{"numero_id": "bm-bmtnabc-1875-04-15-01", "volume": "bmtnabc_1875-04-15_01", "ocr_sha256": "bf7df4a7043c7efe12d2223dd41b0c774adcb2989c37239f462ad155045d1183", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabc/issues/1875/04/15_01/bmtnabc_1875-04-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabc/issues/1875/04/15_01/bmtnabc_1875-04-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabc-1875-04-15-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-04-15_01#c001", "volume": "bmtnabc_1875-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "[49]", "page_fin": "57", "image_debut": 1, "image_fin": 9, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.2.1", "titre_corps": "LE THÉÂTRE LYRIQUE", "titre_sommaire": "LE THÉÂTRE LYRIQUE", "signature_source": "H. MARCELLO", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[49]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.1", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 735, "texte": "LE THÉÂTRE LYRIQUE\nET LES JEUNES COMPOSITEURS\n\nOILA quatre ans que nous sommes sans Théâtre-\nLyrique. Cette lacune est desplus funestes pour\nl'art musical ; elle a créé à nos compositeurs\nune situation déplorable, dont il importe de\nles tirer au plus vite, s'il nous reste quelque\nsouci de notre honneur artistique et de l'avenir\nd'un art qui a déjà contribué à jeter tant d'é-\nclat sur le nom français.\ni\nJe dis que le Théâtre-Lyrique n'existe plus\ndepuis quatre ans. On m'objectera sans doute, qu'il y a deux mois à peine,\nun théâtre, chargé des intérêts de lart français contemporain et pourvu\nofficiellement de tous les privilèges du Théâtre-Lyrique, donnait des re-\nprésentations d'un opéra allemand, composé en 1822. C'est vrai ;"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "50", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.2", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2895, "texte": "néanmoins il me paraît plus conforme àla logique, sinon à la réalité des\nfaits, de considérer le Théâtre-Lyrique comme ayant cessé d'exister de-\npuis l'incendie de la salle delà place du Châtelet. Sans doute, M. Mar-\ntinet avait hérité du privilège et Pavait transplanté dans le sous-sol de\nla rue Scribe, mais il est bien évident pour tout le monde que, si en sa\nqualité de cave à l'abri des obus, la salle de l'Athénée pouvait être, au\ntemps du siège, la meilleure salle de Paris, elle ne saurait, dans les cir-\nconstances à peu près normales ou nous vivons présentement, tenir lieu\nde Théâtre-Lyrique. D'ailleurs les événements l'ont bien prouvé. Mal-\ngré l'activité peu commune qu'ils déployèrent dans leur administration,\nM. Martinet et après lui M. Ruelle furent écrasés par les difficultés\nd'une entreprise qu'il était impossible de mener à bonne fin. M. Marti-\nnet n'avait guère donné que des reprises; mais du n octobre 1872\nau 22 juin iBy37 M. Ruelle fit jouer vingt-six actes nouveaux,\net notez qu'il n'avait ni subvention, ni cahier des charges. Grâce à lui,\nopéras inédits purent voir le jour. De ces seize ouvrages, bien peu\nsurvivront à leur passage éphémère sur la petite scène de l'Athénée. Il\nn'en est pas moins vrai que cette petite scène, érigée de par la force des\névénements en Théâtre-Lyrique, a encore servi à quelque chose, ne fût-ce\nqu'à nous faire connaître deux ouvrages d'une réelle valeur, la Gu\\la\nde VÉmir, de M. Th. Dubois, et surtout Madame Turlupin, de\nM. Guiraud, et à favoriser les premiers essais de plusieurs musiciens in-\nconnus, dont quelques-uns ont fait preuve d'un certain mérite. Cependant\nces résultats, si féconds en apparence, n'ont pas été au fond d'un grand\nprofit pour l'art, et il ne pouvait guère en être autrement. C'est qu'en\neffet, la scène minuscule de l'Athénée serait, à la rigueur, suffisante pour\nle vaudeville et l'opérette, mais les ouvrages d'un genre plus sérieux et\nplus relevé, tels que le drame lyrique et l'opéra comique, ne sauraient en\naucune façon cadrer avec la nature et les proportions de ce théâtre. Par\nsuite de ces impossibilités matérielles et faute des ressources nécessaires\npour mettre en scène des ouvrages importants, les directeurs du Théâ-\ntre-Lyrique étaient réduits à ne monter que de petites pièces en un ou\ndeux actes, dont la représentation n'offrait qu'un très médiocre intérêt\nau point de vue des développements de l'art musical. L'art n'a donc tiré\naucun profit de cette activité dépensée en pure perte, et l'on peut avan-\ncer, sans hésitation, que l'Athénée n'a jamais suppléé effectivement au\nThéâtre-Lyrique,détruit sous la Commune. Enfin décompté, MM. Mar-\ntinet et Ruelle succombèrent l'un après l'autre à la mauvaise fortune qui\nn'a jamais cessé de s'attacher àla petite salle de la rue Scribe, et, le 3\ndécembre 1873, le Théâtre-Lyrique fermait définitivement ses portes."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "51", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.3", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2873, "texte": "Un an après, M. Bagier entreprit de le reconstituer à la salle Venta-\ndour : l'Etat lui concéda le privilège et rétablit en sa faveur une subven-\ntion de 100,000 francs. Mais au lieu de donner tous ses soins à faire\nprospérer une entreprise d'une utilité incontestable, M. Bagier s'embar-\nqua malheureusement dans une combinaison incompréhensible, qui de-\nvait le conduire à une chute inévitable, dès les premiers jours de son\nadministration. Etant donné le Théâtre-Italien qui ne peut vivre sans\nsubvention, et le Théâtre-Lyrique pour lequel une subvention de cent\nmille francs est notoirement insuffisante, M. Bagier avait conçu le des-\nsein de taire marcher les deux entreprises avec une subvention unique\nde cent mille francs. Le secret de cette combinaison franco-italienne\nconsistait, d'après lui, à réunir les deux théâtres sous une même direc-\ntion, procédé renouvelé du système bien connu de ce marchand qui per-\ndait sur chaque objetvendu, mais qui se rattrapait sur la quantité. Qu'ar-\nriva-t-il ? C est qu au bout de trois mois le Théâtre-Italien avait absorbé\ntoutes les ressources liquides de l'entreprise, et que le Théâtre-Lyrique\nouvrit ses portes le 7 janvier, pour les refermer quinze jours plus tard,\naprès avoir donné six représentations du Résultat final :\nnous n'avons plus ni Théâtre-Italien, ni Théâtre-Lyrique. Du premier\nnous faisons sans regret notre deuil; le Théâtre-Italien dans les condi-\ntions où. nous 1 avons vu fonctionner depuis cinq ou six ans, n'avait plus\naucune raison d'être au point de vue artistique, mais il en est tout au-\ntrement du Théâtre-Lyrique, dont la suppression est, à nos yeux, une\nvéritable calamité, ainsi que nous allons essayer de le démontrer.\nÉtant donné le système de centralisation excessive qui étreint notre\npays, on peut dire qu'il n'y a en France qu'un centre de production\nartistique ; Paris. Paris seul produit, Paris attire et concentre dans son\nsein toutes les forces actives du pays. Cette remarque, qui s'applique à\ntous les arts en général, est particulièrement frappante en ce qui con-\ncerne l'art dramatique et lyrique. Ainsi, tandis qu'en Allemagne et en\nItalie nous voyons la production artistique se répartir à peu près égale-\nment entre plusieurs grands centres, chez nous le mouvement drama-\ntique et musical se trouve localisé sur un seul point : il émane tout entier\ndes théâtres de Paris. Or, nous n'avons actuellement à Paris que deux\nthéâtres lyriques: l'Opéra et l'Opéra-Comique; est-il besoin d'entrer\ndans de longs développements pour démontrer que scènes ne sau-\nraient suffire à la production musicale d'un pays tel que le nôtre. Com-\nment! voilà une nation qui se pique, non sans quelque raison, d'être à la\ntête du mouvement artistique en Europe, et elle n'a que deux théâtres à\nmettre au service de ses compositeurs ? Or, de ces deux théâtres, l'Acadé-"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "52", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.4", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2859, "texte": "mie de musique ne peut guère monter par an plus de deux opéras en cinq\nactes et de deux ballets. On ne peut pas exiger de l'Opéra-Comique plus\nde trois ouvrages en trois actes et autant d'ouvrages en un acte, total par\nannée : deux opéras, deux ballets et six opéras comiques, en tout\nouvrages nouveaux. Je parle en théorie, bien entendu, car si je m'at-\ntachais uniquement à ce qui se pratique, je me trouverais loin de compte;\non sait de reste que la production annuelle dans ces deux théâtres, est\nloin d'atteindre le chiffre pourtant très modéré que j'indiquais plus\nhaut. Ainsi donc, pour en revenir à la réalité des faits, la France ne\nproduit par an, dans les années de fertilité exceptionnelle, que cinq ou\nsix ouvrages lyriques, tandis qu'en Italie et en Allemagne, en Italie\nsurtout, les opéras nouveaux se comptent par trente et quarante, et\nencore la plupart des théâtres ne fournissent guère par an qu'une cam-\npagne de six mois au plus. Ne serait-on pas autorisé à voir là une des\ncauses de notre infériorité musicale, comparativement aux deux pays\nqui ont toujours tenu le premier rang dans cette branche de l'art. En\ntout cas, je crois qu'il ressort bien clairement de cet aperçu, que le nom-\nbre de nos scènes musicales est absolument insuffisant, et que l'existence\nd'une troisième scène est d'une utilité incontestable. Donc, en nous\nplaçant au point de vue général du régime théâtral français, nous ar-\nrivons à cette première conclusion : que le Théâtre-Lyrique est néces-\nsaire comme appoint, bien incomplet encore, mais comme appoint im-\nportant au nombre trop restreint de nos scènes musicales. A un autre\npoint de vue plus particulier et qui se rattache à l'organisation de nos\nthéâtres et aux errements de leur administration, la nécessité du Théâtre-\nLyrique éclate avec bien plus d'évidence encore.\nNos deux théâtres de musique portent le nom de théâtres nationaux,\n/\nc'est-à-dire qu'ils sont placés sous la haute surveillance de l'Etat» Ils\nreçoivent de lui une subvention, moyennant laquelle ils s'engagent à\nobserver les clauses d'un cahier des charges qui règle les conditions de\nleur entreprise, et notamment à jouer par an un certain nombre d'actes\nnouveaux. Pour ce qui est de cette dernière obligation, on sait qu'en\ngénéral MM. les directeurs ne mettent pas grand empressement à s'y\nconformer. Ils ont un répertoire courant, qui suffit tant bien que mal à\nl'exploitation du théâtre, et ils ne se soucient guère d'en sortir pour tenter\nles aventures. C'est tout au plus s'ils peuvent se décider de temps en\ntemps à le rajeunir, au moyen de quelque reprise, et ce n'est qu'à la der-\nnière extrémité, et le plus souvent sous la pression salutaire de l'opinion\npublique, qu'ils se résignent à monter un ouvrage inédit. Cet ouvrage, à\nqui le demanderont-ils? A une célébrité, naturellement, à un composi-"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "53", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.5", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2880, "texte": "teur qui ait autorité sur le public et dont le nom fasse recette. Mais les\ncélébrités ne sont pas déjà si communes, surtout de nos jours, et puis\nd'ailleurs, elles peuvent n'avoir rien de prêt. Il y a bien encore ce qu'on\nappelle les jeunes compositeurs, mais il faudrait bien se garder d'en par-\nler au susdit directeur. Le public parisien a toujours nourri une méfiance\ninexplicable à l'endroit des jeunes. En général, tout début ne lui inspire\nqu'une très médiocre sympathie et, du moment qu'il ne peut s'appuyer\nsur aucun précédent, dès qu'il se sent en face de l inconnu, le voilà\naussitôt qui tâte, qui hésite, qui devient soupçonneux à l'excès; il craint\nde trop s'avancer ; il a peur de se compromettre et, si par hasard il tombe\nsur un succès, il y regarde à deux fois avant de l'affirmer par ses applau-\ndissements.\nMais c'est bien autre chose de la part des directeurs de théâtre!\nMonter l'ouvrage d'un jeune compositeur équivaut pour eux à se jeter\ntête baissée dans l'inconnu; c'est risquer une forte somme sur un coup\nde hasard; c'est tenter la fortune sans aucune garantie de réussite. Sans\ndoute ils ont entendu l'ouvrage, et vous me direz qu'ils doivent savoir à\nquoi s'en tenir sur sa valeur. Soit, je vais plus loin ; j'admets que l'ouvrage\nsoit plein de mérite et que le directeur lui-même lui reconnaisse une\nréelle supériorité. Oui, mais ce compositeur n'a encore rien donné, ou\nbien il a peut-être commis, à sa sortie de l'école, quelque insipide bana-\nlité en un acte où il s'est bien gardé de sortir des moules consacrés et des\nformules aimées du public. Dans son nouvel ouvrage, c'est tout autre\nchose : il s'est affirmé avec plus de hardiesse ; il a peut-être brisé avec\nles saintes traditions de l'école et les errements sacro-saints de la routine\net, pour la première fois, il s'est laissé aller librement à son inspiration\npersonnelle, il a obéi à son tempérament, en un mot, il s'est créé une\nmanière à lui. Une manière ! ah! voilà précisément le danger ; qui nous\nassure que cette manière plaira au public? Le public, lui aussi, a sa\nmanière, et cette manière, c'est la routine. 11 est habitué à de certains\neffets, à de certains types consacrés par l'usage et par de nombreux\nsuccès; ces formes lui plaisent, il les attend, il les souligne au passage par\nses applaudissements et, de cette façon, il peut, tout en goûtant un plai-\nsir sans efforts, juger immédiatement de la valeur du morceau qu'on lui\nprésente en se reportant aux chefs-d'œuvre du genre. Supposez mainte-\nnant que le musicien se soit lancé dans les qu'il se soit\nefforcé de donner à sa pensée un tour personnel et de rompre avec les\nvieilles formules cent fois ressassées et depuis longtemps rebattues, voilà\nle public en déroute ! Il perd la tête, il n'écoute plus, et d'un mot il con-\ndamne le révolutionnaire qui s'est permis d'opposer sa manière à la"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "54", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.6", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2752, "texte": "sienne: c'est un musicien de l'avenir ! En attendant, tout cela ne fait\npas l'affaire du directeur, qui se trouve un beau matin avec une pièce\nsur les bras, une pièce de beaucoup de mérite sans doute, mais qui ne\nfera jamais un sou.\nOn ne le reprendra plus à jouer les jeunes! têtes folles, qui ne rêvent\nque plaies et bosses et qui veulent se mêler de refaire l'éducation du\npublic ! Ah! parlez-nous des vieux compositeurs, des membres de l'lns-\ntitut ; ils ne pensent pas à régénérer l'art, ceux-là , ils ont le respect de la\nforme et de la tradition, et puis ils exercent sur la masse une autorité\nqui, une fois acquise, est rarement contestée. Sans doute ils peuvent faire\ndes choses médiocres, mais, neuf fois sur dix, la signature fera passer\nsur la médiocrité de l'ouvrage. Tentent-ils quelques innovations? Ne\ncraignez rien, le public écoutera avec déférence, il fera semblant de com-\nprendre, peut-être même comprendra-t-il; en tout cas, il ne se révoltera\njamais contre un membre de l'lnstitut, c est un musicien du passé!\nQuant aux jeunes, qu'ils aillent porter leurs essais ailleurs ! Fort bien,\nmais où iront-ils, ailleurs, quand on les aura mis à la porte de l'Opéra\net de l'Opéra-Comique? Rendez-leur le Théâtre-Lyrique et alors ils pour-\nront dire : nous allons clie\\ nous.\nLe Théâtre-Lyrique, tel que je le comprends, doit être une scène uni-\nquement destinée à monter les œuvres des jeunes compositeurs fran-\nçais, quelque chose comme une annexe du Conservatoire. Voilà, par\nexemple, un jeune musicien que vous avez élevé dans votre Conserva-\ntoire : il y a fait d'excellentes études, il sait admirablement son métier,\nvous lui donnez un grand prix et vous l'envoyez passer trois ans dans la\nVille Éternelle. Bien. Une fois à Rome, vous l'engagez à travailler avec\nardeur, vous avez les yeux sur lui et, chaque année, il devra vous en-\nvoyer une partition, qui sera lue par trois musiciens et ira ensuite\ngrossir les archives du Conservatoire. Très bien. Au bout de trois ans,\nle lauréat revient à Paris, il a fait son stage et il se prépare à entrer dans\nla carrière que vous lui avez ouverte. Mais, et c'est ici que je ne com-\nprends plus, à peine a-t—il mis un pied dans cette carrière, qu'il se trouve\narrêté dès les premiers pas. Il semblerait vraiment que vous vous croyiez\nquittes avec lui quand vous lui avez donné le grand prix, et vous ne faites\nrien pour lui faciliter les moyens d'exercer un art que vous lui avez en-\nseigné. Pourquoi cette exception en faveur des musiciens? car c'est là\nune exception. Aux peintres, vous ouvrez les expositions; aux ingé-\nnieurs qui sortent de vos écoles, vous réservez des emplois dans les ser-\nvices techniques, et vous n'auriez même pas un théâtre pour recevoir"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "55", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.7", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2699, "texte": "les premiers essais des lauréats de votre Conservatoire. Si vous faites des\ncompositeurs, c'est probablement pour qu ils composent des œuvres\nmusicales, et non pour qu'ils traînent misérablement leur vie à donner\ndes leçons de piano ou des répétitions de guitare! S'il en est autre-\nment, votre Conservatoire est inutile, fermez-le! Sinon, puisque vous\nne pouvez pas imposer aux directeurs de vos théâtres subventionnés\nl'obligation de jouer les jeunes, ayez au moins un théâtre, dont l'unique\ndestination sera de recevoir vos musiciens, c'est-à-dire les lauréats de\nvotre Ecole de musique, et de leur faciliter les débuts dans une carrière\nque vous leur avez proposée pour but de leurs études spéciales. Que la\ngrande sanction du prix de Rome ne soit plus une vaine distinction et un\nvoyage en Italie, mais une belle et bonne réalité, à savoir : l'admission\nau Théâtre-Lyrique!\nReste à savoir ce que sera ce Théâtre-Lyrique. Comment sera-t-il con-\nstitué? Comment fonctionnera-t-il? On peut concevoir plusieurs sys-\ntèmes.\nDans un premier système, le Théâtre-Lyrique serait, comme je le di-\nsais plus haut, une sorte d'annexe au Conservatoire;en d'autres termes,\nnotre Ecole nationale de musique comprendrait deux sections parallèles :\nire section, Enseignement, ou Conservatoire proprement dit; 2e section,\nPratique de l'art, ou Théâtre-Lyrique. Suivant cette hypothèse, le\nThéâtre-Lyrique serait administré directement par l'État qui en nom-\nmerait le directeur, comme il nomme le directeur du Conservatoire. Ce\ndirecteur pourrait être assisté soit d'un conseil d'administration, soit\nd'un comité d'examen, ou, ce qui serait infiniment préférable, placé\nsous la haute surveillance de l'Etat.\nDans un second système, l'administration du Théâtre-Lyrique serait\nconfiée à une entreprise particulière, laquelle serait soumise à un cahier\ndes charges et recevrait une subvention. Le chiffre de cette subvention\nserait naturellement à débattre; mais j'estime qu'il ne pourrait pas être\ninférieur à 300,000 francs. Quelque soit d'ailleurs le mode adopté pour\nl'administration du théâtre, le fonctionnement resterait toujours le\nmême, et ce fonctionnement, voici comment je l'entends :\nLe théâtre ouvrirait sans aucun répertoire : interdiction absolue de\njouer des ouvrages déjà représentés sur d'autres scènes ou des traductions\nd'opéras étrangers; interdiction non moins absolue de recevoir un ou-\nvrage d'un membre de l'lnstitut. Voilà donc le directeur obligé de se\ncréer un répertoire complètement neuf. A qui s'adressera-t-il ? Aux\njeunes! Il ne reste plus que les jeunes; il faut bien, bon gré mal\ngré, qu'il aille les chercher. Et d'abord il aura tous les grands prix de"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "56", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.8", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2830, "texte": "composition, le prix de Rome, conférant au titulaire (suivant notre\nsystème) le droit de faire représenter trois actes au Théâtre-Lyrique. Il\naura encore il aura tous les compositeurs français (à l'exclusion des\nmembres de l'lnstitut) qui lui apporteront une œuvre de mérite et vrai-\nment digne d'être mise à la scène.\nMais, dira-t-on, tout cela peut paraître concluant sur le papier; il\nn'y a qu'un tout petit inconvénient, c'est que vous ne trouverez\npersonne qui consente à se charger du Théâtre-Lyrique avec les con-\nditions draconniennes que vous prétendez imposer à son directeur.\nErreur, erreur profonde; on n'aura que l'embarras du choix! Faut-il\nque je vous rappelle ce qui s'est passé à vingt reprises différentes pour\nl'Athénée? Comment ! Voilà un petit théâtre qui, pour des raisons que\nje ne me charge pas d'expliquer, n'a jamais fait de recettes, qui n'a pas\ncessé d'être poursuivi par une de ces malechances obstinées dont on\nn'avait jamais eu d'exemple avant lui ; un théâtre qui, par sa nature et\nses dimensions, rend impraticable toute tentative sérieuse et véritable-\nment artistique; et chaque fois qu'un de ses directeurs s'est vu forcé d'a-\nbandonner la partie après une ruine complète, il s'est rencontré tout aus-\nsitôt plus de dix insensés pour se disputer sa succession ! Et on ne trouve-\nrait personne pour administrer le Théâtre-Lyrique avec une subvention\nde 300,000 fr., on ne rencontrerait pas dans tout Paris un artiste assez\ndévoué aux intérêts de l'art national pour se charger de cette belle et\nutile mission de produire au grand jour nos jeunes compositeurs et d'ai-\nder au progrès et au développement de l'École française! Mission difficile,\nj'en conviens, mission qui exige des qualités éminentes; mais soyez\nconvaincus qu'il n'est nullement impossible à un homme intelligent de\nla mener à bonne fin, et veuillez croire qu'un directeur du Théâtre-\nLyrique, vraiment à la hauteur de sa tâche, saura parfaitement gagner\nde l'argent rien qu'en jouant nos jeunes compositeurs. Car parmi ces\njeunes musiciens qu'on dédaigné, parce qu'on ne les connaît pas, j'en\nconnais plus d'un qui est capable de faire, non pas seulement un bon\nopéra, mais un opéra à recettes. Que notre directeur hypothétique\naille demander quelque ouvrage nouveau à l'un de ces musiciens, qu'il\nle monte avec soin et sans luxe superflu, qu'il le fasse chanter par une\nbonne troupe d'ensemble, solidement constituée et absolument exempte\nde cette peste artistique qu on appelle des étoiles; et je vous réponds qu'il\nn aura perdu ni son temps, ni sa peine. Sans doute, il n'encaissera pas\ndes bénéfices scandaleux, et l'on ne dira probablement pas de lui qu'il\nmet chaque année la subvention dans sa poche; mais il saura trouver,\ndans une intelligente exploitation, les subsides nécessaires à l'entretien"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "57", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.9", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2384, "texte": "de son théâtre d'abord et aussi une rémunération suffisante de son activité\net de ses labeurs.\nCela me paraît si peu douteux, que je n'hésiterais pas à ajouter une\nnouvelle charge aux charges déjà si lourdes qui grèvent son entreprise.\nSi le directeur a réussi à mettre la main sur une œuvre très remarquable,\nsur un grand succès, il importe de ne pas laisser cette pièce s'éterniser au\nrépertoire et ralentir la production des œuvres nouvelles. Je créerais donc,\nen faveur de l'Opéra et de l'Opéra-Comique, une sorte de droit d'expro-\npriation, en vertu duquel ils pourraient faire passer dans leur répertoire\nl'œuvre dont il s'agit. Seulement, comme il est de toute justice que le\ndirecteur du Théâtre-Lyrique ne soit pas dépouillé sans compensation,\nje stipulerais que le droit en question ne pourrait s'exercer qu'après\nque la pièce aurait fourni un certain nombre de représentations au\nThéâtre-Lyrique, cent ou cent cinquante par exemple, et que les direc-\nteurs de l'Opéra et de l'Opéra-Comique ne seraient admis à s'approprier\nle bien de leur voisin que moyennant une juste et préalable indemnité,\nlaquelle serait, comme toutes les indemnités de ce genre, déterminée par\nun jury spécial.\nMais je m'aperçois que j'échafaude systèmes sur systèmes, hypothèses\nsur hypothèses. Tel n'est pas mon but. J'ai voulu simplement attirer l'at-\ntention sur une question qui intéresse au plus haut point l'art français.\nNous n'avons pas de Théâtre-Lyrique ; l'Assemblée nationale a voté,\npour ce théâtre, un subvention de 100,000 francs, qui reste sans emploi,\npar suite de la non réussite de l'entreprise de M. Bagier, et personne ne\nsemble se préoccuper de remédier à ce fâcheux état de choses, qui com-\npromet si gravement le présent et l'avenir de nos compositeurs français.\nJe demande donc qu'on rétablisse au plus vite une institution qui a\ndéjà rendu de si grands services à l'art national, et qu'on relève sans\nretard cette scène qui a produit Faust} Mireille, Roméo et Juliette, le\nMédecin malgré lui, la Statue, les Dragons de Villars, etc. L'ancien\nThéâtre-Lyrique avait servi aux débuts des Gounod, des Reyer, des\nMaillart, qui sont devenus les maîtres du théâtre contemporain; le nou-\nveau ouvrira la carrière aux Massenet, aux Guiraud, aux Bizet, aux\nLalo, aux Paladilhe, qui seront dans quelques années les maîtres de\nl'Ecole française.\n\nH. MARCELLO."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-04-15-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-04-15_01#c005", "volume": "bmtnabc_1875-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "58", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 10, "image_fin": 19, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.2.2", "titre_corps": "LE LIBRETTO DE POMONE", "titre_sommaire": "LE LIBRETTO DE POMONE", "signature_source": "CH. BARTHÉ", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 10, "page_imprimee": "58", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.10", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1456, "texte": "'OPÉRA, OU comme nous l'avons encore entendu dire à\ndes vieillards, le grand Opéra est, 011 le sait, un\nspectacle dont les éléments principaux furent emprun-\ntés à l'ltalie, un peu avant la seconde moitié du dix-\nseptième siècle, il y a plus de deux cents ans,\nDepuis 1600, le drame lyrique triomphait au-delà\ndes monts, sans avoir pu pénétrer dans notre pays si largement ouvert\nà toutes les nouveautés, principalement en fait de plaisir, et certes celui-\nlà charmait tous les sens par sa contexture, sa musique, ses danses, ses\ndécorset ses nombreuses transformations ; mais un préjugé, profondé-\nment enraciné dans les esprits, retardait encore l'introduction de Popéra\nen France. Notre langue (disait-on alors, et a-t-on répété bien des fois\ndepuis) est sourde, manque d'harmonie, et ne peut par conséquent\nse prêter aux modulations musicales. On sait comment des virtuoses\nétrangers, tels que Lulli, Gluck, Piccini, Rossini et Meyerbeer, pour ne\nciter que les plus illustres, ont réduit à sa juste valeur, c'est-à-dire à\nnéant, ce grief tant de fois mis en avant contre la naturalisation du\ndrame lyrique en France.\nBeaucoup de mise en scène, de costumes, de comparses, et de machines\nsurtout, distinguèrent tout d'abord l'Opéra, qui fut vraiment, pour les\nParisiens d'alors, la comédie des machines; et, fidèle à la tradition\nprimitive, l'Opéra a de plus en plus usé et même abusé des effets tout\nmatériels de la mise en scène.\n\nLE LIBRETTO\nDE\nPOMONE"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "59", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.11", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3126, "texte": "Ainsi laFesta teatrale délia opéra en cinq actes de Giovan\nBattista Balbi et Torelli, n'était qu'une sorte de parade musicale, dont les\nintermèdes présentaient un ballet de singes et d'ours, une danse d'au-\ntruches, une entrée de perroquets.\nLe succès immense de la Pastorale d 1 Issy décida et provoqua l'établis-\nsement de notre Académie royale de musique. Il existe sur la première\nreprésentation de la Pastorale un vrai feuilleton et assez détaillé, que\nPerrin rédigea en une lettre de deux pages, à l'adresse du cardinal de la\nRovère, inspirateur du libretto. Cette relation mérite de trouver ici sa\nplace, le plus naturellement du monde :\nA Monseigneur /'archevêque de Turin,\nParis, le 3o avril 1659.\n« Vous saurez donc, Monseigneur, que la Pastorale a été représentée\nhuit ou dix fois à la campagne, au village d'lssy, dans la belle maison de M.\nde la Haye : ce.que nous avons fait pour éviter la foule du peuple qui nous\neût accablés infailliblement, si nous eussions donné ce divertissement au mi-\nlieu de Paris. Tout nous favorisait, la saison du printemps et de la naissante\nverdure, et les beaux jours qu'il fit pendant tout ce temps-là, qui invitaient\nles personnes de qualité au promenoir de la plaine. La belle maison et le\nbeau jardin, la salle tout à fait commode et d'une juste grandeur; la décora-\ntion rustique du théâtre, orné de deux cabinets de verdure et fort éclairé; la\nparure, la bonne mine et la jeunesse de nos acteurs et de nos actrices, dont\ncelles-ci étaient de l'âge depuis quinze jusqu'à vingt-deux ans, et les acteurs,\ndepuis vingt jusqu'à trente, tous bien instruits et déterminés comme des\ncomédiens de profession. Vous connaissez les principaux, les deux illustres\nsœurs et les deux illustres frères, que l'on peut compter entre les plus belles\nvoix et les plus savantes de l'Europe; le reste ne les démentait point.\n« Pour la musique, vous en connaissez aussi l'auteur, et les concerts qu'il\nvous a fait entendre chez M, l'abbé Charles ne vous permettent pas de\ndouter de sa capacité. Tout cela joint aux charmes de la nouveauté, à la cu-\nriosité d'apprendre la réussite d'une entreprise jugée impossible et trouvée\nridicule aux pièces italiennes de cette nature, représentées sur nos théâtres;\nen d'aucuns, la passion de voir triompher notre langue, notre poésie et notre\nmusique d'une langue, d'une poésie et d*une musique étrangères ; en d'au-\ntres, l'esprit de critique, de censure, et, dans la meilleure partie, le plaisir\nsingulier et nouveau de voir que quelques particuliers, par un pur esprit de\ndivertissement et de galanterie, donnaient au public, à leurs dépens, en exé-\ncutant eux-mêmes la première comédie française en musique représentée en\nfrançais: toutes ces choses attirèrent à sa représentation une telle foule de\npersonnes de la première qualité, princes, ducs et pairs, maréchaux de\nFrance, officiers de cours souveraines, que tout le chemin d'lssy à Paris était\ncouvert de leurs carrosses.\n« Vous jugez, Monseigneur, que tout ce monde n'entrait pas dans la salle :\nmais nous recevions les plus diligents sur des billets donnés libéralement à"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "60", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.12", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2857, "texte": "nos amis, aux personnes de condition. Le reste prenait patience et se prome-\nnait à pied dans le jardin, ou faisant de la plaine une espèce de cours, se don-\nnait au moins le passe-temps du promenoir et des beaux jours.\n« 11 me sied mal, Monseigneur, de vous dire à la louange de la pièce, mais\nil faut pourtant vous le dire, puisque je me suis engagé de vous en apprendre\nle succès, que tout le monde en sortait surpris et ravi de merveille et de plai-\nsir, et que de tant de têtes différentes de capacité, d'humeur et d'intérêts, pas\nun seul n'eut la force de l'improuver et de s'empêcher de la louer en toutes\nses parties : l'invention des vers, la représentation, la musique vocale et les\nsymphonies. Cette réputation donna la curiosité de l'entendre à Leurs\nMajestés. En effet, sur leur demande, elle fut représentée pour la dernière\nfois à Vincennes, où elles étaient alors, en leur présence, en celle de Son\nEminence et de toute la cour, où elle eut une approbation pareille et inespé-\nrée, particulièrement de Son Eminence »\nEnchantés de la réussite d'un premier essai, Perrin et Cambert s'occu-\npèrent de la composition d'Ariane; les répétitions de cet opéra étaient\nmême commencées, lorsque la mort de Mazarin suspendit l'exécution du\nnouvel ouvrage. Cet événement priva les arts d'un protecteur libéral et\nretarda les progrès du drame lyrique pendant plusieurs années.\nMais, Perrin ne se découragea pas et se fit concéder le fameux privilège\nde 1669 cc d'établir en la bonne ville de Paris et autres du royaume une\nce Académie composée de tel nombre et qualités de personnes qu'il advi-\ncc sera, pour y représenter et chanter en public des opéras et représenta-\n« tions en musique et en vers français, pareilles et semblables à celles\n« d'ltalie. »\nL'hôtel de Nevers, occupé depuis 1724, par la Bibliothèque royale,\nfut le premier siège de l'Académie de musique. Le cardinal Mazarin\navait amené l'opéra d'ltalie : un de ses héritiers protégea les premiers\nessais du drame lyrique français. C'est dans la galerie, depuis silen-\ncieuse, des imprimés, donnant sur la rue de Richelieu, que Ton fit les\nnombreuses répétitions de Ponjone, tandis que l'on transformait en\nsalle de spectacle le jeu de paume de la Bouteille, rue Mazarine, vis-à-\n---vis de celle de Guénégaud. Le passage du Pont-Neuf est ouvert aujour-\nd'hui sur l'emplacement de cette première salle de l'Opéra.\nC'est là que l'on applaudit avec enthousiasme Pomone, le premier\nopéra français représenté devant le public. C'est le 19 mars 1671 que\nPomone fut exhibée pour la première fois aux lueurs delà rampe. Le\npersonnel du chant se composait de cinq hommes et quatre femmes,\nquinze choristes et treize symphonistes à l'orchestre.\nLe libretto opérette des plus cascadantes (comme on dirait de nos\njours) prouve que Perrin, un novateur audacieux, n'avait pas cru"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "61", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.13", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1952, "texte": "devoir prendre au sérieux le bagage mythologique; cette pièce n'est\nqu'une suite de scènes décousues, sans action, en style de mirliton, etc.;\nmais comme dès lors le public s'attachait plus à la musique qu'aux pa-\nroles persuadé que l'ôn chante ce qui ne vaut pas la peine d'être dit,\npendant huit mois un immense succès s'attacha à cette macédoine, et\nPerrin eut pour son quart des bénéfices trente mille livres, ce qui était\nun assez joli denier pour l'époque.\nTentons une analyse du libretto de Pomone; cet opéra est intitulées-\ntorale, sans doute en souvenir du succès de la première œuvre de Perrin\net de Cambert à Issy, douze ans auparavant. Un prologue, assez court,\ndont la scène est au Louvre, ouvre Pomone ; les deux seules personnes\nqui y figurent sont la Nymphe de la Seine et Vertumne : leur dialogue\nroule sur les louanges du roi, et par suite sur les splendeurs de Paris au\ndix-septième siècle.\nLA NYMPHE DE LA SEINE.\nVertumne; que dis-tu de ma rive féconde ?\nVERTUMNE.\nJ'admire tes grandeurs et la félicité\nDe ta belle cité ;\nMais ta merveille la plus grande,\nC'est la pompeuse majesté\nDu roi qui la commande.\nDans l'auguste Louis, je trouve un nouveau Mars,\nDans sa ville superbe une nouvelle Rome ;\nJamais, jamais un si grand homme\nNe fut assis au trône des Césars :\nAussi sur la terre et sur l'onde\nCe monarque puissant ne fait point de projets\nQiie le ciel ne seconde.\nIl est Vamour et la terreur du monde,\nL'effroi de ses voisins, le cœur de ses sujets.\nQuelques vers encore pour expliquer la présence de Vertumne sur la\nscène de l'Opéra, et le prologue finit assez brusquement pour faire place\nà la pastorale, ainsi que s'intitule Pomone.\nActe ier. —Le théâtre représente les vergers de Pomone.\nDès la scène d'introduction, quatre personnages dont Pomone,\nprotestent avec la plus grande énergie contre le pouvoir tyrannique du\ndieu malin i\nPassons nos jours dans ces vergers,\nLoin des amours et des bergers."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "62", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.14", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1793, "texte": "Telle est surtout Popinion de Pomone, nymphe des fruits; mais, Flore,\nen sa qualité de nymphe des fleurs, est bien moins inhumaine :\nAh! ma sœur, à quoi penses-tu^?\nVeux-tu bannir de ton empire\nCe dieu puissant dont la vertu\nAnime tout ce qui respire\nEt dont les fécondes chaleurs\nFont naître tes fruits et mes fleurs?\nUn embryon de duo à peine l'ombre succède à ces vers, et im-\nmédiatement le dieu des jardins suivi d'une troupe de jardiniers ;\nle dieu folichon chante cette ariette d'une versification médiocrement\nlyrique :\nSoulage donc les flammes\nDu grand dieu des jardins ;\nDe plaisirs éternels il sait remplir les âmes,\nRenonce pour jamais à l'amour des blondins,\nFaibles, trompeurs, inconstants et badins.\nUnissons nos cœurs et nos empires :\nAjoute aux fruits de tes vergers\nLes herbes de mes potagers :\nJoins mes melons à tes poncires (sic),\nEt mêle parmi tes pignons\nMes truffes et mes champignons.\nCela n'est-il pas du dernier galant et surtout bien troussé !... Faune\nsurvient, entrepiend le dieu susdit et lui dispute la possession de Po-\nmone, il a amene avec lui -**— on ne sait pourquoi une troupe de bou-\nviers. Pour mettre un terme àla querelle qui menace de s'envenimer,\nFlore piopose de faire chanter les jardiniers et danser les bouviers, afin\nde juger à qui doit être accordée la préférence. Après les couplets des\njardiniers, le dieu des jardins s adresse à d'un ton goguenard :\nEh bien) dans tes buissons,\nTes oiseaux chantent-ils de pareilles chansons ?\nFAUNE\nIl est vrai que jamais rossignols d}Arcadie\nN'ont fait pins douce mélodie.\nLa dessus les bouviers se mettent en branle pour une danse quelcon-\nque, au choix, passe-pied, menuet, gavotte ou sarabande. Mais quand\nil s agit de décider qui, des deux partis, mérite le prix et la couronne,"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "63", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.15", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1881, "texte": "Pomone d'humeur assez railleuse, fait apporter par ses nymphes\n« une corbeille dans laquelle est une couronne d'épines et une autre de\n« chardons. » Diable! c'est risqué, cela. Pourtant le dieu des jardins et\nFaune, au lieu de se fâcher, tournent la chose en plaisanterie; les chants\net les danses reprennent de plus belle, et l'acte se termine par un mono-\nlogue de Vertumne qui se désole de ne pouvoir fléchir le cœur de Po-\nmone dont il est vivement épris.\nLe deuxième acte amène un changement de décor; voici un parc de\nchênes (sic).\nSi Vertumne n'est pas aimé de Pomone, en revanche Béroé (dont il\nne se soucie guère) soupire pour lui; c'est toujours ainsi que cela se passe\nà l'Opéra et même ailleurs. Il faut dire que Béroé est la nourrice de Po-\nmone, et qu'elle a depuis longtemps passé l'âge où lon plaît ; elle se décide\nà faire quelques avances bien senties à Vertumne qui, ne sachant com-\nment s'en débarrasser, ne trouve rien de mieux que de se transformer en\ndragon, « et court à elle, comme pour la dévorer. » Béroé tient bon,\n« elle affronte le dragon, » tubleu ! Quelle amoureuse acharnée!\n»\nEh bien, cruel, soule-toi de mon sang :\nContente ton envie,\nDéchire-moi le flanc ;\nArrache-moi la vie :\nJe bénirai mon sort,\nEt je ne puis mourir d'une plus douce mort.\n« Le ciel brdle d'éclairs, le tonnerre gronde, la terre tremble, et douze\n« follets transformés en fantômes tombent du ciel dans un nuage en-\n« flammé. »\nBéroé ne s'effraie pas pour si peu.\nJe vous connais, follets, et vos illusions,\ndit-elle,\nMais Von ne peut former les glaces de la crainte\nOU régnent les feux de VAmour.\nC'est du marivaudage avant la lettre, cela, ou je ne m'y connais pas.\nSur un signe de Vertumne, quatre fantômes saisissent Béroé et l'em-\nportent en l'air. Pour le la nourrice a peur et grand'peur.\nAu secours, je suis morte 1\nOn nï*entraînef on m'emporte*"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "64", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.16", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2163, "texte": "A ses cris, le dieu des jardins accourt avec quatre jardiniers pour\narracher Béroé des mains des fantômes; trop tard! Les jardiniers vont\ndonner une volée aux follets restés en scène, quand ceux-ci se métamor-\nphosent subitement en femmes : ici une scène plus que légère, la Tim-\nbale d'Argent est dépassée. Ce n'est plus du comique, c'est de la licence...\nà mots à peine couverts. Passons vite, n'est-ce pas ?\nAu moment où les jardiniers veulent embrasser les fausses femmes,\n« elles se transforment en autant de buissons d'épines. » Ce qui amène\nun trait :\nLe dieu des jardins et sa troupe, en se piquant, s'écrient :\nAh ! nous trouvons F épine où nous cherchons la rose.\nTroisième acte. Des rochers et de la verdure. Pomone revient avec\ndeux de ses nymphes et rencontre Yertumne qui, pour la séduire, se\nchange en Plutus, dieu des richesses, et métamorphose le paysage en un\npalais tout ruisselant d'or et de pierreries; vains efforts! Pomone n'é-\ncoute pas davantage Yertumne, qui sort désespéré ; du moins on le croi-\nrait; mais il reparaît en Bacchus et vante à Pomone les charmes du\nvin.\nEn f offrant l'empire du vin,\nJe t'offre l'empire du monde.\nPomone, qui a réponse à tout, riposte à l'instant même :\nNai-je pas dans le mien un jus doux et charmant,\nQiie Von chérit également?\nLES SUIVANTS DE VERTUMNE.\nO la comparaison étrange\nDu cidre au jus de la vendange !\nPomone et ses nymphes sortent, en se moquant de Vertumne. Faune\nsurvient, horriblement altéré; il implore « quelques larmes de vin »,\nmais Vertumne, qui veut se moquer de lui, le livre à ses suppôts pour\nqu'ils le mystifient. Chaque fois que Faune veut prendre une des bou-\nteilles qui sont par terre, elle lui échappe et traverse le théâtre; même\njeu pour les autres. A la sixième, enfin, il croit qu'il va se désaltérer; il\ny goûte, c'est de l'eau! et les inévitables bouviers, ses suivants, se mettent\nen mesure de charger les suppôts de Vertumne.\nAu quatrième acte, nous sommes dans « le jardin et le berceau de\n« Pomone. »\nBéroé, seule, jure de se venger de Vertumne; le voilà, elle va l'obser-\nver, et elle déjouera ses projets. L'amant dédaigné et non découragé"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "65", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.17", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1416, "texte": "a 1 idée de prendre la figure et le costume de Béroé; mais, on vient, il se\ncache, flore soupire; elle aime ou est bien près d'aimer : pour la dis—\ntiaire, Pomone lui propose de voir cueillir des fruits, et apercevant\nVertumne qu'elle prend pour Béroé, elle l'invite à assister à la fête qui\ns'apprête. La scène suivante (VIe) ne manque pas de piquant. La voici:\nPOMONE, à Flore.\nEh bien ! que dis-tu, ma sœur,\nDe notre charmante vie?\nFLORE.\nJe dis que sa douceur\nMe donne peu d7envie :\nSans le plaisir d'amour, tous les autres plaisirs\nLassent facilement nos cœurs et nos désirs.\nPOMONE.\nTu me conseilles donc désormais de le suivre?\nFLORE.\nQui commence d'aimer commence aussi de vivre.\nPOMONE, à la fausse Béroé.\nNourrice, qu'en dis-tu?\nLa fausse BÉROÉ.\nCroiras-tu mes avis?\nPOMONE.\nJe les ai jusqu'ici fidèlement suivis.\nLa fausse BÉROÉ.\nJe détestais l'amour et traitais ses délices\nDe crime et de supplices :\nMais depuis que j'ai vu Vertumne ton amant,\nJ'ai bien changé de sentiment.\nQu'il a d'amour! qu'il a de charmes!\nIl me dit l'autre jour les peines qu'il ressent,\nD }un air si doux, si languissant,\nQu'il m'attendrit et me tira des larmes.\nJe le dis franchement,\nSi fêtais jeune et belle,\nMon cœur à cet amant\nNe serait point rebelle.\nBÉROÉ, cachée.\n9 «\nLe rusé, l'imposteur !\nPOMONE. r\nIl serait à mes yeux\nLe plus parfait des dieux,\nQu'à son amour je serais insensible ;\nNon, non, ce cœur est invincible."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "66", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.18", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1712, "texte": "BÉROÉ, cachée.\nAllons le démentir.\nLa fausse BÉROÉ.\nSouvent le plus constant\nS'ébranle en lin instant.\nBÉROÉ, courant à son Sosie.\nJe te tiens, fourbe, lâche!\nVertumne reprend sur le champ sa figure naturelle, i\nment, comme par un coup de foudre, le cœur de Pomon\nnon-seulement elle pardonne à Vertumne, mais elle lu\npartage son martyre.\nLe dieu des jardins et Faune surviennent pour être en\nleries de Venilie, une des nymphes de Pomone.\nLe cinquième et dernier acte nous fait assister dans le\nau bonheur désormais sans nuage de Pomone et de Vert\ns'associe Flore d'abord, puis le dieu des jardins, qui of\népoux une corbeille de truffes et d'artichauts ; le vin co\ns'organisent : tableau animé.\nTelle est l'œuvre, j'aUais dire le monstre de Perrin; car,\ninforme ; mais il paraît que le musicien et le public s'en c\nc'était l'essentiel alors, comme de nos jours. D'ailleurs, le\nnaissait pas mieux; par la suite, les poèmes de Quinault\nbon droit difficile, en développant son goût, jusque-là\ntaire\nLes trente mille livres que, pour sa part, Perrin avait t\nde Pomone, étaient certes une belle faveur de la fortune :\nce fut la dernière pour lui. Sous le prétexte des avances qi\nle marquis de Sourdéac quitta Perrin pour Gilbert, qui?\naprès (1672), lui confectionnait le libretto d'une autre pasl\nactes aussi, ayant pour titre : les Peines et les Plaisir\ndont Cambert fit encore la musique. Saint-Evremond d:\nvrage eut quelque chose de plus poli, de plus galant qi\nNous ferons remarquer que Perrin n'a, ni dans les lel\ndans l'acte de son décès, le titre d'abbé, qu'on lui donne c\nil était laïque ; peut-être seulement s'était-il tourné du col\navait-il ensuite quitté le petit collet.\n\nCH. BARTHÉ"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-04-15-01-c010", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-04-15_01#c010", "volume": "bmtnabc_1875-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "77", "image_debut": 20, "image_fin": 30, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.2.3", "titre_corps": "LES SPECTATEURS SUR LE THÉATRE", "titre_sommaire": "LES SPECTATEURS SUR LE THÉATRE", "signature_source": "ADOLPHE JULLIEN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.20", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1491, "texte": "LES\nSPECTATEURS SUR LE THÉATRE\n\n01\nCHAPITRE II\n1759\n'ITALIE avait, bien avant nous, rejeté ce sot usage, et\nl'Angleterre, sans l'abolir entièrement, l'avait modifié\npour en atténuer l'inconvenance. Le président de\nBrosses écrit de Gênes àM. de Blancey, le lERIER juillet\n1739 : « Les hommes ne se placent point ici sur le\nthéâtre; ce n'est qu'en France qu'on a cette mauvaise\ncoutume, qui étouffe le spectacle et gêne les acteurs. Ils se mettent sur\nune estrade au niveau du théâtre, qui règne au bas des loges,, au-dessus\net tout autour du parterre; en se levant de leur banquette pendant les\nentr actes, ils se trouvent à portée de converser avec les femmes qui sont\ndans les loges. » Plus tard, il mande de Rome à M. de Maleteste :\n« Les spectateurs ne se mettent jamais sur le théâtre, ni à la comédie, ni\nà l'opéra; il n'y a qu'en France où nous ayons cette ridicule habitude\nd occuper un espace qui n'est fait que pour Facteur et pour les décora-\ntions; mais en France mille gens vpnt à la comédie, bien plus pour les\nspectateurs que pour le spectacle (2). »\nEn Angleterre, les spectateurs pouvaient bien s'asseoir sur le théâtre^\n\n(1) Voir le numéro du mars.\n(2) Une curieuse gravure de Charles Coypel donne une idée exacte de l'aspect\ngénéral de la Comédie avant le lever du rideau. Cette estampe est de 1726; c'est le\nfrontispice des dessins composés par Coypel pour les pièces de Molière. Le Mer-\ncure de France, de juillet 1726, en annonçant cette gravure, dit : « Elle représente"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "68", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.21", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3293, "texte": "mais seulement aux jours de grande affluence. Steele écrit dans le pre-\nmier numéro de son Babillard (avril 1709) : « Jeudi dernier, on joua\npour le compte de Betterton, la fameuse comédie connue sous le titre\n& Amour pour amour (de Dryden). Les demoiselles Barry et Brace-\ngirdle, excellentes actrices, et M. Dogget, célèbre acteur, y tinrent leurs\nrôles, quoiqu'elles ne soient pas à présent de la troupe non plus que lui.\nL'affluence des personnes de distinction fut si grande, que l'on n'avait\nencore rien vu de semblable. Le théâtre même était rempli du plus beau\nmonde, et la compagnie qui parut derrière le rideau, quand on l'eut en-\ntrouvert, ne le cédait point au reste. »\nIl va sans dire que cet usage occasionnait aussi, sur la scène anglaise,\nmaint incident comique, tel que celui-ci, raconté par la célèbre mistress\nBellamy qui faisait, au siècle dernier, les beaux jours de Covent-Garden.\nUn spectateur qui était sur la scène, prit un moyen très peu convenable\nde me montrer sa satisfaction. Un peu pris de vin probablement, car sans\ncela j'imagine qu'il n'eût pu se permettre une pareille hardiesse, au moment\noù je passais devant lui, il baisa le derrière de mon cou. Irritée de cette\ninsulte, oubliant la présence du lord-lieutenant et celle d'un si grand nombre\nde spectateurs, je me retournai sur-le-champ vers l'insolent et je lui donnai\nun soufflet. Quelque déplacée que fût cette manière de ressentir un outrage,\nelle reçut l'approbation de lord Chesterfield qui, se levant dans sa loge, m'ap-\nplaudit des deux mains. Toute la salle suivit son exemple. A la fin de l'acte,\nle major Macartney vint, de la part du vice-roi (la scène se passe à Dublin),\ninviter M. Saint-Léger (c'était le nom de l'indiscret) à faire des excuses au\npublic, ce qu'il fit sur-le-champ. Cette aventure contribua à une réforme que\ndésirait depuis longtemps M. Shéridan. Il fut fait un règlement, en consé-\nquence duquel personne ne devait être admis dans les coulisses (1).\nVoltaire tenta à son tour de jeter à bas ces embarrassantes banquettes,\net lança ses premières attaques dans le Discours sur la tragédie, qu'il\n\nla salle de la Comédie, la toile et les lustres baissez. On y voit une partie des loges\net du parterre, que Fauteur a remplis de caractères variez et comiques : petits-maî-\ntres sur le théâtre; femmes du bel air dans les loges; au parterre, vieux pilliers de\nspectacles, jeunes gens nouvellement débarquez; grands hommes incommodes à des\npetits, etc... En vente che% Surrugue, graveur, rue des Noyers, vis-à-vis Saint-\nYves. Le prix est de quinze sols. »—Il est à remarquer qu'il n'y a pas d'emplacement\nréservé pour les musiciens, comme sur le plan de Blondel, qui est de vingt-cinq\nans postérieur : on les plaçait encore dans une loge, comme au temps de Chap-\npuzeau. Il n'y avait pas non plus de bancs d'orchestre pour le public, et le par-\nterre debout s'étendait jusqu'à la scène, mais une grille placée à peu près à hau-\nteur de tête séparait les acteurs des spectateurs du premier rang.\n(1) Mémoires de mistress Bellamy (1. XX et XXIII). Il ne s'agit plus ici de ban-\nquettes rangées de chaque côté de la scène, mais de sièges réservés à certains spec-\ntateurs qui se trouvaient, pour ainsi dire, moitié dans la coulisse et moitié sur le\nthéâtre."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "69", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.22", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3168, "texte": "plaça en tête de Brutus. « L'endroit où l'on joue la comédie, dit-il, et\nles abus qui s'y sont glissés, sont encore une cause de cette sécheresse\nqu'on peut reprocher à quelques-unes de nos pièces. Les bancs qui sont\nsur le théâtre destinés aux spectateurs, rétrécissent la scène et rendent\ntoute action presque impraticable. Ce qui est cause que les décorations,\ntant recommandées par les anciens, sont rarement convenables à la\npièce. Ils empêchent surtout que les acteurs ne passent d'un appartement\ndans un autre aux yeux des spectateurs, comme les Grecs et les Romains\nle pratiquaient sagement, pour conserver à la fois l'unité de lieu et la\nvraisemblance. »\nCe plaidoyer en faveur de la vérité théâtrale n'eut d'abord aucun suc-\ncès auprès des comédiens ; mais quand il s'agit de jouer Sémiramis, ils\ncrurent de leur intérêt de ne pas résister aux réclamations du poète, et\nfirent une légère concession aux nécessités de la mise en scène. Le décor\nembrassait les banquettes les plus rapprochées des coulisses, et l'on par-\nvenait aux places du théâtre, non plus par les foyers, mais par une issue\npratiquée dans le premier balcon. A la représentation (29 août 1748), la\ndemi-mesure imaginée par les comédiens fît ressortir davantage ce que\nla situation avait de ridicule. Modifier à moitié la scène, c'était recon-\nnaître l'abus sans le détruire. La pièce porta la peine de cette négli-\ngence : elle tomba (1). Comment n'eût-elle pas échoué au milieu du\nchoquant appareil que Marmontel décrit dans ses Mémoires. « ...Le\nlieu de la scène était resserré par une foule de spectateurs, les uns assis\nsur les gradins, les autres debout au fond du théâtre er le long des cou-\nlisses; en sorte que Sémiramis éperdue, et l'ombre de Ninus sortant de\nson tombeau, étaient obligés de traverser une épaisse haie de petits-\n\n(1) « Le roi avait donné 5,000 livres pour faire une décoration neuve, qui n'a point\nété trouvée admirable. Cette décoration aux deux premières représentations embras-\nsait les balcons les plus proches du théâtre, où Ton n'entrait que par le premier bal-\ncon, qu'on avait ouvert, et non par les foyers comme à l'ordinaire. » (Journal de\nCollé, septembre 1748). —Le premier jour, Sémiramis fut accompagnée de l'Epreuve\nréciproque. Voici les noms des comédiens qui jouaient ce soir-là: MM. Le Grand,\nDubreuil, Sarrazin, Grandval, Dangeville, Dubois, Baron, Delanoue, Paulin, Des-\nchamps, Rosely, Drouin, Ribou# mesdemoiselles Lamotte, Grandval, Dumesnil,\nLavoy, Gaultier, Clairon. La recette fut des plus brillantes : 4,033 livres. Mais aussi\nles frais du jour montaient à 93 1., 18 sols. Outre les voitures et autres dépenses\nordinaires, on avait payé : pour 8 assistans (figurants), 8 1., p. le tonnerre, 1 1.,\np. une livre d'arcançon, 12 s., p. 2 personnes pour la jetter, 1 1., pour\n8 habits à la grec, 48 1., p. les diamants de mademoiselle Clairon, 3 1., p. une\nmante p. M. Le Grand, 2 1., p. 6 grandes perches, 6 1. Enfin, outre la chan-\ndelle du jour qui coûtait 39 1. 12 s., il y avait 220 livres de chandelle extraor-\ndinaire qui coûtaient 121 1. (Registres de la Comédie-Franc ai se, aux archives du\nthéâtre.)"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "70", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.23", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3045, "texte": "maîtres. Cette indécence jeta du ridicule sur la gravité de l'action théâ-\ntrale. Plus d'intérêt sans illusion, plus d'illusion sans vraisemblance; et\ncette pièce, le chef-d'œuvre de Voltaire du côté du génie, eut, dans sa\nnouveauté, assez peu de succès pour faire dire qu'elle était tombée. Vol-\ntaire en frémit de douleur, mais il ne se rebuta point... »\nPareil échec était bien fait pour exciter la colère du poète : il la laissa\néclater dans la Dissertation sur la tragédie, adressée au cardinal Qui-\nrini, qu'il mit en tête de son ouvrage.\nOn a voulu donner dans Sémiramis un spectacle encore plus pathétique\nque dans Mérope\\ on y a déployé tout l'appareil de l'ancien théâtre grec.\nJ 1 serait triste, après que nos grands maîtres ont surpassé les Grecs en\ntant de choses dans la tragédie, que notre nation ne pût les égaler dans la\ndignité de leurs représentations. Un des plus grands obstacles qui s'opposent\nsur notre théâtre à toute action grande et pathétique, est la foule des specta-\nteurs, confondue sur la scène avec les acteurs : cette indécence se fit sentir\nparticulièrement à la première représentation de Sémiramis. La principale\nactrice de Londres, qui était présente à ce spectacle, ne revenait point de son\nétonnement : elle ne pouvait concevoir comment il y a des hommes assez\nennemis de leurs plaisirs pour gâter ainsi le spectacle sans en jouir. Cet abus\na été corrigé dans la suite aux représentations de Sémiramis, et il pourrait\naisément être supprimé pour jamais. Il ne faut pas s'y méprendre; un incon-\nvénient tel que celui-là seul a suffi pour priver la France de beaucoup de\nchefs-d'œuvre, qu'on aurait sans doute hasardés, si on avait eu un théâtre\nlibre, propre pour l'action, et tel qu'il est chez toutes les autres nations de\nl'Europe (i).\nCette protestation resta sans effet. Deux ans plus tard, lors de la repré-\nsentation de son Œdipe, Voltaire fut encore contraint de subir ce gênant\nappareil. Il dut alors modifier la catastrophe- de Sophocle pour adopter\nune version moins théâtrale, moins tragique, et dont il était le premier\nà reconnaître la faiblesse. Obligé de rejeter une action qui avait produit\nsi grand effet sur la scène étroite mais libre de Versailles, Voltaire\nvoulut du moins faire partager aux comédiens la responsabilité du\nchangement rendu nécessaire par l'état du théâtre, et il accompagna sa\nvariante de cette note perfide : « Rien n'est plus aisé et plus commun\nparmi nous que de jeter du ridicule sur utjp action théâtrale à laquelle\non n'est pas accoutumé. Les cris de Glytemnestre, qui faisaient frémir\n\n(i) Dix ans plus tard, sa rancune subsistait encore. « Vous me demandez, mon-\nsieur, si on doit entendre, au premier acte, les gémissements de l'ombre de Ninus;\nje vous répondrai que, sans doute, on les entendrait sur un théâtre grec ou romain;\nmais je n'ai pas osé le risquer sur la scène de Paris, qui est plus remplie de petits-\nmaîtres français, à talons rouges, que de héros antiques. » (.Lettre au marquis Alber-\ngati Capacelli, 4 décembre 1758)."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "71", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.24", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2854, "texte": "les Athéniens, auraient pu, sur un théâtre mal construit, et confusé-\nment rempli de jeunes gens, faire rire des Français; et c'est ce que pré-\ntendait une cabale un peu violente (i). »\nCette question artistique était malheureusement doublée d'une ques-\ntion pécuniaire, et tandis que les écrivains et auteurs dramatiques met-\ntaient en avant les intérêts de l'art, les sociétaires de la Comédie s'in-\nquiétaient surtout de ceux de leur bourse. Chaque fois que la propo-\nsition d'un pareil changement s'était produite, la plupart des comédiens,\nceux que Lekain appelait avec un certain dédain la vétérance, s'y étaient\ntoujours opposés, très désireux qu'ils étaient de ne pas diminuer leurs\nrevenus à la fois par des travaux assez coûteux et par la suppression\nde places aussi recherchées.\nVoltaire aurait donc vainement réclamé contre cet abus, s'il ne s'était\ntrouvé, pour lui venir en aide, un homme éclairé,, ami des arts, du\nthéâtre, et disposant d'une fortune assez considérable pour payer de ses\ndeniers cette transformation du Théâtre-Français. Le comte de Laura-\nguais avait senti se développer en lui de bonne heure le goût de l'étude\net de la composition. En ce temps où une sorte de vie commune unis-\nsait les hommes d'esprit à la noblesse et à la finance, il ne s'était pas\ncontenté de protéger les lettres et les sciences, il avait voulu en cultiver\ndifférentes branches, et s'était tour à tour adonné à l'art dramatique et à\nla chimie, au droit et à la médecine; il employait enfin une grande\npartie de sa fortune à hâter les progrès de la science ou des arts. Le\ngrand seigneur homme de lettres n'avait pas été moins choqué de cet\nabus que son maître et ami, le patriarche de Ferney : il proposa donc aux\ncomédiens de supporter tous les frais de ces réparations.\nC'est au commencement de 1759 que M. de Lauraguais fit cette offre\ngénéreuse à la Comédie. Lekain, de son côté, n'avait point manqué\nd'épouser, sur ce point, les idées de son protecteur. Il avait ressenti\nvivement l'échec infligé à Sémiramis par cette disposition défectueuse de\nla scène_, et son esprit éclairé, toujours en quête d'améliorations à ap-\nporter dans toutes les parties de la représentation théâtrale, ne souffrait\npas moins de cette anomalie absurde de mise en scène que des contre-sens\nç, 9\nhistoriques du costume théâtral, auxquels il s'était déjà efforcé de remé-\ndier. Cet artiste novateur appuya donc chaudement la demande de M. de\n\n(c) Par deux ordonnances datées de Marly le 7 mai 1749, et de Versailles le\n29 novembre 1757, le roi réitéra les prohibitions formulées par les précédentes\nordonnances, et « fit pareillement défenses et sous les mêmes peines à toutes per-\nsonnes de s'arrêter dans les coulisses qui servent d'entrées aux théâtres des deux\ncomédies, et hors de l'enceinte des balustrades qui y sont posées. »"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "72", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.25", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3091, "texte": "Lauraguais ; mais il ne suffisait plus ici, comme pour le costume, d'un\neffort isolé de sa part, qui pût démontrer à autrui l'excellence des idées\nqu'il défendait. Cette question complexe demandait, pour être résolue,\nle concours d'autres volontés que la sienne : il résolut donc, pour vaincre\nles dernières hésitations de ses camarades, de s'adresser non pas à eux,\nmais directement au ministre, et rédigea, sur ce sujet, un mémoire élo-\n■ *\nquent qu'il lui fit parvenir à la fin de janvier.\nCe rapport, composé uniquement, comme dit Lekain, « pour un\nministre qui sait apprécier tout à sa juste valeur », est trop étendu pour\nque nous puissions le reproduire, même en partie (i). Aussi bienl'auteur,\naprès avoir protesté contre la routine, les préjugés, l'indécision qui\nrégnaient alors à la Comédie, après s'être décerné avec plus de raison\nque de modestie le brevet d'artiste phis « audacieux et plus enthou-\nsiaste qu'aucun de ses camarades, » ne fait-il que répéter avec véhémence\ntoutes les protestations, qu'un mélange aussi choquant avait inspirées\nà tous les gens de goût et de sens. Il énumère à nouveau tous les côtés\nridicules de cette situation, exalte l'influence bienfaisante qu'une telle\nréforme exercerait sur toutes les branches de l'art théâtral, et conclut\nenfin en fort bons termes : « La force de mes arguments n'empêchera pas\nle corps de la vétérance de me répéter que, malgré ces inconvénients,\nle Théâtre-Français a produit les plus grands sujets que Von y verra\njamais. Cela peut être vrai, mais il n'est pas encore prouvé qu'ils n'eus-\nsent pas été plus grands sur un théâtre où leurs talents se seraient plus\ngrandement déployés. Quant à nos acteurs j'avoue que s?ils\nont quelque défaut, il leur est plus facile de les pallier dans le crépuscule\nque de les sauver au grand jour. Il en est qui, vus dans tous leurs sens,\npourront n'y pas gagner ; mais c'est beaucoup que de leur offrir des\nmoyens qui les forcent à devenir meilleurs, et à joindre à l'excellence de\nleur art, l'action théâtrale, dont on n'avait précédemment que des idées\nsuperficielles »\n\n(i) On le trouvera dans les Mémoires de Lekain, annotés par Talma. (Collection\ndes Mémoires sur l'art dramatique, 1825.) Lekain dit, en note de son rapport, que\nnjademoiselle Clairon s'opposa fortement à ce projet « non qu'elle le désapprouvât\nintérieurement, mais parce qu'elle ne l'avait pas imaginé. » A quoi Talma répond :\n« M. de Lauraguais nous a dit que mademoiselle Clairon n'a cessé de lui parler avec\nreconnaissance de ce que lui devaient l'art et les artistes; déclaration bien contraire\nau reproche que lui fait Lekain, d'avoir voulu s'opposer à cette heureuse innovation. »\nNous opposerons aussi à Lekain le témoignage de Voltaire. « Mademoiselle Clairon\nm'a dit que ni elle, ni mademoiselle Dumesnil, n'avaient déployé l'action dont la\nscène est susceptible, que depuis que M. le comte de Lauraguais a rendu au public,\nassez ingrat, le service de payer de son argent la liberté du théâtre et la beauté du\nspectacle. » (Lettre au marquis de Villette, ior septembre iy65.)"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "73", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.26", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2961, "texte": "Les comédiens décidèrent enfin d'accueillir la proposition de M. de\nLauraguais et de profiter des vacances annuelles (de la Passion à la\nQuasimodo ), pour transformer la scène et en modifier les abords. La\nclôture eut lieu le samedi 3i mars. Brizard, qui avait débuté le 3o\njuillet 1757, par le rôle d'Alphonse, d'lnès de Castro, et qui avait été\nreçu le 16 mars suivant, prononça un discours conformément à l'usage,\nqui voulait qu'un des acteurs nouvellement admis fît les discours de clô-\nture et de rentrée. Après avoir passé en revue l'année qui venait de s'é-\ncouler, il annonça en ces termes l'innovation projetée.\nNous touchons, messieurs, au moment de voir l'illusion et la majesté\nrétablies sur ce théâtre. Un ami des Arts et des Lettres a bien voulu nous en\nprocurer les moyens, et nos Supérieurs nous ont permis de remplir ses vues,\nen donnant à la scène française une forme et une disposition plus décente.\nMais jusqu'ici, messieurs, livrés à nous-mêmes, et obligés de trouver dans nos\nfaibles talents de quoi donner aux spectacles une vraisemblance, que tout\nconcourait à détruire, à quelles épreuves n'avons-nous pas mis votre indul-\ngence! Elle ne s'est point lassée, elle ne s'est point démentie, et vous l'avez\ntoujours mesurée aux obstacles que nous avions à surmonter »\nLa représentation à peine terminée,, les ouvriers envahirent la scène\net commencèrent leur œuvre de destruction.\nLes comédiens français font travailler à changer la forme de leur salle,\npour qu'il n'y ait plus de monde sur le théâtre. Les ouvriers s'en sont\nemparés samedi, 3i du courant; ils y travaillent jour et nuit. M. le comte de\nLauraguais est la cause de cet heureux changement. Il y a quelques mois\nqu'un architecte, ou un artiste quelconque, lui fit voir un plan pour arranger\nla salle des Français, de façon qu'il n'y ait plus de spectateurs sur le théâtre ;\nil le fit communiquer aux comédiens, qui l'approuvèrent, et lui firent dire que\nquoiqu'ils perdissent et diminuassent très fort leur recette par ce nouvel\narrangement, ils l'adopteraient pourtant s'ils avaient de quoi faire la dépense\nnécessaire. M. de Lauraguais a offert la somme de 12,000 liv., à laquelle\nl'entrepreneur a assuré que cela monterait tout au plus. On prétend aujour-\nd'hui que cette dépense passera 40,000, et on imagine que cela fera contes-\ntation entre M. de Lauraguais et les comédiens, qui diront qu'ils n'ont\nconsenti à ce changement que sous la condition qu'il ne leur en coûterait rien ;\net cela me paraît assez juste. Quoiqu'il en soit, c'est le plus grand service que\nl'on puisse rendre au théâtre, que de débarrasser la scène de nos insipides\nspectateurs, qui ôtent l'illusion des poëmes dramatiques (1).\nCollé ne donne qu'approximativement le chiffre de la dépense\noccasionnée par ce changement. Les uns l'ont évaluée à 12,000 livres,\nd'autres à 24,000. Il faut en croire Talma, qui dit : « Lekain ne porte\n\n(1) Journal de Collé, mars 1759."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "74", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.27", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3617, "texte": "la dépense qu'à 20,000 fr., mais elle excéda 60,000 fr. •» Et pour donner\nplus de poids à cette déclaration anonyme, il ajoute : <1 L'auteur de cette\nnote a vu les comptes. » C'est donc 60,000 fr. qu'il en coûta à M. de\nLauraguais pour transformer la scène de la Comédie-Française (Y.\nLa réouverture eat lieu le lundi de la Quasimodo, 23 avril. Les comé-\ndiens avaient fait leur clôture par une représentation des Troj'ennes.\nde Châteaubrun (2 . Cette pièce exigeant la présence en scène d'un\ngrand nombre de personnes, les comédiens la choisirent à dessein le\njour de la réouverture, afin de mettre le public en état de juger, par la\ncomparaison, du bon effet de cette disposition nouvelle.\nLe Merûnre raconte ainsi cette soirée :\nOn a craint d'abord que le théâtre ne parût vide quand les acteurs\ns y trouveraient seuls : il n'a fallu, pour dissiper cette crainte, que de voir\nune comeuie dont toute l'action fût dans la vivacité du dialogue. Mademoi-\nselle Dangeville et M. Préville, dans la petite pièce du Legs, ont suffi pour\nremplir la scène. La tragédie des Tro'rennes, par laquelle on a débuté, a paru\nenfin aans toute la pompe dont elle était susceptible. M. Brizard, dans le\ncompliment de la rentrée, a donné au nom des comédiens français un témoi-\n>\ngnage public de leur reconnaissance à M. le comte de Lauraguais, qui a bien\nvouiu taire les trais de ce changement de la scène, auquel tout Paris ap-\nplaudit. Le même acteur a parlé de la retraite de M. Sarrazin, avec une\n\n;vi) Bamer conne cans son ournal des détails précis sur les travaux opérés pen-\ndant la clôture, u De tous temps, il y a eu sur le théâtre de la Comédie, de chaque\ncôté, quatre rangées de bancs un peu en amphithéâtre usqu'à la hauteur des loges,\nrenfermées cans une balustrade et grille de fer doré, pour placer les spectateurs. Dans\nles grinces représentations, on a outait encore, le long de îa balustrade, une rangée\nce cinq jettes, et. outre cela, il y avait encore plus de cinquante personnes debout,\net sans place, au fond du théâtre, qui formaient un cercle. Le théâtre n était rempli\net occupé que par des hommes, pour l'ordinaire, en sorte que le théâtre était très\nrétréci pour . action des acteurs. Pour entrer un acteur sur la scène, il fallait faire\nfaire p.ace au tond eu tnéâtre, pour son passage. Il nlétait pas même vraisemblable\nq—ll r-: par.ant a son conndent ou tenant un conseil d Etat, ou un prince avec sa\nmaîtresse parlant en secret, fussent entourés de plus de deux cents personnes. Cela\nest enangé cans la quinzaine de Pâques, qui! y a relâche au théâtre pour trois\nsemaines. On a travaillé et l'on a supprimé toutes ces places; on a pris sur le par-\nerre. pour former un parquet, qui tient plus ce cent-quatre-vingts personnes; outre\nF orchestre, on a diminué l'amphithéâtre pour allonger le parterre. Le lundi 23 de ce\nmois, lenuemain de la Quasimodo, on a oué sur ce nouveau théâtre. Tout le monde\nen a été content, et il n'y a pas de comparaison. »\n- Cette trageuie avait été jouée, pour la première fois, le lundi 11 'mars 1754:\nelle dura pendant tout le carême et obtint un très grand succès. La première repré-\nsentation ces Troyennes avait été donnée avec le Procureur arbitre : la recette s'était\nélevée a 4,048 1. \\ oie: les noms aes comédiens qui jouaient ce soir-là, sans distinc-\ntion ce p.èwc : Le Grar.ii, La Thoriliière, Armand, Dangeville, Dubreuil, Dubois,\nBaron. Bjnneval, Delanoue, Paulin, Bellecourt. mesdemoiselles Delamotte, Gaussin,\nDumesnil, Lavoy, Droum, De la 7ude; Beaumenard, Hus et Préville. (Registres\nde la Comédie-Française, aux archives du théâtre.)"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "75", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.28", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3167, "texte": "modestie et une sensibilité dignes d'éloges. < La retraite, dit-il, d'un homme\nsi justement honoré de vos suffrages dans les deux genres, m'accable du poids\nde son exemple. Le pathétique, le naturel, la véhémence des entrailles, la\nvérité même, formaient le caractère du jeu de M. Sarrazin : Perte irréparable\npour vous, messieurs, et désolante pour moi-même, qui me suis vu privé de\nmon modèle lorsque je l'étudiais avec le plus d'ardeur. Puissai-je adoucir\nquelquefois, en vous le rappelant, la vivacité de vos justes regrets ! »\nCollé écrit d'autre part, avec son aigreur habituelle :\nLe lundi 3o du courant, je fus voir la salle de la Comédie-Françoise, sur\nle théâtre de laquelle on ne souffrira plus personne ; Dieu veuille que cela\ndure ! Cela fait le meilleur effet du monde; je crus même m'apercevoir que\nl'on entendait infiniment mieux la voix des acteurs. L'illusion théâtrale est\nactuellement entière; on ne voit plus César prêt à dépoudrer un fat assis sur\nle premier rang du théâtre, et Mithridate expirer au milieu de tous gens de\nnotre connoissance ; l'ombre de Ninus heurter et coudoyer un fermier-géné-\nral, et Camille tomber morte dans la coulisse sur Marivaux et sur Saint-\nFoix, qui s'avancent ou se reculent pour se prêter à l'assassinat de cette Ro-\nmaine par la main d'Horace, son frère, qui fait rejaillir son sang sur ces\ndeux auteurs comiques* Cette nouvelle forme de théâtre ouvre aux tragiques\nune nouvelle carrière pour jeter du spectacle, de la pompe et plus d'action\ndans le poème, Le costume dans les habillements, que Clairon a établi de-\npuis quelques années, en dépit et malgré ses sots camarades, ne contribue\npas peu à rendre l'illusion complète. Venceslas, retouchée par M. de Marmon-\ntel, avoit toujours été jouée avec des habits à la françoise; je me souviens de\nl'avoir vue représentée par Baron et Dufresne, avec des cordons bleus qu1\nressembloient à l'ordre du Saint-Esprit, et en habit françois. Aujourd'hui ce\nsont des fourrures et des vêtements à la polonaise, ce qui est beaucoup plus\ndans le vrai. A présent nous avons les habits tragiques dans le costume, et\npoint de Comédiens; au lieu que dans ce temps nous avions d'excellents Co-\nmédiens et point ces habits.\nCette innovation, favorablement accueillie du public, excita un vio-\nlent dépit chez les petits-maîtres. Furieux de se voir exclus de la scène,\nils résistèrent avec colère à cette mesure, et le soir même ils mirent Pé-\npée à la main chez Procope : les lustres et les glaces du café furent les\nseules victimes de cette algarade.\nNous aurions voulu rapporter le texte précis du discours de Brizard.\nLe Mercure ayant négligé de le faire contre son habitude, nous nous\nsommes adressé à M. Léon Guillard, l'obligeant archiviste de la Co-\nmédie-Française; mais les archives du théâtre ne renferment que les\ndiscours qu'on a pu retrouver et copier dans le Mercure. En revanche,\nM. Guillard a mis à notre disposition les registres de la Comédie : nous\ntranscrivons ici la page consacrée à la représentation du 23 avril, de\nfaçon à donner une idée exacte de la manière dont étaient tenus les\nregistres du théâtre au siècle dernier."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "76", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.29", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 703, "texte": "OUVERTURE DU THEATRE\nLundy 23™* avril 1759\nLES TROYEXXES ET LE LEGS\niw Représentation.\nLa garde.... 33 1. îios.\nTrente assistants figurants soldats 3o\n'lettons d assemblée de ce jour, à six livres 132\np. Une voiture i M. Blainville à la clôture du théâtre. 3\nUne voiture à MM. Dangeville et Lekain pour aller\nchez M. de la Ferté 2\nFEUX.\nMM. Armand\nDubois\nBonneval 1\nPaulin I\nLekain... I\nPréville I\nB rizard 1\nBlainville \\\n. ... , Seize feux à deux livres 3a\nD ...\nM11®5 Dangevîlie I\nGaussin I\nD urnesnil I\nDe la Tude.... j\nHus j\nPréville\nLekain\n232 1. IO S.\ni\nArrête à la somme de\ndeux - cent - trente - deux livres\ndix soûls far nous semainiers.\nPATTLIU. — DÀNGEYILLE. semainier."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "77", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.30", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 524, "texte": "OUVERTURE DU THÉÂTRE\nLundy 23me avril 1759\nLES TROYENNES ET LE LEGS\nires Représentations.\n4 Quatre Balcons à 36 1 144\n7 Sept ires louées à4B 336\ni 3 Treize 2me® louées .. à3o 3go\n329 Billets à 6 *>974\n29 Billets à 3 87\n120 Billets à 2 240\n461 Billets à 1 461\n3,632\n3 einqmes hôpital < 544 16\n3,087 4\nFrais ordinaires 300\n2,787 4\niome 278 14\nArrêté à la somme de\ntrois mille six cent quarante (sic)\ndeux livres par nous semainiers.\nPAULIN. DANGEVILLE.\n(La fin prochainement.)\n\nADOLPHE JULLIEN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-04-15-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-04-15_01#c013", "volume": "bmtnabc_1875-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "78", "page_fin": "86", "image_debut": 31, "image_fin": 47, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.2.4", "titre_corps": "REVUE DES CONCERTS", "titre_sommaire": "REVUE DES CONCERTS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 31, "page_imprimee": "78", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.31", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1737, "texte": "REVUE DES CONCERTS\nCONCERTS DU CONSERVATOIRE. CONCERTS POPULAIRES : Requiem de M. Johannes\nBrahms. THÉÂTRE VENTADOUR : Première audition de la Forêt, poème lyrique\nde madame de Grandval. CONCERT DE M. DE WALDECK. CONCERT DE MADEMOI-\nSELLE ALICE SYDNEY BURVETT. CONCERT DE MADEMOISELLE MARIE SECRETAIN.\nCONCERT DE M. ET MADAME LACOMBE. CONCERT DE M. REMENYI. CONCERT DE\nMADEMOISELLE THÉRÈSE CASTELLAN.\nONCERTS DU CONSERVATOIRE. La 9™ sympho\nnie a été dirigée irréprochablement par M, Lamoureux.\nDepuis seize ans que nous suivons les Concerts du Con-\nservatoire, nous avons observé la métamorphose du\npublic donnant chaque année une adhésion plus sincère,\nplus émue, à un chef-d'œuvre qui lui répugnait d'abord\net dont personne en France ne semblait avoir la clé, ni les auditoires, ni la\ncritique, ni les exécutants. Seul, Habeneck appréciait la Symphonie avec\nchœur, mais son armée instrumentale demeura toujours réfractaire. L'or-\nchestre enlevait les morceaux de virtuosité, mais, dans l'ensemble, montrait\nqu'il restait étranger au sens intime de l'œuvre, et qu'il avait besoin d'y être\ninitié, ou, pour mieux dire, d'être élevé dans la civilisation musicale de\nlaquelle émane cette formidable partition.\nC'est dans l'hiver, de 1821 à 1822, que Beethoven écrivit ses trois dernières\nsonates, op. 109, 110, 111, et pendant l'hiver de 1823 à 1824, qu'il composa\nla symphonie avec chœurs. Pendant une trentaine d'années, son génie avait\ncharmé sans interruption toute une génération musicale attentive aux pro-\nductions de ce cerveau puissant. Cependant, dans cette trilogie pianique des\nop. 109, 110, m, le maître renouvela toutes les conditions de la sonate, et\nmontra, sous un jour inattendu, son invention, le sentiment nouveau qu'il"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "79", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.32", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 3081, "texte": "avait de la mélodie, de l'harmonie, du rythme et de l'esprit même de la\nmusique. Il faut avoir entendu madame Szarvady réciter ces trois poèmes\npour en comprendre toute l'originalité, toute la spontanéité créatrice, et\naussi toute l'adorable simplicité. Madame Szarvady interprétant ces sonates,\nrévèle Beethoven dans sa douceur, dans sa force, dans sa diversité féconde,\ndans son mystère fascinateur. Elle fait oublier la virtuose incomparable pour\nne laisser en vue que le maître, dont personne, mieux qu'elle, ne sait mettre\nen relief l'idéale inspiration.\nA leur, apparition, ces trois sonates, comme tout ce qui rompt avec la rou-\ntine, provoquèrent la critique, et cette critique ne désarma point, lorsque\nla neuvième symphonie fut exécutée, et prouva que Beethoven voulait intro-\nduire, dans l'orchestre et le chœur, les rénovations géniales qu'il avait déjà\nimposées à la sonate. Ce fut une universelle levée de boucliers, contre\nlaquelle protesta néanmoins l'unanime applaudissement d'un public enivré.\nLes choeurs opérèrent eux-mêmes des variantes, et en certains endroits\nprirent le parti de se taire. A la répétition, Henriette Sontag et Caroline\nUngher, qui chantaient le soprano et le contralto, prièrent Beethoven de\nfaire des changements dans leur partie.\nVous êtes le tyran des voix, lui dit Caroline Ungher.\nCette note si haute sur les paroles Elle nous apportait des baisers et\ndes raisins, ne peut-elle donc être baissée, ajouta la Sontag.\nEt celle-ci, reprit mademoiselle Ungher, en montrant son cahier, n'est-\nelle pas trop haute pour un contralto ?\nBeethoven resta inébranlable; il prétendit que ces dames avaient été gâtées\npar la musique où la pensée absente est à la merci des caprices du chanteur.\nAlors résignons-nous et continuons à nous torturer, fit la Sontag qui\nchanta admirablement sa partie devant le public.\nBeethoven, à la première exécution, était présent; mais il ne distinguait\nplus aucun son; il n'entendit pas combien la Ungher, la Sontag et leurs\npartners réussirent à interpréter dignement le périlleux quatuor. Il n'entendit\nmême pas l'immense tempête d'applaudissements de l'auditoire. La Ungher\ndut appeler par ses gestes l'attention de Beethoven, qui tournait le dos à la\nsalle, sur 1 enthousiasme du public, pour que le malheureux grand homme vit\ndu moins ce qu il ne pouvait entendre. Beethoven se retourna, et sa vue\nexcita dans 1 assistance une explosion d'enthousiasme et de douloureuse\nsympathie.\nAujourd'hui, il est de bon goût d'admirer la symphonie autrefois réputée\nincompréhensible par nos auditoires de France et indéchiffrable par les exé-\ncutants. Le quatuor n'est plus le terrible écueil dont on n'ose affronter les\ntempêtes. Les virtuoses se plaisent à étudier la méthode, le procédé, le truc\nvocal spécial à la musique chantée écrite par le maître, et triomphent de la\ndifficulté. Les chœurs mieux disciplinés aux combinaisons vocales spéciales\nà Beethoven, les abordent sans défiance et les émettent sans hésitation, ni\nincertitude. Le public comprend mieux l'œuvre mieux interprétée, et s'aban-"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "80", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.33", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3274, "texte": "donne bruyamment à son enthousiasme qu'exagère la vanité qu'il veut bien\nmettre désormais à n'applaudir de Beethoven que ses dernières œuvres.\nIl y a dans ce fanatisme peut-être un instinct national. Les symphonies\nchorales ont pris naissance en France; du moins on ne signale leur avènement\nsérieux en France qu'à partir de Sarrette, de Gossec, de Catel, de Lesueur,\nde Méhul, avec le mouvement révolutionnaire et les festivals patriotiques qui\nen furent la conséquence. De ces hommes date, pour l'ère moderne, l'associa-\ntion festivale de la musique aux rendez-vous de la nation en plein air, aux\nvastes champs de manœuvres ou dans les monuments immenses où tout le\npeuple peut être rassemblé. Gossec, qui trouva difficile d'utiliser les instru-\nments à cordes dans les espaces libres où se meut une énorme agglomération\nd'êtres vivants, imagina de substituer les hymnes, les chœurs et les orchestres\nd'instruments à vent à l'appareil instrumental des concerts et de l'Opéra. Il\nfit pour les fêtes patriotiques ce que Haendel avait fait pour les fêtes protes-\ntantes, et il inaugura l'oratorio national, l'oratorio patriotique, la musique\nsociale, s'il est permis de s'exprimer ainsi, dans laquelle Berlioz, Félicien\nDavid, Meyerbeer, Rossini et Verdi ont voulu s'essayer à leur tour, et pour\nlesquels Sax, un homme de génie, a créé tout un orchestre.\nTout se tient dans l'histoire. Ces symphonies festivaies en plein air sont\nnées spontanément de la situation. Le rêve de Sarrette, de Gossec, de Catel,\nde Lesueur, de Méhul, était ailleurs peut-être, mais les circonstances les\npoussèrent dans ces voies non prévues, et le génie national s'imposa à eux\nsans consulter leurs préférences. Le bordelais Bernard Sarrette qui, dès l'au-\nrore de la révolution, avait été nommé capitaine de l'état-major de la garde\nnationale de Paris, réunit une cinquantaine de musiciens provenant du dépôt\ndes gardes françaises et en forma le noyau de la musique de la garde nationale\nparisienne. Ceci se passait en 1789. Un an après, il adjoignait à sa troupe\nquelques artistes distingués en faveur dans Paris, et les frais de cette musique,\nportée à soixante et dix exécutants, furent soldés par la municipalité pari-\nsienne. Gossec et Catel, enrôlés dans ce corps, écrivirent des marches, des\npas redoublés, qui se répandirent dans tous les régiments. Des embarras finan-\nciers entraînèrent la suppression de la musique de la garde nationale. Sarrette\nobtint alors pour ses musiciens l'autorisation de fonder une école gratuite.\nIls se rallièrent tous à cette œuvre de dévouement, et c'est par leurs soins\nque furent formés tous les corps de musique militaire, qui sonnèrent la vic-\ntoire dans les quatorze armées de la République.\nA côté de ces marches, de ces pas redoublés, Catel, Gossec, composèrent\npour des circonstances moins fébriles et plus propices au déploiement lyrique,\ndes œuvres solennelles, des hymnes, des chants funèbres, des cantates triom-\nphales, où l'orchestre et les chœurs se réunissaient par masses imposantes.\nC est là que ces maîtres ont montré pour les grandioses compositions une\naptitude qui est générale chez les compositeurs français, et qu'ils ont déployé\nje ne sais quel accent triomphant, vibrant, lumineux, et tout à la fois régu-"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "81", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.42", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2877, "texte": "larisé et discipline, que Ton retrouve dans toutes les manifestations artistiques\nou littéraires de notre génie national.\nToutes ces musiques patriotiques ont été, à leur époque, répandues dans\nl'Europe entière, et Beethoven les a entendues ou les a lues en partition.\nOn sait qu il a revé toute sa vie d adapter son esprit aux expansions sociales\nqui partaient de France. Quand il voulut dire son mot suprême dans la sym-\nphonie, il n'eut qu'à prendre la formule créée chez nous et promenée triom-\nphalement par nos armées dans l'Europe attentive et soumise. L'adjonction\ndes chœurs chantant un hymne à la symphonie instrumentale, était un\nmoule tout indiqué, tout trouvé. Il résolut de l'employer avec génie, et il\ncomposa la Symphonie en ré mineur, avec chœurs, sur l'ode àla joie de\nSchillei, qui est restes la pieri ede scandale entre les novateurs de la musique\net les hommes timides ou intéressés, qui veulent poser à l'art des frontières\ninfranchissables, et le limiter et le contenir dans la tradition et la routine»\nMaurice Cristal\nCONCERTS POPULAIRES. Le principal intérêt des Concerts spiri-\ntuels de cette année consistait dans la première audition du Requiem de\nM. Johannes Brahms. Cette composition importante d'un musicien qui\noccupe un rang très élevé dans l'Ecole allemande contemporaine, et dont le\nrépertoire est à peine connu en France, fut donnéé pour la première fois à\nBrème, en 1868. Depuis 011 l'exécuta avec un succès constant en Angleterre,\nen Hollande, en Suisse et en Amérique 5 c est la persistance de ce succès, jus-\ntifiée d'ailleurs par la réelle valeur de l'œuvre, qui a décidé M. Pasdeloup à\nnous la faire entendre.\nLe Requiem de M. Brahms n'est pas comme le Requiem de Mozart, com-\nposé sur le texte ordinaire de l'office des morts, mais sur une paraphrase, en\nlangue allemande, du texte des Saintes Ecritures ; il comprend sept mor-\nceaux, sur lesquels cinq seulement ont été exécutés aux Concerts populaires,\nM. Pasdoioup ayant jugé à propos, je ne sais trop pourquoi, de retrancher du\nprogramme les numéros 4 êt 7 de la partition et même la péroraison du nu-\nméro 3.\nLe premier chœur : « Bienheureux sont les affligés, » accompagné par les\naltos et les violoncelles, à l'exclusion des violons, est d'un style élevé et d'un\nsentiment grave et religieux ; il nous donne immédiatement le ton général de\nl'ouvrage. Le deuxième morceau, Grave in modo di marcia, est très longue-\nment développé et se termine par une fugue d'un assez beau caractère; j'en\naime surtout le début, la jolie phrase à deux voix :« Car l'herbe, hélas ! sèche,»\net la reprise delà première strophe soutenue parles instruments de cuivre;\nmais à partirdecette reprise, je dois reconnaître que la suitedu développement\nma semblé assez diffuse, et que j'ai d'abord éprouvé quelque peine à la saisir\ndans son ensemble. Par contre, le solo de baryton avec chœur (n° 3 de la"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "82", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.43", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3173, "texte": "partition) m'a produit une impression profonde. Cette grave mélopée, ac-\ncompagnée tantôt par les altos et les violoncelles, tantôt par les pizzicati des\ncordes entremêlésdequelques appels des cuivres, le tout soutenu par un roule-\nment continu des timbales, m'a paru d'une beauté achevée ; cela est admi-\nrable d'expression, prodigieux de couleur, et il est impossible de pousser\nplus loin l'intensité *du sentiment religieux. Sil me fallait rendre ma\npensée par une image, je dirais que c'est l'extase d'un saint François, peinte\npar un Ribeira. UAndante suivant pour soprano et chœur (n° 5; esi loin da-\nyoir la haute valeur de cette page de maître, non qu'il soit absolument dénué\nde mérite, tant s'en faut : les détails ingénieux et le* combinaisons intéres-\nsantes y abondent; mais l'ensemble repose sur une harmonie trop modulante,\nil manque un peu de netteté et de consistance, et ne produit qu un assez médio-\ncre effet. Le n° 6 de la partition comprend troisépisoaes : unandante magni-\nfique, dont chaque strophe, dite d'abord par le baryton, est reprise ensuite\npar le chœur tout entier: c'est la meilleure partie du morceau, un vivace\n« Les trompettes retentiront, » et une fugue brillante qui sert de péroraison à\nl'ouvrage, tel qu'on l'a exécuté aux Concerts populaires. On pourra se con-\nvaincre que cette péroraison diffère essentiellement de celle que 1 auteur avait\nvoulu donner à son Requiem, en lisant le n° 7de la partition, rayé du pro -\ngramme par M. Pasdeloup. Mais ce n'est là qu'un des mille inconvénients de\ncette déplorable habitude que nous avons prise de ne jamais donner une œu-\nvre moderne dans son intégrité , habitude dont le moindre défaut est souvent\nde tronquer la pensée de l'auteur et de dénaturer le caractère de son ou-\nvrage.\nQuoiqu'il en soit de ces fâcheuses mutilations, cette audition du Requiem,\nde M. Brahms, a été l'une des plus importantes de la saison; elle nous a fait\nconnaître un ouvrage aux larges proportions, qui se distingue par la grandeur\nde la conception, l'élévation de la pensée, la profondeur du sentiment leli-\nçieux, le tout uni à une science très remarquable de l'effet. On sent dans\ncette composition, forte et sévère, l'influence de J. S. Bach, et l'ony retrouve\nla plupart des procédés de Schumann. Le style vocal de M. Brahms, pour\nn'être pas toujours très coulant, n'en est pas moins pur, ferme et surtout\ntrès expressif; la partie instrumentale est traitée de main de maître, J ai dit\nque certaines parties de l'œuvre m avaient paru un peu confuses, cela tient\nle plus souvent à ce que les développements en sont trop morcelés, man-\nquent d'unité, et auraient eu besoin d'être ramassés d'une main plus ferme\nsur quelques phrases de longue haleine, dont le puissant relief permît de\nsuivre plus aisément l'idée fondamentale à travers ses transformations suc-\ncessives, et de rattacher sans peine au sujet principal toutes les déductions\nqu'en a tirées le musicien.\nLe Requiem de M. Brahms présente tous les caractères de la musique\nreligieuse: l'élément dramatique en est-absolument exclu et l'œuvre est\nconçue dans un système essentiellement opposé à celui qu'ont suivi Rossini"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "83", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.44", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2924, "texte": "et Verdi, l'un, dans la composition de son Stabat, l'autre, dans celle de son\nRequiem. On retrouve dans les ouvrages des deux maîtres italiens comme un\nreflet des pompes théâtrales du culte catholique; l'œuvre du maître alle-\nmand est empreinte de la rigoureuse sévérité du dogme protestant. Malgré\ncette austérité de forme, qui a dû singulièrement déranger ses idées en\nmatière de musique religieuse, le public parisien a paru accueillir assez favo-\nrablement l'œuvre de M. Brahms. Chaque morceau a reçu sa bonne part\nd'applaudissements ; cependant je dois constater que YAndante de la Sym-\nphonie en ut mineur, qui venait immédiatement après, a provoqué un enthou-\nsiasme tout à fait extraordinaire, et que le public s'est plu à le souligner par\nquatre ou cinq salves d'applaudissèments des plus nourris. Cette petite mani-\nfestation m'a paru significative; elle n?ôte rien à la très grande valeur du\nRequiem de M. Brahms, et prouve tout simplement que le public le com-\nprendra une autre fois. Aujourd'hui il applaudit bien fort la Symphonie\nen ut mineur, mais n'oublions pas qu'il lui a fallu près de cinquante ans pour\nla comprendre.\nJe n'insisterai pas longuement sur les autres parties dont se composait le\nprogramme de ce concert spirituel, d'autant que les unes sont connues de\ntout le monde et que les autres sont absolument dénuées d'intérêt. Madame\nFursch-Madier et M. Delle-Sedie ont chanté avec beaucoup de style, la\npremière : l'Ave Maria, de Cherubini, le second, Y Air d'église, de Stradella.\nLes chœurs ont exécuté avec assez d'ensemble des fragments du Requiem de\nMozart; enfin, la soirée s'est terminée par Gallia, cette ennuyeuse jérémiade,\ndont je trouve qu'on a singulièrement abusé dans ces derniers temps. On\nferait bien, je crois, de laisser un peu reposer cette œuvre vide et incolore,\nqui peut séduire les masses, grâce à certains effets de sonorité grossière,\nmais dont le seul mérite, au fond, consiste à être signée d'un nom qui attire\nle public probablement parce qu'on n'est pas habitué àle trouver au-\ndessous de pareilles médiocrités.\nH. Marcello.\nTHEATRE VENTADOUR.—La Forêt, poème lyrique par Mme de Grand-*\nval, première audition. C'est devant une salle comble, où se trouvait réu-\nnie l'élite de la société parisienne, que Mme de Grandval a fait entendre cette\nnouvelle production, le 3o du mois dernier. Dans cette œuvre, comme dans\ntoutes celles qui sont de longue haleine, il y a à louer et à blâmer. Je me\nhâte de dire que la somme des belles et bonnes choses qui s'y trouvent l'em-\nporte de beaucoup sur celle des choses médiocres ou froides ; mais ce qui\nest au-dessus de toute contestation, c'est le réel et solide talent que possède\nmadame de Grandval pour bien distribuer ses intentions et ses dessins parmi\nles divers instruments de l'orchestre. Et, à voir la manière dont ses chants\nsont accompagnés et dont ses accompagnements sont faits, il ne pourrait"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "84", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.45", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2778, "texte": "pas un seul instant venir à l'idée de qui que ce soit, de supposer que madame\nde Grandval, à l'instar de bien des amateurs, même de quelques artistes,\nsurtout parmi les femmes, ait fait instrumenter sa partition par une main\nétrangère.\nCe que la première partie offre de plus saillant, c'est un chœur de bûche-\nrons, ferme, rude et bien rhythmé. Le ton de mi mineur a quelque chose de\ndur qui convient parfaitement au sens des paroles, et les basses de l'or-\nchestre accentuent vigoureusement ces mâles accents. Dans la seconde\npartie, qui se compose d'un air et d'un orage suivi du calme, il ne se trouve\nrien de faible ni de froid comme dans certains morceaux de la première.\nL'air, qui manque un peu de développement, est bien écrit pour la voix ; il\na de l'éclat, et M. Manoury en a fort bien fait ressortir toutes les qualités.\nL'orage renferme de très belles parties, tant pour l'orchestre, où se trouvent\nde beaux effets, que pour les chœurs. Le chœur du calme est d'une har-\nmonie douce et d'une mélodie pleine de rhythme. Le chœur des fées qui\naccompagne ce numéro, et la danse fantastique ouvrent la troisième partie.\nIls ont été bissés et le méritaient autant pour le charme et la fraîcheur des\nidées que pour l'originalité des motifs et le pittoresque de l'instrumentation\nde la danse.\nLes exécutants étaient au nombre de 300. Les chœurs, de la Société\nGalin-Paris-Chevé, dirigée par M. Armand Chevé, ont fait preuve de\nbeaucoup d'assurance, et l'orchestre, que conduisait M. Danbé, a fonctionné\navec un très bel ensemble. J'ai oublié de dire que l'orchestre était sur le\nthéâtre et les chœurs dans l'orchestre des musiciens. Cette distribution\nparaît excellente.\nHenry Cohen.\nCONCERT DE M. DE WALDECK.— M. G. de Waldeck, qu'il ne faut\npas confondre avec le gracieux baryton Valdec, est fils du célèbre peintre de\nWaldeck qui vient d'accomplir sa cent-huitième année. Nonobstant ce, c'est\nun beau jeune homme de vingt-deux à vingt-trois ans, doué d'une voix de\nbasse très grave. Sous le rapport du chant, il a tout à apprendre, mais l'or-\ngane y est, et il pourra prétendre à de beaux succès dans l'avenir, surtout\nsi, à l'exemple de son père, il a par devers lui une soixantaine d'années encore\nà exercer sa carrière. On a applaudi le jeu pur et correct de M. Telesinski.\nMademoiselle Reggiani est une jolie personne dont la voix a du charme 5 mais\n] air d Ernani qu'elle a chanté est de ceux qui ne se prêtent pas à être baissés\nd une tierce et dont l'andante doit rigoureusement être dit dans le mouve-\nment adopté au théâtre.\nCONCERT DE MUe ALICE SYDNEY BURVETT.—L'Australie, l'Amé-\nrique, l'ltalie et la France se sont donné rendez-vous à ce concert. Si l'Au-\nstralie possède beaucoup de pianistes de la force de mademoiselle Burvett, 011"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "85", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.46", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2835, "texte": "y doit entendre d'excellente musique. Le jeu de cette jeune artiste se distingue\npar une puissance peu commune chez une femme et une grande agilité de\ndoigts, Le duo pour deux pianos, sur Euryanthe, de Ravina, exécuté par\nelle et M. F. Thomé, a brillamment fait ressortir les qualités de ces deux\néminents artistes. M. Planel, violoniste américain, s'est fait vivement applau-\ndir dans la Ballade et polonaise, de Vieuxtemps, et M. Belari a chanté avec\nchaleur et un beau timbre de ténor, une charmante romance de Tito Mattei,\nM. Boué possède une voix de basse de bonne qualité, bien qu'un peu\nfroide.\nH. C\nCONCERT DE Mlle MARIE SECRETAIN Faire l'éloge de mademoi-\nselle Secretain comme pianiste est superflu. Son extrême netteté d'exé-\ncution, sa puissance de son et le charme de son jeu sont universellement\nreconnus ; mais une qualité qui mérite surtout d'être appréciée, c'est son\ntalent pour Tarrangemènt des morceaux de piano. Je n'ai point entendu\nde compositions originales de mademoiselle Secretain, mais son art pour\nbien enchaîner les divers motifs d'un opéra, et les séparer par des épisodes\nintéressants qui les mettent en relief de la manière la plus brillante, est mer-\nveilleux. Rien de plus parlait sous ce rapport que la fantaisie sur la Muette de\nPortici, de sa composition, qu'elle a fait entendre à son concert Sa fan-\ntaisie sur Martha est aussi un morceau très remarquable. M. Jourdan, frère\nde l'excellent ténor, M. Musin et M. Jules Delsart ont été fort applaudis. Men-\ntionnons un début très heureux : Madame Armande Dalli, jeune et jolie per-\nsonne, douée d'une fort belle voix de mezzo-soprano, élève de M. Jourdan et\nde mademoiselle Marie Secretain, paraissait pour la première fois en public;\nelle a chanté avec beaucoup de grâce et de distinction la romance de Mignon\net l'air des Dragons de Villars : aussi a-t-elle été chaleureusement applaudie.\nIl ne faut point oublier madame Richault qui dit les vers et détaille la poésie\navee une rare finesse.\nH. C.\nCONCERT DE M. ET Mme LACOMBE.—Concert de deux grands artis-\ntes. Parmi les nouvelles compositions de M. Lacombe, il faut citer en première\nligne sa Sérénade, fragment d'un quatuor inédit pour instrument à cordes,\nle Crucifix, mélodie religieuse, et deux fables de La Fontaine : la Laitière et\nle Pot au Lait, et le Renard et le Bouc. La Sérénade est d'un caractère extrê-\nmement élevé, et a fait regretter que M, Lacombe n'ait pas jugé à propos de\nfaire entendre son quatuor tout entier. Le Crucifix, composition magistrale,\na été chanté par madame Lacombe avec une perfection telle que les cris de\nbis sont partis de la salle entière. Madame Lacombe est peut-être de toutes\nles cantatrices de Paris, celle qui posssède le plus de style. Entre 1 air de\nMéduse, de Lully, la mélodie religieuse du Crucifix, les fables de La Fon-"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "86", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.47", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2553, "texte": "taine, et les couplets si légers et si sémillants de Crispino e la Comarey que de\ncontrastes, quelle immense différence de genres! Et cependant tous ces mor-\nceaux ont été interprétés avec leur caractère propre que relevait encore le\ntimbre de sa voix si pur et si sympathique. M. Delle Sedie a littéralement\nenlevé la Dan\\ci, de Rossini, et mademoiselle Marie Dumas a, pendant un\nquart d'heure au moins, tenu le public sous le charme en récitant « Charité\nbien ordonnée », proverbe dont le programme taisait le nom de l'auteur.\nH. C.\nCONCERT DE M. REMENYI.—Le talent de M. Remenyi n'a aucun lien\nde parenté avec celui des violonistes formés à l'école du Conservatoire. Il a\npeut-être en trop ce que ceux-là ont en trop peu, c'est-à-dire de la fougue.\nNous sommes généralement habitués à n'entendre et à ne comprendre qu'un\njeu large, pur, élégant, mais, il faut le dire, un peu froid, un peu convenu.\nChez M. Remenyi, les qualités susdites existent plus ou moins, mais ce qui\ndomine, c'est l'originalité, la force et une verve inouïe. Cette verve l'em-\nporte quelquefois un peu loin et le son perd de son charme. Cependant, il a\nadmirablement fait chanter son instrument dans l'andante du concerto pour\nviolon, de Mendelssohn. Ce n'était peut-être pas une tâche des plus faciles\nqui incombait à M. Danbé de faire suivre à son orchestre les emportements\nmomentanés de M. Remenyi, mais le virtuose n'a pas dû avoir à se plaindre\nde ses accompagnateurs. Un tour de force extraordinaire de M. Remenyi con-\nsiste à exécuter sur le violon une fugue de Bach à trois parties, qu'il a ar-\nrangée à cet effet. La quatrième corde fait entendre le sujet et accompagne\nla réponse, jouée sur la troisième corde, après quoi le sujet entre sur la se-\nconde corde, qu'accompagnent les autres. Le succès de M. Remenyi a été\ntrès grand.\nMadame la comtesse Alexandra Sadowska, qui veut abandonner les\ntriomphes du salon pour conquérir ceux du théâtre, a la voix étendue,\nassez timbrée, généralement juste. Elle s'est fait applaudir dans la sicilienne,\ndes Vêpres siciliennes.\nH. C.\nCONCERT DE Mlle CASTELLAN. Nous avons assisté àun concert\n/\ndonné à la salle Erard par mademoiselle Castellan. La jeune violoniste a\njoué avec beaucoup de grâce et de vigueur : une Sonate de Porpora, une Fan-\ntaisie suédoise, la Stella de Robadi et un Boléro de Konstsk. Son style est\nmagistral; le martelé, le staccato, comme le jeu des doubles cordes sont\nd'une finesse et d'une pureté irréprochables. Mademoiselle Thérésa Castellan\nest une véritable artiste.\nO. T."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-04-15-01-c017", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-04-15_01#c017", "volume": "bmtnabc_1875-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 34, "image_fin": 41, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.2.5", "titre_corps": "G.H 818.", "titre_sommaire": "G.H 818.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.34", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 38, "texte": "LA FORÊT\nC. de CRANVAL\nCHŒUR DES FEES."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "7", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.40", "debut_caractere": 3, "fin_caractere_exclue": 21, "texte": "G.H 818.\n\nG.H 818."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-04-15-01-c018", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-04-15_01#c018", "volume": "bmtnabc_1875-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 34, "image_fin": 41, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.2.5.1", "titre_corps": "LA FORÊT", "titre_sommaire": "LA FORÊT", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.34", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 38, "texte": "LA FORÊT\nC. de CRANVAL\nCHŒUR DES FEES."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "7", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.40", "debut_caractere": 3, "fin_caractere_exclue": 11, "texte": "G.H 818."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-04-15-01-c019", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-04-15_01#c019", "volume": "bmtnabc_1875-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "87", "page_fin": "96", "image_debut": 48, "image_fin": 57, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.2.6", "titre_corps": "VARIA", "titre_sommaire": "VARIA", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 48, "page_imprimee": "87", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.48", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1927, "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nFAITS DIVERS\nmort il y a peu d'années, avait été dans sa\njeunesse un chanteur d'un très grand mérite. Après avoir\nquitté le théâtre, il devint directeur du Conservatoire de\nmusique de Madrid. Plus tard il abandonna ce poste et\nvint s'établir à Paris comme professeur de chant. Il y a quel-\nque trente ans je l'ai encore entendu chanter dans les soi-\nrées, et quoiqu'il ne fût plus jeune, il avait conservé une voix de ténor très\nsympathique, et j'ai pu juger de l'excellence de son style.\nLe cours de chant qu'il publia en 1843 est toujours resté un des livres les\nplus parfaits qui aient été écrits sur cette matière. Excessivement sobre de\ndémonstrations et d'explications, ne cherchant à inventer aucun système,\nPiermarini n'avait d'autre but et d'autre ambttion que de perpétuer les\nanciennes doctrines, qui nous ont valu cette admirable pléiade de virtuoses\ndont la race est perdue, et de faire chanter le mieux possible. Six pages\nd'analyse explicative précèdent les exercices et les vocalises, et contiennent\ntout ce qu'il a cru nécessaire de dire pour préparer les élèves. Je ne puis\nrésister au désir d'extraire de cette sorte de préface les lignes suivantes, qui\nvont droit à l'adresse de tant de professeurs de chant de notre époque de\ndécadence.\n« Après quelques mois d'étude, consacrés encore la moitié du temps à\nacquérir les notions de solfège, ou bien encore à des leçons d'anatomie qui\nse sont introduites depuis quelque temps dans la plupart des méthodes,\ncomme si l'élève avait besoin de connaître la conformation de son gosier, pas\nplus que le pianiste celle de ses doigts ; après ces quelques mois, on met sous\nles yeux des élèves des parittions, qu'ils apprennent par cœur, qu'ils décla-\nment plus ou moins fort, plus ou moins bien, et puis on les traîne sur une\nscène lyrique, »\nLa première partie du cours de chant de Piermarini se compose de soixante"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "88", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.49", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2982, "texte": "exercices gradués ou vocalises pour voix de soprano ou ténor, et de soixante\nexercices préparatoires aux grandes études de la deuxième partie. La deuxième\npartie renferme quarante grands airs sans paroles pour voix de soprano, pou-\nvant également se chanter par la voix de ténor. Comme les soixante exercices\ngradués de la première partie sont peut-être ce qui existe de meilleur pour\nformer de bons artistes, mais qu'à moins de transpositions qui ennuyent\ntoujours les élèves et souvent les professeurs, les mezzo-sopranos et les bary-\ntons ne peuvent point en profiter; nous croyons que madame veuve Pier-\nmarini a rendu un véritable service à l'art en en donnant une édition trans-\nposée. En effet, ces deux genres de voix sont aujourd'hui plus répandues\nqu'elles ne l'ont jamais été, par suite de la grande rareté des vrais contraltos\net de l'injuste abandon où les compositeurs modernes, surtout les Italiens,\nlaissent la voix de basse. La lacune est donc comblée désormais, et tous les\nélèves pourront également se perfectionner d'après l'excellente méthode de\nce célèbre professeur.\nThéâtre-Taitbout. La direction de ce théâtre fondait de grandes espé-\nrances sur Amphitryon. Cet opéra comique en un acte, dont la première\nreprésentation a eu lieu le 5 de ce mois, est de MM. Beaumont et Nuitter\npour les paroles et de M. Lacome pour la musique. Si l'effet n'a pas tout à\nfait répondu à l'attente du public et de la direction, il faut convenir qu'il y\na eu un peu de la faute de tout le monde. Les acteurs auraient eu besoin\nd'une ou deux répétitions de plus ; l'orchestre aurait dû songer qu'accom-\npagner des chanteurs n'est pas la même chose qu'exécuter des ouvertures\nou jouer des quadrilles ; le compositeur enfin aurait pu écrire un peu plus\nfacile, quand même son opéra eût été primitivement destiné à un théâtre où\nse trouvaient des artistes plus rompus aux habitudes de la scène. Néanmoins\nle public a fait bon accueil à la sérénade, qui ouvre la pièce, à un boléro à\ndeux voix et à un quatuor très bien fait. Madame Tony, qui paraissait sur\nles planches pour la première fois, ne manque pas d'aisance. Elle possède\nune jolie voix et une grande agilité naturelle, qui serait excellente dans un\nsalon, mais qui n'est pas encore assez martelée ni assez accentuée pour le\nthéâtre. Mademoiselle Leclerc a un beau timbre de voix et conduit très bien\nson instrument. Madame Gentien, et MM. Vienne, Maurice et Vallu ont\nrivalisé de zèle. Espérons que l'intelligence et l'activité de M. de Lorbac vien-\ndront bientôt à bout de surmonter les innombrables difficultés que rencontre\nle directeur d'un théâtre nouveau, où tout est à faire. Surtout que les\nartistes de l'orchestre ne se fassent pas remplacer au pied levé.\nLa presse quotidienne constate, d'un accord, unanime, le succès de curio-\nsité qu'obtient le nouveau livre de notre collaborateur Albert de Lasalle : les\nTreize salles de F Opéra, en vente à la librairie Sartorius (27, rue de Seine)."}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "89", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.50", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 3227, "texte": "La Chronique musicale s'associe pleinement à l'appréciation qu'en donne\nM. Jules Noriac dans le Monde Illustré du 10 avril; il y a de tout dans ce\nvolume : de la critique fine et élevée, des études de mœurs habilement des-\nsinées, et une avalanche d'anecdotes les plus curieuses, ce qui ne gâte rien.\nNous .en extrayons ces deux passages, dans lesquels M. de Lasalle oppose\nle début de Rossini à celui de Wagner sur la scène de l'Opéra.\nDÉBUT DE ROSSINI A L'OPÉRA. « C'est là que l'auteur du Siège de Corinthe\net de Guillaume Tell se fit l'initiateur du romantisme en musique et renversa\nde son souffle irrésistible toutes les vénérables idoles du passé. Sans parler\nde Rameau, dont les œuvres dormaient déjà au fond des bibliothèques, Sac-\nchini, Salieri, Lesueur, Spontini, et même Gluck le Grand, pâlirent et\ns'éclipsèrent à l'approche de ce génie radieux.\n« Enfin Rossini vint! » pourrait-on dire, en paraphrasant l'hémistiche de\nBoileau. Mais, hélas! c'est « il parvint » qui serait le mot vrai ; car, avant de\nvoir son nom imprimé sur une affiche de l'Opéra, il ne fallut pas moins de\nneuf ans de patience au compositeur fameux que l'Europe acclamait. Les\nportes du temple étaient, en effet, gardées par une coterie jalouse, qui rece-\nvait le mot d'ordre de Berton.\n« Rossini avait débuté à Paris, en 1817, par Yltaliana in Algieri, repré-\nsentée au Théâtre-Italien, et le Siège de Corinthe, qui est la première de ses\npartitions exécutées à l'Opéra, porte la date de 1826.\n« En attendant (ou plutôt en faisant attendre), l'Opéra dispensait ses faveurs\nà qui en voulait. Il jouait avec empressement : Florestan ou le Conseil des\nDix, de Garcia; Sapho, de Reicha; Virginie, de Berton; Lastke'nie, d'Hérold\n(à ce nom cependant il faut saluer); Ipsiboé, de Kreutzer ; les Deux Salem,\nde Daussoigne; la Belle au bois dormant, de Carafa; Don Sanche d'Aragon\nou le Château d'amour, de Litz (le futur pianiste-abbé avait alors quatorze\nans), etc...\n« Il donnait aussi deux pièces de circonstance et à allusions flatteuses pour\nle pouvoir : Vendôme en Espagne, un acte mis en musique par Auber,\nBoïeldieu et Hérold, pour fêter la prise du Trocadéro; puis Pharamond,\nopéra en trois actes, improvisé par Boïeldieu, Berton et Kreutzer, à l'occa-\nsion du sacre de Charles X.\n« Quant aux ballets de cette époque, c'étaient Alfred Le Grand, de Gal-\nlenberg; Cendrillon, de Sor; Alice, reine de Golconde, de Dugazon; Mars et\nVénus, de Schneitzoheffer, etc...\n« Et pendant que l'Opéra se livrait à ces jeux peu récréatifs et à ces ris\nmédiocres, Rossini perdait le temps d'écrire au moins quatre Guillaume Tell,\ncar il était en pleine sève et dans tout l'entrain du travail. Il lui fallait aussi\nessuyer le feu des pamphlétaires très âpres à lui faire la guerre; et cela sâns\nqu'il lui fût permis de se défendre en produisant une œuvre magistrale qui\naurait mis le public dans son parti.\n« Pourtant l'Académie de musique n'était plus « royale » qu'en ce sens\nqu'elle coûtait beaucoup d'argent à la liste civile, Les recettes baissaient\nsensiblement, et il lui fallait d'autant plus aviser à ramener la foule que ses\ndeux principaux chanteurs venaient de la quitter. Lays et madame Branchu\navaient pris coup sur coup leur retraite."}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "90", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.51", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3347, "texte": "« Lays comptait quarante-deux ans de service, passés dans les six salles\ndu Palais-Royal, des Menus-Plaisirs, de la Porte-Saint-Martin, de la rue de\nRichelieu, Favart et Le Peletier. ~ . , .\n« C'est dans ces circonstances fâcheuses que l'Opéra se décida a monter le\nSiège de Corinthe, acte de bon goût et de justice qu'il n eut pas à regretter.\nLe succès, en effet, fut si éclatant que, le soir de la première représentation,\nle public fit une espèce d'émeute qui dura une demi-heure, parce que Rossini,\nrappelé à grands cris, se refusait à paraître sur la scène. Les applaudissements\nne manquèrent pas non plus aux interprètes, qui étaient . les deux Nourrit,\nDerivis et mademoiselle Cinti (celle qui devait plus tard rendre célèbre le\nnom de Damoreau, en créant le personnage d'lsabelle, dans Robert le Diable,\net, à l'Opéra-Comique, celui d'Angèle, dans le Domino noii ).\n«Au lendemain du Siège de Corinthe, les feuilletons des journaux, qui\njusque-là avaient tenu rigueur à Rossini, sont obligés de lui rendre les armes,\nLa Quotidienne imprima cette phrase qui est à retenir : « Rossini a fait une\nespèce de révolution en musique. » En effet, cet homme prédestiné arrivait\ncomme un Messie pour renouveler le vieux fond mélodique sur lequel on\nvivait depuis tant d'années. Et à sa suite, on vit s'illustrer, quoique partici-\npant de lui à des degrés divers, les Auber, les Hérold, les Meyerbeer, les\nDonizetti, les Halévy, toute la pléiade enfin des glorieux créateurs du réper-\ntoire romantique.\n« L'étincelle communiquée à tous ces beaux esprits par le génie de Rossini\ny a déterminé comme une explosion de vie. Aussi leurs œuvres, écloses\nsous le rayonnement de la lumière mélodique, ont-elles encore 1 incandes-\ncence de leur jeunesse première. Le temps ne les a point refroidies.\n« C'est pourquoi nous sommes encore sous le régime de la musique née\ndans la période de 1826 a 1840. Il y a meme cette remarque a faire . qu au-\njourd'hui le drapeau du romantisme ne flotte plus que sur l'Opéra. »\n« .... LE TANNHŒUSER, Le Tannhœuser cacophonique fut imposé à la\ndirection de l'Opéra par la cour des Tuileries, que les influences de la diplo-\nmatie allemande avaient circonvenue. Les frais de mise en scène étaient\nconsidérables. M. Wagner s'était en personne chargé de diriger les études\nde sa scabreuse musique. Les chanteurs qu'on lui avait confiés, au risque\nde leur ruiner la voix, étaient Morelli, Cazeaux, mademoiselle Sass, madame\nTedesco , mademoiselle Reboux. La condescendence avait été poussée\njusqu'à permettre à ce maestro de singulière espèce, d'introduire dans la\ntroupe de l'Opéra Meinher Niemann, un ténor tout à sa dévotion.\n«La première représentation fut donnée le i 3 mars 1861. Le public resta\nstupéfait, mais silencieux, pendant le tableau du Venusberg. Ce n'est qu'au\nchangement de décor et après la grotesque mélopée du prêtre, que le fou\nrire éclata dans toute la salle. Le reste de la soirée ne fut qu'un concert de\nhuées de toute sorte. Il n'y eut de répit que pendant l'exécution de la\nmarche au second acte ; le morceau fut même bissé.\n« Après trois représentations tumultueuses, le Tannhœuser fut interdit par\nla police comme un scandale public. Et depuis ce temps, M. Wagner, bien\nà l'abri de l'autre côté du Rhin, n'a cessé d'expectorer contre la France les\ninjures les plus allemandes."}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "91", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.52", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2873, "texte": "« Rossini a eu longtemps la partition de Tannhœuser, jouée à l'envers sur\nson piano ; et quand quelqu'un lui en faisait l'observation, il répondait avec\nsa malice méridionale :\n« Que voulez-vous, j'ai essayé de jouer cette musique dans l'autre\nsens... ça ne va pas! »\n—Le Nord annonce que madame Pleyel a, par son testament, légué\n10,000 francs à l'Association des artistes musiciens. Elle aurait, de plus,\nordonné que le produit de la vente de ses bijoux fût converti en rentes au\nprofit des artistes nécessiteux.\nUlndépendance belge et Paris-Journal résument et complètent la notice\nconsacrée à la grande artiste dans la biographie universelle des musiciens.\n« Madame Marie Pleyel, dont nous avons annoncé la mort, était une des\npianistes les plus célèbres de notre époque. Née à Paris, le 4 juillet 1811,\nde parents belges, elle était la sœur de Moke, réminent professeur de\n1 Université de Gand, membre de l'Académie de Belgique, mort récemment.\n« Dès ses premières années ,elle avait manifesté beaucoup de goût pour la\nmusique, et des dispositions exceptionnelles qui la firent remarquer par les\nartistes, et notamment par le célèbre pianiste Moschelès, qui lui donna des\nleçons, après que J. Herz eut formé son talent naissant. Plus tard, elle reçut\ndes conseils de Kalkbrenner, qui représentait, à cette époque, avec éclat,\nl'école de Clementi. C'est à ce maître que madame Pleyel fut en partie\nredevable des éminentes qualités qui distinguaient son jeu essentiellement\ngracieux, élégant, limpide et spirituellement délicat.\n« Dès l'âge de 15 ans, Marie Pleyel se fit entendre en public, et sa\nrenommée devint bientôt européenne. Applaudie à Paris, à Saint-Péters-\nbourg, à Dresde, à Prague, à Vienne, à Rome, elle eut l'honneur d'être\ncélébrée avec enthousiasme par Mendelsshon, Schumann, après ses concerts\nau Gewandhaus de Leipzig, en 1838.\nA Vienne, Liszt se fit un plaisir de la présenter au public, et de s'effacer\npour lui laisser la place d'honneur.\n« En 1848, madame Pleyel fut nommée professeur de piano au Conserva-\ntoire de Bruxelles, et, depuis lors, toute vouée à l'enseignement, ses tour-\nnées artistiques devinrent moins fréquentes. Dans ces dernières années,\nelle s était retirée complètement de la carrière artistique pour ne plus se\nlaisser entendre que d'un petit nombre d'amis qu'elle se faisait une joie de\nréunir hebdomadairement dans ses salons. On se rappelle comme elle fut\nfêtée l'année dernière, lorsqu'elle reparut en public, couronnant par une\nbonne œuvre une vie toute de victoires et de triomphes.\n(( Elle avait épousé, à Paris, M. Camille Pleyel, le célèbre facteur de\npianos, dont elle se sépara après quelques années de mariage.\n« Madame Pleyel avait renoncé à l'enseignement depuis trois ans. Elle\navait été remplacée au Conservatoire par M. Auguste Dupont. >»\nLa célèbre pianiste a été inhumée dans le cimetière de Laeken."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "92", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.53", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3386, "texte": "Dans la séance du i 3 mars 1875, M. Victor Massé a lu à l'Académie\ndes beaux-arts une Notice sur la vie et les travaux dAuber, qui contient sur\nl'illustre maître plus d'un trait caractéristique:\n« Get Anacréon de la musique recherchait surtout la société des femmes;\nen France, la réputation de vert-galant n'a jamais nui à personne, Son esprit\nest resté proverbial, et pourtant Auber ne soutenait jamais une conversation;\nil y prenait part, sans doute ; mais, comme un habile archer derrière une\npalissade, il attendait le moment venu pour lancer le trait qui résumait et\nterminait. Ses mots étaient, comme ses motifs, vifs et saillants.\n« Il répondait avec bonne grâce aux questions qu'on lui adressait sur sa\nmanière de vivre, comprenant que cette curiosité était un hommage rendu à\nsa grande notoriété; nous savions tous ainsi qu'Auber avait deux facultés\nqui lui donnaient, selon lui, de la santé et du temps : manger fort peu (un\nseul repas par jour) et ne guère dormir.\n« Il parlait très volontiers de son art, et sa conversation sur ce sujet était\ntoujours intéressante : « La musique n'est pas dans la musique, me disait-il,\nelle est dans une femme demi-voilée qui passe, dans le tumulte d'une fête,\ndans un régiment qui s'éloigne » L'affirmation exagérée d'Auber doit\nêtre prise pour ce qu'elle veut dire ; pour ma part, je crois volontiers que\nc'est l'impression du régiment qui s'éloigne qui lui a dicté la première partie\nde l'ouverture de Fra Diavolo.\n« Il y avait dans sa nature l'amour du monde uni à un singulier désir de\nsolitude. Ainsi, après le théâtre, vers une heure du matin... on apercevait le\nspirituel vieillard, la tête légèrement inclinée vers l'épaule, les mains dans\nles poches de son paletot grisâtre, regagnant tranquillement sa maison de la\nrue Saint-Georges; il rentrait, et sa lampe de travail restait bien souvent\nallumée jusqu'au jour\n« Peu d'hommes ont été aussi constamment heureux qu'Auber; car les\ngrands succès obtenus lui avaient donné la philosophie qui fait supporter les\nmécomptes inséparables de la vie du compositeur au théâtre. Il était au\ncomble des honneurs et de la gloire. Sa fortune, gagnée noblement par son\ntravail, l avait rendu indépendant. Des faveurs spéciales, rarement obtenues\npar un artiste de son vivant, lui avaient été accordées avec munificence; il\npouvait passer dans une rue monumentale portant son nom et voir son\nbuste décorer la façade du nouvel Opéra... Il disait spirituellement à ce sujet :\n« Haussmann a bien voulu me faire crédit ! »\n« Mais il n'est pas permis à une créature humaine de posséder une somme\naussi grande de bonheur continu; le moment approchait où lui aussi allait,\nselon l'expression d'un poète, « s'acquitter de souffrir. » Les malheurs de la\nFrance le frappèrent au cœur. Il ne voulut pas s'éloigner de son cher Paris;\nil y resta pendant le siège, il y resta même pendant la Commune. Sa fine\ngaieté s'était émoussée, son front s'était assombri.\ndéfaut, disait-il avec mélancolie, j'ai trop vécu! » Pourtant il travaillait encore\net avait commencé quelques esquisses de musique de chambre. Il demanda à\nun ami de lui apporter les quatuors de Haydn, de Mozart et de Beethoven,\nen ajoutant avec son sourire d'autrefois : « Ces chefs-d'œuvre me décideront\nsans doute à brûler ce que j'ai commencé! »\n« La mort l'avait marqué pour le départ. Chose touchante, pour indiquer"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "93", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.54", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2889, "texte": "les progrès du mal, il disait d'une voix défaillante : « Je ne peux plus tenir\nma plume; je ne peux plus travailler ! »\n« Il rendit l'âme le 12 mai 1871. On était en pleine Commune. Son corps\nfut déposé provisoirement dans l'église de la Trinité, et, après l'arrivée de\nl'armée française, un service religieux digne de lui y était célébré le i 5 juillet\nsuivant.\n« Auber attend sa sépulture; ses amis, ses admirateurs veulent lui élever\nun monument en échange de celui qu'il a élevé lui-même pour sa gloire et pour\ncelle de son pays; ce monument-là est fait avec la Muette, le Maçon, le\nPhiltre, Fra Diavolo, Aete'on, Haydée, le Domino noir, et avec tant d'autres\nouvrages; il est solide,., et vivra plus longtemps que l'œuvre de pierre qu'on\nlui destine î »\n—Le nom du musicien Philidor vient d'être donné à une rue de Paris.\nCette rue est située dans le 20e arrondissement, entre la rue de Lagny, le\nchemin de fer de ceinture et la rue des Maraîchers. Elle portait le nom de\nrue des Gouttes-d'Or, qui lui était commun avec une autre rue, située dans\nle 18e arrondissement. C'est sur la demande de M. Hérold, conseiller muni-\ncipal du quartier, que ce nom a été changé en celui de rue Philidor, par\ndécret du Président de la République, en date du 10 février ißys.\nDeux bibliophiles aussi entreprenants qu'érudits se sont mis en tête de\nressusciter le fameux Almanach des Spectacles, continuant l'ancien Aima-\nnach des Spectacles, publié de 1753 à 1815.\nLe premier volume de cette nouvelle série, bijou typographique, sorti\ntout pimpant des presses de Jouaust, est en vente à la Librairie des Biblio-\nphiles. Nous l'annonçons, avec les sous-entendus les plus flatteurs, et nous\nen félicitons chaudement les ingénieux auteurs. MM. Paul Miliiet et Albert\nSoubies, hommes de ressources et d'invention, en tout point capables de\nmener leur tâche à bonne fin.\nAu milieu du siècle dernier, un éditeur se proposa de publier, chaque\nannée, le plus de renseignements intéressants qu'il pourrait réunir sur\nl'histoire des théâtres de Paris. Il donna à cette publication le nom à!Aima*\nnach des Spectacles. La collection complète en est rare aujourd'hui, et la\nfaveur dont elle jouit encore laisse espérer qu'un ouvrage destiné à la con-\ntinuer sera bien accueilli du public.\nLe nouvel Almanach des Spectacles s'adresse, comme l'ancien, aux ama-\nteurs de théâtre et aux bibliophiles. Ils y trouveront la liste complète des\npièces nouvelles jouées en France pendant l'année, le tableau du personnel\nadministratif et artistique des théâtres de Paris et le résumé de leurs\ntravaux.\nL 1 Almanach des Spectacles comprendra en outre, sous les titres variés de\n« concours, liste des auteurs dramatiques vivants et des critiques, bibliogra-\nphie, nécrologie,» tous les documents qui se rattachent directement à l'étude\ndu Théâtre.\nLa plus large place sera donnée naturellement à la Comédie-Française^"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "94", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.55", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2306, "texte": "dont l'histoire se confond avec celle de notre littérature dramatique, et\nmême, pour placer en quelque sorte ce livre sous son patronage tout artis-\ntique, on a substitué au frontispice qui figurait en tête des volumes de\nl'ancienne collection le portrait à l'eau-forte des sociétaires reçus dans\nl'année. M. Léon Gaucherel, qui a déjà gravé les portraits d'un certain\nnombre d'artistes de la Comédie-Française, a bien voulu se charger de\nl'exécution de ce travail.\nLe format adopté est celui de l'ancien Almanach des Spectacles. L'impres-\npression est faite avec les élégants caractères elzéviriens que M. Jouaust\nemploie pour ses éditions de bibliophiles. Le texte est orné de fleurons et\nde culs-de-lampe dans le style du XVIIIe siècle. Les couvertures, tirées en\ndeux couleurs, sont imprimées sur papier double. Le tirage est fait sur\npapier de Hollande et ne dépasse pas 500 exemplaires.\nA l'intention des amateurs, on fera un tirage spécial de 12 exemplaires\nsur papier de Chine, et 12 sur papier Whatman. Les exemplaires seront\nnumérotés.\nLe programme du concours de composition musicale pour le grand\nprix de Rome vient d'être arrêté de la manière suivante :\nConcours d'essai: Entrée en loges, au Conservatoire, samedi i 5 mai, à\ndix heures du matin ; sortie, vendredi 21 mai, à midi. Jugement: samedi\n22 mai.\nConcours définitif: Entrée en loges, samedi 29 mai, à dix heures du\nmatin ; sortie, mardi 22 juin, à dix heures du soir\nJugement préparatoire, au Conservatoire, vendredi 2 juillet. Jugement\ndéfinitif, à l'lnstitut, samedi 3 juillet.\nLes candidats peuvent se faire inscrire au secrétariat du Conservatoire,\njusqu'au mercredi 12 mai.\nLa Société des auteurs et compositeurs a décidé que M. Halanzier,\ndirecteur de l'Opéra, n'ayant pas rempli les clauses du traité qui le lie à la\nSociété en ne jouant pas un acte inédit, devait payer une somme de 2,000 fr.\nà titre d'indemnité à la Société des auteurs. M. Halanzier, tout en essayant\nde se défendre en alléguant des raisons raisons qu'il a déjà maintes et\nmaintes fois exposées au public dans différentes lettres ou communications\ns'est exécuté de bonne grâce. Toutefois, il avait demandé, avant de payer,\nque le délai, qui expirait fin janvier, fût prolongé jusqu'à fin avril; la chose lui\na été formellement refusée."}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "95", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.56", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 1915, "texte": "NOUVELLES\n\nARIS. Opéra. M. Boudouresque, basse profonde, dont nous\navons annoncé l'engagement, vient de débuter dans la Juive.\nTrès prochainement les Huguenots, avec M. Villaret.\nOn annonce l'arrivée à Paris de mademoiselle de Reschi, une chanteuse\nque M. Halanzier a engagée dernièrement à Milan, sur les conseils de\nMM. Merelli et Filippi.\nMademoiselle de Reschi débutera dans Faust ou Robert.\nMademoiselle de Reschi appartient à l'une des plus grandes familles de\nVarsovie. Elle vient avec des lettres de recommandations signées de toute\nl'aristocratie. Ajoutons qu'elle e>t riche, jeune et belle, ce qui ne gâte rien.\nOpéra-Comique. Richard-Cœur-de-Lion a été repris dimanche dernier.\nLe baryton Melchissédec, qui chanteßlondel, se classe hors de pair; il a été\nchaudement applaudi-\n— Samedi prochain, répétition générale du Requiem de Verdi, dont 011\ndonnera sept auditions par autorisation spéciale du ministre.\nSalle Ventadour. Mardi, 27 avril, aura lieu sous la direction de M. Danbé\nla première audition de la Tour de Babel, drame biblique en quatre tableaux,\nde M. Antoine Rubinstein.\nVariétés. On a lu aux artistes une opérette en trois actes, de MM. Nuit-\nter, Mortier et de Saint-Albin, musique de M. Serpette.\nLes principaux rôles de cet ouvrage, qui a pour titre : le Manoir du Pic-\nTordu, sont destinés à MM. Pradeau (débuts), Léonce, Baron, Berthelier,\nmesdames A. Duval, Bertall et Douvé.\nLes répétitions vont commencer immédiatement; mais la pièce ne passera\nqu'après une reprise de la Petite Marquise, qui sera accompagnée du Passage\nde Vénus, de MM. Meilhac et Halévy.\nFolies-Dramatiques. La première représentation d'Alice de Nevers,\nl'opérette de M. Hervé, aura lieu mercredi prochain.\nConservatoire de musique. Voici le programme de l'exercice public des\nélèves du Conservatoire, qui aura lieu le dimanche 25 avril, sous la direction\nde M. Deldevez :\ni° Symphonie en ré, de Beethoven;"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "96", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.57", "debut_caractere": 120, "fin_caractere_exclue": 1094, "texte": "2° Air et chœur d'Armide, de Gluck.\n3° Finale du premier acte d'Obéron, de Weber;\n4° Andante et finale du trio pour piano, violon et violoncelle, de Men-\ndelssohn ;\n5° Entracte et prière de Joseph, de Méhul;\n7e Romance en fa, pour le violon, de Beethoven, exécutée par mademoi-\nselle Pommereul;\n7° Air des Noces de Figaro, de Mozart, chanté par madame Belgirard ;\n8° Bénédiction des drapeaux, scène et chœur du Siège de Corinthe, de\nRossini.\nMademoiselle Krauss a obtenu dimanche, au Conservatoire, un brillant\nsuccès dans la Mort de Diane.\nL'auteur de cette belle page, M. Vaucorbeil, a dû être heureux d'entendre\nson œuvre d'une manière aussi supérieure.\nRenaissance. M. Daniel, le professeur de chant bien connu, vient d'être\nengagé par M. Hostein pour créer, à la Renaissance, un rôle important dans\nIndigo, qu'on veut toujours donner fin avril, quoique Girojîé-Girofla fasse\nencore beaucoup d'argent.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-04-15-01-c021", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-04-15_01#c021", "volume": "bmtnabc_1875-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "87", "page_fin": "94", "image_debut": 48, "image_fin": 55, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.2.6.2", "titre_corps": "FAITS DIVERS", "titre_sommaire": "FAITS DIVERS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 48, "page_imprimee": "87", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.48", "debut_caractere": 52, "fin_caractere_exclue": 1927, "texte": "FAITS DIVERS\nmort il y a peu d'années, avait été dans sa\njeunesse un chanteur d'un très grand mérite. Après avoir\nquitté le théâtre, il devint directeur du Conservatoire de\nmusique de Madrid. Plus tard il abandonna ce poste et\nvint s'établir à Paris comme professeur de chant. Il y a quel-\nque trente ans je l'ai encore entendu chanter dans les soi-\nrées, et quoiqu'il ne fût plus jeune, il avait conservé une voix de ténor très\nsympathique, et j'ai pu juger de l'excellence de son style.\nLe cours de chant qu'il publia en 1843 est toujours resté un des livres les\nplus parfaits qui aient été écrits sur cette matière. Excessivement sobre de\ndémonstrations et d'explications, ne cherchant à inventer aucun système,\nPiermarini n'avait d'autre but et d'autre ambttion que de perpétuer les\nanciennes doctrines, qui nous ont valu cette admirable pléiade de virtuoses\ndont la race est perdue, et de faire chanter le mieux possible. Six pages\nd'analyse explicative précèdent les exercices et les vocalises, et contiennent\ntout ce qu'il a cru nécessaire de dire pour préparer les élèves. Je ne puis\nrésister au désir d'extraire de cette sorte de préface les lignes suivantes, qui\nvont droit à l'adresse de tant de professeurs de chant de notre époque de\ndécadence.\n« Après quelques mois d'étude, consacrés encore la moitié du temps à\nacquérir les notions de solfège, ou bien encore à des leçons d'anatomie qui\nse sont introduites depuis quelque temps dans la plupart des méthodes,\ncomme si l'élève avait besoin de connaître la conformation de son gosier, pas\nplus que le pianiste celle de ses doigts ; après ces quelques mois, on met sous\nles yeux des élèves des parittions, qu'ils apprennent par cœur, qu'ils décla-\nment plus ou moins fort, plus ou moins bien, et puis on les traîne sur une\nscène lyrique, »\nLa première partie du cours de chant de Piermarini se compose de soixante"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "88", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.49", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2982, "texte": "exercices gradués ou vocalises pour voix de soprano ou ténor, et de soixante\nexercices préparatoires aux grandes études de la deuxième partie. La deuxième\npartie renferme quarante grands airs sans paroles pour voix de soprano, pou-\nvant également se chanter par la voix de ténor. Comme les soixante exercices\ngradués de la première partie sont peut-être ce qui existe de meilleur pour\nformer de bons artistes, mais qu'à moins de transpositions qui ennuyent\ntoujours les élèves et souvent les professeurs, les mezzo-sopranos et les bary-\ntons ne peuvent point en profiter; nous croyons que madame veuve Pier-\nmarini a rendu un véritable service à l'art en en donnant une édition trans-\nposée. En effet, ces deux genres de voix sont aujourd'hui plus répandues\nqu'elles ne l'ont jamais été, par suite de la grande rareté des vrais contraltos\net de l'injuste abandon où les compositeurs modernes, surtout les Italiens,\nlaissent la voix de basse. La lacune est donc comblée désormais, et tous les\nélèves pourront également se perfectionner d'après l'excellente méthode de\nce célèbre professeur.\nThéâtre-Taitbout. La direction de ce théâtre fondait de grandes espé-\nrances sur Amphitryon. Cet opéra comique en un acte, dont la première\nreprésentation a eu lieu le 5 de ce mois, est de MM. Beaumont et Nuitter\npour les paroles et de M. Lacome pour la musique. Si l'effet n'a pas tout à\nfait répondu à l'attente du public et de la direction, il faut convenir qu'il y\na eu un peu de la faute de tout le monde. Les acteurs auraient eu besoin\nd'une ou deux répétitions de plus ; l'orchestre aurait dû songer qu'accom-\npagner des chanteurs n'est pas la même chose qu'exécuter des ouvertures\nou jouer des quadrilles ; le compositeur enfin aurait pu écrire un peu plus\nfacile, quand même son opéra eût été primitivement destiné à un théâtre où\nse trouvaient des artistes plus rompus aux habitudes de la scène. Néanmoins\nle public a fait bon accueil à la sérénade, qui ouvre la pièce, à un boléro à\ndeux voix et à un quatuor très bien fait. Madame Tony, qui paraissait sur\nles planches pour la première fois, ne manque pas d'aisance. Elle possède\nune jolie voix et une grande agilité naturelle, qui serait excellente dans un\nsalon, mais qui n'est pas encore assez martelée ni assez accentuée pour le\nthéâtre. Mademoiselle Leclerc a un beau timbre de voix et conduit très bien\nson instrument. Madame Gentien, et MM. Vienne, Maurice et Vallu ont\nrivalisé de zèle. Espérons que l'intelligence et l'activité de M. de Lorbac vien-\ndront bientôt à bout de surmonter les innombrables difficultés que rencontre\nle directeur d'un théâtre nouveau, où tout est à faire. Surtout que les\nartistes de l'orchestre ne se fassent pas remplacer au pied levé.\nLa presse quotidienne constate, d'un accord, unanime, le succès de curio-\nsité qu'obtient le nouveau livre de notre collaborateur Albert de Lasalle : les\nTreize salles de F Opéra, en vente à la librairie Sartorius (27, rue de Seine)."}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "89", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.50", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 3227, "texte": "La Chronique musicale s'associe pleinement à l'appréciation qu'en donne\nM. Jules Noriac dans le Monde Illustré du 10 avril; il y a de tout dans ce\nvolume : de la critique fine et élevée, des études de mœurs habilement des-\nsinées, et une avalanche d'anecdotes les plus curieuses, ce qui ne gâte rien.\nNous .en extrayons ces deux passages, dans lesquels M. de Lasalle oppose\nle début de Rossini à celui de Wagner sur la scène de l'Opéra.\nDÉBUT DE ROSSINI A L'OPÉRA. « C'est là que l'auteur du Siège de Corinthe\net de Guillaume Tell se fit l'initiateur du romantisme en musique et renversa\nde son souffle irrésistible toutes les vénérables idoles du passé. Sans parler\nde Rameau, dont les œuvres dormaient déjà au fond des bibliothèques, Sac-\nchini, Salieri, Lesueur, Spontini, et même Gluck le Grand, pâlirent et\ns'éclipsèrent à l'approche de ce génie radieux.\n« Enfin Rossini vint! » pourrait-on dire, en paraphrasant l'hémistiche de\nBoileau. Mais, hélas! c'est « il parvint » qui serait le mot vrai ; car, avant de\nvoir son nom imprimé sur une affiche de l'Opéra, il ne fallut pas moins de\nneuf ans de patience au compositeur fameux que l'Europe acclamait. Les\nportes du temple étaient, en effet, gardées par une coterie jalouse, qui rece-\nvait le mot d'ordre de Berton.\n« Rossini avait débuté à Paris, en 1817, par Yltaliana in Algieri, repré-\nsentée au Théâtre-Italien, et le Siège de Corinthe, qui est la première de ses\npartitions exécutées à l'Opéra, porte la date de 1826.\n« En attendant (ou plutôt en faisant attendre), l'Opéra dispensait ses faveurs\nà qui en voulait. Il jouait avec empressement : Florestan ou le Conseil des\nDix, de Garcia; Sapho, de Reicha; Virginie, de Berton; Lastke'nie, d'Hérold\n(à ce nom cependant il faut saluer); Ipsiboé, de Kreutzer ; les Deux Salem,\nde Daussoigne; la Belle au bois dormant, de Carafa; Don Sanche d'Aragon\nou le Château d'amour, de Litz (le futur pianiste-abbé avait alors quatorze\nans), etc...\n« Il donnait aussi deux pièces de circonstance et à allusions flatteuses pour\nle pouvoir : Vendôme en Espagne, un acte mis en musique par Auber,\nBoïeldieu et Hérold, pour fêter la prise du Trocadéro; puis Pharamond,\nopéra en trois actes, improvisé par Boïeldieu, Berton et Kreutzer, à l'occa-\nsion du sacre de Charles X.\n« Quant aux ballets de cette époque, c'étaient Alfred Le Grand, de Gal-\nlenberg; Cendrillon, de Sor; Alice, reine de Golconde, de Dugazon; Mars et\nVénus, de Schneitzoheffer, etc...\n« Et pendant que l'Opéra se livrait à ces jeux peu récréatifs et à ces ris\nmédiocres, Rossini perdait le temps d'écrire au moins quatre Guillaume Tell,\ncar il était en pleine sève et dans tout l'entrain du travail. Il lui fallait aussi\nessuyer le feu des pamphlétaires très âpres à lui faire la guerre; et cela sâns\nqu'il lui fût permis de se défendre en produisant une œuvre magistrale qui\naurait mis le public dans son parti.\n« Pourtant l'Académie de musique n'était plus « royale » qu'en ce sens\nqu'elle coûtait beaucoup d'argent à la liste civile, Les recettes baissaient\nsensiblement, et il lui fallait d'autant plus aviser à ramener la foule que ses\ndeux principaux chanteurs venaient de la quitter. Lays et madame Branchu\navaient pris coup sur coup leur retraite."}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "90", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.51", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3347, "texte": "« Lays comptait quarante-deux ans de service, passés dans les six salles\ndu Palais-Royal, des Menus-Plaisirs, de la Porte-Saint-Martin, de la rue de\nRichelieu, Favart et Le Peletier. ~ . , .\n« C'est dans ces circonstances fâcheuses que l'Opéra se décida a monter le\nSiège de Corinthe, acte de bon goût et de justice qu'il n eut pas à regretter.\nLe succès, en effet, fut si éclatant que, le soir de la première représentation,\nle public fit une espèce d'émeute qui dura une demi-heure, parce que Rossini,\nrappelé à grands cris, se refusait à paraître sur la scène. Les applaudissements\nne manquèrent pas non plus aux interprètes, qui étaient . les deux Nourrit,\nDerivis et mademoiselle Cinti (celle qui devait plus tard rendre célèbre le\nnom de Damoreau, en créant le personnage d'lsabelle, dans Robert le Diable,\net, à l'Opéra-Comique, celui d'Angèle, dans le Domino noii ).\n«Au lendemain du Siège de Corinthe, les feuilletons des journaux, qui\njusque-là avaient tenu rigueur à Rossini, sont obligés de lui rendre les armes,\nLa Quotidienne imprima cette phrase qui est à retenir : « Rossini a fait une\nespèce de révolution en musique. » En effet, cet homme prédestiné arrivait\ncomme un Messie pour renouveler le vieux fond mélodique sur lequel on\nvivait depuis tant d'années. Et à sa suite, on vit s'illustrer, quoique partici-\npant de lui à des degrés divers, les Auber, les Hérold, les Meyerbeer, les\nDonizetti, les Halévy, toute la pléiade enfin des glorieux créateurs du réper-\ntoire romantique.\n« L'étincelle communiquée à tous ces beaux esprits par le génie de Rossini\ny a déterminé comme une explosion de vie. Aussi leurs œuvres, écloses\nsous le rayonnement de la lumière mélodique, ont-elles encore 1 incandes-\ncence de leur jeunesse première. Le temps ne les a point refroidies.\n« C'est pourquoi nous sommes encore sous le régime de la musique née\ndans la période de 1826 a 1840. Il y a meme cette remarque a faire . qu au-\njourd'hui le drapeau du romantisme ne flotte plus que sur l'Opéra. »\n« .... LE TANNHŒUSER, Le Tannhœuser cacophonique fut imposé à la\ndirection de l'Opéra par la cour des Tuileries, que les influences de la diplo-\nmatie allemande avaient circonvenue. Les frais de mise en scène étaient\nconsidérables. M. Wagner s'était en personne chargé de diriger les études\nde sa scabreuse musique. Les chanteurs qu'on lui avait confiés, au risque\nde leur ruiner la voix, étaient Morelli, Cazeaux, mademoiselle Sass, madame\nTedesco , mademoiselle Reboux. La condescendence avait été poussée\njusqu'à permettre à ce maestro de singulière espèce, d'introduire dans la\ntroupe de l'Opéra Meinher Niemann, un ténor tout à sa dévotion.\n«La première représentation fut donnée le i 3 mars 1861. Le public resta\nstupéfait, mais silencieux, pendant le tableau du Venusberg. Ce n'est qu'au\nchangement de décor et après la grotesque mélopée du prêtre, que le fou\nrire éclata dans toute la salle. Le reste de la soirée ne fut qu'un concert de\nhuées de toute sorte. Il n'y eut de répit que pendant l'exécution de la\nmarche au second acte ; le morceau fut même bissé.\n« Après trois représentations tumultueuses, le Tannhœuser fut interdit par\nla police comme un scandale public. Et depuis ce temps, M. Wagner, bien\nà l'abri de l'autre côté du Rhin, n'a cessé d'expectorer contre la France les\ninjures les plus allemandes."}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "91", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.52", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2873, "texte": "« Rossini a eu longtemps la partition de Tannhœuser, jouée à l'envers sur\nson piano ; et quand quelqu'un lui en faisait l'observation, il répondait avec\nsa malice méridionale :\n« Que voulez-vous, j'ai essayé de jouer cette musique dans l'autre\nsens... ça ne va pas! »\n—Le Nord annonce que madame Pleyel a, par son testament, légué\n10,000 francs à l'Association des artistes musiciens. Elle aurait, de plus,\nordonné que le produit de la vente de ses bijoux fût converti en rentes au\nprofit des artistes nécessiteux.\nUlndépendance belge et Paris-Journal résument et complètent la notice\nconsacrée à la grande artiste dans la biographie universelle des musiciens.\n« Madame Marie Pleyel, dont nous avons annoncé la mort, était une des\npianistes les plus célèbres de notre époque. Née à Paris, le 4 juillet 1811,\nde parents belges, elle était la sœur de Moke, réminent professeur de\n1 Université de Gand, membre de l'Académie de Belgique, mort récemment.\n« Dès ses premières années ,elle avait manifesté beaucoup de goût pour la\nmusique, et des dispositions exceptionnelles qui la firent remarquer par les\nartistes, et notamment par le célèbre pianiste Moschelès, qui lui donna des\nleçons, après que J. Herz eut formé son talent naissant. Plus tard, elle reçut\ndes conseils de Kalkbrenner, qui représentait, à cette époque, avec éclat,\nl'école de Clementi. C'est à ce maître que madame Pleyel fut en partie\nredevable des éminentes qualités qui distinguaient son jeu essentiellement\ngracieux, élégant, limpide et spirituellement délicat.\n« Dès l'âge de 15 ans, Marie Pleyel se fit entendre en public, et sa\nrenommée devint bientôt européenne. Applaudie à Paris, à Saint-Péters-\nbourg, à Dresde, à Prague, à Vienne, à Rome, elle eut l'honneur d'être\ncélébrée avec enthousiasme par Mendelsshon, Schumann, après ses concerts\nau Gewandhaus de Leipzig, en 1838.\nA Vienne, Liszt se fit un plaisir de la présenter au public, et de s'effacer\npour lui laisser la place d'honneur.\n« En 1848, madame Pleyel fut nommée professeur de piano au Conserva-\ntoire de Bruxelles, et, depuis lors, toute vouée à l'enseignement, ses tour-\nnées artistiques devinrent moins fréquentes. Dans ces dernières années,\nelle s était retirée complètement de la carrière artistique pour ne plus se\nlaisser entendre que d'un petit nombre d'amis qu'elle se faisait une joie de\nréunir hebdomadairement dans ses salons. On se rappelle comme elle fut\nfêtée l'année dernière, lorsqu'elle reparut en public, couronnant par une\nbonne œuvre une vie toute de victoires et de triomphes.\n(( Elle avait épousé, à Paris, M. Camille Pleyel, le célèbre facteur de\npianos, dont elle se sépara après quelques années de mariage.\n« Madame Pleyel avait renoncé à l'enseignement depuis trois ans. Elle\navait été remplacée au Conservatoire par M. Auguste Dupont. >»\nLa célèbre pianiste a été inhumée dans le cimetière de Laeken."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "92", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.53", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3386, "texte": "Dans la séance du i 3 mars 1875, M. Victor Massé a lu à l'Académie\ndes beaux-arts une Notice sur la vie et les travaux dAuber, qui contient sur\nl'illustre maître plus d'un trait caractéristique:\n« Get Anacréon de la musique recherchait surtout la société des femmes;\nen France, la réputation de vert-galant n'a jamais nui à personne, Son esprit\nest resté proverbial, et pourtant Auber ne soutenait jamais une conversation;\nil y prenait part, sans doute ; mais, comme un habile archer derrière une\npalissade, il attendait le moment venu pour lancer le trait qui résumait et\nterminait. Ses mots étaient, comme ses motifs, vifs et saillants.\n« Il répondait avec bonne grâce aux questions qu'on lui adressait sur sa\nmanière de vivre, comprenant que cette curiosité était un hommage rendu à\nsa grande notoriété; nous savions tous ainsi qu'Auber avait deux facultés\nqui lui donnaient, selon lui, de la santé et du temps : manger fort peu (un\nseul repas par jour) et ne guère dormir.\n« Il parlait très volontiers de son art, et sa conversation sur ce sujet était\ntoujours intéressante : « La musique n'est pas dans la musique, me disait-il,\nelle est dans une femme demi-voilée qui passe, dans le tumulte d'une fête,\ndans un régiment qui s'éloigne » L'affirmation exagérée d'Auber doit\nêtre prise pour ce qu'elle veut dire ; pour ma part, je crois volontiers que\nc'est l'impression du régiment qui s'éloigne qui lui a dicté la première partie\nde l'ouverture de Fra Diavolo.\n« Il y avait dans sa nature l'amour du monde uni à un singulier désir de\nsolitude. Ainsi, après le théâtre, vers une heure du matin... on apercevait le\nspirituel vieillard, la tête légèrement inclinée vers l'épaule, les mains dans\nles poches de son paletot grisâtre, regagnant tranquillement sa maison de la\nrue Saint-Georges; il rentrait, et sa lampe de travail restait bien souvent\nallumée jusqu'au jour\n« Peu d'hommes ont été aussi constamment heureux qu'Auber; car les\ngrands succès obtenus lui avaient donné la philosophie qui fait supporter les\nmécomptes inséparables de la vie du compositeur au théâtre. Il était au\ncomble des honneurs et de la gloire. Sa fortune, gagnée noblement par son\ntravail, l avait rendu indépendant. Des faveurs spéciales, rarement obtenues\npar un artiste de son vivant, lui avaient été accordées avec munificence; il\npouvait passer dans une rue monumentale portant son nom et voir son\nbuste décorer la façade du nouvel Opéra... Il disait spirituellement à ce sujet :\n« Haussmann a bien voulu me faire crédit ! »\n« Mais il n'est pas permis à une créature humaine de posséder une somme\naussi grande de bonheur continu; le moment approchait où lui aussi allait,\nselon l'expression d'un poète, « s'acquitter de souffrir. » Les malheurs de la\nFrance le frappèrent au cœur. Il ne voulut pas s'éloigner de son cher Paris;\nil y resta pendant le siège, il y resta même pendant la Commune. Sa fine\ngaieté s'était émoussée, son front s'était assombri.\ndéfaut, disait-il avec mélancolie, j'ai trop vécu! » Pourtant il travaillait encore\net avait commencé quelques esquisses de musique de chambre. Il demanda à\nun ami de lui apporter les quatuors de Haydn, de Mozart et de Beethoven,\nen ajoutant avec son sourire d'autrefois : « Ces chefs-d'œuvre me décideront\nsans doute à brûler ce que j'ai commencé! »\n« La mort l'avait marqué pour le départ. Chose touchante, pour indiquer"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "93", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.54", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2889, "texte": "les progrès du mal, il disait d'une voix défaillante : « Je ne peux plus tenir\nma plume; je ne peux plus travailler ! »\n« Il rendit l'âme le 12 mai 1871. On était en pleine Commune. Son corps\nfut déposé provisoirement dans l'église de la Trinité, et, après l'arrivée de\nl'armée française, un service religieux digne de lui y était célébré le i 5 juillet\nsuivant.\n« Auber attend sa sépulture; ses amis, ses admirateurs veulent lui élever\nun monument en échange de celui qu'il a élevé lui-même pour sa gloire et pour\ncelle de son pays; ce monument-là est fait avec la Muette, le Maçon, le\nPhiltre, Fra Diavolo, Aete'on, Haydée, le Domino noir, et avec tant d'autres\nouvrages; il est solide,., et vivra plus longtemps que l'œuvre de pierre qu'on\nlui destine î »\n—Le nom du musicien Philidor vient d'être donné à une rue de Paris.\nCette rue est située dans le 20e arrondissement, entre la rue de Lagny, le\nchemin de fer de ceinture et la rue des Maraîchers. Elle portait le nom de\nrue des Gouttes-d'Or, qui lui était commun avec une autre rue, située dans\nle 18e arrondissement. C'est sur la demande de M. Hérold, conseiller muni-\ncipal du quartier, que ce nom a été changé en celui de rue Philidor, par\ndécret du Président de la République, en date du 10 février ißys.\nDeux bibliophiles aussi entreprenants qu'érudits se sont mis en tête de\nressusciter le fameux Almanach des Spectacles, continuant l'ancien Aima-\nnach des Spectacles, publié de 1753 à 1815.\nLe premier volume de cette nouvelle série, bijou typographique, sorti\ntout pimpant des presses de Jouaust, est en vente à la Librairie des Biblio-\nphiles. Nous l'annonçons, avec les sous-entendus les plus flatteurs, et nous\nen félicitons chaudement les ingénieux auteurs. MM. Paul Miliiet et Albert\nSoubies, hommes de ressources et d'invention, en tout point capables de\nmener leur tâche à bonne fin.\nAu milieu du siècle dernier, un éditeur se proposa de publier, chaque\nannée, le plus de renseignements intéressants qu'il pourrait réunir sur\nl'histoire des théâtres de Paris. Il donna à cette publication le nom à!Aima*\nnach des Spectacles. La collection complète en est rare aujourd'hui, et la\nfaveur dont elle jouit encore laisse espérer qu'un ouvrage destiné à la con-\ntinuer sera bien accueilli du public.\nLe nouvel Almanach des Spectacles s'adresse, comme l'ancien, aux ama-\nteurs de théâtre et aux bibliophiles. Ils y trouveront la liste complète des\npièces nouvelles jouées en France pendant l'année, le tableau du personnel\nadministratif et artistique des théâtres de Paris et le résumé de leurs\ntravaux.\nL 1 Almanach des Spectacles comprendra en outre, sous les titres variés de\n« concours, liste des auteurs dramatiques vivants et des critiques, bibliogra-\nphie, nécrologie,» tous les documents qui se rattachent directement à l'étude\ndu Théâtre.\nLa plus large place sera donnée naturellement à la Comédie-Française^"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "94", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.55", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2306, "texte": "dont l'histoire se confond avec celle de notre littérature dramatique, et\nmême, pour placer en quelque sorte ce livre sous son patronage tout artis-\ntique, on a substitué au frontispice qui figurait en tête des volumes de\nl'ancienne collection le portrait à l'eau-forte des sociétaires reçus dans\nl'année. M. Léon Gaucherel, qui a déjà gravé les portraits d'un certain\nnombre d'artistes de la Comédie-Française, a bien voulu se charger de\nl'exécution de ce travail.\nLe format adopté est celui de l'ancien Almanach des Spectacles. L'impres-\npression est faite avec les élégants caractères elzéviriens que M. Jouaust\nemploie pour ses éditions de bibliophiles. Le texte est orné de fleurons et\nde culs-de-lampe dans le style du XVIIIe siècle. Les couvertures, tirées en\ndeux couleurs, sont imprimées sur papier double. Le tirage est fait sur\npapier de Hollande et ne dépasse pas 500 exemplaires.\nA l'intention des amateurs, on fera un tirage spécial de 12 exemplaires\nsur papier de Chine, et 12 sur papier Whatman. Les exemplaires seront\nnumérotés.\nLe programme du concours de composition musicale pour le grand\nprix de Rome vient d'être arrêté de la manière suivante :\nConcours d'essai: Entrée en loges, au Conservatoire, samedi i 5 mai, à\ndix heures du matin ; sortie, vendredi 21 mai, à midi. Jugement: samedi\n22 mai.\nConcours définitif: Entrée en loges, samedi 29 mai, à dix heures du\nmatin ; sortie, mardi 22 juin, à dix heures du soir\nJugement préparatoire, au Conservatoire, vendredi 2 juillet. Jugement\ndéfinitif, à l'lnstitut, samedi 3 juillet.\nLes candidats peuvent se faire inscrire au secrétariat du Conservatoire,\njusqu'au mercredi 12 mai.\nLa Société des auteurs et compositeurs a décidé que M. Halanzier,\ndirecteur de l'Opéra, n'ayant pas rempli les clauses du traité qui le lie à la\nSociété en ne jouant pas un acte inédit, devait payer une somme de 2,000 fr.\nà titre d'indemnité à la Société des auteurs. M. Halanzier, tout en essayant\nde se défendre en alléguant des raisons raisons qu'il a déjà maintes et\nmaintes fois exposées au public dans différentes lettres ou communications\ns'est exécuté de bonne grâce. Toutefois, il avait demandé, avant de payer,\nque le délai, qui expirait fin janvier, fût prolongé jusqu'à fin avril; la chose lui\na été formellement refusée."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-04-15-01-c023", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-04-15_01#c023", "volume": "bmtnabc_1875-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "95", "page_fin": "96", "image_debut": 56, "image_fin": 57, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.2.6.3", "titre_corps": "NOUVELLES", "titre_sommaire": "NOUVELLES", "signature_source": "Pour l'article Varia : Le Secrétaire de la Rédaction, O. LE TRIOUX", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 56, "page_imprimee": "95", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.56", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 1915, "texte": "NOUVELLES\n\nARIS. Opéra. M. Boudouresque, basse profonde, dont nous\navons annoncé l'engagement, vient de débuter dans la Juive.\nTrès prochainement les Huguenots, avec M. Villaret.\nOn annonce l'arrivée à Paris de mademoiselle de Reschi, une chanteuse\nque M. Halanzier a engagée dernièrement à Milan, sur les conseils de\nMM. Merelli et Filippi.\nMademoiselle de Reschi débutera dans Faust ou Robert.\nMademoiselle de Reschi appartient à l'une des plus grandes familles de\nVarsovie. Elle vient avec des lettres de recommandations signées de toute\nl'aristocratie. Ajoutons qu'elle e>t riche, jeune et belle, ce qui ne gâte rien.\nOpéra-Comique. Richard-Cœur-de-Lion a été repris dimanche dernier.\nLe baryton Melchissédec, qui chanteßlondel, se classe hors de pair; il a été\nchaudement applaudi-\n— Samedi prochain, répétition générale du Requiem de Verdi, dont 011\ndonnera sept auditions par autorisation spéciale du ministre.\nSalle Ventadour. Mardi, 27 avril, aura lieu sous la direction de M. Danbé\nla première audition de la Tour de Babel, drame biblique en quatre tableaux,\nde M. Antoine Rubinstein.\nVariétés. On a lu aux artistes une opérette en trois actes, de MM. Nuit-\nter, Mortier et de Saint-Albin, musique de M. Serpette.\nLes principaux rôles de cet ouvrage, qui a pour titre : le Manoir du Pic-\nTordu, sont destinés à MM. Pradeau (débuts), Léonce, Baron, Berthelier,\nmesdames A. Duval, Bertall et Douvé.\nLes répétitions vont commencer immédiatement; mais la pièce ne passera\nqu'après une reprise de la Petite Marquise, qui sera accompagnée du Passage\nde Vénus, de MM. Meilhac et Halévy.\nFolies-Dramatiques. La première représentation d'Alice de Nevers,\nl'opérette de M. Hervé, aura lieu mercredi prochain.\nConservatoire de musique. Voici le programme de l'exercice public des\nélèves du Conservatoire, qui aura lieu le dimanche 25 avril, sous la direction\nde M. Deldevez :\ni° Symphonie en ré, de Beethoven;"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "96", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.57", "debut_caractere": 120, "fin_caractere_exclue": 1094, "texte": "2° Air et chœur d'Armide, de Gluck.\n3° Finale du premier acte d'Obéron, de Weber;\n4° Andante et finale du trio pour piano, violon et violoncelle, de Men-\ndelssohn ;\n5° Entracte et prière de Joseph, de Méhul;\n7e Romance en fa, pour le violon, de Beethoven, exécutée par mademoi-\nselle Pommereul;\n7° Air des Noces de Figaro, de Mozart, chanté par madame Belgirard ;\n8° Bénédiction des drapeaux, scène et chœur du Siège de Corinthe, de\nRossini.\nMademoiselle Krauss a obtenu dimanche, au Conservatoire, un brillant\nsuccès dans la Mort de Diane.\nL'auteur de cette belle page, M. Vaucorbeil, a dû être heureux d'entendre\nson œuvre d'une manière aussi supérieure.\nRenaissance. M. Daniel, le professeur de chant bien connu, vient d'être\nengagé par M. Hostein pour créer, à la Renaissance, un rôle important dans\nIndigo, qu'on veut toujours donner fin avril, quoique Girojîé-Girofla fasse\nencore beaucoup d'argent.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[49]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.1", "texte": "LE THÉÂTRE LYRIQUE\nET LES JEUNES COMPOSITEURS\n\nOILA quatre ans que nous sommes sans Théâtre-\nLyrique. Cette lacune est desplus funestes pour\nl'art musical ; elle a créé à nos compositeurs\nune situation déplorable, dont il importe de\nles tirer au plus vite, s'il nous reste quelque\nsouci de notre honneur artistique et de l'avenir\nd'un art qui a déjà contribué à jeter tant d'é-\nclat sur le nom français.\ni\nJe dis que le Théâtre-Lyrique n'existe plus\ndepuis quatre ans. On m'objectera sans doute, qu'il y a deux mois à peine,\nun théâtre, chargé des intérêts de lart français contemporain et pourvu\nofficiellement de tous les privilèges du Théâtre-Lyrique, donnait des re-\nprésentations d'un opéra allemand, composé en 1822. C'est vrai ;\n\nVIII.\n1"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "50", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.2", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nnéanmoins il me paraît plus conforme àla logique, sinon à la réalité des\nfaits, de considérer le Théâtre-Lyrique comme ayant cessé d'exister de-\npuis l'incendie de la salle delà place du Châtelet. Sans doute, M. Mar-\ntinet avait hérité du privilège et Pavait transplanté dans le sous-sol de\nla rue Scribe, mais il est bien évident pour tout le monde que, si en sa\nqualité de cave à l'abri des obus, la salle de l'Athénée pouvait être, au\ntemps du siège, la meilleure salle de Paris, elle ne saurait, dans les cir-\nconstances à peu près normales ou nous vivons présentement, tenir lieu\nde Théâtre-Lyrique. D'ailleurs les événements l'ont bien prouvé. Mal-\ngré l'activité peu commune qu'ils déployèrent dans leur administration,\nM. Martinet et après lui M. Ruelle furent écrasés par les difficultés\nd'une entreprise qu'il était impossible de mener à bonne fin. M. Marti-\nnet n'avait guère donné que des reprises; mais du n octobre 1872\nau 22 juin iBy37 M. Ruelle fit jouer vingt-six actes nouveaux,\net notez qu'il n'avait ni subvention, ni cahier des charges. Grâce à lui,\nopéras inédits purent voir le jour. De ces seize ouvrages, bien peu\nsurvivront à leur passage éphémère sur la petite scène de l'Athénée. Il\nn'en est pas moins vrai que cette petite scène, érigée de par la force des\névénements en Théâtre-Lyrique, a encore servi à quelque chose, ne fût-ce\nqu'à nous faire connaître deux ouvrages d'une réelle valeur, la Gu\\la\nde VÉmir, de M. Th. Dubois, et surtout Madame Turlupin, de\nM. Guiraud, et à favoriser les premiers essais de plusieurs musiciens in-\nconnus, dont quelques-uns ont fait preuve d'un certain mérite. Cependant\nces résultats, si féconds en apparence, n'ont pas été au fond d'un grand\nprofit pour l'art, et il ne pouvait guère en être autrement. C'est qu'en\neffet, la scène minuscule de l'Athénée serait, à la rigueur, suffisante pour\nle vaudeville et l'opérette, mais les ouvrages d'un genre plus sérieux et\nplus relevé, tels que le drame lyrique et l'opéra comique, ne sauraient en\naucune façon cadrer avec la nature et les proportions de ce théâtre. Par\nsuite de ces impossibilités matérielles et faute des ressources nécessaires\npour mettre en scène des ouvrages importants, les directeurs du Théâ-\ntre-Lyrique étaient réduits à ne monter que de petites pièces en un ou\ndeux actes, dont la représentation n'offrait qu'un très médiocre intérêt\nau point de vue des développements de l'art musical. L'art n'a donc tiré\naucun profit de cette activité dépensée en pure perte, et l'on peut avan-\ncer, sans hésitation, que l'Athénée n'a jamais suppléé effectivement au\nThéâtre-Lyrique,détruit sous la Commune. Enfin décompté, MM. Mar-\ntinet et Ruelle succombèrent l'un après l'autre à la mauvaise fortune qui\nn'a jamais cessé de s'attacher àla petite salle de la rue Scribe, et, le 3\ndécembre 1873, le Théâtre-Lyrique fermait définitivement ses portes."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "51", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.3", "texte": "LE THÉÂTRE LYRIQUE, ETC.\n\nUn an après, M. Bagier entreprit de le reconstituer à la salle Venta-\ndour : l'Etat lui concéda le privilège et rétablit en sa faveur une subven-\ntion de 100,000 francs. Mais au lieu de donner tous ses soins à faire\nprospérer une entreprise d'une utilité incontestable, M. Bagier s'embar-\nqua malheureusement dans une combinaison incompréhensible, qui de-\nvait le conduire à une chute inévitable, dès les premiers jours de son\nadministration. Etant donné le Théâtre-Italien qui ne peut vivre sans\nsubvention, et le Théâtre-Lyrique pour lequel une subvention de cent\nmille francs est notoirement insuffisante, M. Bagier avait conçu le des-\nsein de taire marcher les deux entreprises avec une subvention unique\nde cent mille francs. Le secret de cette combinaison franco-italienne\nconsistait, d'après lui, à réunir les deux théâtres sous une même direc-\ntion, procédé renouvelé du système bien connu de ce marchand qui per-\ndait sur chaque objetvendu, mais qui se rattrapait sur la quantité. Qu'ar-\nriva-t-il ? C est qu au bout de trois mois le Théâtre-Italien avait absorbé\ntoutes les ressources liquides de l'entreprise, et que le Théâtre-Lyrique\nouvrit ses portes le 7 janvier, pour les refermer quinze jours plus tard,\naprès avoir donné six représentations du Résultat final :\nnous n'avons plus ni Théâtre-Italien, ni Théâtre-Lyrique. Du premier\nnous faisons sans regret notre deuil; le Théâtre-Italien dans les condi-\ntions où. nous 1 avons vu fonctionner depuis cinq ou six ans, n'avait plus\naucune raison d'être au point de vue artistique, mais il en est tout au-\ntrement du Théâtre-Lyrique, dont la suppression est, à nos yeux, une\nvéritable calamité, ainsi que nous allons essayer de le démontrer.\nÉtant donné le système de centralisation excessive qui étreint notre\npays, on peut dire qu'il n'y a en France qu'un centre de production\nartistique ; Paris. Paris seul produit, Paris attire et concentre dans son\nsein toutes les forces actives du pays. Cette remarque, qui s'applique à\ntous les arts en général, est particulièrement frappante en ce qui con-\ncerne l'art dramatique et lyrique. Ainsi, tandis qu'en Allemagne et en\nItalie nous voyons la production artistique se répartir à peu près égale-\nment entre plusieurs grands centres, chez nous le mouvement drama-\ntique et musical se trouve localisé sur un seul point : il émane tout entier\ndes théâtres de Paris. Or, nous n'avons actuellement à Paris que deux\nthéâtres lyriques: l'Opéra et l'Opéra-Comique; est-il besoin d'entrer\ndans de longs développements pour démontrer que scènes ne sau-\nraient suffire à la production musicale d'un pays tel que le nôtre. Com-\nment! voilà une nation qui se pique, non sans quelque raison, d'être à la\ntête du mouvement artistique en Europe, et elle n'a que deux théâtres à\nmettre au service de ses compositeurs ? Or, de ces deux théâtres, l'Acadé-"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "52", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.4", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nmie de musique ne peut guère monter par an plus de deux opéras en cinq\nactes et de deux ballets. On ne peut pas exiger de l'Opéra-Comique plus\nde trois ouvrages en trois actes et autant d'ouvrages en un acte, total par\nannée : deux opéras, deux ballets et six opéras comiques, en tout\nouvrages nouveaux. Je parle en théorie, bien entendu, car si je m'at-\ntachais uniquement à ce qui se pratique, je me trouverais loin de compte;\non sait de reste que la production annuelle dans ces deux théâtres, est\nloin d'atteindre le chiffre pourtant très modéré que j'indiquais plus\nhaut. Ainsi donc, pour en revenir à la réalité des faits, la France ne\nproduit par an, dans les années de fertilité exceptionnelle, que cinq ou\nsix ouvrages lyriques, tandis qu'en Italie et en Allemagne, en Italie\nsurtout, les opéras nouveaux se comptent par trente et quarante, et\nencore la plupart des théâtres ne fournissent guère par an qu'une cam-\npagne de six mois au plus. Ne serait-on pas autorisé à voir là une des\ncauses de notre infériorité musicale, comparativement aux deux pays\nqui ont toujours tenu le premier rang dans cette branche de l'art. En\ntout cas, je crois qu'il ressort bien clairement de cet aperçu, que le nom-\nbre de nos scènes musicales est absolument insuffisant, et que l'existence\nd'une troisième scène est d'une utilité incontestable. Donc, en nous\nplaçant au point de vue général du régime théâtral français, nous ar-\nrivons à cette première conclusion : que le Théâtre-Lyrique est néces-\nsaire comme appoint, bien incomplet encore, mais comme appoint im-\nportant au nombre trop restreint de nos scènes musicales. A un autre\npoint de vue plus particulier et qui se rattache à l'organisation de nos\nthéâtres et aux errements de leur administration, la nécessité du Théâtre-\nLyrique éclate avec bien plus d'évidence encore.\nNos deux théâtres de musique portent le nom de théâtres nationaux,\n/\nc'est-à-dire qu'ils sont placés sous la haute surveillance de l'Etat» Ils\nreçoivent de lui une subvention, moyennant laquelle ils s'engagent à\nobserver les clauses d'un cahier des charges qui règle les conditions de\nleur entreprise, et notamment à jouer par an un certain nombre d'actes\nnouveaux. Pour ce qui est de cette dernière obligation, on sait qu'en\ngénéral MM. les directeurs ne mettent pas grand empressement à s'y\nconformer. Ils ont un répertoire courant, qui suffit tant bien que mal à\nl'exploitation du théâtre, et ils ne se soucient guère d'en sortir pour tenter\nles aventures. C'est tout au plus s'ils peuvent se décider de temps en\ntemps à le rajeunir, au moyen de quelque reprise, et ce n'est qu'à la der-\nnière extrémité, et le plus souvent sous la pression salutaire de l'opinion\npublique, qu'ils se résignent à monter un ouvrage inédit. Cet ouvrage, à\nqui le demanderont-ils? A une célébrité, naturellement, à un composi-"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "53", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.5", "texte": "LE THÉÂTRE LYRIQUE, ETC.\n\nteur qui ait autorité sur le public et dont le nom fasse recette. Mais les\ncélébrités ne sont pas déjà si communes, surtout de nos jours, et puis\nd'ailleurs, elles peuvent n'avoir rien de prêt. Il y a bien encore ce qu'on\nappelle les jeunes compositeurs, mais il faudrait bien se garder d'en par-\nler au susdit directeur. Le public parisien a toujours nourri une méfiance\ninexplicable à l'endroit des jeunes. En général, tout début ne lui inspire\nqu'une très médiocre sympathie et, du moment qu'il ne peut s'appuyer\nsur aucun précédent, dès qu'il se sent en face de l inconnu, le voilà\naussitôt qui tâte, qui hésite, qui devient soupçonneux à l'excès; il craint\nde trop s'avancer ; il a peur de se compromettre et, si par hasard il tombe\nsur un succès, il y regarde à deux fois avant de l'affirmer par ses applau-\ndissements.\nMais c'est bien autre chose de la part des directeurs de théâtre!\nMonter l'ouvrage d'un jeune compositeur équivaut pour eux à se jeter\ntête baissée dans l'inconnu; c'est risquer une forte somme sur un coup\nde hasard; c'est tenter la fortune sans aucune garantie de réussite. Sans\ndoute ils ont entendu l'ouvrage, et vous me direz qu'ils doivent savoir à\nquoi s'en tenir sur sa valeur. Soit, je vais plus loin ; j'admets que l'ouvrage\nsoit plein de mérite et que le directeur lui-même lui reconnaisse une\nréelle supériorité. Oui, mais ce compositeur n'a encore rien donné, ou\nbien il a peut-être commis, à sa sortie de l'école, quelque insipide bana-\nlité en un acte où il s'est bien gardé de sortir des moules consacrés et des\nformules aimées du public. Dans son nouvel ouvrage, c'est tout autre\nchose : il s'est affirmé avec plus de hardiesse ; il a peut-être brisé avec\nles saintes traditions de l'école et les errements sacro-saints de la routine\net, pour la première fois, il s'est laissé aller librement à son inspiration\npersonnelle, il a obéi à son tempérament, en un mot, il s'est créé une\nmanière à lui. Une manière ! ah! voilà précisément le danger ; qui nous\nassure que cette manière plaira au public? Le public, lui aussi, a sa\nmanière, et cette manière, c'est la routine. 11 est habitué à de certains\neffets, à de certains types consacrés par l'usage et par de nombreux\nsuccès; ces formes lui plaisent, il les attend, il les souligne au passage par\nses applaudissements et, de cette façon, il peut, tout en goûtant un plai-\nsir sans efforts, juger immédiatement de la valeur du morceau qu'on lui\nprésente en se reportant aux chefs-d'œuvre du genre. Supposez mainte-\nnant que le musicien se soit lancé dans les qu'il se soit\nefforcé de donner à sa pensée un tour personnel et de rompre avec les\nvieilles formules cent fois ressassées et depuis longtemps rebattues, voilà\nle public en déroute ! Il perd la tête, il n'écoute plus, et d'un mot il con-\ndamne le révolutionnaire qui s'est permis d'opposer sa manière à la"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "54", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.6", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nsienne: c'est un musicien de l'avenir ! En attendant, tout cela ne fait\npas l'affaire du directeur, qui se trouve un beau matin avec une pièce\nsur les bras, une pièce de beaucoup de mérite sans doute, mais qui ne\nfera jamais un sou.\nOn ne le reprendra plus à jouer les jeunes! têtes folles, qui ne rêvent\nque plaies et bosses et qui veulent se mêler de refaire l'éducation du\npublic ! Ah! parlez-nous des vieux compositeurs, des membres de l'lns-\ntitut ; ils ne pensent pas à régénérer l'art, ceux-là , ils ont le respect de la\nforme et de la tradition, et puis ils exercent sur la masse une autorité\nqui, une fois acquise, est rarement contestée. Sans doute ils peuvent faire\ndes choses médiocres, mais, neuf fois sur dix, la signature fera passer\nsur la médiocrité de l'ouvrage. Tentent-ils quelques innovations? Ne\ncraignez rien, le public écoutera avec déférence, il fera semblant de com-\nprendre, peut-être même comprendra-t-il; en tout cas, il ne se révoltera\njamais contre un membre de l'lnstitut, c est un musicien du passé!\nQuant aux jeunes, qu'ils aillent porter leurs essais ailleurs ! Fort bien,\nmais où iront-ils, ailleurs, quand on les aura mis à la porte de l'Opéra\net de l'Opéra-Comique? Rendez-leur le Théâtre-Lyrique et alors ils pour-\nront dire : nous allons clie\\ nous.\nLe Théâtre-Lyrique, tel que je le comprends, doit être une scène uni-\nquement destinée à monter les œuvres des jeunes compositeurs fran-\nçais, quelque chose comme une annexe du Conservatoire. Voilà, par\nexemple, un jeune musicien que vous avez élevé dans votre Conserva-\ntoire : il y a fait d'excellentes études, il sait admirablement son métier,\nvous lui donnez un grand prix et vous l'envoyez passer trois ans dans la\nVille Éternelle. Bien. Une fois à Rome, vous l'engagez à travailler avec\nardeur, vous avez les yeux sur lui et, chaque année, il devra vous en-\nvoyer une partition, qui sera lue par trois musiciens et ira ensuite\ngrossir les archives du Conservatoire. Très bien. Au bout de trois ans,\nle lauréat revient à Paris, il a fait son stage et il se prépare à entrer dans\nla carrière que vous lui avez ouverte. Mais, et c'est ici que je ne com-\nprends plus, à peine a-t—il mis un pied dans cette carrière, qu'il se trouve\narrêté dès les premiers pas. Il semblerait vraiment que vous vous croyiez\nquittes avec lui quand vous lui avez donné le grand prix, et vous ne faites\nrien pour lui faciliter les moyens d'exercer un art que vous lui avez en-\nseigné. Pourquoi cette exception en faveur des musiciens? car c'est là\nune exception. Aux peintres, vous ouvrez les expositions; aux ingé-\nnieurs qui sortent de vos écoles, vous réservez des emplois dans les ser-\nvices techniques, et vous n'auriez même pas un théâtre pour recevoir"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "55", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.7", "texte": "LE THÉÂTRE LYRIQUE, ETC.\n\nles premiers essais des lauréats de votre Conservatoire. Si vous faites des\ncompositeurs, c'est probablement pour qu ils composent des œuvres\nmusicales, et non pour qu'ils traînent misérablement leur vie à donner\ndes leçons de piano ou des répétitions de guitare! S'il en est autre-\nment, votre Conservatoire est inutile, fermez-le! Sinon, puisque vous\nne pouvez pas imposer aux directeurs de vos théâtres subventionnés\nl'obligation de jouer les jeunes, ayez au moins un théâtre, dont l'unique\ndestination sera de recevoir vos musiciens, c'est-à-dire les lauréats de\nvotre Ecole de musique, et de leur faciliter les débuts dans une carrière\nque vous leur avez proposée pour but de leurs études spéciales. Que la\ngrande sanction du prix de Rome ne soit plus une vaine distinction et un\nvoyage en Italie, mais une belle et bonne réalité, à savoir : l'admission\nau Théâtre-Lyrique!\nReste à savoir ce que sera ce Théâtre-Lyrique. Comment sera-t-il con-\nstitué? Comment fonctionnera-t-il? On peut concevoir plusieurs sys-\ntèmes.\nDans un premier système, le Théâtre-Lyrique serait, comme je le di-\nsais plus haut, une sorte d'annexe au Conservatoire;en d'autres termes,\nnotre Ecole nationale de musique comprendrait deux sections parallèles :\nire section, Enseignement, ou Conservatoire proprement dit; 2e section,\nPratique de l'art, ou Théâtre-Lyrique. Suivant cette hypothèse, le\nThéâtre-Lyrique serait administré directement par l'État qui en nom-\nmerait le directeur, comme il nomme le directeur du Conservatoire. Ce\ndirecteur pourrait être assisté soit d'un conseil d'administration, soit\nd'un comité d'examen, ou, ce qui serait infiniment préférable, placé\nsous la haute surveillance de l'Etat.\nDans un second système, l'administration du Théâtre-Lyrique serait\nconfiée à une entreprise particulière, laquelle serait soumise à un cahier\ndes charges et recevrait une subvention. Le chiffre de cette subvention\nserait naturellement à débattre; mais j'estime qu'il ne pourrait pas être\ninférieur à 300,000 francs. Quelque soit d'ailleurs le mode adopté pour\nl'administration du théâtre, le fonctionnement resterait toujours le\nmême, et ce fonctionnement, voici comment je l'entends :\nLe théâtre ouvrirait sans aucun répertoire : interdiction absolue de\njouer des ouvrages déjà représentés sur d'autres scènes ou des traductions\nd'opéras étrangers; interdiction non moins absolue de recevoir un ou-\nvrage d'un membre de l'lnstitut. Voilà donc le directeur obligé de se\ncréer un répertoire complètement neuf. A qui s'adressera-t-il ? Aux\njeunes! Il ne reste plus que les jeunes; il faut bien, bon gré mal\ngré, qu'il aille les chercher. Et d'abord il aura tous les grands prix de"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "56", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.8", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ncomposition, le prix de Rome, conférant au titulaire (suivant notre\nsystème) le droit de faire représenter trois actes au Théâtre-Lyrique. Il\naura encore il aura tous les compositeurs français (à l'exclusion des\nmembres de l'lnstitut) qui lui apporteront une œuvre de mérite et vrai-\nment digne d'être mise à la scène.\nMais, dira-t-on, tout cela peut paraître concluant sur le papier; il\nn'y a qu'un tout petit inconvénient, c'est que vous ne trouverez\npersonne qui consente à se charger du Théâtre-Lyrique avec les con-\nditions draconniennes que vous prétendez imposer à son directeur.\nErreur, erreur profonde; on n'aura que l'embarras du choix! Faut-il\nque je vous rappelle ce qui s'est passé à vingt reprises différentes pour\nl'Athénée? Comment ! Voilà un petit théâtre qui, pour des raisons que\nje ne me charge pas d'expliquer, n'a jamais fait de recettes, qui n'a pas\ncessé d'être poursuivi par une de ces malechances obstinées dont on\nn'avait jamais eu d'exemple avant lui ; un théâtre qui, par sa nature et\nses dimensions, rend impraticable toute tentative sérieuse et véritable-\nment artistique; et chaque fois qu'un de ses directeurs s'est vu forcé d'a-\nbandonner la partie après une ruine complète, il s'est rencontré tout aus-\nsitôt plus de dix insensés pour se disputer sa succession ! Et on ne trouve-\nrait personne pour administrer le Théâtre-Lyrique avec une subvention\nde 300,000 fr., on ne rencontrerait pas dans tout Paris un artiste assez\ndévoué aux intérêts de l'art national pour se charger de cette belle et\nutile mission de produire au grand jour nos jeunes compositeurs et d'ai-\nder au progrès et au développement de l'École française! Mission difficile,\nj'en conviens, mission qui exige des qualités éminentes; mais soyez\nconvaincus qu'il n'est nullement impossible à un homme intelligent de\nla mener à bonne fin, et veuillez croire qu'un directeur du Théâtre-\nLyrique, vraiment à la hauteur de sa tâche, saura parfaitement gagner\nde l'argent rien qu'en jouant nos jeunes compositeurs. Car parmi ces\njeunes musiciens qu'on dédaigné, parce qu'on ne les connaît pas, j'en\nconnais plus d'un qui est capable de faire, non pas seulement un bon\nopéra, mais un opéra à recettes. Que notre directeur hypothétique\naille demander quelque ouvrage nouveau à l'un de ces musiciens, qu'il\nle monte avec soin et sans luxe superflu, qu'il le fasse chanter par une\nbonne troupe d'ensemble, solidement constituée et absolument exempte\nde cette peste artistique qu on appelle des étoiles; et je vous réponds qu'il\nn aura perdu ni son temps, ni sa peine. Sans doute, il n'encaissera pas\ndes bénéfices scandaleux, et l'on ne dira probablement pas de lui qu'il\nmet chaque année la subvention dans sa poche; mais il saura trouver,\ndans une intelligente exploitation, les subsides nécessaires à l'entretien"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "57", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.9", "texte": "LE THÉÂTRE LYRIQUE, ETC.\n\nde son théâtre d'abord et aussi une rémunération suffisante de son activité\net de ses labeurs.\nCela me paraît si peu douteux, que je n'hésiterais pas à ajouter une\nnouvelle charge aux charges déjà si lourdes qui grèvent son entreprise.\nSi le directeur a réussi à mettre la main sur une œuvre très remarquable,\nsur un grand succès, il importe de ne pas laisser cette pièce s'éterniser au\nrépertoire et ralentir la production des œuvres nouvelles. Je créerais donc,\nen faveur de l'Opéra et de l'Opéra-Comique, une sorte de droit d'expro-\npriation, en vertu duquel ils pourraient faire passer dans leur répertoire\nl'œuvre dont il s'agit. Seulement, comme il est de toute justice que le\ndirecteur du Théâtre-Lyrique ne soit pas dépouillé sans compensation,\nje stipulerais que le droit en question ne pourrait s'exercer qu'après\nque la pièce aurait fourni un certain nombre de représentations au\nThéâtre-Lyrique, cent ou cent cinquante par exemple, et que les direc-\nteurs de l'Opéra et de l'Opéra-Comique ne seraient admis à s'approprier\nle bien de leur voisin que moyennant une juste et préalable indemnité,\nlaquelle serait, comme toutes les indemnités de ce genre, déterminée par\nun jury spécial.\nMais je m'aperçois que j'échafaude systèmes sur systèmes, hypothèses\nsur hypothèses. Tel n'est pas mon but. J'ai voulu simplement attirer l'at-\ntention sur une question qui intéresse au plus haut point l'art français.\nNous n'avons pas de Théâtre-Lyrique ; l'Assemblée nationale a voté,\npour ce théâtre, un subvention de 100,000 francs, qui reste sans emploi,\npar suite de la non réussite de l'entreprise de M. Bagier, et personne ne\nsemble se préoccuper de remédier à ce fâcheux état de choses, qui com-\npromet si gravement le présent et l'avenir de nos compositeurs français.\nJe demande donc qu'on rétablisse au plus vite une institution qui a\ndéjà rendu de si grands services à l'art national, et qu'on relève sans\nretard cette scène qui a produit Faust} Mireille, Roméo et Juliette, le\nMédecin malgré lui, la Statue, les Dragons de Villars, etc. L'ancien\nThéâtre-Lyrique avait servi aux débuts des Gounod, des Reyer, des\nMaillart, qui sont devenus les maîtres du théâtre contemporain; le nou-\nveau ouvrira la carrière aux Massenet, aux Guiraud, aux Bizet, aux\nLalo, aux Paladilhe, qui seront dans quelques années les maîtres de\nl'Ecole française.\n\nH. MARCELLO."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "58", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.10", "texte": "'OPÉRA, OU comme nous l'avons encore entendu dire à\ndes vieillards, le grand Opéra est, 011 le sait, un\nspectacle dont les éléments principaux furent emprun-\ntés à l'ltalie, un peu avant la seconde moitié du dix-\nseptième siècle, il y a plus de deux cents ans,\nDepuis 1600, le drame lyrique triomphait au-delà\ndes monts, sans avoir pu pénétrer dans notre pays si largement ouvert\nà toutes les nouveautés, principalement en fait de plaisir, et certes celui-\nlà charmait tous les sens par sa contexture, sa musique, ses danses, ses\ndécorset ses nombreuses transformations ; mais un préjugé, profondé-\nment enraciné dans les esprits, retardait encore l'introduction de Popéra\nen France. Notre langue (disait-on alors, et a-t-on répété bien des fois\ndepuis) est sourde, manque d'harmonie, et ne peut par conséquent\nse prêter aux modulations musicales. On sait comment des virtuoses\nétrangers, tels que Lulli, Gluck, Piccini, Rossini et Meyerbeer, pour ne\nciter que les plus illustres, ont réduit à sa juste valeur, c'est-à-dire à\nnéant, ce grief tant de fois mis en avant contre la naturalisation du\ndrame lyrique en France.\nBeaucoup de mise en scène, de costumes, de comparses, et de machines\nsurtout, distinguèrent tout d'abord l'Opéra, qui fut vraiment, pour les\nParisiens d'alors, la comédie des machines; et, fidèle à la tradition\nprimitive, l'Opéra a de plus en plus usé et même abusé des effets tout\nmatériels de la mise en scène.\n\nLE LIBRETTO\nDE\nPOMONE"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "59", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.11", "texte": "LE LIBRETTO DE POMONE\n\nAinsi laFesta teatrale délia opéra en cinq actes de Giovan\nBattista Balbi et Torelli, n'était qu'une sorte de parade musicale, dont les\nintermèdes présentaient un ballet de singes et d'ours, une danse d'au-\ntruches, une entrée de perroquets.\nLe succès immense de la Pastorale d 1 Issy décida et provoqua l'établis-\nsement de notre Académie royale de musique. Il existe sur la première\nreprésentation de la Pastorale un vrai feuilleton et assez détaillé, que\nPerrin rédigea en une lettre de deux pages, à l'adresse du cardinal de la\nRovère, inspirateur du libretto. Cette relation mérite de trouver ici sa\nplace, le plus naturellement du monde :\nA Monseigneur /'archevêque de Turin,\nParis, le 3o avril 1659.\n« Vous saurez donc, Monseigneur, que la Pastorale a été représentée\nhuit ou dix fois à la campagne, au village d'lssy, dans la belle maison de M.\nde la Haye : ce.que nous avons fait pour éviter la foule du peuple qui nous\neût accablés infailliblement, si nous eussions donné ce divertissement au mi-\nlieu de Paris. Tout nous favorisait, la saison du printemps et de la naissante\nverdure, et les beaux jours qu'il fit pendant tout ce temps-là, qui invitaient\nles personnes de qualité au promenoir de la plaine. La belle maison et le\nbeau jardin, la salle tout à fait commode et d'une juste grandeur; la décora-\ntion rustique du théâtre, orné de deux cabinets de verdure et fort éclairé; la\nparure, la bonne mine et la jeunesse de nos acteurs et de nos actrices, dont\ncelles-ci étaient de l'âge depuis quinze jusqu'à vingt-deux ans, et les acteurs,\ndepuis vingt jusqu'à trente, tous bien instruits et déterminés comme des\ncomédiens de profession. Vous connaissez les principaux, les deux illustres\nsœurs et les deux illustres frères, que l'on peut compter entre les plus belles\nvoix et les plus savantes de l'Europe; le reste ne les démentait point.\n« Pour la musique, vous en connaissez aussi l'auteur, et les concerts qu'il\nvous a fait entendre chez M, l'abbé Charles ne vous permettent pas de\ndouter de sa capacité. Tout cela joint aux charmes de la nouveauté, à la cu-\nriosité d'apprendre la réussite d'une entreprise jugée impossible et trouvée\nridicule aux pièces italiennes de cette nature, représentées sur nos théâtres;\nen d'aucuns, la passion de voir triompher notre langue, notre poésie et notre\nmusique d'une langue, d'une poésie et d*une musique étrangères ; en d'au-\ntres, l'esprit de critique, de censure, et, dans la meilleure partie, le plaisir\nsingulier et nouveau de voir que quelques particuliers, par un pur esprit de\ndivertissement et de galanterie, donnaient au public, à leurs dépens, en exé-\ncutant eux-mêmes la première comédie française en musique représentée en\nfrançais: toutes ces choses attirèrent à sa représentation une telle foule de\npersonnes de la première qualité, princes, ducs et pairs, maréchaux de\nFrance, officiers de cours souveraines, que tout le chemin d'lssy à Paris était\ncouvert de leurs carrosses.\n« Vous jugez, Monseigneur, que tout ce monde n'entrait pas dans la salle :\nmais nous recevions les plus diligents sur des billets donnés libéralement à"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "60", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.12", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nnos amis, aux personnes de condition. Le reste prenait patience et se prome-\nnait à pied dans le jardin, ou faisant de la plaine une espèce de cours, se don-\nnait au moins le passe-temps du promenoir et des beaux jours.\n« 11 me sied mal, Monseigneur, de vous dire à la louange de la pièce, mais\nil faut pourtant vous le dire, puisque je me suis engagé de vous en apprendre\nle succès, que tout le monde en sortait surpris et ravi de merveille et de plai-\nsir, et que de tant de têtes différentes de capacité, d'humeur et d'intérêts, pas\nun seul n'eut la force de l'improuver et de s'empêcher de la louer en toutes\nses parties : l'invention des vers, la représentation, la musique vocale et les\nsymphonies. Cette réputation donna la curiosité de l'entendre à Leurs\nMajestés. En effet, sur leur demande, elle fut représentée pour la dernière\nfois à Vincennes, où elles étaient alors, en leur présence, en celle de Son\nEminence et de toute la cour, où elle eut une approbation pareille et inespé-\nrée, particulièrement de Son Eminence »\nEnchantés de la réussite d'un premier essai, Perrin et Cambert s'occu-\npèrent de la composition d'Ariane; les répétitions de cet opéra étaient\nmême commencées, lorsque la mort de Mazarin suspendit l'exécution du\nnouvel ouvrage. Cet événement priva les arts d'un protecteur libéral et\nretarda les progrès du drame lyrique pendant plusieurs années.\nMais, Perrin ne se découragea pas et se fit concéder le fameux privilège\nde 1669 cc d'établir en la bonne ville de Paris et autres du royaume une\nce Académie composée de tel nombre et qualités de personnes qu'il advi-\ncc sera, pour y représenter et chanter en public des opéras et représenta-\n« tions en musique et en vers français, pareilles et semblables à celles\n« d'ltalie. »\nL'hôtel de Nevers, occupé depuis 1724, par la Bibliothèque royale,\nfut le premier siège de l'Académie de musique. Le cardinal Mazarin\navait amené l'opéra d'ltalie : un de ses héritiers protégea les premiers\nessais du drame lyrique français. C'est dans la galerie, depuis silen-\ncieuse, des imprimés, donnant sur la rue de Richelieu, que Ton fit les\nnombreuses répétitions de Ponjone, tandis que l'on transformait en\nsalle de spectacle le jeu de paume de la Bouteille, rue Mazarine, vis-à-\n---vis de celle de Guénégaud. Le passage du Pont-Neuf est ouvert aujour-\nd'hui sur l'emplacement de cette première salle de l'Opéra.\nC'est là que l'on applaudit avec enthousiasme Pomone, le premier\nopéra français représenté devant le public. C'est le 19 mars 1671 que\nPomone fut exhibée pour la première fois aux lueurs delà rampe. Le\npersonnel du chant se composait de cinq hommes et quatre femmes,\nquinze choristes et treize symphonistes à l'orchestre.\nLe libretto opérette des plus cascadantes (comme on dirait de nos\njours) prouve que Perrin, un novateur audacieux, n'avait pas cru"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "61", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.13", "texte": "LE LIBRETTO DE POMONE\n\ndevoir prendre au sérieux le bagage mythologique; cette pièce n'est\nqu'une suite de scènes décousues, sans action, en style de mirliton, etc.;\nmais comme dès lors le public s'attachait plus à la musique qu'aux pa-\nroles persuadé que l'ôn chante ce qui ne vaut pas la peine d'être dit,\npendant huit mois un immense succès s'attacha à cette macédoine, et\nPerrin eut pour son quart des bénéfices trente mille livres, ce qui était\nun assez joli denier pour l'époque.\nTentons une analyse du libretto de Pomone; cet opéra est intitulées-\ntorale, sans doute en souvenir du succès de la première œuvre de Perrin\net de Cambert à Issy, douze ans auparavant. Un prologue, assez court,\ndont la scène est au Louvre, ouvre Pomone ; les deux seules personnes\nqui y figurent sont la Nymphe de la Seine et Vertumne : leur dialogue\nroule sur les louanges du roi, et par suite sur les splendeurs de Paris au\ndix-septième siècle.\nLA NYMPHE DE LA SEINE.\nVertumne; que dis-tu de ma rive féconde ?\nVERTUMNE.\nJ'admire tes grandeurs et la félicité\nDe ta belle cité ;\nMais ta merveille la plus grande,\nC'est la pompeuse majesté\nDu roi qui la commande.\nDans l'auguste Louis, je trouve un nouveau Mars,\nDans sa ville superbe une nouvelle Rome ;\nJamais, jamais un si grand homme\nNe fut assis au trône des Césars :\nAussi sur la terre et sur l'onde\nCe monarque puissant ne fait point de projets\nQiie le ciel ne seconde.\nIl est Vamour et la terreur du monde,\nL'effroi de ses voisins, le cœur de ses sujets.\nQuelques vers encore pour expliquer la présence de Vertumne sur la\nscène de l'Opéra, et le prologue finit assez brusquement pour faire place\nà la pastorale, ainsi que s'intitule Pomone.\nActe ier. —Le théâtre représente les vergers de Pomone.\nDès la scène d'introduction, quatre personnages dont Pomone,\nprotestent avec la plus grande énergie contre le pouvoir tyrannique du\ndieu malin i\nPassons nos jours dans ces vergers,\nLoin des amours et des bergers."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "62", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.14", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nTelle est surtout Popinion de Pomone, nymphe des fruits; mais, Flore,\nen sa qualité de nymphe des fleurs, est bien moins inhumaine :\nAh! ma sœur, à quoi penses-tu^?\nVeux-tu bannir de ton empire\nCe dieu puissant dont la vertu\nAnime tout ce qui respire\nEt dont les fécondes chaleurs\nFont naître tes fruits et mes fleurs?\nUn embryon de duo à peine l'ombre succède à ces vers, et im-\nmédiatement le dieu des jardins suivi d'une troupe de jardiniers ;\nle dieu folichon chante cette ariette d'une versification médiocrement\nlyrique :\nSoulage donc les flammes\nDu grand dieu des jardins ;\nDe plaisirs éternels il sait remplir les âmes,\nRenonce pour jamais à l'amour des blondins,\nFaibles, trompeurs, inconstants et badins.\nUnissons nos cœurs et nos empires :\nAjoute aux fruits de tes vergers\nLes herbes de mes potagers :\nJoins mes melons à tes poncires (sic),\nEt mêle parmi tes pignons\nMes truffes et mes champignons.\nCela n'est-il pas du dernier galant et surtout bien troussé !... Faune\nsurvient, entrepiend le dieu susdit et lui dispute la possession de Po-\nmone, il a amene avec lui -**— on ne sait pourquoi une troupe de bou-\nviers. Pour mettre un terme àla querelle qui menace de s'envenimer,\nFlore piopose de faire chanter les jardiniers et danser les bouviers, afin\nde juger à qui doit être accordée la préférence. Après les couplets des\njardiniers, le dieu des jardins s adresse à d'un ton goguenard :\nEh bien) dans tes buissons,\nTes oiseaux chantent-ils de pareilles chansons ?\nFAUNE\nIl est vrai que jamais rossignols d}Arcadie\nN'ont fait pins douce mélodie.\nLa dessus les bouviers se mettent en branle pour une danse quelcon-\nque, au choix, passe-pied, menuet, gavotte ou sarabande. Mais quand\nil s agit de décider qui, des deux partis, mérite le prix et la couronne,"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "63", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.15", "texte": "LE LIBRETTO DE POMONE\n\nPomone d'humeur assez railleuse, fait apporter par ses nymphes\n« une corbeille dans laquelle est une couronne d'épines et une autre de\n« chardons. » Diable! c'est risqué, cela. Pourtant le dieu des jardins et\nFaune, au lieu de se fâcher, tournent la chose en plaisanterie; les chants\net les danses reprennent de plus belle, et l'acte se termine par un mono-\nlogue de Vertumne qui se désole de ne pouvoir fléchir le cœur de Po-\nmone dont il est vivement épris.\nLe deuxième acte amène un changement de décor; voici un parc de\nchênes (sic).\nSi Vertumne n'est pas aimé de Pomone, en revanche Béroé (dont il\nne se soucie guère) soupire pour lui; c'est toujours ainsi que cela se passe\nà l'Opéra et même ailleurs. Il faut dire que Béroé est la nourrice de Po-\nmone, et qu'elle a depuis longtemps passé l'âge où lon plaît ; elle se décide\nà faire quelques avances bien senties à Vertumne qui, ne sachant com-\nment s'en débarrasser, ne trouve rien de mieux que de se transformer en\ndragon, « et court à elle, comme pour la dévorer. » Béroé tient bon,\n« elle affronte le dragon, » tubleu ! Quelle amoureuse acharnée!\n»\nEh bien, cruel, soule-toi de mon sang :\nContente ton envie,\nDéchire-moi le flanc ;\nArrache-moi la vie :\nJe bénirai mon sort,\nEt je ne puis mourir d'une plus douce mort.\n« Le ciel brdle d'éclairs, le tonnerre gronde, la terre tremble, et douze\n« follets transformés en fantômes tombent du ciel dans un nuage en-\n« flammé. »\nBéroé ne s'effraie pas pour si peu.\nJe vous connais, follets, et vos illusions,\ndit-elle,\nMais Von ne peut former les glaces de la crainte\nOU régnent les feux de VAmour.\nC'est du marivaudage avant la lettre, cela, ou je ne m'y connais pas.\nSur un signe de Vertumne, quatre fantômes saisissent Béroé et l'em-\nportent en l'air. Pour le la nourrice a peur et grand'peur.\nAu secours, je suis morte 1\nOn nï*entraînef on m'emporte*"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "64", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.16", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nA ses cris, le dieu des jardins accourt avec quatre jardiniers pour\narracher Béroé des mains des fantômes; trop tard! Les jardiniers vont\ndonner une volée aux follets restés en scène, quand ceux-ci se métamor-\nphosent subitement en femmes : ici une scène plus que légère, la Tim-\nbale d'Argent est dépassée. Ce n'est plus du comique, c'est de la licence...\nà mots à peine couverts. Passons vite, n'est-ce pas ?\nAu moment où les jardiniers veulent embrasser les fausses femmes,\n« elles se transforment en autant de buissons d'épines. » Ce qui amène\nun trait :\nLe dieu des jardins et sa troupe, en se piquant, s'écrient :\nAh ! nous trouvons F épine où nous cherchons la rose.\nTroisième acte. Des rochers et de la verdure. Pomone revient avec\ndeux de ses nymphes et rencontre Yertumne qui, pour la séduire, se\nchange en Plutus, dieu des richesses, et métamorphose le paysage en un\npalais tout ruisselant d'or et de pierreries; vains efforts! Pomone n'é-\ncoute pas davantage Yertumne, qui sort désespéré ; du moins on le croi-\nrait; mais il reparaît en Bacchus et vante à Pomone les charmes du\nvin.\nEn f offrant l'empire du vin,\nJe t'offre l'empire du monde.\nPomone, qui a réponse à tout, riposte à l'instant même :\nNai-je pas dans le mien un jus doux et charmant,\nQiie Von chérit également?\nLES SUIVANTS DE VERTUMNE.\nO la comparaison étrange\nDu cidre au jus de la vendange !\nPomone et ses nymphes sortent, en se moquant de Vertumne. Faune\nsurvient, horriblement altéré; il implore « quelques larmes de vin »,\nmais Vertumne, qui veut se moquer de lui, le livre à ses suppôts pour\nqu'ils le mystifient. Chaque fois que Faune veut prendre une des bou-\nteilles qui sont par terre, elle lui échappe et traverse le théâtre; même\njeu pour les autres. A la sixième, enfin, il croit qu'il va se désaltérer; il\ny goûte, c'est de l'eau! et les inévitables bouviers, ses suivants, se mettent\nen mesure de charger les suppôts de Vertumne.\nAu quatrième acte, nous sommes dans « le jardin et le berceau de\n« Pomone. »\nBéroé, seule, jure de se venger de Vertumne; le voilà, elle va l'obser-\nver, et elle déjouera ses projets. L'amant dédaigné et non découragé"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "65", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.17", "texte": "a 1 idée de prendre la figure et le costume de Béroé; mais, on vient, il se\ncache, flore soupire; elle aime ou est bien près d'aimer : pour la dis—\ntiaire, Pomone lui propose de voir cueillir des fruits, et apercevant\nVertumne qu'elle prend pour Béroé, elle l'invite à assister à la fête qui\ns'apprête. La scène suivante (VIe) ne manque pas de piquant. La voici:\nPOMONE, à Flore.\nEh bien ! que dis-tu, ma sœur,\nDe notre charmante vie?\nFLORE.\nJe dis que sa douceur\nMe donne peu d7envie :\nSans le plaisir d'amour, tous les autres plaisirs\nLassent facilement nos cœurs et nos désirs.\nPOMONE.\nTu me conseilles donc désormais de le suivre?\nFLORE.\nQui commence d'aimer commence aussi de vivre.\nPOMONE, à la fausse Béroé.\nNourrice, qu'en dis-tu?\nLa fausse BÉROÉ.\nCroiras-tu mes avis?\nPOMONE.\nJe les ai jusqu'ici fidèlement suivis.\nLa fausse BÉROÉ.\nJe détestais l'amour et traitais ses délices\nDe crime et de supplices :\nMais depuis que j'ai vu Vertumne ton amant,\nJ'ai bien changé de sentiment.\nQu'il a d'amour! qu'il a de charmes!\nIl me dit l'autre jour les peines qu'il ressent,\nD }un air si doux, si languissant,\nQu'il m'attendrit et me tira des larmes.\nJe le dis franchement,\nSi fêtais jeune et belle,\nMon cœur à cet amant\nNe serait point rebelle.\nBÉROÉ, cachée.\n9 «\nLe rusé, l'imposteur !\nPOMONE. r\nIl serait à mes yeux\nLe plus parfait des dieux,\nQu'à son amour je serais insensible ;\nNon, non, ce cœur est invincible.\n\nVIII.\nLE LIBRETTO DE POMONE\n5"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "66", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.18", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nBÉROÉ, cachée.\nAllons le démentir.\nLa fausse BÉROÉ.\nSouvent le plus constant\nS'ébranle en lin instant.\nBÉROÉ, courant à son Sosie.\nJe te tiens, fourbe, lâche!\nVertumne reprend sur le champ sa figure naturelle, i\nment, comme par un coup de foudre, le cœur de Pomon\nnon-seulement elle pardonne à Vertumne, mais elle lu\npartage son martyre.\nLe dieu des jardins et Faune surviennent pour être en\nleries de Venilie, une des nymphes de Pomone.\nLe cinquième et dernier acte nous fait assister dans le\nau bonheur désormais sans nuage de Pomone et de Vert\ns'associe Flore d'abord, puis le dieu des jardins, qui of\népoux une corbeille de truffes et d'artichauts ; le vin co\ns'organisent : tableau animé.\nTelle est l'œuvre, j'aUais dire le monstre de Perrin; car,\ninforme ; mais il paraît que le musicien et le public s'en c\nc'était l'essentiel alors, comme de nos jours. D'ailleurs, le\nnaissait pas mieux; par la suite, les poèmes de Quinault\nbon droit difficile, en développant son goût, jusque-là\ntaire\nLes trente mille livres que, pour sa part, Perrin avait t\nde Pomone, étaient certes une belle faveur de la fortune :\nce fut la dernière pour lui. Sous le prétexte des avances qi\nle marquis de Sourdéac quitta Perrin pour Gilbert, qui?\naprès (1672), lui confectionnait le libretto d'une autre pasl\nactes aussi, ayant pour titre : les Peines et les Plaisir\ndont Cambert fit encore la musique. Saint-Evremond d:\nvrage eut quelque chose de plus poli, de plus galant qi\nNous ferons remarquer que Perrin n'a, ni dans les lel\ndans l'acte de son décès, le titre d'abbé, qu'on lui donne c\nil était laïque ; peut-être seulement s'était-il tourné du col\navait-il ensuite quitté le petit collet.\n\nCH. BARTHÉ"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.20", "texte": "LES\nSPECTATEURS SUR LE THÉATRE\n\n01\nCHAPITRE II\n1759\n'ITALIE avait, bien avant nous, rejeté ce sot usage, et\nl'Angleterre, sans l'abolir entièrement, l'avait modifié\npour en atténuer l'inconvenance. Le président de\nBrosses écrit de Gênes àM. de Blancey, le lERIER juillet\n1739 : « Les hommes ne se placent point ici sur le\nthéâtre; ce n'est qu'en France qu'on a cette mauvaise\ncoutume, qui étouffe le spectacle et gêne les acteurs. Ils se mettent sur\nune estrade au niveau du théâtre, qui règne au bas des loges,, au-dessus\net tout autour du parterre; en se levant de leur banquette pendant les\nentr actes, ils se trouvent à portée de converser avec les femmes qui sont\ndans les loges. » Plus tard, il mande de Rome à M. de Maleteste :\n« Les spectateurs ne se mettent jamais sur le théâtre, ni à la comédie, ni\nà l'opéra; il n'y a qu'en France où nous ayons cette ridicule habitude\nd occuper un espace qui n'est fait que pour Facteur et pour les décora-\ntions; mais en France mille gens vpnt à la comédie, bien plus pour les\nspectateurs que pour le spectacle (2). »\nEn Angleterre, les spectateurs pouvaient bien s'asseoir sur le théâtre^\n\n(1) Voir le numéro du mars.\n(2) Une curieuse gravure de Charles Coypel donne une idée exacte de l'aspect\ngénéral de la Comédie avant le lever du rideau. Cette estampe est de 1726; c'est le\nfrontispice des dessins composés par Coypel pour les pièces de Molière. Le Mer-\ncure de France, de juillet 1726, en annonçant cette gravure, dit : « Elle représente"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "68", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.21", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nmais seulement aux jours de grande affluence. Steele écrit dans le pre-\nmier numéro de son Babillard (avril 1709) : « Jeudi dernier, on joua\npour le compte de Betterton, la fameuse comédie connue sous le titre\n& Amour pour amour (de Dryden). Les demoiselles Barry et Brace-\ngirdle, excellentes actrices, et M. Dogget, célèbre acteur, y tinrent leurs\nrôles, quoiqu'elles ne soient pas à présent de la troupe non plus que lui.\nL'affluence des personnes de distinction fut si grande, que l'on n'avait\nencore rien vu de semblable. Le théâtre même était rempli du plus beau\nmonde, et la compagnie qui parut derrière le rideau, quand on l'eut en-\ntrouvert, ne le cédait point au reste. »\nIl va sans dire que cet usage occasionnait aussi, sur la scène anglaise,\nmaint incident comique, tel que celui-ci, raconté par la célèbre mistress\nBellamy qui faisait, au siècle dernier, les beaux jours de Covent-Garden.\nUn spectateur qui était sur la scène, prit un moyen très peu convenable\nde me montrer sa satisfaction. Un peu pris de vin probablement, car sans\ncela j'imagine qu'il n'eût pu se permettre une pareille hardiesse, au moment\noù je passais devant lui, il baisa le derrière de mon cou. Irritée de cette\ninsulte, oubliant la présence du lord-lieutenant et celle d'un si grand nombre\nde spectateurs, je me retournai sur-le-champ vers l'insolent et je lui donnai\nun soufflet. Quelque déplacée que fût cette manière de ressentir un outrage,\nelle reçut l'approbation de lord Chesterfield qui, se levant dans sa loge, m'ap-\nplaudit des deux mains. Toute la salle suivit son exemple. A la fin de l'acte,\nle major Macartney vint, de la part du vice-roi (la scène se passe à Dublin),\ninviter M. Saint-Léger (c'était le nom de l'indiscret) à faire des excuses au\npublic, ce qu'il fit sur-le-champ. Cette aventure contribua à une réforme que\ndésirait depuis longtemps M. Shéridan. Il fut fait un règlement, en consé-\nquence duquel personne ne devait être admis dans les coulisses (1).\nVoltaire tenta à son tour de jeter à bas ces embarrassantes banquettes,\net lança ses premières attaques dans le Discours sur la tragédie, qu'il\n\nla salle de la Comédie, la toile et les lustres baissez. On y voit une partie des loges\net du parterre, que Fauteur a remplis de caractères variez et comiques : petits-maî-\ntres sur le théâtre; femmes du bel air dans les loges; au parterre, vieux pilliers de\nspectacles, jeunes gens nouvellement débarquez; grands hommes incommodes à des\npetits, etc... En vente che% Surrugue, graveur, rue des Noyers, vis-à-vis Saint-\nYves. Le prix est de quinze sols. »—Il est à remarquer qu'il n'y a pas d'emplacement\nréservé pour les musiciens, comme sur le plan de Blondel, qui est de vingt-cinq\nans postérieur : on les plaçait encore dans une loge, comme au temps de Chap-\npuzeau. Il n'y avait pas non plus de bancs d'orchestre pour le public, et le par-\nterre debout s'étendait jusqu'à la scène, mais une grille placée à peu près à hau-\nteur de tête séparait les acteurs des spectateurs du premier rang.\n(1) Mémoires de mistress Bellamy (1. XX et XXIII). Il ne s'agit plus ici de ban-\nquettes rangées de chaque côté de la scène, mais de sièges réservés à certains spec-\ntateurs qui se trouvaient, pour ainsi dire, moitié dans la coulisse et moitié sur le\nthéâtre."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "69", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.22", "texte": "LES SPECTATEURS SUR LE THEATRE\n\nplaça en tête de Brutus. « L'endroit où l'on joue la comédie, dit-il, et\nles abus qui s'y sont glissés, sont encore une cause de cette sécheresse\nqu'on peut reprocher à quelques-unes de nos pièces. Les bancs qui sont\nsur le théâtre destinés aux spectateurs, rétrécissent la scène et rendent\ntoute action presque impraticable. Ce qui est cause que les décorations,\ntant recommandées par les anciens, sont rarement convenables à la\npièce. Ils empêchent surtout que les acteurs ne passent d'un appartement\ndans un autre aux yeux des spectateurs, comme les Grecs et les Romains\nle pratiquaient sagement, pour conserver à la fois l'unité de lieu et la\nvraisemblance. »\nCe plaidoyer en faveur de la vérité théâtrale n'eut d'abord aucun suc-\ncès auprès des comédiens ; mais quand il s'agit de jouer Sémiramis, ils\ncrurent de leur intérêt de ne pas résister aux réclamations du poète, et\nfirent une légère concession aux nécessités de la mise en scène. Le décor\nembrassait les banquettes les plus rapprochées des coulisses, et l'on par-\nvenait aux places du théâtre, non plus par les foyers, mais par une issue\npratiquée dans le premier balcon. A la représentation (29 août 1748), la\ndemi-mesure imaginée par les comédiens fît ressortir davantage ce que\nla situation avait de ridicule. Modifier à moitié la scène, c'était recon-\nnaître l'abus sans le détruire. La pièce porta la peine de cette négli-\ngence : elle tomba (1). Comment n'eût-elle pas échoué au milieu du\nchoquant appareil que Marmontel décrit dans ses Mémoires. « ...Le\nlieu de la scène était resserré par une foule de spectateurs, les uns assis\nsur les gradins, les autres debout au fond du théâtre er le long des cou-\nlisses; en sorte que Sémiramis éperdue, et l'ombre de Ninus sortant de\nson tombeau, étaient obligés de traverser une épaisse haie de petits-\n\n(1) « Le roi avait donné 5,000 livres pour faire une décoration neuve, qui n'a point\nété trouvée admirable. Cette décoration aux deux premières représentations embras-\nsait les balcons les plus proches du théâtre, où Ton n'entrait que par le premier bal-\ncon, qu'on avait ouvert, et non par les foyers comme à l'ordinaire. » (Journal de\nCollé, septembre 1748). —Le premier jour, Sémiramis fut accompagnée de l'Epreuve\nréciproque. Voici les noms des comédiens qui jouaient ce soir-là: MM. Le Grand,\nDubreuil, Sarrazin, Grandval, Dangeville, Dubois, Baron, Delanoue, Paulin, Des-\nchamps, Rosely, Drouin, Ribou# mesdemoiselles Lamotte, Grandval, Dumesnil,\nLavoy, Gaultier, Clairon. La recette fut des plus brillantes : 4,033 livres. Mais aussi\nles frais du jour montaient à 93 1., 18 sols. Outre les voitures et autres dépenses\nordinaires, on avait payé : pour 8 assistans (figurants), 8 1., p. le tonnerre, 1 1.,\np. une livre d'arcançon, 12 s., p. 2 personnes pour la jetter, 1 1., pour\n8 habits à la grec, 48 1., p. les diamants de mademoiselle Clairon, 3 1., p. une\nmante p. M. Le Grand, 2 1., p. 6 grandes perches, 6 1. Enfin, outre la chan-\ndelle du jour qui coûtait 39 1. 12 s., il y avait 220 livres de chandelle extraor-\ndinaire qui coûtaient 121 1. (Registres de la Comédie-Franc ai se, aux archives du\nthéâtre.)"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "70", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.23", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nmaîtres. Cette indécence jeta du ridicule sur la gravité de l'action théâ-\ntrale. Plus d'intérêt sans illusion, plus d'illusion sans vraisemblance; et\ncette pièce, le chef-d'œuvre de Voltaire du côté du génie, eut, dans sa\nnouveauté, assez peu de succès pour faire dire qu'elle était tombée. Vol-\ntaire en frémit de douleur, mais il ne se rebuta point... »\nPareil échec était bien fait pour exciter la colère du poète : il la laissa\néclater dans la Dissertation sur la tragédie, adressée au cardinal Qui-\nrini, qu'il mit en tête de son ouvrage.\nOn a voulu donner dans Sémiramis un spectacle encore plus pathétique\nque dans Mérope\\ on y a déployé tout l'appareil de l'ancien théâtre grec.\nJ 1 serait triste, après que nos grands maîtres ont surpassé les Grecs en\ntant de choses dans la tragédie, que notre nation ne pût les égaler dans la\ndignité de leurs représentations. Un des plus grands obstacles qui s'opposent\nsur notre théâtre à toute action grande et pathétique, est la foule des specta-\nteurs, confondue sur la scène avec les acteurs : cette indécence se fit sentir\nparticulièrement à la première représentation de Sémiramis. La principale\nactrice de Londres, qui était présente à ce spectacle, ne revenait point de son\nétonnement : elle ne pouvait concevoir comment il y a des hommes assez\nennemis de leurs plaisirs pour gâter ainsi le spectacle sans en jouir. Cet abus\na été corrigé dans la suite aux représentations de Sémiramis, et il pourrait\naisément être supprimé pour jamais. Il ne faut pas s'y méprendre; un incon-\nvénient tel que celui-là seul a suffi pour priver la France de beaucoup de\nchefs-d'œuvre, qu'on aurait sans doute hasardés, si on avait eu un théâtre\nlibre, propre pour l'action, et tel qu'il est chez toutes les autres nations de\nl'Europe (i).\nCette protestation resta sans effet. Deux ans plus tard, lors de la repré-\nsentation de son Œdipe, Voltaire fut encore contraint de subir ce gênant\nappareil. Il dut alors modifier la catastrophe- de Sophocle pour adopter\nune version moins théâtrale, moins tragique, et dont il était le premier\nà reconnaître la faiblesse. Obligé de rejeter une action qui avait produit\nsi grand effet sur la scène étroite mais libre de Versailles, Voltaire\nvoulut du moins faire partager aux comédiens la responsabilité du\nchangement rendu nécessaire par l'état du théâtre, et il accompagna sa\nvariante de cette note perfide : « Rien n'est plus aisé et plus commun\nparmi nous que de jeter du ridicule sur utjp action théâtrale à laquelle\non n'est pas accoutumé. Les cris de Glytemnestre, qui faisaient frémir\n\n(i) Dix ans plus tard, sa rancune subsistait encore. « Vous me demandez, mon-\nsieur, si on doit entendre, au premier acte, les gémissements de l'ombre de Ninus;\nje vous répondrai que, sans doute, on les entendrait sur un théâtre grec ou romain;\nmais je n'ai pas osé le risquer sur la scène de Paris, qui est plus remplie de petits-\nmaîtres français, à talons rouges, que de héros antiques. » (.Lettre au marquis Alber-\ngati Capacelli, 4 décembre 1758)."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "71", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.24", "texte": "LES SPECTATEURS SUR LE THÉÂTRE\n\nles Athéniens, auraient pu, sur un théâtre mal construit, et confusé-\nment rempli de jeunes gens, faire rire des Français; et c'est ce que pré-\ntendait une cabale un peu violente (i). »\nCette question artistique était malheureusement doublée d'une ques-\ntion pécuniaire, et tandis que les écrivains et auteurs dramatiques met-\ntaient en avant les intérêts de l'art, les sociétaires de la Comédie s'in-\nquiétaient surtout de ceux de leur bourse. Chaque fois que la propo-\nsition d'un pareil changement s'était produite, la plupart des comédiens,\nceux que Lekain appelait avec un certain dédain la vétérance, s'y étaient\ntoujours opposés, très désireux qu'ils étaient de ne pas diminuer leurs\nrevenus à la fois par des travaux assez coûteux et par la suppression\nde places aussi recherchées.\nVoltaire aurait donc vainement réclamé contre cet abus, s'il ne s'était\ntrouvé, pour lui venir en aide, un homme éclairé,, ami des arts, du\nthéâtre, et disposant d'une fortune assez considérable pour payer de ses\ndeniers cette transformation du Théâtre-Français. Le comte de Laura-\nguais avait senti se développer en lui de bonne heure le goût de l'étude\net de la composition. En ce temps où une sorte de vie commune unis-\nsait les hommes d'esprit à la noblesse et à la finance, il ne s'était pas\ncontenté de protéger les lettres et les sciences, il avait voulu en cultiver\ndifférentes branches, et s'était tour à tour adonné à l'art dramatique et à\nla chimie, au droit et à la médecine; il employait enfin une grande\npartie de sa fortune à hâter les progrès de la science ou des arts. Le\ngrand seigneur homme de lettres n'avait pas été moins choqué de cet\nabus que son maître et ami, le patriarche de Ferney : il proposa donc aux\ncomédiens de supporter tous les frais de ces réparations.\nC'est au commencement de 1759 que M. de Lauraguais fit cette offre\ngénéreuse à la Comédie. Lekain, de son côté, n'avait point manqué\nd'épouser, sur ce point, les idées de son protecteur. Il avait ressenti\nvivement l'échec infligé à Sémiramis par cette disposition défectueuse de\nla scène_, et son esprit éclairé, toujours en quête d'améliorations à ap-\nporter dans toutes les parties de la représentation théâtrale, ne souffrait\npas moins de cette anomalie absurde de mise en scène que des contre-sens\nç, 9\nhistoriques du costume théâtral, auxquels il s'était déjà efforcé de remé-\ndier. Cet artiste novateur appuya donc chaudement la demande de M. de\n\n(c) Par deux ordonnances datées de Marly le 7 mai 1749, et de Versailles le\n29 novembre 1757, le roi réitéra les prohibitions formulées par les précédentes\nordonnances, et « fit pareillement défenses et sous les mêmes peines à toutes per-\nsonnes de s'arrêter dans les coulisses qui servent d'entrées aux théâtres des deux\ncomédies, et hors de l'enceinte des balustrades qui y sont posées. »"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "72", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.25", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nLauraguais ; mais il ne suffisait plus ici, comme pour le costume, d'un\neffort isolé de sa part, qui pût démontrer à autrui l'excellence des idées\nqu'il défendait. Cette question complexe demandait, pour être résolue,\nle concours d'autres volontés que la sienne : il résolut donc, pour vaincre\nles dernières hésitations de ses camarades, de s'adresser non pas à eux,\nmais directement au ministre, et rédigea, sur ce sujet, un mémoire élo-\n■ *\nquent qu'il lui fit parvenir à la fin de janvier.\nCe rapport, composé uniquement, comme dit Lekain, « pour un\nministre qui sait apprécier tout à sa juste valeur », est trop étendu pour\nque nous puissions le reproduire, même en partie (i). Aussi bienl'auteur,\naprès avoir protesté contre la routine, les préjugés, l'indécision qui\nrégnaient alors à la Comédie, après s'être décerné avec plus de raison\nque de modestie le brevet d'artiste phis « audacieux et plus enthou-\nsiaste qu'aucun de ses camarades, » ne fait-il que répéter avec véhémence\ntoutes les protestations, qu'un mélange aussi choquant avait inspirées\nà tous les gens de goût et de sens. Il énumère à nouveau tous les côtés\nridicules de cette situation, exalte l'influence bienfaisante qu'une telle\nréforme exercerait sur toutes les branches de l'art théâtral, et conclut\nenfin en fort bons termes : « La force de mes arguments n'empêchera pas\nle corps de la vétérance de me répéter que, malgré ces inconvénients,\nle Théâtre-Français a produit les plus grands sujets que Von y verra\njamais. Cela peut être vrai, mais il n'est pas encore prouvé qu'ils n'eus-\nsent pas été plus grands sur un théâtre où leurs talents se seraient plus\ngrandement déployés. Quant à nos acteurs j'avoue que s?ils\nont quelque défaut, il leur est plus facile de les pallier dans le crépuscule\nque de les sauver au grand jour. Il en est qui, vus dans tous leurs sens,\npourront n'y pas gagner ; mais c'est beaucoup que de leur offrir des\nmoyens qui les forcent à devenir meilleurs, et à joindre à l'excellence de\nleur art, l'action théâtrale, dont on n'avait précédemment que des idées\nsuperficielles »\n\n(i) On le trouvera dans les Mémoires de Lekain, annotés par Talma. (Collection\ndes Mémoires sur l'art dramatique, 1825.) Lekain dit, en note de son rapport, que\nnjademoiselle Clairon s'opposa fortement à ce projet « non qu'elle le désapprouvât\nintérieurement, mais parce qu'elle ne l'avait pas imaginé. » A quoi Talma répond :\n« M. de Lauraguais nous a dit que mademoiselle Clairon n'a cessé de lui parler avec\nreconnaissance de ce que lui devaient l'art et les artistes; déclaration bien contraire\nau reproche que lui fait Lekain, d'avoir voulu s'opposer à cette heureuse innovation. »\nNous opposerons aussi à Lekain le témoignage de Voltaire. « Mademoiselle Clairon\nm'a dit que ni elle, ni mademoiselle Dumesnil, n'avaient déployé l'action dont la\nscène est susceptible, que depuis que M. le comte de Lauraguais a rendu au public,\nassez ingrat, le service de payer de son argent la liberté du théâtre et la beauté du\nspectacle. » (Lettre au marquis de Villette, ior septembre iy65.)"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "73", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.26", "texte": "LES SPECTATEURS SUR LE THÉÂTRE\n\nLes comédiens décidèrent enfin d'accueillir la proposition de M. de\nLauraguais et de profiter des vacances annuelles (de la Passion à la\nQuasimodo ), pour transformer la scène et en modifier les abords. La\nclôture eut lieu le samedi 3i mars. Brizard, qui avait débuté le 3o\njuillet 1757, par le rôle d'Alphonse, d'lnès de Castro, et qui avait été\nreçu le 16 mars suivant, prononça un discours conformément à l'usage,\nqui voulait qu'un des acteurs nouvellement admis fît les discours de clô-\nture et de rentrée. Après avoir passé en revue l'année qui venait de s'é-\ncouler, il annonça en ces termes l'innovation projetée.\nNous touchons, messieurs, au moment de voir l'illusion et la majesté\nrétablies sur ce théâtre. Un ami des Arts et des Lettres a bien voulu nous en\nprocurer les moyens, et nos Supérieurs nous ont permis de remplir ses vues,\nen donnant à la scène française une forme et une disposition plus décente.\nMais jusqu'ici, messieurs, livrés à nous-mêmes, et obligés de trouver dans nos\nfaibles talents de quoi donner aux spectacles une vraisemblance, que tout\nconcourait à détruire, à quelles épreuves n'avons-nous pas mis votre indul-\ngence! Elle ne s'est point lassée, elle ne s'est point démentie, et vous l'avez\ntoujours mesurée aux obstacles que nous avions à surmonter »\nLa représentation à peine terminée,, les ouvriers envahirent la scène\net commencèrent leur œuvre de destruction.\nLes comédiens français font travailler à changer la forme de leur salle,\npour qu'il n'y ait plus de monde sur le théâtre. Les ouvriers s'en sont\nemparés samedi, 3i du courant; ils y travaillent jour et nuit. M. le comte de\nLauraguais est la cause de cet heureux changement. Il y a quelques mois\nqu'un architecte, ou un artiste quelconque, lui fit voir un plan pour arranger\nla salle des Français, de façon qu'il n'y ait plus de spectateurs sur le théâtre ;\nil le fit communiquer aux comédiens, qui l'approuvèrent, et lui firent dire que\nquoiqu'ils perdissent et diminuassent très fort leur recette par ce nouvel\narrangement, ils l'adopteraient pourtant s'ils avaient de quoi faire la dépense\nnécessaire. M. de Lauraguais a offert la somme de 12,000 liv., à laquelle\nl'entrepreneur a assuré que cela monterait tout au plus. On prétend aujour-\nd'hui que cette dépense passera 40,000, et on imagine que cela fera contes-\ntation entre M. de Lauraguais et les comédiens, qui diront qu'ils n'ont\nconsenti à ce changement que sous la condition qu'il ne leur en coûterait rien ;\net cela me paraît assez juste. Quoiqu'il en soit, c'est le plus grand service que\nl'on puisse rendre au théâtre, que de débarrasser la scène de nos insipides\nspectateurs, qui ôtent l'illusion des poëmes dramatiques (1).\nCollé ne donne qu'approximativement le chiffre de la dépense\noccasionnée par ce changement. Les uns l'ont évaluée à 12,000 livres,\nd'autres à 24,000. Il faut en croire Talma, qui dit : « Lekain ne porte\n\n(1) Journal de Collé, mars 1759."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "74", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.27", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nla dépense qu'à 20,000 fr., mais elle excéda 60,000 fr. •» Et pour donner\nplus de poids à cette déclaration anonyme, il ajoute : <1 L'auteur de cette\nnote a vu les comptes. » C'est donc 60,000 fr. qu'il en coûta à M. de\nLauraguais pour transformer la scène de la Comédie-Française (Y.\nLa réouverture eat lieu le lundi de la Quasimodo, 23 avril. Les comé-\ndiens avaient fait leur clôture par une représentation des Troj'ennes.\nde Châteaubrun (2 . Cette pièce exigeant la présence en scène d'un\ngrand nombre de personnes, les comédiens la choisirent à dessein le\njour de la réouverture, afin de mettre le public en état de juger, par la\ncomparaison, du bon effet de cette disposition nouvelle.\nLe Merûnre raconte ainsi cette soirée :\nOn a craint d'abord que le théâtre ne parût vide quand les acteurs\ns y trouveraient seuls : il n'a fallu, pour dissiper cette crainte, que de voir\nune comeuie dont toute l'action fût dans la vivacité du dialogue. Mademoi-\nselle Dangeville et M. Préville, dans la petite pièce du Legs, ont suffi pour\nremplir la scène. La tragédie des Tro'rennes, par laquelle on a débuté, a paru\nenfin aans toute la pompe dont elle était susceptible. M. Brizard, dans le\ncompliment de la rentrée, a donné au nom des comédiens français un témoi-\n>\ngnage public de leur reconnaissance à M. le comte de Lauraguais, qui a bien\nvouiu taire les trais de ce changement de la scène, auquel tout Paris ap-\nplaudit. Le même acteur a parlé de la retraite de M. Sarrazin, avec une\n\n;vi) Bamer conne cans son ournal des détails précis sur les travaux opérés pen-\ndant la clôture, u De tous temps, il y a eu sur le théâtre de la Comédie, de chaque\ncôté, quatre rangées de bancs un peu en amphithéâtre usqu'à la hauteur des loges,\nrenfermées cans une balustrade et grille de fer doré, pour placer les spectateurs. Dans\nles grinces représentations, on a outait encore, le long de îa balustrade, une rangée\nce cinq jettes, et. outre cela, il y avait encore plus de cinquante personnes debout,\net sans place, au fond du théâtre, qui formaient un cercle. Le théâtre n était rempli\net occupé que par des hommes, pour l'ordinaire, en sorte que le théâtre était très\nrétréci pour . action des acteurs. Pour entrer un acteur sur la scène, il fallait faire\nfaire p.ace au tond eu tnéâtre, pour son passage. Il nlétait pas même vraisemblable\nq—ll r-: par.ant a son conndent ou tenant un conseil d Etat, ou un prince avec sa\nmaîtresse parlant en secret, fussent entourés de plus de deux cents personnes. Cela\nest enangé cans la quinzaine de Pâques, qui! y a relâche au théâtre pour trois\nsemaines. On a travaillé et l'on a supprimé toutes ces places; on a pris sur le par-\nerre. pour former un parquet, qui tient plus ce cent-quatre-vingts personnes; outre\nF orchestre, on a diminué l'amphithéâtre pour allonger le parterre. Le lundi 23 de ce\nmois, lenuemain de la Quasimodo, on a oué sur ce nouveau théâtre. Tout le monde\nen a été content, et il n'y a pas de comparaison. »\n- Cette trageuie avait été jouée, pour la première fois, le lundi 11 'mars 1754:\nelle dura pendant tout le carême et obtint un très grand succès. La première repré-\nsentation ces Troyennes avait été donnée avec le Procureur arbitre : la recette s'était\nélevée a 4,048 1. \\ oie: les noms aes comédiens qui jouaient ce soir-là, sans distinc-\ntion ce p.èwc : Le Grar.ii, La Thoriliière, Armand, Dangeville, Dubreuil, Dubois,\nBaron. Bjnneval, Delanoue, Paulin, Bellecourt. mesdemoiselles Delamotte, Gaussin,\nDumesnil, Lavoy, Droum, De la 7ude; Beaumenard, Hus et Préville. (Registres\nde la Comédie-Française, aux archives du théâtre.)"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "75", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.28", "texte": "LES SPECTATEURS SUR LE THÉÂTRE\n\nmodestie et une sensibilité dignes d'éloges. < La retraite, dit-il, d'un homme\nsi justement honoré de vos suffrages dans les deux genres, m'accable du poids\nde son exemple. Le pathétique, le naturel, la véhémence des entrailles, la\nvérité même, formaient le caractère du jeu de M. Sarrazin : Perte irréparable\npour vous, messieurs, et désolante pour moi-même, qui me suis vu privé de\nmon modèle lorsque je l'étudiais avec le plus d'ardeur. Puissai-je adoucir\nquelquefois, en vous le rappelant, la vivacité de vos justes regrets ! »\nCollé écrit d'autre part, avec son aigreur habituelle :\nLe lundi 3o du courant, je fus voir la salle de la Comédie-Françoise, sur\nle théâtre de laquelle on ne souffrira plus personne ; Dieu veuille que cela\ndure ! Cela fait le meilleur effet du monde; je crus même m'apercevoir que\nl'on entendait infiniment mieux la voix des acteurs. L'illusion théâtrale est\nactuellement entière; on ne voit plus César prêt à dépoudrer un fat assis sur\nle premier rang du théâtre, et Mithridate expirer au milieu de tous gens de\nnotre connoissance ; l'ombre de Ninus heurter et coudoyer un fermier-géné-\nral, et Camille tomber morte dans la coulisse sur Marivaux et sur Saint-\nFoix, qui s'avancent ou se reculent pour se prêter à l'assassinat de cette Ro-\nmaine par la main d'Horace, son frère, qui fait rejaillir son sang sur ces\ndeux auteurs comiques* Cette nouvelle forme de théâtre ouvre aux tragiques\nune nouvelle carrière pour jeter du spectacle, de la pompe et plus d'action\ndans le poème, Le costume dans les habillements, que Clairon a établi de-\npuis quelques années, en dépit et malgré ses sots camarades, ne contribue\npas peu à rendre l'illusion complète. Venceslas, retouchée par M. de Marmon-\ntel, avoit toujours été jouée avec des habits à la françoise; je me souviens de\nl'avoir vue représentée par Baron et Dufresne, avec des cordons bleus qu1\nressembloient à l'ordre du Saint-Esprit, et en habit françois. Aujourd'hui ce\nsont des fourrures et des vêtements à la polonaise, ce qui est beaucoup plus\ndans le vrai. A présent nous avons les habits tragiques dans le costume, et\npoint de Comédiens; au lieu que dans ce temps nous avions d'excellents Co-\nmédiens et point ces habits.\nCette innovation, favorablement accueillie du public, excita un vio-\nlent dépit chez les petits-maîtres. Furieux de se voir exclus de la scène,\nils résistèrent avec colère à cette mesure, et le soir même ils mirent Pé-\npée à la main chez Procope : les lustres et les glaces du café furent les\nseules victimes de cette algarade.\nNous aurions voulu rapporter le texte précis du discours de Brizard.\nLe Mercure ayant négligé de le faire contre son habitude, nous nous\nsommes adressé à M. Léon Guillard, l'obligeant archiviste de la Co-\nmédie-Française; mais les archives du théâtre ne renferment que les\ndiscours qu'on a pu retrouver et copier dans le Mercure. En revanche,\nM. Guillard a mis à notre disposition les registres de la Comédie : nous\ntranscrivons ici la page consacrée à la représentation du 23 avril, de\nfaçon à donner une idée exacte de la manière dont étaient tenus les\nregistres du théâtre au siècle dernier."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "76", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.29", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nOUVERTURE DU THEATRE\nLundy 23™* avril 1759\nLES TROYEXXES ET LE LEGS\niw Représentation.\nLa garde.... 33 1. îios.\nTrente assistants figurants soldats 3o\n'lettons d assemblée de ce jour, à six livres 132\np. Une voiture i M. Blainville à la clôture du théâtre. 3\nUne voiture à MM. Dangeville et Lekain pour aller\nchez M. de la Ferté 2\nFEUX.\nMM. Armand\nDubois\nBonneval 1\nPaulin I\nLekain... I\nPréville I\nB rizard 1\nBlainville \\\n. ... , Seize feux à deux livres 3a\nD ...\nM11®5 Dangevîlie I\nGaussin I\nD urnesnil I\nDe la Tude.... j\nHus j\nPréville\nLekain\n232 1. IO S.\ni\nArrête à la somme de\ndeux - cent - trente - deux livres\ndix soûls far nous semainiers.\nPATTLIU. — DÀNGEYILLE. semainier."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "77", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.30", "texte": "LES SPECTATEURS SUR LE THÉÂTRE\n\nOUVERTURE DU THÉÂTRE\nLundy 23me avril 1759\nLES TROYENNES ET LE LEGS\nires Représentations.\n4 Quatre Balcons à 36 1 144\n7 Sept ires louées à4B 336\ni 3 Treize 2me® louées .. à3o 3go\n329 Billets à 6 *>974\n29 Billets à 3 87\n120 Billets à 2 240\n461 Billets à 1 461\n3,632\n3 einqmes hôpital < 544 16\n3,087 4\nFrais ordinaires 300\n2,787 4\niome 278 14\nArrêté à la somme de\ntrois mille six cent quarante (sic)\ndeux livres par nous semainiers.\nPAULIN. DANGEVILLE.\n(La fin prochainement.)\n\nADOLPHE JULLIEN."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "78", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.31", "texte": "REVUE DES CONCERTS\nCONCERTS DU CONSERVATOIRE. CONCERTS POPULAIRES : Requiem de M. Johannes\nBrahms. THÉÂTRE VENTADOUR : Première audition de la Forêt, poème lyrique\nde madame de Grandval. CONCERT DE M. DE WALDECK. CONCERT DE MADEMOI-\nSELLE ALICE SYDNEY BURVETT. CONCERT DE MADEMOISELLE MARIE SECRETAIN.\nCONCERT DE M. ET MADAME LACOMBE. CONCERT DE M. REMENYI. CONCERT DE\nMADEMOISELLE THÉRÈSE CASTELLAN.\nONCERTS DU CONSERVATOIRE. La 9™ sympho\nnie a été dirigée irréprochablement par M, Lamoureux.\nDepuis seize ans que nous suivons les Concerts du Con-\nservatoire, nous avons observé la métamorphose du\npublic donnant chaque année une adhésion plus sincère,\nplus émue, à un chef-d'œuvre qui lui répugnait d'abord\net dont personne en France ne semblait avoir la clé, ni les auditoires, ni la\ncritique, ni les exécutants. Seul, Habeneck appréciait la Symphonie avec\nchœur, mais son armée instrumentale demeura toujours réfractaire. L'or-\nchestre enlevait les morceaux de virtuosité, mais, dans l'ensemble, montrait\nqu'il restait étranger au sens intime de l'œuvre, et qu'il avait besoin d'y être\ninitié, ou, pour mieux dire, d'être élevé dans la civilisation musicale de\nlaquelle émane cette formidable partition.\nC'est dans l'hiver, de 1821 à 1822, que Beethoven écrivit ses trois dernières\nsonates, op. 109, 110, 111, et pendant l'hiver de 1823 à 1824, qu'il composa\nla symphonie avec chœurs. Pendant une trentaine d'années, son génie avait\ncharmé sans interruption toute une génération musicale attentive aux pro-\nductions de ce cerveau puissant. Cependant, dans cette trilogie pianique des\nop. 109, 110, m, le maître renouvela toutes les conditions de la sonate, et\nmontra, sous un jour inattendu, son invention, le sentiment nouveau qu'il"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "79", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.32", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\navait de la mélodie, de l'harmonie, du rythme et de l'esprit même de la\nmusique. Il faut avoir entendu madame Szarvady réciter ces trois poèmes\npour en comprendre toute l'originalité, toute la spontanéité créatrice, et\naussi toute l'adorable simplicité. Madame Szarvady interprétant ces sonates,\nrévèle Beethoven dans sa douceur, dans sa force, dans sa diversité féconde,\ndans son mystère fascinateur. Elle fait oublier la virtuose incomparable pour\nne laisser en vue que le maître, dont personne, mieux qu'elle, ne sait mettre\nen relief l'idéale inspiration.\nA leur, apparition, ces trois sonates, comme tout ce qui rompt avec la rou-\ntine, provoquèrent la critique, et cette critique ne désarma point, lorsque\nla neuvième symphonie fut exécutée, et prouva que Beethoven voulait intro-\nduire, dans l'orchestre et le chœur, les rénovations géniales qu'il avait déjà\nimposées à la sonate. Ce fut une universelle levée de boucliers, contre\nlaquelle protesta néanmoins l'unanime applaudissement d'un public enivré.\nLes choeurs opérèrent eux-mêmes des variantes, et en certains endroits\nprirent le parti de se taire. A la répétition, Henriette Sontag et Caroline\nUngher, qui chantaient le soprano et le contralto, prièrent Beethoven de\nfaire des changements dans leur partie.\nVous êtes le tyran des voix, lui dit Caroline Ungher.\nCette note si haute sur les paroles Elle nous apportait des baisers et\ndes raisins, ne peut-elle donc être baissée, ajouta la Sontag.\nEt celle-ci, reprit mademoiselle Ungher, en montrant son cahier, n'est-\nelle pas trop haute pour un contralto ?\nBeethoven resta inébranlable; il prétendit que ces dames avaient été gâtées\npar la musique où la pensée absente est à la merci des caprices du chanteur.\nAlors résignons-nous et continuons à nous torturer, fit la Sontag qui\nchanta admirablement sa partie devant le public.\nBeethoven, à la première exécution, était présent; mais il ne distinguait\nplus aucun son; il n'entendit pas combien la Ungher, la Sontag et leurs\npartners réussirent à interpréter dignement le périlleux quatuor. Il n'entendit\nmême pas l'immense tempête d'applaudissements de l'auditoire. La Ungher\ndut appeler par ses gestes l'attention de Beethoven, qui tournait le dos à la\nsalle, sur 1 enthousiasme du public, pour que le malheureux grand homme vit\ndu moins ce qu il ne pouvait entendre. Beethoven se retourna, et sa vue\nexcita dans 1 assistance une explosion d'enthousiasme et de douloureuse\nsympathie.\nAujourd'hui, il est de bon goût d'admirer la symphonie autrefois réputée\nincompréhensible par nos auditoires de France et indéchiffrable par les exé-\ncutants. Le quatuor n'est plus le terrible écueil dont on n'ose affronter les\ntempêtes. Les virtuoses se plaisent à étudier la méthode, le procédé, le truc\nvocal spécial à la musique chantée écrite par le maître, et triomphent de la\ndifficulté. Les chœurs mieux disciplinés aux combinaisons vocales spéciales\nà Beethoven, les abordent sans défiance et les émettent sans hésitation, ni\nincertitude. Le public comprend mieux l'œuvre mieux interprétée, et s'aban-"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "80", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.33", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ndonne bruyamment à son enthousiasme qu'exagère la vanité qu'il veut bien\nmettre désormais à n'applaudir de Beethoven que ses dernières œuvres.\nIl y a dans ce fanatisme peut-être un instinct national. Les symphonies\nchorales ont pris naissance en France; du moins on ne signale leur avènement\nsérieux en France qu'à partir de Sarrette, de Gossec, de Catel, de Lesueur,\nde Méhul, avec le mouvement révolutionnaire et les festivals patriotiques qui\nen furent la conséquence. De ces hommes date, pour l'ère moderne, l'associa-\ntion festivale de la musique aux rendez-vous de la nation en plein air, aux\nvastes champs de manœuvres ou dans les monuments immenses où tout le\npeuple peut être rassemblé. Gossec, qui trouva difficile d'utiliser les instru-\nments à cordes dans les espaces libres où se meut une énorme agglomération\nd'êtres vivants, imagina de substituer les hymnes, les chœurs et les orchestres\nd'instruments à vent à l'appareil instrumental des concerts et de l'Opéra. Il\nfit pour les fêtes patriotiques ce que Haendel avait fait pour les fêtes protes-\ntantes, et il inaugura l'oratorio national, l'oratorio patriotique, la musique\nsociale, s'il est permis de s'exprimer ainsi, dans laquelle Berlioz, Félicien\nDavid, Meyerbeer, Rossini et Verdi ont voulu s'essayer à leur tour, et pour\nlesquels Sax, un homme de génie, a créé tout un orchestre.\nTout se tient dans l'histoire. Ces symphonies festivaies en plein air sont\nnées spontanément de la situation. Le rêve de Sarrette, de Gossec, de Catel,\nde Lesueur, de Méhul, était ailleurs peut-être, mais les circonstances les\npoussèrent dans ces voies non prévues, et le génie national s'imposa à eux\nsans consulter leurs préférences. Le bordelais Bernard Sarrette qui, dès l'au-\nrore de la révolution, avait été nommé capitaine de l'état-major de la garde\nnationale de Paris, réunit une cinquantaine de musiciens provenant du dépôt\ndes gardes françaises et en forma le noyau de la musique de la garde nationale\nparisienne. Ceci se passait en 1789. Un an après, il adjoignait à sa troupe\nquelques artistes distingués en faveur dans Paris, et les frais de cette musique,\nportée à soixante et dix exécutants, furent soldés par la municipalité pari-\nsienne. Gossec et Catel, enrôlés dans ce corps, écrivirent des marches, des\npas redoublés, qui se répandirent dans tous les régiments. Des embarras finan-\nciers entraînèrent la suppression de la musique de la garde nationale. Sarrette\nobtint alors pour ses musiciens l'autorisation de fonder une école gratuite.\nIls se rallièrent tous à cette œuvre de dévouement, et c'est par leurs soins\nque furent formés tous les corps de musique militaire, qui sonnèrent la vic-\ntoire dans les quatorze armées de la République.\nA côté de ces marches, de ces pas redoublés, Catel, Gossec, composèrent\npour des circonstances moins fébriles et plus propices au déploiement lyrique,\ndes œuvres solennelles, des hymnes, des chants funèbres, des cantates triom-\nphales, où l'orchestre et les chœurs se réunissaient par masses imposantes.\nC est là que ces maîtres ont montré pour les grandioses compositions une\naptitude qui est générale chez les compositeurs français, et qu'ils ont déployé\nje ne sais quel accent triomphant, vibrant, lumineux, et tout à la fois régu-"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.34", "texte": "LA FORÊT\nC. de CRANVAL\nCHŒUR DES FEES.\n\n1"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.35", "texte": "2"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "3", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.36", "texte": "3"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "4", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.37", "texte": "4"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "5", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.38", "texte": "5"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "6", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.39", "texte": "6"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "7", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.40", "texte": "7\n\nG.H 818.\n\nG.H 818."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.41", "texte": "8"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "81", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.42", "texte": "larisé et discipline, que Ton retrouve dans toutes les manifestations artistiques\nou littéraires de notre génie national.\nToutes ces musiques patriotiques ont été, à leur époque, répandues dans\nl'Europe entière, et Beethoven les a entendues ou les a lues en partition.\nOn sait qu il a revé toute sa vie d adapter son esprit aux expansions sociales\nqui partaient de France. Quand il voulut dire son mot suprême dans la sym-\nphonie, il n'eut qu'à prendre la formule créée chez nous et promenée triom-\nphalement par nos armées dans l'Europe attentive et soumise. L'adjonction\ndes chœurs chantant un hymne à la symphonie instrumentale, était un\nmoule tout indiqué, tout trouvé. Il résolut de l'employer avec génie, et il\ncomposa la Symphonie en ré mineur, avec chœurs, sur l'ode àla joie de\nSchillei, qui est restes la pieri ede scandale entre les novateurs de la musique\net les hommes timides ou intéressés, qui veulent poser à l'art des frontières\ninfranchissables, et le limiter et le contenir dans la tradition et la routine»\nMaurice Cristal\nCONCERTS POPULAIRES. Le principal intérêt des Concerts spiri-\ntuels de cette année consistait dans la première audition du Requiem de\nM. Johannes Brahms. Cette composition importante d'un musicien qui\noccupe un rang très élevé dans l'Ecole allemande contemporaine, et dont le\nrépertoire est à peine connu en France, fut donnéé pour la première fois à\nBrème, en 1868. Depuis 011 l'exécuta avec un succès constant en Angleterre,\nen Hollande, en Suisse et en Amérique 5 c est la persistance de ce succès, jus-\ntifiée d'ailleurs par la réelle valeur de l'œuvre, qui a décidé M. Pasdeloup à\nnous la faire entendre.\nLe Requiem de M. Brahms n'est pas comme le Requiem de Mozart, com-\nposé sur le texte ordinaire de l'office des morts, mais sur une paraphrase, en\nlangue allemande, du texte des Saintes Ecritures ; il comprend sept mor-\nceaux, sur lesquels cinq seulement ont été exécutés aux Concerts populaires,\nM. Pasdoioup ayant jugé à propos, je ne sais trop pourquoi, de retrancher du\nprogramme les numéros 4 êt 7 de la partition et même la péroraison du nu-\nméro 3.\nLe premier chœur : « Bienheureux sont les affligés, » accompagné par les\naltos et les violoncelles, à l'exclusion des violons, est d'un style élevé et d'un\nsentiment grave et religieux ; il nous donne immédiatement le ton général de\nl'ouvrage. Le deuxième morceau, Grave in modo di marcia, est très longue-\nment développé et se termine par une fugue d'un assez beau caractère; j'en\naime surtout le début, la jolie phrase à deux voix :« Car l'herbe, hélas ! sèche,»\net la reprise delà première strophe soutenue parles instruments de cuivre;\nmais à partirdecette reprise, je dois reconnaître que la suitedu développement\nma semblé assez diffuse, et que j'ai d'abord éprouvé quelque peine à la saisir\ndans son ensemble. Par contre, le solo de baryton avec chœur (n° 3 de la\n\nVIII.\nREVUE DES CONCERTS\n6"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "82", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.43", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\npartition) m'a produit une impression profonde. Cette grave mélopée, ac-\ncompagnée tantôt par les altos et les violoncelles, tantôt par les pizzicati des\ncordes entremêlésdequelques appels des cuivres, le tout soutenu par un roule-\nment continu des timbales, m'a paru d'une beauté achevée ; cela est admi-\nrable d'expression, prodigieux de couleur, et il est impossible de pousser\nplus loin l'intensité *du sentiment religieux. Sil me fallait rendre ma\npensée par une image, je dirais que c'est l'extase d'un saint François, peinte\npar un Ribeira. UAndante suivant pour soprano et chœur (n° 5; esi loin da-\nyoir la haute valeur de cette page de maître, non qu'il soit absolument dénué\nde mérite, tant s'en faut : les détails ingénieux et le* combinaisons intéres-\nsantes y abondent; mais l'ensemble repose sur une harmonie trop modulante,\nil manque un peu de netteté et de consistance, et ne produit qu un assez médio-\ncre effet. Le n° 6 de la partition comprend troisépisoaes : unandante magni-\nfique, dont chaque strophe, dite d'abord par le baryton, est reprise ensuite\npar le chœur tout entier: c'est la meilleure partie du morceau, un vivace\n« Les trompettes retentiront, » et une fugue brillante qui sert de péroraison à\nl'ouvrage, tel qu'on l'a exécuté aux Concerts populaires. On pourra se con-\nvaincre que cette péroraison diffère essentiellement de celle que 1 auteur avait\nvoulu donner à son Requiem, en lisant le n° 7de la partition, rayé du pro -\ngramme par M. Pasdeloup. Mais ce n'est là qu'un des mille inconvénients de\ncette déplorable habitude que nous avons prise de ne jamais donner une œu-\nvre moderne dans son intégrité , habitude dont le moindre défaut est souvent\nde tronquer la pensée de l'auteur et de dénaturer le caractère de son ou-\nvrage.\nQuoiqu'il en soit de ces fâcheuses mutilations, cette audition du Requiem,\nde M. Brahms, a été l'une des plus importantes de la saison; elle nous a fait\nconnaître un ouvrage aux larges proportions, qui se distingue par la grandeur\nde la conception, l'élévation de la pensée, la profondeur du sentiment leli-\nçieux, le tout uni à une science très remarquable de l'effet. On sent dans\ncette composition, forte et sévère, l'influence de J. S. Bach, et l'ony retrouve\nla plupart des procédés de Schumann. Le style vocal de M. Brahms, pour\nn'être pas toujours très coulant, n'en est pas moins pur, ferme et surtout\ntrès expressif; la partie instrumentale est traitée de main de maître, J ai dit\nque certaines parties de l'œuvre m avaient paru un peu confuses, cela tient\nle plus souvent à ce que les développements en sont trop morcelés, man-\nquent d'unité, et auraient eu besoin d'être ramassés d'une main plus ferme\nsur quelques phrases de longue haleine, dont le puissant relief permît de\nsuivre plus aisément l'idée fondamentale à travers ses transformations suc-\ncessives, et de rattacher sans peine au sujet principal toutes les déductions\nqu'en a tirées le musicien.\nLe Requiem de M. Brahms présente tous les caractères de la musique\nreligieuse: l'élément dramatique en est-absolument exclu et l'œuvre est\nconçue dans un système essentiellement opposé à celui qu'ont suivi Rossini"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "83", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.44", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\net Verdi, l'un, dans la composition de son Stabat, l'autre, dans celle de son\nRequiem. On retrouve dans les ouvrages des deux maîtres italiens comme un\nreflet des pompes théâtrales du culte catholique; l'œuvre du maître alle-\nmand est empreinte de la rigoureuse sévérité du dogme protestant. Malgré\ncette austérité de forme, qui a dû singulièrement déranger ses idées en\nmatière de musique religieuse, le public parisien a paru accueillir assez favo-\nrablement l'œuvre de M. Brahms. Chaque morceau a reçu sa bonne part\nd'applaudissements ; cependant je dois constater que YAndante de la Sym-\nphonie en ut mineur, qui venait immédiatement après, a provoqué un enthou-\nsiasme tout à fait extraordinaire, et que le public s'est plu à le souligner par\nquatre ou cinq salves d'applaudissèments des plus nourris. Cette petite mani-\nfestation m'a paru significative; elle n?ôte rien à la très grande valeur du\nRequiem de M. Brahms, et prouve tout simplement que le public le com-\nprendra une autre fois. Aujourd'hui il applaudit bien fort la Symphonie\nen ut mineur, mais n'oublions pas qu'il lui a fallu près de cinquante ans pour\nla comprendre.\nJe n'insisterai pas longuement sur les autres parties dont se composait le\nprogramme de ce concert spirituel, d'autant que les unes sont connues de\ntout le monde et que les autres sont absolument dénuées d'intérêt. Madame\nFursch-Madier et M. Delle-Sedie ont chanté avec beaucoup de style, la\npremière : l'Ave Maria, de Cherubini, le second, Y Air d'église, de Stradella.\nLes chœurs ont exécuté avec assez d'ensemble des fragments du Requiem de\nMozart; enfin, la soirée s'est terminée par Gallia, cette ennuyeuse jérémiade,\ndont je trouve qu'on a singulièrement abusé dans ces derniers temps. On\nferait bien, je crois, de laisser un peu reposer cette œuvre vide et incolore,\nqui peut séduire les masses, grâce à certains effets de sonorité grossière,\nmais dont le seul mérite, au fond, consiste à être signée d'un nom qui attire\nle public probablement parce qu'on n'est pas habitué àle trouver au-\ndessous de pareilles médiocrités.\nH. Marcello.\nTHEATRE VENTADOUR.—La Forêt, poème lyrique par Mme de Grand-*\nval, première audition. C'est devant une salle comble, où se trouvait réu-\nnie l'élite de la société parisienne, que Mme de Grandval a fait entendre cette\nnouvelle production, le 3o du mois dernier. Dans cette œuvre, comme dans\ntoutes celles qui sont de longue haleine, il y a à louer et à blâmer. Je me\nhâte de dire que la somme des belles et bonnes choses qui s'y trouvent l'em-\nporte de beaucoup sur celle des choses médiocres ou froides ; mais ce qui\nest au-dessus de toute contestation, c'est le réel et solide talent que possède\nmadame de Grandval pour bien distribuer ses intentions et ses dessins parmi\nles divers instruments de l'orchestre. Et, à voir la manière dont ses chants\nsont accompagnés et dont ses accompagnements sont faits, il ne pourrait"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "84", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.45", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\npas un seul instant venir à l'idée de qui que ce soit, de supposer que madame\nde Grandval, à l'instar de bien des amateurs, même de quelques artistes,\nsurtout parmi les femmes, ait fait instrumenter sa partition par une main\nétrangère.\nCe que la première partie offre de plus saillant, c'est un chœur de bûche-\nrons, ferme, rude et bien rhythmé. Le ton de mi mineur a quelque chose de\ndur qui convient parfaitement au sens des paroles, et les basses de l'or-\nchestre accentuent vigoureusement ces mâles accents. Dans la seconde\npartie, qui se compose d'un air et d'un orage suivi du calme, il ne se trouve\nrien de faible ni de froid comme dans certains morceaux de la première.\nL'air, qui manque un peu de développement, est bien écrit pour la voix ; il\na de l'éclat, et M. Manoury en a fort bien fait ressortir toutes les qualités.\nL'orage renferme de très belles parties, tant pour l'orchestre, où se trouvent\nde beaux effets, que pour les chœurs. Le chœur du calme est d'une har-\nmonie douce et d'une mélodie pleine de rhythme. Le chœur des fées qui\naccompagne ce numéro, et la danse fantastique ouvrent la troisième partie.\nIls ont été bissés et le méritaient autant pour le charme et la fraîcheur des\nidées que pour l'originalité des motifs et le pittoresque de l'instrumentation\nde la danse.\nLes exécutants étaient au nombre de 300. Les chœurs, de la Société\nGalin-Paris-Chevé, dirigée par M. Armand Chevé, ont fait preuve de\nbeaucoup d'assurance, et l'orchestre, que conduisait M. Danbé, a fonctionné\navec un très bel ensemble. J'ai oublié de dire que l'orchestre était sur le\nthéâtre et les chœurs dans l'orchestre des musiciens. Cette distribution\nparaît excellente.\nHenry Cohen.\nCONCERT DE M. DE WALDECK.— M. G. de Waldeck, qu'il ne faut\npas confondre avec le gracieux baryton Valdec, est fils du célèbre peintre de\nWaldeck qui vient d'accomplir sa cent-huitième année. Nonobstant ce, c'est\nun beau jeune homme de vingt-deux à vingt-trois ans, doué d'une voix de\nbasse très grave. Sous le rapport du chant, il a tout à apprendre, mais l'or-\ngane y est, et il pourra prétendre à de beaux succès dans l'avenir, surtout\nsi, à l'exemple de son père, il a par devers lui une soixantaine d'années encore\nà exercer sa carrière. On a applaudi le jeu pur et correct de M. Telesinski.\nMademoiselle Reggiani est une jolie personne dont la voix a du charme 5 mais\n] air d Ernani qu'elle a chanté est de ceux qui ne se prêtent pas à être baissés\nd une tierce et dont l'andante doit rigoureusement être dit dans le mouve-\nment adopté au théâtre.\nCONCERT DE MUe ALICE SYDNEY BURVETT.—L'Australie, l'Amé-\nrique, l'ltalie et la France se sont donné rendez-vous à ce concert. Si l'Au-\nstralie possède beaucoup de pianistes de la force de mademoiselle Burvett, 011"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "85", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.46", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\ny doit entendre d'excellente musique. Le jeu de cette jeune artiste se distingue\npar une puissance peu commune chez une femme et une grande agilité de\ndoigts, Le duo pour deux pianos, sur Euryanthe, de Ravina, exécuté par\nelle et M. F. Thomé, a brillamment fait ressortir les qualités de ces deux\néminents artistes. M. Planel, violoniste américain, s'est fait vivement applau-\ndir dans la Ballade et polonaise, de Vieuxtemps, et M. Belari a chanté avec\nchaleur et un beau timbre de ténor, une charmante romance de Tito Mattei,\nM. Boué possède une voix de basse de bonne qualité, bien qu'un peu\nfroide.\nH. C\nCONCERT DE Mlle MARIE SECRETAIN Faire l'éloge de mademoi-\nselle Secretain comme pianiste est superflu. Son extrême netteté d'exé-\ncution, sa puissance de son et le charme de son jeu sont universellement\nreconnus ; mais une qualité qui mérite surtout d'être appréciée, c'est son\ntalent pour Tarrangemènt des morceaux de piano. Je n'ai point entendu\nde compositions originales de mademoiselle Secretain, mais son art pour\nbien enchaîner les divers motifs d'un opéra, et les séparer par des épisodes\nintéressants qui les mettent en relief de la manière la plus brillante, est mer-\nveilleux. Rien de plus parlait sous ce rapport que la fantaisie sur la Muette de\nPortici, de sa composition, qu'elle a fait entendre à son concert Sa fan-\ntaisie sur Martha est aussi un morceau très remarquable. M. Jourdan, frère\nde l'excellent ténor, M. Musin et M. Jules Delsart ont été fort applaudis. Men-\ntionnons un début très heureux : Madame Armande Dalli, jeune et jolie per-\nsonne, douée d'une fort belle voix de mezzo-soprano, élève de M. Jourdan et\nde mademoiselle Marie Secretain, paraissait pour la première fois en public;\nelle a chanté avec beaucoup de grâce et de distinction la romance de Mignon\net l'air des Dragons de Villars : aussi a-t-elle été chaleureusement applaudie.\nIl ne faut point oublier madame Richault qui dit les vers et détaille la poésie\navee une rare finesse.\nH. C.\nCONCERT DE M. ET Mme LACOMBE.—Concert de deux grands artis-\ntes. Parmi les nouvelles compositions de M. Lacombe, il faut citer en première\nligne sa Sérénade, fragment d'un quatuor inédit pour instrument à cordes,\nle Crucifix, mélodie religieuse, et deux fables de La Fontaine : la Laitière et\nle Pot au Lait, et le Renard et le Bouc. La Sérénade est d'un caractère extrê-\nmement élevé, et a fait regretter que M, Lacombe n'ait pas jugé à propos de\nfaire entendre son quatuor tout entier. Le Crucifix, composition magistrale,\na été chanté par madame Lacombe avec une perfection telle que les cris de\nbis sont partis de la salle entière. Madame Lacombe est peut-être de toutes\nles cantatrices de Paris, celle qui posssède le plus de style. Entre 1 air de\nMéduse, de Lully, la mélodie religieuse du Crucifix, les fables de La Fon-"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "86", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.47", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ntaine, et les couplets si légers et si sémillants de Crispino e la Comarey que de\ncontrastes, quelle immense différence de genres! Et cependant tous ces mor-\nceaux ont été interprétés avec leur caractère propre que relevait encore le\ntimbre de sa voix si pur et si sympathique. M. Delle Sedie a littéralement\nenlevé la Dan\\ci, de Rossini, et mademoiselle Marie Dumas a, pendant un\nquart d'heure au moins, tenu le public sous le charme en récitant « Charité\nbien ordonnée », proverbe dont le programme taisait le nom de l'auteur.\nH. C.\nCONCERT DE M. REMENYI.—Le talent de M. Remenyi n'a aucun lien\nde parenté avec celui des violonistes formés à l'école du Conservatoire. Il a\npeut-être en trop ce que ceux-là ont en trop peu, c'est-à-dire de la fougue.\nNous sommes généralement habitués à n'entendre et à ne comprendre qu'un\njeu large, pur, élégant, mais, il faut le dire, un peu froid, un peu convenu.\nChez M. Remenyi, les qualités susdites existent plus ou moins, mais ce qui\ndomine, c'est l'originalité, la force et une verve inouïe. Cette verve l'em-\nporte quelquefois un peu loin et le son perd de son charme. Cependant, il a\nadmirablement fait chanter son instrument dans l'andante du concerto pour\nviolon, de Mendelssohn. Ce n'était peut-être pas une tâche des plus faciles\nqui incombait à M. Danbé de faire suivre à son orchestre les emportements\nmomentanés de M. Remenyi, mais le virtuose n'a pas dû avoir à se plaindre\nde ses accompagnateurs. Un tour de force extraordinaire de M. Remenyi con-\nsiste à exécuter sur le violon une fugue de Bach à trois parties, qu'il a ar-\nrangée à cet effet. La quatrième corde fait entendre le sujet et accompagne\nla réponse, jouée sur la troisième corde, après quoi le sujet entre sur la se-\nconde corde, qu'accompagnent les autres. Le succès de M. Remenyi a été\ntrès grand.\nMadame la comtesse Alexandra Sadowska, qui veut abandonner les\ntriomphes du salon pour conquérir ceux du théâtre, a la voix étendue,\nassez timbrée, généralement juste. Elle s'est fait applaudir dans la sicilienne,\ndes Vêpres siciliennes.\nH. C.\nCONCERT DE Mlle CASTELLAN. Nous avons assisté àun concert\n/\ndonné à la salle Erard par mademoiselle Castellan. La jeune violoniste a\njoué avec beaucoup de grâce et de vigueur : une Sonate de Porpora, une Fan-\ntaisie suédoise, la Stella de Robadi et un Boléro de Konstsk. Son style est\nmagistral; le martelé, le staccato, comme le jeu des doubles cordes sont\nd'une finesse et d'une pureté irréprochables. Mademoiselle Thérésa Castellan\nest une véritable artiste.\nO. T."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "87", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.48", "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nFAITS DIVERS\nmort il y a peu d'années, avait été dans sa\njeunesse un chanteur d'un très grand mérite. Après avoir\nquitté le théâtre, il devint directeur du Conservatoire de\nmusique de Madrid. Plus tard il abandonna ce poste et\nvint s'établir à Paris comme professeur de chant. Il y a quel-\nque trente ans je l'ai encore entendu chanter dans les soi-\nrées, et quoiqu'il ne fût plus jeune, il avait conservé une voix de ténor très\nsympathique, et j'ai pu juger de l'excellence de son style.\nLe cours de chant qu'il publia en 1843 est toujours resté un des livres les\nplus parfaits qui aient été écrits sur cette matière. Excessivement sobre de\ndémonstrations et d'explications, ne cherchant à inventer aucun système,\nPiermarini n'avait d'autre but et d'autre ambttion que de perpétuer les\nanciennes doctrines, qui nous ont valu cette admirable pléiade de virtuoses\ndont la race est perdue, et de faire chanter le mieux possible. Six pages\nd'analyse explicative précèdent les exercices et les vocalises, et contiennent\ntout ce qu'il a cru nécessaire de dire pour préparer les élèves. Je ne puis\nrésister au désir d'extraire de cette sorte de préface les lignes suivantes, qui\nvont droit à l'adresse de tant de professeurs de chant de notre époque de\ndécadence.\n« Après quelques mois d'étude, consacrés encore la moitié du temps à\nacquérir les notions de solfège, ou bien encore à des leçons d'anatomie qui\nse sont introduites depuis quelque temps dans la plupart des méthodes,\ncomme si l'élève avait besoin de connaître la conformation de son gosier, pas\nplus que le pianiste celle de ses doigts ; après ces quelques mois, on met sous\nles yeux des élèves des parittions, qu'ils apprennent par cœur, qu'ils décla-\nment plus ou moins fort, plus ou moins bien, et puis on les traîne sur une\nscène lyrique, »\nLa première partie du cours de chant de Piermarini se compose de soixante"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "88", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.49", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nexercices gradués ou vocalises pour voix de soprano ou ténor, et de soixante\nexercices préparatoires aux grandes études de la deuxième partie. La deuxième\npartie renferme quarante grands airs sans paroles pour voix de soprano, pou-\nvant également se chanter par la voix de ténor. Comme les soixante exercices\ngradués de la première partie sont peut-être ce qui existe de meilleur pour\nformer de bons artistes, mais qu'à moins de transpositions qui ennuyent\ntoujours les élèves et souvent les professeurs, les mezzo-sopranos et les bary-\ntons ne peuvent point en profiter; nous croyons que madame veuve Pier-\nmarini a rendu un véritable service à l'art en en donnant une édition trans-\nposée. En effet, ces deux genres de voix sont aujourd'hui plus répandues\nqu'elles ne l'ont jamais été, par suite de la grande rareté des vrais contraltos\net de l'injuste abandon où les compositeurs modernes, surtout les Italiens,\nlaissent la voix de basse. La lacune est donc comblée désormais, et tous les\nélèves pourront également se perfectionner d'après l'excellente méthode de\nce célèbre professeur.\nThéâtre-Taitbout. La direction de ce théâtre fondait de grandes espé-\nrances sur Amphitryon. Cet opéra comique en un acte, dont la première\nreprésentation a eu lieu le 5 de ce mois, est de MM. Beaumont et Nuitter\npour les paroles et de M. Lacome pour la musique. Si l'effet n'a pas tout à\nfait répondu à l'attente du public et de la direction, il faut convenir qu'il y\na eu un peu de la faute de tout le monde. Les acteurs auraient eu besoin\nd'une ou deux répétitions de plus ; l'orchestre aurait dû songer qu'accom-\npagner des chanteurs n'est pas la même chose qu'exécuter des ouvertures\nou jouer des quadrilles ; le compositeur enfin aurait pu écrire un peu plus\nfacile, quand même son opéra eût été primitivement destiné à un théâtre où\nse trouvaient des artistes plus rompus aux habitudes de la scène. Néanmoins\nle public a fait bon accueil à la sérénade, qui ouvre la pièce, à un boléro à\ndeux voix et à un quatuor très bien fait. Madame Tony, qui paraissait sur\nles planches pour la première fois, ne manque pas d'aisance. Elle possède\nune jolie voix et une grande agilité naturelle, qui serait excellente dans un\nsalon, mais qui n'est pas encore assez martelée ni assez accentuée pour le\nthéâtre. Mademoiselle Leclerc a un beau timbre de voix et conduit très bien\nson instrument. Madame Gentien, et MM. Vienne, Maurice et Vallu ont\nrivalisé de zèle. Espérons que l'intelligence et l'activité de M. de Lorbac vien-\ndront bientôt à bout de surmonter les innombrables difficultés que rencontre\nle directeur d'un théâtre nouveau, où tout est à faire. Surtout que les\nartistes de l'orchestre ne se fassent pas remplacer au pied levé.\nLa presse quotidienne constate, d'un accord, unanime, le succès de curio-\nsité qu'obtient le nouveau livre de notre collaborateur Albert de Lasalle : les\nTreize salles de F Opéra, en vente à la librairie Sartorius (27, rue de Seine)."}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "89", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.50", "texte": "VARIA\n\nLa Chronique musicale s'associe pleinement à l'appréciation qu'en donne\nM. Jules Noriac dans le Monde Illustré du 10 avril; il y a de tout dans ce\nvolume : de la critique fine et élevée, des études de mœurs habilement des-\nsinées, et une avalanche d'anecdotes les plus curieuses, ce qui ne gâte rien.\nNous .en extrayons ces deux passages, dans lesquels M. de Lasalle oppose\nle début de Rossini à celui de Wagner sur la scène de l'Opéra.\nDÉBUT DE ROSSINI A L'OPÉRA. « C'est là que l'auteur du Siège de Corinthe\net de Guillaume Tell se fit l'initiateur du romantisme en musique et renversa\nde son souffle irrésistible toutes les vénérables idoles du passé. Sans parler\nde Rameau, dont les œuvres dormaient déjà au fond des bibliothèques, Sac-\nchini, Salieri, Lesueur, Spontini, et même Gluck le Grand, pâlirent et\ns'éclipsèrent à l'approche de ce génie radieux.\n« Enfin Rossini vint! » pourrait-on dire, en paraphrasant l'hémistiche de\nBoileau. Mais, hélas! c'est « il parvint » qui serait le mot vrai ; car, avant de\nvoir son nom imprimé sur une affiche de l'Opéra, il ne fallut pas moins de\nneuf ans de patience au compositeur fameux que l'Europe acclamait. Les\nportes du temple étaient, en effet, gardées par une coterie jalouse, qui rece-\nvait le mot d'ordre de Berton.\n« Rossini avait débuté à Paris, en 1817, par Yltaliana in Algieri, repré-\nsentée au Théâtre-Italien, et le Siège de Corinthe, qui est la première de ses\npartitions exécutées à l'Opéra, porte la date de 1826.\n« En attendant (ou plutôt en faisant attendre), l'Opéra dispensait ses faveurs\nà qui en voulait. Il jouait avec empressement : Florestan ou le Conseil des\nDix, de Garcia; Sapho, de Reicha; Virginie, de Berton; Lastke'nie, d'Hérold\n(à ce nom cependant il faut saluer); Ipsiboé, de Kreutzer ; les Deux Salem,\nde Daussoigne; la Belle au bois dormant, de Carafa; Don Sanche d'Aragon\nou le Château d'amour, de Litz (le futur pianiste-abbé avait alors quatorze\nans), etc...\n« Il donnait aussi deux pièces de circonstance et à allusions flatteuses pour\nle pouvoir : Vendôme en Espagne, un acte mis en musique par Auber,\nBoïeldieu et Hérold, pour fêter la prise du Trocadéro; puis Pharamond,\nopéra en trois actes, improvisé par Boïeldieu, Berton et Kreutzer, à l'occa-\nsion du sacre de Charles X.\n« Quant aux ballets de cette époque, c'étaient Alfred Le Grand, de Gal-\nlenberg; Cendrillon, de Sor; Alice, reine de Golconde, de Dugazon; Mars et\nVénus, de Schneitzoheffer, etc...\n« Et pendant que l'Opéra se livrait à ces jeux peu récréatifs et à ces ris\nmédiocres, Rossini perdait le temps d'écrire au moins quatre Guillaume Tell,\ncar il était en pleine sève et dans tout l'entrain du travail. Il lui fallait aussi\nessuyer le feu des pamphlétaires très âpres à lui faire la guerre; et cela sâns\nqu'il lui fût permis de se défendre en produisant une œuvre magistrale qui\naurait mis le public dans son parti.\n« Pourtant l'Académie de musique n'était plus « royale » qu'en ce sens\nqu'elle coûtait beaucoup d'argent à la liste civile, Les recettes baissaient\nsensiblement, et il lui fallait d'autant plus aviser à ramener la foule que ses\ndeux principaux chanteurs venaient de la quitter. Lays et madame Branchu\navaient pris coup sur coup leur retraite."}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "90", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.51", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\n« Lays comptait quarante-deux ans de service, passés dans les six salles\ndu Palais-Royal, des Menus-Plaisirs, de la Porte-Saint-Martin, de la rue de\nRichelieu, Favart et Le Peletier. ~ . , .\n« C'est dans ces circonstances fâcheuses que l'Opéra se décida a monter le\nSiège de Corinthe, acte de bon goût et de justice qu'il n eut pas à regretter.\nLe succès, en effet, fut si éclatant que, le soir de la première représentation,\nle public fit une espèce d'émeute qui dura une demi-heure, parce que Rossini,\nrappelé à grands cris, se refusait à paraître sur la scène. Les applaudissements\nne manquèrent pas non plus aux interprètes, qui étaient . les deux Nourrit,\nDerivis et mademoiselle Cinti (celle qui devait plus tard rendre célèbre le\nnom de Damoreau, en créant le personnage d'lsabelle, dans Robert le Diable,\net, à l'Opéra-Comique, celui d'Angèle, dans le Domino noii ).\n«Au lendemain du Siège de Corinthe, les feuilletons des journaux, qui\njusque-là avaient tenu rigueur à Rossini, sont obligés de lui rendre les armes,\nLa Quotidienne imprima cette phrase qui est à retenir : « Rossini a fait une\nespèce de révolution en musique. » En effet, cet homme prédestiné arrivait\ncomme un Messie pour renouveler le vieux fond mélodique sur lequel on\nvivait depuis tant d'années. Et à sa suite, on vit s'illustrer, quoique partici-\npant de lui à des degrés divers, les Auber, les Hérold, les Meyerbeer, les\nDonizetti, les Halévy, toute la pléiade enfin des glorieux créateurs du réper-\ntoire romantique.\n« L'étincelle communiquée à tous ces beaux esprits par le génie de Rossini\ny a déterminé comme une explosion de vie. Aussi leurs œuvres, écloses\nsous le rayonnement de la lumière mélodique, ont-elles encore 1 incandes-\ncence de leur jeunesse première. Le temps ne les a point refroidies.\n« C'est pourquoi nous sommes encore sous le régime de la musique née\ndans la période de 1826 a 1840. Il y a meme cette remarque a faire . qu au-\njourd'hui le drapeau du romantisme ne flotte plus que sur l'Opéra. »\n« .... LE TANNHŒUSER, Le Tannhœuser cacophonique fut imposé à la\ndirection de l'Opéra par la cour des Tuileries, que les influences de la diplo-\nmatie allemande avaient circonvenue. Les frais de mise en scène étaient\nconsidérables. M. Wagner s'était en personne chargé de diriger les études\nde sa scabreuse musique. Les chanteurs qu'on lui avait confiés, au risque\nde leur ruiner la voix, étaient Morelli, Cazeaux, mademoiselle Sass, madame\nTedesco , mademoiselle Reboux. La condescendence avait été poussée\njusqu'à permettre à ce maestro de singulière espèce, d'introduire dans la\ntroupe de l'Opéra Meinher Niemann, un ténor tout à sa dévotion.\n«La première représentation fut donnée le i 3 mars 1861. Le public resta\nstupéfait, mais silencieux, pendant le tableau du Venusberg. Ce n'est qu'au\nchangement de décor et après la grotesque mélopée du prêtre, que le fou\nrire éclata dans toute la salle. Le reste de la soirée ne fut qu'un concert de\nhuées de toute sorte. Il n'y eut de répit que pendant l'exécution de la\nmarche au second acte ; le morceau fut même bissé.\n« Après trois représentations tumultueuses, le Tannhœuser fut interdit par\nla police comme un scandale public. Et depuis ce temps, M. Wagner, bien\nà l'abri de l'autre côté du Rhin, n'a cessé d'expectorer contre la France les\ninjures les plus allemandes."}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "91", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.52", "texte": "VARIA\n\n« Rossini a eu longtemps la partition de Tannhœuser, jouée à l'envers sur\nson piano ; et quand quelqu'un lui en faisait l'observation, il répondait avec\nsa malice méridionale :\n« Que voulez-vous, j'ai essayé de jouer cette musique dans l'autre\nsens... ça ne va pas! »\n—Le Nord annonce que madame Pleyel a, par son testament, légué\n10,000 francs à l'Association des artistes musiciens. Elle aurait, de plus,\nordonné que le produit de la vente de ses bijoux fût converti en rentes au\nprofit des artistes nécessiteux.\nUlndépendance belge et Paris-Journal résument et complètent la notice\nconsacrée à la grande artiste dans la biographie universelle des musiciens.\n« Madame Marie Pleyel, dont nous avons annoncé la mort, était une des\npianistes les plus célèbres de notre époque. Née à Paris, le 4 juillet 1811,\nde parents belges, elle était la sœur de Moke, réminent professeur de\n1 Université de Gand, membre de l'Académie de Belgique, mort récemment.\n« Dès ses premières années ,elle avait manifesté beaucoup de goût pour la\nmusique, et des dispositions exceptionnelles qui la firent remarquer par les\nartistes, et notamment par le célèbre pianiste Moschelès, qui lui donna des\nleçons, après que J. Herz eut formé son talent naissant. Plus tard, elle reçut\ndes conseils de Kalkbrenner, qui représentait, à cette époque, avec éclat,\nl'école de Clementi. C'est à ce maître que madame Pleyel fut en partie\nredevable des éminentes qualités qui distinguaient son jeu essentiellement\ngracieux, élégant, limpide et spirituellement délicat.\n« Dès l'âge de 15 ans, Marie Pleyel se fit entendre en public, et sa\nrenommée devint bientôt européenne. Applaudie à Paris, à Saint-Péters-\nbourg, à Dresde, à Prague, à Vienne, à Rome, elle eut l'honneur d'être\ncélébrée avec enthousiasme par Mendelsshon, Schumann, après ses concerts\nau Gewandhaus de Leipzig, en 1838.\nA Vienne, Liszt se fit un plaisir de la présenter au public, et de s'effacer\npour lui laisser la place d'honneur.\n« En 1848, madame Pleyel fut nommée professeur de piano au Conserva-\ntoire de Bruxelles, et, depuis lors, toute vouée à l'enseignement, ses tour-\nnées artistiques devinrent moins fréquentes. Dans ces dernières années,\nelle s était retirée complètement de la carrière artistique pour ne plus se\nlaisser entendre que d'un petit nombre d'amis qu'elle se faisait une joie de\nréunir hebdomadairement dans ses salons. On se rappelle comme elle fut\nfêtée l'année dernière, lorsqu'elle reparut en public, couronnant par une\nbonne œuvre une vie toute de victoires et de triomphes.\n(( Elle avait épousé, à Paris, M. Camille Pleyel, le célèbre facteur de\npianos, dont elle se sépara après quelques années de mariage.\n« Madame Pleyel avait renoncé à l'enseignement depuis trois ans. Elle\navait été remplacée au Conservatoire par M. Auguste Dupont. >»\nLa célèbre pianiste a été inhumée dans le cimetière de Laeken."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "92", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.53", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nDans la séance du i 3 mars 1875, M. Victor Massé a lu à l'Académie\ndes beaux-arts une Notice sur la vie et les travaux dAuber, qui contient sur\nl'illustre maître plus d'un trait caractéristique:\n« Get Anacréon de la musique recherchait surtout la société des femmes;\nen France, la réputation de vert-galant n'a jamais nui à personne, Son esprit\nest resté proverbial, et pourtant Auber ne soutenait jamais une conversation;\nil y prenait part, sans doute ; mais, comme un habile archer derrière une\npalissade, il attendait le moment venu pour lancer le trait qui résumait et\nterminait. Ses mots étaient, comme ses motifs, vifs et saillants.\n« Il répondait avec bonne grâce aux questions qu'on lui adressait sur sa\nmanière de vivre, comprenant que cette curiosité était un hommage rendu à\nsa grande notoriété; nous savions tous ainsi qu'Auber avait deux facultés\nqui lui donnaient, selon lui, de la santé et du temps : manger fort peu (un\nseul repas par jour) et ne guère dormir.\n« Il parlait très volontiers de son art, et sa conversation sur ce sujet était\ntoujours intéressante : « La musique n'est pas dans la musique, me disait-il,\nelle est dans une femme demi-voilée qui passe, dans le tumulte d'une fête,\ndans un régiment qui s'éloigne » L'affirmation exagérée d'Auber doit\nêtre prise pour ce qu'elle veut dire ; pour ma part, je crois volontiers que\nc'est l'impression du régiment qui s'éloigne qui lui a dicté la première partie\nde l'ouverture de Fra Diavolo.\n« Il y avait dans sa nature l'amour du monde uni à un singulier désir de\nsolitude. Ainsi, après le théâtre, vers une heure du matin... on apercevait le\nspirituel vieillard, la tête légèrement inclinée vers l'épaule, les mains dans\nles poches de son paletot grisâtre, regagnant tranquillement sa maison de la\nrue Saint-Georges; il rentrait, et sa lampe de travail restait bien souvent\nallumée jusqu'au jour\n« Peu d'hommes ont été aussi constamment heureux qu'Auber; car les\ngrands succès obtenus lui avaient donné la philosophie qui fait supporter les\nmécomptes inséparables de la vie du compositeur au théâtre. Il était au\ncomble des honneurs et de la gloire. Sa fortune, gagnée noblement par son\ntravail, l avait rendu indépendant. Des faveurs spéciales, rarement obtenues\npar un artiste de son vivant, lui avaient été accordées avec munificence; il\npouvait passer dans une rue monumentale portant son nom et voir son\nbuste décorer la façade du nouvel Opéra... Il disait spirituellement à ce sujet :\n« Haussmann a bien voulu me faire crédit ! »\n« Mais il n'est pas permis à une créature humaine de posséder une somme\naussi grande de bonheur continu; le moment approchait où lui aussi allait,\nselon l'expression d'un poète, « s'acquitter de souffrir. » Les malheurs de la\nFrance le frappèrent au cœur. Il ne voulut pas s'éloigner de son cher Paris;\nil y resta pendant le siège, il y resta même pendant la Commune. Sa fine\ngaieté s'était émoussée, son front s'était assombri.\ndéfaut, disait-il avec mélancolie, j'ai trop vécu! » Pourtant il travaillait encore\net avait commencé quelques esquisses de musique de chambre. Il demanda à\nun ami de lui apporter les quatuors de Haydn, de Mozart et de Beethoven,\nen ajoutant avec son sourire d'autrefois : « Ces chefs-d'œuvre me décideront\nsans doute à brûler ce que j'ai commencé! »\n« La mort l'avait marqué pour le départ. Chose touchante, pour indiquer"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "93", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.54", "texte": "VARIA\n\nles progrès du mal, il disait d'une voix défaillante : « Je ne peux plus tenir\nma plume; je ne peux plus travailler ! »\n« Il rendit l'âme le 12 mai 1871. On était en pleine Commune. Son corps\nfut déposé provisoirement dans l'église de la Trinité, et, après l'arrivée de\nl'armée française, un service religieux digne de lui y était célébré le i 5 juillet\nsuivant.\n« Auber attend sa sépulture; ses amis, ses admirateurs veulent lui élever\nun monument en échange de celui qu'il a élevé lui-même pour sa gloire et pour\ncelle de son pays; ce monument-là est fait avec la Muette, le Maçon, le\nPhiltre, Fra Diavolo, Aete'on, Haydée, le Domino noir, et avec tant d'autres\nouvrages; il est solide,., et vivra plus longtemps que l'œuvre de pierre qu'on\nlui destine î »\n—Le nom du musicien Philidor vient d'être donné à une rue de Paris.\nCette rue est située dans le 20e arrondissement, entre la rue de Lagny, le\nchemin de fer de ceinture et la rue des Maraîchers. Elle portait le nom de\nrue des Gouttes-d'Or, qui lui était commun avec une autre rue, située dans\nle 18e arrondissement. C'est sur la demande de M. Hérold, conseiller muni-\ncipal du quartier, que ce nom a été changé en celui de rue Philidor, par\ndécret du Président de la République, en date du 10 février ißys.\nDeux bibliophiles aussi entreprenants qu'érudits se sont mis en tête de\nressusciter le fameux Almanach des Spectacles, continuant l'ancien Aima-\nnach des Spectacles, publié de 1753 à 1815.\nLe premier volume de cette nouvelle série, bijou typographique, sorti\ntout pimpant des presses de Jouaust, est en vente à la Librairie des Biblio-\nphiles. Nous l'annonçons, avec les sous-entendus les plus flatteurs, et nous\nen félicitons chaudement les ingénieux auteurs. MM. Paul Miliiet et Albert\nSoubies, hommes de ressources et d'invention, en tout point capables de\nmener leur tâche à bonne fin.\nAu milieu du siècle dernier, un éditeur se proposa de publier, chaque\nannée, le plus de renseignements intéressants qu'il pourrait réunir sur\nl'histoire des théâtres de Paris. Il donna à cette publication le nom à!Aima*\nnach des Spectacles. La collection complète en est rare aujourd'hui, et la\nfaveur dont elle jouit encore laisse espérer qu'un ouvrage destiné à la con-\ntinuer sera bien accueilli du public.\nLe nouvel Almanach des Spectacles s'adresse, comme l'ancien, aux ama-\nteurs de théâtre et aux bibliophiles. Ils y trouveront la liste complète des\npièces nouvelles jouées en France pendant l'année, le tableau du personnel\nadministratif et artistique des théâtres de Paris et le résumé de leurs\ntravaux.\nL 1 Almanach des Spectacles comprendra en outre, sous les titres variés de\n« concours, liste des auteurs dramatiques vivants et des critiques, bibliogra-\nphie, nécrologie,» tous les documents qui se rattachent directement à l'étude\ndu Théâtre.\nLa plus large place sera donnée naturellement à la Comédie-Française^"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "94", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.55", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ndont l'histoire se confond avec celle de notre littérature dramatique, et\nmême, pour placer en quelque sorte ce livre sous son patronage tout artis-\ntique, on a substitué au frontispice qui figurait en tête des volumes de\nl'ancienne collection le portrait à l'eau-forte des sociétaires reçus dans\nl'année. M. Léon Gaucherel, qui a déjà gravé les portraits d'un certain\nnombre d'artistes de la Comédie-Française, a bien voulu se charger de\nl'exécution de ce travail.\nLe format adopté est celui de l'ancien Almanach des Spectacles. L'impres-\npression est faite avec les élégants caractères elzéviriens que M. Jouaust\nemploie pour ses éditions de bibliophiles. Le texte est orné de fleurons et\nde culs-de-lampe dans le style du XVIIIe siècle. Les couvertures, tirées en\ndeux couleurs, sont imprimées sur papier double. Le tirage est fait sur\npapier de Hollande et ne dépasse pas 500 exemplaires.\nA l'intention des amateurs, on fera un tirage spécial de 12 exemplaires\nsur papier de Chine, et 12 sur papier Whatman. Les exemplaires seront\nnumérotés.\nLe programme du concours de composition musicale pour le grand\nprix de Rome vient d'être arrêté de la manière suivante :\nConcours d'essai: Entrée en loges, au Conservatoire, samedi i 5 mai, à\ndix heures du matin ; sortie, vendredi 21 mai, à midi. Jugement: samedi\n22 mai.\nConcours définitif: Entrée en loges, samedi 29 mai, à dix heures du\nmatin ; sortie, mardi 22 juin, à dix heures du soir\nJugement préparatoire, au Conservatoire, vendredi 2 juillet. Jugement\ndéfinitif, à l'lnstitut, samedi 3 juillet.\nLes candidats peuvent se faire inscrire au secrétariat du Conservatoire,\njusqu'au mercredi 12 mai.\nLa Société des auteurs et compositeurs a décidé que M. Halanzier,\ndirecteur de l'Opéra, n'ayant pas rempli les clauses du traité qui le lie à la\nSociété en ne jouant pas un acte inédit, devait payer une somme de 2,000 fr.\nà titre d'indemnité à la Société des auteurs. M. Halanzier, tout en essayant\nde se défendre en alléguant des raisons raisons qu'il a déjà maintes et\nmaintes fois exposées au public dans différentes lettres ou communications\ns'est exécuté de bonne grâce. Toutefois, il avait demandé, avant de payer,\nque le délai, qui expirait fin janvier, fût prolongé jusqu'à fin avril; la chose lui\na été formellement refusée."}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "95", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.56", "texte": "VARIA\n\nNOUVELLES\n\nARIS. Opéra. M. Boudouresque, basse profonde, dont nous\navons annoncé l'engagement, vient de débuter dans la Juive.\nTrès prochainement les Huguenots, avec M. Villaret.\nOn annonce l'arrivée à Paris de mademoiselle de Reschi, une chanteuse\nque M. Halanzier a engagée dernièrement à Milan, sur les conseils de\nMM. Merelli et Filippi.\nMademoiselle de Reschi débutera dans Faust ou Robert.\nMademoiselle de Reschi appartient à l'une des plus grandes familles de\nVarsovie. Elle vient avec des lettres de recommandations signées de toute\nl'aristocratie. Ajoutons qu'elle e>t riche, jeune et belle, ce qui ne gâte rien.\nOpéra-Comique. Richard-Cœur-de-Lion a été repris dimanche dernier.\nLe baryton Melchissédec, qui chanteßlondel, se classe hors de pair; il a été\nchaudement applaudi-\n— Samedi prochain, répétition générale du Requiem de Verdi, dont 011\ndonnera sept auditions par autorisation spéciale du ministre.\nSalle Ventadour. Mardi, 27 avril, aura lieu sous la direction de M. Danbé\nla première audition de la Tour de Babel, drame biblique en quatre tableaux,\nde M. Antoine Rubinstein.\nVariétés. On a lu aux artistes une opérette en trois actes, de MM. Nuit-\nter, Mortier et de Saint-Albin, musique de M. Serpette.\nLes principaux rôles de cet ouvrage, qui a pour titre : le Manoir du Pic-\nTordu, sont destinés à MM. Pradeau (débuts), Léonce, Baron, Berthelier,\nmesdames A. Duval, Bertall et Douvé.\nLes répétitions vont commencer immédiatement; mais la pièce ne passera\nqu'après une reprise de la Petite Marquise, qui sera accompagnée du Passage\nde Vénus, de MM. Meilhac et Halévy.\nFolies-Dramatiques. La première représentation d'Alice de Nevers,\nl'opérette de M. Hervé, aura lieu mercredi prochain.\nConservatoire de musique. Voici le programme de l'exercice public des\nélèves du Conservatoire, qui aura lieu le dimanche 25 avril, sous la direction\nde M. Deldevez :\ni° Symphonie en ré, de Beethoven;"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "96", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750415-01.1.57", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\nParis Imprimerie Alcan-Lévy, rue de Latayette, 6i«\nPropriétaire-Gérant : QdKJTHUHE ULHoj 9\\ 'l).\n\n2° Air et chœur d'Armide, de Gluck.\n3° Finale du premier acte d'Obéron, de Weber;\n4° Andante et finale du trio pour piano, violon et violoncelle, de Men-\ndelssohn ;\n5° Entracte et prière de Joseph, de Méhul;\n7e Romance en fa, pour le violon, de Beethoven, exécutée par mademoi-\nselle Pommereul;\n7° Air des Noces de Figaro, de Mozart, chanté par madame Belgirard ;\n8° Bénédiction des drapeaux, scène et chœur du Siège de Corinthe, de\nRossini.\nMademoiselle Krauss a obtenu dimanche, au Conservatoire, un brillant\nsuccès dans la Mort de Diane.\nL'auteur de cette belle page, M. Vaucorbeil, a dû être heureux d'entendre\nson œuvre d'une manière aussi supérieure.\nRenaissance. M. Daniel, le professeur de chant bien connu, vient d'être\nengagé par M. Hostein pour créer, à la Renaissance, un rôle important dans\nIndigo, qu'on veut toujours donner fin avril, quoique Girojîé-Girofla fasse\nencore beaucoup d'argent.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}