{"numero_id": "bm-bmtnabc-1875-02-01-01", "volume": "bmtnabc_1875-02-01_01", "ocr_sha256": "b26d6e6782b58a1cf53e66d6dd69f9c73dad1d2f2f6ece047f6811db574192b9", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabc/issues/1875/02/01_01/bmtnabc_1875-02-01_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabc/issues/1875/02/01_01/bmtnabc_1875-02-01_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabc-1875-02-01-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-02-01_01#c001", "volume": "bmtnabc_1875-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "[97]", "page_fin": "105", "image_debut": 1, "image_fin": 9, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.2.1", "titre_corps": "LES CHANTEURS DE MON TEMPS", "titre_sommaire": "LES CHANTEURS DE MON TEMPS", "signature_source": "HENRY COHEN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[97]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.1", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 780, "texte": "LES\nCHANTEURS DE MON TEMPS\n\n(0\nANS je ne sais plus quel journal, —il y a une\nvingtaine d'années de cela, j'ai vu annoncer\nla mort d'un musicien qui vivait en Calabre, et\nqui s'éteignit à l'âge de cent seize ans, Ce musi-\ncien, était-il dit, avait conservé toutes ses\nfacultés, et, après avoir applaudi dans sa jeu-\nnesse les opéras de Hasse et de Porpora, put\nassister à la fin de sa carrière aux triomphes de\nRossini, Bellini, Donizetti, et même Verdi.\nJe suis loin certes d'ambitionner une telle longévité, et plus heureux\n\n(i) La Chronique Musicale donne avec ce numéro le portrait de Lays, d'après une\nlithographie du temps, dans le rôle à'Aristippe, opéra de Kreutzer, représenté pour\nla première fois en 1808. Lays avait à l'époque de ce portrait une soixantaine d'an-\nnées."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "98", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.2", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2751, "texte": "encore de n'en pas jouir. Cependant, coLiime dès ma plus extiême jeu-\nnesse, certain instinct me disait qu'une grande révolution allait s'opérer\nen musique, et que d'ailleurs mon goût inné d antiquaire me poitait à\nsaisir au vol les représentations de nos anciens opéras, j'en ai vu quan-\ntité dont les musiciens de mon âge ont à peine entendu parler, ne se\nsentant point l'envie d'aller entendre des vieilleries, telles que la Belle\nArsène, le Maréchal ferrant, les Prétendus, la Fée Urgèle, la Cara-\nvane du Caire, etc., vieilleries tout aussi jeunes et aussi riches d effets,\nsi l'on voulait bien les reprendre, que Richard Ccuur-de-Lion, le Ta-\nbleau parlant et le sublime Déserteur, malgré le vandalisme que lui a\nfait subir Adolphe Adam. Et en fait de chanteurs, j ai eu le bonheur\nd'admirer] jadis Lays, madame Branchu, Dérivis, Nourrit père, Martin\net le dieu des ténors italiens, Davide, et d aller hier applaudir MM. Ver-\ngnet et Manoury et madame Pozzoni.\nC'est donc des Chanteurs de mon temps que je désire entretenir le\nlecteur i chanteurs de théâtres, chanteurs de concerts et chanteuis de\nsalons, depuis les anciens que je viens de nommer jusqu'à ceux de\nl'heure présente. J'ose espérer que certains détails ne seiont pas sans\nintérêt, surtout ceux qui se rattachent aux chanteurs de concerts et de\nsalons, bien moins connus que ceux de la scène\\ et si je suis obligé,\nle moins souvent possible, de mettre ma personnalité en avant, j espère\nque le public aura la courtoisie de vouloir bien excuser 1 auteui de cet\narticle, qui compose encore quelquefois, mais qui ne chante plus depuis\nlongtemps.\nBien qu'en Italie la révolution musicale fût déjà un fait accompli en\n1815 et 1816, grâce à l'éclat des représentations de Tancredi, Il Bai -\nbiere et Otello, elle ne l'était pas encore dix ans plus tard en France,\nmême à Paris, sauf au Théâtre-Italien. Cependant on pressentait de\ntoutes parts que le vieil édifice allait bientôt crouler. Castil-Blaze tra-\nduisait et faisait connaître en province, notamment à Lyon, et à Paris,\nau théâtre de l'Odéon, la Pie voleuse, le Barbier de Séville et Othello;\nmais le répertoire de l'Opéra, jusqu'à l'apparition du Siège de Coi inthe,\nle 5 novembre 1826, comprenait exclusivement, outre les opéras de\nGluck, dont Iphigénie en Aulide même ne faisait plus partie dès 1824,\nŒdipe, Didon (abandonnée en 1825, après la retraite de madame\nBranchu), la Vestale, Fernand Corteç, la Caravane du Caire, les\nDanaïdes, les Prétendus, le Devin du village, Tarare et les Mystères\nd'lsis? auxquels s'ajoutaient de temps en temps des opéras de composi-\nteurs contemporains, tels que les Bayadères, de Catel, Virginie, de\nBerton, Aladin, opéra charmant de Nicolo et Benincori, Aristippe, de"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "99", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.3", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2837, "texte": "Kieutzer, Lasthénie, d Héroid, Ici Belle ciu bois dormant, de Caraffa, où\nchantaient en même temps Nourrit père et Adolphe Nourrit, et quelques\nautres encore qui ne suffisaient plus pour attirer et galvaniser le public.\nPareille lassitude, pareil état de choses s'étaient déjà présentés dans le\nsiècle derniei entre la fin de la vogue de Lully, Rameau et Mondon-\nv-ille, et l'arrivée triomphale de Gluck.\nLe théâtre de l'Opéra - Comique rajeunissait davantage. Quoique\nvivant encore un peu sur le répertoire de Monsigny, de Grétry, je me\nrappelle toujours ma sainte indignation en voyant, en 1827, l'opéra de\nSilvain accompagné par une douzaine d'instrumentistes assis tout près\nles uns des autres, et ayant l'air de faire salon, - de Dalayrac, de\nBerton, de Catel et de Nicolo, Boïeldieu lui donnait une impulsion\nnouvelle à chaque nouvel opéra que son génie enfantait, tandis qu'Hé-\nrold et Auber commençaient déjà leur série de triomphes qui, pour le\npremier malheureusement, fut trop tôt rompue. Je m'arrête ici, car ce\nn est pas l'historique •du répertoire de l'Opéra ni de 1 Opéra-Comique\nque je veux retracer, mais celui des Chanteurs de mon temps.\nLays, magnifique voix, qui tint pendant quarante-trois années con-\nsécutives l'emploi de premier baryton ou basse-chantante à l'Opéra, et\nqui, après sa retraite, joua le 20 novembre 1826, le rôle d'Anacréon\npour la dernière fois, à son bénéfice, fut à la fin de sa carrière professeur\nde chant au Conservatoire. Excellent pour la diction, la déclamation\net la pose de la. voix, il ne valait rien pour enseigner les personnes\ndélicates et faibles. Doué de poumons infatigables, quoiqu'il eût la voix\nbeaucoup moins forte que Dérivis père, il était sans pitié pour les élèves\nqui ne pouvaient répéter aussi souvent qu'il l'aurait voulu les passages\nsoutenus et élevés. Une jeune personne qui prenait de ses leçons parti-\nculières en même temps que moi, ne sortait jamais de chez lui qu'é-\npuisée et en larmes. Il n'aimait pas les notes graves de la voix de basse,\nqu'il qualifiait par un terme que je n'oserais repéter, avait horreur des\nroulades, et ne connaissait au mondé que Gluck. Aussi rien ne fut-il\nplus comique que son désespoir, lorsque je vins à la hâte lui apprendre\nla réussite du Siège de Corinthe. Voulant se lever brusquement de sa\nbergère, ce à quoi mettaient quelque obstacle sa claudication habituelle\net ses soixante-neuf ans, et y retombant malgré lui : « Allons, c'est fini !\nvoilà la roucoulade intronisée à l'Opéra. Je n'ai plus qu'à quitter\nParis, » Ce qu'il fit au bout de trois mois. Pareille fureur s'empara une\ndizaine d'années plus tard d'un vertueux journaliste, qui, le lendemain\ndu premier grand bal masqué, donné par Musard, s'écria : ce Où allons-\nnous? Voilà l'orgie installée à l'Opéra. » Pauvre homme! Il était proba-"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "100", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.4", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2776, "texte": "blement vieux comme Lays, et, partant, fort à plaindre dans ce milieu\ntentateur.\nMassimino, bon professeur de chant, compositeur agréable et homme du\nmonde dans toute l'acception du mot, vint s'établir à Paris, suivant Fétis,\nen 1814. Ses qualités aimables autant que son talent lui ouvrirent les\nportes de toutes les grandes maisons de Paris; et à l'époque où je fis sa\nconnaissance, vers iB3o, si la grande vogue de ses cours était un peu pas-\nsée, son salon ne restait pas moins un lieu de rendez-vous, où toutes les\nsemaines ses élèves et des amateurs se réunissaient et chantaient des mor-\nceaux d'ensemble. C'était un des plus ardents propagateurs de la musique\ndes maîtres italiens. A peine un opéra nouveau faisait-il sensation en Ita-\nlie, que Massimino s'empressait d'en faire venir les principaux airs, duos\net ensembles. Les éditeurs Carli et Pacini les gravaient, et bientôt les\nnouveautés signées des noms de Rossini, Bellini, Pacini (le compositeur),\nMercadante, Yaccai, Donizetti, s'essayaient chez lui, et de là faisaient le\ntour des salons de Paris. Parmi ces salons, il faut citer en piemièie ligne\nceux du comte Meroni, de madame la comtesse Merlin, de madame\nDubignon, du général de Navarro, du docteur Orfila, de madame Panc-\nkoucke, du célèbre pianiste et professeur Zimmermann. Amateurs et\nartistes s'entremêlaient, et à côté des illustrations de la scène, telles\nque Bordogni, Pellegrini, Donzelli, mesdames Malibran, Pisaroni, Pasta\net de Sparre, brillaient des amateurs doués de voix splendides et de\ntalents que bien des artistes leur auraient enviés, çomme madame\nMerlin, madame Goussard, mademoiselle de Navarro, et MM. Orfila,\nFortin et Drouin. Et quels étaient les accompagnateurs dans plusieurs\nde ces salons? Paër, Rossini, Meyerbeer et Liszt qui, selon que le\nchanteur ou le morceau lui plaisait ou lui déplaisait, ou suivant les\nidées qui lui trottaient fpar la tête, accompagnait dans la divine perfec-\ntion ou avec un emportement à ne pas pouvoir le suivre. Les admirables\nmodèles qu'offrait alors le théâtre Italien avaient poussé jusqu'à l'en-\ngouement le goût de la musique italienne. Elle trônait partout, et les\nartistes de concerts et les amateurs aidant, tous les jours il arrivait que\nsi un morceau annoncé sur le programme d'une soirée musicale venait à\nmanquer pour une raison ou pour une autre, il était instantanément\nremplacé soit par le quatuor de Bianca e Faliero, soit par le quintette\nde la Cenerentola ou le sextuor de Matilde di Sabran; et sans répétition,\nsouvent entre chanteurs qui ne s'étaient jamais rencontrés auparavant,\nces grandes scènes, que tout le monde savait par cœur, étaient exécutées\ndans une rare perfection.\nTel était l'état de la musique à Paris jusque vers 1834. Cependant le"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "101", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.5", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2852, "texte": "beau temps des salons de Paris dura encore une douzaine d'années de\nplus. Aux grands artistes que j'ai nommés succédèrent dans ces mêmes\nsalons, Rubini, Tamburini, Lablache (à partir de 1831) et mesdames\nGrisi, Persiani et Albertazzi (à partir de 1884 à 1838). Plus tard, ce fut le\ntour de Ronconi, Mario, mademoiselle Brambilla et mademoiselle Alboni.\nA cette dernière époque déjà, la musique d'ensemble commençait à y dé-\ncliner. D'un côté, un grand nombre d'opéras de Rossini ne se jouaient\nplus ou que fort rarement, tels que le Turco in Italia, Matilde di Sabran\net la Donna del lago; d'un autre, Donizetti n'ayant jamais écrit un seul\nrôle italien important pour le contralto, et Verdi qui commençait sa répu-\ntation n'en ayant point fait du tout (le Trovatore n'existait pas encore),\nles dames qui possédaient ce genre de voix se bornaient par force aux an-\nciens morceaux, les jeunes personnes se souciaient peu d'en apprendre\nqu'elles n'avaient pas entendus et n'auraient presque jamais l'occasion\nde chanter, et les morceaux d'ensemble dans les concerts et les salons ne\ndépassèrent plus guère le duo et le trio. Premier signal de décadence.\nEnsuite, il faut bien le dire, cette excellente confraternité qui régnait\nparmi les artistes sous la Restauration et le règne de Louis-Philippe, et\nqui leur faisait souvent renoncer à une soirée payante pour ne pas man-\nquer le concert d'un ami à qui ils avaient donné parole, disparaissait\npeu à peu. Le désir de ne plus se déranger pour rien, la paresse qui\nfaisait trouver bien plus commode de chanter des airs ou des duos qu'on\nsavait par cœur que d'apprendre et aller répéter des quatuors ou des\nquintettes qui ne serviraient peut-être qu'une seule fois, amenèrent par\ndegrés la musique de concert et de salon à n'être plus aujourd'hui qu'un\ndéfilé d'airs et de couplets.\nJe reviens sur mes pas. Chacun des salons que j'ai nommés se distin-\nguait par sa physionomie particulière. Chez le comte Meroni il n'y avait\naucune étiquette. Les sommités artistiques se faisaient entendre sans\nfaçon et sans se faire prier; et à côté des Donzelli, des Bordogni, des\nPellegrini, et de cantatrices telles que madame Malibran, madame la\ncomtesse de Sparre (mademoiselle Naldi, avant son mariage avec le\ngénéral de Sparre), madame Goussard et mademoiselle Marinoni, faible\nau théâtre, mais charmante au salon, souvent de jeunes artistes de con-\ncert, moi du nombre, se faisaient entendre et recueillaient leur petite\npart de succès. Dans le salon du général de Navarro, rendez-vous hospi-\ntalier de tous les Espagnols de quelque distinction et lieu de réunion de\nla meilleure société parisienne, dont j'avais l'honneur d'être un des hôtes\nles plus assidus, toutes les sommités que j'ai nommées unissaient leurs\ntalents à la splendide voix de mademoiselle de Navarro. C'était là par"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "102", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.6", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2724, "texte": "excellence le salon aux morceaux d'ensemble. Que d'artistes remarqua-\nbles, que d'amateurs de premier ordre, et comme il n'en existe peut-\nêtre plus un seul, y payaient de leur personne. En artistes, outre ceux\nque j'ai plus d'une fois nommés, Santini, mademoiselle Blasis, Rubini,\net plus tard Porto,, Lanza, Basadonna, Stanislas Ronzi, madame Degli\nAntoni, madame Massimino, madame Baptiste Quiney, ancienne\nartiste de l'Opéra, madame Monténégro; en amateurs, l'excellent bouffe\nPanel, la basse-contre de Pradel, MM. de Parade, Chaumerot et Nicoli.\nLe salon très aristocratique de madame la comtesse Merlin ne réunis-\nsait guères que des artistes de théâtre, avec lesquels, à peu près seuls,\nelle avait l'habitude de chanter, sauf le roi des ténors amateurs, le prince\nBelgiojoso. Les artistes de concert et les amateurs ne figuraient, en\ngénéral, qu'au second plan, ou dans les chœurs, qui faisaient une partie\nessentielle de sa musique.\nAu milieu des innombrables objets d'art et de curiosités archéolo-\ngiques qui s'étalaient et s'éparpillaient sur les étagères, les tables et les\nconsoles des salons du célèbre fondateur du Moniteur universel,\nPanckoucke, et qui n'étaient pas toujours à l'abri de certaines mains un\npeu trop agiles, madame Panckoucke avait de la musique excellente.\nA l'imitation des grands salons, tels que ceux de la comtesse Merlin et\ndu baron Delmar, qui réunissaient les artistes du Théâtre-Italien,\nlesquels dans les premiers temps se faisaient payer par soirée, deux cents\nfrancs les hommes : Rubini, Tamburini et Lablache, et les femmes\ntrois cents francs : la Grisi et la Per-siani (que diraient aujourd'hui de\nces honoraires MM. * et ** et mesdames *, ** et surtout ***?) elle avait\norganisé de la musique d'ensemble que quatre artistes de concerts chan-\ntaient dans la perfection. Elle les appelait les petits Italiens : c'étaient\nMMe Perugini, Marras, Ruggiero et madame Perugini. Du reste,\nmalgré ce quatuor et la présence, un peu plus tard, d'autres artistes\nitaliens, tels que les frères Ronzi et madame Viganô, son salon avait un\nparfum plus français que les premiers que je viens de nommer. Madame\nStoltz y venait fréquemment, et je l'y ai même entendue, pour se délasser\ndes grands rôles où elle était si admirable, chanter, accompagnée par\nScudo, le simple et merveilleux Fil de la Vierge, de cet éminent\ncritique et musicien.\nChez madame Orfila, tous les jeunes artistes qui voulaient être lancés\nd'une manière favorable dans le monde musical, étaient sûrs de trouver\nun accueil bienveillant, les basses un peu moins peut-être que les\nautres, parce que M. Orfila chantait lui-même la basse.\nLe salon de M. Zimmerman réunissait tous les talents, quels qu'ils"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "103", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.7", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2822, "texte": "fussent instrumentistes ou chanteurs. L'élément français y dominait\ntoutefois. C'est là que j'ai entendu un merveilleux duo à quatre mains,\nexécuté par Thalberg et Kalkbrenner. C'est là aussi que j'ai entendu\nAdolphe Nourrit dire dans un groupe d'admirateurs de son talent si\noriginal et si pénétrant : « Si un chanteur devait être coulé pour mal\nchanter une fois, deux fois, dix fois même, il faudrait renoncer à jamais\nparaître sur un théâtre. »\nJe pourrais nommer encore bien d'autres salons de cette grande époque\nmusicale à Paris, tels que ceux de madame de Latour, de madame\nLafont, chez qui Donizetti venait d'habitude, de madame la duchesse\nDecazes, etc., etc. Mais je m'arrête, car je n'ai pas eu l'intention, dans cet\narticle, de parler des salons de mon temps, mais des chanteurs de mon\ntemps. Je terminerai cependant ce qui a trait aux salons en disant que,\ndans la plupart d'entre eux, et notamment dans ceux que j'ai cités, le\nmaître ou la maîtresse de la maison était musicien. Mais il s'en trouvait\naussi où ils ne l'étaient ni l'un ni l'autre, et alors avaient souvent lieu\ndes scènes grotesques. Je me rappelle que dans l'un de ceux-là, on devait\nexécuter le septuor de Hummel. Au moment de commencer, l'artiste\nqui jouait du violoncelle n'était pas encore arrivé. Grand émoi. Enfin,\nla maîtresse de la maison se tourne vers un de ses amis et, avec le plus\ndoux de ses sourires \\ « Vous etes si bon musicien et si complaisant.\nVous ne me refuserez pas de faire, sur la flûte, la partie de violoncelle. »\nLe 5 février 1839 fut inaugurée la belle salle de concert de M. Henii\nHerz, et, environ un an après, celle de M. Pleyel ouvrit ses portes au\npublic. Avant cette epoque, les concerts et il yen avait autant, sinon\nplus qu'aujourd'hui se donnaient dans des salons de facteurs de\npianos. Les plus élégants étaient les salons de M. Erard (la salle de\nconcerts actuelle n'existait pas encore) et de MM. Petzold et Pape. Les\nsalons moins recherchés étaient ceux des facteurs Bernhaidt, Seyiig et\nDu port. Ce n'est pas qu'il manquât de grandes salles dans Paris, mais\nelles étaient les unes trop éloignées du centre, les autres tiop coûteuses.\nParmi les premières, il faut citer en première ligne la magnifique salle\nSaint-Jean, à l'Hôtel de Ville, qui pouvait bien contenir de huit à neuf\ncents personnes, et qui, d'après ma propre expérience, était la plus\nsonore que jamais Paris ait possédée. Elle fut détruite vers 1843 et rem-\nplacée par une salle tout en marbre blanc, mais mauvaise de tout point.\nVenait ensuite la salle du Vauxhall, près du Château-d nau, charmante,\nmais peu fréquentée dans les premiers temps par 1 aristocratie, parce\nqu'on y donnait des bals. Les concerts y prirent ensuite le nom\n& Athénée musical. Une salle bien disposée et bien centrale, mais coû-"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "104", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.8", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2731, "texte": "tëuse, était la salle Taitbout, devenue fameuse plus tard par les prédica-\ntions saint-simoniennes. Enfin, dans la rue de la Victoire, au n° 21, se\ntrouvait une petite salle de théâtre, construite par Gromaire, ancien\nmachiniste de l'Opéra, très recherchée des artistes, et où se donnaient de\nsuperbes concerts fondés dans l'origine par MM. Henri Herz, De Bériot,\nLabarre et Géraldy. Je citerai encore pour mémoire la salle Cléry, dans\nla rue de ce nom, qui fut bâtie à la fin du siècle dernier, et dans laquelle\nje crois qu'on a encore donné quelques concerts jusqu'en 1828. J'y ai\nassisté à deux ou trois, en 1827, longtemps avant d'avoir commencé ma\ncarrière artistique. D'autres salles se sont élevées depuis celles de\nMM. Herz et Pleyel, mais n'ont eu qu'un succès éphémère. Tels étaient\nle casino Paganini et la salle Sainte-Cécile, tous deux dans la rue de la\nChaussée-d'Antin, et la salle Bonne-Nouvelle, assez bien disposée pour\nla musique d'orchestre, qui disparut, je crois, dans l'incendie du bazar\nBonne-Nouvelle, en 1851.\nLes chanteurs de concerts habituels, avant l'inauguration de la salle\nHerz, mais dont quantité ont chanté longtemps après, étaient, en fait\nde ténors, Cambon, charmant ténor de romance, mort bien jeune;\nRichelmi, également ténor de romance, pur, correct, mais glacial;\nAndrade, Boulanger-Kunzé ,• doux!, gracieux et excellent musicien;\nFlavio Puig enfin, et Barisoni, qui, plus tard, sous le nom de Ricciardi,\na joué à Paris, au théâtre de la Renaissance, avec succès; et, en fait de\nbarytons et de basses, Stéphen de la Madeleine, Lanza, Porto, Geraldi,\nMeccatti, et l'auteur de cet article.\nLes dames étaient très nombreuses; les unes ont embrassé plus tard la\ncarrière théâtrale, telles que mademoiselle Dorus (madame Dorus-Gras)\net mademoiselle Michel, très beau contralto ; d'autres sont restées fidèles\nau culte du concert : de ce nombre étaient mademoiselle Marinoni,\nmademoiselle Leroy, madame Voizel, madame Deligny, soprano gra-\ncieux, madame Sophie Anders, madame Gordon, jeune femme d'une\ngrande beauté et contralto superbe, que le procès de Strasbourg, en 1836,\na rendue célèbre sous un autre rapport, madame Baptiste Quiney, dont\nla voix descendait jusqu'à l'wf, à l'octave de Vut grave du soprano, et\nmademoiselle Isambert (depuis, madame Massimino). Vers la même\népoque, ou un peu plus tard, parurent madame Duflot-Maillard, made-\nmoiselle Méquillet et madame Widemann, qui, depuis, ont remporté de\nbeaux succès au théâtre, mademoiselle Lia Duport, mademoiselle\nd'Hennin (madame Iweins-d'Hennin), mezzo-soprano d'une grande\nénergie, mademoiselle Vavasseur, madame de Lozano, beaux contraltos,\nmadame de Garaudé et madame Laty, au chant passionné. En outre,"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "105", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.9", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2269, "texte": "les artistes des théâtres lyriques se faisaient souvent entendre dans les\nsoirées ou matinées publiques. Bien des personnes se rappellent encore\nles magnifiques concerts où paraissait toute la brillante pléiade des\nchanteurs du Théâtre-Italien dans sa grande phase artistique, et les\nquatuors de Clapisson, interprétés avec tant de perfection par Alexis\nDupont, MM. Wartel, Ferdinand Prévost et Dérivis fils. A peu près au\nmoment où s'ouvraient les salles Herz et Pleyel, commença la réputation\nde madame Sabatier, charmante et gracieuse fauvette qui fit le succès de\ntous les compositeurs dont elle a bien voulu interpréter les inspirations,\nainsi que celle de madame Ugalde qui fit ses premières armes à douze\nans. Madame Lefébure Wély parut peu après. Je ne dois pas oublier de\nmentionner les concerts historiques ou de musique ancienne, du prince\nde la Moskowa, fondés vers 1841, et dans lesquels brilla une dame\namateur, Italienne, douée d'un des plus puissants sopranos que j'aie\nentendus, madame Juva.\nVers 1848 finit le beau règne des concerts. Depuis lors, jusqu'à ce\njour, ils ont été alimentés par des talents souvent très remarquables,\nmais pris la plupart du temps parmi les artistes des théâtres, car la vraie\nrace des chanteurs de concert n'existe presque plus, et les morceaux d'en-\nsemble se bornent à peu près au duo. Certes le public d'aujourd'hui n'est\nnullement à plaindre d'entendre des artistes tels que MM. Pagans,\nLopez, Lefort, mesdames Lacombe, Brunet-Lafléur, Barthe-Banderali,\nBoutin, Armandi et bien d'autres ; mais la richesse de la partie vocale\ndes concerts, en ce qui concerne les morceaux d'ensemble, qui sont d'un\nsi grand effet, a disparu pour faire place à la richesse de la partie ins-\ntrumentale. Jamais, dans aucun temps, Paris n'a possédé autant de mer-\nveilles en ce genre qu'aujourd'hui, où fonctionnent simultanément les\nConcerts du Conservatoire, les Concerts populaires, le Concert national,\nles Concerts-Danbé, ceux de la Société philharmonique de Paris,\net l'on peut encore ajouter les Concerts Frascati, depuis que MM. Li-\ntolff et Arban les dirigent, sans compter les magnifiques auditions\nnon périodiques où M. Lamoureux fait revivre les chefs d oeuvre de\nHaendel et de Bach.\n\nHENRY COHEN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-02-01-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-02-01_01#c005", "volume": "bmtnabc_1875-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "106", "page_fin": "110", "image_debut": 10, "image_fin": 14, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.2.2", "titre_corps": "HISTOIRE DES ARCHIVES ET DE LA BIBLIOTHÈQUE DE L'OPÉRA", "titre_sommaire": "HISTOIRE DES ARCHIVES ET DE LA BIBLIOTHÈQUE DE L'OPÉRA", "signature_source": "TH. DE LAJARTE", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 10, "page_imprimee": "106", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.10", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1131, "texte": "HISTOIRE\nDES ARCHIVES ET DE LA BIBLIOTHÈQUE\nDE\nL'OPÉRA\n\n(2e article) (i).\nA Bibliothèque dramatique, nous l'avons dit, n'exis-\ntait nullement, avant que M. Nuitter ne se fût occupé\nde rassembler des livres.\nLa Bibliothèque musicale a toujours existé, natu-\nrellement; mais ce n'était pas à l'état de bibliothèque,\nc'était comme dépôt des parties et partitions. Il faut\nbien l'avouer, à la fin du dernier siècle, elle avait encore cette situation,\nplus que modeste.\nNous allons, pour le prouver, raconter un fait assez étrange qui\nindiquera parfaitement les petites dimensions de la Bibliothèque, à\nl'époque que nous venons de citer. Augustin Lefebvre avait son loge-\nment payé par l'Académie, en dehors de l'Opéra, à charge par lui de\ngarder à son domicile toute la musique appartenant à l'Opéra, c'était\nune précaution contre l'incendie. Le format des copies était petit, les\nouvrages étaient fort courts ; il s'en suivait que la Bibliothèque n'exigeait\npas beaucoup de place. Maintenant, avec le développement du rôle de\nl'orchestre dans la musique dramatique et la longueur des partitions, on\n\n(i) Voir le numéro du i 5 janvier."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "107", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.11", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 2688, "texte": "peut avancer, sans crainte d'être contredit, qu'un ouvrage de Meyerbeer\ntiendrait, sur les rayons d'une bibliothèque, la place de toute l'œuvre du\nvieux Rameau.\nDu reste, le titre de bibliothécaire n'a figuré sur les États qu'à partir\nde la surintendance du premier préfet du palais.\nLe premier des Lefebvre, à la fin de sa carrière, son fils et Le Borne\nont été les premiers à porter ce titre, conjointement avec celui de chef du\nbureau de copie.\nLallemand, Durand et Lefebvre, alors qu'il était chargé de copier et\ngarder le dépôt de la musique de l'Opéra, étaient appelés « chefs de la\ncopie », ou plus simplement encore « copistes de l'Académie. »\nLa Bibliothèque n'a pris.de développement que dans l'hôtel de la rue\nDrouot, lorsque Le Borne en avait la conservation et la surveillance ;\nmais la disposition du local, très restreint, qui contenait le dépôt, excluait\ntoute intrusion du public dans ce musée symphonique.\nLes parties d'orchestre étaient placées sur des rayons, dans l'ancienne\ncuisine de l'hôtel, nous l'avons dit ; dans cette même salle voûtée, le\nbureau de copie était installé.\nJe revois encore l'honnête et excellent Le Borne juché sur une haute\nchaise, devant une espèce de table barbouillée de noir, rappelant assez le\npupitre d'un professeur de quatrième. C'était là qu'il corrigeait les copies\nde ses subordonnés et qu'il écrivait les a conducteurs » à quatre ou cinq\nportées, dont se servait alors le chef d'orchestre. C'était là que quelques\nélèves favoris et j'avais l'honneur de faire partie de cette cohorte fidèle\n—* allaient causer, avec le maître, de contrepoint et de fugue, de septième\ndiminuée et d'imitation à la seconde. Ah! c'était le bon temps! Pouvais-je\npenser, alors, que j'aurais plus tard la mission de mettre en ordre les\nvieux paquets poudreux dont mon vieux maître était entouré !\nDans deux ou trois pièces, à côté du bureau de copie, les partitions\nétaient rangées par ordre alphabétique.\nMalheureusement, mon vénéré professeur était beaucoup plus musi-\ncien que bibliothécaire et surtout que musicologue. Comme la plupart\nde ses contemporains, le répertoire moderne avait toutes ses préférences\nscéniques; aussi n'attachait-ii que peu d'importance aux vieilles parti-\ntions, qui n'étaient point utiles au service de l'Opéra. Comme études\nmusicales, son opinion était toute différente ; car il recommandait à ses\nélèves de lire attentivement l'œuvre de Gluck, les auteurs italiens Fiora-\nvanti, Cimarosa, Pergolèse et surtout Spcntini, pour nous inspirer de sa\nmanière, dans les récits de nos fameuses cantates de l'lnstitut.\nDe cette façon d'agir, et surtout de l'organisation vicieuse de la Biblio-"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "108", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.12", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2703, "texte": "thèque, il arrivait que les ouvrages du répertoire courant étaient placés\nbien en vue et que les opéras de la vieille école française restaient enfouis\nsous une vénérable poussière, que jamais on n'eût l'idée d'enlever.\n- Un simple registre relatait alphabétiquement les opéras ou ballets\navec trois simples mentions qui indiquaient : i° la date delà première\nreprésentation ; 2° les noms des auteurs ; 3° si l'ouvrage possédait la par-\ntition avec des parties séparées, ou la partition sans parties.\nCes parties d'orchestre et de chœurs, ces rôles étaient ficelés, tant\nbien que mal, avec des cordes, prises un peu partout, rajustées, raccom-\nmodées, le tout à la diable; pas d'enveloppe pour protéger ces copies\ncontre les injures du temps et des garçons de théâtre; une simple\nétiquette, noircie par un long usage, n'ayant aucune adhérence avec le\npaquet, donnait le nom de l'ouvrage ; et, Dieu sait combien de fois ces\n'appellations étaient mensongères!\nJ'en citerai quelques exemples dans le cours de ce travail.\nQuand le gros de l'œuvre du nouvel Opéra fut à peu près clos et cou-\nvert, on songea à « débarrasser » la Bibliothèque de cet amas de vieille\nmusique qui « l'encombrait. » L'administration désirait de plus avoir à\nsa disposition, les deux ou trois pièces, au fond de la cour à droite,\noù était entassé l'ancien répertoire, pour y placer le service de la Caisse.\nC'est grâce à cette combinaison administrative que l'on n'a eu à s'oc-\ncuper, dans la nuit fatale du 29 octobre 1873, que d'une faible partie\nde la Bibliothèque; la plus importante, au point de vue historique,\nétait à l'abri depuis longtemps.\nQuand l'incendie vint détruire la salle « provisoire » qui, depuis 1821,\navait eu la gloire de faire entendre .tant de chefs-d'œuvre, notamment\nGuillaume Tell et les Huguenots, les pompiers furent très activement\nsecondés par une légion de travailleurs volontaires, parmi lesquels se\ndistinguèrent MM. Jules Comte, sous-chef de bureau au ministère des\nBeaux-Arts, Perrin fils, la plupart des fonctionnaires et artistes de l'O-\npéra. L'Hôtel des ventes fournit son personnel; les pièces d'archives\nfurent placées dans les voitures de la Compagnie des commisseurs-pri-\nseurs; mais la musique qui restait à la Bibliothèque fut portée à bras,\net déposée, en tas5 dans la cour de la mairie de la rue Drouot.\nPar une circonstance heureuse, il ne plut pas; sans cela, les pertes,\ntrès réparables, que l'on a faites, seraient devenues incalculables.\n*\nSans une malencontreuse habitude, que rien n'a pu supprimer, la\nbibliothèque n'aurait presque pas été atteinte si les garçons d'orchestre,\nau lieu de rapporter les parties au dépôt, après la représentation, ne les"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "109", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.13", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 2301, "texte": "eussent déposées au foyer des musiciens. Aussi, les quinze ouvrages\nsuivants ont eu leurs parties brûlées : Ce sont :\nL'Africaine, Coppelia, la Coupe du roi de Thulé, Don Juan, Faust,\n/a Favorite, FreyschiltGretna-Green, Hamlet, /es Huguenots, /a\nJuive, le Prophète, /e Trouvère, la Source, le quatrième acte et deux\ntableaux de Jeanne d'Arc.\nLes partitions de ces ouvrages étaient placées heureusement dans le\ncabinet du chef d'orchestre, ayant vue sur le passage de l'Opéra,\nc'était autrefois le cabinet de M. Gevaërt, l'incendie s'arrêta là et\nles partitions furent sauvées.\nPuisque le nom de M. Gevaërt est venu sous ma plume, je dois men-\ntionner les services que l'ancien directeur de la musique a rendus à la\nBibliothèque de l'Opéra.\nGrâce à M. Gevaërt, on commença à relier les partitions et répétiteurs\ndu service courant ; d'autres soins matériels furent donnés au dépôt de\nmusique. M. Gevaërt est à la fois un musicien érudit, un ami de l'his-\ntoire et des livres. L'avenir de la Bibliothèque était dans de bonnes\nmains; malheureusement, les événements de 1870 sont venus tout\ninterrompre.\nM. Charles Garnier s'était occupé très sérieusement, avant l'incendie,\nde l'installation matérielle du vaste local,qui devait contenir les archives\net la Bibliothèque. Au moment du sinistre du mois d'octobre ißy3, le\nmagnifique meuble, en bois de chêne, qui décore la bibliothèque circu-\nlaire et la salle de travail, était entièrement posé; les dessins de l'en-\nsemble étaient faits, les ordres aux entrepreneurs étaient donnés, pour\nachever l'ornementation des deux galeries. Après l'incendie, on a dû\ns'occuper hâtivement de la scène et de la salle ; l'installation définitive\nde la Bibliothèque a été remise à des temps meilleurs; malgré cela, dès\nque l'on aura placé dans la salle de travail, des tables et des chaises, le\npublic artiste pourra venir consulter les documents précieux des archives\net de la Bibliothèque.\nNous avons cru intéresser nos lecteurs en leur donnant le plan du\ncinquième étage (troisièmes loges) qui appartient en entier au service des\narchives et qui prend jour sur les rues Gluck et Halévy. On verra que\nM. Garnier a été généreux envers la Bibliothèque. La salle circulaire est\ndéjà une des beautés architecturales du nouvel Opéra."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "110", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.14", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2046, "texte": "A Bibliothèque circulaire, parti-\ntions d'orchestre, livres,\ngravures,— lithographies (169™\n7°)-\nB Salle de travail (141m 60).\nC Galerie des archives (i 6im 28).\nD Annexe des archives ( 3ym 10).\nE Id. ( 6ira 38).\nFF7 Cabinet (25m 61).\nGG7 Antichambre (25m 5o).\nHH' Cabinet de toilette (5,n 75).\nI Galerie des parties d'orchestre\n(i 43m 35).\nJ Bureau de copie.\nK Cabinet du chef de copie.\nLL7 Portes donnant sur la salle.\nLa Bibliothèque et les Archives possèdent une superficie totale de sept cent soixante\net onze mètres, vingt-sept centimètres.\nLe 29 octobre 1873, on transporta de suite, au nouveau bâtiment, les\népaves du dépôt et des archives. Le bureau de copie fut institué provi-\nsoirement au premier étage. Comme dans la rue Drouot, on plaça sur des\nrayons construits à la hâte, les ouvrages du répertoire moderne ; au\ncinquième étage, dans une pièce qui est maintenant le bureau du chef\nde copie, on mit les partitions du vieux répertoire; les parties d'orchestre\net les archives trouvèrent place dans la seconde galerie sur des tablettes,\nque les menuisiers du bâtiment construisirent aussitôt.\nCette situation, plus que provisoire, ne pouvait durer longtemps. A la\nveille de devenir une bibliothèque importante, que le ministère des\nBeaux-Arts désire ouvrir, sinon au public, du moins aux amateurs, aux\nmusicologues, aux dessinateurs et aux peintres en décorations ; il fallait\ninventorier ces richesses artistiques, les cataloguer, mettre enfin à tout\ncela un ordre matériel, qui permît d'atteindre le but proposé.\nAu mois de décembre 1873, sur la proposition de M. Vaucorbeil,\ncommissaire du gouvernement, toujours plein de zèle pour tout ce qui\nintéresse la musique et les musiciens, M. Arthur de Beauplan, chef du\nbureau des théâtres, voulut bien me charger de ce travail intéressant.\nA l'occasion du renouvellement du cahier des charges, un arrêté du\nministre, en date du 3 1 décembre, a statué définitivement sur cette orga-\nnisation du personnel des archives, *\n(La suite prochainement.)\n\nTH. DE LAJARTE."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-02-01-01-c010", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-02-01_01#c010", "volume": "bmtnabc_1875-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "111", "page_fin": "119", "image_debut": 15, "image_fin": 24, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.2.3", "titre_corps": "ANDRÉ PHILIDOR", "titre_sommaire": "ANDRÉ PHILIDOR", "signature_source": "ARTHUR POUGIN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 15, "page_imprimee": "111", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.15", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1580, "texte": "ANDRÉ PHILIDOR\n\n(<)\nIX\nE 1775 à 1779, nous trouvons une nouvelle lacune dans\nla carrière musicale de Philidor. Mais nous savons, cette\nfois, qu'il fit un voyage en Angleterre, puisqu'il donna à\nLondies, en 1777, une nouvelle édition de son Analyse\ndu Jeu des Echecs avec préface nouvelle, édition ornée\nd un très beau portrait dessiné et gravé par Bartolozzi, qui était au\nnombie des souscripteurs de cet ouvrage. Nous savons aussi qu'à partir\nde cette époque, sa passion pour son jeu favori redoubla pour ainsi dire\nd intensité jusqu à sa mort, et occupa une grande partie de son exis-\ntence. Nous allons donc de nouveau, dans ce chapitre, avoir surtout à\nnous occuper de lui comme joueur d'échecs et au point de vue des\nprouesses qu'il accomplit sous ce rapport en Angleterre.\nCependant, j ai acquis la preuve que Fhilidor était encore à Paris au\nmois de juillet 1776, et que, par conséquent, il ne partit pour Londres\nque vers la fin de cette année.\nOn venait de jouer Alceste à l'Opéra; la polémique était vive entre\ntous les journaux qui s'occupaient de cette œuvre grandiose, et Gluck\nn était pas seul à fai 1 e les frais de cette polémique, dans laquelle plus\nd un sarcasme était à l'adresse de son collaborateur et s'attaquait au\npoème de ce chef-d'œuvre. Une phrase, en apparence assez innocente,\nvint, à ce piopos, mettre Philidor en jeu, et fit sortir celui-ci de sa\nréseive habituelle. En énumérant les défauts qui, selon lui, déparaient\n\n(1 ) Voi 1 les numéros des i 5 juin, i 5 juillet, ie* septembre, octobre, ie* novembre,\nlel1e1 décembre 1874 et ier janvier 1875."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "112", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.16", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2829, "texte": "le livret à'Alceste, le rédacteur du Journal des Sciences et des Beaux-\nArts (ier juin 1776) terminait ainsi son article: a II ne faut pas\nimputer toutes ces fautes au poète, mais à la contrainte où il a été de\ns'assujettir à une musique faite pour d'autres paroles. Poinsinet disait\nqu'il n'y avait que lui au monde qui pût travailler pour M. Philidor,\nparce que celui-ci commençait toujours par faire la musique. »\nL'écrivain, en s'exprimant assez mal, faisait nettement comprendre\nque Philidor traçait d'avance ses motifs, et que son librettiste était\nensuite obligé d'y adapter des paroles. Pour qui connaît Philidor,\nl'accusation était sotte, car jamais peut-être musicien n'a exprimé d'une\nfaçon plus juste le sens des situations et des paroles, ce qui serait bien\ndifficile, sinon impossible à obtenir avec un pareil procédé. En somme,\nil n'y avait pourtant pas là de quoi pendre un homme même un\nhomme de lettres et Ton peut s'étonner de la verdeur et de l'âpreté\navec laquelle Philidor répondit à l'allégation du critique. Il vit un\noutrage prémédité là où il n'y avait probablement qu'ignorance, et\nvoici de quelle encre il écrivit sa réponse, adressée par lui au directeur\ndu Journal de Théâtre, et que celui-ci inséra dans son numéro du\ni 5 juillet :\n« Dans votre prospectus, monsieur, vous avez dit.que les auteurs qui vou-\ndraient répondre aux critiques que Von aurait faites de leurs ouvrages, soit\ndans votre journal, soit dans d autres, pourraient vous adresser leurs défenses.\nVous m'obligerez de rendre publique la lettre que vous trouverez ci-jointe.\n« J'ai l'honneur d'être, etc.\n« A MM. CASTILLON, auteurs du Journal des Sciences et des Beaux-Arts.\n« Paris, le g juillet 1776.\n« Après m'avoir calomnié comme vous l'avez fait, messieurs, dans votre\njournal de juin dernier, page 451, vous ne trouverez pas mauvais que je vous\ndémente publiquement, et que je me serve du Journal de Théâtre, dans\nlequel il est libre à tous les artistes de confondre l'imposture, l'ignorance et\nla méchanceté de la plupart de ceux qui se plaisent à les attaquer.\n« Avant de dénigrer un homme qui a toujours plus ambitionné la gloire\nque la fortune, et pour lequel le public n'a cessé d'avoir de l'indulgence, n'au-\nriez-vous pas dû consulter les auteurs vivants auxquels j'ai eu l'honneur\nd'allier mes faibles talents? Tous vous auraient certainement attesté que je\nn'ai jamais exigé que l'on parodiât ma musique, et vous vous seriez bien\ngardés d'avancer de prétendus propos de feu M. Poinsinet à mon égard.\n« Ne croyez pas, messieurs, que les critiques ou les compliments de jour-\nnalistes tels que vous puissent affecter mon âme ; j'ai souffert, sans me\nplaindre, de bien plus grandes injustices, depuis que j'ai le bonheur de\nrecueillir les suffrages du public : mais reconnaissance et le respect que"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "113", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.18", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2750, "texte": "j'ai pour ce même public m'engagent à ne pas laisser ternir ma réputation par\nun mensonge.\n« A.-D. PHILIDOR. »\nBien que le fait avancé lui pût être désagréable, Philidor, en cette\ncirconstance, me semble avoir pris une massue pour écraser une fourmi.\nLes pauvres écrivains du Journal des Sciences et des Beaux-Arts furent\nsans doute un peu surpris de recevoir un telle mercuriale, et ne durent\npas trop savoir ce que cela voulait dire.\nQuoi qu'il en soit, Philidor ne quitta probablement la France, pour\nse rendre en Angleterre, qu'au commencement de 1777. Selon son fils,\nil était pensionné depuis 1772 par le club des échecs, de Londres, pour\nséjourner périodiquement en cette ville. Ce club doit donc être celui qui\nfut formé, en 1770, dans un café de Charing-Cross (1).\nC'est là que Philidor retrouva ses anciens adversaires, qui étaient en\nmême temps ses amis et ses admirateurs. Dès son arrivée à Londres, il\ns occupa de la nouvelle édition de son Analyse, qui parut avec cette\ndédidace : « Aux très illustres et très\nEchecs, par leur très humble et très\nA Londres, ce 4 juin 1777* \" La nouvelle préface était ainsi conçue, et\nprouve que Philidor avait étudié et possédait à fond la matière qu'il\ntraitait :\n« Plusieurs savans ont publié leurs recherches sur l'origine des Échecs. Je\nne déciderai point de leur conformité avec les de l'ancienne Rome.\nLes Chinois jouent aux Échecs ; mais leur jeu ne ressemble en rien au nôtre,\nni par la marche des pions, ni par la puissance des pièces. Les Arabes ont\nintroduit vraisemblablement ce jeu en Europe, et leurs auteurs en attribuent\nl'invention aux Indiens. Quoique depuis plusieurs siècles les Échecs aient fait\n1 amusement des plus illustres personnages, les Espagnols et les Anglais sem-\nblent s'en être principalement occupés, puisque les premiers traités sont\n(1) En 1774, un autre Cercle d'échecs fut fondé dans Thatched-House, Saint-\nJames s street, et dans le même temps une troisième réunion se formait, qui tenait\nses séances dans une salle particulière du café Old-Slaughter, Saint-Martin's-Lane\nLes joueurs les plus renommés de cette époque, à Londres, étaient lord Sunderland\nCargyll, Cunningham, lord Godolphin, lord Elibank, sir Abraham Janssen, le fameux\ntara ma *, docteur Black, docteur Cowper, lord Cornway, Salvador, lord Harrowby\nle comte Bruhl, Bowdler, Jenning... Tels étaient donc, évidemment, les compa-\ngnons ordinaires de Philidor.\ninl\" tqUl jfVait Pr5cédé Philidor dans la carrière... échiquéenne, était\nnuhli'pCT eUI Un tr!V>te .estlme sur ce >eu : qui fut\n®\"cc®®siven>ent a Paris (1737), La Haye (1741-1745), Amsterdam et Leipzig\nédition* ?UI\"g (-I?7°)' ytreCht(i777), Pans (1844-1848). Dans ces trois dernières\neauions, le titre a ete modifie."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "114", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.19", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3004, "texte": "imprimés en ces langues : cependant l'ltalie l'emporte sur eux pour le nombre\nde volumes, et les IV Biicher vom du duc de\nBrunswick, publiés sous le faux nom de Gustave Sélénus, sont ce que l'Alle-\nmagne nous offre de plus considérable. La France a possédé, dans tous les\ntemps, d'excellents joueurs ; mais ils ont négligé de nous faire part de leurs\ndécouvertes, et je crois être le premier de ma nation qui ait mis au jour la\nthéorie et la vraie pratique de ce jeu. Cet ouvrage est divisé en deux parties ;\nla première est une réimpression de l'édition de 17491 avec des corrections et\nobservations nouvelles : l'autre renferme une suite de fins de parties utiles et\nmême nécessaires à connoître, ainsi que nombre de débuts nouveaux. Comme\nj'attribue le succès de mon premier traité aux notes qui accompagnent le\ntexte, et dans lesquelles on a dû puiser des règles générales, j'ai suivi la même\nméthode dans ce supplément; et je crois avoir perfectionné la théorie d'un\njeu que beaucoup d'auteurs célèbres, tels que Leibnitz, etc., traitent de\nscience (i).\nAu nombre des deux cent quatre-vingt-trois souscripteurs inscrits en\ntête du volume, nous trouvons les plus grands noms de l'aristocratie\nanglaise : duc et duchesse d'Argyle, duchesse de Bedford, duc et du-\nchesse de Burcleugh, duc de Bolton, comte de Bruhl, marquis et mar-\nquise de Carmarthen, duc et duchesse de Devonshire, comtesse de\nDerby, duc de Leeds, duc et duchesse de Manchester, duc de Marlbo-\nrough, duc de Montagu, duc de Northumberland, comte et comtesse\nd'Ossory, comtesse de Powis, comtesse de Pembroke, marquis et mar-\nquise de Rockingham, duc de Richmond, duc de Roxburg, comte et\ncomtesse Spencer, comte de Shelburne, comte Waldegrave, les lords\nAmherst, Bentick, Bateman, Beauchamp, Barrington, Breadalbane,\nCavendish, Clifford, Denbigh, Elibank, Fitzwilliam, Falmouth, Holland,\nIrwine, Kerry, Kinnaird, March, Mounststewart, Oxford, Palmerston,\nPolwarts, Speneer, Temple, Tirconell, Willoughby, etc. La noblesse\nfrançaise est représentée par le duc d Ayen, le chevalier d'Aguesseau, le\nduc de Luynes, le comte de Lauraguais, le maréchal duc de Noailles et\nle marquis de Noailles, le marquis de Ségur, le baron de Talleyrand, le\nmarquis de Villette, auprès desquels brillent les noms de Voltaire, de\nDiderot, de Marmontel, de Suard, de Sedaine, de Saurin, de l'abbé\nRaynal\nC'est, je crois, à l'époque de ce nouveau séjour en Angleterre, qu'il\n\n(1) J'ai dit que cette édition était ornée d'un très beau portrait dû à Bartolozzi. Ce\nportrait, d'une touche délicate et souple, d'un burin plein de finesse, est en forme de\nmédaillon et porte en exergue le nom et les lieu et date de naissance du modèle :\nAndré Danican Philidor, né à Dreux le sept septembre mil sept cent vingt-six. Au-\ndessous, un quatrain signé de ces mots : Par M, Davesne, et qui est le même que\ncelui qui accompagne le portrait dessiné par Cochin et reproduit par la Chronique\nmusicale en tête du premier article de cette biographie."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "115", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.20", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2893, "texte": "faut placer 1 un des plus grands tours de force que Philidor exécuta au\nclub des Échecs. Une triple partie fut organisée entre lui, d'une part,\net, de l'autre, les trois plus forts joueurs de Londres : le comte de Bruhl,\nson ami intime, M. Bowdier et M. Mazères. Philidor devait mener les\ntrois parties simultanément, sans voir aucun des échiquiers. Le résul-\ntat fut prodigieux : en une heure vingt minutes, M. de Bruhl était\nvaincu; M. Mazères le fut en deux heures, et au bout d'une heure trois\nquarts la partie avec M. Bowdier était déclarée égale.\nPhilidor renouvelait souvent cet exercice, et il y apportait une lucidité\nd'esprit et une assurance vraiment formidables. Madame de Bawr, dans\nses Souvenirs, raconte ainsi un fait affirmé par tous les contemporains :\n«... On avait vu deux ou trois fois Philidor conseiller une personne placée\nhors de sa vue, et qui conduisait une partie pour son compte, tandis qu'il en\njouait une autre; mais un pareil effort de tête le fatiguait, au point qu'il\nrenonça totalement à exécuter de nouveau ce tour de force.\n« Néanmoins, M. le comte d'Artois en ayant entendu parler, eut le plus\ngrand désir d'en être témoin, et fit proposer à Philidor de jouer cent louis de\ncette manière. Philidor, après avoir bien averti le prince qu'il était certain de\nle gagner, finit par céder à ses instances et par accepter le pari.\n«Quand M. le comte d'Artois eut choisi les deux joueurs qui devaient\ndéfendre ses intérêts, comme il était bien décidé à payer les cent louis, quelque\nchose qui arrivât, il fit consentir en secret le second de Philidor à ne point\nexécuter exactement un des ordres qui lui serait donné, et, ceci convenu, la\npartie commença. Elle était à peine en train, que Philidor ayant dit à son\njoueur de faire sortir un de ses cavaliers, celui-ci fit sortir un fou, et, une\nvingtaine de coups après, il avertit que l'adversaire faisait échec au roi avec\nsa reine. Cela n'est pas possible, dit Philidor, notre cavalier la prendrait.\nMais le cavalier n'est pas là, répondit le complice du prince, c'est le fou.\nGomment? le fou!\n« Philidor posa sa tête dans ses deux mains, et réfléchit profondément, le\ntemps qui lui était nécessaire pour rappeler toute la partie à sa mémoire. —•\nAu cinquième coup, dit-il enfin, quand je vous ai dit de faire sortir le cava-\nlier, vous vous êtes trompé, et vous avez fait sortir le fou.\n-t A ces mots, le comte d'Artois se leva, saisi de surprise et d'admiration;\nil avoua sa malice, en priant Philidor de la lui pardonner, et lui envoya le\nlendemain matin ses cent louis dans une boîte d'or, ornée de son chiffre en\ndiamants (i). »\nCes combats extraordinaires notaient pas, on le pense bien, sans\nfatiguer et surexciter d'une façon cruelle les facultés intellectuelles de\nPhilidor. Gela est si vrai, que pour assurer la lucidité de son esprit, il\n\n(I) MADAME DE BAWR : Mes Souvenirs, pp. 54-56."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "116", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.21", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3381, "texte": "s'y préparait d'ordinaire par une abstinence presque complète. En effet,\ndans une lettre à sa femme, par laquelle il lui annonçait l'heureuse issue\nd'un défi de ce genre qui lui avait été porté, il écrivait qu'il s'y était\npréparé par plusieurs jours d'une diète presque absolue. Diderot, qui\nestimait profondément Philidor, pour lequel il avait une affection sin-\ncère, crut devoir le mettre en garde contre des efforts qui pouvaient\ndevenir meurtriers, et luiécrivit? au sujet de la lutte qu il venait de sou-\ntenir, la lettre suivante (1) :\n« Je ne suis pas surpris, monsieur, qu'en Angleterre toutes les portes\nsoient fermées à un grand musicien, et soient ouvertes à un fameux joueur\nd'échecs ; nous ne sommes guère plus raisonnables ici que là. Vous convien-\ndrez cependant que la réputation du Calabrois n'égalera jamais celle de Per-\ngolèse. Si vous avez fait les trois parties sans voir, sans que l'intérêt s'en\nmêlât, tant pis : je seroisplus disposé à vous pardonner ces essais périlleux si\nvous eussiez gagné à le faire cinq ou six cents guinées ; mais risquer sa raison\net son talent pour rien, cela ne se conçoit pas. Au reste, j'en ai parlé à\nM. de Légal, et voici sa réponse : « Quand j'étais jeune, je m'avisai de jouer\n« une seule partie d'échecs sans avoir les yeux sur le damier; et à la fin de\n« cette partie, je me trouvai la tête si fatiguée, que ce fut la première et la\n« dernière fois de ma vie. 11 y a de la folie à courir le hasard de devenir fou\n« par vanité. » Et quand vous aurez perdu votre talent, les Anglais viendront-\nils au secours de votre famille? Et ne croyez pas, monsieur, que ce qui ne\nvous est pas encore arrivé ne vous arrivera pas. Croyez-moi, faites-nous\nd'excellente musique, faites-nous-en pendant longtemps, et ne vous exposez\npas davantage à devenir ce que tant de gens que nous méprisons sont nés.\nOn diroit de vous tout au plus : « Le voilà ce Philidor, il n'est plus rien, il a\n« perdu tout,ce qu'il étoit à remuer sur un damier des petits morceaux\n« de bois. » Je vous souhaite du bonheur et de la santé. Encore si l'on mou-\nroit en sortant d'un pareil effort; mais songez, monsieur, que vous seriez\npeut-être pendant une vingtaine d'années un sujet de pitié ; et ne vaut-il pas\nmieux être, pendant le même intervalle de temps, un objet d'admiration ?\n« Je suis, avec l'estime et l'amitié que vous me connaissez, votre très\nhumble et très obéissant serviteur,\n« DIDEROT.\n« Paris, ce 10 avril 1782 (2). »\n\n(1) Cette lettre, qui est restée dans les archives de la famille Philidor, a été publiée\npour la première fois dans une brochure de douze pages, Réponse à une soirée\nd'ermites (iB3B, in-8, pp. n-12), et reproduite en 1864 par M. Edouard Fournier\ndans son livre : Chroniques et Légendes des rues de Paris (pp. 267-268). La repro-\nduction qui en a été faite dans la notice du Palamède est inexacte et incomplète.\n(2) Diderot, parlant des échecs dans son Neveu de Rameau, dit : « Paris est l'en-\ndroit du monde, et le café de la Régence l'endroit de Paris où l'on joue le mieux à ce\njeu; c'est là que font assaut Légal le profond, Philidor le subtil, le solide Mayot;\nqu'on voit les coups les plus surprenants, et qu'on entend les plus mauvais propos ;\ncar si l'on peut être homme d'esprit et grand joueur d'échecs comme Légal, on peut\nêtre un grand joueur d'échecs et un sot comme Foubert et Mayot. »"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "117", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.22", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2697, "texte": "Quoiqu'il en eût, Philidor se voyait condamné, sinon à opérer tou-\njours des prodiges du genre de celui dont parle Diderot, du moins à\nfaire toujours plus ou moins des tours de force. Dès ses plus jeunes an-\nnées, il était devenu en quelque sorte invulnérable, et, aucun adversaire\nne pouvant se mesurer avec lui dans les conditions ordinaires, il lui\nfallait donc chercher sans cesse, sinon à égaliser les chances, ce qui était\nvraiment impossible, du moins à mettre son jeu dans des conditions\nexceptionnelles de difficultés. C'est qu'en effet, non-seulement aucun\njoueur ne pouvait le gagner, mais quand lui-même voulait perdre il lui\nétait impossible d'y arriver, en dépit de ses désirs et de ses efforts les\nplus sincères. Il en donna un jour une preuve intéressante, en gagnant\nmalgré lui le fameux automate joueur d'échecs qui, à la fin du dix-\nhuitième siècle, obtint tant de succès par toute l'Europe.\nCet automate était l'œuvre d'un noble hongrois, le baron Wolfgang\nde Kempelen, et mit, pendant plusieurs années, tout le monde savant\nen émoi. La première apparition de cette machine avait eu lieu en 1770,\nà Presbourg, lieu de naissance de l'inventeur. Un chroniqueur du temps\nle décrivait ainsi : « L'automate, affublé d'un riche costume orien-\ntal, était assis devant un bureau porté sur quatre roulettes, et ce bureau\nrenfermait les rouages et le cylindre qu'on disait servir à mouvoir la\nmachine. Le baron de Kempelen commençait à montrer avec grand\napparat son auromate*, on entendait les ressorts crier et résonner comme\nceux d'une pendule; alors le bras de l'automate se levait lentement,\navançait jusque sur la pièce qu'il devait prendre, l'enlevait, et la trans-\nportait sur la case où elle devait être placée. Il ne fallait pas tenter de\ntromper ce joueur par une fausse marche, car il ne manquait pas de\nprendre la pièce et de la remettre à sa place en branlant la tête. S agis-\nsait-il de dénoncer l'échec, on voyait les lèvres de l'automate s'agiter, et\nil s'en dégageait un souffle, un son faiblement articulé, dans lequel on\npouvait presque entendre les mots sha ou qui expriment dans la\nlangue orientale un avertissement énergique, dont l'adversaire devait\ntenir compte. »\nPourtant, les observateurs attentifs ne tardèrent pas à être convain-\ncus que cette machine n'opérait pas absolument* ainsi qu on le pi éten-\ndait, par de simples moyens mécaniques. Decremps, dans sa Magie\ndévoilée, fut le premier qui devina la présence d'un être humain habile-\nment dissimulé dans l'un des compartiments du bureau devant lequel\nétait assis l'automate. Dans le même temps, un savant polygraphc,\nDuteus, soutint, dans son livre : Recherches sur l'origine des décou-"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "118", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.23", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2623, "texte": "vertes attribuées aux modernes (1796), qu'il était impossible à un\nenfant ou à un nain de la plus petite taille de trouver place dans le\nbureau. Duteus était dans Terreur la plus complète. Mais ce qui ache-\nvait de dérouter les observateurs, c'est que le baron de Kempelen affir-\nmait lui-même qu'il donnait, de sa personne, la direction aux mouve-\nments de l'automate. Par quel moyen?...\nOr, voici quels étaient la construction et le jeu de la machine. Le\nbureau de l'automate avait deux compartiments: au moment de l'ouver-\nture, qui avait lieu en présence du public, le moteur humain s'y tenait\ndéjà fort habilement caché; mais comme les deux compartiments\nn'étaient ouverts que successivement, et jamais en même temps, le\njoueur invisible, qui était assis sur une tablette à galets, se blottissait\nadroitement dans l'un de ces compartiments, tandis que l'autre était\nexposé aux regards du public. Mais comment pouvait-il se faire qu'un\nhomme, caché dans une boîte non transparente, pût non-seulement voir\nles coups joués par son adversaire, mais encore faire mouvoir l'automate\navec une intelligente précision? Le procédé était celui-ci.\nLe directeur de l'appareil, pourvu d'une bougie qui l'éclairait et d'un\néchiquier de voyage, entrait dans la boîte, qui était fermée presque her-\nmétiquement. Ce premier échiquier avait toutes ses cases numérotées.\nUn autre échiquier, à cases également numérotées, se dessinait en\nguise de plafond au-dessus de la tête du directeur, formant le revers de\nla table sur laquelle jouait l'automate. Les pièces du jeu extérieur, armées\nchacune à leur base d'un aimant très fort, faisaient mouvoir, lorsqu'on\nles posait ou qu'on les enlevait, de petites bascules en acier, correspon-\ndant à chacun des carrés de l'échiquier intérieur du bureau. C'est par ce\nmoyen que l'homme caché, en observant attentivement le jeu des bas-\ncules, pouvait juger immédiatement le coup Joué par l'adversaire de\nl'automate. Répétant aussitôt le coup sur l'échiquier placé sous ses\nyeux, il jouait le sien, et au moyen d'une manivelle qui faisait mouvoir\nle bras de l'automate, et d'un ressort élastique qui imprimait le mouve-\nment aux doigts et à la tête de celui-ci, il faisait agir la machine avec\nune promptitude et une précision qui étonnaient même les plus con-\nnaisseurs (1).\nLorsque le baron de Kempelen vint à Paris avec sa machine, on orga-\nnisa, à l'Académie des sciences, une grande séance d'apparat, dans\n\n(1) La plupart de ces renseignements sont empruntés à un intéressant article\npublié dans le Journal de Rouen, au mois d'octobre 1868, sur l'automate de Kem-\npelen."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "119", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.24", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 1483, "texte": "laquelle Philidor fut invité à se mesurer avec l'automate merveilleux.\nLe baron alla trouver Philidor, et lui exposa sa situation : « Je ne suis\npas sorcier, lui dit-il, vous le pensez bien, et mon automate n'est pas\nplus fort que moi; mais, ayant perdu tout ce que je possédais, il reste\nmon unique ressource et mon seul moyen d'existence. Jugez, monsieur,\nquelle fortune ce serait pour moi de pouvoir proclamer dans les papiers\npublics que mon automate vous a gagné! »\nPhilidor, avec sa bienveillance ordinaire, consentant parfaitement à\ns'effacer, sans concevoir même une préoccupation d'amour-propre, lui\nrépondit aussitôt: Oh! monsieur, j'en serais enchanté..... Mais vous\ncomprenez que, dans votre intérêt même, nous ne devons pas avoir l'air\nde nous être concertés; il faut que je me défende, et que l'on ne puisse\ns'apercevoir que j'y apporte quelque négligence. Je ferai tout mon pos-\nsible, je vous le promets, pour me laisser gagner par votre automate. »\nEh bien, malgré tout, sa bonne volonté fut inutile, et tous ses efforts\nrestèrent superflus. Il en fit d'inouïs pour perdre cette partie, qu'il\ngagna malgré lui, ses erreurs volontaires n'étant pas assez sensibles, quoi\nqu'il en pût croire, pour que son adversaire, fort habile pourtant, en pût\nefficacement profiter. Son fils aîné, qui assistait à cette séance, lui enten-\ndit souvent dire, par la suite, que jamais partie d'échecs ne 1 avait autant\nfatigué.\n(La suite prochainement.)\n\nARTHUR POUGIN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-02-01-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-02-01_01#c013", "volume": "bmtnabc_1875-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 17, "image_fin": 17, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.2.3.3", "titre_corps": "LAYS Rôle d'Aristippe dans Aristippe.", "titre_sommaire": "LAYS Rôle d'Aristippe dans Aristippe.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.17", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 57, "texte": "LAYS\nRôle d'Aristippe dans Aristippe.\nImp. 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Entre\nelle et lui, Paul Foucher avait dès longtemps mis sa\nconscience en sentinelle; sentinelle vigilante et qui\nle gardait bien.\nSa mémoire est vierge de toute tache. La mort l'a frappé debout, sur\nla brèche. Il semble qu'elle ait voulu respecter l'amour-propre de ce\ntravailleur infatigable : elle l'a enlevé 1411 dimanche. La besogne du len-\ndemain était prête, et son feuilleton, paru le lundi dans la Presse, est\nun feuilleton posthume.\nPaul Foucher était né en 1810, à Paris.\nAux heures brûlantes du romantisme, le nom de Paul Foucher appa-\nrut, pour la première fois, associé au nom de Victor Hugo, dans la\npaternité du drame Amy Robsart. Il était le beau-frère du grand poète,\nauquel il avait voué une admiration fervente. Il a suivi, d'un pas très\ninégal, le lumineux sillon tracé par le maître, et d'assez près parfois, pour\nen distraire un rayon furtif. Romans, nouvelles, drames, tragédies, vers,\narticles de revue, critique dramatique et musicale, correspondances lit-\ntéraires, tous ces genres de l'activité intellectuelle, Paul Foucher les a\nsuccessivement abordes. Ses collaborateurs dramatiques s'appellent"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "121", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.26", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2508, "texte": "Charles Desnoyers, Mélesville, Alexandre de Lavergne, Alboize, Elie\nBerthet, Anicet Bourgeois, Dennery, avec lesquels il a peut-être signé\ncent actes. Cette partie de sa carrière n'est point de notre ressort. D'au-\ntres, amis plus autorisés et non moins pieux que nous, analyseront ail-\nleurs cet œuvre considérable. Nous n'en dégagerons que ce qui touche à\nnotre spécialité.\nPaul Foucher, dilettante éclairé autant que dramaturge de ressources,\npossédait à un éminent degré l'entente des situations véritablement\nlyriques. Scribe le savait, car c'est dans la tragédie de Don Sébastien de\nPortugal, de Foucher, qu il a puisé les scènes de ce Don Sébastien qui\nfut mis en musique par Donizetti.\nVoici la liste des livrets et des ballets qu'on doit à Paul Foucher.\nVAn mille, opéra comique en un acte, en collaboration avec Méles-\nville, musique d'Albert Grisar, représenté à l'Opéra-Comique au mois\nde juin 1837.\nCe petit ouvrage, le second que Grisar ait écrit pour la scène, n'a laissé\ntrace ni dans la carrière du compositeur, ni dans celle des librettistes.\nLe Vaisseau fantôme, opéra en deux actes, musique de Louis Dietsch,\nreprésenté à l'Opéra le 9 novembre 1842.\nPaul Foucher avait trouvé l'embryon de son libretto dans l'œuvre\nd'Henri Heine, qui rapporte quelque part la légende, populaire en Alle-\nmagne, du Hollandais spectre. Il avait débarrassé le sujet de son enve-\nloppe nébuleuse, et reconstitué l'intrigue en y ajoutant des personnages\naccessoires. Théophile Gautier reconnaît le mérite du dialogue poétique\net des chœurs, ainsi que l'adresse et l'expérience apportées à l'agencement\ntotal de l'ouvrage. Richard Wagner s'est emparé du même conte pour\nétablir son poème du Hollandais volant (Der fligende Hollander),\nopéra fantastique, tombé avec éclat à Dresde, le 2 janvier 1843. Avant\nde confier à Paul Foucher le poème du Vaisseau fantôme, M. Léon\nPillet, alors administrateur de l'Opéra, avait demandé à Wagner son\nHollandais volant. On ne s'entendit point sur les conditions : Wagner\ndevait recevoir le prix de son œuvre et en conserver la propriété pour\nl'Allemagne, sous la condition d'en changer le titre à Paris. Mais, dans\ncette combinaison, Dietsch restait toujours chargé musique, et c'est\nla vraisemblablement ce qui répugnait à la nature envahissante du\nnovateur allemand. Pour se convaincre des liens intimes qui rattachent\nle Vaisseau fantôme, de Paul Foucher, au Hollandais volant, de\nWagner, il suffit de lire ce dernier poème, inséré sous le titre de Vaisseau"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "122", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.27", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2375, "texte": "fantôme dans le livre intitulé : Quatre poèmes d'opéra, traduits en\nprose française, précédés d'une Lettre sur la musique, par Richard\nWagner. Le Vaisseau fantôme,\nIseult(Paris, Librairie-Nouvelle, 1861, in-12).\nDans l'interprétation du Vaisseau madame Dorus et Marié\nse partageaient le succès.\nRichard en Palestine,opéra en trois actes, musique d'Adolphe Adam,\nreprésenté à l'Opéra le 14 octobre 1844.\nSon succès fut compromis par les fâcheuses défiances de la direction de\nl'Opéra contre la musique d'Adam. Musicalement,\nest une œuvre de mérite, pour laquelle il eût fallu se mettre en frais de\ncostumes et de décorations. C'est à Walter Scott que Paul Foucher avait\nemprunté son livret, dont l'action était un peu languissante. On y trouve\ncependant quelques situations favorables à la musique, et des coupes ori-\nginales dans la versification. On remarqua surtout, dans ce genre, une\nchanson bachique d'Allemands, sur des vers de trois pieds, qui rappel-\nlent le Pas d'armes du roi Jean. était chanté\npar Marié, Baroilhet, Levasseur et madame Dorus.\nPaquita,ballet-pantomime en deux actes, avec Mazillier, musique de\nDeldevez, représenté à l'Opéra en avril 1846.\nC'était une manière de ballet mélodramatique assez nouvelle, et telle\nque Bouchardy l'eût pu rêver. Paquita réussit parfaitement. La danse\nprodigieuse de Carlotta Grisi enleva tous les applaudissements.\nL'Étoile de Messine,ballet-pantomime en deux actes, avec Borri,\nmusique du comte Gabrielli, représenté à l'Opéra le 20 novembre 1861.\nCe ballet faillit avoir du succès, ce qui, eu égard à la faiblesse de la\nmusique, eût été un grand honneur pour MM. Paul Foucher, Borri, et\nmademoiselle Ferraris, la principale ballerine.\n•\nDepuis 1848, Paul Foucher adressait à Vlndépendance belge des cor-\nrespondances parisiennes très remarquées. Au théâtre, la fortune l'avait\npeu à peu abandonné : il avait alors viré de bord, et de justiciable qu'il\nétait précédemment, il s'était fait justicier, c'est-à-dire critique.\nEn 1865, il avait pris la revue dramatique de la France, qu'il quitta\npour celle de VOpinion nationale, et, en dernier lieu, pour celle de la\nPresse. Ses appréciations étaient très goûtées, parce qu'elles reposaient\nsur un fond mixte de malice et de bienveillance, qui désorientait la\nvanité des artistes.\nAu mérite du littérateur, à l'honnêteté de l'homme privé, Paul Fou-"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "123", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.28", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 801, "texte": "cher joignait l'urbanité des formes, exquise qualité bannie de ce siècle\ngrossier. Cet homme, si occupé, savait toujours se rendre libre pour être\nserviable et poli.\nJe regrette profondément Paul Foucher.\nLa Chronique musicale aussi perd en lui un ami précieux, car il\nétait de ceux qui collaborent à distance, et passé le bureau de rédaction.\nLa publicité dont il disposait, le crédit qu'on faisait à sa parole, étaient\négalement au service des idées dans lesquelles il avait foi, et la Chro-\nnique musicale était du nombre. Il y a donné les portraits d'Henriette\nSontag, de la Saint-Huberti, de la Malibran et de Catarina Gabrielli.\nC'était le commencement d'une série d'études très fouillées sur les Can-\ntatrices dramatiques, et qui étaient promises à nos lecteurs.\n\nARTHUR HEULHARD."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-02-01-01-c019", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-02-01_01#c019", "volume": "bmtnabc_1875-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "124", "page_fin": "132", "image_debut": 29, "image_fin": 42, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.2.5", "titre_corps": "REVUE DES CONCERTS", "titre_sommaire": "REVUE DES CONCERTS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 29, "page_imprimee": "124", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.29", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1765, "texte": "REVUE DES CONCERTS\nCONCERTS DU CONSERVATOIRE : Fragments de la grande Messe en si mineur, de\nS. Bach. Fragments des Scènes dramatiques. de J. Massenet. CONCERTS POPU-\nLAIRES : Sérénade en ré majeur, de M. J. Brahms. Larghetto du quintette en la, de\nMozart. SOCIÉTÉ DE L'HARMONIE SACRÉE : Reprise du Messie, de Haendel. —■\nCONCERT NATIONAL (THÉÂTRE DU CHATELET) : La Danse macabre, symphonie, de\nM. Saint-Saëns. —■ CONCERTS DANBÉ (SALLE TAITBOUT). CONCERT DU CAPITAINE\nVOYER. AUDITION DES ŒUVRES DE KREUTZER.\nONCERTS DU CONSERVATOIRE. Chaque nouveau pro-\ngramme des Concerts du Conservatoire contient main-\ntenant une œuvre non encore entendue. Les primeurs\ndes deux dernières séances sont signées des noms de\nBach et Massenet. L'un est né en i 685, l'autre est\nnotre contemporain et s'annonce comme un des maî-\ntrès de notre musique nationale.\nLes compositions de Bach, qui sont très nombreuses, se distinguent\ntoutes par une rare élévation de style, par une originalité parfois bi-\nzarre, par l'opulence des harmonies, par l'agencement orchestral, par la\nrichesse des mélodies et par la variété des effets. La Grande messe en\nsi mineur réunit ces qualités et est légitimement considérée comme un\ndes chefs-d'œuvre de l'illustre auteur, car, dans cette composition gran-\ndiose_, tous les morceaux sont à la hauteur des fragments sublimes qui\nont été exécutés au Conservatoire. Ces fragments sont extraits du Credo.\nLes deux premiers morceaux ; le Credq in unum Deum et Ylncarnatus\nsont pénétrés d'une énergie rare. Le Crucifixus a surtout frappé par\nl'inénarrable horreur qui en empreint chaque phrase, lourdement sou-\ntenue par le martellement des basses sans cesse répété depuis le commen-\ncement jusqu'à la fin. Haletant sous ces accents poignants, l'auditoire a"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "125", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.30", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2860, "texte": "applaudi; et cependant il y a eu des défaillances dans le rendu vocal et\npeut-être aussi dans l'orchestre. Les intonations peu commodes des par-\nties chantées et l'étrangeté d'un style orchestral tout nouvellement\nabordé, a influencé les virtuoses de la Société, assez difficiles pourtant à\ndémonter. On sentait qu'ils essayaient un habit neuf et qu'il étaient,\ncomme on dit, gênés aux entournures. Le génie de Bach a vaincu tant\nde circonstances défavorables, et le style fugué qui reparaît constamment\nn'a nui aucunement à l'élément dramatique qui envahit toute cette mu-\nsique. Il ressort même de ces formes scolastiques, de cette mathématique\nmusicale mélangée ici à doses savamment proportionnées, une majesté,\nune grandeur incomparables. Lorsque l'émotion s'y joint, l'audition est\nterrassante et Ton s'explique qu'en Angleterre, en Belgique, en Allema-\ngne et dans toute la Scandinavie, la musique de Bach se trouve constam-\nment dans tous les répertoires.\nSi Bach eût été notre compatriote, s'il était notre contemporain, on\nl'eût moins bien accueilli. Néanmoins M. Massenet a su dissiper la mé-\nfiance que fait toujours naître dans le public des Concerts du Conserva-\ntoire l'apparition d'un nouveau nom d'origine française. C'était la pre-\nmière fois que ce compositeur apparaissait sur les programmes de la So-\nciété ; il y a fait bonne figure, et désormais il sera un des hôtes estimés de\nla maison. 11 a écrit de la musique descriptive, j'aimerais mieux dire\nthéâtrale, sur des thèmes choisis par lui dans Shakespeare, de manière\nà pouvoir y déployer la souplesse de son talent, l'ingéniosité pittoresque\nde son orchestration variée et la fécondité de son imagination. Cette dra-\nmaturgie musicale n'a pas échappé aux défauts du genre. Vainement on\ntente d'adapter sa symphonie à un texte précisé, on ne peut la rendre\nadéquate au thème choisi, il en résulte presque toujours en réalité une\nmusique sans plan qu'il faut écouter avec complaisance et en suivant des\nyeux le programme pour savoir juste à point quand arrive l'orage, la\nscène d'amour, et tout ce qui peut figurer dans un scénario sympho-\nnique. Mais M. Massenet donne à ses compositions un tel cachet, il s'y\nmontre avec tant d'individualité de couleur et de puissance, que le pro-\ngramme s'oublie et qu'il n'est plus permis que d'écouter son œuvre. Le\nfragment sur Macbeth, qui a été le moins applaudi, devrait être entendu\nau théâtre; c'est là qu'il se déploierait avec ses effets variés et tout son\nrelief. C est de la musique scénique et elle se dépare au concert. Le frag-\nment sur Roméo et Juliette a une nuance plus vive, une allure plus sé-\nmillante; on dirait une ronde dans la formule italienne : c'est léger, fin,\nliais et admirablement tissé. Dans le morceau sur la Tempête, l'iné-\nvitable bouleversement d'un orchestre violenté sert de repoussoir à un"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "126", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.31", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2606, "texte": "scherzo estompé à la sourdine, où l'instrumentation se détaille délicate-\nment, à travers des rhythmes ballerins sur un dessin mélodique qui se-\nrait tout à fait bien trouvé s'il se nacrait davantage d'idéal. Il rappelle le\nballet des sylphes de Berlioz, et cependant il ne lui ressemble aucune -\nment et ne procède pas des mêmes combinaisons d'effets.\nLe rêve de Desdemone a été le morceau saillant, celui qu'on a le plus\nremarqué, celui qui, avec l'ouverture de Phèdre, caractérise le plus la\nmanière de M. Massenet et synthétise le mieux son talent. Nous le\nlouons sans réserve et nous saluons comme un maître glorieux de la mu-\nsique française, le compositeur qui l'a écrit. Il s'ouvre avec les violons,\npar une mélodie ample et douce qui cède peu à peu aux anxieuses agi-\ntations d'un chant troublé, mais toujours grandiose et tendre dans sa\npalpitation fiévreuse. L'orchestre retourne ensuite aux suaves pensées du\ncommencement, il les reprend, en les ouatant de sourdines, les orne, les\nvarie, les colore avec délicatesse, et les assoupit dans un finale harmo-\nnieux qui laisse l'auditeur en suspens mais charmé. C'est bien le rêve\ndélirant de Desdemone éperdue, avec les blandices trompeuses de l'amour\névanoui et les sanglots étouffés, les sursauts dont la secoue la fatalité\npressentie. Il y alà un chant de violoncelle d'un incontestable effet.\nC'est la musique d'un poète, d'un coloriste, d'un magicien instrumental,\nmais surtout c'est de la belle musique de théâtre. Le jour où il abordera\nla scène, M. Massenet reprendra la tradition lyrique de nos plus illustres\nmaîtres, il sera le successeur de Dalayrac, de Bo'ïeldieu, de Hérold, d'Ha-\nlévy, d'Auber, de F. David, de Berlioz; il sera une des personnalités les\nplus puissantes de notre Opéra national, et on ne pourra pas dire de\nM. Massenet qu'il procède d'un autre maître que de lui-même.\nMaurice Cristal•\nCONCERTS POPULAIRES. —La Sérénade en ré majeur, de M. J. Brahms,\nqu'on a exécutée pour la première fois au 5e concert de la 2e série,\nappartient à ce genre de pièces symphoniques que nos compositeurs\nmodernes ont mises si fort àla mode et qu'on appelle Suites d 1 orchestre.\nElle se compose de quatre morceaux : Allegro molto, Sérénade, Scherzo,\nFinal. Vallegro, traité en forme de pastorale, est généralement bien\nvenu et le début en est même fort joli. La Sérénade est très courte et\nsans beaucoup de caractère ; çà et là quelques détails piquants d'orches-\ntration. Du Scherzo, je n'ai rien à dire, si ce n'est qu'il tire tous ses\neffets d'une espèce de fanfare de chasse peu intéressante; quant au final,"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "127", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.32", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2834, "texte": "il m'a paru assez négligé, et son moindre défaut est de se développer sur\nune phrase mélodique dont les quatre premières mesures sont emprun-\ntées à la chanson de « Cocotte », de Y Ombre \\ c'est assez dire qu'il ne\nbrille ni par l'originalité, ni par la distinction des idées. En somme, la\nSérénade, de M. Brahms, est l'œuvre d'un musicien de talent; elle est\nconçue dans le style pittoresque, et les quatre morceaux qui la compo-\nsent formeraient quatre scènes de ballet fort agréables. Tout cela est\nécrit avec beaucoup de verve et de facilité, avec trop de facilité peut-être,\ncar on sent à chaque pas que le compositeur se laisse allêr trop libre-\nment à son inspiration première et qu'il ne se préoccupe pas assez de\ntrier ses idées et de châtier son style. De là des négligences de forme, des\nfautes de goût et parfois des trivialités dans le genre de cette réminis-\ncence peu heureuse que je signalais plus haut. Les développements, sans\nêtre très riches, sont généralement bien conduits; l'instrumentation est\nlourde, pesante, écrasée, elle manque à la fois de variété, d'élégance, de\nfluidité et de lumière. Ce n'est pas que les couleurs y fassent défaut,\nmais elles y sont plutôt entassées que distribuées avec goût.\nLe Larghetto du quintette en la, de Mozart, est une des plus pures\ninspirations musicales qui existent. On a souvent comparé Mozart à\nRaphaël, et je ne sache pas, dans l'œuvre de ce compositeur, de morceau\nqui se prête mieux à démontrer l'exactitude de ce rapprochement. La\nbeauté de l?idée mélodique, la pureté des lignes, la grâce du coloris, la\nnoblesse de l'expression, rappellent ces types adorables de madones que\nle peintre d'Urbin semble avoir entrevus dans quelque vision céleste.\nCette page admirable est toujours exécutée séparément dans les concerts\nà orchestre ; on laisse de côté les autres morceaux du quintette et Ton\nfait bien. M. Pasdeloup avait imaginé cette fois de faire suivre le\nlarghetto du menuet et de Y allegretto con varia\\oni\\ cette innovation\nne nous a pas semblé très heureuse. Les deux derniers morceaux sont\nloin d'être à la hauteur du premier, ils n'appartiennent pas à la même\nfamille, et leur voisinage immédiat ne peut qu'affaiblir dans l'esprit de\nl'auditeur l'effet produit par l'expression idéale et la poésie pénétrante\nde ce chef-d'œuvre.\nIl me reste maintenant à parler avec quelques détails de deux artistes\nrusses, qui se sont présentés pour la première fois au public parisien et\ndont le talent peu ordinaire mérite de fixer l'attention de la critique.\nM. Davidoff est un violoncelliste de premier ordre, qui n'a rien à\nredouter des souvenirs laissés par les plus célèbres virtuoses du violon-\ncelle. Une des qualités qu'on remarque tout d'abord chez cet artiste,\nc'est la vigueur et la délicatesse de son coup d'archet, c'est aussi la puis-"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "128", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.33", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2866, "texte": "sance et la pureté des sons qu'il tire de son instrument. Le jeu de\nM. Davidoff est à la fois ferme et élégant : jamais d'hésitation dans l'at-\ntaque du son, jamais de confusion dans l'exécution des traits les plus\nrapides et les plus compliqués. Les plus grandes difficultés de méca-\nnisme, les hardiesses les plus scabreuses, sont réalisées avec une netteté\net une sûreté vraiment merveilleuses et sans trahir le moindre effort.\nEnfin, M. Davidoff possède un style ample et sévère; il sait poser large-\nment la phrase mélodique et la chanter avec autant d'expression que de\nsimplicité; la seule critique qu'on puisse lui adresser, c'est d'abuser\nparfois des coulés dans les mouvements lents. M. Davidoff s'est fait\nentendre dans un concerto de sa composition, qui est une œuvre hon-\nnête, mais sans aucune originalité. Son succès a été très vif.\nMadame Essipoff, pianiste, nous arrive également de Saint-Péters-\nbourg, et, comme M. Davidoff, c'est la première fois qu'elle paraît devant\nun public français. Elle s'est fait entendre au 6e et au 7e Concerts, et elle\na joué, dans le premier, un concerto de Chopin fort ennuyeux, et dans le\nsecond, un nocturne de Chopin, la Gavotte de Gluck, la Danse des\nLutins et la Fantaisie hongroise, pour piano et orchestre, de Liszt. Le\ntalent de madame Essipoff brille surtout par la sûreté et la précision,\naux dépens de la grâce féminine dont elle est absolument dépourvue.\nDans les morceaux de genres très différents qu'elle a successivement exé-\ncutés, elle a fait preuve d'une grande flexibilité de style et d'un goût\nparfait qui lui ont conquis dès l'abord les applaudissements de ce public\nparisien qu on dit si difficile à contenter. Difficile à contenter, soit, et je\nreconnais que le public de M. Pasdeloup se montre particulièrement\nexigeant, mais ce n'est pas pour les virtuoses, qu'il accueille presque\ntoujours avec de véritables transports, c'est pour les œuvres nouvelles des\ncompositeurs modernes, qu il n'écoute qu'avec la plus grande défiance et\nqu'il n'applaudit qu'avec la circonspection la plus exagérée. La Séré-\nnade d Haydn, et le Menuet de Boccherini le font trépigner d'enthou-\nsiasme, mais, en revanche, V de M. Bizet, qu'on a exécutée\nau 6 conceit, le laisse absolument froid, et pourtant c'est là une des\nœuvres les plus remarquables du répertoire moderne, une œuvre classée\net aéjà consaciée par les suffrages unanimes du monde artiste. Je ne veux\npas faire à ce propos des comparaisons qui nous conduiraient souvent\nà des conclusions assez inattendues, je constate simplement un fait que\nj ai observé à plusieurs reprises; j'y reviendrai peut-être un jour.\nOn a encoie exécuté dans cette période de 3 concerts deux œuvres,,\ndont le rapprochement fournirait aussi le sujet d'une étude fort curieuse,\nmais que je ne puis entreprendre ici. Je veux parler de la ire et de la"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "129", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.39", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2705, "texte": "9e Symphonie de Beethoven, ces deux créations magnifiques séparées\npar un intervalle de vingt-trois ans qui embrasse presque toute la\ncarrière du plus vaste génie de la musique et l'histoire de toute une\npériode de l'art musical. Il est à regretter que M. Pasdeloup ne nous ait\npas donné la 9e Symphonie tout entière. Au point où nous en sommes\narrivés, ce chef-d'œuvre devrait être exécuté aussi couramment que les\nhuit autres chefs-d'œuvre qui l'ont précédé.\nH, Marcello.\nSOCIÉTÉ DE L'HARMONIE SACRÉE. Reprise du Messie.— La reprise\ndu Messie, de Haëndel, qui a eu lieu le jeudi 14 de ce mois, au Cirque\nd'été, était donnée sous le patronage de madame la Maréchale de Mac-\nMahon, au profit de la maison de la Providence Sainte-Marie. La salle\nétait élégamment parée : au dehors, des tapis et des arbustes; au dedans,\ndes arbustes et des fleurs. Le prix des belles places, un peu élevé, a sans\ndoute éloigné un certain nombre d'auditeurs, car des vides regrettables\nse faisaient remarquer parmi les stalles et les fauteuils. Néanmoins, la\nrecette a dû atteindre un chiffre respectable et remplir les nobles inten-\ntions de cette fête de bienfaisance.\nL'exécution n'a rien laissé à désirer, car la direction de M. Lamoureux\nest toujours irréprochable, et son orchestre et ses chœurs fonctionnent\navec une perfection qu'il serait bien difficile de surpasser. De plus, l'ap-\nparition de plusieurs artistes nouveaux pour Paris, ou dans le Messie, a\nbeaucoup rehaussé l'éclat de cette reprise. En première ligne, il faut nom-\nmer une Anglaise, madame Patey. Cette dame, qui possède un de ces vrais\ncontraltos dont le public parisien a perdu le souvenir, et qu'il admirait\ntant autrefois dans la Pisaroni, la Brambilla et l'Alboni, offre un modèle\naccompli de la cantatrice d'oratorio. Beau timbre, belle émission de voix,\nrespiration très longue et habilement ménagée, noblesse, et expression-\nportée'à son extrême limite ; il est impossible de chanter avec plus de\nmélancolique résignation l'air admirable « Comblé d'outrages », ni avec\nplus de grâce et de douceur celui qui le précède « Il garde ses ouailles »,\nqui, du reste, a été bissé. A côté de madame Patey, madame Brunet-\nLafleur, dont la voix avait été un peu déplacée dans le rôle grave de la\njeune israélite de Judas Machabée, a pris une revanche éclatante dans\nle Messie. L'air «J'ai foi, Seigneur», que dans mon compte-rendu de la\npremière audition je regrettais que M. Lamoureux eût supprimé, fait\nvaloir à merveille les riches qualités de son organe. Ecrit en mi majeur,\net le plus souvent, dans la sixte du si au sol dièse aigu, il met en relief\ntoutes les plus belles notes du soprano, et madame Brunet-Lafleur y a"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "130", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.40", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2580, "texte": "été superbe, comme voix et comme talent. Mademoiselle Jenny Howe a\négalement une voix bien appropriée à l'oratorio, et mademoiselle Baldi,\nélève de M. Roger, a dit avec beaucoup de charme l'air « Car Dieu nous\nrendra». M. Lauwers, qui a un franc baryton, a chanté avec un style\nexcellent un air de basse un peu grave pour sa voix. M. Prunet n'a pas\ntoute l'ampleur et tout le mordant nécessaires pour les morceaux de\nténor du Messie, surtout pour l'air « O Judée !» M. Auguez a chanté\navec un très beau timbre de basse l'air « D'échos en échos», dont\nM. Teste exécute si admirablement le solo de trompette; mais cet air,\ndans lequel de larges coupures, trop larges mêmes, ont été pratiquées,\nma semblé avoir été pris bien lentement. Je l'ai entendu dire plus vite\nà Londres, et il produisait plus d'effet.\nLes chœurs ont, comme d'habitude, été au-dessus de tout éloge dans la\ndivine inspiration, toujours bissée, « Ah! parmi nous l'enfant est né»,\net dans le pompeux « Alléluia », qui, cette fois-ci, je ne sais trop pour-\nquoi, a été accueilli avec moins d'enthousiasme que l'année passée.\nM. Fissot a exécuté la partie d'orgue avec une grande intelligence.\nCONCERT NATIONAL. ( Théâtre du Châtelet.) —Le deuxième concert\nde la deuxième série a mis en lumière une nouvelle œuvre symphonique\nde M. Saint-Saëns, intitulé la Danse macabre, morceau des plus\nétranges qui se puisse imaginer. Tout s'y trouve, effets très heureux,\neffets très désagréables. On croit entendre des voix humaines, des miau-\nlements de chats, les gémissements du vent, et au milieu de cela une\nsorte de joie frénétique, forcenée et sépulcrale. C'est, comme dit le pro-\ngramme, « la Mort en cadence frappant une tombe avec son talon », et\nqui « à minuit joue un air de danse sur son violon ». Musique effrayante,\nmusique à faire rêver, mais en même temps très imagée, et attirant in-\nvolontairement et violemment l'attention de l'auditeur. Où donc M. Saint-\nSaëns a-t-il pu découvrir des effets d'orchestre si absolument inconnus\njusqu'ici ? La Danse macabre, malgré une assez forte opposition, a été\nbissée, et c'était justice. Le public voudra l'entendre de nouveau, ne\nfût-ce que par curiosité.\nCONCERTS DANBÉ. Salle Taitbout. l48e concert. Première\naudition d'une ouverture de M. Wormser et première audition d'un\nmorceau symphonique de M. Albert Cahen. Commençons ce compte-\nrendu par un éloge à mademoiselle Laure Bedel, qui a très joliment\nexécuté une sérénade brillante de \"Mendelssohn, et par un remerciement\nà M» Danbé d'avoir bien voulu nous redonner la charmante gavotte de"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "131", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.41", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2601, "texte": "Lully (et non pas de Gluck, comme Fa dit le programme), qui a eu tant\nde succès, il y a un mois.\nM. Wormser a concouru Fannée dernière pour le prix de Rome, et\ns'il n'a obtenu qu'une mention honorable, son admission à ce concours\nétait déjà un témoignage de capacité. Son ouverture est bien faite, son\ninstrumentation est à effet; et lorsqu'il aura purgé sa mémoire de quel-\nques réminiscences tous les débutants en sont là telles que celle de\nlouverture du FreischutJJ, au commencement, et celle d'un motif quel-\nconque de Wagner, à la lin, nul doute qu'il ne fasse valoir de belles\nqualités personnelles.\nM. Albert Cahen a intitulé son morceau symphonique « Prélude et\ndivertissement pour une pastorale mythologique (.Endjrmiori). » Un En-\ndymion en plein dix-neuvième siècle î Et de la mythologie encore, autre\nque celle de la Belle Hélène ou d'Orphée aux enfers. Chère et trop\ndouce illusion ! Mais M. Albert Cahen est très jeune. C'est un musicien\nd'avenir; malheureusement aussi un musicien de Y avenir. On sent que\nBerlioz, dans ce qu'il a de plus vague et de plus excentrique, que Schu-\nmann et Wagner ont déteint sur sa manière d'écrire. Ce n'est pas que\ndans la première partie « fantaisie et prélude » il n'y ait une certaine\nhabileté d'instrumentation et quelques heureux effets d'orchestre. Mais\nla cc Danse des Nymphes », qui n'a rien de dansant; mais la « Ronde\ndes Dryades », qui n'a aucun rhythme cadencé, aucune mélodie chan-\ntante; mais la cc Marche héroïque », dont pas un motif n'est franc, et\ndans laquelle la harpe, qui n'a pas cessé de se faire entendre dans les trois\npremières parties, arrive encore une fois, et très mal à propos : Qu'en\ndire ?\nAu concert suivant, M. Danbé a donné la première audition d'un\nmenuet à orchestre, de M. A. de Bertha, compositeur hongrois, et la\npremière audition de trois pièces pour violoncelle, par M. Widor. Le\nmenuet est bien instrumenté et le premier motif est assez joli, mais un\npeu lourd; le second lui est fort supérieur; il est original et très distin-\ngué. M. Fischer, violoncelliste de beaucoup de talent, a exécuté les trois\npièces de M. Widor. Je l'avouerai franchement : je n'y ai rien compris,\nmais absolument rien, et je n'ai pu qu'admirer la mémoire de M. Fis-\ncher, qui a su parvenir à se mettre dans la tête trois suites de phrases\nmusicales dépourvues de tout rhythme et de tout motif. Heureusement\nque madame Barthe-Banderali est venue immédiatement après montrer\nce que c'est que la mélodie, en chantant Fair à'Actéon, qu'elle\na interprété avec une rare perfection, et la romance des No%%e di\nFigaro."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "132", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.42", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1993, "texte": "' Le premier allegro de la symphonie pastorale de Beethoven a été enlevé\navec une verve étourdissante.\nSALLE ÉRARD. M. le capitaine Voyer a repris le cours de ses Invi-\ntations dans la Salle Erard. Tout en admirant son jeu pui et biillant,\nses excellentes qualités de musicien et sa prodigieuse mémoire, je ne puis\nqu'être persuadé que s'il voulait bien entremêler ses morceaux de piano\nde morceaux de chant, ses séances y gagneraient beaucoup en intérêt et\nen variété.\nHenry Cohen.\nAUDITION DES ŒUVRES DE KREUTZER. —Les œuvres de Léon Kreut-\nzer chantées par madame Lacombe, par M. Bonnehée et exécutées par\nla Société classique, le mardi, 19 janvier, dans la salle Erard, ont toutes\nune incontestable valeur. Le sextuor pour instruments à vent et piano\na soulevé d'unanimes applaudissements, tant à cause de la vivacité et du\ncharme des idées qu'en raison de ses riches développements. Fort bien\nrendu par MM. Armingaud, Mas, Jacquart et Turban, le quatuor en\nré se fait surtout remarquer par un délicieux andante auquel, dès le dé-\nbut, le timbre de l'alto donne une si poétique couleur sous l'archet ma-\ngique de M. Mas.\nSympathique, pure, admirablement posée, la voix de madame Lacombe\nravirait le public le plus insensible à la musique. Elle rend avec une sû-\nreté bien rare les mille nuances du sentiment, de la rêverie, de la pas-\nsion; elle se plie à toutes les exigences de l'art. Aussi madame Lacombe\na-t-elle dit avec une incomparable supériorité trois mélodies fines et sen-\ntimentales : Nuit d'attente. Berceuse, Tvonna. Deux de ces morceaux\nont été bissés.\nN'oublions pas non plus d'adresser nos compliments à M. Bonnehée\nqui s'est fait chaleureusement applaudir; enfin nous crions bravo à\nMM, Taffanel, Lalliet, Grisez, Dupont, Espaignet et Duvernoy, et re-\nmercions les fidèles amis\nQu'un ami véritable est une douce chose!\nqui s'efforcent généreusement de répandre les compositions du maître\nregretté, de l'homme honorable qui n'est plus.\nO. Le Trioux."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-02-01-01-c023", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-02-01_01#c023", "volume": "bmtnabc_1875-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 34, "image_fin": 38, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.2.6", "titre_corps": "Ronde Nocturne DANS LE JARDIN DE JULIETTE. tirée des Scènes Dramatiques de J.MASSENET", "titre_sommaire": "Ronde Nocturne DANS LE JARDIN DE JULIETTE. tirée des Scènes Dramatiques de J.MASSENET", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.34", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 174, "texte": "Ronde Nocturne\nDANS LE JARDIN DE JULIETTE.\ntirée des Scènes Dramatiques de J.MASSENET\n(1) Extrait des Scènes Dramatiques: Nº.3_Ronde nocturne (Roméo et Juliette)\nG.H.751.(7)."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.35", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 12, "texte": "G.H.751.(7)."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.36", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 12, "texte": "G.H.751.(7)."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.37", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 11, "texte": "G H 751 (7)"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.38", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 11, "texte": "G H 751 (7)"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-02-01-01-c024", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-02-01_01#c024", "volume": "bmtnabc_1875-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "133", "page_fin": "136", "image_debut": 43, "image_fin": 46, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.2.7", "titre_corps": "REVUE DES THÉATRES LYRIQUES", "titre_sommaire": "REVUE DES THÉATRES LYRIQUES", "signature_source": "ARTHUR HEULHARD", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 43, "page_imprimee": "133", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.43", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1627, "texte": "REVUE DES THÉATRES LYRIQUES\n\nLe Théâtre-Italien. OPÉRA : La Favorite. OPÉRA-COMIQUE : Le Caïd.\nE Théâtre-Ventadour a vécu. Le voilà c 105... et cou-\nvert comme tous les immeubles à louer. Nous avions\nprophétisé cette triste fin, et si le lecteur veut bien se\nreporter à notre article du i 5 octobre 1874 sur la réou-\nverture éphémère de ce spectacle, il verra que nous\nexprimions de fâcheuses appréhensions sur l'issue\nd'une entreprise qui a plus d'un rapport avec une expédition au pôle\nnord. Nous y indiquions sommairement les moyens de traverser la mer\nde glace qui sépare actuellement le Théâtre-Italien de la société pari-\nsienne. Rien n'a été tenté en ce sens, et M. Bagier n'a réussi qu'à nous\nfaire regretter M. Strakosh, lequel n'avait réussi déjà qu'à nous faire\nregretter M. Verger.\nIl nous répugne instinctivement d'accabler un imprésario malheu-\nreux, victime et de son incapacité personnelle et des traditions dé-\nplorables dans lesquelles se débat, depuis de longues années, le\nThéâtre-Italien. Si M. Bagier avait gardé le silence sur sa gestion,\nnous n'aurions qu'à constater la chute piteuse de son entreprise, qui\nralliait pourtant autour d'elle de sincères sympathies. Mais il a cru\ndevoir adresser aux gazettes une justification qui ne lui était pas\ndemandée, et dans laquelle il n'indique ni les véritables causes de la déca-\ndence de son théâtre, ni le remède pratique qu'il eût dû y apporter.\nNous n'entrerons point dans les coulisses administratives de sa diiec-\ntion, de peur de nous heurter à des considérants d'une nature trop\nprivée ; et d'ailleurs, c'est par le défaut d'esprit artistique qu'elle a"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "134", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.44", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2386, "texte": "succombé. Chercher autre part une atténuation de ses fautes, est un\nleurre..\nLa vérité est qu'il n'y avait, ni dans le répertoire, ni dans la troupe\nchoisie par M. Bagier, les éléments d'intérêt nécessaires pour piquer la\ncuriosité du public et le ramener ouvertement vers le Théâtre-Italien.\nLe système implacable des reprises a tué ce théâtre : il a tué ceci, il\ntuera cela; il menace déjà d'autres scènes.\nIl faut se rendre à l'évidence et s'en accommoder. Les principes de vie\net de mort du Théâtre-Italien peuvent se formuler en axiomes :\nLe répertoire italien, tel qu'il est exploité, est une trame usée qui ne\nse peut soutenir que retenue par des artistes d'élite.\nOr, les troupes qui nous sont présentées, recrutées à la hâte par des\ntiers accessibles à la vénalité, composées d'éléments disparates par des\ncommis-voyageurs en cabotinage, sont indignes de Paris, et ne sau-\nraient pas même être comparées aux compagnies qu'on entend en Italie\ndans les villes d'ordre secondaire. J'excepte de ce jugement sommaire\nquelques sujets distingués, dont le séjour a presque toujours été de courte\ndurée.\nLe Théâtre-Italien de Paris, en tant que scène italienne, ne peut être\nappuyé par la presse et par le public, s'il n'a pour but constant de\ndémontrer aux compositeurs français la vitalité de Fart lyrique en\nItalie.\nPour démontrer cette vitalité contestée, le directeur doit se préoccuper\nsurtout de nous tenir au courant des opéras nouveaux, favorablement\naccueillis en Italie,, au fur et à mesure de leur production. Décemment\nmontés, la del destino, VAïda, de Verdi, le Ruy Blas, de Mar-\nchetti, 1 Promessi Sposi, de Ponchielli, feraient recette. En douter, c'est\nnier l'opportunité d une scène italienne à Paris, car si, après nous avoir\nprouvé que l'ancien répertoire conduit à la déconfiture, on ne nous\nprouve pas que le nouveau conduit à la fortune, il n'y a pas le moindre\nprétexte à invoquer pour le maintien du Théâtre-Italien. Poser la ques-\ntion autrement, c'est la déplacer. Le dilemne fatal vous étreint : Sup-\nprimez le Théâtre-Italien, ou démontrez-le.\nOPÉRA :LA FAVORITE. Les mêmés raisons qui ont fait exclure le\nTrouvère du répertoire de l'Académie de musique, militent pour\nf exclusion de la Favorite.\nLa Favorite, fruit hâtif d'une imagination mal réglée et peu scrupu-\nleuse, ne répond plus aux exigences de la poétique inaugurée par les"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "135", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.45", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2183, "texte": "grands maîtres sur la scène de l'Opéra. Sans le concours du grand\nartiste, qui étaye le rôle d'Alphonse de toute la puissance de son talent,\nl'œuvre française de Donizetti ne se relèverait pas du coup que l'irrépa-\nrable outrage des temps lui a déjà porté. Jamais l'illogisme des mélo-\ndies, la fausseté des sentiments exprimés, la couleur criarde de l'orches-\ntration, ne nous ont autant frappé qu'à l'Opéra de M. Garnier. Com-\nment se fait-il qu'avant de commander une décoration nouvelle pour cet\nouvrage décrépit, M. Halanzier n'ait pas réfléchi à quel bouleversement\nd'effets la Favorite, remontée dans la salle actuelle, était fatalement\nexposée?\nMais l'art merveilleux de M. Faure suffit encore à masquer les rides qui\nse creusent dans cette partition fanée. On dirait que Faure se complaît\nà cette restauration, et que la vanité du virtuose, surexcitée par cette opé-\nration délicate, lui inspire presque des trouvailles de génie. La voix de\nM. Achard affecte la forme d'un cône dont la pointe menace constam-\nment le public. Le chant sans rayonnement, et le jeu sans passion, de\nce Fernand flegmatique, ont paralysé tout élan dramatique en made-\nmoiselle Bloch, dont le tempérament n'était précédemment pas des\nplus enthousiastes. Il faut restituer le rôle à Bosquin.\nOPÉRA-COMIQUE : LE CAÏD.— Ce qu'on a lu plus haut sur le Théâtre-\nItalien s'étend, sans trop de peine, à l'Opéra-Comique, d'où M. du\nLocle continue à verser des torrents de reprises sur des blasphémateurs\nobscurs. C'est ainsi qu'il vient de procéder en tapinois à l'exhibition du\nCaïd, cet opéra-bouffon d'Ambroise Thomas, qui fut comme un pont\njeté entre l'opéra comique et l'opérette, dès l'année 1849.\nFranchement, y a-t-il très loin du bonnet à poil du tambour-major\nMichel au panache du général Boum? Le célèbre :\nPip paf poum e parapet papoum\nJe suis, moi, le général Boum Boum.\nest-il à cent lieues placé du fameux :\nLe tambour-major,\nTout galonné d'or,\nA partout la pomme!\nEn quoi Birotteau se distingue-t-il si fort de Pomponnet? Et cette\nlingère de la rue Vivienne, qui a des intrigues limitrophes du Sahara,\nn'est-elle point échappée des cervelets de Chivot et Duru?"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "136", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.46", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1711, "texte": "Une incontestable habileté de facture sauve la musique d'Ambroise\nThomas des ridicules de l'opérette. On ne jette pas plus de talent par les\nfenêtres, on ne le dépense pas avec plus d'aisance et de prodigalité. Le\nCaïd n'est qu'un défilé de joyeuses sonneries d'orchestre, une caravane\nde couplets joyeux et bien tournés, un sérail de roulades, de vocalises,\nde trilles et de points d'orgue, un blockhaus d'ensembles truculants.\nToutefois, on rencontre dans ce grand parti-pris de parodie, des effets\ncommuns dont le côté comique est évidemment outré. Il faut dire aussi\nque la coupe des actes, voire même celle des morceaux, est un peu longue.\nMais quand le procédé d'imitation ne s'y trahit pas trop, cette partition\ndemeure une bouffonnerie charmante, sous laquelle on sent poindre une\néducation musicale hors ligne.\nLa généreuse voix de Melchissédec n'est pas toujours à l'aise dans le\nrôle du tambour-major Michel, dont le diapason frôle par instants celui\nde la basse grave. En revanche, son talent d'acteur y gagne un singulier\nrelief; il se révèle bouffe excellent. M. Nicot est un ténor dont\nl'instrument est inégal et voilé; il a fait grand plaisir malgré cela, car il\nphrase avec style et vocalise avec bravoure. Barnolt fait l'eunuque, et\nThierry le caïd : tous les deux ont réjoui. Quant à mademoiselle Zina\nDalti, elle a commis et commet encore une grosse faute de goût, en se\nmontrant au second acte avec une toilette et des diamants qui trahissent\ndes préoccupations trop mondaines. Cet attirail luxueux n'ajoute rien à\nson talent et n'enlève rien à ses défauts. Virginie, la lingère, fait ainsi\nl'effet d'une gaillarde qui met les robes de ses clientes.\n\nARTHUR HEULHARD."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-02-01-01-c028", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-02-01_01#c028", "volume": "bmtnabc_1875-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "137", "page_fin": "138", "image_debut": 47, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.2.8", "titre_corps": "CHRONOLOGIE DE L'ANNÉE 1875", "titre_sommaire": "CHRONOLOGIE DE L'ANNÉE 1875", "signature_source": "A P", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 47, "page_imprimee": "137", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.47", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1828, "texte": "CHRONOLOGIE DE L'ANNÉE 1875\n\ncDÉCE<£McB%E 1874\n26 Décembre. BOUFFES-PARISIENS. Première représentation :Un Mariage\nen Chine, opérette en un acte, paroles de MM. Clerc frères, musique de\nM. Léopold Dauphin. ELDORADO. Première représentation : Ah! le Divorce !\nopérette en un acte, paroles de M. L. Couailhac, musique de M. Joseph\nDarcier.\n27. CONCERTS-POPULAIRES. Première audition d'une Fantaisie en ut mi-\nneur (suite d'orchestre en quatre parties), de M. Bourgault-Ducoudray.\nFOLIES-DRAMATIQUES. 5ooe représentation de la Fille de Madame Angot,\n29. CONCERT DANBÉ (salle Taitbout). Première audition d'un Prélude\npour orchestre, de M. Octave Fouque.\n30. OPÉRA. Dernière représentation donnée à la salle Ventadour, avec\nFaust. Le lendemain, l'affiche de ce théâtre est conçue en ces termes :\n* >\n« Théâtre national de l'Opéra. Par ordre, mardi 5 janvier 1875, soirée d'inau-\nguration. Avis. Le bureau de location sera ouvert au nouvel Opéra à partir\nde lundi 4 janvier. »\n31. THÉATRE-VENTADOUR. Reprise de Crispino e la Comare, des frères\nRicci, pour les débuts de mademoiselle d'Angerly, en remplacement de ma-\ndemoiselle Sebel, encore indisposée. Ce même jour, des affiches spéciales an-\nnoncent la prochaine inauguration, à ce théâtre, du théâtre lyrique français,\net donne les titres des ouvrages qui sont à l'étude : Un Caprice de Ninon,\nManche à Manche, le Freischûtla Clef d'Or, le Val d'Andorre, Guido et\nGinevra, la Perle du Brésil (1).\nJ&ÎVyjVIEH. 1875\n2 Janvier. LONDRES (Alhambra). Première représentation : Wittington\net son Chat, opéra bouffe en quatre actes, paroles de M musique de\nM. Jacques Ofifenbach.\n\n(i) Dans le courant du mois de décembre, on avait donné au café-concert de la\nScala la première représentation de Rosette et Colin, opérette Pompadour en un acte,\nparoles de M. Burion, musique de M. PiJati."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "138", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.48", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2498, "texte": "3. CONCERTS-POPULAIRES. M. Henri Wieniawski exécute une Polonaise\ninédite de sa composition.\n5. OPÉRA. Inauguration de la nouvelle salle du boulevard des Capucines.\nMadame Nilsson ne pouvant prendre part à la représentation, le spectacle est\nainsi composé : i° Ouverture de la Muette de Portici, d'Auber ; 20 premier\net deuxième actes de la Juive, d'Halévy (première apparition de mademoiselle\nKrauss à l'Opéra) ; 3° Ouverture de Guillaume Tell, de Rossini; 40 scène de\nla Bénédiction des poignards, des Huguenots. de Meyerbeer; 5° premier ta-\nbleau du second acte de la Source, de M. Léo Delibes. CONCERT DANBÉ.\nPremière audition d'une Marche orientale, de M. J.-B. Wekerlin.\n8. OPÉRA. Début de mademoiselle Gabrielle Krauss par le rôle de Rachel,\ndans la Juive.\n10. SOCIÉTÉ DES CONCERTS DU CONSERVATOIRE. Première audition : Scènes\ndramatiques d'après Shakespeare (suite d'orchestre), de M. J. Massenet.\nCONCERTS-POPULAIRES. Première audition à Paris de la Sérénade en ré ma-\njeur, de M. Johannes Brahms. —ASSOCIATION ARTISTIQUE. Exécution de l'En-\nfance du Christ, oratorio d'Hector Berlioz. BRUXELLES (Concerts popu-\nlaires). Première audition : les Noces féodales, fragment symphonique de\nM. Émile Mathieu.\n12. THÉATRE-VENTADOIJR. Inauguration des représentations lyriques fran-\nçaises par la première représentation, à ce théâtre, du Freischïitde Weber.\nSOCIÉTÉ DES COMPOSITEURS DE MUSIQUE. Séance annuelle, dans laquelle on\nexécute les morceaux couronnés au concours de 1874 : Quatuor de M. Tin-\ngry (ier prix), quatuor de M. Deloffre (2E prix), Kyrie et Gloria de M. Ed-\nmond d'lngrande.\n14. SOCIÉTÉ DE L'HARMONIE SACRÉE. Reprise du Messie, de Haendel. On\nentend pour la première fois à Paris, dans cet ouvrage, madame Patey, can-\ntatrice anglaise d'un grand talent, ainsi que M. Prunet, ténor, et M. Lau-\nwers, baryton.\n17. CONCERTS-POPULAIRES. Madame Anna Essipoff, célèbre pianiste\nrusse, se fait entendre pour la première fois en exécutant le concerto en mi\nmineur de Chopin.\n18. OPÉRA-COMIQUE. Reprise du Caïd, de M. Ambroise Thomas.\n19. CONCERT-DANBÉ. Premières auditions : Ouverture de concert, de\nM. A. Wormser; Prélude et divertissement pour une pastorale mythologique\n(Èndymion, paroles de M. Louis Gallet), de M. Albert Cahen.\n21. THÉATRE-VENTADOUR. Reprise de Norma, de Bellini, pour les débuts\nde madame Lafon dans le rôle de Norma.\n24. ASSOCIATION ARTISTIQUE. Première audition : Danse macabre, compo-\nsition symphonique de M. Camille Saint-Saëns.\n\nA P."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-02-01-01-c031", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-02-01_01#c031", "volume": "bmtnabc_1875-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "139", "page_fin": "144", "image_debut": 49, "image_fin": 54, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.2.9", "titre_corps": "VARIA", "titre_sommaire": "VARIA", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 49, "page_imprimee": "139", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.49", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 718, "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nCORRESPONDANCE\nLe Directeur des Beaux-Arts,\nPh. de Chennevières.\n. Arthur Heulhard, directeur de la Chronique musicale,\nvient de recevoir du Ministère de l'lnstruction publique\net des Beaux-Arts la dépêche suivante :\nParis, le 2S janvier 1875.\nMonsieur,\nTai Vhonneur de vous annoncer que, par arrêté rendu sur ma\nproposition, M. le Ministre vient de porter de vingt à quarante\nexemplaires, la souscription de la Direction des Beaux-Arts àla Chro-\nnique musicale, pour Vannée 1875.\nM. le Ministre a voulu encourager ainsi votre intéressante publica-\ntion, et je suis heureux de vous faire part de sa décision.\nMonsieur, Vassurance de ma considération très distinguée."}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "140", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.50", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2752, "texte": "FAITS DIVERS\n. Louis Lacombe adresse la lettre suivante à M . le Directeur de la\nChronique musicale :\n« Attaqué gravement par la Revue et Galette musicale, au sujet\nd'un article publié par moi dans la Chronique musicale du ler janvier, j'ai\nadressé à M. le Directeur-Gérant de la Galette la réponse qu'on va lire :\ns\n« Monsieur le Directeur-Gérant,\n« La Galette musicale du 17 janvier 1875 veut bien s'occuper de moi.\n« M. Lacombe, dit-elle, fait, dans la Chronique musicale, un peu d'histoire\n» rétrospective à sa façon, à propos d'une des dernières représentations de\n« Robert le Diable à l'Opéra. » Plus bas, Y auteur anonyme de l'article\najoute : « M. Lacombe cite, pour garantie de ses anecdotes, Scribe, madame\n« Damoreau et Levasseur. Tous trois sont morts; mais il est certain pour\n« nous qu'aucun d'eux ne lui a jamais parlé de la machination à la Barnum\n« qu'il relate si complaisamment. »\n« La Galette musicale est bien bonne ; malheureusement pour elle ma pa-\nrole n'a pas besoin d'être défendue. Ceux qui me connaissent le savent. Gela\nme suffit, Or, je déclare sur l'honneur que je tiens de Scribe tous les détails\nque j'ai publiés, et j'affirme, en outre, que je les ai reproduits avec la plus\nscrupuleuse exactitude. Ceci, je suppose, fixera les idées de vos lecteurs. La\nGalette musicale aurait donc dû dire : M. Lacombe fait un peu d'histoire ré-\ntrospective à la façon de Scribe. Si, maintenant, les honorables successeurs de\nfeu l'éditeur de Robert le Diable, en supposant qu'ils tinssent de Maurice\nSchlesinger des renseignements incontestables à leurs yeux, osaient avancer\nque Scribe a menti, ils me mettraient dans un cruel embarras, car Schlesinger\nétant mort, absolument comme Scribe, absolument comme Levasseur, abso-\nlument comme madame Damoreau, je me trouverais en présence de deux af-\nfirmations contraires dont l'une serait nécessairement un mensonge. N'ayant\naucune raison, moi, de soupçonner la loyauté de Scribe, j'ajouterai foi à ce\nqu'il m'a raconté jusqu'à ce qu'on me prouve que ses assertions n'étaient\npoint fondées; vous comprenez cela, n'est-ce pas, M. le Directeur-Gérant?\n« On attribue mon article à des sentiments mesquins. On se trompe. J'ad-\nmire profondément le talent et le génie de Meyerbeer, et si les rédacteurs de\nla Galette musicale avaient pris le temps, depuis trois ans, d'assister à mes\nconférences sur l'art musical, ils sauraient que je me plais à glorifier les\ngrands hommes.\n« Je compte sur votre impartialité, monsieur le Directeur-Gérant, pour\ninsérer cette lettre dans votre plus prochain numéro, et je vous prie d'agréer\nl'assurance de ma parfaite considération.\n« 18 janvier 1875. »\n« La Galette, au lieu d'insérer ma lettre, ainsi que c'était son devoir, s'est"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "141", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.51", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2818, "texte": "bornée, dans son numéro du 24 courant, à en citer des fragments qu'elle\ncommente à sa façon.\n« Elle avoue d'ailleurs qu'elle n'a point entendu nier ma sincérité. Fort\nbien. Alors son démenti n'a plus de sens. Mais la Galette veut se rattraper,\net, dans une phrase assez louche, elle prétend que je compte un peu trop sur\nma mémoire. Admirable Galette ! J'ai dans la tête environ douze cents\nmorceaux de musique .* ma mémoire n'est donc pas trop mauvaise.\n« Cependant sur quoi la Galette se fondait-elle pour m'infliger un démenti\nqu elle voudrait ne pas retirer et qu elle retire pourtant?\n« Sur rien.\n« Quelle preuve peut-elle fournir pour légitimer ses doutes ?\n« Aucune, puisqu'elle croit à ma parole.\n« Quelle valeur ses doutes persistants ont-ils?\n« Celle d'une impertinence.\n« Il est constant, il est de notoriété publique que Meyerbeer fit d'énormes\nsacrifices pour fonder et soutenir sa réputation. Pourquoi le nier? pourquoi\nnier que l'illustre maître ait été doublé d'un excellent homme d'affaires? 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Bagier a fermé les portes de son théâtre par\nsuite, dit-on, de complications financières, et cela, au moment où il venait\nd'inaugurer les représentations françaises, et où deux opéras français nouveaux\ndevaient être donnés! Plusieurs combinaisons sont en présence, mais elles\nont bien peu de chances de réussite 5 le théâtre ne rouvrira probablement qu'à\nla prochaine saison. Mais que va devenir la subvention de 100,000 fr. ac-\ncordée par l'État?\nLe Théâtre-Lyrique n'existe plus, l'Opéra-Populaire a sombré, il n'y a\nplus d'ltaliens, le nouvel Opéra est inabordable, il ne reste au public parisien"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "144", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.54", "debut_caractere": 127, "fin_caractere_exclue": 1156, "texte": "que rOpéra-Comique. Gela est bien triste; Paris est, comme centre musical,\nau-dessous d'une ville de province de deuxième ordre.\nFolies-Dramatiques. Il est question de remonter Fleur de Thé, l'opérette\nde M. Lecocq, et après Clair de Lune} de MM. Dubreuil et Cœdès.\nRenaissance. C'est une opérette de M. Strauss, de Vienne, intitulée\nIndigo, qui succédera à Giroflé-Girofla.\nAthénée. Des affiches annoncent l'ouverture prochaine de ce théâtre par\nla Belle Lina, opérette.\nConcerts de la Société classique. Demain soir, 2 février, àla salle Erard,\npremière séance de la Société classique, avec MM. Armingaud, Jacquard,\nTaffanel, Grisez, etc., et le concours de M. Alfred Jaëll.\nLONDRES. Un nouveau théâtre d'opéra va s'élever à Londres, entre Cha-\nring-Cross et ïembankment ou grand quai-de la Tamise. C'est M. Mapleson\nqui est à la tête de l'entreprise. Le conseil des travaux publics lui a accordé\nà l'unanimité la concession du terrain pour quatre-vingts ans.\n\nPour l'article Varia:\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[97]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.1", "texte": "LES\nCHANTEURS DE MON TEMPS\n\n(0\nANS je ne sais plus quel journal, —il y a une\nvingtaine d'années de cela, j'ai vu annoncer\nla mort d'un musicien qui vivait en Calabre, et\nqui s'éteignit à l'âge de cent seize ans, Ce musi-\ncien, était-il dit, avait conservé toutes ses\nfacultés, et, après avoir applaudi dans sa jeu-\nnesse les opéras de Hasse et de Porpora, put\nassister à la fin de sa carrière aux triomphes de\nRossini, Bellini, Donizetti, et même Verdi.\nJe suis loin certes d'ambitionner une telle longévité, et plus heureux\n\n(i) La Chronique Musicale donne avec ce numéro le portrait de Lays, d'après une\nlithographie du temps, dans le rôle à'Aristippe, opéra de Kreutzer, représenté pour\nla première fois en 1808. Lays avait à l'époque de ce portrait une soixantaine d'an-\nnées.\n\nVII.\n7"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "98", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.2", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nencore de n'en pas jouir. Cependant, coLiime dès ma plus extiême jeu-\nnesse, certain instinct me disait qu'une grande révolution allait s'opérer\nen musique, et que d'ailleurs mon goût inné d antiquaire me poitait à\nsaisir au vol les représentations de nos anciens opéras, j'en ai vu quan-\ntité dont les musiciens de mon âge ont à peine entendu parler, ne se\nsentant point l'envie d'aller entendre des vieilleries, telles que la Belle\nArsène, le Maréchal ferrant, les Prétendus, la Fée Urgèle, la Cara-\nvane du Caire, etc., vieilleries tout aussi jeunes et aussi riches d effets,\nsi l'on voulait bien les reprendre, que Richard Ccuur-de-Lion, le Ta-\nbleau parlant et le sublime Déserteur, malgré le vandalisme que lui a\nfait subir Adolphe Adam. Et en fait de chanteurs, j ai eu le bonheur\nd'admirer] jadis Lays, madame Branchu, Dérivis, Nourrit père, Martin\net le dieu des ténors italiens, Davide, et d aller hier applaudir MM. Ver-\ngnet et Manoury et madame Pozzoni.\nC'est donc des Chanteurs de mon temps que je désire entretenir le\nlecteur i chanteurs de théâtres, chanteurs de concerts et chanteuis de\nsalons, depuis les anciens que je viens de nommer jusqu'à ceux de\nl'heure présente. J'ose espérer que certains détails ne seiont pas sans\nintérêt, surtout ceux qui se rattachent aux chanteurs de concerts et de\nsalons, bien moins connus que ceux de la scène\\ et si je suis obligé,\nle moins souvent possible, de mettre ma personnalité en avant, j espère\nque le public aura la courtoisie de vouloir bien excuser 1 auteui de cet\narticle, qui compose encore quelquefois, mais qui ne chante plus depuis\nlongtemps.\nBien qu'en Italie la révolution musicale fût déjà un fait accompli en\n1815 et 1816, grâce à l'éclat des représentations de Tancredi, Il Bai -\nbiere et Otello, elle ne l'était pas encore dix ans plus tard en France,\nmême à Paris, sauf au Théâtre-Italien. Cependant on pressentait de\ntoutes parts que le vieil édifice allait bientôt crouler. Castil-Blaze tra-\nduisait et faisait connaître en province, notamment à Lyon, et à Paris,\nau théâtre de l'Odéon, la Pie voleuse, le Barbier de Séville et Othello;\nmais le répertoire de l'Opéra, jusqu'à l'apparition du Siège de Coi inthe,\nle 5 novembre 1826, comprenait exclusivement, outre les opéras de\nGluck, dont Iphigénie en Aulide même ne faisait plus partie dès 1824,\nŒdipe, Didon (abandonnée en 1825, après la retraite de madame\nBranchu), la Vestale, Fernand Corteç, la Caravane du Caire, les\nDanaïdes, les Prétendus, le Devin du village, Tarare et les Mystères\nd'lsis? auxquels s'ajoutaient de temps en temps des opéras de composi-\nteurs contemporains, tels que les Bayadères, de Catel, Virginie, de\nBerton, Aladin, opéra charmant de Nicolo et Benincori, Aristippe, de"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "99", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.3", "texte": "LES CHANTEURS DE MON TEMPS\n\nKieutzer, Lasthénie, d Héroid, Ici Belle ciu bois dormant, de Caraffa, où\nchantaient en même temps Nourrit père et Adolphe Nourrit, et quelques\nautres encore qui ne suffisaient plus pour attirer et galvaniser le public.\nPareille lassitude, pareil état de choses s'étaient déjà présentés dans le\nsiècle derniei entre la fin de la vogue de Lully, Rameau et Mondon-\nv-ille, et l'arrivée triomphale de Gluck.\nLe théâtre de l'Opéra - Comique rajeunissait davantage. Quoique\nvivant encore un peu sur le répertoire de Monsigny, de Grétry, je me\nrappelle toujours ma sainte indignation en voyant, en 1827, l'opéra de\nSilvain accompagné par une douzaine d'instrumentistes assis tout près\nles uns des autres, et ayant l'air de faire salon, - de Dalayrac, de\nBerton, de Catel et de Nicolo, Boïeldieu lui donnait une impulsion\nnouvelle à chaque nouvel opéra que son génie enfantait, tandis qu'Hé-\nrold et Auber commençaient déjà leur série de triomphes qui, pour le\npremier malheureusement, fut trop tôt rompue. Je m'arrête ici, car ce\nn est pas l'historique •du répertoire de l'Opéra ni de 1 Opéra-Comique\nque je veux retracer, mais celui des Chanteurs de mon temps.\nLays, magnifique voix, qui tint pendant quarante-trois années con-\nsécutives l'emploi de premier baryton ou basse-chantante à l'Opéra, et\nqui, après sa retraite, joua le 20 novembre 1826, le rôle d'Anacréon\npour la dernière fois, à son bénéfice, fut à la fin de sa carrière professeur\nde chant au Conservatoire. Excellent pour la diction, la déclamation\net la pose de la. voix, il ne valait rien pour enseigner les personnes\ndélicates et faibles. Doué de poumons infatigables, quoiqu'il eût la voix\nbeaucoup moins forte que Dérivis père, il était sans pitié pour les élèves\nqui ne pouvaient répéter aussi souvent qu'il l'aurait voulu les passages\nsoutenus et élevés. Une jeune personne qui prenait de ses leçons parti-\nculières en même temps que moi, ne sortait jamais de chez lui qu'é-\npuisée et en larmes. Il n'aimait pas les notes graves de la voix de basse,\nqu'il qualifiait par un terme que je n'oserais repéter, avait horreur des\nroulades, et ne connaissait au mondé que Gluck. Aussi rien ne fut-il\nplus comique que son désespoir, lorsque je vins à la hâte lui apprendre\nla réussite du Siège de Corinthe. Voulant se lever brusquement de sa\nbergère, ce à quoi mettaient quelque obstacle sa claudication habituelle\net ses soixante-neuf ans, et y retombant malgré lui : « Allons, c'est fini !\nvoilà la roucoulade intronisée à l'Opéra. Je n'ai plus qu'à quitter\nParis, » Ce qu'il fit au bout de trois mois. Pareille fureur s'empara une\ndizaine d'années plus tard d'un vertueux journaliste, qui, le lendemain\ndu premier grand bal masqué, donné par Musard, s'écria : ce Où allons-\nnous? Voilà l'orgie installée à l'Opéra. » Pauvre homme! Il était proba-"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "100", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.4", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nblement vieux comme Lays, et, partant, fort à plaindre dans ce milieu\ntentateur.\nMassimino, bon professeur de chant, compositeur agréable et homme du\nmonde dans toute l'acception du mot, vint s'établir à Paris, suivant Fétis,\nen 1814. Ses qualités aimables autant que son talent lui ouvrirent les\nportes de toutes les grandes maisons de Paris; et à l'époque où je fis sa\nconnaissance, vers iB3o, si la grande vogue de ses cours était un peu pas-\nsée, son salon ne restait pas moins un lieu de rendez-vous, où toutes les\nsemaines ses élèves et des amateurs se réunissaient et chantaient des mor-\nceaux d'ensemble. C'était un des plus ardents propagateurs de la musique\ndes maîtres italiens. A peine un opéra nouveau faisait-il sensation en Ita-\nlie, que Massimino s'empressait d'en faire venir les principaux airs, duos\net ensembles. Les éditeurs Carli et Pacini les gravaient, et bientôt les\nnouveautés signées des noms de Rossini, Bellini, Pacini (le compositeur),\nMercadante, Yaccai, Donizetti, s'essayaient chez lui, et de là faisaient le\ntour des salons de Paris. Parmi ces salons, il faut citer en piemièie ligne\nceux du comte Meroni, de madame la comtesse Merlin, de madame\nDubignon, du général de Navarro, du docteur Orfila, de madame Panc-\nkoucke, du célèbre pianiste et professeur Zimmermann. Amateurs et\nartistes s'entremêlaient, et à côté des illustrations de la scène, telles\nque Bordogni, Pellegrini, Donzelli, mesdames Malibran, Pisaroni, Pasta\net de Sparre, brillaient des amateurs doués de voix splendides et de\ntalents que bien des artistes leur auraient enviés, çomme madame\nMerlin, madame Goussard, mademoiselle de Navarro, et MM. Orfila,\nFortin et Drouin. Et quels étaient les accompagnateurs dans plusieurs\nde ces salons? Paër, Rossini, Meyerbeer et Liszt qui, selon que le\nchanteur ou le morceau lui plaisait ou lui déplaisait, ou suivant les\nidées qui lui trottaient fpar la tête, accompagnait dans la divine perfec-\ntion ou avec un emportement à ne pas pouvoir le suivre. Les admirables\nmodèles qu'offrait alors le théâtre Italien avaient poussé jusqu'à l'en-\ngouement le goût de la musique italienne. Elle trônait partout, et les\nartistes de concerts et les amateurs aidant, tous les jours il arrivait que\nsi un morceau annoncé sur le programme d'une soirée musicale venait à\nmanquer pour une raison ou pour une autre, il était instantanément\nremplacé soit par le quatuor de Bianca e Faliero, soit par le quintette\nde la Cenerentola ou le sextuor de Matilde di Sabran; et sans répétition,\nsouvent entre chanteurs qui ne s'étaient jamais rencontrés auparavant,\nces grandes scènes, que tout le monde savait par cœur, étaient exécutées\ndans une rare perfection.\nTel était l'état de la musique à Paris jusque vers 1834. Cependant le"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "101", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.5", "texte": "LES CHANTEURS DE MON TEMPS\n\nbeau temps des salons de Paris dura encore une douzaine d'années de\nplus. Aux grands artistes que j'ai nommés succédèrent dans ces mêmes\nsalons, Rubini, Tamburini, Lablache (à partir de 1831) et mesdames\nGrisi, Persiani et Albertazzi (à partir de 1884 à 1838). Plus tard, ce fut le\ntour de Ronconi, Mario, mademoiselle Brambilla et mademoiselle Alboni.\nA cette dernière époque déjà, la musique d'ensemble commençait à y dé-\ncliner. D'un côté, un grand nombre d'opéras de Rossini ne se jouaient\nplus ou que fort rarement, tels que le Turco in Italia, Matilde di Sabran\net la Donna del lago; d'un autre, Donizetti n'ayant jamais écrit un seul\nrôle italien important pour le contralto, et Verdi qui commençait sa répu-\ntation n'en ayant point fait du tout (le Trovatore n'existait pas encore),\nles dames qui possédaient ce genre de voix se bornaient par force aux an-\nciens morceaux, les jeunes personnes se souciaient peu d'en apprendre\nqu'elles n'avaient pas entendus et n'auraient presque jamais l'occasion\nde chanter, et les morceaux d'ensemble dans les concerts et les salons ne\ndépassèrent plus guère le duo et le trio. Premier signal de décadence.\nEnsuite, il faut bien le dire, cette excellente confraternité qui régnait\nparmi les artistes sous la Restauration et le règne de Louis-Philippe, et\nqui leur faisait souvent renoncer à une soirée payante pour ne pas man-\nquer le concert d'un ami à qui ils avaient donné parole, disparaissait\npeu à peu. Le désir de ne plus se déranger pour rien, la paresse qui\nfaisait trouver bien plus commode de chanter des airs ou des duos qu'on\nsavait par cœur que d'apprendre et aller répéter des quatuors ou des\nquintettes qui ne serviraient peut-être qu'une seule fois, amenèrent par\ndegrés la musique de concert et de salon à n'être plus aujourd'hui qu'un\ndéfilé d'airs et de couplets.\nJe reviens sur mes pas. Chacun des salons que j'ai nommés se distin-\nguait par sa physionomie particulière. Chez le comte Meroni il n'y avait\naucune étiquette. Les sommités artistiques se faisaient entendre sans\nfaçon et sans se faire prier; et à côté des Donzelli, des Bordogni, des\nPellegrini, et de cantatrices telles que madame Malibran, madame la\ncomtesse de Sparre (mademoiselle Naldi, avant son mariage avec le\ngénéral de Sparre), madame Goussard et mademoiselle Marinoni, faible\nau théâtre, mais charmante au salon, souvent de jeunes artistes de con-\ncert, moi du nombre, se faisaient entendre et recueillaient leur petite\npart de succès. Dans le salon du général de Navarro, rendez-vous hospi-\ntalier de tous les Espagnols de quelque distinction et lieu de réunion de\nla meilleure société parisienne, dont j'avais l'honneur d'être un des hôtes\nles plus assidus, toutes les sommités que j'ai nommées unissaient leurs\ntalents à la splendide voix de mademoiselle de Navarro. C'était là par"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "102", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.6", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nexcellence le salon aux morceaux d'ensemble. Que d'artistes remarqua-\nbles, que d'amateurs de premier ordre, et comme il n'en existe peut-\nêtre plus un seul, y payaient de leur personne. En artistes, outre ceux\nque j'ai plus d'une fois nommés, Santini, mademoiselle Blasis, Rubini,\net plus tard Porto,, Lanza, Basadonna, Stanislas Ronzi, madame Degli\nAntoni, madame Massimino, madame Baptiste Quiney, ancienne\nartiste de l'Opéra, madame Monténégro; en amateurs, l'excellent bouffe\nPanel, la basse-contre de Pradel, MM. de Parade, Chaumerot et Nicoli.\nLe salon très aristocratique de madame la comtesse Merlin ne réunis-\nsait guères que des artistes de théâtre, avec lesquels, à peu près seuls,\nelle avait l'habitude de chanter, sauf le roi des ténors amateurs, le prince\nBelgiojoso. Les artistes de concert et les amateurs ne figuraient, en\ngénéral, qu'au second plan, ou dans les chœurs, qui faisaient une partie\nessentielle de sa musique.\nAu milieu des innombrables objets d'art et de curiosités archéolo-\ngiques qui s'étalaient et s'éparpillaient sur les étagères, les tables et les\nconsoles des salons du célèbre fondateur du Moniteur universel,\nPanckoucke, et qui n'étaient pas toujours à l'abri de certaines mains un\npeu trop agiles, madame Panckoucke avait de la musique excellente.\nA l'imitation des grands salons, tels que ceux de la comtesse Merlin et\ndu baron Delmar, qui réunissaient les artistes du Théâtre-Italien,\nlesquels dans les premiers temps se faisaient payer par soirée, deux cents\nfrancs les hommes : Rubini, Tamburini et Lablache, et les femmes\ntrois cents francs : la Grisi et la Per-siani (que diraient aujourd'hui de\nces honoraires MM. * et ** et mesdames *, ** et surtout ***?) elle avait\norganisé de la musique d'ensemble que quatre artistes de concerts chan-\ntaient dans la perfection. Elle les appelait les petits Italiens : c'étaient\nMMe Perugini, Marras, Ruggiero et madame Perugini. Du reste,\nmalgré ce quatuor et la présence, un peu plus tard, d'autres artistes\nitaliens, tels que les frères Ronzi et madame Viganô, son salon avait un\nparfum plus français que les premiers que je viens de nommer. Madame\nStoltz y venait fréquemment, et je l'y ai même entendue, pour se délasser\ndes grands rôles où elle était si admirable, chanter, accompagnée par\nScudo, le simple et merveilleux Fil de la Vierge, de cet éminent\ncritique et musicien.\nChez madame Orfila, tous les jeunes artistes qui voulaient être lancés\nd'une manière favorable dans le monde musical, étaient sûrs de trouver\nun accueil bienveillant, les basses un peu moins peut-être que les\nautres, parce que M. Orfila chantait lui-même la basse.\nLe salon de M. Zimmerman réunissait tous les talents, quels qu'ils"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "103", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.7", "texte": "LES CHANTEURS DE MON TEMPS\n\nfussent instrumentistes ou chanteurs. L'élément français y dominait\ntoutefois. C'est là que j'ai entendu un merveilleux duo à quatre mains,\nexécuté par Thalberg et Kalkbrenner. C'est là aussi que j'ai entendu\nAdolphe Nourrit dire dans un groupe d'admirateurs de son talent si\noriginal et si pénétrant : « Si un chanteur devait être coulé pour mal\nchanter une fois, deux fois, dix fois même, il faudrait renoncer à jamais\nparaître sur un théâtre. »\nJe pourrais nommer encore bien d'autres salons de cette grande époque\nmusicale à Paris, tels que ceux de madame de Latour, de madame\nLafont, chez qui Donizetti venait d'habitude, de madame la duchesse\nDecazes, etc., etc. Mais je m'arrête, car je n'ai pas eu l'intention, dans cet\narticle, de parler des salons de mon temps, mais des chanteurs de mon\ntemps. Je terminerai cependant ce qui a trait aux salons en disant que,\ndans la plupart d'entre eux, et notamment dans ceux que j'ai cités, le\nmaître ou la maîtresse de la maison était musicien. Mais il s'en trouvait\naussi où ils ne l'étaient ni l'un ni l'autre, et alors avaient souvent lieu\ndes scènes grotesques. Je me rappelle que dans l'un de ceux-là, on devait\nexécuter le septuor de Hummel. Au moment de commencer, l'artiste\nqui jouait du violoncelle n'était pas encore arrivé. Grand émoi. Enfin,\nla maîtresse de la maison se tourne vers un de ses amis et, avec le plus\ndoux de ses sourires \\ « Vous etes si bon musicien et si complaisant.\nVous ne me refuserez pas de faire, sur la flûte, la partie de violoncelle. »\nLe 5 février 1839 fut inaugurée la belle salle de concert de M. Henii\nHerz, et, environ un an après, celle de M. Pleyel ouvrit ses portes au\npublic. Avant cette epoque, les concerts et il yen avait autant, sinon\nplus qu'aujourd'hui se donnaient dans des salons de facteurs de\npianos. Les plus élégants étaient les salons de M. Erard (la salle de\nconcerts actuelle n'existait pas encore) et de MM. Petzold et Pape. Les\nsalons moins recherchés étaient ceux des facteurs Bernhaidt, Seyiig et\nDu port. Ce n'est pas qu'il manquât de grandes salles dans Paris, mais\nelles étaient les unes trop éloignées du centre, les autres tiop coûteuses.\nParmi les premières, il faut citer en première ligne la magnifique salle\nSaint-Jean, à l'Hôtel de Ville, qui pouvait bien contenir de huit à neuf\ncents personnes, et qui, d'après ma propre expérience, était la plus\nsonore que jamais Paris ait possédée. Elle fut détruite vers 1843 et rem-\nplacée par une salle tout en marbre blanc, mais mauvaise de tout point.\nVenait ensuite la salle du Vauxhall, près du Château-d nau, charmante,\nmais peu fréquentée dans les premiers temps par 1 aristocratie, parce\nqu'on y donnait des bals. Les concerts y prirent ensuite le nom\n& Athénée musical. Une salle bien disposée et bien centrale, mais coû-"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "104", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.8", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ntëuse, était la salle Taitbout, devenue fameuse plus tard par les prédica-\ntions saint-simoniennes. Enfin, dans la rue de la Victoire, au n° 21, se\ntrouvait une petite salle de théâtre, construite par Gromaire, ancien\nmachiniste de l'Opéra, très recherchée des artistes, et où se donnaient de\nsuperbes concerts fondés dans l'origine par MM. Henri Herz, De Bériot,\nLabarre et Géraldy. Je citerai encore pour mémoire la salle Cléry, dans\nla rue de ce nom, qui fut bâtie à la fin du siècle dernier, et dans laquelle\nje crois qu'on a encore donné quelques concerts jusqu'en 1828. J'y ai\nassisté à deux ou trois, en 1827, longtemps avant d'avoir commencé ma\ncarrière artistique. D'autres salles se sont élevées depuis celles de\nMM. Herz et Pleyel, mais n'ont eu qu'un succès éphémère. Tels étaient\nle casino Paganini et la salle Sainte-Cécile, tous deux dans la rue de la\nChaussée-d'Antin, et la salle Bonne-Nouvelle, assez bien disposée pour\nla musique d'orchestre, qui disparut, je crois, dans l'incendie du bazar\nBonne-Nouvelle, en 1851.\nLes chanteurs de concerts habituels, avant l'inauguration de la salle\nHerz, mais dont quantité ont chanté longtemps après, étaient, en fait\nde ténors, Cambon, charmant ténor de romance, mort bien jeune;\nRichelmi, également ténor de romance, pur, correct, mais glacial;\nAndrade, Boulanger-Kunzé ,• doux!, gracieux et excellent musicien;\nFlavio Puig enfin, et Barisoni, qui, plus tard, sous le nom de Ricciardi,\na joué à Paris, au théâtre de la Renaissance, avec succès; et, en fait de\nbarytons et de basses, Stéphen de la Madeleine, Lanza, Porto, Geraldi,\nMeccatti, et l'auteur de cet article.\nLes dames étaient très nombreuses; les unes ont embrassé plus tard la\ncarrière théâtrale, telles que mademoiselle Dorus (madame Dorus-Gras)\net mademoiselle Michel, très beau contralto ; d'autres sont restées fidèles\nau culte du concert : de ce nombre étaient mademoiselle Marinoni,\nmademoiselle Leroy, madame Voizel, madame Deligny, soprano gra-\ncieux, madame Sophie Anders, madame Gordon, jeune femme d'une\ngrande beauté et contralto superbe, que le procès de Strasbourg, en 1836,\na rendue célèbre sous un autre rapport, madame Baptiste Quiney, dont\nla voix descendait jusqu'à l'wf, à l'octave de Vut grave du soprano, et\nmademoiselle Isambert (depuis, madame Massimino). Vers la même\népoque, ou un peu plus tard, parurent madame Duflot-Maillard, made-\nmoiselle Méquillet et madame Widemann, qui, depuis, ont remporté de\nbeaux succès au théâtre, mademoiselle Lia Duport, mademoiselle\nd'Hennin (madame Iweins-d'Hennin), mezzo-soprano d'une grande\nénergie, mademoiselle Vavasseur, madame de Lozano, beaux contraltos,\nmadame de Garaudé et madame Laty, au chant passionné. En outre,"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "105", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.9", "texte": "LES CHANTEURS DE MON TEMPS\n\nles artistes des théâtres lyriques se faisaient souvent entendre dans les\nsoirées ou matinées publiques. Bien des personnes se rappellent encore\nles magnifiques concerts où paraissait toute la brillante pléiade des\nchanteurs du Théâtre-Italien dans sa grande phase artistique, et les\nquatuors de Clapisson, interprétés avec tant de perfection par Alexis\nDupont, MM. Wartel, Ferdinand Prévost et Dérivis fils. A peu près au\nmoment où s'ouvraient les salles Herz et Pleyel, commença la réputation\nde madame Sabatier, charmante et gracieuse fauvette qui fit le succès de\ntous les compositeurs dont elle a bien voulu interpréter les inspirations,\nainsi que celle de madame Ugalde qui fit ses premières armes à douze\nans. Madame Lefébure Wély parut peu après. Je ne dois pas oublier de\nmentionner les concerts historiques ou de musique ancienne, du prince\nde la Moskowa, fondés vers 1841, et dans lesquels brilla une dame\namateur, Italienne, douée d'un des plus puissants sopranos que j'aie\nentendus, madame Juva.\nVers 1848 finit le beau règne des concerts. Depuis lors, jusqu'à ce\njour, ils ont été alimentés par des talents souvent très remarquables,\nmais pris la plupart du temps parmi les artistes des théâtres, car la vraie\nrace des chanteurs de concert n'existe presque plus, et les morceaux d'en-\nsemble se bornent à peu près au duo. Certes le public d'aujourd'hui n'est\nnullement à plaindre d'entendre des artistes tels que MM. Pagans,\nLopez, Lefort, mesdames Lacombe, Brunet-Lafléur, Barthe-Banderali,\nBoutin, Armandi et bien d'autres ; mais la richesse de la partie vocale\ndes concerts, en ce qui concerne les morceaux d'ensemble, qui sont d'un\nsi grand effet, a disparu pour faire place à la richesse de la partie ins-\ntrumentale. Jamais, dans aucun temps, Paris n'a possédé autant de mer-\nveilles en ce genre qu'aujourd'hui, où fonctionnent simultanément les\nConcerts du Conservatoire, les Concerts populaires, le Concert national,\nles Concerts-Danbé, ceux de la Société philharmonique de Paris,\net l'on peut encore ajouter les Concerts Frascati, depuis que MM. Li-\ntolff et Arban les dirigent, sans compter les magnifiques auditions\nnon périodiques où M. Lamoureux fait revivre les chefs d oeuvre de\nHaendel et de Bach.\n\nHENRY COHEN."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "106", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.10", "texte": "HISTOIRE\nDES ARCHIVES ET DE LA BIBLIOTHÈQUE\nDE\nL'OPÉRA\n\n(2e article) (i).\nA Bibliothèque dramatique, nous l'avons dit, n'exis-\ntait nullement, avant que M. Nuitter ne se fût occupé\nde rassembler des livres.\nLa Bibliothèque musicale a toujours existé, natu-\nrellement; mais ce n'était pas à l'état de bibliothèque,\nc'était comme dépôt des parties et partitions. Il faut\nbien l'avouer, à la fin du dernier siècle, elle avait encore cette situation,\nplus que modeste.\nNous allons, pour le prouver, raconter un fait assez étrange qui\nindiquera parfaitement les petites dimensions de la Bibliothèque, à\nl'époque que nous venons de citer. Augustin Lefebvre avait son loge-\nment payé par l'Académie, en dehors de l'Opéra, à charge par lui de\ngarder à son domicile toute la musique appartenant à l'Opéra, c'était\nune précaution contre l'incendie. Le format des copies était petit, les\nouvrages étaient fort courts ; il s'en suivait que la Bibliothèque n'exigeait\npas beaucoup de place. Maintenant, avec le développement du rôle de\nl'orchestre dans la musique dramatique et la longueur des partitions, on\n\n(i) Voir le numéro du i 5 janvier."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "107", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.11", "texte": "ARCHIVES ET BIBLIOTHÈQUE DE L'OPÉRA\n\npeut avancer, sans crainte d'être contredit, qu'un ouvrage de Meyerbeer\ntiendrait, sur les rayons d'une bibliothèque, la place de toute l'œuvre du\nvieux Rameau.\nDu reste, le titre de bibliothécaire n'a figuré sur les États qu'à partir\nde la surintendance du premier préfet du palais.\nLe premier des Lefebvre, à la fin de sa carrière, son fils et Le Borne\nont été les premiers à porter ce titre, conjointement avec celui de chef du\nbureau de copie.\nLallemand, Durand et Lefebvre, alors qu'il était chargé de copier et\ngarder le dépôt de la musique de l'Opéra, étaient appelés « chefs de la\ncopie », ou plus simplement encore « copistes de l'Académie. »\nLa Bibliothèque n'a pris.de développement que dans l'hôtel de la rue\nDrouot, lorsque Le Borne en avait la conservation et la surveillance ;\nmais la disposition du local, très restreint, qui contenait le dépôt, excluait\ntoute intrusion du public dans ce musée symphonique.\nLes parties d'orchestre étaient placées sur des rayons, dans l'ancienne\ncuisine de l'hôtel, nous l'avons dit ; dans cette même salle voûtée, le\nbureau de copie était installé.\nJe revois encore l'honnête et excellent Le Borne juché sur une haute\nchaise, devant une espèce de table barbouillée de noir, rappelant assez le\npupitre d'un professeur de quatrième. C'était là qu'il corrigeait les copies\nde ses subordonnés et qu'il écrivait les a conducteurs » à quatre ou cinq\nportées, dont se servait alors le chef d'orchestre. C'était là que quelques\nélèves favoris et j'avais l'honneur de faire partie de cette cohorte fidèle\n—* allaient causer, avec le maître, de contrepoint et de fugue, de septième\ndiminuée et d'imitation à la seconde. Ah! c'était le bon temps! Pouvais-je\npenser, alors, que j'aurais plus tard la mission de mettre en ordre les\nvieux paquets poudreux dont mon vieux maître était entouré !\nDans deux ou trois pièces, à côté du bureau de copie, les partitions\nétaient rangées par ordre alphabétique.\nMalheureusement, mon vénéré professeur était beaucoup plus musi-\ncien que bibliothécaire et surtout que musicologue. Comme la plupart\nde ses contemporains, le répertoire moderne avait toutes ses préférences\nscéniques; aussi n'attachait-ii que peu d'importance aux vieilles parti-\ntions, qui n'étaient point utiles au service de l'Opéra. Comme études\nmusicales, son opinion était toute différente ; car il recommandait à ses\nélèves de lire attentivement l'œuvre de Gluck, les auteurs italiens Fiora-\nvanti, Cimarosa, Pergolèse et surtout Spcntini, pour nous inspirer de sa\nmanière, dans les récits de nos fameuses cantates de l'lnstitut.\nDe cette façon d'agir, et surtout de l'organisation vicieuse de la Biblio-"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "108", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.12", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nthèque, il arrivait que les ouvrages du répertoire courant étaient placés\nbien en vue et que les opéras de la vieille école française restaient enfouis\nsous une vénérable poussière, que jamais on n'eût l'idée d'enlever.\n- Un simple registre relatait alphabétiquement les opéras ou ballets\navec trois simples mentions qui indiquaient : i° la date delà première\nreprésentation ; 2° les noms des auteurs ; 3° si l'ouvrage possédait la par-\ntition avec des parties séparées, ou la partition sans parties.\nCes parties d'orchestre et de chœurs, ces rôles étaient ficelés, tant\nbien que mal, avec des cordes, prises un peu partout, rajustées, raccom-\nmodées, le tout à la diable; pas d'enveloppe pour protéger ces copies\ncontre les injures du temps et des garçons de théâtre; une simple\nétiquette, noircie par un long usage, n'ayant aucune adhérence avec le\npaquet, donnait le nom de l'ouvrage ; et, Dieu sait combien de fois ces\n'appellations étaient mensongères!\nJ'en citerai quelques exemples dans le cours de ce travail.\nQuand le gros de l'œuvre du nouvel Opéra fut à peu près clos et cou-\nvert, on songea à « débarrasser » la Bibliothèque de cet amas de vieille\nmusique qui « l'encombrait. » L'administration désirait de plus avoir à\nsa disposition, les deux ou trois pièces, au fond de la cour à droite,\noù était entassé l'ancien répertoire, pour y placer le service de la Caisse.\nC'est grâce à cette combinaison administrative que l'on n'a eu à s'oc-\ncuper, dans la nuit fatale du 29 octobre 1873, que d'une faible partie\nde la Bibliothèque; la plus importante, au point de vue historique,\nétait à l'abri depuis longtemps.\nQuand l'incendie vint détruire la salle « provisoire » qui, depuis 1821,\navait eu la gloire de faire entendre .tant de chefs-d'œuvre, notamment\nGuillaume Tell et les Huguenots, les pompiers furent très activement\nsecondés par une légion de travailleurs volontaires, parmi lesquels se\ndistinguèrent MM. Jules Comte, sous-chef de bureau au ministère des\nBeaux-Arts, Perrin fils, la plupart des fonctionnaires et artistes de l'O-\npéra. L'Hôtel des ventes fournit son personnel; les pièces d'archives\nfurent placées dans les voitures de la Compagnie des commisseurs-pri-\nseurs; mais la musique qui restait à la Bibliothèque fut portée à bras,\net déposée, en tas5 dans la cour de la mairie de la rue Drouot.\nPar une circonstance heureuse, il ne plut pas; sans cela, les pertes,\ntrès réparables, que l'on a faites, seraient devenues incalculables.\n*\nSans une malencontreuse habitude, que rien n'a pu supprimer, la\nbibliothèque n'aurait presque pas été atteinte si les garçons d'orchestre,\nau lieu de rapporter les parties au dépôt, après la représentation, ne les"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "109", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.13", "texte": "ARCHIVES ET BIBLIOTHÈQUE DE L'OPÉRA\n\neussent déposées au foyer des musiciens. Aussi, les quinze ouvrages\nsuivants ont eu leurs parties brûlées : Ce sont :\nL'Africaine, Coppelia, la Coupe du roi de Thulé, Don Juan, Faust,\n/a Favorite, FreyschiltGretna-Green, Hamlet, /es Huguenots, /a\nJuive, le Prophète, /e Trouvère, la Source, le quatrième acte et deux\ntableaux de Jeanne d'Arc.\nLes partitions de ces ouvrages étaient placées heureusement dans le\ncabinet du chef d'orchestre, ayant vue sur le passage de l'Opéra,\nc'était autrefois le cabinet de M. Gevaërt, l'incendie s'arrêta là et\nles partitions furent sauvées.\nPuisque le nom de M. Gevaërt est venu sous ma plume, je dois men-\ntionner les services que l'ancien directeur de la musique a rendus à la\nBibliothèque de l'Opéra.\nGrâce à M. Gevaërt, on commença à relier les partitions et répétiteurs\ndu service courant ; d'autres soins matériels furent donnés au dépôt de\nmusique. M. Gevaërt est à la fois un musicien érudit, un ami de l'his-\ntoire et des livres. L'avenir de la Bibliothèque était dans de bonnes\nmains; malheureusement, les événements de 1870 sont venus tout\ninterrompre.\nM. Charles Garnier s'était occupé très sérieusement, avant l'incendie,\nde l'installation matérielle du vaste local,qui devait contenir les archives\net la Bibliothèque. Au moment du sinistre du mois d'octobre ißy3, le\nmagnifique meuble, en bois de chêne, qui décore la bibliothèque circu-\nlaire et la salle de travail, était entièrement posé; les dessins de l'en-\nsemble étaient faits, les ordres aux entrepreneurs étaient donnés, pour\nachever l'ornementation des deux galeries. Après l'incendie, on a dû\ns'occuper hâtivement de la scène et de la salle ; l'installation définitive\nde la Bibliothèque a été remise à des temps meilleurs; malgré cela, dès\nque l'on aura placé dans la salle de travail, des tables et des chaises, le\npublic artiste pourra venir consulter les documents précieux des archives\net de la Bibliothèque.\nNous avons cru intéresser nos lecteurs en leur donnant le plan du\ncinquième étage (troisièmes loges) qui appartient en entier au service des\narchives et qui prend jour sur les rues Gluck et Halévy. On verra que\nM. Garnier a été généreux envers la Bibliothèque. La salle circulaire est\ndéjà une des beautés architecturales du nouvel Opéra."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "110", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.14", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nA Bibliothèque circulaire, parti-\ntions d'orchestre, livres,\ngravures,— lithographies (169™\n7°)-\nB Salle de travail (141m 60).\nC Galerie des archives (i 6im 28).\nD Annexe des archives ( 3ym 10).\nE Id. ( 6ira 38).\nFF7 Cabinet (25m 61).\nGG7 Antichambre (25m 5o).\nHH' Cabinet de toilette (5,n 75).\nI Galerie des parties d'orchestre\n(i 43m 35).\nJ Bureau de copie.\nK Cabinet du chef de copie.\nLL7 Portes donnant sur la salle.\nLa Bibliothèque et les Archives possèdent une superficie totale de sept cent soixante\net onze mètres, vingt-sept centimètres.\nLe 29 octobre 1873, on transporta de suite, au nouveau bâtiment, les\népaves du dépôt et des archives. Le bureau de copie fut institué provi-\nsoirement au premier étage. Comme dans la rue Drouot, on plaça sur des\nrayons construits à la hâte, les ouvrages du répertoire moderne ; au\ncinquième étage, dans une pièce qui est maintenant le bureau du chef\nde copie, on mit les partitions du vieux répertoire; les parties d'orchestre\net les archives trouvèrent place dans la seconde galerie sur des tablettes,\nque les menuisiers du bâtiment construisirent aussitôt.\nCette situation, plus que provisoire, ne pouvait durer longtemps. A la\nveille de devenir une bibliothèque importante, que le ministère des\nBeaux-Arts désire ouvrir, sinon au public, du moins aux amateurs, aux\nmusicologues, aux dessinateurs et aux peintres en décorations ; il fallait\ninventorier ces richesses artistiques, les cataloguer, mettre enfin à tout\ncela un ordre matériel, qui permît d'atteindre le but proposé.\nAu mois de décembre 1873, sur la proposition de M. Vaucorbeil,\ncommissaire du gouvernement, toujours plein de zèle pour tout ce qui\nintéresse la musique et les musiciens, M. Arthur de Beauplan, chef du\nbureau des théâtres, voulut bien me charger de ce travail intéressant.\nA l'occasion du renouvellement du cahier des charges, un arrêté du\nministre, en date du 3 1 décembre, a statué définitivement sur cette orga-\nnisation du personnel des archives, *\n(La suite prochainement.)\n\nTH. DE LAJARTE."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "111", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.15", "texte": "ANDRÉ PHILIDOR\n\n(<)\nIX\nE 1775 à 1779, nous trouvons une nouvelle lacune dans\nla carrière musicale de Philidor. Mais nous savons, cette\nfois, qu'il fit un voyage en Angleterre, puisqu'il donna à\nLondies, en 1777, une nouvelle édition de son Analyse\ndu Jeu des Echecs avec préface nouvelle, édition ornée\nd un très beau portrait dessiné et gravé par Bartolozzi, qui était au\nnombie des souscripteurs de cet ouvrage. Nous savons aussi qu'à partir\nde cette époque, sa passion pour son jeu favori redoubla pour ainsi dire\nd intensité jusqu à sa mort, et occupa une grande partie de son exis-\ntence. Nous allons donc de nouveau, dans ce chapitre, avoir surtout à\nnous occuper de lui comme joueur d'échecs et au point de vue des\nprouesses qu'il accomplit sous ce rapport en Angleterre.\nCependant, j ai acquis la preuve que Fhilidor était encore à Paris au\nmois de juillet 1776, et que, par conséquent, il ne partit pour Londres\nque vers la fin de cette année.\nOn venait de jouer Alceste à l'Opéra; la polémique était vive entre\ntous les journaux qui s'occupaient de cette œuvre grandiose, et Gluck\nn était pas seul à fai 1 e les frais de cette polémique, dans laquelle plus\nd un sarcasme était à l'adresse de son collaborateur et s'attaquait au\npoème de ce chef-d'œuvre. Une phrase, en apparence assez innocente,\nvint, à ce piopos, mettre Philidor en jeu, et fit sortir celui-ci de sa\nréseive habituelle. En énumérant les défauts qui, selon lui, déparaient\n\n(1 ) Voi 1 les numéros des i 5 juin, i 5 juillet, ie* septembre, octobre, ie* novembre,\nlel1e1 décembre 1874 et ier janvier 1875."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "112", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.16", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nle livret à'Alceste, le rédacteur du Journal des Sciences et des Beaux-\nArts (ier juin 1776) terminait ainsi son article: a II ne faut pas\nimputer toutes ces fautes au poète, mais à la contrainte où il a été de\ns'assujettir à une musique faite pour d'autres paroles. Poinsinet disait\nqu'il n'y avait que lui au monde qui pût travailler pour M. Philidor,\nparce que celui-ci commençait toujours par faire la musique. »\nL'écrivain, en s'exprimant assez mal, faisait nettement comprendre\nque Philidor traçait d'avance ses motifs, et que son librettiste était\nensuite obligé d'y adapter des paroles. Pour qui connaît Philidor,\nl'accusation était sotte, car jamais peut-être musicien n'a exprimé d'une\nfaçon plus juste le sens des situations et des paroles, ce qui serait bien\ndifficile, sinon impossible à obtenir avec un pareil procédé. En somme,\nil n'y avait pourtant pas là de quoi pendre un homme même un\nhomme de lettres et Ton peut s'étonner de la verdeur et de l'âpreté\navec laquelle Philidor répondit à l'allégation du critique. Il vit un\noutrage prémédité là où il n'y avait probablement qu'ignorance, et\nvoici de quelle encre il écrivit sa réponse, adressée par lui au directeur\ndu Journal de Théâtre, et que celui-ci inséra dans son numéro du\ni 5 juillet :\n« Dans votre prospectus, monsieur, vous avez dit.que les auteurs qui vou-\ndraient répondre aux critiques que Von aurait faites de leurs ouvrages, soit\ndans votre journal, soit dans d autres, pourraient vous adresser leurs défenses.\nVous m'obligerez de rendre publique la lettre que vous trouverez ci-jointe.\n« J'ai l'honneur d'être, etc.\n« A MM. CASTILLON, auteurs du Journal des Sciences et des Beaux-Arts.\n« Paris, le g juillet 1776.\n« Après m'avoir calomnié comme vous l'avez fait, messieurs, dans votre\njournal de juin dernier, page 451, vous ne trouverez pas mauvais que je vous\ndémente publiquement, et que je me serve du Journal de Théâtre, dans\nlequel il est libre à tous les artistes de confondre l'imposture, l'ignorance et\nla méchanceté de la plupart de ceux qui se plaisent à les attaquer.\n« Avant de dénigrer un homme qui a toujours plus ambitionné la gloire\nque la fortune, et pour lequel le public n'a cessé d'avoir de l'indulgence, n'au-\nriez-vous pas dû consulter les auteurs vivants auxquels j'ai eu l'honneur\nd'allier mes faibles talents? Tous vous auraient certainement attesté que je\nn'ai jamais exigé que l'on parodiât ma musique, et vous vous seriez bien\ngardés d'avancer de prétendus propos de feu M. Poinsinet à mon égard.\n« Ne croyez pas, messieurs, que les critiques ou les compliments de jour-\nnalistes tels que vous puissent affecter mon âme ; j'ai souffert, sans me\nplaindre, de bien plus grandes injustices, depuis que j'ai le bonheur de\nrecueillir les suffrages du public : mais reconnaissance et le respect que"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.17", "texte": "LAYS\nRôle d'Aristippe dans Aristippe.\nImp. A.Cadart.Paris"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "113", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.18", "texte": "ANDRÉ PHILIDOR\nVII.\n8\n\nj'ai pour ce même public m'engagent à ne pas laisser ternir ma réputation par\nun mensonge.\n« A.-D. PHILIDOR. »\nBien que le fait avancé lui pût être désagréable, Philidor, en cette\ncirconstance, me semble avoir pris une massue pour écraser une fourmi.\nLes pauvres écrivains du Journal des Sciences et des Beaux-Arts furent\nsans doute un peu surpris de recevoir un telle mercuriale, et ne durent\npas trop savoir ce que cela voulait dire.\nQuoi qu'il en soit, Philidor ne quitta probablement la France, pour\nse rendre en Angleterre, qu'au commencement de 1777. Selon son fils,\nil était pensionné depuis 1772 par le club des échecs, de Londres, pour\nséjourner périodiquement en cette ville. Ce club doit donc être celui qui\nfut formé, en 1770, dans un café de Charing-Cross (1).\nC'est là que Philidor retrouva ses anciens adversaires, qui étaient en\nmême temps ses amis et ses admirateurs. Dès son arrivée à Londres, il\ns occupa de la nouvelle édition de son Analyse, qui parut avec cette\ndédidace : « Aux très illustres et très\nEchecs, par leur très humble et très\nA Londres, ce 4 juin 1777* \" La nouvelle préface était ainsi conçue, et\nprouve que Philidor avait étudié et possédait à fond la matière qu'il\ntraitait :\n« Plusieurs savans ont publié leurs recherches sur l'origine des Échecs. Je\nne déciderai point de leur conformité avec les de l'ancienne Rome.\nLes Chinois jouent aux Échecs ; mais leur jeu ne ressemble en rien au nôtre,\nni par la marche des pions, ni par la puissance des pièces. Les Arabes ont\nintroduit vraisemblablement ce jeu en Europe, et leurs auteurs en attribuent\nl'invention aux Indiens. Quoique depuis plusieurs siècles les Échecs aient fait\n1 amusement des plus illustres personnages, les Espagnols et les Anglais sem-\nblent s'en être principalement occupés, puisque les premiers traités sont\n(1) En 1774, un autre Cercle d'échecs fut fondé dans Thatched-House, Saint-\nJames s street, et dans le même temps une troisième réunion se formait, qui tenait\nses séances dans une salle particulière du café Old-Slaughter, Saint-Martin's-Lane\nLes joueurs les plus renommés de cette époque, à Londres, étaient lord Sunderland\nCargyll, Cunningham, lord Godolphin, lord Elibank, sir Abraham Janssen, le fameux\ntara ma *, docteur Black, docteur Cowper, lord Cornway, Salvador, lord Harrowby\nle comte Bruhl, Bowdler, Jenning... Tels étaient donc, évidemment, les compa-\ngnons ordinaires de Philidor.\ninl\" tqUl jfVait Pr5cédé Philidor dans la carrière... échiquéenne, était\nnuhli'pCT eUI Un tr!V>te .estlme sur ce >eu : qui fut\n®\"cc®®siven>ent a Paris (1737), La Haye (1741-1745), Amsterdam et Leipzig\nédition* ?UI\"g (-I?7°)' ytreCht(i777), Pans (1844-1848). Dans ces trois dernières\neauions, le titre a ete modifie."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "114", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.19", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nimprimés en ces langues : cependant l'ltalie l'emporte sur eux pour le nombre\nde volumes, et les IV Biicher vom du duc de\nBrunswick, publiés sous le faux nom de Gustave Sélénus, sont ce que l'Alle-\nmagne nous offre de plus considérable. La France a possédé, dans tous les\ntemps, d'excellents joueurs ; mais ils ont négligé de nous faire part de leurs\ndécouvertes, et je crois être le premier de ma nation qui ait mis au jour la\nthéorie et la vraie pratique de ce jeu. Cet ouvrage est divisé en deux parties ;\nla première est une réimpression de l'édition de 17491 avec des corrections et\nobservations nouvelles : l'autre renferme une suite de fins de parties utiles et\nmême nécessaires à connoître, ainsi que nombre de débuts nouveaux. Comme\nj'attribue le succès de mon premier traité aux notes qui accompagnent le\ntexte, et dans lesquelles on a dû puiser des règles générales, j'ai suivi la même\nméthode dans ce supplément; et je crois avoir perfectionné la théorie d'un\njeu que beaucoup d'auteurs célèbres, tels que Leibnitz, etc., traitent de\nscience (i).\nAu nombre des deux cent quatre-vingt-trois souscripteurs inscrits en\ntête du volume, nous trouvons les plus grands noms de l'aristocratie\nanglaise : duc et duchesse d'Argyle, duchesse de Bedford, duc et du-\nchesse de Burcleugh, duc de Bolton, comte de Bruhl, marquis et mar-\nquise de Carmarthen, duc et duchesse de Devonshire, comtesse de\nDerby, duc de Leeds, duc et duchesse de Manchester, duc de Marlbo-\nrough, duc de Montagu, duc de Northumberland, comte et comtesse\nd'Ossory, comtesse de Powis, comtesse de Pembroke, marquis et mar-\nquise de Rockingham, duc de Richmond, duc de Roxburg, comte et\ncomtesse Spencer, comte de Shelburne, comte Waldegrave, les lords\nAmherst, Bentick, Bateman, Beauchamp, Barrington, Breadalbane,\nCavendish, Clifford, Denbigh, Elibank, Fitzwilliam, Falmouth, Holland,\nIrwine, Kerry, Kinnaird, March, Mounststewart, Oxford, Palmerston,\nPolwarts, Speneer, Temple, Tirconell, Willoughby, etc. La noblesse\nfrançaise est représentée par le duc d Ayen, le chevalier d'Aguesseau, le\nduc de Luynes, le comte de Lauraguais, le maréchal duc de Noailles et\nle marquis de Noailles, le marquis de Ségur, le baron de Talleyrand, le\nmarquis de Villette, auprès desquels brillent les noms de Voltaire, de\nDiderot, de Marmontel, de Suard, de Sedaine, de Saurin, de l'abbé\nRaynal\nC'est, je crois, à l'époque de ce nouveau séjour en Angleterre, qu'il\n\n(1) J'ai dit que cette édition était ornée d'un très beau portrait dû à Bartolozzi. Ce\nportrait, d'une touche délicate et souple, d'un burin plein de finesse, est en forme de\nmédaillon et porte en exergue le nom et les lieu et date de naissance du modèle :\nAndré Danican Philidor, né à Dreux le sept septembre mil sept cent vingt-six. Au-\ndessous, un quatrain signé de ces mots : Par M, Davesne, et qui est le même que\ncelui qui accompagne le portrait dessiné par Cochin et reproduit par la Chronique\nmusicale en tête du premier article de cette biographie."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "115", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.20", "texte": "ANDRÉ PHILIDOR\n\nfaut placer 1 un des plus grands tours de force que Philidor exécuta au\nclub des Échecs. Une triple partie fut organisée entre lui, d'une part,\net, de l'autre, les trois plus forts joueurs de Londres : le comte de Bruhl,\nson ami intime, M. Bowdier et M. Mazères. Philidor devait mener les\ntrois parties simultanément, sans voir aucun des échiquiers. Le résul-\ntat fut prodigieux : en une heure vingt minutes, M. de Bruhl était\nvaincu; M. Mazères le fut en deux heures, et au bout d'une heure trois\nquarts la partie avec M. Bowdier était déclarée égale.\nPhilidor renouvelait souvent cet exercice, et il y apportait une lucidité\nd'esprit et une assurance vraiment formidables. Madame de Bawr, dans\nses Souvenirs, raconte ainsi un fait affirmé par tous les contemporains :\n«... On avait vu deux ou trois fois Philidor conseiller une personne placée\nhors de sa vue, et qui conduisait une partie pour son compte, tandis qu'il en\njouait une autre; mais un pareil effort de tête le fatiguait, au point qu'il\nrenonça totalement à exécuter de nouveau ce tour de force.\n« Néanmoins, M. le comte d'Artois en ayant entendu parler, eut le plus\ngrand désir d'en être témoin, et fit proposer à Philidor de jouer cent louis de\ncette manière. Philidor, après avoir bien averti le prince qu'il était certain de\nle gagner, finit par céder à ses instances et par accepter le pari.\n«Quand M. le comte d'Artois eut choisi les deux joueurs qui devaient\ndéfendre ses intérêts, comme il était bien décidé à payer les cent louis, quelque\nchose qui arrivât, il fit consentir en secret le second de Philidor à ne point\nexécuter exactement un des ordres qui lui serait donné, et, ceci convenu, la\npartie commença. Elle était à peine en train, que Philidor ayant dit à son\njoueur de faire sortir un de ses cavaliers, celui-ci fit sortir un fou, et, une\nvingtaine de coups après, il avertit que l'adversaire faisait échec au roi avec\nsa reine. Cela n'est pas possible, dit Philidor, notre cavalier la prendrait.\nMais le cavalier n'est pas là, répondit le complice du prince, c'est le fou.\nGomment? le fou!\n« Philidor posa sa tête dans ses deux mains, et réfléchit profondément, le\ntemps qui lui était nécessaire pour rappeler toute la partie à sa mémoire. —•\nAu cinquième coup, dit-il enfin, quand je vous ai dit de faire sortir le cava-\nlier, vous vous êtes trompé, et vous avez fait sortir le fou.\n-t A ces mots, le comte d'Artois se leva, saisi de surprise et d'admiration;\nil avoua sa malice, en priant Philidor de la lui pardonner, et lui envoya le\nlendemain matin ses cent louis dans une boîte d'or, ornée de son chiffre en\ndiamants (i). »\nCes combats extraordinaires notaient pas, on le pense bien, sans\nfatiguer et surexciter d'une façon cruelle les facultés intellectuelles de\nPhilidor. Gela est si vrai, que pour assurer la lucidité de son esprit, il\n\n(I) MADAME DE BAWR : Mes Souvenirs, pp. 54-56."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "116", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.21", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ns'y préparait d'ordinaire par une abstinence presque complète. En effet,\ndans une lettre à sa femme, par laquelle il lui annonçait l'heureuse issue\nd'un défi de ce genre qui lui avait été porté, il écrivait qu'il s'y était\npréparé par plusieurs jours d'une diète presque absolue. Diderot, qui\nestimait profondément Philidor, pour lequel il avait une affection sin-\ncère, crut devoir le mettre en garde contre des efforts qui pouvaient\ndevenir meurtriers, et luiécrivit? au sujet de la lutte qu il venait de sou-\ntenir, la lettre suivante (1) :\n« Je ne suis pas surpris, monsieur, qu'en Angleterre toutes les portes\nsoient fermées à un grand musicien, et soient ouvertes à un fameux joueur\nd'échecs ; nous ne sommes guère plus raisonnables ici que là. Vous convien-\ndrez cependant que la réputation du Calabrois n'égalera jamais celle de Per-\ngolèse. Si vous avez fait les trois parties sans voir, sans que l'intérêt s'en\nmêlât, tant pis : je seroisplus disposé à vous pardonner ces essais périlleux si\nvous eussiez gagné à le faire cinq ou six cents guinées ; mais risquer sa raison\net son talent pour rien, cela ne se conçoit pas. Au reste, j'en ai parlé à\nM. de Légal, et voici sa réponse : « Quand j'étais jeune, je m'avisai de jouer\n« une seule partie d'échecs sans avoir les yeux sur le damier; et à la fin de\n« cette partie, je me trouvai la tête si fatiguée, que ce fut la première et la\n« dernière fois de ma vie. 11 y a de la folie à courir le hasard de devenir fou\n« par vanité. » Et quand vous aurez perdu votre talent, les Anglais viendront-\nils au secours de votre famille? Et ne croyez pas, monsieur, que ce qui ne\nvous est pas encore arrivé ne vous arrivera pas. Croyez-moi, faites-nous\nd'excellente musique, faites-nous-en pendant longtemps, et ne vous exposez\npas davantage à devenir ce que tant de gens que nous méprisons sont nés.\nOn diroit de vous tout au plus : « Le voilà ce Philidor, il n'est plus rien, il a\n« perdu tout,ce qu'il étoit à remuer sur un damier des petits morceaux\n« de bois. » Je vous souhaite du bonheur et de la santé. Encore si l'on mou-\nroit en sortant d'un pareil effort; mais songez, monsieur, que vous seriez\npeut-être pendant une vingtaine d'années un sujet de pitié ; et ne vaut-il pas\nmieux être, pendant le même intervalle de temps, un objet d'admiration ?\n« Je suis, avec l'estime et l'amitié que vous me connaissez, votre très\nhumble et très obéissant serviteur,\n« DIDEROT.\n« Paris, ce 10 avril 1782 (2). »\n\n(1) Cette lettre, qui est restée dans les archives de la famille Philidor, a été publiée\npour la première fois dans une brochure de douze pages, Réponse à une soirée\nd'ermites (iB3B, in-8, pp. n-12), et reproduite en 1864 par M. Edouard Fournier\ndans son livre : Chroniques et Légendes des rues de Paris (pp. 267-268). La repro-\nduction qui en a été faite dans la notice du Palamède est inexacte et incomplète.\n(2) Diderot, parlant des échecs dans son Neveu de Rameau, dit : « Paris est l'en-\ndroit du monde, et le café de la Régence l'endroit de Paris où l'on joue le mieux à ce\njeu; c'est là que font assaut Légal le profond, Philidor le subtil, le solide Mayot;\nqu'on voit les coups les plus surprenants, et qu'on entend les plus mauvais propos ;\ncar si l'on peut être homme d'esprit et grand joueur d'échecs comme Légal, on peut\nêtre un grand joueur d'échecs et un sot comme Foubert et Mayot. »"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "117", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.22", "texte": "ANDRÉ PHILIDOR\n\nQuoiqu'il en eût, Philidor se voyait condamné, sinon à opérer tou-\njours des prodiges du genre de celui dont parle Diderot, du moins à\nfaire toujours plus ou moins des tours de force. Dès ses plus jeunes an-\nnées, il était devenu en quelque sorte invulnérable, et, aucun adversaire\nne pouvant se mesurer avec lui dans les conditions ordinaires, il lui\nfallait donc chercher sans cesse, sinon à égaliser les chances, ce qui était\nvraiment impossible, du moins à mettre son jeu dans des conditions\nexceptionnelles de difficultés. C'est qu'en effet, non-seulement aucun\njoueur ne pouvait le gagner, mais quand lui-même voulait perdre il lui\nétait impossible d'y arriver, en dépit de ses désirs et de ses efforts les\nplus sincères. Il en donna un jour une preuve intéressante, en gagnant\nmalgré lui le fameux automate joueur d'échecs qui, à la fin du dix-\nhuitième siècle, obtint tant de succès par toute l'Europe.\nCet automate était l'œuvre d'un noble hongrois, le baron Wolfgang\nde Kempelen, et mit, pendant plusieurs années, tout le monde savant\nen émoi. La première apparition de cette machine avait eu lieu en 1770,\nà Presbourg, lieu de naissance de l'inventeur. Un chroniqueur du temps\nle décrivait ainsi : « L'automate, affublé d'un riche costume orien-\ntal, était assis devant un bureau porté sur quatre roulettes, et ce bureau\nrenfermait les rouages et le cylindre qu'on disait servir à mouvoir la\nmachine. Le baron de Kempelen commençait à montrer avec grand\napparat son auromate*, on entendait les ressorts crier et résonner comme\nceux d'une pendule; alors le bras de l'automate se levait lentement,\navançait jusque sur la pièce qu'il devait prendre, l'enlevait, et la trans-\nportait sur la case où elle devait être placée. Il ne fallait pas tenter de\ntromper ce joueur par une fausse marche, car il ne manquait pas de\nprendre la pièce et de la remettre à sa place en branlant la tête. S agis-\nsait-il de dénoncer l'échec, on voyait les lèvres de l'automate s'agiter, et\nil s'en dégageait un souffle, un son faiblement articulé, dans lequel on\npouvait presque entendre les mots sha ou qui expriment dans la\nlangue orientale un avertissement énergique, dont l'adversaire devait\ntenir compte. »\nPourtant, les observateurs attentifs ne tardèrent pas à être convain-\ncus que cette machine n'opérait pas absolument* ainsi qu on le pi éten-\ndait, par de simples moyens mécaniques. Decremps, dans sa Magie\ndévoilée, fut le premier qui devina la présence d'un être humain habile-\nment dissimulé dans l'un des compartiments du bureau devant lequel\nétait assis l'automate. Dans le même temps, un savant polygraphc,\nDuteus, soutint, dans son livre : Recherches sur l'origine des décou-"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "118", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.23", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nvertes attribuées aux modernes (1796), qu'il était impossible à un\nenfant ou à un nain de la plus petite taille de trouver place dans le\nbureau. Duteus était dans Terreur la plus complète. Mais ce qui ache-\nvait de dérouter les observateurs, c'est que le baron de Kempelen affir-\nmait lui-même qu'il donnait, de sa personne, la direction aux mouve-\nments de l'automate. Par quel moyen?...\nOr, voici quels étaient la construction et le jeu de la machine. Le\nbureau de l'automate avait deux compartiments: au moment de l'ouver-\nture, qui avait lieu en présence du public, le moteur humain s'y tenait\ndéjà fort habilement caché; mais comme les deux compartiments\nn'étaient ouverts que successivement, et jamais en même temps, le\njoueur invisible, qui était assis sur une tablette à galets, se blottissait\nadroitement dans l'un de ces compartiments, tandis que l'autre était\nexposé aux regards du public. Mais comment pouvait-il se faire qu'un\nhomme, caché dans une boîte non transparente, pût non-seulement voir\nles coups joués par son adversaire, mais encore faire mouvoir l'automate\navec une intelligente précision? Le procédé était celui-ci.\nLe directeur de l'appareil, pourvu d'une bougie qui l'éclairait et d'un\néchiquier de voyage, entrait dans la boîte, qui était fermée presque her-\nmétiquement. Ce premier échiquier avait toutes ses cases numérotées.\nUn autre échiquier, à cases également numérotées, se dessinait en\nguise de plafond au-dessus de la tête du directeur, formant le revers de\nla table sur laquelle jouait l'automate. Les pièces du jeu extérieur, armées\nchacune à leur base d'un aimant très fort, faisaient mouvoir, lorsqu'on\nles posait ou qu'on les enlevait, de petites bascules en acier, correspon-\ndant à chacun des carrés de l'échiquier intérieur du bureau. C'est par ce\nmoyen que l'homme caché, en observant attentivement le jeu des bas-\ncules, pouvait juger immédiatement le coup Joué par l'adversaire de\nl'automate. Répétant aussitôt le coup sur l'échiquier placé sous ses\nyeux, il jouait le sien, et au moyen d'une manivelle qui faisait mouvoir\nle bras de l'automate, et d'un ressort élastique qui imprimait le mouve-\nment aux doigts et à la tête de celui-ci, il faisait agir la machine avec\nune promptitude et une précision qui étonnaient même les plus con-\nnaisseurs (1).\nLorsque le baron de Kempelen vint à Paris avec sa machine, on orga-\nnisa, à l'Académie des sciences, une grande séance d'apparat, dans\n\n(1) La plupart de ces renseignements sont empruntés à un intéressant article\npublié dans le Journal de Rouen, au mois d'octobre 1868, sur l'automate de Kem-\npelen."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "119", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.24", "texte": "ANDRÉ PHILIDOR\n\nlaquelle Philidor fut invité à se mesurer avec l'automate merveilleux.\nLe baron alla trouver Philidor, et lui exposa sa situation : « Je ne suis\npas sorcier, lui dit-il, vous le pensez bien, et mon automate n'est pas\nplus fort que moi; mais, ayant perdu tout ce que je possédais, il reste\nmon unique ressource et mon seul moyen d'existence. Jugez, monsieur,\nquelle fortune ce serait pour moi de pouvoir proclamer dans les papiers\npublics que mon automate vous a gagné! »\nPhilidor, avec sa bienveillance ordinaire, consentant parfaitement à\ns'effacer, sans concevoir même une préoccupation d'amour-propre, lui\nrépondit aussitôt: Oh! monsieur, j'en serais enchanté..... Mais vous\ncomprenez que, dans votre intérêt même, nous ne devons pas avoir l'air\nde nous être concertés; il faut que je me défende, et que l'on ne puisse\ns'apercevoir que j'y apporte quelque négligence. Je ferai tout mon pos-\nsible, je vous le promets, pour me laisser gagner par votre automate. »\nEh bien, malgré tout, sa bonne volonté fut inutile, et tous ses efforts\nrestèrent superflus. Il en fit d'inouïs pour perdre cette partie, qu'il\ngagna malgré lui, ses erreurs volontaires n'étant pas assez sensibles, quoi\nqu'il en pût croire, pour que son adversaire, fort habile pourtant, en pût\nefficacement profiter. Son fils aîné, qui assistait à cette séance, lui enten-\ndit souvent dire, par la suite, que jamais partie d'échecs ne 1 avait autant\nfatigué.\n(La suite prochainement.)\n\nARTHUR POUGIN."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "120", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.25", "texte": "PAUL FOUCHER\n\nAUL Foucher s'est éteint doucement, sans secousse, le\n23 janvier, vers cinq heures du soir, laissant derrière\nlui toute une vie de labeur et de probité.\nLa mort ne surprend pas l'honnête homme. Entre\nelle et lui, Paul Foucher avait dès longtemps mis sa\nconscience en sentinelle; sentinelle vigilante et qui\nle gardait bien.\nSa mémoire est vierge de toute tache. La mort l'a frappé debout, sur\nla brèche. Il semble qu'elle ait voulu respecter l'amour-propre de ce\ntravailleur infatigable : elle l'a enlevé 1411 dimanche. La besogne du len-\ndemain était prête, et son feuilleton, paru le lundi dans la Presse, est\nun feuilleton posthume.\nPaul Foucher était né en 1810, à Paris.\nAux heures brûlantes du romantisme, le nom de Paul Foucher appa-\nrut, pour la première fois, associé au nom de Victor Hugo, dans la\npaternité du drame Amy Robsart. Il était le beau-frère du grand poète,\nauquel il avait voué une admiration fervente. Il a suivi, d'un pas très\ninégal, le lumineux sillon tracé par le maître, et d'assez près parfois, pour\nen distraire un rayon furtif. Romans, nouvelles, drames, tragédies, vers,\narticles de revue, critique dramatique et musicale, correspondances lit-\ntéraires, tous ces genres de l'activité intellectuelle, Paul Foucher les a\nsuccessivement abordes. Ses collaborateurs dramatiques s'appellent"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "121", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.26", "texte": "PAUL FOUCHER\n\nCharles Desnoyers, Mélesville, Alexandre de Lavergne, Alboize, Elie\nBerthet, Anicet Bourgeois, Dennery, avec lesquels il a peut-être signé\ncent actes. Cette partie de sa carrière n'est point de notre ressort. D'au-\ntres, amis plus autorisés et non moins pieux que nous, analyseront ail-\nleurs cet œuvre considérable. Nous n'en dégagerons que ce qui touche à\nnotre spécialité.\nPaul Foucher, dilettante éclairé autant que dramaturge de ressources,\npossédait à un éminent degré l'entente des situations véritablement\nlyriques. Scribe le savait, car c'est dans la tragédie de Don Sébastien de\nPortugal, de Foucher, qu il a puisé les scènes de ce Don Sébastien qui\nfut mis en musique par Donizetti.\nVoici la liste des livrets et des ballets qu'on doit à Paul Foucher.\nVAn mille, opéra comique en un acte, en collaboration avec Méles-\nville, musique d'Albert Grisar, représenté à l'Opéra-Comique au mois\nde juin 1837.\nCe petit ouvrage, le second que Grisar ait écrit pour la scène, n'a laissé\ntrace ni dans la carrière du compositeur, ni dans celle des librettistes.\nLe Vaisseau fantôme, opéra en deux actes, musique de Louis Dietsch,\nreprésenté à l'Opéra le 9 novembre 1842.\nPaul Foucher avait trouvé l'embryon de son libretto dans l'œuvre\nd'Henri Heine, qui rapporte quelque part la légende, populaire en Alle-\nmagne, du Hollandais spectre. Il avait débarrassé le sujet de son enve-\nloppe nébuleuse, et reconstitué l'intrigue en y ajoutant des personnages\naccessoires. Théophile Gautier reconnaît le mérite du dialogue poétique\net des chœurs, ainsi que l'adresse et l'expérience apportées à l'agencement\ntotal de l'ouvrage. Richard Wagner s'est emparé du même conte pour\nétablir son poème du Hollandais volant (Der fligende Hollander),\nopéra fantastique, tombé avec éclat à Dresde, le 2 janvier 1843. Avant\nde confier à Paul Foucher le poème du Vaisseau fantôme, M. Léon\nPillet, alors administrateur de l'Opéra, avait demandé à Wagner son\nHollandais volant. On ne s'entendit point sur les conditions : Wagner\ndevait recevoir le prix de son œuvre et en conserver la propriété pour\nl'Allemagne, sous la condition d'en changer le titre à Paris. Mais, dans\ncette combinaison, Dietsch restait toujours chargé musique, et c'est\nla vraisemblablement ce qui répugnait à la nature envahissante du\nnovateur allemand. Pour se convaincre des liens intimes qui rattachent\nle Vaisseau fantôme, de Paul Foucher, au Hollandais volant, de\nWagner, il suffit de lire ce dernier poème, inséré sous le titre de Vaisseau"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "122", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.27", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nfantôme dans le livre intitulé : Quatre poèmes d'opéra, traduits en\nprose française, précédés d'une Lettre sur la musique, par Richard\nWagner. Le Vaisseau fantôme,\nIseult(Paris, Librairie-Nouvelle, 1861, in-12).\nDans l'interprétation du Vaisseau madame Dorus et Marié\nse partageaient le succès.\nRichard en Palestine,opéra en trois actes, musique d'Adolphe Adam,\nreprésenté à l'Opéra le 14 octobre 1844.\nSon succès fut compromis par les fâcheuses défiances de la direction de\nl'Opéra contre la musique d'Adam. Musicalement,\nest une œuvre de mérite, pour laquelle il eût fallu se mettre en frais de\ncostumes et de décorations. C'est à Walter Scott que Paul Foucher avait\nemprunté son livret, dont l'action était un peu languissante. On y trouve\ncependant quelques situations favorables à la musique, et des coupes ori-\nginales dans la versification. On remarqua surtout, dans ce genre, une\nchanson bachique d'Allemands, sur des vers de trois pieds, qui rappel-\nlent le Pas d'armes du roi Jean. était chanté\npar Marié, Baroilhet, Levasseur et madame Dorus.\nPaquita,ballet-pantomime en deux actes, avec Mazillier, musique de\nDeldevez, représenté à l'Opéra en avril 1846.\nC'était une manière de ballet mélodramatique assez nouvelle, et telle\nque Bouchardy l'eût pu rêver. Paquita réussit parfaitement. La danse\nprodigieuse de Carlotta Grisi enleva tous les applaudissements.\nL'Étoile de Messine,ballet-pantomime en deux actes, avec Borri,\nmusique du comte Gabrielli, représenté à l'Opéra le 20 novembre 1861.\nCe ballet faillit avoir du succès, ce qui, eu égard à la faiblesse de la\nmusique, eût été un grand honneur pour MM. Paul Foucher, Borri, et\nmademoiselle Ferraris, la principale ballerine.\n•\nDepuis 1848, Paul Foucher adressait à Vlndépendance belge des cor-\nrespondances parisiennes très remarquées. Au théâtre, la fortune l'avait\npeu à peu abandonné : il avait alors viré de bord, et de justiciable qu'il\nétait précédemment, il s'était fait justicier, c'est-à-dire critique.\nEn 1865, il avait pris la revue dramatique de la France, qu'il quitta\npour celle de VOpinion nationale, et, en dernier lieu, pour celle de la\nPresse. Ses appréciations étaient très goûtées, parce qu'elles reposaient\nsur un fond mixte de malice et de bienveillance, qui désorientait la\nvanité des artistes.\nAu mérite du littérateur, à l'honnêteté de l'homme privé, Paul Fou-"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "123", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.28", "texte": "PAUL FOUCHER\n\ncher joignait l'urbanité des formes, exquise qualité bannie de ce siècle\ngrossier. Cet homme, si occupé, savait toujours se rendre libre pour être\nserviable et poli.\nJe regrette profondément Paul Foucher.\nLa Chronique musicale aussi perd en lui un ami précieux, car il\nétait de ceux qui collaborent à distance, et passé le bureau de rédaction.\nLa publicité dont il disposait, le crédit qu'on faisait à sa parole, étaient\négalement au service des idées dans lesquelles il avait foi, et la Chro-\nnique musicale était du nombre. Il y a donné les portraits d'Henriette\nSontag, de la Saint-Huberti, de la Malibran et de Catarina Gabrielli.\nC'était le commencement d'une série d'études très fouillées sur les Can-\ntatrices dramatiques, et qui étaient promises à nos lecteurs.\n\nARTHUR HEULHARD."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "124", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.29", "texte": "REVUE DES CONCERTS\nCONCERTS DU CONSERVATOIRE : Fragments de la grande Messe en si mineur, de\nS. Bach. Fragments des Scènes dramatiques. de J. Massenet. CONCERTS POPU-\nLAIRES : Sérénade en ré majeur, de M. J. Brahms. Larghetto du quintette en la, de\nMozart. SOCIÉTÉ DE L'HARMONIE SACRÉE : Reprise du Messie, de Haendel. —■\nCONCERT NATIONAL (THÉÂTRE DU CHATELET) : La Danse macabre, symphonie, de\nM. Saint-Saëns. —■ CONCERTS DANBÉ (SALLE TAITBOUT). CONCERT DU CAPITAINE\nVOYER. AUDITION DES ŒUVRES DE KREUTZER.\nONCERTS DU CONSERVATOIRE. Chaque nouveau pro-\ngramme des Concerts du Conservatoire contient main-\ntenant une œuvre non encore entendue. Les primeurs\ndes deux dernières séances sont signées des noms de\nBach et Massenet. L'un est né en i 685, l'autre est\nnotre contemporain et s'annonce comme un des maî-\ntrès de notre musique nationale.\nLes compositions de Bach, qui sont très nombreuses, se distinguent\ntoutes par une rare élévation de style, par une originalité parfois bi-\nzarre, par l'opulence des harmonies, par l'agencement orchestral, par la\nrichesse des mélodies et par la variété des effets. La Grande messe en\nsi mineur réunit ces qualités et est légitimement considérée comme un\ndes chefs-d'œuvre de l'illustre auteur, car, dans cette composition gran-\ndiose_, tous les morceaux sont à la hauteur des fragments sublimes qui\nont été exécutés au Conservatoire. Ces fragments sont extraits du Credo.\nLes deux premiers morceaux ; le Credq in unum Deum et Ylncarnatus\nsont pénétrés d'une énergie rare. Le Crucifixus a surtout frappé par\nl'inénarrable horreur qui en empreint chaque phrase, lourdement sou-\ntenue par le martellement des basses sans cesse répété depuis le commen-\ncement jusqu'à la fin. Haletant sous ces accents poignants, l'auditoire a"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "125", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.30", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\napplaudi; et cependant il y a eu des défaillances dans le rendu vocal et\npeut-être aussi dans l'orchestre. Les intonations peu commodes des par-\nties chantées et l'étrangeté d'un style orchestral tout nouvellement\nabordé, a influencé les virtuoses de la Société, assez difficiles pourtant à\ndémonter. On sentait qu'ils essayaient un habit neuf et qu'il étaient,\ncomme on dit, gênés aux entournures. Le génie de Bach a vaincu tant\nde circonstances défavorables, et le style fugué qui reparaît constamment\nn'a nui aucunement à l'élément dramatique qui envahit toute cette mu-\nsique. Il ressort même de ces formes scolastiques, de cette mathématique\nmusicale mélangée ici à doses savamment proportionnées, une majesté,\nune grandeur incomparables. Lorsque l'émotion s'y joint, l'audition est\nterrassante et Ton s'explique qu'en Angleterre, en Belgique, en Allema-\ngne et dans toute la Scandinavie, la musique de Bach se trouve constam-\nment dans tous les répertoires.\nSi Bach eût été notre compatriote, s'il était notre contemporain, on\nl'eût moins bien accueilli. Néanmoins M. Massenet a su dissiper la mé-\nfiance que fait toujours naître dans le public des Concerts du Conserva-\ntoire l'apparition d'un nouveau nom d'origine française. C'était la pre-\nmière fois que ce compositeur apparaissait sur les programmes de la So-\nciété ; il y a fait bonne figure, et désormais il sera un des hôtes estimés de\nla maison. 11 a écrit de la musique descriptive, j'aimerais mieux dire\nthéâtrale, sur des thèmes choisis par lui dans Shakespeare, de manière\nà pouvoir y déployer la souplesse de son talent, l'ingéniosité pittoresque\nde son orchestration variée et la fécondité de son imagination. Cette dra-\nmaturgie musicale n'a pas échappé aux défauts du genre. Vainement on\ntente d'adapter sa symphonie à un texte précisé, on ne peut la rendre\nadéquate au thème choisi, il en résulte presque toujours en réalité une\nmusique sans plan qu'il faut écouter avec complaisance et en suivant des\nyeux le programme pour savoir juste à point quand arrive l'orage, la\nscène d'amour, et tout ce qui peut figurer dans un scénario sympho-\nnique. Mais M. Massenet donne à ses compositions un tel cachet, il s'y\nmontre avec tant d'individualité de couleur et de puissance, que le pro-\ngramme s'oublie et qu'il n'est plus permis que d'écouter son œuvre. Le\nfragment sur Macbeth, qui a été le moins applaudi, devrait être entendu\nau théâtre; c'est là qu'il se déploierait avec ses effets variés et tout son\nrelief. C est de la musique scénique et elle se dépare au concert. Le frag-\nment sur Roméo et Juliette a une nuance plus vive, une allure plus sé-\nmillante; on dirait une ronde dans la formule italienne : c'est léger, fin,\nliais et admirablement tissé. Dans le morceau sur la Tempête, l'iné-\nvitable bouleversement d'un orchestre violenté sert de repoussoir à un"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "126", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.31", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nscherzo estompé à la sourdine, où l'instrumentation se détaille délicate-\nment, à travers des rhythmes ballerins sur un dessin mélodique qui se-\nrait tout à fait bien trouvé s'il se nacrait davantage d'idéal. Il rappelle le\nballet des sylphes de Berlioz, et cependant il ne lui ressemble aucune -\nment et ne procède pas des mêmes combinaisons d'effets.\nLe rêve de Desdemone a été le morceau saillant, celui qu'on a le plus\nremarqué, celui qui, avec l'ouverture de Phèdre, caractérise le plus la\nmanière de M. Massenet et synthétise le mieux son talent. Nous le\nlouons sans réserve et nous saluons comme un maître glorieux de la mu-\nsique française, le compositeur qui l'a écrit. Il s'ouvre avec les violons,\npar une mélodie ample et douce qui cède peu à peu aux anxieuses agi-\ntations d'un chant troublé, mais toujours grandiose et tendre dans sa\npalpitation fiévreuse. L'orchestre retourne ensuite aux suaves pensées du\ncommencement, il les reprend, en les ouatant de sourdines, les orne, les\nvarie, les colore avec délicatesse, et les assoupit dans un finale harmo-\nnieux qui laisse l'auditeur en suspens mais charmé. C'est bien le rêve\ndélirant de Desdemone éperdue, avec les blandices trompeuses de l'amour\névanoui et les sanglots étouffés, les sursauts dont la secoue la fatalité\npressentie. Il y alà un chant de violoncelle d'un incontestable effet.\nC'est la musique d'un poète, d'un coloriste, d'un magicien instrumental,\nmais surtout c'est de la belle musique de théâtre. Le jour où il abordera\nla scène, M. Massenet reprendra la tradition lyrique de nos plus illustres\nmaîtres, il sera le successeur de Dalayrac, de Bo'ïeldieu, de Hérold, d'Ha-\nlévy, d'Auber, de F. David, de Berlioz; il sera une des personnalités les\nplus puissantes de notre Opéra national, et on ne pourra pas dire de\nM. Massenet qu'il procède d'un autre maître que de lui-même.\nMaurice Cristal•\nCONCERTS POPULAIRES. —La Sérénade en ré majeur, de M. J. Brahms,\nqu'on a exécutée pour la première fois au 5e concert de la 2e série,\nappartient à ce genre de pièces symphoniques que nos compositeurs\nmodernes ont mises si fort àla mode et qu'on appelle Suites d 1 orchestre.\nElle se compose de quatre morceaux : Allegro molto, Sérénade, Scherzo,\nFinal. Vallegro, traité en forme de pastorale, est généralement bien\nvenu et le début en est même fort joli. La Sérénade est très courte et\nsans beaucoup de caractère ; çà et là quelques détails piquants d'orches-\ntration. Du Scherzo, je n'ai rien à dire, si ce n'est qu'il tire tous ses\neffets d'une espèce de fanfare de chasse peu intéressante; quant au final,"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "127", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.32", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nil m'a paru assez négligé, et son moindre défaut est de se développer sur\nune phrase mélodique dont les quatre premières mesures sont emprun-\ntées à la chanson de « Cocotte », de Y Ombre \\ c'est assez dire qu'il ne\nbrille ni par l'originalité, ni par la distinction des idées. En somme, la\nSérénade, de M. Brahms, est l'œuvre d'un musicien de talent; elle est\nconçue dans le style pittoresque, et les quatre morceaux qui la compo-\nsent formeraient quatre scènes de ballet fort agréables. Tout cela est\nécrit avec beaucoup de verve et de facilité, avec trop de facilité peut-être,\ncar on sent à chaque pas que le compositeur se laisse allêr trop libre-\nment à son inspiration première et qu'il ne se préoccupe pas assez de\ntrier ses idées et de châtier son style. De là des négligences de forme, des\nfautes de goût et parfois des trivialités dans le genre de cette réminis-\ncence peu heureuse que je signalais plus haut. Les développements, sans\nêtre très riches, sont généralement bien conduits; l'instrumentation est\nlourde, pesante, écrasée, elle manque à la fois de variété, d'élégance, de\nfluidité et de lumière. Ce n'est pas que les couleurs y fassent défaut,\nmais elles y sont plutôt entassées que distribuées avec goût.\nLe Larghetto du quintette en la, de Mozart, est une des plus pures\ninspirations musicales qui existent. On a souvent comparé Mozart à\nRaphaël, et je ne sache pas, dans l'œuvre de ce compositeur, de morceau\nqui se prête mieux à démontrer l'exactitude de ce rapprochement. La\nbeauté de l?idée mélodique, la pureté des lignes, la grâce du coloris, la\nnoblesse de l'expression, rappellent ces types adorables de madones que\nle peintre d'Urbin semble avoir entrevus dans quelque vision céleste.\nCette page admirable est toujours exécutée séparément dans les concerts\nà orchestre ; on laisse de côté les autres morceaux du quintette et Ton\nfait bien. M. Pasdeloup avait imaginé cette fois de faire suivre le\nlarghetto du menuet et de Y allegretto con varia\\oni\\ cette innovation\nne nous a pas semblé très heureuse. Les deux derniers morceaux sont\nloin d'être à la hauteur du premier, ils n'appartiennent pas à la même\nfamille, et leur voisinage immédiat ne peut qu'affaiblir dans l'esprit de\nl'auditeur l'effet produit par l'expression idéale et la poésie pénétrante\nde ce chef-d'œuvre.\nIl me reste maintenant à parler avec quelques détails de deux artistes\nrusses, qui se sont présentés pour la première fois au public parisien et\ndont le talent peu ordinaire mérite de fixer l'attention de la critique.\nM. Davidoff est un violoncelliste de premier ordre, qui n'a rien à\nredouter des souvenirs laissés par les plus célèbres virtuoses du violon-\ncelle. Une des qualités qu'on remarque tout d'abord chez cet artiste,\nc'est la vigueur et la délicatesse de son coup d'archet, c'est aussi la puis-"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "128", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.33", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nsance et la pureté des sons qu'il tire de son instrument. Le jeu de\nM. Davidoff est à la fois ferme et élégant : jamais d'hésitation dans l'at-\ntaque du son, jamais de confusion dans l'exécution des traits les plus\nrapides et les plus compliqués. Les plus grandes difficultés de méca-\nnisme, les hardiesses les plus scabreuses, sont réalisées avec une netteté\net une sûreté vraiment merveilleuses et sans trahir le moindre effort.\nEnfin, M. Davidoff possède un style ample et sévère; il sait poser large-\nment la phrase mélodique et la chanter avec autant d'expression que de\nsimplicité; la seule critique qu'on puisse lui adresser, c'est d'abuser\nparfois des coulés dans les mouvements lents. M. Davidoff s'est fait\nentendre dans un concerto de sa composition, qui est une œuvre hon-\nnête, mais sans aucune originalité. Son succès a été très vif.\nMadame Essipoff, pianiste, nous arrive également de Saint-Péters-\nbourg, et, comme M. Davidoff, c'est la première fois qu'elle paraît devant\nun public français. Elle s'est fait entendre au 6e et au 7e Concerts, et elle\na joué, dans le premier, un concerto de Chopin fort ennuyeux, et dans le\nsecond, un nocturne de Chopin, la Gavotte de Gluck, la Danse des\nLutins et la Fantaisie hongroise, pour piano et orchestre, de Liszt. Le\ntalent de madame Essipoff brille surtout par la sûreté et la précision,\naux dépens de la grâce féminine dont elle est absolument dépourvue.\nDans les morceaux de genres très différents qu'elle a successivement exé-\ncutés, elle a fait preuve d'une grande flexibilité de style et d'un goût\nparfait qui lui ont conquis dès l'abord les applaudissements de ce public\nparisien qu on dit si difficile à contenter. Difficile à contenter, soit, et je\nreconnais que le public de M. Pasdeloup se montre particulièrement\nexigeant, mais ce n'est pas pour les virtuoses, qu'il accueille presque\ntoujours avec de véritables transports, c'est pour les œuvres nouvelles des\ncompositeurs modernes, qu il n'écoute qu'avec la plus grande défiance et\nqu'il n'applaudit qu'avec la circonspection la plus exagérée. La Séré-\nnade d Haydn, et le Menuet de Boccherini le font trépigner d'enthou-\nsiasme, mais, en revanche, V de M. Bizet, qu'on a exécutée\nau 6 conceit, le laisse absolument froid, et pourtant c'est là une des\nœuvres les plus remarquables du répertoire moderne, une œuvre classée\net aéjà consaciée par les suffrages unanimes du monde artiste. Je ne veux\npas faire à ce propos des comparaisons qui nous conduiraient souvent\nà des conclusions assez inattendues, je constate simplement un fait que\nj ai observé à plusieurs reprises; j'y reviendrai peut-être un jour.\nOn a encoie exécuté dans cette période de 3 concerts deux œuvres,,\ndont le rapprochement fournirait aussi le sujet d'une étude fort curieuse,\nmais que je ne puis entreprendre ici. Je veux parler de la ire et de la"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.34", "texte": "Ronde Nocturne\nDANS LE JARDIN DE JULIETTE.\ntirée des Scènes Dramatiques de J.MASSENET\n(1) Extrait des Scènes Dramatiques: Nº.3_Ronde nocturne (Roméo et Juliette)\nG.H.751.(7)."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.35", "texte": "G.H.751.(7)."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.36", "texte": "G.H.751.(7)."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.37", "texte": "G H 751 (7)"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.38", "texte": "G H 751 (7)"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "129", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.39", "texte": "REVUE DES CONCERTS\nVII.\n9\n\n9e Symphonie de Beethoven, ces deux créations magnifiques séparées\npar un intervalle de vingt-trois ans qui embrasse presque toute la\ncarrière du plus vaste génie de la musique et l'histoire de toute une\npériode de l'art musical. Il est à regretter que M. Pasdeloup ne nous ait\npas donné la 9e Symphonie tout entière. Au point où nous en sommes\narrivés, ce chef-d'œuvre devrait être exécuté aussi couramment que les\nhuit autres chefs-d'œuvre qui l'ont précédé.\nH, Marcello.\nSOCIÉTÉ DE L'HARMONIE SACRÉE. Reprise du Messie.— La reprise\ndu Messie, de Haëndel, qui a eu lieu le jeudi 14 de ce mois, au Cirque\nd'été, était donnée sous le patronage de madame la Maréchale de Mac-\nMahon, au profit de la maison de la Providence Sainte-Marie. La salle\nétait élégamment parée : au dehors, des tapis et des arbustes; au dedans,\ndes arbustes et des fleurs. Le prix des belles places, un peu élevé, a sans\ndoute éloigné un certain nombre d'auditeurs, car des vides regrettables\nse faisaient remarquer parmi les stalles et les fauteuils. Néanmoins, la\nrecette a dû atteindre un chiffre respectable et remplir les nobles inten-\ntions de cette fête de bienfaisance.\nL'exécution n'a rien laissé à désirer, car la direction de M. Lamoureux\nest toujours irréprochable, et son orchestre et ses chœurs fonctionnent\navec une perfection qu'il serait bien difficile de surpasser. De plus, l'ap-\nparition de plusieurs artistes nouveaux pour Paris, ou dans le Messie, a\nbeaucoup rehaussé l'éclat de cette reprise. En première ligne, il faut nom-\nmer une Anglaise, madame Patey. Cette dame, qui possède un de ces vrais\ncontraltos dont le public parisien a perdu le souvenir, et qu'il admirait\ntant autrefois dans la Pisaroni, la Brambilla et l'Alboni, offre un modèle\naccompli de la cantatrice d'oratorio. Beau timbre, belle émission de voix,\nrespiration très longue et habilement ménagée, noblesse, et expression-\nportée'à son extrême limite ; il est impossible de chanter avec plus de\nmélancolique résignation l'air admirable « Comblé d'outrages », ni avec\nplus de grâce et de douceur celui qui le précède « Il garde ses ouailles »,\nqui, du reste, a été bissé. A côté de madame Patey, madame Brunet-\nLafleur, dont la voix avait été un peu déplacée dans le rôle grave de la\njeune israélite de Judas Machabée, a pris une revanche éclatante dans\nle Messie. L'air «J'ai foi, Seigneur», que dans mon compte-rendu de la\npremière audition je regrettais que M. Lamoureux eût supprimé, fait\nvaloir à merveille les riches qualités de son organe. Ecrit en mi majeur,\net le plus souvent, dans la sixte du si au sol dièse aigu, il met en relief\ntoutes les plus belles notes du soprano, et madame Brunet-Lafleur y a"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "130", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.40", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nété superbe, comme voix et comme talent. Mademoiselle Jenny Howe a\négalement une voix bien appropriée à l'oratorio, et mademoiselle Baldi,\nélève de M. Roger, a dit avec beaucoup de charme l'air « Car Dieu nous\nrendra». M. Lauwers, qui a un franc baryton, a chanté avec un style\nexcellent un air de basse un peu grave pour sa voix. M. Prunet n'a pas\ntoute l'ampleur et tout le mordant nécessaires pour les morceaux de\nténor du Messie, surtout pour l'air « O Judée !» M. Auguez a chanté\navec un très beau timbre de basse l'air « D'échos en échos», dont\nM. Teste exécute si admirablement le solo de trompette; mais cet air,\ndans lequel de larges coupures, trop larges mêmes, ont été pratiquées,\nma semblé avoir été pris bien lentement. Je l'ai entendu dire plus vite\nà Londres, et il produisait plus d'effet.\nLes chœurs ont, comme d'habitude, été au-dessus de tout éloge dans la\ndivine inspiration, toujours bissée, « Ah! parmi nous l'enfant est né»,\net dans le pompeux « Alléluia », qui, cette fois-ci, je ne sais trop pour-\nquoi, a été accueilli avec moins d'enthousiasme que l'année passée.\nM. Fissot a exécuté la partie d'orgue avec une grande intelligence.\nCONCERT NATIONAL. ( Théâtre du Châtelet.) —Le deuxième concert\nde la deuxième série a mis en lumière une nouvelle œuvre symphonique\nde M. Saint-Saëns, intitulé la Danse macabre, morceau des plus\nétranges qui se puisse imaginer. Tout s'y trouve, effets très heureux,\neffets très désagréables. On croit entendre des voix humaines, des miau-\nlements de chats, les gémissements du vent, et au milieu de cela une\nsorte de joie frénétique, forcenée et sépulcrale. C'est, comme dit le pro-\ngramme, « la Mort en cadence frappant une tombe avec son talon », et\nqui « à minuit joue un air de danse sur son violon ». Musique effrayante,\nmusique à faire rêver, mais en même temps très imagée, et attirant in-\nvolontairement et violemment l'attention de l'auditeur. Où donc M. Saint-\nSaëns a-t-il pu découvrir des effets d'orchestre si absolument inconnus\njusqu'ici ? La Danse macabre, malgré une assez forte opposition, a été\nbissée, et c'était justice. Le public voudra l'entendre de nouveau, ne\nfût-ce que par curiosité.\nCONCERTS DANBÉ. Salle Taitbout. l48e concert. Première\naudition d'une ouverture de M. Wormser et première audition d'un\nmorceau symphonique de M. Albert Cahen. Commençons ce compte-\nrendu par un éloge à mademoiselle Laure Bedel, qui a très joliment\nexécuté une sérénade brillante de \"Mendelssohn, et par un remerciement\nà M» Danbé d'avoir bien voulu nous redonner la charmante gavotte de"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "131", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.41", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nLully (et non pas de Gluck, comme Fa dit le programme), qui a eu tant\nde succès, il y a un mois.\nM. Wormser a concouru Fannée dernière pour le prix de Rome, et\ns'il n'a obtenu qu'une mention honorable, son admission à ce concours\nétait déjà un témoignage de capacité. Son ouverture est bien faite, son\ninstrumentation est à effet; et lorsqu'il aura purgé sa mémoire de quel-\nques réminiscences tous les débutants en sont là telles que celle de\nlouverture du FreischutJJ, au commencement, et celle d'un motif quel-\nconque de Wagner, à la lin, nul doute qu'il ne fasse valoir de belles\nqualités personnelles.\nM. Albert Cahen a intitulé son morceau symphonique « Prélude et\ndivertissement pour une pastorale mythologique (.Endjrmiori). » Un En-\ndymion en plein dix-neuvième siècle î Et de la mythologie encore, autre\nque celle de la Belle Hélène ou d'Orphée aux enfers. Chère et trop\ndouce illusion ! Mais M. Albert Cahen est très jeune. C'est un musicien\nd'avenir; malheureusement aussi un musicien de Y avenir. On sent que\nBerlioz, dans ce qu'il a de plus vague et de plus excentrique, que Schu-\nmann et Wagner ont déteint sur sa manière d'écrire. Ce n'est pas que\ndans la première partie « fantaisie et prélude » il n'y ait une certaine\nhabileté d'instrumentation et quelques heureux effets d'orchestre. Mais\nla cc Danse des Nymphes », qui n'a rien de dansant; mais la « Ronde\ndes Dryades », qui n'a aucun rhythme cadencé, aucune mélodie chan-\ntante; mais la cc Marche héroïque », dont pas un motif n'est franc, et\ndans laquelle la harpe, qui n'a pas cessé de se faire entendre dans les trois\npremières parties, arrive encore une fois, et très mal à propos : Qu'en\ndire ?\nAu concert suivant, M. Danbé a donné la première audition d'un\nmenuet à orchestre, de M. A. de Bertha, compositeur hongrois, et la\npremière audition de trois pièces pour violoncelle, par M. Widor. Le\nmenuet est bien instrumenté et le premier motif est assez joli, mais un\npeu lourd; le second lui est fort supérieur; il est original et très distin-\ngué. M. Fischer, violoncelliste de beaucoup de talent, a exécuté les trois\npièces de M. Widor. Je l'avouerai franchement : je n'y ai rien compris,\nmais absolument rien, et je n'ai pu qu'admirer la mémoire de M. Fis-\ncher, qui a su parvenir à se mettre dans la tête trois suites de phrases\nmusicales dépourvues de tout rhythme et de tout motif. Heureusement\nque madame Barthe-Banderali est venue immédiatement après montrer\nce que c'est que la mélodie, en chantant Fair à'Actéon, qu'elle\na interprété avec une rare perfection, et la romance des No%%e di\nFigaro."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "132", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.42", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\n' Le premier allegro de la symphonie pastorale de Beethoven a été enlevé\navec une verve étourdissante.\nSALLE ÉRARD. M. le capitaine Voyer a repris le cours de ses Invi-\ntations dans la Salle Erard. Tout en admirant son jeu pui et biillant,\nses excellentes qualités de musicien et sa prodigieuse mémoire, je ne puis\nqu'être persuadé que s'il voulait bien entremêler ses morceaux de piano\nde morceaux de chant, ses séances y gagneraient beaucoup en intérêt et\nen variété.\nHenry Cohen.\nAUDITION DES ŒUVRES DE KREUTZER. —Les œuvres de Léon Kreut-\nzer chantées par madame Lacombe, par M. Bonnehée et exécutées par\nla Société classique, le mardi, 19 janvier, dans la salle Erard, ont toutes\nune incontestable valeur. Le sextuor pour instruments à vent et piano\na soulevé d'unanimes applaudissements, tant à cause de la vivacité et du\ncharme des idées qu'en raison de ses riches développements. Fort bien\nrendu par MM. Armingaud, Mas, Jacquart et Turban, le quatuor en\nré se fait surtout remarquer par un délicieux andante auquel, dès le dé-\nbut, le timbre de l'alto donne une si poétique couleur sous l'archet ma-\ngique de M. Mas.\nSympathique, pure, admirablement posée, la voix de madame Lacombe\nravirait le public le plus insensible à la musique. Elle rend avec une sû-\nreté bien rare les mille nuances du sentiment, de la rêverie, de la pas-\nsion; elle se plie à toutes les exigences de l'art. Aussi madame Lacombe\na-t-elle dit avec une incomparable supériorité trois mélodies fines et sen-\ntimentales : Nuit d'attente. Berceuse, Tvonna. Deux de ces morceaux\nont été bissés.\nN'oublions pas non plus d'adresser nos compliments à M. Bonnehée\nqui s'est fait chaleureusement applaudir; enfin nous crions bravo à\nMM, Taffanel, Lalliet, Grisez, Dupont, Espaignet et Duvernoy, et re-\nmercions les fidèles amis\nQu'un ami véritable est une douce chose!\nqui s'efforcent généreusement de répandre les compositions du maître\nregretté, de l'homme honorable qui n'est plus.\nO. Le Trioux."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "133", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.43", "texte": "REVUE DES THÉATRES LYRIQUES\n\nLe Théâtre-Italien. OPÉRA : La Favorite. OPÉRA-COMIQUE : Le Caïd.\nE Théâtre-Ventadour a vécu. Le voilà c 105... et cou-\nvert comme tous les immeubles à louer. Nous avions\nprophétisé cette triste fin, et si le lecteur veut bien se\nreporter à notre article du i 5 octobre 1874 sur la réou-\nverture éphémère de ce spectacle, il verra que nous\nexprimions de fâcheuses appréhensions sur l'issue\nd'une entreprise qui a plus d'un rapport avec une expédition au pôle\nnord. Nous y indiquions sommairement les moyens de traverser la mer\nde glace qui sépare actuellement le Théâtre-Italien de la société pari-\nsienne. Rien n'a été tenté en ce sens, et M. Bagier n'a réussi qu'à nous\nfaire regretter M. Strakosh, lequel n'avait réussi déjà qu'à nous faire\nregretter M. Verger.\nIl nous répugne instinctivement d'accabler un imprésario malheu-\nreux, victime et de son incapacité personnelle et des traditions dé-\nplorables dans lesquelles se débat, depuis de longues années, le\nThéâtre-Italien. Si M. Bagier avait gardé le silence sur sa gestion,\nnous n'aurions qu'à constater la chute piteuse de son entreprise, qui\nralliait pourtant autour d'elle de sincères sympathies. Mais il a cru\ndevoir adresser aux gazettes une justification qui ne lui était pas\ndemandée, et dans laquelle il n'indique ni les véritables causes de la déca-\ndence de son théâtre, ni le remède pratique qu'il eût dû y apporter.\nNous n'entrerons point dans les coulisses administratives de sa diiec-\ntion, de peur de nous heurter à des considérants d'une nature trop\nprivée ; et d'ailleurs, c'est par le défaut d'esprit artistique qu'elle a"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "134", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.44", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nsuccombé. Chercher autre part une atténuation de ses fautes, est un\nleurre..\nLa vérité est qu'il n'y avait, ni dans le répertoire, ni dans la troupe\nchoisie par M. Bagier, les éléments d'intérêt nécessaires pour piquer la\ncuriosité du public et le ramener ouvertement vers le Théâtre-Italien.\nLe système implacable des reprises a tué ce théâtre : il a tué ceci, il\ntuera cela; il menace déjà d'autres scènes.\nIl faut se rendre à l'évidence et s'en accommoder. Les principes de vie\net de mort du Théâtre-Italien peuvent se formuler en axiomes :\nLe répertoire italien, tel qu'il est exploité, est une trame usée qui ne\nse peut soutenir que retenue par des artistes d'élite.\nOr, les troupes qui nous sont présentées, recrutées à la hâte par des\ntiers accessibles à la vénalité, composées d'éléments disparates par des\ncommis-voyageurs en cabotinage, sont indignes de Paris, et ne sau-\nraient pas même être comparées aux compagnies qu'on entend en Italie\ndans les villes d'ordre secondaire. J'excepte de ce jugement sommaire\nquelques sujets distingués, dont le séjour a presque toujours été de courte\ndurée.\nLe Théâtre-Italien de Paris, en tant que scène italienne, ne peut être\nappuyé par la presse et par le public, s'il n'a pour but constant de\ndémontrer aux compositeurs français la vitalité de Fart lyrique en\nItalie.\nPour démontrer cette vitalité contestée, le directeur doit se préoccuper\nsurtout de nous tenir au courant des opéras nouveaux, favorablement\naccueillis en Italie,, au fur et à mesure de leur production. Décemment\nmontés, la del destino, VAïda, de Verdi, le Ruy Blas, de Mar-\nchetti, 1 Promessi Sposi, de Ponchielli, feraient recette. En douter, c'est\nnier l'opportunité d une scène italienne à Paris, car si, après nous avoir\nprouvé que l'ancien répertoire conduit à la déconfiture, on ne nous\nprouve pas que le nouveau conduit à la fortune, il n'y a pas le moindre\nprétexte à invoquer pour le maintien du Théâtre-Italien. Poser la ques-\ntion autrement, c'est la déplacer. Le dilemne fatal vous étreint : Sup-\nprimez le Théâtre-Italien, ou démontrez-le.\nOPÉRA :LA FAVORITE. Les mêmés raisons qui ont fait exclure le\nTrouvère du répertoire de l'Académie de musique, militent pour\nf exclusion de la Favorite.\nLa Favorite, fruit hâtif d'une imagination mal réglée et peu scrupu-\nleuse, ne répond plus aux exigences de la poétique inaugurée par les"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "135", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.45", "texte": "REVUE DES THÉÂTRES LYRIQUES\n\ngrands maîtres sur la scène de l'Opéra. Sans le concours du grand\nartiste, qui étaye le rôle d'Alphonse de toute la puissance de son talent,\nl'œuvre française de Donizetti ne se relèverait pas du coup que l'irrépa-\nrable outrage des temps lui a déjà porté. Jamais l'illogisme des mélo-\ndies, la fausseté des sentiments exprimés, la couleur criarde de l'orches-\ntration, ne nous ont autant frappé qu'à l'Opéra de M. Garnier. Com-\nment se fait-il qu'avant de commander une décoration nouvelle pour cet\nouvrage décrépit, M. Halanzier n'ait pas réfléchi à quel bouleversement\nd'effets la Favorite, remontée dans la salle actuelle, était fatalement\nexposée?\nMais l'art merveilleux de M. Faure suffit encore à masquer les rides qui\nse creusent dans cette partition fanée. On dirait que Faure se complaît\nà cette restauration, et que la vanité du virtuose, surexcitée par cette opé-\nration délicate, lui inspire presque des trouvailles de génie. La voix de\nM. Achard affecte la forme d'un cône dont la pointe menace constam-\nment le public. Le chant sans rayonnement, et le jeu sans passion, de\nce Fernand flegmatique, ont paralysé tout élan dramatique en made-\nmoiselle Bloch, dont le tempérament n'était précédemment pas des\nplus enthousiastes. Il faut restituer le rôle à Bosquin.\nOPÉRA-COMIQUE : LE CAÏD.— Ce qu'on a lu plus haut sur le Théâtre-\nItalien s'étend, sans trop de peine, à l'Opéra-Comique, d'où M. du\nLocle continue à verser des torrents de reprises sur des blasphémateurs\nobscurs. C'est ainsi qu'il vient de procéder en tapinois à l'exhibition du\nCaïd, cet opéra-bouffon d'Ambroise Thomas, qui fut comme un pont\njeté entre l'opéra comique et l'opérette, dès l'année 1849.\nFranchement, y a-t-il très loin du bonnet à poil du tambour-major\nMichel au panache du général Boum? Le célèbre :\nPip paf poum e parapet papoum\nJe suis, moi, le général Boum Boum.\nest-il à cent lieues placé du fameux :\nLe tambour-major,\nTout galonné d'or,\nA partout la pomme!\nEn quoi Birotteau se distingue-t-il si fort de Pomponnet? Et cette\nlingère de la rue Vivienne, qui a des intrigues limitrophes du Sahara,\nn'est-elle point échappée des cervelets de Chivot et Duru?"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "136", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.46", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nUne incontestable habileté de facture sauve la musique d'Ambroise\nThomas des ridicules de l'opérette. On ne jette pas plus de talent par les\nfenêtres, on ne le dépense pas avec plus d'aisance et de prodigalité. Le\nCaïd n'est qu'un défilé de joyeuses sonneries d'orchestre, une caravane\nde couplets joyeux et bien tournés, un sérail de roulades, de vocalises,\nde trilles et de points d'orgue, un blockhaus d'ensembles truculants.\nToutefois, on rencontre dans ce grand parti-pris de parodie, des effets\ncommuns dont le côté comique est évidemment outré. Il faut dire aussi\nque la coupe des actes, voire même celle des morceaux, est un peu longue.\nMais quand le procédé d'imitation ne s'y trahit pas trop, cette partition\ndemeure une bouffonnerie charmante, sous laquelle on sent poindre une\néducation musicale hors ligne.\nLa généreuse voix de Melchissédec n'est pas toujours à l'aise dans le\nrôle du tambour-major Michel, dont le diapason frôle par instants celui\nde la basse grave. En revanche, son talent d'acteur y gagne un singulier\nrelief; il se révèle bouffe excellent. M. Nicot est un ténor dont\nl'instrument est inégal et voilé; il a fait grand plaisir malgré cela, car il\nphrase avec style et vocalise avec bravoure. Barnolt fait l'eunuque, et\nThierry le caïd : tous les deux ont réjoui. Quant à mademoiselle Zina\nDalti, elle a commis et commet encore une grosse faute de goût, en se\nmontrant au second acte avec une toilette et des diamants qui trahissent\ndes préoccupations trop mondaines. Cet attirail luxueux n'ajoute rien à\nson talent et n'enlève rien à ses défauts. Virginie, la lingère, fait ainsi\nl'effet d'une gaillarde qui met les robes de ses clientes.\n\nARTHUR HEULHARD."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "137", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.47", "texte": "CHRONOLOGIE DE L'ANNÉE 1875\n\ncDÉCE<£McB%E 1874\n26 Décembre. BOUFFES-PARISIENS. Première représentation :Un Mariage\nen Chine, opérette en un acte, paroles de MM. Clerc frères, musique de\nM. Léopold Dauphin. ELDORADO. Première représentation : Ah! le Divorce !\nopérette en un acte, paroles de M. L. Couailhac, musique de M. Joseph\nDarcier.\n27. CONCERTS-POPULAIRES. Première audition d'une Fantaisie en ut mi-\nneur (suite d'orchestre en quatre parties), de M. Bourgault-Ducoudray.\nFOLIES-DRAMATIQUES. 5ooe représentation de la Fille de Madame Angot,\n29. CONCERT DANBÉ (salle Taitbout). Première audition d'un Prélude\npour orchestre, de M. Octave Fouque.\n30. OPÉRA. Dernière représentation donnée à la salle Ventadour, avec\nFaust. Le lendemain, l'affiche de ce théâtre est conçue en ces termes :\n* >\n« Théâtre national de l'Opéra. Par ordre, mardi 5 janvier 1875, soirée d'inau-\nguration. Avis. Le bureau de location sera ouvert au nouvel Opéra à partir\nde lundi 4 janvier. »\n31. THÉATRE-VENTADOUR. Reprise de Crispino e la Comare, des frères\nRicci, pour les débuts de mademoiselle d'Angerly, en remplacement de ma-\ndemoiselle Sebel, encore indisposée. Ce même jour, des affiches spéciales an-\nnoncent la prochaine inauguration, à ce théâtre, du théâtre lyrique français,\net donne les titres des ouvrages qui sont à l'étude : Un Caprice de Ninon,\nManche à Manche, le Freischûtla Clef d'Or, le Val d'Andorre, Guido et\nGinevra, la Perle du Brésil (1).\nJ&ÎVyjVIEH. 1875\n2 Janvier. LONDRES (Alhambra). Première représentation : Wittington\net son Chat, opéra bouffe en quatre actes, paroles de M musique de\nM. Jacques Ofifenbach.\n\n(i) Dans le courant du mois de décembre, on avait donné au café-concert de la\nScala la première représentation de Rosette et Colin, opérette Pompadour en un acte,\nparoles de M. Burion, musique de M. PiJati."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "138", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.48", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\n3. CONCERTS-POPULAIRES. M. Henri Wieniawski exécute une Polonaise\ninédite de sa composition.\n5. OPÉRA. Inauguration de la nouvelle salle du boulevard des Capucines.\nMadame Nilsson ne pouvant prendre part à la représentation, le spectacle est\nainsi composé : i° Ouverture de la Muette de Portici, d'Auber ; 20 premier\net deuxième actes de la Juive, d'Halévy (première apparition de mademoiselle\nKrauss à l'Opéra) ; 3° Ouverture de Guillaume Tell, de Rossini; 40 scène de\nla Bénédiction des poignards, des Huguenots. de Meyerbeer; 5° premier ta-\nbleau du second acte de la Source, de M. Léo Delibes. CONCERT DANBÉ.\nPremière audition d'une Marche orientale, de M. J.-B. Wekerlin.\n8. OPÉRA. Début de mademoiselle Gabrielle Krauss par le rôle de Rachel,\ndans la Juive.\n10. SOCIÉTÉ DES CONCERTS DU CONSERVATOIRE. Première audition : Scènes\ndramatiques d'après Shakespeare (suite d'orchestre), de M. J. Massenet.\nCONCERTS-POPULAIRES. Première audition à Paris de la Sérénade en ré ma-\njeur, de M. Johannes Brahms. —ASSOCIATION ARTISTIQUE. Exécution de l'En-\nfance du Christ, oratorio d'Hector Berlioz. BRUXELLES (Concerts popu-\nlaires). Première audition : les Noces féodales, fragment symphonique de\nM. Émile Mathieu.\n12. THÉATRE-VENTADOIJR. Inauguration des représentations lyriques fran-\nçaises par la première représentation, à ce théâtre, du Freischïitde Weber.\nSOCIÉTÉ DES COMPOSITEURS DE MUSIQUE. Séance annuelle, dans laquelle on\nexécute les morceaux couronnés au concours de 1874 : Quatuor de M. Tin-\ngry (ier prix), quatuor de M. Deloffre (2E prix), Kyrie et Gloria de M. Ed-\nmond d'lngrande.\n14. SOCIÉTÉ DE L'HARMONIE SACRÉE. Reprise du Messie, de Haendel. On\nentend pour la première fois à Paris, dans cet ouvrage, madame Patey, can-\ntatrice anglaise d'un grand talent, ainsi que M. Prunet, ténor, et M. Lau-\nwers, baryton.\n17. CONCERTS-POPULAIRES. Madame Anna Essipoff, célèbre pianiste\nrusse, se fait entendre pour la première fois en exécutant le concerto en mi\nmineur de Chopin.\n18. OPÉRA-COMIQUE. Reprise du Caïd, de M. Ambroise Thomas.\n19. CONCERT-DANBÉ. Premières auditions : Ouverture de concert, de\nM. A. Wormser; Prélude et divertissement pour une pastorale mythologique\n(Èndymion, paroles de M. Louis Gallet), de M. Albert Cahen.\n21. THÉATRE-VENTADOUR. Reprise de Norma, de Bellini, pour les débuts\nde madame Lafon dans le rôle de Norma.\n24. ASSOCIATION ARTISTIQUE. Première audition : Danse macabre, compo-\nsition symphonique de M. Camille Saint-Saëns.\n\nA P."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "139", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.49", "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nCORRESPONDANCE\nLe Directeur des Beaux-Arts,\nPh. de Chennevières.\n. Arthur Heulhard, directeur de la Chronique musicale,\nvient de recevoir du Ministère de l'lnstruction publique\net des Beaux-Arts la dépêche suivante :\nParis, le 2S janvier 1875.\nMonsieur,\nTai Vhonneur de vous annoncer que, par arrêté rendu sur ma\nproposition, M. le Ministre vient de porter de vingt à quarante\nexemplaires, la souscription de la Direction des Beaux-Arts àla Chro-\nnique musicale, pour Vannée 1875.\nM. le Ministre a voulu encourager ainsi votre intéressante publica-\ntion, et je suis heureux de vous faire part de sa décision.\nMonsieur, Vassurance de ma considération très distinguée."}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "140", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.50", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nFAITS DIVERS\n. Louis Lacombe adresse la lettre suivante à M . le Directeur de la\nChronique musicale :\n« Attaqué gravement par la Revue et Galette musicale, au sujet\nd'un article publié par moi dans la Chronique musicale du ler janvier, j'ai\nadressé à M. le Directeur-Gérant de la Galette la réponse qu'on va lire :\ns\n« Monsieur le Directeur-Gérant,\n« La Galette musicale du 17 janvier 1875 veut bien s'occuper de moi.\n« M. Lacombe, dit-elle, fait, dans la Chronique musicale, un peu d'histoire\n» rétrospective à sa façon, à propos d'une des dernières représentations de\n« Robert le Diable à l'Opéra. » Plus bas, Y auteur anonyme de l'article\najoute : « M. Lacombe cite, pour garantie de ses anecdotes, Scribe, madame\n« Damoreau et Levasseur. Tous trois sont morts; mais il est certain pour\n« nous qu'aucun d'eux ne lui a jamais parlé de la machination à la Barnum\n« qu'il relate si complaisamment. »\n« La Galette musicale est bien bonne ; malheureusement pour elle ma pa-\nrole n'a pas besoin d'être défendue. Ceux qui me connaissent le savent. Gela\nme suffit, Or, je déclare sur l'honneur que je tiens de Scribe tous les détails\nque j'ai publiés, et j'affirme, en outre, que je les ai reproduits avec la plus\nscrupuleuse exactitude. Ceci, je suppose, fixera les idées de vos lecteurs. La\nGalette musicale aurait donc dû dire : M. Lacombe fait un peu d'histoire ré-\ntrospective à la façon de Scribe. Si, maintenant, les honorables successeurs de\nfeu l'éditeur de Robert le Diable, en supposant qu'ils tinssent de Maurice\nSchlesinger des renseignements incontestables à leurs yeux, osaient avancer\nque Scribe a menti, ils me mettraient dans un cruel embarras, car Schlesinger\nétant mort, absolument comme Scribe, absolument comme Levasseur, abso-\nlument comme madame Damoreau, je me trouverais en présence de deux af-\nfirmations contraires dont l'une serait nécessairement un mensonge. N'ayant\naucune raison, moi, de soupçonner la loyauté de Scribe, j'ajouterai foi à ce\nqu'il m'a raconté jusqu'à ce qu'on me prouve que ses assertions n'étaient\npoint fondées; vous comprenez cela, n'est-ce pas, M. le Directeur-Gérant?\n« On attribue mon article à des sentiments mesquins. On se trompe. J'ad-\nmire profondément le talent et le génie de Meyerbeer, et si les rédacteurs de\nla Galette musicale avaient pris le temps, depuis trois ans, d'assister à mes\nconférences sur l'art musical, ils sauraient que je me plais à glorifier les\ngrands hommes.\n« Je compte sur votre impartialité, monsieur le Directeur-Gérant, pour\ninsérer cette lettre dans votre plus prochain numéro, et je vous prie d'agréer\nl'assurance de ma parfaite considération.\n« 18 janvier 1875. »\n« La Galette, au lieu d'insérer ma lettre, ainsi que c'était son devoir, s'est"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "141", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.51", "texte": "VARIA\n\nbornée, dans son numéro du 24 courant, à en citer des fragments qu'elle\ncommente à sa façon.\n« Elle avoue d'ailleurs qu'elle n'a point entendu nier ma sincérité. Fort\nbien. Alors son démenti n'a plus de sens. Mais la Galette veut se rattraper,\net, dans une phrase assez louche, elle prétend que je compte un peu trop sur\nma mémoire. Admirable Galette ! J'ai dans la tête environ douze cents\nmorceaux de musique .* ma mémoire n'est donc pas trop mauvaise.\n« Cependant sur quoi la Galette se fondait-elle pour m'infliger un démenti\nqu elle voudrait ne pas retirer et qu elle retire pourtant?\n« Sur rien.\n« Quelle preuve peut-elle fournir pour légitimer ses doutes ?\n« Aucune, puisqu'elle croit à ma parole.\n« Quelle valeur ses doutes persistants ont-ils?\n« Celle d'une impertinence.\n« Il est constant, il est de notoriété publique que Meyerbeer fit d'énormes\nsacrifices pour fonder et soutenir sa réputation. Pourquoi le nier? pourquoi\nnier que l'illustre maître ait été doublé d'un excellent homme d'affaires? D'où\nvient tout à coup à la Galette cette horreur de l'habileté, du commerce et de\nl'industrie.\n« Enfin, M. le Directeur-Gérant qui paraît accepter la paternité de l'article\nauquel je réponds, se contredisant lui-même, tient plus que jamais, dit-il,\nmon anecdote, il veut dire les faits que je raconte, pour fantaisiste.\n« Laquelle des deux affirmations de M. le Directeur-Gérant faut-il croire?\ncelle qui proclame ma sincérité ou celle qui la nie?\n« Le public jugera.\n« Recevez, Monsieur et cher Directeur, l'expression de mes meilleurs sen-\ntiments.\n« 25 janvier 1875,\n« Louis Lacombe. »\nAnnonçons l'apparition du magnifique volume de notre confrère\nM. Gaston Escudier : les Saltimbanques.\nCet ouvrage, édité par Michel Lévyavecun luxe typographique du meilleur\naloi, orné de cinq cents dessins dus à la plume habile et spirituelle de\nM. P. de Crauzat, contient près de cinq cents pages humouristiques sur la\nvie intime et les mœurs de la gent foraine. C'est une véritable encyclopédie\ndes arts de la baraque et du tréteau. Nous ne pouvons, à notre grand regret,\nnous étendre sur cette intéressante publication qui embrasse une nature\nd'études qui n'est point la nôtre. Il est cependant un point par lequel les Sal-\ntimbanques touchent à notre spécialité. A travers toutes ces recherches sur\nles célébrités de la rue, les musées de cire, les marionnettes et les cirques,\nM . Gaston Escudier a su glisser à point un chapitre très curieux, intitulé les\nExcentricités musicales, qui rentre pleinement dans l'ordre de nos travaux.\nEn publiant ce chapitre, avec ses illustrations, nous donnerions à nos lec-\ntcuis une très favorable idée de ceux qui lui font cortège. Si M. Escudier se\nprêtait à cette combinaison, les Excentricités musicales paraîtraient dans le\nprochain numéro de la Chronique musicale."}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "142", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.52", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nVoici la liste des publications qu'a fait naître jusqu'ici l'inauguration de\nla nouvelle salle de l'Opéra :\nLe Nouvel Opéra, par Charles Nuitter, archiviste de l'Opéra, ouvrage con-\ntenant 59 gravures sur bois et 4 plans. Paris, Hashette, 1875, un vol.\nin-12.\nLe Nouvel Opéra, par H. Y. Z. Paris, Michel Lévy, 187 un vol. in-12,\navec gravures.\nLe Nouvel Opéra. Paris, Michel Lévy, 1875, brochure grand in-40 de\n16 pp. (C'est le numéro de VUnivers illustré du 2 janvier, entièrement con-\nsacré à l'Opéra, mis en vente avec une couverture spéciale portant le titre ci-\ndessus.)\nVisite au Nouvel Opéra, par Paul Cézano. Paris, librairie de l'Echo de la\nSorbonne, 1875, brochure petit in-40 de 3o pages à 2 colonnes, avec 24 gra-\nvures.\nHistoire de l'Opéra, par Alphonse Royer, avec douze eaux-fortes. Paris,\nBachelin-Deflorenne, 1873, un vol. petit in-8 carré.\nOn peut joindre à cette bibliographie le numéro du Monde illustré du\n9 janvier, presque entièrement consacré au nouvel Opéra, et le livret spécial\npublié lors de l'exposition des peintures de M. Baudry à l'École des Beaux-\nArts, avec le portrait photographié de l'artiste. Ce livret était ainsi intitulé :\nPeintures décoratives exécutées pour le foyer public de l'Opéra, par Paul\nBaudry, de l'lnstitut, exposées à l'Ecole nationale des Beaux-Arts, quai Man-\nquais. Notice, par E. About. (Paris, impr. Jules Juteau, 1874, in-12.)\nL'analyse de ces publications est remise à quinzaine.\nLe ministre des Beaux-Arts vient d'accorder à titre d'encouragement le\nindemnités suivantes :\nA l'orchestre du Châtelet dirigé par M. Colonne Fr. 2,000\nAl'orchestre dirigé par M. Danbé 1,000\nA la Société des compositeurs pour le prix ae quatuor de l'année\n1875 500\nAu quatuor de M. Armingaud 400\nA la Société Beaulieu 400\nA la Société Nationale 400\nA la Société Philharmonique 400\nAu quatuor de M. Hammer 400\nM. Alphonse Leduc vient de publier un charmant recueil de mélodies par\nM. Auguste Cœdès, sous le titre de Soirées d'automne. Comme édition, c'est\nle pendant de ces élégantes Joyeusetés musicales d'Emile Pessard, dont les\nbibliophiles ont conservé si bon souvenir. Les Soirées d'automne contiennent\nquinze morceaux de touche légère ou sentimentale, écrits sur des vers\nd'Hugo, de Monselet, de Musset et de Gautier, par l'auteur de la Belle\nBourbonnaise. C'est une œuvre de musicien, d'artiste, qui classe M. Cœdès\nparmi les jeunes compositeurs les plus soucieux de leur art. Nous offrirons à\nnos lecteurs, dans notre prochain numéro, une ou deux de ces compositions,\ndont nous devons la communication à la complaisance de l'éditeur."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "143", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.53", "texte": "VARIA\n\nNOUVELLES\n\nARIS. Opéra. Le répertoire du nouvel Opéra se compose ac-\ntuellement de la Juive et de la Favorite. Sous peu on reprendra\nGuillaume Tell.\nJeanne d'Arc, l'opéra de M. Mermet, va entrer en répétition; le princi-\npal rôle sera chanté par mademoiselle Krauss.\nDimanche prochain, 7 février, un grand bal de bienfaisance sera donné\nau nouvel Opéra, sous la présidence de madame la Maréchale de Mac-Mahon.\nL'orchestre sera conduit par Strauss.\nMademoiselle Nilsson est toujours à Cannes. Voici le dernier bulletin\nde santé officiellement communiqué à M. Halanzier, directeur de l'Opéra :\n« Je soussigné, docteur en médecine et licencié en droit des Facultés de\nParis, médecin à Cannes (Alpes-Maritimes), déclare que madame Nilsson\nest atteinte de laryngite et en outre de désordres dans sa santé générale tels\nque : insomnie, dyspepsie, etc. En conséquence, un repos de trois semaines\nau minimum est indispensable.\n« Cannes, le 24 janvier 1875.\n« Signé : TH. DE VALCOURT. »\nOn annonce les débuts d'une danseuse, mademoiselle Ricois, qui\ns'appellera mademoiselle Righetti.\nOpéra-Comique. M. Neveu quitte l'Opéra-Comique; il vient de signer\nun engagement avec le Théâtre de la Monnaie de Bruxelles.\nOn a lu un ouvrage en deux actes de M. Ernest Legouvé pour les pa-\nroles, et de M. Paladilhe pour la musique. Madame Carvalho a un rôle im-\nportant dans cet opéra.\nThéâtre-Veniadour. M. Bagier a fermé les portes de son théâtre par\nsuite, dit-on, de complications financières, et cela, au moment où il venait\nd'inaugurer les représentations françaises, et où deux opéras français nouveaux\ndevaient être donnés! Plusieurs combinaisons sont en présence, mais elles\nont bien peu de chances de réussite 5 le théâtre ne rouvrira probablement qu'à\nla prochaine saison. Mais que va devenir la subvention de 100,000 fr. ac-\ncordée par l'État?\nLe Théâtre-Lyrique n'existe plus, l'Opéra-Populaire a sombré, il n'y a\nplus d'ltaliens, le nouvel Opéra est inabordable, il ne reste au public parisien"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "144", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750201-01.1.54", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n1 ropriétaire-Gérant :a-î H UHE (J L H 0/7 'ly'-D.\nPar;s.— Imprimerie Alcan-Lévy, rue de Latayette, 6i«\n\nque rOpéra-Comique. Gela est bien triste; Paris est, comme centre musical,\nau-dessous d'une ville de province de deuxième ordre.\nFolies-Dramatiques. Il est question de remonter Fleur de Thé, l'opérette\nde M. Lecocq, et après Clair de Lune} de MM. Dubreuil et Cœdès.\nRenaissance. C'est une opérette de M. Strauss, de Vienne, intitulée\nIndigo, qui succédera à Giroflé-Girofla.\nAthénée. Des affiches annoncent l'ouverture prochaine de ce théâtre par\nla Belle Lina, opérette.\nConcerts de la Société classique. Demain soir, 2 février, àla salle Erard,\npremière séance de la Société classique, avec MM. Armingaud, Jacquard,\nTaffanel, Grisez, etc., et le concours de M. Alfred Jaëll.\nLONDRES. Un nouveau théâtre d'opéra va s'élever à Londres, entre Cha-\nring-Cross et ïembankment ou grand quai-de la Tamise. C'est M. Mapleson\nqui est à la tête de l'entreprise. Le conseil des travaux publics lui a accordé\nà l'unanimité la concession du terrain pour quatre-vingts ans.\n\nPour l'article Varia:\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}