npratique, je lui serais reconnaissant de me la communiquer.\n\nH. MARCELLO."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "179", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.36", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nCONCERTS-POPULAIRES. Observations à propos du Schiller-Marsch, de Meyerbeer. ~\nAir de ballet, de M. Th. Dubois (première audition). Sonate pour violon, de\nLeclair (1720). Concertos de Mendelssohn. Madame Jaëll et M. Sarasate.—\nPhaêton, de M. Saint-Saëns. Fragments de la Damnation de Faust, de Berlioz.\nE Schiller-Marsch, de Meyerbeer, qui ouvrait le troi-\nsième Concert de la première série, me paraît assez mal\nplacé en tête d'un programme. L'orchestration de ce\nmorceau, pleine de relief et d'éclat, jette une ombre\ndéfavorable sur l'œuvre qui lui succède immédiatement,\nmême quand cette œuvre est la Symphonie en ré majeur, de Beethoven,\nde telle sorte que l'auditeur éprouve une sensation analogue à celle de ce\npeintre, à qui on montrerait un tableau d'lngres, après avoir ébloui ses\nyeux par un Rubens étincelant de couleur et de lumière. Ce n'est là\nqu'un détail, mais un détail qui a bien son importance, car il nous\nrappelle à l'observation de cette grande loi de la progression des effets,\nqui demande à être strictement suivie, aussi bien dans l'agencement des\ndifférentes parties d'une œuvre dramatique, que dans la succession des\nmorceaux d'un concert.\nJe n'ai pas grand'chose à dire de Y Air de ballet, de M. Dubois, qu9on\na exécuté après la Symphonie en ré. La première phrase, en mouvement\nde gavotte, ne manque pas d'agrément ; ce qui suit n'est pas toujours en\nparfaite harmonie avec l'idée première et le morceau complet forme un\ntout sans homogénéité, qui n'appartient ni au style ancien, ni au style\nmoderne. Au demeurant, Y Air de ballet, de M. Dubois, est une page\nfinement écrite ; seulement, je me demande si c'était bien la peine de\ndéranger un orchestre tout entier pour lui faire exécuter d'aussi petite\nmusique ?"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "180", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.37", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nÉtait-il bien nécessaire aussi de transporter à l'orchestre la jolie\nsonate de Leclair, composée en 1720 pour violon seul avec la basse\ncontinue ?Jene le crois pas. Ces sortes d'arrangements ne m7ont jamais\nparu très heureux et je les regarde comme des contre-sens musicaux\nqu'il importe d'éviter avec le plus grand soin. Une de ces transfor-\nmations a paru réussir, c'est celle du Septuor, de Beethoven \\ et encore\nl'exécution de ce chef-d'œuvre par sept instruments, est-elle demeurée\ninfiniment supérieure à l'exécution par l'orchestre tout entier ; j'en\nappelle à ceux qui ont entendu le Septuor dans les concerts de musique\nde chambre, En tout cas, cette tentative eût-elle absolument réussi,\nqu'elle ne suffirait pas pour autoriser en principe des transformations,\ndont le moindre défaut est de changer, de fond en comble, le caractère\nd'une œuvre et par suite d'en dénaturer le sens et l'expression. Le com-\npositeur a mis son morceau au point où il doit être mis; il était plus\ncapable que personne de savoir sous quelle forme son idée devait être\nprésentée ; ne refaisons donc point ce que nous étions incapables\nde faire.\nJe comprends parfaitement dans quelle intention M. Pasdeloup a fait\nexécuter la sonate de Leclair; il a vu là un moyen de renouveler un peu\nses programmes, en y faisant entrer une œuvre peu connue et d'ailleurs\nassez intéressante. L'idée est des plus louables, mais je crois que M. Pas-\ndeloup aurait pu en tirer un meilleur parti, en nous faisant entendre\nquelque symphonie de Gossec, d'Onslow, de M. Reber, ou de M. Féli-\ncien David. Je ne m'abuse pas sur la valeur de ces productions de\nl'École française; je sais qu'elles paraîtraient bien effacées à côté des\nchefs-d'œuvre de l'École classique; mais enfin Gossec a composé vingt-\nneuf symphonies à grand orchestre, qui sont absolument ignorées du\npublic et qui mériteraient d'être étudiées par les artistes, curieux de\nconnaître les commencements d'un art, dont la symphonie en ut mi-\nneur est demeurée la plus parfaite expression.\nNous avons entendu dans cette dernière quinzaine deux concertos de\nMendelssohn : le concerto en sol mineur, pour piano, joué par\nmadame Jaëll avec une grande perfection de mécanisme, et le con-\ncerto pour violon,, exécuté par M. Sarasate, avec un admirable talent.\nM. Sarasate n'est pas seulement un virtuose de premier ordre, c'est\nsurtout un grand artiste, qui joint à une bravoure qu'aucune difficulté\nn'arrête, un beau style toujours soutenu et un profond sentiment des\nœuvres dont il se fait l'interprète. Il a obtenu un immense succès.\nParmi les autres morceaux qui ont été exécutés dans ces deux con-\ncerts, je signalerai encore l'ouverture du Tannhauser, la Suite d'or-"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "181", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.38", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\ncliestre en ré majeur,de J. S. Bach, et le de M. Saint-Saëns,\ndont nous avons rendu compte l'année dernière. A propos de ce dernier\nmorceau, qui a la prétention de représenter une scène mythologique, je\nferai remarquer à M. Pasdeloup qu'un mot d'explication sur ses pro-\ngrammes serait indispensable pour éclairer le public sur la pensée du\nmusicien. Parmi les quatre mille personnes qui assistent à ses concerts\ndu dimanche, il en est bien quelques-unes qui ignorent absolument\nle nom et l'aventure de Phaëton, et qui ne devineront jamais, si on ne\nleur vient en aide par quelques mots d'explication, que la musique de\nSaint-Saëns a pour but de nous peindre la course affolée du char du\nsoleil, confié aux: mains inhabiles du fils d'Apollon et de Climène. Le\nmieux serait sans doute de ne nous offrir que de la musique qui puisse\nêtre comprise sans explication ; mais, si vous nous donnez de la musique\nà programme, donnez-nous au moins le programme.\nLe quatrième concert s'est terminé par des FRAGMENTS de la Damnation\nde Faust,de Berlioz. Quand nous sera-t-il donc donné d'entendre une\nœuvre complète de ce grand musicien français? Depuis que Berlioz est\nmort, sa musique doit avoir acquis de la valeur, et il me semble qu'en\nsa qualité de compositeur non vivant, il devrait avoir droit à quelques\négards, et notamment à l'exécution intégrale de ses œuvres î\n\nH. MARCELLO."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "182", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.39", "texte": "REVUE DES THÉATRES LYRIQUES\n\nOPÉRA : Les Huguenots. M. Mierswinski. THÉATRE-VENTADOUR : Otello. M. Fer-\nnando.-—OPÉRA-COMIQUE : Mireille.— RENAISSANCE : Giroflée-Girofla.— BOUFFES-\nPARISIENS : Madame VArchiduc» FOLIES-DRAMATIQUES : L<a fiancée du roi de\nGarbe.\nE voici placé dans la situation d'un commandant de\nplace, qui aurait crié famine pendant un long inves-\ntissement, et qui se trouverait tout à coup obligé de\nprononcer devant sa garnison l'allocution suivante :\n« Fidèles compagnons d'infortune, hier nos magasins\nd'approvisionnement étaient tristes et désolés. La na-\nture y avait horreur du vide. Nous avons dû pour nous sustenter, arra-\ncher la vie aux animaux de la plus basse extraction. Aujourd'hui, par\nun hasard providentiel, que je ne puis mieux comparer qu'à la manne\nhébraïque, les vivres abondent dans nos greniers; les planchers crient\nsous le poids des substances les plus nourrissantes, L'accumulation des\nviandes y est telle que l'édifice menace ruine. Soldats de la garnison, je\nvous donne formellement l'ordre de ne vous nourrir à l'avenir que des\naiguillettes les plus délicates, de n'user plus que des filets les plus réjouis-\nsants à l'œil, et cela à l'exclusion de toute autre pièce charnue. Je déclare\nque cette mesure est prise dans le but d'éviter un encombrement de vie-"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "183", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.40", "texte": "REVUE DES THÉÂTRES LYRIQUES\n\ntuailles qui porterait préjudice à l'équilibre de vos fonctions digestives. »\nJe vous laisse à penser la stupéfaction de la garnison.\nEt cependant, c'est un cas semblable qui se présente ici. L'affiuence\ndes nouveautés va me forcer, moi aussi, de jeter du lest.\nLes théâtres lyriques n'ont pas donné ou repris moins de vingt actes,\ndepuis une quinzaine. Comptez bien : La Fiancée du roi de Garbe,\ntrois actes, Madame VArchiduc, trois actes, Otello, trois actes, repré-\nsentés alors que le dernier numéro de la Chronique musicale était sous\npresse. Et depuis, Giroflée-Girofla, Mireille, les Parias; j'allais oublier\nles Huguenots, pour le début du ténor Ladislas. Entassez tout ce qu'un\ncritique de la bonne école pourrait écrire sur ces beaux sujets médullaires;\ncompilez tout ce qu'il en pourrait dire d'éloquent, de goguenard, de\nmalicieux, de fantaisiste, de spirituel, de pédant et de supercoquentieux ;\nc'est la matière d'un in-folio, dans le format in-folio, et à Dieu ne plaise\nque j'expose le lecteur à un in-folio.\nTâchons plutôt d'être bref.\n' Commençons par le début de M. Ladislas Mierswinski, dans les\nHuguenots, puisque c'est l'Opéra qui remplit, dans Tordre hiérarchique\nde nos scènes lyriques, le rôle de plus en plus difficile de Jupiter. Ab\nJove principium. Et à ce proverbe latin, ajoutons un passage de la\nGenèse, dont nous ferons application à M. Ladislas : In principio erat\nverbum : Au commencement était le verbe. » Au théâtre, le verbe\nconsiste à se faire comprendre dans la langue que l'on veut parler, et\nc'est ce qui manque à M. Ladislas, dont le verbe est de nationalité polo-\nnaise. Or, Raoul est sire de Nangis, fief qui n'est point en Pologne,\ncomme l'accent de M. Ladislas Mierswinski le fait croire. Ce vice de pro-\nnonciation est la plus forte prévention que j'aie contre le nouveau ténor\nde M. Halanzier. Sa voix est assez belle, mais inculte : on s'est trop\nhâté de nous la faire entendre. Son éducation musicale n'est pas moins\nprimitive. La morale de cette tentative est que, pour chanter français, il\nfaut parler français.\nA ce début, qu'on eût pu retarder, je préfère celui de M. Fernando,\nqu'on eût pu avancer. M. Fernando chante le rôle d'Otello, qui s'étend\nsur une échelle vocale extrêmement étendue, sans aucune défaillance.\nIl y met une chaleur, une bravoure, une fougue réellement étonnantes.\nDans le récitatif, sa voix tinte avec une intensité de son toute métallique.\nA travers le réseau de vocalises dont Rossini a enveloppé tous ses airs,\nelle se fraye passage à plein gosier, sans artifices de mauvais aloi. Dans"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "184", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.41", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nM. Fernando, c'est le musicien qui n'est pas toujours bien en selle :il\nattaque franchement, mais il rhythme avec impatience. Que M. Fer-\nnando veille à la mesure : c'est la racine carrée de la musique, comme\nla justesse est la racine carrée du chant.\nL Opéra-Comique a repris la Mireille, de Gounod, jadis jouée et qua-\nsi-tombée au Théâtre-Lyrique, M. du Locle pille M, Carvalho. Singulier\nproblème réalisé déjà ! M. du Locle se taille des manteaux dans les vestes\nde M. Carvalho, C est madame Carvalho qui gère cette garde-robe fan-\ntastique. N a-t-on pas vu Roméo et Juliette se relever place Boïeldieu du\ncoup reçu place du Châtelet? Cette fois, pourtant, la témérité déborde,\net je doute que Mireille tienne l'affiche au-delà des représentations\nprescrites par le bon sens. Mireille est une œuvre évidemment incom-\nplète, inégale, dont les trous sont des précipices. Le premier acte est plein\nde couleur. Dans les suivants, quelques morceaux bien venus s'enlèvent\nen relief sur un fond de mélopées longues et tristes. La Provence, que\nMistral illumine d'un chaud soleil d'été, Gounod l'éclairé d'un pâle soleil\nd'hiver. Le côté maladif de son talent s'y trahit trop souvent. M. du Locle?\nqui a des idées d'amphithéâtre, des goûts de carabin facétieux, a rétabli\nla scène morbide du Rhône, qui avait été prudemment coupée dans la\nversion du Théâtre-Lyrique; cette charge d'hôpital nous paraît un peu\ncrue.\nMadame Carvalho anime toute cette pastorale tragique de son souffle\npoétique. Le chevrottement aigu du ténor Duchesne semble en voie de\nguérison. Le chant de Gounod a des hypocrisies qui siéent mal au franc\net magnifique organe de Melchissédec. Ismaël engage avec la note une\nlutte dont il ne sort pas toujours vainqueur. C'est à madame Galli-Marié\nqu est dévolu le rôle de Taven : pour l'appréciation, cherchez la rime\nd'Agésilas.\nGiroflée- Girofla se joue à la Renaissance ; cela se sait déjà partout.\nLe libretto de MM. Leterrier et Vanloo nous initie aux mystères de\nla belle-mère. Il n'y a ni bonnes ni mauvaises belles-mères, il n'y a que\ndes belles-mères. Et bien que l'action se passe au pays de la féerie, c'est\n1 enseignement qui se dégage de Giroflée-Girofla, tant il est vrai qu'il y\na des maximes absolues, même dans la féerie.\nMadame Aurore, épouse de Boléro, deux lois mère, devient deux fois\nbelle-mère. Giroflée et Girofla sont ses filles ; Marasquin et Moursouk\nsont ses gendres, ou plutôt ils sont son gendre, car, au moment où\nchacun d eux réclame sa fiancée, dame Aurore n?a plus à leur disposition"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "185", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.42", "texte": "REVUE DES THÉÂTRES LYRIQUES\n\nque Giroflée. Girofla a été enlevée par les pirates! Toute l'intrigue est\nlà : une belle-mère est assiégée par deux gendres, auxquels elle n a\nqu'une fille à donner : situation délicate pour la belle-mère, épineuse\npour la fille, insupportable pour les gendres! Le dénoûment satisfait à\nla fois les passions et les mœurs. Girofla, reconquise par l'amiral Mata-\nmoros, rentre à temps au bercail. Sur ce canevas un peu tendu,\nMM. Leterrier et Vanloo ont brodé certaines scènes risquées, d'où la\nfranche gaillardise chasse heureusement le sous-entendu graveleux. Je\nn'excepte de ce jugement que la scène qui ouvre le troisième acte entre\nGiroflée et Marasquin_, et qui constitue une monographie trop complai-\nsante de la nuit des noces.\nLa musique de Giroflée-Girofla est, à mon sens, la- meilleure que\nM. Charles Lecocq ait jamais faite. Elle me paraît supérieure à Fleur de\nThé, aux Cent vierges, à la Fille de madame Angot, et pourtant elle\nest appelée à un succès moins grand que cette parce qu'elle se\nrelève d'une pointe de style assez sensible et qui pourra nuire à sa popu-\nlarité. Qu'on ne m'accuse pas de prodiguer l'encens aux faux dieux de\nl'opérette : je ne suis point suspect de sacrifices au veau d'or. Mais\nj'estime particulièrement le talent de M. Lecocq, qui me paraît beaucoup\nplus sainement trempé que celui de M. Offenbach, par exemple. J'aime\nLecocq parce que je ne vois pas percer, dans la carrière de ce compo-\nsiteur, cet esprit d'intrigue personnelle qui conquiert la scène par une\nsorte de Calvaire d'antichambre. J'aime Lecocq parce qu'il est Fran-\nçais, bien Français, et plus encore parce que sa muse est française, parce\nqu'elle a certaines faiblesses de la muse française ; j'entends par là cette\nfacilité native qui se laisse trop aller à elle-même, quoiqu'elle ait en soi\nla force de se corriger. J'aime Lecocq, parce qu'il n'est point l'esclave de\nson genre, et qu'au contraire il en est le maître, car il se ferait écouter\njusque sur le terrain de Topéra-comique. Ses couplets, toujours enclos\ndans une ri:ournelle typique, sont de la belle humeur du petit vin\nd'Anjou. Ses chœurs, n'était un abus d'unisson qui les dépare, ont de\nl'allure et de la sonorité. Ses morceaux d'ensemble sont bien dialogués.\nSon orchestration a de la verve, de la clarté : elle est semée de jolis\ndessins d'instruments qui visent et atteignent souvent au pittoresque.\nDe tous les compositeurs d'opérette, M. Lecocq est, avec M. Cœdès, le\nplus apte à traiter le genre de Topéra-comique. A l'appui de cette opi-\nnion, je citerai tout le second acte de Giroflée-Girofla, sauf la chanson\nde la jarretière dont l'archaïsme est commun ; au premier acte, le chœur\ndes pirates, le sextuor et le finale ponctué parles cloches; au troisième,\nles deux duos d'amour entre Giroflée et Marasquin, Moursouk et Girofla."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "186", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.43", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nGiroflée-Girofla, c'est mademoiselle Granier, qui joue et chante avec\nles grâces les plus piquantes. Dame Aurore, c'est Alphonsine, qui\nressemble singulièrement à un portrait de madame de Maintenon par un\nmauvais peintre, et qui s'est forgée une voix bien extraordinaire. M. Puget\n(Marasquin) est un agréable ténorino/mais il joue avec des afféteries\nenfantines. Vauthier (Moursouk), l'ancien baryton de l'Athénée, perd en\njustesse et en goût ce qu'il gagne en force et en éclat. Un débutant, venu\nde Bruxelles, M. est une assez bonne ganache prématurée.\nMadame VArchiduc et la Fiancée du roi de Garbe sont bien loin de\nnous déjà pour que nous y insistions.\nMadame VArchiduc est de M, Albert Millaud pour les paroles et de\nM. Jacques Offenbach pour la musique. J'ai tout dit en nommant\nles auteurs : M. Albert Millaud trousse avec esprit l'article de journal et\nla poésie badine ; mais le théâtre est plus rétif. Quant à M. Offenbach,\ntout le monde sait qu'il est immortel. Il est même difficile de l'être plus,\nLa Fiancée du roi de Garbe a pour musicien M, Litolff, qui a tous\nles talents, hormis celui d'être bouffe, Symphoniste émérite, virtuose\net chef d'orchestre de premier ordre, M. Litolff est incapable de faire un\nbon couplet d'opérette. C'est trop et trop peu pour lui.\nP. S. Nous renvoyons au prochain numéro notre appréciation sur\nles Parias.\n\nARTHUR HEULHARD."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "187", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.44", "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nFAITS DIVERS\nE théâtre de la Porte Saint-Martin vient d'inaugurer un nou-\nveau genre de spectacle que l'on pourrait appeler la féerie-\nscientifique. Un Anglais, deux fois millionnaire, parie la moi-\ntié de sa fortune, avec les membres de son cercle, qu'il fera\nle Tour du Monde en 80 jours. Après un voyage rempli de\npéripéties dramatiques, il gagne son pari. Cette donnée permet\naux auteurs, MM. Jules Verne et Dennery, de faire passer sous les yeux des\nspectateurs une suite de tableaux représentant les différentes parties du\nmonde.\nLa mise en scène est bien faite; plusieurs décors sont très beaux; on y voit\nun éléphant vivant; un train de chemin de fer avec une vraie locomotive;\nenfin un steamer, dont la machine éclate, sombre en pleine mer. Le décor de\nl'île de Bornéo, nous montre un brillant ballet dansé par des Malaisiennes;\nil est réglé avec beaucoup d'art par M. Gredelue, l'habile maître de ballet de\nla Porte-Saint-Martin. Nous y avons admiré madame Dorina Mérante, sa\nfemme, danseuse de haut style, dont la place est marquée à l'Opéra. Le talent\nde madame Mérante n'est pas moins apprécié en Angleterre qu'en France,\net les plus brillantes propositions lui sont faites, ainsi qu'a son mari, pour la\nsaison d'hiver.\nNotre excellent collaborateur et confrère du Monde illustré, M.Albert\nde Lasallô, met en ce moment la dernière ira in à un nouveau livre intitulé :\nles Treize Salles de VOpéra, qui paraîtra chez l'éditeur Sartorius. Nous savons\ndéjà que cet ouvrage, commandé par l'actualité, sera plein de documents\ncurieux, rassemblés à grand renfort de minutieuses recherches.\nMademoiselle Angèle Blot a rouvert le 3 novembre son cours gratuit de\nharpe pour les jeunes personnes. S'inscrire chez le professeur, tous les jours\navant midi, 147, faubourg Poissonnière,"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "188", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.45", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nLe magnifique lustre qui éclairera la salle du nouvel Opéra pèse\n6,2 5o kilogrammes et mesure huit mètres de haut. Il sera installé dans la\nsalle d'ici à huit jours. La scène est complètement terminée ; on est en train\nd'y poser le rideau de fer et le manteau d'arlequin. Les herses sont installées\nau cintre, ainsi que les tambours qui servent à équiper les rideaux. La rampe,\nqui ne comportera pas moins de soixante becs, va être posée. Les dorures\nsont également terminées ; les tapissiers s'occupent de la décoration des\nloges. Les peintures de M. Baudry sont en place ; le grand escalier d'honneur\nest tout prêt. Tout le bâtiment administratif est achevé.\nLa question d'acoustique, au nouvel Opéra, préoccupe toujours les\nmusiciens.\nIl paraîtrait que, pour agrandir l'orchestre, M. Halanzier aurait eu l'idée\nd'empiéter sur le ventre de la scène. Or, plus la scène avance, plus la salle\nest sonore. C'est ainsi qu'à la Scala et dans les principaux théâtres lyriques\nd'ltalie, il y a une grande distance entre la toile et le trou du soufleur. Quand\nle rideau se lève, il y a comme une sorte d'appel d'air qui repousse la voix\ndu chanteur au fond du théâtre. A l'Opéra-Comique, par exemple, ainsi\nqu; aux Italiens, deux salles mal construites, l'artiste est mieux entendu au\nfond de la scène que sur le devant de la salle. Tandis qu'au contraire, si on\ndonne au chanteur la facilité d'avancer sur son public, non-seulement il se\nfatigue moins, mais encore aucun spectateur ne perd une note.\nRègle générale : il doit y avoir proportion mathématique entre la longueur\net la hauteur de la scène, et la distance de la toile au trou du souffleur. C'est\ncette proportion qui va être atteinte par la nouvelle mesure prise par M. le\ndirecteur de l'Opéra.\nNous extrayons du Guide musical de Bruxelles la note suivante, qui a\ntrait à un compositeur belge trop oublié, Cyprien de Rore :\n« CYPRIEN DE RORE. Le célèbre compositeur belge, Cyprien de Rore\nauquel la ville de Malines, où il vit le jour en isi6, éleva, il y a quelques\nannées, un monument en bronze, n'a pour toute biographie qu'une humble\net concise épitaphe, commentée en sens bien divers, d'après le système ou\nle caprice des auteurs, et réellement insuffisante pour la constatation d'une\ngloire artistique aussi grande, aussi incontestable.\n«Plusieurs documents, découverts récemment dans les dépôts d'archives\nd'ltalie, par M. E. Van der Straeten, élucident admirablement les points\nobscurs de cette noble carrière, outre qu'ils fournissent sur la position pré-\ncaire du maître des renseignements aussi intéressants que neufs.\n«Voici, entre autres, une lettre autographe du fameux musicien, retiré, en\n1559, à Anvers, chez ses parents, qu'une série de désastres avaient réduits à\nla misère.\n« Cyprien de Rore avait quitté volontairement, par scrupule de religion\npeut-être, le poste de maître de chapelle d'Hercule 11, duc de Ferrare, qui,\ncomme on sait, accorda un asile aux réformateurs Calvin et Marot et se\ndéclara pour leur doctrine.\n« Il apprend à Anvers la mort de son ancien protecteur. Devenu en"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "189", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.46", "texte": "VARIA\n\nquelque sorte à charge à sa famille, il s'empresse d'écrire à Alphonse 11, qui\nvenait de succéder à son père, pour lui offrir ses services, en l'assurant que,\nde toutes les présentations qui lui arrivent de diverses contrées, celle que\nle nouveau duc de Ferrare pourrait lui faire lui sera la plus agréable.\n« Il ne réussit point dans ses démarches, et, peu après, il se résigna\nd'accepter, en vue de venir en aide à son vieux compatriote et maître, Adrien\nWillaert, la place de vice-directeur de la musique à la basilique de Saint-\nMarc, à Venise.\n« Voici la lettre de Cyprien de Rore, traduite aussi littéralement que\npossible :\nAnvers, le 12 novembre 1559.\n« Illustrissime et excellentissime seigneur,\n0 Si j'avais connu d'abord votre résidence fixe, je vous aurais fait mes compliments\nde condoléance sur la mort du très illustre et très excellent seigneur votre père, que\nDieu protège!\n« C'est avec sa bonne permission, comme Votre Excellence doit savoir, que j'ai\nrécemment, bien malgré moi, quitté mon service, pour passer le reste de mes jours\navec mes parents, me résignant à mon sort, bien que ma pauvreté s'accommodât\nmieux d'un emploi auprès de Son Excellence.\na Mais, en arrivant ici, j'ai trouvé mes parents totalement ruinés, à la suite de\nplusieurs malheurs qu'ils ont éprouvés, et, malgré ma résolution de vivre avec eux\nen liberté et en repos, je me vois obligé de reprendre un nouveau joug.\n« Recherché, tant en Italie qu'ici et ailleurs, par divers personnages, avec l'offre de\nbons émoluments, je n'ai cru devoir prendre aucun engagement sans avertir au préa-\nlable Votre Excellence, car j'ai toujours été, comme je le suis encore présentement,\ntrès dévoué à son illustre maison souveraine.\n« Si Votre Excellence m'agrée, eu égard à mes services passés, je quitterai toutes\nchoses pour elle, afin qu'elle connaisse parfaitement ma bonne affection. Dans le cas\ncontraire, elle voudra bien, pour ma gouverne future, me prévenir de sa résolution.\n« Je n'en resterai pas moins tout dévoué à sa très illustre famille, et pour venir\ndans cette bonne disposition, je baise humblement les mains de Votre Excellence, en\npriant Dieu de la conserver et rendre heureuse dans l'état de son choix.\n« Son humble serviteur,\n« CIPRIANO DE RORE. «\n\nNOUVELLES\n\nARIS. Opéra. M. Halanzier vient de traiter avec M. Bourbou-\nresque, basse profonde, qui chantait précédemment au Théâtre de\nMarseille.\nMademoiselle Daram débutera dans le rôle du page des Hu-\nguenots.\nLes travaux d'aménagement du Nouvel Opéra sont poussés avec activité,\net on pense pouvoir l'inaugurer à la date fixée : le 18 janvier prochain.\nThéâtre Ventadour (Italiens), Mardi prochain, première représentation\nde Crispino e la Comare."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "190", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.47", "texte": "LA. CHRONIQUE MUSICALE\n\n— Nous avons déjà annoncé la réception, par M. Bagier, de la Clé d'or,\nopéra de M. Octave Feuillet pour les paroles, et de M. Eugène Gautier pour\nla musique. La Clé d'or commencera en janvier les représentations françaises\ndu Théâtre Ventadour. On continuera avec une pièce nouvelle : Un Caprice\nde Ninon, de MM. François Oswald et Arnold Mortier, musique de M. Sa-\nmuel David. Puis viendront deux reprises importantes, la Perle du Brésil,\nde Félicien David, et la Statue? de Ernest Reyer*\nOpéra-Comique. — Voici la distribution de Carmen, le nouvel opéra-\ncomique de MM. Meilhac et Halévy, et Georges Bizet :\nDon José MM. Lhérie\nEscamille Bouhy\nLe Dancaïre Potel\nLe Remendado Barnolt\nZuniga Dufriche\nMorales Duvernoy\nCarmen Mmes Galli-Marié.\nMicaëla Chapuy\nFrasquita Ducasse\nMercedès Chevalier\nOpéra Populaire (Châtelet).— Damain, première représentation (reprise)\nde : les Amours du diable, opéra-féerie. Cette pièce alternera avec les Parias,\nde M. Membrée*\nVariétés. — Hier, première représentation des Prés Saint-Gervais, de\nV. Sardou, musique de Ch. Lecocq. La pièce est jouée par :\nLarose . MM. Dupuis\nNarcisse Berthelier\nHarpin Christian\nNicole Baron\nGrégoire Cooper\nConti Mmes Peschard\nFriquette Paola-Marié\nMme Nicole A. Duval\nToinon B. Legrand\nLa partition des Prés Saint-Gervais vient d'être vendue cinquante-cinq\nmille francs à M. Spiers, directeur du grand Critérium de Londres.\nFolies-Dramatiques. — La Fiancée du roi de Garbe aura peu vécu, elle va\ncéder l'affiche à Héloise et Abeilard. Mademoiselle Desclauzas prend le rôle\nd'Héloïse, créé par mademoiselle Coralie Geoffroy, et Mademoiselle Van»\nGhell jouera celui d'Odette, créé par mademoiselle Paola Marié.\n— Hervé va terminer une grande opérette, Blanche de Nevers,ç\\\\i\\ passera a\nla fin de l'hiver, après Don Juan XI F, de M. Lecocqô *\nIl serait question aussi d'une prochaine reprise de la Belle Bourbonnaise,\nde M» Cœdès."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "191", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.48", "texte": "VARIA\n\nAthénée. —M. Wilfrid, ancien artiste, prend la direction de l'Athénée, dont\nil va refaire un théâtre d'opérette. On ouvrirait avec Fleur de Thé, de\nM. Lecocq.\nConcerts du Châtelet. L'association artistique, dirigée par M. Colonne,\ndonne aujourd'hui son premier concert, avec le programme suivant :\nSymphonie romaine. « ....... MENDELSSOHN.\nAllegro vivace. Andante con moto. Minuetto.\nSaltarello.\nScherzo d'un quatuor... ~ CHERUBINÎ.\nPar tous les instruments à cordes.\nLe Rouet d'Omphale. G. SAINT-SAENS.\nPoème symphonique. *\nConcerto en sol, pour piano. ........ BEETHOVEN.\nScènes pittoresques (4e suite d'orchestre) J. MASSENET.\nN° 1. Marche.\nN° 2. - Air de Ballet.\nN° 3. Angélus.\nN° 4. Fête bohème.\nConcerts Danbé. L'ancien orchestre du Grand-Hôtel va reprendre ses\nconcerts le ler décembre, sous la direction de M. Danbé, dans un nouveau\nlocal que l'on construit actuellement, 57, rue Taitbout, et qui sera merveil-\nleux. L'ouverture se fera avec le nouvel oratorio, de M. Rubenstein, la Tour\nde Babel; il sera interprété avec le concours de la Société des chœurs de\nM» Chevé.\nConcerts d'Harmonie sacrée (Cirque des Champs-Élrsées). —Le jeudi, 19\nnovembre, aura lieu la première audition de l'oratorio, en trois actes, Judas\nMacchabée, de Haendel. Trois cents exécutants, dirigés par M. Charles\nLamoureux, prendront part à cette solennité.\nLes soli seront interprétés : Judas Machabée et Simon, MM. Vergnet et\nGailhard, de l'Opéra, obligeamment autorisés par M. Halanzier; un jeune\nIsraélite : madame Brunet-Lafleur ; une israélite : mademoiselle Jenny Howe,\ncantatrice italienne. L'orgue sera tenu par M. Henri Fissot.\nLa deuxième et la troisième audition du Judas Macchabée auront lieu les\ndeux jeudis suivants, toujours au Cirque des Champs-Elysées, mais à trois\nheures de l'après-midi.\nGaîté. Dimanche 6 décembre, réouverture des Matinées littéraires et\nmusicales du théâtre de la Gaîté. Voici le programme très intéressant de la\npartie musicale de ces matinées, pour l'année 1874-1875 :\nMonsigny : le Déserteur, opéra-comique en trois actes, de Sedaine (1769).\nMéhul : Une Folie, opéra-comique en deux actes, de Bouilly (1802).\nGrétry : les Deux Avares, opéra-comique en un acte, de Falbaire (1770).\nL'Epreuve villageoise, opéra-comique en un acte? de Deforges (1784),"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "192", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741115-01.1.49", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\nlmprimerie Alcan-Lévy, rue de Latayette, 61*\nPropriétaire-Gérant : o4cRJTHUcl{ HEULHod'RfD.\n\nBoieldieu : le Calife de Bagdad, opéra-comique en un acte, de Saint-\nJust (1801).\nMa Tante Aurore, opéra-comique en un acte, de Longchamps (i8o3).\nHérold : les Troqueurs, opéra-comique en un acte, de Vadé (1819).\nDélia Maria : le Prisonnier, opéra-comique en un acte, d'Alexandre\nDuval (1798).\nDalayrac : Maison à vendre, opéra-comique en un acte, d'Alexandre\nDuval (1800).\nNicolo : les Rendez-vous bourgeois, opéra-comique en un acte, de\nHoffmann, etc., etc.\nPremières représentations des Trois Fileuses, ballet inédit en trois\ntableaux.\nLe Christ, oratorio de Mendelssohn, exécuté à grand orchestre, avec\nchœurs, soli, etc.\nEve, mystère en deux parties, œuvre inédite de J. Massenet, l'auteur de\nMarie-Magdeleine.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}