{"numero_id": "bm-bmtnabc-1875-05-01-01", "volume": "bmtnabc_1875-05-01_01", "ocr_sha256": "fd80e8421dcf19bbb599ae441f09b3d50756a144fbf3d87139258907815fe0fc", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabc/issues/1875/05/01_01/bmtnabc_1875-05-01_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabc/issues/1875/05/01_01/bmtnabc_1875-05-01_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabc-1875-05-01-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-05-01_01#c001", "volume": "bmtnabc_1875-05-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "[97]", "page_fin": "103", "image_debut": 1, "image_fin": 7, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.2.1", "titre_corps": "LA FÊTE MUSICALE DE MAI", "titre_sommaire": "LA FÊTE MUSICALE DE MAI", "signature_source": "MAURICE CRISTAL", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[97]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.1", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 754, "texte": "LA FÊTE MUSICALE DE MAI\nEN FRANCE, EN SUÈDE ET DANS L'EUROPE DU NORD\n\nEPUIS vingt-trois ans, chaque année, à Paris, le\nprintemps est l'occasion d'une fête musicale\ndont s'entretiennent les journaux étrangers et\nqui passe inaperçue dans la presse française.\nC'est la fête des enfants, le mai juvénile des\nprotestants, qui ne se célèbre pas seulement à\nParis, mais dans toute la France, dans toute\nl'Europe, en Amérique même, et toujours le\nmême jour et, autant que possible, avec la même\nconcordance d heures dans tout l'univers. Ce festival printanier est fort\nrégulièrement organisé en Angleterre, en Allemagne, en Suisse, dans\ntous les pays Scandinaves. Il y correspond, pour les fêtes du soleil et de\nla nature rajeunie, à l'hivernale fête de la Noël,"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "98", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.2", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2713, "texte": "Dans tous les pays septentrionaux, les amoureux ont leur anniver-\nsaire toujours choyé; à la Saint-Valentin, chaque fiancée fête son Va-\nlentin, chaque fiancé fête sa Valentine. Pour la solennité touchante de\nla première communion, on a consacré l'anniversaire de la fête de mai.\nC'est, dans les pays du Nord, la fête nationalement et religieusement\nadmise des garçons et des fillettes dans leur première manifestation\nsociale,\nEn France, ce gracieux festival n'a point encore pris ce caractère, et\npourtant il y a chez nous des traditions nationales qui remontent à\nAgrippa d'Aubigné et à Goudimel, pour fixer par un nom musical et\npar une célébrité littéraire, l'époque où ces réjouissances enfantines et\ntoutes pénétrées de Part religieux commencèrent, dans les familles des\npays de France ou des pays voisins et sympathiques, à être admises par\nles partisans du culte réformé, qui, dès cette époque, s'annonçaient\ncomme les précurseurs de la Révolution.\nClaude Goudimel est né dans la Franche-Comté, en 1510. Pendant\nson enfance, il reçut l'instruction solide, qui fut toujours dans les habi-\ntudes de ces contrées annexées plus tard (1668-1674-1678) à notre fron-\ntière orientale. Non-seulement la musique lui fut enseignée; mais il\napprit les belles-lettres, et ses épîtres latines, adressées à sqn ami Paul\nMélissuss, sont écrites d'un style élégant et pur. Il ne s'est guère écarté\nde son pays pendant les trente premières années de sa vie, et son existence\nalternée d'industrie, d'agriculture, de polémique religieuse, de littérature,\na peu sollicité les coureurs d'anecdotes, qui auraient cependant bien\nemployé leur sagacité s'ils avaient étudié les mœurs sérieuses des artistes\nde cette époque dans toutes ces contrées, dans la Franche-Comté, dans\nla France de l'Est, en Lorraine, en Suisse, en Savoie, travaillées par le\nrenouvellement politique et religieux qui préoccupait en ce moment\ntoute l'Europe.\nA peine âgé de trente ans, Goudimel part pour Rome, et c'est dans la\nJérusalem catholique que nous le trouvons en 153 g. Il y professe la\nmusique, et son école à peine fondée, devient célèbre, et lutte avec les\nécoles rivales depuis longtemps nanties d'une indiscutable notoriété* On\nlui reconnaît le savoir et l'expérience nécessaires pour enseigner à des\nélèves choisis, Part d'écrire en musique. Le jeune Jean Perluigi Palestrina\nentre dans cette école en 1540, et bientôt il y compte parmi ses émules\nune élite d'étudiants promis à l'immortalité : Jean Animuccia, Etienne\nBettini, surnommé il Fornarino, Alexandre Merlo connu sous la désigna-\ntion de délia viola, Jean Marie Nanini et bien d'autres.\nGoudimel, initiateur non indigne de semblables élèves, professa ainsi"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "99", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.3", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2733, "texte": "avec succès et autorité jusques vers l'année 1555. Il vint alors à Paris et\ncommença, avec Nicolas Duchemin, une association bien vite inter-\nrompue, et qui avait pour but une impression d'œuvres musicales.\nEn 1 565, Goudimel publia à Paris ses psaumes à plusieurs parties,\naccommodés selon les goûts du temps, favorable à la musique vocale en\nharmonie. Ces « psaumes, mis en rime française par Clément Marot et\nThéodore de Bèze; mis en musique à quatre parties par Claude Gou-\ndimel, » sont imprimés sans nom de lieu, mais avec ces mots au bas du\nfrontispice : « par les héritiers de François Jaqui, I562, » in-12. La\nmusique des quatre parties est imprimée en regard. La mélodie ce est au\nténor. » Ces psaumes furent très goûtés par les partisans de la Réforme,\nque Goudimel avait toujours fréquentés, et auxquels il appartint bien-\ntôt de toutes les manières. Son affiliation aux huguenots le conduisit à\nune fin prématurée. Il fut une des victimes du massacre de la Saint-\nBarthélemy. Ce fut à Lyon qu'il périt de mort violente avec les calvi-\nnistes, qu'on tua le 24 août 1572, et qu'on précipita dans le Rhône.\nLa musique de Goudimel est écrite avec une harmonie pure, mais les\nmouvements de voix sont lourds et manquent de grâce. Son meilleur\nouvrage, qui est en même temps le moins connu, est le recueil des odes\nd'Horace musiquées à quatre parties, et qu'il publia en 1555. Bien que\npour l'esprit et l'élégance il fut inférieur à Clément Jannequin, à Ver-\ndelot, à Arcadelt, il sut dans sa musique allier un certain parfum mon-\ndain à l'ampleur mystique et à la sévérité puritaine qu'expliquent les\nmœurs et l'influence de Calvin. Il a été l'un des créateurs de ce que dans\nces temps on appelait la musique chrétienne, qu'il ne faut pas confondre\navec la musique d'église, et les catholiques comme les protestants admet-\ntaient à son époque cette musique chrétienne, qu'on ne retrouve plus\naujourd'hui que chez les protestants, notamment dans cette fête juvénile\ndu printemps, dont les origines remontent aux fêtes intimes des réformes\nau seizième siècle.\nLes psaumes de Goudimel, si chaudement accueillis par les réformés,\nfurent également admis par les catholiques, qui tout d'abord ne virent\nrien de contraire à la foi dans la traduction française en vers des psaumes\nde David* Personne n'aperçut d'inconvénient à les chanter et à les exé-\ncuter en dehors des pratiques religieuses et des exercices pieux, dans les\nréunions familières et concertantes. On les considérait comme des\nmélodies spirituelles, non comme des cantiques réservés au temple. Ceci\ndoit être noté pour que, dans l'histoire musicale, on fasse désormais la\npart du double courant lyrique dans les pays protestants où la musique"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "100", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.4", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2459, "texte": "a été toujours si admirablement, si sérieusement, si universellement\nenseignée.\nLes psaumes, vulgarisés par les traductions rimées de Marot et de\nBèze, furent d'abord chantés sur des airs populaires; puis on arrangea\ndessus des mélodies allemandes, anciennes, comme celle par exemple\ndont Mendelssohn a fait l'andante religioso de sa Symphonie en la ma-\njeur. Enfin, on fit composer pour ces psaumes chantés dans les églises\ndes mélodies spéciales. L'auteur de cette nouvelle musique fut un com-\npositeur assez obscur, nommé Guillaume Franck. Ses chants se répan-\ndirent dans l'Église réformée en France,en Hollande, où ils sont encore\nen usage, et ceux de Goudimel ainsi que ceux de Claudin le jeune et ceux\nde Bourgeois, qui sont également mis à quatre parties, n'ont rien à voir\navec les chants de Franck.\nEn tout cas, les chants de Goudimel n'ont jamais été utilisés dans les\ntemples protestants. Lui-même leur avait donné une destination toute\nautre, et au frontispice de ses psaumes harmonisés il avait écrit lui-\nmême ces paroles fort explicites : « Nous avons adiousté au chant des\npsaumes en ce petit volume trois parties : non pas pour induire à les\nchanter en Végiise, mais pour s esiouir en Dieu particulièrement ès\nmaisons, ce qui ne doit être trouvé mauvais, d'autant que le chant\nduquel on use en Véglise demeure en son entier comme sil estait seul. »\nOn peut donc, sans erreur, considérer Goudimel comme un des créa-\nteurs de cette musique chrétienne, qui était alors répandue dans toutes\nles familles religieuses de l'Europe occidentale, à quelque culte qu'elles\nappartinssent, et qui, délaissée par les catholiques, s'est maintenue chez\nles protestants, et est arrivée jusqu'à notre époque, où elle se manifeste\ndans le gracieux festival du premier mai.\nII\nVoici ce que cette fête est en France, dans la capitale. Partout où on\nla célèbre, elle revêt le même caractère. A Paris, c'est au Cirque na-\ntional qu'on se réunit. L'assemblée est solennelle et joyeuse. Sur une\nvaste estrade centrale sont réunis presque tous les pasteurs étrangers ou\nfrançais présents à Paris. Sur les gradins disposés en amphithéâtre, plu-\nsieurs milliers d'enfants des deux sexes (chargés ici de la partie musicale)\nsont groupés par écoles. Les jeunes filles sont d'un côté, les garçons de\nl'autre. Au milieu est réservée la place pour les parents, pour les amis,\npour les invités, fort peu nombreux, car si vaste que soit le local, il est"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "101", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.5", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2827, "texte": "insuffisant. Cette armée d'enfants joyeux, de musiciens à peine adoles-\ncents, arrive là avec ses bannières, ses drapeaux, ses rubans, ses ensei-\ngnes, ses bouquets de fleurs et son livre de cantiques harmonisés à quatre\nparties. Des recueils à bon marché de ces mêmes chœurs sont distribués\naux assistants, et du commencement à la fin de la séance, dans le Cirque,\nretentissent des chants à lecture improvisée.\nCe qui nous intéresse, ce qui nous a semblé mériter d'être raconté à\nnos lecteurs, c'est cette improvisation de lecture musicale se présentant\nici avec son résultat pratique dans une séance qui n'a pas pour but une\nleçon de musique ou un examen, mais qui est tout au contraire une\nréunion de famille, une assemblée de coreligionnaires, avec le but fran-\nchement déclaré de se divertir et de passer ensemble deux ou trois heures\nagréables et vivifiantes. On peut y découvrir aussi toute une branche\nd'éducation artistique, encore en voie de formation en France, mais\nétablie sur une très vaste échelle en Suisse, en Belgique, en Angleterre,\nen Allemagne, dans les pays Scandinaves. Il y a là une expérimentation\nde pédagogie spéciale, indépendante de toute protection officielle et de\ntoute attache administrative, qu'il est opportun d'étudier en France au\nmoment où les questions d'enseignement sont engrenées aux réformes\net où notre Conservatoire donne l'exemple d'une louable initiative.\nLes chœurs chantés par les enfants des écoles représentent une littéra-\nture lyrique, dont les œuvres de M. Tournier, que l'Académie a récom-\npensées, pour la France, et celles de César Malan et de M. et madame\nJuste Giraud, pour la Suisse, peuvent donner une idée suffisante. Il en\nexiste toute une bibliothèque, et le mérite de ces chants, c'est leur impro-\nvisation lorsqu'une circonstance les provoque. Après la guerre, on chan-\ntait chez M. et madame de Gasparin des hymnes patriotiques qu'a-\nvaient inspirés les deuils de la France. Les vers imprimés avec la mu-\nsique étaient distribués aux enfants, aux parents, dans les villages, dans\nla campagne. Lorsque quelques amis se trouvaient rassemblés à une fête,\ndans un anniversaire de famille, ils chantaient l'hymne, qui ensuite fit\nplace à d'autres chants improvisés pour d'autres circonstances. De ces\nhymnes, les meilleures sont conservées ; le reste s'évapore dans l'oubli\ncomme le parfum d'une fleur sauvage s'efface après avoir réjoui l'espace\nde ses bienfaisantes émanations.\nCes recueils de cantiques et de chansons à l'usage des écoles évangé-\nliques, d'un prix très minime, sont répandus par milliers d'exemplaires.\nLa plus grande partie est distribuée gratis, mais sans gaspillage, puisque\ndans les écoles évangéliques la musique est enseignée dès l'enfance\ncomme la lecture, et que les chœurs sont choisis parmi les pièces les plus"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "102", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.6", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2551, "texte": "remarquables des compositeurs de tous les pays, ce qui fait que chaque\nexemplaire est soigneusement conservé par celui qui le possède, lequel,\nd'ordinaire, le place près sa Bible.\nTelle est la petite fête chaque année renouvelée. Elle commence au\nCirque, où se réunissent sept ou huit mille garçons et jeunes filles; elle\nse termine à la campagne, sur tous les points de la banlieue parisienne,\nchaque famille riche se faisant un devoir d'inviter un groupe d'enfants,\net de leur faire célébrer, en sportmen émérites, à âne, à cheval, en bateau,\nau trapèze, dans les rondes enfantines et dans des sérénades improvisées,\nla fin de ce beau jour, d'où les fins goûters et les joyeux repas ne sont pas\nproscrits.\nIII\nL'influence précieuse du chant, du chœur et du concert, dans l'ensei-\ngnement, n'a jamais été mise en doute chez les protestants. Ailleurs, on\nen a parlé comme d'une chose désirable. Chez eux, la pédagogie musicale\na été étudiée, pratiquée, enseignée, et de manière à ce qu'elle répondît à\nl'appropriation exacte qu'exige le but poursuivi. Ainsi, le conseil sec-\ntionnaire des églises évangéliques de la province de Liège, qui se com-\npose des pasteurs et d un délégué de chacune de ces églises, a considéré\nle chant scolaire comme inséparable de l'enseignement primaire. Les\ndivers recueils, qui avaient été publiés en français pour la jeunesse,\nétaient mal adaptés aux circonstances où ils devaient être utilisés, et à\n1 âge, à 1 intelligence des chanteurs des deux sexes *, la plupart renfer-\nmaient des airs lents ou tristes, peu en rapport avec le caractère vif et\ngai du jeune âge. Ces airs étaient par conséquent peu goûtés dans les\nécoles. On les a remplacés par des chœurs moins lourds et moins pédants.\nD autie part, on a pensé que si le chant doit occuper une grande place\ndans 1 enseignement et même entre les leçons, il n'est pas adroit de faire\nchanter toujours des paroles d un caractère solennel ou essentiellement\nreligieux, comme celles qui sont réservées aux exercices du culte. En un\nmot, on a voulu échapper au formalisme religieux et puritain. Les re-\ncueils ont pris en conséquence plus de variété et d'intérêt. Les chœurs,\nlorsque généralement ils n'ont pas su plaire, sont éliminés d'édition en\nédition, et remplacés par de nouveaux morceaux. Ceux-ci subissent à\nleur tour l'épreuve de l'exécution publique, et ils restent consacrés parle\nsuccès ou ils sont répudiés, si, après avoir été plusieurs fois chantés, ils\nn agréent pas. Il y a d'ailleurs des recueils divers pour les enfants d'âge"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "103", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.7", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 1932, "texte": "différent. L'abondance et la diversité des chants, applicables à tous les\nbesoins, à toutes les circonstances qui accompagnent l'enfance et l'ado-\nlescence, ont fait publier de très nombreux volumes de chœurs en Alle-\nmagne, en France, en Belgique, en Suisse, etc. Madame la comtesse\nde Gasparin nous en a fait parvenir toute une série, et nous avons pu\nremarquer le progrès réel parcouru depuis les premiers essais. Les mélo-\ndies, les chœurs, les textes, ont sans cesse été améliorés, et l'on a été au-\ndevant de toutes les réformes pratiques. Ainsi, les éditions de Strasbourg,\nde Paris, de Genève, de Neufchâtel, de Lausanne, du canton de Vaud, de\nBruxelles, etc., concordent toutes par le format, le prix, les chiffres de\nreport.\nC'est l'unité dans la diversité. L'organisation de la communauté artis-\ntique, de la fraternité musicale dans le culte religieux, dans l'agitation\nquotidienne de la vie, même dans les divertissements, voilà ce qu'a\npoursuivi le clergé protestant, désireux de donner à l'harmonie sacrée\nune vivace, immense et spontanée activité. Dans cette voie marchent\naussi, il faut le dire, nos écoles publiques et le clergé catholique, qui\nd'ailleurs ne s'est jamais écarté de la tradition artistique, comme on en\na pu juger par ce que nous racontions récemment des merveilleuses exhi-\nbitions de la musique sacrée pendant la semaine sainte.\nEn racontant le festival printanier des enfants de Paris au Cirque\nnational, nous avons voulu prouver que la France, dans le renouvel-\nlement musical, n'est plus en retard. Elle a commencé, en effet, par où\nil fallait, c'est-à-dire par l'organisation dans les écoles du chant choral\nbasé sur l'enseignement universalisé de la musique. Elle n'en a pas fait\nun objet de pédantisme. Elle a songé à instruire, à divertir, et, par\ncontre-coup, elle a inspiré la moralisation la plus spontanée. Ce résultat\nétait facile à prévoir.\n\nMAURICE CRISTAL."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-05-01-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-05-01_01#c005", "volume": "bmtnabc_1875-05-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "104", "page_fin": "109", "image_debut": 8, "image_fin": 13, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.2.2", "titre_corps": "LES SPECTATEURS SUR LE THÉATRE", "titre_sommaire": "LES SPECTATEURS SUR LE THÉATRE", "signature_source": "ADOLPHE JULLIEN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 8, "page_imprimee": "104", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.8", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1453, "texte": "LES\nSPECTATEURS SUR LE THÉATRE\n\n(0\nCHAPITRE III\nOLTAIRE apprit avec joie que ses vœux étaient enfin réa-\nlisés. Dès le 5 mai, il écrivait des Délices à madame de\nFontaine : « Vous me conseillez, en attendant, de faire\nune tragédie, parce que le théâtre est purgé de petits-\nmaîtres. Moi, faire une tragédie, après ce que le grand\nJean-Jacques a écrit contre les spectacles ! Gardez-vous, sur les yeux de\nvotre tête, de dire que je suis jamais homme à faire une tragédie : non, je\nne fais point de tragédie... » Et pourtant, au moment même où il écri-\nvait ces lignes, le vieillard, sentant se ranimer son courage, mettait la der-\nnière main à l'un de ses chefs-d'œuvre.\nSa satisfaction éclate presque à chaque lettre nouvelle. Le 19 mai, il\nécrit à d'Argental : « Mon cher ange, je vous avais bien dit que la liberté\net l'honneur rendus à la scène française échauffaient ma vieille cervelle.\nCe que vous verrez ne ressemble à rien, et peut-être ne vaut rien. Ma-\ndame Denis et moi, nous avons pleuré ; mais nous sommes trop proches\nparents de la pièce, et il ne faut pas croire à nos larmes. » Le 18 juin, il\nmande à madame d'Argental : « Mon Dieu ! que je fus aise quand j'ap-\npris que le théâtre était purgé des blancs-poudrés, coiffés au rhinocéros et\nà l'oiseau royal ! Je riais aux anges en tapissant la scène de boucliers et\nde gonfanons. Je ne sais quoi de naïf et de vrai dans cette chevalerie me\n\nfi) Voir les numéros des i*r mars et i 5 avril."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "105", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.9", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2834, "texte": "plaisait beaucoup, et soyez vivement persuadée que si mes foins étaient\nfaits,, la pièce en vaudrait beaucoup mieux. »\nCette « chevalerie» était Tancrède, dont le poète devait faire hommage\nen ces termes à madame de Pompadour : « Permettez-moi, Madame, en\nvous dédiant une tragédie, de m'étendre sur cet art des Sophocle et des\nEuripide. Je sais que toute la pompe de l'appareil ne vaut pas une pensée\nsublime ou un sentiment ; de même que la parure n'est presque rien sans\nla beauté ! Je sais bien que ce n'est pas un grand mérite de parler aux\nyeux, mais j'ose être sûr que le terrible et le touchant portent un coup\nbeaucoup plus sensible, quand ils sont soutenus d'un appareil convena-\nble, et qu'il faut frapper l'âme et les yeux à la fois. Ce sera le partage\ndes génies qui viendront après nous. J'aurai du moins encouragé ceux\nqui me feront oublier. C'est dans cet esprit, Madame, que je dessinai la\nfaible esquisse que je soumets à vos lumières. Je la crayonnai dès que je\nsus que le théâtre de Paris était changé, et devenait un vrai spectacle. »\nL'année suivante, Voltaire revenait encore sur ce sujet dans son Dis-\ncours sur les changements arrivés à l'art tragique : « Nos salles de spec-\ntacle méritaient bien sans doute d'être excommuniées, quand des bate-\nleurs louaient un jeu de paume pour représenter Cinna sur des tréteaux,\net que ces ignorans, vêtus comme des charlatans, jouaient César et\nAuguste en perruque carrée et en chapeau bordé. Tout fut bas et servile.\nDes comédiens avaient un privilège ; ils achetaient un jeu de paume, un\ntripot ; ils formaient une troupe comme des marchands forment une\nsociété. Ce n'était pas là le théâtre de Périclès. Que pouvait-on faire sur\nune vingtaine de planches chargées de spectateurs ? Quelle pompe, quel\nappareil pouvait parler aux yeux ? quelle grande action théâtrale pou-\nvait être exécutée ? quelle liberté pouvait avoir l'imagination du poëte ? »\nA quelque temps de là, en février 1761, Diderot, discutant les condi-\ntions de l'art scénique avec madame Riccoboni, la célèbre actrice du\nThéâtre-Italien, —oùl'abus des banquettes subsistait encore, —lui adres-\nsait une longue lettre, sorte de petit traité de l'action théâtrale, comme il\nl'entendait. « Il me semble d'abord, disait-il, que vous excusez le\nvice de notre action théâtrale par celui de nos salles. Mais ne vaudrait-il\npas mieux reconnaître que nos salles sont ridicules; qu'aussi longtemps\nqu'elles le seront, que le théâtre sera embarrassé de spectateurs, et que\nnotre décoration sera fausse, il faudra que notre action théâtrale soit\nmauvaise? Nous ne pouvons décorer le fond, dites-vous, parce que nous\navons du monde sur le théâtre. C'est qu'il n'y faut avoir personne, et\ndécorer tout le théâtre. »\nPlus loin, Diderot se dit singulièrement choqué par la présence au"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "106", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.10", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2996, "texte": "théâtre de fusiliers insolents placés à droite et à gauche pour tempérer\nles transports du parterre, puis il prend le contre-pied de lopinion de\nVoltaire, et défend énergiquement l'ardeur passionnée, que le parterre\nmontrait auparavant pour faire triompher ses jugements.\nIl y a quinze ans que nos théâtres étaient des lieux de tumulte, écrit Dide-\nrot. Les têtes les plus froides s'échauffaient en y entrant, et les hommes\nsensés y partageaient plus ou moins le transport des fous. On entendait, d'un\ncôté, place aux dames; d'un autre côté, haut les bras, monsieur l'abbé; ail-\nleurs, à bas le chapeau; de tous côtés, paix l.à, paix la cabale. On s'agitait,\non se remuait, on se poussait; l'âme était mise hors d'elle-même. Or, je ne\nconnais pas de disposition plus favorable au poète. La pièce commençait avec\npeine, était souvent interrompue; mais survenait-il un bel endroit? c'était\nun fracas incroyable, les bis se redemandaient sans fin, on s'enthousiasmait\nde l'auteur, de l'acteur et de l'actrice. L'engouement passait du parterre à\n1 amphithéâtre, et de 1 amphithéâtre aux loges. On était arrivé avec chaleur,\non s'en retournait dans l'ivresse; les uns allaient chez des filles, les autres se\nrépandaient dans le monde; c'était comme un orage qui allait se dissiper\nau loin, et dont le murmure durait encore longtemps après qu'il était écarté.\nVoilà le plaisir. Aujourd'hui on arrive froids, on écoute froids, on sort froids,\net je ne sais où l'on va.\nLa générosité de M. de Lauraguais n'avait pas excité moins de satisfac-\ntion à Paris qu'aux Délices. Les comédiens français lui témoignèrent leur\nreconnaissance en lui accordant ses entrées à vie sur le théâtre, puis tous\nles écrivains contemporains lui rendirent un hommage empressé. Collé,\nBarbier, Grimm, Marmontel, célèbrent à l'enviles lumières de son esprit,\nson excellent goût artistique, les bienfaits de sa libéralité. Tous ne font\nque louer M. de Lauraguais, mais Saint-Foix, d'un tempérament plus\nagressif, ne manque pas l'occasion de décocher quelque trait malicieux\naux spectateurs expulsés. « Tout Paris a vu, avec la plus grande satis-\nfaction, en 1759, le premier de nos théâtres, notre théâtre par excellence,\ntel qu'on le désirait depuis si longtemps, c'est-à-dire délivré de cette por-\ntion brillante et légère du public qui en faisait l'ornement et l'embarras,\nde ces gens de bon ton, de ces magistrats oisifs, de ces petits-maîtres char-\nmants qui savent tout sans rien apprendre, qui regardent tout sans rien\nvoir, qui jugent de tout sans rien écouter; de ces appréciateurs du mérite,\nqu ils méprisent; de ces protecteurs des talents, qui leur manquent; de\nces amateurs de l'art, qu'ils ignorent. La frivolité française ne contrastera\nplus ridiculement avec la gravité romaine. De la sorte, le marquis de ***\nest placé dans l'éloignement où il convient qu'il soit, d'Achille, de\nNérestan, de Châtillon (1). »\n\n(1) Essais historiques, t. VII; p. 63. Voir aussi, dans les Spectacles de Paris"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "107", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.11", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2866, "texte": "Dorât, le précieux Dorât, accorda sa lyre pour célébrer cette renais-\nsance de la scène française.\ni\nLe public n'y voit plus, borné dans ses regards,\nNos marquis y briller sur de triples remparts.\nIls cessent d'embellir la cour de Pharasmane,\nZaïre sans témoins entretient O \"osmane.\nOn ny voit plus Vennui de nos jeunes seigneurs\nNonchalamment sourire à Vhéroïne en pleurs.\nOn ne les entend plus, du fond de la coulisse,\nPar leur caquet bruyant interrompre Vactrice,\nPersifler Mithridate, et sans respect du nom,\nApostropher César ou tutoyer Néron! (i)\nSi précieux que fussent ces éloges, M. de Lauraguais dut se sentir\nencore plus honoré quand il reçut des Délices une lettre de Voltaire, qui\nlui dédiait en termes des plus flatteurs sa nouvelle comédie de Y Écos-\nsaise.\nCe qu'on pouvait reprocher à la scène française, disait le poète, était le\nmanque d'action et d'appareil. Les tragédies étaient souvent de longues con-\nversations en cinq actes. Comment hasarder ces spectacles pompeux> ces ta-\nbleaux frappants, ces actions grandes et terribles, qui, bien ménagées, sont\nun des plus grands ressorts de la tragédie; comment apporter le corps de\nCésar sanglant sur la scène ; comment faire descendre une reine éperdue\ndans le tombeau de son époux, et l'en faire sortir mourante de la main de son\nfils, au milieu d'une foule qui cache et le tombeau, et le fils, et la mère, et\nqui énerve la terreur du spectacle par le contraste du ridicule? C'est de ce\ndéfaut monstrueux que vos seuls bienfaits ont purgé la scène, et quand il se\ntrouvera des génies qui sauront allier la pompe d'un appareil nécessaire et\nla vivacité d'une action également terrible et vraisemblable à la force des\n(176°), le discours sur la Comédie-Française, extrait de Y État actuel de la Musique\ndu roi. Après avoir exposé combien la vérité de représentation, si propre à favoriser\nle succès des drames, a manqué jusqu'alors aux auteurs, combien « une scène embar-\nrassée des spectateurs, toujours frivoles et peu attentifs, des personnages revêtus\nd'habillements bizarres et rarement convenables à leurs rôles, détruisaient cette\nillusion précieuse à laquelle l'intérêt est si étroitement lié; » l'écrivain rend hommage\nau roi d'abord, qui, « toujours attentif aux progrès des arts, vient d'accorder à ses\ncomédiens l'usage de quelques décorations; » puis à mademoiselle Clairon et à\nM. Lekain, qui, a éclairés et conduits par l'amour de leur talent, ont introduit la\ncoutume dont la nécessité était évidente, et ont fait que MM. Vanloo et Boucher\nsoient consultés avant nos marchandes de modes et nos tailleurs; » et enfin à « l'a-\nmateur qui a eu la générosité de procurer à la nation ce qu'elle semblait souhaiter\ninutilement, cette liberté de la scène si longtemps désirée par les maîtres du\nthéâtre. »\n\n(1) Dorât, la Déclamation; chant I : la Tragédie."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "108", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.12", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2846, "texte": "pensées, et surtout à la belle et naturelle poésie, sans laquelle l'art dramatique\nn'est rien; ce sera vous, monsieur, que la postérité devra remercier (1). »\nMême après cette réforme, l'usage se conserva encore, aux deux Comé-\ndies et à l'Opéra, de rétablir les banquettes sur la scène pour les repré-\nsentations dites de capitation. Les gens à la mode n'avaient garde de\nmanquer au rendez-vous ; moyennant un droit assez élevé, ils pouvaient,\nces soirs-là, jouir du privilège disparu, et ils en abusaient souvent au\npoint de causer des troubles. Le parterre, de son côté, supportait impa-\ntiemment cette dérogation au droit commun, et s'élevait en bruyantes\nprotestations contre une faveur qui n'était pas suffisamment excusée par\nle profit que la Société pouvait en tirer.\nLa clôture de la Comédie Italienne, en mars 1784, fut troublée par un\ngrand tumulte qui éclata lorsque le rideau se leva et qu'on vit un monde\nprodigieux rangé sur le théâtre. Les acteurs ne pouvant pas commencer,\non fit baisser la toile et l'on s'efforça de reculer ces spectateurs qui offus-\nquaient le public. Mais cet arrangement ne satisfit pas les mécontents ;\nles clameurs redoublant, on fit entrer des soldats au parterre : l'exaspéra-\ntion s'en accrut. On voulut alors arrêter un des clabaudeurs. Tout le\nmonde prit aussitôt fait et cause pour le malheureux et l'on colleta la\ngarde jusqu'à ce qu'un officier eût ordonné à la troupe de se retirer. Le\ncélèbre acteur Thomassin prit alors le parti de haranguer le public : il\nlui fit des excuses au nom des comédiens, demandant qu'on leur passât,\npour cette fois, une dérogation à l'usage et réclama l'indulgence de l'as-\nsemblée. « A la bonne heure, cria quelqu'un, mais sans tirer à consé-\nquence (2). »\nSemblable tapage se produisit l'année suivante à la capitation des\nacteurs de l'Opéra (3). On jouait sept actes, Iphigénie en Tauride et\nPanurge, ce qui fit durer le spectacle jusqu'à dix heures un quart, mais\naussi la recette atteignit un chiffre presque sans exemple : 16,500 livres.\n« On sait, dit un annaliste, que ces jours-là l'on a le droit d'aller sur le\n\n(i) Dans ses Commentaires sur Corneille, Voltaire donne encore à M. de Laura-\nguais un nouveau tribut d'éloges. C'est à propos du vers d)Œdipe :\nVous pouvez consulter le divin Tirésie.\n« Quelle différence entre ce froid récit de la consultation, et les terribles prédic-\ntions que fait Tirésie dans Sophocle! Pourquoi n'a-t-on pu faire paraître ce Tirésie\nsur le théâtre de Paris? J'ose croire que si on avait eu, du temps de Corneille, un\nthéâtre tel que nous l'avons depuis peu d'années, grâce à la générosité éclairée de\nM. le comte de Lauraguais, le grand Corneille n'eût pas hésité à produire Tirésie sur\nla scène, à imiter le dialogue admirable de Sophocle. »\n(2-3) Mémoires secrets, 3i mars 1784 et i 5 mars 1785,"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "109", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.13", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2352, "texte": "théâtre pour un louis : le nombre de ces agréables était si grand qu'il\noffusquait le parterre, qui fit un vacarme du diable et les obligea de se\nretirer dans les coulisses. »\nLes théâtres étrangers adoptèrent cette réforme avec empressement :\nles banquettes disparurent de la scène et n'y furent replacées, comme à\nParis, qu'aux jours de nombreuse assemblée ou de représentation solen-\nnelle. Gœthe conservait comme un curieux souvenir de son enfance\nd'avoir vu des bancs sur le théâtre. Il n'avait guère plus de dix ans quand\nil suivit assidûment les représentations d'une troupe française à Franc-\nfort ; n'entendant pas le langage, il s'efforçait de comprendre les pièces\nd'après le jeu et l'intonation des acteurs. C'est ainsi qu'il connut d'abord\nles œuvres de Racine, de Destouches, de Marivaux, de La Chaussée,\nqu'il vit le Père de famille, les Philosophes, Rose et Colas, le Devin\nde village, etc. ; mais il avoue n'avoir conservé qu'un faible souvenir de\nMolière.\n« J'ai pu voir encore de mes yeux, dit-il, cet usage, ou cet abus, dont\nVoltaire se plaint si fort. Quand la salle était pleine, et que peut-être, en\ntemps de passage de troupes, des officiers de distinction demandaient ces\nplaces d'honneur (la loge d'avant-scène), qui d'ordinaire étaient déjà oc-\ncupées, on établissait encore quelques rangées de bancs et de sièges, en\navant de la loge, sur la scène même, et il ne restait plus aux héros et aux\nhéroïnes qu'à se dévoiler leurs secrets dans un étroit espace, au milieu\ndes uniformes chamarrés de croix. J'ai vu représenter dans ces conditions\nHjrpermnestre elle-même... (r) ».\nLa scène resta libre malgré les efforts des gens à la mode pour recon-\nquérir la place dont ils étaient dépossédés. Le public défendit trop chau-\ndement une réforme qui lui procurait de nouvelles jouissances pour qu'on\npût revenir à cet usage autrement qu'aux jours de spectacle extraordinaire.\nLes acteurs, de leur côté, reconnurent trop bien les avantages du nouvel\nétat de choses pour songer à rétablir sur la scène ces embarrassantes ban-\nquettes. La générosité du comte de Lauraguais avait rendu à l'art un\nservice signalé : les comédiens et les spectateurs surent faire respecter\ncette innovation et assurèrent ainsi le triomphe de la vérité théâtrale.\n\nADOLPHE JULLIEN.\n\n(1) Gœthe, Vérité et Poésie> liv. IIL -"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-05-01-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-05-01_01#c009", "volume": "bmtnabc_1875-05-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "110", "page_fin": "117", "image_debut": 14, "image_fin": 21, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.2.3", "titre_corps": "HOMME HEUREUX ET GRAND ARTISTE", "titre_sommaire": "HOMME HEUREUX ET GRAND ARTISTE", "signature_source": "ERNEST DAVID", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 14, "page_imprimee": "110", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.14", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1455, "texte": "HOMME HEUREUX ET GRAND ARTISTE\nJ.-C.-H. RINCK\n\nN HOMME HEUREUX!! Voilà déjà, certes, une bien grande\nmerveille, une chose presque introuvable dans notre triste\nmonde sublunaire, et pour en découvrir un, il ne faudrait\nrien moins que la lanterne de Diogène. Mais quand ce\nrara avis est encore doublé d'un artiste, et surtout d'un\ngrand artiste, il faut considérer cette trouvaille comme un miracle de la\ncréation, et ce merle blanc mérite à coup sûr de fixer l'attention de\nl'historien qui n'a pas souvent la chance de rencontrer une personnalité\nde ce genre. On ne s'étonne donc pas qu'ayant mis la main sur un\ntype aussi rare, mon intérêt ait été vivement éveillé, et que j'aie eu le\ndésir de le faire connaître au lecteur, qui [me saura gré, je l'espère des\ndétails biographiques et anecdotiques que je vais lui offrir.\nOn ne se doute pas généralement de l'attrait que présente au biogra-\nphe l'étude de la vie des hommes qui se sont fait un nom dans l'art.\nC'est un véritable kaléidoscope; et pour le penseur comme pour le philo-\nsophe, ce spectacle, car c'en est un, est des plus curieux. Le caractère\nhumain, pour qui sait lire dans ce grimoire, se dévoile sous presque\ntoutes ses faces et, disons-le à la louange de nos confrères, si l'on ren-\ncontre parfois, sous le musicien, un homme peu digne de considérations\nl'immense majorité se présente à nos yeux du meilleur côté de l'huma-\nnité. Soit que la musique adoucisse les soit que, pour s'y faire"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "111", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.15", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2848, "texte": "une place, il faille diriger son intelligence vers le beau, le bien et le vrai,\nil est incontestable que les grands musicistes, en majorité, ont été d'hono-\nrables citoyens, d'excellents pères de famille, des cœurs candides et com-\npatissants, toujours prêts à venir au secours de la souffrance ou de la mi-\nsère. Trop longtemps on a identifié les musiciens avec les adorateurs de la\ndive bouteille, estimant Bacchus plus encore qu'Apollon ; on les a consi-\ndérés comme des hommes peu soucieux de leur dignité et faisant bon\nmarché de leur honorabilité : c'est une exagération manifeste qu'il est\ndu devoir de l'historien de repousser ou de réduire à sa juste valeur.\nL'homme n'est pas parfait, et l'artiste n'est pas plus qu'un autre\ntenu de l'être. Pour quelques-uns qui eurent des faiblesses, combien\nn'en trouverait-on pas qui, avec le progrès de leur art, n'eurent à cœur\nque l'amélioration du sort de leurs confrères? Ne les a-t-on pas vus tou-\njours répondre à l'appel de la charité lorsqu'elle demandait l'appui de\nleur talent pour le soulagement d'un collègue malheureux ou d'une\nfamille dans le besoin? Ne le voit-on pas journellement encore? Pesez\nleurs qualités et leurs défauts, leurs vertus et leurs vices, et dites si le\nbien ne l'emporte pas de beaucoup sur le mauvais !! La vie de l'homme\ndont nous allons nous occuper vient donner une sanction à ma thèse ;\nelle offre un puissant intérêt, soit que l'on étudie l'homme, soit que Ton\nétudie l'artiste : elle laisse après elle un parfum d'honnêteté et de pureté\nqui réjouit l'âme. L'un des plus remarquables organistes de l'Allemagne,\naprès le grand J.-S. Bach, dont il a continué les traditions, il a joui d'une\nimmense et légitime renommée, même en France, encore que de son\ntemps le style de l'orgue y fût ignoré, et que les organistes étrangers,\nà peu près inconnus, n'y eussent été aucunement en faveur. Aujour-\nd'hui que, chez nous, les idées à cet égard ont bien changé, et que l'on\nest revenu enfin au genre grave, magistral et sévère qui convient à l'or-\ngue, on ne lira pas sans plaisir le récit de la carrière de celui qui, après\nBach, a laissé, comme organiste, un des plus beaux noms dans le monde\nmusical.\nRINCK (Johan-Christian-H einrich), naquit le 18 février 1780, à El-\ngersburg (Saxe-Gotha), où son père était organiste et instituteur. Dès\nses plus jeunes années, il montra pour la musique des dispositions sur-\nprenantes. cc Un jour, dit-il, que mon père donnait une leçon de clave-\n« cin, je regardais et j'écoutais, et comme le petit morceau que mon père\n« avait donné à jouer à son élève ne pouvait pas aller, malgré plusieurs\n« répétitions, je demandai la permission d'exécuter le même morceau.\n« Mon père, étonné de ma demande (car je n'avais jamais mis les doigts sur\n« une touche), accéda à mon désir* et j'exécutai le morceau sans faute.Ge"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "112", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.16", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2908, "texte": "« fait fixa ma destinée. Le même jour, je commençai d'apprendre les no-\n« tes du clavecin, et bientôt je me mis à jouer quelques menuets de Tele-\n« mann (1). »\nA sept ans, il savait transposer toute espèce de composition dans les\ntons les plus difficiles et lisait la basse chiffrée plus couramment que la\nBible. Quand il exécutait des concertos sur l'orgue, son père était obligé\nde le tenir pour l'empêcher de tomber et pour l'aider à atteindre les pé-\ndales. A seize ans, il se rendit chez Kittel(2), organiste à Erfurt, élève de\nJ.-S. Bach, qui l'initia à l'école du grand maître, et avec lequel il étudia\npendant trois ans l'harmonie et la composition. C'est de Kittel que Rinck\nreçut ce style simple, mais noble et grand, qu'il maniait sur l'orgue avec\ntant d'habileté. Il improvisait des fugues sur tous les sujets qu'on lui\nsoumettait, et faisait passer le thème par toutes les combinaisons possi-\nbles, jusqu'à ce qu'il arrivâtà un développement gigantesque, qui stupé-\nfiait les auditeurs.\nSon amour pour l'orgue était une véritable passion. A ses yeux, per-\nsonne n'était à même de lutter avec les organistes : qu'un homme fût\nversé dans toutes les branches du savoir humain ; qu'il eût approfondi\nles secrets les plus mystérieux de la nature, s'il ne savait se servir de pé-\ndales, ni éviter les quintes et les octaves consécutives, il était moins que\nrien pour lui. Un jour qu'il était par hasard à Weimar et qu'il assistait\ndans l'église au service divin alors que l'illustre Herder y prêchait, il\ns'inquiéta peu du premier penseur peut-être et du plus grand philoso-\nphe de ce siècle en Allemagne ; il n'eut d'yeux ni d'oreilles que pour\nl'orgue et l'organiste et ne détacha pas un instant ses regards des mains\nde celui-ci, des pédales, ni de la basse fondamentale qu'il lisait en même\ntemps que lui. Rinck ne retourna plus à Weimar, et Herder, compromis\ndans un complot politique, reçut l'ordre de quitter le pays. Aussi se re-\npentait-il souvent plus tard de ce qu'il appelait sa sottise enfantine, d'au-\ntant plus que les œuvres de Herder exercèrent un grand empire sur son\nesprit et lui inspirèrent une vive admiration.\n\n(1) Autobiographie de Rinck, traduite par J.-B. Laurent, dans la Revue de musi-\nque religieuse, de Danjou, 2 e vol. 1846.\n(2) KITTEL (,Jean-Chrétien), savant organiste, né à Erfurt, le 18 février 1732, mort\nen cette ville Je 9 mai 1809, fut un des meilleurs élèves de J.-S. Bach. Aussi mo-\ndeste que plein de talent, il occupa toute sa vie la place d'organiste à Erfurt, sans se\ndouter jamais de la grande portée de sa science. Il a fait d'excellents élèves, dont les\nplus remarquables furent Haessler, Fischer et surtout Rinck. Fétis dit que Kittel\nmourut en 1800, mais c'est une erreur, car en cette même année il entreprit en Alle-\nmagne le seul voyage artistique qu'il ait fait dans toute sa vie, et il y survécut en-\ncore plusieurs années."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "113", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.17", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2936, "texte": "Il n'avait pas vingt ans lorsqu'il fut nommé organiste à Giessen,\n(Hesse supérieure) avec un traitement annuel de 5o florins (environ\n107 francs), Ses obligations étaient de toucher l'orgue six fois par semaine\net de donner une leçon de chant aux enfants de l'école pendant deux\nheures et demie. Là, il put se livrer à l'enseignement et les disciples lui\narrivèrent en foule de toutes parts ; sa renommée comme théoricien et\ncomme professeur se répandit en peu de temps en Allemagne. Le célèbre\nHummel lui envoyait ses élèves et disait : « Depuis la mort d'Al-\nbrechtsberger, je ne connais personne à qui je pourrais confier plus sûre-\nment mes élèves qu'à Rinck. » C'est à Giessen qu'il écrivit son excellent\nouvrage l'Ecole pratique d'orgue qui a été traduit dans presque toutes\nles langues et dont ceux qui veulent faire une étude sérieuse de cet ins-\ntrument ne sauraient se passer. Toutefois, son mince traitement ne suffi-\nsant pas auxf premières nécessités de la vie, outre ses leçons il faisait des\ncopies d'écriture pour un avocat de la ville.\nRinck était un de ces hommes supérieurs que distinguent surtout la\npureté du cœur et des mœurs. Il avait la douceur et l'innocence d'un\nenfant, la naïveté et la modestie d'une jeune fille : son âme était si can-\ndide qu'il ignorait jusqu'à l'existence du péché et du crime. Environné\ncomme les patriarches de la Bible de ses enfants et petits-enfants, il sem-\nblait le plus heureux des mortels ; il l'avouait souvent et racontait l'his-\ntoire de ce qu'il appelait l'apparition mystérieuse de son enfance. Il avait\nperdu sa mère à un âge trop tendre pour pouvoir se la rappeler. Quand\nil eut sept ans, à peu près, il rêva qu'il se transportait dans un village\nvoisin pour y faire une commission ; à peine était-il sur la route, qu'une\nfemme vêtue de blanc l'accosta et se mit à marcher à ses côtés, le ques-\ntionnant sur son père, sur sa belle-mère et sur différents détails domes-\ntiques. Aussitôt qu'ils furent arrivés en vue du village, elle lui prit la\nmain et lui dit : « Va, maintenant, cher Henri, car il faut que je te quitte\nici : je suis ta mère. Tu es un bon et brave enfant et ta vie sera heureuse. »\nA ce récit il ajoutait une anecdote pour prouver combien il avait été fa-\nvorisé du sort. Accompagné d'un de ses camarades, il allait, un peu plus\ntard, acheter du tabac pour son père dans un bourg voisin ; il fallait tra-\nverser un bois épais par lequel passait la route ; son condisciple, plus âgé\nque lui, l'arrêta tout à coup et lui demanda son argent d'un ton mena-\nçant. Sans manifester la moindre crainte, il le lui donna; mais quelques\npas plus loin, l'autre se repentant sans doute de sa vilaine action, lui ren-\ndit toute la somme à laquelle il ajouta un pfennig (liard) en le priant de\nne parler à personne de ce qui venait de se passer. Rinck tint parole, et\nce ne fut que cinquante ans plus tard qu'il se crut autorisé à révéler cette"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "114", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.18", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2916, "texte": "petite aventure de sa jeunesse. - Il fait encore la confession de son heu-\nreuse existence dans son auto-biographie. Voici ses propres paroles :\n« Une famille heureuse, de nombreux amis, et diverses preuves que les\n<c travaux que j'ai accomplis jusqu'ici nesont pas demeurés sans influence,\n« forment le bonheur de mon existence et me font désirer sincèrement\n« à l'âge de 63 ans où je suis arrivé, de vivre encore longtemps pour moi\n« et pour les comme un serviteur dévoué de cet art serein qui aura\n« fourni, suivant mes facultés, un revers poétique au côté sérieux de\n« la vie (1). »\nAprès être demeuré dix-sept ans à Giessen en qualité d'organiste et\nde professeur de musique au gymnase municipal, il fut, en 1806, appelé\nà Darmstadt par le Grand-Duc de Hesse, Louis ler,Ier, pour y remplir les\nfonctions d'organiste de la ville, de cantor (2) et de professeur de musi-\nque du Collège. En 1813, le Grand-Duc le nomma organiste de la Cour\net y ajouta le titre et les avantages de membre titulaire de sa chapelle.\nLa grande renommée de Rinck reposait sur trois bases : le com-\npositeur, le théoricien et l'organiste. Comme organiste et virtuose, il\na légué au monde son Ecole pratique de Vorgue que Ton a qualifié\nà juste titre de Vade-mecwn des organistes; et l'Ecole pratique de la\nmodulation qu'il dédia au Conservatoire de Paris et qui est unique\ndans son genre. Comme théoricien et professeur, ses nombreux élèves\nattestent le cas que l'on faisait de lui *, on voit aussi qu'il a travaillé tout\nparticulièrement pour les organistes des petites localités, dont il a voulu\nformer le goût et perfectionner le talent; comme compositeur il a été l'un\ndes plus individuels que l'on connaisse. Son style élégant et simple, ses\ncréations nobles et graves portent l'empreinte de son naturel doux et\npieux ; enfin ses mélodies sont suaves et touchantes. On peut regarder\nses œuvres comme l'émanation directe de son âme, comme la personni-\nfication de ses plus secrètes pensées. Ce qu'on y voit prédominer, c'est\nl'aimable sincérité, la simplicité native du cœur qui procède d'un esprit\nbien réglé et toujours en paix avec lui-même. C'est à la pureté, à l'ingé-\nnuité de son âme que les œuvres de Rinck doivent leur plus grand charme;\nvoilà ce qui lui a gagné le respect, l'estime et l'admiration, non seule-\nment des érudits, mais encore des étudiants et des compositeurs les plus\nen renom. Tous lui cédèrent la palme. Rochlitz (3), le vétéran de la\n\n(1) Voyez Vauto-biographie de Rinck, déjà citée.\n(2) En Allemagne, le cantor est le directeur de la musique de l'église, l'inspecteur\ndu chœur, le maître de chant et l'instructeur de la jeunesse.\n(3) ROCHLITZ (Frédéric), conseiller du grand-duc de Saxe-Weimar, critique musi-\ncal estimé, naquit le 18 février 1770 à Leipzig, où il mourut le 16 octobre 1842.\nRochlitz a été l'un des meilleurs et des plus actifs coopérateurs à la Galette musicale"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "115", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.19", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2917, "texte": "critique musicale en Allemagne au temps où professait Rinck, s'expri-\nmait ainsi dans une lettre qu'il lui adressait pour lui dédier une collec-\ntion de préludes pour orgue : « Un si grand honneur est beaucoup\n« plus que tout ce que mon ambition pouvait désirer pour le triomphe\na des derniers jours de ma carrière. L'approbation d\\in homme comme\ncc vous, si haut placé dans mon estime et dont les travaux pour l'orgue\n(( sont consultés par moi toutes les fois que je veux m inspirer du pur\n« esprit de l'art, est ma plus belle récompense. Je ne puis appeler sur\na votre tête de bénédiction plus efficace que l'espoir ardent de voir mes\n» sentiments pour vous se réaliser un jour. »\nChladin, le célébré acousticien ; Gerber, l'éditeur du Lexique des mu-\nsiciens ; l'abbé Nogler, le maître de Weber et de Meyerbeer ; Naegelé,\nle critique distingué et le profond didacticien ; Godfried Weber, le re-\nmarquable écrivain et compositeur, furent ses amis et ses plus sincères\nadmirateurs. Ch. M. de Weber, l'auteur illustre du Freischiitç, ne man-\nquait jamais de le visiter quand ses tournées artistiques le conduisaient\ndans son voisinage. Il alla prendre congé de lui au moment de son dé-\npart pour Londres, dont il ne devait pas revenir vivant. Rinck, remar-\nquant 1 état chancelant de sa santé et plein pour les suites\nde ce voyage, le pria de différer et d'attendre encore avant de se rendre\nen Angleterre, dont le climat, disait-il, serait très préjudiciable à sa poi-\ntrine délicate et déjà fortement compromise. « Mon cher ami, lui répon-\n« dit Weber, il faut que Part aille gagner son pain ! » (Die kunst geht\nncLch brod). ce musiciste de grande valeur, le maître de Félix\nMendelssohn, invita plusieurs fois Rinck à venir à Berlin, en lui disant\nque l'Académie de chant lui ferait certainement un accueil comme ja-\nmais mortel n'en vit de plus beau.\nIl alla fréquemment revoir son pays natal et ses chères montagnes de la\nFhuringe. A ces occasions, les musiciens, les cantors, les organistes fixés\nà quelques milles à la ronde, s'empressaient de venir le saluer, le com-\nblaient de prévenances et et faisaient de ces voyages des mar-\nches triomphales. Une de ces pérégrinations l'ayant conduit à Wurz-\nbourg, il en profita pour faire une visite au professeur Frœlich (1), qui\n\nde Leipzig, dans laquelle il cessa d'écrire en 1824. L'ouvrage qui le recommande le\nplus spécialement à l'attention des musiciens, est celui intitulé : Fur Freunde der\nTonkunst. Rochlitz avait été lié avec Mozart, dont il fut l'admirateur enthousiaste.\n(1) FROELICH (Joseph), écrivain didactique et compositeur de musique, né à Wurz-\nbourg le 28 mai 1780, fut directeur de l'Académie musicale de cette ville et publia des\nméthodes estimées pourtous les instruments.il écrivit dans presque tous les recueils\nartistiques de l'Allemagne. Frœlich vivait encore à Wursbourg en 1860; il avait\npar conséquent quatre-vingts ans."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "116", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.20", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3052, "texte": "vint en personne lui ouvrir sa porte. Quand il sut que c'était Rinck, il\ntourna vivement les talons, sans mot aire, laissant sur le seuil son hôte\ninterdit, ne sachant que penser d'un tel accueil ; il allait se retirer quand\nFrœlich reparut tenant sa femme par la main, et lui disant : « Re-\n« garde, ma femme, regarde : c'est Rinck ! c'est celui dont je t'ai souvent\n« parlé. Maintenant, mets au pillage la cave et l'office, et montrons-lui\n« cordialement qu'il est le bienvenu chez nous. »\nUnde ses élèves, J. Mainzer (i), a laissé une relation de son séjour\nchez son maître. Nous allons lui emprunter quelques détails sur la vie\nintime de ce grand artiste, chez lequel il étudia et vécut, en 1826 : ce sera\nle meilleur portrait que nous puissions en faire. « Sa noble prestance,\n« ses longs cheveux blancs, dit-il, son angélique bonté, son cœur can-\n« dide qui se reflétait dans ses yeux bleus et qui se manifestait dans\n« les lignes fines de sa bouche, tout parlait plus en faveur de son carac-\n« tère que de ses talents, et substituait la réalité à l'image que ma fan-\n« taisie s'était créée. »\nMainzer travailla pendant neuf mois sous la direction de Rinck; quand\nil avait passé sa journée à la composition et au contrepoint, à l'harmonie\net aux imitations, aux canons et à la fugue, il passait ses soirées au mi-\nlieu de cette heureuse famille qui le regardait comme Fun de ses mem-\nbres. Quand il tardait trop à le maître s'écriait : « Pourquoi\n« ne vient-il donc pas ? que peut-il faire tout seul là-haut ? » Alors com-\nmençaient pour lui de nouvelles sources d'instruction : ils repassaient\nensemble les partitions des grands maîtres anciens et modernes; ils s'ani-\nmaient mutuellement en scrutant leurs conceptions les plus charmantes\nou les plus sublimes, et en parcourant les ouvrages des vieux théoriciens,\nils ne revenaient pas de leur étonnement à la vue de l'amoncellement de\ndoctrines scolastiques et de voiles épais dont sont enveloppées leurs\nexplications Rinck possédait une collection immense et inappréciable\n\n(ij MAINZER (Joseph)y né à Trêves en 1807, fut d'abord employé dans les mines;\nmais ne pouvant s'accoutumer à ce métier fatigant, il entra au séminaire de la ville\nnatale et fut ordonné prêtre en 1826. Passionné pour la musique, il se perfectionna\ndans cet art, et pour le mieux connaître, il voyagea en Allemagne et en Italie. Re-\nvenu à Trêves et s'étant compromis pendant l'insurrection polonaise de 1831, il reçut\nl'ordre de quitter l'Allemagne et se rendit àßruxelles. Il était àParis en 1833 et y coo-\npéra à la Revueet Galette musicale; le théâtre de la Renaissance reçut de lui, en 183 g,\nun opéra, la Jacquerie, qui n'eut point de succès. Passé en Angleterre en 1841, après\nplusieurs tentatives d'établissement qui échouèrent, il finit par aller se fixer à Man-\nchester oCi il ouvrit des cours de musique populaire qui furent suivis par plus de\ncent mille enfants, et qui auraient été pour lui d'un important revenu si la mort\nn'était venue le frapper en cette ville le 10 novembre 1851."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "117", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.21", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2042, "texte": "d'ouvrages de cette nature; il vivait au milieu de ces prophètes musicaux\nd'autrefois, et tous les soirs il avait quelque découverte à communiquer\nà son élève. Tantôt c'était LA FLÛTE MIRACULEUSE, de Laurent von\nSchmidt (1), ou ce Idylles sacrées » dans lesquelles le Christ, sous le nom\nde Daphnis, réveille Clorinde ou l ame endormie dans le péché; LE\nCRIBLE MUSICAL, d'André Werckmeister (2), dans lequel certains défauts\nd'un compositeur mal informé sont dévoilés et où le bon grain est\nséparé de Vivraie; parfois ils tombaient sur I'OCULISTE MUSICAL, de\nMeyler (3), ou bien sur les Jardins d'agrément thuringiens, nouvelle-\nment plantés de Ahle (4), ou encore sur les Recueils pour le Clavecin,\nde Buntz (5) dans lesquels la nature et la puissance des sept planètes\nsont discutées à fond. Ces ouvrages, d'un caractère pédantesque et co-\nmique à la fois, n'excluaient pas de leur examen ceux d'un ordre plus\nélevé et plus esthétique.\n( La fin prochainement.)\n\nERNEST DAVID.\n\n(1) Francfort-sur-Mein, 1739, 4E édit. avec mélodies pour trois voix et ritournelles,\nillustré de trente gravures. Fétis n'a pas connu cet auteur ni cet ouvrage, car il n'en\nfait pas mention.\n(2) WERCKMEISTER (André), savant musicien et habile organiste, né le 3o novembre\n1645, à Bennenkenstein (Thuringe), fut organiste à l'église de Saint-Martin, à Hal-\nberstadt et mourut en cette ville le 26 octobre 1706. Ses œuvres musicales sont in-\ntrouvables aujourd'hui, et on ne le connaît plus que comme théoricien. Ses ouvra-\nges didactiques même sont de la plus grande rareté.\n(3) Leipzig, 1700. Fétis n'en parle pas.\n(4) AHLE (Jean-Georges), né à Mulhausen (Saxe), en i 650, fut organiste à l'église\nSaint-Biaise et sénateur en cette ville, où il mourut le ler décembre 1706. Poète dis-\ntingué, il a été couronné en cette qualité en 1680. Ahle fut un des écrivains les plus\nféconds de son temps, car tous les ans il fit paraître un ouvrage soit théorique, soit\npratique sur la musique. Tous sont devenus fort rares.\n(5) Ne se y-ouve pas dans Fétis."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-05-01-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-05-01_01#c013", "volume": "bmtnabc_1875-05-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "118", "page_fin": "125", "image_debut": 22, "image_fin": 29, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.2.4", "titre_corps": "ANDRÉ PHILIDOR", "titre_sommaire": "ANDRÉ PHILIDOR", "signature_source": "ARTHUR POUGIN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 22, "page_imprimee": "118", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.22", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1519, "texte": "ANDRÉ PHILIDOR\n\n(0\nXI\nous touchons à la fin de la carrière militante de Phili-\ndor, et avant de parler de son dernier ouvrage impor-\ntant, Bélisaire, ouvrage posthume et qui vit le jour\nseulement une année après sa mort, nous n'aurons plus\nà signaler que deux jolies bluettes, données par lui sur\nun petit théâtre. Ces deux productions sont la Belle\nEsclave et le Mari comme il les faudrait tous, toutes deux données au\nthéâtre des Petits Comédiens du comte de Beaujolais. Fétis a accumulé,\nsur cette époque de la vie de Philidor, les erreurs les plus étranges. Il cite\nBélisaire comme ayant été joué en 1774, à l'Opéra; or, cet ouvrage,\nlaissé inachevé par son auteur, fut représenté au théâtre Favart, le 4 oc-\ntobre 1796, et le troisième acte en fut fait par Berton, ce dont Fétis ne\ndit mot. En ce qui concerne la Belle Esclave, il dit simplement : « Je\nn?ai pu trouver la date (ni le lieu) de la représentation de cet ouvrage. »\nJe viens de dire que celui-ci avait été donné aux Beaujolais ; c'est le 18\nseptembre 1787 qu'il y fut représenté. Quant au Mari comme il les\nfaudrait tous, qui fut joué au même théâtre dans le courant de l'année\n1788, Fétis ne le signale même pas, et n'en a pas eu connaissance.\nLa partition du premier de ces deux ouvrages a été publiée, et elle n'est\npoint indigne de Philidor. Le petit théâtre des Beaujolais était une en-\n\n(1) Voir les numéros des i 5 juin, i 5 juillet, lel'1e1' septembre, ier octobre., Xel' novembre\nicv décembre 1874, ier janvier, ler février et i«l> mars 1875,"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "119", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.23", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2827, "texte": "treprise nouvelle; situé au Palais-Royal, sur remplacement occupé au-\njourd'hui par celui qui porte ce nom, et qui servit, pendant la Révolution,\nà celui de la célèbre comédienne Montansier, il avait été fondé en 1785,\net son mode d'exploitation était assez singulier. On sait combien, à cette\népoque encore, les grands établissements dramatiques étaient jaloux de\nleurs privilèges et de leurs prérogatives. Pour obtenir l'autorisation d'ou-\nvrir un nouveau spectacle, les directeurs des Beaujolais durent s'astreindre\nà cette condition étrange de faire jouer la comédie par de jeunes enfants;\nmais ces enfants, qui jouaient réellement leurs rôles dans les pièces pure-\nment littéraires, n'avaient plus que la faculté de les mimer lorsqu'il s'a-\ngissait d'ouvrages mêlés de musique, c'est-à-dire d'opéras comiques, et\nne pouvaient que faire les gestes nécessaires, tandis que des acteurs in-\nvisibles chantaient et parlaient pour eux dans la coulisse. Ce fut la sin-\ngularité même de ce spectacle, et l'habileté avec laquelle avait été résolue\ncette difficulté d'exécution, qui en fit le succès, succès qu'affirmait en\nces termes un annaliste contemporain: —« Toujours la même affluence,\nle même enthousiasme de la part du public, qui récompense par là les\ndirecteurs des soins qu'ils se donnent pour lui procurer des pièces agréa-\nbles, et pour lui faire entendre d'excellente musique. S'il y a du mérite\nd'avoir vaincu la difficulté en faisant chanter dans les coulisses et faire\nles gestes sur la scène, de manière qu'on n'anticipe point sur le privilège\nde l'Opéra, il yen a bien davantage de faire régner l'ensemble le plus par-\nfait avec les pantomimistes, les acteurs, les chanteurs, et avec l'orchestre,\nen sorte que chacun séparément, sans se voir, ne fasse pas un mouve-\nment, n'ouvre pas la bouche sans se trouver d'accord avec tous. C'est une\njustice qu'on ne saurait refuser de rendre aux directeurs de ce singulier\nspectacle, qui ne peut que se concilier de plus en plus l'estime générale,\nà mesure qu'il s'approchera delà perfection que le zèle des entrepreneurs\ns'efforce de lui donner, et maintenant surtout que quelques auteurs et\ndes compositeurs célèbres se font un plaisir d'y faire paraître quelques-\nunes de leurs productions.... (1).\nEn effet, non-seulement ce gentil petit théâtre servait aux débuts des\njeunes musiciens qui avaient le désir de se faire connaître, mais des ar-\ntistes posés déjà, et qui s'étaient produits sur les grands théâtres, ne dé-\ndaignaient point de venir à son aide et de lui prêter le secours de leur\nnom et de leur expérience. Parmi les premiers, on trouve les noms de\nFroment, de Raymont, de Chardiny, de Chapelle, de Bonnay, de Lépine,\n\n(1) Les Petits Spectacles de Paris, ou calendrier historique et chronologique de ce\nqu'ils offrent d'intéressant. 1787,"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "120", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.24", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2378, "texte": "de Leblanc, de Vanden Broek; parmi les seconds, onrencontre ceux de\nRigel, de Champein, de Cambini, de Piccinni fils, du chevalier de Saint-\nGeorges, de Désaugiers, de Deshayes, et enfin de Philidor.\nAu nombre des ouvrages lyriques qui obtinrent le plus grand succès\naux Beaujolais, il faut citer la Belle esclave, de ce dernier, dont le livret\nétait dû à 1 excellent comédien Dumaniant, l'auteur justement estimé de\nGuerre ouverte ou Ruse contre Ruse. Ce dernier disait modestement,\ndans la préface de cette petite pièce : « Le fond de cette pièce est tiré\nde trois héroïdes de Dorât. Il eût été facile d'en faire un drame très tou-\nchant . comme chacun a sa maniéré d'envisager les objets, j'ai préféré de\ntraiter la chose gaîment. Ce petit opéra a fait fortune au Théâtre des\npetits comédiens de Mgr. le comte de Beaujolais; mais j'aime à con-\nvenir que ce succès est entièrement dû à la délicieuse musique dont\nM. Philidor, en se jouant, a si fort embelli cette bagatelle. » Je n'ai pu\ndécouvrir à qui était dû le livret du Mari comme il les faudrait tous,\nsecond ouvrage donné par Philidor aux Beaujolais, en 1788, et le dernier\nqu'il fit représenter de son vivant.\nJe crois qu'à partir de ce moment, il passa la plus grande partie de sa\nvie à Londres, où le Club des Echecs le réclamait incessamment. Dès le\nmilieu du mois de février 1788, il était en cette ville, d'où il écrivait à\nsa femme :\nLondres, ce mardi 20 février 1788.\nMa très chère et bonne amie,\nJe ne m'amuse que lorsque je songe à toi ; je n'ai point encore été à\naucun spectacle; je me promène le matin et je vais dîner chez le comte de\nBruhl (1), et, de là, à notre club. Voilà à peu près la vie que je mène. Le\npetit Robineau, qui avait épousé une bâtarde de M. Bertin, a fait mon por-\ntrait, qui est singulièrement ressemblant. Notre club en a fait l'acquisition\npour dix guinées, et on a fait mettre un cadre de deux louis, et me voilà\npendu dans notre salon d'échecs, à Londres....\nJe voudrais savoir comment va la gravure du Carmen ; j'en voudrois\nquelques partitions ici (2).\nJe t'embrasse de tout cœur, et suis pour la vie ton très cher et meilleur\nami,\nA. D. PHILIDOR.\n\n*\n(1) Le comte de Bruhl était, on l'a vu plus haut, l'un des plus forts joueurs d'é-\nchecs de Londres.\n(2) Le Carmen seoculare se gravait alors chez Sieber, l'un des premiers éditeurs de\nmusique de Paris."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "121", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.25", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2424, "texte": "Peu de mois après, Philidor faisait exécuter de nouveau son Carmen\nseculare à Londres. Il l'annonçait à sa femme dans la lettre suivante :\nLondres, ce mercredi 3 juin 1788.\nMa très chère et très bonne amie,\n.... Mon Carmen a été très bien reçu; mais Richer (son beau-frère, le\nchanteur) me manquoit, et la foule n'étoit pas très grande. Les papiers en\nont dit du bien, et voilà tout ce qui pouvait m'intéresser....\nIl y a des éloges étonnans dans toutes les gazettes au sujet des trois par-\nties sans voir que j'ai jouées samedy dernier ; elles disent que la netteté de\nmes idées augmente avec mes années. 11 est vrai que jamais je n'ai eu la\ntête aussi nette, car je jouois plus vite que mes adversaires. Le comte de\nBruhl, M. Atwood et M. Mazères étaient mes combattans ; je jouois à but\navec le comte, et je donnois le pion et le trait aux deux derniers. J'ai gagné\nM. de Bruhl et M. Atwood ; M. Mazères m'a gagné par la force de l'avan-\ntage, car je n'ai pas fait la moindre faute....\nAime-moi comme je t'aime, et crois-moi pour la vie ton très cher et très\nfidèle ami,\nA. D. PHILIDOR,\nOn voit que Philidor continuait à Londres ses exploits ordinaires, et\nque ses facultés étaient loin de décliner avec l'âge. Il revint en France\ndans la seconde moitié de l'année 1788, pour repartir au milieu de fé-\nvrier 1789; c'est une nouvelle lettre à sa femme qui nous l'apprend :\ncelle-ci est datée de Calais, 17 février 1789. En annonçant qu'il espère\ns'embarquer le lendemain pour l'Angleterre, il décrit une ovation que\nlui ont faite les officiers du régiment de Viennois, et parle d'un magni-\nfique dîner qu'ils lui ont offert : « On a fait venir les musiciens de l'or-\nchestre, et les comédiens m'ont régalé de différens morceaux de mes\nopéras comiques en ne cessant de boire à la santé du compositeur fran-\nçois (1). »\nCette fois, c'est le musicien qui est en jeu ; c'est encore de lui qu'il est\nquestion dans cette nouvelle lettre, datée toujours de Londres du\n21 décembre 1789 :\n.... Je me suis trouvé la semaine dernière à un dîner de musiciens et\ncompositeurs. On a, à la bouteille, fait des canons ; mais aucun de la com-\n\n(1) Ce fragment de lettre a été reproduit dans un catalogue de vente d'autographes\npublié par M. Etienne Gharavay (n° 170, octobre 1871.) Les autres fragments repro-\nduits ci-dessus m'ont été obligeamment communiqués parjM. Eugène Danican-Phi-\nlidor, petit-fils du grand artiste,"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "122", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.26", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 502, "texte": "pagnie n'a pu faire un canon à la quinte, et je me suis avisé d'en faire un\nqui n'est pas trop mauvais. Tu pourras en régaler ton frère Sylvestre à sa\nfête ; ton frère Auguste pourra faire son canadien (?), et Antoine chantera\nla basse. C'est ce qu'on appelle le canon scientifique ; il n'y a que les fai-\nseurs de contre-point qui sont capables de le composer.\nAdieu, ma chère amie, je t'embrasse et suis pour la vie ton meilleur ami,\nA. D. PHIUDOR.\nVoici le canon en question :"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "123", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.27", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2473, "texte": "Philidor ne paraît pas avoir quitté Londres pendant le cours de cette\nannée 1789, qui avait transformé d'une façon si complète l'état politi-\nque de la France; la lettre suivante, datée du commencement de 1790,\nest curieuse surtout parce qu'elle nous fait connaître avec quelle ardeur\net quelle sincérité il avait épousé les principes de la Révolution, et avec\nquelle foi, peut-être un peu naïve, mais à coup sûr généreuse, il entre-\nvoyait l'avenir :\nLondres, ce 23 février 1790.\nMa très chère et très bonne amie,\nJ'ai reçu tes deux lettres et je te remercie de ton souvenir du jour où nous\nnous sommes liés pour la vie. Je me porte à merveille, et je n'ai plus de\ngoutte. Samedy prochain, je jouerai trois parties à la fois, deux de mémoire,\net la troisième en voyant l'échiquier. Je t'assure que cela ne me fatigue\npas autant que bien des gens peuvent le croire. Ainsy, n'aie aucune inquiétude\nsur ma santé....\n.... Avant le mois de juillet, sois assurée que notre nation sera respectée\nde tout l'univers, et jouira du bonheur de ne plus avoir d'orgueilleux finan-\nciers. Les procès seront très rares, et les impôts seront diminués d'un bon\ntiers : 400 millions suffiront pour payer tous les départemens et les intérêts\nde la dette nationale, au lieu que l'ancien gouvernement prélevoit au-delà\nde 600 millions et ne payoit point. Le moment de crise où se trouve la\nnation ne sera pas de longue durée, et notre heureuse Révolution aujour-\nd huy ne peut plus être détruite. L'évêque d'Autun et l'abbé de Montesquiou\nmériteroient des autels. Tous les libelles que le parti aristocrate a fait publier\ndoivent être anéantis par le discours adressé par l'Assemblée nationale à tous\nles François. On dit que c'est de l'évêque d'Autun. Notre Révolution en\namènera une dans ce pays dans peu d'années ; les Anglois commencent à\ns'apercevoir que nous sommes bien autrement libres, et que leur roi marche\ngrand train au despotisme....\n.... Je te jure de nouveau que je t'aime aussi tendrement que le premier\njour où nous nous sommes connus, et c'est avec ces sentiments que je suis\npour la vie ton très cher et très tendre ami,\nA, D. PHILIDOR.\nLa dernière lettre que je vais avoir à citer montre davantage encore à\nquel point Philidor s'était attaché aux principes nouveaux, et avec\nquelle vigilance il suivait les événements, non-seulement en France,\nmais même en Angleterre, Cela ne l'empêchait pas, néanmoins, de pour-\nsuivre ses petites victoires personnelles ;"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "124", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.28", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2723, "texte": "Londres (mars) 1790.\nMa très chère et très bonne amie,\n.... J'ai joué, samedy dernier, mes trois parties à la fois, l'une en voyant,\ncontre le comte de Bruhl, et les deux autres sans voir, contre le docteur\nRiollay et le capitaine Smith, Celle du comte a été remise, et j'ai gagné les\ndeux autres. Tout le monde a été dans l'enchantement: il est vrai que j'avois\nfait diète et vécu de régime pendant quelques jours, et cela m'a réussi.\nNotre club sera, je crois, très brillant cette saison ; nous avons dîné quatorze\nce jour-là ensemble, et le général Conway a fait la motion, à table, de\nrépéter les parties sans voir et un dîner de quinze en quinze jours, ce qui a\nété agréé par moi et par la compagnie....\nJ'ai tout lu au sujet de Favras ; je suis très éloigné de le voir comme\nune victime. J'ai vu ici les conspirateurs se réjouir d'avance et me prédire\nla guerre civile avant la fin de décembre dernier et toute la France en feu.\nDepuis son exécution, Jes ennemis de l'Etat ne sortent plus de chez eux et\nfont les malades ; il y en a qui poussent encore l'insolence à prédire l'assas-\nsinat de M. de La Fayette. Quant à mot, je regarde le punissement (sic) de\nFavras comme plus conséquent pour notre patrie que la prise de la Bastille.\nGalonné est à sa campagne : il recevoit quatre ou cinq courriers par semaine,\net je ne doute nullement que le congrès des traîtres existoit à Londres. Le\nprojet, dans les commencemens des troubles, était de se rassembler à\nBruxelles ; mais les troubles de Flandre en ont empêché. Ce qui me réjouit,\nc'est que je sais de très bonne part que M. de La Luzerne, notre ambassa-\ndeur, est très content de tout ce que fait l'Assemblée nationale, et sois très\ncertaine qu'avant la fin de cette année on commencera à se ressentir du bien\nde cette heureuse Révolution....\nJe t'embrasse, etc.\n*A. D PHILIDOR.\nOn voit que, quoique éloigné, Philidor était loin de se désintéresser\ndes affaires de son pays. Je ne sais si, pendant ces temps troublés, il\ns'occupa beaucoup de musique ; c'est peut-être à cette époque qu'il faut\nfaire remonter la composition de Bélisaire, ouvrage important dont il\nsera question un peu plus loin. Il revint à Paris en 1791, fit son voyage\nordinaire à Londres dans le cours de cette année, revint de nouveau en\n1792, et repartit encore, mais cette fois pour ne plus revenir. Les évé-\nnements politiques devaient lui enlever la joie de voir une dernière fois\nsa famille et tout ceux qu'il aimait. Voici comment s'exprime àce sujet\nson fils, dans la notice qu'il a publiée sur lui : «A la fin de 1792,\nPhilidor obtint du Comité de salut public un passeport pour aller à Lon-\ndres, où il était pensionné depuis vingt ans, par le club des Echecs,"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "125", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.29", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 638, "texte": "pour passer quatre mois de Tannée. La guerre l'empêcha de revenir en\nFrance, selon sa coutume, et quand il le voulut au commencement de\n1795, les lois sur l'émigration l'en empêchèrent encore. Sa famille s'a-\ndressa à tous les comités d'alors, et prouva qu'il ne pouvait être regardé\ncomme émigré ; mais à peine venait-elle d'obtenir un sauf-conduit, qu'elle\nfut frappée par la nouvelle de sa mort. Philidor eut une attaque de goutte\nà laquelle se joignit le désespoir d'être séparé depuis longtemps de sa fa-\nmille, et il succomba le 3i août 1795, à l'âge de soixante-neuf ans. »\n(La suite prochainement.)\n\nARTHUR POUGIN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-05-01-01-c020", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-05-01_01#c020", "volume": "bmtnabc_1875-05-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "126", "page_fin": "131", "image_debut": 30, "image_fin": 35, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.2.5", "titre_corps": "REVUE DES CONCERTS", "titre_sommaire": "REVUE DES CONCERTS", "signature_source": "Maurice Cristal", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 30, "page_imprimee": "126", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.30", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1782, "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nCONCERTS DU CONSERVATOIRE : La Symphonie pastorale de Beethoven. M. Henri\nReber. Madame Pleyel. Madame Szarvady. La Mort de Diane, par\nM. Vaucorbeil.\nA France qui, en musique, a été si peu prodigue de gé-\nnies pathétiques, a une bonne fortune : c'est chez elle,\ndans Paris, centre attractif de la civilisation moderne, à\nson opéra, à ses concerts spirituels, à ses festivals patrio-\ntiques, à ses séances symphoniques du Conservatoire,\nque les compositeurs étrangers sont venus mettre au\njour leurs réformes, leurs créations, leurs chefs-d'œuvre.\nLe Lucquois Boccherini se serait peut-être limité à sa virtuosité d'exécutant,\nsi, à Paris, il n'avait senti germer en lui toute cette musique de délices qui\nfut pour la muse du Midi la contre-partie de ce qu'a été dans les pays\nseptentrionaux la musique de quatuor de Haydn, de Mozart, de Beethoven.\nC'est en France que le Belge Gossec a écrit sa première symphonie à\nl'époque où, date pour date, était produite en Autriche la première œuvre\nconcertante de Haydn, improprement appelé le père da la symphonie. C'est\nà Paris que Gossec a pu trouver assez d'aide et d'initiative pour réformer\nles orchestres en déficit et doter le monde des festivals patriotiques, des\nconcerts en plein air, dans les gigantesques emplacements, au milieu de tout\nun peuple en liesse, et ouvrir la voie à l'école française de la symphonie\nqui, à la suite de Gossec, nomme Catel, Lesueur, Méhul, Berlioz, Félicien\nDavid, Onslow, Reber, Emile Douai, Saint-Saëns, Reyer, Massenet, Bizet,\nLenepveu, Lalo et tous les contemporains remplis de bonne volonté, mais\nne débordant pas de génie. .\nC'est Paris que Sax, un inventeur de génie, a chjoisi pour reconstruire la\nsonorité instrumentale, équilibrer les timbres et adapter, assouplir toute"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "127", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.31", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 3150, "texte": "l'instrumentation aux innovations que rêvent, que préparent les artistes, les\nsavants et tous ceux qui dans leur cerveau agitent l'incessante perquisition\ndes lois secrètes de la mélodie, de l'harmonie, du rhythme.\nC'est en France que Beethoven a trouvé le moule premier de sa sublime\nsymphonie avec chœurs ; en France qu'il a été le mieux compris, et par la\nFrance qu'il a été révélé à l'Allemagne. C'est en France que les trois sonates\nsuprêmes de Beethoven, ses derniers quatuors, sa messe en re, sa symphonie\nen ré mineur ont suscité les interprètes les plus compréhensifs : madame\nSzarvady, Rosenhain, Antoine Rubinstein, Maurin et Habeneck.\nC'est à la France enfin que les compositeurs étrangers sont venus deman-\nder la consécration de leurs géniales conceptions. Lulli, Gluck, Piccinni,\nSpontini, Carafa, Rossini, Meyerbeer, Donizetti, Bellini, Wagner, car la\ndéfaite même de Wagner à notre opéra est restée son plus beau triomphe,—\nn'ont donné toute leur virtuosité que dans notre pays. Verdi, qui a vu la\ngloire acquise par lui en Italie ratifiée sur tous nos théâtres par notre\nenthousiasme , revient en ce moment nous demander, pour sa messe de\nRequiem en l'honneur de Manzoni, un regain triomphal qui ne lui est pas\nrefusé. Rubinstein aussi est en ce moment à Paris. Pianiste et compositeur,\nil a été applaudi dans toute l'Europe ; mais il faut que sa virtuosité de\npianiste, que son génie de compositeur soient sanctionnés en France, accla-\nmés à Paris, pour que l'Europe ait confiance en lui et que lui-même ne\ndoute pas de sa valeur.\nCette France qui a tant glorifié les étrangers, ce Paris où les grands\nhommes du dehors viennent affermir leur renommée, retremper leur génie,\nn'ont pu produire aucune de ces gloires musicales qui commandent au monde\nentier et qui, au milieu des auditoires terrassés d'admiration, s'imposent\ncomme les coups de foudre de Rossini dans le second acte de Guillaume\nTell, de Meyerbeer dans la scène de la cathédrale du Prophète, de Beetho-\nven dans l'orage de la symphonie pastorale, dans la symphonie en ut mineur\net dans la symphonie avec chœurs, de Rubinstein, enfin dans son fascinant\ntableau de la dispersion des peuples de la Tour de Babel. C'est que, en\nFrance, nous portons le poids et la fatigue d'une civilisation surmenée, et\nque nous sommes devenus des grammairiens, des pédants, des rhétoriciens,\ndes grabeleurs académiques de tournures alambiquées, et que le fatras de\nnos phrases savamment accommodées remplace en nous le cœur, l'émotion,\nla pensée, la vie.\nComparez l'existence de nos compositeurs rivés aux trottoirs du boule-\nvard avec l'agitation féconde des musiciens étrangers. Ils parcourent l'Europe,\nvoient les pays, les cités, les hommes, les mœurs, les passions, les angoisses\nhumaines, les luttes sociales, les soleils différents, les climats contradic-\ntoires, tout ce qui est étudié, pensé, admiré, discuté, vilipendé, honoré au\nNord, au Midi, au Levant, à l'Occident; et eux-mêmes, en même temps, ils\ns'étudient, ils étudient leur art, ils contrôlent tout ce qui dans cet art\ns'improvise, s'invente, ici, là, partout ; et, quand ils veulent composer, ils"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "128", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.32", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3301, "texte": "ont l'audace de ne pas s'astreindre à rester les disciples asservis d'une\nscience plus ou moins complexe et aride ; ils réfléchissent, ils mûrissent\nleur inspiration, et ils ont le courage de penser, d'avoir des idées, d'être\némus, et d'oser le dire dans leur œuvre.\nLa nomade virtuosité de Rubinstein que Paris applaudit en ce moment, est\nici un enseignement, et elle mériterait d'être étudiée étape par étape, pour\ncomparer les résultats avec la nullité outrecuidante de ces compositeurs\napodes que notre asphalte soude à leur professorale médiocrité. Sa mère,\nbonne musicienne, jouait du piano. Ceci se passait en Moldavie, où la famille\ndemeurait quand Rubinstein naquit, mais d'où elle partit tout aussitôt pour\naller s'établir à Moscou. Dès l'enfance, il y eut donc pour Rubinstein un dé-\nplacement de nationalité, une transformation de race, et de la Moldavie aux\nfrontières bessarabes, il fut transplanté dans le centre géographique, agricole,\nindustriel, historique et artistique de la Russie, à Moscou. Là il entendit la\nmusique tsigane, il vécut au milieu d'un art autochtone compliqué, art sep-\ntentrional, art oriental, glace et feu, le moscovite pur. Tout d'un coup l'apti-\ntude virtuose se déclara. Lorsqu'après avoir entendu la musique espagnole-\norientale-russe des bohémiens dans les rues; après avoir parcouru la cité\ngigantesque, arborescente comme un village ; après avoir vu passer sous ses\nyeux le Kremlin et les quarante fois quarante églises de Moscou avec leurs\ndouze cents coupoles rouges, vertes, bleues, couvertes de ferblanc, revêtues\nde cuivre doré et dressant dans le pâle ciel du Nord la croix grecque, l'enfant\nrentrait à la maison, il trouvait sa mère au piano. Attentif, il se rangeait à\ncôté d'elle et, persévérant, il restait près de l'instrument tant que sa mère\njouait. On lui fournit un maître. Sa mère avait été son premier professeur, et\nà neuf ans l'enfant donnait un concert. A onze ans il était à Paris et s'y fai-\nsait entendre. Il jouait de la musique de Bach, de Beethoven, de Hummel,\nde Chopin, de Liszt. Observez à chacun des sept concerts que Rubinstein va\ndonner ces vieux amateurs qui ne manqueront aucune séance. Ils ont entendu\nRubinstein il y a trente-cinq ans dans cette séance mémorable où l'artiste-en-\nfant se présentait au public parisien et en recevait le plus chaleureux accueil.\nIls conçurent sur l'avenir de ce talent précoce des espérances qui ont été réa-\nlisées et dépassées, et ils viennent aujourd'hui applaudir dans l'homme fait\nles qualités fécondées, mûries, qu'ils ont pressenties dans le gamin de onze ans.\nRubinstein a constamment voyagé depuis. Partout il a cherché le contact des\nhommes de talent, des créatrices activités qui mouvementent l'Europe, et c'est\ndans ces mariages intellectuels que sa personnalité s'est faite, s'est constituée,\na grandi et a pris son intense vigueur, sa chaude coloration. De même pour\nRosenhaim, il est né à Manheim. Paris, Londres, Francfort, Bruxelles,\nLeipsick, l'ont vu tour à tour étudiant, s'instruisant, se renouvelant et de-\nvenant peu à peu un des dignes interprètes des suprêmes inspirations de\nBeethoven.\nDe même pour madame Szarvady ; elle est née à Prague. C'est à Dresde que\nnous la voyons obtenir ses premiers succès ; c'est à Leipsick que Liszt, Spohr"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "129", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.33", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3421, "texte": "et Schumann l'encouragent et lui prédisent cette splendide carrière qui s'est\nouverte devant elle. Ensuite elle va à Brunswick, à Cassel, à Hambourg, à\nFrancfort, enfin elle arrive à Paris.Chaque étape a amené une nouvelle étude,\nun raffermissement de talent. A Paris se présente pour elle un temps d'arrêt,\nun deuil dans la vie, année de retraite et de méditation dans l'existence de\nl'artiste, un renouvellement dans son talent. Elle repart. Londres, l'Allema-\ngne méridionale, la Hongrie la voient tour à tour et lui prodiguent les ap-\nplaudissements. La voici de nouveau à Paris, et cette fois elle y est fixée.\nElle n'a qu'à paraître, et tous les auditoires loueront ce sérieux talent, ce jeu\nbrillant, cette exécution délicate, et cette interprétation àla fois étudiée et\nsincère, vigoureuse et féminine, ondoyante et précise, nette et pure comme\nla science, diaprée comme l'humour et la poésie. Pourtant elle ne se prodigue\npas, elle se rassemble, elle réfléchit, elle compare, elle veut être digne d'elle-\nmême et ne pas se prodiguer, se disperser, se dissiper. Aussi quel résultat !\nSoyez sûr que madame Szarvady, par son talent perfectionné, au milieu d'é-\ntudes constantes et de féconds recueillements, a pris une part très grande àla\nréaction qui s'est opérée dans le goût des dilettantes. Grâce à son influence,\nà son autorité, à son prestige, on est revenu au culte des œuvres classiques des\nmaîtres, à 1 investigation des précieuses reliques de l'art, à l'interprétation\nvraie des inspirations géniales, àla réelle mise en lumière des chefs-d'œuvre,\nen dehors de toute égoïste exhibition du virtuose.\nMadame Marie-Félicie-Denise Pleyel était une admirable artiste, mais elle\nrépondait à d'autres sentiments et s'animait d'une autre virtuosité. Schumann\nl'appelait la générale artiste, c'est-à-dire la femme universellement répandue\ndans la compréhension des choses d'art. Des reporters peu avisés auraient\nvoulu faire entendre que Schumann, en la désignant ainsi, aurait fait d'elle la\ncolonnelle d'un régiment d'artistes en jupons. Ils ont répété aussi je ne sais\nquelle phrase de banalité complimenteuse où il aurait été dit que madame\nPleyel avait en elle la force de dix Thalberg. Avoir en soi la vigueur et le ta-\nlent d'un seul Thalberg, serait déjà fort honorable, mais attribuer dix fois\ncette virtuosité à cette charmeresse virtuose, qui fut madame Pleyel, c'est\nvouloir l'accabler d'un pavé qui ne lui était point dû. On ne saurait définir\nle talent d'un artiste comme madame Pleyel qui fut toute sensitive, toute ner-\nveuse, toute féminine, avec des arcs-en-ciel éblouissants dans son jeu, des fas-\ncinations inouïes et tous les caprices, toutes les douleurs, toutes les gaîtés,\ntous les enchantements de la virtuosité s'improvisant avec l'heure, le jour, la\nsaison, le climat, le soleil, la nue et le rhythme intérieur qui donne àla\nfemme ses variables impulsions. Ce fut une séduisante femme, une fascinante\nartiste que nous comparerions à madame Desbordes-Valmore, tandis que\nmadame Wilhelmine Szarvady nous semble mieux représentée par le génie\naustère, méditatif et social de madame George Sand. Mais, elle aussi, madame\nPleyel, elle dut les renouvellements de son talent à ses voyages réfléchis; si elle\ntût sans cesse restée à Paris, récoltant des succès, toujours les mêmes dans les\nmêmes salles de concert, devant le même public, devant les mêmes journa-"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "130", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.34", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3285, "texte": "listes, sans voir, sans observer comment on vit, comment on pense ailleurs,\ncomment dans les autres contrées les interprètes varient leur exécution, elle\nfût restée une de ces banales pianistes que notre capitale cultive dans ses\nserres émasculantes, elle eût ressemblé à tous ces élèves lauréats qui n'ad-\nmirent que Paris, le Conservatoire, ses professeurs titrés, et qui, lorsqu'on les\nenvoie à Rome, sont pris de nostalgie.\nHaendel, Meyerbeer, Rossini, Verdi, Mendelssohn trouvèrent àse renouve-\nler à Rome ; seuls, nos lauréats du Conservatoire, qui n'ont rien su s'assimiler\nde vital dans ce Paris, qui cependant reste toujours un brûlant creuzet de re-\nvivification, vont s'étioler, s'appauvrir dans l'idéale cité romaine, et empressés\nde revenir dans notre capitale, y produisent les chefs-d'œuvre que vous sa-\nvez. Notre Berlioz, notre Félicien David ont voyagé ; l'un a écrit de sa musique\ndans toutes les capitales d'Europe, l'autre a parcouru l'Orient et nous en a\nrapporté le Désert et toutes les radieuses partitions qui ont suivi. Ils avaient\nle génie, mais ils l'ont fécondé, renouvelé, fortifié, coloré, échauffé dans ces\nbrûlants contacts avec d'autres races et d'autres mœurs; aussi leurs œuvres\neut un cachet tout autre que celles de M. Napoléon-Henri Reber, dont je ne\nmédis pas, mais qui, né à Mulhouse, élevé à Paris, et resté toujours à l'om-\nbre de notre Conservatoire, est parvenu à n'être qu'un modèle désespérant\nde perfection professorale, de composition archaïque, que l'on estime, que\nl'on goûte, que l'on consulte, que l'on étudie, mais que l'on ne va pas trou-\nver lorsqu'on veut réclamer de l'artles impressions vivifiantes que nous donne\nun Weber, un Haendel, un Rossini, un Beethoven, un Cimarosa, un Ru-\nbinstein.\nC'est un succès de respect et d'honorabilité qu'a obtenu M. Reber dans son\nconcert donné au Conservatoire. M. Reber et son partner Onslow sont les deux\nfrères jumeaux de la symphonie française, timide, doctorale, et conduite sans\npéril à travers toutes les règles admises au Conservatoire. Onslow est mort.\nM. Reber vit encore, fort heureusement, car c'est un compositeur de valeur,\nen somme, et à qui il n'a manqué peut-être que d'être plus souvent exécuté\nau concert et au théâtre. Nous ne parlerons que de ses symphonies, et ce sera\npour les louer. La disposition générale des morceaux, le ménagement des\neffets, l'art de s'arrêter à point, de bien choisir son cadre, voilà le talent de\nM. Reber, qui a adopté pour modèle la symphonie classique de Haydn et de\nMozart, avec ses quatre morceaux, l'allégro, l'adagio, le scherzo ou le menuet\net le finale d'un mouvement vif. Ce troisième morceau a été pour M. Reber\nun prétexte à innovation dans chacune des quatre symphonies. Celui de la\npremière en ré mineur est un scherzo à deux temps, léger, preste, étincelant,\ndans le genre de ceux de Mendelssohn; dans la seconde en ut , le scherzo est\nremplacé par un morceau d'un mouvement un peu animé à trois temps, de\nla famille des menuets de Mozart et de Haydn. Dans la troisième, en mi bémol,\nc'est un menuet grave dont le mouvement et le caractère sont précisément\nceux de Fair de danse qui dans l'origine prit ce nom. M. Reber a donc réin-\ntégré dans la symphonie le menuet lent, le vrai menuet essentiellement"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "131", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.35", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 1749, "texte": "différent du menuet a mouvement rapide de Haydn et de Mozart, et dont\ncelui de 1 Armide de Gluck est resté le modèle. C'est là son innovation jointe\na celle d avoir donne, dans chacune de ses symphonies, un spécimen des di-\nvers genres des trois mouvements adoptés successivement par les maîtres, car\ncelui de la quatrième symphonie, en sol majeur, est un scherzo à trois temps\nbrefs comme le scherzo de Beethoven.\nC est de la musique archaïque. Mais il faut louer M. Reber d'avoir, par\nson concert donné au Conservatoire, protesté contre la meurtrière inertie de\nnos directeurs du théâtre de musique, subventionnés pour produire à la scène\n1 œuvre des compositeurs français, et qui emploient toute leur habileté à an-\nnuler, à anéantir la sève naissante de nos musiciens. Si nous n'avons plus d'école\nmusicale pour le théâtre en France, ce sont eux qui sont les coupables.\nAu milieu de cette pénurie, il nous faut signaler cependant l'œuvre très\nbelle de M. Vaucorbeil qui a été déjà plusieurs fois applaudie au Conserva-\ntoire, là une composition élevée, une musique traversée d'un\nsouffle dramatique puissant et généreux. Mademoiselle Krauss l'interprète\nadmirablement, mais combien la musique de M. Vaucorbeil lui rend facile\nle succès! Nous voudrions applaudir au Grand-Opéra cette scène lyrique de la\nMort de Diane. Elle n'y serait pas déplacée à côté des belles compositions de\nGluck et de Meyerbeer, et mademoiselle Krauss pourrait, là, déployer sa tête\nexpressive qu'on dirait rêvée par Delacroix, lorsqu'il dessinait les femmes\nterribles de Shakespeare. Les paroles de la Mort de Diane sont signées Henri\nde Lacretelle. Elles pourraient être signées du nom de Lamartine. M. de\nLacretelle est un poète.\n\nMaurice Cristal."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-05-01-01-c024", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-05-01_01#c024", "volume": "bmtnabc_1875-05-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "132", "page_fin": "137", "image_debut": 36, "image_fin": 41, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.2.6", "titre_corps": "REVUE DES THÉATRES LYRIQUES", "titre_sommaire": "REVUE DES THÉATRES LYRIQUES", "signature_source": "O. LE TRIOUX", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 36, "page_imprimee": "132", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.36", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1646, "texte": "REVUE DES THÉATRES LYRIQUES\n\nOPÉRA : Reprise des Huguenots. Mademoiselle Krauss dans le rôle de Valentine.\nOPÉRA-COMIQUE : Nouvelle audition de la Messe de Requiem de Verdi. RENAIS-\nSANCE : Première représentation de la Reine Indigo, opéra bouffe en trois actes,\nparoles de MM. Adolphe Jaime et Victor Wilder, musique de M. Johann Strauss.\nFOLIES-DRAMATIQUES : Première représentation d'Alice de Nevers, opéra fantai-\nsiste en trois actes, paroles et musique de M. Hervé.\n'OPÉRA a donné l'autre semaine la reprise des Hugue-\nnots3 et, sans crainte de passer pour un vil flatteur, on\npeut hardiment avancer que cette soirée est Tune des\nmeilleures auxquelles les vrais amateurs aient pu assis-\nter depuis l'ouverture de la nouvelle salle. Au point\nde vue de l'ensemble aussi bien que des détails, la re-\nprésentation a été véritablement remarquable, et il était facile de pres-\nsentir ce résultat rien que par l'annonce de la distribution de l'ouvrage,\ndistribution telle que depuis longtemps on n'en avait vu de pareille. La\nvoici : Valentine, mademoiselle Krauss ; Marguerite, madame Miolan-\nCarvalho; le page, mademoiselle Daram ; Raoul, M. Villaret ; Saint-\nBris, M. Gailhard; Nevers, M. Faure ; Marcel, M. Belval. On voit que\nM. Halanzier avait mis le meilleur de sa troupe au service du chef-\nd'œuvre de Meyerbeer, n'hésitant pas même à faire chanter Nevers par\nM. Faure, bien que cet artiste ne puisse exercer directe sur\nla recette dans un rôle aussi secondaire ; mais c'est par de tels moyens\nqu'on obtient des exécutions d'ensemble excellentes, et c'est à ce prix\nqu'un théâtre soucieux de ses traditions et de son honneur artistique at-"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "133", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.37", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2816, "texte": "tire -et retient la foule ; c'est de cette façon enfin qu'on désarme les ri-\ngueurs de la critique et qu'on oblige celle-ci à rendre justice à des efforts\nintelligents.\nLe fait est que la reprise des Huguenots a produit sur les spectateurs\nla meilleure impression. M. Villaret a retrouvé, pour le rôle de Raoul,\nles plus chauds élans de sa voix si flatteuse et si harmonieusement tim-\nbrée ; celle de M. Gailhard, à l'accent si net, si franc, si vigoureux, convient\nmerveilleusement à la nature du rôle de Saint-Bris, que l'artiste chante\nd'ailleurs en virtuose fort distingué et joue en comédien intelligent;\nM. Belval, malgré ses défaillances, est encore le seul Marcel possible à\nl'heure présente, et d'ailleurs ce n'est que lui rendre justice que de cons-\ntater le talent dont il fait preuve dans ce personnage ; mademoiselle Da-\nram a chanté avec un goût délicat la partie du page, que mademoiselle\nArnaud tenait précédemment d'une façon tout aimable et toute gracieuse.\nQuant à M. Faure et à madame Carvalho, tous deux se sont réellement\nsurpassés et ont obtenu un succès bien mérité.\nMademoiselle Krauss a paru un peu embarrassée dans certains passa-\nges du rôle de Valentine, ce qui n'a pas lieu de surprendre lorsqu'on\nsonge qu'elle l'abordait pour la première fois. Il est certain que la vail-\nlante artiste n'a pas donné, dans cette première soirée, la mesure de sa\nvaleur, et qu'elle n'a pas rempli de tout point les espérances que les ad-\nmirateurs de son talent et je suis du nombre fondaient sur elle àce\nsujet. Elle a eu pourtant de beaux moments, mais certaines hésitations,\ncertaines indécisions, bien excusables d'ailleurs lorsqu'il s'agit d'une\népreuve dé cette importance, l'ont empêchée parfois de se livrer à la puis-\nsance de son tempérament dramatique, et ont diminué l'intensité des\neffets sur lesquels on comptait. Pourtant, on peut être sûr qu'à mesure\nque l'artiste prendra pleine possession de son rôle, elle y trouvera les\néléments d'un grand succès, que son talent véhément, pathétique et pas-\nsionné semblait lui assurer par avance. Je regrette seulement que made-\nmoiselle Krauss n'ait pas cru devoir rétablir la jolie romance du qua-\ntrième acte, d'un si heureux caractère, et qu'on a pris la fâcheuse habi-\ntude de supprimer depuis longtemps. Il lui appartenait de nous faire\ncette restitution qui eût été certainement bien accueillie.\nTandis que l'Opéra reprenait les Huguenots, l'Opéra-Comique, de\nson côté, reprenait, avec tout le soin possible , les exécutions de la\nsuperbe messe de Requiem de M. Verdi. Nous y avons retrouvé les\ndeux incomparables chanteuses, mesdames Stolz et Waldmann qui, l'an\npassé, y avaient obtenu un si éclatant succès ; mais les deux interprètes\nmasculins étaient cette fois changesi et cette modification dans l'exécu**"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "134", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.38", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2890, "texte": "tion est tout à fait, il faut le dire, à l'avantage de l'œuvre. Le nouveau\nténor, M. Masini, est doué d'une voix excellente, à la fois pénétrante et\nchaude_, qu'il sait gouverner avec habileté ; il chante avec adresse, avec\ngoût, avec style, et sait mettre en relief avec autant de talent les passages\nde force et de vigueur qu'il fait ressortir avec charme tout ce qui est\ndoux, tendre et caressant. Le basso cantante, M. Medini, possède un\norgane puissant, sonore, vigoureux, qui résonne à merveille dans une\ntelle musique, et qui vient compléter un ensemble excellent.\nL'exécution, dirigée cette fois encore par M. Verdi, et dirigée d'une\nfaçon admirable, est d'ailleurs parfaite en toutes ses parties et ne laisse\nrien à souhaiter. Elle fait merveilleusement saillir les beautés resplen-\ndissantes de l'œuvre, de cette œuvre qui semble compléter l'évolution\nque le génie de M. Verdi a commencé à accomplir depuis que le compo-\nsiteur est venu travailler pour la France, c'est-à-dire depuis l'époque où\nil a remanié d'une façon si importante son Macbeth italien pour le trans-\nporter sur notre Théâtre-Lyrique. Bien que cet ouvrage n'ait obtenu\nchez nous qu'un succès contestable, je le considère, pour ma part,\ncomme une production fort remarquable qui n'a pas été comprise et\nappréciée à sa juste valeur, et qui devra marquer une époque dans l'his-\ntoire de la carrière du maître. C'est à partir du Macbeth français que de\nnouvelles préoccupations semblent s'être emparées de M. Verdi, que\nl'évolution dont je parlais a commencé à s'opérer dans sa manière, évolu-\ntion dont le résultat a été comme la recherche et la découverte, par lui,\nd'une sorte de poétique musicale nouvelle , basée sur des principes\nrationnels qui jusqu'alors avaient paru lui échapper. C'est à partir de ce\nmoment que M. Verdi a subi l'influence française, qu'il a apporté plus\nde soin, de recherche, de variété dans ses compositions, qu'il a éprouvé\nenfin ce qu'ont éprouvé jadis tant de grands artistes étrangers : Gluck,\nPiccinni, Cherubini, Spontini, Rossini et Meyerbeer. Après Macbeth est\nvenu Don Carlos, qui accusait davantage encore cette tendance nou-\nvelle, puis cette belle partition iïAïda, si chaude, si brillante et si\ncolorée, et enfin la messe du Requiem, qui montre son vigoureux génie\ndans tout son épanouissement, dans toute sa plénitude, dans tout son\nrayonnement. Je serais bien étonné si M. Verdi ne convenait pas lui-\nmême de ce fait, qui est tout à sa louange, et s'il ne confessait pas qu'il\ndoit quelque chose à cette France, que quelques-uns prétendent si peu\nmusicale, et qui est le creuset dans lequel sont venues, de toutes les\nparties cle l'Europe, se fondre }es œuvres les plus merveilleuses, les plus\nadmirables et les plus accomplies. Quoi qu'il en soit, sa messe a produit,\ncette fois encore, l'impression la plus profonde et la plus vive, et le public"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "135", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.39", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2640, "texte": "l'a applaudie et acclamée avec le même enthousiasme que précédem-\nment ; ce qui prouve bien qu'il existe encore chez nous des esprits dis-\ntingués sur lesquels ont prise les oeuvres nobles, saines et poétiques.\nPasser sans transition de la messe de Requiem à 1a... chose intitulée\nAlice de Neversest affaire assez délicate; je m'y résigne cependant,\ndésespérant d'en trouver une à peu près satisfaisante.\nn'est ni un opéra comique, ni un opéra romantique, ni un opéra bouffe,\nni une opérette, ni un opéra tout court. C'est, comme l'affiche a pu vous\nl'apprendre, un « opéra fantaisiste, » dont M. Hervé est à la fois\nl'auteur, le compositeur et le principal interprète. Cet opéra fantaisiste a\ndéjà donné lieu à des polémiques assez vives entre certains journaux, qui\nl'ont durement malmené, et M. Hervé, qui l'a défendu avec une ardeur\ntoute paternelle. La galerie s'est contentée de contempler les lutteurs et\nde marquer les coups, sans prendre part à cet échange d'aménités. Tout\nporte à croire, cependant, que le succès sera des plus\nmodérés, et que 1' « œuvre» aura de la peine à devenir centenaire, comme\nquelques-unes de ses aînées.\nPourquoi donc ? Est-ce que cette infortunée vaut moins que\nVŒU crevé,que Chilpéric, que le P Faust et autres calembredaines\nejusdem farinœ ? Mon Dieu, non, et c'est toujours, de la part de l'auteur,\nle même genre, le même style et le même procédé. Mais voilà justement;\nce procédé, qui n'est qu'un procédé, finit par s'user àla longue, et comme\nil n'a point de côtés renouvelables, le public s'en fatigue et finit par le\ntrouver insupportable. On ira bien voir une première fois une maison\nde fous, et l'on pourra, quoique ce spectacle soit peu réjouissant, s'a-\nmuser un instant des contorsions et des grimaces de quelques mania-\nques ; la distraction paraîtra moins agréable une seconde fois, et la troi-\nsième elle provoquera l'écœurement et causera des nausées. Voilà ce que\nM. Hervé n'a pas su comprendre, et pourquoi il a échoué là où il avait\nréussi précédemment : sa pièce semble avoir été faite à Bicêtre, et le pu-\nblic a assez de ses premières visites à cet établissement.\nLa musique n'a pu sauver ce poème par trop insensé, bien qu'on y\nrencontre un certain nombre de morceaux agréables et quelques-uns de\nces motifs aimables comme M. Hervé sait en trouver. Mais elle n'est pas\nassez complètement réussie pour faire passer condamnation sur les vices\ndu livret, et d'ailleurs la musette de l'auteur de toujours bien\nde la peine àse soutenir pendant trois actes entiers. On peut citer cepen-\ndant quelques numéros de la partition : au premier acte, le chœur des"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "136", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.40", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2724, "texte": "courtisans, un madrigal cPun assez joli effet, et un finale mouvementé ;\nau second, un entr'acte en forme de valse, un grand trio qui est une sorte\nde parodie du style de l'opéra sérieux, et une villanelle d'un tour aima-\nble; enfin, au troisième, une chanson vraiment amusante, qu'on pour-\nrait appeler la chanson des gifles, et qu'on a voulu entendre jusqu'à\ntrois fois.—Malgré cela, je le répète, Alice de Nevers ne paraît pas appe-\nlée à un succès durable, bien que la pièce soit très bien jouée de la part\nde mademoiselle Desclauzas, et suffisamment de la part de MM. Hervé,\nMilher, Emmanuel, de mesdemoiselles Marie Périer et Raphaël.\nEt tandis que les Folies-Dramatiques continuaient, avec Alice de\nNevers, la série des succès... contestés qu'elles ont successivement rem-\nportés avec la Belle Bourbonnaise, la Fiancée du roi de Garbe, la Blan-\nchisseuse de Berg-op-Zoom et Clair-de-Lune, la Renaissance obtenait\nun triomphe éclatant avec la Reine Indigo et conjurait ainsi le guignon\nqui semblait s'attacher à elle depuis si longtemps. Pourquoi le Capitole\nd'un côté, et de l'autre la roche Tarpéienne ? Je ne saurais trop le dire,\ncar la supériorité d'une œuvre sur l'autre ne me paraît pas tellement dé-\nmontrée qu'elle puisse justifier cette différence de fortune. Il est des cas\noù l'analyse des jugements du public est chose bien difficile, et celui-ci\nest assurément du nombre. Le poème de la Reine Indigo est-il donc telle-\nment supérieur à çelui d'Alice de Nevers, que Yun puisse paraître un\nchef-d'œuvre lorsque l'autre ne semble devoir exciter que le dédain ? Cela\nn'est pas tout à fait mon avis, et la pièce traduite et arrangée par MM.\nJaime et Wilder (car il ne faut pas les rendre plus coupables qu'ils ne le\nsont) manque d'un bon nombre des qualités qui constituent une bonne\nœuvre dramatique, et en premier lieu de l'intérêt, qui est l'essence même\nde toute production théâtrale. Est-ce donc alors que la partition est une\nde ces œuvres hors ligne, qui vous classent aussitôt un artiste et lui\ndonnent son rang dans la hiérarchie musicale? Je n'oserais pas, je l'avoue,\nhasarder semblable affirmation.\nMais après tout, cependant, il est certain que c'est la musique qui fait\nle succès de l'ouvrage. L'opérette, on le sait, est un genre tout particu-\nlier, qui consiste surtout à faire chanter de la musique dansante. Or,\nrien n'est plus dansant d'un bout à l'autre que la partition de la Reine\nIndigo ; rhythmes de valses, de polkas, de quadrilles, on y trouve de\ntout cela à foison, et si l'on reconnaît d'ailleurs, ce qui est de toute\njustice, que cette musique est généralement distinguée, qu'elle joint à\nune allure aimable cet entrain, cette verve ? ce diable au corps qui"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "137", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.41", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 1897, "texte": "donnent des titillations aux jambes Jes plus rebelles et provoquent la\ngaîté dans les esprits les plus moroses, on comprendra qu'elle renferme\npar excellence les qualités parisiennes qui font le succès de l'opérette, et\nque sa réussite, après tout,, n'a rien que de fort naturel. Mais peut-être\nn'était-il pas besoin d'aller chercher M. Johann Strauss pour obtenir un\ntel résultat, et aurions-nous pu trouver parmi nous quelques musiciens\nparfaitement aptes à atteindre le résultat cherché. Pour ne citer qu'un\nnom, je crois M. Métra absolument capable d'écrire une partition de ce\ngenre et de l'écrire à souhait; il est vrai que M. Métra a le tort d'être\nFrançais et de vivre\nSur les prés fleuris\nQii arrose la Seine,\nau lieu d'être né sur les rives du Danube. C'est là un grand tort, même\nà l'époque où nous sommes, même en un temps où les Français\ndevraient un peu se serrer les coudes et songer un peu plus à eux\nqu'aux étrangers. Je ne voudrais point passer pour un esprit chagrin ni\npour un exclusif quand même, mais je suis d'avis que lorsque les grandes\nquestions d'art ne sont pas en jeu ; que lorsqu'il n'est point question de\nproduire et de faire connaître au monde un de ces chefs-d'œuvre qui\n*\nfont époque dans l'histoire de l'esprit humain ; que lorsqu'il ne s'agit\nque de grâce, de coquetterie, d'amabilité, d'esprit, nous avons grand\ntort de nous en aller chercher au loin ce que nous trouverions si facile-\nment et si aisément chez nous.\nCes réflexions faites, il ne m'en coûtera rien d'avouer que la Reine\nIndigo est jouée et chantée d'une façon très satisfaisante par mesdemoi-\nselles Zulma Bouffar et Alphonsine, par MM. Vauthier, Félix Puget et\nJules Daniel; que l'orchestre est dirigé avec beaucoup de talent par\nM. Charles Constantin, et qu'enfin la pièce a été montée par M. Hostein\navec un luxe du meilleur goût.\nAinsi soit-il !\n\nO. LE TRIOUX."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-05-01-01-c028", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-05-01_01#c028", "volume": "bmtnabc_1875-05-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "138", "page_fin": "144", "image_debut": 42, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.2.7", "titre_corps": "VARIA", "titre_sommaire": "VARIA", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 42, "page_imprimee": "138", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.42", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2561, "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nFAITS DIVERS\nous ce titre : La Comédie à la Cour de Louis XVI, le théâtre\nde la reine à Trianon, notre collaborateur Adolphe Jullien\nvient de faire paraître en brochure (chez Baur) un travail\nimportant, publié d'abord à la Revue de France et qui forme\npendant à son Histoire du Théâtre de Madame de Pompa-\ndour, dont la Chronique Musicale a eu la primeur. Ce su-\njet, pour,n'être pas inexploré, était encore tout nouveau ; car, si l'on rencon-\ntrait nombre de légers aperçus, tous copiés l'un sur l'autre, il n'existait pas\nd'annales complètes et précises du Théâtre de Trianon. Les écrivains mêmes\nque ce sujet aurait pu tenter, comme M. de Lescure où les frères de Goncourt,\nn'avaient guère fait que l'esquisser d'un trait rapide. M. Ad. Jullien a donc\nentrepris de retracer Phistoire de' ce théâtre avec tous les développements\nqu'elle mérite, de façon à restituer à ces spectacles intimes leur véritable\nphysionomie politique et artistique, comme il avait déjà fait pour la troupe\nparticulière de madame de Pompadour. Pour reconstituer de la façon la plus\ncomplète les annales du théâtre de la reine, qui était, comme celui de la fa-\nvorite, organisé à l'exemple des grands spectacles de la capitale, l'auteur ne\ns'est pas contenté de dépouiller tous les mémoires, et écrits du temps, il a\naussi largement puisé dans la correspondance secrète du comte de Mercy-\nArgenteau avec Marie-Thérèse, que MM. d'Arneth et Geoffroy ont publiée\ntout dernièrement, et aussi dans les papiers autographes des Menus-Plaisirs,\nconservés aux Archives de l'Etat, qui permettent de connaître la dépense de\nces spectacles et leur organisation détaillée. C'est ainsi qu'on y voit la reine\nprésidant elle-même à la confection d'un décor, faisant office de décorateur\net de machiniste en chef, surveillant en personne toutes les parties de la re-\nprésentation gardant sur ses plaisirs un gouvernement absolu et se montrant\ntrès jalouse de cette autorité, qu'elle exerçait d'ailleurs avec une douceur\naffectueuse. La première représentation eut lieu le ier août 1780 avec la Ga-\ngeure imprévue et le Roi et le Fermier, et la dernière, le 19 août 1785, avec\nla comédie le Barbier de Séville, La troupe royale ne comptait guère qu'une\nquinzaine d'artistes : la reine d'abord, puis madame Elisabeth, la comtesse\nDiane de Polignac, la duchesse de Guiche, le comte d'Artois, le comte d'A-\ndhémar, le comte de Vaudreuil, le duc de Guiche, M. de Crussol, le comte\nEsterhazy, etc., qui jouaient à volonté l'opéra comique et la comédie, en"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "139", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.43", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 3010, "texte": "choisissant de préférence des pièces assez faciles vingt-cinq au plus ;\nl'orchestre était très restreint pour ne pas couvrir la petite voix des chanteurs,\net il n'y avait pas de chœurs. A ceux qui lui reprochaient son dédain de l'éti-\nquette et ses goûts dramatiques, la reine répondait en riant cette parole de\nmadame de Maintenon :Je suis sur un théâtre, il faut bien ou'on me siffle ou\nqu'on m'applaudisse. Et il paraît que, sans se permettre de la siffler, le pu-\nblic peu indulgent ne se gênait pas pour critiquer la femme et la reine sous\nla comédienne.\nL'Académie des beaux-arts vient de nommer M. Rubinstein membre\ncorrespondant de sa section de musique, en remplacement de M. Daus-\nsoigne-Méhul, petit-neveu du compositeur Méhul, qu'elle vient de perdre\nrécemment.\nLa conférence des avocats a résolu une question sur laquelle la Cour\nd'appel avait déjà statué Tannée dernière. Il s'agissait de savoir si un libret-\ntiste ale droit de faire représenter un opéra dont il a écrit le poème, sans\nl'aveu ou malgré la résistance du musicien qui en a composé la musi-\nque. On sait que cette question a été discutée à fond, à propos du procès\nintenté par M. Th. Sauvage à M. Ambroise Thomas, refusant d'autoriser la\nreprésentation de Gille et Gillotin. La Cour donna raison au librettiste. La\nconférence s'est prononcée dans le même sens. Voilà un nouvel avertisse-\nment donné aux compositeurs qui vont se trouver dans l'obligation désormais\nde signer un traité préalable avec leurs librettistes, afin de ne pouvoir être\ncontraints à laisser interpréter leurs partitions dans de mauvaises conditions.\nVoici quelques nouveaux détails sur les fêtes qui se préparent à Rouen\npour célébrer la mémoire de Boieldieu :\n« Après avoir décidé qu'il y aurait trois jours de fête : i° un concours de\nsociétés chorales ; 20 un spectacle ; 3° un festival où ne seront exécutées que\ndes œuvres de Boieldieu, la Commission d'organisation s'est occupée de la\ncomposition du programme de la journée. Le spectacle, qui doit avoir lieu\nle second jour, se composera du Nouveau Seigneur, du second acte de la Dame\nBlanche, et d'un acte des Deux Nuits. On sera peut-être surpris de voir\nfigurer sur le programme les Deux Nuits, ouvrage qui n'obtint à Paris qu'un\ndemi-succès, mais l'étonnement cessera lorsqu'on saura que cet opéra, le\ndernier qu'il ait composé, a été dédié par Boieldieu à la ville de Rouen.\nDans le Nouveau Seigneur, c'est M. Barré, de l'Opéra-Comique, qui jouera\nle principal rôle. Le second acte de la Dame Blanche sera chanté par\nM. Léon Achard et madame Brunet-Lafleur. On assure que dans le festival\ndu troisième jour on entendra M. Poultier, le chanteur tonnelier qui obtint\nun si grand succès à Paris, il y aune trentaine d'années. »\nM. Hector Salomon termine en ce moment la musique d'un opéra en\ncinq actes : Bianca Capello, paroles de M. Jules Barbier.\n—M. Jules Claretie, notre collaborateur, vient de publier sur Camille\nDesmoulins un livre considérable à tous égards. Nous en détachons la page"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "140", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.44", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2901, "texte": "qu'on va lire et qui retrace en prose ardente les frémissements du Paris\nde r/92, lorsque l'hymne de Rouget de Lisle y retentit pour la première\nfois :\n« Un soir, un soir d'orage, le crépuscule venu, tandis que Louis et la\nReine songeaient, sous une atmosphère lourde et pleine de soufre, un chant\ninconnu, superbe, effrayant, grandiose, —et que les parodies de 1870 n'ont\npu ridiculiser, avait éclaté dans la nuit. Le Roi était demeuré étonné,\nla Reine avait tressailli. Ce qu'ils entendaient , ils ne l'avaient entendu\njamais. C'était quelque chose d'inouï et d'irrésistible, une immense menace,\nle cri d'une nation poussée à bout, le coup de clairon d'un peuple qui\ns'arme, l'appel de la liberté et de la délivrance, le hennissement victorieux\ndu coursier trop longtemps dompté qui se relève et secoue ses maîtres ;\nc'était le grand refrain national, la grande chanson de la France libre; c'était\nla Marseillaise.\n« La Marseillaise, ce chant de la Révolution en armes, comme le Chant\ndu Départ en est l'hymne de gloire pompeux, comme le Ça ira en est le\nrugissement sinistre ; la Marseillaise, faite pour la frontière, le Chant du\nDépart pour le champ de Mars, et le Ça ira pour le ruisseau.\n« Que devait penser la Reine à ces accords farouches? Ce n'était plus pour\nelle le soupir du clavecin, entendu à travers les pins de Schœnbrunn, ce\nn'étaient plus les airs suisses du Pauvre Jacques, à Trianon, ce n'était plus\nla romance de Rousseau, le Devin du village, ou les hymnes royalistes de\nGrétry; c'était la marche militaire que chantaient en entrant dans Paris les\nfédérés marseillais, et qu'ils venaient lancer, en faisant trembler les vitres\ndu château, sous les fenêtres des Tuileries :\nAllons enfants de la patrie,\nLe jour de gloire est arrivé!\n« Et, farouches, menaçants, indomptables, les Marseillais, que les spadas-\nsins du comte d'Anglemont avaient juré de tuer un à un à coups d'épée,\nchantaient la chanson nationale, éclatante comme un son de cuivre.\n« Marie-Antoinette et Louis XVI se sentirent perdus dès ce soir d'août. »\nM. Cœdès, le compositeur de la Belle Bourbonnaise, travaille en ce\nmoment à la musique d'un opéra comique destiné à la salle Favart, et portant\nce titre : la Grande Demoiselle.\nMardi, 18 mai prochain, à la salle Ventadour, au profit de la Société\nde prévoyance et de secours mutuels d'Alsace-Lorraine, aura lieu une magni-\nfique audition du Christophe Colomb, de Félicien David, avec soli, chœurs\net orchestre, sous la direction de J. Danbé.\nCette œuvre sera précédée de l'exécution de la fantaisie à deux pianos, de\nSaint-Saens, par M. et madame Alfred Jaell, et de l'ouverture de Sardana-\npale, de M. V. Joncières.\nLa composition d'une cantate est mise au concours pour le 400e anni-\nversaire de la bataille de Morat, où les Suisses furent vainqueurs de Charles\nle Téméraire, Des prix de 300 et de 200 francs seront attribués aux deui"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "141", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.45", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2899, "texte": "meilleures partitions. Deux textes (allemands) sont mis à la disposition des\nconcurrents, qui peuvent s'adresser au curé de Morat (canton de Fribourg).\nLe terme fixé pour la remise des partitions est le 3f juillet 1875.\nTrois jurés adjoints ont été désignés par rAcadémie des beaux-arts\npour le jugement du grand concours de composition musicale ; ce sont :\nMM. Boulanger, Reyer et Semet.— Les jurés de droit sont les six membres\nde la section de musique de l'Académie, MM. Ambroise Thomas, Reber,\nF. David, Ch. Gounod, Victor Massé et F. Bazin.\nVerdi vient d'être nommé commandeur de la Légion-d'Honneur. Les\ninsignes lui ont été remis pendant l'exécution de son Requiem, à l'Opéra*-\nComique.\n<r\nNotre collaborateur, M. Charles Nuitter, vient de perdre son père,\nM. Truinet. Modèle de piété filiale, M. Nuitter a été bien cruellement\néprouvé, et la Chronique musicale s'associe à sa douleur. Nous empruntons\nà notre confrère M. Oswald, du Gaulois, quelques détails concernant les\nparents du sympathique archiviste de l'Opéra :\n« Le marbre du tombeau qui vient de se fermer sur un des hommes les\nplus aimables et les plus intelligents de Paris, porte une inscription étrange.\nIl nous apprend que la mère de Charles Nuitter était Madeleine Giosi, fille\ndu sculpteur romain Mariano Giosi, qui émigra en France à la suite du Lao-\ncoon et de Y Apollon du Belvédère.\n« Quand ces chefs-d'œuvre devinrent nôtres en vertu du droit de conquête,\nqui est toujours sujet à révision, les républicains de l'an VI jugèrent à propos\nd'en confier le transport et l'installation à l'un des plus savants artistes de\nl'ltalie. Ils choisirent Mariano Giosi, qui prit goût à la France, s'y établit\nsans esprit de retour et y appela sa famille. Voilà comment une Romaine\népousa un Français de vieille bourgeoisie, Parisien de la rue Fromenteau, et\ndota notre pays d'un lettré sui generis qui, dans ses créations les plus pari-\nsiennes, a conservé le culte de l'art antique et certaine tradition des maîtres.\nNous empruntons le curieux morceau qu'on va lire à un rapport daté de\nl'an VI.\nLes commissaires du gouvernement français pour la recherche des objets de\nsciences et d'arts en Italie aux administrateurs du Muséum des arts à Pans :\n« Lorsque nous avons reçu le mémoire que vous nous avez adressé sur le\nbesoin que le Muséum des arts éprouve d'un artiste exercé à mettre les\npièces et à faire les joints aux statues antiques qui sont en restauration, et\nSur la nécessité de procurer au Muséum des blocs ou fragments de marbre\ngrec propres à restaurer et les statues que nous possédons et celles que nous\nexpédions actuellement en France, nous avions déjà rempli les vues qu'il\nrenferme.\n« Nous avons engagé le sieur Mariano, le meilleur artiste de Rome en ce\ngenre. Il est actuellement en route avec le second envoi des statues que nous\navons expédié pour Livourne, et dont Y Apollon et le Laocoon font partie."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "142", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.46", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2899, "texte": "« Il ne doit pas perdre de vue ces deux objets précieux, dont il a suivi ren-\ncaissement, et il doit les accompagner jusqu'à Paris.\n« Un de nos collègues, qui surveille ce convoi jusqu'à Livourne, rend un\ncompte très avantageux du zèle et des soins de cet artiste.\n« Nous croyons qu'il sera nécessaire de l'attacher au Muséum des arts par\ndes appointements fixes qui lui permettent de faire venir sa femme et ses en-\nfants, qu'il a laissés à Rome.\nSigné : MONGE, BARTHÉLÉMY, MOITTE.\nMadame Caroline Van den Heuvel, née Duprez, vient de mourir à Pau,\noù elle était allée chercher un adoucissement aux souffrances dont elle était\natteinte depuis plusieurs années.\nNée à Florence en 1832, elle suivit ses parents en France, et reçut, jus-\nqu'en 1848, les leçons de son père. A cette époque, elle s'engagea dans la\ntroupe lyrique avec laquelle M. G. Duprez parcourait la province, et débuta\nenfin aux Italiens dans la Sonnambula, en octobre iSSo.\nLa délicatesse de son organisation l'écarta momentanément du théâtre.\nElle conclut deux engagements de quelques mois à Bruxelles et à Londres.\nEn 1852, elle parut au Théâtre-Lyrique dans Juanita\\ puis à l'Opéra-\nComique, dans Marco Spada.\nDès lors, attachée à la fortune de ce théâtre, elle y créa successivement,\navec un remarquable succès, le rôle de Catherine, dans YEtoile du Nord ;\nde Jenny Bell, dans la pièce de ce nom ; de Simonne, dans les Saisons.\nEn i 856, elle épousa M. Amédée Van den Heuvel, musicien de l'or-\nchestre de l'Opéra. L'année suivante, elle résilia son engagement pour\npasser au Théâtre-Lyrique, où elle joua les Noces de Figaro.\nElle parut ensuite (1860) à l'Opéra, où elle ne resta pas longtemps, et\nqu'elle quitta pour la province, qui lui valut encore quelques triomphes.\nDepuis plusieurs années, la santé chancelante de madame Van den Heuvel\nl'avait tenue éloignée du théâtre.\nNous apprenons encore la mort du chanteur de l'Opéra-Comique ,\nCouderc, et celle de M. Alphonse Royer, ancien directeur de l'Opéra.\nLe monument élevé à la mémoire d'Amédée Méreaux, à Rouen, a été\ninauguré le 25 avril. A cette solennité assistaient les autorités de la ville,\ntous les artistes rouennais, et à leur tête MM. Lucien Dautresme et l'ancien\nténor de l'Opéra, Poultier, l'un et l'autre élèves de Méreaux, ainsi qu'un\ntrès grand nombre d'amis de ce maître regretté. Un discours ému de M. Dau-\ntresme a trouvé de l'écho dans la foule sympathique et recueillie qui entou-\nrait le monument funéraire. La musique municipale a exécuté plusieurs\nmorceaux de circonstance, une marche funèbre et des fragments du Stabat\nMater, de Rossini.\nANGERS. Notre correspondant angevin nous adresse la note suivante sur\nla Branche de genêt, opéra comique en un acte, paroles de J. Rogeron, mu-\nsique de M. Febvre, qui vient d'être représenté au Théâtre d'Angers:\n« Pendant que Paris n'envoie à la province que des opérettes, les compo-"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "143", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.47", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2578, "texte": "siteurs inconnus travaillent et tont représenter sur les scènes de nos départe-\nments des œuvres d une valeur réelle. Depuis quelques années, ce monument\nde décentralisation artistique est très apparent. Toutes les fois qu'il se trouve\nun directeur habile et audacieux, une œuvre nouvelle se révèle.\n« Grâce au bon vouloir et à l'intelligence de M. Mardi, directeur du théâ-\ntre d'Angers, le public angevin a assisté cette semaine à une véritable-pre-\nmière, celle de la Brauche de genêt, opéra comique en un acte.\n« Nous ne dirons rien du poëme insignifiant. La musique a une autre\nvaleur et une autre portée. Le compositeur, M. Febvre, n'est point un in-\nconnu pour les amateurs de bonne musique.\nLa partition de la Branche de genêt est écrite dans un style qui ne man-\nque ni de délicatesse, ni d'ampleur. L'orchestration est surtout remarquable.\nC'est plutôt le couronnement d'études longues et patientes que l'œuvre d'un\ndébutant. L'ouverture a vivement impressionné le public qui l'a couvert du-\nnanimes applaudissements. On peut faire au compositeur le reproche d'avoir\nfait trop long. Il y a dans cette partition la musique de deux actes.\n» Les tendances de M. Febvre sont encore un peu confuses : l'expérience\nde la scène les affermira.\n« L'interprétation a été excellente. L'orchestre, habilement mené par M.\nDorlin, a tenu à prouver ses sympathies à l'auteur. MM. Budaut, Descamps\net madame Martrelli ont été vivement applaudis.\n\nNOUVELLES\n\nARIS. —Opéra. On annonce, pour la fin du mois de juin, le Comte\nOry, avec le jeune ténor Vergnet dans le principal rôle.\nLa plupart des journaux ont annoncé rengagement probable\nde la célèbre cantatrice, mademoiselle Waldmann, à qui M. Halanzier avait\nfait des offres très brillantes. Mademoiselle Waldmann vient en effet de\nsigner un engagement avec le directeur du théâtre du Caire !\nOpéra-Comique. L'Opéra-Comique fermera ses portes, cette année, du\ni 5 juin au 15 août.\nCette mesure a été prise par la direction, après autorisation du ministre\ndes Beaux-Arts, qui a mûrement examiné les questions multiples qu'elle\nsoulève : subvention, engagements des artistes, appointements du personnel\nsecondaire, etc.\nUne partie des pensionnaires de M. du Locle sont en pourparlers pour aller\nutiliser leur congé à Vienne.\nSamedi 8 mai, première représentation de l'opéra comique de MM. Le-\ngouvé et Paladilhe, cet ouvrage qui avait été annoncé sous ce titre : Moïana,\nprend celui de lAmour africain. Le sujet est emprunté au Théâtre de Clara\nde Mérimée.\nLe lundi suivant, autre première représentation, celle de Don Mucarade,"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "144", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.48", "debut_caractere": 116, "fin_caractere_exclue": 1238, "texte": "opéra bouffe en un acte, de MM. Carré et J. Barbier, musique de Boulanger.\nL'Amour africain et Don Mucarade, combinés pour former un spectacle\ncomplet, seront réunis dès leur deuxième représentation, mais la direction\nde TOpéra-Gomique a désiré faire à chacun de ces deux ouvrages les honneurs\nd'une première séparée. Dès mardi, Y Amour africain et Don Mucarade seront\njoués ensemble.\nThéâtre-Ventadour. L'audition de la Tour de Babel, de M. Rubinstein,\nest remise au mardi 4 mai.\nVariétés. « Voici la distribution du Manoir de Pictordu, la nouvelle oné-\nrette de M. Serpette.\nIsidore Flochardet MM. Pradeau\nSaturnin de Pictordu Berthelier\nPopinot Daniel Bac\nMélinard Léonce\nDe la Garenne Schey\nDe la Martingale Gaussine\nEsbrouffette Mesdames Priston\nAmbroisine Flochardet Aline Duval\nVictoire Berthall\nEmilie Donvé\nDelphine E. Martin\nAngélique Ghinassi.\nSalle du Conservatoire. Aujourd'hui à 1 heure 1/2 de l'après midi aura\nlieu, dans la salle du Conservatoire, la première audition de : Le Partisan\nopéra inédit en trois actes de M. le comte d'Osmond.\n\nPour l'article Varia:\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-05-01-01-c030", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-05-01_01#c030", "volume": "bmtnabc_1875-05-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "138", "page_fin": "143", "image_debut": 42, "image_fin": 47, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.2.7.2", "titre_corps": "FAITS DIVERS", "titre_sommaire": "FAITS DIVERS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 42, "page_imprimee": "138", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.42", "debut_caractere": 52, "fin_caractere_exclue": 2561, "texte": "FAITS DIVERS\nous ce titre : La Comédie à la Cour de Louis XVI, le théâtre\nde la reine à Trianon, notre collaborateur Adolphe Jullien\nvient de faire paraître en brochure (chez Baur) un travail\nimportant, publié d'abord à la Revue de France et qui forme\npendant à son Histoire du Théâtre de Madame de Pompa-\ndour, dont la Chronique Musicale a eu la primeur. Ce su-\njet, pour,n'être pas inexploré, était encore tout nouveau ; car, si l'on rencon-\ntrait nombre de légers aperçus, tous copiés l'un sur l'autre, il n'existait pas\nd'annales complètes et précises du Théâtre de Trianon. Les écrivains mêmes\nque ce sujet aurait pu tenter, comme M. de Lescure où les frères de Goncourt,\nn'avaient guère fait que l'esquisser d'un trait rapide. M. Ad. Jullien a donc\nentrepris de retracer Phistoire de' ce théâtre avec tous les développements\nqu'elle mérite, de façon à restituer à ces spectacles intimes leur véritable\nphysionomie politique et artistique, comme il avait déjà fait pour la troupe\nparticulière de madame de Pompadour. Pour reconstituer de la façon la plus\ncomplète les annales du théâtre de la reine, qui était, comme celui de la fa-\nvorite, organisé à l'exemple des grands spectacles de la capitale, l'auteur ne\ns'est pas contenté de dépouiller tous les mémoires, et écrits du temps, il a\naussi largement puisé dans la correspondance secrète du comte de Mercy-\nArgenteau avec Marie-Thérèse, que MM. d'Arneth et Geoffroy ont publiée\ntout dernièrement, et aussi dans les papiers autographes des Menus-Plaisirs,\nconservés aux Archives de l'Etat, qui permettent de connaître la dépense de\nces spectacles et leur organisation détaillée. C'est ainsi qu'on y voit la reine\nprésidant elle-même à la confection d'un décor, faisant office de décorateur\net de machiniste en chef, surveillant en personne toutes les parties de la re-\nprésentation gardant sur ses plaisirs un gouvernement absolu et se montrant\ntrès jalouse de cette autorité, qu'elle exerçait d'ailleurs avec une douceur\naffectueuse. La première représentation eut lieu le ier août 1780 avec la Ga-\ngeure imprévue et le Roi et le Fermier, et la dernière, le 19 août 1785, avec\nla comédie le Barbier de Séville, La troupe royale ne comptait guère qu'une\nquinzaine d'artistes : la reine d'abord, puis madame Elisabeth, la comtesse\nDiane de Polignac, la duchesse de Guiche, le comte d'Artois, le comte d'A-\ndhémar, le comte de Vaudreuil, le duc de Guiche, M. de Crussol, le comte\nEsterhazy, etc., qui jouaient à volonté l'opéra comique et la comédie, en"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "139", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.43", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 3010, "texte": "choisissant de préférence des pièces assez faciles vingt-cinq au plus ;\nl'orchestre était très restreint pour ne pas couvrir la petite voix des chanteurs,\net il n'y avait pas de chœurs. A ceux qui lui reprochaient son dédain de l'éti-\nquette et ses goûts dramatiques, la reine répondait en riant cette parole de\nmadame de Maintenon :Je suis sur un théâtre, il faut bien ou'on me siffle ou\nqu'on m'applaudisse. Et il paraît que, sans se permettre de la siffler, le pu-\nblic peu indulgent ne se gênait pas pour critiquer la femme et la reine sous\nla comédienne.\nL'Académie des beaux-arts vient de nommer M. Rubinstein membre\ncorrespondant de sa section de musique, en remplacement de M. Daus-\nsoigne-Méhul, petit-neveu du compositeur Méhul, qu'elle vient de perdre\nrécemment.\nLa conférence des avocats a résolu une question sur laquelle la Cour\nd'appel avait déjà statué Tannée dernière. Il s'agissait de savoir si un libret-\ntiste ale droit de faire représenter un opéra dont il a écrit le poème, sans\nl'aveu ou malgré la résistance du musicien qui en a composé la musi-\nque. On sait que cette question a été discutée à fond, à propos du procès\nintenté par M. Th. Sauvage à M. Ambroise Thomas, refusant d'autoriser la\nreprésentation de Gille et Gillotin. La Cour donna raison au librettiste. La\nconférence s'est prononcée dans le même sens. Voilà un nouvel avertisse-\nment donné aux compositeurs qui vont se trouver dans l'obligation désormais\nde signer un traité préalable avec leurs librettistes, afin de ne pouvoir être\ncontraints à laisser interpréter leurs partitions dans de mauvaises conditions.\nVoici quelques nouveaux détails sur les fêtes qui se préparent à Rouen\npour célébrer la mémoire de Boieldieu :\n« Après avoir décidé qu'il y aurait trois jours de fête : i° un concours de\nsociétés chorales ; 20 un spectacle ; 3° un festival où ne seront exécutées que\ndes œuvres de Boieldieu, la Commission d'organisation s'est occupée de la\ncomposition du programme de la journée. Le spectacle, qui doit avoir lieu\nle second jour, se composera du Nouveau Seigneur, du second acte de la Dame\nBlanche, et d'un acte des Deux Nuits. On sera peut-être surpris de voir\nfigurer sur le programme les Deux Nuits, ouvrage qui n'obtint à Paris qu'un\ndemi-succès, mais l'étonnement cessera lorsqu'on saura que cet opéra, le\ndernier qu'il ait composé, a été dédié par Boieldieu à la ville de Rouen.\nDans le Nouveau Seigneur, c'est M. Barré, de l'Opéra-Comique, qui jouera\nle principal rôle. Le second acte de la Dame Blanche sera chanté par\nM. Léon Achard et madame Brunet-Lafleur. On assure que dans le festival\ndu troisième jour on entendra M. Poultier, le chanteur tonnelier qui obtint\nun si grand succès à Paris, il y aune trentaine d'années. »\nM. Hector Salomon termine en ce moment la musique d'un opéra en\ncinq actes : Bianca Capello, paroles de M. Jules Barbier.\n—M. Jules Claretie, notre collaborateur, vient de publier sur Camille\nDesmoulins un livre considérable à tous égards. Nous en détachons la page"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "140", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.44", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2901, "texte": "qu'on va lire et qui retrace en prose ardente les frémissements du Paris\nde r/92, lorsque l'hymne de Rouget de Lisle y retentit pour la première\nfois :\n« Un soir, un soir d'orage, le crépuscule venu, tandis que Louis et la\nReine songeaient, sous une atmosphère lourde et pleine de soufre, un chant\ninconnu, superbe, effrayant, grandiose, —et que les parodies de 1870 n'ont\npu ridiculiser, avait éclaté dans la nuit. Le Roi était demeuré étonné,\nla Reine avait tressailli. Ce qu'ils entendaient , ils ne l'avaient entendu\njamais. C'était quelque chose d'inouï et d'irrésistible, une immense menace,\nle cri d'une nation poussée à bout, le coup de clairon d'un peuple qui\ns'arme, l'appel de la liberté et de la délivrance, le hennissement victorieux\ndu coursier trop longtemps dompté qui se relève et secoue ses maîtres ;\nc'était le grand refrain national, la grande chanson de la France libre; c'était\nla Marseillaise.\n« La Marseillaise, ce chant de la Révolution en armes, comme le Chant\ndu Départ en est l'hymne de gloire pompeux, comme le Ça ira en est le\nrugissement sinistre ; la Marseillaise, faite pour la frontière, le Chant du\nDépart pour le champ de Mars, et le Ça ira pour le ruisseau.\n« Que devait penser la Reine à ces accords farouches? Ce n'était plus pour\nelle le soupir du clavecin, entendu à travers les pins de Schœnbrunn, ce\nn'étaient plus les airs suisses du Pauvre Jacques, à Trianon, ce n'était plus\nla romance de Rousseau, le Devin du village, ou les hymnes royalistes de\nGrétry; c'était la marche militaire que chantaient en entrant dans Paris les\nfédérés marseillais, et qu'ils venaient lancer, en faisant trembler les vitres\ndu château, sous les fenêtres des Tuileries :\nAllons enfants de la patrie,\nLe jour de gloire est arrivé!\n« Et, farouches, menaçants, indomptables, les Marseillais, que les spadas-\nsins du comte d'Anglemont avaient juré de tuer un à un à coups d'épée,\nchantaient la chanson nationale, éclatante comme un son de cuivre.\n« Marie-Antoinette et Louis XVI se sentirent perdus dès ce soir d'août. »\nM. Cœdès, le compositeur de la Belle Bourbonnaise, travaille en ce\nmoment à la musique d'un opéra comique destiné à la salle Favart, et portant\nce titre : la Grande Demoiselle.\nMardi, 18 mai prochain, à la salle Ventadour, au profit de la Société\nde prévoyance et de secours mutuels d'Alsace-Lorraine, aura lieu une magni-\nfique audition du Christophe Colomb, de Félicien David, avec soli, chœurs\net orchestre, sous la direction de J. Danbé.\nCette œuvre sera précédée de l'exécution de la fantaisie à deux pianos, de\nSaint-Saens, par M. et madame Alfred Jaell, et de l'ouverture de Sardana-\npale, de M. V. Joncières.\nLa composition d'une cantate est mise au concours pour le 400e anni-\nversaire de la bataille de Morat, où les Suisses furent vainqueurs de Charles\nle Téméraire, Des prix de 300 et de 200 francs seront attribués aux deui"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "141", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.45", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2899, "texte": "meilleures partitions. Deux textes (allemands) sont mis à la disposition des\nconcurrents, qui peuvent s'adresser au curé de Morat (canton de Fribourg).\nLe terme fixé pour la remise des partitions est le 3f juillet 1875.\nTrois jurés adjoints ont été désignés par rAcadémie des beaux-arts\npour le jugement du grand concours de composition musicale ; ce sont :\nMM. Boulanger, Reyer et Semet.— Les jurés de droit sont les six membres\nde la section de musique de l'Académie, MM. Ambroise Thomas, Reber,\nF. David, Ch. Gounod, Victor Massé et F. Bazin.\nVerdi vient d'être nommé commandeur de la Légion-d'Honneur. Les\ninsignes lui ont été remis pendant l'exécution de son Requiem, à l'Opéra*-\nComique.\n<r\nNotre collaborateur, M. Charles Nuitter, vient de perdre son père,\nM. Truinet. Modèle de piété filiale, M. Nuitter a été bien cruellement\néprouvé, et la Chronique musicale s'associe à sa douleur. Nous empruntons\nà notre confrère M. Oswald, du Gaulois, quelques détails concernant les\nparents du sympathique archiviste de l'Opéra :\n« Le marbre du tombeau qui vient de se fermer sur un des hommes les\nplus aimables et les plus intelligents de Paris, porte une inscription étrange.\nIl nous apprend que la mère de Charles Nuitter était Madeleine Giosi, fille\ndu sculpteur romain Mariano Giosi, qui émigra en France à la suite du Lao-\ncoon et de Y Apollon du Belvédère.\n« Quand ces chefs-d'œuvre devinrent nôtres en vertu du droit de conquête,\nqui est toujours sujet à révision, les républicains de l'an VI jugèrent à propos\nd'en confier le transport et l'installation à l'un des plus savants artistes de\nl'ltalie. Ils choisirent Mariano Giosi, qui prit goût à la France, s'y établit\nsans esprit de retour et y appela sa famille. Voilà comment une Romaine\népousa un Français de vieille bourgeoisie, Parisien de la rue Fromenteau, et\ndota notre pays d'un lettré sui generis qui, dans ses créations les plus pari-\nsiennes, a conservé le culte de l'art antique et certaine tradition des maîtres.\nNous empruntons le curieux morceau qu'on va lire à un rapport daté de\nl'an VI.\nLes commissaires du gouvernement français pour la recherche des objets de\nsciences et d'arts en Italie aux administrateurs du Muséum des arts à Pans :\n« Lorsque nous avons reçu le mémoire que vous nous avez adressé sur le\nbesoin que le Muséum des arts éprouve d'un artiste exercé à mettre les\npièces et à faire les joints aux statues antiques qui sont en restauration, et\nSur la nécessité de procurer au Muséum des blocs ou fragments de marbre\ngrec propres à restaurer et les statues que nous possédons et celles que nous\nexpédions actuellement en France, nous avions déjà rempli les vues qu'il\nrenferme.\n« Nous avons engagé le sieur Mariano, le meilleur artiste de Rome en ce\ngenre. Il est actuellement en route avec le second envoi des statues que nous\navons expédié pour Livourne, et dont Y Apollon et le Laocoon font partie."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "142", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.46", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2899, "texte": "« Il ne doit pas perdre de vue ces deux objets précieux, dont il a suivi ren-\ncaissement, et il doit les accompagner jusqu'à Paris.\n« Un de nos collègues, qui surveille ce convoi jusqu'à Livourne, rend un\ncompte très avantageux du zèle et des soins de cet artiste.\n« Nous croyons qu'il sera nécessaire de l'attacher au Muséum des arts par\ndes appointements fixes qui lui permettent de faire venir sa femme et ses en-\nfants, qu'il a laissés à Rome.\nSigné : MONGE, BARTHÉLÉMY, MOITTE.\nMadame Caroline Van den Heuvel, née Duprez, vient de mourir à Pau,\noù elle était allée chercher un adoucissement aux souffrances dont elle était\natteinte depuis plusieurs années.\nNée à Florence en 1832, elle suivit ses parents en France, et reçut, jus-\nqu'en 1848, les leçons de son père. A cette époque, elle s'engagea dans la\ntroupe lyrique avec laquelle M. G. Duprez parcourait la province, et débuta\nenfin aux Italiens dans la Sonnambula, en octobre iSSo.\nLa délicatesse de son organisation l'écarta momentanément du théâtre.\nElle conclut deux engagements de quelques mois à Bruxelles et à Londres.\nEn 1852, elle parut au Théâtre-Lyrique dans Juanita\\ puis à l'Opéra-\nComique, dans Marco Spada.\nDès lors, attachée à la fortune de ce théâtre, elle y créa successivement,\navec un remarquable succès, le rôle de Catherine, dans YEtoile du Nord ;\nde Jenny Bell, dans la pièce de ce nom ; de Simonne, dans les Saisons.\nEn i 856, elle épousa M. Amédée Van den Heuvel, musicien de l'or-\nchestre de l'Opéra. 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LE TRIOUX", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 47, "page_imprimee": "143", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.47", "debut_caractere": 1448, "fin_caractere_exclue": 2578, "texte": "NOUVELLES\n\nARIS. —Opéra. On annonce, pour la fin du mois de juin, le Comte\nOry, avec le jeune ténor Vergnet dans le principal rôle.\nLa plupart des journaux ont annoncé rengagement probable\nde la célèbre cantatrice, mademoiselle Waldmann, à qui M. Halanzier avait\nfait des offres très brillantes. Mademoiselle Waldmann vient en effet de\nsigner un engagement avec le directeur du théâtre du Caire !\nOpéra-Comique. L'Opéra-Comique fermera ses portes, cette année, du\ni 5 juin au 15 août.\nCette mesure a été prise par la direction, après autorisation du ministre\ndes Beaux-Arts, qui a mûrement examiné les questions multiples qu'elle\nsoulève : subvention, engagements des artistes, appointements du personnel\nsecondaire, etc.\nUne partie des pensionnaires de M. du Locle sont en pourparlers pour aller\nutiliser leur congé à Vienne.\nSamedi 8 mai, première représentation de l'opéra comique de MM. Le-\ngouvé et Paladilhe, cet ouvrage qui avait été annoncé sous ce titre : Moïana,\nprend celui de lAmour africain. Le sujet est emprunté au Théâtre de Clara\nde Mérimée.\nLe lundi suivant, autre première représentation, celle de Don Mucarade,"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "144", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.48", "debut_caractere": 116, "fin_caractere_exclue": 1238, "texte": "opéra bouffe en un acte, de MM. Carré et J. Barbier, musique de Boulanger.\nL'Amour africain et Don Mucarade, combinés pour former un spectacle\ncomplet, seront réunis dès leur deuxième représentation, mais la direction\nde TOpéra-Gomique a désiré faire à chacun de ces deux ouvrages les honneurs\nd'une première séparée. Dès mardi, Y Amour africain et Don Mucarade seront\njoués ensemble.\nThéâtre-Ventadour. L'audition de la Tour de Babel, de M. Rubinstein,\nest remise au mardi 4 mai.\nVariétés. « Voici la distribution du Manoir de Pictordu, la nouvelle oné-\nrette de M. Serpette.\nIsidore Flochardet MM. Pradeau\nSaturnin de Pictordu Berthelier\nPopinot Daniel Bac\nMélinard Léonce\nDe la Garenne Schey\nDe la Martingale Gaussine\nEsbrouffette Mesdames Priston\nAmbroisine Flochardet Aline Duval\nVictoire Berthall\nEmilie Donvé\nDelphine E. Martin\nAngélique Ghinassi.\nSalle du Conservatoire. Aujourd'hui à 1 heure 1/2 de l'après midi aura\nlieu, dans la salle du Conservatoire, la première audition de : Le Partisan\nopéra inédit en trois actes de M. le comte d'Osmond.\n\nPour l'article Varia:\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[97]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.1", "texte": "LA FÊTE MUSICALE DE MAI\nEN FRANCE, EN SUÈDE ET DANS L'EUROPE DU NORD\n\nEPUIS vingt-trois ans, chaque année, à Paris, le\nprintemps est l'occasion d'une fête musicale\ndont s'entretiennent les journaux étrangers et\nqui passe inaperçue dans la presse française.\nC'est la fête des enfants, le mai juvénile des\nprotestants, qui ne se célèbre pas seulement à\nParis, mais dans toute la France, dans toute\nl'Europe, en Amérique même, et toujours le\nmême jour et, autant que possible, avec la même\nconcordance d heures dans tout l'univers. Ce festival printanier est fort\nrégulièrement organisé en Angleterre, en Allemagne, en Suisse, dans\ntous les pays Scandinaves. Il y correspond, pour les fêtes du soleil et de\nla nature rajeunie, à l'hivernale fête de la Noël,\n\nVIII.\n7"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "98", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.2", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nDans tous les pays septentrionaux, les amoureux ont leur anniver-\nsaire toujours choyé; à la Saint-Valentin, chaque fiancée fête son Va-\nlentin, chaque fiancé fête sa Valentine. Pour la solennité touchante de\nla première communion, on a consacré l'anniversaire de la fête de mai.\nC'est, dans les pays du Nord, la fête nationalement et religieusement\nadmise des garçons et des fillettes dans leur première manifestation\nsociale,\nEn France, ce gracieux festival n'a point encore pris ce caractère, et\npourtant il y a chez nous des traditions nationales qui remontent à\nAgrippa d'Aubigné et à Goudimel, pour fixer par un nom musical et\npar une célébrité littéraire, l'époque où ces réjouissances enfantines et\ntoutes pénétrées de Part religieux commencèrent, dans les familles des\npays de France ou des pays voisins et sympathiques, à être admises par\nles partisans du culte réformé, qui, dès cette époque, s'annonçaient\ncomme les précurseurs de la Révolution.\nClaude Goudimel est né dans la Franche-Comté, en 1510. Pendant\nson enfance, il reçut l'instruction solide, qui fut toujours dans les habi-\ntudes de ces contrées annexées plus tard (1668-1674-1678) à notre fron-\ntière orientale. Non-seulement la musique lui fut enseignée; mais il\napprit les belles-lettres, et ses épîtres latines, adressées à sqn ami Paul\nMélissuss, sont écrites d'un style élégant et pur. Il ne s'est guère écarté\nde son pays pendant les trente premières années de sa vie, et son existence\nalternée d'industrie, d'agriculture, de polémique religieuse, de littérature,\na peu sollicité les coureurs d'anecdotes, qui auraient cependant bien\nemployé leur sagacité s'ils avaient étudié les mœurs sérieuses des artistes\nde cette époque dans toutes ces contrées, dans la Franche-Comté, dans\nla France de l'Est, en Lorraine, en Suisse, en Savoie, travaillées par le\nrenouvellement politique et religieux qui préoccupait en ce moment\ntoute l'Europe.\nA peine âgé de trente ans, Goudimel part pour Rome, et c'est dans la\nJérusalem catholique que nous le trouvons en 153 g. Il y professe la\nmusique, et son école à peine fondée, devient célèbre, et lutte avec les\nécoles rivales depuis longtemps nanties d'une indiscutable notoriété* On\nlui reconnaît le savoir et l'expérience nécessaires pour enseigner à des\nélèves choisis, Part d'écrire en musique. Le jeune Jean Perluigi Palestrina\nentre dans cette école en 1540, et bientôt il y compte parmi ses émules\nune élite d'étudiants promis à l'immortalité : Jean Animuccia, Etienne\nBettini, surnommé il Fornarino, Alexandre Merlo connu sous la désigna-\ntion de délia viola, Jean Marie Nanini et bien d'autres.\nGoudimel, initiateur non indigne de semblables élèves, professa ainsi"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "99", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.3", "texte": "LA FÊTE MUSICALE DE MAI\n\navec succès et autorité jusques vers l'année 1555. Il vint alors à Paris et\ncommença, avec Nicolas Duchemin, une association bien vite inter-\nrompue, et qui avait pour but une impression d'œuvres musicales.\nEn 1 565, Goudimel publia à Paris ses psaumes à plusieurs parties,\naccommodés selon les goûts du temps, favorable à la musique vocale en\nharmonie. Ces « psaumes, mis en rime française par Clément Marot et\nThéodore de Bèze; mis en musique à quatre parties par Claude Gou-\ndimel, » sont imprimés sans nom de lieu, mais avec ces mots au bas du\nfrontispice : « par les héritiers de François Jaqui, I562, » in-12. La\nmusique des quatre parties est imprimée en regard. La mélodie ce est au\nténor. » Ces psaumes furent très goûtés par les partisans de la Réforme,\nque Goudimel avait toujours fréquentés, et auxquels il appartint bien-\ntôt de toutes les manières. Son affiliation aux huguenots le conduisit à\nune fin prématurée. Il fut une des victimes du massacre de la Saint-\nBarthélemy. Ce fut à Lyon qu'il périt de mort violente avec les calvi-\nnistes, qu'on tua le 24 août 1572, et qu'on précipita dans le Rhône.\nLa musique de Goudimel est écrite avec une harmonie pure, mais les\nmouvements de voix sont lourds et manquent de grâce. Son meilleur\nouvrage, qui est en même temps le moins connu, est le recueil des odes\nd'Horace musiquées à quatre parties, et qu'il publia en 1555. Bien que\npour l'esprit et l'élégance il fut inférieur à Clément Jannequin, à Ver-\ndelot, à Arcadelt, il sut dans sa musique allier un certain parfum mon-\ndain à l'ampleur mystique et à la sévérité puritaine qu'expliquent les\nmœurs et l'influence de Calvin. Il a été l'un des créateurs de ce que dans\nces temps on appelait la musique chrétienne, qu'il ne faut pas confondre\navec la musique d'église, et les catholiques comme les protestants admet-\ntaient à son époque cette musique chrétienne, qu'on ne retrouve plus\naujourd'hui que chez les protestants, notamment dans cette fête juvénile\ndu printemps, dont les origines remontent aux fêtes intimes des réformes\nau seizième siècle.\nLes psaumes de Goudimel, si chaudement accueillis par les réformés,\nfurent également admis par les catholiques, qui tout d'abord ne virent\nrien de contraire à la foi dans la traduction française en vers des psaumes\nde David* Personne n'aperçut d'inconvénient à les chanter et à les exé-\ncuter en dehors des pratiques religieuses et des exercices pieux, dans les\nréunions familières et concertantes. On les considérait comme des\nmélodies spirituelles, non comme des cantiques réservés au temple. Ceci\ndoit être noté pour que, dans l'histoire musicale, on fasse désormais la\npart du double courant lyrique dans les pays protestants où la musique"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "100", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.4", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\na été toujours si admirablement, si sérieusement, si universellement\nenseignée.\nLes psaumes, vulgarisés par les traductions rimées de Marot et de\nBèze, furent d'abord chantés sur des airs populaires; puis on arrangea\ndessus des mélodies allemandes, anciennes, comme celle par exemple\ndont Mendelssohn a fait l'andante religioso de sa Symphonie en la ma-\njeur. Enfin, on fit composer pour ces psaumes chantés dans les églises\ndes mélodies spéciales. L'auteur de cette nouvelle musique fut un com-\npositeur assez obscur, nommé Guillaume Franck. Ses chants se répan-\ndirent dans l'Église réformée en France,en Hollande, où ils sont encore\nen usage, et ceux de Goudimel ainsi que ceux de Claudin le jeune et ceux\nde Bourgeois, qui sont également mis à quatre parties, n'ont rien à voir\navec les chants de Franck.\nEn tout cas, les chants de Goudimel n'ont jamais été utilisés dans les\ntemples protestants. Lui-même leur avait donné une destination toute\nautre, et au frontispice de ses psaumes harmonisés il avait écrit lui-\nmême ces paroles fort explicites : « Nous avons adiousté au chant des\npsaumes en ce petit volume trois parties : non pas pour induire à les\nchanter en Végiise, mais pour s esiouir en Dieu particulièrement ès\nmaisons, ce qui ne doit être trouvé mauvais, d'autant que le chant\nduquel on use en Véglise demeure en son entier comme sil estait seul. »\nOn peut donc, sans erreur, considérer Goudimel comme un des créa-\nteurs de cette musique chrétienne, qui était alors répandue dans toutes\nles familles religieuses de l'Europe occidentale, à quelque culte qu'elles\nappartinssent, et qui, délaissée par les catholiques, s'est maintenue chez\nles protestants, et est arrivée jusqu'à notre époque, où elle se manifeste\ndans le gracieux festival du premier mai.\nII\nVoici ce que cette fête est en France, dans la capitale. Partout où on\nla célèbre, elle revêt le même caractère. A Paris, c'est au Cirque na-\ntional qu'on se réunit. L'assemblée est solennelle et joyeuse. Sur une\nvaste estrade centrale sont réunis presque tous les pasteurs étrangers ou\nfrançais présents à Paris. Sur les gradins disposés en amphithéâtre, plu-\nsieurs milliers d'enfants des deux sexes (chargés ici de la partie musicale)\nsont groupés par écoles. Les jeunes filles sont d'un côté, les garçons de\nl'autre. Au milieu est réservée la place pour les parents, pour les amis,\npour les invités, fort peu nombreux, car si vaste que soit le local, il est"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "101", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.5", "texte": "LA FÊTE MUSICALE DE MAI\n\ninsuffisant. Cette armée d'enfants joyeux, de musiciens à peine adoles-\ncents, arrive là avec ses bannières, ses drapeaux, ses rubans, ses ensei-\ngnes, ses bouquets de fleurs et son livre de cantiques harmonisés à quatre\nparties. Des recueils à bon marché de ces mêmes chœurs sont distribués\naux assistants, et du commencement à la fin de la séance, dans le Cirque,\nretentissent des chants à lecture improvisée.\nCe qui nous intéresse, ce qui nous a semblé mériter d'être raconté à\nnos lecteurs, c'est cette improvisation de lecture musicale se présentant\nici avec son résultat pratique dans une séance qui n'a pas pour but une\nleçon de musique ou un examen, mais qui est tout au contraire une\nréunion de famille, une assemblée de coreligionnaires, avec le but fran-\nchement déclaré de se divertir et de passer ensemble deux ou trois heures\nagréables et vivifiantes. On peut y découvrir aussi toute une branche\nd'éducation artistique, encore en voie de formation en France, mais\nétablie sur une très vaste échelle en Suisse, en Belgique, en Angleterre,\nen Allemagne, dans les pays Scandinaves. Il y a là une expérimentation\nde pédagogie spéciale, indépendante de toute protection officielle et de\ntoute attache administrative, qu'il est opportun d'étudier en France au\nmoment où les questions d'enseignement sont engrenées aux réformes\net où notre Conservatoire donne l'exemple d'une louable initiative.\nLes chœurs chantés par les enfants des écoles représentent une littéra-\nture lyrique, dont les œuvres de M. Tournier, que l'Académie a récom-\npensées, pour la France, et celles de César Malan et de M. et madame\nJuste Giraud, pour la Suisse, peuvent donner une idée suffisante. Il en\nexiste toute une bibliothèque, et le mérite de ces chants, c'est leur impro-\nvisation lorsqu'une circonstance les provoque. Après la guerre, on chan-\ntait chez M. et madame de Gasparin des hymnes patriotiques qu'a-\nvaient inspirés les deuils de la France. Les vers imprimés avec la mu-\nsique étaient distribués aux enfants, aux parents, dans les villages, dans\nla campagne. Lorsque quelques amis se trouvaient rassemblés à une fête,\ndans un anniversaire de famille, ils chantaient l'hymne, qui ensuite fit\nplace à d'autres chants improvisés pour d'autres circonstances. De ces\nhymnes, les meilleures sont conservées ; le reste s'évapore dans l'oubli\ncomme le parfum d'une fleur sauvage s'efface après avoir réjoui l'espace\nde ses bienfaisantes émanations.\nCes recueils de cantiques et de chansons à l'usage des écoles évangé-\nliques, d'un prix très minime, sont répandus par milliers d'exemplaires.\nLa plus grande partie est distribuée gratis, mais sans gaspillage, puisque\ndans les écoles évangéliques la musique est enseignée dès l'enfance\ncomme la lecture, et que les chœurs sont choisis parmi les pièces les plus"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "102", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.6", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nremarquables des compositeurs de tous les pays, ce qui fait que chaque\nexemplaire est soigneusement conservé par celui qui le possède, lequel,\nd'ordinaire, le place près sa Bible.\nTelle est la petite fête chaque année renouvelée. Elle commence au\nCirque, où se réunissent sept ou huit mille garçons et jeunes filles; elle\nse termine à la campagne, sur tous les points de la banlieue parisienne,\nchaque famille riche se faisant un devoir d'inviter un groupe d'enfants,\net de leur faire célébrer, en sportmen émérites, à âne, à cheval, en bateau,\nau trapèze, dans les rondes enfantines et dans des sérénades improvisées,\nla fin de ce beau jour, d'où les fins goûters et les joyeux repas ne sont pas\nproscrits.\nIII\nL'influence précieuse du chant, du chœur et du concert, dans l'ensei-\ngnement, n'a jamais été mise en doute chez les protestants. Ailleurs, on\nen a parlé comme d'une chose désirable. Chez eux, la pédagogie musicale\na été étudiée, pratiquée, enseignée, et de manière à ce qu'elle répondît à\nl'appropriation exacte qu'exige le but poursuivi. Ainsi, le conseil sec-\ntionnaire des églises évangéliques de la province de Liège, qui se com-\npose des pasteurs et d un délégué de chacune de ces églises, a considéré\nle chant scolaire comme inséparable de l'enseignement primaire. Les\ndivers recueils, qui avaient été publiés en français pour la jeunesse,\nétaient mal adaptés aux circonstances où ils devaient être utilisés, et à\n1 âge, à 1 intelligence des chanteurs des deux sexes *, la plupart renfer-\nmaient des airs lents ou tristes, peu en rapport avec le caractère vif et\ngai du jeune âge. Ces airs étaient par conséquent peu goûtés dans les\nécoles. On les a remplacés par des chœurs moins lourds et moins pédants.\nD autie part, on a pensé que si le chant doit occuper une grande place\ndans 1 enseignement et même entre les leçons, il n'est pas adroit de faire\nchanter toujours des paroles d un caractère solennel ou essentiellement\nreligieux, comme celles qui sont réservées aux exercices du culte. En un\nmot, on a voulu échapper au formalisme religieux et puritain. Les re-\ncueils ont pris en conséquence plus de variété et d'intérêt. Les chœurs,\nlorsque généralement ils n'ont pas su plaire, sont éliminés d'édition en\nédition, et remplacés par de nouveaux morceaux. Ceux-ci subissent à\nleur tour l'épreuve de l'exécution publique, et ils restent consacrés parle\nsuccès ou ils sont répudiés, si, après avoir été plusieurs fois chantés, ils\nn agréent pas. Il y a d'ailleurs des recueils divers pour les enfants d'âge"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "103", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.7", "texte": "LA FÊTE MUSICALE DE MAI\n\ndifférent. L'abondance et la diversité des chants, applicables à tous les\nbesoins, à toutes les circonstances qui accompagnent l'enfance et l'ado-\nlescence, ont fait publier de très nombreux volumes de chœurs en Alle-\nmagne, en France, en Belgique, en Suisse, etc. Madame la comtesse\nde Gasparin nous en a fait parvenir toute une série, et nous avons pu\nremarquer le progrès réel parcouru depuis les premiers essais. Les mélo-\ndies, les chœurs, les textes, ont sans cesse été améliorés, et l'on a été au-\ndevant de toutes les réformes pratiques. Ainsi, les éditions de Strasbourg,\nde Paris, de Genève, de Neufchâtel, de Lausanne, du canton de Vaud, de\nBruxelles, etc., concordent toutes par le format, le prix, les chiffres de\nreport.\nC'est l'unité dans la diversité. L'organisation de la communauté artis-\ntique, de la fraternité musicale dans le culte religieux, dans l'agitation\nquotidienne de la vie, même dans les divertissements, voilà ce qu'a\npoursuivi le clergé protestant, désireux de donner à l'harmonie sacrée\nune vivace, immense et spontanée activité. Dans cette voie marchent\naussi, il faut le dire, nos écoles publiques et le clergé catholique, qui\nd'ailleurs ne s'est jamais écarté de la tradition artistique, comme on en\na pu juger par ce que nous racontions récemment des merveilleuses exhi-\nbitions de la musique sacrée pendant la semaine sainte.\nEn racontant le festival printanier des enfants de Paris au Cirque\nnational, nous avons voulu prouver que la France, dans le renouvel-\nlement musical, n'est plus en retard. Elle a commencé, en effet, par où\nil fallait, c'est-à-dire par l'organisation dans les écoles du chant choral\nbasé sur l'enseignement universalisé de la musique. Elle n'en a pas fait\nun objet de pédantisme. Elle a songé à instruire, à divertir, et, par\ncontre-coup, elle a inspiré la moralisation la plus spontanée. Ce résultat\nétait facile à prévoir.\n\nMAURICE CRISTAL."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "104", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.8", "texte": "LES\nSPECTATEURS SUR LE THÉATRE\n\n(0\nCHAPITRE III\nOLTAIRE apprit avec joie que ses vœux étaient enfin réa-\nlisés. Dès le 5 mai, il écrivait des Délices à madame de\nFontaine : « Vous me conseillez, en attendant, de faire\nune tragédie, parce que le théâtre est purgé de petits-\nmaîtres. Moi, faire une tragédie, après ce que le grand\nJean-Jacques a écrit contre les spectacles ! Gardez-vous, sur les yeux de\nvotre tête, de dire que je suis jamais homme à faire une tragédie : non, je\nne fais point de tragédie... » Et pourtant, au moment même où il écri-\nvait ces lignes, le vieillard, sentant se ranimer son courage, mettait la der-\nnière main à l'un de ses chefs-d'œuvre.\nSa satisfaction éclate presque à chaque lettre nouvelle. Le 19 mai, il\nécrit à d'Argental : « Mon cher ange, je vous avais bien dit que la liberté\net l'honneur rendus à la scène française échauffaient ma vieille cervelle.\nCe que vous verrez ne ressemble à rien, et peut-être ne vaut rien. Ma-\ndame Denis et moi, nous avons pleuré ; mais nous sommes trop proches\nparents de la pièce, et il ne faut pas croire à nos larmes. » Le 18 juin, il\nmande à madame d'Argental : « Mon Dieu ! que je fus aise quand j'ap-\npris que le théâtre était purgé des blancs-poudrés, coiffés au rhinocéros et\nà l'oiseau royal ! Je riais aux anges en tapissant la scène de boucliers et\nde gonfanons. Je ne sais quoi de naïf et de vrai dans cette chevalerie me\n\nfi) Voir les numéros des i*r mars et i 5 avril."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "105", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.9", "texte": "LES SPECTATEURS SUR LE THÉÂTRE\n\nplaisait beaucoup, et soyez vivement persuadée que si mes foins étaient\nfaits,, la pièce en vaudrait beaucoup mieux. »\nCette « chevalerie» était Tancrède, dont le poète devait faire hommage\nen ces termes à madame de Pompadour : « Permettez-moi, Madame, en\nvous dédiant une tragédie, de m'étendre sur cet art des Sophocle et des\nEuripide. Je sais que toute la pompe de l'appareil ne vaut pas une pensée\nsublime ou un sentiment ; de même que la parure n'est presque rien sans\nla beauté ! Je sais bien que ce n'est pas un grand mérite de parler aux\nyeux, mais j'ose être sûr que le terrible et le touchant portent un coup\nbeaucoup plus sensible, quand ils sont soutenus d'un appareil convena-\nble, et qu'il faut frapper l'âme et les yeux à la fois. Ce sera le partage\ndes génies qui viendront après nous. J'aurai du moins encouragé ceux\nqui me feront oublier. C'est dans cet esprit, Madame, que je dessinai la\nfaible esquisse que je soumets à vos lumières. Je la crayonnai dès que je\nsus que le théâtre de Paris était changé, et devenait un vrai spectacle. »\nL'année suivante, Voltaire revenait encore sur ce sujet dans son Dis-\ncours sur les changements arrivés à l'art tragique : « Nos salles de spec-\ntacle méritaient bien sans doute d'être excommuniées, quand des bate-\nleurs louaient un jeu de paume pour représenter Cinna sur des tréteaux,\net que ces ignorans, vêtus comme des charlatans, jouaient César et\nAuguste en perruque carrée et en chapeau bordé. Tout fut bas et servile.\nDes comédiens avaient un privilège ; ils achetaient un jeu de paume, un\ntripot ; ils formaient une troupe comme des marchands forment une\nsociété. Ce n'était pas là le théâtre de Périclès. Que pouvait-on faire sur\nune vingtaine de planches chargées de spectateurs ? Quelle pompe, quel\nappareil pouvait parler aux yeux ? quelle grande action théâtrale pou-\nvait être exécutée ? quelle liberté pouvait avoir l'imagination du poëte ? »\nA quelque temps de là, en février 1761, Diderot, discutant les condi-\ntions de l'art scénique avec madame Riccoboni, la célèbre actrice du\nThéâtre-Italien, —oùl'abus des banquettes subsistait encore, —lui adres-\nsait une longue lettre, sorte de petit traité de l'action théâtrale, comme il\nl'entendait. « Il me semble d'abord, disait-il, que vous excusez le\nvice de notre action théâtrale par celui de nos salles. Mais ne vaudrait-il\npas mieux reconnaître que nos salles sont ridicules; qu'aussi longtemps\nqu'elles le seront, que le théâtre sera embarrassé de spectateurs, et que\nnotre décoration sera fausse, il faudra que notre action théâtrale soit\nmauvaise? Nous ne pouvons décorer le fond, dites-vous, parce que nous\navons du monde sur le théâtre. C'est qu'il n'y faut avoir personne, et\ndécorer tout le théâtre. »\nPlus loin, Diderot se dit singulièrement choqué par la présence au"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "106", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.10", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nthéâtre de fusiliers insolents placés à droite et à gauche pour tempérer\nles transports du parterre, puis il prend le contre-pied de lopinion de\nVoltaire, et défend énergiquement l'ardeur passionnée, que le parterre\nmontrait auparavant pour faire triompher ses jugements.\nIl y a quinze ans que nos théâtres étaient des lieux de tumulte, écrit Dide-\nrot. Les têtes les plus froides s'échauffaient en y entrant, et les hommes\nsensés y partageaient plus ou moins le transport des fous. On entendait, d'un\ncôté, place aux dames; d'un autre côté, haut les bras, monsieur l'abbé; ail-\nleurs, à bas le chapeau; de tous côtés, paix l.à, paix la cabale. On s'agitait,\non se remuait, on se poussait; l'âme était mise hors d'elle-même. Or, je ne\nconnais pas de disposition plus favorable au poète. La pièce commençait avec\npeine, était souvent interrompue; mais survenait-il un bel endroit? c'était\nun fracas incroyable, les bis se redemandaient sans fin, on s'enthousiasmait\nde l'auteur, de l'acteur et de l'actrice. L'engouement passait du parterre à\n1 amphithéâtre, et de 1 amphithéâtre aux loges. On était arrivé avec chaleur,\non s'en retournait dans l'ivresse; les uns allaient chez des filles, les autres se\nrépandaient dans le monde; c'était comme un orage qui allait se dissiper\nau loin, et dont le murmure durait encore longtemps après qu'il était écarté.\nVoilà le plaisir. Aujourd'hui on arrive froids, on écoute froids, on sort froids,\net je ne sais où l'on va.\nLa générosité de M. de Lauraguais n'avait pas excité moins de satisfac-\ntion à Paris qu'aux Délices. Les comédiens français lui témoignèrent leur\nreconnaissance en lui accordant ses entrées à vie sur le théâtre, puis tous\nles écrivains contemporains lui rendirent un hommage empressé. Collé,\nBarbier, Grimm, Marmontel, célèbrent à l'enviles lumières de son esprit,\nson excellent goût artistique, les bienfaits de sa libéralité. Tous ne font\nque louer M. de Lauraguais, mais Saint-Foix, d'un tempérament plus\nagressif, ne manque pas l'occasion de décocher quelque trait malicieux\naux spectateurs expulsés. « Tout Paris a vu, avec la plus grande satis-\nfaction, en 1759, le premier de nos théâtres, notre théâtre par excellence,\ntel qu'on le désirait depuis si longtemps, c'est-à-dire délivré de cette por-\ntion brillante et légère du public qui en faisait l'ornement et l'embarras,\nde ces gens de bon ton, de ces magistrats oisifs, de ces petits-maîtres char-\nmants qui savent tout sans rien apprendre, qui regardent tout sans rien\nvoir, qui jugent de tout sans rien écouter; de ces appréciateurs du mérite,\nqu ils méprisent; de ces protecteurs des talents, qui leur manquent; de\nces amateurs de l'art, qu'ils ignorent. La frivolité française ne contrastera\nplus ridiculement avec la gravité romaine. De la sorte, le marquis de ***\nest placé dans l'éloignement où il convient qu'il soit, d'Achille, de\nNérestan, de Châtillon (1). »\n\n(1) Essais historiques, t. VII; p. 63. Voir aussi, dans les Spectacles de Paris"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "107", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.11", "texte": "LES SPECTATEURS SUR LE THÉÂTRE\n\nDorât, le précieux Dorât, accorda sa lyre pour célébrer cette renais-\nsance de la scène française.\ni\nLe public n'y voit plus, borné dans ses regards,\nNos marquis y briller sur de triples remparts.\nIls cessent d'embellir la cour de Pharasmane,\nZaïre sans témoins entretient O \"osmane.\nOn ny voit plus Vennui de nos jeunes seigneurs\nNonchalamment sourire à Vhéroïne en pleurs.\nOn ne les entend plus, du fond de la coulisse,\nPar leur caquet bruyant interrompre Vactrice,\nPersifler Mithridate, et sans respect du nom,\nApostropher César ou tutoyer Néron! (i)\nSi précieux que fussent ces éloges, M. de Lauraguais dut se sentir\nencore plus honoré quand il reçut des Délices une lettre de Voltaire, qui\nlui dédiait en termes des plus flatteurs sa nouvelle comédie de Y Écos-\nsaise.\nCe qu'on pouvait reprocher à la scène française, disait le poète, était le\nmanque d'action et d'appareil. Les tragédies étaient souvent de longues con-\nversations en cinq actes. Comment hasarder ces spectacles pompeux> ces ta-\nbleaux frappants, ces actions grandes et terribles, qui, bien ménagées, sont\nun des plus grands ressorts de la tragédie; comment apporter le corps de\nCésar sanglant sur la scène ; comment faire descendre une reine éperdue\ndans le tombeau de son époux, et l'en faire sortir mourante de la main de son\nfils, au milieu d'une foule qui cache et le tombeau, et le fils, et la mère, et\nqui énerve la terreur du spectacle par le contraste du ridicule? C'est de ce\ndéfaut monstrueux que vos seuls bienfaits ont purgé la scène, et quand il se\ntrouvera des génies qui sauront allier la pompe d'un appareil nécessaire et\nla vivacité d'une action également terrible et vraisemblable à la force des\n(176°), le discours sur la Comédie-Française, extrait de Y État actuel de la Musique\ndu roi. Après avoir exposé combien la vérité de représentation, si propre à favoriser\nle succès des drames, a manqué jusqu'alors aux auteurs, combien « une scène embar-\nrassée des spectateurs, toujours frivoles et peu attentifs, des personnages revêtus\nd'habillements bizarres et rarement convenables à leurs rôles, détruisaient cette\nillusion précieuse à laquelle l'intérêt est si étroitement lié; » l'écrivain rend hommage\nau roi d'abord, qui, « toujours attentif aux progrès des arts, vient d'accorder à ses\ncomédiens l'usage de quelques décorations; » puis à mademoiselle Clairon et à\nM. Lekain, qui, a éclairés et conduits par l'amour de leur talent, ont introduit la\ncoutume dont la nécessité était évidente, et ont fait que MM. Vanloo et Boucher\nsoient consultés avant nos marchandes de modes et nos tailleurs; » et enfin à « l'a-\nmateur qui a eu la générosité de procurer à la nation ce qu'elle semblait souhaiter\ninutilement, cette liberté de la scène si longtemps désirée par les maîtres du\nthéâtre. »\n\n(1) Dorât, la Déclamation; chant I : la Tragédie."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "108", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.12", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\npensées, et surtout à la belle et naturelle poésie, sans laquelle l'art dramatique\nn'est rien; ce sera vous, monsieur, que la postérité devra remercier (1). »\nMême après cette réforme, l'usage se conserva encore, aux deux Comé-\ndies et à l'Opéra, de rétablir les banquettes sur la scène pour les repré-\nsentations dites de capitation. Les gens à la mode n'avaient garde de\nmanquer au rendez-vous ; moyennant un droit assez élevé, ils pouvaient,\nces soirs-là, jouir du privilège disparu, et ils en abusaient souvent au\npoint de causer des troubles. Le parterre, de son côté, supportait impa-\ntiemment cette dérogation au droit commun, et s'élevait en bruyantes\nprotestations contre une faveur qui n'était pas suffisamment excusée par\nle profit que la Société pouvait en tirer.\nLa clôture de la Comédie Italienne, en mars 1784, fut troublée par un\ngrand tumulte qui éclata lorsque le rideau se leva et qu'on vit un monde\nprodigieux rangé sur le théâtre. Les acteurs ne pouvant pas commencer,\non fit baisser la toile et l'on s'efforça de reculer ces spectateurs qui offus-\nquaient le public. Mais cet arrangement ne satisfit pas les mécontents ;\nles clameurs redoublant, on fit entrer des soldats au parterre : l'exaspéra-\ntion s'en accrut. On voulut alors arrêter un des clabaudeurs. Tout le\nmonde prit aussitôt fait et cause pour le malheureux et l'on colleta la\ngarde jusqu'à ce qu'un officier eût ordonné à la troupe de se retirer. Le\ncélèbre acteur Thomassin prit alors le parti de haranguer le public : il\nlui fit des excuses au nom des comédiens, demandant qu'on leur passât,\npour cette fois, une dérogation à l'usage et réclama l'indulgence de l'as-\nsemblée. « A la bonne heure, cria quelqu'un, mais sans tirer à consé-\nquence (2). »\nSemblable tapage se produisit l'année suivante à la capitation des\nacteurs de l'Opéra (3). On jouait sept actes, Iphigénie en Tauride et\nPanurge, ce qui fit durer le spectacle jusqu'à dix heures un quart, mais\naussi la recette atteignit un chiffre presque sans exemple : 16,500 livres.\n« On sait, dit un annaliste, que ces jours-là l'on a le droit d'aller sur le\n\n(i) Dans ses Commentaires sur Corneille, Voltaire donne encore à M. de Laura-\nguais un nouveau tribut d'éloges. C'est à propos du vers d)Œdipe :\nVous pouvez consulter le divin Tirésie.\n« Quelle différence entre ce froid récit de la consultation, et les terribles prédic-\ntions que fait Tirésie dans Sophocle! Pourquoi n'a-t-on pu faire paraître ce Tirésie\nsur le théâtre de Paris? J'ose croire que si on avait eu, du temps de Corneille, un\nthéâtre tel que nous l'avons depuis peu d'années, grâce à la générosité éclairée de\nM. le comte de Lauraguais, le grand Corneille n'eût pas hésité à produire Tirésie sur\nla scène, à imiter le dialogue admirable de Sophocle. »\n(2-3) Mémoires secrets, 3i mars 1784 et i 5 mars 1785,"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "109", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.13", "texte": "LES SPECTATEURS SUR LE THÉÂTRE\n\nthéâtre pour un louis : le nombre de ces agréables était si grand qu'il\noffusquait le parterre, qui fit un vacarme du diable et les obligea de se\nretirer dans les coulisses. »\nLes théâtres étrangers adoptèrent cette réforme avec empressement :\nles banquettes disparurent de la scène et n'y furent replacées, comme à\nParis, qu'aux jours de nombreuse assemblée ou de représentation solen-\nnelle. Gœthe conservait comme un curieux souvenir de son enfance\nd'avoir vu des bancs sur le théâtre. Il n'avait guère plus de dix ans quand\nil suivit assidûment les représentations d'une troupe française à Franc-\nfort ; n'entendant pas le langage, il s'efforçait de comprendre les pièces\nd'après le jeu et l'intonation des acteurs. C'est ainsi qu'il connut d'abord\nles œuvres de Racine, de Destouches, de Marivaux, de La Chaussée,\nqu'il vit le Père de famille, les Philosophes, Rose et Colas, le Devin\nde village, etc. ; mais il avoue n'avoir conservé qu'un faible souvenir de\nMolière.\n« J'ai pu voir encore de mes yeux, dit-il, cet usage, ou cet abus, dont\nVoltaire se plaint si fort. Quand la salle était pleine, et que peut-être, en\ntemps de passage de troupes, des officiers de distinction demandaient ces\nplaces d'honneur (la loge d'avant-scène), qui d'ordinaire étaient déjà oc-\ncupées, on établissait encore quelques rangées de bancs et de sièges, en\navant de la loge, sur la scène même, et il ne restait plus aux héros et aux\nhéroïnes qu'à se dévoiler leurs secrets dans un étroit espace, au milieu\ndes uniformes chamarrés de croix. J'ai vu représenter dans ces conditions\nHjrpermnestre elle-même... (r) ».\nLa scène resta libre malgré les efforts des gens à la mode pour recon-\nquérir la place dont ils étaient dépossédés. Le public défendit trop chau-\ndement une réforme qui lui procurait de nouvelles jouissances pour qu'on\npût revenir à cet usage autrement qu'aux jours de spectacle extraordinaire.\nLes acteurs, de leur côté, reconnurent trop bien les avantages du nouvel\nétat de choses pour songer à rétablir sur la scène ces embarrassantes ban-\nquettes. La générosité du comte de Lauraguais avait rendu à l'art un\nservice signalé : les comédiens et les spectateurs surent faire respecter\ncette innovation et assurèrent ainsi le triomphe de la vérité théâtrale.\n\nADOLPHE JULLIEN.\n\n(1) Gœthe, Vérité et Poésie> liv. IIL -"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "110", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.14", "texte": "HOMME HEUREUX ET GRAND ARTISTE\nJ.-C.-H. RINCK\n\nN HOMME HEUREUX!! Voilà déjà, certes, une bien grande\nmerveille, une chose presque introuvable dans notre triste\nmonde sublunaire, et pour en découvrir un, il ne faudrait\nrien moins que la lanterne de Diogène. Mais quand ce\nrara avis est encore doublé d'un artiste, et surtout d'un\ngrand artiste, il faut considérer cette trouvaille comme un miracle de la\ncréation, et ce merle blanc mérite à coup sûr de fixer l'attention de\nl'historien qui n'a pas souvent la chance de rencontrer une personnalité\nde ce genre. On ne s'étonne donc pas qu'ayant mis la main sur un\ntype aussi rare, mon intérêt ait été vivement éveillé, et que j'aie eu le\ndésir de le faire connaître au lecteur, qui [me saura gré, je l'espère des\ndétails biographiques et anecdotiques que je vais lui offrir.\nOn ne se doute pas généralement de l'attrait que présente au biogra-\nphe l'étude de la vie des hommes qui se sont fait un nom dans l'art.\nC'est un véritable kaléidoscope; et pour le penseur comme pour le philo-\nsophe, ce spectacle, car c'en est un, est des plus curieux. Le caractère\nhumain, pour qui sait lire dans ce grimoire, se dévoile sous presque\ntoutes ses faces et, disons-le à la louange de nos confrères, si l'on ren-\ncontre parfois, sous le musicien, un homme peu digne de considérations\nl'immense majorité se présente à nos yeux du meilleur côté de l'huma-\nnité. Soit que la musique adoucisse les soit que, pour s'y faire"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "111", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.15", "texte": "J.-C.-H. RINGK\n\nune place, il faille diriger son intelligence vers le beau, le bien et le vrai,\nil est incontestable que les grands musicistes, en majorité, ont été d'hono-\nrables citoyens, d'excellents pères de famille, des cœurs candides et com-\npatissants, toujours prêts à venir au secours de la souffrance ou de la mi-\nsère. Trop longtemps on a identifié les musiciens avec les adorateurs de la\ndive bouteille, estimant Bacchus plus encore qu'Apollon ; on les a consi-\ndérés comme des hommes peu soucieux de leur dignité et faisant bon\nmarché de leur honorabilité : c'est une exagération manifeste qu'il est\ndu devoir de l'historien de repousser ou de réduire à sa juste valeur.\nL'homme n'est pas parfait, et l'artiste n'est pas plus qu'un autre\ntenu de l'être. Pour quelques-uns qui eurent des faiblesses, combien\nn'en trouverait-on pas qui, avec le progrès de leur art, n'eurent à cœur\nque l'amélioration du sort de leurs confrères? Ne les a-t-on pas vus tou-\njours répondre à l'appel de la charité lorsqu'elle demandait l'appui de\nleur talent pour le soulagement d'un collègue malheureux ou d'une\nfamille dans le besoin? Ne le voit-on pas journellement encore? Pesez\nleurs qualités et leurs défauts, leurs vertus et leurs vices, et dites si le\nbien ne l'emporte pas de beaucoup sur le mauvais !! La vie de l'homme\ndont nous allons nous occuper vient donner une sanction à ma thèse ;\nelle offre un puissant intérêt, soit que l'on étudie l'homme, soit que Ton\nétudie l'artiste : elle laisse après elle un parfum d'honnêteté et de pureté\nqui réjouit l'âme. L'un des plus remarquables organistes de l'Allemagne,\naprès le grand J.-S. Bach, dont il a continué les traditions, il a joui d'une\nimmense et légitime renommée, même en France, encore que de son\ntemps le style de l'orgue y fût ignoré, et que les organistes étrangers,\nà peu près inconnus, n'y eussent été aucunement en faveur. Aujour-\nd'hui que, chez nous, les idées à cet égard ont bien changé, et que l'on\nest revenu enfin au genre grave, magistral et sévère qui convient à l'or-\ngue, on ne lira pas sans plaisir le récit de la carrière de celui qui, après\nBach, a laissé, comme organiste, un des plus beaux noms dans le monde\nmusical.\nRINCK (Johan-Christian-H einrich), naquit le 18 février 1780, à El-\ngersburg (Saxe-Gotha), où son père était organiste et instituteur. Dès\nses plus jeunes années, il montra pour la musique des dispositions sur-\nprenantes. cc Un jour, dit-il, que mon père donnait une leçon de clave-\n« cin, je regardais et j'écoutais, et comme le petit morceau que mon père\n« avait donné à jouer à son élève ne pouvait pas aller, malgré plusieurs\n« répétitions, je demandai la permission d'exécuter le même morceau.\n« Mon père, étonné de ma demande (car je n'avais jamais mis les doigts sur\n« une touche), accéda à mon désir* et j'exécutai le morceau sans faute.Ge"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "112", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.16", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\n« fait fixa ma destinée. Le même jour, je commençai d'apprendre les no-\n« tes du clavecin, et bientôt je me mis à jouer quelques menuets de Tele-\n« mann (1). »\nA sept ans, il savait transposer toute espèce de composition dans les\ntons les plus difficiles et lisait la basse chiffrée plus couramment que la\nBible. Quand il exécutait des concertos sur l'orgue, son père était obligé\nde le tenir pour l'empêcher de tomber et pour l'aider à atteindre les pé-\ndales. A seize ans, il se rendit chez Kittel(2), organiste à Erfurt, élève de\nJ.-S. Bach, qui l'initia à l'école du grand maître, et avec lequel il étudia\npendant trois ans l'harmonie et la composition. C'est de Kittel que Rinck\nreçut ce style simple, mais noble et grand, qu'il maniait sur l'orgue avec\ntant d'habileté. Il improvisait des fugues sur tous les sujets qu'on lui\nsoumettait, et faisait passer le thème par toutes les combinaisons possi-\nbles, jusqu'à ce qu'il arrivâtà un développement gigantesque, qui stupé-\nfiait les auditeurs.\nSon amour pour l'orgue était une véritable passion. A ses yeux, per-\nsonne n'était à même de lutter avec les organistes : qu'un homme fût\nversé dans toutes les branches du savoir humain ; qu'il eût approfondi\nles secrets les plus mystérieux de la nature, s'il ne savait se servir de pé-\ndales, ni éviter les quintes et les octaves consécutives, il était moins que\nrien pour lui. Un jour qu'il était par hasard à Weimar et qu'il assistait\ndans l'église au service divin alors que l'illustre Herder y prêchait, il\ns'inquiéta peu du premier penseur peut-être et du plus grand philoso-\nphe de ce siècle en Allemagne ; il n'eut d'yeux ni d'oreilles que pour\nl'orgue et l'organiste et ne détacha pas un instant ses regards des mains\nde celui-ci, des pédales, ni de la basse fondamentale qu'il lisait en même\ntemps que lui. Rinck ne retourna plus à Weimar, et Herder, compromis\ndans un complot politique, reçut l'ordre de quitter le pays. Aussi se re-\npentait-il souvent plus tard de ce qu'il appelait sa sottise enfantine, d'au-\ntant plus que les œuvres de Herder exercèrent un grand empire sur son\nesprit et lui inspirèrent une vive admiration.\n\n(1) Autobiographie de Rinck, traduite par J.-B. Laurent, dans la Revue de musi-\nque religieuse, de Danjou, 2 e vol. 1846.\n(2) KITTEL (,Jean-Chrétien), savant organiste, né à Erfurt, le 18 février 1732, mort\nen cette ville Je 9 mai 1809, fut un des meilleurs élèves de J.-S. Bach. Aussi mo-\ndeste que plein de talent, il occupa toute sa vie la place d'organiste à Erfurt, sans se\ndouter jamais de la grande portée de sa science. Il a fait d'excellents élèves, dont les\nplus remarquables furent Haessler, Fischer et surtout Rinck. Fétis dit que Kittel\nmourut en 1800, mais c'est une erreur, car en cette même année il entreprit en Alle-\nmagne le seul voyage artistique qu'il ait fait dans toute sa vie, et il y survécut en-\ncore plusieurs années."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "113", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.17", "texte": "J.-C.-H. RINCK\nVIII.\n8\n\nIl n'avait pas vingt ans lorsqu'il fut nommé organiste à Giessen,\n(Hesse supérieure) avec un traitement annuel de 5o florins (environ\n107 francs), Ses obligations étaient de toucher l'orgue six fois par semaine\net de donner une leçon de chant aux enfants de l'école pendant deux\nheures et demie. Là, il put se livrer à l'enseignement et les disciples lui\narrivèrent en foule de toutes parts ; sa renommée comme théoricien et\ncomme professeur se répandit en peu de temps en Allemagne. Le célèbre\nHummel lui envoyait ses élèves et disait : « Depuis la mort d'Al-\nbrechtsberger, je ne connais personne à qui je pourrais confier plus sûre-\nment mes élèves qu'à Rinck. » C'est à Giessen qu'il écrivit son excellent\nouvrage l'Ecole pratique d'orgue qui a été traduit dans presque toutes\nles langues et dont ceux qui veulent faire une étude sérieuse de cet ins-\ntrument ne sauraient se passer. Toutefois, son mince traitement ne suffi-\nsant pas auxf premières nécessités de la vie, outre ses leçons il faisait des\ncopies d'écriture pour un avocat de la ville.\nRinck était un de ces hommes supérieurs que distinguent surtout la\npureté du cœur et des mœurs. Il avait la douceur et l'innocence d'un\nenfant, la naïveté et la modestie d'une jeune fille : son âme était si can-\ndide qu'il ignorait jusqu'à l'existence du péché et du crime. Environné\ncomme les patriarches de la Bible de ses enfants et petits-enfants, il sem-\nblait le plus heureux des mortels ; il l'avouait souvent et racontait l'his-\ntoire de ce qu'il appelait l'apparition mystérieuse de son enfance. Il avait\nperdu sa mère à un âge trop tendre pour pouvoir se la rappeler. Quand\nil eut sept ans, à peu près, il rêva qu'il se transportait dans un village\nvoisin pour y faire une commission ; à peine était-il sur la route, qu'une\nfemme vêtue de blanc l'accosta et se mit à marcher à ses côtés, le ques-\ntionnant sur son père, sur sa belle-mère et sur différents détails domes-\ntiques. Aussitôt qu'ils furent arrivés en vue du village, elle lui prit la\nmain et lui dit : « Va, maintenant, cher Henri, car il faut que je te quitte\nici : je suis ta mère. Tu es un bon et brave enfant et ta vie sera heureuse. »\nA ce récit il ajoutait une anecdote pour prouver combien il avait été fa-\nvorisé du sort. Accompagné d'un de ses camarades, il allait, un peu plus\ntard, acheter du tabac pour son père dans un bourg voisin ; il fallait tra-\nverser un bois épais par lequel passait la route ; son condisciple, plus âgé\nque lui, l'arrêta tout à coup et lui demanda son argent d'un ton mena-\nçant. Sans manifester la moindre crainte, il le lui donna; mais quelques\npas plus loin, l'autre se repentant sans doute de sa vilaine action, lui ren-\ndit toute la somme à laquelle il ajouta un pfennig (liard) en le priant de\nne parler à personne de ce qui venait de se passer. Rinck tint parole, et\nce ne fut que cinquante ans plus tard qu'il se crut autorisé à révéler cette"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "114", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.18", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\npetite aventure de sa jeunesse. - Il fait encore la confession de son heu-\nreuse existence dans son auto-biographie. Voici ses propres paroles :\n« Une famille heureuse, de nombreux amis, et diverses preuves que les\n<c travaux que j'ai accomplis jusqu'ici nesont pas demeurés sans influence,\n« forment le bonheur de mon existence et me font désirer sincèrement\n« à l'âge de 63 ans où je suis arrivé, de vivre encore longtemps pour moi\n« et pour les comme un serviteur dévoué de cet art serein qui aura\n« fourni, suivant mes facultés, un revers poétique au côté sérieux de\n« la vie (1). »\nAprès être demeuré dix-sept ans à Giessen en qualité d'organiste et\nde professeur de musique au gymnase municipal, il fut, en 1806, appelé\nà Darmstadt par le Grand-Duc de Hesse, Louis ler,Ier, pour y remplir les\nfonctions d'organiste de la ville, de cantor (2) et de professeur de musi-\nque du Collège. En 1813, le Grand-Duc le nomma organiste de la Cour\net y ajouta le titre et les avantages de membre titulaire de sa chapelle.\nLa grande renommée de Rinck reposait sur trois bases : le com-\npositeur, le théoricien et l'organiste. Comme organiste et virtuose, il\na légué au monde son Ecole pratique de Vorgue que Ton a qualifié\nà juste titre de Vade-mecwn des organistes; et l'Ecole pratique de la\nmodulation qu'il dédia au Conservatoire de Paris et qui est unique\ndans son genre. Comme théoricien et professeur, ses nombreux élèves\nattestent le cas que l'on faisait de lui *, on voit aussi qu'il a travaillé tout\nparticulièrement pour les organistes des petites localités, dont il a voulu\nformer le goût et perfectionner le talent; comme compositeur il a été l'un\ndes plus individuels que l'on connaisse. Son style élégant et simple, ses\ncréations nobles et graves portent l'empreinte de son naturel doux et\npieux ; enfin ses mélodies sont suaves et touchantes. On peut regarder\nses œuvres comme l'émanation directe de son âme, comme la personni-\nfication de ses plus secrètes pensées. Ce qu'on y voit prédominer, c'est\nl'aimable sincérité, la simplicité native du cœur qui procède d'un esprit\nbien réglé et toujours en paix avec lui-même. C'est à la pureté, à l'ingé-\nnuité de son âme que les œuvres de Rinck doivent leur plus grand charme;\nvoilà ce qui lui a gagné le respect, l'estime et l'admiration, non seule-\nment des érudits, mais encore des étudiants et des compositeurs les plus\nen renom. Tous lui cédèrent la palme. Rochlitz (3), le vétéran de la\n\n(1) Voyez Vauto-biographie de Rinck, déjà citée.\n(2) En Allemagne, le cantor est le directeur de la musique de l'église, l'inspecteur\ndu chœur, le maître de chant et l'instructeur de la jeunesse.\n(3) ROCHLITZ (Frédéric), conseiller du grand-duc de Saxe-Weimar, critique musi-\ncal estimé, naquit le 18 février 1770 à Leipzig, où il mourut le 16 octobre 1842.\nRochlitz a été l'un des meilleurs et des plus actifs coopérateurs à la Galette musicale"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "115", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.19", "texte": "J.-C.-H. RINCK\n\ncritique musicale en Allemagne au temps où professait Rinck, s'expri-\nmait ainsi dans une lettre qu'il lui adressait pour lui dédier une collec-\ntion de préludes pour orgue : « Un si grand honneur est beaucoup\n« plus que tout ce que mon ambition pouvait désirer pour le triomphe\na des derniers jours de ma carrière. L'approbation d\\in homme comme\ncc vous, si haut placé dans mon estime et dont les travaux pour l'orgue\n(( sont consultés par moi toutes les fois que je veux m inspirer du pur\n« esprit de l'art, est ma plus belle récompense. Je ne puis appeler sur\na votre tête de bénédiction plus efficace que l'espoir ardent de voir mes\n» sentiments pour vous se réaliser un jour. »\nChladin, le célébré acousticien ; Gerber, l'éditeur du Lexique des mu-\nsiciens ; l'abbé Nogler, le maître de Weber et de Meyerbeer ; Naegelé,\nle critique distingué et le profond didacticien ; Godfried Weber, le re-\nmarquable écrivain et compositeur, furent ses amis et ses plus sincères\nadmirateurs. Ch. M. de Weber, l'auteur illustre du Freischiitç, ne man-\nquait jamais de le visiter quand ses tournées artistiques le conduisaient\ndans son voisinage. Il alla prendre congé de lui au moment de son dé-\npart pour Londres, dont il ne devait pas revenir vivant. Rinck, remar-\nquant 1 état chancelant de sa santé et plein pour les suites\nde ce voyage, le pria de différer et d'attendre encore avant de se rendre\nen Angleterre, dont le climat, disait-il, serait très préjudiciable à sa poi-\ntrine délicate et déjà fortement compromise. « Mon cher ami, lui répon-\n« dit Weber, il faut que Part aille gagner son pain ! » (Die kunst geht\nncLch brod). ce musiciste de grande valeur, le maître de Félix\nMendelssohn, invita plusieurs fois Rinck à venir à Berlin, en lui disant\nque l'Académie de chant lui ferait certainement un accueil comme ja-\nmais mortel n'en vit de plus beau.\nIl alla fréquemment revoir son pays natal et ses chères montagnes de la\nFhuringe. A ces occasions, les musiciens, les cantors, les organistes fixés\nà quelques milles à la ronde, s'empressaient de venir le saluer, le com-\nblaient de prévenances et et faisaient de ces voyages des mar-\nches triomphales. Une de ces pérégrinations l'ayant conduit à Wurz-\nbourg, il en profita pour faire une visite au professeur Frœlich (1), qui\n\nde Leipzig, dans laquelle il cessa d'écrire en 1824. L'ouvrage qui le recommande le\nplus spécialement à l'attention des musiciens, est celui intitulé : Fur Freunde der\nTonkunst. Rochlitz avait été lié avec Mozart, dont il fut l'admirateur enthousiaste.\n(1) FROELICH (Joseph), écrivain didactique et compositeur de musique, né à Wurz-\nbourg le 28 mai 1780, fut directeur de l'Académie musicale de cette ville et publia des\nméthodes estimées pourtous les instruments.il écrivit dans presque tous les recueils\nartistiques de l'Allemagne. Frœlich vivait encore à Wursbourg en 1860; il avait\npar conséquent quatre-vingts ans."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "116", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.20", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nvint en personne lui ouvrir sa porte. Quand il sut que c'était Rinck, il\ntourna vivement les talons, sans mot aire, laissant sur le seuil son hôte\ninterdit, ne sachant que penser d'un tel accueil ; il allait se retirer quand\nFrœlich reparut tenant sa femme par la main, et lui disant : « Re-\n« garde, ma femme, regarde : c'est Rinck ! c'est celui dont je t'ai souvent\n« parlé. Maintenant, mets au pillage la cave et l'office, et montrons-lui\n« cordialement qu'il est le bienvenu chez nous. »\nUnde ses élèves, J. Mainzer (i), a laissé une relation de son séjour\nchez son maître. Nous allons lui emprunter quelques détails sur la vie\nintime de ce grand artiste, chez lequel il étudia et vécut, en 1826 : ce sera\nle meilleur portrait que nous puissions en faire. « Sa noble prestance,\n« ses longs cheveux blancs, dit-il, son angélique bonté, son cœur can-\n« dide qui se reflétait dans ses yeux bleus et qui se manifestait dans\n« les lignes fines de sa bouche, tout parlait plus en faveur de son carac-\n« tère que de ses talents, et substituait la réalité à l'image que ma fan-\n« taisie s'était créée. »\nMainzer travailla pendant neuf mois sous la direction de Rinck; quand\nil avait passé sa journée à la composition et au contrepoint, à l'harmonie\net aux imitations, aux canons et à la fugue, il passait ses soirées au mi-\nlieu de cette heureuse famille qui le regardait comme Fun de ses mem-\nbres. Quand il tardait trop à le maître s'écriait : « Pourquoi\n« ne vient-il donc pas ? que peut-il faire tout seul là-haut ? » Alors com-\nmençaient pour lui de nouvelles sources d'instruction : ils repassaient\nensemble les partitions des grands maîtres anciens et modernes; ils s'ani-\nmaient mutuellement en scrutant leurs conceptions les plus charmantes\nou les plus sublimes, et en parcourant les ouvrages des vieux théoriciens,\nils ne revenaient pas de leur étonnement à la vue de l'amoncellement de\ndoctrines scolastiques et de voiles épais dont sont enveloppées leurs\nexplications Rinck possédait une collection immense et inappréciable\n\n(ij MAINZER (Joseph)y né à Trêves en 1807, fut d'abord employé dans les mines;\nmais ne pouvant s'accoutumer à ce métier fatigant, il entra au séminaire de la ville\nnatale et fut ordonné prêtre en 1826. Passionné pour la musique, il se perfectionna\ndans cet art, et pour le mieux connaître, il voyagea en Allemagne et en Italie. Re-\nvenu à Trêves et s'étant compromis pendant l'insurrection polonaise de 1831, il reçut\nl'ordre de quitter l'Allemagne et se rendit àßruxelles. Il était àParis en 1833 et y coo-\npéra à la Revueet Galette musicale; le théâtre de la Renaissance reçut de lui, en 183 g,\nun opéra, la Jacquerie, qui n'eut point de succès. Passé en Angleterre en 1841, après\nplusieurs tentatives d'établissement qui échouèrent, il finit par aller se fixer à Man-\nchester oCi il ouvrit des cours de musique populaire qui furent suivis par plus de\ncent mille enfants, et qui auraient été pour lui d'un important revenu si la mort\nn'était venue le frapper en cette ville le 10 novembre 1851."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "117", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.21", "texte": "J.-C.-H. RINCK\n\nd'ouvrages de cette nature; il vivait au milieu de ces prophètes musicaux\nd'autrefois, et tous les soirs il avait quelque découverte à communiquer\nà son élève. Tantôt c'était LA FLÛTE MIRACULEUSE, de Laurent von\nSchmidt (1), ou ce Idylles sacrées » dans lesquelles le Christ, sous le nom\nde Daphnis, réveille Clorinde ou l ame endormie dans le péché; LE\nCRIBLE MUSICAL, d'André Werckmeister (2), dans lequel certains défauts\nd'un compositeur mal informé sont dévoilés et où le bon grain est\nséparé de Vivraie; parfois ils tombaient sur I'OCULISTE MUSICAL, de\nMeyler (3), ou bien sur les Jardins d'agrément thuringiens, nouvelle-\nment plantés de Ahle (4), ou encore sur les Recueils pour le Clavecin,\nde Buntz (5) dans lesquels la nature et la puissance des sept planètes\nsont discutées à fond. Ces ouvrages, d'un caractère pédantesque et co-\nmique à la fois, n'excluaient pas de leur examen ceux d'un ordre plus\nélevé et plus esthétique.\n( La fin prochainement.)\n\nERNEST DAVID.\n\n(1) Francfort-sur-Mein, 1739, 4E édit. avec mélodies pour trois voix et ritournelles,\nillustré de trente gravures. Fétis n'a pas connu cet auteur ni cet ouvrage, car il n'en\nfait pas mention.\n(2) WERCKMEISTER (André), savant musicien et habile organiste, né le 3o novembre\n1645, à Bennenkenstein (Thuringe), fut organiste à l'église de Saint-Martin, à Hal-\nberstadt et mourut en cette ville le 26 octobre 1706. Ses œuvres musicales sont in-\ntrouvables aujourd'hui, et on ne le connaît plus que comme théoricien. Ses ouvra-\nges didactiques même sont de la plus grande rareté.\n(3) Leipzig, 1700. Fétis n'en parle pas.\n(4) AHLE (Jean-Georges), né à Mulhausen (Saxe), en i 650, fut organiste à l'église\nSaint-Biaise et sénateur en cette ville, où il mourut le ler décembre 1706. Poète dis-\ntingué, il a été couronné en cette qualité en 1680. Ahle fut un des écrivains les plus\nféconds de son temps, car tous les ans il fit paraître un ouvrage soit théorique, soit\npratique sur la musique. Tous sont devenus fort rares.\n(5) Ne se y-ouve pas dans Fétis."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "118", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.22", "texte": "ANDRÉ PHILIDOR\n\n(0\nXI\nous touchons à la fin de la carrière militante de Phili-\ndor, et avant de parler de son dernier ouvrage impor-\ntant, Bélisaire, ouvrage posthume et qui vit le jour\nseulement une année après sa mort, nous n'aurons plus\nà signaler que deux jolies bluettes, données par lui sur\nun petit théâtre. Ces deux productions sont la Belle\nEsclave et le Mari comme il les faudrait tous, toutes deux données au\nthéâtre des Petits Comédiens du comte de Beaujolais. Fétis a accumulé,\nsur cette époque de la vie de Philidor, les erreurs les plus étranges. Il cite\nBélisaire comme ayant été joué en 1774, à l'Opéra; or, cet ouvrage,\nlaissé inachevé par son auteur, fut représenté au théâtre Favart, le 4 oc-\ntobre 1796, et le troisième acte en fut fait par Berton, ce dont Fétis ne\ndit mot. En ce qui concerne la Belle Esclave, il dit simplement : « Je\nn?ai pu trouver la date (ni le lieu) de la représentation de cet ouvrage. »\nJe viens de dire que celui-ci avait été donné aux Beaujolais ; c'est le 18\nseptembre 1787 qu'il y fut représenté. Quant au Mari comme il les\nfaudrait tous, qui fut joué au même théâtre dans le courant de l'année\n1788, Fétis ne le signale même pas, et n'en a pas eu connaissance.\nLa partition du premier de ces deux ouvrages a été publiée, et elle n'est\npoint indigne de Philidor. Le petit théâtre des Beaujolais était une en-\n\n(1) Voir les numéros des i 5 juin, i 5 juillet, lel'1e1' septembre, ier octobre., Xel' novembre\nicv décembre 1874, ier janvier, ler février et i«l> mars 1875,"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "119", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.23", "texte": "ANDRE PHILIDOR\n\ntreprise nouvelle; situé au Palais-Royal, sur remplacement occupé au-\njourd'hui par celui qui porte ce nom, et qui servit, pendant la Révolution,\nà celui de la célèbre comédienne Montansier, il avait été fondé en 1785,\net son mode d'exploitation était assez singulier. On sait combien, à cette\népoque encore, les grands établissements dramatiques étaient jaloux de\nleurs privilèges et de leurs prérogatives. Pour obtenir l'autorisation d'ou-\nvrir un nouveau spectacle, les directeurs des Beaujolais durent s'astreindre\nà cette condition étrange de faire jouer la comédie par de jeunes enfants;\nmais ces enfants, qui jouaient réellement leurs rôles dans les pièces pure-\nment littéraires, n'avaient plus que la faculté de les mimer lorsqu'il s'a-\ngissait d'ouvrages mêlés de musique, c'est-à-dire d'opéras comiques, et\nne pouvaient que faire les gestes nécessaires, tandis que des acteurs in-\nvisibles chantaient et parlaient pour eux dans la coulisse. Ce fut la sin-\ngularité même de ce spectacle, et l'habileté avec laquelle avait été résolue\ncette difficulté d'exécution, qui en fit le succès, succès qu'affirmait en\nces termes un annaliste contemporain: —« Toujours la même affluence,\nle même enthousiasme de la part du public, qui récompense par là les\ndirecteurs des soins qu'ils se donnent pour lui procurer des pièces agréa-\nbles, et pour lui faire entendre d'excellente musique. S'il y a du mérite\nd'avoir vaincu la difficulté en faisant chanter dans les coulisses et faire\nles gestes sur la scène, de manière qu'on n'anticipe point sur le privilège\nde l'Opéra, il yen a bien davantage de faire régner l'ensemble le plus par-\nfait avec les pantomimistes, les acteurs, les chanteurs, et avec l'orchestre,\nen sorte que chacun séparément, sans se voir, ne fasse pas un mouve-\nment, n'ouvre pas la bouche sans se trouver d'accord avec tous. C'est une\njustice qu'on ne saurait refuser de rendre aux directeurs de ce singulier\nspectacle, qui ne peut que se concilier de plus en plus l'estime générale,\nà mesure qu'il s'approchera delà perfection que le zèle des entrepreneurs\ns'efforce de lui donner, et maintenant surtout que quelques auteurs et\ndes compositeurs célèbres se font un plaisir d'y faire paraître quelques-\nunes de leurs productions.... (1).\nEn effet, non-seulement ce gentil petit théâtre servait aux débuts des\njeunes musiciens qui avaient le désir de se faire connaître, mais des ar-\ntistes posés déjà, et qui s'étaient produits sur les grands théâtres, ne dé-\ndaignaient point de venir à son aide et de lui prêter le secours de leur\nnom et de leur expérience. Parmi les premiers, on trouve les noms de\nFroment, de Raymont, de Chardiny, de Chapelle, de Bonnay, de Lépine,\n\n(1) Les Petits Spectacles de Paris, ou calendrier historique et chronologique de ce\nqu'ils offrent d'intéressant. 1787,"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "120", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.24", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nde Leblanc, de Vanden Broek; parmi les seconds, onrencontre ceux de\nRigel, de Champein, de Cambini, de Piccinni fils, du chevalier de Saint-\nGeorges, de Désaugiers, de Deshayes, et enfin de Philidor.\nAu nombre des ouvrages lyriques qui obtinrent le plus grand succès\naux Beaujolais, il faut citer la Belle esclave, de ce dernier, dont le livret\nétait dû à 1 excellent comédien Dumaniant, l'auteur justement estimé de\nGuerre ouverte ou Ruse contre Ruse. Ce dernier disait modestement,\ndans la préface de cette petite pièce : « Le fond de cette pièce est tiré\nde trois héroïdes de Dorât. Il eût été facile d'en faire un drame très tou-\nchant . comme chacun a sa maniéré d'envisager les objets, j'ai préféré de\ntraiter la chose gaîment. Ce petit opéra a fait fortune au Théâtre des\npetits comédiens de Mgr. le comte de Beaujolais; mais j'aime à con-\nvenir que ce succès est entièrement dû à la délicieuse musique dont\nM. Philidor, en se jouant, a si fort embelli cette bagatelle. » Je n'ai pu\ndécouvrir à qui était dû le livret du Mari comme il les faudrait tous,\nsecond ouvrage donné par Philidor aux Beaujolais, en 1788, et le dernier\nqu'il fit représenter de son vivant.\nJe crois qu'à partir de ce moment, il passa la plus grande partie de sa\nvie à Londres, où le Club des Echecs le réclamait incessamment. Dès le\nmilieu du mois de février 1788, il était en cette ville, d'où il écrivait à\nsa femme :\nLondres, ce mardi 20 février 1788.\nMa très chère et bonne amie,\nJe ne m'amuse que lorsque je songe à toi ; je n'ai point encore été à\naucun spectacle; je me promène le matin et je vais dîner chez le comte de\nBruhl (1), et, de là, à notre club. Voilà à peu près la vie que je mène. Le\npetit Robineau, qui avait épousé une bâtarde de M. Bertin, a fait mon por-\ntrait, qui est singulièrement ressemblant. Notre club en a fait l'acquisition\npour dix guinées, et on a fait mettre un cadre de deux louis, et me voilà\npendu dans notre salon d'échecs, à Londres....\nJe voudrais savoir comment va la gravure du Carmen ; j'en voudrois\nquelques partitions ici (2).\nJe t'embrasse de tout cœur, et suis pour la vie ton très cher et meilleur\nami,\nA. D. PHILIDOR.\n\n*\n(1) Le comte de Bruhl était, on l'a vu plus haut, l'un des plus forts joueurs d'é-\nchecs de Londres.\n(2) Le Carmen seoculare se gravait alors chez Sieber, l'un des premiers éditeurs de\nmusique de Paris."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "121", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.25", "texte": "ANDRÉ PHILIDOR\n\nPeu de mois après, Philidor faisait exécuter de nouveau son Carmen\nseculare à Londres. Il l'annonçait à sa femme dans la lettre suivante :\nLondres, ce mercredi 3 juin 1788.\nMa très chère et très bonne amie,\n.... Mon Carmen a été très bien reçu; mais Richer (son beau-frère, le\nchanteur) me manquoit, et la foule n'étoit pas très grande. Les papiers en\nont dit du bien, et voilà tout ce qui pouvait m'intéresser....\nIl y a des éloges étonnans dans toutes les gazettes au sujet des trois par-\nties sans voir que j'ai jouées samedy dernier ; elles disent que la netteté de\nmes idées augmente avec mes années. 11 est vrai que jamais je n'ai eu la\ntête aussi nette, car je jouois plus vite que mes adversaires. Le comte de\nBruhl, M. Atwood et M. Mazères étaient mes combattans ; je jouois à but\navec le comte, et je donnois le pion et le trait aux deux derniers. J'ai gagné\nM. de Bruhl et M. Atwood ; M. Mazères m'a gagné par la force de l'avan-\ntage, car je n'ai pas fait la moindre faute....\nAime-moi comme je t'aime, et crois-moi pour la vie ton très cher et très\nfidèle ami,\nA. D. PHILIDOR,\nOn voit que Philidor continuait à Londres ses exploits ordinaires, et\nque ses facultés étaient loin de décliner avec l'âge. Il revint en France\ndans la seconde moitié de l'année 1788, pour repartir au milieu de fé-\nvrier 1789; c'est une nouvelle lettre à sa femme qui nous l'apprend :\ncelle-ci est datée de Calais, 17 février 1789. En annonçant qu'il espère\ns'embarquer le lendemain pour l'Angleterre, il décrit une ovation que\nlui ont faite les officiers du régiment de Viennois, et parle d'un magni-\nfique dîner qu'ils lui ont offert : « On a fait venir les musiciens de l'or-\nchestre, et les comédiens m'ont régalé de différens morceaux de mes\nopéras comiques en ne cessant de boire à la santé du compositeur fran-\nçois (1). »\nCette fois, c'est le musicien qui est en jeu ; c'est encore de lui qu'il est\nquestion dans cette nouvelle lettre, datée toujours de Londres du\n21 décembre 1789 :\n.... Je me suis trouvé la semaine dernière à un dîner de musiciens et\ncompositeurs. On a, à la bouteille, fait des canons ; mais aucun de la com-\n\n(1) Ce fragment de lettre a été reproduit dans un catalogue de vente d'autographes\npublié par M. Etienne Gharavay (n° 170, octobre 1871.) Les autres fragments repro-\nduits ci-dessus m'ont été obligeamment communiqués parjM. Eugène Danican-Phi-\nlidor, petit-fils du grand artiste,"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "122", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.26", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\npagnie n'a pu faire un canon à la quinte, et je me suis avisé d'en faire un\nqui n'est pas trop mauvais. Tu pourras en régaler ton frère Sylvestre à sa\nfête ; ton frère Auguste pourra faire son canadien (?), et Antoine chantera\nla basse. C'est ce qu'on appelle le canon scientifique ; il n'y a que les fai-\nseurs de contre-point qui sont capables de le composer.\nAdieu, ma chère amie, je t'embrasse et suis pour la vie ton meilleur ami,\nA. D. PHIUDOR.\nVoici le canon en question :"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "123", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.27", "texte": "ANDRÉ PHILIDOR\n\nPhilidor ne paraît pas avoir quitté Londres pendant le cours de cette\nannée 1789, qui avait transformé d'une façon si complète l'état politi-\nque de la France; la lettre suivante, datée du commencement de 1790,\nest curieuse surtout parce qu'elle nous fait connaître avec quelle ardeur\net quelle sincérité il avait épousé les principes de la Révolution, et avec\nquelle foi, peut-être un peu naïve, mais à coup sûr généreuse, il entre-\nvoyait l'avenir :\nLondres, ce 23 février 1790.\nMa très chère et très bonne amie,\nJ'ai reçu tes deux lettres et je te remercie de ton souvenir du jour où nous\nnous sommes liés pour la vie. Je me porte à merveille, et je n'ai plus de\ngoutte. Samedy prochain, je jouerai trois parties à la fois, deux de mémoire,\net la troisième en voyant l'échiquier. Je t'assure que cela ne me fatigue\npas autant que bien des gens peuvent le croire. Ainsy, n'aie aucune inquiétude\nsur ma santé....\n.... Avant le mois de juillet, sois assurée que notre nation sera respectée\nde tout l'univers, et jouira du bonheur de ne plus avoir d'orgueilleux finan-\nciers. Les procès seront très rares, et les impôts seront diminués d'un bon\ntiers : 400 millions suffiront pour payer tous les départemens et les intérêts\nde la dette nationale, au lieu que l'ancien gouvernement prélevoit au-delà\nde 600 millions et ne payoit point. Le moment de crise où se trouve la\nnation ne sera pas de longue durée, et notre heureuse Révolution aujour-\nd huy ne peut plus être détruite. L'évêque d'Autun et l'abbé de Montesquiou\nmériteroient des autels. Tous les libelles que le parti aristocrate a fait publier\ndoivent être anéantis par le discours adressé par l'Assemblée nationale à tous\nles François. On dit que c'est de l'évêque d'Autun. Notre Révolution en\namènera une dans ce pays dans peu d'années ; les Anglois commencent à\ns'apercevoir que nous sommes bien autrement libres, et que leur roi marche\ngrand train au despotisme....\n.... Je te jure de nouveau que je t'aime aussi tendrement que le premier\njour où nous nous sommes connus, et c'est avec ces sentiments que je suis\npour la vie ton très cher et très tendre ami,\nA, D. PHILIDOR.\nLa dernière lettre que je vais avoir à citer montre davantage encore à\nquel point Philidor s'était attaché aux principes nouveaux, et avec\nquelle vigilance il suivait les événements, non-seulement en France,\nmais même en Angleterre, Cela ne l'empêchait pas, néanmoins, de pour-\nsuivre ses petites victoires personnelles ;"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "124", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.28", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nLondres (mars) 1790.\nMa très chère et très bonne amie,\n.... J'ai joué, samedy dernier, mes trois parties à la fois, l'une en voyant,\ncontre le comte de Bruhl, et les deux autres sans voir, contre le docteur\nRiollay et le capitaine Smith, Celle du comte a été remise, et j'ai gagné les\ndeux autres. Tout le monde a été dans l'enchantement: il est vrai que j'avois\nfait diète et vécu de régime pendant quelques jours, et cela m'a réussi.\nNotre club sera, je crois, très brillant cette saison ; nous avons dîné quatorze\nce jour-là ensemble, et le général Conway a fait la motion, à table, de\nrépéter les parties sans voir et un dîner de quinze en quinze jours, ce qui a\nété agréé par moi et par la compagnie....\nJ'ai tout lu au sujet de Favras ; je suis très éloigné de le voir comme\nune victime. J'ai vu ici les conspirateurs se réjouir d'avance et me prédire\nla guerre civile avant la fin de décembre dernier et toute la France en feu.\nDepuis son exécution, Jes ennemis de l'Etat ne sortent plus de chez eux et\nfont les malades ; il y en a qui poussent encore l'insolence à prédire l'assas-\nsinat de M. de La Fayette. Quant à mot, je regarde le punissement (sic) de\nFavras comme plus conséquent pour notre patrie que la prise de la Bastille.\nGalonné est à sa campagne : il recevoit quatre ou cinq courriers par semaine,\net je ne doute nullement que le congrès des traîtres existoit à Londres. Le\nprojet, dans les commencemens des troubles, était de se rassembler à\nBruxelles ; mais les troubles de Flandre en ont empêché. Ce qui me réjouit,\nc'est que je sais de très bonne part que M. de La Luzerne, notre ambassa-\ndeur, est très content de tout ce que fait l'Assemblée nationale, et sois très\ncertaine qu'avant la fin de cette année on commencera à se ressentir du bien\nde cette heureuse Révolution....\nJe t'embrasse, etc.\n*A. D PHILIDOR.\nOn voit que, quoique éloigné, Philidor était loin de se désintéresser\ndes affaires de son pays. Je ne sais si, pendant ces temps troublés, il\ns'occupa beaucoup de musique ; c'est peut-être à cette époque qu'il faut\nfaire remonter la composition de Bélisaire, ouvrage important dont il\nsera question un peu plus loin. Il revint à Paris en 1791, fit son voyage\nordinaire à Londres dans le cours de cette année, revint de nouveau en\n1792, et repartit encore, mais cette fois pour ne plus revenir. Les évé-\nnements politiques devaient lui enlever la joie de voir une dernière fois\nsa famille et tout ceux qu'il aimait. Voici comment s'exprime àce sujet\nson fils, dans la notice qu'il a publiée sur lui : «A la fin de 1792,\nPhilidor obtint du Comité de salut public un passeport pour aller à Lon-\ndres, où il était pensionné depuis vingt ans, par le club des Echecs,"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "125", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.29", "texte": "ANDRÉ PHILIDOR\n\npour passer quatre mois de Tannée. La guerre l'empêcha de revenir en\nFrance, selon sa coutume, et quand il le voulut au commencement de\n1795, les lois sur l'émigration l'en empêchèrent encore. Sa famille s'a-\ndressa à tous les comités d'alors, et prouva qu'il ne pouvait être regardé\ncomme émigré ; mais à peine venait-elle d'obtenir un sauf-conduit, qu'elle\nfut frappée par la nouvelle de sa mort. Philidor eut une attaque de goutte\nà laquelle se joignit le désespoir d'être séparé depuis longtemps de sa fa-\nmille, et il succomba le 3i août 1795, à l'âge de soixante-neuf ans. »\n(La suite prochainement.)\n\nARTHUR POUGIN."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "126", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.30", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nCONCERTS DU CONSERVATOIRE : La Symphonie pastorale de Beethoven. M. Henri\nReber. Madame Pleyel. Madame Szarvady. La Mort de Diane, par\nM. Vaucorbeil.\nA France qui, en musique, a été si peu prodigue de gé-\nnies pathétiques, a une bonne fortune : c'est chez elle,\ndans Paris, centre attractif de la civilisation moderne, à\nson opéra, à ses concerts spirituels, à ses festivals patrio-\ntiques, à ses séances symphoniques du Conservatoire,\nque les compositeurs étrangers sont venus mettre au\njour leurs réformes, leurs créations, leurs chefs-d'œuvre.\nLe Lucquois Boccherini se serait peut-être limité à sa virtuosité d'exécutant,\nsi, à Paris, il n'avait senti germer en lui toute cette musique de délices qui\nfut pour la muse du Midi la contre-partie de ce qu'a été dans les pays\nseptentrionaux la musique de quatuor de Haydn, de Mozart, de Beethoven.\nC'est en France que le Belge Gossec a écrit sa première symphonie à\nl'époque où, date pour date, était produite en Autriche la première œuvre\nconcertante de Haydn, improprement appelé le père da la symphonie. C'est\nà Paris que Gossec a pu trouver assez d'aide et d'initiative pour réformer\nles orchestres en déficit et doter le monde des festivals patriotiques, des\nconcerts en plein air, dans les gigantesques emplacements, au milieu de tout\nun peuple en liesse, et ouvrir la voie à l'école française de la symphonie\nqui, à la suite de Gossec, nomme Catel, Lesueur, Méhul, Berlioz, Félicien\nDavid, Onslow, Reber, Emile Douai, Saint-Saëns, Reyer, Massenet, Bizet,\nLenepveu, Lalo et tous les contemporains remplis de bonne volonté, mais\nne débordant pas de génie. .\nC'est Paris que Sax, un inventeur de génie, a chjoisi pour reconstruire la\nsonorité instrumentale, équilibrer les timbres et adapter, assouplir toute"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "127", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.31", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nl'instrumentation aux innovations que rêvent, que préparent les artistes, les\nsavants et tous ceux qui dans leur cerveau agitent l'incessante perquisition\ndes lois secrètes de la mélodie, de l'harmonie, du rhythme.\nC'est en France que Beethoven a trouvé le moule premier de sa sublime\nsymphonie avec chœurs ; en France qu'il a été le mieux compris, et par la\nFrance qu'il a été révélé à l'Allemagne. C'est en France que les trois sonates\nsuprêmes de Beethoven, ses derniers quatuors, sa messe en re, sa symphonie\nen ré mineur ont suscité les interprètes les plus compréhensifs : madame\nSzarvady, Rosenhain, Antoine Rubinstein, Maurin et Habeneck.\nC'est à la France enfin que les compositeurs étrangers sont venus deman-\nder la consécration de leurs géniales conceptions. Lulli, Gluck, Piccinni,\nSpontini, Carafa, Rossini, Meyerbeer, Donizetti, Bellini, Wagner, car la\ndéfaite même de Wagner à notre opéra est restée son plus beau triomphe,—\nn'ont donné toute leur virtuosité que dans notre pays. Verdi, qui a vu la\ngloire acquise par lui en Italie ratifiée sur tous nos théâtres par notre\nenthousiasme , revient en ce moment nous demander, pour sa messe de\nRequiem en l'honneur de Manzoni, un regain triomphal qui ne lui est pas\nrefusé. Rubinstein aussi est en ce moment à Paris. Pianiste et compositeur,\nil a été applaudi dans toute l'Europe ; mais il faut que sa virtuosité de\npianiste, que son génie de compositeur soient sanctionnés en France, accla-\nmés à Paris, pour que l'Europe ait confiance en lui et que lui-même ne\ndoute pas de sa valeur.\nCette France qui a tant glorifié les étrangers, ce Paris où les grands\nhommes du dehors viennent affermir leur renommée, retremper leur génie,\nn'ont pu produire aucune de ces gloires musicales qui commandent au monde\nentier et qui, au milieu des auditoires terrassés d'admiration, s'imposent\ncomme les coups de foudre de Rossini dans le second acte de Guillaume\nTell, de Meyerbeer dans la scène de la cathédrale du Prophète, de Beetho-\nven dans l'orage de la symphonie pastorale, dans la symphonie en ut mineur\net dans la symphonie avec chœurs, de Rubinstein, enfin dans son fascinant\ntableau de la dispersion des peuples de la Tour de Babel. C'est que, en\nFrance, nous portons le poids et la fatigue d'une civilisation surmenée, et\nque nous sommes devenus des grammairiens, des pédants, des rhétoriciens,\ndes grabeleurs académiques de tournures alambiquées, et que le fatras de\nnos phrases savamment accommodées remplace en nous le cœur, l'émotion,\nla pensée, la vie.\nComparez l'existence de nos compositeurs rivés aux trottoirs du boule-\nvard avec l'agitation féconde des musiciens étrangers. Ils parcourent l'Europe,\nvoient les pays, les cités, les hommes, les mœurs, les passions, les angoisses\nhumaines, les luttes sociales, les soleils différents, les climats contradic-\ntoires, tout ce qui est étudié, pensé, admiré, discuté, vilipendé, honoré au\nNord, au Midi, au Levant, à l'Occident; et eux-mêmes, en même temps, ils\ns'étudient, ils étudient leur art, ils contrôlent tout ce qui dans cet art\ns'improvise, s'invente, ici, là, partout ; et, quand ils veulent composer, ils"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "128", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.32", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nont l'audace de ne pas s'astreindre à rester les disciples asservis d'une\nscience plus ou moins complexe et aride ; ils réfléchissent, ils mûrissent\nleur inspiration, et ils ont le courage de penser, d'avoir des idées, d'être\némus, et d'oser le dire dans leur œuvre.\nLa nomade virtuosité de Rubinstein que Paris applaudit en ce moment, est\nici un enseignement, et elle mériterait d'être étudiée étape par étape, pour\ncomparer les résultats avec la nullité outrecuidante de ces compositeurs\napodes que notre asphalte soude à leur professorale médiocrité. Sa mère,\nbonne musicienne, jouait du piano. Ceci se passait en Moldavie, où la famille\ndemeurait quand Rubinstein naquit, mais d'où elle partit tout aussitôt pour\naller s'établir à Moscou. Dès l'enfance, il y eut donc pour Rubinstein un dé-\nplacement de nationalité, une transformation de race, et de la Moldavie aux\nfrontières bessarabes, il fut transplanté dans le centre géographique, agricole,\nindustriel, historique et artistique de la Russie, à Moscou. Là il entendit la\nmusique tsigane, il vécut au milieu d'un art autochtone compliqué, art sep-\ntentrional, art oriental, glace et feu, le moscovite pur. Tout d'un coup l'apti-\ntude virtuose se déclara. Lorsqu'après avoir entendu la musique espagnole-\norientale-russe des bohémiens dans les rues; après avoir parcouru la cité\ngigantesque, arborescente comme un village ; après avoir vu passer sous ses\nyeux le Kremlin et les quarante fois quarante églises de Moscou avec leurs\ndouze cents coupoles rouges, vertes, bleues, couvertes de ferblanc, revêtues\nde cuivre doré et dressant dans le pâle ciel du Nord la croix grecque, l'enfant\nrentrait à la maison, il trouvait sa mère au piano. Attentif, il se rangeait à\ncôté d'elle et, persévérant, il restait près de l'instrument tant que sa mère\njouait. On lui fournit un maître. Sa mère avait été son premier professeur, et\nà neuf ans l'enfant donnait un concert. A onze ans il était à Paris et s'y fai-\nsait entendre. Il jouait de la musique de Bach, de Beethoven, de Hummel,\nde Chopin, de Liszt. Observez à chacun des sept concerts que Rubinstein va\ndonner ces vieux amateurs qui ne manqueront aucune séance. Ils ont entendu\nRubinstein il y a trente-cinq ans dans cette séance mémorable où l'artiste-en-\nfant se présentait au public parisien et en recevait le plus chaleureux accueil.\nIls conçurent sur l'avenir de ce talent précoce des espérances qui ont été réa-\nlisées et dépassées, et ils viennent aujourd'hui applaudir dans l'homme fait\nles qualités fécondées, mûries, qu'ils ont pressenties dans le gamin de onze ans.\nRubinstein a constamment voyagé depuis. Partout il a cherché le contact des\nhommes de talent, des créatrices activités qui mouvementent l'Europe, et c'est\ndans ces mariages intellectuels que sa personnalité s'est faite, s'est constituée,\na grandi et a pris son intense vigueur, sa chaude coloration. De même pour\nRosenhaim, il est né à Manheim. Paris, Londres, Francfort, Bruxelles,\nLeipsick, l'ont vu tour à tour étudiant, s'instruisant, se renouvelant et de-\nvenant peu à peu un des dignes interprètes des suprêmes inspirations de\nBeethoven.\nDe même pour madame Szarvady ; elle est née à Prague. C'est à Dresde que\nnous la voyons obtenir ses premiers succès ; c'est à Leipsick que Liszt, Spohr"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "129", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.33", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n129\nVIII.\n9\n\net Schumann l'encouragent et lui prédisent cette splendide carrière qui s'est\nouverte devant elle. Ensuite elle va à Brunswick, à Cassel, à Hambourg, à\nFrancfort, enfin elle arrive à Paris.Chaque étape a amené une nouvelle étude,\nun raffermissement de talent. A Paris se présente pour elle un temps d'arrêt,\nun deuil dans la vie, année de retraite et de méditation dans l'existence de\nl'artiste, un renouvellement dans son talent. Elle repart. Londres, l'Allema-\ngne méridionale, la Hongrie la voient tour à tour et lui prodiguent les ap-\nplaudissements. La voici de nouveau à Paris, et cette fois elle y est fixée.\nElle n'a qu'à paraître, et tous les auditoires loueront ce sérieux talent, ce jeu\nbrillant, cette exécution délicate, et cette interprétation àla fois étudiée et\nsincère, vigoureuse et féminine, ondoyante et précise, nette et pure comme\nla science, diaprée comme l'humour et la poésie. Pourtant elle ne se prodigue\npas, elle se rassemble, elle réfléchit, elle compare, elle veut être digne d'elle-\nmême et ne pas se prodiguer, se disperser, se dissiper. Aussi quel résultat !\nSoyez sûr que madame Szarvady, par son talent perfectionné, au milieu d'é-\ntudes constantes et de féconds recueillements, a pris une part très grande àla\nréaction qui s'est opérée dans le goût des dilettantes. Grâce à son influence,\nà son autorité, à son prestige, on est revenu au culte des œuvres classiques des\nmaîtres, à 1 investigation des précieuses reliques de l'art, à l'interprétation\nvraie des inspirations géniales, àla réelle mise en lumière des chefs-d'œuvre,\nen dehors de toute égoïste exhibition du virtuose.\nMadame Marie-Félicie-Denise Pleyel était une admirable artiste, mais elle\nrépondait à d'autres sentiments et s'animait d'une autre virtuosité. Schumann\nl'appelait la générale artiste, c'est-à-dire la femme universellement répandue\ndans la compréhension des choses d'art. Des reporters peu avisés auraient\nvoulu faire entendre que Schumann, en la désignant ainsi, aurait fait d'elle la\ncolonnelle d'un régiment d'artistes en jupons. Ils ont répété aussi je ne sais\nquelle phrase de banalité complimenteuse où il aurait été dit que madame\nPleyel avait en elle la force de dix Thalberg. Avoir en soi la vigueur et le ta-\nlent d'un seul Thalberg, serait déjà fort honorable, mais attribuer dix fois\ncette virtuosité à cette charmeresse virtuose, qui fut madame Pleyel, c'est\nvouloir l'accabler d'un pavé qui ne lui était point dû. On ne saurait définir\nle talent d'un artiste comme madame Pleyel qui fut toute sensitive, toute ner-\nveuse, toute féminine, avec des arcs-en-ciel éblouissants dans son jeu, des fas-\ncinations inouïes et tous les caprices, toutes les douleurs, toutes les gaîtés,\ntous les enchantements de la virtuosité s'improvisant avec l'heure, le jour, la\nsaison, le climat, le soleil, la nue et le rhythme intérieur qui donne àla\nfemme ses variables impulsions. Ce fut une séduisante femme, une fascinante\nartiste que nous comparerions à madame Desbordes-Valmore, tandis que\nmadame Wilhelmine Szarvady nous semble mieux représentée par le génie\naustère, méditatif et social de madame George Sand. Mais, elle aussi, madame\nPleyel, elle dut les renouvellements de son talent à ses voyages réfléchis; si elle\ntût sans cesse restée à Paris, récoltant des succès, toujours les mêmes dans les\nmêmes salles de concert, devant le même public, devant les mêmes journa-"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "130", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.34", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nlistes, sans voir, sans observer comment on vit, comment on pense ailleurs,\ncomment dans les autres contrées les interprètes varient leur exécution, elle\nfût restée une de ces banales pianistes que notre capitale cultive dans ses\nserres émasculantes, elle eût ressemblé à tous ces élèves lauréats qui n'ad-\nmirent que Paris, le Conservatoire, ses professeurs titrés, et qui, lorsqu'on les\nenvoie à Rome, sont pris de nostalgie.\nHaendel, Meyerbeer, Rossini, Verdi, Mendelssohn trouvèrent àse renouve-\nler à Rome ; seuls, nos lauréats du Conservatoire, qui n'ont rien su s'assimiler\nde vital dans ce Paris, qui cependant reste toujours un brûlant creuzet de re-\nvivification, vont s'étioler, s'appauvrir dans l'idéale cité romaine, et empressés\nde revenir dans notre capitale, y produisent les chefs-d'œuvre que vous sa-\nvez. Notre Berlioz, notre Félicien David ont voyagé ; l'un a écrit de sa musique\ndans toutes les capitales d'Europe, l'autre a parcouru l'Orient et nous en a\nrapporté le Désert et toutes les radieuses partitions qui ont suivi. Ils avaient\nle génie, mais ils l'ont fécondé, renouvelé, fortifié, coloré, échauffé dans ces\nbrûlants contacts avec d'autres races et d'autres mœurs; aussi leurs œuvres\neut un cachet tout autre que celles de M. Napoléon-Henri Reber, dont je ne\nmédis pas, mais qui, né à Mulhouse, élevé à Paris, et resté toujours à l'om-\nbre de notre Conservatoire, est parvenu à n'être qu'un modèle désespérant\nde perfection professorale, de composition archaïque, que l'on estime, que\nl'on goûte, que l'on consulte, que l'on étudie, mais que l'on ne va pas trou-\nver lorsqu'on veut réclamer de l'artles impressions vivifiantes que nous donne\nun Weber, un Haendel, un Rossini, un Beethoven, un Cimarosa, un Ru-\nbinstein.\nC'est un succès de respect et d'honorabilité qu'a obtenu M. Reber dans son\nconcert donné au Conservatoire. M. Reber et son partner Onslow sont les deux\nfrères jumeaux de la symphonie française, timide, doctorale, et conduite sans\npéril à travers toutes les règles admises au Conservatoire. Onslow est mort.\nM. Reber vit encore, fort heureusement, car c'est un compositeur de valeur,\nen somme, et à qui il n'a manqué peut-être que d'être plus souvent exécuté\nau concert et au théâtre. Nous ne parlerons que de ses symphonies, et ce sera\npour les louer. La disposition générale des morceaux, le ménagement des\neffets, l'art de s'arrêter à point, de bien choisir son cadre, voilà le talent de\nM. Reber, qui a adopté pour modèle la symphonie classique de Haydn et de\nMozart, avec ses quatre morceaux, l'allégro, l'adagio, le scherzo ou le menuet\net le finale d'un mouvement vif. Ce troisième morceau a été pour M. Reber\nun prétexte à innovation dans chacune des quatre symphonies. Celui de la\npremière en ré mineur est un scherzo à deux temps, léger, preste, étincelant,\ndans le genre de ceux de Mendelssohn; dans la seconde en ut , le scherzo est\nremplacé par un morceau d'un mouvement un peu animé à trois temps, de\nla famille des menuets de Mozart et de Haydn. Dans la troisième, en mi bémol,\nc'est un menuet grave dont le mouvement et le caractère sont précisément\nceux de Fair de danse qui dans l'origine prit ce nom. M. Reber a donc réin-\ntégré dans la symphonie le menuet lent, le vrai menuet essentiellement"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "131", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.35", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\ndifférent du menuet a mouvement rapide de Haydn et de Mozart, et dont\ncelui de 1 Armide de Gluck est resté le modèle. C'est là son innovation jointe\na celle d avoir donne, dans chacune de ses symphonies, un spécimen des di-\nvers genres des trois mouvements adoptés successivement par les maîtres, car\ncelui de la quatrième symphonie, en sol majeur, est un scherzo à trois temps\nbrefs comme le scherzo de Beethoven.\nC est de la musique archaïque. Mais il faut louer M. Reber d'avoir, par\nson concert donné au Conservatoire, protesté contre la meurtrière inertie de\nnos directeurs du théâtre de musique, subventionnés pour produire à la scène\n1 œuvre des compositeurs français, et qui emploient toute leur habileté à an-\nnuler, à anéantir la sève naissante de nos musiciens. Si nous n'avons plus d'école\nmusicale pour le théâtre en France, ce sont eux qui sont les coupables.\nAu milieu de cette pénurie, il nous faut signaler cependant l'œuvre très\nbelle de M. Vaucorbeil qui a été déjà plusieurs fois applaudie au Conserva-\ntoire, là une composition élevée, une musique traversée d'un\nsouffle dramatique puissant et généreux. Mademoiselle Krauss l'interprète\nadmirablement, mais combien la musique de M. Vaucorbeil lui rend facile\nle succès! Nous voudrions applaudir au Grand-Opéra cette scène lyrique de la\nMort de Diane. Elle n'y serait pas déplacée à côté des belles compositions de\nGluck et de Meyerbeer, et mademoiselle Krauss pourrait, là, déployer sa tête\nexpressive qu'on dirait rêvée par Delacroix, lorsqu'il dessinait les femmes\nterribles de Shakespeare. Les paroles de la Mort de Diane sont signées Henri\nde Lacretelle. Elles pourraient être signées du nom de Lamartine. M. de\nLacretelle est un poète.\n\nMaurice Cristal."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "132", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.36", "texte": "REVUE DES THÉATRES LYRIQUES\n\nOPÉRA : Reprise des Huguenots. Mademoiselle Krauss dans le rôle de Valentine.\nOPÉRA-COMIQUE : Nouvelle audition de la Messe de Requiem de Verdi. RENAIS-\nSANCE : Première représentation de la Reine Indigo, opéra bouffe en trois actes,\nparoles de MM. Adolphe Jaime et Victor Wilder, musique de M. Johann Strauss.\nFOLIES-DRAMATIQUES : Première représentation d'Alice de Nevers, opéra fantai-\nsiste en trois actes, paroles et musique de M. Hervé.\n'OPÉRA a donné l'autre semaine la reprise des Hugue-\nnots3 et, sans crainte de passer pour un vil flatteur, on\npeut hardiment avancer que cette soirée est Tune des\nmeilleures auxquelles les vrais amateurs aient pu assis-\nter depuis l'ouverture de la nouvelle salle. Au point\nde vue de l'ensemble aussi bien que des détails, la re-\nprésentation a été véritablement remarquable, et il était facile de pres-\nsentir ce résultat rien que par l'annonce de la distribution de l'ouvrage,\ndistribution telle que depuis longtemps on n'en avait vu de pareille. La\nvoici : Valentine, mademoiselle Krauss ; Marguerite, madame Miolan-\nCarvalho; le page, mademoiselle Daram ; Raoul, M. Villaret ; Saint-\nBris, M. Gailhard; Nevers, M. Faure ; Marcel, M. Belval. On voit que\nM. Halanzier avait mis le meilleur de sa troupe au service du chef-\nd'œuvre de Meyerbeer, n'hésitant pas même à faire chanter Nevers par\nM. Faure, bien que cet artiste ne puisse exercer directe sur\nla recette dans un rôle aussi secondaire ; mais c'est par de tels moyens\nqu'on obtient des exécutions d'ensemble excellentes, et c'est à ce prix\nqu'un théâtre soucieux de ses traditions et de son honneur artistique at-"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "133", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.37", "texte": "REVUE DES THÉÂTRES LYRIQUES\n\ntire -et retient la foule ; c'est de cette façon enfin qu'on désarme les ri-\ngueurs de la critique et qu'on oblige celle-ci à rendre justice à des efforts\nintelligents.\nLe fait est que la reprise des Huguenots a produit sur les spectateurs\nla meilleure impression. M. Villaret a retrouvé, pour le rôle de Raoul,\nles plus chauds élans de sa voix si flatteuse et si harmonieusement tim-\nbrée ; celle de M. Gailhard, à l'accent si net, si franc, si vigoureux, convient\nmerveilleusement à la nature du rôle de Saint-Bris, que l'artiste chante\nd'ailleurs en virtuose fort distingué et joue en comédien intelligent;\nM. Belval, malgré ses défaillances, est encore le seul Marcel possible à\nl'heure présente, et d'ailleurs ce n'est que lui rendre justice que de cons-\ntater le talent dont il fait preuve dans ce personnage ; mademoiselle Da-\nram a chanté avec un goût délicat la partie du page, que mademoiselle\nArnaud tenait précédemment d'une façon tout aimable et toute gracieuse.\nQuant à M. Faure et à madame Carvalho, tous deux se sont réellement\nsurpassés et ont obtenu un succès bien mérité.\nMademoiselle Krauss a paru un peu embarrassée dans certains passa-\nges du rôle de Valentine, ce qui n'a pas lieu de surprendre lorsqu'on\nsonge qu'elle l'abordait pour la première fois. Il est certain que la vail-\nlante artiste n'a pas donné, dans cette première soirée, la mesure de sa\nvaleur, et qu'elle n'a pas rempli de tout point les espérances que les ad-\nmirateurs de son talent et je suis du nombre fondaient sur elle àce\nsujet. Elle a eu pourtant de beaux moments, mais certaines hésitations,\ncertaines indécisions, bien excusables d'ailleurs lorsqu'il s'agit d'une\népreuve dé cette importance, l'ont empêchée parfois de se livrer à la puis-\nsance de son tempérament dramatique, et ont diminué l'intensité des\neffets sur lesquels on comptait. Pourtant, on peut être sûr qu'à mesure\nque l'artiste prendra pleine possession de son rôle, elle y trouvera les\néléments d'un grand succès, que son talent véhément, pathétique et pas-\nsionné semblait lui assurer par avance. Je regrette seulement que made-\nmoiselle Krauss n'ait pas cru devoir rétablir la jolie romance du qua-\ntrième acte, d'un si heureux caractère, et qu'on a pris la fâcheuse habi-\ntude de supprimer depuis longtemps. Il lui appartenait de nous faire\ncette restitution qui eût été certainement bien accueillie.\nTandis que l'Opéra reprenait les Huguenots, l'Opéra-Comique, de\nson côté, reprenait, avec tout le soin possible , les exécutions de la\nsuperbe messe de Requiem de M. Verdi. Nous y avons retrouvé les\ndeux incomparables chanteuses, mesdames Stolz et Waldmann qui, l'an\npassé, y avaient obtenu un si éclatant succès ; mais les deux interprètes\nmasculins étaient cette fois changesi et cette modification dans l'exécu**"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "134", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.38", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ntion est tout à fait, il faut le dire, à l'avantage de l'œuvre. Le nouveau\nténor, M. Masini, est doué d'une voix excellente, à la fois pénétrante et\nchaude_, qu'il sait gouverner avec habileté ; il chante avec adresse, avec\ngoût, avec style, et sait mettre en relief avec autant de talent les passages\nde force et de vigueur qu'il fait ressortir avec charme tout ce qui est\ndoux, tendre et caressant. Le basso cantante, M. Medini, possède un\norgane puissant, sonore, vigoureux, qui résonne à merveille dans une\ntelle musique, et qui vient compléter un ensemble excellent.\nL'exécution, dirigée cette fois encore par M. Verdi, et dirigée d'une\nfaçon admirable, est d'ailleurs parfaite en toutes ses parties et ne laisse\nrien à souhaiter. Elle fait merveilleusement saillir les beautés resplen-\ndissantes de l'œuvre, de cette œuvre qui semble compléter l'évolution\nque le génie de M. Verdi a commencé à accomplir depuis que le compo-\nsiteur est venu travailler pour la France, c'est-à-dire depuis l'époque où\nil a remanié d'une façon si importante son Macbeth italien pour le trans-\nporter sur notre Théâtre-Lyrique. Bien que cet ouvrage n'ait obtenu\nchez nous qu'un succès contestable, je le considère, pour ma part,\ncomme une production fort remarquable qui n'a pas été comprise et\nappréciée à sa juste valeur, et qui devra marquer une époque dans l'his-\ntoire de la carrière du maître. C'est à partir du Macbeth français que de\nnouvelles préoccupations semblent s'être emparées de M. Verdi, que\nl'évolution dont je parlais a commencé à s'opérer dans sa manière, évolu-\ntion dont le résultat a été comme la recherche et la découverte, par lui,\nd'une sorte de poétique musicale nouvelle , basée sur des principes\nrationnels qui jusqu'alors avaient paru lui échapper. C'est à partir de ce\nmoment que M. Verdi a subi l'influence française, qu'il a apporté plus\nde soin, de recherche, de variété dans ses compositions, qu'il a éprouvé\nenfin ce qu'ont éprouvé jadis tant de grands artistes étrangers : Gluck,\nPiccinni, Cherubini, Spontini, Rossini et Meyerbeer. Après Macbeth est\nvenu Don Carlos, qui accusait davantage encore cette tendance nou-\nvelle, puis cette belle partition iïAïda, si chaude, si brillante et si\ncolorée, et enfin la messe du Requiem, qui montre son vigoureux génie\ndans tout son épanouissement, dans toute sa plénitude, dans tout son\nrayonnement. Je serais bien étonné si M. Verdi ne convenait pas lui-\nmême de ce fait, qui est tout à sa louange, et s'il ne confessait pas qu'il\ndoit quelque chose à cette France, que quelques-uns prétendent si peu\nmusicale, et qui est le creuset dans lequel sont venues, de toutes les\nparties cle l'Europe, se fondre }es œuvres les plus merveilleuses, les plus\nadmirables et les plus accomplies. Quoi qu'il en soit, sa messe a produit,\ncette fois encore, l'impression la plus profonde et la plus vive, et le public"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "135", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.39", "texte": "REVUE DES THÉÂTRES LYRIQUES\n\nl'a applaudie et acclamée avec le même enthousiasme que précédem-\nment ; ce qui prouve bien qu'il existe encore chez nous des esprits dis-\ntingués sur lesquels ont prise les oeuvres nobles, saines et poétiques.\nPasser sans transition de la messe de Requiem à 1a... chose intitulée\nAlice de Neversest affaire assez délicate; je m'y résigne cependant,\ndésespérant d'en trouver une à peu près satisfaisante.\nn'est ni un opéra comique, ni un opéra romantique, ni un opéra bouffe,\nni une opérette, ni un opéra tout court. C'est, comme l'affiche a pu vous\nl'apprendre, un « opéra fantaisiste, » dont M. Hervé est à la fois\nl'auteur, le compositeur et le principal interprète. Cet opéra fantaisiste a\ndéjà donné lieu à des polémiques assez vives entre certains journaux, qui\nl'ont durement malmené, et M. Hervé, qui l'a défendu avec une ardeur\ntoute paternelle. La galerie s'est contentée de contempler les lutteurs et\nde marquer les coups, sans prendre part à cet échange d'aménités. Tout\nporte à croire, cependant, que le succès sera des plus\nmodérés, et que 1' « œuvre» aura de la peine à devenir centenaire, comme\nquelques-unes de ses aînées.\nPourquoi donc ? Est-ce que cette infortunée vaut moins que\nVŒU crevé,que Chilpéric, que le P Faust et autres calembredaines\nejusdem farinœ ? Mon Dieu, non, et c'est toujours, de la part de l'auteur,\nle même genre, le même style et le même procédé. Mais voilà justement;\nce procédé, qui n'est qu'un procédé, finit par s'user àla longue, et comme\nil n'a point de côtés renouvelables, le public s'en fatigue et finit par le\ntrouver insupportable. On ira bien voir une première fois une maison\nde fous, et l'on pourra, quoique ce spectacle soit peu réjouissant, s'a-\nmuser un instant des contorsions et des grimaces de quelques mania-\nques ; la distraction paraîtra moins agréable une seconde fois, et la troi-\nsième elle provoquera l'écœurement et causera des nausées. Voilà ce que\nM. Hervé n'a pas su comprendre, et pourquoi il a échoué là où il avait\nréussi précédemment : sa pièce semble avoir été faite à Bicêtre, et le pu-\nblic a assez de ses premières visites à cet établissement.\nLa musique n'a pu sauver ce poème par trop insensé, bien qu'on y\nrencontre un certain nombre de morceaux agréables et quelques-uns de\nces motifs aimables comme M. Hervé sait en trouver. Mais elle n'est pas\nassez complètement réussie pour faire passer condamnation sur les vices\ndu livret, et d'ailleurs la musette de l'auteur de toujours bien\nde la peine àse soutenir pendant trois actes entiers. On peut citer cepen-\ndant quelques numéros de la partition : au premier acte, le chœur des"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "136", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.40", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ncourtisans, un madrigal cPun assez joli effet, et un finale mouvementé ;\nau second, un entr'acte en forme de valse, un grand trio qui est une sorte\nde parodie du style de l'opéra sérieux, et une villanelle d'un tour aima-\nble; enfin, au troisième, une chanson vraiment amusante, qu'on pour-\nrait appeler la chanson des gifles, et qu'on a voulu entendre jusqu'à\ntrois fois.—Malgré cela, je le répète, Alice de Nevers ne paraît pas appe-\nlée à un succès durable, bien que la pièce soit très bien jouée de la part\nde mademoiselle Desclauzas, et suffisamment de la part de MM. Hervé,\nMilher, Emmanuel, de mesdemoiselles Marie Périer et Raphaël.\nEt tandis que les Folies-Dramatiques continuaient, avec Alice de\nNevers, la série des succès... contestés qu'elles ont successivement rem-\nportés avec la Belle Bourbonnaise, la Fiancée du roi de Garbe, la Blan-\nchisseuse de Berg-op-Zoom et Clair-de-Lune, la Renaissance obtenait\nun triomphe éclatant avec la Reine Indigo et conjurait ainsi le guignon\nqui semblait s'attacher à elle depuis si longtemps. Pourquoi le Capitole\nd'un côté, et de l'autre la roche Tarpéienne ? Je ne saurais trop le dire,\ncar la supériorité d'une œuvre sur l'autre ne me paraît pas tellement dé-\nmontrée qu'elle puisse justifier cette différence de fortune. Il est des cas\noù l'analyse des jugements du public est chose bien difficile, et celui-ci\nest assurément du nombre. Le poème de la Reine Indigo est-il donc telle-\nment supérieur à çelui d'Alice de Nevers, que Yun puisse paraître un\nchef-d'œuvre lorsque l'autre ne semble devoir exciter que le dédain ? Cela\nn'est pas tout à fait mon avis, et la pièce traduite et arrangée par MM.\nJaime et Wilder (car il ne faut pas les rendre plus coupables qu'ils ne le\nsont) manque d'un bon nombre des qualités qui constituent une bonne\nœuvre dramatique, et en premier lieu de l'intérêt, qui est l'essence même\nde toute production théâtrale. Est-ce donc alors que la partition est une\nde ces œuvres hors ligne, qui vous classent aussitôt un artiste et lui\ndonnent son rang dans la hiérarchie musicale? Je n'oserais pas, je l'avoue,\nhasarder semblable affirmation.\nMais après tout, cependant, il est certain que c'est la musique qui fait\nle succès de l'ouvrage. L'opérette, on le sait, est un genre tout particu-\nlier, qui consiste surtout à faire chanter de la musique dansante. Or,\nrien n'est plus dansant d'un bout à l'autre que la partition de la Reine\nIndigo ; rhythmes de valses, de polkas, de quadrilles, on y trouve de\ntout cela à foison, et si l'on reconnaît d'ailleurs, ce qui est de toute\njustice, que cette musique est généralement distinguée, qu'elle joint à\nune allure aimable cet entrain, cette verve ? ce diable au corps qui"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "137", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.41", "texte": "REVUE DES THEATRES LYRIQUES\n\ndonnent des titillations aux jambes Jes plus rebelles et provoquent la\ngaîté dans les esprits les plus moroses, on comprendra qu'elle renferme\npar excellence les qualités parisiennes qui font le succès de l'opérette, et\nque sa réussite, après tout,, n'a rien que de fort naturel. Mais peut-être\nn'était-il pas besoin d'aller chercher M. Johann Strauss pour obtenir un\ntel résultat, et aurions-nous pu trouver parmi nous quelques musiciens\nparfaitement aptes à atteindre le résultat cherché. Pour ne citer qu'un\nnom, je crois M. Métra absolument capable d'écrire une partition de ce\ngenre et de l'écrire à souhait; il est vrai que M. Métra a le tort d'être\nFrançais et de vivre\nSur les prés fleuris\nQii arrose la Seine,\nau lieu d'être né sur les rives du Danube. C'est là un grand tort, même\nà l'époque où nous sommes, même en un temps où les Français\ndevraient un peu se serrer les coudes et songer un peu plus à eux\nqu'aux étrangers. Je ne voudrais point passer pour un esprit chagrin ni\npour un exclusif quand même, mais je suis d'avis que lorsque les grandes\nquestions d'art ne sont pas en jeu ; que lorsqu'il n'est point question de\nproduire et de faire connaître au monde un de ces chefs-d'œuvre qui\n*\nfont époque dans l'histoire de l'esprit humain ; que lorsqu'il ne s'agit\nque de grâce, de coquetterie, d'amabilité, d'esprit, nous avons grand\ntort de nous en aller chercher au loin ce que nous trouverions si facile-\nment et si aisément chez nous.\nCes réflexions faites, il ne m'en coûtera rien d'avouer que la Reine\nIndigo est jouée et chantée d'une façon très satisfaisante par mesdemoi-\nselles Zulma Bouffar et Alphonsine, par MM. Vauthier, Félix Puget et\nJules Daniel; que l'orchestre est dirigé avec beaucoup de talent par\nM. Charles Constantin, et qu'enfin la pièce a été montée par M. Hostein\navec un luxe du meilleur goût.\nAinsi soit-il !\n\nO. LE TRIOUX."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "138", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.42", "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nFAITS DIVERS\nous ce titre : La Comédie à la Cour de Louis XVI, le théâtre\nde la reine à Trianon, notre collaborateur Adolphe Jullien\nvient de faire paraître en brochure (chez Baur) un travail\nimportant, publié d'abord à la Revue de France et qui forme\npendant à son Histoire du Théâtre de Madame de Pompa-\ndour, dont la Chronique Musicale a eu la primeur. Ce su-\njet, pour,n'être pas inexploré, était encore tout nouveau ; car, si l'on rencon-\ntrait nombre de légers aperçus, tous copiés l'un sur l'autre, il n'existait pas\nd'annales complètes et précises du Théâtre de Trianon. Les écrivains mêmes\nque ce sujet aurait pu tenter, comme M. de Lescure où les frères de Goncourt,\nn'avaient guère fait que l'esquisser d'un trait rapide. M. Ad. Jullien a donc\nentrepris de retracer Phistoire de' ce théâtre avec tous les développements\nqu'elle mérite, de façon à restituer à ces spectacles intimes leur véritable\nphysionomie politique et artistique, comme il avait déjà fait pour la troupe\nparticulière de madame de Pompadour. Pour reconstituer de la façon la plus\ncomplète les annales du théâtre de la reine, qui était, comme celui de la fa-\nvorite, organisé à l'exemple des grands spectacles de la capitale, l'auteur ne\ns'est pas contenté de dépouiller tous les mémoires, et écrits du temps, il a\naussi largement puisé dans la correspondance secrète du comte de Mercy-\nArgenteau avec Marie-Thérèse, que MM. d'Arneth et Geoffroy ont publiée\ntout dernièrement, et aussi dans les papiers autographes des Menus-Plaisirs,\nconservés aux Archives de l'Etat, qui permettent de connaître la dépense de\nces spectacles et leur organisation détaillée. C'est ainsi qu'on y voit la reine\nprésidant elle-même à la confection d'un décor, faisant office de décorateur\net de machiniste en chef, surveillant en personne toutes les parties de la re-\nprésentation gardant sur ses plaisirs un gouvernement absolu et se montrant\ntrès jalouse de cette autorité, qu'elle exerçait d'ailleurs avec une douceur\naffectueuse. La première représentation eut lieu le ier août 1780 avec la Ga-\ngeure imprévue et le Roi et le Fermier, et la dernière, le 19 août 1785, avec\nla comédie le Barbier de Séville, La troupe royale ne comptait guère qu'une\nquinzaine d'artistes : la reine d'abord, puis madame Elisabeth, la comtesse\nDiane de Polignac, la duchesse de Guiche, le comte d'Artois, le comte d'A-\ndhémar, le comte de Vaudreuil, le duc de Guiche, M. de Crussol, le comte\nEsterhazy, etc., qui jouaient à volonté l'opéra comique et la comédie, en"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "139", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.43", "texte": "VARIA\n\nchoisissant de préférence des pièces assez faciles vingt-cinq au plus ;\nl'orchestre était très restreint pour ne pas couvrir la petite voix des chanteurs,\net il n'y avait pas de chœurs. A ceux qui lui reprochaient son dédain de l'éti-\nquette et ses goûts dramatiques, la reine répondait en riant cette parole de\nmadame de Maintenon :Je suis sur un théâtre, il faut bien ou'on me siffle ou\nqu'on m'applaudisse. Et il paraît que, sans se permettre de la siffler, le pu-\nblic peu indulgent ne se gênait pas pour critiquer la femme et la reine sous\nla comédienne.\nL'Académie des beaux-arts vient de nommer M. Rubinstein membre\ncorrespondant de sa section de musique, en remplacement de M. Daus-\nsoigne-Méhul, petit-neveu du compositeur Méhul, qu'elle vient de perdre\nrécemment.\nLa conférence des avocats a résolu une question sur laquelle la Cour\nd'appel avait déjà statué Tannée dernière. Il s'agissait de savoir si un libret-\ntiste ale droit de faire représenter un opéra dont il a écrit le poème, sans\nl'aveu ou malgré la résistance du musicien qui en a composé la musi-\nque. On sait que cette question a été discutée à fond, à propos du procès\nintenté par M. Th. Sauvage à M. Ambroise Thomas, refusant d'autoriser la\nreprésentation de Gille et Gillotin. La Cour donna raison au librettiste. La\nconférence s'est prononcée dans le même sens. Voilà un nouvel avertisse-\nment donné aux compositeurs qui vont se trouver dans l'obligation désormais\nde signer un traité préalable avec leurs librettistes, afin de ne pouvoir être\ncontraints à laisser interpréter leurs partitions dans de mauvaises conditions.\nVoici quelques nouveaux détails sur les fêtes qui se préparent à Rouen\npour célébrer la mémoire de Boieldieu :\n« Après avoir décidé qu'il y aurait trois jours de fête : i° un concours de\nsociétés chorales ; 20 un spectacle ; 3° un festival où ne seront exécutées que\ndes œuvres de Boieldieu, la Commission d'organisation s'est occupée de la\ncomposition du programme de la journée. Le spectacle, qui doit avoir lieu\nle second jour, se composera du Nouveau Seigneur, du second acte de la Dame\nBlanche, et d'un acte des Deux Nuits. On sera peut-être surpris de voir\nfigurer sur le programme les Deux Nuits, ouvrage qui n'obtint à Paris qu'un\ndemi-succès, mais l'étonnement cessera lorsqu'on saura que cet opéra, le\ndernier qu'il ait composé, a été dédié par Boieldieu à la ville de Rouen.\nDans le Nouveau Seigneur, c'est M. Barré, de l'Opéra-Comique, qui jouera\nle principal rôle. Le second acte de la Dame Blanche sera chanté par\nM. Léon Achard et madame Brunet-Lafleur. On assure que dans le festival\ndu troisième jour on entendra M. Poultier, le chanteur tonnelier qui obtint\nun si grand succès à Paris, il y aune trentaine d'années. »\nM. Hector Salomon termine en ce moment la musique d'un opéra en\ncinq actes : Bianca Capello, paroles de M. Jules Barbier.\n—M. Jules Claretie, notre collaborateur, vient de publier sur Camille\nDesmoulins un livre considérable à tous égards. Nous en détachons la page"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "140", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.44", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nqu'on va lire et qui retrace en prose ardente les frémissements du Paris\nde r/92, lorsque l'hymne de Rouget de Lisle y retentit pour la première\nfois :\n« Un soir, un soir d'orage, le crépuscule venu, tandis que Louis et la\nReine songeaient, sous une atmosphère lourde et pleine de soufre, un chant\ninconnu, superbe, effrayant, grandiose, —et que les parodies de 1870 n'ont\npu ridiculiser, avait éclaté dans la nuit. Le Roi était demeuré étonné,\nla Reine avait tressailli. Ce qu'ils entendaient , ils ne l'avaient entendu\njamais. C'était quelque chose d'inouï et d'irrésistible, une immense menace,\nle cri d'une nation poussée à bout, le coup de clairon d'un peuple qui\ns'arme, l'appel de la liberté et de la délivrance, le hennissement victorieux\ndu coursier trop longtemps dompté qui se relève et secoue ses maîtres ;\nc'était le grand refrain national, la grande chanson de la France libre; c'était\nla Marseillaise.\n« La Marseillaise, ce chant de la Révolution en armes, comme le Chant\ndu Départ en est l'hymne de gloire pompeux, comme le Ça ira en est le\nrugissement sinistre ; la Marseillaise, faite pour la frontière, le Chant du\nDépart pour le champ de Mars, et le Ça ira pour le ruisseau.\n« Que devait penser la Reine à ces accords farouches? Ce n'était plus pour\nelle le soupir du clavecin, entendu à travers les pins de Schœnbrunn, ce\nn'étaient plus les airs suisses du Pauvre Jacques, à Trianon, ce n'était plus\nla romance de Rousseau, le Devin du village, ou les hymnes royalistes de\nGrétry; c'était la marche militaire que chantaient en entrant dans Paris les\nfédérés marseillais, et qu'ils venaient lancer, en faisant trembler les vitres\ndu château, sous les fenêtres des Tuileries :\nAllons enfants de la patrie,\nLe jour de gloire est arrivé!\n« Et, farouches, menaçants, indomptables, les Marseillais, que les spadas-\nsins du comte d'Anglemont avaient juré de tuer un à un à coups d'épée,\nchantaient la chanson nationale, éclatante comme un son de cuivre.\n« Marie-Antoinette et Louis XVI se sentirent perdus dès ce soir d'août. »\nM. Cœdès, le compositeur de la Belle Bourbonnaise, travaille en ce\nmoment à la musique d'un opéra comique destiné à la salle Favart, et portant\nce titre : la Grande Demoiselle.\nMardi, 18 mai prochain, à la salle Ventadour, au profit de la Société\nde prévoyance et de secours mutuels d'Alsace-Lorraine, aura lieu une magni-\nfique audition du Christophe Colomb, de Félicien David, avec soli, chœurs\net orchestre, sous la direction de J. Danbé.\nCette œuvre sera précédée de l'exécution de la fantaisie à deux pianos, de\nSaint-Saens, par M. et madame Alfred Jaell, et de l'ouverture de Sardana-\npale, de M. V. Joncières.\nLa composition d'une cantate est mise au concours pour le 400e anni-\nversaire de la bataille de Morat, où les Suisses furent vainqueurs de Charles\nle Téméraire, Des prix de 300 et de 200 francs seront attribués aux deui"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "141", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.45", "texte": "VARIA\n\nmeilleures partitions. Deux textes (allemands) sont mis à la disposition des\nconcurrents, qui peuvent s'adresser au curé de Morat (canton de Fribourg).\nLe terme fixé pour la remise des partitions est le 3f juillet 1875.\nTrois jurés adjoints ont été désignés par rAcadémie des beaux-arts\npour le jugement du grand concours de composition musicale ; ce sont :\nMM. Boulanger, Reyer et Semet.— Les jurés de droit sont les six membres\nde la section de musique de l'Académie, MM. Ambroise Thomas, Reber,\nF. David, Ch. Gounod, Victor Massé et F. Bazin.\nVerdi vient d'être nommé commandeur de la Légion-d'Honneur. Les\ninsignes lui ont été remis pendant l'exécution de son Requiem, à l'Opéra*-\nComique.\n<r\nNotre collaborateur, M. Charles Nuitter, vient de perdre son père,\nM. Truinet. Modèle de piété filiale, M. Nuitter a été bien cruellement\néprouvé, et la Chronique musicale s'associe à sa douleur. Nous empruntons\nà notre confrère M. Oswald, du Gaulois, quelques détails concernant les\nparents du sympathique archiviste de l'Opéra :\n« Le marbre du tombeau qui vient de se fermer sur un des hommes les\nplus aimables et les plus intelligents de Paris, porte une inscription étrange.\nIl nous apprend que la mère de Charles Nuitter était Madeleine Giosi, fille\ndu sculpteur romain Mariano Giosi, qui émigra en France à la suite du Lao-\ncoon et de Y Apollon du Belvédère.\n« Quand ces chefs-d'œuvre devinrent nôtres en vertu du droit de conquête,\nqui est toujours sujet à révision, les républicains de l'an VI jugèrent à propos\nd'en confier le transport et l'installation à l'un des plus savants artistes de\nl'ltalie. Ils choisirent Mariano Giosi, qui prit goût à la France, s'y établit\nsans esprit de retour et y appela sa famille. Voilà comment une Romaine\népousa un Français de vieille bourgeoisie, Parisien de la rue Fromenteau, et\ndota notre pays d'un lettré sui generis qui, dans ses créations les plus pari-\nsiennes, a conservé le culte de l'art antique et certaine tradition des maîtres.\nNous empruntons le curieux morceau qu'on va lire à un rapport daté de\nl'an VI.\nLes commissaires du gouvernement français pour la recherche des objets de\nsciences et d'arts en Italie aux administrateurs du Muséum des arts à Pans :\n« Lorsque nous avons reçu le mémoire que vous nous avez adressé sur le\nbesoin que le Muséum des arts éprouve d'un artiste exercé à mettre les\npièces et à faire les joints aux statues antiques qui sont en restauration, et\nSur la nécessité de procurer au Muséum des blocs ou fragments de marbre\ngrec propres à restaurer et les statues que nous possédons et celles que nous\nexpédions actuellement en France, nous avions déjà rempli les vues qu'il\nrenferme.\n« Nous avons engagé le sieur Mariano, le meilleur artiste de Rome en ce\ngenre. Il est actuellement en route avec le second envoi des statues que nous\navons expédié pour Livourne, et dont Y Apollon et le Laocoon font partie."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "142", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.46", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\n« Il ne doit pas perdre de vue ces deux objets précieux, dont il a suivi ren-\ncaissement, et il doit les accompagner jusqu'à Paris.\n« Un de nos collègues, qui surveille ce convoi jusqu'à Livourne, rend un\ncompte très avantageux du zèle et des soins de cet artiste.\n« Nous croyons qu'il sera nécessaire de l'attacher au Muséum des arts par\ndes appointements fixes qui lui permettent de faire venir sa femme et ses en-\nfants, qu'il a laissés à Rome.\nSigné : MONGE, BARTHÉLÉMY, MOITTE.\nMadame Caroline Van den Heuvel, née Duprez, vient de mourir à Pau,\noù elle était allée chercher un adoucissement aux souffrances dont elle était\natteinte depuis plusieurs années.\nNée à Florence en 1832, elle suivit ses parents en France, et reçut, jus-\nqu'en 1848, les leçons de son père. A cette époque, elle s'engagea dans la\ntroupe lyrique avec laquelle M. G. Duprez parcourait la province, et débuta\nenfin aux Italiens dans la Sonnambula, en octobre iSSo.\nLa délicatesse de son organisation l'écarta momentanément du théâtre.\nElle conclut deux engagements de quelques mois à Bruxelles et à Londres.\nEn 1852, elle parut au Théâtre-Lyrique dans Juanita\\ puis à l'Opéra-\nComique, dans Marco Spada.\nDès lors, attachée à la fortune de ce théâtre, elle y créa successivement,\navec un remarquable succès, le rôle de Catherine, dans YEtoile du Nord ;\nde Jenny Bell, dans la pièce de ce nom ; de Simonne, dans les Saisons.\nEn i 856, elle épousa M. Amédée Van den Heuvel, musicien de l'or-\nchestre de l'Opéra. L'année suivante, elle résilia son engagement pour\npasser au Théâtre-Lyrique, où elle joua les Noces de Figaro.\nElle parut ensuite (1860) à l'Opéra, où elle ne resta pas longtemps, et\nqu'elle quitta pour la province, qui lui valut encore quelques triomphes.\nDepuis plusieurs années, la santé chancelante de madame Van den Heuvel\nl'avait tenue éloignée du théâtre.\nNous apprenons encore la mort du chanteur de l'Opéra-Comique ,\nCouderc, et celle de M. Alphonse Royer, ancien directeur de l'Opéra.\nLe monument élevé à la mémoire d'Amédée Méreaux, à Rouen, a été\ninauguré le 25 avril. A cette solennité assistaient les autorités de la ville,\ntous les artistes rouennais, et à leur tête MM. Lucien Dautresme et l'ancien\nténor de l'Opéra, Poultier, l'un et l'autre élèves de Méreaux, ainsi qu'un\ntrès grand nombre d'amis de ce maître regretté. Un discours ému de M. Dau-\ntresme a trouvé de l'écho dans la foule sympathique et recueillie qui entou-\nrait le monument funéraire. La musique municipale a exécuté plusieurs\nmorceaux de circonstance, une marche funèbre et des fragments du Stabat\nMater, de Rossini.\nANGERS. Notre correspondant angevin nous adresse la note suivante sur\nla Branche de genêt, opéra comique en un acte, paroles de J. Rogeron, mu-\nsique de M. Febvre, qui vient d'être représenté au Théâtre d'Angers:\n« Pendant que Paris n'envoie à la province que des opérettes, les compo-"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "143", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.47", "texte": "VARIA\n\nsiteurs inconnus travaillent et tont représenter sur les scènes de nos départe-\nments des œuvres d une valeur réelle. Depuis quelques années, ce monument\nde décentralisation artistique est très apparent. Toutes les fois qu'il se trouve\nun directeur habile et audacieux, une œuvre nouvelle se révèle.\n« Grâce au bon vouloir et à l'intelligence de M. Mardi, directeur du théâ-\ntre d'Angers, le public angevin a assisté cette semaine à une véritable-pre-\nmière, celle de la Brauche de genêt, opéra comique en un acte.\n« Nous ne dirons rien du poëme insignifiant. La musique a une autre\nvaleur et une autre portée. Le compositeur, M. Febvre, n'est point un in-\nconnu pour les amateurs de bonne musique.\nLa partition de la Branche de genêt est écrite dans un style qui ne man-\nque ni de délicatesse, ni d'ampleur. L'orchestration est surtout remarquable.\nC'est plutôt le couronnement d'études longues et patientes que l'œuvre d'un\ndébutant. L'ouverture a vivement impressionné le public qui l'a couvert du-\nnanimes applaudissements. On peut faire au compositeur le reproche d'avoir\nfait trop long. Il y a dans cette partition la musique de deux actes.\n» Les tendances de M. Febvre sont encore un peu confuses : l'expérience\nde la scène les affermira.\n« L'interprétation a été excellente. L'orchestre, habilement mené par M.\nDorlin, a tenu à prouver ses sympathies à l'auteur. MM. Budaut, Descamps\net madame Martrelli ont été vivement applaudis.\n\nNOUVELLES\n\nARIS. —Opéra. On annonce, pour la fin du mois de juin, le Comte\nOry, avec le jeune ténor Vergnet dans le principal rôle.\nLa plupart des journaux ont annoncé rengagement probable\nde la célèbre cantatrice, mademoiselle Waldmann, à qui M. Halanzier avait\nfait des offres très brillantes. Mademoiselle Waldmann vient en effet de\nsigner un engagement avec le directeur du théâtre du Caire !\nOpéra-Comique. L'Opéra-Comique fermera ses portes, cette année, du\ni 5 juin au 15 août.\nCette mesure a été prise par la direction, après autorisation du ministre\ndes Beaux-Arts, qui a mûrement examiné les questions multiples qu'elle\nsoulève : subvention, engagements des artistes, appointements du personnel\nsecondaire, etc.\nUne partie des pensionnaires de M. du Locle sont en pourparlers pour aller\nutiliser leur congé à Vienne.\nSamedi 8 mai, première représentation de l'opéra comique de MM. Le-\ngouvé et Paladilhe, cet ouvrage qui avait été annoncé sous ce titre : Moïana,\nprend celui de lAmour africain. Le sujet est emprunté au Théâtre de Clara\nde Mérimée.\nLe lundi suivant, autre première représentation, celle de Don Mucarade,"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "144", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750501-01.1.48", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\nPropriétaire-Gérant : 04CRJTHUCl{ HEULHOJ\nParis Imprimerie Alcan-Lévy, rue de Latayette, 61*\n\nopéra bouffe en un acte, de MM. Carré et J. Barbier, musique de Boulanger.\nL'Amour africain et Don Mucarade, combinés pour former un spectacle\ncomplet, seront réunis dès leur deuxième représentation, mais la direction\nde TOpéra-Gomique a désiré faire à chacun de ces deux ouvrages les honneurs\nd'une première séparée. Dès mardi, Y Amour africain et Don Mucarade seront\njoués ensemble.\nThéâtre-Ventadour. L'audition de la Tour de Babel, de M. Rubinstein,\nest remise au mardi 4 mai.\nVariétés. « Voici la distribution du Manoir de Pictordu, la nouvelle oné-\nrette de M. Serpette.\nIsidore Flochardet MM. Pradeau\nSaturnin de Pictordu Berthelier\nPopinot Daniel Bac\nMélinard Léonce\nDe la Garenne Schey\nDe la Martingale Gaussine\nEsbrouffette Mesdames Priston\nAmbroisine Flochardet Aline Duval\nVictoire Berthall\nEmilie Donvé\nDelphine E. Martin\nAngélique Ghinassi.\nSalle du Conservatoire. Aujourd'hui à 1 heure 1/2 de l'après midi aura\nlieu, dans la salle du Conservatoire, la première audition de : Le Partisan\nopéra inédit en trois actes de M. le comte d'Osmond.\n\nPour l'article Varia:\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}