{"numero_id": "bm-bmtnabc-1875-04-01-01", "volume": "bmtnabc_1875-04-01_01", "ocr_sha256": "7427d33c9e2f97961f3790d949d7f821136232968e399c541a8d482fce3fb4cb", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabc/issues/1875/04/01_01/bmtnabc_1875-04-01_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabc/issues/1875/04/01_01/bmtnabc_1875-04-01_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabc-1875-04-01-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-04-01_01#c001", "volume": "bmtnabc_1875-04-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "[5]", "page_fin": "19", "image_debut": 1, "image_fin": 15, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.2.1", "titre_corps": "PRÉFACE A UNE HISTOIRE DE LA GUERRE DES BOUFFONS", "titre_sommaire": "PRÉFACE A UNE HISTOIRE DE LA GUERRE DES BOUFFONS", "signature_source": "ARTHUR HEULHARD", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[5]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.1", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 709, "texte": "PRÉFACE A UNE HISTOIRE\nDE\nLA GUERRE DES BOUFFONS\n\nI\nA Guerre des Bouffons est certainement la\ndispute la plus chaude de toute l'histoire de\nla musique : elle en serait peut-être demeurée\naussi la plus stérile, s'il n'en était sorti le\npremier ouvrage français qui corresponde\navec ce que nous appelons aujourd'hui l'o-\npér a-comique.\nGuerre des Bouffons! Étrange expression\nqui fait rêver de prime-abord à quelque scène\nde haut grotesque échappée, en un jour d'invention satirique, au pinceau\nfantaisiste du vieux Breughel, ou bien au burin puissant de notre Cal-\nlot! Mais point : il ne nous est pas permis de rattacher au domaine de\nl'imagination ce qui tient, au contraire, à la réalité pure, et d'ailleurs"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "6", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.2", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2442, "texte": "l'esprit du lecteur, suffisamment prévenu sur le sens réel du mot, se\nrefuserait à nous suivre au-delà. L'expression de Guerre ou Querelle\ndes bouffons, désigne, comme chacun sait, la lutte littéraire qu'engen-\ndra la partition de la Servapadrona, et qui heurta l'une contre l'autre\ndeux puissances lyriques à peu près réconciliées maintenant, la mu-\nsique italienne et la musique française : petite guerre d'encre, il est vrai,\nmais reproduisant l'image de la guerre de sang, avec ses Achilles et\nses Thersites, et qui a de commun avec celle de Troie de s'être termi-\nnée par la ruse.\nL'arrivée des Bouffons en France sous la direction du signor Bambini,\nn'est pas la première tentative que les Italiens aient faite pour importer\nchez nous leur génie théâtral avec son cortège de personnages caractéris-\ntiques.\nNéanmoins, 'si l'on remonte aux temps reculés où les premiers col-\nporteurs du comique italien plantèrent leur tente sur le sol français, on\nacquiert facilement la preuve qu'en aucune circonstance les comédiens\nd'outre-mont ne furent plus discutés que les bouffons du signor Bam-\nbini, apportant avec eux le signal de la réforme musicale cachée sous les\nmélodies de la Serva padrona.\nIl ne sera peut-être pas sans intérêt de comparer l'accueil fait par\nle public français aux bouffons de Henri 111, simples interprètes du co-\nmique italien, avec l'orageuse réception des bouffons de Louis XV, pro-\nmoteurs d'une révolution musicale.\nOn se convaincra par l'examen sommaire de documents relatifs aux\ndiverses incursions de nos voisins sur la scène française, que la Guerre\ndes bouffons est la première opposition sérieuse et motivée qu'ait\néprouvée auprès de nous le théâtre italien, et que, si les Français se sont\nappropriés rapidement les types de la comédie de mœurs et d'action, ils\nse sont montrés relativement rebelles à l'importation du style musical, et\nqu enfin le travail d assimilation a été beaucoup plus lent d'une part que\nde l'autre. Chose inouie! l'oreille s'est façonnée moins vite que l'esprit,\nl'organe moins vite que le sens.\nC est aux philosophes qu il sied d eclaircir ce point de critique histo-\nlique, et nous seiions reconnaissant à Jean-Jacques Rousseau d'y avoir\ntouché, lui qui théorisa de si belle façon et trancha si fort du grand\nmaître, à 1 époque où il se fit l'apôtre exclusif de la musique italienne.\nII\nVers quel temps les bouffons italiens commencent-ils à montrer chez"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "7", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.3", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2839, "texte": "nous leur mine effrontée? D'après M. Charles Magnin, la première\ntroupe qui traversa les Alpes serait celle des Comici Confidenti, envi-\nron l'an 1572. Encore qu'il n'y ait guère à glaner là où moissonne\nM. Charles Magnin, je serais bien surpris si, dans les longues cara-\nvanes de marchands vénitiens, milanais, lucquois et pisans qui gagnaient\nles foires de Lyon par la Provence, il ne s'était point glissé quelques pau-\nvres hères de bateleurs traînant avec eux la voiture d'accessoires et la\ncaisse d'oripeaux : mais cette hypothèse ne doit pas nous faire perdre de\nvue nos Comici Confidenti, que nous voyons fusionner en 1574 avec\nles Gelosi dont la concurrence devenait gênante. La Société née de ce\nrapprochement parcourt la province pendant deux ans sous le nom de\nComici Uniti, se sépare à la fin de 1576, et chacune des deux fractions\nde cette importante compagnie reprend son nom et son répertoire pri-\nmitifs. Ce sont les Gelosi, reconstitués à Venise par le célèbre impré-\nsario Flaminio Scala, qu'Henri 111 va rappeler et engager spécialement\npour lui et sa cour, à l'occasion des États-Généraux de Blois, en 1577.\nEn 1574, Henri 111, de passage à Venise, avait eu l'heur d ouïr les\ncomédiens les plus renommés de l'ltalie : aussi rapporta-t-il en France un\nfort agréable souvenir de ces divertissements. Plus tard, quand appro-\nchèrent les États de Blois de 1577, le roi prit peur de la longueur des\nharangues, et ne convoqua ses jurisconsultes qu'après s'être prudem-\nment assuré d une bonne troupe de bouffons italiens, comptant par là\nchasser l'humeur mélancolique qu'excite en l'âme des souverains la\nperspective d'avoir à régler les affaires du pays.\nC'est pour effacer cette légitime préoccupation du roi, que les Gelosi\ndurent hâter leur voyage et se tenir prêts pour le mois de février 1577 :\n« En ce mois, la compagnie des comédiens italiens, surnommés I Gelosi,\nque le R.oy avoit fait venir de Venise, exprès pour se donner du passe-\ntemps, et desquels il avoit payé laransson, aïans été pris et dévalizés\npar les huguenos, environ les festes de Noël précédent, commencèrent à\njouer leurs comédies en la salle des Estats à Blois, et leur permist de\nprendre demi-teston de tous ceux qui les voudroient voir jouer. » Ainsi\nnous le présente le bon Pierre de Lestoile dans ce langage toujours pit-\ntoresque et toujours précis, qui tient à la fois du conte et de l'histoire, et\nqui sera le charme éternel de nos vieux annalistes français.\nL'été de cette même année 1577, nous retrouvons les Gelosi installés\nen l'Hôtel du Petit-Bourbon, alors situé au bord de la Seine, à l'angle de\nla rue des Poulies, et sur l'emplacement où s'élève aujourd'hui la façade\ndu Louvre. « Le dimanche 19 may, dit Lestoile, les comédiens italiens\nsurnommés I Gelosi commencèrent à jouer leurs comédies italiennes en"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "8", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.4", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2675, "texte": "la salle de l'hostel de Bourbon, à Paris. Ils prenaient de salaire quatre\nsols par teste de tous les François qui les vouloient aller voir jouer, où\nil y avoit tel concours et affluence de peuple, que les quatre meilleurs\nprédicateurs de Paris n'en avoient pas trestous ensemble autant, quand\nils preschoient. »\nLe succès des Gelosi est complet, comme on le voit, et ne soulève de\nla part des Parisiens aucune protestation.\nIci se place la question de savoir par quels procédés fut faite la con-\nquête du public. Quel genre de pièces exploitaient les Gelosi? Bien que\nle chant et la musique soient d'essence tout italienne et dans le caractère\nde la nation, il n'est guères permis de supposer qu'ils en aient fait une\napplication régulière. Il faut plutôt croire, et l'on peut en juger par les\ncanevas de pièces conservés dans le Teatro delle Favole rappresentative\nde Flaminio Scala, que leurs représentations se composaient de dialogues\nextrêmement libres, improvisés et renouvelés selon les besoins de la\ncause, et assaisonnés en outre d'une mimique fortement accentuée. C'est\nl'opinion de M. Charles Magnin qui limite à deux genres distincts le\nrépertoire des acteurs italiens de cette époque : « i° Des comédies à l'im-\npromptu, jouées sur des canevas que l'on affichait dans la coulisse et\nque brodait la fantaisie des artistes : 2° Des comédies, des pastorales, des\ntragédies et des tragi-comédies écrites. » Je ne nie point d'ailleurs qu'il\nne s'y soit mêlé des sérénades et des chansons populaires de Venise ou\nde Naples, d'autant que certains gelosi étaient d'excellents musiciens,\nentre autres Francesco Andreini,qui jouait de presque tous les instru-\nments; mais le fond de leurs pièces reposait en principe sur des intri-\ngues licencieuses et sans autre souci artistique.\nIl advint même que ces pauvres diables, imbus du ruffianisme na-\ntional, et du reste admirablement secondés par la corruption mondaine de\nla Cour, se livrèrent à une telle licence de gestes et de mots qu'ils éveillè-\nrent les pudibondes susceptibilités des magistrats. On reprochait beau-\ncoup de choses aux capitaines Rinoceronte et Cocodrillo. Francatrippe\net Fritellino donnaient la réplique trop verte à ces joyeux compères : le\nDottore s'armait d'engins trop professionnels. Bref, le Parlement inter-\nvint et prohiba leurs jeux.\nC'est merveille d'entendre geindre le bon Lestoile.sur les pornogra-\nphies de nos Gelosi, et je demande place ici pour son piquant com-\nmentaire de l'arrêt du Parlement :\n« Le mercredi 26 juing, la cour assemblée en mercuriale fîst faire défense aux\nGelosi comédiens italiens de plus jouer leurs comœdies, pour ce qu'en ladite assem-"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "9", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.5", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2637, "texte": "blée, aucuns conseillers de la dite cour, mesmes les plus jeunes, remonstrêrent que\ntoutes ces comédies n'enseignoient que paillardises et adultères, et ne servoient que\neschole de débauche à la jeunesse de tout sexe de la ville de Paris. Et à la vérité, le\ndesbord y estoit assés grand sans tels précepteurs, principalement entre les dames\net damoiselles, lesquelles sembloient avoir appris la manière des soldats de ce temps,\nqui font parade de monstrer leurs poictrinals dorés et reluisants quand ils vont faire\nleurs monstres; en tout de mesme, elles faisoient monstres de leurs seins, et poic-\ntrines ouvertes et autres parties pectorales, qui ont un perpétuel mouvement, que\nces bonnes dames faisoient aller par compas ou mesure comme un orloge, ou pour\nmieux dire, comme les soufflets des mareschaux, lesquels allument le feu pour servir\nà leur forge.\nLe trait n'est-il pas charmant?\nQui sait? La politique (on en met partout) dicta peut-être la sentence\ndu Parlement. Les seigneurs italiens rangés autour de la reine-mère\nCatherine de Médicis envahissaient toutes les charges lucratives : la\nnoblesse française les détestait. Il courait sur leur compte des quatrains\ncomme celui-ci :\nQiiand ces bougres poltrons en France sont venus,\nIls estoient élancés, maigres comme sardaines;\nMais par leurs gras impôts ils sont tous devenus\nEnflés et bien refaits, aussi gros que balaines.\nLes Gelosi purent bien être enveloppés dans la proscription commune :\nla modicité de leur salaire eût dû pourtant les laver de la tache origi-\nnelle.\nIls en appelèrent directement à la faveur royale qui leur concéda des\nlettres-patentes en règle : c'était un véritable échec au privilège des Con-\nfrères de la Passion dont les descendants exploitaient alors l'Hôtel de\nBourgogne. Le Parlement se piqua d'amour-propre, maintint son\narrêt et le motiva de nouveau dans les termes les plus sévères. Comme\nla défense, 1 attaque vient de haut lieu. Quant aux Parisiens, ils se tien-\nnent à l'écart de ces froissements d'autorité, et, si les Gelosi sont obligés\nde repasser les monts vers la fin de 1578, ils savent qu'ils rapportent à\nla comédie italienne ses grandes et petites lettres de naturalisation.\nEn 1584 et 1585, les Conjidenti sont à Paris.\nEn 1588, autre troupe.\nEn 1600, les Gelosi, toujours sous la direction de Flaminio Scala,\nretrouvent à l'Hôtel de Bourgogne leurs beaux jours du Petit-Bourbon;\nils alternent avec les comédiens français de la rue Mauconseil et font\nbon ménage entre eux. Ils se transportent à Lyon quatre ans plus tard :\nc'est là qu'ils perdent la plus célèbre de leurs actrices, Isabella Andreini,"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "10", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.6", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2468, "texte": "dont l'histoire littéraire n'a point laissé tomber le nom. Mais la compa-\ngnie qui nous rendit les plus fréquentes visites est celle des Comici\nfedeli habilement conduite par J, B. Andreini, fils d'lsabella. Elle se\nmaintint, de i 605 à i 652, près d'un demi-siècle, et se fit applaudir à\nParis à reprises assez rapprochées.\nIII\nIl serait oiseux de suivre pas à pas l'histoire de la comédie italienne\nen France à travers le dix-septième siècle et la première moitié du dix-\nhuitième : on connaît ses pérégrinations de l'Hôtel de Bourgogne au\nPetit-Bourbon, du Petit-Bourbon au Palais-Royal, son retour à l'hôtel de\nBourgogne et ses échappées sur les terres des théâtres de la Foire. Ce\ndéplacement, on le comprend, n'eut pas lieu sans secousses ni sans ac-\ncrocs; mais nos comédiens nationaux eux-mêmes n'en sont pas exempts?\nCette colonisation dramatique ne se poursuit pas ainsi pendant près de\ndeux siècles sans exciter autour d'elle des colères et des rancunes parmi\nles artistes indigènes : mais ces mouvements d'humeur sont vite étouffés.\nIls ne se transforment jamais en polémiques de longue haleine et ne\ndégénèrent point en un de ces tournois où la critique, emportée au-delà\ndu but, perd toute mesure dans les arguments et mêle à la question d'art\nl'outrageante et vaine discussion des personnes.\nLa Comédie-Française et la Comédie-Italienne marchent en paix côte\nà côte, et vivent de mutuels emprunts : de légers nuages marquent çà\net là le grand voyage de ces deux génies latins à travers l'histoire; ils en\nfixent les glorieuses étapes.\nRien ne fait prévoir les guerres intestines qui éclateront vers le milieu\ndu dix-huitième siècle au sein de la communauté : et ces guerres, ces\ntempêtes, ces orages, c'est un rien qui les provoque 1 un rien, en appa-\nrence, ou du moins presque rien, et ce presque rien est un coup de fou-\ndre Je veux parler de l'arrivée à Paris, en 1752, d'une brave troupe\nde chanteurs bouffes venue chez nous pour nous faire entendre quelques\nnouveautés agréables du pays de Naples.\nLe début de la troupe du signor Bambini sur la scène de l'Opéra n'avait\nen soi rien de subversif. Mais à leur insu, sans doute, les Bouffons bou-\nleversaient notre système de drame musical, innovaient chez nous une\npoétique libre et hardie, renvoyaient à leur solfège nos musiciens et\nnos chanteurs, rejetaient brusquement nos Aristarques sur les bancs\nde l'école, et ceci, en bonnes gens innocents du bruit qui se fait autour"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "11", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.7", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2689, "texte": "d'eux, avec des airs rejouis, des façons candides, des mines inconscientes\nqui semblèrent le comble de l'insolence.\nCe simple passage de comédiens ambulants qui prend tout à coup les\nproportions d'une émeute, et force toute la critique du temps à descendre\ndans la rue, a subi mille commentaires. Mais qu'était-ce, en réalité, si-\nnon la musique italienne, dans toute la fleur de sa robuste jeunesse,\nsautant par surprise à la gorge de la musique française, risquant les pre-\nmiers bégaiements du berceau? Dans la confusion qui suivit cette ren-\ncontre inattendue, l'intérêt et l'amour-propre également froissés par-\nlaient trop haut pour qu'on en raisonnât froidement.\nLe triomphe des Italiens sur les Français dans l'art de la musique,\nportait avec lui sa leçon dont il fallait profiter. Il avait, en dépit de sa\nforme légère, des racines profondes dans l'organisation politique des deux\npeuples; on en disserta en contemporains passionnés, c'est-à-dire stéri-\nlement. L'abattement conseilla les uns, l'entêtement les autres, mais le\nremède ne tut indiqué par personne.\nLe jour ne s'est pas encore levé très clair sur cette question. Des lit-\ntérateurs, plus poètes que critiques, attribuent l'incontestable supériorité\nque la musique italienne a si longtemps gardée sur la nôtre, à l'influence\ndu climat sous lequel elle est née : raison de droit divin, hommage\nmystique rendu à l'azur des cieux qui n'en peut mais. Attendons-nous,\nen vertu de cette théorie, à voir éclore sous les tropiques l'école suprême\nde toute musique. Quelques-uns, reprenant en sous œuvre la thèse chère\nà Jean-Jacques Rousseau, déclarent avoir trouvé dans les douceurs de\nla langue la source vive de la mélodie italienne. Loin d'accueillir à bras\nouverts ces sophismes exclusifs, qui frapperaient d'impuissance les peu-\nples qui n'ont pas la chance de vivre sous une chaleur moyenne de\ntrente-cinq degrés et de parler l'idiome flatteur du Cantarelli du Pré aux\nClercs, nous ne croyons pas être démenti par l'histoire, en prétendant que\nla France peut revendiquer sur l'ltalie la priorité des instincts mu-\nsicaux.\nPour nous, les bonnes fortunes musicales de l'ltalie tiennent, en de-\nhors de toutes prédispositions naturelles, à trois grandes causes : la dé-\ncentralisation lyrique, Y émancipation du théâtre de la tutelle offi-\ncielle, le grand nombre des Conservatoires, et Vexcellence avérée du\nsystème pédagogique en vigueur. Et cette décentralisation lyrique,\ncette liberté précoce du théâtre, cette profusion de corps enseignants se\nrattachent elles-mêmes à une origine commune : la décentralisation\npolitique.\nQu'on se représente l'ardente rivalité de vingt villes voisines, maî-"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "12", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.8", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2867, "texte": "tresses d'elles-mêmes, où la fièvre de la gloire est à l'état aigu; où la\nguerre, le commerce et l'art sont bien moins des agents de civilisation\nque des engins de défense et de conservation ; où l'orgueil, constamment\nen jeu, exprime à chaque génération son suc de grands citoyens, de\ngrands capitaines et de grands artistes. Qu'on imagine, ici, une muni-\ncipalité républicaine dans laquelle le renouvellement des offices et le\nvote des charges publiques, accessibles à tous, ne laisse aucune trêve aux\nambitions; là, un prince qui n'a pas le loisir d'être complètement tyran-\nnique, qui pactise de force avec le bas peuple pour lutter contre la no-\nblesse qui conspire, qui paie par des privilèges sa dette de reconnaissance,\net n'a d'autre ressource que d'en partager les bénéfices avec la démo-\ncratie. O merveilleuse intensité de la vie civile! Qu'on se rappelle Venise\nconquérant sa place au sein des grands conseils européens, et, toute dé-\nbordante de vie, colonisant, par sa seule extension, des terres mille fois\nplus étendues que le sol qu'elle occupe; Florence, où le commerce de\nl'argent crée aux Médicis qui la gouvernent des budgets inconnus; Gênes\nqui couvre la mer de ses vaisseaux; ailleurs, Pise avec ses cent mille\nhabitants, qui tient Florence en échec; Rome avec sa cour papale qui at-\ntire autour d'elle toutes les hautes têtes du monde chrétien. Qu'on replace\nà Milan les Sforce et les Visconti, les d'Esté à Ferrare, les Scaliger à\nVérone, les Malatesta à Ravenne. Qu'on rende à Bologne, à Modène, à\nLucques, à Sienne, toutes villes d'aventures, leurs riches et entrepre-\nnantes communes, et l'on sera en pleine possession du secret de la Renais-\nsance des arts en Italie. Et maintenant, que le génie s'éveille en quelque\nhumble bourgade, l'artiste né d'hier peut s'élancer joyeusement sur le\nchemin de la ville où sa vocation l'attire. La traversée n'est pas dange-\nreuse; il n'y a pas loin de Chioggia à Venise, de Luino à Milan, de\nFiesole à Florence. Qu'il ne soit point en peine, il aura sa place au lu-\ntrin, à l'atelier, à la table du maître; puis il vivra de son talent. D'ail-\nleurs ne l'attend-t-on pas ? Il y a pour lui quelque part une noble dame\nqui veut de nouveaux sonnets à chanter sur le luth; une pieuse créature\nen ce moment fort irritée contre le monde, et qui réclame pour sa cha-\npelle un prie-Dieu d'ivoire; un abbé bien fervent, qui a besoin d'un enter\nbien affreux pour empêcher ses frères de rire sous leur capuchon dans\nle cloître; un capitaine aux gardes qui se désire voir représenté de pied\nen cap, avec toutes les mailles de sa cotte et bien farouchement. Et tout\nceci est le moins qui puisse lui échoir, car on a décidé la veille la cons-\ntruction d'une église cathédrale ou d'un palais seigneurial pour l'achè-\nvement desquels il faudra plus de cent ans. C'est ainsi que l'ltalie tenait"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "13", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.9", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2818, "texte": "table ouverte à ses artistes : banquet immense dont les portes s'ouvraient\nau mot d'ordre : Génie!\nCependant, le développement de l'art musical n'est point parallèle à\nla renaissance des arts plastiques. Comme l'a fait observer très juste-\nment un écrivain français (Valeri. Curiosités italiennes), «il y a plus\nloin du frère Guy d'Arezzo, bénédictin du onzième siècle, l'inventeur\ndu solfège,à Pergolèse, que de Cimabue à Titien, à Corrège, à Raphaël. »\nA défaut d'originalité propre, l'architecture, la peinture, la sculpture,\narts d'imitation, s'inspirent des modèles antiques : la musique, art d'ima-\ngination, marche devant elle sans boussole.\nLapériode d'incubation est plus pénible en Italie qu'en Flandre et\nen France. Avant l'ltalie, nous connaissons le naturel et le pathétique:\nalors que les ferments d'une mélodie naïve et sans prétention se dégagent\nde nos romans héroïques et des légendes wallones, léchant italien étouffe\ndans ses langes. Le savant Arteaga ( del teatro musicale\nitaliano. T. I, cap. IV, p. 143 et suiv.) convient fort impartialement\nque, si la musique sacrée a son origine et son développement en Italie\n(point à moitié contestable), il n'en est pas de même du genre profane.\nIl concède de bonne grâce aux Provençaux la gloire d'avoir les pre-\nmiers accouplé la musique à la langue vulgaire, ainsi nommée par\nopposition à la langue latine sur laquelle on composait d'ordinaire. Il\navoue que ce furent les ménestrels, venus à la suite de Charles d'Anjou,\nroi de Naples et de Sicile, qui donnèrent les premières leçons de chant\nà l'ltalie, et que leurs essais de drame et de ballo in a\\ione sont les an-\nneaux primordiaux de la longue chaîne des représentations italiennes.\nIl constate que les maîtres flamands prirent une grande part à l'éduca-\ntion musicale de F Italie, et comme il est Espagnol, il ne cite pas moins\nde trente de ses compatriotes appelés, à diverses époques, à grossir le\ncontingent des chanteurs et professeurs qui exercèrent à Bologne, à\nRome, à Naples et autres villes. A la fin du quinzième siècle, l'émigration\nde nos musiciens français et flamands dure encore : les princes d'ltalie\nentretiennent encore sur leur cassette privée, chanteurs et instrumentistes\nétrangers. L'histoire locale de l'ltalie abonde en textes précis sur les\nréquisitions d'hommes qui sont faites à la France et aux Pays-Bas. Louis\nGuicciardini, le neveu du célèbre historien, dans sa Description des\nPays-Bas (Anvers, 1567), ne nie point l'antériorité des écoles de ce\npays sur celles de sa patrie, ni le succès qu'obtenaient leurs élèves dans les\nvilles de la chrétienté qui les mandaient. Le Morigi, qui a écrit l'Histoire\nde Milan, parlant du duc Galeas Sforza Visconti, assassiné en 1476, ra-\nconte qu'il aimait beaucoup la musique et qu'il « tenait à gage une"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "14", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.10", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2758, "texte": "trentaine de musieiens ultramontains auxquels il donnait de gros ap-\npointements. Un d'eux, nommé Cordiac, touchait du prince cent ducats\npar mois. » A propos de Leonello d'Esté, duc de Ferrare, en 1441, Mu-\nratori dit qu'il fit venir des chanteurs de France, et que Girolamo délia\nCasa d'Udina nous le recueil des plus beaux madrigaux de ces\nFrançais qu'il propose comme des modèles du genre. On rencontre, ita-\nlianisés dans les chroniques, les noms de la plupart d'entre eux. Pour-\nquoi nous montrer parfois si sévère à l'égard de nous-mêmes dans l'exa-\nmen de nos rapports musicaux avec les autres nations? L'ltalie chantait\nla alla francese avant que la France chantât Y ariette à\nVitalienne.\nJe pourrais multiplier les preuves de la bonne opinion qu'on avait de\nnotre art au-delà des Alpes, et qui persista jusque dans les premières\nannées du dix-septième siècle. Des écrivains italiens vont jusqu'à le pré-\nférer à celui de leur pays. Louis Zuccolo (Discorso delle ragioni del\nnuméro del verso italiano. Venezia pelGinammi, 1623, in-4) s'exprime\nainsi sur ce point : « La musique plus douce, plus délicate qu'elle ne\nsouloit être parmi nous Italiens, passa ces dernières années de France en\nItalie. » Nous ne demandons pas tant de sacrifices à l'amour-propre ita-\nlien. S'il est vrai que l'influence française se fit longtemps sentir dans\nleur musique, elle ne tarda pas à se dissiper devant l'art indigène dont\nl'aurore se levait au ciel avec des rayons éblouissants.\nDès la fin du quinzième siècle, les établissements d'enseignement\nmusical surgissent de toutes parts : le premier de ce genre paraît avoir\nété fondé à Naples sous les auspices du roi Ferdinand, par Franchino\nGaffurio de Lodi avec la collaboration de trois étrangers, Bernard Hy-\ncart, Jean Tinctor et Guillaume Garnier. Vers la même époque, Nicolas V\ncrée à 1 Université de Bologne une chaire de théorie musicale occupée\npar d'illustres professeurs, et quand le titulaire paraît insuffisant, on le\nmande du dehors, et l'on fait venir de Salamanque, eni4B2, l'espagnol\nRamos Pereira qui bat en brèche la méthode de Gui d'Arezzo.\nAu commencement du seizième siècle on trouve à Sienne la Com-\npagnie des Ses prétentions sont moins académiques, mais son\nsystème est plus expéditif : elle représente elle-même des intermèdes avec\nchant, embryons de la musique dramatique. A Vérone se forme l'impor-\ntante Société des Filarmonici, uniquement affectée à l'amélioration de la\nmusique : chaque membre y contribue dans sa spécialité. Ainsi, l'ensei-\ngnement, loin de se confiner dans les sphères officielles, se généralise rapi-\ndement sous l'impulsion des écoles publiques émanant de l'initiative\nprivée, au seizième siecle, on peut encore compter le nombre des écoles"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "15", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.11", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2841, "texte": "ouvertes; vers la fin du dix-septième et dans le cours du dix-huitième,\nc'est pour l'honnête homme un objet de première nécessité, comme le\nlavoir et le marché pour la bonne ménagère. A étudier tout cela, on se\ncroit débarqué, comme Pantagruel, en quelque nouvelle lsle sonnante\ndont les habitants avaient, au dire de Rabelais, ailes et plumes : « En\nceste isle vous n'avez que caiges etoyseaulx. Ils ne labourent ne cul-\ntivent la terre. Toute leur occupation est gaudir, gazouiller et chanter. »\nQuelle nomenclature on ferait des cinq ou six générations de musiciens\nqui professèrent successivement à cette époque féconre!\nAvec Corelli, la mélodie italienne s'émancipe de la tutelle où la tenait\nla férule du contrepoint; le chant reforme sa ligne pure, bannissant le\nrégime des fugues tourmentées et des canons à la manière flamande où il\nétait comme géométrisé. Ses disciples activent cette régénération : à Rome,\nc'est Melani ; à Bologne, Colonna; à Venise, Segrenzi ; à Ferrare, Bassani;\nà Gènes, Stradella. Puis viennent Greco, Caldara et Bononcini.\nAvec Tartini, l'instrumentation révélait tous ses mystères : de son\nécole sortaient non-seulement des virtuoses qui faisaient chanter le vio-\nlon avec une force et une douceur inconnues, mais aussi des praticiens\nhabiles à grouper les instruments, à classer les timbres à l'orchestre dans\nun ordre plus rationnel. Tels les Locatelli, les Nardini, les Geminiani, les\nSomis, auxquels la lutherie apportait chaque jour les produits d'une\nfacture incomparable.\nQuant à l'étude de la voix, elle ne fut bientôt plus considérée comme\nun accessoire, un détail d'exécution : l'art du chant eut son esthétique\net prit rang parmi les enseignements spéciaux. Les professeurs les plus\nvantés furent Pistocchi, à Bologne; Brivio, à Milan; Lotti, à Venise;\nPeli, à Modène, et Redi à Florence ; Gasparini, à Lucques; Mazzocchi,\nà Rome, et les maîtres fameux de Naples, Porpora, Léo, Scarlatti, Feo,\net tant d'autres dont je ne veux pas charger cette liste. Ils apprenaient à\nrespirer également, à prendre le son avec justesse, à l'enfler graduel-\nlement jusqu'à son maximum d'intensité pour le ramener ensuite à son\npoint de départ, à maintenir un sage équilibre entre les cordes de poi-\ntrine et celles de tête. Les élèves qui avaient subi cette préparation phy-\nsique passaient alors aux exercices des solfèges composés à l'usage des\nécoles par Léo, Durante, Hasse et Mazzoni qui y avaient réuni la fleur\ndes élégances et des ornements propres à chaque genre : puis ils abor-\ndaient gradatim les difficultés les plus ardues de l'art vocal, épuisant les\nheures de la journée en ports de voix, appoggiatures, trilles subdivisés\nen huit espèces, mordants, cadences et agréments divers. Je laisse à pen-\nser quelle perfection ils devaient atteindre après huit ou dix années d'un"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "16", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.12", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2798, "texte": "travail de bénédictins. On cite, non comme un exemple de bon goût mais\ncomme un phénomène de puissance acquise, le chevalier Balthasar Ferri\nqui montait et descendait, sans prendre vent et avec une admirable jus«\ntesse, deux octaves sur un trille continu. La plupart des compositeurs,\ninstruits dans ces classes, chantaient aussi bien que leurs futurs inter-\nprètes et n'attendaient point pour juger de l'effet de leur œuvre l'effet\nde la scène : aussi avec quelle sûreté de main n'écrivaient-ils pas pour les\nvoix!\nAce vaste système d'enseignement, s'adjoignait l'œuvre des théoriciens\ndévoilant, dans des traités spéciaux, tous les secrets de l'harmonie.\nLes représentations dramatiques avaient cessé d'être le privilège de la\nCour et des grands. Il n'était guères de cité qui n'eût son théâtre de\ncomédie ou d'opéra. Et le dilettantisme y était si raffiné, qu'en certaines\nlocalités on en excluait les enrhumés! Le dialogue des libretti s'était\népuré, le naturel des caractères n'était plus outré, comme au temps des\nfarces mises en musique par Logroscino. Apostolo Zeno et Métastase\navaient suffi pour opérer cette heureuse réforme et rajeunir l'éternel\npoème des maris jaloux et bafoués, des pères aveugles et despotes.\nIl s'est formé dans l'état une couche sociale à part, une gens musi-\ncalis, remuante, intrigante et forte de son homogénéité. La gent musi-\ncale absorbe toutes les faveurs princières; elle relègue la peinture à\nl'antichambre. Les mœurs faciles des compositeurs et maîtres de chant,\nles loisirs que leur font les caisses publiques et les cassettes privées,\nsoulèvent les colères de Salvator Rosa. Dans sa satire sur la musique, le\npeintre-poète les apostrophe avec toute la crudité de sa verve bourrue.\n« C'est à vous, maîtres indignes, que j'adresse tous mes reproches, à\nvous qui avez appris au monde à se prostituer sans craindre le courroux\ncéleste. Ma chère musique, je ne sais si les marteaux auxquels tu\ndois ta naissance furent aussi incommodes que le sont aujourd'hui tes\nprofesseurs Cependant c'est à ceux-là seuls qu'on fait honneur\nA cette race intéressée se donnent les premières charges et les offices,\ntant la vanité est aujourd'hui estimée! Ainsi, devenus tout à\ncoup ronds et gras, oublieux de leur naissance et de leur origine, ils\ntranchent du Sacripant et du Gradasse. Un excrément animé, un vil\nesclave habitué à la portière et au cellier prétend traiter en égal Marius\net Scipion Oh! combien on peut dire aujourd'hui avec vérité que\nles ânes ne craignent point de se couvrir de la peau du lion! Ils se gon-\nflent, se vantent, s'enorgueillissent, et Ton se fatigue et l'on sue pour les\nfaire chanter; mais si une fois ils commencent, jamais ils ne finissent.\nCanaille qui n'est jamais ni rassasiée ni contente : plus on lui donne,"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "17", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.13", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2476, "texte": "plus on lui prodigue, plus elle devient scélérate et pire. Populace qui n'a\nd'autres pensées, d'autres discours que de passer les heures dans la bois-\nson et les bâillements, et de vivre au pis comme des coquins. En ce temps,\nchangerait d'avis l'abeille qui dit un jour à la puce qu'elle ne voulait\npoint apprendre la musique à son fils. Car on n'estime, on n'écoute que\nles chanteurs ou les joueurs d'instruments, et cette race seule est bien\nvue et bien accueillie. »\nIV\nEn 1750, l'ltalie ne comptait pas moins de vingt scènes d'opéra. Rome\nen avait deux, Venise trois : San\nNaples avait son San Carlo. Les petites villes s'étaient piquées au jeu:\nLodi, Rimini, Pesaro, Reggio rivalisaient avec Florence et Milan,\nGènes et Turin. Et cependant plus de vingt troupes chantantes parcou-\nraient l'Europe, fatiguant tous les échos des cris de leurs castrats. Chaque\nHôpital recélait un Conservatoire;Naples en avait trois; Venise quatre.\nNous aurons le courage d'opposer à cette statistique abrégée des res-\nsources artistiques de l'ltalie le relevé complet des nôtres à la même\ndate. La comptabilité musicale ne devait pas être embrouillée chez nous\nen 1750.\nEn attendant, on recrute les acteurs de l'Opéra dans l'ombre des maî-\ntrises des cathédrales, et par lettres de cachet, s'il vous plaît! De par le\nloi, messieurs du lutrin, rendez vos surplis! vous n'êtes plus au service\nde Dieu! Ceux-là mêmes qui chantaient 1t kyrie la veille à la paroisse,\nsont ceux qui chanteront YArmideà l'Opéra le lendemain.\nEn 1672, Lulli dirigeait à 1 Académie de Musique un cours prépa-\nratoire de chant, après lequel on lançait le débutant sur la scène. Un\nphysique avenant et des poumons d'airain, voilà tout ce qu'on récla-\nmait du novice. En 1678, mademoiselle le Rochois ouvre une autre\nécole. Mais il faut attendre jusqu'en 1795 l'inauguration du premier\nConservatoire national. En l'an de grâce 1875 où nous vivons, la moitié\ndu dix-neuvième siècle passée, il n'y a guères que cinq Conservatoires en\nFrance; moins qu'en Italie au commencement du dix-septième!\nEn 1750, nous n'avons pour tout bien que l'Opéra de Paris. Tel est\nle bon plaisir du roi Louis XIV qui ne veut pas qu'il en soit autrement.\nLe privilège du mois de juin 1669 concède à l'abbé Perrin le droit ex-\nclusii d établir tant en la bonne ville de Paris qu'en autres bonnes villes\nde France des Académies de musique.Remarquez ce pluriel. Mais les\nlettres-patentes du 29 mars 1672 délivrées à Lulli, ne l'autorisent plus"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "18", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.14", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2776, "texte": "qu'à établir une Académie royale de Musique à Paris. Oyez ce « singu-\nlier y> ! C'est appuyé sur ce « singulier » arraché à la volonté royale que\nLulli et ses successeurs vont enrayer tous ceux qui feront mine de con-\ncurrence. Une année s'est à peine écoulée que déjà Lulli a invoqué ce\n« singulier » qui fait sa fortune, et signifié à la Comédie-Française l'or-\ndonnance du 3o avril 1673 ainsi conçue :\n« Sa Majesté ayant été informée que la permission qu'elle avoit don-\nnée aux Comédiens de se servir dans leurs représentations de Musiciens\njusqu'au nombre de six et de Violons ou Joueurs d'instruments jusqu'au\nnombre de douze, pouvoit apporter un préjudice considérable à l'exécu-\ntion des ouvrages de musique pour le théâtre du sieur Baptiste Lully,\nsurintendant delà musique de la Chambre de Sa Majesté, dont le public\na déjà reçu beaucoup de satisfaction. Et voulant qu'elle ait toute la per-\nfection qu'elle en doit espérer, Sa Majesté a révoqué la permission qu'elle\navoit donnée auxdits Comédiens, de se servir sur leur théâtre de six Mu-\nsiciens et de douze Violons ou Joueurs d'instruments; et leur permet\nseulement d'avoir deux voix et six Violons ou Joueurs d'instruments.\nFait Sa Majesté très expresses défenses à toutes les Troupes de Comé-\ndiens français et étrangers établis ou qui s'établiraient ci-après dans sa\nbonne ville de Paris, de se servir d'aucuns Musiciens externes et de\nplus grand nombre de Violons pour les entr'actes, même d'avoir aucun\nOrchestre, ni pareillement de se servir d'aucuns Danseurs; le tout à\npeine de désobéissance. Veut Sa Majesté que la présente Ordonnance\nsoit signifiée aux Chefs desdites Troupes, à la diligence dudit Lully,\netc Signé Louis, et plus bas Colbert. Et scellé. »\nVoilà qui est clair. Hormis Lulli et l'Académie royale, point d'orchestre\net point de danse : à la Comédie-Française, deux voix et six instrumen-\ntistes laissés là par tolérance.\nLulli veille sur ses confrères d'un œil jaloux et fait sa police lui-même:\nCambert le gêne, il le chasse; deux ordonnances consécutives, Y une de\ni6ys, l'autre de 1682, rappellent au respect de la parole royale les Co-\nmédiens français et italiens qui avaient cherché à l'éluder.\nOn comprend qu'une telle législation devait porter une atteinte auss\ngrave au progrès du grand Opéra lui-même qu'au développement d'un\ngenre plus familier sur les scènes voisines. L'Académie de Musique\nn'était, à vraiment parler,, qu'une succursale des plaisirs de la Cour :la\nfroide étiquette, le cérémonial précieux d'en haut, descendaient à l'heure\ndite sur la scène du Palais-Royal, paralysant de leur étreinte glacée\nl'élan des grandes passions dont vit le drame lyrique. « Je ne sçay pas,\ndisait Labruyère, comment l'Opéra avec une musique si parfaite et une"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "19", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.15", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2281, "texte": "dépense toute royale a pu réussir à m'ennuyer. > Nous savons aujour-\nd'hui pourquoi.\nAinsi donc le monopole de l'Opéra refrénait autour de lui toute ten-\ntative d'émancipation lyrique : la chanson, la pauvre chanson qui, en\nFrance pourtant, est bien le patrimoine de tout le monde, avait trouvé\nasile sur le théâtre de la Foire : on lui mit le bâillon et les menottes.\nPuis la sévérité de ses farouches gardiens se relâcha : on la laissa faire.\nElle se fit vaudeville, enfin opéra-comique. Sous cette forme, elle prit\nsur la roule un tel ascendant qu'elle fut une puissance redoutable. Le\nbruit des gros sous tombant dans sa sébille faisait retourner de temps\nen temps l'Opéra et la Comédie-Française : alors on la casematait\ncomme vagabonde; quelquefois, pour sauvegarder la morale, on obtenait\ndu lieutenant de police qu'il détachât de son service une escouade d'a-\ngents qui fondaient sur la loge de la pauvrette et dispersait les chalands.\nEt quand ces vexations nç la rebutaient point, la Comédie-Française et\n1 Opéra fourbissaient contre elle quelque vieille arme de procédure; un\nmatin, elle se réveilla entre les faces blêmes de deux procureurs signi-\nfiant, l'un au nom de la Comédie-Française, l'autre au nom de l'Aca-\ndémie royale, à dame chanson, dite farce, dite vaudeville et dite encore\nopéra-comique, d'avoir à s'abstenir désormais de toute musique et de\ntoute intrigue parlée.\nEt tandis que les édits royaux posaient des sourdines à tous les violons\nde France et décrétaient l'embargo sur tout établissement qui n'était\npas l'Opéra, la musique italienne nous jetait à la tête Pergolèse et la Ser-\nvante Maîtresse, à titre d'échantillon, avec prière de vouloir bien y\ncomparer nos parades de la Foire!\nLa lutte était inégale, et pour avoir été disputé pied à pied par des\nvolontaires levés à la hâte, le terrain n'en fut pas moins perdu.\nLa musique italienne se ruait sur nous avec une vitesse acquise de\ntrois siècles.\nLa nôtre n'en demande pas tant pour prendre sa revanche.\nElle a emprunté à l'ltalie ses maîtres d'armes, il n'y a de cela qu'un\nsiècle. Lequel d'entre eux dédaignerait de croiser le fer avec les nôtres :\nMonsigny, Philidor, Grétry, Dalayrac, Boiëldieu, Auber, Hérold. Ha-\nlévy, Gounod et Félicien David?\n\nARTHUR HEULHARD."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-04-01-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-04-01_01#c005", "volume": "bmtnabc_1875-04-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "20", "page_fin": "26", "image_debut": 16, "image_fin": 22, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.2.2", "titre_corps": "ANDRÉ PHILIDOR", "titre_sommaire": "ANDRÉ PHILIDOR", "signature_source": "ARTHUR POUGIN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 16, "page_imprimee": "20", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.16", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1568, "texte": "(0\nX\n'AI dit que Philidor avait dû revenir à Paris dès les pre-\nmiers mois de 1779, c'est-à-dire aussitôt après l'exécution\nà Londres, de son carmen seculare, qui eut lieu, comme\non l'a vu, au mois de février. Ce qui me le fait croire,\nc'est qu'il donna le ier mai, sur un petit théâtre, un ou-\nvrage nouveau, moins important sans doute que ceux qu'il fournissait à\nla comédie italienne, mais pour lequel, néanmoins, sa présence était\névidemment nécessaire.\nBachaumont est le seul écrivain dans lequel j'aie trouvé trace de ce\npetit ouvrage, que tous les biographes de Philidor, sans exception, ont\npassé sous silence. Voici ce qu'il en dit, à la date du 2 mai 1779 :\n« Le petit spectacle du bois de Boulogne, dont on a parlé Tannée der-\nnière, continue : il s'est ouvert hier par un drame nouveau, intitulé le\nPuits d'amour ou les amours de Pierre le Long et de Blanche Ba%u> »\nEt à la date du 4 : ce La pièce intitulée le Puits d'amour ou les\nAmours de Pierre le Long et de Blanche drame nouveau en lan-\ngue romane, est imitée du roman de M. de Sauvigny : l'auteur est\nM. Landris. Elle a été exécutée par les petits comédiens du bois de Bou-\nlogne, le ier mai, et fort goûtée, dit-on, ainsi que la musique du sieur\nPhilidor. Mais comme ce sont des enfants qui jouent, que ce spectacle\nest une espèce de spectacle de société, il faut être en garde contre ces ap-\nplaudissements outrés. »\n\nANDRÉ PHILIDOR\n\n(1) Voir les numéros des i 5 juin, i 5 juillet, lel'1e1' septembre, Ie'4 octobre, iei novembre\nlel'1e1' décembre 1874, iCi' janvier, ler février et ler mars iBys."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "21", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.17", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2851, "texte": "En 1765, avait été publié à Paris (sous la rubrique : « Londres » ) un\npetit livre imprimé avec un luxe et un bon goût exquis, et ainsi inti-\ntulé : Histoire amoureuse de Pierre le Long et de sa très honorée\ndame Blanche Ba\\u. écrite par iceluy, par M. de Sauvigny, la musique\nde MM. Philidor et Albanèze. C'était un petit roman du genre naïf,\ndans lequel Billardon de Sauvigny, ancien officier de cavalerie devenu\ncenseur royal, avait, non sans quelque charme et quelque talent, quoi-\nque avec un peu de précieux, essayé d'imiter la grâce adorable dont jadis\nAmyot avait empreint sa traduction de la pastorale de Longus. C'était\nbien en effet une imitation, non trop maladroite, de Daphnis et Chloé.\nLe récit était entremêlé, comme les Nouvelles de Florian, de complain-\ntes, de chansons et de romances, au nombre de sept. Six de ces chansons\navaient été mises en musique par Philidor; la septième par Albanese, et\ncette musique, gravée avec beaucoup de soin, se trouvait à la lin du\nvolume (1).\nJ'ignore quel était le gendelettres obscur qui, sous le nom de Landris,\ntira une pièce du roman de Sauvigny; qui sait si ce n'est pas Sauvigny\nqui, dans cette circonstance, trouva bonde se couvrir d'un pseudonyme?\nEn tous cas, je crois bien que ni la pièce, ni la partition du Puits\nmour n'a été publiée, et là s'arrêtent les renseignements qu'il est possi-\nble de réunir sur cet ouvrage, d'ailleurs peu important.'\nMais Philidor s'occupa bientôt d'un ouvrage beaucoup plus considé-\nrable. Il était alors de mode de refaire les livrets de Quinault qui avaient\ninspiré Lully, pour les faire remettre en musique par de nouveaux\ncompositeurs, et Marmontel semblait s'être créé en ce genre une espèce\nde spécialité. Cela lui attirait de toutes parts des des brocards\net des épigrammes, qui paraissaient du reste, il faut bien le dire, ne l'af-\nfecter que médiocrement. Après plusieurs essais, il venait de marmon-\ntéliser ainsi Persée, et avait chargé Philidor d'écrire sur ce poème\nremanié une partition nouvelle. L'ouvrage réduit en trois actes, chanté\npar Legros, Larrivée, Laîné, mesdemoiselles Levasseur et Durancy, fut\nreprésenté à POpéra le 27 octobre 1780.\n\n(1) Albanese était un chanteur italien, né en 172 g, qui vint de bonne heure en\nFrance, chanta pendant plusieurs années avec succès au Concert spirituel, et acquit\nsurtout une grande renommée par une foule de petits airs et de romances qu'il\npubliait en recueils, et qui se faisaient remarquer par leur grâce aimable, leur tour\nnaïf et leur tendresse ingénue. Pendant longtemps ces romances jouirent d'une véri-\ntable vogue, justifiée par de réelles qualités. Un de ces airs, Que ne suis-je la fou-\ngère ? est resté populaire jusqu'à nos jours, et a été très souvent employé par\nBéranger dans ses chansons. Il est dans la Clé du Caveau, Selon Fétis, Albanese est\nmort en 1800."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "22", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.18", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1979, "texte": "Cette fois encore Marmontel n'en fut pas quitte à bon compte. On\nl'avait surnommé « le savetier de l'Opéra » en raison de la besogne à\nlaquelle il se livrait, et comme il avait eu le malheur de dire que s'il y\navait de mauvais vers dans Persée, c'était ceux qu'il avait conservés de\nQuinault, on commença par lui décocher l'épigramme un peu lourde\nque voici :\nQuinault, par la douceur de ses aimables vers\nSuspendoit le tourment des ombres malheureuses :\nCherchons, pour l'en punir, des peines rigoureuses,\nS'écria le Dieu des Enfers!\nIl invente aussitôt le mal le plus horrible\nDont au Tartare même on se fût avisé ;\nJe veux faire, dit-il, un exemple terrible,\nTor donne que Quinault soit Marmontélisé !\nL'abbé Arnaud, qui avait la main plus leste et le trait plus léger, et\nqui en voulait à Marmontel pour l'avoir trouvé dans le camp des Pic-\ncinistes tandis que lui-même était au nombre des plus ardents défen-\nseurs de Gluck, lui envoya en pleine poitrine ce petit sixain bien affilé :\nDe l'ordure des vieux poètes\nVirgile a tiré perles nettes ;\nDe Marmontel, ce gros lourdaui,\nBien différente est l'aventure,\nCar sur les perles de Qiiinault\nLe vilain a fait ses ordures.\nEst-ce, en réalité, à Marmontel qu'il faut attribuer l'insuccès de\nPersée? Je ne sais. Toujours est-il que Persée était joué d'une façon\nremarquable, et que la musique de Philidor reproduisait les nobles\nqualités qu'on était habitué de trouver chez son auteur. Il est vrai qu'un\névénement déplorable vint rapidement arrêter les représentations de cet\nopéra, et que le double succès du Seigneur bienfaisant de Floquet et\n& Iphi génie en Tauride de Piccinni, vint sans doute empêcher qu'on ne\nle remît à la scène; qui sait si, dans d'autres circonstances, Persée ne se\nfût pas grandement relevé, comme avaient fait jadis Tom Jones et Er-\nnelinde?\nL'événement dont je veux parler est la mort de mademoiselle Du-\nrancy chargée du rôle de Méduse, qu'elle jouait, paraît-il, d'une façon"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "23", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.19", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 3236, "texte": "admirable, comme auparavant elle avait joué celui d Ernelinde (i). Ma-\ndemoiselle Durancy, qui fut une des plus grandes artistes de son temps,\nrelevait à peine d'une maladie grave lorsque les auteurs de Persée lui\nconfièrent dans leur ouvrage le rôle important de Méduse. Elle ne se\nménagea pas pendant les études, et, une fois en présence du public, se\nlivra si complètement et laissa tellement déborder sa passion, que de\npareils efforts lui furent fatals. Bientôt elle n'eut plus la force de lutter\ncontre un tempérament artistique qui l'emportait outre mesure» Elle\nretomba malade, et cette fois si gravement, qu'elle mourut le 28 décem-\nbre, deux mois après avoir fait cette dernière création.\nLa partition de Persée contenait des morceaux superbes, que certains\ncritiques n'ont pas reculé à placer en regard des plus belles inspirations\nde Gluck. L9air admirable de Méduse : J'ai perdu la beauté qui me ren-\ndait si vaine, que mademoiselle Durancy disait d'une façon si magni-\nfique, a toujours été considéré comme un chef-d'œuvre; les chœurs\nétaient dignes de ceux d'jErnelinde et du mâle génie de Philidor, et l'on\na constamment cité celui qui termine le second acte, ainsi que ceux des\nEthiopiens et des Tritons; enfin le duo de la tempête compte au nombre\ndes meilleures pages de Philidor.\n; Après Persée, cinq années se succèdent sans entendre parler de Philidor\nau point de vue musical. Je pense qu'il passa une grande partie de ce\ntemps à Londres, où il avait pris l'habitude de se rendre au moins une\nfois l'an. Cette fois il est à croire que les échecs l'accaparèrent tout\nentier.\nEnfin, en 1785, nous le retrouvons à Paris, où Desforges, l'auteur du\n\n(1) Fille de comédiens de province, cette artiste incomparable avait débuté à la\nComédie-Française, le 19 juillet 1769, avant même d'avoir accompli sa treizième\nannée, par le rôle de Dorine, du Tartuffe. Trois ans après, le 19 juin 1762, elle\nfaisait une première apparition à l'Opéra, qu'elle quittait pour rentrer, le 13 octobre\n1766, à la Comédie-Française; enfin, le 23 octobre de l'année suivante, elle faisait\nretour à l'Opéra, où elle resta jusqu'à sa mort. « Cette excellente actrice, dit VAlma-\nnach musical de 1781, se distinguoit dans tous les rôles par la sensibilité de son âme,\npar la vérité de ses gestes, par la grâce de sa démarche, la noblesse de son maintien,\net par une infinité de petits détails qui ne pouvoient être apperçus que dans une ac-\ntrice du premier mérite. » Un almanach spécial, les Spectacles de Paris (pour 1782),\ndisait de son côté : « Avec une figure marquée, elle avoit trouvé le secret de plaire\ndans le rôle de Colette (du Devin du Village); tendre et noble dans Ernelinde, tou-\nchante dans Castor, elle étoit sublime dans Clytemnestre et se faisoit encore admirer\ndans les rôles de la Haine et de Méduse. Elle était si passionnée dans ses rôles,\nqu'elle faisoit oublier sa figure. Si elle n'a pas été la meilleure chanteuse de l'Opéra,\nelle en a été sûrement la plus grande actrice. Il ne lui a manqué que de la beauté\npour faire rendre plus de justice à ses talens concernant la déclamation et pour\nexciter l'enthousiasme. Elle est morte le jeudi 28 décembre 1780, dans la trente-\nquatrième année de son âge. »"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "24", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.20", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2809, "texte": "joli livret de VÉpreuve villageoise, lui confie celui de VAmitié au Vil-\nlage, opéra comique en trois actes et en vers, qui, malheureusement, et\nà beaucoup près, ne valait point son aîné. Ce malencontreux livret fut\nmême cause que l'ouvrage, représenté d'abord à Fontainebleau devant\nla cour, y fut sifflé de la belle manière, sans que la musique de Philidor,\nmalgré sa valeur unanimement reconnue, pût le sauver du naufrage.\nLAmitié au Village parut pour la première fois à la Comédie-Italienne\nle 3 i août 1785. Grimm en parle en ces termes : « L'exposition de cette\npièce a paru obscure; on en a trouvé la marche peu vraisemblable et\nfort embarrassée. Les situations les plus intéressantes ne font aucun\neffet lorsqu'elles sont mal préparées. Quant au style, il est d'une négli-\ngence que ne justifie ni celui de la Femme jalouse, ni celui de V Épreuve\nvillageoise. La musique a offert quelques morceaux dignes de la grande\nréputation de M. Philidor; mais cette composition a paru en général se\nressentir trop de la langueur et de la tristesse du poème. Cet ouvrage,\ndont la première représentation n'a eu qu'un succès fort douteux à Paris,\nétait tombé ignominieusement à Fontainebleau, » Ce que Grimm ne\ndit pas, c'est que le public de la Comédie-Italienne, qui dans cette affaire\nne voulait pas confondre le musicien avec le poète, fît à celui-là un\nhonneur qu'il avait été le premier à recevoir sur la scène de ce théâtre,\navec le Sorcier, et qui était encore bien rare à cette époque : il le rappela\nà l'issue de la représentation. D'Origny l'apprend dans ses excellentes\nAnnales du Théâtre-Italien, en insistant sur le mérite de la partition\nde VAmitié au Village : « .... Quant à la musique, chacun est con-\nvenu qu'elle est riche, expressive et savante; que les accompagnements\nsont très beaux; que les morceaux d'ensemble offrent de superbes effets\nd'harmonie, et que le duo chanté par Prosper et son fils est un morceau\nde maître, où 1 on reconnaît M. Philidor tout entier. Après la représen«\ntation, le public a voulu voir cet excellent compositeur, et a eu le plaisir\nde lui témoigner l'estime qu'il a pour son mérite. »\nIl n'en fut malheureusement pas de même à r Opéra, où, quelques mois\naprès, Philidor reparaissait pour la troisième et dernière fois. Il avait\naccepté de mettre en musique un exécrable livret en trois actes, Thémis-\ntocle, que lui avait fourni un détestable librettiste nommé Morel, déjà\ncollaborateur de Grétry. Quoique joué par de grands artistes, par Ché-\nron, Larnvée, Rousseau et madame Saint-Huberti, Thémistocle, joué\nd abord devant la cour, à Fontainebleau, y fut fort mal reçu, et ne fut\npas plus heureux à l'Opéra, lorsqu'il y fit son apparition (1). Ce fâcheux\n\n(1) Cet ouvrage avait été donné à Fontainebleau dans le même temps que VAmitié"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "25", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.21", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2731, "texte": "résultat était dû surtout à la nullité désespérante du poème dont Grimm\nparle ainsi : « Le poëme, malgré la rapidité des événements qui s'y suc-\ncèdent avec plus ou moins de ressemblance (rapidité vertigineuse, en\neffet, autant qu'absurde), a paru froid, sans mouvement; il languit par\nles moyens même qui semblaient devoir en ranimer la marche. Le style\ndiffus, lâche, sans couleur et continuellement prosaïque, style qui dis-\ntingue le talent de l'auteur de la Caravane et de Panur ge, convenait\npeu sans doute à une tragédie lyrique de ce genre. C'était une difficulté\nde plus à vaincre pour le musicien, et malheureusement M. Philidor,\ndans cet ouvrage, a paru fort au-dessous du talent qui Pavait placé à la\ntête de nos compositeurs français. »\nL'ouvrage, d'ailleurs, se présentait dans des conditions tout particuliè-\nrement défavorables. « Retardé par différents contretemps, disait, le jour\nmême de la première représentation, le rédacteur des Mémoires secrets,\nen y comprenant ceux de Fontainebleau, cet opéra se trouve avoir subi\nau moins quarante répétitions; ainsi, ce ne sera pas faute d'études, s'il\nne réussit pas. » Malheureusement, les études faites dans de telles condi-\ntions ne sont pas toujours heureuses; Thémistocle lui-même en donne\nla preuve. A la première représentation, Chéron, se trouvant malade,\nfut dans l'impossibilité de jouer, et dut être remplacé à Pimproviste par\nChardini, qui fut assez mal accueilli du public, tandis que, d'autre part,\nRousseau, très souffrant lui-même, eut à peine la force d'achever son\nrôle et d'aller jusqu'à la fin du spectacle; on comprend le désarroi qui\ndut s'en suivre, désarroi d'autant plus fâcheux, que le seul rôle féminin\nde l'ouvrage, celui de Mandane, confié à la Saint-Huberti, était juste-\nment assez effacé, et ne pouvait retenir suffisamment l'attention du\npublic. « Il a résulté de toutes ces circonstances, dit le rédacteur des\nMémoires secrets, un succès assez équivoque. Au reste, le sieur Phi-\nlidor, le musicien, est accoutumé à ne pas prendre d'emblée; quant au\npoète,, le sieur Morel, il est accoutumé aussi à faire ou à se faire faire de\nmauvais poèmes. Dans le fait, il n'y a rien de désespéré, et l'on ne seroit\npas surpris que Thémistocle reprît avec beaucoup de vigueur. » Ceci\nn'indique point que la musique eût produit un mauvais effet. Pourtant,\nl'ouvrage ne se releva point, et Thémistocle fut bientôt abandonné. Qui\npeut dire si, aidé de circonstances plus favorables, il n'eût point obtenu\nun grand succès?\nPeu de temps après, Philidor prit, dans un autre genre, une revanche\n\ndu Village, c'est-à-dire au mois d'octobre 1785, le i 3. Ce n'est que sept mois plus\ntard, le 23 mai 1786, qu'il parut sur la scène de l'Opéra."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "26", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.22", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 715, "texte": "éclatante. Le fait est constaté encore par les Mémoires secrets, dans\nlesquels on lit les lignes suivantes, à la date du 17 août 1786 : « -—Ceux\nqui ont assisté avant-hier au Concert spirituel, où l'on a exécuté pour\nla première fois un nouveau motet de M. Philidor, un Te Deum delà\nplus grande magnificence, ont trouvé qu'il s'était surpassé, principale-\nment dans le verset Judex crederis : il a peint, suivant ses admirateurs,\nle bouleversement de la nature avec les couleurs les plus effrayantes,\net il a trouvé le secret de produire des effets absolument neufs. » Cette\ncomposition grandiose fut exécutée une seconde fois le 23 décembre\nsuivant.\n(La suite prochainement.)\n\nARTHUR POUGIN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-04-01-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-04-01_01#c009", "volume": "bmtnabc_1875-04-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "27", "page_fin": "34", "image_debut": 23, "image_fin": 46, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.2.3", "titre_corps": "LA MUSIQUE RELIGIEUSE PENDANT LA SEMAINE SAINTE A PARIS PALESTRINA ET HAENDEL", "titre_sommaire": "LA MUSIQUE RELIGIEUSE PENDANT LA SEMAINE SAINTE A PARIS PALESTRINA ET HAENDEL", "signature_source": "MAURICE CRISTAL", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 23, "page_imprimee": "27", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.23", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1356, "texte": "LA\nMUSIQUE RELIGIEUSE\nPENDANT LA SEMAINE SAINTE A PARIS\nPALESTRINA ET HAENDEL\n\nI\nN fondant les Concerts populaires, M. Pasdeloup mon-\ntrait pour le sentiment artistique des français une\nconfiance qui n'a point été déçue. Le succès des\nConcerts d'harmonie sacrée a également prouvé qu'il\ny a dans notre pays le respect des belles œuvres et de\nla grande musique. Le Messie, Judas Macchabée,\nont familiarisé le public avec la vaillante musique cTHaendel, née au mi-\nlieu des âpres convictions et des ferveurs protestantes d'un peuple qui\navait marché à la voix de Cromwell. La Passion de Bach a été admirée\nà son tour. Les Sept Paroles d'Haydn, le Motet de Yan Berchem, le\nMotet de don Juan IV, les Improperii de Palestrina, le Miserere de\nLotti, les Lamentations du prophète Jérémie de Grégorio Allegri, le\nRequiem de Mozart, les airs d'église de Stradella, le Requiem de Brahms,\nY Ave Maria de Chérubini, le chant de la passion de Victoria, le psaume\nBeati quorum de Lalande, exécutés pendant la semaine sainte dans les\néglises et dans les concerts de Paris, montrent que chez nous on ne se\nrefuse plus à étudier, à comprendre, à admirer les sérieuses manifesta-\ntions de l'art et à témoigner une vénération sincère pour tous les génies,\nquelle que soit leur origine ou leur nationalité !\nLes programmes des graves concerts de cette époque de l'année consa-"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "28", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.24", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2502, "texte": "crée à l'art religieux sont bien un peu mêlés de fleurs mondaines, mais\nles œuvres sacrées dominent, et les maîtres, célébrés dans des contrées\ndiverses, font tous également bonne figure dans cette exhibition de la\nmusique mystique où, pour l'honneur de la France, nous devons ajou-\nter tout de suite que nos compositeurs français ont en ce dernier temps,\ncomme au siècle de Louis XIV, pris la place honorable. Cette expo-\nsition solennelle de ce que la musique a produit de plus élevé, de plus\naustère dans toutes les contrées de l'Europe, influence chaque année les\nesprits méditatifs, les compositeurs studieux. Le compositeur romain\nPalestrina (1524 - 1594), Victoria (1540 - 1608), le Fran-\nçais Lalande (1566 - 1726), le Saxon Haendel, naturalisé anglais ( 1685\n175 ont grandi dans notre admiration dès que nous avons pu, Tune à\ncôté de l'autre, dans Paris et dans la même semaine, comparer leurs\nœuvres mystiques, surprendre ainsi le secret de leur génie, et voir res-\nsusciter la civilisation même où ils ont pu mettre à jour leurs idéales\nconceptions. Ce serait un tableau ethnologique bien intéressant à tracer;\nmais l'espace nous manque et nous n'en esquisserons que quelques\ntraits, en nous préoccupant surtout de Palestrina et de Haendel.\nII\nLe genre de musique dans lequel Victoria, ou Vittoria comme on dit\nen Italie, a écrit son chant de la Passion qu'on exécutait ces jours-ci\ndans Paris, est bien différent de celui que Pergolèse inaugura et qui\nservit d'intermédiaire entre la musique scolastique et les compositions\nreligieuses de Marcello, de Haydn, de Haendel, de Gossec, de Lesueur,\nde Zingarelli, de Mozart et de Chérubini. On a fortifié l'effet de la musi-\nque sacrée en la rendant dramatique, et ainsi on s'est accommodé à nos\ngoûts; mais l'impression produite par les anciennes symphonies vocales\nde Victoria, d'Allegri, de Palestrina, de Roland, de Lotti, n'en est pas\nmoins saisissant et profond. Dans ce genre scolastique, chaque partie a\nun rôle, une volonté, un intérêt, et l'ensemble n'y perd point. Ces voix\ntoutes humaines, parlant, se taisant tour à tour, s'imitant l'une l'autre,\néchangeant leurs mots, leurs phrases modifiées chaque fois et se mainte-\nnant dans le registre, dans le timbre qui leur est propre, ces voix compo-\nsent une harmonie vivante, animée, véritable concert de l'humanité elle-\nmême. Victoria excelle dans la composition de ces messes, de ces chœurs\nsans accompagnement, dont quelques-uns exécutés à la chapelle Sixtine"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "29", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.25", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2497, "texte": "ont depuis près de trois siècles joui d'une estime qui ne leur est refusée ni\naux concerts du Conservatoire, ni dans nos églises parisiennes, ni dans\naucun des concerts d'Europe où cette musique se reproduit constamment\net est admirablement interprétée. Victoria a appris les procédés de sa com-\nposition à l'école romaine, mais il est resté espagnol par le sentiment. La\npatrie qui a donné le jour à Zurbaran et à Ribeira est bien celle du com-\npositeur Victoria, et le chef-d'œuvre de ce maître est bien certainement\nson office de la semaine sainte. Les chœurs de la passion de Notre-Sei-\ngneur ont une harmonie rigide et vigoureuse, un rhythmeénergique, une\nvérité d'expression que nul procédé d'art moderne ne saurait égaler. Les\nappels du peuple vie du scélérat « Barrabam, Barrabam »\net la mort de Jésus « Crucifigatur ! Crucifgatur ! » ont bien la violence\nsauvage d'une horde sans pitié. L'intervalle de quinte domine dans cette\nharmonie. Les moyens d'effet sont d'une extrême simplicité. Quelques\nimitations des phrases en canon7 des retards et prolongations en vue de\nla réalisation de l'accord parfait, quatre voix sans autre accompagne-\nment, c'est tout. Mais l'impression est la plus forte qu'on puisse ressen-\ntir, l'accent en est poignant, c'est que le génie et la foi se sont accordés\npour créer une œuvre sublime.\nIII\nLalande a été le meilleur compositeur français de son temps, pour la\nmusique religieuse. Aucune production française destinée à l'église n'a\neu à cette époque le retentissement du magnifique psaume Beati quorum\nqu'on chante au Conservatoire et qu'on a dit cette semaine à Saint-Sul-\npice. Les motets de Lalande, au nombre de soixante, font toujours bonne\nfigure aux concerts spirituels où ils se représentent sur les programmes\ndepuis la fondation de ces séances solennelles. Du vivant de Lalande, on\nles exécutait toujours à la cour. Dans cette belle chapelle du château, à\nVersailles, en présence des seigneurs, des grandes dames et de person-\nnages dont le goût était très exercé, au milieu des magnificences accumu-\nlées et d'œuvres artistiques qui se distinguaient toutes par un caractère\nde grandeur et de majesté, cela a été pour Lalande un réel titre de gloire\nque de diriger l'exécution d'une musique religieuse en harmonie avec\ncet ensemble extraordinaire et d'y faire entendre pendant quarante an-\nnées ses compositions, avec un succès qui se reproduit aujourd'hui dans\nnos églises chaque fois que Ton reprend ces belles œuvres."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "30", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.26", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2304, "texte": "IV\nJean Perluigi Palestrina, que ses contemporains ont nommé le prince\nde la musique, est né en 1529 et mort en 1594, tandis qu' Haendel èst né\nen 1684 et mort en 1759. Palestrina fut maître de chapelle successive-\nment à Saint-Jean de Latran, à Sainte-Marie Majeure et à Saint-Pierre\ndu Vatican. L'usage de composer des messes et des motets sur le chant\nd'une antienne ou sur la mélodie d'une chanson vulgaire qui s'était intro-\nduit dans la musique d'église dès le treizième siècle, s'était encore conservé\npendant qu'il vivait. Cet indécent et ridicule mélange du profane et du\nsacré,, censuré aux conciles de Bâle et de Trente, provoquait les colères\ndu pape Pie IV qui voulait interdire tout emploi de la musique à\nl'église. Pour conjurer les foudres papales, Palestrina écrivif d'après ses\nidées particulières le célèbre ouvrage appelé, on ne sait pour quelle rai-\nson, la Messe du pape Marcel, et sauva la musique religieuse de l'ana-\nthème dont on voulait la frapper.\nTelle est la légende. Les compositions de Palestrina ont servi long-\ntemps de modèle aux musiciens de la catholicité. On admire chez lui\nla faculté d'invention, l'habileté dans l'art d'écrire pour les voix, la va-\nriété du style, une harmonie large et simple et une ineffable suavité.\nV\nQuant au Saxon Haendel, qui passa la plus grande partie de sa vie\nen Angleterre, son existence fut bien plus mouvementée. Chargé, après\nbien des aventures et des voyages, des fonctions de directeur de spec-\ntacle, d'organiste, de chef dorchestre, il remplit Londres et l'Angleterre\nde sa renommée, et produisit une grande quantité d'ouvrages variés. Ses\nnombreuses partitions d'opéra disparurent peu à peu ; il en élagua les\nremplissages et les hors-doeuvre, et transporta tout le bagage dans sa\nmusique d'oratorio, espèce de symphonie religieuse et dramatique, qui\nest restée sa gloire.\nLe caractère dominant du talent Haendel est la grandeur et la\nsolennité. Il dispose savamment les voix et les fait chanter sans effort.\nSes chœurs sont d'un incomparable effet. Le dix-huitième siècle semble\ndevoir être le siècle de la musique religieuse ; mais, par Haendel, il en\nest l'apogée et le couronnement. Haendel représente cette époque vitale\nde Thistoirede l'art; il en est la personnification la plus élevée, et Pales-"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "31", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.27", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2523, "texte": "trina seul peut être mis en parallèle avec lui. Avec ces deux maîtres\ncommence et s'achève la première période de la musique moderne, et\nl'œuvre lyrique de l'art chrétien, qui, après eux, ne trouve que des\nmanifestations dépourvues de foi et des représentants déjà distraits par\nla symphonie ou par le théâtre.\nDans Palestrina, dans Haendel, la foi agit, l'œuvre s'inspire d'un cœur\nd'apôtre; c'est le secret de leur génie et de leur influence. Les composi-\ntions de chacun de ces deux hommes marquent une de ces rares épo-\nques où l'esprit d'initiative, franchissant les barrières dont l'entourent\nles préjugés du temps et les entraves de l'infirmité humaine, s'ouvre\ntout à coup une carrière inconnue et la parcourt à pas de géant. Ils ont\nété, tous les deux, les créateurs du seul genre de musique religieuse qui\nait été conforme au besoin qui l'a fait naître, au temps et aux contrées\noù il a grandi; ils y ont atteint la perfection suprême, et leurs ouvrages\nen ont été et resteront toujours les inimitables modèles. Chacun de ces\ndeux maîtres représente une phase de l'art chrétien. Palestrina est le\ntype de la mélopée catholique; Haendel est le type de la mélopée protes-\ntante. Dans l'œuvre de Palestrina, représentation fidèle d'une période\nnon effacée de la civilisation sous sa forme religieuse, - l'homme\ns'anéantit, s'annule volontairement ; il subit le Dieu qu'il adore, et qui\npour lui s'est fait homme, et est mort crucifié. Éperdu dans cette vision,\nl'art s'empreint d'une douceur angélique, d'une pieuse résignation, et\nrevêt une idéale ampleur; il a la noble et touchante nostalgie du la\nmélancolie de 1 ame attardée ici-bas, la froideur monacale et la pâleur\nalanguie des religieuses dans le cloître. Avec Haendel, la mélopée s'hu-\nmanise, se passionne; elle est plus dans le sens judaïque d'un peuple\nqui n'a pas besoin de temple pour rester en contact avec son Dieu.\nHaendel a le sentiment protestant. Ici, l'homme ne fait plus abnéga-\ntion de lui-même, il compte avec son individualité ; il agit, il s'affirme,\nil redoute de s'annuler pour lui et pour les autres; il veut être fort par\nles muscles, vertueux par l'âme, accomplir le devoir, être et parler face à\nface avec son Dieu. Haendel manifeste admirablement dans sa mélopée\nl'énergie vitale de ses sentiments, et les Anglais le définissent très juste-\nment le Milton de la musique.\nVI\nLes modes spéciaux d'expression lyrique procèdent chez Palestrina et\nchez Haendel d'un même système, d'une même école, et emploient les"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "32", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.28", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2855, "texte": "mêmes moyens; mais la différence des temps et l'état de Fart obligent les\ndeux musiciens à émettre leurs conceptions avec des ressources différentes.\nLa voix humaine, isolée ou massée dans l'ensemble choral, est la forme\nunique sous laquelle se manifeste la musique religieuse de Palestrina.\nHaendel continue la tradition chorale; il la refond, l'agrandit, l'agite,\nl'accroît des richesses de l'orchestre, fait concerter les chœurs avec la\nsymphonie, et, par son orchestre, donne à ses chœurs un caractère à la\nfois plus héroïque et plus biblique. Les chœurs de Palestrina n'attei-\ngnent leur divine expression de mystique et monacale extase, que dans\nles nefs immenses des cathédrales; ailleurs, ils n'ont ni sens ni intérêt.\nLes chœurs d'Haendel n'obtiennent leur effet que chantés devant des\nmasses innombrables et dans les espaces immenses d'un Westminster,\nd'un Cristal-Palace, d'un cirque français, où s'entassent six mille per-\nsonnes, ou dans l'envergure sans limite des places publiques. Aux an-\nniversaires de la mort d'Haendel, que l'Angleterre a toujours célébrés\navec une pompe digne du maître, on a toujours été obligé d'exécuter dans\ndes proportions grandioses la musique de l'Homme-Géant, comme\nl'appellent les Anglais. En 1784, le nombre des chanteurs et des instru-\nmentistes s'élevait à cinq cents. Chaque année, ce nombre grandit, et,\nlors du grand festival qui fut donné en l'honneur d'Haendel à Cristal-\nPalace, on jugea nécessaire de l'élever à cinq mille. Cette effroyable\nmasse sonore, à laquelle il fallut ajouter la houle formidable du grand\norgue avec l'ensemble foudroyant de tous ses jeux, ne sembla pas trop\nforte pour la pensée colossale du maître. Le génie d'Haendel dominait\ntout, on l'a pu bien juger aux concerts de M. Lamoureux.\nEn Allemagne, la même expérience a toujours entraîné le même résul-\ntat, et c'est un fait acquis, que les compositions de ce grand homme\ngagnent à être mises en relief par d'énormes armées orchestrales et\nchantantes. Dompter les masses, les rallier dans l'idée biblique, telle est la\nvirtualité de l'oratorio et le caractère du génie d'Haendel, et c'est par là\nqu'il fut une puissance dans l'Angleterre. Il était artiste, mais il était\naussi un apôtre, un combattant; il le sut, et puisa dans cette conviction\nune fermeté qui jamais ne se démentit. Dans l'histoire musicale de\nl'Angleterre, il apparaît comme un vainqueur, toujours menacé et tou-\njours vigilant, toujours bravé, mais qui jamais ne désarme, et accumule\nvictoires sur victoires pour s'affermir dans la terre conquise et agrandir\nson domaine. Dès qu'il pose le pied sur le sol insulaire, il s'avance\ncomme un guerrier, il mesure l'arène; chaque jour voit se lever un\nnouvel ennemi, chaque jour voit recommencer une nouvelle bataille, et\nil laisse à chacun de ses pas une trace indélébile de domination."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "33", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.45", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2398, "texte": "VII\nDans cette nécessité d'une lutte incessante, l'œuvre d'Haendel a pris\nune vigueur incomparable. On voit qu'il n'a laissé échapper aucune\noccasion d'acquérir la consécration qui s'attache à de beaux travaux\npoursuivis avec constance. Plein d'une persévérance indomptable contre\ndes hostilités toujours menaçantes, il élève des remparts inexpugnables,\nassis sur le rocher et capables de braver les vents du ciel, les flots de la\nmer, l'attaque de l'homme. Il a imprimé à sa facture et à son style une\nsolidité massive, qui n'a point à compter avec le temps et avec les modes\nchangeantes. Ses partitions portent l'empreinte d'une vaillance que rien\nne dompte, d'une ténacité qui fatigue l'obstacle, et ses oratorios, dans\nlesquels s'absorbent tout l'art, toute la mélopée religieuse, toute l'inspi-\nration lyrique et théâtrale d'une nation, qui auparavant s'annonçait\ntrès artiste et qui depuis semble avoir renoncé à l'art, sont des monu-\nments de granit et de fer qui subsisteront tant que l'Angleterre sera\ndebout.\nNulle vie plus que celle d'Haendel ne paraît dès l'abord heureuse,\nortunée, comblée de succès et de richesses ; mais, avec cet homme fort,\ncourageux et si profondément austère et religieux, il faut compter pour\npeu de chose la richesse, la gloire et le succès que, d'un cœur médiocre,\ntant de gens lui envient. L'Ecclésiaste l'a dit, tout est vanité. Ce\nqu'Haendel a souffert, ce qu'il a accumulé de travaux, la folie qui l'as-\nsaillit un moment, la cécité qui le frappa, peuvent le raconter. Ce qu'il\nfaut lui envier, c est qu il ne s est pas trouvé dans la bataille avec des\nbras désarmés ou enchaînés. Il faut lui envier aussi ses vertus ; car elles\nlui ont mérité que la libre et sérieuse Angleterre, plus de cent ans après\nsa mort, se glorifie encore de le compter au nombre de ses enfants.\nHaendel s est fait naturaliser Anglais, il est Anglais de corps, de cer-\nveau et d'âme; il accepte la vie comme il faut que tout homme fort\nl'accepte ; il a su avec courage subir le mal inévitable, et il a lutté sans\ndéfaillir, il est le digne citoyen de cette nation vaillante, austère et libé-\nrale, où l'homme qui a été le plus comblé par elle d'honneurs, de ri-\nchesses, d'amour et de vénération, est le soldat qui, dans toute une vie\nmilitante, n'a jamais prononcé le mot de gloire et n'a parlé que de\ndevoir.\nVIII\n1 elles sont, mises face à les diverses physionomies de Lalande"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "34", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.46", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1611, "texte": "■3, ;,î , |o oj- 'C 1~1 p'\"> T tk nous voudrions\ntoutes leurs productions par une parallèle et multiple exécution qui\nferait ressortir les mérites dissemblables de ces divers génies si différem-\nment inspirés. Palestrina, Victoria, Lalande, exécutés par des virtuoses\nadmirables dans des réunions de salon, n'ont produit aucun effet. Ce\nn'est pas une musique qu'il faut mettre en scène comme les banales\nromances d'un album ou les charmeresses prouesses des musiques\ncamérales. On étudie trop ces compositions en curieux lorsqu'il fau-\ndrait ne les aborder qu'après la résurrection des sentiments émus\nqu'éprouve une âme éprise de son Dieu. Quand on lit la Bible en litté-\nrateur, on ne saurait en goûter toute l'immatérielle saveur. De même\npour Haendel, pour Palestrina, pour Allegri, pour Jomelli, pour Vic-\ntoria, pour Gomolka, pour Lalande,pour Roland de Lassus et les autres\nmaîtres.\nPourquoi tous ces maîtres ne nous sont-ils pas présentés plus souvent\ndans de belles et savantes exécutions qui réformeraient tout notre ensei-\ngnement musical emprisonné en France, entre des banalités et des sot-\ntises ! Pourquoi, d'autre part, les maîtres modernes, les compositeurs\ncontemporains qu'a sollicités l'inspiration sacrée, seraient-ils si partia-\nlement écartés? L'exemple de M. Pasdeloup, de M. Lamoureux, de\nM. Colonne mérite d'être suivi. Mozart, Beethoven, Chérubini, Men-\ndelssohn, Halévy, Félicien David figureraient alors devant nous avec\nleurs compositions sacrées, et les dilettantes connaîtraient un sport mu-\nsical nouveau, celui de la musique religieuse.\n\nMAURICE CRISTAL."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-04-01-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-04-01_01#c013", "volume": "bmtnabc_1875-04-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 29, "image_fin": 29, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.2.4", "titre_corps": "CONCERTS DE L'HARMONIE SACRÉE", "titre_sommaire": "CONCERTS DE L'HARMONIE SACRÉE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.29", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 180, "texte": "CONCERTS DE L'HARMONIE SACRÉE\nÈVE\nMystère en 3 parties.\nPoëme de M. LOUIS GALLET\nMUSIQUE\nde\nM. JULES MASSENET\n1. PRÉLUDE, Apparition de îa femme.\nH, CHŒUR AU premier sourire d'Eve."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-04-01-01-c016", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-04-01_01#c016", "volume": "bmtnabc_1875-04-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 30, "image_fin": 44, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.2.5", "titre_corps": "A. PRELUDE, SCENE ET DUO. B. RÉCIT. C. CHŒUR.", "titre_sommaire": "A. PRELUDE, SCENE ET DUO. B. RÉCIT. C. 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C", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 47, "page_imprimee": "35", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.47", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2239, "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nSOCIÉTÉ DE L'HARMONIE SACRÉE : Ève, mystère en trois parties, paroles de M. L. Gal-\nlet, musique de M. J. Massenet.— CONCERTS POPULAIRES : Ouverture de Sigurd, de\nM. L. Reyer. CONCERT DU CHATELET : Samson, drame biblique, musique de\n. Saint-Saëns. Jésus sur le lac de Tibériade, musique de M. Gounod. SALLE\nVENTADOUR (CONCERT DANBÉ) : Rédemption, symphonie-poème, paroles de M. E.\nBlau, musique de M. César Franck. CONCERT DE MADAME OLGA DE JANINA.\nCONCERT DE MADAME ZEGOWITZ DE KATOW. —.CONCERT DE M. FERRARIS.\nOCIÉTÉ DE L'HARMONIE SACRÉE,-EVE, Mystère en\ntrois parties, paroles de M. L. Gallet, musique de M. J. Mas-\nsenet. L œuvre nouvelle de MM. L. Gallet et Jules Mas-\nsenet a été exécutée pour la première fois, le jeudi 18 mars\n1875, par la Société de l'Harmonie sacrée, sous la direction\nde M. Ch. Lamoureux. Le succès éclatant de la première an-\ndition a été confirmé par le public des auditions suivantes; il est justifié par\nle mérite exceptionnel de 1 ouvrage que nous allons examiner.\nMais, avant d'aborder l'étude de la partition, il me paraît nécessaire de\ncombattre certaines erreurs d'appréciation, auxquelles une fausse interpréta-\ntion de ce titre de Mystère a conduit bon nombre de personnes. La même\nerreur s'était déjà produite, il y a deux ans, à propos de Marie Magdeleine.\nLe titre de Drame sacré donné à Marie Magdeleine, la coupe du poème et\nle style de la partition indiquaient bien clairement que l'auteur n'avait en-\ntendu faire ni une composition de musique religieuse, ni un oratorio. Car, en\npremier lieu, 1 élément dramatique est absolument contraire à l'essence de\nla musique religieuse en général et de Foratorio en particulier; ensuite, ce\nqui constitue Y oratorio, ce n'est pas seulement ce fait que le sujet en est tiré\nde la Bible ou des légendes des saints, c'est avant tout la manière dont le\nmusicien a traité ce sujet, le style de sa composition et le caractère religieux\ndont il l'a revêtue. Or, Marie Magdeleine était un drame et la musique de\nce drame ne présentait aucun des caractères de la musique sacrée. Néan-\nmoins, de ce que le sujet avait été puisé dans les livres saints, on en conclut,\nsans plus de réflexion, que c'était un oratorio et Ton ne manqua pas d'ajou-"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "36", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.48", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3237, "texte": "ter, bien entendu, que M. Massenet avait une singulière façon de comprendre\nla musique religieuse. C'est à peu près comme si l'on venait dire que la Vie\nde Jésus de M. Renan est un livre religieux, par cela seul qu'il traite d'un\nsujet emprunté aux Saintes Écritures! Aujourdhui, on se livre aux mêmes\ncritiques, aussi fausses qu'inopportunes, à propos d'Ère et de son titie de\nMystère. Tranchons la question une fois pour toutes. Ère et Marie Magde-\nleine n'ont rien de commun avec la musique religieuse : ce sont tout sim-\nplement des drames lyriques, conçus dans les formes ordinaires de ce genre\nde compositions, et qui ne s'en distinguent que par une plus grande tenue dans\nle style et par une certaine sévérité dans la forme, commandées par le caractère\nspécial du sujet choisi par le musicien. En présence des difficultés de toutes\nsortes qui ferment aux jeunes compositeurs l'accès du théâtre, M. Massenet a\ncherché à se produire dans un autre milieu et il a dû choisir, pour les mettre\nen musique, des sujets qui pussent se prêter à un développement exclusive-\nment musical et se passer du jeu des acteurs et des accessoires de la mise en\nscène. C'est ainsi qu'il s'est trouvé amené à traiter des sujets d'oratorios ;\nmais, je le répète, la manière dont il les a présentés exclut absolument toute\nprétention de vouloir imprimer à ces compositions sur des sujets religieux le\ncaractère de la musique religieuse. Ce point essentiel étant bien établi, arri-\n\\\nvons maintenant à l'examen d'Eve.\nLe poème de M. L. Gallet, dont je presenteiai le développement parallèle-\nment à celui de la partition, nous retrace trois épisodes de la Genèse : la\ncréation de la femme, la faute et la malédiction. Comme on le verra dans la\nsuite, la donnée du poète s'écarte sensiblement de la tradition biblique et\ntient une sorte de milieu entre les fictions de la religion naturelle et les mys-\ntères de la religion surnaturelle. M. L. Gallet n'a vu dans le récit de la Ge-\nnèse qu'une légende poétique : ce mystère du péché originel, «sans lequel, a dit\nPascal, l'h'omme est plus inconcevable qu'il n'est inconcevable à l'homme, »\nn'est à ses yeux qu'un profond développement des deux premières passions\ndu cœur humain, la vanité et l'amour; quant à la chute de 1 homme, elle est\ncausée, en partie, par l'influence des mauvais esprits, en partie par la prépon-\ndérance de la sensualité sur l'esprit intelligent. J'ai entendu prononcer à ce\npropos les grands mots de mysticisme, de que sais-je\nencore? Que de sottise dépensée en pure perte! Pour ma part, je ne demande\nque deux choses à un poème d'opera ;detre litteiaire et musical, musical\nsurtout. Le poème d'Ève répond-il à ces deux conditions essentielles? Oui,\ncar d'abord il est fort joliment écrit, et de plus il a fourni à M.Massenet tous\nles éléments d'une partition remarquable ; donc c'est un bon poème et le\nreste nous importe peu. Ne nous arrêtons donc point plus longtemps à dis-\nserter sur la portée philosophique des librettos d opéras ou sur 1 influence mo-\nrale des scénarios de ballets et passons à l'etude de la partition.\nEve se divise en trois parties : i° La naissance de la femme; 20 Ève dans\nla solitude, la Tentation; 3\" La Faute et la Malédiction."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "37", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.49", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 3114, "texte": "PREMIÈRE PARTIE. La Naissance de la Femme. L'homme est endormi sous\nles palmes; une pure lumière s'étend sur la création, et de la terre encore\nfumante s'élèvent à l'horizon de légères vapeurs qu'éclaire le soleil. Tout est\nd'or et de rose dans cette solitude de parfums, où la nature, exubérante de\neunesse, se livre à tous ses caprices. Les herbes de la plaine ondulent sous\nune tiède brise, et le flot de la mer vient se briser lourdement sur le rivage,\ntandis que des sons plus légers errent dans les voûtes de verdure. Le chœur\nmurmuré par les voix du ciel autour du roi de la création est d'un caractère\nmystérieux et charmant ; il se développe sur un long dessin persistant des\npremiers violons, entremêlé de quelques accords de harpe et qui rend avec\nune rare perfection la sérénité de la nature et le calme majestueux de la soli-\ntude. Un prélude empreint d'une voluptueuse langueur nous annonce l'appa-\nrition de la femme. Ève paraît, la grâce est dans sa démarche, le ciel dans\nses yeux et la dignité de l'amour dans tous ses mouvements; timide, elle\ns'avance vers Adam, dont le regard ébloui s'arrête avec admiration sur cette\nbelle créature, fraîche comme l'aurore et rougissant comme elle. La première\nrencontre de l'homme et de la femme donne lieu à un duo, où l'on sent cir-\nculer des harmonies chastes et profondes et d'où il se dégage par moments\ndes bouffées d'accents et d'accords d'une suavité pénétrante. On ne saurait\nrien imaginer de plus frais et de plus gracieux que ce tableau du matin de la\nvie, plein de pureté et d'images riantes comme le matin d'un jour de printemps.\nAutour de ces deux êtres radieux de perfection, la création est en fête.\nUn long frémissement s'élève par les monts et par les plaines et toutes les\nvoix de la nature s'unissent pour saluer le premier sourire d'Ève. Ce chœur,\nqui termine la première partie, se compose de deux épisodes : le premier\nchanté à l'unisson par les voix de femmes, le second d'une allure plus vigou-\nreuse, dans lequel les ténors et les basses alternent avec les soprani ; enfin\nune brillante péroraison ramène la reprise du premier motif par toutes les\nvoix à l'unisson. La franchise et l'élégance de cette mélodie, qui semble planer\nlégèrement au-dessus d'un accompagnement plein de fluidité et de lumière,\nont produit un grand effet, et le morceau tout entier a été bissé par acclama-\ntions. Nous le publions dans le numéro de ce jour (i).\nDEUXIÈME PARTIE. Ève dans la solitude, la Tentation. La forêt s'est tue\npar degrés : pas une feuille, pas une mousse ne soupire, les fleurs sont immo-\nbiles sur leurs tiges et de vagues senteurs s'épanchent dans l'air calme. La\nnuit est venue : des millions d'étoiles scintillent sur le sombre azur du ciel\net le jour bleuâtre de la lune descend à travers les intervalles des arbres;\ntout est silence et repos. Dans la solitude de la forêt, Ève marche rêveuse;\nelle est seule, loin de l'homme endormi, des frissons inconnus passent sur\nsa chair, un sentiment nouveau mêlé de curiosité, de crainte et de plaisir,\n\n\\\n(i) La partition d'Eve a été publiée par l'éditeur Hartmann."}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "38", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.50", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2838, "texte": "fait palpiter son sein comme si elle allait être admise à quelque secret de la\ndivinité. Frémissante et charmée, elle écoute les Voix de la Nuit qui planent\nautour d'elle sous ces dangereux ombrages. Cette deuxième partie commence\npar un chœur sans accompagnement qui est écrit de main de maître. L'air\nsuivant, dans lequel Ëve confie à la Nuit les mystérieux ravissements de son\nâme, est, à mon sens, l'une des meilleures pages de la partition. La mélodie\ndélicieuse qui en forme le thème, se balance mollement sur un rhythme on-\ndulant, rempli de morbidesse et de langueur. Mais peu à peu de soudaines\nclartés éblouissent les yeux de la femme, d'autres voix tour à tour impérieuses\net séduisantes s'élèvent, grandissent, l'enveloppent, la dominent et l'entraî-\nnent vers l'arbre fatal dont l'amour est le fruit. Toute cette longue scène est\nprésentée d'une manière très remarquable dans un grand morceau d'ensem-\nble, où sont traduits, par un crescendo habilement ménagé et d'un bel élan ly-\nrique, les progrès de la passion, qui, sous l'influence des Esprits de l'Abîme,\nenvahit peu à peu le cœur solitaire d'Ève, le remplit, le subjugue et finit par\ndéborder dans ce cri qui s'échappe de ses lèvres frémissantes :\nLe désir qui m'anime est plus vuissant que moi !\nC'était là la scène capitale et le point culminant de l'ouvrage; M. Massenet\ns'y est montré à la hauteur de sa tâche.\nTROISIÈME PARTIE. La Faute et la Malédiction.—C'en est fait, les Esprits de\n1 abîme ont triomphé, la femme a goûté du fruit de l'arbre de science; elle\nconnaît l'amour; elle connaîtra le deuil et la souffrance. Pour avoir cédé à\nl'ivresse d'un premier embrassement, l'homme est déchu de sa perfection, et\ncet être libre, créé pour commander à l'univers, est devenu l'esclave de ses\nsens. La chute est consommée, le châtiment ne se fait pas attendre. Soudain\nune voix souveraine éclata dans les deux, l'horizon se voile, le jour fuit, la\nterre qui vient d'enfanter la mort frémit jusque dans ses fondements, et du\nsem des ombres qui couvrent le monde, sort ce formidable cri de malé-\ndiction :\nPour avoir écouté les esprits de ïabîme,\nHommes, soye% maudits!\nLa main du Dieu vivant pèsera, pour ce crime,\nSur vous et sur vos fils.\nL'amour ne donne pas que la riante ivresse\nDes désirs assouvis.\nLa douleur et la mort sont les maux qu'il nous laisse.\nHommes, soye% maudits!\nIl faut bien reconnaître que cette troisième partie est généralement plus\nfaible que les deux premières. Après un prélude instrumental d'un beau ca-\nractère et qui n'a pas produit tout l'effet qu'on en pouvait attendre, vient un\ngrand duo d'amour qui a paru froid et insuffisant. Ce duo est la contre-par-\ntie du premier duo, et il y avait là un contraste de situations à établir entre la\nnaïve quiétude de deux cœurs ignorants de l'amour et le trouble de ces"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "39", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.51", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2868, "texte": "mêmes cœurs livrés à tous les emportements de la passion ; le musicien ne\nl'a pas accentué d'une main assez vigoureuse. Le chœur de la malédiction,\nsoutenu par une orchestration puissante et colorée, est une page largement\nconçue et donne lieu à un beau développement auquel le Dies irœ sert de\nbase. Je lui reprocherai pourtant de manquer de grandeur et de majesté et\nd'être parfois d'une sonorité un peu creuse, dont les bruyants éclats ne dis-\nsimulent qu'imparfaitement la sécheresse et le défaut de plénitude.\nTelle est, dans son ensemble, cette partition qui renferme des qualités de\npremier ordre et dans laquelle on ne saurait trop louer la fraîcheur des inspi-\nrations, la clarté et la distinction constantes du style, ainsi que les éminentes\nqualités de facture. C'est en général dans l'expression des sentiments tendres\net gracieux et dans les morceaux de style tempéré que M. Massenet a le mieux\nréussi à donner toute la mesure de son talent; son imagination douce et\nrêveuse a su revêtir de couleurs charmantes tout le côté poétique de la lé-\ngende sacrée. Ère et surtout Marie-Magdeleine resteront deux des produc-\ntions les plus remarquables de l'école contemporaine, et nous nous plaisons à\nsaluer en elles les débuts pleins de promesses d'un musicien qui tient déjà le\npremier rang parmi nos jeunes compositeurs, et qui sera, avant peu, l'un des\nmaîtres de la scène française.\nL'exécution d'Ère est une des plus complètes qu'il nous ait été donné\nd'entendre à Paris. Madame Brunet-Lafleur et M- Lassalle ont chanté avec\nun charme exquis les rôles d'Adam et d'Eve; M. Prunet s'est montré suffi-\nsant dans le personnage du Récitant; l'orchestre et les chœurs, sous la direc-\ntion de M. Lamoureux, ont été admirables d'ensemble et de précision.\nH. Marcello,\nCONCERTS POPULAIRES. — L'importance exceptionnelle que j'ai dû\ndonner au compte-rendu d'Ère me force de restreindre au strict nécessaire la\nchronique de cette dernière quinzaine. Du reste, je n'ai à parler que d'une seule\nnouveauté, l'ouverture de Sigurd de M. E. Reyer. Cette ouverture est des\nplus remarquables : Yandante con sordini est une page pleine de poésie et d'un\nbon sentiment mélodique; Vallegro se déroule sur une phrase d'une énergie\nsuperbe, dont le musicien a fait l'objet d'un développement aussi complet que\nbien ordonné. L'instrumentation est brillante, colorée et d'une belle sonorité ;\ne lui reprocherai seulement de manquer parfois d'égalité et de plénitude et\nde renfermer quelques oppositions de couleurs un peu trop crues. Au demeu-\nrant, cette belle page symphonique trahit la main vigoureuse d'un composi-\nteur plein de fougue et de tempérament, elle fait le plus grand honneur à\nM. E. Reyer.\nJe renvoie au prochain numéro le compte-rendu du Concert spirituel et\nnotamment l'analyse du Requiem de J. Brahms, qui mérite quelque dévelop-\npement.\nH. M."}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "40", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.52", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3023, "texte": "CONCERT DU CHATELET. - [Le 7« et le 8* et dernier concert du\nChâtelet n'ayant pas offert de nouveautés, je serai très bref. Dans le B®, la\nSymphonie de Beethoven, avec chœurs, a été exécutée de façon à satisfaire\nles plus difficiles, au dire même des amateurs allemands qui étaient venus en\noule à ce concert. Tout le monde sait que la partie vocale y est écrite d'une\nmanière, qu on qualifierait d'absurde, si Beethoven n'en était pas l'auteur\nAussi Rossini disait-il plaisamment qu'elle est mal doigtée pour les voix.\nMademoiselle Vergin, élève du Conservatoire, n'a ni reculé ni bronché\ndevant les la et les si dont sa partie était hérissée. Elle a été parfaitement\nsecondée par mademoiselle Capelli et MM. Caisso et Taskin. Les artistes des\nchoeurs, surtout les sopranos qui avaient la responsabilité la plus lourde, ont\nvigoureusement défendu et soutenu l'honneur du grand maître ; mais aussi\nl'énergique direction de M. Colonne a tout galvanisé.\nM. Colonne a clos 1 intéressante série de ses concerts par le concert spiri-\ntuel du Vendredi saint. La soirée se composait, en dehors d'œuvres connues,\nde la première audition du premier acte de Samson, drame biblique, musi-\nque de M. Saint-Saens, et de la première audition de Jésus sur le lac de Ti-\nbériade, scène (en prose) tirée de l'Évangile, musique de M. Gounod.\nAvant d émettre mon opinion personnelle sur Samson, je dois dire que\ncelle du public ne lui a pas été favorable. Jamais absence plus complète de\nmélodie ne s est fait sentir comme dans ce drame. C'est au point que, confié\nà des artistes de talent tels que MM. Caisso, Manoury, Couturier, Taskin, et\nmademoiselle Bruant, personne, sauf mademoiselle Bruant, n'a trouvé une\nphrase pour se faire valoir et appeler un applaudissement. Joignez à ce man-\nque de motifs une harmonie souvent très risquée et une instrumentation\nqui nulle part ne s'élève au-dessus du niveau ordinaire et pourtant M. Saint-\nSaëns sait trouver de beaux effets d'orchestre et vous aurez une idée de ce\nque c'est que Samson. Je ne saurais absolument citer qu'un chœur dans la\nscène V, ainsi qu un trio suivi d'un air où Dalila, par un dernier chant\nd amour, veut entraîner Samson qui cherche à éviter ses regards. Cet air,\nextrêmement bien chanté par mademoiselle Bruant qui possède un mezzo-\nsoprano très pur, est le seul qui fasse entendre un peu de mélodie.\nJésus sur le lac de Tibériade renferme de grandes beautés. L'introduction\nest noble, bien développée, et l'instrumentation en est très soignée. La tem-\npête qui suit est d un fort bel effet. Le calme est un morceau symphonique\net vocal admirablement bien réussi. Le chœur qui accompagne le verset\n« Quel est donc cet homme à qui la mer et le vent obéissent ? » est d'une ma-\njesté qui touche au sublime, et l'orchestre y apparaît dans toute sa splendeur\nToute la scène enfin est une œuvre très remarquable.\nHenry Cohen.\nSALLE VENTADOUR. Rédemption,symphonie-poème, paroles de\nM. Edouard Blau, musique de M. César Franck. Ce n'est pas la première"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "41", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.53", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2732, "texte": "audition de cette symphonie que la Société chorale de M. Bourgault-\nDucoudray a donnée le 16 mars au profit des écoles paroissiales libres de\nl'arrondissement de Batignolles, mais c'est la première fois que la Chronique\nmusicale en rend compte. Analyser cette œuvre est une tâche difficile, car le\npoème est aussi vague et aussi mystique que la musique. La première opéra-\ntion consiste à tenir le livret à la main et à suivre des yeux, pendant que la\nsymphonie marche toujours, d'interminables récits de l'Homme, imprimés,\nmais non chantés, ni même déclamés, comme dans le Désert et d'autres\npoèmes-symphonies. La seconde consiste à écouter les chœurs des anges ou\ndes hommes, ou bien les mélopées de l'archange. Je dis mélopées, car de\nfrancs motifs rhythmés, de vraies mélodies, il ne s'en trouve pas dans toute\nla Rédemption. En vain madame Fursch-Madier a-t-elle essayé d'en ré-\nchauffer quelques-uns de sa voix puissante et de sa belle diction ; sauf quatre\nbeaux vers, sur lesquels M. César Franck a ajusté un soupçon de chant\nqu'elle a parfaitement accentué :\n« Le passé n'est plus qu'un rêve;\nLe mal s'enfuit impuissant,\nEt l'univers se relève\nQuand Jésus vers lui descend. »\nsauf encore le chœur final, bien traité et bien développé, mais où la mé-\nlodie ne pouvait être que secondaire, les adeptes de l'école wagnérienne et\nmélophobe ont dû être pleinement satisfaits de leur soirée. Jamais l'exubérance\ndes motifs ni du rhythme n'a troublé leurs jouissances.\nH. C.\nCONCERT DE MADAME LA COMTESSE OLGA DE JANINA. - On\ns'attendait d'avance à une manifestation dirigée contre le trop célèbre au-\nteur des Mémoires d'une Cosaque. Mais Paris est un vaste fleuve d'oubli, qui\nroule et anéantit dans ses flots bourbeux aussi bien les flétrissures de l'âme\net les diffamations de l'écrivain que les plus sublimes actes d'héroïsme. Le\npublic n'a donc vu dans madame Olga de Janina que l'artiste, et l'artiste est\ngrande, malgré son obstination à ne vouloir absolument consacrer son ta-\nlent qu'à exécuter les œuvres de Liszt et de Chopin.\nLa fantaisie hongroise de Liszt pour piano et orchestre est une véritable\naberration musicale, dans laquelle se trouvent cependant de splendides effets.\nMadame Olga de Janina y a été magnifique. On pourrait lui reprocher de la\ndureté, mais son exécution est irréprochable. Dans les mazurkas de Chopin,\nje n'aime pas sa mesure par trop indécise, son perpétuel tempo rubito. Mais\noù madame Olga s'est complètement fourvoyée, c'est en conduisant\net la scène de Jeanne d'Arc, de Liszt, au lieu de laisser ce soin à M. Porte-\nhaut, son chef d'orchestre, mais elle n'a sans doute voulu permettre à per-\nsonne de toucher à sa divinité. Du reste, cette scène est exécrable et ma-"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "42", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.54", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2481, "texte": "demoiselle Cleopatra Rancati ne l'a fait valoir en rien. Sa voix, assez belle\ndans le haut, est très fatiguée dans le médium, et sa prononciation en français\nest impossible. M. Novelli a chanté l'air du Stabat de Rossini « cujus animam. »\nSa voix est étendue et vibrante, mais il est tout à fait inconvenant de faire\ndes gestes de théâtre et de grands bras dans un air religieux. M. Romani et\nM. Planel ont été très applaudis, le premier comme chanteur, le second\ncomme violoniste.\nH. Ce\nCONCERT DE MADAME ZEGOWITZ DE KATOW. Au lieu des\néternels et monotones habits noirs et cravates blanches, le public a été agréa-\nblement surpris en voyant le concert débuter par l'apparition de trois jolies\nfemmes en toilettes ravissantes. Madame de Katow, violoncelliste, madame\nBlouet-Bastin, premier prix de violon et très beau talent, et madame Tassoni,\njeune pianiste américaine, ont exécuté avec un ensemble remarquable un\ntrio de M. Lutzen sur des motifs de la Traviata. Madame Tassoni, qui s'est\nfait entendre dans la Danse des Fées,de Prudent, a un jeu d'une délicatesse et\nd'une grâce parfaites : lorsqu'elle sera plus connue, elle prendra sa place\nparmi les premières pianistes de Paris. La salle Philippe Herz est trop petite\npour l'immense puissance de voix de madame de Katow, qui a chanté\nMaria de Gounod. Madame Boré a beaucoup plu dans la de M. Bour-\ngeois et dans la charmante valse des Cet M. Piter s'est fait ap-\nplaudir comme toujours.\nH. C.\nCONCERT DE M. FERRARIS. Concert des plus brillants qui se\npuissent entendre et embelli par l'élite de la société parisienne. Le talent de\nM. Ferraris est trop haut placé pour qu'il soit nécessaire d'en faire ressortir\nles mérites. Mademoiselle Hoffmann, son élève, est une pianiste de première\nforce, et le public a bissé toute entière une nouvelle tarentelle de M. Henri\nHerz, que M. Ferraris a arrangée pour deux pianos, et qu'elle a exécutée avec\nlui de la manière la plus brillante. Mesdemoiselles Badia, que madame la ma-\nréchale de Mac-Mahon a prises sous son patronage pour le concert qu'elles\nvont donner, ont été couvertes d'applaudissements. M. Pagans a obtenu son\nsuccès habituel avec l'air d'Eritrea et ses chansons espagnoles, et M. Mercu-\nriali, qui est un chanteur bouffe hors ligne, a ravi le public dans le duo de\nCrispino avec mademoiselle Dervieux et l'air de Dulcamara, dans l'Elisir\nd Amore.M. Portehaut a fait beaucoup de plaisir dans une romance pour\nviolon, de sa composition.\n\nH. C."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-04-01-01-c021", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-04-01_01#c021", "volume": "bmtnabc_1875-04-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "43", "page_fin": "48", "image_debut": 55, "image_fin": 60, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.2.7", "titre_corps": "VARIA", "titre_sommaire": "VARIA", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 55, "page_imprimee": "43", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.55", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1634, "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nFAITS DIVERS\n\nA Société des compositeurs de musique met au con-\ncours pour 187 5 :\ni° Une symphonie à grand orchestre : 20 Un quatuor\npour instruments à cordes.\nLes compositeurs français sont seuls admis à concourir.\nUn prix unique sera donné pour chacun de ces deux\nconcours.\nDes mentions honorables pourront être décernées ; toutefois, le jury ne\nprendra connaissance des noms des auteurs qui auront obtenu des mentions\net ne les rendra publics qu'avec leur assentiment.\nLa Société fera exécuter les œuvres couronnées.\nNe pourront prendre part au concours que les compositions inédites et\nnon exécutées. Si, après le jugement, on venait à connaître que l'œuvre\nayant remporté le prix ne se trouve pas dans ces conditions, le verdict du\njury serait annulé.\nLe jury sera nommé à l'élection par l'assemblée générale de la Société des\ncompositeurs de musique. Les membres du jury ne peuvent concourir.\nSymphonie\nPrix unique: une médaille d'or de cinq cents francs.\nLes œuvres envoyées au concours devront être écrites dans le style rigou-\nreux de la Symphonie, et divisées en quatre parties :\ni° Premier morceau, Allegro, très développé.\n2. Adagio ou Andante.\n3. Scherzo ou Tempo di minuetto.\n4. Finale développé.\nUne réduction au piano devra accompagner la partition d'orchestre.\nQiiatuor\nPrix unique : une médaille d'or de trois cents francs.\nLe quatuor devra comprendre quatre parties, de mouvements et de carac-\ntères différents.\nLes manuscrits devront porter une épigraphe reproduite sur un pli cacheté\naccompagnant l'envoi, et renfermant les nom et adresse de l'auteur. On devra"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "44", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.56", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2524, "texte": "les faire parvenir, avant le ler novembre 1875, àM. Wekerlin, bibliothécaire,\nau siège de la Société, 95, rue de Richelieu, chez MM. Wolff et Pleyel.\nNous trouvons dans l'annuaire des artistes musiciens, les renseigne-\nments suivants sur le budget de l'année 1874 :\nLes dépenses s'élèvent à 107,173 fr. 66. Les recettes, à 106,418 fr. 60.\nLe capital des rentes de la Société s'élève à 5,628,248 fr. ; les sommes\ndistribuées en pensions et revenus se chiffrent par 2,600.000 fr.\nL'Association des artistes dramatiques vient de publier le rapport an-\nnuel de ses opérations. Nous y trouvons les chiffres suivants :\nAu ier janvier 1873, l'Association comptait 2,622 sociétaires ;au 31 décem-\nbre, ce chiffre est descendu à 2,614. Dans le cours de l'année, il y a eu 162\nadmissions, 170 radiations, dont 58 prononcées par la mort et 112 par les\nstatuts.\nLes recettes de 1873 s'élèvent à 178,653 fr. 55 contre 137,178 fr. 79 pour\n1872, soit, en faveur de 1873, un excédant de 41,476 fr. 56.\nDepuis les trente-quatre années qu'existe la Société, elle a moissonné.\n3,722,216 fr. 43. Les secours et les pensions prélèvent environ le tiers, soit\n1, 199,733 fr. 31.\nLe montant des sommes versées par les sociétaires pour cotisations, de-\npuis l'origine de la Société, 1840 jusqu'au 3i décembre 1873, s'élève à la\nsomme de 862,698 fr. 83.\nAu lerIer janvier 1874, la fortune de l'Association s'élevait à 81,000 fr. de\nrentes.\nVoici les noms des sociétaires dont le chiffre des cotisations est le plus\nélevé.\nMesdames Marietta Alboni (i 853), 1,117 fr. 50. Gabrielle Arnault (1843),\n1 fr* s°. Brohan (1841), 2,117 fr. —M. Delaunay (1846), 1,117 fr. 50.\nMadame Denain (1840), 4.045 fr. 50. Madame Aug. Duyerger (1842),\n2,537 fr. M. Halanzier (1840), 3, 79 fr 20. Madame Nilsson (1866),\n5.076 fr. M. Ritt ( 1856), 3,172 fr. 40.\nM. Ernest Reyer travaille en ce moment à un oratorio intitulé Judith,\ndont le poème est de M. Louis Gallet. Cet ouvrage sera exécuté l'hiver pro-\nchain. M. Massenet met de son côté en musique un oratorio : la Vierge,\npoème de M. Grandmougin.\nMadame Emarot, mère de madame Emma Livry, a intenté contre la li-\nquidation de la liste civile impériale un procès qu'elle vient de perdre.\nOn se souvient de la mort malheureuse de mademoiselle Emma Livry. La\ndanseuse allait entrer en scène, lorsque sa robe fut atteinte par la flamme d'un\nbec de gaz ; elle parcourut deux fois le théâtre ; un pompier de service par-\nvint à 1 envelopper d'une couverture et à éteindre la flamme. Après de longues"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "45", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.57", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2378, "texte": "souffrances, mademoiselle Emma Livry finit par succomber aux suites de\nses brûlures, le 27 juillet 1863.\nL'Opéra dépendait alors de la liste civile. L'Empereur accorda, à titre\nd'indemnité, à madame Emarot, 40,000 fr. de capital et 6,000 fr. de pension.\nDepuis le 4 septembre, la liste civile n'existe plus, et M. Vavin, liquidateur,\nrefuse de payer les 6,000 fr. de rentes.\nMadame Emarot l'a assigné devant le tribunal, prétendant que la rente lui\nétait due, qu'elle représentait une indemnité conventionnelle.\nLe liquidateur répondait que rien n'était dû, et que l'Empereur payait à\ntitre gracieux une pension que ses successeurs ou la liquidation de sa liste\ncivile n'étaient pas tenus de fournir à madame Emarot.\nLe tribunal a admis ce dernier système et repoussé la demande de ma-\ndame Emarot. Ce jugement, frappé d'appel, vient d'être confirmé par la\nCour.\nNotre collaborateur M. le chevalier Van Elewyck voyage en ce moment\nen Italie, chargé par le gouvernement belge d'étudier l'organisation des Con-\nservatoires italiens et l'état présent de la musique dans la Péninsule.\nDans un précédent numéro, nous avons donné le nom des artistes enga-\ngés au théâtre de Covent-Garden à Londres pour la prochaine saison. Voici\nmaintenant la composition delà troupe de Drury-Lane.\nSoprani et contralti :\nMesdames Nilsson, Varesi, Singelli, Marie Roze, Grossi, Pernidi, Risarelli,\nBauermeister, De Méric-Lablache, Trebelli-Bettini et Titjens.\nTenori :\nMM. Capoul, Gillandi, Fancelli, Bignardi, Panzetta, Brignoli, Paladini,\nRinaldini, Grazzi et Campanini.\nBaritoni et bassi :\nMM. Rota, de Reschi, Castelmary, Catalani, Galassy, Costa, Casaboni et\nBehiens.\nChef d'orchestre :\nSir Michel Costa.\nOpéras annoncés : en vedette, le Lohengrin, Mignon, Medea, II Talis-\nmano\\ on espère également pouvoir donner cette saison Gli Amanti di Ve-\nrona, opéra du marquis d'lvry, traduit en italien par A. de Lauzières.\nM. Charles Jolieta posé dans le Monde Illustre la question suivante\nL'ADIEU est-il de Schubert? Voici la réponse qu'il a obtenue:\n« Sous ce titre : Une résolution musicale, M. Ernest Dubreuil a déclaré\nque Y Adieu doit être rayé des œuvres du Schubert, et qu'après sa mort un\néditeur avait mis son nom sur ce morceau, dont l'auteur s'appelle Auguste\nHeinrich Veyraud. Une note est placée àla fin de l'édition allemande. La\nvoici d'après la version de M. Ernest Dubreuil :"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "46", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.58", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3286, "texte": "» J'habitais, en 1823, Dorpat. A cette époque, le nom de Schubert n'était\npas très répandu, du moins à Paris et à Saint-Pétersbourg. Un jour, devant\nplusieurs de mes amis, dont quelques-uns vivent encore, je mis en musique\ncette poésie de Wetzel, romance connue dans ces deux villes sous le nom de\n« l'Adieu », de Schubert, avec un texte français. Je puis facilement prouver\nce que j'avance, par la date à laquelle l'Université me permit alors de l'im-\nprimer. Il est fort honorable pour moi que ma simple chanson ait passé près\nde tous les connaisseurs comme venant d'un maître immortel et glorieux\ncomme Schubert. Et cela ne doit venir que d'un éditeur quelconque de Paris,\nqui n'a pas craint de commettre une mauvaise action, en remplaçant tout\nsimplement un nom qui venait de naître et qui aurait pu s'illustrer, par celui\nd'un homme dont la réputation était immense en Allemagne et devait grandir\nchaque jour en France. De cette façon, par légèreté ou par malice, 011 m'a\nenlevé mon simple mérite. Je me vois cependant forcé, après bien des an-\nnées, de me présenter au monde musical comme le seul et véritable auteur\nde la romance connue sous le nom de « l'Adieu. » Ce que j'ai produit plus\ntard pourra donner la mesure de ma capacité, et on jugera ainsi si j'avais le\nmoindre intérêt à me couronner des lauriers des autres.\n« Quant à présent, qu'on veuille me croire ou non, je puis toujours affirmer\nsur ma conscience que Y Adieu est de moi, et dire ; « Anch'io son pittore. »\n« Sans en faire l'objet d'une question spéciale, puisque nous en sommes\nau chapitre de la musique, d'après l'Événement (octobre 1866), Rossini\naurait dit que l'air classique « Picta Signore » n'est pas de Stradella.\n« Cet air de Stradella serait une chanson populaire que Rossini affirmait\navoir chantée dans son enfance avec les bambini de son âge. D'après la même\nopinion, le nom de l'auteur du chef-d'œuvre serait inconnu, comme celui de\nl'auteur de la Romance irlandaise que Flotow a encadrée dans Martha. Pour\nmoi, je n'affirme rien, pas même qu'Homère est l'auteur de Y Iliade, On ne\nsait qui a sculpté la Vénus de Milo. Un esclave fatigué invente la charrue.\nQue de génies inconnus, que de médiocrités tapageuses... »\nM. le docteur Mandl a repris son cours d'hygiène vocale au Conser-\nvatoire. Dans la séance d'ouverture, il a expliqué l'influence des variations\nde la température sur l'organe vocal et exposé les moyens propres àla com-\nbattre ; dans la seconde, il a commencé à décrire le mécanisme de la voix, et\nil continuera dans chacune des leçons suivantes à traiter ce sujet intéressant.\nThéâtre Taitbout. Enfin, après bien des retards et des remises, l'inau-\nguration de la charmante salle Taitbout, comme théâtre quotidien, aeu lieu\nle 28 mars, dimanche de Pâques. La représentation se composait de trois\nopéras ou opérettes, au lieu de quatre qui étaient annoncés; Y Amphitryon,\nde M. Lacome, étant retardé par suite de l'indisposition de la première\nchanteuse.\nLes Trois Grands Prix, paysannerie de MM. Delilia et Le Senne, est une\noperette gentille et amusante. La musique, de M. Bernicat, n'offre rien\nqu'un assez joli duo, et des couplets bien tournés, pour finir. Gandolfo, de\nM* Lecocq, a déjà été joué aux Bouffes-Parisiens : il a été bien interprété et"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "47", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.59", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2452, "texte": "fort applaudi. M. Lecocq assistait à la représentation. Le Hanneton de la\nChâtelaine est une bouffonnerie de M. Lassouche, trop longue, mais extrême-\nment gaie, et qui a eu un succès de fou rire. Le Hanneton qu'a la châtelaine\nconsiste à se croire transportée au temps des croisades. On lui apporte comme\ntrophées de la victoire des mannequins représentant Renaud et Tancrède, et\nl'opérette finit par un combat singulier entre deux prétendus croisés, qui se\nbattent à pied et à cheval, et le vainqueur obtient la main de la Châtelaine.\nSouhaitons à l'intelligent directeur, M. de Lorbac, une longue série de\nfructueuses représentations. Il a su engager ou découvrir des artistes char-\nmantes, mademoiselle Marie Guérin, qui s'est fait fort souvent applaudir aux\nBouffes-Parisiens par sa jolie et fraîche voix et son jeu plein d'aisance,\nmademoiselle Léa d'Ascot, vive, extrêmement enjouée, mademoiselle Perrin\nqui, comme elle, abordait la scène pour la première fois, et mademoiselle\nVillars. En fait d'hommes, M. Mey, excellent comique, et M. Max, ténor\nfort agréable. L'orchestre, conduit par M. Michiels, est très bon.\n\nH. C.\n\nNOUVELLES\n\nARIS. Opéra. Deux nouvelles chanteuses ont été engagées par\nM. Halanzier, mademoiselle Marie Fechter, élève de M. Faure, et\nune jeune Suédoise, mademoiselle Grabow, élève de madame Viardot.\nVillaret vient départir pour Nice; si son indisposition continue, c'e*t,\ndit-on, M. Salomon qui sera chargé du rôle de Raoul dans les Huguenots.\nOpéra-Comique. De nouvelles auditions de la Messe de Requiem, de\nVerdi, vont avoir lieu à l'Opéra-Comique, à partir du 14 avril. Mesdames\nStolz et Waldmann chanteront encore les soli pour voix de femme; les parties\nde ténor et celle de basse seront tenues, cette fois, par MM. Masini et Medini.\nFolies-Dramatiques. Pour jouer le principal rôle d'Alice de Nevers,\nl'opéra bouffe d'Hervé, en répétition aux Folies, M. Cantin vient d'engager\nmademoiselle Marie Périès.\nIl est question, au même théâtre, d'un opéra bouffe en trois actes, musique\nde M. Serpette, paroles de MM. Jehan Walter et Jules de Gastyne.\nTitre : Cadet Roussel.\nSalle Taitbout. On répète un acte :la Jeunesse de Figaro, musique de\nM. de Konnick, paroles de MM. Clairville et J. Cardoz.\nMARSEILLE. Le Grand-Théâtre de Marseille vient de recevoir un grand\nopéra inédit en cinq actes, intitulé la Fiancée de Venise, paroles de M. G.\nMolinari et musique de M. Wroblewsky. M. Husson, le directeur du Grand-"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "48", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.60", "debut_caractere": 123, "fin_caractere_exclue": 875, "texte": "Théâtre, n'a pas hésité à monter, avant la fin de la saison théâtrale et pour\nla clore dignement, cette œuvre qui, d'après ce que l'on affirme, est appelée\nà avoir un grand retentissement.\nBORDEAUX. Le Florentin, de M. Lenepveu, vient d'être donné avec un\nsuccès complet au Grand Théâtre de Bordeaux. L'auteur a été rappelé deux\nfois.\nNous remettons au numéro du lerIer juillet prochain LA CHRONO-\nLOGIE, qui jusqiCici paraissait tous les mois. L'expérience nous\nayant appris que la publication trop souvent répétée de ce docu-\nment multipliait les recherches au lieu de les simplifier, nous\ncroyons être utile à nos lecteurs en reportant la CHRONOLOGIE\nà la fin de chaque trimestre.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-04-01-01-c023", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-04-01_01#c023", "volume": "bmtnabc_1875-04-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "43", "page_fin": "47", "image_debut": 55, "image_fin": 59, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.2.7.2", "titre_corps": "FAITS DIVERS", "titre_sommaire": "FAITS DIVERS", "signature_source": "H. C", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 55, "page_imprimee": "43", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.55", "debut_caractere": 52, "fin_caractere_exclue": 1634, "texte": "FAITS DIVERS\n\nA Société des compositeurs de musique met au con-\ncours pour 187 5 :\ni° Une symphonie à grand orchestre : 20 Un quatuor\npour instruments à cordes.\nLes compositeurs français sont seuls admis à concourir.\nUn prix unique sera donné pour chacun de ces deux\nconcours.\nDes mentions honorables pourront être décernées ; toutefois, le jury ne\nprendra connaissance des noms des auteurs qui auront obtenu des mentions\net ne les rendra publics qu'avec leur assentiment.\nLa Société fera exécuter les œuvres couronnées.\nNe pourront prendre part au concours que les compositions inédites et\nnon exécutées. Si, après le jugement, on venait à connaître que l'œuvre\nayant remporté le prix ne se trouve pas dans ces conditions, le verdict du\njury serait annulé.\nLe jury sera nommé à l'élection par l'assemblée générale de la Société des\ncompositeurs de musique. Les membres du jury ne peuvent concourir.\nSymphonie\nPrix unique: une médaille d'or de cinq cents francs.\nLes œuvres envoyées au concours devront être écrites dans le style rigou-\nreux de la Symphonie, et divisées en quatre parties :\ni° Premier morceau, Allegro, très développé.\n2. Adagio ou Andante.\n3. Scherzo ou Tempo di minuetto.\n4. Finale développé.\nUne réduction au piano devra accompagner la partition d'orchestre.\nQiiatuor\nPrix unique : une médaille d'or de trois cents francs.\nLe quatuor devra comprendre quatre parties, de mouvements et de carac-\ntères différents.\nLes manuscrits devront porter une épigraphe reproduite sur un pli cacheté\naccompagnant l'envoi, et renfermant les nom et adresse de l'auteur. On devra"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "44", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.56", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2524, "texte": "les faire parvenir, avant le ler novembre 1875, àM. Wekerlin, bibliothécaire,\nau siège de la Société, 95, rue de Richelieu, chez MM. Wolff et Pleyel.\nNous trouvons dans l'annuaire des artistes musiciens, les renseigne-\nments suivants sur le budget de l'année 1874 :\nLes dépenses s'élèvent à 107,173 fr. 66. Les recettes, à 106,418 fr. 60.\nLe capital des rentes de la Société s'élève à 5,628,248 fr. ; les sommes\ndistribuées en pensions et revenus se chiffrent par 2,600.000 fr.\nL'Association des artistes dramatiques vient de publier le rapport an-\nnuel de ses opérations. Nous y trouvons les chiffres suivants :\nAu ier janvier 1873, l'Association comptait 2,622 sociétaires ;au 31 décem-\nbre, ce chiffre est descendu à 2,614. Dans le cours de l'année, il y a eu 162\nadmissions, 170 radiations, dont 58 prononcées par la mort et 112 par les\nstatuts.\nLes recettes de 1873 s'élèvent à 178,653 fr. 55 contre 137,178 fr. 79 pour\n1872, soit, en faveur de 1873, un excédant de 41,476 fr. 56.\nDepuis les trente-quatre années qu'existe la Société, elle a moissonné.\n3,722,216 fr. 43. Les secours et les pensions prélèvent environ le tiers, soit\n1, 199,733 fr. 31.\nLe montant des sommes versées par les sociétaires pour cotisations, de-\npuis l'origine de la Société, 1840 jusqu'au 3i décembre 1873, s'élève à la\nsomme de 862,698 fr. 83.\nAu lerIer janvier 1874, la fortune de l'Association s'élevait à 81,000 fr. de\nrentes.\nVoici les noms des sociétaires dont le chiffre des cotisations est le plus\nélevé.\nMesdames Marietta Alboni (i 853), 1,117 fr. 50. Gabrielle Arnault (1843),\n1 fr* s°. Brohan (1841), 2,117 fr. —M. Delaunay (1846), 1,117 fr. 50.\nMadame Denain (1840), 4.045 fr. 50. Madame Aug. Duyerger (1842),\n2,537 fr. M. Halanzier (1840), 3, 79 fr 20. Madame Nilsson (1866),\n5.076 fr. M. Ritt ( 1856), 3,172 fr. 40.\nM. Ernest Reyer travaille en ce moment à un oratorio intitulé Judith,\ndont le poème est de M. Louis Gallet. Cet ouvrage sera exécuté l'hiver pro-\nchain. M. Massenet met de son côté en musique un oratorio : la Vierge,\npoème de M. Grandmougin.\nMadame Emarot, mère de madame Emma Livry, a intenté contre la li-\nquidation de la liste civile impériale un procès qu'elle vient de perdre.\nOn se souvient de la mort malheureuse de mademoiselle Emma Livry. La\ndanseuse allait entrer en scène, lorsque sa robe fut atteinte par la flamme d'un\nbec de gaz ; elle parcourut deux fois le théâtre ; un pompier de service par-\nvint à 1 envelopper d'une couverture et à éteindre la flamme. Après de longues"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "45", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.57", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2378, "texte": "souffrances, mademoiselle Emma Livry finit par succomber aux suites de\nses brûlures, le 27 juillet 1863.\nL'Opéra dépendait alors de la liste civile. L'Empereur accorda, à titre\nd'indemnité, à madame Emarot, 40,000 fr. de capital et 6,000 fr. de pension.\nDepuis le 4 septembre, la liste civile n'existe plus, et M. Vavin, liquidateur,\nrefuse de payer les 6,000 fr. de rentes.\nMadame Emarot l'a assigné devant le tribunal, prétendant que la rente lui\nétait due, qu'elle représentait une indemnité conventionnelle.\nLe liquidateur répondait que rien n'était dû, et que l'Empereur payait à\ntitre gracieux une pension que ses successeurs ou la liquidation de sa liste\ncivile n'étaient pas tenus de fournir à madame Emarot.\nLe tribunal a admis ce dernier système et repoussé la demande de ma-\ndame Emarot. Ce jugement, frappé d'appel, vient d'être confirmé par la\nCour.\nNotre collaborateur M. le chevalier Van Elewyck voyage en ce moment\nen Italie, chargé par le gouvernement belge d'étudier l'organisation des Con-\nservatoires italiens et l'état présent de la musique dans la Péninsule.\nDans un précédent numéro, nous avons donné le nom des artistes enga-\ngés au théâtre de Covent-Garden à Londres pour la prochaine saison. Voici\nmaintenant la composition delà troupe de Drury-Lane.\nSoprani et contralti :\nMesdames Nilsson, Varesi, Singelli, Marie Roze, Grossi, Pernidi, Risarelli,\nBauermeister, De Méric-Lablache, Trebelli-Bettini et Titjens.\nTenori :\nMM. Capoul, Gillandi, Fancelli, Bignardi, Panzetta, Brignoli, Paladini,\nRinaldini, Grazzi et Campanini.\nBaritoni et bassi :\nMM. Rota, de Reschi, Castelmary, Catalani, Galassy, Costa, Casaboni et\nBehiens.\nChef d'orchestre :\nSir Michel Costa.\nOpéras annoncés : en vedette, le Lohengrin, Mignon, Medea, II Talis-\nmano\\ on espère également pouvoir donner cette saison Gli Amanti di Ve-\nrona, opéra du marquis d'lvry, traduit en italien par A. de Lauzières.\nM. Charles Jolieta posé dans le Monde Illustre la question suivante\nL'ADIEU est-il de Schubert? Voici la réponse qu'il a obtenue:\n« Sous ce titre : Une résolution musicale, M. Ernest Dubreuil a déclaré\nque Y Adieu doit être rayé des œuvres du Schubert, et qu'après sa mort un\néditeur avait mis son nom sur ce morceau, dont l'auteur s'appelle Auguste\nHeinrich Veyraud. Une note est placée àla fin de l'édition allemande. La\nvoici d'après la version de M. Ernest Dubreuil :"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "46", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.58", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3286, "texte": "» J'habitais, en 1823, Dorpat. A cette époque, le nom de Schubert n'était\npas très répandu, du moins à Paris et à Saint-Pétersbourg. Un jour, devant\nplusieurs de mes amis, dont quelques-uns vivent encore, je mis en musique\ncette poésie de Wetzel, romance connue dans ces deux villes sous le nom de\n« l'Adieu », de Schubert, avec un texte français. Je puis facilement prouver\nce que j'avance, par la date à laquelle l'Université me permit alors de l'im-\nprimer. Il est fort honorable pour moi que ma simple chanson ait passé près\nde tous les connaisseurs comme venant d'un maître immortel et glorieux\ncomme Schubert. Et cela ne doit venir que d'un éditeur quelconque de Paris,\nqui n'a pas craint de commettre une mauvaise action, en remplaçant tout\nsimplement un nom qui venait de naître et qui aurait pu s'illustrer, par celui\nd'un homme dont la réputation était immense en Allemagne et devait grandir\nchaque jour en France. De cette façon, par légèreté ou par malice, 011 m'a\nenlevé mon simple mérite. Je me vois cependant forcé, après bien des an-\nnées, de me présenter au monde musical comme le seul et véritable auteur\nde la romance connue sous le nom de « l'Adieu. » Ce que j'ai produit plus\ntard pourra donner la mesure de ma capacité, et on jugera ainsi si j'avais le\nmoindre intérêt à me couronner des lauriers des autres.\n« Quant à présent, qu'on veuille me croire ou non, je puis toujours affirmer\nsur ma conscience que Y Adieu est de moi, et dire ; « Anch'io son pittore. »\n« Sans en faire l'objet d'une question spéciale, puisque nous en sommes\nau chapitre de la musique, d'après l'Événement (octobre 1866), Rossini\naurait dit que l'air classique « Picta Signore » n'est pas de Stradella.\n« Cet air de Stradella serait une chanson populaire que Rossini affirmait\navoir chantée dans son enfance avec les bambini de son âge. D'après la même\nopinion, le nom de l'auteur du chef-d'œuvre serait inconnu, comme celui de\nl'auteur de la Romance irlandaise que Flotow a encadrée dans Martha. Pour\nmoi, je n'affirme rien, pas même qu'Homère est l'auteur de Y Iliade, On ne\nsait qui a sculpté la Vénus de Milo. Un esclave fatigué invente la charrue.\nQue de génies inconnus, que de médiocrités tapageuses... »\nM. le docteur Mandl a repris son cours d'hygiène vocale au Conser-\nvatoire. Dans la séance d'ouverture, il a expliqué l'influence des variations\nde la température sur l'organe vocal et exposé les moyens propres àla com-\nbattre ; dans la seconde, il a commencé à décrire le mécanisme de la voix, et\nil continuera dans chacune des leçons suivantes à traiter ce sujet intéressant.\nThéâtre Taitbout. Enfin, après bien des retards et des remises, l'inau-\nguration de la charmante salle Taitbout, comme théâtre quotidien, aeu lieu\nle 28 mars, dimanche de Pâques. La représentation se composait de trois\nopéras ou opérettes, au lieu de quatre qui étaient annoncés; Y Amphitryon,\nde M. Lacome, étant retardé par suite de l'indisposition de la première\nchanteuse.\nLes Trois Grands Prix, paysannerie de MM. Delilia et Le Senne, est une\noperette gentille et amusante. La musique, de M. Bernicat, n'offre rien\nqu'un assez joli duo, et des couplets bien tournés, pour finir. Gandolfo, de\nM* Lecocq, a déjà été joué aux Bouffes-Parisiens : il a été bien interprété et"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "47", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.59", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 1135, "texte": "fort applaudi. M. Lecocq assistait à la représentation. Le Hanneton de la\nChâtelaine est une bouffonnerie de M. Lassouche, trop longue, mais extrême-\nment gaie, et qui a eu un succès de fou rire. Le Hanneton qu'a la châtelaine\nconsiste à se croire transportée au temps des croisades. On lui apporte comme\ntrophées de la victoire des mannequins représentant Renaud et Tancrède, et\nl'opérette finit par un combat singulier entre deux prétendus croisés, qui se\nbattent à pied et à cheval, et le vainqueur obtient la main de la Châtelaine.\nSouhaitons à l'intelligent directeur, M. de Lorbac, une longue série de\nfructueuses représentations. Il a su engager ou découvrir des artistes char-\nmantes, mademoiselle Marie Guérin, qui s'est fait fort souvent applaudir aux\nBouffes-Parisiens par sa jolie et fraîche voix et son jeu plein d'aisance,\nmademoiselle Léa d'Ascot, vive, extrêmement enjouée, mademoiselle Perrin\nqui, comme elle, abordait la scène pour la première fois, et mademoiselle\nVillars. En fait d'hommes, M. Mey, excellent comique, et M. Max, ténor\nfort agréable. L'orchestre, conduit par M. Michiels, est très bon.\n\nH. C."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-04-01-01-c025", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-04-01_01#c025", "volume": "bmtnabc_1875-04-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "47", "page_fin": "48", "image_debut": 59, "image_fin": 60, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.2.7.3", "titre_corps": "NOUVELLES", "titre_sommaire": "NOUVELLES", "signature_source": "Pour l'article Varia : Le Secrétaire de la Rédaction, O. LE TRIOUX", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 59, "page_imprimee": "47", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.59", "debut_caractere": 1137, "fin_caractere_exclue": 2452, "texte": "NOUVELLES\n\nARIS. Opéra. Deux nouvelles chanteuses ont été engagées par\nM. Halanzier, mademoiselle Marie Fechter, élève de M. Faure, et\nune jeune Suédoise, mademoiselle Grabow, élève de madame Viardot.\nVillaret vient départir pour Nice; si son indisposition continue, c'e*t,\ndit-on, M. Salomon qui sera chargé du rôle de Raoul dans les Huguenots.\nOpéra-Comique. De nouvelles auditions de la Messe de Requiem, de\nVerdi, vont avoir lieu à l'Opéra-Comique, à partir du 14 avril. Mesdames\nStolz et Waldmann chanteront encore les soli pour voix de femme; les parties\nde ténor et celle de basse seront tenues, cette fois, par MM. Masini et Medini.\nFolies-Dramatiques. Pour jouer le principal rôle d'Alice de Nevers,\nl'opéra bouffe d'Hervé, en répétition aux Folies, M. Cantin vient d'engager\nmademoiselle Marie Périès.\nIl est question, au même théâtre, d'un opéra bouffe en trois actes, musique\nde M. Serpette, paroles de MM. Jehan Walter et Jules de Gastyne.\nTitre : Cadet Roussel.\nSalle Taitbout. On répète un acte :la Jeunesse de Figaro, musique de\nM. de Konnick, paroles de MM. Clairville et J. Cardoz.\nMARSEILLE. Le Grand-Théâtre de Marseille vient de recevoir un grand\nopéra inédit en cinq actes, intitulé la Fiancée de Venise, paroles de M. G.\nMolinari et musique de M. Wroblewsky. M. Husson, le directeur du Grand-"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "48", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.60", "debut_caractere": 123, "fin_caractere_exclue": 875, "texte": "Théâtre, n'a pas hésité à monter, avant la fin de la saison théâtrale et pour\nla clore dignement, cette œuvre qui, d'après ce que l'on affirme, est appelée\nà avoir un grand retentissement.\nBORDEAUX. Le Florentin, de M. Lenepveu, vient d'être donné avec un\nsuccès complet au Grand Théâtre de Bordeaux. L'auteur a été rappelé deux\nfois.\nNous remettons au numéro du lerIer juillet prochain LA CHRONO-\nLOGIE, qui jusqiCici paraissait tous les mois. L'expérience nous\nayant appris que la publication trop souvent répétée de ce docu-\nment multipliait les recherches au lieu de les simplifier, nous\ncroyons être utile à nos lecteurs en reportant la CHRONOLOGIE\nà la fin de chaque trimestre.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[5]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.1", "texte": "PRÉFACE A UNE HISTOIRE\nDE\nLA GUERRE DES BOUFFONS\n\nI\nA Guerre des Bouffons est certainement la\ndispute la plus chaude de toute l'histoire de\nla musique : elle en serait peut-être demeurée\naussi la plus stérile, s'il n'en était sorti le\npremier ouvrage français qui corresponde\navec ce que nous appelons aujourd'hui l'o-\npér a-comique.\nGuerre des Bouffons! Étrange expression\nqui fait rêver de prime-abord à quelque scène\nde haut grotesque échappée, en un jour d'invention satirique, au pinceau\nfantaisiste du vieux Breughel, ou bien au burin puissant de notre Cal-\nlot! Mais point : il ne nous est pas permis de rattacher au domaine de\nl'imagination ce qui tient, au contraire, à la réalité pure, et d'ailleurs"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "6", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.2", "texte": "LA. CHRONIQUE MUSICALE\n\nl'esprit du lecteur, suffisamment prévenu sur le sens réel du mot, se\nrefuserait à nous suivre au-delà. L'expression de Guerre ou Querelle\ndes bouffons, désigne, comme chacun sait, la lutte littéraire qu'engen-\ndra la partition de la Servapadrona, et qui heurta l'une contre l'autre\ndeux puissances lyriques à peu près réconciliées maintenant, la mu-\nsique italienne et la musique française : petite guerre d'encre, il est vrai,\nmais reproduisant l'image de la guerre de sang, avec ses Achilles et\nses Thersites, et qui a de commun avec celle de Troie de s'être termi-\nnée par la ruse.\nL'arrivée des Bouffons en France sous la direction du signor Bambini,\nn'est pas la première tentative que les Italiens aient faite pour importer\nchez nous leur génie théâtral avec son cortège de personnages caractéris-\ntiques.\nNéanmoins, 'si l'on remonte aux temps reculés où les premiers col-\nporteurs du comique italien plantèrent leur tente sur le sol français, on\nacquiert facilement la preuve qu'en aucune circonstance les comédiens\nd'outre-mont ne furent plus discutés que les bouffons du signor Bam-\nbini, apportant avec eux le signal de la réforme musicale cachée sous les\nmélodies de la Serva padrona.\nIl ne sera peut-être pas sans intérêt de comparer l'accueil fait par\nle public français aux bouffons de Henri 111, simples interprètes du co-\nmique italien, avec l'orageuse réception des bouffons de Louis XV, pro-\nmoteurs d'une révolution musicale.\nOn se convaincra par l'examen sommaire de documents relatifs aux\ndiverses incursions de nos voisins sur la scène française, que la Guerre\ndes bouffons est la première opposition sérieuse et motivée qu'ait\néprouvée auprès de nous le théâtre italien, et que, si les Français se sont\nappropriés rapidement les types de la comédie de mœurs et d'action, ils\nse sont montrés relativement rebelles à l'importation du style musical, et\nqu enfin le travail d assimilation a été beaucoup plus lent d'une part que\nde l'autre. Chose inouie! l'oreille s'est façonnée moins vite que l'esprit,\nl'organe moins vite que le sens.\nC est aux philosophes qu il sied d eclaircir ce point de critique histo-\nlique, et nous seiions reconnaissant à Jean-Jacques Rousseau d'y avoir\ntouché, lui qui théorisa de si belle façon et trancha si fort du grand\nmaître, à 1 époque où il se fit l'apôtre exclusif de la musique italienne.\nII\nVers quel temps les bouffons italiens commencent-ils à montrer chez"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "7", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.3", "texte": "LA GUERRE DES BOUFFONS\n\nnous leur mine effrontée? D'après M. Charles Magnin, la première\ntroupe qui traversa les Alpes serait celle des Comici Confidenti, envi-\nron l'an 1572. Encore qu'il n'y ait guère à glaner là où moissonne\nM. Charles Magnin, je serais bien surpris si, dans les longues cara-\nvanes de marchands vénitiens, milanais, lucquois et pisans qui gagnaient\nles foires de Lyon par la Provence, il ne s'était point glissé quelques pau-\nvres hères de bateleurs traînant avec eux la voiture d'accessoires et la\ncaisse d'oripeaux : mais cette hypothèse ne doit pas nous faire perdre de\nvue nos Comici Confidenti, que nous voyons fusionner en 1574 avec\nles Gelosi dont la concurrence devenait gênante. La Société née de ce\nrapprochement parcourt la province pendant deux ans sous le nom de\nComici Uniti, se sépare à la fin de 1576, et chacune des deux fractions\nde cette importante compagnie reprend son nom et son répertoire pri-\nmitifs. Ce sont les Gelosi, reconstitués à Venise par le célèbre impré-\nsario Flaminio Scala, qu'Henri 111 va rappeler et engager spécialement\npour lui et sa cour, à l'occasion des États-Généraux de Blois, en 1577.\nEn 1574, Henri 111, de passage à Venise, avait eu l'heur d ouïr les\ncomédiens les plus renommés de l'ltalie : aussi rapporta-t-il en France un\nfort agréable souvenir de ces divertissements. Plus tard, quand appro-\nchèrent les États de Blois de 1577, le roi prit peur de la longueur des\nharangues, et ne convoqua ses jurisconsultes qu'après s'être prudem-\nment assuré d une bonne troupe de bouffons italiens, comptant par là\nchasser l'humeur mélancolique qu'excite en l'âme des souverains la\nperspective d'avoir à régler les affaires du pays.\nC'est pour effacer cette légitime préoccupation du roi, que les Gelosi\ndurent hâter leur voyage et se tenir prêts pour le mois de février 1577 :\n« En ce mois, la compagnie des comédiens italiens, surnommés I Gelosi,\nque le R.oy avoit fait venir de Venise, exprès pour se donner du passe-\ntemps, et desquels il avoit payé laransson, aïans été pris et dévalizés\npar les huguenos, environ les festes de Noël précédent, commencèrent à\njouer leurs comédies en la salle des Estats à Blois, et leur permist de\nprendre demi-teston de tous ceux qui les voudroient voir jouer. » Ainsi\nnous le présente le bon Pierre de Lestoile dans ce langage toujours pit-\ntoresque et toujours précis, qui tient à la fois du conte et de l'histoire, et\nqui sera le charme éternel de nos vieux annalistes français.\nL'été de cette même année 1577, nous retrouvons les Gelosi installés\nen l'Hôtel du Petit-Bourbon, alors situé au bord de la Seine, à l'angle de\nla rue des Poulies, et sur l'emplacement où s'élève aujourd'hui la façade\ndu Louvre. « Le dimanche 19 may, dit Lestoile, les comédiens italiens\nsurnommés I Gelosi commencèrent à jouer leurs comédies italiennes en"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "8", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.4", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nla salle de l'hostel de Bourbon, à Paris. Ils prenaient de salaire quatre\nsols par teste de tous les François qui les vouloient aller voir jouer, où\nil y avoit tel concours et affluence de peuple, que les quatre meilleurs\nprédicateurs de Paris n'en avoient pas trestous ensemble autant, quand\nils preschoient. »\nLe succès des Gelosi est complet, comme on le voit, et ne soulève de\nla part des Parisiens aucune protestation.\nIci se place la question de savoir par quels procédés fut faite la con-\nquête du public. Quel genre de pièces exploitaient les Gelosi? Bien que\nle chant et la musique soient d'essence tout italienne et dans le caractère\nde la nation, il n'est guères permis de supposer qu'ils en aient fait une\napplication régulière. Il faut plutôt croire, et l'on peut en juger par les\ncanevas de pièces conservés dans le Teatro delle Favole rappresentative\nde Flaminio Scala, que leurs représentations se composaient de dialogues\nextrêmement libres, improvisés et renouvelés selon les besoins de la\ncause, et assaisonnés en outre d'une mimique fortement accentuée. C'est\nl'opinion de M. Charles Magnin qui limite à deux genres distincts le\nrépertoire des acteurs italiens de cette époque : « i° Des comédies à l'im-\npromptu, jouées sur des canevas que l'on affichait dans la coulisse et\nque brodait la fantaisie des artistes : 2° Des comédies, des pastorales, des\ntragédies et des tragi-comédies écrites. » Je ne nie point d'ailleurs qu'il\nne s'y soit mêlé des sérénades et des chansons populaires de Venise ou\nde Naples, d'autant que certains gelosi étaient d'excellents musiciens,\nentre autres Francesco Andreini,qui jouait de presque tous les instru-\nments; mais le fond de leurs pièces reposait en principe sur des intri-\ngues licencieuses et sans autre souci artistique.\nIl advint même que ces pauvres diables, imbus du ruffianisme na-\ntional, et du reste admirablement secondés par la corruption mondaine de\nla Cour, se livrèrent à une telle licence de gestes et de mots qu'ils éveillè-\nrent les pudibondes susceptibilités des magistrats. On reprochait beau-\ncoup de choses aux capitaines Rinoceronte et Cocodrillo. Francatrippe\net Fritellino donnaient la réplique trop verte à ces joyeux compères : le\nDottore s'armait d'engins trop professionnels. Bref, le Parlement inter-\nvint et prohiba leurs jeux.\nC'est merveille d'entendre geindre le bon Lestoile.sur les pornogra-\nphies de nos Gelosi, et je demande place ici pour son piquant com-\nmentaire de l'arrêt du Parlement :\n« Le mercredi 26 juing, la cour assemblée en mercuriale fîst faire défense aux\nGelosi comédiens italiens de plus jouer leurs comœdies, pour ce qu'en ladite assem-"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "9", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.5", "texte": "LA GUERRE DES BOUFFONS\n\nblée, aucuns conseillers de la dite cour, mesmes les plus jeunes, remonstrêrent que\ntoutes ces comédies n'enseignoient que paillardises et adultères, et ne servoient que\neschole de débauche à la jeunesse de tout sexe de la ville de Paris. Et à la vérité, le\ndesbord y estoit assés grand sans tels précepteurs, principalement entre les dames\net damoiselles, lesquelles sembloient avoir appris la manière des soldats de ce temps,\nqui font parade de monstrer leurs poictrinals dorés et reluisants quand ils vont faire\nleurs monstres; en tout de mesme, elles faisoient monstres de leurs seins, et poic-\ntrines ouvertes et autres parties pectorales, qui ont un perpétuel mouvement, que\nces bonnes dames faisoient aller par compas ou mesure comme un orloge, ou pour\nmieux dire, comme les soufflets des mareschaux, lesquels allument le feu pour servir\nà leur forge.\nLe trait n'est-il pas charmant?\nQui sait? La politique (on en met partout) dicta peut-être la sentence\ndu Parlement. Les seigneurs italiens rangés autour de la reine-mère\nCatherine de Médicis envahissaient toutes les charges lucratives : la\nnoblesse française les détestait. Il courait sur leur compte des quatrains\ncomme celui-ci :\nQiiand ces bougres poltrons en France sont venus,\nIls estoient élancés, maigres comme sardaines;\nMais par leurs gras impôts ils sont tous devenus\nEnflés et bien refaits, aussi gros que balaines.\nLes Gelosi purent bien être enveloppés dans la proscription commune :\nla modicité de leur salaire eût dû pourtant les laver de la tache origi-\nnelle.\nIls en appelèrent directement à la faveur royale qui leur concéda des\nlettres-patentes en règle : c'était un véritable échec au privilège des Con-\nfrères de la Passion dont les descendants exploitaient alors l'Hôtel de\nBourgogne. Le Parlement se piqua d'amour-propre, maintint son\narrêt et le motiva de nouveau dans les termes les plus sévères. Comme\nla défense, 1 attaque vient de haut lieu. Quant aux Parisiens, ils se tien-\nnent à l'écart de ces froissements d'autorité, et, si les Gelosi sont obligés\nde repasser les monts vers la fin de 1578, ils savent qu'ils rapportent à\nla comédie italienne ses grandes et petites lettres de naturalisation.\nEn 1584 et 1585, les Conjidenti sont à Paris.\nEn 1588, autre troupe.\nEn 1600, les Gelosi, toujours sous la direction de Flaminio Scala,\nretrouvent à l'Hôtel de Bourgogne leurs beaux jours du Petit-Bourbon;\nils alternent avec les comédiens français de la rue Mauconseil et font\nbon ménage entre eux. Ils se transportent à Lyon quatre ans plus tard :\nc'est là qu'ils perdent la plus célèbre de leurs actrices, Isabella Andreini,"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "10", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.6", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ndont l'histoire littéraire n'a point laissé tomber le nom. Mais la compa-\ngnie qui nous rendit les plus fréquentes visites est celle des Comici\nfedeli habilement conduite par J, B. Andreini, fils d'lsabella. Elle se\nmaintint, de i 605 à i 652, près d'un demi-siècle, et se fit applaudir à\nParis à reprises assez rapprochées.\nIII\nIl serait oiseux de suivre pas à pas l'histoire de la comédie italienne\nen France à travers le dix-septième siècle et la première moitié du dix-\nhuitième : on connaît ses pérégrinations de l'Hôtel de Bourgogne au\nPetit-Bourbon, du Petit-Bourbon au Palais-Royal, son retour à l'hôtel de\nBourgogne et ses échappées sur les terres des théâtres de la Foire. Ce\ndéplacement, on le comprend, n'eut pas lieu sans secousses ni sans ac-\ncrocs; mais nos comédiens nationaux eux-mêmes n'en sont pas exempts?\nCette colonisation dramatique ne se poursuit pas ainsi pendant près de\ndeux siècles sans exciter autour d'elle des colères et des rancunes parmi\nles artistes indigènes : mais ces mouvements d'humeur sont vite étouffés.\nIls ne se transforment jamais en polémiques de longue haleine et ne\ndégénèrent point en un de ces tournois où la critique, emportée au-delà\ndu but, perd toute mesure dans les arguments et mêle à la question d'art\nl'outrageante et vaine discussion des personnes.\nLa Comédie-Française et la Comédie-Italienne marchent en paix côte\nà côte, et vivent de mutuels emprunts : de légers nuages marquent çà\net là le grand voyage de ces deux génies latins à travers l'histoire; ils en\nfixent les glorieuses étapes.\nRien ne fait prévoir les guerres intestines qui éclateront vers le milieu\ndu dix-huitième siècle au sein de la communauté : et ces guerres, ces\ntempêtes, ces orages, c'est un rien qui les provoque 1 un rien, en appa-\nrence, ou du moins presque rien, et ce presque rien est un coup de fou-\ndre Je veux parler de l'arrivée à Paris, en 1752, d'une brave troupe\nde chanteurs bouffes venue chez nous pour nous faire entendre quelques\nnouveautés agréables du pays de Naples.\nLe début de la troupe du signor Bambini sur la scène de l'Opéra n'avait\nen soi rien de subversif. Mais à leur insu, sans doute, les Bouffons bou-\nleversaient notre système de drame musical, innovaient chez nous une\npoétique libre et hardie, renvoyaient à leur solfège nos musiciens et\nnos chanteurs, rejetaient brusquement nos Aristarques sur les bancs\nde l'école, et ceci, en bonnes gens innocents du bruit qui se fait autour"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "11", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.7", "texte": "LA GUERRE DES BOUFFONS\n\nd'eux, avec des airs rejouis, des façons candides, des mines inconscientes\nqui semblèrent le comble de l'insolence.\nCe simple passage de comédiens ambulants qui prend tout à coup les\nproportions d'une émeute, et force toute la critique du temps à descendre\ndans la rue, a subi mille commentaires. Mais qu'était-ce, en réalité, si-\nnon la musique italienne, dans toute la fleur de sa robuste jeunesse,\nsautant par surprise à la gorge de la musique française, risquant les pre-\nmiers bégaiements du berceau? Dans la confusion qui suivit cette ren-\ncontre inattendue, l'intérêt et l'amour-propre également froissés par-\nlaient trop haut pour qu'on en raisonnât froidement.\nLe triomphe des Italiens sur les Français dans l'art de la musique,\nportait avec lui sa leçon dont il fallait profiter. Il avait, en dépit de sa\nforme légère, des racines profondes dans l'organisation politique des deux\npeuples; on en disserta en contemporains passionnés, c'est-à-dire stéri-\nlement. L'abattement conseilla les uns, l'entêtement les autres, mais le\nremède ne tut indiqué par personne.\nLe jour ne s'est pas encore levé très clair sur cette question. Des lit-\ntérateurs, plus poètes que critiques, attribuent l'incontestable supériorité\nque la musique italienne a si longtemps gardée sur la nôtre, à l'influence\ndu climat sous lequel elle est née : raison de droit divin, hommage\nmystique rendu à l'azur des cieux qui n'en peut mais. Attendons-nous,\nen vertu de cette théorie, à voir éclore sous les tropiques l'école suprême\nde toute musique. Quelques-uns, reprenant en sous œuvre la thèse chère\nà Jean-Jacques Rousseau, déclarent avoir trouvé dans les douceurs de\nla langue la source vive de la mélodie italienne. Loin d'accueillir à bras\nouverts ces sophismes exclusifs, qui frapperaient d'impuissance les peu-\nples qui n'ont pas la chance de vivre sous une chaleur moyenne de\ntrente-cinq degrés et de parler l'idiome flatteur du Cantarelli du Pré aux\nClercs, nous ne croyons pas être démenti par l'histoire, en prétendant que\nla France peut revendiquer sur l'ltalie la priorité des instincts mu-\nsicaux.\nPour nous, les bonnes fortunes musicales de l'ltalie tiennent, en de-\nhors de toutes prédispositions naturelles, à trois grandes causes : la dé-\ncentralisation lyrique, Y émancipation du théâtre de la tutelle offi-\ncielle, le grand nombre des Conservatoires, et Vexcellence avérée du\nsystème pédagogique en vigueur. Et cette décentralisation lyrique,\ncette liberté précoce du théâtre, cette profusion de corps enseignants se\nrattachent elles-mêmes à une origine commune : la décentralisation\npolitique.\nQu'on se représente l'ardente rivalité de vingt villes voisines, maî-"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "12", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.8", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ntresses d'elles-mêmes, où la fièvre de la gloire est à l'état aigu; où la\nguerre, le commerce et l'art sont bien moins des agents de civilisation\nque des engins de défense et de conservation ; où l'orgueil, constamment\nen jeu, exprime à chaque génération son suc de grands citoyens, de\ngrands capitaines et de grands artistes. Qu'on imagine, ici, une muni-\ncipalité républicaine dans laquelle le renouvellement des offices et le\nvote des charges publiques, accessibles à tous, ne laisse aucune trêve aux\nambitions; là, un prince qui n'a pas le loisir d'être complètement tyran-\nnique, qui pactise de force avec le bas peuple pour lutter contre la no-\nblesse qui conspire, qui paie par des privilèges sa dette de reconnaissance,\net n'a d'autre ressource que d'en partager les bénéfices avec la démo-\ncratie. O merveilleuse intensité de la vie civile! Qu'on se rappelle Venise\nconquérant sa place au sein des grands conseils européens, et, toute dé-\nbordante de vie, colonisant, par sa seule extension, des terres mille fois\nplus étendues que le sol qu'elle occupe; Florence, où le commerce de\nl'argent crée aux Médicis qui la gouvernent des budgets inconnus; Gênes\nqui couvre la mer de ses vaisseaux; ailleurs, Pise avec ses cent mille\nhabitants, qui tient Florence en échec; Rome avec sa cour papale qui at-\ntire autour d'elle toutes les hautes têtes du monde chrétien. Qu'on replace\nà Milan les Sforce et les Visconti, les d'Esté à Ferrare, les Scaliger à\nVérone, les Malatesta à Ravenne. Qu'on rende à Bologne, à Modène, à\nLucques, à Sienne, toutes villes d'aventures, leurs riches et entrepre-\nnantes communes, et l'on sera en pleine possession du secret de la Renais-\nsance des arts en Italie. Et maintenant, que le génie s'éveille en quelque\nhumble bourgade, l'artiste né d'hier peut s'élancer joyeusement sur le\nchemin de la ville où sa vocation l'attire. La traversée n'est pas dange-\nreuse; il n'y a pas loin de Chioggia à Venise, de Luino à Milan, de\nFiesole à Florence. Qu'il ne soit point en peine, il aura sa place au lu-\ntrin, à l'atelier, à la table du maître; puis il vivra de son talent. D'ail-\nleurs ne l'attend-t-on pas ? Il y a pour lui quelque part une noble dame\nqui veut de nouveaux sonnets à chanter sur le luth; une pieuse créature\nen ce moment fort irritée contre le monde, et qui réclame pour sa cha-\npelle un prie-Dieu d'ivoire; un abbé bien fervent, qui a besoin d'un enter\nbien affreux pour empêcher ses frères de rire sous leur capuchon dans\nle cloître; un capitaine aux gardes qui se désire voir représenté de pied\nen cap, avec toutes les mailles de sa cotte et bien farouchement. Et tout\nceci est le moins qui puisse lui échoir, car on a décidé la veille la cons-\ntruction d'une église cathédrale ou d'un palais seigneurial pour l'achè-\nvement desquels il faudra plus de cent ans. C'est ainsi que l'ltalie tenait"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "13", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.9", "texte": "LA GUERRE DES BOUFFONS\n\ntable ouverte à ses artistes : banquet immense dont les portes s'ouvraient\nau mot d'ordre : Génie!\nCependant, le développement de l'art musical n'est point parallèle à\nla renaissance des arts plastiques. Comme l'a fait observer très juste-\nment un écrivain français (Valeri. Curiosités italiennes), «il y a plus\nloin du frère Guy d'Arezzo, bénédictin du onzième siècle, l'inventeur\ndu solfège,à Pergolèse, que de Cimabue à Titien, à Corrège, à Raphaël. »\nA défaut d'originalité propre, l'architecture, la peinture, la sculpture,\narts d'imitation, s'inspirent des modèles antiques : la musique, art d'ima-\ngination, marche devant elle sans boussole.\nLapériode d'incubation est plus pénible en Italie qu'en Flandre et\nen France. Avant l'ltalie, nous connaissons le naturel et le pathétique:\nalors que les ferments d'une mélodie naïve et sans prétention se dégagent\nde nos romans héroïques et des légendes wallones, léchant italien étouffe\ndans ses langes. Le savant Arteaga ( del teatro musicale\nitaliano. T. I, cap. IV, p. 143 et suiv.) convient fort impartialement\nque, si la musique sacrée a son origine et son développement en Italie\n(point à moitié contestable), il n'en est pas de même du genre profane.\nIl concède de bonne grâce aux Provençaux la gloire d'avoir les pre-\nmiers accouplé la musique à la langue vulgaire, ainsi nommée par\nopposition à la langue latine sur laquelle on composait d'ordinaire. Il\navoue que ce furent les ménestrels, venus à la suite de Charles d'Anjou,\nroi de Naples et de Sicile, qui donnèrent les premières leçons de chant\nà l'ltalie, et que leurs essais de drame et de ballo in a\\ione sont les an-\nneaux primordiaux de la longue chaîne des représentations italiennes.\nIl constate que les maîtres flamands prirent une grande part à l'éduca-\ntion musicale de F Italie, et comme il est Espagnol, il ne cite pas moins\nde trente de ses compatriotes appelés, à diverses époques, à grossir le\ncontingent des chanteurs et professeurs qui exercèrent à Bologne, à\nRome, à Naples et autres villes. A la fin du quinzième siècle, l'émigration\nde nos musiciens français et flamands dure encore : les princes d'ltalie\nentretiennent encore sur leur cassette privée, chanteurs et instrumentistes\nétrangers. L'histoire locale de l'ltalie abonde en textes précis sur les\nréquisitions d'hommes qui sont faites à la France et aux Pays-Bas. Louis\nGuicciardini, le neveu du célèbre historien, dans sa Description des\nPays-Bas (Anvers, 1567), ne nie point l'antériorité des écoles de ce\npays sur celles de sa patrie, ni le succès qu'obtenaient leurs élèves dans les\nvilles de la chrétienté qui les mandaient. Le Morigi, qui a écrit l'Histoire\nde Milan, parlant du duc Galeas Sforza Visconti, assassiné en 1476, ra-\nconte qu'il aimait beaucoup la musique et qu'il « tenait à gage une"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "14", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.10", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ntrentaine de musieiens ultramontains auxquels il donnait de gros ap-\npointements. Un d'eux, nommé Cordiac, touchait du prince cent ducats\npar mois. » A propos de Leonello d'Esté, duc de Ferrare, en 1441, Mu-\nratori dit qu'il fit venir des chanteurs de France, et que Girolamo délia\nCasa d'Udina nous le recueil des plus beaux madrigaux de ces\nFrançais qu'il propose comme des modèles du genre. On rencontre, ita-\nlianisés dans les chroniques, les noms de la plupart d'entre eux. Pour-\nquoi nous montrer parfois si sévère à l'égard de nous-mêmes dans l'exa-\nmen de nos rapports musicaux avec les autres nations? L'ltalie chantait\nla alla francese avant que la France chantât Y ariette à\nVitalienne.\nJe pourrais multiplier les preuves de la bonne opinion qu'on avait de\nnotre art au-delà des Alpes, et qui persista jusque dans les premières\nannées du dix-septième siècle. Des écrivains italiens vont jusqu'à le pré-\nférer à celui de leur pays. Louis Zuccolo (Discorso delle ragioni del\nnuméro del verso italiano. Venezia pelGinammi, 1623, in-4) s'exprime\nainsi sur ce point : « La musique plus douce, plus délicate qu'elle ne\nsouloit être parmi nous Italiens, passa ces dernières années de France en\nItalie. » Nous ne demandons pas tant de sacrifices à l'amour-propre ita-\nlien. S'il est vrai que l'influence française se fit longtemps sentir dans\nleur musique, elle ne tarda pas à se dissiper devant l'art indigène dont\nl'aurore se levait au ciel avec des rayons éblouissants.\nDès la fin du quinzième siècle, les établissements d'enseignement\nmusical surgissent de toutes parts : le premier de ce genre paraît avoir\nété fondé à Naples sous les auspices du roi Ferdinand, par Franchino\nGaffurio de Lodi avec la collaboration de trois étrangers, Bernard Hy-\ncart, Jean Tinctor et Guillaume Garnier. Vers la même époque, Nicolas V\ncrée à 1 Université de Bologne une chaire de théorie musicale occupée\npar d'illustres professeurs, et quand le titulaire paraît insuffisant, on le\nmande du dehors, et l'on fait venir de Salamanque, eni4B2, l'espagnol\nRamos Pereira qui bat en brèche la méthode de Gui d'Arezzo.\nAu commencement du seizième siècle on trouve à Sienne la Com-\npagnie des Ses prétentions sont moins académiques, mais son\nsystème est plus expéditif : elle représente elle-même des intermèdes avec\nchant, embryons de la musique dramatique. A Vérone se forme l'impor-\ntante Société des Filarmonici, uniquement affectée à l'amélioration de la\nmusique : chaque membre y contribue dans sa spécialité. Ainsi, l'ensei-\ngnement, loin de se confiner dans les sphères officielles, se généralise rapi-\ndement sous l'impulsion des écoles publiques émanant de l'initiative\nprivée, au seizième siecle, on peut encore compter le nombre des écoles"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "15", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.11", "texte": "LA GUERRE DES BOUFFONS\n\nouvertes; vers la fin du dix-septième et dans le cours du dix-huitième,\nc'est pour l'honnête homme un objet de première nécessité, comme le\nlavoir et le marché pour la bonne ménagère. A étudier tout cela, on se\ncroit débarqué, comme Pantagruel, en quelque nouvelle lsle sonnante\ndont les habitants avaient, au dire de Rabelais, ailes et plumes : « En\nceste isle vous n'avez que caiges etoyseaulx. Ils ne labourent ne cul-\ntivent la terre. Toute leur occupation est gaudir, gazouiller et chanter. »\nQuelle nomenclature on ferait des cinq ou six générations de musiciens\nqui professèrent successivement à cette époque féconre!\nAvec Corelli, la mélodie italienne s'émancipe de la tutelle où la tenait\nla férule du contrepoint; le chant reforme sa ligne pure, bannissant le\nrégime des fugues tourmentées et des canons à la manière flamande où il\nétait comme géométrisé. Ses disciples activent cette régénération : à Rome,\nc'est Melani ; à Bologne, Colonna; à Venise, Segrenzi ; à Ferrare, Bassani;\nà Gènes, Stradella. Puis viennent Greco, Caldara et Bononcini.\nAvec Tartini, l'instrumentation révélait tous ses mystères : de son\nécole sortaient non-seulement des virtuoses qui faisaient chanter le vio-\nlon avec une force et une douceur inconnues, mais aussi des praticiens\nhabiles à grouper les instruments, à classer les timbres à l'orchestre dans\nun ordre plus rationnel. Tels les Locatelli, les Nardini, les Geminiani, les\nSomis, auxquels la lutherie apportait chaque jour les produits d'une\nfacture incomparable.\nQuant à l'étude de la voix, elle ne fut bientôt plus considérée comme\nun accessoire, un détail d'exécution : l'art du chant eut son esthétique\net prit rang parmi les enseignements spéciaux. Les professeurs les plus\nvantés furent Pistocchi, à Bologne; Brivio, à Milan; Lotti, à Venise;\nPeli, à Modène, et Redi à Florence ; Gasparini, à Lucques; Mazzocchi,\nà Rome, et les maîtres fameux de Naples, Porpora, Léo, Scarlatti, Feo,\net tant d'autres dont je ne veux pas charger cette liste. Ils apprenaient à\nrespirer également, à prendre le son avec justesse, à l'enfler graduel-\nlement jusqu'à son maximum d'intensité pour le ramener ensuite à son\npoint de départ, à maintenir un sage équilibre entre les cordes de poi-\ntrine et celles de tête. Les élèves qui avaient subi cette préparation phy-\nsique passaient alors aux exercices des solfèges composés à l'usage des\nécoles par Léo, Durante, Hasse et Mazzoni qui y avaient réuni la fleur\ndes élégances et des ornements propres à chaque genre : puis ils abor-\ndaient gradatim les difficultés les plus ardues de l'art vocal, épuisant les\nheures de la journée en ports de voix, appoggiatures, trilles subdivisés\nen huit espèces, mordants, cadences et agréments divers. Je laisse à pen-\nser quelle perfection ils devaient atteindre après huit ou dix années d'un"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "16", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.12", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ntravail de bénédictins. On cite, non comme un exemple de bon goût mais\ncomme un phénomène de puissance acquise, le chevalier Balthasar Ferri\nqui montait et descendait, sans prendre vent et avec une admirable jus«\ntesse, deux octaves sur un trille continu. La plupart des compositeurs,\ninstruits dans ces classes, chantaient aussi bien que leurs futurs inter-\nprètes et n'attendaient point pour juger de l'effet de leur œuvre l'effet\nde la scène : aussi avec quelle sûreté de main n'écrivaient-ils pas pour les\nvoix!\nAce vaste système d'enseignement, s'adjoignait l'œuvre des théoriciens\ndévoilant, dans des traités spéciaux, tous les secrets de l'harmonie.\nLes représentations dramatiques avaient cessé d'être le privilège de la\nCour et des grands. Il n'était guères de cité qui n'eût son théâtre de\ncomédie ou d'opéra. Et le dilettantisme y était si raffiné, qu'en certaines\nlocalités on en excluait les enrhumés! Le dialogue des libretti s'était\népuré, le naturel des caractères n'était plus outré, comme au temps des\nfarces mises en musique par Logroscino. Apostolo Zeno et Métastase\navaient suffi pour opérer cette heureuse réforme et rajeunir l'éternel\npoème des maris jaloux et bafoués, des pères aveugles et despotes.\nIl s'est formé dans l'état une couche sociale à part, une gens musi-\ncalis, remuante, intrigante et forte de son homogénéité. La gent musi-\ncale absorbe toutes les faveurs princières; elle relègue la peinture à\nl'antichambre. Les mœurs faciles des compositeurs et maîtres de chant,\nles loisirs que leur font les caisses publiques et les cassettes privées,\nsoulèvent les colères de Salvator Rosa. Dans sa satire sur la musique, le\npeintre-poète les apostrophe avec toute la crudité de sa verve bourrue.\n« C'est à vous, maîtres indignes, que j'adresse tous mes reproches, à\nvous qui avez appris au monde à se prostituer sans craindre le courroux\ncéleste. Ma chère musique, je ne sais si les marteaux auxquels tu\ndois ta naissance furent aussi incommodes que le sont aujourd'hui tes\nprofesseurs Cependant c'est à ceux-là seuls qu'on fait honneur\nA cette race intéressée se donnent les premières charges et les offices,\ntant la vanité est aujourd'hui estimée! Ainsi, devenus tout à\ncoup ronds et gras, oublieux de leur naissance et de leur origine, ils\ntranchent du Sacripant et du Gradasse. Un excrément animé, un vil\nesclave habitué à la portière et au cellier prétend traiter en égal Marius\net Scipion Oh! combien on peut dire aujourd'hui avec vérité que\nles ânes ne craignent point de se couvrir de la peau du lion! Ils se gon-\nflent, se vantent, s'enorgueillissent, et Ton se fatigue et l'on sue pour les\nfaire chanter; mais si une fois ils commencent, jamais ils ne finissent.\nCanaille qui n'est jamais ni rassasiée ni contente : plus on lui donne,"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "17", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.13", "texte": "plus on lui prodigue, plus elle devient scélérate et pire. Populace qui n'a\nd'autres pensées, d'autres discours que de passer les heures dans la bois-\nson et les bâillements, et de vivre au pis comme des coquins. En ce temps,\nchangerait d'avis l'abeille qui dit un jour à la puce qu'elle ne voulait\npoint apprendre la musique à son fils. Car on n'estime, on n'écoute que\nles chanteurs ou les joueurs d'instruments, et cette race seule est bien\nvue et bien accueillie. »\nIV\nEn 1750, l'ltalie ne comptait pas moins de vingt scènes d'opéra. Rome\nen avait deux, Venise trois : San\nNaples avait son San Carlo. Les petites villes s'étaient piquées au jeu:\nLodi, Rimini, Pesaro, Reggio rivalisaient avec Florence et Milan,\nGènes et Turin. Et cependant plus de vingt troupes chantantes parcou-\nraient l'Europe, fatiguant tous les échos des cris de leurs castrats. Chaque\nHôpital recélait un Conservatoire;Naples en avait trois; Venise quatre.\nNous aurons le courage d'opposer à cette statistique abrégée des res-\nsources artistiques de l'ltalie le relevé complet des nôtres à la même\ndate. La comptabilité musicale ne devait pas être embrouillée chez nous\nen 1750.\nEn attendant, on recrute les acteurs de l'Opéra dans l'ombre des maî-\ntrises des cathédrales, et par lettres de cachet, s'il vous plaît! De par le\nloi, messieurs du lutrin, rendez vos surplis! vous n'êtes plus au service\nde Dieu! Ceux-là mêmes qui chantaient 1t kyrie la veille à la paroisse,\nsont ceux qui chanteront YArmideà l'Opéra le lendemain.\nEn 1672, Lulli dirigeait à 1 Académie de Musique un cours prépa-\nratoire de chant, après lequel on lançait le débutant sur la scène. Un\nphysique avenant et des poumons d'airain, voilà tout ce qu'on récla-\nmait du novice. En 1678, mademoiselle le Rochois ouvre une autre\nécole. Mais il faut attendre jusqu'en 1795 l'inauguration du premier\nConservatoire national. En l'an de grâce 1875 où nous vivons, la moitié\ndu dix-neuvième siècle passée, il n'y a guères que cinq Conservatoires en\nFrance; moins qu'en Italie au commencement du dix-septième!\nEn 1750, nous n'avons pour tout bien que l'Opéra de Paris. Tel est\nle bon plaisir du roi Louis XIV qui ne veut pas qu'il en soit autrement.\nLe privilège du mois de juin 1669 concède à l'abbé Perrin le droit ex-\nclusii d établir tant en la bonne ville de Paris qu'en autres bonnes villes\nde France des Académies de musique.Remarquez ce pluriel. Mais les\nlettres-patentes du 29 mars 1672 délivrées à Lulli, ne l'autorisent plus\n\nVIII.\nLA GUERRE DES BOUFFONS\n2"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "18", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.14", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nqu'à établir une Académie royale de Musique à Paris. Oyez ce « singu-\nlier y> ! C'est appuyé sur ce « singulier » arraché à la volonté royale que\nLulli et ses successeurs vont enrayer tous ceux qui feront mine de con-\ncurrence. Une année s'est à peine écoulée que déjà Lulli a invoqué ce\n« singulier » qui fait sa fortune, et signifié à la Comédie-Française l'or-\ndonnance du 3o avril 1673 ainsi conçue :\n« Sa Majesté ayant été informée que la permission qu'elle avoit don-\nnée aux Comédiens de se servir dans leurs représentations de Musiciens\njusqu'au nombre de six et de Violons ou Joueurs d'instruments jusqu'au\nnombre de douze, pouvoit apporter un préjudice considérable à l'exécu-\ntion des ouvrages de musique pour le théâtre du sieur Baptiste Lully,\nsurintendant delà musique de la Chambre de Sa Majesté, dont le public\na déjà reçu beaucoup de satisfaction. Et voulant qu'elle ait toute la per-\nfection qu'elle en doit espérer, Sa Majesté a révoqué la permission qu'elle\navoit donnée auxdits Comédiens, de se servir sur leur théâtre de six Mu-\nsiciens et de douze Violons ou Joueurs d'instruments; et leur permet\nseulement d'avoir deux voix et six Violons ou Joueurs d'instruments.\nFait Sa Majesté très expresses défenses à toutes les Troupes de Comé-\ndiens français et étrangers établis ou qui s'établiraient ci-après dans sa\nbonne ville de Paris, de se servir d'aucuns Musiciens externes et de\nplus grand nombre de Violons pour les entr'actes, même d'avoir aucun\nOrchestre, ni pareillement de se servir d'aucuns Danseurs; le tout à\npeine de désobéissance. Veut Sa Majesté que la présente Ordonnance\nsoit signifiée aux Chefs desdites Troupes, à la diligence dudit Lully,\netc Signé Louis, et plus bas Colbert. Et scellé. »\nVoilà qui est clair. Hormis Lulli et l'Académie royale, point d'orchestre\net point de danse : à la Comédie-Française, deux voix et six instrumen-\ntistes laissés là par tolérance.\nLulli veille sur ses confrères d'un œil jaloux et fait sa police lui-même:\nCambert le gêne, il le chasse; deux ordonnances consécutives, Y une de\ni6ys, l'autre de 1682, rappellent au respect de la parole royale les Co-\nmédiens français et italiens qui avaient cherché à l'éluder.\nOn comprend qu'une telle législation devait porter une atteinte auss\ngrave au progrès du grand Opéra lui-même qu'au développement d'un\ngenre plus familier sur les scènes voisines. L'Académie de Musique\nn'était, à vraiment parler,, qu'une succursale des plaisirs de la Cour :la\nfroide étiquette, le cérémonial précieux d'en haut, descendaient à l'heure\ndite sur la scène du Palais-Royal, paralysant de leur étreinte glacée\nl'élan des grandes passions dont vit le drame lyrique. « Je ne sçay pas,\ndisait Labruyère, comment l'Opéra avec une musique si parfaite et une"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "19", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.15", "texte": "LA GUERRE DES BOUFFONS\n\ndépense toute royale a pu réussir à m'ennuyer. > Nous savons aujour-\nd'hui pourquoi.\nAinsi donc le monopole de l'Opéra refrénait autour de lui toute ten-\ntative d'émancipation lyrique : la chanson, la pauvre chanson qui, en\nFrance pourtant, est bien le patrimoine de tout le monde, avait trouvé\nasile sur le théâtre de la Foire : on lui mit le bâillon et les menottes.\nPuis la sévérité de ses farouches gardiens se relâcha : on la laissa faire.\nElle se fit vaudeville, enfin opéra-comique. Sous cette forme, elle prit\nsur la roule un tel ascendant qu'elle fut une puissance redoutable. Le\nbruit des gros sous tombant dans sa sébille faisait retourner de temps\nen temps l'Opéra et la Comédie-Française : alors on la casematait\ncomme vagabonde; quelquefois, pour sauvegarder la morale, on obtenait\ndu lieutenant de police qu'il détachât de son service une escouade d'a-\ngents qui fondaient sur la loge de la pauvrette et dispersait les chalands.\nEt quand ces vexations nç la rebutaient point, la Comédie-Française et\n1 Opéra fourbissaient contre elle quelque vieille arme de procédure; un\nmatin, elle se réveilla entre les faces blêmes de deux procureurs signi-\nfiant, l'un au nom de la Comédie-Française, l'autre au nom de l'Aca-\ndémie royale, à dame chanson, dite farce, dite vaudeville et dite encore\nopéra-comique, d'avoir à s'abstenir désormais de toute musique et de\ntoute intrigue parlée.\nEt tandis que les édits royaux posaient des sourdines à tous les violons\nde France et décrétaient l'embargo sur tout établissement qui n'était\npas l'Opéra, la musique italienne nous jetait à la tête Pergolèse et la Ser-\nvante Maîtresse, à titre d'échantillon, avec prière de vouloir bien y\ncomparer nos parades de la Foire!\nLa lutte était inégale, et pour avoir été disputé pied à pied par des\nvolontaires levés à la hâte, le terrain n'en fut pas moins perdu.\nLa musique italienne se ruait sur nous avec une vitesse acquise de\ntrois siècles.\nLa nôtre n'en demande pas tant pour prendre sa revanche.\nElle a emprunté à l'ltalie ses maîtres d'armes, il n'y a de cela qu'un\nsiècle. Lequel d'entre eux dédaignerait de croiser le fer avec les nôtres :\nMonsigny, Philidor, Grétry, Dalayrac, Boiëldieu, Auber, Hérold. Ha-\nlévy, Gounod et Félicien David?\n\nARTHUR HEULHARD."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "20", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.16", "texte": "(0\nX\n'AI dit que Philidor avait dû revenir à Paris dès les pre-\nmiers mois de 1779, c'est-à-dire aussitôt après l'exécution\nà Londres, de son carmen seculare, qui eut lieu, comme\non l'a vu, au mois de février. Ce qui me le fait croire,\nc'est qu'il donna le ier mai, sur un petit théâtre, un ou-\nvrage nouveau, moins important sans doute que ceux qu'il fournissait à\nla comédie italienne, mais pour lequel, néanmoins, sa présence était\névidemment nécessaire.\nBachaumont est le seul écrivain dans lequel j'aie trouvé trace de ce\npetit ouvrage, que tous les biographes de Philidor, sans exception, ont\npassé sous silence. Voici ce qu'il en dit, à la date du 2 mai 1779 :\n« Le petit spectacle du bois de Boulogne, dont on a parlé Tannée der-\nnière, continue : il s'est ouvert hier par un drame nouveau, intitulé le\nPuits d'amour ou les amours de Pierre le Long et de Blanche Ba%u> »\nEt à la date du 4 : ce La pièce intitulée le Puits d'amour ou les\nAmours de Pierre le Long et de Blanche drame nouveau en lan-\ngue romane, est imitée du roman de M. de Sauvigny : l'auteur est\nM. Landris. Elle a été exécutée par les petits comédiens du bois de Bou-\nlogne, le ier mai, et fort goûtée, dit-on, ainsi que la musique du sieur\nPhilidor. Mais comme ce sont des enfants qui jouent, que ce spectacle\nest une espèce de spectacle de société, il faut être en garde contre ces ap-\nplaudissements outrés. »\n\nANDRÉ PHILIDOR\n\n(1) Voir les numéros des i 5 juin, i 5 juillet, lel'1e1' septembre, Ie'4 octobre, iei novembre\nlel'1e1' décembre 1874, iCi' janvier, ler février et ler mars iBys."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "21", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.17", "texte": "ANDRÉ PHILIDOR\n\nEn 1765, avait été publié à Paris (sous la rubrique : « Londres » ) un\npetit livre imprimé avec un luxe et un bon goût exquis, et ainsi inti-\ntulé : Histoire amoureuse de Pierre le Long et de sa très honorée\ndame Blanche Ba\\u. écrite par iceluy, par M. de Sauvigny, la musique\nde MM. Philidor et Albanèze. C'était un petit roman du genre naïf,\ndans lequel Billardon de Sauvigny, ancien officier de cavalerie devenu\ncenseur royal, avait, non sans quelque charme et quelque talent, quoi-\nque avec un peu de précieux, essayé d'imiter la grâce adorable dont jadis\nAmyot avait empreint sa traduction de la pastorale de Longus. C'était\nbien en effet une imitation, non trop maladroite, de Daphnis et Chloé.\nLe récit était entremêlé, comme les Nouvelles de Florian, de complain-\ntes, de chansons et de romances, au nombre de sept. Six de ces chansons\navaient été mises en musique par Philidor; la septième par Albanese, et\ncette musique, gravée avec beaucoup de soin, se trouvait à la lin du\nvolume (1).\nJ'ignore quel était le gendelettres obscur qui, sous le nom de Landris,\ntira une pièce du roman de Sauvigny; qui sait si ce n'est pas Sauvigny\nqui, dans cette circonstance, trouva bonde se couvrir d'un pseudonyme?\nEn tous cas, je crois bien que ni la pièce, ni la partition du Puits\nmour n'a été publiée, et là s'arrêtent les renseignements qu'il est possi-\nble de réunir sur cet ouvrage, d'ailleurs peu important.'\nMais Philidor s'occupa bientôt d'un ouvrage beaucoup plus considé-\nrable. Il était alors de mode de refaire les livrets de Quinault qui avaient\ninspiré Lully, pour les faire remettre en musique par de nouveaux\ncompositeurs, et Marmontel semblait s'être créé en ce genre une espèce\nde spécialité. Cela lui attirait de toutes parts des des brocards\net des épigrammes, qui paraissaient du reste, il faut bien le dire, ne l'af-\nfecter que médiocrement. Après plusieurs essais, il venait de marmon-\ntéliser ainsi Persée, et avait chargé Philidor d'écrire sur ce poème\nremanié une partition nouvelle. L'ouvrage réduit en trois actes, chanté\npar Legros, Larrivée, Laîné, mesdemoiselles Levasseur et Durancy, fut\nreprésenté à POpéra le 27 octobre 1780.\n\n(1) Albanese était un chanteur italien, né en 172 g, qui vint de bonne heure en\nFrance, chanta pendant plusieurs années avec succès au Concert spirituel, et acquit\nsurtout une grande renommée par une foule de petits airs et de romances qu'il\npubliait en recueils, et qui se faisaient remarquer par leur grâce aimable, leur tour\nnaïf et leur tendresse ingénue. Pendant longtemps ces romances jouirent d'une véri-\ntable vogue, justifiée par de réelles qualités. Un de ces airs, Que ne suis-je la fou-\ngère ? est resté populaire jusqu'à nos jours, et a été très souvent employé par\nBéranger dans ses chansons. Il est dans la Clé du Caveau, Selon Fétis, Albanese est\nmort en 1800."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "22", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.18", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nCette fois encore Marmontel n'en fut pas quitte à bon compte. On\nl'avait surnommé « le savetier de l'Opéra » en raison de la besogne à\nlaquelle il se livrait, et comme il avait eu le malheur de dire que s'il y\navait de mauvais vers dans Persée, c'était ceux qu'il avait conservés de\nQuinault, on commença par lui décocher l'épigramme un peu lourde\nque voici :\nQuinault, par la douceur de ses aimables vers\nSuspendoit le tourment des ombres malheureuses :\nCherchons, pour l'en punir, des peines rigoureuses,\nS'écria le Dieu des Enfers!\nIl invente aussitôt le mal le plus horrible\nDont au Tartare même on se fût avisé ;\nJe veux faire, dit-il, un exemple terrible,\nTor donne que Quinault soit Marmontélisé !\nL'abbé Arnaud, qui avait la main plus leste et le trait plus léger, et\nqui en voulait à Marmontel pour l'avoir trouvé dans le camp des Pic-\ncinistes tandis que lui-même était au nombre des plus ardents défen-\nseurs de Gluck, lui envoya en pleine poitrine ce petit sixain bien affilé :\nDe l'ordure des vieux poètes\nVirgile a tiré perles nettes ;\nDe Marmontel, ce gros lourdaui,\nBien différente est l'aventure,\nCar sur les perles de Qiiinault\nLe vilain a fait ses ordures.\nEst-ce, en réalité, à Marmontel qu'il faut attribuer l'insuccès de\nPersée? Je ne sais. Toujours est-il que Persée était joué d'une façon\nremarquable, et que la musique de Philidor reproduisait les nobles\nqualités qu'on était habitué de trouver chez son auteur. Il est vrai qu'un\névénement déplorable vint rapidement arrêter les représentations de cet\nopéra, et que le double succès du Seigneur bienfaisant de Floquet et\n& Iphi génie en Tauride de Piccinni, vint sans doute empêcher qu'on ne\nle remît à la scène; qui sait si, dans d'autres circonstances, Persée ne se\nfût pas grandement relevé, comme avaient fait jadis Tom Jones et Er-\nnelinde?\nL'événement dont je veux parler est la mort de mademoiselle Du-\nrancy chargée du rôle de Méduse, qu'elle jouait, paraît-il, d'une façon"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "23", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.19", "texte": "ANDRE PHILIDOR\n\nadmirable, comme auparavant elle avait joué celui d Ernelinde (i). Ma-\ndemoiselle Durancy, qui fut une des plus grandes artistes de son temps,\nrelevait à peine d'une maladie grave lorsque les auteurs de Persée lui\nconfièrent dans leur ouvrage le rôle important de Méduse. Elle ne se\nménagea pas pendant les études, et, une fois en présence du public, se\nlivra si complètement et laissa tellement déborder sa passion, que de\npareils efforts lui furent fatals. Bientôt elle n'eut plus la force de lutter\ncontre un tempérament artistique qui l'emportait outre mesure» Elle\nretomba malade, et cette fois si gravement, qu'elle mourut le 28 décem-\nbre, deux mois après avoir fait cette dernière création.\nLa partition de Persée contenait des morceaux superbes, que certains\ncritiques n'ont pas reculé à placer en regard des plus belles inspirations\nde Gluck. L9air admirable de Méduse : J'ai perdu la beauté qui me ren-\ndait si vaine, que mademoiselle Durancy disait d'une façon si magni-\nfique, a toujours été considéré comme un chef-d'œuvre; les chœurs\nétaient dignes de ceux d'jErnelinde et du mâle génie de Philidor, et l'on\na constamment cité celui qui termine le second acte, ainsi que ceux des\nEthiopiens et des Tritons; enfin le duo de la tempête compte au nombre\ndes meilleures pages de Philidor.\n; Après Persée, cinq années se succèdent sans entendre parler de Philidor\nau point de vue musical. Je pense qu'il passa une grande partie de ce\ntemps à Londres, où il avait pris l'habitude de se rendre au moins une\nfois l'an. Cette fois il est à croire que les échecs l'accaparèrent tout\nentier.\nEnfin, en 1785, nous le retrouvons à Paris, où Desforges, l'auteur du\n\n(1) Fille de comédiens de province, cette artiste incomparable avait débuté à la\nComédie-Française, le 19 juillet 1769, avant même d'avoir accompli sa treizième\nannée, par le rôle de Dorine, du Tartuffe. Trois ans après, le 19 juin 1762, elle\nfaisait une première apparition à l'Opéra, qu'elle quittait pour rentrer, le 13 octobre\n1766, à la Comédie-Française; enfin, le 23 octobre de l'année suivante, elle faisait\nretour à l'Opéra, où elle resta jusqu'à sa mort. « Cette excellente actrice, dit VAlma-\nnach musical de 1781, se distinguoit dans tous les rôles par la sensibilité de son âme,\npar la vérité de ses gestes, par la grâce de sa démarche, la noblesse de son maintien,\net par une infinité de petits détails qui ne pouvoient être apperçus que dans une ac-\ntrice du premier mérite. » Un almanach spécial, les Spectacles de Paris (pour 1782),\ndisait de son côté : « Avec une figure marquée, elle avoit trouvé le secret de plaire\ndans le rôle de Colette (du Devin du Village); tendre et noble dans Ernelinde, tou-\nchante dans Castor, elle étoit sublime dans Clytemnestre et se faisoit encore admirer\ndans les rôles de la Haine et de Méduse. Elle était si passionnée dans ses rôles,\nqu'elle faisoit oublier sa figure. Si elle n'a pas été la meilleure chanteuse de l'Opéra,\nelle en a été sûrement la plus grande actrice. Il ne lui a manqué que de la beauté\npour faire rendre plus de justice à ses talens concernant la déclamation et pour\nexciter l'enthousiasme. Elle est morte le jeudi 28 décembre 1780, dans la trente-\nquatrième année de son âge. »"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "24", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.20", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\njoli livret de VÉpreuve villageoise, lui confie celui de VAmitié au Vil-\nlage, opéra comique en trois actes et en vers, qui, malheureusement, et\nà beaucoup près, ne valait point son aîné. Ce malencontreux livret fut\nmême cause que l'ouvrage, représenté d'abord à Fontainebleau devant\nla cour, y fut sifflé de la belle manière, sans que la musique de Philidor,\nmalgré sa valeur unanimement reconnue, pût le sauver du naufrage.\nLAmitié au Village parut pour la première fois à la Comédie-Italienne\nle 3 i août 1785. Grimm en parle en ces termes : « L'exposition de cette\npièce a paru obscure; on en a trouvé la marche peu vraisemblable et\nfort embarrassée. Les situations les plus intéressantes ne font aucun\neffet lorsqu'elles sont mal préparées. Quant au style, il est d'une négli-\ngence que ne justifie ni celui de la Femme jalouse, ni celui de V Épreuve\nvillageoise. La musique a offert quelques morceaux dignes de la grande\nréputation de M. Philidor; mais cette composition a paru en général se\nressentir trop de la langueur et de la tristesse du poème. Cet ouvrage,\ndont la première représentation n'a eu qu'un succès fort douteux à Paris,\nétait tombé ignominieusement à Fontainebleau, » Ce que Grimm ne\ndit pas, c'est que le public de la Comédie-Italienne, qui dans cette affaire\nne voulait pas confondre le musicien avec le poète, fît à celui-là un\nhonneur qu'il avait été le premier à recevoir sur la scène de ce théâtre,\navec le Sorcier, et qui était encore bien rare à cette époque : il le rappela\nà l'issue de la représentation. D'Origny l'apprend dans ses excellentes\nAnnales du Théâtre-Italien, en insistant sur le mérite de la partition\nde VAmitié au Village : « .... Quant à la musique, chacun est con-\nvenu qu'elle est riche, expressive et savante; que les accompagnements\nsont très beaux; que les morceaux d'ensemble offrent de superbes effets\nd'harmonie, et que le duo chanté par Prosper et son fils est un morceau\nde maître, où 1 on reconnaît M. Philidor tout entier. Après la représen«\ntation, le public a voulu voir cet excellent compositeur, et a eu le plaisir\nde lui témoigner l'estime qu'il a pour son mérite. »\nIl n'en fut malheureusement pas de même à r Opéra, où, quelques mois\naprès, Philidor reparaissait pour la troisième et dernière fois. Il avait\naccepté de mettre en musique un exécrable livret en trois actes, Thémis-\ntocle, que lui avait fourni un détestable librettiste nommé Morel, déjà\ncollaborateur de Grétry. Quoique joué par de grands artistes, par Ché-\nron, Larnvée, Rousseau et madame Saint-Huberti, Thémistocle, joué\nd abord devant la cour, à Fontainebleau, y fut fort mal reçu, et ne fut\npas plus heureux à l'Opéra, lorsqu'il y fit son apparition (1). Ce fâcheux\n\n(1) Cet ouvrage avait été donné à Fontainebleau dans le même temps que VAmitié"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "25", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.21", "texte": "ANDRÉ PHILIDOR\n\nrésultat était dû surtout à la nullité désespérante du poème dont Grimm\nparle ainsi : « Le poëme, malgré la rapidité des événements qui s'y suc-\ncèdent avec plus ou moins de ressemblance (rapidité vertigineuse, en\neffet, autant qu'absurde), a paru froid, sans mouvement; il languit par\nles moyens même qui semblaient devoir en ranimer la marche. Le style\ndiffus, lâche, sans couleur et continuellement prosaïque, style qui dis-\ntingue le talent de l'auteur de la Caravane et de Panur ge, convenait\npeu sans doute à une tragédie lyrique de ce genre. C'était une difficulté\nde plus à vaincre pour le musicien, et malheureusement M. Philidor,\ndans cet ouvrage, a paru fort au-dessous du talent qui Pavait placé à la\ntête de nos compositeurs français. »\nL'ouvrage, d'ailleurs, se présentait dans des conditions tout particuliè-\nrement défavorables. « Retardé par différents contretemps, disait, le jour\nmême de la première représentation, le rédacteur des Mémoires secrets,\nen y comprenant ceux de Fontainebleau, cet opéra se trouve avoir subi\nau moins quarante répétitions; ainsi, ce ne sera pas faute d'études, s'il\nne réussit pas. » Malheureusement, les études faites dans de telles condi-\ntions ne sont pas toujours heureuses; Thémistocle lui-même en donne\nla preuve. A la première représentation, Chéron, se trouvant malade,\nfut dans l'impossibilité de jouer, et dut être remplacé à Pimproviste par\nChardini, qui fut assez mal accueilli du public, tandis que, d'autre part,\nRousseau, très souffrant lui-même, eut à peine la force d'achever son\nrôle et d'aller jusqu'à la fin du spectacle; on comprend le désarroi qui\ndut s'en suivre, désarroi d'autant plus fâcheux, que le seul rôle féminin\nde l'ouvrage, celui de Mandane, confié à la Saint-Huberti, était juste-\nment assez effacé, et ne pouvait retenir suffisamment l'attention du\npublic. « Il a résulté de toutes ces circonstances, dit le rédacteur des\nMémoires secrets, un succès assez équivoque. Au reste, le sieur Phi-\nlidor, le musicien, est accoutumé à ne pas prendre d'emblée; quant au\npoète,, le sieur Morel, il est accoutumé aussi à faire ou à se faire faire de\nmauvais poèmes. Dans le fait, il n'y a rien de désespéré, et l'on ne seroit\npas surpris que Thémistocle reprît avec beaucoup de vigueur. » Ceci\nn'indique point que la musique eût produit un mauvais effet. Pourtant,\nl'ouvrage ne se releva point, et Thémistocle fut bientôt abandonné. Qui\npeut dire si, aidé de circonstances plus favorables, il n'eût point obtenu\nun grand succès?\nPeu de temps après, Philidor prit, dans un autre genre, une revanche\n\ndu Village, c'est-à-dire au mois d'octobre 1785, le i 3. Ce n'est que sept mois plus\ntard, le 23 mai 1786, qu'il parut sur la scène de l'Opéra."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "26", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.22", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\néclatante. Le fait est constaté encore par les Mémoires secrets, dans\nlesquels on lit les lignes suivantes, à la date du 17 août 1786 : « -—Ceux\nqui ont assisté avant-hier au Concert spirituel, où l'on a exécuté pour\nla première fois un nouveau motet de M. Philidor, un Te Deum delà\nplus grande magnificence, ont trouvé qu'il s'était surpassé, principale-\nment dans le verset Judex crederis : il a peint, suivant ses admirateurs,\nle bouleversement de la nature avec les couleurs les plus effrayantes,\net il a trouvé le secret de produire des effets absolument neufs. » Cette\ncomposition grandiose fut exécutée une seconde fois le 23 décembre\nsuivant.\n(La suite prochainement.)\n\nARTHUR POUGIN."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "27", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.23", "texte": "LA\nMUSIQUE RELIGIEUSE\nPENDANT LA SEMAINE SAINTE A PARIS\nPALESTRINA ET HAENDEL\n\nI\nN fondant les Concerts populaires, M. Pasdeloup mon-\ntrait pour le sentiment artistique des français une\nconfiance qui n'a point été déçue. Le succès des\nConcerts d'harmonie sacrée a également prouvé qu'il\ny a dans notre pays le respect des belles œuvres et de\nla grande musique. Le Messie, Judas Macchabée,\nont familiarisé le public avec la vaillante musique cTHaendel, née au mi-\nlieu des âpres convictions et des ferveurs protestantes d'un peuple qui\navait marché à la voix de Cromwell. La Passion de Bach a été admirée\nà son tour. Les Sept Paroles d'Haydn, le Motet de Yan Berchem, le\nMotet de don Juan IV, les Improperii de Palestrina, le Miserere de\nLotti, les Lamentations du prophète Jérémie de Grégorio Allegri, le\nRequiem de Mozart, les airs d'église de Stradella, le Requiem de Brahms,\nY Ave Maria de Chérubini, le chant de la passion de Victoria, le psaume\nBeati quorum de Lalande, exécutés pendant la semaine sainte dans les\néglises et dans les concerts de Paris, montrent que chez nous on ne se\nrefuse plus à étudier, à comprendre, à admirer les sérieuses manifesta-\ntions de l'art et à témoigner une vénération sincère pour tous les génies,\nquelle que soit leur origine ou leur nationalité !\nLes programmes des graves concerts de cette époque de l'année consa-"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "28", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.24", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ncrée à l'art religieux sont bien un peu mêlés de fleurs mondaines, mais\nles œuvres sacrées dominent, et les maîtres, célébrés dans des contrées\ndiverses, font tous également bonne figure dans cette exhibition de la\nmusique mystique où, pour l'honneur de la France, nous devons ajou-\nter tout de suite que nos compositeurs français ont en ce dernier temps,\ncomme au siècle de Louis XIV, pris la place honorable. Cette expo-\nsition solennelle de ce que la musique a produit de plus élevé, de plus\naustère dans toutes les contrées de l'Europe, influence chaque année les\nesprits méditatifs, les compositeurs studieux. Le compositeur romain\nPalestrina (1524 - 1594), Victoria (1540 - 1608), le Fran-\nçais Lalande (1566 - 1726), le Saxon Haendel, naturalisé anglais ( 1685\n175 ont grandi dans notre admiration dès que nous avons pu, Tune à\ncôté de l'autre, dans Paris et dans la même semaine, comparer leurs\nœuvres mystiques, surprendre ainsi le secret de leur génie, et voir res-\nsusciter la civilisation même où ils ont pu mettre à jour leurs idéales\nconceptions. Ce serait un tableau ethnologique bien intéressant à tracer;\nmais l'espace nous manque et nous n'en esquisserons que quelques\ntraits, en nous préoccupant surtout de Palestrina et de Haendel.\nII\nLe genre de musique dans lequel Victoria, ou Vittoria comme on dit\nen Italie, a écrit son chant de la Passion qu'on exécutait ces jours-ci\ndans Paris, est bien différent de celui que Pergolèse inaugura et qui\nservit d'intermédiaire entre la musique scolastique et les compositions\nreligieuses de Marcello, de Haydn, de Haendel, de Gossec, de Lesueur,\nde Zingarelli, de Mozart et de Chérubini. On a fortifié l'effet de la musi-\nque sacrée en la rendant dramatique, et ainsi on s'est accommodé à nos\ngoûts; mais l'impression produite par les anciennes symphonies vocales\nde Victoria, d'Allegri, de Palestrina, de Roland, de Lotti, n'en est pas\nmoins saisissant et profond. Dans ce genre scolastique, chaque partie a\nun rôle, une volonté, un intérêt, et l'ensemble n'y perd point. Ces voix\ntoutes humaines, parlant, se taisant tour à tour, s'imitant l'une l'autre,\néchangeant leurs mots, leurs phrases modifiées chaque fois et se mainte-\nnant dans le registre, dans le timbre qui leur est propre, ces voix compo-\nsent une harmonie vivante, animée, véritable concert de l'humanité elle-\nmême. Victoria excelle dans la composition de ces messes, de ces chœurs\nsans accompagnement, dont quelques-uns exécutés à la chapelle Sixtine"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "29", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.25", "texte": "LA MUSIQUE RELIGIEUSE\n\nont depuis près de trois siècles joui d'une estime qui ne leur est refusée ni\naux concerts du Conservatoire, ni dans nos églises parisiennes, ni dans\naucun des concerts d'Europe où cette musique se reproduit constamment\net est admirablement interprétée. Victoria a appris les procédés de sa com-\nposition à l'école romaine, mais il est resté espagnol par le sentiment. La\npatrie qui a donné le jour à Zurbaran et à Ribeira est bien celle du com-\npositeur Victoria, et le chef-d'œuvre de ce maître est bien certainement\nson office de la semaine sainte. Les chœurs de la passion de Notre-Sei-\ngneur ont une harmonie rigide et vigoureuse, un rhythmeénergique, une\nvérité d'expression que nul procédé d'art moderne ne saurait égaler. Les\nappels du peuple vie du scélérat « Barrabam, Barrabam »\net la mort de Jésus « Crucifigatur ! Crucifgatur ! » ont bien la violence\nsauvage d'une horde sans pitié. L'intervalle de quinte domine dans cette\nharmonie. Les moyens d'effet sont d'une extrême simplicité. Quelques\nimitations des phrases en canon7 des retards et prolongations en vue de\nla réalisation de l'accord parfait, quatre voix sans autre accompagne-\nment, c'est tout. Mais l'impression est la plus forte qu'on puisse ressen-\ntir, l'accent en est poignant, c'est que le génie et la foi se sont accordés\npour créer une œuvre sublime.\nIII\nLalande a été le meilleur compositeur français de son temps, pour la\nmusique religieuse. Aucune production française destinée à l'église n'a\neu à cette époque le retentissement du magnifique psaume Beati quorum\nqu'on chante au Conservatoire et qu'on a dit cette semaine à Saint-Sul-\npice. Les motets de Lalande, au nombre de soixante, font toujours bonne\nfigure aux concerts spirituels où ils se représentent sur les programmes\ndepuis la fondation de ces séances solennelles. Du vivant de Lalande, on\nles exécutait toujours à la cour. Dans cette belle chapelle du château, à\nVersailles, en présence des seigneurs, des grandes dames et de person-\nnages dont le goût était très exercé, au milieu des magnificences accumu-\nlées et d'œuvres artistiques qui se distinguaient toutes par un caractère\nde grandeur et de majesté, cela a été pour Lalande un réel titre de gloire\nque de diriger l'exécution d'une musique religieuse en harmonie avec\ncet ensemble extraordinaire et d'y faire entendre pendant quarante an-\nnées ses compositions, avec un succès qui se reproduit aujourd'hui dans\nnos églises chaque fois que Ton reprend ces belles œuvres."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "30", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.26", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nIV\nJean Perluigi Palestrina, que ses contemporains ont nommé le prince\nde la musique, est né en 1529 et mort en 1594, tandis qu' Haendel èst né\nen 1684 et mort en 1759. Palestrina fut maître de chapelle successive-\nment à Saint-Jean de Latran, à Sainte-Marie Majeure et à Saint-Pierre\ndu Vatican. L'usage de composer des messes et des motets sur le chant\nd'une antienne ou sur la mélodie d'une chanson vulgaire qui s'était intro-\nduit dans la musique d'église dès le treizième siècle, s'était encore conservé\npendant qu'il vivait. Cet indécent et ridicule mélange du profane et du\nsacré,, censuré aux conciles de Bâle et de Trente, provoquait les colères\ndu pape Pie IV qui voulait interdire tout emploi de la musique à\nl'église. Pour conjurer les foudres papales, Palestrina écrivif d'après ses\nidées particulières le célèbre ouvrage appelé, on ne sait pour quelle rai-\nson, la Messe du pape Marcel, et sauva la musique religieuse de l'ana-\nthème dont on voulait la frapper.\nTelle est la légende. Les compositions de Palestrina ont servi long-\ntemps de modèle aux musiciens de la catholicité. On admire chez lui\nla faculté d'invention, l'habileté dans l'art d'écrire pour les voix, la va-\nriété du style, une harmonie large et simple et une ineffable suavité.\nV\nQuant au Saxon Haendel, qui passa la plus grande partie de sa vie\nen Angleterre, son existence fut bien plus mouvementée. Chargé, après\nbien des aventures et des voyages, des fonctions de directeur de spec-\ntacle, d'organiste, de chef dorchestre, il remplit Londres et l'Angleterre\nde sa renommée, et produisit une grande quantité d'ouvrages variés. Ses\nnombreuses partitions d'opéra disparurent peu à peu ; il en élagua les\nremplissages et les hors-doeuvre, et transporta tout le bagage dans sa\nmusique d'oratorio, espèce de symphonie religieuse et dramatique, qui\nest restée sa gloire.\nLe caractère dominant du talent Haendel est la grandeur et la\nsolennité. Il dispose savamment les voix et les fait chanter sans effort.\nSes chœurs sont d'un incomparable effet. Le dix-huitième siècle semble\ndevoir être le siècle de la musique religieuse ; mais, par Haendel, il en\nest l'apogée et le couronnement. Haendel représente cette époque vitale\nde Thistoirede l'art; il en est la personnification la plus élevée, et Pales-"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "31", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.27", "texte": "LA MUSIQUE RELIGIEUSE\n\ntrina seul peut être mis en parallèle avec lui. Avec ces deux maîtres\ncommence et s'achève la première période de la musique moderne, et\nl'œuvre lyrique de l'art chrétien, qui, après eux, ne trouve que des\nmanifestations dépourvues de foi et des représentants déjà distraits par\nla symphonie ou par le théâtre.\nDans Palestrina, dans Haendel, la foi agit, l'œuvre s'inspire d'un cœur\nd'apôtre; c'est le secret de leur génie et de leur influence. Les composi-\ntions de chacun de ces deux hommes marquent une de ces rares épo-\nques où l'esprit d'initiative, franchissant les barrières dont l'entourent\nles préjugés du temps et les entraves de l'infirmité humaine, s'ouvre\ntout à coup une carrière inconnue et la parcourt à pas de géant. Ils ont\nété, tous les deux, les créateurs du seul genre de musique religieuse qui\nait été conforme au besoin qui l'a fait naître, au temps et aux contrées\noù il a grandi; ils y ont atteint la perfection suprême, et leurs ouvrages\nen ont été et resteront toujours les inimitables modèles. Chacun de ces\ndeux maîtres représente une phase de l'art chrétien. Palestrina est le\ntype de la mélopée catholique; Haendel est le type de la mélopée protes-\ntante. Dans l'œuvre de Palestrina, représentation fidèle d'une période\nnon effacée de la civilisation sous sa forme religieuse, - l'homme\ns'anéantit, s'annule volontairement ; il subit le Dieu qu'il adore, et qui\npour lui s'est fait homme, et est mort crucifié. Éperdu dans cette vision,\nl'art s'empreint d'une douceur angélique, d'une pieuse résignation, et\nrevêt une idéale ampleur; il a la noble et touchante nostalgie du la\nmélancolie de 1 ame attardée ici-bas, la froideur monacale et la pâleur\nalanguie des religieuses dans le cloître. Avec Haendel, la mélopée s'hu-\nmanise, se passionne; elle est plus dans le sens judaïque d'un peuple\nqui n'a pas besoin de temple pour rester en contact avec son Dieu.\nHaendel a le sentiment protestant. Ici, l'homme ne fait plus abnéga-\ntion de lui-même, il compte avec son individualité ; il agit, il s'affirme,\nil redoute de s'annuler pour lui et pour les autres; il veut être fort par\nles muscles, vertueux par l'âme, accomplir le devoir, être et parler face à\nface avec son Dieu. Haendel manifeste admirablement dans sa mélopée\nl'énergie vitale de ses sentiments, et les Anglais le définissent très juste-\nment le Milton de la musique.\nVI\nLes modes spéciaux d'expression lyrique procèdent chez Palestrina et\nchez Haendel d'un même système, d'une même école, et emploient les"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "32", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.28", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nmêmes moyens; mais la différence des temps et l'état de Fart obligent les\ndeux musiciens à émettre leurs conceptions avec des ressources différentes.\nLa voix humaine, isolée ou massée dans l'ensemble choral, est la forme\nunique sous laquelle se manifeste la musique religieuse de Palestrina.\nHaendel continue la tradition chorale; il la refond, l'agrandit, l'agite,\nl'accroît des richesses de l'orchestre, fait concerter les chœurs avec la\nsymphonie, et, par son orchestre, donne à ses chœurs un caractère à la\nfois plus héroïque et plus biblique. Les chœurs de Palestrina n'attei-\ngnent leur divine expression de mystique et monacale extase, que dans\nles nefs immenses des cathédrales; ailleurs, ils n'ont ni sens ni intérêt.\nLes chœurs d'Haendel n'obtiennent leur effet que chantés devant des\nmasses innombrables et dans les espaces immenses d'un Westminster,\nd'un Cristal-Palace, d'un cirque français, où s'entassent six mille per-\nsonnes, ou dans l'envergure sans limite des places publiques. Aux an-\nniversaires de la mort d'Haendel, que l'Angleterre a toujours célébrés\navec une pompe digne du maître, on a toujours été obligé d'exécuter dans\ndes proportions grandioses la musique de l'Homme-Géant, comme\nl'appellent les Anglais. En 1784, le nombre des chanteurs et des instru-\nmentistes s'élevait à cinq cents. Chaque année, ce nombre grandit, et,\nlors du grand festival qui fut donné en l'honneur d'Haendel à Cristal-\nPalace, on jugea nécessaire de l'élever à cinq mille. Cette effroyable\nmasse sonore, à laquelle il fallut ajouter la houle formidable du grand\norgue avec l'ensemble foudroyant de tous ses jeux, ne sembla pas trop\nforte pour la pensée colossale du maître. Le génie d'Haendel dominait\ntout, on l'a pu bien juger aux concerts de M. Lamoureux.\nEn Allemagne, la même expérience a toujours entraîné le même résul-\ntat, et c'est un fait acquis, que les compositions de ce grand homme\ngagnent à être mises en relief par d'énormes armées orchestrales et\nchantantes. Dompter les masses, les rallier dans l'idée biblique, telle est la\nvirtualité de l'oratorio et le caractère du génie d'Haendel, et c'est par là\nqu'il fut une puissance dans l'Angleterre. Il était artiste, mais il était\naussi un apôtre, un combattant; il le sut, et puisa dans cette conviction\nune fermeté qui jamais ne se démentit. Dans l'histoire musicale de\nl'Angleterre, il apparaît comme un vainqueur, toujours menacé et tou-\njours vigilant, toujours bravé, mais qui jamais ne désarme, et accumule\nvictoires sur victoires pour s'affermir dans la terre conquise et agrandir\nson domaine. Dès qu'il pose le pied sur le sol insulaire, il s'avance\ncomme un guerrier, il mesure l'arène; chaque jour voit se lever un\nnouvel ennemi, chaque jour voit recommencer une nouvelle bataille, et\nil laisse à chacun de ses pas une trace indélébile de domination."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.29", "texte": "CONCERTS DE L'HARMONIE SACRÉE\nÈVE\nMystère en 3 parties.\nPoëme de M. LOUIS GALLET\nMUSIQUE\nde\nM. JULES MASSENET\n1. PRÉLUDE, Apparition de îa femme.\nH, CHŒUR AU premier sourire d'Eve."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.30", "texte": "10\n\nA. PRELUDE, SCENE ET DUO.\nB. RÉCIT.\nC. CHŒUR.\nN°.2.\nAdam et Ève.\nA. PRÉLUDE SCÈNE ET DUO."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.31", "texte": "11"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.32", "texte": "24\n\nC. CHŒUR."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.33", "texte": ":>5"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.34", "texte": "2(>"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.35", "texte": "27"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.36", "texte": "28"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.37", "texte": "'29"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.38", "texte": "30"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.39", "texte": "31"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.40", "texte": "02"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.41", "texte": "33"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.42", "texte": "34"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.43", "texte": "35"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.44", "texte": "50"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "33", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.45", "texte": "VII\nDans cette nécessité d'une lutte incessante, l'œuvre d'Haendel a pris\nune vigueur incomparable. On voit qu'il n'a laissé échapper aucune\noccasion d'acquérir la consécration qui s'attache à de beaux travaux\npoursuivis avec constance. Plein d'une persévérance indomptable contre\ndes hostilités toujours menaçantes, il élève des remparts inexpugnables,\nassis sur le rocher et capables de braver les vents du ciel, les flots de la\nmer, l'attaque de l'homme. Il a imprimé à sa facture et à son style une\nsolidité massive, qui n'a point à compter avec le temps et avec les modes\nchangeantes. Ses partitions portent l'empreinte d'une vaillance que rien\nne dompte, d'une ténacité qui fatigue l'obstacle, et ses oratorios, dans\nlesquels s'absorbent tout l'art, toute la mélopée religieuse, toute l'inspi-\nration lyrique et théâtrale d'une nation, qui auparavant s'annonçait\ntrès artiste et qui depuis semble avoir renoncé à l'art, sont des monu-\nments de granit et de fer qui subsisteront tant que l'Angleterre sera\ndebout.\nNulle vie plus que celle d'Haendel ne paraît dès l'abord heureuse,\nortunée, comblée de succès et de richesses ; mais, avec cet homme fort,\ncourageux et si profondément austère et religieux, il faut compter pour\npeu de chose la richesse, la gloire et le succès que, d'un cœur médiocre,\ntant de gens lui envient. L'Ecclésiaste l'a dit, tout est vanité. Ce\nqu'Haendel a souffert, ce qu'il a accumulé de travaux, la folie qui l'as-\nsaillit un moment, la cécité qui le frappa, peuvent le raconter. Ce qu'il\nfaut lui envier, c est qu il ne s est pas trouvé dans la bataille avec des\nbras désarmés ou enchaînés. Il faut lui envier aussi ses vertus ; car elles\nlui ont mérité que la libre et sérieuse Angleterre, plus de cent ans après\nsa mort, se glorifie encore de le compter au nombre de ses enfants.\nHaendel s est fait naturaliser Anglais, il est Anglais de corps, de cer-\nveau et d'âme; il accepte la vie comme il faut que tout homme fort\nl'accepte ; il a su avec courage subir le mal inévitable, et il a lutté sans\ndéfaillir, il est le digne citoyen de cette nation vaillante, austère et libé-\nrale, où l'homme qui a été le plus comblé par elle d'honneurs, de ri-\nchesses, d'amour et de vénération, est le soldat qui, dans toute une vie\nmilitante, n'a jamais prononcé le mot de gloire et n'a parlé que de\ndevoir.\nVIII\n1 elles sont, mises face à les diverses physionomies de Lalande\n\nVIII.\nLA MUSIQUE RELIGIEUSE\n3"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "34", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.46", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\n■3, ;,î , |o oj- 'C 1~1 p'\"> T tk nous voudrions\ntoutes leurs productions par une parallèle et multiple exécution qui\nferait ressortir les mérites dissemblables de ces divers génies si différem-\nment inspirés. Palestrina, Victoria, Lalande, exécutés par des virtuoses\nadmirables dans des réunions de salon, n'ont produit aucun effet. Ce\nn'est pas une musique qu'il faut mettre en scène comme les banales\nromances d'un album ou les charmeresses prouesses des musiques\ncamérales. On étudie trop ces compositions en curieux lorsqu'il fau-\ndrait ne les aborder qu'après la résurrection des sentiments émus\nqu'éprouve une âme éprise de son Dieu. Quand on lit la Bible en litté-\nrateur, on ne saurait en goûter toute l'immatérielle saveur. De même\npour Haendel, pour Palestrina, pour Allegri, pour Jomelli, pour Vic-\ntoria, pour Gomolka, pour Lalande,pour Roland de Lassus et les autres\nmaîtres.\nPourquoi tous ces maîtres ne nous sont-ils pas présentés plus souvent\ndans de belles et savantes exécutions qui réformeraient tout notre ensei-\ngnement musical emprisonné en France, entre des banalités et des sot-\ntises ! Pourquoi, d'autre part, les maîtres modernes, les compositeurs\ncontemporains qu'a sollicités l'inspiration sacrée, seraient-ils si partia-\nlement écartés? L'exemple de M. Pasdeloup, de M. Lamoureux, de\nM. Colonne mérite d'être suivi. Mozart, Beethoven, Chérubini, Men-\ndelssohn, Halévy, Félicien David figureraient alors devant nous avec\nleurs compositions sacrées, et les dilettantes connaîtraient un sport mu-\nsical nouveau, celui de la musique religieuse.\n\nMAURICE CRISTAL."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "35", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.47", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nSOCIÉTÉ DE L'HARMONIE SACRÉE : Ève, mystère en trois parties, paroles de M. L. Gal-\nlet, musique de M. J. Massenet.— CONCERTS POPULAIRES : Ouverture de Sigurd, de\nM. L. Reyer. CONCERT DU CHATELET : Samson, drame biblique, musique de\n. Saint-Saëns. Jésus sur le lac de Tibériade, musique de M. Gounod. SALLE\nVENTADOUR (CONCERT DANBÉ) : Rédemption, symphonie-poème, paroles de M. E.\nBlau, musique de M. César Franck. CONCERT DE MADAME OLGA DE JANINA.\nCONCERT DE MADAME ZEGOWITZ DE KATOW. —.CONCERT DE M. FERRARIS.\nOCIÉTÉ DE L'HARMONIE SACRÉE,-EVE, Mystère en\ntrois parties, paroles de M. L. Gallet, musique de M. J. Mas-\nsenet. L œuvre nouvelle de MM. L. Gallet et Jules Mas-\nsenet a été exécutée pour la première fois, le jeudi 18 mars\n1875, par la Société de l'Harmonie sacrée, sous la direction\nde M. Ch. Lamoureux. Le succès éclatant de la première an-\ndition a été confirmé par le public des auditions suivantes; il est justifié par\nle mérite exceptionnel de 1 ouvrage que nous allons examiner.\nMais, avant d'aborder l'étude de la partition, il me paraît nécessaire de\ncombattre certaines erreurs d'appréciation, auxquelles une fausse interpréta-\ntion de ce titre de Mystère a conduit bon nombre de personnes. La même\nerreur s'était déjà produite, il y a deux ans, à propos de Marie Magdeleine.\nLe titre de Drame sacré donné à Marie Magdeleine, la coupe du poème et\nle style de la partition indiquaient bien clairement que l'auteur n'avait en-\ntendu faire ni une composition de musique religieuse, ni un oratorio. Car, en\npremier lieu, 1 élément dramatique est absolument contraire à l'essence de\nla musique religieuse en général et de Foratorio en particulier; ensuite, ce\nqui constitue Y oratorio, ce n'est pas seulement ce fait que le sujet en est tiré\nde la Bible ou des légendes des saints, c'est avant tout la manière dont le\nmusicien a traité ce sujet, le style de sa composition et le caractère religieux\ndont il l'a revêtue. Or, Marie Magdeleine était un drame et la musique de\nce drame ne présentait aucun des caractères de la musique sacrée. Néan-\nmoins, de ce que le sujet avait été puisé dans les livres saints, on en conclut,\nsans plus de réflexion, que c'était un oratorio et Ton ne manqua pas d'ajou-"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "36", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.48", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nter, bien entendu, que M. Massenet avait une singulière façon de comprendre\nla musique religieuse. C'est à peu près comme si l'on venait dire que la Vie\nde Jésus de M. Renan est un livre religieux, par cela seul qu'il traite d'un\nsujet emprunté aux Saintes Écritures! Aujourdhui, on se livre aux mêmes\ncritiques, aussi fausses qu'inopportunes, à propos d'Ère et de son titie de\nMystère. Tranchons la question une fois pour toutes. Ère et Marie Magde-\nleine n'ont rien de commun avec la musique religieuse : ce sont tout sim-\nplement des drames lyriques, conçus dans les formes ordinaires de ce genre\nde compositions, et qui ne s'en distinguent que par une plus grande tenue dans\nle style et par une certaine sévérité dans la forme, commandées par le caractère\nspécial du sujet choisi par le musicien. En présence des difficultés de toutes\nsortes qui ferment aux jeunes compositeurs l'accès du théâtre, M. Massenet a\ncherché à se produire dans un autre milieu et il a dû choisir, pour les mettre\nen musique, des sujets qui pussent se prêter à un développement exclusive-\nment musical et se passer du jeu des acteurs et des accessoires de la mise en\nscène. C'est ainsi qu'il s'est trouvé amené à traiter des sujets d'oratorios ;\nmais, je le répète, la manière dont il les a présentés exclut absolument toute\nprétention de vouloir imprimer à ces compositions sur des sujets religieux le\ncaractère de la musique religieuse. Ce point essentiel étant bien établi, arri-\n\\\nvons maintenant à l'examen d'Eve.\nLe poème de M. L. Gallet, dont je presenteiai le développement parallèle-\nment à celui de la partition, nous retrace trois épisodes de la Genèse : la\ncréation de la femme, la faute et la malédiction. Comme on le verra dans la\nsuite, la donnée du poète s'écarte sensiblement de la tradition biblique et\ntient une sorte de milieu entre les fictions de la religion naturelle et les mys-\ntères de la religion surnaturelle. M. L. Gallet n'a vu dans le récit de la Ge-\nnèse qu'une légende poétique : ce mystère du péché originel, «sans lequel, a dit\nPascal, l'h'omme est plus inconcevable qu'il n'est inconcevable à l'homme, »\nn'est à ses yeux qu'un profond développement des deux premières passions\ndu cœur humain, la vanité et l'amour; quant à la chute de 1 homme, elle est\ncausée, en partie, par l'influence des mauvais esprits, en partie par la prépon-\ndérance de la sensualité sur l'esprit intelligent. J'ai entendu prononcer à ce\npropos les grands mots de mysticisme, de que sais-je\nencore? Que de sottise dépensée en pure perte! Pour ma part, je ne demande\nque deux choses à un poème d'opera ;detre litteiaire et musical, musical\nsurtout. Le poème d'Ève répond-il à ces deux conditions essentielles? Oui,\ncar d'abord il est fort joliment écrit, et de plus il a fourni à M.Massenet tous\nles éléments d'une partition remarquable ; donc c'est un bon poème et le\nreste nous importe peu. Ne nous arrêtons donc point plus longtemps à dis-\nserter sur la portée philosophique des librettos d opéras ou sur 1 influence mo-\nrale des scénarios de ballets et passons à l'etude de la partition.\nEve se divise en trois parties : i° La naissance de la femme; 20 Ève dans\nla solitude, la Tentation; 3\" La Faute et la Malédiction."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "37", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.49", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nPREMIÈRE PARTIE. La Naissance de la Femme. L'homme est endormi sous\nles palmes; une pure lumière s'étend sur la création, et de la terre encore\nfumante s'élèvent à l'horizon de légères vapeurs qu'éclaire le soleil. Tout est\nd'or et de rose dans cette solitude de parfums, où la nature, exubérante de\neunesse, se livre à tous ses caprices. Les herbes de la plaine ondulent sous\nune tiède brise, et le flot de la mer vient se briser lourdement sur le rivage,\ntandis que des sons plus légers errent dans les voûtes de verdure. Le chœur\nmurmuré par les voix du ciel autour du roi de la création est d'un caractère\nmystérieux et charmant ; il se développe sur un long dessin persistant des\npremiers violons, entremêlé de quelques accords de harpe et qui rend avec\nune rare perfection la sérénité de la nature et le calme majestueux de la soli-\ntude. Un prélude empreint d'une voluptueuse langueur nous annonce l'appa-\nrition de la femme. Ève paraît, la grâce est dans sa démarche, le ciel dans\nses yeux et la dignité de l'amour dans tous ses mouvements; timide, elle\ns'avance vers Adam, dont le regard ébloui s'arrête avec admiration sur cette\nbelle créature, fraîche comme l'aurore et rougissant comme elle. La première\nrencontre de l'homme et de la femme donne lieu à un duo, où l'on sent cir-\nculer des harmonies chastes et profondes et d'où il se dégage par moments\ndes bouffées d'accents et d'accords d'une suavité pénétrante. On ne saurait\nrien imaginer de plus frais et de plus gracieux que ce tableau du matin de la\nvie, plein de pureté et d'images riantes comme le matin d'un jour de printemps.\nAutour de ces deux êtres radieux de perfection, la création est en fête.\nUn long frémissement s'élève par les monts et par les plaines et toutes les\nvoix de la nature s'unissent pour saluer le premier sourire d'Ève. Ce chœur,\nqui termine la première partie, se compose de deux épisodes : le premier\nchanté à l'unisson par les voix de femmes, le second d'une allure plus vigou-\nreuse, dans lequel les ténors et les basses alternent avec les soprani ; enfin\nune brillante péroraison ramène la reprise du premier motif par toutes les\nvoix à l'unisson. La franchise et l'élégance de cette mélodie, qui semble planer\nlégèrement au-dessus d'un accompagnement plein de fluidité et de lumière,\nont produit un grand effet, et le morceau tout entier a été bissé par acclama-\ntions. Nous le publions dans le numéro de ce jour (i).\nDEUXIÈME PARTIE. Ève dans la solitude, la Tentation. La forêt s'est tue\npar degrés : pas une feuille, pas une mousse ne soupire, les fleurs sont immo-\nbiles sur leurs tiges et de vagues senteurs s'épanchent dans l'air calme. La\nnuit est venue : des millions d'étoiles scintillent sur le sombre azur du ciel\net le jour bleuâtre de la lune descend à travers les intervalles des arbres;\ntout est silence et repos. Dans la solitude de la forêt, Ève marche rêveuse;\nelle est seule, loin de l'homme endormi, des frissons inconnus passent sur\nsa chair, un sentiment nouveau mêlé de curiosité, de crainte et de plaisir,\n\n\\\n(i) La partition d'Eve a été publiée par l'éditeur Hartmann."}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "38", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.50", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nfait palpiter son sein comme si elle allait être admise à quelque secret de la\ndivinité. Frémissante et charmée, elle écoute les Voix de la Nuit qui planent\nautour d'elle sous ces dangereux ombrages. Cette deuxième partie commence\npar un chœur sans accompagnement qui est écrit de main de maître. L'air\nsuivant, dans lequel Ëve confie à la Nuit les mystérieux ravissements de son\nâme, est, à mon sens, l'une des meilleures pages de la partition. La mélodie\ndélicieuse qui en forme le thème, se balance mollement sur un rhythme on-\ndulant, rempli de morbidesse et de langueur. Mais peu à peu de soudaines\nclartés éblouissent les yeux de la femme, d'autres voix tour à tour impérieuses\net séduisantes s'élèvent, grandissent, l'enveloppent, la dominent et l'entraî-\nnent vers l'arbre fatal dont l'amour est le fruit. Toute cette longue scène est\nprésentée d'une manière très remarquable dans un grand morceau d'ensem-\nble, où sont traduits, par un crescendo habilement ménagé et d'un bel élan ly-\nrique, les progrès de la passion, qui, sous l'influence des Esprits de l'Abîme,\nenvahit peu à peu le cœur solitaire d'Ève, le remplit, le subjugue et finit par\ndéborder dans ce cri qui s'échappe de ses lèvres frémissantes :\nLe désir qui m'anime est plus vuissant que moi !\nC'était là la scène capitale et le point culminant de l'ouvrage; M. Massenet\ns'y est montré à la hauteur de sa tâche.\nTROISIÈME PARTIE. La Faute et la Malédiction.—C'en est fait, les Esprits de\n1 abîme ont triomphé, la femme a goûté du fruit de l'arbre de science; elle\nconnaît l'amour; elle connaîtra le deuil et la souffrance. Pour avoir cédé à\nl'ivresse d'un premier embrassement, l'homme est déchu de sa perfection, et\ncet être libre, créé pour commander à l'univers, est devenu l'esclave de ses\nsens. La chute est consommée, le châtiment ne se fait pas attendre. Soudain\nune voix souveraine éclata dans les deux, l'horizon se voile, le jour fuit, la\nterre qui vient d'enfanter la mort frémit jusque dans ses fondements, et du\nsem des ombres qui couvrent le monde, sort ce formidable cri de malé-\ndiction :\nPour avoir écouté les esprits de ïabîme,\nHommes, soye% maudits!\nLa main du Dieu vivant pèsera, pour ce crime,\nSur vous et sur vos fils.\nL'amour ne donne pas que la riante ivresse\nDes désirs assouvis.\nLa douleur et la mort sont les maux qu'il nous laisse.\nHommes, soye% maudits!\nIl faut bien reconnaître que cette troisième partie est généralement plus\nfaible que les deux premières. Après un prélude instrumental d'un beau ca-\nractère et qui n'a pas produit tout l'effet qu'on en pouvait attendre, vient un\ngrand duo d'amour qui a paru froid et insuffisant. Ce duo est la contre-par-\ntie du premier duo, et il y avait là un contraste de situations à établir entre la\nnaïve quiétude de deux cœurs ignorants de l'amour et le trouble de ces"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "39", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.51", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nmêmes cœurs livrés à tous les emportements de la passion ; le musicien ne\nl'a pas accentué d'une main assez vigoureuse. Le chœur de la malédiction,\nsoutenu par une orchestration puissante et colorée, est une page largement\nconçue et donne lieu à un beau développement auquel le Dies irœ sert de\nbase. Je lui reprocherai pourtant de manquer de grandeur et de majesté et\nd'être parfois d'une sonorité un peu creuse, dont les bruyants éclats ne dis-\nsimulent qu'imparfaitement la sécheresse et le défaut de plénitude.\nTelle est, dans son ensemble, cette partition qui renferme des qualités de\npremier ordre et dans laquelle on ne saurait trop louer la fraîcheur des inspi-\nrations, la clarté et la distinction constantes du style, ainsi que les éminentes\nqualités de facture. C'est en général dans l'expression des sentiments tendres\net gracieux et dans les morceaux de style tempéré que M. Massenet a le mieux\nréussi à donner toute la mesure de son talent; son imagination douce et\nrêveuse a su revêtir de couleurs charmantes tout le côté poétique de la lé-\ngende sacrée. Ère et surtout Marie-Magdeleine resteront deux des produc-\ntions les plus remarquables de l'école contemporaine, et nous nous plaisons à\nsaluer en elles les débuts pleins de promesses d'un musicien qui tient déjà le\npremier rang parmi nos jeunes compositeurs, et qui sera, avant peu, l'un des\nmaîtres de la scène française.\nL'exécution d'Ère est une des plus complètes qu'il nous ait été donné\nd'entendre à Paris. Madame Brunet-Lafleur et M- Lassalle ont chanté avec\nun charme exquis les rôles d'Adam et d'Eve; M. Prunet s'est montré suffi-\nsant dans le personnage du Récitant; l'orchestre et les chœurs, sous la direc-\ntion de M. Lamoureux, ont été admirables d'ensemble et de précision.\nH. Marcello,\nCONCERTS POPULAIRES. — L'importance exceptionnelle que j'ai dû\ndonner au compte-rendu d'Ère me force de restreindre au strict nécessaire la\nchronique de cette dernière quinzaine. Du reste, je n'ai à parler que d'une seule\nnouveauté, l'ouverture de Sigurd de M. E. Reyer. Cette ouverture est des\nplus remarquables : Yandante con sordini est une page pleine de poésie et d'un\nbon sentiment mélodique; Vallegro se déroule sur une phrase d'une énergie\nsuperbe, dont le musicien a fait l'objet d'un développement aussi complet que\nbien ordonné. L'instrumentation est brillante, colorée et d'une belle sonorité ;\ne lui reprocherai seulement de manquer parfois d'égalité et de plénitude et\nde renfermer quelques oppositions de couleurs un peu trop crues. Au demeu-\nrant, cette belle page symphonique trahit la main vigoureuse d'un composi-\nteur plein de fougue et de tempérament, elle fait le plus grand honneur à\nM. E. Reyer.\nJe renvoie au prochain numéro le compte-rendu du Concert spirituel et\nnotamment l'analyse du Requiem de J. Brahms, qui mérite quelque dévelop-\npement.\nH. M."}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "40", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.52", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nCONCERT DU CHATELET. - [Le 7« et le 8* et dernier concert du\nChâtelet n'ayant pas offert de nouveautés, je serai très bref. Dans le B®, la\nSymphonie de Beethoven, avec chœurs, a été exécutée de façon à satisfaire\nles plus difficiles, au dire même des amateurs allemands qui étaient venus en\noule à ce concert. Tout le monde sait que la partie vocale y est écrite d'une\nmanière, qu on qualifierait d'absurde, si Beethoven n'en était pas l'auteur\nAussi Rossini disait-il plaisamment qu'elle est mal doigtée pour les voix.\nMademoiselle Vergin, élève du Conservatoire, n'a ni reculé ni bronché\ndevant les la et les si dont sa partie était hérissée. Elle a été parfaitement\nsecondée par mademoiselle Capelli et MM. Caisso et Taskin. Les artistes des\nchoeurs, surtout les sopranos qui avaient la responsabilité la plus lourde, ont\nvigoureusement défendu et soutenu l'honneur du grand maître ; mais aussi\nl'énergique direction de M. Colonne a tout galvanisé.\nM. Colonne a clos 1 intéressante série de ses concerts par le concert spiri-\ntuel du Vendredi saint. La soirée se composait, en dehors d'œuvres connues,\nde la première audition du premier acte de Samson, drame biblique, musi-\nque de M. Saint-Saens, et de la première audition de Jésus sur le lac de Ti-\nbériade, scène (en prose) tirée de l'Évangile, musique de M. Gounod.\nAvant d émettre mon opinion personnelle sur Samson, je dois dire que\ncelle du public ne lui a pas été favorable. Jamais absence plus complète de\nmélodie ne s est fait sentir comme dans ce drame. C'est au point que, confié\nà des artistes de talent tels que MM. Caisso, Manoury, Couturier, Taskin, et\nmademoiselle Bruant, personne, sauf mademoiselle Bruant, n'a trouvé une\nphrase pour se faire valoir et appeler un applaudissement. Joignez à ce man-\nque de motifs une harmonie souvent très risquée et une instrumentation\nqui nulle part ne s'élève au-dessus du niveau ordinaire et pourtant M. Saint-\nSaëns sait trouver de beaux effets d'orchestre et vous aurez une idée de ce\nque c'est que Samson. Je ne saurais absolument citer qu'un chœur dans la\nscène V, ainsi qu un trio suivi d'un air où Dalila, par un dernier chant\nd amour, veut entraîner Samson qui cherche à éviter ses regards. Cet air,\nextrêmement bien chanté par mademoiselle Bruant qui possède un mezzo-\nsoprano très pur, est le seul qui fasse entendre un peu de mélodie.\nJésus sur le lac de Tibériade renferme de grandes beautés. L'introduction\nest noble, bien développée, et l'instrumentation en est très soignée. La tem-\npête qui suit est d un fort bel effet. Le calme est un morceau symphonique\net vocal admirablement bien réussi. Le chœur qui accompagne le verset\n« Quel est donc cet homme à qui la mer et le vent obéissent ? » est d'une ma-\njesté qui touche au sublime, et l'orchestre y apparaît dans toute sa splendeur\nToute la scène enfin est une œuvre très remarquable.\nHenry Cohen.\nSALLE VENTADOUR. Rédemption,symphonie-poème, paroles de\nM. Edouard Blau, musique de M. César Franck. Ce n'est pas la première"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "41", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.53", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\naudition de cette symphonie que la Société chorale de M. Bourgault-\nDucoudray a donnée le 16 mars au profit des écoles paroissiales libres de\nl'arrondissement de Batignolles, mais c'est la première fois que la Chronique\nmusicale en rend compte. Analyser cette œuvre est une tâche difficile, car le\npoème est aussi vague et aussi mystique que la musique. La première opéra-\ntion consiste à tenir le livret à la main et à suivre des yeux, pendant que la\nsymphonie marche toujours, d'interminables récits de l'Homme, imprimés,\nmais non chantés, ni même déclamés, comme dans le Désert et d'autres\npoèmes-symphonies. La seconde consiste à écouter les chœurs des anges ou\ndes hommes, ou bien les mélopées de l'archange. Je dis mélopées, car de\nfrancs motifs rhythmés, de vraies mélodies, il ne s'en trouve pas dans toute\nla Rédemption. En vain madame Fursch-Madier a-t-elle essayé d'en ré-\nchauffer quelques-uns de sa voix puissante et de sa belle diction ; sauf quatre\nbeaux vers, sur lesquels M. César Franck a ajusté un soupçon de chant\nqu'elle a parfaitement accentué :\n« Le passé n'est plus qu'un rêve;\nLe mal s'enfuit impuissant,\nEt l'univers se relève\nQuand Jésus vers lui descend. »\nsauf encore le chœur final, bien traité et bien développé, mais où la mé-\nlodie ne pouvait être que secondaire, les adeptes de l'école wagnérienne et\nmélophobe ont dû être pleinement satisfaits de leur soirée. Jamais l'exubérance\ndes motifs ni du rhythme n'a troublé leurs jouissances.\nH. C.\nCONCERT DE MADAME LA COMTESSE OLGA DE JANINA. - On\ns'attendait d'avance à une manifestation dirigée contre le trop célèbre au-\nteur des Mémoires d'une Cosaque. Mais Paris est un vaste fleuve d'oubli, qui\nroule et anéantit dans ses flots bourbeux aussi bien les flétrissures de l'âme\net les diffamations de l'écrivain que les plus sublimes actes d'héroïsme. Le\npublic n'a donc vu dans madame Olga de Janina que l'artiste, et l'artiste est\ngrande, malgré son obstination à ne vouloir absolument consacrer son ta-\nlent qu'à exécuter les œuvres de Liszt et de Chopin.\nLa fantaisie hongroise de Liszt pour piano et orchestre est une véritable\naberration musicale, dans laquelle se trouvent cependant de splendides effets.\nMadame Olga de Janina y a été magnifique. On pourrait lui reprocher de la\ndureté, mais son exécution est irréprochable. Dans les mazurkas de Chopin,\nje n'aime pas sa mesure par trop indécise, son perpétuel tempo rubito. Mais\noù madame Olga s'est complètement fourvoyée, c'est en conduisant\net la scène de Jeanne d'Arc, de Liszt, au lieu de laisser ce soin à M. Porte-\nhaut, son chef d'orchestre, mais elle n'a sans doute voulu permettre à per-\nsonne de toucher à sa divinité. Du reste, cette scène est exécrable et ma-"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "42", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.54", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ndemoiselle Cleopatra Rancati ne l'a fait valoir en rien. Sa voix, assez belle\ndans le haut, est très fatiguée dans le médium, et sa prononciation en français\nest impossible. M. Novelli a chanté l'air du Stabat de Rossini « cujus animam. »\nSa voix est étendue et vibrante, mais il est tout à fait inconvenant de faire\ndes gestes de théâtre et de grands bras dans un air religieux. M. Romani et\nM. Planel ont été très applaudis, le premier comme chanteur, le second\ncomme violoniste.\nH. Ce\nCONCERT DE MADAME ZEGOWITZ DE KATOW. Au lieu des\néternels et monotones habits noirs et cravates blanches, le public a été agréa-\nblement surpris en voyant le concert débuter par l'apparition de trois jolies\nfemmes en toilettes ravissantes. Madame de Katow, violoncelliste, madame\nBlouet-Bastin, premier prix de violon et très beau talent, et madame Tassoni,\njeune pianiste américaine, ont exécuté avec un ensemble remarquable un\ntrio de M. Lutzen sur des motifs de la Traviata. Madame Tassoni, qui s'est\nfait entendre dans la Danse des Fées,de Prudent, a un jeu d'une délicatesse et\nd'une grâce parfaites : lorsqu'elle sera plus connue, elle prendra sa place\nparmi les premières pianistes de Paris. La salle Philippe Herz est trop petite\npour l'immense puissance de voix de madame de Katow, qui a chanté\nMaria de Gounod. Madame Boré a beaucoup plu dans la de M. Bour-\ngeois et dans la charmante valse des Cet M. Piter s'est fait ap-\nplaudir comme toujours.\nH. C.\nCONCERT DE M. FERRARIS. Concert des plus brillants qui se\npuissent entendre et embelli par l'élite de la société parisienne. Le talent de\nM. Ferraris est trop haut placé pour qu'il soit nécessaire d'en faire ressortir\nles mérites. Mademoiselle Hoffmann, son élève, est une pianiste de première\nforce, et le public a bissé toute entière une nouvelle tarentelle de M. Henri\nHerz, que M. Ferraris a arrangée pour deux pianos, et qu'elle a exécutée avec\nlui de la manière la plus brillante. Mesdemoiselles Badia, que madame la ma-\nréchale de Mac-Mahon a prises sous son patronage pour le concert qu'elles\nvont donner, ont été couvertes d'applaudissements. M. Pagans a obtenu son\nsuccès habituel avec l'air d'Eritrea et ses chansons espagnoles, et M. Mercu-\nriali, qui est un chanteur bouffe hors ligne, a ravi le public dans le duo de\nCrispino avec mademoiselle Dervieux et l'air de Dulcamara, dans l'Elisir\nd Amore.M. Portehaut a fait beaucoup de plaisir dans une romance pour\nviolon, de sa composition.\n\nH. C."}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "43", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.55", "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nFAITS DIVERS\n\nA Société des compositeurs de musique met au con-\ncours pour 187 5 :\ni° Une symphonie à grand orchestre : 20 Un quatuor\npour instruments à cordes.\nLes compositeurs français sont seuls admis à concourir.\nUn prix unique sera donné pour chacun de ces deux\nconcours.\nDes mentions honorables pourront être décernées ; toutefois, le jury ne\nprendra connaissance des noms des auteurs qui auront obtenu des mentions\net ne les rendra publics qu'avec leur assentiment.\nLa Société fera exécuter les œuvres couronnées.\nNe pourront prendre part au concours que les compositions inédites et\nnon exécutées. Si, après le jugement, on venait à connaître que l'œuvre\nayant remporté le prix ne se trouve pas dans ces conditions, le verdict du\njury serait annulé.\nLe jury sera nommé à l'élection par l'assemblée générale de la Société des\ncompositeurs de musique. Les membres du jury ne peuvent concourir.\nSymphonie\nPrix unique: une médaille d'or de cinq cents francs.\nLes œuvres envoyées au concours devront être écrites dans le style rigou-\nreux de la Symphonie, et divisées en quatre parties :\ni° Premier morceau, Allegro, très développé.\n2. Adagio ou Andante.\n3. Scherzo ou Tempo di minuetto.\n4. Finale développé.\nUne réduction au piano devra accompagner la partition d'orchestre.\nQiiatuor\nPrix unique : une médaille d'or de trois cents francs.\nLe quatuor devra comprendre quatre parties, de mouvements et de carac-\ntères différents.\nLes manuscrits devront porter une épigraphe reproduite sur un pli cacheté\naccompagnant l'envoi, et renfermant les nom et adresse de l'auteur. On devra"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "44", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.56", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nles faire parvenir, avant le ler novembre 1875, àM. Wekerlin, bibliothécaire,\nau siège de la Société, 95, rue de Richelieu, chez MM. Wolff et Pleyel.\nNous trouvons dans l'annuaire des artistes musiciens, les renseigne-\nments suivants sur le budget de l'année 1874 :\nLes dépenses s'élèvent à 107,173 fr. 66. Les recettes, à 106,418 fr. 60.\nLe capital des rentes de la Société s'élève à 5,628,248 fr. ; les sommes\ndistribuées en pensions et revenus se chiffrent par 2,600.000 fr.\nL'Association des artistes dramatiques vient de publier le rapport an-\nnuel de ses opérations. Nous y trouvons les chiffres suivants :\nAu ier janvier 1873, l'Association comptait 2,622 sociétaires ;au 31 décem-\nbre, ce chiffre est descendu à 2,614. Dans le cours de l'année, il y a eu 162\nadmissions, 170 radiations, dont 58 prononcées par la mort et 112 par les\nstatuts.\nLes recettes de 1873 s'élèvent à 178,653 fr. 55 contre 137,178 fr. 79 pour\n1872, soit, en faveur de 1873, un excédant de 41,476 fr. 56.\nDepuis les trente-quatre années qu'existe la Société, elle a moissonné.\n3,722,216 fr. 43. Les secours et les pensions prélèvent environ le tiers, soit\n1, 199,733 fr. 31.\nLe montant des sommes versées par les sociétaires pour cotisations, de-\npuis l'origine de la Société, 1840 jusqu'au 3i décembre 1873, s'élève à la\nsomme de 862,698 fr. 83.\nAu lerIer janvier 1874, la fortune de l'Association s'élevait à 81,000 fr. de\nrentes.\nVoici les noms des sociétaires dont le chiffre des cotisations est le plus\nélevé.\nMesdames Marietta Alboni (i 853), 1,117 fr. 50. Gabrielle Arnault (1843),\n1 fr* s°. Brohan (1841), 2,117 fr. —M. Delaunay (1846), 1,117 fr. 50.\nMadame Denain (1840), 4.045 fr. 50. Madame Aug. Duyerger (1842),\n2,537 fr. M. Halanzier (1840), 3, 79 fr 20. Madame Nilsson (1866),\n5.076 fr. M. Ritt ( 1856), 3,172 fr. 40.\nM. Ernest Reyer travaille en ce moment à un oratorio intitulé Judith,\ndont le poème est de M. Louis Gallet. Cet ouvrage sera exécuté l'hiver pro-\nchain. M. Massenet met de son côté en musique un oratorio : la Vierge,\npoème de M. Grandmougin.\nMadame Emarot, mère de madame Emma Livry, a intenté contre la li-\nquidation de la liste civile impériale un procès qu'elle vient de perdre.\nOn se souvient de la mort malheureuse de mademoiselle Emma Livry. La\ndanseuse allait entrer en scène, lorsque sa robe fut atteinte par la flamme d'un\nbec de gaz ; elle parcourut deux fois le théâtre ; un pompier de service par-\nvint à 1 envelopper d'une couverture et à éteindre la flamme. Après de longues"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "45", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.57", "texte": "VARIA\n\nsouffrances, mademoiselle Emma Livry finit par succomber aux suites de\nses brûlures, le 27 juillet 1863.\nL'Opéra dépendait alors de la liste civile. L'Empereur accorda, à titre\nd'indemnité, à madame Emarot, 40,000 fr. de capital et 6,000 fr. de pension.\nDepuis le 4 septembre, la liste civile n'existe plus, et M. Vavin, liquidateur,\nrefuse de payer les 6,000 fr. de rentes.\nMadame Emarot l'a assigné devant le tribunal, prétendant que la rente lui\nétait due, qu'elle représentait une indemnité conventionnelle.\nLe liquidateur répondait que rien n'était dû, et que l'Empereur payait à\ntitre gracieux une pension que ses successeurs ou la liquidation de sa liste\ncivile n'étaient pas tenus de fournir à madame Emarot.\nLe tribunal a admis ce dernier système et repoussé la demande de ma-\ndame Emarot. Ce jugement, frappé d'appel, vient d'être confirmé par la\nCour.\nNotre collaborateur M. le chevalier Van Elewyck voyage en ce moment\nen Italie, chargé par le gouvernement belge d'étudier l'organisation des Con-\nservatoires italiens et l'état présent de la musique dans la Péninsule.\nDans un précédent numéro, nous avons donné le nom des artistes enga-\ngés au théâtre de Covent-Garden à Londres pour la prochaine saison. Voici\nmaintenant la composition delà troupe de Drury-Lane.\nSoprani et contralti :\nMesdames Nilsson, Varesi, Singelli, Marie Roze, Grossi, Pernidi, Risarelli,\nBauermeister, De Méric-Lablache, Trebelli-Bettini et Titjens.\nTenori :\nMM. Capoul, Gillandi, Fancelli, Bignardi, Panzetta, Brignoli, Paladini,\nRinaldini, Grazzi et Campanini.\nBaritoni et bassi :\nMM. Rota, de Reschi, Castelmary, Catalani, Galassy, Costa, Casaboni et\nBehiens.\nChef d'orchestre :\nSir Michel Costa.\nOpéras annoncés : en vedette, le Lohengrin, Mignon, Medea, II Talis-\nmano\\ on espère également pouvoir donner cette saison Gli Amanti di Ve-\nrona, opéra du marquis d'lvry, traduit en italien par A. de Lauzières.\nM. Charles Jolieta posé dans le Monde Illustre la question suivante\nL'ADIEU est-il de Schubert? Voici la réponse qu'il a obtenue:\n« Sous ce titre : Une résolution musicale, M. Ernest Dubreuil a déclaré\nque Y Adieu doit être rayé des œuvres du Schubert, et qu'après sa mort un\néditeur avait mis son nom sur ce morceau, dont l'auteur s'appelle Auguste\nHeinrich Veyraud. Une note est placée àla fin de l'édition allemande. La\nvoici d'après la version de M. Ernest Dubreuil :"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "46", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.58", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\n» J'habitais, en 1823, Dorpat. A cette époque, le nom de Schubert n'était\npas très répandu, du moins à Paris et à Saint-Pétersbourg. Un jour, devant\nplusieurs de mes amis, dont quelques-uns vivent encore, je mis en musique\ncette poésie de Wetzel, romance connue dans ces deux villes sous le nom de\n« l'Adieu », de Schubert, avec un texte français. Je puis facilement prouver\nce que j'avance, par la date à laquelle l'Université me permit alors de l'im-\nprimer. Il est fort honorable pour moi que ma simple chanson ait passé près\nde tous les connaisseurs comme venant d'un maître immortel et glorieux\ncomme Schubert. Et cela ne doit venir que d'un éditeur quelconque de Paris,\nqui n'a pas craint de commettre une mauvaise action, en remplaçant tout\nsimplement un nom qui venait de naître et qui aurait pu s'illustrer, par celui\nd'un homme dont la réputation était immense en Allemagne et devait grandir\nchaque jour en France. De cette façon, par légèreté ou par malice, 011 m'a\nenlevé mon simple mérite. Je me vois cependant forcé, après bien des an-\nnées, de me présenter au monde musical comme le seul et véritable auteur\nde la romance connue sous le nom de « l'Adieu. » Ce que j'ai produit plus\ntard pourra donner la mesure de ma capacité, et on jugera ainsi si j'avais le\nmoindre intérêt à me couronner des lauriers des autres.\n« Quant à présent, qu'on veuille me croire ou non, je puis toujours affirmer\nsur ma conscience que Y Adieu est de moi, et dire ; « Anch'io son pittore. »\n« Sans en faire l'objet d'une question spéciale, puisque nous en sommes\nau chapitre de la musique, d'après l'Événement (octobre 1866), Rossini\naurait dit que l'air classique « Picta Signore » n'est pas de Stradella.\n« Cet air de Stradella serait une chanson populaire que Rossini affirmait\navoir chantée dans son enfance avec les bambini de son âge. D'après la même\nopinion, le nom de l'auteur du chef-d'œuvre serait inconnu, comme celui de\nl'auteur de la Romance irlandaise que Flotow a encadrée dans Martha. Pour\nmoi, je n'affirme rien, pas même qu'Homère est l'auteur de Y Iliade, On ne\nsait qui a sculpté la Vénus de Milo. Un esclave fatigué invente la charrue.\nQue de génies inconnus, que de médiocrités tapageuses... »\nM. le docteur Mandl a repris son cours d'hygiène vocale au Conser-\nvatoire. Dans la séance d'ouverture, il a expliqué l'influence des variations\nde la température sur l'organe vocal et exposé les moyens propres àla com-\nbattre ; dans la seconde, il a commencé à décrire le mécanisme de la voix, et\nil continuera dans chacune des leçons suivantes à traiter ce sujet intéressant.\nThéâtre Taitbout. Enfin, après bien des retards et des remises, l'inau-\nguration de la charmante salle Taitbout, comme théâtre quotidien, aeu lieu\nle 28 mars, dimanche de Pâques. La représentation se composait de trois\nopéras ou opérettes, au lieu de quatre qui étaient annoncés; Y Amphitryon,\nde M. Lacome, étant retardé par suite de l'indisposition de la première\nchanteuse.\nLes Trois Grands Prix, paysannerie de MM. Delilia et Le Senne, est une\noperette gentille et amusante. La musique, de M. Bernicat, n'offre rien\nqu'un assez joli duo, et des couplets bien tournés, pour finir. Gandolfo, de\nM* Lecocq, a déjà été joué aux Bouffes-Parisiens : il a été bien interprété et"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "47", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.59", "texte": "VARIA\n\nfort applaudi. M. Lecocq assistait à la représentation. Le Hanneton de la\nChâtelaine est une bouffonnerie de M. Lassouche, trop longue, mais extrême-\nment gaie, et qui a eu un succès de fou rire. Le Hanneton qu'a la châtelaine\nconsiste à se croire transportée au temps des croisades. On lui apporte comme\ntrophées de la victoire des mannequins représentant Renaud et Tancrède, et\nl'opérette finit par un combat singulier entre deux prétendus croisés, qui se\nbattent à pied et à cheval, et le vainqueur obtient la main de la Châtelaine.\nSouhaitons à l'intelligent directeur, M. de Lorbac, une longue série de\nfructueuses représentations. Il a su engager ou découvrir des artistes char-\nmantes, mademoiselle Marie Guérin, qui s'est fait fort souvent applaudir aux\nBouffes-Parisiens par sa jolie et fraîche voix et son jeu plein d'aisance,\nmademoiselle Léa d'Ascot, vive, extrêmement enjouée, mademoiselle Perrin\nqui, comme elle, abordait la scène pour la première fois, et mademoiselle\nVillars. En fait d'hommes, M. Mey, excellent comique, et M. Max, ténor\nfort agréable. L'orchestre, conduit par M. Michiels, est très bon.\n\nH. C.\n\nNOUVELLES\n\nARIS. Opéra. Deux nouvelles chanteuses ont été engagées par\nM. Halanzier, mademoiselle Marie Fechter, élève de M. Faure, et\nune jeune Suédoise, mademoiselle Grabow, élève de madame Viardot.\nVillaret vient départir pour Nice; si son indisposition continue, c'e*t,\ndit-on, M. Salomon qui sera chargé du rôle de Raoul dans les Huguenots.\nOpéra-Comique. De nouvelles auditions de la Messe de Requiem, de\nVerdi, vont avoir lieu à l'Opéra-Comique, à partir du 14 avril. Mesdames\nStolz et Waldmann chanteront encore les soli pour voix de femme; les parties\nde ténor et celle de basse seront tenues, cette fois, par MM. Masini et Medini.\nFolies-Dramatiques. Pour jouer le principal rôle d'Alice de Nevers,\nl'opéra bouffe d'Hervé, en répétition aux Folies, M. Cantin vient d'engager\nmademoiselle Marie Périès.\nIl est question, au même théâtre, d'un opéra bouffe en trois actes, musique\nde M. Serpette, paroles de MM. Jehan Walter et Jules de Gastyne.\nTitre : Cadet Roussel.\nSalle Taitbout. On répète un acte :la Jeunesse de Figaro, musique de\nM. de Konnick, paroles de MM. Clairville et J. Cardoz.\nMARSEILLE. Le Grand-Théâtre de Marseille vient de recevoir un grand\nopéra inédit en cinq actes, intitulé la Fiancée de Venise, paroles de M. G.\nMolinari et musique de M. Wroblewsky. M. Husson, le directeur du Grand-"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "48", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750401-01.1.60", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\nParis Imprimerie Alcan-Lévy, rue de Latayette, 61»\n2 ropriétaire-Gérant : g4cRJTHUcI{ HEULH&icl\\ u.\n\nThéâtre, n'a pas hésité à monter, avant la fin de la saison théâtrale et pour\nla clore dignement, cette œuvre qui, d'après ce que l'on affirme, est appelée\nà avoir un grand retentissement.\nBORDEAUX. Le Florentin, de M. Lenepveu, vient d'être donné avec un\nsuccès complet au Grand Théâtre de Bordeaux. L'auteur a été rappelé deux\nfois.\nNous remettons au numéro du lerIer juillet prochain LA CHRONO-\nLOGIE, qui jusqiCici paraissait tous les mois. L'expérience nous\nayant appris que la publication trop souvent répétée de ce docu-\nment multipliait les recherches au lieu de les simplifier, nous\ncroyons être utile à nos lecteurs en reportant la CHRONOLOGIE\nà la fin de chaque trimestre.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}