{"numero_id": "bm-bmtnabc-1875-03-01-01", "volume": "bmtnabc_1875-03-01_01", "ocr_sha256": "58b926006f410f7e5d2bc0f163db835e7b97746904baffad4deae1f7e4e7ac7c", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabc/issues/1875/03/01_01/bmtnabc_1875-03-01_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabc/issues/1875/03/01_01/bmtnabc_1875-03-01_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabc-1875-03-01-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-03-01_01#c001", "volume": "bmtnabc_1875-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "[193]", "page_fin": "201", "image_debut": 1, "image_fin": 9, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.2.1", "titre_corps": "LE BRINDISI DE LA TRAVIATA", "titre_sommaire": "LE BRINDISI DE LA TRAVIATA", "signature_source": "A. DE LAUZIÈRES-THÉMINES", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[193]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.1", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 686, "texte": "LE BRINDISI DE LA TRAVIATA\n\nNOUVELLE\nI\nISQUONS un œil, nous y risquerons bientôt une\noreille dans un salon bien modeste de la rue\n... mettez ici le nom de la rue que vous voudrez,\npourvu que ce ne soit ni l'aristocratique rue de\nla Paix, ni la trop vulgaire rue Quincampoix.\nCe salon est celui de Carmen. Le mobilier en\nest éle'gant et coquet sans être riche ; un piano\ndroit, mais parfait d'accord; des fleurs, de la\nmusique naturellement puisqu'il y a un\npiano; des livres et un amour de petit épagneul pelotonné sur un\ncrapaud : ravissante petite bête qui a surtout deux qualite's précieuses ;\ncelle de ne pas exiger qu'on fasse attention à elle, et de ne pas aboyer\nquand on frappe."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "194", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.2", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2559, "texte": "Quant à sa maîtresse, elle est jolie... parbleu ! puisqu'on en fait l'hé-\nroïne d'une nouvelle. Si c'était celle d'un roman, nous aurions dit qu'elle\nétait éblouissante.—Elle est brune comme Adelina Patti, avec cette\nparticularité qu'elle a les yeux bleus comme Christine Nilsson, et l'am-\nbition de devenir aussi célèbre que ces deux reines du chant. Que vou-\nlez-vous, on n'est pas parfait ; et, à dix-huit ans, on fait de si étranges\nrêves ! Il en est qui n'ont pour dot que leur jeunesse et leur minois, et\nqui comptent devenir des duchesses ! Carmen, elle, ne comptait que\ndevenir prima-donna d'un théâtre italien.\nVoilà pour le regard que nous avons risqué. Et voici ce que nous\nentendrions si, assez satisfaits de la vue, nous voulions écouter son\nmonologue. Aussi pourquoi pense-t-elle tout haut.., comme sur la\nscène ?\nC'est pourtant aujourd'hui que mon sort sera décidé, se dit-elle,\nassise indolemment dans son fauteuil et balançant son pied pas plus\ngrand qu'un biscuit à la cuiller. Ou cantatrice à la Scala de Milan,\nou Carmen comme devant. Et que faire alors? L'Opéra... il ne faut pas\ny songer. Après mon coup de tête que le directeur ne me pardonnera\njamais... et il a un peu raison! Les Italiens sont fermés, et avant\nque l'on retrouve la clef pour les ouvrir, les abonnés auront pris celle\ndes champs. Je n'ai d'autre espoir que M. Corbellini... Il va venir\ncomme dans la Juive et la comédie va recommencer. Pour être forte\nchanteuse, paraît-il, je dois jouer d'abord le rôle de grande coquette... Il\ncroit que je Paime!... le pauvre homme ! C'est que s'il ne le croyait\npas, adieu l'engagement !... Et ce cher Gontran qui s'avise d'en être\njaloux ! Etrange position que la mienne : j'aime Gontran et il croit\nque je ne l'aime pas; je n'aime pas M. Corbellini et il croit que je l'aime.\nEt il m'est impossible de détromper l'un et l'autre, tant que l'engage-\nment n'est pas signé. Hélas ! tout n'est pas rose dans la vie d'une ar-\ntiste !...\nMais sur cet aphorisme aussi vieux que peu consolant, la belle Carmen\nse lève, pensant peut-être avec raison qu'il ne s'agit pas de soupirer, de\nrêvasser et de se débiter des vérités banales. Voici qu'elle se dirige vers\nle piano. Quant au petit épagneul, il ouvre ses yeux noirs, lourds de\nsommeil, regarde sa maîtresse avec une superbe indifférence et les\nreferme.\nVoyons, se dit Carmen, il m'a déclaré //, c'est M. Corbellini\nil m'a déclaré que la façon dont je chanterai son grand morceau favori\ndéciderait la question de rengagement. Tâchons donc de nous mettre en\nVoix."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "195", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.3", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2196, "texte": "Là-dessus, elle se met à solfier et à vocaliser des gammes chro-\nmatiques, des trilles, des notes piquees, tout un feu d'artifice de fusées\nmélodiques ... Vous voyez que nous n'y avons pas perdu à risquer une\noreille !\nMais nous ne sommes pas seuls à écouter aux portes, paraît-il. Voilà\nun jeune homme qui est entré sur la pointe du pied et qui s'est arrêté\nsur le seuil du salon. Carmen ne l'a pas aperçu par la raison assez pro-\nbante que le piano tourne le dos à la porte. Ce jeune homme est\nGontran. Ah ! celui-là, nous ne prendrons pas la peine de donner son\nsignalement comme sur un passeport. Nous avons dit qu'il est jeune \\\najoutons qu il n est ni beau ni laid, que l'on peut, à la rigueur, dire que\nc'est un joli garçon ne fût-ce que pour faire plaisir à Carmen qui\n1 aime et ne nous étonnons pas trop s'il applaudit comme un seul\nhomme à la fin d un point d orgue etincelant et qu'il crie i « bravo !\nbravo ! bravissimo ! »\nCarmen a fait faire un brusque demi-tour à son tabouret de piano et\ns est écriée : Tiens ! vous étiez là ! Phrase d'usage, assez absurde,\npuisqu on la dit quand il est impossible de nier qu'on soit là.\nEn effet, Gontran n?a garde de le nier ; seulement il ajoute qu'il y est\ndepuis le commencement des exercices.\nEt nous qui ne l'avions pas aperçu !\nVous avez eu tort, mon cher maître, lui dit Carmen avec une petite\nmoue adorable. Je vous eusse prié de m'accompagner un morceau.\nToujours de Tégoïsme, répond ce boudeur de Gontran.\nN'y en a-t-il pas un peu aussi de votre côté?\nDame ! si je ne m'occupais pas un peu de ce qui me fait le plus de\nplaisir... je n'ose pas dire de ce qui ferait mon bonheur, ce n'est certes pas\nla belle Carmen qui voudrait y songer.\nVous n'êtes qu'un ingrat, mon bien cher.\nJe croyais que les ingrats avaient disparu de la terre, depuis qu'on\navait supprimé les bienfaits.\nVous le croyiez?... Vous vous trompiez donc ?\nSoit; il y a quelqu'un pour qui les bienfaits ne sont pas un mythe.\nVous le connaissez. S'il est ingrat, celui-là !...\nJe ne sais pas ce que vous voulez dire.\nVraiment !...\nEh bien, oui; je le sais, mais vous avez tort de penser ce que vous\ndites.\nEt surtout de dire ce que je pense*"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "196", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.4", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2093, "texte": "Gontran, comme tous les amoureux, devient bête à force d'être in-\njuste. Il se fait un moment de silence.\nIl n'est pas encore là, dit-il, en renchérissant sur son absurdité.\nNon; mais il ne peut tarder, reprend Carmen avec indifférence (et\nelle a parfaitement raison).\nEn ce cas, permettez.\nEt Gontran esquisse ce qu'on appelle au théâtre une fausse sortie.\nVous partez? fait la jeune fille, qui au fond est une excellente\ncréature et qui ne voudrait pas faire de la peine à ce brave garçon.\nVoudriez-vous m'imposer le rôle de témoin?\nDécidément, dit-elle, en se levant et en allant à lui, vous devenez\nméchant.\nOn le deviendrait à moins. Voilà trois mois que vous me faites\nlanguir, quand vous m'aviez fait espérer que vous accepteriez mon\nnom. Et depuis l'arrivée de ce M. Corbellini, que le diable confonde!\nvous voilà distraite, rêveuse, préoccupée... Les jours qu'il vous vient\nvoir, votre porte est condamnée,\nVoyez comme vous êtes injuste; il va venir et... elle ne l'est pas.\nOh ! parce que Justine n'était pas là. Je sortais pour déjeuner, de\nmon quatrième, comme elle montait à sa chambre, là-haut. J'ai trouvé\nvotre porte entrebâillée,, je suis entré.\nVoyez-vous cela! Et si j'avais été avec M. Corbellini?\nJe serais parti sans rien vous dire et vous ne m'auriez plus revu.\nTa, ta ta!... Voilà la grosse colère qui arrive.\nNullement. C'est une résolution que j'aurais prise avec le plus\ngrand calme.\nNaturellement Gontran a dit cela de façon à prouver le contraire.\nElle me donne la mesure de votre amour, lui répond avec raison\nCarmen.\nSi je le mesurais au vôtre, je saurais à quoi m'en tenir.\nEncore une grosse banalité d'amoureux jaloux !\nVous êtes un enfant, mon ami. Je vous ai entendu pianoter toute\nla matinée là-haut. Parfois, quand le bruit des voitures se taisait, je\nsurprenais des bribes de mélodie, une phrase par ci, des accords par là;\nvous composiez, je parie.\nPariez, vous gagnerez, dit Gontran d'un ton plus radouci. (Amour-\npropre d'auteur !)\nJ'aime mieux gagner autre chose qu'une gageure.\nParlez,\nLa primeur de votre nouvelle composition."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "197", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.5", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 1838, "texte": "Elle vous revient de droit; c'est à votre intention que je l'ai écrite.\nVoyez plutôt.\nEt Gontran déroule un petit cahier de musique. Carmen y jette les\nyeux avec une curiosité enfantine, et elle y lit ce titre: « LA VISION,\nromance; » et plus haut, comme dédicace : « à mademoiselle Su-\nzanne **\\ »\nN'est-ce pas votre petit nom, que vous avez préféré quitter pour\ncelui de Carmen, un peu plus romanesque? j'aime tant vous appeler\nSuzanne !\nQui vous en empêche?\nTout le monde vous connaît sous celui de Carmen.\nA votre place, je ne voudrais pas faire comme tout le monde.\nOui, si vous m'en donniez le droit, mais...\nEncore ! Voyons plutôt votre romance. C'est une romance, n'est-\nce pas?\nC'est tout ce que vous voudrez ; un fait divers si vous aimez mieux.\nVous avez trouvé cela dans les journaux; ils mentent assez sou-\nvent.\nJ'ai trouvé cela dans mon cœur; il ne ment jamais.\nEst-ce pour dire que le mien n'est pas aussi sincère.\nJe n'aurais garde. Mais on prétend que le cœur des femmes, comme\ncertains bonbons, est enveloppé d'énigmes.\n■— Bon! voilà que j'ai le cœur en papillotes. Voyons le mot de la vôtre.\nVoulez-vous que je déchiffre? Je vois que c'est pour ténor ou soprano..»\nJe vais vous massacrer votre mélodie.\nL'œuvre ne s'en plaindra pas plus que l'auteur.\nVous aurais-je massacré, par hasard?\nMassacré, non; torturé, oui.\nAllons, allons! ne posez pas pour les Werther; mettez-vous plutôt\nau piano... Là! y êtes-vous?\nGontran exécute un petit prélude. Carmen,, debout à côté de lui, se\npenche sur la musique et lui demande :\nSont-elles de vous, les paroles ?\nVous le saurez quand vous les aurez chantées.\nNon ! se dit Carmen, je comprends, c'est un reproche; j'ai peur. Et\nelle attaque ld. romance. Elle chante :\nVISION\nSur un navire à la marche rapide\nQui près du sien, tout près vient à passer,"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "198", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.6", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1981, "texte": "Seul, un marin, splendide,\nFo/J wne femme à Y avant se dresser,\nPâle, debout, de crêpes noirs voilée,\nLaissant tomber un long regard sur lui.»\nNon, wow, jamais, swr /# voûte étoilée,\nd'amour plus fulgurant n'a lui.\nQw£ dowc es-tu? dit-il. Ta destinée.\nOù te diriges-tu?— Vers l'avenir.\nPuis elle fuit par le vent entraînée\nEn lui laissant un profond souvenir.\nDepuis ce jour, en proie à la souffrance,\nFers cette femme en vain veut-il courir ;\nPour le guider, il n'a que l'Espérance :\nPremière à naître et dernière à mourir.\nEh bien ! c'est tout simplement adorable, votre mélodie !\nCroyez-vous que ce que disent ces paroles soit la réalité?\nJe crois plutôt que c'est un rêve... à l'espérance près.\nCe n'est pas en tout cas celui que j'avais fait. J'avais rêvé quelque\nchose de plus caressant. Il me semblait, dans mon rêve, bien\nentendu! que moi artiste, moi musicien, je rencontrais une artiste,\nune musicienne, que le hasard avait faite ma voisine, et vers laquelle\nmon cœur m'attirait irrésistiblement; que nous confondions nos espé-\nrances et nos ambitions, nos projets d'avenir, nos craintes, nos études,\ntout; que nous nous soutenions mutuellement, nous tenant par la main;\nque là où l'amitié n'avait dressé qu'une tente, l'amour bâtissait un palais,\net que nous vivions heureux, ayant pour nous reposer de l'ivresse du\ncœur l'ivresse du succès.\nEh oui! murmura Carmen, rêveuse et un peu émue. C'eût été\ntrop beau.\nAussi, en m'éveillant de mon rêve, ai-je écrit la mélodie que vous\nvenez de chanter...\nEt les paroles! C'est donc une séparation que vous me proposez?\nJe ne la propose pas, je la constate, je la subis.\nVous avez tort, Gontran, je n'ai de relations avec M. Corbellini que\npour nos affaires.\nAffaires dont vous me faites un secret... Je pourrais vous donner\ndes conseils.\nNon, mon ami, je ne sais plus quel moraliste a dit que les affaires\ndélicates ressemblent aux épingles ; faute de les prendre par le bon bout,\non risque de se piquer."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "199", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.7", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 1866, "texte": "■— Et, a-t-il ajouté qu'il faut la main non moins délicate d'une\nfemme?\nPrécisément.\nDéfaites, que tout cela ! dit Gontran impatienté.\nCarmen fronce ses beaux sourcils; elle va riposter. Par bonheur, le\ndialogue, au moment de tourner à l'aigu, est interrompu. Gontran jette\nun coup d'œil vers la porte.\nC'est ce monsieur, dit-il tout bas à Carmen, d'un ton vivement\ncontrarié. Adieu, Carmen, je m'en vais.\nRestez, je vous en prie.\nA quoi bon ?\nRestez, pour me faire plaisir.\nAu fait, je puis vous être utile. S'il faut que vous chantiez, l'accom-\npagnateur n'est pas de trop.\nVous êtes dur, Gontran. En ce cas, je ne vous retiens pas.\nSoit, je reste.\nPendant ce petit à-parté rapide, il signor Corbellini s'est débarrassé\ndans l'antichambre de son pardessus, de son cache-nez, de ses gants\nfourrés et de son parapluie.\nC'est un petit monsieur, entre deux âges, à la mise correcte, au regard\nfin et pénétrant et à la voix fausse; signe particulier : il porte des lunettes\nd'or. Pour le dépeindre en deux mots : figurez-vous M. Thiers à cin-\nquante ans.\nBonjour ! belle diva ! dit-il en entrant et avec un accent italien très\nprononcé.-—Bonjour, maestro. Puis, prenant la main de Carmen pour\nla porter à ses lèvres, il lui glisse tout bas : Vous m'aviez promis d'être\nseule.\nIl est là pour m'accompagner, lui répond Carmen à voix basse aussi.\nEh bien ! et ces nerfs? demande M. Corbellini.\nToujours agacés ! fait Carmen avec un soupir. Et votre rhume ?\nToujours agaçant !\nAvez-vous des nouvelles de Milan ? dit Carmen.\nOui, et excellentes. Verdi me donne carte blanche\nC'est-à-dire que mon sort est entre vos mains.\nOu plutôt dans votre gosier. Voyons, êtes-vousen voix?\nHum ! hum ! Vous allez en juger.\nAh ! il faut que vous me chantiez un morceau de maître. Verdi a\ntoute confiance en moi: je ne voudrais pas qu'il eût à regretter de s'en"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "200", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.8", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2083, "texte": "être rapporté à mon goût. Ainsi vous ne vous froisserez pas si je vous\nprie de chanter une page de son répertoire.\nChoisissez.\nC'est fier! Eh bien, je choisis l'air delà Traviata... avec le brindisi,\nbien entendu ! C'est mon morceau de prédilection.\nIl faut dire aussi que je l'ai vu naître. J'étais là quand le maître l'a\ncomposé, lui qui aime à être seul lorsqu'il écrit... Mais, pour moi, c'est\ndifférent, il ne se gêne guère avec moi.\nCela ne m'étonne nullement, se dit Gontran.\nVa pour l'air de la Traviata, dit Carmen en allant au piano. Puis\nse tournant vers le jeune homme: Monsieur Gontran, ajouta-t-elle,\navec un regard d'une expression indicible, moitié aveu, moitié caresse,\nmonsieur Gontran voudrait-il m'accompagner?\nLà, j'en étais sûr ! murmura Gontran. Et il reprit tout haut : je ne\npuis rien refuser à... mademoiselle Carmen. Il a soin de souligner ces\ndeux derniers mots, dont l'intention n'échappe pas à M. Corbellini.\nC'est un coup de patte à moi, pense-t-il, mais je m'en moque.\nCarmen profite du mouvement qu'elle fait en se penchant sur la par-\ntition pour dire à Gontran qui s'est assis au piano : « Vous avez une\nfigure de conspirateur. » Et lui de répondre : « Si vous croyez que cela\nm'amuse. » Puis il attaque la ritournelle.\nCarmen s'est rapproché de M. Corbellini.\nEt ce papier ? lui dit-il tout bas.\nIl est prêt...\nEt l'engagement ? fait-elle de même.\nIl dépend de la teneur du vôtre et de la façon aussi dont vous allez\nchanter.\nEh bien? s'écrie avec impatience Gontran, qui a achevé son pré-\nlude.\nTout à son jeu, il n'avait pas pu remarquer le petit dialogue en sour-\ndine de Carmen et Corbellini.\nJ'y suis, j'y suis! dit Carmen, et elle chante.\nIl faut se reporter aux plus beaux jours du Théâtre-Italien pour se faire\nune idée de la façon vraiment admirable dont la belle Carmen interprète\ncette belle page du répertoire moderne. L'andante est dit avec une\npureté, une expression, un soin des nuances, saisissants. Mais c'est\nlorsqu'elle attaque cette ravissante strette du brindisi :\nSempre ridere vogl'io\nFolleggiar di gi"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "201", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.9", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 1428, "texte": "où le musicien a su mêler à la fausse joie de la pécheresse amoureuse\ntant de poignante amertume et tant de cruelles désespérances, que la\nvoix de Carmen trouve des accents superbes. Elle termine cette belle\nmélodie par un point d'orgue à faire crouler la salle si elle l'avait chantée\nau théâtre devant un auditoire d'élite.\nAdmirable! admirable! incomparable! s'écrie M. Corbellini dans\nl'enthousiasme.\nQu'il aille au diable ! se dit Gontran sur la même rime.\nEt maintenant, chère enfant, dit il signor Corbellini d'un ton plus\nsérieux, comme il faudra causer affaires, je vous demande deux minutes\nd'entretien.\nAccordé ! dit Carmen en lançant à Gontran un regard qui prie et\nqui demande qu'on pardonne.\nVous comprenez bien, mademoiselle, fait celui-ci un peu piqué,\nmalgré le regard de Carmen, monsieur a besoin de rester seul avec vous.\nJe remonte chez moi.\nJ'ai toujours admiré votre perspicacité, dit l'ltalien d'un air si poli\nqu'il en est impertinent»\nGontran n'y tient plus; il quitte le salon en murmurant ces mots : «Vieux\nsinge, va ! » mais pas assez bas pour que Corbellini ne crois les saisir :\nce Tiens, dit-il, monsieur Gontran se parle à lui-même. » Le jeune musi-\ncien lui lance un regard foudroyant et remonte chez lui, en se pro-\nmettant de ne jamais plus remettre le pied chez Carmen. On sait ce que\nvalent de pareils serments.\n( La fin prochainement.)\n\nA. DE LAUZIÈRES-THÉMINES."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-03-01-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-03-01_01#c005", "volume": "bmtnabc_1875-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "204", "image_debut": 10, "image_fin": 13, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.2.2", "titre_corps": "LA LEÇON DE MUSIQUE", "titre_sommaire": "LA LEÇON DE MUSIQUE", "signature_source": "PAUL ARÈNE", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.10", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 534, "texte": "LA LEÇON DE MUSIQUE\n\nOICI deux petites sœurs; Vune,\nVaînée, ainsi qu'on peut le voir,\nSait jouer Au clair de la lune,\nL'autre voudrait bien le savoir.\nOr, la cadette, blonde et gaie,\nDepuis une heure, toute en eau,\nDe ses mains mignonnes essaie\nD'ouvrir Vénorme piano.\n« Viensy Thérèse, viens à mon aide! »\nThérèse soulève, en tremblant,\nLe pesant couvercle, çwi cède.\n« Dieu! le beau clavier noir et blanc!\nVois, la musique est en ivoire, »\nZhY Lili très émue au fond,\nPw/s frappant une touche noire :\ncc Ces musiciens, èrwzV font! »"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "203", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.12", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 870, "texte": "« Silence! » « Oh! méchante marraine !... »\n(( Il faut, Lili, parler moins haut\nSi vous voule% qu on vous apprenne\nLa chanson de Vami Pierrot. »\n« Lili sera sage, Thérèse. »\n/\nce Ecoute alors : Do, si, la, 501...\nCette touche, c'es/ ww d/èse,\nEt puis, d'autres fois, un bémol. »\n« Quels beaux noms, il faut les écrire,\nbémol\\ reprend Lili,\nZ,a musique, cela fait rire,\nZ,<2 musique, c'est très joli. »\nThérèse qui veut rester grave,\nDe son index mieux assuré\nSoigneusement parcourt Voctave :\nRé, mi, fa, sol, la, si, do, ré.\nEt Lili joyeuse limite :\nDo, ré, ré, mi, mi, fa, sol, 1a...\nMais ses petits doigts vont trop vite :\nce Non, Lili, ce n'esf ce/a / »\n« Notre chat, ses pattes roses,\nEn trottant, parfois réussit\nA jouer de très belles choses,\nIl est donc musicien aussi ? »\nPwzs e//e rit, charmante et folle,\nDe voir ainsi, d'entre les doigts,"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "204", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.13", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 504, "texte": "L'essaim des notes qui s'envole\nComme un nid surpris dans un bois.\nJamais ses mains ne seront lasses,\nLili jouera, toujours, toujours!...\nQuand soudain, deux notes très basses\nVibrent avec de grands bruits sourds;\nEt Lili se bouche une oreille,\nLili n'est brave qu'à demi,\nLili croit que sa sœur réveille\nQuelque vieux tonnerre endormi :\n« Le piano ne veut plus qu'on joue,\nIl se fâche... » Et terriblement,\nDevant Lili qui fait la moue,\nLe piano gronde un long moment.\n\nPAUL ARÈNE"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-03-01-01-c010", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-03-01_01#c010", "volume": "bmtnabc_1875-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "205", "page_fin": "214", "image_debut": 14, "image_fin": 23, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.2.3", "titre_corps": "LES SPECTATEURS SUR LE THÉATRE", "titre_sommaire": "LES SPECTATEURS SUR LE THÉATRE", "signature_source": "ADOLPHE JULLIEN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 14, "page_imprimee": "205", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.14", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1349, "texte": "LES\nSPECTATEURS SUR LE THÉATRE\n\nCHAPITRE I.\nA scène de la Comédie-Française offrait aux regards,\njusqu'au milieu du siècle dernier, un spectacle aussi\nbrillant qu'il était contraire aux exigences de Faction\net de la vérité dramatiques. De chaque côté du\nthéâtre, et tenant près du tiers de la scène, étaient\nrangées des banquettes, places attitrées des gens du\nbel air, pour qui c'était la mode de se pavaner ainsi, de se donner en\nspectacle à la salle entière et d'étaler là leurs précieuses personnes.\nCet usage avait pris naissance dans les modestes locaux où notre\nthéâtre avait commencé par s'abriter. Dans l'espace d'un siècle, la\nComédie-Française avait trois fois demandé asile à des jeux de paume,\noù les spectateurs se plaçaient chacun selon sa convenance. L'affluence\nallant toujours grandissant, on imagina quelque jour de ranger des\nchaises sur la scène, pour les personnes qui n'avaient pu trouver place\ndans la salle ; mais bientôt les grands seigneurs, financiers et petits-\nmaîtres, prétendirent occuper, à l'exclusion de tous autres, des places\nqui favorisaient leur coquetterie et le commerce galant qu'ils entrete-\nnaient avec les comédiennes. Ils les conquirent moyennant finances,\net les gardèrent au grand avantage de la caisse du théâtre, si bien qu'au\nmoment où la troupe du roi s'était transportée à sa nouvelle salle de la"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "206", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.15", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2771, "texte": "rue des Fossés-Saint-Germain, elle avait religieusement respecté cet\nusage si contraire aux intérêts de Part, mais si profitable à ceux delà\nCompagnie (1).\nC'était en 1687 que les comédiens français avaient reçu ordre du ro\nd'abandonner leur théâtre sis rue Mazarine, en face de la rue Guéné-\ngaud, sur les réclamations du collège Mazarin qui se trouvait gêné par\nleur voisinage bruyant et profane. Après de longues hésitations, ils\navaient acquis, en mai 1688, le jeu de paume de l'Etoile, rue des Fossés-\nSaint-Germain-des-Prés, et deux maisons contiguës (2). Ils les firent\nabattre et confièrent à François d'Orbay la construction d'une nouvelle\nsalle, qui fut inaugurée, le lundi de la Quasimodo, 18 avril 1689, par\nPhèdre et le Médecin malgré lui.\nCette salle, où la Comédie devait rester pendant plus d'un siècle, avait\nla forme d'une demi-ellipse, dont le diamètre en largeur était de treize\npieds et demi. Les bancs pour les spectateurs réduisaient la largeur de la\nscène à quinze pieds sur le devant et à onze dans le fond. Il y avait\ntrois étages de loges. Chaque rang se prolongeait sur la scène en for-\nmant de chaque côté deux loges d'avant-scène, appelées balcons, parce\nqu'elles étaient situées au-dessus des bancs du théâtre et des balcons qui\nséparaient les acteurs des spectateurs (U). Il y avait dix-neuf loges à\nchaque étage, toutes de huit places, y compris celle du roi et celle\nde la reine, placées au premier étage, à gauche et à droite de l'acteur.\nL'escalier d'honneur s'arrêtait au premier étage. D'autres condui-\nsaient aux loges de balcons et faisaient communiquer le théâtre\navec l'orchestre ; un escalier conduisait aux secondes et troisièmes\nloges, et celui L servait de dégagement pour ces mêmes places, au\nmoment de la sortie. Le grand corridor N faisait communiquer avec le\nthéâtre et les foyers des comédiens toutes les premières places : balcons9\norchestre, premières loges et amphithéâtre. Le rez-de-chaussée du\nthéâtre comprenait Yorchestre (I), étroit et garni de bancs, entourant\nl'orchestre des musiciens ; le parterre, desservi par un escalier isolé,\noù l'on entrait avec cannes et épées et où l'on restait debout avec faculté\nd'aller se chauffer aux deux grands poêles placés à droite et à gauche ;\net enfin l'amphithéâtre, qui allait montant jusqu'au rebord des pre-\n\n(1) Les places d'orchestre, de balcon, d'amphithéâtre, les premières loges et les\nbanquettes de la scène coûtèrent 3 livres jusqu'en 169 g. A partir du 5 mars de cette\nannée, jour où l'on commença à payer le sixième pour les pauvres, elles coûtèrent\n3 livres 12 sols; enfin, en février 1716, elles furent portées à 4 livres.\n(2) Uarrest par lequel le Roy permet aux comédiens d'acquérir le Jeu de paume de\nVÉtoile est du ler mars 1688."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "208", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.17", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2642, "texte": "mières loges de face, par une disposition analogue à celle de l'Opéra de la\nrue Le Peletier. Cette description sommaire servira de légende au plan\nci-joint du premier étage de la Comédie (extrait de V Architecture fran-\nçaise, de Blondel, 1752) sur lequel sont exactement marquées les ban-\nquettes de la scène, encloses dans une balustrade dorée (1).\nLà, l'étourderie, la fatuité, quelquefois l'ivresse des spectateurs, don-\nnaient un surcroît de comédie au reste de la salle et détruisaient\nl'illusion théâtrale. Durant toute la soirée, le bruit ne cessait pas sur la\nscène, même au plus fort de l'action tragique. Riches financiers, sémil-\nlants petits-maîtres entraient et sortaient suivis de laquais en riches\nlivrées, s'agitaient, babillaient, ricanaient tout à leur aise, tandis que les\nacteurs s'efforçaient de dominer le tapage par leurs cris et de ramener à\neux l'attention de la foule égarée sur cette brillante assemblée.\n« On ne savait quelquefois, dit Crébillon dans sa Lettre sur les spec-\ntacles, si le jeune seigneur qui allait prendre sa place n'était point\nl'amoureux de la pièce qui venait de jouer son rôle. C'est ce qui donna\nlieu à ce vers :\nOn attendait Pyrrhus : on vit paraître un fat !\nc\n« Le comédien manquait toujours son entrée, il paraissait trop tôt ou\ntrop tard ; sortant du milieu des spectateurs comme un revenant, il dis-\nparaissait de même, sans qu'on s'aperçût de sa sortie. Enfin,, tous les\ngrands mouvements de la tragédie ne pouvaient s'exécuter, et les coups\nde théâtre étaient toujours manqués. »\nLes esprits éclairés déploraient cet abus, mais ils en étaient pour leurs\nconseils et leurs critiques. Les acteurs souffraient aussi de cet usage et se\ntrouvaient souvent gênés par ces barrières et ces banquettes : ils auraient\nvolontiers congédié ces voisins incommodes s'ils n'eussent retiré bon\nprofit de cette location extraordinaire. 11 serait trop long d'énumérer en\ndétail tous les inconvénients de cette incroyable coutume. Le rétré-\ncissement du théâtre entravait singulièrement les jeux de la scène\net nuisait à la chaleur de l'action. C'était parfois à ce point qu'à une\nreprésentation d'Acajou, de Favart, vers le milieu du siècle der-\nnier, il ne put paraître qu'un seul acteur, et qu'à la représentation\nd^Athalie du 16 décembre 1739, il fut impossible d'achever la pièce\nà cause de la cohue. De là découlait la mesquinerie de la mise en scène,\npar l'impossibilité de meubler ou de décorer d'une façon convenable un\n\n(i) Voir, pour plus de détail, la Notice historique sur les anciens bâtiments de la\nComédie-Française, par M. Jules Bonnassies. (Paris, Aubry, 1867.;"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "209", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.18", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2181, "texte": "endroit ainsi encombré de spectateurs ; de là encore, par suite, l'invrai-\nsemblance des entrées, des sorties, des rencontres fortuites, etc.\nVoltaire dit bien, dans son commentaire sur l'Œdipe, de Corneille :\n« ... Les magnifiques tableaux dont Sophocle a orné son Œdipe fe-\nraient sans doute le même effet que les autres parties du poëme firent\ndans Athènes ; mais, du temps de Corneille, nos jeux de paume étroits,\ndans lesquels on représentait ses pièces, les vêtements ridicules des\nacteurs, la décoration aussi mal entendue que ces vêtements, excluaient\nla magnificence d'un spectacle véritable et réduisaient la tragédie à de\nsimples conversations, que Corneille anima quelquefois par le feu de son\ngénie. »\nCet embarras perpétuel peut expliquer, en partie, cette sévère et\ninflexible unité de lieu de nos anciens ouvrages dramatiques. Il eût été\nfort difficile, dans de telles conditions, de changer en place publique,\nd'une scène à l'autre, le palais consacré à la Tragédie, la chambre ou la\npromenade publique attribuée à la Comédie. Pour les grandes pièces à\nmachines, force était parfois d'enlever de la scène les banquettes qui\nauraient rendu tout changement à vue impraticable. Cela arriva le\n17 mars 1675, dans la salle de la rue Guénégaud, à la première repré-\nsentation de la Circé, de Th, Corneille, comme le prouve l'extrait sui-\nvant du Registre de Lagrange :\nCIRCÉ\n17 mars i6yS\nRECETTE\nlivres, sols.\nThéâtre (néant). Le jeu des machines a empêché\nde délivrer des billets pour cette place » »\nLoges : une à 6 louis et sept à 4 374 »\nAmphithéâtre et loges basses : 226 places.... 1,243 »\nLoges hautes :60 (sic) à 3 livres 195 »\nLoges du troisième rang :80 à 2 liv 160 »\nParterre : 419 places à3o sols 628 10\nReçu en tout 2,600 10\nLes anecdotes abondent qui démontrent les inconvénients de cet état\nde choses.\nOn reprochait à Baron de tourner parfois en scène le dos au public. 11\nne le faisait que lorsqu'il y était contraint en quelque sorte par les spec-\ntateurs des banquettes, qu'il entendait rire ou causer tout haut derrière\nlui : il se retournait vers eux et imposait silence en leur adressant les\nvers de son rôle."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "210", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.19", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2387, "texte": "A une représentation de Cinna, le maréchal delà Feuillade, entendant\nle comédien qui jouait Auguste déclamer :\nMa faveur fait ta gloire et ton pouvoir en vient;\nElle seule félève et seule te soutient, etc.,\ndit à mi-voix : « Ah ! tu me gâtes le : Soyons amis, Cinna! » L'acteur,\ntroublé et croyant que cette apostrophe s'adressait à lui, faillit perdre la\ntête. Mais le maréchal lui dit après la pièce : « Ce n'est pas vous qui\nm'avez déplu, c'est Auguste qui dit à Cinna qu'il n'a aucun mérite,qu'il\nn'est propre à rien, qu'il fait pitié, et qui lui dit ensuite : Soyons amis.\nSi le roi m'en disait autant, je le remercierais de son amitié. »\nUn soir qu'on jouait l Opéra de village, de Dancourt(iÔ94), le mar-\nquis de Sablé arriva à moitié ivre sur le théâtre. L'acteur-auteur était en\nscène et chantait ces vers de sa pièce :\nEn parterre, il boutra nos blés ;\nNos prés, nos champs seront sablés.\nLe marquis, dont la raison était assez troublée, pensa que celui-ci\nl'insultait, et, se levant de sa place, il alla gravement souffleter le comé-\ndien, qui dut subir cet affront sans mot dire.\nMademoiselle Dumesnil jouait un jour Cléopâtre dans Rodogune. Elle\nvenait de lancer ses imprécations et, prête à expirer de rage, s'écriait :\nJe maudirais les dieux, s'ils me rendaient le jour !\nquand elle se sentit frappée d'un grand coup de poing dans le dos par un\nvieux militaire qui se trouvait sur le théâtre, précisément derrière elle, et\nqui lui cria : « Va-t'en, chienne, à tous les diables! »Ce trait de délire\ninterrompit le spectacle, mais l'actrice remercia lofficier de son injure et\nde ses coups., comme de l'éloge le plus flatteur.\nUn bon mot suggéré par la présence des banquettes faillit faire\ntomber, en 1736, le Childéric de Morand. Dans une scène des plus\npathétiques, un acteur, chargé d'apporter une lettre, ne pouvait par-\nvenir à fendre la foule et agitait son papier d'une façon désespérée*\n<t Place au facteur ! » cria un plaisant du parterre aux éclats de rire de\ntoute la salle. A la soirée suivante, l'auteur bien avisé supprima la\nmalencontreuse lettre.\nDu reste, les deux parties de l'auditoire, celle qui s'étalait sur la scène\net celle qui se tenait debout à l'autre extrémité de la salle, étaient presque\ntoujours en hostilité ouverte. Témoin le Grondeur, de Brueys et\nPalaprat, qui fut sifflé par la première et vivement applaudi par la"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "211", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.20", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2695, "texte": "seconde. Témoin encore le philosophe Plapisson, qui, se trouvant sur la\nscène, à la première représentation de VÉcole des femmes, haussait les\népaules à chaque éclat de rire du parterre , le regardait en pitié et\ndisait avec aigreur : « Ris donc, sot de parterre, ris donc ! »\nIl y avait pareille affluence de spectateurs sur la scène de l'Opéra, où\nils devaient singulièrement gêner le jeu des machines et entraver l'ap-\npareil des décors et le déploiement des masses chantantes ou dansantes.\nCes exigences de la mise en scène firent que cet abus fut réprimé plus\ntôt à l'Académie de musique qu'à la Comédie-Française ; toutefois,\ncertain passage des Amusements sé de Dufresny,\nprouve que les petits-maîtres s'étaient aussi emparés de notre scène\nlyrique. « Entrons vite à l'Opéra, dit l'auteur au Siamois qu'il pro-\nmène à travers Paris, et plaçons-nous sur le théâtre. Sur le\nthéâtre, lépartit mon Siamois, vous vous moquez! Ce n'est pas nous qui\ndevons nous donner en spectacle : nous venons pour le voir. N'im-\nporte, luy dis-je, allons nous y étaler : on n'y voit rien, on y entend mal;\nmais c'est la place la plus chère, et par conséquent la plus honorable.\nCependant, comme vous n'avez point encore d'habitude à l'Opéra, vous\nn'auriez pas sur le théâtre cette sorte de plaisir qui dédommage de la\nperte du spectacle. Suivez-moy dans une loge; en attendant qu'on lève\ncette toile, je vais vous dire un mot des païs qu'elle nous cache (i). »\nMolière combattit vivement cet usage ridicule, d'abord dans les\nFâcheux par la bouche d'Eraste, puis dans par celle\nd'Acaste ; mais le poète était impuissant contre les seigneurs qui venaient\nlà faire montre de leurs précieuses personnes. Il obtint seulement que les\nchaises fussent remplacées par des bancs immobiles. Déjà du moins,\nl'homme à grands canons des Fâchep. ne pouvait plus crier du fond de\nja scène : « Holà ! ho ! un siège promptement ! » ni traverser tout le\nthéâtre.\nMais i homme pour s'asseoir a fait nouveau fracas,\nEt traversant encor le théâtre\nBien que dans les côtés il p\nAu milieu du devant, il a planté sa chaise,\nEt, de son large dos morguant les spectateurs,\nAux trois quarts du parterre a caché les acteurs.\n\n(i) Amusements sérieux et comiques. A Paris, chez Claude Barbin, au Palais, sur le\nsecond perron de la Sainte-Chapelle (1699). Amusement cinquième : l'Opéra.\nVoici encore un extrait de ce piquant opuscule :\n« Les fées de l'Opéra enchantent comme les autres; mais leurs enchantemens sont\nplus naturels, au vermillon près... Celles-cy sont naturellement bienfaisantes. Cepen-\ndant elles n'accordent point à ceux qu'elles aiment le don des richesses : elles le\ngardent pour elles. »"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "212", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.21", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2940, "texte": "Molière eut personnellement à souffrir des inconvénients de cette cou-\ntume et des hostilités qui éclataient à chaque instant entre les spec-\ntateurs des banquettes et ceux du parterre. Un jour, entre autres, un\ngrand seigneur en humeur de rire s'en va raccoler sur le Pont-Neuf tous\nles bossus qu'il trouve et leur remet à chacun un billet de théâtre pour le\nsoir. Lorsque la toile se lève, tout le public éclate de rire en voyant\nrangés de droite et de gauche quantité de bossus plus contrefaits les uns\nque les autres.\nCela n'était encore qu'une plaisanterie assez drôle, mais voici qui\nprête moins à rire. En recueillant les matériaux d'un travail qu'il pré-\npare sur les spectacles des foires et des boulevards de Paris, M. Cam-\npardon a eu la bonne fortune de trouver, à la section judiciaire des\nArchives de l'État, quatre pièces relatives à Molière, et il les a livrées au\npublic (i). L'un de ces papiers est une Information à la requête de\nM. le procureur du Roi, au sujet insulte arrivée à la Comédie\ndu Palais-Royal, par des gens de livrée (le dimanche 9 octobre 1672).\nLe magistrat chargé de l'enquête était un nommé David, conseiller du\nroi, commissaire enquesteur et examinateur au Châtelet de Paris. Entre\ntoutes ces dépositions, nous ne citerons que la plus courte, celle du sieur\nMathieu Pélouard, bourgeois de Paris, y demeurant rue Saint-Honoré,\nparoisse Saint-Germain-l'Auxerrois, âgé de vingt-sept ans environ. Elle\nsuffira à bien faire connaître l'incident :\nDépose que dimanche dernier étant sur l'amphithéâtre de la Comédie du\nPalais-Royal, il vit jeter sur le théâtre une pierre ou quelque chose de sem-\nblable, pendant que quelques acteurs jouoient, entre autres ledit sieur de\nMolière; à la fin de la comédie, il vit plusieurs gens de livrée dans le par-\nterre, croit que ce sont tous pages, partie de celle de M. de Grandmont, qui\nfirent grand bruit et rumeur. Aperçut qu'un d'eux donna des coups de bâton,\nmais ne sait à qui. Et comme cela mit presque toutes les personnes qui\ny étoient en alarme, M. le procureur du Roi parut en robe sur ledit théâtre,\nlequel leur dit : « Pages, cela n'est pas honnête d'user de telles violences dans\nun lieu de respect comme est le Palais-Royal. Mettez vos bâtons bas! »\nNonobstant, ils ne laissèrent de remuer comme auparavant, n'eurent aucun\nrespect pour mondit sieur le procureur du Roi, levoient les mains, comme se\nmoquant de lui ; et quelques personnes d'apparence, qui étoient sur ledit\nthéâtre, leur ayant dit : « Messieurs, vous parlez à M. le procureur du Roi,\nqui est votre juge, » une voix répondit : « Nous n'avons pas de juges; nous\nnous moquons des juges. » Enfin lui parlèrent avec beaucoup de mépris. Et\nremarqua parmi lesdits pages un jeune homme couvert d'un justaucorps de\nvelours noir, ayant l'épée au côté, et d'une plume blanche sur son chapeau,\n\n(1) Documents inédits sur J.-B. Poquelin Molière, brochure in-18, chez Pion, 1871."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "213", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.22", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3034, "texte": "qui prenoit fort leur intérêt contre mondit sieur le procureur du Roi, lequel\nne leur parla à tous qu'avec grande douceur et modération, quoiqu'ils cau-\nsèrent une grande rumeur, et de la manière qu'ils en usèrent, ils se rendirent\nmaîtres du parterre. Est tout ce qu'il a dit savoir.\nSigné : DAVID. PÉLOUARD.\nCes graves désordres renaissant à tout propos, le roi rendit, le 12 jan-\nvier 1685, une ordonnance qui défendait à toutes personnes de com-\nmettre aucuns désordres à la Comédie.\nSA MAJESTÉ, estant informée que les défenses qu'elle a cy-devant faites à\ntoutes personnes d'entrer aux Comédies, tant Françoises qu'ltaliennes, sans\npayer, ne sont pas exactement observées ; et même que beaucoup de gens\ny estant entrez, interrompent par le bruit le divertissement public : Sa\nMajesté a de nouveau fait très-expresses inhibitions et défenses à toutes per-\nsonnes, de quelque qualité et condition quelles soient, même aux officiers de\nsa maison, ses gardes, gendarmes, chevau-légers, mousquetaires, et tous\nautres, d'entrer auxdites Comédies sans payer; comme aussi à tous ceux qui\ny seront entrez, d'y faire aucun désordre, ny interrompre les comédiens en\nquelque sorte et manière que ce soit. Enjoint au lieutenant-général de police\nde sa bonne ville de Paris, de tenir la main à l'exécution de la présente\nordonnance. Fait à Versailles, le douzième jour du mois de janvier i 685.\nSigné : LOUIS. Et plus bas, COLBERT. Et scellé du sceau de Sa Majesté.\nCes défenses ne produisirent pas grand effet, si bien que le roi fut\nobligé de les réitérer dans ses ordonnances des 16 novembre 1691 et\n19 janvier 1701. Enfin, le 10 avril 1720, le Régent les renouvelait en\ntermes plus sévères :\nSA MAJESTÉ, voulant que les défenses qui ont été faites de temps en temps,\net qu'elle a renouvelées à l'exemple du feu roi, d'entrer à l'Opéra et à la\nComédie sans payer, et d'en interrompre le spectacle, sous aucun prétexte,\nsoient régulièrement observées ; et bien informée que quelques personnes se\nnégligent sur leur observation, Sa Majesté, de l'avis de M . le duc d'Orléans,\nrégent, a fait et fait très-expresses inhibitions et défenses à toutes personnes\nde quelque qualité et condition qu'elles soient, même aux officiers de sa\nmaison, gardes, gendarmes, chevau-légers, mousquetaires et autres, d'entrer\nà l'Opéra ni à la Comédie sans payer. Défend aussi à tous ceux qui assis-\nteront à ces spectacles d'y commettre aucun désordre en entrant, ni en sor-\ntant, et d'interrompre les acteurs pendant les représentations et entr'actes, à\npeine de désobéissance. Fait pareilles défenses, et sous les mêmes peines, à\ntoutes personnes de quelque qualité et condition qu'elles soient,de s'arrêter\ndans les coulisses qui servent d'entrée au théâtre de la Comédie, et hors de\nl'enceinte des balustrades qui y sont posées pour tenir les spectateurs assis et\nséparés d'avec les acteurs, afin que ceux-ci puissent faire leurs représentations\navec plus de décence et à la plus grande satisfaction du public. Défend aussi"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "214", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.23", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 831, "texte": "à tous domestiques portant livrées, sans aucune réserve, exception ni distinc-\ntion, d'entrer à l'Opéra ou à la Comédie, même en payant, de commettre\naucunes violences, indécences ou autres désordres, aux entrées ni aux envi-\nrons des salles et lieux où se font ces représentations, sous telles peines qu'il\njugera convenable. Permet Sa Majesté, d'emprisonner les contrevenants, et\nenjoint au sieur d'Argenson, etc.\nAutant d'ordonnances, autant en emportait le vent. Les édits, comme\nla raison, étaient impuissants à réprimer chez les seigneurs cette folle\nenvie de se donner en spectacle et de chercher à attirer sur eux l'atten-\ntion de la salle par leurs bruyantes façons d'agir. Un demi-siècle s'écou-\nlera encore avant que ce fâcheux abus puisse être réprimé.\n(La suite prochainement.)\n\nADOLPHE JULLIEN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-03-01-01-c015", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-03-01_01#c015", "volume": "bmtnabc_1875-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "215", "page_fin": "223", "image_debut": 24, "image_fin": 32, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.2.4", "titre_corps": "ANDRÉ PHILIDOR", "titre_sommaire": "ANDRÉ PHILIDOR", "signature_source": "ARTHUR POUGIN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 24, "page_imprimee": "215", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.24", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1938, "texte": "ANDRÉ PHILIDOR\n\n(<)\nNE jolie anecdote, qui donnera une nouvelle preuve de la\nsupériorité de Philidor aux échecs, est celle-ci. Elle a\nété publiée dans le Moniteur universel du 6 octobre\n1868,\n<( ... Quoi qu'aient pu dire bien des personnes qui croient que Philidor\nferait aujourd'hui assez triste figure à côté des joueurs de la force de\nM. Morphy, nous pouvons dire ceci : lia peut-être été égalé, il n'a certes pas\nété dépassé. Qu'on nous permette, pour prouver ce que nous avançons, de\nraconter une anecdote ancienne, mais peu connue.\n« Les noms de Deschapelles et de Labourdonnais sont restés dans le sou-\nvenir de tous les amateurs. Deschapelles, qui avait le génie des échecs, était\nle plus fort des deux. Il était le premier joueur de l'Europe, mais Philidor\navait cessé de vivre.\n« Il y avait plus de vingt ans que Deschapelles ne jouait plus en public,\nlorsque Méry raconta avec sa verve toute méridionale qu'après une des plus\ncélèbres batailles de l'Empire, Deschapelles, officier dans l'armée française,\nfut conduit au cercle des échecs d'une grande ville où l'armée était cantonnée,\npar un colonel du pays. Par politesse, on lui donna pour antagoniste le\njoueur le plus fort du cercle, qui, sûr de sa supériorité, offrit à Deschapelles\nde lui rendre une tour. Deschapelles reçut l'avantage et la partie commença;\nmais, au bout de quelques coups, il dit à son adversaire : « Monsieur, remet-\ntons les pièces en place, je vous prie, c'est moi qui vais vous rendre la tour,»\net il gagna. Les journaux anglais traitèrent ce fait de gasconnade. Ils reve-\nnaient souvent et à plaisir sur l'outrecuidance du joueur français. Celui-ci,\nimpatienté, et pour mettre fin à tous ces quolibets, envoya un défi à tous les\njoueurs de l'Angleterre, offrant non-seulement de rendre le pion et deux\n\n(1) Voir les numéros des i 5 juin, i 5 juillet, i*r septembre, ler octobre, ler novembre,\nlerIer décembre 1874, icr janvier et ier février 1875."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "216", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.25", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3480, "texte": "traits a celui qui se présenterait, mais encore de jouer la somme qu'on vou-\ndrait. Le défi fut relevé, les paris s'engagèrent, et les Anglais allèrent cher-\ncher dans sa retraite M. Lewis, joueur émérite et auteur de nombreux\nouvrages sur les échecs, pour être leur champion. M. Lewis accepta, mais\navant de partir pour Paris, où le défi devait avoir lieu, il demanda qui était\nson adversaire. On le lui nomma. « Il est inutile que je parte, dit simplement\n« M. Lewis ; M. Deschapelles m'a toujours rendu pion et deux traits, il m'a\n« toujours battu. » Le défi en resta là, et une députation anglaise vint féli-\nciter le vieux lion, comme l'appelèrent depuis cette époque les journaux\nanglais.\n« Eh bien ! ce joueur qui offrait le pion et deux traits à toute l'Angleterre\net qui ne trouvait pas d adversaire, recevait ce même avantage de Philidor, et\nPhilidor était vainqueur (i). »\nPhilidor ne trouvait pas plus de rivaux en Angleterre qu'en France,\nmais il trouvait, là comme ici, des joueurs fort habiles avec lesquels il\nse mesuiait en leur faisant des avantages proportionnés à leur talent, et\nqu il ne cessait de transporter d'admiration. Je pense qu'il resta encore à\nLondres un peu moins de deux années après la publication delà seconde\nédition de son Analyse des Échecs. En effet, on a vu que la dédicace de\ncette seconde édition porte la date de juin 1777; or, il devait être de\nîetour en France dans les premiers mois de 1779, puisqu'il donnait, le\n\n? (x) J'ai dlt Plus haut que Philidor n'avait jamais été battu. A dix-huit ans, il lit avec\nlabbe Chenard, au café de la Régence, sa première partie sans voir l'échiquier; il\nla gagna. En 1747, à peine âgé de vingt ans, lors de son premier voyage hors 'de\nFrance, il défia Stamma, qui était alors considéré comme le plus fort joueur qui\net lui gagna huit parties sur dix. Il était élève d'un joueur fort habile,\nnommé Kermy. « Dans son Analyse du Jeu des Échecs (dit M. Jean Gay dans sa\nBibliographie anecdotique du Jeu des Échecs), composée en Hollande en 1748, l'au-\nteur se distingue par la marche savante de ses pions ; il est le premier qui établit\nen piincipe qu on ne pouvait parvenir à être bon joueur sans savoir bien jouer les\npions, qu'il appelle Y âme des échecs, et que de leur bon ou mauvais arrangement\ndépend toujours le gain ou la perte de la partie. A cette époque, l'auteur avait vingt-\ntrois ans et était regardé comme le plus grand joueur de son temps. » Depuis lors,\nsa renommée 11a subi aucune atteinte ; on en a des preuves sans nombre. Il existait\nd Londies, en 1864 (ie ne sais s; elle existe encore), une revue spéciale qui avait\npour titre : the Philidorian. On a fondé à Paris (M. Sanson), en 1868, une revue\nintitulée aussi le Pliihdorien. M. Georges Allen, joueur émérite, professeur à l'Uni-\nversité de Pensylvanie, a publié en iB5B, à Philadelphie, une Vie de Philidor fthe\nLifeof PhilidorJ, qui avait paru d'abord, en 1857, dans un journal spécial de New-\nYork, le Chess Monthly. Un des plus forts joueurs de la Russie, M. A. de PetrofF, a\nreçu d'un de ses confrères et compatriotes, le major G.-F. de Jaenisch, le surnom\nde Philidor de la Russie; celui-ci, publiant son Analyse nouvelle des ouvertures du\nJeu des Echecs (Saint-Pétersbourg et Leipzig, 1842-43,2 vol. in-8 ), lui a en effet\ndédié ce livre en ces termes : « Au Philidor de la Russie, M. A. de Petroff. » On\nvoit que la gloire de Philidor, au point de vue des échecs, n'est pas près de\ns'éteindre."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "217", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.26", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2762, "texte": "ier mai de cette annnée, sur un petit théâtre,, un petit ouvrage ddnt\naucun de ses biographes n'a eu connaissance, et dont il sera question\nplus loin : le Puits d'amour, ou les Amours de Pierre le Long et de\nBlanche Ba\\u ; et, d'autre part, il ne doit pas être revenu plus tôt, puis-\nqu'il faisait exécuter à Londres, le 26 février de cette même année 1779,\nune composition extrêmement importante, qu'il avait écrite en cette\nville sur le Carmen seculare d'Horace.\nL'oeuvre que je viens de signaler est assurément l'une des plus\noubliées, entre toutes celles qu'a laissées Philidor. Elle produisit pour-\ntant, lors de son apparition, une impression profonde, et excita des trans-\nports d'enthousiasme à Londres, à Paris et à Saint-Pétersbourg. Fétis\nen touche à peine quelques mots, et dit seulement, à son sujet : « En\n«s*\n1779, Philidor mit en musique à Londres l'ode séculaire d'Horace, pro-\nduction qui a été beaucoup vantée, mais qui est inférieure à ses bons\nopéras. » Comme il s'agit d'un ouvrage extrêmement important, dont\nles biographes ont à peine attesté l'existence, on me permettra d'entrer\ndans quelques détails pour en retracer l'histoire.\nC'est dans le Mercure de France (juillet 1779) que nous en trou-\nvons la première trace. Suard consacra un article spécial à l'œuvre nou-\nvelle de Philidor, dont on s'entretenait beaucoup en Angleterre, où elle\navait obtenu un très grand succès. Après avoir constaté que chez nous\nl'art musical tournait en quelque sorte sur lui-même, et que l'ensemble\nde ses manifestations manquait de nouveauté, d'imprévu, de variété;\naprès s'être étonné qu'en présence des progrès faits par l'opéra, les musi-\nciens ne cherchassent point à frayer à leur art des routes nouvelles et\ninexplorées; après avoir regretté que la musique religieuse n'eût pas, en\nFrance comme en Italie, tenté les artistes et enfanté des chefs-d'œuvres,\nl'écrivain faisait connaître tous les détails relatifs à la naissance du der-\nnier ouvrage de Philidor. Ces détails sont assez intéressants pour mériter\nd'être reproduits en entier :\n\n«... Un homme de lettres italien, établi depuis longtemps à Londres\n(M. Baretti), s'étonnoit qu'aucun compositeur n'eût mis en musique les odes\nd'Horace, dont la poésie harmonieuse et variée doit être encore plus suscep-\ntible de beaux chants que le Tantum ergo et le De profundis M. Baretti\ncommuniqua son idée à M. Philidor, dont il connaissoit la célébrité, et lui\ninspira le dessein d'en tenter l'exécution sur le Carmen secnlare, qui, par la\nsolennité du sujet, par l'abondance des images, par la variété des mouve-\nmens, était bien digne en effet d'exercer les talens de l'auteur d'Ernelinde\net de Tom Jones. •\n« M. Philidor se sentit enflammé à la lecture de ce poème d'Horace, mais"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "218", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.27", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3050, "texte": "cette première ardeur se ralentit un peu lorsqu'il sentit la difficulté, non-\nseulement de conserver la prosodie latine, mais encore d'asservir le mètre\nsaphique à la phrase musicale. C'est une loi que ne s'est imposée aucun des\ncompositeurs qui ont mis en musique des paroles latines. La quantité des\nmots est scandaleusement outragée dans presque tous les motets, et Pergolèse\nlui-même n'y a eu aucun égard dans son immortel Stabat. On peut en juger\npar le couplet eu jus animam gementem.\n« M. Philidor ne se laissa pas rebuter par la difficulté. Il consulta sur son\nprojet M. Diderot, un des hommes de lettres le plus en état de le guider par\nses lumières, et de l'échauffer par son enthousiasme. Aidé de ses avis, de\nceux de M. Baretti, et de ses propres réflexions, le musicien se mit à l'ou-\nvrage, et en vint bientôt à bout. Nous allons donner une légère idée de son\ntravail.\n« On sait queles Romains, au renouvellement de chaque siècle, célébroient\nla fondation de la République par de grandes fêtes, au milieu desquelles on\nchantoit une espèce d'hymne en l'honneur d'Apollon et de Diane, divinités\ntutélaires de Rome, pour implorer la continuation de leurs faveurs. C'était\ndans un temple consacré à ces deux divinités, que l'hymne étoit chantée par\nvingt-sept garçons et autant de filles des familles les plus distinguées. Le\nrenouvellement du siècle arriva sous le règne d'Auguste, qui fit élever un\ntemple sur le Mont-Palatin pour célébrer cette fête, et chargea Horace de la\ncomposition de l'hymne séculaire.\n)> On ne s'accorde pas sur ce qui constitue le Carmen seculare d'Horace.\nDans la plupart des éditions de ce poète, on ne donna ce nom qu'à une ode\nqui commence par ce vers :\nPhœbe sylvarumque potens Diana.\n« Quelques critiques ont prétendu que ce poème étoit plus étendu, et\ncomprenoit d'autres morceaux qu'on croyoit appartenir à des odes particu-\nlières. D'après cette idée, le P. Sanadon a disposé plusieurs odes d'Horace\nde manière à en former un tout, auquel il a donné le titre de Polymelrum\nSaturnium in Ludos seculares, et qu'il croit être la véritable forme du\nCarmen seculare, qui fut chanté dans les trois jours que durèrent les jeux\nséculaires. -\n« Sans entrer dans la discussion de cette hypothèse, M. Baretti a adopté\nla leçon du P. Sanadon, et M. Philidor s'y est conformé, parce qu'il a trouvé\nque le poème, sous cette forme, présentoit de la magnificence, de la variété\net des contrastes dans les tableaux, propres à déployer les richesses de la\nmusique,\n« Il se trouve disposé en quatre parties, précédées d'un prologue. La\nstrophe Odi profamim vulgus forme le prologue, et donne lieu à une ouver-\nture qui exprime la grandeur du sujet et l'enthousiasme du poète, qui\ns'annonce comme le prêtre des Muses, écartant de lui le profane vulgaire, et\nsollicitant l'attention de l'assemblée. Comme la plus grande partie est en vers\nsaphiques, il a fait sentir ce mètre par le rhythme qu'il a donné àun morceau\nde l'ouverture.\n« La première partie est composée des quatre strophes qui commencent"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "219", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.28", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 3049, "texte": "par Spiritum Phœbus mihi, et par lesquelles le poète exhorte les garçons et\nles jeunes filles qui doivent chanter son poème, à bien observer la mesure,\net à faire attention au signal de son pouce. M. Philidor a mis en récitatif les\ntrois premières strophes jusqu'à ces mots de la quatrième, Ego Dis amicum,\nsur lesquels il a fait un bel air ; et il a pu se dire à lui-même en cet endroit :\nReddidi carmen, docilis modorum\nVatis Horatî.\n« La seconde partie est composée de sept strophes, qui commencent par :\nDire, quem proies Niobœa magnœ, etc.\n« M. Philidor fait précéder cette invocation par une répétition de ÏOdi\npro/anum vulgus. Ces mots,favete linguis, sont suivis d'un long silence, après\nlequel la prière commence par un chœur exécuté pianissimo, mais où toutes\nles parties répètent alternativement et fortissimo le magnœ vindicem linguœ.\nLa peinture d'Achille et celle des enfants livrés aux flammes, quoique cachés\nencore dans le sein de leurs mères, sont rendues par une musique pleine de\nforce et d'expression.\n« La troisième partie,\nDianam tenerœ dicite VirgineSj elc.\nforme un duo dialogué entre un garçon et une fille, qui donne de la variété\nà cette composition.\n« L'ode Phœbe sylvarumque potens, forme la quatrième partie. Elle com-\nmence par un chant simple et syllabique, où le musicien a cru devoir rap-\npeler encore l'idée du mètre saphique : il a réuni dans les différents tableaux\nque présente cette ode les caractères les plus contrastés de la musique : le\ncantabile et la plus forte expression, le gai et le religieux, et il a fini par un\nchœur bruyant du plus grand effet.\n« Lorsque M. Philidor eut achevé son ouvrage, il y eut bientôt une sous-\ncription ouverte à Londres pour le faire exécuter : c'est le pays du monde où\nles arts sont le moins en progrès, et où ils trouvent le plus d'encouragement.\nLa signora Georgi, très-connue à Paris par la beauté et la singulière étendue\nde sa voix; deux soprani, il signor Manzuoletti et il signor Micheli, et\nM. Reynold, chantèrent les principales parties. L'orchestre étoit dirigé par\nM. Cramer, dont les talens sont connus. Cette composition hardie et singu-\nlière fut exécutée trois fois consécutivement, le 26 février, le 5 et le i 3 mars\nde cette année, et toujours avec le plus grand succès. Leurs A. R. les ducs\nde Glocester et de Cumberland, frères de Sa Majesté Britannique, les princi-\npaux personnages de l'un et l'autre sexe, les gens de lettres les plus distin-\ngués des trois royaumes assistèrent à ces représentations, et donnèrent à\nl'ouvrage les plus grands éloges. Plusieurs morceaux furent redemandés et\napplaudis avec transports. Il seroit à désirer que les amateurs de musique,\nqui se multiplient tous les jours à Paris, et qui se réunissent avec tant de\nzèle pour appeler à grands frais des virtuoses étrangers, se donnassent les\nmêmes soins pour nous faire jouir de l'ouvrage d'un compositeur françois,\ndont les talens justement célèbres méritent d'être encouragés par tous ceux\nqui s'intéressent véritablement aux progrès de la musique. »"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "220", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.29", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2753, "texte": "Le ton de cet article,, le journal dans lequel il était publié, indiquent\nsuffisamment le cas que l'on faisait à Paris du talent de Philidor, et en\nquelle estime on le tenait. La manifestation de Suard nous est un\nsûr garant de la renommée dont jouissait l'artiste. D'autre part, nous\nvoyons que Philidor tenait haut, à l'étranger, le drapeau de l'art fran-\nçais, et que son inspiration, cherchant des routes nouvelles, faisait de\nlui un véritable novateur. Au reste, le souhait exprimé par Suard fut\nbientôt exaucé. Lors du retour à Paris de Philidor, une souscription fut\nouverte pour faciliter l'exécution du Carmen seculare, qu'il obtint la\nfaveur de donner aux Tuileries, dans la salle du Concert spirituel. Nous\nallons voir Bachaumont passer, au sujet de cette œuvre d'un caractère\nsi nouveau, du scepticisme le plus impertinent à l'admiration la plus\ncomplète :\n« M. Philidor, dit-il d'abord, excite de son mieux le public, par lui, ou par\ndes amis, à souscrire pour le spectacle qu'il se propose de donner aujour-\nd'hui ; il s'est fait écrire une lettre par un de ses partisans, insérée au Journal\nde Parisy n° 17, où l'on renouvelle l'annonce du succès prodigieux qu'a eu\ndans la capitale d'Angleterre son Carmen seculare; il a réuni les suffrages\ndes trois cabales qui divisent les amateurs.\n« La première est celle des Antiquaires, qui revient à la cabale des Lullistes\nà Paris : ils ne connoissent d'autre musique que celle de Haendel, regardé\nchez eux comme le fondateur de cet art. Auditeurs constans de ses orato-\nrios et du concert antique, à peine se sont-ils permis quelques battemens à\nrArtaxerce du docteur Arne.\n« La seconde est la secte Auzonienne ; son cri est : ltaliam! Italiam! Pour\nréussir auprès d'elle, il faut à toute force être né au sein de l'ltalie. Madame\nTodi, qui est Portugaise, l'a éprouvé malgré son talent 'supérieur : ce sont\nles Bouffonistes de chez nous. La troisième est celle des Allemands, qui est\ncelle des Gluckistes ici.\n« Malgré la difficulté de plaire à des goûts si opposés, les Antiquaires, en\nleur qualité de savants, ont applaudi M. Philidor d'avoir bien rendu le sens\ndu poème latin; les Italiens ont souri gracieusement à son chant et à l'esprit\nqui règne dans les détails; les Allemands ont frappé des pieds, des mains et\ncrié bravo à son harmonie ; les Anglois même ont oublié qu'il était Fran-\nçois (1). »\nC'est le 19 janvier 1780 que le Carmen seculare est exécuté solen-\nnellement dans la salle du Concert spirituel. Dès le 23, Bachaumont en\nconstate en ces termes le succès :\n«... Quoique cette composition musicale, renfermant trente-cinq strophes\ndu poète latin, parût à tout le monde devoir être monotone et ennuyeuse,\n\n(1) Mémoires secrets, etc., 19 janvieT 1780."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "221", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.30", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2773, "texte": "on s'est fait un honneur d'assister à un pareil spectacle; il est rare de voir\nune assemblée aussi nombreuse et aussi bien composée ; une foule de cor-\ndons bleus, rouges et autres la décoroient ; les loges étoient remplies des\nfemmes les plus qualifiées, et pour la première fois peut-être les filles en ont\nété exclues.\n« On a été trompé agréablement en remarquant que cet ouvrage, dont\n1 exécution a duré plus d une heure et demie, même deux heures, à quelques\nendroits près un peu froids, a été accueilli avec une attention soutenue et\nsouvent avec des accès d'enthousiasme. L'invocation au soleil, dans le genre\nsublime, et celle pour la prospérité des biens de la terre, dans le genre\nchampêtre, gai et même dansant, ont surtout transporté l'auditoire, au point\nqu'on a crié bis, et qu'il a fallu le satisfaire en le recommençant (1) ».\nLe succès fut tel qu'il fallut renouveler les auditions de l'ouvrage.\nBachaumont nous l'apprend, en accentuant encore son enthousiasme :\n« Le poème séculaire d'Horace a été donné tout récemment deux fois à la\nsalle du Concert spirituel, et toujours avec le même succès. Vendredi der-\nnier on fit encore répéter le chœur sublime Aime sol et le chant naïf de la\nstrophe Fertilis frugum. Tout fut senti et apprécié. Les interlocuteurs ont\nmis ce jour-là, plus que précédemment, dans leur expression, la dignité, la\ngrâce, 1 énergie que les vers d'Horace exigent, et sans la mauvaise disposition\ndes choristes, disposition qui tient au local, l'exécution de cette grande com-\nposition auroit été parfaite. Nous n'avons plus rien à envier aux autres\nécoles. Les musiciens françois pouvoient opposer à leur musique dramatique\ndes productions non moins brillantes, à leur musique d'église des chants\nencore plus nobles et plus religieux : il étoit réservé à M. Philidor de les\négaler dans l'oratorio; et son premier essai en ce genre peut être placé à côté\ndes compositions admirables qui ont immortalisé les Haendel, les Hasse et\nles Jomelli (2) ».\nIci, l'écrivain passe la mesure, et son enthousiasme s'accuse un peu\ntrop. Il n'en est pas moins vrai que l'œuvre de Philidor est fort remar-\nquable, et par son style, et par sa couleur, et par la grandeur de sa\nconception. Elle méritait son succès, et elle le méritait d'autant plus que\nl'essai était hardi. L'accueil qui lui fut fait en Angleterre donne d ail-\nleurs une idée de sa valeur, puisqu'elle put supporter le souvenir des\nchefs-d'œuvre de Haendel. Peu de mois après l'exécution à Paris, Phi-\nlidor recevait la lettre suivante, qui fut reproduite dans le Mercure du\n26 août :\nCopie d'une Lettre de M. <?... à M. PHILIDOR.\nLe succès, monsieur, que le Polymetrum Saturnium a eu à Londres et à\n\n(1) Mémoires secrets, 23 janvier.\n(2) Mémoires secrets,22 mars 1780."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "222", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.31", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2451, "texte": "Paris, a fait désirer à l'lmpératrice de Russie de connoître une composition\ndont la difficulté vaincue est le moindre mérite, quoique ce projet semblât\nprésenter des obstacles insurmontables.\nCette grande princesse, sur laquelle tous les talens distingués et tous les\nouvrages de génie, à quelque classe qu'ils appartiennent, ont des droits immé-\ndiats, ne se borne pas à vouloir entendre le vôtre en concert; elle a fait\nécrire à un des plus célèbres savans d'ltalie pour lui demander un programme,\nafin de relever le charme de votre musique par la pompe du spectacle, et la\nreprésentation exacte des cérémonies religieuses qui vous ont inspiré.\nSa Majesté Impériale m'accorde, monsieur, une faveur des plus touchantes\nen m'honorant de ses ordres à cette occasion, et me chargeant de vous\nremettre une marque de sa bienveillance. Vous savez le cas que j'ai fait de\ntout temps de vos rares talens, et je vous prie de croire que ma satisfaction\nde les voir encourager par une Souveraine dont la bonté égale la gloire, est\naussi sincère que l'attachement inviolable avec lequel j'ai l'honneur d'être,\nMonsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.\nG... (i)\nA Paris, ce i 3 juillet 1780.\nOn peut soupçonner Diderot, le constant ami et l'admirateur de Phi-\nlidor, de n'avoir pas été tout à fait étranger, en cette circonstance, à la\nconduite de l'impératrice, sa protectrice personnelle. Quoi qu'il en soit,\nPhilidor est le premier musicien français qui ait été l'objet d'un tel hon-\nneur. 11 reconnut la bienveillance de la souveraine en lui dédiant la par-\ntition du Carmen seculare, qui fut gravée à Paris, chez Sieber, avec un\nfrontispice sur lequel se voit le portrait de la czarine. Son œuvre fut\nd'ailleurs exécutée à la cour de Russie, avec toute la pompe, tout l'éclat,\ntout le luxe qu'elle comportait.\nA Paris, le succès du Carmen seculare se prolongea. On l'exécutait\nencore dans l'hiver de 1783, et voici les vers qu'un amateur adressait à\nPhilidor au sortir de cette exécution :\nQuelle variété sublime!\nIci, je dois verser des pleurs ;\nLà, c'est la gaîté qui m'anime\nPar ses diœsis (!J enchanteurs•\nCes Romains qui vouloient prétendre\nAu sceptre de tous les talens,\nNdur oient pas consenti d'attendre\nUn intervalle de cent ans,\nSi Flaccus leur eût fait entendre\nVos accords simples et touchans.\n\n(1) Cette lettre est de Grimm, chargé à Paris, comme on le sait, des commande-\nments de l'impératrice Catherine."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "223", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.32", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2186, "texte": "Moi vous chanter! quelle folie !\nCar pour célébrer les Concerts\nQue modula votre génie,\nIl faudroit mettre dans mes vers\nAutant de grâce et d'énergie\nQiie vous en mette% dans vos airs (1).\n(La suite prochainement.)\n\nARTHUR POUGIN.\n\n(i) (( Vers adressés à M. Philidor en sortant du Carmen seculare, par M. Duchosal,\navocat en parlement. » (.Mercure de France du 20 décembre 1783.)\nLe même journal parlait ainsi de cette réapparition de l'œuvre de Philidor : « Le\nmercredi 3 décembre, on a exécuté, dans la salle du Concert spirituel, par extraor-\ndinaire, et pour une fois seulement, le Carmen seculare d'Horace, mis en musique\npar M. Philidor. L'assemblée a été très nombreuse, et le succès conforme à la haute\nopinion qu'on avoit déjà de cet ouvrage. L'auteur y a fait quelques changemens qui\nont paru avantageux, et qui lui ont été dictés par l'exactitude d'expression à laquelle\nil s'est attaché. On a particulièrement distingué dans cet ouvrage la strophe :\nDeliœ tutela dece, dans laquelle l'auteur a fait sentir avec beaucoup d'adresse, et\nsur un très joli chant, la mesure du vers saphique. Le morceau pathétique : Hœc\nbellum lacrimosum, Y aime sol, morceau d'un superbe effet, et le Fertilis frugum, où\nl'auteur, par un chant villageois et gai, a donné une juste idée de ce qu'il avait à\npeindre. En général, ce poëme, quoique très long, est rendu avec la variété dont il\nest susceptible. Il est inutile d'en remarquer la facture ; les talens de M. Philidor\nà cet égard sont universellement reconnus. Il paroît en même tems un prospectus\nqui annonce cet ouvrage par souscription : nous ne doutons pas que les amateurs\nqui n'ont pas été à portée de l'entendre, ne s'empressent de se le procurer, et que\nceux de Paris même ne le regardent comme un morceau de bibliothèque qui\na mérité d'être au rang des ouvrages classiques, et qu'on ne peut se dispenser\nd'avoir. »\nCeux qui voudraient être renseignés plus longuement encore sur le Carmen secu-\nlare1 pourront consulter la Correspondance de Grimm, à la date de février 1780, les\nMémoires secrets, etc., aux dates suivantes : 4 novembre 1770, 9 et 20 janvier, et\n3i juillet 1780, et enfin YAlmanach musical de 1781*"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-03-01-01-c019", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-03-01_01#c019", "volume": "bmtnabc_1875-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "231", "image_debut": 33, "image_fin": 47, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.2.5", "titre_corps": "REVUE DES CONCERTS", "titre_sommaire": "REVUE DES CONCERTS", "signature_source": "H. C", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.33", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1942, "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nCONCERTS DU CONSERVATOIRE : L'Artésienne de M. Bizet. CONCERTS POPULAIRES :\nPremière audition de la Symphonie espagnole de M. Lalo. Concerto pour violon-\ncelle de M. F. Servais. CONCERT DU CHATELET : Adagio cantabile de madame\nFarrenc. Concert en ré mineur de Rubinstein. CONCERT DANBÉ (Salle Taitbout)•\nCONCERT DE M. JACQUINOT.\nONCERTS DU CONSERVATOIRE. —Les programmes\nbesogneux et mal combinés des quatre dernières séances\nont produit un résultat rarement constaté au Conserva-\ntoire. Le public s'est visiblement ennuyé. Il ne sait pas\npourquoi, car il croit en conscience que tout ce qui se fait\nà la Société des Concerts a droit à la seule admiration.\nPourtant il commence à comprendre qu'on devrait mieux\nlui choisir et lui hacher moins menu les fragments qu'on lui offre ; qu'on\ndevrait aussi écarter les morceaux dont la place n'est pas au Conservatoire\net se maintenir dans le cadre si bien précisé de ces séances consacrées à\nBeethooven et à sa famille symphonique : Sammartini, Haydn, Mozart, Boc-\ncherini, Gossec, Mendelssohn, et toute la parentèle aujourd'hui nombreuse en\nScandinavie, en Allemagne, et surtout en France. Les scènes d'opéra moderne\ndoivent rester au théâtre, les chœurs d'Haendel et ses oratorios doivent être\nconfinés aux Cirques. Là tout est disposé pour les interpréter dignement; là\nils produisent leur effet, qui rate au Conservatoire, même avec madame\nPatey, précisément parce que, dans cette mignonne et merveilleuse salle,\nmadame Patey, avec son ampleur vocale, son style à longue portée, sa science\ndes larges expressions et son habitude de communiquer avec les vastes foules\nau milieu des explosions chorales et des développements gigantesques de\nl'oratorio, se trouve privée de ses moyens dès qu'elle est réduite à chanter\nsans l'horizon magistral des chœurs, en dehors de la continuité solide d'une\nœuvre grandiose et dans une salle restreinte, peuplée d'un millier à peine d'élé-"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "225", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.41", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3178, "texte": "gants dilettantes. La Cantilène du Messie, « il garde ses ouailles, » si émou-\nvante et pathétique au Cirque, passe inaperçue au Conservatoire. L'air d'Élie\nseiait plus accessible; mais encore faudrait-il que ces morceaux n'arrivassent\npas isolés; ils ont besoin de ce qui précède, de ce qui suit, de ce qui fait leur\ncomposition complémentaire. Sans quoi ils produisent l'effet de ces sucre-\nries, de ces pastilles de chocolat, que les petites dames s'offrent gentiment, et\nqui n'ont pas même l'avantage de satisfaire l'appétit d'un gourmet. Encore\nles fragments d'Élie, du Messie, sont-ils beaux; mais que dire de ces frag-\nments blafards, insignifiants, curiosités d'un cerveau malade, et qui font res-\nsembler quelques séances à une exhibition musicale de bric-à-brac ?\nPar exemple, le public proteste par une froideur significative contre l'in-\nvasion des nouveaux [compositeurs. Massenet a été accueilli avec réserve.\nPour Bizet, il y a malveillance sensible. Comme nous n'admettons pas ces\nexclusions, nous en avons cherché le motif et nous l'avons trouvé. La\nSociété des concerts donne un nombre très limite de séances. Si, dans chacune\nde ces séances on n'exécute pas une symphonie de Beethoven, avec son\nassortiment d Haydn, de Mozart, de Mendelssohn, on arrive au bout de la\nsaison sans avoir entendu les maîtres pour lesquels la Société a mandat\nexécutif. La Société des concerts est la seule qui réalise Beethoven dans sa\nvirtualité, de telle sorte qu'on peut dire que Beethoven est là présent quand\non joue sa musique au conservatoire. Si donc le comité ne s'enferme pas\ndans l'exclusivisme le plus sévère, s'il ouvre la porte à tous les essais, il\ndevient la maison de tout le monde, et n'est plus la maison de Beethoven, et\nà un certain moment Beethoven disparaît des programmes des Concerts du\nConservatoire, dont il est Tunique raison d'être.\nL accomodement est facile. Que tous les sots fragments qui encombrent\nles séances soient supprimés, et les nouveaux compositeurs, quand ils auront\nfait leur preuve, auront droit alors de figurer dans les programmes déblayés.\nA. Nibelle, Saint-Saëns, Massenet, Lalo, Bizet, ne sont point faits pour\ndéshonorer les maîtres auprès desquels on jouera leurs musiques, préludes déjà\nfort louables de la grande école symphonique française, dont Gossec fut le\npremier maître, dont Berlioz et Félicien David furent les continuateurs et\nqui attend son Beethoven. Qu'on nous donne du Bach, qu'on nous le montre\ntout entier, ce maître de la fugue, ce génie fugué qui s'est incarné avec tant\nde puissance dans son oeuvre scolastique. De même pour Haendel, qu'on nous\nle fasse tout connaître, ce grand faiseur d'absorption, ce boa constrictor qui\ns'est saturé des oeuvres sacrées de l'École italienne, de l'École espagnole, de\nLulli, de Henri Purcell, et qui a tout résorbé avec génie dans des oratorios\nincomparables.\nIl faut que tous les maîtres du Nord, du Midi, de l'Orient, de l'Occident,\nsoient exécutés, discutés, analysés, enseignés par le professeur, assimilés par\nle disciple, et qu'ils entrent dans le grand courant de la science et de la péda-\ngogie. Mais leur œuvre est finie, elle n'est pas à refaire. Nous avons bien"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "226", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.42", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3259, "texte": "d'autres travaux à accomplir. Dans cinquante ans, dans cent ans au plus,\nl'art sera tout entier réformé, n'en doutez pas, et tous ces chefs-d'œuvre,\nautour desquels nous bâtissons nos pédantes esthétiques, seront traités de\ncompositions barbares. Place donc aux jeunes, aux travailleurs, à ceux qui\ncherchent le nouveau, qui provoquent l'avenir et déchirent les voiles de\nl'inconnu. S'ils se trompent, s'ils font des chutes, s ils s égarent, c est en\ncherchant la bonne voie où nous nous engagerons quand eux ou d'autres\nl'auront découverte et dégagée de tout encombrement périlleux.\nObservez Bizet! avec quelle vaillance il se pousse et pousse sa musique !\nAux deux dernières séances, on a joué quatre morceaux de son Arlésienne.\nCes morceaux sont le prélude, le menuet, que le lecteur trouvera ci-joint\nréduit au piano, ■— l'adagietto, et le carillon, une merveille de bijouterie\norchestrale. Cette œuvre a été assez peu bien accueillie. Eh bien !je vous dis\nque c'est une victoire. Vous verrez comme Carmen affirmera courageuse-\nment les témérités françaises qu'on dit pillées à l'Allemagne, comme si notre\nFrance n'avait pas ses virtualités de primesaut, ses spontanéités et ses géniales\npoésies. L'œuvre de tous ces nouveaux symphonistes est un miracle de\nvolonté et de créatrice puissance. Lalo a pris les anciens rhythmes espagnols et\nbasques ; il les a développés en symphoniste magistral pour qui l'orchestre\nrésume toute la pensée, le silence se faisant pour le spectateur dès que l'or-\nchestre a clos sa partition. Bizet, que son instinct porte au théâtre, comme\nMassenet, a, au contraire, développé son chant autochtone, d'origine arlé-\nsienne, en symphoniste qui se préoccupe du théâtre et des ressources que la\nvoix, la scène, les chœurs, le livret et le décor lui fournissent. Il accommode\nson orchestre avec l'assaisonnement particulier constitué à la musique toute\nen effet et en décoration, qui est indispensable au théâtre. On sent que la mu-\nsique de Lalo s'exécute dans une salle de concert et ne sera pas àsa place\ntransportée ailleurs, tandis que celle de Bizet, contrariée au concert, on sent\nqu'elle s'émet naturellement dans une salle de spectacle, qu'elle se requin-\nque, se dresse et fait la belle devant la toile rouge, cette toile rouge qui va\nse lever et montrer des artistes, des chanteurs, des choristes tous ralliés et\nenrôlés dans une mise en scène spécialisée et appropriée pour que la mu-\nsique s'y assortisse et en soit le décor sonore.\nTous ces jeunes compositeurs, on les accuse d'imiter Wagner et Verdi, de\npoursuivre le chic à outrance, de ne prétendre à rien qu'à épater le bourgeois,\nde se parnassiculer enfin... En vérité? Eh! bonnes gens, laissez leur des\ndéfauts qui ne les déparent pas pourvu qu'ils acquièrent la personnalité qui les\nillustre. Symphonistes ils sont jusqu'au bout des doigts, symphonistes ils\nseront quand on leur confiera des livrets de théâtre. Le théâtre y perdra-t-il?\nNon, certes! Guillaume Tell, la Messe du Requiem, le Prophète ont-ils\nperdu à être mosaïsés, ouvragés par des harmonistes et des orchestreurs\nexperts? Leur partition sera plus nourrie, plus corsée, plus solide ; elle sera\nau niveau des besoins artistiques contemporains; elle dévoilera quelques-uns"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "227", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.43", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2854, "texte": "de ces secrets qui inquiètent Wagner, Verdi, Helmhotz, Sax, Cornu, Georges\nGuéroult, Félicien David, et tous ces disciples fervents de notre jeune école,\nfiévreux, maladifs, excessifs en tout, et aux efforts desquels il faut applaudir\nnéanmoins, car, dans leur art, ils sont les représentants de la France qui se re-\nlève, de cette France qui veut de nouveau prendre sa place, et sa place glo-\nrieuse, dans le champ de manœuvre de la civilisation.\nMaurice Cristal.\nCONCERTS POPULAIRES. M. Pasdeloup nous a donné au premier\nconcert de la troisième série la première audition de la Symphonie espagnole\npour orchestre et violon principal, de M. Lalo. Ainsi que je l'annonçais,\nen terminant mon dernier compte rendu, cette œuvre est des plus remar-\nquables, et il nous reste maintenant à l'examiner avec quelque détail. La\nSymphonie espagnole se compose de cinq morceaux : Allegro,\nAndante, Rondo.\nL'Allegro débute par un exorde de quelques mesures, dans lequel\nl'orchestre et le violon principal préparent en dialoguant l'idée mélodique\nsans la présenter d'abord dans son entiers le violon s'empare presque aus-\nsitôt du thème fondamental, il commence par l'exposer simplement, puis il\nle cède à l orchestre en continuant à broder sur le tissu mélodique au moyen\nde traits légers d'une rare élégance. L'idée de ce thème est bien caractérisée\net le rhythme en est vigoureusement accentué; le musicien Ta traitée avec\nbeaucoup d'art et en a fait l'objet d'un développement très serré, dans lequel\nentre comme complément de l'idée principale une mélodie épisodique pleine\nde charme et de poésie.\nCe premier morceau m'a paru excellent sous tous les rapports : choix des\nidées, tenue du style, économie des proportions. Le à 3/8 est\nbâti sur un rhythme de boléro, dont M. Lalo a su corriger très heureuse-\nment la vulgarité, sans rien lui faire perdre de sa couleur originale. Ce mor-\nceau produirait beaucoup d'effet si l'idée mélodique était plus nettement\ndessinée et ne se perdait pas parfois à travers les méandres capricieux d'un\nlong développement, qui manque un peu de mesure et de cohésion, et qui,\nselon moi, eût beaucoup gagné à être plus ramassé. Le thème de l'\nse compose d une mélodie espagnole, soutenue par un rhythme à deux temps,\ndont le premier est rempli par un triolet et le second par deux croches.\nL, Andante est une page magistrale, également forte de pensée et d'exécu-\ntion : la forme symphonique s'y élargit, le style en est simple et sévère et\n1 inspiration élevée de la mélodie est encore rehaussée par l'heureux choix\ndes accords qui l'accompagnent. Quant au Rondo final, il se déroule sur un\ndessin obstiné de l'orchestre, emprunté aux rhythmes espagnols. Le déve-\nloppement de ce morceau m'a semblé un peu étriqué, et je crois qu'on aurait\npu lui donner un peu plus d'ampleur et de variété en ramenant à propos"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "228", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.44", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3083, "texte": "dans les reprises successives du motif principal le thème~de la jolie Hava-\nnaise qui s'y trouve encadrée, et dont l'auteur n'a pas tiré tout le parti qu'on\npouvait en attendre.\nTelle est, dans son ensemble, cette œuvre originale et d'un beau style,\nElle renferme deux pages tout à fait remarquables, Y Allegro et YAndante,\nque M. Lalo a tirées de son propre fonds, et qui peuvent être considérées\ncomme des fragments symphoniques d'un ordre très relevé. Les autres par-\nties sont des adaptations ingénieuses et souvent fort intéressantes de mélo-\ndies populaires et de rhythmes espagnols. Malgré son titre, la Symphonie\nespagnole n'est pas une vraie symphonie dans le sens que nous attachons à\ncette expression. L'Allégro, YAndante et le remaniés et débar-\nrassés de la partie de violon principal, pourraient parfaitement rentrer dans\nle cadre d'une symphonie; ils affectent les formes classiques de ce genre de\ncomposition. Mais Ylntermetfo et le Rondo ne sont pas de style. En outre,\nje ne crois pas qu'il soit possible de faire une symphonie avec un instrument\nprincipal, car, à mon sens, l'un des principaux caractères de la symphonie,\nc'est précisément de grouper plusieurs éléments d'espèces différentes en un\ntout homogène et indivisible, et de tirer de cet ensemble certains effets que\nne produirait aucun des éléments dont nous parlons, pris isolément ou réuni\naux autres éléments de même espèce. Tout effet symphonique est un effet\ncomplexe et qui ne saurait être décomposé; il résulte du concours de plu-\nsieurs facteurs élémentaires, qui par eux-mêmes n'ont aucune existence\npropre, aucune individualité et ne valent que comme parties intégrantes d'un\nmême tout indivisible. Du moment que vous pouvez détacher de l'ensemble\nun de ces éléments et retrouver dans cet élément isolé l'idée complète avec\ntous ses corollaires, il n'y a plus symphonie. Une symphonie avec un instru-\nment principal n'est et ne peut être autre chose que ce que nous appelons\nun Concerto, dans le sens le plus relevé et le plus classique de cette expres-\nsion. Or, le Concerto peut confiner à la symphonie d'aussi près que pos-\nsible, il en différera toujours par la forme des développements, les quantités\nsymétriques, et les procédés d'instrumentation.\nLa Symphonie espagnole doit donc être considérée comme un concerto\nde violon, conçu et développé à la manière des concertos de Beethoven et de\nMendelssohn et marquant un acheminement très intéressant vers la forme\nsymphonique pure, que M. Lalo se propose du reste de réaliser complète-\nment dans une prochaine tentative.\nJ'ai déjà constaté le succès obtenu par cette belle composition ; une part de\nce succès doit être attribuée à M. Sarasate, qui l'a exécutée avec un excellent\nstyle et une virtuosité peu commune.\nIl y a loin de la Symphonie espagnole de M. Lalo au Concerto pour vio-\nloncelle de M. F. Servais, joué par M. Servais fils au troisième concert. Ce\nconcerto inédit appartient à ce genre de compositions qui n'ont d'autre but\nque de mettre en lumière le talent d'un virtuose et d'autre mérite que d'être"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "229", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.45", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 3038, "texte": "bourrées de traits brillants et de difficultés insurmontables. Tout; sauf Fart\net la science, y est réglé sur un plan qui est toujours le même et dans des\nformes dont nous sommes rassassiés par l'abus qu'on en a fait. Le concerto\nde Servais n'est qu'une suite de mélodies, contemporaines de Zelmira et de\nMatilde di Shabran, et qui ont subi largement du temps l'irréparable outrage.\nTout cela pouvait plaire au temps jadis ; malheureusement aujourd'hui nous\navons le défaut de croire que le théâtre n'est pas fait pour y gazouiller des\nmélodies à l'italienne, ni le concert pour y exhiber des tours de force de\nvirtuose. Le concerto de Servais est sans doute fort difficile et je comprends\nqu'un virtuose soit fier d'y déployer toute son habileté, mais le moindre mor-\nceau de musique réelle ferait bien mieux notre affaire ; or, s'il y a beaucoup de\nmélodies dans le concerto en question, en revanche je n'ai pu réussir à y\ndécouvrir ni l'ombre d'une idée, ni l'apparence d'un développement sympho-\nnique. C'est du Souvenir de Spa à la quatrième puissance. M. Servais, qui\nl'a exécuté avec une conviction inébranlable, est professeur au Conservatoire\nde Bruxelles; il possède un talent des plus remarquables.\nL'entracte de la Colombe est fort agréable à entendre à l'Opéra-Comique,\nmais il fait triste figure entre YEgmont, de Beethoven, et la Symphonie en\nsi bémol, de Schumann. On n'en a pas moins fait bisser cette aimable bluette,\nqui me rappelle volontiers l'andante de l'ouverture des Diamants de la Cou-\nronne, accommodé au goût du jour par M. Gounod, au moyen de quelques\nformules d'un effet certain sur le public (comme toutes les formules).\nLes Scènes dramatiques, de M. Massenet, récemment exécutées avec succès\nau Conservatoire, ont été jouées avec le même succès au deuxième concert de\nla troisième série. Je n'ai pas à revenir sur cette nouvelle composition de\nl'auteur de Marie Magdeleine, le lecteur en trouvera le compte rendu très\ncomplet dans l'un des précédents numéros de la Chronique musicale.\nH. Marcello.\nCONCERT DU CHATELET. Au cinquième Concert de la deuxième\nsérie, M. Colonne a donné la première audition d'un « Adagio cantabile » de\nmadame Farrenc. Madame Farrenc et madame de Grandval sont incontesta-\nblement les deux dames qui, aujourd'hui, s'entendent le mieux en science\nd'instrumentation et en combinaisons d'orchestre. Madame Farrenc est plus\nclassique et madame de Grandval plus romantique. Celle-ci risque davantage\net arrive peut-être à des effets plus neufs et plus colorés. Celle-là conserve\nmieux les traditions de l'ancienne et grande école, et jamais on n'a lieu de\ncraindre avec elle de ne point arriver à un résultat heureux. L'adagio de\nmadame Farrenc se distingue par une grande pureté de style et par des motifs\ntrès chantants, développés avec beaucoup d'art. Les timbales, qui s'y font\nentendre presque constamment, sont ménagées avec une grande habileté,\ndepuis le pianissimo jusqu'au forie. Enfin, Vadagio de madame Farrenc est\nun morceau remarquable de tout point."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "230", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.46", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2963, "texte": "M. Sarasate a obtenu un grand succès dans la Symphonie espagnole de\nM. Lalo. M. H. Marcello ayant annoncé dans le dernier numéro de la Chro-\nnique qu'il en parlerait dans celui-ci, je n'ai rien de plus à en dire.\nLe Concert suivant n'ayant point donné de nouveauté, je me bornerai à\nconstater le grand effet que M. Diemer a produit dans le concerto en ré\nmineur de Rubinstein. Malgré le peu de sympathie que j'avoue éprouver\npour les compositions de M. Rubinstein, dans lesquelles je ne trouve ni\ngrâce, ni mélodie, ni sentiment, il m'est impossible de nier que le motif qui\ntermine le finale ne soit splendide et véritablement grandiose. Un fragment\nde la symphonie fantastique de Berlioz, intitulé le Bal, a ravi le public par sa\nfraîcheur et son charme, et Y esquisse symphonique, de madame de Grandval,\na reçu de justes applaudissements.\nHenry Cohen.\nCONCERT DANRÉ (Salle Tailbout). Le i 5 concert, dans lequel,\nentre autres morceaux intéressants, on a entendu le concerto pour violon,\nde Mendelssohn, exécuté par M. Hollander, jeune artiste d'un grand talent\net d'un avenir plus grand encore, s'est terminé par <c Les idées de M. Pampe-\nlune, » opéra comique en un acte de M. Marcellus Muller, qui en d onnait la\npremière et seule édition (sic). Il ne faut pas juger trop sévèrement la musique\nd'un amateur, qui d'ailleurs possède des qualités très réelles. Ainsi, à part de\ntrop nombreuses réminiscences, qui se font surtout remarquer dans une valse\nhérissée de difficultés, mais parfaitement chantée par mademoiselle Gabrielle\nDarcier, et certains accompagnements trop chargés, le trio du rire est très\nbien fait et très gai, et les couplets du commencement sont lestement tournés.\nM. L. Fugère, qui remplissait le rôle de M. Pampelune, les a interprétés\navec une voix de basse jeune, fraîche et sympathique, et avec une bonne mé-\nthode. Le public, fort nombreux, s'est retiré très satisfait de sa soirée.\nL'événement saillant du concert suivant a été la Fiancée du Timbalier, de\nVictor Hugo, que mademoiselle Marie Dumas a récitée avec un accompagne-\nment symphonique, composé expressément pour cette circonstance par M.\nLouis Lacombe. Je n'aime pas, pour ma part, ce mélange de musique et de\ndéclamation parlée; mais M. Lacombe, qui excelle dans ce genre spécial, a\ntrouvé des effets superbes au moment où le poète raconte le défilé des troupes\nnotamment des timbaliers et a rendu avec une grande vérité les an-\ngoisses de la jeune fiancée, si bien exprimées d'ailleurs par mademoiselle Du-\nmas et accompagnées par l'orchestre avec tant d'intelligence. Néanmoins, je\nme rappelle le mot de Talma en admirant le jeu de madame Pasta au théâtre\nitalien. « Quel dommage que ça chante. » De même je dirai : Quel dommage\nque la poésie de Victor Hugo n'ait pas été mise en musique par M. Lacombe.\nMademoiselle Jane Hulman a exécuté avec un mécanisme parfait le Ca-\npriccio pour piano et orchestre, de Mendelssohn, et M. Stiehlé a joué avec"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "231", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.47", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 1195, "texte": "beaucoup d'expression et un style magistral le bel andante et l'exécrable\nrondo du concerto pour violon de Beethoven.\nCONCERT DE M. JACQUINOT. Ce concert, qui avait également lieu\ndans la salle Taitbout et qui était fort long, a commencé juste une heure\naprès celle qui était annoncée, en sorte que peu de personnes sont restées\njusqu'à la fin. M. Claude Jacquinot, dont c'était la première audition à Paris,\nest un violoniste d'un talent gracieux, sans grande force et qui n'a guère joué\nque de la musique classique. La musique d'un genre léger lui conviendrait\npeut-être mieux. Las Montagnos,duo languedocien, de M. E. Rey, l'auteur\ndes fables de La Fontaine et de Florian mises en musique, est très original\net très entraînant. Chaleureusement chanté par l'auteur et M. Bonnehée, il a\neu les honneurs du bis. M. Roger a été vivement applaudi dans l'air de Joseph\net dans la romance, Oiseaux légers.Mademoiselle Thekla, très jolie personne,\npossède une voix de soprano élevé et bien timbré. La manière dont elle a\nchanté la valse du Pardon de Floërmeldonne de grandes espérances. Du\ntalent de madame Béguier-Salomon et de M. Taffanel il n'y a rien à dire qu'à\nlouer.\n\nH. C."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-03-01-01-c024", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-03-01_01#c024", "volume": "bmtnabc_1875-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 35, "image_fin": 40, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.2.6", "titre_corps": "MENUET de L'ARLÊSIENNE extrait de la Suite d'Orchestre par GEORGES BIZET. (Arrangée pour Piano par l'AUTEUR)", "titre_sommaire": "MENUET de L'ARLÊSIENNE extrait de la Suite d'Orchestre par GEORGES BIZET. 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Exécution des Saisons, oratorio en quatre\nparties, de J. Haydn (paroles françaises de M. G. Roger) (1).\n\n(i) A Londres, dans Saint-James's Hall,'le 18 janvier, M. Arthur Chappell donne\nla sooe séance des Concerts populaires du lundi (Monday Popular concerts),\nfondés par lui le 14 février 1859. A Tournai, le même jour, première représentation:\nUn Mariage espagnol, opéra comique en un acte, paroles et musique de M. Vau-\ncampt. A Saint-Pétersbourg, le 25, première représentation : le Démon, opéra en\ntrois actes, paroles de M musique de M. Antoine Rubinstein. A Berlin, le 25,\npremière représentation : A-ing-fo-hi, opéra comique, paroles de M. Wichert,\nmusique de M. Richard Wuerst. Enfin, pour les derniers jours de ce mois de jan-\nvier, si particulièrement fécond, on signale encore les premières représentations sui-\nvantes : à Dessau (Thaliatheater), Dans la Montagne, opérette, paroles de M ,\nmusique de M. G. Kuntze; à Lille (Grand-Théâtre), Jeanne Maillotte, opéra comique\nen trois actes, paroles de M. Faure, musique de M. Reynaud, chef de musique au\n74e de ligne; à Toulon, Gheisa, grand opéra en quatre actes, paroles de M ,\nmusique de M. Paul Aubé; à Monaco (Théâtre Monte-Carlo), Suivez-moi, Tricoche,\nopérette en un acte, paroles de M. Gaston Jollivet, musique de M. Armand Gouzien;\nà Philadelphie (Académie de musique), Ostrolenka, opéra, paroles de M , musique\nde M. Henri Bonewitz; à Naples (Politeama), Elena in Troja, opéra bouffe, paroles\nde M , musique de M. d'Alessio; à Rouen (Théâtre-Français), la Cure merveil-\nleuse, opéra bouffe, paroles de M. Dessolins, musique de M, Ch,-L. Hesse,"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "233", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.49", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2287, "texte": "FÉV^IE^\n4 Février. —SOCIÉTÉ DE L'HARMONIE SACRÉE. Exécution de Gallia, « lamen-\ntation » de M. Charles Gounod.\n5. CAEN. (Grande salle de l'Hôtel-de-Ville). Première représentation:\nle Bocage, opéra comique en deux actes, paroles de M.Jules Ruelle, musique\nde M. Marcellus Muller.\n6. ATHÉNÉE. Réouverture, par la première représentation de la Belle\nLina, opérette bouffe en trois actes, paroles de MM. Paul Mahalin et Paul\nAvenel, musique de M. Charles Hubans.\n7. —CONCERTS POPULAIRES. Première exécution : Symphonie espagnole pour\nviolon principal et orchestre,de M. Edouard Lalo,exécutée par M. Sarasate.\nASSOCIATION ARTISTIQUE. Première audition : Pièces symphoniques (Prélude\net choral Scherzo), de M. Charles Lefebvre. —MILAN (théâtre de laScala).\nPremière représentation : Gustavo Wasa, opéra séria en quatre actes,\nparoles de M..., musique de M. Filippo Marchetti.\n\n11. —SALLE PLEYEL. Soirée musicale dans laquelle M. Eugène Sauzay\nfait exécuter pour la première fois la musique écrite par lui pour les inter-\nmèdes du Silicien ou l'Amour peintre, de Molière SALLE TAITBOUT. Con-\ncert de la Société chorale d'amateurs, dans lequel on exécute une scène avec\nchœurs extraite des Contes d Hoffmann, opéra inédit, paroles de M. Jules\nBarbier, musique de M. Hector Salomon. SAINT-QUENTIN. Première re-\nprésentation: la Fête interrompue, opéra comique en un acte, paroles de M.\nEdmond Delière, musique de M. Amédée Marié.\n12. Fermeture du théâtre de l'Athénée.\n13. SOCIÉTÉ NATIONALE DE MUSIQUE. Premières auditions: Suite pour\npiano, violon et alto, de M. A. Boisseau; Tu es Petrus, chœur et solo avec\naccompagnement d'orgue, harpe, violoncelle et contrebasse, de M. Théodore\nDubois ; romance pour cor, et chœur de M. Charles Lefebvre. GAND (Con-\ncert de la Société royale des Mélomanes). Première audition : De Zegen der\nWapens, cantate de fête, paroles de M. Eugène Van Oye, musique de\nM. Waelput.\n14. ASSOCIATION ARTISTIQUE. Prerrière audition d'un Adagio cantabile, de\nmadame Louise Farrenc.\n16. SALLE TAITBOUT. Première représentation: les Idées de M. Pam-\npelune, opéra comique en un acte, paroles de M musique de M. Mar-\ncellus Muller. SOCIÉTÉ CLASSIQUE. Première audition d'un Octuor de M.\nE. Chaîne, pour flûte, clarinette, cor, basson, violon, alto, violoncelle et"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "234", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.50", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1154, "texte": "contrebasse. MARSEILLE (Cercle artistique). Première audition : Gloria\nvictis, grande ballade pour soli, chœurs et orchestre, poème de M, Eugène\nRostand, musique de M. Alexis Rostand; premier temps d'une symphonie\ninédite, en ré majeur, de M. Auguste Morel; Invocation à l'Océan, air extrait\nd'un grand opéra inédit de M. Ernest Guiraud.\n20. SOCIÉTÉ NATIONALE DE MUSIQUE. Premières auditions : Sonate pour\norgue, de M. Alexandre Guilmant ; trois pièces pour orgue, du même ; frag-\nment de la deuxième partie de la Nativité, oratorio, paroles de M. Emile\nCicile, musique de M. Henri Maréchal.\n23. CONCERT DANBÉ. Premières auditions : Entr'acte inédit de M. Eugène\nDiaz ; la Fiancée du Timbalier, ballade de Victor Hugo, musique de M.\nLouis Lacombe.\n25. GAITÉ. Première représentation: Geneviève de Brabant, opéra bouffe\nen trois actes (troisième édition revue, corrigée et augmentée), paroles de\nMM. Ad. Jaime et Tréfeu, musique de M. Jacques Offenbach (i).\n\nA. P.\n\n(i) Au commencement de février, le théâtre d'Alger donne la première représen-\ntation de la Marguerite, opéra comique, paroles de M. Aurès, musique de M. Der-\nmineur."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-03-01-01-c028", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-03-01_01#c028", "volume": "bmtnabc_1875-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "235", "page_fin": "240", "image_debut": 51, "image_fin": 56, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.2.8", "titre_corps": "VARIA", "titre_sommaire": "VARIA", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 51, "page_imprimee": "235", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.51", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1959, "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nFAITS DIVERS\nAR décision du ministre de l'instruction publique et des\nbeaux-arts, sur la proposition de M. Ambroise-Thomas,\nM. Eugène Jancourt, membre du comité d'examen, vient\nd'être nommé professeur à la classe de basson au Conser-\nvatoire, en remplacement de M. Cokken, décédé.\nM. Potier ayant été nommé professeur de chant en\nremplacement de M. Laget, M. Croharéa été nommé à la place de M. Potier.\nD'un autre côté, M. Émile Descombes succède à M. Croharé, et M. Antonin\nMarmontel prend la place de M. Descombes comme professeur de solfège.\nNous lisons dans VEntrJacte :\n« Un opéra de Destouches (1712), joué comme à la cour du grand roi, avec\nchœurs, costumes et décors, voilà certainement le spectacle le plus rare et le\nplus inattendu. Et lorsque nous aurons ajouté que l'œuvre du vieux maître\nfrançais est une merveille de grâce et de jeunesse, l'intérêt de nos lecteurs\nen sera plus vivement excité. Tel est le spectacle, à coup sûr unique dans\nson genre, que nous réserve M. Danbé pour son concert de mardi prochain\nau théâtre de la Salle Taitbout. L'attention des érudits était éveillée déjà sur\nce point par la belle découverte que M. Vaucorbeil a faite à la Sorbonne, de\nla bibliothèque du marquis de Lasalle, où figure une collection complète de\nnotre vieille école française, si intéressante et si inconnue. M. Lacome,\nauteur d'un remarquable travail sur ce sujet, publié dans la Chronique musi-\ncale (1), a rétabli la partition d'après les indications originales. Le ministère\ndes Beaux-Arts a généreusement appuyé la tentative vraiment nationale du\njeune et intelligent chef d'orchestre, et voilà comment, de tous ces travaux et\nde tous ces bons vouloirs réunis résultera, pour le mardi 2 mars, un spectacle\nd'autant plus unique que Callirhoé (c'est le titre de l'œuvre) n'aura qu'une\nseule représentation.\n\n(1) Voiries numéros des ler juillet, lel'1e1' août, ier septembre et ier décembre."}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "236", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.52", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2829, "texte": "La Société de /'Harmonie sacrée, fondée et dirigée par M. Charles\nLamoureux, donnera le 18 mars une nouvelle œuvre de M. J. Massenet :\nEve, mystère en trois parties. Dans la même séance on entendra Ja Fête\nd'Alexandre, de Haendel.\nLa Société des compositeurs de musique a renouvelé son bureau pour\nTannée 1875. Ont été nommés: président, M. Vaucorbeil; vice-présidents,\nMM. Membrée et Joncières ; secrétaires, MM. Samuel David, Limagne et\nSainbris ; trésorier, M. Adolphe Blanc; bibliothécaire, M. Wekerlin. Ont\nété élus membres du comité : MM. Barbereau, F. Clément, Deffès, Th.\nDubois, Gastinel, de Groot, d'lngrande, de Lajarte, Lalo, Nibelle, Ortolan,\nE. Pessard, Pougin, Verrimst, Widor.\nEn attendant que les représentations puissent être reprises au Théâtre-\nVentadour, M. Bagier a l'intention de louer la salle pour des concerts ou des\nauditions musicales quelconques. Elle sera prochainement utilisée, assure-\nt-on, pour l'exécution de l'oratorio de Rubinstein, la Tour de Babel, sous\nla direction de M. J. Danbé,\nLa municipalité de Rouen va célébrer, par une grande fête, le i 3 et\n14 juin prochain, le centenaire de Boïeldieu. M. Ambroise Thomas compo-\nsera la cantate qui sera exécutée à cette solennité.\nLe théâtre de Rouen donnera à l'occasion du centenaire un opéra de\nM. Adrien Boieldieu, fils de l'auteur de la Dame blanche. C'est un ouvrage\nen deux actes, dont le poëme a été écrit par M. Charles Nuitter.\nM. Cœdès, ne pouvant suivre les répétitions de son opéra bouffe, Clair\nde lune, aux Folies-Dramatiques, et remplir en même temps ses fonctions de\nsouffleur à l'Opéra, a été forcé de donner sa démission. Cette importante\nfonction, qui demande un musicien accompli, a été confiée à M. Clamens.\nNotre collaborateur et ami Arthur Pougin vient de faire paraître à la\nlibrairie Baur une importante Notice sur Rode, violoniste français, couron-\nnée il y a deux ans par l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Bor-\ndeaux. Nous rendrons compte prochainement de cette brochure intéres-\nsante. Déplus, M. Pougin va publier incessamment deux nouveaux volumes,\nqui viendront augmenter encore la série déjà si nombreuse de ses écrits sur\nla musique. L'un est intitulé : BOIELDIEU, sa vie, ses œuvres, son caractère, sa\ncorrespondance, et son apparition coïncidera d'une façon heureuse avec les\nfêtes du centenaire de Boïeldieu, qui se préparent en ce moment à Rouen.\nLe second a puuj' titre : Figures d'opéra comique, et contiendra une suite de\nnotices, accompagnées de jolis portraits à l'eau-forte, sur madame Dugazon,\nElleviou, et M. et madame Gavaudan.\nEnfin, nous pouvons annoncer que M. Pougin vient d'être chargé, par la\nlibrairie Firmin Didot, de la rédaction d'un neuvième volume (complément\net supplément) à la Biographie universelle des musiciens, l'ouvrage célèbre\nde Fétis."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "237", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.53", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 3158, "texte": "La première chambre du Tribunal civil de la Seine, présidée par\nM. Glandaz, vient de juger un procès intéressant.\nM. Debrousse était abonné à l'Opéra de la rue Le Peletier. Il avait une\nbelle avant-scène contenant six places. Après le sinistre qui a détruit ce\nthéâtre, il a maintenu son abonnement lors de la translation de l'Opéra à la\nsalle Ventadour, à la condition toutefois que M. Halanzier lui donnerait dans\nla salle du nouvel Opéra une loge semblable à celle qu'il possédait dans le\nthéâtre de la rue Le Peletier. A l'ouverture du nouvel Opéra, M. Debrousse\nprit possession d'une grande avant-scène, mais elle comportait huit places.\nM. Halanzier réclama, comme prix de cette loge, la somme de 16,800 fr.\npar an. M. Debrousse a trouvé que ce prix, basé sur les huit places, ne devait\npas lui être demandé, parce qu'il devait avoir une loge semblable à l'an-\ncienne, qui ne contenait que six places. Il fit des offres réelles de la somme\ndemandée par le directeur de l'Opéra, sous la réserve de tous ses droits.\n11 demande au tribunal de n'être tenu de payer sa loge que dans la propor-\ntion de six places.\nM. Halanzier soutient, au contraire, qu'il a rempli son engagement en\nmettant à la disposition de M. Debrousse une avant-scène remplaçant avan-\ntageusement l'ancienne, et que, si elle contient huit places au lieu de six,\ncela ne provient pas de sa volonté, mais des dispositions architecturales du\nmonument. Il insiste sur ce fait que c'est l'État qui a indiqué le nombre de\nplaces du théâtre, et qui a fait installer les huit fauteuils dans l'avant-scène\ndont il s'agit. Il ne peut perdre le prix des deux places dont M. Debrousse\nn'a pas besoin, mais il est tout prêt à lui rendre la liberté et à lui reprendre\nsa loge.\nMe Templier a plaidé pour M. Debrousse, et Me Allou pour M. Halanzier.\nM. le substitut Ribot a conclu à l'admission de la demande de M. De-\nbrousse. Contrairement à ces conclusions, le tribunal a débouté M. De-\nbrousse de sa demande, et l'a condamné à payer à M. Halanzier les huit places\nde la loge qu'il loue.\nLa Société des auteurs et compositeurs dramatiques vient de prendre\nune mesure importante. Désormais les pièces en un acte dites lever de rideau\nn'auront plus droit comme autrefois à une part proportionnelle de 4 pour\ncent sur les recettes, cette part est réduite à 2 pour cent. La moyenne des\ndroits d'auteurs pour une soirée étant de 12 pour cent, l'auteur du lever de\nrideau recevait pour ainsi dire autant que les auteurs de la pièce qui attirait\nle public. Cette sage décision permettra plus facilement la production de\npièces en un acte d'auteurs nouveaux; car jusqu'ici les auteurs de la pièce à\nsuccès imposaient presque toujours le lever de rideau.\nUn certain nombre d'auteurs dramatiques et compositeurs de musique\nbelges, vient d'adresser à la Société des auteurs et compositeurs dramatiques\nde Paris, une lettre que le défaut d'espace nous empêche de reproduire.\nJusqu'ici les droits que touchaient en Belgique nos compatriotes, droits\nréglés par la convention du 22 août 1852, étaient minimes; ils s'élevaient à\n18 francs pour un opéra en cinq actes.. Les auteurs belges, au contraire, ont"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "238", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.54", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2264, "texte": "à tParis les mêmes conditions que la Société des auteurs français. La lettre\ndont il s'agit annonce que les auteurs belges adressent au ministre de l'inté-\nrieur de Belgique une pétition à l'effet d'obtenir pour leurs confrères français\nle régime de réciprocité. Nous souhaitons que cet acte de bonne confraternité\nobtienne le résultat qu'en attendent les intéressés.\nIl se fait de grands préparatifs à Bergame pour transférer les restes\nmortels de Donizetti du cimetière à la cathédrale, où ils seront déposés dans\nle monument érigé à sa mémoire.\n\nNOUVELLES\n\nARIS. Opéra. Madame Miolan-Carvalho quitte l'Opéra-Comique\npour rentrer à l'Opéra. Elle débutera vers le 15 mars dans Ham-\nlet. Puis elle reprendra son rôle de Marguerite, de Faust, aussitôt\nque les décors de cet opéra seront prêts.\nM. Halanzier vient d'engager une jeune artiste, mademoiselle Beau,\nqui est douée d'une jolie voix de soprano, mais dont les études ne sont pas\nencore terminées.\nC'est à l'Opéra, et sous la direction de professeurs spéciaux, que la nou-\nvelle pensionnaire de M. Halanzier complétera son éducation. Ses débuts\nauront lieu prochainement.\nUn autre début est annoncé pour le mois de juin prochain ; c'est celui\nde mademoiselle Deruki, une jeune Polonaise qui chante en ce moment à\nVenise, et dont on dit beaucoup de bien.\n—» Les ténors, MM. Villaret, Salomon, Bosquin, Léon Achard, Vergnet,\nsont grippés. Il ne reste plus à M. Halanzier que Sylva, qui chante ce soir\nla Juive ; s'il tombe malade à son tour, l'Opéra fera relâche, faute de ténors.\nIl reste bien M. Mierwinski, mais les Huguenots ne sont pas prêts»\n—La reprise de Guillaume Tell, retardée par une indisposition de deux\nténors, Villaret et Salomon, a eu lieu le vendredi 26 février. Nous avons\nreçu, à ce sujet, la lettre suivante, dont nous ne connaissons aucun précédent\ndans les annales administratives de l'Opéra.\nParis, le 24 février 1875.\nMONSIEUR,\nJ'avais espéré pouvoir donner la reprise de Guillaume Tell dans le cours\nde la troisième semaine de ce mois ou, dans tous les cas, comme limite\nextrême, le lundi 22 février courant.\nJ'avais fait, en conséquence, réserver les places destinées au service de la\npresse, jusqu'à cette dernière date. Mais, d'une part, le bal au profit des"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "239", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.55", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2085, "texte": "pauvres, de l'autre, l'indisposition simultanée de MM. Villaret et Salomon\nont déjoué tous les calculs et renversé les dispositions prises.\nJe me vois contraint, aujourd'hui, d'ajourner à vendredi cette reprise de\nGuillaume Tell ; et n'ayant plus à ma disposition les places nécessaires, je\nviens vous prier de prendre note qu'une représentation extraordinaire de\ncet opéra aura lieu dimanche 28 février, représentation pour laquelle\nj'aurai l'honneur de vous faire parvenir votre service habituel.\nJ'espère que vous voudrez bien prendre en considération l'embarras où\nme place ce concours de circonstances imprévues et accepter cette substi-\ntution toute accidentelle.\nAgréez, je vous prie, Monsieur, avec mes regrets pour ce fâcheux contre-\ntemps, 1 assurance de mes sentiments les plus distingués.\nLe Directeur de l'Opéra,\nHALANZIER.\nA la représentation du 26, M. Salomon, qui chantait le rôle d'Arnold, subi-\nment enrhumé, a fait réclamer l'indulgence du public après le premier acte.\nLa nouvelle lettre, que nous publions ci-après, sans commentaires, dira à\nnos lecteurs pour quelle cause la Chronique musicale ne rend pas compte\ndans ce numéro de la reprise si importante de Guillaume Tell.\nParis, le 27 février 18y5.\nMONSIEUR,\nUne nouvelle indisposition de M. Salomon me met dans l'impos-\nsibilité de donner Guillaume Tell demain dimanche.\nJe m'empresse de vous envoyer, néanmoins, le service que je\nvous ai annoncé; j'aurai l'honneur de vous faire parvenir un second\nservice pour la reprise de Guillaume dès que les circonstances\nme permettront de le faire.\nVeuillez agréer, monsieur, l'expression de mes sentiments les plus\ndistingués.\nLe directeur de VOpéra,\nHALANZIER,\nRobert le Diable, avec le ténor Sylva, sera repris la semaine prochaine.\nM. Giraudet, basse de Pex- Théâtre-Italien, vient d'être engagé par\nM. Du Locle.\nAprès un relâche pour la dernière répétition de Carmen, la première\nreprésentation est fixée au mercredi 3 mars.\nFolies-Dramatiques. Voici la distribution de Clair-de-Lune, l'opérette de\nM. Cœdès.\nLe roi Misère MM. Milher\nClair-de-Lune Emmanuel"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "240", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.56", "debut_caractere": 114, "fin_caractere_exclue": 920, "texte": "Alfarin Luco\nChamp-d'Azur Haymé\nSparadrap Hamburger\nPied-de-Fer Clavandier\nNestor Gatinais\nVulcain Speck\nQaasimodo Heuzey\nBélisaire Legrain\nSirène Mmes Rose îMarie\nClorinde Bode\nCorysandre Toudouze\nGaîté. La première représentation de Topérette-féerie a eu lieu jeudi\ndernier. Grand succès de décors et de mise en scène.\nSalle Erard. A la prochaine séance de la Société classique, le mardi\n2 mars, MM. Armingaud, Jacquard, Mas, de Bailly, Taffanel, Lalliet, Grisez,\nDupont, Espaignet, exécuteront un sextuor, de M. Gastinel (première audi-\ntion.) Un trio de Schubert, le treizième quatuor de Beethoven et l'otetto de\nMendelssohn, compléteront le programme de cette intéressante soirée, à\nlaquelle le pianiste Fissot prêtera son concours.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-03-01-01-c030", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-03-01_01#c030", "volume": "bmtnabc_1875-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "235", "page_fin": "238", "image_debut": 51, "image_fin": 54, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.2.8.2", "titre_corps": "FAITS DIVERS", "titre_sommaire": "FAITS DIVERS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 51, "page_imprimee": "235", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.51", "debut_caractere": 52, "fin_caractere_exclue": 1959, "texte": "FAITS DIVERS\nAR décision du ministre de l'instruction publique et des\nbeaux-arts, sur la proposition de M. Ambroise-Thomas,\nM. Eugène Jancourt, membre du comité d'examen, vient\nd'être nommé professeur à la classe de basson au Conser-\nvatoire, en remplacement de M. Cokken, décédé.\nM. Potier ayant été nommé professeur de chant en\nremplacement de M. Laget, M. Croharéa été nommé à la place de M. Potier.\nD'un autre côté, M. Émile Descombes succède à M. Croharé, et M. Antonin\nMarmontel prend la place de M. Descombes comme professeur de solfège.\nNous lisons dans VEntrJacte :\n« Un opéra de Destouches (1712), joué comme à la cour du grand roi, avec\nchœurs, costumes et décors, voilà certainement le spectacle le plus rare et le\nplus inattendu. Et lorsque nous aurons ajouté que l'œuvre du vieux maître\nfrançais est une merveille de grâce et de jeunesse, l'intérêt de nos lecteurs\nen sera plus vivement excité. Tel est le spectacle, à coup sûr unique dans\nson genre, que nous réserve M. Danbé pour son concert de mardi prochain\nau théâtre de la Salle Taitbout. L'attention des érudits était éveillée déjà sur\nce point par la belle découverte que M. Vaucorbeil a faite à la Sorbonne, de\nla bibliothèque du marquis de Lasalle, où figure une collection complète de\nnotre vieille école française, si intéressante et si inconnue. M. Lacome,\nauteur d'un remarquable travail sur ce sujet, publié dans la Chronique musi-\ncale (1), a rétabli la partition d'après les indications originales. Le ministère\ndes Beaux-Arts a généreusement appuyé la tentative vraiment nationale du\njeune et intelligent chef d'orchestre, et voilà comment, de tous ces travaux et\nde tous ces bons vouloirs réunis résultera, pour le mardi 2 mars, un spectacle\nd'autant plus unique que Callirhoé (c'est le titre de l'œuvre) n'aura qu'une\nseule représentation.\n\n(1) Voiries numéros des ler juillet, lel'1e1' août, ier septembre et ier décembre."}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "236", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.52", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2829, "texte": "La Société de /'Harmonie sacrée, fondée et dirigée par M. Charles\nLamoureux, donnera le 18 mars une nouvelle œuvre de M. J. Massenet :\nEve, mystère en trois parties. Dans la même séance on entendra Ja Fête\nd'Alexandre, de Haendel.\nLa Société des compositeurs de musique a renouvelé son bureau pour\nTannée 1875. Ont été nommés: président, M. Vaucorbeil; vice-présidents,\nMM. Membrée et Joncières ; secrétaires, MM. Samuel David, Limagne et\nSainbris ; trésorier, M. Adolphe Blanc; bibliothécaire, M. Wekerlin. Ont\nété élus membres du comité : MM. Barbereau, F. Clément, Deffès, Th.\nDubois, Gastinel, de Groot, d'lngrande, de Lajarte, Lalo, Nibelle, Ortolan,\nE. Pessard, Pougin, Verrimst, Widor.\nEn attendant que les représentations puissent être reprises au Théâtre-\nVentadour, M. Bagier a l'intention de louer la salle pour des concerts ou des\nauditions musicales quelconques. Elle sera prochainement utilisée, assure-\nt-on, pour l'exécution de l'oratorio de Rubinstein, la Tour de Babel, sous\nla direction de M. J. Danbé,\nLa municipalité de Rouen va célébrer, par une grande fête, le i 3 et\n14 juin prochain, le centenaire de Boïeldieu. M. Ambroise Thomas compo-\nsera la cantate qui sera exécutée à cette solennité.\nLe théâtre de Rouen donnera à l'occasion du centenaire un opéra de\nM. Adrien Boieldieu, fils de l'auteur de la Dame blanche. C'est un ouvrage\nen deux actes, dont le poëme a été écrit par M. Charles Nuitter.\nM. Cœdès, ne pouvant suivre les répétitions de son opéra bouffe, Clair\nde lune, aux Folies-Dramatiques, et remplir en même temps ses fonctions de\nsouffleur à l'Opéra, a été forcé de donner sa démission. Cette importante\nfonction, qui demande un musicien accompli, a été confiée à M. Clamens.\nNotre collaborateur et ami Arthur Pougin vient de faire paraître à la\nlibrairie Baur une importante Notice sur Rode, violoniste français, couron-\nnée il y a deux ans par l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Bor-\ndeaux. Nous rendrons compte prochainement de cette brochure intéres-\nsante. Déplus, M. Pougin va publier incessamment deux nouveaux volumes,\nqui viendront augmenter encore la série déjà si nombreuse de ses écrits sur\nla musique. L'un est intitulé : BOIELDIEU, sa vie, ses œuvres, son caractère, sa\ncorrespondance, et son apparition coïncidera d'une façon heureuse avec les\nfêtes du centenaire de Boïeldieu, qui se préparent en ce moment à Rouen.\nLe second a puuj' titre : Figures d'opéra comique, et contiendra une suite de\nnotices, accompagnées de jolis portraits à l'eau-forte, sur madame Dugazon,\nElleviou, et M. et madame Gavaudan.\nEnfin, nous pouvons annoncer que M. Pougin vient d'être chargé, par la\nlibrairie Firmin Didot, de la rédaction d'un neuvième volume (complément\net supplément) à la Biographie universelle des musiciens, l'ouvrage célèbre\nde Fétis."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "237", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.53", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 3158, "texte": "La première chambre du Tribunal civil de la Seine, présidée par\nM. Glandaz, vient de juger un procès intéressant.\nM. Debrousse était abonné à l'Opéra de la rue Le Peletier. Il avait une\nbelle avant-scène contenant six places. Après le sinistre qui a détruit ce\nthéâtre, il a maintenu son abonnement lors de la translation de l'Opéra à la\nsalle Ventadour, à la condition toutefois que M. Halanzier lui donnerait dans\nla salle du nouvel Opéra une loge semblable à celle qu'il possédait dans le\nthéâtre de la rue Le Peletier. A l'ouverture du nouvel Opéra, M. Debrousse\nprit possession d'une grande avant-scène, mais elle comportait huit places.\nM. Halanzier réclama, comme prix de cette loge, la somme de 16,800 fr.\npar an. M. Debrousse a trouvé que ce prix, basé sur les huit places, ne devait\npas lui être demandé, parce qu'il devait avoir une loge semblable à l'an-\ncienne, qui ne contenait que six places. Il fit des offres réelles de la somme\ndemandée par le directeur de l'Opéra, sous la réserve de tous ses droits.\n11 demande au tribunal de n'être tenu de payer sa loge que dans la propor-\ntion de six places.\nM. Halanzier soutient, au contraire, qu'il a rempli son engagement en\nmettant à la disposition de M. Debrousse une avant-scène remplaçant avan-\ntageusement l'ancienne, et que, si elle contient huit places au lieu de six,\ncela ne provient pas de sa volonté, mais des dispositions architecturales du\nmonument. Il insiste sur ce fait que c'est l'État qui a indiqué le nombre de\nplaces du théâtre, et qui a fait installer les huit fauteuils dans l'avant-scène\ndont il s'agit. Il ne peut perdre le prix des deux places dont M. Debrousse\nn'a pas besoin, mais il est tout prêt à lui rendre la liberté et à lui reprendre\nsa loge.\nMe Templier a plaidé pour M. Debrousse, et Me Allou pour M. Halanzier.\nM. le substitut Ribot a conclu à l'admission de la demande de M. De-\nbrousse. Contrairement à ces conclusions, le tribunal a débouté M. De-\nbrousse de sa demande, et l'a condamné à payer à M. Halanzier les huit places\nde la loge qu'il loue.\nLa Société des auteurs et compositeurs dramatiques vient de prendre\nune mesure importante. Désormais les pièces en un acte dites lever de rideau\nn'auront plus droit comme autrefois à une part proportionnelle de 4 pour\ncent sur les recettes, cette part est réduite à 2 pour cent. La moyenne des\ndroits d'auteurs pour une soirée étant de 12 pour cent, l'auteur du lever de\nrideau recevait pour ainsi dire autant que les auteurs de la pièce qui attirait\nle public. Cette sage décision permettra plus facilement la production de\npièces en un acte d'auteurs nouveaux; car jusqu'ici les auteurs de la pièce à\nsuccès imposaient presque toujours le lever de rideau.\nUn certain nombre d'auteurs dramatiques et compositeurs de musique\nbelges, vient d'adresser à la Société des auteurs et compositeurs dramatiques\nde Paris, une lettre que le défaut d'espace nous empêche de reproduire.\nJusqu'ici les droits que touchaient en Belgique nos compatriotes, droits\nréglés par la convention du 22 août 1852, étaient minimes; ils s'élevaient à\n18 francs pour un opéra en cinq actes.. Les auteurs belges, au contraire, ont"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "238", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.54", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 570, "texte": "à tParis les mêmes conditions que la Société des auteurs français. La lettre\ndont il s'agit annonce que les auteurs belges adressent au ministre de l'inté-\nrieur de Belgique une pétition à l'effet d'obtenir pour leurs confrères français\nle régime de réciprocité. Nous souhaitons que cet acte de bonne confraternité\nobtienne le résultat qu'en attendent les intéressés.\nIl se fait de grands préparatifs à Bergame pour transférer les restes\nmortels de Donizetti du cimetière à la cathédrale, où ils seront déposés dans\nle monument érigé à sa mémoire."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-03-01-01-c032", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-03-01_01#c032", "volume": "bmtnabc_1875-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "238", "page_fin": "240", "image_debut": 54, "image_fin": 56, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.2.8.3", "titre_corps": "NOUVELLES", "titre_sommaire": "NOUVELLES", "signature_source": "Pour l'article Varia : Le Secrétaire de la Rédaction, O. LE TRIOUX", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 54, "page_imprimee": "238", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.54", "debut_caractere": 572, "fin_caractere_exclue": 2264, "texte": "NOUVELLES\n\nARIS. Opéra. Madame Miolan-Carvalho quitte l'Opéra-Comique\npour rentrer à l'Opéra. Elle débutera vers le 15 mars dans Ham-\nlet. Puis elle reprendra son rôle de Marguerite, de Faust, aussitôt\nque les décors de cet opéra seront prêts.\nM. Halanzier vient d'engager une jeune artiste, mademoiselle Beau,\nqui est douée d'une jolie voix de soprano, mais dont les études ne sont pas\nencore terminées.\nC'est à l'Opéra, et sous la direction de professeurs spéciaux, que la nou-\nvelle pensionnaire de M. Halanzier complétera son éducation. Ses débuts\nauront lieu prochainement.\nUn autre début est annoncé pour le mois de juin prochain ; c'est celui\nde mademoiselle Deruki, une jeune Polonaise qui chante en ce moment à\nVenise, et dont on dit beaucoup de bien.\n—» Les ténors, MM. Villaret, Salomon, Bosquin, Léon Achard, Vergnet,\nsont grippés. Il ne reste plus à M. Halanzier que Sylva, qui chante ce soir\nla Juive ; s'il tombe malade à son tour, l'Opéra fera relâche, faute de ténors.\nIl reste bien M. Mierwinski, mais les Huguenots ne sont pas prêts»\n—La reprise de Guillaume Tell, retardée par une indisposition de deux\nténors, Villaret et Salomon, a eu lieu le vendredi 26 février. Nous avons\nreçu, à ce sujet, la lettre suivante, dont nous ne connaissons aucun précédent\ndans les annales administratives de l'Opéra.\nParis, le 24 février 1875.\nMONSIEUR,\nJ'avais espéré pouvoir donner la reprise de Guillaume Tell dans le cours\nde la troisième semaine de ce mois ou, dans tous les cas, comme limite\nextrême, le lundi 22 février courant.\nJ'avais fait, en conséquence, réserver les places destinées au service de la\npresse, jusqu'à cette dernière date. Mais, d'une part, le bal au profit des"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "239", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.55", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2085, "texte": "pauvres, de l'autre, l'indisposition simultanée de MM. Villaret et Salomon\nont déjoué tous les calculs et renversé les dispositions prises.\nJe me vois contraint, aujourd'hui, d'ajourner à vendredi cette reprise de\nGuillaume Tell ; et n'ayant plus à ma disposition les places nécessaires, je\nviens vous prier de prendre note qu'une représentation extraordinaire de\ncet opéra aura lieu dimanche 28 février, représentation pour laquelle\nj'aurai l'honneur de vous faire parvenir votre service habituel.\nJ'espère que vous voudrez bien prendre en considération l'embarras où\nme place ce concours de circonstances imprévues et accepter cette substi-\ntution toute accidentelle.\nAgréez, je vous prie, Monsieur, avec mes regrets pour ce fâcheux contre-\ntemps, 1 assurance de mes sentiments les plus distingués.\nLe Directeur de l'Opéra,\nHALANZIER.\nA la représentation du 26, M. Salomon, qui chantait le rôle d'Arnold, subi-\nment enrhumé, a fait réclamer l'indulgence du public après le premier acte.\nLa nouvelle lettre, que nous publions ci-après, sans commentaires, dira à\nnos lecteurs pour quelle cause la Chronique musicale ne rend pas compte\ndans ce numéro de la reprise si importante de Guillaume Tell.\nParis, le 27 février 18y5.\nMONSIEUR,\nUne nouvelle indisposition de M. Salomon me met dans l'impos-\nsibilité de donner Guillaume Tell demain dimanche.\nJe m'empresse de vous envoyer, néanmoins, le service que je\nvous ai annoncé; j'aurai l'honneur de vous faire parvenir un second\nservice pour la reprise de Guillaume dès que les circonstances\nme permettront de le faire.\nVeuillez agréer, monsieur, l'expression de mes sentiments les plus\ndistingués.\nLe directeur de VOpéra,\nHALANZIER,\nRobert le Diable, avec le ténor Sylva, sera repris la semaine prochaine.\nM. Giraudet, basse de Pex- Théâtre-Italien, vient d'être engagé par\nM. Du Locle.\nAprès un relâche pour la dernière répétition de Carmen, la première\nreprésentation est fixée au mercredi 3 mars.\nFolies-Dramatiques. Voici la distribution de Clair-de-Lune, l'opérette de\nM. Cœdès.\nLe roi Misère MM. Milher\nClair-de-Lune Emmanuel"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "240", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.56", "debut_caractere": 114, "fin_caractere_exclue": 920, "texte": "Alfarin Luco\nChamp-d'Azur Haymé\nSparadrap Hamburger\nPied-de-Fer Clavandier\nNestor Gatinais\nVulcain Speck\nQaasimodo Heuzey\nBélisaire Legrain\nSirène Mmes Rose îMarie\nClorinde Bode\nCorysandre Toudouze\nGaîté. La première représentation de Topérette-féerie a eu lieu jeudi\ndernier. Grand succès de décors et de mise en scène.\nSalle Erard. A la prochaine séance de la Société classique, le mardi\n2 mars, MM. Armingaud, Jacquard, Mas, de Bailly, Taffanel, Lalliet, Grisez,\nDupont, Espaignet, exécuteront un sextuor, de M. Gastinel (première audi-\ntion.) Un trio de Schubert, le treizième quatuor de Beethoven et l'otetto de\nMendelssohn, compléteront le programme de cette intéressante soirée, à\nlaquelle le pianiste Fissot prêtera son concours.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[193]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.1", "texte": "LE BRINDISI DE LA TRAVIATA\n\nNOUVELLE\nI\nISQUONS un œil, nous y risquerons bientôt une\noreille dans un salon bien modeste de la rue\n... mettez ici le nom de la rue que vous voudrez,\npourvu que ce ne soit ni l'aristocratique rue de\nla Paix, ni la trop vulgaire rue Quincampoix.\nCe salon est celui de Carmen. Le mobilier en\nest éle'gant et coquet sans être riche ; un piano\ndroit, mais parfait d'accord; des fleurs, de la\nmusique naturellement puisqu'il y a un\npiano; des livres et un amour de petit épagneul pelotonné sur un\ncrapaud : ravissante petite bête qui a surtout deux qualite's précieuses ;\ncelle de ne pas exiger qu'on fasse attention à elle, et de ne pas aboyer\nquand on frappe.\n\nVII.\n13"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "194", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.2", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nQuant à sa maîtresse, elle est jolie... parbleu ! puisqu'on en fait l'hé-\nroïne d'une nouvelle. Si c'était celle d'un roman, nous aurions dit qu'elle\nétait éblouissante.—Elle est brune comme Adelina Patti, avec cette\nparticularité qu'elle a les yeux bleus comme Christine Nilsson, et l'am-\nbition de devenir aussi célèbre que ces deux reines du chant. Que vou-\nlez-vous, on n'est pas parfait ; et, à dix-huit ans, on fait de si étranges\nrêves ! Il en est qui n'ont pour dot que leur jeunesse et leur minois, et\nqui comptent devenir des duchesses ! Carmen, elle, ne comptait que\ndevenir prima-donna d'un théâtre italien.\nVoilà pour le regard que nous avons risqué. Et voici ce que nous\nentendrions si, assez satisfaits de la vue, nous voulions écouter son\nmonologue. Aussi pourquoi pense-t-elle tout haut.., comme sur la\nscène ?\nC'est pourtant aujourd'hui que mon sort sera décidé, se dit-elle,\nassise indolemment dans son fauteuil et balançant son pied pas plus\ngrand qu'un biscuit à la cuiller. Ou cantatrice à la Scala de Milan,\nou Carmen comme devant. Et que faire alors? L'Opéra... il ne faut pas\ny songer. Après mon coup de tête que le directeur ne me pardonnera\njamais... et il a un peu raison! Les Italiens sont fermés, et avant\nque l'on retrouve la clef pour les ouvrir, les abonnés auront pris celle\ndes champs. Je n'ai d'autre espoir que M. Corbellini... Il va venir\ncomme dans la Juive et la comédie va recommencer. Pour être forte\nchanteuse, paraît-il, je dois jouer d'abord le rôle de grande coquette... Il\ncroit que je Paime!... le pauvre homme ! C'est que s'il ne le croyait\npas, adieu l'engagement !... Et ce cher Gontran qui s'avise d'en être\njaloux ! Etrange position que la mienne : j'aime Gontran et il croit\nque je ne l'aime pas; je n'aime pas M. Corbellini et il croit que je l'aime.\nEt il m'est impossible de détromper l'un et l'autre, tant que l'engage-\nment n'est pas signé. Hélas ! tout n'est pas rose dans la vie d'une ar-\ntiste !...\nMais sur cet aphorisme aussi vieux que peu consolant, la belle Carmen\nse lève, pensant peut-être avec raison qu'il ne s'agit pas de soupirer, de\nrêvasser et de se débiter des vérités banales. Voici qu'elle se dirige vers\nle piano. Quant au petit épagneul, il ouvre ses yeux noirs, lourds de\nsommeil, regarde sa maîtresse avec une superbe indifférence et les\nreferme.\nVoyons, se dit Carmen, il m'a déclaré //, c'est M. Corbellini\nil m'a déclaré que la façon dont je chanterai son grand morceau favori\ndéciderait la question de rengagement. Tâchons donc de nous mettre en\nVoix."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "195", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.3", "texte": "LE BRINDISI DE LA TRAVIATA\n\nLà-dessus, elle se met à solfier et à vocaliser des gammes chro-\nmatiques, des trilles, des notes piquees, tout un feu d'artifice de fusées\nmélodiques ... Vous voyez que nous n'y avons pas perdu à risquer une\noreille !\nMais nous ne sommes pas seuls à écouter aux portes, paraît-il. Voilà\nun jeune homme qui est entré sur la pointe du pied et qui s'est arrêté\nsur le seuil du salon. Carmen ne l'a pas aperçu par la raison assez pro-\nbante que le piano tourne le dos à la porte. Ce jeune homme est\nGontran. Ah ! celui-là, nous ne prendrons pas la peine de donner son\nsignalement comme sur un passeport. Nous avons dit qu'il est jeune \\\najoutons qu il n est ni beau ni laid, que l'on peut, à la rigueur, dire que\nc'est un joli garçon ne fût-ce que pour faire plaisir à Carmen qui\n1 aime et ne nous étonnons pas trop s'il applaudit comme un seul\nhomme à la fin d un point d orgue etincelant et qu'il crie i « bravo !\nbravo ! bravissimo ! »\nCarmen a fait faire un brusque demi-tour à son tabouret de piano et\ns est écriée : Tiens ! vous étiez là ! Phrase d'usage, assez absurde,\npuisqu on la dit quand il est impossible de nier qu'on soit là.\nEn effet, Gontran n?a garde de le nier ; seulement il ajoute qu'il y est\ndepuis le commencement des exercices.\nEt nous qui ne l'avions pas aperçu !\nVous avez eu tort, mon cher maître, lui dit Carmen avec une petite\nmoue adorable. Je vous eusse prié de m'accompagner un morceau.\nToujours de Tégoïsme, répond ce boudeur de Gontran.\nN'y en a-t-il pas un peu aussi de votre côté?\nDame ! si je ne m'occupais pas un peu de ce qui me fait le plus de\nplaisir... je n'ose pas dire de ce qui ferait mon bonheur, ce n'est certes pas\nla belle Carmen qui voudrait y songer.\nVous n'êtes qu'un ingrat, mon bien cher.\nJe croyais que les ingrats avaient disparu de la terre, depuis qu'on\navait supprimé les bienfaits.\nVous le croyiez?... Vous vous trompiez donc ?\nSoit; il y a quelqu'un pour qui les bienfaits ne sont pas un mythe.\nVous le connaissez. S'il est ingrat, celui-là !...\nJe ne sais pas ce que vous voulez dire.\nVraiment !...\nEh bien, oui; je le sais, mais vous avez tort de penser ce que vous\ndites.\nEt surtout de dire ce que je pense*"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "196", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.4", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nGontran, comme tous les amoureux, devient bête à force d'être in-\njuste. Il se fait un moment de silence.\nIl n'est pas encore là, dit-il, en renchérissant sur son absurdité.\nNon; mais il ne peut tarder, reprend Carmen avec indifférence (et\nelle a parfaitement raison).\nEn ce cas, permettez.\nEt Gontran esquisse ce qu'on appelle au théâtre une fausse sortie.\nVous partez? fait la jeune fille, qui au fond est une excellente\ncréature et qui ne voudrait pas faire de la peine à ce brave garçon.\nVoudriez-vous m'imposer le rôle de témoin?\nDécidément, dit-elle, en se levant et en allant à lui, vous devenez\nméchant.\nOn le deviendrait à moins. Voilà trois mois que vous me faites\nlanguir, quand vous m'aviez fait espérer que vous accepteriez mon\nnom. Et depuis l'arrivée de ce M. Corbellini, que le diable confonde!\nvous voilà distraite, rêveuse, préoccupée... Les jours qu'il vous vient\nvoir, votre porte est condamnée,\nVoyez comme vous êtes injuste; il va venir et... elle ne l'est pas.\nOh ! parce que Justine n'était pas là. Je sortais pour déjeuner, de\nmon quatrième, comme elle montait à sa chambre, là-haut. J'ai trouvé\nvotre porte entrebâillée,, je suis entré.\nVoyez-vous cela! Et si j'avais été avec M. Corbellini?\nJe serais parti sans rien vous dire et vous ne m'auriez plus revu.\nTa, ta ta!... Voilà la grosse colère qui arrive.\nNullement. C'est une résolution que j'aurais prise avec le plus\ngrand calme.\nNaturellement Gontran a dit cela de façon à prouver le contraire.\nElle me donne la mesure de votre amour, lui répond avec raison\nCarmen.\nSi je le mesurais au vôtre, je saurais à quoi m'en tenir.\nEncore une grosse banalité d'amoureux jaloux !\nVous êtes un enfant, mon ami. Je vous ai entendu pianoter toute\nla matinée là-haut. Parfois, quand le bruit des voitures se taisait, je\nsurprenais des bribes de mélodie, une phrase par ci, des accords par là;\nvous composiez, je parie.\nPariez, vous gagnerez, dit Gontran d'un ton plus radouci. (Amour-\npropre d'auteur !)\nJ'aime mieux gagner autre chose qu'une gageure.\nParlez,\nLa primeur de votre nouvelle composition."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "197", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.5", "texte": "LE BRINDISI DE LA TRAVIATA\n\nElle vous revient de droit; c'est à votre intention que je l'ai écrite.\nVoyez plutôt.\nEt Gontran déroule un petit cahier de musique. Carmen y jette les\nyeux avec une curiosité enfantine, et elle y lit ce titre: « LA VISION,\nromance; » et plus haut, comme dédicace : « à mademoiselle Su-\nzanne **\\ »\nN'est-ce pas votre petit nom, que vous avez préféré quitter pour\ncelui de Carmen, un peu plus romanesque? j'aime tant vous appeler\nSuzanne !\nQui vous en empêche?\nTout le monde vous connaît sous celui de Carmen.\nA votre place, je ne voudrais pas faire comme tout le monde.\nOui, si vous m'en donniez le droit, mais...\nEncore ! Voyons plutôt votre romance. C'est une romance, n'est-\nce pas?\nC'est tout ce que vous voudrez ; un fait divers si vous aimez mieux.\nVous avez trouvé cela dans les journaux; ils mentent assez sou-\nvent.\nJ'ai trouvé cela dans mon cœur; il ne ment jamais.\nEst-ce pour dire que le mien n'est pas aussi sincère.\nJe n'aurais garde. Mais on prétend que le cœur des femmes, comme\ncertains bonbons, est enveloppé d'énigmes.\n■— Bon! voilà que j'ai le cœur en papillotes. Voyons le mot de la vôtre.\nVoulez-vous que je déchiffre? Je vois que c'est pour ténor ou soprano..»\nJe vais vous massacrer votre mélodie.\nL'œuvre ne s'en plaindra pas plus que l'auteur.\nVous aurais-je massacré, par hasard?\nMassacré, non; torturé, oui.\nAllons, allons! ne posez pas pour les Werther; mettez-vous plutôt\nau piano... Là! y êtes-vous?\nGontran exécute un petit prélude. Carmen,, debout à côté de lui, se\npenche sur la musique et lui demande :\nSont-elles de vous, les paroles ?\nVous le saurez quand vous les aurez chantées.\nNon ! se dit Carmen, je comprends, c'est un reproche; j'ai peur. Et\nelle attaque ld. romance. Elle chante :\nVISION\nSur un navire à la marche rapide\nQui près du sien, tout près vient à passer,"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "198", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.6", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nSeul, un marin, splendide,\nFo/J wne femme à Y avant se dresser,\nPâle, debout, de crêpes noirs voilée,\nLaissant tomber un long regard sur lui.»\nNon, wow, jamais, swr /# voûte étoilée,\nd'amour plus fulgurant n'a lui.\nQw£ dowc es-tu? dit-il. Ta destinée.\nOù te diriges-tu?— Vers l'avenir.\nPuis elle fuit par le vent entraînée\nEn lui laissant un profond souvenir.\nDepuis ce jour, en proie à la souffrance,\nFers cette femme en vain veut-il courir ;\nPour le guider, il n'a que l'Espérance :\nPremière à naître et dernière à mourir.\nEh bien ! c'est tout simplement adorable, votre mélodie !\nCroyez-vous que ce que disent ces paroles soit la réalité?\nJe crois plutôt que c'est un rêve... à l'espérance près.\nCe n'est pas en tout cas celui que j'avais fait. J'avais rêvé quelque\nchose de plus caressant. Il me semblait, dans mon rêve, bien\nentendu! que moi artiste, moi musicien, je rencontrais une artiste,\nune musicienne, que le hasard avait faite ma voisine, et vers laquelle\nmon cœur m'attirait irrésistiblement; que nous confondions nos espé-\nrances et nos ambitions, nos projets d'avenir, nos craintes, nos études,\ntout; que nous nous soutenions mutuellement, nous tenant par la main;\nque là où l'amitié n'avait dressé qu'une tente, l'amour bâtissait un palais,\net que nous vivions heureux, ayant pour nous reposer de l'ivresse du\ncœur l'ivresse du succès.\nEh oui! murmura Carmen, rêveuse et un peu émue. C'eût été\ntrop beau.\nAussi, en m'éveillant de mon rêve, ai-je écrit la mélodie que vous\nvenez de chanter...\nEt les paroles! C'est donc une séparation que vous me proposez?\nJe ne la propose pas, je la constate, je la subis.\nVous avez tort, Gontran, je n'ai de relations avec M. Corbellini que\npour nos affaires.\nAffaires dont vous me faites un secret... Je pourrais vous donner\ndes conseils.\nNon, mon ami, je ne sais plus quel moraliste a dit que les affaires\ndélicates ressemblent aux épingles ; faute de les prendre par le bon bout,\non risque de se piquer."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "199", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.7", "texte": "LE BRINDISI DE LA TRAVIATA\n\n■— Et, a-t-il ajouté qu'il faut la main non moins délicate d'une\nfemme?\nPrécisément.\nDéfaites, que tout cela ! dit Gontran impatienté.\nCarmen fronce ses beaux sourcils; elle va riposter. Par bonheur, le\ndialogue, au moment de tourner à l'aigu, est interrompu. Gontran jette\nun coup d'œil vers la porte.\nC'est ce monsieur, dit-il tout bas à Carmen, d'un ton vivement\ncontrarié. Adieu, Carmen, je m'en vais.\nRestez, je vous en prie.\nA quoi bon ?\nRestez, pour me faire plaisir.\nAu fait, je puis vous être utile. S'il faut que vous chantiez, l'accom-\npagnateur n'est pas de trop.\nVous êtes dur, Gontran. En ce cas, je ne vous retiens pas.\nSoit, je reste.\nPendant ce petit à-parté rapide, il signor Corbellini s'est débarrassé\ndans l'antichambre de son pardessus, de son cache-nez, de ses gants\nfourrés et de son parapluie.\nC'est un petit monsieur, entre deux âges, à la mise correcte, au regard\nfin et pénétrant et à la voix fausse; signe particulier : il porte des lunettes\nd'or. Pour le dépeindre en deux mots : figurez-vous M. Thiers à cin-\nquante ans.\nBonjour ! belle diva ! dit-il en entrant et avec un accent italien très\nprononcé.-—Bonjour, maestro. Puis, prenant la main de Carmen pour\nla porter à ses lèvres, il lui glisse tout bas : Vous m'aviez promis d'être\nseule.\nIl est là pour m'accompagner, lui répond Carmen à voix basse aussi.\nEh bien ! et ces nerfs? demande M. Corbellini.\nToujours agacés ! fait Carmen avec un soupir. Et votre rhume ?\nToujours agaçant !\nAvez-vous des nouvelles de Milan ? dit Carmen.\nOui, et excellentes. Verdi me donne carte blanche\nC'est-à-dire que mon sort est entre vos mains.\nOu plutôt dans votre gosier. Voyons, êtes-vousen voix?\nHum ! hum ! Vous allez en juger.\nAh ! il faut que vous me chantiez un morceau de maître. Verdi a\ntoute confiance en moi: je ne voudrais pas qu'il eût à regretter de s'en"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "200", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.8", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nêtre rapporté à mon goût. Ainsi vous ne vous froisserez pas si je vous\nprie de chanter une page de son répertoire.\nChoisissez.\nC'est fier! Eh bien, je choisis l'air delà Traviata... avec le brindisi,\nbien entendu ! C'est mon morceau de prédilection.\nIl faut dire aussi que je l'ai vu naître. J'étais là quand le maître l'a\ncomposé, lui qui aime à être seul lorsqu'il écrit... Mais, pour moi, c'est\ndifférent, il ne se gêne guère avec moi.\nCela ne m'étonne nullement, se dit Gontran.\nVa pour l'air de la Traviata, dit Carmen en allant au piano. Puis\nse tournant vers le jeune homme: Monsieur Gontran, ajouta-t-elle,\navec un regard d'une expression indicible, moitié aveu, moitié caresse,\nmonsieur Gontran voudrait-il m'accompagner?\nLà, j'en étais sûr ! murmura Gontran. Et il reprit tout haut : je ne\npuis rien refuser à... mademoiselle Carmen. Il a soin de souligner ces\ndeux derniers mots, dont l'intention n'échappe pas à M. Corbellini.\nC'est un coup de patte à moi, pense-t-il, mais je m'en moque.\nCarmen profite du mouvement qu'elle fait en se penchant sur la par-\ntition pour dire à Gontran qui s'est assis au piano : « Vous avez une\nfigure de conspirateur. » Et lui de répondre : « Si vous croyez que cela\nm'amuse. » Puis il attaque la ritournelle.\nCarmen s'est rapproché de M. Corbellini.\nEt ce papier ? lui dit-il tout bas.\nIl est prêt...\nEt l'engagement ? fait-elle de même.\nIl dépend de la teneur du vôtre et de la façon aussi dont vous allez\nchanter.\nEh bien? s'écrie avec impatience Gontran, qui a achevé son pré-\nlude.\nTout à son jeu, il n'avait pas pu remarquer le petit dialogue en sour-\ndine de Carmen et Corbellini.\nJ'y suis, j'y suis! dit Carmen, et elle chante.\nIl faut se reporter aux plus beaux jours du Théâtre-Italien pour se faire\nune idée de la façon vraiment admirable dont la belle Carmen interprète\ncette belle page du répertoire moderne. L'andante est dit avec une\npureté, une expression, un soin des nuances, saisissants. Mais c'est\nlorsqu'elle attaque cette ravissante strette du brindisi :\nSempre ridere vogl'io\nFolleggiar di gi"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "201", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.9", "texte": "LE BRINDISI DE LA TRAVIATA\n\noù le musicien a su mêler à la fausse joie de la pécheresse amoureuse\ntant de poignante amertume et tant de cruelles désespérances, que la\nvoix de Carmen trouve des accents superbes. Elle termine cette belle\nmélodie par un point d'orgue à faire crouler la salle si elle l'avait chantée\nau théâtre devant un auditoire d'élite.\nAdmirable! admirable! incomparable! s'écrie M. Corbellini dans\nl'enthousiasme.\nQu'il aille au diable ! se dit Gontran sur la même rime.\nEt maintenant, chère enfant, dit il signor Corbellini d'un ton plus\nsérieux, comme il faudra causer affaires, je vous demande deux minutes\nd'entretien.\nAccordé ! dit Carmen en lançant à Gontran un regard qui prie et\nqui demande qu'on pardonne.\nVous comprenez bien, mademoiselle, fait celui-ci un peu piqué,\nmalgré le regard de Carmen, monsieur a besoin de rester seul avec vous.\nJe remonte chez moi.\nJ'ai toujours admiré votre perspicacité, dit l'ltalien d'un air si poli\nqu'il en est impertinent»\nGontran n'y tient plus; il quitte le salon en murmurant ces mots : «Vieux\nsinge, va ! » mais pas assez bas pour que Corbellini ne crois les saisir :\nce Tiens, dit-il, monsieur Gontran se parle à lui-même. » Le jeune musi-\ncien lui lance un regard foudroyant et remonte chez lui, en se pro-\nmettant de ne jamais plus remettre le pied chez Carmen. On sait ce que\nvalent de pareils serments.\n( La fin prochainement.)\n\nA. DE LAUZIÈRES-THÉMINES."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.10", "texte": "LA LEÇON DE MUSIQUE\n\nOICI deux petites sœurs; Vune,\nVaînée, ainsi qu'on peut le voir,\nSait jouer Au clair de la lune,\nL'autre voudrait bien le savoir.\nOr, la cadette, blonde et gaie,\nDepuis une heure, toute en eau,\nDe ses mains mignonnes essaie\nD'ouvrir Vénorme piano.\n« Viensy Thérèse, viens à mon aide! »\nThérèse soulève, en tremblant,\nLe pesant couvercle, çwi cède.\n« Dieu! le beau clavier noir et blanc!\nVois, la musique est en ivoire, »\nZhY Lili très émue au fond,\nPw/s frappant une touche noire :\ncc Ces musiciens, èrwzV font! »"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "203", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.12", "texte": "LA LEÇON DE MUSIQUE\n\n« Silence! » « Oh! méchante marraine !... »\n(( Il faut, Lili, parler moins haut\nSi vous voule% qu on vous apprenne\nLa chanson de Vami Pierrot. »\n« Lili sera sage, Thérèse. »\n/\nce Ecoute alors : Do, si, la, 501...\nCette touche, c'es/ ww d/èse,\nEt puis, d'autres fois, un bémol. »\n« Quels beaux noms, il faut les écrire,\nbémol\\ reprend Lili,\nZ,a musique, cela fait rire,\nZ,<2 musique, c'est très joli. »\nThérèse qui veut rester grave,\nDe son index mieux assuré\nSoigneusement parcourt Voctave :\nRé, mi, fa, sol, la, si, do, ré.\nEt Lili joyeuse limite :\nDo, ré, ré, mi, mi, fa, sol, 1a...\nMais ses petits doigts vont trop vite :\nce Non, Lili, ce n'esf ce/a / »\n« Notre chat, ses pattes roses,\nEn trottant, parfois réussit\nA jouer de très belles choses,\nIl est donc musicien aussi ? »\nPwzs e//e rit, charmante et folle,\nDe voir ainsi, d'entre les doigts,"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "204", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.13", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nL'essaim des notes qui s'envole\nComme un nid surpris dans un bois.\nJamais ses mains ne seront lasses,\nLili jouera, toujours, toujours!...\nQuand soudain, deux notes très basses\nVibrent avec de grands bruits sourds;\nEt Lili se bouche une oreille,\nLili n'est brave qu'à demi,\nLili croit que sa sœur réveille\nQuelque vieux tonnerre endormi :\n« Le piano ne veut plus qu'on joue,\nIl se fâche... » Et terriblement,\nDevant Lili qui fait la moue,\nLe piano gronde un long moment.\n\nPAUL ARÈNE"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "205", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.14", "texte": "LES\nSPECTATEURS SUR LE THÉATRE\n\nCHAPITRE I.\nA scène de la Comédie-Française offrait aux regards,\njusqu'au milieu du siècle dernier, un spectacle aussi\nbrillant qu'il était contraire aux exigences de Faction\net de la vérité dramatiques. De chaque côté du\nthéâtre, et tenant près du tiers de la scène, étaient\nrangées des banquettes, places attitrées des gens du\nbel air, pour qui c'était la mode de se pavaner ainsi, de se donner en\nspectacle à la salle entière et d'étaler là leurs précieuses personnes.\nCet usage avait pris naissance dans les modestes locaux où notre\nthéâtre avait commencé par s'abriter. Dans l'espace d'un siècle, la\nComédie-Française avait trois fois demandé asile à des jeux de paume,\noù les spectateurs se plaçaient chacun selon sa convenance. L'affluence\nallant toujours grandissant, on imagina quelque jour de ranger des\nchaises sur la scène, pour les personnes qui n'avaient pu trouver place\ndans la salle ; mais bientôt les grands seigneurs, financiers et petits-\nmaîtres, prétendirent occuper, à l'exclusion de tous autres, des places\nqui favorisaient leur coquetterie et le commerce galant qu'ils entrete-\nnaient avec les comédiennes. Ils les conquirent moyennant finances,\net les gardèrent au grand avantage de la caisse du théâtre, si bien qu'au\nmoment où la troupe du roi s'était transportée à sa nouvelle salle de la"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "206", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.15", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nrue des Fossés-Saint-Germain, elle avait religieusement respecté cet\nusage si contraire aux intérêts de Part, mais si profitable à ceux delà\nCompagnie (1).\nC'était en 1687 que les comédiens français avaient reçu ordre du ro\nd'abandonner leur théâtre sis rue Mazarine, en face de la rue Guéné-\ngaud, sur les réclamations du collège Mazarin qui se trouvait gêné par\nleur voisinage bruyant et profane. Après de longues hésitations, ils\navaient acquis, en mai 1688, le jeu de paume de l'Etoile, rue des Fossés-\nSaint-Germain-des-Prés, et deux maisons contiguës (2). Ils les firent\nabattre et confièrent à François d'Orbay la construction d'une nouvelle\nsalle, qui fut inaugurée, le lundi de la Quasimodo, 18 avril 1689, par\nPhèdre et le Médecin malgré lui.\nCette salle, où la Comédie devait rester pendant plus d'un siècle, avait\nla forme d'une demi-ellipse, dont le diamètre en largeur était de treize\npieds et demi. Les bancs pour les spectateurs réduisaient la largeur de la\nscène à quinze pieds sur le devant et à onze dans le fond. Il y avait\ntrois étages de loges. Chaque rang se prolongeait sur la scène en for-\nmant de chaque côté deux loges d'avant-scène, appelées balcons, parce\nqu'elles étaient situées au-dessus des bancs du théâtre et des balcons qui\nséparaient les acteurs des spectateurs (U). Il y avait dix-neuf loges à\nchaque étage, toutes de huit places, y compris celle du roi et celle\nde la reine, placées au premier étage, à gauche et à droite de l'acteur.\nL'escalier d'honneur s'arrêtait au premier étage. D'autres condui-\nsaient aux loges de balcons et faisaient communiquer le théâtre\navec l'orchestre ; un escalier conduisait aux secondes et troisièmes\nloges, et celui L servait de dégagement pour ces mêmes places, au\nmoment de la sortie. Le grand corridor N faisait communiquer avec le\nthéâtre et les foyers des comédiens toutes les premières places : balcons9\norchestre, premières loges et amphithéâtre. Le rez-de-chaussée du\nthéâtre comprenait Yorchestre (I), étroit et garni de bancs, entourant\nl'orchestre des musiciens ; le parterre, desservi par un escalier isolé,\noù l'on entrait avec cannes et épées et où l'on restait debout avec faculté\nd'aller se chauffer aux deux grands poêles placés à droite et à gauche ;\net enfin l'amphithéâtre, qui allait montant jusqu'au rebord des pre-\n\n(1) Les places d'orchestre, de balcon, d'amphithéâtre, les premières loges et les\nbanquettes de la scène coûtèrent 3 livres jusqu'en 169 g. A partir du 5 mars de cette\nannée, jour où l'on commença à payer le sixième pour les pauvres, elles coûtèrent\n3 livres 12 sols; enfin, en février 1716, elles furent portées à 4 livres.\n(2) Uarrest par lequel le Roy permet aux comédiens d'acquérir le Jeu de paume de\nVÉtoile est du ler mars 1688."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "208", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.17", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nmières loges de face, par une disposition analogue à celle de l'Opéra de la\nrue Le Peletier. Cette description sommaire servira de légende au plan\nci-joint du premier étage de la Comédie (extrait de V Architecture fran-\nçaise, de Blondel, 1752) sur lequel sont exactement marquées les ban-\nquettes de la scène, encloses dans une balustrade dorée (1).\nLà, l'étourderie, la fatuité, quelquefois l'ivresse des spectateurs, don-\nnaient un surcroît de comédie au reste de la salle et détruisaient\nl'illusion théâtrale. Durant toute la soirée, le bruit ne cessait pas sur la\nscène, même au plus fort de l'action tragique. Riches financiers, sémil-\nlants petits-maîtres entraient et sortaient suivis de laquais en riches\nlivrées, s'agitaient, babillaient, ricanaient tout à leur aise, tandis que les\nacteurs s'efforçaient de dominer le tapage par leurs cris et de ramener à\neux l'attention de la foule égarée sur cette brillante assemblée.\n« On ne savait quelquefois, dit Crébillon dans sa Lettre sur les spec-\ntacles, si le jeune seigneur qui allait prendre sa place n'était point\nl'amoureux de la pièce qui venait de jouer son rôle. C'est ce qui donna\nlieu à ce vers :\nOn attendait Pyrrhus : on vit paraître un fat !\nc\n« Le comédien manquait toujours son entrée, il paraissait trop tôt ou\ntrop tard ; sortant du milieu des spectateurs comme un revenant, il dis-\nparaissait de même, sans qu'on s'aperçût de sa sortie. Enfin,, tous les\ngrands mouvements de la tragédie ne pouvaient s'exécuter, et les coups\nde théâtre étaient toujours manqués. »\nLes esprits éclairés déploraient cet abus, mais ils en étaient pour leurs\nconseils et leurs critiques. Les acteurs souffraient aussi de cet usage et se\ntrouvaient souvent gênés par ces barrières et ces banquettes : ils auraient\nvolontiers congédié ces voisins incommodes s'ils n'eussent retiré bon\nprofit de cette location extraordinaire. 11 serait trop long d'énumérer en\ndétail tous les inconvénients de cette incroyable coutume. Le rétré-\ncissement du théâtre entravait singulièrement les jeux de la scène\net nuisait à la chaleur de l'action. C'était parfois à ce point qu'à une\nreprésentation d'Acajou, de Favart, vers le milieu du siècle der-\nnier, il ne put paraître qu'un seul acteur, et qu'à la représentation\nd^Athalie du 16 décembre 1739, il fut impossible d'achever la pièce\nà cause de la cohue. De là découlait la mesquinerie de la mise en scène,\npar l'impossibilité de meubler ou de décorer d'une façon convenable un\n\n(i) Voir, pour plus de détail, la Notice historique sur les anciens bâtiments de la\nComédie-Française, par M. Jules Bonnassies. (Paris, Aubry, 1867.;"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "209", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.18", "texte": "LES SPECTATEURS SUR LE THÉÂTRE\nVII.\n14\n\nendroit ainsi encombré de spectateurs ; de là encore, par suite, l'invrai-\nsemblance des entrées, des sorties, des rencontres fortuites, etc.\nVoltaire dit bien, dans son commentaire sur l'Œdipe, de Corneille :\n« ... Les magnifiques tableaux dont Sophocle a orné son Œdipe fe-\nraient sans doute le même effet que les autres parties du poëme firent\ndans Athènes ; mais, du temps de Corneille, nos jeux de paume étroits,\ndans lesquels on représentait ses pièces, les vêtements ridicules des\nacteurs, la décoration aussi mal entendue que ces vêtements, excluaient\nla magnificence d'un spectacle véritable et réduisaient la tragédie à de\nsimples conversations, que Corneille anima quelquefois par le feu de son\ngénie. »\nCet embarras perpétuel peut expliquer, en partie, cette sévère et\ninflexible unité de lieu de nos anciens ouvrages dramatiques. Il eût été\nfort difficile, dans de telles conditions, de changer en place publique,\nd'une scène à l'autre, le palais consacré à la Tragédie, la chambre ou la\npromenade publique attribuée à la Comédie. Pour les grandes pièces à\nmachines, force était parfois d'enlever de la scène les banquettes qui\nauraient rendu tout changement à vue impraticable. Cela arriva le\n17 mars 1675, dans la salle de la rue Guénégaud, à la première repré-\nsentation de la Circé, de Th, Corneille, comme le prouve l'extrait sui-\nvant du Registre de Lagrange :\nCIRCÉ\n17 mars i6yS\nRECETTE\nlivres, sols.\nThéâtre (néant). Le jeu des machines a empêché\nde délivrer des billets pour cette place » »\nLoges : une à 6 louis et sept à 4 374 »\nAmphithéâtre et loges basses : 226 places.... 1,243 »\nLoges hautes :60 (sic) à 3 livres 195 »\nLoges du troisième rang :80 à 2 liv 160 »\nParterre : 419 places à3o sols 628 10\nReçu en tout 2,600 10\nLes anecdotes abondent qui démontrent les inconvénients de cet état\nde choses.\nOn reprochait à Baron de tourner parfois en scène le dos au public. 11\nne le faisait que lorsqu'il y était contraint en quelque sorte par les spec-\ntateurs des banquettes, qu'il entendait rire ou causer tout haut derrière\nlui : il se retournait vers eux et imposait silence en leur adressant les\nvers de son rôle."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "210", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.19", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nA une représentation de Cinna, le maréchal delà Feuillade, entendant\nle comédien qui jouait Auguste déclamer :\nMa faveur fait ta gloire et ton pouvoir en vient;\nElle seule félève et seule te soutient, etc.,\ndit à mi-voix : « Ah ! tu me gâtes le : Soyons amis, Cinna! » L'acteur,\ntroublé et croyant que cette apostrophe s'adressait à lui, faillit perdre la\ntête. Mais le maréchal lui dit après la pièce : « Ce n'est pas vous qui\nm'avez déplu, c'est Auguste qui dit à Cinna qu'il n'a aucun mérite,qu'il\nn'est propre à rien, qu'il fait pitié, et qui lui dit ensuite : Soyons amis.\nSi le roi m'en disait autant, je le remercierais de son amitié. »\nUn soir qu'on jouait l Opéra de village, de Dancourt(iÔ94), le mar-\nquis de Sablé arriva à moitié ivre sur le théâtre. L'acteur-auteur était en\nscène et chantait ces vers de sa pièce :\nEn parterre, il boutra nos blés ;\nNos prés, nos champs seront sablés.\nLe marquis, dont la raison était assez troublée, pensa que celui-ci\nl'insultait, et, se levant de sa place, il alla gravement souffleter le comé-\ndien, qui dut subir cet affront sans mot dire.\nMademoiselle Dumesnil jouait un jour Cléopâtre dans Rodogune. Elle\nvenait de lancer ses imprécations et, prête à expirer de rage, s'écriait :\nJe maudirais les dieux, s'ils me rendaient le jour !\nquand elle se sentit frappée d'un grand coup de poing dans le dos par un\nvieux militaire qui se trouvait sur le théâtre, précisément derrière elle, et\nqui lui cria : « Va-t'en, chienne, à tous les diables! »Ce trait de délire\ninterrompit le spectacle, mais l'actrice remercia lofficier de son injure et\nde ses coups., comme de l'éloge le plus flatteur.\nUn bon mot suggéré par la présence des banquettes faillit faire\ntomber, en 1736, le Childéric de Morand. Dans une scène des plus\npathétiques, un acteur, chargé d'apporter une lettre, ne pouvait par-\nvenir à fendre la foule et agitait son papier d'une façon désespérée*\n<t Place au facteur ! » cria un plaisant du parterre aux éclats de rire de\ntoute la salle. A la soirée suivante, l'auteur bien avisé supprima la\nmalencontreuse lettre.\nDu reste, les deux parties de l'auditoire, celle qui s'étalait sur la scène\net celle qui se tenait debout à l'autre extrémité de la salle, étaient presque\ntoujours en hostilité ouverte. Témoin le Grondeur, de Brueys et\nPalaprat, qui fut sifflé par la première et vivement applaudi par la"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "211", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.20", "texte": "LES SPECTATEURS SUR LE THÉÂTRE\n\nseconde. Témoin encore le philosophe Plapisson, qui, se trouvant sur la\nscène, à la première représentation de VÉcole des femmes, haussait les\népaules à chaque éclat de rire du parterre , le regardait en pitié et\ndisait avec aigreur : « Ris donc, sot de parterre, ris donc ! »\nIl y avait pareille affluence de spectateurs sur la scène de l'Opéra, où\nils devaient singulièrement gêner le jeu des machines et entraver l'ap-\npareil des décors et le déploiement des masses chantantes ou dansantes.\nCes exigences de la mise en scène firent que cet abus fut réprimé plus\ntôt à l'Académie de musique qu'à la Comédie-Française ; toutefois,\ncertain passage des Amusements sé de Dufresny,\nprouve que les petits-maîtres s'étaient aussi emparés de notre scène\nlyrique. « Entrons vite à l'Opéra, dit l'auteur au Siamois qu'il pro-\nmène à travers Paris, et plaçons-nous sur le théâtre. Sur le\nthéâtre, lépartit mon Siamois, vous vous moquez! Ce n'est pas nous qui\ndevons nous donner en spectacle : nous venons pour le voir. N'im-\nporte, luy dis-je, allons nous y étaler : on n'y voit rien, on y entend mal;\nmais c'est la place la plus chère, et par conséquent la plus honorable.\nCependant, comme vous n'avez point encore d'habitude à l'Opéra, vous\nn'auriez pas sur le théâtre cette sorte de plaisir qui dédommage de la\nperte du spectacle. Suivez-moy dans une loge; en attendant qu'on lève\ncette toile, je vais vous dire un mot des païs qu'elle nous cache (i). »\nMolière combattit vivement cet usage ridicule, d'abord dans les\nFâcheux par la bouche d'Eraste, puis dans par celle\nd'Acaste ; mais le poète était impuissant contre les seigneurs qui venaient\nlà faire montre de leurs précieuses personnes. Il obtint seulement que les\nchaises fussent remplacées par des bancs immobiles. Déjà du moins,\nl'homme à grands canons des Fâchep. ne pouvait plus crier du fond de\nja scène : « Holà ! ho ! un siège promptement ! » ni traverser tout le\nthéâtre.\nMais i homme pour s'asseoir a fait nouveau fracas,\nEt traversant encor le théâtre\nBien que dans les côtés il p\nAu milieu du devant, il a planté sa chaise,\nEt, de son large dos morguant les spectateurs,\nAux trois quarts du parterre a caché les acteurs.\n\n(i) Amusements sérieux et comiques. A Paris, chez Claude Barbin, au Palais, sur le\nsecond perron de la Sainte-Chapelle (1699). Amusement cinquième : l'Opéra.\nVoici encore un extrait de ce piquant opuscule :\n« Les fées de l'Opéra enchantent comme les autres; mais leurs enchantemens sont\nplus naturels, au vermillon près... Celles-cy sont naturellement bienfaisantes. Cepen-\ndant elles n'accordent point à ceux qu'elles aiment le don des richesses : elles le\ngardent pour elles. »"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "212", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.21", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nMolière eut personnellement à souffrir des inconvénients de cette cou-\ntume et des hostilités qui éclataient à chaque instant entre les spec-\ntateurs des banquettes et ceux du parterre. Un jour, entre autres, un\ngrand seigneur en humeur de rire s'en va raccoler sur le Pont-Neuf tous\nles bossus qu'il trouve et leur remet à chacun un billet de théâtre pour le\nsoir. Lorsque la toile se lève, tout le public éclate de rire en voyant\nrangés de droite et de gauche quantité de bossus plus contrefaits les uns\nque les autres.\nCela n'était encore qu'une plaisanterie assez drôle, mais voici qui\nprête moins à rire. En recueillant les matériaux d'un travail qu'il pré-\npare sur les spectacles des foires et des boulevards de Paris, M. Cam-\npardon a eu la bonne fortune de trouver, à la section judiciaire des\nArchives de l'État, quatre pièces relatives à Molière, et il les a livrées au\npublic (i). L'un de ces papiers est une Information à la requête de\nM. le procureur du Roi, au sujet insulte arrivée à la Comédie\ndu Palais-Royal, par des gens de livrée (le dimanche 9 octobre 1672).\nLe magistrat chargé de l'enquête était un nommé David, conseiller du\nroi, commissaire enquesteur et examinateur au Châtelet de Paris. Entre\ntoutes ces dépositions, nous ne citerons que la plus courte, celle du sieur\nMathieu Pélouard, bourgeois de Paris, y demeurant rue Saint-Honoré,\nparoisse Saint-Germain-l'Auxerrois, âgé de vingt-sept ans environ. Elle\nsuffira à bien faire connaître l'incident :\nDépose que dimanche dernier étant sur l'amphithéâtre de la Comédie du\nPalais-Royal, il vit jeter sur le théâtre une pierre ou quelque chose de sem-\nblable, pendant que quelques acteurs jouoient, entre autres ledit sieur de\nMolière; à la fin de la comédie, il vit plusieurs gens de livrée dans le par-\nterre, croit que ce sont tous pages, partie de celle de M. de Grandmont, qui\nfirent grand bruit et rumeur. Aperçut qu'un d'eux donna des coups de bâton,\nmais ne sait à qui. Et comme cela mit presque toutes les personnes qui\ny étoient en alarme, M. le procureur du Roi parut en robe sur ledit théâtre,\nlequel leur dit : « Pages, cela n'est pas honnête d'user de telles violences dans\nun lieu de respect comme est le Palais-Royal. Mettez vos bâtons bas! »\nNonobstant, ils ne laissèrent de remuer comme auparavant, n'eurent aucun\nrespect pour mondit sieur le procureur du Roi, levoient les mains, comme se\nmoquant de lui ; et quelques personnes d'apparence, qui étoient sur ledit\nthéâtre, leur ayant dit : « Messieurs, vous parlez à M. le procureur du Roi,\nqui est votre juge, » une voix répondit : « Nous n'avons pas de juges; nous\nnous moquons des juges. » Enfin lui parlèrent avec beaucoup de mépris. Et\nremarqua parmi lesdits pages un jeune homme couvert d'un justaucorps de\nvelours noir, ayant l'épée au côté, et d'une plume blanche sur son chapeau,\n\n(1) Documents inédits sur J.-B. Poquelin Molière, brochure in-18, chez Pion, 1871."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "213", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.22", "texte": "LES SPECTATEURS SUR LE THEATRE\n\nqui prenoit fort leur intérêt contre mondit sieur le procureur du Roi, lequel\nne leur parla à tous qu'avec grande douceur et modération, quoiqu'ils cau-\nsèrent une grande rumeur, et de la manière qu'ils en usèrent, ils se rendirent\nmaîtres du parterre. Est tout ce qu'il a dit savoir.\nSigné : DAVID. PÉLOUARD.\nCes graves désordres renaissant à tout propos, le roi rendit, le 12 jan-\nvier 1685, une ordonnance qui défendait à toutes personnes de com-\nmettre aucuns désordres à la Comédie.\nSA MAJESTÉ, estant informée que les défenses qu'elle a cy-devant faites à\ntoutes personnes d'entrer aux Comédies, tant Françoises qu'ltaliennes, sans\npayer, ne sont pas exactement observées ; et même que beaucoup de gens\ny estant entrez, interrompent par le bruit le divertissement public : Sa\nMajesté a de nouveau fait très-expresses inhibitions et défenses à toutes per-\nsonnes, de quelque qualité et condition quelles soient, même aux officiers de\nsa maison, ses gardes, gendarmes, chevau-légers, mousquetaires, et tous\nautres, d'entrer auxdites Comédies sans payer; comme aussi à tous ceux qui\ny seront entrez, d'y faire aucun désordre, ny interrompre les comédiens en\nquelque sorte et manière que ce soit. Enjoint au lieutenant-général de police\nde sa bonne ville de Paris, de tenir la main à l'exécution de la présente\nordonnance. Fait à Versailles, le douzième jour du mois de janvier i 685.\nSigné : LOUIS. Et plus bas, COLBERT. Et scellé du sceau de Sa Majesté.\nCes défenses ne produisirent pas grand effet, si bien que le roi fut\nobligé de les réitérer dans ses ordonnances des 16 novembre 1691 et\n19 janvier 1701. Enfin, le 10 avril 1720, le Régent les renouvelait en\ntermes plus sévères :\nSA MAJESTÉ, voulant que les défenses qui ont été faites de temps en temps,\net qu'elle a renouvelées à l'exemple du feu roi, d'entrer à l'Opéra et à la\nComédie sans payer, et d'en interrompre le spectacle, sous aucun prétexte,\nsoient régulièrement observées ; et bien informée que quelques personnes se\nnégligent sur leur observation, Sa Majesté, de l'avis de M . le duc d'Orléans,\nrégent, a fait et fait très-expresses inhibitions et défenses à toutes personnes\nde quelque qualité et condition qu'elles soient, même aux officiers de sa\nmaison, gardes, gendarmes, chevau-légers, mousquetaires et autres, d'entrer\nà l'Opéra ni à la Comédie sans payer. Défend aussi à tous ceux qui assis-\nteront à ces spectacles d'y commettre aucun désordre en entrant, ni en sor-\ntant, et d'interrompre les acteurs pendant les représentations et entr'actes, à\npeine de désobéissance. Fait pareilles défenses, et sous les mêmes peines, à\ntoutes personnes de quelque qualité et condition qu'elles soient,de s'arrêter\ndans les coulisses qui servent d'entrée au théâtre de la Comédie, et hors de\nl'enceinte des balustrades qui y sont posées pour tenir les spectateurs assis et\nséparés d'avec les acteurs, afin que ceux-ci puissent faire leurs représentations\navec plus de décence et à la plus grande satisfaction du public. Défend aussi"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "214", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.23", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nà tous domestiques portant livrées, sans aucune réserve, exception ni distinc-\ntion, d'entrer à l'Opéra ou à la Comédie, même en payant, de commettre\naucunes violences, indécences ou autres désordres, aux entrées ni aux envi-\nrons des salles et lieux où se font ces représentations, sous telles peines qu'il\njugera convenable. Permet Sa Majesté, d'emprisonner les contrevenants, et\nenjoint au sieur d'Argenson, etc.\nAutant d'ordonnances, autant en emportait le vent. Les édits, comme\nla raison, étaient impuissants à réprimer chez les seigneurs cette folle\nenvie de se donner en spectacle et de chercher à attirer sur eux l'atten-\ntion de la salle par leurs bruyantes façons d'agir. Un demi-siècle s'écou-\nlera encore avant que ce fâcheux abus puisse être réprimé.\n(La suite prochainement.)\n\nADOLPHE JULLIEN."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "215", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.24", "texte": "ANDRÉ PHILIDOR\n\n(<)\nNE jolie anecdote, qui donnera une nouvelle preuve de la\nsupériorité de Philidor aux échecs, est celle-ci. Elle a\nété publiée dans le Moniteur universel du 6 octobre\n1868,\n<( ... Quoi qu'aient pu dire bien des personnes qui croient que Philidor\nferait aujourd'hui assez triste figure à côté des joueurs de la force de\nM. Morphy, nous pouvons dire ceci : lia peut-être été égalé, il n'a certes pas\nété dépassé. Qu'on nous permette, pour prouver ce que nous avançons, de\nraconter une anecdote ancienne, mais peu connue.\n« Les noms de Deschapelles et de Labourdonnais sont restés dans le sou-\nvenir de tous les amateurs. Deschapelles, qui avait le génie des échecs, était\nle plus fort des deux. Il était le premier joueur de l'Europe, mais Philidor\navait cessé de vivre.\n« Il y avait plus de vingt ans que Deschapelles ne jouait plus en public,\nlorsque Méry raconta avec sa verve toute méridionale qu'après une des plus\ncélèbres batailles de l'Empire, Deschapelles, officier dans l'armée française,\nfut conduit au cercle des échecs d'une grande ville où l'armée était cantonnée,\npar un colonel du pays. Par politesse, on lui donna pour antagoniste le\njoueur le plus fort du cercle, qui, sûr de sa supériorité, offrit à Deschapelles\nde lui rendre une tour. Deschapelles reçut l'avantage et la partie commença;\nmais, au bout de quelques coups, il dit à son adversaire : « Monsieur, remet-\ntons les pièces en place, je vous prie, c'est moi qui vais vous rendre la tour,»\net il gagna. Les journaux anglais traitèrent ce fait de gasconnade. Ils reve-\nnaient souvent et à plaisir sur l'outrecuidance du joueur français. Celui-ci,\nimpatienté, et pour mettre fin à tous ces quolibets, envoya un défi à tous les\njoueurs de l'Angleterre, offrant non-seulement de rendre le pion et deux\n\n(1) Voir les numéros des i 5 juin, i 5 juillet, i*r septembre, ler octobre, ler novembre,\nlerIer décembre 1874, icr janvier et ier février 1875."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "216", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.25", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ntraits a celui qui se présenterait, mais encore de jouer la somme qu'on vou-\ndrait. Le défi fut relevé, les paris s'engagèrent, et les Anglais allèrent cher-\ncher dans sa retraite M. Lewis, joueur émérite et auteur de nombreux\nouvrages sur les échecs, pour être leur champion. M. Lewis accepta, mais\navant de partir pour Paris, où le défi devait avoir lieu, il demanda qui était\nson adversaire. On le lui nomma. « Il est inutile que je parte, dit simplement\n« M. Lewis ; M. Deschapelles m'a toujours rendu pion et deux traits, il m'a\n« toujours battu. » Le défi en resta là, et une députation anglaise vint féli-\nciter le vieux lion, comme l'appelèrent depuis cette époque les journaux\nanglais.\n« Eh bien ! ce joueur qui offrait le pion et deux traits à toute l'Angleterre\net qui ne trouvait pas d adversaire, recevait ce même avantage de Philidor, et\nPhilidor était vainqueur (i). »\nPhilidor ne trouvait pas plus de rivaux en Angleterre qu'en France,\nmais il trouvait, là comme ici, des joueurs fort habiles avec lesquels il\nse mesuiait en leur faisant des avantages proportionnés à leur talent, et\nqu il ne cessait de transporter d'admiration. Je pense qu'il resta encore à\nLondres un peu moins de deux années après la publication delà seconde\nédition de son Analyse des Échecs. En effet, on a vu que la dédicace de\ncette seconde édition porte la date de juin 1777; or, il devait être de\nîetour en France dans les premiers mois de 1779, puisqu'il donnait, le\n\n? (x) J'ai dlt Plus haut que Philidor n'avait jamais été battu. A dix-huit ans, il lit avec\nlabbe Chenard, au café de la Régence, sa première partie sans voir l'échiquier; il\nla gagna. En 1747, à peine âgé de vingt ans, lors de son premier voyage hors 'de\nFrance, il défia Stamma, qui était alors considéré comme le plus fort joueur qui\net lui gagna huit parties sur dix. Il était élève d'un joueur fort habile,\nnommé Kermy. « Dans son Analyse du Jeu des Échecs (dit M. Jean Gay dans sa\nBibliographie anecdotique du Jeu des Échecs), composée en Hollande en 1748, l'au-\nteur se distingue par la marche savante de ses pions ; il est le premier qui établit\nen piincipe qu on ne pouvait parvenir à être bon joueur sans savoir bien jouer les\npions, qu'il appelle Y âme des échecs, et que de leur bon ou mauvais arrangement\ndépend toujours le gain ou la perte de la partie. A cette époque, l'auteur avait vingt-\ntrois ans et était regardé comme le plus grand joueur de son temps. » Depuis lors,\nsa renommée 11a subi aucune atteinte ; on en a des preuves sans nombre. Il existait\nd Londies, en 1864 (ie ne sais s; elle existe encore), une revue spéciale qui avait\npour titre : the Philidorian. On a fondé à Paris (M. Sanson), en 1868, une revue\nintitulée aussi le Pliihdorien. M. Georges Allen, joueur émérite, professeur à l'Uni-\nversité de Pensylvanie, a publié en iB5B, à Philadelphie, une Vie de Philidor fthe\nLifeof PhilidorJ, qui avait paru d'abord, en 1857, dans un journal spécial de New-\nYork, le Chess Monthly. Un des plus forts joueurs de la Russie, M. A. de PetrofF, a\nreçu d'un de ses confrères et compatriotes, le major G.-F. de Jaenisch, le surnom\nde Philidor de la Russie; celui-ci, publiant son Analyse nouvelle des ouvertures du\nJeu des Echecs (Saint-Pétersbourg et Leipzig, 1842-43,2 vol. in-8 ), lui a en effet\ndédié ce livre en ces termes : « Au Philidor de la Russie, M. A. de Petroff. » On\nvoit que la gloire de Philidor, au point de vue des échecs, n'est pas près de\ns'éteindre."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "217", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.26", "texte": "ANDRÉ PHILIDOR\n\nier mai de cette annnée, sur un petit théâtre,, un petit ouvrage ddnt\naucun de ses biographes n'a eu connaissance, et dont il sera question\nplus loin : le Puits d'amour, ou les Amours de Pierre le Long et de\nBlanche Ba\\u ; et, d'autre part, il ne doit pas être revenu plus tôt, puis-\nqu'il faisait exécuter à Londres, le 26 février de cette même année 1779,\nune composition extrêmement importante, qu'il avait écrite en cette\nville sur le Carmen seculare d'Horace.\nL'oeuvre que je viens de signaler est assurément l'une des plus\noubliées, entre toutes celles qu'a laissées Philidor. Elle produisit pour-\ntant, lors de son apparition, une impression profonde, et excita des trans-\nports d'enthousiasme à Londres, à Paris et à Saint-Pétersbourg. Fétis\nen touche à peine quelques mots, et dit seulement, à son sujet : « En\n«s*\n1779, Philidor mit en musique à Londres l'ode séculaire d'Horace, pro-\nduction qui a été beaucoup vantée, mais qui est inférieure à ses bons\nopéras. » Comme il s'agit d'un ouvrage extrêmement important, dont\nles biographes ont à peine attesté l'existence, on me permettra d'entrer\ndans quelques détails pour en retracer l'histoire.\nC'est dans le Mercure de France (juillet 1779) que nous en trou-\nvons la première trace. Suard consacra un article spécial à l'œuvre nou-\nvelle de Philidor, dont on s'entretenait beaucoup en Angleterre, où elle\navait obtenu un très grand succès. Après avoir constaté que chez nous\nl'art musical tournait en quelque sorte sur lui-même, et que l'ensemble\nde ses manifestations manquait de nouveauté, d'imprévu, de variété;\naprès s'être étonné qu'en présence des progrès faits par l'opéra, les musi-\nciens ne cherchassent point à frayer à leur art des routes nouvelles et\ninexplorées; après avoir regretté que la musique religieuse n'eût pas, en\nFrance comme en Italie, tenté les artistes et enfanté des chefs-d'œuvres,\nl'écrivain faisait connaître tous les détails relatifs à la naissance du der-\nnier ouvrage de Philidor. Ces détails sont assez intéressants pour mériter\nd'être reproduits en entier :\n\n«... Un homme de lettres italien, établi depuis longtemps à Londres\n(M. Baretti), s'étonnoit qu'aucun compositeur n'eût mis en musique les odes\nd'Horace, dont la poésie harmonieuse et variée doit être encore plus suscep-\ntible de beaux chants que le Tantum ergo et le De profundis M. Baretti\ncommuniqua son idée à M. Philidor, dont il connaissoit la célébrité, et lui\ninspira le dessein d'en tenter l'exécution sur le Carmen secnlare, qui, par la\nsolennité du sujet, par l'abondance des images, par la variété des mouve-\nmens, était bien digne en effet d'exercer les talens de l'auteur d'Ernelinde\net de Tom Jones. •\n« M. Philidor se sentit enflammé à la lecture de ce poème d'Horace, mais"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "218", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.27", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ncette première ardeur se ralentit un peu lorsqu'il sentit la difficulté, non-\nseulement de conserver la prosodie latine, mais encore d'asservir le mètre\nsaphique à la phrase musicale. C'est une loi que ne s'est imposée aucun des\ncompositeurs qui ont mis en musique des paroles latines. La quantité des\nmots est scandaleusement outragée dans presque tous les motets, et Pergolèse\nlui-même n'y a eu aucun égard dans son immortel Stabat. On peut en juger\npar le couplet eu jus animam gementem.\n« M. Philidor ne se laissa pas rebuter par la difficulté. Il consulta sur son\nprojet M. Diderot, un des hommes de lettres le plus en état de le guider par\nses lumières, et de l'échauffer par son enthousiasme. Aidé de ses avis, de\nceux de M. Baretti, et de ses propres réflexions, le musicien se mit à l'ou-\nvrage, et en vint bientôt à bout. Nous allons donner une légère idée de son\ntravail.\n« On sait queles Romains, au renouvellement de chaque siècle, célébroient\nla fondation de la République par de grandes fêtes, au milieu desquelles on\nchantoit une espèce d'hymne en l'honneur d'Apollon et de Diane, divinités\ntutélaires de Rome, pour implorer la continuation de leurs faveurs. C'était\ndans un temple consacré à ces deux divinités, que l'hymne étoit chantée par\nvingt-sept garçons et autant de filles des familles les plus distinguées. Le\nrenouvellement du siècle arriva sous le règne d'Auguste, qui fit élever un\ntemple sur le Mont-Palatin pour célébrer cette fête, et chargea Horace de la\ncomposition de l'hymne séculaire.\n)> On ne s'accorde pas sur ce qui constitue le Carmen seculare d'Horace.\nDans la plupart des éditions de ce poète, on ne donna ce nom qu'à une ode\nqui commence par ce vers :\nPhœbe sylvarumque potens Diana.\n« Quelques critiques ont prétendu que ce poème étoit plus étendu, et\ncomprenoit d'autres morceaux qu'on croyoit appartenir à des odes particu-\nlières. D'après cette idée, le P. Sanadon a disposé plusieurs odes d'Horace\nde manière à en former un tout, auquel il a donné le titre de Polymelrum\nSaturnium in Ludos seculares, et qu'il croit être la véritable forme du\nCarmen seculare, qui fut chanté dans les trois jours que durèrent les jeux\nséculaires. -\n« Sans entrer dans la discussion de cette hypothèse, M. Baretti a adopté\nla leçon du P. Sanadon, et M. Philidor s'y est conformé, parce qu'il a trouvé\nque le poème, sous cette forme, présentoit de la magnificence, de la variété\net des contrastes dans les tableaux, propres à déployer les richesses de la\nmusique,\n« Il se trouve disposé en quatre parties, précédées d'un prologue. La\nstrophe Odi profamim vulgus forme le prologue, et donne lieu à une ouver-\nture qui exprime la grandeur du sujet et l'enthousiasme du poète, qui\ns'annonce comme le prêtre des Muses, écartant de lui le profane vulgaire, et\nsollicitant l'attention de l'assemblée. Comme la plus grande partie est en vers\nsaphiques, il a fait sentir ce mètre par le rhythme qu'il a donné àun morceau\nde l'ouverture.\n« La première partie est composée des quatre strophes qui commencent"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "219", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.28", "texte": "ANDRE PHILIDOR\n\npar Spiritum Phœbus mihi, et par lesquelles le poète exhorte les garçons et\nles jeunes filles qui doivent chanter son poème, à bien observer la mesure,\net à faire attention au signal de son pouce. M. Philidor a mis en récitatif les\ntrois premières strophes jusqu'à ces mots de la quatrième, Ego Dis amicum,\nsur lesquels il a fait un bel air ; et il a pu se dire à lui-même en cet endroit :\nReddidi carmen, docilis modorum\nVatis Horatî.\n« La seconde partie est composée de sept strophes, qui commencent par :\nDire, quem proies Niobœa magnœ, etc.\n« M. Philidor fait précéder cette invocation par une répétition de ÏOdi\npro/anum vulgus. Ces mots,favete linguis, sont suivis d'un long silence, après\nlequel la prière commence par un chœur exécuté pianissimo, mais où toutes\nles parties répètent alternativement et fortissimo le magnœ vindicem linguœ.\nLa peinture d'Achille et celle des enfants livrés aux flammes, quoique cachés\nencore dans le sein de leurs mères, sont rendues par une musique pleine de\nforce et d'expression.\n« La troisième partie,\nDianam tenerœ dicite VirgineSj elc.\nforme un duo dialogué entre un garçon et une fille, qui donne de la variété\nà cette composition.\n« L'ode Phœbe sylvarumque potens, forme la quatrième partie. Elle com-\nmence par un chant simple et syllabique, où le musicien a cru devoir rap-\npeler encore l'idée du mètre saphique : il a réuni dans les différents tableaux\nque présente cette ode les caractères les plus contrastés de la musique : le\ncantabile et la plus forte expression, le gai et le religieux, et il a fini par un\nchœur bruyant du plus grand effet.\n« Lorsque M. Philidor eut achevé son ouvrage, il y eut bientôt une sous-\ncription ouverte à Londres pour le faire exécuter : c'est le pays du monde où\nles arts sont le moins en progrès, et où ils trouvent le plus d'encouragement.\nLa signora Georgi, très-connue à Paris par la beauté et la singulière étendue\nde sa voix; deux soprani, il signor Manzuoletti et il signor Micheli, et\nM. Reynold, chantèrent les principales parties. L'orchestre étoit dirigé par\nM. Cramer, dont les talens sont connus. Cette composition hardie et singu-\nlière fut exécutée trois fois consécutivement, le 26 février, le 5 et le i 3 mars\nde cette année, et toujours avec le plus grand succès. Leurs A. R. les ducs\nde Glocester et de Cumberland, frères de Sa Majesté Britannique, les princi-\npaux personnages de l'un et l'autre sexe, les gens de lettres les plus distin-\ngués des trois royaumes assistèrent à ces représentations, et donnèrent à\nl'ouvrage les plus grands éloges. Plusieurs morceaux furent redemandés et\napplaudis avec transports. Il seroit à désirer que les amateurs de musique,\nqui se multiplient tous les jours à Paris, et qui se réunissent avec tant de\nzèle pour appeler à grands frais des virtuoses étrangers, se donnassent les\nmêmes soins pour nous faire jouir de l'ouvrage d'un compositeur françois,\ndont les talens justement célèbres méritent d'être encouragés par tous ceux\nqui s'intéressent véritablement aux progrès de la musique. »"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "220", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.29", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nLe ton de cet article,, le journal dans lequel il était publié, indiquent\nsuffisamment le cas que l'on faisait à Paris du talent de Philidor, et en\nquelle estime on le tenait. La manifestation de Suard nous est un\nsûr garant de la renommée dont jouissait l'artiste. D'autre part, nous\nvoyons que Philidor tenait haut, à l'étranger, le drapeau de l'art fran-\nçais, et que son inspiration, cherchant des routes nouvelles, faisait de\nlui un véritable novateur. Au reste, le souhait exprimé par Suard fut\nbientôt exaucé. Lors du retour à Paris de Philidor, une souscription fut\nouverte pour faciliter l'exécution du Carmen seculare, qu'il obtint la\nfaveur de donner aux Tuileries, dans la salle du Concert spirituel. Nous\nallons voir Bachaumont passer, au sujet de cette œuvre d'un caractère\nsi nouveau, du scepticisme le plus impertinent à l'admiration la plus\ncomplète :\n« M. Philidor, dit-il d'abord, excite de son mieux le public, par lui, ou par\ndes amis, à souscrire pour le spectacle qu'il se propose de donner aujour-\nd'hui ; il s'est fait écrire une lettre par un de ses partisans, insérée au Journal\nde Parisy n° 17, où l'on renouvelle l'annonce du succès prodigieux qu'a eu\ndans la capitale d'Angleterre son Carmen seculare; il a réuni les suffrages\ndes trois cabales qui divisent les amateurs.\n« La première est celle des Antiquaires, qui revient à la cabale des Lullistes\nà Paris : ils ne connoissent d'autre musique que celle de Haendel, regardé\nchez eux comme le fondateur de cet art. Auditeurs constans de ses orato-\nrios et du concert antique, à peine se sont-ils permis quelques battemens à\nrArtaxerce du docteur Arne.\n« La seconde est la secte Auzonienne ; son cri est : ltaliam! Italiam! Pour\nréussir auprès d'elle, il faut à toute force être né au sein de l'ltalie. Madame\nTodi, qui est Portugaise, l'a éprouvé malgré son talent 'supérieur : ce sont\nles Bouffonistes de chez nous. La troisième est celle des Allemands, qui est\ncelle des Gluckistes ici.\n« Malgré la difficulté de plaire à des goûts si opposés, les Antiquaires, en\nleur qualité de savants, ont applaudi M. Philidor d'avoir bien rendu le sens\ndu poème latin; les Italiens ont souri gracieusement à son chant et à l'esprit\nqui règne dans les détails; les Allemands ont frappé des pieds, des mains et\ncrié bravo à son harmonie ; les Anglois même ont oublié qu'il était Fran-\nçois (1). »\nC'est le 19 janvier 1780 que le Carmen seculare est exécuté solen-\nnellement dans la salle du Concert spirituel. Dès le 23, Bachaumont en\nconstate en ces termes le succès :\n«... Quoique cette composition musicale, renfermant trente-cinq strophes\ndu poète latin, parût à tout le monde devoir être monotone et ennuyeuse,\n\n(1) Mémoires secrets, etc., 19 janvieT 1780."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "221", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.30", "texte": "ANDRÉ PHILIDOR\n\non s'est fait un honneur d'assister à un pareil spectacle; il est rare de voir\nune assemblée aussi nombreuse et aussi bien composée ; une foule de cor-\ndons bleus, rouges et autres la décoroient ; les loges étoient remplies des\nfemmes les plus qualifiées, et pour la première fois peut-être les filles en ont\nété exclues.\n« On a été trompé agréablement en remarquant que cet ouvrage, dont\n1 exécution a duré plus d une heure et demie, même deux heures, à quelques\nendroits près un peu froids, a été accueilli avec une attention soutenue et\nsouvent avec des accès d'enthousiasme. L'invocation au soleil, dans le genre\nsublime, et celle pour la prospérité des biens de la terre, dans le genre\nchampêtre, gai et même dansant, ont surtout transporté l'auditoire, au point\nqu'on a crié bis, et qu'il a fallu le satisfaire en le recommençant (1) ».\nLe succès fut tel qu'il fallut renouveler les auditions de l'ouvrage.\nBachaumont nous l'apprend, en accentuant encore son enthousiasme :\n« Le poème séculaire d'Horace a été donné tout récemment deux fois à la\nsalle du Concert spirituel, et toujours avec le même succès. Vendredi der-\nnier on fit encore répéter le chœur sublime Aime sol et le chant naïf de la\nstrophe Fertilis frugum. Tout fut senti et apprécié. Les interlocuteurs ont\nmis ce jour-là, plus que précédemment, dans leur expression, la dignité, la\ngrâce, 1 énergie que les vers d'Horace exigent, et sans la mauvaise disposition\ndes choristes, disposition qui tient au local, l'exécution de cette grande com-\nposition auroit été parfaite. Nous n'avons plus rien à envier aux autres\nécoles. Les musiciens françois pouvoient opposer à leur musique dramatique\ndes productions non moins brillantes, à leur musique d'église des chants\nencore plus nobles et plus religieux : il étoit réservé à M. Philidor de les\négaler dans l'oratorio; et son premier essai en ce genre peut être placé à côté\ndes compositions admirables qui ont immortalisé les Haendel, les Hasse et\nles Jomelli (2) ».\nIci, l'écrivain passe la mesure, et son enthousiasme s'accuse un peu\ntrop. Il n'en est pas moins vrai que l'œuvre de Philidor est fort remar-\nquable, et par son style, et par sa couleur, et par la grandeur de sa\nconception. Elle méritait son succès, et elle le méritait d'autant plus que\nl'essai était hardi. L'accueil qui lui fut fait en Angleterre donne d ail-\nleurs une idée de sa valeur, puisqu'elle put supporter le souvenir des\nchefs-d'œuvre de Haendel. Peu de mois après l'exécution à Paris, Phi-\nlidor recevait la lettre suivante, qui fut reproduite dans le Mercure du\n26 août :\nCopie d'une Lettre de M. <?... à M. PHILIDOR.\nLe succès, monsieur, que le Polymetrum Saturnium a eu à Londres et à\n\n(1) Mémoires secrets, 23 janvier.\n(2) Mémoires secrets,22 mars 1780."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "222", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.31", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nParis, a fait désirer à l'lmpératrice de Russie de connoître une composition\ndont la difficulté vaincue est le moindre mérite, quoique ce projet semblât\nprésenter des obstacles insurmontables.\nCette grande princesse, sur laquelle tous les talens distingués et tous les\nouvrages de génie, à quelque classe qu'ils appartiennent, ont des droits immé-\ndiats, ne se borne pas à vouloir entendre le vôtre en concert; elle a fait\nécrire à un des plus célèbres savans d'ltalie pour lui demander un programme,\nafin de relever le charme de votre musique par la pompe du spectacle, et la\nreprésentation exacte des cérémonies religieuses qui vous ont inspiré.\nSa Majesté Impériale m'accorde, monsieur, une faveur des plus touchantes\nen m'honorant de ses ordres à cette occasion, et me chargeant de vous\nremettre une marque de sa bienveillance. Vous savez le cas que j'ai fait de\ntout temps de vos rares talens, et je vous prie de croire que ma satisfaction\nde les voir encourager par une Souveraine dont la bonté égale la gloire, est\naussi sincère que l'attachement inviolable avec lequel j'ai l'honneur d'être,\nMonsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.\nG... (i)\nA Paris, ce i 3 juillet 1780.\nOn peut soupçonner Diderot, le constant ami et l'admirateur de Phi-\nlidor, de n'avoir pas été tout à fait étranger, en cette circonstance, à la\nconduite de l'impératrice, sa protectrice personnelle. Quoi qu'il en soit,\nPhilidor est le premier musicien français qui ait été l'objet d'un tel hon-\nneur. 11 reconnut la bienveillance de la souveraine en lui dédiant la par-\ntition du Carmen seculare, qui fut gravée à Paris, chez Sieber, avec un\nfrontispice sur lequel se voit le portrait de la czarine. Son œuvre fut\nd'ailleurs exécutée à la cour de Russie, avec toute la pompe, tout l'éclat,\ntout le luxe qu'elle comportait.\nA Paris, le succès du Carmen seculare se prolongea. On l'exécutait\nencore dans l'hiver de 1783, et voici les vers qu'un amateur adressait à\nPhilidor au sortir de cette exécution :\nQuelle variété sublime!\nIci, je dois verser des pleurs ;\nLà, c'est la gaîté qui m'anime\nPar ses diœsis (!J enchanteurs•\nCes Romains qui vouloient prétendre\nAu sceptre de tous les talens,\nNdur oient pas consenti d'attendre\nUn intervalle de cent ans,\nSi Flaccus leur eût fait entendre\nVos accords simples et touchans.\n\n(1) Cette lettre est de Grimm, chargé à Paris, comme on le sait, des commande-\nments de l'impératrice Catherine."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "223", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.32", "texte": "ANDRÉ PHILIDOR\n\nMoi vous chanter! quelle folie !\nCar pour célébrer les Concerts\nQue modula votre génie,\nIl faudroit mettre dans mes vers\nAutant de grâce et d'énergie\nQiie vous en mette% dans vos airs (1).\n(La suite prochainement.)\n\nARTHUR POUGIN.\n\n(i) (( Vers adressés à M. Philidor en sortant du Carmen seculare, par M. Duchosal,\navocat en parlement. » (.Mercure de France du 20 décembre 1783.)\nLe même journal parlait ainsi de cette réapparition de l'œuvre de Philidor : « Le\nmercredi 3 décembre, on a exécuté, dans la salle du Concert spirituel, par extraor-\ndinaire, et pour une fois seulement, le Carmen seculare d'Horace, mis en musique\npar M. Philidor. L'assemblée a été très nombreuse, et le succès conforme à la haute\nopinion qu'on avoit déjà de cet ouvrage. L'auteur y a fait quelques changemens qui\nont paru avantageux, et qui lui ont été dictés par l'exactitude d'expression à laquelle\nil s'est attaché. On a particulièrement distingué dans cet ouvrage la strophe :\nDeliœ tutela dece, dans laquelle l'auteur a fait sentir avec beaucoup d'adresse, et\nsur un très joli chant, la mesure du vers saphique. Le morceau pathétique : Hœc\nbellum lacrimosum, Y aime sol, morceau d'un superbe effet, et le Fertilis frugum, où\nl'auteur, par un chant villageois et gai, a donné une juste idée de ce qu'il avait à\npeindre. En général, ce poëme, quoique très long, est rendu avec la variété dont il\nest susceptible. Il est inutile d'en remarquer la facture ; les talens de M. Philidor\nà cet égard sont universellement reconnus. Il paroît en même tems un prospectus\nqui annonce cet ouvrage par souscription : nous ne doutons pas que les amateurs\nqui n'ont pas été à portée de l'entendre, ne s'empressent de se le procurer, et que\nceux de Paris même ne le regardent comme un morceau de bibliothèque qui\na mérité d'être au rang des ouvrages classiques, et qu'on ne peut se dispenser\nd'avoir. »\nCeux qui voudraient être renseignés plus longuement encore sur le Carmen secu-\nlare1 pourront consulter la Correspondance de Grimm, à la date de février 1780, les\nMémoires secrets, etc., aux dates suivantes : 4 novembre 1770, 9 et 20 janvier, et\n3i juillet 1780, et enfin YAlmanach musical de 1781*"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.33", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nCONCERTS DU CONSERVATOIRE : L'Artésienne de M. Bizet. CONCERTS POPULAIRES :\nPremière audition de la Symphonie espagnole de M. Lalo. Concerto pour violon-\ncelle de M. F. Servais. CONCERT DU CHATELET : Adagio cantabile de madame\nFarrenc. Concert en ré mineur de Rubinstein. CONCERT DANBÉ (Salle Taitbout)•\nCONCERT DE M. JACQUINOT.\nONCERTS DU CONSERVATOIRE. —Les programmes\nbesogneux et mal combinés des quatre dernières séances\nont produit un résultat rarement constaté au Conserva-\ntoire. Le public s'est visiblement ennuyé. Il ne sait pas\npourquoi, car il croit en conscience que tout ce qui se fait\nà la Société des Concerts a droit à la seule admiration.\nPourtant il commence à comprendre qu'on devrait mieux\nlui choisir et lui hacher moins menu les fragments qu'on lui offre ; qu'on\ndevrait aussi écarter les morceaux dont la place n'est pas au Conservatoire\net se maintenir dans le cadre si bien précisé de ces séances consacrées à\nBeethooven et à sa famille symphonique : Sammartini, Haydn, Mozart, Boc-\ncherini, Gossec, Mendelssohn, et toute la parentèle aujourd'hui nombreuse en\nScandinavie, en Allemagne, et surtout en France. Les scènes d'opéra moderne\ndoivent rester au théâtre, les chœurs d'Haendel et ses oratorios doivent être\nconfinés aux Cirques. Là tout est disposé pour les interpréter dignement; là\nils produisent leur effet, qui rate au Conservatoire, même avec madame\nPatey, précisément parce que, dans cette mignonne et merveilleuse salle,\nmadame Patey, avec son ampleur vocale, son style à longue portée, sa science\ndes larges expressions et son habitude de communiquer avec les vastes foules\nau milieu des explosions chorales et des développements gigantesques de\nl'oratorio, se trouve privée de ses moyens dès qu'elle est réduite à chanter\nsans l'horizon magistral des chœurs, en dehors de la continuité solide d'une\nœuvre grandiose et dans une salle restreinte, peuplée d'un millier à peine d'élé-"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.35", "texte": "MENUET\nde\nL'ARLÊSIENNE\nextrait de la Suite d'Orchestre\npar\nGEORGES BIZET.\n(Arrangée pour Piano par l'AUTEUR)"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "225", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.41", "texte": "gants dilettantes. La Cantilène du Messie, « il garde ses ouailles, » si émou-\nvante et pathétique au Cirque, passe inaperçue au Conservatoire. L'air d'Élie\nseiait plus accessible; mais encore faudrait-il que ces morceaux n'arrivassent\npas isolés; ils ont besoin de ce qui précède, de ce qui suit, de ce qui fait leur\ncomposition complémentaire. Sans quoi ils produisent l'effet de ces sucre-\nries, de ces pastilles de chocolat, que les petites dames s'offrent gentiment, et\nqui n'ont pas même l'avantage de satisfaire l'appétit d'un gourmet. Encore\nles fragments d'Élie, du Messie, sont-ils beaux; mais que dire de ces frag-\nments blafards, insignifiants, curiosités d'un cerveau malade, et qui font res-\nsembler quelques séances à une exhibition musicale de bric-à-brac ?\nPar exemple, le public proteste par une froideur significative contre l'in-\nvasion des nouveaux [compositeurs. Massenet a été accueilli avec réserve.\nPour Bizet, il y a malveillance sensible. Comme nous n'admettons pas ces\nexclusions, nous en avons cherché le motif et nous l'avons trouvé. La\nSociété des concerts donne un nombre très limite de séances. Si, dans chacune\nde ces séances on n'exécute pas une symphonie de Beethoven, avec son\nassortiment d Haydn, de Mozart, de Mendelssohn, on arrive au bout de la\nsaison sans avoir entendu les maîtres pour lesquels la Société a mandat\nexécutif. La Société des concerts est la seule qui réalise Beethoven dans sa\nvirtualité, de telle sorte qu'on peut dire que Beethoven est là présent quand\non joue sa musique au conservatoire. Si donc le comité ne s'enferme pas\ndans l'exclusivisme le plus sévère, s'il ouvre la porte à tous les essais, il\ndevient la maison de tout le monde, et n'est plus la maison de Beethoven, et\nà un certain moment Beethoven disparaît des programmes des Concerts du\nConservatoire, dont il est Tunique raison d'être.\nL accomodement est facile. Que tous les sots fragments qui encombrent\nles séances soient supprimés, et les nouveaux compositeurs, quand ils auront\nfait leur preuve, auront droit alors de figurer dans les programmes déblayés.\nA. Nibelle, Saint-Saëns, Massenet, Lalo, Bizet, ne sont point faits pour\ndéshonorer les maîtres auprès desquels on jouera leurs musiques, préludes déjà\nfort louables de la grande école symphonique française, dont Gossec fut le\npremier maître, dont Berlioz et Félicien David furent les continuateurs et\nqui attend son Beethoven. Qu'on nous donne du Bach, qu'on nous le montre\ntout entier, ce maître de la fugue, ce génie fugué qui s'est incarné avec tant\nde puissance dans son oeuvre scolastique. De même pour Haendel, qu'on nous\nle fasse tout connaître, ce grand faiseur d'absorption, ce boa constrictor qui\ns'est saturé des oeuvres sacrées de l'École italienne, de l'École espagnole, de\nLulli, de Henri Purcell, et qui a tout résorbé avec génie dans des oratorios\nincomparables.\nIl faut que tous les maîtres du Nord, du Midi, de l'Orient, de l'Occident,\nsoient exécutés, discutés, analysés, enseignés par le professeur, assimilés par\nle disciple, et qu'ils entrent dans le grand courant de la science et de la péda-\ngogie. Mais leur œuvre est finie, elle n'est pas à refaire. Nous avons bien\n\nVII.\nREVUE DES CONCERTS\ni 5"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "226", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.42", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nd'autres travaux à accomplir. Dans cinquante ans, dans cent ans au plus,\nl'art sera tout entier réformé, n'en doutez pas, et tous ces chefs-d'œuvre,\nautour desquels nous bâtissons nos pédantes esthétiques, seront traités de\ncompositions barbares. Place donc aux jeunes, aux travailleurs, à ceux qui\ncherchent le nouveau, qui provoquent l'avenir et déchirent les voiles de\nl'inconnu. S'ils se trompent, s'ils font des chutes, s ils s égarent, c est en\ncherchant la bonne voie où nous nous engagerons quand eux ou d'autres\nl'auront découverte et dégagée de tout encombrement périlleux.\nObservez Bizet! avec quelle vaillance il se pousse et pousse sa musique !\nAux deux dernières séances, on a joué quatre morceaux de son Arlésienne.\nCes morceaux sont le prélude, le menuet, que le lecteur trouvera ci-joint\nréduit au piano, ■— l'adagietto, et le carillon, une merveille de bijouterie\norchestrale. Cette œuvre a été assez peu bien accueillie. Eh bien !je vous dis\nque c'est une victoire. Vous verrez comme Carmen affirmera courageuse-\nment les témérités françaises qu'on dit pillées à l'Allemagne, comme si notre\nFrance n'avait pas ses virtualités de primesaut, ses spontanéités et ses géniales\npoésies. L'œuvre de tous ces nouveaux symphonistes est un miracle de\nvolonté et de créatrice puissance. Lalo a pris les anciens rhythmes espagnols et\nbasques ; il les a développés en symphoniste magistral pour qui l'orchestre\nrésume toute la pensée, le silence se faisant pour le spectateur dès que l'or-\nchestre a clos sa partition. Bizet, que son instinct porte au théâtre, comme\nMassenet, a, au contraire, développé son chant autochtone, d'origine arlé-\nsienne, en symphoniste qui se préoccupe du théâtre et des ressources que la\nvoix, la scène, les chœurs, le livret et le décor lui fournissent. Il accommode\nson orchestre avec l'assaisonnement particulier constitué à la musique toute\nen effet et en décoration, qui est indispensable au théâtre. On sent que la mu-\nsique de Lalo s'exécute dans une salle de concert et ne sera pas àsa place\ntransportée ailleurs, tandis que celle de Bizet, contrariée au concert, on sent\nqu'elle s'émet naturellement dans une salle de spectacle, qu'elle se requin-\nque, se dresse et fait la belle devant la toile rouge, cette toile rouge qui va\nse lever et montrer des artistes, des chanteurs, des choristes tous ralliés et\nenrôlés dans une mise en scène spécialisée et appropriée pour que la mu-\nsique s'y assortisse et en soit le décor sonore.\nTous ces jeunes compositeurs, on les accuse d'imiter Wagner et Verdi, de\npoursuivre le chic à outrance, de ne prétendre à rien qu'à épater le bourgeois,\nde se parnassiculer enfin... En vérité? Eh! bonnes gens, laissez leur des\ndéfauts qui ne les déparent pas pourvu qu'ils acquièrent la personnalité qui les\nillustre. Symphonistes ils sont jusqu'au bout des doigts, symphonistes ils\nseront quand on leur confiera des livrets de théâtre. Le théâtre y perdra-t-il?\nNon, certes! Guillaume Tell, la Messe du Requiem, le Prophète ont-ils\nperdu à être mosaïsés, ouvragés par des harmonistes et des orchestreurs\nexperts? Leur partition sera plus nourrie, plus corsée, plus solide ; elle sera\nau niveau des besoins artistiques contemporains; elle dévoilera quelques-uns"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "227", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.43", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nde ces secrets qui inquiètent Wagner, Verdi, Helmhotz, Sax, Cornu, Georges\nGuéroult, Félicien David, et tous ces disciples fervents de notre jeune école,\nfiévreux, maladifs, excessifs en tout, et aux efforts desquels il faut applaudir\nnéanmoins, car, dans leur art, ils sont les représentants de la France qui se re-\nlève, de cette France qui veut de nouveau prendre sa place, et sa place glo-\nrieuse, dans le champ de manœuvre de la civilisation.\nMaurice Cristal.\nCONCERTS POPULAIRES. M. Pasdeloup nous a donné au premier\nconcert de la troisième série la première audition de la Symphonie espagnole\npour orchestre et violon principal, de M. Lalo. Ainsi que je l'annonçais,\nen terminant mon dernier compte rendu, cette œuvre est des plus remar-\nquables, et il nous reste maintenant à l'examiner avec quelque détail. La\nSymphonie espagnole se compose de cinq morceaux : Allegro,\nAndante, Rondo.\nL'Allegro débute par un exorde de quelques mesures, dans lequel\nl'orchestre et le violon principal préparent en dialoguant l'idée mélodique\nsans la présenter d'abord dans son entiers le violon s'empare presque aus-\nsitôt du thème fondamental, il commence par l'exposer simplement, puis il\nle cède à l orchestre en continuant à broder sur le tissu mélodique au moyen\nde traits légers d'une rare élégance. L'idée de ce thème est bien caractérisée\net le rhythme en est vigoureusement accentué; le musicien Ta traitée avec\nbeaucoup d'art et en a fait l'objet d'un développement très serré, dans lequel\nentre comme complément de l'idée principale une mélodie épisodique pleine\nde charme et de poésie.\nCe premier morceau m'a paru excellent sous tous les rapports : choix des\nidées, tenue du style, économie des proportions. Le à 3/8 est\nbâti sur un rhythme de boléro, dont M. Lalo a su corriger très heureuse-\nment la vulgarité, sans rien lui faire perdre de sa couleur originale. Ce mor-\nceau produirait beaucoup d'effet si l'idée mélodique était plus nettement\ndessinée et ne se perdait pas parfois à travers les méandres capricieux d'un\nlong développement, qui manque un peu de mesure et de cohésion, et qui,\nselon moi, eût beaucoup gagné à être plus ramassé. Le thème de l'\nse compose d une mélodie espagnole, soutenue par un rhythme à deux temps,\ndont le premier est rempli par un triolet et le second par deux croches.\nL, Andante est une page magistrale, également forte de pensée et d'exécu-\ntion : la forme symphonique s'y élargit, le style en est simple et sévère et\n1 inspiration élevée de la mélodie est encore rehaussée par l'heureux choix\ndes accords qui l'accompagnent. Quant au Rondo final, il se déroule sur un\ndessin obstiné de l'orchestre, emprunté aux rhythmes espagnols. Le déve-\nloppement de ce morceau m'a semblé un peu étriqué, et je crois qu'on aurait\npu lui donner un peu plus d'ampleur et de variété en ramenant à propos"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "228", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.44", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ndans les reprises successives du motif principal le thème~de la jolie Hava-\nnaise qui s'y trouve encadrée, et dont l'auteur n'a pas tiré tout le parti qu'on\npouvait en attendre.\nTelle est, dans son ensemble, cette œuvre originale et d'un beau style,\nElle renferme deux pages tout à fait remarquables, Y Allegro et YAndante,\nque M. Lalo a tirées de son propre fonds, et qui peuvent être considérées\ncomme des fragments symphoniques d'un ordre très relevé. Les autres par-\nties sont des adaptations ingénieuses et souvent fort intéressantes de mélo-\ndies populaires et de rhythmes espagnols. Malgré son titre, la Symphonie\nespagnole n'est pas une vraie symphonie dans le sens que nous attachons à\ncette expression. L'Allégro, YAndante et le remaniés et débar-\nrassés de la partie de violon principal, pourraient parfaitement rentrer dans\nle cadre d'une symphonie; ils affectent les formes classiques de ce genre de\ncomposition. Mais Ylntermetfo et le Rondo ne sont pas de style. En outre,\nje ne crois pas qu'il soit possible de faire une symphonie avec un instrument\nprincipal, car, à mon sens, l'un des principaux caractères de la symphonie,\nc'est précisément de grouper plusieurs éléments d'espèces différentes en un\ntout homogène et indivisible, et de tirer de cet ensemble certains effets que\nne produirait aucun des éléments dont nous parlons, pris isolément ou réuni\naux autres éléments de même espèce. Tout effet symphonique est un effet\ncomplexe et qui ne saurait être décomposé; il résulte du concours de plu-\nsieurs facteurs élémentaires, qui par eux-mêmes n'ont aucune existence\npropre, aucune individualité et ne valent que comme parties intégrantes d'un\nmême tout indivisible. Du moment que vous pouvez détacher de l'ensemble\nun de ces éléments et retrouver dans cet élément isolé l'idée complète avec\ntous ses corollaires, il n'y a plus symphonie. Une symphonie avec un instru-\nment principal n'est et ne peut être autre chose que ce que nous appelons\nun Concerto, dans le sens le plus relevé et le plus classique de cette expres-\nsion. Or, le Concerto peut confiner à la symphonie d'aussi près que pos-\nsible, il en différera toujours par la forme des développements, les quantités\nsymétriques, et les procédés d'instrumentation.\nLa Symphonie espagnole doit donc être considérée comme un concerto\nde violon, conçu et développé à la manière des concertos de Beethoven et de\nMendelssohn et marquant un acheminement très intéressant vers la forme\nsymphonique pure, que M. Lalo se propose du reste de réaliser complète-\nment dans une prochaine tentative.\nJ'ai déjà constaté le succès obtenu par cette belle composition ; une part de\nce succès doit être attribuée à M. Sarasate, qui l'a exécutée avec un excellent\nstyle et une virtuosité peu commune.\nIl y a loin de la Symphonie espagnole de M. Lalo au Concerto pour vio-\nloncelle de M. F. Servais, joué par M. Servais fils au troisième concert. Ce\nconcerto inédit appartient à ce genre de compositions qui n'ont d'autre but\nque de mettre en lumière le talent d'un virtuose et d'autre mérite que d'être"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "229", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.45", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nbourrées de traits brillants et de difficultés insurmontables. Tout; sauf Fart\net la science, y est réglé sur un plan qui est toujours le même et dans des\nformes dont nous sommes rassassiés par l'abus qu'on en a fait. Le concerto\nde Servais n'est qu'une suite de mélodies, contemporaines de Zelmira et de\nMatilde di Shabran, et qui ont subi largement du temps l'irréparable outrage.\nTout cela pouvait plaire au temps jadis ; malheureusement aujourd'hui nous\navons le défaut de croire que le théâtre n'est pas fait pour y gazouiller des\nmélodies à l'italienne, ni le concert pour y exhiber des tours de force de\nvirtuose. Le concerto de Servais est sans doute fort difficile et je comprends\nqu'un virtuose soit fier d'y déployer toute son habileté, mais le moindre mor-\nceau de musique réelle ferait bien mieux notre affaire ; or, s'il y a beaucoup de\nmélodies dans le concerto en question, en revanche je n'ai pu réussir à y\ndécouvrir ni l'ombre d'une idée, ni l'apparence d'un développement sympho-\nnique. C'est du Souvenir de Spa à la quatrième puissance. M. Servais, qui\nl'a exécuté avec une conviction inébranlable, est professeur au Conservatoire\nde Bruxelles; il possède un talent des plus remarquables.\nL'entracte de la Colombe est fort agréable à entendre à l'Opéra-Comique,\nmais il fait triste figure entre YEgmont, de Beethoven, et la Symphonie en\nsi bémol, de Schumann. On n'en a pas moins fait bisser cette aimable bluette,\nqui me rappelle volontiers l'andante de l'ouverture des Diamants de la Cou-\nronne, accommodé au goût du jour par M. Gounod, au moyen de quelques\nformules d'un effet certain sur le public (comme toutes les formules).\nLes Scènes dramatiques, de M. Massenet, récemment exécutées avec succès\nau Conservatoire, ont été jouées avec le même succès au deuxième concert de\nla troisième série. Je n'ai pas à revenir sur cette nouvelle composition de\nl'auteur de Marie Magdeleine, le lecteur en trouvera le compte rendu très\ncomplet dans l'un des précédents numéros de la Chronique musicale.\nH. Marcello.\nCONCERT DU CHATELET. Au cinquième Concert de la deuxième\nsérie, M. Colonne a donné la première audition d'un « Adagio cantabile » de\nmadame Farrenc. Madame Farrenc et madame de Grandval sont incontesta-\nblement les deux dames qui, aujourd'hui, s'entendent le mieux en science\nd'instrumentation et en combinaisons d'orchestre. Madame Farrenc est plus\nclassique et madame de Grandval plus romantique. Celle-ci risque davantage\net arrive peut-être à des effets plus neufs et plus colorés. Celle-là conserve\nmieux les traditions de l'ancienne et grande école, et jamais on n'a lieu de\ncraindre avec elle de ne point arriver à un résultat heureux. L'adagio de\nmadame Farrenc se distingue par une grande pureté de style et par des motifs\ntrès chantants, développés avec beaucoup d'art. Les timbales, qui s'y font\nentendre presque constamment, sont ménagées avec une grande habileté,\ndepuis le pianissimo jusqu'au forie. Enfin, Vadagio de madame Farrenc est\nun morceau remarquable de tout point."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "230", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.46", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nM. Sarasate a obtenu un grand succès dans la Symphonie espagnole de\nM. Lalo. M. H. Marcello ayant annoncé dans le dernier numéro de la Chro-\nnique qu'il en parlerait dans celui-ci, je n'ai rien de plus à en dire.\nLe Concert suivant n'ayant point donné de nouveauté, je me bornerai à\nconstater le grand effet que M. Diemer a produit dans le concerto en ré\nmineur de Rubinstein. Malgré le peu de sympathie que j'avoue éprouver\npour les compositions de M. Rubinstein, dans lesquelles je ne trouve ni\ngrâce, ni mélodie, ni sentiment, il m'est impossible de nier que le motif qui\ntermine le finale ne soit splendide et véritablement grandiose. Un fragment\nde la symphonie fantastique de Berlioz, intitulé le Bal, a ravi le public par sa\nfraîcheur et son charme, et Y esquisse symphonique, de madame de Grandval,\na reçu de justes applaudissements.\nHenry Cohen.\nCONCERT DANRÉ (Salle Tailbout). Le i 5 concert, dans lequel,\nentre autres morceaux intéressants, on a entendu le concerto pour violon,\nde Mendelssohn, exécuté par M. Hollander, jeune artiste d'un grand talent\net d'un avenir plus grand encore, s'est terminé par <c Les idées de M. Pampe-\nlune, » opéra comique en un acte de M. Marcellus Muller, qui en d onnait la\npremière et seule édition (sic). Il ne faut pas juger trop sévèrement la musique\nd'un amateur, qui d'ailleurs possède des qualités très réelles. Ainsi, à part de\ntrop nombreuses réminiscences, qui se font surtout remarquer dans une valse\nhérissée de difficultés, mais parfaitement chantée par mademoiselle Gabrielle\nDarcier, et certains accompagnements trop chargés, le trio du rire est très\nbien fait et très gai, et les couplets du commencement sont lestement tournés.\nM. L. Fugère, qui remplissait le rôle de M. Pampelune, les a interprétés\navec une voix de basse jeune, fraîche et sympathique, et avec une bonne mé-\nthode. Le public, fort nombreux, s'est retiré très satisfait de sa soirée.\nL'événement saillant du concert suivant a été la Fiancée du Timbalier, de\nVictor Hugo, que mademoiselle Marie Dumas a récitée avec un accompagne-\nment symphonique, composé expressément pour cette circonstance par M.\nLouis Lacombe. Je n'aime pas, pour ma part, ce mélange de musique et de\ndéclamation parlée; mais M. Lacombe, qui excelle dans ce genre spécial, a\ntrouvé des effets superbes au moment où le poète raconte le défilé des troupes\nnotamment des timbaliers et a rendu avec une grande vérité les an-\ngoisses de la jeune fiancée, si bien exprimées d'ailleurs par mademoiselle Du-\nmas et accompagnées par l'orchestre avec tant d'intelligence. Néanmoins, je\nme rappelle le mot de Talma en admirant le jeu de madame Pasta au théâtre\nitalien. « Quel dommage que ça chante. » De même je dirai : Quel dommage\nque la poésie de Victor Hugo n'ait pas été mise en musique par M. Lacombe.\nMademoiselle Jane Hulman a exécuté avec un mécanisme parfait le Ca-\npriccio pour piano et orchestre, de Mendelssohn, et M. Stiehlé a joué avec"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "231", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.47", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nbeaucoup d'expression et un style magistral le bel andante et l'exécrable\nrondo du concerto pour violon de Beethoven.\nCONCERT DE M. JACQUINOT. Ce concert, qui avait également lieu\ndans la salle Taitbout et qui était fort long, a commencé juste une heure\naprès celle qui était annoncée, en sorte que peu de personnes sont restées\njusqu'à la fin. M. Claude Jacquinot, dont c'était la première audition à Paris,\nest un violoniste d'un talent gracieux, sans grande force et qui n'a guère joué\nque de la musique classique. La musique d'un genre léger lui conviendrait\npeut-être mieux. Las Montagnos,duo languedocien, de M. E. Rey, l'auteur\ndes fables de La Fontaine et de Florian mises en musique, est très original\net très entraînant. Chaleureusement chanté par l'auteur et M. Bonnehée, il a\neu les honneurs du bis. M. Roger a été vivement applaudi dans l'air de Joseph\net dans la romance, Oiseaux légers.Mademoiselle Thekla, très jolie personne,\npossède une voix de soprano élevé et bien timbré. La manière dont elle a\nchanté la valse du Pardon de Floërmeldonne de grandes espérances. Du\ntalent de madame Béguier-Salomon et de M. Taffanel il n'y a rien à dire qu'à\nlouer.\n\nH. C."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "232", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.48", "texte": "CHRONOLOGIE DE L'ANNÉE 1875\n\nJoA^VIE^\n26 Janvier. FOLIES-BERGÈRE. Première représentation : Ménage à\nquatre, opérette en un acte, paroles de MM. Paul Coq et César Wartel, mu-\nsique de M. Paul Bertrie. THÉÂTRE DES FAMILLES. Première représenta-\ntion : Grain-de-Beaute\\ opérette en un acte, paroles de M. Léon Laroche,\nmusique de M. F Wachs. CONCERT DANBÉ. Premières auditions : Menuet,\nde M. A. de Bertha; trois pièces pour violoncelle, de M. C.-M. Widor.\n27. FOLIES-DRAMATIQUES. Première représentation : la Blanchisseuse de\nBerg-op-^oom, opéra comique en trois actes, paroles de MM. Chivot et Duru,\nmusique de M. Léon Vasseur.\n3i. CONCERTS POPULAIRES. Exécution des Saisons, oratorio en quatre\nparties, de J. Haydn (paroles françaises de M. G. Roger) (1).\n\n(i) A Londres, dans Saint-James's Hall,'le 18 janvier, M. Arthur Chappell donne\nla sooe séance des Concerts populaires du lundi (Monday Popular concerts),\nfondés par lui le 14 février 1859. A Tournai, le même jour, première représentation:\nUn Mariage espagnol, opéra comique en un acte, paroles et musique de M. Vau-\ncampt. A Saint-Pétersbourg, le 25, première représentation : le Démon, opéra en\ntrois actes, paroles de M musique de M. Antoine Rubinstein. A Berlin, le 25,\npremière représentation : A-ing-fo-hi, opéra comique, paroles de M. Wichert,\nmusique de M. Richard Wuerst. Enfin, pour les derniers jours de ce mois de jan-\nvier, si particulièrement fécond, on signale encore les premières représentations sui-\nvantes : à Dessau (Thaliatheater), Dans la Montagne, opérette, paroles de M ,\nmusique de M. G. Kuntze; à Lille (Grand-Théâtre), Jeanne Maillotte, opéra comique\nen trois actes, paroles de M. Faure, musique de M. Reynaud, chef de musique au\n74e de ligne; à Toulon, Gheisa, grand opéra en quatre actes, paroles de M ,\nmusique de M. Paul Aubé; à Monaco (Théâtre Monte-Carlo), Suivez-moi, Tricoche,\nopérette en un acte, paroles de M. Gaston Jollivet, musique de M. Armand Gouzien;\nà Philadelphie (Académie de musique), Ostrolenka, opéra, paroles de M , musique\nde M. Henri Bonewitz; à Naples (Politeama), Elena in Troja, opéra bouffe, paroles\nde M , musique de M. d'Alessio; à Rouen (Théâtre-Français), la Cure merveil-\nleuse, opéra bouffe, paroles de M. Dessolins, musique de M, Ch,-L. Hesse,"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "233", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.49", "texte": "CHRONOLOGIE\n\nFÉV^IE^\n4 Février. —SOCIÉTÉ DE L'HARMONIE SACRÉE. Exécution de Gallia, « lamen-\ntation » de M. Charles Gounod.\n5. CAEN. (Grande salle de l'Hôtel-de-Ville). Première représentation:\nle Bocage, opéra comique en deux actes, paroles de M.Jules Ruelle, musique\nde M. Marcellus Muller.\n6. ATHÉNÉE. Réouverture, par la première représentation de la Belle\nLina, opérette bouffe en trois actes, paroles de MM. Paul Mahalin et Paul\nAvenel, musique de M. Charles Hubans.\n7. —CONCERTS POPULAIRES. Première exécution : Symphonie espagnole pour\nviolon principal et orchestre,de M. Edouard Lalo,exécutée par M. Sarasate.\nASSOCIATION ARTISTIQUE. Première audition : Pièces symphoniques (Prélude\net choral Scherzo), de M. Charles Lefebvre. —MILAN (théâtre de laScala).\nPremière représentation : Gustavo Wasa, opéra séria en quatre actes,\nparoles de M..., musique de M. Filippo Marchetti.\n\n11. —SALLE PLEYEL. Soirée musicale dans laquelle M. Eugène Sauzay\nfait exécuter pour la première fois la musique écrite par lui pour les inter-\nmèdes du Silicien ou l'Amour peintre, de Molière SALLE TAITBOUT. Con-\ncert de la Société chorale d'amateurs, dans lequel on exécute une scène avec\nchœurs extraite des Contes d Hoffmann, opéra inédit, paroles de M. Jules\nBarbier, musique de M. Hector Salomon. SAINT-QUENTIN. Première re-\nprésentation: la Fête interrompue, opéra comique en un acte, paroles de M.\nEdmond Delière, musique de M. Amédée Marié.\n12. Fermeture du théâtre de l'Athénée.\n13. SOCIÉTÉ NATIONALE DE MUSIQUE. Premières auditions: Suite pour\npiano, violon et alto, de M. A. Boisseau; Tu es Petrus, chœur et solo avec\naccompagnement d'orgue, harpe, violoncelle et contrebasse, de M. Théodore\nDubois ; romance pour cor, et chœur de M. Charles Lefebvre. GAND (Con-\ncert de la Société royale des Mélomanes). Première audition : De Zegen der\nWapens, cantate de fête, paroles de M. Eugène Van Oye, musique de\nM. Waelput.\n14. ASSOCIATION ARTISTIQUE. Prerrière audition d'un Adagio cantabile, de\nmadame Louise Farrenc.\n16. SALLE TAITBOUT. Première représentation: les Idées de M. Pam-\npelune, opéra comique en un acte, paroles de M musique de M. Mar-\ncellus Muller. SOCIÉTÉ CLASSIQUE. Première audition d'un Octuor de M.\nE. Chaîne, pour flûte, clarinette, cor, basson, violon, alto, violoncelle et"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "234", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.50", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ncontrebasse. MARSEILLE (Cercle artistique). Première audition : Gloria\nvictis, grande ballade pour soli, chœurs et orchestre, poème de M, Eugène\nRostand, musique de M. Alexis Rostand; premier temps d'une symphonie\ninédite, en ré majeur, de M. Auguste Morel; Invocation à l'Océan, air extrait\nd'un grand opéra inédit de M. Ernest Guiraud.\n20. SOCIÉTÉ NATIONALE DE MUSIQUE. Premières auditions : Sonate pour\norgue, de M. Alexandre Guilmant ; trois pièces pour orgue, du même ; frag-\nment de la deuxième partie de la Nativité, oratorio, paroles de M. Emile\nCicile, musique de M. Henri Maréchal.\n23. CONCERT DANBÉ. Premières auditions : Entr'acte inédit de M. Eugène\nDiaz ; la Fiancée du Timbalier, ballade de Victor Hugo, musique de M.\nLouis Lacombe.\n25. GAITÉ. Première représentation: Geneviève de Brabant, opéra bouffe\nen trois actes (troisième édition revue, corrigée et augmentée), paroles de\nMM. Ad. Jaime et Tréfeu, musique de M. Jacques Offenbach (i).\n\nA. P.\n\n(i) Au commencement de février, le théâtre d'Alger donne la première représen-\ntation de la Marguerite, opéra comique, paroles de M. Aurès, musique de M. Der-\nmineur."}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "235", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.51", "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nFAITS DIVERS\nAR décision du ministre de l'instruction publique et des\nbeaux-arts, sur la proposition de M. Ambroise-Thomas,\nM. Eugène Jancourt, membre du comité d'examen, vient\nd'être nommé professeur à la classe de basson au Conser-\nvatoire, en remplacement de M. Cokken, décédé.\nM. Potier ayant été nommé professeur de chant en\nremplacement de M. Laget, M. Croharéa été nommé à la place de M. Potier.\nD'un autre côté, M. Émile Descombes succède à M. Croharé, et M. Antonin\nMarmontel prend la place de M. Descombes comme professeur de solfège.\nNous lisons dans VEntrJacte :\n« Un opéra de Destouches (1712), joué comme à la cour du grand roi, avec\nchœurs, costumes et décors, voilà certainement le spectacle le plus rare et le\nplus inattendu. Et lorsque nous aurons ajouté que l'œuvre du vieux maître\nfrançais est une merveille de grâce et de jeunesse, l'intérêt de nos lecteurs\nen sera plus vivement excité. Tel est le spectacle, à coup sûr unique dans\nson genre, que nous réserve M. Danbé pour son concert de mardi prochain\nau théâtre de la Salle Taitbout. L'attention des érudits était éveillée déjà sur\nce point par la belle découverte que M. Vaucorbeil a faite à la Sorbonne, de\nla bibliothèque du marquis de Lasalle, où figure une collection complète de\nnotre vieille école française, si intéressante et si inconnue. M. Lacome,\nauteur d'un remarquable travail sur ce sujet, publié dans la Chronique musi-\ncale (1), a rétabli la partition d'après les indications originales. Le ministère\ndes Beaux-Arts a généreusement appuyé la tentative vraiment nationale du\njeune et intelligent chef d'orchestre, et voilà comment, de tous ces travaux et\nde tous ces bons vouloirs réunis résultera, pour le mardi 2 mars, un spectacle\nd'autant plus unique que Callirhoé (c'est le titre de l'œuvre) n'aura qu'une\nseule représentation.\n\n(1) Voiries numéros des ler juillet, lel'1e1' août, ier septembre et ier décembre."}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "236", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.52", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nLa Société de /'Harmonie sacrée, fondée et dirigée par M. Charles\nLamoureux, donnera le 18 mars une nouvelle œuvre de M. J. Massenet :\nEve, mystère en trois parties. Dans la même séance on entendra Ja Fête\nd'Alexandre, de Haendel.\nLa Société des compositeurs de musique a renouvelé son bureau pour\nTannée 1875. Ont été nommés: président, M. Vaucorbeil; vice-présidents,\nMM. Membrée et Joncières ; secrétaires, MM. Samuel David, Limagne et\nSainbris ; trésorier, M. Adolphe Blanc; bibliothécaire, M. Wekerlin. Ont\nété élus membres du comité : MM. Barbereau, F. Clément, Deffès, Th.\nDubois, Gastinel, de Groot, d'lngrande, de Lajarte, Lalo, Nibelle, Ortolan,\nE. Pessard, Pougin, Verrimst, Widor.\nEn attendant que les représentations puissent être reprises au Théâtre-\nVentadour, M. Bagier a l'intention de louer la salle pour des concerts ou des\nauditions musicales quelconques. Elle sera prochainement utilisée, assure-\nt-on, pour l'exécution de l'oratorio de Rubinstein, la Tour de Babel, sous\nla direction de M. J. Danbé,\nLa municipalité de Rouen va célébrer, par une grande fête, le i 3 et\n14 juin prochain, le centenaire de Boïeldieu. M. Ambroise Thomas compo-\nsera la cantate qui sera exécutée à cette solennité.\nLe théâtre de Rouen donnera à l'occasion du centenaire un opéra de\nM. Adrien Boieldieu, fils de l'auteur de la Dame blanche. C'est un ouvrage\nen deux actes, dont le poëme a été écrit par M. Charles Nuitter.\nM. Cœdès, ne pouvant suivre les répétitions de son opéra bouffe, Clair\nde lune, aux Folies-Dramatiques, et remplir en même temps ses fonctions de\nsouffleur à l'Opéra, a été forcé de donner sa démission. Cette importante\nfonction, qui demande un musicien accompli, a été confiée à M. Clamens.\nNotre collaborateur et ami Arthur Pougin vient de faire paraître à la\nlibrairie Baur une importante Notice sur Rode, violoniste français, couron-\nnée il y a deux ans par l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Bor-\ndeaux. Nous rendrons compte prochainement de cette brochure intéres-\nsante. Déplus, M. Pougin va publier incessamment deux nouveaux volumes,\nqui viendront augmenter encore la série déjà si nombreuse de ses écrits sur\nla musique. L'un est intitulé : BOIELDIEU, sa vie, ses œuvres, son caractère, sa\ncorrespondance, et son apparition coïncidera d'une façon heureuse avec les\nfêtes du centenaire de Boïeldieu, qui se préparent en ce moment à Rouen.\nLe second a puuj' titre : Figures d'opéra comique, et contiendra une suite de\nnotices, accompagnées de jolis portraits à l'eau-forte, sur madame Dugazon,\nElleviou, et M. et madame Gavaudan.\nEnfin, nous pouvons annoncer que M. Pougin vient d'être chargé, par la\nlibrairie Firmin Didot, de la rédaction d'un neuvième volume (complément\net supplément) à la Biographie universelle des musiciens, l'ouvrage célèbre\nde Fétis."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "237", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.53", "texte": "VARIA\n\nLa première chambre du Tribunal civil de la Seine, présidée par\nM. Glandaz, vient de juger un procès intéressant.\nM. Debrousse était abonné à l'Opéra de la rue Le Peletier. Il avait une\nbelle avant-scène contenant six places. Après le sinistre qui a détruit ce\nthéâtre, il a maintenu son abonnement lors de la translation de l'Opéra à la\nsalle Ventadour, à la condition toutefois que M. Halanzier lui donnerait dans\nla salle du nouvel Opéra une loge semblable à celle qu'il possédait dans le\nthéâtre de la rue Le Peletier. A l'ouverture du nouvel Opéra, M. Debrousse\nprit possession d'une grande avant-scène, mais elle comportait huit places.\nM. Halanzier réclama, comme prix de cette loge, la somme de 16,800 fr.\npar an. M. Debrousse a trouvé que ce prix, basé sur les huit places, ne devait\npas lui être demandé, parce qu'il devait avoir une loge semblable à l'an-\ncienne, qui ne contenait que six places. Il fit des offres réelles de la somme\ndemandée par le directeur de l'Opéra, sous la réserve de tous ses droits.\n11 demande au tribunal de n'être tenu de payer sa loge que dans la propor-\ntion de six places.\nM. Halanzier soutient, au contraire, qu'il a rempli son engagement en\nmettant à la disposition de M. Debrousse une avant-scène remplaçant avan-\ntageusement l'ancienne, et que, si elle contient huit places au lieu de six,\ncela ne provient pas de sa volonté, mais des dispositions architecturales du\nmonument. Il insiste sur ce fait que c'est l'État qui a indiqué le nombre de\nplaces du théâtre, et qui a fait installer les huit fauteuils dans l'avant-scène\ndont il s'agit. Il ne peut perdre le prix des deux places dont M. Debrousse\nn'a pas besoin, mais il est tout prêt à lui rendre la liberté et à lui reprendre\nsa loge.\nMe Templier a plaidé pour M. Debrousse, et Me Allou pour M. Halanzier.\nM. le substitut Ribot a conclu à l'admission de la demande de M. De-\nbrousse. Contrairement à ces conclusions, le tribunal a débouté M. De-\nbrousse de sa demande, et l'a condamné à payer à M. Halanzier les huit places\nde la loge qu'il loue.\nLa Société des auteurs et compositeurs dramatiques vient de prendre\nune mesure importante. Désormais les pièces en un acte dites lever de rideau\nn'auront plus droit comme autrefois à une part proportionnelle de 4 pour\ncent sur les recettes, cette part est réduite à 2 pour cent. La moyenne des\ndroits d'auteurs pour une soirée étant de 12 pour cent, l'auteur du lever de\nrideau recevait pour ainsi dire autant que les auteurs de la pièce qui attirait\nle public. Cette sage décision permettra plus facilement la production de\npièces en un acte d'auteurs nouveaux; car jusqu'ici les auteurs de la pièce à\nsuccès imposaient presque toujours le lever de rideau.\nUn certain nombre d'auteurs dramatiques et compositeurs de musique\nbelges, vient d'adresser à la Société des auteurs et compositeurs dramatiques\nde Paris, une lettre que le défaut d'espace nous empêche de reproduire.\nJusqu'ici les droits que touchaient en Belgique nos compatriotes, droits\nréglés par la convention du 22 août 1852, étaient minimes; ils s'élevaient à\n18 francs pour un opéra en cinq actes.. Les auteurs belges, au contraire, ont"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "238", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.54", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nà tParis les mêmes conditions que la Société des auteurs français. La lettre\ndont il s'agit annonce que les auteurs belges adressent au ministre de l'inté-\nrieur de Belgique une pétition à l'effet d'obtenir pour leurs confrères français\nle régime de réciprocité. Nous souhaitons que cet acte de bonne confraternité\nobtienne le résultat qu'en attendent les intéressés.\nIl se fait de grands préparatifs à Bergame pour transférer les restes\nmortels de Donizetti du cimetière à la cathédrale, où ils seront déposés dans\nle monument érigé à sa mémoire.\n\nNOUVELLES\n\nARIS. Opéra. Madame Miolan-Carvalho quitte l'Opéra-Comique\npour rentrer à l'Opéra. Elle débutera vers le 15 mars dans Ham-\nlet. Puis elle reprendra son rôle de Marguerite, de Faust, aussitôt\nque les décors de cet opéra seront prêts.\nM. Halanzier vient d'engager une jeune artiste, mademoiselle Beau,\nqui est douée d'une jolie voix de soprano, mais dont les études ne sont pas\nencore terminées.\nC'est à l'Opéra, et sous la direction de professeurs spéciaux, que la nou-\nvelle pensionnaire de M. Halanzier complétera son éducation. Ses débuts\nauront lieu prochainement.\nUn autre début est annoncé pour le mois de juin prochain ; c'est celui\nde mademoiselle Deruki, une jeune Polonaise qui chante en ce moment à\nVenise, et dont on dit beaucoup de bien.\n—» Les ténors, MM. Villaret, Salomon, Bosquin, Léon Achard, Vergnet,\nsont grippés. Il ne reste plus à M. Halanzier que Sylva, qui chante ce soir\nla Juive ; s'il tombe malade à son tour, l'Opéra fera relâche, faute de ténors.\nIl reste bien M. Mierwinski, mais les Huguenots ne sont pas prêts»\n—La reprise de Guillaume Tell, retardée par une indisposition de deux\nténors, Villaret et Salomon, a eu lieu le vendredi 26 février. Nous avons\nreçu, à ce sujet, la lettre suivante, dont nous ne connaissons aucun précédent\ndans les annales administratives de l'Opéra.\nParis, le 24 février 1875.\nMONSIEUR,\nJ'avais espéré pouvoir donner la reprise de Guillaume Tell dans le cours\nde la troisième semaine de ce mois ou, dans tous les cas, comme limite\nextrême, le lundi 22 février courant.\nJ'avais fait, en conséquence, réserver les places destinées au service de la\npresse, jusqu'à cette dernière date. Mais, d'une part, le bal au profit des"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "239", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.55", "texte": "VARIA\n\npauvres, de l'autre, l'indisposition simultanée de MM. Villaret et Salomon\nont déjoué tous les calculs et renversé les dispositions prises.\nJe me vois contraint, aujourd'hui, d'ajourner à vendredi cette reprise de\nGuillaume Tell ; et n'ayant plus à ma disposition les places nécessaires, je\nviens vous prier de prendre note qu'une représentation extraordinaire de\ncet opéra aura lieu dimanche 28 février, représentation pour laquelle\nj'aurai l'honneur de vous faire parvenir votre service habituel.\nJ'espère que vous voudrez bien prendre en considération l'embarras où\nme place ce concours de circonstances imprévues et accepter cette substi-\ntution toute accidentelle.\nAgréez, je vous prie, Monsieur, avec mes regrets pour ce fâcheux contre-\ntemps, 1 assurance de mes sentiments les plus distingués.\nLe Directeur de l'Opéra,\nHALANZIER.\nA la représentation du 26, M. Salomon, qui chantait le rôle d'Arnold, subi-\nment enrhumé, a fait réclamer l'indulgence du public après le premier acte.\nLa nouvelle lettre, que nous publions ci-après, sans commentaires, dira à\nnos lecteurs pour quelle cause la Chronique musicale ne rend pas compte\ndans ce numéro de la reprise si importante de Guillaume Tell.\nParis, le 27 février 18y5.\nMONSIEUR,\nUne nouvelle indisposition de M. Salomon me met dans l'impos-\nsibilité de donner Guillaume Tell demain dimanche.\nJe m'empresse de vous envoyer, néanmoins, le service que je\nvous ai annoncé; j'aurai l'honneur de vous faire parvenir un second\nservice pour la reprise de Guillaume dès que les circonstances\nme permettront de le faire.\nVeuillez agréer, monsieur, l'expression de mes sentiments les plus\ndistingués.\nLe directeur de VOpéra,\nHALANZIER,\nRobert le Diable, avec le ténor Sylva, sera repris la semaine prochaine.\nM. Giraudet, basse de Pex- Théâtre-Italien, vient d'être engagé par\nM. Du Locle.\nAprès un relâche pour la dernière répétition de Carmen, la première\nreprésentation est fixée au mercredi 3 mars.\nFolies-Dramatiques. Voici la distribution de Clair-de-Lune, l'opérette de\nM. Cœdès.\nLe roi Misère MM. Milher\nClair-de-Lune Emmanuel"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "240", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750301-01.1.56", "texte": "240\nLA CHRONIQUE MUSICALE\nParis. Imprimerie Alcan-Lévy, rue de Latavelte, 61»\n/ ropriêtaire-Gévant : HEULHz4%cDm\n\nAlfarin Luco\nChamp-d'Azur Haymé\nSparadrap Hamburger\nPied-de-Fer Clavandier\nNestor Gatinais\nVulcain Speck\nQaasimodo Heuzey\nBélisaire Legrain\nSirène Mmes Rose îMarie\nClorinde Bode\nCorysandre Toudouze\nGaîté. La première représentation de Topérette-féerie a eu lieu jeudi\ndernier. Grand succès de décors et de mise en scène.\nSalle Erard. A la prochaine séance de la Société classique, le mardi\n2 mars, MM. Armingaud, Jacquard, Mas, de Bailly, Taffanel, Lalliet, Grisez,\nDupont, Espaignet, exécuteront un sextuor, de M. Gastinel (première audi-\ntion.) Un trio de Schubert, le treizième quatuor de Beethoven et l'otetto de\nMendelssohn, compléteront le programme de cette intéressante soirée, à\nlaquelle le pianiste Fissot prêtera son concours.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}