{"numero_id": "bm-bmtnabc-1875-02-15-01", "volume": "bmtnabc_1875-02-15_01", "ocr_sha256": "44c7418c019c8d3b326f7d2fc11a63c8ea0d30006b2d7c2115f888d0189153ae", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabc/issues/1875/02/15_01/bmtnabc_1875-02-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabc/issues/1875/02/15_01/bmtnabc_1875-02-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabc-1875-02-15-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-02-15_01#c001", "volume": "bmtnabc_1875-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "[145]", "page_fin": "146", "image_debut": 1, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.2.1", "titre_corps": "LE CHEVALIER AU CYGNE", "titre_sommaire": "LE CHEVALIER AU CYGNE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[145]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.1", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 775, "texte": "LE CHEVALIER AU CYGNE\nous le titre Histoires de petite ville, notre col-\nlaborateur Charles Deulin publie la semaine\nprochaine Dentu un recueil de Contes et\nde Nouvelles qui ne peut manquer d'avoir le\nsuccès de Chardonnette, ainsi que des Contes\nd'un Buveur de bière et du Roi Cambrinus.\nNous avons sous les yeux les épreuves de cet\namusant volume et nous y choisissons le mor-\nceau suivant qui, à ses qualités littéraires,\njoint pour nos lecteurs le mérite de se rattacher à la musique. On sait\nque le Chevalier au Cygne a fourni à Wagner le sujet de son Lohengrin.\nCe récit n'est pas comme le prétendait Henri Heine, une tradition\nallemande, mais une légende originaire de la Flandre française.\nAvant de devenir un des ancêtres de la maison de Clèves, le Chevalier\n\nVII.\n10"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "146", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.2", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2350, "texte": "au Cygne a figuré dans la généalogie des ducs de Brabant. La Saga\nqui raconte son histoire, en place la scène dans le royaume de Lille-\nfort, comme Vaffirme la chanson de Geste du douzième siècle, que le\nbaron de Reiffenberg a publiée en 1846 et qui vient d'être tout récem-\nment rééditée. En transportant son Lohengrin à Anvers, sur les bords\nde VEscaut, Wagner s'est rapproché de la vérité.\nSur le royaume de Lillefort, un texte flamand de notre légende\nfournit les indications les plus précises. On y lit que « d'après de\nvieilles chroniques il y avait autrefois un royaume nommé Lillefort.\nC'était une contrée de la Flandre dans laquelle étaient comprises les\nvilles de Lille, Douai et Orchies. » (De Ridder met de zwaene. B>\nblioth. bleue.)\nSuivant d'anciennes chartes, ce pays portait le nom de royaume des\nEstimaux ; il a eu ses rois et ses reines, ses impôts, toute son organi-\nsation politique et même son histoire, que M. Le Glay: Véminent ar-\nchéologue, a contée dans ses Analectes historiques.\nLe Cygne qui conduit le chevalier à travers VEurope et veille cons-\ntamment sur lui, est une sorte d'intermédiaire entre le héros et la di-\nvinité. Au moyen âge, les oiseaux avaient quelque chose de sacré ; on\nregardait ces créatures ailées, dont la patrie est entre le ciel et la\nterre, comme des messagers célestes.\nOr> le cygne figurait dans les fêtes de Lille. Un ancien historien de\ncette ville nous apprend qu'au quinzième siècle, on voyait, dans le cor-\n/\ntége du roi de VEpinette, trois cygnes portant une énorme machine\nqui représentait la ville de Valenciennes, et qu en 1438 /e roi lui-même\nétait déguisé en cygne.\nIl est probable que la tradition a pris naissance au septième et au\nhuitième siècle. En tous cas, il est certain quavant le douzième elle\nétait déjà populaire et que de vieilles chroniques en faisaient mention,\ncomme Vatteste le poëme français que nous avons cité et où se trouve\nce vers :\nEn la cronique en est la vérité trouvée.\nEn reprenant notre bien aux Allemands, M. Charles Deulin, commé\nc'était son droit et son devoir, Va retravaillé de façon que le conte\ndevînt sien, acquît autant que possible sa forme définitive et pût figu-\nrer parmi les Histoires de sa petite ville une petite ville moyen âge\nque la gravure qui sert de frontispice à cet article met sous les yeux\nde nos lecteurs*"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-02-15-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-02-15_01#c005", "volume": "bmtnabc_1875-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "147", "page_fin": "154", "image_debut": 3, "image_fin": 10, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.2.2", "titre_corps": "E CHEUALIER AU CYGNE", "titre_sommaire": "E CHEUALIER AU CYGNE", "signature_source": "CHARLES DEULIN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "147", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.3", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 663, "texte": "E CHEUALIER AU CYGNE\nLÉGENDE MUSICALE\n\nI\nil tempo jaîïtp» il y avait\nau château de Valenciennes,\nautrement dit du Val-aux-\nCygnes, une jeune princesse\n- / J.\nqui se nommait Béatrix et qui était l'u-\nnique héritière du royaume de Lillefort.\nOr, le malheur avait voulu qu'un mo-\nnarque voisin usurpât les États de Lille-\nfort, après avoir égorgé le roi, la reine et\nleurs enfants. Échappée seule au mas-\nsacre, Béatrix avait été recueillie par son\noncle, le châte-\nlain de Valen-\nciennes. Malgré\nson nom de doux\naugure, la princesse n'était pas heureuse : toujours elle pensait à son\nroyaume perdu.\n« Ah ! disait-elle souvent, si quelqu'un pouvait me rendre ma cou-"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "148", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.4", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2000, "texte": "ronne, quel qu'il fût et d'où qu'il vînt, je l'épouserais sans même lui de-\nmander son nom. »\nDieu sait pourtant si Béatrix était curieuse !\nElle alla un jour jusqu'à consulter une sorcière, et celle-ci lui prédit\nqu'elle serait rétablie sur son trône par l'intervention d'un cygne.\nBéatrix ne comprit pas bien comment cela se pourrait faire. Depuis\nlors, néanmoins, accoudée à la fenêtre de sa chambre, elle promenait sans\ncesse un regard avide sur la vallée toute couverte d'eau, et, lorsqu'elle\nvoyait s'abattre au loin, dans les roseaux, un grand oiseau blanc, elle\nmurmurait la vieille chanson qu'on chante encore dans la Flandre fla-\nmingante :\nZrvane, çwane, vvitte plek...\nCygne, cygne, beau cygne blanc,\nQuand donc passeras-tu l'étang :\nDemain, sur le coup de midi,\nQuand le aura verdi...\nQui chante, ses maux enchante, mais, hélas! la journée passait, le\nlendemain venait, midi sonnait, l'herbe verdoyait, et toujours la prin-\ncesse attendait !...\nII\nUne nuit, aux premières blancheurs du matin, elle rêva que le cygne\ntant désiré s'approchait des murs du château, qu'il se changeait soudain\nen un beau chevalier, et qu7il lui adressait ainsi la parole :\nSi je vous rendais, ô la belle des belles, le trône de Lillefort, consen-\ntiriez-vous à m'épouser?\nJ'y consentirais, répondit Béatrix, qui en ce moment pensait\nmoins à son trône qu'à l'aimable chevalier qui venait le lui offrir.\nEt auriez-vous le courage de ne jamais vous enquérir de mon\npays et de ma naissance ?\nJ'aurais ce courage, répondit la jeune fille.\nComme elle achevait de prononcer ces mots, Béatrix fut réveillée\ntout à coup par les sons lointains du cor. Elle sauta à bas de son lit,\ncourut demi-vêtue à la fenêtre, et quelle ne fut pas sa surprise de voir,\ndu côté où se levait le soleil, voguer vers le château six beaux cygnes\nayant au cou un collier d'or!\nIls entouraient d'un air de respect un cygne plus grand qui traînait\nune nacelle. Dans la nacelle se tenait debout un hardi jeune homme, à"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "149", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.5", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2138, "texte": "la taille svelte, aux formes élégantes, en tout pareil à celui qu'elle ve-\nnait de voir en rêve.\nIl avait une épée d'or à la main, un cor de chasse aux épaules, et au\npoignet un bracelet précieux. Devant lui était son bouclier rouge à l'écu\nd'argent, sur lequel se croisaient huit sceptres de rois attachés entre eux\npar une émeraude.\nQue souhaitez-vous, beau chevalier? lui cria Béatrix.\nVotre bonheur, reine de beauté, et je viens vous rendre un trône.\nQui êtes-vous, beau chevalier, pour tenter pareille aventure?\nOn me nomme Hélias, le Chevalier au Cygne.\nD'où venez-vous et quelle est votre origine? ajouta la curieuse,\noubliant déjà sa promesse.\nCelui qui m'envoie, répondit l'inconnu d'une voix grave, m'a dé-\nfendu de vous le dire, et si je prends en main votre cause, c'est à la\ncondition que vous ne me le demanderez jamais. Acceptez-vous cette\ncondition ?\n■— Je l'accepte, répondit vivement la jeune fille.\nIII\nElle acheva de s'habiller et s'en fut réveiller son oncle, qui donna\nl'ordre de baisser le pont, de lever la herse et d'ouvrir toutes grandes les\nportes du château. Lui-même, voyant l'air noble de l'étranger, alla à sa\nrencontre et lui fit le plus gracieux accueil.\nCelui-ci, ayant pris terre avec ses cygnes, leur ôta leurs colliers d'or, et\nils se transformèrent soudain en six chevaliers aux blanches armures.\nSeul le cygne qui traînait la nacelle s'en retourna au pays d'où il était\nvenu.\nSéduit par la vaillante mine d'Hélias, l'oncle de Béatrix lui prêta mille\narchers et trois cents porte-lances, [cinq cents frondeurs et cent de ses\nmeilleurs chevaliers.\nA leur tête Hélias triompha sans peine de l'usurpateur et le tua de sa\npropre main. Il rétablit dans ses États la belle Béatrix, qui n'avait pas\natîendu ce haut fait pour l'aimer du plus tendre amour.\nEn récompense de ce service, il épousa la princesse, après quoi il\nremit leurs colliers d'or à ses chevaliers, qui reprirent leur première\nforme et s'envolèrent dans les nuages.\nJusque-là Béatrix avait su résister à sa curiosité; mais le lendemain\ndes noces, jugeant le moment favorable, elle dit à son époux, en l'em-\nbrassant :"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "150", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.6", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2056, "texte": "Mon doux seigneur, maintenant que je suis votre femme, ne me\nconfierez-vous point de quel pays vous êtes venu et quelle est votre\norigine?\nVous m'aviez promis, ô ma bien-aimée, répondit Hélias, de ne\npoint m'adresser cette question. Ne la renouvelez jamais, sans quoi je\nserais forcé de vous quitter à l'instant même. Tel est l'ordre de celai qui\nm'envoie.\nIV\nBéatrix se le tint pour dit et, malgré le mystère dont s'entourait son\népoux, elle n'en fut pas moins la plus heureuse des femmes.\nCe n'est pas seulement parce qu'Hélias lui avait rendu sa couronne,\nni parce qu'il n'aimait qu'elle au monde, ni enfin parce qu'il était le plus\nvaillant et le plus beau des chevaliers; c'est qu'il semblait un être supé-\nrieur qui portait le bonheur en lui-même, et le répandait autour de lui.\nPartout où on le rencontrait, l'air paraissait plus pur, le ciel plus bleu,\nla terre plus verte et plus riante, et c'est pourquoi on disait commu-\nnément que le Chevalier au Cygne venait du paradis terrestre.\nCette parfaite félicité dura sept ans, pendant lesquels Béatrix eut trois\nenfants : une fille et deux garçons.\nV\nUn matin, en allant à la messe, Béatnx ouït deux palefreniers qui se\nquerellaient dans l'écurie. L'un d'eux disait à l'autre, qui était étranger\nau pays :\nTais-toi, fils de rien ! Tu es comme le roi Hélias : nul ne sait d'où\ntu viens!\nLa jeune reine emporta ces paroles dans sa mémoire, et son bonheur\nen fut troublé. « Il est bien vrai, se dit-elle, qu'Hélias est le plus beau,\nle plus brave et le meilleur des chevaliers. Nul époux n'est mieux fait\npour rendre sa femme heureuse, mais cet homme a raison : on ne sait\nd?où il vient, et c'est grand' honte pour sa femme et ses enfants. »\nCette idée la tourmenta tellement, qu'un soir, la veille d'un tournoi,\nelle hasarda de murmurer à l'oreille de son mari :\nEncore un triomphe pour mon beau chevalier! Mais les juges du\ncamp seront bien embarrassés, quand il faudra proclamer les noms et\ntitres du vainqueur.\nSi je suis vainqueur, répondit-il, les juges du camp proclameront"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "151", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.7", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2149, "texte": "Hélias, roi de Lillefort. Ce nom et ce titre leur suffiront. Entendez-vous\nces cris? ce sont les cris de mes cygnes qui passent là-haut et qui m'ap-\npellent. Encore une question ô ma bien-aimée, et je serai obligé\nde les suivre !\nHélias prononça ces mots avec un tel accent de tristesse et de reproche,\nque Béatrix n'osa plus revenir sur ce sujet. Sa curiosité n'en était pour-\ntant ni moins vive, ni moins ardente, et elle chercha par un autre moyen\nà savoir le fatal secret.\ncc Si je l'apprends sans qu'il me le dise, pensait-elle, Hélias, du moins,\nne sera pas forcé de me quitter. »\nElle fit venir la vieille sorcière, dont la prédiction s'était si bien accom-\nplie, et elle la consulta en cachette.\nMon art ne va pas, répondit celle-ci, jusqu'à découvrir ce qu'on\nvous cèle ; mais priez les cygnes de le demander à ceux qui ont amené\nvotre époux, et peut-être vous le diront-ils.\nComment ferai-je, dit Béatrix, si j'ignore le langage des oiseaux ?\nPrenez cette bague de cuivre où est enchatonnée une perle de\nrose. Chaque fois que vous tournerez le chaton en dedans, vous com-\nprendrez le langage des oiseaux; vous pourrez leur parler et ils vous ré-\npondront.\nBéatrix prit la bague et, en échange, donna à la sorcière une grosse\nsomme dor.\nVI\nQuand vint la saison où les loups vivent de vent, elle guetta le passage\ndes cygnes et leur cria :\nBlancs oiseaux, qui volez par les nues, n'avez-vous point vu six\nbeaux cygnes, blancs comme vous, et portant des colliers d or ?\nNous ne les avons point vus, répondirent-ils, mais attendez qu il\nfasse moins froid et que nous revolions au pays des neiges, nous cher-\ncherons les cygnes aux colliers d'or.\nVous leur demanderez, reprit Béatrix, d'où est venu Hélias, mon\népoux, et quelle est son origine.\nA notre retour, nous vous le dirons, répondirent les cygnes.\nBéatrix n'eut de joie qu'alors que le coucou commença de s enrouer.\nLes cygnes revinrent enfin et déclarèrent qu'ils n'avaient point vu leurs\nfrères aux colliers d'or.\nAlors elle interrogea tour à tour les grues, les oies et les canards sau-\nvages ; et les grues, les oies et les canards lui firent la même réponse."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "152", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.8", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2193, "texte": "~ Béatrix,, désolée, consulta de nouveau la sorcière. Celle-ci réfléchit un\ninstant, puis elle lui dit :\nDe quel côté venait Hélias, quand il vous a apparu pour la première\nfois ?\nDu côté du soleil levant.\nEn ce cas, ce ne sont point les cygnes, ce sont les cigognes qu'il\nfaut interroger.\nBéatrix pria les cigognes de chercher les cygnes aux colliers d'or, mais\nelles revinrent au printemps sans les avoir trouvés. Elle s'adressa alors\naux hirondelles, aux loriots, aux rossignols, aux cailles et aux ortolans,\nmais ils ne purent lui donner aucune nouvelle des cygnes aux colliers d'or.\nIls promirent d'interroger leurs frères ailés des contrées lointaines, et\nceux-ci questionnèrent les quadrupèdes et les poissons, qui questionnè-\nrent les arbres et les rochers, les sables des déserts et les sables de la mer.\nEt il n'y eut bientôt plus dans toute la nature une créature animée ou\ninanimée qui ne fût en peine des cygnes aux colliers d'or.\nVII\nL'ennui de la reine devint pour les oiseaux du monde entier un perpé-\ntuel sujet d'entretien, et jamais elle ne se promenait dans les bois, sans\nles entendre causer entre eux de son chagrin.\n- Pauvre reine! disait la tourterelle. Quel intérêt son époux peut-il\navoir à lui cacher son origine? S'il vient, comme tout porte à le croire, du\nparadis terrestre, que ne l'emmène-t-il dans ces lieux enchantés?\nRougit-il de sa femme, ajoutait le bouvreuil, et craint-il de la faire\nconnaître aux siens ?\nOu serait-ce, reprenait l'agace, qu'il a commis en son pays quelque\nméchante action qu'il veut tenir secrète?\nSerait-il marié, par hasard, s'écriait la corneille, et aurait-il là-bas\nune autre épouse ?...\nCes paroles empoisonnées tombaient goutte à goutte sur le cœur de la\nreine. Elle aurait pu s'y soustraire en tournant en dehors le chaton de\nsa bague, mais elle n'en avait pas le courage.\nBientôt poursuivie, harcelée, exaspérée par cette éternelle condoléance,\nBéatrix n eut plus qu un souhait, qu une idée, qu'un but au monde i sa-\nvoir qui était et d'où venait son époux.\nCe désir inassouvi fit en elle de tels ravages qu'elle tomba dans une lan-\ngueui moi telle. Ne sachant à quelle cause attribuer son dépérissement,"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "153", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.9", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1612, "texte": "les médecins ordonnèrent que, pour la changer d'air, on la ramenât au\nchâteau de Valenciennes.\nLe roi l'y conduisit avec ses enfants.\nVIII\nUn matin que Béatrix était dans sa chambre auprès d'Hélias, elle\ns'accouda à la fenêtre et se prit à contempler le val aux cygnes.\nElle songeait tristement qu'à pareil jour, treize ans auparavant, il\nétait arrivé par là l'inconnu qu'elle avait accepté pour maître et seigneur,\net la vieille chanson lui revenait en mémoire :\nCygne, cygne, beau cygne blanc,\nQuand donc passeras-tu l'étang?...\nTout à coup, sa fille entra et lui dit :\nMère, est-ce vrai, ce qu'on raconte, que mon père est arrivé chez\nnous dans une nacelle traînée par un cygne?\nC'est vrai, ma fille.\nD'où venait-il ?\nAu lieu d'ordonner à l'enfant de se taire, Béatrix répondit vivement :\nDemande-le-lui.\nEt l'enfant le demanda à son père.\nHélias lui imposa silence; mais Béatrix, à bout de patience, se tourna\nvers lui et dit aigrement :\nIl est fâcheux que jamais vous n'ayez voulu me faire connaître\nvotre pays et votre naissance. Ne les direz-vous pas, du moins, à vos\nenfants?\nJe t'avais prévenue, pauvre femme, répondit Hélias d'une voix\ntriste, et, malgré tout, tu as succombé! Tourne-toi et regarde.\nIX\nBéatrix effrayée se tourna et regarda par la fenêtre.\nElle vit, comme à pareil jour elle les avait vus treize ans auparavant,\ndu côté où se levait le soleil, sur la vallée inondée, six beaux cygnes\nblancs, ayant un collier d'or au cou.\nIls escortaient un cygne plus grand qui traînait une nacelle vide. A\ncette vue, Béatrix pâlit et se jeta en pleurant dans les bras d'Hélias."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "154", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.10", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1422, "texte": "Malheureuse que je suis! s'écria-t-elle. Pour n'avoir pas su résister\nà ma sotte curiosité, vais-je donc perdre tout mon bonheur! Oh! je t'en\nsupplie, ne me quitte pas, mon époux adoré !\nIl le faut! répondit Hélias, et pâle, mais le cœur ferme, il se fit ap-\nporter son bouclier rouge à l'écu d'argent, son épée d'or, son cor de\nchasse et son bracelet.\nIl donna l'épée d'or à son fils aîné, le cor de chasse au cadet, et le bra-\ncelet à sa fille. Ensuite, il embrassa une dernière fois sa femme et ses\nenfants et, malgré leur désespoir, il descendit vers les cygnes qui bat-\ntaient des ailes.\nArrivé près d'eux, il monta dans la nacelle, et, toujours fixant sur les\nsiens un long et triste regard, il s'éloigna lentement, lentement, et dis-\nparut à l'horizon avec sa flotte de cygnes.\nX\nC'est ainsi qu'il partit, et il ne revint pas.\nSa femme l'attendit un an, l'attendit dix ans, l'attendit vingt ans, espé-\nrant toujours qu'il reviendrait, et il ne revint plus jamais. Et les blondes\nfilles delà Flandre l'attendent encore, et aussi l'attendent les filles de\nl'Allemagne et celles de l'Angleterre, et celles du monde entier, mais en\nvain !\nC'est le beau prince enchanté que rêvent les têtes de seize ans, et qui\ndoit toujours venir du pays du soleil. Une seule femme l'a possédé, et elle\nn'a pas su le garder, et c'est pourquoi il ne reviendra plus, Hélias, le\nChevalier au Cygne!\n\nCHARLES DEULIN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-02-15-01-c010", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-02-15_01#c010", "volume": "bmtnabc_1875-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "155", "page_fin": "159", "image_debut": 11, "image_fin": 15, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.2.3", "titre_corps": "HISTOIRE DES ARCHIVES ET DE LA BIBLIOTHÈQUE DE L'OPÉRA", "titre_sommaire": "HISTOIRE DES ARCHIVES ET DE LA BIBLIOTHÈQUE DE L'OPÉRA", "signature_source": "THÉODORE DE LAJARTE", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 11, "page_imprimee": "155", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.11", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1079, "texte": "HISTOIRE\nDES ARCHIVES ET DE LA BIBLIOTHÈQUE\nDE\nL'OPÉRA\n\n(3e article) (1).\nE commençai mon inventaire au milieu des ouvriers qui\ntravaillaient encore à la Bibliothèque. Les menuisiers, les\npeintres, les raboteurs s'en donnaient à cœur-joie; cela\nne m'empêchait pas, aidé par le bon Nuitter, d'entasser,\nsur une de ces petites voitures, dont se servent les facteurs\ndans les gares, les parties d'orchestre et des chœurs, les rôles et les par-\ntitions, de les amener dans mon cabinet, pour les examiner et les inven-\ntorier à mon aise.\nLe nombre des paquets qui n'avaient pas été ouverts, depuis cent ans\npeut-être, étaient assez considérable. j'ai été assez heureux dans\nmes découvertes ; il a été établi que vingt-neuf ouvrages ne figuraient\nnullement sur le registre de Le Borne. Il a fallu leur donner et leur date\net le nom de leurs auteurs. Les voici :\nOPÉRAS REPRÉSENTÉS\nL'ldylle sur la paix, entrée de ballet (Lully, 1685).\nDidon (avec les copies authentiques de l'époque), tragédie lyrique,\ncinq actes (Desmarest, 1693).\n\n(i) Voir les numéros du i 5 janvier et i 5 février."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "156", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.12", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1815, "texte": "Cariselly, entrée de ballet (Lully, 1702).\nLa Sérénade vénitienne, entrée de ballet (Lully, 1702).\nMédus, roi des Mèdes, tragédie lyrique, cinq actes (Bouvard, 1702),\nLe Bal interrompu) entrée de ballet (Lully, 1708).\nLa Lyre enchantée, entrée de ballet (Rameau, 1757).\nLes Fêtes de PaphoS, opéra-ballet, trois acres (Mondonville, 1758).\nLes Caprices de Galathée, ballet (Noverre, corégr., 1760).\nLa Fête de Mir\\a, ballet avec divertissement-opéra (Gardel et\nGrétry, 1781).\nApollon et Daphné, fragment (Mayei\\ 1762).\nAriane, dans Vîle de Naxos, fragment (Edelmann, 1782).\nLes Sauvages, ballet (Gardel, corégr., 1786).\nŒdipe à Thèbes, autrement dit Œdipe et Jocaste, tragédie lyrique,\ntrois actes (Lefroid de Mereaux, 1791 ).\nLe Jugement de Paris, ballet (Méhul, 1793).\nBacchus et Ariane, ballet (Rochefort, 1794).\nMédée (théâtre Feydeau). (Cherubini, 1797).\nLa Fête du 4 février (Steibelt, 1806).\nLa Fête de Mars (Kreutzer, 1809).\nLes Croisés (Stadler, 1819).\nOPÉRAS NON REPRÉSENTÉS\nBélisaire (Désaugiers, le père du chansonnier).\nBrutus (Pierre Candeille).\nOgier le Danois (Roll).\nL'Hymne à la Victoire, ou le Retour des guerriers (Gossec)\nLes Incas (Fr. Ch. Lefebvre).\nAntiochus et Stratonice (Langlé. Versailles, 1786).\nLe Sacrifice Abraham (Mathieu dit Lepidor).\nSylvius Nerva (Lemoyne).\nPygmalion (Halévy).\nDes irrégularités sans nombre ont été constatées. Ainsi Y Idylle figu-\nrait sur le registre sous le nom de Y Idole. C'est un divertissement joué\nvers 1730 et composé des deux entrées de Lully : L'ldylle sur la paix\net YÉglogue de Versailles, que l'imprimeur Ballard appelle la Grotte\nde Versailles; quoi qu'en aient dit certains musicologues, Y Idylle et\nYÉglogue formaient deux entrées parfaitement distinctes.\nLa Fête de Mir\\a était plus étrange encore. Sur un paquet de parties"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "157", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.13", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 1879, "texte": "d'orchestre, on avait écrit le titre de la Belle Esclave. Après setre\nassuré de l'époque, par l'inspection de la copie, de la forme mélodique et\nde l'instrumentation, lire les paroles de l'ouvrage, et, avec l'aide du réper-\ntoire des livrets et des ouvrages de Fétis et de Castil-Blaze, découvrir\nque cette Belle Esclave était tout simplement un acte de Grétry, ayant\npour titre Emilie, qui figurait comme divertissement dans la Fête de\nMir\\a, ballet de Gardel : c'était là une filiation assez embrouillée, con-\nvenons-en.\nDu reste, malgré la rigueur de la loi, qui défend la recherche de la\npaternité, les bibliothécaires sont obligés, à chaque instant, de com-\nmettre cet affreux délit. Je ne me suis pas arrêté, je le confesse, sur\nla pente du crime; j'ai dû redonner des ascendants à vingt-sept ouvrages\nque M. Le Borne avait déposés sans nom d'auteurs— en véritables\nenfants trouvés sur son fameux registre :\nLe Retour du Printemps {Charpentier, 1680).\nCanente (Colasse, 1700).\nLa Chasse du cer/(Morin, 1708).\nL'lsola d'Alcina (Broschi, 1728).\nLa Coquette trompée (Dauvergne, 1758).\nLa Fiera di Vene\\ia (Salieri, 1772).\nLe Finte Gemelle (Piccinni, 1778).\nIl Curioso indiscreto (Anfossi, 1778).\nDue Comtesse (Paisiello, 1778).\nLa Sposa Colerica (Piccinni, 1778).\nLa Finta Giardiniera (Anfossi, 1778).\nIl Geloso in Cimento (Anfossr, 1779).\nIdolo Cinese (Paisiello, 1779).\nAmore Soldato (Sacchini, 1779).\nIl Cavalière errante (Traetta, 1779).\nGli Stravaganti (Piccinni, 1779).\nL'lnconnue persécutée (Anfossi, 1781).\nIl Marito indolente (Anfossi, 1782}.\nAcis et Gal athée {Darondeau et Gianella, i8o5).\nL'Arbre de Diane (Martin y Solar, Vienne, 1785).\nDonne Vendicate (Piccinni), non représenté à Paris.\nAlcmeon (Cambini) inédit.\nLa Fête du Soleil (Berton), inédit.\nAlcidonis (Bocquet), inédit.\nL'Amour enchaîné par Diane (Edelmann), inédit."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "158", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.14", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1808, "texte": "Nitocris (Gossec), inédit.\nAmynte et Coridon (Bonnet), inédit.\nMalgré toutes les recherches, il reste encore une certaine quantité\nd'ouvrages non représentés, dont les noms d'auteurs sont inconnus. Il\nfaut espérer que le temps viendra combler cette lacune, en apportant des\ndocuments au catalogue.\nLa Bibliothèque musicale de l'Opéra devra être divisée en plusieurs\ncatégories :\ni° Format in-40, généralement employé pour les partitions et les\nCopies d'orchestre (depuis 1682, date du premier ouvrage qui existe à\nl'Opéra : Les Fêtes de l'Amour et de Bacchus jusqu'en i83o).\n2* Format in-folio employé pour le répertoire moderne.\n3° Soixante et quinze liasses d'airs de ballets, détachés en partition.\n40 Cantates et pièces politiques. L'inventaire est à peu près ter-\nminé, nous en rendrons compte incessamment.\n5° Symphonies, concertos et pièces instrumentales détachées,\n6° Quelques messes et motets provenant des concerts spirituels.\nL'inventaire de la première catégorie est terminé.\nLe chiffre des partitions et parties se divise ainsi :\nPartitions d'orchestre et de chœurs, répétiteurs de ballets, 2,658\nParties d orchestre 12^87\nRôles 5,481\nChœurs 10,674\nTotal général 31,200\nL'ensemble de la Bibliothèque comprend :\nDeux cent quarante-quatre opéras, possédant tout son matériel\nd'exécution : partitions, répétiteurs, parties d'orchestre, rôles et chœurs.\nCent dix ballets, avec leurs parties séparées et leur partition.\nCent partitions, sans parties d'orchestre.\nQuatre-vingt-dix-sept ouvrages dont les partitions font défaut.\nSoit ! six cent vingt-sept ouvrages.\nIl faut ajouter au répertoire de l'Opéra une très importante collection\ndu dix-huitième siècle, ayant appartenu à un amateur, le marquis de la\nSalle, et provenant de la Bibliothèque de la Sorbonne. C'est àM. Vau-"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "159", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.15", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 1785, "texte": "corbeil que les archives de l'Opéra sont redevables de cette heureuse\nacquisition.\nLa collection de la Sorbonne comprend : i° Cent sept partitions in-\nfolio (vingt Lully, six Rameau, trois Destouches, neuf Grétry, deux\nGluck, six Philidor).\n2° SOl xante-quinze partitions in-quarto oblong (sept Destouches,\ncinq Campra, sept Mouret, dix Rameau, sept Rebel etFrancœur).\n3° Soixante - huit cartons, contenant les parties séparées et rôles,\ncopie du temps, de soixante-trois ouvrages (douze Lully, quatre\nDestouches, quatre Mouret, quatre Campra, dix Rameau, cinq Rebel et\nFrancœur).\nNous croyons avoir démontré suffisamment par ce qui précède, com-\nbien les archives de l'Opéra pourront être utiles aux artistes et aux\namateurs d'histoire musicale. Ils trouveront les parties d'orchestre et les\npartitions, ayant servi aux représentations des classiques.\nIls trouveront, là seulement, les indications, les annotations de nuances,\nles changements, les adjonctions et suppressions que Rameau, Gluck,\nMéhul et les auteurs modernes ont mis, eux-mêmes, sur les parties et sur\nles partitions. Ces annotations ont une importance musicale et histo-\nrique qu'il est inutile de faire ressortir davantage.\nEn terminant, nous ne devons pas oublier de mentionner les auto-\ngraphes nombreux que possède la Bibliothèque : Gluck (fragments\nd Armide et d'Orphée)] Rameau, Daphnis et Eglé, les Surprises de\nVAmour, la Naissance d'Osiris); Mehul (les Amazones); Sacchini\n[Dardanus); Salieri [Tarare); Cherubini {Armide et Médée)\\ Rossini\n{le Siège de Corinthe et Guillaume Tell)] Donizetti (la Favorite) ;\nMeyerbeer (Robert le Diable, les Huguenots, le Prophète et/' Africaine)]\nplus des fragments dus à la plume de Spontini, d'Hérold et d'Halévy.\n\nTHÉODORE DE LAJARTE."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-02-15-01-c014", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-02-15_01#c014", "volume": "bmtnabc_1875-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "160", "page_fin": "169", "image_debut": 16, "image_fin": 25, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.2.4", "titre_corps": "LES EXCENTRICITÉS MUSICALES", "titre_sommaire": "LES EXCENTRICITÉS MUSICALES", "signature_source": "GASTON ESCUDIER", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 16, "page_imprimee": "160", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.16", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1065, "texte": "LES\nEXCENTRICITÉS MUSICALES\n\n(0\nLe chanteur de chansonnettes. Les Tyroliens. De Meyer, l'homme à la clari-\nnette. - L homme aux chiens. —— Le marquis de la Vessie. —— Le piano à vapeur.\nLe piano de pierres. Les clowns du cirque Loisset, Le xylophone. Sol-\nl si-ré-pif-pan. L homme-Orchestre. —Un trait de Lablache. Une vocation\nmanquée. Le piano de cochons de lait.\nous avons dit que la musique jouait un\ngrand rôle dans les fêtes populaires, et\nc'est vrai! Depuis le diseur de bonne\naventure ou la femme à barbe, qui louent\npour une journée deux petits Italiens,\njusqu'aux grandes loges qui paient quinze\nou vingt musiciens engagés à l'année, la\nmusique est pour tous les banquistes un\nattractifs puissant moyen trop bruyant\nparfois pour attirer la foule et la ras-\nsembler devant les planches de l'estrade\nsur lesquelles les pitres font leurs boni-\nments.\n\n(i) C'est a î'obligeance de M. Gaston Escudier que nous devons communication\ndu texte et des planches de cet article, détaché spécialement pour la Chronique Mu-\nsicale, de son beau volume LES SALTIMBANQUES."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "161", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.17", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 1404, "texte": "Mais il est d'autres genres d'exploitation dont la musique est le pré-\ntexte, peu cultivés peut-être, qui offrent cependant une étude assez\nintéressante : je veux parler des chanteurs de chansonnettes, de Thomme-\norchestre, de l'homme-clarinette, du marquis delà Vessie, etc., que tout\nle monde a vus, et qui, tous, nous ont plus ou moins divertis.\nA notre époque, le chanteur des rues n'est plus qu'un triste parodiste,\nqu'un navrant écho de chansonniers, souvent de bas étage. lia dépouillé\ntout caractère original; son type s'est perdu dans la nuit des temps.\nEt cependant il compte pour ancêtres les plus illustres poëtes. Le rap-\nsode Homère est son aïeul. Il descend en droite ligne des Arnodes de la\nGrèce. Ses pères étaient bardes. Mais comme tout se transforme, il a\n-rejeté loin de lui les formules et la manière des mendiants qui revenaient\nde terre sainte. Il ne chante plus les gloires d'un pays, ni la Passion de\nJésus-Christ, ni l'amour d'un Renaud, ni les enchantements d'une\nArmide ; il n'entonne plus un cantique ni un noël en l'honneur du Saint\ndes saints ; il est même tombé plus bas.\nCe qu'il chante manque de caractère. C'est une romance malsaine, une\nronde digne de défrayer les gosiers de toute une caserne, un refrain égril-\nlard, sans moralité, et, partant, sans nécessité.\nC'est le goût du jour qui le veut ainsi. Jusque dans ce bas-fond de"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "162", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.18", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2512, "texte": "l'art, les traditions et le genre se sont effacés ; il n'a gardé que le gro-\ntesque et le grossier.\nOù sont aujourd'hui les Philibert et les Duchemin ? Où sont les mé-\nnestrels qui composaient eux-mêmes vers et chansons sur des sujets d'un\nintérêt grand ? Où sont les chantres qui, sur une borne, prêchaient les\ncroisades ? Où sont-ils tous ces débris d'une civilisation grecque et\nromaine ?\nLe chanteur des rues n'est maintenant plus qu'une inutilité et un em-\nbarras. N'était par charité que Ton s'arrête devant lui pour lui faire une\naumône, il serait bien vite oublié et laissé de côté.\nQu'il hurle l'air de la Femme à barbe ou une complainte d'un Fual-\ndès quelconque, c'est tout ce dont il est capable : il est descendu trop bas\npour se relever.\nLe type du chanteur de chansonnettes n'a donc rien de bien saillant ;\narmé d'une il se place devant un café ou à côté d'une baraque\nbien fréquentée, retire son chapeau, fait écarter la foule et se met à\nchanter des complaintes en s'accompagnant de son instrument.\nIl en est qui chantent de grands airs d'opéra; entre autres un petit\nbrun, un peu bossu, doué d'une fort jolie voix de baryton. Son réper-\ntoire est varié. Le Pré aux clercs, la Muette, le grand air du Barbier,\nvoilà pour le sérieux ; Polichinelle et Bébé, le Vieux Buveur, etc., voilà\npour la partie comique ; et ma foi, il s'en tire assez bien ; aussi les sous\npleuvent-ils de tous côtés et à foison. Je suis persuadé qu'il gagne en-\nviron douze à quinze francs par jour, et le dimanche dans les bons\nendroits le double.\nIl en est d'autres qui chantent des tyroliennes à rendre jaloux les habi-\ntants du Tyrol eux-mêmes.\nIl est vrai que partout, sauf dans le Tyrol, on chante des Tyroliennes.\nJ'ai entendu, àla tête d'Asnières, un de ces artistes diriger sa voix\nd'une façon et arriver à produire les effets les plus bizarres.\nSa chansonnette, Entendez-vous le son de la flûte, avec imitation de\nsons de flûte, est vraiment curieuse.\n« Ce chanteur, disait un hercule, a une terrible poitrine :le gaillard\nroucoule ainsi depuis ce matin et sa voix est toujours aussi flûtée ! »\nCes chanteurs ne doutent de rien : il aurait beau y avoir à côté d'eux\nune grosse caisse, un piston, un orgue de Barbarie et un tambour, quand\nils ont commencé à placer leur air, il faut qu'ils le crient jusqu'au bout,\nsans s'inquiéter si on les entend ou non! Et dire que M. Prud'homme\nprétend que l'art est dans le marasme!\nIl est un type bien connu à Paris, c'est deMeyer, l'homme àla clari*"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "163", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.19", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 1195, "texte": "nette. De Meyer est Belge d'origine. Il a beaucoup voyagé; il connaît\nl'Allemagne, l'Angleterre et l'Amérique.\nCoiffé d'un énorme bonnet de coton, armé d'une clarinette en buis à\ntreize clefs, vêtu d'une immense robe de chambre, il exécute, après s'être\nlivré aux cascades les plus grotesques, VOuverture de Guillaume Tell,\navec variations obligées et arrangées par lui-même.\nUn harpiste l'accompagne. Il tire de jolis sons de son instrument et\nexécute la difficulté avec une étonnante facilité. Un de ses grands effets\nest de passer subitement des notes les plus élevées aux notes les plus\nbasses. Il imite ensuite le canard, la flûte, l'âne, la vielle et finit par la\ngrande dispute entre M. et Mme Jobard... Scèneimitative.\nDe Meyer ne connaît pas une note de musique ; il joue tous les airs\nconnus; sa mémoire est prodigieuse. C'est à tort que l'on a prétendu qu'il\navait été chef de musique dans un régiment de ligne.\nLe marquis de la Vessie est aussi un type bien connu à Paris et aux\nalentours. Coiffé d'un grand chapeau de paille orné de fleurs, vêtu d'une\nancienne capote de garde national et d'une petite culotte jaune, il chante\net vend des chansonnettes."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "164", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.20", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1610, "texte": "Il s'est fabriqué un instrument avec une vessie, un bâton et une corde\nde boyau ; ilrâcle le tout à l'aide d'un morceau de bois terminé par un\npompon de grenadier. A chaque couplet, il interrompt sa chansonnette\npour débiter des fariboles et raconter son arrivée à Paris.\n« Mon père, dit-il, m'a procuré le moyen de faire fortune sans dépen-\nser un sou. —-Tu rentres le soir chez toi sans bougie; tu te précipites\nsur la porte de ta chambre ; tu te cognes bien fort la figure de façon à ne\nvoir que trente-six chandelles ; tu empaquettes vite tes trente-six chan-\ndelles et cours les vendre à l'épicier; au bout de six mois tu possèdes une\nbelle fortune.\ncc Dans la journée, tu ramasses tous les vieux chiffons possibles. Tu\nles entasses dans une chambre sans jamais les regarder. Au bout de six\nmois, tu ouvres ta porte et t'aperçois que tu as une énorme quantité de\nlinge d'amassé. Tu vas le vendre et tu es millionnaire. »\nTous les gamins connaissent le marquis de la Vessie ; et leur plaisir\nest de le porter en triomphe sur leurs épaules pendant qu'il chante son\nrefrain.\nDans les grandes fêtes, on admire quelquefois le fameux piano à va-\npeur.\nUn mécanicien s'âpercevant un jour que les sons des sifflets étaient dif-\nférents de tonalité selon les machines, s'est ingénié à construire un\nimmense instrument, auquel il a donné le nom de piano à vapeur. C'est\nen effet, une machine à vapeur pourvue de trente-cinq pistons faisant\nl'office de sifflets : chaque fois qu'il presse sur une touche, le piston s'é-\nlève ou s'abaisse et le son se produit. Cet instrument est joué par trois"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "165", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.21", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2069, "texte": "hommes qui exécutent de brillantes variations sur le Carnaval de Ve-\nnise. Les sons ressemblent à des cris perçants sans calembour et\nquelquefois, lorsqu'il faut dégager un peu de vapeur, le bruit est si fort et\nsi puissant que l'on croit la machine brisée. Cela arriva un jour au champ\nde Mars, àla fête du i 5 août. Les assistants et ils étaient nombreux—\nont été pris d'une telle panique, qu'il se sont précipités vers la porte par\ncrainte d'être blessés. Chacun croyait que la machine venait de sauter.\nPuisque noussommes sur les pianos, n'oublions pas le piano de pierres.\nLes pierres chantent.\nEntre% ! entre\\ ! Écoute{ l'harmonie !! !\nUn cantonnier du chemin de fer d'Orléans s'est avisé de ramasser des\nsilex, de les suspendre à des cordes, de les frapper avec une baguette de\nfer et de les comparer à des diapasons. A force de recherches, il est arrivé\nà construire un appareil à peu près juste, auquel il a donné le nom de\nPiano de pierres. Chaque silex est suspendu par une tringle d'acier à\nune corde ; les tons sont représentés par des pierres longues ; les demi-\ntons par des caillous plus petits. Armé d'un marteau en fer, il frappe\nsur chacune de ces touches et le son se produit, semblable au bruit que\nfont les galets roulés par la mer.\nAjoutons que le constructeur de ce curieux instrument de musique\nexécute de grandes variations sur le Clair de la lune, Marlborough les\nPetits Bateaux, etc. Il a refusé, disait-il, il y a quelques mois, 25,000\nfrancs de son instrument.\nJ'ignore s'il les a acceptés depuis.\nAu grand cirque Loisset, l?un des plus beaux que je connaisse et au-\nquel je consacrerai un chapitre tout spécial, j ai entendu deux clowns\nexécuter sur des pots de fleurs et sur des verres les Cloches du monastère,\nde Lefébure Wely.\nLes pots de fleurs étaient suspendus par des cordes à des tringles\nd'acier, reliées entre elles en forme d'if, comme les lampions des illumi-\nnations publiques. Le clown frappait sur chacun d eux avec deux\nbâtons terminés par une petite boule d'acier ; et c'était vraiment chose"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "166", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.22", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1248, "texte": "curieuse que de le voir se démener comme un diable en faisant mille\nsingeries et mille contorsions.\nEn face de lui, un autre clown avait disposé environ trente verres à\nboire, qu'il remplissait d'eau devant le public, et exécutait le chant avec\nses doigts légèrement mouillés, qu'il passait sur le bord des verres, pen-\ndant que son camarade se livrait à des accompagnements et des varia-\ntions de l'autre monde. Les verres étaient gradués d'avance : un trait de\nlime indiquait l'endroit où il devait cesser de verser le liquide.\nCes deux artistes ont obtenu de grands succès ; et si le cirque Loisset\nn'avait renfermé nombre d'autres excentricités non moins curieuses, on\nserait venu rien que pour entendre et applaudir ces virtuoses du verre\net du pot de fleurs : le Manophone et le Potophone, comme ils se nom-\nmaient.\nQuelquefois les verres jouaient seuls,\nRossini, un jour, assistait à une de leurs représentations. L'artiste\nvenait d'exécuter l'ouverture de Guillaume Tell.\nLe maître racontait le lendemain qu'il avait entendu son ouverture\nfort proprement rincée par un clown.\nDisons quelques mots du xylophone. Dans les fêtes, quelques indus-\ntriels exécutaient, sur des planchettes retenues par des tringles d'acier,"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "167", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.23", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2007, "texte": "divers morceaux; mais les instruments étaient faux et complètement\nprimitifs.\nDepuis, M. Bonnay a construit un xylophone d'une grande justesse,\net tout Paris est allé à l'Eldorado, ou au café-concert des Ambassadeurs,\nentendre son fils, jeune enfant de douze ans, qui maniait cet instrument\nen véritable artiste.\nLe fameux sol-si-ré-pif-pan, Thomme-orchestre chantant sur l'air\nd'Armide les vers suivants, qu'il avait composés, a été détrôné depuis.\nMais avant de parler de son successeur, je tiens à rappeler sa versifi-\ncation :\nMalgré notre misère,\nEt tué de douleurs,\nNous bravons, pour vous plaire,\nLa honte et les malheurs.\nAyes de l9indulgence,\nO mes admirateurs !\nAvec peu de dépense,\nSoye% nos bienfaiteurs.\nde nos jours, a fait de sensibles progrès sur son\nprédécesseur.\nDétaillons-le :\nSur sa tête est un casque en fer-blanc, surmonté d'un chapeau chi-\nnois ; pendant que ses lèvres tourmentent une flûte de Pan attachée à\nson cou, son bras droit, armé d'un tampon, frappe sur une grosse\ncaisse retenue par une ceinture et fixée à ses reins. Au-dessus de la\ngrosse caisse est un tambour, que deux ficelles attachées à ses pieds et\ntirées à propos font marcher à l'aide d'un mécanisme fort simple, qui\ntient les baguettes levées ou baissées selon les mouvements des jambes.\nLes genoux retiennent des cymbales, qu'il frappe fort habilement. Au-\ndessus du genou, des grelots cousus à sa culotte de peau s'agitent avec\nforce. Enfin, delà main gauche, il pince de la guitare.\nDans son intéressant volume : les Célébrités de la rue, Ch. Yriarte\nraconte, à propos de l'homme-orchestre, une anecdote dont Lablache a\nété le héros.\nUn jour, aux Champs-Elysées, un promeneur s'approcha du musi-\ncien et le contempla silencieusement ; puis il lui fit suspendre son éxe-\ncution, entrouvrit sa polonaise et, se découvrant, il entonna un air\nitalien d'une voix admirablement bien timbrée et d'une sonorité\nsuperbe ; les passants s'approchaient, les cavaliers ralentissaient 1 allure"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "168", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.24", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 332, "texte": "de leurs chevaux et les promeneuses, se soulevant du fond de leurs calè-\nches, donnaient l'ordre d'arrêter. Bientôt, on fit cercle autour du chan-\nteur ; les pièces pleuvaient dans le chapeau de l'homme-orchestre.\nChacun avait reconnu l'air de Belisario, et le nom de Lablache circu-\nlait de bouche en bouche."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "169", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.25", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2202, "texte": "Ce trait fait honneur au grand artiste. Quoi de plus beau que le\ntalent qui se prête ainsi en public à une bonne œuvre?\nL'homme-orchestre récolte de nombreuses recettes; est-ce parce qu'il\nfait beaucoup de bruit? A ce compte, je connais plus d'un opéra qui de-\nvrait rapporter des millions à certains directeurs!\nIl me souvient d'avoir entendu raconter une anecdote au célèbre chan-\nteur 8... Il me permettra de la citer. Se promenant un jour sur les\nboulevards, il aperçut un Turc qui vendait des sifflets et des mirlitons ;\nil s'approcha, et le regardant lui dit:\nEh î que fais-tu donc là?\nTu vois, lui répondit en excellent français le Turc, je vends des\nsifflets pour me consoler d'en avoir été couvert à mon début.\nLe Turc n'était autre qu'un ancien élève du Conservatoire, qui, trou-\nvant peu de profit au métier de chanteur sans talent, avait changé de\nvocation, et s'était affublé d'un costume turc pour débiter ses articles.\nJ'ai parlé plus haut du piano de pierres, c'est sans doute une invention\ncurieuse, mais il en est une autre qui est encore plus extraordinaire;\nc'est un citoyen de la libre Amérique qui en est l'auteur.\nC'est le piano de Cochons de lait.\nVous lisez bien, de Cochons de lait.\nTrente-deux de ces petits animaux sont disposés dans des stalles à\nchacune desquelles viennent aboutir trois pointes en contact avec les\nparties charnues de l'animal.\nUn clavier correspondant à ces pointes les met en jeu, et chaque fois\nque l'inventeur frappe une touche, un son se fait entendre.\nC'est le cochon qui exprime, à sa manière, son manque absolu de\nsatisfaction.\nOr, savez-vous sur quel principe repose cet instrument?\nL'ingénieux inventeur avait remarqué que, suivant la partie du corps\nqu'il piquait, la tonalité du cri était différente; choisissant donc trente-\ndeux sujets de voix graduée, à trois notes chacun, il obtenait quatre-\nvingt-seize notes.\nIl n'y a que les Américains pour trouver de pareilles excentricités.\nJe crois avoir cité les principales curiosités musicales que l'on ren-\ncontre dans les foires et les fêtes populaires.\nEt je ne désespère pas un jour de les voir toutes réunies ensemble dans\nun immense théâtre.\n\nGASTON ESCUDIER."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-02-15-01-c025", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-02-15_01#c025", "volume": "bmtnabc_1875-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "170", "page_fin": "182", "image_debut": 26, "image_fin": 46, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.2.5", "titre_corps": "HISTOIRE DE L'IMPRESSION DE LA MUSIQUE PRINCIPALEMENT EN FRANGE", "titre_sommaire": "HISTOIRE DE L'IMPRESSION DE LA MUSIQUE PRINCIPALEMENT EN FRANGE", "signature_source": "J.-B. 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Fétis, ces derniers, bien longtemps avant\nles dates citées, se servaient déjà, dans la composition de leurs œuvres,\nde cette notation débarrassée des ligatures et autres inconvénients de la\nnotation proportionnelle.\nUn spécimen unique nous est parvenu en fait d'ouvrages de musique\nimprimés a Avignon durant sa splendeur, c'est-à-dire du temps où cette\nville fut la résidence des papes. Ce livre, imprimé par Jean de Channay\n\n(1) Voir les numéros des i 5 décembre 1874 et l 5 janvier 1875.\n(2) On trouve ce nom avec un i et avec un y."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "171", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.27", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2354, "texte": "avec les caractères de notes arrondies de Briard, a pour titre : Liber\nprimus miss arum Carpentras et sunt infrascripta :\nPrima : Si mieulx ne vient ;\nSecunda : A lombre dung buissonnet,\nTertia : Le cueur fut mien;\nQuarta : Fors seulement ;\nQuinta : Encore irai je jouer.\n1535.\nCe sont des messes à! Genet, surnommé Carpentras.\nLes notes de ce rarissime recueil nous montrent ce qu'était le perfec-\ntionnement de Bryard, quanta la forme des notes; ces dernières ne sont\narrondies qu'en bas et le losange domine toujours.\nNICOLAS DUCHEMIN, né à Provins au commencement du seizième siècle,\ncontemporain de Guillaume Le Bé, perfectionna l'art de la typographie\nmusicale. Fils d'un graveur en caractères, il se fit aider dans ses recher-\nches et tâtonnements par d'habiles artistes comme Nicolas de Villiers\n(fils de Thomas de Villiers, libraire à Paris, en 1529) et Philippe Dan-\nfrie, ou plutôt Danfrif Ce graveur, né en Cornouailles (Basse-Bre-\ntagne), fut tailleur général des monnaies de France. « C'était, dit\nLa Croix du Maine, un homme très excellent pour la gravure, fort\ngrand ingénieur et inventeur de plusieurs beaux instruments de mathé-\nmatiques. »\nLe procédé qui triompha généralement fut celui des fragments de\nportée adhérents à la note sur le même poinçon. C'est aussi celui qu'on\nsuivit à l'étranger, par exemple chez G. Scotto à Venise, dans ses Can-\n\\oni villanesche alla Napolitana di messer Adriano à quatre voci, con\nla Canton di Rusante, 1548 ; chez Gardane, également à Venise, pour\nl'impression de Adriani Willaert, musici celeberrimi de chori divi\nMarci illustrissimœ reipublicœ venetiarum magistri musice quatuor\nvocwm, Venise, 1545. Mais les chefs-d'œuvre de ce procédé s'exécutaient\nchez les Plantins ; rien de beau comme leurs Chansons francoyses à\ncinq, six et huit parties, mises en musique par Severin (Cornet, maistre\ndes enfants de la grande église d'Anvers. Christofle Plantin, Anvers,\n15 81. Il manque la quinta pars à l'exemplaire de la Bibliothèque Riche-\nlieu, que les vers détruisent tandis que j'en parle ici.\nForkel, dans son Histoire générale de la musique, t. 11, page 519,\nobserve que déjà, en 1532, dans quelques traités de musique publiés en\nAllemagne, les types des notes étaient si bien formés, qu'il faut s'étonner\nd'une telle perfection obtenue en si peu de temps."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "172", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.28", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2890, "texte": "En i 554, Duchemin imprima un Recueil de Chansons spirituelles ;\nen i 556, VArt, science et pratique de pleine musique et de l'institution\nmusicale, très utile, profitable et familière, nouvellement composée en\nfrançais, ïn-12 (sans date). En 1558, il livra au public Missœ modu-\nlatœ; c'est un recueil de messes mises en musique par Goudimel,\nOrlando de Lassus, Philippe de Mons et autres compositeurs du temps,\nin-8 (sans date). Ce recueil est rare, comme la plupart de ceux du\nseizième siècle. Duchemin publia, entre 1554 et 15 58, une quantité\nd'œuvres musicales parmi lesquelles se trouvent des chansons de Claude\nGoudimel, des Psaumes, etc. La date probable de sa mort est 1565 ;il\nest certain qu'il exerça de 1541 à 1554.\nLes poinçons et matrices de Duchemin passèrent plus tard dans les\nateliers du fils Le Bé. Ces mêmes poinçons finirent par servir aux nom-\nbreuses éditions de musique des Ballard, conjointement avec ceux de\nGuillaume Le Bé (le père).\nParmi les ouvrages de musique imprimés à Paris au seizième siècle,\ncitons un livre de litanies à quatre paru en 1 5 chez Thomas\nBrumen (1). Les caractères de musique de ces litanies sont mieux\nformés et plus élégants que ceux employés par Robert Ballard, contem-\nporain de Brumen.\nAdrien ou Adrian Le Roy, musicien de Henri II (2), s'étant associé,\npour l'impression de la musique, avec Robert Ballard son beau-frère (3),\nobtint du roi des lettres patentes le 14 août issi, dont voici l'extrait tel\nqu'on le trouve dans les Chansons de Certon, publiées entre 1552 et\n1 55y par ces deux imprimeurs associés :\nIl est permis à Adrian Le Roy et Robert Ballard, imprimer ou faire\nimprimer et exposer en vente tous les livres de musique, tant instru-\n\n(1) Lytanioe in aima domo Lauretana, omnibus diebus sabbati, vigiliarum. et fes -\ntorum, beatissimœ Virginis musice de cantari solitœ. Parisiis, apud Thoman Bru-\nmennium, in Clauso Brunello sub signe Olivœ, in-12. Brumen exerçait déjà\nen 15 sg.\n(2) Adrien Le Roy était chanteur de la chapelle du roi Henri II ; en 1571, il donna\nl'hospitalité à Orlando de Lassus, lors de son arrivée à Paris. Ce Le Roy était lui-\nmême compositeur; on a de lui différentes chansons à quatre voix, puis encore :\nInstruction de partir toute musique des huit divers tons en tablature de luth, 1557 ;\nenfin un livre d'airs de cour mis sur le luth, 1571. Dans la famille des Ballard, il y\neut aussi plusieurs compositeurs de musique. Ce cumul d'éditeur et de composi-\nteur se voit encore de nos jours, quoique, à notre avis, la vie soit trop courte pour\nbien remplir une seule de ces deux carrières.\n(3) On trouve, dans le Catalogue chronologique des libraires, etc., de Lottin,\ncomme succédant à Robert Ballard, mort en 1606, sa veuve Lucrèce Le Bé ; c'était\nsans doute une fille de Guillaume Le Bé, qui avait fourni les premiers poinçons de\nmusique à A. Le Roy et Robert Ballard."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "173", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.29", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2740, "texte": "mentale que vocale, qui seront par eulx imprimeet ce pour le temps\nde neuf ans, à compter du jour qu'il% seront parachevé\\ d'imprimer,\njusques à neuf ans fini% et accompliEt sont faittes défenses à tous\nimprimeurs, libraires et autres d'iceulx, imprimer, ne exposer en vente,\nsur peine de confiscation desdit\\ livres : ensemble d'amende arbitraire\net de tous deppens, dommages et intérestcomme plus à plain est con-\ntenu es lettres de privilège, sur ce, données à Fontainebleau, le quator-\n%iesmejour d'aoust, Van de grâce mil cinq cens cinquante et un, et de\nnotre règne le cinquiesme.\nSignées par le Roy et son conseil.\nr RO BILL ART.\nCes lettres patentes indiquent suffisamment que l'association de\nA. Le Roy et Robert Ballard a eu lieu antérieurement à i 552 (1).\nFournier le Jeune, en parlant des premières lettres patentes, page 6,\ndit qu'elles portent que ledit Le Roy et Ballard seront seuls impri-\nmeurs de musique pour le service de Sa Majesté, et qu'ils seront cou-\nchés sur Vétat de ses domestiques, ou chantres de sa chambre.\nIl n'y a pas trace de cela.\nVoici les noms des Ballard, se suivant de père en fils :\nRobert Ballard I (2). exerçait en 1551, privilège en issi, mort en j[6o6\nPierre Ballard i 603, 1633, 163 g\nRobert Ballard //(3) 1640,(4), 1639, 1&79\nChristophe Ballard (5) 1666, 1713\n\n(1) Fournier le Jeunej M. Fétis, dans sa Biographie des musiciens j M. Schmid,\ndans son Petruccio, et tant d'autres qui les ont copiés, mettent le premier piivilége\nde Ballard à i 552, ce qui est inexact, comme on vient de le voir. Il paraît, du reste,\nque Christophe Ballard ignorait lui-même cette date, car, dans son factum contre\nJ.-B. Lulli (1708), il dit, page rg : « que les lettres patentes de seul imprimeur du\nroi pour la musique lui avaient été accordées par les rois ses prédécesseurs, et, quoi-\nqu'il eût pu remonter, s'il en eût été besoin, au delà de l'an i 552, il sen était tenu\nà cette époque parce qu'elle était seule essentielle. »\n(2) Lucrèce Le Bé, sa veuve, lui succéda.\n(3) Selon le Catalogue chronologique des imprimeurs, par Lottin, la veuve de\nRobert II succéda à son mari et exerça l'imprimerie entre 1679 et 1693, sans doute\nconjointement avec son fils Christophe.\n(4) Cette date de 1640, donnée par Lottin pour l'entrée en exercice de Robert 11,\nparaît sujette à caution, le privilège de ce Robert II étant antérieur.\n(5) Ce Christophe Ballard eut un frère nommé Pierre, qui imprimait également de\nla musique ; ils eurent même un procès ensemble, à la suite duquel Christophe fut\nmaintenu seul dans la charge de ceul imprimeur du roi pour la musique. 1 ierie\nBallard, dont il est question ici, mourut en 1702 ou 1703 ; sa veuve exerça apies ui\net mourut en 1719."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "174", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.30", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2328, "texte": "Jean - Baptiste - Chris-\ntophe Ballard (1)... 1694. 1695, 1750\nChristophe- Jéan-Fr an-\ncois Ballard (2) 1741, 1750, 1765\nPierre -Robert - Chris -\ntophe Ballard 1767 11 exerça conjointement avec sa mère\nr / / jusquen 1788.\nLe premier privilège des Ballard fut renouvelé sous Charles IX (15 68) ;\nily en eut un autre sous Henri IV (1607); enfin, sous LouisXlll (1637),\non parvint à se faire donner un privilège exclusif\\ car les lettres patentes\ndu 29 avril 1637 portent que sa majesté veut que ledit Ballard (Pierre)\njouisse seul, pleinement et paisiblement, à Vexclusion de tous autres,\ndu pouvoir, faculté, permission et privilège attribué audit office (de\nnoteur du roi), et contenus en ses lettres de provisions et autres; défend\nà toute personne de tailler, fondre et contrefaire les notes, caractères et\nlettres grises inventées par ledit Ballard, sous peine de six mille livres\nd'amende.\nLa famille des Ballard, armée de ses privilèges, comme on le verra\nplus au long à l'article Sanlecque, et voulant exploiter par trop long-\ntemps les poinçons qu'elle avait acquis de différents graveurs, ne fit\nfaire aucun progrès à l'impression de la musique; bien au contraire,\nelle y mit des entraves.\nA part cela, on doit à ces imprimeurs, deux fois séculaires, une im-\nmense quantité d'ouvrages importants sur la musique. La plupart de ces\npublications sont devenues des curiosités, des raretés bibliographiques,\nau point qu'aucune bibliothèque du monde ne peut se vanter de pos-\nséder la collection complète des Ballard.\nEntre autres ouvrages publiés par l'association d'Adrian Le Roy et\nRobert Ballard, nous citerons le Livre de tablature de guittare, 156 i,\nles Psaumes de David, avec la musique, 15Ô2, les Œuvres de Nicolas\nde la Grotte, isyo; le célèbre Ballet comique de la Roy ne, 1582, à\n1 impression duquel concourut Mamert Pâtisson ; enfin une partie con-\nsidérable des œuvres à? Orlando de Lassus.\nLes caractères de Guillaume Le Bé, .faisant le fond de l'imprimerie\nmusicale d Adrien Le Roy et Robert Ballard, se trouvaient également\n\n(1) La veuve de ce J.-B. Christophe Ballard continua l'imprimerie de son mari\navec son fils Christophe-Jean*-François, elle mourut en 1758.\n(2) Marie-Anne-Geneviève, veuve de Ch.-J.-F. Ballard, continua l'établissement de\nson mari et fut libraire jusqu'en 1788."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "175", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.31", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2261, "texte": "entre les mains d autres imprimeurs ; c'est avec ces caractères que\nClaude Micart imprima, en 1575, le Recueil des plus belles et excel-\nlentes chansons en forme de voix de ville, tirées de diverses autheurs,\nauxquelles a été nouvellement adapté la musique de leur chant commun,\npar Jean Chardavoine. François Estienne s'en servit pour son édition\ndes Psaumes mis en rime francoise par Clément Marot et Théodore de\n1567.\nPierre Ballard succéda à son père; il acquit de Guillaume Le Bé (le\nfils) les poinçons et matrices que celui-ci possédait, pour la somme de\n50,000 francs. MM. Fétis et Schmid s'étonnent avec raison de Ténor-\nmité de cette somme; mais il faut remarquer que Le Bé fils devait non-\nseulement posséder les caractères acquis de Duchemin, mais aussi ceux\nde son père Guillaume Le Bé, et que ce fut probablement l'outillage\ncomplet de la fonderie et imprimerie Le Bé qui passa entre les mains de\nPierre Ballard.\nqu'on fit le 3o novembre, après la mort de P. Ballard,\nconstate que les caractères de musique dont il s'était servi avaient été\ngravés par Guillaume Le Bé, Nicolas Devilliers, Philippe d'Anfrie,\nNicolas Duchemin, Logis et Jacques de Sanlecque (1).\nLe mémoire de Gando père et fils nous apprend, page 10, que les\nBallard avaient encore une musique gravée par Philippe d'Anfrie, « qui\nporte le nom de musique en copie, ou d'écriture; elle est arrondie et la\nqueue est placée derrière la note, dans le goût actuel, si ce n'est que la\nnote est beaucoup plus petite. Nous avons un livre imprimé avec cette\nsorte de musique en copie, ou d'écriture ; elle est arrondie et la queue\nest placée derrière la note, dans le goût actuel, si ce n'est que la note est\nbeaucoup plus petite. Nous avons un livre imprimé avec cette sorte de\nmusique en copie chez Pierre Ballard, en 1617, intitulé : Ballet du roi.\nC'est donc à Philippe d'Anfrie qu'est dû le premier changement des\ncaractères typographiques de musique. »\nLes Gando ne connaissaient évidemment pas les essais de Granjon et\nde Briard.\nVoici un spécimen de cette musique en copie de Philippe (2).\n\n(1) \\ oye2 le mémoire de Gando, page 11, et les spécimens qu'il reproduit après la\npage 27.\n(2) Voyez la note sur Danfrif, page 63, à l'article Duchemin«"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "176", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.32", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1905, "texte": "Parmi les ouvrages de musique publiés par Pierre Ballard se trouvent\nles Psaumes de David mis en musique par Claudin le Jeune, 16 15 ; puis\nles Airs de cour de différents autheurs, dont je possède cinq livres parus\nentre 1615 et 1623.\nRobert II et Christophe Ballard mirent au jour un nombre considé-\nrable d'ouvrages sur la musique. Christophe fut l'éditeur des opéras de\nLulli, de Campra, de Mouret, de Destouches, de Desmarets et de tant\nd'autres, sans parler des volumes d'airs à boire, dont il en imprima de\nquoi régaler tous les gosiers altérés.\nSous Robert Ballard 11, l'envahissement de la chanson à boire, n'en\nétait pas encore arrivé à ce point. Aux environs de i 650, c'étaient sur-\ntout les psaumes avec musique qui se débitaient le plus. Robert II édita\nentre autres ceux de Jacques de Goiiy, à quatre parties (i 650); c'est à\ntort que M. Fétis donne à ce musicien le prénom de Jean. Pourparaître\nbons catholiques, les compositeurs avaient soin de négliger la traduction\nde Théodore de Bèze et Marot, déjà un peu vieillie alors, pour adopter\ncelle de messire Antoine Godéau, évêque de Grasse et Vence. C'est ce\nqu'avait fait Jacques de Goûy. En 1659, nous trouvons déjà une cin-\nquième édition de ces psaumes avec la musique de Thomas Gobert. En\n1655, Antoine Lardenois, compositeur oublié par M. Fétis dans Bio-\ngraphie des musiciens, fit imprimer à ses frais les airs qu'il avait com-\nposés sur les paraphrases de Godeau. Nous voyons même, dans l'avis au\nlecteur, que Louis XIII avait fait quelques essais sur ces psaumes; les\nmélodies royales sont sans doute celles du commencement du volume.\nLe feu roy commença ce glorieux volume, est-il dit dans une pièce de\nvers qui suit la préface du poëte Godeau.\nArtus Aucousteaux, maître de musique de la chapelle de LouisXlll,\nmit également en musique les vers de Godeau; en i 656, nous trouvons\ndéjà une quatrième édition."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "177", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.41", "debut_caractere": 48, "fin_caractere_exclue": 1200, "texte": "Christophe Ballard avait un frère nommé Pierre; nous l'avons déjà\ncité dans une note précédente. Ce Pierre s'établit imprimeur et libraire en\n1694; mais il n'exerça pas longtemps, puisqu'il mourut en 1713. Il\nparaît avoir eu le désir d améliorer la forme des notes. Gando nous dit\nen effet (page 11) : « qu'il rit graver une musique dont les notes sont\nencoie plus ariondies que celles de Philippe d Anfrie, et la grosseur plus\nconfoime aux nôtres; la queue tient au milieu de la note. Nous avons\nune pièce de cette musique imprimée chez Pierre Ballard en 1695; c'est\nun Nouveau recueil d'airs sérieux et à boire, par de Bousset. » Comme\nle fonds de musique de ce Pierre fut cédé en 1696 à son frère Chris-\ntophe, j ai été à même de retrouver quelques spécimens de ces essais. On\nne sait pas le nom du graveur qui les exécuta.\nEssais de notes arrondies par Pierre Ballard\nJean-Baptiste Christophe et Christophe-Jean-François Ballard, entre\nautres publications musicales, mirent au jour cette série de volumes\nin-12, tant recherchés des amateurs, et dont les premiers paraissent\nmême dater de Christophe Ballard : Les brunettes ou airs tendres, 3 vol. ;"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "178", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.42", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2489, "texte": "les Parodies bachiques, 3 vol.; la Clef des chansonniers, 2 vol. ; les\nTendresses bachiques, 2 vol.; les Rondes et chansons à danser, 2 vol. ;\n/es Menuets chantants, 2 vol.\nPour donner plus d'unité à ce travail, nous avons réuni la famille des\nBallard sans interruption aucune; aussi faut-il retourner bien en arrière,\ncomme date,, pour parler de :\nJACQUES DE SANLECQUE I. Il naquit à Chaulnes, dans la Somme (1), en\n1573, et vint à Paris à l'âge de quatorze ans. Soit opinion politique ou\nmanque d'occupation, il prit part aux guerres de la ligue ; mais ce n'était\npas là un état; aussi entra-t-il comme élève chez\" Le Bé fils, pour la\ngravure des poinçons de musique, et devint un artiste de talent. Jacques\nde Sanlecque s'associa plus tard l'un de ses fils nommé Jacques comme\nlui, et de plus, un savant illustre et excellent musicien. De Sanlecque\npère était gendre du libraire Leclerc; il exerça son art de graveur et\nfondeur entre 15g6 et 1640, et fut un de ceux qui imitèrent le mieux\nles caractères des langues syriaque, samaritaine, arménienne, chal-\ndéenne, arabe, etc.- Il fondit les lettres pour la grande Bible royale de\nLe Jay.\nL'association des deux Jacques de Sanlecque est une de celles qui ont\nfait le plus d'honneur à leur art; ces deux hommes produisirent des\ncaractères justement admirés comme beau travail.\nFournier le Jeune nous dit que « vers i 635, ils commencèrent, pour\nleur propre usage, la gravure de trois caractères de musique distingués\npar petite, moyenne et grosse musique. Ces trois caractères sont un\nchef-d'œuvre pour la précision des filets, la justesse des traits obliques\nqui lient les notes et la parfaite exécution. (2) »\nLes deux Sanlecque ne vendaient pas leurs caractères de musique aux\nautres imprimeurs.\nJacques de Sanlecque II continua rétablissement de son père mort en\n1648, et qui, depuis plusieurs années déjà, ne s'en occupait plus.\nEn 1639, Jacques de Sanlecque fils obtint un privilège confirmé par\nun arrêt du Parlement, pour l'impression du plain-chant durant dix ans.\nRobert Ballard 11, fils de Pierre, fit tous ses efforts pour écraser le fils\nde Sanlecque, dont le père mourut durant l'interminable procès qui\ns'engagea. Le Bé fils s'était rendu partie intervenante, il mourut égale-\nment avant la fin du procès.\n\n(1) M. Fétis met Chaulnes dans le Bourbonnais, à l'article Sanlecque ; l'imprimeur\naura cru mettre Boulonnais.\n(2) Traité historique sur les caractères de musique, par Fournier le Jeune, p. 7."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "179", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.43", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2974, "texte": "De Sanlecque fils publia plusieurs écrits pour la défense de sa cause;\nil appelle Ballard : Hydre à sept chefs de l'envie, qui depuis plusieurs\nannées m'a dévoré quantité de curieux dessins sur la musique!\nCela devait être dur à digérer!\nPlus loin, Sanlecque s'exprime ainsi, toujours en parlant de Robert\nBallard II :Ce qui rend encore plus\ntion de ce particulier, c'est qu'il n'en excepte même pas ceux qui ont\ngravé et fondu les caractères ou (i)\nfabrique et confection desquels ni lu\nagi ni su agir.\nBallard, de son côté, n'y allait pas non plus de main morte; il avança\nque de Sanlecque fils n'était pas de la religion catholique,, apostolique et\nromaine; concluant que, « vu l'ignorance des autres imprimeurs, lui\nseul doit être chargé des impressions de musique, à cause du désordre qui\narriverait dans icelles impressions, si d'autres que lui s'en mêlaient, vu\nqu'elles ne seraient remplies que de fautes, de discours impies, lascifs,\ncontre les bonnes mœurs et contre la foi catholique ; au lieu que lui seul\nn'imprime que des choses saintes, comme messes, mottets, magnificats\net autres choses propres et nécessaires à chanter dans les églises durant\nle service divin. »\nDe Sanlecque, dans sa réponse, renvoya les lecteurs aux publications\nde Ballard, pour faire voir que celui-ci n'était pas si attaché au service\ndivin qu'il ne se prêtât aussi à celui de Vénus et de Bacchus (2). On\nn'avait, en effet, qu'à ouvrir les Chansons pour boire et pour danser,\npubliées par Robert Ballard 11, pour trouver des choses morales dans le\ngoût de ces deux strophes ;\n\n(1) Il s'agit ici évidemment de clichés, car on ne gravait pas alors la musique sur\ndes planches. Lottin, dans sa Chronique des libraires, page 87, dit que : « dès la fin\ndu dix-septième siècle, on avait imaginé à Paris de fondre d'un seul jet, en cuivre,\nUn calendrier. » En 1744, un Anglais, nommé Ged, croyait avoir eu le premier l'idée\nd'un cliché, en publiant une édition de Salluste. Il est bien difficile de ne pas sup-\nposer l'usage des clichés comme une pratique très ancienne, quand on compare\nensemble des éditions différentes d'un même recueil de chansons du seizième siècle\nmême, et qu'on rem?rque leur parfaite identité.\n(2) Faut-il admettre que les imprimeurs d'Allemagne étaient plus moraux que\nceux de France dans le choix de leurs impressions î Le fragment suivant semblerait\n1 appu} ci, c est une partie de la prière journalière de l'imprimeur qui se trouve dans\nl'ouvrage d'Ernesti, publié à Nuremberg en 1733. sous le titre : Die wol eingerichtete\nBuchdruckerey, etc. On y trouve ceci : « Guide-moi, père miséricordieux, afin que\nje ne m'occupe que de choses pieuses, véridiques et instructives. Préserve-moi, Dieu\nde bonté, de toute action menteuse, inutile, impudique, qui puisse entraver et\ncorrompre un cœur chrétien; fais que je refuse de composer et d'imprimer de\npareilles choses et de donner par la aucune occasion de faire le mal, etc. »"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "180", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.44", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1102, "texte": "Reproduction faite avec les caractéres de Ballard\nNon, ne me chiffonne plus,\nJ'aime mieux te laisser faire,\nPuisqu'en tout je veux te plaire,\nTout le reste est superflu:\nOn croirait que tu n'ose\nMe faire quelque autre chose.\n\nLe procès en question se prolongea pendant sept ou huit ans, même\naucun document ne nous apprend s'il a jamais été terminé par un\njugement.\nL'impression de la musique revenait alors très cher. Ainsi, dans un\ntraité entre le sieur Moulinié, musicien de la musique ordinaire de son\nAltesse Royale, et Jacques Sanlecque, imprimeur, il appert que ce der-\nnier consentait à imprimer mille exemplaires des œuvres dudit Mou-\nlinié moyennant 16 livres tournois par feuille.\nSelon Fournier le Jeune, Jacques de Sanlecque II mourut en 1660;\navec lui finirent les graveurs de caractères en France, et soixante ans\ns'écoulèrent avant qu'il s'en formât d'autres.\nEn 1660, nous trouvons Marie Manchon, la veuve de Sanlecque, con-\nvenant avec le sieur Roberdajràe lui imprimer ses œuvres in-4°à raison\nde 24 livres par feuille, le sieur Roberday fournissant le papier."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "181", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.45", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2809, "texte": "Robert Ballard 11, voyant que son privilège de seul noteur et impri-\nmeur s'en allait en fumée, chercha à s'approprier le plus de caractères,\npoinçons, moules et matrices de musique qu'on eût alors ; ceux de San-\nlecque surtout devinrent pour lui un véritable objet de convoitise ; mais\nla veuve Sanlecque refusa les 2,000 écus qu'il lui proposa.\nDes imprimeurs anglais offrirent à cette dame la somme de 10,000 liv. ;\nl'affaire était conclue ou allait se conclure, mais le gouvernement s'op-\nposa à là sortie du royaume de ces caractères.\nIl est incontestable que les Ballard étaient des gens très habiles; car,\nmalgré la mauvaise réussite de quelques-uns de leurs procès, nous\nvoyons, à partir de 1695, Christophe Ballard, pour effrayer ses confrères\nimprimeurs de musique, ne joindre à ses publications qu'un fragment\nde privilège, et y glisser une partie du jugement qui ne s appliquait qu à\nses caractères propres, quant à la contrefaçon. Ainsi, il met qu'il est\ndéfendu, sous peine de dix mille livres d'amende et de confiscation, de\ntailler, fondre aucun caractères de musique... Il s'arrête là, sans faire\nsuivre ; inventés par le sieur Ballard. Il sen garda bien, n ayant rien\ninventé.\nCette question du privilège exclusif fut encore soulevée en 1708, par\nChristophe Ballard contre J.-B. Lulli (le fils), qui voulait imprimer lui-\nmême les œuvres posthumes de son père et les siennes. Christopne\nBallard publia à cette époque un factum de vingt-neuf pages in-folio,\ndans lequel, après avoir invoqué l'ancienneté de ses titres, énuméré ses\nancêtres et reproché à Lullv qu'il ne -cherchait rien moins que la des-\ntruction d'un privilège accordé par nos rois depuis près de deux\nsiècles, pour la perfection art célèbre, etc., il continue en ces\ntermes : « D'autres particuliers aussi téméraires que Lully, ont vaine-\nment emprunté le prétexte du bien public. Ils alléguaient qu un privi-\nlège exclusif détruisait la liberté et étouffait 1 émulation si nécessaire\npour l'accroissement des arts. Mais toutes les fois que le conseil, fatigué\nde ces plaintes, a examiné quelle a été la naissance et le progrès de 1 im-\npression de la musique en France, il a reconnu qu'elle avait trop peu\nd'étendue pour souffrir d'être partagée, les ouvriers qui y sont employés\ndoivent avoir été longtemps exercés, soit dans ce genre d impiession,\nbien différent des autres, soit dans la connaissance de la musique meme,\nce qui ne peut se faire que dans une assez longue suite d'années. S il y\navait en même temps plusieurs imprimeurs de musique, le peu d'em-\nploy qu'ils trouveraient leur feraient négliger de prendre ces soins trop\népineux. Les ouvriers se dégoûteraient; il ne s'en formerait plus de nou-\nveaux ; d'où s'ensuivrait l'entière décadence de cet art, qui, d ailleurs,"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "182", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.46", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2386, "texte": "n'est pas extrêmement lucratif, puisque la famille de Ballard, qui le cul-\ntive depuis près de deux cents ans, n'y a acquis que des biens médiocres,\npendant que tant d'autres libraires et imprimeurs ont fait une fortune\nconsidérable. C'est par rapport à ces raisons que tous ceux qui ont tenté\njusqu'à présent de faire démembrer le privilège de Ballard ont échoué\ndans cette entreprise. »\nPlus loin, nous apprenons que l'imprimerie de Christophe Ballard\nétait alors composée de quinze ou sei\\e ouvriers.\nAu milieu de tous ces procès, vers l'année 1675, parut la musique\ngravée en taille doucey d'abord en essais timides ; c'étaient même\nencore les notes en losange, quoique la ronde vînt bientôt les remplacer.\nLes plaideurs Ballard voulurent encore se soulever contre ce perfection-\nnement, mais ils perdirent leur cause, et la taille-douce ne servit qu'à\nmontrer son immense supériorité sur les caractères usés des Ballard.\nEn 1746, un M. Kebbin avait apporté quelques améliorations à la\nmusique typographiée ; mais c'est surtout en 1754 et 175 5 que M. Breit-\nkopf, à Leipzig, donna aux caractères de fonte pour la musique une\nforme plus gracieuse que celle qu'ils avaient eue jusqu'alors.\nRosart, graveur et fondeur à Bruxelles, contribua, en 1762, à perfec-\ntionner ce caractère typographique,, mais il était encore très morcelé,\ntout en l'étant moins que celui de M. Breitkopf, de Leipzig..\nEn 1755 et 1762, Fournier. le Jeune livra \"de nouveaux caractères\ntypographiques pour la musique. MM. Gando père et fils en produisi-\nrent également qui pouvaient lutter avec ceux de Fournier le Jeune. A\npartir de cette époque, la gravure envahit le commerce de la musique et\nfit sensiblement disparaître la musique imprimée. Ce n'est que depuis\nquelques années que le procédé Tanstenstein et celui de Curmer ont\ndonné un nouvel élan à la musique imprimée (1).\nMais n'anticipons pas sur notre travail. Nous nous proposons de trai-\nter plus tard des perfectionnements apportés à la typographie musicale\nau dix-huitième et au dix-neuvième siècles, puis aussi de la gravure sur\nplanches, enfin des différents procédés et des améliorations qui s'y rat-\ntachent.\n\nJ.-B. WEKERLIN.\n\n(1) De nos jours on se sert du procédé typographique, surtout pour les ouvrages\nde musique renfermant en même temps du texte, comme les méthodes, ou bièn pour\ndes tirages très considérables."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-02-15-01-c031", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-02-15_01#c031", "volume": "bmtnabc_1875-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "180", "page_fin": "180", "image_debut": 44, "image_fin": 44, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.2.5.6", "titre_corps": "Reproduction faite avec les caractéres de Ballard", "titre_sommaire": "Reproduction faite avec les caractéres de Ballard", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 44, "page_imprimee": "180", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.44", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 247, "texte": "Reproduction faite avec les caractéres de Ballard\nNon, ne me chiffonne plus,\nJ'aime mieux te laisser faire,\nPuisqu'en tout je veux te plaire,\nTout le reste est superflu:\nOn croirait que tu n'ose\nMe faire quelque autre chose."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-02-15-01-c032", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-02-15_01#c032", "volume": "bmtnabc_1875-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 33, "image_fin": 35, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.2.6", "titre_corps": "DOLOR ! 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SOCIÉTÉ CLASSIQUE. CONCERT DU\nCHATELET. CONCERT DANBÉ. SOCIÉTÉ CHORALE D'AMATEURS.\nONCERTS POPULAIRES. Les Saisons, de Haydn,\nque M. Pasdeloup a données au 8e concert de la 2e série,\nfurent, si je ne me trompe, exécutées pour la première fois\nà Paris, le 22 mai 1857, par la Société des Concerts. C'est\nen 1800, à Tâge de soixante-huit ans, qu'Haydn se mit\nà composer la musique de ce beau poeme pastoral, dont\nle baron Van-Swieten, conservateur de la bibliothèque\nimpériale de Vienne, avait écrit les paroles d'après l'ouvrage anglais de\nThompson. Deux ans auparavant il avait donné la Création. « J'assistais à\nla première exécution des Saisons, chez le prince de Schwartzenberg, dit\nCarpani ; elles furent vivement et généralement applaudies. Moi-même,\némerveillé de voir sortir de la même tête deux productions si différentes,\nsi riches et si parfaites, je courus, dès que le concert fut fini, vers\nHaydn, pour lui en faire mon compliment. A peine avais-je ouvert la\nbouche, qu'Haydn m'arrêta en disant ces mémorables paroles : « Je suis\nbien aise que ma musique soit agréable au public, mais pour cette compo-\nsition je ne veux pas recevoir de compliments de vous. Je suis bien sûr\nque vous comprenez vous-même qu'elle est loin de valoir la Création, je\nle sens et vous devez le sentir aussi; en voici la raison : Dans la Création\nles personnages étaient des anges, dans les Saisons ce sont des paysans. » On\npeut imprimer des volumes pour établir le parallèle de ces deux oratorios;\non ne dira jamais rien de plus juste que ce qu'a dit Haydn en quelques mots,\navec une sûreté et une rectitude de jugement qui firent trop souvent défaut\nau grand Corneille écrivant l'examen de ses dernières tragédies."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "184", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.48", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3358, "texte": "Les Saisons furent très critiquées dès l'origine. Les uns, les hommes de la\nmélodie, déclarèrent qu'il s'y trouvait encore moins de chant que dans la\nCréation ; les autres les classiques purs accusèrent l'œuvre d'être tragi-comique\nà cause de l'imitation du chant des grenouilles et des grillons, des chanson-\nnettes, de la peinture du cabaret et des airs de danse jetés çà et là dans une\npartition pleine de traits sublimes. Zelter la définit dans son journal en disant\nque c'était de la musique instrumentale avec accompagnement de paroles.\nIl est assez curieux de remarquer que ces critiques adressées à Haydn par\nses contemporains sont, à peu de choses près, les mêmes qu'on adressa plus\ntard à Beethoven et à Mendelssohn et dont on poursuit encore aujourd'hui\nBerlioz, Wagner et Schumann. Ainsi Haydn, qui est pour nous le classique\npar excellence, passa aux yeux de ses contemporains pour un romantique et\nun révolutionnaire; Berlioz, Wagner et Schumann seront des classiques pour\nnos arrière-neveux. On serait presque tenté d'en conclure qu'on reconnaît les\nhommes de génie à ce caractère, qu'ils ne sont vraiment compris que par la\npostérité. N'allons pas si loin. « L'artiste est le fils de son temps, a dit\nSchiller, mais tant pis s'il en est en même temps l'élève et le favori! Com-\nment se gardera-t-il des vices de son époque? qu'il donne à ses contempo-\nrains ce dont ils ont besoin et non pas ce qu'ils louent. » Voilà la vérité.\nL'artiste a foi dans l'art, il y voit une mission à remplir, et cette mission, il\nl'accomplit en marchant droit à son but, sans se préoccuper des préjugés\net des routines qu'il heurte sur son passage. Si Beethoven n'avait pas rompu\nbrusquement en visière aux goûts et aux habitudes de son temps avec la\nSymphonie héroïque, nous n'aurions aujourd'hui ni la symphonie en ut mineur,\nni la symphonie avec chœurs. Mais revenons à l'œuvre d'Haydn.\nLes Saisons appartiennent an genre pittoresque et descriptif; elles forment\nen quelque sorte une galerie de tableaux tous différents pour le genre, le\nsujet et le coloris, et dont chacun pourrait recevoir un titre :le semeur, le\nberger, le matin, midi, l'orage, la chasse, les buveurs, la soirée des villageois,\netc. La plupart de ces tableaux sont de petits chefs-d'œuvre de grâce, de\nnaturel et de vérité, et l'ensemble de l'œuvre, parfois monotone, jamais\nlanguissant, se distingue par la pureté de la forme, la simplicité des idées et\nl'admirable économie des effets. Depuis les Saisons, la musique descriptive et\nles moyens matériels mis à la disposition du compositeur pour peindre les\nphénomènes du monde extérieur, ont fait d'immenses progrès, et, après la\nSymphonie pastorale et les œuvres de Berlioz, les timides essais de pitto-\nresque du bonhomme Haydn font presque sourire. Prenez garde, car cette\nfois la vérité n'est pas du côté du progrès, et le bonhomme Haydn, avec ses\nmoyens restreints et ses petites descriptions naïves, comprenait bien mieux\nle vrai but de la musique que nos modernes avec leur science profonde des\neffets d'instrumentation et leurs prétentions de vouloir faire exprimer àla\nmusique tout ce qu'elle peut rendre et plus qu'elle ne peut rendre. La meil-\nleure des imitations physiques est celle qui se borne à retracer, à rappeler, à\ncolorer légèrement l'objet dont il s'agit, sans le rendre exactement tel qu'il"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "185", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.49", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2643, "texte": "est dans la nature. Ce n'est pas le vrai, à rigoureusement parler, qu'on\ndemande à l'art, mais la ressemblance du vrai, beaucoup plus .belle et plus\nestimée que le vrai lui-même.\nL'exécution des Saisons a été généralement satisfaisante de la part de\nl'orchestre et des chœurs. Madame Fursch-Madier, MM. Bouhy et Coppel,\nse sont bien acquittés des soli.\nDimanche dernier a eu lieu la première audition de la Symphonie Espa-\ngnole pour orchestre et violon principal de M. Lalo. L'œuvre est des plus\nremarquables; j'y reviendrai en détail dans mon prochain compte-rendu. Je\nne puis aujourd'hui que constater en deux mots le succès qu'elle a remporté\net les applaudissements obtenus par M. Sarasate, qui l'a exécutée avec un ad-\nmirable talent.\nHMarcello.\n/ /\nSOCIETE CLASSIQUE.— La Société classique de musique de chambre,\ndirigée par M. Armingaud, a repris, le mardi 2 février,le cours de ses bril-\nlantes soirées. J'attache un intérêt tout particulier à ces séances qui méri-\ntent à tous égards que la critique ne les perde pas de vue. Malheureusement,\nle défaut de place m'empêche aujourd'hui de nrétendre aussi longuement\nque je l'aurais voulu sur ce premier concert. Je me bornerai donc à cons-\ntater le succès obtenu par les artistes de grand mérite qui composent la\nSociété, et notamment par M. Jaëll, qui a exécuté avec une rare perfection\nla partie de piano dans le quintette pour piano et instruments à vent de\nSpohr. Outre ce quintette, le programme comprenait le 4e quatuor en fa\nmineur de Beethoven, une Introduction et Variations de M. Massenet, un\nthème varié de Mozart et une sonate pour piano et violon de M. Vieuxtemps.\nH. M.\n\\\nCONCERT DU CHATELET. En moins de douze mois, trois fiascos,\nou quasi fiascos de trois grands prix de Rome : c'est trop en vérité. En avril\n1874, une ouverture de M. Salvayre; en juin de la même année, un oratorio\n(envoi de Rome) de M. Rabuteau ; et, cette semaine, des Pièces symphoni-\nques de M. Lefebvre. Et notez bien qu'à aucun de ces jeunes gens ne manquent\nni le talent de l'instrumentation, ni la connaissance des effets d'orchestre,\nmais que c'est toujours l'inspiration, toujours la mélodie, toujours les idées,\nqui leur font défaut. En présence de trois faits aussi désastreux et aussi rap-\nprochés, le public n'est-il pas en droit de se demander comment et pourquoi\nl'insigne récompense du grand prix de Rome leur a été accordée, et ne pou-\nvant s'en rendre aucun compte d'après ce qu'il entend de leurs compositions,\nne serait-il pas aussi en droit d'exiger que la cantate qui la leur a valu soit\nexécutée, non pas à huis-clos, mais dans un grand concert ouvert à tous"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "186", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.50", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2871, "texte": "venants? A Dieu ne plaise que je veuille suspecter la compétence ou l'impar-\ntialité du jury qui juge les cantates; mais un public absolument indé-\npendant, indifférent, et surtout payant, applaudirait ce qui est bon, et n'irait\npas chercher des circonstances atténuantes pour excuser ce qui est mauvais.\nEt puis, quelle est la nécessité de proclamer tous les ans un premier prix de\ncomposition musicale? Le premier prix de chant ou de comédie se décerne-t-il\naussi tous les ans ?\nPour en revenir aux Pièces symphoniques de M. Ch. Lefebvre, exécutées\ndimanche dernier pour la première fois au Concert du Châtelet, elles consis-\ntent en un Prélude et Choral, et un Scherzo. Le choral est sans grandeur,\nsans majesté et sans effet. Le scherzo est lent, triste, long,* et n'a aucune\ndes qualités caractéristiques de ce genre de morceau. Le mot scherzo en ita-\nlien signifie badinage, raillerie. Aussi, un bon scherzo, comme ceux de\nBeethoven et de Mendelssohn, doit-il être un emporte-pièce, un feu roulant\nd'idées vives, spirituelles et inattendues. Un bon scherzo, enfin, doit brûler\nles instruments.\nLe concerto pour hautbois, par Haëndel, exécuté avec un grand talent par\nM. Georges Gillet, au même concert, contient des parties ravissantes, mais il\nest un peu long. De la symphonie pastorale de Beethoven, il n'y a plus rien\nà dire, sinon que d'en louer l'excellente exécution. Il en est de même des\ncharmants morceaux de YArlésienne, de M. Bizet. Quant à la Danse macabre,\nde M. Saint-Saëns, j'avais bien raison de dire, dans mon dernier compte-\nrendu, qu'elle serait redemandée. Entre autres effets bizarres dont je n'ai\npoint parlé, il faut signaler l'emploi dans l'orchestre de cet instrument com-\nposé de petits morceaux de bois, et dont la percussion rapide imite le cliquetis\nd'ossements qui s'entrechoqueraient. Fi! l'horrible imagination du musicien\nqui a songé à cet effet ! Bravo ! l'art ingénieux du musicien qui a su le réussir\nHenry Cohen.\nCONCERT DANBÉ (Salle Taitbout). Le i 5 Concert a remis en lu-\nmière le larghetto et le finale du Concerto en si mineur, de Hummel, exécutés\npar M. Valentin Alkan. Honneur à ces vaillants artistes chez qui 1 âge n'a rien\namorti des brillantes qualités d'exécution, ni de la fougue qu'ils possédaient\ndans leur jeunesse ! M. Alkan nous a ensuite donné deux morceaux, pas pré-\ncisément amusants, mais fort difficiles, et destinés à faire entendre les effets\ndu piano à clavier de pédales de la maison Erard, savoir : une Toccata, de\nBach, et une Polonaise, de Kessler. En montant au foyer après la Toccata,\nj'ai entendu un monsieur, émerveillé de l'effet de ce clavier mis en mouve-\nment parles pieds, s'écrier : «Vraiment, M. Alkan a un magnifique talon! »\nM. Valdec a chanté avec beaucoup de charme deux romances de Schumann\net de Diemer, et un fragment du Stabat, de madame de Grandval.\nH. C."}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "187", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.51", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 1712, "texte": "SOCIÉTÉ CHORALE D'AMATEURS. L'espace qui m'est réservé pour\nrendre compte de Ici séance annuelle de la Société chorale d'amateurs, sous la\ndirection de M. Guillot de Sainbris, est relativement restreint, et je me\n\\ois, à icgi et, forcé de ne parler absolument que des morceaux qui offrent\nun intérêt majeur.\nL'oratorio de la Mort du Christ, composé par Graun en 1760, a joui d'une\ngrande réputation, et effectivement, il se trouve de belles choses parmi les\nfragments que la Société nous a fait entendre} mais un oratorio ne se sou-\ntient que par ce souffle enflammé qui inspirait Haendel, Bach et Haydn, et\nmalheureusement ce souffle manque à Graun. La cantate de Jephté, de Caris-\nsimi, écrite en i 650, est une oeuvre d une bien plus haute portée, surtout si\nl'on considère l'époque à laquelle elle appartient. Les voix y sont toujours\nbien distribuées : l'harmonie en est pure et riche, et le récitatif bien déclamé :\nenfin, on y remarque des effets. Les fragments de cette cantate ont du reste\nété chantés dune manière satisfaisante, surtout par les sopranos et les con-\ntraltos. La cantate de lu Pentecôte, de J.-S. Bach, est un pur chef-d'œuvre.\nMadame H. F... y a recueilli de légitimes applaudissements. Le Rêve\nd Hoffmann, par M. Salomon, est une scène lyrique-dramatique, dont le\npublic a très favorablement accueilli la première audition 5 le choeur des\nII illis est fort original et légèrement traité. La chanson bachique, qui ter-\nmine le Rêve, a été chanté avec une grande énergie par madame D... Elle est\nbien coupée, mais écrite dans de mauvaises conditions vocales. Montant et\ndescendant trop, il faudrait une voix exceptionnelle pour en rendre complè-\ntement l'effet.\nH, C."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-02-15-01-c038", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-02-15_01#c038", "volume": "bmtnabc_1875-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "188", "page_fin": "192", "image_debut": 52, "image_fin": 56, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.2.9", "titre_corps": "VARIA", "titre_sommaire": "VARIA", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 52, "page_imprimee": "188", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.52", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1612, "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nFAITS DIVERS\na Chronique Musicale de ce jour contient deux morceaux\nextraits des Soirées cl' Automne de M. A. Cœdès, annon-\ncées dans notre numéro du ier février. Nous avons choisi,\nentre les plus jolies pièces du recueil, celles qui ont pour\ntitre Do/or, poésie de Roger de Beauvoir, et Venise; poésie\nd'A. de Musset.\nDe nouvelles mesures viennent d'être prises, sur la proposition du mi-\nnistre de la guerre, par le président de la République, en vue d'attirer des\nartistes de talent dans les musiques militaires et d'empêcher les musiciens\ndistingués qu'elles renferment déjà d'abandonner le service. Non-seulement\nles conseils d'administration des corps pourront accorder aux musiciens des\nprimes mensuelles de fonctions en rapport avec leur talent et les services\nqu'ils rendent, mais ils auront en outre la libre et entière disposition d'un\ncrédit de 7,000 francs attribué à chaque régiment, afin d'encourager les études\ndes musiciens classés, des musiciens commissionnés, sans attributions de\nclasse, ainsi que des soldats musiciens.\nOn vient de découvrir en Allemagne un spécimen d'un instrument qu'on\ncroyait perdu, le hautbois d'amour, dont J.-S. Bach a fait un fréquent usage\ndans ses compositions C'est la collection de M. Mahillon, à Bruxelles, qui\ns'en est enrichie. Cet instrument est bien conservé; de légères réparations\nvont le mettre en état de rendre de nouveaux services.\nLes Matinées caractéristiques de mademoiselle Marie Dumas ont com-\nmencé le mardi 19 janvier par une matinée Louis XV. et le mardi 2 février\npar une matinée Louis XIV."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "189", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.53", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 1783, "texte": "Elles se poursuivront dans l'ordre suivant :\nMatinée Moyen-âge et Renaissance, Mardi 16 février»\nMatinée anglaise, Mardi 2 mars.\nMatinée russe, Mardi 16 mars.\nMatinée spirituelle, Mardi 3o mars.\nLa troisième Matinée caractéristique aura lieu au Cercle artistique et litté-\nraire, 29, rue de la Chaussée-d'Antin ; en voici l'intéressant programme dans\ntoute son éloquence :\nMATINÉE MOYEN-AGE ET RENAISSANCE\n1. Marche du Roi Artus.\nM. VICTOR DOLMETSCH\n2. a. Epitre à François lerIer CLÉMENT MAROT\nb. Conseils à Charles IX RONSARD\nMLLE MARIE DUMAS\n3. a. Marche du Roi René (xve SIÈCLE).\nb. Les Tricot et s du Béarnais MARMONTEL\nM» DOLMETSCH\n4. « Seulette Suis. » Ballade de CHRISTINE DE PISAN\nMusique de WEKERLIN\nMLLE BERTHE MONDET\n5. La Fiancée du Timbalier, ballade de VICTOR HUGO\nSur un accompagnement de L. LACOMBE\nMLLE MARIE DUMAS\n6. a. Chanson de Gaston Phœbus (XIVe siècle).\nb. Lo Pardal, air béarnais AUTEUR INCONNU\nM. PASCAL LAMAZOU\n7. Air célèbre du XVIe siècle, transcrit et exécuté sur le violon par\nM. TELESINSKI\n8. a. Air Arménien (Xlle 5ièc1e)......, i AUTEURS\nb. Margoton va a Yiau (XVe siècle) ( INCONNUS\nMME ANDRÉA LACOMBE\n9. a. Paraphrase du Choral de la Réforme MEYERBEER\nb. Pavane MARMONTEL\nM. ANDRÉ WORMSER\n10. Un Conte de la Reine de Navarre.\nMLLE MARIE DUMAS\n11. a. Cantique de Jeanne d'Albret i AUTEURS\nb. La Romanesca (XVIe siècle j INCONNUS\nMLLE BERTHE MONDET\n12. Marche des Rois. Farandole et Menuet.. G. BIZET\nM. ANDRÉ WORMSER\n13. 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Les\nHuguenots suivront de près.\nLe grand bal masqué donné au nouvel Opéra au profit des pauvres, a pro-\nduit la somme de cent soixante-trois mille francs.\n%\nLe jeune ténor Eyraud, qui chante actuellement à Rouen, et dont nous\navons signalé les belles qualités dans notre numéro du 15 décembre dernier,\na été engagé par M. Halanzier. M. Eyraud était compagnon charpentier; il est\nentré au Conservatoire en 1869, et y a fait un court séjour.\nOn annonce aussi l'engagement de mademoiselle Derval, fille du secré-\ntaire général du théâtre du Gymnase.\nOpéra-Comique. Carmen, l'ouvrage en trois actes de MM. Meilhac,\nHalévy et G. Bizet, est prêt; la première représentation aura lieu samedi\nprochain, sauf contre-ordre.\n—• La pièce de MM. Ernest Legouvé et Paladilhe, dont le titre provisoire\nest Moiana, et qui a pour principaux interprètes madame Carvalho, MM. Mel-\nchissédec et Nicot, est en pleine répétition,\nOn a lu jeudi aux artistes un acte de Jules Barbier, musique de Boulan-\nger, intitulé Don Muscarade.\nEnfin on va reprendre le Val à!Andorre, d'Halévy, et le Songe d'une\nnuit d'été, d'Ambroise Thomas.\nLe bal annuel des artistes dramatiques aura lieu à l'Opéra-Gomique le\n13 mars."}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "191", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.55", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2057, "texte": "Renaissance. Jeudi prochain, centième représentation de Giroflé-Girofla.\nM. Hostein a lu aux artistes de la Renaissance l'opérette de Johann Strauss,\nqui portera décidément sur l'affiche le nom ô!lndigo.\nVoici la distribution de cet ouvrage :\nFantasca Mll** Marcus ou Zulma-Bouffar\nStofana * Scalini\nBanana Panseron\nZobéide Stella\nPiastrella Blanche Miroir\nIndigo MM. Vauthier\nJanio Puget\nBabazouk Lary\nMysouf Reine\nGaîté. Aujourd'hui commencent les répétitions générales de Geneviève\nde Brabant) qui sera montée avec un grand luxe. On espère, en répétant\nmatin et soir, pouvoir jouer la pièce le lundi 22 février.\nBouffes-Parisiens. La reprise de la Princesse de Trébi%onde a lieu\ndemain, mardi.\nVariétés> La pièce en trois actes de MM. Meilhac et Halévy, musique\nd'Offenbach, la Boulangère a des Écus, est ajournée au mois de septembre\nprochain, aux Variétés.\nAprès elle, viendra une sorte de féerie musicale de MM. Gondinet et Costé,\ndans laquelle nous verrons UNE CLOWN ou une Clownesse, je ne sais com-\nment appeler cette acrobate faire des exercices surprenants.\nLa clown n'est pas encore trouvée, mais nous savons que MM. Bertrand,\nGondinet et Gosté quitteront Paris jeudi prochain et se rendront à Londres\navec la ferme intention de n'en revenir qu'après avoir découvert et engagé\nla demoiselle ou la dame dont ils ont besoin pour cette pièce.\nAthénée» A peine rouvert au genre lyrique, avec la Belle Linct,\nl'Athénée a dû de nouveau fermer ses portes. Cinq soirées du 6 au 11 février\nont suffi pour arriver à ce triste résultat.\nSalle Erard. La Société classique de MM. Armingaud, Jacquard, Mas,\nTurban, de Bailly, Taffanel, Grisez, Lalliet, Dupont, Espaignet, donnera son\ndeuxième concert mardi prochain, à la salle Erard. Madame Massart y exé-\ncutera le trio en rrA majeur de Mozart, et une sonate de Beethoven.\nNous remarquons encore au programme une nouvelle composition de\nM. E. Chaîne pour huit instruments, un concerto de Hœndel, et un quatuor\nde Mendelssohn.\nCAEN. —Le 5 février dernier, la grande salle de l'hôtel de ville de Caen a"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "192", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.56", "debut_caractere": 115, "fin_caractere_exclue": 1164, "texte": "été transformée en élégant théâtre, et, sur une scène improvisée, un public\nnombreux a vu la représentation d'un opéra comique en deux actes, le\nBocage, paroles de M, Jules Ruelle, musique d'un compositeur de talent,\nM. Marcellus Muller, l'un des meilieurs élèves de M. Carafa.\nLes chœurs étaient chantés par des dames de la Société de Caen. Il y a eu\nsuccès complet, ovation pour le compositeur et les interprètes. M. Marcellus\nMuller va bientôt faire entendre, salle Taitbout, un ouvrage en un acte dont\nle public parisien aura la primeur.\nAutre exemple de décentralisation lyrique :\nCette fois, c'est à Alger, où M. Aurès, pour le poëme, et M. Dermineur,\npour la musique, ont donné la Marguerite, opéra dont les journaux de la\nlocalité disent le plus grand bien. Le poème est original et bien trouvé; la\nmusique révèle un compositeur de mérite.\nROUEN. Le Théâtre-Français de Rouen vient de représenter la Cure\nmerveilleuse, opéra bouffe inédit de MM. Dessolins et Charles Hess.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. 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LE TRIOUX", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 54, "page_imprimee": "190", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.54", "debut_caractere": 202, "fin_caractere_exclue": 1615, "texte": "NOUVELLES\n\nARIS. Opéra. La Juive a été donnée par extraordinaire le\nmardi-gras. Les abonnements étant suspendus, la recette s'est élevée\nau chiffre de 20,978 fr. 5o c.\nLa reprise de Guillaume Tell aura lieu très prochainement. Les\nHuguenots suivront de près.\nLe grand bal masqué donné au nouvel Opéra au profit des pauvres, a pro-\nduit la somme de cent soixante-trois mille francs.\n%\nLe jeune ténor Eyraud, qui chante actuellement à Rouen, et dont nous\navons signalé les belles qualités dans notre numéro du 15 décembre dernier,\na été engagé par M. Halanzier. M. Eyraud était compagnon charpentier; il est\nentré au Conservatoire en 1869, et y a fait un court séjour.\nOn annonce aussi l'engagement de mademoiselle Derval, fille du secré-\ntaire général du théâtre du Gymnase.\nOpéra-Comique. Carmen, l'ouvrage en trois actes de MM. Meilhac,\nHalévy et G. Bizet, est prêt; la première représentation aura lieu samedi\nprochain, sauf contre-ordre.\n—• La pièce de MM. Ernest Legouvé et Paladilhe, dont le titre provisoire\nest Moiana, et qui a pour principaux interprètes madame Carvalho, MM. Mel-\nchissédec et Nicot, est en pleine répétition,\nOn a lu jeudi aux artistes un acte de Jules Barbier, musique de Boulan-\nger, intitulé Don Muscarade.\nEnfin on va reprendre le Val à!Andorre, d'Halévy, et le Songe d'une\nnuit d'été, d'Ambroise Thomas.\nLe bal annuel des artistes dramatiques aura lieu à l'Opéra-Gomique le\n13 mars."}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "191", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.55", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2057, "texte": "Renaissance. Jeudi prochain, centième représentation de Giroflé-Girofla.\nM. Hostein a lu aux artistes de la Renaissance l'opérette de Johann Strauss,\nqui portera décidément sur l'affiche le nom ô!lndigo.\nVoici la distribution de cet ouvrage :\nFantasca Mll** Marcus ou Zulma-Bouffar\nStofana * Scalini\nBanana Panseron\nZobéide Stella\nPiastrella Blanche Miroir\nIndigo MM. Vauthier\nJanio Puget\nBabazouk Lary\nMysouf Reine\nGaîté. Aujourd'hui commencent les répétitions générales de Geneviève\nde Brabant) qui sera montée avec un grand luxe. On espère, en répétant\nmatin et soir, pouvoir jouer la pièce le lundi 22 février.\nBouffes-Parisiens. La reprise de la Princesse de Trébi%onde a lieu\ndemain, mardi.\nVariétés> La pièce en trois actes de MM. Meilhac et Halévy, musique\nd'Offenbach, la Boulangère a des Écus, est ajournée au mois de septembre\nprochain, aux Variétés.\nAprès elle, viendra une sorte de féerie musicale de MM. Gondinet et Costé,\ndans laquelle nous verrons UNE CLOWN ou une Clownesse, je ne sais com-\nment appeler cette acrobate faire des exercices surprenants.\nLa clown n'est pas encore trouvée, mais nous savons que MM. Bertrand,\nGondinet et Gosté quitteront Paris jeudi prochain et se rendront à Londres\navec la ferme intention de n'en revenir qu'après avoir découvert et engagé\nla demoiselle ou la dame dont ils ont besoin pour cette pièce.\nAthénée» A peine rouvert au genre lyrique, avec la Belle Linct,\nl'Athénée a dû de nouveau fermer ses portes. Cinq soirées du 6 au 11 février\nont suffi pour arriver à ce triste résultat.\nSalle Erard. La Société classique de MM. Armingaud, Jacquard, Mas,\nTurban, de Bailly, Taffanel, Grisez, Lalliet, Dupont, Espaignet, donnera son\ndeuxième concert mardi prochain, à la salle Erard. Madame Massart y exé-\ncutera le trio en rrA majeur de Mozart, et une sonate de Beethoven.\nNous remarquons encore au programme une nouvelle composition de\nM. E. Chaîne pour huit instruments, un concerto de Hœndel, et un quatuor\nde Mendelssohn.\nCAEN. —Le 5 février dernier, la grande salle de l'hôtel de ville de Caen a"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "192", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.56", "debut_caractere": 115, "fin_caractere_exclue": 1164, "texte": "été transformée en élégant théâtre, et, sur une scène improvisée, un public\nnombreux a vu la représentation d'un opéra comique en deux actes, le\nBocage, paroles de M, Jules Ruelle, musique d'un compositeur de talent,\nM. Marcellus Muller, l'un des meilieurs élèves de M. Carafa.\nLes chœurs étaient chantés par des dames de la Société de Caen. Il y a eu\nsuccès complet, ovation pour le compositeur et les interprètes. M. Marcellus\nMuller va bientôt faire entendre, salle Taitbout, un ouvrage en un acte dont\nle public parisien aura la primeur.\nAutre exemple de décentralisation lyrique :\nCette fois, c'est à Alger, où M. Aurès, pour le poëme, et M. Dermineur,\npour la musique, ont donné la Marguerite, opéra dont les journaux de la\nlocalité disent le plus grand bien. Le poème est original et bien trouvé; la\nmusique révèle un compositeur de mérite.\nROUEN. Le Théâtre-Français de Rouen vient de représenter la Cure\nmerveilleuse, opéra bouffe inédit de MM. Dessolins et Charles Hess.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[145]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.1", "texte": "LE CHEVALIER AU CYGNE\nous le titre Histoires de petite ville, notre col-\nlaborateur Charles Deulin publie la semaine\nprochaine Dentu un recueil de Contes et\nde Nouvelles qui ne peut manquer d'avoir le\nsuccès de Chardonnette, ainsi que des Contes\nd'un Buveur de bière et du Roi Cambrinus.\nNous avons sous les yeux les épreuves de cet\namusant volume et nous y choisissons le mor-\nceau suivant qui, à ses qualités littéraires,\njoint pour nos lecteurs le mérite de se rattacher à la musique. On sait\nque le Chevalier au Cygne a fourni à Wagner le sujet de son Lohengrin.\nCe récit n'est pas comme le prétendait Henri Heine, une tradition\nallemande, mais une légende originaire de la Flandre française.\nAvant de devenir un des ancêtres de la maison de Clèves, le Chevalier\n\nVII.\n10"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "146", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.2", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nau Cygne a figuré dans la généalogie des ducs de Brabant. La Saga\nqui raconte son histoire, en place la scène dans le royaume de Lille-\nfort, comme Vaffirme la chanson de Geste du douzième siècle, que le\nbaron de Reiffenberg a publiée en 1846 et qui vient d'être tout récem-\nment rééditée. En transportant son Lohengrin à Anvers, sur les bords\nde VEscaut, Wagner s'est rapproché de la vérité.\nSur le royaume de Lillefort, un texte flamand de notre légende\nfournit les indications les plus précises. On y lit que « d'après de\nvieilles chroniques il y avait autrefois un royaume nommé Lillefort.\nC'était une contrée de la Flandre dans laquelle étaient comprises les\nvilles de Lille, Douai et Orchies. » (De Ridder met de zwaene. B>\nblioth. bleue.)\nSuivant d'anciennes chartes, ce pays portait le nom de royaume des\nEstimaux ; il a eu ses rois et ses reines, ses impôts, toute son organi-\nsation politique et même son histoire, que M. Le Glay: Véminent ar-\nchéologue, a contée dans ses Analectes historiques.\nLe Cygne qui conduit le chevalier à travers VEurope et veille cons-\ntamment sur lui, est une sorte d'intermédiaire entre le héros et la di-\nvinité. Au moyen âge, les oiseaux avaient quelque chose de sacré ; on\nregardait ces créatures ailées, dont la patrie est entre le ciel et la\nterre, comme des messagers célestes.\nOr> le cygne figurait dans les fêtes de Lille. Un ancien historien de\ncette ville nous apprend qu'au quinzième siècle, on voyait, dans le cor-\n/\ntége du roi de VEpinette, trois cygnes portant une énorme machine\nqui représentait la ville de Valenciennes, et qu en 1438 /e roi lui-même\nétait déguisé en cygne.\nIl est probable que la tradition a pris naissance au septième et au\nhuitième siècle. En tous cas, il est certain quavant le douzième elle\nétait déjà populaire et que de vieilles chroniques en faisaient mention,\ncomme Vatteste le poëme français que nous avons cité et où se trouve\nce vers :\nEn la cronique en est la vérité trouvée.\nEn reprenant notre bien aux Allemands, M. Charles Deulin, commé\nc'était son droit et son devoir, Va retravaillé de façon que le conte\ndevînt sien, acquît autant que possible sa forme définitive et pût figu-\nrer parmi les Histoires de sa petite ville une petite ville moyen âge\nque la gravure qui sert de frontispice à cet article met sous les yeux\nde nos lecteurs*"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "147", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.3", "texte": "E CHEUALIER AU CYGNE\nLÉGENDE MUSICALE\n\nI\nil tempo jaîïtp» il y avait\nau château de Valenciennes,\nautrement dit du Val-aux-\nCygnes, une jeune princesse\n- / J.\nqui se nommait Béatrix et qui était l'u-\nnique héritière du royaume de Lillefort.\nOr, le malheur avait voulu qu'un mo-\nnarque voisin usurpât les États de Lille-\nfort, après avoir égorgé le roi, la reine et\nleurs enfants. Échappée seule au mas-\nsacre, Béatrix avait été recueillie par son\noncle, le châte-\nlain de Valen-\nciennes. Malgré\nson nom de doux\naugure, la princesse n'était pas heureuse : toujours elle pensait à son\nroyaume perdu.\n« Ah ! disait-elle souvent, si quelqu'un pouvait me rendre ma cou-"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "148", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.4", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nronne, quel qu'il fût et d'où qu'il vînt, je l'épouserais sans même lui de-\nmander son nom. »\nDieu sait pourtant si Béatrix était curieuse !\nElle alla un jour jusqu'à consulter une sorcière, et celle-ci lui prédit\nqu'elle serait rétablie sur son trône par l'intervention d'un cygne.\nBéatrix ne comprit pas bien comment cela se pourrait faire. Depuis\nlors, néanmoins, accoudée à la fenêtre de sa chambre, elle promenait sans\ncesse un regard avide sur la vallée toute couverte d'eau, et, lorsqu'elle\nvoyait s'abattre au loin, dans les roseaux, un grand oiseau blanc, elle\nmurmurait la vieille chanson qu'on chante encore dans la Flandre fla-\nmingante :\nZrvane, çwane, vvitte plek...\nCygne, cygne, beau cygne blanc,\nQuand donc passeras-tu l'étang :\nDemain, sur le coup de midi,\nQuand le aura verdi...\nQui chante, ses maux enchante, mais, hélas! la journée passait, le\nlendemain venait, midi sonnait, l'herbe verdoyait, et toujours la prin-\ncesse attendait !...\nII\nUne nuit, aux premières blancheurs du matin, elle rêva que le cygne\ntant désiré s'approchait des murs du château, qu'il se changeait soudain\nen un beau chevalier, et qu7il lui adressait ainsi la parole :\nSi je vous rendais, ô la belle des belles, le trône de Lillefort, consen-\ntiriez-vous à m'épouser?\nJ'y consentirais, répondit Béatrix, qui en ce moment pensait\nmoins à son trône qu'à l'aimable chevalier qui venait le lui offrir.\nEt auriez-vous le courage de ne jamais vous enquérir de mon\npays et de ma naissance ?\nJ'aurais ce courage, répondit la jeune fille.\nComme elle achevait de prononcer ces mots, Béatrix fut réveillée\ntout à coup par les sons lointains du cor. Elle sauta à bas de son lit,\ncourut demi-vêtue à la fenêtre, et quelle ne fut pas sa surprise de voir,\ndu côté où se levait le soleil, voguer vers le château six beaux cygnes\nayant au cou un collier d'or!\nIls entouraient d'un air de respect un cygne plus grand qui traînait\nune nacelle. Dans la nacelle se tenait debout un hardi jeune homme, à"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "149", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.5", "texte": "LE CHEVALIER DU CYGNE\n\nla taille svelte, aux formes élégantes, en tout pareil à celui qu'elle ve-\nnait de voir en rêve.\nIl avait une épée d'or à la main, un cor de chasse aux épaules, et au\npoignet un bracelet précieux. Devant lui était son bouclier rouge à l'écu\nd'argent, sur lequel se croisaient huit sceptres de rois attachés entre eux\npar une émeraude.\nQue souhaitez-vous, beau chevalier? lui cria Béatrix.\nVotre bonheur, reine de beauté, et je viens vous rendre un trône.\nQui êtes-vous, beau chevalier, pour tenter pareille aventure?\nOn me nomme Hélias, le Chevalier au Cygne.\nD'où venez-vous et quelle est votre origine? ajouta la curieuse,\noubliant déjà sa promesse.\nCelui qui m'envoie, répondit l'inconnu d'une voix grave, m'a dé-\nfendu de vous le dire, et si je prends en main votre cause, c'est à la\ncondition que vous ne me le demanderez jamais. Acceptez-vous cette\ncondition ?\n■— Je l'accepte, répondit vivement la jeune fille.\nIII\nElle acheva de s'habiller et s'en fut réveiller son oncle, qui donna\nl'ordre de baisser le pont, de lever la herse et d'ouvrir toutes grandes les\nportes du château. Lui-même, voyant l'air noble de l'étranger, alla à sa\nrencontre et lui fit le plus gracieux accueil.\nCelui-ci, ayant pris terre avec ses cygnes, leur ôta leurs colliers d'or, et\nils se transformèrent soudain en six chevaliers aux blanches armures.\nSeul le cygne qui traînait la nacelle s'en retourna au pays d'où il était\nvenu.\nSéduit par la vaillante mine d'Hélias, l'oncle de Béatrix lui prêta mille\narchers et trois cents porte-lances, [cinq cents frondeurs et cent de ses\nmeilleurs chevaliers.\nA leur tête Hélias triompha sans peine de l'usurpateur et le tua de sa\npropre main. Il rétablit dans ses États la belle Béatrix, qui n'avait pas\natîendu ce haut fait pour l'aimer du plus tendre amour.\nEn récompense de ce service, il épousa la princesse, après quoi il\nremit leurs colliers d'or à ses chevaliers, qui reprirent leur première\nforme et s'envolèrent dans les nuages.\nJusque-là Béatrix avait su résister à sa curiosité; mais le lendemain\ndes noces, jugeant le moment favorable, elle dit à son époux, en l'em-\nbrassant :"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "150", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.6", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nMon doux seigneur, maintenant que je suis votre femme, ne me\nconfierez-vous point de quel pays vous êtes venu et quelle est votre\norigine?\nVous m'aviez promis, ô ma bien-aimée, répondit Hélias, de ne\npoint m'adresser cette question. Ne la renouvelez jamais, sans quoi je\nserais forcé de vous quitter à l'instant même. Tel est l'ordre de celai qui\nm'envoie.\nIV\nBéatrix se le tint pour dit et, malgré le mystère dont s'entourait son\népoux, elle n'en fut pas moins la plus heureuse des femmes.\nCe n'est pas seulement parce qu'Hélias lui avait rendu sa couronne,\nni parce qu'il n'aimait qu'elle au monde, ni enfin parce qu'il était le plus\nvaillant et le plus beau des chevaliers; c'est qu'il semblait un être supé-\nrieur qui portait le bonheur en lui-même, et le répandait autour de lui.\nPartout où on le rencontrait, l'air paraissait plus pur, le ciel plus bleu,\nla terre plus verte et plus riante, et c'est pourquoi on disait commu-\nnément que le Chevalier au Cygne venait du paradis terrestre.\nCette parfaite félicité dura sept ans, pendant lesquels Béatrix eut trois\nenfants : une fille et deux garçons.\nV\nUn matin, en allant à la messe, Béatnx ouït deux palefreniers qui se\nquerellaient dans l'écurie. L'un d'eux disait à l'autre, qui était étranger\nau pays :\nTais-toi, fils de rien ! Tu es comme le roi Hélias : nul ne sait d'où\ntu viens!\nLa jeune reine emporta ces paroles dans sa mémoire, et son bonheur\nen fut troublé. « Il est bien vrai, se dit-elle, qu'Hélias est le plus beau,\nle plus brave et le meilleur des chevaliers. Nul époux n'est mieux fait\npour rendre sa femme heureuse, mais cet homme a raison : on ne sait\nd?où il vient, et c'est grand' honte pour sa femme et ses enfants. »\nCette idée la tourmenta tellement, qu'un soir, la veille d'un tournoi,\nelle hasarda de murmurer à l'oreille de son mari :\nEncore un triomphe pour mon beau chevalier! Mais les juges du\ncamp seront bien embarrassés, quand il faudra proclamer les noms et\ntitres du vainqueur.\nSi je suis vainqueur, répondit-il, les juges du camp proclameront"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "151", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.7", "texte": "LE CHEVALIER DU CYGNE\n\nHélias, roi de Lillefort. Ce nom et ce titre leur suffiront. Entendez-vous\nces cris? ce sont les cris de mes cygnes qui passent là-haut et qui m'ap-\npellent. Encore une question ô ma bien-aimée, et je serai obligé\nde les suivre !\nHélias prononça ces mots avec un tel accent de tristesse et de reproche,\nque Béatrix n'osa plus revenir sur ce sujet. Sa curiosité n'en était pour-\ntant ni moins vive, ni moins ardente, et elle chercha par un autre moyen\nà savoir le fatal secret.\ncc Si je l'apprends sans qu'il me le dise, pensait-elle, Hélias, du moins,\nne sera pas forcé de me quitter. »\nElle fit venir la vieille sorcière, dont la prédiction s'était si bien accom-\nplie, et elle la consulta en cachette.\nMon art ne va pas, répondit celle-ci, jusqu'à découvrir ce qu'on\nvous cèle ; mais priez les cygnes de le demander à ceux qui ont amené\nvotre époux, et peut-être vous le diront-ils.\nComment ferai-je, dit Béatrix, si j'ignore le langage des oiseaux ?\nPrenez cette bague de cuivre où est enchatonnée une perle de\nrose. Chaque fois que vous tournerez le chaton en dedans, vous com-\nprendrez le langage des oiseaux; vous pourrez leur parler et ils vous ré-\npondront.\nBéatrix prit la bague et, en échange, donna à la sorcière une grosse\nsomme dor.\nVI\nQuand vint la saison où les loups vivent de vent, elle guetta le passage\ndes cygnes et leur cria :\nBlancs oiseaux, qui volez par les nues, n'avez-vous point vu six\nbeaux cygnes, blancs comme vous, et portant des colliers d or ?\nNous ne les avons point vus, répondirent-ils, mais attendez qu il\nfasse moins froid et que nous revolions au pays des neiges, nous cher-\ncherons les cygnes aux colliers d'or.\nVous leur demanderez, reprit Béatrix, d'où est venu Hélias, mon\népoux, et quelle est son origine.\nA notre retour, nous vous le dirons, répondirent les cygnes.\nBéatrix n'eut de joie qu'alors que le coucou commença de s enrouer.\nLes cygnes revinrent enfin et déclarèrent qu'ils n'avaient point vu leurs\nfrères aux colliers d'or.\nAlors elle interrogea tour à tour les grues, les oies et les canards sau-\nvages ; et les grues, les oies et les canards lui firent la même réponse."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "152", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.8", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\n~ Béatrix,, désolée, consulta de nouveau la sorcière. Celle-ci réfléchit un\ninstant, puis elle lui dit :\nDe quel côté venait Hélias, quand il vous a apparu pour la première\nfois ?\nDu côté du soleil levant.\nEn ce cas, ce ne sont point les cygnes, ce sont les cigognes qu'il\nfaut interroger.\nBéatrix pria les cigognes de chercher les cygnes aux colliers d'or, mais\nelles revinrent au printemps sans les avoir trouvés. Elle s'adressa alors\naux hirondelles, aux loriots, aux rossignols, aux cailles et aux ortolans,\nmais ils ne purent lui donner aucune nouvelle des cygnes aux colliers d'or.\nIls promirent d'interroger leurs frères ailés des contrées lointaines, et\nceux-ci questionnèrent les quadrupèdes et les poissons, qui questionnè-\nrent les arbres et les rochers, les sables des déserts et les sables de la mer.\nEt il n'y eut bientôt plus dans toute la nature une créature animée ou\ninanimée qui ne fût en peine des cygnes aux colliers d'or.\nVII\nL'ennui de la reine devint pour les oiseaux du monde entier un perpé-\ntuel sujet d'entretien, et jamais elle ne se promenait dans les bois, sans\nles entendre causer entre eux de son chagrin.\n- Pauvre reine! disait la tourterelle. Quel intérêt son époux peut-il\navoir à lui cacher son origine? S'il vient, comme tout porte à le croire, du\nparadis terrestre, que ne l'emmène-t-il dans ces lieux enchantés?\nRougit-il de sa femme, ajoutait le bouvreuil, et craint-il de la faire\nconnaître aux siens ?\nOu serait-ce, reprenait l'agace, qu'il a commis en son pays quelque\nméchante action qu'il veut tenir secrète?\nSerait-il marié, par hasard, s'écriait la corneille, et aurait-il là-bas\nune autre épouse ?...\nCes paroles empoisonnées tombaient goutte à goutte sur le cœur de la\nreine. Elle aurait pu s'y soustraire en tournant en dehors le chaton de\nsa bague, mais elle n'en avait pas le courage.\nBientôt poursuivie, harcelée, exaspérée par cette éternelle condoléance,\nBéatrix n eut plus qu un souhait, qu une idée, qu'un but au monde i sa-\nvoir qui était et d'où venait son époux.\nCe désir inassouvi fit en elle de tels ravages qu'elle tomba dans une lan-\ngueui moi telle. Ne sachant à quelle cause attribuer son dépérissement,"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "153", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.9", "texte": "LE CHEVALIER DU CYGNE\n\nles médecins ordonnèrent que, pour la changer d'air, on la ramenât au\nchâteau de Valenciennes.\nLe roi l'y conduisit avec ses enfants.\nVIII\nUn matin que Béatrix était dans sa chambre auprès d'Hélias, elle\ns'accouda à la fenêtre et se prit à contempler le val aux cygnes.\nElle songeait tristement qu'à pareil jour, treize ans auparavant, il\nétait arrivé par là l'inconnu qu'elle avait accepté pour maître et seigneur,\net la vieille chanson lui revenait en mémoire :\nCygne, cygne, beau cygne blanc,\nQuand donc passeras-tu l'étang?...\nTout à coup, sa fille entra et lui dit :\nMère, est-ce vrai, ce qu'on raconte, que mon père est arrivé chez\nnous dans une nacelle traînée par un cygne?\nC'est vrai, ma fille.\nD'où venait-il ?\nAu lieu d'ordonner à l'enfant de se taire, Béatrix répondit vivement :\nDemande-le-lui.\nEt l'enfant le demanda à son père.\nHélias lui imposa silence; mais Béatrix, à bout de patience, se tourna\nvers lui et dit aigrement :\nIl est fâcheux que jamais vous n'ayez voulu me faire connaître\nvotre pays et votre naissance. Ne les direz-vous pas, du moins, à vos\nenfants?\nJe t'avais prévenue, pauvre femme, répondit Hélias d'une voix\ntriste, et, malgré tout, tu as succombé! Tourne-toi et regarde.\nIX\nBéatrix effrayée se tourna et regarda par la fenêtre.\nElle vit, comme à pareil jour elle les avait vus treize ans auparavant,\ndu côté où se levait le soleil, sur la vallée inondée, six beaux cygnes\nblancs, ayant un collier d'or au cou.\nIls escortaient un cygne plus grand qui traînait une nacelle vide. A\ncette vue, Béatrix pâlit et se jeta en pleurant dans les bras d'Hélias."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "154", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.10", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nMalheureuse que je suis! s'écria-t-elle. Pour n'avoir pas su résister\nà ma sotte curiosité, vais-je donc perdre tout mon bonheur! Oh! je t'en\nsupplie, ne me quitte pas, mon époux adoré !\nIl le faut! répondit Hélias, et pâle, mais le cœur ferme, il se fit ap-\nporter son bouclier rouge à l'écu d'argent, son épée d'or, son cor de\nchasse et son bracelet.\nIl donna l'épée d'or à son fils aîné, le cor de chasse au cadet, et le bra-\ncelet à sa fille. Ensuite, il embrassa une dernière fois sa femme et ses\nenfants et, malgré leur désespoir, il descendit vers les cygnes qui bat-\ntaient des ailes.\nArrivé près d'eux, il monta dans la nacelle, et, toujours fixant sur les\nsiens un long et triste regard, il s'éloigna lentement, lentement, et dis-\nparut à l'horizon avec sa flotte de cygnes.\nX\nC'est ainsi qu'il partit, et il ne revint pas.\nSa femme l'attendit un an, l'attendit dix ans, l'attendit vingt ans, espé-\nrant toujours qu'il reviendrait, et il ne revint plus jamais. Et les blondes\nfilles delà Flandre l'attendent encore, et aussi l'attendent les filles de\nl'Allemagne et celles de l'Angleterre, et celles du monde entier, mais en\nvain !\nC'est le beau prince enchanté que rêvent les têtes de seize ans, et qui\ndoit toujours venir du pays du soleil. Une seule femme l'a possédé, et elle\nn'a pas su le garder, et c'est pourquoi il ne reviendra plus, Hélias, le\nChevalier au Cygne!\n\nCHARLES DEULIN."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "155", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.11", "texte": "HISTOIRE\nDES ARCHIVES ET DE LA BIBLIOTHÈQUE\nDE\nL'OPÉRA\n\n(3e article) (1).\nE commençai mon inventaire au milieu des ouvriers qui\ntravaillaient encore à la Bibliothèque. Les menuisiers, les\npeintres, les raboteurs s'en donnaient à cœur-joie; cela\nne m'empêchait pas, aidé par le bon Nuitter, d'entasser,\nsur une de ces petites voitures, dont se servent les facteurs\ndans les gares, les parties d'orchestre et des chœurs, les rôles et les par-\ntitions, de les amener dans mon cabinet, pour les examiner et les inven-\ntorier à mon aise.\nLe nombre des paquets qui n'avaient pas été ouverts, depuis cent ans\npeut-être, étaient assez considérable. j'ai été assez heureux dans\nmes découvertes ; il a été établi que vingt-neuf ouvrages ne figuraient\nnullement sur le registre de Le Borne. Il a fallu leur donner et leur date\net le nom de leurs auteurs. Les voici :\nOPÉRAS REPRÉSENTÉS\nL'ldylle sur la paix, entrée de ballet (Lully, 1685).\nDidon (avec les copies authentiques de l'époque), tragédie lyrique,\ncinq actes (Desmarest, 1693).\n\n(i) Voir les numéros du i 5 janvier et i 5 février."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "156", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.12", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nCariselly, entrée de ballet (Lully, 1702).\nLa Sérénade vénitienne, entrée de ballet (Lully, 1702).\nMédus, roi des Mèdes, tragédie lyrique, cinq actes (Bouvard, 1702),\nLe Bal interrompu) entrée de ballet (Lully, 1708).\nLa Lyre enchantée, entrée de ballet (Rameau, 1757).\nLes Fêtes de PaphoS, opéra-ballet, trois acres (Mondonville, 1758).\nLes Caprices de Galathée, ballet (Noverre, corégr., 1760).\nLa Fête de Mir\\a, ballet avec divertissement-opéra (Gardel et\nGrétry, 1781).\nApollon et Daphné, fragment (Mayei\\ 1762).\nAriane, dans Vîle de Naxos, fragment (Edelmann, 1782).\nLes Sauvages, ballet (Gardel, corégr., 1786).\nŒdipe à Thèbes, autrement dit Œdipe et Jocaste, tragédie lyrique,\ntrois actes (Lefroid de Mereaux, 1791 ).\nLe Jugement de Paris, ballet (Méhul, 1793).\nBacchus et Ariane, ballet (Rochefort, 1794).\nMédée (théâtre Feydeau). (Cherubini, 1797).\nLa Fête du 4 février (Steibelt, 1806).\nLa Fête de Mars (Kreutzer, 1809).\nLes Croisés (Stadler, 1819).\nOPÉRAS NON REPRÉSENTÉS\nBélisaire (Désaugiers, le père du chansonnier).\nBrutus (Pierre Candeille).\nOgier le Danois (Roll).\nL'Hymne à la Victoire, ou le Retour des guerriers (Gossec)\nLes Incas (Fr. Ch. Lefebvre).\nAntiochus et Stratonice (Langlé. Versailles, 1786).\nLe Sacrifice Abraham (Mathieu dit Lepidor).\nSylvius Nerva (Lemoyne).\nPygmalion (Halévy).\nDes irrégularités sans nombre ont été constatées. Ainsi Y Idylle figu-\nrait sur le registre sous le nom de Y Idole. C'est un divertissement joué\nvers 1730 et composé des deux entrées de Lully : L'ldylle sur la paix\net YÉglogue de Versailles, que l'imprimeur Ballard appelle la Grotte\nde Versailles; quoi qu'en aient dit certains musicologues, Y Idylle et\nYÉglogue formaient deux entrées parfaitement distinctes.\nLa Fête de Mir\\a était plus étrange encore. Sur un paquet de parties"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "157", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.13", "texte": "ARCHIVES ET BIBLIOTHÈQUE DE L'OPÉRA\n\nd'orchestre, on avait écrit le titre de la Belle Esclave. Après setre\nassuré de l'époque, par l'inspection de la copie, de la forme mélodique et\nde l'instrumentation, lire les paroles de l'ouvrage, et, avec l'aide du réper-\ntoire des livrets et des ouvrages de Fétis et de Castil-Blaze, découvrir\nque cette Belle Esclave était tout simplement un acte de Grétry, ayant\npour titre Emilie, qui figurait comme divertissement dans la Fête de\nMir\\a, ballet de Gardel : c'était là une filiation assez embrouillée, con-\nvenons-en.\nDu reste, malgré la rigueur de la loi, qui défend la recherche de la\npaternité, les bibliothécaires sont obligés, à chaque instant, de com-\nmettre cet affreux délit. Je ne me suis pas arrêté, je le confesse, sur\nla pente du crime; j'ai dû redonner des ascendants à vingt-sept ouvrages\nque M. Le Borne avait déposés sans nom d'auteurs— en véritables\nenfants trouvés sur son fameux registre :\nLe Retour du Printemps {Charpentier, 1680).\nCanente (Colasse, 1700).\nLa Chasse du cer/(Morin, 1708).\nL'lsola d'Alcina (Broschi, 1728).\nLa Coquette trompée (Dauvergne, 1758).\nLa Fiera di Vene\\ia (Salieri, 1772).\nLe Finte Gemelle (Piccinni, 1778).\nIl Curioso indiscreto (Anfossi, 1778).\nDue Comtesse (Paisiello, 1778).\nLa Sposa Colerica (Piccinni, 1778).\nLa Finta Giardiniera (Anfossi, 1778).\nIl Geloso in Cimento (Anfossr, 1779).\nIdolo Cinese (Paisiello, 1779).\nAmore Soldato (Sacchini, 1779).\nIl Cavalière errante (Traetta, 1779).\nGli Stravaganti (Piccinni, 1779).\nL'lnconnue persécutée (Anfossi, 1781).\nIl Marito indolente (Anfossi, 1782}.\nAcis et Gal athée {Darondeau et Gianella, i8o5).\nL'Arbre de Diane (Martin y Solar, Vienne, 1785).\nDonne Vendicate (Piccinni), non représenté à Paris.\nAlcmeon (Cambini) inédit.\nLa Fête du Soleil (Berton), inédit.\nAlcidonis (Bocquet), inédit.\nL'Amour enchaîné par Diane (Edelmann), inédit."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "158", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.14", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nNitocris (Gossec), inédit.\nAmynte et Coridon (Bonnet), inédit.\nMalgré toutes les recherches, il reste encore une certaine quantité\nd'ouvrages non représentés, dont les noms d'auteurs sont inconnus. Il\nfaut espérer que le temps viendra combler cette lacune, en apportant des\ndocuments au catalogue.\nLa Bibliothèque musicale de l'Opéra devra être divisée en plusieurs\ncatégories :\ni° Format in-40, généralement employé pour les partitions et les\nCopies d'orchestre (depuis 1682, date du premier ouvrage qui existe à\nl'Opéra : Les Fêtes de l'Amour et de Bacchus jusqu'en i83o).\n2* Format in-folio employé pour le répertoire moderne.\n3° Soixante et quinze liasses d'airs de ballets, détachés en partition.\n40 Cantates et pièces politiques. L'inventaire est à peu près ter-\nminé, nous en rendrons compte incessamment.\n5° Symphonies, concertos et pièces instrumentales détachées,\n6° Quelques messes et motets provenant des concerts spirituels.\nL'inventaire de la première catégorie est terminé.\nLe chiffre des partitions et parties se divise ainsi :\nPartitions d'orchestre et de chœurs, répétiteurs de ballets, 2,658\nParties d orchestre 12^87\nRôles 5,481\nChœurs 10,674\nTotal général 31,200\nL'ensemble de la Bibliothèque comprend :\nDeux cent quarante-quatre opéras, possédant tout son matériel\nd'exécution : partitions, répétiteurs, parties d'orchestre, rôles et chœurs.\nCent dix ballets, avec leurs parties séparées et leur partition.\nCent partitions, sans parties d'orchestre.\nQuatre-vingt-dix-sept ouvrages dont les partitions font défaut.\nSoit ! six cent vingt-sept ouvrages.\nIl faut ajouter au répertoire de l'Opéra une très importante collection\ndu dix-huitième siècle, ayant appartenu à un amateur, le marquis de la\nSalle, et provenant de la Bibliothèque de la Sorbonne. C'est àM. Vau-"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "159", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.15", "texte": "ARCHIVES ET BIBLIOTHÈQUE DE L'OPÉRA\n\ncorbeil que les archives de l'Opéra sont redevables de cette heureuse\nacquisition.\nLa collection de la Sorbonne comprend : i° Cent sept partitions in-\nfolio (vingt Lully, six Rameau, trois Destouches, neuf Grétry, deux\nGluck, six Philidor).\n2° SOl xante-quinze partitions in-quarto oblong (sept Destouches,\ncinq Campra, sept Mouret, dix Rameau, sept Rebel etFrancœur).\n3° Soixante - huit cartons, contenant les parties séparées et rôles,\ncopie du temps, de soixante-trois ouvrages (douze Lully, quatre\nDestouches, quatre Mouret, quatre Campra, dix Rameau, cinq Rebel et\nFrancœur).\nNous croyons avoir démontré suffisamment par ce qui précède, com-\nbien les archives de l'Opéra pourront être utiles aux artistes et aux\namateurs d'histoire musicale. Ils trouveront les parties d'orchestre et les\npartitions, ayant servi aux représentations des classiques.\nIls trouveront, là seulement, les indications, les annotations de nuances,\nles changements, les adjonctions et suppressions que Rameau, Gluck,\nMéhul et les auteurs modernes ont mis, eux-mêmes, sur les parties et sur\nles partitions. Ces annotations ont une importance musicale et histo-\nrique qu'il est inutile de faire ressortir davantage.\nEn terminant, nous ne devons pas oublier de mentionner les auto-\ngraphes nombreux que possède la Bibliothèque : Gluck (fragments\nd Armide et d'Orphée)] Rameau, Daphnis et Eglé, les Surprises de\nVAmour, la Naissance d'Osiris); Mehul (les Amazones); Sacchini\n[Dardanus); Salieri [Tarare); Cherubini {Armide et Médée)\\ Rossini\n{le Siège de Corinthe et Guillaume Tell)] Donizetti (la Favorite) ;\nMeyerbeer (Robert le Diable, les Huguenots, le Prophète et/' Africaine)]\nplus des fragments dus à la plume de Spontini, d'Hérold et d'Halévy.\n\nTHÉODORE DE LAJARTE."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "160", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.16", "texte": "LES\nEXCENTRICITÉS MUSICALES\n\n(0\nLe chanteur de chansonnettes. Les Tyroliens. De Meyer, l'homme à la clari-\nnette. - L homme aux chiens. —— Le marquis de la Vessie. —— Le piano à vapeur.\nLe piano de pierres. Les clowns du cirque Loisset, Le xylophone. Sol-\nl si-ré-pif-pan. L homme-Orchestre. —Un trait de Lablache. Une vocation\nmanquée. Le piano de cochons de lait.\nous avons dit que la musique jouait un\ngrand rôle dans les fêtes populaires, et\nc'est vrai! Depuis le diseur de bonne\naventure ou la femme à barbe, qui louent\npour une journée deux petits Italiens,\njusqu'aux grandes loges qui paient quinze\nou vingt musiciens engagés à l'année, la\nmusique est pour tous les banquistes un\nattractifs puissant moyen trop bruyant\nparfois pour attirer la foule et la ras-\nsembler devant les planches de l'estrade\nsur lesquelles les pitres font leurs boni-\nments.\n\n(i) C'est a î'obligeance de M. Gaston Escudier que nous devons communication\ndu texte et des planches de cet article, détaché spécialement pour la Chronique Mu-\nsicale, de son beau volume LES SALTIMBANQUES."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "161", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.17", "texte": "LES EXCENTRICITÉS MUSICALES\nVII.\n11\n\nMais il est d'autres genres d'exploitation dont la musique est le pré-\ntexte, peu cultivés peut-être, qui offrent cependant une étude assez\nintéressante : je veux parler des chanteurs de chansonnettes, de Thomme-\norchestre, de l'homme-clarinette, du marquis delà Vessie, etc., que tout\nle monde a vus, et qui, tous, nous ont plus ou moins divertis.\nA notre époque, le chanteur des rues n'est plus qu'un triste parodiste,\nqu'un navrant écho de chansonniers, souvent de bas étage. lia dépouillé\ntout caractère original; son type s'est perdu dans la nuit des temps.\nEt cependant il compte pour ancêtres les plus illustres poëtes. Le rap-\nsode Homère est son aïeul. Il descend en droite ligne des Arnodes de la\nGrèce. Ses pères étaient bardes. Mais comme tout se transforme, il a\n-rejeté loin de lui les formules et la manière des mendiants qui revenaient\nde terre sainte. Il ne chante plus les gloires d'un pays, ni la Passion de\nJésus-Christ, ni l'amour d'un Renaud, ni les enchantements d'une\nArmide ; il n'entonne plus un cantique ni un noël en l'honneur du Saint\ndes saints ; il est même tombé plus bas.\nCe qu'il chante manque de caractère. C'est une romance malsaine, une\nronde digne de défrayer les gosiers de toute une caserne, un refrain égril-\nlard, sans moralité, et, partant, sans nécessité.\nC'est le goût du jour qui le veut ainsi. Jusque dans ce bas-fond de"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "162", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.18", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nl'art, les traditions et le genre se sont effacés ; il n'a gardé que le gro-\ntesque et le grossier.\nOù sont aujourd'hui les Philibert et les Duchemin ? Où sont les mé-\nnestrels qui composaient eux-mêmes vers et chansons sur des sujets d'un\nintérêt grand ? Où sont les chantres qui, sur une borne, prêchaient les\ncroisades ? Où sont-ils tous ces débris d'une civilisation grecque et\nromaine ?\nLe chanteur des rues n'est maintenant plus qu'une inutilité et un em-\nbarras. N'était par charité que Ton s'arrête devant lui pour lui faire une\naumône, il serait bien vite oublié et laissé de côté.\nQu'il hurle l'air de la Femme à barbe ou une complainte d'un Fual-\ndès quelconque, c'est tout ce dont il est capable : il est descendu trop bas\npour se relever.\nLe type du chanteur de chansonnettes n'a donc rien de bien saillant ;\narmé d'une il se place devant un café ou à côté d'une baraque\nbien fréquentée, retire son chapeau, fait écarter la foule et se met à\nchanter des complaintes en s'accompagnant de son instrument.\nIl en est qui chantent de grands airs d'opéra; entre autres un petit\nbrun, un peu bossu, doué d'une fort jolie voix de baryton. Son réper-\ntoire est varié. Le Pré aux clercs, la Muette, le grand air du Barbier,\nvoilà pour le sérieux ; Polichinelle et Bébé, le Vieux Buveur, etc., voilà\npour la partie comique ; et ma foi, il s'en tire assez bien ; aussi les sous\npleuvent-ils de tous côtés et à foison. Je suis persuadé qu'il gagne en-\nviron douze à quinze francs par jour, et le dimanche dans les bons\nendroits le double.\nIl en est d'autres qui chantent des tyroliennes à rendre jaloux les habi-\ntants du Tyrol eux-mêmes.\nIl est vrai que partout, sauf dans le Tyrol, on chante des Tyroliennes.\nJ'ai entendu, àla tête d'Asnières, un de ces artistes diriger sa voix\nd'une façon et arriver à produire les effets les plus bizarres.\nSa chansonnette, Entendez-vous le son de la flûte, avec imitation de\nsons de flûte, est vraiment curieuse.\n« Ce chanteur, disait un hercule, a une terrible poitrine :le gaillard\nroucoule ainsi depuis ce matin et sa voix est toujours aussi flûtée ! »\nCes chanteurs ne doutent de rien : il aurait beau y avoir à côté d'eux\nune grosse caisse, un piston, un orgue de Barbarie et un tambour, quand\nils ont commencé à placer leur air, il faut qu'ils le crient jusqu'au bout,\nsans s'inquiéter si on les entend ou non! Et dire que M. Prud'homme\nprétend que l'art est dans le marasme!\nIl est un type bien connu à Paris, c'est deMeyer, l'homme àla clari*"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "163", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.19", "texte": "LES EXCENTRICITÉS MUSICALES\n\nnette. De Meyer est Belge d'origine. Il a beaucoup voyagé; il connaît\nl'Allemagne, l'Angleterre et l'Amérique.\nCoiffé d'un énorme bonnet de coton, armé d'une clarinette en buis à\ntreize clefs, vêtu d'une immense robe de chambre, il exécute, après s'être\nlivré aux cascades les plus grotesques, VOuverture de Guillaume Tell,\navec variations obligées et arrangées par lui-même.\nUn harpiste l'accompagne. Il tire de jolis sons de son instrument et\nexécute la difficulté avec une étonnante facilité. Un de ses grands effets\nest de passer subitement des notes les plus élevées aux notes les plus\nbasses. Il imite ensuite le canard, la flûte, l'âne, la vielle et finit par la\ngrande dispute entre M. et Mme Jobard... Scèneimitative.\nDe Meyer ne connaît pas une note de musique ; il joue tous les airs\nconnus; sa mémoire est prodigieuse. C'est à tort que l'on a prétendu qu'il\navait été chef de musique dans un régiment de ligne.\nLe marquis de la Vessie est aussi un type bien connu à Paris et aux\nalentours. Coiffé d'un grand chapeau de paille orné de fleurs, vêtu d'une\nancienne capote de garde national et d'une petite culotte jaune, il chante\net vend des chansonnettes."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "164", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.20", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nIl s'est fabriqué un instrument avec une vessie, un bâton et une corde\nde boyau ; ilrâcle le tout à l'aide d'un morceau de bois terminé par un\npompon de grenadier. A chaque couplet, il interrompt sa chansonnette\npour débiter des fariboles et raconter son arrivée à Paris.\n« Mon père, dit-il, m'a procuré le moyen de faire fortune sans dépen-\nser un sou. —-Tu rentres le soir chez toi sans bougie; tu te précipites\nsur la porte de ta chambre ; tu te cognes bien fort la figure de façon à ne\nvoir que trente-six chandelles ; tu empaquettes vite tes trente-six chan-\ndelles et cours les vendre à l'épicier; au bout de six mois tu possèdes une\nbelle fortune.\ncc Dans la journée, tu ramasses tous les vieux chiffons possibles. Tu\nles entasses dans une chambre sans jamais les regarder. Au bout de six\nmois, tu ouvres ta porte et t'aperçois que tu as une énorme quantité de\nlinge d'amassé. Tu vas le vendre et tu es millionnaire. »\nTous les gamins connaissent le marquis de la Vessie ; et leur plaisir\nest de le porter en triomphe sur leurs épaules pendant qu'il chante son\nrefrain.\nDans les grandes fêtes, on admire quelquefois le fameux piano à va-\npeur.\nUn mécanicien s'âpercevant un jour que les sons des sifflets étaient dif-\nférents de tonalité selon les machines, s'est ingénié à construire un\nimmense instrument, auquel il a donné le nom de piano à vapeur. C'est\nen effet, une machine à vapeur pourvue de trente-cinq pistons faisant\nl'office de sifflets : chaque fois qu'il presse sur une touche, le piston s'é-\nlève ou s'abaisse et le son se produit. Cet instrument est joué par trois"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "165", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.21", "texte": "LES EXCENTRICITÉS MUSICALES\n\nhommes qui exécutent de brillantes variations sur le Carnaval de Ve-\nnise. Les sons ressemblent à des cris perçants sans calembour et\nquelquefois, lorsqu'il faut dégager un peu de vapeur, le bruit est si fort et\nsi puissant que l'on croit la machine brisée. Cela arriva un jour au champ\nde Mars, àla fête du i 5 août. Les assistants et ils étaient nombreux—\nont été pris d'une telle panique, qu'il se sont précipités vers la porte par\ncrainte d'être blessés. Chacun croyait que la machine venait de sauter.\nPuisque noussommes sur les pianos, n'oublions pas le piano de pierres.\nLes pierres chantent.\nEntre% ! entre\\ ! Écoute{ l'harmonie !! !\nUn cantonnier du chemin de fer d'Orléans s'est avisé de ramasser des\nsilex, de les suspendre à des cordes, de les frapper avec une baguette de\nfer et de les comparer à des diapasons. A force de recherches, il est arrivé\nà construire un appareil à peu près juste, auquel il a donné le nom de\nPiano de pierres. Chaque silex est suspendu par une tringle d'acier à\nune corde ; les tons sont représentés par des pierres longues ; les demi-\ntons par des caillous plus petits. Armé d'un marteau en fer, il frappe\nsur chacune de ces touches et le son se produit, semblable au bruit que\nfont les galets roulés par la mer.\nAjoutons que le constructeur de ce curieux instrument de musique\nexécute de grandes variations sur le Clair de la lune, Marlborough les\nPetits Bateaux, etc. Il a refusé, disait-il, il y a quelques mois, 25,000\nfrancs de son instrument.\nJ'ignore s'il les a acceptés depuis.\nAu grand cirque Loisset, l?un des plus beaux que je connaisse et au-\nquel je consacrerai un chapitre tout spécial, j ai entendu deux clowns\nexécuter sur des pots de fleurs et sur des verres les Cloches du monastère,\nde Lefébure Wely.\nLes pots de fleurs étaient suspendus par des cordes à des tringles\nd'acier, reliées entre elles en forme d'if, comme les lampions des illumi-\nnations publiques. Le clown frappait sur chacun d eux avec deux\nbâtons terminés par une petite boule d'acier ; et c'était vraiment chose"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "166", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.22", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ncurieuse que de le voir se démener comme un diable en faisant mille\nsingeries et mille contorsions.\nEn face de lui, un autre clown avait disposé environ trente verres à\nboire, qu'il remplissait d'eau devant le public, et exécutait le chant avec\nses doigts légèrement mouillés, qu'il passait sur le bord des verres, pen-\ndant que son camarade se livrait à des accompagnements et des varia-\ntions de l'autre monde. Les verres étaient gradués d'avance : un trait de\nlime indiquait l'endroit où il devait cesser de verser le liquide.\nCes deux artistes ont obtenu de grands succès ; et si le cirque Loisset\nn'avait renfermé nombre d'autres excentricités non moins curieuses, on\nserait venu rien que pour entendre et applaudir ces virtuoses du verre\net du pot de fleurs : le Manophone et le Potophone, comme ils se nom-\nmaient.\nQuelquefois les verres jouaient seuls,\nRossini, un jour, assistait à une de leurs représentations. L'artiste\nvenait d'exécuter l'ouverture de Guillaume Tell.\nLe maître racontait le lendemain qu'il avait entendu son ouverture\nfort proprement rincée par un clown.\nDisons quelques mots du xylophone. Dans les fêtes, quelques indus-\ntriels exécutaient, sur des planchettes retenues par des tringles d'acier,"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "167", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.23", "texte": "LES EXCENTRICITÉS MUSICALES\n\ndivers morceaux; mais les instruments étaient faux et complètement\nprimitifs.\nDepuis, M. Bonnay a construit un xylophone d'une grande justesse,\net tout Paris est allé à l'Eldorado, ou au café-concert des Ambassadeurs,\nentendre son fils, jeune enfant de douze ans, qui maniait cet instrument\nen véritable artiste.\nLe fameux sol-si-ré-pif-pan, Thomme-orchestre chantant sur l'air\nd'Armide les vers suivants, qu'il avait composés, a été détrôné depuis.\nMais avant de parler de son successeur, je tiens à rappeler sa versifi-\ncation :\nMalgré notre misère,\nEt tué de douleurs,\nNous bravons, pour vous plaire,\nLa honte et les malheurs.\nAyes de l9indulgence,\nO mes admirateurs !\nAvec peu de dépense,\nSoye% nos bienfaiteurs.\nde nos jours, a fait de sensibles progrès sur son\nprédécesseur.\nDétaillons-le :\nSur sa tête est un casque en fer-blanc, surmonté d'un chapeau chi-\nnois ; pendant que ses lèvres tourmentent une flûte de Pan attachée à\nson cou, son bras droit, armé d'un tampon, frappe sur une grosse\ncaisse retenue par une ceinture et fixée à ses reins. Au-dessus de la\ngrosse caisse est un tambour, que deux ficelles attachées à ses pieds et\ntirées à propos font marcher à l'aide d'un mécanisme fort simple, qui\ntient les baguettes levées ou baissées selon les mouvements des jambes.\nLes genoux retiennent des cymbales, qu'il frappe fort habilement. Au-\ndessus du genou, des grelots cousus à sa culotte de peau s'agitent avec\nforce. Enfin, delà main gauche, il pince de la guitare.\nDans son intéressant volume : les Célébrités de la rue, Ch. Yriarte\nraconte, à propos de l'homme-orchestre, une anecdote dont Lablache a\nété le héros.\nUn jour, aux Champs-Elysées, un promeneur s'approcha du musi-\ncien et le contempla silencieusement ; puis il lui fit suspendre son éxe-\ncution, entrouvrit sa polonaise et, se découvrant, il entonna un air\nitalien d'une voix admirablement bien timbrée et d'une sonorité\nsuperbe ; les passants s'approchaient, les cavaliers ralentissaient 1 allure"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "168", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.24", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nde leurs chevaux et les promeneuses, se soulevant du fond de leurs calè-\nches, donnaient l'ordre d'arrêter. Bientôt, on fit cercle autour du chan-\nteur ; les pièces pleuvaient dans le chapeau de l'homme-orchestre.\nChacun avait reconnu l'air de Belisario, et le nom de Lablache circu-\nlait de bouche en bouche."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "169", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.25", "texte": "LES EXCENTRICITÉS MUSICALES\n\nCe trait fait honneur au grand artiste. Quoi de plus beau que le\ntalent qui se prête ainsi en public à une bonne œuvre?\nL'homme-orchestre récolte de nombreuses recettes; est-ce parce qu'il\nfait beaucoup de bruit? A ce compte, je connais plus d'un opéra qui de-\nvrait rapporter des millions à certains directeurs!\nIl me souvient d'avoir entendu raconter une anecdote au célèbre chan-\nteur 8... Il me permettra de la citer. Se promenant un jour sur les\nboulevards, il aperçut un Turc qui vendait des sifflets et des mirlitons ;\nil s'approcha, et le regardant lui dit:\nEh î que fais-tu donc là?\nTu vois, lui répondit en excellent français le Turc, je vends des\nsifflets pour me consoler d'en avoir été couvert à mon début.\nLe Turc n'était autre qu'un ancien élève du Conservatoire, qui, trou-\nvant peu de profit au métier de chanteur sans talent, avait changé de\nvocation, et s'était affublé d'un costume turc pour débiter ses articles.\nJ'ai parlé plus haut du piano de pierres, c'est sans doute une invention\ncurieuse, mais il en est une autre qui est encore plus extraordinaire;\nc'est un citoyen de la libre Amérique qui en est l'auteur.\nC'est le piano de Cochons de lait.\nVous lisez bien, de Cochons de lait.\nTrente-deux de ces petits animaux sont disposés dans des stalles à\nchacune desquelles viennent aboutir trois pointes en contact avec les\nparties charnues de l'animal.\nUn clavier correspondant à ces pointes les met en jeu, et chaque fois\nque l'inventeur frappe une touche, un son se fait entendre.\nC'est le cochon qui exprime, à sa manière, son manque absolu de\nsatisfaction.\nOr, savez-vous sur quel principe repose cet instrument?\nL'ingénieux inventeur avait remarqué que, suivant la partie du corps\nqu'il piquait, la tonalité du cri était différente; choisissant donc trente-\ndeux sujets de voix graduée, à trois notes chacun, il obtenait quatre-\nvingt-seize notes.\nIl n'y a que les Américains pour trouver de pareilles excentricités.\nJe crois avoir cité les principales curiosités musicales que l'on ren-\ncontre dans les foires et les fêtes populaires.\nEt je ne désespère pas un jour de les voir toutes réunies ensemble dans\nun immense théâtre.\n\nGASTON ESCUDIER."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "170", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.26", "texte": "HISTOIRE\nDE\nL'IMPRESSION DE LA MUSIQUE\nPRINCIPALEMENT EN FRANGE\nJUSQU'AU DIX-NEUVIÈME SIÈCLE\n\n(Ï)\nIII\nTIENNE BRYARD (I), de Bar-le-Duc, inventa aussi des\ntypes nouveaux, où certaines notes étaient arrondies\net le système de notation simplifié. Est-ce à lui ou à\nGranjon que Ton doit réellement cette invention?\nM. Fétis hésite à se prononcer là-dessus, à l'article\nBriard. Après tout, ces deux artistes ont pu avoir la\nmême idée, à moins qu'elle ne leur ait été suggérée par quelque compo-\nsiteur de musique. Selon M. Fétis, ces derniers, bien longtemps avant\nles dates citées, se servaient déjà, dans la composition de leurs œuvres,\nde cette notation débarrassée des ligatures et autres inconvénients de la\nnotation proportionnelle.\nUn spécimen unique nous est parvenu en fait d'ouvrages de musique\nimprimés a Avignon durant sa splendeur, c'est-à-dire du temps où cette\nville fut la résidence des papes. Ce livre, imprimé par Jean de Channay\n\n(1) Voir les numéros des i 5 décembre 1874 et l 5 janvier 1875.\n(2) On trouve ce nom avec un i et avec un y."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "171", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.27", "texte": "HISTOIRE DE L'IMPRESSION DE LA MUSIQUE\n\navec les caractères de notes arrondies de Briard, a pour titre : Liber\nprimus miss arum Carpentras et sunt infrascripta :\nPrima : Si mieulx ne vient ;\nSecunda : A lombre dung buissonnet,\nTertia : Le cueur fut mien;\nQuarta : Fors seulement ;\nQuinta : Encore irai je jouer.\n1535.\nCe sont des messes à! Genet, surnommé Carpentras.\nLes notes de ce rarissime recueil nous montrent ce qu'était le perfec-\ntionnement de Bryard, quanta la forme des notes; ces dernières ne sont\narrondies qu'en bas et le losange domine toujours.\nNICOLAS DUCHEMIN, né à Provins au commencement du seizième siècle,\ncontemporain de Guillaume Le Bé, perfectionna l'art de la typographie\nmusicale. Fils d'un graveur en caractères, il se fit aider dans ses recher-\nches et tâtonnements par d'habiles artistes comme Nicolas de Villiers\n(fils de Thomas de Villiers, libraire à Paris, en 1529) et Philippe Dan-\nfrie, ou plutôt Danfrif Ce graveur, né en Cornouailles (Basse-Bre-\ntagne), fut tailleur général des monnaies de France. « C'était, dit\nLa Croix du Maine, un homme très excellent pour la gravure, fort\ngrand ingénieur et inventeur de plusieurs beaux instruments de mathé-\nmatiques. »\nLe procédé qui triompha généralement fut celui des fragments de\nportée adhérents à la note sur le même poinçon. C'est aussi celui qu'on\nsuivit à l'étranger, par exemple chez G. Scotto à Venise, dans ses Can-\n\\oni villanesche alla Napolitana di messer Adriano à quatre voci, con\nla Canton di Rusante, 1548 ; chez Gardane, également à Venise, pour\nl'impression de Adriani Willaert, musici celeberrimi de chori divi\nMarci illustrissimœ reipublicœ venetiarum magistri musice quatuor\nvocwm, Venise, 1545. Mais les chefs-d'œuvre de ce procédé s'exécutaient\nchez les Plantins ; rien de beau comme leurs Chansons francoyses à\ncinq, six et huit parties, mises en musique par Severin (Cornet, maistre\ndes enfants de la grande église d'Anvers. Christofle Plantin, Anvers,\n15 81. Il manque la quinta pars à l'exemplaire de la Bibliothèque Riche-\nlieu, que les vers détruisent tandis que j'en parle ici.\nForkel, dans son Histoire générale de la musique, t. 11, page 519,\nobserve que déjà, en 1532, dans quelques traités de musique publiés en\nAllemagne, les types des notes étaient si bien formés, qu'il faut s'étonner\nd'une telle perfection obtenue en si peu de temps."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "172", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.28", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nEn i 554, Duchemin imprima un Recueil de Chansons spirituelles ;\nen i 556, VArt, science et pratique de pleine musique et de l'institution\nmusicale, très utile, profitable et familière, nouvellement composée en\nfrançais, ïn-12 (sans date). En 1558, il livra au public Missœ modu-\nlatœ; c'est un recueil de messes mises en musique par Goudimel,\nOrlando de Lassus, Philippe de Mons et autres compositeurs du temps,\nin-8 (sans date). Ce recueil est rare, comme la plupart de ceux du\nseizième siècle. Duchemin publia, entre 1554 et 15 58, une quantité\nd'œuvres musicales parmi lesquelles se trouvent des chansons de Claude\nGoudimel, des Psaumes, etc. La date probable de sa mort est 1565 ;il\nest certain qu'il exerça de 1541 à 1554.\nLes poinçons et matrices de Duchemin passèrent plus tard dans les\nateliers du fils Le Bé. Ces mêmes poinçons finirent par servir aux nom-\nbreuses éditions de musique des Ballard, conjointement avec ceux de\nGuillaume Le Bé (le père).\nParmi les ouvrages de musique imprimés à Paris au seizième siècle,\ncitons un livre de litanies à quatre paru en 1 5 chez Thomas\nBrumen (1). Les caractères de musique de ces litanies sont mieux\nformés et plus élégants que ceux employés par Robert Ballard, contem-\nporain de Brumen.\nAdrien ou Adrian Le Roy, musicien de Henri II (2), s'étant associé,\npour l'impression de la musique, avec Robert Ballard son beau-frère (3),\nobtint du roi des lettres patentes le 14 août issi, dont voici l'extrait tel\nqu'on le trouve dans les Chansons de Certon, publiées entre 1552 et\n1 55y par ces deux imprimeurs associés :\nIl est permis à Adrian Le Roy et Robert Ballard, imprimer ou faire\nimprimer et exposer en vente tous les livres de musique, tant instru-\n\n(1) Lytanioe in aima domo Lauretana, omnibus diebus sabbati, vigiliarum. et fes -\ntorum, beatissimœ Virginis musice de cantari solitœ. Parisiis, apud Thoman Bru-\nmennium, in Clauso Brunello sub signe Olivœ, in-12. Brumen exerçait déjà\nen 15 sg.\n(2) Adrien Le Roy était chanteur de la chapelle du roi Henri II ; en 1571, il donna\nl'hospitalité à Orlando de Lassus, lors de son arrivée à Paris. Ce Le Roy était lui-\nmême compositeur; on a de lui différentes chansons à quatre voix, puis encore :\nInstruction de partir toute musique des huit divers tons en tablature de luth, 1557 ;\nenfin un livre d'airs de cour mis sur le luth, 1571. Dans la famille des Ballard, il y\neut aussi plusieurs compositeurs de musique. Ce cumul d'éditeur et de composi-\nteur se voit encore de nos jours, quoique, à notre avis, la vie soit trop courte pour\nbien remplir une seule de ces deux carrières.\n(3) On trouve, dans le Catalogue chronologique des libraires, etc., de Lottin,\ncomme succédant à Robert Ballard, mort en 1606, sa veuve Lucrèce Le Bé ; c'était\nsans doute une fille de Guillaume Le Bé, qui avait fourni les premiers poinçons de\nmusique à A. Le Roy et Robert Ballard."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "173", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.29", "texte": "HISTOIRE DE L'IMPRESSION DE LA MUSIQUE\n\nmentale que vocale, qui seront par eulx imprimeet ce pour le temps\nde neuf ans, à compter du jour qu'il% seront parachevé\\ d'imprimer,\njusques à neuf ans fini% et accompliEt sont faittes défenses à tous\nimprimeurs, libraires et autres d'iceulx, imprimer, ne exposer en vente,\nsur peine de confiscation desdit\\ livres : ensemble d'amende arbitraire\net de tous deppens, dommages et intérestcomme plus à plain est con-\ntenu es lettres de privilège, sur ce, données à Fontainebleau, le quator-\n%iesmejour d'aoust, Van de grâce mil cinq cens cinquante et un, et de\nnotre règne le cinquiesme.\nSignées par le Roy et son conseil.\nr RO BILL ART.\nCes lettres patentes indiquent suffisamment que l'association de\nA. Le Roy et Robert Ballard a eu lieu antérieurement à i 552 (1).\nFournier le Jeune, en parlant des premières lettres patentes, page 6,\ndit qu'elles portent que ledit Le Roy et Ballard seront seuls impri-\nmeurs de musique pour le service de Sa Majesté, et qu'ils seront cou-\nchés sur Vétat de ses domestiques, ou chantres de sa chambre.\nIl n'y a pas trace de cela.\nVoici les noms des Ballard, se suivant de père en fils :\nRobert Ballard I (2). exerçait en 1551, privilège en issi, mort en j[6o6\nPierre Ballard i 603, 1633, 163 g\nRobert Ballard //(3) 1640,(4), 1639, 1&79\nChristophe Ballard (5) 1666, 1713\n\n(1) Fournier le Jeunej M. Fétis, dans sa Biographie des musiciens j M. Schmid,\ndans son Petruccio, et tant d'autres qui les ont copiés, mettent le premier piivilége\nde Ballard à i 552, ce qui est inexact, comme on vient de le voir. Il paraît, du reste,\nque Christophe Ballard ignorait lui-même cette date, car, dans son factum contre\nJ.-B. Lulli (1708), il dit, page rg : « que les lettres patentes de seul imprimeur du\nroi pour la musique lui avaient été accordées par les rois ses prédécesseurs, et, quoi-\nqu'il eût pu remonter, s'il en eût été besoin, au delà de l'an i 552, il sen était tenu\nà cette époque parce qu'elle était seule essentielle. »\n(2) Lucrèce Le Bé, sa veuve, lui succéda.\n(3) Selon le Catalogue chronologique des imprimeurs, par Lottin, la veuve de\nRobert II succéda à son mari et exerça l'imprimerie entre 1679 et 1693, sans doute\nconjointement avec son fils Christophe.\n(4) Cette date de 1640, donnée par Lottin pour l'entrée en exercice de Robert 11,\nparaît sujette à caution, le privilège de ce Robert II étant antérieur.\n(5) Ce Christophe Ballard eut un frère nommé Pierre, qui imprimait également de\nla musique ; ils eurent même un procès ensemble, à la suite duquel Christophe fut\nmaintenu seul dans la charge de ceul imprimeur du roi pour la musique. 1 ierie\nBallard, dont il est question ici, mourut en 1702 ou 1703 ; sa veuve exerça apies ui\net mourut en 1719."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "174", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.30", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nJean - Baptiste - Chris-\ntophe Ballard (1)... 1694. 1695, 1750\nChristophe- Jéan-Fr an-\ncois Ballard (2) 1741, 1750, 1765\nPierre -Robert - Chris -\ntophe Ballard 1767 11 exerça conjointement avec sa mère\nr / / jusquen 1788.\nLe premier privilège des Ballard fut renouvelé sous Charles IX (15 68) ;\nily en eut un autre sous Henri IV (1607); enfin, sous LouisXlll (1637),\non parvint à se faire donner un privilège exclusif\\ car les lettres patentes\ndu 29 avril 1637 portent que sa majesté veut que ledit Ballard (Pierre)\njouisse seul, pleinement et paisiblement, à Vexclusion de tous autres,\ndu pouvoir, faculté, permission et privilège attribué audit office (de\nnoteur du roi), et contenus en ses lettres de provisions et autres; défend\nà toute personne de tailler, fondre et contrefaire les notes, caractères et\nlettres grises inventées par ledit Ballard, sous peine de six mille livres\nd'amende.\nLa famille des Ballard, armée de ses privilèges, comme on le verra\nplus au long à l'article Sanlecque, et voulant exploiter par trop long-\ntemps les poinçons qu'elle avait acquis de différents graveurs, ne fit\nfaire aucun progrès à l'impression de la musique; bien au contraire,\nelle y mit des entraves.\nA part cela, on doit à ces imprimeurs, deux fois séculaires, une im-\nmense quantité d'ouvrages importants sur la musique. La plupart de ces\npublications sont devenues des curiosités, des raretés bibliographiques,\nau point qu'aucune bibliothèque du monde ne peut se vanter de pos-\nséder la collection complète des Ballard.\nEntre autres ouvrages publiés par l'association d'Adrian Le Roy et\nRobert Ballard, nous citerons le Livre de tablature de guittare, 156 i,\nles Psaumes de David, avec la musique, 15Ô2, les Œuvres de Nicolas\nde la Grotte, isyo; le célèbre Ballet comique de la Roy ne, 1582, à\n1 impression duquel concourut Mamert Pâtisson ; enfin une partie con-\nsidérable des œuvres à? Orlando de Lassus.\nLes caractères de Guillaume Le Bé, .faisant le fond de l'imprimerie\nmusicale d Adrien Le Roy et Robert Ballard, se trouvaient également\n\n(1) La veuve de ce J.-B. Christophe Ballard continua l'imprimerie de son mari\navec son fils Christophe-Jean*-François, elle mourut en 1758.\n(2) Marie-Anne-Geneviève, veuve de Ch.-J.-F. Ballard, continua l'établissement de\nson mari et fut libraire jusqu'en 1788."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "175", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.31", "texte": "HISTOIRE DE L'IMPRESSION DE LA MUSIQUE\n\nentre les mains d autres imprimeurs ; c'est avec ces caractères que\nClaude Micart imprima, en 1575, le Recueil des plus belles et excel-\nlentes chansons en forme de voix de ville, tirées de diverses autheurs,\nauxquelles a été nouvellement adapté la musique de leur chant commun,\npar Jean Chardavoine. François Estienne s'en servit pour son édition\ndes Psaumes mis en rime francoise par Clément Marot et Théodore de\n1567.\nPierre Ballard succéda à son père; il acquit de Guillaume Le Bé (le\nfils) les poinçons et matrices que celui-ci possédait, pour la somme de\n50,000 francs. MM. Fétis et Schmid s'étonnent avec raison de Ténor-\nmité de cette somme; mais il faut remarquer que Le Bé fils devait non-\nseulement posséder les caractères acquis de Duchemin, mais aussi ceux\nde son père Guillaume Le Bé, et que ce fut probablement l'outillage\ncomplet de la fonderie et imprimerie Le Bé qui passa entre les mains de\nPierre Ballard.\nqu'on fit le 3o novembre, après la mort de P. Ballard,\nconstate que les caractères de musique dont il s'était servi avaient été\ngravés par Guillaume Le Bé, Nicolas Devilliers, Philippe d'Anfrie,\nNicolas Duchemin, Logis et Jacques de Sanlecque (1).\nLe mémoire de Gando père et fils nous apprend, page 10, que les\nBallard avaient encore une musique gravée par Philippe d'Anfrie, « qui\nporte le nom de musique en copie, ou d'écriture; elle est arrondie et la\nqueue est placée derrière la note, dans le goût actuel, si ce n'est que la\nnote est beaucoup plus petite. Nous avons un livre imprimé avec cette\nsorte de musique en copie, ou d'écriture ; elle est arrondie et la queue\nest placée derrière la note, dans le goût actuel, si ce n'est que la note est\nbeaucoup plus petite. Nous avons un livre imprimé avec cette sorte de\nmusique en copie chez Pierre Ballard, en 1617, intitulé : Ballet du roi.\nC'est donc à Philippe d'Anfrie qu'est dû le premier changement des\ncaractères typographiques de musique. »\nLes Gando ne connaissaient évidemment pas les essais de Granjon et\nde Briard.\nVoici un spécimen de cette musique en copie de Philippe (2).\n\n(1) \\ oye2 le mémoire de Gando, page 11, et les spécimens qu'il reproduit après la\npage 27.\n(2) Voyez la note sur Danfrif, page 63, à l'article Duchemin«"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "176", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.32", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nParmi les ouvrages de musique publiés par Pierre Ballard se trouvent\nles Psaumes de David mis en musique par Claudin le Jeune, 16 15 ; puis\nles Airs de cour de différents autheurs, dont je possède cinq livres parus\nentre 1615 et 1623.\nRobert II et Christophe Ballard mirent au jour un nombre considé-\nrable d'ouvrages sur la musique. Christophe fut l'éditeur des opéras de\nLulli, de Campra, de Mouret, de Destouches, de Desmarets et de tant\nd'autres, sans parler des volumes d'airs à boire, dont il en imprima de\nquoi régaler tous les gosiers altérés.\nSous Robert Ballard 11, l'envahissement de la chanson à boire, n'en\nétait pas encore arrivé à ce point. Aux environs de i 650, c'étaient sur-\ntout les psaumes avec musique qui se débitaient le plus. Robert II édita\nentre autres ceux de Jacques de Goiiy, à quatre parties (i 650); c'est à\ntort que M. Fétis donne à ce musicien le prénom de Jean. Pourparaître\nbons catholiques, les compositeurs avaient soin de négliger la traduction\nde Théodore de Bèze et Marot, déjà un peu vieillie alors, pour adopter\ncelle de messire Antoine Godéau, évêque de Grasse et Vence. C'est ce\nqu'avait fait Jacques de Goûy. En 1659, nous trouvons déjà une cin-\nquième édition de ces psaumes avec la musique de Thomas Gobert. En\n1655, Antoine Lardenois, compositeur oublié par M. Fétis dans Bio-\ngraphie des musiciens, fit imprimer à ses frais les airs qu'il avait com-\nposés sur les paraphrases de Godeau. Nous voyons même, dans l'avis au\nlecteur, que Louis XIII avait fait quelques essais sur ces psaumes; les\nmélodies royales sont sans doute celles du commencement du volume.\nLe feu roy commença ce glorieux volume, est-il dit dans une pièce de\nvers qui suit la préface du poëte Godeau.\nArtus Aucousteaux, maître de musique de la chapelle de LouisXlll,\nmit également en musique les vers de Godeau; en i 656, nous trouvons\ndéjà une quatrième édition."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.33", "texte": "DOLOR !\nMÉLODIE\nPoésie de Roger de Beauvoir\nA.L.5383."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.34", "texte": "A.L.5385."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.35", "texte": "Andante.\nA.L.5385."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.36", "texte": "VENISE\nBARCAROLLE.\nPoésie d'Alfred de Musset.\nA.L.5385."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.37", "texte": "A.L.5385."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.38", "texte": "À.L.5385."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.39", "texte": "A.L.5385."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.40", "texte": "A.L.5385."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "177", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.41", "texte": "HISTOIRE DE L'IMPRESSION DE LA MUSIQUE\nVII.\n12\n\nChristophe Ballard avait un frère nommé Pierre; nous l'avons déjà\ncité dans une note précédente. Ce Pierre s'établit imprimeur et libraire en\n1694; mais il n'exerça pas longtemps, puisqu'il mourut en 1713. Il\nparaît avoir eu le désir d améliorer la forme des notes. Gando nous dit\nen effet (page 11) : « qu'il rit graver une musique dont les notes sont\nencoie plus ariondies que celles de Philippe d Anfrie, et la grosseur plus\nconfoime aux nôtres; la queue tient au milieu de la note. Nous avons\nune pièce de cette musique imprimée chez Pierre Ballard en 1695; c'est\nun Nouveau recueil d'airs sérieux et à boire, par de Bousset. » Comme\nle fonds de musique de ce Pierre fut cédé en 1696 à son frère Chris-\ntophe, j ai été à même de retrouver quelques spécimens de ces essais. On\nne sait pas le nom du graveur qui les exécuta.\nEssais de notes arrondies par Pierre Ballard\nJean-Baptiste Christophe et Christophe-Jean-François Ballard, entre\nautres publications musicales, mirent au jour cette série de volumes\nin-12, tant recherchés des amateurs, et dont les premiers paraissent\nmême dater de Christophe Ballard : Les brunettes ou airs tendres, 3 vol. ;"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "178", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.42", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nles Parodies bachiques, 3 vol.; la Clef des chansonniers, 2 vol. ; les\nTendresses bachiques, 2 vol.; les Rondes et chansons à danser, 2 vol. ;\n/es Menuets chantants, 2 vol.\nPour donner plus d'unité à ce travail, nous avons réuni la famille des\nBallard sans interruption aucune; aussi faut-il retourner bien en arrière,\ncomme date,, pour parler de :\nJACQUES DE SANLECQUE I. Il naquit à Chaulnes, dans la Somme (1), en\n1573, et vint à Paris à l'âge de quatorze ans. Soit opinion politique ou\nmanque d'occupation, il prit part aux guerres de la ligue ; mais ce n'était\npas là un état; aussi entra-t-il comme élève chez\" Le Bé fils, pour la\ngravure des poinçons de musique, et devint un artiste de talent. Jacques\nde Sanlecque s'associa plus tard l'un de ses fils nommé Jacques comme\nlui, et de plus, un savant illustre et excellent musicien. De Sanlecque\npère était gendre du libraire Leclerc; il exerça son art de graveur et\nfondeur entre 15g6 et 1640, et fut un de ceux qui imitèrent le mieux\nles caractères des langues syriaque, samaritaine, arménienne, chal-\ndéenne, arabe, etc.- Il fondit les lettres pour la grande Bible royale de\nLe Jay.\nL'association des deux Jacques de Sanlecque est une de celles qui ont\nfait le plus d'honneur à leur art; ces deux hommes produisirent des\ncaractères justement admirés comme beau travail.\nFournier le Jeune nous dit que « vers i 635, ils commencèrent, pour\nleur propre usage, la gravure de trois caractères de musique distingués\npar petite, moyenne et grosse musique. Ces trois caractères sont un\nchef-d'œuvre pour la précision des filets, la justesse des traits obliques\nqui lient les notes et la parfaite exécution. (2) »\nLes deux Sanlecque ne vendaient pas leurs caractères de musique aux\nautres imprimeurs.\nJacques de Sanlecque II continua rétablissement de son père mort en\n1648, et qui, depuis plusieurs années déjà, ne s'en occupait plus.\nEn 1639, Jacques de Sanlecque fils obtint un privilège confirmé par\nun arrêt du Parlement, pour l'impression du plain-chant durant dix ans.\nRobert Ballard 11, fils de Pierre, fit tous ses efforts pour écraser le fils\nde Sanlecque, dont le père mourut durant l'interminable procès qui\ns'engagea. Le Bé fils s'était rendu partie intervenante, il mourut égale-\nment avant la fin du procès.\n\n(1) M. Fétis met Chaulnes dans le Bourbonnais, à l'article Sanlecque ; l'imprimeur\naura cru mettre Boulonnais.\n(2) Traité historique sur les caractères de musique, par Fournier le Jeune, p. 7."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "179", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.43", "texte": "HISTOIRE DE L'IMPRESSION DE LA MUSIQUE\n\nDe Sanlecque fils publia plusieurs écrits pour la défense de sa cause;\nil appelle Ballard : Hydre à sept chefs de l'envie, qui depuis plusieurs\nannées m'a dévoré quantité de curieux dessins sur la musique!\nCela devait être dur à digérer!\nPlus loin, Sanlecque s'exprime ainsi, toujours en parlant de Robert\nBallard II :Ce qui rend encore plus\ntion de ce particulier, c'est qu'il n'en excepte même pas ceux qui ont\ngravé et fondu les caractères ou (i)\nfabrique et confection desquels ni lu\nagi ni su agir.\nBallard, de son côté, n'y allait pas non plus de main morte; il avança\nque de Sanlecque fils n'était pas de la religion catholique,, apostolique et\nromaine; concluant que, « vu l'ignorance des autres imprimeurs, lui\nseul doit être chargé des impressions de musique, à cause du désordre qui\narriverait dans icelles impressions, si d'autres que lui s'en mêlaient, vu\nqu'elles ne seraient remplies que de fautes, de discours impies, lascifs,\ncontre les bonnes mœurs et contre la foi catholique ; au lieu que lui seul\nn'imprime que des choses saintes, comme messes, mottets, magnificats\net autres choses propres et nécessaires à chanter dans les églises durant\nle service divin. »\nDe Sanlecque, dans sa réponse, renvoya les lecteurs aux publications\nde Ballard, pour faire voir que celui-ci n'était pas si attaché au service\ndivin qu'il ne se prêtât aussi à celui de Vénus et de Bacchus (2). On\nn'avait, en effet, qu'à ouvrir les Chansons pour boire et pour danser,\npubliées par Robert Ballard 11, pour trouver des choses morales dans le\ngoût de ces deux strophes ;\n\n(1) Il s'agit ici évidemment de clichés, car on ne gravait pas alors la musique sur\ndes planches. Lottin, dans sa Chronique des libraires, page 87, dit que : « dès la fin\ndu dix-septième siècle, on avait imaginé à Paris de fondre d'un seul jet, en cuivre,\nUn calendrier. » En 1744, un Anglais, nommé Ged, croyait avoir eu le premier l'idée\nd'un cliché, en publiant une édition de Salluste. Il est bien difficile de ne pas sup-\nposer l'usage des clichés comme une pratique très ancienne, quand on compare\nensemble des éditions différentes d'un même recueil de chansons du seizième siècle\nmême, et qu'on rem?rque leur parfaite identité.\n(2) Faut-il admettre que les imprimeurs d'Allemagne étaient plus moraux que\nceux de France dans le choix de leurs impressions î Le fragment suivant semblerait\n1 appu} ci, c est une partie de la prière journalière de l'imprimeur qui se trouve dans\nl'ouvrage d'Ernesti, publié à Nuremberg en 1733. sous le titre : Die wol eingerichtete\nBuchdruckerey, etc. On y trouve ceci : « Guide-moi, père miséricordieux, afin que\nje ne m'occupe que de choses pieuses, véridiques et instructives. Préserve-moi, Dieu\nde bonté, de toute action menteuse, inutile, impudique, qui puisse entraver et\ncorrompre un cœur chrétien; fais que je refuse de composer et d'imprimer de\npareilles choses et de donner par la aucune occasion de faire le mal, etc. »"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "180", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.44", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nReproduction faite avec les caractéres de Ballard\nNon, ne me chiffonne plus,\nJ'aime mieux te laisser faire,\nPuisqu'en tout je veux te plaire,\nTout le reste est superflu:\nOn croirait que tu n'ose\nMe faire quelque autre chose.\n\nLe procès en question se prolongea pendant sept ou huit ans, même\naucun document ne nous apprend s'il a jamais été terminé par un\njugement.\nL'impression de la musique revenait alors très cher. Ainsi, dans un\ntraité entre le sieur Moulinié, musicien de la musique ordinaire de son\nAltesse Royale, et Jacques Sanlecque, imprimeur, il appert que ce der-\nnier consentait à imprimer mille exemplaires des œuvres dudit Mou-\nlinié moyennant 16 livres tournois par feuille.\nSelon Fournier le Jeune, Jacques de Sanlecque II mourut en 1660;\navec lui finirent les graveurs de caractères en France, et soixante ans\ns'écoulèrent avant qu'il s'en formât d'autres.\nEn 1660, nous trouvons Marie Manchon, la veuve de Sanlecque, con-\nvenant avec le sieur Roberdajràe lui imprimer ses œuvres in-4°à raison\nde 24 livres par feuille, le sieur Roberday fournissant le papier."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "181", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.45", "texte": "HISTOIRE DE L'IMPRESSION DE LA MUSIQUE\n\nRobert Ballard 11, voyant que son privilège de seul noteur et impri-\nmeur s'en allait en fumée, chercha à s'approprier le plus de caractères,\npoinçons, moules et matrices de musique qu'on eût alors ; ceux de San-\nlecque surtout devinrent pour lui un véritable objet de convoitise ; mais\nla veuve Sanlecque refusa les 2,000 écus qu'il lui proposa.\nDes imprimeurs anglais offrirent à cette dame la somme de 10,000 liv. ;\nl'affaire était conclue ou allait se conclure, mais le gouvernement s'op-\nposa à là sortie du royaume de ces caractères.\nIl est incontestable que les Ballard étaient des gens très habiles; car,\nmalgré la mauvaise réussite de quelques-uns de leurs procès, nous\nvoyons, à partir de 1695, Christophe Ballard, pour effrayer ses confrères\nimprimeurs de musique, ne joindre à ses publications qu'un fragment\nde privilège, et y glisser une partie du jugement qui ne s appliquait qu à\nses caractères propres, quant à la contrefaçon. Ainsi, il met qu'il est\ndéfendu, sous peine de dix mille livres d'amende et de confiscation, de\ntailler, fondre aucun caractères de musique... Il s'arrête là, sans faire\nsuivre ; inventés par le sieur Ballard. Il sen garda bien, n ayant rien\ninventé.\nCette question du privilège exclusif fut encore soulevée en 1708, par\nChristophe Ballard contre J.-B. Lulli (le fils), qui voulait imprimer lui-\nmême les œuvres posthumes de son père et les siennes. Christopne\nBallard publia à cette époque un factum de vingt-neuf pages in-folio,\ndans lequel, après avoir invoqué l'ancienneté de ses titres, énuméré ses\nancêtres et reproché à Lullv qu'il ne -cherchait rien moins que la des-\ntruction d'un privilège accordé par nos rois depuis près de deux\nsiècles, pour la perfection art célèbre, etc., il continue en ces\ntermes : « D'autres particuliers aussi téméraires que Lully, ont vaine-\nment emprunté le prétexte du bien public. Ils alléguaient qu un privi-\nlège exclusif détruisait la liberté et étouffait 1 émulation si nécessaire\npour l'accroissement des arts. Mais toutes les fois que le conseil, fatigué\nde ces plaintes, a examiné quelle a été la naissance et le progrès de 1 im-\npression de la musique en France, il a reconnu qu'elle avait trop peu\nd'étendue pour souffrir d'être partagée, les ouvriers qui y sont employés\ndoivent avoir été longtemps exercés, soit dans ce genre d impiession,\nbien différent des autres, soit dans la connaissance de la musique meme,\nce qui ne peut se faire que dans une assez longue suite d'années. S il y\navait en même temps plusieurs imprimeurs de musique, le peu d'em-\nploy qu'ils trouveraient leur feraient négliger de prendre ces soins trop\népineux. Les ouvriers se dégoûteraient; il ne s'en formerait plus de nou-\nveaux ; d'où s'ensuivrait l'entière décadence de cet art, qui, d ailleurs,"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "182", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.46", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nn'est pas extrêmement lucratif, puisque la famille de Ballard, qui le cul-\ntive depuis près de deux cents ans, n'y a acquis que des biens médiocres,\npendant que tant d'autres libraires et imprimeurs ont fait une fortune\nconsidérable. C'est par rapport à ces raisons que tous ceux qui ont tenté\njusqu'à présent de faire démembrer le privilège de Ballard ont échoué\ndans cette entreprise. »\nPlus loin, nous apprenons que l'imprimerie de Christophe Ballard\nétait alors composée de quinze ou sei\\e ouvriers.\nAu milieu de tous ces procès, vers l'année 1675, parut la musique\ngravée en taille doucey d'abord en essais timides ; c'étaient même\nencore les notes en losange, quoique la ronde vînt bientôt les remplacer.\nLes plaideurs Ballard voulurent encore se soulever contre ce perfection-\nnement, mais ils perdirent leur cause, et la taille-douce ne servit qu'à\nmontrer son immense supériorité sur les caractères usés des Ballard.\nEn 1746, un M. Kebbin avait apporté quelques améliorations à la\nmusique typographiée ; mais c'est surtout en 1754 et 175 5 que M. Breit-\nkopf, à Leipzig, donna aux caractères de fonte pour la musique une\nforme plus gracieuse que celle qu'ils avaient eue jusqu'alors.\nRosart, graveur et fondeur à Bruxelles, contribua, en 1762, à perfec-\ntionner ce caractère typographique,, mais il était encore très morcelé,\ntout en l'étant moins que celui de M. Breitkopf, de Leipzig..\nEn 1755 et 1762, Fournier. le Jeune livra \"de nouveaux caractères\ntypographiques pour la musique. MM. Gando père et fils en produisi-\nrent également qui pouvaient lutter avec ceux de Fournier le Jeune. A\npartir de cette époque, la gravure envahit le commerce de la musique et\nfit sensiblement disparaître la musique imprimée. Ce n'est que depuis\nquelques années que le procédé Tanstenstein et celui de Curmer ont\ndonné un nouvel élan à la musique imprimée (1).\nMais n'anticipons pas sur notre travail. Nous nous proposons de trai-\nter plus tard des perfectionnements apportés à la typographie musicale\nau dix-huitième et au dix-neuvième siècles, puis aussi de la gravure sur\nplanches, enfin des différents procédés et des améliorations qui s'y rat-\ntachent.\n\nJ.-B. WEKERLIN.\n\n(1) De nos jours on se sert du procédé typographique, surtout pour les ouvrages\nde musique renfermant en même temps du texte, comme les méthodes, ou bièn pour\ndes tirages très considérables."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "183", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.47", "texte": "REVUE DES CONCERTS\nCONCERTS POPULAIRES : Les Saisons de Haydn. SOCIÉTÉ CLASSIQUE. CONCERT DU\nCHATELET. CONCERT DANBÉ. SOCIÉTÉ CHORALE D'AMATEURS.\nONCERTS POPULAIRES. Les Saisons, de Haydn,\nque M. Pasdeloup a données au 8e concert de la 2e série,\nfurent, si je ne me trompe, exécutées pour la première fois\nà Paris, le 22 mai 1857, par la Société des Concerts. C'est\nen 1800, à Tâge de soixante-huit ans, qu'Haydn se mit\nà composer la musique de ce beau poeme pastoral, dont\nle baron Van-Swieten, conservateur de la bibliothèque\nimpériale de Vienne, avait écrit les paroles d'après l'ouvrage anglais de\nThompson. Deux ans auparavant il avait donné la Création. « J'assistais à\nla première exécution des Saisons, chez le prince de Schwartzenberg, dit\nCarpani ; elles furent vivement et généralement applaudies. Moi-même,\némerveillé de voir sortir de la même tête deux productions si différentes,\nsi riches et si parfaites, je courus, dès que le concert fut fini, vers\nHaydn, pour lui en faire mon compliment. A peine avais-je ouvert la\nbouche, qu'Haydn m'arrêta en disant ces mémorables paroles : « Je suis\nbien aise que ma musique soit agréable au public, mais pour cette compo-\nsition je ne veux pas recevoir de compliments de vous. Je suis bien sûr\nque vous comprenez vous-même qu'elle est loin de valoir la Création, je\nle sens et vous devez le sentir aussi; en voici la raison : Dans la Création\nles personnages étaient des anges, dans les Saisons ce sont des paysans. » On\npeut imprimer des volumes pour établir le parallèle de ces deux oratorios;\non ne dira jamais rien de plus juste que ce qu'a dit Haydn en quelques mots,\navec une sûreté et une rectitude de jugement qui firent trop souvent défaut\nau grand Corneille écrivant l'examen de ses dernières tragédies."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "184", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.48", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nLes Saisons furent très critiquées dès l'origine. Les uns, les hommes de la\nmélodie, déclarèrent qu'il s'y trouvait encore moins de chant que dans la\nCréation ; les autres les classiques purs accusèrent l'œuvre d'être tragi-comique\nà cause de l'imitation du chant des grenouilles et des grillons, des chanson-\nnettes, de la peinture du cabaret et des airs de danse jetés çà et là dans une\npartition pleine de traits sublimes. Zelter la définit dans son journal en disant\nque c'était de la musique instrumentale avec accompagnement de paroles.\nIl est assez curieux de remarquer que ces critiques adressées à Haydn par\nses contemporains sont, à peu de choses près, les mêmes qu'on adressa plus\ntard à Beethoven et à Mendelssohn et dont on poursuit encore aujourd'hui\nBerlioz, Wagner et Schumann. Ainsi Haydn, qui est pour nous le classique\npar excellence, passa aux yeux de ses contemporains pour un romantique et\nun révolutionnaire; Berlioz, Wagner et Schumann seront des classiques pour\nnos arrière-neveux. On serait presque tenté d'en conclure qu'on reconnaît les\nhommes de génie à ce caractère, qu'ils ne sont vraiment compris que par la\npostérité. N'allons pas si loin. « L'artiste est le fils de son temps, a dit\nSchiller, mais tant pis s'il en est en même temps l'élève et le favori! Com-\nment se gardera-t-il des vices de son époque? qu'il donne à ses contempo-\nrains ce dont ils ont besoin et non pas ce qu'ils louent. » Voilà la vérité.\nL'artiste a foi dans l'art, il y voit une mission à remplir, et cette mission, il\nl'accomplit en marchant droit à son but, sans se préoccuper des préjugés\net des routines qu'il heurte sur son passage. Si Beethoven n'avait pas rompu\nbrusquement en visière aux goûts et aux habitudes de son temps avec la\nSymphonie héroïque, nous n'aurions aujourd'hui ni la symphonie en ut mineur,\nni la symphonie avec chœurs. Mais revenons à l'œuvre d'Haydn.\nLes Saisons appartiennent an genre pittoresque et descriptif; elles forment\nen quelque sorte une galerie de tableaux tous différents pour le genre, le\nsujet et le coloris, et dont chacun pourrait recevoir un titre :le semeur, le\nberger, le matin, midi, l'orage, la chasse, les buveurs, la soirée des villageois,\netc. La plupart de ces tableaux sont de petits chefs-d'œuvre de grâce, de\nnaturel et de vérité, et l'ensemble de l'œuvre, parfois monotone, jamais\nlanguissant, se distingue par la pureté de la forme, la simplicité des idées et\nl'admirable économie des effets. Depuis les Saisons, la musique descriptive et\nles moyens matériels mis à la disposition du compositeur pour peindre les\nphénomènes du monde extérieur, ont fait d'immenses progrès, et, après la\nSymphonie pastorale et les œuvres de Berlioz, les timides essais de pitto-\nresque du bonhomme Haydn font presque sourire. Prenez garde, car cette\nfois la vérité n'est pas du côté du progrès, et le bonhomme Haydn, avec ses\nmoyens restreints et ses petites descriptions naïves, comprenait bien mieux\nle vrai but de la musique que nos modernes avec leur science profonde des\neffets d'instrumentation et leurs prétentions de vouloir faire exprimer àla\nmusique tout ce qu'elle peut rendre et plus qu'elle ne peut rendre. La meil-\nleure des imitations physiques est celle qui se borne à retracer, à rappeler, à\ncolorer légèrement l'objet dont il s'agit, sans le rendre exactement tel qu'il"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "185", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.49", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nest dans la nature. Ce n'est pas le vrai, à rigoureusement parler, qu'on\ndemande à l'art, mais la ressemblance du vrai, beaucoup plus .belle et plus\nestimée que le vrai lui-même.\nL'exécution des Saisons a été généralement satisfaisante de la part de\nl'orchestre et des chœurs. Madame Fursch-Madier, MM. Bouhy et Coppel,\nse sont bien acquittés des soli.\nDimanche dernier a eu lieu la première audition de la Symphonie Espa-\ngnole pour orchestre et violon principal de M. Lalo. L'œuvre est des plus\nremarquables; j'y reviendrai en détail dans mon prochain compte-rendu. Je\nne puis aujourd'hui que constater en deux mots le succès qu'elle a remporté\net les applaudissements obtenus par M. Sarasate, qui l'a exécutée avec un ad-\nmirable talent.\nHMarcello.\n/ /\nSOCIETE CLASSIQUE.— La Société classique de musique de chambre,\ndirigée par M. Armingaud, a repris, le mardi 2 février,le cours de ses bril-\nlantes soirées. J'attache un intérêt tout particulier à ces séances qui méri-\ntent à tous égards que la critique ne les perde pas de vue. Malheureusement,\nle défaut de place m'empêche aujourd'hui de nrétendre aussi longuement\nque je l'aurais voulu sur ce premier concert. Je me bornerai donc à cons-\ntater le succès obtenu par les artistes de grand mérite qui composent la\nSociété, et notamment par M. Jaëll, qui a exécuté avec une rare perfection\nla partie de piano dans le quintette pour piano et instruments à vent de\nSpohr. Outre ce quintette, le programme comprenait le 4e quatuor en fa\nmineur de Beethoven, une Introduction et Variations de M. Massenet, un\nthème varié de Mozart et une sonate pour piano et violon de M. Vieuxtemps.\nH. M.\n\\\nCONCERT DU CHATELET. En moins de douze mois, trois fiascos,\nou quasi fiascos de trois grands prix de Rome : c'est trop en vérité. En avril\n1874, une ouverture de M. Salvayre; en juin de la même année, un oratorio\n(envoi de Rome) de M. Rabuteau ; et, cette semaine, des Pièces symphoni-\nques de M. Lefebvre. Et notez bien qu'à aucun de ces jeunes gens ne manquent\nni le talent de l'instrumentation, ni la connaissance des effets d'orchestre,\nmais que c'est toujours l'inspiration, toujours la mélodie, toujours les idées,\nqui leur font défaut. En présence de trois faits aussi désastreux et aussi rap-\nprochés, le public n'est-il pas en droit de se demander comment et pourquoi\nl'insigne récompense du grand prix de Rome leur a été accordée, et ne pou-\nvant s'en rendre aucun compte d'après ce qu'il entend de leurs compositions,\nne serait-il pas aussi en droit d'exiger que la cantate qui la leur a valu soit\nexécutée, non pas à huis-clos, mais dans un grand concert ouvert à tous"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "186", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.50", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nvenants? A Dieu ne plaise que je veuille suspecter la compétence ou l'impar-\ntialité du jury qui juge les cantates; mais un public absolument indé-\npendant, indifférent, et surtout payant, applaudirait ce qui est bon, et n'irait\npas chercher des circonstances atténuantes pour excuser ce qui est mauvais.\nEt puis, quelle est la nécessité de proclamer tous les ans un premier prix de\ncomposition musicale? Le premier prix de chant ou de comédie se décerne-t-il\naussi tous les ans ?\nPour en revenir aux Pièces symphoniques de M. Ch. Lefebvre, exécutées\ndimanche dernier pour la première fois au Concert du Châtelet, elles consis-\ntent en un Prélude et Choral, et un Scherzo. Le choral est sans grandeur,\nsans majesté et sans effet. Le scherzo est lent, triste, long,* et n'a aucune\ndes qualités caractéristiques de ce genre de morceau. Le mot scherzo en ita-\nlien signifie badinage, raillerie. Aussi, un bon scherzo, comme ceux de\nBeethoven et de Mendelssohn, doit-il être un emporte-pièce, un feu roulant\nd'idées vives, spirituelles et inattendues. Un bon scherzo, enfin, doit brûler\nles instruments.\nLe concerto pour hautbois, par Haëndel, exécuté avec un grand talent par\nM. Georges Gillet, au même concert, contient des parties ravissantes, mais il\nest un peu long. De la symphonie pastorale de Beethoven, il n'y a plus rien\nà dire, sinon que d'en louer l'excellente exécution. Il en est de même des\ncharmants morceaux de YArlésienne, de M. Bizet. Quant à la Danse macabre,\nde M. Saint-Saëns, j'avais bien raison de dire, dans mon dernier compte-\nrendu, qu'elle serait redemandée. Entre autres effets bizarres dont je n'ai\npoint parlé, il faut signaler l'emploi dans l'orchestre de cet instrument com-\nposé de petits morceaux de bois, et dont la percussion rapide imite le cliquetis\nd'ossements qui s'entrechoqueraient. Fi! l'horrible imagination du musicien\nqui a songé à cet effet ! Bravo ! l'art ingénieux du musicien qui a su le réussir\nHenry Cohen.\nCONCERT DANBÉ (Salle Taitbout). Le i 5 Concert a remis en lu-\nmière le larghetto et le finale du Concerto en si mineur, de Hummel, exécutés\npar M. Valentin Alkan. Honneur à ces vaillants artistes chez qui 1 âge n'a rien\namorti des brillantes qualités d'exécution, ni de la fougue qu'ils possédaient\ndans leur jeunesse ! M. Alkan nous a ensuite donné deux morceaux, pas pré-\ncisément amusants, mais fort difficiles, et destinés à faire entendre les effets\ndu piano à clavier de pédales de la maison Erard, savoir : une Toccata, de\nBach, et une Polonaise, de Kessler. En montant au foyer après la Toccata,\nj'ai entendu un monsieur, émerveillé de l'effet de ce clavier mis en mouve-\nment parles pieds, s'écrier : «Vraiment, M. Alkan a un magnifique talon! »\nM. Valdec a chanté avec beaucoup de charme deux romances de Schumann\net de Diemer, et un fragment du Stabat, de madame de Grandval.\nH. C."}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "187", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.51", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nSOCIÉTÉ CHORALE D'AMATEURS. L'espace qui m'est réservé pour\nrendre compte de Ici séance annuelle de la Société chorale d'amateurs, sous la\ndirection de M. Guillot de Sainbris, est relativement restreint, et je me\n\\ois, à icgi et, forcé de ne parler absolument que des morceaux qui offrent\nun intérêt majeur.\nL'oratorio de la Mort du Christ, composé par Graun en 1760, a joui d'une\ngrande réputation, et effectivement, il se trouve de belles choses parmi les\nfragments que la Société nous a fait entendre} mais un oratorio ne se sou-\ntient que par ce souffle enflammé qui inspirait Haendel, Bach et Haydn, et\nmalheureusement ce souffle manque à Graun. La cantate de Jephté, de Caris-\nsimi, écrite en i 650, est une oeuvre d une bien plus haute portée, surtout si\nl'on considère l'époque à laquelle elle appartient. Les voix y sont toujours\nbien distribuées : l'harmonie en est pure et riche, et le récitatif bien déclamé :\nenfin, on y remarque des effets. Les fragments de cette cantate ont du reste\nété chantés dune manière satisfaisante, surtout par les sopranos et les con-\ntraltos. La cantate de lu Pentecôte, de J.-S. Bach, est un pur chef-d'œuvre.\nMadame H. F... y a recueilli de légitimes applaudissements. Le Rêve\nd Hoffmann, par M. Salomon, est une scène lyrique-dramatique, dont le\npublic a très favorablement accueilli la première audition 5 le choeur des\nII illis est fort original et légèrement traité. La chanson bachique, qui ter-\nmine le Rêve, a été chanté avec une grande énergie par madame D... Elle est\nbien coupée, mais écrite dans de mauvaises conditions vocales. Montant et\ndescendant trop, il faudrait une voix exceptionnelle pour en rendre complè-\ntement l'effet.\nH, C."}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "188", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.52", "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nFAITS DIVERS\na Chronique Musicale de ce jour contient deux morceaux\nextraits des Soirées cl' Automne de M. A. Cœdès, annon-\ncées dans notre numéro du ier février. Nous avons choisi,\nentre les plus jolies pièces du recueil, celles qui ont pour\ntitre Do/or, poésie de Roger de Beauvoir, et Venise; poésie\nd'A. de Musset.\nDe nouvelles mesures viennent d'être prises, sur la proposition du mi-\nnistre de la guerre, par le président de la République, en vue d'attirer des\nartistes de talent dans les musiques militaires et d'empêcher les musiciens\ndistingués qu'elles renferment déjà d'abandonner le service. Non-seulement\nles conseils d'administration des corps pourront accorder aux musiciens des\nprimes mensuelles de fonctions en rapport avec leur talent et les services\nqu'ils rendent, mais ils auront en outre la libre et entière disposition d'un\ncrédit de 7,000 francs attribué à chaque régiment, afin d'encourager les études\ndes musiciens classés, des musiciens commissionnés, sans attributions de\nclasse, ainsi que des soldats musiciens.\nOn vient de découvrir en Allemagne un spécimen d'un instrument qu'on\ncroyait perdu, le hautbois d'amour, dont J.-S. Bach a fait un fréquent usage\ndans ses compositions C'est la collection de M. Mahillon, à Bruxelles, qui\ns'en est enrichie. Cet instrument est bien conservé; de légères réparations\nvont le mettre en état de rendre de nouveaux services.\nLes Matinées caractéristiques de mademoiselle Marie Dumas ont com-\nmencé le mardi 19 janvier par une matinée Louis XV. et le mardi 2 février\npar une matinée Louis XIV."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "189", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.53", "texte": "VARIA\n\nElles se poursuivront dans l'ordre suivant :\nMatinée Moyen-âge et Renaissance, Mardi 16 février»\nMatinée anglaise, Mardi 2 mars.\nMatinée russe, Mardi 16 mars.\nMatinée spirituelle, Mardi 3o mars.\nLa troisième Matinée caractéristique aura lieu au Cercle artistique et litté-\nraire, 29, rue de la Chaussée-d'Antin ; en voici l'intéressant programme dans\ntoute son éloquence :\nMATINÉE MOYEN-AGE ET RENAISSANCE\n1. Marche du Roi Artus.\nM. VICTOR DOLMETSCH\n2. a. Epitre à François lerIer CLÉMENT MAROT\nb. Conseils à Charles IX RONSARD\nMLLE MARIE DUMAS\n3. a. Marche du Roi René (xve SIÈCLE).\nb. Les Tricot et s du Béarnais MARMONTEL\nM» DOLMETSCH\n4. « Seulette Suis. » Ballade de CHRISTINE DE PISAN\nMusique de WEKERLIN\nMLLE BERTHE MONDET\n5. La Fiancée du Timbalier, ballade de VICTOR HUGO\nSur un accompagnement de L. LACOMBE\nMLLE MARIE DUMAS\n6. a. Chanson de Gaston Phœbus (XIVe siècle).\nb. Lo Pardal, air béarnais AUTEUR INCONNU\nM. PASCAL LAMAZOU\n7. Air célèbre du XVIe siècle, transcrit et exécuté sur le violon par\nM. TELESINSKI\n8. a. Air Arménien (Xlle 5ièc1e)......, i AUTEURS\nb. Margoton va a Yiau (XVe siècle) ( INCONNUS\nMME ANDRÉA LACOMBE\n9. a. Paraphrase du Choral de la Réforme MEYERBEER\nb. Pavane MARMONTEL\nM. ANDRÉ WORMSER\n10. Un Conte de la Reine de Navarre.\nMLLE MARIE DUMAS\n11. a. Cantique de Jeanne d'Albret i AUTEURS\nb. La Romanesca (XVIe siècle j INCONNUS\nMLLE BERTHE MONDET\n12. Marche des Rois. Farandole et Menuet.. G. BIZET\nM. ANDRÉ WORMSER\n13. Artçana (le berger), air basque UN AUTEUR INCONNU\nM. PASCAL LAMAZOU\n14. Dante, poésie de Victor Hugo, musique de LACOMBE\nBeau Laboureur, chanson du XVIe siècle... AUTEUR INCONNU\nMME ANDRÉA LACOMBE .\nIb. La 'Jongleresse, saynète du XVe siècle MLLE MARIE DUMAS\nLe Piano de Pleycl sera tenu par MM. Dolmetsch et Desgranges"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "190", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.54", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nIl y aura en avril, à Paris, de nouvelles auditions de la Messe de Requiem\nde Verdi. Mesdames Stoltz et Waldmann, le ténor Masini et la basse Médini\nont été engagés à cet effet.\n\nNOUVELLES\n\nARIS. Opéra. La Juive a été donnée par extraordinaire le\nmardi-gras. Les abonnements étant suspendus, la recette s'est élevée\nau chiffre de 20,978 fr. 5o c.\nLa reprise de Guillaume Tell aura lieu très prochainement. Les\nHuguenots suivront de près.\nLe grand bal masqué donné au nouvel Opéra au profit des pauvres, a pro-\nduit la somme de cent soixante-trois mille francs.\n%\nLe jeune ténor Eyraud, qui chante actuellement à Rouen, et dont nous\navons signalé les belles qualités dans notre numéro du 15 décembre dernier,\na été engagé par M. Halanzier. M. Eyraud était compagnon charpentier; il est\nentré au Conservatoire en 1869, et y a fait un court séjour.\nOn annonce aussi l'engagement de mademoiselle Derval, fille du secré-\ntaire général du théâtre du Gymnase.\nOpéra-Comique. Carmen, l'ouvrage en trois actes de MM. Meilhac,\nHalévy et G. Bizet, est prêt; la première représentation aura lieu samedi\nprochain, sauf contre-ordre.\n—• La pièce de MM. Ernest Legouvé et Paladilhe, dont le titre provisoire\nest Moiana, et qui a pour principaux interprètes madame Carvalho, MM. Mel-\nchissédec et Nicot, est en pleine répétition,\nOn a lu jeudi aux artistes un acte de Jules Barbier, musique de Boulan-\nger, intitulé Don Muscarade.\nEnfin on va reprendre le Val à!Andorre, d'Halévy, et le Songe d'une\nnuit d'été, d'Ambroise Thomas.\nLe bal annuel des artistes dramatiques aura lieu à l'Opéra-Gomique le\n13 mars."}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "191", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.55", "texte": "VARIA\n\nRenaissance. Jeudi prochain, centième représentation de Giroflé-Girofla.\nM. Hostein a lu aux artistes de la Renaissance l'opérette de Johann Strauss,\nqui portera décidément sur l'affiche le nom ô!lndigo.\nVoici la distribution de cet ouvrage :\nFantasca Mll** Marcus ou Zulma-Bouffar\nStofana * Scalini\nBanana Panseron\nZobéide Stella\nPiastrella Blanche Miroir\nIndigo MM. Vauthier\nJanio Puget\nBabazouk Lary\nMysouf Reine\nGaîté. Aujourd'hui commencent les répétitions générales de Geneviève\nde Brabant) qui sera montée avec un grand luxe. On espère, en répétant\nmatin et soir, pouvoir jouer la pièce le lundi 22 février.\nBouffes-Parisiens. La reprise de la Princesse de Trébi%onde a lieu\ndemain, mardi.\nVariétés> La pièce en trois actes de MM. Meilhac et Halévy, musique\nd'Offenbach, la Boulangère a des Écus, est ajournée au mois de septembre\nprochain, aux Variétés.\nAprès elle, viendra une sorte de féerie musicale de MM. Gondinet et Costé,\ndans laquelle nous verrons UNE CLOWN ou une Clownesse, je ne sais com-\nment appeler cette acrobate faire des exercices surprenants.\nLa clown n'est pas encore trouvée, mais nous savons que MM. Bertrand,\nGondinet et Gosté quitteront Paris jeudi prochain et se rendront à Londres\navec la ferme intention de n'en revenir qu'après avoir découvert et engagé\nla demoiselle ou la dame dont ils ont besoin pour cette pièce.\nAthénée» A peine rouvert au genre lyrique, avec la Belle Linct,\nl'Athénée a dû de nouveau fermer ses portes. Cinq soirées du 6 au 11 février\nont suffi pour arriver à ce triste résultat.\nSalle Erard. La Société classique de MM. Armingaud, Jacquard, Mas,\nTurban, de Bailly, Taffanel, Grisez, Lalliet, Dupont, Espaignet, donnera son\ndeuxième concert mardi prochain, à la salle Erard. Madame Massart y exé-\ncutera le trio en rrA majeur de Mozart, et une sonate de Beethoven.\nNous remarquons encore au programme une nouvelle composition de\nM. E. Chaîne pour huit instruments, un concerto de Hœndel, et un quatuor\nde Mendelssohn.\nCAEN. —Le 5 février dernier, la grande salle de l'hôtel de ville de Caen a"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "192", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750215-01.1.56", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\nLropriétaire-Gérant : odHUHEULHqAcl\\^B.\nParis. Imprimerie Alcan-Lévy,\"rue de Latayette, 61»\n\nété transformée en élégant théâtre, et, sur une scène improvisée, un public\nnombreux a vu la représentation d'un opéra comique en deux actes, le\nBocage, paroles de M, Jules Ruelle, musique d'un compositeur de talent,\nM. Marcellus Muller, l'un des meilieurs élèves de M. Carafa.\nLes chœurs étaient chantés par des dames de la Société de Caen. Il y a eu\nsuccès complet, ovation pour le compositeur et les interprètes. M. Marcellus\nMuller va bientôt faire entendre, salle Taitbout, un ouvrage en un acte dont\nle public parisien aura la primeur.\nAutre exemple de décentralisation lyrique :\nCette fois, c'est à Alger, où M. Aurès, pour le poëme, et M. Dermineur,\npour la musique, ont donné la Marguerite, opéra dont les journaux de la\nlocalité disent le plus grand bien. Le poème est original et bien trouvé; la\nmusique révèle un compositeur de mérite.\nROUEN. Le Théâtre-Français de Rouen vient de représenter la Cure\nmerveilleuse, opéra bouffe inédit de MM. Dessolins et Charles Hess.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}