{"numero_id": "bm-bmtnabc-1875-05-15-01", "volume": "bmtnabc_1875-05-15_01", "ocr_sha256": "07d56a3fa709073fd5aa654a02356f82b30cecb047ecdc3cac77f5426465a12f", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabc/issues/1875/05/15_01/bmtnabc_1875-05-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabc/issues/1875/05/15_01/bmtnabc_1875-05-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabc-1875-05-15-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-05-15_01#c001", "volume": "bmtnabc_1875-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "[145]", "page_fin": "152", "image_debut": 1, "image_fin": 8, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.2.1", "titre_corps": "MYTHOLOGIE MUSICALE", "titre_sommaire": "MYTHOLOGIE MUSICALE", "signature_source": "S. BLONDEL", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[145]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.1", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 600, "texte": "MYTHOLOGIE MUSICALE\nLES SIRÈNES\n\nI\nN a beaucoup parlé de l'assemblage qui, sous\nle nom ambitieux de Sirène, était exposé, vers\nla fin de l'année 1873, au Palais de l'lndus-\ntrie, parmi les nombreux objets d'art et de\nhaute curiosité rapportés de l'extrême Orient.\nCet assemblage, exécuté au Japon, et dont on\npeut voir des spécimens chez quelques mar-\nchands d antiquités de la capitale, se composait\nde la partie supérieure d'un singe, adroitement\ndéfigurée, et soudée à une queue de poisson desséché recouverte d'écaillés.\nC'est là ce que les naturalistes japonais et chinois, habiles à profiter de"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "146", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.2", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2371, "texte": "la crédulité et de l'ignorance, font passer pour des animaux amphibies\nayant réellement existé, et dont la nature hybride a longtemps surpris\nles amateurs européens.\nIl est démontré aujourd'hui que les Sirènes, quelles aient été fabri-\nquées par les naturalistes orientaux ou inventées par les anciens mytho-\nlogues, sont des êtres imaginaires, ainsi que tous les esprits aquatiques\nque l'on s'est plu de tout temps à grouper autour d'elles.\nQuoi qu'il en soit, la fable des Sirènes est l'une des plus gracieuses que\nnous ait léguées l'antiquité. Outre le sens religieux et philosophique que\nles anciens attachaient au mythe, ils voyaient de plus, dans ce thème\néternellement jeune de la séduction féminine, un prétexte à récits légen-\ndaires, continués ou repris par les conteurs du Moyen Age. La Sirène\nn'apparaît dans le monde réel qu'à la Renaissance, époque des grands\nvoyages et des grandes découvertes ; au rapport de Las Cases, Colomb\naurait joui de la même faveur qu'Ulysse: le célèbre navigateur qui dé-\ncouvrit le Nouveau-Monde aurait vu des Sirènes ! Mais il était réservé\nauxérudits modernes, entre autres à M. Georges Kastner (auquel appar-\ntiennent les recherches les plus récentes sur cette gracieuse fiction envi-\nsagée soit dans les monuments de la Grèce antique, soit dans ceux de\nl'Europe du Nord) (i), d'approfondir non-seulement le mythedes Sirènes\nsous un plus large point de vue, mais encore d'étudier l'histoire naturelle\ndes animaux marins auxquels on a donné un nom qui ne leur convient,\ncomme on le verra plus loin, ni pour la forme corporelle, ni pour le pres-\ntige mélodieux de la voix.\nII\nLes anciens ont émis les opinions les plus diverses sur les noms et le\nnombre des Sirènes, qualifiées par Pindare « d'enchanteresses. » Homère,\ndans F Odyssée, ne parle que de deux Sirènes; Tzetzès se borne à trois,\net enfin Platon, dans son livre de la République, en compte jusqu'à huit.\nD'après le scholiaste d'Homère, Eustathe, Strabon, Pline, Pétrone,\nClaudien, et Servius, le commentateur de Virgile, les noms des Sirènes\nexprimaient généralement des qualités toutes musicales. Ainsi Aglao-\nphone signifiait : « qui a une voix superbe ; » Thelxiopeia, « qui a une\nvoix agréable, douce, flatteuse; » Thelxinoé, « qui adoucit Pâme par le\n\n(1) Les Sirènes, Essai sur les principaux mythes relatifs à etc., Paris>\n1858, in-4°o"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "147", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.3", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2175, "texte": "chant; » Parthénope, « qui a une voix de vierge; » Molpée, « qui\nchante, chanteuse; » Ligéia, « qui chante d'une voix claire et harmo-\nnieuse. » Seule, Leucosie est nommée ainsi à cause de sa blancheur, la\nblancheur donnée à Vénus par Anacréon étant un des attributs de la\nbeauté.\nLes auteurs s'accordent à donner pour père aux Sirènes le fleuve Aché-\nloûs, qui sépare l'Etolie de PArcanie et baigne la ville de Nicopolis.\nNicaise, dans son Discours sur les Sirènes, raconte cette dernière fable\nen détail, d'après les Métamorphoses Mais à la prose naïve de\nce narrateur, nous préférons l'explication de Gerhard : « Les Sirènes, ces\nmuses du chant trompeur, qui se tiennent sur une île aride, ont été en-\ngendrées par Achéloûs qui, vers la mer, diminue en force, et par Stérope,\nou plutôt par l'une des Muses, par la muse du courant har-\nmonieux, ou par Terpsichore, la muse de la danse des ondes, ou bien\nencore par Calliope, c'est-à-dire la muse à la belle voix. »\nLe savant que nous venons de citer fixe, d'après Homère, la résidence\ndes perfides et séduisantes filles d'Achéloûs sur un rocher aride, d'ou?\nsuivant Apollonius de Rhodes, l'auteur des Argonautiques, « elles se\nprécipitent dans la mer profonde. » Quelques auteurs ne parlent que\nd'une seule île ; d'autres, Strabon, Pline, Tacite et Hygin, en mentionnent\ntrois appelées Sirénuses, qu'ils disent avoir été habitées par des Sirènes.\nVoici àce sujet quelques jolis vers d'une traduction de Claudius par un\npoète du dix-septième siècle, cité par Nicaise :\nSur des rochers harmonieuxy\nEntre Scylle et Charybde habitaient les Sirènes,\nDoux tyrans des humides plaines,\nFilles-oiseaux, monstres délicieux,\nDe la mer écueils agréables,\nDes ondes charmantes terreurs ;\nEn vain, tous les vents en fureur,\nLoin de ces rives redoutables,\nPoussaient les malheureux vaisseaux.\nLeur voix, leur seule voix les tirait sur les eaux.\nLe passager, à cette mélodie,\nCessait, pour son retour, de former des désirs :\nSans douleur il perdait la vie,\nIl expirait dans les plaisirs.\nMais la topographie de ce mythe importe peu, dit M. Georges Kast-\nner. « Si, passant du domaine de la fiction dans celui de la réalité, on"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "148", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.4", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2503, "texte": "reconnaît que la fable des Sirènes, comme celle de Charybde et Scylla, a\nété imaginée pour expliquer sous une forme poétique les dangers qui\nattendent les navigateurs sur les mers, ou bien dans un sens philosophi-\nque, les périls que l'homme en cette vie rencontre sur sa route, on s'in-\nquiétera peu de savoir quel est celui des anciens géographes ou historiens\nqui a su le mieux déterminer le lieu de résidence de ces divinité marines.\nIl suffit de constater que des îles et des écueils situés entre l'ltalie et la\nSicile, paraissent avoir tour à tour le privilège d'être rattachés à la fable\ndes Sirènes, et ont été pris tantôt pour le lieu d'habitation de ces subtiles\nenchanteresses_, tantôt pour le résultat même de leurs métamorphoses. »\nOn voit par ce qui précède que les Sirènes ont de toute antiquité rem-\npli le noble rôle de musiciennes célestes indiqué par Platon, et leur\nmagique pouvoir paraît avoir principalement résidé dans la suavité de\nleur voix :\nLa royne blanche comme un lys,\nQui chantait à voix de Sereine,\ndit à cet égard François Villon, dans le troisième couplet de la Ballade\ndes Dames du temps jadis.\nIII\nSi maintenant nous étudions les formes prêtées aux Sirènes par les\nauteurs et les artistes de l'antiquité, on verra que ces antiques virtuoses\nreprésentèrent d'abord des vierges nues ou vêtues, avec ou sans ailes.\nEn effet, les Sirènes des temps homériques joignent, à une forme hu-\nmaine et à un noble aspect, une grandeur, une beauté et une force\nextraordinaires. Au dire de Pausanias, ce ne fut que depuis\nc'est-à-dire depuis le cinquième siècle avant notre ère, que les artistes\nattribuèrent à ces sortes de divinités une physionomie propre à inspirer\nl'effroi. Alors les Sirènes figurèrent tantôt des oiseaux à tête humaine,\ntantôt des vierges à demi oiseaux (pl. I, n° 2.) Il existe du reste un fait\nincontestable, observé par Creuzer, l'auteur de la Symbolique, et par\nson compatriote Gerhard (Choix de peintures de vases antiques) : c'est\nque dans les monuments les plus anciens où les archéologues se croient\nfondés à voir des Sirènes, celles-ci paraissent sous forme d'oiseaux à tête\nde femme ; tandis que sur les monuments d'une antiquité moins recu-\nlée, elles ont la figure de vierges aux ailes d'or, comme celle dont parle\nEuripide dans son Hélène, ou sans ailes, vêtues ou non vêtues quelque-\nfois, avec des jambes couvertes de plumes et des pieds d'oiseaux.\nPlus tard seulement, les Sirènes apparaissent sous les traits de femmes-"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "149", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.5", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2809, "texte": "poissons, comme celles qui habitent l'île de Cabaluse, dans Y Histoire\nvéritable de Lucien (pl. I, nos iet 3.) Cet auteur, qui a parodié tant de\nmythes antiques, entre autres ceux de la Syrie, a peut-être voulu faire allu-\nsion à Dercèto, une des grandes divinités des Syriens, qui, après avoir été\nséduite, se jeta dans un lac près d'Ascalon, et y fut changée en un mons-\ntre qui était femme depuis la ceinture jusqu'en haut et dont la partie\ninférieure, suivant l'inévitable desinit in piscem des Latins, se terminait\npar une queue de poisson. C'est à elle qu'Ovide adresse cette apostro-\nphe : « Doit-elle conter ton aventure, ô Dercèto, nymphe de Babylone,\nqui vis tes membres se revêtir d'écaillés, et qui, depuis ta métamorphose,\ns'il faut en croire les peuples de Syrie, résides au fond des marais ? »\nCette dernière forme, hâtons-nous de le dire, est restée la plus populaire,\net après avoir traversé les siècles, a été de nouveau consacrée par la fantai-\nsie du Moyen-Age et de la Renaissance (pl. I, nos 6, 7et 8). Au seizième\nsiècle, en effet, les Sirènes à queue de poisson étaient souvent repré-\nsentées dans les ouvrages d'art, principalement dans les tentures de\nhaute-lice; c'est pourquoi Rabelais disait plaisamment que la plupart\ndes auteurs n'avaient vu ces sortes d'animaux extraordinaires que dans\nle ce pais de tapisserie. »\nA côté des Sirènes, il faut placer les Océanides, les Néréides, filles\nde l'Océan ; les Potamides, qui présidaient aux fleuves; les Limnades,\nprotectrices des lacs; les Naïades et les Crénées, ou Pégées, déités des\nruisseaux, des sources et des fontaines. Ces dernières, douées comme les\nSirènes de pouvoirs surnaturels, n'étaient cependant point comme celles-\nci des objets de terreur. On les représentait sous les traits de jeunes filles\ngracieuses au front couronné de roseaux ou bien tenant des coquilles.\nLeur innocence toutefois n'égalait point leur beauté : égarées par la pas-\nsion, elles entraînaient dans leur humide empire ceux que leur cœur\navait choisis. Telles étaient la nymphe Salmacis et la gracieuse Naïs,\nchantées par Ovide, dignes sœurs d'Eunicel, Malis et Nichéias, tout\naussi passionnées et non moins perfides, dont Apollonius de Rhodes\nnous a conservé le souvenir.\nQuant aux Tritons, divinités marines du sexe masculin, on les repré-\nsente munis d'une conque avec laquelle ils commandaient aux flots.\nPausanias, dans sa description de la Béotie, raconte que dans le temple\nde Bacchus, à Tanagrée, on voyait à côté de la statue des dieux celle\nd'un Triton. « j'ai vu, ajoute-t-il, parmi les curiosités à Rome, un\nautre Triton qui n'est pas auisi grand que celui des Tanagréens. Ces\nTritons ont la forme suivante : ils ont sur la tête une chevelure sem-\nblable à Tache des marais, Le reste du corps est couvert d'écaillés minces"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "150", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.6", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2462, "texte": "et rudes comme une lime. Ils ont des branchies au-dessous des oreilles,\nun nez d'homme, mais la bouche est beaucoup plus large, avec des\ndents de bête féroce ; leurs yeux sont vert de mer, à ce qu'il semble ; ils\nont des mains, des doigts et des ongles qui ressemblent à l'écaillé supé-\nrieure des huîtres ; sous la poitrine et sous le ventre, au lieu de pieds,\nsont des nageoires pareilles à celles des dauphins. » Pline, le natura-\nliste, dans son IXe livre, affirme gravement l'existence d'un Triton qui,\ndit-il, sonnait d'un gros coquillage en guise de trompette. Elien, au\nXVIe livre de son Histoire des Animaux, nous apprend, après Pline,\nque dans les mers de l'lnde existaient également des Tritons ainsi que\nd énormes poissons de mer dont la figure ressemblait à celle d'une\nfemme. Zahn, l'auteur du Spéculaphysico-mathematico-historica, en\nfournit un dessin (Pl. L, n° 4).\nIV\nLaissons maintenant la Grece et l'Orient, et voyons les métamor-\nphoses qu ont éprouvées les Sirènes classiques dans les mythologies du\nNord ainsi que dans les légendes populaires des XIIIe et XIVe siècles.\nLe Moyen-Age, en s emparant de ce type allégorique, selon M. Georges\nKastner, en altéra la simplicité primitive, et, dans les manuscrits comme\ndans les monuments, montra les Sirènes sous des formes complexes\nqu assombrit encore le sentiment austère de l'art chrétien, tandis que\nles écrivains religieux, d accord cette fois avec les poètes du paganisme,\nfitent de ces divinités la personnification du dangereux attrait des plai-\nsirs sensuels qui perdent lame et la livrent au démon. « Seraines, dit\nun manuscrit du XIIIe siècle de la Bibliothèque nationale, sont uns\nmonstres de mer qui ont cors de famé et coue de poisson et ongles\nd aigle, et si doucement chantent que endorment les mariniers et puis\nles dévorent. »\nLe sombre empire de Thor et d'Odin est peuplé, comme on sait, de\nfantômes bizarres dans lesquels, sous quelques déguisements qu'ils se\ncachent, il est facile de reconnaître des Sirènes ou d'autres divinités\nmarines. Citons d abord les Nixes, originaires de la Thuringe, belles\nnymphes aux cheveux blonds, montrant leur tête gracieuse au-dessus\ndes eaux, dont les flots miroitants dissimulent leur corps terminé en\nqueue de poisson. Quant aux Nix, ils sont loin de ressembler à leurs\nbelles compagnes ; comme les Tritons, ils portent une longue barbe ; ils\nsont coiffés d une lourde coiffure d'algue tressée, et ils n'ouvrent la"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "151", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.7", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2371, "texte": "bouche que pour montrer une redoutable rangée de dents vertes qui\nfont horreur ! A ces êtres malfaisants et perfides dont la voix attire les\nmortels au fond des eaux et que Luther, à l'exemple de Vincent de\nBeauvais, a mentionnés dans ses Propos de table, il faut joindre les\nWillis, nom donné en Serbie aux fantômes des jeunes filles fiancées qui\nmouraient avant leur mariage. Selon la croyance populaire, ces fan-\ntômes blancs et diaphanes forment des danses autour des lacs solitaires.\nPuis viennent les Ondines allemandes, si poétiquement décrites par\nle romancier Frédéric de La Motte-Fouqué, les Roussalkis des pays\nslaves, les Korriganes de la Bretagne, les Water-Kelpis des lacs\nd'Ecosse, les Valkyries ou femmes-cygnes des Scandinaves, et enfin les\nMerminnes ou nymphes marines de la Hollande, véritables sœurs de la\nbrillante Mélusine, mère de Lusignan, que la Chronique de Rains\nmontre peignant ses longs cheveux, tandis que sa queue de poisson\ns'agite dans un bassin (Pl. I, n° 5).\nLes familles françaises de Lusignan, de Saint-Gelais, de La Roche-\nfoucauld, de Lansac et de Laude, qui, d'après Merbitz, se prétendent\nissues de la Mélusine, femme du comte de Poitou, ont encore dans leurs\narmoiries une nymphe aux cheveux épars, nue jusqu'à la ceinture, le\nle reste du corps caché dans un vase rempli d'eau et laissant voir une\nqueue de serpent attachée à son corps ; « telle serait là, ajoute Merbitz,\nl'image de la nymphe Mélusine. »\nLes plus connues, parmi ces fées des eaux, sont sans contredit les\nDames vertes (dame est ici pour fée), sorte de péris du Jura, surtout les\nDames blanches, qui se transformaient en poissons ou en reptiles à des\népoques indéterminées.\nV\nLes anciens, qui accordaient tant de pouvoir à la voix enchanteresse\ndes Sirènes, reconnaissaient également la puissance de leurs accords\nfascinateurs ; aussi leur faisaient-ils jouer de la flûte et de la lyre. Les\nartistes du Moyen-Age remplacèrent ces instruments par ceux en usage\nde leur temps, tels que la saquebute ou trombone, la harpe, la guiterne,\nla viole, le chalumeau, etc., ainsi que nous l'apprend J. de Montlyard (i).\n\n(i) Mythologie ou explication des Fables, œuvre d'éminente doctrine et d'agréable\nlecture, cy-devant traduitte par J. de Montlyard, exactement relue en cette dernière\nédition, et augmentée d'un Traité des Muses, etc., Baudoin, Paris, 1627,"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "152", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.8", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 956, "texte": "En effet, les miniatures et les estampes des XVe XVIe et XVIIe siècles,\nmontrent que tous ces instruments composaient alors l'orchestre surna-\nturel des Sirènes. (Pl. I, nos 6, 7et 8.)\nVI\nQuoi qu'il en soit de ces métamorphoses, le mythe reste toujours le\nmême, et la Sirène, sous quelque forme et sous quelque nom qu'elle se\nmontre, offre le symbole des voluptés décevantes auxquelles l'homme\ns'abandonne parfois ici-bas ; ce qui a fait assimiler la Sirène au Démon :\n« Sirenes Dœmonice, » dit Saint-Basile. Suivons donc le conseil que\ndonne Circé à Ulysse, et si nous rencontrons quelques-unes de ces\nenchanteresses au chant qu'Homère qualifie dt et dont la voix\n« perfide comme l'onde, » selon l'expression de Shakespeare, pourrait\nnous devenir funeste, imitons au plus vite le prudent et courageux fils\nde Laërte: bouchons-nous les oreilles avec delà cire pour triompher\nde leurs embûches !\n(La suite prochainement.)\n\nS. BLONDEL."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-05-15-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-05-15_01#c005", "volume": "bmtnabc_1875-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 9, "image_fin": 9, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.2.2", "titre_corps": "Les Sirénes de l'Antiquité et du Mouen-ñae.", "titre_sommaire": "Les Sirénes de l'Antiquité et du Mouen-ñae.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.9", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 339, "texte": "Les Sirénes de l'Antiquité et du Mouen-ñae.\nS w-f, A _ QZW v .\n%vu <y& {(DtôC.iHtl^^\nll.à._ (Otte fa iJ{<x6ti<ief~(Xcé sJÎ/CCVl&J>j .\nTe.t.. pêijdwo-matêt'inatico Lkiffl)\nf£.<?._ tVune Jltuuatuxey (?&zoviuXU£-JlCUMÔ.\n~ I i»-wiTkniW »w>-v^v'Çiejro\n&MtVUfcOl 10C} /c^zatettàxxM^¥cïSz<lOWip%dC\nHc Jtepbimc .\nfl\". 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Ces observations pourront aider à éclairer les\namateurs de musique qui n'en font point profession, et les mettre à\nmême de juger avec connaissance de cause, d'abord en quoi consiste la\ndifférence entre les deux écoles, ensuite si l'école nouvelle a quelques\nchances de longévité.\nLa principale tendance, la tendance mère, si je puis m'exprimer ainsi,\nde l'école nouvelle, est l'assimilation de la voix aux instruments. Si\nBeethoven et d'autres compositeurs allemands se sont parfois laissé aller\nà cette fausse manière devoir, ce n'a jamais été par système. Mais comme\nils connaissaient mieux le mécanisme des instruments que celui de la\nvoix, et qu'ils pouvaient se livrer à la fougue de leur imagination tout à\nleur aise avec l'immense étendue de sons que leur offraient les instru-\nments à cordes et le piano (qui en outre ne sont arrêtés par aucune\ndifficulté d'intonation), ils se sont trouvés gênés en présence de la dou-\nzaine de notes dont la voix humaine peut disposer dans la généralité des\ncas, et à laquelle il faut encore éviter quantité d'intervalles qui pour-\nraient en compromettre la justesse*"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "154", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.12", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2903, "texte": "Vouloir traiter la voix comme un instrument d'orchestre, fût-ce même\nun instrument à vent, est une erreur profonde. Rien n'est plus dissem-\nblable. Un violon ressemble à un autre violon, une clarinette à une\nautre clarinette, et il n'y a que la supériorité du luthier et la virtuosité\nde l'exécutant qui mettent quelque différence entre des instruments de\nmême nature. Mais un soprano ne ressemble nullement à un autre so-\nprano ni un ténor à un autre ténor. Il y a d'abord la diversité du timbre,\nensuite celle de l'étendue de la voix et de la facilité à en unir les regis-\ntres, puis la variété de puissance de l'organe, enfin le plus ou moins\nd'aptitude naturelle à l'agilité. A celui qui joue du violoncelle ou de la\nflûte il est indifférent de faire une gamme montante ou une gamme des-\ncendante, d'exécuter un trille ou tout autre ornement. Parmi les chan-\nteurs, au contraire, il en est qui ont le trille inné et d'autres qui ne par-\nviennent jamais à l'acquérir, et l'on voit journellement d'excellents vo-\ncalistes qui éprouvent beaucoup plus de peine à faire la gamme mon-\ntante que la gamme descendante, et réciproquement. Enfin, il ne faut\npas perdre de vue qu'une mesure rigoureuse est une qualité très impor-\ntante chez un instrumentiste, et l'est beaucoup moins chez un chanteur,\nparce que tous les instrumentistes, sauf les pianistes, harpistes et orga-\nnistes, jouent ou ont joué dans les orchestres, et que quantité de chan-\nteurs ne chantent ni n'ont jamais chanté dans les chœurs. Malgré tout\nleur talent, je ne répondrais pas que mesdames Patti et Carvalho, que\nMM. Delle-Sedie et Faure fissent de très remarquables chefs d'attaque.\nRègle générale : un chanteur-métronome est un mauvais chanteur.\nUne autre tendance des compositeurs de la nouvelle école est de se\nmoquer ouvertement des règles de l'harmonie, mais d'une façon diffé-\nrente d'autrefois, où tout jeune élève se vantait d'avoir fait deux quintes\nde suite, cc parce qu'il avait voulu les faire. » Faire deux quintes de suite\nest aujourd'hui passé de mode. Le fin du métier consiste à résoudre faus-\nsement les dissonances, à ne point préparer les notes qui doivent l'être\nou à déplacer celles qui ont une place fixe, enfin à mettre àla suite les\nuns des autres des accords qui n'ont entre eux aucune relation de parenté\nni de tonalité. Qu'est-ce en effet qu'un traité d'harmonie? C'est un code\noù sont réunies par ordre toutes les lois qui régissent la syntaxe de la\ncomposition musicale. Si vous abolissez ce code que vous regardez\ncomme suranné, il faut en rédiger un nouveau où se trouveront des lois\net des règles plus conformes aux idées nouvelles, afin que chacun sache\nce qui est permis et ce qui est défendu. Mais si un nouveau code est inu-\ntile ou impossible à établir, si tout peut être permis suivant le tempéra-\nment et le caprice du premier génie venu, il n'y a plus que confusion et"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "155", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.13", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2395, "texte": "anarchie. Voyez la danse. La danse de théâtre a ses règles, ses lois : la\ndanse de salon a les siennes. Si vous voulez vous affranchir des lois de\nl'une et de l'autre, vous tombez dans le cancan. Que les compositeurs\nde l'avenir y prennent garde ! leurs productions ne seront bientôt plus\nqu'un cancan musical, bien moins gai que car le cancan dansé\namuse et le cancan joué ennuiera.\nJ?ai assez parlé des tendances de la nouvelle école. Passons à ses pro-\ncédés .\nPremier procédé. J.-J. Rousseau a signalé l'effet imposant du premier\ncoup d'archet de l'ouverture d'un opéra. Pour ne pas se traîner dans\nl'ornière des movens connus, les Modernes affectent de commencer toutes\nm/ /\nleurs ouvertures ou introductions par un pianissimo. Apparemment\nils considèrent cette manière de débuter comme étant de meilleur ton.\nDeuxième procédé. lls ont un air à accompagner : ils commencent\npar chercher un dessin instrumental d'une seule mesure, mais qui offre\nquelque intérêt. Une fois le dessin trouvé, l'accompagnement de tout\nl'air est fait. Ce dessin haussé, baissé, transposé, modulé, se reproduit\nobstinément pendant tout le temps que dure le morceau, sans que son\nallure soit jamais variée, heureux encore quand l'accompagnement qui\nen résulte n'est pas écrit d'avance, et le chant ajusté sur ce dessin si tra-\nqué et si torturé. Ce n'est pas qu'il ne se rencontre quelques exemples\nde ce genre de procédé dans les anciens compositeurs, témoin Rossini,\ndans l'admirable air de Guillaume Tell : « Sois immobile », et Schubert,\nqui en a usé et abusé dans ses mélodies ; mais il faut convenir que\nmessieurs les Modernes ne trouvent pas tous les jours des inspirations\ntelles que l'air de Guillaume Tell, et que la Religieuse, VAve Maria,\nla Sérénade, le Roi des aulnes et le Départ.\nTroisième procédé. Comme les musiciens de l'avenir font une guerre\nà mort au rhy thme, ils n'ont rien de plus pressé, rien de plus à cœur, lors-\nqu'un chant ou une mélodie leur arrive une fois par hasard, que d'en\ndétruire le rhythme paiT'accompagnement. En conséquence, ils placent\nau-dessous un dessin syncopé, soit d'une mesure à l'autre, soit d'un temps\nfort à un temps faible, et CQ, dans toutes les parties, compris la basse, de\nfaçon à obliger le chanteur à marquer la mesure pour le piano ou l'or-\nchestre, au lieu que ce soit l'orchestre ou le piano qui la marque pour le\nchanteur."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "156", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.14", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2839, "texte": "J'arrive à la manière d'instrumenter de l'école moderne. De tout ce\nqui constitue son bagage, l'art avec lequel les jeunes compositeurs in-\nstrumentent leurs partitions est certainement ce qui laisse le moins de\nprise à la critique, et mérite d'être loué et encouragé. Mais qu'on ne s'y\ntrompe point : l'instrumentation s'apprend et le don de créer des mélo-\ndies ne s'apprend pas. Il est donc bien plus facile d'intéresser avec des\neffets d'orchestre qu'avec des chants neufs et originaux, qui doivent, se-\nlon les circonstances, être simples et jolis, nobles et grands, mais toujours\nbien rhythmés et faciles à retenir. Or, les musiciens de l'avenir n'ayant\npas, du moins la plus grande partie d'entre eux, reçu du ciel le don de la\nmélodie, comme l'ont reçu Rossini, Donizetti, Bellini, Meyerbeer, Hé-\nrold et Auber, pour ne parler que des quasi-contemporains, ont imaginé\nd'abord de tourner en ridicule la carrure des motifs, et ensuite d'affecter\nune sainte horreur pour la banalité. Partant de là, ils enfilent à la suite\nl'une de l'une de l'autre des phrases musicales d'où le rhythme est exclu,\net s'efforcent de rendre baroques, en les dérangeant, le petit nombre de\nmélodies qui leur viennent, de peur qu'on ne les trouve communes.\nQue dans le fond de leur cœur ils admirent ou méprisent Mozart,\nHaydn, Possini et Auber, c'est affaire à eux, et peu nous importe; mais\nils veulent faire autrement qu'eux, et ont la prétention de faire mieux.\nQuoi qu'il en soit, il leur a fallu suppléer aux dons de la nature qui leur\nmanquaient, et ils se sont jetés à corps perdu dans l'instrumentation.\nLeur manie est de chercher des effets. Aujourd'hui, un élève qui a pris\nsa seconde leçon d'instrumentation en est déjà à vouloir trouver des effets-\nd'orchestre, sans songer qu'il faut commencer par écrire pendant six\nmois, un an, deux ans, de la musique courante d'orchestre, avant de se\nrisquer à chercher des effets nouveaux, et que dans telle partition signée\nd'un nom illustre, il ne se trouve souvent pas quatre effets absolument\nneufs. Wagner, qu'ils prennent pour modèle, a le génie de l'instrumen-\ntation, et grâce à ce genre de génie, il fait souvent passer sur l'absence\nde rhythme et de mélodie, bien que la marche du Tannhauser prouve\nqu'il sent la puissance du rhythme tout comme un autre. Mais l'ab-\nsence de rhythme et de mélodie, jointe à l'absence du génie de l'instru-\nmentation, ne produira jamais que des avortons ou des œuvres mort-\nnées.\nLe goût prédominant des modernes consiste à placer la harpe partout,\nà employer la flûte dans ses notes graves, à faire de grandes oppositions\nentre la demi-teinte et le fortissimo, bien que cependant la demi-\nteinte et les sourdines l'emportent généralement chez eux sur la sonorité\npleine. Çà et là ils rencontrent de beaux effets, mais comme ce n'est que"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "157", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.15", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 1152, "texte": "par des modulations constantes qu'ils procèdent et qu'ils développent\nleurs idées musicales, il en résulte qu'ils ne sont propres qu'au genre\nsymphonique, et que leur entente de la scène et leur expression drama-\ntique sont nulles. D'ailleurs, leurs chants (avec paroles) ne sont pour la\nplupart du temps que de la mélopée.\nAinsi donc, le bilan de la nouvelle école peut se dresser ainsi : Actif,\ninstrumentation toujours soignée; quelquefois de beaux effets d'orchestre.\nPassif : négation delà mélodie; abolition du rhythme, révolte constante\ncontre les lois de l'harmonie, absence de charme, aplatissement, ou du\nmoins asservissement de la voix humaine, qui restera toujours le pre-\nmier et le plus beau de tous les instruments, en dépit des efforts des\nModernes et des théories anatomiques des professeurs de chant du jour,\ncontre lesquelles Piermarini s'est si vertement élevé dans la préface de\nson Cours de Chant, dont j'ai rendu compte dans le dernier numéro de\nla Chronique musicale. Une musique écrite dans ces conditions a-t-\n--elle des chances de longévité ? Voilà la question. Le temps la résoudra.\n\nHENRY COHEN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-05-15-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-05-15_01#c013", "volume": "bmtnabc_1875-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "158", "page_fin": "166", "image_debut": 16, "image_fin": 24, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.2.5", "titre_corps": "DE LA GYMNASTIQUE PULMONAIRE CONTRE LA PHTHISIE", "titre_sommaire": "DE LA GYMNASTIQUE PULMONAIRE CONTRE LA PHTHISIE", "signature_source": "Dr V. BURQ", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 16, "page_imprimee": "158", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.16", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 758, "texte": "DE LA\nGYMNASTIQUE PULMONAIRE\nCONTRE LA PHTHISIE\n\n(I)\n[CHAPITRE IV\n( Suite et fin)\nE tableau numéro 2 contient tout ce que nous avons\npu nous procurer relativement aux congés de réforme\net de convalescence accordés respectivement aux sol-\ndats et aux musiciens, dans la même période de vingt-\nsix années. Malgré ses lacunes, il n'est pas moins\nsignificatif. On y voit, en effet, que pendant que la\nphthisie pulmonaire faisait :\ni° Au de 1849 à 1858 inclus, 443 victimes, dont 9\ninstrumentistes ;\n20 A l'hôpital de Versailles, de i 833 à iB5B inclus, 459, dont 3 ins-\ntrumentistes;\nLon délivrait dans le même temps pour phthisie, affection tubercu-\n\n(i) Voir les numéros des iei et i 5 août, i 5 septembre i 5 octobre et i 5 novembre\n1874, et i 5 janvier 1875."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "159", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.17", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2775, "texte": "leuse ou pour bronchite, catarrhe, pleurite, faiblesse de constitution,\nservant à déguiser le diagnostic véritable :\ni° Au Val-de-Grâce 1,112 congés, dont 8 à des instrumentistes;\n20 A l'hôpital de Versailles, 1,786, dont 7 d°.\nTotal 2,898 congés, dont i 5 à des instrumentistes.\nOr ici encore, si les choses se passaient de même chez les soldats et\nchez les musiciens, qu'aurions-nous dû trouver pour ces derniers? un\ntotal de 116 congés, au lieu de i 5 seulement, c'est-à-dire tout près de\n8 fois plus !\nQue faut-il de plus (même en admettant de notre part quelques\nerreurs de pointage, difficiles à éviter dans un travail de si longue ha-\nleine) pour établir manifestement la très grande immunité relative dont\njouissent les joueurs d'instruments à vent par rapport à la phthisie pul-\nmonaire, et forcer à cet endroit les convictions les plus rebelles?... Mais\ncette immunité, nous objectera-t-on, ne serait-il point possible de la\nrapporter à une autre influence? Ne pourrait-on, par exemple, en trou-\nver la cause véritable dans la constitution, dans l'état de santé même,\nou bien dans une meilleure hygiène de ceux qui en bénéficient?... Le\nsôldat, dit Benoiston de Châteauneuf, et cette fois il avait raison, « est\nun homme de choix, le musicien ne Vest pas. » Il est notoire, en effet,\nque 80 fois sur 100 se font musiciens dans Farinée ceux qui, comme le\njeune soldat cité par le docteur Linas, moins robustes de corps ou de cœur\nque leur camarades, veulent échapper aux corvées, aux manœuvres et fac-\ntions, et s'épargner le port des armes dans les marches. Lorsqu'il y a un\ntraînard, un clampin, suivant l'expression consacrée, dans une chambrée,\npour peu que le sujet s'y prête, on en fait un musicien. Voilà pour les\nqualités physiques de l'homme. Quant à l'hygiène du musicien, elle est\ncertainement inférieure, car si sa nourriture ne vaut ni plus ni moins\nque celle du simple soldat, celui-ci a tout au moins le bénéfice d'exercices\nfréquents au grand air, alors que le musicien vit, lui, confiné, durant de\nlongues heures, dans une salle d'étude dont l'oxygène est loin d'être tou-\njours d'une pureté sans égale. Si, plus tard, nous considérons l'élève\nmonté au grade de musicien de deuxième ou première classe, ce n'est\ncertes point non plus ni dans l'atmosphère, ni dans les libations des\nguinguettes et bals publics, où il lui est permis quelquefois d'aller jouer\nde son instrument, que nous trouverons pour lui des conditions d'hy-\ngiène meilleures que celles des sous-officiers auxquels il est alors assimilé,\net qui payent, eux, même tribut que le simple soldat à la phthisie. Si\nl'on était tenté encore de nous objecter que le personnel musical dans\nl'armée se renouvelle moins souvent, et que par conséquent les éléments"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "160", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.18", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2475, "texte": "de notre comparaison ne sont point similaires, il nous suffirait de répon-\ndre : que ceux que leur infériorité dans l'art relègue perpétuellement au\ndernier rang, se dégoûtent du service, non moins que les hommes restés\nsimples fusiliers, et le quittent tout aussi vite; tandis que,parmi les mu-\nsiciens qui ont acquis quelque talent, les uns restent dans l'armée,\ncomme les sous-officiers à chevrons, en attendant le jour de la liquida-\ntion de leur modeste retraite, mais les autres, plus nombreux, préfèrent\nrentrer dans la vie civile pour y mettre ce talent plus à ou y suivre\nune autre carrière qui réponde mieux à leur ambition.\nUne réflexion avant que de clore ce chapitre, dont le développement\nparaîtra, nous l'espérons, justifié en tous points.\nL'on sait que la phihisie pulmonaire a été signalée comme particu-\nlièrement fréquente dans divers corps d'élite, notamment dans la gendar-\nmerie et l'ancienne garde de Paris. D'aucuns ont cru, non sans raison,\nen trouver la cause dans le mode d'équipement de ces hommes. Or, il\nest bien remarquable que les quelques instrumentistes morts de phthisie\nsoient surtout des musiciens (29 sur 35),-c'est-à-dire ceux chez lesquels\nl'attitude forcée des deux bras en avant vient,'avec les synergies muscu-\nlaires nécessaires dans la marche, contrarier précisément la libre expan-\nsion pulmonaire, ainsi que le faisaient autrefois les buffleteries des\ngendarmes et gardes à pied qui, croisant au-devant de la poitrine, l'en-\nserraient d'autant plus fort que le sabre et la giberne qui y étaient atta-\nchés pesaient davantage. A Versailles, où la garnison est surtout com-\nposée de cavalerie, et où par conséquent les instrumentistes ne sauraient\néprouver de gêne semblable, il n'y a eu chez ces derniers, en vingt-six\nannées, pour cause de phthisie, que 3 décès sur 459. N'y a-t-il point là\nde quoi grandement justifier aussi cette opinion : que les pianistes, les\nharpistes et surtout les violonistes paient, eux, au contraire, un tribut\nconsidérable à la phthisie; et comment déjà ne pas en conclure que ce\nserait certainement s'exposer à perdre tous les bénéfices hygiéniques et\npréventifs de l'exercice du chant lui-même, que de le pratiquer dans une\nattitude capable de s'opposer à l'entière liberté des organes qui y prési-\ndent?\nUn mot avant que de conclure, sur les effets contraires\nde la mise au repos des organes pulmonaires.\nAssistant un jour fortuitement à une leçon faite à Phôpital de Lari-"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "161", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.19", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2668, "texte": "boisière sur la phthisie, nous y avons entendu le Professeur s'exprimer à\npeu près en ces termes : « On a prétendu que les exercices de la voix,\nle chant et le jeu même des instruments à vent, dirigés dans le sens\nd'une sorte de gymnastique des poumons, étaient propres à combattre la\nphthisie. Pour mon compte, je crois peu à l'efficacité d'un pareil moyen,\nmême pour la prophylaxie, et je serais bien plus disposé, au contraire,\nà admettre les bons effets de la mise au repos des organes. Un de\nmes amis, professeur émérite dans un pays voisin, s'est guéri d une\nphthisie, qui commençait à être des plus caractérisées, par un silence\npresque absolu auquel il a eu le courage de se condamner, durant dix-\nhuit mois consécutifs. En pareille occurrence, je n'hésiterais point à\nfaire de même, et à le conseiller. »\nEn i 83v, le docteur Coindet avait écrit dans les Annales d'hygiène,\nt. xix :\na Le silence alanguit le système digestif, débilite les organes de la\nrespiration et prédispose à la phthisie. »\nPlus tard, le docteur Fourcault, soutenant la même thèse, avait pu-\nblié une statistique de laquelle il résultait que dans les maisons cen-\ntrales pénitentiaires, où l'on observe la loi du silence, à Vilvorde, il y\navait eu trente-quatre phthisiques sur soixante-trois décès en une seule\nannée; à Gand, quatre-vingt-sept phthisiques sur cent soixante-huit\ndécès en dix-huit années, et à Poissy, où la règle est cependant moins\nsévère, cent soixante-dix sur deux cent quatre-vingt-deux en dix\nannées !\nLes faits avancés par Fourcault, et que ne pouvait ignorer le Profes-\nseur de l'hôpital Lariboisière, n'étaient-ils qu'exceptionnels, et l'assertion\nde Bennati, rapportée plus haut, de laquelle il résulterait que la plupart\ndes sourds-muets succombent à la phthisie, était-elle controuvée ? Cela\nvalait assurément la peine d'être vérifié, mais la pensée nous en est ve-\nnue au cours seulement de cette publication. Nous avons procédé\nsans retard à un supplément d'enquête, dans l'espérance d'arriver en-\ncore à temps pour en faire profiter le lecteur. Malheureusement, l'un\ndes principaux documents statistiques, la mortalité par la phthisie dans\nles établissements des sourds-muets en France et dans ceux des jeunes\naveugles, afin d'avoir un terme de comparaison, nous fait encore défaut\nà cette heure où il ne nous est plus possible de différer la livraison de ce\ndernier article. Ni la statistique générale de France, ni la statistique\nspéciale du Ministère de l'intérieur n'ont pu rien nous apprendre sur la\nmortalité respective de ces différents établissements, et il ne nous est resté\nd'autre ressource, pour la connaître, que de nous adresser personnelle-"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "162", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.20", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2521, "texte": "ment aux directeurs mêmes de chacun d'eux en particulier. C'est ce que\nnous faisons en ce moment, en même temps que nous tentons de nous\nprocurer quelques données sur la mortalité par la phthisie dans certains\ncouvents et communautés. Le chapitre que nous aurons à écrire plus\ntard aura pour titre :\nDES EFFETS DESASTREUX DU MUTISME OU DU SILENCE\nDANS LA PHTHISIE PULMONAIRE.\nCe titre, nous pouvons, hélas ! le justifier dès à présent très grande-\nment en sa seconde partie, c'est-à-dire quant à ce qui concerne les effets\ndu simple silence, grâce aux nombreux documents officiels sur la sta-\ntistique médicale des établissements pénitentiaires. Il résulte, en effet,\nde l'étude attentive de ces documents, mis très gracieusement à notre\ndisposition :\nQue la mortalité en France, dans les maisons centrales de force et de\ncorrection, s'est non-seulement montrée, pour l'ensemble de ces maisons,\ntrois et quatre fois supérieure à celle de la vie libre (en certaines on Va\nvue parfois s'élever au décuple), mais qu'elle a offert de très grandes\noscillations. Presque stationnaire à 6,52 p. 100 dans la période de 1836\nà 1838, on la voit ensuite s'élever tout à coup, atteindre successivement\nune moyenne de 7,95,— 8,i5 et même 9,g5 en 1848; puis redescendre\nà 6,96 en 1848, à 5,24 en 1849, pour remonter après 1852 à 6,51, et\n7,01 p. 100 en 1854.\nCes oscillations, dont les plus fortes, celles de la période de 1838 à\n1849, avaient coïncidé précisément avec l'époque où l'on avait com-\nmencé à faire les plus louables efforts pour améliorer physiquement et\nmoralement le sort des prisonniers, furent une énigme pour l'Adminis-\ntration. Le docteur Parchappe, son interprète, s'efforça de la pénétrer.\nIl en chercha successivement la clef dans le cubage et la ventilation des\ndivers établissements pénitentiers, pour lesquels le Département de\nl'intérieur fit les frais de tout un volume de plans, dessins et légendes\nexplicatives; dans la substitution du régime de l'entreprise à celui de la\nrégie pour l'alimentation des prisonniers; dans une quasi-fermeture des\ncantines, qui jusque-là avaient été autorisées à leur fournir des vivres\nsupplémentaires... etc., et enfin, chose étrange, dans le prix moyen de\nl'hectolitre de froment avant l'époque de la détention. Il y avait de par\nailleurs cependant une cause de mortalité bien autrement puissante, et\ncette cause, qu'il nous reste à faire très brièvement ressortir, l'on s'étonne\nqu'un Inspecteur général du service sanitaire des prisons, ainsi que"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "163", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.21", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2544, "texte": "1 était depuis nombre d années, le docteur Parchappe, ne Tait même\npoint entrevue, surtout après les dires du docteur Fourcault.\nLe 10 mai iB3p mai que une phase nouvelle dans les établissements\npénitentiaires de la France. A cette date, un arrêté ministériel imposa\n1 observance du silence aux détenus. A peine le nouvel arrêt a-t-il reçu\nson que la moitalite des maisons centrales, stationnaire,\ndepuis plusieurs années, vers le chiffre de 6,52 p. ioo, monte à 6,86,\natteint 7,95 en 1840, puis 8,38 p. 100 lorsque l'application rigoureuse\nde 1 airet a eu le temps de produire tous ses effets. Survient la révolution\nde 1848. La discipline se relâche dans les maisons centrales, la loi du\nsilence y devient lettre morte, et la mortalité, encore à 8 p, 100 en 1849,\nà 9,95 en 1847, descend à 6,96 en 1848, et en 1849 à 5,24, où elle se\nmaintient à peu près stationnaire jusqu'au jour où, après le coup d'État\nde 1852, la discipline reprenant le dessus, on réapplique l'ordonnance\nde iB3g. Elle remonte alors à 6,51 en i 853, et à 7,01 en 1854; et,\npendant ce temps, qu est-ce qui faisait les frais principaux de ces oscil-\nlations? Les maladies de l'appareil respiratoire!\nD autre part, si 1 on interroge la statistique des pénitenciers agricoles\nde la Corse, au nombre de trois (Casabianda, Castellucio et Chiavari),\noù la loi du silence ne peut plus être appliquée, on trouve qu en quatre\nannées, à partir de 1867, époque de l'adjonction des deux premiers de\nces pénitenciers à celui de Chiavari :\ndétenus ont donné 237 décès, sur lesquels il y eut seulement\n22 phthisiques, c est-à-dire que la mortalité générale moyenne a été\nde 3 p. ioo_, ou pas tout-à-fait 1 de plus que celle dans la vie libre au-\ndessus de 16 ans, où elle est de 2_,io (Bureau des longitudes); et que\ndans la mortalité générale, les phthisiques ont compté seulement pour\n6,50 p. 100, ce qui est environ moitié moins que dans la vie libre !\nVeut-on savoir maintenant quelle a été la mortalité correspondante\nciux memes époques dans deux maisons centrales vuvales, les plus im-\nportantes du continent, à Eysses et à Fontevrault, où toute infraction\na la loi du silence est sévèrement réprimée; la voici :\nEysses. Population de 1867 à iB7°* 3,216\nMortalité .générale ..... 213 = 6 p. 100\nMortalité par phthisie. .> . 109 =so de m. g 4\nFontevrault. Population de 1867 à 1870. 5,362\nMortalité générale. .., . . 219 = 4,08\nMoitalité par phthisie. .. . g 3 =42 p> 100 de m. g.\nQuelle éloquence dans de pareils chiffres, même après y avoir fait la"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "164", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.22", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2533, "texte": "part de cette autre gymnastique si salutaire résultant des travaux agri-\ncoles. Quels enseignements pour tout le monde, y compris le savant\nconfrère dont nous avons rapporté le singulier enseignement, et com-\nment ne pas qualifier de JOUR NOIR cette date du 10 mai 1&39, où parut\nl'arrêt ministériel dont les conséquences turent et doivent être encore a\nl'heure qu'il est si funestes!...\nCONCLUSIONS\nDe l'ensemble de tous les faits et opinions que nous avons relatés; de\ncette vaste enquête dont les éléments nous ont été fournis par les maîtres\net les artistes les plus en renom dans la déclamation, dans le chant et\nle jeu des instruments à vent, par nombre de médecins en rapports fré-\nquents avec le personnel de nos théâtres et scènes lyriques, par tous les\nprincipaux facteurs d'instruments de musique, par des virtuoses ama-\nteurs, et implicitement par les divers instrumentistes de l'armée, musi-\nciens proprement dits, trompettes ou clairons, qui ont tait partie de la\ngarnison des première et deuxième divisions militaires pendant toute une\npériode de vingt-six années, et enfin par les divers documents officiels\nsur la statistique médicale des établissements pénitentiaires, il doit être\npermis de conclure sans hésitation :\nQue l'opinion assez universellement acceptée, en vertu de laquelle on\ndevrait condamner au repos toutes poitrines plus ou moins faibles ou\ndélicates, n'a aucun fondement et n7est le résultat que dun piéjugé ,\nQue tous les exercices des organes respiratoires, quand ils s accomplis-\nsent avec mesure d'abord, et toujours suivant les lois d une gymnastique\nrationnelle des poumons et des organes qui les enferment, quand ils ont\nlieu mécaniquement sans fatigue ni morale ni physique, et sans que\nrien puisse venir mettre un obstacle quelconque à la libre expansion pul-\nmonaire, sont au contraire éminemment salutaires, et à ce titre doivent\nfaire partie de bonne heure de l'hygiène de toute personne plus ou moins\nmenacée de tuberculose pulmonaire par sa naissance ou par sa constitu-\ntion, tandis que devront être sévèrement proscrits, dans les mêmes cas,\ntoutes choses, ou tous instruments pouvant, comme le violon, par exem-\nple, avoir pour effet de resserrer la poitrine;\nQu'au nombre des exercices à recommander, il faut mettre en première\nligne le chant, et surtout, toutes les fois que faire se pourra, le jeu d'un ins-\ntrument à vent choisi de façon à ce que, tout en étant le mieux approprié\nau goût de l'exécutant, il permette une ampliation plus grande de la poi-"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "165", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.23", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2732, "texte": "trine, aussi bien par l'attitude à prendre pour en jouer, que par la quan-\ntité d'air nécessaire à l'émission du son. Fillettes et garçons, auxquels\npeut incomber un fatal héritage, apprendront donc à solfier de bonne\nheure; et vers l'âge de six à douze ans, nul inconvénient pour ces derniers\nà emboucher cor, trompette ou piston, pourvu que la fatigue n'aille ja-\nmais chez eux au-delà de celle des livres. Pour les jeunes personnes qui,\nmalgré les tentatives récentes faites en vue de créer des orchestres fémi-\nnins, ne sauraient user du même moyen, pour les hommes auxquels l'âge,\nles goûts ou les convenances sociales ne permettent point d'aspirer à\ndevenir ni des chanteurs, ni des virtuoses, il restera la précieuse ressource\ndes inhalations forcées, pratiquées suivant les méthodes anglaises de\nRamadge, Authenrieth Cricton, etc., et mieux encore, au moins en cer-\ntains cas, suivant notre propre méthode, laquelle consiste à faire accom-\nplir les deux temps de la respiration au travers d'un tube muni de dou-\nbles soupapes à levier qu'on peut graduer à volonté, et qui s'ouvrent\ndans des flacons où l'air est obligé de s'imprégner d'émanations d'iode,\nde soufre ou de goudron, suivant les cas.\nCes mêmes exercices et inhalations peuvent-ils étendre leur action\nbienfaisante au-delà de la prophylaxie, et guérir des poumons déjà ma-\nlades ? Très certainement répondent les observations de tous les jours,\naussi bien que les faits de guérison bien constatée, relevés dans notre en-\nquête; si le mal est encore peu avancé, et si, comme l'on en trouve tant\nd'exemples dans les autopsies de vieillards, Ton peut espérer obtenir la\ncicatrisation crétacée des parties ulcérées, fût-ce au prix de cet anto-\ngoniste de la phthisie, l'emphysème pulmonaire ou asthme, qui, par\ncontre, est si fréquent chez les chanteurs et les joueurs d'instruments\nà vent.\nPas n'est besoin d'ajouter qu'en même temps que la gymnastique spé-\nciale que nous préconisons, une gymnastique générale ou tous autres\nexercices propres à en tenir lieu, la danse, l'escrime, l'équitation,etc., se-\nront du meilleur effet. On préviendra ainsi 1' alanguissement du système\nmusculaire, Vamyosthénie, ainsi que nous l'avons dénommée, et que nous\navons appris, le premier, à mesurer, il y a maintenant plus d'un quart\nde siècle, à l'époque même où nous fondâmes en médecine cette théra-\npeutique nouvelle des Maladies nerveuses par certains métaux, soit au\ndedans, soit au dehors, la MÉTALLOTHÉRAPIE, dont une des. applications\npopulaires, la casserole de cuivre contre la migraine, fit si grand\nbruit, dans le temps, et inspira particulièrement la verve satirique de\nHham, qui lui donna libre carrière dans tout un numéro du Journal"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "166", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.24", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 771, "texte": "amusant. Cet alanguissement est la cause première de tant de maux ;\nnous avons démontré directement, à satiété, durant vingt années, par\nnos applications de métaux aux quatre coins des hôpitaux de Paris, qu'il\nest tout particulièrement funeste au phthisique, par la raison qu'il amène\nfatalement chez lui la perte de l'appétit, c'est-à-dire le démantèlement de\nl'organisme et Témaciation à bref délai.\nQu'on nous pardonne cette petite incursion finale dans le domaine spé-\ncial de la médecine. La phthisie pulmonaire prélève un tribut si effroya-\nble sur notre pauvre humanité, que quiconque croit avoir en ses mains\nune parcelle de vérité pour la combattre, doit y insister, à notre avis?\ntoutes les fois que l'occasion s'en présente.\n\nDr V. BURQ."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-05-15-01-c017", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-05-15_01#c017", "volume": "bmtnabc_1875-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "167", "page_fin": "170", "image_debut": 25, "image_fin": 28, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.2.6", "titre_corps": "LULLY", "titre_sommaire": "LULLY", "signature_source": "P. LACOME", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 25, "page_imprimee": "167", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.25", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1569, "texte": "LULLY\nPROFESSEUR DE VIOLON\n\nHACUN sait que Lully naquit à Florence, qu'il fut comblé\ndes faveurs royales, et qu'il peut être, dans une certaine\nmesure,considéré comme le créateur de l'opéra français.\nJe dis dans une certaine mesure, pour ne pas frustrer de\nleur part de gloire Cambert et Perrin, les premiers en\ndate sinon en mérite, Lully fut un tavori du destin, et le nasarci ou ia\nProvidence, non moins que son talent, jouèrent un grand rôle dans son\naventureuse destinée. Il est ainsi des privilégiés du sort, et à côté des\nnatures laborieuses et patientes, devant tout à leur labeur, on voit des\npersonnalités heureuses dont les circonstances favorables abattent la plus\nforte part de besogne; le destin s'incarne de mille façons pour intervenir\ndans leurs affaires, et un souffle indifférent pour tout autre suffit à pousser\nla barque de leur fortune.\nCette image nous ramène directement aux incidents fortuits qui je-\ntèrent Lully dans la voie des honneurs, incidents où le destin prit une\nforme assez rare, assez indiscrète, et par là meme assez délicate à racon-\nter. Je suis vraiment embarrassé pour vous dire comment il se fit que\nmademoiselle de Montpensier mit à la porte l'indiscret marmiton qui\nraclait ses casserolles et son violon dans les cuisines du Luxembourg.\nIl est très certain, et ceci est un tait acquis à l'histoire, qu'un beau\n'jour, Mademoiselle, toute Mademoiselle et cousine du roi qu'elle était...\nmanqua de puissance sur elle-même. Non pas, mon Dieu î que son es-\nprit se montrât inférieur à sa haute position, ou que son cœur terrassât"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "168", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.26", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2827, "texte": "sa raison !... non, la défection venait de plus bas, et ce fut par un gémis\nsement contenu mais bien articulé que se trahit son intime concession\naux faiblesses humaines.\nQu'y voulez-vous faire ? Le bruit de cette aventure eut plus de reten-\ntissement qu'il ne le comportait en lui-même, et je vous laisse à penser\nsi la cour et la ville se mirent en beaux frais de sel gaulois, surtout lors-\nqu'on sut que le roi s'était prodigieusement diverti aux dépens de\nMademoiselle, qu'il aimait tout juste. Les malins firent une\nque dis-je ! vingt chansons, mais une surtout que Baptiste, le marmiton,\nle ménétrier florentin, mit en musique et chantait dans les offices;\nMademoiselle, indignée, chassa honteusement l'indiscret musicien, et\nvoilà Lully sur le pavé. Mais la chanson était à la mode ; l'auteur qui\nn'était pas bête la redisait aux grands seigneurs, qui s'en amusaient au\npossible, et régalaient parfois le malicieux italien. Encouragé par sa\nhaute protection, Baptiste se présenta au chef des violons de Louis XIV\net demanda à faire partie de la bande. Mais comme le nombre de méné-\ntriers était limité, qu'en outre chacun d'eux avait payé très cher le droit\nd'écorcher les oreilles du roi à son lever, à son coucher, à ses festins et à\nses fêtes, nul ne voulut, bien entendu, céder sa place au jeune virtuose.\nLully ne se découragea pas, et comme ce qu'il voulait avant tout c'était\nd'avoir pied en cour, il accepta des ménétriers la charge de garçon d'or-\nchestre. C'est donc lui qui mettait la musique sur les pupitres, la ramas-\nsait après exécution, mouchait les chandelles, etc...\nCe serait une erreur de croire que Louis XIV eut sans cesse l'esprit\noccupé de ses plans d administration ou de guerre; il adorait les cancans,\net ses familiers ne manquaient pas de lui servir soigneusement le plat\ndu jour. Comme je l'ai dit, l'accident sonore de Mademoiselle l'avait fort\namusé ! Ayant appris que l'auteur des couplets à la mode était le garçon\nd'orchestre des violons de sa chambre, il voulut le connaître, et le rusé\nFlorentin sut si bien faire, que bientôt il devint indispensable au roi, qui\ns ennuyait souvent. Comme les vingt-quatre ménétriers persistaient à se\nbien porter et à refuser, par décès ou autrement, d'ouvrir leurs rangs à\nBaptiste, le roi créa tout exprès pour lui une bande nouvelle qu'il put\nformer àsa fantaisie. Les petits violons, ç'est ainsi qu'on les appela, ins-\ntruits par leur habile directeur, ne tardèrent pas à éclipser complètement\nleurs aînés, et la façon absolument supérieure dont ils jouèrent du violon\nne contribua pas p.u à réhabiliter cet instrument, dont quelques grands\nseigneurs d clignèrent prendre des leçons.\nIl faut se rappeler, en effet, que si l'art de la musique était tenu en\nassez mince celui de jouer du violon était entièrement discréditée"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "169", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.27", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2651, "texte": "Traiter un homme de violon ou de fiacre, était une grosse injure, et le\nterme de violoniste était synonyme de celui d'ivrogne. Que Ton juge de\n1 opinion des contemporains du grand roi par cette déclaration que je\ntrouve dans les Variétés Historiques, à la date de 1752 (!!) « Quoique\n« je ne croie pas indigne des honnêtes gens de s'appliquer à la musique\n« en général ou à quelque instrument en particulier, ce ne doit être\n« ce me semble qu'avec modération... C'est une erreur, selon moi, de\n« s'imaginer, comme quelques-uns le prétendent, que le violon ait été\n« ennobli parce que plusieurs grands seigneurs s'y sont adonnés et y\n<( ont réussi :ce sont, j9ose le dire, des talents déplacés, cjui; sans con-\ncc tribuer à l'honneur de l'instrument, ne servent qu'à dégrader ces\n« messieurs... »\nLully peut être considéré comme un des premiers violonistes de son\ntemps, sinon le plus habile. Il avait appris cet instrument en France,\nétant au service de Mademoiselle, et s'était perfectionné lui-même. En\narrivant de son pays avec le chevalier de Guise, qui l'avait mené à sa\nnièce pour qu'elle pût en causant avec lui se perfectionner dans la lan-\ngue italienne, il ne jouait que de la guitare. Ses grands airs de violon,\nsi Ton en croit les jugements des contemporains, défient toute compa-\nraison.\nComme son génie se trouvait singulièrement gêné par l'ignorance des\nchanteurs et des instrumentistes de son temps, dont la plupart ne sa-\nvaient ce que c'était que jouer à livre ouvert, il se mit à former lui-même\nses interprètes, pour ne pas en être réduit à proportionner ses œuvres à\nla faiblesse de ses exécuteurs, comme on disait alors.\nIl fallut donc qu'il instruisît des musiciens de tout genre, principale-\nment des joueurs de violon. On doit regarder comme ses élèves, Verdier,\nBaptiste père, Joubert, marchand de chez le roi, Rebel le père, Lalande,\nqui tous exécutaient ses symphonies, et ce que l'on appelait musique\nfrançaise, mieux que ne l'eussent su faire les violons italiens. Certains\nmême de ces virtuoses s exercèrent à la composition et y réussirent fort\nbien.\nA mesure que son orchestre grandissait et devenait plus habile, Lully\ndonnait plus d essor à sa pensée. Il est facile en effet de remarquer que\nses derniers ouvrages sont plus compliqués que les précédents.\nOn peut encore citer parmi ses élèves, Marais, le joueur de viole, qui\njouit d'une immense réputation tant en France qu'à l'étranger. La viole\nétait un instrument de la forme du violon, mais infiniment plus grand.\nIl était monté de six cordes, muni de six touches et se jouait avec un\narchet, Marais ajouta une septième corde, le bourdon, et une septième"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "170", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.28", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1483, "texte": "touche. Le grand artiste avait été enfant de chœur à la Sainte-Chapelle,\net clerc de Chaperon qui en dirigeait la maîtrise. Lully lui témoigna le\nplus grand intérêt, et ce fut par ses soins que Marais arriva à pousser à\nses dernières limites l'art de jouer de la viole. Sainte-Colombe avait été\nle premier à lui en donner des leçons. 11 composa beaucoup pour son\ninstrument; mais ses oeuvres étaient trop difficiles, et lui seul ou son\nfils pouvaient les exécuter. Comme compositeur dramatique, on a con-\nservé le souvenir d'Alcyone, dont la tempête passait pour un chef-\nd'œuvre. La viole fut détrônée par le violoncelle.\nNous devons ajouter qu'il faut, sur toutes ces matières, en rabattre\nsingulièrement de l'enthousiasme des contemporains. Sauf de rares per-\nsonnalités, les virtuoses les plus en renom ri étaient que de serviles\nimitateurs de leur maître ; ils apprenaient à jouer en le copiant, et\naucun ne possédait véritablement le mécanisme de son instrument.\nTel fut le rôle absolument d'initiation et de pédagogie que joua Lully\ndans la constitution de son orchestre ; en formant des violons, il créa\nle quatuor, cette base, en ce temps, presque exclusive de la symphonie.\nEt il aurait sans doute réalisé d'autres progrès s'il ne fût mort sitôt.\nEt voilà comment, grâce à un oubli de Mademoiselle, le marmiton\nBaptiste devint compositeur de Sa Majesté, surintendant de la musique\nde la chambre, bouffon en titre, et directeur de l'Opéra.\n\nP. LACOME."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-05-15-01-c021", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-05-15_01#c021", "volume": "bmtnabc_1875-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "171", "page_fin": "176", "image_debut": 29, "image_fin": 34, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.2.7", "titre_corps": "HOMME HEUREUX ET GRAND ARTISTE", "titre_sommaire": "HOMME HEUREUX ET GRAND ARTISTE", "signature_source": "ERNEST DAVID", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 29, "page_imprimee": "171", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.29", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1309, "texte": "HOMME HEUREUX ET GRAND ARTISTE\nJ.-C.-H, RINCK\n\n(0\nUTRE ces lectures littéraires et théoriques anciennes et\nmodernes, les soirées de Rinck étaient presque toutes\nconsacrées à la composition. Ses parents, ses amis réu-\nnis autour de lui, riant et parlant tous à la fois, ne\nle dérangeaient aucunement; plus leur gaîté était\nbruyante et plus il paraissait absorbé dans son tra-\nvail. Pendant qu'il écrivait, il fredonnait à tout moment des bribes de\nmélodies; quelquefois il se gourmandait et s'injuriait lui-même. Que de\nfois on l'entendit s'écrier : « « Faut-il que tu sois bête et stupideî quelle\noie! mais, maladroit, le moindre écolier ne pourrait faire pis î » Tout en\ncomposant il se mêlait de temps à autre à la conversation générale; mais\nsi on avait abordé un nouveau sujet, son attention préoccupée ne s'en\nétait pas aperçue, et quand il reprenait la parole il revenait sur un thème\nauquel personne ne pensait plus. Que l'on s'imagine les accès de gaîté,\nles explosions d'hilarité qu'amenaient les étranges quiproquos nés de\ncette confusion d'idées !\nUn soir, sa femme ayant égaré une clé dont elle avait besoin, s'était\nlivrée à un interrogatoire minutieux de chacun de ces enfants et petits-\nenfants, pour savoir d'eux où pouvait être l'objet qui lui manquait. Vains\n\n(i) Voir le numéro du jei mail."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "172", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.30", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2786, "texte": "efforts ! il fallut recommencer les recherches : mais au milieu du remue-\nménage, on entend tout à coup Rinck s'écrier : « Je 1 ai trouvée, moi! »\nOn accourt, on l'interroge, mais lui, sans lever les yeux de son papier\nde musique, répond avec le flegme le plus imperturbable : « C'est la\nclé de fa. »\nFidèle aux vieilles coutumes de ses pères, il ne demeurait pas un mo-\nment chez lui sans avoir sa chère pipe à la bouche; elle était aussi indis-\npensable à son existence que l'air qu'il respirait; s'il avait oublié de l'al-\nlumer, les sources mêmes de l'art se seraient desséchées en lui, son in-\nspiration languissait et s'arrêtait si elle n'était pas galvanisée par cette\nespèce d'étincelle fécondante, et nourrie par « cette plante la plus sou-\nte veraine, la plus précieuse qu'ait produite la terre pour 1 usage de\n« l'homme. » Plus il fumait, plus ses idées s'élevaient et plus son génie\ngrandissait dans la vapeur subtile qui s'épaississait autour de lui ; le Dieu\ntutélaire de son art ne lui apparaissait qu'enveloppé de tourbillons de fu-\nmée. On pouvait calculer l'intensité de son inspiration à la densité de\nl'atmosphère, et quand on voyait les ondulations bleuâtres former de giâ-\ncieuses spirales autour de son front, au point qu'on aurait pu le compa-\nrer à Jupiter au milieu des nuages, on se disait : « Aujourd hui, il est\n« en veine; aujourd'hui, la muse capricieuse daigne sourire à son adoia-\n« teur! » Quand sa pipe s'éteignait, il se levait de sa chaise, courait à son\npot à tabac, remplissait le fourneau de cette bienheureuse pipe, puis\nsaisissant un fidibus (i), il la rallumait. Cette importante opération\nfaite, on l'entendait murmurer : « Il me semble que maintenant je\npourrais bien moduler en sol mineur; »ou bien : «Si je faisais entrer\nles basses ici ! »\nUn soir, qu'absorbé par un sujet de fugue très compliqué, il était ob-\n« •\nsédé plus que de coutume par le démon de la musique, il ne pouvait tenir\nen place; à tout moment il se levait de sa chaise, arpentait de long en\nlarge, tantôt fredonnant des airs, tantôt marmottant des phrases inco-\nhérentes et sans suite, tout en laissant s'éteindre sa pipe qu'ensuite il\nallait machinalement rallumer à la chandelle. Sa femme, enfoncée, de\nson côté, dans les réflexions sérieuses que lui inspirait la confection d'un\nrôti de veau à la confiture, tricotait en silence devant la table. Le maître\nvenait pour la vingtième fois, peut-être, de rallumer sa pipe, mais au\nlieu de laisser l'allumette s'éteindre ou de l'étouffer dans ses doigts, il la\nposa le plus innocemment du monde sur le bonnet de sa femme et alla se\n\n(1) Papier roulé en forme d'allumettes et dont on se sert pour allumer la pipe. Ce\nterme créé par les étudiants est aujourd'hui universellement employé en Allemagne."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "173", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.31", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2918, "texte": "remettre àsa fugue. Mais au bout d'un instant, un cri perçant le fait tres-\nsaillir. Il regarde : c'est sa femme qui vient de le pousser !... Sa tête est en\nflammes! bonnet, cheveux, tout brûle ! Fort heureusement on eut bien-\ntôt éteint l'embrasement. Madame Rincken était quitte pour la perte de\nsa chevelure et de son bonnet. Rinck prétendait que sa femme s'était\ntrop rapprochée de la chandelle : mais deux ou trois mèches (fausses, hé-\nlas! nous pouvons bien l'avouer), qui survivaient encore sur le front et\nun bout de ruban qui les retenait, prouvaient, sans qu'on pût élever le\nmoindre doute, que la conflagration avait dû commencer le cours perfide\nde ses dévastations par le côté de la tête qui n'était pas directement exposé\nà la chandelle. « Mais, mon enfant, » disait Rinck, tout confus de\nvoir sa bien-aimée Margaret devenue chauve tout d'un coup, ce comment\n« puis-je avoir été l'auteur de cet accident, quand de toute la soirée je\n« n'ai pas bougé de ma chaise? »\nComme tous les hommes qui se sont donnés corps et âme à leur art,\nRinck était d'une distraction proverbiale, qui aurait pu lutter avec celle\nde Benda, le maître de chapelle de Frédéric-le-Grand (i). On le voyait\nsouvent aller et venir dans la rue comme un somnambule; quand il\npoursuivait un sujet de fugue, il passait à côté de son meilleur ami sans\nseulement l'apercevoir, et courait après son idée à travers champs et\nvallées, sans s'inquiéter le moins du monde de la pluie et du soleil, de\nla poussière et de la boue.\nIl ne manquait jamais d'inviter à dîner les artistes qu'il rencontrait;\nmais invariablement, il oubliait d'en informer sa femme. Quand 1 heuie\ndu dîner approchait, on voyait arriver deux, trois et quelquefois quatre\npersonnes : madame Rinck faisait alors défendre de servir avant que les\nvisiteurs supposés fussent partis ; à la fin pourtant tout s'expliquait, et\nje laisse à penser l'agitation produite par cette révélation dans le départe-\nment culinaire. C'est ainsi qu'il invita un jour Frédéric Schneider, maî-\ntre de chapelle à Dessau, Pun des meilleurs compositeurs d'oratorios en\nAllemagne. Ignorant absolument ce détail, madame Rinck nen fut in-\nformée que par le domestique de Schneider, venant, au nom de son maî-\n\n(i) Qu'on nous permette de citer, entre mille, un exemple des distractions de\nBenda : —Il avait décidé avec sa femme que, s'il était occupé au moment du dîner,\non lui apporterait à manger dans son cabinet. La servante place un jour devant la\ncheminée un demi-poulet; un moment apr.s, il se lève pour voir ce qu on lui avait\napporté, et voyant la demi-volaille, il se dit : a Ah! ah! tu as déjà mangé la moitié\nd'un poulet, c'est bien suffisant pour aujourd'hui, » et il se remit tranquillement au\ntravail. C'était d'autant plus surprenant, que Benda était gros mangeur et aurait pu\njouter avec Haendel, Jomelli, Gluck et Bach, qui passèrent pour des fourchettes\nmagnifiques."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "174", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.32", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2862, "texte": "tre, demander la permission d'amener sa femme. Ici une difficulté se\nprésenta : Rinck avait-il invité Schneider à dîner ou à souper? Natu-\nrellement il ne le savait pas lui-même, il fallut envoyer prier Schneider\nd'élucider ce point douteux. Ces petits travers n'empêchaient pas\nRinck d'être généralement aimé et respecté : le Grand-Duc de Hesse le\ntraitait avec une distinction toute particulière ; il le mettait tellement\nau-dessus des artistes, ses collègues, qu il lui avait réservé une loge dans\nson théâtre, pour lui et sa famille ; il en avait aussi accordé l'entrée\ngratuite à ses élèves.\nRinck fut père de cinq enfants, dont quatre filles et un fils, ministre\nprotestant à Westerstadt, petite ville située à cinq milles de Darmstadt.\nUne fois par semaine, au moins, quand le temps était beau, le maître\nfermait les portes de sa maison, puis, escorté de sa famille et d'un de\nses élèves au moins, il se dirigeait vers la résidence de son fils. En été\non dînait sous les tilleuls qui ombrageaient la cour du presbytère ;on\nvidait quelques bouteilles d'excellent vin vieux de Hochheim, et Rinck,\nqui n'oubliait personne, portait la santé de ses amis présents et absents,\nen s'écriant dans la bonté de son âme : « Plût à Dieu que nous\n« puissions voir tous les hommes aussi heureux que nous! » —A la fin\ndu jour 011 se réunissait autour du piano, et le fils Rinck, qui possédait\nune magnifique voix de basse, chantait des mélodies ou des duos de son\npère avec un de ses élèves. Ces duos sont très remarquables ; ils res-\npirent l'affection et la joie, le calme et la paix ; ils sont l'image parfaite\nde la vie patriarcale et du foyer domestique en Allemagne. Les excur-\nsions de Rinck ne se bornaient pas à aller voir son fils ; il se rendait\nassez souvent à Offenbach, où demeuraient deux de ses amis, le ministre\nSpiess et André, l'auteur d'un excellent traité de composition, et le maître\nd'Aloys Schmitt, l'excellent pianiste; à Francfort, où il rencontrait\nFerdinand Ries, l'élève de Beethoven, Guhr, le kapellmeister, Schneider\nde Wartensée et d'autres artistes, les amis de sa jeunesse. Il avait plus de\nsoixante ans lorsque, sur l'invitation de son élève Mainzer, il alla en iB3o\nlui faire une visite à Trêves en compagnie de son fils. -Ce voyage fut\npour lui un véritable triomphe ; les artistes et les amateurs de cette ville\nl'accueillirent avec enthousiasme ; on donna des fêtes en son honneur\net des concerts dans lesquels on exécuta ses principales oeuvres. Il en\nparle dans son auto-biographie. « Je reçus, dit-il, de lui et de tous les\ncc amis de l'art un accueil si amical, que je regarde les jours que je\n« passai parmi eux comme les plus beaux de ma vie. » Ce fut sa\ndernière absence de Darmstadt. « Ce n'est pas sans émotion, » dit Fétis,\n<( que j'ai visité en 1838 ce digne vieillard, de qui je reçus l'accueil le"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "175", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.33", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2848, "texte": "« plus cordial. » Ce vénérable artiste fut décoré par le duc de Hesse\nde la croix de première classe de son ordre ; la Société hollandaise, éta-\nblie à Amsterdam pour le progrès de l'art musical, le nomma, en 1831,\nmembre honoraire; l'université de Giessen lui envoya le diplôme de\ndocteur en philosophie ès-arts, et toutes les sociétés musicales de l'Alle-\nmagne voulurent l'avoir pour membre associé. En 1839, trois cents\norganistes allemands, dont beaucoup avaient été ses élèves, vinrent à\nDarmstadt offrir à leur doyen un grand vase en argent ciselé, où étaient\ngravés les titres de ses principales compositions.\nAprès une vie bien remplie, consacrée à l'art qu'il adorait et à sa\nfamille qu'il chérissait, Rinck, à la suite de plusieurs attaques de para-\nlysie, s'éteignit à Darmstadt, le 7 août 1846, regretté autant comme\nhomme que comme artiste.\nL'œuvre général de ce maître est'assez considérable; il se compose\nprincipalement de pièces pour l'orgue, telles que chorals, préludes,\nexercices, préceptes théoriques; de sonates pour piano seul, pour piano\net violon; de trios pour piano, violon et violoncelle; d'hymnes, de\nmotets ,de messes> de services à quatre voix avec orgue ou avec\norchestre, etc. Sa musique vocale a eu un immense succès en Alle-\nmagne. Ses cantates avec chœur renferment de grandes beautés comme\nfacture et comme style religieux ; on les chante toujours dans les sociétés\nde chant.\nIl écrivit peu dans le grand style de la fugue, bien qu'il en eût été fort\ncapable. Fétis, qui lui en demanda la cause, reçut de lui la réponse\nsuivante : « Bach est un colosse qui domine le monde musical :on ne\n« peut espérer de le suivre que de loin dans son domaine, car il à tout\n« épuisé et dans ce qu'il a fait il est inimitable. J'ai toujours pensé que\n« si l'on peut réussir à composer quelque chose qui soit digne d'être\n« écouté et approuvé, c'est dans une autre voie qu'il faut s'engager. »\nCes paroles peignent tout l'homme ; elles sont la représentation exacte\nde son grand bon sens, de son talent et surtout de sa modestie.\nUn autre élève de Rinck, un Français, M. Laurens(i), a formulé dans\n\n(1) LAURENS (,Jean-Bonaventure), archéologue et dessinateur, organiste et compo-\nsiteur, né à Carpentras, le 14 juillet 1801, a fait une étude sérieuse de la musique,\net surtout de l'orgue dont il a été demander souvent des leçons à Rinck. M. Lau-\nrens qui, depuis 1835, occupe la position d'agent comptable de la Faculté de méde\"\ncine de Montpellier, remplit aussi les fonctions d'organiste à l'église Saint-Roch de\ncette ville. Outre son talent distingué sur l'orgue, il a écrit de la musique religieuse\nestimée des connaisseurs, et a participé comme collaborateur à la rédaction de plu-\nsieurs recueils artistiques, entre autres à la Revue de musique religieuse deM.Danjou'\net à la Revue et Galette musicale."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "176", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.34", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2412, "texte": "la Revue de musique religieuse de M. Danjou, un jugement remarqua-\nble sur les œuvres de son maître, que nous reproduisons avec d'autant\nplus de plaisir qu'il nous paraît empreint d'une haute impartialité, et que\nle recueil qui le contient devient tous les jours de plus en plus rare :\n« S'il faut se placer, dit-il, à un point de vue élevé et prononcer un ju-\n« gement impartial sur tant de belles œuvres, Rinck ne sera pas compté\n« au nombre de ces organisations originales, énergiques, méprisant les\n« traditions du passé et provoquant des transformations dans l'art ;\n« non plus au nombre de ces autres artistes qui poussent un style, un\n« genre à son plus grand point de développement. Non ; le style de\n« Rinck est un mélange des traditions de l'école de Bach avec les formes\n« mélodiques et symphoniques de Mozart, de Haydn, de Beethoven,\n« qui ont régné à son époque. Les développements de ses sujets, traités\n« toujours d'une manière distinguée et piquante sont courts. Il n'a ja-\n« mais fait de morceaux de longue haleine ; néanmoins, la musique de\n« Rinck a un caractère et un cachet bien prononcés; mélodie suave,\n« harmonie savante et toujours parfaitement claire, mais surtout senti-\n« ment religieux tellement imprimé à chaque pensée, qu'il suffit d'exé-\n« cuter quelques mesures d'un morceau quelconque pour être transporté\n« en imagination dans l'église et être ému d'une douce piété. Nul auteur\n« n'a possédé cette qualité à un si haut degré que Rinck ; c'est que la\n« v;rtu la plus pure habitait ce cœur si bon et si aimant, qui avait pris\na pour devise : a mit Gott j avec Dieu»\nTelle a été la vie d'un des meilleurs organistes modernes, dont l'in-\nfluence a été assez grande pour aider à la réforme chez nous du style plat,\ncommun, trivial même, de la plupart des organistes français ses contem-\nporains, dont il ne pouvait s'empêcher de se moquer et dont les offer-\ntoires en style de mousquetaire ou de pas redoublés le faisaient rire de\nbon cœur, bien qu'il ne fût ni méchant ni médisant. Rien que pour cela,\nil méritait qu'on le rappelât au souvenir des musiciens : cette tâche m'a\nparu douce à remplir, d'autant plus qu'en esquissant les événements de\nla carrière d'un grand artiste, j'ai fait connaître en même temps un\nheureux. Un tel phénomène est assez rare pour que j'aie saisi avec em-\npressement l'occasion qui s'offrait à moi de le peindre.\n\nERNEST DAVID."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-05-15-01-c025", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-05-15_01#c025", "volume": "bmtnabc_1875-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "177", "page_fin": "178", "image_debut": 35, "image_fin": 36, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.2.8", "titre_corps": "REVUE DES CONCERTS", "titre_sommaire": "REVUE DES CONCERTS", "signature_source": "H. Marcello", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 35, "page_imprimee": "177", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.35", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1709, "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nSALUE VTNTADOUR .• La leur de Babel drame biblique en quatre parties,\nde M. Rubinstein.\nAL'\"E VENTADOUR. Mardi 4 mai a eu lieu la première\naudition à Paris de la Tour drame biblique en\nquatre parties de M. Rubinstein. Le sujet est tiré de la Ge-\nnese: Les enfants de Hoé sont réunis dans la plaine de Sen-\nnaar; ils ont résolu d*y élever un monument de proportions\ngigantesques, soit pour se préparer un refuge contre un nou-\nucmge, sou pour rendre leur nom immortel par un grand ouvrage\navant que de se séparer. Mais Dieu ne leur permet pas d'élever la tour jus-\nqu aux nues, comme Us l'espéraient ; il frappe de sa foudre ce hardi bâtiment\nqui semblait menacer le ciel, et répand la confusion parmi les hommes, en\nleur faisant oublier leur premier langage. Les enfants de Noé se dispersent\npar toute la terre et commencent à se diviser en langues et en nations.\nOn sait que ce nom de Babel a deux sens: d'après les orientalistes, il\nsignifie : ville de Dieu, ville sainte ; c'est le nom que les anciens donnaient à\ntoutes leurs capitales. D'après la Bible, au contraire, il veut dire confusion\net il serait demeure à la fameuse tour en témoignage de l'immense désordre\ndont sa construction fut l'origine, et pour rappeler éternellement au genre\nhumain que l'orgueil est la source de la division et du trouble parmi les\nommes. Je n'aurais garde de me prononcer pour l'un ou l'autre de ces deux\nsens, je constate seulement que M. Rubinstein a choisi le second et qu'il\ns'est attaché à le justifier aussi complètement que possible. Sa partition peut\nctre considérée comme le parfait symbole de la en musique, ou\npour parler plus exactement, elle n'appartient par aucun côté à l'art que nous"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "178", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.36", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2475, "texte": "avons l'habitude de considérer comme de la musique. C'est une mêlée informe\nde sons, de voix et d'instruments, dans laquelle il est impossible de saisir ni\nl'ombre d'un plan, ni l'apparence d'une idée; nulle part un rhythme, une\nharmonie, un dessin, une phrase mélodique, un sentiment caractérisé qui\nfasse saillie au-dessus de cet interminable galimatias ; c'est le désordre, la\nstérilité, le chaos. L'orchestration est lourde et manque de variété et de\ncoloris ; la disposition des masses chorales est souvent défectueuse. Il serait\naussi inutile que fastidieux d'entrer dans le détail de la partition. Un pareil\nouvrage échappe absolument à l'analyse ; je n'insisterai donc pas sur cette\npénible erreur d'un compositeur de talent.\nLa Tour de Babel est la première œuvre dramatique de M. Rubinstein qui\nait été exécutée en France; il paraît qu'elle a obtenu quelque succès en Alle-\nmagne. En tout cas, cette première et peu judicieuse tentative n'est pas faite\npour nous donner une haute idée du tempérament dramatique de M. Rubin-\nstein, et j'avoue que pour ma part j'ai peine à croire, après cette audition, à\nla grande valeur musicale des Machabées, le nouveau drame lyrique du\nmême auteur, dont la première représentation vient} dit-on, de faire événe-\nment à Berlin. Je crois qu'il eût été préférable pour tout le monde, et surtout\npour M. Rubinstein, que cette audition n'eût pas lieu, et que le trop zélé\nimprésario, qui s'était mis en tête de nous faire admirer ce chef-d'œuvre,\neût consacré ses soins et son argent à nous faire entendre quelque œuvre\ninédite d'un compositeur français. Sans doute, il peut être fort intéressant\npour nous d'être initiés aux grandes œuvres exécutées à l'étranger, mais\nencore faut-il que ces œuvres méritent d'être connues.\nL'exécution de la Tour de Babel a été tout à fait insuffisante ; les chœurs\nsurtout se sont montrés d'une faiblesse déplorable.\nAu commencement du concert, M. Rubinstein a exécuté son 5e concerto\n(inédit) pour piano et orchestre. C'est une composition inégale, mais dont les\nbonnes parties ont une réelle valeur. Je n'aime pas beaucoup Y Allegro qui\nm'a paru obscur et peu intéressant; mais ÏAndante est certainement une page\nremarquable, et le Finale, malgré quelques idées un peu communes, est cons-\ntruit sur un allegro de bravoure d'un élan superbe. M. Rubinstein l'a exécuté\navec cet admirable talent qui a fait de lui l'un des plus grands virtuoses de\nnotre époque.\n\nH. Marcello."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-05-15-01-c029", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-05-15_01#c029", "volume": "bmtnabc_1875-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "179", "page_fin": "183", "image_debut": 37, "image_fin": 41, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.2.9", "titre_corps": "REVUE DES THÉATRES LYRIQUES", "titre_sommaire": "REVUE DES THÉATRES LYRIQUES", "signature_source": "ARTHUR POUGIN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 37, "page_imprimee": "179", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.37", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1438, "texte": "REVUE DES THÉATRES LYRIQUES\n\nOPÉRA-COMIQUE ; Première représentation de VAmour africain, opéra comique en\ndeux actes, paroles de M. Ernest Legouvé, musique de M. Émile et de\nDon Mucarade, opéra bouffe en un acte, paroles de M. Jules Barbier, musique de\nM. Ernest Boulanger,\nÉTAIT le 7 juillet 1860, dans la cour de l'lnstitut.\nL'Académie des Beaux-Arts était en séance pour écou-\nter les cantates des jeunes musiciens qui avaient\npris part au concours de Rome, et pour procéder au\njugement. Les prévenus je veux dire les concur-\nrents étaient rassemblés dans la cour du palais,\navec quelques amis, et attendaient avec anxiété le résultat de la délibé-\nration. Soudain on voit sortir Berlioz, qui se met en devoir de traverser\nla cour et se dirige vers le quai. La séance était donc finie. Un enfant\nde seize ans, rieur comme on Test à son âge, et qui, gambadant entre\nces murs austères, semblait indifférent en apparence à ce qui se passait,\nl'aperçoit de loin, accourt à lui la casquette à la main, l'aborde timide-\nment, et lui demande en rougissant s'il veut bien lui dire à qui les prix\nsont décernés :\nQue t'importe? lui répond Fauteur de la Damnation de Faust. Ce\nn'est pas toi qui t'appelles Paladilhe ?\nMais si, mais si, répond l'enfant, anxieux. C'est moi qui suis\nPaladilhe.\nAlors, embrasse-moi, dit Berlioz. C'est à toi qu'on a donné le pre-\nmier prix.\nEt Fenfant de sauter au cou du maître, et de l'embrasser avec trans«\nport."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "180", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.38", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2676, "texte": "M. Emile Paladilhe, qui est né à Montpellier le 3 juin 1844, venait à\npeine en effet d'accomplir sa seizième année, lorsqu'il obtint à l'lnstitut\nle grand prix de composition musicale. C'était un petit prodige que ce\njeune musicien. Entré à neuf ans au Conservatoiie, dans la classe de\npiano de M. Marmontel, admis l'année suivante dans celle d'Halevy\ncomme élève de composition, il remportait en ißso un premier accessit\nde fugue et un second prix de piano, en 1857 le premier prix de piano,\nen 1858 un second accessit d'orgue, en 1859 un premier accessit\nd'orgue, et enfin, en 1860, un second prix d orgue et le grand prix de\nRome.\nDès 1859 il avait pris part, pour la première fois, au concours de\nl'lnstitut, et s'était vu décerner une mention honorable; la cantate\navait alors pour auteur Edouard Monnaiset pour titre :\njoueur de flûte-,celle qui lui valut son premier prix était de Théodore\nAnne et intitulée Juan IV. Elle fut exécutée à 1 Opéra le 7 décembre\n1860 ; mais on sait ce que valent de telles exécutions, par des artistes\nvêtus en costume de ville, et dans un milieu qui ne convient en aucune\nfaçon à l'œuvre présentée au public. Gomme tous ses confrères, M. Pa-\nladilhe partit pour Rome, d'où il fit à l'Académie des Beaux-Arts les\nenvois réglementaires, envois qui consistaient, pour sa part, en un\nopéra bouffe italien, une ouverture de concert (qui fut exécutée dans\nl'une des séances publiques annuelles de l'lnstitut), et une symphonie\nen mi bémol.\nDe retour à Paris au bout de trois ans, le jeune compositeur arriva\nau moment où M. Carvalho venait d'ouvrir, au Théâtre-Lyrique, un\nconcours en faveur des prix de Rome qui n'auraient eu encore aucun\nouvrage représenté. Le sujet du concours était un opéra en trois actes,\nintitulé la Fiancée d'Abj-dos,et dont M. Jules Adenis avait écrit le\nlivret. M. Paladilhe entra en lice avec MM. Adrien Barthe, Jean Conte,\nSamuel David et Théodore Dubois. C'est M. Barthe qui sortit vain-\nqueur de la lutte, et qui vit représenter son ouvrage le 3o décembre\ni 865. M. Paladilhe, qui, paraît-il, est un rêveur, et qui d'ailleurs, il\nfaut lui rendre cette justice, n'est point de ceux qui occupent chaque\njour la presse de leur personne, resta environ dix années sans faire par-\nler de lui. Il y a bien longtemps, à l'époque, je crois, où il sortait du\nConservatoire, il avait trouvé un éditeur qui, sur la recommandation\npersonnelle d'Auber (lequel se mettait rarement en frais sous ce rapport),\navait consenti à lui publier trois morceaux de piano, sous ce titre géné-\nral : Premières pensées. Ces morceaux étaient intitulés Rayon matinal,\nSous les Saules, Chanson de nuit Plus tard, M. Pala-"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "181", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.39", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2745, "texte": "dilhe rapporta de Rome une mélodie vocale d'un accent pénétrant, Man-\ndolinata, qui obtint un grand succès dans les salons. Enfin, il publia\nencore deux autres mélodies, Chanson du pêcheur, et les Deux fleurs,\net je crois que c'est tout.\nIl y a trois ans seulement que le jeune musicien aborda pour la pre-\nmière fois le théâtre. Il avait eu la singulière idée de mettre en musique\nla jolie idylle de M. François Coppée, le Passant, sans paraître se douter\nque, malgré le succès qu'il avait obtenu à l'Odéon, grâce surtout à une\ninterprétation exquise, ce badinage poétique n'était rien moins que\nscénique, et qu'il était encore bien moins musical. M. Legouvé avait\ntransformé ce dialogue amoureux en une sorte de livret d'opéra comique\nà l'usage de son ami ; celui-ci y avait intercalé sa fameuse mandolinata,\nmais l'œuvre n'eut aucun succès, malgré la présence de mademoiselle\nPriola et de madame Galli-Marié, et l'on y put reconnaître seulement\nque le compositeur était doué d'un véritable sentiment poétique, que la\nforme était chez lui élégante et soignée, mais qu'il paraissait ne se sou-\ncier que médiocrement des exigences scéniques et de la netteté du\ncontour musical. Bref, au bout d'un petit nombre de représentations,\nle Passant disparut de l'affiche de l'Opéra-Comique, sans que le public\nsemblât même s'en apercevoir.\nAprès trois ans de silence, voici que M. Paladilhe reparaît au théâtre,\nmais avec un ouvrage qui, je crois, était en partie l'aîné du précédent.\nJe m'explique: M. Legouvé, qui s'est constitué en quelque sorte son\nmentor artistique, avait tiré pour lui du théâtre de Clara de\nProsper Mérimée, les éléments d'un grand opéra en un acte intitulé,\ncomme l'œuvre mise à contribution, f Amour africain, et l'avait fait\naccepter par M. Perrin, alors directeur de l'Opéra, à la condition que\nM. Paladilhe en écrirait la musique. Celui-ci se mit donc au travail,\nmais la partition terminée, M. Perrin avait quitté l'Opéra. M. Legouvé\nporta alors la pièce à l'Opéra-Comique, où M. de Leuven lui dit qu'elle\nlui semblait bien sombre pour le théâtre, et l'engagea à y ajouter un\npremier acte qui motiverait le second. Ce qui fut fait. Voilà comment il\nadvint que VAmour africain comporte en quelque sorte deux pièces,\ns'emboîtant l'une dans l'autre, et de caractères absolument différents.\nLe premier acte se passe à Cannes, dans la villa du comte et de la\ncomtesse de Beaulieu, deux aimables châtelains qui ne savent pas trop\ncomment passer leur temps. Surviennent deux artistes, MM. Paul et\nRaymond, l'un peintre, l'autre musicien, tous deux prix de Rome, et la\nfemme de l'un d'eux. On cause littérature, théâtre, beaux-arts, et le\nmusicien fait savoir qu'il a mis en musique VAmour africain, du"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "182", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.40", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2622, "texte": "Théâtre de Clara Gaçul. Aussitôt on parle d'en chanter quelques\nmorceaux, puis, l'appétit venant avant même d'avoir mangé , on se\ndécide à jouer la pièce tout entière. Le rideau baisse alors, et le second\nacte nous offre précisément ïAmour africain, c'est-à-dire la pièce de\nMérimée, avec ses horreurs, ses noirceurs et ses coups de poignard. On\nvoit d'ici le contraste. A la fin de l'acte, alors que tout le monde est\nmort, on vient annoncer que le souper est servi. Chacun se relève alors,\nsalue le public, et la toile tombe.\nCette double donnée est loin d'être heureuse au point de vue musical,\ncar on comprend qu'elle exclut absolument l'unité de forme et de style,\nLa première partie est de l'opéra comique pur, presque de l'opéra\nbouffe, la seconde est du grand drame lyrique. On ne saurait donc\nrendre le musicien complètement responsable de ses erreurs. Il en est\ncependant qui ne sauraient retomber que sur lui, et il faut blâmer\nsurtout le manque de préoccupation mélodique, l'abus fâcheux des\ndéveloppements , et une tendance vraiment trop accusée à répéter les\nparoles jusqu'à satiété.\nQui ne sut se borner ne sut jamais écrire,\na dit Boileau, et cela est vrai en musique comme en littérature. Je n'en\nveux pour preuve, en ce qui touche l'Amour africain, que son inter-\nminable ouverture (qui pourtant ne manque point de qualités), le duo\nd'introduction, la complainte du prix de Rome, et la plupart des mor-\nceaux du second acte, particulièrement le duo et le trio. Il y a pourtant\nquelques bonnes pages dans cette partition inégale, et il faut citer entre\nautres la chanson espagnole, le chœur des Olivettes chanté dans la cou-\nlisse, qui est d'un rhythme élégant, avec son joli accompagnement de\npetite flûte et de tambourin, le quintette du voyage, qui est finement\net spirituellement traité, l'introduction du second acte, qui est d'un bel\neffet, la marche du cortège et le récit de Moïana, que soutient une jolie\nmélodie de violon.—En résumé, je le répète, l'œuvre est souverainement\ninégale, et contient à la fois de graves défauts et d'heureuses qualités. On\nne saurait juger sainement M. Paladihle sur cette production, mais en\ntout cas il devra, à scn prochain essai, se préoccuper un peu plus de la\nvérité diamatique et des exigences pratiques de la scène. LAmour afri-\ncain est joué —médiocrement— par MM. Nicot, Ismaël, Melchissédec,\nmesdemoiselles Zina Dalti et Ducasse.\nM. Ernest Boulanger était un peu plus âgé que M. Paladilhe lorsqu'il\nobtint le prix de Rome; il venait d'accomplir sa vingtième année, et\ncomme la chose se passait en 1835, il y à juste quarante ans, il"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "183", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.41", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2304, "texte": "compte aujourd'hui soixante ans. Fils d'une artiste charmante qui a\nlaissé un grand nom dans les annales de l'Opéra-Comique, il n'en a pas\neu plus de chance pour cela, malgré un talent très réel et un début excep-\ntionnellement brillant. Scribe lui donna tout d'abord, sous le titre du\nDiable à l'Ecole,une sorte de réduction-Collas du livret de\nDiable, et la partition de ce petit ouvrage obtint un succès tel, que, plus\ntard, le musicien ne pouvait produire une œuvre nouvelle sans qu on\nlui jetât celle-ci à la tête avec ce mauvais jeu de mots : Cela ne vaut pas\nle Diable.» Ce qui ne l'a pas empêché d'écrire, outre\nCachette, les Deux Bergères, Don Quichotte, et le Docteur Magnus,\ndeux partitions vraiment charmantes : Y Eventail et les Sabots de la\nmarquise.\nL'acte nouveau qu'il vient d'offrir au public, est\nécrit depuis plus de dix ans. Comme livret, c est une nouvelle édition\ndiminuée du Barbier de Séville, avec le vieux tuteui amoureux\nde sa pupille, la pupille délurée, l'amant de celle-ci, et le complice\nobligé des deux jeunes gens. M. Jules Barbier ne s'est pas mis en grands\nfrais d'imagination pour venir à bout de cette pochade, d'ailleurs assez\ngaie, et que l'Opéra-Comique, rompant avec une tradition séculaire, a\nbravement qualifiée sur son affiche d' « opéra-bouffe. »\nSur ce canevas léger et en somme amusant, M. Boulanger a écrit une\npartition claire, preste, mélodique, facile un peu trop iacile, peut-\nêtre *— qui n'ajoutera rien àla bonne opinion que les vrais altistes ont\nconçue de son talent, mais qui ne lui fera pas de tort non plus. Il y a là-\ndedans un joli quatuor, d'un ton piquant et distingué, un air de basse\nbien conçu, une sérénade aimable et une plaisanterie en forme de duo\nqui est, ma foi, très amusante. Par exemple, l'interprétation de Don Mu-\ncarade m'a rappelé ce mot que j'ai entendu attribuer à M. Du Locle,\nl'honorable directeur de FOpéra-Comique. Quelqu un lui parlait\nsans lui en faire compliment d'un de ses artistes, qui s était fait...\nremarquer dans une reprise récente :\nOh! réplique le jeune imprésario, oh!»,, mais j7ai bien plus mau-\nvais que ça!\nPour ce qui se rapporte à Don Mucarade, j'ignore si M. Du Locle a\n«bien plus mauvais que ça, » mais je le supplie en grâce de ne pas nous\nle prouver.\n\nARTHUR POUGIN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-05-15-01-c033", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-05-15_01#c033", "volume": "bmtnabc_1875-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "184", "page_fin": "192", "image_debut": 42, "image_fin": 50, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.2.10", "titre_corps": "VARIA", "titre_sommaire": "VARIA", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 42, "page_imprimee": "184", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.42", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1368, "texte": "VARIA\nCorrespondance.— Faits divers.— Nouvelles.\n\nFAITS DIVERS\na Société des auteurs et compositeurs dramatiques a tenu\nson assemblée générale annuelle, à la salle Herz, sous la\nprésidence de M. Auguste Maquet. Du rapport qui a été\nprésenté par M. de Najac, trésorier, il ressort que la So-\nciété des auteurs et compositeurs dramatiques a encaissé,\npendant l'exercice 1874-1875, une somme de droits supé-\nrieure de près de 120,000 francs à celle perçue dans l'exer-\ncice précédent. C'est la perception la plus forte qui ait été faite jusqu'à ce\njour par la Société, en laissant de côté l'année de* l'Exposition universelle,\nqui produisit environ 40,000 francs de plus.\nNous mettons du reste, sous les yeux de nos lecteurs, un tableau que nous\ncroyons devoir étendre à tous les théâtres de Paris; cet exposé, en leur fai-\nsant connaître la différence des droits touchés par les auteurs, en 1873-74 et\nen 1874-75, leur apprendra quels sont les théâtres qui ont prospéré ou\ndécru :\nTHÉÂTRES\nOpéra. .\nThéâtre-Français\nOpéra-Comique c\nOdéon\nVaudeville ,\nVariétés\nGymnase\nPalais-Royal\nPorte-Saint-Martin. -\nGaîté\nAmbigu\nChâtelet\nA reporter»\nDROITS D'AUTEUR\nDIFFÉRENCE EN FAVEUR\nde\n1873-1874\n»\n»\n8,177 89\n»\n37,3l6 39\n5,38o 48\n13,736 48\n»\n»\n»\n»\n))\n64,611 24\nde\n1874-1875\nfr. c.\n42,244 24\n35,344 60\n))\n14,628 34\n»\n))\n»\n23,3O5 26\n117,348 90\n3o,387 65\n4,94118\n1,949 43\n270,149 60"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "185", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.43", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2132, "texte": "VARIA\nReport\nFolies-Dramatiques\nBouffes-Parisiens\nRenaissance\nChâteau-d'Eau\nLyrique-Dramatique. , . .\nCluny. .\nDéjazet\nThéâtre-des-Arts\nBeaumarchais\nFolies-Marigny\nLa Tour-d'Auvergne\nGrand-Théâtre-Parisien.\nDélassements-Comiques\nSaint Pierre\nThéâtre Scribe\nMolière\nFolies-Saint-Antoine\nConservatoire\nTotaux\nDifférence en faveur de 1874-1875.\n1873-1874\n64,611 24\n112,79S i8\n»\n»\n24,159 68\n»\n6,483 00\n?»\n»\n«\n1,535 21\n160 00\n1,790 11\n1,012 5o\na\n9,8)0 73\n125 00\n40 00\n3o 00\n222,455 65\ni35,95o 56\nI874_i87^\n270,149 60\n»\n30,875 5i\n16,757 93\n»\n24,637 95\n)>\n8,759 ia\n4,007 °4\n2,910 37\n»\n»\n»\n»\n3oS 62\n»\n?5\n»\n353,406 2 1\nComme on le voit, les auteurs ont, du ier avril 1874 au 3i mars 1875, tou-\nché à Paris 135,950 francs de plus que pendant l'exercice 1873-74. Les dépar-\ntements et 1 étranger ont, par exemple, rapporté 01,045 francs en moins, mais\nla banlieue et les cafés-concerts ont fourni en plus une somme de 14,998 fr.\nLe département qui a produit le plus de droits d'auteur est la Gironde :\n60,970 fr- 20 la Corse a donné trois francs.\nLe chiffre le plus fort des recettes a été encaissé par l'Opéra : 1,849,312 fr.\n77 c.; enfin, la Renaissance, avec Giroflée-Girofla, est arrivée au total res-\npectable de 592,597 fr. 5o c.\nParmi les questions spéciales abordées par le rapporteur, nous signalerons\nles suivantes :\nLa commission a obtenu de l'administration de l'Opéra la fixation d'un\ndroit de billets d'auteurs à 100 francs par représentation. Mais dans la nou-\nvelle salle, toutes les places étant numérotées et constamment louées à\n1 avance, les porteurs de billets d'auteurs sont réduits à se promener dans les\ncouloirs du monument. Tout en protestant de son admiration pour les splen-\ndeurs du nouvel édifice, la Commission regrette que ces billets ne soient que\ndes permis de circulation à travers les merveilles du foyer et des corridors,\net espère que ceux qui les achètent pourront bientôt voir et entendre ce qui\nse passe sur la scène.\nM. Halanzier, n'ayant pu accomplir cette année la condition de son traité\nqui lui impose la représentation d'un opéra nouveau en un acte, a payé comme\ncompensation une somme de francs."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "186", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.44", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2812, "texte": "Pour en finir avec l'Opéra, disons que M. Halanzier, ayant donné àla salle\nVentadour la représentation qu'il doit annuellement à la Société et le résultat\nayant été fort médiocre, ce directeur a cru devoir offrir aux auteurs, samedi\ndernier, une nouvelle représentation, dont le produit, cette fois, a atteint\n19,000 francs.\nLe rapport constate que la Commission s'est émue des exécutions de la\nmesse de Requiem de Verdi, à l'Opéra-Comique, à l'exclusion des ouvrages\ndu répertoire. Cependant, par considération pour le nom du maître italien,\nelle n'a pas cru devoir élever de protestation, le directeur de l'Opéra-Comique\nayant d'ailleurs consenti au paiement d'une indemnité pour chaque soir\nd'exécution. La Commission regretterait cependant de voir les théâtres mul-\ntiplier les auditions de ce genre d ouvrage, car (ce sont les expressions du\nrapporteur), les messes sont mieux placées sous les voûtes d'une église que\nsous le manteau d'arlequin.\nLa question de l'emploi de la subvention du Théâtre-Lyrique a été ensuite\nabordée. La Commission estime que les 100,000 francs votés doivent être\npromptement utilisés, sans quoi il se pourrait que cette somme ne fût point\nvotée dans le budget de l'an prochain.\nIl a été parlé aussi des directeurs de théâtre qui se montrent en disposition\nde faire représenter des œuvres de leur composition sur les scènes qu'ils diri-\ngent; la Commission a manifesté sa ferme intention de faire respecter à cet\négard les conditions des traités, quelles que soient la notoriété des directeurs\net l'importance des scènes.\nAprès avoir abordé quelques points secondaires, entre autres la fixation des\ndroits d'auteurs pour les matinées dramatiques, lesquelles paieront désormais\nles trois cinquièmes du droit exigible le soir, le rapporteur a terminé sa lec-\nture par quelques phrases pleines de cœur au sujet des membres que la So-\nciété a perdus dans le cours de cette année.\nA la suite de la lecture de ce compte rendu, M. Jules Barbier et un autre\nmembre ont présenté quelques observations qui n'ont soulevé aucune discus-\nsion, et l'Assemblée, à l'unanimité moins une voix, a voté l'impression du\nrapport de M. de Najac.\nL'Assemblée a ensuite procédé aux élections de six membres de la Com-\nmission, en remplacement de MM. Paul Féval, Gondinet, L. Halévy, Jon-\ncières et A. Maquet, membres sortants non rééligibles, et Raymond Deslandes,\ndémissionnaire.\nOnt éié élus :\nMM. Henri de Bornier 101 voix.\nMichel Masson 82 »\nJules Barbier 62 »\nDuru 44 »\nPailleron 37 »\nSemet 25 »\nMM. Gounod et Sauvage ont été nommés membres suppléants.\nIl se prépare au Conservatoire, pour le jeudi soir 27 mai, une fête des\nplus intéressantes : c'est l'audition des envois de Rome. Les frais de cette\npetite solennité sont naturellement supportés par le ministère des Beaux-"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "187", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.45", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2691, "texte": "Arts, frais considérablement allégés du reste par l'obligeant concours que les\nartistes de nos premiers théâtres s'empressent de prêter aux exposants. Cette\nannée, le programme de la séance sera composé comme il suit :\ni° Première partie de Judith, drame lyrique de M. Paul Collin, musique\nde Ch. Lefebvre, grand prix de 1870. (Envoi de 4e année.)\n20 Fragments symphoniques de Ch. Lefebvre.\n3° Deuxième partie de la Nativité, poëme sacré de M. Em. Cicile, musique\nde Henri Maréchal, grand prix de 1870. (Envoi de 3e année.)\nMme Fursch-Madier, MM. Bosquin et Caron, de l'Opéra, se sont obli-\ngeamment chargés des soli. Orchestre de l'Opéra et chœurs du Conservatoire\nsous la direction de M. Deldevez.\nLe décret nommant M. Naudin chef de bureau de la division des\nthéâtres à la préfecture de police, en remplacement de M. Kreusler, décédé,\nest à la signature du Président de la République.\nA la dernière séance du conseil municipal de Rouen, M. Letellier a lu\nun rapport sur l'organisation définitive des têtes du centenaire de Boïeldieu,\nqui auront lieu le mois prochain.\nLa solennité s ouvrira le samedi 12 juin, au soir, par une retraite aux\nflambeaux de toutes les musiques de la garnison. Groupées autour de la\nstatue de Boïeldieu, elles exécuteront des morceaux de la Dame Blanche,\ndu Calife de Bagdad, du Petit Chaperon rouge, du Nouveau Seigneur du\nvillage.\nLe dimanche, défilé des Sociétés orphéoniques sur la place de l'Hôtel-de-\nVille; exécution devant la statue de Boïeldieu de la cantate composée par\nM. Ambroise Thomas; concours des Sociétés; distribution solennelle des\nrécompenses; feu d'artifice, illumination des édifices publics.\nLe lundi, exécution de la messe d'Adrien Boïeldieu, à la cathédrale;\nAscension aérostatique;\nCarrousel donné au Champ de Mars par les officiers du 12e régiment de\nchasseurs; régates;\nReprésentation de gala, donnée au Théâtre-des-Arts, composée du Nou-\nveau Seigneur du village, interprété par MM. Barré, Barnolt et MHe Daram;\nd'un ou deux actes de la Dame blanche, chantés par MM. Léon Achard,\nM mes Brunet-Lafleur, Ducasse et Révilly, et M. de Kéghel ; du second acte\ndes Deux Nuits, et de stances de M. Deschamps, récitées par un artiste delà\nCorrédie-Française, lors du couronnement du buste de Boïeldieu.\nLa Chronique musicale donnera, dans son prochain numéro, un magni-\nfique portrait à l'eau-forte de Boïeldieu.\nLa municipalité de Rouen, sur la proposition de sa commission musi-\ncale et de l'lnstitut orphéonique français, vient de confier à M. Charles La-\nmoureux la direction des œuvres qui seront exécutées le mois prochain à\nRouen, pour le centenaire de Boïeldieu, à la représentation de gala, à la\ncathédrale et au festival."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "188", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.46", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2352, "texte": "M. Henri de Thannberg vient de publier, sur la vie de Boïeldieu, un\npetit livre de poche, dont l'apparition coïncide avec les prochaines fêtes du\ncentenaire de Rouen. Nous extrayons de cet ouvrage, publié par l'éditeur\nHaulard, l'anecdote suivante, qui a trait à la jeunesse de l'auteur de la Dame\nBlanche :\n« Sa mère tenait un des magasins de modes les plus achalandés de la ville,\net son père, secrétaire du cardinal de La Rochefoucauld tout d'abord, obtint\nensuite, après la révolution, par le crédit de son compatriote Mollien, une\nplace à la Caisse d'amortissement. Appartenant à la bourgeoisie aisée de la\nville, il aimait les arts avec passion.\n« Dès l'âge le plus tendre, ce noble goût fut partagé par son fils ; il s'en\naperçut, et chercha donc à le développer. Aussi le fit-il recevoir, pour com-\nmencer, enfant de chœur à l'église métropolitaine.\n« Il y avait alors à la cathédrale, pour maître de chapelle et organiste, un\ndes meilleurs élèves du P. Martini, le savant contrapontiste bolonais, du nom\nde Broche.\n« Maître Broche> comme on l'appelait, était un des derniers types de ces\nmusiciens du XVIIIe siècle,\na Qui dînaient de l'autel et soupaient du théâtre.\n« Broche entendit la voix de Boiel, c'est ainsi qu'on le surnommait, et il\noffrit à son père de le prendre pour éléve ; cette proposition fut, comme bien\non pense, immédiatement acceptée.\nu Sur la place du vieux marché, à Rouen, on lisait autrefois cette enseigne\nbizarre :\nAU CHAUDRON\no C'était un cabaret célèbre de l'époque, où jeunes et vieux viveurs se réu-\nnissaient pour festoyer et s'esbaudir.\n« C'est là que maître Broche pontifiait, et où il composait inter pocula.\ntantôt un motet, tantôt une romance.\n« On y chantait, en chœur, ce refrain dont les vers affectaient la forme\ndune bouteille renversée :\n« Il faut que dans cent ans, quand on boira (bis) bouteille,\nOn parle du chaudron (bis) comme dyune merveille :\nOu trouver, en effet,\nUn pareil cabaret,\nLa joie du robinet,\nLe jeu (bis) du caniquet,\nLe trio de Guésus,\nEt les cations de Broche\nChantés par les gamins,\nLes lustus,\nLes lu:tus,\nLes gamins,\nDouble croche ?\nRecherché de tous, l'homme de plaisir redevenait, rentré chez lui, un\nimpitoyable tyran, un pédagogue bourru, s'imaginant, sans aucun doute, que\nl'éducation musicale est inséparable des mauvais traitements, Aussi, doux et"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "189", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.47", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 3279, "texte": "chétif, le petit Boiel, qui logeait chez son maître dont il partageait la nour-\nriture, en souffrait quelquefois plus que les autres.\n« Tout comme jadis Haydn fit auprès du vieux Porpora, il remplissait, vis-\nà-vis de maître Broche, l'office de valet de chambre.\n« Comme récompense de ses services, le maître donnait des leçons, et\nquelles leçons! Quand l'élève ne saisissait pas assez vite, il employait alors\nde singuliers moyens. C'est ainsi, par exemple, que pour expliquer l'inter-\nvalle de la quinte, il lui faisait monter cinq marches sur les mains. Voulait-il,\npar contre, lui donner une notion exacte de la pause? il lui chargeait le dos\nd'un pupitre pesant. Enfin, pour bien définir la blanche et la noire, il lui\nmeurtrissait les doigts par un vigoureux coup d'archet. Avec un tel système\nd'éducation, qui rappelait les errements de l'ancienne école, l'élève (cela se\nconçoit aisément) devait bientôt chercher à s'affranchir d'un tel joug. L'occa-\nsion ne tarda pas à se présenter.\n« Donc, un jour que maître Broche s'était oublié au Chaudron, Boiel était\nmonté aux orgues de la cathédrale pour en étudier le mécanisme. De retour\nà la maison, il attendit vainement son maître pendant quelque temps, puis\ns'endormit. Le lendemain était jour de fête carillonnée.\n« A l'heure de l'office, maître Broche ne paraissant pas, le jeune Boiel\ncourt à l'église métropolitaine, monte aux orgues, et, tremblant, prend sa\nplace. La messe commence, l'enfant se rassure peu à peu et se laisse aller à\nl'inspiration. Sa mélodie touchante monte vers Dieu, dans un accent\ncéleste. Il ne fut question ce jour-là, dans toute la ville, que de la manière\ndont l'organiste Broche avait touché son magnifique instrument. Grande\nfut la surprise, quand on apprit que l'élève avait remplacé le professeur. Le\njeune suppléant était passé maître : quant au coryphée du Chaudron, il y\nofficiait encore!\nLe Journal officiel publie une statistique intéressante des théâtres exis\ntant en France. Il y en a 26 à Paris et 366 dans les départements; total, 392.\nEn général, il n'y en a qu'un dans chaque ville, sauf : Amiens, qui en pos-\nsède 3 ; Angers, 2: Bordeaux, 6; Brest, 3; Elbeuf, 4; le Havre, 5; Lille, 2 ;\nLyon, 6; Marseille, 5; Montpellier, 2; Nantes, 4 ; Nîmes, 5; Poitiers, 2;\nRochefort, 4; Rouen, 4; Saint-Etienne, 2; Saint-Quentin, 2; Toulouse, 2;\nVersailles, 3; Cette, Dieppe, Rennes, Tours et Alais, chacun 2.\nLILLE. Pour terminer la saison, M. Bonnefoy, l'intelligent directeur du\nGrand-Théâtre, dont la Chronique musicale a déjà signalé les efforts artisti-\nques souvent couronnés de succès, a donné quelques représentations extraor-\ndinaires avec le concours d'artistes étrangers à sa troupe, tels que MM. Mon-\njauze, Jourdan, Sylva et Carrière.\nM. Monjauze a chanté avec succès le Prophète et Rigoletto. Dans le rôle\nde Jean de Leyde, cet artiste peut développer ses belles qualités de comé-\ndien et de chanteur. Sa voix se joue des difficultés et atteint sans efforts les\nnotes élevées du rôle; il a enlevé avec facilité l'air Roi du ciel et des anges,\nmais où il s'est particulièrement surpassé,, c'est dans la grande scène de la\ncathédrale avec Fidès qu'il a chantée et jouée d'une façon magistrale.\nSylva a chanté le Trouvère et Robert le Diable. Avant d'entrer à l'Opéra,"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "190", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.48", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2966, "texte": "il était le pensionnaire du Grand-Théâtre de Lille, c'est ce qui explique avec\nquel plaisir le public de cette ville s'est empressé daller constater les progrès\nvisibles de ce jeune artiste. M. Halanzier peut à présent remonter l'œuvre\nde Meyerbeer, il a sous la main un superbe Robert.\nGuillaume Tell n'avait pas été donné cette année; M. Bonnefoy a fait\nvenir spécialement pour cette pièce un débutant, M. Ch. Carrière, élève de\nDuprez, qui a abordé le rôle écrasant d'Arnold avec vigueur et éclat. Le nou-\nvel Arnold, complètement inexpérimenté au point de vue scénique, est doué\nd'une voix puissante et solide; il donne avec une rare facilité le si naturel,\nVut et même l'ut dièze\\ dans cette explosion de génie qu'on nomme le trio\ndu second acte, il a transporté le public ordinairement si froid, à ce point\nqu'on a failli le faire bisser. M. Carrière pourra devenir un artiste, un grand\nartiste même : il a ce qu'il faut pour cela, mais il lui faut encore des con-\nseils et beaucoup de travail*\nNous glissons sur une médiocre reprise de l'Etoile du Nord, mais nous\nne passerons pas sous silence la représentation de Faust, donnée par madame\nNilsson à grand renfort de réclames.\nNous avons suivi madame Nilsson dans la dernière tournée qu'elle a faite,\net malgré les éloges outrés qu7a reçus cette encombrante et présomptueuse\npersonnalité de la part de quelques partisans trop disposés à applaudir quand\nmême, nous pouvons affirmer qu'elle a souvent laissé les spectateurs sous\nune impression de regret et de désillusion. Disons d'abord que pour ces\nreprésentations le prix des places est scandaleusement augmenté (à Lille il\nétait quadruplé) ; or le public est loin d'en avoir pour son argent.\nLa soiree de Faust, donnée à Lille, a été de beaucoup au-dessous de ce\nqu'on attendait. Madame Nilsson s'est absolument moquée des nuances si\ndélicates du chef-d'œuvre de Gounod, et même du rythme ; elle sacrifie la\nmesure au plaisir d'enfler les points d'orgue à tel point que le chef d'or-\nchestre était visiblement embairasse de son archet, et que les musiciens ne\nsavaient où donner de la tête. C'est véritablement en sortant d'entendre\nmadame ÎNilsson qu on se rend un compte exact de l'immense talent de\nmadame Carvalho. Ici encore un critique musical s'est incliné jusqu'à terre\ndevant la réputation de la créatrice d Ophélie. Mais mieux avisé, le Mémo-\nrial de Lille a vertement tancé la diva. Disons, pour terminer, que madame\nNilsson, qui devait donner deux représentations, a sagement fait de partir\naprès la première.\nANGERS. On nous écrit d'Angers :\nLa clôtuie de notre théâtre a été un triomphe pour notre directeur M» H»\nMarck. .\nA son entrée en scène, un buste représentant l'Alsace en larmes dû au\nciseau de M. Bartholdi, avait été placé sur la scène. Le socle portait cette\ninscription :\nAU TALENT, A L'ESPRIT\nA M, EMILE MARCK\nLE PUBLIC D'ANGERS\n4 mai 1875.\nDeux couronnes de chêne et de laurier étaient jointes à ce cadeau."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "191", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.49", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 1915, "texte": "M. Marck, non prévenu de ce qui lui était offert, a été tellement surpris,\nque, l'émotion le gagnant, il a déclamé le Dernier Délai avec des larmes.\nN'oublions pas que M. Marck était directeur du théâtre de Strasbourg en\n1870, et qu'il a préféré revenir près de nous et abandonner une position\nsplendide que le gouvernement allemand lui offrait. M. Marck était avant\ntout notre compatriote; il en a donné la preuve.\n\nNOUVELLES\n\nARIS. Opéra. M. de Saint-Georges vient de terminer pour\nl'Opéra un livret dont le genre remonte aux premières époques de\nnotre histoire lyrique ; c'est un opéra-ballet dans lequel la danse\net le chant ont une part égale. On ne dit pas encore le nom du\ncompositeur qui en fera la musique.\nOn s'occupe actuellement d'une audition préparatoire du Dimitri, de\nM. Victorin Joncières. M. Joncières dirige lui-même les répétitions.\nFaure chante après-demain dans la Favorite pour la dernière fois de la\nsaison. Il part pour Londres, où il doit faire sa rentrée à Covent-Garden\nvers la fin de la semaine.\nOpéra-Comique. Les répétitions du Val d'Andorre vont être reprises à\nrOpéra-Gomique pendant les vacances, et poussées activement afin de pou-\nvoir jouer cette pièce au mois de septembre.\nCapoul vient de signer un engagement avec M. du Locle. Il créera\nl'hiver prochain, à l'Opéra-Comique, le rôle de Paul dans l'ouvrage de\nM. Victor Massé, PauJ et Virginie*\nThéâtre Ventadour. MM. Strakosch et Merelli manifestent l'intention\nde reprendre, l'hiver prochain, la direction du Théâtre Italien ; mais les\npropriétaires de la salle continuant à élever des prétentions considérables\n(140,000 francs de loyer annuel), il est probable que l'affaire ne se fera pas*\nIl est, d'autre part, question de plusieurs autres combinaisons tendant à la\nreconstitution du Théâtre Lyrique.\nBouffes-Parisiens. La revue des Hannetons tiendra l'affiche jusqu'à la\ntermeture annuelle qui est fixée au 3i mai."}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "192", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.50", "debut_caractere": 126, "fin_caractere_exclue": 1138, "texte": "Folies-Dramatiques. Nouvelle reprise de la Fille de Mm Angot (5 i9® re-\nprésentation), qui remplace Ahce de Nevers pour les quinze deinieis jours\ndu mois, avant la clôture.\nLe Pompon est le titre définitif de l'opéra bouiïe de MM. Chivot, Duru\net Ch. Lecocq, destiné à succéder aux Cent Vierges avec lesquelles ies Fo-\nlies-Dramatiques feront leur réouverture le ier septembre.\nMARSEILLE. Fatma, opéra comique de A. Fiégier, élève du Conserva-\ntoire de Paris, vient d'être exécuté au Grand-Théâtre de Marseille avec\nbeaucoup de succès. Tout Marseille artistique assistait à cette soirée, qui\ns'est transformée en solennité musicale et a fini par une ovation au jeune\nmusicien.\nTOULOUSE. Les correspondances signalent le grand succès obtenu par\nl'opéra de M. Duprat, Pétrarque, qui vient d'être représenté pour la pre-\nmière lois dans cette ville. On a rappelé plusieurs fois le compositeur, et une\nsérénade lui a été donnée après le spectacle.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-05-15-01-c035", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-05-15_01#c035", "volume": "bmtnabc_1875-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "184", "page_fin": "191", "image_debut": 42, "image_fin": 49, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.2.10.2", "titre_corps": "FAITS DIVERS", "titre_sommaire": "FAITS DIVERS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 42, "page_imprimee": "184", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.42", "debut_caractere": 50, "fin_caractere_exclue": 1368, "texte": "FAITS DIVERS\na Société des auteurs et compositeurs dramatiques a tenu\nson assemblée générale annuelle, à la salle Herz, sous la\nprésidence de M. Auguste Maquet. Du rapport qui a été\nprésenté par M. de Najac, trésorier, il ressort que la So-\nciété des auteurs et compositeurs dramatiques a encaissé,\npendant l'exercice 1874-1875, une somme de droits supé-\nrieure de près de 120,000 francs à celle perçue dans l'exer-\ncice précédent. C'est la perception la plus forte qui ait été faite jusqu'à ce\njour par la Société, en laissant de côté l'année de* l'Exposition universelle,\nqui produisit environ 40,000 francs de plus.\nNous mettons du reste, sous les yeux de nos lecteurs, un tableau que nous\ncroyons devoir étendre à tous les théâtres de Paris; cet exposé, en leur fai-\nsant connaître la différence des droits touchés par les auteurs, en 1873-74 et\nen 1874-75, leur apprendra quels sont les théâtres qui ont prospéré ou\ndécru :\nTHÉÂTRES\nOpéra. .\nThéâtre-Français\nOpéra-Comique c\nOdéon\nVaudeville ,\nVariétés\nGymnase\nPalais-Royal\nPorte-Saint-Martin. -\nGaîté\nAmbigu\nChâtelet\nA reporter»\nDROITS D'AUTEUR\nDIFFÉRENCE EN FAVEUR\nde\n1873-1874\n»\n»\n8,177 89\n»\n37,3l6 39\n5,38o 48\n13,736 48\n»\n»\n»\n»\n))\n64,611 24\nde\n1874-1875\nfr. c.\n42,244 24\n35,344 60\n))\n14,628 34\n»\n))\n»\n23,3O5 26\n117,348 90\n3o,387 65\n4,94118\n1,949 43\n270,149 60"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "185", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.43", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2132, "texte": "VARIA\nReport\nFolies-Dramatiques\nBouffes-Parisiens\nRenaissance\nChâteau-d'Eau\nLyrique-Dramatique. , . .\nCluny. .\nDéjazet\nThéâtre-des-Arts\nBeaumarchais\nFolies-Marigny\nLa Tour-d'Auvergne\nGrand-Théâtre-Parisien.\nDélassements-Comiques\nSaint Pierre\nThéâtre Scribe\nMolière\nFolies-Saint-Antoine\nConservatoire\nTotaux\nDifférence en faveur de 1874-1875.\n1873-1874\n64,611 24\n112,79S i8\n»\n»\n24,159 68\n»\n6,483 00\n?»\n»\n«\n1,535 21\n160 00\n1,790 11\n1,012 5o\na\n9,8)0 73\n125 00\n40 00\n3o 00\n222,455 65\ni35,95o 56\nI874_i87^\n270,149 60\n»\n30,875 5i\n16,757 93\n»\n24,637 95\n)>\n8,759 ia\n4,007 °4\n2,910 37\n»\n»\n»\n»\n3oS 62\n»\n?5\n»\n353,406 2 1\nComme on le voit, les auteurs ont, du ier avril 1874 au 3i mars 1875, tou-\nché à Paris 135,950 francs de plus que pendant l'exercice 1873-74. Les dépar-\ntements et 1 étranger ont, par exemple, rapporté 01,045 francs en moins, mais\nla banlieue et les cafés-concerts ont fourni en plus une somme de 14,998 fr.\nLe département qui a produit le plus de droits d'auteur est la Gironde :\n60,970 fr- 20 la Corse a donné trois francs.\nLe chiffre le plus fort des recettes a été encaissé par l'Opéra : 1,849,312 fr.\n77 c.; enfin, la Renaissance, avec Giroflée-Girofla, est arrivée au total res-\npectable de 592,597 fr. 5o c.\nParmi les questions spéciales abordées par le rapporteur, nous signalerons\nles suivantes :\nLa commission a obtenu de l'administration de l'Opéra la fixation d'un\ndroit de billets d'auteurs à 100 francs par représentation. Mais dans la nou-\nvelle salle, toutes les places étant numérotées et constamment louées à\n1 avance, les porteurs de billets d'auteurs sont réduits à se promener dans les\ncouloirs du monument. Tout en protestant de son admiration pour les splen-\ndeurs du nouvel édifice, la Commission regrette que ces billets ne soient que\ndes permis de circulation à travers les merveilles du foyer et des corridors,\net espère que ceux qui les achètent pourront bientôt voir et entendre ce qui\nse passe sur la scène.\nM. Halanzier, n'ayant pu accomplir cette année la condition de son traité\nqui lui impose la représentation d'un opéra nouveau en un acte, a payé comme\ncompensation une somme de francs."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "186", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.44", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2812, "texte": "Pour en finir avec l'Opéra, disons que M. Halanzier, ayant donné àla salle\nVentadour la représentation qu'il doit annuellement à la Société et le résultat\nayant été fort médiocre, ce directeur a cru devoir offrir aux auteurs, samedi\ndernier, une nouvelle représentation, dont le produit, cette fois, a atteint\n19,000 francs.\nLe rapport constate que la Commission s'est émue des exécutions de la\nmesse de Requiem de Verdi, à l'Opéra-Comique, à l'exclusion des ouvrages\ndu répertoire. Cependant, par considération pour le nom du maître italien,\nelle n'a pas cru devoir élever de protestation, le directeur de l'Opéra-Comique\nayant d'ailleurs consenti au paiement d'une indemnité pour chaque soir\nd'exécution. La Commission regretterait cependant de voir les théâtres mul-\ntiplier les auditions de ce genre d ouvrage, car (ce sont les expressions du\nrapporteur), les messes sont mieux placées sous les voûtes d'une église que\nsous le manteau d'arlequin.\nLa question de l'emploi de la subvention du Théâtre-Lyrique a été ensuite\nabordée. La Commission estime que les 100,000 francs votés doivent être\npromptement utilisés, sans quoi il se pourrait que cette somme ne fût point\nvotée dans le budget de l'an prochain.\nIl a été parlé aussi des directeurs de théâtre qui se montrent en disposition\nde faire représenter des œuvres de leur composition sur les scènes qu'ils diri-\ngent; la Commission a manifesté sa ferme intention de faire respecter à cet\négard les conditions des traités, quelles que soient la notoriété des directeurs\net l'importance des scènes.\nAprès avoir abordé quelques points secondaires, entre autres la fixation des\ndroits d'auteurs pour les matinées dramatiques, lesquelles paieront désormais\nles trois cinquièmes du droit exigible le soir, le rapporteur a terminé sa lec-\nture par quelques phrases pleines de cœur au sujet des membres que la So-\nciété a perdus dans le cours de cette année.\nA la suite de la lecture de ce compte rendu, M. Jules Barbier et un autre\nmembre ont présenté quelques observations qui n'ont soulevé aucune discus-\nsion, et l'Assemblée, à l'unanimité moins une voix, a voté l'impression du\nrapport de M. de Najac.\nL'Assemblée a ensuite procédé aux élections de six membres de la Com-\nmission, en remplacement de MM. Paul Féval, Gondinet, L. Halévy, Jon-\ncières et A. Maquet, membres sortants non rééligibles, et Raymond Deslandes,\ndémissionnaire.\nOnt éié élus :\nMM. Henri de Bornier 101 voix.\nMichel Masson 82 »\nJules Barbier 62 »\nDuru 44 »\nPailleron 37 »\nSemet 25 »\nMM. Gounod et Sauvage ont été nommés membres suppléants.\nIl se prépare au Conservatoire, pour le jeudi soir 27 mai, une fête des\nplus intéressantes : c'est l'audition des envois de Rome. Les frais de cette\npetite solennité sont naturellement supportés par le ministère des Beaux-"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "187", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.45", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2691, "texte": "Arts, frais considérablement allégés du reste par l'obligeant concours que les\nartistes de nos premiers théâtres s'empressent de prêter aux exposants. Cette\nannée, le programme de la séance sera composé comme il suit :\ni° Première partie de Judith, drame lyrique de M. Paul Collin, musique\nde Ch. Lefebvre, grand prix de 1870. (Envoi de 4e année.)\n20 Fragments symphoniques de Ch. Lefebvre.\n3° Deuxième partie de la Nativité, poëme sacré de M. Em. Cicile, musique\nde Henri Maréchal, grand prix de 1870. (Envoi de 3e année.)\nMme Fursch-Madier, MM. Bosquin et Caron, de l'Opéra, se sont obli-\ngeamment chargés des soli. Orchestre de l'Opéra et chœurs du Conservatoire\nsous la direction de M. Deldevez.\nLe décret nommant M. Naudin chef de bureau de la division des\nthéâtres à la préfecture de police, en remplacement de M. Kreusler, décédé,\nest à la signature du Président de la République.\nA la dernière séance du conseil municipal de Rouen, M. Letellier a lu\nun rapport sur l'organisation définitive des têtes du centenaire de Boïeldieu,\nqui auront lieu le mois prochain.\nLa solennité s ouvrira le samedi 12 juin, au soir, par une retraite aux\nflambeaux de toutes les musiques de la garnison. Groupées autour de la\nstatue de Boïeldieu, elles exécuteront des morceaux de la Dame Blanche,\ndu Calife de Bagdad, du Petit Chaperon rouge, du Nouveau Seigneur du\nvillage.\nLe dimanche, défilé des Sociétés orphéoniques sur la place de l'Hôtel-de-\nVille; exécution devant la statue de Boïeldieu de la cantate composée par\nM. Ambroise Thomas; concours des Sociétés; distribution solennelle des\nrécompenses; feu d'artifice, illumination des édifices publics.\nLe lundi, exécution de la messe d'Adrien Boïeldieu, à la cathédrale;\nAscension aérostatique;\nCarrousel donné au Champ de Mars par les officiers du 12e régiment de\nchasseurs; régates;\nReprésentation de gala, donnée au Théâtre-des-Arts, composée du Nou-\nveau Seigneur du village, interprété par MM. Barré, Barnolt et MHe Daram;\nd'un ou deux actes de la Dame blanche, chantés par MM. Léon Achard,\nM mes Brunet-Lafleur, Ducasse et Révilly, et M. de Kéghel ; du second acte\ndes Deux Nuits, et de stances de M. Deschamps, récitées par un artiste delà\nCorrédie-Française, lors du couronnement du buste de Boïeldieu.\nLa Chronique musicale donnera, dans son prochain numéro, un magni-\nfique portrait à l'eau-forte de Boïeldieu.\nLa municipalité de Rouen, sur la proposition de sa commission musi-\ncale et de l'lnstitut orphéonique français, vient de confier à M. Charles La-\nmoureux la direction des œuvres qui seront exécutées le mois prochain à\nRouen, pour le centenaire de Boïeldieu, à la représentation de gala, à la\ncathédrale et au festival."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "188", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.46", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2352, "texte": "M. Henri de Thannberg vient de publier, sur la vie de Boïeldieu, un\npetit livre de poche, dont l'apparition coïncide avec les prochaines fêtes du\ncentenaire de Rouen. Nous extrayons de cet ouvrage, publié par l'éditeur\nHaulard, l'anecdote suivante, qui a trait à la jeunesse de l'auteur de la Dame\nBlanche :\n« Sa mère tenait un des magasins de modes les plus achalandés de la ville,\net son père, secrétaire du cardinal de La Rochefoucauld tout d'abord, obtint\nensuite, après la révolution, par le crédit de son compatriote Mollien, une\nplace à la Caisse d'amortissement. Appartenant à la bourgeoisie aisée de la\nville, il aimait les arts avec passion.\n« Dès l'âge le plus tendre, ce noble goût fut partagé par son fils ; il s'en\naperçut, et chercha donc à le développer. Aussi le fit-il recevoir, pour com-\nmencer, enfant de chœur à l'église métropolitaine.\n« Il y avait alors à la cathédrale, pour maître de chapelle et organiste, un\ndes meilleurs élèves du P. Martini, le savant contrapontiste bolonais, du nom\nde Broche.\n« Maître Broche> comme on l'appelait, était un des derniers types de ces\nmusiciens du XVIIIe siècle,\na Qui dînaient de l'autel et soupaient du théâtre.\n« Broche entendit la voix de Boiel, c'est ainsi qu'on le surnommait, et il\noffrit à son père de le prendre pour éléve ; cette proposition fut, comme bien\non pense, immédiatement acceptée.\nu Sur la place du vieux marché, à Rouen, on lisait autrefois cette enseigne\nbizarre :\nAU CHAUDRON\no C'était un cabaret célèbre de l'époque, où jeunes et vieux viveurs se réu-\nnissaient pour festoyer et s'esbaudir.\n« C'est là que maître Broche pontifiait, et où il composait inter pocula.\ntantôt un motet, tantôt une romance.\n« On y chantait, en chœur, ce refrain dont les vers affectaient la forme\ndune bouteille renversée :\n« Il faut que dans cent ans, quand on boira (bis) bouteille,\nOn parle du chaudron (bis) comme dyune merveille :\nOu trouver, en effet,\nUn pareil cabaret,\nLa joie du robinet,\nLe jeu (bis) du caniquet,\nLe trio de Guésus,\nEt les cations de Broche\nChantés par les gamins,\nLes lustus,\nLes lu:tus,\nLes gamins,\nDouble croche ?\nRecherché de tous, l'homme de plaisir redevenait, rentré chez lui, un\nimpitoyable tyran, un pédagogue bourru, s'imaginant, sans aucun doute, que\nl'éducation musicale est inséparable des mauvais traitements, Aussi, doux et"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "189", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.47", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 3279, "texte": "chétif, le petit Boiel, qui logeait chez son maître dont il partageait la nour-\nriture, en souffrait quelquefois plus que les autres.\n« Tout comme jadis Haydn fit auprès du vieux Porpora, il remplissait, vis-\nà-vis de maître Broche, l'office de valet de chambre.\n« Comme récompense de ses services, le maître donnait des leçons, et\nquelles leçons! Quand l'élève ne saisissait pas assez vite, il employait alors\nde singuliers moyens. C'est ainsi, par exemple, que pour expliquer l'inter-\nvalle de la quinte, il lui faisait monter cinq marches sur les mains. Voulait-il,\npar contre, lui donner une notion exacte de la pause? il lui chargeait le dos\nd'un pupitre pesant. Enfin, pour bien définir la blanche et la noire, il lui\nmeurtrissait les doigts par un vigoureux coup d'archet. Avec un tel système\nd'éducation, qui rappelait les errements de l'ancienne école, l'élève (cela se\nconçoit aisément) devait bientôt chercher à s'affranchir d'un tel joug. L'occa-\nsion ne tarda pas à se présenter.\n« Donc, un jour que maître Broche s'était oublié au Chaudron, Boiel était\nmonté aux orgues de la cathédrale pour en étudier le mécanisme. De retour\nà la maison, il attendit vainement son maître pendant quelque temps, puis\ns'endormit. Le lendemain était jour de fête carillonnée.\n« A l'heure de l'office, maître Broche ne paraissant pas, le jeune Boiel\ncourt à l'église métropolitaine, monte aux orgues, et, tremblant, prend sa\nplace. La messe commence, l'enfant se rassure peu à peu et se laisse aller à\nl'inspiration. Sa mélodie touchante monte vers Dieu, dans un accent\ncéleste. Il ne fut question ce jour-là, dans toute la ville, que de la manière\ndont l'organiste Broche avait touché son magnifique instrument. Grande\nfut la surprise, quand on apprit que l'élève avait remplacé le professeur. Le\njeune suppléant était passé maître : quant au coryphée du Chaudron, il y\nofficiait encore!\nLe Journal officiel publie une statistique intéressante des théâtres exis\ntant en France. Il y en a 26 à Paris et 366 dans les départements; total, 392.\nEn général, il n'y en a qu'un dans chaque ville, sauf : Amiens, qui en pos-\nsède 3 ; Angers, 2: Bordeaux, 6; Brest, 3; Elbeuf, 4; le Havre, 5; Lille, 2 ;\nLyon, 6; Marseille, 5; Montpellier, 2; Nantes, 4 ; Nîmes, 5; Poitiers, 2;\nRochefort, 4; Rouen, 4; Saint-Etienne, 2; Saint-Quentin, 2; Toulouse, 2;\nVersailles, 3; Cette, Dieppe, Rennes, Tours et Alais, chacun 2.\nLILLE. Pour terminer la saison, M. Bonnefoy, l'intelligent directeur du\nGrand-Théâtre, dont la Chronique musicale a déjà signalé les efforts artisti-\nques souvent couronnés de succès, a donné quelques représentations extraor-\ndinaires avec le concours d'artistes étrangers à sa troupe, tels que MM. Mon-\njauze, Jourdan, Sylva et Carrière.\nM. Monjauze a chanté avec succès le Prophète et Rigoletto. Dans le rôle\nde Jean de Leyde, cet artiste peut développer ses belles qualités de comé-\ndien et de chanteur. Sa voix se joue des difficultés et atteint sans efforts les\nnotes élevées du rôle; il a enlevé avec facilité l'air Roi du ciel et des anges,\nmais où il s'est particulièrement surpassé,, c'est dans la grande scène de la\ncathédrale avec Fidès qu'il a chantée et jouée d'une façon magistrale.\nSylva a chanté le Trouvère et Robert le Diable. Avant d'entrer à l'Opéra,"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "190", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.48", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2966, "texte": "il était le pensionnaire du Grand-Théâtre de Lille, c'est ce qui explique avec\nquel plaisir le public de cette ville s'est empressé daller constater les progrès\nvisibles de ce jeune artiste. M. Halanzier peut à présent remonter l'œuvre\nde Meyerbeer, il a sous la main un superbe Robert.\nGuillaume Tell n'avait pas été donné cette année; M. Bonnefoy a fait\nvenir spécialement pour cette pièce un débutant, M. Ch. Carrière, élève de\nDuprez, qui a abordé le rôle écrasant d'Arnold avec vigueur et éclat. Le nou-\nvel Arnold, complètement inexpérimenté au point de vue scénique, est doué\nd'une voix puissante et solide; il donne avec une rare facilité le si naturel,\nVut et même l'ut dièze\\ dans cette explosion de génie qu'on nomme le trio\ndu second acte, il a transporté le public ordinairement si froid, à ce point\nqu'on a failli le faire bisser. M. Carrière pourra devenir un artiste, un grand\nartiste même : il a ce qu'il faut pour cela, mais il lui faut encore des con-\nseils et beaucoup de travail*\nNous glissons sur une médiocre reprise de l'Etoile du Nord, mais nous\nne passerons pas sous silence la représentation de Faust, donnée par madame\nNilsson à grand renfort de réclames.\nNous avons suivi madame Nilsson dans la dernière tournée qu'elle a faite,\net malgré les éloges outrés qu7a reçus cette encombrante et présomptueuse\npersonnalité de la part de quelques partisans trop disposés à applaudir quand\nmême, nous pouvons affirmer qu'elle a souvent laissé les spectateurs sous\nune impression de regret et de désillusion. Disons d'abord que pour ces\nreprésentations le prix des places est scandaleusement augmenté (à Lille il\nétait quadruplé) ; or le public est loin d'en avoir pour son argent.\nLa soiree de Faust, donnée à Lille, a été de beaucoup au-dessous de ce\nqu'on attendait. Madame Nilsson s'est absolument moquée des nuances si\ndélicates du chef-d'œuvre de Gounod, et même du rythme ; elle sacrifie la\nmesure au plaisir d'enfler les points d'orgue à tel point que le chef d'or-\nchestre était visiblement embairasse de son archet, et que les musiciens ne\nsavaient où donner de la tête. C'est véritablement en sortant d'entendre\nmadame ÎNilsson qu on se rend un compte exact de l'immense talent de\nmadame Carvalho. Ici encore un critique musical s'est incliné jusqu'à terre\ndevant la réputation de la créatrice d Ophélie. Mais mieux avisé, le Mémo-\nrial de Lille a vertement tancé la diva. Disons, pour terminer, que madame\nNilsson, qui devait donner deux représentations, a sagement fait de partir\naprès la première.\nANGERS. On nous écrit d'Angers :\nLa clôtuie de notre théâtre a été un triomphe pour notre directeur M» H»\nMarck. .\nA son entrée en scène, un buste représentant l'Alsace en larmes dû au\nciseau de M. Bartholdi, avait été placé sur la scène. Le socle portait cette\ninscription :\nAU TALENT, A L'ESPRIT\nA M, EMILE MARCK\nLE PUBLIC D'ANGERS\n4 mai 1875.\nDeux couronnes de chêne et de laurier étaient jointes à ce cadeau."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "191", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.49", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 422, "texte": "M. Marck, non prévenu de ce qui lui était offert, a été tellement surpris,\nque, l'émotion le gagnant, il a déclamé le Dernier Délai avec des larmes.\nN'oublions pas que M. Marck était directeur du théâtre de Strasbourg en\n1870, et qu'il a préféré revenir près de nous et abandonner une position\nsplendide que le gouvernement allemand lui offrait. M. Marck était avant\ntout notre compatriote; il en a donné la preuve."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-05-15-01-c037", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-05-15_01#c037", "volume": "bmtnabc_1875-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "191", "page_fin": "192", "image_debut": 49, "image_fin": 50, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.2.10.3", "titre_corps": "NOUVELLES", "titre_sommaire": "NOUVELLES", "signature_source": "Pour l'article Varia : Le Secrétaire de la Rédaction, O. LE TRIOUX", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 49, "page_imprimee": "191", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.49", "debut_caractere": 424, "fin_caractere_exclue": 1915, "texte": "NOUVELLES\n\nARIS. Opéra. M. de Saint-Georges vient de terminer pour\nl'Opéra un livret dont le genre remonte aux premières époques de\nnotre histoire lyrique ; c'est un opéra-ballet dans lequel la danse\net le chant ont une part égale. On ne dit pas encore le nom du\ncompositeur qui en fera la musique.\nOn s'occupe actuellement d'une audition préparatoire du Dimitri, de\nM. Victorin Joncières. M. Joncières dirige lui-même les répétitions.\nFaure chante après-demain dans la Favorite pour la dernière fois de la\nsaison. Il part pour Londres, où il doit faire sa rentrée à Covent-Garden\nvers la fin de la semaine.\nOpéra-Comique. Les répétitions du Val d'Andorre vont être reprises à\nrOpéra-Gomique pendant les vacances, et poussées activement afin de pou-\nvoir jouer cette pièce au mois de septembre.\nCapoul vient de signer un engagement avec M. du Locle. Il créera\nl'hiver prochain, à l'Opéra-Comique, le rôle de Paul dans l'ouvrage de\nM. Victor Massé, PauJ et Virginie*\nThéâtre Ventadour. MM. Strakosch et Merelli manifestent l'intention\nde reprendre, l'hiver prochain, la direction du Théâtre Italien ; mais les\npropriétaires de la salle continuant à élever des prétentions considérables\n(140,000 francs de loyer annuel), il est probable que l'affaire ne se fera pas*\nIl est, d'autre part, question de plusieurs autres combinaisons tendant à la\nreconstitution du Théâtre Lyrique.\nBouffes-Parisiens. La revue des Hannetons tiendra l'affiche jusqu'à la\ntermeture annuelle qui est fixée au 3i mai."}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "192", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.50", "debut_caractere": 126, "fin_caractere_exclue": 1138, "texte": "Folies-Dramatiques. Nouvelle reprise de la Fille de Mm Angot (5 i9® re-\nprésentation), qui remplace Ahce de Nevers pour les quinze deinieis jours\ndu mois, avant la clôture.\nLe Pompon est le titre définitif de l'opéra bouiïe de MM. Chivot, Duru\net Ch. Lecocq, destiné à succéder aux Cent Vierges avec lesquelles ies Fo-\nlies-Dramatiques feront leur réouverture le ier septembre.\nMARSEILLE. Fatma, opéra comique de A. Fiégier, élève du Conserva-\ntoire de Paris, vient d'être exécuté au Grand-Théâtre de Marseille avec\nbeaucoup de succès. Tout Marseille artistique assistait à cette soirée, qui\ns'est transformée en solennité musicale et a fini par une ovation au jeune\nmusicien.\nTOULOUSE. Les correspondances signalent le grand succès obtenu par\nl'opéra de M. Duprat, Pétrarque, qui vient d'être représenté pour la pre-\nmière lois dans cette ville. On a rappelé plusieurs fois le compositeur, et une\nsérénade lui a été donnée après le spectacle.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[145]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.1", "texte": "MYTHOLOGIE MUSICALE\nLES SIRÈNES\n\nI\nN a beaucoup parlé de l'assemblage qui, sous\nle nom ambitieux de Sirène, était exposé, vers\nla fin de l'année 1873, au Palais de l'lndus-\ntrie, parmi les nombreux objets d'art et de\nhaute curiosité rapportés de l'extrême Orient.\nCet assemblage, exécuté au Japon, et dont on\npeut voir des spécimens chez quelques mar-\nchands d antiquités de la capitale, se composait\nde la partie supérieure d'un singe, adroitement\ndéfigurée, et soudée à une queue de poisson desséché recouverte d'écaillés.\nC'est là ce que les naturalistes japonais et chinois, habiles à profiter de\n\nVIII.\nIO"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "146", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.2", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nla crédulité et de l'ignorance, font passer pour des animaux amphibies\nayant réellement existé, et dont la nature hybride a longtemps surpris\nles amateurs européens.\nIl est démontré aujourd'hui que les Sirènes, quelles aient été fabri-\nquées par les naturalistes orientaux ou inventées par les anciens mytho-\nlogues, sont des êtres imaginaires, ainsi que tous les esprits aquatiques\nque l'on s'est plu de tout temps à grouper autour d'elles.\nQuoi qu'il en soit, la fable des Sirènes est l'une des plus gracieuses que\nnous ait léguées l'antiquité. Outre le sens religieux et philosophique que\nles anciens attachaient au mythe, ils voyaient de plus, dans ce thème\néternellement jeune de la séduction féminine, un prétexte à récits légen-\ndaires, continués ou repris par les conteurs du Moyen Age. La Sirène\nn'apparaît dans le monde réel qu'à la Renaissance, époque des grands\nvoyages et des grandes découvertes ; au rapport de Las Cases, Colomb\naurait joui de la même faveur qu'Ulysse: le célèbre navigateur qui dé-\ncouvrit le Nouveau-Monde aurait vu des Sirènes ! Mais il était réservé\nauxérudits modernes, entre autres à M. Georges Kastner (auquel appar-\ntiennent les recherches les plus récentes sur cette gracieuse fiction envi-\nsagée soit dans les monuments de la Grèce antique, soit dans ceux de\nl'Europe du Nord) (i), d'approfondir non-seulement le mythedes Sirènes\nsous un plus large point de vue, mais encore d'étudier l'histoire naturelle\ndes animaux marins auxquels on a donné un nom qui ne leur convient,\ncomme on le verra plus loin, ni pour la forme corporelle, ni pour le pres-\ntige mélodieux de la voix.\nII\nLes anciens ont émis les opinions les plus diverses sur les noms et le\nnombre des Sirènes, qualifiées par Pindare « d'enchanteresses. » Homère,\ndans F Odyssée, ne parle que de deux Sirènes; Tzetzès se borne à trois,\net enfin Platon, dans son livre de la République, en compte jusqu'à huit.\nD'après le scholiaste d'Homère, Eustathe, Strabon, Pline, Pétrone,\nClaudien, et Servius, le commentateur de Virgile, les noms des Sirènes\nexprimaient généralement des qualités toutes musicales. Ainsi Aglao-\nphone signifiait : « qui a une voix superbe ; » Thelxiopeia, « qui a une\nvoix agréable, douce, flatteuse; » Thelxinoé, « qui adoucit Pâme par le\n\n(1) Les Sirènes, Essai sur les principaux mythes relatifs à etc., Paris>\n1858, in-4°o"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "147", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.3", "texte": "LES SIRÈNES\n\nchant; » Parthénope, « qui a une voix de vierge; » Molpée, « qui\nchante, chanteuse; » Ligéia, « qui chante d'une voix claire et harmo-\nnieuse. » Seule, Leucosie est nommée ainsi à cause de sa blancheur, la\nblancheur donnée à Vénus par Anacréon étant un des attributs de la\nbeauté.\nLes auteurs s'accordent à donner pour père aux Sirènes le fleuve Aché-\nloûs, qui sépare l'Etolie de PArcanie et baigne la ville de Nicopolis.\nNicaise, dans son Discours sur les Sirènes, raconte cette dernière fable\nen détail, d'après les Métamorphoses Mais à la prose naïve de\nce narrateur, nous préférons l'explication de Gerhard : « Les Sirènes, ces\nmuses du chant trompeur, qui se tiennent sur une île aride, ont été en-\ngendrées par Achéloûs qui, vers la mer, diminue en force, et par Stérope,\nou plutôt par l'une des Muses, par la muse du courant har-\nmonieux, ou par Terpsichore, la muse de la danse des ondes, ou bien\nencore par Calliope, c'est-à-dire la muse à la belle voix. »\nLe savant que nous venons de citer fixe, d'après Homère, la résidence\ndes perfides et séduisantes filles d'Achéloûs sur un rocher aride, d'ou?\nsuivant Apollonius de Rhodes, l'auteur des Argonautiques, « elles se\nprécipitent dans la mer profonde. » Quelques auteurs ne parlent que\nd'une seule île ; d'autres, Strabon, Pline, Tacite et Hygin, en mentionnent\ntrois appelées Sirénuses, qu'ils disent avoir été habitées par des Sirènes.\nVoici àce sujet quelques jolis vers d'une traduction de Claudius par un\npoète du dix-septième siècle, cité par Nicaise :\nSur des rochers harmonieuxy\nEntre Scylle et Charybde habitaient les Sirènes,\nDoux tyrans des humides plaines,\nFilles-oiseaux, monstres délicieux,\nDe la mer écueils agréables,\nDes ondes charmantes terreurs ;\nEn vain, tous les vents en fureur,\nLoin de ces rives redoutables,\nPoussaient les malheureux vaisseaux.\nLeur voix, leur seule voix les tirait sur les eaux.\nLe passager, à cette mélodie,\nCessait, pour son retour, de former des désirs :\nSans douleur il perdait la vie,\nIl expirait dans les plaisirs.\nMais la topographie de ce mythe importe peu, dit M. Georges Kast-\nner. « Si, passant du domaine de la fiction dans celui de la réalité, on"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "148", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.4", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nreconnaît que la fable des Sirènes, comme celle de Charybde et Scylla, a\nété imaginée pour expliquer sous une forme poétique les dangers qui\nattendent les navigateurs sur les mers, ou bien dans un sens philosophi-\nque, les périls que l'homme en cette vie rencontre sur sa route, on s'in-\nquiétera peu de savoir quel est celui des anciens géographes ou historiens\nqui a su le mieux déterminer le lieu de résidence de ces divinité marines.\nIl suffit de constater que des îles et des écueils situés entre l'ltalie et la\nSicile, paraissent avoir tour à tour le privilège d'être rattachés à la fable\ndes Sirènes, et ont été pris tantôt pour le lieu d'habitation de ces subtiles\nenchanteresses_, tantôt pour le résultat même de leurs métamorphoses. »\nOn voit par ce qui précède que les Sirènes ont de toute antiquité rem-\npli le noble rôle de musiciennes célestes indiqué par Platon, et leur\nmagique pouvoir paraît avoir principalement résidé dans la suavité de\nleur voix :\nLa royne blanche comme un lys,\nQui chantait à voix de Sereine,\ndit à cet égard François Villon, dans le troisième couplet de la Ballade\ndes Dames du temps jadis.\nIII\nSi maintenant nous étudions les formes prêtées aux Sirènes par les\nauteurs et les artistes de l'antiquité, on verra que ces antiques virtuoses\nreprésentèrent d'abord des vierges nues ou vêtues, avec ou sans ailes.\nEn effet, les Sirènes des temps homériques joignent, à une forme hu-\nmaine et à un noble aspect, une grandeur, une beauté et une force\nextraordinaires. Au dire de Pausanias, ce ne fut que depuis\nc'est-à-dire depuis le cinquième siècle avant notre ère, que les artistes\nattribuèrent à ces sortes de divinités une physionomie propre à inspirer\nl'effroi. Alors les Sirènes figurèrent tantôt des oiseaux à tête humaine,\ntantôt des vierges à demi oiseaux (pl. I, n° 2.) Il existe du reste un fait\nincontestable, observé par Creuzer, l'auteur de la Symbolique, et par\nson compatriote Gerhard (Choix de peintures de vases antiques) : c'est\nque dans les monuments les plus anciens où les archéologues se croient\nfondés à voir des Sirènes, celles-ci paraissent sous forme d'oiseaux à tête\nde femme ; tandis que sur les monuments d'une antiquité moins recu-\nlée, elles ont la figure de vierges aux ailes d'or, comme celle dont parle\nEuripide dans son Hélène, ou sans ailes, vêtues ou non vêtues quelque-\nfois, avec des jambes couvertes de plumes et des pieds d'oiseaux.\nPlus tard seulement, les Sirènes apparaissent sous les traits de femmes-"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "149", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.5", "texte": "LES SIRENES\n\npoissons, comme celles qui habitent l'île de Cabaluse, dans Y Histoire\nvéritable de Lucien (pl. I, nos iet 3.) Cet auteur, qui a parodié tant de\nmythes antiques, entre autres ceux de la Syrie, a peut-être voulu faire allu-\nsion à Dercèto, une des grandes divinités des Syriens, qui, après avoir été\nséduite, se jeta dans un lac près d'Ascalon, et y fut changée en un mons-\ntre qui était femme depuis la ceinture jusqu'en haut et dont la partie\ninférieure, suivant l'inévitable desinit in piscem des Latins, se terminait\npar une queue de poisson. C'est à elle qu'Ovide adresse cette apostro-\nphe : « Doit-elle conter ton aventure, ô Dercèto, nymphe de Babylone,\nqui vis tes membres se revêtir d'écaillés, et qui, depuis ta métamorphose,\ns'il faut en croire les peuples de Syrie, résides au fond des marais ? »\nCette dernière forme, hâtons-nous de le dire, est restée la plus populaire,\net après avoir traversé les siècles, a été de nouveau consacrée par la fantai-\nsie du Moyen-Age et de la Renaissance (pl. I, nos 6, 7et 8). Au seizième\nsiècle, en effet, les Sirènes à queue de poisson étaient souvent repré-\nsentées dans les ouvrages d'art, principalement dans les tentures de\nhaute-lice; c'est pourquoi Rabelais disait plaisamment que la plupart\ndes auteurs n'avaient vu ces sortes d'animaux extraordinaires que dans\nle ce pais de tapisserie. »\nA côté des Sirènes, il faut placer les Océanides, les Néréides, filles\nde l'Océan ; les Potamides, qui présidaient aux fleuves; les Limnades,\nprotectrices des lacs; les Naïades et les Crénées, ou Pégées, déités des\nruisseaux, des sources et des fontaines. Ces dernières, douées comme les\nSirènes de pouvoirs surnaturels, n'étaient cependant point comme celles-\nci des objets de terreur. On les représentait sous les traits de jeunes filles\ngracieuses au front couronné de roseaux ou bien tenant des coquilles.\nLeur innocence toutefois n'égalait point leur beauté : égarées par la pas-\nsion, elles entraînaient dans leur humide empire ceux que leur cœur\navait choisis. Telles étaient la nymphe Salmacis et la gracieuse Naïs,\nchantées par Ovide, dignes sœurs d'Eunicel, Malis et Nichéias, tout\naussi passionnées et non moins perfides, dont Apollonius de Rhodes\nnous a conservé le souvenir.\nQuant aux Tritons, divinités marines du sexe masculin, on les repré-\nsente munis d'une conque avec laquelle ils commandaient aux flots.\nPausanias, dans sa description de la Béotie, raconte que dans le temple\nde Bacchus, à Tanagrée, on voyait à côté de la statue des dieux celle\nd'un Triton. « j'ai vu, ajoute-t-il, parmi les curiosités à Rome, un\nautre Triton qui n'est pas auisi grand que celui des Tanagréens. Ces\nTritons ont la forme suivante : ils ont sur la tête une chevelure sem-\nblable à Tache des marais, Le reste du corps est couvert d'écaillés minces"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "150", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.6", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\net rudes comme une lime. Ils ont des branchies au-dessous des oreilles,\nun nez d'homme, mais la bouche est beaucoup plus large, avec des\ndents de bête féroce ; leurs yeux sont vert de mer, à ce qu'il semble ; ils\nont des mains, des doigts et des ongles qui ressemblent à l'écaillé supé-\nrieure des huîtres ; sous la poitrine et sous le ventre, au lieu de pieds,\nsont des nageoires pareilles à celles des dauphins. » Pline, le natura-\nliste, dans son IXe livre, affirme gravement l'existence d'un Triton qui,\ndit-il, sonnait d'un gros coquillage en guise de trompette. Elien, au\nXVIe livre de son Histoire des Animaux, nous apprend, après Pline,\nque dans les mers de l'lnde existaient également des Tritons ainsi que\nd énormes poissons de mer dont la figure ressemblait à celle d'une\nfemme. Zahn, l'auteur du Spéculaphysico-mathematico-historica, en\nfournit un dessin (Pl. L, n° 4).\nIV\nLaissons maintenant la Grece et l'Orient, et voyons les métamor-\nphoses qu ont éprouvées les Sirènes classiques dans les mythologies du\nNord ainsi que dans les légendes populaires des XIIIe et XIVe siècles.\nLe Moyen-Age, en s emparant de ce type allégorique, selon M. Georges\nKastner, en altéra la simplicité primitive, et, dans les manuscrits comme\ndans les monuments, montra les Sirènes sous des formes complexes\nqu assombrit encore le sentiment austère de l'art chrétien, tandis que\nles écrivains religieux, d accord cette fois avec les poètes du paganisme,\nfitent de ces divinités la personnification du dangereux attrait des plai-\nsirs sensuels qui perdent lame et la livrent au démon. « Seraines, dit\nun manuscrit du XIIIe siècle de la Bibliothèque nationale, sont uns\nmonstres de mer qui ont cors de famé et coue de poisson et ongles\nd aigle, et si doucement chantent que endorment les mariniers et puis\nles dévorent. »\nLe sombre empire de Thor et d'Odin est peuplé, comme on sait, de\nfantômes bizarres dans lesquels, sous quelques déguisements qu'ils se\ncachent, il est facile de reconnaître des Sirènes ou d'autres divinités\nmarines. Citons d abord les Nixes, originaires de la Thuringe, belles\nnymphes aux cheveux blonds, montrant leur tête gracieuse au-dessus\ndes eaux, dont les flots miroitants dissimulent leur corps terminé en\nqueue de poisson. Quant aux Nix, ils sont loin de ressembler à leurs\nbelles compagnes ; comme les Tritons, ils portent une longue barbe ; ils\nsont coiffés d une lourde coiffure d'algue tressée, et ils n'ouvrent la"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "151", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.7", "texte": "LES SIRÈNES\n\nbouche que pour montrer une redoutable rangée de dents vertes qui\nfont horreur ! A ces êtres malfaisants et perfides dont la voix attire les\nmortels au fond des eaux et que Luther, à l'exemple de Vincent de\nBeauvais, a mentionnés dans ses Propos de table, il faut joindre les\nWillis, nom donné en Serbie aux fantômes des jeunes filles fiancées qui\nmouraient avant leur mariage. Selon la croyance populaire, ces fan-\ntômes blancs et diaphanes forment des danses autour des lacs solitaires.\nPuis viennent les Ondines allemandes, si poétiquement décrites par\nle romancier Frédéric de La Motte-Fouqué, les Roussalkis des pays\nslaves, les Korriganes de la Bretagne, les Water-Kelpis des lacs\nd'Ecosse, les Valkyries ou femmes-cygnes des Scandinaves, et enfin les\nMerminnes ou nymphes marines de la Hollande, véritables sœurs de la\nbrillante Mélusine, mère de Lusignan, que la Chronique de Rains\nmontre peignant ses longs cheveux, tandis que sa queue de poisson\ns'agite dans un bassin (Pl. I, n° 5).\nLes familles françaises de Lusignan, de Saint-Gelais, de La Roche-\nfoucauld, de Lansac et de Laude, qui, d'après Merbitz, se prétendent\nissues de la Mélusine, femme du comte de Poitou, ont encore dans leurs\narmoiries une nymphe aux cheveux épars, nue jusqu'à la ceinture, le\nle reste du corps caché dans un vase rempli d'eau et laissant voir une\nqueue de serpent attachée à son corps ; « telle serait là, ajoute Merbitz,\nl'image de la nymphe Mélusine. »\nLes plus connues, parmi ces fées des eaux, sont sans contredit les\nDames vertes (dame est ici pour fée), sorte de péris du Jura, surtout les\nDames blanches, qui se transformaient en poissons ou en reptiles à des\népoques indéterminées.\nV\nLes anciens, qui accordaient tant de pouvoir à la voix enchanteresse\ndes Sirènes, reconnaissaient également la puissance de leurs accords\nfascinateurs ; aussi leur faisaient-ils jouer de la flûte et de la lyre. Les\nartistes du Moyen-Age remplacèrent ces instruments par ceux en usage\nde leur temps, tels que la saquebute ou trombone, la harpe, la guiterne,\nla viole, le chalumeau, etc., ainsi que nous l'apprend J. de Montlyard (i).\n\n(i) Mythologie ou explication des Fables, œuvre d'éminente doctrine et d'agréable\nlecture, cy-devant traduitte par J. de Montlyard, exactement relue en cette dernière\nédition, et augmentée d'un Traité des Muses, etc., Baudoin, Paris, 1627,"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "152", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.8", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nEn effet, les miniatures et les estampes des XVe XVIe et XVIIe siècles,\nmontrent que tous ces instruments composaient alors l'orchestre surna-\nturel des Sirènes. (Pl. I, nos 6, 7et 8.)\nVI\nQuoi qu'il en soit de ces métamorphoses, le mythe reste toujours le\nmême, et la Sirène, sous quelque forme et sous quelque nom qu'elle se\nmontre, offre le symbole des voluptés décevantes auxquelles l'homme\ns'abandonne parfois ici-bas ; ce qui a fait assimiler la Sirène au Démon :\n« Sirenes Dœmonice, » dit Saint-Basile. Suivons donc le conseil que\ndonne Circé à Ulysse, et si nous rencontrons quelques-unes de ces\nenchanteresses au chant qu'Homère qualifie dt et dont la voix\n« perfide comme l'onde, » selon l'expression de Shakespeare, pourrait\nnous devenir funeste, imitons au plus vite le prudent et courageux fils\nde Laërte: bouchons-nous les oreilles avec delà cire pour triompher\nde leurs embûches !\n(La suite prochainement.)\n\nS. BLONDEL."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.9", "texte": "Les Sirénes de l'Antiquité et du Mouen-ñae.\nS w-f, A _ QZW v .\n%vu <y& {(DtôC.iHtl^^\nll.à._ (Otte fa iJ{<x6ti<ief~(Xcé sJÎ/CCVl&J>j .\nTe.t.. pêijdwo-matêt'inatico Lkiffl)\nf£.<?._ tVune Jltuuatuxey (?&zoviuXU£-JlCUMÔ.\n~ I i»-wiTkniW »w>-v^v'Çiejro\n&MtVUfcOl 10C} /c^zatettàxxM^¥cïSz<lOWip%dC\nHc Jtepbimc .\nfl\". A _ St*£ tmw-3e èv^&e\n3e, ( ."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.10", "texte": "Les Sirénes modernes.\n. l._ c] chz- tz&LV-ccvf 1 <e*u4$'J2> au, X (<JKXI6&L\nt'\\uxiVtew.j£ Ozienu )\nTC?%3,4. _ Sv&cfue. tJTt&vvveô tVe m-er~7 7 eu^-\nÎC£. c '\nR?? IVe X' «^Ca^tner^"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "153", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.11", "texte": "L'ÉCOLE DE MUSIQUE MODERNE\nSES TENDANCES ET SES PROCÉDÉS\n\nu moment où la guerre des Gluckistes et des Piccinnis-\ntes menace de se rallumer sous une autre forme : la\nguerre des partisans de l'école nouvelle et de l'école\nancienne; qu'il me soit permis d'entrer dans quelques\ndétails sur les tendances et les procédés de l'école nou-\nvelle. Ces observations pourront aider à éclairer les\namateurs de musique qui n'en font point profession, et les mettre à\nmême de juger avec connaissance de cause, d'abord en quoi consiste la\ndifférence entre les deux écoles, ensuite si l'école nouvelle a quelques\nchances de longévité.\nLa principale tendance, la tendance mère, si je puis m'exprimer ainsi,\nde l'école nouvelle, est l'assimilation de la voix aux instruments. Si\nBeethoven et d'autres compositeurs allemands se sont parfois laissé aller\nà cette fausse manière devoir, ce n'a jamais été par système. Mais comme\nils connaissaient mieux le mécanisme des instruments que celui de la\nvoix, et qu'ils pouvaient se livrer à la fougue de leur imagination tout à\nleur aise avec l'immense étendue de sons que leur offraient les instru-\nments à cordes et le piano (qui en outre ne sont arrêtés par aucune\ndifficulté d'intonation), ils se sont trouvés gênés en présence de la dou-\nzaine de notes dont la voix humaine peut disposer dans la généralité des\ncas, et à laquelle il faut encore éviter quantité d'intervalles qui pour-\nraient en compromettre la justesse*"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "154", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.12", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nVouloir traiter la voix comme un instrument d'orchestre, fût-ce même\nun instrument à vent, est une erreur profonde. Rien n'est plus dissem-\nblable. Un violon ressemble à un autre violon, une clarinette à une\nautre clarinette, et il n'y a que la supériorité du luthier et la virtuosité\nde l'exécutant qui mettent quelque différence entre des instruments de\nmême nature. Mais un soprano ne ressemble nullement à un autre so-\nprano ni un ténor à un autre ténor. Il y a d'abord la diversité du timbre,\nensuite celle de l'étendue de la voix et de la facilité à en unir les regis-\ntres, puis la variété de puissance de l'organe, enfin le plus ou moins\nd'aptitude naturelle à l'agilité. A celui qui joue du violoncelle ou de la\nflûte il est indifférent de faire une gamme montante ou une gamme des-\ncendante, d'exécuter un trille ou tout autre ornement. Parmi les chan-\nteurs, au contraire, il en est qui ont le trille inné et d'autres qui ne par-\nviennent jamais à l'acquérir, et l'on voit journellement d'excellents vo-\ncalistes qui éprouvent beaucoup plus de peine à faire la gamme mon-\ntante que la gamme descendante, et réciproquement. Enfin, il ne faut\npas perdre de vue qu'une mesure rigoureuse est une qualité très impor-\ntante chez un instrumentiste, et l'est beaucoup moins chez un chanteur,\nparce que tous les instrumentistes, sauf les pianistes, harpistes et orga-\nnistes, jouent ou ont joué dans les orchestres, et que quantité de chan-\nteurs ne chantent ni n'ont jamais chanté dans les chœurs. Malgré tout\nleur talent, je ne répondrais pas que mesdames Patti et Carvalho, que\nMM. Delle-Sedie et Faure fissent de très remarquables chefs d'attaque.\nRègle générale : un chanteur-métronome est un mauvais chanteur.\nUne autre tendance des compositeurs de la nouvelle école est de se\nmoquer ouvertement des règles de l'harmonie, mais d'une façon diffé-\nrente d'autrefois, où tout jeune élève se vantait d'avoir fait deux quintes\nde suite, cc parce qu'il avait voulu les faire. » Faire deux quintes de suite\nest aujourd'hui passé de mode. Le fin du métier consiste à résoudre faus-\nsement les dissonances, à ne point préparer les notes qui doivent l'être\nou à déplacer celles qui ont une place fixe, enfin à mettre àla suite les\nuns des autres des accords qui n'ont entre eux aucune relation de parenté\nni de tonalité. Qu'est-ce en effet qu'un traité d'harmonie? C'est un code\noù sont réunies par ordre toutes les lois qui régissent la syntaxe de la\ncomposition musicale. Si vous abolissez ce code que vous regardez\ncomme suranné, il faut en rédiger un nouveau où se trouveront des lois\net des règles plus conformes aux idées nouvelles, afin que chacun sache\nce qui est permis et ce qui est défendu. Mais si un nouveau code est inu-\ntile ou impossible à établir, si tout peut être permis suivant le tempéra-\nment et le caprice du premier génie venu, il n'y a plus que confusion et"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "155", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.13", "texte": "L'ÉCOLE DE MUSIQUE MODERNE\n\nanarchie. Voyez la danse. La danse de théâtre a ses règles, ses lois : la\ndanse de salon a les siennes. Si vous voulez vous affranchir des lois de\nl'une et de l'autre, vous tombez dans le cancan. Que les compositeurs\nde l'avenir y prennent garde ! leurs productions ne seront bientôt plus\nqu'un cancan musical, bien moins gai que car le cancan dansé\namuse et le cancan joué ennuiera.\nJ?ai assez parlé des tendances de la nouvelle école. Passons à ses pro-\ncédés .\nPremier procédé. J.-J. Rousseau a signalé l'effet imposant du premier\ncoup d'archet de l'ouverture d'un opéra. Pour ne pas se traîner dans\nl'ornière des movens connus, les Modernes affectent de commencer toutes\nm/ /\nleurs ouvertures ou introductions par un pianissimo. Apparemment\nils considèrent cette manière de débuter comme étant de meilleur ton.\nDeuxième procédé. lls ont un air à accompagner : ils commencent\npar chercher un dessin instrumental d'une seule mesure, mais qui offre\nquelque intérêt. Une fois le dessin trouvé, l'accompagnement de tout\nl'air est fait. Ce dessin haussé, baissé, transposé, modulé, se reproduit\nobstinément pendant tout le temps que dure le morceau, sans que son\nallure soit jamais variée, heureux encore quand l'accompagnement qui\nen résulte n'est pas écrit d'avance, et le chant ajusté sur ce dessin si tra-\nqué et si torturé. Ce n'est pas qu'il ne se rencontre quelques exemples\nde ce genre de procédé dans les anciens compositeurs, témoin Rossini,\ndans l'admirable air de Guillaume Tell : « Sois immobile », et Schubert,\nqui en a usé et abusé dans ses mélodies ; mais il faut convenir que\nmessieurs les Modernes ne trouvent pas tous les jours des inspirations\ntelles que l'air de Guillaume Tell, et que la Religieuse, VAve Maria,\nla Sérénade, le Roi des aulnes et le Départ.\nTroisième procédé. Comme les musiciens de l'avenir font une guerre\nà mort au rhy thme, ils n'ont rien de plus pressé, rien de plus à cœur, lors-\nqu'un chant ou une mélodie leur arrive une fois par hasard, que d'en\ndétruire le rhythme paiT'accompagnement. En conséquence, ils placent\nau-dessous un dessin syncopé, soit d'une mesure à l'autre, soit d'un temps\nfort à un temps faible, et CQ, dans toutes les parties, compris la basse, de\nfaçon à obliger le chanteur à marquer la mesure pour le piano ou l'or-\nchestre, au lieu que ce soit l'orchestre ou le piano qui la marque pour le\nchanteur."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "156", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.14", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nJ'arrive à la manière d'instrumenter de l'école moderne. De tout ce\nqui constitue son bagage, l'art avec lequel les jeunes compositeurs in-\nstrumentent leurs partitions est certainement ce qui laisse le moins de\nprise à la critique, et mérite d'être loué et encouragé. Mais qu'on ne s'y\ntrompe point : l'instrumentation s'apprend et le don de créer des mélo-\ndies ne s'apprend pas. Il est donc bien plus facile d'intéresser avec des\neffets d'orchestre qu'avec des chants neufs et originaux, qui doivent, se-\nlon les circonstances, être simples et jolis, nobles et grands, mais toujours\nbien rhythmés et faciles à retenir. Or, les musiciens de l'avenir n'ayant\npas, du moins la plus grande partie d'entre eux, reçu du ciel le don de la\nmélodie, comme l'ont reçu Rossini, Donizetti, Bellini, Meyerbeer, Hé-\nrold et Auber, pour ne parler que des quasi-contemporains, ont imaginé\nd'abord de tourner en ridicule la carrure des motifs, et ensuite d'affecter\nune sainte horreur pour la banalité. Partant de là, ils enfilent à la suite\nl'une de l'une de l'autre des phrases musicales d'où le rhythme est exclu,\net s'efforcent de rendre baroques, en les dérangeant, le petit nombre de\nmélodies qui leur viennent, de peur qu'on ne les trouve communes.\nQue dans le fond de leur cœur ils admirent ou méprisent Mozart,\nHaydn, Possini et Auber, c'est affaire à eux, et peu nous importe; mais\nils veulent faire autrement qu'eux, et ont la prétention de faire mieux.\nQuoi qu'il en soit, il leur a fallu suppléer aux dons de la nature qui leur\nmanquaient, et ils se sont jetés à corps perdu dans l'instrumentation.\nLeur manie est de chercher des effets. Aujourd'hui, un élève qui a pris\nsa seconde leçon d'instrumentation en est déjà à vouloir trouver des effets-\nd'orchestre, sans songer qu'il faut commencer par écrire pendant six\nmois, un an, deux ans, de la musique courante d'orchestre, avant de se\nrisquer à chercher des effets nouveaux, et que dans telle partition signée\nd'un nom illustre, il ne se trouve souvent pas quatre effets absolument\nneufs. Wagner, qu'ils prennent pour modèle, a le génie de l'instrumen-\ntation, et grâce à ce genre de génie, il fait souvent passer sur l'absence\nde rhythme et de mélodie, bien que la marche du Tannhauser prouve\nqu'il sent la puissance du rhythme tout comme un autre. Mais l'ab-\nsence de rhythme et de mélodie, jointe à l'absence du génie de l'instru-\nmentation, ne produira jamais que des avortons ou des œuvres mort-\nnées.\nLe goût prédominant des modernes consiste à placer la harpe partout,\nà employer la flûte dans ses notes graves, à faire de grandes oppositions\nentre la demi-teinte et le fortissimo, bien que cependant la demi-\nteinte et les sourdines l'emportent généralement chez eux sur la sonorité\npleine. Çà et là ils rencontrent de beaux effets, mais comme ce n'est que"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "157", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.15", "texte": "L'ÉCOLE DE MUSIQUE MODERNE\n\npar des modulations constantes qu'ils procèdent et qu'ils développent\nleurs idées musicales, il en résulte qu'ils ne sont propres qu'au genre\nsymphonique, et que leur entente de la scène et leur expression drama-\ntique sont nulles. D'ailleurs, leurs chants (avec paroles) ne sont pour la\nplupart du temps que de la mélopée.\nAinsi donc, le bilan de la nouvelle école peut se dresser ainsi : Actif,\ninstrumentation toujours soignée; quelquefois de beaux effets d'orchestre.\nPassif : négation delà mélodie; abolition du rhythme, révolte constante\ncontre les lois de l'harmonie, absence de charme, aplatissement, ou du\nmoins asservissement de la voix humaine, qui restera toujours le pre-\nmier et le plus beau de tous les instruments, en dépit des efforts des\nModernes et des théories anatomiques des professeurs de chant du jour,\ncontre lesquelles Piermarini s'est si vertement élevé dans la préface de\nson Cours de Chant, dont j'ai rendu compte dans le dernier numéro de\nla Chronique musicale. Une musique écrite dans ces conditions a-t-\n--elle des chances de longévité ? Voilà la question. Le temps la résoudra.\n\nHENRY COHEN."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "158", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.16", "texte": "DE LA\nGYMNASTIQUE PULMONAIRE\nCONTRE LA PHTHISIE\n\n(I)\n[CHAPITRE IV\n( Suite et fin)\nE tableau numéro 2 contient tout ce que nous avons\npu nous procurer relativement aux congés de réforme\net de convalescence accordés respectivement aux sol-\ndats et aux musiciens, dans la même période de vingt-\nsix années. Malgré ses lacunes, il n'est pas moins\nsignificatif. On y voit, en effet, que pendant que la\nphthisie pulmonaire faisait :\ni° Au de 1849 à 1858 inclus, 443 victimes, dont 9\ninstrumentistes ;\n20 A l'hôpital de Versailles, de i 833 à iB5B inclus, 459, dont 3 ins-\ntrumentistes;\nLon délivrait dans le même temps pour phthisie, affection tubercu-\n\n(i) Voir les numéros des iei et i 5 août, i 5 septembre i 5 octobre et i 5 novembre\n1874, et i 5 janvier 1875."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "159", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.17", "texte": "DE LA GYMNASTIQUE PULMONAIRE\n\nleuse ou pour bronchite, catarrhe, pleurite, faiblesse de constitution,\nservant à déguiser le diagnostic véritable :\ni° Au Val-de-Grâce 1,112 congés, dont 8 à des instrumentistes;\n20 A l'hôpital de Versailles, 1,786, dont 7 d°.\nTotal 2,898 congés, dont i 5 à des instrumentistes.\nOr ici encore, si les choses se passaient de même chez les soldats et\nchez les musiciens, qu'aurions-nous dû trouver pour ces derniers? un\ntotal de 116 congés, au lieu de i 5 seulement, c'est-à-dire tout près de\n8 fois plus !\nQue faut-il de plus (même en admettant de notre part quelques\nerreurs de pointage, difficiles à éviter dans un travail de si longue ha-\nleine) pour établir manifestement la très grande immunité relative dont\njouissent les joueurs d'instruments à vent par rapport à la phthisie pul-\nmonaire, et forcer à cet endroit les convictions les plus rebelles?... Mais\ncette immunité, nous objectera-t-on, ne serait-il point possible de la\nrapporter à une autre influence? Ne pourrait-on, par exemple, en trou-\nver la cause véritable dans la constitution, dans l'état de santé même,\nou bien dans une meilleure hygiène de ceux qui en bénéficient?... Le\nsôldat, dit Benoiston de Châteauneuf, et cette fois il avait raison, « est\nun homme de choix, le musicien ne Vest pas. » Il est notoire, en effet,\nque 80 fois sur 100 se font musiciens dans Farinée ceux qui, comme le\njeune soldat cité par le docteur Linas, moins robustes de corps ou de cœur\nque leur camarades, veulent échapper aux corvées, aux manœuvres et fac-\ntions, et s'épargner le port des armes dans les marches. Lorsqu'il y a un\ntraînard, un clampin, suivant l'expression consacrée, dans une chambrée,\npour peu que le sujet s'y prête, on en fait un musicien. Voilà pour les\nqualités physiques de l'homme. Quant à l'hygiène du musicien, elle est\ncertainement inférieure, car si sa nourriture ne vaut ni plus ni moins\nque celle du simple soldat, celui-ci a tout au moins le bénéfice d'exercices\nfréquents au grand air, alors que le musicien vit, lui, confiné, durant de\nlongues heures, dans une salle d'étude dont l'oxygène est loin d'être tou-\njours d'une pureté sans égale. Si, plus tard, nous considérons l'élève\nmonté au grade de musicien de deuxième ou première classe, ce n'est\ncertes point non plus ni dans l'atmosphère, ni dans les libations des\nguinguettes et bals publics, où il lui est permis quelquefois d'aller jouer\nde son instrument, que nous trouverons pour lui des conditions d'hy-\ngiène meilleures que celles des sous-officiers auxquels il est alors assimilé,\net qui payent, eux, même tribut que le simple soldat à la phthisie. Si\nl'on était tenté encore de nous objecter que le personnel musical dans\nl'armée se renouvelle moins souvent, et que par conséquent les éléments"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "160", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.18", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nde notre comparaison ne sont point similaires, il nous suffirait de répon-\ndre : que ceux que leur infériorité dans l'art relègue perpétuellement au\ndernier rang, se dégoûtent du service, non moins que les hommes restés\nsimples fusiliers, et le quittent tout aussi vite; tandis que,parmi les mu-\nsiciens qui ont acquis quelque talent, les uns restent dans l'armée,\ncomme les sous-officiers à chevrons, en attendant le jour de la liquida-\ntion de leur modeste retraite, mais les autres, plus nombreux, préfèrent\nrentrer dans la vie civile pour y mettre ce talent plus à ou y suivre\nune autre carrière qui réponde mieux à leur ambition.\nUne réflexion avant que de clore ce chapitre, dont le développement\nparaîtra, nous l'espérons, justifié en tous points.\nL'on sait que la phihisie pulmonaire a été signalée comme particu-\nlièrement fréquente dans divers corps d'élite, notamment dans la gendar-\nmerie et l'ancienne garde de Paris. D'aucuns ont cru, non sans raison,\nen trouver la cause dans le mode d'équipement de ces hommes. Or, il\nest bien remarquable que les quelques instrumentistes morts de phthisie\nsoient surtout des musiciens (29 sur 35),-c'est-à-dire ceux chez lesquels\nl'attitude forcée des deux bras en avant vient,'avec les synergies muscu-\nlaires nécessaires dans la marche, contrarier précisément la libre expan-\nsion pulmonaire, ainsi que le faisaient autrefois les buffleteries des\ngendarmes et gardes à pied qui, croisant au-devant de la poitrine, l'en-\nserraient d'autant plus fort que le sabre et la giberne qui y étaient atta-\nchés pesaient davantage. A Versailles, où la garnison est surtout com-\nposée de cavalerie, et où par conséquent les instrumentistes ne sauraient\néprouver de gêne semblable, il n'y a eu chez ces derniers, en vingt-six\nannées, pour cause de phthisie, que 3 décès sur 459. N'y a-t-il point là\nde quoi grandement justifier aussi cette opinion : que les pianistes, les\nharpistes et surtout les violonistes paient, eux, au contraire, un tribut\nconsidérable à la phthisie; et comment déjà ne pas en conclure que ce\nserait certainement s'exposer à perdre tous les bénéfices hygiéniques et\npréventifs de l'exercice du chant lui-même, que de le pratiquer dans une\nattitude capable de s'opposer à l'entière liberté des organes qui y prési-\ndent?\nUn mot avant que de conclure, sur les effets contraires\nde la mise au repos des organes pulmonaires.\nAssistant un jour fortuitement à une leçon faite à Phôpital de Lari-"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "161", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.19", "texte": "boisière sur la phthisie, nous y avons entendu le Professeur s'exprimer à\npeu près en ces termes : « On a prétendu que les exercices de la voix,\nle chant et le jeu même des instruments à vent, dirigés dans le sens\nd'une sorte de gymnastique des poumons, étaient propres à combattre la\nphthisie. Pour mon compte, je crois peu à l'efficacité d'un pareil moyen,\nmême pour la prophylaxie, et je serais bien plus disposé, au contraire,\nà admettre les bons effets de la mise au repos des organes. Un de\nmes amis, professeur émérite dans un pays voisin, s'est guéri d une\nphthisie, qui commençait à être des plus caractérisées, par un silence\npresque absolu auquel il a eu le courage de se condamner, durant dix-\nhuit mois consécutifs. En pareille occurrence, je n'hésiterais point à\nfaire de même, et à le conseiller. »\nEn i 83v, le docteur Coindet avait écrit dans les Annales d'hygiène,\nt. xix :\na Le silence alanguit le système digestif, débilite les organes de la\nrespiration et prédispose à la phthisie. »\nPlus tard, le docteur Fourcault, soutenant la même thèse, avait pu-\nblié une statistique de laquelle il résultait que dans les maisons cen-\ntrales pénitentiaires, où l'on observe la loi du silence, à Vilvorde, il y\navait eu trente-quatre phthisiques sur soixante-trois décès en une seule\nannée; à Gand, quatre-vingt-sept phthisiques sur cent soixante-huit\ndécès en dix-huit années, et à Poissy, où la règle est cependant moins\nsévère, cent soixante-dix sur deux cent quatre-vingt-deux en dix\nannées !\nLes faits avancés par Fourcault, et que ne pouvait ignorer le Profes-\nseur de l'hôpital Lariboisière, n'étaient-ils qu'exceptionnels, et l'assertion\nde Bennati, rapportée plus haut, de laquelle il résulterait que la plupart\ndes sourds-muets succombent à la phthisie, était-elle controuvée ? Cela\nvalait assurément la peine d'être vérifié, mais la pensée nous en est ve-\nnue au cours seulement de cette publication. Nous avons procédé\nsans retard à un supplément d'enquête, dans l'espérance d'arriver en-\ncore à temps pour en faire profiter le lecteur. Malheureusement, l'un\ndes principaux documents statistiques, la mortalité par la phthisie dans\nles établissements des sourds-muets en France et dans ceux des jeunes\naveugles, afin d'avoir un terme de comparaison, nous fait encore défaut\nà cette heure où il ne nous est plus possible de différer la livraison de ce\ndernier article. Ni la statistique générale de France, ni la statistique\nspéciale du Ministère de l'intérieur n'ont pu rien nous apprendre sur la\nmortalité respective de ces différents établissements, et il ne nous est resté\nd'autre ressource, pour la connaître, que de nous adresser personnelle-\n\nVIII.\nDE LA GYMNASTIQUE PULMONAIRE\n11"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "162", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.20", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nment aux directeurs mêmes de chacun d'eux en particulier. C'est ce que\nnous faisons en ce moment, en même temps que nous tentons de nous\nprocurer quelques données sur la mortalité par la phthisie dans certains\ncouvents et communautés. Le chapitre que nous aurons à écrire plus\ntard aura pour titre :\nDES EFFETS DESASTREUX DU MUTISME OU DU SILENCE\nDANS LA PHTHISIE PULMONAIRE.\nCe titre, nous pouvons, hélas ! le justifier dès à présent très grande-\nment en sa seconde partie, c'est-à-dire quant à ce qui concerne les effets\ndu simple silence, grâce aux nombreux documents officiels sur la sta-\ntistique médicale des établissements pénitentiaires. Il résulte, en effet,\nde l'étude attentive de ces documents, mis très gracieusement à notre\ndisposition :\nQue la mortalité en France, dans les maisons centrales de force et de\ncorrection, s'est non-seulement montrée, pour l'ensemble de ces maisons,\ntrois et quatre fois supérieure à celle de la vie libre (en certaines on Va\nvue parfois s'élever au décuple), mais qu'elle a offert de très grandes\noscillations. Presque stationnaire à 6,52 p. 100 dans la période de 1836\nà 1838, on la voit ensuite s'élever tout à coup, atteindre successivement\nune moyenne de 7,95,— 8,i5 et même 9,g5 en 1848; puis redescendre\nà 6,96 en 1848, à 5,24 en 1849, pour remonter après 1852 à 6,51, et\n7,01 p. 100 en 1854.\nCes oscillations, dont les plus fortes, celles de la période de 1838 à\n1849, avaient coïncidé précisément avec l'époque où l'on avait com-\nmencé à faire les plus louables efforts pour améliorer physiquement et\nmoralement le sort des prisonniers, furent une énigme pour l'Adminis-\ntration. Le docteur Parchappe, son interprète, s'efforça de la pénétrer.\nIl en chercha successivement la clef dans le cubage et la ventilation des\ndivers établissements pénitentiers, pour lesquels le Département de\nl'intérieur fit les frais de tout un volume de plans, dessins et légendes\nexplicatives; dans la substitution du régime de l'entreprise à celui de la\nrégie pour l'alimentation des prisonniers; dans une quasi-fermeture des\ncantines, qui jusque-là avaient été autorisées à leur fournir des vivres\nsupplémentaires... etc., et enfin, chose étrange, dans le prix moyen de\nl'hectolitre de froment avant l'époque de la détention. Il y avait de par\nailleurs cependant une cause de mortalité bien autrement puissante, et\ncette cause, qu'il nous reste à faire très brièvement ressortir, l'on s'étonne\nqu'un Inspecteur général du service sanitaire des prisons, ainsi que"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "163", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.21", "texte": "DE LA GYMNASTIQUE PULMONAIRE\n\n1 était depuis nombre d années, le docteur Parchappe, ne Tait même\npoint entrevue, surtout après les dires du docteur Fourcault.\nLe 10 mai iB3p mai que une phase nouvelle dans les établissements\npénitentiaires de la France. A cette date, un arrêté ministériel imposa\n1 observance du silence aux détenus. A peine le nouvel arrêt a-t-il reçu\nson que la moitalite des maisons centrales, stationnaire,\ndepuis plusieurs années, vers le chiffre de 6,52 p. ioo, monte à 6,86,\natteint 7,95 en 1840, puis 8,38 p. 100 lorsque l'application rigoureuse\nde 1 airet a eu le temps de produire tous ses effets. Survient la révolution\nde 1848. La discipline se relâche dans les maisons centrales, la loi du\nsilence y devient lettre morte, et la mortalité, encore à 8 p, 100 en 1849,\nà 9,95 en 1847, descend à 6,96 en 1848, et en 1849 à 5,24, où elle se\nmaintient à peu près stationnaire jusqu'au jour où, après le coup d'État\nde 1852, la discipline reprenant le dessus, on réapplique l'ordonnance\nde iB3g. Elle remonte alors à 6,51 en i 853, et à 7,01 en 1854; et,\npendant ce temps, qu est-ce qui faisait les frais principaux de ces oscil-\nlations? Les maladies de l'appareil respiratoire!\nD autre part, si 1 on interroge la statistique des pénitenciers agricoles\nde la Corse, au nombre de trois (Casabianda, Castellucio et Chiavari),\noù la loi du silence ne peut plus être appliquée, on trouve qu en quatre\nannées, à partir de 1867, époque de l'adjonction des deux premiers de\nces pénitenciers à celui de Chiavari :\ndétenus ont donné 237 décès, sur lesquels il y eut seulement\n22 phthisiques, c est-à-dire que la mortalité générale moyenne a été\nde 3 p. ioo_, ou pas tout-à-fait 1 de plus que celle dans la vie libre au-\ndessus de 16 ans, où elle est de 2_,io (Bureau des longitudes); et que\ndans la mortalité générale, les phthisiques ont compté seulement pour\n6,50 p. 100, ce qui est environ moitié moins que dans la vie libre !\nVeut-on savoir maintenant quelle a été la mortalité correspondante\nciux memes époques dans deux maisons centrales vuvales, les plus im-\nportantes du continent, à Eysses et à Fontevrault, où toute infraction\na la loi du silence est sévèrement réprimée; la voici :\nEysses. Population de 1867 à iB7°* 3,216\nMortalité .générale ..... 213 = 6 p. 100\nMortalité par phthisie. .> . 109 =so de m. g 4\nFontevrault. Population de 1867 à 1870. 5,362\nMortalité générale. .., . . 219 = 4,08\nMoitalité par phthisie. .. . g 3 =42 p> 100 de m. g.\nQuelle éloquence dans de pareils chiffres, même après y avoir fait la"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "164", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.22", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\npart de cette autre gymnastique si salutaire résultant des travaux agri-\ncoles. Quels enseignements pour tout le monde, y compris le savant\nconfrère dont nous avons rapporté le singulier enseignement, et com-\nment ne pas qualifier de JOUR NOIR cette date du 10 mai 1&39, où parut\nl'arrêt ministériel dont les conséquences turent et doivent être encore a\nl'heure qu'il est si funestes!...\nCONCLUSIONS\nDe l'ensemble de tous les faits et opinions que nous avons relatés; de\ncette vaste enquête dont les éléments nous ont été fournis par les maîtres\net les artistes les plus en renom dans la déclamation, dans le chant et\nle jeu des instruments à vent, par nombre de médecins en rapports fré-\nquents avec le personnel de nos théâtres et scènes lyriques, par tous les\nprincipaux facteurs d'instruments de musique, par des virtuoses ama-\nteurs, et implicitement par les divers instrumentistes de l'armée, musi-\nciens proprement dits, trompettes ou clairons, qui ont tait partie de la\ngarnison des première et deuxième divisions militaires pendant toute une\npériode de vingt-six années, et enfin par les divers documents officiels\nsur la statistique médicale des établissements pénitentiaires, il doit être\npermis de conclure sans hésitation :\nQue l'opinion assez universellement acceptée, en vertu de laquelle on\ndevrait condamner au repos toutes poitrines plus ou moins faibles ou\ndélicates, n'a aucun fondement et n7est le résultat que dun piéjugé ,\nQue tous les exercices des organes respiratoires, quand ils s accomplis-\nsent avec mesure d'abord, et toujours suivant les lois d une gymnastique\nrationnelle des poumons et des organes qui les enferment, quand ils ont\nlieu mécaniquement sans fatigue ni morale ni physique, et sans que\nrien puisse venir mettre un obstacle quelconque à la libre expansion pul-\nmonaire, sont au contraire éminemment salutaires, et à ce titre doivent\nfaire partie de bonne heure de l'hygiène de toute personne plus ou moins\nmenacée de tuberculose pulmonaire par sa naissance ou par sa constitu-\ntion, tandis que devront être sévèrement proscrits, dans les mêmes cas,\ntoutes choses, ou tous instruments pouvant, comme le violon, par exem-\nple, avoir pour effet de resserrer la poitrine;\nQu'au nombre des exercices à recommander, il faut mettre en première\nligne le chant, et surtout, toutes les fois que faire se pourra, le jeu d'un ins-\ntrument à vent choisi de façon à ce que, tout en étant le mieux approprié\nau goût de l'exécutant, il permette une ampliation plus grande de la poi-"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "165", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.23", "texte": "DE LA GYMNASTIQUE PULMONAIRE\n\ntrine, aussi bien par l'attitude à prendre pour en jouer, que par la quan-\ntité d'air nécessaire à l'émission du son. Fillettes et garçons, auxquels\npeut incomber un fatal héritage, apprendront donc à solfier de bonne\nheure; et vers l'âge de six à douze ans, nul inconvénient pour ces derniers\nà emboucher cor, trompette ou piston, pourvu que la fatigue n'aille ja-\nmais chez eux au-delà de celle des livres. Pour les jeunes personnes qui,\nmalgré les tentatives récentes faites en vue de créer des orchestres fémi-\nnins, ne sauraient user du même moyen, pour les hommes auxquels l'âge,\nles goûts ou les convenances sociales ne permettent point d'aspirer à\ndevenir ni des chanteurs, ni des virtuoses, il restera la précieuse ressource\ndes inhalations forcées, pratiquées suivant les méthodes anglaises de\nRamadge, Authenrieth Cricton, etc., et mieux encore, au moins en cer-\ntains cas, suivant notre propre méthode, laquelle consiste à faire accom-\nplir les deux temps de la respiration au travers d'un tube muni de dou-\nbles soupapes à levier qu'on peut graduer à volonté, et qui s'ouvrent\ndans des flacons où l'air est obligé de s'imprégner d'émanations d'iode,\nde soufre ou de goudron, suivant les cas.\nCes mêmes exercices et inhalations peuvent-ils étendre leur action\nbienfaisante au-delà de la prophylaxie, et guérir des poumons déjà ma-\nlades ? Très certainement répondent les observations de tous les jours,\naussi bien que les faits de guérison bien constatée, relevés dans notre en-\nquête; si le mal est encore peu avancé, et si, comme l'on en trouve tant\nd'exemples dans les autopsies de vieillards, Ton peut espérer obtenir la\ncicatrisation crétacée des parties ulcérées, fût-ce au prix de cet anto-\ngoniste de la phthisie, l'emphysème pulmonaire ou asthme, qui, par\ncontre, est si fréquent chez les chanteurs et les joueurs d'instruments\nà vent.\nPas n'est besoin d'ajouter qu'en même temps que la gymnastique spé-\nciale que nous préconisons, une gymnastique générale ou tous autres\nexercices propres à en tenir lieu, la danse, l'escrime, l'équitation,etc., se-\nront du meilleur effet. On préviendra ainsi 1' alanguissement du système\nmusculaire, Vamyosthénie, ainsi que nous l'avons dénommée, et que nous\navons appris, le premier, à mesurer, il y a maintenant plus d'un quart\nde siècle, à l'époque même où nous fondâmes en médecine cette théra-\npeutique nouvelle des Maladies nerveuses par certains métaux, soit au\ndedans, soit au dehors, la MÉTALLOTHÉRAPIE, dont une des. applications\npopulaires, la casserole de cuivre contre la migraine, fit si grand\nbruit, dans le temps, et inspira particulièrement la verve satirique de\nHham, qui lui donna libre carrière dans tout un numéro du Journal"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "166", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.24", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\namusant. Cet alanguissement est la cause première de tant de maux ;\nnous avons démontré directement, à satiété, durant vingt années, par\nnos applications de métaux aux quatre coins des hôpitaux de Paris, qu'il\nest tout particulièrement funeste au phthisique, par la raison qu'il amène\nfatalement chez lui la perte de l'appétit, c'est-à-dire le démantèlement de\nl'organisme et Témaciation à bref délai.\nQu'on nous pardonne cette petite incursion finale dans le domaine spé-\ncial de la médecine. La phthisie pulmonaire prélève un tribut si effroya-\nble sur notre pauvre humanité, que quiconque croit avoir en ses mains\nune parcelle de vérité pour la combattre, doit y insister, à notre avis?\ntoutes les fois que l'occasion s'en présente.\n\nDr V. BURQ."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "167", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.25", "texte": "LULLY\nPROFESSEUR DE VIOLON\n\nHACUN sait que Lully naquit à Florence, qu'il fut comblé\ndes faveurs royales, et qu'il peut être, dans une certaine\nmesure,considéré comme le créateur de l'opéra français.\nJe dis dans une certaine mesure, pour ne pas frustrer de\nleur part de gloire Cambert et Perrin, les premiers en\ndate sinon en mérite, Lully fut un tavori du destin, et le nasarci ou ia\nProvidence, non moins que son talent, jouèrent un grand rôle dans son\naventureuse destinée. Il est ainsi des privilégiés du sort, et à côté des\nnatures laborieuses et patientes, devant tout à leur labeur, on voit des\npersonnalités heureuses dont les circonstances favorables abattent la plus\nforte part de besogne; le destin s'incarne de mille façons pour intervenir\ndans leurs affaires, et un souffle indifférent pour tout autre suffit à pousser\nla barque de leur fortune.\nCette image nous ramène directement aux incidents fortuits qui je-\ntèrent Lully dans la voie des honneurs, incidents où le destin prit une\nforme assez rare, assez indiscrète, et par là meme assez délicate à racon-\nter. Je suis vraiment embarrassé pour vous dire comment il se fit que\nmademoiselle de Montpensier mit à la porte l'indiscret marmiton qui\nraclait ses casserolles et son violon dans les cuisines du Luxembourg.\nIl est très certain, et ceci est un tait acquis à l'histoire, qu'un beau\n'jour, Mademoiselle, toute Mademoiselle et cousine du roi qu'elle était...\nmanqua de puissance sur elle-même. Non pas, mon Dieu î que son es-\nprit se montrât inférieur à sa haute position, ou que son cœur terrassât"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "168", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.26", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nsa raison !... non, la défection venait de plus bas, et ce fut par un gémis\nsement contenu mais bien articulé que se trahit son intime concession\naux faiblesses humaines.\nQu'y voulez-vous faire ? Le bruit de cette aventure eut plus de reten-\ntissement qu'il ne le comportait en lui-même, et je vous laisse à penser\nsi la cour et la ville se mirent en beaux frais de sel gaulois, surtout lors-\nqu'on sut que le roi s'était prodigieusement diverti aux dépens de\nMademoiselle, qu'il aimait tout juste. Les malins firent une\nque dis-je ! vingt chansons, mais une surtout que Baptiste, le marmiton,\nle ménétrier florentin, mit en musique et chantait dans les offices;\nMademoiselle, indignée, chassa honteusement l'indiscret musicien, et\nvoilà Lully sur le pavé. Mais la chanson était à la mode ; l'auteur qui\nn'était pas bête la redisait aux grands seigneurs, qui s'en amusaient au\npossible, et régalaient parfois le malicieux italien. Encouragé par sa\nhaute protection, Baptiste se présenta au chef des violons de Louis XIV\net demanda à faire partie de la bande. Mais comme le nombre de méné-\ntriers était limité, qu'en outre chacun d'eux avait payé très cher le droit\nd'écorcher les oreilles du roi à son lever, à son coucher, à ses festins et à\nses fêtes, nul ne voulut, bien entendu, céder sa place au jeune virtuose.\nLully ne se découragea pas, et comme ce qu'il voulait avant tout c'était\nd'avoir pied en cour, il accepta des ménétriers la charge de garçon d'or-\nchestre. C'est donc lui qui mettait la musique sur les pupitres, la ramas-\nsait après exécution, mouchait les chandelles, etc...\nCe serait une erreur de croire que Louis XIV eut sans cesse l'esprit\noccupé de ses plans d administration ou de guerre; il adorait les cancans,\net ses familiers ne manquaient pas de lui servir soigneusement le plat\ndu jour. Comme je l'ai dit, l'accident sonore de Mademoiselle l'avait fort\namusé ! Ayant appris que l'auteur des couplets à la mode était le garçon\nd'orchestre des violons de sa chambre, il voulut le connaître, et le rusé\nFlorentin sut si bien faire, que bientôt il devint indispensable au roi, qui\ns ennuyait souvent. Comme les vingt-quatre ménétriers persistaient à se\nbien porter et à refuser, par décès ou autrement, d'ouvrir leurs rangs à\nBaptiste, le roi créa tout exprès pour lui une bande nouvelle qu'il put\nformer àsa fantaisie. Les petits violons, ç'est ainsi qu'on les appela, ins-\ntruits par leur habile directeur, ne tardèrent pas à éclipser complètement\nleurs aînés, et la façon absolument supérieure dont ils jouèrent du violon\nne contribua pas p.u à réhabiliter cet instrument, dont quelques grands\nseigneurs d clignèrent prendre des leçons.\nIl faut se rappeler, en effet, que si l'art de la musique était tenu en\nassez mince celui de jouer du violon était entièrement discréditée"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "169", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.27", "texte": "LULLY\n\nTraiter un homme de violon ou de fiacre, était une grosse injure, et le\nterme de violoniste était synonyme de celui d'ivrogne. Que Ton juge de\n1 opinion des contemporains du grand roi par cette déclaration que je\ntrouve dans les Variétés Historiques, à la date de 1752 (!!) « Quoique\n« je ne croie pas indigne des honnêtes gens de s'appliquer à la musique\n« en général ou à quelque instrument en particulier, ce ne doit être\n« ce me semble qu'avec modération... C'est une erreur, selon moi, de\n« s'imaginer, comme quelques-uns le prétendent, que le violon ait été\n« ennobli parce que plusieurs grands seigneurs s'y sont adonnés et y\n<( ont réussi :ce sont, j9ose le dire, des talents déplacés, cjui; sans con-\ncc tribuer à l'honneur de l'instrument, ne servent qu'à dégrader ces\n« messieurs... »\nLully peut être considéré comme un des premiers violonistes de son\ntemps, sinon le plus habile. Il avait appris cet instrument en France,\nétant au service de Mademoiselle, et s'était perfectionné lui-même. En\narrivant de son pays avec le chevalier de Guise, qui l'avait mené à sa\nnièce pour qu'elle pût en causant avec lui se perfectionner dans la lan-\ngue italienne, il ne jouait que de la guitare. Ses grands airs de violon,\nsi Ton en croit les jugements des contemporains, défient toute compa-\nraison.\nComme son génie se trouvait singulièrement gêné par l'ignorance des\nchanteurs et des instrumentistes de son temps, dont la plupart ne sa-\nvaient ce que c'était que jouer à livre ouvert, il se mit à former lui-même\nses interprètes, pour ne pas en être réduit à proportionner ses œuvres à\nla faiblesse de ses exécuteurs, comme on disait alors.\nIl fallut donc qu'il instruisît des musiciens de tout genre, principale-\nment des joueurs de violon. On doit regarder comme ses élèves, Verdier,\nBaptiste père, Joubert, marchand de chez le roi, Rebel le père, Lalande,\nqui tous exécutaient ses symphonies, et ce que l'on appelait musique\nfrançaise, mieux que ne l'eussent su faire les violons italiens. Certains\nmême de ces virtuoses s exercèrent à la composition et y réussirent fort\nbien.\nA mesure que son orchestre grandissait et devenait plus habile, Lully\ndonnait plus d essor à sa pensée. Il est facile en effet de remarquer que\nses derniers ouvrages sont plus compliqués que les précédents.\nOn peut encore citer parmi ses élèves, Marais, le joueur de viole, qui\njouit d'une immense réputation tant en France qu'à l'étranger. La viole\nétait un instrument de la forme du violon, mais infiniment plus grand.\nIl était monté de six cordes, muni de six touches et se jouait avec un\narchet, Marais ajouta une septième corde, le bourdon, et une septième"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "170", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.28", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ntouche. Le grand artiste avait été enfant de chœur à la Sainte-Chapelle,\net clerc de Chaperon qui en dirigeait la maîtrise. Lully lui témoigna le\nplus grand intérêt, et ce fut par ses soins que Marais arriva à pousser à\nses dernières limites l'art de jouer de la viole. Sainte-Colombe avait été\nle premier à lui en donner des leçons. 11 composa beaucoup pour son\ninstrument; mais ses oeuvres étaient trop difficiles, et lui seul ou son\nfils pouvaient les exécuter. Comme compositeur dramatique, on a con-\nservé le souvenir d'Alcyone, dont la tempête passait pour un chef-\nd'œuvre. La viole fut détrônée par le violoncelle.\nNous devons ajouter qu'il faut, sur toutes ces matières, en rabattre\nsingulièrement de l'enthousiasme des contemporains. Sauf de rares per-\nsonnalités, les virtuoses les plus en renom ri étaient que de serviles\nimitateurs de leur maître ; ils apprenaient à jouer en le copiant, et\naucun ne possédait véritablement le mécanisme de son instrument.\nTel fut le rôle absolument d'initiation et de pédagogie que joua Lully\ndans la constitution de son orchestre ; en formant des violons, il créa\nle quatuor, cette base, en ce temps, presque exclusive de la symphonie.\nEt il aurait sans doute réalisé d'autres progrès s'il ne fût mort sitôt.\nEt voilà comment, grâce à un oubli de Mademoiselle, le marmiton\nBaptiste devint compositeur de Sa Majesté, surintendant de la musique\nde la chambre, bouffon en titre, et directeur de l'Opéra.\n\nP. LACOME."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "171", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.29", "texte": "HOMME HEUREUX ET GRAND ARTISTE\nJ.-C.-H, RINCK\n\n(0\nUTRE ces lectures littéraires et théoriques anciennes et\nmodernes, les soirées de Rinck étaient presque toutes\nconsacrées à la composition. Ses parents, ses amis réu-\nnis autour de lui, riant et parlant tous à la fois, ne\nle dérangeaient aucunement; plus leur gaîté était\nbruyante et plus il paraissait absorbé dans son tra-\nvail. Pendant qu'il écrivait, il fredonnait à tout moment des bribes de\nmélodies; quelquefois il se gourmandait et s'injuriait lui-même. Que de\nfois on l'entendit s'écrier : « « Faut-il que tu sois bête et stupideî quelle\noie! mais, maladroit, le moindre écolier ne pourrait faire pis î » Tout en\ncomposant il se mêlait de temps à autre à la conversation générale; mais\nsi on avait abordé un nouveau sujet, son attention préoccupée ne s'en\nétait pas aperçue, et quand il reprenait la parole il revenait sur un thème\nauquel personne ne pensait plus. Que l'on s'imagine les accès de gaîté,\nles explosions d'hilarité qu'amenaient les étranges quiproquos nés de\ncette confusion d'idées !\nUn soir, sa femme ayant égaré une clé dont elle avait besoin, s'était\nlivrée à un interrogatoire minutieux de chacun de ces enfants et petits-\nenfants, pour savoir d'eux où pouvait être l'objet qui lui manquait. Vains\n\n(i) Voir le numéro du jei mail."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "172", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.30", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nefforts ! il fallut recommencer les recherches : mais au milieu du remue-\nménage, on entend tout à coup Rinck s'écrier : « Je 1 ai trouvée, moi! »\nOn accourt, on l'interroge, mais lui, sans lever les yeux de son papier\nde musique, répond avec le flegme le plus imperturbable : « C'est la\nclé de fa. »\nFidèle aux vieilles coutumes de ses pères, il ne demeurait pas un mo-\nment chez lui sans avoir sa chère pipe à la bouche; elle était aussi indis-\npensable à son existence que l'air qu'il respirait; s'il avait oublié de l'al-\nlumer, les sources mêmes de l'art se seraient desséchées en lui, son in-\nspiration languissait et s'arrêtait si elle n'était pas galvanisée par cette\nespèce d'étincelle fécondante, et nourrie par « cette plante la plus sou-\nte veraine, la plus précieuse qu'ait produite la terre pour 1 usage de\n« l'homme. » Plus il fumait, plus ses idées s'élevaient et plus son génie\ngrandissait dans la vapeur subtile qui s'épaississait autour de lui ; le Dieu\ntutélaire de son art ne lui apparaissait qu'enveloppé de tourbillons de fu-\nmée. On pouvait calculer l'intensité de son inspiration à la densité de\nl'atmosphère, et quand on voyait les ondulations bleuâtres former de giâ-\ncieuses spirales autour de son front, au point qu'on aurait pu le compa-\nrer à Jupiter au milieu des nuages, on se disait : « Aujourd hui, il est\n« en veine; aujourd'hui, la muse capricieuse daigne sourire à son adoia-\n« teur! » Quand sa pipe s'éteignait, il se levait de sa chaise, courait à son\npot à tabac, remplissait le fourneau de cette bienheureuse pipe, puis\nsaisissant un fidibus (i), il la rallumait. Cette importante opération\nfaite, on l'entendait murmurer : « Il me semble que maintenant je\npourrais bien moduler en sol mineur; »ou bien : «Si je faisais entrer\nles basses ici ! »\nUn soir, qu'absorbé par un sujet de fugue très compliqué, il était ob-\n« •\nsédé plus que de coutume par le démon de la musique, il ne pouvait tenir\nen place; à tout moment il se levait de sa chaise, arpentait de long en\nlarge, tantôt fredonnant des airs, tantôt marmottant des phrases inco-\nhérentes et sans suite, tout en laissant s'éteindre sa pipe qu'ensuite il\nallait machinalement rallumer à la chandelle. Sa femme, enfoncée, de\nson côté, dans les réflexions sérieuses que lui inspirait la confection d'un\nrôti de veau à la confiture, tricotait en silence devant la table. Le maître\nvenait pour la vingtième fois, peut-être, de rallumer sa pipe, mais au\nlieu de laisser l'allumette s'éteindre ou de l'étouffer dans ses doigts, il la\nposa le plus innocemment du monde sur le bonnet de sa femme et alla se\n\n(1) Papier roulé en forme d'allumettes et dont on se sert pour allumer la pipe. Ce\nterme créé par les étudiants est aujourd'hui universellement employé en Allemagne."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "173", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.31", "texte": "J.-C.-H. RINCK\n\nremettre àsa fugue. Mais au bout d'un instant, un cri perçant le fait tres-\nsaillir. Il regarde : c'est sa femme qui vient de le pousser !... Sa tête est en\nflammes! bonnet, cheveux, tout brûle ! Fort heureusement on eut bien-\ntôt éteint l'embrasement. Madame Rincken était quitte pour la perte de\nsa chevelure et de son bonnet. Rinck prétendait que sa femme s'était\ntrop rapprochée de la chandelle : mais deux ou trois mèches (fausses, hé-\nlas! nous pouvons bien l'avouer), qui survivaient encore sur le front et\nun bout de ruban qui les retenait, prouvaient, sans qu'on pût élever le\nmoindre doute, que la conflagration avait dû commencer le cours perfide\nde ses dévastations par le côté de la tête qui n'était pas directement exposé\nà la chandelle. « Mais, mon enfant, » disait Rinck, tout confus de\nvoir sa bien-aimée Margaret devenue chauve tout d'un coup, ce comment\n« puis-je avoir été l'auteur de cet accident, quand de toute la soirée je\n« n'ai pas bougé de ma chaise? »\nComme tous les hommes qui se sont donnés corps et âme à leur art,\nRinck était d'une distraction proverbiale, qui aurait pu lutter avec celle\nde Benda, le maître de chapelle de Frédéric-le-Grand (i). On le voyait\nsouvent aller et venir dans la rue comme un somnambule; quand il\npoursuivait un sujet de fugue, il passait à côté de son meilleur ami sans\nseulement l'apercevoir, et courait après son idée à travers champs et\nvallées, sans s'inquiéter le moins du monde de la pluie et du soleil, de\nla poussière et de la boue.\nIl ne manquait jamais d'inviter à dîner les artistes qu'il rencontrait;\nmais invariablement, il oubliait d'en informer sa femme. Quand 1 heuie\ndu dîner approchait, on voyait arriver deux, trois et quelquefois quatre\npersonnes : madame Rinck faisait alors défendre de servir avant que les\nvisiteurs supposés fussent partis ; à la fin pourtant tout s'expliquait, et\nje laisse à penser l'agitation produite par cette révélation dans le départe-\nment culinaire. C'est ainsi qu'il invita un jour Frédéric Schneider, maî-\ntre de chapelle à Dessau, Pun des meilleurs compositeurs d'oratorios en\nAllemagne. Ignorant absolument ce détail, madame Rinck nen fut in-\nformée que par le domestique de Schneider, venant, au nom de son maî-\n\n(i) Qu'on nous permette de citer, entre mille, un exemple des distractions de\nBenda : —Il avait décidé avec sa femme que, s'il était occupé au moment du dîner,\non lui apporterait à manger dans son cabinet. La servante place un jour devant la\ncheminée un demi-poulet; un moment apr.s, il se lève pour voir ce qu on lui avait\napporté, et voyant la demi-volaille, il se dit : a Ah! ah! tu as déjà mangé la moitié\nd'un poulet, c'est bien suffisant pour aujourd'hui, » et il se remit tranquillement au\ntravail. C'était d'autant plus surprenant, que Benda était gros mangeur et aurait pu\njouter avec Haendel, Jomelli, Gluck et Bach, qui passèrent pour des fourchettes\nmagnifiques."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "174", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.32", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ntre, demander la permission d'amener sa femme. Ici une difficulté se\nprésenta : Rinck avait-il invité Schneider à dîner ou à souper? Natu-\nrellement il ne le savait pas lui-même, il fallut envoyer prier Schneider\nd'élucider ce point douteux. Ces petits travers n'empêchaient pas\nRinck d'être généralement aimé et respecté : le Grand-Duc de Hesse le\ntraitait avec une distinction toute particulière ; il le mettait tellement\nau-dessus des artistes, ses collègues, qu il lui avait réservé une loge dans\nson théâtre, pour lui et sa famille ; il en avait aussi accordé l'entrée\ngratuite à ses élèves.\nRinck fut père de cinq enfants, dont quatre filles et un fils, ministre\nprotestant à Westerstadt, petite ville située à cinq milles de Darmstadt.\nUne fois par semaine, au moins, quand le temps était beau, le maître\nfermait les portes de sa maison, puis, escorté de sa famille et d'un de\nses élèves au moins, il se dirigeait vers la résidence de son fils. En été\non dînait sous les tilleuls qui ombrageaient la cour du presbytère ;on\nvidait quelques bouteilles d'excellent vin vieux de Hochheim, et Rinck,\nqui n'oubliait personne, portait la santé de ses amis présents et absents,\nen s'écriant dans la bonté de son âme : « Plût à Dieu que nous\n« puissions voir tous les hommes aussi heureux que nous! » —A la fin\ndu jour 011 se réunissait autour du piano, et le fils Rinck, qui possédait\nune magnifique voix de basse, chantait des mélodies ou des duos de son\npère avec un de ses élèves. Ces duos sont très remarquables ; ils res-\npirent l'affection et la joie, le calme et la paix ; ils sont l'image parfaite\nde la vie patriarcale et du foyer domestique en Allemagne. Les excur-\nsions de Rinck ne se bornaient pas à aller voir son fils ; il se rendait\nassez souvent à Offenbach, où demeuraient deux de ses amis, le ministre\nSpiess et André, l'auteur d'un excellent traité de composition, et le maître\nd'Aloys Schmitt, l'excellent pianiste; à Francfort, où il rencontrait\nFerdinand Ries, l'élève de Beethoven, Guhr, le kapellmeister, Schneider\nde Wartensée et d'autres artistes, les amis de sa jeunesse. Il avait plus de\nsoixante ans lorsque, sur l'invitation de son élève Mainzer, il alla en iB3o\nlui faire une visite à Trêves en compagnie de son fils. -Ce voyage fut\npour lui un véritable triomphe ; les artistes et les amateurs de cette ville\nl'accueillirent avec enthousiasme ; on donna des fêtes en son honneur\net des concerts dans lesquels on exécuta ses principales oeuvres. Il en\nparle dans son auto-biographie. « Je reçus, dit-il, de lui et de tous les\ncc amis de l'art un accueil si amical, que je regarde les jours que je\n« passai parmi eux comme les plus beaux de ma vie. » Ce fut sa\ndernière absence de Darmstadt. « Ce n'est pas sans émotion, » dit Fétis,\n<( que j'ai visité en 1838 ce digne vieillard, de qui je reçus l'accueil le"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "175", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.33", "texte": "J.-C.-H. RINCK\n\n« plus cordial. » Ce vénérable artiste fut décoré par le duc de Hesse\nde la croix de première classe de son ordre ; la Société hollandaise, éta-\nblie à Amsterdam pour le progrès de l'art musical, le nomma, en 1831,\nmembre honoraire; l'université de Giessen lui envoya le diplôme de\ndocteur en philosophie ès-arts, et toutes les sociétés musicales de l'Alle-\nmagne voulurent l'avoir pour membre associé. En 1839, trois cents\norganistes allemands, dont beaucoup avaient été ses élèves, vinrent à\nDarmstadt offrir à leur doyen un grand vase en argent ciselé, où étaient\ngravés les titres de ses principales compositions.\nAprès une vie bien remplie, consacrée à l'art qu'il adorait et à sa\nfamille qu'il chérissait, Rinck, à la suite de plusieurs attaques de para-\nlysie, s'éteignit à Darmstadt, le 7 août 1846, regretté autant comme\nhomme que comme artiste.\nL'œuvre général de ce maître est'assez considérable; il se compose\nprincipalement de pièces pour l'orgue, telles que chorals, préludes,\nexercices, préceptes théoriques; de sonates pour piano seul, pour piano\net violon; de trios pour piano, violon et violoncelle; d'hymnes, de\nmotets ,de messes> de services à quatre voix avec orgue ou avec\norchestre, etc. Sa musique vocale a eu un immense succès en Alle-\nmagne. Ses cantates avec chœur renferment de grandes beautés comme\nfacture et comme style religieux ; on les chante toujours dans les sociétés\nde chant.\nIl écrivit peu dans le grand style de la fugue, bien qu'il en eût été fort\ncapable. Fétis, qui lui en demanda la cause, reçut de lui la réponse\nsuivante : « Bach est un colosse qui domine le monde musical :on ne\n« peut espérer de le suivre que de loin dans son domaine, car il à tout\n« épuisé et dans ce qu'il a fait il est inimitable. J'ai toujours pensé que\n« si l'on peut réussir à composer quelque chose qui soit digne d'être\n« écouté et approuvé, c'est dans une autre voie qu'il faut s'engager. »\nCes paroles peignent tout l'homme ; elles sont la représentation exacte\nde son grand bon sens, de son talent et surtout de sa modestie.\nUn autre élève de Rinck, un Français, M. Laurens(i), a formulé dans\n\n(1) LAURENS (,Jean-Bonaventure), archéologue et dessinateur, organiste et compo-\nsiteur, né à Carpentras, le 14 juillet 1801, a fait une étude sérieuse de la musique,\net surtout de l'orgue dont il a été demander souvent des leçons à Rinck. M. Lau-\nrens qui, depuis 1835, occupe la position d'agent comptable de la Faculté de méde\"\ncine de Montpellier, remplit aussi les fonctions d'organiste à l'église Saint-Roch de\ncette ville. Outre son talent distingué sur l'orgue, il a écrit de la musique religieuse\nestimée des connaisseurs, et a participé comme collaborateur à la rédaction de plu-\nsieurs recueils artistiques, entre autres à la Revue de musique religieuse deM.Danjou'\net à la Revue et Galette musicale."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "176", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.34", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nla Revue de musique religieuse de M. Danjou, un jugement remarqua-\nble sur les œuvres de son maître, que nous reproduisons avec d'autant\nplus de plaisir qu'il nous paraît empreint d'une haute impartialité, et que\nle recueil qui le contient devient tous les jours de plus en plus rare :\n« S'il faut se placer, dit-il, à un point de vue élevé et prononcer un ju-\n« gement impartial sur tant de belles œuvres, Rinck ne sera pas compté\n« au nombre de ces organisations originales, énergiques, méprisant les\n« traditions du passé et provoquant des transformations dans l'art ;\n« non plus au nombre de ces autres artistes qui poussent un style, un\n« genre à son plus grand point de développement. Non ; le style de\n« Rinck est un mélange des traditions de l'école de Bach avec les formes\n« mélodiques et symphoniques de Mozart, de Haydn, de Beethoven,\n« qui ont régné à son époque. Les développements de ses sujets, traités\n« toujours d'une manière distinguée et piquante sont courts. Il n'a ja-\n« mais fait de morceaux de longue haleine ; néanmoins, la musique de\n« Rinck a un caractère et un cachet bien prononcés; mélodie suave,\n« harmonie savante et toujours parfaitement claire, mais surtout senti-\n« ment religieux tellement imprimé à chaque pensée, qu'il suffit d'exé-\n« cuter quelques mesures d'un morceau quelconque pour être transporté\n« en imagination dans l'église et être ému d'une douce piété. Nul auteur\n« n'a possédé cette qualité à un si haut degré que Rinck ; c'est que la\n« v;rtu la plus pure habitait ce cœur si bon et si aimant, qui avait pris\na pour devise : a mit Gott j avec Dieu»\nTelle a été la vie d'un des meilleurs organistes modernes, dont l'in-\nfluence a été assez grande pour aider à la réforme chez nous du style plat,\ncommun, trivial même, de la plupart des organistes français ses contem-\nporains, dont il ne pouvait s'empêcher de se moquer et dont les offer-\ntoires en style de mousquetaire ou de pas redoublés le faisaient rire de\nbon cœur, bien qu'il ne fût ni méchant ni médisant. Rien que pour cela,\nil méritait qu'on le rappelât au souvenir des musiciens : cette tâche m'a\nparu douce à remplir, d'autant plus qu'en esquissant les événements de\nla carrière d'un grand artiste, j'ai fait connaître en même temps un\nheureux. Un tel phénomène est assez rare pour que j'aie saisi avec em-\npressement l'occasion qui s'offrait à moi de le peindre.\n\nERNEST DAVID."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "177", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.35", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nSALUE VTNTADOUR .• La leur de Babel drame biblique en quatre parties,\nde M. Rubinstein.\nAL'\"E VENTADOUR. Mardi 4 mai a eu lieu la première\naudition à Paris de la Tour drame biblique en\nquatre parties de M. Rubinstein. Le sujet est tiré de la Ge-\nnese: Les enfants de Hoé sont réunis dans la plaine de Sen-\nnaar; ils ont résolu d*y élever un monument de proportions\ngigantesques, soit pour se préparer un refuge contre un nou-\nucmge, sou pour rendre leur nom immortel par un grand ouvrage\navant que de se séparer. Mais Dieu ne leur permet pas d'élever la tour jus-\nqu aux nues, comme Us l'espéraient ; il frappe de sa foudre ce hardi bâtiment\nqui semblait menacer le ciel, et répand la confusion parmi les hommes, en\nleur faisant oublier leur premier langage. Les enfants de Noé se dispersent\npar toute la terre et commencent à se diviser en langues et en nations.\nOn sait que ce nom de Babel a deux sens: d'après les orientalistes, il\nsignifie : ville de Dieu, ville sainte ; c'est le nom que les anciens donnaient à\ntoutes leurs capitales. D'après la Bible, au contraire, il veut dire confusion\net il serait demeure à la fameuse tour en témoignage de l'immense désordre\ndont sa construction fut l'origine, et pour rappeler éternellement au genre\nhumain que l'orgueil est la source de la division et du trouble parmi les\nommes. Je n'aurais garde de me prononcer pour l'un ou l'autre de ces deux\nsens, je constate seulement que M. Rubinstein a choisi le second et qu'il\ns'est attaché à le justifier aussi complètement que possible. Sa partition peut\nctre considérée comme le parfait symbole de la en musique, ou\npour parler plus exactement, elle n'appartient par aucun côté à l'art que nous\n\nVIII.\nI 2"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "178", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.36", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\navons l'habitude de considérer comme de la musique. C'est une mêlée informe\nde sons, de voix et d'instruments, dans laquelle il est impossible de saisir ni\nl'ombre d'un plan, ni l'apparence d'une idée; nulle part un rhythme, une\nharmonie, un dessin, une phrase mélodique, un sentiment caractérisé qui\nfasse saillie au-dessus de cet interminable galimatias ; c'est le désordre, la\nstérilité, le chaos. L'orchestration est lourde et manque de variété et de\ncoloris ; la disposition des masses chorales est souvent défectueuse. Il serait\naussi inutile que fastidieux d'entrer dans le détail de la partition. Un pareil\nouvrage échappe absolument à l'analyse ; je n'insisterai donc pas sur cette\npénible erreur d'un compositeur de talent.\nLa Tour de Babel est la première œuvre dramatique de M. Rubinstein qui\nait été exécutée en France; il paraît qu'elle a obtenu quelque succès en Alle-\nmagne. En tout cas, cette première et peu judicieuse tentative n'est pas faite\npour nous donner une haute idée du tempérament dramatique de M. Rubin-\nstein, et j'avoue que pour ma part j'ai peine à croire, après cette audition, à\nla grande valeur musicale des Machabées, le nouveau drame lyrique du\nmême auteur, dont la première représentation vient} dit-on, de faire événe-\nment à Berlin. Je crois qu'il eût été préférable pour tout le monde, et surtout\npour M. Rubinstein, que cette audition n'eût pas lieu, et que le trop zélé\nimprésario, qui s'était mis en tête de nous faire admirer ce chef-d'œuvre,\neût consacré ses soins et son argent à nous faire entendre quelque œuvre\ninédite d'un compositeur français. Sans doute, il peut être fort intéressant\npour nous d'être initiés aux grandes œuvres exécutées à l'étranger, mais\nencore faut-il que ces œuvres méritent d'être connues.\nL'exécution de la Tour de Babel a été tout à fait insuffisante ; les chœurs\nsurtout se sont montrés d'une faiblesse déplorable.\nAu commencement du concert, M. Rubinstein a exécuté son 5e concerto\n(inédit) pour piano et orchestre. C'est une composition inégale, mais dont les\nbonnes parties ont une réelle valeur. Je n'aime pas beaucoup Y Allegro qui\nm'a paru obscur et peu intéressant; mais ÏAndante est certainement une page\nremarquable, et le Finale, malgré quelques idées un peu communes, est cons-\ntruit sur un allegro de bravoure d'un élan superbe. M. Rubinstein l'a exécuté\navec cet admirable talent qui a fait de lui l'un des plus grands virtuoses de\nnotre époque.\n\nH. Marcello."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "179", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.37", "texte": "REVUE DES THÉATRES LYRIQUES\n\nOPÉRA-COMIQUE ; Première représentation de VAmour africain, opéra comique en\ndeux actes, paroles de M. Ernest Legouvé, musique de M. Émile et de\nDon Mucarade, opéra bouffe en un acte, paroles de M. Jules Barbier, musique de\nM. Ernest Boulanger,\nÉTAIT le 7 juillet 1860, dans la cour de l'lnstitut.\nL'Académie des Beaux-Arts était en séance pour écou-\nter les cantates des jeunes musiciens qui avaient\npris part au concours de Rome, et pour procéder au\njugement. Les prévenus je veux dire les concur-\nrents étaient rassemblés dans la cour du palais,\navec quelques amis, et attendaient avec anxiété le résultat de la délibé-\nration. Soudain on voit sortir Berlioz, qui se met en devoir de traverser\nla cour et se dirige vers le quai. La séance était donc finie. Un enfant\nde seize ans, rieur comme on Test à son âge, et qui, gambadant entre\nces murs austères, semblait indifférent en apparence à ce qui se passait,\nl'aperçoit de loin, accourt à lui la casquette à la main, l'aborde timide-\nment, et lui demande en rougissant s'il veut bien lui dire à qui les prix\nsont décernés :\nQue t'importe? lui répond Fauteur de la Damnation de Faust. Ce\nn'est pas toi qui t'appelles Paladilhe ?\nMais si, mais si, répond l'enfant, anxieux. C'est moi qui suis\nPaladilhe.\nAlors, embrasse-moi, dit Berlioz. C'est à toi qu'on a donné le pre-\nmier prix.\nEt Fenfant de sauter au cou du maître, et de l'embrasser avec trans«\nport."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "180", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.38", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nM. Emile Paladilhe, qui est né à Montpellier le 3 juin 1844, venait à\npeine en effet d'accomplir sa seizième année, lorsqu'il obtint à l'lnstitut\nle grand prix de composition musicale. C'était un petit prodige que ce\njeune musicien. Entré à neuf ans au Conservatoiie, dans la classe de\npiano de M. Marmontel, admis l'année suivante dans celle d'Halevy\ncomme élève de composition, il remportait en ißso un premier accessit\nde fugue et un second prix de piano, en 1857 le premier prix de piano,\nen 1858 un second accessit d'orgue, en 1859 un premier accessit\nd'orgue, et enfin, en 1860, un second prix d orgue et le grand prix de\nRome.\nDès 1859 il avait pris part, pour la première fois, au concours de\nl'lnstitut, et s'était vu décerner une mention honorable; la cantate\navait alors pour auteur Edouard Monnaiset pour titre :\njoueur de flûte-,celle qui lui valut son premier prix était de Théodore\nAnne et intitulée Juan IV. Elle fut exécutée à 1 Opéra le 7 décembre\n1860 ; mais on sait ce que valent de telles exécutions, par des artistes\nvêtus en costume de ville, et dans un milieu qui ne convient en aucune\nfaçon à l'œuvre présentée au public. Gomme tous ses confrères, M. Pa-\nladilhe partit pour Rome, d'où il fit à l'Académie des Beaux-Arts les\nenvois réglementaires, envois qui consistaient, pour sa part, en un\nopéra bouffe italien, une ouverture de concert (qui fut exécutée dans\nl'une des séances publiques annuelles de l'lnstitut), et une symphonie\nen mi bémol.\nDe retour à Paris au bout de trois ans, le jeune compositeur arriva\nau moment où M. Carvalho venait d'ouvrir, au Théâtre-Lyrique, un\nconcours en faveur des prix de Rome qui n'auraient eu encore aucun\nouvrage représenté. Le sujet du concours était un opéra en trois actes,\nintitulé la Fiancée d'Abj-dos,et dont M. Jules Adenis avait écrit le\nlivret. M. Paladilhe entra en lice avec MM. Adrien Barthe, Jean Conte,\nSamuel David et Théodore Dubois. C'est M. Barthe qui sortit vain-\nqueur de la lutte, et qui vit représenter son ouvrage le 3o décembre\ni 865. M. Paladilhe, qui, paraît-il, est un rêveur, et qui d'ailleurs, il\nfaut lui rendre cette justice, n'est point de ceux qui occupent chaque\njour la presse de leur personne, resta environ dix années sans faire par-\nler de lui. Il y a bien longtemps, à l'époque, je crois, où il sortait du\nConservatoire, il avait trouvé un éditeur qui, sur la recommandation\npersonnelle d'Auber (lequel se mettait rarement en frais sous ce rapport),\navait consenti à lui publier trois morceaux de piano, sous ce titre géné-\nral : Premières pensées. Ces morceaux étaient intitulés Rayon matinal,\nSous les Saules, Chanson de nuit Plus tard, M. Pala-"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "181", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.39", "texte": "REVUE DES THÉÂTRES LYRIQUES\n\ndilhe rapporta de Rome une mélodie vocale d'un accent pénétrant, Man-\ndolinata, qui obtint un grand succès dans les salons. Enfin, il publia\nencore deux autres mélodies, Chanson du pêcheur, et les Deux fleurs,\net je crois que c'est tout.\nIl y a trois ans seulement que le jeune musicien aborda pour la pre-\nmière fois le théâtre. Il avait eu la singulière idée de mettre en musique\nla jolie idylle de M. François Coppée, le Passant, sans paraître se douter\nque, malgré le succès qu'il avait obtenu à l'Odéon, grâce surtout à une\ninterprétation exquise, ce badinage poétique n'était rien moins que\nscénique, et qu'il était encore bien moins musical. M. Legouvé avait\ntransformé ce dialogue amoureux en une sorte de livret d'opéra comique\nà l'usage de son ami ; celui-ci y avait intercalé sa fameuse mandolinata,\nmais l'œuvre n'eut aucun succès, malgré la présence de mademoiselle\nPriola et de madame Galli-Marié, et l'on y put reconnaître seulement\nque le compositeur était doué d'un véritable sentiment poétique, que la\nforme était chez lui élégante et soignée, mais qu'il paraissait ne se sou-\ncier que médiocrement des exigences scéniques et de la netteté du\ncontour musical. Bref, au bout d'un petit nombre de représentations,\nle Passant disparut de l'affiche de l'Opéra-Comique, sans que le public\nsemblât même s'en apercevoir.\nAprès trois ans de silence, voici que M. Paladilhe reparaît au théâtre,\nmais avec un ouvrage qui, je crois, était en partie l'aîné du précédent.\nJe m'explique: M. Legouvé, qui s'est constitué en quelque sorte son\nmentor artistique, avait tiré pour lui du théâtre de Clara de\nProsper Mérimée, les éléments d'un grand opéra en un acte intitulé,\ncomme l'œuvre mise à contribution, f Amour africain, et l'avait fait\naccepter par M. Perrin, alors directeur de l'Opéra, à la condition que\nM. Paladilhe en écrirait la musique. Celui-ci se mit donc au travail,\nmais la partition terminée, M. Perrin avait quitté l'Opéra. M. Legouvé\nporta alors la pièce à l'Opéra-Comique, où M. de Leuven lui dit qu'elle\nlui semblait bien sombre pour le théâtre, et l'engagea à y ajouter un\npremier acte qui motiverait le second. Ce qui fut fait. Voilà comment il\nadvint que VAmour africain comporte en quelque sorte deux pièces,\ns'emboîtant l'une dans l'autre, et de caractères absolument différents.\nLe premier acte se passe à Cannes, dans la villa du comte et de la\ncomtesse de Beaulieu, deux aimables châtelains qui ne savent pas trop\ncomment passer leur temps. Surviennent deux artistes, MM. Paul et\nRaymond, l'un peintre, l'autre musicien, tous deux prix de Rome, et la\nfemme de l'un d'eux. On cause littérature, théâtre, beaux-arts, et le\nmusicien fait savoir qu'il a mis en musique VAmour africain, du"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "182", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.40", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nThéâtre de Clara Gaçul. Aussitôt on parle d'en chanter quelques\nmorceaux, puis, l'appétit venant avant même d'avoir mangé , on se\ndécide à jouer la pièce tout entière. Le rideau baisse alors, et le second\nacte nous offre précisément ïAmour africain, c'est-à-dire la pièce de\nMérimée, avec ses horreurs, ses noirceurs et ses coups de poignard. On\nvoit d'ici le contraste. A la fin de l'acte, alors que tout le monde est\nmort, on vient annoncer que le souper est servi. Chacun se relève alors,\nsalue le public, et la toile tombe.\nCette double donnée est loin d'être heureuse au point de vue musical,\ncar on comprend qu'elle exclut absolument l'unité de forme et de style,\nLa première partie est de l'opéra comique pur, presque de l'opéra\nbouffe, la seconde est du grand drame lyrique. On ne saurait donc\nrendre le musicien complètement responsable de ses erreurs. Il en est\ncependant qui ne sauraient retomber que sur lui, et il faut blâmer\nsurtout le manque de préoccupation mélodique, l'abus fâcheux des\ndéveloppements , et une tendance vraiment trop accusée à répéter les\nparoles jusqu'à satiété.\nQui ne sut se borner ne sut jamais écrire,\na dit Boileau, et cela est vrai en musique comme en littérature. Je n'en\nveux pour preuve, en ce qui touche l'Amour africain, que son inter-\nminable ouverture (qui pourtant ne manque point de qualités), le duo\nd'introduction, la complainte du prix de Rome, et la plupart des mor-\nceaux du second acte, particulièrement le duo et le trio. Il y a pourtant\nquelques bonnes pages dans cette partition inégale, et il faut citer entre\nautres la chanson espagnole, le chœur des Olivettes chanté dans la cou-\nlisse, qui est d'un rhythme élégant, avec son joli accompagnement de\npetite flûte et de tambourin, le quintette du voyage, qui est finement\net spirituellement traité, l'introduction du second acte, qui est d'un bel\neffet, la marche du cortège et le récit de Moïana, que soutient une jolie\nmélodie de violon.—En résumé, je le répète, l'œuvre est souverainement\ninégale, et contient à la fois de graves défauts et d'heureuses qualités. On\nne saurait juger sainement M. Paladihle sur cette production, mais en\ntout cas il devra, à scn prochain essai, se préoccuper un peu plus de la\nvérité diamatique et des exigences pratiques de la scène. LAmour afri-\ncain est joué —médiocrement— par MM. Nicot, Ismaël, Melchissédec,\nmesdemoiselles Zina Dalti et Ducasse.\nM. Ernest Boulanger était un peu plus âgé que M. Paladilhe lorsqu'il\nobtint le prix de Rome; il venait d'accomplir sa vingtième année, et\ncomme la chose se passait en 1835, il y à juste quarante ans, il"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "183", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.41", "texte": "REVUE DES THÉÂTRES LYRIQUES\n\ncompte aujourd'hui soixante ans. Fils d'une artiste charmante qui a\nlaissé un grand nom dans les annales de l'Opéra-Comique, il n'en a pas\neu plus de chance pour cela, malgré un talent très réel et un début excep-\ntionnellement brillant. Scribe lui donna tout d'abord, sous le titre du\nDiable à l'Ecole,une sorte de réduction-Collas du livret de\nDiable, et la partition de ce petit ouvrage obtint un succès tel, que, plus\ntard, le musicien ne pouvait produire une œuvre nouvelle sans qu on\nlui jetât celle-ci à la tête avec ce mauvais jeu de mots : Cela ne vaut pas\nle Diable.» Ce qui ne l'a pas empêché d'écrire, outre\nCachette, les Deux Bergères, Don Quichotte, et le Docteur Magnus,\ndeux partitions vraiment charmantes : Y Eventail et les Sabots de la\nmarquise.\nL'acte nouveau qu'il vient d'offrir au public, est\nécrit depuis plus de dix ans. Comme livret, c est une nouvelle édition\ndiminuée du Barbier de Séville, avec le vieux tuteui amoureux\nde sa pupille, la pupille délurée, l'amant de celle-ci, et le complice\nobligé des deux jeunes gens. M. Jules Barbier ne s'est pas mis en grands\nfrais d'imagination pour venir à bout de cette pochade, d'ailleurs assez\ngaie, et que l'Opéra-Comique, rompant avec une tradition séculaire, a\nbravement qualifiée sur son affiche d' « opéra-bouffe. »\nSur ce canevas léger et en somme amusant, M. Boulanger a écrit une\npartition claire, preste, mélodique, facile un peu trop iacile, peut-\nêtre *— qui n'ajoutera rien àla bonne opinion que les vrais altistes ont\nconçue de son talent, mais qui ne lui fera pas de tort non plus. Il y a là-\ndedans un joli quatuor, d'un ton piquant et distingué, un air de basse\nbien conçu, une sérénade aimable et une plaisanterie en forme de duo\nqui est, ma foi, très amusante. Par exemple, l'interprétation de Don Mu-\ncarade m'a rappelé ce mot que j'ai entendu attribuer à M. Du Locle,\nl'honorable directeur de FOpéra-Comique. Quelqu un lui parlait\nsans lui en faire compliment d'un de ses artistes, qui s était fait...\nremarquer dans une reprise récente :\nOh! réplique le jeune imprésario, oh!»,, mais j7ai bien plus mau-\nvais que ça!\nPour ce qui se rapporte à Don Mucarade, j'ignore si M. Du Locle a\n«bien plus mauvais que ça, » mais je le supplie en grâce de ne pas nous\nle prouver.\n\nARTHUR POUGIN."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "184", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.42", "texte": "VARIA\nCorrespondance.— Faits divers.— Nouvelles.\n\nFAITS DIVERS\na Société des auteurs et compositeurs dramatiques a tenu\nson assemblée générale annuelle, à la salle Herz, sous la\nprésidence de M. Auguste Maquet. Du rapport qui a été\nprésenté par M. de Najac, trésorier, il ressort que la So-\nciété des auteurs et compositeurs dramatiques a encaissé,\npendant l'exercice 1874-1875, une somme de droits supé-\nrieure de près de 120,000 francs à celle perçue dans l'exer-\ncice précédent. C'est la perception la plus forte qui ait été faite jusqu'à ce\njour par la Société, en laissant de côté l'année de* l'Exposition universelle,\nqui produisit environ 40,000 francs de plus.\nNous mettons du reste, sous les yeux de nos lecteurs, un tableau que nous\ncroyons devoir étendre à tous les théâtres de Paris; cet exposé, en leur fai-\nsant connaître la différence des droits touchés par les auteurs, en 1873-74 et\nen 1874-75, leur apprendra quels sont les théâtres qui ont prospéré ou\ndécru :\nTHÉÂTRES\nOpéra. .\nThéâtre-Français\nOpéra-Comique c\nOdéon\nVaudeville ,\nVariétés\nGymnase\nPalais-Royal\nPorte-Saint-Martin. -\nGaîté\nAmbigu\nChâtelet\nA reporter»\nDROITS D'AUTEUR\nDIFFÉRENCE EN FAVEUR\nde\n1873-1874\n»\n»\n8,177 89\n»\n37,3l6 39\n5,38o 48\n13,736 48\n»\n»\n»\n»\n))\n64,611 24\nde\n1874-1875\nfr. c.\n42,244 24\n35,344 60\n))\n14,628 34\n»\n))\n»\n23,3O5 26\n117,348 90\n3o,387 65\n4,94118\n1,949 43\n270,149 60"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "185", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.43", "texte": "VARIA\nReport\nFolies-Dramatiques\nBouffes-Parisiens\nRenaissance\nChâteau-d'Eau\nLyrique-Dramatique. , . .\nCluny. .\nDéjazet\nThéâtre-des-Arts\nBeaumarchais\nFolies-Marigny\nLa Tour-d'Auvergne\nGrand-Théâtre-Parisien.\nDélassements-Comiques\nSaint Pierre\nThéâtre Scribe\nMolière\nFolies-Saint-Antoine\nConservatoire\nTotaux\nDifférence en faveur de 1874-1875.\n1873-1874\n64,611 24\n112,79S i8\n»\n»\n24,159 68\n»\n6,483 00\n?»\n»\n«\n1,535 21\n160 00\n1,790 11\n1,012 5o\na\n9,8)0 73\n125 00\n40 00\n3o 00\n222,455 65\ni35,95o 56\nI874_i87^\n270,149 60\n»\n30,875 5i\n16,757 93\n»\n24,637 95\n)>\n8,759 ia\n4,007 °4\n2,910 37\n»\n»\n»\n»\n3oS 62\n»\n?5\n»\n353,406 2 1\nComme on le voit, les auteurs ont, du ier avril 1874 au 3i mars 1875, tou-\nché à Paris 135,950 francs de plus que pendant l'exercice 1873-74. Les dépar-\ntements et 1 étranger ont, par exemple, rapporté 01,045 francs en moins, mais\nla banlieue et les cafés-concerts ont fourni en plus une somme de 14,998 fr.\nLe département qui a produit le plus de droits d'auteur est la Gironde :\n60,970 fr- 20 la Corse a donné trois francs.\nLe chiffre le plus fort des recettes a été encaissé par l'Opéra : 1,849,312 fr.\n77 c.; enfin, la Renaissance, avec Giroflée-Girofla, est arrivée au total res-\npectable de 592,597 fr. 5o c.\nParmi les questions spéciales abordées par le rapporteur, nous signalerons\nles suivantes :\nLa commission a obtenu de l'administration de l'Opéra la fixation d'un\ndroit de billets d'auteurs à 100 francs par représentation. Mais dans la nou-\nvelle salle, toutes les places étant numérotées et constamment louées à\n1 avance, les porteurs de billets d'auteurs sont réduits à se promener dans les\ncouloirs du monument. Tout en protestant de son admiration pour les splen-\ndeurs du nouvel édifice, la Commission regrette que ces billets ne soient que\ndes permis de circulation à travers les merveilles du foyer et des corridors,\net espère que ceux qui les achètent pourront bientôt voir et entendre ce qui\nse passe sur la scène.\nM. Halanzier, n'ayant pu accomplir cette année la condition de son traité\nqui lui impose la représentation d'un opéra nouveau en un acte, a payé comme\ncompensation une somme de francs."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "186", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.44", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nPour en finir avec l'Opéra, disons que M. Halanzier, ayant donné àla salle\nVentadour la représentation qu'il doit annuellement à la Société et le résultat\nayant été fort médiocre, ce directeur a cru devoir offrir aux auteurs, samedi\ndernier, une nouvelle représentation, dont le produit, cette fois, a atteint\n19,000 francs.\nLe rapport constate que la Commission s'est émue des exécutions de la\nmesse de Requiem de Verdi, à l'Opéra-Comique, à l'exclusion des ouvrages\ndu répertoire. Cependant, par considération pour le nom du maître italien,\nelle n'a pas cru devoir élever de protestation, le directeur de l'Opéra-Comique\nayant d'ailleurs consenti au paiement d'une indemnité pour chaque soir\nd'exécution. La Commission regretterait cependant de voir les théâtres mul-\ntiplier les auditions de ce genre d ouvrage, car (ce sont les expressions du\nrapporteur), les messes sont mieux placées sous les voûtes d'une église que\nsous le manteau d'arlequin.\nLa question de l'emploi de la subvention du Théâtre-Lyrique a été ensuite\nabordée. La Commission estime que les 100,000 francs votés doivent être\npromptement utilisés, sans quoi il se pourrait que cette somme ne fût point\nvotée dans le budget de l'an prochain.\nIl a été parlé aussi des directeurs de théâtre qui se montrent en disposition\nde faire représenter des œuvres de leur composition sur les scènes qu'ils diri-\ngent; la Commission a manifesté sa ferme intention de faire respecter à cet\négard les conditions des traités, quelles que soient la notoriété des directeurs\net l'importance des scènes.\nAprès avoir abordé quelques points secondaires, entre autres la fixation des\ndroits d'auteurs pour les matinées dramatiques, lesquelles paieront désormais\nles trois cinquièmes du droit exigible le soir, le rapporteur a terminé sa lec-\nture par quelques phrases pleines de cœur au sujet des membres que la So-\nciété a perdus dans le cours de cette année.\nA la suite de la lecture de ce compte rendu, M. Jules Barbier et un autre\nmembre ont présenté quelques observations qui n'ont soulevé aucune discus-\nsion, et l'Assemblée, à l'unanimité moins une voix, a voté l'impression du\nrapport de M. de Najac.\nL'Assemblée a ensuite procédé aux élections de six membres de la Com-\nmission, en remplacement de MM. Paul Féval, Gondinet, L. Halévy, Jon-\ncières et A. Maquet, membres sortants non rééligibles, et Raymond Deslandes,\ndémissionnaire.\nOnt éié élus :\nMM. Henri de Bornier 101 voix.\nMichel Masson 82 »\nJules Barbier 62 »\nDuru 44 »\nPailleron 37 »\nSemet 25 »\nMM. Gounod et Sauvage ont été nommés membres suppléants.\nIl se prépare au Conservatoire, pour le jeudi soir 27 mai, une fête des\nplus intéressantes : c'est l'audition des envois de Rome. Les frais de cette\npetite solennité sont naturellement supportés par le ministère des Beaux-"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "187", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.45", "texte": "VARIA\n\nArts, frais considérablement allégés du reste par l'obligeant concours que les\nartistes de nos premiers théâtres s'empressent de prêter aux exposants. Cette\nannée, le programme de la séance sera composé comme il suit :\ni° Première partie de Judith, drame lyrique de M. Paul Collin, musique\nde Ch. Lefebvre, grand prix de 1870. (Envoi de 4e année.)\n20 Fragments symphoniques de Ch. Lefebvre.\n3° Deuxième partie de la Nativité, poëme sacré de M. Em. Cicile, musique\nde Henri Maréchal, grand prix de 1870. (Envoi de 3e année.)\nMme Fursch-Madier, MM. Bosquin et Caron, de l'Opéra, se sont obli-\ngeamment chargés des soli. Orchestre de l'Opéra et chœurs du Conservatoire\nsous la direction de M. Deldevez.\nLe décret nommant M. Naudin chef de bureau de la division des\nthéâtres à la préfecture de police, en remplacement de M. Kreusler, décédé,\nest à la signature du Président de la République.\nA la dernière séance du conseil municipal de Rouen, M. Letellier a lu\nun rapport sur l'organisation définitive des têtes du centenaire de Boïeldieu,\nqui auront lieu le mois prochain.\nLa solennité s ouvrira le samedi 12 juin, au soir, par une retraite aux\nflambeaux de toutes les musiques de la garnison. Groupées autour de la\nstatue de Boïeldieu, elles exécuteront des morceaux de la Dame Blanche,\ndu Calife de Bagdad, du Petit Chaperon rouge, du Nouveau Seigneur du\nvillage.\nLe dimanche, défilé des Sociétés orphéoniques sur la place de l'Hôtel-de-\nVille; exécution devant la statue de Boïeldieu de la cantate composée par\nM. Ambroise Thomas; concours des Sociétés; distribution solennelle des\nrécompenses; feu d'artifice, illumination des édifices publics.\nLe lundi, exécution de la messe d'Adrien Boïeldieu, à la cathédrale;\nAscension aérostatique;\nCarrousel donné au Champ de Mars par les officiers du 12e régiment de\nchasseurs; régates;\nReprésentation de gala, donnée au Théâtre-des-Arts, composée du Nou-\nveau Seigneur du village, interprété par MM. Barré, Barnolt et MHe Daram;\nd'un ou deux actes de la Dame blanche, chantés par MM. Léon Achard,\nM mes Brunet-Lafleur, Ducasse et Révilly, et M. de Kéghel ; du second acte\ndes Deux Nuits, et de stances de M. Deschamps, récitées par un artiste delà\nCorrédie-Française, lors du couronnement du buste de Boïeldieu.\nLa Chronique musicale donnera, dans son prochain numéro, un magni-\nfique portrait à l'eau-forte de Boïeldieu.\nLa municipalité de Rouen, sur la proposition de sa commission musi-\ncale et de l'lnstitut orphéonique français, vient de confier à M. Charles La-\nmoureux la direction des œuvres qui seront exécutées le mois prochain à\nRouen, pour le centenaire de Boïeldieu, à la représentation de gala, à la\ncathédrale et au festival."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "188", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.46", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nM. Henri de Thannberg vient de publier, sur la vie de Boïeldieu, un\npetit livre de poche, dont l'apparition coïncide avec les prochaines fêtes du\ncentenaire de Rouen. Nous extrayons de cet ouvrage, publié par l'éditeur\nHaulard, l'anecdote suivante, qui a trait à la jeunesse de l'auteur de la Dame\nBlanche :\n« Sa mère tenait un des magasins de modes les plus achalandés de la ville,\net son père, secrétaire du cardinal de La Rochefoucauld tout d'abord, obtint\nensuite, après la révolution, par le crédit de son compatriote Mollien, une\nplace à la Caisse d'amortissement. Appartenant à la bourgeoisie aisée de la\nville, il aimait les arts avec passion.\n« Dès l'âge le plus tendre, ce noble goût fut partagé par son fils ; il s'en\naperçut, et chercha donc à le développer. Aussi le fit-il recevoir, pour com-\nmencer, enfant de chœur à l'église métropolitaine.\n« Il y avait alors à la cathédrale, pour maître de chapelle et organiste, un\ndes meilleurs élèves du P. Martini, le savant contrapontiste bolonais, du nom\nde Broche.\n« Maître Broche> comme on l'appelait, était un des derniers types de ces\nmusiciens du XVIIIe siècle,\na Qui dînaient de l'autel et soupaient du théâtre.\n« Broche entendit la voix de Boiel, c'est ainsi qu'on le surnommait, et il\noffrit à son père de le prendre pour éléve ; cette proposition fut, comme bien\non pense, immédiatement acceptée.\nu Sur la place du vieux marché, à Rouen, on lisait autrefois cette enseigne\nbizarre :\nAU CHAUDRON\no C'était un cabaret célèbre de l'époque, où jeunes et vieux viveurs se réu-\nnissaient pour festoyer et s'esbaudir.\n« C'est là que maître Broche pontifiait, et où il composait inter pocula.\ntantôt un motet, tantôt une romance.\n« On y chantait, en chœur, ce refrain dont les vers affectaient la forme\ndune bouteille renversée :\n« Il faut que dans cent ans, quand on boira (bis) bouteille,\nOn parle du chaudron (bis) comme dyune merveille :\nOu trouver, en effet,\nUn pareil cabaret,\nLa joie du robinet,\nLe jeu (bis) du caniquet,\nLe trio de Guésus,\nEt les cations de Broche\nChantés par les gamins,\nLes lustus,\nLes lu:tus,\nLes gamins,\nDouble croche ?\nRecherché de tous, l'homme de plaisir redevenait, rentré chez lui, un\nimpitoyable tyran, un pédagogue bourru, s'imaginant, sans aucun doute, que\nl'éducation musicale est inséparable des mauvais traitements, Aussi, doux et"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "189", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.47", "texte": "VARIA\n\nchétif, le petit Boiel, qui logeait chez son maître dont il partageait la nour-\nriture, en souffrait quelquefois plus que les autres.\n« Tout comme jadis Haydn fit auprès du vieux Porpora, il remplissait, vis-\nà-vis de maître Broche, l'office de valet de chambre.\n« Comme récompense de ses services, le maître donnait des leçons, et\nquelles leçons! Quand l'élève ne saisissait pas assez vite, il employait alors\nde singuliers moyens. C'est ainsi, par exemple, que pour expliquer l'inter-\nvalle de la quinte, il lui faisait monter cinq marches sur les mains. Voulait-il,\npar contre, lui donner une notion exacte de la pause? il lui chargeait le dos\nd'un pupitre pesant. Enfin, pour bien définir la blanche et la noire, il lui\nmeurtrissait les doigts par un vigoureux coup d'archet. Avec un tel système\nd'éducation, qui rappelait les errements de l'ancienne école, l'élève (cela se\nconçoit aisément) devait bientôt chercher à s'affranchir d'un tel joug. L'occa-\nsion ne tarda pas à se présenter.\n« Donc, un jour que maître Broche s'était oublié au Chaudron, Boiel était\nmonté aux orgues de la cathédrale pour en étudier le mécanisme. De retour\nà la maison, il attendit vainement son maître pendant quelque temps, puis\ns'endormit. Le lendemain était jour de fête carillonnée.\n« A l'heure de l'office, maître Broche ne paraissant pas, le jeune Boiel\ncourt à l'église métropolitaine, monte aux orgues, et, tremblant, prend sa\nplace. La messe commence, l'enfant se rassure peu à peu et se laisse aller à\nl'inspiration. Sa mélodie touchante monte vers Dieu, dans un accent\ncéleste. Il ne fut question ce jour-là, dans toute la ville, que de la manière\ndont l'organiste Broche avait touché son magnifique instrument. Grande\nfut la surprise, quand on apprit que l'élève avait remplacé le professeur. Le\njeune suppléant était passé maître : quant au coryphée du Chaudron, il y\nofficiait encore!\nLe Journal officiel publie une statistique intéressante des théâtres exis\ntant en France. Il y en a 26 à Paris et 366 dans les départements; total, 392.\nEn général, il n'y en a qu'un dans chaque ville, sauf : Amiens, qui en pos-\nsède 3 ; Angers, 2: Bordeaux, 6; Brest, 3; Elbeuf, 4; le Havre, 5; Lille, 2 ;\nLyon, 6; Marseille, 5; Montpellier, 2; Nantes, 4 ; Nîmes, 5; Poitiers, 2;\nRochefort, 4; Rouen, 4; Saint-Etienne, 2; Saint-Quentin, 2; Toulouse, 2;\nVersailles, 3; Cette, Dieppe, Rennes, Tours et Alais, chacun 2.\nLILLE. Pour terminer la saison, M. Bonnefoy, l'intelligent directeur du\nGrand-Théâtre, dont la Chronique musicale a déjà signalé les efforts artisti-\nques souvent couronnés de succès, a donné quelques représentations extraor-\ndinaires avec le concours d'artistes étrangers à sa troupe, tels que MM. Mon-\njauze, Jourdan, Sylva et Carrière.\nM. Monjauze a chanté avec succès le Prophète et Rigoletto. Dans le rôle\nde Jean de Leyde, cet artiste peut développer ses belles qualités de comé-\ndien et de chanteur. Sa voix se joue des difficultés et atteint sans efforts les\nnotes élevées du rôle; il a enlevé avec facilité l'air Roi du ciel et des anges,\nmais où il s'est particulièrement surpassé,, c'est dans la grande scène de la\ncathédrale avec Fidès qu'il a chantée et jouée d'une façon magistrale.\nSylva a chanté le Trouvère et Robert le Diable. Avant d'entrer à l'Opéra,"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "190", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.48", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nil était le pensionnaire du Grand-Théâtre de Lille, c'est ce qui explique avec\nquel plaisir le public de cette ville s'est empressé daller constater les progrès\nvisibles de ce jeune artiste. M. Halanzier peut à présent remonter l'œuvre\nde Meyerbeer, il a sous la main un superbe Robert.\nGuillaume Tell n'avait pas été donné cette année; M. Bonnefoy a fait\nvenir spécialement pour cette pièce un débutant, M. Ch. Carrière, élève de\nDuprez, qui a abordé le rôle écrasant d'Arnold avec vigueur et éclat. Le nou-\nvel Arnold, complètement inexpérimenté au point de vue scénique, est doué\nd'une voix puissante et solide; il donne avec une rare facilité le si naturel,\nVut et même l'ut dièze\\ dans cette explosion de génie qu'on nomme le trio\ndu second acte, il a transporté le public ordinairement si froid, à ce point\nqu'on a failli le faire bisser. M. Carrière pourra devenir un artiste, un grand\nartiste même : il a ce qu'il faut pour cela, mais il lui faut encore des con-\nseils et beaucoup de travail*\nNous glissons sur une médiocre reprise de l'Etoile du Nord, mais nous\nne passerons pas sous silence la représentation de Faust, donnée par madame\nNilsson à grand renfort de réclames.\nNous avons suivi madame Nilsson dans la dernière tournée qu'elle a faite,\net malgré les éloges outrés qu7a reçus cette encombrante et présomptueuse\npersonnalité de la part de quelques partisans trop disposés à applaudir quand\nmême, nous pouvons affirmer qu'elle a souvent laissé les spectateurs sous\nune impression de regret et de désillusion. Disons d'abord que pour ces\nreprésentations le prix des places est scandaleusement augmenté (à Lille il\nétait quadruplé) ; or le public est loin d'en avoir pour son argent.\nLa soiree de Faust, donnée à Lille, a été de beaucoup au-dessous de ce\nqu'on attendait. Madame Nilsson s'est absolument moquée des nuances si\ndélicates du chef-d'œuvre de Gounod, et même du rythme ; elle sacrifie la\nmesure au plaisir d'enfler les points d'orgue à tel point que le chef d'or-\nchestre était visiblement embairasse de son archet, et que les musiciens ne\nsavaient où donner de la tête. C'est véritablement en sortant d'entendre\nmadame ÎNilsson qu on se rend un compte exact de l'immense talent de\nmadame Carvalho. Ici encore un critique musical s'est incliné jusqu'à terre\ndevant la réputation de la créatrice d Ophélie. Mais mieux avisé, le Mémo-\nrial de Lille a vertement tancé la diva. Disons, pour terminer, que madame\nNilsson, qui devait donner deux représentations, a sagement fait de partir\naprès la première.\nANGERS. On nous écrit d'Angers :\nLa clôtuie de notre théâtre a été un triomphe pour notre directeur M» H»\nMarck. .\nA son entrée en scène, un buste représentant l'Alsace en larmes dû au\nciseau de M. Bartholdi, avait été placé sur la scène. Le socle portait cette\ninscription :\nAU TALENT, A L'ESPRIT\nA M, EMILE MARCK\nLE PUBLIC D'ANGERS\n4 mai 1875.\nDeux couronnes de chêne et de laurier étaient jointes à ce cadeau."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "191", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.49", "texte": "VARIA\n\nM. Marck, non prévenu de ce qui lui était offert, a été tellement surpris,\nque, l'émotion le gagnant, il a déclamé le Dernier Délai avec des larmes.\nN'oublions pas que M. Marck était directeur du théâtre de Strasbourg en\n1870, et qu'il a préféré revenir près de nous et abandonner une position\nsplendide que le gouvernement allemand lui offrait. M. Marck était avant\ntout notre compatriote; il en a donné la preuve.\n\nNOUVELLES\n\nARIS. Opéra. M. de Saint-Georges vient de terminer pour\nl'Opéra un livret dont le genre remonte aux premières époques de\nnotre histoire lyrique ; c'est un opéra-ballet dans lequel la danse\net le chant ont une part égale. On ne dit pas encore le nom du\ncompositeur qui en fera la musique.\nOn s'occupe actuellement d'une audition préparatoire du Dimitri, de\nM. Victorin Joncières. M. Joncières dirige lui-même les répétitions.\nFaure chante après-demain dans la Favorite pour la dernière fois de la\nsaison. Il part pour Londres, où il doit faire sa rentrée à Covent-Garden\nvers la fin de la semaine.\nOpéra-Comique. Les répétitions du Val d'Andorre vont être reprises à\nrOpéra-Gomique pendant les vacances, et poussées activement afin de pou-\nvoir jouer cette pièce au mois de septembre.\nCapoul vient de signer un engagement avec M. du Locle. Il créera\nl'hiver prochain, à l'Opéra-Comique, le rôle de Paul dans l'ouvrage de\nM. Victor Massé, PauJ et Virginie*\nThéâtre Ventadour. MM. Strakosch et Merelli manifestent l'intention\nde reprendre, l'hiver prochain, la direction du Théâtre Italien ; mais les\npropriétaires de la salle continuant à élever des prétentions considérables\n(140,000 francs de loyer annuel), il est probable que l'affaire ne se fera pas*\nIl est, d'autre part, question de plusieurs autres combinaisons tendant à la\nreconstitution du Théâtre Lyrique.\nBouffes-Parisiens. La revue des Hannetons tiendra l'affiche jusqu'à la\ntermeture annuelle qui est fixée au 3i mai."}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "192", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750515-01.1.50", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\nParis Imprimerie Alcan-Lévy, rue de Latayette, 61*\nPropriétaire- Gérant : Q/ICRJTH HE UL H c--/ CK 1 '\n\nFolies-Dramatiques. Nouvelle reprise de la Fille de Mm Angot (5 i9® re-\nprésentation), qui remplace Ahce de Nevers pour les quinze deinieis jours\ndu mois, avant la clôture.\nLe Pompon est le titre définitif de l'opéra bouiïe de MM. Chivot, Duru\net Ch. Lecocq, destiné à succéder aux Cent Vierges avec lesquelles ies Fo-\nlies-Dramatiques feront leur réouverture le ier septembre.\nMARSEILLE. Fatma, opéra comique de A. Fiégier, élève du Conserva-\ntoire de Paris, vient d'être exécuté au Grand-Théâtre de Marseille avec\nbeaucoup de succès. Tout Marseille artistique assistait à cette soirée, qui\ns'est transformée en solennité musicale et a fini par une ovation au jeune\nmusicien.\nTOULOUSE. Les correspondances signalent le grand succès obtenu par\nl'opéra de M. Duprat, Pétrarque, qui vient d'être représenté pour la pre-\nmière lois dans cette ville. On a rappelé plusieurs fois le compositeur, et une\nsérénade lui a été donnée après le spectacle.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}