{"numero_id": "bm-bmtnabc-1874-12-01-01", "volume": "bmtnabc_1874-12-01_01", "ocr_sha256": "332d6a44ff082ba157f520d24a2e16ce7cbd58b7fbf85a0ff2e0a7e8814404d2", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabc/issues/1874/12/01_01/bmtnabc_1874-12-01_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabc/issues/1874/12/01_01/bmtnabc_1874-12-01_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabc-1874-12-01-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-12-01_01#c001", "volume": "bmtnabc_1874-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "194", "page_fin": "199", "image_debut": 1, "image_fin": 7, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.2.1", "titre_corps": "DE LA SONORITÉ DES SALLES DE SPECTACLE", "titre_sommaire": "DE LA SONORITÉ DES SALLES DE SPECTACLE", "signature_source": "F. DE FILIPPI", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "194", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.1", "debut_caractere": 9, "fin_caractere_exclue": 738, "texte": "DE LA SONORITÉ\nDES SALLES DE SPECTACLE\n\nL n'est pas de science plus controversée que\nl'acoustique, la science des sons. Nous pouvons\najouter de plus incomplète. La méthode expé-\nrimentale qui a renouvelé les sciences physi-\nques et naturelles en leur donnant pour base\nla constatation des faits , semble être restée\nétrangère jusqu'ici à l'acoustique ou du moins\nà cette partie de la science qui s'occupe non-\nseulement de la production des rapports des sons entre eux, mais aussi\nde leur effet sensible dans un ambiant donné.\nL'empirisme règne en maître. Les divagations les plus saugrenues sont\nmonnaie courante, même chez des hommes d'élite qui ont fait leurs\npreuves ailleurs, et montré beaucoup de talent sur d'autres sujets"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "194", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.2", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2537, "texte": "d'étude. L'imagination, l'appréciation primesautière, la sympathie ou\nl'antipathie pour telle forme de Fart, se rencontrent plus généralement\ndans le monde artiste que l'esprit d'analyse et de recherche. On a tou-\njours les défauts de ses qualités, et tel maître qui a passé des années\nd'efforts pour arriver à exceller dans les produits de son imagination, ne\ndonnera pas une heure de son temps pour rechercher les causes réelles\nd'un phénomène qui le frappe tous les jours.\nL'emploi même du mot acoustique, dans les nombreux écrits qui ont\nparu récemment à propos de l'Opéra, prouverait à lui seul les fausses\nidées qui ont cours au sujet de cette partie de la physique. On parle de\nF acoustique du Nouvel Opéra comme on parlerait de ses dimensions ou\nde sa solidité; on a « essayé Pacoustique » de la nouvelle scène; d'aucuns\npromettent une c< excellente acoustique »e Nous avons même entendu\ndemander cc si on avait mis de l'acoustique dans la salle, » absolument\ncomme on met du sel ou du poivre dans un plat. Une note, entre autres,\nqui a couru récemment dans tous les journaux, nous paraît d'une naïveté\ncharmante :\n<c On dit que l'orchestre posera sur une table d'harmonie semblable à\n» celle d'un gigantesque violon avec ses majuscules S pour propager et\ncc relier les ondes sonores. » Cela rappelle malgré soi le mémoire de ce\nbon M. Fleurant « pour amollir, humecter et rafraîchir les entrailles de\nmonsieur. » (i) Plaisanterie à part, que dites-vous de ces c< ondes\nsonores » qui descendent sous terre pour ressortir à travers deux soupi-\nraux, et se répandre dans la salle comme pourrait le faire un essaim de\nmouches?\nUn autre original, qui a écrit une brochure sur les phénomènes de la\nmusique, ne voulant pas s'embarrasser de l'explication que donnent tous\nles traités de physique au sujet de la propagation du son, a imaginé\nl'existence d'un fluide spécial qu'il appelle le fluide sonore et qui a son\nexistence propre dans le règne de la nature.\nMais laissons là ces divagations. Ce qui est plus grave, c'est de voir\nd'habiles architectes, fort experts en leur art, soutenir sérieusement cette\nénormité, à savoir : <( que la sonorité d'une salle de spectacle est l'effet\ndu hasard. )>\nML Garnîer T'a dit en propres termes, dans un beau livre, qui a paru\nl'année dernière, et qui renferme nombre d'excellents préceptes sur la\nconstruction de l'édifice théâtral. M, César Daly, directeur d'une Revue\nd'architecture fort estimée, soutenait la même hérésie dans une conver-\n\n(i ) Le Malade imaginaire♦"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "195", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.3", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2688, "texte": "sation que nous eûmes avec lui, il y a une quinzaine d'années, sur le\nsujet qui nous occupe; et, chose singulière, nous retrouvons son idée\nformulée dans les mêmes termes, dans un article que M. de Thémines a\ndonné à VArt musical (du 22 octobre dernier), soit qu'il ait puisé à la\nmême source, soit que ce parallélisme décevant s'offrît naturellement à\nson esprit.\nOn ne peut répondre, dit-il, des conditions pas plus\nque de la marche d'un navire... » De deux bâtiments parfaitement égaux,\ncopiés l'un sur l'autre, l'un se trouve bien meilleur marcheur que son\npendant... sans que l'on sache pourquoi. »\nEh bien, non ! n'en déplaise aux autorités que nous venons de citer et\ndevant lesquelles nous reconnaissons humblement notre infériorité [en\ntoutes choses, nous ne pouvons admettre de hasard pas plus dans la sono-\nrité des salles de spectacle que dans la marche des navires. Les lois de la\npesanteur ne se démentent jamais. Le navire sera donc plus ou moins\nbon marcheur, suivant le rapport de sa masse, de sa densité et de sa\nforme à la résistance qu'il doit combattre. Seulement, dans la construc-\ntion navale comme dans Pédifice théâtral, l'architecte doit lutter contre\nles conditions d'emménagement que lui impose la destination de son\nédifice.\nS'il s'agissait, en effet, de construire une salle dans le seul but de dort*\nner la plus grande sonorité possible au débit instrumental ou vocal, le\nproblème n'offrirait pas de si grandes difficultés qu'on semble le croire.\nL expérience de tous les jours nous prouve que les parois lisses et verti-\ncales, et l'absence de toutes saillies, de tout objet encombrant, de toute\nétoffe ou surface molle, sont les conditions premières de la résonnance.\nEt vous le savez si bien, messieurs les partisans du dieu Hasard, que\nlorsque vous voulez produire l'effet contraire, par exemple à Pintérieur\nde vos propres appartements, vous savez parfaitement ce qu'il faut faire;\nvous remplissez votre local de meubles et de tableaux, vous le garnissez\nde rideaux et de tapis, vous tendez sur les murs des étoffes épaisses, et le\nsalon ou le cabinet, naguère si sonore que la parole même frappait trop\nrudement votre tympan, étouffe toute expansion du son musical et\npresque la voix de ceux qui vous parlent.\nIl est une autre observation qui n'a pu vous échapper, pour peu que\nvous ayez procédé à des expériences dans des salles vides de diverses\nformes, c'est que les courbes, loin de répercuter le son, étouffent les\nvibrations de Pair, c'est-à-dire la résonnance. Pour que les ondes\ncomme on dit assez peu accomplissent leur évolution qui\nprolonge la sensation du tympan, il leur faut des surfaces planes et"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "196", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.4", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2789, "texte": "parallèles et â une distance suffisante les unes des autres. La hauteur ne\ndevrait jamais dépasser la largeur de la salle. Quant à la longueur, elle\naura nécessairement un bon tiers de plus que la largeur et que la hau-\nteur, par cette raison que la voix du chanteur imprime à l'ondulation\nde Fair un mouvement en avant qui produirait un écho si la paroi de\nface était trop rapprochée.\nCes points de doctrine, qui peuvent paraître un peu arbitraires, ont\npour sanction l'expérience de tous les jours, des faits constants qui sont\npour ainsi dire de droit commun. Pour nous, ils résultent d'observations\nréitérées pendant vingt ans, dans des salles de toutes dimensions et de\ntoutes formes, en prenant pour terme de comparaison soit la voix\nhumaine, soit le son d'un instrument peu variable comme sonorité, le\nviolon ou le piano. Toutes les salles vides,, carrées ou oblongues, et\nd'une hauteur proportionnée, sont sonores, c'est-à-dire prolongent la\nsensation du son. Toutes les salles rondes et d'une hauteur dépassant la\nlargeur, restreignent les vibrations et étouffent la résonnance au niveau\nde l'auditeur, quand bien même le mouvement ascensionnel de l'air fa-\nvorise la perception de la parole de bas en haut, avantage étranger à\nnotre sujet.\nCe que nous venons de dire est prouvé par 1 histoire même de la ques-\ntion. Tant que les théâtres ont été bâtis dans des salles préexistantes,\npresque toujours rectangles et oblongues, personne ne s'est occupé de la\nsonorité, parce qu'elle était parfaite (dans certaines salles, à Parme par\nexemple, elle était même excessive). Ni Serlio ni Sabatini n'en disent\nrien. Mais dès qu'il s'est agi, par suite de la vulgarisation de l'Opéra, de\nloger un grand nombre de spectateurs dans des espaces plus restreints\nque ne Pétaient les salles des résidences princières, alors seulement la\nquestion de la sonorité se présenta aux constructeurs des nouveaux\nthéâtres. On discuta, on écrivit, on fit des essais. On vit même se pro-\nduire de ces étranges anomalies qui nous porteraient à douter du bon\nsens de leurs auteurs, si nous ne faisions la part du temps où ils vivaient.\nAinsi les Bibbiena, habiles architectes et décorateurs sans pareils, pen-\nsèrent augmenter la sonorité des salles qu'ils avaient à bâtir en leur\ndonnant la forme de cloche renversée, idée qui ferait sourire aujourd'hui\nun élève de lycée. D'autres proposaient sérieusement de placer les vases\nd'airain de Vitruve à lavant-scène et au fond de la salle, et, chose singu-\nlière, les traducteurs du célèbre architecte romain ont tous l'air d'avoir\npris aussi au sérieux une invention qui ne résiste pas à l'examen.\nQuant à l'idée d'établir une caisse harmonique sous les pieds de\nl'orchestre, elle a été également préconisée par plusieurs architectes du"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "197", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.5", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2780, "texte": "dernier siècle et mise en pratique, plus d'une fois., notamment par le\nmarquis Alfiéri au théâtre royal de Turin. Mais le résultat a été parfai-\ntement nul comme il fallait s'y attendre. Est-il possible de confondre la\nmince tablette du violon si rapprochée des cordes vibrantes avec le solide\nplancher destiné à supporter une centaine de musiciens? Et quelles\nvibrations recevrait-il des instruments à travers les habits, les chairs et\nles chaises, et les pupitres des exécutants?\nEn s'en tenant aux simples données de l'expérience, il ne serait donc\npas difficile, avons-nous dit, de construire des salles parfaitement\nsonores, si l'architecte théâtral n'avait devant lui un autre problème\nbien plus .complexe à résoudre, à savoir de placer un grand nombre de\nspectateurs sur un espace relativement restreint, les étager, par consé-\nquent, et les distribuer de façon à ce que chacun d'eux puisse voir ce\nqui se passe à l'un des bouts de la salle où s'élève l'estrade scénique. Il\nest certain que les parois latérales parallèles, formant un angle droit avec\nla scène, n'offrent aucune commodité pour la vision. De là, la nécessité\nd'une courbe qui répartisse, autant que possible également, l'obliquité\ndes rayons visuels. C'est à ce sujet que l'imagination des architectes s'est\ndonnée libre carrière et a produit les idées les plus disparates. Nous ne\nreferons pas ici l'histoire de toutes ces tentatives, de tous ces tâtonne-\nments que nous avons essayé d'exposer ailleurs (i). Qu'il nous suffise de\nconstater qu'après bien des essais, prônés d'abord pour être abandonnés\npeu de temps après, on s'est arrêté à la forme ovoïde, vulgairement dite\nen fer à cheval, forme adoptée par Piermarini lors de la construction du\ngrand théâtre de la Scala et imitée depuis dans presque tous les théâtres\nd'ltalie et dans les grands théâtres étrangers destinés à l'opéra italien.\nEn France, les architectes qui ont eu à bâtir des théâtres depuis cent\nans, abandonnant à la fois le demi-cercle comme trop restreint, au point\nde vue delà spéculation, et la forme elliptique comme peu élégante et\npeu favorable à la vision, se sont arrêtés à la forme ronde, qui prête si\nl'on veut au coup d'œil et permet aux spectateurs de bien se voir entre\neux, mais qui est aussi défavorable au point de vue de l'optique que de\nl'acoustique.\nNous n'apprendrons rien à personne en disant que les places latérales\navoisinant l'avant-scène sont absolument sacrifiées dans les salles à\nplan circulaire. On voit tous les soirs, aux Italiens et à l'Opéra-Comique,\nles spectateurs des deuxièmes et troisièmes loges de côté se tenir debout\net se pencher en avant pour voir une partie de ce qui se passe sur la\n\n(1) Parallèle des Théâtres modernes. Paris, 1860. Introduction"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "198", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.6", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2698, "texte": "scène. Quant à la sonorité de ces sortes de salles, on sait également à\nquoi s'en tenir. Les voix n'y ont pas cette ampleur que leur prête un\nlocal résonnant ; l'orchestre même, quoique empiétant une large por-\ntion du parquet de la salle, n'y produit pas l'effet de sonorité que l'on\nserait en droit d'attendre du nombre et de la valeur des exécutants.\nAjoutons que les architectes français, prenant modèle sur certains\nthéâtres de résidences royales, ont toujours tenu à conserver ces balcons\net ces galeries qui couvrent une partie plus ou moins considérable du\nparterre, et ont pour effet d'interrompre le développement régulier des\nondes sonores.\nLes architectes italiens nous semblent avoir mieux résolu le problème\nde combiner les exigences de l'acoustique avec la nécessité de placer un\ngrand nombre de spectateurs; ils ont conservé tout ce qui était possible\ndes conditions essentielles de la sonorité, c'est-à-dire la forme oblongue.\nle plafond peu élevé et peu cintré, les parois verticales à surfaces régu-\nlières et lisses (les devants des loges). Ils ont ainsi obtenu le maximum\nde sonorité compatible avec la présence d\"u public et l'aménagement\nqu'il nécessite.\nCe que nous avançons ici n'est pas une assertion gratuite. Tous ceux\nqui ont entendu les mêmes artistes sur un grand théâtre d'ltalie, là\nScala, par exemple, et ensuite sur une des salles rondes et à balcons que\nnous avons à Paris, ont pu constater la différence. Les artistes mêmes,\nque nous avons interrogés, ont été unanimes pour nous affirmer qu'en\nchantant dans une vaste salle italienne , ils se rendent parfaitement\ncompte de l'effet de leur voix, de l'élasticité et de l'ampleur qu'elle ac-\nquiert, tandis que l'impression contraire les frappe quand ils chantent\nsur un théâtre de France.\nMais les Français, nous dit-on, sont un peuple d'un genre à part ; ils\ntiennent à leurs préjugés, ils veulent leurs balcons saillants, leurs cor-\nbeilles de femmes parées et décolletées, et même la hauteur excessive\ndes salles pour y loger les spectateurs mal mis. Vos salles italiennes,\nnous dit-on, sont trop monotones avec leurs rangées de loges super-\nposées, égales et uniformes. Si la Scala et Saint-Charles sont plus so-\nnores, nos salles de Paris sont plus coquettes et plus élégantes.\nSoit, gardez vos élégances, votre coup d'œil, vos femmes en vedette,\nmais alors ne venez pas nous dire que l'on ne sait comment faire pour\navoir une salle sonore. Les modèles sont sous vos yeux, vous pouvez\nprofiter de l'expérience acquise, mais vous n'en voulez pas.\nEst-ce à dire que la nouvelle salle de l'Opéra de Paris sera sourde,\ncomme on dit vulgairement, parce qu'elle est à peu près ronde, garnie"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "199", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.7", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 976, "texte": "de balcons saillants, surchargée d'ornements en haut relief et surmontée\nd'une coupole fort élevée ? Telle n'est point notre pensée ; la nouvelle\nsalle, grâce à son ampleur et à une certaine régularité de formes, com-\nparativement à d'autres salles de Paris, sera, croyons-nous,\nment bonne, comme 1 était sa devancière de la. rue Le Peletier» Mais\nnous sommes convaincu que si l'on procédé à des expériences et lon\ncompare l'effet d_'une voix donnée sur la scène de 1 Opéra et sur celle de\nla S cal a,ou de Saint-Char les,ou du ou du\n(de Gênes), sans en citer d'autres, on constatera la différence de l'effet\nde la- voix ; les artistes chantants s'en apercevront à coup sûr.\nMais vous verrez que ce même public qui a si injustement critiqué la\nfaçade du nouvel Opéra, un chef-d'œuvre, trouvera fort bien que l'on\nait conservé à l'intérieur de la nouvelle salle tous les défauts des an-\nciennes salles. Ainsi va le monde.\n\nF. DE FILIPPI."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-12-01-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-12-01_01#c005", "volume": "bmtnabc_1874-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "200", "page_fin": "207", "image_debut": 8, "image_fin": 15, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.2.2", "titre_corps": "ANDRÉ PHILIDOR", "titre_sommaire": "ANDRÉ PHILIDOR", "signature_source": "ARTHUR POUGIN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 8, "page_imprimee": "200", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.8", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1270, "texte": "ANDRÉ PHILIDOR\n\n(<)\nVI\nHILIDOR, qui jusqu'alors n'avait donné que des pièces\ndu genre comique, venait, avec d'assurer\nle caractère de son style au point de vue du pathé-\ntique et de la passion. Une œuvre de cette allure\net de cette importance (c'était sa première partition en\ntrois actes) l'avait classé définitivement et mis au\npremier rang. Encouragé par un tel résultat, il jugea le moment venu\nde frapper un grand coup et de montrer qu'il pouvait faire plus en-\ncore. Il songea donc ce que Duni n'avait jamais fait, ce que Mon-\nsigny avait osé essayer une fois, mais sans succès à aborder la scène\nsolennelle de l'Opéra. Il eut malheureusement la fâcheuse idée d'asso-\ncier encore, en cette circonstance, sa fortune à celle de Poinsinet, qui\navait failli pourtant lui porter malheur, précisément avec Tom Jones ;\ncela rendit sa victoire plus difficile, plus discutée d'abord, mais néan-\nmoins, en fin de compte, Philidor en vint à remporter sur cette scène\nillustrée par Lulli, par Campra, par Rameau, un des plus beaux succès\ndont ce théâtre eût encore été le témoin. Au surplus, l'histoire d'JEr-\nnelinde (c'est le titre de son premier ouvrage à l'Opéra) est assez com-\n\n(i) Voir les numéros des i 5 juin, i 5 juillet, i\" septembre, i<* octobre et i*r no-\nvembre."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "201", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.9", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2852, "texte": "pliquée, et mérite d autant plus d'être retracée qu'elle ne Fa pas été\njusqu'ici.\nUn poète vénitien, Mathieu Noris, auteur de quarante libretii\nd opéras, en avait écrit un intitulé Ricimero, le seul qui fût resté au\nrépei toire des théâtres d Italie. Poinsinet adopta le sujet semi-historique\ntraité dans ce livret, l'arrangea à sa guise, et en tira celui d' Ernelinde,\nlui donnant ainsi pour titre le nom. de l'héroïne au lieu de conserver\ncelui du héros. Philidor se mit aussitôt à l'œuvre, et en quelques mois\neut achevé sa partition. L'administration de l'Opéra se distingua en cette\ncirconstance; non-seulement elle confia les quatre rôles principaux, ceux\nd Ernelinde? de Rodoal, de Sandomir et de Ricimer, à ses premiers chan-\ntenrs_, madame Larrivée, Gelin (1), Legros et Larrivée, non-seulement\nelle fit danser dans les ballets, qui formaient une partie importante de\nde l'ouvrage, Lani, Vestris, Gardel, Dauberval, mesdemoiselles Allard,\nGuimard, Peslin et Pitrot, mais encore elle fit des frais considérables de\nmise en scène et orna la pièce de décors et de costumes pleins de richesse\net de magnificence, ce Bocquet, dit un chroniqueur, fit les dessins des\ndécors, Spourny peignit ceux d'architecture, Baudonceux de paysage, et\nTardif les vaisseaux et les chaloupes du second acte. »\nMais tout cela n'empêchait pas le livret de Poinsinet d'être mau-\nvais et fort mal fait, et Ernelinde, donnée pour la première fois le\n29 novembre 1767, fut accueillie froidement, en dépit de la beauté du\nspectacle et de la valeur de la partition. Les annalistes constatent le fait,\net Bachaumont, assez sceptique au point de vue artistique et peu disposé\ngénéralement en faveur de Philidor, défend cependant le musicien contre\nl'indifférence du public :\nOn continue dit-il peu de jours après la première représentation à\nrejeter sur la méchanceté du poëme et des paroles le peu de succès de cet\nopéra. Ce défaut empêche l'effet des beautés musicales que Philidor a répan-\ndues dans son ouvrage, et qui, étant faites pour produire de l'intérêt, n'y\nréussissent que faiblement, lorsque le charme est détruit par les absurdités.\nLe grand morceau du musicien est un récitatif obligé, dont on a déjà parlé,\net qui auroit pu ramener le spectacle des Euménides d'Eschyle, si ce qui\nl'occasionne eût été plus vrai, ou plus vraisemblable, ou mieux préparé.\n\n(I) « GÉLIN (Nicolas), qui se fit une assez grande réputation pendant environ trente\nannées qu'il fut à l'Opéra, et dont les amateurs n'ont point encore oublié la belle\nbasse-taille, est mort le 22 ou le 23 décembre 1810. Je ne peux indiquer l'époque des\ndébuts de Gélin ; il se trouve porté sur les états de l'Opéra avant 1751, et se retira\nen 1779 avec une pension de 2,000 livres. Il devait être dans un âge fort avancé.\nGélin était maire de Creil-sur-Oise. (Opinion du Parterre, 1811.)"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "202", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.10", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3111, "texte": "Ernelinde, forcée par le tyran à choisir entre son père et son amant, se\ndétermine, comme de raison, mais non dans l'ordre des passions, pour son\npère» Son choix à peine est fait que la douleur, les remords la tour»\nmentent : elle croit entendre l'ombre de son amant lui reprocher son ingra-\ntitude. L'accompagnement ;de ce récitatif est exécuté en partie par des\nqui, par des crescendo admirables, peignent à l'imagination les cris d'une\nombre plaintive. On trouve encore des duos, un trio, un ou deux chœurs de\nla plus grande beauté, et, quoi qu'en disent les détracteurs de ce genre, des\nsymphonies et des airs de danse fort agréables dans le ballet de la fin.\nOn voit que ceux qui se piquaient de bon goût étaient loin de rejeter\nsur le musicien la froideur de l'accueil fait à l'œuvre nouvelle. Malgré\ntout, le succès fut négatif, et Bachaumont dit encore, quelque temps\naprès : « Ernelinde n'a eu que dix-huit représentations. M. le duc de\nChartres avoit parié cent louis que cet opéra n'iroit pas jusqu'à vingt. Il\na gagné. » Ce qui n'empêchait pas, en somme, que le public n'eût été\nfrappé de la puissance musicale de l'œuvre et de la couleur qui y était\nrépandue ; c?est encore Bachaumont qui le constate, àla date du i 3 jan-\nvier 1768 : « L'Opéra a remis hier Titon et VAurore (de Mondonville),\nLes gens habitués à l'harmonie forte du dernier opéra {Ernelinde) ont\ntrouvé celle-ci nue et trop simple (1). »\nFort de sa conscience et convaincu de la valeur de sa partition, Philidor\nne voulut point rester sous le coup de cet échec immérité. Il se remit au\ntravail avec Poinsinet, et, après lui avoir fait faire quelques chan-\ngements, après avoir lui-même remanié sa musique, il fit remettre\nl'ouvrage à la scène, le 24 janvier 1769, sous le nouveau titre de San-\ndomir, prince de Danemarck. Mais il ne paraît pas qusSandomir ait été\nbeaucoup plus heureux qu.'Ernelinde, ■ et que le succès de l'un ait\ndépassé le succès de l'autre.\nC'était jouer de malheur ; mais cette fois encore Philidor ne se tint point\n\n(1) Une anecdote peindra la différence qu'on faisait entre l'œuvre du musicien et\ncelle de son collaborateur. « Quelques jours après les premières représentations de\nl'opéra d'Ernelinde, dit un chroniqueur contemporain, dont le poëme était de Poin-\nsinet, cet auteur essuya une mortification d'un genre tout à fait singulier. On s'entre-\ntenait de la pièce au foyer, où se trouvait alors le marquis dé Senneterre, l'aveugle,\ngrand amateur de musique, et dont le témoignage avait beaucoup de poids. Ce dernier\ndit à son laquais, qui le conduisait : « Quand l'auteur paraîtra ici, ne manquez pas\nde me mener à lui, afin que je lui fasse mon compliment. » Peu d'instants après,\narrive M. Poinsinet, au devant duquel le domestique conduit son maître. Aussitôt\nM. de Senneterre l'embrasse tendrement, et s'écrie : « Mon cher monsieur, recevez\nmon remerciement du plaisir que vous m'avez fait ; votre opéra est plein de beautés,\nîa musique en est délicieuse; il est seulement fâcheux que vous ayez eu à travailler\nsur des paroles aussi ingrates, » Et tout le monde de rire. »"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "203", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.11", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2424, "texte": "pour battu. Quatre ans après, il recommença à se préoccuper d'Erne-\nlinde; heureusement pour lui, Poinsinet était mort et ne pouvait plus\nFaider (i). Il s'adressa donc à Sedaine, qui remit l'ouvrage entièrement\nsur le métier, de trois actes le porta à cinq, et renouvela par conséquent\nen grande partie ce livret damné. On juge que la partition subit aussi,\ncette fois, des remaniements profonds. Ce ne fut pas du moins en pure\nperte, et le succès enfin couronna la persistance de l'artiste. Ernelinde,\nreprenant son premier titre et sous cette nouvelle forme, fut jouée à Ver-\nsailles, devant la cour, le n décembre 1773, et acclamée avec enthou-\nsiasme. « Ernelinde, nous dit Bachaumont, a été jouée hier à Versailles\net a eu le plus grand succès par la pompe du spectacle extrêmement\nimposante. Il y avoit dans une action quatre cents grenadiers à cheval\nsur le théâtre. On sent quel effet a dû produire une pareille nouveauté. »\nUn tel déploiement de mise en scène ne devait pas, en effet, être nui»\nsible à l'œuvre ainsi transformée. Mais on se tromperait si l'on croyait\nqu'il fut la seule cause d'un succès si laborieusement obtenu. Lorsque\nl'ouvrage fut offert de nouveau au public parisien, la critique autant\nqu'elle existait alors sut rendre justice au génie du musicien. Ce ne fut\ncependant que trois ans et demi après sa représentation à Versailles,\nqu'Ernelinde, ainsi corrigée et augmentée, reparut à POpéra, le\n8 juillet 1777. Grimm cite alors avec admiration « le superbe mono-\nlogue » d'Ernelinde :\nOù suis-je? Quel épais nuage\nMe dérobe l'éclat des deux?\nainsi que « le magnifique chœur» du premier acte :\nJurons sur ces glaives sanglants,\nqui faisait passer par toute la salle un frisson d'admiration. Le Mercure\ns'exprime en ces termes chaleureux : « Les connoisseurs applaudiront aux\nefforts qu'un homme de génie fait dans un sujet ingrat, pour en couvrir\nles défauts par les beautés de son art, et pour faire oublier quelquefois les\nvices de Faction par le charme de la musique. M. Philidor a mérité les\n(1) Pendant un voyage qu'il faisait en Espagne, en 1769, il se noya dans le Guadal-\nquivir. On connaît, dans la Dunciade de Palissot, ces vers relatifs aux justes\nmécomptes littéraires de Poinsinet :\nAinsi tomba le petit Poinsinet :\nIl fut dissous par un coup de sifflet.\nTelle, au matin, une vapeur légère\nS'évanouit aux premiers feux du jour ;\nTel Poinsinet disparut sans retour."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "204", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.12", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2797, "texte": "suffrages des vrais amateurs et les acclamations du public dans les mor-\nceaux d'ensemble et dans les airs, où il sait toujours allier un chant suivi\net heureusement modulé à l'énergie et à la vérité de l'expression. C'est là\nsans doute ce qui caractérise le grand talent en musique, d'approprier au\nsentiment ou à la passion un chant toujours pur et sensible ; et c'est ce\nqui fera toujours distinguer l'opéra iïErnelinde, où M. Philidor a déve-\nloppé les richesses de l'imagination et de toutes les connoissances de son\nart. Beaucoup de morceaux seront recherchés et feront plaisir dans les\nconcerts, où l'on n'admet que la véritable musique, celle qui a un carac-\ntère et une belle modulation (1). »\nEnfin, le Journal des théâtres ne montre pas moins d'enthousiasme\nau sujet de cette brillante reprise dyErnelinde : «Cet opéra, dit-il,donné\npour la première fois en trois actes le 29 novembre 1767, remis quelque\ntemps après sous le titre de Sandomir, reparaît aujourd'hui sous son pre-\nmier titre, et divisé en cinq actes. La première représentation, la seule\ndont nous puissions parler, a été donnée le 8 juillet de cette année. Si\nM. Philidor a eu lieu de se plaindre de ses premiers juges, il doit se\ntrouver aujourd'hui pleinement vengé ou de leur injustice, ou de leur\nignorance. Peu de productions ont eu plus de succès que celle dont nous\nparlons, elle est pleine des plus grandes beautés, et a été reçue avec un\nenthousiasme bien fait pour flatter l'habile compositeur à qui nous\ndevons déjà tant de chefs-d'œuvre. Nous regrettons que les bornes de\nnotre journal ne nous permettent pas d'en parler d'une manière plus\nmotivée ; nous le ferons dans le numéro prochain (2). » Et quinze jours\naprès : « Le succès constant de cet ouvrage, dû tout entier au génie du\nmusicien, a réveillé les jaloux ennemis de M. Philidor. La basse envie\nqui s'était déjà attachée aux pas de cet illustre compositeur, a renouvelé\nses menées obscures et a cherché à diminuer l'éclat d'une gloire dont elle\nétait éblouie ; mais sa rage a été inutile, et, malgré ses cris impuissants,\nl'ouvrage tous les jours plus goûté ajoute tous les jours à la juste célébrité\ndont jouit M. Philidor (3).)>\nCette fois, le succès fut franc et prolongé. Il fut même consacré et\nconstaté par la parodie. Le 12 octobre 1777, la Comédie-Italienne repré-\nsentait, sous le titre de Sans dormir (on se rappelle que l'un des person-\nnages d'Ernelinde s'appelle Sandomir), une parodie en deux actes et en\nvaudevilles, d'un nommé Rousseau. Une autre, intitulée Berlingue, due\nau danseur Despréaux, pièce écrite dans le style poissard et libre, dit-on,\n\n(1) Mercure de France, juillet 1777, 2e livraison.\n(2) Journal des Théâtres (rédigé par Le Fuel de Méricourt), du i 5 juillet 1777,\n(3) Idem, du i#r août 1777."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "205", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.13", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2828, "texte": "jusqu'à l'obscénité, fut jouée aussi sur le théâtre particulier de la Gui-\nmard, où l'on prisait fort ces sortes de productions.\nCastil-Blaze, qui sut apprécier sainement le mérite de Philidor, parle\nainsi à\" Ernelinde dans son Académie impériale de musique : « On\ntrouve dans Ernelinde une vigueur dramatique et musicale, une allure\nfranche, un tour de mélodie, une facture, des effets d'orchestre qui,\ncertes, n'appartenaient pas à la musique française de cette époque. Cela\nvalait cent fois mieux que les bons ouvrages et les fadaises offerts chaque\njour aux habitués de l'Opéra. Le duo d'introduction : Quoi! vous\nirCabandonnemon père! est plein de chaleur; le chœur -: Jurons sur\nces glaives sanglants! est d'un très bel effet ; Né dans un camp est bien\ndessiné ; c'est un air complet dont les formes ont vieilli prodigieusement,\nil est vrai, mais enfin, c'est un morceau dans lequel la voix et l'orchestre\nne marchent point au hasard, où l'on découvre une mélodie bien\nconduite, un plan arrêté. Cet air, composé pour Larrivée, comme tous\nceux que l'on écrivit pour Thévenard et Chassé, prouve que la voix de\nbasse n'avait été jamais employée à l'Opéra pour les parties récitantes.\nBeaumavielle, Thévenard, Chassé, Larrivée, possédaient tous une voix\nde baryton, bas ténor ou basse taille. L'air de Ricimer : Né dans un\ncamp, monte au fa, au sol même ; le diapason de l'époque ne le ramè-\nnerait point à la portée de la voix de basse (i). »\nLe style Ernelinde est en général superbe et d'une mâle fierté,\ncomme il convient à un sujet héroïque ; il est de plus très passionné et,\nsous ce rapport, convient merveilleusement au sujet traité. Au point de\nvue de l'ensemble, l'œuvre est noble, d'une belle couleur, d'un caractère\nmétallique, si l'on peut dire, avec cela d'un grand sentiment pathétique\net d'une rare vigueur de touche. C'est bien l'œuvre d'un grand artiste,\nsûr de soi, et chez lequel le génie a atteint sa complète maturité. Castil-\nBlaze, on vient de le voir, en signale plusieurs morceaux comme parti-\nculièrement réussis. Ses remarques sont très justes, mais elles sont un peu\nbrèves. Il ne dit point que les récitatifs sont généralement puissants,\nvigoureux, pleins de nerf et d'un accent plein d'éclat ; il ne parle pas de\nl'air de Sandomir : O toi, chère âme de ma vie... (quatre temps, en fa\n\n(i) L? Académie impériale de musique, t. 1, p. 25g. A ce qu'il dit au sujet\nlinde, Castil-Blaze ajoute ce renseignement, dont je n'ai, pour mon compte, trouvé\ntrace nulle part ailleurs : « L'Académie, reconnaissante envers Philidor, gratifie ce\nmusicien d'une représentation d7Ernelinde donnée à son bénéfice le 20 mai 1768.\nC'est le premier exemple d'une gracieuseté de ce genre. » Pour l'Opéra, c'est\npossible ; mais on a vu plus haut que la Comédie-Italienne l'avait devancé sous ce\nrapport."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "206", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.14", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2669, "texte": "majeur), morceau d'une grande allure, d'une style à la fois noble, ardent\net passionné, accompagné par un orchestre en quelque sorte haletant,\ndont l'énergie donne plus de relief encore à la pensée exprimée, surtout\nlorsque le deux-temps arrive sur ces vers :\nS* il faut que tu me sois ravie,\nDe flots de sang j'inonderai ces lieux.\nEnfin, il ne remarque point que le morceau : Jurons sur nos glaives\nsanglants, nsest pas un chœur proprement dit, mais un morceau dia-\nlogué entre un ténor solo (Sandomir) et un chœur de trois voix d'hom-\nmes (haute-contre, taille et basse), qui respire une grande énergie, et\nacquiert précisément une étonnante puissance par les réponses que fait\nle chœur aux phrases posées par le ténor ; c'était là un effet nouveau et\nvraiment trouvé, et cette page, dont les développements sont d'ailleurs\nmodérés, est d'une réelle magnificence.\nJe ne sais si la partition d'Ernelinde a été publiée lors de l'apparition\nde cet ouvrage, en 1767; j'en doute, car elle a été gravée en 1769, lors\nde sa première reprise, et il n'est guère probable que ce fut là une seconde\nédition. En tout cas, je vais reproduire ici le titre exact de cette édition,\nparce qu'il nous apprend un fait qui est resté inaperçu de tous les biogra-\nphes : a Ernelinde, tragédie lyrique en trois actes, mise en musique par A.\nD. Philidor, maître de musique de S. A. S. Mgr le duc régnant des\nDeux-Ponts, dédiée à madame la comtesse de Forbach, représentée pour\nla première fois par l'Académie royalle (sic) de musique, le 29 novem-\nbre 1767, et remise au théâtre le 22 janvier 1769. » Nous savons donc\n*\nmaintenant que Philidor fut maître de la musique du duc de Deux-\nPonts, comme le fut plus tard Dezèdes. Le fait n'est pas sans doute d9une\nimportance considérable, mais il vaut néanmoins la peine d'être men-\ntionné (1).\nCe qui est plus important, c'est le succès que, finalement, Philidor\nremporta à l'Opéra, succès unanimement constaté par les contemporains\n\n(i) On remarquera que cette édition de la partition de Philidor porte le titré\n& Ernelinde et la date de 1769, bien qu'à cette reprise de 1769, l'ouvrage ait reparu\nà POpéra sous un nouveau titre : celui de Sandomir ; peut-être l'affiche aban-\ndonna-t-elle rapidement ce titre de Sandomir pour revenir à celui d'Ernelinde.\nEn 1772, Ernelinde était représentée à Bruxelles dans des circonstances excep-\ntionnelles : « Les entrepreneurs du spectacle de Bruxelles, voulant célébrer le jour de\nsainte Thérèse, fête de l'impératrice reine de Hongrie, ont choisi, au mois d'octobre\ndernier, Ernelinde, en invitant M. Philidor à assister à la représentation, s (,Spectacles\nde Paris pour 1775,)"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "207", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.15", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2212, "texte": "lors de la reprise à 1 Ernelinde en 1777, et d'autant plus remarquable\nqu'à cette époque Gluck avait donné Iphigénie en Aulide, Orphée,\net que son Armide, représentée le 23 septembre 1777, fut repré-\nsentée concurremment avec l'œuvre de Philidor et ne la lit point pâlir*\nOr, comme Ernelinde avait été créée en 1767, qu'elle avait été remaniée\npour la reprise de 1769, et enfin refaite en partie et d'une façon définitive\npour la représentation qui en eut lieu à la Cour en alors qu'aucun\nouvrage de Gluck n'avait encore paru sur la scène de l'Opéra, et que\nc'est cette dernière version qui fut adoptée pour ce théâtre en 1777, on\nne peut pas dire que Philidor avait profité de l'effet produit par les œu-\nvres de Gluck, et qu'il en avait tiré un parti quelconque. Nous savons\nque Philidor connaissait Orphée au moins par la lecture, mais il y a\nloin, même pour un musicien, au point de vue de l'impression\nde la simple lecture d'une partition à son exécution au théâtre. Ell tout\ncas, pour obtenir un tel succès lorsque Rameau était mort à peine depuis\nquelques années et que le souvenir de ses œuvres était encore dans la\nmémoire de tous, lorsque Gluck venait de donner ses trois premières\nmerveilles, il fallait que Philidor eût réellement payé de sa personne et\nque la valeur à'Ernelinde fût éclatante et incontestable. Ce sera toujours\nun double honneur pour ce grand artiste d'avoir réussi à l'Opéra d'une\nfaçon aussi. certaine, et d'y avoir réussi dans des conditions aussi parti-\nlièrement difficiles (1).\n(La suite prochainement.)\n\nARTHUR POUGIN.\n\n(1) Dans la notice publiée par le Palamède, on lit ces lignes, qui relatent un fait\ndont il n'existe ailleurs aucune mention : « Encouragé par la faveur générale dont il\njouissait, Philidor se proposa de réformer entièrement le goût national, et, dans ce\nbat, composa Ernelinde avec récitatifs entremêlés d'airs,d'après la manière italienne.\nCet ouvrage fut représenté à l'Opéra, et, malgré les cabales de la noblesse, entichée\nde la musique ancienne, il fut reçu avec enthousiasme par la jeune France d'alors,\net surtout par les femmes. Louis XV en fut si charmé qu'il accorda à l'auteur une\npension de six cents livres sur sa cassette. »"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-12-01-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-12-01_01#c009", "volume": "bmtnabc_1874-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "217", "image_debut": 16, "image_fin": 37, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.2.3", "titre_corps": "VOLTAIRE LIBRETTISTE", "titre_sommaire": "VOLTAIRE LIBRETTISTE", "signature_source": "CH. BARTHÉLEMY", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.16", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1267, "texte": "VOLTAIRE LIBRETTISTE\n\n(I)\nIII\nLA PRINCESSE DE NAVARRE (Février 1745)\nE n'est plus ici un grand opéra, mais une simple co-\nmédie-ballet, en trois actes, genre composite qui n'est\nqu'un prétexte à spectacle pour une fête d'un jour, et\nrien de plus. Cet à-propos fut représenté, pour la\npremière fois, à Versailles, le 2 3 février 1745; la\ndeuxième représentation eut lieu le 27, et, la même\nannée, cette œuvre toute d'actualité fut réduite en un acte, sous ce titre :\nles Fêtes de Ramire.\nLe duc de Richelieu, qui avait demandé, et à qui Voltaire avait remis\nson voulut quelques changements, soit dans les paroles, soit\ndans la musique. Mais Voltaire et Rameau étaient alors occupés du\nTemple de la gloire, et le duc s'adressa à Jean-Jacques-Rousseau, à la\nfois poète et musicien. Les Fêtes de Ramire, dont il ne reste plus qu'un\nvers cité par Jean-Jacques Rousseau, furent jouées le 22 décembre 1745.\nQuant à la Princesse de Navarre, elle fut donnée à Bordeaux, le\n26 novembre iy63, par ordre de Richelieu.\nSelon Condorcet, dans sa vie de Voltaire :\n« La marquise de Pompadour le chargea de faire une pièce pour le premier\nmariage du Dauphin. Une charge de gentilhomme de la chambre, le titre\n\n(1) Voir les numéros des IER1ER septembre, lERIER octobre et i9V novembre."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "209", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.29", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2518, "texte": "d'historiographe de France, et enfin la protection de la Cour, furent la\nrécompense de cet ouvrage. C'est à cette occasion qu'il fit ces vers :\nMon Henri quatre et ma Zaïre\nEt mon Américaine Alzire\nNe m'ont valu jamais un seul regard du roi;\nJ'eus beaucoup d'ennemis avec très peu de gloire.\nLes honneurs et les biens pleurent enfin sur moi,\nPour une farce de la Foire.\nSur quoi Condorcet se hâte d'ajouter : « C'était juger un peu trop sévère-\nment la Princesse de Navarre, ouvrage rempli d'une galanterie noble et\nlouchante. »\nVoltaire (je lie parle pas de Fréron et pour cause) aurait bien ri de\nl'éloge à outrance de son biographe; ce qui suit va le démontrer assez\npéremptoirement : c'est ici Fauteur jugé par lui-même et apprécié selon\nson très mince mérite.\nLe 24 avril 1744, il écrivait de Cirey à Richelieu, par une assez fade\nallusion à l'oncle illustre du maréchal de ce nom :\n€ Colletet envoie encore ce brimborion au cardinal-duc. Cette rapsodie\n{sic) le trouvera probablement dans son camp, entouré d'officiers et vis-à-\n-vis de vilains Allemands, qui se soucient fort peu des amours du duc de Foix\net de la princesse de Navarre. Pour moi, monseigneur le duc, je crois,\navec la dame de Cirey (.Madame du Châtelet), que vous ne haïrez pas ce duc\nde Foix, qui fait la guerre, qui est amoureux, qui est fourré tout jeune dans\nles affaires, qui combat pour sa maîtresse, qui la gagne à la pointe de 1 épée,\nqui a de l'esprit, et qui berne les Morillo. Si vous êtes content, voulez-vous\nenvoyer ce premier acte à Rameau? »\nRameau avait consenti à musiquer les rimes de Voltaire, sans doute\npour le consoler de la disgrâce de Samson et peut-être plus encore parce\nqu'il y trouvait une occasion de faire sa cour au roi et au dauphin.\nQuoiqu'il en soit, quatre jours après, d'Argental recevait de Cirey, en\nun paquet, avec passablement d'impertinences de mauvais ton du châ-\ntelain, le premier acte de la susdite comédie :\n« Voici le premier acte et le premier divertissement qui doit faire bâiller le\ndauphin et madame la dauphine, mais qui pourra vous amuser, car il plaît à\nmadame du Châtelet, et vous êtes digne de penser comme elle? Il se pourra\nbien faire que vous receviez aussi, par la même poste, le divertissement du\nsecond acte... »\nNous ignorons ce que pouvait avoir de sublime ou de grotesque ce\npremier divertissement ; car? ainsi que celui du deuxième acte, il ne fut\npas conservé, et pas le moindre fragment n'en est venu jusqu'à nous :\nce n'est pas d'ailleurs très probablement une grande perte*"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "210", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.30", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2577, "texte": "Voltaire n'oubliait pas non plus sa Pandore, dont il envoyait, dit-il,\nun cinquième acte à d'Argental, avec une lettre pour Pabbé de Voise-\nnon qui n'en pouvait mais, Revenons bien vite à la Princesse de\nNavarre9 pour ne plus la quitter.\nUn autre intime, Cideville, reçoit bientôt les confidences et les\ndoléances du rimeur :\n« Je suis presque glacé par mon ouvrage pour la cour. Je me représente un\ndauphin et une dauphine ayant tout autre chose à faire qu'à écouter ma\nrapsodie. Comment les amuser? comment les faire rire? Moi, travailler pour\nla cour! j'ai peur de ne faire que des sottises. On ne réussit bien que dans\ndes sujets qu'on a choisis avec complaisance... »\nQui le forçait de composer cette œuvre?... De quoi se plaint-il donc ?\nMais, ceci est pour amener un point de ressemblance entre lui et Molière.\n<( Molière, dit-il, et tous ceux qui ont travaillé de commande y ont\néchoué. »\nCependant, la besogne avançait cahin-caha, et à chaque lettre, nou-\nvelles insultes pour la malheureuse et mal venue comédie; ainsi il en écrit\nen ces termes à Richelieu :\nVous, qui vale% mieux mille fois\nQiie cet aimable duc de Foix,\nRecevez d'un œil favorable\nCe croquis et ce rogaton....\n« Vous avez dû recevoir, monseigneur de Foix, les trois informes esquisses\ndu premier et du second acte, Lisez, si vous ayez du loisir, ce troisième\nacte, et songez, je vous en supplie, qu'il m'est impossible de mettre en deux\nmois la dernière main à un ouvrage très long, où vous voulez tout ce qui\nferait la matière de plusieurs ouvrages Ah! laissez-moi faire, donnez-\nmoi du temps, permettez-moi le petit feu d'artifice qui fera un dénouement\ndélicieux... Daignez me donner vos conseils et vos ordres, et soyez sur qu'il\nne me manquera que du génie, Mon cœur, qui est à vos pieds, y suppléera\ncomme il pourra. »\n« Que du génie!... »Il ne croyait pas si bien dire. La fin de cette lettre est\nd'une bouffonnerie achevée. « Madame du Ghâtelet, qui est en vérité la meil-\nleure femme du monde, croit que je pourrai faire quelque chose de ma petite\ndrôlerie..... »\nRapsodie, drôlerie, rogaton... voilà donc en quels termes Fauteur\napprécie son œuvre.\nMais il ne tarda pas à se relever de cette humilité ou plutôt de cette\nbassesse de commande, et il écrit à d'Argental :\n* Figurez-vous que M. de Richelieu envoie au président Hénault et à\nM, d'Argenson le ministre, l'informe esquisse de cet ouvrage. J'en suis très\nfâché; car les hommes jugent rarement si For est bon quand ils le voient\ndans la mine, tout chargé de terre et de marcassites. J'écris au président pour"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "211", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.31", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2516, "texte": "le prévenir... Je vous demande en grâce de jeter dans le feu le manuscrit que\nvous avez. Pourquoi voulez-vous garder des titres contre moi? Pourquoi\nconserver les langes de mon enfant, quand je lui donne une robe neuve? »\nQue de craintes pour une rapsodîe, un une drôlerie!\nCe n'est pas là ce qui le soucie, c'est le but final dont cette comédie\nn?est que le prétexte et le moyen; toutes ces plaintes se terminent par un\nparallèle entre lui, Voltaire, et Molière et Gorneille, et encore Molière, à\npropos de la Princesse d'Elide, de l'lnconnu et d?Amphitryon où « le\nplaisant et le tendre » sont heureusement alliés. C'est peu mais\nc'est ainsi..,.\nA la même date, écrivant à Richelieu, Voltaire essaie de prouver au\nduc que sa princesse est un chef-d'œuvre.\nC'est la merveille la plus rare\nQiiaitpu former la main des dieux,\ncomme chante certain sénéchal, dans Jean de Paris; la lettre débute par\nun grandissime coup d encensoir à Fadresse du vainqueur de Mahon :\n« Vous êtes un grand critique... Je vous admire, monseigneur, de raisonner\nsi bien sur mon barbouillage quand on ouvre des tranchées.\n« Comment avez-vous pu donner mes brouillons à M. d'Argenson et au\nprésident? Vous me faites périr à petit feu. Ils prendront cela pour la maison\ntoute faite, et ils me trouveront ridicule. L'ouvrage ne ressemble déjà plus\nà celui que je vous ai envoyé.\n« Vous me demanderez, monseigneur, pourquoi je ne vous ai pas envoyé\ntout 1 ouvrage dans ce goût. C'est, ne vous déplaise1 que je ne trouve pas\nl'esprit, en écrivant, aussi vite que vous en parlant. »\nEt cette longue lettre ramène, en manière de coda, l'éternelle madame\ndu Châtelet, FEgérie et la muse de Cirey; or, ladite, fort sévère en lit-\ntérature, goûte infiniment l'œuvre de son... ami le philosophe. Cest tout\ndire.\nIl ne pouvait digérer, ce pauvre poète, que Ton eût montré ses essais\nà M. d'Argenson; aussi lui écrit-il, pour atténuer et détruire, s'il se\nle mauvais effet de toute cette rimaille provisoire :\nfc Comment diable M. le duc de Foix de Richelieu a-t-il pu vous faire lire\nune mauvaise esquisse, un croquis informe, que je ne lui ai envoyé que par\npure obéissance? Il ne ssagit pas de savoir si cela est bon, mais de prévoir\nsi on en peut tirer quelque chose de bon,.. »\nNouveaux tiraillements entre Voltaire et Richelieu ; ce dernier semble\nbien méticuleux ; aussi le poète aux abois a-t-il de plus en plus recours\naux formules obséquieuses :\n« Il faut que les idées de votre maçon ne soient pas absolument indignes de"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "212", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.32", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2624, "texte": "l'imagination de l'architecte. » Suit un canevas assez pauvre d invention et\nflanqué d'un piètre madrigal devant amener un triple tableau vivant, précur-\nseur de ceux de nos modernes pièces à femmes. Et puis encore madame au\nChâtelet, qui fait brusquement sa rentrée, comme une charge de cavalerie\nplus ou moins légère pour harceler l'ennemi, c'est-à-dire Richelieu e\ndifficile. »\n« Madame du Châtelet regrette toujours la petite fête des bergers.,.\nMadame du Châtelet vous aime véritablement; je vous le dis, c est une très\nbonne femme. »\nQui diable résisterait à cela!.., « Certainement c'est un mot tout mo-\nderne qui trouve naturellement sa place ici, certainement Cadet Rousse\nest un bon enfant; mais enfin ce n'est pas une raison pour voter en sa laveur,\nles yeux fermés. »\nEn dépit du goût prononcé de madame du Châtelet pour les moutons,\n« la petite fête des bergers » fut impitoyablement biffée par Richelieu,\nfort peu tendre à l'égard du genre trumeau.\nDe plus en plus modeste. Voltaire avoue ailleurs, au terrible duc,\nqu'il n'a « qu'une certaine portion de talent, » et il ajoute aussitôt :\n« Que mes juges prennent bien garde que souvent il meglio e Venemico\ndel bene. » Suivons-le pendant qu'il est en veine de vraie sincérité, chose\nrare et qui dure peu chez lui, l'espace d'un éclair. « Les divertisse-\nments du premier acte ne peuvent devenir que plus mauvais sous ma\nmain. »\nAvec d'Argental, plus de liberté et moins de fausse modestie : « Je ne\nvous demande pas d'être aussi contents de la pièce avec les diver-\ntissements que madame du Châtelet et M. le président Hénault, mais je\nvous demande de l'envoyer à M. le duc de Richelieu et den paraître\ncontents... Je maintiens que la pièce est intéressante...\n« Enfin vous pouvez, je crois, envoyer le tout à M. de Richelieu et préparer\nson esprit à être content. »\nEspérant que le succès de sa Princesse pourrait le mener à mieux,\na. l'exécution de Pandore, qu'il avait tant à cœur, Voltaire sonde et fait\nsonder le terrain par ses bons amis, les chers anges.\n€ Si M. de Richelieu est content, ne pourrait-on pas alors lui faire entendre\nque cette musique, continuellement entrelacée avec la déclamation des comé-\ndiens, est un nouveau genre pour lequel les grands échàfaudages de sym-\nphonie ne sont point du tout propres? Ne pourrait-on pas lui faire entendre\nqu'on peut réserver Rameau pour un ouvrage tout en musique?... »\nMais ce n'est pas tout et nous n'en avons pas encore fini avec cette\nlettre ; il y a un post-scriptum qui donne la clef de l'importance si\nexceptionnelle que Voltaire attachait au succès de cette Farce de la"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "213", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.33", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2617, "texte": "/\nFoire, comme il Ta si bien qualifiée dans certain sixain. Ecoutons cette\nconfidence faite à l'oreille de d'Argental :\n« Il m'est devenu important que cette drogue soit jouée, bonne ou mau-\nvaise. Elle n'est pas faite pour l'impression ; elle vaut bien la Princesse\nd'Elide (de Molière!) et c'est tout ce qu'il faut pour le courtisan; mais c'est\naussi ce qu'il me faut. Cette bagatelle est la seule ressource qui me reste,\nne vous déplaise, après la démission de M. Amelot, pour obtenir quelque\nmarque de bonté qu'on me doit pour des bagatelles d'une autre espèce dans\nlesquelles je n'ai pas laissé de rendre service... Songez plutôt ici à votre ami\nqu'à l'auteur et au solide qu'à la réputation. »\nSur ces entrefaites, le président Hénault, de retour de Cirey, où Vol-\ntaire et madame du Châtelet l'avaient enguirlandé de façon à lui ôter\ntoute liberté d'appréciation vraie, écrivait au comte d'Argenson :\n« Que dites-vous de Rameau, qui est devenu bel esprit et critique, et qui\ns'est mis à corriger les vers de Voltaire ? J'en ai écrit à M. de Richelieu deux\nfois. Ce fou-là (Rameau) a pour conseil toute la racaille des poètes; il leur\nmontrera l'ouvrage. L'ouvrage sera mis en pièces, déchiré, critiqué.,. »\nRameau n'avait pas si grand tort. En effet, que dites-vous de cet aveu\nde Voltaire, écrivant au marquis d'Argenson : « Je fais une plate\ncomédie pour l'infante dauphine? »\nA force de défaire et de refaire, cette pièce n'avançait que lentement et\nboitait de plus en plus fort. Et puis, avec Rameau, c'était un continuel\nremaniement. « Ce Rameau est aussi grand original que grand musi-\ncien. Il me demande que j'aie à mettre en quatre vers tout ce qui est en\nhuit et en huit tout ce qui est en quatre. Il est fou ; mais je tiens tou-\njours qu'il faut avoir pitié des talents. Permis d'être fou à celui qui a\nfait l'acte des Incas. »\nCe qui n'empêche pas Voltaire de dénoncer Rameau à Richelieu, pour\nqu'il le semonce d'importance.\nDe plus en plus crispé par le travail incessant de retouches et de\nrefonte qu'on lui impose, Voltaire lance un coup de boutoir à Louis\nRacine et met ses propres rimes sur la même ligne que celles du\nGuarini :\n« Si la platitude des vers du janséniste Racine a réussi à la cour, il est clair\nque des vers d'un ton agréable doivent y être mal reçus.\nIl faut jeter le Pastor fdo dans le feu, si ces vers-ci ne valent rien :\nJ'en crois asse% votre rougeur,\nC'est de nos sentiments le premier témoignage.\nC'est ïinterprète de l'honneur.\nCet honneur, attaqué dans le fond de mon cœur,\nS'en indigne sur mon visage.\n(La Princesse de Navarre, acte ni, scène n.)"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "214", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.34", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3015, "texte": "Enfin? la Princesse de Navarre vit le jour à Versailles, le\n23 février 1745, après un an tout entier de refontes successives qui\navaient complètement modifié et même changé l'idée mère de la pièce, si\ntoutefois il y eut jamais une idée bien arrêtée dans ce pot-pourri de\ncomédie, d?opéra et de danses plus ou moins en situation.\n„Au comble de ses vœux pour le résultat poursuivi. Voltaire, dès lors\ngentilhomme de la Chambre, historiographe de France quoi encore ?\nne s9occupa plus du sort futur de sa Princesse, et quand Richelieu\ndemanda des changements soit dans les paroles, soit dans la musique de\ncet imbroglio réduit à la valeur d'un acte, Voltaire et Rameau décli-\nnèrent cette nouvelle besogne ; ce fut alors que le duc s'adressa à Jean**\nJacques Rousseau, à la fois poète et musicien des plus médiocres.\nNé en 1712,, le citoyen de Genève avait trente-trois ans au moment\noù lui fut confié ce travail qu'il accepta avec empressement, non sans\ntoutefois en informer Voltaire, dont il connaissait la susceptibilité. Voici\ncette lettre qui, par le ton et les détails, ne manque pas d'intérêt\net trouve d'ailleurs naturellement sa place ici :\n«Paris, le 11 décembre 1745,\n« Monsieur,\n« Il y a quinze ans que-je travaille pour me rendre digne de vos regards et\ndes soins dont vous favorisez les jeunes muses en'qui vous découvrez\nquelque talent. Mais, pour avoir fait la musique d'un opéra, je me trouve,\nje ne sais comment, métamorphosé en musicien. C'est, monsieur, en cette\nqualité que M. le duc de Richelieu m'a chargé des scènes dont vous avez lié\nles divertissements de la Princesse de Navarre. Il a même exigé que je fisse,\ndans les canevas, les changements nécessaires pour Jes rendre'convenables à\nvotre nouveausujet. J'ai fait mes respectueuses représentations; monsieur le\nduc a insisté, j'ai obéi. C'est le seul parti qui convienne à l'état de ma for-\ntune. M. Ballot s'est chargé de vous communiquer ces changements. Je me\nsuis attaché à les rendre en moins de mots qu'il était possible. C'est le seul\nmérite que je puis leur donner. Je vous supplie, monsieur, de vouloir les\nexaminer, ou plutôt d'en substituer de plus dignes de la place qu'ils doivent\noccuper.\n« Quant au récitatif, j'espère aussi, monsieur, que vous voudrez bien le\njuger avant l'exécution et m'indiquer les endroits où je me serai écarté du\nbeau et du vrai, c'est-à-dire de votre pensée. Quel que soit pour moi le succès\nde ces faibles essais, ils me seront toujours glorieux, s'ils me procurent l'hon-\nneur d'être connu de vous et de vous montrer l'admiration et le profond res-\npect avec lesquels j'ai l'honneur d'être, monsieur, votre très humble, etc.\n« J.-J. ROUSSEAU, citoyen de Genève. »\nVoltaire s'empressa de répondre à cette lettre qui avait dû singuliè-\nrement flatter son amour-propre ; et à l'humilité de J.-J. Rousseau, il\noffrit en échange la sienne, tout en conservant ce ton de hautaine supé-\nriorité qu'il se croyait permis vis-à-vis d'un aussi mince compagnon que\nle citoyen de Genève."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "215", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.35", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2869, "texte": "« Le i 5 décembre.\n« Vous réunissez, monsieur, deux talents qui ont toujours été séparés\njusqu'à présent. Voilà déjà deux bonnes raisons pour moi de vous estimer et\nde chercher à vous aimer. Je suis fâché pour vous que vous employiez ces\ndeux talents à un ouvrage qui n'en est pas trop digne. Il y a quelques mois\nque M. le duc de Richelieu m'ordonna absolument de faire en un clin d'œil\nune petite et mauvaise esquisse de quelques scènes insipides et tronquées qui\ndevaient s'ajuster à des divertissements qui ne sont point faits pour elles.\nJ'obéis avec la plus grande exactitude ; je fis très vite et très mal. J'envoyai\nce misérable croquis à M. le duc de Richelieu, comptant qu'il ne servirait\npas, ou que je le corrigerais. Heureusement, il est entre vos mains, vous en\nêtes le maître absolu ; j'ai perdu tout cela entièrement de vue...\n« Je sais très bien que cela est fort misérable et qu'il est au-dessous d'un\nêtre pensant de se faire une affaire sérieuse de ces bagatelles ; mais enfin,\npuisqu'il s'agit de déplaire le moins qu'on pourra, il faut mettre le plus de\nraison qu'on peut, même dans un mauvais divertissement d'opéra»\n« Je me rapporte de tout à vous et à M. Ballot, et je compte avoir bientôt\nl'honneur de vous faire mes remerciements et de vous assurer, monsieur, à\nquel point j'ai celui d'être, etc. »\nOn sait comment plus tard ces deux hommes se brouillèrent et devin-\nrent même les plus mortels ennemis du monde, mais ceci sort du cadre\ntrès restreint de cette étude et d'ailleurs n y a aucun trait.\nIV\nLE TEMPLE DE LA GLOIRE (novembre 1745)\nEn la même année qui vit naître et mourir sa Princesse, Voltaire?\nassisté de Rameau, fit représenter un opéra de circonstance, en cinq actes,\nle Temple de la Gloire, Exécuté d'abord sur le théâtre qui avait été\nconstruit exprès pour la Princesse de Navarre, cet ouvrage fut repré-\nsenté sur la même scène, pour la seconde fois, le 4 décembre, et le 7 de\nce mois à à l'Opéra, et repris, avec des changements, le 17 avril\nsuivant.\nOn sait tort peu de chose de cette pièce sur laquelle Fréron s'égaya\npassablement, et il y avait de quoi, mais ceci n'est pas de notre sujet.\nVoltaire, dont la vanité était largement satisfaite et non épuisée, la fit\ncouler à pleins bords dans cette lettre adressée à Berger, le directeur de\nl'Académie royale de musique :\n« Il me serait bien peu séant, monsieur, qu'ayant fait le Temple de la Gloire\npour un roi qui en a tant acquis, et non pour l'Opéra, auquel ce genre de\nspectacle trop grave et trop peu voluptueux ne peut convenir, je prétendisse\nàla moindre rétribution et à la moindre partie de ce qu'on donne d'ordi-\nnaire à ceux ç[ui travaillent pour le théâtre de l'Académie de musique. Le\nroi a trop daigné me récompenser, et ni ses bontés ni ma manière de penser\nne me permettent de recevoir d'autres avantages que ceux qu'il a bien voulu"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "216", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.36", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3594, "texte": "me faire. D'ailleurs, la peine que demande la versification d'un ballet est si\nau-dessous de la peine et du mérite du musicien; M. Rameau est si supérieur\nen son genre, et, de plus, sa fortune est si inférieure à ses talents, qu'il est\njuste que la rétribution soit pour lui tout entière. Ainsi, monsieur; j'ai l'hon-\nneur de vous déclarer que je ne prétends aucun honoraire ; que vous pouvez\ndonner à M. Rameau tout ce dont vous êtes convenu, sans que je forme la\nplus légère prétention* L'amitié d'un aussi honnête homme que vous, mon-\nsieur, et d'un amateur aussi zélé des arts, m'est plus précieuse que tout For\ndu monde. J'ai toujours pensé ainsi; et quand je ne l'aurais pas fait, je\ndevrais commencer par vous et par M. Rameau, »\nV\nLE BARON D'OTRANTE (1769)\nNous sommes arrivés au dernier libretto commis par Voltaire,—celui\nd'un opéra buffa en trois actes,\nVoici à quel sujet et dans quelles circonstances fut composé cet\nsi nous en croyons Decroix, Tun des éditeurs de Kehl :\n« Cette petite pièce fut faite pour M. Grétry, qui, à son retour d'ltalie,\navait passé six mois à Genève, d'où il se rendait fréquemment à lerney.\nM. de Voltaire et madame Denis, sur quelques essais de musique qu'il leur\nfit entendre, conçurent une si grande espérance de ses talents, qu'ils le pres-\nsèrent vivement daller les exercer à Paris ; et pour l'y déterminer d'autant\nmieux, M. de Voltaire s'offrit de travailler dans un genre nouveau, dont il\nn'osait cependant espérer, disait-il, d'atteindre la sublimité. Il donna, en\neffet, le Baron d'Otrante à M. Grétry, qui vint le présenter aux comédiens\nitaliens, comme l'ouvrage d'un jeune homme de province. Les comédiens\nrefusèrent la pièce, en avouant cependant que l'auteur n'était pas sans talent,\net qu'il promettait beaucoup. Ils engagèrent même M. Grétry à mander au\njeune homme que s'il voulait venir à Paris, on pourrait lui indiquer quel-\nques changements nécessaires pour faire admettre et représenter sa pièce, et\nqu'avec de la docilité et un peu d'étude de leur théâtre, il pourrait lui\ndevenir utile par ses travaux et se rendre digne d'y être attaché. Leur\ndéfiance venait principalement de la nouveauté de ce genre d'opéra comique,\noù l'un des principaux rôles était en italien et tous les autres en français ;\nmais si l'on a vu longtemps sur le même théâtre, dans des comédies, un\nprincipal personnage parler français et tous les autres lui répondre en italien,\npourquoi l'inverse n'aurait-il pas* réussi dans un opéra comique rempli, d'ail-\nleurs, de gaîté et de philosophie?\n« Quoi qu'il en soit, le jeune auteur reconnut son insuffisance et ne jugea\npas à propos de se déplacer. Il aima mieux renoncer à une gloire qu'il déses-\npérait d'obtenir. Cet événement empêcha M. Grétry à mettre la pièce en\nmusique et l'auteur de la Henriade et de Mahomet de faire des opéras comi-\nques. Il s'en tint à ses premiers essais, le Baron d'Otrante et les Deux\nTonneaux.\n« Il est assez remarquable que M. de Voltaire donna le premier un opéra à\nM. Grétry, comme il avait, le premier, vers 1730, donné une tragédie lyrique\nà Rameau, avant que ces deux grands musiciens se fussent encore exercés\ndans les genres où ils ont excellé. Le grand poète découvrit leur génie et\npressentit leurs succès. Si les encouragements qu'il leur donna ont pu les\ndéterminer à embrasser la carrière dramatique, on lui serait en partie rede-\nvable des chefs-d'œuvre dont ils ont enrichi la scène et des progrès qu'ils ont\nfait faire à l'art musical. Quel homme grave, à ce prix, ne pardonnerait à\nM. de Voltaire d'avoir fait des opéras comiques? »"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "217", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.37", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2324, "texte": "Quelques mots d'histoire et de bibliographie, pour finir.\nGrétry, arrivé à Genève au commencement de 1767, écrivit à Voltaire\npour lui demander un opéra en musique ; Voltaire accueillit très\nbien le jeune compositeur qui, peu après, partit pour Paris. Ce fut le\n20 août 1769 qu'il fit représenter, sur le théâtre des Italiens, le Huron,\ndont il avait fait la musique. Marmontel avait pris le sujet dans l'ln-\ngénu. Grétry dit que ce fut pendant la nouveauté du succès de son\nHuron qu'à son grand étonnement et à sa grande satisfaction il reçut\nde Ferney le Baron d'Otrante. Il parle aussi des DeuxTonneaux,comme\nles ayant reçus vers le même temps.\nIl ne peut donc y avoir aucun doute sur la date de la composition de\nces deux pièces. Les comédiens italiens n'ayant pas]reçu le poème, il est\nà croire que Grétry ne composa sur lui aucune musique, car il n'en\nparle pas dans la liste de ses ouvrages.\nC'est dans son conte intitulé : l'Éducation d'un prince, que Voltaire\navait pris le sujet du Baron d 1 Otrante.\nMercier de Compiègne (qu'il ne faut pas confondre avec l'auteur du\nTableau de Paris) mit en vaudeville, vers 1793, l'opéra de Voltaire, et\nPa fait imprimer dans un petit volume intitulé : les Nuits de la Con-\nciergerie (an 111, 1795, in-i 8). Tout en conservant le titre de la pièce,\nil a changé le nom du principal personnage, qu'il nomme le baron de la\nBâtardière. Le travail de Mercier n'a paru sur aucun théâtre.\nLes comédiens italiens donnèrent, en 1784,/ e Duc de Bénévent, drame,\nhéroïque en trois actes, par Renquil Lieutaud.\nLe Prince de Catane, opéra en trois actes, paroles de Castel, musique\nde Nicolo Isouard, fut joué le 4 mars 1813 sur le théâtre de l'Opéra-\nComique.\nCes deux pièces, dont le sujet est le même que le Baron Otrante,\nsont imprimées.\nMentionnons encore pour simple mémoire, les Deux Tonneaux,\nesquisse d'un opéra comique en trois actes, auquel l'insuccès de son\naîné empêcha Voltaire de donner suite.\nEt voilà le bilan de Voltaire librettiste : quatre opéras, dont deux non\nreprésentés, les deux autres honorés à peine de quelques soirées, et, pour\nclore la liste, un opéra comique refusé, plus une ébauche restée dans les\nlimbes profonds de l'oubli, dont personne ne s'avisera peut-être jamais\nde la tirer pour lui donner une forme définitive.\n\nCH. BARTHÉLEMY."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-12-01-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-12-01_01#c013", "volume": "bmtnabc_1874-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 17, "image_fin": 23, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.2.4", "titre_corps": "AIR de SAINDOMIR", "titre_sommaire": "AIR de SAINDOMIR", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.17", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 54, "texte": "AIR de SAINDOMIR\nERNELINDE (1767)\nA. 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CONCERTS POPULAIRES : Prélude de Tristan et Iseult, de\nWagner. - CONCERT NATIONAL : Symphonie romaine, de Mendelssohn; Scherzo,\nde Cherubini ; le Rouet d'Omphale, de Saint-Saëns ; Concerto en sol, de Beethoven ;\nScènes pittoresques, de Massenet; Scènes d'enfants, de R. Schumann ; Fragments de\nVArtésienne, de G. Bizet. CIRQUE D'ÉTÉ (CONCERTS D'HARMONIE SACRÉE) : Audi-\ntion de Judas Machabée, de Haendel.\nONCERTS DU CONSERVATOIRE. La Société des Con-\ncerts a repris ses séances qu'un auditoire non variable\nsuit avec une sympathie non diminuée. Le programme\ndes deux premiers concerts a laissé, comme\nà désirer. Puisqu'on consent enfin à nous faire enten-\ndre les œuvres de Berlioz, on devrait choisir sa mu-\nsique la mieux caractérisée.\nL'ouverture des Francs-Juges appartient à l'efflorescence rodomonde\ndes débuts du maître. C'était avant iB3o, dans ces fébriles années qu'a~\nvivait une révolution à la fois politique, littéraire, philosophique et\nreligieuse. Berlioz voulut que la musique prît sa part dans cette rénova-\ntion intellectuelle. Il fit entendre une messe qui, dans deux auditions\nsuccessives, fut mal acueillie. Vinrent ensuite l'ouverture de Wawerley\net celle des Francs-Juges. Il prétendait à cette époque rendre percepti-\nbles à l'esprit, à l'aide des sonorités combinées, tous les détails d'un livret\nbien choisi et dûment approprié. Cette rage d'harmonie imitative s'at-\nténua avec le temps et, dans les œuvres qui suivirent, on put comparer\nBerlioz à Delacroix et dire aussi de lui qu'il a introduit dans son art les"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "219", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.39", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2617, "texte": "hardiesses les plus imprévues du mouvement et de la couleur. Ce sont\nces œuvres d'un talent mûri, dégagé de ses gourmes, épuré de ses scories,\nque la Société des Goncerts devrait par préférence soumettre à notre\nappréciation. Quand le choix a été bon, Berlioz a toujours été applaudi\nau Conservatoire. Cette fois, le public est resté en suspens devant cette\nfolle bravade d'un musicien qui prend l'excentricité pour la force, et il n'a\npas désapprouvé; mais il n'a pas applaudi, ce qui est bien sévère.\nLe fragment symphonique de Gluck, lorsqu'Orphée entre aux Champs-\nElysées, a été bissé dans les deux séances. Ce morceau est tout à fait à sa\nplace dans la salle minuscule du Conservatoire, qui semble construite\npour l'irréprochable exécution de la musique de l'idéal. Cette merveille\nde Gluck, avec ses harmonies vaporeuses, ses mélancoliques mélodies,\nson instrumentation affaiblie et douce, ses acompagnements ouatés de\ncaresse et de tendres palpitations, nous donne, comme à travers un divin\nmurmure, l'idée ou plutôt le rêve d'une sérénité céleste, sans trouble\ncomme sans fin. C'est un incomparable morceau de concert. A Cologne,\nà Hambourg, à Stuttgart, Y Orphée de Gluck est exécuté en entier au\nconcert, sans décors, absolument comme un oratorio et il est toujours\napplaudi sous cette nouvelle forme, qui met bien plus en vue toute cette\nadmirable composition. Nous indiquons ce fait à M. Deldevez, qui\ndoit savoir aujourd'hui combien il est peu facile d'assortir toujours les\nmorceaux qu'il exécute à la magique salle du Conservatoire. Le mor-\nceau de Gluck y scintille comme une pierre de prix bien sertie. En\nrevanche, les chœurs d'Haendel, qu'on a chantés dans ces deux mêmes\nséances, n'y ressortent que par une beauté brutale qui devient une\ngrandiose magnificence lorsqu'on transporte ces chœurs dans nos gigan-\ntesques cirques en présence de cinq mille auditeurs. Nous avons même\nremarqué au cirque d'Été que des chœurs qui semblaient\npauvres et revêches lorsque la salle est à demi pleine, reprennent leur\nampleur, leur solidité, toute leur majesté, lorsque, de haut en bas dans\nl'immense circonférence, tous les bancs sont peuplés d'auditeurs pressés.\nMaurice Gristah\nCONCERTS POPULAIRES„ ■— Prélude de Tristan et Iseult de Wagner.\nLe grand événement de cette c'est la première audition du\nprélude de Tristan et Iseult, de Wagner. Cette audition a soulevé un\nvéritable orage, nous nous y attendions; nous y sommes habitués. L'ou-\nverture de Tannhauser et le prélude de Loliengrin ont eu le même sort\nà l'origine; on les a sifflés le premier jour, aujourd'hui on les applaudit;"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "220", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.40", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2822, "texte": "il en sera de même pour Tristan. Laissons donc de côté ces manifesta-\ntions dictées plutôt par un patriotisme de convention que par un senti-\nment artistique vraiment éclairé; la personnalité de M. Wagner n'a rien\nà voir en cette affaire : c'est son œuvre seule que nous devons examiner,\nc'est elle seule que nous allons essayer d'analyser, froidement, sans parti\npris et abstraction faite des considérations étrangères à l'art qui plaident\npour ou contre Fauteur.\nTristan et Iseult fut composé à Venise de 1851 à 185 8; Wagner avait\ndéjà fait représenter le Vaisseau Fantôme, Tannhauser et Lohengrin, il\ntravaillait à sa grande tétralogie des Nibelungen. « Mon système_, écrit-\nil dans sa Lettre sur la musique, n'avait reçu dans ces trois premiers\npoèmes qu'une application fort restreinte ; il en est tout autrement de\nTristan, et Ton peut apprécier cet ouvrage d'après les lois les plus\nrigoureuses qui découlent de mes affirmations théoriques, non pas qu'il\nait été modelé sur mon système, car j'avais alors oublié absolument toute\nthéorie; ici, au contraire, je me mouvais avec la plus entière liberté, la\nplus complète indépendance de toute préoccupation théorique, et, pen-\ndant la composition, je sentais de combien mon essor dépassait même les\nlimites de mon système. Croyez-moi, il n'y a pas de félicité supérieure à\ncette parfaite spontanéité de l'artiste dans la création, et je l'ai connue,\ncette spontanéité, en composant mon Tristan. y> Après avoir été déclaré\ninexécutable à Vienne, où on l'avait mis à l'étude sur Tordre exprès de\nl'empereur d'Autriche, Tristan et Iseult fut représenté, pour la première\nfois, dans la capitale de la Bavière, le io juin 1865. Nous n'avons pas à\ndiscuter, dans son ensemble, une œuvre remplie d'exagérations violen-\ntes et d'erreurs déplorables, mais dans laquelle le génie du maître s'est\nélevé souvent à des hauteurs où le génie humain réussit bien rarement à\natteindre; le prélude doit seul nous occuper. Ce prélude a une signifi-\ncation bien précise, que M. Pasdeloup a eu l'heureuse idée de définir\nclairement dans ses programmes. « Tristan, qui a épousé Iseult au nom\nde son roi, est déjà amoureux d'elle, mais il réprime cette passion déloyale.\nUn philtre qu'ils boivent tous deux par méprise, leur fait tout oublier.\nIls s'avouent leur amour mutuel, insensibles désormais à toute gloire, au\nsentiment de la foi jurée, à l'amitié, à l'honneur, ils se plongent dans\ncette passion dévorante sans rien voir autour d'eux. C'est cet amour,\ntimide d'abord, puis plus hardi, plus violent, et enfin désordonné, que\nl'auteur a voulu peindre dans l'introduction de son opéra. »\nWagner a appliqué scrupuleusement, dans la composition du prélude\nde Tristan, les principes théoriques qu'il avait exposés dans son très\nremarquable travail sur V Ouverture."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "221", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.41", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2794, "texte": "Ces principes peuvent se résumer de la manière suivante. Il y a plu-\nsieurs façons de concevoir l'ouverture : à quel système faut-il donner la\npréférence? Dans un premier système, l'ouverture a pour but d'indiquer\nen larges traits et par un développement purement musical la pensée\ndirigeante du drame, sans cependant qu'il se trouve dans le tissu mu-\nsical un seul endroit qu'on puisse rapporter directement à la marche de\nl'action; telle est l'ouverture de Don Juan. Dans un autre système,\nl'ouverture constitue un véritable drame musical, un drame vivant de\nson existence propre, créé à l'occasion d'une pièce de théâtre. Ce n'est\nplus un simple morceau d'harmonie, destiné à préparer au caractère de\nl'action, c'est une explication anticipée du drame tout entier concentré\nen elle avec son dénouement; telle est l'ouverture de Léonore.\nEnfin, dans un dernier système, qui est celui de Wagner, et dont l'ou-\nverture d'lphigénie en Tauride est restée le plus parfait modèle,\nl'ouverture ne doit être qu'un prologue idéal, ayant pour but de trans-\nporter notre esprit « dans ces sphères élevées où il se recueille loin de\ntoute préoccupation extérieure » et de l'amener à comprendre l'action\nqui va suivre. Elle ne doit pas entreprendre de peindre une action\ntelle que le drame peut seul en représenter, mais viser uniquement\nà un genre d'expression compatible avec la musique instrumentale.\nVoilà les principes, voyons maintenant comment le musicien a su les\nmettre en œuvre.\nLe drame nous retrace les différentes péripéties de l'amour d'lseult et\nde Tristan. L'idée dirigeante du drame c'est l'amour, c'est à cette idée\nqu'il s'agit de nous préparer et de nous assimiler. Le prélude prend donc\ncette pensée, considérée au point de vue abstrait et dégagée de tous les\ndétails du drame, il la développe par les moyens spéciaux à la musique\ninstrumentale et l'amène à une conclusion correspondant au dénoue-\nment de l'action scénique. A travers les mille enchevêtrements du tissu\nmusical, l'esprit suit les transformations successives de cet amour, d'a-\nbord chaste et contenu, puis s'échauffant par degrés, passant par tous\nles ravissements de la félicité humaine et s'exaltant peu à peu jusqu'au\ntumultueux délire de la passion inassouvie, pour retomber, énervé de\nvolupté, dans les extases alanguies de la passion satisfaite. Il se laisse\naller à ce courant irrésistible qui l'entraîne loin des sentiers battus, qui\nle trouble et le jette tout étourdi dans un monde de sensations incon-\nnues. Ce n'est plus l'émotion produite par le charme de Mozart, la séré-\nnité d'Haydn, la sublimité de Beethoven, la poésie et la sensibilité de\nWeber et de Mendelssohn, c'est une impression étrange, presque dou-\nloureuse et dont la persistance finit par produire une sorte de malaise"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "222", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.42", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2534, "texte": "singulier. L'auditeur se sent dominé et en quelque façon terrassé par la\npuissance d'effet et l'intensité d'émotion qui se dégagent de cette œuvre\nsi attachante; son cœur se serre, son oreille est irritée-, et il arrive un\nmoment ou, involontairement, tout son être se soulève contre cette force\nimplacable qui Tétreint et l'asservit. Mais, c'est en vain qu'on se révolte\ncontre Wagner, il faut toujours l'écouter, et les impressions qu'il laisse\nsont de celles qui ne s'effacent jamais. L'œuvre a pu paraître étrange,\nféroce, désordonnée, n'importe, on sent instinctivement que c'est l'œu-\nvre d'un grand maître et que le souffle du génie a passé par là.\nH. Marcello.\nCONCERT NATIONAL. Désigné par la direction de la Chronique\nmusicale pour faire le compte-rendu pendant la saison présente du Con-\ncert national, au lieu de celui des Concerts populaires, qui m'était dé-\nvolu Tannée dernière, je me trouve, pour le moment, comme un homme\nqui vient de faire un déménagement et qui n'est pas encore habitué à\nson nouvel appartement. Heureusement qu'au premier concert de la\nsaison, M. Colonne n'a rien fait entendre d'inconnu, de sorte que j'ai\npu commencer à habituer mon oreille aux conditions différentes de so-\nnorité qui existent entre le Châtelet et le Cirque d'hiver, avant d avoir à\nme prononcer sur le mérite de quelque œuvre inédite, la Symphonie\nromaine, de Mendelssohn, le Scherzo, de Cherubini, le Rouet dCOm-\nphale, de M. Saint-Saëns, le concerto en sol, de Beethoven, et les Scènes\npittoresques de M, Massenet, étant toutes pièces connues et jugéeso\nM. Saint-Saëns a merveilleusement exécuté le concerto de Beethoven,\net le Rouet d'Omphale a été très acclamé. Uair de ballet, de la suite\nd'orchestre de M. Massenet, a été bissé. J'aurais préféré, pour ma part,\nentendre deux fois F Angélus, morceau très champêtre et rempli de jolis\ndétails d'orchestre, que Y air de ballet, qui ne ressemble en rien à une\ndanse. La Fête Bohême, qui a terminé les Scènes pittoresques et le\n.concert, a fait ressortir au plus haut point la perfection de l'orchestre\nde M. Colonne et la vigoureuse et entraînante direction de son habile\nchef.\nDeuxième concert. Rien non plus d'inédit dans ce second concert,\nsauf l'arrangement pour instruments à cordes idée assez excentrique*\ndu reste de cinq petits morceaux de piano, par R. Schumann, connus\nsous le nom de Scènes d'enfants*\nSur la série entière, qui se compose de treize morceaux, M. Godard à\ntait choix de cinq, qu il a très ingénieusement instrumentés. Bien que"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "223", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.43", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2570, "texte": "par la nature de ces petites bluettes, un vaisseau moins vaste que le\nthéâtre du Ghâtelet semblât mieux leur convenir, le public les a favora-\nblement accueillies et en a même bissé une. Donc, tout le monde doit\nse tenir pour satisfait. Ce que j'y ai trouvé de plus saillant, c'est l'excel-\nlence de l'orchestre de M. Colonne, qui, malgré le nombre très considé-\nrable de ses instrumentistes à cordes, est arrivé à des effets de piano inouïs\n(sans calembour), et cela sans que la justesse ait jamais bronché d9un\ncheveu. Le reste du concert se composait de la symphonie en ut mineur\nde Beethoven, du 4e concerto, pour violon, par Vieuxtemps, admirable-\nment exécuté par M. Marsick, à la scène des Champs-Élysées,\noù M. Cantié a joué avec beaucoup de talent le solo de flûte, et à des\nfragments de VArtésienne, par M. G, Bizet, parmi lesquels le Carillon\nest une page ravissante.\nEspérons que d'après l'organisation définitive des concerts du Ghâ-\ntelet, sous la direction de M. E. Colonne, et le patronage d'une asso-\nciation artistique, dont M. AmbroiseThomas est le président honoraire,\net qui compte, dans les deux sexes, environ cent soixante membres ho-\nnoraires parmi Félite de l'aristocratie de la naissance et du talent, ces\nconcerts, destinés à la diffusion de la belle et bonne musique dans tous\nles rangs de la société, prospéreront de plus en plus..\nHenry Cohen.\nCIRQUE D'ETÉ. Audition de Judas Machabée. Décidément,\ndu train dont les grandes exécutions musicales commencent à marcher,\nle Cirque des Champs-Elysées va sous peu devenir YExeter hall de\nParis. Tout y est, choix admirable de compositions, orchestre parfait,\nchœurs d'une précision mathématique, solistes d'un talent reconnu, chef\nd'orchestre des plus renommés, tout enfin, sauf malheureusement le local,\nqui n'est en rien digne d'un si bel ensemble. Quand enfin Fédilité pari»\nsienne reconnaîtra-t-elle qu'il faut, pour l'honneur de la capitale des\nbeaux-arts, que la France ait pour les solennités musicales son Crystal-\npalace, tout comme l'Angleterre, sinon dans Penceinte de Paris, du\nmoins à sa proximité, comme Sydenham, qui est aux portes de Londres?\nCar enfin, M. Lamoureux et M* Pasdeloup ont beau il leur est\nimpossible d'obtenir d'une salle circulaire, dans laquelle les auditeurs\nsont placés tout autour de l'orchestre et des chœurs, les mêmes résultats\nde sonorité que si la très grande majorité du public était assise en faceé\nAinsi, ceux qui sont placés à gauche entendent plus les voix d'hommes\nque les voix de femmes c'a été mon cas àla premièrg audition de"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "224", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.44", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2789, "texte": "Judas Machabée, et ceux qui sont placés à droite, entendent proba-\nblement plus les sopranos et les contraltos que les ténors et les basses.\nCes fâcheuses réflexions faites, je dois constater le très grand succès\nobtenu, le 19 de ce mois, par la première audition de Judas Machabée.\nCet oratorio, composé du 9 juillet au 11 août 1746 ( trente-deux jours\nen tout! ), et exécuté pour la première fois à Covent-Garden le icr avril\n1747, avait été commandé à Haendel (1) par Frédéric, prince de Galles,\npour célébrer le retour de son frère, le duc de Cumberland, qui gagna le\n16 avril 1746 la bataille décisive de Culloden. Très différent de formes\ndu Messie et de la Fête d'Alexandre, où une voix récitante raconte tou-\njours ce qui va se passer, Judas Machabée, quoique intitulé oratorio,\nest un parfait opéra en trois actes, peu mouvementé, il est vrai, mais\navec décorations indiquées dans la partition, tableaux, changements à\nvue et chœurs inhérents à l'action dramatique, et qui ne pourrait que\ngagner énormément à être représenté en costumes sur un théâtre. Du\nreste, la tentative de mettre en scène les oratorios de Haendel a déjà eu\nlieu à Londres en 1833, et avec succès. Mais lorsque la première repré-\nsentation de son oratorio de Jephté fut annoncée pour le 19 février 1834,\nle lord chambellan Belfort y mit stupidement son veto et, malgré tout le\ndésir des Anglais, la reine Adélaïde et l'évêque de Londres l'interdirent\nformellement.\nAprès une courte ouverture composée, comme la plupart des ouver-\ntures de ce temps-là, d'un andante et d'une fugue, le premier acte\ndébute par un chœur où le peuple d'lsraël, groupé autour d'une tombe,\npleure la mort de son chef Matthatias. Ce chœur est d'une beauté solen-\nnelle et grandiose, et rappelle involontairement, quoique écrit longtemps\nauparavant, le beau chœur funèbre qui sert d'introduction à Orphée.\nGluck, évidemment, a dû s'inspirer de HaendeL A ce chœur, succède un\ncourt récitatif et un duo chanté par madame Brunet-Lafleur et made-\nmoiselle Jenny Howe, jeune Américaine douée d'un charmant soprano.\nLe chœur qui suit : « Hélas ! notre heure est proche » est sublime et\nrend admirablement ces beaux vers que M. Wilder, malgré l'élégance\nde sa poésie, n'a pas traduits : « For Sion lamentation make, With\nwords that weep and tears that speak. )> « Exhalez votre lamentation\npour Sion avec des paroles qui pleurent et des larmes qui parlent. » Le\nchœur suivant, « O roi des cieux! » a été chanté avec des nuances d une\ndélicatesse parfaite. Ensuite est venu M. Gailhard qui a magistralement\ninterprété, avec sa belle voix et une émotion toujours croissante, l'air\n\n(i) Nous donnons dans ce numéro un dessin d'après une gravure anglaise de 1747,\nreprésentant Haendel couronné par le Génie de la Musique."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "225", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.46", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2695, "texte": "pompeux: « Arme ton bras, réveille-toi, Judas! » qui conduit à un\nchœur magnifique et plein d'une véritable chaleur dramatique. M. Ver-\ngnet, succédant à M. Gailhard, a chanté, avec son talent habituel, un air\nfort difficile, 011 pourrait même dire ingrat : « L'esprit de Dieu s'éveille\nen moi.» Le chœur fugué : « Tirons notre glaive, » est d'une conception\noriginale, étant écrit à trois parties, pour contralto, ténor et basse. L'air\nsuivant par M. Vergnet : « Qu'importe ma mémoire! » a le défaut d'être\nécourté, et malheureusement le succès de l'artiste en a souffert. Enfin le\npremier acte se termine par un beau chœur fugué qui a été parfaite-\nment chanté.\nSignalons pendant l'entr'acte une très délicate attention de la part de\n1 éditeur de Judas Machabée, M. rfeugel, qui a fait distribuer des exem-\nplaires de la partition complète à tous les représentants de la presse mu-\nsicale, qui se trouvaient dans la salle.\nLe second acte commence par un chœur vigoureux, qui a été vaillam-\nment enlevé par les excellents choristes choisis par M. Lamoureux, et\nauquel succède le grand air : « Voici venir ton roi, » que mademoiselle\nJenny Howe a chanté d'une manière tout à fait satisfaisante. Suit un\ncourt duo entre mademoiselle Jenny Howe et madame Brunet-Lafleur,\net un beau chœur, après lequel M. Gailhard a électrisé le public par la\npuissance et la sûreté qu'il a déployées dans l'air : « S'il faut des mira-\ncles. » La formidable difficulté des roulades dont il est rempli, a été\nvictorieusement résolue par ce grand artiste, qui fait doublement regretter\nque Judas Machabée ne soit pas représenté avec costumes et décors.\nM. Vergnet est venu ensuite recueillir sa part d'applaudissements dans\nl'air éclatant : « Sonne clairon, » magnifique appel aux armes, où\nl'explosion subite des timbales s'unit aux bruyantes fanfares des trom-\npettes, et qui se termine par un chœur du plus haut élan dramatique.\nHaendel prodiguait peu les timbales dans son instrumentation; aussi\nproduisent - elles toujours un effet prodigieux quand elles entrent\ninopinément.\nMademoiselle Baldi, élève de M. Roger, m'a-t-on dit, est une jeune\npersonne très jolie et qui possède une voix d'une pureté remarquable.\nElle a chanté avec une grâce parfaite le charmant air : « Peuple, ferme\nl'âme. » Son trille laisse encore un peu à désirer, mais il ne manque pas\nd'un certain effet. Un chœur fugué magnifique termine le second acte.\nQu'il me soit permis de reprendre haleine un moment, pour faire obser-\nver que la partition de Judas Machabée n'a pas été exécutée dans son\nentière intégrité, et que des coupures assez nombreuses, mais fort intel-\nligentes, ont été faites par M. Lamoureux dans l'intérêt de l'œuvre."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "226", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.47", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2750, "texte": "En effet, sans vouloir appliquer à cet oratorio le mot célèbre d'Auber :\nce Ce qu'on coupe n'est jamais sifflé, » il est certain qu'il fallait avant\ntout éviter que le public éprouvât un seul moment de fatigue ou d'ennui,\net c'est à quoi M. Lamoureux est parvenu, quoiqu'il ait dû certaine-\nment lui en coûter de supprimer des morceaux aussi beaux que le duo\navec chœurs *• (c A nos voix donnons l'essor, » et Pair de l'israélite *. « Être\nlibre. »\nLe troisième acte, splendide d'un bout à l'autre, s'ouvre par l'air :\n« O maître auguste, » chanté par madame Brunet-Lafleur. Ce mor-\nceau, tout à fait écrit pour contralto, a été parfaitement interprété, mais\nil est loin de faire ressortir toutes les qualités de sa voix. Ceux qui\nl'ont entendue dans la Bohémienne, savent quelles belles notes hautes\nelle possède. Le ravissant air qui suit : « Alors nos filles danseront, »\nchanté par mademoiselle Jenny Howe, est d'une fraîcheur à faire jurer\nqu'il ne date que d'hier. Tout à coup le programme annonce un change-\nment de tableau. En voici le texte abrégé. « Un faubourg de Jéru-\nsalem. Les maisons sont pavoisées de fleurs et d'oriflammes. Une\nfoule nombreuse attend l'arrivée des troupes victorieuses. » Alors éclate\nl'admirable choeur: « Lève la tête, peuple d'lsraël, » (ci-devant:\n« Chantons victoire), » qui est célèbre dans le monde entier. Chose\nbizarre! ce morceau, le seul de Judas Machabée qui soit généralement\nconnu, ne faisait pas, dans l'origine, partie de cet oratorio ;M. Victor\nSchœlcher, qui, dans sa Vie de Haendel, a compulsé tous les documents\nexistants, nous apprend que, composé primitivement par Haendel pour\nson oratorio de Josué, écrit après Judéis Machabée, il n'y fut intercalé\nque plus tard. Quoi qu'il en soit, après la marche triomphale, qui se lie\nd'une manière indissoluble à ce chef-d'œuvre, vient un chœur d'une\npuissance inouïe : « Dieu d'Abraham. y> Messieurs et mesdames les\nchoristes en ont détaché les vocalises dont il est hérissé, avec une netteté\nqui n'a d'égale que la sûreté de leurs intonations. M. Auguez,\nmodestement assis parmi les chœurs, s'est ensuite levé et a dit,\nd'une voix de basse vibrante et sonore, un récitatif d'une douzaine\nde mesures, qui lui a valu d'unanimes applaudissements. Un air assez\ncourt, mais d'un beau caractère, a été encore chanté par M. Gailhard, et\nl'audition s'est terminée par un pompeux Alléluia.\nA tout prendre, malgré le mérite transcendant du Messie, que les\nAnglais regardent comme le Master-piece, ou chef-d'œuvre de Haendel,\nje ne serais pas étonné que le public parisien, peut-être même tout le\npublic français, donnât la préférence à Judas Machabee« Cette œuvre est\nsi pleine de mouvement, si dramatique, si remplie de motifs faciles à"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "227", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.48", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 1616, "texte": "retenir, tels que ceux de : « Arme ton bras; » « Sonne clairon; » ((Alors\nnos filles danseront; » « Lève la tête; » et le sujet, sans être émotionnant\ncomme ceux de la Favorite ou des Huguenots, l'emporte tellement sur\nle Messie, sous le rapport de l'intérêt, qu'il n'est nullement impossible\nqu'il obtienne un succès .plus général.\nLa part faite au compositeur, aux artistes chantants et à la magistrale\ndirection de M. Lamoureux» il ne faut point ménager les éloges juste»*\nment mérités qui reviennent à M. Fissot, qui a tenu, avec une rare\nintelligence, le difficile emploi d'accompagnateur à l'orgue, non plus qu'à\nmessieurs les instrumentistes qui ont exécuté les difficiles parties de\ntrompette et la fameuse phrase du chœur « Lève la tête,» où le cor en sol\ndoit donner Yut aigu, avec une fermeté digne des grandes exécutions\nde Londres,\nUn mot encore sur la traduction, ou plutôt Y adaptation du poème\nanglais de Morell à la partition de Haendel, par M. Wilder. Sa poésie\nest élégante et a le grand mérite d'être parfaitement musicale ; mais de\nmême que j'ai blâmé M. Bannelier d'avoir traduit en prose le récitatif\nde la Passion selon saint Matthieu, je blâmerai M. Wilder d'avoir ap-\npliqué des vers blancs au récitatif de Judas Machabée et delà Fête\nd\\ Alexandre. Que ce soit plus commode, cela est indubitable; mais que\nce soit plus logique, parce que le récitatif n'est pas du chant, c'est un\npoint que je me permettrai de contester absolument. La poésie française\nexige aussi rigoureusement la rime que les poésies grecque, ita-\nlienne et anglaise exigent la prosodie.\n\nHenry Cohen."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-12-01-01-c020", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-12-01_01#c020", "volume": "bmtnabc_1874-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "228", "page_fin": "231", "image_debut": 49, "image_fin": 52, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.2.7", "titre_corps": "REVUE DES THÉATRES LYRIQUES", "titre_sommaire": "REVUE DES THÉATRES LYRIQUES", "signature_source": "O. LE TRIOUX", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 49, "page_imprimee": "228", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.49", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1799, "texte": "REVUE DES THÉATRES LYRIQUES\n\nOPÉRA-POPULAIRE. Ouverture. Les Parias (première représentation). Les Amours du\nDiable (reprise). —• THÉÂTRE-VENTADOUR : Il Trovatore.\nAUVRE Opéra-Populaire ! théâtre infortuné Î son en-\nfantement a été bien long, bien laborieux, entouré de\ndifficultés de toutes sortes, et voilà qu'à peine venu\nau monde on affirme que son existence est remise en\nquestion et qu'il pourrait bien disparaître plus rapide-\nment qu'il n'est apparu î Les bonnes idées ont décidé-\nment un chemin terrible à faire avant d'aboutir, et meilleures elles sont,\nplus âpre et plus prolongée semble être la route qu'elles sont obligées de\nparcourir.\nC'était cependant une grande et généreuse idée que celle d'un Opéra\nvéritablement populaire, accessible à toutes les bourses comme à toutes\nles intelligences, et destiné à faire pénétrer la grande musique drama-\ntique jusqu'aux dernières couches de la société, de même que les con-\ncerts populaires y ont fait pénétrer la grande musique symphonique.\nIl est vrai que, pour réussir dans une telle et si vaste entreprise, il eût\nfallu peut-être un tout autre programme que celui qui avait été conçu\npar les promoteurs de l'idée. Pour frapper la foule, il fallait lui offrir\ntout d'abord, non une œuvre nouvelle, toujours discutable et discutée,\nquelle qu'en soit la valeur, mais une œuvre consacrée, connue tout au\nmoins, dont l'effet sur la masse eût pu être en quelque sorte prévu et\ncalculé d'avance, et dont, sinon le succès, du moins l'effet fût certain.\nJe sais bien que cela n'est pas facile en ce qui concerne le drame ly-\nrique, l'Opéra tenant à son répertoire et n'étant pas disposé sans doute à\nle réduire au profit d'une entreprise presque rivale. Cependant, l'Opéra\nne pouvant songer à immobiliser sans profit ce répertoire, et n'en utili-"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "229", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.50", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2754, "texte": "sant pour lui qu une dizaine d'ouvrages à peine, il me semble qu'on au-\nrait pu faire un choix dans les autres et s'en approprier quelques-uns.\nDans les œuvres presque contemporaines, il n'aurait pas été difficile, je\ncrois, de s emparer de Charles VI ou de la Heine de qui au-\nraient fait assez bonne figure sur l'affiche d'un théâtre populaire. En\nîemontant un peu plus haut, on aurait trouvé la Vestale et Fernand\nCorte\\. Enfin, en reculant encore, on se serait vu en présence de cer-\ntains chefs-d'œuvre admirables dont, avec une bonne interprétation,\n1 effet eût été saisissant : Armide et les deux Iphigénie, de Gluck,\nDidon, de Piccinni, Œdipe à Colone, de Sacchini, et quelques autres\nencore.\nJe crois qu'il eût mieux valu, pour le Châtelet ainsi transformé, affir-\nmer son genre et ses désirs à l'aide d'un de ces ouvrages, que d'offrir\ntout d'abord au public un opéra inédit, qu'elle qu'en pût être la valeur.\nMalheureusement, celui qui a servi à l'ouverture du théâtre, et qui était\nintitulé les Parias, ne semblait pas de nature à exciter un vif intérêt et\nà passionner les auditeurs. Cet ouvrage, dont le nombre des représenta-\ntions n'a pas dépassé celui des actes il en comptait trois était dû\nà MM. Hippolyte Lucas et Leroy pour les paroles, à M. Edmond Mem-\nbrée pour la musique, Il serait difficile de rencontrer un livret plus\nmédiocre, plus banal, plus mal conçu et mal venu, plus dénué d'intérêt,\nd'action, de vie et de mouvement, plus mal écrit, en un mot, plus\nfâcheux sous tous les rapports que celui des Parias. Qu'avait donc fait\nau ciel M. Membrée pour oser se charger de mettre une pareille chose en\nmusique? Et quelle confiance ne devait-il pas avoir en son talent., pour\nsupposer qu'il en pourrait tirer quelque parti!\nLa vérité est que le musicien a donné, en dépit de tout, des preuves\nd'un talent incontestable ; que certaines pages de sa partition sont remar-\nquables à divers points de vue; qu'on y découvre parfois un sentiment\npoétique très intense, comme dans la scène du premier acte entre les\ndeux amoureux ; que l'effet dramatique y est quelquefois puissant,\ncomme dans la belle et noble scène du Credo qui termine le second acte;\nque l'instrumentation est fouillée, intéressante et neuve à de certains\négards. Mais aussi, et grâce surtout aux défauts du poème, la musique\ndes Parias est monotone, monocorde, monochrome, sans vie et sans\nchaleur la plupart du temps, dépourvue surtout, à part cette scène du\nCredo que je viens de de ces grands élans pathétiques et fougueux\nqui vous prennent aux entrailles, qui savent remuer une salle jusqu'en\nses plus secrètes profondeurs, et qui sont l'essence même du drame\nlyrique, dont ils constituent, si Ton peut dire, la force de projection."}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "230", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.51", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2825, "texte": "Quel intérêt le public peut-il prendre aux insupportables prédications\nde saint François Xavier, aux objurgations incessantes d'un chef de brah-\nmanes, aux roucoulements amoureux du paria Gadhi, aux malheurs\npresque ridicules de la belle Maya, sa maîtresse, à ce\nqui se présente sous la forme d'un vaisseau portugais traversant au loin\nune merde carton?... Tout cela est puéril, parfois burlesque, et toujours\nanti-scénique j si bien que non-seulement le public n'est pas intéressé,\nmais encore qu'il est absolument incapable de comprendre le semblant\nd'action que les auteurs ont prétendu faire dérouler sous ses yeux. On\npeut donc dire, en toute justice, que le musicien a été trahi par ses\ncollaborateurs, et lon peut croire qu'il eût été beaucoup mieux inspiré\nsi le texte qui lui était confié eût été moins absolument exécrable.\nEn ce qui concerne 1 interprétation de l'ouvrage, il faut tirer de pair une\nvéritable artiste, mademoiselle Fursch-Madier, chargée du rôle de Maya,\net qui l'a joué et chanté de façon à provoquer à diverses reprises les ap-\nplaudissements de toute la salle. M. Petit, engagé spécialement pour\njouer le rôle aussi important qu'insupportable de François Xavier, sem-\nble avoir perdu une partie des qualités qui l'avaient signalé naguère à\nl'attention du public du Théâtre-Lyrique5 toujours est-il que sa voix\nchevrote aujourd'hui d'une façon lamentable. Quant à M. Prunet, qui\npersonnifiait le paria Gadhi, je ne trouve rien de particulier à en dire.\nMais il serait injuste de ne pas remarquer que M. Maton est un chef\nd orchestre de premier ordre, et de ne pas le féliciter hautement des\nrésultats si excellents obtenus par lui, au point de vue de l'ensemble,\ndès les premières représentations.\nLa repiise des Amours du diable a été beaucoup mieux accueillie par\nle public que la première représentation des Il faut convenir,\nd'ailleurs, qu'avec son style de vaudeville de 1830, avec son esprit vieillot\net démodé, avec ses scènes empruntées un peu çà et là et réunies sans grand\nsouci de la vraisemblance, le livret de M. le marquis de Saint-Georges\nest encore beaucoup meilleur que celui des Parias. En ce qui concerne\nla musique de Grisar, elle est toujours alerte et vive, enjouée parfois,\npassionnée à l'occasion, constamment en scène, et payant de sa personne.\nSi quelques passages sont moins bien venus, comme la scène du rapt\net de l'orage, d'autres sont exquis, comme le tableau de la mort d'Urielle.\nBref, le succès des Amours du Diable a été complet, aidé qu'il était par\nle talent très véritable, quoique un peu bourgeois, de madame Mélanie\nReboux, qui est vraiment aimable dans le personnage d'Urielle, qu'elle\njoue avec grâce et chante avec goût. M. Nicot mérite aussi des éloges\npour la façon dont il s'acquitte de sa tâche dans le rôle de Frédéric, où il"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "231", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.52", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 1430, "texte": "a fait preuve, comme chanteur, de sentiment, de tendresse et de passion.\nLes autres rôles sont suffisamment tenus par mesdemoiselles Foliari\n(Lilia), Vidal (Phœbé), Aujac (Peters), Bonnesseur (Belzébuth) et\nPéters (Bracacccio). Chœurs et orchestre, excellents encore cette fois,\ntout comme dans les Parias, décors très beaux et parfois tout à fait\nremarquables, mise en scène très réussie, costumes d'une rare richesse\net d'un goût parfait, trucs amusants.\nOn sait que le théâtre Ventadour prépare l'inauguration de ses repré-\nsentation françaises. En attendant, M. Bagier continue de passer en\nrevue son répertoire, et l'autre semaine le théâtre Ventadour a donné\nune représentation du Trovatore, avec madame Pozzoni et M. Fernando\ndans les deux rôles de Leonora et de Manrico. Madame Pozzoni est\ndécidément une artiste d'un talent très réel, quoique parfois un peu\nexagéré, quoique manquant par instants de goût et de mesure. Elle a eu\nde très bons moments dans ce rôle de Leonora, particulièrement dans le\nduo avec Manrico et dans la grande scène du Miserere, qui lui ont\nvalu des applaudissements mérités. M. Fernando n'a encore ni le talent\nni l'expérience de madame Pozzoni ; mais il a fait preuve cependant,\ndans Manrico, de qualités qu'il serait injuste de ne pas lui reconnaître,\nentre autres d'un sentiment dramatique incontestable. Ce jeune artiste\nmérite des encouragements»\n\nO. LE TRIOUX."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-12-01-01-c024", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-12-01_01#c024", "volume": "bmtnabc_1874-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "232", "page_fin": "234", "image_debut": 53, "image_fin": 55, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.2.8", "titre_corps": "CHRONOLOGIE DE L'ANNÉE 1874", "titre_sommaire": "CHRONOLOGIE DE L'ANNÉE 1874", "signature_source": "A. P", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 53, "page_imprimee": "232", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.53", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1535, "texte": "CHRONOLOGIE DE L'ANNÉE 1874\n\nOCTOcBcI{E\n29 Octobre. FOLIES-DRAMATIQUES. Première représentation :la Fiancee\ndu roi de Garbe, opéra comique en trois actes et quatre tableaux, paroles de\nMM, Adolphe d'Ennery et Henri Chabrillat, musique de M. Henri Litolff.\n3i. THÉÂTRE-VENTADOUR. Reprise d'Otello, de Rossini, pour les débuts de\nM. Fernando, ténor. BOUFFES-PARISIENS. Première représentation : Madame\nVArchiduc, opéra bouffe en trois actes, paroles de M. Albert Millaud,\nmusique de M. Jacques Offenbach.\nDerniers jours d'octobre. MARSEILLE (Alcazar). Première représentation :\nRaphaël, opérette en un acte, paroles de MM. Elysée Bach et Corny, musique\nde M. Rouvier (1).\nU^OVEéMcB%E\nier Novembre. CONCERTS-POPULAIRES. Première audition d'un Air de\nballet, de M. Théodore Dubois.\n5. Mort, à Paris, de François-Georges-Auguste Dauverné, ancien pro-\nfesseur de trompette au Conservatoire, ancien trompette-solo de l'Opéra, du\nThéâtre-Italien et de la chapelle de Louis-Philippe, chevalier de la Légion\nd'honneur, auteur d'une excellente méthode de trompette, accompagnée d'un\nbon précis historique sur cet instrument.\n6. OPÉRA. Début de M. Mierzwinski dans le rôle de Raoul, des Hugue-\nnots, Cet artiste n'avait encore paru sur aucun théâtre.\n7- ELDORADO. Première représentation : le Célibataire marié, opérette en\nun acte, paroles de M. Hégésippe Gler, musique de M. Alphonse Hermann.\n\n(i) Le i 5 octobre a eu lieu, à Copenhague, l'inauguration du nouveau Théâtre-\nRoyal, consacré à l'opéra, à l'opéra comique, au ballet et à la comédie."}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "233", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.54", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2491, "texte": "9. OPÉRA. Début de mademoiselle Henriette Lory, dans le rôle de\nZerline de Don Juan. OPÉRA-COMIQUE. 5ooe représentation des Noces de\nJeannette, de M. Victor Massé.\n10. OPÉRA-COMIQUE. Première représentation (à ce théâtre) : Mireille,\nopéra en cinq actes et en vers libres, paroles de M. Michel Carré, d'après\nMireio, poème provençal de M. Frédéric Mistral, musique de M. Charles\nGounod. Cet ouvrage avait été créé au Théâtre-Lyrique le i 5 mars 1864; en\nprésence du froid accueil qu'il avait reçu du public, les auteurs y firent de\nlarges coupures et. le mirent en trois actes ; il fut ainsi remis à la scène neuf\nmois après son apparition, le i 5 décembre de la même année, sans être plus\nheureux. L'Opéra-Comique vient de le reprendre sous sa première forme, et\nil ne paraît pas, malgré les quelques retouches nouvellement faites par\nM. Gounod à sa partition, que Mireille soit destinée à fournir une carrière\nplus fortunée que précédemment. Peut-être n'est-il pas sans intérêt de mettre,\nen regard l'une de l'autre, la première distribution de l'ouvrage au Théâtre-\nLyrique et la distribution actuelle de l'Opéra-Comique :\nVincent MM. Michot MM. Duchesne\nOurrias Ismaèl Melchissédec\nRamon Petit Ismaèl\nAmbroise Wartel Dufriche\nMireille Mmcs Carvalho Mmes Carvalho\nTaven Ugalde Galli-Marié\nAndreloux Faure-Lefebvre Galli-Marié\nVincenette Chevalier\n11. RENAISSANCE. Première représentation : Giroflé-Girofla, opéra\ncomique en trois actes, paroles de MM. Leterrier et Vanloo, musique de\nM. Charles Lecocq. Cet ouvrage, nouveau pour Paris, avait, comme les Cent\nVierges, comme la Fille de madame Angot, été écrit pour le théâtre des\nFantaisies-Parisiennes, de Bruxelles, où il avait été joué 187 fois depuis sa\npremière représentation (21 mars 1874). Au Philharmonie-Théâtre de Lon-\ndres, Giroflé-Girofla, après son apparition à Bruxelles, avait obtenu 34 repré-\nsentations. Deux artistes, mademoiselle Granier et M. Joly, débutent dans\ncette pièce à la Renaissance; M. Joly avait créé à Bruxelles le rôle de Don\nBoléro, qu'il est venu jouer à Paris.\n12. CONCERT DES PORCHERONS. Première représentation : Amour et Cor\nde chasse, opérette en un acte, paroles de M. Laroche, musique de\nM. F. Wachs. Apparition du ier numéro des « Petites affiches théâtrales,\nannonces théâtrales, musicales et avis divers, paraissant tous les jeudis. »\n13. OPÉRA POPULAIRE (Théâtre du Châtelet). Première représentation :\nles Parias, grand opéra en trois actes, paroles de M. Hippolyte Lucas (et de"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "234", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.55", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2395, "texte": "M. Leroy, ancien régisseur de l'Opéra et de l'Opéra-Comique) musique de\nM. Edmond Membrée.\n14. VARIÉTÉS. Première représentation : les Prés Saint-Gervais, opéra\ncomique en trois actes, paroles de MM. Victorien Sardou et Philippe Gille,\nmusique de M. Charles Lecocq. Cet ouvrage est la transformation d'une\ncomédie de M. Sardou, représentée sous le même titre en 1862 au théâtre\nDéjazet, et dans laquelle mademoiselle Déjazet remplissait le principal rôle.\n15. Premier Concert de l'Association artistique (ancien Concert national,\nau théâtre du Châtelet), dirigé par M. Colonne.\n16. OPÉRA. 55oe représentation des Huguenots, de Meyerbeer. Appa-\nrition du premier numéro du « Festival, journal musical et orphéonique,\nparaissant le ler et le 16 de chaque mois. »\n18. OPÉRA-COMIQUE. 400E représentation iïHaydée, d'Auber. OPÉRA\nPOPULAIRE (1 héâtre du Châtelet), Première représentation, à ce théâtre : les\nAmours du Diable, opéra comique en quatre actes et huit tableaux, paroles\nde M. de Saint-Georges, musique d'Albert Grisar. Cet ouvrage, créé au\nThéâtre-Lyrique le 11 mars 1853, avait été repris il y a quelques années à\nl'Opéra-Comique, mais avec des coupures et des retranchements considé-\nrables; on le rétablit dans son entier à l'Opéra-Populaire, et Ton y ajoute un\ndivertissement dansé, dont la musique est écrite par M. Salvayre, grand prix\nde Rome de 1872. ALCAZAR. Première représentation : Pendant la Chasse,\nopérette en un acte, paroles de M. A. Philibert, musique de M. Paul\nHenrion.\n19. SOCIÉTÉ DE L'HARMONIE SACRÉE (Cirque des Champs-Élysées). Pre-\nmière exécution, en France, de Judas Machabée, oratorio en trois actes,\nparoles du docteur Thomas Morell (traduites par M. Victor Wilder), musique\nde G.-F. Haendel. Les soli sont chantés par MM. Vergnet (Judas Machabée),\nGailhard (Simon), Auguez, mademoiselle Jenny Howe (une femme israélite),\nmadame Brunet-Lafleur (un jeune israélite), et mademoiselle Baldi ; l'or-\nchestre et les choeurs sont conduits par M. Charles Lamoureux.\n21. THÉÂTRE VENTADOUR. Début de M. Amodio, baryton, dans le rôle du\ncomte de Luna d'// Trovatore.— ELDORADO. Première représentation : l'Œil\nde M. l'expert, opérette en un acte, paroles de M. Étienne Tréfeu, musique\nde M. Emile Ettling. FOLIES-BERGÈRE. Première représentation : Une\nPleine eau à Chatou, opérette en un acte, paroles de M. Liorat, musique de\nM. F. Wachs.\n\nA. P."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-12-01-01-c027", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-12-01_01#c027", "volume": "bmtnabc_1874-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "235", "page_fin": "240", "image_debut": 56, "image_fin": 61, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.2.9", "titre_corps": "VARIA", "titre_sommaire": "VARIA", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 56, "page_imprimee": "235", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.56", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1807, "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nFAITS DIVERS\ni vous vous sentez la force et le courage d'affronter une\ntempérature de cinquante degrés de fumée de tabac, allez\nà la salle des Folies-Bergère , et vous serez amplement\ndédommagés de ce désagrément. Après des spectacles de\ntoute nature, tels que ballets, opérettes, ouvertures, valses,\ntours de force et d'équilibre, apparaissent les Tsiganes,\nCe sont des artistes bohémiens, au nombre de douze à quinze, qui, sans\npréparation, sans accorder une seule fois leurs instruments, attaquent avec\nun aplomb, une certitude et une justesse étonnantes, une demi-douzaine de\nmorceaux, dont quelques-uns sont gracieux, mais tous rhythmés dans la\nperfection et d'une verve entraînante.\nLes violons, altos et basses sont accompagnés d'un instrument sur lequel\non frappe les cordes avec une baguette ou un marteau, et qui donne une\nsonorité très ressemblante à celle d'un orgue ou d'instruments à vent réunis.\nC'est le psaltérion, tympanon ou cymbalum. La Chronique musicale en a\ndonné un dessin parfait dans l'une des gravures qui illustrent l'Ymagerie au\nmoyen âge. L'effet en est très curieux et en dehors de tout ce qu'on a l'habi-\ntude d'entendre. Je signalerai parmi les morceaux exécutés, et qui sont\npresque tous bissés, Autant pour leur mérite musical que pour le talent des\nartistes tziganes, une marche hongroise, Fair national polonais, un solo de\ncymbalum et une polka, où la voix chantée et même parlée se mêlant aux\ninstruments, produit un effet de la plus grande originalité.\nNous empruntons à VÉvénement des détails intéressants sur la nouvelle\nsalle de concerts de M. Danbé, rue Taitbout.\nCette salle, à laquelle les décorateurs mettent la dernière main, pourrait\naisément contenir mille personnes; elle n'aura que six cents places : un"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "236", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.57", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3231, "texte": "orchestre et deux rangs de loges seulement, au-dessus desquels un vaste\nespace vide; et la hauteur du sol au plafond, qui est vitré, ce qui permettra\nde donner des fêtes de jour, est de plus de douze mètres.\nLe prix sera le même pour toutes les places.\nDes abonnements mensuels auront lieu sur présentation, et quatre soirées\nseront réservées dans le mois aux abonnés. Ces jours-là la toilette de soirée\nsera d'obligation étroite. Un salon sera mis à la disposition des dames, où elles\ntrouveront femme de chambre, couturière, coiffeuse toutes prêtes à porter\nimmédiatement remède aux mille petites accidents imprévus qui peuvent\nsurvenir à une robe ou à une coiffure, et compromettre l'harmonie de cette\nsavante composition qui s'appelle la toilette d'une femme de goût.\nLes jours où elle n'appartiendra pas de droit aux abonnés, la salle sera au\npublic, qui viendra y écouter des lectures, des conférences, de la musique;\naux œuvres charitables qui voudront y donner des fêtes, et même aux\ncompagnies financières qui auront l'idée d'y tenir leurs assemblées générales.\nGomme on voit, ce sera une salle ad usum omnium.\nA propos du grand succès remporté à la Renaissance par Giroflée\nGirofla, M. Ad. Jullien a donné, dans sa dernière revue musicale du Fran«\nçais, des renseignements biographiques sur l'auteur de Giroflé et de la Fille\nAngot, que nous croyons intéressant de reproduire, parce que si les airs\nde M. 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Am«\nbroise Thomas.\nOn va donner des bals masqués à TOpéra-Comique, sous la direction\nd'Olivier Métra. La première soirée serait consacrée exclusivement à la presse\net au monde artistique.\nTheatre- Ventadour (Italiens), —» Une indisposition de mademoiselle\nSebel retarde son début dans Crispino et la Comare. Prochainement, début\nde madame Maria Destin, dans Roméo et Juliette.\nOn répète la Clef d'or, Popéra comique nouveau de MM» Louis Gallet et\nEugène Gautier, par lequel le Théâtre-Ventadour inaugurera ses représenta-\ntions françaises* Il aura pour principaux interprètes le ténor Jourdan et\nmademoiselle Henriette Lory, prêtée par le directeur de l'Opéra*\nOpéra Populaire (Châtelet). En présence de l'insuccès des Parias, le\nthéâtre de 1 Opéra-Populaire, voulant représenter tous les jours les Amours du\nDiable, mademoiselle Moisset, de l'Opéra, a gracieusement consenti à jouer\ntour à tour le rôle d'Uriel avec sa charmante interprète, madame Mélanie\nReboux.\nM. Fischer a prévenu ses artistes que le théâtre du Châtelet inter*\nromprait ses représentations musicales le i 3 décembre.\nOn rouvrira avec le Pied de Mouton et plus tard VOfficier de Fortune.\nVariétés. MM, Nuitter, Saint-Albin et Arnold Mortier viennent de faire\nrecevoir aux Variétés un en quatre actes, dont la musique sera\nfaite par M. Vasseur,"}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "240", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.61", "debut_caractere": 126, "fin_caractere_exclue": 825, "texte": "Bouffes-Parisiens. On va mettre en répétition la Princesse de Trébi-\n%onde, dont la reprise succédera à Madame VArchiduc.\nConcerts Danbé. Le 8 décembre, ouverture des concerts et inauguration\ndu nouveau local de la rue Taitbout.\nConcerts et bals Prascati. L'inauguration des bals masqués aura lieu à\nFrascati le 5 décembre, sous la direction d'Arban.\nSalle Henri — La Société Philotechnique donnera le dimanche,\n6 décembre, la première séance de cette année. La partie musicale sera inter-\nprêtée par M. Henry Toby, Mathieu, et madame Marie Boutin.\nUne pianiste de beaucoup de talent, dit-on, madame W. Tassoni, y fera\nses débuts.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "194", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.1", "texte": "VI.\ni 3\n\nDE LA SONORITÉ\nDES SALLES DE SPECTACLE\n\nL n'est pas de science plus controversée que\nl'acoustique, la science des sons. Nous pouvons\najouter de plus incomplète. La méthode expé-\nrimentale qui a renouvelé les sciences physi-\nques et naturelles en leur donnant pour base\nla constatation des faits , semble être restée\nétrangère jusqu'ici à l'acoustique ou du moins\nà cette partie de la science qui s'occupe non-\nseulement de la production des rapports des sons entre eux, mais aussi\nde leur effet sensible dans un ambiant donné.\nL'empirisme règne en maître. Les divagations les plus saugrenues sont\nmonnaie courante, même chez des hommes d'élite qui ont fait leurs\npreuves ailleurs, et montré beaucoup de talent sur d'autres sujets"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "194", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.2", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nd'étude. L'imagination, l'appréciation primesautière, la sympathie ou\nl'antipathie pour telle forme de Fart, se rencontrent plus généralement\ndans le monde artiste que l'esprit d'analyse et de recherche. On a tou-\njours les défauts de ses qualités, et tel maître qui a passé des années\nd'efforts pour arriver à exceller dans les produits de son imagination, ne\ndonnera pas une heure de son temps pour rechercher les causes réelles\nd'un phénomène qui le frappe tous les jours.\nL'emploi même du mot acoustique, dans les nombreux écrits qui ont\nparu récemment à propos de l'Opéra, prouverait à lui seul les fausses\nidées qui ont cours au sujet de cette partie de la physique. On parle de\nF acoustique du Nouvel Opéra comme on parlerait de ses dimensions ou\nde sa solidité; on a « essayé Pacoustique » de la nouvelle scène; d'aucuns\npromettent une c< excellente acoustique »e Nous avons même entendu\ndemander cc si on avait mis de l'acoustique dans la salle, » absolument\ncomme on met du sel ou du poivre dans un plat. Une note, entre autres,\nqui a couru récemment dans tous les journaux, nous paraît d'une naïveté\ncharmante :\n<c On dit que l'orchestre posera sur une table d'harmonie semblable à\n» celle d'un gigantesque violon avec ses majuscules S pour propager et\ncc relier les ondes sonores. » Cela rappelle malgré soi le mémoire de ce\nbon M. Fleurant « pour amollir, humecter et rafraîchir les entrailles de\nmonsieur. » (i) Plaisanterie à part, que dites-vous de ces c< ondes\nsonores » qui descendent sous terre pour ressortir à travers deux soupi-\nraux, et se répandre dans la salle comme pourrait le faire un essaim de\nmouches?\nUn autre original, qui a écrit une brochure sur les phénomènes de la\nmusique, ne voulant pas s'embarrasser de l'explication que donnent tous\nles traités de physique au sujet de la propagation du son, a imaginé\nl'existence d'un fluide spécial qu'il appelle le fluide sonore et qui a son\nexistence propre dans le règne de la nature.\nMais laissons là ces divagations. Ce qui est plus grave, c'est de voir\nd'habiles architectes, fort experts en leur art, soutenir sérieusement cette\nénormité, à savoir : <( que la sonorité d'une salle de spectacle est l'effet\ndu hasard. )>\nML Garnîer T'a dit en propres termes, dans un beau livre, qui a paru\nl'année dernière, et qui renferme nombre d'excellents préceptes sur la\nconstruction de l'édifice théâtral. M, César Daly, directeur d'une Revue\nd'architecture fort estimée, soutenait la même hérésie dans une conver-\n\n(i ) Le Malade imaginaire♦"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "195", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.3", "texte": "DE LA SONORITÉ DES SALLES DE SPECTACLE\n\nsation que nous eûmes avec lui, il y a une quinzaine d'années, sur le\nsujet qui nous occupe; et, chose singulière, nous retrouvons son idée\nformulée dans les mêmes termes, dans un article que M. de Thémines a\ndonné à VArt musical (du 22 octobre dernier), soit qu'il ait puisé à la\nmême source, soit que ce parallélisme décevant s'offrît naturellement à\nson esprit.\nOn ne peut répondre, dit-il, des conditions pas plus\nque de la marche d'un navire... » De deux bâtiments parfaitement égaux,\ncopiés l'un sur l'autre, l'un se trouve bien meilleur marcheur que son\npendant... sans que l'on sache pourquoi. »\nEh bien, non ! n'en déplaise aux autorités que nous venons de citer et\ndevant lesquelles nous reconnaissons humblement notre infériorité [en\ntoutes choses, nous ne pouvons admettre de hasard pas plus dans la sono-\nrité des salles de spectacle que dans la marche des navires. Les lois de la\npesanteur ne se démentent jamais. Le navire sera donc plus ou moins\nbon marcheur, suivant le rapport de sa masse, de sa densité et de sa\nforme à la résistance qu'il doit combattre. Seulement, dans la construc-\ntion navale comme dans Pédifice théâtral, l'architecte doit lutter contre\nles conditions d'emménagement que lui impose la destination de son\nédifice.\nS'il s'agissait, en effet, de construire une salle dans le seul but de dort*\nner la plus grande sonorité possible au débit instrumental ou vocal, le\nproblème n'offrirait pas de si grandes difficultés qu'on semble le croire.\nL expérience de tous les jours nous prouve que les parois lisses et verti-\ncales, et l'absence de toutes saillies, de tout objet encombrant, de toute\nétoffe ou surface molle, sont les conditions premières de la résonnance.\nEt vous le savez si bien, messieurs les partisans du dieu Hasard, que\nlorsque vous voulez produire l'effet contraire, par exemple à Pintérieur\nde vos propres appartements, vous savez parfaitement ce qu'il faut faire;\nvous remplissez votre local de meubles et de tableaux, vous le garnissez\nde rideaux et de tapis, vous tendez sur les murs des étoffes épaisses, et le\nsalon ou le cabinet, naguère si sonore que la parole même frappait trop\nrudement votre tympan, étouffe toute expansion du son musical et\npresque la voix de ceux qui vous parlent.\nIl est une autre observation qui n'a pu vous échapper, pour peu que\nvous ayez procédé à des expériences dans des salles vides de diverses\nformes, c'est que les courbes, loin de répercuter le son, étouffent les\nvibrations de Pair, c'est-à-dire la résonnance. Pour que les ondes\ncomme on dit assez peu accomplissent leur évolution qui\nprolonge la sensation du tympan, il leur faut des surfaces planes et"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "196", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.4", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nparallèles et â une distance suffisante les unes des autres. La hauteur ne\ndevrait jamais dépasser la largeur de la salle. Quant à la longueur, elle\naura nécessairement un bon tiers de plus que la largeur et que la hau-\nteur, par cette raison que la voix du chanteur imprime à l'ondulation\nde Fair un mouvement en avant qui produirait un écho si la paroi de\nface était trop rapprochée.\nCes points de doctrine, qui peuvent paraître un peu arbitraires, ont\npour sanction l'expérience de tous les jours, des faits constants qui sont\npour ainsi dire de droit commun. Pour nous, ils résultent d'observations\nréitérées pendant vingt ans, dans des salles de toutes dimensions et de\ntoutes formes, en prenant pour terme de comparaison soit la voix\nhumaine, soit le son d'un instrument peu variable comme sonorité, le\nviolon ou le piano. Toutes les salles vides,, carrées ou oblongues, et\nd'une hauteur proportionnée, sont sonores, c'est-à-dire prolongent la\nsensation du son. Toutes les salles rondes et d'une hauteur dépassant la\nlargeur, restreignent les vibrations et étouffent la résonnance au niveau\nde l'auditeur, quand bien même le mouvement ascensionnel de l'air fa-\nvorise la perception de la parole de bas en haut, avantage étranger à\nnotre sujet.\nCe que nous venons de dire est prouvé par 1 histoire même de la ques-\ntion. Tant que les théâtres ont été bâtis dans des salles préexistantes,\npresque toujours rectangles et oblongues, personne ne s'est occupé de la\nsonorité, parce qu'elle était parfaite (dans certaines salles, à Parme par\nexemple, elle était même excessive). Ni Serlio ni Sabatini n'en disent\nrien. Mais dès qu'il s'est agi, par suite de la vulgarisation de l'Opéra, de\nloger un grand nombre de spectateurs dans des espaces plus restreints\nque ne Pétaient les salles des résidences princières, alors seulement la\nquestion de la sonorité se présenta aux constructeurs des nouveaux\nthéâtres. On discuta, on écrivit, on fit des essais. On vit même se pro-\nduire de ces étranges anomalies qui nous porteraient à douter du bon\nsens de leurs auteurs, si nous ne faisions la part du temps où ils vivaient.\nAinsi les Bibbiena, habiles architectes et décorateurs sans pareils, pen-\nsèrent augmenter la sonorité des salles qu'ils avaient à bâtir en leur\ndonnant la forme de cloche renversée, idée qui ferait sourire aujourd'hui\nun élève de lycée. D'autres proposaient sérieusement de placer les vases\nd'airain de Vitruve à lavant-scène et au fond de la salle, et, chose singu-\nlière, les traducteurs du célèbre architecte romain ont tous l'air d'avoir\npris aussi au sérieux une invention qui ne résiste pas à l'examen.\nQuant à l'idée d'établir une caisse harmonique sous les pieds de\nl'orchestre, elle a été également préconisée par plusieurs architectes du"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "197", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.5", "texte": "DE LA SONORITÉ DES SALLES DE SPECTACLE\n\ndernier siècle et mise en pratique, plus d'une fois., notamment par le\nmarquis Alfiéri au théâtre royal de Turin. Mais le résultat a été parfai-\ntement nul comme il fallait s'y attendre. Est-il possible de confondre la\nmince tablette du violon si rapprochée des cordes vibrantes avec le solide\nplancher destiné à supporter une centaine de musiciens? Et quelles\nvibrations recevrait-il des instruments à travers les habits, les chairs et\nles chaises, et les pupitres des exécutants?\nEn s'en tenant aux simples données de l'expérience, il ne serait donc\npas difficile, avons-nous dit, de construire des salles parfaitement\nsonores, si l'architecte théâtral n'avait devant lui un autre problème\nbien plus .complexe à résoudre, à savoir de placer un grand nombre de\nspectateurs sur un espace relativement restreint, les étager, par consé-\nquent, et les distribuer de façon à ce que chacun d'eux puisse voir ce\nqui se passe à l'un des bouts de la salle où s'élève l'estrade scénique. Il\nest certain que les parois latérales parallèles, formant un angle droit avec\nla scène, n'offrent aucune commodité pour la vision. De là, la nécessité\nd'une courbe qui répartisse, autant que possible également, l'obliquité\ndes rayons visuels. C'est à ce sujet que l'imagination des architectes s'est\ndonnée libre carrière et a produit les idées les plus disparates. Nous ne\nreferons pas ici l'histoire de toutes ces tentatives, de tous ces tâtonne-\nments que nous avons essayé d'exposer ailleurs (i). Qu'il nous suffise de\nconstater qu'après bien des essais, prônés d'abord pour être abandonnés\npeu de temps après, on s'est arrêté à la forme ovoïde, vulgairement dite\nen fer à cheval, forme adoptée par Piermarini lors de la construction du\ngrand théâtre de la Scala et imitée depuis dans presque tous les théâtres\nd'ltalie et dans les grands théâtres étrangers destinés à l'opéra italien.\nEn France, les architectes qui ont eu à bâtir des théâtres depuis cent\nans, abandonnant à la fois le demi-cercle comme trop restreint, au point\nde vue delà spéculation, et la forme elliptique comme peu élégante et\npeu favorable à la vision, se sont arrêtés à la forme ronde, qui prête si\nl'on veut au coup d'œil et permet aux spectateurs de bien se voir entre\neux, mais qui est aussi défavorable au point de vue de l'optique que de\nl'acoustique.\nNous n'apprendrons rien à personne en disant que les places latérales\navoisinant l'avant-scène sont absolument sacrifiées dans les salles à\nplan circulaire. On voit tous les soirs, aux Italiens et à l'Opéra-Comique,\nles spectateurs des deuxièmes et troisièmes loges de côté se tenir debout\net se pencher en avant pour voir une partie de ce qui se passe sur la\n\n(1) Parallèle des Théâtres modernes. Paris, 1860. Introduction"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "198", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.6", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nscène. Quant à la sonorité de ces sortes de salles, on sait également à\nquoi s'en tenir. Les voix n'y ont pas cette ampleur que leur prête un\nlocal résonnant ; l'orchestre même, quoique empiétant une large por-\ntion du parquet de la salle, n'y produit pas l'effet de sonorité que l'on\nserait en droit d'attendre du nombre et de la valeur des exécutants.\nAjoutons que les architectes français, prenant modèle sur certains\nthéâtres de résidences royales, ont toujours tenu à conserver ces balcons\net ces galeries qui couvrent une partie plus ou moins considérable du\nparterre, et ont pour effet d'interrompre le développement régulier des\nondes sonores.\nLes architectes italiens nous semblent avoir mieux résolu le problème\nde combiner les exigences de l'acoustique avec la nécessité de placer un\ngrand nombre de spectateurs; ils ont conservé tout ce qui était possible\ndes conditions essentielles de la sonorité, c'est-à-dire la forme oblongue.\nle plafond peu élevé et peu cintré, les parois verticales à surfaces régu-\nlières et lisses (les devants des loges). Ils ont ainsi obtenu le maximum\nde sonorité compatible avec la présence d\"u public et l'aménagement\nqu'il nécessite.\nCe que nous avançons ici n'est pas une assertion gratuite. Tous ceux\nqui ont entendu les mêmes artistes sur un grand théâtre d'ltalie, là\nScala, par exemple, et ensuite sur une des salles rondes et à balcons que\nnous avons à Paris, ont pu constater la différence. Les artistes mêmes,\nque nous avons interrogés, ont été unanimes pour nous affirmer qu'en\nchantant dans une vaste salle italienne , ils se rendent parfaitement\ncompte de l'effet de leur voix, de l'élasticité et de l'ampleur qu'elle ac-\nquiert, tandis que l'impression contraire les frappe quand ils chantent\nsur un théâtre de France.\nMais les Français, nous dit-on, sont un peuple d'un genre à part ; ils\ntiennent à leurs préjugés, ils veulent leurs balcons saillants, leurs cor-\nbeilles de femmes parées et décolletées, et même la hauteur excessive\ndes salles pour y loger les spectateurs mal mis. Vos salles italiennes,\nnous dit-on, sont trop monotones avec leurs rangées de loges super-\nposées, égales et uniformes. Si la Scala et Saint-Charles sont plus so-\nnores, nos salles de Paris sont plus coquettes et plus élégantes.\nSoit, gardez vos élégances, votre coup d'œil, vos femmes en vedette,\nmais alors ne venez pas nous dire que l'on ne sait comment faire pour\navoir une salle sonore. Les modèles sont sous vos yeux, vous pouvez\nprofiter de l'expérience acquise, mais vous n'en voulez pas.\nEst-ce à dire que la nouvelle salle de l'Opéra de Paris sera sourde,\ncomme on dit vulgairement, parce qu'elle est à peu près ronde, garnie"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "199", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.7", "texte": "DE LA SONORITÉ DES SALLES DE SPECTACLE\n\nde balcons saillants, surchargée d'ornements en haut relief et surmontée\nd'une coupole fort élevée ? Telle n'est point notre pensée ; la nouvelle\nsalle, grâce à son ampleur et à une certaine régularité de formes, com-\nparativement à d'autres salles de Paris, sera, croyons-nous,\nment bonne, comme 1 était sa devancière de la. rue Le Peletier» Mais\nnous sommes convaincu que si l'on procédé à des expériences et lon\ncompare l'effet d_'une voix donnée sur la scène de 1 Opéra et sur celle de\nla S cal a,ou de Saint-Char les,ou du ou du\n(de Gênes), sans en citer d'autres, on constatera la différence de l'effet\nde la- voix ; les artistes chantants s'en apercevront à coup sûr.\nMais vous verrez que ce même public qui a si injustement critiqué la\nfaçade du nouvel Opéra, un chef-d'œuvre, trouvera fort bien que l'on\nait conservé à l'intérieur de la nouvelle salle tous les défauts des an-\nciennes salles. Ainsi va le monde.\n\nF. DE FILIPPI."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "200", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.8", "texte": "ANDRÉ PHILIDOR\n\n(<)\nVI\nHILIDOR, qui jusqu'alors n'avait donné que des pièces\ndu genre comique, venait, avec d'assurer\nle caractère de son style au point de vue du pathé-\ntique et de la passion. Une œuvre de cette allure\net de cette importance (c'était sa première partition en\ntrois actes) l'avait classé définitivement et mis au\npremier rang. Encouragé par un tel résultat, il jugea le moment venu\nde frapper un grand coup et de montrer qu'il pouvait faire plus en-\ncore. Il songea donc ce que Duni n'avait jamais fait, ce que Mon-\nsigny avait osé essayer une fois, mais sans succès à aborder la scène\nsolennelle de l'Opéra. Il eut malheureusement la fâcheuse idée d'asso-\ncier encore, en cette circonstance, sa fortune à celle de Poinsinet, qui\navait failli pourtant lui porter malheur, précisément avec Tom Jones ;\ncela rendit sa victoire plus difficile, plus discutée d'abord, mais néan-\nmoins, en fin de compte, Philidor en vint à remporter sur cette scène\nillustrée par Lulli, par Campra, par Rameau, un des plus beaux succès\ndont ce théâtre eût encore été le témoin. Au surplus, l'histoire d'JEr-\nnelinde (c'est le titre de son premier ouvrage à l'Opéra) est assez com-\n\n(i) Voir les numéros des i 5 juin, i 5 juillet, i\" septembre, i<* octobre et i*r no-\nvembre."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "201", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.9", "texte": "ANDRÉ PHILIDOR\n\npliquée, et mérite d autant plus d'être retracée qu'elle ne Fa pas été\njusqu'ici.\nUn poète vénitien, Mathieu Noris, auteur de quarante libretii\nd opéras, en avait écrit un intitulé Ricimero, le seul qui fût resté au\nrépei toire des théâtres d Italie. Poinsinet adopta le sujet semi-historique\ntraité dans ce livret, l'arrangea à sa guise, et en tira celui d' Ernelinde,\nlui donnant ainsi pour titre le nom. de l'héroïne au lieu de conserver\ncelui du héros. Philidor se mit aussitôt à l'œuvre, et en quelques mois\neut achevé sa partition. L'administration de l'Opéra se distingua en cette\ncirconstance; non-seulement elle confia les quatre rôles principaux, ceux\nd Ernelinde? de Rodoal, de Sandomir et de Ricimer, à ses premiers chan-\ntenrs_, madame Larrivée, Gelin (1), Legros et Larrivée, non-seulement\nelle fit danser dans les ballets, qui formaient une partie importante de\nde l'ouvrage, Lani, Vestris, Gardel, Dauberval, mesdemoiselles Allard,\nGuimard, Peslin et Pitrot, mais encore elle fit des frais considérables de\nmise en scène et orna la pièce de décors et de costumes pleins de richesse\net de magnificence, ce Bocquet, dit un chroniqueur, fit les dessins des\ndécors, Spourny peignit ceux d'architecture, Baudonceux de paysage, et\nTardif les vaisseaux et les chaloupes du second acte. »\nMais tout cela n'empêchait pas le livret de Poinsinet d'être mau-\nvais et fort mal fait, et Ernelinde, donnée pour la première fois le\n29 novembre 1767, fut accueillie froidement, en dépit de la beauté du\nspectacle et de la valeur de la partition. Les annalistes constatent le fait,\net Bachaumont, assez sceptique au point de vue artistique et peu disposé\ngénéralement en faveur de Philidor, défend cependant le musicien contre\nl'indifférence du public :\nOn continue dit-il peu de jours après la première représentation à\nrejeter sur la méchanceté du poëme et des paroles le peu de succès de cet\nopéra. Ce défaut empêche l'effet des beautés musicales que Philidor a répan-\ndues dans son ouvrage, et qui, étant faites pour produire de l'intérêt, n'y\nréussissent que faiblement, lorsque le charme est détruit par les absurdités.\nLe grand morceau du musicien est un récitatif obligé, dont on a déjà parlé,\net qui auroit pu ramener le spectacle des Euménides d'Eschyle, si ce qui\nl'occasionne eût été plus vrai, ou plus vraisemblable, ou mieux préparé.\n\n(I) « GÉLIN (Nicolas), qui se fit une assez grande réputation pendant environ trente\nannées qu'il fut à l'Opéra, et dont les amateurs n'ont point encore oublié la belle\nbasse-taille, est mort le 22 ou le 23 décembre 1810. Je ne peux indiquer l'époque des\ndébuts de Gélin ; il se trouve porté sur les états de l'Opéra avant 1751, et se retira\nen 1779 avec une pension de 2,000 livres. Il devait être dans un âge fort avancé.\nGélin était maire de Creil-sur-Oise. (Opinion du Parterre, 1811.)"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "202", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.10", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nErnelinde, forcée par le tyran à choisir entre son père et son amant, se\ndétermine, comme de raison, mais non dans l'ordre des passions, pour son\npère» Son choix à peine est fait que la douleur, les remords la tour»\nmentent : elle croit entendre l'ombre de son amant lui reprocher son ingra-\ntitude. L'accompagnement ;de ce récitatif est exécuté en partie par des\nqui, par des crescendo admirables, peignent à l'imagination les cris d'une\nombre plaintive. On trouve encore des duos, un trio, un ou deux chœurs de\nla plus grande beauté, et, quoi qu'en disent les détracteurs de ce genre, des\nsymphonies et des airs de danse fort agréables dans le ballet de la fin.\nOn voit que ceux qui se piquaient de bon goût étaient loin de rejeter\nsur le musicien la froideur de l'accueil fait à l'œuvre nouvelle. Malgré\ntout, le succès fut négatif, et Bachaumont dit encore, quelque temps\naprès : « Ernelinde n'a eu que dix-huit représentations. M. le duc de\nChartres avoit parié cent louis que cet opéra n'iroit pas jusqu'à vingt. Il\na gagné. » Ce qui n'empêchait pas, en somme, que le public n'eût été\nfrappé de la puissance musicale de l'œuvre et de la couleur qui y était\nrépandue ; c?est encore Bachaumont qui le constate, àla date du i 3 jan-\nvier 1768 : « L'Opéra a remis hier Titon et VAurore (de Mondonville),\nLes gens habitués à l'harmonie forte du dernier opéra {Ernelinde) ont\ntrouvé celle-ci nue et trop simple (1). »\nFort de sa conscience et convaincu de la valeur de sa partition, Philidor\nne voulut point rester sous le coup de cet échec immérité. Il se remit au\ntravail avec Poinsinet, et, après lui avoir fait faire quelques chan-\ngements, après avoir lui-même remanié sa musique, il fit remettre\nl'ouvrage à la scène, le 24 janvier 1769, sous le nouveau titre de San-\ndomir, prince de Danemarck. Mais il ne paraît pas qusSandomir ait été\nbeaucoup plus heureux qu.'Ernelinde, ■ et que le succès de l'un ait\ndépassé le succès de l'autre.\nC'était jouer de malheur ; mais cette fois encore Philidor ne se tint point\n\n(1) Une anecdote peindra la différence qu'on faisait entre l'œuvre du musicien et\ncelle de son collaborateur. « Quelques jours après les premières représentations de\nl'opéra d'Ernelinde, dit un chroniqueur contemporain, dont le poëme était de Poin-\nsinet, cet auteur essuya une mortification d'un genre tout à fait singulier. On s'entre-\ntenait de la pièce au foyer, où se trouvait alors le marquis dé Senneterre, l'aveugle,\ngrand amateur de musique, et dont le témoignage avait beaucoup de poids. Ce dernier\ndit à son laquais, qui le conduisait : « Quand l'auteur paraîtra ici, ne manquez pas\nde me mener à lui, afin que je lui fasse mon compliment. » Peu d'instants après,\narrive M. Poinsinet, au devant duquel le domestique conduit son maître. Aussitôt\nM. de Senneterre l'embrasse tendrement, et s'écrie : « Mon cher monsieur, recevez\nmon remerciement du plaisir que vous m'avez fait ; votre opéra est plein de beautés,\nîa musique en est délicieuse; il est seulement fâcheux que vous ayez eu à travailler\nsur des paroles aussi ingrates, » Et tout le monde de rire. »"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "203", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.11", "texte": "ANDRÉ PHILIDOR\n\npour battu. Quatre ans après, il recommença à se préoccuper d'Erne-\nlinde; heureusement pour lui, Poinsinet était mort et ne pouvait plus\nFaider (i). Il s'adressa donc à Sedaine, qui remit l'ouvrage entièrement\nsur le métier, de trois actes le porta à cinq, et renouvela par conséquent\nen grande partie ce livret damné. On juge que la partition subit aussi,\ncette fois, des remaniements profonds. Ce ne fut pas du moins en pure\nperte, et le succès enfin couronna la persistance de l'artiste. Ernelinde,\nreprenant son premier titre et sous cette nouvelle forme, fut jouée à Ver-\nsailles, devant la cour, le n décembre 1773, et acclamée avec enthou-\nsiasme. « Ernelinde, nous dit Bachaumont, a été jouée hier à Versailles\net a eu le plus grand succès par la pompe du spectacle extrêmement\nimposante. Il y avoit dans une action quatre cents grenadiers à cheval\nsur le théâtre. On sent quel effet a dû produire une pareille nouveauté. »\nUn tel déploiement de mise en scène ne devait pas, en effet, être nui»\nsible à l'œuvre ainsi transformée. Mais on se tromperait si l'on croyait\nqu'il fut la seule cause d'un succès si laborieusement obtenu. Lorsque\nl'ouvrage fut offert de nouveau au public parisien, la critique autant\nqu'elle existait alors sut rendre justice au génie du musicien. Ce ne fut\ncependant que trois ans et demi après sa représentation à Versailles,\nqu'Ernelinde, ainsi corrigée et augmentée, reparut à POpéra, le\n8 juillet 1777. Grimm cite alors avec admiration « le superbe mono-\nlogue » d'Ernelinde :\nOù suis-je? Quel épais nuage\nMe dérobe l'éclat des deux?\nainsi que « le magnifique chœur» du premier acte :\nJurons sur ces glaives sanglants,\nqui faisait passer par toute la salle un frisson d'admiration. Le Mercure\ns'exprime en ces termes chaleureux : « Les connoisseurs applaudiront aux\nefforts qu'un homme de génie fait dans un sujet ingrat, pour en couvrir\nles défauts par les beautés de son art, et pour faire oublier quelquefois les\nvices de Faction par le charme de la musique. M. Philidor a mérité les\n(1) Pendant un voyage qu'il faisait en Espagne, en 1769, il se noya dans le Guadal-\nquivir. On connaît, dans la Dunciade de Palissot, ces vers relatifs aux justes\nmécomptes littéraires de Poinsinet :\nAinsi tomba le petit Poinsinet :\nIl fut dissous par un coup de sifflet.\nTelle, au matin, une vapeur légère\nS'évanouit aux premiers feux du jour ;\nTel Poinsinet disparut sans retour."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "204", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.12", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nsuffrages des vrais amateurs et les acclamations du public dans les mor-\nceaux d'ensemble et dans les airs, où il sait toujours allier un chant suivi\net heureusement modulé à l'énergie et à la vérité de l'expression. C'est là\nsans doute ce qui caractérise le grand talent en musique, d'approprier au\nsentiment ou à la passion un chant toujours pur et sensible ; et c'est ce\nqui fera toujours distinguer l'opéra iïErnelinde, où M. Philidor a déve-\nloppé les richesses de l'imagination et de toutes les connoissances de son\nart. Beaucoup de morceaux seront recherchés et feront plaisir dans les\nconcerts, où l'on n'admet que la véritable musique, celle qui a un carac-\ntère et une belle modulation (1). »\nEnfin, le Journal des théâtres ne montre pas moins d'enthousiasme\nau sujet de cette brillante reprise dyErnelinde : «Cet opéra, dit-il,donné\npour la première fois en trois actes le 29 novembre 1767, remis quelque\ntemps après sous le titre de Sandomir, reparaît aujourd'hui sous son pre-\nmier titre, et divisé en cinq actes. La première représentation, la seule\ndont nous puissions parler, a été donnée le 8 juillet de cette année. Si\nM. Philidor a eu lieu de se plaindre de ses premiers juges, il doit se\ntrouver aujourd'hui pleinement vengé ou de leur injustice, ou de leur\nignorance. Peu de productions ont eu plus de succès que celle dont nous\nparlons, elle est pleine des plus grandes beautés, et a été reçue avec un\nenthousiasme bien fait pour flatter l'habile compositeur à qui nous\ndevons déjà tant de chefs-d'œuvre. Nous regrettons que les bornes de\nnotre journal ne nous permettent pas d'en parler d'une manière plus\nmotivée ; nous le ferons dans le numéro prochain (2). » Et quinze jours\naprès : « Le succès constant de cet ouvrage, dû tout entier au génie du\nmusicien, a réveillé les jaloux ennemis de M. Philidor. La basse envie\nqui s'était déjà attachée aux pas de cet illustre compositeur, a renouvelé\nses menées obscures et a cherché à diminuer l'éclat d'une gloire dont elle\nétait éblouie ; mais sa rage a été inutile, et, malgré ses cris impuissants,\nl'ouvrage tous les jours plus goûté ajoute tous les jours à la juste célébrité\ndont jouit M. Philidor (3).)>\nCette fois, le succès fut franc et prolongé. Il fut même consacré et\nconstaté par la parodie. Le 12 octobre 1777, la Comédie-Italienne repré-\nsentait, sous le titre de Sans dormir (on se rappelle que l'un des person-\nnages d'Ernelinde s'appelle Sandomir), une parodie en deux actes et en\nvaudevilles, d'un nommé Rousseau. Une autre, intitulée Berlingue, due\nau danseur Despréaux, pièce écrite dans le style poissard et libre, dit-on,\n\n(1) Mercure de France, juillet 1777, 2e livraison.\n(2) Journal des Théâtres (rédigé par Le Fuel de Méricourt), du i 5 juillet 1777,\n(3) Idem, du i#r août 1777."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "205", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.13", "texte": "ANDRÉ PHILIDOR\n\njusqu'à l'obscénité, fut jouée aussi sur le théâtre particulier de la Gui-\nmard, où l'on prisait fort ces sortes de productions.\nCastil-Blaze, qui sut apprécier sainement le mérite de Philidor, parle\nainsi à\" Ernelinde dans son Académie impériale de musique : « On\ntrouve dans Ernelinde une vigueur dramatique et musicale, une allure\nfranche, un tour de mélodie, une facture, des effets d'orchestre qui,\ncertes, n'appartenaient pas à la musique française de cette époque. Cela\nvalait cent fois mieux que les bons ouvrages et les fadaises offerts chaque\njour aux habitués de l'Opéra. Le duo d'introduction : Quoi! vous\nirCabandonnemon père! est plein de chaleur; le chœur -: Jurons sur\nces glaives sanglants! est d'un très bel effet ; Né dans un camp est bien\ndessiné ; c'est un air complet dont les formes ont vieilli prodigieusement,\nil est vrai, mais enfin, c'est un morceau dans lequel la voix et l'orchestre\nne marchent point au hasard, où l'on découvre une mélodie bien\nconduite, un plan arrêté. Cet air, composé pour Larrivée, comme tous\nceux que l'on écrivit pour Thévenard et Chassé, prouve que la voix de\nbasse n'avait été jamais employée à l'Opéra pour les parties récitantes.\nBeaumavielle, Thévenard, Chassé, Larrivée, possédaient tous une voix\nde baryton, bas ténor ou basse taille. L'air de Ricimer : Né dans un\ncamp, monte au fa, au sol même ; le diapason de l'époque ne le ramè-\nnerait point à la portée de la voix de basse (i). »\nLe style Ernelinde est en général superbe et d'une mâle fierté,\ncomme il convient à un sujet héroïque ; il est de plus très passionné et,\nsous ce rapport, convient merveilleusement au sujet traité. Au point de\nvue de l'ensemble, l'œuvre est noble, d'une belle couleur, d'un caractère\nmétallique, si l'on peut dire, avec cela d'un grand sentiment pathétique\net d'une rare vigueur de touche. C'est bien l'œuvre d'un grand artiste,\nsûr de soi, et chez lequel le génie a atteint sa complète maturité. Castil-\nBlaze, on vient de le voir, en signale plusieurs morceaux comme parti-\nculièrement réussis. Ses remarques sont très justes, mais elles sont un peu\nbrèves. Il ne dit point que les récitatifs sont généralement puissants,\nvigoureux, pleins de nerf et d'un accent plein d'éclat ; il ne parle pas de\nl'air de Sandomir : O toi, chère âme de ma vie... (quatre temps, en fa\n\n(i) L? Académie impériale de musique, t. 1, p. 25g. A ce qu'il dit au sujet\nlinde, Castil-Blaze ajoute ce renseignement, dont je n'ai, pour mon compte, trouvé\ntrace nulle part ailleurs : « L'Académie, reconnaissante envers Philidor, gratifie ce\nmusicien d'une représentation d7Ernelinde donnée à son bénéfice le 20 mai 1768.\nC'est le premier exemple d'une gracieuseté de ce genre. » Pour l'Opéra, c'est\npossible ; mais on a vu plus haut que la Comédie-Italienne l'avait devancé sous ce\nrapport."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "206", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.14", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nmajeur), morceau d'une grande allure, d'une style à la fois noble, ardent\net passionné, accompagné par un orchestre en quelque sorte haletant,\ndont l'énergie donne plus de relief encore à la pensée exprimée, surtout\nlorsque le deux-temps arrive sur ces vers :\nS* il faut que tu me sois ravie,\nDe flots de sang j'inonderai ces lieux.\nEnfin, il ne remarque point que le morceau : Jurons sur nos glaives\nsanglants, nsest pas un chœur proprement dit, mais un morceau dia-\nlogué entre un ténor solo (Sandomir) et un chœur de trois voix d'hom-\nmes (haute-contre, taille et basse), qui respire une grande énergie, et\nacquiert précisément une étonnante puissance par les réponses que fait\nle chœur aux phrases posées par le ténor ; c'était là un effet nouveau et\nvraiment trouvé, et cette page, dont les développements sont d'ailleurs\nmodérés, est d'une réelle magnificence.\nJe ne sais si la partition d'Ernelinde a été publiée lors de l'apparition\nde cet ouvrage, en 1767; j'en doute, car elle a été gravée en 1769, lors\nde sa première reprise, et il n'est guère probable que ce fut là une seconde\nédition. En tout cas, je vais reproduire ici le titre exact de cette édition,\nparce qu'il nous apprend un fait qui est resté inaperçu de tous les biogra-\nphes : a Ernelinde, tragédie lyrique en trois actes, mise en musique par A.\nD. Philidor, maître de musique de S. A. S. Mgr le duc régnant des\nDeux-Ponts, dédiée à madame la comtesse de Forbach, représentée pour\nla première fois par l'Académie royalle (sic) de musique, le 29 novem-\nbre 1767, et remise au théâtre le 22 janvier 1769. » Nous savons donc\n*\nmaintenant que Philidor fut maître de la musique du duc de Deux-\nPonts, comme le fut plus tard Dezèdes. Le fait n'est pas sans doute d9une\nimportance considérable, mais il vaut néanmoins la peine d'être men-\ntionné (1).\nCe qui est plus important, c'est le succès que, finalement, Philidor\nremporta à l'Opéra, succès unanimement constaté par les contemporains\n\n(i) On remarquera que cette édition de la partition de Philidor porte le titré\n& Ernelinde et la date de 1769, bien qu'à cette reprise de 1769, l'ouvrage ait reparu\nà POpéra sous un nouveau titre : celui de Sandomir ; peut-être l'affiche aban-\ndonna-t-elle rapidement ce titre de Sandomir pour revenir à celui d'Ernelinde.\nEn 1772, Ernelinde était représentée à Bruxelles dans des circonstances excep-\ntionnelles : « Les entrepreneurs du spectacle de Bruxelles, voulant célébrer le jour de\nsainte Thérèse, fête de l'impératrice reine de Hongrie, ont choisi, au mois d'octobre\ndernier, Ernelinde, en invitant M. Philidor à assister à la représentation, s (,Spectacles\nde Paris pour 1775,)"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "207", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.15", "texte": "ANDRÉ PHILIDOR\n\nlors de la reprise à 1 Ernelinde en 1777, et d'autant plus remarquable\nqu'à cette époque Gluck avait donné Iphigénie en Aulide, Orphée,\net que son Armide, représentée le 23 septembre 1777, fut repré-\nsentée concurremment avec l'œuvre de Philidor et ne la lit point pâlir*\nOr, comme Ernelinde avait été créée en 1767, qu'elle avait été remaniée\npour la reprise de 1769, et enfin refaite en partie et d'une façon définitive\npour la représentation qui en eut lieu à la Cour en alors qu'aucun\nouvrage de Gluck n'avait encore paru sur la scène de l'Opéra, et que\nc'est cette dernière version qui fut adoptée pour ce théâtre en 1777, on\nne peut pas dire que Philidor avait profité de l'effet produit par les œu-\nvres de Gluck, et qu'il en avait tiré un parti quelconque. Nous savons\nque Philidor connaissait Orphée au moins par la lecture, mais il y a\nloin, même pour un musicien, au point de vue de l'impression\nde la simple lecture d'une partition à son exécution au théâtre. Ell tout\ncas, pour obtenir un tel succès lorsque Rameau était mort à peine depuis\nquelques années et que le souvenir de ses œuvres était encore dans la\nmémoire de tous, lorsque Gluck venait de donner ses trois premières\nmerveilles, il fallait que Philidor eût réellement payé de sa personne et\nque la valeur à'Ernelinde fût éclatante et incontestable. Ce sera toujours\nun double honneur pour ce grand artiste d'avoir réussi à l'Opéra d'une\nfaçon aussi. certaine, et d'y avoir réussi dans des conditions aussi parti-\nlièrement difficiles (1).\n(La suite prochainement.)\n\nARTHUR POUGIN.\n\n(1) Dans la notice publiée par le Palamède, on lit ces lignes, qui relatent un fait\ndont il n'existe ailleurs aucune mention : « Encouragé par la faveur générale dont il\njouissait, Philidor se proposa de réformer entièrement le goût national, et, dans ce\nbat, composa Ernelinde avec récitatifs entremêlés d'airs,d'après la manière italienne.\nCet ouvrage fut représenté à l'Opéra, et, malgré les cabales de la noblesse, entichée\nde la musique ancienne, il fut reçu avec enthousiasme par la jeune France d'alors,\net surtout par les femmes. Louis XV en fut si charmé qu'il accorda à l'auteur une\npension de six cents livres sur sa cassette. »"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.16", "texte": "VOLTAIRE LIBRETTISTE\n\n(I)\nIII\nLA PRINCESSE DE NAVARRE (Février 1745)\nE n'est plus ici un grand opéra, mais une simple co-\nmédie-ballet, en trois actes, genre composite qui n'est\nqu'un prétexte à spectacle pour une fête d'un jour, et\nrien de plus. Cet à-propos fut représenté, pour la\npremière fois, à Versailles, le 2 3 février 1745; la\ndeuxième représentation eut lieu le 27, et, la même\nannée, cette œuvre toute d'actualité fut réduite en un acte, sous ce titre :\nles Fêtes de Ramire.\nLe duc de Richelieu, qui avait demandé, et à qui Voltaire avait remis\nson voulut quelques changements, soit dans les paroles, soit\ndans la musique. Mais Voltaire et Rameau étaient alors occupés du\nTemple de la gloire, et le duc s'adressa à Jean-Jacques-Rousseau, à la\nfois poète et musicien. Les Fêtes de Ramire, dont il ne reste plus qu'un\nvers cité par Jean-Jacques Rousseau, furent jouées le 22 décembre 1745.\nQuant à la Princesse de Navarre, elle fut donnée à Bordeaux, le\n26 novembre iy63, par ordre de Richelieu.\nSelon Condorcet, dans sa vie de Voltaire :\n« La marquise de Pompadour le chargea de faire une pièce pour le premier\nmariage du Dauphin. Une charge de gentilhomme de la chambre, le titre\n\n(1) Voir les numéros des IER1ER septembre, lERIER octobre et i9V novembre."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.17", "texte": "AIR de SAINDOMIR\nERNELINDE (1767)\nA. D. PHILIDOR.\n(62)"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.18", "texte": "(62)"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.19", "texte": "(62)"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.20", "texte": "(62)"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.21", "texte": "(62)"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.23", "texte": "(62)"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.24", "texte": "CHŒUR\navec solo de ténor\nERNELINDE (1767)\nA. D. PHILIDOR.\n(62)"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.26", "texte": "(62)"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.27", "texte": "(62)"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.28", "texte": "P. BERTRAND grav:\n(62)\nImp: AROUY rue du Delta 26."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "209", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.29", "texte": "d'historiographe de France, et enfin la protection de la Cour, furent la\nrécompense de cet ouvrage. C'est à cette occasion qu'il fit ces vers :\nMon Henri quatre et ma Zaïre\nEt mon Américaine Alzire\nNe m'ont valu jamais un seul regard du roi;\nJ'eus beaucoup d'ennemis avec très peu de gloire.\nLes honneurs et les biens pleurent enfin sur moi,\nPour une farce de la Foire.\nSur quoi Condorcet se hâte d'ajouter : « C'était juger un peu trop sévère-\nment la Princesse de Navarre, ouvrage rempli d'une galanterie noble et\nlouchante. »\nVoltaire (je lie parle pas de Fréron et pour cause) aurait bien ri de\nl'éloge à outrance de son biographe; ce qui suit va le démontrer assez\npéremptoirement : c'est ici Fauteur jugé par lui-même et apprécié selon\nson très mince mérite.\nLe 24 avril 1744, il écrivait de Cirey à Richelieu, par une assez fade\nallusion à l'oncle illustre du maréchal de ce nom :\n€ Colletet envoie encore ce brimborion au cardinal-duc. Cette rapsodie\n{sic) le trouvera probablement dans son camp, entouré d'officiers et vis-à-\n-vis de vilains Allemands, qui se soucient fort peu des amours du duc de Foix\net de la princesse de Navarre. Pour moi, monseigneur le duc, je crois,\navec la dame de Cirey (.Madame du Châtelet), que vous ne haïrez pas ce duc\nde Foix, qui fait la guerre, qui est amoureux, qui est fourré tout jeune dans\nles affaires, qui combat pour sa maîtresse, qui la gagne à la pointe de 1 épée,\nqui a de l'esprit, et qui berne les Morillo. Si vous êtes content, voulez-vous\nenvoyer ce premier acte à Rameau? »\nRameau avait consenti à musiquer les rimes de Voltaire, sans doute\npour le consoler de la disgrâce de Samson et peut-être plus encore parce\nqu'il y trouvait une occasion de faire sa cour au roi et au dauphin.\nQuoiqu'il en soit, quatre jours après, d'Argental recevait de Cirey, en\nun paquet, avec passablement d'impertinences de mauvais ton du châ-\ntelain, le premier acte de la susdite comédie :\n« Voici le premier acte et le premier divertissement qui doit faire bâiller le\ndauphin et madame la dauphine, mais qui pourra vous amuser, car il plaît à\nmadame du Châtelet, et vous êtes digne de penser comme elle? Il se pourra\nbien faire que vous receviez aussi, par la même poste, le divertissement du\nsecond acte... »\nNous ignorons ce que pouvait avoir de sublime ou de grotesque ce\npremier divertissement ; car? ainsi que celui du deuxième acte, il ne fut\npas conservé, et pas le moindre fragment n'en est venu jusqu'à nous :\nce n'est pas d'ailleurs très probablement une grande perte*\n\nVI\nVOLTAIRE LIBRETTISTE\n14"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "210", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.30", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nVoltaire n'oubliait pas non plus sa Pandore, dont il envoyait, dit-il,\nun cinquième acte à d'Argental, avec une lettre pour Pabbé de Voise-\nnon qui n'en pouvait mais, Revenons bien vite à la Princesse de\nNavarre9 pour ne plus la quitter.\nUn autre intime, Cideville, reçoit bientôt les confidences et les\ndoléances du rimeur :\n« Je suis presque glacé par mon ouvrage pour la cour. Je me représente un\ndauphin et une dauphine ayant tout autre chose à faire qu'à écouter ma\nrapsodie. Comment les amuser? comment les faire rire? Moi, travailler pour\nla cour! j'ai peur de ne faire que des sottises. On ne réussit bien que dans\ndes sujets qu'on a choisis avec complaisance... »\nQui le forçait de composer cette œuvre?... De quoi se plaint-il donc ?\nMais, ceci est pour amener un point de ressemblance entre lui et Molière.\n<( Molière, dit-il, et tous ceux qui ont travaillé de commande y ont\néchoué. »\nCependant, la besogne avançait cahin-caha, et à chaque lettre, nou-\nvelles insultes pour la malheureuse et mal venue comédie; ainsi il en écrit\nen ces termes à Richelieu :\nVous, qui vale% mieux mille fois\nQiie cet aimable duc de Foix,\nRecevez d'un œil favorable\nCe croquis et ce rogaton....\n« Vous avez dû recevoir, monseigneur de Foix, les trois informes esquisses\ndu premier et du second acte, Lisez, si vous ayez du loisir, ce troisième\nacte, et songez, je vous en supplie, qu'il m'est impossible de mettre en deux\nmois la dernière main à un ouvrage très long, où vous voulez tout ce qui\nferait la matière de plusieurs ouvrages Ah! laissez-moi faire, donnez-\nmoi du temps, permettez-moi le petit feu d'artifice qui fera un dénouement\ndélicieux... Daignez me donner vos conseils et vos ordres, et soyez sur qu'il\nne me manquera que du génie, Mon cœur, qui est à vos pieds, y suppléera\ncomme il pourra. »\n« Que du génie!... »Il ne croyait pas si bien dire. La fin de cette lettre est\nd'une bouffonnerie achevée. « Madame du Ghâtelet, qui est en vérité la meil-\nleure femme du monde, croit que je pourrai faire quelque chose de ma petite\ndrôlerie..... »\nRapsodie, drôlerie, rogaton... voilà donc en quels termes Fauteur\napprécie son œuvre.\nMais il ne tarda pas à se relever de cette humilité ou plutôt de cette\nbassesse de commande, et il écrit à d'Argental :\n* Figurez-vous que M. de Richelieu envoie au président Hénault et à\nM, d'Argenson le ministre, l'informe esquisse de cet ouvrage. J'en suis très\nfâché; car les hommes jugent rarement si For est bon quand ils le voient\ndans la mine, tout chargé de terre et de marcassites. J'écris au président pour"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "211", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.31", "texte": "VOLTAIRE LIBRETTISTE\n\nle prévenir... Je vous demande en grâce de jeter dans le feu le manuscrit que\nvous avez. Pourquoi voulez-vous garder des titres contre moi? Pourquoi\nconserver les langes de mon enfant, quand je lui donne une robe neuve? »\nQue de craintes pour une rapsodîe, un une drôlerie!\nCe n'est pas là ce qui le soucie, c'est le but final dont cette comédie\nn?est que le prétexte et le moyen; toutes ces plaintes se terminent par un\nparallèle entre lui, Voltaire, et Molière et Gorneille, et encore Molière, à\npropos de la Princesse d'Elide, de l'lnconnu et d?Amphitryon où « le\nplaisant et le tendre » sont heureusement alliés. C'est peu mais\nc'est ainsi..,.\nA la même date, écrivant à Richelieu, Voltaire essaie de prouver au\nduc que sa princesse est un chef-d'œuvre.\nC'est la merveille la plus rare\nQiiaitpu former la main des dieux,\ncomme chante certain sénéchal, dans Jean de Paris; la lettre débute par\nun grandissime coup d encensoir à Fadresse du vainqueur de Mahon :\n« Vous êtes un grand critique... Je vous admire, monseigneur, de raisonner\nsi bien sur mon barbouillage quand on ouvre des tranchées.\n« Comment avez-vous pu donner mes brouillons à M. d'Argenson et au\nprésident? Vous me faites périr à petit feu. Ils prendront cela pour la maison\ntoute faite, et ils me trouveront ridicule. L'ouvrage ne ressemble déjà plus\nà celui que je vous ai envoyé.\n« Vous me demanderez, monseigneur, pourquoi je ne vous ai pas envoyé\ntout 1 ouvrage dans ce goût. C'est, ne vous déplaise1 que je ne trouve pas\nl'esprit, en écrivant, aussi vite que vous en parlant. »\nEt cette longue lettre ramène, en manière de coda, l'éternelle madame\ndu Châtelet, FEgérie et la muse de Cirey; or, ladite, fort sévère en lit-\ntérature, goûte infiniment l'œuvre de son... ami le philosophe. Cest tout\ndire.\nIl ne pouvait digérer, ce pauvre poète, que Ton eût montré ses essais\nà M. d'Argenson; aussi lui écrit-il, pour atténuer et détruire, s'il se\nle mauvais effet de toute cette rimaille provisoire :\nfc Comment diable M. le duc de Foix de Richelieu a-t-il pu vous faire lire\nune mauvaise esquisse, un croquis informe, que je ne lui ai envoyé que par\npure obéissance? Il ne ssagit pas de savoir si cela est bon, mais de prévoir\nsi on en peut tirer quelque chose de bon,.. »\nNouveaux tiraillements entre Voltaire et Richelieu ; ce dernier semble\nbien méticuleux ; aussi le poète aux abois a-t-il de plus en plus recours\naux formules obséquieuses :\n« Il faut que les idées de votre maçon ne soient pas absolument indignes de"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "212", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.32", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nl'imagination de l'architecte. » Suit un canevas assez pauvre d invention et\nflanqué d'un piètre madrigal devant amener un triple tableau vivant, précur-\nseur de ceux de nos modernes pièces à femmes. Et puis encore madame au\nChâtelet, qui fait brusquement sa rentrée, comme une charge de cavalerie\nplus ou moins légère pour harceler l'ennemi, c'est-à-dire Richelieu e\ndifficile. »\n« Madame du Châtelet regrette toujours la petite fête des bergers.,.\nMadame du Châtelet vous aime véritablement; je vous le dis, c est une très\nbonne femme. »\nQui diable résisterait à cela!.., « Certainement c'est un mot tout mo-\nderne qui trouve naturellement sa place ici, certainement Cadet Rousse\nest un bon enfant; mais enfin ce n'est pas une raison pour voter en sa laveur,\nles yeux fermés. »\nEn dépit du goût prononcé de madame du Châtelet pour les moutons,\n« la petite fête des bergers » fut impitoyablement biffée par Richelieu,\nfort peu tendre à l'égard du genre trumeau.\nDe plus en plus modeste. Voltaire avoue ailleurs, au terrible duc,\nqu'il n'a « qu'une certaine portion de talent, » et il ajoute aussitôt :\n« Que mes juges prennent bien garde que souvent il meglio e Venemico\ndel bene. » Suivons-le pendant qu'il est en veine de vraie sincérité, chose\nrare et qui dure peu chez lui, l'espace d'un éclair. « Les divertisse-\nments du premier acte ne peuvent devenir que plus mauvais sous ma\nmain. »\nAvec d'Argental, plus de liberté et moins de fausse modestie : « Je ne\nvous demande pas d'être aussi contents de la pièce avec les diver-\ntissements que madame du Châtelet et M. le président Hénault, mais je\nvous demande de l'envoyer à M. le duc de Richelieu et den paraître\ncontents... Je maintiens que la pièce est intéressante...\n« Enfin vous pouvez, je crois, envoyer le tout à M. de Richelieu et préparer\nson esprit à être content. »\nEspérant que le succès de sa Princesse pourrait le mener à mieux,\na. l'exécution de Pandore, qu'il avait tant à cœur, Voltaire sonde et fait\nsonder le terrain par ses bons amis, les chers anges.\n€ Si M. de Richelieu est content, ne pourrait-on pas alors lui faire entendre\nque cette musique, continuellement entrelacée avec la déclamation des comé-\ndiens, est un nouveau genre pour lequel les grands échàfaudages de sym-\nphonie ne sont point du tout propres? Ne pourrait-on pas lui faire entendre\nqu'on peut réserver Rameau pour un ouvrage tout en musique?... »\nMais ce n'est pas tout et nous n'en avons pas encore fini avec cette\nlettre ; il y a un post-scriptum qui donne la clef de l'importance si\nexceptionnelle que Voltaire attachait au succès de cette Farce de la"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "213", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.33", "texte": "VOLTAIRE LIBRETTISTE\n\n/\nFoire, comme il Ta si bien qualifiée dans certain sixain. Ecoutons cette\nconfidence faite à l'oreille de d'Argental :\n« Il m'est devenu important que cette drogue soit jouée, bonne ou mau-\nvaise. Elle n'est pas faite pour l'impression ; elle vaut bien la Princesse\nd'Elide (de Molière!) et c'est tout ce qu'il faut pour le courtisan; mais c'est\naussi ce qu'il me faut. Cette bagatelle est la seule ressource qui me reste,\nne vous déplaise, après la démission de M. Amelot, pour obtenir quelque\nmarque de bonté qu'on me doit pour des bagatelles d'une autre espèce dans\nlesquelles je n'ai pas laissé de rendre service... Songez plutôt ici à votre ami\nqu'à l'auteur et au solide qu'à la réputation. »\nSur ces entrefaites, le président Hénault, de retour de Cirey, où Vol-\ntaire et madame du Châtelet l'avaient enguirlandé de façon à lui ôter\ntoute liberté d'appréciation vraie, écrivait au comte d'Argenson :\n« Que dites-vous de Rameau, qui est devenu bel esprit et critique, et qui\ns'est mis à corriger les vers de Voltaire ? J'en ai écrit à M. de Richelieu deux\nfois. Ce fou-là (Rameau) a pour conseil toute la racaille des poètes; il leur\nmontrera l'ouvrage. L'ouvrage sera mis en pièces, déchiré, critiqué.,. »\nRameau n'avait pas si grand tort. En effet, que dites-vous de cet aveu\nde Voltaire, écrivant au marquis d'Argenson : « Je fais une plate\ncomédie pour l'infante dauphine? »\nA force de défaire et de refaire, cette pièce n'avançait que lentement et\nboitait de plus en plus fort. Et puis, avec Rameau, c'était un continuel\nremaniement. « Ce Rameau est aussi grand original que grand musi-\ncien. Il me demande que j'aie à mettre en quatre vers tout ce qui est en\nhuit et en huit tout ce qui est en quatre. Il est fou ; mais je tiens tou-\njours qu'il faut avoir pitié des talents. Permis d'être fou à celui qui a\nfait l'acte des Incas. »\nCe qui n'empêche pas Voltaire de dénoncer Rameau à Richelieu, pour\nqu'il le semonce d'importance.\nDe plus en plus crispé par le travail incessant de retouches et de\nrefonte qu'on lui impose, Voltaire lance un coup de boutoir à Louis\nRacine et met ses propres rimes sur la même ligne que celles du\nGuarini :\n« Si la platitude des vers du janséniste Racine a réussi à la cour, il est clair\nque des vers d'un ton agréable doivent y être mal reçus.\nIl faut jeter le Pastor fdo dans le feu, si ces vers-ci ne valent rien :\nJ'en crois asse% votre rougeur,\nC'est de nos sentiments le premier témoignage.\nC'est ïinterprète de l'honneur.\nCet honneur, attaqué dans le fond de mon cœur,\nS'en indigne sur mon visage.\n(La Princesse de Navarre, acte ni, scène n.)"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "214", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.34", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nEnfin? la Princesse de Navarre vit le jour à Versailles, le\n23 février 1745, après un an tout entier de refontes successives qui\navaient complètement modifié et même changé l'idée mère de la pièce, si\ntoutefois il y eut jamais une idée bien arrêtée dans ce pot-pourri de\ncomédie, d?opéra et de danses plus ou moins en situation.\n„Au comble de ses vœux pour le résultat poursuivi. Voltaire, dès lors\ngentilhomme de la Chambre, historiographe de France quoi encore ?\nne s9occupa plus du sort futur de sa Princesse, et quand Richelieu\ndemanda des changements soit dans les paroles, soit dans la musique de\ncet imbroglio réduit à la valeur d'un acte, Voltaire et Rameau décli-\nnèrent cette nouvelle besogne ; ce fut alors que le duc s'adressa à Jean**\nJacques Rousseau, à la fois poète et musicien des plus médiocres.\nNé en 1712,, le citoyen de Genève avait trente-trois ans au moment\noù lui fut confié ce travail qu'il accepta avec empressement, non sans\ntoutefois en informer Voltaire, dont il connaissait la susceptibilité. Voici\ncette lettre qui, par le ton et les détails, ne manque pas d'intérêt\net trouve d'ailleurs naturellement sa place ici :\n«Paris, le 11 décembre 1745,\n« Monsieur,\n« Il y a quinze ans que-je travaille pour me rendre digne de vos regards et\ndes soins dont vous favorisez les jeunes muses en'qui vous découvrez\nquelque talent. Mais, pour avoir fait la musique d'un opéra, je me trouve,\nje ne sais comment, métamorphosé en musicien. C'est, monsieur, en cette\nqualité que M. le duc de Richelieu m'a chargé des scènes dont vous avez lié\nles divertissements de la Princesse de Navarre. Il a même exigé que je fisse,\ndans les canevas, les changements nécessaires pour Jes rendre'convenables à\nvotre nouveausujet. J'ai fait mes respectueuses représentations; monsieur le\nduc a insisté, j'ai obéi. C'est le seul parti qui convienne à l'état de ma for-\ntune. M. Ballot s'est chargé de vous communiquer ces changements. Je me\nsuis attaché à les rendre en moins de mots qu'il était possible. C'est le seul\nmérite que je puis leur donner. Je vous supplie, monsieur, de vouloir les\nexaminer, ou plutôt d'en substituer de plus dignes de la place qu'ils doivent\noccuper.\n« Quant au récitatif, j'espère aussi, monsieur, que vous voudrez bien le\njuger avant l'exécution et m'indiquer les endroits où je me serai écarté du\nbeau et du vrai, c'est-à-dire de votre pensée. Quel que soit pour moi le succès\nde ces faibles essais, ils me seront toujours glorieux, s'ils me procurent l'hon-\nneur d'être connu de vous et de vous montrer l'admiration et le profond res-\npect avec lesquels j'ai l'honneur d'être, monsieur, votre très humble, etc.\n« J.-J. ROUSSEAU, citoyen de Genève. »\nVoltaire s'empressa de répondre à cette lettre qui avait dû singuliè-\nrement flatter son amour-propre ; et à l'humilité de J.-J. Rousseau, il\noffrit en échange la sienne, tout en conservant ce ton de hautaine supé-\nriorité qu'il se croyait permis vis-à-vis d'un aussi mince compagnon que\nle citoyen de Genève."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "215", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.35", "texte": "VOLTAIRE LIBRETTISTE\n\n« Le i 5 décembre.\n« Vous réunissez, monsieur, deux talents qui ont toujours été séparés\njusqu'à présent. Voilà déjà deux bonnes raisons pour moi de vous estimer et\nde chercher à vous aimer. Je suis fâché pour vous que vous employiez ces\ndeux talents à un ouvrage qui n'en est pas trop digne. Il y a quelques mois\nque M. le duc de Richelieu m'ordonna absolument de faire en un clin d'œil\nune petite et mauvaise esquisse de quelques scènes insipides et tronquées qui\ndevaient s'ajuster à des divertissements qui ne sont point faits pour elles.\nJ'obéis avec la plus grande exactitude ; je fis très vite et très mal. J'envoyai\nce misérable croquis à M. le duc de Richelieu, comptant qu'il ne servirait\npas, ou que je le corrigerais. Heureusement, il est entre vos mains, vous en\nêtes le maître absolu ; j'ai perdu tout cela entièrement de vue...\n« Je sais très bien que cela est fort misérable et qu'il est au-dessous d'un\nêtre pensant de se faire une affaire sérieuse de ces bagatelles ; mais enfin,\npuisqu'il s'agit de déplaire le moins qu'on pourra, il faut mettre le plus de\nraison qu'on peut, même dans un mauvais divertissement d'opéra»\n« Je me rapporte de tout à vous et à M. Ballot, et je compte avoir bientôt\nl'honneur de vous faire mes remerciements et de vous assurer, monsieur, à\nquel point j'ai celui d'être, etc. »\nOn sait comment plus tard ces deux hommes se brouillèrent et devin-\nrent même les plus mortels ennemis du monde, mais ceci sort du cadre\ntrès restreint de cette étude et d'ailleurs n y a aucun trait.\nIV\nLE TEMPLE DE LA GLOIRE (novembre 1745)\nEn la même année qui vit naître et mourir sa Princesse, Voltaire?\nassisté de Rameau, fit représenter un opéra de circonstance, en cinq actes,\nle Temple de la Gloire, Exécuté d'abord sur le théâtre qui avait été\nconstruit exprès pour la Princesse de Navarre, cet ouvrage fut repré-\nsenté sur la même scène, pour la seconde fois, le 4 décembre, et le 7 de\nce mois à à l'Opéra, et repris, avec des changements, le 17 avril\nsuivant.\nOn sait tort peu de chose de cette pièce sur laquelle Fréron s'égaya\npassablement, et il y avait de quoi, mais ceci n'est pas de notre sujet.\nVoltaire, dont la vanité était largement satisfaite et non épuisée, la fit\ncouler à pleins bords dans cette lettre adressée à Berger, le directeur de\nl'Académie royale de musique :\n« Il me serait bien peu séant, monsieur, qu'ayant fait le Temple de la Gloire\npour un roi qui en a tant acquis, et non pour l'Opéra, auquel ce genre de\nspectacle trop grave et trop peu voluptueux ne peut convenir, je prétendisse\nàla moindre rétribution et à la moindre partie de ce qu'on donne d'ordi-\nnaire à ceux ç[ui travaillent pour le théâtre de l'Académie de musique. Le\nroi a trop daigné me récompenser, et ni ses bontés ni ma manière de penser\nne me permettent de recevoir d'autres avantages que ceux qu'il a bien voulu"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "216", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.36", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nme faire. D'ailleurs, la peine que demande la versification d'un ballet est si\nau-dessous de la peine et du mérite du musicien; M. Rameau est si supérieur\nen son genre, et, de plus, sa fortune est si inférieure à ses talents, qu'il est\njuste que la rétribution soit pour lui tout entière. Ainsi, monsieur; j'ai l'hon-\nneur de vous déclarer que je ne prétends aucun honoraire ; que vous pouvez\ndonner à M. Rameau tout ce dont vous êtes convenu, sans que je forme la\nplus légère prétention* L'amitié d'un aussi honnête homme que vous, mon-\nsieur, et d'un amateur aussi zélé des arts, m'est plus précieuse que tout For\ndu monde. J'ai toujours pensé ainsi; et quand je ne l'aurais pas fait, je\ndevrais commencer par vous et par M. Rameau, »\nV\nLE BARON D'OTRANTE (1769)\nNous sommes arrivés au dernier libretto commis par Voltaire,—celui\nd'un opéra buffa en trois actes,\nVoici à quel sujet et dans quelles circonstances fut composé cet\nsi nous en croyons Decroix, Tun des éditeurs de Kehl :\n« Cette petite pièce fut faite pour M. Grétry, qui, à son retour d'ltalie,\navait passé six mois à Genève, d'où il se rendait fréquemment à lerney.\nM. de Voltaire et madame Denis, sur quelques essais de musique qu'il leur\nfit entendre, conçurent une si grande espérance de ses talents, qu'ils le pres-\nsèrent vivement daller les exercer à Paris ; et pour l'y déterminer d'autant\nmieux, M. de Voltaire s'offrit de travailler dans un genre nouveau, dont il\nn'osait cependant espérer, disait-il, d'atteindre la sublimité. Il donna, en\neffet, le Baron d'Otrante à M. Grétry, qui vint le présenter aux comédiens\nitaliens, comme l'ouvrage d'un jeune homme de province. Les comédiens\nrefusèrent la pièce, en avouant cependant que l'auteur n'était pas sans talent,\net qu'il promettait beaucoup. Ils engagèrent même M. Grétry à mander au\njeune homme que s'il voulait venir à Paris, on pourrait lui indiquer quel-\nques changements nécessaires pour faire admettre et représenter sa pièce, et\nqu'avec de la docilité et un peu d'étude de leur théâtre, il pourrait lui\ndevenir utile par ses travaux et se rendre digne d'y être attaché. Leur\ndéfiance venait principalement de la nouveauté de ce genre d'opéra comique,\noù l'un des principaux rôles était en italien et tous les autres en français ;\nmais si l'on a vu longtemps sur le même théâtre, dans des comédies, un\nprincipal personnage parler français et tous les autres lui répondre en italien,\npourquoi l'inverse n'aurait-il pas* réussi dans un opéra comique rempli, d'ail-\nleurs, de gaîté et de philosophie?\n« Quoi qu'il en soit, le jeune auteur reconnut son insuffisance et ne jugea\npas à propos de se déplacer. Il aima mieux renoncer à une gloire qu'il déses-\npérait d'obtenir. Cet événement empêcha M. Grétry à mettre la pièce en\nmusique et l'auteur de la Henriade et de Mahomet de faire des opéras comi-\nques. Il s'en tint à ses premiers essais, le Baron d'Otrante et les Deux\nTonneaux.\n« Il est assez remarquable que M. de Voltaire donna le premier un opéra à\nM. Grétry, comme il avait, le premier, vers 1730, donné une tragédie lyrique\nà Rameau, avant que ces deux grands musiciens se fussent encore exercés\ndans les genres où ils ont excellé. Le grand poète découvrit leur génie et\npressentit leurs succès. Si les encouragements qu'il leur donna ont pu les\ndéterminer à embrasser la carrière dramatique, on lui serait en partie rede-\nvable des chefs-d'œuvre dont ils ont enrichi la scène et des progrès qu'ils ont\nfait faire à l'art musical. Quel homme grave, à ce prix, ne pardonnerait à\nM. de Voltaire d'avoir fait des opéras comiques? »"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "217", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.37", "texte": "VOLTAIRE LIBRETTISTE\n\nQuelques mots d'histoire et de bibliographie, pour finir.\nGrétry, arrivé à Genève au commencement de 1767, écrivit à Voltaire\npour lui demander un opéra en musique ; Voltaire accueillit très\nbien le jeune compositeur qui, peu après, partit pour Paris. Ce fut le\n20 août 1769 qu'il fit représenter, sur le théâtre des Italiens, le Huron,\ndont il avait fait la musique. Marmontel avait pris le sujet dans l'ln-\ngénu. Grétry dit que ce fut pendant la nouveauté du succès de son\nHuron qu'à son grand étonnement et à sa grande satisfaction il reçut\nde Ferney le Baron d'Otrante. Il parle aussi des DeuxTonneaux,comme\nles ayant reçus vers le même temps.\nIl ne peut donc y avoir aucun doute sur la date de la composition de\nces deux pièces. Les comédiens italiens n'ayant pas]reçu le poème, il est\nà croire que Grétry ne composa sur lui aucune musique, car il n'en\nparle pas dans la liste de ses ouvrages.\nC'est dans son conte intitulé : l'Éducation d'un prince, que Voltaire\navait pris le sujet du Baron d 1 Otrante.\nMercier de Compiègne (qu'il ne faut pas confondre avec l'auteur du\nTableau de Paris) mit en vaudeville, vers 1793, l'opéra de Voltaire, et\nPa fait imprimer dans un petit volume intitulé : les Nuits de la Con-\nciergerie (an 111, 1795, in-i 8). Tout en conservant le titre de la pièce,\nil a changé le nom du principal personnage, qu'il nomme le baron de la\nBâtardière. Le travail de Mercier n'a paru sur aucun théâtre.\nLes comédiens italiens donnèrent, en 1784,/ e Duc de Bénévent, drame,\nhéroïque en trois actes, par Renquil Lieutaud.\nLe Prince de Catane, opéra en trois actes, paroles de Castel, musique\nde Nicolo Isouard, fut joué le 4 mars 1813 sur le théâtre de l'Opéra-\nComique.\nCes deux pièces, dont le sujet est le même que le Baron Otrante,\nsont imprimées.\nMentionnons encore pour simple mémoire, les Deux Tonneaux,\nesquisse d'un opéra comique en trois actes, auquel l'insuccès de son\naîné empêcha Voltaire de donner suite.\nEt voilà le bilan de Voltaire librettiste : quatre opéras, dont deux non\nreprésentés, les deux autres honorés à peine de quelques soirées, et, pour\nclore la liste, un opéra comique refusé, plus une ébauche restée dans les\nlimbes profonds de l'oubli, dont personne ne s'avisera peut-être jamais\nde la tirer pour lui donner une forme définitive.\n\nCH. BARTHÉLEMY."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "218", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.38", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nCONCERTS DU CONSERVATOIRE : Ouverture des Francs-Juges, de Berlioz; Fragments de\nl'Orphée, de Gluck. CONCERTS POPULAIRES : Prélude de Tristan et Iseult, de\nWagner. - CONCERT NATIONAL : Symphonie romaine, de Mendelssohn; Scherzo,\nde Cherubini ; le Rouet d'Omphale, de Saint-Saëns ; Concerto en sol, de Beethoven ;\nScènes pittoresques, de Massenet; Scènes d'enfants, de R. Schumann ; Fragments de\nVArtésienne, de G. Bizet. CIRQUE D'ÉTÉ (CONCERTS D'HARMONIE SACRÉE) : Audi-\ntion de Judas Machabée, de Haendel.\nONCERTS DU CONSERVATOIRE. La Société des Con-\ncerts a repris ses séances qu'un auditoire non variable\nsuit avec une sympathie non diminuée. Le programme\ndes deux premiers concerts a laissé, comme\nà désirer. Puisqu'on consent enfin à nous faire enten-\ndre les œuvres de Berlioz, on devrait choisir sa mu-\nsique la mieux caractérisée.\nL'ouverture des Francs-Juges appartient à l'efflorescence rodomonde\ndes débuts du maître. C'était avant iB3o, dans ces fébriles années qu'a~\nvivait une révolution à la fois politique, littéraire, philosophique et\nreligieuse. Berlioz voulut que la musique prît sa part dans cette rénova-\ntion intellectuelle. Il fit entendre une messe qui, dans deux auditions\nsuccessives, fut mal acueillie. Vinrent ensuite l'ouverture de Wawerley\net celle des Francs-Juges. Il prétendait à cette époque rendre percepti-\nbles à l'esprit, à l'aide des sonorités combinées, tous les détails d'un livret\nbien choisi et dûment approprié. Cette rage d'harmonie imitative s'at-\nténua avec le temps et, dans les œuvres qui suivirent, on put comparer\nBerlioz à Delacroix et dire aussi de lui qu'il a introduit dans son art les"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "219", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.39", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nhardiesses les plus imprévues du mouvement et de la couleur. Ce sont\nces œuvres d'un talent mûri, dégagé de ses gourmes, épuré de ses scories,\nque la Société des Goncerts devrait par préférence soumettre à notre\nappréciation. Quand le choix a été bon, Berlioz a toujours été applaudi\nau Conservatoire. Cette fois, le public est resté en suspens devant cette\nfolle bravade d'un musicien qui prend l'excentricité pour la force, et il n'a\npas désapprouvé; mais il n'a pas applaudi, ce qui est bien sévère.\nLe fragment symphonique de Gluck, lorsqu'Orphée entre aux Champs-\nElysées, a été bissé dans les deux séances. Ce morceau est tout à fait à sa\nplace dans la salle minuscule du Conservatoire, qui semble construite\npour l'irréprochable exécution de la musique de l'idéal. Cette merveille\nde Gluck, avec ses harmonies vaporeuses, ses mélancoliques mélodies,\nson instrumentation affaiblie et douce, ses acompagnements ouatés de\ncaresse et de tendres palpitations, nous donne, comme à travers un divin\nmurmure, l'idée ou plutôt le rêve d'une sérénité céleste, sans trouble\ncomme sans fin. C'est un incomparable morceau de concert. A Cologne,\nà Hambourg, à Stuttgart, Y Orphée de Gluck est exécuté en entier au\nconcert, sans décors, absolument comme un oratorio et il est toujours\napplaudi sous cette nouvelle forme, qui met bien plus en vue toute cette\nadmirable composition. Nous indiquons ce fait à M. Deldevez, qui\ndoit savoir aujourd'hui combien il est peu facile d'assortir toujours les\nmorceaux qu'il exécute à la magique salle du Conservatoire. Le mor-\nceau de Gluck y scintille comme une pierre de prix bien sertie. En\nrevanche, les chœurs d'Haendel, qu'on a chantés dans ces deux mêmes\nséances, n'y ressortent que par une beauté brutale qui devient une\ngrandiose magnificence lorsqu'on transporte ces chœurs dans nos gigan-\ntesques cirques en présence de cinq mille auditeurs. Nous avons même\nremarqué au cirque d'Été que des chœurs qui semblaient\npauvres et revêches lorsque la salle est à demi pleine, reprennent leur\nampleur, leur solidité, toute leur majesté, lorsque, de haut en bas dans\nl'immense circonférence, tous les bancs sont peuplés d'auditeurs pressés.\nMaurice Gristah\nCONCERTS POPULAIRES„ ■— Prélude de Tristan et Iseult de Wagner.\nLe grand événement de cette c'est la première audition du\nprélude de Tristan et Iseult, de Wagner. Cette audition a soulevé un\nvéritable orage, nous nous y attendions; nous y sommes habitués. L'ou-\nverture de Tannhauser et le prélude de Loliengrin ont eu le même sort\nà l'origine; on les a sifflés le premier jour, aujourd'hui on les applaudit;"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "220", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.40", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nil en sera de même pour Tristan. Laissons donc de côté ces manifesta-\ntions dictées plutôt par un patriotisme de convention que par un senti-\nment artistique vraiment éclairé; la personnalité de M. Wagner n'a rien\nà voir en cette affaire : c'est son œuvre seule que nous devons examiner,\nc'est elle seule que nous allons essayer d'analyser, froidement, sans parti\npris et abstraction faite des considérations étrangères à l'art qui plaident\npour ou contre Fauteur.\nTristan et Iseult fut composé à Venise de 1851 à 185 8; Wagner avait\ndéjà fait représenter le Vaisseau Fantôme, Tannhauser et Lohengrin, il\ntravaillait à sa grande tétralogie des Nibelungen. « Mon système_, écrit-\nil dans sa Lettre sur la musique, n'avait reçu dans ces trois premiers\npoèmes qu'une application fort restreinte ; il en est tout autrement de\nTristan, et Ton peut apprécier cet ouvrage d'après les lois les plus\nrigoureuses qui découlent de mes affirmations théoriques, non pas qu'il\nait été modelé sur mon système, car j'avais alors oublié absolument toute\nthéorie; ici, au contraire, je me mouvais avec la plus entière liberté, la\nplus complète indépendance de toute préoccupation théorique, et, pen-\ndant la composition, je sentais de combien mon essor dépassait même les\nlimites de mon système. Croyez-moi, il n'y a pas de félicité supérieure à\ncette parfaite spontanéité de l'artiste dans la création, et je l'ai connue,\ncette spontanéité, en composant mon Tristan. y> Après avoir été déclaré\ninexécutable à Vienne, où on l'avait mis à l'étude sur Tordre exprès de\nl'empereur d'Autriche, Tristan et Iseult fut représenté, pour la première\nfois, dans la capitale de la Bavière, le io juin 1865. Nous n'avons pas à\ndiscuter, dans son ensemble, une œuvre remplie d'exagérations violen-\ntes et d'erreurs déplorables, mais dans laquelle le génie du maître s'est\nélevé souvent à des hauteurs où le génie humain réussit bien rarement à\natteindre; le prélude doit seul nous occuper. Ce prélude a une signifi-\ncation bien précise, que M. Pasdeloup a eu l'heureuse idée de définir\nclairement dans ses programmes. « Tristan, qui a épousé Iseult au nom\nde son roi, est déjà amoureux d'elle, mais il réprime cette passion déloyale.\nUn philtre qu'ils boivent tous deux par méprise, leur fait tout oublier.\nIls s'avouent leur amour mutuel, insensibles désormais à toute gloire, au\nsentiment de la foi jurée, à l'amitié, à l'honneur, ils se plongent dans\ncette passion dévorante sans rien voir autour d'eux. C'est cet amour,\ntimide d'abord, puis plus hardi, plus violent, et enfin désordonné, que\nl'auteur a voulu peindre dans l'introduction de son opéra. »\nWagner a appliqué scrupuleusement, dans la composition du prélude\nde Tristan, les principes théoriques qu'il avait exposés dans son très\nremarquable travail sur V Ouverture."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "221", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.41", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nCes principes peuvent se résumer de la manière suivante. Il y a plu-\nsieurs façons de concevoir l'ouverture : à quel système faut-il donner la\npréférence? Dans un premier système, l'ouverture a pour but d'indiquer\nen larges traits et par un développement purement musical la pensée\ndirigeante du drame, sans cependant qu'il se trouve dans le tissu mu-\nsical un seul endroit qu'on puisse rapporter directement à la marche de\nl'action; telle est l'ouverture de Don Juan. Dans un autre système,\nl'ouverture constitue un véritable drame musical, un drame vivant de\nson existence propre, créé à l'occasion d'une pièce de théâtre. Ce n'est\nplus un simple morceau d'harmonie, destiné à préparer au caractère de\nl'action, c'est une explication anticipée du drame tout entier concentré\nen elle avec son dénouement; telle est l'ouverture de Léonore.\nEnfin, dans un dernier système, qui est celui de Wagner, et dont l'ou-\nverture d'lphigénie en Tauride est restée le plus parfait modèle,\nl'ouverture ne doit être qu'un prologue idéal, ayant pour but de trans-\nporter notre esprit « dans ces sphères élevées où il se recueille loin de\ntoute préoccupation extérieure » et de l'amener à comprendre l'action\nqui va suivre. Elle ne doit pas entreprendre de peindre une action\ntelle que le drame peut seul en représenter, mais viser uniquement\nà un genre d'expression compatible avec la musique instrumentale.\nVoilà les principes, voyons maintenant comment le musicien a su les\nmettre en œuvre.\nLe drame nous retrace les différentes péripéties de l'amour d'lseult et\nde Tristan. L'idée dirigeante du drame c'est l'amour, c'est à cette idée\nqu'il s'agit de nous préparer et de nous assimiler. Le prélude prend donc\ncette pensée, considérée au point de vue abstrait et dégagée de tous les\ndétails du drame, il la développe par les moyens spéciaux à la musique\ninstrumentale et l'amène à une conclusion correspondant au dénoue-\nment de l'action scénique. A travers les mille enchevêtrements du tissu\nmusical, l'esprit suit les transformations successives de cet amour, d'a-\nbord chaste et contenu, puis s'échauffant par degrés, passant par tous\nles ravissements de la félicité humaine et s'exaltant peu à peu jusqu'au\ntumultueux délire de la passion inassouvie, pour retomber, énervé de\nvolupté, dans les extases alanguies de la passion satisfaite. Il se laisse\naller à ce courant irrésistible qui l'entraîne loin des sentiers battus, qui\nle trouble et le jette tout étourdi dans un monde de sensations incon-\nnues. Ce n'est plus l'émotion produite par le charme de Mozart, la séré-\nnité d'Haydn, la sublimité de Beethoven, la poésie et la sensibilité de\nWeber et de Mendelssohn, c'est une impression étrange, presque dou-\nloureuse et dont la persistance finit par produire une sorte de malaise"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "222", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.42", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nsingulier. L'auditeur se sent dominé et en quelque façon terrassé par la\npuissance d'effet et l'intensité d'émotion qui se dégagent de cette œuvre\nsi attachante; son cœur se serre, son oreille est irritée-, et il arrive un\nmoment ou, involontairement, tout son être se soulève contre cette force\nimplacable qui Tétreint et l'asservit. Mais, c'est en vain qu'on se révolte\ncontre Wagner, il faut toujours l'écouter, et les impressions qu'il laisse\nsont de celles qui ne s'effacent jamais. L'œuvre a pu paraître étrange,\nféroce, désordonnée, n'importe, on sent instinctivement que c'est l'œu-\nvre d'un grand maître et que le souffle du génie a passé par là.\nH. Marcello.\nCONCERT NATIONAL. Désigné par la direction de la Chronique\nmusicale pour faire le compte-rendu pendant la saison présente du Con-\ncert national, au lieu de celui des Concerts populaires, qui m'était dé-\nvolu Tannée dernière, je me trouve, pour le moment, comme un homme\nqui vient de faire un déménagement et qui n'est pas encore habitué à\nson nouvel appartement. Heureusement qu'au premier concert de la\nsaison, M. Colonne n'a rien fait entendre d'inconnu, de sorte que j'ai\npu commencer à habituer mon oreille aux conditions différentes de so-\nnorité qui existent entre le Châtelet et le Cirque d'hiver, avant d avoir à\nme prononcer sur le mérite de quelque œuvre inédite, la Symphonie\nromaine, de Mendelssohn, le Scherzo, de Cherubini, le Rouet dCOm-\nphale, de M. Saint-Saëns, le concerto en sol, de Beethoven, et les Scènes\npittoresques de M, Massenet, étant toutes pièces connues et jugéeso\nM. Saint-Saëns a merveilleusement exécuté le concerto de Beethoven,\net le Rouet d'Omphale a été très acclamé. Uair de ballet, de la suite\nd'orchestre de M. Massenet, a été bissé. J'aurais préféré, pour ma part,\nentendre deux fois F Angélus, morceau très champêtre et rempli de jolis\ndétails d'orchestre, que Y air de ballet, qui ne ressemble en rien à une\ndanse. La Fête Bohême, qui a terminé les Scènes pittoresques et le\n.concert, a fait ressortir au plus haut point la perfection de l'orchestre\nde M. Colonne et la vigoureuse et entraînante direction de son habile\nchef.\nDeuxième concert. Rien non plus d'inédit dans ce second concert,\nsauf l'arrangement pour instruments à cordes idée assez excentrique*\ndu reste de cinq petits morceaux de piano, par R. Schumann, connus\nsous le nom de Scènes d'enfants*\nSur la série entière, qui se compose de treize morceaux, M. Godard à\ntait choix de cinq, qu il a très ingénieusement instrumentés. Bien que"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "223", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.43", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\npar la nature de ces petites bluettes, un vaisseau moins vaste que le\nthéâtre du Ghâtelet semblât mieux leur convenir, le public les a favora-\nblement accueillies et en a même bissé une. Donc, tout le monde doit\nse tenir pour satisfait. Ce que j'y ai trouvé de plus saillant, c'est l'excel-\nlence de l'orchestre de M. Colonne, qui, malgré le nombre très considé-\nrable de ses instrumentistes à cordes, est arrivé à des effets de piano inouïs\n(sans calembour), et cela sans que la justesse ait jamais bronché d9un\ncheveu. Le reste du concert se composait de la symphonie en ut mineur\nde Beethoven, du 4e concerto, pour violon, par Vieuxtemps, admirable-\nment exécuté par M. Marsick, à la scène des Champs-Élysées,\noù M. Cantié a joué avec beaucoup de talent le solo de flûte, et à des\nfragments de VArtésienne, par M. G, Bizet, parmi lesquels le Carillon\nest une page ravissante.\nEspérons que d'après l'organisation définitive des concerts du Ghâ-\ntelet, sous la direction de M. E. Colonne, et le patronage d'une asso-\nciation artistique, dont M. AmbroiseThomas est le président honoraire,\net qui compte, dans les deux sexes, environ cent soixante membres ho-\nnoraires parmi Félite de l'aristocratie de la naissance et du talent, ces\nconcerts, destinés à la diffusion de la belle et bonne musique dans tous\nles rangs de la société, prospéreront de plus en plus..\nHenry Cohen.\nCIRQUE D'ETÉ. Audition de Judas Machabée. Décidément,\ndu train dont les grandes exécutions musicales commencent à marcher,\nle Cirque des Champs-Elysées va sous peu devenir YExeter hall de\nParis. Tout y est, choix admirable de compositions, orchestre parfait,\nchœurs d'une précision mathématique, solistes d'un talent reconnu, chef\nd'orchestre des plus renommés, tout enfin, sauf malheureusement le local,\nqui n'est en rien digne d'un si bel ensemble. Quand enfin Fédilité pari»\nsienne reconnaîtra-t-elle qu'il faut, pour l'honneur de la capitale des\nbeaux-arts, que la France ait pour les solennités musicales son Crystal-\npalace, tout comme l'Angleterre, sinon dans Penceinte de Paris, du\nmoins à sa proximité, comme Sydenham, qui est aux portes de Londres?\nCar enfin, M. Lamoureux et M* Pasdeloup ont beau il leur est\nimpossible d'obtenir d'une salle circulaire, dans laquelle les auditeurs\nsont placés tout autour de l'orchestre et des chœurs, les mêmes résultats\nde sonorité que si la très grande majorité du public était assise en faceé\nAinsi, ceux qui sont placés à gauche entendent plus les voix d'hommes\nque les voix de femmes c'a été mon cas àla premièrg audition de"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "224", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.44", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nJudas Machabée, et ceux qui sont placés à droite, entendent proba-\nblement plus les sopranos et les contraltos que les ténors et les basses.\nCes fâcheuses réflexions faites, je dois constater le très grand succès\nobtenu, le 19 de ce mois, par la première audition de Judas Machabée.\nCet oratorio, composé du 9 juillet au 11 août 1746 ( trente-deux jours\nen tout! ), et exécuté pour la première fois à Covent-Garden le icr avril\n1747, avait été commandé à Haendel (1) par Frédéric, prince de Galles,\npour célébrer le retour de son frère, le duc de Cumberland, qui gagna le\n16 avril 1746 la bataille décisive de Culloden. Très différent de formes\ndu Messie et de la Fête d'Alexandre, où une voix récitante raconte tou-\njours ce qui va se passer, Judas Machabée, quoique intitulé oratorio,\nest un parfait opéra en trois actes, peu mouvementé, il est vrai, mais\navec décorations indiquées dans la partition, tableaux, changements à\nvue et chœurs inhérents à l'action dramatique, et qui ne pourrait que\ngagner énormément à être représenté en costumes sur un théâtre. Du\nreste, la tentative de mettre en scène les oratorios de Haendel a déjà eu\nlieu à Londres en 1833, et avec succès. Mais lorsque la première repré-\nsentation de son oratorio de Jephté fut annoncée pour le 19 février 1834,\nle lord chambellan Belfort y mit stupidement son veto et, malgré tout le\ndésir des Anglais, la reine Adélaïde et l'évêque de Londres l'interdirent\nformellement.\nAprès une courte ouverture composée, comme la plupart des ouver-\ntures de ce temps-là, d'un andante et d'une fugue, le premier acte\ndébute par un chœur où le peuple d'lsraël, groupé autour d'une tombe,\npleure la mort de son chef Matthatias. Ce chœur est d'une beauté solen-\nnelle et grandiose, et rappelle involontairement, quoique écrit longtemps\nauparavant, le beau chœur funèbre qui sert d'introduction à Orphée.\nGluck, évidemment, a dû s'inspirer de HaendeL A ce chœur, succède un\ncourt récitatif et un duo chanté par madame Brunet-Lafleur et made-\nmoiselle Jenny Howe, jeune Américaine douée d'un charmant soprano.\nLe chœur qui suit : « Hélas ! notre heure est proche » est sublime et\nrend admirablement ces beaux vers que M. Wilder, malgré l'élégance\nde sa poésie, n'a pas traduits : « For Sion lamentation make, With\nwords that weep and tears that speak. )> « Exhalez votre lamentation\npour Sion avec des paroles qui pleurent et des larmes qui parlent. » Le\nchœur suivant, « O roi des cieux! » a été chanté avec des nuances d une\ndélicatesse parfaite. Ensuite est venu M. Gailhard qui a magistralement\ninterprété, avec sa belle voix et une émotion toujours croissante, l'air\n\n(i) Nous donnons dans ce numéro un dessin d'après une gravure anglaise de 1747,\nreprésentant Haendel couronné par le Génie de la Musique."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "225", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.46", "texte": "pompeux: « Arme ton bras, réveille-toi, Judas! » qui conduit à un\nchœur magnifique et plein d'une véritable chaleur dramatique. M. Ver-\ngnet, succédant à M. Gailhard, a chanté, avec son talent habituel, un air\nfort difficile, 011 pourrait même dire ingrat : « L'esprit de Dieu s'éveille\nen moi.» Le chœur fugué : « Tirons notre glaive, » est d'une conception\noriginale, étant écrit à trois parties, pour contralto, ténor et basse. L'air\nsuivant par M. Vergnet : « Qu'importe ma mémoire! » a le défaut d'être\nécourté, et malheureusement le succès de l'artiste en a souffert. Enfin le\npremier acte se termine par un beau chœur fugué qui a été parfaite-\nment chanté.\nSignalons pendant l'entr'acte une très délicate attention de la part de\n1 éditeur de Judas Machabée, M. rfeugel, qui a fait distribuer des exem-\nplaires de la partition complète à tous les représentants de la presse mu-\nsicale, qui se trouvaient dans la salle.\nLe second acte commence par un chœur vigoureux, qui a été vaillam-\nment enlevé par les excellents choristes choisis par M. Lamoureux, et\nauquel succède le grand air : « Voici venir ton roi, » que mademoiselle\nJenny Howe a chanté d'une manière tout à fait satisfaisante. Suit un\ncourt duo entre mademoiselle Jenny Howe et madame Brunet-Lafleur,\net un beau chœur, après lequel M. Gailhard a électrisé le public par la\npuissance et la sûreté qu'il a déployées dans l'air : « S'il faut des mira-\ncles. » La formidable difficulté des roulades dont il est rempli, a été\nvictorieusement résolue par ce grand artiste, qui fait doublement regretter\nque Judas Machabée ne soit pas représenté avec costumes et décors.\nM. Vergnet est venu ensuite recueillir sa part d'applaudissements dans\nl'air éclatant : « Sonne clairon, » magnifique appel aux armes, où\nl'explosion subite des timbales s'unit aux bruyantes fanfares des trom-\npettes, et qui se termine par un chœur du plus haut élan dramatique.\nHaendel prodiguait peu les timbales dans son instrumentation; aussi\nproduisent - elles toujours un effet prodigieux quand elles entrent\ninopinément.\nMademoiselle Baldi, élève de M. Roger, m'a-t-on dit, est une jeune\npersonne très jolie et qui possède une voix d'une pureté remarquable.\nElle a chanté avec une grâce parfaite le charmant air : « Peuple, ferme\nl'âme. » Son trille laisse encore un peu à désirer, mais il ne manque pas\nd'un certain effet. Un chœur fugué magnifique termine le second acte.\nQu'il me soit permis de reprendre haleine un moment, pour faire obser-\nver que la partition de Judas Machabée n'a pas été exécutée dans son\nentière intégrité, et que des coupures assez nombreuses, mais fort intel-\nligentes, ont été faites par M. Lamoureux dans l'intérêt de l'œuvre.\n\nVI.\nREVUE DES CONCERTS\n15"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "226", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.47", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nEn effet, sans vouloir appliquer à cet oratorio le mot célèbre d'Auber :\nce Ce qu'on coupe n'est jamais sifflé, » il est certain qu'il fallait avant\ntout éviter que le public éprouvât un seul moment de fatigue ou d'ennui,\net c'est à quoi M. Lamoureux est parvenu, quoiqu'il ait dû certaine-\nment lui en coûter de supprimer des morceaux aussi beaux que le duo\navec chœurs *• (c A nos voix donnons l'essor, » et Pair de l'israélite *. « Être\nlibre. »\nLe troisième acte, splendide d'un bout à l'autre, s'ouvre par l'air :\n« O maître auguste, » chanté par madame Brunet-Lafleur. Ce mor-\nceau, tout à fait écrit pour contralto, a été parfaitement interprété, mais\nil est loin de faire ressortir toutes les qualités de sa voix. Ceux qui\nl'ont entendue dans la Bohémienne, savent quelles belles notes hautes\nelle possède. Le ravissant air qui suit : « Alors nos filles danseront, »\nchanté par mademoiselle Jenny Howe, est d'une fraîcheur à faire jurer\nqu'il ne date que d'hier. Tout à coup le programme annonce un change-\nment de tableau. En voici le texte abrégé. « Un faubourg de Jéru-\nsalem. Les maisons sont pavoisées de fleurs et d'oriflammes. Une\nfoule nombreuse attend l'arrivée des troupes victorieuses. » Alors éclate\nl'admirable choeur: « Lève la tête, peuple d'lsraël, » (ci-devant:\n« Chantons victoire), » qui est célèbre dans le monde entier. Chose\nbizarre! ce morceau, le seul de Judas Machabée qui soit généralement\nconnu, ne faisait pas, dans l'origine, partie de cet oratorio ;M. Victor\nSchœlcher, qui, dans sa Vie de Haendel, a compulsé tous les documents\nexistants, nous apprend que, composé primitivement par Haendel pour\nson oratorio de Josué, écrit après Judéis Machabée, il n'y fut intercalé\nque plus tard. Quoi qu'il en soit, après la marche triomphale, qui se lie\nd'une manière indissoluble à ce chef-d'œuvre, vient un chœur d'une\npuissance inouïe : « Dieu d'Abraham. y> Messieurs et mesdames les\nchoristes en ont détaché les vocalises dont il est hérissé, avec une netteté\nqui n'a d'égale que la sûreté de leurs intonations. M. Auguez,\nmodestement assis parmi les chœurs, s'est ensuite levé et a dit,\nd'une voix de basse vibrante et sonore, un récitatif d'une douzaine\nde mesures, qui lui a valu d'unanimes applaudissements. Un air assez\ncourt, mais d'un beau caractère, a été encore chanté par M. Gailhard, et\nl'audition s'est terminée par un pompeux Alléluia.\nA tout prendre, malgré le mérite transcendant du Messie, que les\nAnglais regardent comme le Master-piece, ou chef-d'œuvre de Haendel,\nje ne serais pas étonné que le public parisien, peut-être même tout le\npublic français, donnât la préférence à Judas Machabee« Cette œuvre est\nsi pleine de mouvement, si dramatique, si remplie de motifs faciles à"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "227", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.48", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nretenir, tels que ceux de : « Arme ton bras; » « Sonne clairon; » ((Alors\nnos filles danseront; » « Lève la tête; » et le sujet, sans être émotionnant\ncomme ceux de la Favorite ou des Huguenots, l'emporte tellement sur\nle Messie, sous le rapport de l'intérêt, qu'il n'est nullement impossible\nqu'il obtienne un succès .plus général.\nLa part faite au compositeur, aux artistes chantants et à la magistrale\ndirection de M. Lamoureux» il ne faut point ménager les éloges juste»*\nment mérités qui reviennent à M. Fissot, qui a tenu, avec une rare\nintelligence, le difficile emploi d'accompagnateur à l'orgue, non plus qu'à\nmessieurs les instrumentistes qui ont exécuté les difficiles parties de\ntrompette et la fameuse phrase du chœur « Lève la tête,» où le cor en sol\ndoit donner Yut aigu, avec une fermeté digne des grandes exécutions\nde Londres,\nUn mot encore sur la traduction, ou plutôt Y adaptation du poème\nanglais de Morell à la partition de Haendel, par M. Wilder. Sa poésie\nest élégante et a le grand mérite d'être parfaitement musicale ; mais de\nmême que j'ai blâmé M. Bannelier d'avoir traduit en prose le récitatif\nde la Passion selon saint Matthieu, je blâmerai M. Wilder d'avoir ap-\npliqué des vers blancs au récitatif de Judas Machabée et delà Fête\nd\\ Alexandre. Que ce soit plus commode, cela est indubitable; mais que\nce soit plus logique, parce que le récitatif n'est pas du chant, c'est un\npoint que je me permettrai de contester absolument. La poésie française\nexige aussi rigoureusement la rime que les poésies grecque, ita-\nlienne et anglaise exigent la prosodie.\n\nHenry Cohen."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "228", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.49", "texte": "REVUE DES THÉATRES LYRIQUES\n\nOPÉRA-POPULAIRE. Ouverture. Les Parias (première représentation). Les Amours du\nDiable (reprise). —• THÉÂTRE-VENTADOUR : Il Trovatore.\nAUVRE Opéra-Populaire ! théâtre infortuné Î son en-\nfantement a été bien long, bien laborieux, entouré de\ndifficultés de toutes sortes, et voilà qu'à peine venu\nau monde on affirme que son existence est remise en\nquestion et qu'il pourrait bien disparaître plus rapide-\nment qu'il n'est apparu î Les bonnes idées ont décidé-\nment un chemin terrible à faire avant d'aboutir, et meilleures elles sont,\nplus âpre et plus prolongée semble être la route qu'elles sont obligées de\nparcourir.\nC'était cependant une grande et généreuse idée que celle d'un Opéra\nvéritablement populaire, accessible à toutes les bourses comme à toutes\nles intelligences, et destiné à faire pénétrer la grande musique drama-\ntique jusqu'aux dernières couches de la société, de même que les con-\ncerts populaires y ont fait pénétrer la grande musique symphonique.\nIl est vrai que, pour réussir dans une telle et si vaste entreprise, il eût\nfallu peut-être un tout autre programme que celui qui avait été conçu\npar les promoteurs de l'idée. Pour frapper la foule, il fallait lui offrir\ntout d'abord, non une œuvre nouvelle, toujours discutable et discutée,\nquelle qu'en soit la valeur, mais une œuvre consacrée, connue tout au\nmoins, dont l'effet sur la masse eût pu être en quelque sorte prévu et\ncalculé d'avance, et dont, sinon le succès, du moins l'effet fût certain.\nJe sais bien que cela n'est pas facile en ce qui concerne le drame ly-\nrique, l'Opéra tenant à son répertoire et n'étant pas disposé sans doute à\nle réduire au profit d'une entreprise presque rivale. Cependant, l'Opéra\nne pouvant songer à immobiliser sans profit ce répertoire, et n'en utili-"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "229", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.50", "texte": "REVUE DES THÉÂTRES LYRIQUES\n\nsant pour lui qu une dizaine d'ouvrages à peine, il me semble qu'on au-\nrait pu faire un choix dans les autres et s'en approprier quelques-uns.\nDans les œuvres presque contemporaines, il n'aurait pas été difficile, je\ncrois, de s emparer de Charles VI ou de la Heine de qui au-\nraient fait assez bonne figure sur l'affiche d'un théâtre populaire. En\nîemontant un peu plus haut, on aurait trouvé la Vestale et Fernand\nCorte\\. Enfin, en reculant encore, on se serait vu en présence de cer-\ntains chefs-d'œuvre admirables dont, avec une bonne interprétation,\n1 effet eût été saisissant : Armide et les deux Iphigénie, de Gluck,\nDidon, de Piccinni, Œdipe à Colone, de Sacchini, et quelques autres\nencore.\nJe crois qu'il eût mieux valu, pour le Châtelet ainsi transformé, affir-\nmer son genre et ses désirs à l'aide d'un de ces ouvrages, que d'offrir\ntout d'abord au public un opéra inédit, qu'elle qu'en pût être la valeur.\nMalheureusement, celui qui a servi à l'ouverture du théâtre, et qui était\nintitulé les Parias, ne semblait pas de nature à exciter un vif intérêt et\nà passionner les auditeurs. Cet ouvrage, dont le nombre des représenta-\ntions n'a pas dépassé celui des actes il en comptait trois était dû\nà MM. Hippolyte Lucas et Leroy pour les paroles, à M. Edmond Mem-\nbrée pour la musique, Il serait difficile de rencontrer un livret plus\nmédiocre, plus banal, plus mal conçu et mal venu, plus dénué d'intérêt,\nd'action, de vie et de mouvement, plus mal écrit, en un mot, plus\nfâcheux sous tous les rapports que celui des Parias. Qu'avait donc fait\nau ciel M. Membrée pour oser se charger de mettre une pareille chose en\nmusique? Et quelle confiance ne devait-il pas avoir en son talent., pour\nsupposer qu'il en pourrait tirer quelque parti!\nLa vérité est que le musicien a donné, en dépit de tout, des preuves\nd'un talent incontestable ; que certaines pages de sa partition sont remar-\nquables à divers points de vue; qu'on y découvre parfois un sentiment\npoétique très intense, comme dans la scène du premier acte entre les\ndeux amoureux ; que l'effet dramatique y est quelquefois puissant,\ncomme dans la belle et noble scène du Credo qui termine le second acte;\nque l'instrumentation est fouillée, intéressante et neuve à de certains\négards. Mais aussi, et grâce surtout aux défauts du poème, la musique\ndes Parias est monotone, monocorde, monochrome, sans vie et sans\nchaleur la plupart du temps, dépourvue surtout, à part cette scène du\nCredo que je viens de de ces grands élans pathétiques et fougueux\nqui vous prennent aux entrailles, qui savent remuer une salle jusqu'en\nses plus secrètes profondeurs, et qui sont l'essence même du drame\nlyrique, dont ils constituent, si Ton peut dire, la force de projection."}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "230", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.51", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nQuel intérêt le public peut-il prendre aux insupportables prédications\nde saint François Xavier, aux objurgations incessantes d'un chef de brah-\nmanes, aux roucoulements amoureux du paria Gadhi, aux malheurs\npresque ridicules de la belle Maya, sa maîtresse, à ce\nqui se présente sous la forme d'un vaisseau portugais traversant au loin\nune merde carton?... Tout cela est puéril, parfois burlesque, et toujours\nanti-scénique j si bien que non-seulement le public n'est pas intéressé,\nmais encore qu'il est absolument incapable de comprendre le semblant\nd'action que les auteurs ont prétendu faire dérouler sous ses yeux. On\npeut donc dire, en toute justice, que le musicien a été trahi par ses\ncollaborateurs, et lon peut croire qu'il eût été beaucoup mieux inspiré\nsi le texte qui lui était confié eût été moins absolument exécrable.\nEn ce qui concerne 1 interprétation de l'ouvrage, il faut tirer de pair une\nvéritable artiste, mademoiselle Fursch-Madier, chargée du rôle de Maya,\net qui l'a joué et chanté de façon à provoquer à diverses reprises les ap-\nplaudissements de toute la salle. M. Petit, engagé spécialement pour\njouer le rôle aussi important qu'insupportable de François Xavier, sem-\nble avoir perdu une partie des qualités qui l'avaient signalé naguère à\nl'attention du public du Théâtre-Lyrique5 toujours est-il que sa voix\nchevrote aujourd'hui d'une façon lamentable. Quant à M. Prunet, qui\npersonnifiait le paria Gadhi, je ne trouve rien de particulier à en dire.\nMais il serait injuste de ne pas remarquer que M. Maton est un chef\nd orchestre de premier ordre, et de ne pas le féliciter hautement des\nrésultats si excellents obtenus par lui, au point de vue de l'ensemble,\ndès les premières représentations.\nLa repiise des Amours du diable a été beaucoup mieux accueillie par\nle public que la première représentation des Il faut convenir,\nd'ailleurs, qu'avec son style de vaudeville de 1830, avec son esprit vieillot\net démodé, avec ses scènes empruntées un peu çà et là et réunies sans grand\nsouci de la vraisemblance, le livret de M. le marquis de Saint-Georges\nest encore beaucoup meilleur que celui des Parias. En ce qui concerne\nla musique de Grisar, elle est toujours alerte et vive, enjouée parfois,\npassionnée à l'occasion, constamment en scène, et payant de sa personne.\nSi quelques passages sont moins bien venus, comme la scène du rapt\net de l'orage, d'autres sont exquis, comme le tableau de la mort d'Urielle.\nBref, le succès des Amours du Diable a été complet, aidé qu'il était par\nle talent très véritable, quoique un peu bourgeois, de madame Mélanie\nReboux, qui est vraiment aimable dans le personnage d'Urielle, qu'elle\njoue avec grâce et chante avec goût. M. Nicot mérite aussi des éloges\npour la façon dont il s'acquitte de sa tâche dans le rôle de Frédéric, où il"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "231", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.52", "texte": "REVUE DES THÉÂTRES LYRIQUES\n\na fait preuve, comme chanteur, de sentiment, de tendresse et de passion.\nLes autres rôles sont suffisamment tenus par mesdemoiselles Foliari\n(Lilia), Vidal (Phœbé), Aujac (Peters), Bonnesseur (Belzébuth) et\nPéters (Bracacccio). Chœurs et orchestre, excellents encore cette fois,\ntout comme dans les Parias, décors très beaux et parfois tout à fait\nremarquables, mise en scène très réussie, costumes d'une rare richesse\net d'un goût parfait, trucs amusants.\nOn sait que le théâtre Ventadour prépare l'inauguration de ses repré-\nsentation françaises. En attendant, M. Bagier continue de passer en\nrevue son répertoire, et l'autre semaine le théâtre Ventadour a donné\nune représentation du Trovatore, avec madame Pozzoni et M. Fernando\ndans les deux rôles de Leonora et de Manrico. Madame Pozzoni est\ndécidément une artiste d'un talent très réel, quoique parfois un peu\nexagéré, quoique manquant par instants de goût et de mesure. Elle a eu\nde très bons moments dans ce rôle de Leonora, particulièrement dans le\nduo avec Manrico et dans la grande scène du Miserere, qui lui ont\nvalu des applaudissements mérités. M. Fernando n'a encore ni le talent\nni l'expérience de madame Pozzoni ; mais il a fait preuve cependant,\ndans Manrico, de qualités qu'il serait injuste de ne pas lui reconnaître,\nentre autres d'un sentiment dramatique incontestable. Ce jeune artiste\nmérite des encouragements»\n\nO. LE TRIOUX."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "232", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.53", "texte": "CHRONOLOGIE DE L'ANNÉE 1874\n\nOCTOcBcI{E\n29 Octobre. FOLIES-DRAMATIQUES. Première représentation :la Fiancee\ndu roi de Garbe, opéra comique en trois actes et quatre tableaux, paroles de\nMM, Adolphe d'Ennery et Henri Chabrillat, musique de M. Henri Litolff.\n3i. THÉÂTRE-VENTADOUR. Reprise d'Otello, de Rossini, pour les débuts de\nM. Fernando, ténor. BOUFFES-PARISIENS. Première représentation : Madame\nVArchiduc, opéra bouffe en trois actes, paroles de M. Albert Millaud,\nmusique de M. Jacques Offenbach.\nDerniers jours d'octobre. MARSEILLE (Alcazar). Première représentation :\nRaphaël, opérette en un acte, paroles de MM. Elysée Bach et Corny, musique\nde M. Rouvier (1).\nU^OVEéMcB%E\nier Novembre. CONCERTS-POPULAIRES. Première audition d'un Air de\nballet, de M. Théodore Dubois.\n5. Mort, à Paris, de François-Georges-Auguste Dauverné, ancien pro-\nfesseur de trompette au Conservatoire, ancien trompette-solo de l'Opéra, du\nThéâtre-Italien et de la chapelle de Louis-Philippe, chevalier de la Légion\nd'honneur, auteur d'une excellente méthode de trompette, accompagnée d'un\nbon précis historique sur cet instrument.\n6. OPÉRA. Début de M. Mierzwinski dans le rôle de Raoul, des Hugue-\nnots, Cet artiste n'avait encore paru sur aucun théâtre.\n7- ELDORADO. Première représentation : le Célibataire marié, opérette en\nun acte, paroles de M. Hégésippe Gler, musique de M. Alphonse Hermann.\n\n(i) Le i 5 octobre a eu lieu, à Copenhague, l'inauguration du nouveau Théâtre-\nRoyal, consacré à l'opéra, à l'opéra comique, au ballet et à la comédie."}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "233", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.54", "texte": "CHRONOLOGIE\n\n9. OPÉRA. Début de mademoiselle Henriette Lory, dans le rôle de\nZerline de Don Juan. OPÉRA-COMIQUE. 5ooe représentation des Noces de\nJeannette, de M. Victor Massé.\n10. OPÉRA-COMIQUE. Première représentation (à ce théâtre) : Mireille,\nopéra en cinq actes et en vers libres, paroles de M. Michel Carré, d'après\nMireio, poème provençal de M. Frédéric Mistral, musique de M. Charles\nGounod. Cet ouvrage avait été créé au Théâtre-Lyrique le i 5 mars 1864; en\nprésence du froid accueil qu'il avait reçu du public, les auteurs y firent de\nlarges coupures et. le mirent en trois actes ; il fut ainsi remis à la scène neuf\nmois après son apparition, le i 5 décembre de la même année, sans être plus\nheureux. L'Opéra-Comique vient de le reprendre sous sa première forme, et\nil ne paraît pas, malgré les quelques retouches nouvellement faites par\nM. Gounod à sa partition, que Mireille soit destinée à fournir une carrière\nplus fortunée que précédemment. Peut-être n'est-il pas sans intérêt de mettre,\nen regard l'une de l'autre, la première distribution de l'ouvrage au Théâtre-\nLyrique et la distribution actuelle de l'Opéra-Comique :\nVincent MM. Michot MM. Duchesne\nOurrias Ismaèl Melchissédec\nRamon Petit Ismaèl\nAmbroise Wartel Dufriche\nMireille Mmcs Carvalho Mmes Carvalho\nTaven Ugalde Galli-Marié\nAndreloux Faure-Lefebvre Galli-Marié\nVincenette Chevalier\n11. RENAISSANCE. Première représentation : Giroflé-Girofla, opéra\ncomique en trois actes, paroles de MM. Leterrier et Vanloo, musique de\nM. Charles Lecocq. Cet ouvrage, nouveau pour Paris, avait, comme les Cent\nVierges, comme la Fille de madame Angot, été écrit pour le théâtre des\nFantaisies-Parisiennes, de Bruxelles, où il avait été joué 187 fois depuis sa\npremière représentation (21 mars 1874). Au Philharmonie-Théâtre de Lon-\ndres, Giroflé-Girofla, après son apparition à Bruxelles, avait obtenu 34 repré-\nsentations. Deux artistes, mademoiselle Granier et M. Joly, débutent dans\ncette pièce à la Renaissance; M. Joly avait créé à Bruxelles le rôle de Don\nBoléro, qu'il est venu jouer à Paris.\n12. CONCERT DES PORCHERONS. Première représentation : Amour et Cor\nde chasse, opérette en un acte, paroles de M. Laroche, musique de\nM. F. Wachs. Apparition du ier numéro des « Petites affiches théâtrales,\nannonces théâtrales, musicales et avis divers, paraissant tous les jeudis. »\n13. OPÉRA POPULAIRE (Théâtre du Châtelet). Première représentation :\nles Parias, grand opéra en trois actes, paroles de M. Hippolyte Lucas (et de"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "234", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.55", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nM. Leroy, ancien régisseur de l'Opéra et de l'Opéra-Comique) musique de\nM. Edmond Membrée.\n14. VARIÉTÉS. Première représentation : les Prés Saint-Gervais, opéra\ncomique en trois actes, paroles de MM. Victorien Sardou et Philippe Gille,\nmusique de M. Charles Lecocq. Cet ouvrage est la transformation d'une\ncomédie de M. Sardou, représentée sous le même titre en 1862 au théâtre\nDéjazet, et dans laquelle mademoiselle Déjazet remplissait le principal rôle.\n15. Premier Concert de l'Association artistique (ancien Concert national,\nau théâtre du Châtelet), dirigé par M. Colonne.\n16. OPÉRA. 55oe représentation des Huguenots, de Meyerbeer. Appa-\nrition du premier numéro du « Festival, journal musical et orphéonique,\nparaissant le ler et le 16 de chaque mois. »\n18. OPÉRA-COMIQUE. 400E représentation iïHaydée, d'Auber. OPÉRA\nPOPULAIRE (1 héâtre du Châtelet), Première représentation, à ce théâtre : les\nAmours du Diable, opéra comique en quatre actes et huit tableaux, paroles\nde M. de Saint-Georges, musique d'Albert Grisar. Cet ouvrage, créé au\nThéâtre-Lyrique le 11 mars 1853, avait été repris il y a quelques années à\nl'Opéra-Comique, mais avec des coupures et des retranchements considé-\nrables; on le rétablit dans son entier à l'Opéra-Populaire, et Ton y ajoute un\ndivertissement dansé, dont la musique est écrite par M. Salvayre, grand prix\nde Rome de 1872. ALCAZAR. Première représentation : Pendant la Chasse,\nopérette en un acte, paroles de M. A. Philibert, musique de M. Paul\nHenrion.\n19. SOCIÉTÉ DE L'HARMONIE SACRÉE (Cirque des Champs-Élysées). Pre-\nmière exécution, en France, de Judas Machabée, oratorio en trois actes,\nparoles du docteur Thomas Morell (traduites par M. Victor Wilder), musique\nde G.-F. Haendel. Les soli sont chantés par MM. Vergnet (Judas Machabée),\nGailhard (Simon), Auguez, mademoiselle Jenny Howe (une femme israélite),\nmadame Brunet-Lafleur (un jeune israélite), et mademoiselle Baldi ; l'or-\nchestre et les choeurs sont conduits par M. Charles Lamoureux.\n21. THÉÂTRE VENTADOUR. Début de M. Amodio, baryton, dans le rôle du\ncomte de Luna d'// Trovatore.— ELDORADO. Première représentation : l'Œil\nde M. l'expert, opérette en un acte, paroles de M. Étienne Tréfeu, musique\nde M. Emile Ettling. FOLIES-BERGÈRE. Première représentation : Une\nPleine eau à Chatou, opérette en un acte, paroles de M. Liorat, musique de\nM. F. Wachs.\n\nA. P."}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "235", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.56", "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nFAITS DIVERS\ni vous vous sentez la force et le courage d'affronter une\ntempérature de cinquante degrés de fumée de tabac, allez\nà la salle des Folies-Bergère , et vous serez amplement\ndédommagés de ce désagrément. Après des spectacles de\ntoute nature, tels que ballets, opérettes, ouvertures, valses,\ntours de force et d'équilibre, apparaissent les Tsiganes,\nCe sont des artistes bohémiens, au nombre de douze à quinze, qui, sans\npréparation, sans accorder une seule fois leurs instruments, attaquent avec\nun aplomb, une certitude et une justesse étonnantes, une demi-douzaine de\nmorceaux, dont quelques-uns sont gracieux, mais tous rhythmés dans la\nperfection et d'une verve entraînante.\nLes violons, altos et basses sont accompagnés d'un instrument sur lequel\non frappe les cordes avec une baguette ou un marteau, et qui donne une\nsonorité très ressemblante à celle d'un orgue ou d'instruments à vent réunis.\nC'est le psaltérion, tympanon ou cymbalum. La Chronique musicale en a\ndonné un dessin parfait dans l'une des gravures qui illustrent l'Ymagerie au\nmoyen âge. L'effet en est très curieux et en dehors de tout ce qu'on a l'habi-\ntude d'entendre. Je signalerai parmi les morceaux exécutés, et qui sont\npresque tous bissés, Autant pour leur mérite musical que pour le talent des\nartistes tziganes, une marche hongroise, Fair national polonais, un solo de\ncymbalum et une polka, où la voix chantée et même parlée se mêlant aux\ninstruments, produit un effet de la plus grande originalité.\nNous empruntons à VÉvénement des détails intéressants sur la nouvelle\nsalle de concerts de M. Danbé, rue Taitbout.\nCette salle, à laquelle les décorateurs mettent la dernière main, pourrait\naisément contenir mille personnes; elle n'aura que six cents places : un"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "236", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.57", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\norchestre et deux rangs de loges seulement, au-dessus desquels un vaste\nespace vide; et la hauteur du sol au plafond, qui est vitré, ce qui permettra\nde donner des fêtes de jour, est de plus de douze mètres.\nLe prix sera le même pour toutes les places.\nDes abonnements mensuels auront lieu sur présentation, et quatre soirées\nseront réservées dans le mois aux abonnés. Ces jours-là la toilette de soirée\nsera d'obligation étroite. Un salon sera mis à la disposition des dames, où elles\ntrouveront femme de chambre, couturière, coiffeuse toutes prêtes à porter\nimmédiatement remède aux mille petites accidents imprévus qui peuvent\nsurvenir à une robe ou à une coiffure, et compromettre l'harmonie de cette\nsavante composition qui s'appelle la toilette d'une femme de goût.\nLes jours où elle n'appartiendra pas de droit aux abonnés, la salle sera au\npublic, qui viendra y écouter des lectures, des conférences, de la musique;\naux œuvres charitables qui voudront y donner des fêtes, et même aux\ncompagnies financières qui auront l'idée d'y tenir leurs assemblées générales.\nGomme on voit, ce sera une salle ad usum omnium.\nA propos du grand succès remporté à la Renaissance par Giroflée\nGirofla, M. Ad. Jullien a donné, dans sa dernière revue musicale du Fran«\nçais, des renseignements biographiques sur l'auteur de Giroflé et de la Fille\nAngot, que nous croyons intéressant de reproduire, parce que si les airs\nde M. Lecocq se chantent aujourd'hui dans le monde entier, sa vie et sa\ncarrière sont en revanche fort peu connus.\n« M. Lecocq a juste quarante ans. 11 a fait de bonnes études au Conserva-\ntoire, où il obtint un premier prix d'harmonie, en ißso, dans la classe de\nM. Bazin, et un second prix de contre-point et fugue, en 1852, dans la classe\nde Leborne : il étudia aussi la composition sous Halévy. A sa sortie de\nFécole, M. Lecocq voulut donner des leçons ; mais comment courir le cachet\nlorsqu'on ne peut marcher qu'avec deux béquilles ? Il tourna ses vues vers le\nthéâtre ; mais les grandes scènes le dédaignaient, et les petites, les Folies-\nNouyelleset les Bouffes, étaient alors encombrées par leurs fondateurs-direc-\nteurs, l'une par M. Hervé, l'autre par M. Offenbach.\n« Ce dernier cependant, voulant calmer un peu les ardentes protestations\ndes musiciens contre sa direction si personnelle, et voyant encore là moyen\nde battre la caisse autour de son nom, mit au concours, pour être joué sur\nson théâtre, un opéra comique en un acte. MM. Lecocq et Bizet furent cou-\nronnés ex-œquo, et leurs Docteur Miracle alternèrent, de deux jours l'un, sur\nl'affiche des Bouffes (avril 1857). Dès que la presse eut loué sur tous les tons\nla « générosité » de M. Offenbach, protecteur dévoué de l'art et des artistes,\ncomme il se souciait médiocrement de partager longtemps l'affiche avec deux\nmusiciens qui, après tout, pouvaient avoir du talent, il arrêta les frais et\ncongédia poliment les deux lauréats.\n«M. Lecocq se retourna vers les Folies-Nouvelles et parvint deux ans\naprès à produire une petite pièce, le Huis-clos, qu'un livret insipide\nempêcha de jouer plus d'une fois. Il donna ensuite au petit théâtre des Folies-\nMarigny trois opérettes : Liline et Valentin, les Ondines au Champagne et le"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "237", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.58", "texte": "VARIA\n\nBaiser à la porte ; puis it écrivit, pour le Palais-Royal, la musique de plusieurs\nvaudevilles et y fit jouer le Myosotis, sur un livret extravagant de MM. Gham\net Busnach. Ce fat un premier succès, mais la réputation de M. Lecocq ne\ndate que de la fondation de l'Athénée (1868). En sa qualité d'accompagnateur,\nil put sans peine y produire un gentil opéra comique, VAmour et son carquois,\noù l'on remarquait surtout un duo poétique, et enfin Fleur~de-Thé, qui\nobtint un très grand succès et qui est encore aujourd'hui son ouvrage le plus\npiquant et le plus original,\n« Il fit jouer ensuite quatre petits ouvrages aux Bouffes-Parisiens, dont la\ndirection était alors en froid avec Offenbach : Gandolfo, le Rajah de Mysore,\nVHéritage de M, de Crac et le Barbier de Trouville. Les théâtres ne s'ou-\nvrant pas encore devant lui, l'auteur prit le parti d'offrir la primeur de ses\npartitions à nos voisins de Belgique, qui lui marquaient une estime particu-\nlière. Ainsi fit-il pour les Cent Vierges, représentées ensuite aux Variétés,\npuis pour la Fille de madame Angot et Giroflé-Girofla. Aujourd'hui enfin,\nM. Lecocq, après avoir si longtemps couru le cachet et fait antichambre\nauprès des directeurs, roule carrosse et voit auteurs et directeurs solliciter\nhumblement sa collaboration et ses préférences. »\nNotre collaborateur, M. Jules Bonnassies, fonde une Revue bi-men-\nsuelle qui prend pour titre : le Théâtre. Le premier numéro paraît aujour-\nd'hui même, il contient des articles de MM. Jules Bonnassies, Champfleury,\nJules Claretie, François Coppée, Paul Foucher, Edouard Fournier, Fernand\nde Marescot, Ménétrier, Alphonse Pagès et Edouard Thierry.\nLe prix de l'abonnement est fixé comme suit : Trois mois :9fr ; six\nmois :16 francs; un an :3o fr. Nous souhaitons la bienvenue à notre\nnouveau confrère,\nSignalons aussi l'apparition d'un nouvel organe orphéonique : le\nFestival, dirigé par notre ami M. Gaston Escudier.\nM. Massenet va faire, cet été, la musique de Jules César, le beau drame\nde M. Lacroix, qui sera représenté l'hiver prochain à l'Odéon. L'oratorio\nd'jÈVe, du même compositeur, qui sera donné aux matinées littéraires et\nmusicales de la Gaîté, est entièrement terminé.\nNous apprenons que le sympathique compositeur, M. Th. Dubois, l'au-\nteur applaudi de la Guqla de l'Émir, des Sept paroles du Christ et des frag-\nments symphoniques exécutés aux concerts Pasdeloup et Colonne, vient de\nterminer un poème lyrique en quatre parties : le Paradis perdu, tiré de\nMilton, par Édouard Blau. Nous entendrons sans doute l'œuvre dans le cou-\nrant de l'hiver.\nDimanche 22 novembre, nous avons entendu à Frascati, au concert de\njour, des chœurs à quatre voix égales, exécutés avec beaucoup de justesse et\nd'expression par les enfants Rehm, trois fillettes et un petit garçon. Les\njeunes chanteurs ont été chaleureusement applaudis et rappelés."}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "238", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.59", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nLa Société libre des Beaux-Arts a donné, avant-hier, sa 3ye séance\nannuelle à la salie Herz. Le succès du concert a été pour M. Lichtlé, le\ncélèbre corniste alsacien, que le public a couvert d'applaudissements dans un\nduo pour cor et harpe, romance de M. Saint-Saëns, et surtout dans une fan-\ntaisie pour cor sur le Carnaval de Venise. Ce dernier morceau a été rede-\nmandé trois fois.\nM. Lichtlé, dont le succès a été, du reste, déjà très grand l'année dernière,\nse fera encore entendre cet hiver dans plusieurs concerts et soirées.\nL'Assemblée générale des membres de la Société des Concerts vient de\nprendre dans sa réunion de mercredi une décision fort grave, relative au droit\ndes pauvres. Devant les nouvelles exigences de l'Assistance publique (récla-\nmant le huitième de la recette), elle a décidé qu'elle suspendrait ses séances\nsi l'administration ne revenait pas sur ses prétentions.\nM. le comte d'Osmoy, membre de la commission du budget, vient,\nassure»t-on, de faire demander communication du cahier des charges du\nthéâtre de l'Opéra.\nLa commission du budget, qui a à se prononcer sur les questions de\nsubventions pour les théâtres, a le droit de savoir comment sont exécutées,\npar le directeur, les clauses de son cahier des charges; mais, pour cela, il faut\navoir copie de celle peu importante... introuvable, dit-on, et qui cependant\naurait dû être insérée au Bulletin des lois, comme sont insérés tous les\ncahiers des charges des traités passés avec l'administration.\n\nNOUVELLES\n\nAkts. Opéra. Hier soir, reprise de Faust, pour la conti*\nnuation des débuts de MM. Vergnet et Manoury, dans les rôles de\nFaust et Valentin.\nLa commission des théâtres a décidé que l'ouverture du Nouvel\nOpéra se ferait avee un spectacle coupé. Rien n'est encore définitivement\narrêté quant aux fragments des opéras choisis; cependant on pense que le\nprogramme sera composé de la façon suivante :\nL'ouverture de la Muette, d'Auber.\nLe premier et le deuxième acte de la Juive, d'Halévy, avec mademoiselle\nKrauss et M* Villaret.\nL'acte de la cathédrale de Faust, de Gounod, avec madame Nilsson et\nM. Faure.\nLe troisième et le quatrième acte M. A. Thomas,avec madame\nNilsson et M. Faure."}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "239", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.60", "texte": "VARIA\n\nSi ce choix devenait définitif, il ne serait pas question de faire chanter le\ndeuxième acte de Faust par M. Faure et par mademoiselle Nilsson, mais\nbien par M. Gaillard et par madame Carvalho, qu'on essaierait d'obtenir de\nM. Du Locle pour une soirée.\nM. Faure et madame Nilsson paraîtraient, avec madame Gueymard, dans\nle troisième et le quatrième acte d'Hamlet.\nOpéra-Comique.-** Hier, première représentation de Beppo, opéra comique\nen un acte de M. Jean Conte, ancien prix de Rome. Cette pièce n'a eu aucun\nsuccès.\nL'Opéra-Comique mettra bientôt en répétition le Roi de Lahore de\nMM. Gallet et Massenet. Très prochainement, reprise du Caïd, de M. Am«\nbroise Thomas.\nOn va donner des bals masqués à TOpéra-Comique, sous la direction\nd'Olivier Métra. La première soirée serait consacrée exclusivement à la presse\net au monde artistique.\nTheatre- Ventadour (Italiens), —» Une indisposition de mademoiselle\nSebel retarde son début dans Crispino et la Comare. Prochainement, début\nde madame Maria Destin, dans Roméo et Juliette.\nOn répète la Clef d'or, Popéra comique nouveau de MM» Louis Gallet et\nEugène Gautier, par lequel le Théâtre-Ventadour inaugurera ses représenta-\ntions françaises* Il aura pour principaux interprètes le ténor Jourdan et\nmademoiselle Henriette Lory, prêtée par le directeur de l'Opéra*\nOpéra Populaire (Châtelet). En présence de l'insuccès des Parias, le\nthéâtre de 1 Opéra-Populaire, voulant représenter tous les jours les Amours du\nDiable, mademoiselle Moisset, de l'Opéra, a gracieusement consenti à jouer\ntour à tour le rôle d'Uriel avec sa charmante interprète, madame Mélanie\nReboux.\nM. Fischer a prévenu ses artistes que le théâtre du Châtelet inter*\nromprait ses représentations musicales le i 3 décembre.\nOn rouvrira avec le Pied de Mouton et plus tard VOfficier de Fortune.\nVariétés. MM, Nuitter, Saint-Albin et Arnold Mortier viennent de faire\nrecevoir aux Variétés un en quatre actes, dont la musique sera\nfaite par M. Vasseur,"}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "240", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741201-01.1.61", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\nPar;i;.- Imprimerie Alcan-Lévy, rue de Lalayette, 61,\nPropriétaire-Gérant : oA'llfTHUcl{ HE ULHcPJi'D.\n\nBouffes-Parisiens. On va mettre en répétition la Princesse de Trébi-\n%onde, dont la reprise succédera à Madame VArchiduc.\nConcerts Danbé. Le 8 décembre, ouverture des concerts et inauguration\ndu nouveau local de la rue Taitbout.\nConcerts et bals Prascati. L'inauguration des bals masqués aura lieu à\nFrascati le 5 décembre, sous la direction d'Arban.\nSalle Henri — La Société Philotechnique donnera le dimanche,\n6 décembre, la première séance de cette année. La partie musicale sera inter-\nprêtée par M. Henry Toby, Mathieu, et madame Marie Boutin.\nUne pianiste de beaucoup de talent, dit-on, madame W. Tassoni, y fera\nses débuts.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}