{"numero_id": "bm-bmtnabc-1874-12-15-01", "volume": "bmtnabc_1874-12-15_01", "ocr_sha256": "26adb2cae5c4af4436de47aec4a38dafff8c69311b6e747e7d80564d635f520a", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabc/issues/1874/12/15_01/bmtnabc_1874-12-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabc/issues/1874/12/15_01/bmtnabc_1874-12-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabc-1874-12-15-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-12-15_01#c001", "volume": "bmtnabc_1874-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "[241]", "page_fin": "250", "image_debut": 1, "image_fin": 10, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.2.1", "titre_corps": "HISTOIRE DE L'IMPRESSION DE LA MUSIQUE PRINCIPALEMENT EN FRANCE", "titre_sommaire": "HISTOIRE DE L'IMPRESSION DE LA MUSIQUE PRINCIPALEMENT EN FRANCE", "signature_source": "J.-B. WEKERLIN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[241]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.1", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 544, "texte": "HISTOIRE\nDE\nL'IMPRESSION DE LA MUSIQUE\nPRINCIPALEMENT EN FRANCE\nJUSQU'AU DIX-NEUVIÈME SIÈCLE\n\nVANT de parler des moyens de reproduction\nde la musique par l'impression ou la gravure,,\nil est nécessaire de dire un mot sur les plus an-\nciennes notations parvenues jusqu'à nous. Ce\nsujet ne sera qu'effleuré, quoiqu'il soit Pintroe\nduction naturelle et même indispensable de\ncette étude.\n« Les peuples les plus anciens de l'Orient\nont laissé des monuments qui constatent que la\nnotation musicale était employée chez eux dès les temps les plus recu-"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "242", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.2", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2615, "texte": "lés de l'histoire. De temps immémorial aussi, les habitants de l'lnde\net de la Chine ont écrit leurs chants avec des signes de notation pris\ndans l'alphabet ou dans les caractères radicaux de leur langue (i)c »\nNous n'avons malheureusement pas de documents sur la notation de\nl'ancienne Égypte, quoiqu'il soit permis de croire que ses habitants\npossédaient des caractères pour exprimer les inflexions de la voix (2).\nLes Grecs notaient la musique avec les caractères de leur alphabet ;\nselon Forkel, ils employaient pour cela plus de mille six cent vingt\nsignes différents. D'après les recherches récentes de M. Westphal et\nd'autres savants, ce chiffre paraît être très exagéré.\nDe toute façon, les Romains ont été plus sobres que leurs modèles,\net, d'après Boèce (cinquième siècle), l'ancienne notation latine 11e se\ncomposait que des quinze premières lettres de l'alphabet.\nSaint Grégoire se servit de ce système pour son Antiphonaire (comme\navait fait saint Ambroise) ; il le simplifia en ce sens qu'il ne fit usage\nque des sept premières lettres, qu'on répétait en caractères minuscules\npour désigner l'octave supérieure (3).\nCette notation par lettres fut suivie d'une autre appelée neumes : c'est\nune combinaison de virgules, de points et de petits traits diversement\ncontournés, séparés ou liés entre eux (voyez pl. ire). D'après M. Danjou :\n«on appelait neume, neuma ou neoma un signe simple ou composé qui\nreprésentait, dans le premier cas, un son isolé ou la réunion de deux\nsons ; dans le second, trois, quatre, cinq et même six sons. Le principe\nmême de la notation en neumes consistait dans de certaines règles ou\nformules pour grouper plusieurs sons et les figurer par un seul signe, et\nc'est ce principe qui a donné lieu plus tard à l'emploi des notes liées\ndans la notation de la musique mesurée. »\nQuant à l'origine des neumes, M. de Coussemaker la fait dériver des\naccents, qui sont la modification de la voix dans le ton et la durée ;\nselon lui, l'honneur de cette invention revient aux Grecs, et il la fixe à\nune époque voisine de l'ère chrétienne.\nLe plus ancien livre connu de chant noté paraît être Y Antiphonaire\nde saint Gall (fin du huitième siècle) ; on ne peut donc assigner qu'une\népoque approximative à la naissance des neumes»\nUn fait, confirmé par les monuments, c'est que, même après l'appari-\n\n(1) E. de Coussemaker, Histoire de l'harmonie au moyen âge, p. iso.\n(2) Lettre à M. Dacier, relative à Valphabet des hiéroglyphes phonétiques employés\nche\\ les Egyptiens, etc., par Champollion jeune. Didot, 1822»\n(3) Danjou, Revue de lamusique} année 1847, p. 260,"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "243", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.3", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2553, "texte": "tion du système de notation attribué, à tort ou à raison, au moine de\nPompose Guido qui écrivait à la fin du dixième siècle, on\ncontinuait à noter en ne unies primitifs durant les onzième et douzième\nsiècles. Cela n'a rien d'étonnant : tout perfectionnement, quelque utile\nou quelque réel qu'il soit3 met souvent des siècles à remporter la victoire\nsur la routine. Il faut considérer également que, au temps de Guido9 les\nlivres de science ou les livres en général, n'existant qu'à l'état de manus-\ncrits, ne pouvaient se répandre vivement et acquérir par là une popularité\nméritée»\nLes neumes primitif s écrits sans lignes et sans clés, comme 011 en voit\ndes exemples dans la pl. xre, subissent un perfectionnement au commen-\ncement du dixième siècle par l'addition d'une ligne horizontale (voye%\npl. 2) qui, ayant une note fixe comme point de départ, assignait aux\nautres notes une hauteur déterminée (1). L'apparition de cette ligne\nunique, à laquelle Guido ajouta successivement trois autres lignes, peut\nêtre considérée comme l'origine de la portée qui sert actuellement à la\nnotation musicale»\nGuido fait aussi précéder Tune de ses lignes additionnelles de la\nlettre F, indiquant la clef dt fa, et de la lettre G (clef d'ut), ce qui était\nsans contredit un grand perfectionnement.\nA partir de l'époque de Guido d'Arezzo, les neumes subissent une\ntransformation caractéristique, en se convertissant en notes carrées.\nToutes les notations dont il vient d'être question avaient probable-\nment une valeur de durée en même temps qu'elles exprimaient des\nintonations ; mais les recherches des savants s'accordent bien moins\nlà-dessus qu'en ce qui concerne l'intonation.\nFrancon de Cologne, qui vivait au onzième siècle, parle un des pre-\nmiers, sinon le premier, d'un chant mesuré. A partir de là apparaît cette\ntête de Méduse : la notation proportionnelle, accumulation de systèmes\nplus bizarres les uns que les autres, qui ont mis à la torture l'esprit des\nsavants.\nHâtons-nous de dire cependant que les publications érudites de\nMM. Fétis, Nisard, Danjou, de Coussemaker, Tesson, des abbés Gloet\net Raillard, etc., ont répandu un grand jour relatif sur ces questions\nardues. M. de Coussemaker a eu la patience de classer et de commenter\nces systèmes avec un talent incontestable. Il faut citer également en ce\nlieu les travaux estimés du Père Larnbillotte, savant jesuite*\n\n(1) Je dois à la gracieuse obligeance de M. de Coussemaker ces deux planches de\nneumes, tirées de son Histoire de Pharmonie au moyen âgee"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "244", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.4", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2381, "texte": "Dans le courant du seizième siècle, on simplifia la notation ; mais ce\nn'est que vers la fin de ce même siècle qu'on la débarrassa de ces combi-\nnaisons ridicules que les compositeurs y avaient introduites comme à\nplaisir.\nNous arrivons à la reproduction de la musique par l'impression, véri-\ntable objet de ce mémoire.\nLa gravure sur bois, quant aux images, avait précédé de longtemps\nl'impression des lettres isolées : on conserve même à la bibliothèque\nroyale de Bruxelles une de ces gravures datée de 1418. Elle représente la\nVierge et l'Enfant-Jésus.\nSur ces anciennes gravures se voient quelquefois des lettres ou même\ndes phrases entières de texte ; mais ces lettres ou ces phrases sont gravées\nd'une pièce et non en caractères isolés. La xylographie a dû nécessaire-\nment amener l'imprimerie par l'analogie du procédé ; mais l'idée des\ncaractères isolés était un trait de génie.\nL'immense influence que l'invention de l'imprimerie exerça sur les\nprogrès de la littérature, des sciences, et par suite sur la civilisation,\ns'étendit aussi à la musique, qui eut sa glorieuse part au soleil. On peut\ns'en rendre compte par la prodigieuse quantité d'ouvrages sur la musique,\nparus dans le courant du seizième siècle (1).\nEn 1765, Fournier le Jeune publia un Traité historique et critique\nsur ïorigine et les progrès des caractères de fonte pour Vimpression\nde la musique. Cet in-40 est le premier jalon posé en France sur cette\nquestion ; aussi a-t-il été largement utilisé (en ce qui concerne l'impres-\nsion de la musique en France) par M. Anton Schmid dans son ouvrage\nintitulé : Ottaviano dei Petrucci da Fossombrone der erste Erfinder\ndes musiknotendruckes mit bevveglichen metalltypen, etc. C'est-à-dire :\nOctavien Petrucci, le premier inventeur de l'impression des notes de\nmusique avec des types mobiles en métal, etc. Vienne, 1845.\nCe volume in-8° est le plus important qu'on ait publié jusqu'à ce jour\ntouchant la musique imprimée ; il est fait avec autant de conscience que\nde patience et d'érudition.\n\n(1) Forkel, dans son Histoire de la musique, t. 11, p. 5 18, observe que l'ouvrage de\nTinctorius, Terminorum musicœ diffinitorium, publié selon lui en 1488 (selon\nM. Fétis en 1476), est probablement le premier ouvrage imprimé sur la musique.\nC'est toujours le plus ancien dictionnaire de musique connu; il ne renferme pas de\nnoies de musique."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "245", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.5", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2444, "texte": "M.Schmid attribue à Petrucci seul, l'invention des caractères mobiles\nde la musique. Observons d'abord que cette invention n'était qu'une\nconséquence forcée de l'invention de l'imprimerie.\nIl eût été bien étonnant que ces artistes de talent nommés Guttem-\nberg, Schoffer et Fust n'eussent pas songé aux caractères de musique à\nune époque où les ouvrages théologiques étaient en si grande estime, ce\nque témoignent d'ailleurs les premières impressions sorties de la main de\nces hommes de génie.\nEn effet, nous voyons apparaître dès 1457 un Psautier in-folio, im-\nprimé sur vélin, en caractères gothiques. Il est dû à Jean Fust et Pierre\nSchoffer (1), ce que témoigne la souscription suivante, qui se trouve à\nla fin de l'ouvrage :\nPresens spamorum (sic) codex\nvenustate capitalium décoratus ru-\nbricationibusque sufficienter distinc-\ntus, ad inventione artificiosa im-\nprimendi ac absque\ncalami alla exaratione six effigiatus\net ad Eusebiam (3) dei industrie est\nconsummatus, per Johannem Fust\ncivem Maguntinum et Petrum Schof-\nfer de Gerns^heim, anno domini\nmillesimo CCCCLVIJ in vigilia As-\nsumptionis.\nLe présent recueil (ou livre) de\npsaumes, décoré par la beauté de ses\nmajuscules, et suffisamment rendu\nclair par des rubriques (2), a été ainsi\nexécuté selon l'ingénieuse invention\nd'imprimer et de faire des caractères\nsans aucun travail à la plume, et\nparachevé industrieusement pour fa-\nvoriser la piété envers Dieu, par\nJean Fust, citoyen de Mayence, et\nPierre Schoffer de Gernsheim (4), en\nl'an du Seigneur mille quatre cent\ncinquante-sept , la vigile de l'As-\nsomption.\nC'est le premier livre imprimé avec date certaine, et probablement\nl'an des premiers imprimés avec des caractères mobiles en fonte, les\nimpressions antérieures s'étant faites avec des caractères en bois.\nDans ce Psautier noté, les portées ont cinq lignes généralement, quel-\nquefois quatre ; la notation ainsi que les portées sont à la main ; on\nn'avait donc pas encore de caractères de musique pour la typographie ;\n\n(1) Ce nom se présente avec de nombreuses variantes d'orthographe; ainsi on\ntrouve Schœffer Schoffer, Schaeffer, Schoiffer Schoifher. Dans les deux éditions en\nquestion, du Psautier, il est constamment écrit Schoffer.\n(2) Parties imprimées en rouge.\n(3) Eusebian, mot latin inusité, reproduction du grec Evssêsta.\n(4) Gernsheim,petite ville du pays de Darmstadt, Schoffer était clerc du diocèse de\nMayence."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "246", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.6", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2619, "texte": "car, en s'en servant, on eût considérablement abrégé le travail (voyez\npl. 3, fige a).\nDans le Psautier de 1490, qui est de Schoffer seul, la musique est\nimprimée d'un bout à l'autre de l'ouvrage (pl. 3, fig. b). Les portées, qui\nont quatre lignes, sont imprimées en rouge, ce qui a nécessité une\nseconde opération pour l'impression des notes en noir. De temps en\ntemps, on trouve de petites lignes verticales en rouge pour indiquer le\nrepos des phrases ; ces lignes sont faites à la main.\nVoici la suscription du dernier feuillet de ce Psautier ;\nPresens psalmor codex venustate\ncapitalium decoratus rubricationibus-\nque ac notis sufficîenter distinctus {1)\nad inventione artificiosa imprimendi\nac caracteriçandi : absque ulla ca~\nlami exaratione in nobili civitate\nMaguntina hujus artis inventrice eli-\nmatriceque (2) prima sic effigiatus et\nad laudem Dei ac honorent sancti\nBenedicti per Petrum Schoffer de\nGernsheim est consurnmatus anno\ndomini M. CCCC, XC, ultima die\nmens augusti,\nLe présent recueil de psaumes, dé-\ncoré par la beauté de ses majuscules\net suffisamment éclairci par des rubri-\nques et des notes, a été ainsi exé-\ncuté , selon l'ingénieuse invention\nd'imprimer et de faire des caractères\nsans aucun travail à la plume, dans\nla ville de Mayence, qui a inventé et\nperfectionné la première cet art, et\nparachevé à la louange de Dieu et\nl'honneur de saint Benoît, par Pierre\nSchoffer de Gernsheim, l'année du\nSeigneur 1490, le dernier jour du\nmois d'août.\nNon-seulement ce Psautier de 1490, mais bien des Missels antérieurs\nà isoo que j'ai examinés à la Bibliothèque Richelieu, ont la notation\nimprimée en caractères mobiles,\nA l'article Petrucci, de la Bibliographie des musiciens, M. Fétis cite\nle missel de Wurt^bourg, 1484, dont la notation est imprimée. Dans\ncette même note, M. Fétis dit que le système d'impression à deux tirages\nimaginé par Petrucci fut le premier qu'on adopta. Ce fut le premier,\nen effet, mais ce n'est pas Petrucci qui l'imagina, car le Psautier de\nSchoffer (1490) est à deux tirages, et je pencherais volontiers à croire\nque le missel de Wûrtzbourg a été imprimé par le même procédé.\n\n(1) Distinctus doit se traduire par éclairci, par opposition à decoratus, décoré. Dis-\ntinctus, en latin ordinaire, se prend bien quelquefois pour orné ; mais, comme des\nnotes ne servent pas à orner un livre à la façon des majuscules ornées, que les\nparties imprimées en rouge servaient à se retrouver dans la lecture, on ne peut avoir\nde doute sur l'interprétation de ce mot.\n(2) Elimatrix n'est guère usité, on peut le traduire par ayant perfectionné ou\nappliqué."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "247", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.7", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2869, "texte": "Les caractères des notes du Psautier de 1490 ne sont pas en bois,\nmais bien en fonte. En s'initiant un tant soit peu aux procédés de la\ntypographie, on acquiert bien vite la conviction que l'alliance des\ncaractères en bois avec ceux en fonte (de même grandeur) eût présenté\nd'assez grandes difficultés, et surtout des inégalités sensibles. La netteté\ndes notes de musique de ce Psautier et leur parfaite harmonie de forme\nou de structure avec les caractères gothiques qui les entourent ne\npeuvent laisser le moindre doute sur l'identité du procédé employé»\nQui nous dit que ce ne fut pas le second fils de Schoffer qui fit ces\ncaractères de musique; M. Schmid (1) le cite comme un très habile\ngraveur de poinçons de musique. En i 5 12, il quitta Mayence (2), après\navoir vendu la maison paternelle, et, emportant son outillage, il exerça\nsuccessivement son état d'imprimeur à Worms en 1 527, à Strasbourg\nen 1530, à Venise en 1541.\nSchoffer fils, à partir de 15Î2, a publié beaucoup d'ouvrages de mu-\nsique cités par M. Schmid, tous devenus rarissimes.\nUne étude attentive du Psautier de 1490 nous mène à la conclusion\nque M. Schmid se trompe en avançant qu'antérieurement à Petrucci\non ne s'était pas servi de caractères en bois pour imprimer les notes de\nmusique.\nLes fac simile des Psautiers de 1457 et 1490 (pl. 3, fîg. a et b) indi-\nquent l'époque de la transformation du caractère de bois en caractère de\nfonte, quant aux notes de musique. On va voir que la forme nouvelle\ndes notes n'est pas non plus une invention de Petrucci.\nUn traité de Gafori, imprimé à Milan en 1496 par Jean-Pierre de\nLomatius, pour le compte de Guillaume Signerre de Rouen, a pour\ntitre Practica musice Franchi Gafori Laudensis. Cet ouvrage est abso-\n\n(1) Schmid, Ottaviano dei Petrucci, etc., p. 171.\n(2) Dans cette même année ibii, ce fils Schoffer publia à Mayence un recueil de\nchansons dont voici le curieux titre : Tabulaturen etlicher Lobgesang und Lidlein\nuff die Orgeln und Lauten, ein Theil mit pveien Stimen jfwicken, und die dritte\nsingen, etlich ohn Gesang mit dreien, von ARNOLT SCHLICKEN, Pfalsgravischem\nchurfurstlichem Organisten tabulirt, und in den Truck in der ursprunglichen Stadt\nder Truckerei %u Meint% wie lue noch volgt verordnet.\nAprès la page 82, il 7 a :G et Sîadiruckt %u Ment% durch Peter Schoffer uff san t\nMatheis abend anno M.D.XII, L'avant-propos du compositeur est daté de 1511.\nTraduction : « Tabulatures de quelques cantiques et chansons pour l'orgue et le luth,\na une partie pour être pincé à deux parties en chantant la troisième, quelques autres\n« sans chant à trois parties, mis en tablature par Arnold Schlicken, organiste du\n« comte palatin et prince électeur. Imprimé, comme il est dit plus loin, dans la ville\n« de Mayence, berceau de l'imprimerie. Pierre Schoffer, Je soir de la Saint-\nMathieu,, 1512."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "248", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.8", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2633, "texte": "lument le même que Musice utriusquc cantus practica exccllentis\nFranchini Gafori Laudensis, Brescia, 1497.\nL'édition de Milan est bien plus belle que celle de Brescia, quoique\nantérieure (1).\nLes caractères de musique de ces deux éditions sont en taille de bois\n(Tune seule pièce et non en caractères de bois mobiles. Les Italiens,\nc'est-à-dire les compatriotes de Petrucci, se servaient donc encore des\ncaractères de bois pour la musique à une époque où Schoffer imprimait\ndepuis plusieurs années avec des caractères de fonte. Or, pour arriver à\nces caractères de fonte, il fallut se servir du même procédé qu'employa\ninfailliblement plus tard Perucci, savoir : faire des poinçons, frapper des\nmatrices avec ces poinçons, puis se servir de ces matrices pour y couler\nles caractères nécessaires à l'impression.\nLes notations dans Gafori sont en rondes, blanches, noires, croches ;\nle point existe pour la prolongation des notes ; bref, cette musique est\nfacile à lire, puisqu'il ne lui manque que les barres de mesure pour\nressembler àla nôtre (voir pl. 3, fîg. c). Cette forme de notes, appelées\nnotes figurées, existait donc avant Petrucci, comme il existait avant lui\ndes poinçons de musique.\nQue Petrucci fût un habile graveur, cela est certain; ses notes et ses\nportées sont infiniment mieux formées que celles du Traité de Gafori\n(très imparfait sous ce rapport). On peut donc accorder sans restriction\nà l'artiste de Fossombrone l'exécution des plus beaux poinçons de notes\nde son époque.\nLe privilège dans lequel Petruci s'intitule lui-même homme très\ningénieux et inventeur d'un procédé nouveau, ne doit influer en rien\nsur une question de cette importance.\nPetrucci, né le 18 juin 1466 à petite ville des États de\nl'Eglise, fît ses études pratiques de graveur et de typographe à Venise,\noù l'on imprimait avec succès dès l'invention de cet art. Le privilège\naccordé à Petrucci est daté de 1498; le voici :\nSerenissimo principe, et illustris-\nsima signoria siando fama celebratis-\nsima vostra serenita cum sue conces-\nsioni et privilegj invitare, et excitare\nli ad excogitare ogni di nove\ninventioni quai habiano essere a\nPrince sérénissime et très illustre\nseigneurie (sénat), comme il est uni-\nversellement connu que votre Séré-\nnité cherche, par des concessions et\ndes privilèges, à inviter et à exciter\nles talents pour qu'ils produisent cha-\n\n(l) Le premier ouvrage imprimé de Gafori s'appelle : Clarissimi et prœstantissimi\nmusici Franchini Gafori Laudensis theoricum opus musicœ disciplinée. Naples, 1480.\nLa Bibliothèque du Conservatoire de musique a acquis tout récemment ce précieux\nouvrage."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "249", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.9", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 3160, "texte": "comodita, et ornamento pnbblico da\nquesta invitado OCTAVIANO DE I PE-\nTRUCCI DA FOSOMBRONE habit OtOr in\nquesta inclyta cita homo ingeniosis-\nsimo cum moite sue spexe, et vigi-\nlantissima cura ha trovado qnello che\nmolti non solo in Italia, ma etiando\nde fuora de Italia %a longamente in-\ndarno hanno investigato che e stam-\npare commodissimamente canto figu-\nrado. Et per consequens molto pin\nfacilimente canto fermo : cossa pré-\ncipité a la religion christiana de\ngrande ornamento et maxeme neces-\nsaria : pertanto el soprascripto sup-\nphcante recorre a li piedi de vostra\nillustrissima signoria, supplicando\nqnella per solita sua clementia, et\nbenignita le degne concederli de gra-\ntia spécial chôme a primo inventore\nche niuno altro nel dominio de vostra\nsignoria possistampare canto figurado\nme intaboladure d'organo et de liuto\nper anni vinti ne anche possi portare\nne far portar o vender dicte cosse in\nle terre et luogi de excelsa vostra\nsignoria stampade fuora in qualunque\naltro luogo sotto pena de perdere dicte\nopere stampade per altri aver portade\nde fuora et de pagare ducati siete per\nchadavena opéra laquai pena sia ap-\nplicata per la mita a la franchation\ndel monte t novo et questo dimanda\ndegratia singular a vostra illustris-\nsima signoria a la quai sempre rico-\nmando. 1498 Die xxv maij.\nQuod suprascripto supplicanti con-\nceditur prout peti-t.\nConsV.arij :\nSer Marinus Leono. Ser Jero-\nnimus Vendramens. Ser Lan-\nrentius Venerio. Ser Dominicus\nBollani.\nque jour de nouvelles inventions pour\nla commodité et l'ornement du pu-\nblic, invité par cette renommée, Oc-\ntavien des Peirucci, de Fossombrone,\ndemeurant en cette illustre cité (Ve-\nnise), homme très ingénieux, a in-\nventé, grâce à de grands travaux et\nde beaucoup de dépenses, ce que\nbien des personnes, tant en Italie que\nhors, ont cherché vainement à in-\nventer, à savoir, l'art d'imprimer très\naisément le chant figuré, et par con-\nséquent encore plus aisément le\nplain - chant, chose d'un grand in-\ntérêt pour la religion chrétienne,\nd'un grand ornement pour elle, et\nmême tout à fait nécessaire. C'est\npourquoi le suppliant susnommé a re-\ncours à votre illustrissime Seigneurie,\nen priant qu'avec sa clémence et sa\nbénignité habituelles, elle veuille bien\nlui concéder la grâce spéciale, comme\nà un premier inventeur, afin que\nnul autre, dans les domaines de\nvotre seigneurie, ne puisse impri-\nmer du chant figuré ni tablature\nd'orgue et de luth pendant vingt ans,\net ne puisse mettre ni faire mettre en\nvente lesdites choses dans les terres et\nlieux de l'illustrissime seigneurie, im-\nprimées au dehors en quelque lieu que\nce soit, sous peine de perdre lesdits\nouvrages imprimés par d'autres ou\nimportés du dehors, et à payer 10 du-\ncats pour chaque ouvrage, laquelle\namende sera appliquée moitié à l'af-\nfranchissement du nouveau mont (de\npiété?) Voilà ce qu'il implore de la\ngrâce sans pareille de votre Seigneurie\nillustrissime à laquelle toujours il se\nrecommande.\nCe jour 25 mai 1498.\nOn accorde au suppléant ce qu'il\ndemande.\nLes conseillers :\nSer Marino Leoni, ser Jérôme Ven-\ndramin, ser Laurent Venier, ser Do-\nminique Bollani."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "250", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.10", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2849, "texte": "M, Schmid indique en première date, pour les impressions de Petrucci,\nun Recueil de trente-trois mottets,parus à Venise en , puis vin-\nrent des messes de Josquin des Prés, d'Obrecht, de Brumel, de Ghiselin,\nde Pierre de la Rue, à' Agricola, etc. A cela il faut joindre des Recueils\nde frottole (airs de vaudevilles ou chansons des rues), puis encore des\nrecueils de mottets (i).\nDès i 505, un célèbre joueur de luth, du nom de\ndemandait également un privilège à la sérénissime République de Venise\npour l'impression de tablatures de luth.\nA cette époque également, sinon antérieurement,\nlingen imprimait à Augsbourg, avec des caractères de musique qu'il\navait gravés en cuivre. Le premier ouvrage renfermant des notes de\nmusique publié par cet artiste, a pour titre : Melopoiœ sive harmonice\nTetracenticœ super XXII généra carminum Heroicorum, Elegiacorum\nLyricorum et Ecclesiasticorum Hym\netc. Augsbourg, i 507, in-folio Les portées de musique ont cinq lignes ;\nelles ont été imprimées avant les notes, c'est-à-dire que tout s'est fait en\ndeux opérations (2).\nEn 1 526, les Juntes, dont le nom devint l'un des plus illustres parmi\nles imprimeurs du seizième siècle, firent paraître à Venise les messes de\nJosquin des Près.Ce rare et précieux recueil a été acquis par la Biblio-\nthèque Richelieu; il provient de M, Adrien de la Fage. On peut croire\navec quelque probabilité que cette édition importante des Juntes a été\nfaite avec les caractères de Petrucci. Jusqu'en i 523, époque où s'arrê-\ntent les productions de cet artiste, aucun graveur de types de musique\nne s'est fait connaître en Italie, et l'on peut supposer avec vraisemblance\nqu'à la mort de Petrucci, peut-être même avant, les Juntes avaient\nacquis son outillage pour la musique, en entier ou en partie.\n(La suite prochainement.)\n\nJ.-B. WEKERLIN.\n\n(1) M. Fétis, à l'article Petrucci, dit dans sa note que Fournier le Jeune n'entend\nrien au sujet qu'il traite, à propos de son Traité historique et critique sur les carac-\ntères de la musique. Ce jugement est peut-être un peu sévère, car Fournier était gra-\nveur et typographe, et il a suffisamment prouvé, dans ses différents ouvrages sur\nl'imprimerie, qu'il connaissait son métier à fond. Il ignorait, en effet, l'existence et\nles mérites de Petrucci, car il n'en parle pas; mais, quant à ce qui concerne les\nanciens graveurs de musique français, M. Fétis n'a pas trouvé l'auteur assez ignorant\npour ne pas lui emprunter le fond de ses articles sur Hautin, Guillaume Le Bé,\nN. Duchemin, R. Granjon, J. de Sanlecque, les Ballard, etc. Lottin fait un grand\néloge de Fournier le Jeune, qui créa à lui seul son établissement de fonderie en fai-\nsant ses poinçons, matrices, moules, etc.\n(2) Le Bibliophile illustré, Londres, 1861, n° 2, p. 19: Les premières notes de\nmusique fondues et imprimées par Ehrhard Œglin»"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-12-15-01-c004", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-12-15_01#c004", "volume": "bmtnabc_1874-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "251", "page_fin": "255", "image_debut": 11, "image_fin": 15, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.2.2", "titre_corps": "LES TRAVAUX DU NOUVEL OPÉRA", "titre_sommaire": "LES TRAVAUX DU NOUVEL OPÉRA", "signature_source": "R. DE SAINT-ARROMAN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 11, "page_imprimee": "251", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.11", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1098, "texte": "LES TRAVAUX DU NOUVEL OPÉRA\n\n\"1\n'EN étais là de mes décimètres, centimètres et milli-\nmètres; j'avais décrit l'Opéra à mes lecteurs par le pro-\ncédé exact de la science et j'allais continuer, faisant le\nrelevé de mes mesures en long et en large, de la cou-\nleur des marbres,, du poids des piliers en fonte, des\nkilomètres de cordages, etc., lorsque l'on m'annonça la visite d'un per-\nsonnage inconnu.\nQu'il entre !\nMonsieur, j'ai lu vos chiffres sur l'Opéra.\nJe fronçai les sourcils.\nVery interesting!...\nJe saluai.\nC'est admirable, mais quand parlerez-vous de Part?\nEn d'autres termes, j'avais un admirateur qui était émerveillé de la\nprécision toute anglaise de mes chiffres et qui venait me dire naï-\nvement :\nQuand cela sera-t-il fini?\nIl m'estimait presqu'autant que le célèbre académicien qui a dit la\nphrase immortelle : Le Parthénon a cinquante-trois parapluies de lon-\ngueur.\nNéanmoins, il m'intéressa vivement lorsqu'il me dit : on ne peut\npas dessiner le corps plus exactement que vous ne l'avez fait; je voudrais\n\nVoir les numéros des i 5 septembre, i 5 octobre, ler1er et i 5 novembre,"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "252", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.12", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2418, "texte": "voir l'âme. La grande chose, c'est l'âme d'Athènes, «— c'est l'architecte,\nle sculpteur, le peintre, le musicien.\n— Peste ! vous voulez voir tout cela d'un seul coup ?\n— Oh... y es ! s'écria-t-il, et, se frappant le front : un jour unique dans\nla vie d'un homme serait le jour où il verrait tout cela vivant, dans\nParis brûlé !\nJe n'eus pas de peine à reconnaître à l'accent de l'homme que rien\nn'était plus sérieux. Cet Anglais croyait à la France, à son génie, à son\nélectricité ; il ne voulait pas mourir sans avoir vu, après 1870, dans la\ncapitale violée parla guerre, ce qu'il appelait la flamma rediviva. Il est\nabsurde de l'avouer, mais la foi en nous de ce voyageur me toucha vive-\nment. Il parlait, il gesticulait, il nous aimait, il réclamait la France du\nbeau, la France artiste ou, comme il disait : La France !.... Les larmes\nme vinrent aux yeux et je lui dis avec la brutalité de ces moments-là :\n— Venez !\nUn quart d'heure après, nous entrions dans le chantier de l'Opéra.\n— Vous voulez voir l'architecte ? lui dis-je.\n— Mens agitat mol cm, me répondit-il.\n— Eh bien ! je vous donne en cent de trouver Y agitateur.\n— Monsieur Garnier ? dit-il... et il chercha.\nJe pensais qu'il allait désigner un maestro correct, un homme comme\nii faut, c'est-à-dire un mortel habillé en quaker, comme Fox, William\nPenn ou Ellwood, habillé d'un étui de drap noir, pour les jambes,\nd'un second étui pour la taille et d'un troisième étui pour le chapeau,\nimposant d'ailleurs, l'œil capable et la moustache en croc.\nAprès un silence, il me dit : « Voilà î » Le malheureux me désigna\nun homme négligé, rempli d'angles, portant un veston couvert de\nplatras, un chapeau mou décoré de toiles d'araignées, des souliers ré-\nduits à l'état de galoches. Une canne à la main, cet homme, plus petit\nque grand, sec, nerveux, passant tour à tour du menuisier au sculp-\nteur, du décorateur au machiniste, d'un corps de métier à un autre,\ndonnant un ordre ici, faisant une observation là-bas, le tout doucement,\nsans en avoir l'air, avait simplement la tournure du plus humble des\ncontre-maîtres. La poussière avait noirci le ruban rouge attaché négli-\ngemment à sa boutonnière.\nCe qu'il y a de révoltant, c'est que l'Anglais trouva juste... C'était\nGarnier.\nIl est ainsi que je viens de le peindre, et c'est pour cela qu'il a bâti\nl'Opéra.\nOn dit qu'il s'est fait une tête, que ses cheveux sont hérissés, que son"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "253", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.13", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2594, "texte": "caractère est pointu, que son front est sans cesse contracté, que son œil\nest hagard... C'est peut-être vrai, mais il faut avoir un front, un\ncaractère, un œil et une vitalité farouches que les coiffeurs ne trouvent\npoint et que la nature seule donne.\nJe fus un peu honteux de penser que mon Anglais avait mis d'un seul\ncoup le nom sur la figure et déniché le rayon, pour exprimer ici le\nmot que je prononçai mentalement.\nA partir de ce moment, cher lecteur, j'ai oublié d'une manière abso-\nlue toutes les mesures, tous les détails, tous les faits, tous les chiffres,\nnos pierres et nos lambris, mes additions et mes précisions ; je n'ai plus\nvu que l'étrange fébrilité des artistes, qui est à Paris seulement et qui\nfait Paris, que cet Anglais était venu voir, qu'il réclamait et qu'il devi-\nnait chose unique et merveilleuse, que nous coudoyons, que nous\nne regardons pas, et qui nous ferait mourir si elle nous manquait, parce\nqu'elle est notre air respirable.\n« Venez encore ! » lui dis-je.\nJe traversai les boulevards, la rue Royale, la place de la Concorde,\netc., etc., et nous entrâmes par une petite porte (la porte n° 7) dans un\ncoin perdu du Palais de l'Industrie. Il y avait là des hommes barbouil-\nlés et barbouillant, c'est-à-dire des gens qui exécutaient, à l'aide de\nbrosses-balais, des peintures gigantesques.\nOn voyait par terre, dans la grande salle — trop étroite — qui forme\nl'angle sud du Palais, des arbres, des maisons, des bannières, etc., etc.\nLes uns fixaient, sur une découpure cyclopéenne, une découpure mi-\ncroscopique, à l'aide d'un filet carré. Ils avaient l'air de grands enfants\nqui font des patiences. D'autres dessinaient, dans les nuances indéfinies\nde la sépia, une forêt vierge toute hérissée de végétaux souples et\npointus. D'autres erraient au travers, en sifflotant comme le bourdon,\nsur les fleurs,\nMon Anglais prit l'air de ses compatriotes, mesura la longueur des\nfeuilles découpées dans le bois, il compta les pas qu'il lui fallait faire\npour mesurer un décor posé à plat, et, pour tout dire, il me parut pren-\ndre la mesure de son propre ennui, avec la conscience que les Anglais\napportent dans cet exercice. De proche en proche, nous arrivâmes au\npied d'un grand arbre... Je me trompe, c'est le grand arbre qui était à\nnos pieds.\nIl s'étendait sur le parquet, avec ses branches feuillues, son tronc\nénergique et frappé violemment d'un trait de lumière ; d'ailleurs, il était\noriginal parce qu'il avait son atmosphère propre, c'est-à-dire un cré-\npuscule fugitif et plein de poésie, qui circulait de rameaux en rameaux,"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "254", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.14", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2223, "texte": "et qui devait évidemment envelopper de ses voiles transparents des\npersonnages dramatiques ; en effet, il était réservé à couvrir de son\nombre les destinées orageuses d'Ophélia et d'Hamlet.\nA travers les hauteurs de Parbre, nous aperçûmes deux pantoufles\n(oh! la prose de la vie !) qui se promenaient, et une brosse à long man-\nche. Mon Anglais n'y prenait pas garde; il avait cessé de faire des\ncalculs; il était saisi et comme pétrifié par la vue de ce décor :\nC}est l'Angleterre de Shakespeare, me dit-il.\nEn ce moment les pantoufles et la brosse se. mirent à descendre de\nl'arbre, et devant nous apparut le personnage qui portait les unes et\nmaniait l'autre, c'est-à-dire M. Lavastre.\nMon compagnon le regarda d'un air scandalisé ; il vit dans les yeux du\npeintre une expression vague, celle de Pliomme qu'on arrache d'un tra-\nvail et qui s'en détache avec bonne volonté, par savoir-vivre, mais pé-\nniblement et sans secousse.\nEn effet, l'artiste était entièrement en lui-même, et un observateur\naurait pu voir que l'homme du monde se dégageait du peintre préoccupe\net remontait lentement à la surface.\nIl me tendit la main sans affectation.\nY a-t-il du nouveau, lui dis-je?\nRien, me répondit-il.\nAllons donc! s'écria l'Anglais, l'arbre est vrai?\nMalgré l'enthousiasme violent de mon insulaire, la conversation fut\nlanguissante. Nous dérangions.\nMais peu à peu l'équilibre s'établit; on se trouva de niveau; on causa\nlentement de Parbre, de la tonalité lumineuse, de la nécessité de la faire\nrégner dans toutes les parties du décor La dispute, qui est la vie,\ncommença : Impossible,disions-nous,d'obtenir la même tonalité pour\ntrente-sept pièces composant un seul décor. Impossible! répondait le\npeintre; c'est pourquoi il faut y arriver et on y arrive..... L'œil se fatigue\nou s'entraîne... On manque le but ou on le dépasse; puis on veut, on\ny vient, et l'on s'y tient.\nPardoni mais c'est à peu près irréalisable, et la volonté même\ns'émousse à force de frapper le même point. Comment faites-vous pour\narrêter, à la même nuance, au même degré, au même ton, le moment de\nlumière que vous avez choisi?\nIci, Lavastre nous regarda avec une tranquillité qui est celle du\nchasseur quand il vise biên."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "255", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.15", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2544, "texte": "J'y arrive, dit-il, et d'une manière certaine : quand je veux\nressaisir le point de départ, je pense au drame et à la création.\nAinsi, une œuvre longue, diverse, multiple, subordonnée aux décou-\npures du bois, aux effets de perspective, aux décolorations d'une lumière\nartificielle, tout cela était dominé et simplifié par la pensée de l'écrivain,\nprise comme règle unique par le peintre. Un mot, un seul, harmonisait\nles eaux et les feuillages, les arbres et le sol, le ciel et la terre : H ami et !\nIl s'agit d'Hamlet.\nMon Anglais comprit d'un seul coup, serra la main à l'artiste et regarda\navec effusion l'arbre du pays septentrional.\nDire ici comment, à cette heure, on parla du génie littéraire, de l'art\ndécoratif, de leurs rapports mystérieux, puis de l'architecture, de l'air\ndans lequel elle élève ses chefs-d'œuvre, des créations du Midi et des\ncréations du Nord, des conditions du beau et de son immortalité, tout\ncela au milieu des pots de couleur, des sifflotements de l'ouvrier, des\nmurmures qui couraient dans le reste du palais, c'est à peu près impos-\nsible; mais, ce qui l'est davantage, c'est de rendre l'expression qui tra-\nhissait sur le visage de mon Anglais la satisfaction pleine et entière du\nvisiteur. Jamais tireur qui vient d'abattre son gibier n'eut sur la figure\nplus de modestie triomphante que notre homme d'outre-mer. Ce qu'il\ncherchait venait de déboucher devant lui. Il tenait l'être insaisissable qui\nest le génie de Paris ; il avait pris sur le fait deux fois en une heure la\ncréation, la volonté électrique, l'esprit du beau, la foi en soi-même,\nl'union sympathique de tous les arts, le besoin de traduire la nature sur\nune scène qui est pour cela même la première de l'Europe.\nL'émotion arrivait et il faut l'éviter; je changeai de rail; j'essayai de\nparler à mon compagnon des œuvres qu'on monterait à l'Opéra, des ten-\ndances musicales de nos jeunes compositeurs, de l'époque d'incubation\ndans laquelle ils se trouvaient, des résultats probables qu'elle provo-\nquerait après les tâtonnements fâcheux, mais obligatoires, dans un pareil\nétat de choses, des merveilles qu'on nous promettait dans la mise\nen scène, que sais-je encore? il ne voulut rien entendre. L'impression\nétait trop vive pour l'arracher si vite, Je me résignai à le laisser planer\ntout là-haut, pensant, en somme, qu'il verrait de même que les lecteurs\ntout ce que j'aurais pu dire sur ces divers sujets, dans le courant de\nl'année qui s'avance vers nous, jeune et pleine d'espérance.\n\nR. DE SAINT-ARROMAN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-12-15-01-c010", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-12-15_01#c010", "volume": "bmtnabc_1874-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "260", "image_debut": 16, "image_fin": 21, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.2.3", "titre_corps": "LULLY", "titre_sommaire": "LULLY", "signature_source": "ARTHUR POUGIN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.16", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1571, "texte": "LULLY\n\nE portrait de Lully que nous reproduisons dans le\nprésent numéro de la Chronique Musicale, est l'un\ndes mieux réussis qui existent. On sait qu'il en a été\nfait un grand nombre de ce personnage, que Ton\nconsidère à tort comme le créateur de l'opéra fran-\nçais , mais qui n'en a pas moins fait preuve de\npuissance et de génie. Si Lully a frustré tCambert dans ses espérances\nlégitimes; s'il a fait enlever à l'abbé Perrin, le collaborateur de celui-ci,\npour se le faire transmettre personnellement, le privilège de l'Académie\nroyale de musique; s'il a obligé ce musicien, qui, le premier, avait posé,\ndans quatre ouvrages importants, les bases de notre opéra, à s'expatrier\nen Angleterre, et, s'il a extorqué à son profit la gloire que Cambert\naurait pu récolter, on n'en doit pas moins convenir que Lully était un\nartiste singulièrement intelligent, doué d'un véritable tempérament, et\nqui était à la hauteur du rôle qu'il a prétendu jouer.\nNous ne possédons en France aucun travail, je ne dirai pas complet,\nmais seulement sérieux et un peu étendu sur Lully. Le tout se réduit à\nquelques articles insérés dans les Biographies générales (celui écrit par\nBenne-Baron pour la Biographie Didot a été tiré à part), à une notice\npubliée par J. T. Merle dans la Revue de Paris du 3 mars i 833, àun\nlivre publié récemment par M. Ludovic Cellet, sous ce titre : Molière\net Lully, et qui n'a rapport qu'à la collaboration de ces deux grands\nhommes, et enfin à un opéra comique en un acte intitulé Lully et\nQuinault ou le Déjeuner impossible, représenté en 1812, et qui avait"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "257", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.18", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2733, "texte": "pour auteurs Gaugiran-Nanteuil pour les paroles, et Nicolo pour la\nmusique.\nIl est vrai que l'histoire de Lully ne serait rien moins que celle des\ncommencements de notre opéra. Mais, pour être juste, elle devrait être\nprécédée d un travail sur les premiers essais de Cambert et de l'abbé\nPerrin, les véritables créateurs de l'opéra en France. Aussi est-ce sous\nce titre : Les Vrais Fondateurs de VOpéra français, que, pour ma\npart, je travaille depuis longtemps déjà à retracer, d'après les documents\nles plus authentiques et les plus complets, ce chapitre si important de\nnotre histoire musicale.\nIl est juste, en effet, de rendre à César, et, en laissant à Lully le béné-\nfice de son génie, de restituer à Cambert la gloire d'avoir écrit les\npremieis opéras conçus dans notre langue, et à Perrin celle d'avoir lui-\nmême imaginé de doter la France de ce spectacle. En dépit de l'axiome\nlégal qui constate que parfois possession vaut titre, ce ne doit pas être le\ncas en ce qui concerne Lully, et rien ne peut faire que la Pastorale,\nPomone, les Peines et les plaisirs de l'Amour, premiers ouvrages dra-\nmatiques écrits par Cambert et représentés à Paris, n'aient précédé tous\nles opéras de Lully et n aient ouvert la voie à ce compositeur singulière-\nment habile à profiter du travail et des eftorts d'autrui et à s'en appro-\nprier les résultats.\nCar, si Lully était un grand artiste, c'était, il faut Ll'avouer, un être\nmisérable et un homme méprisable à tous les points de vue. Malgré sa\njuste admiration pour son génie, Fétis n'a pu garder le silence sur la\nbassesse et 1 infamie de son caractère, et il s'exprime ainsi à ce sujet :\n« ... Si les éloges qui lui ont été accordés comme artiste sont una-\nnimes, les jugements sévères et les traits satiriques n'ont pas manqué à\nsa peisonne et à son caractère. Courtisan jusqu'à la bassesse près des\ngrands, dont la protection pouvait etre utile à ses desseins, il était inso-\nlent et brutal avec toute autre personne. Le crédit dont il jouissait à la\ncour lui donnait une puissance dont il abusait souvent pour humilier ou\nperdre quiconque essayait de lui résister. Jaloux jusqu'à la frénésie de\ntout artiste dont le talent lui inspirait la crainte que le roi ne le remar-\nquât, il ne négligeait rien pour l'écarter. Cambert et Bernier ont été\npersécutés par lui, et son élève Lalouette fut chassé de l'orchestre de\nl'Opéra pour s être avoué l'auteur du meilleur air de ses ouvrages. Véri-\ntable tyran de ses acteurs et des musiciens de son orchestre, il lui arriva\nplus d'une fois d'arracher à ceux-ci leur instrument pendant l'exécution\net de le leur briser sur le dos. Au moment où son opéra d'Armide allait\nêtre joué pour la première fois, une grossesse de la fameuse cantatrice"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "258", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.19", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2741, "texte": "Rochois en arrêta les représentations. Dans sa colère, Lully l'aborda sur\nle théâtre : Qui fa fait cela? lui crie-t-ih N'en recevant aucune\nréponse, il lui donna un coup de pied qui lui fit faire une fausse couche.\nQuelquefois sa brusquerie ne respectait pas même les personnages les\nplus élevés. A l'un des divertissements de la cour, le roi, fatigué de la\nlongueur des préparatifs, lui fit dire qu'il s'ennuyait d'attendre; Lully\nrépondit au gentilhomme de la chambre :Le roi est bien le maître, il\npeut s'ennuyer tant qu'il lui plairalngrat envers ses meilleurs amis,\net toujours occupé de ses intérêts, sans s'informer s'il blessait ceux d'au-\ntrui, il s'est brouillé avec Molière pour avoir pris les meilleurs mor-\nceaux des ballets et divertissements qu'il avait composés pour ses pièces,\net en avait formé la pastorale des Fêtes de VAmour et de BacchtiSj qu'on\njoua à l'ouverture du théâtre de l'Opéra. A peine ce grand homme\neut-il rendu le dernier soupir, que Lully fit chasser sa troupe du théâtre\ndu Palais-Royal, dont il s'empara pour son spectacle. Après avoir\ndécidé par ses instances La Fontaine a écrire pour lui la pastorale de\nDaphné, il ne voulut point la mettre en musique, et lui déclara quelle\nne valait pas le diable... »\nTout ceci ne montre encore que certains côtés de l'ignoble caractère\nde Lully. On sait qu'il était non-seulement libertin, mais infâme dans\nses mœurs; on connaît les détails de sa liaison avec la Certin, célèbre\nchanteuse et courtisane du temps ; on peut retrouver, dans les documents\ncontemporains, les renseignements relatifs à son procès avec le poète\nGuichard, qu'il accusa d'avoir voulu l'empoisonner, parce que celui-ci\nn'avait pas voulu se laisser berner par lui ; enfin sa réputation était\ntelle qu'on alla jusqu'à l'accuser d'avoir fait assassiner Cambert, pour\nse débarrasser d'un rival qu'il jugeait redoutable et qu'il avait spolié\nsans merci.\nDans un pamphlet publié un an après la mort de Lully, Sénecé, qui,\ncomme tant d'autres, avait eu à s'en plaindre, voulut, tout en consta-\ntant le génie du grand artiste, faire justice de ses actes et de sa conduite.\nCe pamphlet anonyme était ainsi intitulé : Lettre de Clément Marot à\nMonsieur de 5.,., touchant ce qui s'est passé à Varrivée de Jean-Bap-\n/\nliste de Lulli aux Champs-Elysées.\nIl en faisait tout d'abord un portrait physique,, qui n'était rien moins\nque flatteur :—« Sur une espèce de brancard, composé grossièrement de\nplusieurs branches de laurier, parut, porté par douze satyres, un petit\nhomme d'assez mauvaise mine et d'un extérieur fort négligé. De petits\nyeux bordés de rouge, qu'on voyoit à peine, et qui avoient peine à voir,\nbrilloient en lui d'un feu sombre, qui marquoit tout ensemble beau-"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "259", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.20", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 1699, "texte": "coup d'esprit et beaucoup de malignité; un caractère de plaisanterie\nétoit répandu sur son visage, et certain air d'inquiétude régnoit dans\ntoute sa personne. » Sénecé rappelle ensuite la bassesse et les vices de\nLully, le juge avec une sévérité qui n'est que trop justifiée, et le repré-\nsente enfin comme un homme de mœurs infâmes, d'une âme noire et\nd'une sordide avarice.\nCes mœurs étaient tellement connues qu'on ne craignit point, lorsque\nfut reproduit par la gravure le mausolée somptueux qui lui avait été\nélevé dans l'église des Petits-Pères, d'accompagner l'estampe des vers\nsuivants :\nPourquoi, par un faste nouveau,\nNous rappeler la scandaleuse histoire\nD' un libertin, indigne de mémoire,\nPeut-être même indigne du tombeau?\nVeneç, ô mort! faites descendre\nSur ce buste honteux votre fatal rideau ;\nEt ne montre% que le flambeau\nQui devrait pour jamais l'avoir réduit en cendre.\nLully, on peut le dire, était méprisé de tous les honnêtes gens. On se\nrappelle ces vers de Boileau,' qui le prenait pour objectif :\nEn vain par sa grimace un bouffon odieux\nA table nous fait rire et divertit nos yeux :\nSes bons mots ont besoin de farine et de plâtre ;\nPrenez-le tête-à-tête, son théâtre,\nCe n'est plus qu'un cœur bas, un coquin ténébreux :\nSon visage essuyé n'a plus rien que d'affreux.\nLa Fontaine, qui avait été berné par Lully, voulut s'en venger par\nune satire, qu'il intitula le Florentin.\nLe Florentin\nMontre à la fin\nCe qu'il sait faire.\nFen étais averti, Von me dit : Prenef garde *\nQuiconque s'associe avec lui se hasarde.\nMalgré tous ces avis il me fit travailler.\nLe paillard s'en vint réveiller\nUn enfant des Neuf Sœurs, enfant à barbe grise9\nQui ne devoit en nulle guise"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "260", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.21", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1245, "texte": "A\nEtre dupe. Il le fut et le sera toujours.\nJe me sens né pour être en butte aux méchants tours,\nVienne encore un trompeur; je ne tarderai guère.\n. . . . . Il me persuada,\nA tort, à droit me demanda\nDu doux, du tendre, et semblables sornettes,\nPetits mots, jargons damourettes\nConfits au miel; bref il m'enquinauda.\nLa vengeance était douce. D'ailleurs, La Fontaine était incapable\nd'une longue rancune. Mais si nous voulions consulter tous les écrivains\ndu temps, nous aurions de cruelles preuves de la mésestime en laquelle\non tenait Lully et du mépris qu'on ressentait pour ce personnage. Ce\nn'est pas là le but que nous voulons poursuivre aujourd'hui, et d'ailleurs\ncela nous mènerait trop loin. En publiant le portrait de cet artiste\ncélèbre, nous avons voulu, tout en rappelant sa gloire, flétrir sa conduite\ncomme elle le mérite, et saisir cette occasion, sans faire tort au génie de\nFlorentin, de réclamer en faveur de notre Cambert le titre qui lui appar-\ntient de fondateur de l'Opéra français. Si Cambert, grâce à Lully, n'a\npas eu le temps d'accomplir sa tâche, il lui reste du moins l'honneur de\nl'avoir entreprise, et Ton ne doit en aucun cas oublier que le Florentin\nn7est venu qu'après lui.\n\nARTHUR POUGIN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-12-15-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-12-15_01#c013", "volume": "bmtnabc_1874-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 17, "image_fin": 17, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.2.3.3", "titre_corps": "Definie par CN Cohin d'après le Buste de Colignon, et gravé Ang de S'Aubin en 1770. Senend a Paris chez Joullain Quai de la Megiferie ed chez l'Auteur rue des Mathurins au Pent Hotel de Chiging.", "titre_sommaire": "Definie par CN Cohin d'après le Buste de Colignon, et gravé Ang de S'Aubin en 1770. Senend a Paris chez Joullain Quai de la Megiferie ed chez l'Auteur rue des Mathurins au Pent Hotel de Chiging.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.17", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 194, "texte": "Definie par CN Cohin d'après le Buste de Colignon, et gravé Ang de S'Aubin en 1770.\nSenend a Paris chez Joullain Quai de la Megiferie ed chez l'Auteur rue des Mathurins au Pent Hotel de Chiging."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-12-15-01-c015", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-12-15_01#c015", "volume": "bmtnabc_1874-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "261", "page_fin": "267", "image_debut": 22, "image_fin": 28, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.2.4", "titre_corps": "LES CANTATRICES DRAMATIQUES", "titre_sommaire": "LES CANTATRICES DRAMATIQUES", "signature_source": "PAUL FOUCHER", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 22, "page_imprimee": "261", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.22", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1195, "texte": "LES\nCANTATRICES DRAMATIQUES\n\n(0\nIV\nCATARINA GABRIELLI\nII\nLUS tard, s'adressant toujours à Farinello, Métastase\ntrace un croquis de notre héroïne : « Elles sont justi-\nfiées, dit-il en 1757, les gracieusetés que Ton écrit\nd'ltalie sur notre signera Gabrielli. Elle est jeune, Ita-\nlien ne, favorisée par la nature d'un art transcendant\nen musique; d'où vient qu'il n'y a point d'étranger\nqui ne se ressente des caprices de notre sirène. (Il semble qu'il y ait là\nune allusion à l'aventure semi-tragique dont il a été question plus haut.)\nMais, en vos mains, j'espère qu'elle sera beaucoup plus maniable. Elle\nest parfaitement persuadée de son mérite et cependant elle est extrême-\nment timide. Pour modérer les élans que pourrait lui inspirer ce mérite,\nil convient que vous lui imprimiez dans l'âme un grand respect et une\ncrainte positive du souverain et de la cour ; mais pour que vous ne l'af-\nfaiblissiez pas dans l'exécution, il est nécessaire que vous lui communi-\nquiez le courage avec votre approbation et les applaudissements de vos\n\n(1) Voir les numéros des lel'1e1' décembre 1870, lel'1e1' janvier, lerIer février, iev mai*\nïeV et i 5 juin, i 5 juillet, ier août et i 5 novembre 1874."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "262", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.23", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2750, "texte": "amis. D'ailleurs,, vous êtes un pilote plus expert que moi, et je ne doute\npas que vous ne fassiez le meilleur usage de votre autorité, A Vienne,\nà Milan et à Lucques, où la jeune cantatrice a été ménagée avec la\ndextérité nécessaire, elle a enchanté tous les vivants ; mais à Padoue, où\nlon a voulu user avec elle plus du mors que de l'éperon, c'a été une\ncampagne tout à fait infructueuse» »\nA part ce trait de la timidité que nous ne retrouvons guère dans la\nphysionomie historique de la on voit que ce portrait d'après\nnature, tiré par Métastase, s'accorde assez avec la légende de la fantasque\nGatarina. Les lettres du poète césaréen ne nous fixent pas, du reste, sur\nce point : si rengagement débattu par lui et souscrit de façon si posi-\ntive par la Gabrielli, a été réellement rempli. Aucun des biographes de la\ncantatrice ne parle d'un séjour qu'elle aurait fait en Espagne, et comme\nses excursions d'artiste paraissent avoir été toutes, ou presque toutes,\nsoigneusement notées, il y a lieu de conclure que le projet ne s'est point\neffectué. Dans tous les cas, Farinello, de même que eût été à\npeu près le seul des adorateurs de la Gabrielli, avec qui ses relations ne\ndevaient pas être calomniées.\nIl est à supposer que Gatarina aura été retenue par Marie-Thérèse ;\nelle dut quitter, riche, la capitale de l'Autriche, et si l'on songe que c'était\nsurtout alors à la munificence des souverains que les artistes étaient\nredevables de leur fortune et que François lerIer était avare, on peut se\nrendre compte de l'influence qu'elle avait exercée à la fois sur le public\nde Vienne et sur l'empereur. Lorsque le départ de Gatarina fut annoncé,\nune députation des jeunes gens les plus distingués de la ville chercha en\nvain à lui faire prolonger à Vienne son séjour qui aurait pris fin, d'après\nles biographes, vers 1765, mais qui a dû se terminer, peut-être assez\nbrusquement, deux ou trois ans avant cette date. Il y a tout lieu de croire,\nd'après le témoignage très sûr et très précieux d'un contemporain\nauquel nous allons plus longuement recourir, que ses caprices, que les\nquerelles, que son esprit intrigant, plus encore que sa beauté, avaient\nexcitées, durent y abréger ses succès. Brydone, l'écrivain-voyageur\nqui va tout à l'heure nous servir de guide, dit même en propres\ntermes « qu'elle avait été chassée de Vienne comme elle l'avait été de\npresque toutes les villes d'ltalie. » Le terme employé peut manquer de\nménagement, mais il est bien difficile de croire que, au fond, il n'y ait pas\nlà quelque chose d'exact, et c'est là aussi ce qui peut servir à expliquer\nque les engagements positivement pris avec Farinello n'aient pu être\ntenus.\nLes biographes de la Gabrielli, qui tous se sont copiés sans remonter"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "263", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.24", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2701, "texte": "aux sources, renvoient aussitôt après son départ de Vienne à Palerme.\nNous savons, de façon positive, par ces mêmes lettres de Brydone, que la\nGabrielli était en 1770, et depuis peu, à Palerme. En revanche, les\nmêmes biographes l'envoient, en 1767, à la cour de l'infant Don Phi-\nlippe, duc de Parme, mort deux ans auparavant.\nCe qui ne peut être révoqué en doute, c'est que la Gabrielli était à\nNaplesen 1764. Elle avait donc quitté Vienne et peut-être déjà séjourné\nà la cour du duc de Parme, à moins que, ce qui peut être considéré\ncomme plus probable, elle ne s'y soit rendue immédiatement après ses\nnouveaux succès de Naples. Voici ce que dit l'abbé Coyer, auteur d'un\nvoyage en Italie, dans une lettre de Naples, du 11 février 1764 :\n«La Didon abandonnée, de Métastase (on ne parle toujours que de\nMétastase!) est la pièce du jour; on y voit, d'un côté, Enée avec les\nTroyens et la flotte, et de l'autre, larbe, avec les Africains et les élé-\nphants. C'est la fameuse Gabrielli qui fait le rôle de Didon ; il faut que\nle pieux Enée ait bien de la dévotion pour résister aux charmes de sa\nvoix et de sa figure. » .\nLa pièce était montée avec un grand luxe* II y avait des marches, des\nbatailles, des triomphes, et Ton employait les chevaux des écuries du\nroi» Le célèbre chanteur Cafarelli, alors âgé de soixante ans, tâchait d'y\nsoutenir, auprès de la Gabrielli, l'honneur de sa réputation.\nSara Goudar, que j'ai déjà citée, qui écrivait de 1772 à 1774 des let-\ntres sur les tout en faisant un grand éloge de la cantatrice,\nrappelle que la Gabrielli avait brouillé deux ministres, et que le brillant\nde sa gloire consistait surtout à avoir été insultée par l'ambassadeur du\nplus grand roi du monde. Jusque-là, rien qui ne puisse s'appliquer à\nl'aventure de Vienne. Mais, il est ajouté dans une note du même\nouvrage, à propos de la même chanteuse : « On sait son aventure de\nNaples5 où elle reçut des coups d'un ministre. »\nOu quelque scandale nouveau aura été produit par la Gabrielli à\nNaples, ou, ce qui est plus que probable, il y a confusion avec l'aventure,\ndont tous les récits et quelques indices concluants ont placé le théâtre\ndans la capitale de l'Autriche.\nSi la Gabrielli fut appelée à Parme par l'infant Don Philippe, ce qui\nsemble positif, et ce qui demeure d'autant plus vraisemblable, qu'à\nl'exemple de Louis XIV, son aïeul, et de Philippe V, son père, l'infant\navait fondé une Académie-des Arts; si donc la liaison romanesque qu'on\nlui attribue avec la cantatrice est exacte, comme peuvent l'indiquer les\nparticularités précises sur lesquelles tous les biographes s'accordent, le\nséjour de la Gabrielli à Parme dut précéder de plus de cinq ans celui"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "264", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.25", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2806, "texte": "qu elle fit à Palerme. L Infant don Philippe qui avait pris possession\ndes duchés de Parme et de Plaisance, cédés par son frère don Carlos, en\nveitu du traité d Aix-la-Chapelle (1748), et qui était arrivé à Parme le\n7 17497 rnourut à Alexandrie le 17 juillet Iy6 et ce n'est pas à\nson fils et à son successeur qu'on peut attribuer ce goût passionné à la\nfois pour le chant et la cantatrice, car ce dernier s'appelait Ferdinand, et\ntoutes les versions s'accordent à nommer don Philippe.\nCe prince, dont tous les historiens font l'éloge, dont l'administration\na été paisible et heureuse, bienfaisant, lettré, paraît avoir subi, plus ou\nautant que ce soit,l'influence de l'irrésistible enchanteresse. Disons à\nson excuse qu il était veuf de la duchesse de Parme (Louise Élisabeth\nde France, fille de Louis XV) morte en ijsg à. Versailles de la petite\nvérole, la maladie à laquelle succombait six ans plus tard l'lnfant lui-\nmême. Philippe était jaloux à la fureur de sa maîtresse, et tantôt la\nGabrielli prenait plaisir à surexciter ses soupçons, tantôt elle irritait les\nblessures du cœur de son amant par des sarcasmes qui n'épargnaient pas\nle malheureux prince jusque dans les défauts corporels dont il était vic-\ntime et non coupable. Elle 1 appelait Gobbo maledetto (maudit bossu) !\nUn jour, il prit fantaisie c'était assez fréquent àla Gabrielli de\nne pas vouloir chanter. A ce moment le petit-fils de Louis XIV soupçon-\nnait la cantatiice de complaisance pour un riche Anglais, qui lui avait\nfait de brillantes propositions. Don Philippe saisit l'occasion de punir\nla maîtresse infidèle dans la prima donna réfractaire, et ordonna de\nconduire la Gabrielli en prison. Mais là où la colère l'avait jetée, l'amour\n1 attendait encore. Cette prison était un domaine magnifique où la\nGabrielli était servie et obéie en reine. La rancune de l'irascible coquette\n11e sen apaisa guère moins difficilement. L'lnfant vint pleurer à ses\npieds 9 mais ce n est qu avec peine même qu'il put obtenir qu'elle quittât\ncette riche prison, cet Eden un moment imposé.\nLa Gabrielli voulut échapper à cette idolâtrie tyrannique ; peut-être\naussi la mort de don Philippe la fit-elle libre; et elle se rendit en Russie,\nselon les uns en 1768, selon le Dictionnaire des musiciens en 1765, et\nje crois plutôt à cette dernière date. Catherine II alors inaugurait la\nsplendeur de ce regne moitié tartare, moitié français, où Pierre 111 et\nle jeune Ivan disparaissaient assassinés, où le sanglant Bas-Bleu échan-\ngeait des gracieusetés rimées avec Voltaire et les Encyclopédistes. On ne\nsait de ce séjour en Russie qu'une réponse gaiement audacieuse de la\ncantatrice à l'lmpératrice, réponse dont l'esprit fit tolérer la gaillarde\ninsolence. Catarina demanda cinq mille ducats d'appointements pour\ndeux mois :"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "265", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.26", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2678, "texte": "-—Cinq mille ducats ! s'écria Catherine; je ne paie sur ce pied-là\naucun de mes felds-maréchaux.\nEh bien, alors, reprit la chanteuse, votre majesté n'a qu'à faire\nchanter ses felds-maréchaux.\nLe mot était sans réplique. La Sémiramis du Nord rit et paya. C'est\nChamfort qui nous a conservé ce trait. Ce contemporain devait être bien\ninformé en assurant que la Gabrielli n'était engagé en Russie que pour\ndeux mois. Elle y passa trois ans plus tard. Elle n'en revint pas moins,\naprès ce premier séjour à Saint-Pétersbourg, couverte de diamants, et\nen état de se faire un contrat de rente de quatre mille écus romains,\n(20,000 francs). Elle devait avoir hâte de retrouver le doux climat de la\npatrie, et des latitudes glacées où elle dut se sentir exilée, elle alla cher-\ncher la température presque africaine de Palerme. La Biographie uni-\nverselle qui partage sur certains points les erreurs des autres biographies,\nnous dit que la Gabrielli passa deux ans à Palerme. Elle y était, le fait\nest certain, en 1770, car de cette année sont-datées les lettres deßryaone.\nC'est maintenant à l'auteur d'un voyage intéressant et spirituellement\nconté, à ce témoin oculaire des triomphes et des frasques de la Gabrielli,\nque nous allons demander des impressions prises sur le vif.\nLa Gabrielli, dit-il, est la première actrice du monde. Pacchiarotti,\ndepuis un célèbre chanteur, alors tout à fait à l'aurore de sa carrière,\nen entendant la Gabrielli exécuter son air d'entrée avec une crânerie\nmagistrale, s'enfuit dans la coulisse en s'écriant : Povero me, Povero\nme, questo è un port eut o ! Je suis perdu; c'est un prodige! On eut beau-\ncoup de peine àle déterminer à reparaître, et alors il chanta à la Ga-\nbrielli un air de tendresse avec toute la sensibilité où il excellait, et qui\némut la cantatrice elle-même et toute la salle.\nSelon les mêmes biographes dont je parlais plus haut, cette aventure\ncaractéristique se serait passée à Venise en 1777. Brydone la met àla\ndate de 1770, l'ayant recueillie à sa source; en 1777, d'ailleurs, Pacchia-\nrotti était à Gènes et à Milan, et il n'est pas certain que la Gabrielli fût\nalors elle-même à Venise. Cet excès d'émotion s'explique d'ailleurs\nbeaucoup mieux chez un débutant, et l'année 1770 était en effet la\npremière des débuts de Pacchiarotti.\nL'enthousiasme pour la Gabrielli avait été tel à Palerme, qu'on avait\nété obligé d'employer un nouveau terme pour caractériser la merveil-\nleuse exécution et la volubilité musicale de la voix de la virtuose. Si en\nchantant, elle se fût proposé autant de plaire que d'étonner, elle pouvait\npresque opérer les prodiges qu'on a attribués à Orphée ou à Timothée,"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "266", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.27", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2769, "texte": "dit Brydone. Heureusement peut-être pour le repos du genre humain son\ncaractère était devenu un préservatif suffisant contre les charmes de\nsa voix et de sa personne. Brydone croit qu'avec un esprit modeste\net aimable elle aurait fait de plus terribles ravages dans le monde. C'est\npeu connaître le cœur humain, que les vices séduisent, que les caprices\nretiennent ; toutefois en la déclarant la plus dangereuse sirène des\ntemps modernes, « celle qui a fait le plus de conquêtes,, » Brydone avoue\nque la Gabrielli n'a point l'âme mercenaire, et qu'elle a donné, au\ncontraire,, des preuves éclatantes de générosité et de désintéressement.\nQuoiqu'elle eût plus de trente ans,, ajoute-t-il (elle en avait quarante),\nelle ne paraît pas en avoir dix-huit sur le théâtre. Lorsqu'elle est de\nbonne humeur, et qu'elle veut bien faire usage de sa voix, il n'y a rien\nqu'on puisse comparer à son chant. Elle excelle à un degré égal dans\nFaction. Quelques paroles de son récitatif, avec un simple accompagne-\nment, excitaient une émotion qu'aucun autre chanteuse n'a inspirée; mais\nelle est si opiniâtre et si décidée dans le caprice, que l'intérêt, la flatte-\nrie, les menaces ne font pas la moindre impression sur elle. Lorsqu'on\nveut les combattre, on ne fait que les augmenter, soit qu'on la traite\navec respect ou avec mépris, et elle semble éprouver un malin plaisir—\naussi ennemie d'elle-même que de son public à démentir l'opinion\nque la salle s'est formée de. son talent.\nPour la déterminer à contenter les spectateurs, quand elle n'y était\npas disposée, le meilleur moyen était de recourir à son amant. Elle en\navait toujours un, et sous ce rapport sa conduite était de la régularité la\nplus parfaite. (A Naples, en 1750, à ses débuts,, on la vit se parer d'un\nnœud de diamants avec un chiffre qui attestait toute l'ardeur et la spon-\ntanéité de ses sentiments pour le favori qui régnait alors.)\nOn priait donc le préféré du moment de se placer au centre du parterre\nou dans la loge vis-à-vis de la scène. Si le couple était parfaitement\nd'accord, ce qui n'arrivait pas toujours, c'était à son amant que la\nGabrielli semblait adresser toutes les tendresses de ses airs d'amour,\net, pour lui, elle déployait tous les charmes de sa voix. Son favori de\nPalerme avait promis à Brydone, qui avait pris plus d'une fois sa part\ndes déceptions que la chanteuse aimait à produire, d'exercer son pouvoir\nen faveur du voyageur et de ses amis. Il s'était en conséquence placé\nà l'endroit convenable, mais l'opiniâtre actrice éventa l'expédient, et,\nsoupçonnant sans doute l'intelligence d'un amant présomptueux avec\ndes mélomanes exigeants, ne daigna même pas faire attention au pre-\nmier.\nLa Gabrielli donnait cependant quelques excuses de ces intermittences"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "267", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.28", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 995, "texte": "de son talent, au plutôt de sa volonté. Elle affirmait que ce n'était pas\ntoujours les dispositions de son esprit, mais certaines causes physiques,\nqui la rendaient de temps en temps incapable de chanter. Brydone était\ntrès porté à admettre, dans une certaine mesure, cette excuse; car il lui\nsemble que cette flexibilité prodigieuse de la voix de la Gabrielli, qui\nparcourt si rapidement et avec tant de netteté les tons les plus variés et\nproduit presque dans un instant un si grand nombre de modulations,\ndépend à coup sûr d'une disposition des fibres, très sujettes à des varia-\ntions. Brydone entre là-dessus dans quelques détails semi-médicaux, et\ncroit que dans le climat nébuleux de l'Angleterre, les fibres seraient en\ndanger de perdre cette incroyable sensibilité; mais il ajoute que ces\ninfluences accidentelles ne peuvent avoir lieu que sur une voix aussi\nexceptionnellement flexible que celle de la Gabrielli.\n(La fin au prochain numéro,)\n\nPAUL FOUCHER."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-12-15-01-c019", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-12-15_01#c019", "volume": "bmtnabc_1874-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "268", "page_fin": "275", "image_debut": 29, "image_fin": 37, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.2.5", "titre_corps": "REVUE DES CONCERTS", "titre_sommaire": "REVUE DES CONCERTS", "signature_source": "H. C", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 29, "page_imprimee": "268", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.29", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1665, "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nCONCERTS-POPULAIRES : Elle, oratorio de Mendelssohn. CONCERT NATIONAL : Sym-\nphonie pastorale, de Beethoven. Air de ballet, de M. Guiraud. Ouverture de\nStruensce.— SOCIÉTÉ PHILHARMONIQUE DE PARIS: Air de la Fêle d'Alexandre, de\nHaendel. Ouverture de M. Louis Lacombe.— SALLE TAITBOUT (CONCERT DANBÉ).—\nSALLE HFRZ (CONCERT DE LA SOCIÉTÉ PHILOTECHNIQUE).\nONCER JS POPULAIRES. Le huitième Concert de la\npremière série a été consacré tout entier à l'exécution\n*\nd'un grand oratorio de Mendelssohn, Elle. Ce n'est\npas la première fois que cette oeuvre importante est\nexécutée en France. Elle fut donnée d'abord au Congrès\nmusical de l'Ouest, en x 856, sous la direction de M. de\nBeaulieu. L'année suivante, le 6 décembre 1857, M. Pasdeloup en fit\nentendre la première partie seulement, dans un grand festival qu'il avait\norganisé au Cirque des Champs-Élysées; l'exécution, assez bonne de la\npart de l'orchestre et des chœurs, a vait laissé beaucoup à désirer quant\naux chanteurs chargés des principaux rôles : madame Bockholtz-Falconi,\nMM. Jourdan et Stockhausen. L'œuvre parut généralement monotone et\nne produisit pas grand effet sur le public; les esprits n'étaient pas encore\npréparés. Cinq ans plus tard, M. Pasdeloup fit exécuter de nouveau Élie,\naux Concerts populaires qu'il venait de fonder, dans deux séances, le 6et\nle i 3 avril 1862. Les solis étaient confiés à madame Viardot et à\nMM. Michot et Cazeaux de l'Opéra, et, grâce à une exécution très\nsoignée, l'œuvre parut assez appréciée du public.\nDepuis 1862, d'immenses progrès ont été accomplis, les institutions de\nConcerts populaires se sont multipliées, le goût du public s'est déve-"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "269", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.30", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2663, "texte": "loppé, son intelligence musicale s'est élevée peu à peu à la hauteur des\ngrandes œuvies du répertoire classique; bref, l'oratorio est devenu à la\nmode. L empressement avec lequel la population parisienne se rend\naujourd'hui aux séances données par M. Ch. Lamoureux pour l'audi-\ntion des oiatoiios de Bach et de Haendel, a donné à M. Pasdeloup l'idée\nde consacra le huitième Concert de chaque série à l'exécution d'une\ngrande œuvre chorale; son choix s'est encore porté sur Élie, mais, cette\nfois, il nous a fait entendre l'œuvre complète en une seule séance, le\ndimanche 6 décembre dernier.\nLe répertoire vocal de Mendelssohn est assez restreint. Ce maître est\navant tout un compositeur symphonique, la partie la plus importante\nde son œuvre est circonscrite presque exclusivement dans le domaine de\nla symphonie et de la musique de chambre. Or, une observation fort\ncurieuse, c'est que, tout en se consacrant à la musique instrumentale,\nMendelssohn fut tourmente toute sa vie du désir de composer des\nopéias et qu il ne put jamais atteindre à la réalisation de son vœu le\nplus cher.\nIl avait éciit, à 1 âge de seize ans, un opéra, les Noces de Gamache,\nqui n'eut aucun succès. Cet essai malheureux ne l'avait pas découragé.\n« Tu veux que je compose des opéras, et tu prétends que j'ai tort de ne\nl'avoir pas fait depuis longtemps, écrivait-il en 1831 à Edouard\nDevrient ; à cela je réponds : mets-moi entre les mains un texte conve-\nnable et en quelques mois je me charge de le composer, car écrire un\n°Pe} a-> c est mon des ii de tous les jours. Je suis sûr que je produirais\nquelque chose de frais, de gracieux, si je trouvais des paroles, mais c'est\nprécisément cela qui me manque, Si tu connais un homme capable de\nme faire un libretto, indique-le-moi pour l'amour de Dieu, je ne cherche\npas autre chose. Mais, en attendant que je trouve un texte d'opéra,\nvaut-il donc mieux, à supposer que cela me soit possible, ne rien faire\ndu tout. Si jai écrit plusieurs morceaux de musique religieuse, c'est\nque c était un besoin pour moi, de meme qu'on a parfois envie de lire\nun certain livre, la Bible, par exemple, ou tout autre et que ce livre-là\nseul vous satisfait. »\nEt dans une autre lettre de la même année, il écrivait à Guillaume\n1 aubei t . « N avez-vous donc fait jusqu'ici aucune grande compo-\nsition, un opeia ou quelque chose de ce genre. Pour ma\nmoment une envie irrésistible de composer un opéra et cette pensée ne\nme laisse pas même le calme néessaire pour commencer quelque chose\nde moins important. Je crois que si j'avais le livret aujourd'hui, l'opéra\nserait fait demain, tant est grand mon désir! Autrefois, la seule pensée"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "270", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.31", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2689, "texte": "d'une symphonie était pour moi si entraînante que je ne pouvais songer\nà autre chose, quand j'en avais une en tête, car le son des instruments a\naussi en soi quelque chose de solennel et de sublime; et cependant,\nvoilà déjà longtemps que j'ai abandonné une symphonie commencée,\npour composer une cantate de Goethe, uniquement parce que j'avais là\ndes voix et des choeurs. levais maintenant terminer aussi la symphonie,\nmais je ne désire rien tant que de co Seulement,\nd'où me viendra le livret?-» Trouver un poëte qui lui fît un drame àsa\nconvenance, voilà donc la grande difficulté qui arrêta constamment\nMendelssohn. Ce poëte, il crut un moment l'avoir découvert. 11 avait\ndemandé à Immermann de lui tailler un livret dans la Tempête de\nSchakespeare, qu'il tenait beaucoup à mettre en opéra. Immermann\nétait un excellent poëte et Mendelssohn avait tout lieu d'attendre de lui\nun excellent texte; son attente fut déçue. Immermann produisit une\nœuvre qui n'était dénuée ni d'intérêt dramatique, ni de mérite théâ-\ntral; néanmoins Mendelssohn jugea qu'il était impossible de rendre ce\nlivret musical, et le projet fut abandonné.\n« Je ne composerai jamais, écrit-il dans une de ses lettres datées de\nParis, sur un texte que je ne trouverais pas bon et qui ne m'inspirerait\npas. » Et plus loin, à propos de Robertet de\nqui étaient alors dans toute la nouveauté de leur succès et dont il critique\nvertement les livrets : « Tout cela fait de l'effet, dit-il, mais je n'ai pas\nde musique pour de pareilles choses, car cela est vulgaire et, si notre\népoque veut absolument des effets de ce genre, eh bien,\nmusique religieuse ! »\nCette dernière boutade n'a rien de surprenant pour qui connaît le\ncaractère sévère et l'esprit élevé et un peu mystique de Mendelssohn.\nIl s'était forgé en imagination l'idéal d'un drame lyrique plein d'élé-\nvation dans les idées, de grandeur dans 1 expression, de sévérité dans la\nforme. Cet idéal, il reconnut, après de longues et infructueuses recher-\nches, que les hommes n'arriveraient jamais à lui donner une forme assez\nparfaite, il en chercha la réalisation dans le Livre de Dieu; il ouvrit la\nBible et il composa sur la prose même du livre sacré. De même que\nBach avait écrit la Passion sur le texte scrupuleusement observé de\nl'Évangile de Saint-Mathieu, il écrivit sur le texte des livres saints z'e,\nPaulus, ainsi que les psaumes 42, 65, 98 et 114.\nOutre ces grandes œuvres de musique religieuse et quelques chœurs\nd'Eglise, il composa pour le service de la cour de Prusse, à laquelle il était\nattaché, la musique intercalée dans Antigone, Œdipe roi, Athalie et le\nSonge d'une nuit d'été.Enfin, quand nous aurons encore mentionné un"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "271", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.32", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2766, "texte": "petit opéra en un acte, le Retour de voyage à Vétranger, écrit pour sa\nfamille et publié après sa mort, ainsi que Popéra inachevé de Loreley,\nnous aurons la liste à peu près complète des grandes œuvres vocales de\nMendelssohn. Parmi ces œuvres, Paulus et Elie doivent être placées au\npremier rang, en considération, non-seulement de leur importance,\nmais aussi de leur valeur musicale.\nElie fut exécuté pour la première fois au festival de Birmingham en\n1846. Le sujet de cet oratorio est tiré du ier livre des Rois; il est des\nplus simples. Le courroux de Dieu s'est appesanti sur Israël. Elie\nannonce au roi Achàb que son royaume va être désolé par une séche-\nresse terrible; puis, redoutant la colère du roi, il se retire à Sarepta, où\nil ressuscite le fils d'une veuve qui lui avait donné l'hospitalité. Plus\ntard, il revient vers Achab, il lui reproche son impiété et lui offre de\nprouver, en présence des prêtres de Baal, qu'il n'y a qu'un seul Dieu :\nJéhovah. Les faux prophètes s'assemblent sur le mont Carmel, les sacri-\nfices sont préparés, la victoire restera au parti dont le feu du ciel aura\ndévoré l'holocauste, Elie invoque le Seigneur, la foudre frappe le bûcher\nqu'il avait dressé et au même instant une pluie abondante vient rafraî-\nchir la terre embrasée. Mais la reine Jézabel, protectrice des faux pro-\nphètes, excite contre Élie la foule des idolâtres ; le prophète s'enfuit sur\nle mont Horeb et il fait dévorer par le feu du ciel les hommes envoyés\npour le mettre à mort. Sa mission étant accomplie, il se rend sur les\nbords du Jourdain avec Élisée et bientôt il s'élève au ciel dans un tour-\nbillon. Tel est le cadre que s'est tracé Mendelssohn; les personnages\nprincipaux de cette action biblique sont Elie, le néophyte Abdias, la\nveuve de Sarepta, les anges, le peuple et les prêtres de Baal. La partie d'Elie\nest écrite pour voix de basse, celle d'Abdias pour ténor, la veuve est un\nsoprano et les anges se partagent les trois registres de la voix de femme.\nLa place me manque pour entrer dans le détail de cette partition\nconsidérable, qui ne comprend pas moins de quarante-quatre morceaux\net qui a été exécutée intégralement, sauf quatre morceaux que\nM. Pasdeloup a cru devoir retrancher : le double quatuor des anges,\ndans la première partie et dans la seconde, deux chœurs et l'arioso\nd'Elie : « les montagnes chancelleront ». Il faut donc nous borner à citer\nen bloc les morceaux les plus remarquables. Ge sont, dans la première\npartie : l'introduction, le duo avec chœur : « Sion lève les mains vers\ndias, la belle scène où Elie ressuscite le fils de la veuve, le chœur :\n« Heureux qui toujours l'aime, » l'allégro à trois temps du chœur des\nprêtres, rair d'Elie :« O Dieu d'lsraël, »et le choral à quatre parties?"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "272", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.33", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2438, "texte": "d'un bel accent religieux et d'une facture remarquable, la grande scène\nentre Elie, son disciple, Abdias et le peuple, et le chœur final :\n« Gloire au Seigneur ». Dans la deuxième partie : l'air admirable d'Elie\nen fa mineur : «Ah ! c'en est fait, Seigneur, retire-moi du monde! »\nqui est, à mon sens, la plus belle page de la partition; le récitatif\nd'Abdias : « Voyez, ildort, » le trio sans accompagnement, des anges,\nqui a été bissé, le récitatif et le chœur des anges « Sanctus; sanctus, »\nPair de ténor : a une auréole de lumière », le quatuor : « venez, vous\nqui cherchez, » et enfin la fugue finale.\nLes deux personnages les mieux caractérisés parle musicien sont ceux\nd'Elie et de la veuve ; le premier surtout est d'un grand et beau carac-\ntère.\nEn résumé, Elie est une composition d'un style élevé et soutenu, qui\nrenferme de grandes beautés et qui est remplie de détails intéressants.\nMais il faut bien reconnaître qu'on n'y retrouve ni la force de concep-\ntion de Bach, ni la solennité des idées et le soulfle sublime d'Haendel.\nL'intérêt ne suit pas une progression régulière ; la pensée n'est pas\ntoujours nette et elle se perd souvent dans des enchevêtrements inter-\nminables de phrases incidentes et dans des développements surabondants\nqui font paraître l'ensemble de l'œuvre, long, monotone et parfois lan-\nguissant. L'orchestre est sourd, les chœurs manquent de puissance et de\nfermeté; ils sont loin d'égaler les chœurs d'Haendel, ces merveilles de\nfacture et d'inspiration.\nL'exécution a été généralement molle et a laissé beaucoup à désirer\nsous le double rapport de la précision et de la délicatesse des nuances.\nM. Petit s'est montré très inégal dans le personnage d'Elie, M, Bosquin\net madame Fursch-Madier ont bien rendu les parties d'Abdias et de la\nveuve de Sarepta.\nH. Marcello..\nCONCERT NATIONAL. Théâtre du Chdtelet. «Du haut du ciel, ta\ndemeure dernière, es-tu content, mon Beethoven? » Le quatrième concert\na duré un peu moins de deux heures; et, à part dix minutes accordées\nà M. Guiraud, dix à Meyerbeer, et trois ou quatre à Haendel, c'est\nBeethoven qui a fait tous les frais de la séance. Certes, la symphonie\npastorale est une œuvre admirable. Certes, M. Sarasate a un talent\nhors ligne et une réputation européenne. Mais ne serait-il pas\npermis de trouver un peu bien long le concerto pour violon de Beetho-\nven qu'il a exécuté? Et si un compositeur vivant, jeune ou d'un âge"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "273", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.35", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2518, "texte": "mûr, voire même vieux, écrivait un rondo sur un motif pareil à celui\ndu susdit concerto, ne serait-il pas permis de dire que ce motif est d'un\ncommun qui frise la platitude et le public l'eût-il aussi bien accueilli?\nAutant Beethoven est grand dans une bonne partie de ses sympho-\nnies et de ses sonates, et dans son Fidelio, autant le fétichisme qui\ns'attache à son nom est déplorable, Car5 sans parler de nos contempo-\nrains, Viotti et Kreutzer n'ont-ils pas aussi composé de magnifiques\nconcertos pour le violon? J'irai plus loin. Les grandes sociétés sympho-\nniques ne pourraient-elles pas de temps à autre, pour faire diversion,\nexécuter quelque symphonie de Gossec, quand ce ne serait que comme\npoint de comparaison, et des ouvertures telles que celle de Henri IV,\nde Martini, de la Caravane du Caire, de Grétry, de la Chasse du jeune\nHenri, de Méhul, du Calife de Bagdad, de Boieldieu? De ce que\nM. Sarasate eût pu mieux choisir une œuvre qui fît valoir sa brillante\nexécution, je ne lui fais aucun reproche ni à l'habile directeur des\nConcerts du Châtelet, M. Colonne, non plus. Ils ont suivi le torrent,\nvoilà tout.\nL'air de ballet de M. Guiraud est charmant : il est court, bien rhythmé\net d'une instrumentation fine et brillante en même temps. Le largo\ndu concerto de Haendel, dont on sait que le hautbois était l'instrument\nfavori, a été très bien exécuté, mais M. Gillet a eu tort de ne pas se\nplacer sur le devant de l'estrade; il aurait eu bien plus de succès.\nLa magnifique ouverture de Struensée a terminé le concert d9une\nmanière très heureuse.\nHenry Cohen*\nSOCIÉTÉ PHILHARMONIQUE DE PARIS. En rendant compte du pre-\nmier concert de la saison, je glisserai rapidement sur la symphonie en\nré de Beethoven, exécutée comme l'orchestre de M. Colonne sait exé-\ncuter les symphonies, sur l'air de la Fête d?Alexandre, de Haendel,\nchanté par mademoiselle Ketty Lorens, qui a fait peu d'effet, isolé de\nson bel entourage, et sur une ballade baroque de Schumann, interprétée\npar la belle voix de la même artiste. La partie vocale dans cette ballade\nfait l'effet d'une partie d'alto dans un quatuor ou un orchestre.\nLe solo de violoncelle de M. Adolphe Blanc réunit toutes les qualités\nqui distinguent ce jeune et éminent compositeur. Sa musique est tou-\njours bien rhythmée. Son instrumentation est claire, brillante et bien\nvariée quant aux timbres. M. Delsart a exécuté ce morceau avec senti»\nment, expression et une très belle qualité de son.\nM. Louis Lacombe a fait entendre une superbe ouverture, dont la"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "274", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.36", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2598, "texte": "vraie place eût été au milieu du concert, et non à la fin. Après un\nandante imposant et d'une riche instrumentation, éclate un allegro\npassionné, dans le mode mineur, qui rappelle la fougue de l'ouverture\ndu Freyschutßientôt on entend les sons lointains des cors qui\nentonnent une espèce de fanfare, en ré majeur, qui se rapproche, grandit\net finit par s'éteindre progressivement. Un beau motif large, confié aux\nviolons, lui succède, après lequel le mineur reprend, et puis le motif\nsolennel du commencement, où les cuivres se mélangent très heureuse-\nment avec un accompagnement bien marqué des basses. La fanfare\nrevient, et une brillante péroraison termine l'ouverture.\nM. Louis Lacombe est un compositeur d'une très grande valeur, et\nsa réputation, quoique bien établie, n'est pas à la hauteur de son talent.\nSa nouvelle ouverture, en même temps savante et à la portée de tout le\nmondé, a sa place marquée parmi les plus belles compositions des\ngrands maîtres.\nH, C,\nCONCERTS DANBÉ. Salle Taitbout. Une nouvelle salle vient de\nsurgir au cœur de la chaussée d'Antin, sous la direction de M. de Lorbac,\npimpante, élégante, éclairée par un beau lustre entouré de quatre\nlustres plus petits, bien chauffée, dans d'excellentes conditions acous-\ntiques, et disposée de façon à pouvoir recevoir de huit cents à mille\nspectateurs admirablement bien assis. La salle Taitbout est un théâtre\nà deux rangs de loges, avec un spacieux emplacement pour les fauteuils\nd'orchestre. Décoré de tous côtés de grandes glaces, les dames y sont\nplacées de façon à ne perdre aucun de leurs avantages, comme beauté et\nrichesse de toilette. Ajoutez à cela des loyers charmants, ornés de ma-\ngnifiques tableaux, parmi lesquels une tête de vieillard de Rembrandt,\nd'un effet splendide, et d'autres curiosités, dont un prodigieux orne-\nment d'église, en chêne sculpté, appartenant à M. Roger, de l'Opéra, et\nvous pourrez juger combien de chances de succès sont réservées à cette\ncharmante construction. Malheureusement, un temps épouvantable,\ncomme il ne s'en voit pas tous les cinq ou six ans, a beaucoup nui à\nson inauguration, qui a eu lieu le 8 de ce mois. Malgré cela, les excel-\nlents artistes que M. Danbé a transportés de là salle Herz à la salle\nTaitbout, y ont obtenu un véritable succès. Chaleureusement applaudis,\nles honneurs de la soirée ont toutefois été pour M. Danbé lui-même, qui,\ncutre son talent reconnu comme chef d'orchestre, a exécuté avec une\npureté et une verve indicibles la polonaise en mi de Mayseder.\nM, Turban a été aussi beaucoup applaudi dans les variations du quin-"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "275", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.37", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2552, "texte": "tetie de Mozart. Le quatuor vocal a bien chanté la « Nuit de prin-\ntemps, » de Schubert. J'ai moins aimé la célèbre romance de Jean-\nJacques Rousseau : « Je l'ai planté, je l'ai vu naître, » arrangée ou\nplutôt dérangée pour quatre voix. Rousseau est de ceux qu'il faut savoir\nrespecter et dont il ne faut pas vouloir corriger les intentions.\nLe quatuor vocal enfantin de la famille Rehm, composé de trois\njeunes filles et d un tout petit garçon, qui ne compteraient pas plus de\ntrente-six à quarante printemps à eux quatre, ont chanté avec un\nensemble parfait. L opéra de M. Magnus, la Tolédane, accompagné par\n1 auteur au piano ce n'est pas suffisant pour cette salle aeu le tort\nde commencer à près de minuit. Il est rempli de jolis motifs, mais qui\nne sont peut-être pas toujours assez neufs. Mademoiselle Cécile Denault,\nluttant contie un rhume assez prononcé, a cependant trouvé le moyen\nde s'y faire applaudir.\nSOCIÉTÉ PHILOTECHNIQUE. Les séances publiques de la Société\npnilotechnique sont toujours, comme on le sait, mi-parti littéraire et\nmusicales. N ayant à rendre compte dans la Chronique musicale que\nde ce qui a rapport à la musique, j'aurais complètement passé sous\nsilence la partie littéraire de la séance du 6 décembre, sans un incident\nmalheureux, dont le public du reste n'a point eu connaissance, cet inci-\ndent ayant eu lieu dans le foyer des artistes. M. Michaux, âgé de quatre-\nvingt-sept ans, dont la pièce de vers avait été très applaudie, est mort\nsubitement, sans doute par suite de l'émotion que lui avait causé son\nsuccès.\nLe concert qui a suivi la séance littéraire a été des plus brillants.\nMadame Tassoni qui, malgré un talent sur le piano des plus remar-\nquables et des plus appréciés en Angleterre et en Italie, ne s'est décidée\nque tout nouvellement à sortir de la classe des amateurs pour venir\naffronter le véritable public, a vu sa détermination couronnée du plus\nvif succès. Sa grâce et sa figure sympathique ont tout d'abord bien disposé\nl'auditoire en sa faveur, et la manière dont elle a exécuté avec M. Toby et\nM. Lemaître un trio sur les motifs de la Traviata, Font parfaitement\njustifiée. Mais c'est surtout après « les Courriers », de Ritter, et la\n(( Chanson du printemps, » de Mendelssohn, que les applaudissements\ndu public ont éclaté; ce dernier morceau a été bissé à l'unanimité.\nMadame Pauline Boutin, dont j'ai si souvent eu l'occasion l'hiver der-\nnier d'apprécier la belle voix et le brillant talent, a obtenu un très grand\nsuccès dans l'air des « Dragons de Villars. »\n\nH. C."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-12-15-01-c023", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-12-15_01#c023", "volume": "bmtnabc_1874-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "276", "page_fin": "282", "image_debut": 38, "image_fin": 44, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.2.6", "titre_corps": "REVUE DES THÉATRES LYRIQUES", "titre_sommaire": "REVUE DES THÉATRES LYRIQUES", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 38, "page_imprimee": "276", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.38", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1673, "texte": "REVUE DES THÉATRES LYRIQUES\nOPÉRA ; Faust. Débuts de madame Fursch-Madier, MM, Vergnet et Manoury.—\nOPÉRA-COMIQUE : Beppo opéra-comique en un acte, paroles de M. Louis Gallet, mu-\nsique de M. Jean Conte. THÉÂTRE-VENTADOUR : Débuts de madame Sbolgi dans\nil Trovatore, de madame Morio dans Otello.\n. Gounod débuta magistralement au théâtre par une\nœuvre poétique, grandiose et charmante, Sapho.\nVoilà donc enfin un compositeur, un maître, s'é-\ncriait-on de toutes parts après un premier acte dont\nle finale avait soulevé des tonnerres d'applaudisse-\nments. Auber, adossé contre une colonne des couloirs,\nparaissait chagrin. Le triomphe de Gounod était complet. Auber s'en-\nnuyait. Le voyant délaissé, je m'approchai de lui. Eh bien, maître,, lui\ndis-je, comment trouvez-vous cela? Ça manque d'air, me répondit-il\nsèchement, Oui, d'airs comme les tiens, pensai-je. Et je m'éloignai.\nDepuis longtemps, le public n'entendait plus parler d'un ouvrage\nnouveau qu'avec une sorte de terreur superstitieuse; la mise à Pétude\nd'une partition lui donnait des spasmes avant la représentation et des\nnausées après. Il se rappelait les malheurs du Drapier, des Treize et du\nComte de Carmagnole, les pauvretés du Vaisseau fantôme dont le\npoème, cédé par M. Richard Wagner à là direction de l'Opéra moyen-\nnant une somme ronde de cinq cents francs, fournit à Dietsch l'occasion\nd'écrire de mauvaise musique. Toutes ces choses, d'autres encore, sans\ncompter la Corbeille d'oranges et maints ballets oubliés, avaient fini\npar convaincre les habitués de la rue Le Peletier qu'ils étaient à tout\njamais voués aux Huguenots; à Robert le Diable9 à Guillaume Tell\net aux mièvreries de la Favorite."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "277", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.39", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2563, "texte": "Malgré son succès très réel, très considérable, très légitime au point\nde vue musical, Sapho ne faisait pas recette. Elle disparut de l'affiche\naprès la septième ou la huitième représentation. Gounod payait son\ntribut aux détracteurs.\nA Sapho succédèrent les ravissants chœurs d'Ulysse qui furent, à ce\nque m'affirma M. Ampère, la ruine du Théâtre-Français.\nQuant à la Nonne sanglante, ouvrage superbe diversement traité par\nles fins connaisseurs\nQui se creusent un antre au bas des grands journaux5\nelle tomba fièrement.\nJusque-là le musicien était un glorieux vaincu. Mais on se lasse de\ntout, même des chutes imméritées. M. Gounod crut pouvoir descendre\nun peu et sans danger des hauteurs où la nature et le travail l'avaient\nplacé. Il écrivit le Médecin malgré lui. Un demi-succès, ou peut-être\nun tiers de succès le dédommagea de son infidélité à la Muse sévère et\nsublime. Bientôt il retourna à l'Opéra, puis il revint au Théâtre-Lyrique\noù Faust lui valut enfin un triomphe productif. Nouvelle Danaé_, la\ndirection de ce théâtre tendit sa jupe au dieu qui la visitait sous la\nforme chérie, et elle vit tomber chez elle l'or qui semble être devenu la\nseule clef de voûte de l'édifice social moderne. La seule? Non; je me\ntrompe : il y a l'argent.\n« A partir de la Nonne sanglante, M. Gounod abandonne les grands\neffets scéniques pour entrer résolument dans la voie anti-dramatique où\nl'on sacrifie la majesté de Part aux applaudissements qui naissent et\nmeurent dans les réunions mondaines. Choyé, adulé par les siens, grisé\nd'éloges par la presse et par le public, l'illustre auteur de Sapho quitte\nsa lyre pour une guitare. Il confinait à Gluck, à Mozart, à Meyerbeer;\nil s'éloigne de ces compositeurs immortels pour frayer avec la foule\nbariolée des salons, si amoureuse des mélodies mesquines et banales.\nDans l'espoir de réussir plus sûrement, il rogne ses ailes. Ce sacrifice\nsuffit-ilï Non! elles ont encore trop d'envergure pour se mouvoir sous\nles plafonds dorés où se glissent des succès fragiles. Allons, maître,\ncoupe-les entièrement, ces ailes qui t'emportaient vers les régions sacrées;\nne plane plus dans les espaces incommensurables où tu rayonnais; si tu\ntiens aux bravos de ces amateurs riches et blasés et à l'aisance que leur\nenthousiasme superficiel procure, humanise-toi. Déjà la fortune te\nprépare des lingots d'or; écris Philémon et Baucis, écris la Colombe;\noui! pourvu que tu descendes dans l'arène armé d'inspirations faciles,\nfrivoles, précieuses, élégantes, l'aveugle déesse va t'ouvrir ses coffrets"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "278", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.40", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2548, "texte": "pleins de perles fines et ruisselants de pierreries. Et maintenant tu mets\nla main sur ces trésors; tu les saisis, tu les tiens... Soudain, une\nréflexion assombrit ton front radieux naguère; tu pâlis, tu frissonnes;\nqu'as-tu donc? Tu songes au paradis perdu et tu te demandes si tes ailes\nrepousseront. Oh! cher grand artiste, remonte le cours du fleuve où ta\nbarque glisse à la dérive; prends pied sur le rivage d'où les richesses\nmatérielles sont exclues, où croissent les fleurs enivrantes de la prairie,\nles arbres à l'ombrage séculaire ; reviens dans la contrée où les oiseaux\nchantent en liberté, où le soleil, le jour couvre les champs, les monts\net les bois de ses rayons; où brille, la nuit, la légion des étoiles ; je t'en\nconjure, reprends le chemin de la montagne! Ta place est vide, là-haut :\nefforce-toi de l'occuper de nouveau ; le sommet déserté t'attend : c'est en\ncontemplant l'immensité que tu rentreras dans ta gloire! » (1).\nSi j'avais à parler de Faust, je redirais ce que j'en ai dit lors de son\napparition, en 1859 (2). Aujourd'hui il s'agit uniquement de trois débu-\ntants : madame Fursch-Madier, MM. Vergnet et Manoury. Je quitte\ndonc le compositeur pour ses interprètes.\nJe ne connaissais pas madame Fursch-Madier avant son apparition\nsur la scène de l'Opéra-Populaire où elle ne fit que passer. Son succès\nfut tel, dans les Parias, que M. Halanzier ne tarda pas à se l'attacher en\nqualité déprima donna. Elle voulut débuter dans Faust. Cette har-\ndiesse lui porta bonheur. Ce n'est pas qu'il soit facile ou même possible\nd'effacer de la mémoire le souvenir de l'excellente cantatrice qui créa le\nrôle de Marguerite à Paris; mais on pouvait comprendre ce rôle autre-\nment que madame Carvalho, lui donner une physionomie particulière\net conserver son caractère à la pensée de Gounod, tout en la traduisant\nd'une manière originale. C'est ce qu'a eu à faire madame Madier.\nMadame Madier possède le secret des vrais artistes : elle n'imite per-\nsonne et elle trouve moyen de rester fidèle à l'esprit du texte.\nDans sa première rencontre avec Faust, elle est vraiment belle de\nchasteté. Pudique sans affectation, elle répond avec un tact parfait à\nFaust qui l'aborde, et elle dit à ravir la charmante phrase placée en cet\nendroit.\nElle ne chante pas avec la placidité rêveuse qu'y mettait madame\nCarvalho, le fameux passage :\nJe voudrais bien savoir quel était ce jeune homme.\n\n(1) Fragment d'une conférence faite l'hiver dernier dans la salle du boulevard des\nCapucines.\n(2) Revue germanique du 3i mai."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "279", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.41", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2607, "texte": "Elle le déclame et lui prête ainsi une importance en quelque sorte\nextérieure,, qui nuit peut-être au calme apparent de certaine note réper-\ncutée sous laquelle on entend si bien gronder la passion. En revanche,\nelle met beaucoup de délicatesse dans l'interprétation de la ballade :\nIl était un roi de Thulé\net de finesse dans Vallegro suivant, dont les roulades m'ont toujours\nsemblé grimaçantes et déplacées. Cet air est une fâcheuse concession\nfaite à la chanteuse. Mozart aussi écrivait de pareils morceaux pour\nsatisfaire aux exigences vocales des rossignols de son époque. Fallait-il\nimiter Mozart en cela? Assurément non.\nLe beau début du duo (scène du jardin) exige une expression chaleu-\nreuse, intime, profonde, et l'explosion de passion qui termine lacté,\nveut absolument l'élan du cœur, le délire des sens, l'éclat de la voix. Là,\nmadame Carvalho était vraiment incomparable.\nLa musique de Faust me paraît un peu tendue pour madame Madier,\ncependant son vigoureux fait merveille dans le trio final\nqu'elle rend supérieurement, et dans lequel, grâce à son puissant organe\net à son intelligente diction, elle a électrisé la salle.\nEt maintenant, que madame Fursch-Madier me permette une obser-\nvation, son organe très plein dans le grave et surtout à l'aigu à partir du\nfa naturel, comprend quatre sons dans le médium qui manquent d'ho-\nmogénéité; le passage dangereux du la au ré paraît s'effectuer avec\nquelque difficulté, et le si naturel, par exemple, attaqué parfois en\ndessous, a de la peine à se fixer. Madame Madier a trop de talent, et le\nsentiment artistique est trop développé chez elle pour qu'elle ne vise\npas à la perfection et pour qu'il soit nécessaire que j'insiste sur une\nremarque dont elle reconnaîtra certainement l'importance.\nJe voudrais à M. Vergnet non une meilleure voix, mais un sentiment\nplus net delà situation, une tendresse communicative,une allure moins\nfroide. Faust ne ressemble pas à Raimbaud; la bonne mine ne saurait\nlui convenir; il est pâle, rêveur, ardent, poétique; son regard plonge\ndans l'infini de l'amour comme il a plongé dans l'infini de la science;\naprès s'être haussée jusqu'à Dieu, son âme se concentre sur une femme;\nl'incommensurable est son élément; après ce sphinx : la nature, il lui\nfaut cet autre sphinx : une vierge.\nAvide d'inconnu, il aspire sans cesse à l'au-delà. Il marche sur la nue\net se désespère de ne pas entrevoir l'Éternel ; il revient sur la terre et il\ntombe dans les filets de la passion. Méphistophélès lui rend la jeunesse,\nmais le mauvais principe n'engendre rien de bon; Faust, tourmenté par"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "280", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.42", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2504, "texte": "le désir des jouissances terrestres, mu par l'égoïsme, se heurte à toutes\nles misères de la vie et trébuche à chaque pas sans rencontrer ce passant,\nle bonheur qui n'habite que les consciences satisfaites et sereines.\nQuoique assez bien timbrée, assez agréable, la voix de M. Manoury\nne m'a pourtant pas paru exempte de sécheresse. Si cet artiste réussit à\naugmenter l'ampleur de sa voix, à respirer plus longuement et à se débar-\nrasser d'un commencement de chevrotement (le chevrotement est la\nmaladie de presque tous nos chanteurs), il obtiendra sans doute de vé-\nritables succès.\nJe ne puis me résoudre à signer un article sans avoir dit un mot de\nM. Gailhard, qui est un Méphistophélès de premier ordre.\nDoué d'une voix mordante, incisive, forte, facile et bien exercée,\nM. Gailhard, qui lance les trilles et les gammes comme un soprano,\nentre d abord dans le ton de son rôle. Il trouve la note juste. Pas d'hé-\nsitation, pas d'effets hasardés, par d'erreurs de diction. M. Gailhard me\nrappelle un des plus célèbres chanteurs autrichiens, lequel était fort\nestimé à Vienne. Il s'appelait Standigel, et j'admirais sans réserve son\ntalent. Je n ajouterai rien à cet éloge et je me bornerai, dans l'intérêt\nde 1 art, des compositeurs et du public,, à souhaiter une longue carrière\ndramatique à M, Gailhard.\nLOUIS LACQMBE.\nOn sait que lord Byron a écrit un poème intitulé Beppo. J'ignore, je\nl'avoue, si ce poème a été, comme tant d'autres dus au même écrivain,\n1 objet d une adaptation scénique, ou si M. Gallet est le premier qui s'en\nsoit emparé pour cet objet. En tout cas, il faut constater ou que l'idée\nn'est pas heureuse, ou qu'elle a été bien fâcheusement mise à\ncar le liviet du Bcppo de 1 Opéra-Comique, à la fois dénué de mouve-\nment, d'intérêt et d'action, était un texte navrant à jeter en pâture à\n1 inspiration d'un musicien. Je ne m'attarderai pas à analyser ce livret,\npréférant donner quelques renseignements sur l'auteur de la musique\nde Beppo, dont l'œuvre, il faut bien le dire, n'est pas beaucoup meil-\nleure que celle de son collaborateur.\nMe Jean Conte, ancien élève de la classe de Garafa au Conservatoire,\nest une des innombrables victimes du prix de Rome. Né à Toulouse, le\n12 mai iB3o, violoniste assez distingué, il était attaché à l'orchestre de\nla Porte-Saint-Martin, lorsque, âgé de vingt-cinq ans, il concourut à\nl'lnstitut et remporta le premier grand prix en 1855, tandis que le\nsecond était décerné à M. Victor Chéri, frère de mesdames Rose et"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "281", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.43", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2676, "texte": "Anna Chéri, Comme tous ses confrères, M. Conte alla passer plusieurs\nannées à Rome,, après quoi, de retour à Paris, il chercha obstinément à\nse faire jouer. Je n'ai pas besoin de dire que ce fut en vain, puisque tel\nest le sort ordinaire de tous nos grands prix de l'lnstitut. Après s'être\nadressé inutilement à Nestor Roqueplan, qui était alors directeur de\nl'Opéra-Comique, M, Conte renouvela ses tentatives auprès de M. de\nBeaumont, lorsque celui-ci eut pris en mains les destinées de ce théâtre,\nmais ne fut pas plus heureux auprès de ce dernier. Le jeune composi-\nteur, qui avait repris la vie si rebutante de musicien d'orchestre, qui\nétait entré comme alto à l'Opéra, puis à la Société des Concerts, se mit\nalors à travailler pour les éditeurs; il publia une Méthode de violon,\nque l'on dit fort bien faite, plusieurs livres de duos pour deux violons,\net un nombre assez considérable de petit morceaux de genre pour piano\net violon. Enfin, un jjour, M. Camille du Locle, devenu directeur de\nPOpéra-Comique, voulut bien se souvenir qu'il avait été le collaborateur\nde M. Conte, et qu'il avait écrit naguère les paroles de la cantate Acis\net Galathée. C'était il y a quelques mois. M. du Locle avait évidemment\ndans ses cartons le livret de Beppo, dont sans doute il ne savait trop\nque faire. 11 l'offrit à M. Conte, qui eut le tort de l'accepter, et qui s'em-\npressa de le mettre en musique. Malheureusement, il n'y avait pas grand\nchose à en tirer, et, en dépit de ses efforts, le musicien ne parvint qu'à\ncréer une œuvre débile, sans couleur comme sans imagination.\nDans cette partition de Beppo, qui ne manque point de talent, mais\nbien d'inspiration, je ne vois guère que deux morceaux à citer : l'ouver-\nture, qui est bien traitée et surtout bien instrumentée, et un trio en\nstyle concertant dont l'entrée est charmante, mais qui s'est allongé un\npeu trop sous la plume du compositeur. L'interprétation de Beppo n'est\npas de nature à gagner l'indulgence de l'auditeur pour les défauts de\nl'ouvrage., car elle est bien faible et bien médiocre. Mesdemoiselles Franck\net MM. Charelli et Laurens sont d'une insignifiance absolue\ncomme chanteurs et d'une nullité complète comme comédiens. M. Neveu\nmérite seul d'être tiré de pair pour ses efforts intelligents, d'autant qu'il\nporte d'une façon superbe un magnifique costume oriental. En\nrésumé, il est bien à craindre que Beppo ne puisse tenir longtemps\nl'affiche de POpéra-Comique,\nAu Théâtre-Ventadour, deux débuts féminins se sont effectués dans\nle cours de cette semaine. Madame Sbolgi, qui s'est produite pour la\npremière fois dans le rôle d'Azucena , du Trovatore, est une italienne.,."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "282", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.44", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 1691, "texte": "du Faubourg Saint-Antoine, femme d'un important négociant de ce\nquartier, qui n'avait encore jamais paru sur la scène. Agée de trente à\ntrente-deux ans, brune comme une Napolitaine, douée d'une taille\navantageuse, d'une physionomie expressive et sympathique, possédant,\navec de rares qualités extérieures, une voix de contralto pure et corsée,\nmadame Sbolgi a fait preuve, à cette première apparition, d'une intel-\nligence véritable et de facultés heureuses. On ne peut la juger d'une façon\nabsolue sur cet unique essai ; mais, par la façon dont elle s'est acquittée\nde sa tâche, on peut bien augurer de l'avenir artistique de madame\nSbolgi.\nMadame Morio, qui s'est montrée pour la première fois dans Otello,\nest, au contraire, une Italienne pur sang, et qui depuis longtemps un\npeu trop longtemps peut-être a abordé la carrière. Madame Morio, qui\na obtenu naguère de grands succès en Italie, et qui, me dit-on, a fait\npresque fanatisme à Lyon il y à quelques années, n7est plus de la pre-\nmière jeunesse. Elle a eu du talent et n'en est point encore dépourvue,\nmais ce talent n'offre aucun caractère particulier, personnel, original,\nsi ce n'est une certaine violence de tempérament qui n'est pas beaucoup\nen rapport avec le goût et les habitudes du public français. A tout\nprendre cependant, madame Morio est une artiste estimable, et il serait\ninjuste de la traiter comme la première venue. L'interprétation générale\nd'Otello est du reste bien inégale, et de quelques réserves qu'on puisse\nentourer l'œuvre de Rossini, bien inégale aussi ne nous semble pas à\nla hauteur de cette œuvre, si puissante et si grandiose en quelques-\nunes de ses parties.\nARTHUR POUGIN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-12-15-01-c027", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-12-15_01#c027", "volume": "bmtnabc_1874-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "283", "page_fin": "286", "image_debut": 45, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.2.7", "titre_corps": "VARIA", "titre_sommaire": "VARIA", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 45, "page_imprimee": "283", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.45", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1825, "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nFAITS DIVERS\nous avons assisté, il y a quelques jours, à la première répé-\ntition des chœurs et de l'orchestre dans la salle du nouvel\nOpéra. L'exécution du Chœur des soldats, de Faust, et de\nla Bénédiction des poignards, des Huguenots, ne laissait\nrien à désirer. Tout le monde a pu se convaincre de la\nbonr\\e sonorité de la salle. Le public choisi qui rem-\nplissait la salle a fait une véritable ovation à l'architecte\nGarnier, que l'on apercevait dans une loge.\nCependant l'épreuve faite par l'orchestre seul, avec l'ouverture de la\nMuette, nous a moins satisfait; les sons étaient comme sourds et voilés. Cette\ndifférence dans la sonorité provient probablement : de ce que le plancher de\nl'orchestre est placé trop en contre-bas du plancher de la salle ; on va\nl'exhausser. Il y aura prochainement un second essai public d'acoustique, où\nl'on pourra apprécier l'effet des modifications dont la dernière épreuve a\ndémontré la nécessité. Cette fois, les tentures, les draperies, les fauteuils\nd'orchestre, le manteau d'arlequin seront en place, ce qui permettra d'avoir\nune idée définitive des conditions de la sonorité dans ce vaste hémicycle.\nNos lecteurs savent que l'assistance publique exigeait de la Société des\nconcerts du Conservatoire le huitième de la recette pour le droit des pauvres,\nau lieu de l'abonnement que l'on avait perçu jusqu'ici. Devant cette préten-\ntion les membres de la Société, réunis en assemblée générale, avaient décidé\nqu'on suspendrait les séances.\nNous apprenons avec plaisir que tout conflit a cessé, l'assistance publique\nse contentera de recevoir le montant de l'abonnement comme autrefois.\nM. A. Elwart qui a obtenu de nombreux succès au boulevard des Capu-\ncines, à la salle-spectacle des Conférences, va donner de nouvelles séances"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "284", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.46", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2776, "texte": "28, boulevard des Italiens. La première Causerie-Concert aura lieu aujour-\nd'hui à huit heures du soir : La vie et l'œuvre de Haendel, le lion musical\ndu jour, formeront le sujet de la première causerie de notre collaborateur.\nL'école lyrique d'Ernest Vois et mademoiselle Marie Deschamps, l'organiste,\nainsi que mademoiselle Angèle Blot, la harpiste, prêteront leur concours à\nM» A. Elwart.\nIl est question de célébrer, l'année prochaine, à Rouen, le centenaire de\nBoïeldieu. Une commission, composée de compositeurs et d'artistes, rédige\nen ce moment, à Paris, le programme de cette fête, qui durerait huit jours\nenviron et à laquelle seraient conviées un grand nombre de sociétés chorales\net instrumentales de France.\nLa commission des théâtres a nommé pour examiner les questions rela-\ntives à l'Opéra une sous-commission de trois membres : M. Lambert Sainte-\nCroix, membre de l'Assemblée nationale ; M. Ambroise Thomas, de l'lns-\ntitut, et M. Hérold, du conseil municipal de Paris.\nM. Halanzier a demandé au ministre l'autorisation d'élever le prix des\nplaces au nouvel Opéra, et, quoi qu'on en ait dit, il n'a pas encore été pris de\ndécision à cet égard.\nLa publication de la Chanson française est interrompue par suite de la\nmaladie de son rédacteur en chef, M. Charles Coligny.\nL'orchestre des Dames viennoises, de retour à Paris, a débuté salle Tait-\nbout, où il donnera trois concerts par semaine, le mercredi, le vendredi et\nle dimanche. Nous avons déjà apprécié le mérite de cette petite phalange\ninstrumentale, dirigée par madame Amann-Weinlich; nous n'y reviendrons\ndonc pas. Disons seulement que le chant a maintenant sa part dans les pro-\ngrammes, et qu'un soprano sfogato, madame Warner, s'est fait entendre le\npremier soir avec succès.\nRien n'est nouveau sous le soleil, pas même la réclame et l'annonce;\n« le meilleur chocolat » aurait été aussi bien mentionné, au dix-huitième\nsiècle, dans les feuilles du temps, que « la maison qui n'est pas au coin du\nquai ». Pour n'en fournir qu'un seul exemple, prenons, au hasard, l'année\n1775 de Y Année littéraire. Nous y trouvons le sieur Peronard, fabricant de\npiano-forte, qui vante sa marchandise et son bon marché « comparativement\naux forte-piano d'Angleterre. » Il ne les vend que dix-huit louis (432 livres) ;\nc'est pour rien!\nDe plus, «il se charge de réparer gratis pendant une année entière, tous\nles dérangements qui pourraient subvenir. On en trouvera toujours chez\nlui de tout faits. Le même artiste travaille actuellement sur la harpe et s'é-\ntudie à perfectionner ce bel instrument. Il compte sous peu de temps être\nen état d'instruire le public des changements heureux qu'il aura faits. Sa\ndemeure est près de la porte Saint-Martin, rue Meslée, au Concert des Trois\nFrères. »"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "285", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.47", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 1778, "texte": "Peut-être était-ce un café-concert? Mon Dieu, c'est fort possible,\nDans tous les cas, le dit sieur Peronard n'a pas dû réussir dans ses change-\nments, car son nom n'est point parvenu jusqu'à nous et il a laissé au vieil\nErard la gloire de perfectionner et la harpe et le piano. Nous serions\npourtant bien désireux de savoir combien M. Fréron faisait payer la ligne de\nréclame au sieur Peronard. Malheureusement, le tarif des annonces ne figure\npas en tête du volume. Les directeurs de nos journaux sont plus honnêtes,\nconvenons-en.\n\nNOUVELLES\n\nARIS. Opéra. Mademoiselle Mauduit jouera très prochaine-\nment le rôle de Marguerite, des Huguenots.\nMademoiselle Daram chantera, pour son deuxième début, le\nrôle d'Eudoxie, de la Juive.\nL'inauguration du Nouvel Opéra devait se faire avec Hamlet et made-\nmoiselle Nilsson;puis 011 a préféré un spectacle coupé, dont nous avons\ndonné le programme. Mais aujourd'hui mademoiselle Nilsson télégraphie de\nRussie, à M. Halanzier, qu'elle résilie son engagement, parce qu'elle ne veut\npas paraître dans un spectacle coupé.\nGela prouve qu'il est bien difficile de contenter tout le monde.\nThéâtre Ventadour [ltaliens). Prochainement, début à ce théâtre de\nmadame Maria Destin, et de mademoiselle Sebel, qui est enfin remise de\nson indispotion.\nLe ténor Nicolini, qui vient d'arriver à Paris, doit donner pour la dernière\nquinzaine de ce mois une série de représentations.\nNous avons annoncé dans un numéro précédent la réception d'un opéra\ncomique en un acte : Un Caprice de Ninon, de MM. François Oswald et\nArnold Mortier, musique de M. Samuel David.\nVoici la distribution de cet ouvrage, qui accompagnera la Clé d'or, de\nM. Gautier.\nNinon Mmes Godefroy\nMariette Marietti\nLe chevalier MM. Gontini\nLe président Lepers\nLe marquis Rinaldi"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "286", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.48", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1229, "texte": "Opéra-Comique, On répète activement Carmen, de M. Bizet.\nM. du Locle prépare plusieurs reprises : Le Caïd, dont mademoiselle Dalti\net M. Neveu joueront les principaux rôles, puis la Flûte enchantée, pour\nmadame Carvalho; enfin Joconde, dans laquelle M. Barré reprendrait le rôle\nde M. Bouhy, que son état de maladie empêche de chanter actuellement.\nOpéra Populaire (Châtelet). Les représentations lyriques sont terminées\ndepuis hier. Ce théâtre est revenu à son ancien genre : la féerie. Nous regret-\ntons que l'essai que Ton a tenté ait eu un aussi mauvais succès.\nVariétés. La Boulangère a des écusl tel est le titre d'un opéra-bouffe\nque MM. Offenbach, Meilhac et Halévy, feront représenter aux Variétés\naprès la revue de fin d'année.\nFolies-Dramatiques. Après Lléloïse et Abeillard, il est question de\nreprendre l'éternelle Fille de Mme Angot, avec mademoiselle Van-Ghell\ndans le rôle de Clairette.\nCirque d'Été (Concerts d'Harmonie Sacrée). - M. Prunet, qui jouait, il\nn'y a pas un mois encore, dans les Parias, de l'Opéra-Populaire, vient d'être\nengagé par M. Lamoureux pour chanter la partie de ténor dans les oratorios\nd'Hasndel.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-12-15-01-c029", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-12-15_01#c029", "volume": "bmtnabc_1874-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "283", "page_fin": "285", "image_debut": 45, "image_fin": 47, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.2.7.2", "titre_corps": "FAITS DIVERS", "titre_sommaire": "FAITS DIVERS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 45, "page_imprimee": "283", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.45", "debut_caractere": 52, "fin_caractere_exclue": 1825, "texte": "FAITS DIVERS\nous avons assisté, il y a quelques jours, à la première répé-\ntition des chœurs et de l'orchestre dans la salle du nouvel\nOpéra. L'exécution du Chœur des soldats, de Faust, et de\nla Bénédiction des poignards, des Huguenots, ne laissait\nrien à désirer. Tout le monde a pu se convaincre de la\nbonr\\e sonorité de la salle. Le public choisi qui rem-\nplissait la salle a fait une véritable ovation à l'architecte\nGarnier, que l'on apercevait dans une loge.\nCependant l'épreuve faite par l'orchestre seul, avec l'ouverture de la\nMuette, nous a moins satisfait; les sons étaient comme sourds et voilés. Cette\ndifférence dans la sonorité provient probablement : de ce que le plancher de\nl'orchestre est placé trop en contre-bas du plancher de la salle ; on va\nl'exhausser. Il y aura prochainement un second essai public d'acoustique, où\nl'on pourra apprécier l'effet des modifications dont la dernière épreuve a\ndémontré la nécessité. Cette fois, les tentures, les draperies, les fauteuils\nd'orchestre, le manteau d'arlequin seront en place, ce qui permettra d'avoir\nune idée définitive des conditions de la sonorité dans ce vaste hémicycle.\nNos lecteurs savent que l'assistance publique exigeait de la Société des\nconcerts du Conservatoire le huitième de la recette pour le droit des pauvres,\nau lieu de l'abonnement que l'on avait perçu jusqu'ici. Devant cette préten-\ntion les membres de la Société, réunis en assemblée générale, avaient décidé\nqu'on suspendrait les séances.\nNous apprenons avec plaisir que tout conflit a cessé, l'assistance publique\nse contentera de recevoir le montant de l'abonnement comme autrefois.\nM. A. Elwart qui a obtenu de nombreux succès au boulevard des Capu-\ncines, à la salle-spectacle des Conférences, va donner de nouvelles séances"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "284", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.46", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2776, "texte": "28, boulevard des Italiens. La première Causerie-Concert aura lieu aujour-\nd'hui à huit heures du soir : La vie et l'œuvre de Haendel, le lion musical\ndu jour, formeront le sujet de la première causerie de notre collaborateur.\nL'école lyrique d'Ernest Vois et mademoiselle Marie Deschamps, l'organiste,\nainsi que mademoiselle Angèle Blot, la harpiste, prêteront leur concours à\nM» A. Elwart.\nIl est question de célébrer, l'année prochaine, à Rouen, le centenaire de\nBoïeldieu. Une commission, composée de compositeurs et d'artistes, rédige\nen ce moment, à Paris, le programme de cette fête, qui durerait huit jours\nenviron et à laquelle seraient conviées un grand nombre de sociétés chorales\net instrumentales de France.\nLa commission des théâtres a nommé pour examiner les questions rela-\ntives à l'Opéra une sous-commission de trois membres : M. Lambert Sainte-\nCroix, membre de l'Assemblée nationale ; M. Ambroise Thomas, de l'lns-\ntitut, et M. Hérold, du conseil municipal de Paris.\nM. Halanzier a demandé au ministre l'autorisation d'élever le prix des\nplaces au nouvel Opéra, et, quoi qu'on en ait dit, il n'a pas encore été pris de\ndécision à cet égard.\nLa publication de la Chanson française est interrompue par suite de la\nmaladie de son rédacteur en chef, M. Charles Coligny.\nL'orchestre des Dames viennoises, de retour à Paris, a débuté salle Tait-\nbout, où il donnera trois concerts par semaine, le mercredi, le vendredi et\nle dimanche. Nous avons déjà apprécié le mérite de cette petite phalange\ninstrumentale, dirigée par madame Amann-Weinlich; nous n'y reviendrons\ndonc pas. Disons seulement que le chant a maintenant sa part dans les pro-\ngrammes, et qu'un soprano sfogato, madame Warner, s'est fait entendre le\npremier soir avec succès.\nRien n'est nouveau sous le soleil, pas même la réclame et l'annonce;\n« le meilleur chocolat » aurait été aussi bien mentionné, au dix-huitième\nsiècle, dans les feuilles du temps, que « la maison qui n'est pas au coin du\nquai ». Pour n'en fournir qu'un seul exemple, prenons, au hasard, l'année\n1775 de Y Année littéraire. Nous y trouvons le sieur Peronard, fabricant de\npiano-forte, qui vante sa marchandise et son bon marché « comparativement\naux forte-piano d'Angleterre. » Il ne les vend que dix-huit louis (432 livres) ;\nc'est pour rien!\nDe plus, «il se charge de réparer gratis pendant une année entière, tous\nles dérangements qui pourraient subvenir. On en trouvera toujours chez\nlui de tout faits. Le même artiste travaille actuellement sur la harpe et s'é-\ntudie à perfectionner ce bel instrument. Il compte sous peu de temps être\nen état d'instruire le public des changements heureux qu'il aura faits. Sa\ndemeure est près de la porte Saint-Martin, rue Meslée, au Concert des Trois\nFrères. »"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "285", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.47", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 538, "texte": "Peut-être était-ce un café-concert? Mon Dieu, c'est fort possible,\nDans tous les cas, le dit sieur Peronard n'a pas dû réussir dans ses change-\nments, car son nom n'est point parvenu jusqu'à nous et il a laissé au vieil\nErard la gloire de perfectionner et la harpe et le piano. Nous serions\npourtant bien désireux de savoir combien M. Fréron faisait payer la ligne de\nréclame au sieur Peronard. Malheureusement, le tarif des annonces ne figure\npas en tête du volume. Les directeurs de nos journaux sont plus honnêtes,\nconvenons-en."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1874-12-15-01-c031", "article_bluemountain": "bmtnabc_1874-12-15_01#c031", "volume": "bmtnabc_1874-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "285", "page_fin": "286", "image_debut": 47, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.2.7.3", "titre_corps": "NOUVELLES", "titre_sommaire": "NOUVELLES", "signature_source": "Pour l'article Varia : Le Secrétaire de la Rédaction, O. LE TRIOUX", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 47, "page_imprimee": "285", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.47", "debut_caractere": 540, "fin_caractere_exclue": 1778, "texte": "NOUVELLES\n\nARIS. Opéra. Mademoiselle Mauduit jouera très prochaine-\nment le rôle de Marguerite, des Huguenots.\nMademoiselle Daram chantera, pour son deuxième début, le\nrôle d'Eudoxie, de la Juive.\nL'inauguration du Nouvel Opéra devait se faire avec Hamlet et made-\nmoiselle Nilsson;puis 011 a préféré un spectacle coupé, dont nous avons\ndonné le programme. Mais aujourd'hui mademoiselle Nilsson télégraphie de\nRussie, à M. Halanzier, qu'elle résilie son engagement, parce qu'elle ne veut\npas paraître dans un spectacle coupé.\nGela prouve qu'il est bien difficile de contenter tout le monde.\nThéâtre Ventadour [ltaliens). Prochainement, début à ce théâtre de\nmadame Maria Destin, et de mademoiselle Sebel, qui est enfin remise de\nson indispotion.\nLe ténor Nicolini, qui vient d'arriver à Paris, doit donner pour la dernière\nquinzaine de ce mois une série de représentations.\nNous avons annoncé dans un numéro précédent la réception d'un opéra\ncomique en un acte : Un Caprice de Ninon, de MM. François Oswald et\nArnold Mortier, musique de M. Samuel David.\nVoici la distribution de cet ouvrage, qui accompagnera la Clé d'or, de\nM. Gautier.\nNinon Mmes Godefroy\nMariette Marietti\nLe chevalier MM. Gontini\nLe président Lepers\nLe marquis Rinaldi"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "286", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.48", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1229, "texte": "Opéra-Comique, On répète activement Carmen, de M. Bizet.\nM. du Locle prépare plusieurs reprises : Le Caïd, dont mademoiselle Dalti\net M. Neveu joueront les principaux rôles, puis la Flûte enchantée, pour\nmadame Carvalho; enfin Joconde, dans laquelle M. Barré reprendrait le rôle\nde M. Bouhy, que son état de maladie empêche de chanter actuellement.\nOpéra Populaire (Châtelet). Les représentations lyriques sont terminées\ndepuis hier. Ce théâtre est revenu à son ancien genre : la féerie. Nous regret-\ntons que l'essai que Ton a tenté ait eu un aussi mauvais succès.\nVariétés. La Boulangère a des écusl tel est le titre d'un opéra-bouffe\nque MM. Offenbach, Meilhac et Halévy, feront représenter aux Variétés\naprès la revue de fin d'année.\nFolies-Dramatiques. Après Lléloïse et Abeillard, il est question de\nreprendre l'éternelle Fille de Mme Angot, avec mademoiselle Van-Ghell\ndans le rôle de Clairette.\nCirque d'Été (Concerts d'Harmonie Sacrée). - M. Prunet, qui jouait, il\nn'y a pas un mois encore, dans les Parias, de l'Opéra-Populaire, vient d'être\nengagé par M. Lamoureux pour chanter la partie de ténor dans les oratorios\nd'Hasndel.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[241]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.1", "texte": "HISTOIRE\nDE\nL'IMPRESSION DE LA MUSIQUE\nPRINCIPALEMENT EN FRANCE\nJUSQU'AU DIX-NEUVIÈME SIÈCLE\n\nVANT de parler des moyens de reproduction\nde la musique par l'impression ou la gravure,,\nil est nécessaire de dire un mot sur les plus an-\nciennes notations parvenues jusqu'à nous. Ce\nsujet ne sera qu'effleuré, quoiqu'il soit Pintroe\nduction naturelle et même indispensable de\ncette étude.\n« Les peuples les plus anciens de l'Orient\nont laissé des monuments qui constatent que la\nnotation musicale était employée chez eux dès les temps les plus recu-\n\nVI.\n16"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "242", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.2", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nlés de l'histoire. De temps immémorial aussi, les habitants de l'lnde\net de la Chine ont écrit leurs chants avec des signes de notation pris\ndans l'alphabet ou dans les caractères radicaux de leur langue (i)c »\nNous n'avons malheureusement pas de documents sur la notation de\nl'ancienne Égypte, quoiqu'il soit permis de croire que ses habitants\npossédaient des caractères pour exprimer les inflexions de la voix (2).\nLes Grecs notaient la musique avec les caractères de leur alphabet ;\nselon Forkel, ils employaient pour cela plus de mille six cent vingt\nsignes différents. D'après les recherches récentes de M. Westphal et\nd'autres savants, ce chiffre paraît être très exagéré.\nDe toute façon, les Romains ont été plus sobres que leurs modèles,\net, d'après Boèce (cinquième siècle), l'ancienne notation latine 11e se\ncomposait que des quinze premières lettres de l'alphabet.\nSaint Grégoire se servit de ce système pour son Antiphonaire (comme\navait fait saint Ambroise) ; il le simplifia en ce sens qu'il ne fit usage\nque des sept premières lettres, qu'on répétait en caractères minuscules\npour désigner l'octave supérieure (3).\nCette notation par lettres fut suivie d'une autre appelée neumes : c'est\nune combinaison de virgules, de points et de petits traits diversement\ncontournés, séparés ou liés entre eux (voyez pl. ire). D'après M. Danjou :\n«on appelait neume, neuma ou neoma un signe simple ou composé qui\nreprésentait, dans le premier cas, un son isolé ou la réunion de deux\nsons ; dans le second, trois, quatre, cinq et même six sons. Le principe\nmême de la notation en neumes consistait dans de certaines règles ou\nformules pour grouper plusieurs sons et les figurer par un seul signe, et\nc'est ce principe qui a donné lieu plus tard à l'emploi des notes liées\ndans la notation de la musique mesurée. »\nQuant à l'origine des neumes, M. de Coussemaker la fait dériver des\naccents, qui sont la modification de la voix dans le ton et la durée ;\nselon lui, l'honneur de cette invention revient aux Grecs, et il la fixe à\nune époque voisine de l'ère chrétienne.\nLe plus ancien livre connu de chant noté paraît être Y Antiphonaire\nde saint Gall (fin du huitième siècle) ; on ne peut donc assigner qu'une\népoque approximative à la naissance des neumes»\nUn fait, confirmé par les monuments, c'est que, même après l'appari-\n\n(1) E. de Coussemaker, Histoire de l'harmonie au moyen âge, p. iso.\n(2) Lettre à M. Dacier, relative à Valphabet des hiéroglyphes phonétiques employés\nche\\ les Egyptiens, etc., par Champollion jeune. Didot, 1822»\n(3) Danjou, Revue de lamusique} année 1847, p. 260,"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "243", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.3", "texte": "HISTOIRE DE L'IMPRESSION DE LA MUSIQUE\n\ntion du système de notation attribué, à tort ou à raison, au moine de\nPompose Guido qui écrivait à la fin du dixième siècle, on\ncontinuait à noter en ne unies primitifs durant les onzième et douzième\nsiècles. Cela n'a rien d'étonnant : tout perfectionnement, quelque utile\nou quelque réel qu'il soit3 met souvent des siècles à remporter la victoire\nsur la routine. Il faut considérer également que, au temps de Guido9 les\nlivres de science ou les livres en général, n'existant qu'à l'état de manus-\ncrits, ne pouvaient se répandre vivement et acquérir par là une popularité\nméritée»\nLes neumes primitif s écrits sans lignes et sans clés, comme 011 en voit\ndes exemples dans la pl. xre, subissent un perfectionnement au commen-\ncement du dixième siècle par l'addition d'une ligne horizontale (voye%\npl. 2) qui, ayant une note fixe comme point de départ, assignait aux\nautres notes une hauteur déterminée (1). L'apparition de cette ligne\nunique, à laquelle Guido ajouta successivement trois autres lignes, peut\nêtre considérée comme l'origine de la portée qui sert actuellement à la\nnotation musicale»\nGuido fait aussi précéder Tune de ses lignes additionnelles de la\nlettre F, indiquant la clef dt fa, et de la lettre G (clef d'ut), ce qui était\nsans contredit un grand perfectionnement.\nA partir de l'époque de Guido d'Arezzo, les neumes subissent une\ntransformation caractéristique, en se convertissant en notes carrées.\nToutes les notations dont il vient d'être question avaient probable-\nment une valeur de durée en même temps qu'elles exprimaient des\nintonations ; mais les recherches des savants s'accordent bien moins\nlà-dessus qu'en ce qui concerne l'intonation.\nFrancon de Cologne, qui vivait au onzième siècle, parle un des pre-\nmiers, sinon le premier, d'un chant mesuré. A partir de là apparaît cette\ntête de Méduse : la notation proportionnelle, accumulation de systèmes\nplus bizarres les uns que les autres, qui ont mis à la torture l'esprit des\nsavants.\nHâtons-nous de dire cependant que les publications érudites de\nMM. Fétis, Nisard, Danjou, de Coussemaker, Tesson, des abbés Gloet\net Raillard, etc., ont répandu un grand jour relatif sur ces questions\nardues. M. de Coussemaker a eu la patience de classer et de commenter\nces systèmes avec un talent incontestable. Il faut citer également en ce\nlieu les travaux estimés du Père Larnbillotte, savant jesuite*\n\n(1) Je dois à la gracieuse obligeance de M. de Coussemaker ces deux planches de\nneumes, tirées de son Histoire de Pharmonie au moyen âgee"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "244", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.4", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nDans le courant du seizième siècle, on simplifia la notation ; mais ce\nn'est que vers la fin de ce même siècle qu'on la débarrassa de ces combi-\nnaisons ridicules que les compositeurs y avaient introduites comme à\nplaisir.\nNous arrivons à la reproduction de la musique par l'impression, véri-\ntable objet de ce mémoire.\nLa gravure sur bois, quant aux images, avait précédé de longtemps\nl'impression des lettres isolées : on conserve même à la bibliothèque\nroyale de Bruxelles une de ces gravures datée de 1418. Elle représente la\nVierge et l'Enfant-Jésus.\nSur ces anciennes gravures se voient quelquefois des lettres ou même\ndes phrases entières de texte ; mais ces lettres ou ces phrases sont gravées\nd'une pièce et non en caractères isolés. La xylographie a dû nécessaire-\nment amener l'imprimerie par l'analogie du procédé ; mais l'idée des\ncaractères isolés était un trait de génie.\nL'immense influence que l'invention de l'imprimerie exerça sur les\nprogrès de la littérature, des sciences, et par suite sur la civilisation,\ns'étendit aussi à la musique, qui eut sa glorieuse part au soleil. On peut\ns'en rendre compte par la prodigieuse quantité d'ouvrages sur la musique,\nparus dans le courant du seizième siècle (1).\nEn 1765, Fournier le Jeune publia un Traité historique et critique\nsur ïorigine et les progrès des caractères de fonte pour Vimpression\nde la musique. Cet in-40 est le premier jalon posé en France sur cette\nquestion ; aussi a-t-il été largement utilisé (en ce qui concerne l'impres-\nsion de la musique en France) par M. Anton Schmid dans son ouvrage\nintitulé : Ottaviano dei Petrucci da Fossombrone der erste Erfinder\ndes musiknotendruckes mit bevveglichen metalltypen, etc. C'est-à-dire :\nOctavien Petrucci, le premier inventeur de l'impression des notes de\nmusique avec des types mobiles en métal, etc. Vienne, 1845.\nCe volume in-8° est le plus important qu'on ait publié jusqu'à ce jour\ntouchant la musique imprimée ; il est fait avec autant de conscience que\nde patience et d'érudition.\n\n(1) Forkel, dans son Histoire de la musique, t. 11, p. 5 18, observe que l'ouvrage de\nTinctorius, Terminorum musicœ diffinitorium, publié selon lui en 1488 (selon\nM. Fétis en 1476), est probablement le premier ouvrage imprimé sur la musique.\nC'est toujours le plus ancien dictionnaire de musique connu; il ne renferme pas de\nnoies de musique."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "245", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.5", "texte": "HISTOIRE DE L'IMPRESSION DE LA MUSIQUE\n\nM.Schmid attribue à Petrucci seul, l'invention des caractères mobiles\nde la musique. Observons d'abord que cette invention n'était qu'une\nconséquence forcée de l'invention de l'imprimerie.\nIl eût été bien étonnant que ces artistes de talent nommés Guttem-\nberg, Schoffer et Fust n'eussent pas songé aux caractères de musique à\nune époque où les ouvrages théologiques étaient en si grande estime, ce\nque témoignent d'ailleurs les premières impressions sorties de la main de\nces hommes de génie.\nEn effet, nous voyons apparaître dès 1457 un Psautier in-folio, im-\nprimé sur vélin, en caractères gothiques. Il est dû à Jean Fust et Pierre\nSchoffer (1), ce que témoigne la souscription suivante, qui se trouve à\nla fin de l'ouvrage :\nPresens spamorum (sic) codex\nvenustate capitalium décoratus ru-\nbricationibusque sufficienter distinc-\ntus, ad inventione artificiosa im-\nprimendi ac absque\ncalami alla exaratione six effigiatus\net ad Eusebiam (3) dei industrie est\nconsummatus, per Johannem Fust\ncivem Maguntinum et Petrum Schof-\nfer de Gerns^heim, anno domini\nmillesimo CCCCLVIJ in vigilia As-\nsumptionis.\nLe présent recueil (ou livre) de\npsaumes, décoré par la beauté de ses\nmajuscules, et suffisamment rendu\nclair par des rubriques (2), a été ainsi\nexécuté selon l'ingénieuse invention\nd'imprimer et de faire des caractères\nsans aucun travail à la plume, et\nparachevé industrieusement pour fa-\nvoriser la piété envers Dieu, par\nJean Fust, citoyen de Mayence, et\nPierre Schoffer de Gernsheim (4), en\nl'an du Seigneur mille quatre cent\ncinquante-sept , la vigile de l'As-\nsomption.\nC'est le premier livre imprimé avec date certaine, et probablement\nl'an des premiers imprimés avec des caractères mobiles en fonte, les\nimpressions antérieures s'étant faites avec des caractères en bois.\nDans ce Psautier noté, les portées ont cinq lignes généralement, quel-\nquefois quatre ; la notation ainsi que les portées sont à la main ; on\nn'avait donc pas encore de caractères de musique pour la typographie ;\n\n(1) Ce nom se présente avec de nombreuses variantes d'orthographe; ainsi on\ntrouve Schœffer Schoffer, Schaeffer, Schoiffer Schoifher. Dans les deux éditions en\nquestion, du Psautier, il est constamment écrit Schoffer.\n(2) Parties imprimées en rouge.\n(3) Eusebian, mot latin inusité, reproduction du grec Evssêsta.\n(4) Gernsheim,petite ville du pays de Darmstadt, Schoffer était clerc du diocèse de\nMayence."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "246", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.6", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ncar, en s'en servant, on eût considérablement abrégé le travail (voyez\npl. 3, fige a).\nDans le Psautier de 1490, qui est de Schoffer seul, la musique est\nimprimée d'un bout à l'autre de l'ouvrage (pl. 3, fig. b). Les portées, qui\nont quatre lignes, sont imprimées en rouge, ce qui a nécessité une\nseconde opération pour l'impression des notes en noir. De temps en\ntemps, on trouve de petites lignes verticales en rouge pour indiquer le\nrepos des phrases ; ces lignes sont faites à la main.\nVoici la suscription du dernier feuillet de ce Psautier ;\nPresens psalmor codex venustate\ncapitalium decoratus rubricationibus-\nque ac notis sufficîenter distinctus {1)\nad inventione artificiosa imprimendi\nac caracteriçandi : absque ulla ca~\nlami exaratione in nobili civitate\nMaguntina hujus artis inventrice eli-\nmatriceque (2) prima sic effigiatus et\nad laudem Dei ac honorent sancti\nBenedicti per Petrum Schoffer de\nGernsheim est consurnmatus anno\ndomini M. CCCC, XC, ultima die\nmens augusti,\nLe présent recueil de psaumes, dé-\ncoré par la beauté de ses majuscules\net suffisamment éclairci par des rubri-\nques et des notes, a été ainsi exé-\ncuté , selon l'ingénieuse invention\nd'imprimer et de faire des caractères\nsans aucun travail à la plume, dans\nla ville de Mayence, qui a inventé et\nperfectionné la première cet art, et\nparachevé à la louange de Dieu et\nl'honneur de saint Benoît, par Pierre\nSchoffer de Gernsheim, l'année du\nSeigneur 1490, le dernier jour du\nmois d'août.\nNon-seulement ce Psautier de 1490, mais bien des Missels antérieurs\nà isoo que j'ai examinés à la Bibliothèque Richelieu, ont la notation\nimprimée en caractères mobiles,\nA l'article Petrucci, de la Bibliographie des musiciens, M. Fétis cite\nle missel de Wurt^bourg, 1484, dont la notation est imprimée. Dans\ncette même note, M. Fétis dit que le système d'impression à deux tirages\nimaginé par Petrucci fut le premier qu'on adopta. Ce fut le premier,\nen effet, mais ce n'est pas Petrucci qui l'imagina, car le Psautier de\nSchoffer (1490) est à deux tirages, et je pencherais volontiers à croire\nque le missel de Wûrtzbourg a été imprimé par le même procédé.\n\n(1) Distinctus doit se traduire par éclairci, par opposition à decoratus, décoré. Dis-\ntinctus, en latin ordinaire, se prend bien quelquefois pour orné ; mais, comme des\nnotes ne servent pas à orner un livre à la façon des majuscules ornées, que les\nparties imprimées en rouge servaient à se retrouver dans la lecture, on ne peut avoir\nde doute sur l'interprétation de ce mot.\n(2) Elimatrix n'est guère usité, on peut le traduire par ayant perfectionné ou\nappliqué."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "247", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.7", "texte": "HISTOIRE DE L'IMPRESSION DE LA MUSIQUE\n\nLes caractères des notes du Psautier de 1490 ne sont pas en bois,\nmais bien en fonte. En s'initiant un tant soit peu aux procédés de la\ntypographie, on acquiert bien vite la conviction que l'alliance des\ncaractères en bois avec ceux en fonte (de même grandeur) eût présenté\nd'assez grandes difficultés, et surtout des inégalités sensibles. La netteté\ndes notes de musique de ce Psautier et leur parfaite harmonie de forme\nou de structure avec les caractères gothiques qui les entourent ne\npeuvent laisser le moindre doute sur l'identité du procédé employé»\nQui nous dit que ce ne fut pas le second fils de Schoffer qui fit ces\ncaractères de musique; M. Schmid (1) le cite comme un très habile\ngraveur de poinçons de musique. En i 5 12, il quitta Mayence (2), après\navoir vendu la maison paternelle, et, emportant son outillage, il exerça\nsuccessivement son état d'imprimeur à Worms en 1 527, à Strasbourg\nen 1530, à Venise en 1541.\nSchoffer fils, à partir de 15Î2, a publié beaucoup d'ouvrages de mu-\nsique cités par M. Schmid, tous devenus rarissimes.\nUne étude attentive du Psautier de 1490 nous mène à la conclusion\nque M. Schmid se trompe en avançant qu'antérieurement à Petrucci\non ne s'était pas servi de caractères en bois pour imprimer les notes de\nmusique.\nLes fac simile des Psautiers de 1457 et 1490 (pl. 3, fîg. a et b) indi-\nquent l'époque de la transformation du caractère de bois en caractère de\nfonte, quant aux notes de musique. On va voir que la forme nouvelle\ndes notes n'est pas non plus une invention de Petrucci.\nUn traité de Gafori, imprimé à Milan en 1496 par Jean-Pierre de\nLomatius, pour le compte de Guillaume Signerre de Rouen, a pour\ntitre Practica musice Franchi Gafori Laudensis. Cet ouvrage est abso-\n\n(1) Schmid, Ottaviano dei Petrucci, etc., p. 171.\n(2) Dans cette même année ibii, ce fils Schoffer publia à Mayence un recueil de\nchansons dont voici le curieux titre : Tabulaturen etlicher Lobgesang und Lidlein\nuff die Orgeln und Lauten, ein Theil mit pveien Stimen jfwicken, und die dritte\nsingen, etlich ohn Gesang mit dreien, von ARNOLT SCHLICKEN, Pfalsgravischem\nchurfurstlichem Organisten tabulirt, und in den Truck in der ursprunglichen Stadt\nder Truckerei %u Meint% wie lue noch volgt verordnet.\nAprès la page 82, il 7 a :G et Sîadiruckt %u Ment% durch Peter Schoffer uff san t\nMatheis abend anno M.D.XII, L'avant-propos du compositeur est daté de 1511.\nTraduction : « Tabulatures de quelques cantiques et chansons pour l'orgue et le luth,\na une partie pour être pincé à deux parties en chantant la troisième, quelques autres\n« sans chant à trois parties, mis en tablature par Arnold Schlicken, organiste du\n« comte palatin et prince électeur. Imprimé, comme il est dit plus loin, dans la ville\n« de Mayence, berceau de l'imprimerie. Pierre Schoffer, Je soir de la Saint-\nMathieu,, 1512."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "248", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.8", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nlument le même que Musice utriusquc cantus practica exccllentis\nFranchini Gafori Laudensis, Brescia, 1497.\nL'édition de Milan est bien plus belle que celle de Brescia, quoique\nantérieure (1).\nLes caractères de musique de ces deux éditions sont en taille de bois\n(Tune seule pièce et non en caractères de bois mobiles. Les Italiens,\nc'est-à-dire les compatriotes de Petrucci, se servaient donc encore des\ncaractères de bois pour la musique à une époque où Schoffer imprimait\ndepuis plusieurs années avec des caractères de fonte. Or, pour arriver à\nces caractères de fonte, il fallut se servir du même procédé qu'employa\ninfailliblement plus tard Perucci, savoir : faire des poinçons, frapper des\nmatrices avec ces poinçons, puis se servir de ces matrices pour y couler\nles caractères nécessaires à l'impression.\nLes notations dans Gafori sont en rondes, blanches, noires, croches ;\nle point existe pour la prolongation des notes ; bref, cette musique est\nfacile à lire, puisqu'il ne lui manque que les barres de mesure pour\nressembler àla nôtre (voir pl. 3, fîg. c). Cette forme de notes, appelées\nnotes figurées, existait donc avant Petrucci, comme il existait avant lui\ndes poinçons de musique.\nQue Petrucci fût un habile graveur, cela est certain; ses notes et ses\nportées sont infiniment mieux formées que celles du Traité de Gafori\n(très imparfait sous ce rapport). On peut donc accorder sans restriction\nà l'artiste de Fossombrone l'exécution des plus beaux poinçons de notes\nde son époque.\nLe privilège dans lequel Petruci s'intitule lui-même homme très\ningénieux et inventeur d'un procédé nouveau, ne doit influer en rien\nsur une question de cette importance.\nPetrucci, né le 18 juin 1466 à petite ville des États de\nl'Eglise, fît ses études pratiques de graveur et de typographe à Venise,\noù l'on imprimait avec succès dès l'invention de cet art. Le privilège\naccordé à Petrucci est daté de 1498; le voici :\nSerenissimo principe, et illustris-\nsima signoria siando fama celebratis-\nsima vostra serenita cum sue conces-\nsioni et privilegj invitare, et excitare\nli ad excogitare ogni di nove\ninventioni quai habiano essere a\nPrince sérénissime et très illustre\nseigneurie (sénat), comme il est uni-\nversellement connu que votre Séré-\nnité cherche, par des concessions et\ndes privilèges, à inviter et à exciter\nles talents pour qu'ils produisent cha-\n\n(l) Le premier ouvrage imprimé de Gafori s'appelle : Clarissimi et prœstantissimi\nmusici Franchini Gafori Laudensis theoricum opus musicœ disciplinée. Naples, 1480.\nLa Bibliothèque du Conservatoire de musique a acquis tout récemment ce précieux\nouvrage."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "249", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.9", "texte": "HISTOIRE DE L'IMPRESSION DE LA MUSIQUE\n\ncomodita, et ornamento pnbblico da\nquesta invitado OCTAVIANO DE I PE-\nTRUCCI DA FOSOMBRONE habit OtOr in\nquesta inclyta cita homo ingeniosis-\nsimo cum moite sue spexe, et vigi-\nlantissima cura ha trovado qnello che\nmolti non solo in Italia, ma etiando\nde fuora de Italia %a longamente in-\ndarno hanno investigato che e stam-\npare commodissimamente canto figu-\nrado. Et per consequens molto pin\nfacilimente canto fermo : cossa pré-\ncipité a la religion christiana de\ngrande ornamento et maxeme neces-\nsaria : pertanto el soprascripto sup-\nphcante recorre a li piedi de vostra\nillustrissima signoria, supplicando\nqnella per solita sua clementia, et\nbenignita le degne concederli de gra-\ntia spécial chôme a primo inventore\nche niuno altro nel dominio de vostra\nsignoria possistampare canto figurado\nme intaboladure d'organo et de liuto\nper anni vinti ne anche possi portare\nne far portar o vender dicte cosse in\nle terre et luogi de excelsa vostra\nsignoria stampade fuora in qualunque\naltro luogo sotto pena de perdere dicte\nopere stampade per altri aver portade\nde fuora et de pagare ducati siete per\nchadavena opéra laquai pena sia ap-\nplicata per la mita a la franchation\ndel monte t novo et questo dimanda\ndegratia singular a vostra illustris-\nsima signoria a la quai sempre rico-\nmando. 1498 Die xxv maij.\nQuod suprascripto supplicanti con-\nceditur prout peti-t.\nConsV.arij :\nSer Marinus Leono. Ser Jero-\nnimus Vendramens. Ser Lan-\nrentius Venerio. Ser Dominicus\nBollani.\nque jour de nouvelles inventions pour\nla commodité et l'ornement du pu-\nblic, invité par cette renommée, Oc-\ntavien des Peirucci, de Fossombrone,\ndemeurant en cette illustre cité (Ve-\nnise), homme très ingénieux, a in-\nventé, grâce à de grands travaux et\nde beaucoup de dépenses, ce que\nbien des personnes, tant en Italie que\nhors, ont cherché vainement à in-\nventer, à savoir, l'art d'imprimer très\naisément le chant figuré, et par con-\nséquent encore plus aisément le\nplain - chant, chose d'un grand in-\ntérêt pour la religion chrétienne,\nd'un grand ornement pour elle, et\nmême tout à fait nécessaire. C'est\npourquoi le suppliant susnommé a re-\ncours à votre illustrissime Seigneurie,\nen priant qu'avec sa clémence et sa\nbénignité habituelles, elle veuille bien\nlui concéder la grâce spéciale, comme\nà un premier inventeur, afin que\nnul autre, dans les domaines de\nvotre seigneurie, ne puisse impri-\nmer du chant figuré ni tablature\nd'orgue et de luth pendant vingt ans,\net ne puisse mettre ni faire mettre en\nvente lesdites choses dans les terres et\nlieux de l'illustrissime seigneurie, im-\nprimées au dehors en quelque lieu que\nce soit, sous peine de perdre lesdits\nouvrages imprimés par d'autres ou\nimportés du dehors, et à payer 10 du-\ncats pour chaque ouvrage, laquelle\namende sera appliquée moitié à l'af-\nfranchissement du nouveau mont (de\npiété?) Voilà ce qu'il implore de la\ngrâce sans pareille de votre Seigneurie\nillustrissime à laquelle toujours il se\nrecommande.\nCe jour 25 mai 1498.\nOn accorde au suppléant ce qu'il\ndemande.\nLes conseillers :\nSer Marino Leoni, ser Jérôme Ven-\ndramin, ser Laurent Venier, ser Do-\nminique Bollani."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "250", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.10", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nM, Schmid indique en première date, pour les impressions de Petrucci,\nun Recueil de trente-trois mottets,parus à Venise en , puis vin-\nrent des messes de Josquin des Prés, d'Obrecht, de Brumel, de Ghiselin,\nde Pierre de la Rue, à' Agricola, etc. A cela il faut joindre des Recueils\nde frottole (airs de vaudevilles ou chansons des rues), puis encore des\nrecueils de mottets (i).\nDès i 505, un célèbre joueur de luth, du nom de\ndemandait également un privilège à la sérénissime République de Venise\npour l'impression de tablatures de luth.\nA cette époque également, sinon antérieurement,\nlingen imprimait à Augsbourg, avec des caractères de musique qu'il\navait gravés en cuivre. Le premier ouvrage renfermant des notes de\nmusique publié par cet artiste, a pour titre : Melopoiœ sive harmonice\nTetracenticœ super XXII généra carminum Heroicorum, Elegiacorum\nLyricorum et Ecclesiasticorum Hym\netc. Augsbourg, i 507, in-folio Les portées de musique ont cinq lignes ;\nelles ont été imprimées avant les notes, c'est-à-dire que tout s'est fait en\ndeux opérations (2).\nEn 1 526, les Juntes, dont le nom devint l'un des plus illustres parmi\nles imprimeurs du seizième siècle, firent paraître à Venise les messes de\nJosquin des Près.Ce rare et précieux recueil a été acquis par la Biblio-\nthèque Richelieu; il provient de M, Adrien de la Fage. On peut croire\navec quelque probabilité que cette édition importante des Juntes a été\nfaite avec les caractères de Petrucci. Jusqu'en i 523, époque où s'arrê-\ntent les productions de cet artiste, aucun graveur de types de musique\nne s'est fait connaître en Italie, et l'on peut supposer avec vraisemblance\nqu'à la mort de Petrucci, peut-être même avant, les Juntes avaient\nacquis son outillage pour la musique, en entier ou en partie.\n(La suite prochainement.)\n\nJ.-B. WEKERLIN.\n\n(1) M. Fétis, à l'article Petrucci, dit dans sa note que Fournier le Jeune n'entend\nrien au sujet qu'il traite, à propos de son Traité historique et critique sur les carac-\ntères de la musique. Ce jugement est peut-être un peu sévère, car Fournier était gra-\nveur et typographe, et il a suffisamment prouvé, dans ses différents ouvrages sur\nl'imprimerie, qu'il connaissait son métier à fond. Il ignorait, en effet, l'existence et\nles mérites de Petrucci, car il n'en parle pas; mais, quant à ce qui concerne les\nanciens graveurs de musique français, M. Fétis n'a pas trouvé l'auteur assez ignorant\npour ne pas lui emprunter le fond de ses articles sur Hautin, Guillaume Le Bé,\nN. Duchemin, R. Granjon, J. de Sanlecque, les Ballard, etc. Lottin fait un grand\néloge de Fournier le Jeune, qui créa à lui seul son établissement de fonderie en fai-\nsant ses poinçons, matrices, moules, etc.\n(2) Le Bibliophile illustré, Londres, 1861, n° 2, p. 19: Les premières notes de\nmusique fondues et imprimées par Ehrhard Œglin»"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "251", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.11", "texte": "LES TRAVAUX DU NOUVEL OPÉRA\n\n\"1\n'EN étais là de mes décimètres, centimètres et milli-\nmètres; j'avais décrit l'Opéra à mes lecteurs par le pro-\ncédé exact de la science et j'allais continuer, faisant le\nrelevé de mes mesures en long et en large, de la cou-\nleur des marbres,, du poids des piliers en fonte, des\nkilomètres de cordages, etc., lorsque l'on m'annonça la visite d'un per-\nsonnage inconnu.\nQu'il entre !\nMonsieur, j'ai lu vos chiffres sur l'Opéra.\nJe fronçai les sourcils.\nVery interesting!...\nJe saluai.\nC'est admirable, mais quand parlerez-vous de Part?\nEn d'autres termes, j'avais un admirateur qui était émerveillé de la\nprécision toute anglaise de mes chiffres et qui venait me dire naï-\nvement :\nQuand cela sera-t-il fini?\nIl m'estimait presqu'autant que le célèbre académicien qui a dit la\nphrase immortelle : Le Parthénon a cinquante-trois parapluies de lon-\ngueur.\nNéanmoins, il m'intéressa vivement lorsqu'il me dit : on ne peut\npas dessiner le corps plus exactement que vous ne l'avez fait; je voudrais\n\nVoir les numéros des i 5 septembre, i 5 octobre, ler1er et i 5 novembre,"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "252", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.12", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nvoir l'âme. La grande chose, c'est l'âme d'Athènes, «— c'est l'architecte,\nle sculpteur, le peintre, le musicien.\n— Peste ! vous voulez voir tout cela d'un seul coup ?\n— Oh... y es ! s'écria-t-il, et, se frappant le front : un jour unique dans\nla vie d'un homme serait le jour où il verrait tout cela vivant, dans\nParis brûlé !\nJe n'eus pas de peine à reconnaître à l'accent de l'homme que rien\nn'était plus sérieux. Cet Anglais croyait à la France, à son génie, à son\nélectricité ; il ne voulait pas mourir sans avoir vu, après 1870, dans la\ncapitale violée parla guerre, ce qu'il appelait la flamma rediviva. Il est\nabsurde de l'avouer, mais la foi en nous de ce voyageur me toucha vive-\nment. Il parlait, il gesticulait, il nous aimait, il réclamait la France du\nbeau, la France artiste ou, comme il disait : La France !.... Les larmes\nme vinrent aux yeux et je lui dis avec la brutalité de ces moments-là :\n— Venez !\nUn quart d'heure après, nous entrions dans le chantier de l'Opéra.\n— Vous voulez voir l'architecte ? lui dis-je.\n— Mens agitat mol cm, me répondit-il.\n— Eh bien ! je vous donne en cent de trouver Y agitateur.\n— Monsieur Garnier ? dit-il... et il chercha.\nJe pensais qu'il allait désigner un maestro correct, un homme comme\nii faut, c'est-à-dire un mortel habillé en quaker, comme Fox, William\nPenn ou Ellwood, habillé d'un étui de drap noir, pour les jambes,\nd'un second étui pour la taille et d'un troisième étui pour le chapeau,\nimposant d'ailleurs, l'œil capable et la moustache en croc.\nAprès un silence, il me dit : « Voilà î » Le malheureux me désigna\nun homme négligé, rempli d'angles, portant un veston couvert de\nplatras, un chapeau mou décoré de toiles d'araignées, des souliers ré-\nduits à l'état de galoches. Une canne à la main, cet homme, plus petit\nque grand, sec, nerveux, passant tour à tour du menuisier au sculp-\nteur, du décorateur au machiniste, d'un corps de métier à un autre,\ndonnant un ordre ici, faisant une observation là-bas, le tout doucement,\nsans en avoir l'air, avait simplement la tournure du plus humble des\ncontre-maîtres. La poussière avait noirci le ruban rouge attaché négli-\ngemment à sa boutonnière.\nCe qu'il y a de révoltant, c'est que l'Anglais trouva juste... C'était\nGarnier.\nIl est ainsi que je viens de le peindre, et c'est pour cela qu'il a bâti\nl'Opéra.\nOn dit qu'il s'est fait une tête, que ses cheveux sont hérissés, que son"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "253", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.13", "texte": "LES TRAVAUX DU NOUVEL OPÉRA\n\ncaractère est pointu, que son front est sans cesse contracté, que son œil\nest hagard... C'est peut-être vrai, mais il faut avoir un front, un\ncaractère, un œil et une vitalité farouches que les coiffeurs ne trouvent\npoint et que la nature seule donne.\nJe fus un peu honteux de penser que mon Anglais avait mis d'un seul\ncoup le nom sur la figure et déniché le rayon, pour exprimer ici le\nmot que je prononçai mentalement.\nA partir de ce moment, cher lecteur, j'ai oublié d'une manière abso-\nlue toutes les mesures, tous les détails, tous les faits, tous les chiffres,\nnos pierres et nos lambris, mes additions et mes précisions ; je n'ai plus\nvu que l'étrange fébrilité des artistes, qui est à Paris seulement et qui\nfait Paris, que cet Anglais était venu voir, qu'il réclamait et qu'il devi-\nnait chose unique et merveilleuse, que nous coudoyons, que nous\nne regardons pas, et qui nous ferait mourir si elle nous manquait, parce\nqu'elle est notre air respirable.\n« Venez encore ! » lui dis-je.\nJe traversai les boulevards, la rue Royale, la place de la Concorde,\netc., etc., et nous entrâmes par une petite porte (la porte n° 7) dans un\ncoin perdu du Palais de l'Industrie. Il y avait là des hommes barbouil-\nlés et barbouillant, c'est-à-dire des gens qui exécutaient, à l'aide de\nbrosses-balais, des peintures gigantesques.\nOn voyait par terre, dans la grande salle — trop étroite — qui forme\nl'angle sud du Palais, des arbres, des maisons, des bannières, etc., etc.\nLes uns fixaient, sur une découpure cyclopéenne, une découpure mi-\ncroscopique, à l'aide d'un filet carré. Ils avaient l'air de grands enfants\nqui font des patiences. D'autres dessinaient, dans les nuances indéfinies\nde la sépia, une forêt vierge toute hérissée de végétaux souples et\npointus. D'autres erraient au travers, en sifflotant comme le bourdon,\nsur les fleurs,\nMon Anglais prit l'air de ses compatriotes, mesura la longueur des\nfeuilles découpées dans le bois, il compta les pas qu'il lui fallait faire\npour mesurer un décor posé à plat, et, pour tout dire, il me parut pren-\ndre la mesure de son propre ennui, avec la conscience que les Anglais\napportent dans cet exercice. De proche en proche, nous arrivâmes au\npied d'un grand arbre... Je me trompe, c'est le grand arbre qui était à\nnos pieds.\nIl s'étendait sur le parquet, avec ses branches feuillues, son tronc\nénergique et frappé violemment d'un trait de lumière ; d'ailleurs, il était\noriginal parce qu'il avait son atmosphère propre, c'est-à-dire un cré-\npuscule fugitif et plein de poésie, qui circulait de rameaux en rameaux,"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "254", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.14", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\net qui devait évidemment envelopper de ses voiles transparents des\npersonnages dramatiques ; en effet, il était réservé à couvrir de son\nombre les destinées orageuses d'Ophélia et d'Hamlet.\nA travers les hauteurs de Parbre, nous aperçûmes deux pantoufles\n(oh! la prose de la vie !) qui se promenaient, et une brosse à long man-\nche. Mon Anglais n'y prenait pas garde; il avait cessé de faire des\ncalculs; il était saisi et comme pétrifié par la vue de ce décor :\nC}est l'Angleterre de Shakespeare, me dit-il.\nEn ce moment les pantoufles et la brosse se. mirent à descendre de\nl'arbre, et devant nous apparut le personnage qui portait les unes et\nmaniait l'autre, c'est-à-dire M. Lavastre.\nMon compagnon le regarda d'un air scandalisé ; il vit dans les yeux du\npeintre une expression vague, celle de Pliomme qu'on arrache d'un tra-\nvail et qui s'en détache avec bonne volonté, par savoir-vivre, mais pé-\nniblement et sans secousse.\nEn effet, l'artiste était entièrement en lui-même, et un observateur\naurait pu voir que l'homme du monde se dégageait du peintre préoccupe\net remontait lentement à la surface.\nIl me tendit la main sans affectation.\nY a-t-il du nouveau, lui dis-je?\nRien, me répondit-il.\nAllons donc! s'écria l'Anglais, l'arbre est vrai?\nMalgré l'enthousiasme violent de mon insulaire, la conversation fut\nlanguissante. Nous dérangions.\nMais peu à peu l'équilibre s'établit; on se trouva de niveau; on causa\nlentement de Parbre, de la tonalité lumineuse, de la nécessité de la faire\nrégner dans toutes les parties du décor La dispute, qui est la vie,\ncommença : Impossible,disions-nous,d'obtenir la même tonalité pour\ntrente-sept pièces composant un seul décor. Impossible! répondait le\npeintre; c'est pourquoi il faut y arriver et on y arrive..... L'œil se fatigue\nou s'entraîne... On manque le but ou on le dépasse; puis on veut, on\ny vient, et l'on s'y tient.\nPardoni mais c'est à peu près irréalisable, et la volonté même\ns'émousse à force de frapper le même point. Comment faites-vous pour\narrêter, à la même nuance, au même degré, au même ton, le moment de\nlumière que vous avez choisi?\nIci, Lavastre nous regarda avec une tranquillité qui est celle du\nchasseur quand il vise biên."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "255", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.15", "texte": "LES TRAVAUX DU NOUVEL OPÉRA\n\nJ'y arrive, dit-il, et d'une manière certaine : quand je veux\nressaisir le point de départ, je pense au drame et à la création.\nAinsi, une œuvre longue, diverse, multiple, subordonnée aux décou-\npures du bois, aux effets de perspective, aux décolorations d'une lumière\nartificielle, tout cela était dominé et simplifié par la pensée de l'écrivain,\nprise comme règle unique par le peintre. Un mot, un seul, harmonisait\nles eaux et les feuillages, les arbres et le sol, le ciel et la terre : H ami et !\nIl s'agit d'Hamlet.\nMon Anglais comprit d'un seul coup, serra la main à l'artiste et regarda\navec effusion l'arbre du pays septentrional.\nDire ici comment, à cette heure, on parla du génie littéraire, de l'art\ndécoratif, de leurs rapports mystérieux, puis de l'architecture, de l'air\ndans lequel elle élève ses chefs-d'œuvre, des créations du Midi et des\ncréations du Nord, des conditions du beau et de son immortalité, tout\ncela au milieu des pots de couleur, des sifflotements de l'ouvrier, des\nmurmures qui couraient dans le reste du palais, c'est à peu près impos-\nsible; mais, ce qui l'est davantage, c'est de rendre l'expression qui tra-\nhissait sur le visage de mon Anglais la satisfaction pleine et entière du\nvisiteur. Jamais tireur qui vient d'abattre son gibier n'eut sur la figure\nplus de modestie triomphante que notre homme d'outre-mer. Ce qu'il\ncherchait venait de déboucher devant lui. Il tenait l'être insaisissable qui\nest le génie de Paris ; il avait pris sur le fait deux fois en une heure la\ncréation, la volonté électrique, l'esprit du beau, la foi en soi-même,\nl'union sympathique de tous les arts, le besoin de traduire la nature sur\nune scène qui est pour cela même la première de l'Europe.\nL'émotion arrivait et il faut l'éviter; je changeai de rail; j'essayai de\nparler à mon compagnon des œuvres qu'on monterait à l'Opéra, des ten-\ndances musicales de nos jeunes compositeurs, de l'époque d'incubation\ndans laquelle ils se trouvaient, des résultats probables qu'elle provo-\nquerait après les tâtonnements fâcheux, mais obligatoires, dans un pareil\nétat de choses, des merveilles qu'on nous promettait dans la mise\nen scène, que sais-je encore? il ne voulut rien entendre. L'impression\nétait trop vive pour l'arracher si vite, Je me résignai à le laisser planer\ntout là-haut, pensant, en somme, qu'il verrait de même que les lecteurs\ntout ce que j'aurais pu dire sur ces divers sujets, dans le courant de\nl'année qui s'avance vers nous, jeune et pleine d'espérance.\n\nR. DE SAINT-ARROMAN."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.16", "texte": "LULLY\n\nE portrait de Lully que nous reproduisons dans le\nprésent numéro de la Chronique Musicale, est l'un\ndes mieux réussis qui existent. On sait qu'il en a été\nfait un grand nombre de ce personnage, que Ton\nconsidère à tort comme le créateur de l'opéra fran-\nçais , mais qui n'en a pas moins fait preuve de\npuissance et de génie. Si Lully a frustré tCambert dans ses espérances\nlégitimes; s'il a fait enlever à l'abbé Perrin, le collaborateur de celui-ci,\npour se le faire transmettre personnellement, le privilège de l'Académie\nroyale de musique; s'il a obligé ce musicien, qui, le premier, avait posé,\ndans quatre ouvrages importants, les bases de notre opéra, à s'expatrier\nen Angleterre, et, s'il a extorqué à son profit la gloire que Cambert\naurait pu récolter, on n'en doit pas moins convenir que Lully était un\nartiste singulièrement intelligent, doué d'un véritable tempérament, et\nqui était à la hauteur du rôle qu'il a prétendu jouer.\nNous ne possédons en France aucun travail, je ne dirai pas complet,\nmais seulement sérieux et un peu étendu sur Lully. Le tout se réduit à\nquelques articles insérés dans les Biographies générales (celui écrit par\nBenne-Baron pour la Biographie Didot a été tiré à part), à une notice\npubliée par J. T. Merle dans la Revue de Paris du 3 mars i 833, àun\nlivre publié récemment par M. Ludovic Cellet, sous ce titre : Molière\net Lully, et qui n'a rapport qu'à la collaboration de ces deux grands\nhommes, et enfin à un opéra comique en un acte intitulé Lully et\nQuinault ou le Déjeuner impossible, représenté en 1812, et qui avait"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.17", "texte": "Definie par CN Cohin d'après le Buste de Colignon, et gravé Ang de S'Aubin en 1770.\nSenend a Paris chez Joullain Quai de la Megiferie ed chez l'Auteur rue des Mathurins au Pent Hotel de Chiging."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "257", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.18", "texte": "pour auteurs Gaugiran-Nanteuil pour les paroles, et Nicolo pour la\nmusique.\nIl est vrai que l'histoire de Lully ne serait rien moins que celle des\ncommencements de notre opéra. Mais, pour être juste, elle devrait être\nprécédée d un travail sur les premiers essais de Cambert et de l'abbé\nPerrin, les véritables créateurs de l'opéra en France. Aussi est-ce sous\nce titre : Les Vrais Fondateurs de VOpéra français, que, pour ma\npart, je travaille depuis longtemps déjà à retracer, d'après les documents\nles plus authentiques et les plus complets, ce chapitre si important de\nnotre histoire musicale.\nIl est juste, en effet, de rendre à César, et, en laissant à Lully le béné-\nfice de son génie, de restituer à Cambert la gloire d'avoir écrit les\npremieis opéras conçus dans notre langue, et à Perrin celle d'avoir lui-\nmême imaginé de doter la France de ce spectacle. En dépit de l'axiome\nlégal qui constate que parfois possession vaut titre, ce ne doit pas être le\ncas en ce qui concerne Lully, et rien ne peut faire que la Pastorale,\nPomone, les Peines et les plaisirs de l'Amour, premiers ouvrages dra-\nmatiques écrits par Cambert et représentés à Paris, n'aient précédé tous\nles opéras de Lully et n aient ouvert la voie à ce compositeur singulière-\nment habile à profiter du travail et des eftorts d'autrui et à s'en appro-\nprier les résultats.\nCar, si Lully était un grand artiste, c'était, il faut Ll'avouer, un être\nmisérable et un homme méprisable à tous les points de vue. Malgré sa\njuste admiration pour son génie, Fétis n'a pu garder le silence sur la\nbassesse et 1 infamie de son caractère, et il s'exprime ainsi à ce sujet :\n« ... Si les éloges qui lui ont été accordés comme artiste sont una-\nnimes, les jugements sévères et les traits satiriques n'ont pas manqué à\nsa peisonne et à son caractère. Courtisan jusqu'à la bassesse près des\ngrands, dont la protection pouvait etre utile à ses desseins, il était inso-\nlent et brutal avec toute autre personne. Le crédit dont il jouissait à la\ncour lui donnait une puissance dont il abusait souvent pour humilier ou\nperdre quiconque essayait de lui résister. Jaloux jusqu'à la frénésie de\ntout artiste dont le talent lui inspirait la crainte que le roi ne le remar-\nquât, il ne négligeait rien pour l'écarter. Cambert et Bernier ont été\npersécutés par lui, et son élève Lalouette fut chassé de l'orchestre de\nl'Opéra pour s être avoué l'auteur du meilleur air de ses ouvrages. Véri-\ntable tyran de ses acteurs et des musiciens de son orchestre, il lui arriva\nplus d'une fois d'arracher à ceux-ci leur instrument pendant l'exécution\net de le leur briser sur le dos. Au moment où son opéra d'Armide allait\nêtre joué pour la première fois, une grossesse de la fameuse cantatrice\n\nVI.\nLULLY\nl 7"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "258", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.19", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nRochois en arrêta les représentations. Dans sa colère, Lully l'aborda sur\nle théâtre : Qui fa fait cela? lui crie-t-ih N'en recevant aucune\nréponse, il lui donna un coup de pied qui lui fit faire une fausse couche.\nQuelquefois sa brusquerie ne respectait pas même les personnages les\nplus élevés. A l'un des divertissements de la cour, le roi, fatigué de la\nlongueur des préparatifs, lui fit dire qu'il s'ennuyait d'attendre; Lully\nrépondit au gentilhomme de la chambre :Le roi est bien le maître, il\npeut s'ennuyer tant qu'il lui plairalngrat envers ses meilleurs amis,\net toujours occupé de ses intérêts, sans s'informer s'il blessait ceux d'au-\ntrui, il s'est brouillé avec Molière pour avoir pris les meilleurs mor-\nceaux des ballets et divertissements qu'il avait composés pour ses pièces,\net en avait formé la pastorale des Fêtes de VAmour et de BacchtiSj qu'on\njoua à l'ouverture du théâtre de l'Opéra. A peine ce grand homme\neut-il rendu le dernier soupir, que Lully fit chasser sa troupe du théâtre\ndu Palais-Royal, dont il s'empara pour son spectacle. Après avoir\ndécidé par ses instances La Fontaine a écrire pour lui la pastorale de\nDaphné, il ne voulut point la mettre en musique, et lui déclara quelle\nne valait pas le diable... »\nTout ceci ne montre encore que certains côtés de l'ignoble caractère\nde Lully. On sait qu'il était non-seulement libertin, mais infâme dans\nses mœurs; on connaît les détails de sa liaison avec la Certin, célèbre\nchanteuse et courtisane du temps ; on peut retrouver, dans les documents\ncontemporains, les renseignements relatifs à son procès avec le poète\nGuichard, qu'il accusa d'avoir voulu l'empoisonner, parce que celui-ci\nn'avait pas voulu se laisser berner par lui ; enfin sa réputation était\ntelle qu'on alla jusqu'à l'accuser d'avoir fait assassiner Cambert, pour\nse débarrasser d'un rival qu'il jugeait redoutable et qu'il avait spolié\nsans merci.\nDans un pamphlet publié un an après la mort de Lully, Sénecé, qui,\ncomme tant d'autres, avait eu à s'en plaindre, voulut, tout en consta-\ntant le génie du grand artiste, faire justice de ses actes et de sa conduite.\nCe pamphlet anonyme était ainsi intitulé : Lettre de Clément Marot à\nMonsieur de 5.,., touchant ce qui s'est passé à Varrivée de Jean-Bap-\n/\nliste de Lulli aux Champs-Elysées.\nIl en faisait tout d'abord un portrait physique,, qui n'était rien moins\nque flatteur :—« Sur une espèce de brancard, composé grossièrement de\nplusieurs branches de laurier, parut, porté par douze satyres, un petit\nhomme d'assez mauvaise mine et d'un extérieur fort négligé. De petits\nyeux bordés de rouge, qu'on voyoit à peine, et qui avoient peine à voir,\nbrilloient en lui d'un feu sombre, qui marquoit tout ensemble beau-"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "259", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.20", "texte": "LULLY\n\ncoup d'esprit et beaucoup de malignité; un caractère de plaisanterie\nétoit répandu sur son visage, et certain air d'inquiétude régnoit dans\ntoute sa personne. » Sénecé rappelle ensuite la bassesse et les vices de\nLully, le juge avec une sévérité qui n'est que trop justifiée, et le repré-\nsente enfin comme un homme de mœurs infâmes, d'une âme noire et\nd'une sordide avarice.\nCes mœurs étaient tellement connues qu'on ne craignit point, lorsque\nfut reproduit par la gravure le mausolée somptueux qui lui avait été\nélevé dans l'église des Petits-Pères, d'accompagner l'estampe des vers\nsuivants :\nPourquoi, par un faste nouveau,\nNous rappeler la scandaleuse histoire\nD' un libertin, indigne de mémoire,\nPeut-être même indigne du tombeau?\nVeneç, ô mort! faites descendre\nSur ce buste honteux votre fatal rideau ;\nEt ne montre% que le flambeau\nQui devrait pour jamais l'avoir réduit en cendre.\nLully, on peut le dire, était méprisé de tous les honnêtes gens. On se\nrappelle ces vers de Boileau,' qui le prenait pour objectif :\nEn vain par sa grimace un bouffon odieux\nA table nous fait rire et divertit nos yeux :\nSes bons mots ont besoin de farine et de plâtre ;\nPrenez-le tête-à-tête, son théâtre,\nCe n'est plus qu'un cœur bas, un coquin ténébreux :\nSon visage essuyé n'a plus rien que d'affreux.\nLa Fontaine, qui avait été berné par Lully, voulut s'en venger par\nune satire, qu'il intitula le Florentin.\nLe Florentin\nMontre à la fin\nCe qu'il sait faire.\nFen étais averti, Von me dit : Prenef garde *\nQuiconque s'associe avec lui se hasarde.\nMalgré tous ces avis il me fit travailler.\nLe paillard s'en vint réveiller\nUn enfant des Neuf Sœurs, enfant à barbe grise9\nQui ne devoit en nulle guise"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "260", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.21", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nA\nEtre dupe. Il le fut et le sera toujours.\nJe me sens né pour être en butte aux méchants tours,\nVienne encore un trompeur; je ne tarderai guère.\n. . . . . Il me persuada,\nA tort, à droit me demanda\nDu doux, du tendre, et semblables sornettes,\nPetits mots, jargons damourettes\nConfits au miel; bref il m'enquinauda.\nLa vengeance était douce. D'ailleurs, La Fontaine était incapable\nd'une longue rancune. Mais si nous voulions consulter tous les écrivains\ndu temps, nous aurions de cruelles preuves de la mésestime en laquelle\non tenait Lully et du mépris qu'on ressentait pour ce personnage. Ce\nn'est pas là le but que nous voulons poursuivre aujourd'hui, et d'ailleurs\ncela nous mènerait trop loin. En publiant le portrait de cet artiste\ncélèbre, nous avons voulu, tout en rappelant sa gloire, flétrir sa conduite\ncomme elle le mérite, et saisir cette occasion, sans faire tort au génie de\nFlorentin, de réclamer en faveur de notre Cambert le titre qui lui appar-\ntient de fondateur de l'Opéra français. Si Cambert, grâce à Lully, n'a\npas eu le temps d'accomplir sa tâche, il lui reste du moins l'honneur de\nl'avoir entreprise, et Ton ne doit en aucun cas oublier que le Florentin\nn7est venu qu'après lui.\n\nARTHUR POUGIN."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "261", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.22", "texte": "LES\nCANTATRICES DRAMATIQUES\n\n(0\nIV\nCATARINA GABRIELLI\nII\nLUS tard, s'adressant toujours à Farinello, Métastase\ntrace un croquis de notre héroïne : « Elles sont justi-\nfiées, dit-il en 1757, les gracieusetés que Ton écrit\nd'ltalie sur notre signera Gabrielli. Elle est jeune, Ita-\nlien ne, favorisée par la nature d'un art transcendant\nen musique; d'où vient qu'il n'y a point d'étranger\nqui ne se ressente des caprices de notre sirène. (Il semble qu'il y ait là\nune allusion à l'aventure semi-tragique dont il a été question plus haut.)\nMais, en vos mains, j'espère qu'elle sera beaucoup plus maniable. Elle\nest parfaitement persuadée de son mérite et cependant elle est extrême-\nment timide. Pour modérer les élans que pourrait lui inspirer ce mérite,\nil convient que vous lui imprimiez dans l'âme un grand respect et une\ncrainte positive du souverain et de la cour ; mais pour que vous ne l'af-\nfaiblissiez pas dans l'exécution, il est nécessaire que vous lui communi-\nquiez le courage avec votre approbation et les applaudissements de vos\n\n(1) Voir les numéros des lel'1e1' décembre 1870, lel'1e1' janvier, lerIer février, iev mai*\nïeV et i 5 juin, i 5 juillet, ier août et i 5 novembre 1874."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "262", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.23", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\namis. D'ailleurs,, vous êtes un pilote plus expert que moi, et je ne doute\npas que vous ne fassiez le meilleur usage de votre autorité, A Vienne,\nà Milan et à Lucques, où la jeune cantatrice a été ménagée avec la\ndextérité nécessaire, elle a enchanté tous les vivants ; mais à Padoue, où\nlon a voulu user avec elle plus du mors que de l'éperon, c'a été une\ncampagne tout à fait infructueuse» »\nA part ce trait de la timidité que nous ne retrouvons guère dans la\nphysionomie historique de la on voit que ce portrait d'après\nnature, tiré par Métastase, s'accorde assez avec la légende de la fantasque\nGatarina. Les lettres du poète césaréen ne nous fixent pas, du reste, sur\nce point : si rengagement débattu par lui et souscrit de façon si posi-\ntive par la Gabrielli, a été réellement rempli. Aucun des biographes de la\ncantatrice ne parle d'un séjour qu'elle aurait fait en Espagne, et comme\nses excursions d'artiste paraissent avoir été toutes, ou presque toutes,\nsoigneusement notées, il y a lieu de conclure que le projet ne s'est point\neffectué. Dans tous les cas, Farinello, de même que eût été à\npeu près le seul des adorateurs de la Gabrielli, avec qui ses relations ne\ndevaient pas être calomniées.\nIl est à supposer que Gatarina aura été retenue par Marie-Thérèse ;\nelle dut quitter, riche, la capitale de l'Autriche, et si l'on songe que c'était\nsurtout alors à la munificence des souverains que les artistes étaient\nredevables de leur fortune et que François lerIer était avare, on peut se\nrendre compte de l'influence qu'elle avait exercée à la fois sur le public\nde Vienne et sur l'empereur. Lorsque le départ de Gatarina fut annoncé,\nune députation des jeunes gens les plus distingués de la ville chercha en\nvain à lui faire prolonger à Vienne son séjour qui aurait pris fin, d'après\nles biographes, vers 1765, mais qui a dû se terminer, peut-être assez\nbrusquement, deux ou trois ans avant cette date. Il y a tout lieu de croire,\nd'après le témoignage très sûr et très précieux d'un contemporain\nauquel nous allons plus longuement recourir, que ses caprices, que les\nquerelles, que son esprit intrigant, plus encore que sa beauté, avaient\nexcitées, durent y abréger ses succès. Brydone, l'écrivain-voyageur\nqui va tout à l'heure nous servir de guide, dit même en propres\ntermes « qu'elle avait été chassée de Vienne comme elle l'avait été de\npresque toutes les villes d'ltalie. » Le terme employé peut manquer de\nménagement, mais il est bien difficile de croire que, au fond, il n'y ait pas\nlà quelque chose d'exact, et c'est là aussi ce qui peut servir à expliquer\nque les engagements positivement pris avec Farinello n'aient pu être\ntenus.\nLes biographes de la Gabrielli, qui tous se sont copiés sans remonter"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "263", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.24", "texte": "LES CANTATRICES DRAMATIQUES\n\naux sources, renvoient aussitôt après son départ de Vienne à Palerme.\nNous savons, de façon positive, par ces mêmes lettres de Brydone, que la\nGabrielli était en 1770, et depuis peu, à Palerme. En revanche, les\nmêmes biographes l'envoient, en 1767, à la cour de l'infant Don Phi-\nlippe, duc de Parme, mort deux ans auparavant.\nCe qui ne peut être révoqué en doute, c'est que la Gabrielli était à\nNaplesen 1764. Elle avait donc quitté Vienne et peut-être déjà séjourné\nà la cour du duc de Parme, à moins que, ce qui peut être considéré\ncomme plus probable, elle ne s'y soit rendue immédiatement après ses\nnouveaux succès de Naples. Voici ce que dit l'abbé Coyer, auteur d'un\nvoyage en Italie, dans une lettre de Naples, du 11 février 1764 :\n«La Didon abandonnée, de Métastase (on ne parle toujours que de\nMétastase!) est la pièce du jour; on y voit, d'un côté, Enée avec les\nTroyens et la flotte, et de l'autre, larbe, avec les Africains et les élé-\nphants. C'est la fameuse Gabrielli qui fait le rôle de Didon ; il faut que\nle pieux Enée ait bien de la dévotion pour résister aux charmes de sa\nvoix et de sa figure. » .\nLa pièce était montée avec un grand luxe* II y avait des marches, des\nbatailles, des triomphes, et Ton employait les chevaux des écuries du\nroi» Le célèbre chanteur Cafarelli, alors âgé de soixante ans, tâchait d'y\nsoutenir, auprès de la Gabrielli, l'honneur de sa réputation.\nSara Goudar, que j'ai déjà citée, qui écrivait de 1772 à 1774 des let-\ntres sur les tout en faisant un grand éloge de la cantatrice,\nrappelle que la Gabrielli avait brouillé deux ministres, et que le brillant\nde sa gloire consistait surtout à avoir été insultée par l'ambassadeur du\nplus grand roi du monde. Jusque-là, rien qui ne puisse s'appliquer à\nl'aventure de Vienne. Mais, il est ajouté dans une note du même\nouvrage, à propos de la même chanteuse : « On sait son aventure de\nNaples5 où elle reçut des coups d'un ministre. »\nOu quelque scandale nouveau aura été produit par la Gabrielli à\nNaples, ou, ce qui est plus que probable, il y a confusion avec l'aventure,\ndont tous les récits et quelques indices concluants ont placé le théâtre\ndans la capitale de l'Autriche.\nSi la Gabrielli fut appelée à Parme par l'infant Don Philippe, ce qui\nsemble positif, et ce qui demeure d'autant plus vraisemblable, qu'à\nl'exemple de Louis XIV, son aïeul, et de Philippe V, son père, l'infant\navait fondé une Académie-des Arts; si donc la liaison romanesque qu'on\nlui attribue avec la cantatrice est exacte, comme peuvent l'indiquer les\nparticularités précises sur lesquelles tous les biographes s'accordent, le\nséjour de la Gabrielli à Parme dut précéder de plus de cinq ans celui"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "264", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.25", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nqu elle fit à Palerme. L Infant don Philippe qui avait pris possession\ndes duchés de Parme et de Plaisance, cédés par son frère don Carlos, en\nveitu du traité d Aix-la-Chapelle (1748), et qui était arrivé à Parme le\n7 17497 rnourut à Alexandrie le 17 juillet Iy6 et ce n'est pas à\nson fils et à son successeur qu'on peut attribuer ce goût passionné à la\nfois pour le chant et la cantatrice, car ce dernier s'appelait Ferdinand, et\ntoutes les versions s'accordent à nommer don Philippe.\nCe prince, dont tous les historiens font l'éloge, dont l'administration\na été paisible et heureuse, bienfaisant, lettré, paraît avoir subi, plus ou\nautant que ce soit,l'influence de l'irrésistible enchanteresse. Disons à\nson excuse qu il était veuf de la duchesse de Parme (Louise Élisabeth\nde France, fille de Louis XV) morte en ijsg à. Versailles de la petite\nvérole, la maladie à laquelle succombait six ans plus tard l'lnfant lui-\nmême. Philippe était jaloux à la fureur de sa maîtresse, et tantôt la\nGabrielli prenait plaisir à surexciter ses soupçons, tantôt elle irritait les\nblessures du cœur de son amant par des sarcasmes qui n'épargnaient pas\nle malheureux prince jusque dans les défauts corporels dont il était vic-\ntime et non coupable. Elle 1 appelait Gobbo maledetto (maudit bossu) !\nUn jour, il prit fantaisie c'était assez fréquent àla Gabrielli de\nne pas vouloir chanter. A ce moment le petit-fils de Louis XIV soupçon-\nnait la cantatiice de complaisance pour un riche Anglais, qui lui avait\nfait de brillantes propositions. Don Philippe saisit l'occasion de punir\nla maîtresse infidèle dans la prima donna réfractaire, et ordonna de\nconduire la Gabrielli en prison. Mais là où la colère l'avait jetée, l'amour\n1 attendait encore. Cette prison était un domaine magnifique où la\nGabrielli était servie et obéie en reine. La rancune de l'irascible coquette\n11e sen apaisa guère moins difficilement. L'lnfant vint pleurer à ses\npieds 9 mais ce n est qu avec peine même qu'il put obtenir qu'elle quittât\ncette riche prison, cet Eden un moment imposé.\nLa Gabrielli voulut échapper à cette idolâtrie tyrannique ; peut-être\naussi la mort de don Philippe la fit-elle libre; et elle se rendit en Russie,\nselon les uns en 1768, selon le Dictionnaire des musiciens en 1765, et\nje crois plutôt à cette dernière date. Catherine II alors inaugurait la\nsplendeur de ce regne moitié tartare, moitié français, où Pierre 111 et\nle jeune Ivan disparaissaient assassinés, où le sanglant Bas-Bleu échan-\ngeait des gracieusetés rimées avec Voltaire et les Encyclopédistes. On ne\nsait de ce séjour en Russie qu'une réponse gaiement audacieuse de la\ncantatrice à l'lmpératrice, réponse dont l'esprit fit tolérer la gaillarde\ninsolence. Catarina demanda cinq mille ducats d'appointements pour\ndeux mois :"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "265", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.26", "texte": "LES CANTATRICES DRAMATIQUES\n\n-—Cinq mille ducats ! s'écria Catherine; je ne paie sur ce pied-là\naucun de mes felds-maréchaux.\nEh bien, alors, reprit la chanteuse, votre majesté n'a qu'à faire\nchanter ses felds-maréchaux.\nLe mot était sans réplique. La Sémiramis du Nord rit et paya. C'est\nChamfort qui nous a conservé ce trait. Ce contemporain devait être bien\ninformé en assurant que la Gabrielli n'était engagé en Russie que pour\ndeux mois. Elle y passa trois ans plus tard. Elle n'en revint pas moins,\naprès ce premier séjour à Saint-Pétersbourg, couverte de diamants, et\nen état de se faire un contrat de rente de quatre mille écus romains,\n(20,000 francs). Elle devait avoir hâte de retrouver le doux climat de la\npatrie, et des latitudes glacées où elle dut se sentir exilée, elle alla cher-\ncher la température presque africaine de Palerme. La Biographie uni-\nverselle qui partage sur certains points les erreurs des autres biographies,\nnous dit que la Gabrielli passa deux ans à Palerme. Elle y était, le fait\nest certain, en 1770, car de cette année sont-datées les lettres deßryaone.\nC'est maintenant à l'auteur d'un voyage intéressant et spirituellement\nconté, à ce témoin oculaire des triomphes et des frasques de la Gabrielli,\nque nous allons demander des impressions prises sur le vif.\nLa Gabrielli, dit-il, est la première actrice du monde. Pacchiarotti,\ndepuis un célèbre chanteur, alors tout à fait à l'aurore de sa carrière,\nen entendant la Gabrielli exécuter son air d'entrée avec une crânerie\nmagistrale, s'enfuit dans la coulisse en s'écriant : Povero me, Povero\nme, questo è un port eut o ! Je suis perdu; c'est un prodige! On eut beau-\ncoup de peine àle déterminer à reparaître, et alors il chanta à la Ga-\nbrielli un air de tendresse avec toute la sensibilité où il excellait, et qui\némut la cantatrice elle-même et toute la salle.\nSelon les mêmes biographes dont je parlais plus haut, cette aventure\ncaractéristique se serait passée à Venise en 1777. Brydone la met àla\ndate de 1770, l'ayant recueillie à sa source; en 1777, d'ailleurs, Pacchia-\nrotti était à Gènes et à Milan, et il n'est pas certain que la Gabrielli fût\nalors elle-même à Venise. Cet excès d'émotion s'explique d'ailleurs\nbeaucoup mieux chez un débutant, et l'année 1770 était en effet la\npremière des débuts de Pacchiarotti.\nL'enthousiasme pour la Gabrielli avait été tel à Palerme, qu'on avait\nété obligé d'employer un nouveau terme pour caractériser la merveil-\nleuse exécution et la volubilité musicale de la voix de la virtuose. Si en\nchantant, elle se fût proposé autant de plaire que d'étonner, elle pouvait\npresque opérer les prodiges qu'on a attribués à Orphée ou à Timothée,"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "266", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.27", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ndit Brydone. Heureusement peut-être pour le repos du genre humain son\ncaractère était devenu un préservatif suffisant contre les charmes de\nsa voix et de sa personne. Brydone croit qu'avec un esprit modeste\net aimable elle aurait fait de plus terribles ravages dans le monde. C'est\npeu connaître le cœur humain, que les vices séduisent, que les caprices\nretiennent ; toutefois en la déclarant la plus dangereuse sirène des\ntemps modernes, « celle qui a fait le plus de conquêtes,, » Brydone avoue\nque la Gabrielli n'a point l'âme mercenaire, et qu'elle a donné, au\ncontraire,, des preuves éclatantes de générosité et de désintéressement.\nQuoiqu'elle eût plus de trente ans,, ajoute-t-il (elle en avait quarante),\nelle ne paraît pas en avoir dix-huit sur le théâtre. Lorsqu'elle est de\nbonne humeur, et qu'elle veut bien faire usage de sa voix, il n'y a rien\nqu'on puisse comparer à son chant. Elle excelle à un degré égal dans\nFaction. Quelques paroles de son récitatif, avec un simple accompagne-\nment, excitaient une émotion qu'aucun autre chanteuse n'a inspirée; mais\nelle est si opiniâtre et si décidée dans le caprice, que l'intérêt, la flatte-\nrie, les menaces ne font pas la moindre impression sur elle. Lorsqu'on\nveut les combattre, on ne fait que les augmenter, soit qu'on la traite\navec respect ou avec mépris, et elle semble éprouver un malin plaisir—\naussi ennemie d'elle-même que de son public à démentir l'opinion\nque la salle s'est formée de. son talent.\nPour la déterminer à contenter les spectateurs, quand elle n'y était\npas disposée, le meilleur moyen était de recourir à son amant. Elle en\navait toujours un, et sous ce rapport sa conduite était de la régularité la\nplus parfaite. (A Naples, en 1750, à ses débuts,, on la vit se parer d'un\nnœud de diamants avec un chiffre qui attestait toute l'ardeur et la spon-\ntanéité de ses sentiments pour le favori qui régnait alors.)\nOn priait donc le préféré du moment de se placer au centre du parterre\nou dans la loge vis-à-vis de la scène. Si le couple était parfaitement\nd'accord, ce qui n'arrivait pas toujours, c'était à son amant que la\nGabrielli semblait adresser toutes les tendresses de ses airs d'amour,\net, pour lui, elle déployait tous les charmes de sa voix. Son favori de\nPalerme avait promis à Brydone, qui avait pris plus d'une fois sa part\ndes déceptions que la chanteuse aimait à produire, d'exercer son pouvoir\nen faveur du voyageur et de ses amis. Il s'était en conséquence placé\nà l'endroit convenable, mais l'opiniâtre actrice éventa l'expédient, et,\nsoupçonnant sans doute l'intelligence d'un amant présomptueux avec\ndes mélomanes exigeants, ne daigna même pas faire attention au pre-\nmier.\nLa Gabrielli donnait cependant quelques excuses de ces intermittences"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "267", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.28", "texte": "LES CANTATRICES DRAMATIQUES\n\nde son talent, au plutôt de sa volonté. Elle affirmait que ce n'était pas\ntoujours les dispositions de son esprit, mais certaines causes physiques,\nqui la rendaient de temps en temps incapable de chanter. Brydone était\ntrès porté à admettre, dans une certaine mesure, cette excuse; car il lui\nsemble que cette flexibilité prodigieuse de la voix de la Gabrielli, qui\nparcourt si rapidement et avec tant de netteté les tons les plus variés et\nproduit presque dans un instant un si grand nombre de modulations,\ndépend à coup sûr d'une disposition des fibres, très sujettes à des varia-\ntions. Brydone entre là-dessus dans quelques détails semi-médicaux, et\ncroit que dans le climat nébuleux de l'Angleterre, les fibres seraient en\ndanger de perdre cette incroyable sensibilité; mais il ajoute que ces\ninfluences accidentelles ne peuvent avoir lieu que sur une voix aussi\nexceptionnellement flexible que celle de la Gabrielli.\n(La fin au prochain numéro,)\n\nPAUL FOUCHER."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "268", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.29", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nCONCERTS-POPULAIRES : Elle, oratorio de Mendelssohn. CONCERT NATIONAL : Sym-\nphonie pastorale, de Beethoven. Air de ballet, de M. Guiraud. Ouverture de\nStruensce.— SOCIÉTÉ PHILHARMONIQUE DE PARIS: Air de la Fêle d'Alexandre, de\nHaendel. Ouverture de M. Louis Lacombe.— SALLE TAITBOUT (CONCERT DANBÉ).—\nSALLE HFRZ (CONCERT DE LA SOCIÉTÉ PHILOTECHNIQUE).\nONCER JS POPULAIRES. Le huitième Concert de la\npremière série a été consacré tout entier à l'exécution\n*\nd'un grand oratorio de Mendelssohn, Elle. Ce n'est\npas la première fois que cette oeuvre importante est\nexécutée en France. Elle fut donnée d'abord au Congrès\nmusical de l'Ouest, en x 856, sous la direction de M. de\nBeaulieu. L'année suivante, le 6 décembre 1857, M. Pasdeloup en fit\nentendre la première partie seulement, dans un grand festival qu'il avait\norganisé au Cirque des Champs-Élysées; l'exécution, assez bonne de la\npart de l'orchestre et des chœurs, a vait laissé beaucoup à désirer quant\naux chanteurs chargés des principaux rôles : madame Bockholtz-Falconi,\nMM. Jourdan et Stockhausen. L'œuvre parut généralement monotone et\nne produisit pas grand effet sur le public; les esprits n'étaient pas encore\npréparés. Cinq ans plus tard, M. Pasdeloup fit exécuter de nouveau Élie,\naux Concerts populaires qu'il venait de fonder, dans deux séances, le 6et\nle i 3 avril 1862. Les solis étaient confiés à madame Viardot et à\nMM. Michot et Cazeaux de l'Opéra, et, grâce à une exécution très\nsoignée, l'œuvre parut assez appréciée du public.\nDepuis 1862, d'immenses progrès ont été accomplis, les institutions de\nConcerts populaires se sont multipliées, le goût du public s'est déve-"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "269", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.30", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nloppé, son intelligence musicale s'est élevée peu à peu à la hauteur des\ngrandes œuvies du répertoire classique; bref, l'oratorio est devenu à la\nmode. L empressement avec lequel la population parisienne se rend\naujourd'hui aux séances données par M. Ch. Lamoureux pour l'audi-\ntion des oiatoiios de Bach et de Haendel, a donné à M. Pasdeloup l'idée\nde consacra le huitième Concert de chaque série à l'exécution d'une\ngrande œuvre chorale; son choix s'est encore porté sur Élie, mais, cette\nfois, il nous a fait entendre l'œuvre complète en une seule séance, le\ndimanche 6 décembre dernier.\nLe répertoire vocal de Mendelssohn est assez restreint. Ce maître est\navant tout un compositeur symphonique, la partie la plus importante\nde son œuvre est circonscrite presque exclusivement dans le domaine de\nla symphonie et de la musique de chambre. Or, une observation fort\ncurieuse, c'est que, tout en se consacrant à la musique instrumentale,\nMendelssohn fut tourmente toute sa vie du désir de composer des\nopéias et qu il ne put jamais atteindre à la réalisation de son vœu le\nplus cher.\nIl avait éciit, à 1 âge de seize ans, un opéra, les Noces de Gamache,\nqui n'eut aucun succès. Cet essai malheureux ne l'avait pas découragé.\n« Tu veux que je compose des opéras, et tu prétends que j'ai tort de ne\nl'avoir pas fait depuis longtemps, écrivait-il en 1831 à Edouard\nDevrient ; à cela je réponds : mets-moi entre les mains un texte conve-\nnable et en quelques mois je me charge de le composer, car écrire un\n°Pe} a-> c est mon des ii de tous les jours. Je suis sûr que je produirais\nquelque chose de frais, de gracieux, si je trouvais des paroles, mais c'est\nprécisément cela qui me manque, Si tu connais un homme capable de\nme faire un libretto, indique-le-moi pour l'amour de Dieu, je ne cherche\npas autre chose. Mais, en attendant que je trouve un texte d'opéra,\nvaut-il donc mieux, à supposer que cela me soit possible, ne rien faire\ndu tout. Si jai écrit plusieurs morceaux de musique religieuse, c'est\nque c était un besoin pour moi, de meme qu'on a parfois envie de lire\nun certain livre, la Bible, par exemple, ou tout autre et que ce livre-là\nseul vous satisfait. »\nEt dans une autre lettre de la même année, il écrivait à Guillaume\n1 aubei t . « N avez-vous donc fait jusqu'ici aucune grande compo-\nsition, un opeia ou quelque chose de ce genre. Pour ma\nmoment une envie irrésistible de composer un opéra et cette pensée ne\nme laisse pas même le calme néessaire pour commencer quelque chose\nde moins important. Je crois que si j'avais le livret aujourd'hui, l'opéra\nserait fait demain, tant est grand mon désir! Autrefois, la seule pensée"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "270", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.31", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nd'une symphonie était pour moi si entraînante que je ne pouvais songer\nà autre chose, quand j'en avais une en tête, car le son des instruments a\naussi en soi quelque chose de solennel et de sublime; et cependant,\nvoilà déjà longtemps que j'ai abandonné une symphonie commencée,\npour composer une cantate de Goethe, uniquement parce que j'avais là\ndes voix et des choeurs. levais maintenant terminer aussi la symphonie,\nmais je ne désire rien tant que de co Seulement,\nd'où me viendra le livret?-» Trouver un poëte qui lui fît un drame àsa\nconvenance, voilà donc la grande difficulté qui arrêta constamment\nMendelssohn. Ce poëte, il crut un moment l'avoir découvert. 11 avait\ndemandé à Immermann de lui tailler un livret dans la Tempête de\nSchakespeare, qu'il tenait beaucoup à mettre en opéra. Immermann\nétait un excellent poëte et Mendelssohn avait tout lieu d'attendre de lui\nun excellent texte; son attente fut déçue. Immermann produisit une\nœuvre qui n'était dénuée ni d'intérêt dramatique, ni de mérite théâ-\ntral; néanmoins Mendelssohn jugea qu'il était impossible de rendre ce\nlivret musical, et le projet fut abandonné.\n« Je ne composerai jamais, écrit-il dans une de ses lettres datées de\nParis, sur un texte que je ne trouverais pas bon et qui ne m'inspirerait\npas. » Et plus loin, à propos de Robertet de\nqui étaient alors dans toute la nouveauté de leur succès et dont il critique\nvertement les livrets : « Tout cela fait de l'effet, dit-il, mais je n'ai pas\nde musique pour de pareilles choses, car cela est vulgaire et, si notre\népoque veut absolument des effets de ce genre, eh bien,\nmusique religieuse ! »\nCette dernière boutade n'a rien de surprenant pour qui connaît le\ncaractère sévère et l'esprit élevé et un peu mystique de Mendelssohn.\nIl s'était forgé en imagination l'idéal d'un drame lyrique plein d'élé-\nvation dans les idées, de grandeur dans 1 expression, de sévérité dans la\nforme. Cet idéal, il reconnut, après de longues et infructueuses recher-\nches, que les hommes n'arriveraient jamais à lui donner une forme assez\nparfaite, il en chercha la réalisation dans le Livre de Dieu; il ouvrit la\nBible et il composa sur la prose même du livre sacré. De même que\nBach avait écrit la Passion sur le texte scrupuleusement observé de\nl'Évangile de Saint-Mathieu, il écrivit sur le texte des livres saints z'e,\nPaulus, ainsi que les psaumes 42, 65, 98 et 114.\nOutre ces grandes œuvres de musique religieuse et quelques chœurs\nd'Eglise, il composa pour le service de la cour de Prusse, à laquelle il était\nattaché, la musique intercalée dans Antigone, Œdipe roi, Athalie et le\nSonge d'une nuit d'été.Enfin, quand nous aurons encore mentionné un"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "271", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.32", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\npetit opéra en un acte, le Retour de voyage à Vétranger, écrit pour sa\nfamille et publié après sa mort, ainsi que Popéra inachevé de Loreley,\nnous aurons la liste à peu près complète des grandes œuvres vocales de\nMendelssohn. Parmi ces œuvres, Paulus et Elie doivent être placées au\npremier rang, en considération, non-seulement de leur importance,\nmais aussi de leur valeur musicale.\nElie fut exécuté pour la première fois au festival de Birmingham en\n1846. Le sujet de cet oratorio est tiré du ier livre des Rois; il est des\nplus simples. Le courroux de Dieu s'est appesanti sur Israël. Elie\nannonce au roi Achàb que son royaume va être désolé par une séche-\nresse terrible; puis, redoutant la colère du roi, il se retire à Sarepta, où\nil ressuscite le fils d'une veuve qui lui avait donné l'hospitalité. Plus\ntard, il revient vers Achab, il lui reproche son impiété et lui offre de\nprouver, en présence des prêtres de Baal, qu'il n'y a qu'un seul Dieu :\nJéhovah. Les faux prophètes s'assemblent sur le mont Carmel, les sacri-\nfices sont préparés, la victoire restera au parti dont le feu du ciel aura\ndévoré l'holocauste, Elie invoque le Seigneur, la foudre frappe le bûcher\nqu'il avait dressé et au même instant une pluie abondante vient rafraî-\nchir la terre embrasée. Mais la reine Jézabel, protectrice des faux pro-\nphètes, excite contre Élie la foule des idolâtres ; le prophète s'enfuit sur\nle mont Horeb et il fait dévorer par le feu du ciel les hommes envoyés\npour le mettre à mort. Sa mission étant accomplie, il se rend sur les\nbords du Jourdain avec Élisée et bientôt il s'élève au ciel dans un tour-\nbillon. Tel est le cadre que s'est tracé Mendelssohn; les personnages\nprincipaux de cette action biblique sont Elie, le néophyte Abdias, la\nveuve de Sarepta, les anges, le peuple et les prêtres de Baal. La partie d'Elie\nest écrite pour voix de basse, celle d'Abdias pour ténor, la veuve est un\nsoprano et les anges se partagent les trois registres de la voix de femme.\nLa place me manque pour entrer dans le détail de cette partition\nconsidérable, qui ne comprend pas moins de quarante-quatre morceaux\net qui a été exécutée intégralement, sauf quatre morceaux que\nM. Pasdeloup a cru devoir retrancher : le double quatuor des anges,\ndans la première partie et dans la seconde, deux chœurs et l'arioso\nd'Elie : « les montagnes chancelleront ». Il faut donc nous borner à citer\nen bloc les morceaux les plus remarquables. Ge sont, dans la première\npartie : l'introduction, le duo avec chœur : « Sion lève les mains vers\ndias, la belle scène où Elie ressuscite le fils de la veuve, le chœur :\n« Heureux qui toujours l'aime, » l'allégro à trois temps du chœur des\nprêtres, rair d'Elie :« O Dieu d'lsraël, »et le choral à quatre parties?"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "272", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.33", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nd'un bel accent religieux et d'une facture remarquable, la grande scène\nentre Elie, son disciple, Abdias et le peuple, et le chœur final :\n« Gloire au Seigneur ». Dans la deuxième partie : l'air admirable d'Elie\nen fa mineur : «Ah ! c'en est fait, Seigneur, retire-moi du monde! »\nqui est, à mon sens, la plus belle page de la partition; le récitatif\nd'Abdias : « Voyez, ildort, » le trio sans accompagnement, des anges,\nqui a été bissé, le récitatif et le chœur des anges « Sanctus; sanctus, »\nPair de ténor : a une auréole de lumière », le quatuor : « venez, vous\nqui cherchez, » et enfin la fugue finale.\nLes deux personnages les mieux caractérisés parle musicien sont ceux\nd'Elie et de la veuve ; le premier surtout est d'un grand et beau carac-\ntère.\nEn résumé, Elie est une composition d'un style élevé et soutenu, qui\nrenferme de grandes beautés et qui est remplie de détails intéressants.\nMais il faut bien reconnaître qu'on n'y retrouve ni la force de concep-\ntion de Bach, ni la solennité des idées et le soulfle sublime d'Haendel.\nL'intérêt ne suit pas une progression régulière ; la pensée n'est pas\ntoujours nette et elle se perd souvent dans des enchevêtrements inter-\nminables de phrases incidentes et dans des développements surabondants\nqui font paraître l'ensemble de l'œuvre, long, monotone et parfois lan-\nguissant. L'orchestre est sourd, les chœurs manquent de puissance et de\nfermeté; ils sont loin d'égaler les chœurs d'Haendel, ces merveilles de\nfacture et d'inspiration.\nL'exécution a été généralement molle et a laissé beaucoup à désirer\nsous le double rapport de la précision et de la délicatesse des nuances.\nM. Petit s'est montré très inégal dans le personnage d'Elie, M, Bosquin\net madame Fursch-Madier ont bien rendu les parties d'Abdias et de la\nveuve de Sarepta.\nH. Marcello..\nCONCERT NATIONAL. Théâtre du Chdtelet. «Du haut du ciel, ta\ndemeure dernière, es-tu content, mon Beethoven? » Le quatrième concert\na duré un peu moins de deux heures; et, à part dix minutes accordées\nà M. Guiraud, dix à Meyerbeer, et trois ou quatre à Haendel, c'est\nBeethoven qui a fait tous les frais de la séance. Certes, la symphonie\npastorale est une œuvre admirable. Certes, M. Sarasate a un talent\nhors ligne et une réputation européenne. Mais ne serait-il pas\npermis de trouver un peu bien long le concerto pour violon de Beetho-\nven qu'il a exécuté? Et si un compositeur vivant, jeune ou d'un âge"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "273", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.35", "texte": "mûr, voire même vieux, écrivait un rondo sur un motif pareil à celui\ndu susdit concerto, ne serait-il pas permis de dire que ce motif est d'un\ncommun qui frise la platitude et le public l'eût-il aussi bien accueilli?\nAutant Beethoven est grand dans une bonne partie de ses sympho-\nnies et de ses sonates, et dans son Fidelio, autant le fétichisme qui\ns'attache à son nom est déplorable, Car5 sans parler de nos contempo-\nrains, Viotti et Kreutzer n'ont-ils pas aussi composé de magnifiques\nconcertos pour le violon? J'irai plus loin. Les grandes sociétés sympho-\nniques ne pourraient-elles pas de temps à autre, pour faire diversion,\nexécuter quelque symphonie de Gossec, quand ce ne serait que comme\npoint de comparaison, et des ouvertures telles que celle de Henri IV,\nde Martini, de la Caravane du Caire, de Grétry, de la Chasse du jeune\nHenri, de Méhul, du Calife de Bagdad, de Boieldieu? De ce que\nM. Sarasate eût pu mieux choisir une œuvre qui fît valoir sa brillante\nexécution, je ne lui fais aucun reproche ni à l'habile directeur des\nConcerts du Châtelet, M. Colonne, non plus. Ils ont suivi le torrent,\nvoilà tout.\nL'air de ballet de M. Guiraud est charmant : il est court, bien rhythmé\net d'une instrumentation fine et brillante en même temps. Le largo\ndu concerto de Haendel, dont on sait que le hautbois était l'instrument\nfavori, a été très bien exécuté, mais M. Gillet a eu tort de ne pas se\nplacer sur le devant de l'estrade; il aurait eu bien plus de succès.\nLa magnifique ouverture de Struensée a terminé le concert d9une\nmanière très heureuse.\nHenry Cohen*\nSOCIÉTÉ PHILHARMONIQUE DE PARIS. En rendant compte du pre-\nmier concert de la saison, je glisserai rapidement sur la symphonie en\nré de Beethoven, exécutée comme l'orchestre de M. Colonne sait exé-\ncuter les symphonies, sur l'air de la Fête d?Alexandre, de Haendel,\nchanté par mademoiselle Ketty Lorens, qui a fait peu d'effet, isolé de\nson bel entourage, et sur une ballade baroque de Schumann, interprétée\npar la belle voix de la même artiste. La partie vocale dans cette ballade\nfait l'effet d'une partie d'alto dans un quatuor ou un orchestre.\nLe solo de violoncelle de M. Adolphe Blanc réunit toutes les qualités\nqui distinguent ce jeune et éminent compositeur. Sa musique est tou-\njours bien rhythmée. Son instrumentation est claire, brillante et bien\nvariée quant aux timbres. M. Delsart a exécuté ce morceau avec senti»\nment, expression et une très belle qualité de son.\nM. Louis Lacombe a fait entendre une superbe ouverture, dont la\n\nVI.\nREVUE DES CONCERTS\n18"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "274", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.36", "texte": "LA. CHRONIQUE MUSICALE\n\nvraie place eût été au milieu du concert, et non à la fin. Après un\nandante imposant et d'une riche instrumentation, éclate un allegro\npassionné, dans le mode mineur, qui rappelle la fougue de l'ouverture\ndu Freyschutßientôt on entend les sons lointains des cors qui\nentonnent une espèce de fanfare, en ré majeur, qui se rapproche, grandit\net finit par s'éteindre progressivement. Un beau motif large, confié aux\nviolons, lui succède, après lequel le mineur reprend, et puis le motif\nsolennel du commencement, où les cuivres se mélangent très heureuse-\nment avec un accompagnement bien marqué des basses. La fanfare\nrevient, et une brillante péroraison termine l'ouverture.\nM. Louis Lacombe est un compositeur d'une très grande valeur, et\nsa réputation, quoique bien établie, n'est pas à la hauteur de son talent.\nSa nouvelle ouverture, en même temps savante et à la portée de tout le\nmondé, a sa place marquée parmi les plus belles compositions des\ngrands maîtres.\nH, C,\nCONCERTS DANBÉ. Salle Taitbout. Une nouvelle salle vient de\nsurgir au cœur de la chaussée d'Antin, sous la direction de M. de Lorbac,\npimpante, élégante, éclairée par un beau lustre entouré de quatre\nlustres plus petits, bien chauffée, dans d'excellentes conditions acous-\ntiques, et disposée de façon à pouvoir recevoir de huit cents à mille\nspectateurs admirablement bien assis. La salle Taitbout est un théâtre\nà deux rangs de loges, avec un spacieux emplacement pour les fauteuils\nd'orchestre. Décoré de tous côtés de grandes glaces, les dames y sont\nplacées de façon à ne perdre aucun de leurs avantages, comme beauté et\nrichesse de toilette. Ajoutez à cela des loyers charmants, ornés de ma-\ngnifiques tableaux, parmi lesquels une tête de vieillard de Rembrandt,\nd'un effet splendide, et d'autres curiosités, dont un prodigieux orne-\nment d'église, en chêne sculpté, appartenant à M. Roger, de l'Opéra, et\nvous pourrez juger combien de chances de succès sont réservées à cette\ncharmante construction. Malheureusement, un temps épouvantable,\ncomme il ne s'en voit pas tous les cinq ou six ans, a beaucoup nui à\nson inauguration, qui a eu lieu le 8 de ce mois. Malgré cela, les excel-\nlents artistes que M. Danbé a transportés de là salle Herz à la salle\nTaitbout, y ont obtenu un véritable succès. Chaleureusement applaudis,\nles honneurs de la soirée ont toutefois été pour M. Danbé lui-même, qui,\ncutre son talent reconnu comme chef d'orchestre, a exécuté avec une\npureté et une verve indicibles la polonaise en mi de Mayseder.\nM, Turban a été aussi beaucoup applaudi dans les variations du quin-"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "275", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.37", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\ntetie de Mozart. Le quatuor vocal a bien chanté la « Nuit de prin-\ntemps, » de Schubert. J'ai moins aimé la célèbre romance de Jean-\nJacques Rousseau : « Je l'ai planté, je l'ai vu naître, » arrangée ou\nplutôt dérangée pour quatre voix. Rousseau est de ceux qu'il faut savoir\nrespecter et dont il ne faut pas vouloir corriger les intentions.\nLe quatuor vocal enfantin de la famille Rehm, composé de trois\njeunes filles et d un tout petit garçon, qui ne compteraient pas plus de\ntrente-six à quarante printemps à eux quatre, ont chanté avec un\nensemble parfait. L opéra de M. Magnus, la Tolédane, accompagné par\n1 auteur au piano ce n'est pas suffisant pour cette salle aeu le tort\nde commencer à près de minuit. Il est rempli de jolis motifs, mais qui\nne sont peut-être pas toujours assez neufs. Mademoiselle Cécile Denault,\nluttant contie un rhume assez prononcé, a cependant trouvé le moyen\nde s'y faire applaudir.\nSOCIÉTÉ PHILOTECHNIQUE. Les séances publiques de la Société\npnilotechnique sont toujours, comme on le sait, mi-parti littéraire et\nmusicales. N ayant à rendre compte dans la Chronique musicale que\nde ce qui a rapport à la musique, j'aurais complètement passé sous\nsilence la partie littéraire de la séance du 6 décembre, sans un incident\nmalheureux, dont le public du reste n'a point eu connaissance, cet inci-\ndent ayant eu lieu dans le foyer des artistes. M. Michaux, âgé de quatre-\nvingt-sept ans, dont la pièce de vers avait été très applaudie, est mort\nsubitement, sans doute par suite de l'émotion que lui avait causé son\nsuccès.\nLe concert qui a suivi la séance littéraire a été des plus brillants.\nMadame Tassoni qui, malgré un talent sur le piano des plus remar-\nquables et des plus appréciés en Angleterre et en Italie, ne s'est décidée\nque tout nouvellement à sortir de la classe des amateurs pour venir\naffronter le véritable public, a vu sa détermination couronnée du plus\nvif succès. Sa grâce et sa figure sympathique ont tout d'abord bien disposé\nl'auditoire en sa faveur, et la manière dont elle a exécuté avec M. Toby et\nM. Lemaître un trio sur les motifs de la Traviata, Font parfaitement\njustifiée. Mais c'est surtout après « les Courriers », de Ritter, et la\n(( Chanson du printemps, » de Mendelssohn, que les applaudissements\ndu public ont éclaté; ce dernier morceau a été bissé à l'unanimité.\nMadame Pauline Boutin, dont j'ai si souvent eu l'occasion l'hiver der-\nnier d'apprécier la belle voix et le brillant talent, a obtenu un très grand\nsuccès dans l'air des « Dragons de Villars. »\n\nH. C."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "276", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.38", "texte": "REVUE DES THÉATRES LYRIQUES\nOPÉRA ; Faust. Débuts de madame Fursch-Madier, MM, Vergnet et Manoury.—\nOPÉRA-COMIQUE : Beppo opéra-comique en un acte, paroles de M. Louis Gallet, mu-\nsique de M. Jean Conte. THÉÂTRE-VENTADOUR : Débuts de madame Sbolgi dans\nil Trovatore, de madame Morio dans Otello.\n. Gounod débuta magistralement au théâtre par une\nœuvre poétique, grandiose et charmante, Sapho.\nVoilà donc enfin un compositeur, un maître, s'é-\ncriait-on de toutes parts après un premier acte dont\nle finale avait soulevé des tonnerres d'applaudisse-\nments. Auber, adossé contre une colonne des couloirs,\nparaissait chagrin. Le triomphe de Gounod était complet. Auber s'en-\nnuyait. Le voyant délaissé, je m'approchai de lui. Eh bien, maître,, lui\ndis-je, comment trouvez-vous cela? Ça manque d'air, me répondit-il\nsèchement, Oui, d'airs comme les tiens, pensai-je. Et je m'éloignai.\nDepuis longtemps, le public n'entendait plus parler d'un ouvrage\nnouveau qu'avec une sorte de terreur superstitieuse; la mise à Pétude\nd'une partition lui donnait des spasmes avant la représentation et des\nnausées après. Il se rappelait les malheurs du Drapier, des Treize et du\nComte de Carmagnole, les pauvretés du Vaisseau fantôme dont le\npoème, cédé par M. Richard Wagner à là direction de l'Opéra moyen-\nnant une somme ronde de cinq cents francs, fournit à Dietsch l'occasion\nd'écrire de mauvaise musique. Toutes ces choses, d'autres encore, sans\ncompter la Corbeille d'oranges et maints ballets oubliés, avaient fini\npar convaincre les habitués de la rue Le Peletier qu'ils étaient à tout\njamais voués aux Huguenots; à Robert le Diable9 à Guillaume Tell\net aux mièvreries de la Favorite."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "277", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.39", "texte": "REVUE DES THÉÂTRES LYRIQUES\n\nMalgré son succès très réel, très considérable, très légitime au point\nde vue musical, Sapho ne faisait pas recette. Elle disparut de l'affiche\naprès la septième ou la huitième représentation. Gounod payait son\ntribut aux détracteurs.\nA Sapho succédèrent les ravissants chœurs d'Ulysse qui furent, à ce\nque m'affirma M. Ampère, la ruine du Théâtre-Français.\nQuant à la Nonne sanglante, ouvrage superbe diversement traité par\nles fins connaisseurs\nQui se creusent un antre au bas des grands journaux5\nelle tomba fièrement.\nJusque-là le musicien était un glorieux vaincu. Mais on se lasse de\ntout, même des chutes imméritées. M. Gounod crut pouvoir descendre\nun peu et sans danger des hauteurs où la nature et le travail l'avaient\nplacé. Il écrivit le Médecin malgré lui. Un demi-succès, ou peut-être\nun tiers de succès le dédommagea de son infidélité à la Muse sévère et\nsublime. Bientôt il retourna à l'Opéra, puis il revint au Théâtre-Lyrique\noù Faust lui valut enfin un triomphe productif. Nouvelle Danaé_, la\ndirection de ce théâtre tendit sa jupe au dieu qui la visitait sous la\nforme chérie, et elle vit tomber chez elle l'or qui semble être devenu la\nseule clef de voûte de l'édifice social moderne. La seule? Non; je me\ntrompe : il y a l'argent.\n« A partir de la Nonne sanglante, M. Gounod abandonne les grands\neffets scéniques pour entrer résolument dans la voie anti-dramatique où\nl'on sacrifie la majesté de Part aux applaudissements qui naissent et\nmeurent dans les réunions mondaines. Choyé, adulé par les siens, grisé\nd'éloges par la presse et par le public, l'illustre auteur de Sapho quitte\nsa lyre pour une guitare. Il confinait à Gluck, à Mozart, à Meyerbeer;\nil s'éloigne de ces compositeurs immortels pour frayer avec la foule\nbariolée des salons, si amoureuse des mélodies mesquines et banales.\nDans l'espoir de réussir plus sûrement, il rogne ses ailes. Ce sacrifice\nsuffit-ilï Non! elles ont encore trop d'envergure pour se mouvoir sous\nles plafonds dorés où se glissent des succès fragiles. Allons, maître,\ncoupe-les entièrement, ces ailes qui t'emportaient vers les régions sacrées;\nne plane plus dans les espaces incommensurables où tu rayonnais; si tu\ntiens aux bravos de ces amateurs riches et blasés et à l'aisance que leur\nenthousiasme superficiel procure, humanise-toi. Déjà la fortune te\nprépare des lingots d'or; écris Philémon et Baucis, écris la Colombe;\noui! pourvu que tu descendes dans l'arène armé d'inspirations faciles,\nfrivoles, précieuses, élégantes, l'aveugle déesse va t'ouvrir ses coffrets"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "278", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.40", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\npleins de perles fines et ruisselants de pierreries. Et maintenant tu mets\nla main sur ces trésors; tu les saisis, tu les tiens... Soudain, une\nréflexion assombrit ton front radieux naguère; tu pâlis, tu frissonnes;\nqu'as-tu donc? Tu songes au paradis perdu et tu te demandes si tes ailes\nrepousseront. Oh! cher grand artiste, remonte le cours du fleuve où ta\nbarque glisse à la dérive; prends pied sur le rivage d'où les richesses\nmatérielles sont exclues, où croissent les fleurs enivrantes de la prairie,\nles arbres à l'ombrage séculaire ; reviens dans la contrée où les oiseaux\nchantent en liberté, où le soleil, le jour couvre les champs, les monts\net les bois de ses rayons; où brille, la nuit, la légion des étoiles ; je t'en\nconjure, reprends le chemin de la montagne! Ta place est vide, là-haut :\nefforce-toi de l'occuper de nouveau ; le sommet déserté t'attend : c'est en\ncontemplant l'immensité que tu rentreras dans ta gloire! » (1).\nSi j'avais à parler de Faust, je redirais ce que j'en ai dit lors de son\napparition, en 1859 (2). Aujourd'hui il s'agit uniquement de trois débu-\ntants : madame Fursch-Madier, MM. Vergnet et Manoury. Je quitte\ndonc le compositeur pour ses interprètes.\nJe ne connaissais pas madame Fursch-Madier avant son apparition\nsur la scène de l'Opéra-Populaire où elle ne fit que passer. Son succès\nfut tel, dans les Parias, que M. Halanzier ne tarda pas à se l'attacher en\nqualité déprima donna. Elle voulut débuter dans Faust. Cette har-\ndiesse lui porta bonheur. Ce n'est pas qu'il soit facile ou même possible\nd'effacer de la mémoire le souvenir de l'excellente cantatrice qui créa le\nrôle de Marguerite à Paris; mais on pouvait comprendre ce rôle autre-\nment que madame Carvalho, lui donner une physionomie particulière\net conserver son caractère à la pensée de Gounod, tout en la traduisant\nd'une manière originale. C'est ce qu'a eu à faire madame Madier.\nMadame Madier possède le secret des vrais artistes : elle n'imite per-\nsonne et elle trouve moyen de rester fidèle à l'esprit du texte.\nDans sa première rencontre avec Faust, elle est vraiment belle de\nchasteté. Pudique sans affectation, elle répond avec un tact parfait à\nFaust qui l'aborde, et elle dit à ravir la charmante phrase placée en cet\nendroit.\nElle ne chante pas avec la placidité rêveuse qu'y mettait madame\nCarvalho, le fameux passage :\nJe voudrais bien savoir quel était ce jeune homme.\n\n(1) Fragment d'une conférence faite l'hiver dernier dans la salle du boulevard des\nCapucines.\n(2) Revue germanique du 3i mai."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "279", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.41", "texte": "REVUE DES THÉÂTRES LYRIQUES\n\nElle le déclame et lui prête ainsi une importance en quelque sorte\nextérieure,, qui nuit peut-être au calme apparent de certaine note réper-\ncutée sous laquelle on entend si bien gronder la passion. En revanche,\nelle met beaucoup de délicatesse dans l'interprétation de la ballade :\nIl était un roi de Thulé\net de finesse dans Vallegro suivant, dont les roulades m'ont toujours\nsemblé grimaçantes et déplacées. Cet air est une fâcheuse concession\nfaite à la chanteuse. Mozart aussi écrivait de pareils morceaux pour\nsatisfaire aux exigences vocales des rossignols de son époque. Fallait-il\nimiter Mozart en cela? Assurément non.\nLe beau début du duo (scène du jardin) exige une expression chaleu-\nreuse, intime, profonde, et l'explosion de passion qui termine lacté,\nveut absolument l'élan du cœur, le délire des sens, l'éclat de la voix. Là,\nmadame Carvalho était vraiment incomparable.\nLa musique de Faust me paraît un peu tendue pour madame Madier,\ncependant son vigoureux fait merveille dans le trio final\nqu'elle rend supérieurement, et dans lequel, grâce à son puissant organe\net à son intelligente diction, elle a électrisé la salle.\nEt maintenant, que madame Fursch-Madier me permette une obser-\nvation, son organe très plein dans le grave et surtout à l'aigu à partir du\nfa naturel, comprend quatre sons dans le médium qui manquent d'ho-\nmogénéité; le passage dangereux du la au ré paraît s'effectuer avec\nquelque difficulté, et le si naturel, par exemple, attaqué parfois en\ndessous, a de la peine à se fixer. Madame Madier a trop de talent, et le\nsentiment artistique est trop développé chez elle pour qu'elle ne vise\npas à la perfection et pour qu'il soit nécessaire que j'insiste sur une\nremarque dont elle reconnaîtra certainement l'importance.\nJe voudrais à M. Vergnet non une meilleure voix, mais un sentiment\nplus net delà situation, une tendresse communicative,une allure moins\nfroide. Faust ne ressemble pas à Raimbaud; la bonne mine ne saurait\nlui convenir; il est pâle, rêveur, ardent, poétique; son regard plonge\ndans l'infini de l'amour comme il a plongé dans l'infini de la science;\naprès s'être haussée jusqu'à Dieu, son âme se concentre sur une femme;\nl'incommensurable est son élément; après ce sphinx : la nature, il lui\nfaut cet autre sphinx : une vierge.\nAvide d'inconnu, il aspire sans cesse à l'au-delà. Il marche sur la nue\net se désespère de ne pas entrevoir l'Éternel ; il revient sur la terre et il\ntombe dans les filets de la passion. Méphistophélès lui rend la jeunesse,\nmais le mauvais principe n'engendre rien de bon; Faust, tourmenté par"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "280", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.42", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nle désir des jouissances terrestres, mu par l'égoïsme, se heurte à toutes\nles misères de la vie et trébuche à chaque pas sans rencontrer ce passant,\nle bonheur qui n'habite que les consciences satisfaites et sereines.\nQuoique assez bien timbrée, assez agréable, la voix de M. Manoury\nne m'a pourtant pas paru exempte de sécheresse. Si cet artiste réussit à\naugmenter l'ampleur de sa voix, à respirer plus longuement et à se débar-\nrasser d'un commencement de chevrotement (le chevrotement est la\nmaladie de presque tous nos chanteurs), il obtiendra sans doute de vé-\nritables succès.\nJe ne puis me résoudre à signer un article sans avoir dit un mot de\nM. Gailhard, qui est un Méphistophélès de premier ordre.\nDoué d'une voix mordante, incisive, forte, facile et bien exercée,\nM. Gailhard, qui lance les trilles et les gammes comme un soprano,\nentre d abord dans le ton de son rôle. Il trouve la note juste. Pas d'hé-\nsitation, pas d'effets hasardés, par d'erreurs de diction. M. Gailhard me\nrappelle un des plus célèbres chanteurs autrichiens, lequel était fort\nestimé à Vienne. Il s'appelait Standigel, et j'admirais sans réserve son\ntalent. Je n ajouterai rien à cet éloge et je me bornerai, dans l'intérêt\nde 1 art, des compositeurs et du public,, à souhaiter une longue carrière\ndramatique à M, Gailhard.\nLOUIS LACQMBE.\nOn sait que lord Byron a écrit un poème intitulé Beppo. J'ignore, je\nl'avoue, si ce poème a été, comme tant d'autres dus au même écrivain,\n1 objet d une adaptation scénique, ou si M. Gallet est le premier qui s'en\nsoit emparé pour cet objet. En tout cas, il faut constater ou que l'idée\nn'est pas heureuse, ou qu'elle a été bien fâcheusement mise à\ncar le liviet du Bcppo de 1 Opéra-Comique, à la fois dénué de mouve-\nment, d'intérêt et d'action, était un texte navrant à jeter en pâture à\n1 inspiration d'un musicien. Je ne m'attarderai pas à analyser ce livret,\npréférant donner quelques renseignements sur l'auteur de la musique\nde Beppo, dont l'œuvre, il faut bien le dire, n'est pas beaucoup meil-\nleure que celle de son collaborateur.\nMe Jean Conte, ancien élève de la classe de Garafa au Conservatoire,\nest une des innombrables victimes du prix de Rome. Né à Toulouse, le\n12 mai iB3o, violoniste assez distingué, il était attaché à l'orchestre de\nla Porte-Saint-Martin, lorsque, âgé de vingt-cinq ans, il concourut à\nl'lnstitut et remporta le premier grand prix en 1855, tandis que le\nsecond était décerné à M. Victor Chéri, frère de mesdames Rose et"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "281", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.43", "texte": "REVUE DES THÉÂTRES LYRIQUES\n\nAnna Chéri, Comme tous ses confrères, M. Conte alla passer plusieurs\nannées à Rome,, après quoi, de retour à Paris, il chercha obstinément à\nse faire jouer. Je n'ai pas besoin de dire que ce fut en vain, puisque tel\nest le sort ordinaire de tous nos grands prix de l'lnstitut. Après s'être\nadressé inutilement à Nestor Roqueplan, qui était alors directeur de\nl'Opéra-Comique, M, Conte renouvela ses tentatives auprès de M. de\nBeaumont, lorsque celui-ci eut pris en mains les destinées de ce théâtre,\nmais ne fut pas plus heureux auprès de ce dernier. Le jeune composi-\nteur, qui avait repris la vie si rebutante de musicien d'orchestre, qui\nétait entré comme alto à l'Opéra, puis à la Société des Concerts, se mit\nalors à travailler pour les éditeurs; il publia une Méthode de violon,\nque l'on dit fort bien faite, plusieurs livres de duos pour deux violons,\net un nombre assez considérable de petit morceaux de genre pour piano\net violon. Enfin, un jjour, M. Camille du Locle, devenu directeur de\nPOpéra-Comique, voulut bien se souvenir qu'il avait été le collaborateur\nde M. Conte, et qu'il avait écrit naguère les paroles de la cantate Acis\net Galathée. C'était il y a quelques mois. M. du Locle avait évidemment\ndans ses cartons le livret de Beppo, dont sans doute il ne savait trop\nque faire. 11 l'offrit à M. Conte, qui eut le tort de l'accepter, et qui s'em-\npressa de le mettre en musique. Malheureusement, il n'y avait pas grand\nchose à en tirer, et, en dépit de ses efforts, le musicien ne parvint qu'à\ncréer une œuvre débile, sans couleur comme sans imagination.\nDans cette partition de Beppo, qui ne manque point de talent, mais\nbien d'inspiration, je ne vois guère que deux morceaux à citer : l'ouver-\nture, qui est bien traitée et surtout bien instrumentée, et un trio en\nstyle concertant dont l'entrée est charmante, mais qui s'est allongé un\npeu trop sous la plume du compositeur. L'interprétation de Beppo n'est\npas de nature à gagner l'indulgence de l'auditeur pour les défauts de\nl'ouvrage., car elle est bien faible et bien médiocre. Mesdemoiselles Franck\net MM. Charelli et Laurens sont d'une insignifiance absolue\ncomme chanteurs et d'une nullité complète comme comédiens. M. Neveu\nmérite seul d'être tiré de pair pour ses efforts intelligents, d'autant qu'il\nporte d'une façon superbe un magnifique costume oriental. En\nrésumé, il est bien à craindre que Beppo ne puisse tenir longtemps\nl'affiche de POpéra-Comique,\nAu Théâtre-Ventadour, deux débuts féminins se sont effectués dans\nle cours de cette semaine. Madame Sbolgi, qui s'est produite pour la\npremière fois dans le rôle d'Azucena , du Trovatore, est une italienne.,."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "282", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.44", "texte": ": LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ndu Faubourg Saint-Antoine, femme d'un important négociant de ce\nquartier, qui n'avait encore jamais paru sur la scène. Agée de trente à\ntrente-deux ans, brune comme une Napolitaine, douée d'une taille\navantageuse, d'une physionomie expressive et sympathique, possédant,\navec de rares qualités extérieures, une voix de contralto pure et corsée,\nmadame Sbolgi a fait preuve, à cette première apparition, d'une intel-\nligence véritable et de facultés heureuses. On ne peut la juger d'une façon\nabsolue sur cet unique essai ; mais, par la façon dont elle s'est acquittée\nde sa tâche, on peut bien augurer de l'avenir artistique de madame\nSbolgi.\nMadame Morio, qui s'est montrée pour la première fois dans Otello,\nest, au contraire, une Italienne pur sang, et qui depuis longtemps un\npeu trop longtemps peut-être a abordé la carrière. Madame Morio, qui\na obtenu naguère de grands succès en Italie, et qui, me dit-on, a fait\npresque fanatisme à Lyon il y à quelques années, n7est plus de la pre-\nmière jeunesse. Elle a eu du talent et n'en est point encore dépourvue,\nmais ce talent n'offre aucun caractère particulier, personnel, original,\nsi ce n'est une certaine violence de tempérament qui n'est pas beaucoup\nen rapport avec le goût et les habitudes du public français. A tout\nprendre cependant, madame Morio est une artiste estimable, et il serait\ninjuste de la traiter comme la première venue. L'interprétation générale\nd'Otello est du reste bien inégale, et de quelques réserves qu'on puisse\nentourer l'œuvre de Rossini, bien inégale aussi ne nous semble pas à\nla hauteur de cette œuvre, si puissante et si grandiose en quelques-\nunes de ses parties.\nARTHUR POUGIN."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "283", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.45", "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nFAITS DIVERS\nous avons assisté, il y a quelques jours, à la première répé-\ntition des chœurs et de l'orchestre dans la salle du nouvel\nOpéra. L'exécution du Chœur des soldats, de Faust, et de\nla Bénédiction des poignards, des Huguenots, ne laissait\nrien à désirer. Tout le monde a pu se convaincre de la\nbonr\\e sonorité de la salle. Le public choisi qui rem-\nplissait la salle a fait une véritable ovation à l'architecte\nGarnier, que l'on apercevait dans une loge.\nCependant l'épreuve faite par l'orchestre seul, avec l'ouverture de la\nMuette, nous a moins satisfait; les sons étaient comme sourds et voilés. Cette\ndifférence dans la sonorité provient probablement : de ce que le plancher de\nl'orchestre est placé trop en contre-bas du plancher de la salle ; on va\nl'exhausser. Il y aura prochainement un second essai public d'acoustique, où\nl'on pourra apprécier l'effet des modifications dont la dernière épreuve a\ndémontré la nécessité. Cette fois, les tentures, les draperies, les fauteuils\nd'orchestre, le manteau d'arlequin seront en place, ce qui permettra d'avoir\nune idée définitive des conditions de la sonorité dans ce vaste hémicycle.\nNos lecteurs savent que l'assistance publique exigeait de la Société des\nconcerts du Conservatoire le huitième de la recette pour le droit des pauvres,\nau lieu de l'abonnement que l'on avait perçu jusqu'ici. Devant cette préten-\ntion les membres de la Société, réunis en assemblée générale, avaient décidé\nqu'on suspendrait les séances.\nNous apprenons avec plaisir que tout conflit a cessé, l'assistance publique\nse contentera de recevoir le montant de l'abonnement comme autrefois.\nM. A. Elwart qui a obtenu de nombreux succès au boulevard des Capu-\ncines, à la salle-spectacle des Conférences, va donner de nouvelles séances"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "284", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.46", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\n28, boulevard des Italiens. La première Causerie-Concert aura lieu aujour-\nd'hui à huit heures du soir : La vie et l'œuvre de Haendel, le lion musical\ndu jour, formeront le sujet de la première causerie de notre collaborateur.\nL'école lyrique d'Ernest Vois et mademoiselle Marie Deschamps, l'organiste,\nainsi que mademoiselle Angèle Blot, la harpiste, prêteront leur concours à\nM» A. Elwart.\nIl est question de célébrer, l'année prochaine, à Rouen, le centenaire de\nBoïeldieu. Une commission, composée de compositeurs et d'artistes, rédige\nen ce moment, à Paris, le programme de cette fête, qui durerait huit jours\nenviron et à laquelle seraient conviées un grand nombre de sociétés chorales\net instrumentales de France.\nLa commission des théâtres a nommé pour examiner les questions rela-\ntives à l'Opéra une sous-commission de trois membres : M. Lambert Sainte-\nCroix, membre de l'Assemblée nationale ; M. Ambroise Thomas, de l'lns-\ntitut, et M. Hérold, du conseil municipal de Paris.\nM. Halanzier a demandé au ministre l'autorisation d'élever le prix des\nplaces au nouvel Opéra, et, quoi qu'on en ait dit, il n'a pas encore été pris de\ndécision à cet égard.\nLa publication de la Chanson française est interrompue par suite de la\nmaladie de son rédacteur en chef, M. Charles Coligny.\nL'orchestre des Dames viennoises, de retour à Paris, a débuté salle Tait-\nbout, où il donnera trois concerts par semaine, le mercredi, le vendredi et\nle dimanche. Nous avons déjà apprécié le mérite de cette petite phalange\ninstrumentale, dirigée par madame Amann-Weinlich; nous n'y reviendrons\ndonc pas. Disons seulement que le chant a maintenant sa part dans les pro-\ngrammes, et qu'un soprano sfogato, madame Warner, s'est fait entendre le\npremier soir avec succès.\nRien n'est nouveau sous le soleil, pas même la réclame et l'annonce;\n« le meilleur chocolat » aurait été aussi bien mentionné, au dix-huitième\nsiècle, dans les feuilles du temps, que « la maison qui n'est pas au coin du\nquai ». Pour n'en fournir qu'un seul exemple, prenons, au hasard, l'année\n1775 de Y Année littéraire. Nous y trouvons le sieur Peronard, fabricant de\npiano-forte, qui vante sa marchandise et son bon marché « comparativement\naux forte-piano d'Angleterre. » Il ne les vend que dix-huit louis (432 livres) ;\nc'est pour rien!\nDe plus, «il se charge de réparer gratis pendant une année entière, tous\nles dérangements qui pourraient subvenir. On en trouvera toujours chez\nlui de tout faits. Le même artiste travaille actuellement sur la harpe et s'é-\ntudie à perfectionner ce bel instrument. Il compte sous peu de temps être\nen état d'instruire le public des changements heureux qu'il aura faits. Sa\ndemeure est près de la porte Saint-Martin, rue Meslée, au Concert des Trois\nFrères. »"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "285", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.47", "texte": "VARIA\n\nPeut-être était-ce un café-concert? Mon Dieu, c'est fort possible,\nDans tous les cas, le dit sieur Peronard n'a pas dû réussir dans ses change-\nments, car son nom n'est point parvenu jusqu'à nous et il a laissé au vieil\nErard la gloire de perfectionner et la harpe et le piano. Nous serions\npourtant bien désireux de savoir combien M. Fréron faisait payer la ligne de\nréclame au sieur Peronard. Malheureusement, le tarif des annonces ne figure\npas en tête du volume. Les directeurs de nos journaux sont plus honnêtes,\nconvenons-en.\n\nNOUVELLES\n\nARIS. Opéra. Mademoiselle Mauduit jouera très prochaine-\nment le rôle de Marguerite, des Huguenots.\nMademoiselle Daram chantera, pour son deuxième début, le\nrôle d'Eudoxie, de la Juive.\nL'inauguration du Nouvel Opéra devait se faire avec Hamlet et made-\nmoiselle Nilsson;puis 011 a préféré un spectacle coupé, dont nous avons\ndonné le programme. Mais aujourd'hui mademoiselle Nilsson télégraphie de\nRussie, à M. Halanzier, qu'elle résilie son engagement, parce qu'elle ne veut\npas paraître dans un spectacle coupé.\nGela prouve qu'il est bien difficile de contenter tout le monde.\nThéâtre Ventadour [ltaliens). Prochainement, début à ce théâtre de\nmadame Maria Destin, et de mademoiselle Sebel, qui est enfin remise de\nson indispotion.\nLe ténor Nicolini, qui vient d'arriver à Paris, doit donner pour la dernière\nquinzaine de ce mois une série de représentations.\nNous avons annoncé dans un numéro précédent la réception d'un opéra\ncomique en un acte : Un Caprice de Ninon, de MM. François Oswald et\nArnold Mortier, musique de M. Samuel David.\nVoici la distribution de cet ouvrage, qui accompagnera la Clé d'or, de\nM. Gautier.\nNinon Mmes Godefroy\nMariette Marietti\nLe chevalier MM. Gontini\nLe président Lepers\nLe marquis Rinaldi"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "286", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18741215-01.1.48", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nOpéra-Comique, On répète activement Carmen, de M. Bizet.\nM. du Locle prépare plusieurs reprises : Le Caïd, dont mademoiselle Dalti\net M. Neveu joueront les principaux rôles, puis la Flûte enchantée, pour\nmadame Carvalho; enfin Joconde, dans laquelle M. Barré reprendrait le rôle\nde M. Bouhy, que son état de maladie empêche de chanter actuellement.\nOpéra Populaire (Châtelet). Les représentations lyriques sont terminées\ndepuis hier. Ce théâtre est revenu à son ancien genre : la féerie. Nous regret-\ntons que l'essai que Ton a tenté ait eu un aussi mauvais succès.\nVariétés. La Boulangère a des écusl tel est le titre d'un opéra-bouffe\nque MM. Offenbach, Meilhac et Halévy, feront représenter aux Variétés\naprès la revue de fin d'année.\nFolies-Dramatiques. Après Lléloïse et Abeillard, il est question de\nreprendre l'éternelle Fille de Mme Angot, avec mademoiselle Van-Ghell\ndans le rôle de Clairette.\nCirque d'Été (Concerts d'Harmonie Sacrée). - M. Prunet, qui jouait, il\nn'y a pas un mois encore, dans les Parias, de l'Opéra-Populaire, vient d'être\nengagé par M. Lamoureux pour chanter la partie de ténor dans les oratorios\nd'Hasndel.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}