{"numero_id": "bm-bmtnabc-1875-06-01-01", "volume": "bmtnabc_1875-06-01_01", "ocr_sha256": "d35b0d1c02ce6e36683666d86e34d277844c3ae0959e72f4c242dd4c359d71a0", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabc/issues/1875/06/01_01/bmtnabc_1875-06-01_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabc/issues/1875/06/01_01/bmtnabc_1875-06-01_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabc-1875-06-01-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-06-01_01#c001", "volume": "bmtnabc_1875-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "[193]", "page_fin": "209", "image_debut": 1, "image_fin": 17, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.2.1", "titre_corps": "BOIELDIEU", "titre_sommaire": "BOIELDIEU", "signature_source": "O. LE TRIOUX", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[193]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.1", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 751, "texte": "BOIELDIEU\n\nu moment où la ville de Rouen s'apprête\nà célébrer, par des fêtes qui laisseront un\ngrand souvenir dans Vesprit de tous ceux qui\npourront y assister, V anniversaire centenaire\nde la naissance de Boieldieu, notre col-\nlaborateur Arthur Pougin vient de faire\nparaître à la librairie Charpentier un livre\nfort important ainsi intitulé : BOIELDIEU, sa vie,\nses œuvres, son caractère, sa correspondance.\nCe livre, qui pourrait sembler une œuvre de circonstance, mais qui\nest le fruit de dix amiées de travaux et de recherches de tout genre,\nfixera définitivement Vopinion au sujet de la valeur artistique et mo-\nrale du grand homme qui en est Vobjet. La Chronique musicale ne\npouvait laisser passer une publication de ce genre sans en entretenir"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "194", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.2", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2317, "texte": "ses lecteurs avec tout le soin qu'elle comporte. Nous rCavons pensé\npouvoir mieux faire que de recourir à Vobligeance de l'auteur et de\nVéditeur, qui ont bien voulu n'ous autoriser à en reproduire quelques-\nuns des fragments les plus intéressants, ainsi que le joli portrait, jus-\nqu'ici complètement inédit, qui est placé en tête du volume, et que\nM. Desjardins a reproduit d'après le tableau de Boilly représentant\nBoieldieu à ï âge de vingt-cinq ans.\nOn sait que les biographes n'ont pas tous été d'accord, jusqu'ici, sur la\ndate exacte de la naissance de Boieldieu, que les uns plaçaient au 15, les\nautres au 16 décembre 1775. M.Pougïn commence par fixer cette date d'une\nfaçon certaine, en faisant connaître que Boieldieu vit Je jour dans une maison\nde la rue aux Ours :\nLa rue aux Ours est située près de la nouvelle rue Impériale, sur\nla rive droite de la Seine, non loin des quais et de la promenade à la-\nquelle on a donné, depuis, le nom de cours Boieldieu. Voici la repro-\nduction exacte de la plaque commémorative placée sur la façade de la\nmaison qui porte le n° 61, au-dessus de la porte d'un marchand de vin,\ndont la boutique remplace peut-être le petit magasin occupé jadis par la\nmère de Boieldieu :\nBOÏELDIEU\nFRANÇOIS-ADRIEN, EST NE DANS\nCETTE MAISON LE 16 DECEMBRE 1775.\nCette plaque est fautive, en ce qu'elle reproduit une orthographe\ninexacte, quoique généralement adoptée, du nom de Boieldieu, qui ne\ndoit porter sur l f qu'un point et non un tréma ; mais elle indique exac-\ntement la date de naissance de Boieldieu, date dont l'authenticité a été\ncombattue par Fétis, qui, comme à son ordinaire, s'est donné la satis-\nfaction de démentir des écrivains bien informés,pour avoir tout à la fois\nle plaisir de dire une sottise et d'outrager la vérité. Voici, en effet, ce\nque Fétis, en plaçant la naissance de Boieldieu au i 5 décembre 1775,\nmet en note de son article : « Le 16 décembre, indiqué dans le supplé-\nment de la Biographie universelle de MM. Michaud, comme le jour de\nnaissance de Boieldieu, est celui où il a été inscrit dans le registre de\nbaptême. » Or, comme entre deux affirmations contraires je voulais dé-\ncouvrir la vérité, j'ai jugé à propos de recourir aux registres de l'état\ncivil de Rouen, et je me suis fait délivrer un extrait de l'acte de baptême"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "195", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.3", "debut_caractere": 11, "fin_caractere_exclue": 2356, "texte": "de Boieldieu, acte que je vais reproduire ici, d'abord pour établir d'une\nfaçon certaine la date de la naissance du compositeur, ensuite parce\nqu'il nous renseigne sur ses ascendants. Le voici :\n«Le dimanche dix-sept décembre mil sept cent soixante-quinze, fut\nbaptisé, du consentement de monsieur le curé, par monsieur François\nBoieldieu, prêtre vicaire de la paroisse de Saint-Nicolas, François-\nAdrien, né le jour précédent, du légitime mariage de monsieur Jacques\nFrançois Adrien Boieldieu, bourgeois, et de dame Anne Marguerite\nDumouchel. Le parain (sic), monsieur François Boieldieu, vicaire de\nSaint-Nicolas, oncle paternel de l'enfant; la maraine (sic), Anne Le\nMetave, femme de monsieur Louis Dumouchel, marchand boucher,\ngrande mère (sic)de l'enfant, rue Massacre, de la paroisse de Notre-\nDame de la Ronde, soussignés... »\nNaturellement, la fausse date donnée par Fétis, a été copiée dans son\nlivre par plusieurs biographes, MM. Héquet, Réfuveille et autres. La\npublication du document qui précède rétablira la vérité.\nAjoutons que, presque en face de la maison où Boieldieu reçut le jour,\nse trouve celle où naquit le célèbre chimiste Dulong, laquelle porte une\nplaque du même genre.\nLes lettres abondent dans le récit de M. Pougin, la plupart inédites, et\ntoutes pleines d'intérêt. En voici une qui date du séjour de Boieldieu en\nRussie ; elle est adressée à son vieil ami Berton, l'auteur d'Aline, du Délire\net de Montano et Stéphanie :\nPétersbourg, 10/22 octobre 1808,\nJe dois te paraître bien coupable, mon cher Berton, de n'avoir pas\nrepondu plutôt [sic) à la lettre que M, Grandville m'a remise de ta part,\nil y a quelques mois; mais je n'ai que l'apparence d'un tort, et tu m'ex-\ncuseras quand tu sauras quej ai passé mon été à courir de campagnes en\ncampagnes, et que je n'ai le temps de respirer que depuis quelques jours\nque je suis rentré en ville.\nD abord, je t annoncerai le succès complet de M. Grandville, Il a géné-\nralement plu au public de et il est, pour lui, très content\nde 1 accueil qu'il a reçu. Il n'a point encore fait ses débuts à la cour,\nparce que l'été il n y a point de spectacle chez l'Empereur, mais ils au-\nront lieu probablement au commencement de cet hiver.\nLaisse-moi maintenant te féliciter sur ta nouvelle place de directeur\ndu théâtre Buffa. Je présume qu'elle t'est agréable, et je félicite ce"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "196", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.4", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2925, "texte": "théâtre d'être dirigé par toi. Je crains seulement que le temps que te\ndemande cette direction ne nous prive de quelques bons ouvrages, et je\nt'assure que j'en voudrais beaucoup a la direction de théâtre qui t eut\nempêché de faire Montano et Stéphaniey le Délire, etc., etc.\nTu es bien heureux d'entendre de bons opéras bouffes... Nous som-\nmes ici privés de ce plaisir depuis assez longtemps, et c est pour moi une\ngrande privation. C<e genre de musique n est pcut-etie pas celui qui\nmonte le plus la tête, mais il la repose d'une manière si agréable que\nvraiment on le regrette beaucoup quand on s y est acoquiné pendant\ndeux ou trois ans. Il n'y a pas d'apparence que nous réparions cette\nperte, et nous en sommes réduits à entendre chanter et à faire chanter\nAndrieux, qui, du reste, est un fort bon garçon, qui m'a chargé de te\nfaire ses compliments, ainsi que Philis, quand je t écrirais.\nJ'ai beaucoup de remercîments à te faire, i° pour 1 offre que tu veux\nbien me faire de monter ceux de mes ouvrages que je ferais ici. Je vou-\ndrais bien accepter cette obligeance de ta part *, mais j aime mieux atten-\ndre que je puisse en aller faire un à Paris, et j ai pour cela beaucoup de\nbonnes raisons. Tu sens qu absent de ce pays depuis cinq ans, je dois y\nsoigner beaucoup l'ouvrage que j'y donnerai, et cela m'est bien difficile\nici, d'abord parce que je suis obligé de me mettre à la portée de ceux qui\nme chantent, ensuite parce qu'étant obligé de faire des ouvrages de com-\nmande, ces ouvrages doivent se sentir de la précipitation avec laquelle\nils sont composés. 2° Je te remercie de bien bon cœur pour les poèmes\nque tu m'as envoyés, et de la manière tout obligeante avec laquelle tu\nme les a abandonnés. Malheureusement, rien de tout cela n'a plu à\nPhilis, et comme je n'ai qu'elle, je suis obligé de suivre ses caprices.\nJ'avais commencé les Deux Califes. Des deux rôles de femme, je 11 en\navais fait qu'un, pour le lui rendre plus brillant; puis elle a lu le Do?-\nmeuv éveillé, a trouvé le rôle de Rose plus joli dans cet opéia qui a servi\nde modèle aux Deux Califes, et n'a plus voulu de ce dernier. Abderaïm\net Amal{ie ne lui convient pas non plus, et, fatigué de tout cela, je fais\ntout bonnement les pièces qu'elle choisit. J'ai fait dernièrement selon\nses désirs, les Voitures versées, en deux actes, et la Dame invisible en\nun. Tout cela était vaudeville, il m'a fallu le mettre en opéra, et tu sens\nque c'est une besogne bien difficile (1). Enfin, les deux ouvrages ont eu\n\n(1 )Le Séducteur en voyage, ou les Voitures versées, vaudeville en deux actes, de\nDupaty, avait été donné au Vaudeville le 4 décembre 1806. La Femme invisible,\nvaudeville en un acte, d'Alexis Daudet et Randon, avait été joué au même théâtre le\n5 prairial an VIII (25 mai 1800). Femme ou Dame, c'est tout un, je suppose, et c est\névidemment ce vaudeville qui, un peu arrangé, aura servi de texte à Boieldieu."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "197", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.5", "debut_caractere": 11, "fin_caractere_exclue": 2746, "texte": "un grand succès, mais c'est toujours trois actes de musique perdue, et il\nest dur de se donner tant de mal pour sept ou huit représentations.\nAjoute à tout cela que l'été je m'amuse beaucoup et que je suis toujours\ncourant. J'ai passé une partie de celui-ci chez l'ambassadeur de France,\nl'autre chez M. de Narischkin, mon directeur, et dans tout ce temps je\nn'ai pas écrit une note. Il ne me reste donc plus que 1 hiver pour faire\ntrois ouvrages auxquels je suis condamne par contrat. Je suis déjà à moi-\ntié du premier, qui est pour mon bénéfice, et d'ici au mois d'octobre\nprochain, que finit mon engagement, il m'en faudrait encore six à la ri-\ngueur, car je n'ai que le troisième ouvrage pour mon bénéfice, et il me\nrestera encore deux bénéfices à donner après celui-ci, mais je n en pren-\ndrai qu'un, et comme je suis traité de la manière la plus aimable par le\ngrand chambellan, j'espère obtenir grâce pour les ouvrages que je devrai...\nTu vois donc, pour en revenir à mes moutons, qu'il faut que je sois à\nParis pour faire un ouvrage selon mes moyens. J'ai des morceaux assez\nheureux qui peuvent aller partout, j'ai des chœurs de banquettes (?) qui\nchantent l'amour et le plaisir. Avec tout cela et un bon poème, je m en\ntirerai, et je puis en ajoutant quelques morceaux de fond, lemplii vite une\npartie des désirs de l'auteur qui s'abandonnera à moi. Ce que je regrette\nbeaucoup, c'est ma Vestale, qui a été faite pour moi et que ce coquin de\nSpontini m'a soufflée. J'avoue que je pleure ce poème, qui paraît avoir\nun bien grand succès... Il faut s'en consoler.\nComment passes-tu ton temps, mon cher Berton? t'amuses-tu ? visi-\ntes-tu quelquefois la vallée de Montmorency ?... Ah ! quel pays !... Que\nne donnerais-je pas pour y avoir une petite maisonnette ! Voila le plus\ncher de tous mes vœux : une petite ferme, de bons amis comme toi, de\nbonne musique, de bonnes discussions sur notre art, les marionnettes,\nla danse des chiens (!), voilà de ces plaisirs qui vont à 1 âme et qu il faut\nse procurer quand il vous reste encore quelque sensibilité. Avant tout, il\nfaut se mettre en route, et c'est ce que je ne puis exécuter encoie, malgré\nl'offre qui m'a été faite par mon directeur de me donner un congé quand\nje le voudrais. Mais le change est mauvais; le rouble, que j'ai vu à\nsoixante-douze sous, n'en vaut que trente-six; tu vois bien qu'il faut\nque j'attende et que je diffère le plaisir que j'aurais à t'embrasser, toi, ta\nfemme et tes enfants. Ce plaisir, pour être différé, ne m en sera pas moins\nprécieux, surtout si tu me conserves, toi et quelques autres bons amis,\nle sincère attachement que je vous porte.\nTout à toi, pour la vie, BOIELDIEU.\nRappelle-moi au souvenir de ta femme, et dis mille choses de ma part"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "198", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.6", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2524, "texte": "à Gherubini, Kreutzer, Elleviou, Martin, Chenard, Gavaudan, etc., etc.\nJe ne te dis rien pour Méhul, parce qu'il a rompu avec moi depuis deux\nans à peu près, et que, quelque chose que j'aie faite, je n'ai jamais pu\nsavoir ce qu'il a eu contre moi. Je le laisse boudeur et ne l'en aime pas\nmoins ; je suis sûr qu'il n'a point de reproche à me faire, cela me sufit.\nAdieu, je t'embrasse tendrement.\nUne autre lettre, adressée à Charles Maurice, fait connaître les idées très\narrêtées de Boieldieu en matière musicale. On se souviendra que les grands\nsuccès du maître français datent de l'époque où Rossini était, par le plus\ngrand nombre, considéré comme un fétiche, et où des admirateurs par trop\nfanatiques voulaient tout lui sacrifier. Boieldieu caractérisait ainsi la situa-\ntion, à propos d'un intermède de circonstance dont il avait écrit la musique\net qui avait été exécuté à l'Hôtel de Ville :\nParis, le 16 décembre 1823.\nSi vous parlez de notre intermède à l'Hôtel de ville, qui a eu, vous le\nsavez peut-être, beaucoup de succès, vous obligerez bien mon frère et\nmoi si, par une petite note, vous pouvez dire que les morceaux de musi-\nque se trouvent che% Boieldieu jeune, rue Richelieu, n° 92.\nSachant, cher ami, tout l'intérêt que vous me portez,, je vous dirai que\nChazet (l'auteur des paroles) et moi avons été présentés hier aux princes,\net que M. le duc d'Angoulême et madame la duchesse d'Angoulême\nm'ont adressé tout ce qu'on peut dire de plus flatteur en pareille cir-\nconstance.\nJe vous dirai encore (à vous qui aimez à savoir la vérité, et vous pou-\nvez vous en rapporter à moi, je ne vous tromperai jamais) que tous ceux\nqui ont entendu cette nouvelle composition, faite avec beaucoup de pré-\ncipitation, sont venus me corner aux oreilles : a Bravo, Boieldieu î Vous\n« venez de prouver qu'on peut faire quelque plaisir en musique sans\n(c voler Rossini; continuez, et restez vous. » M'ont-ils dit vrai? Je ne sais.\nMais, si vous et quelques gens du goût étiez de cet avis, je travaillerais\navec plus de confiance : car, je vous l'avoue, je ne me sens plus assez\njeune pour changer de genre, sauf de petites concessions dans les orne-\nments, dans les accompagnements, qu'on peut en tout temps plier au\ngoût du jour, sans que cela change le fond du style.\nEnfin, mon cher ami, je suis bien aise, puisque nous en sommes sur\nce chapitre, de vous faire connaître ma pensée tout entière sur notre\nconvulsion musicale :\n1° Je suis autant rossiniste que tous lesaboyeurs fanatiques, et c'est"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "199", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.7", "debut_caractere": 11, "fin_caractere_exclue": 2464, "texte": "parce que j'aime véritablement Rossini que je suis fâché de voir que l'on\nuse son genre par de mauvaises copies.\n2° Je crois que c'est faute de moyens qu'en musique on ne peut aimer\nqu'un genre à la fois ; et je suis très content de m'en trouver assez pour\nêtre tout transporté quand j'entends Don Juan, tout enivré quand j'en-\ntends Otello, et tout attendri quand j'entends Nina.\n3° Je crois que l'on peut faire de très bonne musique en copiant Mo-\nzart, Haydn, Cimarosa, etc., etc., et qu'on ne sera jamais qu'un singe\nen copiant Rossini. Pourquoi ? C'est que Mozart, Haydn, Cimarosa,\netc., etc., parlent toujours au cœur, à l'esprit. Ils parlent toujours le\nlangage du sentiment et de la raison, tandis que Rossini est plein de\ntraits, de bons mots dans sa musique. On ne peut pas copier ce genre ;\nil faut le voler tout à fait ou se taire, quand on ne peut inventer d'au-\ntres bons mots, ce qui serait une nouvelle création.\n40 Je trouve maladroit de s'exposer à faire bien moins d'effet que\nRossini, quand on prend ses mêmes moyens, ses mêmes dispositions\nd'orchestre, etc., etc. C'est vouloir se faire battre par lui sur son terrain,\nce qui est toujours humiliant. On est alors l'agresseur, et toute la gloire\nest pour lui. En rentrant chez soi, au moins, si l'on est battu, on a pour\nsoi sa conscience.\nJe vous rends toutes mes idées, et je n'y mets aucun amour-propre\navec vous, qui êtes plein de bonté pour moi. Vous savez que je n'ai\nd'autre prétention que celle de faire le mieux possible. Je tiens seulement\nà ce que vous connaissiez le fond de ma pensée relativement à Rossini.\nDu reste, il est bien plus juste envers quelques-uns de nous, lui Rossini,\nque ne le sont MM. les dilettanti, et il le sera bien davantage quand il\naura tâté de notre langue, de nos vers, de toutes nos mesures, de nos\nchanteurs, etc., etc.,..\nMais, au reste, si votre opinion est d'accord avec la mienne, ce que\nje crois, dites hardiment ce que vous pensez. Je crois que vous pouvez\nrendre service à l'art musical, qui me paraît menacé de tous côtés.\nAdieu, etc. BOIELDIEU.\nLe billet que voici, que Boieldieu écrivait à Guilbert de Pixérécourt le\n7 mars 1825, neuf mois avant la représentation de la Dame Blanche, démon-\ntre suffisamment que ce chef-d'œuvre n'a pas été improvisé, comme quelques-\nuns se sont plu à le dire :\n... Que vous feriez mieux de me laisser tranquille, mon bon cher\nami, et de croire en mon vif désir de tout concilier, entre vos intérêts"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "200", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.8", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2505, "texte": "qui sont respectables, mais de l'ordre physique, et les miens, d'un ordre\ntout moral, et qui aussi peuvent être laissés à apprécier à mon senti-\nment! Berton, que j'ai vu hier, m'a remis cinq morceaux de notre Plia-\nramond ; je verrai Kreutzer ce soir chez le bon Nodier, et entre nous,\ntout va bien, tout ira bien. Mais pour la Dame d'Avenel, il faut bien\nm'en laisser et maître et juge ; et tout ce que je vous écrirais à son\npropos ne ferait que répéter ce que maintes fois je vous ai dit déjà, que\nj'en veux faire à mon goût et temps. Les choses d'art ne se forcent point;\net, s'il n'y avait à admirer chez nos voisins que quelques exceptions\nmerveilleuses qui sont le témoignage de leur organisation improvisatrice\n'y\n(ô cet admirable Barbier!), je croirais le don d'improviser un fléau plutôt\nqu'un don. Si cela vous console, sachez cependant que je ne suis pas\nmécontent, et que je suis même content. J'ai demandé à Scribe trois\npetits couplets que je place au début du deuxième acte, avec accompa-\ngnement d'orage, qui me semblent exprimer assez bien la mélancolie de\nla situation. Pour les chœurs en retard,, j'en ai deux_> j'en ai peut-être\ntrois, en déplaçant celui qui vous a plu. Scribe me tourmente autant\nque vous et jure que jamais poème n'a dormi quatre ans pour lui ;il\nappelle le nôtre Epiménide et m'en demande plus de nouvelles que je\nn'en puis donner. Pourtant, rassurez-vous ; l'an prochain, la Dame\nd'Avenel marchera mystérieusement sur vos planches. Puisse-t-on ne\npas trouver qu'on l'a trop attendue !\nLa lettre que voici est curieuse à plus d'un titre. Elle était adressée àun\ncompatriote qui avait recommandé à Boieldieu un jeune écrivain, M. Licquet,\nlequel désirait devenir son collaborateur :\nParis, le 3 août 1824.\nMonsieur,\nJ'ai entendu souvent parler de M. Licquet. Je sais qu'il â fait plusieurs\ntragédies qui ont obtenu le suffrage des littérateurs les plus distingués ;\nmais nous ne manquerions pas d'exemples à citer pour assurer que tel\nqui fait bien une tragédie, peut très mal faire un opéra, surtout pour un\nopéra tel qu'il le faut maintenant pour obtenir un grand succès. Dans\nce genre, il faut un sujet piquant, susceptible d'être traité sans le\nsecours de développements, ce qui, avec la place que doit occuper la\nmusique, ferait naître la lenteur d'action si fatale à ce genre ; enfin, il\nfaut des situations musicales ; il faut des airs, des duos, des morceaux\nd'ensemble, finale à chaque acte ; il faut de la gradation et de l'opposi-"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "201", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.9", "debut_caractere": 11, "fin_caractere_exclue": 2771, "texte": "tion dans les effets. M. Licquet est convaincu de ces vérités, j'en suis\npersuadé; et si, avec le goût qu'il a pour un genre plus élevé, il veut\ns'astreindre à ne faire qu'un dessin destiné à être mis en couleur par le\nmusicien, je ne doute pas qu'il ne réussisse ; le tout est de trouver un\nsujet convenable. C'est là le difficile, c'est là qu'échouent presque tous\nnos faiseurs d'opéras comiques. Il faut un sujet né opéra, du moins\nest-ce ce que je désire rencontrer. Si M. Licquet le trouve, s'il a la bonté\nde m'en faire part, je lui dirai mon avis, s'il me le permet, avant qu'il\nse mette à l'écrire (dans ce cas, un programme scène par scène suffit\npour bien juger le sujet); et, si jç le crois propre à obtenir un grand\nsuccès, fût-ce un succès hasardé, après m'être entendu avec lui sur la\ncoupe des morceaux de musique, coupe que le nouveau genre de mu-\nsique exige maintenant, veuillez l'assurer que je me chargerais et de le\nfaire recevoir et de le faire jouer sans que cela lui donnât le moindre\nembarras. Veuillez le persuader que le nom de l'auteur n'est utile qu'à\nun bon ouvrage, et qu'au contraire il rend plus exigeant, lorsqu'on pré-\nsente un ouvrage faible. On le reçoit par condescendance, mais il n'est\npas traité plus favorablement par le public. D'ailleurs, le nom de\nM. Licquet peut être inconnu des auteurs d'opéras comiques, mais\nil ne l'est pas pour les hommes de lettres, et dès qu'il se présentera au\nthéâtre de l'Opéra-Comique, je lui prédis une bonne réception pour lui.\nJe voudrais pouvoir la garantir pour son ouvrage ; mais cela dépend du\nsujet surtout, et de la manière dont il sera traité.\nVeuillez donc me dire, monsieur, si vous vous chargez d'engager\nM. Licquet à s'occuper d'un opéra comique, ou si vous désirez que je\nm'en ouvre à lui directement.\nQuant à la proposition que vous me faites, monsieur, de faire un\nouvrage spécialement pour ma ville natale, je crois, à vous dire vrai,\nqu'elle ne me tiendrait pas compte de cette intention si l'ouvrage ne lui\nplaisait pas, et dans le cas contraire il lui importerait fort peu, je crois,\nqu'il ait été fait pour le théâtre de Paris, pourvu qu'elle s'y amuse.\nD'ailleurs, monsieur, quelques années d'expérience m'ont appris qu'on\nn'est jamais prophète dans son pays, et, à Rouen surtout, on n'est pas\nplus indulgent pour un compatriote que pour un autre.\nJ'ai débuté à Rouen n'ayant que seize ans ; on m'y a traité plus sévè-\nrement que si j'eusse été étranger (i). Plusieurs de mes ouvrages ayant\n\n(i) Les comptes-rendus du Journal de Rouen que j'ai reproduits à ce propos étaient\nbienveillants, on se le rappelle; mais, à Rouen, la tradition est que le public se\nmontra fort réservé lors des débuts du jeune compositeur. L'affirmation de Boiel-\ndieu en est une preuve."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "202", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.10", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2504, "texte": "réussi à Paris ont été mal reçus à Rouen,, bien que je me fusse donné la\npeine de venir de Paris pour les faire répéter. J'ai beaucoup voyagé en\nFrance et à l'étranger ; on a eu la bonté de me bien accueillir partout :\non m'a fété à Lyon, à Bordeaux, etc. A Rouen, excepté des artistes du\nthéâtre, je n'ai jamais reçu une invitation à dîner d'un de MM. les négo-\nciants de cette ville. Je reconnais donc avec peine, mais sans amertume,\nla vérité du proverbe : On n'est jamais prophète dans son pays. Cela a\nété dans tous les temps, et Ton a agi ainsi pour des talents bien au-dessus\ndu mien. On dispute, on plaide à Liège pour avoir le cœur de Grétry ;\nson buste, depuis sa mort, est dans le foyer du théâtre de cette ville :\nmais, de son vivant, Grétry me dit lui-même qu'il y avait été reçu froi-\ndement. Voyez la différence, monsieur : à Paris, à Bordeaux, à Lyon,\ndu vivant de cet artiste célèbre, des souscriptions ont été faites avec\nempressement pour y avoir son buste dans le foyer des salles de spectacle\noù retentissaient ses accords... Mais je m'éloigne beaucoup du but de\nma lettre ; pardonnez à la petite peine que j'éprouve en pensant qu'il\nfaut être mort ou avoir un nom étranger pour être récompensé de ses\nlongs travaux, tels succès qu'ils aient obtenus.\nToujours est-il que je désire vivement devenir le collaborateur de\nM. Licquet. S'il me faisait un ouvrage, jamais moment ne serait plus\nfavorable à ce projet. Je n'ai rien sur le chantier, et j'attends pour tra-\nvailler un opéra dans le genre de Joconde, la Neige, Jean de Paris\n(celui-ci pour la coupe musicale seulement) ; mais, je l'avoue, une\ncomédie, purement comédie, ne satisferait pas entièrement mon désir.\nJe voudrais un peu de magie théâtrale, des événements comiques et\nintéressants, enfin ce certain je ne sais quoi qui ne supporte pas quel-\nquefois l'analyse, mais qui plaît et fait courir.\nVeuillez donc, Monsieur, être mon interprète auprès de M. Licquet,\net recevoir pour vous l'assurance des sentiments d'estime et de considé-\nration de votre très humble et très obéissant serviteur.\nBOIELDIEU»\nUn peu plus loin, à propos de la Dame blanche, on voit reparaître les\npréoccupations de Boieldieu au sujet de Rossini et des Rossinistes. Témoin\ncette nouvelle lettre à Ch. Maurice :\nCher Monsieur,\nDe temps en temps, un petit mot sur la Dame blanche, si court qu'il\nsoit, nous fera bien plaisir, à Scribe et à moi, et nous vous remercions\ntous deux de ce qui a été dit avec votre bonté ordinaire."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "203", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.11", "debut_caractere": 11, "fin_caractere_exclue": 2403, "texte": "Ï1 faut que je vous fasse part de mes petits chagrins. On dit que je ne\nsuis pas étranger aux petites attaques dirigées sur Rossini. Vous savez,\nquant à celles qui partent de vous, si cela est vrai... On dit que le Jour-\nnal des Débats va prendre fait et cause, et il m'a déjà lâché ses éclaireurs,\nce qui me fait penser qu'il va tomber sur moi, avec une injustice d'au-\ntant plus révoltante que personne plus que moi n'admire le superbe\ntalent de Rossini, son génie, son invention, etc., etc. Je crains, je vous\nl'avoue, d'être victime des exclusifs. J'ignore quels sont vos griefs\ncontre lui, et ne veux point le savoir. Mais s'il dépendait de moi de les\nfaire disparaître, je vous assure que je ne négligerais rien pour cela. Et\nvous devez le concevoir : je suis lié avec lui ; pas assez peut-être pour\nêtre sûr qu'il rend justice à mon caractère, et assez pour désirer que la\nbonfte harmonie continue. Nous logeons dans la même maison, nous\nnous voyons l'un et l'autre... en voilà plus qu'il n'en faut pour vous\nfaire deviner mon désir, et vous savez d'ailleurs quel est mon caractère.\nJe voudrais n'avoir pas à me défendre de ce dont on m'accuse, et vous\nêtes bien homme à me trouver le moyen de détruire ces fauses accusa-\ntions. Si vous voulez que je vous exprime franchement ma pensée, je\nvoudrais que Ton dît : Rossini et Boieldieu ont, tous les deux, atteint\nleur but, chacun sur son terrain. Pour les comparer, il faudrait voir faire\nà l'un un opéra français et à l'autre un opéra italien Jusque-là, laissons-\nles tous deux à leur place ; ils y sont bien. Il y a peu de modestie à moi\nde vous exprimer ce désir5 mais quand on fait sa part soi-même, on est\ngourmand.\nDans tous les cas, voilà ma profession de foi ; et je suis sûr qu'elle ne\npourrait que me valoir votre estime, si je n'étais sûr que vous me l'avez\naccordée avec votre amitié. Après cela, si des raisons pariiculières vous\nfont agir, je me tais et respecte votre opinion sur le maestro. Je veux\nseulement vous mettre en droit de dire : Boieldieu n'est pour rien dans\ntout cela, et vous le ferez par amitié pour moi.\nJe suis tout malade, sans cela j'irais vous voir ; et c'est de mon lit que\nje vous griffonne ce billet.\nAyez l'œil sur le Journal des Débats ; vous me rendrez service. Quant\nà moi, je suis bien résolu depuis longtemps à ne jamais répondre, je crois\nfaire bien.\nVotre, etc., BOIELDIEU.\n26 janvier 1826"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "204", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.12", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2398, "texte": "Boieldieu fut sur le point de faire un Faust avec Antony Béraud, puis il\nrenonça à cette idée, et voici comment il l'apprit à ce dernier :\n« A Monsieur Antony Béraud, homme de lettres.\n« Monsieur,\n* Je vous remercie beaucoup delà complaisance que vous avez eue en\nm'envoyant le Faust, dont on m'avait tant parlé, et que je désirais vive-\nment connaître. D'après ces deux premiers actes, qui me font deviner le\ntroisième, je conçois le succès de Gœthe chez nos voisins; mais, pour\nnous, il faudrait remettre entièrement cet ouvrage sur le métier, et je ne\ndoute pas que votre idée de présenter le diable sous les traits d'une jolie\nfemme ne nous donnât des effets de comédie et des détails piquants qui,\njoints aux masses chorales éminemment dramatiques que fournit le sujet,\nne pourraient manquer d'obtenir un grand succès.\n« Mais, comme j'ai eu l'honneur de vous le dire, M. Scribe a traité ou\ndoit traiter ce sujet pour Feydeau ; il le destine à M. Meyerbeer, et comme\nj'ai été dans la confidence de ce projet, il y aurait mauvais procédé de\nma part à vous engager de le traiter pour l'Opéra-Comique.\n« Je ne voudrais cependant pas que le désir que vous me témoignez\navec tant d'obligeance s'efface de votre mémoire, et je désire vivement\nêtre votre collaborateur pour quelque sujet original et tant soit peu dia-\nbolique ; ce genre offre beaucoup de ressources à la musique, et j'ai de-\npuis longtemps l'envie de le traiter. Veuillez donc, Monsieur, ne pas\nm'oublier, et veuillez recevoir d'avance l'assurance de toute ma recon-\nnaissance.\n« J'ai l'honneur d'être, avec la considération la plus distinguée, Mon-\nsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.\n« BOIELDIEU.\n« Ce 9 mars. »\nSur la fin de sa carrière, Boieldieu, gravement malade, miné par les effets\nde la révolution de iB3o, qui lui avait fait perdre ses places et ses pensions,\net par les voyages que ses médecins lui avaient fait faire dans l'intérêt de sa\nsanté, se trouvait dans une situation matérielle désastreuse, Il eut l'idée de\ns'adresser au gouvernement, pour en obtenir non des secours, comme on\npourrait le croire, mais un emploi qui lui permît de vivre honorablement.\n« On va voir, dit à ce sujet M. Pougin, en quel langage noble, mâle, fier,\nélevé, il sollicita à ce sujet la bienveillance et l'appui de ministre de l'instruc-\ntion publique, »La lettre que voici est de la fin de 1833 :"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "205", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.13", "debut_caractere": 11, "fin_caractere_exclue": 2442, "texte": "Monsieur le Ministre,\nCe n'est pas sans un profond sentiment de regret que je me trouve\nréduit à vous adresser une demande dont j'avais pu croire, il y a quel-\nques années, que l'objet ne devait jamais me regarder. Mais, privé par\nla révolution de Juillet des avantages que je possédais et que je\ncroyais avoir légitimement acquis, je suis resté sans autres ressources\nque celles que pouvait m'offrir l'exercice de mon talent à un âge qui le\nrend plus pénible, et dans un état de santé qui me l'interdit tout à fait.\nJe me vois donc obligé de recourir à la bienveillance du gouvernement\npour qu'il aide à mettre au-dessus du besoin une carrière qui n'a pas\nété, j'ose le dire, sans quelque gloire pour moi et sans quelque honneur\npour mon pays.\nD'un autre côté, il répugnerait à mon caractère, je puis le dire fran-\nchement, monsieur le Ministre, de recevoir à titre de générosité des\nbienfaits de l'Etat qui ne m'obligeraient qu'à de la reconnaissance. Je\nvoudrais pouvoir rendre encore utiles au gouvernement les secours mê-\nmes que je devrais à sa bienveillance, et il me semble qu'il y aurait pour\ncela un moyen facile que je prends la liberté de soumettre à votre juge-\nment et de recommander à votre intérêt, monsieur le Ministre : ce serait\nde m'attacher en qualité de conservateur au dépôt de musique de la\nBibliothèque du Roi, où il y aurait des services à rendre dans l'intérêt\nde ce bel établissement. J'acquitterais ainsi, par mon zèle et par mon\nexpérience, la dette nouvelle que j'aurais contractée envers l'Etat, et je\ntrouverais peut-être le moyen de me rendre digne encore de l'estime\ndont l'opinion publique a bien voulu m'honorer jusqu'à ce jour,\nJe suis, etc.\nBOIELDIEU,\nMembre de l'lnstitut.\nEn rappelant que certains jeunes compositeurs français semblent n'être\noccupés qu'à traîner aux gémonies notre belle école musicale au profit de\nla secte wagnérienne, M. Pougin oppose un document important à l'enthou-\nsiasme plus ou moins sincère de ces partisans d'un art nébuleux :\nIl n'est pas mauvais que ces séides de M. Wagner, qui se font les con-\ntempteurs de Boieldieu, connaissent, au sujet de celui-ci, l'opinion d'un\ndevancier et d'un compatriote de l'auteur de T'annhauser, d'un artiste\nqu'eux-mêmes sans doute n'accuseront pas d'avoir été impuissant en\nmusique, car il était le précurseur de leur idole, et je ne sache pas qu'au-\ncun d'eux soit disposé à nier ou à contester son génie. Je veux parler ici"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "206", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.14", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2635, "texte": "de l'immortel auteur de Freischut^, et A'Obéron, de\nWeber en personne. On va voir ce qu'il pensait et de l'auteur de la\nDame blanche et de Jean de Paris, et de la Dame blanche elle-même,\nau sujet de laquelle son sentiment diffère quelque peu de celui exprimé\ndans les lignes que je viens de citer,\nA l'époque où il était directeur de la musique à Dresde, Weber avait\ncoutume de donner, avant la représentation, dans le Journal de Dresde,\nune analyse des opéras qu'il faisait représenter au Théâtre-Royal. En\n1817, il monta Jean de Paris, et cet ouvrage est le seul qui lui ait fourni\nl'occasion de parler de Boieldieu : non pas que ce soit l'unique opéra de\nnotre musicien qu'il ait cru devoir faire connaître à ses compatriotes,\ncar dans la suite il en donna plusieurs autres ; mais parce que plus tard\nil cessa d'écrire et de donner des articles au Journal de Dresde.\nOr voici ce que Weber écrivait dans ce journal au sujet de Jean de\nParis et de Boieldieu, àla date du ier mai 1817 :\n« On donnera pour la première fois, samedi prochain, 3 mai, Jean de\nParis, opéra en deux actes, d'après le français de Saint-Just, musique\nde Boieldieu.\n« Le genre auquel appartient cet ouvrage a pris naissance il y a quelque\ndix ans en France, et de là s'est répandu en Allemagne. On lui a donné\nle nom d' « opéra de conservation », et ce terme nous paraît juste : car,\ndégagé de toute préoccupation historique, l'opéra actuel n'a d'autre but\nque celui de nous montrer le monde tel qu'il est, le monde français,\ns'entend. Il est frère du vaudeville et nous donne, comme ce dernier, la\nmesure de l'esprit aimable qui est propre à la nation française. La gaieté,\nl'entrain, la note folle, y accompagnent des situations agréables; aussi\nle goût du public s'en montre-t-il si affriandé, que je pourrais citer un\ngrand nombre de libretti qui se ressemblent presque entièrement, et par\nl'invention, et par le plan général, et par les caractères; seul, l'accom-\nmodement des principes préférés les distingue les uns des autres.\n« En opposition avec le sentiment passionné qui est propre au génie\nde l'Allemagne et de l'ltalie, l'opéra français représente la raison et l'es-\nprit, principalement sous le rapport de la musique. Et en effet, tandis\nque l'idée donnée suffît à la fantaisie germanique pour l'exciter et la\nfaire se répandre en flots mélodieux, et que les seuls mots amour, espoir,\netc., suffisent le plus souvent pour atteindre ce but chez les Italiens, le\npropre de la musique française est de ne tirer sa valeur que du mot\nqu'elle traduit, attendu qu'elle est éminemment spirituelle par sa na-\nture et sa nationalité."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "207", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.15", "debut_caractere": 11, "fin_caractere_exclue": 2745, "texte": "cc Aux plus grands maîtres de Fart il appartient de tirer les éléments\nde leurs œuvres de l'esprit même des nations, de les assembler, de les\nfondre, et de les imposer au reste du monde. Dans le petit nombre de\nceux-ci, Boieldieu est presque en droit de revendiquer le premier rang\nparmi les compositeurs qui vivent actuellement en France, bien que\nl'opinion publique place Isouard (Nicolo) à ses côtés. Tous deux possè-\ndent assurément un admirable talent ; mais ce qui place Boieldieu bien\nau-dessus de tous ses émules, c'est sa mélodie coulante et bien menée,\nle plan des morceaux séparés et le plan général, l'instrumentation excel-\nlente et soignée, toutes qualités qui désignent un maître et donnent droit\nde vie éternelle et de classicité à son œuvre dans le royaume de l'art.\n« Ces qualités, il les partage à la vérité avec Méhul ; mais son pen-\nchant le portant vers la forme italienne, sa mélodie s'en trouve plus\npure, sans qu'il sacrifie pour cela, bien entendu, au sens des paroles.\n« Ce trait caractéristique de ses œuvres est un double témoignage en\nfaveur de son propre talent. Grand admirateur de Cherubini, il a fait la\nplus grande partie de ses études sous la direction de ce maître... »\nNous n'avons fait connaître jusqu'ici que la partie historique et anecdoti-\nque du travail de notre collaborateur, et l'on voit à quel point elle est inté-\nressante, fournie de documents, abondante en renseignements de toute sorte.\nMais la partie critique ne lui cède en rien, et c'est là qu'on voit le soin, l'a-\nmour et la constance qu'il a apportés à son travail. On en jugera par ce\nfragment :\nAu temps où Boieldieu commença sa carrière et aborda la scène, le\nstyle de l'opéra comique semblait menacé d'une transformation qui ne\ntendait à rien moins qu'à le dénaturer. Etait-ce là le résultat d'une évo-\nlution purement artistique et sans cause apparente? Etait-ce une suite\ndes secousses terribles et des violentes commotions politiques que le\npays venait de ressentir? Toujours est-il que les deux grandes scènes\nd'opéra comique qui existaient alors à Paris, Favart et Feydeau,\nvoyaient leur genre se modifier profondément, et ne représentaient plus,\nla plupart du temps, que des pièces d'un caractère violent, forcé parfois,\net dans lesquelles le rire et la gaîté faisaient place aux exagérations du\nmélodrame ou aux emportements de la véritable tragédie lyrique. Cer-\ntains musiciens de génie, doués d'une inspiration mâle et sévère, puis-\nsante et vigoureuse, tels que Méhul, Cherubini et Lesueur, se laissaient\nentraîner par le courant, s'accommodaient volontiers de cette tournure\ndonnée à l'opéra comique, et écrivaient des œuvres qui semblaient bien\nplus appartenir au genre du grand drame musical qu'à celui de la"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "208", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.16", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2780, "texte": "comédie lyrique; c'est alors que, tantôt à Favart, tantôt à Feydeau, on\nles vit produire successivement Lodoïska, Stratonice, Paul et Virginie,\nla Caverne, Télémaque, Elisa ou le Mont Saint-Bernard} Médée,\nAriodant... Berton, qui3 malgré ses qualités aimables, était doué aussi\nd'un vrai souffle dramatique, donnait alors le Délire, Montano et Sté-\nphanie, les Rigueurs du Cloître ; d'autres, connus seulement jusqu'a-\nlors par leur talent léger,, fin, délicat, souriant, mais subissant malgré\neux les nécessités du moment, faisaient leurs efforts pour se transformer\nsans toujours y réussir ; c'est ainsi que Delahaye et Grétry écrivirent à\ncette époque Camille ou le Souterrain, Roméo et Juliette, Guillaume\nTell, etcM etc.\nOn comprend que Boieldieu à ses débuts dut subir, lui aussi,\nl'influence des idées ayant cours. Aussi le voit-on donner, à côté de\nquelques œuvres légères, deux œuvres d'un caractère dramatique très\naccusé et très intense : Zoraime et Zulnare, et surtout Beniowski.\nMais un artiste de ce tempérament aimable, souple, spirituel, plein de\ncharme et de grâce, d'élégance et d'abandon, ne pouvait s'engager plus\navant dans une voie qui lui eût été funeste. C'est donc toutj naturelle-\nment qu'il revient bientôt au genre tempéré avec le Calife, qu'il s'atta-\nqua même au genre bouffe avec Ma Tante Aurore. Une fois revenu à\nson style naturel, qui est bien celui du véritable opéra comique, on le\nverra s'y attacher pour toujours, et ne s'en plus départir ; mais il saura,\nselon les circonstances, selon la marche du goût, selon les progrès\naccomplis par la poétique et la pratique musicales, grâce surtout àsa\nconnaissance et à son admirable compréhension de la scène, il saura\nenrichir ce style, le développer, lui donner enfin toute l'ampleur dont il\nest susceptible, et cela sans le dénaturer jamais, et tout en lui conservant\nson caractère propre et déterminé. C'est ainsi que plus tard, sans jamais\nservilement imiter personne, mais en tenant compte à la fois et des élé-\nments nouveaux introduits dans l'orchestre et de la magnificence donnée\nau langage musical par ce grand homme qui fut Rossini, il modifiera\ndans des pioportions très notables, non-seulement au point de vue par-\nticulier, la forme des morceaux, mais, au point de vue général, la\nforme de l'œuvre elle-même, et que, artiste de transition, il prépara la\nvoie à Hérold d'une part, à Auber de l'autre.\nVoici ce qui me semble constituer en partie le caractère propre du gé-\nnie de Boieldieu. On peut dire de lui que, sans être particulièrement\nnovateur, il sut toujours aider l'art dans sa marche ascendante, accueil-\nlii les progrès qui se manifestaient et les encourager lorsqu'ils lui parais-\nsaient utiles, employer les procédés nouveaux en les accommodant àsa"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "209", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.17", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2226, "texte": "personnalité, et servir ainsi de trait d'union entre l'ancienne et la nou-\nvelle école. Là où s'arrêtent Méhul, Cherubini, Berton, Boieldieu prend\nson vol, tendant la main à de plus jeunes, à Hérold et à Auber, que je\nviens de nommer, à Halévy et à Adam, auxquels son expérience fut\nloin d'être inutile, ouvrant les voies de l'avenir tout en maintenant les\nbonnes traditions du passé, faisant succéder à Ma tante Aurore, Jean de\nParis, à Jean de Paris, la Fête du village voisin, à la Fête du village\nvoisin, le Petit Chaperon rouge, et au Chaperon cette admirable Dame\nblanche, œuvre d'une ampleur de forme et d'une richesse de conception\ndont on n'avait pas idée jusqu'alors dans le domaine de l'opéra comique,\net dont, à ce point de vue seul, l'apparition marquerait réellement une\ndate dans l'histoire de l'art. Quoi qu'en puissent dire ses détracteurs,\ncette transformation du style de la comédie lyrique est bien due à Boiel-\ndieu, et, en l'opérant, il a rendu à l'art un grand et signalé service, que\nl'injustice seule ou l'ignorance pourrait laisser oublier. Cela est si vrai\nque deux hommes de génie, placés pour ainsi dire aux deux pôles de la\nmusique, l'ont compris et apprécié à sa juste valeur : je veux parler de\nWeber et de Rossini, dont j'ai fait connaître les opinions à son sujet.\nPeut-être est-ce la seule fois que ces deux grands esprits, de vues et de\nprincipes si divergents, se sont rencontrés dans une pensée commune ;\nil est glorieux pour Boieldieu que ce soit à son profit.\nEn résumé, le livre de M. Pougin nous paraît appelé à un grand et légi-\ntime succès. C est une œuvre d'analyse sérieuse, saine, élevée, qui révèle\nchez son auteur un véritable enthousiasme en même temps qu'un rare amour\nde 1 art, et dans laquelle 1 intérêt du récit ne le cède en rien aux vues les\nplus remarquables en matière de critique et de sens artistique. C'est la pre-\nmière fois qu un travail aussi étendu, aussi complet, aussi substantiel, est\nconsacré à un musicien français, et il nous semble marquer un nouvel élan\net un nouvel essor dans notre littérature spéciale, qui va chaque jour s'élar-\ngissant et s enrichissant, et dont notre excellent collaborateur est l'un des\nsoutiens les plus éprouvés.\n\nO. LE TRIOUX."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-06-01-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-06-01_01#c005", "volume": "bmtnabc_1875-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "210", "page_fin": "211", "image_debut": 18, "image_fin": 19, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.2.2", "titre_corps": "Autographe de Boieldieu, à MM. les Sociétaires de l'Opéra-Comique, au sujet de la Jeune femme colère.", "titre_sommaire": "Autographe de Boieldieu, à MM. les Sociétaires de l'Opéra-Comique, au sujet de la Jeune femme colère.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 18, "page_imprimee": "210", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.18", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 101, "texte": "Autographe de Boieldieu, à MM. les Sociétaires de l'Opéra-Comique,\nau sujet de la Jeune femme colère."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-06-01-01-c006", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-06-01_01#c006", "volume": "bmtnabc_1875-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "212", "page_fin": "216", "image_debut": 20, "image_fin": 24, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.2.3", "titre_corps": "MYTHOLOGIE MUSICALE", "titre_sommaire": "MYTHOLOGIE MUSICALE", "signature_source": "S. 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De là cette croyance universelle à une foule\nd'êtres bizarres et fantastiques, entre autres les moines de mer, les\névêques de mer, qui ne sont en réalité que des phoques (Pl., 11, nos 2,\n3 et 4).\nD'après Albert le Grand, le moine de mer est un poisson « ayant la\npeau du crâne blanche, et tout autour de cette peau comme les cheveux\nd'un moine récemment rasé. » Rondelet (De Piscibus marinis, 1554)\nle décrit à son tour ; J. Zahn (Spécula physico-matliématico-historica)\nen donne une figure à peu près semblable; C. Lycosthène (Prodigio-\nrum ac ostentorum chronicon, 1557) reproduit également l'image d'un\n\n(1) Voir le numéro du i 5 mai."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "213", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.21", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2324, "texte": "moine trouvé, dit-il, dans la Baltique ; et enfin le Recueil de la diver-\nsité des habits (1572),, donne l'image au vray d'un de ces étranges\nprélats :\nLa mer, poissons en abondance apporte,\nPar dons divins que devons estimer\nMais fort étrange est le moyne de mer,\nQui est ainsi que le pourtrait le porte.\nVEvêque de mer a aussi été chanté par le même poète :\nLa terre n'a évesques seulement\nQui sont par bulle en grand honneur et tiltre:\nUévesque croist en mer semblablement,\nNe parlant point, combien qu'ils portent mitre.\nLe phoque, ou le veau marin, auquel on donne quelquefois le nom de\nvieillard marin (senex maris) parce que, comme le prouve un dessin du\nsenex maris reproduit par Ambrosinus, sa ligure ressemble à celle d'un\nvieillard, a souvent d'ailleurs été exhibé dans les ménageries foraines.\n« Quelques-uns, écrivait Louis le Comte en 1701, ont la tête assez sem-\nblable à la nôtre ; on les nomme à Siam poissons-femmes. »\nTous ces animaux rappellent à peu de chose près le genre phoque,\n(Pl. 11, n° 5). Cela explique pourquoi quantité d'auteurs du Moyen Age\net de la Renaissance, entraînés par leur imagination, affirment avoir\nrencontré des Sirènes lorsqu'en réalité ils n'ont vu que des lamantins,\nespèce de mammifères amphibies appelés à Siam et aux Antilles poissons-\nfemmes. Ce sont trois de ces Sirènes que Christophe Colomb, au rapport\nde Las Cases, vit le mercredi 9 janvier 1493 : « Elles s'élevaient beaucoup\nau-dessus de la mer, » dit dans sa relation le bon et naïf évêque, « mais\nelles ne lui parurent nullement belles. » Ajoutons que le lamantin\nd'Amérique est le type du genre. Outre son nom de pois son-femme, on\nl'appelle encore vache marine, bœuf marin ; son lait a une saveur très\nagréable (1).\nRondelet, déjà cité, raconte qu'après un violent orage en mer, Corné-\nlius d'Amsterdam vit à Edam, en Poméranie, une Néréide. « Elle avait,\ndit-il, une figure de femme qui exprimait une grande fausseté. Elle ne\n\n(i) En histoire naturelle, la Sirène est un petit animal qui forme le 6e genre de\nl'ordre des batraciens. Elle est reconnaissable surtout par une queue qui la distingue\ndes crapauds, des pipas, des rainettes, des grenouilles et autres reptiles sans queue.\nIl y a la Sirène proprement dite, la Sirène lacertine, la Sirène rayée, la Lépido-\nsirène, etc., (pl. II nos 6-7)."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "214", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.22", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2537, "texte": "vécut que quelques années et resta muette. D'autres, d'après Seyfried\n(Medulla mirabilium naturœ), virent une femme marine dans le Tibre,\nen 1525, mais ils ne réussirent pas à la capturer. L. Guicciardin, dans\nsa Description des Pays-Bas, raconte également que, en i 503, on fit la\ndécouverte en Hollande d'une femme marine jetée dans un lac par la\ntempête. On conduisit cette femme à Harlem. On la vêtit, on l'accoutuma\nà se nourrir de pain et de viande, à faire quelques travaux de ménage,\netc. Cette femme vécut assez longtemps et demeura muette toute sa vie.\nSelon d'autres auteurs, l'Angleterre, la Grèce, l'Espagne et le Portu-\ngal auraient vu des Tritons, des Néréides et des Sirènes. M. Francisque\nMichel [Le pays basque, sa population, sa langue, etc.) rapporte que la\nmême croyance existait autrefois parmi les habitants des côtes du pays\nbasque, où les Sirènes étaient désignées sous le nom de lamiac.\nJusqu'ici il n'a été question que des Sirènes vivantes, mais si ces der-\nnières ont défrayé bien des relations étranges, les Sirènes mortes n'ont\npas été moins bien partagées. Ledocte Scaliger (Exercit. 226 in Cardan)\naffirme avoir vu à Parme, dans la boutique d'un orfèvre, une Néréide de\nla grandeur d'un enfant de deux ans. Ces exhibitions aquatiques datent\nde loin. Elien prétend, d'après l'autorité de Démostrate, qu'on fit voir\ndans la ville de en Livadie, un Triton desséché absolument\npaieil à ceux décrits par les poètes ; 3a peau était rççouvçrtç de nom-\nbreuses écailles,\nVIII\nIl est temps de terminer cette revue de faits bizarres en consacrant\nquelques lignes à un être plus fantastique encore que tous ceux dont il\na été question jusqu'ici. Il s'agit de la Sirène empaillée que Barnum, le\nplus célèbie puffiste des temps modernes, exposa pendant longtemps\ndans son musée américain. L'apparition de cette monstruosité nous a\nvalu un fort amusant récit de M Oscar Comettant, dans son livre inti-\ntulé : 7rois ans aux Etats-Unis :« Il faut admirer, dit-il, la Sirène\nempaillée que Barnum exposa si longtemps à son muséum. Un jour,\ntous les journaux, de gigantesques affiches et des bandes de musique\nannoncèrent au public étonné la découverte prodigieuse d'une Syrène\nmythologique, moitié poisson et moitié femme.\n« Des pêcheurs, insensibles à la musique, comme autrefois Ulysse,\nfurent surpris en mer par des chants d'une suavité merveilleuse que\nfaisait entendre le long du navire une Sirène de la plus belle venue.\nLoin de se laisser séduire par le charme perfide de cet être mystérieux,"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "215", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.23", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2785, "texte": "ils le harponnèrent sans pitié, comme ils auraient fait d'un requin ou\nd'un marsouin. La Sirène, percée parle fer meurtrier, fut halée sur le\npont, où bientôt après elle expira en chantant d'une voix entrecoupée\npar la douleur, quesais-je! peut-être l'air si pathétique du finale delà\nLucie, transposé pour voix de Sirène. Cette Sirène,, soigneusement em-\npaillée par les matelots, fut offerte à Barnum pour son musée national,\ndéjà si riche en curiosités uniques, comme disaient les prospectus.\n« L'animal merveilleux attira longtemps la foule, et Ton venait de\nfort loin pour voir ce prodige. Bientôt pourtant on s'aperçut que la pré-\ntendue Sirène n'était qu'un composé de paille recouverte d'une peau\nlustrée, et que la figure et le torse étaient de cire. On rit beaucoup de\ncette excellente blague d'un homme qui faisait l'admiration générale ;\nmais on ne cessa pas pour cela de contiuuer à aller voir, pour en plai-\nsanter, ce puff mythologique, Il y eut foule comme avant, ce qui fit\nparfaitement l'affaire de Barnum. Il gagna, dit-on, près de cent mille\nfrancs avec sa Sirène empaillée. »\nL'auteur d'une Expédition américaine au Japon, ouvrage publié en\n1867, et dont plusieurs journaux du temps ont donné des extraits, parle\nen ces termes de l'exhibition d'une Sirène presque semblable à celle de\nBarnum : « Les japonais, comme la plupart des races douées d'une\nimagination vigoureuse, aiment beaucoup les choses bizarres, invrai-\nsemblables, sauf à jouer le rôle de dupes. Fischer raconte qu'un pêcheur\nde leur pays, se prévalant de ce goût, s'avisa de joindre la moitié supé-\nrieure d'un singe à la moitié inférieure d'un poisson, de manière que ces\ndeux extrémités semblassent former les deux parties d'un même corps.\nAyant exécuté son idée avec assez d'art pour défier un examen ordinaire,\nil annonça qu'il avait pris dans son filet un animal étrange, mort, par\nmalheur, presque au sortir de l'eau, et il invita ses compatriotes à venir\nadmirer la proie merveilleuse. Les curieux, alléchés, accoururent en\nfoule, et le rusé pêcheur gagna des sommes énormes, grâce à une con-\nfiance sans bornes dans la crédulité humaine. Après avoir largement\nexploité son œuvre originale, il déclara qu'avant de mourir la singulière\ncréature dont il était censé exhiber les restes lui avait parlé (dans la lan-\ngue du Japon ou des îles Feijo), et annoncé qu'à un certain nombre d'an-\nnées extrêmement fertiles succéderait une épidémie générale et meur-\ntrière. Il ajouta que le seul remède contre le fléau, c'était la possession\nd'une image de l'être moitié homme, moitié poisson, et non encore dé-\ncrit qu'il montrait aux amateurs.\n« Cette nouvelle supercherie réussit parfaitement. Le pêcheur fit des-\nsiner des copies de la Sirène apocryphe et les vendit par milliers. Les"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "216", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.24", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1941, "texte": "Hollandais de la factorerie de Dezima eurent vent un jour de ce com-\nmerce lucratif, et acquirent à beaux deniers comptants la Sirène du\npêcheur, ou une Sirène faite sur son modèle, qu'ils envoyèrent à Bata-\nvia. Là elle fut achetée par un habile spéculateur des Etats-Unis qui\nvint la montrer à toute l'Europe, en 1822 et 1823, comme la véritable\net authentique des îles Feijoo. Ce métier lui donna le double plaisir\nd amasser une fortune considérable, et de faire discuter sérieusement\npar des naturalistes plus ou moins distingués la vieille et puérile ques-\ntion de l'existence des Sirènes. »\nCette Sirène, dont celle exposée à l'exposition orientale des Champs-\nElysées en 1873 descend en droite ligne (pl. 11, n° 1), est aujourd'hui\nclassée parmi les curiosités les plus remarquables du Musée de New-\nYork.\nIX\nAujourd'hui, l'expression de Sirène est généralement prise en bonne\npart. Elle s'applique aux femmes habiles dans le chant, aux cantatrices\nillustres. Ce qui a fait dire à de Salgues : « Plus de plus de ces\nchants voluptueux qui enchaînaient les héros et leur faisaient oublier le\nsoin de leur gloire. Les Sirènes ne se trouvent plus que sur nos théâtres.\nC est pour les Festa, les Barilli, les Branchu, les Duret, nous dirions\naujourd'hui les Miolan-Carvalho, les Nilsson, les Patti, qu'il faut\nmaintenant réserver nos hommages. »\nAjoutons qu'un grand nombre d'œuvres musicales ont célébré les\nSirènes ou des déités et des génies appartenant à leur famille. Citons au\nhasard: Obéron,deWeber;la Flûte de Mozart; le\nnhauser, et le Lohengrin,de Richard Wagner; le\nd'été, de Mendelssohn ; la Dame du de Rossini ; la et le\nLac des Fées,d'Auber; la Tempesta, la et la\nroses, d'Halévy ; le Songe d'une nuit d'été et Psyché, d'Ambroise\nThomas ;la Dame blanche, de Boïeldieu ; le Sylphe, de Clapisson ; la\nReine Mab,de Berlioz ; Giselle,d'Adolphe Adam, et enfin la\ntriomphe de la célèbre Taglioni.\n\nS. BLONDEL."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-06-01-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-06-01_01#c009", "volume": "bmtnabc_1875-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "217", "page_fin": "223", "image_debut": 25, "image_fin": 31, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.2.4", "titre_corps": "JEAN MONNET", "titre_sommaire": "JEAN MONNET", "signature_source": "ARTHUR HEULHARD", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 25, "page_imprimee": "217", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.25", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1336, "texte": "JEAN MONNET\n\nM\nY\nAILLITE et prison! Vent en poupe et vent en proue!\nUn imprésario vulgaire ne se fût point relevé du\ncoup : Monnet ne prit que le temps de se frotter l'é-\nchine, et fit à l'Angleterre sa plus belle révérence d'a-\ndieu.\nLe 20 décembre 17517 il obtenait l'agrément du roi\npour le rétablissement de l'Opéra-Comique, et passait, le 25 suivant, un\nbail de six ans avec le bureau de la Ville, à 12,000 livres pour chacune\ndes trois premières années_, et à i 5,000 livres pour chacune des trois\ndernières.\nMonnet se sentait mûr pour la fortune. L'artiste s'était bardé du\ntriple airain du philosophe. Insensiblement, on plie son humeur aux\ncomplications des affaires, et tel, qu'un acte de procédure plongeait hier\ndans la noire mélancolie, verrait aujourd'hui d'un œil sec le rétablisse-\nment des tailles, des gabelles et des sergents à verges. En décembre\n1751, Monnet était sans argent; des amis lui en prêtèrent. Il était sans\nauteurs : il découvrit Vadé dont le tour d'esprit l'avait séduit, et se l'at-\ntacha par un traité. Il était sans acteurs : à grands frais il rappela de la\nprovince plusieurs sujets de l'ancien Opéra-Comique. Il était sans\nthéâtre : en cinq semaines, il fit réparer la salle du faubourg Saint-\nGermain, branlante, croulante, et depuis dix-huit ans sous le scellé de\n\n(i) Voir le numéro du i5 mars."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "218", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.26", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2805, "texte": "la justice. L'ouverture de son spectacle était fixée au 3 février 1752 :\naudit jour, on y débitait le Retour favorable, prologue d'ouverture.\nDepuis la suppression de l'Opéra-Comique en 1745, on ne représen-\ntait plus à la foire que des scènes muettes et des « pantomimes an-\n« gloises. » Quelques troupes de danseurs de cordeet de sauteurs, des ma-\nrionnettes, des animaux sauvages, des joueurs de gobelets y « faisoient\nleurs monstres. »La Grande troupe étrangerey établie depuis 1735 par\nRestier et Lavigne, attirait encore le menu peuple, mais les gens du\nbel air avaient abandonné les loges. Monnet sut les y ramener, er sa\ndirection, de 1752 à 1757, marque le beau temps de l'Opéra-Comique.\nTous les auteurs temps s'accordent à rendre hommage à ses ta-\nlents. La Harpe vante son intelligence et son activité: Grimm, son obli-\ngeance ; l'abbé de La Porte, son habileté; Fréron, son goût et son\nesprit. Chevrier, dont Sabatier de Castres compare les libelles agres-\nsifs « à ces nuées d'insectes éphémères qui ne piquent qu'un mo-\nment et ne vivent qu'un jour, » rentre les griffes devant Monnet.\n« Ce spectacle, dit-il quelque part, en parlant de TOpéra-Comique, con-\ntre lequel la décence s'est récriée longtemps avec une sorte de raison,\ndevient aujourd'hui un amusement honnête qui attire tout Paris, grâce\naux soins que M. Monnet prend pour l'embellir. » Et, après avoir\ndéclaré qu'z/ est seul capable de conduire ce spectacle... «M. Mon-\nnet qui a senti que TOpéra-Comique n'était rétabli que pour augmenter\nnos plaisirs et que leur intérêt exigeait qu'il durât toujours, a fait des\ndépenses étonnantes pour la construction d'une salle à la foire Saint-\nLaurent et pour l'embellissement de celle de Saint-Germain. Attentif à\nplaire au public, il met à profit son goût et son intelligence pour nous\nprocurer de bons auteurs et des acteurs dignes d'eux. »\nA son expérience chèrement acquise des choses du théâtre, Monnet\nunissait une ingéniosité native qui lui rendait familiers les moindres\ndétails d'une grande entreprise. 11 y a dans Monnet du chorégraphe, du\ndécorateur, du machiniste, voire même de l'architecte. Cette fameuse\nsalle .Saint-Laurent, qui arrache des cris d'admiration à tous les rédac-\nteurs des feuilles publiques : si nouvelle que les Parisiens la vont visiter\nen pèlerinage, si jolie que le roi l'achètera plus tard pour la faire\ndémonter et remonter à l'hôtel des Menus, c'est Monnet qui en a\nl'idée et qui la soumet à l'architecte, ce Le théâtre, dit Monnet, pour\nlequel il n'y eut ni dessin ni plan d'arrêté, fut construit dans trente-sept\nours. » Arnoult, machiniste-ingénieur du roi, dirigea l'exécution des\ntravaux avec de Leuze. Boucher se fit un plaisir de composer « les\ndessins du plafond, des décorations7 des ornements même, et de présider"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "219", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.27", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2551, "texte": "à toutes les parties de la peinture qui fut employée dans cette salle. »\nU Observateur littéraire revendique en faveur de Roland le Virloys,\narchitecte du théâtre de Metz, bâti en 1751, l'invention du système de\nloges appliqué à TOpéra-Comique. « Lorsque M. le Virloys faisait con-\nstruire les loges du théâtre de Metz, un curieux qui était alors dans cette\nville et lui rendait de fréquentes visites, fit quelque temps après un\nvoyage à Paris, Il apprit qu'on était dans le dessein d'élever un théâtre\npour TOpéra-Comique à la foire Saint-Laurent. Il vit les entrepreneurs\net leur communiqua les idées de M. le Virloys. Ceux-ci s'en sont fait\nhonneur ; sans en être jaloux, le véritable auteur peut réclamer un bien\nqui lui appartient. Vous avez vu les loges de ce spectacle ; elles sont\nfaites à l'imitation de celles de Metz (1) ». De l'aveu de Favart (Mémoi-\nres), il n'était rien de comparable à la salle Saint-Laurent, pour l'élé-\ngance et le confort, et lorsqu'il fut question de la jeter bas en 1761,\naprès la réunion de TOpéra-Comique à la Comédie-Italienne, tout Paris\nprotesta. Pour la sauver, Favart voulait que la Comédie-Italienne se\nménageât à la foire un théâtre d'été. Durnont en donne le plan dans son\nParallèle des plus belles salles de spectacle dltalie et de France (2).\nJe pourrais, à l'aide de YAlmanach des spectachs, dresser le catalogue\nexact des pièces que Monnet a produites sur les scènes des foires Saint-\nGermain et Sainte-Laurent, ainsi que la liste des acteurs, actrices, sym-\nphonistes, danseurs et danseuses engagés sous sa direction * cette com-\npilation ferait craquer mon cadre.\nMais on me saura peut-être gré de rééditer, d'après YAlmanach des\nspectacles pour 1755 (3), le fragment qui suit et qui en dit long sur la\nconstitution de l'Opéra Comique régénéré par Monnet.\nLa plupart des artistes, cités dans ce tableau, se sont distingués dans\nleur genre, et le lecteur ne manquera pas de souligner les noms d'An-\nseaume, de Laruette et de Noverre. D'Avesne, qui conduisait l'orchestre,\nétait précédemment ordinaire de VAcadémie royale de Musique et\nbasse du grand chœur. C'était un compositeur assez distingué, qui avait\nécrit déjà quelques bonnes ouvertures d'opéra comique, et, dans un\nordre plus élevé, des motets à grand chœur, exécutés avec succès au\nConcert spirituel :\n\n(1) L'Observateur littéraire (1759. T. V).\n(2) Paris. i/63, in-folio.\n(S) LES SPECTACLES DE PARIS, OU suite du Calendrier historique et chronologique\ndes Théâtres. QUATRIÈME PARTIE pour Vannée 1755. (Paris, Duchesne, 1755.)"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "220", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.28", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2200, "texte": "ÉTAT DES PERSONNES\nqui composaient /'OPÉRA-COMIQUE en 1734, et dont plusieurs doivent paraître\nau même spectacle durant les foires de Saint-Germain et de Saint-Laurent\nde cette année iy 55.\nDirecteur : M. MONNET.\nSous-Directeur : M. ANSEAUME.\nACTEURS :\nMESSIEURS. Paran avait joué la comédie en province, et en particulier à\nl'Opéra-Comique en Flandres. Il joue à celui de Paris depuis le rétablisse-\nment de ce spectacle, où il fait les rôles de pierrot, de paysans et autres\nrôles de caractères.\nDeschamps a fait en province les rôles d?amoureux 5 il continue les mêmes\nrôles depuis deux ans à FOpéra-Comique.\nLaruette joue différents caractères, principalement les amoureux dans les\npièces imitées des intermèdes italiens. Il est à 1 Opéra-Comique depuis le\nrétablissement de ce spectacle.\nDe Hautemer pour les rôles de financier et de paysans \\ il a aussi composé\npour FOpéra-Comique et pour les danseurs de corde.\nDelisle, ci-devant acteur àla Comédie de Marseille, fait les rôles à manteau\net les paysans.\nDarcis jouait à Strasbourg les rôles de bergers et d'amoureux, qu'il con-\ntinue de faire à FOpéra-Comique avec le sieur Deschamps.\nBouret a débuté à la foire Saint-Germain dernière par le rôle d Alexis,\ndans la Chercheuse d'esprit, et fait avec succès les rôles de niais.\nRebours, ancien acteur de ce théâtre, y a reparu au mois de septembre\ndernier. Il se destine aux rôles dQ pères et de paysans.\nACTRICES :\nMESDEMOISELLES. Rosaline fait les rôles de première amoureuse. Elle joue\nà FOpéra-Comique depuis qu'il est rétabli. Elle a chanté quelque temps à\nl'Opéra.\nVilliers fait les rôles de mère, de tante et autres rôles de caractère. Elle\njoue à Paris depuis le rétablissement de ce spectacle.\nDelorme a chanté quelque temps dans les chœurs à l'Opéra. Elle fait les\nrôles de soubrette ; elle est à FOpéra-Comique depuis deux ans.\nDeschamps joue aussi les amoureuses ; elle était ci-devant à la Comédie de\nBruxelles.\nLegrand est chargée des rôles de cousines et fait les troisièmes amoureuses.\nElle est à FOpéra-Comique depuis la foire Saint-Germain dernière.\nQue net a débuté à la foire Saint-Laurent le 17 septembre 1754 dans le rôle\nde la Nouvelle Bastienne.\n\\"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "221", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.29", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1182, "texte": "NOMS DES DANSEURS\nM. NOVERRE, maître de ballets.\nMESSIEURS :\nDelaître Gatebois Leclerc\nGalodier Papillon Turbeau\nDupuis Julien Chaperon\nHarant Pochet Bataille\nDesmartins Lassi Lefèvre\nNoverre C. Canut Lescot\nRochefort\nDANSEUSES :\nMESDEMOISELLES\nDumirei Marini Paran\nDeschamps Cornu Lejeune\nPrudhomme Caron Marlet\nDelaître Armand Lescot\nSauveur\nORQUESTRE:\nCompositeur :M. D'AVESNE\nVIOLONS :\nMESSIEURS\nMontgautier Arnoult Paris\nAlexandre Voyez Champion\nGautier\nPatou, répétiteur, Ebert et Steinmetz, cors.\nPrudent et Vatrin, basses. Rostenne et Vautier, flûte et hautbois.\nFrance, Béraud et Simonet, bassons. Baronville, timballier.\nMarchand et Dargent, contre-basses. Désabev, trompette<\nAUTRES PERSONNES\nemployées à ce spectacle\nSilvestre, copiste.\nBoquet, dessinateur d'habits.\nGuilliet et M oulin, peintres décorateurs.\nD'Amour, concierge.\nPeret, contrôleur.\nMademoiselle Labarre, reçoit les billets à la porte.\nMartin, reçoit ceux de ïamphithéâtre.\nThomas, reçoit ceux du parquet.\nPonsard, reçoit ceux du parterre.\nGrandidier, délivre les billets de théâtre et de premières loges.\nDurivaut, délivre les billets de secondes et de troisièmes loges et ceux du\nparterre."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "222", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.30", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2883, "texte": "Monnet était un directeur autoritaire. Il avait opéré dans son per-\nsonnel une réforme qu'on attendit longtemps à la Comédie-Française :\nle réalisme du costume. « Si vous n'avez pas toujours l'esprit de votre\nrôle, disait-il, faites en sorte d'en avoir l'habit. »\nIl avait également prohibé ces communications de la rampe à la salle5\nsi nuisibles à l'illusion scénique. Voici le règlement qu'il faisait lire à\nses pensionnaires, le premier jour de chaque mois, aux assemblées de\nrépétition :\nRèglement pour la police intérieure de l'Opéra-Comique.\nLe relâchement de la police qui doit être observée dans l'intérieur du spec-\ntacle de l'Opéra-Comique ayant donné lieu à plusieurs abus qui intéressent\nautant la décence des mœurs que le succès même et la tranquillité du spec-\ntacle, il a été réglé et arrêté que les articles ci-après seront exactement\nobservés.\nI. Les acteurs et actrices, danseurs et danseuses se rendront au théâtre à\nl'heure marquée pour se préparer et s'habiller ; et les actrices et danseuses ne\nlaisseront entrer dans leurs loges que leurs coiffeuses, leurs femmes et les\npersonnes nécessaires à leur ajustement.\n11. Fous les acteurs, et principalement les actrices et danseuses, ne paraî-\ntront sur le théâtre ou dans les coulisses que pour jouer leurs rôles, et\nchaque fois qu'elles sortiront de la scène, elles se retireront successivement\ndans la loge construite à cet effet à côté de l'orchestre, à moins qu'elles ne\nfussent obligées de reparaître un instant après, auquel cas elles pourront\nrester dans la salle, pourvu qu'elles s'y comportent modestement et ne\ns'écartent point.\n111. En conséquence de l'article ci-dessus, ne pourront lesdites actrices et\ndanseuses, lorsqu'elles auront fini leurs rôles sur la scène, demeurer ni\ns'arrêter dans les coulisses, sous quelque prétexte que ce soit, à peine de\npayer l'amende qui sera ci-après réglée pour chaque fois qu'elles y auront\ncontrevenu.\nIV. Tous acteurs et actrices, danseurs et danseuses, symphonistes et autres\nemployés seront tenus de se trouver exactement à la répétition des pièces\naux heures qui leur seront prescrites, comme aussi d'entrer au théâtre les\njours de spectacle aux heures marquées.\nV. Tous acteurs et actrices, danseurs et danseuses qui auront contrevenu\nà ce qui est porté par les articles ci-dessus, seront amendables de la somme\nde 6 liv. pour chaque contravention, et les symphonistes et autres employés\nde celle de trois liv., lesquelles sommes seront retenues sur leurs appointe-\nments.\nVI. Ceux et celles qui n'arriveront aux répétitions qu'après la première\nseène finie, payeront chacun la moitié de l'amende ci-dessus.\nVII. Tous acteurs, symphonistes et autres employés qui se\nprésentent au spectacle dans un état d'ivresse, payeront l'amende de 6 liv.\npour la première fois, et en cas de récidive il sera libre à l'entrepreneur de\nles remercier."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "223", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.31", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2219, "texte": "VIIL II y aura un contrôleur des amendes chargé d'en faire la retenue\nsur les appointements de ceux ou celles qui les auront encourues, et le pro-\nduit en sera distribué chaque mois par l'entrepreneur ou directeur, en pré-\nsence dudit contrôleur, aux pauvres gagistes du spectacle qui sont jugés en\navoir le plus besoin.\nIX. Les portiers et contrôleurs qui laisseront entrer sans payer ou sans\nun billet de l'entrepreneur seront à l'amende de 3 liv. par chaque personne.\nX. Tous les gens des postes ne pourront recevoir de l'argent pour faire\nentrer ou placer qui que ce soit sans un billet du bureau, à peine de révoca-\ntion de leur emploi.\nXI. Les acteurs, actrices, danseurs et danseuses ne pourront se placer dans\naucun endroit de la. salie aux heures de spectacle, sinon dans une des\nsecondes loges qui sera destinée à cet effet.\nSes façons omnipotentes sont encore dénoncées dans une parodie de\nCinna dirigée contre le duc d'Aumont, en 1759, et pour laquelle on\nembastilla Marmontel. C9est le duc d'Aumont qui parle :\nQue chacun se retire et qu'aucun n'entre ici ;\nVous, Le Kain, ; vous, d'Argental, aussi.\nCet empire absolu que fai dans les coulisses\nDe chasser les acteurs, de choisir les actrices ;\nCette grandeur sans bornes et cet illustre rang,\nQue f eusse moins brigué s'il eût coûté du sang,\nEnfin tout ce qu'adore en ma haute fortune\nDu vil comédien la bassesse importune,\nN'est que de ces beautés dont l'éclat éblouit\nEt qu'on cesse d'aimer sitôt qu'on en jouit.\n«•••••••••• ••••♦••\nMolière eut comme moi cet empire suprême ;\nMonnet dans la province en a joui de même.\nD'un œil si différent, tous deux Vont regardé,\nQue l'un s'en est démis, et Vautre Va gardé.\nMonnet, vain, tracassier, plein d'aigreur et d'envie,\nVoit en repos couler le reste de sa vie,\nEt Vautre, qu'on devait placer au plus haut rang,\nEst mort sans médecin, d'un crachement de sang.\nCes exemples récents suffiraient pour m*instruire,\nSi par l'exemple seul on pouvait se conduire.\nL'un m'invite à le suivre, et l'autre me fait peur. Etc., etc.\nL'auteur de cette parodie était l'intendant des Menus-Plaisirs du\nroi, M. de Cury, qui n'alla pas rejoindre Marmontel à la Bastille.\n(La suite prochainement*)\n\nARTHUR HEULHARD."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-06-01-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-06-01_01#c013", "volume": "bmtnabc_1875-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "224", "page_fin": "231", "image_debut": 32, "image_fin": 39, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.2.5", "titre_corps": "LE THÉÂTRE DES DEMOISELLES VERRIÈRES", "titre_sommaire": "LE THÉÂTRE DES DEMOISELLES VERRIÈRES", "signature_source": "ADOLPHE JULLIEN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 32, "page_imprimee": "224", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.32", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1399, "texte": "LE\nTHÉÂTRE DES DEMOISELLES VERRIÈRES\n\nCHAPITRE PREMIER\nARMI les nombreux théâtres de société qui s'établirent\nà Paris pendant le siècle dernier et dont les troupes\nd'amateurs, comédiens volontaires plus zélés que les\nartistes de profession, se recrutaient parmi les actrices\nou courtisanes à la mode et parmi les membres les\nplus notables du monde des lettres, de la noblesse ou\nde la finance,—celui des demoiselles Verrières était un des mieux organi-\nsés et l'un de ceux dont les représentations étaient le plus recherchées.\nCes deux sœurs avaient su par leur esprit et leur beauté arriver rapi-\ndement, l'une aidant l'autre, au premier rang parmi les filles entretenues\nde la capitale et tenaient le haut du pavé dans la société galante de l'épo-\nque. « Les demoiselles Verrières, madame George Sand, qui leur\ntient par les liens du sang, vivaient ensemble dans l'aisance, et menant\nmême assez grand train, encore belles et assez âgées pourtant pour être\nentourées d'hommages désintéressés ! Celle qui fut mon arrière-grand'\nmère était la plus intelligente et la plus aimable. L'autre avait été\nsuperbe; je ne sais plus de quel personnage elle tenait ses ressources.\nJ'ai ouï dire qu'on l'appelait la Belle et la Bête (i). »\n\n(i) Histoire de ma vie, chap. 11. C'est à cet ouvrage et à ce»chapitre que se rap-\nportent les emprunts et observations que nous ferons par la suite à madame\nGeorge Sand."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "225", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.33", "debut_caractere": 44, "fin_caractere_exclue": 3040, "texte": "Les deux sœurs comptaient les plus grands noms de France dans le\nvolumineux dossier de leurs amours. L'aînée surtout avait été courtisée\npar les plus illustres seigneurs et s'était bien gardée de repousser leurs\nhommages. Elle avait été la maîtresse en titre de Maurice de Saxe et\navait eu de lui une fille qu'on avait cru prudent de soustraire au dange-\nreux exemple de sa mère : elle était élevée à Saint-Cyr, par les soins de\nla dauphine, fille du roi Auguste de Pologne et nièce du maréchal de Saxe.\nMademoiselle de Verrières l'aînée avait été aussi distinguée par le duc\nde Bouillon et parle prince de Turenne.\nCe double propos mérite créance, car celui qui l'affirme est digne\nde foi. C'est l'inspecteur de police Meusnier, lequel, ayant à parler,\ndans un rapport, d'un nommé Lambert, laquais beau garçon, honoré\ndes premières faveurs de mademoiselle Leduc cadette? ajoute : « Ce\nLambert est actuellement attaché au prince de Turenne ; c'est lui qui\nveillait sur la conduite de la demoiselle Verrières l'aînée, sa maîtresse,\nlorsqu'elle demeurait rue Montmartre. Pour répondre même plus sûre-\nment du trésor qui lui étoit confié, il couchait dans une chambre à côté\nde la sienne, et je crois que le drôle mangeait le lard (1). »\nLes deux sœurs possédaient maison de ville et maison des champs, et\nelles prenaient un si grand plaisir à jouer la comédie qu'elles avaient un\nthéâtre monté à la campagne comme à la ville. La salle de spectacle de\nleur villa d'Auteuil était élégante et bien disposée, mais celle de leur\nhôtel de Paris, sis en la Chaussée-d'Antin, était particulièrement jolie :\nelle était très grande pour un théâtre particulier, d'une belle hauteur et\ntrès richement décorée. Elle ne comptait pas moins de sept loges en balda-\nquin,d'un dessin élégant et tendues de riches étoffes; puis, comme dans\ntous les théâtres de société établis alors chez de riches courtisanes, il y\navait un certain nombre de loges grillées qui permettaient aux femmes\nde qualité d'assister au spectacle sans être vues (2).\n\n(1) Rapport de l'inspecteur Meusnier (ier août 1753) sur mademoiselle Leduc ca-\ndette, autrement dite l'Altesse, à cause de ses relations avec le comte de Clermont.\nCe rapport, qui faisait partie du volumineux journal de police inédit conservé à la\nBibliothèque de la Ville, a été détruit dans l'incendie de l'Hôtel de Ville; mais il\nest reproduit en entier dans l'ouvrage si curieux et si complet de M. Jules Cousin :\nLe Comte de Clermont, sa cour et ses maîtresses.\n(2) Les véritables noms des Verrières étaient Marie et Genevièveßinteau. Madame\nGeorge Sand anoblit son arrière-grand'mère quand elle la qualifie de dame d'opéra,\ncar nous ne croyons pas, après recherches faites, que mademoiselles Verrières ait\njamais figuré dans les chœurs chantants ni dansants de l'Académie de musique.\nMadame George Sand se trompe encore quand elle donne l'hôtel de la Chaussée-\nd'Antin pour une maison des champs : c'était la demeure de ville, et la maison de\ncampagne était à Auteuil."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "226", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.34", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2742, "texte": "Le répertoire ordinaire du théâtre ne se composait pas, comme on\npourrait le croire, de farces grossières et de parades licencieuses les\nmaîtresses de céans avaient le goût trop fin et le ton trop distingué pour\n»\nse commettre de la sorte, mais de pièces empruntées de préférence au\nThéâtre-Français et à la Comédie-Italienne ou bien encore composées\nspécialement pour faire valoir le talent des deux sœurs par quelque litté-\nrateur épris de leurs charmes, admis dans la maison à titre d'amant de\ncœur. Deux écrivains bien connus, entre autres, se succédèrent dans ce\nposte agréable comme ils se succédèrent à l'Académie et eurent dès\nlors la haute main sur ces divertissements dramatiques, où ils devaient\nfigurer à la fois comme auteurs et comme acteurse\nL'un était le tendre et doux Colardeau, qui avait refusé d'entrer au\nbarreau pour se consacrer tout entier à la poésie et qui avait débuté de la\nfaçon la plus brillante par la fameuse lettre d'Héloïse à Abélard, imitée\nde Pope, où l'on remarquait un heureux choix de mots, une rare élégance\nde tournures, une harmonie, une mollesse presque voluptueuse. Son\nhéro'ïde Armide à Renaud, imitée du Tasse, fut loin d'obtenir un pareil\nsuccès, et en outre, ses deux tragédies d'Astarbê et de Caliste, imitées\nTune de la Clèopâtre de Corneille, Pautre du drame anglais de Rowe,\nla Belle Pénitente, avaient montré que le délicat poëte était médiocre-\nment doué pour le théâtre. Mais sa muse tendre et langoureuse et sa\nfigure distinguée Pavaient toujours fait bien venir des dames, et il avait\nsu mettre à profit ces avantages naturels.\nL'autre fut i'Aristarque dur et quinteux, à la petite taille, au ton\ntranchant, à Pair hardi ; le brillant élève du collège d'Harcourt, auquel\nson emprisonnement à la Bastille, puis au For-PEvêque, pour une pec-\ncadille d'écolier avait valu une sorte de célébrité; Pauteur applaudi de\nWarwick, Pauteur bafoué de mainte autre tragédie, le flatteur, le fa-\nvori et le correcteur de Voltaire, le célèbre critique du Mercure, La\nHarpe enfin, qui allait obtenir un succès de scandale avec ce drame de\nMélanie ou la Religieuse, dont la représentation fut interdite, mais que\nPauteur lut dans toutes les sociétés de Paris, et où les idées du temps\net le goût du jour étaient également flattés par cette attaque contre\nles vœux forcés, par cette sensibilité déclamatoire et ce pathétique\nvulgaire.\nPeu de temps après l'échec éclatant de son Timoléon, joué en août\n1764, La Harpe avait fait un assez sot mariage et épousé la fille\nlimonadier qui composait des vers. « Une mauvaise tragédie et un ma-\nriage, dit alors Grimm, c'est faire deux sottises coup sur coup. »La\nHarpe se rangea, paraît-il, de cet avis et voulut réparer au moins la sot-"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "227", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.35", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2793, "texte": "tise de son union ; il oublia donc qu'il était marié et se mit à courir les\nfilles et les comédiennes au su et vu de tout le monde.\nBachaumont, qui était favorablement accueilli dans la société des\ndemoiselles Verrières, et qui assistait régulièrement à ces représentations,\npayait l'honneur qu'on lui faisait de Pinviter en mentionnant dans ses\nmémoires, tantôt avec éloge, tantôt avec une pointe de méchanceté, les\nvelléités diamatiques des deux soeurs et leurs tentatives plus ou moins\nheureuses. C'est ainsi qu'il écrit le 21 mars 1762: « M. Colardeau\nchausse le brodequin aujourd'hui. Il a fait une petite pièce en deux\nactes, intitulée : Camille et Constance. Ce drame a été représenté à\nAuteuil, chez les demoiselles Verrières ; il est tiré de la Courtisane\namoureuse, conte de La Fontaine. On sent tout le sel que devait avoir\ncette pièce en pareil lieu. L'auteur veut la resserrer en un acte et nous en\nrégaler aux Français. »\nLa paraphrase du conte de La Fontaine, imaginée par Colardeau,\nobtint un réel succès sur ce théâtre privé,, soit par son mérite\nsoit par 1 attrait de l'allusion, car elle y fut jouée à plusieurs reprises.\nBachaumont en reparle par la suite en des termes presque élogieux pour\nFauteur et pour les actrices : « Les demoiselles Verrières, les Aspasies\nau siècle, écrit-il le 26 avril 1763, se distinguent par des spectacles\nagréables qu'elles donnent chez elles ; elles y jouent avec le plus grand\nsuccès ; elles ont deux théâtres fort ornés et très fameux pour des parti-\nculiers, à la ville et à la campagne. M. Colardeau, jeune poète, a con-\nsacré ses talents en l'honneur de ces deux divinités. On y joue entre\nautres nouveautés de cet auteur, la Courtisane amoureuse, drame en\ndeux actes, en vers, mêlé d ariettes, qu'il a fait en faveur de l'aînée,\nvivement éprise de cet auteur (1). »\nUn des spectacles donnés par les demoiselles Verrières qui attirèrent\nle plus de monde et eurent le plus de retentissement à la cour comme à\nla ville, dans la finance comme dans la diplomatie ou le clergé, fut celui\ndu 6 mai 1763. Ce jour-là, en effet, le programme était particulièrement\nattrayant, car outre la pièce favorite, la Courtisane amoureuse, les deux\nsœurs et leurs illustres amis, le baron de Vanswieten, Colardeau,\nM. d'Epinay, le président de Salaberry, devaient jouer une grande\ncomédie de Marivaux, la Surprise de Vamour, dans laquelle le souvenir\nd*interprètes célèbres, tels que Préville et mademoiselle Grandval, était\nencore vivant et devait provoquer de piquantes comparaisons.\n\n(î) C'est probablement aussi pour le même théâtre que Colardeau composa un\nautre opéra comique, les Amours de Pierre Lelong et de Geneviève ainsi que\nplusieurs divertissements retrouvés dans ses papiers manuscrits, mais non publiés*"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "228", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.36", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2768, "texte": "Ce titre sémillant, la Surprise de l amour, servit successivement à\nMarivaux pour deux pièces différentes. La première était une comédie\navec divertissements, représentée à la Comédie-Italienne, en 1722 : le\nrôle de l'amoureux servit alors de début au fils du célèbre couple italien_,\nLouis et Flaminia Riccoboni. Ce jeune garçon, François, qui devait\nillustrer, comme ses parents, le nom de Riccoboni, ne faisait que sortir\ndu collège, et son père avait cru devoir prévenir les spectateurs dans un\ndiscours propre à exciter leur bienveillance ; mais pareille précaution\nétait bien superflue, car le jeune débutant montra dès 1 aboid un talent\nremarquable pour son âge et obtint un vif succès. Louis Riccoboni\nreçut même à ce propos une pièce de vers anonyme où lon prédisait à\nson enfant un brillant avenir théâtral, et le père put vérifier la justesse\nde cette prophétie, car il suivit pas à pas la carrière de son fils et tous\ndeux se retirèrent ensemble du théâtre.\nA quelque temps de là, Marivaux composa une nouvelle Surprise de\nlamour et la porta aux comédiens français, qui la jouèient le 01 dé-\ncembre 1727. Mais il s'en fallut bien que le succès fut le meme qu à\nl'hôtel de Bourgogne et répondît aux espérances de Fauteur. On peut\nexpliquer cet insuccès, comme fait le Mercure, par le genre même de\nl'ouvrage, qui parut un peu léger pour la Comédie-Française, et qui\nconvenait mal au talent dramatique et pompeux des deux principaux\ninterprètes, Quinault-Dufresne et Adrienne Lecouvreur. « Toutes les\nvoix se réunissent à dire, ajoute le Mercure pour verser du baume sui\nla blessure de Marivaux, que la dernière Surprise de l amour est une\npièce parfaitement bien écrite, pleine d'esprit et de sentiment ; que c est\nune métaphysique du cœur très délicate, et dans laquelle on est foicé de\nse reconnaître, quelque prévention qu'on apporte contre le genre. Le\nsujet est trop simple, dit-on, soit ; mais c'est de cette même simplicité\nque l'auteur doit tirer une nouvelle gloire, telle que celle que la tragédie\nde Bérénice a acquise à M. Racine. »\nLes comédiens italiens n'avaient pas vu sans regret Marivaux se faire\nainsi concurrence à lui-même, et ils ne manquèrent pas de réclamer leur\ndroit de priorité dans uns Revue des théâtres, signée des noms aimés de\nDominique et Romagnési, qu'ils jouèrent le ler mars 1728. Cette pièce,\nqui semble être le prototype des revues de fin d'année telles qu'on les\npratique encore aujourd'hui, mettait en scène les principales pièces\njouées sur les différents théâtres dans le courant de l'année précédente.\nElles comparaissaient toutes au tribunal de Momus, représenté par\nDominique. La Surprisé de /'amour, des Italiens, figurée par la\ndemoiselle et celle des Français, figurée par la demoiselle"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "229", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.37", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2423, "texte": "Lélio, se querellaient sur leur prééminence et en venaient bien vite aux\ngros mots. Afin de clore le débat, Momus faisait le portrait comparé des\ndeux sœurs et allait pour donner la préférence à la cadette, quand le\npédant Hortensius, joué par le sieur Ambroise, venait tout gâter par\nses longs discours, où il s'étonnait que cette cadette « voulût entrer dans\nune concurrence onéreuse à son individu. » Momus, ne comprenant\nrien au langage pédantesque de ce maladroit défenseur, conservait le\npremier rang à l'aînée, qui était celle des Italiens. Il n'y avait rien\nd'étonnant que la Comédie-Italienne, à la fois juge et partie dans ce\nprocès, conclût en sa faveur.\nSi la Surprise de Vamour avait été, à l'origine, compromise par le\njeu trop tragique d'Adrienne Lecouvreur et de Quinault-Dufresne, et\nn'avait obtenu d'abord aucun succès, elle avait été très goûtée par la\nsuite et était devenue une des pièces préférées du public, grâce à la verve\net au talent de Préville et de madame Grandval. Lorsque cette comé-\ndienne avait pris sa retraite à la clôture de Pâques 1760,, elle avait voulu\nfaire ses adieux au public par cette comédie, et ce choix avait fait dire\nqu'elle « avait voulu finir avec le public comme une maîtresse coquette,\nqui, pour quitter un amant, saisit l'instant où elle doit paraître plus\naimable à ses yeux. » Trois ans n'étaient pas écoulés depuis cette sortie\ntriomphale, lorsque notre troupe d'amateurs ne craignit pas de se mesu-\nrer avec de pareils souvenirs. Voici, mise en regard, la distribution\ncomparée de la Surprise d'amour à son apparition à la Comédie-\nFrançaise, en 1727, et sur le théâtre des demoiselles Verrières.\nLa Marquise, veuve. Mllß Ad. Lecouvreur... M 1 de Verrières cadette.\nLe Chevalier Quinault-Dufresne Le baron de Vanswiéten.\nLe Comte Dubreuil Colardeau.\nLisette, suivante de\nla marquise MiU Quinault Mlle de Verrières aînée.\nLubin, valet du che-\nvalier Armand Le président de Salaberrjr.\nM. Hortensius, pé-\ndant Duchemin père M. d'Epinay.\nLe tout a été passablement exécuté en général, dit Bachaumont ;\nmais les deux sœurs ont excellé, surtout la comtesse ; elles seraient\napplaudies sur la scène française. » L'éloge n'est pas mince, surtout\nvenant d'un juge d'ordinaire si difficile à contenter.\nLe spectacle se terminait par la Courtisane amoureuse, jouée par les\nsœurs Verrières, par deux des meilleurs acteurs de la Comédie-Ita-"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "230", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.38", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2956, "texte": "lienne, La Ruette et l'amoureux Le Jeune, puis enfin par la jolie made~\nmoiselle Villette, danseuse surnuméraire à l'Opéra et premier sujet\ndans la troupe galante de l'époque (T).\nBachaumont, qui était décidément ce soir-là en verve d'indulgence,\nétudie cette œuvre par le menu et se résume dans un jugement presque\nde tout point favorable. « La musique de la seconde pièce, dit-il, est de\nM. Dupin de Francueih La comédie est froide et l'auteur n'a pas tiré\ntout le parti possible du sujet. La courtisane, trop langoureuse, fait des\navances peu décentes sur le théâtre, quoiqu'elles soient naturelles dans\nle conte. Il y a des détails agréables ; la pièce est écrite élégamment et\navec facilité. On y reconnaît une plume chaste, qui ne se permet pas la\nplus légère plaisanterie, quelque susceptibles qu'en fussent le sujet et le\nlieu. La musique est bonne et nourrie. On reproche à l'auteur des lon-\ngueurs et beaucoup de réminiscences. L'aînée Verrières faisait le rôle de\nla courtisane ; sa sœur, la soubrette ; mademoiselle Villette, une mar-\nchande de modes; Le Jeune, l'amoureux; et La Ruette, le valet. Ce\nspectacle fort attrayant était soutenu d'un orchestre bon et nombreux ;\nen un mot, rien n'y manqua ; il y avait fort bonne compagnie. »\nCette soirée aurait pu vraiment fournir à Marivaux le titre d'une de\nses plus jolies comédies. Une ancienne maîtresse de Maurice de Saxe\ns'amuse à jouer une comédie créée à l'origine par la plus célèbre des\nmaîtresses du maréchal : jeu de l'amour et du hasard. Quels personnages\nformaient la société habituelle de ces courtisanes ? Qui jouait la comédie\navec elles? Un ancien fermier général, M. d'Epinay. Qui composait de\nla musique pour leurs divertissements ? Le premier amant de madame\nd'Epinay, le séduisant Dupin de Francueil, engagé par M, d'Epinay\nlui-même à venir passer les fêtes de Pâques à sa campagne, et qui avait\nébauché là son roman d'amour avec la maîtresse de céans, sous le\ncouvert de la musique, en lui donnant des leçons de où il\nétait question de tout autre chose que de mélodie et d'accords. Cette\nrencontre fortuite du mari et de l'amant de madame d'Epinay dans le\n\n(i) Un des inspecteurs de M. de Sartines donne les renseignements suivants sur\ncette demoiselle dans son rapport du 3i juillet 1762 : « La demoiselle Villette, dan-\nseuse dans les ballets de l'Opéra depuis Pâques dernier, demeurant rue Neuve-\nSaint-Honoré, chez Dulac, parfumeur, connue pour jeune et jolie et dont le sieur\nMarais a parlé dans différentes feuilles, est passée de la semaine dernière aux appoin-\ntements de M. de Commicourt, actuellement intéressé dans les affaires du Roi et\nci-devant intendant de M. le duc de Chaulnes, à raison de i 5 louis par mois. La sai-\nson est si dure pour nos demoiselles de spectacle, qu'elles acceptent tout ce qui se\nprésente. Cette demoiselle a un frère qui va débuter aux Français dans les seconds\nrôles; on le dit être d'une fort jolie figure, »"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "231", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.39", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2586, "texte": "salon de filles a la mode et les relations amicales qui se renouèrent entre\ndeux galants hommes qui devaient, paraît-il, se trouver toujours en\npartage et avaient le bon goût de se mettre toujours d'accord : encore un\njeu de l'amour et du hasard.\nPour se bien convaincre que cette éternelle histoire des maris trompés\nne change guère de mise en scène et se reproduit identique à toutes les\népoques, il suffit de relire le passage de ses mémoires 011 madame d'Epi-\nnay raconte ingénument les adroites manœuvres de Francueil pour en\nvenir à ses fins au moment où le mari allait partir pour effectuer sa\ntournée de fermier général. « La veille du départ de mon mari, dit-elle,\nil vint passer l'après-dînée à la maison, comme à son ordinaire. Je lui\ndis, je ne sais à propos de quoi, que je n'aimois rien tant que d'entendre\ndes cors de chasse le soir pendant le repas ; il ne releva point ce propos.\nIl sortit à huit heures, et en s'allant, il rencontra M. d'Epinay, à qui il\ndemanda à souper pour prendre, disait-il, congé de 1ui.... » Au milieu\ndu souper, naturellement, concert de cors de chasse, commandé par le\nsoupirant. « Dès que je les entendis, poursuit madame d'Epinay, je\nregardai M. de Francueil qui sourit en disant c'était sans doute une\nféte que je donnois à M. d'Epinay pour son départ. J'assurai que je\nn'avais nulle part à cette galanterie ; mais je me tus sur le propos que\nj avais tenu l'après-dînée, et je remarquai très bien que M. de Francueil\nm'en sut gré. Après le souper, comme il faisoit le plus beau temps du\nM. d'Epinay proposa de faire le tour de la place (Vendôme) ;\nnous l'acceptâmes. M. de Francueil nous donna le bras ; il me serra la\nmain plusieurs fois ; mais toujours dans des occasions où je pouvois m'y\nméprendre, et comme pour me garantir d'un faux pas ou de quelque\ndanger. »\nMais il y avait autre chose entre M. d'Epinay et M. de Francueil que\ncet accident matrimonial. Si M. d'Epinay, qui avait donné à sa femme\nl'exemple de l'infidélité et de l'inconduite dans le mariage, se souciait\nmédiocrement que M. de Francueil* marié de son côté, eût été le pre-\nmier ou le dernier amant de madame, celui-ci, en retour, ne devait pas\npardonner aussi iacilement à M. d'Epinay la grave maladie qu'il lui\navait communiquée par l'intermédiaire de sa femme. Mais il semblerait\nque le précepte évangélique du pardon des offenses dût être observé en\ntoute rigueur dans le salon des demoiselles Verrières, et il faut avouer\nque les deux gentilshommes le pratiquaient du meilleur cœur.\n( La fin prochainement.)\n\nADOLPHE JULLIEN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-06-01-01-c017", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-06-01_01#c017", "volume": "bmtnabc_1875-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "232", "page_fin": "234", "image_debut": 40, "image_fin": 42, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.2.6", "titre_corps": "AUDITIONS DES ENVOIS DE ROME", "titre_sommaire": "AUDITIONS DES ENVOIS DE ROME", "signature_source": "H. MARCELLO", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 40, "page_imprimee": "232", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.40", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1816, "texte": "AUDITIONS DES ENVOIS DE ROME\n\nEUDI 27 mai, a eu lieu, dans la salle du Conservatoire, la\nséance annuelle consacrée à l'audition des envois de Rome.\nJe n'insisterai pas longuement sur le mérite de cette ins-\ntitution nouvelle, qui tend à mettre les lauréats du grand\nprix de musique sur le même pied que les lauréats des\ngrands prix de peinture, de sculpture et d'architecture. J'at-\ntache une importance toute particulière à cette innovation, parce que, à\ntort ou à raison, je me plais à la considérer comme un acheminement vers\nune autre réforme bien plus importante, qui conduirait à l'assimilation\ncomplète du concours de musique avec les autres concours de l'lnstitut.\nPour le moment l'un des principaux avantages de ces auditions publiques,\nc'est de stimuler le zèle des jeunes pensionnaires de l'Académie, de tenir\nconstamment en éveil le sentiment de l'émulation par la perspective de nou-\nveaux concours et de donner une réelle importance, et par suite une plus\ngrande efficacité aux travaux qu'ils doivent exécuter chaque année, confor-\nmément aux règlements de l'École. Ces travaux cessent d'être l'accomplis-\nsement stérile d'une vaine formalité pour fournir les éléments d'une lutte\nintéressante sur laquelle le public, c'est-à-dire le seul juge avec qui les\nlauréats auront désormais à compter, est appelé à se prononcer.\nDans la séance de cette année, on a exécuté trois œuvres : i° la première\npartie de Judith, drame lyrique en trois parties, de M. Ch. Lefebvre; 20 des\nFragments d une symphonie du même auteur; 30 Bethléem, 2e partie de la\nNativité, poème sacré de M. H. Maréchal. MM. Lefebvre et Maréchal sont\ntous les deux grands prix de 1870.\nJe ne sais pas ce que vaut le reste de la Judith de M. Lefebvre, mais les frag-\nments que nous avons entendus jeudi, et que l'auteur regarde probablement"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "233", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.41", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 3320, "texte": "comme la meilleure partie de son œuvre, puisque c'est celle-là qu'il a choisie\npour être soumise à l'appréciation du public, m'ont paru en général assez\nmédiocres. Parmi les quatre morceaux inscrits sur le programme je n'en trouve\nvraiment que deux qui ressortent un peu en lumière sur le fond gris et terne\nde l'ensemble. Ce sont d'abord le récit et l'air de Judith (n° 6 du programme)\net la réponse de Judith dans la scène avec Ozias (n° 8). Le récitatif m'a paru\nd'une bonne déclamation lyrique; l'hymne «Ils étaient nombreux, ils étaient\nsuperbes» est une adaptation ingénieuse du style de Haendel dans le genre de\ncelles que Meyerbeer a souvent réalisées avec tant de succès. Le style de ce\nmorceau ne manque pas d'une certaine élévation, le ton en est noble et fier,\nl'accent énergique et coloré. De même la réplique de Judith dans la scène\navec Ozias : « Du ciel j'accomplis les décrets », est très expressive et répond\nbien au caractère du personnage. Le style général de cette composition\nsicrée est assez soutenu ; néanmoins l'ensemble de l'œuvre reste terne, sans\nexpression ni caractère. Tout cela est mou, vague, indécis; peu d'idées, en-\ncore moins de développements. Les ensembles manquent souvent de solidité\net de cohésion, et le musicien y abuse un peu des unissons. Quant à Torches\ntre, il est lourd, effacé, sans coloris et réduit presque constamment au rôle-\nde simple accompagnateur.\nNous ferons à peu près les mêmes remarques au sujet des Fragments de\nsymphonie du même auteur. D'abord, ce titre est bien prétentieux pour deux\ntout petits morceaux qui semblent plutôt détachés d'une sonate que d'une\nvraie symphonie, et je crois qu'il eût été très suffisant de les intituler Frag-\nments symphoni que s. De ces deux morceaux, le premier, Andante en forme\nde canon, se développe avec une monotonie désespérante sur un sujet abso-\nlument dénué d'intérêt; le second, Scherzo, est lourd et sans élégance, il est\nsurchargé de modulations et affiche certaines prétentions à l'effet que l'au-\nteur a cru sans doute fort originales et qui ne sont que puériles.\nSi M. Lefebvre est morne, éteint, et manque de tempérament, en revanche\nM. Maréchal paraît plein de sève, de jeunesse et de volonté. Certes, son\nBethléem n'est qu'une ébauche rudimentaire et trahit la main encore inexpé-\nrimentée d'un écolier qui ne se possède pas encore, mais je ne sais rien de\nplus intéressant que ce premier essai plein de conviction et de crânerie. On\nsent là quelque chose qui se forme, on assiste au travail intérieur d'un esprit\nqui cherche à prendre son libre essor et dont les efforts sont soutenus par\nune activité intelligente et par une énergique volonté. Ce qui me plaît sur-\ntout dans l'ouvrage de M. Maréchal, c'est précisément cette exubérance de\njeunesse, cette vie, ce mouvement, cette recherche constante de l'effet et de\nla variété dans l'effet, cette vivacité de couleurs et même ces tons un peu\ncriards qui vous tirent l'œil quand même au risque de vous faire grincer les\ndents. M. Maréchal est souvent bruyant et même tapageur; on devine qu'il\nest heureux d'avoir à manier pour la première fois une force imposante telle\nqu'un grand orchestre et des chœurs. Cette force, il ne sait pas encore la di-\nriger avec discernement et elle n'est le plus souvent entre ses mains qu'un"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "234", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.42", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2659, "texte": "instrument brutal dont il se sert pour rapper de grands coups, sans s'inquié-\nter de frapper toujours juste; il lâche à tout propos et hors de propos toutes\nses masses chorales et instrumentales, et les harpes, et le grand orgue, et les\ncymbales, que sais-je encore ; enfin il s'en donne à cœur joie. Pourquoi lui\nen faire un reproche ? le temps se chargera bien assez vite de refroidir cette\nfougue de jeunesse et de ralentir ce débordement de sève. M. Maréchal est\njeune, il a le diable au corps : heureux les jeunes artistes dont on peut dire qu'ils\nont le diable au corps ! A cette vivacité de tempérament, M. Maréchal joint\nun esprit précis, méthodique, souple et divers. Sa composition est générale-\nment bien ordonnée et les différents épisodes y sont présentés avec beaucoup\nde variété. Il n'y faut pas chercher le sentiment religieux, il fait absolument\ndéfaut, et les deux personnages de Marie et de Joseph n'ont aucun caractère.\nAjoutez à cela que le style de l'ouvrage est des plus composites et qu'on y\ntrouve un peut de tout : de l'opéra, de l'opéra comique et du ballet. Pour n'en\nciter qu'un exemple, le duo de Marie et de Joseph : « Dors sous l'aile des\nanges » est un morceau d'opéra comique. La légende du berger vise à l'ar-\nchaïsme, elle n'en est pas plus intéressante pour cela, mais je tiens grand\ncompte au musicien de cette recherche. Même recherche de l'effet dans la\nscène de l'apparition des anges aux bergers, à laquelle M. Maréchal a donné\nune couleur beaucoup trop sombre et un caractère trop terrible. La marche\net le chœur des mages sont bâtis sur un rhythme ingénieux, et toute cette\npartie de l'œuvre, que M. Maréchal a cherché et parfois réussi à rendre\npittoresque, est assez bien traitée, quoique un peu chargée. La scène de l'a-\ndoration est également lort bien présentée et se termine par un finale, large-\nment conçu, vigoureusement charpenté et d'une belle sonorité. Je le répète,\ntour cela n'est qu'une ébauche incomplète, mais ce ne sont pas des œuvres\nachevées et conduites à leur dernier point de perfection que nous nous atten-\ndions à rencontrer dans ces auditions. Tout ce que nous demandons au prix\nde Rome qui nous soumet ses premiers essais, c'est de justifier d'abord la\nhaute distinction dont il a été l'objet, et en outre de nous prouver qu'il y a en\nlui l'étoffe d'un musicien. Ce n'est pas le présent qu'il s'agit de juger d'après\nces épreuves, mais bien l'avenir que le présent nous laisse entrevoir. Cet\navenir s'annonce brillant pour M. Maréchal; ce jeune compositeur s'est tiré\nà son honneur de la première épreuve. Nous tondons sur lui de sérieuses\nespérances.\n\nH. MARCELLO."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-06-01-01-c021", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-06-01_01#c021", "volume": "bmtnabc_1875-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "235", "page_fin": "240", "image_debut": 43, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.2.7", "titre_corps": "VARIA", "titre_sommaire": "VARIA", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 43, "page_imprimee": "235", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.43", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2575, "texte": "VARIA\nCorrespondance.— Faits divers.— Nouvelles.\n\nFAITS DIVERS\nAR un décret, en date du 23 mai, le Président de la Répu-\nblique vient d'instituer un conseil supérieur des beaux-arts,\nprès le ministère de l'instruction publique, des cultes et des\nbeaux-arts. Ce conseil se composera ainsi qu'il suit : le mi-\nnistre, président ; le secrétaire général du ministère et le\ndirecteur des beaux-arts, vice-présidents, le préfet de la\nSeine ; douze artistes pris dans l'lnstitut ou au dehors, savoir : 6 peintres,\n2 sculpteurs, 2 architectes, 1 graveur, 1 musicien ; deux membres de l'Aca-\ndémie des inscriptions et belles-lettres, et le secrétaire perpétuel de l'Acadé-\nmie des beaux-arts ; le directeur de l'Ecole nationale des beaux-arts ; le\ndirecteur du Conservatoire national de musique ; le directeur des musées ;\nle directeur des bâtiments civils ; un membre de la commission de perfection-\nnement de la manufacture de Sèvres ; huit personnes distinguées par la\nconnaissance qu'elles ont des arts. Le chef du bureau des beaux-arts, assisté\nd'un sous chef, remplit les fonctions de secrétaire, Le conseil supérieur sera\nappelé à donner son avis : sur le règlement des expositions des artistes vi-\nvants ; sur les concours; sur les questions générales intéressant l'enseigne-\nment des beaux-arts et le travail des manufactures nationales ; sur les sous-\ncriptions de l'État aux ouvrages et publications qui concernent les beaux-arts;\nsur les ouvrages et missions qui sont relatifs aux beaux-arts. Une sous-com-\nmission, nommée par le ministre, présidée, en son absence, par le directeur\ndes beaux-arts, pourra être consultée sur les commandes et acquisitions d'oeu-\nvres d'art. Le Conseil s'assemblera une fois par mois, mais il peut être con-\nvoqué extraordinairement par le ministre pour résoudre les questions sur\nlesquelles il sera consulté.\nL'Académie des beaux-arts, samedi 29 mai, a procédé à l'élection des\nmembres qui feront partie du conseil supérieur des beaux-arts, institué par\nle décret que nous venons de mentionner. Le musicien élu est M. François\nBazin.\nLes membres de l'Association des artistes musiciens se sont réunis ven-\ndredi, 28 mai, à une heure, pour entendre le rapport annuel et nommer\nquatorze membres du comité. La réunion a eu lieu au Conservatoire ; M. le\nbaron Taylor présidait. Ont été élus, en remplacement des membres sortants:\nMM. Colmet d'Aage, Roulon, Levane, Rignault (aîné), Maury, Vaucorbeil,\nAltès (Ernest), Garcin, Jules Cohen, Elwart, Darnault, pour cinq ans. M»\nGuillot de Sainbris pour deux ans, M. Oscar Commettant pour un an. La"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "236", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.44", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3366, "texte": "réunion, plus nombreuse que d'habitude, a fréquemment applaudi le compte\nrendu des travaux de l'année, rédigé et lu par M. Lebouc. Il a signalé une\nsituation favorable : le nombre des sociétaires augmenté de 456 depuis un\nan ; les ressources de l'Association s'élevant à 55,ooo francs de rentes ; indé-\npendamment de nombreux secours aux malades et infirmes, l'Association\ndessert des pensions à près de 3oo vieillards ou orphelins. M. Lebouc a ter-\nminé son rapport par un juste éloge de la vie de dévouement du vénérable\nbaron Taylor, en souhaitant qu'il vive encore longtemps pour le bien des\nAssociations artistiques qu'il a fondées.\n— L'assemblée générale delà Société des auteurs, compositeurs et éditeurs\nde musique a eu lieu à l'Alcazar d'hiver, le 22 mai. L'ordre du jour de la\nséance avait été ainsi fixé par le syndicat : i° lecture, par le président, de\nl'ordre du jour ; 20 discussion et vote sur le rapport financier du trésorier,\nannexé à la lettre de convocation ; 3° rapport général du secrétaire sur l'exer-\ncice 1874-1875 et vote ; 40 votation pour le remplacement au syndicat de\nMM. Gourdon de Genouillac, auteur ; Lecocq, compositeur ; Grus, éditeur ;\nsyndics sortants et non rééligibles, et de Léo Lespès, syndic décédé. Le bu-\nreau était composé de MM. Laurent de Rillé, président; Bedeau, vice-prési-\ndent ; Gérard, trésorier ; Ch. Moreau, secrétaire. La lecture du rapport du\ntrésorier a constaté une recette de : 5o5,534 fr. 45 c., ce qui donne un excé-\ndant de 42,982 fr. 28 c., sur le dernier exercice. Les différents rapports du\nsecrétaire sur l'ensemble des opérations de l'exercice 1874-1875 ont été adop-\ntés à l'unanimité. L'Assemblée a procédé ensuite au remplacement des syn-\ndics sortants. Ont été nommés : i° M. Rieux, auteur de paroles, en remplace-\nment de M. Gourdon de Genouillac; 20 M. Magner (Adolphe), auteur de\nparoles, en remplacement de M. Léo Lespès décédé; 3° M. Pourny, compo-\nsiteur, en remplacement de M. Ch. Lecocq; 40 M. Labbé, éditeur, en rem-\nplacement de M. Grus.\n—Le critique musical du Français, M. Adolphe Jullien,a découvert dans un\nvolume supplémentaire de la Correspondance de Grimm quelque chose d'assez\ncurieux. Grimm avait trouvé, en 1786, l'idée maîtresse qui a servi au livret\ndes Huguenots :\n« Les ballets ne sont si agréables et si désirés à l'Opéra que parce que le\npoème est insipide et froid, et qu'il ennuie; mais dans une pièce véritable-\nment intéressante, je défie le poète le plus habile, quelque art qu'il puisse\navoir, d'amener un ballet sans arrêter l'action, et par conséquent sans détruire\nà chaque fois l'effet de toute la représentation. Remarquez que la danse peut\nêtre historique dans une pièce, comme la chanson. Donnez-moi un génie su-\nblime, et je vous montrerai Catherine de Médicis faisant ses préparatifs du\ncarnage de la Saint-Barthélemy au milieu des fêtes et des danses de la noce\ndu roi de Navarre. Le contraste de la tranquillité apparente qui va faire éclore\nde si affreux forfaits, ce mélange de galanterie et de cruauté, si je sais l'art\nd'émouvoir, vous fera frissonner jusque dans la moelle des os; mais je ne\ncrains pas que vous puissiez avoir jamais rien vu de semblable sur le théâtre\nde l'Opéra, ni qu'aucun de ceux qui s'en mêlent soit en état d'en concevoir\nseulement l'effet. On ne nous donne sur nos théâtres que des jeux d'enfants,"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "237", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.45", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2862, "texte": "parce qu'on sait bien qu'on ne joue pas devant des hommes, et que jusque\ndans les amusements on redoute une certaine dignité et une certaine éner-\ngie. »\nSi l'on se rappelle que dans le plan primitif de l'opéra, Catherine de Médi-\ncis figurait elle-même sur la scène, et qu'elle n'a été remplacée que plus tard\npar l'imaginaire Saint-Bris, on verra que Scribe, sans le savoir peut-être, a tou-\nà fait mis en œuvre la pensée du critique allemand.\n— L'Association des choristes, qui existait en projet depuis deux ans, va se\nconstituer. On a élaboré, dans une réunion tenue il y a quelques jours, les\nbases de la future Société, dont le règlement sera calqué sur celui de la Société\ndes artistes dramatiques.\n—- Le jeudi 3 juin commenceront au Conservatoire les examens par suite\ndesquels seront désignés les élèves qui devront prendre part aux divers con-\ncours. Les séances s'ouvriront par l'examen des élèves des classes de solfège\npour les chanteurs. Les classes de chant seront examinées les 16 et 17 ; les\nclasses de tragédie et de comédie le 18 ; l'opéra le 19 et l'opéra comique le\n21. Les examens se termineront le 26 juin, et aussitôt commenceront les\nconcours.\n— La cantate que devront mettre en musique les six concurrents pour le\nprix de Rome a été choisie par le jury spécial dans les séances qu'il a tenues\nhier et avant-hier au Conservatoire. Elle a pour titre Clytemnestre ; l'auteur\nest M. Ballu fils. Il en avait été présenté environ quatre-vingts.\n— C'est le dimanche 3o mai qu'a eu lieu à l'Opéra la grande soirée de\ngala au profit de l'œuvre si populaire des Pupilles de la guerre.\nM. le capitaine Voyer, le célèbre pianiste qui se consacre entièrement aux\nbonnes œuvres, s'était chargé de l'organisation du festival.\nEnfin, le directeur de l'Opéra, M. Halanzier, désirant contribuer à la fon-\ndation de l'œuvre, avait accordé aux organisateurs du festival tout son\npersonnel et les ressources dont il dispose à l'Académie nationale de\nmusique.\nM. Gounod avait aussi voulu apporter son concours à cette solennité en\ndirigeant lui-même les fragments de Faust et de G-allia.\nA cette occasion, les musiciens de l'orchestre ont adressé à l'administration\nde l'Opéra une lettre par laquelle ils ont déclaré, à l'unanimité, ne pas vou-\nloir être conduits par M. Gounod.\nUs invoquent la tradition d'après laquelle, à aucune époque, l'orchestre\nn'a jamais été dirigé que par un de ses chefs, rappelant l'incident du Tann-\nhauser, qui, malgré la demande de Wagner, fut exécuté sous l'archet de\nDietsch, Il ajoutent que, du reste, il n'y a dans leur démarche aucun mau-\nvais vouloir contre l'auteur de Faust, mais une simple protestation contre la\nviolation d'un vieil usage, violation qui pourrait créer un précédent dange-\nreux pour l'avenir.\nEn apprenant l'agitation qui régnait à l'Opéra, M. Gounod a écrit la lettre\nsuivante à M. Deldevez :"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "238", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.46", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2961, "texte": "« Paris, ?.5 mai 1875.\n« Mon cher Deldevez,\n« J'apprends que MM. les musiciens de l'orchestre, désireux de conserver\nintact un principe qui, jusqu'ici, a régi inflexiblement l'exécution de toutes\nles œuvres musicales à l'Opéra, verraient avec peine se produire une excep-\ntion qui pourrait désormais être invoquée comme précédent.\n«Je m'empresse donc de laisser entre tes mains le bâton de chef d'orchestre\nque tu m'avais si affectueusement offert pour la direction d'une partie du\nprogramme de la soirée de gala qui doit avoir lieu le 3o de ce mois.\n« Bien à toi de cœur,\n« ch. gounod. »\n« P. S. — J'ai cru devoir faire connaître aux organisateurs de cette soirée\nune détermination qui me permet de rester dans la situation d'où mon ini-\ntiative personnelle ne m'aurait jamais décidé à sortir. »\nCet incident a provoqué dans la presse une discussion qui a été générale-\nment tranchée au bénéfice de M. Gounod.\nEn remontant assez haut, dit la Galette musicale, on pourrait trouver une\ndisposition du règlement de l'Opéra absolument contraire au prétendu prin-\ncipe qui régit maintenant la matière. 11 est vrai que le motif qui l'a provo-\nquée ne saurait en aucune façon, Dieu merci, être mis en avant aujourd'hui,\net la chose n'a plus pour nous qu'un intérêt historique; mais il n'en est pas\nmoins intéressant de savoir qu'en 1714, le règlement de l'Opéra donnait déjà\nraison par avance à M. Gounod. Voici ce qu'on lit dans l'article xn : « Comme\n« on a eu lieu d'observer par de fréquentes expériences que la mauvaise\n« manœuvre de ceux qui conduisent les répétitions est souvent d'un très\n« grand préjudice pour le succès des pièces, celui qui aura fait un opéra\n« pourra seul, si bon lui semble, conduire les répétitions et battre la mesure,\n« même dans les représentations, sans qu'aucun autre puisse s'en mêler que\n« de son consentement. » (Histoire de ïOpéra en France depuis rétablisse-\nment de l'Académie royale de musique jusqu'à présent. Paris, 1753, chez\nJ. Barbou.)\nL'orchestre de l'Opéra s'est tiré du mauvais pas où l'avait entraîné une\nfausse interprétation de la dignité traditionnelle, par des exécutions magis-\ntrales.\nMesdames Miolan Carvalho, Howe, Daram, MM. Voyer, Remenyi, Vergnet,\nGailhard, Manoury ont défrayé le programme du concert, dans lequel on a\nentendu pour la première fois le Memorare du soldat, œuvre inédite de M.\nGounod : chœur, orchestre, et solo chanté par M. Gailhard. C'est une ma-\nnière de Memento quia pulvis es d'une couleur assez sombre, et qui n'a ni\nle tour religieux ni le tour guerrier.\nLa musique de la Garde républicaine, dirigée M. Sellenick, et disposée au\nbas du grand escalier, s'est fait entendre à chaque entr'acte. La sonorité de\nCette immense cage a paru confuse, et contrariée par de nombreuses réper-\ncussions d'écho. La soirée s'est terminée par le second tableau de la Source,\navec mademoiselle Sangalli.\n— Sous le titre de Lyra sacra> l'éditeur A. Leduc vient de publier une"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "239", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.47", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2010, "texte": "série de morceaux religieux, Parmi ceux-ci, nous avons remarqué un certain\nnombre de mélodies de Mozart, de Schubert, sur lesquelles ont été proso-\ndiées les paroles du texte sacré. Les autres sont de compositeurs modernes :\nMM. Pessard, David, Duvois, Palma, etc., etc. Cette collection sera d'une\ngrande utilité dans les églises, les couvents, les communautés religieuses :\nle choix des morceaux la rendra également intéressante aux amateurs. Sous\nle rapport du papier et de la gravure, c'est une des plus belles publications\nmusicales que nous ayons vues.\n\nNOUVELLES\n\nARIS. Opéra. - Très prochainement Hamlet avec mademoiselle\nRezké qui chantera Ophélie. Mademoiselle Baud débutera dans le\nrôle de Marguerite de Faust.\nOpéra-Comique. Mademoiselle Chapuy vient de signer un engagement\navec M. Mapleson, directeur du Théâtre de Drury-Lane à Londres.\nIl paraît que TOpéra-Comique ne fermera pas cet été. Le ministre de l'lns-\ntruction publique et des Beaux-Arts aurait représenté au directeur le tort\ngrave que causerait cette fermeture au moment où les provinciaux et les\nétrangers abondent à Paris.\nLe Val d'Andorre passerait alors dans une quinzaine de jours.\nRenaissance. On annonce pour la réouverture de la Renaissance, la Fil-\nleule du roz, une opérette en trois actes de MM. Cormon et Deslandes, mu-\nsique de M. Vogel.\nGai té. —» On va reprendre à ce théâtre la Chatte blanche, qui y fut repré-\nsentée pour la première fois en 1868. La direction attache une grande\nimportance à cette reprise, à laquelle de nombreux morceaux de musique\nseront ajoutés. Les principaux rôles seront joués par :\nPimpondor MM. Montaubry.\nMignonnet Daubray.\nPetitpatapon Grivot.\nLe Régent Angelo.\nMatapa Courcelles.\nForte-Echine Scipion.\nPierrette Mesdames Thérésa.\nBlanchette Matz-Ferrare.\nRosafiera Tassilly.\nFée Violente Gilbert.\nFée des Bruyères Angèle.\nReine Matapa Davenay.\nVoici maintenant la liste des nouveaux morceaux : ier duo d'Offens\nbach pour Montaubry et madame Matz-Ferrare ; 2e tableau, Romance de la"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "240", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.48", "debut_caractere": 114, "fin_caractere_exclue": 1310, "texte": "Chèvre (E. Jonas) pour madame Matz-Ferrare ; Ronde de la Fée des bruyères\n(Offenbach) pour mademoiselle Angèle ; 6e tableau, Valse des Bijoux (Offen-\nbach) pour madame Matz-Ferrare ; 7e tableau, couplets (Offenbach) pour\nmademoiselle Tassilly; 10e tableau, Cavatine des Oiseaux (Offenbach) pour\nM. Montaubry ; 18e tableau, air (E. Jonas) pour M. 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Ce conseil se composera ainsi qu'il suit : le mi-\nnistre, président ; le secrétaire général du ministère et le\ndirecteur des beaux-arts, vice-présidents, le préfet de la\nSeine ; douze artistes pris dans l'lnstitut ou au dehors, savoir : 6 peintres,\n2 sculpteurs, 2 architectes, 1 graveur, 1 musicien ; deux membres de l'Aca-\ndémie des inscriptions et belles-lettres, et le secrétaire perpétuel de l'Acadé-\nmie des beaux-arts ; le directeur de l'Ecole nationale des beaux-arts ; le\ndirecteur du Conservatoire national de musique ; le directeur des musées ;\nle directeur des bâtiments civils ; un membre de la commission de perfection-\nnement de la manufacture de Sèvres ; huit personnes distinguées par la\nconnaissance qu'elles ont des arts. Le chef du bureau des beaux-arts, assisté\nd'un sous chef, remplit les fonctions de secrétaire, Le conseil supérieur sera\nappelé à donner son avis : sur le règlement des expositions des artistes vi-\nvants ; sur les concours; sur les questions générales intéressant l'enseigne-\nment des beaux-arts et le travail des manufactures nationales ; sur les sous-\ncriptions de l'État aux ouvrages et publications qui concernent les beaux-arts;\nsur les ouvrages et missions qui sont relatifs aux beaux-arts. Une sous-com-\nmission, nommée par le ministre, présidée, en son absence, par le directeur\ndes beaux-arts, pourra être consultée sur les commandes et acquisitions d'oeu-\nvres d'art. Le Conseil s'assemblera une fois par mois, mais il peut être con-\nvoqué extraordinairement par le ministre pour résoudre les questions sur\nlesquelles il sera consulté.\nL'Académie des beaux-arts, samedi 29 mai, a procédé à l'élection des\nmembres qui feront partie du conseil supérieur des beaux-arts, institué par\nle décret que nous venons de mentionner. Le musicien élu est M. François\nBazin.\nLes membres de l'Association des artistes musiciens se sont réunis ven-\ndredi, 28 mai, à une heure, pour entendre le rapport annuel et nommer\nquatorze membres du comité. La réunion a eu lieu au Conservatoire ; M. le\nbaron Taylor présidait. Ont été élus, en remplacement des membres sortants:\nMM. Colmet d'Aage, Roulon, Levane, Rignault (aîné), Maury, Vaucorbeil,\nAltès (Ernest), Garcin, Jules Cohen, Elwart, Darnault, pour cinq ans. M»\nGuillot de Sainbris pour deux ans, M. Oscar Commettant pour un an. La"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "236", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.44", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3366, "texte": "réunion, plus nombreuse que d'habitude, a fréquemment applaudi le compte\nrendu des travaux de l'année, rédigé et lu par M. Lebouc. Il a signalé une\nsituation favorable : le nombre des sociétaires augmenté de 456 depuis un\nan ; les ressources de l'Association s'élevant à 55,ooo francs de rentes ; indé-\npendamment de nombreux secours aux malades et infirmes, l'Association\ndessert des pensions à près de 3oo vieillards ou orphelins. M. Lebouc a ter-\nminé son rapport par un juste éloge de la vie de dévouement du vénérable\nbaron Taylor, en souhaitant qu'il vive encore longtemps pour le bien des\nAssociations artistiques qu'il a fondées.\n— L'assemblée générale delà Société des auteurs, compositeurs et éditeurs\nde musique a eu lieu à l'Alcazar d'hiver, le 22 mai. L'ordre du jour de la\nséance avait été ainsi fixé par le syndicat : i° lecture, par le président, de\nl'ordre du jour ; 20 discussion et vote sur le rapport financier du trésorier,\nannexé à la lettre de convocation ; 3° rapport général du secrétaire sur l'exer-\ncice 1874-1875 et vote ; 40 votation pour le remplacement au syndicat de\nMM. Gourdon de Genouillac, auteur ; Lecocq, compositeur ; Grus, éditeur ;\nsyndics sortants et non rééligibles, et de Léo Lespès, syndic décédé. Le bu-\nreau était composé de MM. Laurent de Rillé, président; Bedeau, vice-prési-\ndent ; Gérard, trésorier ; Ch. Moreau, secrétaire. La lecture du rapport du\ntrésorier a constaté une recette de : 5o5,534 fr. 45 c., ce qui donne un excé-\ndant de 42,982 fr. 28 c., sur le dernier exercice. Les différents rapports du\nsecrétaire sur l'ensemble des opérations de l'exercice 1874-1875 ont été adop-\ntés à l'unanimité. L'Assemblée a procédé ensuite au remplacement des syn-\ndics sortants. Ont été nommés : i° M. Rieux, auteur de paroles, en remplace-\nment de M. Gourdon de Genouillac; 20 M. Magner (Adolphe), auteur de\nparoles, en remplacement de M. Léo Lespès décédé; 3° M. Pourny, compo-\nsiteur, en remplacement de M. Ch. Lecocq; 40 M. Labbé, éditeur, en rem-\nplacement de M. Grus.\n—Le critique musical du Français, M. Adolphe Jullien,a découvert dans un\nvolume supplémentaire de la Correspondance de Grimm quelque chose d'assez\ncurieux. Grimm avait trouvé, en 1786, l'idée maîtresse qui a servi au livret\ndes Huguenots :\n« Les ballets ne sont si agréables et si désirés à l'Opéra que parce que le\npoème est insipide et froid, et qu'il ennuie; mais dans une pièce véritable-\nment intéressante, je défie le poète le plus habile, quelque art qu'il puisse\navoir, d'amener un ballet sans arrêter l'action, et par conséquent sans détruire\nà chaque fois l'effet de toute la représentation. Remarquez que la danse peut\nêtre historique dans une pièce, comme la chanson. Donnez-moi un génie su-\nblime, et je vous montrerai Catherine de Médicis faisant ses préparatifs du\ncarnage de la Saint-Barthélemy au milieu des fêtes et des danses de la noce\ndu roi de Navarre. Le contraste de la tranquillité apparente qui va faire éclore\nde si affreux forfaits, ce mélange de galanterie et de cruauté, si je sais l'art\nd'émouvoir, vous fera frissonner jusque dans la moelle des os; mais je ne\ncrains pas que vous puissiez avoir jamais rien vu de semblable sur le théâtre\nde l'Opéra, ni qu'aucun de ceux qui s'en mêlent soit en état d'en concevoir\nseulement l'effet. On ne nous donne sur nos théâtres que des jeux d'enfants,"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "237", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.45", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2862, "texte": "parce qu'on sait bien qu'on ne joue pas devant des hommes, et que jusque\ndans les amusements on redoute une certaine dignité et une certaine éner-\ngie. »\nSi l'on se rappelle que dans le plan primitif de l'opéra, Catherine de Médi-\ncis figurait elle-même sur la scène, et qu'elle n'a été remplacée que plus tard\npar l'imaginaire Saint-Bris, on verra que Scribe, sans le savoir peut-être, a tou-\nà fait mis en œuvre la pensée du critique allemand.\n— L'Association des choristes, qui existait en projet depuis deux ans, va se\nconstituer. On a élaboré, dans une réunion tenue il y a quelques jours, les\nbases de la future Société, dont le règlement sera calqué sur celui de la Société\ndes artistes dramatiques.\n—- Le jeudi 3 juin commenceront au Conservatoire les examens par suite\ndesquels seront désignés les élèves qui devront prendre part aux divers con-\ncours. Les séances s'ouvriront par l'examen des élèves des classes de solfège\npour les chanteurs. Les classes de chant seront examinées les 16 et 17 ; les\nclasses de tragédie et de comédie le 18 ; l'opéra le 19 et l'opéra comique le\n21. Les examens se termineront le 26 juin, et aussitôt commenceront les\nconcours.\n— La cantate que devront mettre en musique les six concurrents pour le\nprix de Rome a été choisie par le jury spécial dans les séances qu'il a tenues\nhier et avant-hier au Conservatoire. Elle a pour titre Clytemnestre ; l'auteur\nest M. Ballu fils. Il en avait été présenté environ quatre-vingts.\n— C'est le dimanche 3o mai qu'a eu lieu à l'Opéra la grande soirée de\ngala au profit de l'œuvre si populaire des Pupilles de la guerre.\nM. le capitaine Voyer, le célèbre pianiste qui se consacre entièrement aux\nbonnes œuvres, s'était chargé de l'organisation du festival.\nEnfin, le directeur de l'Opéra, M. Halanzier, désirant contribuer à la fon-\ndation de l'œuvre, avait accordé aux organisateurs du festival tout son\npersonnel et les ressources dont il dispose à l'Académie nationale de\nmusique.\nM. Gounod avait aussi voulu apporter son concours à cette solennité en\ndirigeant lui-même les fragments de Faust et de G-allia.\nA cette occasion, les musiciens de l'orchestre ont adressé à l'administration\nde l'Opéra une lettre par laquelle ils ont déclaré, à l'unanimité, ne pas vou-\nloir être conduits par M. Gounod.\nUs invoquent la tradition d'après laquelle, à aucune époque, l'orchestre\nn'a jamais été dirigé que par un de ses chefs, rappelant l'incident du Tann-\nhauser, qui, malgré la demande de Wagner, fut exécuté sous l'archet de\nDietsch, Il ajoutent que, du reste, il n'y a dans leur démarche aucun mau-\nvais vouloir contre l'auteur de Faust, mais une simple protestation contre la\nviolation d'un vieil usage, violation qui pourrait créer un précédent dange-\nreux pour l'avenir.\nEn apprenant l'agitation qui régnait à l'Opéra, M. Gounod a écrit la lettre\nsuivante à M. Deldevez :"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "238", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.46", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2961, "texte": "« Paris, ?.5 mai 1875.\n« Mon cher Deldevez,\n« J'apprends que MM. les musiciens de l'orchestre, désireux de conserver\nintact un principe qui, jusqu'ici, a régi inflexiblement l'exécution de toutes\nles œuvres musicales à l'Opéra, verraient avec peine se produire une excep-\ntion qui pourrait désormais être invoquée comme précédent.\n«Je m'empresse donc de laisser entre tes mains le bâton de chef d'orchestre\nque tu m'avais si affectueusement offert pour la direction d'une partie du\nprogramme de la soirée de gala qui doit avoir lieu le 3o de ce mois.\n« Bien à toi de cœur,\n« ch. gounod. »\n« P. S. — J'ai cru devoir faire connaître aux organisateurs de cette soirée\nune détermination qui me permet de rester dans la situation d'où mon ini-\ntiative personnelle ne m'aurait jamais décidé à sortir. »\nCet incident a provoqué dans la presse une discussion qui a été générale-\nment tranchée au bénéfice de M. Gounod.\nEn remontant assez haut, dit la Galette musicale, on pourrait trouver une\ndisposition du règlement de l'Opéra absolument contraire au prétendu prin-\ncipe qui régit maintenant la matière. 11 est vrai que le motif qui l'a provo-\nquée ne saurait en aucune façon, Dieu merci, être mis en avant aujourd'hui,\net la chose n'a plus pour nous qu'un intérêt historique; mais il n'en est pas\nmoins intéressant de savoir qu'en 1714, le règlement de l'Opéra donnait déjà\nraison par avance à M. Gounod. Voici ce qu'on lit dans l'article xn : « Comme\n« on a eu lieu d'observer par de fréquentes expériences que la mauvaise\n« manœuvre de ceux qui conduisent les répétitions est souvent d'un très\n« grand préjudice pour le succès des pièces, celui qui aura fait un opéra\n« pourra seul, si bon lui semble, conduire les répétitions et battre la mesure,\n« même dans les représentations, sans qu'aucun autre puisse s'en mêler que\n« de son consentement. » (Histoire de ïOpéra en France depuis rétablisse-\nment de l'Académie royale de musique jusqu'à présent. Paris, 1753, chez\nJ. Barbou.)\nL'orchestre de l'Opéra s'est tiré du mauvais pas où l'avait entraîné une\nfausse interprétation de la dignité traditionnelle, par des exécutions magis-\ntrales.\nMesdames Miolan Carvalho, Howe, Daram, MM. Voyer, Remenyi, Vergnet,\nGailhard, Manoury ont défrayé le programme du concert, dans lequel on a\nentendu pour la première fois le Memorare du soldat, œuvre inédite de M.\nGounod : chœur, orchestre, et solo chanté par M. Gailhard. C'est une ma-\nnière de Memento quia pulvis es d'une couleur assez sombre, et qui n'a ni\nle tour religieux ni le tour guerrier.\nLa musique de la Garde républicaine, dirigée M. Sellenick, et disposée au\nbas du grand escalier, s'est fait entendre à chaque entr'acte. La sonorité de\nCette immense cage a paru confuse, et contrariée par de nombreuses réper-\ncussions d'écho. La soirée s'est terminée par le second tableau de la Source,\navec mademoiselle Sangalli.\n— Sous le titre de Lyra sacra> l'éditeur A. Leduc vient de publier une"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "239", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.47", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 565, "texte": "série de morceaux religieux, Parmi ceux-ci, nous avons remarqué un certain\nnombre de mélodies de Mozart, de Schubert, sur lesquelles ont été proso-\ndiées les paroles du texte sacré. Les autres sont de compositeurs modernes :\nMM. Pessard, David, Duvois, Palma, etc., etc. Cette collection sera d'une\ngrande utilité dans les églises, les couvents, les communautés religieuses :\nle choix des morceaux la rendra également intéressante aux amateurs. 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La Chronique musicale ne\npouvait laisser passer une publication de ce genre sans en entretenir\n\nVIII.\n13"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "194", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.2", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nses lecteurs avec tout le soin qu'elle comporte. Nous rCavons pensé\npouvoir mieux faire que de recourir à Vobligeance de l'auteur et de\nVéditeur, qui ont bien voulu n'ous autoriser à en reproduire quelques-\nuns des fragments les plus intéressants, ainsi que le joli portrait, jus-\nqu'ici complètement inédit, qui est placé en tête du volume, et que\nM. Desjardins a reproduit d'après le tableau de Boilly représentant\nBoieldieu à ï âge de vingt-cinq ans.\nOn sait que les biographes n'ont pas tous été d'accord, jusqu'ici, sur la\ndate exacte de la naissance de Boieldieu, que les uns plaçaient au 15, les\nautres au 16 décembre 1775. M.Pougïn commence par fixer cette date d'une\nfaçon certaine, en faisant connaître que Boieldieu vit Je jour dans une maison\nde la rue aux Ours :\nLa rue aux Ours est située près de la nouvelle rue Impériale, sur\nla rive droite de la Seine, non loin des quais et de la promenade à la-\nquelle on a donné, depuis, le nom de cours Boieldieu. Voici la repro-\nduction exacte de la plaque commémorative placée sur la façade de la\nmaison qui porte le n° 61, au-dessus de la porte d'un marchand de vin,\ndont la boutique remplace peut-être le petit magasin occupé jadis par la\nmère de Boieldieu :\nBOÏELDIEU\nFRANÇOIS-ADRIEN, EST NE DANS\nCETTE MAISON LE 16 DECEMBRE 1775.\nCette plaque est fautive, en ce qu'elle reproduit une orthographe\ninexacte, quoique généralement adoptée, du nom de Boieldieu, qui ne\ndoit porter sur l f qu'un point et non un tréma ; mais elle indique exac-\ntement la date de naissance de Boieldieu, date dont l'authenticité a été\ncombattue par Fétis, qui, comme à son ordinaire, s'est donné la satis-\nfaction de démentir des écrivains bien informés,pour avoir tout à la fois\nle plaisir de dire une sottise et d'outrager la vérité. Voici, en effet, ce\nque Fétis, en plaçant la naissance de Boieldieu au i 5 décembre 1775,\nmet en note de son article : « Le 16 décembre, indiqué dans le supplé-\nment de la Biographie universelle de MM. Michaud, comme le jour de\nnaissance de Boieldieu, est celui où il a été inscrit dans le registre de\nbaptême. » Or, comme entre deux affirmations contraires je voulais dé-\ncouvrir la vérité, j'ai jugé à propos de recourir aux registres de l'état\ncivil de Rouen, et je me suis fait délivrer un extrait de l'acte de baptême"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "195", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.3", "texte": "BOIELDIEU\n\nde Boieldieu, acte que je vais reproduire ici, d'abord pour établir d'une\nfaçon certaine la date de la naissance du compositeur, ensuite parce\nqu'il nous renseigne sur ses ascendants. Le voici :\n«Le dimanche dix-sept décembre mil sept cent soixante-quinze, fut\nbaptisé, du consentement de monsieur le curé, par monsieur François\nBoieldieu, prêtre vicaire de la paroisse de Saint-Nicolas, François-\nAdrien, né le jour précédent, du légitime mariage de monsieur Jacques\nFrançois Adrien Boieldieu, bourgeois, et de dame Anne Marguerite\nDumouchel. Le parain (sic), monsieur François Boieldieu, vicaire de\nSaint-Nicolas, oncle paternel de l'enfant; la maraine (sic), Anne Le\nMetave, femme de monsieur Louis Dumouchel, marchand boucher,\ngrande mère (sic)de l'enfant, rue Massacre, de la paroisse de Notre-\nDame de la Ronde, soussignés... »\nNaturellement, la fausse date donnée par Fétis, a été copiée dans son\nlivre par plusieurs biographes, MM. Héquet, Réfuveille et autres. La\npublication du document qui précède rétablira la vérité.\nAjoutons que, presque en face de la maison où Boieldieu reçut le jour,\nse trouve celle où naquit le célèbre chimiste Dulong, laquelle porte une\nplaque du même genre.\nLes lettres abondent dans le récit de M. Pougin, la plupart inédites, et\ntoutes pleines d'intérêt. En voici une qui date du séjour de Boieldieu en\nRussie ; elle est adressée à son vieil ami Berton, l'auteur d'Aline, du Délire\net de Montano et Stéphanie :\nPétersbourg, 10/22 octobre 1808,\nJe dois te paraître bien coupable, mon cher Berton, de n'avoir pas\nrepondu plutôt [sic) à la lettre que M, Grandville m'a remise de ta part,\nil y a quelques mois; mais je n'ai que l'apparence d'un tort, et tu m'ex-\ncuseras quand tu sauras quej ai passé mon été à courir de campagnes en\ncampagnes, et que je n'ai le temps de respirer que depuis quelques jours\nque je suis rentré en ville.\nD abord, je t annoncerai le succès complet de M. Grandville, Il a géné-\nralement plu au public de et il est, pour lui, très content\nde 1 accueil qu'il a reçu. Il n'a point encore fait ses débuts à la cour,\nparce que l'été il n y a point de spectacle chez l'Empereur, mais ils au-\nront lieu probablement au commencement de cet hiver.\nLaisse-moi maintenant te féliciter sur ta nouvelle place de directeur\ndu théâtre Buffa. Je présume qu'elle t'est agréable, et je félicite ce"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "196", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.4", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nthéâtre d'être dirigé par toi. Je crains seulement que le temps que te\ndemande cette direction ne nous prive de quelques bons ouvrages, et je\nt'assure que j'en voudrais beaucoup a la direction de théâtre qui t eut\nempêché de faire Montano et Stéphaniey le Délire, etc., etc.\nTu es bien heureux d'entendre de bons opéras bouffes... Nous som-\nmes ici privés de ce plaisir depuis assez longtemps, et c est pour moi une\ngrande privation. C<e genre de musique n est pcut-etie pas celui qui\nmonte le plus la tête, mais il la repose d'une manière si agréable que\nvraiment on le regrette beaucoup quand on s y est acoquiné pendant\ndeux ou trois ans. Il n'y a pas d'apparence que nous réparions cette\nperte, et nous en sommes réduits à entendre chanter et à faire chanter\nAndrieux, qui, du reste, est un fort bon garçon, qui m'a chargé de te\nfaire ses compliments, ainsi que Philis, quand je t écrirais.\nJ'ai beaucoup de remercîments à te faire, i° pour 1 offre que tu veux\nbien me faire de monter ceux de mes ouvrages que je ferais ici. Je vou-\ndrais bien accepter cette obligeance de ta part *, mais j aime mieux atten-\ndre que je puisse en aller faire un à Paris, et j ai pour cela beaucoup de\nbonnes raisons. Tu sens qu absent de ce pays depuis cinq ans, je dois y\nsoigner beaucoup l'ouvrage que j'y donnerai, et cela m'est bien difficile\nici, d'abord parce que je suis obligé de me mettre à la portée de ceux qui\nme chantent, ensuite parce qu'étant obligé de faire des ouvrages de com-\nmande, ces ouvrages doivent se sentir de la précipitation avec laquelle\nils sont composés. 2° Je te remercie de bien bon cœur pour les poèmes\nque tu m'as envoyés, et de la manière tout obligeante avec laquelle tu\nme les a abandonnés. Malheureusement, rien de tout cela n'a plu à\nPhilis, et comme je n'ai qu'elle, je suis obligé de suivre ses caprices.\nJ'avais commencé les Deux Califes. Des deux rôles de femme, je 11 en\navais fait qu'un, pour le lui rendre plus brillant; puis elle a lu le Do?-\nmeuv éveillé, a trouvé le rôle de Rose plus joli dans cet opéia qui a servi\nde modèle aux Deux Califes, et n'a plus voulu de ce dernier. Abderaïm\net Amal{ie ne lui convient pas non plus, et, fatigué de tout cela, je fais\ntout bonnement les pièces qu'elle choisit. J'ai fait dernièrement selon\nses désirs, les Voitures versées, en deux actes, et la Dame invisible en\nun. Tout cela était vaudeville, il m'a fallu le mettre en opéra, et tu sens\nque c'est une besogne bien difficile (1). Enfin, les deux ouvrages ont eu\n\n(1 )Le Séducteur en voyage, ou les Voitures versées, vaudeville en deux actes, de\nDupaty, avait été donné au Vaudeville le 4 décembre 1806. La Femme invisible,\nvaudeville en un acte, d'Alexis Daudet et Randon, avait été joué au même théâtre le\n5 prairial an VIII (25 mai 1800). Femme ou Dame, c'est tout un, je suppose, et c est\névidemment ce vaudeville qui, un peu arrangé, aura servi de texte à Boieldieu."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "197", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.5", "texte": "BOIELDIEU\n\nun grand succès, mais c'est toujours trois actes de musique perdue, et il\nest dur de se donner tant de mal pour sept ou huit représentations.\nAjoute à tout cela que l'été je m'amuse beaucoup et que je suis toujours\ncourant. J'ai passé une partie de celui-ci chez l'ambassadeur de France,\nl'autre chez M. de Narischkin, mon directeur, et dans tout ce temps je\nn'ai pas écrit une note. Il ne me reste donc plus que 1 hiver pour faire\ntrois ouvrages auxquels je suis condamne par contrat. Je suis déjà à moi-\ntié du premier, qui est pour mon bénéfice, et d'ici au mois d'octobre\nprochain, que finit mon engagement, il m'en faudrait encore six à la ri-\ngueur, car je n'ai que le troisième ouvrage pour mon bénéfice, et il me\nrestera encore deux bénéfices à donner après celui-ci, mais je n en pren-\ndrai qu'un, et comme je suis traité de la manière la plus aimable par le\ngrand chambellan, j'espère obtenir grâce pour les ouvrages que je devrai...\nTu vois donc, pour en revenir à mes moutons, qu'il faut que je sois à\nParis pour faire un ouvrage selon mes moyens. J'ai des morceaux assez\nheureux qui peuvent aller partout, j'ai des chœurs de banquettes (?) qui\nchantent l'amour et le plaisir. Avec tout cela et un bon poème, je m en\ntirerai, et je puis en ajoutant quelques morceaux de fond, lemplii vite une\npartie des désirs de l'auteur qui s'abandonnera à moi. Ce que je regrette\nbeaucoup, c'est ma Vestale, qui a été faite pour moi et que ce coquin de\nSpontini m'a soufflée. J'avoue que je pleure ce poème, qui paraît avoir\nun bien grand succès... Il faut s'en consoler.\nComment passes-tu ton temps, mon cher Berton? t'amuses-tu ? visi-\ntes-tu quelquefois la vallée de Montmorency ?... Ah ! quel pays !... Que\nne donnerais-je pas pour y avoir une petite maisonnette ! Voila le plus\ncher de tous mes vœux : une petite ferme, de bons amis comme toi, de\nbonne musique, de bonnes discussions sur notre art, les marionnettes,\nla danse des chiens (!), voilà de ces plaisirs qui vont à 1 âme et qu il faut\nse procurer quand il vous reste encore quelque sensibilité. Avant tout, il\nfaut se mettre en route, et c'est ce que je ne puis exécuter encoie, malgré\nl'offre qui m'a été faite par mon directeur de me donner un congé quand\nje le voudrais. Mais le change est mauvais; le rouble, que j'ai vu à\nsoixante-douze sous, n'en vaut que trente-six; tu vois bien qu'il faut\nque j'attende et que je diffère le plaisir que j'aurais à t'embrasser, toi, ta\nfemme et tes enfants. Ce plaisir, pour être différé, ne m en sera pas moins\nprécieux, surtout si tu me conserves, toi et quelques autres bons amis,\nle sincère attachement que je vous porte.\nTout à toi, pour la vie, BOIELDIEU.\nRappelle-moi au souvenir de ta femme, et dis mille choses de ma part"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "198", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.6", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nà Gherubini, Kreutzer, Elleviou, Martin, Chenard, Gavaudan, etc., etc.\nJe ne te dis rien pour Méhul, parce qu'il a rompu avec moi depuis deux\nans à peu près, et que, quelque chose que j'aie faite, je n'ai jamais pu\nsavoir ce qu'il a eu contre moi. Je le laisse boudeur et ne l'en aime pas\nmoins ; je suis sûr qu'il n'a point de reproche à me faire, cela me sufit.\nAdieu, je t'embrasse tendrement.\nUne autre lettre, adressée à Charles Maurice, fait connaître les idées très\narrêtées de Boieldieu en matière musicale. On se souviendra que les grands\nsuccès du maître français datent de l'époque où Rossini était, par le plus\ngrand nombre, considéré comme un fétiche, et où des admirateurs par trop\nfanatiques voulaient tout lui sacrifier. Boieldieu caractérisait ainsi la situa-\ntion, à propos d'un intermède de circonstance dont il avait écrit la musique\net qui avait été exécuté à l'Hôtel de Ville :\nParis, le 16 décembre 1823.\nSi vous parlez de notre intermède à l'Hôtel de ville, qui a eu, vous le\nsavez peut-être, beaucoup de succès, vous obligerez bien mon frère et\nmoi si, par une petite note, vous pouvez dire que les morceaux de musi-\nque se trouvent che% Boieldieu jeune, rue Richelieu, n° 92.\nSachant, cher ami, tout l'intérêt que vous me portez,, je vous dirai que\nChazet (l'auteur des paroles) et moi avons été présentés hier aux princes,\net que M. le duc d'Angoulême et madame la duchesse d'Angoulême\nm'ont adressé tout ce qu'on peut dire de plus flatteur en pareille cir-\nconstance.\nJe vous dirai encore (à vous qui aimez à savoir la vérité, et vous pou-\nvez vous en rapporter à moi, je ne vous tromperai jamais) que tous ceux\nqui ont entendu cette nouvelle composition, faite avec beaucoup de pré-\ncipitation, sont venus me corner aux oreilles : a Bravo, Boieldieu î Vous\n« venez de prouver qu'on peut faire quelque plaisir en musique sans\n(c voler Rossini; continuez, et restez vous. » M'ont-ils dit vrai? Je ne sais.\nMais, si vous et quelques gens du goût étiez de cet avis, je travaillerais\navec plus de confiance : car, je vous l'avoue, je ne me sens plus assez\njeune pour changer de genre, sauf de petites concessions dans les orne-\nments, dans les accompagnements, qu'on peut en tout temps plier au\ngoût du jour, sans que cela change le fond du style.\nEnfin, mon cher ami, je suis bien aise, puisque nous en sommes sur\nce chapitre, de vous faire connaître ma pensée tout entière sur notre\nconvulsion musicale :\n1° Je suis autant rossiniste que tous lesaboyeurs fanatiques, et c'est"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "199", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.7", "texte": "BOIELDIEU\n\nparce que j'aime véritablement Rossini que je suis fâché de voir que l'on\nuse son genre par de mauvaises copies.\n2° Je crois que c'est faute de moyens qu'en musique on ne peut aimer\nqu'un genre à la fois ; et je suis très content de m'en trouver assez pour\nêtre tout transporté quand j'entends Don Juan, tout enivré quand j'en-\ntends Otello, et tout attendri quand j'entends Nina.\n3° Je crois que l'on peut faire de très bonne musique en copiant Mo-\nzart, Haydn, Cimarosa, etc., etc., et qu'on ne sera jamais qu'un singe\nen copiant Rossini. Pourquoi ? C'est que Mozart, Haydn, Cimarosa,\netc., etc., parlent toujours au cœur, à l'esprit. Ils parlent toujours le\nlangage du sentiment et de la raison, tandis que Rossini est plein de\ntraits, de bons mots dans sa musique. On ne peut pas copier ce genre ;\nil faut le voler tout à fait ou se taire, quand on ne peut inventer d'au-\ntres bons mots, ce qui serait une nouvelle création.\n40 Je trouve maladroit de s'exposer à faire bien moins d'effet que\nRossini, quand on prend ses mêmes moyens, ses mêmes dispositions\nd'orchestre, etc., etc. C'est vouloir se faire battre par lui sur son terrain,\nce qui est toujours humiliant. On est alors l'agresseur, et toute la gloire\nest pour lui. En rentrant chez soi, au moins, si l'on est battu, on a pour\nsoi sa conscience.\nJe vous rends toutes mes idées, et je n'y mets aucun amour-propre\navec vous, qui êtes plein de bonté pour moi. Vous savez que je n'ai\nd'autre prétention que celle de faire le mieux possible. Je tiens seulement\nà ce que vous connaissiez le fond de ma pensée relativement à Rossini.\nDu reste, il est bien plus juste envers quelques-uns de nous, lui Rossini,\nque ne le sont MM. les dilettanti, et il le sera bien davantage quand il\naura tâté de notre langue, de nos vers, de toutes nos mesures, de nos\nchanteurs, etc., etc.,..\nMais, au reste, si votre opinion est d'accord avec la mienne, ce que\nje crois, dites hardiment ce que vous pensez. Je crois que vous pouvez\nrendre service à l'art musical, qui me paraît menacé de tous côtés.\nAdieu, etc. BOIELDIEU.\nLe billet que voici, que Boieldieu écrivait à Guilbert de Pixérécourt le\n7 mars 1825, neuf mois avant la représentation de la Dame Blanche, démon-\ntre suffisamment que ce chef-d'œuvre n'a pas été improvisé, comme quelques-\nuns se sont plu à le dire :\n... Que vous feriez mieux de me laisser tranquille, mon bon cher\nami, et de croire en mon vif désir de tout concilier, entre vos intérêts"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "200", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.8", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nqui sont respectables, mais de l'ordre physique, et les miens, d'un ordre\ntout moral, et qui aussi peuvent être laissés à apprécier à mon senti-\nment! Berton, que j'ai vu hier, m'a remis cinq morceaux de notre Plia-\nramond ; je verrai Kreutzer ce soir chez le bon Nodier, et entre nous,\ntout va bien, tout ira bien. Mais pour la Dame d'Avenel, il faut bien\nm'en laisser et maître et juge ; et tout ce que je vous écrirais à son\npropos ne ferait que répéter ce que maintes fois je vous ai dit déjà, que\nj'en veux faire à mon goût et temps. Les choses d'art ne se forcent point;\net, s'il n'y avait à admirer chez nos voisins que quelques exceptions\nmerveilleuses qui sont le témoignage de leur organisation improvisatrice\n'y\n(ô cet admirable Barbier!), je croirais le don d'improviser un fléau plutôt\nqu'un don. Si cela vous console, sachez cependant que je ne suis pas\nmécontent, et que je suis même content. J'ai demandé à Scribe trois\npetits couplets que je place au début du deuxième acte, avec accompa-\ngnement d'orage, qui me semblent exprimer assez bien la mélancolie de\nla situation. Pour les chœurs en retard,, j'en ai deux_> j'en ai peut-être\ntrois, en déplaçant celui qui vous a plu. Scribe me tourmente autant\nque vous et jure que jamais poème n'a dormi quatre ans pour lui ;il\nappelle le nôtre Epiménide et m'en demande plus de nouvelles que je\nn'en puis donner. Pourtant, rassurez-vous ; l'an prochain, la Dame\nd'Avenel marchera mystérieusement sur vos planches. Puisse-t-on ne\npas trouver qu'on l'a trop attendue !\nLa lettre que voici est curieuse à plus d'un titre. Elle était adressée àun\ncompatriote qui avait recommandé à Boieldieu un jeune écrivain, M. Licquet,\nlequel désirait devenir son collaborateur :\nParis, le 3 août 1824.\nMonsieur,\nJ'ai entendu souvent parler de M. Licquet. Je sais qu'il â fait plusieurs\ntragédies qui ont obtenu le suffrage des littérateurs les plus distingués ;\nmais nous ne manquerions pas d'exemples à citer pour assurer que tel\nqui fait bien une tragédie, peut très mal faire un opéra, surtout pour un\nopéra tel qu'il le faut maintenant pour obtenir un grand succès. Dans\nce genre, il faut un sujet piquant, susceptible d'être traité sans le\nsecours de développements, ce qui, avec la place que doit occuper la\nmusique, ferait naître la lenteur d'action si fatale à ce genre ; enfin, il\nfaut des situations musicales ; il faut des airs, des duos, des morceaux\nd'ensemble, finale à chaque acte ; il faut de la gradation et de l'opposi-"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "201", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.9", "texte": "BOIELDIEU\n\ntion dans les effets. M. Licquet est convaincu de ces vérités, j'en suis\npersuadé; et si, avec le goût qu'il a pour un genre plus élevé, il veut\ns'astreindre à ne faire qu'un dessin destiné à être mis en couleur par le\nmusicien, je ne doute pas qu'il ne réussisse ; le tout est de trouver un\nsujet convenable. C'est là le difficile, c'est là qu'échouent presque tous\nnos faiseurs d'opéras comiques. Il faut un sujet né opéra, du moins\nest-ce ce que je désire rencontrer. Si M. Licquet le trouve, s'il a la bonté\nde m'en faire part, je lui dirai mon avis, s'il me le permet, avant qu'il\nse mette à l'écrire (dans ce cas, un programme scène par scène suffit\npour bien juger le sujet); et, si jç le crois propre à obtenir un grand\nsuccès, fût-ce un succès hasardé, après m'être entendu avec lui sur la\ncoupe des morceaux de musique, coupe que le nouveau genre de mu-\nsique exige maintenant, veuillez l'assurer que je me chargerais et de le\nfaire recevoir et de le faire jouer sans que cela lui donnât le moindre\nembarras. Veuillez le persuader que le nom de l'auteur n'est utile qu'à\nun bon ouvrage, et qu'au contraire il rend plus exigeant, lorsqu'on pré-\nsente un ouvrage faible. On le reçoit par condescendance, mais il n'est\npas traité plus favorablement par le public. D'ailleurs, le nom de\nM. Licquet peut être inconnu des auteurs d'opéras comiques, mais\nil ne l'est pas pour les hommes de lettres, et dès qu'il se présentera au\nthéâtre de l'Opéra-Comique, je lui prédis une bonne réception pour lui.\nJe voudrais pouvoir la garantir pour son ouvrage ; mais cela dépend du\nsujet surtout, et de la manière dont il sera traité.\nVeuillez donc me dire, monsieur, si vous vous chargez d'engager\nM. Licquet à s'occuper d'un opéra comique, ou si vous désirez que je\nm'en ouvre à lui directement.\nQuant à la proposition que vous me faites, monsieur, de faire un\nouvrage spécialement pour ma ville natale, je crois, à vous dire vrai,\nqu'elle ne me tiendrait pas compte de cette intention si l'ouvrage ne lui\nplaisait pas, et dans le cas contraire il lui importerait fort peu, je crois,\nqu'il ait été fait pour le théâtre de Paris, pourvu qu'elle s'y amuse.\nD'ailleurs, monsieur, quelques années d'expérience m'ont appris qu'on\nn'est jamais prophète dans son pays, et, à Rouen surtout, on n'est pas\nplus indulgent pour un compatriote que pour un autre.\nJ'ai débuté à Rouen n'ayant que seize ans ; on m'y a traité plus sévè-\nrement que si j'eusse été étranger (i). Plusieurs de mes ouvrages ayant\n\n(i) Les comptes-rendus du Journal de Rouen que j'ai reproduits à ce propos étaient\nbienveillants, on se le rappelle; mais, à Rouen, la tradition est que le public se\nmontra fort réservé lors des débuts du jeune compositeur. L'affirmation de Boiel-\ndieu en est une preuve."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "202", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.10", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nréussi à Paris ont été mal reçus à Rouen,, bien que je me fusse donné la\npeine de venir de Paris pour les faire répéter. J'ai beaucoup voyagé en\nFrance et à l'étranger ; on a eu la bonté de me bien accueillir partout :\non m'a fété à Lyon, à Bordeaux, etc. A Rouen, excepté des artistes du\nthéâtre, je n'ai jamais reçu une invitation à dîner d'un de MM. les négo-\nciants de cette ville. Je reconnais donc avec peine, mais sans amertume,\nla vérité du proverbe : On n'est jamais prophète dans son pays. Cela a\nété dans tous les temps, et Ton a agi ainsi pour des talents bien au-dessus\ndu mien. On dispute, on plaide à Liège pour avoir le cœur de Grétry ;\nson buste, depuis sa mort, est dans le foyer du théâtre de cette ville :\nmais, de son vivant, Grétry me dit lui-même qu'il y avait été reçu froi-\ndement. Voyez la différence, monsieur : à Paris, à Bordeaux, à Lyon,\ndu vivant de cet artiste célèbre, des souscriptions ont été faites avec\nempressement pour y avoir son buste dans le foyer des salles de spectacle\noù retentissaient ses accords... Mais je m'éloigne beaucoup du but de\nma lettre ; pardonnez à la petite peine que j'éprouve en pensant qu'il\nfaut être mort ou avoir un nom étranger pour être récompensé de ses\nlongs travaux, tels succès qu'ils aient obtenus.\nToujours est-il que je désire vivement devenir le collaborateur de\nM. Licquet. S'il me faisait un ouvrage, jamais moment ne serait plus\nfavorable à ce projet. Je n'ai rien sur le chantier, et j'attends pour tra-\nvailler un opéra dans le genre de Joconde, la Neige, Jean de Paris\n(celui-ci pour la coupe musicale seulement) ; mais, je l'avoue, une\ncomédie, purement comédie, ne satisferait pas entièrement mon désir.\nJe voudrais un peu de magie théâtrale, des événements comiques et\nintéressants, enfin ce certain je ne sais quoi qui ne supporte pas quel-\nquefois l'analyse, mais qui plaît et fait courir.\nVeuillez donc, Monsieur, être mon interprète auprès de M. Licquet,\net recevoir pour vous l'assurance des sentiments d'estime et de considé-\nration de votre très humble et très obéissant serviteur.\nBOIELDIEU»\nUn peu plus loin, à propos de la Dame blanche, on voit reparaître les\npréoccupations de Boieldieu au sujet de Rossini et des Rossinistes. Témoin\ncette nouvelle lettre à Ch. Maurice :\nCher Monsieur,\nDe temps en temps, un petit mot sur la Dame blanche, si court qu'il\nsoit, nous fera bien plaisir, à Scribe et à moi, et nous vous remercions\ntous deux de ce qui a été dit avec votre bonté ordinaire."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "203", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.11", "texte": "BOIELDIEU\n\nÏ1 faut que je vous fasse part de mes petits chagrins. On dit que je ne\nsuis pas étranger aux petites attaques dirigées sur Rossini. Vous savez,\nquant à celles qui partent de vous, si cela est vrai... On dit que le Jour-\nnal des Débats va prendre fait et cause, et il m'a déjà lâché ses éclaireurs,\nce qui me fait penser qu'il va tomber sur moi, avec une injustice d'au-\ntant plus révoltante que personne plus que moi n'admire le superbe\ntalent de Rossini, son génie, son invention, etc., etc. Je crains, je vous\nl'avoue, d'être victime des exclusifs. J'ignore quels sont vos griefs\ncontre lui, et ne veux point le savoir. Mais s'il dépendait de moi de les\nfaire disparaître, je vous assure que je ne négligerais rien pour cela. Et\nvous devez le concevoir : je suis lié avec lui ; pas assez peut-être pour\nêtre sûr qu'il rend justice à mon caractère, et assez pour désirer que la\nbonfte harmonie continue. Nous logeons dans la même maison, nous\nnous voyons l'un et l'autre... en voilà plus qu'il n'en faut pour vous\nfaire deviner mon désir, et vous savez d'ailleurs quel est mon caractère.\nJe voudrais n'avoir pas à me défendre de ce dont on m'accuse, et vous\nêtes bien homme à me trouver le moyen de détruire ces fauses accusa-\ntions. Si vous voulez que je vous exprime franchement ma pensée, je\nvoudrais que Ton dît : Rossini et Boieldieu ont, tous les deux, atteint\nleur but, chacun sur son terrain. Pour les comparer, il faudrait voir faire\nà l'un un opéra français et à l'autre un opéra italien Jusque-là, laissons-\nles tous deux à leur place ; ils y sont bien. Il y a peu de modestie à moi\nde vous exprimer ce désir5 mais quand on fait sa part soi-même, on est\ngourmand.\nDans tous les cas, voilà ma profession de foi ; et je suis sûr qu'elle ne\npourrait que me valoir votre estime, si je n'étais sûr que vous me l'avez\naccordée avec votre amitié. Après cela, si des raisons pariiculières vous\nfont agir, je me tais et respecte votre opinion sur le maestro. Je veux\nseulement vous mettre en droit de dire : Boieldieu n'est pour rien dans\ntout cela, et vous le ferez par amitié pour moi.\nJe suis tout malade, sans cela j'irais vous voir ; et c'est de mon lit que\nje vous griffonne ce billet.\nAyez l'œil sur le Journal des Débats ; vous me rendrez service. Quant\nà moi, je suis bien résolu depuis longtemps à ne jamais répondre, je crois\nfaire bien.\nVotre, etc., BOIELDIEU.\n26 janvier 1826"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "204", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.12", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nBoieldieu fut sur le point de faire un Faust avec Antony Béraud, puis il\nrenonça à cette idée, et voici comment il l'apprit à ce dernier :\n« A Monsieur Antony Béraud, homme de lettres.\n« Monsieur,\n* Je vous remercie beaucoup delà complaisance que vous avez eue en\nm'envoyant le Faust, dont on m'avait tant parlé, et que je désirais vive-\nment connaître. D'après ces deux premiers actes, qui me font deviner le\ntroisième, je conçois le succès de Gœthe chez nos voisins; mais, pour\nnous, il faudrait remettre entièrement cet ouvrage sur le métier, et je ne\ndoute pas que votre idée de présenter le diable sous les traits d'une jolie\nfemme ne nous donnât des effets de comédie et des détails piquants qui,\njoints aux masses chorales éminemment dramatiques que fournit le sujet,\nne pourraient manquer d'obtenir un grand succès.\n« Mais, comme j'ai eu l'honneur de vous le dire, M. Scribe a traité ou\ndoit traiter ce sujet pour Feydeau ; il le destine à M. Meyerbeer, et comme\nj'ai été dans la confidence de ce projet, il y aurait mauvais procédé de\nma part à vous engager de le traiter pour l'Opéra-Comique.\n« Je ne voudrais cependant pas que le désir que vous me témoignez\navec tant d'obligeance s'efface de votre mémoire, et je désire vivement\nêtre votre collaborateur pour quelque sujet original et tant soit peu dia-\nbolique ; ce genre offre beaucoup de ressources à la musique, et j'ai de-\npuis longtemps l'envie de le traiter. Veuillez donc, Monsieur, ne pas\nm'oublier, et veuillez recevoir d'avance l'assurance de toute ma recon-\nnaissance.\n« J'ai l'honneur d'être, avec la considération la plus distinguée, Mon-\nsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.\n« BOIELDIEU.\n« Ce 9 mars. »\nSur la fin de sa carrière, Boieldieu, gravement malade, miné par les effets\nde la révolution de iB3o, qui lui avait fait perdre ses places et ses pensions,\net par les voyages que ses médecins lui avaient fait faire dans l'intérêt de sa\nsanté, se trouvait dans une situation matérielle désastreuse, Il eut l'idée de\ns'adresser au gouvernement, pour en obtenir non des secours, comme on\npourrait le croire, mais un emploi qui lui permît de vivre honorablement.\n« On va voir, dit à ce sujet M. Pougin, en quel langage noble, mâle, fier,\nélevé, il sollicita à ce sujet la bienveillance et l'appui de ministre de l'instruc-\ntion publique, »La lettre que voici est de la fin de 1833 :"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "205", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.13", "texte": "BOIELDIEU\n\nMonsieur le Ministre,\nCe n'est pas sans un profond sentiment de regret que je me trouve\nréduit à vous adresser une demande dont j'avais pu croire, il y a quel-\nques années, que l'objet ne devait jamais me regarder. Mais, privé par\nla révolution de Juillet des avantages que je possédais et que je\ncroyais avoir légitimement acquis, je suis resté sans autres ressources\nque celles que pouvait m'offrir l'exercice de mon talent à un âge qui le\nrend plus pénible, et dans un état de santé qui me l'interdit tout à fait.\nJe me vois donc obligé de recourir à la bienveillance du gouvernement\npour qu'il aide à mettre au-dessus du besoin une carrière qui n'a pas\nété, j'ose le dire, sans quelque gloire pour moi et sans quelque honneur\npour mon pays.\nD'un autre côté, il répugnerait à mon caractère, je puis le dire fran-\nchement, monsieur le Ministre, de recevoir à titre de générosité des\nbienfaits de l'Etat qui ne m'obligeraient qu'à de la reconnaissance. Je\nvoudrais pouvoir rendre encore utiles au gouvernement les secours mê-\nmes que je devrais à sa bienveillance, et il me semble qu'il y aurait pour\ncela un moyen facile que je prends la liberté de soumettre à votre juge-\nment et de recommander à votre intérêt, monsieur le Ministre : ce serait\nde m'attacher en qualité de conservateur au dépôt de musique de la\nBibliothèque du Roi, où il y aurait des services à rendre dans l'intérêt\nde ce bel établissement. J'acquitterais ainsi, par mon zèle et par mon\nexpérience, la dette nouvelle que j'aurais contractée envers l'Etat, et je\ntrouverais peut-être le moyen de me rendre digne encore de l'estime\ndont l'opinion publique a bien voulu m'honorer jusqu'à ce jour,\nJe suis, etc.\nBOIELDIEU,\nMembre de l'lnstitut.\nEn rappelant que certains jeunes compositeurs français semblent n'être\noccupés qu'à traîner aux gémonies notre belle école musicale au profit de\nla secte wagnérienne, M. Pougin oppose un document important à l'enthou-\nsiasme plus ou moins sincère de ces partisans d'un art nébuleux :\nIl n'est pas mauvais que ces séides de M. Wagner, qui se font les con-\ntempteurs de Boieldieu, connaissent, au sujet de celui-ci, l'opinion d'un\ndevancier et d'un compatriote de l'auteur de T'annhauser, d'un artiste\nqu'eux-mêmes sans doute n'accuseront pas d'avoir été impuissant en\nmusique, car il était le précurseur de leur idole, et je ne sache pas qu'au-\ncun d'eux soit disposé à nier ou à contester son génie. Je veux parler ici"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "206", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.14", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nde l'immortel auteur de Freischut^, et A'Obéron, de\nWeber en personne. On va voir ce qu'il pensait et de l'auteur de la\nDame blanche et de Jean de Paris, et de la Dame blanche elle-même,\nau sujet de laquelle son sentiment diffère quelque peu de celui exprimé\ndans les lignes que je viens de citer,\nA l'époque où il était directeur de la musique à Dresde, Weber avait\ncoutume de donner, avant la représentation, dans le Journal de Dresde,\nune analyse des opéras qu'il faisait représenter au Théâtre-Royal. En\n1817, il monta Jean de Paris, et cet ouvrage est le seul qui lui ait fourni\nl'occasion de parler de Boieldieu : non pas que ce soit l'unique opéra de\nnotre musicien qu'il ait cru devoir faire connaître à ses compatriotes,\ncar dans la suite il en donna plusieurs autres ; mais parce que plus tard\nil cessa d'écrire et de donner des articles au Journal de Dresde.\nOr voici ce que Weber écrivait dans ce journal au sujet de Jean de\nParis et de Boieldieu, àla date du ier mai 1817 :\n« On donnera pour la première fois, samedi prochain, 3 mai, Jean de\nParis, opéra en deux actes, d'après le français de Saint-Just, musique\nde Boieldieu.\n« Le genre auquel appartient cet ouvrage a pris naissance il y a quelque\ndix ans en France, et de là s'est répandu en Allemagne. On lui a donné\nle nom d' « opéra de conservation », et ce terme nous paraît juste : car,\ndégagé de toute préoccupation historique, l'opéra actuel n'a d'autre but\nque celui de nous montrer le monde tel qu'il est, le monde français,\ns'entend. Il est frère du vaudeville et nous donne, comme ce dernier, la\nmesure de l'esprit aimable qui est propre à la nation française. La gaieté,\nl'entrain, la note folle, y accompagnent des situations agréables; aussi\nle goût du public s'en montre-t-il si affriandé, que je pourrais citer un\ngrand nombre de libretti qui se ressemblent presque entièrement, et par\nl'invention, et par le plan général, et par les caractères; seul, l'accom-\nmodement des principes préférés les distingue les uns des autres.\n« En opposition avec le sentiment passionné qui est propre au génie\nde l'Allemagne et de l'ltalie, l'opéra français représente la raison et l'es-\nprit, principalement sous le rapport de la musique. Et en effet, tandis\nque l'idée donnée suffît à la fantaisie germanique pour l'exciter et la\nfaire se répandre en flots mélodieux, et que les seuls mots amour, espoir,\netc., suffisent le plus souvent pour atteindre ce but chez les Italiens, le\npropre de la musique française est de ne tirer sa valeur que du mot\nqu'elle traduit, attendu qu'elle est éminemment spirituelle par sa na-\nture et sa nationalité."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "207", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.15", "texte": "BOIELDIEU\n\ncc Aux plus grands maîtres de Fart il appartient de tirer les éléments\nde leurs œuvres de l'esprit même des nations, de les assembler, de les\nfondre, et de les imposer au reste du monde. Dans le petit nombre de\nceux-ci, Boieldieu est presque en droit de revendiquer le premier rang\nparmi les compositeurs qui vivent actuellement en France, bien que\nl'opinion publique place Isouard (Nicolo) à ses côtés. Tous deux possè-\ndent assurément un admirable talent ; mais ce qui place Boieldieu bien\nau-dessus de tous ses émules, c'est sa mélodie coulante et bien menée,\nle plan des morceaux séparés et le plan général, l'instrumentation excel-\nlente et soignée, toutes qualités qui désignent un maître et donnent droit\nde vie éternelle et de classicité à son œuvre dans le royaume de l'art.\n« Ces qualités, il les partage à la vérité avec Méhul ; mais son pen-\nchant le portant vers la forme italienne, sa mélodie s'en trouve plus\npure, sans qu'il sacrifie pour cela, bien entendu, au sens des paroles.\n« Ce trait caractéristique de ses œuvres est un double témoignage en\nfaveur de son propre talent. Grand admirateur de Cherubini, il a fait la\nplus grande partie de ses études sous la direction de ce maître... »\nNous n'avons fait connaître jusqu'ici que la partie historique et anecdoti-\nque du travail de notre collaborateur, et l'on voit à quel point elle est inté-\nressante, fournie de documents, abondante en renseignements de toute sorte.\nMais la partie critique ne lui cède en rien, et c'est là qu'on voit le soin, l'a-\nmour et la constance qu'il a apportés à son travail. On en jugera par ce\nfragment :\nAu temps où Boieldieu commença sa carrière et aborda la scène, le\nstyle de l'opéra comique semblait menacé d'une transformation qui ne\ntendait à rien moins qu'à le dénaturer. Etait-ce là le résultat d'une évo-\nlution purement artistique et sans cause apparente? Etait-ce une suite\ndes secousses terribles et des violentes commotions politiques que le\npays venait de ressentir? Toujours est-il que les deux grandes scènes\nd'opéra comique qui existaient alors à Paris, Favart et Feydeau,\nvoyaient leur genre se modifier profondément, et ne représentaient plus,\nla plupart du temps, que des pièces d'un caractère violent, forcé parfois,\net dans lesquelles le rire et la gaîté faisaient place aux exagérations du\nmélodrame ou aux emportements de la véritable tragédie lyrique. Cer-\ntains musiciens de génie, doués d'une inspiration mâle et sévère, puis-\nsante et vigoureuse, tels que Méhul, Cherubini et Lesueur, se laissaient\nentraîner par le courant, s'accommodaient volontiers de cette tournure\ndonnée à l'opéra comique, et écrivaient des œuvres qui semblaient bien\nplus appartenir au genre du grand drame musical qu'à celui de la"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "208", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.16", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ncomédie lyrique; c'est alors que, tantôt à Favart, tantôt à Feydeau, on\nles vit produire successivement Lodoïska, Stratonice, Paul et Virginie,\nla Caverne, Télémaque, Elisa ou le Mont Saint-Bernard} Médée,\nAriodant... Berton, qui3 malgré ses qualités aimables, était doué aussi\nd'un vrai souffle dramatique, donnait alors le Délire, Montano et Sté-\nphanie, les Rigueurs du Cloître ; d'autres, connus seulement jusqu'a-\nlors par leur talent léger,, fin, délicat, souriant, mais subissant malgré\neux les nécessités du moment, faisaient leurs efforts pour se transformer\nsans toujours y réussir ; c'est ainsi que Delahaye et Grétry écrivirent à\ncette époque Camille ou le Souterrain, Roméo et Juliette, Guillaume\nTell, etcM etc.\nOn comprend que Boieldieu à ses débuts dut subir, lui aussi,\nl'influence des idées ayant cours. Aussi le voit-on donner, à côté de\nquelques œuvres légères, deux œuvres d'un caractère dramatique très\naccusé et très intense : Zoraime et Zulnare, et surtout Beniowski.\nMais un artiste de ce tempérament aimable, souple, spirituel, plein de\ncharme et de grâce, d'élégance et d'abandon, ne pouvait s'engager plus\navant dans une voie qui lui eût été funeste. C'est donc toutj naturelle-\nment qu'il revient bientôt au genre tempéré avec le Calife, qu'il s'atta-\nqua même au genre bouffe avec Ma Tante Aurore. Une fois revenu à\nson style naturel, qui est bien celui du véritable opéra comique, on le\nverra s'y attacher pour toujours, et ne s'en plus départir ; mais il saura,\nselon les circonstances, selon la marche du goût, selon les progrès\naccomplis par la poétique et la pratique musicales, grâce surtout àsa\nconnaissance et à son admirable compréhension de la scène, il saura\nenrichir ce style, le développer, lui donner enfin toute l'ampleur dont il\nest susceptible, et cela sans le dénaturer jamais, et tout en lui conservant\nson caractère propre et déterminé. C'est ainsi que plus tard, sans jamais\nservilement imiter personne, mais en tenant compte à la fois et des élé-\nments nouveaux introduits dans l'orchestre et de la magnificence donnée\nau langage musical par ce grand homme qui fut Rossini, il modifiera\ndans des pioportions très notables, non-seulement au point de vue par-\nticulier, la forme des morceaux, mais, au point de vue général, la\nforme de l'œuvre elle-même, et que, artiste de transition, il prépara la\nvoie à Hérold d'une part, à Auber de l'autre.\nVoici ce qui me semble constituer en partie le caractère propre du gé-\nnie de Boieldieu. On peut dire de lui que, sans être particulièrement\nnovateur, il sut toujours aider l'art dans sa marche ascendante, accueil-\nlii les progrès qui se manifestaient et les encourager lorsqu'ils lui parais-\nsaient utiles, employer les procédés nouveaux en les accommodant àsa"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "209", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.17", "texte": "personnalité, et servir ainsi de trait d'union entre l'ancienne et la nou-\nvelle école. Là où s'arrêtent Méhul, Cherubini, Berton, Boieldieu prend\nson vol, tendant la main à de plus jeunes, à Hérold et à Auber, que je\nviens de nommer, à Halévy et à Adam, auxquels son expérience fut\nloin d'être inutile, ouvrant les voies de l'avenir tout en maintenant les\nbonnes traditions du passé, faisant succéder à Ma tante Aurore, Jean de\nParis, à Jean de Paris, la Fête du village voisin, à la Fête du village\nvoisin, le Petit Chaperon rouge, et au Chaperon cette admirable Dame\nblanche, œuvre d'une ampleur de forme et d'une richesse de conception\ndont on n'avait pas idée jusqu'alors dans le domaine de l'opéra comique,\net dont, à ce point de vue seul, l'apparition marquerait réellement une\ndate dans l'histoire de l'art. Quoi qu'en puissent dire ses détracteurs,\ncette transformation du style de la comédie lyrique est bien due à Boiel-\ndieu, et, en l'opérant, il a rendu à l'art un grand et signalé service, que\nl'injustice seule ou l'ignorance pourrait laisser oublier. Cela est si vrai\nque deux hommes de génie, placés pour ainsi dire aux deux pôles de la\nmusique, l'ont compris et apprécié à sa juste valeur : je veux parler de\nWeber et de Rossini, dont j'ai fait connaître les opinions à son sujet.\nPeut-être est-ce la seule fois que ces deux grands esprits, de vues et de\nprincipes si divergents, se sont rencontrés dans une pensée commune ;\nil est glorieux pour Boieldieu que ce soit à son profit.\nEn résumé, le livre de M. Pougin nous paraît appelé à un grand et légi-\ntime succès. C est une œuvre d'analyse sérieuse, saine, élevée, qui révèle\nchez son auteur un véritable enthousiasme en même temps qu'un rare amour\nde 1 art, et dans laquelle 1 intérêt du récit ne le cède en rien aux vues les\nplus remarquables en matière de critique et de sens artistique. C'est la pre-\nmière fois qu un travail aussi étendu, aussi complet, aussi substantiel, est\nconsacré à un musicien français, et il nous semble marquer un nouvel élan\net un nouvel essor dans notre littérature spéciale, qui va chaque jour s'élar-\ngissant et s enrichissant, et dont notre excellent collaborateur est l'un des\nsoutiens les plus éprouvés.\n\nO. LE TRIOUX.\n\nVIII.\nBOIELDIEU\n14"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "210", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.18", "texte": "Autographe de Boieldieu, à MM. les Sociétaires de l'Opéra-Comique,\nau sujet de la Jeune femme colère."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "212", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.20", "texte": "MYTHOLOGIE MUSICALE\nLES SIRÈNE\n\n\"\nVII\nCe principe une fois reconnu, que les Sirènes sont le symbole de la\nséduction féminine, il faut s'empresser de le reléguer dans le Diction-\nnaire de la Fable, avec toutes les nymphes mythologiques qui peu-\nplaient jadis le monde des eaux.\nMais si notre siècle a su substituer à ces rêveries les recherches scien-\ntifiques où règne l'esprit de négation qui le caractérise, il n'en fut pas\ntoujours ainsi, et les historiens modernes, de même que les voyageurs,\nse sont pour la plupart laissé emporter par l'instinct historique et\nl'amour du merveilleux. De là cette croyance universelle à une foule\nd'êtres bizarres et fantastiques, entre autres les moines de mer, les\névêques de mer, qui ne sont en réalité que des phoques (Pl., 11, nos 2,\n3 et 4).\nD'après Albert le Grand, le moine de mer est un poisson « ayant la\npeau du crâne blanche, et tout autour de cette peau comme les cheveux\nd'un moine récemment rasé. » Rondelet (De Piscibus marinis, 1554)\nle décrit à son tour ; J. Zahn (Spécula physico-matliématico-historica)\nen donne une figure à peu près semblable; C. Lycosthène (Prodigio-\nrum ac ostentorum chronicon, 1557) reproduit également l'image d'un\n\n(1) Voir le numéro du i 5 mai."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "213", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.21", "texte": "LES SIRÈNES\n\nmoine trouvé, dit-il, dans la Baltique ; et enfin le Recueil de la diver-\nsité des habits (1572),, donne l'image au vray d'un de ces étranges\nprélats :\nLa mer, poissons en abondance apporte,\nPar dons divins que devons estimer\nMais fort étrange est le moyne de mer,\nQui est ainsi que le pourtrait le porte.\nVEvêque de mer a aussi été chanté par le même poète :\nLa terre n'a évesques seulement\nQui sont par bulle en grand honneur et tiltre:\nUévesque croist en mer semblablement,\nNe parlant point, combien qu'ils portent mitre.\nLe phoque, ou le veau marin, auquel on donne quelquefois le nom de\nvieillard marin (senex maris) parce que, comme le prouve un dessin du\nsenex maris reproduit par Ambrosinus, sa ligure ressemble à celle d'un\nvieillard, a souvent d'ailleurs été exhibé dans les ménageries foraines.\n« Quelques-uns, écrivait Louis le Comte en 1701, ont la tête assez sem-\nblable à la nôtre ; on les nomme à Siam poissons-femmes. »\nTous ces animaux rappellent à peu de chose près le genre phoque,\n(Pl. 11, n° 5). Cela explique pourquoi quantité d'auteurs du Moyen Age\net de la Renaissance, entraînés par leur imagination, affirment avoir\nrencontré des Sirènes lorsqu'en réalité ils n'ont vu que des lamantins,\nespèce de mammifères amphibies appelés à Siam et aux Antilles poissons-\nfemmes. Ce sont trois de ces Sirènes que Christophe Colomb, au rapport\nde Las Cases, vit le mercredi 9 janvier 1493 : « Elles s'élevaient beaucoup\nau-dessus de la mer, » dit dans sa relation le bon et naïf évêque, « mais\nelles ne lui parurent nullement belles. » Ajoutons que le lamantin\nd'Amérique est le type du genre. Outre son nom de pois son-femme, on\nl'appelle encore vache marine, bœuf marin ; son lait a une saveur très\nagréable (1).\nRondelet, déjà cité, raconte qu'après un violent orage en mer, Corné-\nlius d'Amsterdam vit à Edam, en Poméranie, une Néréide. « Elle avait,\ndit-il, une figure de femme qui exprimait une grande fausseté. Elle ne\n\n(i) En histoire naturelle, la Sirène est un petit animal qui forme le 6e genre de\nl'ordre des batraciens. Elle est reconnaissable surtout par une queue qui la distingue\ndes crapauds, des pipas, des rainettes, des grenouilles et autres reptiles sans queue.\nIl y a la Sirène proprement dite, la Sirène lacertine, la Sirène rayée, la Lépido-\nsirène, etc., (pl. II nos 6-7)."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "214", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.22", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nvécut que quelques années et resta muette. D'autres, d'après Seyfried\n(Medulla mirabilium naturœ), virent une femme marine dans le Tibre,\nen 1525, mais ils ne réussirent pas à la capturer. L. Guicciardin, dans\nsa Description des Pays-Bas, raconte également que, en i 503, on fit la\ndécouverte en Hollande d'une femme marine jetée dans un lac par la\ntempête. On conduisit cette femme à Harlem. On la vêtit, on l'accoutuma\nà se nourrir de pain et de viande, à faire quelques travaux de ménage,\netc. Cette femme vécut assez longtemps et demeura muette toute sa vie.\nSelon d'autres auteurs, l'Angleterre, la Grèce, l'Espagne et le Portu-\ngal auraient vu des Tritons, des Néréides et des Sirènes. M. Francisque\nMichel [Le pays basque, sa population, sa langue, etc.) rapporte que la\nmême croyance existait autrefois parmi les habitants des côtes du pays\nbasque, où les Sirènes étaient désignées sous le nom de lamiac.\nJusqu'ici il n'a été question que des Sirènes vivantes, mais si ces der-\nnières ont défrayé bien des relations étranges, les Sirènes mortes n'ont\npas été moins bien partagées. Ledocte Scaliger (Exercit. 226 in Cardan)\naffirme avoir vu à Parme, dans la boutique d'un orfèvre, une Néréide de\nla grandeur d'un enfant de deux ans. Ces exhibitions aquatiques datent\nde loin. Elien prétend, d'après l'autorité de Démostrate, qu'on fit voir\ndans la ville de en Livadie, un Triton desséché absolument\npaieil à ceux décrits par les poètes ; 3a peau était rççouvçrtç de nom-\nbreuses écailles,\nVIII\nIl est temps de terminer cette revue de faits bizarres en consacrant\nquelques lignes à un être plus fantastique encore que tous ceux dont il\na été question jusqu'ici. Il s'agit de la Sirène empaillée que Barnum, le\nplus célèbie puffiste des temps modernes, exposa pendant longtemps\ndans son musée américain. L'apparition de cette monstruosité nous a\nvalu un fort amusant récit de M Oscar Comettant, dans son livre inti-\ntulé : 7rois ans aux Etats-Unis :« Il faut admirer, dit-il, la Sirène\nempaillée que Barnum exposa si longtemps à son muséum. Un jour,\ntous les journaux, de gigantesques affiches et des bandes de musique\nannoncèrent au public étonné la découverte prodigieuse d'une Syrène\nmythologique, moitié poisson et moitié femme.\n« Des pêcheurs, insensibles à la musique, comme autrefois Ulysse,\nfurent surpris en mer par des chants d'une suavité merveilleuse que\nfaisait entendre le long du navire une Sirène de la plus belle venue.\nLoin de se laisser séduire par le charme perfide de cet être mystérieux,"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "215", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.23", "texte": "LES SIRÈNES\n\nils le harponnèrent sans pitié, comme ils auraient fait d'un requin ou\nd'un marsouin. La Sirène, percée parle fer meurtrier, fut halée sur le\npont, où bientôt après elle expira en chantant d'une voix entrecoupée\npar la douleur, quesais-je! peut-être l'air si pathétique du finale delà\nLucie, transposé pour voix de Sirène. Cette Sirène,, soigneusement em-\npaillée par les matelots, fut offerte à Barnum pour son musée national,\ndéjà si riche en curiosités uniques, comme disaient les prospectus.\n« L'animal merveilleux attira longtemps la foule, et Ton venait de\nfort loin pour voir ce prodige. Bientôt pourtant on s'aperçut que la pré-\ntendue Sirène n'était qu'un composé de paille recouverte d'une peau\nlustrée, et que la figure et le torse étaient de cire. On rit beaucoup de\ncette excellente blague d'un homme qui faisait l'admiration générale ;\nmais on ne cessa pas pour cela de contiuuer à aller voir, pour en plai-\nsanter, ce puff mythologique, Il y eut foule comme avant, ce qui fit\nparfaitement l'affaire de Barnum. Il gagna, dit-on, près de cent mille\nfrancs avec sa Sirène empaillée. »\nL'auteur d'une Expédition américaine au Japon, ouvrage publié en\n1867, et dont plusieurs journaux du temps ont donné des extraits, parle\nen ces termes de l'exhibition d'une Sirène presque semblable à celle de\nBarnum : « Les japonais, comme la plupart des races douées d'une\nimagination vigoureuse, aiment beaucoup les choses bizarres, invrai-\nsemblables, sauf à jouer le rôle de dupes. Fischer raconte qu'un pêcheur\nde leur pays, se prévalant de ce goût, s'avisa de joindre la moitié supé-\nrieure d'un singe à la moitié inférieure d'un poisson, de manière que ces\ndeux extrémités semblassent former les deux parties d'un même corps.\nAyant exécuté son idée avec assez d'art pour défier un examen ordinaire,\nil annonça qu'il avait pris dans son filet un animal étrange, mort, par\nmalheur, presque au sortir de l'eau, et il invita ses compatriotes à venir\nadmirer la proie merveilleuse. Les curieux, alléchés, accoururent en\nfoule, et le rusé pêcheur gagna des sommes énormes, grâce à une con-\nfiance sans bornes dans la crédulité humaine. Après avoir largement\nexploité son œuvre originale, il déclara qu'avant de mourir la singulière\ncréature dont il était censé exhiber les restes lui avait parlé (dans la lan-\ngue du Japon ou des îles Feijo), et annoncé qu'à un certain nombre d'an-\nnées extrêmement fertiles succéderait une épidémie générale et meur-\ntrière. Il ajouta que le seul remède contre le fléau, c'était la possession\nd'une image de l'être moitié homme, moitié poisson, et non encore dé-\ncrit qu'il montrait aux amateurs.\n« Cette nouvelle supercherie réussit parfaitement. Le pêcheur fit des-\nsiner des copies de la Sirène apocryphe et les vendit par milliers. Les"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "216", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.24", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nHollandais de la factorerie de Dezima eurent vent un jour de ce com-\nmerce lucratif, et acquirent à beaux deniers comptants la Sirène du\npêcheur, ou une Sirène faite sur son modèle, qu'ils envoyèrent à Bata-\nvia. Là elle fut achetée par un habile spéculateur des Etats-Unis qui\nvint la montrer à toute l'Europe, en 1822 et 1823, comme la véritable\net authentique des îles Feijoo. Ce métier lui donna le double plaisir\nd amasser une fortune considérable, et de faire discuter sérieusement\npar des naturalistes plus ou moins distingués la vieille et puérile ques-\ntion de l'existence des Sirènes. »\nCette Sirène, dont celle exposée à l'exposition orientale des Champs-\nElysées en 1873 descend en droite ligne (pl. 11, n° 1), est aujourd'hui\nclassée parmi les curiosités les plus remarquables du Musée de New-\nYork.\nIX\nAujourd'hui, l'expression de Sirène est généralement prise en bonne\npart. Elle s'applique aux femmes habiles dans le chant, aux cantatrices\nillustres. Ce qui a fait dire à de Salgues : « Plus de plus de ces\nchants voluptueux qui enchaînaient les héros et leur faisaient oublier le\nsoin de leur gloire. Les Sirènes ne se trouvent plus que sur nos théâtres.\nC est pour les Festa, les Barilli, les Branchu, les Duret, nous dirions\naujourd'hui les Miolan-Carvalho, les Nilsson, les Patti, qu'il faut\nmaintenant réserver nos hommages. »\nAjoutons qu'un grand nombre d'œuvres musicales ont célébré les\nSirènes ou des déités et des génies appartenant à leur famille. Citons au\nhasard: Obéron,deWeber;la Flûte de Mozart; le\nnhauser, et le Lohengrin,de Richard Wagner; le\nd'été, de Mendelssohn ; la Dame du de Rossini ; la et le\nLac des Fées,d'Auber; la Tempesta, la et la\nroses, d'Halévy ; le Songe d'une nuit d'été et Psyché, d'Ambroise\nThomas ;la Dame blanche, de Boïeldieu ; le Sylphe, de Clapisson ; la\nReine Mab,de Berlioz ; Giselle,d'Adolphe Adam, et enfin la\ntriomphe de la célèbre Taglioni.\n\nS. BLONDEL."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "217", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.25", "texte": "JEAN MONNET\n\nM\nY\nAILLITE et prison! Vent en poupe et vent en proue!\nUn imprésario vulgaire ne se fût point relevé du\ncoup : Monnet ne prit que le temps de se frotter l'é-\nchine, et fit à l'Angleterre sa plus belle révérence d'a-\ndieu.\nLe 20 décembre 17517 il obtenait l'agrément du roi\npour le rétablissement de l'Opéra-Comique, et passait, le 25 suivant, un\nbail de six ans avec le bureau de la Ville, à 12,000 livres pour chacune\ndes trois premières années_, et à i 5,000 livres pour chacune des trois\ndernières.\nMonnet se sentait mûr pour la fortune. L'artiste s'était bardé du\ntriple airain du philosophe. Insensiblement, on plie son humeur aux\ncomplications des affaires, et tel, qu'un acte de procédure plongeait hier\ndans la noire mélancolie, verrait aujourd'hui d'un œil sec le rétablisse-\nment des tailles, des gabelles et des sergents à verges. En décembre\n1751, Monnet était sans argent; des amis lui en prêtèrent. Il était sans\nauteurs : il découvrit Vadé dont le tour d'esprit l'avait séduit, et se l'at-\ntacha par un traité. Il était sans acteurs : à grands frais il rappela de la\nprovince plusieurs sujets de l'ancien Opéra-Comique. Il était sans\nthéâtre : en cinq semaines, il fit réparer la salle du faubourg Saint-\nGermain, branlante, croulante, et depuis dix-huit ans sous le scellé de\n\n(i) Voir le numéro du i5 mars."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "218", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.26", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nla justice. L'ouverture de son spectacle était fixée au 3 février 1752 :\naudit jour, on y débitait le Retour favorable, prologue d'ouverture.\nDepuis la suppression de l'Opéra-Comique en 1745, on ne représen-\ntait plus à la foire que des scènes muettes et des « pantomimes an-\n« gloises. » Quelques troupes de danseurs de cordeet de sauteurs, des ma-\nrionnettes, des animaux sauvages, des joueurs de gobelets y « faisoient\nleurs monstres. »La Grande troupe étrangerey établie depuis 1735 par\nRestier et Lavigne, attirait encore le menu peuple, mais les gens du\nbel air avaient abandonné les loges. Monnet sut les y ramener, er sa\ndirection, de 1752 à 1757, marque le beau temps de l'Opéra-Comique.\nTous les auteurs temps s'accordent à rendre hommage à ses ta-\nlents. La Harpe vante son intelligence et son activité: Grimm, son obli-\ngeance ; l'abbé de La Porte, son habileté; Fréron, son goût et son\nesprit. Chevrier, dont Sabatier de Castres compare les libelles agres-\nsifs « à ces nuées d'insectes éphémères qui ne piquent qu'un mo-\nment et ne vivent qu'un jour, » rentre les griffes devant Monnet.\n« Ce spectacle, dit-il quelque part, en parlant de TOpéra-Comique, con-\ntre lequel la décence s'est récriée longtemps avec une sorte de raison,\ndevient aujourd'hui un amusement honnête qui attire tout Paris, grâce\naux soins que M. Monnet prend pour l'embellir. » Et, après avoir\ndéclaré qu'z/ est seul capable de conduire ce spectacle... «M. Mon-\nnet qui a senti que TOpéra-Comique n'était rétabli que pour augmenter\nnos plaisirs et que leur intérêt exigeait qu'il durât toujours, a fait des\ndépenses étonnantes pour la construction d'une salle à la foire Saint-\nLaurent et pour l'embellissement de celle de Saint-Germain. Attentif à\nplaire au public, il met à profit son goût et son intelligence pour nous\nprocurer de bons auteurs et des acteurs dignes d'eux. »\nA son expérience chèrement acquise des choses du théâtre, Monnet\nunissait une ingéniosité native qui lui rendait familiers les moindres\ndétails d'une grande entreprise. 11 y a dans Monnet du chorégraphe, du\ndécorateur, du machiniste, voire même de l'architecte. Cette fameuse\nsalle .Saint-Laurent, qui arrache des cris d'admiration à tous les rédac-\nteurs des feuilles publiques : si nouvelle que les Parisiens la vont visiter\nen pèlerinage, si jolie que le roi l'achètera plus tard pour la faire\ndémonter et remonter à l'hôtel des Menus, c'est Monnet qui en a\nl'idée et qui la soumet à l'architecte, ce Le théâtre, dit Monnet, pour\nlequel il n'y eut ni dessin ni plan d'arrêté, fut construit dans trente-sept\nours. » Arnoult, machiniste-ingénieur du roi, dirigea l'exécution des\ntravaux avec de Leuze. Boucher se fit un plaisir de composer « les\ndessins du plafond, des décorations7 des ornements même, et de présider"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "219", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.27", "texte": "JEAN MONNET\n\nà toutes les parties de la peinture qui fut employée dans cette salle. »\nU Observateur littéraire revendique en faveur de Roland le Virloys,\narchitecte du théâtre de Metz, bâti en 1751, l'invention du système de\nloges appliqué à TOpéra-Comique. « Lorsque M. le Virloys faisait con-\nstruire les loges du théâtre de Metz, un curieux qui était alors dans cette\nville et lui rendait de fréquentes visites, fit quelque temps après un\nvoyage à Paris, Il apprit qu'on était dans le dessein d'élever un théâtre\npour TOpéra-Comique à la foire Saint-Laurent. Il vit les entrepreneurs\net leur communiqua les idées de M. le Virloys. Ceux-ci s'en sont fait\nhonneur ; sans en être jaloux, le véritable auteur peut réclamer un bien\nqui lui appartient. Vous avez vu les loges de ce spectacle ; elles sont\nfaites à l'imitation de celles de Metz (1) ». De l'aveu de Favart (Mémoi-\nres), il n'était rien de comparable à la salle Saint-Laurent, pour l'élé-\ngance et le confort, et lorsqu'il fut question de la jeter bas en 1761,\naprès la réunion de TOpéra-Comique à la Comédie-Italienne, tout Paris\nprotesta. Pour la sauver, Favart voulait que la Comédie-Italienne se\nménageât à la foire un théâtre d'été. Durnont en donne le plan dans son\nParallèle des plus belles salles de spectacle dltalie et de France (2).\nJe pourrais, à l'aide de YAlmanach des spectachs, dresser le catalogue\nexact des pièces que Monnet a produites sur les scènes des foires Saint-\nGermain et Sainte-Laurent, ainsi que la liste des acteurs, actrices, sym-\nphonistes, danseurs et danseuses engagés sous sa direction * cette com-\npilation ferait craquer mon cadre.\nMais on me saura peut-être gré de rééditer, d'après YAlmanach des\nspectacles pour 1755 (3), le fragment qui suit et qui en dit long sur la\nconstitution de l'Opéra Comique régénéré par Monnet.\nLa plupart des artistes, cités dans ce tableau, se sont distingués dans\nleur genre, et le lecteur ne manquera pas de souligner les noms d'An-\nseaume, de Laruette et de Noverre. D'Avesne, qui conduisait l'orchestre,\nétait précédemment ordinaire de VAcadémie royale de Musique et\nbasse du grand chœur. C'était un compositeur assez distingué, qui avait\nécrit déjà quelques bonnes ouvertures d'opéra comique, et, dans un\nordre plus élevé, des motets à grand chœur, exécutés avec succès au\nConcert spirituel :\n\n(1) L'Observateur littéraire (1759. T. V).\n(2) Paris. i/63, in-folio.\n(S) LES SPECTACLES DE PARIS, OU suite du Calendrier historique et chronologique\ndes Théâtres. QUATRIÈME PARTIE pour Vannée 1755. (Paris, Duchesne, 1755.)"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "220", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.28", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nÉTAT DES PERSONNES\nqui composaient /'OPÉRA-COMIQUE en 1734, et dont plusieurs doivent paraître\nau même spectacle durant les foires de Saint-Germain et de Saint-Laurent\nde cette année iy 55.\nDirecteur : M. MONNET.\nSous-Directeur : M. ANSEAUME.\nACTEURS :\nMESSIEURS. Paran avait joué la comédie en province, et en particulier à\nl'Opéra-Comique en Flandres. Il joue à celui de Paris depuis le rétablisse-\nment de ce spectacle, où il fait les rôles de pierrot, de paysans et autres\nrôles de caractères.\nDeschamps a fait en province les rôles d?amoureux 5 il continue les mêmes\nrôles depuis deux ans à FOpéra-Comique.\nLaruette joue différents caractères, principalement les amoureux dans les\npièces imitées des intermèdes italiens. Il est à 1 Opéra-Comique depuis le\nrétablissement de ce spectacle.\nDe Hautemer pour les rôles de financier et de paysans \\ il a aussi composé\npour FOpéra-Comique et pour les danseurs de corde.\nDelisle, ci-devant acteur àla Comédie de Marseille, fait les rôles à manteau\net les paysans.\nDarcis jouait à Strasbourg les rôles de bergers et d'amoureux, qu'il con-\ntinue de faire à FOpéra-Comique avec le sieur Deschamps.\nBouret a débuté à la foire Saint-Germain dernière par le rôle d Alexis,\ndans la Chercheuse d'esprit, et fait avec succès les rôles de niais.\nRebours, ancien acteur de ce théâtre, y a reparu au mois de septembre\ndernier. Il se destine aux rôles dQ pères et de paysans.\nACTRICES :\nMESDEMOISELLES. Rosaline fait les rôles de première amoureuse. Elle joue\nà FOpéra-Comique depuis qu'il est rétabli. Elle a chanté quelque temps à\nl'Opéra.\nVilliers fait les rôles de mère, de tante et autres rôles de caractère. Elle\njoue à Paris depuis le rétablissement de ce spectacle.\nDelorme a chanté quelque temps dans les chœurs à l'Opéra. Elle fait les\nrôles de soubrette ; elle est à FOpéra-Comique depuis deux ans.\nDeschamps joue aussi les amoureuses ; elle était ci-devant à la Comédie de\nBruxelles.\nLegrand est chargée des rôles de cousines et fait les troisièmes amoureuses.\nElle est à FOpéra-Comique depuis la foire Saint-Germain dernière.\nQue net a débuté à la foire Saint-Laurent le 17 septembre 1754 dans le rôle\nde la Nouvelle Bastienne.\n\\"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "221", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.29", "texte": "JEAN MONNET\n\nNOMS DES DANSEURS\nM. NOVERRE, maître de ballets.\nMESSIEURS :\nDelaître Gatebois Leclerc\nGalodier Papillon Turbeau\nDupuis Julien Chaperon\nHarant Pochet Bataille\nDesmartins Lassi Lefèvre\nNoverre C. Canut Lescot\nRochefort\nDANSEUSES :\nMESDEMOISELLES\nDumirei Marini Paran\nDeschamps Cornu Lejeune\nPrudhomme Caron Marlet\nDelaître Armand Lescot\nSauveur\nORQUESTRE:\nCompositeur :M. D'AVESNE\nVIOLONS :\nMESSIEURS\nMontgautier Arnoult Paris\nAlexandre Voyez Champion\nGautier\nPatou, répétiteur, Ebert et Steinmetz, cors.\nPrudent et Vatrin, basses. Rostenne et Vautier, flûte et hautbois.\nFrance, Béraud et Simonet, bassons. Baronville, timballier.\nMarchand et Dargent, contre-basses. Désabev, trompette<\nAUTRES PERSONNES\nemployées à ce spectacle\nSilvestre, copiste.\nBoquet, dessinateur d'habits.\nGuilliet et M oulin, peintres décorateurs.\nD'Amour, concierge.\nPeret, contrôleur.\nMademoiselle Labarre, reçoit les billets à la porte.\nMartin, reçoit ceux de ïamphithéâtre.\nThomas, reçoit ceux du parquet.\nPonsard, reçoit ceux du parterre.\nGrandidier, délivre les billets de théâtre et de premières loges.\nDurivaut, délivre les billets de secondes et de troisièmes loges et ceux du\nparterre."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "222", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.30", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nMonnet était un directeur autoritaire. Il avait opéré dans son per-\nsonnel une réforme qu'on attendit longtemps à la Comédie-Française :\nle réalisme du costume. « Si vous n'avez pas toujours l'esprit de votre\nrôle, disait-il, faites en sorte d'en avoir l'habit. »\nIl avait également prohibé ces communications de la rampe à la salle5\nsi nuisibles à l'illusion scénique. Voici le règlement qu'il faisait lire à\nses pensionnaires, le premier jour de chaque mois, aux assemblées de\nrépétition :\nRèglement pour la police intérieure de l'Opéra-Comique.\nLe relâchement de la police qui doit être observée dans l'intérieur du spec-\ntacle de l'Opéra-Comique ayant donné lieu à plusieurs abus qui intéressent\nautant la décence des mœurs que le succès même et la tranquillité du spec-\ntacle, il a été réglé et arrêté que les articles ci-après seront exactement\nobservés.\nI. Les acteurs et actrices, danseurs et danseuses se rendront au théâtre à\nl'heure marquée pour se préparer et s'habiller ; et les actrices et danseuses ne\nlaisseront entrer dans leurs loges que leurs coiffeuses, leurs femmes et les\npersonnes nécessaires à leur ajustement.\n11. Fous les acteurs, et principalement les actrices et danseuses, ne paraî-\ntront sur le théâtre ou dans les coulisses que pour jouer leurs rôles, et\nchaque fois qu'elles sortiront de la scène, elles se retireront successivement\ndans la loge construite à cet effet à côté de l'orchestre, à moins qu'elles ne\nfussent obligées de reparaître un instant après, auquel cas elles pourront\nrester dans la salle, pourvu qu'elles s'y comportent modestement et ne\ns'écartent point.\n111. En conséquence de l'article ci-dessus, ne pourront lesdites actrices et\ndanseuses, lorsqu'elles auront fini leurs rôles sur la scène, demeurer ni\ns'arrêter dans les coulisses, sous quelque prétexte que ce soit, à peine de\npayer l'amende qui sera ci-après réglée pour chaque fois qu'elles y auront\ncontrevenu.\nIV. Tous acteurs et actrices, danseurs et danseuses, symphonistes et autres\nemployés seront tenus de se trouver exactement à la répétition des pièces\naux heures qui leur seront prescrites, comme aussi d'entrer au théâtre les\njours de spectacle aux heures marquées.\nV. Tous acteurs et actrices, danseurs et danseuses qui auront contrevenu\nà ce qui est porté par les articles ci-dessus, seront amendables de la somme\nde 6 liv. pour chaque contravention, et les symphonistes et autres employés\nde celle de trois liv., lesquelles sommes seront retenues sur leurs appointe-\nments.\nVI. Ceux et celles qui n'arriveront aux répétitions qu'après la première\nseène finie, payeront chacun la moitié de l'amende ci-dessus.\nVII. Tous acteurs, symphonistes et autres employés qui se\nprésentent au spectacle dans un état d'ivresse, payeront l'amende de 6 liv.\npour la première fois, et en cas de récidive il sera libre à l'entrepreneur de\nles remercier."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "223", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.31", "texte": "JEAN MONNET\n\nVIIL II y aura un contrôleur des amendes chargé d'en faire la retenue\nsur les appointements de ceux ou celles qui les auront encourues, et le pro-\nduit en sera distribué chaque mois par l'entrepreneur ou directeur, en pré-\nsence dudit contrôleur, aux pauvres gagistes du spectacle qui sont jugés en\navoir le plus besoin.\nIX. Les portiers et contrôleurs qui laisseront entrer sans payer ou sans\nun billet de l'entrepreneur seront à l'amende de 3 liv. par chaque personne.\nX. Tous les gens des postes ne pourront recevoir de l'argent pour faire\nentrer ou placer qui que ce soit sans un billet du bureau, à peine de révoca-\ntion de leur emploi.\nXI. Les acteurs, actrices, danseurs et danseuses ne pourront se placer dans\naucun endroit de la. salie aux heures de spectacle, sinon dans une des\nsecondes loges qui sera destinée à cet effet.\nSes façons omnipotentes sont encore dénoncées dans une parodie de\nCinna dirigée contre le duc d'Aumont, en 1759, et pour laquelle on\nembastilla Marmontel. C9est le duc d'Aumont qui parle :\nQue chacun se retire et qu'aucun n'entre ici ;\nVous, Le Kain, ; vous, d'Argental, aussi.\nCet empire absolu que fai dans les coulisses\nDe chasser les acteurs, de choisir les actrices ;\nCette grandeur sans bornes et cet illustre rang,\nQue f eusse moins brigué s'il eût coûté du sang,\nEnfin tout ce qu'adore en ma haute fortune\nDu vil comédien la bassesse importune,\nN'est que de ces beautés dont l'éclat éblouit\nEt qu'on cesse d'aimer sitôt qu'on en jouit.\n«•••••••••• ••••♦••\nMolière eut comme moi cet empire suprême ;\nMonnet dans la province en a joui de même.\nD'un œil si différent, tous deux Vont regardé,\nQue l'un s'en est démis, et Vautre Va gardé.\nMonnet, vain, tracassier, plein d'aigreur et d'envie,\nVoit en repos couler le reste de sa vie,\nEt Vautre, qu'on devait placer au plus haut rang,\nEst mort sans médecin, d'un crachement de sang.\nCes exemples récents suffiraient pour m*instruire,\nSi par l'exemple seul on pouvait se conduire.\nL'un m'invite à le suivre, et l'autre me fait peur. Etc., etc.\nL'auteur de cette parodie était l'intendant des Menus-Plaisirs du\nroi, M. de Cury, qui n'alla pas rejoindre Marmontel à la Bastille.\n(La suite prochainement*)\n\nARTHUR HEULHARD."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "224", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.32", "texte": "LE\nTHÉÂTRE DES DEMOISELLES VERRIÈRES\n\nCHAPITRE PREMIER\nARMI les nombreux théâtres de société qui s'établirent\nà Paris pendant le siècle dernier et dont les troupes\nd'amateurs, comédiens volontaires plus zélés que les\nartistes de profession, se recrutaient parmi les actrices\nou courtisanes à la mode et parmi les membres les\nplus notables du monde des lettres, de la noblesse ou\nde la finance,—celui des demoiselles Verrières était un des mieux organi-\nsés et l'un de ceux dont les représentations étaient le plus recherchées.\nCes deux sœurs avaient su par leur esprit et leur beauté arriver rapi-\ndement, l'une aidant l'autre, au premier rang parmi les filles entretenues\nde la capitale et tenaient le haut du pavé dans la société galante de l'épo-\nque. « Les demoiselles Verrières, madame George Sand, qui leur\ntient par les liens du sang, vivaient ensemble dans l'aisance, et menant\nmême assez grand train, encore belles et assez âgées pourtant pour être\nentourées d'hommages désintéressés ! Celle qui fut mon arrière-grand'\nmère était la plus intelligente et la plus aimable. L'autre avait été\nsuperbe; je ne sais plus de quel personnage elle tenait ses ressources.\nJ'ai ouï dire qu'on l'appelait la Belle et la Bête (i). »\n\n(i) Histoire de ma vie, chap. 11. C'est à cet ouvrage et à ce»chapitre que se rap-\nportent les emprunts et observations que nous ferons par la suite à madame\nGeorge Sand."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "225", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.33", "texte": "THEATRE DES DEMOISELLES VERRIÈRES\nVIII.\n15\n\nLes deux sœurs comptaient les plus grands noms de France dans le\nvolumineux dossier de leurs amours. L'aînée surtout avait été courtisée\npar les plus illustres seigneurs et s'était bien gardée de repousser leurs\nhommages. Elle avait été la maîtresse en titre de Maurice de Saxe et\navait eu de lui une fille qu'on avait cru prudent de soustraire au dange-\nreux exemple de sa mère : elle était élevée à Saint-Cyr, par les soins de\nla dauphine, fille du roi Auguste de Pologne et nièce du maréchal de Saxe.\nMademoiselle de Verrières l'aînée avait été aussi distinguée par le duc\nde Bouillon et parle prince de Turenne.\nCe double propos mérite créance, car celui qui l'affirme est digne\nde foi. C'est l'inspecteur de police Meusnier, lequel, ayant à parler,\ndans un rapport, d'un nommé Lambert, laquais beau garçon, honoré\ndes premières faveurs de mademoiselle Leduc cadette? ajoute : « Ce\nLambert est actuellement attaché au prince de Turenne ; c'est lui qui\nveillait sur la conduite de la demoiselle Verrières l'aînée, sa maîtresse,\nlorsqu'elle demeurait rue Montmartre. Pour répondre même plus sûre-\nment du trésor qui lui étoit confié, il couchait dans une chambre à côté\nde la sienne, et je crois que le drôle mangeait le lard (1). »\nLes deux sœurs possédaient maison de ville et maison des champs, et\nelles prenaient un si grand plaisir à jouer la comédie qu'elles avaient un\nthéâtre monté à la campagne comme à la ville. La salle de spectacle de\nleur villa d'Auteuil était élégante et bien disposée, mais celle de leur\nhôtel de Paris, sis en la Chaussée-d'Antin, était particulièrement jolie :\nelle était très grande pour un théâtre particulier, d'une belle hauteur et\ntrès richement décorée. Elle ne comptait pas moins de sept loges en balda-\nquin,d'un dessin élégant et tendues de riches étoffes; puis, comme dans\ntous les théâtres de société établis alors chez de riches courtisanes, il y\navait un certain nombre de loges grillées qui permettaient aux femmes\nde qualité d'assister au spectacle sans être vues (2).\n\n(1) Rapport de l'inspecteur Meusnier (ier août 1753) sur mademoiselle Leduc ca-\ndette, autrement dite l'Altesse, à cause de ses relations avec le comte de Clermont.\nCe rapport, qui faisait partie du volumineux journal de police inédit conservé à la\nBibliothèque de la Ville, a été détruit dans l'incendie de l'Hôtel de Ville; mais il\nest reproduit en entier dans l'ouvrage si curieux et si complet de M. Jules Cousin :\nLe Comte de Clermont, sa cour et ses maîtresses.\n(2) Les véritables noms des Verrières étaient Marie et Genevièveßinteau. Madame\nGeorge Sand anoblit son arrière-grand'mère quand elle la qualifie de dame d'opéra,\ncar nous ne croyons pas, après recherches faites, que mademoiselles Verrières ait\njamais figuré dans les chœurs chantants ni dansants de l'Académie de musique.\nMadame George Sand se trompe encore quand elle donne l'hôtel de la Chaussée-\nd'Antin pour une maison des champs : c'était la demeure de ville, et la maison de\ncampagne était à Auteuil."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "226", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.34", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nLe répertoire ordinaire du théâtre ne se composait pas, comme on\npourrait le croire, de farces grossières et de parades licencieuses les\nmaîtresses de céans avaient le goût trop fin et le ton trop distingué pour\n»\nse commettre de la sorte, mais de pièces empruntées de préférence au\nThéâtre-Français et à la Comédie-Italienne ou bien encore composées\nspécialement pour faire valoir le talent des deux sœurs par quelque litté-\nrateur épris de leurs charmes, admis dans la maison à titre d'amant de\ncœur. Deux écrivains bien connus, entre autres, se succédèrent dans ce\nposte agréable comme ils se succédèrent à l'Académie et eurent dès\nlors la haute main sur ces divertissements dramatiques, où ils devaient\nfigurer à la fois comme auteurs et comme acteurse\nL'un était le tendre et doux Colardeau, qui avait refusé d'entrer au\nbarreau pour se consacrer tout entier à la poésie et qui avait débuté de la\nfaçon la plus brillante par la fameuse lettre d'Héloïse à Abélard, imitée\nde Pope, où l'on remarquait un heureux choix de mots, une rare élégance\nde tournures, une harmonie, une mollesse presque voluptueuse. Son\nhéro'ïde Armide à Renaud, imitée du Tasse, fut loin d'obtenir un pareil\nsuccès, et en outre, ses deux tragédies d'Astarbê et de Caliste, imitées\nTune de la Clèopâtre de Corneille, Pautre du drame anglais de Rowe,\nla Belle Pénitente, avaient montré que le délicat poëte était médiocre-\nment doué pour le théâtre. Mais sa muse tendre et langoureuse et sa\nfigure distinguée Pavaient toujours fait bien venir des dames, et il avait\nsu mettre à profit ces avantages naturels.\nL'autre fut i'Aristarque dur et quinteux, à la petite taille, au ton\ntranchant, à Pair hardi ; le brillant élève du collège d'Harcourt, auquel\nson emprisonnement à la Bastille, puis au For-PEvêque, pour une pec-\ncadille d'écolier avait valu une sorte de célébrité; Pauteur applaudi de\nWarwick, Pauteur bafoué de mainte autre tragédie, le flatteur, le fa-\nvori et le correcteur de Voltaire, le célèbre critique du Mercure, La\nHarpe enfin, qui allait obtenir un succès de scandale avec ce drame de\nMélanie ou la Religieuse, dont la représentation fut interdite, mais que\nPauteur lut dans toutes les sociétés de Paris, et où les idées du temps\net le goût du jour étaient également flattés par cette attaque contre\nles vœux forcés, par cette sensibilité déclamatoire et ce pathétique\nvulgaire.\nPeu de temps après l'échec éclatant de son Timoléon, joué en août\n1764, La Harpe avait fait un assez sot mariage et épousé la fille\nlimonadier qui composait des vers. « Une mauvaise tragédie et un ma-\nriage, dit alors Grimm, c'est faire deux sottises coup sur coup. »La\nHarpe se rangea, paraît-il, de cet avis et voulut réparer au moins la sot-"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "227", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.35", "texte": "THÉÂTRE DES DEMOISELLES VERRIÈRES\n\ntise de son union ; il oublia donc qu'il était marié et se mit à courir les\nfilles et les comédiennes au su et vu de tout le monde.\nBachaumont, qui était favorablement accueilli dans la société des\ndemoiselles Verrières, et qui assistait régulièrement à ces représentations,\npayait l'honneur qu'on lui faisait de Pinviter en mentionnant dans ses\nmémoires, tantôt avec éloge, tantôt avec une pointe de méchanceté, les\nvelléités diamatiques des deux soeurs et leurs tentatives plus ou moins\nheureuses. C'est ainsi qu'il écrit le 21 mars 1762: « M. Colardeau\nchausse le brodequin aujourd'hui. Il a fait une petite pièce en deux\nactes, intitulée : Camille et Constance. Ce drame a été représenté à\nAuteuil, chez les demoiselles Verrières ; il est tiré de la Courtisane\namoureuse, conte de La Fontaine. On sent tout le sel que devait avoir\ncette pièce en pareil lieu. L'auteur veut la resserrer en un acte et nous en\nrégaler aux Français. »\nLa paraphrase du conte de La Fontaine, imaginée par Colardeau,\nobtint un réel succès sur ce théâtre privé,, soit par son mérite\nsoit par 1 attrait de l'allusion, car elle y fut jouée à plusieurs reprises.\nBachaumont en reparle par la suite en des termes presque élogieux pour\nFauteur et pour les actrices : « Les demoiselles Verrières, les Aspasies\nau siècle, écrit-il le 26 avril 1763, se distinguent par des spectacles\nagréables qu'elles donnent chez elles ; elles y jouent avec le plus grand\nsuccès ; elles ont deux théâtres fort ornés et très fameux pour des parti-\nculiers, à la ville et à la campagne. M. Colardeau, jeune poète, a con-\nsacré ses talents en l'honneur de ces deux divinités. On y joue entre\nautres nouveautés de cet auteur, la Courtisane amoureuse, drame en\ndeux actes, en vers, mêlé d ariettes, qu'il a fait en faveur de l'aînée,\nvivement éprise de cet auteur (1). »\nUn des spectacles donnés par les demoiselles Verrières qui attirèrent\nle plus de monde et eurent le plus de retentissement à la cour comme à\nla ville, dans la finance comme dans la diplomatie ou le clergé, fut celui\ndu 6 mai 1763. Ce jour-là, en effet, le programme était particulièrement\nattrayant, car outre la pièce favorite, la Courtisane amoureuse, les deux\nsœurs et leurs illustres amis, le baron de Vanswieten, Colardeau,\nM. d'Epinay, le président de Salaberry, devaient jouer une grande\ncomédie de Marivaux, la Surprise de Vamour, dans laquelle le souvenir\nd*interprètes célèbres, tels que Préville et mademoiselle Grandval, était\nencore vivant et devait provoquer de piquantes comparaisons.\n\n(î) C'est probablement aussi pour le même théâtre que Colardeau composa un\nautre opéra comique, les Amours de Pierre Lelong et de Geneviève ainsi que\nplusieurs divertissements retrouvés dans ses papiers manuscrits, mais non publiés*"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "228", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.36", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nCe titre sémillant, la Surprise de l amour, servit successivement à\nMarivaux pour deux pièces différentes. La première était une comédie\navec divertissements, représentée à la Comédie-Italienne, en 1722 : le\nrôle de l'amoureux servit alors de début au fils du célèbre couple italien_,\nLouis et Flaminia Riccoboni. Ce jeune garçon, François, qui devait\nillustrer, comme ses parents, le nom de Riccoboni, ne faisait que sortir\ndu collège, et son père avait cru devoir prévenir les spectateurs dans un\ndiscours propre à exciter leur bienveillance ; mais pareille précaution\nétait bien superflue, car le jeune débutant montra dès 1 aboid un talent\nremarquable pour son âge et obtint un vif succès. Louis Riccoboni\nreçut même à ce propos une pièce de vers anonyme où lon prédisait à\nson enfant un brillant avenir théâtral, et le père put vérifier la justesse\nde cette prophétie, car il suivit pas à pas la carrière de son fils et tous\ndeux se retirèrent ensemble du théâtre.\nA quelque temps de là, Marivaux composa une nouvelle Surprise de\nlamour et la porta aux comédiens français, qui la jouèient le 01 dé-\ncembre 1727. Mais il s'en fallut bien que le succès fut le meme qu à\nl'hôtel de Bourgogne et répondît aux espérances de Fauteur. On peut\nexpliquer cet insuccès, comme fait le Mercure, par le genre même de\nl'ouvrage, qui parut un peu léger pour la Comédie-Française, et qui\nconvenait mal au talent dramatique et pompeux des deux principaux\ninterprètes, Quinault-Dufresne et Adrienne Lecouvreur. « Toutes les\nvoix se réunissent à dire, ajoute le Mercure pour verser du baume sui\nla blessure de Marivaux, que la dernière Surprise de l amour est une\npièce parfaitement bien écrite, pleine d'esprit et de sentiment ; que c est\nune métaphysique du cœur très délicate, et dans laquelle on est foicé de\nse reconnaître, quelque prévention qu'on apporte contre le genre. Le\nsujet est trop simple, dit-on, soit ; mais c'est de cette même simplicité\nque l'auteur doit tirer une nouvelle gloire, telle que celle que la tragédie\nde Bérénice a acquise à M. Racine. »\nLes comédiens italiens n'avaient pas vu sans regret Marivaux se faire\nainsi concurrence à lui-même, et ils ne manquèrent pas de réclamer leur\ndroit de priorité dans uns Revue des théâtres, signée des noms aimés de\nDominique et Romagnési, qu'ils jouèrent le ler mars 1728. Cette pièce,\nqui semble être le prototype des revues de fin d'année telles qu'on les\npratique encore aujourd'hui, mettait en scène les principales pièces\njouées sur les différents théâtres dans le courant de l'année précédente.\nElles comparaissaient toutes au tribunal de Momus, représenté par\nDominique. La Surprisé de /'amour, des Italiens, figurée par la\ndemoiselle et celle des Français, figurée par la demoiselle"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "229", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.37", "texte": "THÉÂTRE DES DEMOISELLES VERRIÈRES\n\nLélio, se querellaient sur leur prééminence et en venaient bien vite aux\ngros mots. Afin de clore le débat, Momus faisait le portrait comparé des\ndeux sœurs et allait pour donner la préférence à la cadette, quand le\npédant Hortensius, joué par le sieur Ambroise, venait tout gâter par\nses longs discours, où il s'étonnait que cette cadette « voulût entrer dans\nune concurrence onéreuse à son individu. » Momus, ne comprenant\nrien au langage pédantesque de ce maladroit défenseur, conservait le\npremier rang à l'aînée, qui était celle des Italiens. Il n'y avait rien\nd'étonnant que la Comédie-Italienne, à la fois juge et partie dans ce\nprocès, conclût en sa faveur.\nSi la Surprise de Vamour avait été, à l'origine, compromise par le\njeu trop tragique d'Adrienne Lecouvreur et de Quinault-Dufresne, et\nn'avait obtenu d'abord aucun succès, elle avait été très goûtée par la\nsuite et était devenue une des pièces préférées du public, grâce à la verve\net au talent de Préville et de madame Grandval. Lorsque cette comé-\ndienne avait pris sa retraite à la clôture de Pâques 1760,, elle avait voulu\nfaire ses adieux au public par cette comédie, et ce choix avait fait dire\nqu'elle « avait voulu finir avec le public comme une maîtresse coquette,\nqui, pour quitter un amant, saisit l'instant où elle doit paraître plus\naimable à ses yeux. » Trois ans n'étaient pas écoulés depuis cette sortie\ntriomphale, lorsque notre troupe d'amateurs ne craignit pas de se mesu-\nrer avec de pareils souvenirs. Voici, mise en regard, la distribution\ncomparée de la Surprise d'amour à son apparition à la Comédie-\nFrançaise, en 1727, et sur le théâtre des demoiselles Verrières.\nLa Marquise, veuve. Mllß Ad. Lecouvreur... M 1 de Verrières cadette.\nLe Chevalier Quinault-Dufresne Le baron de Vanswiéten.\nLe Comte Dubreuil Colardeau.\nLisette, suivante de\nla marquise MiU Quinault Mlle de Verrières aînée.\nLubin, valet du che-\nvalier Armand Le président de Salaberrjr.\nM. Hortensius, pé-\ndant Duchemin père M. d'Epinay.\nLe tout a été passablement exécuté en général, dit Bachaumont ;\nmais les deux sœurs ont excellé, surtout la comtesse ; elles seraient\napplaudies sur la scène française. » L'éloge n'est pas mince, surtout\nvenant d'un juge d'ordinaire si difficile à contenter.\nLe spectacle se terminait par la Courtisane amoureuse, jouée par les\nsœurs Verrières, par deux des meilleurs acteurs de la Comédie-Ita-"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "230", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.38", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nlienne, La Ruette et l'amoureux Le Jeune, puis enfin par la jolie made~\nmoiselle Villette, danseuse surnuméraire à l'Opéra et premier sujet\ndans la troupe galante de l'époque (T).\nBachaumont, qui était décidément ce soir-là en verve d'indulgence,\nétudie cette œuvre par le menu et se résume dans un jugement presque\nde tout point favorable. « La musique de la seconde pièce, dit-il, est de\nM. Dupin de Francueih La comédie est froide et l'auteur n'a pas tiré\ntout le parti possible du sujet. La courtisane, trop langoureuse, fait des\navances peu décentes sur le théâtre, quoiqu'elles soient naturelles dans\nle conte. Il y a des détails agréables ; la pièce est écrite élégamment et\navec facilité. On y reconnaît une plume chaste, qui ne se permet pas la\nplus légère plaisanterie, quelque susceptibles qu'en fussent le sujet et le\nlieu. La musique est bonne et nourrie. On reproche à l'auteur des lon-\ngueurs et beaucoup de réminiscences. L'aînée Verrières faisait le rôle de\nla courtisane ; sa sœur, la soubrette ; mademoiselle Villette, une mar-\nchande de modes; Le Jeune, l'amoureux; et La Ruette, le valet. Ce\nspectacle fort attrayant était soutenu d'un orchestre bon et nombreux ;\nen un mot, rien n'y manqua ; il y avait fort bonne compagnie. »\nCette soirée aurait pu vraiment fournir à Marivaux le titre d'une de\nses plus jolies comédies. Une ancienne maîtresse de Maurice de Saxe\ns'amuse à jouer une comédie créée à l'origine par la plus célèbre des\nmaîtresses du maréchal : jeu de l'amour et du hasard. Quels personnages\nformaient la société habituelle de ces courtisanes ? Qui jouait la comédie\navec elles? Un ancien fermier général, M. d'Epinay. Qui composait de\nla musique pour leurs divertissements ? Le premier amant de madame\nd'Epinay, le séduisant Dupin de Francueil, engagé par M, d'Epinay\nlui-même à venir passer les fêtes de Pâques à sa campagne, et qui avait\nébauché là son roman d'amour avec la maîtresse de céans, sous le\ncouvert de la musique, en lui donnant des leçons de où il\nétait question de tout autre chose que de mélodie et d'accords. Cette\nrencontre fortuite du mari et de l'amant de madame d'Epinay dans le\n\n(i) Un des inspecteurs de M. de Sartines donne les renseignements suivants sur\ncette demoiselle dans son rapport du 3i juillet 1762 : « La demoiselle Villette, dan-\nseuse dans les ballets de l'Opéra depuis Pâques dernier, demeurant rue Neuve-\nSaint-Honoré, chez Dulac, parfumeur, connue pour jeune et jolie et dont le sieur\nMarais a parlé dans différentes feuilles, est passée de la semaine dernière aux appoin-\ntements de M. de Commicourt, actuellement intéressé dans les affaires du Roi et\nci-devant intendant de M. le duc de Chaulnes, à raison de i 5 louis par mois. La sai-\nson est si dure pour nos demoiselles de spectacle, qu'elles acceptent tout ce qui se\nprésente. Cette demoiselle a un frère qui va débuter aux Français dans les seconds\nrôles; on le dit être d'une fort jolie figure, »"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "231", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.39", "texte": "THÉÂTRE DES DEMOISELLES VERRIÈRES\n\nsalon de filles a la mode et les relations amicales qui se renouèrent entre\ndeux galants hommes qui devaient, paraît-il, se trouver toujours en\npartage et avaient le bon goût de se mettre toujours d'accord : encore un\njeu de l'amour et du hasard.\nPour se bien convaincre que cette éternelle histoire des maris trompés\nne change guère de mise en scène et se reproduit identique à toutes les\népoques, il suffit de relire le passage de ses mémoires 011 madame d'Epi-\nnay raconte ingénument les adroites manœuvres de Francueil pour en\nvenir à ses fins au moment où le mari allait partir pour effectuer sa\ntournée de fermier général. « La veille du départ de mon mari, dit-elle,\nil vint passer l'après-dînée à la maison, comme à son ordinaire. Je lui\ndis, je ne sais à propos de quoi, que je n'aimois rien tant que d'entendre\ndes cors de chasse le soir pendant le repas ; il ne releva point ce propos.\nIl sortit à huit heures, et en s'allant, il rencontra M. d'Epinay, à qui il\ndemanda à souper pour prendre, disait-il, congé de 1ui.... » Au milieu\ndu souper, naturellement, concert de cors de chasse, commandé par le\nsoupirant. « Dès que je les entendis, poursuit madame d'Epinay, je\nregardai M. de Francueil qui sourit en disant c'était sans doute une\nféte que je donnois à M. d'Epinay pour son départ. J'assurai que je\nn'avais nulle part à cette galanterie ; mais je me tus sur le propos que\nj avais tenu l'après-dînée, et je remarquai très bien que M. de Francueil\nm'en sut gré. Après le souper, comme il faisoit le plus beau temps du\nM. d'Epinay proposa de faire le tour de la place (Vendôme) ;\nnous l'acceptâmes. M. de Francueil nous donna le bras ; il me serra la\nmain plusieurs fois ; mais toujours dans des occasions où je pouvois m'y\nméprendre, et comme pour me garantir d'un faux pas ou de quelque\ndanger. »\nMais il y avait autre chose entre M. d'Epinay et M. de Francueil que\ncet accident matrimonial. Si M. d'Epinay, qui avait donné à sa femme\nl'exemple de l'infidélité et de l'inconduite dans le mariage, se souciait\nmédiocrement que M. de Francueil* marié de son côté, eût été le pre-\nmier ou le dernier amant de madame, celui-ci, en retour, ne devait pas\npardonner aussi iacilement à M. d'Epinay la grave maladie qu'il lui\navait communiquée par l'intermédiaire de sa femme. Mais il semblerait\nque le précepte évangélique du pardon des offenses dût être observé en\ntoute rigueur dans le salon des demoiselles Verrières, et il faut avouer\nque les deux gentilshommes le pratiquaient du meilleur cœur.\n( La fin prochainement.)\n\nADOLPHE JULLIEN."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "232", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.40", "texte": "AUDITIONS DES ENVOIS DE ROME\n\nEUDI 27 mai, a eu lieu, dans la salle du Conservatoire, la\nséance annuelle consacrée à l'audition des envois de Rome.\nJe n'insisterai pas longuement sur le mérite de cette ins-\ntitution nouvelle, qui tend à mettre les lauréats du grand\nprix de musique sur le même pied que les lauréats des\ngrands prix de peinture, de sculpture et d'architecture. J'at-\ntache une importance toute particulière à cette innovation, parce que, à\ntort ou à raison, je me plais à la considérer comme un acheminement vers\nune autre réforme bien plus importante, qui conduirait à l'assimilation\ncomplète du concours de musique avec les autres concours de l'lnstitut.\nPour le moment l'un des principaux avantages de ces auditions publiques,\nc'est de stimuler le zèle des jeunes pensionnaires de l'Académie, de tenir\nconstamment en éveil le sentiment de l'émulation par la perspective de nou-\nveaux concours et de donner une réelle importance, et par suite une plus\ngrande efficacité aux travaux qu'ils doivent exécuter chaque année, confor-\nmément aux règlements de l'École. Ces travaux cessent d'être l'accomplis-\nsement stérile d'une vaine formalité pour fournir les éléments d'une lutte\nintéressante sur laquelle le public, c'est-à-dire le seul juge avec qui les\nlauréats auront désormais à compter, est appelé à se prononcer.\nDans la séance de cette année, on a exécuté trois œuvres : i° la première\npartie de Judith, drame lyrique en trois parties, de M. Ch. Lefebvre; 20 des\nFragments d une symphonie du même auteur; 30 Bethléem, 2e partie de la\nNativité, poème sacré de M. H. Maréchal. MM. Lefebvre et Maréchal sont\ntous les deux grands prix de 1870.\nJe ne sais pas ce que vaut le reste de la Judith de M. Lefebvre, mais les frag-\nments que nous avons entendus jeudi, et que l'auteur regarde probablement"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "233", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.41", "texte": "AUDITION DES ENVOIS DE ROME\n\ncomme la meilleure partie de son œuvre, puisque c'est celle-là qu'il a choisie\npour être soumise à l'appréciation du public, m'ont paru en général assez\nmédiocres. Parmi les quatre morceaux inscrits sur le programme je n'en trouve\nvraiment que deux qui ressortent un peu en lumière sur le fond gris et terne\nde l'ensemble. Ce sont d'abord le récit et l'air de Judith (n° 6 du programme)\net la réponse de Judith dans la scène avec Ozias (n° 8). Le récitatif m'a paru\nd'une bonne déclamation lyrique; l'hymne «Ils étaient nombreux, ils étaient\nsuperbes» est une adaptation ingénieuse du style de Haendel dans le genre de\ncelles que Meyerbeer a souvent réalisées avec tant de succès. Le style de ce\nmorceau ne manque pas d'une certaine élévation, le ton en est noble et fier,\nl'accent énergique et coloré. De même la réplique de Judith dans la scène\navec Ozias : « Du ciel j'accomplis les décrets », est très expressive et répond\nbien au caractère du personnage. Le style général de cette composition\nsicrée est assez soutenu ; néanmoins l'ensemble de l'œuvre reste terne, sans\nexpression ni caractère. Tout cela est mou, vague, indécis; peu d'idées, en-\ncore moins de développements. Les ensembles manquent souvent de solidité\net de cohésion, et le musicien y abuse un peu des unissons. Quant à Torches\ntre, il est lourd, effacé, sans coloris et réduit presque constamment au rôle-\nde simple accompagnateur.\nNous ferons à peu près les mêmes remarques au sujet des Fragments de\nsymphonie du même auteur. D'abord, ce titre est bien prétentieux pour deux\ntout petits morceaux qui semblent plutôt détachés d'une sonate que d'une\nvraie symphonie, et je crois qu'il eût été très suffisant de les intituler Frag-\nments symphoni que s. De ces deux morceaux, le premier, Andante en forme\nde canon, se développe avec une monotonie désespérante sur un sujet abso-\nlument dénué d'intérêt; le second, Scherzo, est lourd et sans élégance, il est\nsurchargé de modulations et affiche certaines prétentions à l'effet que l'au-\nteur a cru sans doute fort originales et qui ne sont que puériles.\nSi M. Lefebvre est morne, éteint, et manque de tempérament, en revanche\nM. Maréchal paraît plein de sève, de jeunesse et de volonté. Certes, son\nBethléem n'est qu'une ébauche rudimentaire et trahit la main encore inexpé-\nrimentée d'un écolier qui ne se possède pas encore, mais je ne sais rien de\nplus intéressant que ce premier essai plein de conviction et de crânerie. On\nsent là quelque chose qui se forme, on assiste au travail intérieur d'un esprit\nqui cherche à prendre son libre essor et dont les efforts sont soutenus par\nune activité intelligente et par une énergique volonté. Ce qui me plaît sur-\ntout dans l'ouvrage de M. Maréchal, c'est précisément cette exubérance de\njeunesse, cette vie, ce mouvement, cette recherche constante de l'effet et de\nla variété dans l'effet, cette vivacité de couleurs et même ces tons un peu\ncriards qui vous tirent l'œil quand même au risque de vous faire grincer les\ndents. M. Maréchal est souvent bruyant et même tapageur; on devine qu'il\nest heureux d'avoir à manier pour la première fois une force imposante telle\nqu'un grand orchestre et des chœurs. Cette force, il ne sait pas encore la di-\nriger avec discernement et elle n'est le plus souvent entre ses mains qu'un"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "234", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.42", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ninstrument brutal dont il se sert pour rapper de grands coups, sans s'inquié-\nter de frapper toujours juste; il lâche à tout propos et hors de propos toutes\nses masses chorales et instrumentales, et les harpes, et le grand orgue, et les\ncymbales, que sais-je encore ; enfin il s'en donne à cœur joie. Pourquoi lui\nen faire un reproche ? le temps se chargera bien assez vite de refroidir cette\nfougue de jeunesse et de ralentir ce débordement de sève. M. Maréchal est\njeune, il a le diable au corps : heureux les jeunes artistes dont on peut dire qu'ils\nont le diable au corps ! A cette vivacité de tempérament, M. Maréchal joint\nun esprit précis, méthodique, souple et divers. Sa composition est générale-\nment bien ordonnée et les différents épisodes y sont présentés avec beaucoup\nde variété. Il n'y faut pas chercher le sentiment religieux, il fait absolument\ndéfaut, et les deux personnages de Marie et de Joseph n'ont aucun caractère.\nAjoutez à cela que le style de l'ouvrage est des plus composites et qu'on y\ntrouve un peut de tout : de l'opéra, de l'opéra comique et du ballet. Pour n'en\nciter qu'un exemple, le duo de Marie et de Joseph : « Dors sous l'aile des\nanges » est un morceau d'opéra comique. La légende du berger vise à l'ar-\nchaïsme, elle n'en est pas plus intéressante pour cela, mais je tiens grand\ncompte au musicien de cette recherche. Même recherche de l'effet dans la\nscène de l'apparition des anges aux bergers, à laquelle M. Maréchal a donné\nune couleur beaucoup trop sombre et un caractère trop terrible. La marche\net le chœur des mages sont bâtis sur un rhythme ingénieux, et toute cette\npartie de l'œuvre, que M. Maréchal a cherché et parfois réussi à rendre\npittoresque, est assez bien traitée, quoique un peu chargée. La scène de l'a-\ndoration est également lort bien présentée et se termine par un finale, large-\nment conçu, vigoureusement charpenté et d'une belle sonorité. Je le répète,\ntour cela n'est qu'une ébauche incomplète, mais ce ne sont pas des œuvres\nachevées et conduites à leur dernier point de perfection que nous nous atten-\ndions à rencontrer dans ces auditions. Tout ce que nous demandons au prix\nde Rome qui nous soumet ses premiers essais, c'est de justifier d'abord la\nhaute distinction dont il a été l'objet, et en outre de nous prouver qu'il y a en\nlui l'étoffe d'un musicien. Ce n'est pas le présent qu'il s'agit de juger d'après\nces épreuves, mais bien l'avenir que le présent nous laisse entrevoir. Cet\navenir s'annonce brillant pour M. Maréchal; ce jeune compositeur s'est tiré\nà son honneur de la première épreuve. Nous tondons sur lui de sérieuses\nespérances.\n\nH. MARCELLO."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "235", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.43", "texte": "VARIA\nCorrespondance.— Faits divers.— Nouvelles.\n\nFAITS DIVERS\nAR un décret, en date du 23 mai, le Président de la Répu-\nblique vient d'instituer un conseil supérieur des beaux-arts,\nprès le ministère de l'instruction publique, des cultes et des\nbeaux-arts. Ce conseil se composera ainsi qu'il suit : le mi-\nnistre, président ; le secrétaire général du ministère et le\ndirecteur des beaux-arts, vice-présidents, le préfet de la\nSeine ; douze artistes pris dans l'lnstitut ou au dehors, savoir : 6 peintres,\n2 sculpteurs, 2 architectes, 1 graveur, 1 musicien ; deux membres de l'Aca-\ndémie des inscriptions et belles-lettres, et le secrétaire perpétuel de l'Acadé-\nmie des beaux-arts ; le directeur de l'Ecole nationale des beaux-arts ; le\ndirecteur du Conservatoire national de musique ; le directeur des musées ;\nle directeur des bâtiments civils ; un membre de la commission de perfection-\nnement de la manufacture de Sèvres ; huit personnes distinguées par la\nconnaissance qu'elles ont des arts. Le chef du bureau des beaux-arts, assisté\nd'un sous chef, remplit les fonctions de secrétaire, Le conseil supérieur sera\nappelé à donner son avis : sur le règlement des expositions des artistes vi-\nvants ; sur les concours; sur les questions générales intéressant l'enseigne-\nment des beaux-arts et le travail des manufactures nationales ; sur les sous-\ncriptions de l'État aux ouvrages et publications qui concernent les beaux-arts;\nsur les ouvrages et missions qui sont relatifs aux beaux-arts. Une sous-com-\nmission, nommée par le ministre, présidée, en son absence, par le directeur\ndes beaux-arts, pourra être consultée sur les commandes et acquisitions d'oeu-\nvres d'art. Le Conseil s'assemblera une fois par mois, mais il peut être con-\nvoqué extraordinairement par le ministre pour résoudre les questions sur\nlesquelles il sera consulté.\nL'Académie des beaux-arts, samedi 29 mai, a procédé à l'élection des\nmembres qui feront partie du conseil supérieur des beaux-arts, institué par\nle décret que nous venons de mentionner. Le musicien élu est M. François\nBazin.\nLes membres de l'Association des artistes musiciens se sont réunis ven-\ndredi, 28 mai, à une heure, pour entendre le rapport annuel et nommer\nquatorze membres du comité. La réunion a eu lieu au Conservatoire ; M. le\nbaron Taylor présidait. Ont été élus, en remplacement des membres sortants:\nMM. Colmet d'Aage, Roulon, Levane, Rignault (aîné), Maury, Vaucorbeil,\nAltès (Ernest), Garcin, Jules Cohen, Elwart, Darnault, pour cinq ans. M»\nGuillot de Sainbris pour deux ans, M. Oscar Commettant pour un an. La"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "236", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.44", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nréunion, plus nombreuse que d'habitude, a fréquemment applaudi le compte\nrendu des travaux de l'année, rédigé et lu par M. Lebouc. Il a signalé une\nsituation favorable : le nombre des sociétaires augmenté de 456 depuis un\nan ; les ressources de l'Association s'élevant à 55,ooo francs de rentes ; indé-\npendamment de nombreux secours aux malades et infirmes, l'Association\ndessert des pensions à près de 3oo vieillards ou orphelins. M. Lebouc a ter-\nminé son rapport par un juste éloge de la vie de dévouement du vénérable\nbaron Taylor, en souhaitant qu'il vive encore longtemps pour le bien des\nAssociations artistiques qu'il a fondées.\n— L'assemblée générale delà Société des auteurs, compositeurs et éditeurs\nde musique a eu lieu à l'Alcazar d'hiver, le 22 mai. L'ordre du jour de la\nséance avait été ainsi fixé par le syndicat : i° lecture, par le président, de\nl'ordre du jour ; 20 discussion et vote sur le rapport financier du trésorier,\nannexé à la lettre de convocation ; 3° rapport général du secrétaire sur l'exer-\ncice 1874-1875 et vote ; 40 votation pour le remplacement au syndicat de\nMM. Gourdon de Genouillac, auteur ; Lecocq, compositeur ; Grus, éditeur ;\nsyndics sortants et non rééligibles, et de Léo Lespès, syndic décédé. Le bu-\nreau était composé de MM. Laurent de Rillé, président; Bedeau, vice-prési-\ndent ; Gérard, trésorier ; Ch. Moreau, secrétaire. La lecture du rapport du\ntrésorier a constaté une recette de : 5o5,534 fr. 45 c., ce qui donne un excé-\ndant de 42,982 fr. 28 c., sur le dernier exercice. Les différents rapports du\nsecrétaire sur l'ensemble des opérations de l'exercice 1874-1875 ont été adop-\ntés à l'unanimité. L'Assemblée a procédé ensuite au remplacement des syn-\ndics sortants. Ont été nommés : i° M. Rieux, auteur de paroles, en remplace-\nment de M. Gourdon de Genouillac; 20 M. Magner (Adolphe), auteur de\nparoles, en remplacement de M. Léo Lespès décédé; 3° M. Pourny, compo-\nsiteur, en remplacement de M. Ch. Lecocq; 40 M. Labbé, éditeur, en rem-\nplacement de M. Grus.\n—Le critique musical du Français, M. Adolphe Jullien,a découvert dans un\nvolume supplémentaire de la Correspondance de Grimm quelque chose d'assez\ncurieux. Grimm avait trouvé, en 1786, l'idée maîtresse qui a servi au livret\ndes Huguenots :\n« Les ballets ne sont si agréables et si désirés à l'Opéra que parce que le\npoème est insipide et froid, et qu'il ennuie; mais dans une pièce véritable-\nment intéressante, je défie le poète le plus habile, quelque art qu'il puisse\navoir, d'amener un ballet sans arrêter l'action, et par conséquent sans détruire\nà chaque fois l'effet de toute la représentation. Remarquez que la danse peut\nêtre historique dans une pièce, comme la chanson. Donnez-moi un génie su-\nblime, et je vous montrerai Catherine de Médicis faisant ses préparatifs du\ncarnage de la Saint-Barthélemy au milieu des fêtes et des danses de la noce\ndu roi de Navarre. Le contraste de la tranquillité apparente qui va faire éclore\nde si affreux forfaits, ce mélange de galanterie et de cruauté, si je sais l'art\nd'émouvoir, vous fera frissonner jusque dans la moelle des os; mais je ne\ncrains pas que vous puissiez avoir jamais rien vu de semblable sur le théâtre\nde l'Opéra, ni qu'aucun de ceux qui s'en mêlent soit en état d'en concevoir\nseulement l'effet. On ne nous donne sur nos théâtres que des jeux d'enfants,"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "237", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.45", "texte": "VARIA\n\nparce qu'on sait bien qu'on ne joue pas devant des hommes, et que jusque\ndans les amusements on redoute une certaine dignité et une certaine éner-\ngie. »\nSi l'on se rappelle que dans le plan primitif de l'opéra, Catherine de Médi-\ncis figurait elle-même sur la scène, et qu'elle n'a été remplacée que plus tard\npar l'imaginaire Saint-Bris, on verra que Scribe, sans le savoir peut-être, a tou-\nà fait mis en œuvre la pensée du critique allemand.\n— L'Association des choristes, qui existait en projet depuis deux ans, va se\nconstituer. On a élaboré, dans une réunion tenue il y a quelques jours, les\nbases de la future Société, dont le règlement sera calqué sur celui de la Société\ndes artistes dramatiques.\n—- Le jeudi 3 juin commenceront au Conservatoire les examens par suite\ndesquels seront désignés les élèves qui devront prendre part aux divers con-\ncours. Les séances s'ouvriront par l'examen des élèves des classes de solfège\npour les chanteurs. Les classes de chant seront examinées les 16 et 17 ; les\nclasses de tragédie et de comédie le 18 ; l'opéra le 19 et l'opéra comique le\n21. Les examens se termineront le 26 juin, et aussitôt commenceront les\nconcours.\n— La cantate que devront mettre en musique les six concurrents pour le\nprix de Rome a été choisie par le jury spécial dans les séances qu'il a tenues\nhier et avant-hier au Conservatoire. Elle a pour titre Clytemnestre ; l'auteur\nest M. Ballu fils. Il en avait été présenté environ quatre-vingts.\n— C'est le dimanche 3o mai qu'a eu lieu à l'Opéra la grande soirée de\ngala au profit de l'œuvre si populaire des Pupilles de la guerre.\nM. le capitaine Voyer, le célèbre pianiste qui se consacre entièrement aux\nbonnes œuvres, s'était chargé de l'organisation du festival.\nEnfin, le directeur de l'Opéra, M. Halanzier, désirant contribuer à la fon-\ndation de l'œuvre, avait accordé aux organisateurs du festival tout son\npersonnel et les ressources dont il dispose à l'Académie nationale de\nmusique.\nM. Gounod avait aussi voulu apporter son concours à cette solennité en\ndirigeant lui-même les fragments de Faust et de G-allia.\nA cette occasion, les musiciens de l'orchestre ont adressé à l'administration\nde l'Opéra une lettre par laquelle ils ont déclaré, à l'unanimité, ne pas vou-\nloir être conduits par M. Gounod.\nUs invoquent la tradition d'après laquelle, à aucune époque, l'orchestre\nn'a jamais été dirigé que par un de ses chefs, rappelant l'incident du Tann-\nhauser, qui, malgré la demande de Wagner, fut exécuté sous l'archet de\nDietsch, Il ajoutent que, du reste, il n'y a dans leur démarche aucun mau-\nvais vouloir contre l'auteur de Faust, mais une simple protestation contre la\nviolation d'un vieil usage, violation qui pourrait créer un précédent dange-\nreux pour l'avenir.\nEn apprenant l'agitation qui régnait à l'Opéra, M. Gounod a écrit la lettre\nsuivante à M. Deldevez :"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "238", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.46", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\n« Paris, ?.5 mai 1875.\n« Mon cher Deldevez,\n« J'apprends que MM. les musiciens de l'orchestre, désireux de conserver\nintact un principe qui, jusqu'ici, a régi inflexiblement l'exécution de toutes\nles œuvres musicales à l'Opéra, verraient avec peine se produire une excep-\ntion qui pourrait désormais être invoquée comme précédent.\n«Je m'empresse donc de laisser entre tes mains le bâton de chef d'orchestre\nque tu m'avais si affectueusement offert pour la direction d'une partie du\nprogramme de la soirée de gala qui doit avoir lieu le 3o de ce mois.\n« Bien à toi de cœur,\n« ch. gounod. »\n« P. S. — J'ai cru devoir faire connaître aux organisateurs de cette soirée\nune détermination qui me permet de rester dans la situation d'où mon ini-\ntiative personnelle ne m'aurait jamais décidé à sortir. »\nCet incident a provoqué dans la presse une discussion qui a été générale-\nment tranchée au bénéfice de M. Gounod.\nEn remontant assez haut, dit la Galette musicale, on pourrait trouver une\ndisposition du règlement de l'Opéra absolument contraire au prétendu prin-\ncipe qui régit maintenant la matière. 11 est vrai que le motif qui l'a provo-\nquée ne saurait en aucune façon, Dieu merci, être mis en avant aujourd'hui,\net la chose n'a plus pour nous qu'un intérêt historique; mais il n'en est pas\nmoins intéressant de savoir qu'en 1714, le règlement de l'Opéra donnait déjà\nraison par avance à M. Gounod. Voici ce qu'on lit dans l'article xn : « Comme\n« on a eu lieu d'observer par de fréquentes expériences que la mauvaise\n« manœuvre de ceux qui conduisent les répétitions est souvent d'un très\n« grand préjudice pour le succès des pièces, celui qui aura fait un opéra\n« pourra seul, si bon lui semble, conduire les répétitions et battre la mesure,\n« même dans les représentations, sans qu'aucun autre puisse s'en mêler que\n« de son consentement. » (Histoire de ïOpéra en France depuis rétablisse-\nment de l'Académie royale de musique jusqu'à présent. Paris, 1753, chez\nJ. Barbou.)\nL'orchestre de l'Opéra s'est tiré du mauvais pas où l'avait entraîné une\nfausse interprétation de la dignité traditionnelle, par des exécutions magis-\ntrales.\nMesdames Miolan Carvalho, Howe, Daram, MM. Voyer, Remenyi, Vergnet,\nGailhard, Manoury ont défrayé le programme du concert, dans lequel on a\nentendu pour la première fois le Memorare du soldat, œuvre inédite de M.\nGounod : chœur, orchestre, et solo chanté par M. Gailhard. C'est une ma-\nnière de Memento quia pulvis es d'une couleur assez sombre, et qui n'a ni\nle tour religieux ni le tour guerrier.\nLa musique de la Garde républicaine, dirigée M. Sellenick, et disposée au\nbas du grand escalier, s'est fait entendre à chaque entr'acte. La sonorité de\nCette immense cage a paru confuse, et contrariée par de nombreuses réper-\ncussions d'écho. La soirée s'est terminée par le second tableau de la Source,\navec mademoiselle Sangalli.\n— Sous le titre de Lyra sacra> l'éditeur A. Leduc vient de publier une"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "239", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.47", "texte": "VARIA\n\nsérie de morceaux religieux, Parmi ceux-ci, nous avons remarqué un certain\nnombre de mélodies de Mozart, de Schubert, sur lesquelles ont été proso-\ndiées les paroles du texte sacré. Les autres sont de compositeurs modernes :\nMM. Pessard, David, Duvois, Palma, etc., etc. Cette collection sera d'une\ngrande utilité dans les églises, les couvents, les communautés religieuses :\nle choix des morceaux la rendra également intéressante aux amateurs. Sous\nle rapport du papier et de la gravure, c'est une des plus belles publications\nmusicales que nous ayons vues.\n\nNOUVELLES\n\nARIS. Opéra. - Très prochainement Hamlet avec mademoiselle\nRezké qui chantera Ophélie. Mademoiselle Baud débutera dans le\nrôle de Marguerite de Faust.\nOpéra-Comique. Mademoiselle Chapuy vient de signer un engagement\navec M. Mapleson, directeur du Théâtre de Drury-Lane à Londres.\nIl paraît que TOpéra-Comique ne fermera pas cet été. Le ministre de l'lns-\ntruction publique et des Beaux-Arts aurait représenté au directeur le tort\ngrave que causerait cette fermeture au moment où les provinciaux et les\nétrangers abondent à Paris.\nLe Val d'Andorre passerait alors dans une quinzaine de jours.\nRenaissance. On annonce pour la réouverture de la Renaissance, la Fil-\nleule du roz, une opérette en trois actes de MM. Cormon et Deslandes, mu-\nsique de M. Vogel.\nGai té. —» On va reprendre à ce théâtre la Chatte blanche, qui y fut repré-\nsentée pour la première fois en 1868. La direction attache une grande\nimportance à cette reprise, à laquelle de nombreux morceaux de musique\nseront ajoutés. Les principaux rôles seront joués par :\nPimpondor MM. Montaubry.\nMignonnet Daubray.\nPetitpatapon Grivot.\nLe Régent Angelo.\nMatapa Courcelles.\nForte-Echine Scipion.\nPierrette Mesdames Thérésa.\nBlanchette Matz-Ferrare.\nRosafiera Tassilly.\nFée Violente Gilbert.\nFée des Bruyères Angèle.\nReine Matapa Davenay.\nVoici maintenant la liste des nouveaux morceaux : ier duo d'Offens\nbach pour Montaubry et madame Matz-Ferrare ; 2e tableau, Romance de la"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "240", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750601-01.1.48", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\nParis Imprimerie Alcan-Lévy, rue de Latayette, 61»\nPropriétaire-Gérant : QA H HE ULH Cl\\V.\n\nChèvre (E. Jonas) pour madame Matz-Ferrare ; Ronde de la Fée des bruyères\n(Offenbach) pour mademoiselle Angèle ; 6e tableau, Valse des Bijoux (Offen-\nbach) pour madame Matz-Ferrare ; 7e tableau, couplets (Offenbach) pour\nmademoiselle Tassilly; 10e tableau, Cavatine des Oiseaux (Offenbach) pour\nM. Montaubry ; 18e tableau, air (E. Jonas) pour M. Montaubry ; la Vie\njoyeuse, chanson à trois couplets (Offenbach) pour madame Thérésa.\nBouffes-Parisiens. M. Jacques Offenbach travaille à une opérette, la Créole,\nqui sera donnée l'hiver prochain. Dans cette pièce doit débuter une élève de\nRoger, mademoiselle Luce Couturier, fille de la tragédienne Gornélie et de\nde M. Couturier, l'auteur dramatique.\nFolies-Dramatiques. Hier soir, fermeture avec la Fille de madame Angot,\net ce soir réouverture psr les artistes réunis en société avec la reprise de :\nLes cinq francs d'un bourgeois de Paris,\nBruxelles. M. Humbert, de Bruxelles, vient de recevoir un opéra comique\nen trois actes, paroles de M. H. Dupin, musique de M. C. Hubans.\nTitre : Rien quyun jour.\nCette nouveauté sera représentée au commencement de la saison pro-\nchaine.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}