{"numero_id": "bm-bmtnabc-1875-03-15-01", "volume": "bmtnabc_1875-03-15_01", "ocr_sha256": "9ca91386c584cd0ae619fc3c35a57941eaf959b00cf31d7aa6a6da5cfaebdf1c", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabc/issues/1875/03/15_01/bmtnabc_1875-03-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabc/issues/1875/03/15_01/bmtnabc_1875-03-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabc-1875-03-15-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-03-15_01#c001", "volume": "bmtnabc_1875-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "[241]", "page_fin": "251", "image_debut": 1, "image_fin": 11, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.2.1", "titre_corps": "JEAN MONNET", "titre_sommaire": "JEAN MONNET", "signature_source": "ARTHUR HEULHARD", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[241]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.1", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 764, "texte": "JEAN MONNET\n\nI\nN France, la vie des hommes de théâtre, comé-\ndiens, poètes ou directeurs, a été longtemps si\ntourmentée, si en dehors des mœurs communes,\nque les récits de ces existences nomades forment\npresque un genre de littérature à part. A ce\njenre artificiel, sans doute, mais où l'on ren-\ncontre parfois de l'original et de l'imprévu, se\n•attachent, côte à côte avec le\net les Aventures de Dassoucy, les Mémoires que\nMonnet put intituler avec raison Supplément au Roman Comique.\nChez Monnet, comme chez Scarron et Dassoucy, la place d'honneur\nest à ces éternels incidents d'hôtelleries, de châteaux et d'abbayes, à ces\ninépuisables et faciles histoires de moines ventrus et de chambrières\ndodues, qui émaillent les autobiographies des comédiens d'autrefois;"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "242", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.2", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2518, "texte": "comédiens malgré eux! ceux-là, et par destination : sur les planches et\nsur le grand chemin, forcés de jouer constamment un rôle, d'esquisser per-\npétuellement une grimace, se roidissant contre une condition difficile,\net surmontant la puissance des préjugés par la victorieuse action de leur\ngaieté.\nL'art du comédien n'étant point considéré comme un métier régulier,\ntoute troupe en voyage côtoyait de près l'état de vagabondage, et\nse heurtait à chaque détour de la route à l'intolérance des lois ; cela,\nsans raison morale bien définie, mais seulement en mémoire de quel-\nque poudreux article de concile, rédigé par un théologien pudibond. Et\npuis, l'annonce d'une représentation théâtrale nattiiait pas toujours\nassez de monde pour subvenir aux frais de la société : il fallait bien sortir\ndu programme. C'est alors qu'on se laissait aller jusqu à dire la bonne\naventure, à faire de la divination, à pronostiquei on passait bientôt\npour gens de Bohême ou d'Egypte, et les édits royaux ne parlaient rien\nmoins que de roue, de hache ou de hart.\nMais quel est l'astringent assez fort pour contenir le levain de la\nsatire gauloise?\nIl n'a pas fallu moins de trois siècles aux gens de théâtre pour conqué-\nrir la place qu'ils occupent aujourd'hui dans le monde : aussi les direc-\nteurs des principales scènes de ce temps éprouveraient-ils quelque peine\nà reconnaître un ancêtre dans leur confrère Jean Monnet, directeur de\nl'Opéra-Comique au siècle dernier. Rien n'est plus vrai, néanmoins, que\ncette parenté. Pourquoi certains chefs de troupe actuels ne déploient-ils\npas toujours, à une époque où bien des difficultés se sont aplanies pour\neux, l'énergie et l'intelligence avec laquelle Monnet combattait les obs-\ntrcles que lui suscitait l'antique préjugé?\nC'était vraiment un homme fort ingénieux que ce Monnet, plein de\nressources et d'invention, et servi par un merveilleux instinct des choses\nde sa profession*, un esprit bien français, actif, éveillé, très respectueux\ndes goûts de ses clients, et sachant cependant leur faire partager le plaisir\nqu'il ressentait lui-même à la nouveauté.\nVoilà pour le directeur, mais le singulier homme privé ! Quelle furieuse\npoursuite d'émotions et quelle soif d aventures! Certes, le code galant\nn'aurait rien à perdre à se retremper dans le curieux livre, intitulé ;\nSupplément au Roman Comique ou\nJean Monnet, ci-devant directeur\nl'Opéra de Lyon et d'une Comédie-Franç\nlui-même.\nLa lecture de ces Mémoires est attrayante; le style en est simple et"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "243", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.3", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2680, "texte": "d'ailleurs assez négligé, mais il se relève d'une pointe de naïveté mali-\ncieuse et de résignation philosophique qui y prêtent un certain charme.\nC'est là qu'il faut étudier cette spirituelle physionomie.\nCondrieu, petite ville située sur les bords du Rhône, dans le Lyonnais',\nd une famille honnête, mais peu favorisée de la fortune (1). Orphelin à\n1 âge de huit ans, je restai chez un oncle jusqu'à quinze. Cet oncle, par\nla gaieté et la singularité de son esprit, était le Rabelais de son canton.\nMoins occupé de mon éducation que de ses plaisirs, à peine m'avait-il\nfait apprendre a lire, quand un de mes compatriotes, fils d'un gros\nnégociant, m'amena à Paris pour me placerchez feue madame la duchesse\nde Berry. Là, par le petit mérite que j'avais alors d'imiter et de contre!\ntaire parfaitement la voix et les gestes de tous ceux que je voyais, je m'at-\ntirai en très peu de temps les bontés de cette princesse. » Ce sont'les seuls\ndétails qUI nous aient été conservés sur l'enfance de Monnet. On remar-\nquera qu'ils ne nous apprennent point en quelle qualité il entre au ser-\nvice de la duchesse de Berry. L'emploi, vu l'ignorance du titulaire, ne\nevait pas etre bien brillant. Quoi qu'il en ait été, la protection de la\nduchesse a la laveur de laquelle il fit son éducation, lui manqua soudain.\na mort de sa bienfaitrice, survenue en juillet 1719, le rendit àla li-\nberté, tout en le jetant dans les secousses de la vie d'intrigues\nMonnet avait environ seize ans. En vrai Français du di'x-huitième\nsiecle, il cuidait bonnement que l'amour a sa gymnastique, et que l'il-\nusion perdue, le cœur peut encore se refaire par l'exercice. Entrepre-\nnant donc, et toujours poussé par quelque diable, doué d'un physique\navantageux maniant fort agréablement l'épée contre les jaloux et le vio-\nlon contre les belles, la téte ornée de toute la poésie badine du temps\n°nnet débuta dans le rôle ingrat de galant avec toutes les armes dé\nemploi. 11 aborda le monde assez heureusement par la conquête de la\nveuve a un officier : il est de ces hasards! Le lecteur peut se reporter aux\npremiers chapitres de ses Mémoires pour se former une idée exacte de\n\n(i) Le document que voici lève le voile qu'a tiré Monnet «ir , < ,\nnaissance et la. condition modeste de ses parents • « Jean A4 /° îe ee de sa\nseptembre mil sept cents et trois fils dp tL M * Monnet, ne le septième\nde Louise s°s PL «L ÎiXeKTI' '\"S\" <\" \"\nque dessus dans l'élise 1 rZT baptise le hmct.ème du dict mois et an\nesté Jean Bonnardel, grand père de Venant soubsigné. Son parrain a\nbuyen, en pre'ce de Michel Duché et de\nSigne: rhonnerieu, Duché; Mouton, vicaire.\nExtrait des registres de l'état civil de la, 6."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "244", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.4", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2672, "texte": "l'esprit de suite avec lequel Monnet menait une affaire d'amour. Toute-\nfois, l'organisation qui y présidait, si parfaite qu'elle lût, ne suffit pas\ntoujours à le garer des incidents fâcheux, qui sont : fuites précipitées par\nles fenêtres et autres huis, explications aigres avec les pères ou les mères,\ninterrogatoires scandaleux des commissaires de quartiers, toutes fins\nbrutales et discourtoises de* amours défendues.\nRien ne lui fit défaut en matière de romanesque, pas même la réso-\nlution passagère d'entrer à la Trappe, sous prétexte de coniger la natuie.\nMais hélas! le cœur ne se cloître pas. Le mariage, ce grand émollient,\nne le guérit point non plus de son penchant pour le sexe faible ; il est\nbon d'ajouter que le mariage était mauvais, ce qui rend Monnet excu-\nsable. Peut-être m'objectera-t-on qu'il ne l'était point de s'être marié,\nmais ceci fait partie d'une théorie différente, dont les gens du métier sont\nles auteurs, et qu'il ne convient qu'à eux d'apprécier.\nII\nC'est de l'année 1743 que date l'affection de Monnet pour le théâtre,\naffection qu'il paya de plus d'une faillite, mais qui nous valut notre\npremier Opéra-Comique français. Auparavant Monnet avait essaye de\ndivers passe-temps, postes et charges. Il avait été déjà bibliothécaire,\néditeur, voire même auteur de plusieurs publications, dont la biblio-\ngraphie, en cela d'accord avec Monnet, ne nous a pas transmis les\ntitres. Il est à regretter qu'il ait passé sous silence cette période de ses\ntravaux littéraires pour y substituer des anecdotes grivoises à l'imitation\ndu Pogge. Les ouvrages écrits par Monnet ont-ils été publiés sous le\nmasque de l'anonyme, ou sont-ils enfouis dans quelque volumineux re-\ncueil d'Académie? Il n'en est bruit nulle part, et Quérard est muet; je\nn'ai découvert, dans mes recherches, aucun document qui y eût trait, et\nje confesse humblement un grand dépit de fureteur.\nL'Opéra-Comique agonisait, lorsque Monnet en enleva le privilège\nau sieur Pontau, au mois de mars 1743. Monnet héritait d'une série de\ndirections qui avaient à peu près ruiné ses prédécesseurs Honoré, de\nVienne, et Pontau, mais rien ne le rebutait (i).Ce fut donclui qui se\n\n(1) Dans son livre sur les Spectacles forains et la Comedie-Française (Dentu 1675)\nM. Jules Bonnassies nous conte les misères du pauvre Pontau, prédécesseur de\nMonnet: « Le 19 mai iy3B, il se trouve redevable envers Thuret (directeur de\nl'Opéra) de 7,596 1. 5 s. ; celui-ci lui accorde deux ans pour payer. Par un compte\ndu 8 avril 1740, sa dette se monte àla somme de 20,546 1. 5 sv sur laquelle Thu-\nret lui remet 3?ooo 1. Par un autre compte du 11 octobre 1742? à 55,546 L 5 s., sur"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "245", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.5", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2847, "texte": "chargea de réparer le désarroi de POpéra-Comique, rude besogne que\nvoici décrite au chapitre VII de ses Mémoires : « Le sieur alors\npossesseur du privilège, homme d'esprit, mais faible et peu propre aux\ndétails d'une pareille direction, avait laissé tomber ce spectacle dans un\nsi grand avilissement, qu'il en avait absolument éloigné la bonne com-\npagnie. La livrée y était en possession du parterre ; elle décidait des\npièces, sifflait les acteurs et quelquefois même ses maîtres, quand ils\ns'avançaient trop sur le devant de la scène. Les loges des actrices étaient\nouvertes à tout le monde; la salle, le théâtre étaient construits à peu près\ncomme les loges des baladins de la foire Saint-Ovide ; la garde s'y faisait\npar un officier de robe-courte ; l'orchestre était composé par des gens qui\njouaient aux noces et aux guinguettes; la plupart des danseurs figuraient\navec des bas noirs et des culottes de drap de couleur ; rien, en un mot,\nn'était si négligé, si sale, si dégoûtant même que les accessoires de ce\nspectacle. » Monnet commença par consigner, de par le roi, messieurs les\nlaquais à la porte, fit passer l'architecte et les décorateurs dans la salle,\népura et renouvela sa troupe et prit la route de Rouen d'où il ramena\nPréville, le meilleur comique du temps. L'ouverture de la foire Saint'\nLaurent eut lieu le 8 juin 1743, avec le Coq du Village, de Favart. En\ndeux mois, Monnet avait transformé tous les éléments de l'Opéra-\nComique, réuni un excellent orchestre conduit par Rameau, un per-\nsonnel de comédie qui a fourni des sujets remarquables à la Comédie-\nFrançaise, plus un corps de ballet où ne dédaignait pas de puiser\nl'Opéra. Les costumes et les décors avaient été commandés à Boucher.\nBref, la foire Saint-Laurent de 1743 attira chez Monnet un nombreux\npublic qui le suivit à la foire Saint-Germain. Cette saison témoigna si\nhaut de ses capacités que la direction de l'Opéra lui fut offerte par\nM. Thuret, titulaire du privilège.\nIl revient à Favart une bonne part dans ce regain de vogue. C'est\nlui qui a fait à Monnet son éducation de directeur de spectacle; il était\ncomme le moniteur spirituel de TOpéra-Comique : moyennant 2;ooo li-\nvres annuelles, outre ses droits d'auteur, il s'était engagé envers Monnet\nà remettre à la scène, accommodées au goût nouveau, les anciennes\npièces du répertoire de la foire : il retouchait les canevas, veillait aux\nrépétitions et faisait office de régisseur.\n\nlesquels Thuret lui en remet 10,000. Après la foire Saint-Germain de 1743, elle\nremonte à 53,046 1. 5 s. Thuret le fait alors saisir. Pontau soulève mille difficultés\npour empêcher la vente; nous ignorons si elle eut lieu, Le 28 mars 174?, 1 huret\npasse, moyennant redevance annuelle de 12,000 1., un bail de six ans à Monnet, qui\nest mis en possession de la loge de Pontau, en vertu d'un ordre du roi. »"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "246", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.6", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2321, "texte": "Bref, les recettes grossissant au delà des vœux de messieurs de la\nComédie-Française, on jura la ruine de l'Opéra-Comique, et la clôture\nde la foire Saint-Germain fut décidée avant terme. Favart obtint un\nsursis d'un mois ; au nom des syndics et marchands de la foire, il\nadressa au roi la supplique qui finissait ainsi : « Les supplians, pros-\nternés aux pieds de Sa Majesté, osent lui représenter très humblement\nque, par les engagements qu'ils ont contractés avant qu'ils fussent\ninformés de la réduction de la foire, et par les pluies continuelles qui en\nont écarté le public, ils seront plongés dans la dernière misère, si la foire\nn est prolongée au moins pour cette année jusqu'à la fin du présent\ncomme elle l'a toujours été depuis plus de vingt ans.\n« Que votre bonté nous seconde :\n« Par pitié, Sire, exaucez-nous !\n« Et vous fere% du bien à tous,\n« Car nous devons à tout le monde. »\nMonnet se repentit d'avoir refusé l'Opéra. Il organisait la foire Saint-\nLaurent de 1744, lorsque le sieur Berger, successeur de Thuret à l'Opéra,\nfit résilier le bail de l'Opéra-Comique, par arrêt du Conseil du ier juin,\net congédia Monnet, auquel il se substitua, sans même lui allouer les\ndommages et intérêts qui lui revenaient pour ses avances.\nIII\nLe duc de Villeroi tira Monnet de cette déconfiture imméritée, en lui\nprocurant la direction des spectacles de Lyon, fcjui réclamait depuis long-\ntemps l'installation d'un Opéra.\nLe i 5 décembre 1745, l'Opéra de Lyon ouvrait ses portes aux habi-\ntants émerveillés de tant d'activité. Les Lyonnais entendirent ce jour-\nlà Pyrame et Tisbé, de La Serre pour les paroles, et Rebel et Francœur\npour la musique, Ils se retirèrent satisfaits.\nBien que le théâtre de Lyon ne possède ni bibliothèque ni dossiers\nmanuscrits, nous avons pu recueillir des documents précis sur le séjour\nqu y fit Monnet (1). En 1786, à l'occasion de la direction de la demoi-\nselle Destouches qui était vivement pressée par ses créanciers, le Con-\n\n(1) Grâces en soient rendues à M. Brouchoud, avocat à la cour de Lyon, docteur en\ndroit, auteur de recherches extrêmement curieuses sur le séjour de Molière à Lyon,\npubliées chez Perrin. M. Brouchoud est très versé dans les choses du théâtre. C'est\nun érudit de la bonne école, dont l'obligeance est inépuisable, comme le savoir."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "247", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.7", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2965, "texte": "sulat lyonnais, composé du prévôt des marchands et des échevins, mit à\nl'étude la réorganisation des spectacles. Le mémoire qui fut rédigé sur la\nmatière est conservé aux archives de la ville, sous le titre de Projet\npour rétablissement des spectacles de Lyon. On y lit en substance que,\njusqu'à Collot d'Herbois, la plupart des directeurs n'ont abouti qu'à la\nfaillite. Laissons de côté les considérations administratives invoquées par\nl'auteur de ce mémoire en faveur de la décentralisation lyrique, pour\nn'en garder que ce qui touche à la tentative de Monnet :\n« Au sieur Maillefer succéda le sieur Monnet qui, n'ayant pu obtenir le\nprivilège de cette ville que sous la condition d'y établir un opéra, et ayant\nbien prévu que ce spectacle seul ne pouvait pas satisfaire le goût général,\njugea à propos pour mettre de la variété dans le sien, de joindre aux acteurs\nqu'il avait engagés pour le chant, six à sept bons sujets pour jouer alterna-\ntivement avec l'opéra, des comédies et des opéras comiques. Cet arrangement\neût sans doute été le plus convenable en supprimant dans la suite un peu de\nla dépense de l'Opéra qui était trop forte. Mais M. Devarax, pour lors prévôt\ndes marchands de cette ville, qui n'avait ni le goût du spectacle, ni apparem-\nment assez bonne opinion des talents du nouveau directeur pour entrer\ndans ses vues, le priva de sa direction pour la remettre entre les mains d'un\nacteur, sous les ordres de M. Breton, dont l'état ni le génie n'annonçaient\npas les qualités convenables dans une pareille entreprise (1).\nOn voit par là qu'outre les difficultés matérielles qui s'opposaient au\nsuccès de l'entreprise de Monnet, le mauvais vouloir du prévôt Devarax\nlui en créait de nouvelles. Les prévôts des marchands de Lyon, qui étaient\nen quelque sorte chefs de la municipalité, exerçaient sur les spectacles une\ninfluence souveraine. Les directeurs succombaient avec eux. Monnet avait\nété très protégé par le prédécesseur de M. Devarax, Jacques Annibal Claret\nde la Tourette de Fleurieu, son compatriote, homme d'esprit et de sens\nqui a laissé des mémoires nombreux sur l'histoire, la critique, et le\nthéâtre : « Ce fut lui qui donna à M. Monnet cette énergique inscription\nen trois mots latins gravés sur la toile, exprimant les trois genres de\nspectacle que donnait son théâtre : « Movet, mulcet, monet; il émeut, il\ncharme, il instruit, » inscription d'autant plus heureuse, que le troisième\nmot latin se trouvait être en même temps le nom du directeur » (2).\n\n(1) Au temps de Monnet, le théâtre était situé dans un ancien jeu de paume, au\nlevant du théâtre actuel et à l'angle du quai du Rhône, en face le pont Morand. En\n1754, il tombait en ruine : on le vendit, pour en construire un nouveau, d'après les\ndessins de Soufflot, dans l'ancien jardin de l'Hôtel-de-Ville, sur l'emplacement du\nThéâtre actuel. Il fut achevé en 1756.\n(2) Eloge manuscrit de M. de Fleurieu, par le chevalier Bory, de l'Académie de\nLyon, en 1777."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "248", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.8", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2421, "texte": "Vers l'été de 1746, le niveau de la caisse baissant, Monnet prit avec\nlui ses deux troupes de comédie et d'opéra comique, et s'en fut exploiter\nle répertoire à Dijon, laissant ses chanteurs et son orchestre à Lyon (1).\nCette campagne de Lyon établit clairement qu'un Opéra sur le modèle\nde celui de Paris ne pouvait se maintenir en province sans subvention\net vivre de ses propres ressources. L'affaire ne fut pas heureuse pouï\nMonnet; qui dut abandonner la partie et rentrer à Paris,, où l'attirait\nd'ailleurs la vacance de la direction de l'Opéra. Autre déception ! notre\nhomme fut évincé.\nIV\nLe démon des entreprises poussa Monnet jusqu'à Londres, sur la pro-\nposition d'un certain Rich, directeur d'un théâtre anglais dans cette\nville. Il s'agissait d'y fonder un spectacle français. Monnet se décida à\nfaire le voyage de Londres, et entra en pourparlers avec son confrère\nd'outre-Manche ; mais, après quelques hésitations de la part de ce der-\nnier, il loua le théâtre de Haymarket, ouvrit une souscription qui fut\nbientôt couverte par les grands d'Angleterre, et revint à Paris employer\nses fonds à rassembler les éléments d'une Comédie-Française, qui\ndébuta le 8 novembre 1749.\nUne cabale formidable attendait les acteurs français : elle était pro-\nvoquée par des pamphlets acérés et des libelles satiriques dirigés contre\nle spectacle qu'avait annoncé Monnet, et soutenue par les comédiens\nanglais qu'effrayait une concurrence étrangère, d'ailleurs vivement pro-\ntégée par la noblesse éclairée du pays.\nLes gazettes se mirent de la partie : Tune d'elles, le Daily advertiser\nne craignit pas de dénoncer le spectacle français comme une manœuvre\npolitique renouvelée des Romains, lesquels travaillaient à émousser et à\ncorrompre les goûts de leurs voisins avant d'en entreprendre la con-\nquête. Aucuns prétendaient qu'en France on avait refusé à des comé-\ndiens anglais la concession d'un spectacle. Ces assertions furent relevées :\nil fut démontré que Monnet n'était point un foudre de guerre dissimulé\nderrière un masque comique, et que les pantomimes anglaises affichées à\nla Foire par Francisque avaient eu de tout temps la faveur du public.\nRien n'y fit.\nLes ennemis de nos artistes s'inspirèrent de procédés sauvages, auprès\n\n(1) Les états des pensionnairesfde la troupe d'Opéra, conservés aux archives lyon-\nnaises, ne nous en font connaître le personnel qu'à partir de 1772 seulement."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "249", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.9", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2741, "texte": "desquels les cabales modernes ne nous paraissent plus que des fadeurs.\nLes premiers accords de l'orchestre furent interrompus violemment et\nrefoulés au fond des instruments par l'explosion d'un choral britannique\ndont le refrain était : Nous ne voulons pas de comédiens français. Le\nlever du rideau fut salué par une bordée de sifflets stridente et prolon-\ngée, et le dialogue arrêté sur les lèvres de ses interprètes par un déluge\ncroissant.de projectiles barbares : une actrice fut frappée au sein de deux\nchandelles allumées. Les seigneurs qui composaient le parti français s'é-\nlancèrent dans l'amphithéâtre supérieur occupé par les mécontents,, tan-\ndis que des officiers se rangeaient, l'épée nue, devant la scène. Une ef-\nfroyable mêlée s'en suivit : les chandelles, les canifs, les plaques de fer,\nles perruques humides de sueur et de sang tourbillonnaient en grêle,\naveuglant les combattants : enfin la victoire resta aux champions de\nMonnet; elle ne fut point si décisive pourtant qu'on n'ait jugé utile au\nsalut des comédiens de les faire reconduire, sous bonne escorte, jusqu'à\nleur domicile.\nLa seconde représentation ne le céda en rien à son aînée pour le nom-\nbre et la qualité des horions. Ce fut là qu'un certain brasseur, à la téte\nd'une bande de bouchers, accomplit de véritables prodiges de pugilat et\nde pancrace pour la défense de la troupe française. Monnet, qui envisage\ntout sous son point de vue de prédilection, dit que « les actrices s'étaient\nrenfermées dans leurs loges avec des officiers qui les rassuraient », pro-\npos qui n'a rien en soi de déraisonnable. Cette épreuve se conclut en sa\nfaveur, et la troisième représentation fut donnée sans encombre. La po-\nlitique entrava les suivantes et fut cause que Monnet dut fermer Hay-\nmarket; à propos de l'élection d'un membre du Parlement, on alla jus-\nqu'à s'enquérir de l'opinion des candidats sur le fait des comédiens fran-\nçais, et le concurrent de lord Trentham, qu'on leur savait hostile, resta\nsur le carreau. Les troubles menaçant de s'éterniser, le spectacle qui\nleur servait de prétexte fut définitivement supprimé.\nJe découvre dans les Lettres critiques de Fréron, une narration émue\ndes chaudes journées iï qui lui est adressée de Londres par\nlacteur homme d'esprit et faisant joliment les vers, dit Fré-\nron, et qui avait été engagé par Monnet : j'y relève une confession que\nj'ai tout lieu de croire sincère. Monnet, avant de s'embarquer pour cette\nexpédition, avait plutôt pris conseil de ses hautes protections dans le\npays, que des goûts dominants du public anglais, élevé dans le culte de\nMolière par la noblesse protestante que la révocation de l'Édit de Nantes\navait forcée de se réfugier en Angleterre. Monnet ne soupçonna sans"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "250", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.10", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2733, "texte": "doute pas qu'il avait à ménager, dans ses programmes, la tradition de la\nhaute comédie de caractères.\n« Depuis que je suis ici, écrit Desormes, j'ai eu occasion de m'entrete-\nnir avec quelques Anglais qui ont vu la France, sur les pièces que nous\ndevons leur jouer. Ils ne veulent que du Molière; ils m'ont dit franche-\nment qu'ils avaient bâillé, à Paris, à nos comédies modernes les plus goû-\ntées. Ils ont, disent-ils, beaucoup de difficulté à les entendre,, et quand\nils les ont pénétrées, ils ne se croient pas dédommagés de la peine qu'ils\nont prise. Ne serait-ce pas, monsieur, que les comédies d'aujourd'hui\nsont trop fines, trop dénuées d'action, et ne portent que sur quelques\nnuances passagères affectées aux personnes du grand monde : au lieu\nque Molière a peint des vices et des ridicules généraux, qui conviennent\nà toutes les nations et à tous les états. Il y a partout, et ici autant qu'ail-\nleurs, des Avares, des Misanthropes, des Tartuffes, des Précieuses, des\nBourgeois gentilshommes, des Valets fourbes, de Fausses Agnès, des\nCocus imaginaires (beaucoup moins à la vérité que de réels), des Fâ-\n/\ncheux, des Etourdis, et principalement des Médecins ignorants et\nbouffons. »\nL'appréciation ne manque pas de justesse : il se peut que Monnet n'ait\npas fait, dans la composition de son spectacle, le choix qui convenait aux\nmœurs faciles à froisser de la nation anglaise.\nCe qui est hors de doute, c'est que tout ce qui venait de France avait\nle don de piquer de la tarentule de la curiosité les graves insulaires d'Al-\nbion. En 1741, lors des figurations chorégraphiques de mademoiselle\nSallé à Londres, les dilettanti se disputaient les places à des enchères\nexorbitantes, et tiraient la lame du fourreau pour la moindre vétille.\nDans un Mémoire explicatif publié pendant son séjour à Londres\net qui est le premier jet des chapitres I et II du tome second de ses\nMémoires, Monnet témoigne de la gratitude aux grands seigneurs\nanglais qui le couvrirent de leur crédit. Il s'était également gagné l'affec-\ntion du célèbre tragédien Garrick qui lui abandonnait un bénéfice pro-\nportionnel aux recettes de son théâtre ; cette délicate interprétation de la\nconfraternité artistique resserra plus étroitement encore les liens qui les\nunissaient, et nous savons que Monnet, rentré en France, ne cessa de\ncorrespondre avec son généreux ami.\nLa désastreuse liquidation où la clôture d'Havmarket l'avait en-\ntraîné, retenait Monnet à Londres ; ses acteurs, les plus impitoyables de\nses créanciers, exigeaient, pour trois représentations la totalité de leurs\nappointements. Ce passif était gros, et Ja loi plus forte que ses protec-\nteurs. Monnet dut répondre de sa personne jusqu'à parfaite libération"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "251", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.11", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2361, "texte": "de son déficit, et se retirer sous le toit hospitalier d'un juge de paix de\nla ville, situation à peu près analogue à celle de la contrainte par corps.\nMonnet a raconté comment son sort fut adouci par la captivité volontaire\nd'une de ses actrices plus sensible au malheur que ses camarades, mais\nl'épisode le plus curieux de sa narration est la rencontre qu'il fit du\nRoi Théodore (1), logé, comme Monnet, à l'enseigne des Debteurs et\nEmprunteurs, que loue si fort le bon Panurge.\n« J'ai été roi tout comme un autre; je suis Théodore; on m'a élu roi\nen Corse; on m'a appelé votre majesté, et à présent à peine m'appelle-\nt-on monsieur; j'ai fait frapper de la monnaie, et je ne possède pas\nun denier; j'ai eu deux secrétaires d'Etat et j'ai à peine un valet; je me\nsuis vu sur un trône, et j'ai longtemps été à Londres en prison sur la\npaille.... » Qu'est-ce ceci? La véridique histoire du baron Théodore de\nNewhoff, roi de Corse durant l'été de 1736, racontée par Sa Majesté elle-\nmême. Sa Majesté est venue passer le carnaval à Venise; elle soupe à\ntable d'hôte, avec cinq autres seigneuries chassées de leurs palais et\ndescendues à la même hôtellerie : Elle répond à un héros de roman que\nVoltaire a fait asseoir auprès d'elle, par caprice de conteur, au naïf\nCandide. Seulement, Sa Majesté exagère quant à la paille de la prison\nde Londres. Monnet ne nous dépeint pas L'endroit sous d'aussi sombres\ncouleurs : mieux que cela, l'on y boit, l'on y mange et l'on y maudit ses\ncréanciers tout à son aise; c'est l'ordinaire des maisons pour dettes et le\nsire Théodore n'y contredit point. L'imprésario sans théâtre et le monar-\nque sans couronne y noient leurs soucis dans les pots : ils y chantent\nl'ariette et débitent la gaudriole, mais il n'est question nulle part de la\npaille de Théodore : c'est une figure dont celui-ci se sert pour apitoyer\nla noble compagnie de l'auberge vénitienne, et aboutir à un emprunt de\nla famille de ceux qu'on ne rembourse pas.\n(La suite prochainement.)\n\nARTHUR HEULHARD.\n\n(i) Pour l'histoire, le baron de Newhoff, autrement dit roi Théodore, est bien près\nd'être mort tout entier : pour l'art, il revit dans le Roi Théodore à Venise, opéra\nhéroï-comique de Paisiello, représenté à Paris, en 1787, et, pour le roman d'aven-\ntures, dans cet avoué de Périgueux, qui devint roi d'Araucanie, il y a quelque dix\nannées."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-03-15-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-03-15_01#c005", "volume": "bmtnabc_1875-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "252", "page_fin": "259", "image_debut": 12, "image_fin": 19, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.2.2", "titre_corps": "L'HISTOIRE EN CHANSONS", "titre_sommaire": "L'HISTOIRE EN CHANSONS", "signature_source": "J.-B. WEKERLIN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 12, "page_imprimee": "252", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.12", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1447, "texte": "(0\n'EST un véritable almanach que nous livrons tous les\nans aux lecteurs de la Chronique musicale, almanach\nqui a le tort forcé de n'arriver que lorsque l'année est\nécoulée.\nEn examinant les chansons parues en janvier 1874,\nnotre esprit semble se reporter d'un siècle en arrière,\ntellement les événements marchent vite, et, il faut bien le dire, s'ou-\nblient de même, pour la plupart.\nEn un mot, c'est l'année qui fait son examende conscience... sans\ndire son mea culpa.\nOn a dû observer déjà que lorsque le sujet de telle ou telle chanson n'a\nété traité que par un seul auteur, c'est une impression passagère ou\npersonnelle à cet auteur; mais quand nous voyons quatre, cinq, dix\nchansons reproduire une même idée, c'est que la sensation a été profonde\net que l'émotion populaire s'y est arrêtée, en attendant qu'un événement\nnouveau vienne captiver l'attention générale et tasse oublier la déjà\nvieille nouveauté.\nL'année 1874 s'ouvre par divers hommages au comte de Chambord ;\nles deux premiers sont anonymes : Le Grand roi et Vive le roi, au Roi\ndes Rois, au Pape, et à Mgr le comte de Chambord. Ce Vive le roi\na vu le jour à Avignon; c'est un feuillet grand comme la main, sa\nvaleur poétique est encore plus mince que son format. Avignon nous a\ngratifié également de Dieu, la Patrie et le Roi, paroles de L. Bard,\n\nL'HISTOIRE EN CHANSONS\nAnnée 1874\n\n(1) Voir les numéros des i 5 juillet, lel'1e1' août 1873, lel'avril1e1'avril et ier mai 1874."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "253", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.13", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2163, "texte": "musique d Ed. Blanchard, le tout lithographié sur papier à lettres. La\nRoyale est une simple valse pour piano, aux armes du roi, par le comte\nH. de Guivry. Le Drapeau de la France, par mesdames H. Lesguillon\net L. Collongues. Français, gardons le drapeau tricolore, Debuire\nBue et H. Kern. Franc Cœur, caporal de %ouaves, par Ottoni.\nLei cartouchiéros dé Touloun, chanson provençale, par Bénézi.\nGrandisseç, romance patriotique, J. H. Bonin et J. Chabrut. L'Hon-\nneur de la France, A. Quinchez et J. Chabrut, Les Cuirassiers de\nWaterloo, Delormel et Ben-Tayoux. Demandons-le, car elle va\npérir, Bondon et A. de Bonneroche ; le, c'est Henri V, et elle, c'est la\nFrance; imprimé à Avignon, France et Marie, par l'abbé Ad. Jan-\nnerot. Le Vœu de la France au sacré-cœur de Jésus, E. Vaudenay\net Ch. Cordier.\nLes cantiques surgissent nombreux en l'honneur de Notre-Dame de\nLourdes et d'autres pèlerinages célèbres. Ce sont en général des invoca-\ntions pour le salut et la prospérité de la France. Nous n'avons pas\nmentionné toutes ces pièces. Le Rêve d'un Français (Vengeance) A.\nTroupillon et C. Maciejowski. Le Bataillon des généraux, Villemer,\nDelormel et R. Planquette; c'est un épisode delà retraite de Moscou,\nqui ne fera pas oublier les beaux vers de Hugo sur le même sujet.\nOn Demande des Ouvriers, Baumaine, Blondelet et Ch. Pourny; voici *\nle moyen ingénieux des auteurs pour rendre à la France sa grandeur\npassée :\nAllons, France! dépos ton glaive.\nA la font' boulets et canons ;\nRemplace-les dans un doux rêve\nPar la charrue aux grands sillons.\nL Orléanaise ou Jeanne Darc, Lesguillon et madame L. Collongues.\nLe Passeur de la Moselle, L. Delormel et L. Benza; c'est une sorte\nde ballade sur la dernière guerre, sujet traité d'une façon intéressante.\nLa Tombe du mobile, par Landrevin. Notre Siècle} Sevray, Legris\net Benza, Les Fils des .Chevaliers, Ouvert et L. Benza; sujet moral\ndont les bonnes intentions méritent d'être citées.— Les Idoles, H. Ryon\net L. Benza, Oh! parfaitement, A. F. Bonel et L. Léon :\nDans un hameau de la Lorraine\nDont 1 instituteur est Prussien,\nLes enfants écoutaient à peine\nLa leçon du froid logicien."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "254", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.14", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2044, "texte": "OU est la Pruss' ? - Là, et la France?\n« Là (sur son cœur), dit le petit crânement,\n« Ne pas sur notre enfance ! »\nLes Volontaires d'un an, quadrille par Arban. Les Trois Idoles,\nJ. Béor et Ch. Liébeau ; ces idoles sont la liberté, la fraternité et l'éga-\nlité ; on ne dit pas si elles sont en bois et peinturlurées comme au Japon.\nGutenberg, E. Baillet, L. Chelu.\nCitoyen de Vhumanité,\nGutenberg n'a pas de patrie ;\nNous lui devons l'imprimerie,\nNous lui devons la liberté !\nLe VengeurP Charles Gille. Le Bataillon de Vavenir, E. Baillet,\nCollignon. —La Sentinelle, E. Carré et Ch. Pourny. —La Sentinelle\nperdue, Villemer, J. Fuchs et A. d'Hack. La Plébéienne, paroles des\ncitoyens A. Philipert et H. Chatelin, musique de (on ne met pas citoyen)\nF. Chassaigne. Cette éternelle histoire de Prolétaires, de Place au\nSoleil de la Liberté, etc., a dû être fort goûtée, car l'image en est à\nmoitié effacée. La Jeune Armée, F. Duvert et L. Benza. Le\nTroisième Zouave, Villemer, Nazet, R. Planquette. —Les Prisonniers\nd'Allemagne9 P. Burani et C. Pourny; ce doit être une nouvelle édi-\ntion; nous avons déjà enregistré ce morceau. Le Régiment des\nOuvriers, L. Delormel et L. Benza :\nA leurs enfants, vaillante race\nQui grandit pleine de fierté,\nIls font aimer la vieille Alsace,\nLa patrie et la liberté !\nLa pauvre Alsace continue à être chantée par les poètes et les musi-\nciens ; plusieurs des morceaux qui vont suivre sont à leur seconde édi-\ntion, les titres nous en paraissent connus ;il s9y trouve même deux fois\nle Rhin allemand de Musset, musique de M. Chaume, et une autre de\nJ. Arnoldi, puis une Prière alsacienne, dédiée à madame Alboni, avec\ntexte français, italien et musique de G. Rota. Viennent après : Salut\nà la France, paroles et musique de L.-A. Dubost. L'Orpheline,\nC. Brigliono et L. Chelu. —Les Nouvelles de France, Gazay et A. Pe-\ntit. Une Chanson française dans un cabaret d'Alsace, Delormel,\nVillemer et L. Benza, c'est une nouvelle édition. —Le Centenairet chant\nalsacien, E: Siebecker et E. Baumaine."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "255", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.15", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2017, "texte": "Qiion me porte sur le Donon,\nDe là je te reverrai, France,\nEt comme un gage d'espérance\nMon dernier mot sera ton nom.\nClaude le convoyeur,d'Ed. Vicq. P. Tournafond et A. Au-\njac; ce sont les adieux touchants d'un pauvre maître d'école qu'on force\nde quitter 1 Alsace. La Revanche par\nL. Perrin ; cette pièce a paru à Lyon. A l'Alsace-Lorraine, cantate\nà quatre voix d'hommes, de P. Tourrette et M. Bléger\nA. Fleurent et J. Laporte. L'Enfant de l'Alsace, paroles et musique\nde M. l'abbé A. Blajan, dédié aux familles Eschbach et Althoffer de\nGuebwiller. Dormeç, mes chers Villemer, J. de Rieux et\nd'Hack; c'est une berceuse alsacienne. Frumence Du-\nchemin et J. Hequet. La sainte France, Villemer, Delormel et\nF» Boissière.\nJe ne cache pas mon plaisir, comme Alsacien, d'enregistrer tous ces té-\nmoignages de sympathie populaire accordés à ma chère province natale.\nIci vient une pièce ornée d'un excellent portrait de M. Thiers, le titre :\nLe Père l'expérience, chant d'espoir, H. Chatelin et Lonati. Il y a une\npetite strophe qui ne rajeunit pas du tout, mais pas du tout, l'illustre\nhomme d'État :\nJe m'appelle l'expérience\nHier j'eus cent ans accomplis,\nEt je viens avec confia\nVous offrir mes derniers avis.\nLe Pain de la vengeance,A. Frété et J. Baudouin.\npas, J. Evrard et Ch. Liébeau. Dormeç, berceuse patriotique, Gabil-\nlaud, Duchêne et J. Chabrut. La Veuve du Soldat, paroles et mu-\nsique de F. Marquézy. La France, paroles de J. Cl., musique de E.\nEngam. Tout parle d'amour,musique de madame E. Belliard; c'est\nl'Emir de Bengador de Méry, et si cette pièce se trouve citée ici, c'est\npour sa dédicace : A sa majesté l'lmpéra\nvalse, souvenir du 16 mars 1874, par L. Nevers; avec le portrait du\njeune prince sur le titre. La LibertÉmile André.\nVillemer, Delormel et Ben-Tayoux; le vrai mot historique n'y est pas,\nle refrain est : « la garde meurt et ne se rend jamais. » J'ai sauvé la\nFrance, Le Guillois et A. de Villebichot,\nOui, je suis Jeanne d'A rc,\nJe n'étais qu'une femme et j"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "256", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.16", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2039, "texte": "La Pauvresse de Babeilles, J. Bertrand et J.-B. Rongé.—Le Peuplier,\nA. Bouvier et J. Darcier. Les trois Villes, A. Siégel et Antonin\nLouis. Il y a une malédiction pour Berlin, cela va de soi, mais qu'est-ce\nque la ville de Rome a bien pu faire à M. Siégel, pour encourir sa malé-\ndiction? Il est encore bien heureux que Paris soit jugée digne de rece-\nvoir la bénédiction de ce monsieur, bénédiction dont certainement elle\nne s'inquiète guère. Pourquoi tant d'horreurs sur la terre ? par H.\nBoutry. Les Martyrs de l'erreur, supplique à VAssemblée nationale\nen faveur des Déportés, paroles et musique de F. Denanjanes. Voici\ncomment débute cette chanson communarde :\nQiCai-je donc fait à ma patrie ?\nMoi qui désirais son bonheur !\nEn deux mots, ce sont de petits saints, qui ont tout au plus flambé un\ntant soit peu Paris pour allumer leurs cigares, et même, c'est le mot de\nla fin :\nSi dans un élan magnanime,\nDes hommes se croyant du cœur\nOnt faibli, leur crime !\nQui n'a jamais commis d'erreur ?\nOn dirait vraiment qu il s'agit de la peccadille d'avoir mis deux s à\nsoupçon ou autre crime semblable et pardonnable. La censure se trou-\nvait donc dans un grand jour d indulgence ?\nLe dernier Turco de Wissembourg, M. Achard et A. Béranger.\nla Vivandière, Dubourg-Neuville et Novelli. Donnec'est\npour la France, Valès, Vallat et F. Chassaigne. Le Porte-drapeau,\nchant patriotique, Burani et F. Chassaigne. —L'Enfant des barricades,\nBurani et P. Batifort. A la retraite de Montretout, derrière une barri-\ncade, les soldats avaient encore un peu de poudre, mais plus de balles;\nun gamin grimpe sur la barricade et crie : Mort aux Prussiens 1 II tombe\nsous une grêle de plomb, en disant :\nVous demandiez des ba11e5...., en voilà!\nLa Républicaine, chant national de 1872, au citoyen Gambetta, par\nP. Burani et L, A. Dubost (avec le portrait de Gambetta). Le Por-\nteur de dépêches, Villemer, Fuachs et L. Benza, Les Pigeons messa-\ngers, Couturier et A. Jacquin. Un joli 3e couplet, quoique les rimes ne\nsoient pas riches :"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "257", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.17", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2129, "texte": "fuyei surtout ces bois\nTout pleins de mystère et d'ombrage,\nOù vous attirait autrefois\nLa colombe ardente et volage.\nL'épervier s'y cache à présent ;\nFuyei que votre vie\nReprésente dans ce moment\nL'âme, Vespoir de la patrie.\nLa Jeunesse française,Villemer, Delormel et Ben-Tayoux.\nFranc-tireur,E. Ripault et Ch. Amyon. J. H. Bo-\nnin et J. Ghabrut. L Instruction P. Poyaud et J. Cha-\nbrut. Le Général Moncey,Delormel, Villemer et A. Pilati.\nla Délivrance,A. Le Blanc et G. Prieur Duperray.\nIci nous aurions à enregistrer une nouvelle série de cantiques pour\nles différents pèlerinages de la France, mais la plupart de ces pièces ne\nsont pas signées ; les appeler des chefs-d'œuvre de poésie et de musique\nserait une exagération. Nous y trouvons La Franre au Sacré-Cœur,\npar L. de Conra et M, de Piei pont. madame\nF. Dufor, etc. Pauvre Exilée,J. Anglade et E. Siedel.\nLa Bouillie pour les chats, par J. Loyseau; c'est une espèce de revue\npolitique depuis 98. Le Siège d Villemer, Delormel et\nL. Benza.\nNous avons déjà observé que tout se chante en France, c'est pour\nappuyer une fois de plus cet axiome que nous citons :Il la rendra la\nfourchette, G. Boillet et A. Tac-Coen, avec une horrible lithographie.\nNous revenons à nos moutons. .. qui, cette fois, sont des héros :\nsont-ils? H. Corney et C. Liébeau; il s'agit de Hoche, Kléber et Mar-\nceau. Salut à la Patrie, chœur à quatre voix d'hommes, A. Brun et J.\nOffenbach. Le Prussien tarteifle,M. Constantin et F. Barbier; c'est\névidemment une réédition, car le sujet ne peut avoir été traité qu'avant\nla guerre. Salut à la France,L.-A. Dubost.\nsatire, Perchet, Denanjanes et H. Voury. La Chanson du Paysan,\nP. Burani et A. Louis. La Mobile en J. Snerre et de Ploosen.\nMorsbronn,C. Détré et C. Liébeau.\nIci se placent quelques réclames en chansons, comme :\ncité par Crépin aîné, de Vidouville {Manche), le tout musiqué par Et.\nDucret (avec portrait). Sur une autre chanson-réclame, de M. Crépin,\nil ya la Façade de la maison Crépin 47 ;\nsi nous en croyons le dessin, l'ancien hôtel-de-ville de Paris n'eût pas\ntiop éclipsé ce palais de 47 mètres de développement. Le même fournis-"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "258", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.18", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1925, "texte": "seur de paroles et musique, Etienne Bucret, a mis son génie à la dispo-\nsition de la maison Bornibus : Le Cornichon Bornibus :\nREFRAIN :\nDu cornichon, comme épithète,\nSi tout le monde fait abus,\nJ'aime à croquer à la fourchette\nLe cornichon de Bornibus.\nUne autre chanson : Bornibus, sa moutarde (même auteur) a dû\nparaître la première; la Société des concerts du Conservatoire ne l'a pas\nencore fait entendre à ses pieux abonnés, et pourtant il y a un couplet\nfinal de l'auteur à lui-même qui eût fait sensation :\n(Sur l?air des Mirlitons.)\n/ #\nHélas! mon pauvre Etienne,\nToute joie a sa fin,..\nBah ! qu'à cela ne tienne !\nComme fai le goût fin,\nQiiand il me faudra descendre\nAu séjour des mortibus,\nAu lieu d'urne sur ma cendre,\nPour charmer mes manibus,\nPlantef un pot de Jsor, Bor,\nUn joyeux pot de ni, ni,\nUn grand pot de Bor, de ni, de bus,\nDe Bornibus !\nEt si, après la réclame que nous venons de faire nous-même, M. le\nDirecteur de la Chronique ne reçoit pas franco un grand pot de cor, de\nniy de chons, la maison Bornibus n'est qu'une ingrate.\nCe genre de réclames chantantes paraît avoir été goûté, puisque le\nmême auteur a publié La Fleur d'lris (maison Pivert); La Locomobile\n(maison Herman-Lachapelle) ; Les Rigollots (maison Rigollot) ; La\nMénagère (Palais-Bonne-Nouvelle); Le Tapioca universel du Brésil\n(maison Fourcade) ; enfin la Veloutine (maison Ch. Fay).\nNous revenons aux chants patriotiques et de circonstance : Le dra-\npeau du régiment, R. Gry et L. Benza. La Bible de VAïeule, Tour-\nnafond et Aujac. Le Faterland (c'est Vaterland qu'il faudrait met-\ntre) J. Villemer et C. Baldi. Près du vieux Chêne, Roche et G. de\nLussigny; horriblement mal autographié chez Séguin, 121, rue de Bel-\nleville; nous donnons l'adresse pour qu'on n'y aille pas. France, Ca-\nmus et Ch, de Perpigna. Gloire au courage, Bonin et J. Mûller.\nMarthe moi5 Le Tellier et E, Mouchard. —VA umônier du régi-"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "259", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.19", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1905, "texte": "ment, Burion et Anchtitz. Le Sole Duvert et L.\nBenza. La République et les RépublicaA. Leclerc et J. Darcier.\nLa France a passé par là, Perricaud, Delormel et Matz. Où sont-\nils? H. Cainey et Ch. Liébeau. Les Cloches françaises, Ugelmann\net A. Petit.\nIlimno guerrero à A. S. R. Serenissimo Don Alphonso de Borbon\nde Austria y de Este, a su Entrada Cette pièce a paru\nà Montpellier, sans nom ci auteur, mais on y dit que la musique est\nd'un ancien musicien qui a fait la guerre de sept ans ; le titre à la\nplume est évidemment un coup d'essai d'un artiste en herbe; on y voit\ndes rochers qui ressemblent à s'y méprendre à un immense tas de\nsemelles de bottes. Prorogation-valse, publiée dans le 16\naoût 1874, H. Charlet et Cœdès. dédié à Mgr\nle comte de Chambord, paroles et musique de A. Carvin. La Sainte\nRépublique, par E. Genisson :\nREFRAIN :\nHonte à tous les Régnier,\net son engeance,\nAu lâche aventurier\nDéchu du trône en France.\nLe Bon Génie,paroles et musique d'E. Génisson. C'est une chanson\nen l'honneur de M. Thiers. Couplet final :\nDe cette chanson la morale,\nC'est qu'on dit dans chaque canton\nSa retraite étant septennale,\nNous aurons notre Washington.\nIls Grandiront,C. Vergnet et A. Petit. Félicie Rameau.\nLes Impôts Roses,E. Vicq. En voici quelques articles : les fillettes\nde dix-sept ans paieront dix écus d impôt, tous les laiderons et vieilles\nfilles Voudront être de cette catégorie ; les hommes seront taxés en raison\nde leui mérite, avoue par eux-memes au percepteur ; les acteurs sans\ntalent ne paieront pas d'impôt, tous voudront payer, etc., etc.\nPays, Félicie Rameau.\nVoilà encore une année d epluchee ; nous l'avons fait sussi vivement\nque possible, au risque de ressembler à un catalogue; cette manière de\nprocéder était d ailleurs la plus naturelle pour de petites productions de\ncirconstance, où le génie ne brille point par l'excès.\n\nJ.-B. WEKERLIN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-03-15-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-03-15_01#c009", "volume": "bmtnabc_1875-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "260", "page_fin": "266", "image_debut": 20, "image_fin": 26, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.2.3", "titre_corps": "LE BRINDISI DE LA TRAVIATA", "titre_sommaire": "LE BRINDISI DE LA TRAVIATA", "signature_source": "A. DE LAUZIÈRES-THÉMINES", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 20, "page_imprimee": "260", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.20", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 947, "texte": "LE BRINDISI DE LA TRAVIATA\n\nNOUVELLE (I)\nII\nARMEN est restée'pensive; peut-être le départ un peu\nbrusque de Gontran l'a contrariée. L'autre, M. Cor-\nbellini, a suivi du regard la sortie du jeune musicien,\npuis se rapprochant de Carmen, et d'un ton sardo-\nnique :\nIl a l'air rusé, votre cher maestro, lui dit-il.\nNe faites pas attention ; il est un peu fantasque.\nJaloux surtout.\nNe parlons pas de lui.\n—Au contraire, parlons-en. Il vous aime n est-ce pas ?\nQue vous importe... puisque je partirai avec vous... si je vais en\nItalie.\nC'est que je n'ai pas trop de confiance dans les paroles ; j aime\nmieux les écrits, ils restent. Il y a même un proverbe latin là-dessus,\nmais je vous en fais grâce, il n'y a que votre petit épagneul qui le com-\nprendrait.\nSans vous compter. Mais savez-vous que c'est blessant ce que\nvous dites?\nPour le chien? Soit. Ainsi vous allez partir, ou plutôt nous allons\npartir pour Milan.\n\n(i) Voir I© numéro du ler mars."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "261", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.21", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 1910, "texte": "« Et mon engagement ? Vous ne m'en dites rien.\nPuisque vous avez ma parole!\nJe ne dis pas non. Mais, enfin, il faut toujours un engagement\nsigné.\nPourquoi ? Parce que les écrits restent? Savez-vous que c'est bles-\nsant ce que vous dites... sans compter que vous me traitez comme un\nchien.\nCe n'est pas la même chose.\nJe l'espère ma foi bien.\nLes affaires sont des affaires... et les questions de cœur...\nN'en sont pas. Pour moi, c'est le contraire.\nMais alors, monsieur, comment concilier ces deux choses.\nVoici, mademoiselle... En mettant sur le même pied les questions\nde cœur et les affaires.\nC'est-à-dire?\nRien n'est plus simple.\nSur ces mots, il signor Corbellini tire de sa poche un papier plié en\nquatre, et le montrant à Carmen :\nVoici un engagement en règle, lui dit-il. Il est signé de l'impre-\nsario de la Scala et approuvé par mon ami Verdi, avec cette clause bien\nexpresse... ah ! il y a une clause ! qu'il n'aura de vigueur qu'autant qu'il\nsera signé par votre très humble serviteur. Je vous le livrerai en échange\ndu papier que je vous ai demandé hier, et que vous m'affirmiez tout à\nl'heure être prêt.\nC?est-à-dire qu'il faut que je m'engage à partir avec vous, à voyager\navec vous, à aller avec vous à Milan.\nVous hésiteriez quand vous voyez combien je vous aime?...\nC'est parce que je le vois, que j'hésite.\nVous aimeriez mieux voyager avec M. Gontran?\nSi c'était mon mari, je n'hésiterais pas.\nQui vous dit que je ne vous épouserai pas.\nQui me dit que vous m'épouserez ?\nCe sera avant de partir, si vous y tenez.\nCarmen fait un petit mouvement d'effroi et ne peut s'empêcher de se\ndire à elle-même : Diable! il va vite en besogne! Quant à son\ninterlocuteur, il la laisse tranquillement se consulter. Il croit qu'elle se\nconsulte, le brave homme!...\nVoyons l'engagement, dit Carmen, pour prendre un biais.\nLe voici: « Mademoiselle Carmen, prima donna à la Scala..."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "262", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.22", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2426, "texte": "Carmen l'interrompt aux premiers mots : Prima donna assoluta.\nfallait-il mettre, dit-elle vivement.\nVous y tenez beaucoup? Soit, on l'ajoutera. Je continue : aux ap-\npointements de 5o mille écus par an et à un bénéfice net de frais. Sui-\nvant les clauses habituelles, toujours les mêmes, c'est imprimé, vous les\nconnaissez. Voyons maintenant votre papier.\nCarmen va le chercher dans un petit pupitre en bois des îles, sur le\nguéridon, et le tend, avec un peu de contrainte à M. Corbellini, qui le\nparcourt, baissant, à chaque ligne, la tête, d'un signe approbatif. Il y a\ndes magots chez les marchands de curiosités qui, sans avoir vu M. Cor-\nbellini, l'imitent parfaitement.\nJe vois, dit-il, que vous avez copié à la lettre ce que je vous avais\nindiqué sur le brouillon... Mais! vous n'avez pas signé.\nEt vous, avez-vous signé l'engagement?\nC'est juste. Veuillez me donner une plume.\nCarmen approche de lui le guéridon et rabat la planchette du pupitre.\nA voir le mouvement de fluctuation qui se trahit sous un corsage, on\ndevine un grand combat intérieur. Elle sera engagée, oui; mais à quel\nprix! pauvre Gontran! Qui l'emportera de l'amante ou de l'artiste?\nDonnez! dit-elle d'un air résolu, quand Corbellini a tortillé son\ngros paraphe.\nUn moment! fait-il. Et lui montrant d'une main l'autre papier;\nde l'autre lui présentant la plume : Signez à votre tour, dit-il.\nQuel démon ! murmura Carmen, sans oser prendre la plume.\nAh ! vous voyez, fait le petit gros monsieur, d'un ton qui voudrait\nêtre amer et qui ne réussit qu'à être ironique.\nMa reconnaissance ne vous suffit-elle donc pas, balbutia Carmen.\nLa reconnaissance ! c'est votre moralité de tout à l'heure qui le dit :\ncelle que nous promettons à nos protecteurs nous suit jusqu'à la porte de\nnotre réussite, mais notre mérite seul y entre.\nC'est un peu trop métaphysique pour moi, dit Carmen, en haus-\nsant légèrement les épaules.\n-—Vous comprendrez mieux cette autre maxime, puisque nous parlons\nen sentences ; et toujours du même à la même : « Rappeler les bienfaits\nest un manque de tact, mais les oublier est un manque de cœur. »\nDétail étrange : celui qui saurait bien lire dans les yeux si pétillants\nde M. Corbellini y remarquerait peut-être plus de malice, voire même\nplus de satisfaction que de désappointement. On dirait que c'est presque\nmalgré lui qu'il insiste. Il insiste pourtant :\nVous ne voulez pas signer? dit-il carrément."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "263", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.23", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2392, "texte": "Je ne sais... je n'ose.—Et Carmen prenant tout à coup un air\nrésolu : Et si je ne signe pas ? dit-elle.\nEn ce cas, je prends l'engagement, dit Corbellini avec le plus grand\ncalme.\nA ces mots qui sont tombés comme de la glace sur le cœur brûlant\nde Carmen, elle paraît se vivifier. Voici qu'elle s'approche du guéridon\npour signer. Au même moment, Gontran, qui s'était bien pro-\nmis de ne plus remettre le pied chez « cette coquette! » paraît sur le\nseuil de la porte et écoute sans être aperçu. Tout à l'heure il a fait de\nmême. Il se répète outrageusement : « ce jeune monsieur, ce n'est pas un\naccompagnateur, c'est un répétiteur : »\nEh bien? dit Corbellini en voyant que Carmen s'arrête de nou-\nveau. *\nNon! s'écrie Carmen en jetant la plume d'un geste qui a le tort\nd'être un peu théâtral et le mérite d'être sincère. Non, je ne signerai\npas !Je ne puis partir avec vous.\nM. Corbellini a su maîtriser son étonnement et sa contrariété. Il se\nborne à hocher la tête, mais cette fois avec une expression tout autre\nqu'approbative, et à dire, comme se parlant à lui-même :\nEh! mon Dieu ! voilà ce que c'est! je devais le prévoir. Elle parais-\nsait m'aimer cependant!... Elle a vu en moi l'homme utile, l'ami de\nl'imprésario, l'ami du maître. On commence par profiter des faiblesses\ndes gens, quitte à s'en moquer après.\nCes derniers mots froissent cruellement la jeune cantatrice. Un mo-\nment la peine,, feinte ou vraie, de ce brave homme paraissait l'avoir tou-\nchée. Mais à sa dernière phrase de reproche elle s'éloigne, en se bornant\nà dire ;\nVous êtes d'une sévérité!...\nEt d une clairvoyance!... Eh bien, c'est vous qui l'aurez voulu.\nGardez votre papier, mademoiselle Carmen; quant à l'engagement,\nvoici ce que j'en fais.\nEt il le déchire : Carmen pousse un cri. Le petit chien s'éveille, la\nregarde, se décide à quitter son crapaud, s'étire et va auprès de sa maî-\ntresse. Mais voyant qu'elle ne fait pas attention à lui, il se dirige vers\nla porte du salon : il a senti ou deviné Gontran. Celui-ci se jette vive-\nment en arrière. Il y a eu un long silence. Carmen le rompt la première.\nElle se retourne vers M. Corbellini et lui dit d'un air digne :\nVous avez fait là une mauvaise action, monsieur. Soit, je renoncerai\nà mon rêve doré. C'est pour la dernière fois que je vous adresse la\nparole; mais pour tout vous avouer. Oui, j'ai eu tort; j'ai fait sem-"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "264", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.24", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2377, "texte": "blant d'écouter vos déclarations; mais j'aimais ailleurs; j'aimais et\nj'aime un excellent garçon, artiste comme moi, musicien comme moi,\njeune comme moi, qui m'aime, lui, et sans conditions. Mais je m'étais\njuré, même en l'épousant, de ne pas être à sa charge, de gagner ma vie\ncomme il gagne la sienne, de joindre mes succès aux siens. Vous avez\ncru que je vous aimais; j'aurais dû vous détromper, c'est vrai; je ne l'ai\npas fait et je le regrette; c'est que je tenais tant à obtenir de vous cet\nengagement à la Scala que vous faisiez miroiter à mes yeux. Mais ce que\nvous ignorez, monsieur, c'est que je n'ai pas de fortune, que pour arri-\nver à être ce que je suis, j'ai dû travailler jour et nuit, j'ai souvent souf-\nfert le froid et la faim, et j'avais ma pauvre mère à nourrir... Je travail-\nlais ferme, courageuse, infatigable, avec l'espoir qu'un jour... (Ici la\nvoix émue de Carmen a presque des larmes). Et vous avez détruit toutes\nmes espérances !... ajoute-t-elle avec amertume, sentant que les sanglots\nvont l'étouffer. Oh! vous avez été bien cruel.\nCruel n'est pas le mot exact, s'écrie Gontran qui se décide enfin à\nintervenir. Le vrai mot, je vais le dire, moi!\nMais l'étranger le couvrant d'un regard sévère et digne, l'arrêta.\nVous n'en ferez dit-il, vous le regretteriez amèrement.\nM. Corbellini semble transfiguré, ce n'est plus le bonhomme de\ntout à l'heure.\nVous étiez là, Gontran! dit Carmen un peu confuse.\nEt j'ai tout entendu. Merci, Carmen; vous êtes un noble cœur, et\nvous, Monsieur...\nSilence!., s'écrie Corbellini avec autorité. Puis s'adressant à la\njeune fille d'un air de courtoise déférence : Mademoiselle Carmen, ceci\nest à vous et il lui remet un papier.\nC'est évidemment celui par lequel la cantatrice s'engageait à partir\navec M. Corbellini pour l'ltalie.\nCarmen va lui faire subir le même sort qu'a eu l'engagement.\nAh! prenez garde, dit l'ltalien en souriant. Ne le déchirez pas. Ce\nserait dommage.\nCarmen ne comprend pas; elle jette machinalement les yeux sur le\npapier, et pousse un cri de surprise et de joie :\nQue vois-je ! mon engagement! Et ce que vous venez de déchirer?\nC était 1 autre papier, le vôtre... qui n'était qu'une épreuve à\nlaquelle je tenais à vous soumettre. Vous en avez triomphé; c'est tout\nce que je désirais.\nIl faut voir l'émotion de Carmen! Quant à Gontran, il n'y comprend\nrien du tout."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "265", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.25", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2481, "texte": "Croyez-vous, continue M. Corbellini, que j'ignorais votre affec-\ntion pour Monsieur... qui la mérite bien, d'ailleurs? Je vous avais en-\ntendue, j'avais reconnu en vous des qualités précieuses, l'étoffe d'une\nprima donna... assoluta, pardon! j'oubliais... Mais il vous reste encore à\nvous perfectionner, j'ai émoustillé votre zèle, j'ai été assidu auprès de\nvous, j'ai risqué même quelques petites déclarations... Vous avez cru\nque je vous aimais et vous vous êtes dit : « S'il m'aime, je serai enga-\ngée. » C'est ce que je voulais; mon but est atteint, je n'ambitionne plus\nque votre succès, dont je suis sûr; que votre bonheur, dont je laisse le\nsoin à M. Gontran, et qu'un peu d'amitié, que vous ne voudrez pas me\nrefuser.\nOh! dit Carmen dont les beaux yeux se noient, mais cette fois ce\nsont des larmes de joie... Et dire que je vous avais si mal jugé.\nEt moi, Monsieur, ajoute Gontran, qui a fini par comprendre ; moi\nqui allais vous dire des sottises.\nVous en auriez fait une, et bien grosse, voilà tout. Mais je n'en\nveux ni à vous ni à mademoiselle Carmen. Je pars ce soir pour l'ltalie,\nje vais annoncer votre prochain départ, Verdi et l'imprésario de la Scala\nseront contents de moi. Plus tard ils le seront de vous. Mais que ce\n« plus tard » ne soit pas trop éloigné. N'oubliez pas que votre engage-\nment date du 15 décembre. Soyez à Milan du ier au 7. C'est M. Gontran\nqui vous accompagnera.\nOui, mais après m'avoir accompagnée à la mairie et à l'église.\nDécidément, dit Corbellini en souriant, il sera toujours et partout\nvotre accompagnateur.\nGontran rit du mot, et serre la main à cet étrange mélomane.\nUn moment! fait M. Corbellini, comme s'il revenait sur un oubli.\nEt mon courtage? Nous n'avons pas parlé de mon courtage. C'est par\nmon entremise que vous êtes engagée. J'ai droit à une provision.\nCe mot jette un froid. Mais Carmen est si heureuse d'être prima donna\nassoluta à la Scala à cinquante mille écus d'appointements, qu'elle\nne s'arrête pas à cette bagatelle.\nAh! excusez-moi, dit-elle, je suis encore novice; j'ignore les usages.\nComment dois-je m'acquitter envers vous ?\nD'habitude on me paie d'avance, dit Corbellini.\nEffroi de Carmen. Regard embarrassé échangé avec Gontran. Le\nsoi-disant homme d'affaires n'a rien voulu remarquer et poursuit :\nVous vous acquitterez séance tenante... en me chantant encore\nune fois le Brindisi de la Traviata. C'est là ce que j'appelle mon cour-\ntage, et vous voyez que je suis exigeant."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "266", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.26", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 886, "texte": "Carmen, dans un mouvement de joie enfantine, courut à M. Corbellini\net l'embrassa sur les deux joues. Puis elle se mit au piano, et cette fois\nc'est avec une expression bien sincère qu'elle chanta :\nSempre ridere voglio\nFolleggiar di gioia in gioia.\nEn avait-elle de la « gioia » dans le cœur ! Et Gontran aussi !\nEt Corbellini de même, puisqu'il se confirmait dans l'idée d'avoir mis la\nmain sur une vraie prima donna. Verdi serait content de lui, et il aime\ntant son ami Verdi.\nSeul, le petit épagneul de Carmen ne paraît pas partager la joie com-\nmune. Les vocalises échevelées et la cadence l'ont éveillé il s'était\nrendormi ! il tourne la tête du côté du piano, et ouvrant sa petite\ngueule noire à faire croire qu'il veut s'avaler, il fait entendre un long\nbâillement.\n... Ah ça ! est-ce que vous allez faire de même, par exemple ?\n\nA. DE LAUZIÈRES-THÉMINES."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-03-15-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-03-15_01#c013", "volume": "bmtnabc_1875-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "267", "page_fin": "268", "image_debut": 27, "image_fin": 28, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.2.4", "titre_corps": "DE CERTAINS RENVERSEMENTS EXCEPTIONNELS DES INTERVALLES", "titre_sommaire": "DE CERTAINS RENVERSEMENTS EXCEPTIONNELS DES INTERVALLES", "signature_source": "HENRY COHEN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 27, "page_imprimee": "267", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.27", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2366, "texte": "DE CERTAINS\nRENVERSEMENTS EXCEPTIONNELS\nDES INTERVALLES\n\nEUX pages de pédagogie musicale, si vous voulez bien me le\npermettre pour une fois. Je n'ignore pas que cinquante\nlecteurs au plus pourront s'intéresser à la question. Mais\nenfin, si ces cinquante lecteurs s'y intéressent, je n'aurai\nperdu ni mon temps ni mes peines. Il s'agit d'attirer l'atten-\ntion des professeurs de contrepoint et des compositeurs aux-\nquels les combinaisons purement scientifiques ne sont pas indifférentes, sur\ndes faits que je ne sache pas avoir été observés jusqu'ici, et encore moins mis\nau jour. Et bien que nous ne vivions plus à l'époque où la musique s'écri-\nvait pour le plaisir des yeux, et où le déchifïreur de rébus qui pouvait le\nmieux résoudre un canon énigmatique était réputé le musicien le plus habile,\nj'ose croire que les observations que j'ai faites ne seront pas absolument dé-\nnuées d'intérêt.\nToutes les personnes qui ont appris l'harmonie, voire même le solfège,\nsavent que dans le renversement des intervalles ceux qui sont justes restent\njustes, et que les intervalles diminués deviennent augmentés, les mineurs\nmajeurs, les majeurs mineurs, et les augmentés diminués. Or, j'ai observé\nque cette règle fondamentale n'est plus applicable dans les contrepoints\ndoubles à la neuvième, à la onzième, à la treizième et à la quatorzième, ni\nmême dans les contrepoints à la dixième et à la douzième, qui servent encore\nquelquefois. Ainsi, dans le contrepoint à la dixième, la sixte renversée pro-\nduit la quinte. Mais cette sixte qui, mineure ou majeure, donne une quinte\njuste sur le ier, le 3e, le 4e, le se,5e, le 6e et le 7e degré de la gamme, présente\nune quinte diminuée sur le second. De même dans le contrepoint à la dou-\nzième, le renversement de la tierce mineure sur la sensible produit une\ntierce mineure, au lieu de majeure qu'elle devrait être. Et tous les contre-\npoints doubles, hormis celui à l'octave, subissent des variations du même\ngenre : ce qui prouve que le contrepoint double à l'octave est non-seulement\nle meilleur, mais le seul naturel, puisqu'il est le seul où la règle du renverse-\nment des intervalles soit observée dans sa stricte rigueur. Je ne suis point\nmathématicien, et ne sais malheureusement pas le premier mot d'acoustique.\nJe ne puis donc que constater ce fait curieux; mais je suis persuadé qu'un\nérudit pourrait l'expliquer."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "268", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.28", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 294, "texte": "• Au surplus, voici un tableau qui représente le renversement des intervalles\ndans tous ces contrepoints, peu ou point usités. Les croix indiquent les degrés\nde la gamme où le résultat du renversement déroge à la règle générale reçue.\n\nContrepoints doubles.\n\nHENRY COHEN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-03-15-01-c016", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-03-15_01#c016", "volume": "bmtnabc_1875-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "268", "page_fin": "268", "image_debut": 28, "image_fin": 28, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.2.4.3", "titre_corps": "Contrepoints doubles.", "titre_sommaire": "Contrepoints doubles.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 28, "page_imprimee": "268", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.28", "debut_caractere": 259, "fin_caractere_exclue": 280, "texte": "Contrepoints doubles."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-03-15-01-c017", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-03-15_01#c017", "volume": "bmtnabc_1875-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "269", "page_fin": "273", "image_debut": 29, "image_fin": 33, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.2.5", "titre_corps": "REVUE DES CONCERTS", "titre_sommaire": "REVUE DES CONCERTS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 29, "page_imprimee": "269", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.29", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2019, "texte": "REVUE DES CONCERTS\nCONCERTS POPULAIRES : Dans la Forêt, symphonie de Raff. —CONCERT DANBÉ : Cal-\nlirhoé, opéra de Destouches. Fragments symphoniques de M. G. Valencin. SO-\nCIÉTÉ ARTISTIQUE. CONCERT DE M. ALBERT SOWINSKI {Salle Her\\). CONCERT DE\nMADEMOISELLE SACCONI (Salle Erard).\nONCERTS POPULAIRES. Le 4e et le 5e concert de la\n3e série ne nous ont offert aucune nouveauté et je n'ai pas\ngrand'chose à en dire. On a exécuté dans le premier la Sym-\nphonie en quatre parties de M. Raff, intitulée Dans la Foret ;\ncette symphonie avait déjà été jouée l'année dernière, et la\nChronique musicale en a donné le compte rendu. C'est une de\nces vastes compositions de musique descriptive, dans lesquelles le musicien\nfait entrer, à sa fantaisie, une suite de tableaux empruntés à la nature ou à la\nvie humaine. Le sujet de chacun de ces tableaux est indiqué sommairement sur\nun programme, et on laisse à l'imagination de 1 auditeur le soin d expliquer,\nconformément à l'indication une fois donnée, toutes les singularités musi-\ncales qui se donnent libre carrière dans le cadre choisi par le compositeur.\nLe programme de M. Raff est ainsi conçu : Allegro \\ le Jour, impressions et\nsensations \\ Largo ; le Crépuscule, Reverie *, Allegro assai : Danse des D) yades ;\nFinale : la Nuit, chasse fantastique, le lever du jour. L'allégro m'a paru des\nplus confus, et l'abus du style descriptif le rend à peu près inintelligible.\nLe largo est beaucoup plus musical; le style pittoresque y tient moins de\nplace, l'idée mélodique est d'un bon sentiment, et sa forme rappelle de très\nprès celle des mélodies de Wagner. Il est vrai, qu'écrivant dans la Forêt,\nM. Raff ne pouvait guère se dispenser de réaliser ce que, par métaphore,\nWagner a appelé la mélodie de la forêt, c'est-à-dire « cette mélodie qui doit\nproduire dans l'âme une disposition analogue à celle qu'une belle forêt pro-\nduit, au soleil couchant, sur le promeneur qui vient de s échapper aux bruits\nde la ville. » La Danse des Dryades manque de charme et de poésie, et le"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "270", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.30", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2943, "texte": "musicien s'y est trop visiblement inspiré du scherzo du Songe d'une nuit\nd'été; ajoutons à la décharge de M. Raff, qu'il n'est pas le seul qui se soit\nlaissé aller trop librement à cette séduisante imitation et, qu'à de rares\nexceptions près, la plupart des Scher\\i modernes procèdent plus ou moins\ndirectement du célèbre Scherzo de Mendelssohn. Le finale est trop long, et la\nChasse fantastique, bien que vigoureusement rendue et fortement montée en\ncouleurs, ne fera pas oublier celle du FreischutEn général, la Symphonie\nde M. Raff ne brille ni par l'originalité ni par la distinction des idées, mais\non y trouve une grande habileté de main et une science profonde de l'instru-\nmentation et, somme toute, l'œuvre est à la hauteur des meilleures composi-\ntions d'un musicien très instruit et très capable, qui tient, avec MM. Brahms\net Max Bruch, le premier rang dans l'école allemande moderne.\nIl faut croire que le sujet traité par M. Raff exerce une bien grande\nattraction sur les musiciens, car il a inspiré à M. Wekerlin, et à peu près\ndans les mêmes données, une symphonie sylvestre : la Forêt, exécutée il y a\ndeux ans aux concerts du Grand-Hôtel, et à madame de Grandval, un poème\nsymphonique, portant le même titre, et dont la première audition aura lieu\nle 3o mars prochain, dans la salle Ventadour, sous la direction de M. Danbé»\nAu 5e concert, madame Carlotta Patti est venue chanter un air de Samson.\nd'Haendel, The bright Séraphin (le brillant Séraphin). Le principal intérêt\nde ce morceau consiste dans l'accompagnement de trompette obligé qui le\nsoutient et dans les effets très curieux que le musicien a su tirer de ce duo\nconcertant pour trompette et voix de soprano. Meyerbeer a écrit un air\nanalogue avec accompagnement de flûte au troisième acte de VÉtoile du\nNord.\nH. Marcello »\nCONCERT DANBÉ (Salle Taitbout). En lisant sur Tafïiche du con-\ncert du 2 mars : « Callirhoé, opéra de Destouches, orchestré d'après les\nindications originales, par P. Lacome », j'avoue que j'ai tremblé, car je me\nsuis dit : « De refaire l'orchestre d'un ancien compositeur à refaire ses\nchants, il n'y a qu'un pas. Et en refaisant, ou plutôt en défaisant ses mélo-\ndies, la pente est rapide depuis le retranchement de quelques ornements\nsurannés jusqu'aux abominations qu'Adolphe Adam a commises dans le\nDéserteur, où le rôle d'Alexis, écrit pour basse, a été transformé en ténor, et\ncelui de Jean Louis, le père, de haute-contre qu'il était primitivement, est\nsorti basse des mains du profane arrangeur. J'ai hâte de dire que ces craintes\nse sont promptement dissipées, car M. Lacome a retouché l'orchestre de\nDestouches ou plutôt de Lalande, puisque Destouches, brave officier, ne\nsavait pas instrumenter une partition avec une grande sobriété et beau-\ncoup de tact et d'intelligence : et, en effet, si tant est qu'on éprouve le besoin\nde faire entendre de la musique d'un autre âge, il faut la faire entendre telle"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "271", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.31", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 3124, "texte": "qu'elle est, ou la laisser de côté. Mais j'aurais deux reproches plus graves à\nadresser à M. Lacome. Pourquoi nous avoir privés de l'ouverture, qui, à la\nlecture, semble devoir produire de l'effet ? Et pourquoi avoir fait un acte pos-\ntiche, en prenant des morceaux de cet opéra à droite et à gauche, au\nlieu d'avoir donné un acte complet, deux actes même, s'il était nécessaire,\nmais intègres, et qui permissent de juger du talent lyrique de Destouches,\nsous le rapport de la gradation théâtrale ?\nQuoiqu'il en soit, des fragments de Callirhoe ont été chantés et joués en\ncostumes, dans l'intention de donner au public de 1875 l'idée de ce qu'était\nl'école de musique française en 1712, c'est-à-dire pendant l'intervalle de\nquarante ans qui sépare la mort de Lully de l'avènement de Rameau, triste\net terne crépuscule que Campra seul a de temps en temps faiblement illu-\nminé : et le ministère s'est assez intéressé, dit-on, à cette exhumation pour\nen faire tous les frais d'exécution et de mise en scène. Rien de mieux. Exa-\nminons donc Callirhoe.\nJ'éprouve ici un certain embarras. Pour juger si une musique qui sort\nabsolument de nos habitudes est bonne ou mauvaise, la première et la plus\nindispensable de toutes les conditions est qu'elle soit bien interprétée. Or,\nj'en appelle à tout ce public, nombreux autant que le pouvait comporter la\ncharmante et coquette salle Taitbout, et exclusivement composé d'artistes,\nd'amateurs et de journalistes, l'exécution de Callirhoé a-t-elle été bonne?\nM. Fugère, à qui je ne conteste ni un joli timbre de voix, ni une méthode\nbien appropriée à l'opérette, comme il en a fait preuve dans les Idées de\nM. Pampelune, a-t-il l'ampleur d'organe suffisante pour un rôle de tyran,\ndans un ancien grand opéra, dont les traditions sont perdues, et où une basse\ntrès puissante est d'une absolue nécessité? Un soprano qui, depuis la pre-\nmière note jusqu'à la dernière, n'offre au public qu'un chevrotement\nmais un chevrotement de première classe, est-il en état de faire comprendre\nles beautés de ces chants extrêmement soutenus et de cette pure et large\nsurtout quand ses notes du médium sont d'une faiblesse désespérante,\nnotes dont les anciens compositeurs de l'École française se servaient précisé-\nment beaucoup? Enfin, une quinzaine de choristes peuvent-ils rendre l'effet\nd'un peuple entier? L'orchestre seul a été ce qu'il fallait pour un opéra qui\ndate de cent soixante-trois ans, probablement même bien meilleur et jouant\nplus juste que celui du temps.\nArrivons à la musique. L'hymne à la nuit qui commence l'opéra doit faire\nde l'effet s'il est bien chanté, avec une voix très posée, et, par dessus tout,\ns'il est bien prononcé, trois conditions qui lui ont manqué l'autre soir. Le\nchœur qui, d'après l'arrangement de M. Lacome, précède l'hymne, est assez\nmélodieux, mais trop court et sans aucun développement, comme le sont du\nreste tous les morceaux antérieurs à Rameau. La marche qui annonce\nl'entrée de Gorésus est belle, quoiqu'il faille s'habituer à l'effet de ces accords\ndont la tierce est supprimée, et qui ne contiennent que la fondamentale et la"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "272", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.32", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2976, "texte": "quinte. Aujourd'hui ce genre de sonorité paraît étrange et cru. La scène de\nl'hymen est d'une grande et noble déclamation. Le passage où les voix\nse réunissent sur les paroles « Sur cet autel », est véritablement beau,\net si cette scène eût été chantée par M. Gailhard et madame Gueymard\nou madame Sass, elle aurait produit beaucoup d'effet; mais aussi c'est à\nmon avis le seul morceau, dans tout ce que M. Lacome nous a donné de\nCallirhoé, qui sorte positivement de l'ordinaire. L'instrumentation, où\nla flûte et les hautbois dominent constamment, est somnolente. Le réci-\ntatif, que la basse continue accompagne sans relâche, est d'un effet fatigant.\nMaintenant, Callirhoé est-il un mauvais opéra, et l'admiration que M. La-\ncome professe pour Destouches est-elle déplacée? Je suis loin de me per-\nmettre de le dire, car cet essai informe de reprise ne prouve rien et ne\nconclut à rien. L'orchestre de M. Danbé est excellent: la salle Taitbout,\nquoique trop petite, est commode et agréable. Il faudrait donc, pour juger\ncette musique, une seconde représentation où deux artistes de premier ordre\nremplissent les rôles de Callirhoé et de Corésus, et où les choeurs fussent\nconvenablement renforcés. Jusque-là, la partie n'est ni perdue, ni gagnée.\nCallirhoé m'a fait oublier qu'il y a eu auparavant un fort joli concert, dans\nlequel la première audition des fragments symphoniques, très remarquables,\nde M. Georges Valencin, a fait beaucoup de plaisir\nHenry Cohen.\nSOCIÉTÉ CLASSIQUE. Nous avons entendu à la deuxième et à\nla troisième soirée deux morceaux inédits: un Octuor, de M. Chaîne, qui\nn'offre rien de remarquable, et un Sextuor, pour piano et instruments à vent,\nde M. Gastinel, qui renferme deux morceaux excellents : Y Allegro et le\nScherzo, écrits d'une manière fine et' distinguée et développée dans un style\ntrès soutenu; YAndante et le Finale de cette même composition sont inférieurs\naux deux premières parties. Je signalerai encore sur le programme de ces\ndeux séances : un Concerto pour deux hautbois et quintette d'instruments\nà cordes d'Haendel, le charmant Trio en mi bémol, de Schubert, la Marche\net Y Allegro appassionnato du 15e quatuor (posthume) de Beethoven, le\nQuatuor en mi bémol et YOttetto, de Mendelssohn. A propos de cette dernière\ncomposition, permettez-moi d'emprunter aux lettres de Mendelssohn un\n/\népisode fort curieux. Lundi, écrit-il, mon Otteto a été exécuté à l'Eglise.\nCela a dépassé en absurdité tout ce que le monde a pu voir ou entendre\njusqu'à ce jour; « mon Scherzo, joué pendant que le prêtre était à l'autel,\nfaisait l'effet le plus bouffon qu'on puisse imaginer, et cependant les assis-\ntants ont trouvé cette musique très belle et d'un caractère tout à fait reli-\ngieux. C'est par trop fort! » Mendelssohn trouve l'aventure burlesque et,\nj'en rirais bien moi-même tout le premier, si, par malheur, cela ne s'était\npassé chez nous, car la lettre en question est datée de Paris, 3i mars i 832 !\nH. Af."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "273", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.33", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2298, "texte": "CONCERT DE M. ALBERT SOWINSKI (salle Herz). M. Sowinski\nest un de ces artistes privilégiés chez qui le talent brave les outrages du\ntemps. Loin de s'affaiblir, ses doigts semblent prendre une nouvelle force\nd'année en année. Ses Dernières polonaises, son Château de Sauterne et son\nCarillon de Notre-Dame de Cléry, lui ont valu autant d'applaudissements\ncomme compositeur que comme exécutant. Mademoiselle Noémie Marcus a\nchanté d'une façon supérieure la cavatine du Barbier, et y a introduit des\ntraits d'une originalité et d'un brillant qu'a rehaussés encore la parfaite voca-\nlisation de la charmante cantatrice. M. Valdec a partagé son succès dans le\nduo de la Flûte enchantée.\nLa Société chorale du Louvre s'est fait entendre trois fois à ce concert,\nentre autres dans la Cigale et la Fourmi, de M. Gounod. J'ai regret de le dire,\nmais ce chœur m'a paru d'un ridicule achevé sous tous les rapports. Quand\ndonc nos compositeurs cesseront-ils d'enlever à La Fontaine tout son esprit\net sa grâce, en faisant chanter à tue-tête par vingt-cinq, cinquante, deux cent\nchanteurs à la fois, ces aimables récits destinés a être dits par une seule\nvoix, dans une réunion intime? Autant écrire un chœur d'orphéon sur une\nélégie d'André Chénier ou de Parny. Cela viendra peut-être avec le temps et\nle progrès.\nH. C.\nCONCERT DONNÉ PAR MADEMOISELLE SACCONI (salle Erard).\nPar discrétion pour beaucoup de médiocrités, la Chronique musicale n'ac-\ncorde pas grande place aux comptes-rendus des concerts privés. Mais elle\ndoit se départir de son silence, à l'égard de mademoiselle Sacconi, jeune har-\npiste, qui nous a fait entendre son magnifique talent, le mercredi 3 mars,\ndans les salons Erard, avec le concours de mademoiselle Ida Basilier, du\nthéâtre royal de Stockholm, de MM. Pagans, Sighicelli, Chabeaux et Cros\nSaint-Ange. Mademoiselle Sacconi est une harpiste véritablement hors ligne\nà laquelle l'avenir réserve de brillants succès. A l'inébranlable sûreté du\ndoigté qui la distingue, elle joint un grand sentiment de l'expression et beau-\ncoup de goût dans le choix des traits. La harpe est un instrument bien\ndélicat, trop dédaigné dans l'éducation musicale moderne, trop compromis\npar les rares artistes qui s'y adonnent, et avec lequel mademoiselle Sacconi\nréconcilierait les plus rebelles.\nO. T."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-03-15-01-c021", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-03-15_01#c021", "volume": "bmtnabc_1875-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "274", "page_fin": "281", "image_debut": 34, "image_fin": 41, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.2.6", "titre_corps": "REVUE DES THÉATRES LYRIQUES", "titre_sommaire": "REVUE DES THÉATRES LYRIQUES", "signature_source": "ARTHUR POUGIN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 34, "page_imprimee": "274", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.34", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1628, "texte": "REVUE DES THÉATRES LYRIQUES\n\nOPÉRA : Reprise de Guillaume Tell, OPÉRA-COMIQUE : Première représentation de\nCarmen, opéra comique en trois actes et quatre tableaux, paroles de MM. Henri\nMeilhac et Ludovic Halévy, musique de M. Georges Bizet.\nA vraie reprise de Guillaume Tell a eu lieu enfin À\nl'Opéra. Entravée par un fait absolument anormal,\npar l'indisposition simultanée de six ténors, qui a\nobligé la direction à un relâche inattendu, cette reprise\na pu s'effectuer enfin, et dans des conditions très\nsatisfaisantes. Elle nous a même valu l'apparition,\ndans le rôle secondaire du pêcheur Ruodi, d'un nouveau ténor, appelé\nà tout hasard de Bruxelles pour parer à un accident possible. Le nou-\nveau venu, Breton de naissance, et qui, paraît-il, s'est distingué pen-\ndant la guerre parmi les mobiles de Bretagne, s'appelle Laurent. On ne\nsaurait le juger dans un rôle aussi peu important*, tout ce qu'on en peut\ndire, c'est que sa voix paraît bonne et pleine de franchise. M. Laurent,\ndit-on, appartiendra tout à fait au personnel de l'Opéra à du\nïûv mai prochain.\nNous n'avons, d'ailleurs, pas grandes réflexions à faire au sujet de\nInexécution de Guillaume Tell, qui ne présente aucune particularité\nnouvelle. M. Faure est toujours incomparable dans le rôle de Guil-\nlaume, qu'il joue et chante avec une supériorité si incontestable. M. Vil-\nlaret est certainement le meilleur Arnold que nous ayons entendu depuis\nbien des années. Quant à M. Belval, si sa voix laisse, depuis longtemps\ndéjà, considérablement à désirer, c'est du moins un chanteur de tradi-\ntion, qui connaît sa tâche et s'en acquitte encore honorablement. Sa"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "275", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.35", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2538, "texte": "fille, mademoiselle Belval, qui semble ne douter de rien, et qui a toute\nla témérité de ceux qui ne connaissent point le danger, chante Mathilde\navec plus de bonne volonté que de goût et plus d'ardeur que de distinc-\ntion. Enfin, mademoiselle Arnaud a repris le rôle de Gemmy, dans lequel\nelle se montre tout à fait gracieuse et charmante.\nIl a fallu l'incendie de l'Opéra pour nous faire divorcer avec les pau-\nvretés véritablement lamentables de la mise en scène de\nTell. On se rappelle ces infortunés décors, si complètement hors de\nservice, et dont la misère jurait d'une façon si épouvantable avec la\nsplendeur de certains autres ouvrages du répertoire. Les nouveaux décors\nsont fort beaux, à l'exception de celui du second acte, qui nous semble\ndevoir être retouché. Voilà un Guillaum présentable, et digne du\npremier théâtre du monde.\nOPÉRA-COMIQUE. L'Opéra-Comique s'est enfin décidé et cela n'a\npas dû être sans peine et sans tiraillements! à donner une œuvre nou-\nvelle, et il a convié le public et la critique, tout ébaubis d'un fait\nsi anormal, à une véritable première représentation. Quelques esprits\nchagrins ont prétendu que la santé de M. du Locle devait être fortement\naltérée, pour qu'une idée aussi singulière ait pu germer dans son cer-\nveau, et qu'il était à craindre qu'un phénomène aussi inexplicable\nfût le prélude d'événements graves et de complications inattendues.\nLe fait est qu'on pouvait être surpris à moins. Toujours est-il que le\nmercredi 3 mars 1875 la date est à retenir l'affiche de l'Opéra-\nComique annonçait aux Parisiens ébahis la première représentation de\nCarmen, opéra comique en trois actes et quatre tableaux, paroles de\nMM. Henri Meilhac et Ludovic Halévy, musique de M. Georges\nBizet.\nM. Bizet, à qui M. le directeur du théâtre Favart accordait ainsi,\ntout à coup, une hospitalité si large et si peu dans ses habitudes, n'est\npoint un inconnu pour le public. Quoique âgé seulement de trente-six\nans, il y en a dix-huit qu'il a obtenu le grand prix de Rome, et depuis\nson retour de la villa Médicis, il ne s'est guère passé d'année sans qu'il\nlit parler de lui et sans qu'il produisît quelque oeuvre plus ou moins\nimportante. M. Bizet a été, au Conservatoire, un triomphateur précoce,\net il a fait dans cet établissement, où il eut pour maîtres MM. Mar-\nmontel, Benoist, Zimmermann et Halévy, des études exceptionnel-\nlement brillantes. Né à Paris le 25 octobre 1838, il était âgé de moins\nde onze ans lorsqu'il obtint sa première récompense, et voici la liste de"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "276", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.36", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2792, "texte": "toutes celles qu'il reçut dans un espace de huit années : ier prix de sol-\nfège (1849); 2e prix de piano (I85I) et premier prix (1852); lERIER accessit\nd'orgue ( 1853), 2e prix (1854) et premier prix (i 855), 2e prix de fugue\n(1854), et premier prix(ißss); enfin, 2e prix à l'lnstitut ( 1856), et\npremier prix (1857).\nC'est lorsqu'il venait d'obtenir son second prix à l'lnstitut, que\nM. Bizet se livra à une petite débauche dont il doit bien souiiie aujour-\nd'hui. M. Offenbach, qui n'a jamais été l'ennemi d'une douce réclame,\net qui depuis dix'huit mois avait ouvert le théâtre des Bouffes-Parisiens,\nM. Offenbach, surnommé le bienfaiteur des musiciens et le restaurateur\nde la musique en France, avait eu l'idée d organiser dans son théâtre un\nconcours d'opérette. Soixante-dix-huit compositeurs pas un de\nmoins soixante-dix-huit compositeurs encore pleins d'illusions\ns'étaient présentés, et, après une épreuve préparatoire, six d entie eux\navaient été jugés dignes de prendre part au concours définitif, c est-à-\n-------dire de mettre en musique le bienheureux livret que leurs inspirations\ndevraient couvrir d'un manteau de pourpre et d'or. Ces six favorisés de\nla fortune étaient, par ordre de mérite, MM. Bizet, Demerssemann,\nErlanger, Charles Lecocq, Limagne et Maniquet. On remet donc à\nchacun d'eux un exemplaire du livret du Docteur Miracle, dû à la col-\nlaboration de MM. Léon Battu et Ludovic Halévy_, et, au bout de quel-\nques semaines, le jury proclama vainqueurs du concours, ex œquo,\nMM. Charles Lecocq et Georges Bizet. Ironie du sort ! Des deux héros\nde cette petite fête, l'un, M. Charles Lecocq, devait être le transformateui\ndu genre de l'opérette, que tous ses efforts tendraient à faire rentrer dans\nle giron de l'opéra comique, tandis que l'autre, M. Georges Bizet, devait\nêtre le plus mortel ennemi de cet opéra comique, et professer le mépris\nle plus profond pour les musiciens qui l'avaient porté à son plus haut\npoint de splendeur! L'auteur en expectative de la Fille de Madame\nAngot coudoyait le futur compositeur de la Jolie Fille de Perth!\nLes deux partitions couronnées du Docteur Miracle, celles de\nMM. Lecocq et Bizet, furent exécutées toutes deux aux Bouffes-Parisiens\navec un maigre succès, il n'est que juste de le constater. Après quoi\nM. Bizet concourut de nouveau à l'lnstitut, partit pour Rome, et bien-\ntôt ne pensa sans doute plus à ce péché de jeunesse. De retour en France\nil alla trouver M. Off. Je me trompe, M. Carvalho, et lui offrit un\nouvrage en trois actes, les Pêcheurs de perles, que celui-ci accepta, et\nqui fut joué au Théâtre-Lyrique, le 3o septembre 1863, par mademoi-\nselle de Maësen, MM. Ismaèl et Morini. Le 26 décembre 1867, il don-\nnait au même théâtre la Jolie fille de Perthgrand opéra en quatre actes"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "277", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.37", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2798, "texte": "et cinq tableaux, dont les interprètes étaient mesdemoiselles Jeanne\nDevriès et Ducasse, MM, Lutz, Barré, Massy et Wartel. Ces deux ou-\nvrages, conçus dans le style wagnérien, étaient fort remarquables au\npoint de vue de la facture et de l'instrumentation et.annonçaient un\njeune maître déjà très sûr de lui sous ce rapport, mais l'un et l'autre\nlaissaient considérablement à désirer en ce qui concerne l'inspiration et\nla pensée musicale. Le public, qui ne résiste pas à l'ennui, fit un froid\naccueil à ces deux productions.\nM. Bizet prit une revanche en faisant exécuter,dans le même temps,aux\nConcerts populaires, deux fragments d'une symphonie qui furent reçus\navec beaucoup de faveur, et qui se faisaient remarquer par une bonne\ncouleur et une rare vigueur de touche. Malheureusement, il revint bien-\ntôt à sa première manière en donnant à l'Opéra-Comique Djamileh,\nproduction étrange dans laquelle il semblait avoir voulu accumuler à\nplaisir toutes les qualités les plus anti-scéniques dont un musicien\npuisse faire preuve au théâtre. Cependant, comme M. Bizet n'est pas\nseulement un artiste d'un très grand talent au point de vue de la prati-\nque et du savoir, mais qu'il y a encore chez lui toute l'étoffe d'un\ncréateur, il revint à des sentiments plus humains—et surtout plus\nmusicaux —en écrivant pour le joli drame de M, Alphonse Daudet,\nYArlésienne, une partition qui était un petit chef-d'œuvre de grâce, de\npoésie, de fraîcheur et d'inspiration. Ala musique de YArlésienne, pré-\nsentée ensuite dans les concerts, avec beaucoup de succès, sous forme de\nsuite d'orchestre, succéda bientôt l'ouverture de Patrie, page nerveuse\net vigoureuse, pleine de couleur et d'éclat, mais dans laquelle, à mon\nsens du moins, le compositeur avait encore trop sacrifié l'idée à la forme,\nle corps au vêtement, la pensée à l'expression.\nAprès tant d'essais divers, après de si nombreuses tentatives dans des\ngenres différents, tous ceux qui ont souci de l'avenir de la jeune école\nfrançaise et qui pensent que, malgré ses erreurs passées, malgré ses\ndédains calculés ou exagérés pour certaines formes musicales, malgré\ndes partis pris évidents, M. Bizet est l'un des soutiens les plus fermes,\nles mieux doués et les plus intelligents de cette école, attendaient avec\nintérêt ce jeune maître à sa première œuvre dramatique importante. Il\ns'agissait, pour eux, de savoir si M. Bizet, s'adressant au théâtre, vou-\ndrait se décider enfin à faire de la musique théâtrale, ou bien si, s'obsti~\nnant dans les théories creuses de M. Richard Wagner et de ses imita-\nteurs, il voudrait continuer à transporter à la scène ce qui lui est\nabsolument hostile, c'est-à-dire la rêverie, la poésie extatique et l'élément\nsymphonique pur. Nul n'ignorait que M. Bizet avait affiché hautement,"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "278", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.38", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2869, "texte": "en mainte occasion, le mépris le plus complet pour le genre de l'opéra\ncomique et pour le génie de son représentant le plus glorieux dans le\npassé, Boieldieu. On se demandait donc avec une certaine anxiété si\nFauteur des Pêcheurs de perles, rompant violemment avec des tradi-\ntions plus que séculaires, allait essayer d'imposer, à la scène illustrée par\ntant d'aimables chefs-d'œuvre, une poétique nouvelle et incompréhensi-\nble, ou bien si, se séparant avec éclat de la petite chapelle dont jusqu'a-\nlors il avait fait partie, il ferait, lui aussi, « des concessions au public, »\net entrerait résolument dans une voie féconde et pour lui pleine d'avenir.\nJ'ai hâte de dire que M. Bizet n'a pas justifié les craintes légitimes de\nquelques-uns, et que l'œuvre importante et nouvelle qu'il a livrée au\npublic témoigne suffisamment de son désir de bien faire et de ses préoc-\ncupations en faveur d'un art rationnel, sage et parfaitement accessible à\ntous. La partition de Carmen n'est assurément pas une œuvre accom-\nplie, mais c'est une promesse brillante, et l'on peut dire que c'est, de la\npart de son auteur, une sorte de déclaration de principes nouveaux et\ncomme une prise de possession d'un domaine qui lui avait semblé jus-\nqu'ici indigne de ses désirs et de ses convoitises. A ce titre, elle mérite\nde fixer l'attention de la critique et du public, quel que soit, d'ailleurs,\nle sort qui lui puisse être réservé.\nPar malheur, et pour cette tentative qui paraissait devoir décider de\nson avenir, M, Bizet a été servi d7une façon bien fâcheuse par ses colla-\nborateurs. MM. Meilhac et Ludovic Halévy, qui sont gens d'esprit et\ngens habiles, ont eu la malencontreuse idée de puiser leur sujet dans un\nrécit de Prosper Mérimée, qui, bien loin d'offrir les éléments d'une œu-\nvre scénique, est au contraire hostile à toute adaption de ce genre. Si\nM. de Planard a pu jadis tirer l'excellent livret du Pré aux Clercs de la\nChronique du temps de Charles IX, c'est qu'il y avait là une action, de\nl'intérêt, des sentiments humains, et, brochant sur le tout, la restitution\nd'un milieu historique qui augmentait encore, au point de vue pittores-\nque, l'attrait offert par l'œuvre elle-même. D'ailleurs, M. de Planard\nn'avait qu'à extraire, du récit admirable de Prosper Mérimée, les scènes\nqu'il voulait transporter au théâtre, et il pouvait même, ce dont il ne se\nfit pas faute, leur emprunter leur dialogue, ces scènes étant précisément\nécrites pour la plupart sous forme dialoguée.\nRien de tout cela n'existait pour Carmen. Ici, le récit ne vaut que par\nl'analyse des caractères, analyse bien difficile, sinon impossible sur la\nscène lyrique, qui vit avant tout de mouvement, d'action et d'incidents.\nAvec son procédé froid comme l'acier, brillant et rapide comme un éclair,\nMérimée faisait connaître en trois lignes un personnage, et le peignait"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "279", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.39", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2841, "texte": "des pieds jusqu'à la tête. D'autre part, les caractères mis par lui en de-\nhors sont, dans Carmen, d'une nature absolument antipathique, et l'in-\ntérêt découle uniquement de la forme nette et de la brusque rapidité du\nrécit. Tout ceci prouve que le sujet était mal choisi, et que sa donnée\nétait anti-théâtrale.\nAuquel, en effet, s'intéresser des deux seuls personnages importants\nque le livret de Carmen offre au public. Carmen est une drôlesse vulgaire,\nfemme d'un tempérament exceptionnel, dont les amours sauvages se suc-\ncèdent avee une fréquence assez rare à rencontrer fort heureusement.\nQuant à don José, son amant présent, le sous-officier don José, ce n'est\nqu'un imbécile sans cœur, qui, après nous avoir été présenté comme un\nhonnête homme, se laisse lâchement entraîner par cette misérable, souille\nson uniforme par une désertion pour pouvoir la suivre au milieu des\nbandits, ses compagnons, reste sourd aux supplications de sa fiancée\nchaste et de sa mère mourante, et, finalement, devient Passassin de sa\nmaîtresse lorsqu'il acquiert la certitude que celle-ci, fatiguée de lui, ne\nveut point s'arracher des bras d'un autre pour retomber dans les siens.\nTelle est l'intrigue du livret de Carmen, intrigue mise en œuvre avec\nbrutalité, et que viennent seulement relever, de temps à autre, quelques\njolis effets pittoresques, telle que la scène d'introduction du second acte\net quelques passages du troisième. L'intérêt en est absent d'une façon\nabsolue, et j'ajoute que pas un rôle de la pièce n'est bien fait, n'est pré-\nsenté avec art, de telle façon que le public ne sait où se prendre ni sur\nquel personnage concentrer son attention. En dernier lieu, et quoique je\nne partage pas absolument l'avis de ceux qui prétendent que le théâtre\ndoit être avant tout une école de mœurs, il ne me semble pas non plus\nqu'il doive être une école d'immoralité, et qu'il lui soit permis de pré-\nsenter, avec ces tons crus et violents, des spectacles aussi infâmes que les\namours de Carmen et de don José.\nM. Bizet, il faut le constater, a tiré le meilleur parti possible de ce\nlivret mal venu, et il a su tirer de son côté l'intérêt que ses collaborateurs\nn'avaient pas su exciter du leur. Je constate tout d'abord que sa parti-\ntion, très touffue et très importante, est écrite dans le vrai ton de\nl'opéra comique, avec cette remarque que l'auteur n'a point voulu pour\ncela faire abstraction de son talent de symphoniste, et que cette préoccu-\npation l'a entraîné parfois un peu plus loin qu'il n'eût fallu. D'autre\npart, p trouve que M. Bizet n'a pas assez de souci de la nature et de la\nlimite des voix, et que sa musique, fort difficile pour celles-ci, devient\nparfois inchantable. A l'appui de mon dire, je citerai certain chœur de\nfemmes dont l'exécution est en partie impossible, et le duo de José et de"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "280", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.40", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2756, "texte": "Micaela, dans lequel la partie de soprano est écrite sur un registre tel-\nlement élevé que l'auditeur ne peut plus absolument saisir un seul mot\ndu texte. Enfin, et pour en finir avec la critique, je reprocherai au com-\npositeur de ne pas être assez scrupuleux sur le choix de ses cantilènes,\net de ne pas tenir assez à la distinction de son dessin musical. Il est tel\nde ses motifs dont la vulgarité est par trop évidente, et qui n'est relevé\nque par la grâce, l'ingéniosité, le piquant et l'imprévu des accompa-\ngnements.\nCes réserves faites, il faut rendre justice au talent déployé par le musi-\ncien, à l'excellent travail d'ordonnancement et de mise en œuvre de ses\nmorceaux, à la couleur et au charme qu'il a su donner à la plupart\nd'entre eux, à la poésie qu'il a su répandre sur certains épisodes, enfin\nà ses jolis effets d'instrumentation et à son rare sentiment du pittoresque;\nM. Bizet, on peut le dire, est à la fois peintre et poète, et il en a donné\nplus d'une preuve dans sa partition.\nParmi les meilleures pages de celles-ci, je citerai : pour le premier\nacte, la jolie scène des cigarières, qui est pleine d'entrain, de chaleur et\nde mouvement; pour le second, un entr'acte charmant, qui est un petit\nbijou symphonique; tout l'épisode de l'introduction, qui est chaud, en-\ntraînant, coloré, et que je trouve pour ma part un tableau parfait, et la\nchanson du toréador, dont le motif manque de distinction, mais qui est\ntravaillée avec un art infini et dont le refrain en chœur est du meilleur\neffet; enfin, au troisième acte, un chœur vigoureux et original, et l'air\nen mi bémol de Micaela, si bien accompagné par le cor solo et les violons\ncon sordini, morceau empreint d'une véritable poésie, et dont le carac-\ntère est tendre, mélancolique et touchant.\nÉn résumé, la partition de Carmen est une œuvre très soignée, très étu-\ndiée, inégale assurément, mais qui montre M. Bizet à la recherche d'ho-\nrizons nouveaux, et qui peut enfin donner de légitimes espérances pour\nson avenir de compositeur dramatique. Vienne à l'artiste un bon livret,\napproprié à la nature de son talent, en communion avec son tempéra-\nment musical, et je crois, avec l'expérience acquise par lui et le désir\nqu'il a de bien faire, que M. Bizet produira enfin une œuvre à la fois\ndigne du public, du théâtre et de lui-même.\nL'interprétation de Carmen est assez généralement médiocre, et je\ncrois que cela tient surtout à la mauvaise qualité et à la fâcheuse struc-\nture du poème de MM. Meilhac et Halévy. Il faut cependant tirer de\npair madame Galli-Marié, qui s'est montrée vraiment grande artiste et\ncomédienne de premier ordre dans ce rôle ingrat de Carmen, qu'elle a\nsu rendre vivant en dépit de tout et dont elle a, autant que possible,"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "281", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.41", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 1404, "texte": "atténué le caractère odieux. Pour qui a suivi avec attention madame\nGalli-Marié depuis le commencement de sa carrière à\ncette qualification de grande artiste que je viens de lui donner ne paraî-\ntra pas exagérée. Où trouver un talent plus souple, plus malléable, plus\nfécond, plus varié, plus fertile en ressources, que celui qui a su se faire\napprécier dans tant de rôles si différents et si opposés : Zerbine de la\nServante maîtresse, le page Kaled de Lara, Mignon, et cette dernière\ncréation de Carmen, si saisissante et si étrange ? Madame Galli-Marié a\nobtenu, cette fois encore,, un grand et légitime succès.\nParmi les autres artistes, je ne vois guère à citer que mademoiselle\nChapuy, qui a su donner au rôle trop effacé de Micaela le caractère tou-\nchant et poétique qui lui convient, et qui a chanté d'une façon tout à fait\nremarquable l'air du troisième acte. Quant à M. Lhérie,, il est, comme\ntoujours, fort prétentieux, mais bien pâle et bien insuffisant dans celui\nde don José; il se montre en progrès pourtant comme comédien, et il\nn'est que juste de remarquer qu'il a eu, sous ce rapport, d'assez bons mo-\nments. On ne peut que savoir gré à mesdemoiselles Ducasse et Chevalier\nd'avoir mis toute leur bonne volonté au service de deux rôles insigni-\nfiants. En ce qui concerne les autres interprètes, le mieux est sans doute\nde n'en point parler.\n\nARTHUR POUGIN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-03-15-01-c025", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-03-15_01#c025", "volume": "bmtnabc_1875-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "282", "page_fin": "288", "image_debut": 42, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.2.7", "titre_corps": "VARIA", "titre_sommaire": "VARIA", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 42, "page_imprimee": "282", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.42", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2014, "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nFAITS DIVERS\n. Halanzier, directeur de l'Opéra, a remis à madame la\nmaréchale de Mac-Mahon une somme de 72,822 fr. 35 c.,\nprovenant de la fête de bienfaisance qui a eu lieu le 7 fé-\nvrier dernier, au profit des pauvres de Paris.\nD'un autre côté, la Société des auteurs et compositeurs\ndramatiques a bien voulu faire l'abandon de ses droits,\nsoit 2,000 fr.\nLa somme totale s'est donc élevée à 74,822 fr. 35 c.\nLe ministère des Beaux-Arts, vient de souscrire, pour les bibliothèques\nnationales de France, à Y Histoire et théorie de Ici musique dans l antiquité,\npar F.-A. Gevaert. Sur la proposition de M. Vaucorbeil, son président, la\nSociété des compositeurs de musique a également souscrit à ce livre impor-\ntant publié par la typographie Annoot, au seul point de vue de la science\nmusicale en dehors de tout esprit de spéculation.\nL'Histoire et théorie de la musique de Vantiquité forme deux volumes grand\nin-8° de plus de 450 pages chacun (musique et planches). Le premier volume\na paru le 20 février 1875, le second paraîtra à un an d'intervalle.\nLe prix de la souscription pour la France était fixé à 40 fr. payables moitié à\nla réception du premier volume, moitié à la réception du second. La souscrip\ntion étant close, le prix de l'ouvrage est porté à 60 fr.\nM. Melchissédec, le sympathique baryton de l'Opéra-Comique, vient\nd'être décoré de l'ordre du Christ par le roi du Portugal.\nM. le ministre de l'lnstruction publique a nommé officier d'académie\nnotre collaborateur Raoul de St-Arroman.\nM. Gros est l'auteur d'une opérette intitulée la Branche cassée, qu'il a\nfait représenter, le 17 juin 1872, sur le théâtre des Folies-Dramatiques.\nM. Comte a fait représenter le 23 janvier 1874, sur le théâtre des Bouffes-\nParisiens, une opérette portant le même titre, dont MM. Serpette, Jaime et\nNoriac sont les auteurs.\nM. Gros a, en raison de ce fait, assigné MM. Comte, Serpette,\nNoriac en 2,000 fr. de dommages-intérêts, et en suppression du titre en rai-"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "283", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.43", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 3144, "texte": "son du préjudice que lui causait la confusion produite dans l'esprit du public\npar la similitude du titre.\nLe tribunal a fait droit à la demande de M. Gros, et a condamné MM.\nComte, Serpette, Jaime et Noriac en 300 fr. de dommages-intérêts.\nLe deuxième festival de la Société de l'Harmonie sacrée aura lieu jeudi\nprochain, à 8 heures et demie du soir, au Cirque des Champs-Elysées, sous\nla direction de M. Ch. Lamoureux. On y donnera la première audition\nd'Ère, mystère en trois parties, poëme de M. Louis Gallet, musique de M.\nJules Massenet. ire partie :n° I (prologue), la Naissance de la femme; n° 2,\nAdam et Ève. IIe partie : n° 3, Éve dans la solitude, la Tentation. IIIe par-\ntie : n° 4, la Faute; np 5, la Malédiction. Les soii seront chantés par madame\nBrunet-Lafleur (Ève). MM. Lassalle (Adam) et Prunet (le Récitant). Le pro-\ngramme sera complété par des fragments du Messie, de Judas Machabée et de\nla Fête cTAlexandre, de Haendel.\nLes journaux beiges annoncent la mort de M. Daussoigne-Méhul, an-\ncien directeur du Conservatoire de Liège, à l'âge de quatre-vingt-quatre ans.\nNous avons déjà parlé du festival que la ville de Rouen prépare à l'oc-\ncasion du centenaire de Boïeldieu, qui aura lieu au mois de juin prochain.\nM. Ambroise Thomas écrit en ce moment, sur une poésie de M. Arthur\nPougin, une cantate de circonstance. La municipalité de Rouen a également\ndemandé à MM. Samuel David, Gastinel, de Lajarte, Sellenick, de vouloir\nbien composer des morceaux de musique militaire pour ledit festival.\nLe maréchal de Mac-Mahon a promis d'assister à cette solennité.\nM. Henry Morel vient de publier dans la Petite Presse, à l'aide de notes\nrapportées de l'Asie centrale par M. l'abbé David, une série d'articles dont\nnous extrayons d'intéressants détails sur la musique au Mongol.\n« Après une fort mauvaise nuit troublée par le vent, la neige, la crainte des\nloups et les aboiements des chiens dans les environs, l'abbé David et Samb-\ndatchiemda furent réveillés par le chant mélancolique et assez agréable d'une\nvoix de femme, accompagnée du bruit de lourdes bottes; c'était une jeune\nbergère qui passait menant boire son troupeau au puits voisin. Le chant\nmongol est plus varié et plus étendu que le chant chinois, dont les mono-\ntones mélodies roulent invariablement sur cinq ou six notes presque mécani-\nquement coupées par une mesure à deux temps. Les Mongols, hommes,\nfemmes ou enfants, chantent presque continuellement à plein gosier; tandis\nque les Chinois chantent en fausset ou font entendre un criaillement rauque\nqui déchire les oreilles européennes. Quant àla musique instrumentale, elle\nest à peu près la même chez les deux nations : détestable. Ils n'ont aucune\nidée d'harmonie, et les accords leur sont complètement inconnus. Les ins-\ntruments à vent sont d'ordinaire la flûte sans clef, une sorte de petit chalu-\nmeau primitif, une grande trompette à énorme pavillon dont ils ne tirent\njamais que deux notes : la fondamentale et la quinte. Les instruments à\ncordes ne valent guère mieux : un violon à très petite chambre sonore,\nmuni de deux ou trois cordes auquel est attaché l'archet, puis deux sortes de"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "284", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.44", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2413, "texte": "guitares moins désagréables auquelles s'ajoute dans les fêtes l'affreux tintamarre\ndu tam-tam. »\nNous extrayons de l'intéressant volume que M. G. des Godins de Sou-\nhesmes vient de publier sur Tunis ce curieux récit d*un concert dans un café\nmaure.\n« Souvent une troupe de cinq ou six musiciens ambulants vient animer la\nscène des cafés maures. Les uns jouent du rebet ou rhab, sorte de violon ou\nde mandoline, à deux cordes, qu'ils font vibrer en les grattant avec une plume\nou un roseau, d'autres soufflent dans un tubulet-el-bucha, espèce de\nhautbois au son plaintif, dont les notes filées ne manquent pas de charme.\nD'autres enfin chantent des mélodies bizarres avec accompagnement de thoul\nou tambour de basque. L'orchestre est complété par le derbouka, qui res-\nsemble assez à nos timbales; cet instrument consiste en une demi-sphère de\nmétal ou de poterie, recouverte d'une peau d'onagre, sur laquelle on frappe à\nl'aide d'un bâton recourbé. Quelquefois cette musique sauvage est agrémentée\ndu bruit des castagnettes en fer, que les nègres agitent avec force en dansant\net en chantant. Leurs chansons sont pleines d'ingénieuses métaphores et de\npassions. Le major Deuham raconte qu'il a vu un cercle d'arabes immobiles\nd'attention, faire tout à coup entendre un bruyant éclat de rire, puis fondre\nen larmes et se tordre les mains avec toute l'expression de la douleur la plus\nvive et la plus sympathique.\nLa danse des aimées est une des distractions qui plaisent le plus aux habi-\ntants de Tunis. L'assistance, accroupie sur des nattes, fait cercle autour de\nla salle où s'installe l'orchestre, dont nous avons donné la description. Les\naimées se tiennent à l'une des extrémités de la pièce, vêtues de riches cos-\ntumes et la gorge à peine retenue par leur farmela. Après une ouverture\nbruyante, les femmes et les hommes chantent alternativement sur un rhythme\ndoux et passionné ces couplets, dont voici la traduction :\nDe ma Soleïma Vombre\nM'a visité la nuit.\nTout dormait dans la nuit sombre,\nOn n'entendait aucun bruit.\nMais une flamme étincelante,\nLueur brillante...\nDoux souvenir\nQui charme ma tristesse\nRevient sans cesse\nTous mes maux sont finis.\nVives comme des gabelles,\nLes femmes de ma tribu,\nJe les vois! Hélas loin d'elles\nPour moi tout est perdu ;\nMais là-bas c'est une ombre errante\nPrès de la tente.\nSoleïma,\nObjet de ma tendresse,\nPense sans cesse\nA celui qui faima."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "285", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.45", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2725, "texte": "En disant cette chanson, les danseuses retirent leurs babouches, et prélu-\ndent par des mouvements significatifs à la pantomime amoureuse qui va ravir\nles spectateurs.\nChacun ensuite apporte son offrande, et exprime sa satisfaction en collant\nune pièce de monnaie sur la figure, le bras ou le cou de la femme qu'il\npréfère.\nBaireuth. Les représentations de Baireuth auront lieu, comme nous\nl'avons dit, en juillet et août 1876. Les répétitions partielles au piano auront\nlieu au mois de juillet de Tannée présente. Durant tout l'hiver, les artistes\nengagés se sont déjà préparés à ces répétitions et plus d'un a reçu des ins-\ntructions de la bouche de Wagner, lors de son récent voyage à Leipzig. En\noutre, l'hiver prochain, trois capellmeister, désignés par Wagner, MM.\nLampe, Seidel et Richter, qui ont étudié la partition avec le maître et qui\nsont au courant de ses moindres intentions, parcourront les principales villes\nde l'Allemagne pour y faire répéter les chanteurs que leurs engagements aux\nthéâtres y retiennent occupés. Les rôles sont ainsi répartis entre les artistes\nchargés d'interpréter cette oeuvre colossale et sans modèle : Mme F. Materna\nde l'Opéra de Vienne (Brunhilde) ; Mlle Oppenheim, de Francfort (Erda);\nMM. Glutz, de Pesth (Siegfried); Betz de Berlin (Siegmund); Niemann, de\nBerlin (Wodan); Scaria, de Dresde (HagenJ; Carlo Hill, de Schwérin (Albé-\nric); et enfin Eilers, de Cobourg, et Weiss de Breslau (les deux Géants). Les\nautres rôles ne sont pas encore définitivement distribués entre mesdames Leh-\nmaun, de Cologne; Crunn, de Gotha, et M. Gura, de Leipzig. Le 28 janvier,\nWagner a adressé à ces éminents artistes une circulaire pour les inviter à se\ntrouver à Baireuth au mois de juillet, et pour insister sur la nécessité qu'il\ny a de faire abstraction de tout intérêt personnel au profit de l'œuvre, afin\nque les difficultés de l'entreprise soient surmontées. Il est à remarquer que\nle théâtre de Baireuth, tout provisoire qu'il est, représentera, dans un avenir\nrapproché, bien d'autres ouvrages que la trilogie des Niebelungen. Wagner\nveut faire de son théâtre un lieu de réunion où l'Allemagne pourra venir\npériodiquement admirer, dans des exécutions aussi parfaites que possible, les\nchefs-d'œuvre de l'art lyrique allemand : on cite, comme devant être don-\nnée après cette trilogie, le Fidelio de Beethoven (Revue et Galette musicale).\n\nNOUVELLES\n\nARIS. Opéra. La reprise d'Hamlet est fixée à vendredi pro-\nchain, 19 courant. Madame Carvalho jouera pour la première fois\nle rôle d'Ophélie.\n- Les répétitions de Jeanne Darc commenceront bientôt. L'opéra de\nM. Mermet sera joué l'automne prochain. Faure remplira le rôle de\nCharles VII, mademoiselle Krauss celui de Jeanne Darc."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "286", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.46", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2161, "texte": "—« M. Halanzier songe sérieusement à monter le Comte Ory pour le jeune\nténor Vergnet. Cette reprise aura lieu en même temps que l'apparition du\nballet de M. Delibes, qui sera la première nouveauté donnée sur la nouvelle\nscène de l'Opéra.\nM. Gailhard jouera dans l'œuvre de Rossini le rôle du gouverneur, et les\ndébuts de mademoiselle Daram se continueront dans celui du page Isolier.\nLes décors du Comte Ory, dont les maquettes sont charmantes, vont\nêtre exécutés prochainement.\nUAfricaine ne sera donnée qu'à la saison prochaine. On pense à made-\nmoiselle Krauss pour le rôle de Sélika. Vasco de Gama sera interprété par\nM. Achard, à moins qu'on ne s'arrête à M. Vergnet pour ce rôle redoutable.\nOpéra-Comique. M. Du Locle vient de réengager mademoiselle Blanche\nThibault; il a aussi renouvelé pour trois années l'engagement de mademoi-\nselle Chapuy.\nLa reprise du Songe d'une nuit d'été, opéra comique en trois actes,\nd'Ambroise Thomas, passera à la salle Favart dans les premiers jours de mai,\navec la distribution suivante :\nShakespeare MM. Lhérie\nFalstaff Melchissédec\nLatimer Lefebvre\nElisabeth Mmes Franck\nOlivia Chapuy\nA propos du centenaire de Boïeldieu, il est également question d'une\nreprise de Jean de Paris, qui n'a pas été joué depuis longtemps à Paris.\nBouhy prendrait le rôle du grand Sénéchal, créé par Martin.\nVoici la distribution du Val d'Andorre, qui vient d'entrer en répétition\nà l'Opéra-Comique.\nM. Obin, ancien pensionnaire de l'Opéra, a été engagé spécialement pour\nchanter le rôle de Jacques, créé par Battaille.\nLe rôle de Stéphane, créé par Audran, sera tenu par M. Duchesne, et\nM. Barré prend celui de Lejoyeux.\nRose-de-Mai, ce sera mademoiselle Chapuy, et mademoiselle Chevalier\nchantera le rôle de Georgette.\nReste le personnage de Thérésa, qui n'est pas encore distribué.\nL'opéra de M. E. Legouvé, Moina, musique de M. Paladilhe, est poussé\navec activité, de façon à donner la première représentation dans le courant\nC'est mademoiselle Zina Dalti qui remplace madame Carvalho dans\nle rôle principal.\nL'ouvrage en un acte, de MM. Jules Barbier et Boulanger, Don Mucarade\nsera joué en même temps que Moina."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "287", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.47", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2688, "texte": "Théâtre- Ventadour. M. Bagier, en attendant la fin de son bail, loue la\nsalle Ventadour pour des concerts et des représentations dramatiques ou\nlyriques. M. Danbé y donnera une série de concerts; il débutera prochaine-\nment avec la Tour de Babel, de M. Rubinstein.\nLa Tour de Babel, dont la traduction a été écrite par M. Victor Wilder,\nest un drame biblique plutôt qu'un oratorio. C'est une grande composition\ndont la partie chorale est très importante et très développée. Les soli sont\nassez peu nombreux et représentés par deux personnages principaux, Abra-\nham et Nemrod.\nL'œuvre, qui ne comprend pas moins de quatre tableaux, se termine par\nun triple choeur où le Ciel, la Terre et l'Enfer s'unissent dans un ensemble\nformidable.\nM. Ogareff, directeur de l'opéra de Moscou, prépare aussi à ce théâtre\nune série de représentations russes. L'opéra qui sera représenté le premier\na pour titre : Un Mariage au seizième siècle, paroles de M. Souchonin,\nmusique de M. Dutch, chef d'orchestre de l'Opéra russe de Saint-Péters-\nbourg. La mise en scène de cet ouvrage sera très curieuse; elle ne comporte\npas moins de trente personnages et cent cinquante comparses, dont les cos-\ntumes seront scrupuleusement exacts.\nIl y a dix ans qu'Un Mariage russe se joue en Russie avec le même succès,\net les plus grands artistes lyriques l'ont tour à tour interprété. C'est ce succès\npersistant qui a donné à M. Ogareff l'idée de venir monter cet ouvrage à\nParis.\nBouffes-Parisiens. —M. Serpette, ayant retiré subitement son opérette*\nle Chemin des Amoureux, qui devait passer après la Princesse de\nque l'on joue actuellement, les Bouffes finiront leur saison avec les Hannetons,\nrevue de printemps, en trois actes et quatre tableaux, de MM. E. Orangé et\nA. Millaud, avec musique du répertoire d'Ofïenbach.\nFolies-Dramatiques. La première représentation de Clair de Lune a eu\nlieu jeudi dernier, sans succès.\n—On reprend demain la Blanchisseuse de Berg-op-Zoom\\ mais cette pièce\ncédera bientôt l'affiche à la Belle Bourbonnaise. L'opérette qui viendra après,\nest une bouffonnerie musicale de M. Hervé, qui a pour titre : Blanche de\nNevers.\nVariétés. —M. Cœdès doit lire, cette semaine, aux artistes des Variétés,\nune nouvelle partition en un acte, le Troubadour de pendule, écrite sur un\nlivret de MM. E. Dubreuil et H. Chabrillat, ses collaborateurs de la Belle\nBourbonnaise. Les rôles sont destinés à MM.Dupuis et Léonce, àmesdames\nAline Duval et Berthal.\nSalle Philippe Her— Madame de Katow donnera le vendredi 19 mars un\nconcert avec le concours de plusieurs artistes, parmi lesquels nous remar-\nquons madame Tassoni et M. Piter. La Chronique musicale donnera, un\ncompte-rendu de ce concert."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "288", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.48", "debut_caractere": 93, "fin_caractere_exclue": 1007, "texte": "LONDRES. L'Opéra italien de Covent-Garden vient de publier le pro-\ngramme de la saison prochaine, qui doit commencer le 3o courant. 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Halanzier, directeur de l'Opéra, a remis à madame la\nmaréchale de Mac-Mahon une somme de 72,822 fr. 35 c.,\nprovenant de la fête de bienfaisance qui a eu lieu le 7 fé-\nvrier dernier, au profit des pauvres de Paris.\nD'un autre côté, la Société des auteurs et compositeurs\ndramatiques a bien voulu faire l'abandon de ses droits,\nsoit 2,000 fr.\nLa somme totale s'est donc élevée à 74,822 fr. 35 c.\nLe ministère des Beaux-Arts, vient de souscrire, pour les bibliothèques\nnationales de France, à Y Histoire et théorie de Ici musique dans l antiquité,\npar F.-A. Gevaert. Sur la proposition de M. Vaucorbeil, son président, la\nSociété des compositeurs de musique a également souscrit à ce livre impor-\ntant publié par la typographie Annoot, au seul point de vue de la science\nmusicale en dehors de tout esprit de spéculation.\nL'Histoire et théorie de la musique de Vantiquité forme deux volumes grand\nin-8° de plus de 450 pages chacun (musique et planches). Le premier volume\na paru le 20 février 1875, le second paraîtra à un an d'intervalle.\nLe prix de la souscription pour la France était fixé à 40 fr. payables moitié à\nla réception du premier volume, moitié à la réception du second. La souscrip\ntion étant close, le prix de l'ouvrage est porté à 60 fr.\nM. Melchissédec, le sympathique baryton de l'Opéra-Comique, vient\nd'être décoré de l'ordre du Christ par le roi du Portugal.\nM. le ministre de l'lnstruction publique a nommé officier d'académie\nnotre collaborateur Raoul de St-Arroman.\nM. Gros est l'auteur d'une opérette intitulée la Branche cassée, qu'il a\nfait représenter, le 17 juin 1872, sur le théâtre des Folies-Dramatiques.\nM. Comte a fait représenter le 23 janvier 1874, sur le théâtre des Bouffes-\nParisiens, une opérette portant le même titre, dont MM. Serpette, Jaime et\nNoriac sont les auteurs.\nM. Gros a, en raison de ce fait, assigné MM. Comte, Serpette,\nNoriac en 2,000 fr. de dommages-intérêts, et en suppression du titre en rai-"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "283", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.43", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 3144, "texte": "son du préjudice que lui causait la confusion produite dans l'esprit du public\npar la similitude du titre.\nLe tribunal a fait droit à la demande de M. Gros, et a condamné MM.\nComte, Serpette, Jaime et Noriac en 300 fr. de dommages-intérêts.\nLe deuxième festival de la Société de l'Harmonie sacrée aura lieu jeudi\nprochain, à 8 heures et demie du soir, au Cirque des Champs-Elysées, sous\nla direction de M. Ch. Lamoureux. On y donnera la première audition\nd'Ère, mystère en trois parties, poëme de M. Louis Gallet, musique de M.\nJules Massenet. ire partie :n° I (prologue), la Naissance de la femme; n° 2,\nAdam et Ève. IIe partie : n° 3, Éve dans la solitude, la Tentation. IIIe par-\ntie : n° 4, la Faute; np 5, la Malédiction. Les soii seront chantés par madame\nBrunet-Lafleur (Ève). MM. Lassalle (Adam) et Prunet (le Récitant). Le pro-\ngramme sera complété par des fragments du Messie, de Judas Machabée et de\nla Fête cTAlexandre, de Haendel.\nLes journaux beiges annoncent la mort de M. Daussoigne-Méhul, an-\ncien directeur du Conservatoire de Liège, à l'âge de quatre-vingt-quatre ans.\nNous avons déjà parlé du festival que la ville de Rouen prépare à l'oc-\ncasion du centenaire de Boïeldieu, qui aura lieu au mois de juin prochain.\nM. Ambroise Thomas écrit en ce moment, sur une poésie de M. Arthur\nPougin, une cantate de circonstance. La municipalité de Rouen a également\ndemandé à MM. Samuel David, Gastinel, de Lajarte, Sellenick, de vouloir\nbien composer des morceaux de musique militaire pour ledit festival.\nLe maréchal de Mac-Mahon a promis d'assister à cette solennité.\nM. Henry Morel vient de publier dans la Petite Presse, à l'aide de notes\nrapportées de l'Asie centrale par M. l'abbé David, une série d'articles dont\nnous extrayons d'intéressants détails sur la musique au Mongol.\n« Après une fort mauvaise nuit troublée par le vent, la neige, la crainte des\nloups et les aboiements des chiens dans les environs, l'abbé David et Samb-\ndatchiemda furent réveillés par le chant mélancolique et assez agréable d'une\nvoix de femme, accompagnée du bruit de lourdes bottes; c'était une jeune\nbergère qui passait menant boire son troupeau au puits voisin. Le chant\nmongol est plus varié et plus étendu que le chant chinois, dont les mono-\ntones mélodies roulent invariablement sur cinq ou six notes presque mécani-\nquement coupées par une mesure à deux temps. Les Mongols, hommes,\nfemmes ou enfants, chantent presque continuellement à plein gosier; tandis\nque les Chinois chantent en fausset ou font entendre un criaillement rauque\nqui déchire les oreilles européennes. Quant àla musique instrumentale, elle\nest à peu près la même chez les deux nations : détestable. Ils n'ont aucune\nidée d'harmonie, et les accords leur sont complètement inconnus. Les ins-\ntruments à vent sont d'ordinaire la flûte sans clef, une sorte de petit chalu-\nmeau primitif, une grande trompette à énorme pavillon dont ils ne tirent\njamais que deux notes : la fondamentale et la quinte. Les instruments à\ncordes ne valent guère mieux : un violon à très petite chambre sonore,\nmuni de deux ou trois cordes auquel est attaché l'archet, puis deux sortes de"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "284", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.44", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2413, "texte": "guitares moins désagréables auquelles s'ajoute dans les fêtes l'affreux tintamarre\ndu tam-tam. »\nNous extrayons de l'intéressant volume que M. G. des Godins de Sou-\nhesmes vient de publier sur Tunis ce curieux récit d*un concert dans un café\nmaure.\n« Souvent une troupe de cinq ou six musiciens ambulants vient animer la\nscène des cafés maures. Les uns jouent du rebet ou rhab, sorte de violon ou\nde mandoline, à deux cordes, qu'ils font vibrer en les grattant avec une plume\nou un roseau, d'autres soufflent dans un tubulet-el-bucha, espèce de\nhautbois au son plaintif, dont les notes filées ne manquent pas de charme.\nD'autres enfin chantent des mélodies bizarres avec accompagnement de thoul\nou tambour de basque. L'orchestre est complété par le derbouka, qui res-\nsemble assez à nos timbales; cet instrument consiste en une demi-sphère de\nmétal ou de poterie, recouverte d'une peau d'onagre, sur laquelle on frappe à\nl'aide d'un bâton recourbé. Quelquefois cette musique sauvage est agrémentée\ndu bruit des castagnettes en fer, que les nègres agitent avec force en dansant\net en chantant. Leurs chansons sont pleines d'ingénieuses métaphores et de\npassions. Le major Deuham raconte qu'il a vu un cercle d'arabes immobiles\nd'attention, faire tout à coup entendre un bruyant éclat de rire, puis fondre\nen larmes et se tordre les mains avec toute l'expression de la douleur la plus\nvive et la plus sympathique.\nLa danse des aimées est une des distractions qui plaisent le plus aux habi-\ntants de Tunis. L'assistance, accroupie sur des nattes, fait cercle autour de\nla salle où s'installe l'orchestre, dont nous avons donné la description. Les\naimées se tiennent à l'une des extrémités de la pièce, vêtues de riches cos-\ntumes et la gorge à peine retenue par leur farmela. Après une ouverture\nbruyante, les femmes et les hommes chantent alternativement sur un rhythme\ndoux et passionné ces couplets, dont voici la traduction :\nDe ma Soleïma Vombre\nM'a visité la nuit.\nTout dormait dans la nuit sombre,\nOn n'entendait aucun bruit.\nMais une flamme étincelante,\nLueur brillante...\nDoux souvenir\nQui charme ma tristesse\nRevient sans cesse\nTous mes maux sont finis.\nVives comme des gabelles,\nLes femmes de ma tribu,\nJe les vois! Hélas loin d'elles\nPour moi tout est perdu ;\nMais là-bas c'est une ombre errante\nPrès de la tente.\nSoleïma,\nObjet de ma tendresse,\nPense sans cesse\nA celui qui faima."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "285", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.45", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2384, "texte": "En disant cette chanson, les danseuses retirent leurs babouches, et prélu-\ndent par des mouvements significatifs à la pantomime amoureuse qui va ravir\nles spectateurs.\nChacun ensuite apporte son offrande, et exprime sa satisfaction en collant\nune pièce de monnaie sur la figure, le bras ou le cou de la femme qu'il\npréfère.\nBaireuth. Les représentations de Baireuth auront lieu, comme nous\nl'avons dit, en juillet et août 1876. Les répétitions partielles au piano auront\nlieu au mois de juillet de Tannée présente. Durant tout l'hiver, les artistes\nengagés se sont déjà préparés à ces répétitions et plus d'un a reçu des ins-\ntructions de la bouche de Wagner, lors de son récent voyage à Leipzig. En\noutre, l'hiver prochain, trois capellmeister, désignés par Wagner, MM.\nLampe, Seidel et Richter, qui ont étudié la partition avec le maître et qui\nsont au courant de ses moindres intentions, parcourront les principales villes\nde l'Allemagne pour y faire répéter les chanteurs que leurs engagements aux\nthéâtres y retiennent occupés. Les rôles sont ainsi répartis entre les artistes\nchargés d'interpréter cette oeuvre colossale et sans modèle : Mme F. Materna\nde l'Opéra de Vienne (Brunhilde) ; Mlle Oppenheim, de Francfort (Erda);\nMM. Glutz, de Pesth (Siegfried); Betz de Berlin (Siegmund); Niemann, de\nBerlin (Wodan); Scaria, de Dresde (HagenJ; Carlo Hill, de Schwérin (Albé-\nric); et enfin Eilers, de Cobourg, et Weiss de Breslau (les deux Géants). Les\nautres rôles ne sont pas encore définitivement distribués entre mesdames Leh-\nmaun, de Cologne; Crunn, de Gotha, et M. Gura, de Leipzig. Le 28 janvier,\nWagner a adressé à ces éminents artistes une circulaire pour les inviter à se\ntrouver à Baireuth au mois de juillet, et pour insister sur la nécessité qu'il\ny a de faire abstraction de tout intérêt personnel au profit de l'œuvre, afin\nque les difficultés de l'entreprise soient surmontées. Il est à remarquer que\nle théâtre de Baireuth, tout provisoire qu'il est, représentera, dans un avenir\nrapproché, bien d'autres ouvrages que la trilogie des Niebelungen. Wagner\nveut faire de son théâtre un lieu de réunion où l'Allemagne pourra venir\npériodiquement admirer, dans des exécutions aussi parfaites que possible, les\nchefs-d'œuvre de l'art lyrique allemand : on cite, comme devant être don-\nnée après cette trilogie, le Fidelio de Beethoven (Revue et Galette musicale)."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-03-15-01-c029", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-03-15_01#c029", "volume": "bmtnabc_1875-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "285", "page_fin": "288", "image_debut": 45, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.2.7.3", "titre_corps": "NOUVELLES", "titre_sommaire": "NOUVELLES", "signature_source": "Pour l'article Varia : Le Secrétaire de la Rédaction, O. LE TRIOUX", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 45, "page_imprimee": "285", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.45", "debut_caractere": 2386, "fin_caractere_exclue": 2725, "texte": "NOUVELLES\n\nARIS. Opéra. La reprise d'Hamlet est fixée à vendredi pro-\nchain, 19 courant. Madame Carvalho jouera pour la première fois\nle rôle d'Ophélie.\n- Les répétitions de Jeanne Darc commenceront bientôt. L'opéra de\nM. Mermet sera joué l'automne prochain. Faure remplira le rôle de\nCharles VII, mademoiselle Krauss celui de Jeanne Darc."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "286", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.46", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2161, "texte": "—« M. Halanzier songe sérieusement à monter le Comte Ory pour le jeune\nténor Vergnet. Cette reprise aura lieu en même temps que l'apparition du\nballet de M. Delibes, qui sera la première nouveauté donnée sur la nouvelle\nscène de l'Opéra.\nM. Gailhard jouera dans l'œuvre de Rossini le rôle du gouverneur, et les\ndébuts de mademoiselle Daram se continueront dans celui du page Isolier.\nLes décors du Comte Ory, dont les maquettes sont charmantes, vont\nêtre exécutés prochainement.\nUAfricaine ne sera donnée qu'à la saison prochaine. On pense à made-\nmoiselle Krauss pour le rôle de Sélika. Vasco de Gama sera interprété par\nM. Achard, à moins qu'on ne s'arrête à M. Vergnet pour ce rôle redoutable.\nOpéra-Comique. M. Du Locle vient de réengager mademoiselle Blanche\nThibault; il a aussi renouvelé pour trois années l'engagement de mademoi-\nselle Chapuy.\nLa reprise du Songe d'une nuit d'été, opéra comique en trois actes,\nd'Ambroise Thomas, passera à la salle Favart dans les premiers jours de mai,\navec la distribution suivante :\nShakespeare MM. Lhérie\nFalstaff Melchissédec\nLatimer Lefebvre\nElisabeth Mmes Franck\nOlivia Chapuy\nA propos du centenaire de Boïeldieu, il est également question d'une\nreprise de Jean de Paris, qui n'a pas été joué depuis longtemps à Paris.\nBouhy prendrait le rôle du grand Sénéchal, créé par Martin.\nVoici la distribution du Val d'Andorre, qui vient d'entrer en répétition\nà l'Opéra-Comique.\nM. Obin, ancien pensionnaire de l'Opéra, a été engagé spécialement pour\nchanter le rôle de Jacques, créé par Battaille.\nLe rôle de Stéphane, créé par Audran, sera tenu par M. Duchesne, et\nM. Barré prend celui de Lejoyeux.\nRose-de-Mai, ce sera mademoiselle Chapuy, et mademoiselle Chevalier\nchantera le rôle de Georgette.\nReste le personnage de Thérésa, qui n'est pas encore distribué.\nL'opéra de M. E. Legouvé, Moina, musique de M. Paladilhe, est poussé\navec activité, de façon à donner la première représentation dans le courant\nC'est mademoiselle Zina Dalti qui remplace madame Carvalho dans\nle rôle principal.\nL'ouvrage en un acte, de MM. Jules Barbier et Boulanger, Don Mucarade\nsera joué en même temps que Moina."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "287", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.47", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2688, "texte": "Théâtre- Ventadour. M. Bagier, en attendant la fin de son bail, loue la\nsalle Ventadour pour des concerts et des représentations dramatiques ou\nlyriques. M. Danbé y donnera une série de concerts; il débutera prochaine-\nment avec la Tour de Babel, de M. Rubinstein.\nLa Tour de Babel, dont la traduction a été écrite par M. Victor Wilder,\nest un drame biblique plutôt qu'un oratorio. C'est une grande composition\ndont la partie chorale est très importante et très développée. Les soli sont\nassez peu nombreux et représentés par deux personnages principaux, Abra-\nham et Nemrod.\nL'œuvre, qui ne comprend pas moins de quatre tableaux, se termine par\nun triple choeur où le Ciel, la Terre et l'Enfer s'unissent dans un ensemble\nformidable.\nM. Ogareff, directeur de l'opéra de Moscou, prépare aussi à ce théâtre\nune série de représentations russes. L'opéra qui sera représenté le premier\na pour titre : Un Mariage au seizième siècle, paroles de M. Souchonin,\nmusique de M. Dutch, chef d'orchestre de l'Opéra russe de Saint-Péters-\nbourg. La mise en scène de cet ouvrage sera très curieuse; elle ne comporte\npas moins de trente personnages et cent cinquante comparses, dont les cos-\ntumes seront scrupuleusement exacts.\nIl y a dix ans qu'Un Mariage russe se joue en Russie avec le même succès,\net les plus grands artistes lyriques l'ont tour à tour interprété. C'est ce succès\npersistant qui a donné à M. Ogareff l'idée de venir monter cet ouvrage à\nParis.\nBouffes-Parisiens. —M. Serpette, ayant retiré subitement son opérette*\nle Chemin des Amoureux, qui devait passer après la Princesse de\nque l'on joue actuellement, les Bouffes finiront leur saison avec les Hannetons,\nrevue de printemps, en trois actes et quatre tableaux, de MM. E. Orangé et\nA. Millaud, avec musique du répertoire d'Ofïenbach.\nFolies-Dramatiques. La première représentation de Clair de Lune a eu\nlieu jeudi dernier, sans succès.\n—On reprend demain la Blanchisseuse de Berg-op-Zoom\\ mais cette pièce\ncédera bientôt l'affiche à la Belle Bourbonnaise. L'opérette qui viendra après,\nest une bouffonnerie musicale de M. Hervé, qui a pour titre : Blanche de\nNevers.\nVariétés. —M. Cœdès doit lire, cette semaine, aux artistes des Variétés,\nune nouvelle partition en un acte, le Troubadour de pendule, écrite sur un\nlivret de MM. E. Dubreuil et H. Chabrillat, ses collaborateurs de la Belle\nBourbonnaise. 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A ce\njenre artificiel, sans doute, mais où l'on ren-\ncontre parfois de l'original et de l'imprévu, se\n•attachent, côte à côte avec le\net les Aventures de Dassoucy, les Mémoires que\nMonnet put intituler avec raison Supplément au Roman Comique.\nChez Monnet, comme chez Scarron et Dassoucy, la place d'honneur\nest à ces éternels incidents d'hôtelleries, de châteaux et d'abbayes, à ces\ninépuisables et faciles histoires de moines ventrus et de chambrières\ndodues, qui émaillent les autobiographies des comédiens d'autrefois;\n\nVII.\n16"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "242", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.2", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ncomédiens malgré eux! ceux-là, et par destination : sur les planches et\nsur le grand chemin, forcés de jouer constamment un rôle, d'esquisser per-\npétuellement une grimace, se roidissant contre une condition difficile,\net surmontant la puissance des préjugés par la victorieuse action de leur\ngaieté.\nL'art du comédien n'étant point considéré comme un métier régulier,\ntoute troupe en voyage côtoyait de près l'état de vagabondage, et\nse heurtait à chaque détour de la route à l'intolérance des lois ; cela,\nsans raison morale bien définie, mais seulement en mémoire de quel-\nque poudreux article de concile, rédigé par un théologien pudibond. Et\npuis, l'annonce d'une représentation théâtrale nattiiait pas toujours\nassez de monde pour subvenir aux frais de la société : il fallait bien sortir\ndu programme. C'est alors qu'on se laissait aller jusqu à dire la bonne\naventure, à faire de la divination, à pronostiquei on passait bientôt\npour gens de Bohême ou d'Egypte, et les édits royaux ne parlaient rien\nmoins que de roue, de hache ou de hart.\nMais quel est l'astringent assez fort pour contenir le levain de la\nsatire gauloise?\nIl n'a pas fallu moins de trois siècles aux gens de théâtre pour conqué-\nrir la place qu'ils occupent aujourd'hui dans le monde : aussi les direc-\nteurs des principales scènes de ce temps éprouveraient-ils quelque peine\nà reconnaître un ancêtre dans leur confrère Jean Monnet, directeur de\nl'Opéra-Comique au siècle dernier. Rien n'est plus vrai, néanmoins, que\ncette parenté. Pourquoi certains chefs de troupe actuels ne déploient-ils\npas toujours, à une époque où bien des difficultés se sont aplanies pour\neux, l'énergie et l'intelligence avec laquelle Monnet combattait les obs-\ntrcles que lui suscitait l'antique préjugé?\nC'était vraiment un homme fort ingénieux que ce Monnet, plein de\nressources et d'invention, et servi par un merveilleux instinct des choses\nde sa profession*, un esprit bien français, actif, éveillé, très respectueux\ndes goûts de ses clients, et sachant cependant leur faire partager le plaisir\nqu'il ressentait lui-même à la nouveauté.\nVoilà pour le directeur, mais le singulier homme privé ! Quelle furieuse\npoursuite d'émotions et quelle soif d aventures! Certes, le code galant\nn'aurait rien à perdre à se retremper dans le curieux livre, intitulé ;\nSupplément au Roman Comique ou\nJean Monnet, ci-devant directeur\nl'Opéra de Lyon et d'une Comédie-Franç\nlui-même.\nLa lecture de ces Mémoires est attrayante; le style en est simple et"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "243", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.3", "texte": "JEAN MONNET\n\nd'ailleurs assez négligé, mais il se relève d'une pointe de naïveté mali-\ncieuse et de résignation philosophique qui y prêtent un certain charme.\nC'est là qu'il faut étudier cette spirituelle physionomie.\nCondrieu, petite ville située sur les bords du Rhône, dans le Lyonnais',\nd une famille honnête, mais peu favorisée de la fortune (1). Orphelin à\n1 âge de huit ans, je restai chez un oncle jusqu'à quinze. Cet oncle, par\nla gaieté et la singularité de son esprit, était le Rabelais de son canton.\nMoins occupé de mon éducation que de ses plaisirs, à peine m'avait-il\nfait apprendre a lire, quand un de mes compatriotes, fils d'un gros\nnégociant, m'amena à Paris pour me placerchez feue madame la duchesse\nde Berry. Là, par le petit mérite que j'avais alors d'imiter et de contre!\ntaire parfaitement la voix et les gestes de tous ceux que je voyais, je m'at-\ntirai en très peu de temps les bontés de cette princesse. » Ce sont'les seuls\ndétails qUI nous aient été conservés sur l'enfance de Monnet. On remar-\nquera qu'ils ne nous apprennent point en quelle qualité il entre au ser-\nvice de la duchesse de Berry. L'emploi, vu l'ignorance du titulaire, ne\nevait pas etre bien brillant. Quoi qu'il en ait été, la protection de la\nduchesse a la laveur de laquelle il fit son éducation, lui manqua soudain.\na mort de sa bienfaitrice, survenue en juillet 1719, le rendit àla li-\nberté, tout en le jetant dans les secousses de la vie d'intrigues\nMonnet avait environ seize ans. En vrai Français du di'x-huitième\nsiecle, il cuidait bonnement que l'amour a sa gymnastique, et que l'il-\nusion perdue, le cœur peut encore se refaire par l'exercice. Entrepre-\nnant donc, et toujours poussé par quelque diable, doué d'un physique\navantageux maniant fort agréablement l'épée contre les jaloux et le vio-\nlon contre les belles, la téte ornée de toute la poésie badine du temps\n°nnet débuta dans le rôle ingrat de galant avec toutes les armes dé\nemploi. 11 aborda le monde assez heureusement par la conquête de la\nveuve a un officier : il est de ces hasards! Le lecteur peut se reporter aux\npremiers chapitres de ses Mémoires pour se former une idée exacte de\n\n(i) Le document que voici lève le voile qu'a tiré Monnet «ir , < ,\nnaissance et la. condition modeste de ses parents • « Jean A4 /° îe ee de sa\nseptembre mil sept cents et trois fils dp tL M * Monnet, ne le septième\nde Louise s°s PL «L ÎiXeKTI' '\"S\" <\" \"\nque dessus dans l'élise 1 rZT baptise le hmct.ème du dict mois et an\nesté Jean Bonnardel, grand père de Venant soubsigné. Son parrain a\nbuyen, en pre'ce de Michel Duché et de\nSigne: rhonnerieu, Duché; Mouton, vicaire.\nExtrait des registres de l'état civil de la, 6."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "244", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.4", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nl'esprit de suite avec lequel Monnet menait une affaire d'amour. Toute-\nfois, l'organisation qui y présidait, si parfaite qu'elle lût, ne suffit pas\ntoujours à le garer des incidents fâcheux, qui sont : fuites précipitées par\nles fenêtres et autres huis, explications aigres avec les pères ou les mères,\ninterrogatoires scandaleux des commissaires de quartiers, toutes fins\nbrutales et discourtoises de* amours défendues.\nRien ne lui fit défaut en matière de romanesque, pas même la réso-\nlution passagère d'entrer à la Trappe, sous prétexte de coniger la natuie.\nMais hélas! le cœur ne se cloître pas. Le mariage, ce grand émollient,\nne le guérit point non plus de son penchant pour le sexe faible ; il est\nbon d'ajouter que le mariage était mauvais, ce qui rend Monnet excu-\nsable. Peut-être m'objectera-t-on qu'il ne l'était point de s'être marié,\nmais ceci fait partie d'une théorie différente, dont les gens du métier sont\nles auteurs, et qu'il ne convient qu'à eux d'apprécier.\nII\nC'est de l'année 1743 que date l'affection de Monnet pour le théâtre,\naffection qu'il paya de plus d'une faillite, mais qui nous valut notre\npremier Opéra-Comique français. Auparavant Monnet avait essaye de\ndivers passe-temps, postes et charges. Il avait été déjà bibliothécaire,\néditeur, voire même auteur de plusieurs publications, dont la biblio-\ngraphie, en cela d'accord avec Monnet, ne nous a pas transmis les\ntitres. Il est à regretter qu'il ait passé sous silence cette période de ses\ntravaux littéraires pour y substituer des anecdotes grivoises à l'imitation\ndu Pogge. Les ouvrages écrits par Monnet ont-ils été publiés sous le\nmasque de l'anonyme, ou sont-ils enfouis dans quelque volumineux re-\ncueil d'Académie? Il n'en est bruit nulle part, et Quérard est muet; je\nn'ai découvert, dans mes recherches, aucun document qui y eût trait, et\nje confesse humblement un grand dépit de fureteur.\nL'Opéra-Comique agonisait, lorsque Monnet en enleva le privilège\nau sieur Pontau, au mois de mars 1743. Monnet héritait d'une série de\ndirections qui avaient à peu près ruiné ses prédécesseurs Honoré, de\nVienne, et Pontau, mais rien ne le rebutait (i).Ce fut donclui qui se\n\n(1) Dans son livre sur les Spectacles forains et la Comedie-Française (Dentu 1675)\nM. Jules Bonnassies nous conte les misères du pauvre Pontau, prédécesseur de\nMonnet: « Le 19 mai iy3B, il se trouve redevable envers Thuret (directeur de\nl'Opéra) de 7,596 1. 5 s. ; celui-ci lui accorde deux ans pour payer. Par un compte\ndu 8 avril 1740, sa dette se monte àla somme de 20,546 1. 5 sv sur laquelle Thu-\nret lui remet 3?ooo 1. Par un autre compte du 11 octobre 1742? à 55,546 L 5 s., sur"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "245", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.5", "texte": "JEAN MONNET\n\nchargea de réparer le désarroi de POpéra-Comique, rude besogne que\nvoici décrite au chapitre VII de ses Mémoires : « Le sieur alors\npossesseur du privilège, homme d'esprit, mais faible et peu propre aux\ndétails d'une pareille direction, avait laissé tomber ce spectacle dans un\nsi grand avilissement, qu'il en avait absolument éloigné la bonne com-\npagnie. La livrée y était en possession du parterre ; elle décidait des\npièces, sifflait les acteurs et quelquefois même ses maîtres, quand ils\ns'avançaient trop sur le devant de la scène. Les loges des actrices étaient\nouvertes à tout le monde; la salle, le théâtre étaient construits à peu près\ncomme les loges des baladins de la foire Saint-Ovide ; la garde s'y faisait\npar un officier de robe-courte ; l'orchestre était composé par des gens qui\njouaient aux noces et aux guinguettes; la plupart des danseurs figuraient\navec des bas noirs et des culottes de drap de couleur ; rien, en un mot,\nn'était si négligé, si sale, si dégoûtant même que les accessoires de ce\nspectacle. » Monnet commença par consigner, de par le roi, messieurs les\nlaquais à la porte, fit passer l'architecte et les décorateurs dans la salle,\népura et renouvela sa troupe et prit la route de Rouen d'où il ramena\nPréville, le meilleur comique du temps. L'ouverture de la foire Saint'\nLaurent eut lieu le 8 juin 1743, avec le Coq du Village, de Favart. En\ndeux mois, Monnet avait transformé tous les éléments de l'Opéra-\nComique, réuni un excellent orchestre conduit par Rameau, un per-\nsonnel de comédie qui a fourni des sujets remarquables à la Comédie-\nFrançaise, plus un corps de ballet où ne dédaignait pas de puiser\nl'Opéra. Les costumes et les décors avaient été commandés à Boucher.\nBref, la foire Saint-Laurent de 1743 attira chez Monnet un nombreux\npublic qui le suivit à la foire Saint-Germain. Cette saison témoigna si\nhaut de ses capacités que la direction de l'Opéra lui fut offerte par\nM. Thuret, titulaire du privilège.\nIl revient à Favart une bonne part dans ce regain de vogue. C'est\nlui qui a fait à Monnet son éducation de directeur de spectacle; il était\ncomme le moniteur spirituel de TOpéra-Comique : moyennant 2;ooo li-\nvres annuelles, outre ses droits d'auteur, il s'était engagé envers Monnet\nà remettre à la scène, accommodées au goût nouveau, les anciennes\npièces du répertoire de la foire : il retouchait les canevas, veillait aux\nrépétitions et faisait office de régisseur.\n\nlesquels Thuret lui en remet 10,000. Après la foire Saint-Germain de 1743, elle\nremonte à 53,046 1. 5 s. Thuret le fait alors saisir. Pontau soulève mille difficultés\npour empêcher la vente; nous ignorons si elle eut lieu, Le 28 mars 174?, 1 huret\npasse, moyennant redevance annuelle de 12,000 1., un bail de six ans à Monnet, qui\nest mis en possession de la loge de Pontau, en vertu d'un ordre du roi. »"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "246", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.6", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nBref, les recettes grossissant au delà des vœux de messieurs de la\nComédie-Française, on jura la ruine de l'Opéra-Comique, et la clôture\nde la foire Saint-Germain fut décidée avant terme. Favart obtint un\nsursis d'un mois ; au nom des syndics et marchands de la foire, il\nadressa au roi la supplique qui finissait ainsi : « Les supplians, pros-\nternés aux pieds de Sa Majesté, osent lui représenter très humblement\nque, par les engagements qu'ils ont contractés avant qu'ils fussent\ninformés de la réduction de la foire, et par les pluies continuelles qui en\nont écarté le public, ils seront plongés dans la dernière misère, si la foire\nn est prolongée au moins pour cette année jusqu'à la fin du présent\ncomme elle l'a toujours été depuis plus de vingt ans.\n« Que votre bonté nous seconde :\n« Par pitié, Sire, exaucez-nous !\n« Et vous fere% du bien à tous,\n« Car nous devons à tout le monde. »\nMonnet se repentit d'avoir refusé l'Opéra. Il organisait la foire Saint-\nLaurent de 1744, lorsque le sieur Berger, successeur de Thuret à l'Opéra,\nfit résilier le bail de l'Opéra-Comique, par arrêt du Conseil du ier juin,\net congédia Monnet, auquel il se substitua, sans même lui allouer les\ndommages et intérêts qui lui revenaient pour ses avances.\nIII\nLe duc de Villeroi tira Monnet de cette déconfiture imméritée, en lui\nprocurant la direction des spectacles de Lyon, fcjui réclamait depuis long-\ntemps l'installation d'un Opéra.\nLe i 5 décembre 1745, l'Opéra de Lyon ouvrait ses portes aux habi-\ntants émerveillés de tant d'activité. Les Lyonnais entendirent ce jour-\nlà Pyrame et Tisbé, de La Serre pour les paroles, et Rebel et Francœur\npour la musique, Ils se retirèrent satisfaits.\nBien que le théâtre de Lyon ne possède ni bibliothèque ni dossiers\nmanuscrits, nous avons pu recueillir des documents précis sur le séjour\nqu y fit Monnet (1). En 1786, à l'occasion de la direction de la demoi-\nselle Destouches qui était vivement pressée par ses créanciers, le Con-\n\n(1) Grâces en soient rendues à M. Brouchoud, avocat à la cour de Lyon, docteur en\ndroit, auteur de recherches extrêmement curieuses sur le séjour de Molière à Lyon,\npubliées chez Perrin. M. Brouchoud est très versé dans les choses du théâtre. C'est\nun érudit de la bonne école, dont l'obligeance est inépuisable, comme le savoir."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "247", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.7", "texte": "JEAN MONNET\n\nsulat lyonnais, composé du prévôt des marchands et des échevins, mit à\nl'étude la réorganisation des spectacles. Le mémoire qui fut rédigé sur la\nmatière est conservé aux archives de la ville, sous le titre de Projet\npour rétablissement des spectacles de Lyon. On y lit en substance que,\njusqu'à Collot d'Herbois, la plupart des directeurs n'ont abouti qu'à la\nfaillite. Laissons de côté les considérations administratives invoquées par\nl'auteur de ce mémoire en faveur de la décentralisation lyrique, pour\nn'en garder que ce qui touche à la tentative de Monnet :\n« Au sieur Maillefer succéda le sieur Monnet qui, n'ayant pu obtenir le\nprivilège de cette ville que sous la condition d'y établir un opéra, et ayant\nbien prévu que ce spectacle seul ne pouvait pas satisfaire le goût général,\njugea à propos pour mettre de la variété dans le sien, de joindre aux acteurs\nqu'il avait engagés pour le chant, six à sept bons sujets pour jouer alterna-\ntivement avec l'opéra, des comédies et des opéras comiques. Cet arrangement\neût sans doute été le plus convenable en supprimant dans la suite un peu de\nla dépense de l'Opéra qui était trop forte. Mais M. Devarax, pour lors prévôt\ndes marchands de cette ville, qui n'avait ni le goût du spectacle, ni apparem-\nment assez bonne opinion des talents du nouveau directeur pour entrer\ndans ses vues, le priva de sa direction pour la remettre entre les mains d'un\nacteur, sous les ordres de M. Breton, dont l'état ni le génie n'annonçaient\npas les qualités convenables dans une pareille entreprise (1).\nOn voit par là qu'outre les difficultés matérielles qui s'opposaient au\nsuccès de l'entreprise de Monnet, le mauvais vouloir du prévôt Devarax\nlui en créait de nouvelles. Les prévôts des marchands de Lyon, qui étaient\nen quelque sorte chefs de la municipalité, exerçaient sur les spectacles une\ninfluence souveraine. Les directeurs succombaient avec eux. Monnet avait\nété très protégé par le prédécesseur de M. Devarax, Jacques Annibal Claret\nde la Tourette de Fleurieu, son compatriote, homme d'esprit et de sens\nqui a laissé des mémoires nombreux sur l'histoire, la critique, et le\nthéâtre : « Ce fut lui qui donna à M. Monnet cette énergique inscription\nen trois mots latins gravés sur la toile, exprimant les trois genres de\nspectacle que donnait son théâtre : « Movet, mulcet, monet; il émeut, il\ncharme, il instruit, » inscription d'autant plus heureuse, que le troisième\nmot latin se trouvait être en même temps le nom du directeur » (2).\n\n(1) Au temps de Monnet, le théâtre était situé dans un ancien jeu de paume, au\nlevant du théâtre actuel et à l'angle du quai du Rhône, en face le pont Morand. En\n1754, il tombait en ruine : on le vendit, pour en construire un nouveau, d'après les\ndessins de Soufflot, dans l'ancien jardin de l'Hôtel-de-Ville, sur l'emplacement du\nThéâtre actuel. Il fut achevé en 1756.\n(2) Eloge manuscrit de M. de Fleurieu, par le chevalier Bory, de l'Académie de\nLyon, en 1777."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "248", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.8", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nVers l'été de 1746, le niveau de la caisse baissant, Monnet prit avec\nlui ses deux troupes de comédie et d'opéra comique, et s'en fut exploiter\nle répertoire à Dijon, laissant ses chanteurs et son orchestre à Lyon (1).\nCette campagne de Lyon établit clairement qu'un Opéra sur le modèle\nde celui de Paris ne pouvait se maintenir en province sans subvention\net vivre de ses propres ressources. L'affaire ne fut pas heureuse pouï\nMonnet; qui dut abandonner la partie et rentrer à Paris,, où l'attirait\nd'ailleurs la vacance de la direction de l'Opéra. Autre déception ! notre\nhomme fut évincé.\nIV\nLe démon des entreprises poussa Monnet jusqu'à Londres, sur la pro-\nposition d'un certain Rich, directeur d'un théâtre anglais dans cette\nville. Il s'agissait d'y fonder un spectacle français. Monnet se décida à\nfaire le voyage de Londres, et entra en pourparlers avec son confrère\nd'outre-Manche ; mais, après quelques hésitations de la part de ce der-\nnier, il loua le théâtre de Haymarket, ouvrit une souscription qui fut\nbientôt couverte par les grands d'Angleterre, et revint à Paris employer\nses fonds à rassembler les éléments d'une Comédie-Française, qui\ndébuta le 8 novembre 1749.\nUne cabale formidable attendait les acteurs français : elle était pro-\nvoquée par des pamphlets acérés et des libelles satiriques dirigés contre\nle spectacle qu'avait annoncé Monnet, et soutenue par les comédiens\nanglais qu'effrayait une concurrence étrangère, d'ailleurs vivement pro-\ntégée par la noblesse éclairée du pays.\nLes gazettes se mirent de la partie : Tune d'elles, le Daily advertiser\nne craignit pas de dénoncer le spectacle français comme une manœuvre\npolitique renouvelée des Romains, lesquels travaillaient à émousser et à\ncorrompre les goûts de leurs voisins avant d'en entreprendre la con-\nquête. Aucuns prétendaient qu'en France on avait refusé à des comé-\ndiens anglais la concession d'un spectacle. Ces assertions furent relevées :\nil fut démontré que Monnet n'était point un foudre de guerre dissimulé\nderrière un masque comique, et que les pantomimes anglaises affichées à\nla Foire par Francisque avaient eu de tout temps la faveur du public.\nRien n'y fit.\nLes ennemis de nos artistes s'inspirèrent de procédés sauvages, auprès\n\n(1) Les états des pensionnairesfde la troupe d'Opéra, conservés aux archives lyon-\nnaises, ne nous en font connaître le personnel qu'à partir de 1772 seulement."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "249", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.9", "texte": "JEAN MONNET\n\ndesquels les cabales modernes ne nous paraissent plus que des fadeurs.\nLes premiers accords de l'orchestre furent interrompus violemment et\nrefoulés au fond des instruments par l'explosion d'un choral britannique\ndont le refrain était : Nous ne voulons pas de comédiens français. Le\nlever du rideau fut salué par une bordée de sifflets stridente et prolon-\ngée, et le dialogue arrêté sur les lèvres de ses interprètes par un déluge\ncroissant.de projectiles barbares : une actrice fut frappée au sein de deux\nchandelles allumées. Les seigneurs qui composaient le parti français s'é-\nlancèrent dans l'amphithéâtre supérieur occupé par les mécontents,, tan-\ndis que des officiers se rangeaient, l'épée nue, devant la scène. Une ef-\nfroyable mêlée s'en suivit : les chandelles, les canifs, les plaques de fer,\nles perruques humides de sueur et de sang tourbillonnaient en grêle,\naveuglant les combattants : enfin la victoire resta aux champions de\nMonnet; elle ne fut point si décisive pourtant qu'on n'ait jugé utile au\nsalut des comédiens de les faire reconduire, sous bonne escorte, jusqu'à\nleur domicile.\nLa seconde représentation ne le céda en rien à son aînée pour le nom-\nbre et la qualité des horions. Ce fut là qu'un certain brasseur, à la téte\nd'une bande de bouchers, accomplit de véritables prodiges de pugilat et\nde pancrace pour la défense de la troupe française. Monnet, qui envisage\ntout sous son point de vue de prédilection, dit que « les actrices s'étaient\nrenfermées dans leurs loges avec des officiers qui les rassuraient », pro-\npos qui n'a rien en soi de déraisonnable. Cette épreuve se conclut en sa\nfaveur, et la troisième représentation fut donnée sans encombre. La po-\nlitique entrava les suivantes et fut cause que Monnet dut fermer Hay-\nmarket; à propos de l'élection d'un membre du Parlement, on alla jus-\nqu'à s'enquérir de l'opinion des candidats sur le fait des comédiens fran-\nçais, et le concurrent de lord Trentham, qu'on leur savait hostile, resta\nsur le carreau. Les troubles menaçant de s'éterniser, le spectacle qui\nleur servait de prétexte fut définitivement supprimé.\nJe découvre dans les Lettres critiques de Fréron, une narration émue\ndes chaudes journées iï qui lui est adressée de Londres par\nlacteur homme d'esprit et faisant joliment les vers, dit Fré-\nron, et qui avait été engagé par Monnet : j'y relève une confession que\nj'ai tout lieu de croire sincère. Monnet, avant de s'embarquer pour cette\nexpédition, avait plutôt pris conseil de ses hautes protections dans le\npays, que des goûts dominants du public anglais, élevé dans le culte de\nMolière par la noblesse protestante que la révocation de l'Édit de Nantes\navait forcée de se réfugier en Angleterre. Monnet ne soupçonna sans"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "250", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.10", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ndoute pas qu'il avait à ménager, dans ses programmes, la tradition de la\nhaute comédie de caractères.\n« Depuis que je suis ici, écrit Desormes, j'ai eu occasion de m'entrete-\nnir avec quelques Anglais qui ont vu la France, sur les pièces que nous\ndevons leur jouer. Ils ne veulent que du Molière; ils m'ont dit franche-\nment qu'ils avaient bâillé, à Paris, à nos comédies modernes les plus goû-\ntées. Ils ont, disent-ils, beaucoup de difficulté à les entendre,, et quand\nils les ont pénétrées, ils ne se croient pas dédommagés de la peine qu'ils\nont prise. Ne serait-ce pas, monsieur, que les comédies d'aujourd'hui\nsont trop fines, trop dénuées d'action, et ne portent que sur quelques\nnuances passagères affectées aux personnes du grand monde : au lieu\nque Molière a peint des vices et des ridicules généraux, qui conviennent\nà toutes les nations et à tous les états. Il y a partout, et ici autant qu'ail-\nleurs, des Avares, des Misanthropes, des Tartuffes, des Précieuses, des\nBourgeois gentilshommes, des Valets fourbes, de Fausses Agnès, des\nCocus imaginaires (beaucoup moins à la vérité que de réels), des Fâ-\n/\ncheux, des Etourdis, et principalement des Médecins ignorants et\nbouffons. »\nL'appréciation ne manque pas de justesse : il se peut que Monnet n'ait\npas fait, dans la composition de son spectacle, le choix qui convenait aux\nmœurs faciles à froisser de la nation anglaise.\nCe qui est hors de doute, c'est que tout ce qui venait de France avait\nle don de piquer de la tarentule de la curiosité les graves insulaires d'Al-\nbion. En 1741, lors des figurations chorégraphiques de mademoiselle\nSallé à Londres, les dilettanti se disputaient les places à des enchères\nexorbitantes, et tiraient la lame du fourreau pour la moindre vétille.\nDans un Mémoire explicatif publié pendant son séjour à Londres\net qui est le premier jet des chapitres I et II du tome second de ses\nMémoires, Monnet témoigne de la gratitude aux grands seigneurs\nanglais qui le couvrirent de leur crédit. Il s'était également gagné l'affec-\ntion du célèbre tragédien Garrick qui lui abandonnait un bénéfice pro-\nportionnel aux recettes de son théâtre ; cette délicate interprétation de la\nconfraternité artistique resserra plus étroitement encore les liens qui les\nunissaient, et nous savons que Monnet, rentré en France, ne cessa de\ncorrespondre avec son généreux ami.\nLa désastreuse liquidation où la clôture d'Havmarket l'avait en-\ntraîné, retenait Monnet à Londres ; ses acteurs, les plus impitoyables de\nses créanciers, exigeaient, pour trois représentations la totalité de leurs\nappointements. Ce passif était gros, et Ja loi plus forte que ses protec-\nteurs. Monnet dut répondre de sa personne jusqu'à parfaite libération"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "251", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.11", "texte": "JEAN MONNET\n\nde son déficit, et se retirer sous le toit hospitalier d'un juge de paix de\nla ville, situation à peu près analogue à celle de la contrainte par corps.\nMonnet a raconté comment son sort fut adouci par la captivité volontaire\nd'une de ses actrices plus sensible au malheur que ses camarades, mais\nl'épisode le plus curieux de sa narration est la rencontre qu'il fit du\nRoi Théodore (1), logé, comme Monnet, à l'enseigne des Debteurs et\nEmprunteurs, que loue si fort le bon Panurge.\n« J'ai été roi tout comme un autre; je suis Théodore; on m'a élu roi\nen Corse; on m'a appelé votre majesté, et à présent à peine m'appelle-\nt-on monsieur; j'ai fait frapper de la monnaie, et je ne possède pas\nun denier; j'ai eu deux secrétaires d'Etat et j'ai à peine un valet; je me\nsuis vu sur un trône, et j'ai longtemps été à Londres en prison sur la\npaille.... » Qu'est-ce ceci? La véridique histoire du baron Théodore de\nNewhoff, roi de Corse durant l'été de 1736, racontée par Sa Majesté elle-\nmême. Sa Majesté est venue passer le carnaval à Venise; elle soupe à\ntable d'hôte, avec cinq autres seigneuries chassées de leurs palais et\ndescendues à la même hôtellerie : Elle répond à un héros de roman que\nVoltaire a fait asseoir auprès d'elle, par caprice de conteur, au naïf\nCandide. Seulement, Sa Majesté exagère quant à la paille de la prison\nde Londres. Monnet ne nous dépeint pas L'endroit sous d'aussi sombres\ncouleurs : mieux que cela, l'on y boit, l'on y mange et l'on y maudit ses\ncréanciers tout à son aise; c'est l'ordinaire des maisons pour dettes et le\nsire Théodore n'y contredit point. L'imprésario sans théâtre et le monar-\nque sans couronne y noient leurs soucis dans les pots : ils y chantent\nl'ariette et débitent la gaudriole, mais il n'est question nulle part de la\npaille de Théodore : c'est une figure dont celui-ci se sert pour apitoyer\nla noble compagnie de l'auberge vénitienne, et aboutir à un emprunt de\nla famille de ceux qu'on ne rembourse pas.\n(La suite prochainement.)\n\nARTHUR HEULHARD.\n\n(i) Pour l'histoire, le baron de Newhoff, autrement dit roi Théodore, est bien près\nd'être mort tout entier : pour l'art, il revit dans le Roi Théodore à Venise, opéra\nhéroï-comique de Paisiello, représenté à Paris, en 1787, et, pour le roman d'aven-\ntures, dans cet avoué de Périgueux, qui devint roi d'Araucanie, il y a quelque dix\nannées."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "252", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.12", "texte": "(0\n'EST un véritable almanach que nous livrons tous les\nans aux lecteurs de la Chronique musicale, almanach\nqui a le tort forcé de n'arriver que lorsque l'année est\nécoulée.\nEn examinant les chansons parues en janvier 1874,\nnotre esprit semble se reporter d'un siècle en arrière,\ntellement les événements marchent vite, et, il faut bien le dire, s'ou-\nblient de même, pour la plupart.\nEn un mot, c'est l'année qui fait son examende conscience... sans\ndire son mea culpa.\nOn a dû observer déjà que lorsque le sujet de telle ou telle chanson n'a\nété traité que par un seul auteur, c'est une impression passagère ou\npersonnelle à cet auteur; mais quand nous voyons quatre, cinq, dix\nchansons reproduire une même idée, c'est que la sensation a été profonde\net que l'émotion populaire s'y est arrêtée, en attendant qu'un événement\nnouveau vienne captiver l'attention générale et tasse oublier la déjà\nvieille nouveauté.\nL'année 1874 s'ouvre par divers hommages au comte de Chambord ;\nles deux premiers sont anonymes : Le Grand roi et Vive le roi, au Roi\ndes Rois, au Pape, et à Mgr le comte de Chambord. Ce Vive le roi\na vu le jour à Avignon; c'est un feuillet grand comme la main, sa\nvaleur poétique est encore plus mince que son format. Avignon nous a\ngratifié également de Dieu, la Patrie et le Roi, paroles de L. Bard,\n\nL'HISTOIRE EN CHANSONS\nAnnée 1874\n\n(1) Voir les numéros des i 5 juillet, lel'1e1' août 1873, lel'avril1e1'avril et ier mai 1874."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "253", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.13", "texte": "L'HISTOIRE EN CHANSONS\n\nmusique d Ed. Blanchard, le tout lithographié sur papier à lettres. La\nRoyale est une simple valse pour piano, aux armes du roi, par le comte\nH. de Guivry. Le Drapeau de la France, par mesdames H. Lesguillon\net L. Collongues. Français, gardons le drapeau tricolore, Debuire\nBue et H. Kern. Franc Cœur, caporal de %ouaves, par Ottoni.\nLei cartouchiéros dé Touloun, chanson provençale, par Bénézi.\nGrandisseç, romance patriotique, J. H. Bonin et J. Chabrut. L'Hon-\nneur de la France, A. Quinchez et J. Chabrut, Les Cuirassiers de\nWaterloo, Delormel et Ben-Tayoux. Demandons-le, car elle va\npérir, Bondon et A. de Bonneroche ; le, c'est Henri V, et elle, c'est la\nFrance; imprimé à Avignon, France et Marie, par l'abbé Ad. Jan-\nnerot. Le Vœu de la France au sacré-cœur de Jésus, E. Vaudenay\net Ch. Cordier.\nLes cantiques surgissent nombreux en l'honneur de Notre-Dame de\nLourdes et d'autres pèlerinages célèbres. Ce sont en général des invoca-\ntions pour le salut et la prospérité de la France. Nous n'avons pas\nmentionné toutes ces pièces. Le Rêve d'un Français (Vengeance) A.\nTroupillon et C. Maciejowski. Le Bataillon des généraux, Villemer,\nDelormel et R. Planquette; c'est un épisode delà retraite de Moscou,\nqui ne fera pas oublier les beaux vers de Hugo sur le même sujet.\nOn Demande des Ouvriers, Baumaine, Blondelet et Ch. Pourny; voici *\nle moyen ingénieux des auteurs pour rendre à la France sa grandeur\npassée :\nAllons, France! dépos ton glaive.\nA la font' boulets et canons ;\nRemplace-les dans un doux rêve\nPar la charrue aux grands sillons.\nL Orléanaise ou Jeanne Darc, Lesguillon et madame L. Collongues.\nLe Passeur de la Moselle, L. Delormel et L. Benza; c'est une sorte\nde ballade sur la dernière guerre, sujet traité d'une façon intéressante.\nLa Tombe du mobile, par Landrevin. Notre Siècle} Sevray, Legris\net Benza, Les Fils des .Chevaliers, Ouvert et L. Benza; sujet moral\ndont les bonnes intentions méritent d'être citées.— Les Idoles, H. Ryon\net L. Benza, Oh! parfaitement, A. F. Bonel et L. Léon :\nDans un hameau de la Lorraine\nDont 1 instituteur est Prussien,\nLes enfants écoutaient à peine\nLa leçon du froid logicien."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "254", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.14", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nOU est la Pruss' ? - Là, et la France?\n« Là (sur son cœur), dit le petit crânement,\n« Ne pas sur notre enfance ! »\nLes Volontaires d'un an, quadrille par Arban. Les Trois Idoles,\nJ. Béor et Ch. Liébeau ; ces idoles sont la liberté, la fraternité et l'éga-\nlité ; on ne dit pas si elles sont en bois et peinturlurées comme au Japon.\nGutenberg, E. Baillet, L. Chelu.\nCitoyen de Vhumanité,\nGutenberg n'a pas de patrie ;\nNous lui devons l'imprimerie,\nNous lui devons la liberté !\nLe VengeurP Charles Gille. Le Bataillon de Vavenir, E. Baillet,\nCollignon. —La Sentinelle, E. Carré et Ch. Pourny. —La Sentinelle\nperdue, Villemer, J. Fuchs et A. d'Hack. La Plébéienne, paroles des\ncitoyens A. Philipert et H. Chatelin, musique de (on ne met pas citoyen)\nF. Chassaigne. Cette éternelle histoire de Prolétaires, de Place au\nSoleil de la Liberté, etc., a dû être fort goûtée, car l'image en est à\nmoitié effacée. La Jeune Armée, F. Duvert et L. Benza. Le\nTroisième Zouave, Villemer, Nazet, R. Planquette. —Les Prisonniers\nd'Allemagne9 P. Burani et C. Pourny; ce doit être une nouvelle édi-\ntion; nous avons déjà enregistré ce morceau. Le Régiment des\nOuvriers, L. Delormel et L. Benza :\nA leurs enfants, vaillante race\nQui grandit pleine de fierté,\nIls font aimer la vieille Alsace,\nLa patrie et la liberté !\nLa pauvre Alsace continue à être chantée par les poètes et les musi-\nciens ; plusieurs des morceaux qui vont suivre sont à leur seconde édi-\ntion, les titres nous en paraissent connus ;il s9y trouve même deux fois\nle Rhin allemand de Musset, musique de M. Chaume, et une autre de\nJ. Arnoldi, puis une Prière alsacienne, dédiée à madame Alboni, avec\ntexte français, italien et musique de G. Rota. Viennent après : Salut\nà la France, paroles et musique de L.-A. Dubost. L'Orpheline,\nC. Brigliono et L. Chelu. —Les Nouvelles de France, Gazay et A. Pe-\ntit. Une Chanson française dans un cabaret d'Alsace, Delormel,\nVillemer et L. Benza, c'est une nouvelle édition. —Le Centenairet chant\nalsacien, E: Siebecker et E. Baumaine."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "255", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.15", "texte": "L'HISTOIRE EN CHANSONS\n\nQiion me porte sur le Donon,\nDe là je te reverrai, France,\nEt comme un gage d'espérance\nMon dernier mot sera ton nom.\nClaude le convoyeur,d'Ed. Vicq. P. Tournafond et A. Au-\njac; ce sont les adieux touchants d'un pauvre maître d'école qu'on force\nde quitter 1 Alsace. La Revanche par\nL. Perrin ; cette pièce a paru à Lyon. A l'Alsace-Lorraine, cantate\nà quatre voix d'hommes, de P. Tourrette et M. Bléger\nA. Fleurent et J. Laporte. L'Enfant de l'Alsace, paroles et musique\nde M. l'abbé A. Blajan, dédié aux familles Eschbach et Althoffer de\nGuebwiller. Dormeç, mes chers Villemer, J. de Rieux et\nd'Hack; c'est une berceuse alsacienne. Frumence Du-\nchemin et J. Hequet. La sainte France, Villemer, Delormel et\nF» Boissière.\nJe ne cache pas mon plaisir, comme Alsacien, d'enregistrer tous ces té-\nmoignages de sympathie populaire accordés à ma chère province natale.\nIci vient une pièce ornée d'un excellent portrait de M. Thiers, le titre :\nLe Père l'expérience, chant d'espoir, H. Chatelin et Lonati. Il y a une\npetite strophe qui ne rajeunit pas du tout, mais pas du tout, l'illustre\nhomme d'État :\nJe m'appelle l'expérience\nHier j'eus cent ans accomplis,\nEt je viens avec confia\nVous offrir mes derniers avis.\nLe Pain de la vengeance,A. Frété et J. Baudouin.\npas, J. Evrard et Ch. Liébeau. Dormeç, berceuse patriotique, Gabil-\nlaud, Duchêne et J. Chabrut. La Veuve du Soldat, paroles et mu-\nsique de F. Marquézy. La France, paroles de J. Cl., musique de E.\nEngam. Tout parle d'amour,musique de madame E. Belliard; c'est\nl'Emir de Bengador de Méry, et si cette pièce se trouve citée ici, c'est\npour sa dédicace : A sa majesté l'lmpéra\nvalse, souvenir du 16 mars 1874, par L. Nevers; avec le portrait du\njeune prince sur le titre. La LibertÉmile André.\nVillemer, Delormel et Ben-Tayoux; le vrai mot historique n'y est pas,\nle refrain est : « la garde meurt et ne se rend jamais. » J'ai sauvé la\nFrance, Le Guillois et A. de Villebichot,\nOui, je suis Jeanne d'A rc,\nJe n'étais qu'une femme et j"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "256", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.16", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nLa Pauvresse de Babeilles, J. Bertrand et J.-B. Rongé.—Le Peuplier,\nA. Bouvier et J. Darcier. Les trois Villes, A. Siégel et Antonin\nLouis. Il y a une malédiction pour Berlin, cela va de soi, mais qu'est-ce\nque la ville de Rome a bien pu faire à M. Siégel, pour encourir sa malé-\ndiction? Il est encore bien heureux que Paris soit jugée digne de rece-\nvoir la bénédiction de ce monsieur, bénédiction dont certainement elle\nne s'inquiète guère. Pourquoi tant d'horreurs sur la terre ? par H.\nBoutry. Les Martyrs de l'erreur, supplique à VAssemblée nationale\nen faveur des Déportés, paroles et musique de F. Denanjanes. Voici\ncomment débute cette chanson communarde :\nQiCai-je donc fait à ma patrie ?\nMoi qui désirais son bonheur !\nEn deux mots, ce sont de petits saints, qui ont tout au plus flambé un\ntant soit peu Paris pour allumer leurs cigares, et même, c'est le mot de\nla fin :\nSi dans un élan magnanime,\nDes hommes se croyant du cœur\nOnt faibli, leur crime !\nQui n'a jamais commis d'erreur ?\nOn dirait vraiment qu il s'agit de la peccadille d'avoir mis deux s à\nsoupçon ou autre crime semblable et pardonnable. La censure se trou-\nvait donc dans un grand jour d indulgence ?\nLe dernier Turco de Wissembourg, M. Achard et A. Béranger.\nla Vivandière, Dubourg-Neuville et Novelli. Donnec'est\npour la France, Valès, Vallat et F. Chassaigne. Le Porte-drapeau,\nchant patriotique, Burani et F. Chassaigne. —L'Enfant des barricades,\nBurani et P. Batifort. A la retraite de Montretout, derrière une barri-\ncade, les soldats avaient encore un peu de poudre, mais plus de balles;\nun gamin grimpe sur la barricade et crie : Mort aux Prussiens 1 II tombe\nsous une grêle de plomb, en disant :\nVous demandiez des ba11e5...., en voilà!\nLa Républicaine, chant national de 1872, au citoyen Gambetta, par\nP. Burani et L, A. Dubost (avec le portrait de Gambetta). Le Por-\nteur de dépêches, Villemer, Fuachs et L. Benza, Les Pigeons messa-\ngers, Couturier et A. Jacquin. Un joli 3e couplet, quoique les rimes ne\nsoient pas riches :"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "257", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.17", "texte": "fuyei surtout ces bois\nTout pleins de mystère et d'ombrage,\nOù vous attirait autrefois\nLa colombe ardente et volage.\nL'épervier s'y cache à présent ;\nFuyei que votre vie\nReprésente dans ce moment\nL'âme, Vespoir de la patrie.\nLa Jeunesse française,Villemer, Delormel et Ben-Tayoux.\nFranc-tireur,E. Ripault et Ch. Amyon. J. H. Bo-\nnin et J. Ghabrut. L Instruction P. Poyaud et J. Cha-\nbrut. Le Général Moncey,Delormel, Villemer et A. Pilati.\nla Délivrance,A. Le Blanc et G. Prieur Duperray.\nIci nous aurions à enregistrer une nouvelle série de cantiques pour\nles différents pèlerinages de la France, mais la plupart de ces pièces ne\nsont pas signées ; les appeler des chefs-d'œuvre de poésie et de musique\nserait une exagération. Nous y trouvons La Franre au Sacré-Cœur,\npar L. de Conra et M, de Piei pont. madame\nF. Dufor, etc. Pauvre Exilée,J. Anglade et E. Siedel.\nLa Bouillie pour les chats, par J. Loyseau; c'est une espèce de revue\npolitique depuis 98. Le Siège d Villemer, Delormel et\nL. Benza.\nNous avons déjà observé que tout se chante en France, c'est pour\nappuyer une fois de plus cet axiome que nous citons :Il la rendra la\nfourchette, G. Boillet et A. Tac-Coen, avec une horrible lithographie.\nNous revenons à nos moutons. .. qui, cette fois, sont des héros :\nsont-ils? H. Corney et C. Liébeau; il s'agit de Hoche, Kléber et Mar-\nceau. Salut à la Patrie, chœur à quatre voix d'hommes, A. Brun et J.\nOffenbach. Le Prussien tarteifle,M. Constantin et F. Barbier; c'est\névidemment une réédition, car le sujet ne peut avoir été traité qu'avant\nla guerre. Salut à la France,L.-A. Dubost.\nsatire, Perchet, Denanjanes et H. Voury. La Chanson du Paysan,\nP. Burani et A. Louis. La Mobile en J. Snerre et de Ploosen.\nMorsbronn,C. Détré et C. Liébeau.\nIci se placent quelques réclames en chansons, comme :\ncité par Crépin aîné, de Vidouville {Manche), le tout musiqué par Et.\nDucret (avec portrait). Sur une autre chanson-réclame, de M. Crépin,\nil ya la Façade de la maison Crépin 47 ;\nsi nous en croyons le dessin, l'ancien hôtel-de-ville de Paris n'eût pas\ntiop éclipsé ce palais de 47 mètres de développement. Le même fournis-\n\nVII.\nL'HISTOIRE EN CHANSONS\nI 7"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "258", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.18", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nseur de paroles et musique, Etienne Bucret, a mis son génie à la dispo-\nsition de la maison Bornibus : Le Cornichon Bornibus :\nREFRAIN :\nDu cornichon, comme épithète,\nSi tout le monde fait abus,\nJ'aime à croquer à la fourchette\nLe cornichon de Bornibus.\nUne autre chanson : Bornibus, sa moutarde (même auteur) a dû\nparaître la première; la Société des concerts du Conservatoire ne l'a pas\nencore fait entendre à ses pieux abonnés, et pourtant il y a un couplet\nfinal de l'auteur à lui-même qui eût fait sensation :\n(Sur l?air des Mirlitons.)\n/ #\nHélas! mon pauvre Etienne,\nToute joie a sa fin,..\nBah ! qu'à cela ne tienne !\nComme fai le goût fin,\nQiiand il me faudra descendre\nAu séjour des mortibus,\nAu lieu d'urne sur ma cendre,\nPour charmer mes manibus,\nPlantef un pot de Jsor, Bor,\nUn joyeux pot de ni, ni,\nUn grand pot de Bor, de ni, de bus,\nDe Bornibus !\nEt si, après la réclame que nous venons de faire nous-même, M. le\nDirecteur de la Chronique ne reçoit pas franco un grand pot de cor, de\nniy de chons, la maison Bornibus n'est qu'une ingrate.\nCe genre de réclames chantantes paraît avoir été goûté, puisque le\nmême auteur a publié La Fleur d'lris (maison Pivert); La Locomobile\n(maison Herman-Lachapelle) ; Les Rigollots (maison Rigollot) ; La\nMénagère (Palais-Bonne-Nouvelle); Le Tapioca universel du Brésil\n(maison Fourcade) ; enfin la Veloutine (maison Ch. Fay).\nNous revenons aux chants patriotiques et de circonstance : Le dra-\npeau du régiment, R. Gry et L. Benza. La Bible de VAïeule, Tour-\nnafond et Aujac. Le Faterland (c'est Vaterland qu'il faudrait met-\ntre) J. Villemer et C. Baldi. Près du vieux Chêne, Roche et G. de\nLussigny; horriblement mal autographié chez Séguin, 121, rue de Bel-\nleville; nous donnons l'adresse pour qu'on n'y aille pas. France, Ca-\nmus et Ch, de Perpigna. Gloire au courage, Bonin et J. Mûller.\nMarthe moi5 Le Tellier et E, Mouchard. —VA umônier du régi-"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "259", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.19", "texte": "L'HISTOIRE EN CHANSONS\n\nment, Burion et Anchtitz. Le Sole Duvert et L.\nBenza. La République et les RépublicaA. Leclerc et J. Darcier.\nLa France a passé par là, Perricaud, Delormel et Matz. Où sont-\nils? H. Cainey et Ch. Liébeau. Les Cloches françaises, Ugelmann\net A. Petit.\nIlimno guerrero à A. S. R. Serenissimo Don Alphonso de Borbon\nde Austria y de Este, a su Entrada Cette pièce a paru\nà Montpellier, sans nom ci auteur, mais on y dit que la musique est\nd'un ancien musicien qui a fait la guerre de sept ans ; le titre à la\nplume est évidemment un coup d'essai d'un artiste en herbe; on y voit\ndes rochers qui ressemblent à s'y méprendre à un immense tas de\nsemelles de bottes. Prorogation-valse, publiée dans le 16\naoût 1874, H. Charlet et Cœdès. dédié à Mgr\nle comte de Chambord, paroles et musique de A. Carvin. La Sainte\nRépublique, par E. Genisson :\nREFRAIN :\nHonte à tous les Régnier,\net son engeance,\nAu lâche aventurier\nDéchu du trône en France.\nLe Bon Génie,paroles et musique d'E. Génisson. C'est une chanson\nen l'honneur de M. Thiers. Couplet final :\nDe cette chanson la morale,\nC'est qu'on dit dans chaque canton\nSa retraite étant septennale,\nNous aurons notre Washington.\nIls Grandiront,C. Vergnet et A. Petit. Félicie Rameau.\nLes Impôts Roses,E. Vicq. En voici quelques articles : les fillettes\nde dix-sept ans paieront dix écus d impôt, tous les laiderons et vieilles\nfilles Voudront être de cette catégorie ; les hommes seront taxés en raison\nde leui mérite, avoue par eux-memes au percepteur ; les acteurs sans\ntalent ne paieront pas d'impôt, tous voudront payer, etc., etc.\nPays, Félicie Rameau.\nVoilà encore une année d epluchee ; nous l'avons fait sussi vivement\nque possible, au risque de ressembler à un catalogue; cette manière de\nprocéder était d ailleurs la plus naturelle pour de petites productions de\ncirconstance, où le génie ne brille point par l'excès.\n\nJ.-B. WEKERLIN."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "260", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.20", "texte": "LE BRINDISI DE LA TRAVIATA\n\nNOUVELLE (I)\nII\nARMEN est restée'pensive; peut-être le départ un peu\nbrusque de Gontran l'a contrariée. L'autre, M. Cor-\nbellini, a suivi du regard la sortie du jeune musicien,\npuis se rapprochant de Carmen, et d'un ton sardo-\nnique :\nIl a l'air rusé, votre cher maestro, lui dit-il.\nNe faites pas attention ; il est un peu fantasque.\nJaloux surtout.\nNe parlons pas de lui.\n—Au contraire, parlons-en. Il vous aime n est-ce pas ?\nQue vous importe... puisque je partirai avec vous... si je vais en\nItalie.\nC'est que je n'ai pas trop de confiance dans les paroles ; j aime\nmieux les écrits, ils restent. Il y a même un proverbe latin là-dessus,\nmais je vous en fais grâce, il n'y a que votre petit épagneul qui le com-\nprendrait.\nSans vous compter. Mais savez-vous que c'est blessant ce que\nvous dites?\nPour le chien? Soit. Ainsi vous allez partir, ou plutôt nous allons\npartir pour Milan.\n\n(i) Voir I© numéro du ler mars."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "261", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.21", "texte": "LE BRINDISI DE LA TRAVIATA\n\n« Et mon engagement ? Vous ne m'en dites rien.\nPuisque vous avez ma parole!\nJe ne dis pas non. Mais, enfin, il faut toujours un engagement\nsigné.\nPourquoi ? Parce que les écrits restent? Savez-vous que c'est bles-\nsant ce que vous dites... sans compter que vous me traitez comme un\nchien.\nCe n'est pas la même chose.\nJe l'espère ma foi bien.\nLes affaires sont des affaires... et les questions de cœur...\nN'en sont pas. Pour moi, c'est le contraire.\nMais alors, monsieur, comment concilier ces deux choses.\nVoici, mademoiselle... En mettant sur le même pied les questions\nde cœur et les affaires.\nC'est-à-dire?\nRien n'est plus simple.\nSur ces mots, il signor Corbellini tire de sa poche un papier plié en\nquatre, et le montrant à Carmen :\nVoici un engagement en règle, lui dit-il. Il est signé de l'impre-\nsario de la Scala et approuvé par mon ami Verdi, avec cette clause bien\nexpresse... ah ! il y a une clause ! qu'il n'aura de vigueur qu'autant qu'il\nsera signé par votre très humble serviteur. Je vous le livrerai en échange\ndu papier que je vous ai demandé hier, et que vous m'affirmiez tout à\nl'heure être prêt.\nC?est-à-dire qu'il faut que je m'engage à partir avec vous, à voyager\navec vous, à aller avec vous à Milan.\nVous hésiteriez quand vous voyez combien je vous aime?...\nC'est parce que je le vois, que j'hésite.\nVous aimeriez mieux voyager avec M. Gontran?\nSi c'était mon mari, je n'hésiterais pas.\nQui vous dit que je ne vous épouserai pas.\nQui me dit que vous m'épouserez ?\nCe sera avant de partir, si vous y tenez.\nCarmen fait un petit mouvement d'effroi et ne peut s'empêcher de se\ndire à elle-même : Diable! il va vite en besogne! Quant à son\ninterlocuteur, il la laisse tranquillement se consulter. Il croit qu'elle se\nconsulte, le brave homme!...\nVoyons l'engagement, dit Carmen, pour prendre un biais.\nLe voici: « Mademoiselle Carmen, prima donna à la Scala..."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "262", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.22", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nCarmen l'interrompt aux premiers mots : Prima donna assoluta.\nfallait-il mettre, dit-elle vivement.\nVous y tenez beaucoup? Soit, on l'ajoutera. Je continue : aux ap-\npointements de 5o mille écus par an et à un bénéfice net de frais. Sui-\nvant les clauses habituelles, toujours les mêmes, c'est imprimé, vous les\nconnaissez. Voyons maintenant votre papier.\nCarmen va le chercher dans un petit pupitre en bois des îles, sur le\nguéridon, et le tend, avec un peu de contrainte à M. Corbellini, qui le\nparcourt, baissant, à chaque ligne, la tête, d'un signe approbatif. Il y a\ndes magots chez les marchands de curiosités qui, sans avoir vu M. Cor-\nbellini, l'imitent parfaitement.\nJe vois, dit-il, que vous avez copié à la lettre ce que je vous avais\nindiqué sur le brouillon... Mais! vous n'avez pas signé.\nEt vous, avez-vous signé l'engagement?\nC'est juste. Veuillez me donner une plume.\nCarmen approche de lui le guéridon et rabat la planchette du pupitre.\nA voir le mouvement de fluctuation qui se trahit sous un corsage, on\ndevine un grand combat intérieur. Elle sera engagée, oui; mais à quel\nprix! pauvre Gontran! Qui l'emportera de l'amante ou de l'artiste?\nDonnez! dit-elle d'un air résolu, quand Corbellini a tortillé son\ngros paraphe.\nUn moment! fait-il. Et lui montrant d'une main l'autre papier;\nde l'autre lui présentant la plume : Signez à votre tour, dit-il.\nQuel démon ! murmura Carmen, sans oser prendre la plume.\nAh ! vous voyez, fait le petit gros monsieur, d'un ton qui voudrait\nêtre amer et qui ne réussit qu'à être ironique.\nMa reconnaissance ne vous suffit-elle donc pas, balbutia Carmen.\nLa reconnaissance ! c'est votre moralité de tout à l'heure qui le dit :\ncelle que nous promettons à nos protecteurs nous suit jusqu'à la porte de\nnotre réussite, mais notre mérite seul y entre.\nC'est un peu trop métaphysique pour moi, dit Carmen, en haus-\nsant légèrement les épaules.\n-—Vous comprendrez mieux cette autre maxime, puisque nous parlons\nen sentences ; et toujours du même à la même : « Rappeler les bienfaits\nest un manque de tact, mais les oublier est un manque de cœur. »\nDétail étrange : celui qui saurait bien lire dans les yeux si pétillants\nde M. Corbellini y remarquerait peut-être plus de malice, voire même\nplus de satisfaction que de désappointement. On dirait que c'est presque\nmalgré lui qu'il insiste. Il insiste pourtant :\nVous ne voulez pas signer? dit-il carrément."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "263", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.23", "texte": "LE BRINDISI DE LA TRAVIATA\n\nJe ne sais... je n'ose.—Et Carmen prenant tout à coup un air\nrésolu : Et si je ne signe pas ? dit-elle.\nEn ce cas, je prends l'engagement, dit Corbellini avec le plus grand\ncalme.\nA ces mots qui sont tombés comme de la glace sur le cœur brûlant\nde Carmen, elle paraît se vivifier. Voici qu'elle s'approche du guéridon\npour signer. Au même moment, Gontran, qui s'était bien pro-\nmis de ne plus remettre le pied chez « cette coquette! » paraît sur le\nseuil de la porte et écoute sans être aperçu. Tout à l'heure il a fait de\nmême. Il se répète outrageusement : « ce jeune monsieur, ce n'est pas un\naccompagnateur, c'est un répétiteur : »\nEh bien? dit Corbellini en voyant que Carmen s'arrête de nou-\nveau. *\nNon! s'écrie Carmen en jetant la plume d'un geste qui a le tort\nd'être un peu théâtral et le mérite d'être sincère. Non, je ne signerai\npas !Je ne puis partir avec vous.\nM. Corbellini a su maîtriser son étonnement et sa contrariété. Il se\nborne à hocher la tête, mais cette fois avec une expression tout autre\nqu'approbative, et à dire, comme se parlant à lui-même :\nEh! mon Dieu ! voilà ce que c'est! je devais le prévoir. Elle parais-\nsait m'aimer cependant!... Elle a vu en moi l'homme utile, l'ami de\nl'imprésario, l'ami du maître. On commence par profiter des faiblesses\ndes gens, quitte à s'en moquer après.\nCes derniers mots froissent cruellement la jeune cantatrice. Un mo-\nment la peine,, feinte ou vraie, de ce brave homme paraissait l'avoir tou-\nchée. Mais à sa dernière phrase de reproche elle s'éloigne, en se bornant\nà dire ;\nVous êtes d'une sévérité!...\nEt d une clairvoyance!... Eh bien, c'est vous qui l'aurez voulu.\nGardez votre papier, mademoiselle Carmen; quant à l'engagement,\nvoici ce que j'en fais.\nEt il le déchire : Carmen pousse un cri. Le petit chien s'éveille, la\nregarde, se décide à quitter son crapaud, s'étire et va auprès de sa maî-\ntresse. Mais voyant qu'elle ne fait pas attention à lui, il se dirige vers\nla porte du salon : il a senti ou deviné Gontran. Celui-ci se jette vive-\nment en arrière. Il y a eu un long silence. Carmen le rompt la première.\nElle se retourne vers M. Corbellini et lui dit d'un air digne :\nVous avez fait là une mauvaise action, monsieur. Soit, je renoncerai\nà mon rêve doré. C'est pour la dernière fois que je vous adresse la\nparole; mais pour tout vous avouer. Oui, j'ai eu tort; j'ai fait sem-"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "264", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.24", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nblant d'écouter vos déclarations; mais j'aimais ailleurs; j'aimais et\nj'aime un excellent garçon, artiste comme moi, musicien comme moi,\njeune comme moi, qui m'aime, lui, et sans conditions. Mais je m'étais\njuré, même en l'épousant, de ne pas être à sa charge, de gagner ma vie\ncomme il gagne la sienne, de joindre mes succès aux siens. Vous avez\ncru que je vous aimais; j'aurais dû vous détromper, c'est vrai; je ne l'ai\npas fait et je le regrette; c'est que je tenais tant à obtenir de vous cet\nengagement à la Scala que vous faisiez miroiter à mes yeux. Mais ce que\nvous ignorez, monsieur, c'est que je n'ai pas de fortune, que pour arri-\nver à être ce que je suis, j'ai dû travailler jour et nuit, j'ai souvent souf-\nfert le froid et la faim, et j'avais ma pauvre mère à nourrir... Je travail-\nlais ferme, courageuse, infatigable, avec l'espoir qu'un jour... (Ici la\nvoix émue de Carmen a presque des larmes). Et vous avez détruit toutes\nmes espérances !... ajoute-t-elle avec amertume, sentant que les sanglots\nvont l'étouffer. Oh! vous avez été bien cruel.\nCruel n'est pas le mot exact, s'écrie Gontran qui se décide enfin à\nintervenir. Le vrai mot, je vais le dire, moi!\nMais l'étranger le couvrant d'un regard sévère et digne, l'arrêta.\nVous n'en ferez dit-il, vous le regretteriez amèrement.\nM. Corbellini semble transfiguré, ce n'est plus le bonhomme de\ntout à l'heure.\nVous étiez là, Gontran! dit Carmen un peu confuse.\nEt j'ai tout entendu. Merci, Carmen; vous êtes un noble cœur, et\nvous, Monsieur...\nSilence!., s'écrie Corbellini avec autorité. Puis s'adressant à la\njeune fille d'un air de courtoise déférence : Mademoiselle Carmen, ceci\nest à vous et il lui remet un papier.\nC'est évidemment celui par lequel la cantatrice s'engageait à partir\navec M. Corbellini pour l'ltalie.\nCarmen va lui faire subir le même sort qu'a eu l'engagement.\nAh! prenez garde, dit l'ltalien en souriant. Ne le déchirez pas. Ce\nserait dommage.\nCarmen ne comprend pas; elle jette machinalement les yeux sur le\npapier, et pousse un cri de surprise et de joie :\nQue vois-je ! mon engagement! Et ce que vous venez de déchirer?\nC était 1 autre papier, le vôtre... qui n'était qu'une épreuve à\nlaquelle je tenais à vous soumettre. Vous en avez triomphé; c'est tout\nce que je désirais.\nIl faut voir l'émotion de Carmen! Quant à Gontran, il n'y comprend\nrien du tout."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "265", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.25", "texte": "LE BRINDISI DE LA TRAVIATA\n\nCroyez-vous, continue M. Corbellini, que j'ignorais votre affec-\ntion pour Monsieur... qui la mérite bien, d'ailleurs? Je vous avais en-\ntendue, j'avais reconnu en vous des qualités précieuses, l'étoffe d'une\nprima donna... assoluta, pardon! j'oubliais... Mais il vous reste encore à\nvous perfectionner, j'ai émoustillé votre zèle, j'ai été assidu auprès de\nvous, j'ai risqué même quelques petites déclarations... Vous avez cru\nque je vous aimais et vous vous êtes dit : « S'il m'aime, je serai enga-\ngée. » C'est ce que je voulais; mon but est atteint, je n'ambitionne plus\nque votre succès, dont je suis sûr; que votre bonheur, dont je laisse le\nsoin à M. Gontran, et qu'un peu d'amitié, que vous ne voudrez pas me\nrefuser.\nOh! dit Carmen dont les beaux yeux se noient, mais cette fois ce\nsont des larmes de joie... Et dire que je vous avais si mal jugé.\nEt moi, Monsieur, ajoute Gontran, qui a fini par comprendre ; moi\nqui allais vous dire des sottises.\nVous en auriez fait une, et bien grosse, voilà tout. Mais je n'en\nveux ni à vous ni à mademoiselle Carmen. Je pars ce soir pour l'ltalie,\nje vais annoncer votre prochain départ, Verdi et l'imprésario de la Scala\nseront contents de moi. Plus tard ils le seront de vous. Mais que ce\n« plus tard » ne soit pas trop éloigné. N'oubliez pas que votre engage-\nment date du 15 décembre. Soyez à Milan du ier au 7. C'est M. Gontran\nqui vous accompagnera.\nOui, mais après m'avoir accompagnée à la mairie et à l'église.\nDécidément, dit Corbellini en souriant, il sera toujours et partout\nvotre accompagnateur.\nGontran rit du mot, et serre la main à cet étrange mélomane.\nUn moment! fait M. Corbellini, comme s'il revenait sur un oubli.\nEt mon courtage? Nous n'avons pas parlé de mon courtage. C'est par\nmon entremise que vous êtes engagée. J'ai droit à une provision.\nCe mot jette un froid. Mais Carmen est si heureuse d'être prima donna\nassoluta à la Scala à cinquante mille écus d'appointements, qu'elle\nne s'arrête pas à cette bagatelle.\nAh! excusez-moi, dit-elle, je suis encore novice; j'ignore les usages.\nComment dois-je m'acquitter envers vous ?\nD'habitude on me paie d'avance, dit Corbellini.\nEffroi de Carmen. Regard embarrassé échangé avec Gontran. Le\nsoi-disant homme d'affaires n'a rien voulu remarquer et poursuit :\nVous vous acquitterez séance tenante... en me chantant encore\nune fois le Brindisi de la Traviata. C'est là ce que j'appelle mon cour-\ntage, et vous voyez que je suis exigeant."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "266", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.26", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nCarmen, dans un mouvement de joie enfantine, courut à M. Corbellini\net l'embrassa sur les deux joues. Puis elle se mit au piano, et cette fois\nc'est avec une expression bien sincère qu'elle chanta :\nSempre ridere voglio\nFolleggiar di gioia in gioia.\nEn avait-elle de la « gioia » dans le cœur ! Et Gontran aussi !\nEt Corbellini de même, puisqu'il se confirmait dans l'idée d'avoir mis la\nmain sur une vraie prima donna. Verdi serait content de lui, et il aime\ntant son ami Verdi.\nSeul, le petit épagneul de Carmen ne paraît pas partager la joie com-\nmune. Les vocalises échevelées et la cadence l'ont éveillé il s'était\nrendormi ! il tourne la tête du côté du piano, et ouvrant sa petite\ngueule noire à faire croire qu'il veut s'avaler, il fait entendre un long\nbâillement.\n... Ah ça ! est-ce que vous allez faire de même, par exemple ?\n\nA. DE LAUZIÈRES-THÉMINES."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "267", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.27", "texte": "DE CERTAINS\nRENVERSEMENTS EXCEPTIONNELS\nDES INTERVALLES\n\nEUX pages de pédagogie musicale, si vous voulez bien me le\npermettre pour une fois. Je n'ignore pas que cinquante\nlecteurs au plus pourront s'intéresser à la question. Mais\nenfin, si ces cinquante lecteurs s'y intéressent, je n'aurai\nperdu ni mon temps ni mes peines. Il s'agit d'attirer l'atten-\ntion des professeurs de contrepoint et des compositeurs aux-\nquels les combinaisons purement scientifiques ne sont pas indifférentes, sur\ndes faits que je ne sache pas avoir été observés jusqu'ici, et encore moins mis\nau jour. Et bien que nous ne vivions plus à l'époque où la musique s'écri-\nvait pour le plaisir des yeux, et où le déchifïreur de rébus qui pouvait le\nmieux résoudre un canon énigmatique était réputé le musicien le plus habile,\nj'ose croire que les observations que j'ai faites ne seront pas absolument dé-\nnuées d'intérêt.\nToutes les personnes qui ont appris l'harmonie, voire même le solfège,\nsavent que dans le renversement des intervalles ceux qui sont justes restent\njustes, et que les intervalles diminués deviennent augmentés, les mineurs\nmajeurs, les majeurs mineurs, et les augmentés diminués. Or, j'ai observé\nque cette règle fondamentale n'est plus applicable dans les contrepoints\ndoubles à la neuvième, à la onzième, à la treizième et à la quatorzième, ni\nmême dans les contrepoints à la dixième et à la douzième, qui servent encore\nquelquefois. Ainsi, dans le contrepoint à la dixième, la sixte renversée pro-\nduit la quinte. Mais cette sixte qui, mineure ou majeure, donne une quinte\njuste sur le ier, le 3e, le 4e, le se,5e, le 6e et le 7e degré de la gamme, présente\nune quinte diminuée sur le second. De même dans le contrepoint à la dou-\nzième, le renversement de la tierce mineure sur la sensible produit une\ntierce mineure, au lieu de majeure qu'elle devrait être. Et tous les contre-\npoints doubles, hormis celui à l'octave, subissent des variations du même\ngenre : ce qui prouve que le contrepoint double à l'octave est non-seulement\nle meilleur, mais le seul naturel, puisqu'il est le seul où la règle du renverse-\nment des intervalles soit observée dans sa stricte rigueur. Je ne suis point\nmathématicien, et ne sais malheureusement pas le premier mot d'acoustique.\nJe ne puis donc que constater ce fait curieux; mais je suis persuadé qu'un\nérudit pourrait l'expliquer."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "268", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.28", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\n• Au surplus, voici un tableau qui représente le renversement des intervalles\ndans tous ces contrepoints, peu ou point usités. Les croix indiquent les degrés\nde la gamme où le résultat du renversement déroge à la règle générale reçue.\n\nContrepoints doubles.\n\nHENRY COHEN."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "269", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.29", "texte": "REVUE DES CONCERTS\nCONCERTS POPULAIRES : Dans la Forêt, symphonie de Raff. —CONCERT DANBÉ : Cal-\nlirhoé, opéra de Destouches. Fragments symphoniques de M. G. Valencin. SO-\nCIÉTÉ ARTISTIQUE. CONCERT DE M. ALBERT SOWINSKI {Salle Her\\). CONCERT DE\nMADEMOISELLE SACCONI (Salle Erard).\nONCERTS POPULAIRES. Le 4e et le 5e concert de la\n3e série ne nous ont offert aucune nouveauté et je n'ai pas\ngrand'chose à en dire. On a exécuté dans le premier la Sym-\nphonie en quatre parties de M. Raff, intitulée Dans la Foret ;\ncette symphonie avait déjà été jouée l'année dernière, et la\nChronique musicale en a donné le compte rendu. C'est une de\nces vastes compositions de musique descriptive, dans lesquelles le musicien\nfait entrer, à sa fantaisie, une suite de tableaux empruntés à la nature ou à la\nvie humaine. Le sujet de chacun de ces tableaux est indiqué sommairement sur\nun programme, et on laisse à l'imagination de 1 auditeur le soin d expliquer,\nconformément à l'indication une fois donnée, toutes les singularités musi-\ncales qui se donnent libre carrière dans le cadre choisi par le compositeur.\nLe programme de M. Raff est ainsi conçu : Allegro \\ le Jour, impressions et\nsensations \\ Largo ; le Crépuscule, Reverie *, Allegro assai : Danse des D) yades ;\nFinale : la Nuit, chasse fantastique, le lever du jour. L'allégro m'a paru des\nplus confus, et l'abus du style descriptif le rend à peu près inintelligible.\nLe largo est beaucoup plus musical; le style pittoresque y tient moins de\nplace, l'idée mélodique est d'un bon sentiment, et sa forme rappelle de très\nprès celle des mélodies de Wagner. Il est vrai, qu'écrivant dans la Forêt,\nM. Raff ne pouvait guère se dispenser de réaliser ce que, par métaphore,\nWagner a appelé la mélodie de la forêt, c'est-à-dire « cette mélodie qui doit\nproduire dans l'âme une disposition analogue à celle qu'une belle forêt pro-\nduit, au soleil couchant, sur le promeneur qui vient de s échapper aux bruits\nde la ville. » La Danse des Dryades manque de charme et de poésie, et le"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "270", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.30", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nmusicien s'y est trop visiblement inspiré du scherzo du Songe d'une nuit\nd'été; ajoutons à la décharge de M. Raff, qu'il n'est pas le seul qui se soit\nlaissé aller trop librement à cette séduisante imitation et, qu'à de rares\nexceptions près, la plupart des Scher\\i modernes procèdent plus ou moins\ndirectement du célèbre Scherzo de Mendelssohn. Le finale est trop long, et la\nChasse fantastique, bien que vigoureusement rendue et fortement montée en\ncouleurs, ne fera pas oublier celle du FreischutEn général, la Symphonie\nde M. Raff ne brille ni par l'originalité ni par la distinction des idées, mais\non y trouve une grande habileté de main et une science profonde de l'instru-\nmentation et, somme toute, l'œuvre est à la hauteur des meilleures composi-\ntions d'un musicien très instruit et très capable, qui tient, avec MM. Brahms\net Max Bruch, le premier rang dans l'école allemande moderne.\nIl faut croire que le sujet traité par M. Raff exerce une bien grande\nattraction sur les musiciens, car il a inspiré à M. Wekerlin, et à peu près\ndans les mêmes données, une symphonie sylvestre : la Forêt, exécutée il y a\ndeux ans aux concerts du Grand-Hôtel, et à madame de Grandval, un poème\nsymphonique, portant le même titre, et dont la première audition aura lieu\nle 3o mars prochain, dans la salle Ventadour, sous la direction de M. Danbé»\nAu 5e concert, madame Carlotta Patti est venue chanter un air de Samson.\nd'Haendel, The bright Séraphin (le brillant Séraphin). Le principal intérêt\nde ce morceau consiste dans l'accompagnement de trompette obligé qui le\nsoutient et dans les effets très curieux que le musicien a su tirer de ce duo\nconcertant pour trompette et voix de soprano. Meyerbeer a écrit un air\nanalogue avec accompagnement de flûte au troisième acte de VÉtoile du\nNord.\nH. Marcello »\nCONCERT DANBÉ (Salle Taitbout). En lisant sur Tafïiche du con-\ncert du 2 mars : « Callirhoé, opéra de Destouches, orchestré d'après les\nindications originales, par P. Lacome », j'avoue que j'ai tremblé, car je me\nsuis dit : « De refaire l'orchestre d'un ancien compositeur à refaire ses\nchants, il n'y a qu'un pas. Et en refaisant, ou plutôt en défaisant ses mélo-\ndies, la pente est rapide depuis le retranchement de quelques ornements\nsurannés jusqu'aux abominations qu'Adolphe Adam a commises dans le\nDéserteur, où le rôle d'Alexis, écrit pour basse, a été transformé en ténor, et\ncelui de Jean Louis, le père, de haute-contre qu'il était primitivement, est\nsorti basse des mains du profane arrangeur. J'ai hâte de dire que ces craintes\nse sont promptement dissipées, car M. Lacome a retouché l'orchestre de\nDestouches ou plutôt de Lalande, puisque Destouches, brave officier, ne\nsavait pas instrumenter une partition avec une grande sobriété et beau-\ncoup de tact et d'intelligence : et, en effet, si tant est qu'on éprouve le besoin\nde faire entendre de la musique d'un autre âge, il faut la faire entendre telle"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "271", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.31", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nqu'elle est, ou la laisser de côté. Mais j'aurais deux reproches plus graves à\nadresser à M. Lacome. Pourquoi nous avoir privés de l'ouverture, qui, à la\nlecture, semble devoir produire de l'effet ? Et pourquoi avoir fait un acte pos-\ntiche, en prenant des morceaux de cet opéra à droite et à gauche, au\nlieu d'avoir donné un acte complet, deux actes même, s'il était nécessaire,\nmais intègres, et qui permissent de juger du talent lyrique de Destouches,\nsous le rapport de la gradation théâtrale ?\nQuoiqu'il en soit, des fragments de Callirhoe ont été chantés et joués en\ncostumes, dans l'intention de donner au public de 1875 l'idée de ce qu'était\nl'école de musique française en 1712, c'est-à-dire pendant l'intervalle de\nquarante ans qui sépare la mort de Lully de l'avènement de Rameau, triste\net terne crépuscule que Campra seul a de temps en temps faiblement illu-\nminé : et le ministère s'est assez intéressé, dit-on, à cette exhumation pour\nen faire tous les frais d'exécution et de mise en scène. Rien de mieux. Exa-\nminons donc Callirhoe.\nJ'éprouve ici un certain embarras. Pour juger si une musique qui sort\nabsolument de nos habitudes est bonne ou mauvaise, la première et la plus\nindispensable de toutes les conditions est qu'elle soit bien interprétée. Or,\nj'en appelle à tout ce public, nombreux autant que le pouvait comporter la\ncharmante et coquette salle Taitbout, et exclusivement composé d'artistes,\nd'amateurs et de journalistes, l'exécution de Callirhoé a-t-elle été bonne?\nM. Fugère, à qui je ne conteste ni un joli timbre de voix, ni une méthode\nbien appropriée à l'opérette, comme il en a fait preuve dans les Idées de\nM. Pampelune, a-t-il l'ampleur d'organe suffisante pour un rôle de tyran,\ndans un ancien grand opéra, dont les traditions sont perdues, et où une basse\ntrès puissante est d'une absolue nécessité? Un soprano qui, depuis la pre-\nmière note jusqu'à la dernière, n'offre au public qu'un chevrotement\nmais un chevrotement de première classe, est-il en état de faire comprendre\nles beautés de ces chants extrêmement soutenus et de cette pure et large\nsurtout quand ses notes du médium sont d'une faiblesse désespérante,\nnotes dont les anciens compositeurs de l'École française se servaient précisé-\nment beaucoup? Enfin, une quinzaine de choristes peuvent-ils rendre l'effet\nd'un peuple entier? L'orchestre seul a été ce qu'il fallait pour un opéra qui\ndate de cent soixante-trois ans, probablement même bien meilleur et jouant\nplus juste que celui du temps.\nArrivons à la musique. L'hymne à la nuit qui commence l'opéra doit faire\nde l'effet s'il est bien chanté, avec une voix très posée, et, par dessus tout,\ns'il est bien prononcé, trois conditions qui lui ont manqué l'autre soir. Le\nchœur qui, d'après l'arrangement de M. Lacome, précède l'hymne, est assez\nmélodieux, mais trop court et sans aucun développement, comme le sont du\nreste tous les morceaux antérieurs à Rameau. La marche qui annonce\nl'entrée de Gorésus est belle, quoiqu'il faille s'habituer à l'effet de ces accords\ndont la tierce est supprimée, et qui ne contiennent que la fondamentale et la"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "272", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.32", "texte": "LA. CHRONIQUE MUSICALE\n\nquinte. Aujourd'hui ce genre de sonorité paraît étrange et cru. La scène de\nl'hymen est d'une grande et noble déclamation. Le passage où les voix\nse réunissent sur les paroles « Sur cet autel », est véritablement beau,\net si cette scène eût été chantée par M. Gailhard et madame Gueymard\nou madame Sass, elle aurait produit beaucoup d'effet; mais aussi c'est à\nmon avis le seul morceau, dans tout ce que M. Lacome nous a donné de\nCallirhoé, qui sorte positivement de l'ordinaire. L'instrumentation, où\nla flûte et les hautbois dominent constamment, est somnolente. Le réci-\ntatif, que la basse continue accompagne sans relâche, est d'un effet fatigant.\nMaintenant, Callirhoé est-il un mauvais opéra, et l'admiration que M. La-\ncome professe pour Destouches est-elle déplacée? Je suis loin de me per-\nmettre de le dire, car cet essai informe de reprise ne prouve rien et ne\nconclut à rien. L'orchestre de M. Danbé est excellent: la salle Taitbout,\nquoique trop petite, est commode et agréable. Il faudrait donc, pour juger\ncette musique, une seconde représentation où deux artistes de premier ordre\nremplissent les rôles de Callirhoé et de Corésus, et où les choeurs fussent\nconvenablement renforcés. Jusque-là, la partie n'est ni perdue, ni gagnée.\nCallirhoé m'a fait oublier qu'il y a eu auparavant un fort joli concert, dans\nlequel la première audition des fragments symphoniques, très remarquables,\nde M. Georges Valencin, a fait beaucoup de plaisir\nHenry Cohen.\nSOCIÉTÉ CLASSIQUE. Nous avons entendu à la deuxième et à\nla troisième soirée deux morceaux inédits: un Octuor, de M. Chaîne, qui\nn'offre rien de remarquable, et un Sextuor, pour piano et instruments à vent,\nde M. Gastinel, qui renferme deux morceaux excellents : Y Allegro et le\nScherzo, écrits d'une manière fine et' distinguée et développée dans un style\ntrès soutenu; YAndante et le Finale de cette même composition sont inférieurs\naux deux premières parties. Je signalerai encore sur le programme de ces\ndeux séances : un Concerto pour deux hautbois et quintette d'instruments\nà cordes d'Haendel, le charmant Trio en mi bémol, de Schubert, la Marche\net Y Allegro appassionnato du 15e quatuor (posthume) de Beethoven, le\nQuatuor en mi bémol et YOttetto, de Mendelssohn. A propos de cette dernière\ncomposition, permettez-moi d'emprunter aux lettres de Mendelssohn un\n/\népisode fort curieux. Lundi, écrit-il, mon Otteto a été exécuté à l'Eglise.\nCela a dépassé en absurdité tout ce que le monde a pu voir ou entendre\njusqu'à ce jour; « mon Scherzo, joué pendant que le prêtre était à l'autel,\nfaisait l'effet le plus bouffon qu'on puisse imaginer, et cependant les assis-\ntants ont trouvé cette musique très belle et d'un caractère tout à fait reli-\ngieux. C'est par trop fort! » Mendelssohn trouve l'aventure burlesque et,\nj'en rirais bien moi-même tout le premier, si, par malheur, cela ne s'était\npassé chez nous, car la lettre en question est datée de Paris, 3i mars i 832 !\nH. Af."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "273", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.33", "texte": "CONCERT DE M. ALBERT SOWINSKI (salle Herz). M. Sowinski\nest un de ces artistes privilégiés chez qui le talent brave les outrages du\ntemps. Loin de s'affaiblir, ses doigts semblent prendre une nouvelle force\nd'année en année. Ses Dernières polonaises, son Château de Sauterne et son\nCarillon de Notre-Dame de Cléry, lui ont valu autant d'applaudissements\ncomme compositeur que comme exécutant. Mademoiselle Noémie Marcus a\nchanté d'une façon supérieure la cavatine du Barbier, et y a introduit des\ntraits d'une originalité et d'un brillant qu'a rehaussés encore la parfaite voca-\nlisation de la charmante cantatrice. M. Valdec a partagé son succès dans le\nduo de la Flûte enchantée.\nLa Société chorale du Louvre s'est fait entendre trois fois à ce concert,\nentre autres dans la Cigale et la Fourmi, de M. Gounod. J'ai regret de le dire,\nmais ce chœur m'a paru d'un ridicule achevé sous tous les rapports. Quand\ndonc nos compositeurs cesseront-ils d'enlever à La Fontaine tout son esprit\net sa grâce, en faisant chanter à tue-tête par vingt-cinq, cinquante, deux cent\nchanteurs à la fois, ces aimables récits destinés a être dits par une seule\nvoix, dans une réunion intime? Autant écrire un chœur d'orphéon sur une\nélégie d'André Chénier ou de Parny. Cela viendra peut-être avec le temps et\nle progrès.\nH. C.\nCONCERT DONNÉ PAR MADEMOISELLE SACCONI (salle Erard).\nPar discrétion pour beaucoup de médiocrités, la Chronique musicale n'ac-\ncorde pas grande place aux comptes-rendus des concerts privés. Mais elle\ndoit se départir de son silence, à l'égard de mademoiselle Sacconi, jeune har-\npiste, qui nous a fait entendre son magnifique talent, le mercredi 3 mars,\ndans les salons Erard, avec le concours de mademoiselle Ida Basilier, du\nthéâtre royal de Stockholm, de MM. Pagans, Sighicelli, Chabeaux et Cros\nSaint-Ange. Mademoiselle Sacconi est une harpiste véritablement hors ligne\nà laquelle l'avenir réserve de brillants succès. A l'inébranlable sûreté du\ndoigté qui la distingue, elle joint un grand sentiment de l'expression et beau-\ncoup de goût dans le choix des traits. La harpe est un instrument bien\ndélicat, trop dédaigné dans l'éducation musicale moderne, trop compromis\npar les rares artistes qui s'y adonnent, et avec lequel mademoiselle Sacconi\nréconcilierait les plus rebelles.\nO. T.\n\nVII.\nREVUE DES CONCERTS\n18"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "274", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.34", "texte": "REVUE DES THÉATRES LYRIQUES\n\nOPÉRA : Reprise de Guillaume Tell, OPÉRA-COMIQUE : Première représentation de\nCarmen, opéra comique en trois actes et quatre tableaux, paroles de MM. Henri\nMeilhac et Ludovic Halévy, musique de M. Georges Bizet.\nA vraie reprise de Guillaume Tell a eu lieu enfin À\nl'Opéra. Entravée par un fait absolument anormal,\npar l'indisposition simultanée de six ténors, qui a\nobligé la direction à un relâche inattendu, cette reprise\na pu s'effectuer enfin, et dans des conditions très\nsatisfaisantes. Elle nous a même valu l'apparition,\ndans le rôle secondaire du pêcheur Ruodi, d'un nouveau ténor, appelé\nà tout hasard de Bruxelles pour parer à un accident possible. Le nou-\nveau venu, Breton de naissance, et qui, paraît-il, s'est distingué pen-\ndant la guerre parmi les mobiles de Bretagne, s'appelle Laurent. On ne\nsaurait le juger dans un rôle aussi peu important*, tout ce qu'on en peut\ndire, c'est que sa voix paraît bonne et pleine de franchise. M. Laurent,\ndit-on, appartiendra tout à fait au personnel de l'Opéra à du\nïûv mai prochain.\nNous n'avons, d'ailleurs, pas grandes réflexions à faire au sujet de\nInexécution de Guillaume Tell, qui ne présente aucune particularité\nnouvelle. M. Faure est toujours incomparable dans le rôle de Guil-\nlaume, qu'il joue et chante avec une supériorité si incontestable. M. Vil-\nlaret est certainement le meilleur Arnold que nous ayons entendu depuis\nbien des années. Quant à M. Belval, si sa voix laisse, depuis longtemps\ndéjà, considérablement à désirer, c'est du moins un chanteur de tradi-\ntion, qui connaît sa tâche et s'en acquitte encore honorablement. Sa"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "275", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.35", "texte": "REVUE DES THÉÂTRES LYRIQUES\n\nfille, mademoiselle Belval, qui semble ne douter de rien, et qui a toute\nla témérité de ceux qui ne connaissent point le danger, chante Mathilde\navec plus de bonne volonté que de goût et plus d'ardeur que de distinc-\ntion. Enfin, mademoiselle Arnaud a repris le rôle de Gemmy, dans lequel\nelle se montre tout à fait gracieuse et charmante.\nIl a fallu l'incendie de l'Opéra pour nous faire divorcer avec les pau-\nvretés véritablement lamentables de la mise en scène de\nTell. On se rappelle ces infortunés décors, si complètement hors de\nservice, et dont la misère jurait d'une façon si épouvantable avec la\nsplendeur de certains autres ouvrages du répertoire. Les nouveaux décors\nsont fort beaux, à l'exception de celui du second acte, qui nous semble\ndevoir être retouché. Voilà un Guillaum présentable, et digne du\npremier théâtre du monde.\nOPÉRA-COMIQUE. L'Opéra-Comique s'est enfin décidé et cela n'a\npas dû être sans peine et sans tiraillements! à donner une œuvre nou-\nvelle, et il a convié le public et la critique, tout ébaubis d'un fait\nsi anormal, à une véritable première représentation. Quelques esprits\nchagrins ont prétendu que la santé de M. du Locle devait être fortement\naltérée, pour qu'une idée aussi singulière ait pu germer dans son cer-\nveau, et qu'il était à craindre qu'un phénomène aussi inexplicable\nfût le prélude d'événements graves et de complications inattendues.\nLe fait est qu'on pouvait être surpris à moins. Toujours est-il que le\nmercredi 3 mars 1875 la date est à retenir l'affiche de l'Opéra-\nComique annonçait aux Parisiens ébahis la première représentation de\nCarmen, opéra comique en trois actes et quatre tableaux, paroles de\nMM. Henri Meilhac et Ludovic Halévy, musique de M. Georges\nBizet.\nM. Bizet, à qui M. le directeur du théâtre Favart accordait ainsi,\ntout à coup, une hospitalité si large et si peu dans ses habitudes, n'est\npoint un inconnu pour le public. Quoique âgé seulement de trente-six\nans, il y en a dix-huit qu'il a obtenu le grand prix de Rome, et depuis\nson retour de la villa Médicis, il ne s'est guère passé d'année sans qu'il\nlit parler de lui et sans qu'il produisît quelque oeuvre plus ou moins\nimportante. M. Bizet a été, au Conservatoire, un triomphateur précoce,\net il a fait dans cet établissement, où il eut pour maîtres MM. Mar-\nmontel, Benoist, Zimmermann et Halévy, des études exceptionnel-\nlement brillantes. Né à Paris le 25 octobre 1838, il était âgé de moins\nde onze ans lorsqu'il obtint sa première récompense, et voici la liste de"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "276", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.36", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ntoutes celles qu'il reçut dans un espace de huit années : ier prix de sol-\nfège (1849); 2e prix de piano (I85I) et premier prix (1852); lERIER accessit\nd'orgue ( 1853), 2e prix (1854) et premier prix (i 855), 2e prix de fugue\n(1854), et premier prix(ißss); enfin, 2e prix à l'lnstitut ( 1856), et\npremier prix (1857).\nC'est lorsqu'il venait d'obtenir son second prix à l'lnstitut, que\nM. Bizet se livra à une petite débauche dont il doit bien souiiie aujour-\nd'hui. M. Offenbach, qui n'a jamais été l'ennemi d'une douce réclame,\net qui depuis dix'huit mois avait ouvert le théâtre des Bouffes-Parisiens,\nM. Offenbach, surnommé le bienfaiteur des musiciens et le restaurateur\nde la musique en France, avait eu l'idée d organiser dans son théâtre un\nconcours d'opérette. Soixante-dix-huit compositeurs pas un de\nmoins soixante-dix-huit compositeurs encore pleins d'illusions\ns'étaient présentés, et, après une épreuve préparatoire, six d entie eux\navaient été jugés dignes de prendre part au concours définitif, c est-à-\n-------dire de mettre en musique le bienheureux livret que leurs inspirations\ndevraient couvrir d'un manteau de pourpre et d'or. Ces six favorisés de\nla fortune étaient, par ordre de mérite, MM. Bizet, Demerssemann,\nErlanger, Charles Lecocq, Limagne et Maniquet. On remet donc à\nchacun d'eux un exemplaire du livret du Docteur Miracle, dû à la col-\nlaboration de MM. Léon Battu et Ludovic Halévy_, et, au bout de quel-\nques semaines, le jury proclama vainqueurs du concours, ex œquo,\nMM. Charles Lecocq et Georges Bizet. Ironie du sort ! Des deux héros\nde cette petite fête, l'un, M. Charles Lecocq, devait être le transformateui\ndu genre de l'opérette, que tous ses efforts tendraient à faire rentrer dans\nle giron de l'opéra comique, tandis que l'autre, M. Georges Bizet, devait\nêtre le plus mortel ennemi de cet opéra comique, et professer le mépris\nle plus profond pour les musiciens qui l'avaient porté à son plus haut\npoint de splendeur! L'auteur en expectative de la Fille de Madame\nAngot coudoyait le futur compositeur de la Jolie Fille de Perth!\nLes deux partitions couronnées du Docteur Miracle, celles de\nMM. Lecocq et Bizet, furent exécutées toutes deux aux Bouffes-Parisiens\navec un maigre succès, il n'est que juste de le constater. Après quoi\nM. Bizet concourut de nouveau à l'lnstitut, partit pour Rome, et bien-\ntôt ne pensa sans doute plus à ce péché de jeunesse. De retour en France\nil alla trouver M. Off. Je me trompe, M. Carvalho, et lui offrit un\nouvrage en trois actes, les Pêcheurs de perles, que celui-ci accepta, et\nqui fut joué au Théâtre-Lyrique, le 3o septembre 1863, par mademoi-\nselle de Maësen, MM. Ismaèl et Morini. Le 26 décembre 1867, il don-\nnait au même théâtre la Jolie fille de Perthgrand opéra en quatre actes"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "277", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.37", "texte": "REVUE DES THEATRES LYRIQUES\n\net cinq tableaux, dont les interprètes étaient mesdemoiselles Jeanne\nDevriès et Ducasse, MM, Lutz, Barré, Massy et Wartel. Ces deux ou-\nvrages, conçus dans le style wagnérien, étaient fort remarquables au\npoint de vue de la facture et de l'instrumentation et.annonçaient un\njeune maître déjà très sûr de lui sous ce rapport, mais l'un et l'autre\nlaissaient considérablement à désirer en ce qui concerne l'inspiration et\nla pensée musicale. Le public, qui ne résiste pas à l'ennui, fit un froid\naccueil à ces deux productions.\nM. Bizet prit une revanche en faisant exécuter,dans le même temps,aux\nConcerts populaires, deux fragments d'une symphonie qui furent reçus\navec beaucoup de faveur, et qui se faisaient remarquer par une bonne\ncouleur et une rare vigueur de touche. Malheureusement, il revint bien-\ntôt à sa première manière en donnant à l'Opéra-Comique Djamileh,\nproduction étrange dans laquelle il semblait avoir voulu accumuler à\nplaisir toutes les qualités les plus anti-scéniques dont un musicien\npuisse faire preuve au théâtre. Cependant, comme M. Bizet n'est pas\nseulement un artiste d'un très grand talent au point de vue de la prati-\nque et du savoir, mais qu'il y a encore chez lui toute l'étoffe d'un\ncréateur, il revint à des sentiments plus humains—et surtout plus\nmusicaux —en écrivant pour le joli drame de M, Alphonse Daudet,\nYArlésienne, une partition qui était un petit chef-d'œuvre de grâce, de\npoésie, de fraîcheur et d'inspiration. Ala musique de YArlésienne, pré-\nsentée ensuite dans les concerts, avec beaucoup de succès, sous forme de\nsuite d'orchestre, succéda bientôt l'ouverture de Patrie, page nerveuse\net vigoureuse, pleine de couleur et d'éclat, mais dans laquelle, à mon\nsens du moins, le compositeur avait encore trop sacrifié l'idée à la forme,\nle corps au vêtement, la pensée à l'expression.\nAprès tant d'essais divers, après de si nombreuses tentatives dans des\ngenres différents, tous ceux qui ont souci de l'avenir de la jeune école\nfrançaise et qui pensent que, malgré ses erreurs passées, malgré ses\ndédains calculés ou exagérés pour certaines formes musicales, malgré\ndes partis pris évidents, M. Bizet est l'un des soutiens les plus fermes,\nles mieux doués et les plus intelligents de cette école, attendaient avec\nintérêt ce jeune maître à sa première œuvre dramatique importante. Il\ns'agissait, pour eux, de savoir si M. Bizet, s'adressant au théâtre, vou-\ndrait se décider enfin à faire de la musique théâtrale, ou bien si, s'obsti~\nnant dans les théories creuses de M. Richard Wagner et de ses imita-\nteurs, il voudrait continuer à transporter à la scène ce qui lui est\nabsolument hostile, c'est-à-dire la rêverie, la poésie extatique et l'élément\nsymphonique pur. Nul n'ignorait que M. Bizet avait affiché hautement,"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "278", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.38", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nen mainte occasion, le mépris le plus complet pour le genre de l'opéra\ncomique et pour le génie de son représentant le plus glorieux dans le\npassé, Boieldieu. On se demandait donc avec une certaine anxiété si\nFauteur des Pêcheurs de perles, rompant violemment avec des tradi-\ntions plus que séculaires, allait essayer d'imposer, à la scène illustrée par\ntant d'aimables chefs-d'œuvre, une poétique nouvelle et incompréhensi-\nble, ou bien si, se séparant avec éclat de la petite chapelle dont jusqu'a-\nlors il avait fait partie, il ferait, lui aussi, « des concessions au public, »\net entrerait résolument dans une voie féconde et pour lui pleine d'avenir.\nJ'ai hâte de dire que M. Bizet n'a pas justifié les craintes légitimes de\nquelques-uns, et que l'œuvre importante et nouvelle qu'il a livrée au\npublic témoigne suffisamment de son désir de bien faire et de ses préoc-\ncupations en faveur d'un art rationnel, sage et parfaitement accessible à\ntous. La partition de Carmen n'est assurément pas une œuvre accom-\nplie, mais c'est une promesse brillante, et l'on peut dire que c'est, de la\npart de son auteur, une sorte de déclaration de principes nouveaux et\ncomme une prise de possession d'un domaine qui lui avait semblé jus-\nqu'ici indigne de ses désirs et de ses convoitises. A ce titre, elle mérite\nde fixer l'attention de la critique et du public, quel que soit, d'ailleurs,\nle sort qui lui puisse être réservé.\nPar malheur, et pour cette tentative qui paraissait devoir décider de\nson avenir, M, Bizet a été servi d7une façon bien fâcheuse par ses colla-\nborateurs. MM. Meilhac et Ludovic Halévy, qui sont gens d'esprit et\ngens habiles, ont eu la malencontreuse idée de puiser leur sujet dans un\nrécit de Prosper Mérimée, qui, bien loin d'offrir les éléments d'une œu-\nvre scénique, est au contraire hostile à toute adaption de ce genre. Si\nM. de Planard a pu jadis tirer l'excellent livret du Pré aux Clercs de la\nChronique du temps de Charles IX, c'est qu'il y avait là une action, de\nl'intérêt, des sentiments humains, et, brochant sur le tout, la restitution\nd'un milieu historique qui augmentait encore, au point de vue pittores-\nque, l'attrait offert par l'œuvre elle-même. D'ailleurs, M. de Planard\nn'avait qu'à extraire, du récit admirable de Prosper Mérimée, les scènes\nqu'il voulait transporter au théâtre, et il pouvait même, ce dont il ne se\nfit pas faute, leur emprunter leur dialogue, ces scènes étant précisément\nécrites pour la plupart sous forme dialoguée.\nRien de tout cela n'existait pour Carmen. Ici, le récit ne vaut que par\nl'analyse des caractères, analyse bien difficile, sinon impossible sur la\nscène lyrique, qui vit avant tout de mouvement, d'action et d'incidents.\nAvec son procédé froid comme l'acier, brillant et rapide comme un éclair,\nMérimée faisait connaître en trois lignes un personnage, et le peignait"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "279", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.39", "texte": "REVUE DES THÉÂTRES LYRIQUES\n\ndes pieds jusqu'à la tête. D'autre part, les caractères mis par lui en de-\nhors sont, dans Carmen, d'une nature absolument antipathique, et l'in-\ntérêt découle uniquement de la forme nette et de la brusque rapidité du\nrécit. Tout ceci prouve que le sujet était mal choisi, et que sa donnée\nétait anti-théâtrale.\nAuquel, en effet, s'intéresser des deux seuls personnages importants\nque le livret de Carmen offre au public. Carmen est une drôlesse vulgaire,\nfemme d'un tempérament exceptionnel, dont les amours sauvages se suc-\ncèdent avee une fréquence assez rare à rencontrer fort heureusement.\nQuant à don José, son amant présent, le sous-officier don José, ce n'est\nqu'un imbécile sans cœur, qui, après nous avoir été présenté comme un\nhonnête homme, se laisse lâchement entraîner par cette misérable, souille\nson uniforme par une désertion pour pouvoir la suivre au milieu des\nbandits, ses compagnons, reste sourd aux supplications de sa fiancée\nchaste et de sa mère mourante, et, finalement, devient Passassin de sa\nmaîtresse lorsqu'il acquiert la certitude que celle-ci, fatiguée de lui, ne\nveut point s'arracher des bras d'un autre pour retomber dans les siens.\nTelle est l'intrigue du livret de Carmen, intrigue mise en œuvre avec\nbrutalité, et que viennent seulement relever, de temps à autre, quelques\njolis effets pittoresques, telle que la scène d'introduction du second acte\net quelques passages du troisième. L'intérêt en est absent d'une façon\nabsolue, et j'ajoute que pas un rôle de la pièce n'est bien fait, n'est pré-\nsenté avec art, de telle façon que le public ne sait où se prendre ni sur\nquel personnage concentrer son attention. En dernier lieu, et quoique je\nne partage pas absolument l'avis de ceux qui prétendent que le théâtre\ndoit être avant tout une école de mœurs, il ne me semble pas non plus\nqu'il doive être une école d'immoralité, et qu'il lui soit permis de pré-\nsenter, avec ces tons crus et violents, des spectacles aussi infâmes que les\namours de Carmen et de don José.\nM. Bizet, il faut le constater, a tiré le meilleur parti possible de ce\nlivret mal venu, et il a su tirer de son côté l'intérêt que ses collaborateurs\nn'avaient pas su exciter du leur. Je constate tout d'abord que sa parti-\ntion, très touffue et très importante, est écrite dans le vrai ton de\nl'opéra comique, avec cette remarque que l'auteur n'a point voulu pour\ncela faire abstraction de son talent de symphoniste, et que cette préoccu-\npation l'a entraîné parfois un peu plus loin qu'il n'eût fallu. D'autre\npart, p trouve que M. Bizet n'a pas assez de souci de la nature et de la\nlimite des voix, et que sa musique, fort difficile pour celles-ci, devient\nparfois inchantable. A l'appui de mon dire, je citerai certain chœur de\nfemmes dont l'exécution est en partie impossible, et le duo de José et de"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "280", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.40", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nMicaela, dans lequel la partie de soprano est écrite sur un registre tel-\nlement élevé que l'auditeur ne peut plus absolument saisir un seul mot\ndu texte. Enfin, et pour en finir avec la critique, je reprocherai au com-\npositeur de ne pas être assez scrupuleux sur le choix de ses cantilènes,\net de ne pas tenir assez à la distinction de son dessin musical. Il est tel\nde ses motifs dont la vulgarité est par trop évidente, et qui n'est relevé\nque par la grâce, l'ingéniosité, le piquant et l'imprévu des accompa-\ngnements.\nCes réserves faites, il faut rendre justice au talent déployé par le musi-\ncien, à l'excellent travail d'ordonnancement et de mise en œuvre de ses\nmorceaux, à la couleur et au charme qu'il a su donner à la plupart\nd'entre eux, à la poésie qu'il a su répandre sur certains épisodes, enfin\nà ses jolis effets d'instrumentation et à son rare sentiment du pittoresque;\nM. Bizet, on peut le dire, est à la fois peintre et poète, et il en a donné\nplus d'une preuve dans sa partition.\nParmi les meilleures pages de celles-ci, je citerai : pour le premier\nacte, la jolie scène des cigarières, qui est pleine d'entrain, de chaleur et\nde mouvement; pour le second, un entr'acte charmant, qui est un petit\nbijou symphonique; tout l'épisode de l'introduction, qui est chaud, en-\ntraînant, coloré, et que je trouve pour ma part un tableau parfait, et la\nchanson du toréador, dont le motif manque de distinction, mais qui est\ntravaillée avec un art infini et dont le refrain en chœur est du meilleur\neffet; enfin, au troisième acte, un chœur vigoureux et original, et l'air\nen mi bémol de Micaela, si bien accompagné par le cor solo et les violons\ncon sordini, morceau empreint d'une véritable poésie, et dont le carac-\ntère est tendre, mélancolique et touchant.\nÉn résumé, la partition de Carmen est une œuvre très soignée, très étu-\ndiée, inégale assurément, mais qui montre M. Bizet à la recherche d'ho-\nrizons nouveaux, et qui peut enfin donner de légitimes espérances pour\nson avenir de compositeur dramatique. Vienne à l'artiste un bon livret,\napproprié à la nature de son talent, en communion avec son tempéra-\nment musical, et je crois, avec l'expérience acquise par lui et le désir\nqu'il a de bien faire, que M. Bizet produira enfin une œuvre à la fois\ndigne du public, du théâtre et de lui-même.\nL'interprétation de Carmen est assez généralement médiocre, et je\ncrois que cela tient surtout à la mauvaise qualité et à la fâcheuse struc-\nture du poème de MM. Meilhac et Halévy. Il faut cependant tirer de\npair madame Galli-Marié, qui s'est montrée vraiment grande artiste et\ncomédienne de premier ordre dans ce rôle ingrat de Carmen, qu'elle a\nsu rendre vivant en dépit de tout et dont elle a, autant que possible,"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "281", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.41", "texte": "REVUE DES THÉÂTRES LYRIQUES\n\natténué le caractère odieux. Pour qui a suivi avec attention madame\nGalli-Marié depuis le commencement de sa carrière à\ncette qualification de grande artiste que je viens de lui donner ne paraî-\ntra pas exagérée. Où trouver un talent plus souple, plus malléable, plus\nfécond, plus varié, plus fertile en ressources, que celui qui a su se faire\napprécier dans tant de rôles si différents et si opposés : Zerbine de la\nServante maîtresse, le page Kaled de Lara, Mignon, et cette dernière\ncréation de Carmen, si saisissante et si étrange ? Madame Galli-Marié a\nobtenu, cette fois encore,, un grand et légitime succès.\nParmi les autres artistes, je ne vois guère à citer que mademoiselle\nChapuy, qui a su donner au rôle trop effacé de Micaela le caractère tou-\nchant et poétique qui lui convient, et qui a chanté d'une façon tout à fait\nremarquable l'air du troisième acte. Quant à M. Lhérie,, il est, comme\ntoujours, fort prétentieux, mais bien pâle et bien insuffisant dans celui\nde don José; il se montre en progrès pourtant comme comédien, et il\nn'est que juste de remarquer qu'il a eu, sous ce rapport, d'assez bons mo-\nments. On ne peut que savoir gré à mesdemoiselles Ducasse et Chevalier\nd'avoir mis toute leur bonne volonté au service de deux rôles insigni-\nfiants. En ce qui concerne les autres interprètes, le mieux est sans doute\nde n'en point parler.\n\nARTHUR POUGIN."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "282", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.42", "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nFAITS DIVERS\n. Halanzier, directeur de l'Opéra, a remis à madame la\nmaréchale de Mac-Mahon une somme de 72,822 fr. 35 c.,\nprovenant de la fête de bienfaisance qui a eu lieu le 7 fé-\nvrier dernier, au profit des pauvres de Paris.\nD'un autre côté, la Société des auteurs et compositeurs\ndramatiques a bien voulu faire l'abandon de ses droits,\nsoit 2,000 fr.\nLa somme totale s'est donc élevée à 74,822 fr. 35 c.\nLe ministère des Beaux-Arts, vient de souscrire, pour les bibliothèques\nnationales de France, à Y Histoire et théorie de Ici musique dans l antiquité,\npar F.-A. Gevaert. Sur la proposition de M. Vaucorbeil, son président, la\nSociété des compositeurs de musique a également souscrit à ce livre impor-\ntant publié par la typographie Annoot, au seul point de vue de la science\nmusicale en dehors de tout esprit de spéculation.\nL'Histoire et théorie de la musique de Vantiquité forme deux volumes grand\nin-8° de plus de 450 pages chacun (musique et planches). Le premier volume\na paru le 20 février 1875, le second paraîtra à un an d'intervalle.\nLe prix de la souscription pour la France était fixé à 40 fr. payables moitié à\nla réception du premier volume, moitié à la réception du second. La souscrip\ntion étant close, le prix de l'ouvrage est porté à 60 fr.\nM. Melchissédec, le sympathique baryton de l'Opéra-Comique, vient\nd'être décoré de l'ordre du Christ par le roi du Portugal.\nM. le ministre de l'lnstruction publique a nommé officier d'académie\nnotre collaborateur Raoul de St-Arroman.\nM. Gros est l'auteur d'une opérette intitulée la Branche cassée, qu'il a\nfait représenter, le 17 juin 1872, sur le théâtre des Folies-Dramatiques.\nM. Comte a fait représenter le 23 janvier 1874, sur le théâtre des Bouffes-\nParisiens, une opérette portant le même titre, dont MM. Serpette, Jaime et\nNoriac sont les auteurs.\nM. Gros a, en raison de ce fait, assigné MM. Comte, Serpette,\nNoriac en 2,000 fr. de dommages-intérêts, et en suppression du titre en rai-"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "283", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.43", "texte": "VARIA\n\nson du préjudice que lui causait la confusion produite dans l'esprit du public\npar la similitude du titre.\nLe tribunal a fait droit à la demande de M. Gros, et a condamné MM.\nComte, Serpette, Jaime et Noriac en 300 fr. de dommages-intérêts.\nLe deuxième festival de la Société de l'Harmonie sacrée aura lieu jeudi\nprochain, à 8 heures et demie du soir, au Cirque des Champs-Elysées, sous\nla direction de M. Ch. Lamoureux. On y donnera la première audition\nd'Ère, mystère en trois parties, poëme de M. Louis Gallet, musique de M.\nJules Massenet. ire partie :n° I (prologue), la Naissance de la femme; n° 2,\nAdam et Ève. IIe partie : n° 3, Éve dans la solitude, la Tentation. IIIe par-\ntie : n° 4, la Faute; np 5, la Malédiction. Les soii seront chantés par madame\nBrunet-Lafleur (Ève). MM. Lassalle (Adam) et Prunet (le Récitant). Le pro-\ngramme sera complété par des fragments du Messie, de Judas Machabée et de\nla Fête cTAlexandre, de Haendel.\nLes journaux beiges annoncent la mort de M. Daussoigne-Méhul, an-\ncien directeur du Conservatoire de Liège, à l'âge de quatre-vingt-quatre ans.\nNous avons déjà parlé du festival que la ville de Rouen prépare à l'oc-\ncasion du centenaire de Boïeldieu, qui aura lieu au mois de juin prochain.\nM. Ambroise Thomas écrit en ce moment, sur une poésie de M. Arthur\nPougin, une cantate de circonstance. La municipalité de Rouen a également\ndemandé à MM. Samuel David, Gastinel, de Lajarte, Sellenick, de vouloir\nbien composer des morceaux de musique militaire pour ledit festival.\nLe maréchal de Mac-Mahon a promis d'assister à cette solennité.\nM. Henry Morel vient de publier dans la Petite Presse, à l'aide de notes\nrapportées de l'Asie centrale par M. l'abbé David, une série d'articles dont\nnous extrayons d'intéressants détails sur la musique au Mongol.\n« Après une fort mauvaise nuit troublée par le vent, la neige, la crainte des\nloups et les aboiements des chiens dans les environs, l'abbé David et Samb-\ndatchiemda furent réveillés par le chant mélancolique et assez agréable d'une\nvoix de femme, accompagnée du bruit de lourdes bottes; c'était une jeune\nbergère qui passait menant boire son troupeau au puits voisin. Le chant\nmongol est plus varié et plus étendu que le chant chinois, dont les mono-\ntones mélodies roulent invariablement sur cinq ou six notes presque mécani-\nquement coupées par une mesure à deux temps. Les Mongols, hommes,\nfemmes ou enfants, chantent presque continuellement à plein gosier; tandis\nque les Chinois chantent en fausset ou font entendre un criaillement rauque\nqui déchire les oreilles européennes. Quant àla musique instrumentale, elle\nest à peu près la même chez les deux nations : détestable. Ils n'ont aucune\nidée d'harmonie, et les accords leur sont complètement inconnus. Les ins-\ntruments à vent sont d'ordinaire la flûte sans clef, une sorte de petit chalu-\nmeau primitif, une grande trompette à énorme pavillon dont ils ne tirent\njamais que deux notes : la fondamentale et la quinte. Les instruments à\ncordes ne valent guère mieux : un violon à très petite chambre sonore,\nmuni de deux ou trois cordes auquel est attaché l'archet, puis deux sortes de"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "284", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.44", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nguitares moins désagréables auquelles s'ajoute dans les fêtes l'affreux tintamarre\ndu tam-tam. »\nNous extrayons de l'intéressant volume que M. G. des Godins de Sou-\nhesmes vient de publier sur Tunis ce curieux récit d*un concert dans un café\nmaure.\n« Souvent une troupe de cinq ou six musiciens ambulants vient animer la\nscène des cafés maures. Les uns jouent du rebet ou rhab, sorte de violon ou\nde mandoline, à deux cordes, qu'ils font vibrer en les grattant avec une plume\nou un roseau, d'autres soufflent dans un tubulet-el-bucha, espèce de\nhautbois au son plaintif, dont les notes filées ne manquent pas de charme.\nD'autres enfin chantent des mélodies bizarres avec accompagnement de thoul\nou tambour de basque. L'orchestre est complété par le derbouka, qui res-\nsemble assez à nos timbales; cet instrument consiste en une demi-sphère de\nmétal ou de poterie, recouverte d'une peau d'onagre, sur laquelle on frappe à\nl'aide d'un bâton recourbé. Quelquefois cette musique sauvage est agrémentée\ndu bruit des castagnettes en fer, que les nègres agitent avec force en dansant\net en chantant. Leurs chansons sont pleines d'ingénieuses métaphores et de\npassions. Le major Deuham raconte qu'il a vu un cercle d'arabes immobiles\nd'attention, faire tout à coup entendre un bruyant éclat de rire, puis fondre\nen larmes et se tordre les mains avec toute l'expression de la douleur la plus\nvive et la plus sympathique.\nLa danse des aimées est une des distractions qui plaisent le plus aux habi-\ntants de Tunis. L'assistance, accroupie sur des nattes, fait cercle autour de\nla salle où s'installe l'orchestre, dont nous avons donné la description. Les\naimées se tiennent à l'une des extrémités de la pièce, vêtues de riches cos-\ntumes et la gorge à peine retenue par leur farmela. Après une ouverture\nbruyante, les femmes et les hommes chantent alternativement sur un rhythme\ndoux et passionné ces couplets, dont voici la traduction :\nDe ma Soleïma Vombre\nM'a visité la nuit.\nTout dormait dans la nuit sombre,\nOn n'entendait aucun bruit.\nMais une flamme étincelante,\nLueur brillante...\nDoux souvenir\nQui charme ma tristesse\nRevient sans cesse\nTous mes maux sont finis.\nVives comme des gabelles,\nLes femmes de ma tribu,\nJe les vois! Hélas loin d'elles\nPour moi tout est perdu ;\nMais là-bas c'est une ombre errante\nPrès de la tente.\nSoleïma,\nObjet de ma tendresse,\nPense sans cesse\nA celui qui faima."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "285", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.45", "texte": "VARIA\n\nEn disant cette chanson, les danseuses retirent leurs babouches, et prélu-\ndent par des mouvements significatifs à la pantomime amoureuse qui va ravir\nles spectateurs.\nChacun ensuite apporte son offrande, et exprime sa satisfaction en collant\nune pièce de monnaie sur la figure, le bras ou le cou de la femme qu'il\npréfère.\nBaireuth. Les représentations de Baireuth auront lieu, comme nous\nl'avons dit, en juillet et août 1876. Les répétitions partielles au piano auront\nlieu au mois de juillet de Tannée présente. Durant tout l'hiver, les artistes\nengagés se sont déjà préparés à ces répétitions et plus d'un a reçu des ins-\ntructions de la bouche de Wagner, lors de son récent voyage à Leipzig. En\noutre, l'hiver prochain, trois capellmeister, désignés par Wagner, MM.\nLampe, Seidel et Richter, qui ont étudié la partition avec le maître et qui\nsont au courant de ses moindres intentions, parcourront les principales villes\nde l'Allemagne pour y faire répéter les chanteurs que leurs engagements aux\nthéâtres y retiennent occupés. Les rôles sont ainsi répartis entre les artistes\nchargés d'interpréter cette oeuvre colossale et sans modèle : Mme F. Materna\nde l'Opéra de Vienne (Brunhilde) ; Mlle Oppenheim, de Francfort (Erda);\nMM. Glutz, de Pesth (Siegfried); Betz de Berlin (Siegmund); Niemann, de\nBerlin (Wodan); Scaria, de Dresde (HagenJ; Carlo Hill, de Schwérin (Albé-\nric); et enfin Eilers, de Cobourg, et Weiss de Breslau (les deux Géants). Les\nautres rôles ne sont pas encore définitivement distribués entre mesdames Leh-\nmaun, de Cologne; Crunn, de Gotha, et M. Gura, de Leipzig. Le 28 janvier,\nWagner a adressé à ces éminents artistes une circulaire pour les inviter à se\ntrouver à Baireuth au mois de juillet, et pour insister sur la nécessité qu'il\ny a de faire abstraction de tout intérêt personnel au profit de l'œuvre, afin\nque les difficultés de l'entreprise soient surmontées. Il est à remarquer que\nle théâtre de Baireuth, tout provisoire qu'il est, représentera, dans un avenir\nrapproché, bien d'autres ouvrages que la trilogie des Niebelungen. Wagner\nveut faire de son théâtre un lieu de réunion où l'Allemagne pourra venir\npériodiquement admirer, dans des exécutions aussi parfaites que possible, les\nchefs-d'œuvre de l'art lyrique allemand : on cite, comme devant être don-\nnée après cette trilogie, le Fidelio de Beethoven (Revue et Galette musicale).\n\nNOUVELLES\n\nARIS. Opéra. La reprise d'Hamlet est fixée à vendredi pro-\nchain, 19 courant. Madame Carvalho jouera pour la première fois\nle rôle d'Ophélie.\n- Les répétitions de Jeanne Darc commenceront bientôt. L'opéra de\nM. Mermet sera joué l'automne prochain. Faure remplira le rôle de\nCharles VII, mademoiselle Krauss celui de Jeanne Darc."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "286", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.46", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\n—« M. Halanzier songe sérieusement à monter le Comte Ory pour le jeune\nténor Vergnet. Cette reprise aura lieu en même temps que l'apparition du\nballet de M. Delibes, qui sera la première nouveauté donnée sur la nouvelle\nscène de l'Opéra.\nM. Gailhard jouera dans l'œuvre de Rossini le rôle du gouverneur, et les\ndébuts de mademoiselle Daram se continueront dans celui du page Isolier.\nLes décors du Comte Ory, dont les maquettes sont charmantes, vont\nêtre exécutés prochainement.\nUAfricaine ne sera donnée qu'à la saison prochaine. On pense à made-\nmoiselle Krauss pour le rôle de Sélika. Vasco de Gama sera interprété par\nM. Achard, à moins qu'on ne s'arrête à M. Vergnet pour ce rôle redoutable.\nOpéra-Comique. M. Du Locle vient de réengager mademoiselle Blanche\nThibault; il a aussi renouvelé pour trois années l'engagement de mademoi-\nselle Chapuy.\nLa reprise du Songe d'une nuit d'été, opéra comique en trois actes,\nd'Ambroise Thomas, passera à la salle Favart dans les premiers jours de mai,\navec la distribution suivante :\nShakespeare MM. Lhérie\nFalstaff Melchissédec\nLatimer Lefebvre\nElisabeth Mmes Franck\nOlivia Chapuy\nA propos du centenaire de Boïeldieu, il est également question d'une\nreprise de Jean de Paris, qui n'a pas été joué depuis longtemps à Paris.\nBouhy prendrait le rôle du grand Sénéchal, créé par Martin.\nVoici la distribution du Val d'Andorre, qui vient d'entrer en répétition\nà l'Opéra-Comique.\nM. Obin, ancien pensionnaire de l'Opéra, a été engagé spécialement pour\nchanter le rôle de Jacques, créé par Battaille.\nLe rôle de Stéphane, créé par Audran, sera tenu par M. Duchesne, et\nM. Barré prend celui de Lejoyeux.\nRose-de-Mai, ce sera mademoiselle Chapuy, et mademoiselle Chevalier\nchantera le rôle de Georgette.\nReste le personnage de Thérésa, qui n'est pas encore distribué.\nL'opéra de M. E. Legouvé, Moina, musique de M. Paladilhe, est poussé\navec activité, de façon à donner la première représentation dans le courant\nC'est mademoiselle Zina Dalti qui remplace madame Carvalho dans\nle rôle principal.\nL'ouvrage en un acte, de MM. Jules Barbier et Boulanger, Don Mucarade\nsera joué en même temps que Moina."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "287", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.47", "texte": "VARIA\n\nThéâtre- Ventadour. M. Bagier, en attendant la fin de son bail, loue la\nsalle Ventadour pour des concerts et des représentations dramatiques ou\nlyriques. M. Danbé y donnera une série de concerts; il débutera prochaine-\nment avec la Tour de Babel, de M. Rubinstein.\nLa Tour de Babel, dont la traduction a été écrite par M. Victor Wilder,\nest un drame biblique plutôt qu'un oratorio. C'est une grande composition\ndont la partie chorale est très importante et très développée. Les soli sont\nassez peu nombreux et représentés par deux personnages principaux, Abra-\nham et Nemrod.\nL'œuvre, qui ne comprend pas moins de quatre tableaux, se termine par\nun triple choeur où le Ciel, la Terre et l'Enfer s'unissent dans un ensemble\nformidable.\nM. Ogareff, directeur de l'opéra de Moscou, prépare aussi à ce théâtre\nune série de représentations russes. L'opéra qui sera représenté le premier\na pour titre : Un Mariage au seizième siècle, paroles de M. Souchonin,\nmusique de M. Dutch, chef d'orchestre de l'Opéra russe de Saint-Péters-\nbourg. La mise en scène de cet ouvrage sera très curieuse; elle ne comporte\npas moins de trente personnages et cent cinquante comparses, dont les cos-\ntumes seront scrupuleusement exacts.\nIl y a dix ans qu'Un Mariage russe se joue en Russie avec le même succès,\net les plus grands artistes lyriques l'ont tour à tour interprété. C'est ce succès\npersistant qui a donné à M. Ogareff l'idée de venir monter cet ouvrage à\nParis.\nBouffes-Parisiens. —M. Serpette, ayant retiré subitement son opérette*\nle Chemin des Amoureux, qui devait passer après la Princesse de\nque l'on joue actuellement, les Bouffes finiront leur saison avec les Hannetons,\nrevue de printemps, en trois actes et quatre tableaux, de MM. E. Orangé et\nA. Millaud, avec musique du répertoire d'Ofïenbach.\nFolies-Dramatiques. La première représentation de Clair de Lune a eu\nlieu jeudi dernier, sans succès.\n—On reprend demain la Blanchisseuse de Berg-op-Zoom\\ mais cette pièce\ncédera bientôt l'affiche à la Belle Bourbonnaise. L'opérette qui viendra après,\nest une bouffonnerie musicale de M. Hervé, qui a pour titre : Blanche de\nNevers.\nVariétés. —M. Cœdès doit lire, cette semaine, aux artistes des Variétés,\nune nouvelle partition en un acte, le Troubadour de pendule, écrite sur un\nlivret de MM. E. Dubreuil et H. Chabrillat, ses collaborateurs de la Belle\nBourbonnaise. Les rôles sont destinés à MM.Dupuis et Léonce, àmesdames\nAline Duval et Berthal.\nSalle Philippe Her— Madame de Katow donnera le vendredi 19 mars un\nconcert avec le concours de plusieurs artistes, parmi lesquels nous remar-\nquons madame Tassoni et M. Piter. La Chronique musicale donnera, un\ncompte-rendu de ce concert."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "288", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750315-01.1.48", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\nPar;£.— Imprimerie de Latayette, 6i#\nIropriêtaire-Gérant : HEULHod^D.\n\nLONDRES. L'Opéra italien de Covent-Garden vient de publier le pro-\ngramme de la saison prochaine, qui doit commencer le 3o courant. Voici les\nnoms des artistes qui composent la troupe.\nSOPRANI : Mesdames Patti, Vilda, Marimon, d'Angeri, Smeroski, Bianchi,\nSinico, Saar, Corsi, Anese, Cottino, Pezzota, Albani, mesdames Thalberg\net Proch.\nCONTRALTI : Scalchi, Ghiotti, Calosch.\nTENORI: Nicolini, Bolis, Pavani, Piazza, Sabater, Bettini, Rossi,\nMarino, Sanctis, Seideman, Tamagno.\nBARITONI : Graziani, Maurel, Cotogni et Faure.\nBASSI : Bagagiolo, Capponi, Tagliafico, Fallar, Raguer et Ciampi.\nCHEFS D'ORCHESTRE : Vianesi et Bevignani.\nPRIME BALLERINE : Mesdames Ricci, Travelli et Girood.\nNous avons la prétention de croire, qu'avec une organisation semblable, le\nThéâtre-Italien de Paris n'aurait jamais de démêlés avec le Tribunal, de\ncommerce.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}