{"numero_id": "bm-bmtnabc-1875-06-15-01", "volume": "bmtnabc_1875-06-15_01", "ocr_sha256": "7b9d6a862505c47f445010dc9f6c3bc7c6d059f21d552de84da8e536fd9c54bf", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabc/issues/1875/06/15_01/bmtnabc_1875-06-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabc/issues/1875/06/15_01/bmtnabc_1875-06-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabc-1875-06-15-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-06-15_01#c001", "volume": "bmtnabc_1875-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "[241]", "page_fin": "251", "image_debut": 1, "image_fin": 11, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.2.1", "titre_corps": "MUSIQUE ET PROCÉDURE MÊLÉES", "titre_sommaire": "MUSIQUE ET PROCÉDURE MÊLÉES", "signature_source": "LÉOPOLD GRAVIER", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[241]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.1", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 682, "texte": "MUSIQUE ET PROCÉDURE\nMÊLÉES\n\nKPUIS près de deux ans, les journaux, particu-\nlièrement ceux qui s'occupent de théâtre et de\nmusique, reproduisaient à l'envi cette note à\nsensation : « Les héritiers de Bellini et de\nDonizetti intentent un procès à la Société des\nauteurs et compositeurs dramatiques, au sujet\nde la propriété des droits d'auteurs produits\npar la représentation des chefs-d'œuvre de ces\ndeux grands musiciens. » A voir cette nou-\nvelle ainsi présentée, le lecteur attendri ne doutait pas qu'il ne s'agît\nde malheureux descendants de Bellini et de Donizetti condamnés au\npain de douleur et à l'eau d'angoisse, par suite de l'indigne spoliation\ndont ils étaient victimes."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "242", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.2", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2511, "texte": "Comme pour toutes les choses dont on parle trop à l'avance, l'événe-\nment a quelque peu trompé l'attente et, cette fois encore, c'est un ridi-\ncuîus mus qui est ne après tout ce bruit. La Société des auteurs et com-\npositeurs opposait une fin de non recevoir absolue à la demande qu'on\nlui adressait : elle a complètement gagné son procès. Pour écarter tout de\nsuite le pathétique d'un débat où il n'a que faire, disons qu'il ne s agis-\nsait nullement de descendants des deux compositeurs italiens, mais d un\néditeur se prétendant cessionnaire, à divers titres, de certains de leurs\nouvrages.\nAvant d'aboutir au dénouement, ce procès important a passé par bien\ndes phases différentes : le dernier coup un coup droit avait été\nprécédé de différentes bottes sous forme de conclusions qui ont\nanimé ce duel judiciaire. Kn un langage moins imagé, il y a eu des\nquestions soulevées qui intéressent a la fois les auteuts et compositeurs\nfrançais et étrangers, c'est-à-dire presque tout le monde des artistes. Il\nn'est donc pas hors de propos de les préciser et d'étudier les solutions\nqu'elles peuvent recevoir.\nI\nC'est en 1872 que fut d'abord formulée la réclamation au sujet des\ndroits illégitimement perçus, disait-on, par la' Société des auteurs et\ncompositeurs sur certaines œuvres de Bellini et de Donizetti: on se pié-\nsentait au nom de la succession de ces compositeurs. Une telle demande\ndevait étonner justement la Société, en ce qui concernait Donizetti, car\nles droits avaient été payés à ses héritiers jusqu'en mai i 865, c'est-à-dire\n17 ans après la mort de ce compositeur, survenue le 8 avril 1848. La\nprétention de l'éditeur, cessionnaire du fondé de pouvoirs de la suc-\ncession de Donizetti, s'appuyait sur la convention internationale con-\nclue entre la France et l'ltalie le 27 juin 1862 et promulguée en France\nle 24 septembre de la même année. Il était bien téméraire, en droit strict,\nd'invoquer, en faveur des héritiers de compositeurs décédés en 1835 et\n1848, le bénéfice d'un traité conclu en 1862; c'était cependant la\nmoindre des hérésies juridiques que ce procès devait faire éclore. On sou-\ntenait aussi que la convention de 1862 accordait, en France, aux Italiens\nle bénéfice des lois italiennes, et, en Italie, aux Français le bénéfice des\nlois françaises. A supposer que pareille prétention eût été accueillie par\nla justice, on aurait eu évidemment à se féliciter d'avoir intenté le procès.\nEn effet, après cette convention internationale, les deux pays, chacun"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "243", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.3", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2925, "texte": "de son côté, avaient modifié la législation sur la propriété littéraire et\nartistique. La France, dans la loi du 14 juillet 1866, affirmait de nouveau\nle principe que l'auteur et le compositeur sont, de leur vivant, proprié-\ntaires absolus de leurs œuvres et étendait de 10 à 5o ans le droit des\nhéritiers ou cessionnaires. L'ltalie, de son côté, avait rendu sur cette\nmatière une loi dont deux articles nous intéressent particulièrement :\nArt. 9. L'exercice du droit de reproduction et de débit appartient ex-\nclusivement à l'auteur durant sa vie. Si l'auteur cesse de vivre avant qu'il se\nsoit écoulé quarante ans à partir de la publication de l'œuvre, le même droit\nexclusif continue à exister au profit de ses héritiers ou ayants cause (eredi\n0 aventi causa) jusqu'à l'accomplissement de ce terme. Cette première\npériode écoulée de l'une ou l'autre des manières qui viennent d'être indi-\nquées, il en commence une seconde de quarante années durant laquelle\nl'œuvre peut être reproduite ou débitée sans consentement spécial de celui\nauquel le droit d'auteur appartient, à la condition de lui payer une redevance\nde\nArt. i 3. Une œuvre dramatique ou une composition musicale destinée\nà un spectacle public, après sa publication complète faite par l'impression\n(fatta colla stampa), peut être représentée sans consentement spécial de l'au-\nteur ou de celui auquel est passé son droit, pourvu que ceux qui veulent la\nreprésenter leur payent une part correspondante (premio corrispondente) à\nune quote part du produit brut (prodotto lordo) du spectacle.\nIl n'y avait donc qu'à choisir, entre les deux lois, celle dont on deman-\nda it le bénéfice. On prit d'abord la loi italienne. Il est bien clair que ni\nl'une ni l'autre ne pouvait être expédiente au réclamant ; mais puisque\nTon s'appuyait sur la convention de 1862 pour obtenir les avantages\nd'une loi sur la propriété littéraire, la seule dont on pût juridiquement\nréclamer l'application était la loi française. L'article lerIer de la convention\nne laissait aucun doute à cet égard :\nLes auteurs de livres, brochures ou autres écrits, de compositions musi-\ncales} etc., etc., jouiront réciproquement dans chacun des deux états, des\navantages qui y sont ou seront attribués par la loi à la propriété des ouvrages\nde littérature et d'art; et ils auront contre toute atteinte portée à leurs droits\nla même protection et le même recours légal que si ceîte atteinte s'adressait\naux auteurs d'ouvrages publiés pour la première fois dans le pays même.\nA ce premier paragraphe si clairement rédigé, les hautes parties con-\ntractantes avaient encore pris soin d'ajouter celui-ci :\nToutefois ces avantages ne leur seront réciproquement assurés que durant\nl'existence de leurs droits dans le pays où la publication originale a été faite\net la durée de leur jouissance dans Vautre pays NE POURRA EXCÉDER CELLE\nfixée par la loi pour les auteurs nationaux."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "244", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.4", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2785, "texte": "Pour bien comprendre la sagesse de cette disposition, il suffit d exa-\nminer ce qui aurait pu arriver en France, en 1862, après la conclusion\ndu traité international. A cette époque, la propriété littéraire était régie\nparla loi du 19 juillet 1793 qui concédait seulement pour dix ans aux\nhéritiers ou cessionnaires les droits de l'auteur ou compositeur décédé.\nOr, si la loi italienne d'alors avait accordé un laps de temps plus étendu\net que la convention internationale eût garanti, comme on le prétend,\nl'exercice de cette loi en France, il serait arrivé qu un cessionnaire\nquelconque eût été plus favorisé que le fils d'un compositeur français.\nAlors que celui-ci n'aurait pu toucher un centime des droits produits\npar les œuvres de son père mort depuis onze ans par exemple, le ces-\nsionnaire étranger aurait encaissé intégralement, en France, les droits\nd'un compositeur décédé depuis de longues années. Cette injustice\naurait causé un véritable scandale, et c'est afin de l'empêcher qu il\nfut convenu « que la durée de jouissance dans l'autre pays ne-pourrait\nexcéder celle fixée par la loi pour les auteurs nationaux. »\nIl est donc delà dernière évidence que, si la France n'avait pas étendu\nà cinquante ans le droit des héritiers ou cessionnaires, jamais les ayants\ncause d'un auteur ou compositeur étranger n'auraient pu toucher de\ndroits, dix ans écoulés après la mort de l'auteur ou compositeur. Remar-\nquons en passant que le début du deuxième paragraphe interdit en ou-\nvice versa, qu'un auteur ou compositeur puisse jamais jouir de plus\nde droits en pays étranger qu'il n'en aurait dans sa patrie. C'est ainsi\nqu'un Français ne pourrait pas jouir en Italie des avantages de la loi\nitalienne, qui sont plus considérables que ceux de la loi française. Se\nprévaloir de la convention de 1862 pour faire appliquer en France la loi\nitalienne de 1865, était donc une prétention insoutenable.\nMais il y a mieux encore, et peut-être, en fait, la loi italienne précitée\nne pourrait-elle pas servir, même en Italie, aux intérêts du cession-\nnaire :\nArt. 40. S/, au jour de la mise en vigueur de la présente loi, les droits\nd'un auteur sur une de ses œuvres reconnues par les lois précédentes sont\néteints dans chacune des provinces de l'État, nul ne pourra les faire revivre\nen invoquant la présente loi. Mais si ces droits existent encore soit dans\nl'État, soit dans quelques provinces seulement, l'auteur, pourvu qu'il ne les\nait pas déjà aliénés, ou ses représentants en possession desdits droits par\nsuccession légitime ou testamentaire, sont admis à réclamer l'application de\nla présente loi, etc., etc...\nLes avantages dont il est fait mention dans le présent article ne sont\nconcédés qu'à ceux qui, dans le terme rigoureux de trois moisy à compter du"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "245", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.5", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2633, "texte": "jour de la mise en vigueur de la présente loi, auront fait la déclaration\nexpresse (esplicita) de leur volonté d'en profiter dans les formes prescrites par\nl'article 20, à l'égard des œuvres publiées pour la première fois.\nIl découle de cet article que l'existence des droits des héritiers de Bel-\nlini et de Donizetti serait subordonnée à une double condition. Il fau-\ndrait savoir d'abord dans lequel des États chacun des opéras avait été\npublié pour la première fois, et ensuite, au cas où les opéras ne seraient\npas tombés dans le domaine public avant la loi de 1865, si les formalités\nprescrites par cette loi ont été exactement remplies. Ainsi, même\nen Italie, la demande du cessionnaire des œuvres de Bellini et de Doni-\nzetti aurait pu être l'objet de sérieuses contestations en droit et en fait.\nMais la loi française de 1866, la seule dont un étranger pût, en\nFrance, invoquer le bénéfice, servait-elle mieux le demandeur? Pas le\nmoins du monde. Il est difficile de soutenir qu'une loi, promulguée en\n1866, puisse faire revivre, pour leurs héritiers, les droits de Bellini, mort\nen i 835, et ceux de Donizetti, mort en 1848. A l'égard des ayants cause\nde ces deux compositeurs, les droits étaient expirés pour le premier en\n1845, et pour le second en 18 58. Le cessionnaire prétendait que, la loi\nétendant le délai jusqu'à cinquante ans après la mort de Fauteur, dès\nlors que cette période n'était pas écoulée au moment de la promulgation\nde la loi, celle-ci devait s'appliquer pour le temps qui restait à courir. Il\nest pourtant bien clair que la loi nouvelle n'a pas pu avoir pour objet de\nfaire revivre des droits éteints. S'il en était ainsi, on verrait s'élever de\nbien curieux procès entre tout cessionnaire ayant traité sous l'empire\nde la loi de 1793 et les héritiers qui prétendraient recueillir seuls le béné-\nfice de la nouvelle législation. En résumé, à supposer que la convention\ninternationale pût avoir un effet rétroactif, il n'y avait pas lieu de s'en\nprévaloir pour obtenir, en France, le bénéfice de la loi italienne, non\nplus que pour se réclamer de la loi française.\nII\nSans renoncer à mettre en avant les droits de la succession des compo-\nsiteurs, le demandeur imagina bientôt un nouveau système et invoqua, en\noutre, les droits des librettistes. L'éditeur déclara que le comte Pepoli lui\navait cédé ses droits sur le poème d'/ Puritani, et que la dame Amalia\nBranca, veuve del signor Felice Romani, lui avait transmis les siens sur\nles livrets de Norma, de la Sonnambula et d I Capuletti e Montecchi.\nDe même pour les opéras de Donizetti : les droits sur Luciadi Lammer-"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "246", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.6", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2840, "texte": "moor lui avaient été consentis par Cammarano, décédé le 18 juillet i 852,\nmais dont la veuve avait survécu jusqu'au 21 décembre 1868. Pour\nÀlina regina di Golconda, Anna Bolenay ÏElisire d'Amore,\nBorgia, il représentait encore, non plus la veuve de Cammarano, mais\ncelle de Romani; et pour tous les opéras de Donizetti composés sur des\npoèmes de Jacopo Ferretti, il tenait ses droits des enfants du librettiste.\nCe nouveau système constituait un véritable mouvement tournant, et\nl'on prenait dès lors grand soin d'indiquer ou que les héritiers des au-\nteurs des paroles étaient vi vants, ou qu'ils n'étaient morts que postérieu-\nrement à la loi italienne. Mais si, pour les dates, la question devenait\nmeilleure, le droit perdait précisément en qualité ce qu'il pouvait gagner\nen actualité. En effet, réclamer pour les opéras susdits au nom de Bel-\nlini et de Donizetti ou bien simplement au nom de Jacopo Ferretti et de\nFelice Romani, il y avait là une différence essentielle au point de vue du\ndroit, différence qui se faisait également sentir dans Vintérêt de la de-\nmande. Mais on ne devait pas s'arrêter pour si peu, et, dans ce procès, où\nTon a successivement fait appel à tous les textes de loi les plus contradic-\ntoires (on a même un instant mis en avant le décret du 5 février 1810),\non n'hésita pas à plaider la thèse de Vindivisibilité. Voici comment elle\nfut formulée :\n« Attendu, disait-on, que ces droits ne subsistent pas seulement sur\nles paroles des opéras, mais sur l'ensemble formé par la réunion des pa-\nroles et de la musique, propriété commune que le décès de l'un des deux\nauteurs ne peut avoir pour effet d'anéantir à l'égard de l'autre, en le\nfaisant tomber dans le domaine public; qu'il est au contraire de principe\nque, la propriété subsistant à l'égard d'un des collaborateurs, les droits\nde l'autre se trouvent sauvegardés et subsistent dans leur entier, etc »\nCela revient à dire qu'au cas où Bellini, mort le 24 septembre iB3 5,\naurait donné, au commencement de cette même année, un opéra composé\nsur le livret d'un jeune homme de vingt-cinq ans, celui-ci, s'il avait le\nbonheur de vivre cent ans, comme Fontenelle, empêcherait jusqu'à sa\nmort l'opéra de Bellini de tomber dans le domaine public, soit, dans cette\nhypothèse, jusqu'en 1910. C'est alors seulement que commencerait pour\nles héritiers ou cessionnaires le délai de cinquante ans. S'il fallait un\ncertain courage pour soutenir de pareilles choses, il convient de recon-\nnaître que cet argument n'a même pas le mérite de la nouveauté, Il se\nproduisit et fut jugé en juin 1858 à propos d'un procès entre l'héritier\nde Victor Ducange et la Commission des auteurs et compositeurs. Le\ntribunal a décidé la divisibilité des droits d'auteur en fait de domaine\npublic : la jurisprudence confirmait donc l'usage constamment pratiqué."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "247", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.7", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2672, "texte": "Cette théorie de l'indivisibilité a été, dans le débat actuel, combattue\npar Mc Nicolet, au nom de la Société, avec une malice spirituelle. Tout\nl'auditoire, le tribunal lui-même, malgré sa gravité, ne pouvait s empe-\ncher de sourire en entendant l'avocat demander si 1 on soutenait sérieu-\nsement « que l'œuvre de Bellini serait préservée du domaine public par\nle fait de M. Romani et que Donizetti recevrait le même service de\nM. Comma Cammo Cammarano. »\nA supposer même que cette thèse invraisemblable eût triomphé, le re-\nclamant n'en aurait pu tirer aucun secours pour son procès. A qui s'adres-\nsait-il? Ala Société des auteurs et compositeurs. Or, cette Société ne\nstipule et n'encaisse que pour ses sociétce que ne furent jamais les\nlibrettistes en question : il ne leur était donc dû aucun compte. En outie,\nelle n'a jamais touché de droits que sur les opéras d origine française,\nc'est-à-dire, pour Donizetti (qui seul fit partie de la Société) sur\nFavorite, la Fille du Régiment et Luc qu'il faut dis-\ntinguer de la Lucia italienne. Mais, quand le compositeur n'était pas un\nde ses membres, jamais la Société ne perçut de droits pour la leprésenta-\ntion en France des ouvrages donnés originairement en Italie, à moins\n(exception fréquente) que les librettistes anciens, se trouvant à court\nd'imagination, n'eussent fait un emprunt par trop large à son réper-\ntoire.\nPour apprécier à leur valeur les facultés créatrices et l'originalité de\npoètes tels que Romani, Pepoli et Cammarano, il suffit d énuméier les\nlivrets les plus connus éclos dans leur trop complaisante imagination.\nRomani a emprunté le sujet de Zaira à Voltaire, celui d'/ Capuletti à\nShakespeare, Norma à Soumet, la Sonnambula à Scribe et G. Delavigne,\nAlina regina di Golcondaà Sedaine, à Scribe,\nBorgiaà Victor Hugo, etc. Le comte Pepoli, aujourd'hui séna-\nteur du royaume d'ltalie pour d'autres titres que ses livrets d'opéra, n'a\npu écrire I Puritanique grâce àla pièce d'Ancelot. Si Cammarano, à\nson tour, a composé le livret de Lucia d'après Walter Scott et celui de\nLuisa Miller d'après Schiller, il est juste de dire qu'il a imaginé à lui seul\nil Trovatore, c'est à dire la charade la plus tragiquement bouffonne, le\nlogogriphe le plus absurde qu'on ait jamais proposé à 1 intelligence\nd'honnêtes spectateurs.\nIl y a déjà quelques années que cette question du droit des auteurs\noriginaux sur Y adaptation dans une langue étrangère a été soulevée pai\nmadame veuve Scribe et jugée en sa faveur. Il fut décidé que les opéras\ndont la musique avait été composée sur des poèmes tires d ouvrages\nfrançais ne peuvent être exécutés en France qu avec 1 assentiment des"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "248", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.8", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2679, "texte": "véritables créateurs, sous peine d'être considérés comme des contre-\nfaçons. Depuis lors, les auteurs français n'ont jamais autorisé la repré-\nsentation desdits ouvrages italiens qu'à la condition de toucher l'intégra-\nlité des droits, comme s'il s'agissait des ouvrages originaux eux-mêmes.\nOn peut juger, par la liste précédente, du peu qui doit rester aux illustres\npoètes italiens, puisqu'ils n'ont fait, le plus souvent, que s'approprier,\nen les gâtant, les pièces et les idées d'autrui.\nSi ron mesure le chemin parcouru dans la discussion, on constatera\nqu'après avoir d'abord invoqué le droit des compositeurs, puis celui des\nlibrettistes, il ne s'agissait plus en dernier lieu que de celui des adaptateurs\nd'ouvrages français à la scène italienne. Il était cependant bien facile de\nne pas prendre ces chemins de traverse; il suffisait d'établir des droits\nréels sur la propriété de la musique des opéras en question et de s'adres-\nser à la justice française pour lui soumettre la solution de ce point: la\nloi de 1866 a-t-elle un effet rétroactif pour Bellini et Donizetti morts an-\ntérieurement à sa promulgation ? Il est bien probable qu'on n'aurait pas\neu gain de cause, mais on se serait évité de plaider successivement une\nsérie de moyens inutiles et l'on aurait eu au moins le mérite de poser\nnettement une question intéressante.\nIII\nLa Société n'a pas cru devoir se livrer à toute cette discussion, non\nque l'issue en pût être douteuse, mais parce qu'elle n'avait pas à discuter\navec le cessionnaire : il demandait des comptes et la Société n'en doit qu'à\nses membres. S'il avait des droits à faire valoir, que ne s'adressait-il\naux directeurs : mieux encore, que ne faisait-il interdire la représentation ?\nLa Société a établi, en outre, qu'elle n'avait jamais encaissé de droits pour\nles opéras de Bellini et de Donizetti. En vertu de ses traités avec les diffé-\nrents théâtres, elle perçoit un droit stipulé à forfait, quelle que soit la com-\nposition du spectacle, et elle le touche dans tous les cas, que l'œuvre jouée\nsoit ou non celle d'un auteur sociétaire, ou qu'elle soit tombée dans le\ndomaine public : pour l'Opéra-Comique, par exemple, ce droit est actuel-\nlementde 12 pour 100 (1).\n\n(1) Ce taux est nouvellement établi à l'Opéra-Comique. Une modification radicale\naux traités antérieurs fut provoquée précisément par l'abus que faisait ce théâtre\ndes pièces du vieux répertoire, au détriment des compositeurs modernes. Nous em-\npruntons le récit détaillé de ce grave conflit à un travail important publié, il y\na quelques années, par M. Adolphe Jullien, qu'il n'est pas besoin de présenter aux\nlecteurs de la Chronique musicale."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "249", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.9", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 3690, "texte": "A l'Opéra Italien, le forfait était en dernier lieu de 10 pour 100.\nC'est peu après 1866, que fut conclue la première convention entre le\nThéâtre-Italien et la Société des auteurs, à la suite des procès intentés\npar les héritiers de Scribe pour arrêter les représentations de la Son-\nnambula, de VElisire, d'un Ballo in maschera, et par M. Victor Hugo\nà propos de Rigoletto. M. Bagier, alors directeur du théâtre, ayant\nperdu ce procès, consentit à payer un droit fixe de 100 francs, moitié\npour la musique, moitié pour les paroles, chaque fois que le Théâtre-\nItalien jouerait un ouvrage traduit ou imité d'une pièce composée\npar un membre de la Société. Quand M. Strakosch devint directeur, il\n« Jusqu'à ces dernières années, écrit M. Ad. Jullien, l'État attribuait au théâtre de\nl'Opéra-Comique une subvention de 240,000 francs, soit la somme de 20,000 par\nmois, sous condition qu'il représenterait par an vingt actes nouveaux : c'est ce qui\nétait stipulé dans le traité conclu entre le théâtre et la Société des auteurs et com-\npositeurs dramatiques.\n» Or, nous trouvons au bout de vingt ans, —de 1848 à 1867, ibi actes nou-\nveaux au lieu de 400! Voilà par quelle scrupuleuse observation de son cahier des\ncharges l'Opéra-Comique s'est montré digne de toucher les 240,000 fr. de subven-\ntion. Une seule année (185->) on a atteint, quel hasard! on a même dépassé,\nquel prodige ! le nombre fixé; on a joué 21 actes. C'était sous la direction de M. E.\nPerrin. Mais aussi, en 1862 et 1867, on s'en est tenu modestement à 7. C'était\nencore sous la direction de M. Perrin, puis sous celle de MM. de Leuven et Ritt.\n» Dès lors, la Société des auteurs et compositeurs dramatiques, excitée par les\nréclamations des jeunes auteurs et emportée par son propre intérêt, à dû prendre\nen main la cause de ses membres ainsi lésés par la négligence persistante de\nl'Opéra-Comique. Elle décida, en mai 1868, que son comité devrait saisir la Commis-\nsion du budget, au Corps législatif, des griefs reprochés à la direction de l'Opéra-\nComique, et demander que la subvention ne fût désormais délivrée au théâtre qu'en\nproportion de l'accomplissement des obligations que lui imposait le cahier des\ncharges. M. de Leuven comprit alors qu'il fallait se soumettre; après de longues\ndiscussions, la paix fut signée au mois de juillet 1868, et l'ancien traité modifié.\n» L'Opéra-Comique ne devait plus jouer annuellement que douze actes au lieu de\nvingt. C'était un notable soulagement. Il est vrai que, d'un autre côté, les ouvrages\ndu domaine public étaient soumis au même droit que ceux des auteurs vivants.\nCette clause, qui paraît singulière au premier abord, était la conséquence naturelle\nde la faveur dont jouissaient à ce théâtre les levers de rideau tirés de l'ancien réper\ntoire, Rose et Colas, les Sabots, les Deux Chasseurs et la Laitière, qui étaient connus\nde tout le monde, mais qui avaient pour la direction le grand mérite de ne payer\naucun droit.\n» Du moment qu'on les assimilait, pour la perception des droits, aux ouvrages\nd'auteurs vivants, il n'y avait plus aucun profit pour le théâtre à préférer constam-\nment Monsigny ou Duni à MM. Guiraud ou Samuel David. Bien plus, les ouvrages\nmodernes devaient avoir plus d'attraits pour le public, qui avait les oreilles rebat-\ntues des charmants refrains du siècle dernier. Le raisonnement était irréfutable et le\nrésultat certain. Par le fait, depuis lors, est-ce bienveillance subite pour les jeunes\nauteurs, est-ce l'effet immédiat de cette nouvelle clause, toujours est-il que l'Opéra-\nComique fit la place la plus large aux levers de rideau signés d'auteurs vivants. »\n(Voir la Municipalité du 26 novembre 1871.)"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "250", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.10", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2774, "texte": "convint de payer une somme fixe de 500 francs par mois, pour se dé-\ngager de toute autre obligation. Enfin, lorsque M. Bagier reprit une\nseconde fois la direction du théâtre en vue d'y exploiter à la fois le\ngenre italien et l'opéra français, il consentit un forfait de 10 pour 100 à\nprélever sur la recette brute de chaque soir, que la pièce jouée fût\ntombée ou non dans le domaine public, que l'auteur de cette pièce fût\nou non membre de la Société.\nDans ces conditions, on ne peut pas dire que la Société encaisse des\ndroits pour Bellini ou Donizetti quand on représente quelqu'un de leurs\nopéras ; elle perçoit en vertu de son traité et n'empêche nullement les\nhéritiers ou cessionnaires de faire valoir leurs titres, s'ils en ont, auprès\ndes directeurs de théâtres. C'est ainsi qu'a jugé, dans son audience du\n2 juin, la ire chambre du Tribunal civil de la Seine, présidée par\n• .\nM, Aubépin, conformément aux conclusions de M. le substitut Ribot.\nUn dernier mot maintenant sur le traité qui lie la Commission des\nauteurs et compositeurs avec les directeurs. Me Durier, qui soutenait\nla demande de l'éditeur cessionnaire, a violemment attaqué cette conven-\ntion : a Peut-on voir, dit-il en résumé, rien de plus illégal à la fois et de\nplus immoral, rien de plus contraire aux intérêts bien entendus de l'art ?\nComment là Commission peut-elle s'arroger le droit d'imposer sa volonté\naux directeurs qui sont ainsi opprimés dans leurs intérêts et dans leur\nliberté? Et le public î On le condamne à ne plus entendre que de la\nmusique moderne, puisqu'un même droit frappant les pièces nouvelles\net celles du domaine public, les directeurs ne sont plus portés à donner\nces dernières ? C'est ainsi que les immortels chefs-d'œuvre de la musique\nne sont plus représentés ! »\nLe traité en question, croyons-nous, n'est ni immoral ni illégal. La\nSociété possède un répertoire extrêmement riche fait de ses\nmembres ; elle pouvait, comme autrefois, demander, pour une pièce\nnouvelle de tel auteur en vogue, des droits de 20, 25 et même 3o pour 100,\nsauf à ne rien toucher quand on ne jouait pas d'œuvre lui appartenant.\nTout au contraire, la Commission, d'accord en cela avec les directeurs,\na pensé qu'il était de l'intérêt commun de fixer un abonnement à\nforfait» De cette manière, le directeur, connaissant d'avance sur quel\ntaux il devra payer, n'est plus obligé d'avoir autant de comptabilités\ndifférentes qu'il a d'œuvres dans son répertoire; de son côté, la Société\npeut, elle aussi, compter sur un budget dont la moyenne n'est guère\nvariable, ce qui lui permet d'équilibrer ses dépenses sur les recettes\nprévues. Il n'y a donc rien là que de très moral et de parfaitement légal,\npuisque les parties contractantes stipulent de ce qui leur appartient en"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "251", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.11", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 996, "texte": "propre. Quant à l'oppression dont les directeurs seraient victimes, cela\nfait sourire et l'on pense, malgré soi, à la plaisanterie devenue classique\ndu « lapin qui a commencé ».\nRestent les intérêts si respectables de l'art dont on empêcherait ainsi\nla libre manifestation. Cet argument aurait une réelle valeur s'il ne se\ntournait précisément contre ceux qui l'invoquent ; mais avant d'être\ncontraints de payer même pour les ouvrages du domaine public, les\ndirecteurs allaient rechercher jusqu'à des pièces sans valeur et dont le\nseul mérite, à leurs yeux, était de ne payer aucun droit, afin de les\njouer de préférence à tant d'œuvres d'auteurs modernes qui attendaient\nen vain leur tour. Quant aux chefs-d'œuvre véritables, si on les jouait\nalors, on les donne encore aujourd'hui, et l'on continuera de les repré-\nsenter, parce qu'ils attireront un public nombreux tant qu'ils seront\nexécutés d'une manière digne des auteurs qui les ont produits.\n\nLÉOPOLD GRAVIER."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-06-15-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-06-15_01#c005", "volume": "bmtnabc_1875-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "252", "page_fin": "263", "image_debut": 12, "image_fin": 23, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.2.2", "titre_corps": "LE THÉATRE DES DEMOISELLES VERRIÈRES", "titre_sommaire": "LE THÉATRE DES DEMOISELLES VERRIÈRES", "signature_source": "ADOLPHE JULLIEN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 12, "page_imprimee": "252", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.12", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1315, "texte": "LE\nTHÉATRE DES DEMOISELLES VERRIÈRES\n\n(I\nCHAPITRE II\nu courant des années précédentes, mademoiselle Aurore\nde Saxe, se trouvantlibre par la mort de la dauphine ar-\nrivée en 1767, était allée vivre chez sa mère et avait pris\ndès lors une part active à ces divertissements dramati-\nques. Elle n'était encore âgée que de dix-neuf ans et il\nn'y avait pas plus de quatre années qu'elle avait été re-\nconnue pour fille naturelle du maréchal de Saxe et autorisée à porter son\nnom par arrêt du Parlement.\nLes actes de l'état civil nous apprennent, à ce propos, qu'elle avait été\nbaptisée,, le samedi 19 octobre 1748, en l'église Saint-Gervais et Saint-\nProtais de Paris, sous le nom de Marie-Aurore, fille de Jean-Baptiste\ndelà Rivière, bourgeois de Paris, et de Marie Rinteau, sa femme, et\nqu'elle avait été tenue sur les fonts baptismaux par Antoine-Alexandre\nColbert, marquis de Sourdis} et Geneviève Rinteau, parrain et mar-\nraine. Quel singulier mélange de bourgeoisie, de noblesse et de cour-\ntisanerie! La jeune fille, comme nous avons dit, avait été placée à\nSaint-Cyr par sa cousine la dauphine, qui se chargea de son éducation\net de son mariage, en lui faisant défense expresse de voir et de fréquenter\nsa mère.\nA quinze ans, Aurore était sortie du couvent pour être unie au comte\n\n(i) Voir le numéro du ier juin."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "253", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.13", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2821, "texte": "de Horn, bâtard de Louis XV et lieutenant du roi à Schelestadt. C'est\nalors que, ne voulant pas être qualifiée, sur les bans, de fille du bour-\ngeois la Rivière et moins encore de fille de père et mère inconnus, la\ndemoiselle Aurore, avec une décision singulière pour son âge, fournit la\npreuve complète qu'elle était bien fille naturelle du comte de Saxe qui\nl'avait toujours reconnue pour sa fille, tant par la déposition du médecin\nGervais, qui avait présidé à sa naissance, que par celle de sa tante et du\nmarquis de Sourdis, qui l'avaient présentée au baptême. Elle obtint, en\nconséquence, que son extrait baptistaire serait réformé et qu'elle y serait\nportée comme fille naturelle de Maurice, comte de Saxe, maréchal gé-\nnéral des camps et armées de France, et de Marie Rinteau (i).\nLa parenté n'était pas des plus honorables pour qu'une jeune fille la\nréclamât avec une énergie si fière, et son grand-père maternel, du noble\nnom de Rinteau, était sur un singulier pied dans le monde. Voici com-\nment le marquis d'Argenson s'exprime dans ses Mémoires, en date du 21\nnovembre 1748, sur le compte de ce personnage :\n« Des gens qui reviennent de Flandre m'ont compté une partie des fri-\nponneries exercées par le comte de Saxe et le maréchal de Lowendal dans\ncette conquête; Cartouche n'en aurait pas fait davantage, ni plus impu-\ndemment, et leur principal accusateur aujourd'hui a peut-être fait pis,\nmais avec plus de finesse, et dans tout cela, je ne sais qui on a moins\nménagé, du roi ou du public. On tient actuellement au cachot, à Bru-\nxelles, un vieux maq4...., père supposé des demoiselles de Verrière, à qui\nle comte de Saxe avait procuré la garde d'un magasin des plus importants,\nmoyennant les bonnes grâces de ces demoiselles. De plus, il a fait des\nprésents considérables, comme de douze mille livres, au sieur deSourdis,\netc. Il faut rendre ces sommes, on le serre de près, et l'on mènera loin\nnos grands pillards... » D'Argenson n'avait pas l'habitude de mâcher les\nmots et il appelait les gens par leur nom : il est vraiment dommage\nqu'après le père il n'ait pas qualifié les filles.\nLe mariage d'Aurore avec le comte Horn fut célébré en grande pompe,\nun frère utérin de la mariée y assistait, le jeune abbé de Beaumont,\nfils naturel du duc de Bouillon et de mademoiselle Verrières, mais\nAurore ne fut jamais que de nom l'épouse de ce premier mari. Un valet de\nchambre dévoué et le médecin même du comte crurent bien faire en em-\npêchant, par tous les moyens possibles, la jeune épouse de passer la nuit\navec le comte de Horn, et depuis lors les deux époux ne se revirent plus\n\n(1) Voir la Collection de décisions nouvelles et de notions relatives à la jurispru-\ndence actuelle, par MeJ-.-B. Denisart, procureur au Châtelet de Paris (Paris, 1771),\ntome 111, p. 704."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "254", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.14", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2943, "texte": "qu'au milieu des fêtes princières qu'ils reçurent en Alsace. Bientôt après,\nle comte fut tué en duel d'un grand coup d'épée. Cette mort tragique\nlaissait Aurore veuve à seize ans sans avoir été femme; la dauphine la\nréintégra aussitôt au couvent, mais, à la mort de celle-ci, Aurore recou-\nvra enfin la liberté de voir sa mère, et elle en profita avec empressement.\nDès qu'elle fut installée dans la maison maternelle, la jeune comtesse\nde Horn voulut réparer, à force de distractions, le beau temps de sa jeu-\nnesse perdu au couvent, et elle tint désormais le premier rôle dans les\nfêtes des demoiselles Verrières. Elle-même a raconté à sa petite-fille la\npart qu'elle avait prise à ces divertissements, et celle-ci nous l'a relatée à\nson tour:\nElles (les sœurs Verrières) vivaient agréablement, avec l'insouciance que\nle peu de sévérité des mœurs de l'époque leur permettait de conserver, et\ncultivant les muses, comme on disait alors. On jouait la comédie chez elles,\nM. de la Harpe y jouait lui-même ses pièces encore inédites. Aurore y fit le\nrôle de Mélanie avec un succès mérité. On s'occupait là exclusivement de\nlittérature et de musique. Aurore était d'une beauté angélique, elle avait une\nintelligence supérieure, une instruction solide, à la hauteur des esprits les\nplus éclairés de son temps ; et cette intelligence fut cultivée et développée\nencore par le commerce, la conversation et l'entourage de sa mère. Elle\navait, en outre, une voix magnifique, et je n'ai jamais connu de meilleure\nmusicienne. On donnait aussi l'opéra-comique chez sa mère. Elle fit Colette\ndans le Devin du Village, Azémia dans les Sauvages (1), tous les principaux\nrôles dans les opéras de Grétry et les pièces de Sedaine\nParmi les hommes célèbres qui fréquentaient la maison de sa mère, elle\nconnut particulièrement Buffon et trouva dans son entretien un charme qui\nresta toujours frais dans sa mémoire. Sa vie fut riante et douce, autant que\nbrillante, à cette époque. Elle inspirait à tous l'amour ou l'amitié. J'ai nom-\nbre de poulets en vers fades que lui adressèrent les beaux esprits de l'époque,\nun entre autres de La Harpe, ainsi tourné :\nDes Césars à vos pieds je mets toute la cour (2).\nce cadeau que Vamitié présente,\nMais n'en dites rien à l'amour\nJe crains qu'il ne me démente.\nLa vogue du spectacle des demoiselles Verrières se prolongea durant\nde longues années; mais les pièces de la Comédie-Française et de la Co-\nmédie-Italienne défrayaient le plus souvent ces récréations dramatiques,\net les gazetiers qui y assistaient ne jugaient à propos d'en parler qu'au-\n\n(1) Le premier opéra de Dalayrac étant de 1782 et son Anémia datant de 1787,\nc'est-à-dire d'une époque où l'une des Verrières était morte, leur société dispersée\net Aurore mère de famille, il est impossible que cette pièce ait été jouée sur leur\nthéâtre quinze ou vingt ans auparavant.\n(2) Il lui envoyait sa traduction des Douçe Césars, de Suétone®"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "255", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.15", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2809, "texte": "tant que les.comédiens amateurs représentaient quelque pièce nouvelle,\nne provenant d aucune des deux Comédies. Pidansat de Mairobert, qui\navait succédé à Bachaumont dans la rédaction des Mémoires secrets,\nne manque pas, en pareille circonstance, de rendre hommage au bon\ngoût et au talent des maîtresses de la maison.\n« Les demoiselles Verrières, écrit-il, sont deux courtisanes du vieux\nsérail, puisque Tune d'elles a appartenu au maréchal de Saxe et en a une\nfille; mais leur opulence, la société distinguée qui va chez elles, leurs\ntalens et l'habitude où elles sont de donner des spectacles, y attirent\nbeaucoup de monde. C'est toujours quelque auteur en titre qui a la direc-\ntion de leurs plaisirs. M, Colardeau, longtemps attaché à leur char, se\ntrouve remplacé par M. de la Harpe. On y joue de tems en tems des\npièces nouvelles, qui n'ont paru sur aucun théâtre. Dimanche dernier,\non y a donné Julie, comédie de M. Saurin, imprimée et non repré-\nsentée. Elle a fait peu de sensation; mais Y Espièglerie, petite pièce en\nun acte, y a eu le plus grand succès : elle a paru d'une gaîté charmante,\net le sieur de la Harpe y a supérieurement bien joué. L'ouvrage est du\nsieur Billard du Monceau, le parrain de madame la comtesse Dubarry. »\nSingulière soirée que celle du dimanche 4 octobre 1772, où l'on vit le\nsévère La Harpe, qui fustigeait si vertement auteurs et comédiens, jouer\nlui-même la comédie avec des courtisanes, et donner la réplique à sa\nmaîtresse dans une pièce dont l'auteur n'avait d'autre titre littéraire que\nd'être parrain de la Dubarry; ou l'on vit aussi cette production d'un\nsimple amateur, sans antécédent théâtral, obtenir le plus vif succès et\néclipser une nouvelle comédie de M. Saurin, écrivain dramatique de pro-\nfession, auteur de plusieurs comédies ou tragédies représentées sans\nsuccès, il est vrai à la Comédie-Française, et qui venait, à un an de\ndistance, de faire jouer àce théâtre Spartacus, son ouvrage le plus recom-\nmandable, et d'entrer tête haute à l'Académie française!\n7 4\nLa rupture de Colardeau avec les deux sœurs datait déjà de cinq à six\nans. Rien de plus naturel et qui fût mieux dans l'ordre des choses de ce\nmonde que la substitution de La Harpe à Colardeau dans les préférences\nde mademoiselle Verrière l'aînée; cependant l'auteur de YEpître à\nMinette fut vivement froissé d'une mise à la retraite qui frappait à la\nfois l'auteur et l'amant. Il se retira chez son oncle maternel qui était\ncuré de Saint-Salomon, à Pithiviers, et composa alors (1766) sa comé-\ndie des Perfidies à la mode, inspirée par le cœur plus que par l'esprit.\nUn désaccord survenu entre les comédiens français et l'auteur entrava la\nreprésentation de cette pièce, ce qui n'empêcha pas le public de la\nconnaître et de l'appliquer à qui de droit."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "256", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.16", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2730, "texte": "Il paraît, en outre, que Colardeau avait conservé un douloureux sou-\nvenir de cette tendre liaison, et ceux qui n'ignoraient pas cette circons-\ntance, se demandaient s'il ne chercherait pas à tirer vengeance de sa\nmaîtresse en la flétrissant. Aussi, lorsqu'à l'été de 1774, on vit courir\ndans les sociétés un libelle manuscrit des plus cruels contre cette de-\nmoiselle, il n'y eut qu'un cri dans le monde et chacun l'attribua sans\nhésiter à Colardeau. Celui-ci, qui était alors à la campagne, adressa à\nce propos cette lettre au Mercure :\nA Etiolles, ce 25 juillet 1774.\nJe viens d'apprendre, Monsieur, que depuis un mois un libelle manuscrit\nse répand sous mon nom dans les sociétés. Je vous prie d'insérer dans le\nMercure prochain le désaveu que je fais de cette satire aussi indigne de moi\nqu'injuste envers la personne qu'elle attaque. Je lui aurais rendu plutôt cette\njustice que je lui dois, si mon absence de Paris ne m'avait laissé ignorer ce\nqui se passait à cet égard.\nJ'ai l'honneur d'être, etc.\nC O LARDEAU.\nIl semblait qu'un démenti aussi formel adressé au Mercure, à l'Année\nlittéraire et à tous autres écrits périodiques, dût faire tomber ces vilains\nsoupçons; au contraire, il les confirma. En mentionnant ce désaveu gé-\nnéral, le rédacteur des Mémoires secretvoyez un peu quelle méchante\nlangue l ne manque pas d'ajouter: « Cette démarche a réveillé la cu-\nriosité des amateurs, dont le grand nombre ignorait absolument ce dont\nil s'agissoit. On a découvert que c'étoit une satyre en vers contre une\ndemoiselle Verrière, fameuse et antique courtisane, avec lequel ce poète\na vécu, mais on a été confirmé dans la certitude que l'ouvrage étoit de\nlui: on y reconnoît absolument sa touche. On croit qu'impatient de voir\npercer un pareil ouvrage dans le public et voulant le faire rechercher, il\na pris cette tournure usitée depuis longtemps par M. de Voltaire et que\nce philosophe met encore tous les jours en pratique. La charlatanerie\nest devenue fort à la mode dans notre monde littéraire. »\nMoins de deux ans après, Colardeau mourait à la fleur de l'âge: il n'a-\nvait pas encore quarante-quatre ans. Il venait d'être élu membre de l'A-\ncadémie française, malgré toutes les cabales et les intrigues de l'ambitieux\nLa Harpe, qui, l'ayant remplacé dans le cœur de mademoiselle Verrière,\nvoulait aussi le primer à l'Académie; mais Colardeau ne put jouir du\nprivilège d'être immortel de son vivant. La joie d'avoir triomphé porta\nun coup mortel à sa pauvre constitution, minée depuis longtemps par un\nmal incurable; le jour de sa réception publique était déjà fixé, lorsque\nson état empira par suite des fatigues que lui occasionnèrent les visites\nd'usage qu'il avait dû rendre à ses confrères."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "257", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.17", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2848, "texte": "« Les visites m'ont tué ! » disait-il douloureusement dans la dernière\nlettre qu il écrivit à son oncle. Le dimanche de Pâques, 16 avril 1776,\nI affable Colaideau lendait le dernier soupir, rue Cassette, dans l'hôtel\ndu comte de la Vieuville, qui s'était fait son protecteur et chez lequel\nil avait trouvé la plus douce et la plus généreuse hospitalité. Par une\nsingulière coïncidence, qui semblait être loi de nature entre ces deux\nécnvains, ce tut La Haipe qui lui succéda à l'Académie comme\nailleurs et qui dut louer, après sa mort, celui qu'il avait tant critiqué\net combattu de son vivant, comme homme et comme auteur.\nLe trépas prématuré du poète reporta naturellement l'attention sur les\ndemoiselles Verrières, mais de telle façon qu'elles auraient sans doute pré-\nféré qu'on parlât moins d'elles. « M. Colardeau vient de mourir, disent\nLs Mémoires secrets, avant d'avoir pu s'asseoir dans le fauteuil\nacadémique et y prononcer son discours de réception ; en sorte que, par\nun événement singulier et dont il n'y a peut-être pas d'exemple, le\nsuccesseur aura deux éloges à faire. M. Colardeau_, tout jeune encore ou\ndu moins dans la vigueur de l'âge, périt victime d'une passion malheu-\nreuse. On peut se rappeler la satyre sanglante qu'il publia, il y a deux\nans environ, contre une demoiselle Verrière, dont on a parlé. Outre la\ndouleur d'avoir été trompé par cette courtisane ingrate et perfide,, il paraît\nqu'elle lui avait laissé un souvenir amer de ses embrassements, et que la\nsanté délicate du poète en a été altérée au point de périr insensiblement.\nII étoit cependant depuis plusieurs années attaché à une marquise de la\nVieuville, femme donnant dans le bel esprit et dans la philosophie, et chez\nlaquelle il vivoit. Comme elle étoit veuve depuis quelque temps, le bruit\ncouroit qu'il l'avoit épousée ou l'épouseroit. »\nC'est aussi vers cette époque que l'aînée des Verrières trépassa de mort\nsubite. « Je crois qu'Aurore avait environ vingt-cinq ans lorsqu'elle\nperdit sa mère, dit madame Sand. Mademoiselle Verrière mourut un\nsoir, au moment de se mettre au lit, sans être indisposée le moins du\nmonde et en se plaignant seulement d'avoir un peu froid aux pieds. Elle\ns'assit devant le feu, et tandis que sa femme de chambre lui faisait chauf-\nfer sa pantoufle, elle rendit l'esprit sans dire un mot ni exhaler un sou-\npir, Quand la femme de chambre l'eut chaussée elle lui demanda si elle\nse sentait bien réchauffée, et n'en obtenant pas de réponse, elle la regarda\nau visage et s'aperçut que le dernier sommeil avait fermé ses yeux. »\nL'usage voulait alors qu'une jeune fille ou une jeune veuve, sans pa-\nrents pour la guider à travers le monde, se retirât au couvent ; mais cette\nretraite n'avait rien de bien sévère. On s'y installait confortablement,\nmême avec une certaine élégance : on y recevait des visites, on en sortait"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "258", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.18", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2555, "texte": "le matin ou le soir avec un chaperon plus ou moins respectable ;\nc'était une sorte de précaution contre la calomnie, une affaire d'étiquette\net de goût. Aurore ne voulut manquer ni à l'étiquette ni au bon goût et\nelle rentra pour la troisième fois au couvent.\nCHAPITRE III\nLe temps avait rapidement marché au milieu de ces fêtes, et les deux\nsœurs, déjà classées dans « le vieux sérail » en 1772, avaient dû prendre\nleur retraite. Elles avaient longtemps retenu par ces distractions l'agréa-\nble société qui s'était formée autour d'elles, mais elles la virent peu à peu\nse dissoudre à mesure que, lage venant, elles avaient plus de peine à\nréparer par la recherche des divertissements et le charme de leurs réunions\nles atteintes du temps contre leur propre personne. La mort et aussi l'in-\nconstance de la mode firent de nombreux vides dans cette société naguère\nsi brillante; mais parmi ceux qui gardèrent aux deux courtisanes sur le\nretour l'amitié et l'attachement qu'ils leur avaient marqués au temps de\nleur splendeur, il faut compter au premier rang Dupin de Francueil. Il\nfit plus que demeurer leur ami, il entra dans leur famille.\nLorsque le séduisant Dupin de Francueil avait gagné le cœur de\nmadame d'Épinay, il venait d'atteindre la trentaine et était, depuis huit\nans, receveur général des finances pour Metz et l'Alsace, et secrétaire du\ncabinet du roi : c'était en 1746. Claude-Louis Dupin avait pris le sur-\nnom de Francueil pour se distinguer de son père, le fermier général\nClaude Dupin, qui l'avait eu d'un premier lit, et s'était remarié avec\nmademoiselle Marie-Magdeleine Fontaine, l'une des trois filles natu-\nrelles du banquier Samuel Bernard et de mademoiselle Fontaine.\n«Elles étaient trois sœurs, dit Jean-Jacques, qu'on pouvait appeler\nles trois Grâces : madame de la Touche, qui fit une escapade en Angle-\nterre avec le duc de Kingston, madame Darti, la maîtresse, et bien plus,\nl'amie et l'unique et sincère amie de M. le prince de Conti, femme ado-\nrable autant par la douceur, par la bonté de son charmant caractère\nque par l'agrément de son esprit et par l'inaltérable gaieté de son hu-\nmeur. » La troisième était la belle madame Dupin.\nC'était sur le conseil de sa belle-mère que Dupin de Francueil avait\népousé une jeune fille, Suzanne Bollioud, sa cadette seulement de trois\nans et qui devait faire le modèle des épouses. Elle était « bien laide et\nbien douce, » au dire de Rousseau, et adorait son mari qui « ne lui ren-\ndait assurément pas l'amour qu'elle avait pour lui ». Il s'en fallait bien,"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "259", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.19", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 3218, "texte": "en effet, que cette liaison avec madame d Epinay fût la première infi-\ndélité que Francueil fît à sa femme. Les mauvaises langues disaient\nmême qu'il avait été au mieux avec sa belle-mère, madame Dupin, qui\navait pris soin de le marier ; mais personne n'avait pu fournir la preuve\nde ce méchant propos. Il est à remarquer toutefois que madame Dupin\navait de qui tenir en ce genre ; rien d'étonnant, dès lors, à ce qu'elle\nchassât de race, comme ses sœurs.\nLa famille Dupin représentant avec éclat le monde élégant et distingué\ndes financier s du dix-huitième siècle, et M. Dupin de Francueil jouant\nun îôle capital à la fin de notre travail, il est intéressant de connaître,\n—• d après des documents manuscrits dans quelles circonstances ro-\nmanesques s était fait le mariage de M. Dupin avec sa seconde femme,\net comment cette dame était assez peu scrupuleuse en affaires et en en-\ngagements. C est ce que nous apprend l'article consacré à Dupin, dans\nles notices sur les fermiers généraux, rédigées sur la demande et pour\n1 usage particulier du ministre au milieu du siècle dernier.\nNé d'une bonne famille de Châteauroux, en Berry, il fat longtemps capi-\ntaine dans le régiment d'Anjou-infanterie, et quitta le service militaire à la\nmort de son père pour prendre sa charge (de receveur des tailles de l'élection\nde Chateauroux), qu'il exerça jusqu'au temps de l'époque heureuse de son\nmariage en secondes nopces avec une des filles naturelles de Samuel Bernard\net de la demoiselle Fontaine, qui arriva comme on va dire.\nLa dame de Barbançois, qui est cette fille aînée de la fortune, revenant de\nprendre les eaux à Bourbon, pour une maladie de langueur qu'elle avoit,\npassa, en revenant à Paris, par Chateauroux et se trouva fort incommodée\nà l'hôtellerie de Sainte-Catherine où elle étoit descendue. Le sieur Dupin,\nnaturellement poly et galant, sans connoître cette dame, ne l'ayant jamais\nvue, alla luy offrir un appartement chez luy où elle seroit plus décemment\net commodément que dans une auberge. Cette dame eut d'abord de la peine\nà accepter des offres si obligeantes, faites par un homme qu'elle ne connois-\nsoit point du tout, mais il les reïtera de si bonne grâce et avec un air per-\nsuasif qui lui est naturel, et fit tant d'instance auprès d'elle, qu'enfin elle\nles accepta et consentit à se faire transporter avec ses domestiques et son\ntrain en la maison de Dupin qui étoit très logeable, la plus propre et la\nmieux située de la ville. Dès qu'elle y fut, Dupin lui donna tous ses soins et\nses attentions au rétablissement de sa santé; ce qui réussit. Elle se trouva\nmieux et en état de partir pour Paris; il ne voulut pas qu'elle déboursât rien,\nni pour elle, ni pour son domestique, ni pour ses médicamens ; poussant la\ngalanterie plus loin, il voulut l'accompagner jusqu'à Paris, pour être toujours\nà portée de la secourir en cas que dans la route il luy vînt quelque accident\nde rechutte. Elle fut touchée d'un procédé aussi désintéressé et aussi galant.\nA leur arrivée, elle l'en fit remercier par la demoiselle Martel sa mère, qui en\nfît un récit des mieux circonstanciés à Samuel Bernard.\nCe Crésus moderne voulut voir un homme si rare dans les bons procédés;"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "260", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.20", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3281, "texte": "il lui trouva tant de mérite que, ne voulant point être en reste de politesse\navec luy et de générosité, il s'informa surtout de la situation où Dupin pou-\nvoir être; ayant sçu qu'il étoit veuf, il lui fit proposer en mariage la sœur\ncadette de madame de Barbançois, qui étoit aussi fille de Bernard et de la\ndemoiselle Fontaine, avec la'charge de receveur général des finances des\ntrois évêchés, Metz, \"Toul et Verdun. Dupin accepta \\olontiers ces otlics\navantageuses pour lui, trouvant par ce moyen une jeune et belle femme et\nriche; il fixa par ce mariage son séjour à Paris, où il fit venir son ménage\net son fils, qu'il avoit eu de sa première femme, qui est actuellement maître\ndes requêtes. Bernard ne s'en tint pas là, il eut le crédit d'obtenir pour son\ngendre une place de fermier général, et il en fit lui-même les fonds, de sorte\nqu'en peu de temps Dupin se vit, pour ainsi dire, accablé des faveurs de la\nfortune, d'une jolie femme et de deux places les plus lucratives de la finance,\ndont il ne mésuse point, ne se méconnoit nullement. Quelqu'uni qu'il fût\navec Bernard et sa belle-mère, mademoiselle Fontaine, l'intérêt les a cepen-\ndant brouillés pour quelque temps : en voicy l'occasion où par bonheur pour\nDupin, il n'avoit point participé.\nCette demoiselle Fontaine étant à sa belle maison de Passy, et sa fille\nmadame Dupin, avec elle, mademoiselle de Fontaine eut besoin de quelque\nchose qui étoit enfermé dans une armoire; et n'ayant point, pour le moment\nde femme de chambre auprès d'elle pour le luy donner, elle pria sa fille, la\ndame Dupin, de fouiller dans cette armoire et lui en donna la clef. Celle-cy,\nen cherchant ce que sa mère luy demandoit, trouva rengagement que Dupin,\nson mary, avoit fait à Samuel Bernard pour raison de ses fonds, qu'iï lui\navoit avancés dans les fermes générales. Cet écrit étoit dans un pot à 1 eau\nd'argent, et, en femme d'esprit, elle prit promptement le papier et l'avala\nsur-le-champ, afin qu'il n'en restât aucun vestige. Ce ne fut que quelque\ntemps après que la demoiselle Fontaine, cherchant cet engagement et ne le\ntrouvant plus, se ressouvint qu'elle avoit, dans sa maladie, confié la clef de\nson armoire à sa fille : de là, elle jugea que ce ne pouvoit être que sa fille,\nEnsuite, à la fin, sachant que M. Dupin n'avoit aucune part à ce tour subtil,\nil leur pardonna, leur fit présent de cette somme et les revit comme aupara-\nvant.\nLe sieur Dupin, depuis qu'il est en place, a acquis une grande et belle terre\nportant le titre de marquisat de Chenonceaux, terre qui appartenoit autrefois\nà François ler,Ier, Roy de France, et qu'il donna àla comtesse de Cnateaubriant,\nl'une de ses maîtresses. Il y a fait des augmentations et embellissements\nconsidérables, le château étoit presque ruiné et entièrement détruit. Cet\nendroit est situé entre la Touraine et le Blaisois, il en a fait un lieu de déli-\nces et de plaisir (i).\nCe dernier paragraphe répond au doute exprimé par madame Sand,\nqui dit ne plus se rappeler lequel des deux, de Dupin ou de made-\nmoiselle Fontaine, possédait en propre la terre de Chenonceaux à l'époque\n\n(i) Mémoires pour servir à l'histoire du pu manuscrits. Notice\nsur Dupin qui porte pour armes : d'azur à trois coquilles d'or posées deux en chef\net une en pointe."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "261", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.21", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2664, "texte": "de leur union. Ce n'était, paraît-il, ni l'un ni l'autre, puisque Dupin\nl'acheta, par la suite, du fruit des bénéfices réalisés dans sa charge de\nfermier général. A partir de ce jour il se fit appeler gros comme le bras:\nDu PIN DE GHENONCEAUX.\nDupin avait eu de ce second mariage un autre fils, Armand-Jacques\ndu Pin de Chenonceaux, auquel il fit attribuer en survivance ses fonc-\ntions financières et qui épousa, le 8 octobre 1749, une jeune et jolie per-\nsonne de dix-neuf ans, Louise-Alexandrine-Julie de Rochechouart, fille\nde Bertrand, appelé le vicomte de Rochechouart, et de Julie-Sophie de\nRochechouart-Jars. Il courut alors dans Paris des mots malicieux sur ce\nmariage, que le marquis d'Argenson s'empresse de rapporter dans ses\nMémoires : « On dit, de trois filles de condition qui ont épousé trois\nfinanciers, ces trois turlupinades : Que madame de Béthune a reçu la\npomme d'or de Pâris; mademoiselle de la Tour-du-Pin a bien dit son\noraison de Saint-Julien; et mademoiselle de Rochechouart a épousé\nM. de Ghenonceaux pour Dupin (1). »\nTout n'était pas rose, d'ailleurs, dans ces fonctions si recherchées et si\nlucratives de fermier général. On y risquait quelquefois jusqu'à ses os,\ncomme le prouve l'aventure suivante arrivée à Dupin de Chenonceaux\nle fils, à la fin d'octobre 1754, et que d'Argenson note avec une visible\nsatisfaction : « Le Sieur de Chenonceaux, fermier général en survivance\ndu sieur Dupin, son père, a été réprimandé pour avoir pris sur lui de\nfaire surseoir à la vente des marchandises de la compagnie des Indes, à\nLorient. Il voulait faire payer les droits de ferme aux pacotilles des\nmatelots, et visiter les ballots qui étaient pour M. le duc d'Orléans. On\na pensé le jeter dans la rivière ; il s'est enfui déguisé et a bien fait. »\nRevenons au premier fils de Dupin, à Dupin de Francueil. Lorsque\nnous l'avons retrouvé composant de la musique pour le théâtre des\nsoeurs Verrières, il avait perdu depuis dix ans son excellente femme que\ntant d'infidélités publiques avaient dû singulièrement froisser et dé-\nsoler. Tout en continuant son métier di imprésario d'un théâtre de cour-\ntisanes, Francueil s'était acquitté tant bien que mal de ses devoirs de\npère et avait uni sa fille à M. Vallet de Villeneuve : ce mariage avait été\ncélébré le 9 février 1768.\nUn an plus tard, presque jour pour jour, le 25 février, M. Dupin le\npère disparaissait de ce monde, et Dupin abandonnait aussitôt ce sur-\nnom distinctif de Francueil, dont il n'avait plus besoin, puisque son\nfrère consanguin se faisait toujours appeler de Chenonceaux. Il continua\n\n(1) Mémoires du marquis d'Argenson, 11 décembre 1749."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "262", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.22", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3019, "texte": "de mener la vie dissipée et bruyante qu'il poursuivait depuis sa ving-\ntième année ; mais il n'avait plus auprès de lui ni père, ni femme, ni\nfille, et le poids de la solitude lui pesait davantage à mesure qu'il avan-\nçait en âge. Il avait soixante-deux ans et était veut depuis vingt-trois,\nlorsqu'il prit un grand parti et décida de se remarier.\nIl se rendit alors auprès de son amie mademoiselle Verrière et lui de-\nmanda solennellement la main de sa nièce, qui vivait toujours au couvent.\nLe mariage fut conclu malgré la disproportion d'âge qui existait entre\nun mari qui avait plus du double d'années que sa femme, et au mois de\nmars 1777, l'union légitime de M. Dupin de Francueil avec mademoiselle\nAurore de Saxe, comtesse de Horn, fille naturelle du maréchal de Saxe et\nde mademoiselle Verrière, fut consacrée en Angleterre, dans la chapelle\nde l'ambassade française. Les époux et parents avaient jugé prudent de\nne pas célébrer cette cérémonie à Paris, où ils connaissaient trop de\nmonde, et un monde trop enclin à la raillerie.\nJuste neuf mois après leur mariage, le i 3 janvier 1778, les deux\népoux eurent un fils, Maurice-François-Elisabeth Dupin, engagé volon-\ntaire sous la République Française et père de madame George Sand.\nL'éminent écrivain a tracé un charmant portrait de son grand-père à\nsoixante-cinq ans, tel que sa grand'mère l'avait connu et qu'elle le dé-\npeignait à ceux qui ne l'avaient pas vu ; de plus, madame Sand a ra-\nconté aussi, d'après les souvenirs de sa grand' mère, le mariage de Dupin\nde Francueil avec Aurore de Saxe, la vie de plaisirs et les malheureuses\nspéculations qui engloutirent une bonne partie de leur fortune, et enfin\nla mort de Francueil à soixante-douze ans.\n•\nAurore se décida, vers l'âge de trente ans, à épouser M. Dupin de Francueil,\nmon grand-père, qui en avait alors soixante-deux. M. Dupin de Francueil,\nle même que J.-J. Rousseau, dans ses Mémoires, et madame d'Épinay, dans\nsa Correspondance, désignent sous le nom de Francueil seulement, était\nl'homme charmant par excellence, comme on l'entendait au siècle dernier.\nIl n'était point de haute noblesse, étant fils de M. Dupin, fermier général\nqui avait quitté l'épée pour la finance. Lui-même était receveur général à\nl'époque où il épousa ma grand'mère. C'était une famille bien apparentée et\nancienne, ayant quatre in-folio de lignage bien établi par grimoire héraldique\navec vignettes coloriées fort jolies. Quoi qu il en soit, ma grand'mère hésita\nlongtemps à faire cette alliance, non que l'âge de M. Dupin fût une objection\ncapitale, mais parce que son entourage, à elle, le tenait pour un trop petit\npersonnage à mettre en regard de mademoiselle de Saxe, comtesse de Horn.\nLe préjugé céda devant des considérations de fortune, M. Dupin étant fort\nriche à cette époque. Pour ma grand'mère, l'ennui d'être séquestrée au\ncouvent dans le plus bel âge de sa vie, les soins assidus, la grâce, l'esprit et\nl'aimable caractère de son vieux adorateur, eurent plus de poids que l'appât"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "263", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.23", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2036, "texte": "des richesses. Après deux ou trois ans d'hésitation, durant lesquels il ne\npassa pas un jour sans venir au parloir déjeuner et causer avec elle, elle\ncouronna son amour et devint madame Dupin\nReceveur général du duché d'Albret, M. Dupin passait, avec sa femme et\nson fils, une partie de l'année à Châteauroux. Ils habitaient le vieux château\nqui sert aujourd'hui de local aux bureaux de la préfecture, et qui domine de\nsa masse pittoresque le cours de l'lndre et les vastes prairies qu'elle arrose.\nM. Dupin, qui avait cessé de s'appeler Francueil depuis la mort de son père,\nétablit à Châteauroux des manufactures de drap, et répandit par son activité\net ses largesses beaucoup d'argent dans le pays. Il était prodigue, sensuel, et\nmenait un train de prince. Il avait à ses gages une troupe de musiciens, de\ncuisiniers, de parasites, de laquais, de chevaux et de chiens, donnant tout à\npleines mains, au plaisir, à la bienfaisance, voulant être heureux et que tout\nle monde le fût avec lui.\nMon grand-père mourut dix ans après son mariage, laissant un\ngrand désordre dans ses comptes avec l'État et dans ses affaires personnelles.\nMa grand'mère montra la bonne tête qu'elle avait en s'entourant de sages\nconseils et en s'occupant de toutes choses avec activité. Elle liquida promp-\ntement, et, toutes dettes payées, tant à l'État qu'aux particuliers, elle se\ntrouva ruinée, c'est-à-dire, à la tête de soixante-quinze mille livres de rente.\nC'est ainsi que cette étude, commencée en plein dix-huitième siècle, se\ntermine au milieu du nôtre. Il a suffi de la sémillante personnalité de\nDupin de Francueil, pour nous conduire insensiblement du théâtre\nde la chaussée d'Antin au seuil du théâtre de Nohant. Cette page de\nrHistoire de ma vie forme véritablement le dernier épilogue du spec-\ntacle des demoiselles Verrières, puisqu'il s'agit tout à la fois de leur fille\net nièce comme de leur ami, gendre et compositeur en titre, et que\nl'écrivain est leur arrière-petite-fille et nièce.\n\nADOLPHE JULLIEN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-06-15-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-06-15_01#c009", "volume": "bmtnabc_1875-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "264", "page_fin": "275", "image_debut": 24, "image_fin": 35, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.2.3", "titre_corps": "ANDRÉ PHILIDOR", "titre_sommaire": "ANDRÉ PHILIDOR", "signature_source": "ARTHUR POUGIN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 24, "page_imprimee": "264", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.24", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1185, "texte": "ANDRÉ PHILIDOR\n\n(I)\nXII\nES troubles de la situation politique en France firent\nque les journaux s'occupèrent peu de la mort de Phi-\nlidor, qui, en d'autres circonstances, eût certainement\nému le public. Les détails particuliers manquaient\nd'ailleurs sur cet événement, qui s'était passé loin de\nParis, hors des frontières. On aurait tort de croire, ce-\npendant, que le fait fut accueilli avec indifférence ; les preuves du con-\ntraire sont abondantes.\nTout d'abord, on songea à organiser une représentation au bénéfice\nde la veuve de Philidor, qu'on savait sans fortune. Comment se fait-il\nque ce ne soit ni à l'Opéra, ni au Théâtre Favart, ni même dans aucun\ndes nombreux théâtres lyriques existant alors qu'ait eu lieu cette repré-\nsentation? Toujours est-il que c'est le Théâtre Français de la rue de\nLouvois qui se chargea de payer la dette de reconnaissance que l'art\nmusical devait à l'un de ses plus illustres enfants. Dans son programme\nde spectacles du 24 floréal an V (i 3 mai 1797); la Qiiotidienne annon-\n\n(1) Voir les numéros des i 5 juin, i 5 juillet, lerIer septembre, ler octobre, iei'novembre,\nlerIer décembre 1874, i9l' janvier, ier février, ier mars et ier mai 1875."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "265", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.25", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2808, "texte": "çait ainsi cette soirée : « Aujourd'hui, concert au bénéfice de la veuve\nPhilidor, dans lequel madame Walbonne-Barbier, MM. Garat et Richer\nchanteront. L orchestre, compose des artistes de la Loge olympique,\nexécutera au commencement de la seconde partie la nouvelle ouverture\ndu Jeune Henri, de la composition de Méhul ; MM. Ozi. Frédéric\n* y\nDuvernoy, Grahel, et autres artistes exécuteront différents morceaux. »\nPeu de mois après, le Théâtre Favart, qui n'était autre que l'ancienne\nComédie-Italienne, et qui depuis longtemps servait une pension à Phi-\nlidoi, en accoida une à sa veuve (i). Le même théâtre avait déjà songé\nà monter et à produire au public un ouvrage laissé par Philidor, et que\nle maître n'avait pas eu le temps d'achever complètement.\nCet ouvrage était en trois actes, et avait pour titre : Bélisaire. L'au-\nteur des paroles était d'Antilly.\nC'est le 4 octobre 1796 qu'eut lieu la première représentation de\nBélisaire, et, à l'issue de celle-ci, une sorte d'apothéose de Philidor.\nCe n'était point là le seul ouvrage que Philidor eût laissé en porte*\nfeuille. Il en est, à ma connaissance, au moins trois autres qu'il avait\nentrepris, si non complètement achevés. L'un est un grand opéra inti-\ntulé Protogene, dont Sedaine lui avait confié le livret (2); le second\nn est autre que Y Alceste, de Quinault, retouchée par le marquis des\nRaisins de Saint-Marc, auteur de quelques autres poèmes d'opéras ; au\ntome deuxième de l'édition des œuvres complètes de cet écrivain cour-\ntisan, ancien officier aux gardes, on trouve ce poème â'Alceste« ou le\n7riomphe dAlcide) « tragédie lyrique de Quinault, avec beaucoup de\nchangements, » accompagné de cette note : « Cet ouvrage a été arrangé\nen 1776, à la prière de messires les intendants des menus plaisirs du\nroi, alors administrateurs de l'Opéra. Il est entre les mains de M. Phi-\nlidor, qui en fait la musique (3). Enfin, le troisième ouvrage, le seul\n\n(1) V. Indicateur dramatique pour l'an VII, p. 97.\n(2) V. Spectacles de Paris an VIII, p. 302.\n(S) Il y a vraiment ici quelque chose d'étrange. C'est le 2 3 avril 1776 que Gluck,\naprès l'avoir refaite en partie, donnait à l'Opéra son Alceste, représentée précédem-\nment à Vienne, et ce chef-d'œuvre, froidement accueilli d'abord, obtient bientôt un\nénorme succès. Or, c'est en cette même année 1776 qu'un écrivain, à la prière des\nadministrateurs de l'Opéra, s'avise de remanier à son tour le poème de Quinault, et\nque Philidor se charge d'en faire la musique! J'avoue que ceci me semble incom-\npréhensible. Il n'y a pas à douter pourtant; le livret de Saint-Marc est là qui fait\nfoi, et ce livret, compris dans les œuvres complètes de l'auteur (1789, trois volumes\nin-8°), publié du vivant de Philidor, n'a amené de la part de celui-ci, que je sache,\naucune réclamation-"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "266", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.26", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2408, "texte": "peut-être qu'il eût mené complètement à terme, était une incarnation\nnouvelle d'une de ses anciennes productions.\nOn se rappelle qu'en 1773, Philidor avait fait jouer devant la cour, à\nFontainebleau, un opéra comique en deux actes, Zémire et Mélide, ou\nle Navigateur, qui ne fut point représenté par la suite à la Comédie-\nItalienne, comme on eût dû s'y attendre. Cet ouvrage fut de sa part\nl'objet d'une double refonte, d'abord pour ce théâtre, puis pour l'Opéra,\nauquel certains personnages désiraient le voir passer.\nGardel aîné, maître de ballets à l'Opéra, avait été frappé de la nou-\nveauté et de l'agrément du sujet du Premier Navigateur, dont il devait\nrégler les divertissements. Il conçut aussitôt le projet de s'approprier\nl'idée, et d'en faire un ballet-pantomime ; mais comme le ministre n'au-\nrait point toléré un pareil larcin, Gardel commença par entrav.er la\nreprésentation de l'opéra, travailla dans le plus grand secret à son ballet,\npuis, le moment venu, c'est-à-dire le ministre n'étant plus en place, fit\nmettre en répétition son Grand Navigateur, qui fut représenté le\n26 juillet 1785 avec beaucoup de succès. Dès qu'il eut connaissance de\ncette infamie, Philidor alla se plaindre au nouveau ministre, M. de\nBreteuil, en lui demandant justice; mais, malgré la bonne volonté de\ncelui-ci, tout fut inutile. Gardel dirigeait les ballets et les danses de la\ncour, ce qui lui valait beaucoup d'influence et de protecteurs. On fît\ndonc aux plaintes de Philidor une réponse brutale et à peu près dans c«\ngoût : Le poème n'est point de vous; la musique seule est votre pro-\npriété. Or, que réclamez-vous, puisque pas un seul morceau de votre\ncomposition n'est entré dans le ballet dont vous parlez? Quant au sujet,\nvous auriez tort de croire qu'il appartient à Falbaire, en réalité, il est à\nGessner, dans les œuvres duquel chacun est libre de puiser.\nVoilà comment il se fait que le Premier Navigateur ne fut jamais\nreprésenté.\nXIII\nJ'ai dit, à l'origine de ce travail, qu'il y avait lieu de s'étonner de l'oubli\nqui enveloppait aujourd'hui le nom de Philidor, et du dédain dans lequel\non tenait ses œuvres. On a pu se rendre compte, par les citations faites\nau cours de ce récit, des sentiments tout autres que les contemporains\nprofessaient à son égard. On acquiert la conviction que, parmi nos\nmusiciens français,pas une renommée ne dépassa la sienne, et qu'il était"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "267", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.27", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2833, "texte": "classé à l'égal des plus grands, ce qui rend plus inexplicable encore Tin-\njustice de la postérité à son égard.\nLa place occupée par Philidor est très considérable dans l'histoire de\nla musique dramatique en France pendant la seconde moitié du dix-hui-\ntième siècle, et elle est surtout importante en ce qui concerne la part prise\npar le compositeur dans la formation de notre opéra comique, Dans l'es-\npace de vingt-neuf ans, de 1759 à 1788, il n'avait pas donné moins de\nvingt-cinq ouvrages, formant un total assez respectable de quarante-qua-\ntre actes, représentés sur six théâtres différents: l'Opéra, l'Opéra-\nComique, la Comédie-Italienne, le théâtre de la cour à Fontainebleau, le\npetit théâtre du Bois de Boulogne, et celui des petits comédiens du duc\nde Beaujolais. En joignant à cela Bélisaire, qui ne fut représenté qu'a-\nprès sa mort, Alceste et Protogène, qui furent au moins mis sur le métier,\nsinon complètement achevés, la part plus ou moins considérable de col-\nlaboration qu'on lui accorde dans la Bagarre, dans la Rosière de Sa-\nlency, dans les Pèlerins de la Mecque, son bagage dramatique acquiert\ndes proportions qui ne sont pas absolument communes. Et là ne se borne\npas l'ensemble de son œuvre, puisqu'il y faut ajouter encore, outre les\nmotets qu'il écrivit dans ses jeunes années pour la chapelle, outre l'ode\nde Dryden sur le Pouvoir de l'Harmonie, qu'il semble bien avoir mise en\nmusique, son oratorio du Carmen seculare, le Lauda Jérusalem et le\nTe Deum qu'il fit exécuter au concert spirituel, la Messe qu'il composa\nen 1766 pour l'anniversaire de la mort de Rameau, et enfin un Recueil\nd'ariettes à voix seule et grande symphonie qu'il publia en collabora-\ntion du chanteur Trial et qui commença à paraître en 1766. Philidor,\non peut le dire, avait donc pour lui la fécondité, qui est toujours l'indice\nd'une organisation robuste.\nMais cette fécondité, qui prenait sa source dans un tempérament gé-\nnéreux, était aidée par un talent supérieur et d'une rare souplesse. Nous\navons acquis la preuve que Philidor avait entrevu, dès ses débuts, la ré-\nforme que Gluck vint opérer chez nous, puisque ses projets novateurs\navaient effrayé Rebel, directeur de l'Opéra,, et que plus tard, avantl'arri-\nvée de l'auteur Alceste et d'Armide, il avait commencé, dansErnelinde,\nde mettre ces projets à exécution. Son rôle fut plus brillant et plus effectif\ndans le genre de l'Opéra-Comique ; là, il passa maître du premier coup, et\ndu premier il délimita le genre, et le poussa à sa plus grande extension. Plus\nfoncièrement dramatique que Duni et presque aussi aimable, possédant\nà la foi?, comme Monsigny, le sentiment comique et le sentiment pathé-\ntique, plus grand dans son style et plus élevé que Grétry, avec une allure\npeut-être moins égale et moins soutenue, il était plus instruit et surtout"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "268", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.28", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2918, "texte": "plus hardi que tous trois, et possédait une force de conception, une habi-\nleté de procédés et une sûreté de main qu'aucun deux n'a jamais connues,\nLa forme de ses morceaux est généralement très remarquable, son har-\nmonie très riche et souvent neuve pour l'époque, son instrumentation\ncolorée, nerveuse et fournie; de plus, il est doué d'un instinct scénique\npresque infaillible et d'un sens dramatique incontestable.\nTelles sont les rares qualités qui permirent à Philidor de parcourir\nune si brillante carrière, et de tenir la scène pendant près d'un quart de\nsiècle sans presque jamais faiblir et en ne rencontrant pour ainsi dire\nque des succès. Et il ne faudrait point croire que Philidor fût un génie\nnaïf, en quelque sorte inconscient, qui produisait pour produire et sans\nse rendre un compte exact de ses désirs et de ses aspirations. Outre que\nnous savons quelles étaient ses visées en ce qui concerne le drame lyri-\nque, nous allons voir, par un document peu connu, qu'il n'agissait pas\nà l'aventure et qu'il avait une volonté fermement arrêtée. Ce document\nn'est autre que la dédicace de la partition du Sorcier, dédicace adressée\nbravement au public, et dans laquelle Philidor fait preuve à la fois de\nmodestie, de courage et de bon sens.\nr\\ , \" s i\nC'est sous vos yeux que mes faibles talens ont pris naissance, c'est votre\nbonté qui de jour en jour les anime, c'est donc à vous seul que j'en dois\nThommage, au milieu des contradictions, des inquiétudes et même des cha-\ngrins que l'artiste le plus heureux ne peut éviter. J'ai regardé votre suffrage\ncomme ma véritable récompense. C'est la seule où j'aspire, elle m'enhardit et\nme console. Ennemi de la brigue, je n'ai qu'un but, c'est de vous plaire. Et\nsans chercher de ces moyens obscurs, mais trop souvent employés, ce n'est\nqu'en étudiant votre goût, en consultant vos lumières, en travaillant, en un\nmot, que je prétends y parvenir. Dans un genre nouveau qu'une partie de la\nnation voudrait combattre encore, mais qu'elle aime, si je me suis permis des\nvues plus profondes et peut-être des hardiesses, ce sont ces vrais connais-\nseurs en musique, ces oreilles amantes de l'harmonie, c'est vous-même enfin\nqui semblés me l'avoir ordonné en applaudissant à mes premiers essais.\nPénétré de tant de bontés, mais jaloux d'y répondre et d'en mériter encore,\nj'ose ici vous supplier d'agréer le témoignage sincère de la reconnaissance et\ndu respect que doit au public éclairé qui l'encourage et le protège,\nSon très humble et très obéissant serviteur,\nA. D. PHILIDOR.\nDe tels sentiments font honneur à un artiste, et le montrent sous un\njour tout particulièrement favorable. Que d'autres viennent, un siècle\nplus tard, comme l'a fait Berlioz, le déchirer sans le connaître, et essayer,\nà l'aide de grands mots appliqués à de petites choses, de le déshonorer,\nils ne pourront rien lui enlever de sa valeur et de son véritable génie."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "269", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.29", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 3106, "texte": "Berlioz, qui avait suivi Sévelinges dans cette voie absurde, a été lui-\nmême imité par M. de Basterot qui, dans son Traité élémentaire du\nJeu des Echecs, ne se borne pas à essayer de rabaisser Philidor comme\njoueur d'échecs, mais cherche à ternir aussi sa renommée de compositeur,\nsans paraître se douter qu'ici le terrain sur lequel il marche lui est com-\nplètement inconnu. ce Malheureusement pour lui, dit-il, l'œil scru-\ntateur de la critique, qui a découvert tant d'erreurs dans son Analyse\ndes Echecs, s'est portée avec une égale sévérité sur ses œuvres musicales.\nIl paraît prouvé, quoi qu'en ait dit M. Fétis et plus récemment le pro-\nfesseur Allen, que Philidor, dans son opéra du Sorcier, a pillé Y Orphée\nde Gluck; « il a copié, dit Berlioz, sa mélodie [Objet de mon amour),\n« sa basse, son harmonie, et même les échos du hautbois de son petit\n« orchestre placé dans la coulisse un des plagiats les plus audacieux\ncc dont il y ait d'exemple dans l'histoire de la musique (1). »\nEh bien, en dépit des assertions de ses détracteurs, malgré Sévelinges,\nmalgré Berlioz, malgré M. de Basterot, la gloire de Philidor comme\njoueur d'échecs n'est pas encore effacée, que je sache ; et quant à son\ngénie musical, constaté par tant de succès, par tant de suffrages, par\ntant d'œuvres remarquables en divers genres, ces œuvres sont là pour\nl'affirmer, pour le rendre éclatant aux yeux de tous ceux qui voudront\nbien prendre la peine de les lire avec soin, de les étudier avec attention,\nde les juger avec sincérité. Pour ceux-là, loin d'avoir rien à craindre,\nla renommée de Philidor a tout à gagner, et ne peut que trouver son\nprofit à un examen scrupuleux (2).\n\n(1) Traité élémentaire du Jeu des Echecs, deuxième édition. Paris, Allouard,\ni 863, in-B°.\nParmi les travaux récents les plus importants publiés sur Philidor, il faut men-\ntionner, outre celui de M. Allen, déjà cité, qui est très enthousiaste, celui intitulé :\nPhilidor auteur et joueur d'échecs, publié par M. Von der Lasa dans la Berliner\nSchach\\eitung, et dont il a paru une traduction dans la Nouvelle Régence en 1862.\nM. Von der Lasa, tout en combattant certains points de la théorie de Philidor, ne le\nconsidère pas moins comme un joueur de premier ordre et comme un didacticien re-\nmarquable,\n(2) En 1802, on donna à l'Opéra un pastiche intitulé Saïd et qualifié « d'oratorio\nen action, » composé de fragments tirés de diverses œuvres de Mozart, Paisiello,\nHaendel, Haydn, Philidor et Gossec. Les arrangeurs étaient Morel, Deschamps et\nDesprez pour les paroles, Lachnith et Kalkbrenner pour la musique. Le succès fut\ntrès grand, et un chroniqueur disait : « Laïs se surpassa, pour ainsi dire, en exécu-\ntant les fragmens du Carmen seculare de Philidor, et un passage délicieux d'un\nfinale de Mozart.\nLe souvenir de Philidor était très vivant il y a soixante ans, et ses œuvres\nn'étaient pas abandonnées, puisque Lemazurier, dans VOpinion du Parterre de 1810,\nécrivait ceci, en annonçant rengagement d'une nouvelle artiste à POpéra-Comique :\n« .... En s'attachant mademoiselle Regnault, ce théâtre a placé dans ses rangs"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "270", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.30", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2695, "texte": "XIV\nL'artiste n'est pas seul intéressant dans Philidor; l'homme est encore\nfort curieux à observer, et si quelques-uns ont essayé de le faire jusqu'ici,\nce n'a été que d'une façon bien superficielle, et, on peut l'affirmer, en\nprenant souvent le contre-pied de la vérité.\nIl faut remarquer tout d'abord que certains biographes, certains chro-\nniqueurs, ont fait à Philidor une réputation d'inintelligence, disons\nmieux, de sottise inepte vraiment difficile à admettre, et l'ont représenté\ncomme une sorte de niais accompli, de Jean Bête toujours prêt à se\nrépandre en absurdes balourdises. Or, Diderot a pu dire avec raison\nqu'on peut être un très grand joueur d'échecs et un sot, mais il est\nmalaisé de croire qu'un artiste supérieur comme Philidor ait pu être en\nmême temps un imbécile. D'ailleurs, Diderot lui-même, qui montra tou-\njours tant d'estime et d'admiration pour l'auteur d'Ernelinde, ne l'aurait\ncertainement pas prisé si fort, ne lui aurait pas porté un si vif intérêt,\ns'il l'avait cru à ce point dénué d'intelligence.\nLa vérité est que Philidora toujours préoccupé de musique ou d'échecs,\ntoujours l'esprit tendu, le cerveau obsédé par une idée fixe, était fort\ndistrait, répondait souvent à tort et à travers aux questions qu'on lui\nadressait, et que c'est la singularité fréquente de ces réponses qui l'a fait\nprendre pour un sot par de plus sots que lui. On a souvent cité une\nexclamation de Laborde, qui, au milieu d'un repas, lui ayant entendu\ndire plusieurs trivialités, s'écria tout à coup : « Voyez cet homme-là,\nil n'a pas le sens commun, c'est tout génie ! » Outre que le mot a pu être\nmal rapporté, cela ne veut point dire encore que Laborde ait voulu le\ntraiter d'imbécile.\nIl est vrai que ses distractions amenaient parfois sur ses lèvres des\nréparties d'une amusante naïveté, réparties que quelques-uns provo-\nquaient à plaisir. Un de ses parents, Bouvier, violoniste attaché à l'or-\n\nune cantatrice distinguée, capable d'exécuter, avec autant de grâce que de facilité,\nl'excellente musique de Philidor, de Grétry et de Monsigny. »\nPhilidor fit quelques élèves : d'abord son biographe. Laborde, qui, quoique\namateur, fit jouer un assez grand nombre d'opéras; le compositeur Lachnith, le\npremier arrangeur et l'introducteur de Mozart en France; madame de Genlis, qui\ndit elle-même, au tome ler de ses Mémoires: « Philidor me donna des leçons d'ac-\ncompagnement. )) Fétis penche même à croire, et ce me semble, avec assez de\nraison, que Dezèdes, l'aimable auteur de Biaise et Babet et des Trois Fermiers,\naurait bien pu recevoir des leçons de Philidor, « le seul maître, dit-il fort justement,\nqui sût alors en France écrire avec correction. »"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "271", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.31", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2791, "texte": "chestre de l'Opéra-Comique, lui dit un jour : a Mon rêve est devoir\nune voiture; je me mettrais à la fenêtre, et j'aurais le plaisir de me voir\npasser.» Philidor lui répond avec le plus grand sang-froid : —Vous\ndites là une bêtise, mon bon ami, car on ne peut être à la fois à la fenêtre\net en voiture ; vous ne pourriez donc vous voir passer, »\nUne autre fois, c'était au baptême de son fils aîné, le parrain, interrogé\npar le prêtre sur le nom qu'il voulait donner à son filleul, et déclarant\nqu'il voulait l'appeler Joseph : «Je ne veux pas que mon fils porte ce\nnom, s'écrie vivement Philidor; Joseph, c'est le patron des c... ! » Et, en\ndisant cela, il était d'un sérieux imperturbable.\nUn matin, son beau-frère, Richer, qui avait absolument à lui parler,\nentre dans sa chambre, Philidor étant encore au lit avec sa femme :\n« Comment, ma sœur, fait Richer en jouant l'étonnement, je vous trouve\ncouchée avec M. Philidor? Mais, mon ami, c'est ma femme, » répond\ncelui-ci naïvement.\nEntrant un soir dans les coulisses de la Comédie-Italienne avec un de\nses fils, qui était en très bons termes avec une des artistes de ce théâtre,\nmademoiselle Colombe aînée, et rencontrant justement cette jeune per-\nsonne, il lui dit à brûle-pourpoint, et du ton le plus aimable : Ah !\nMademoiselle, je vous remercie de vous être chargée de ce gaillard-là ;\nj'espère que vous en serez contente. » On devine la figure des deux jeunes\ngens, à l'audition de ce compliment inattendu.\nC'est à un autre de ses fils, dont il connaissait le rendez-vous habituel,\nqu'il dit un jour, à table, en regardant sa montre : « Partez, Fré-\ndéric, allez, mon fils, il ne faut jamais faire attendre les dames. »\nSa femme était la première à .rire de ces naïvetés, auxquelles elle était\nhabituée. Mais ces naïvetés, je le répète, n'étaient point de la sottise, et\nceux qui le connaissaient savaient à quoi s'en tenir à ce sujet. Les frag-\nments de lettres que j'ai reproduits plus haut sont de nature à faire\njuger Philidor d'autre façon ; et s'il était nécessaire, je citerais encore les\nlignes suivantes, par lesquelles il définissait le jeu d'échecs « un objet\nd'amusement sérieux, dans lequel je me suis fait quelque réputation, et\nqui, présentant au génie, à chaque instant, la complication d'un pro-\nblème nouveau à résoudre, ne laisse pas, même aux sujets ordinaires, le\nmérite d'en soupçonner la profondeur et l'étendue. » L'homme qui pou-\nvait s'exprimer d'une façon aussi claire, aussi précise, aussi élégante,\nn'était certainement pas ce qu'on a voulu le faire croire.\nD'ailleurs, la sensibilité artistique dont il faisait preuve plaiderait, s'il\nen était besoin, en faveur de son intelligence. Voici l'un des exemples les\nplus charmants de cette sensibilité. C'était au retour d'un de ses voyages"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "272", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.32", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2682, "texte": "de Londres ; pendant son absence, Sacchini avait donné à l'Opéra l'un\nde ses chefs-d'œuvre, Œdipe à Colone. A peine arrivé, Philidor s'em-\npresse de demander des nouvelles de l'ouvrage, des beautés que Ton y\nsignale, de l'accueil qui lui a été fait par le public. cc Cela a-t-il\nréussi? » demanda-t-il à son fils André. cc Oui, mon père, beaucoup.\nCite-t-on quelque morceau particulièrement ? Oui, certes ;il y a\nau troisième acte un trio que chacun s'accorde à trouver magnifique.\nVraiment ? Eh bien, va me le chercher, et me le rapporte aussitôt. » Le\njeune homme part incontinent, et revient promptement avec le trio.\nPhilidor lui prend le morceau des mains, l'examine en silence, attenti-\nvement, le lit ainsi d'un bout à l'autre sans prononcer une parole, et l'en-\nfant, tout surpris, voit bientôt de grosses larmes couler des yeux de son\npère3 attendri par la lecture d'un si beau chef-d'œuvre.\ncc Simple, naïf, ingénu, plein de bonhomie, le grand Philidor avait\nune bonté, une générosité inépuisables, dont le souvenir attendri\nentoure sa mémoire d'un ; profonde vénération (i). » Ces paroles rendent\nfidèlement le côté moral du caractère de Philidor. Il était, en effet,* bon,\nsimple, serviable, obligeant, et surtout généreux. Les artistes malheu-\nreux qui avaient recours à lui et le nombre en était grand ne le\nfaisaient jamais en vain, et plus d'une fois, dans sa générosité irréfléchie,\nil lui arrivait de se trouver empêché de sortir, parce que, faute d'argent,\net ne pouvant satisfaire autrement aux demandes qui lui étaient faites,\nil avait abandonné ses vêtements aux malheureux qui étaient venus\nl'implorer.\nMais il n'était pas seulement bon humainement, si l'on peut ainsi dire,\nil l'était aussi artistiquement, ce qui est plus rare peut-être. Grétry, qui\na rarement dit du bien de ses confrères, s'est plu à lui rendre un hom-\nmage éclatant dans ses Mémoires; il avait eu l'occasion, au début de sa\ncarrière, d'apprécier la rare obligeance de Philidor, qui s'était vigou-\nreusement employé pour lui être utile, et voici comm:nt, après avoir\nénuméré toutes les difficultés qu'il avait éprouvées pour se procurer son\npremier poème, il s'exprime à ce sujet : ce Philidor et Duni s'occupaient\ncependant et de bonne foi à me faire avoir un poème : les habiles gens\nsont naturellement bons et honnêtes; l'homme instruit voit avec tant\nd'intérêt ce qu'il en coûte au vrai talent pour se faire connaître, que la\ncrainte même de protéger son rival ne peut Fempêcher d'agir en sa\nfaveur. Philidor m'annonce enfin qu'il a répondu de moi, et qu'un poète\nvjut bien me confier l'ouvrage qu'on lui destinait» Je me rends chez lui\n\n(1) Notice du Palamede."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "273", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.33", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2976, "texte": "au jour indiqué : l'auteur lit : à chaque scène ma téte s'exaltait au point\nque je trouvais à l'instant le motif et le caractère qui convenait (sic) à\nchaque morceau ; je réponds que cet ouvrage n'eût pas été le plus mau-\nvais des miens. Lorsqu'après de longues études, l'âme commande avec\ncette impétuosité, elle ne laisse pas à 1 esprit le temps de s'égarer. Je ne\ntrouvai le poème que médiocre et froid ; mais la flamme qui me brûlait\neût pu le réchauffer. J'embrassai l'auteur; comment ne vit-il pas dans\nmes yeux qu'une si belle ardeur ne serait pas inutile à son succès ? Non,\nil ne le vit pas ! car, trois jours après, au lieu de recevoir le manuscrit,\nPhilidor m'apprit que l'auteur avait changé d'avis. 11 me permettait\ncependant de travailler à son poème, pourvu que ce fût avec Philidor,\nsi cela nous convenait à tous deux. Allons, courage, mon ami, me\ndit cet honnête homme, je ne crains pas de joindre ma musique à la\nvôtre. Je dois le craindre, moi, lui dis-je, car si la pièce réussit, elle\nsera de vous; si elle tombe, le public ne verra que moi. » Cette affaire\nn eut pas de suite, et malgré toute sa bonne volonté, Philidor ne put\nêtre utile à Grétry, qui finit par se frayer une autre route ; mais malgré\nson caractère aigre et jaloux, celui-ci ne put s'empêcher de reconnaître\nle bon vouloir de l'artiste qui aurait voulu le patronner, et en donna\nplus tard, à la mémoire de ce dernier, ce témoignage éclatant de sa\nreconnaissance.\nUne certaine tradition veut aussi que Philidor ait rendu à Rousseau\nun signalé service, service d'autre nature. C'était à l'époque où Rous-\nseau, qui ne songeait pas encore à écrire son Dictionnaire de Musique,\ns occupait de son Devin du village. On a affirmé que Philidor lui vint\nen aide en cette circonstance, en arrangeant les accompagnements et\nl'orchestre de sa partition, dont il était assurément incapable de venir à\nbout. Philidor, à ce moment, n'avait pas encore abordé le théâtre, mais,\navec l'excellente éducation musicale qu'il avait reçue, il était parfaite-\nment apte à s'acquitter d'une telle besogne (1).\n\n(i) Ce qui me porterait à accorder crédit à cette tradition, c'est une petite décou-\nverte que j'ai faite récemment, et qui m'a montré le nom de Philidor directement\nmêlé au Devin du Village. Voici, en effet, le titre exact d'une édition gravée de\nla partition de cet ouvrage :—« Le Devin du Village, intermède représenté à Fon-\ntainebleau, devant Leurs Majestés, les 18 et 24 octobre 1752, et à Paris, par l'Aca-\ndémie royale de musique, le ier mars ijbS, par J.-J. Rousseau, avec Variette\najoutée par M. Philidor, chantée par M. Caillot. » (Paris, Leclerc, rue Saint-Honoré,\nentre la rue des Prouvaires et la rue Du four, à Sainte-Cécile.)\nPour que Rousseau consentît à laisser mettre, même dans ces conditions, un\nautre nom à côté du sien, il me semble qu'il devait avoir de puissantes raisons, et\ncela me paraîtrait expliquer la collaboration de Philidor quant au travail pratique\nde la partition."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "274", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.34", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2684, "texte": "La générosité des sentiments de Philidor ne se particulaiisait pas dans\nle cercle des gens qu'il voyait cliaque JOUI elle s étendait jusqu aux\naffaires publiques. Nous avons vu avec quelle joie sincère il a\\ait\naccueilli les premiers événements de la Révolution, dans laquelle il pré-\nvoyait bien l'affranchissement futur de son pays. Les mouvements popu-\nlaires, d'ailleurs, ne l'effrayaient pas ; habitant souvent Londies, il y\nétait accoutumé de longue date, et lorsqu'il revenait à Paris, il les étu-\ndiait avec une sorte de curiosité. Plus d une fois, entendant les agita-\ntions de la rue, il se levait vivement, et disait en souriant à sa femme :\n« Je crois, ma foi, qu'ils finiront par mettre le feu aux quatre coins\nde Paris. Ma femme, donne-moi ma canne et mon chapeau, je veux\naller voir l'émeute.. »\nSes enfants, qui connaissaient ses sentiments libéraux, s'en amusaient\nparfois avec lui, et le faisaient enrager en faisant étalage des idées les\nplus réactionnaires. Quand on avait bien bataillé, Philidor s'écriait tout\nà coup, en s'adressant au plus exalté : « Eh bien, mon ami, je ne te\nconseille pas d'aller dire tout cela dans un café. Tu te ferais un mauvais\nparti. »\nPhilidor resta jusqu'à la fin de sa vie dans les mêmes sentiments. On\npeut le croire, du moins, par l'extrait suivant d'une lettre de lui, la der-\nnière dont j'aie eu connaissance, qui montre en même temps de sa part\nune noble fierté d'artiste. Cette lettre, adressée à sa femme, était datée de\nLondres, 20 thermidor, 2e décadi, 2e année de la République, «ou\njeudi 7 août 1794, vieux style. » C'est la Revue et Galette musicale du\n6 décembre 1846 qui en a publié ce court et intéressant extrait : Je\nsuis très flatté qu'on ait songé au chœur à'Ernelinde ( Jurons sur ces\nglaives sanglants ) pour une fête publique, et j'espère qu'on aura pro-\nduit ce serment avec succès. J'avoue que je ne connais rien en musique\nd'aussi fier, d'aussi auguste et d'aussi martial que ce morceau, et plus\npropre pour des républicains libres et victorieux »\nOn a rapporté de lui un fait assez original. « Philidor avait deux\nsœurs restées demoiselles, et qui étaient dans le commerce. Il leur fallait,\nen ce temps de maîtrises, être représentées par un homme qui pût faire\npartie d'une confrérie. Philidor s'empressa de s'impatroniserdans le corps\ndes merciers, qu'il choisit, on ne sait trop pourquoi. Il trouvait ce titre\nsuperbe, et dans tous les actes publics il prenait le titre de Marchand\nmercier. C'est ainsi que sur les actes de baptême de ses enfants on trouve\npour indication, fils, fille de Philidor, (1).\n\n(1) Notice du Palamède.Cette notice ajoute : « Ces deux soeurs, retirées du"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "275", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.35", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 1847, "texte": "Il me faut, en terminant, rectifier une erreur qui a été répandue par\ndivers biographes, et qui me semble avoir été mise en cours par Choron\net Fayolle, dans leur Dictionnaire Philidor n'a jamais\nété aveugle, comme ils l'affirment, et n'a jamais été menacé de l'être. La\nnotice du Palamède est très nette et très précise à cet égard.\nCette même notice contient les lignes suivantes, au sujet du buste de\nPhilidor : a Le buste de Philidor fut commandé par la ville de Paris\nà Pajou, célèbre sculpteur du temps; il fut exécuté en terre cuite et il est\nd'une ressemblance parfaite. Après qu'on en eut fait plusieurs copies en\nplâtre, la ville offrit l'original à madame Philidor ; il est aujourd'hui en\nla possession de la belle-fille et bru de celui-ci (?).\nSur les exemplaires en plâtre de ce buste, on avait tracé les vers sui-\nvants :\nAvoir ton âme et ton génie;\nPar les mains de Pajou voir ton buste sculpté,\nC'est, selon moi, le sort le plus digne d'envie,\nC'est être deux fois sûr de l'immortalité (i).\n\nARTHUR POUGIN.\n\ncommerce et âgées, demeuraient rue Taranne, faubourg Saint-Germain, et c'est\nchez elles que Diderot, ainsi que Colin d'Harleville, dans les dernières années de\nleur vie, passaient toutes leurs soirées, ce dont on s'étonne, ces deux sœurs étant,\nà un assez haut degré, tout le contraire de spirituelles. »\n(i) Il y a quelques années, un jeune sculpteur, M.Edouard Patou, fit un nouveau\nbuste de Philidor, d'une touche délicate et d'un modelé très fin; ce buste figura à\nl'Exposition annuelle des Beaux-Arts. J'ai déjà signalé un joli portrait dessiné et\ngravé par Bartolozzi, dans la seconde édition de l'Analyse du Jeu des Echecs; je\nrappellerai celui dessiné par Cochin et gravé par Saint-Aubin, dont la Chronique\nmusicale a placé une reproduction très fidèle en tête du premier article du présent\ntravail."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-06-15-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-06-15_01#c013", "volume": "bmtnabc_1875-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "276", "page_fin": "277", "image_debut": 36, "image_fin": 37, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.2.4", "titre_corps": "GEORGES BIZET", "titre_sommaire": "GEORGES BIZET", "signature_source": "O. LE TRIOUX", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 36, "page_imprimee": "276", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.36", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1339, "texte": "GEORGES BIZET\n\nEORGES Bizet est mort, plein de vie, dans la nuit du mer-\ncredi au jeudi 3 juin. Pendant toute la journée du jeudi,\non pouvait lire, affiché au foyer de TOpéra-Comique, ce\nfunèbre télégramme :\nParis, de Bougival, déposé le 3 juin, àlO heures 27 matin,\nCamille du Locle, 3y, rwe Z,e Peletier, Paris.\n« La plus horrible catastrophe : notre pauvre mort cette nuit.\n» LUDOVIC HALÉVY. »\nCe laconisme est gros de larmes : sympathique à tous pour son talent,\nBizet était adoré des siens pour les belles qualités de son âme.\nLa Chronique musicale , parla plume de M. Arthur Pougin, a retracé\ndéjà, dans sa livraison du i 5 mars, la carrière artistique de ce jeune maî-\ntre, qui marchait à la tête de l'école nouvelle-venue, explorant courageu-\nsement la route périlleuse du progrès. Pour Bizet au moins, ces dangers\nn'auront pas été sans gloire et quand la mort l'a frappé, il s'ouvrait un\npassage vers le succès. Cette volonté patiente et tenace qu'il apportait\ndans la lutte, il en avait hérité d'Halévy, dont il était l'élève et le\ngendre.\nLes obsèques de Georges Bizet ont eu lieu à l'église de la Trinité, au\nmilieu de l'immense assemblée de ses amis, dont la douleur était grande»\nLe service funèbre en musique se composait de morceaux empruntés à\nson œuvre:\ni° Entrée d'orgue improvisée par A. Bazille, sur les motifs des Pê-"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "277", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.37", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 1589, "texte": "cheurs de Perles; 20 ouverture de Patrie, exécutée par l'orchestre du\nCirque d'hiver, sous la direction de M. Pasdeloup; 3° adapté\nsur les paroles du duo àzs Pêcheurs et chanté par MM. Du-\nchesne et Bouhy; 4° Andatite de l'Artéspar l'orchestre Pasdeloup;\n5° Agnus Deichanté par M. Lhérie; 6° Adagietto de par\nl'orchestre Pasdeloup; 70 sortie improvisée par M. Bazille, sur les mo-\ntifs de Carmen.\nMM. Camille Doucet, président de la Société des auteurs dramatiques,\nAmbroise Thomas et Charles Gounod, de l'lnstitut, et du Locle, direc-\nteur de l'Opéra-Comique, tenaient les cordons du char funèbre. Le deuil\nétait conduit par MM. H. Rodrigues et Ludovic Halévy.\nTrois discours ont été prononcés sur la tombe : le premier par M. Jules\nBarbier au nom de la Société des auteurs dramatiques; les deux autres,\npar MM. du Locle et Gounod.\nLorsque l'artiste n'est plus, l'œuvre reste pour rappeler sa mémoire à\nceux qui lui survivent. Le soir de l'enterrement de Bizet, l'Opéra-Co-\nmique représentait sa Carmen. Galli-Marié avait peine à retenir ses\nlarmes, et son émotion avait gagné toute la salle.\nBizet n'avait pas encore trente-sept ans, étant né le 25 octobre iB3B.\nIl laisse en portefeuille plusieurs ouvrages inédits dont le Ménestrel nous\npromet le catalogue, accompagné de notes et souvenirs. Il travaillait à\nun oratorio sur Geneviève,patronne de Paris, ainsi qu'à un grand opéra\nsur le Cid.\nNous nous ferons un devoir de recueillir pieusement tous les docu-\nments qui viendront se joindre à ceux qu'a déjà publiés la Chronique\nmusicale sur Georges Bizet.\n\nO. LE TRIOUX."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-06-15-01-c017", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-06-15_01#c017", "volume": "bmtnabc_1875-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "278", "page_fin": "288", "image_debut": 38, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.2.5", "titre_corps": "LE CENTENAIRE DE BOIELDIEU", "titre_sommaire": "LE CENTENAIRE DE BOIELDIEU", "signature_source": "LOUIS JEANNIN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 38, "page_imprimee": "278", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.38", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1345, "texte": "LE\nCENTENAIRE DE BOIELDIEU\n\nOTRE correspondant spécial, M. Louis Jeannin, représen-\ntait la Chronique musicale au centenaire de Boieldieu, cé-\nlébré les 12, i 3, 14 et i 5 juin par la ville de Rouen, pa-\ntrie de l'illustre maître.\nIl nous adresse, au sujet de ces fêtes, le compte rendu\nsuivant, le plus complet qui ait été publié jusqu'ici dans la\npresse parisienne.\nSamedi, 12 juin. A six heures du soir, la vieille cloche de Rouen\nannonçait par ses retentissantes volées la solennité prête à commencer.\nC'était, dit le Journal de Rouen, comme le baptême de l'immortalité qui\nsonnait pour le glorieux fils de Rouen, à la tour de l'antique Hôtel-de-\nVille où siégeaient lors de la naissance de Boieldieu, les magis-\ntrats de la cité. Une heure plus tard, différents morceaux étaient\nexécutés auprès de la statue du maître par les musiques des 26e et 28e\nde ligne, par la musique municipale de Rouen et par celle de Saint-\nGermain-en-Laye, puis la retraite aux flambeaux partait de la mairie et\nparcourait la ville au milieu des acclamations d'une foule énorme,\nbravant la pluie torrentielle qui tombait depuis le commencement de la\nfête.\nDimanche i 3. Dès le matin, l'animation est immense sur tous les\npoints de la ville. Le temps semble se remettre au beau.— A neuf heures\ncommençait le défilé des sociétés musicales qui devaient prendre part"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "279", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.39", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2798, "texte": "au concours. Les Sociétés formaient un cortège de près de 1400 mètres,\n—on en remarquait et on en applaudissait un certain nombre dont la\ntenue et les costumes faisaient sensation: l'Orphéon et l'Harmonie de\nCannes, costume de toile grise, béret rouge et képi; la musique munici-\npale du Mans ; la société de Gand, en uniforme de bersaglieri ; l'Harmonie\nde Billy-Montigny dont la bannière est surmontée de quatre couronnes\nd'or et de nombreuses médailles; l'orphéon de Lille, avec ses 110 mem-\nbres présentant un peloton d'une tenue parfaite; l'orphéon Alsacien-Lor-\nrain et les Mineurs de Louvain, précédés d'un rang d'hommes armés du\npic de mineurs.\nA mesure que ces sociétés passaient devant la statue de Boieldieu, elles\ndéposaient au pied du monument des couronnes d'immortelles; la mu-\nsique municipale de la Ville, qui marchait en tête, avait déjà déposé sur\nle front de l'auteur de la Dame Blanche une couronne d'or.\nUne estrade avait été dressée pour les membres de l'autorité. L'lnsti-\ntut était représenté par MM. de Laborde, secrétaire perpétuel de l'Aca-\ndémie des Beaux-Arts ; Ambroise Thomas, directeur du Conservatoire\nde musique ; Paul Baudry, Charles Garnier, François, graveur, et\nM. Etienne de Cardailhac, membre libre. Sur la même estrade se trou-\nvaient : le maire de Rouen, le préfet, les membres du Conseil municipal\net les membres du jury, M. Adrien Boieldieu était l'objet de la plus\nsympathique attention des sociétés musicales.\nM. Nétien, maire de Rouen, s'est levé et a prononcé le discours sui-\nvant :\n« Messieurs,\n(( Notre premier devoir, en ce jour, est de saluer les hôtes, dont la pré-\nsence anime et honore notre ville, en élevant cette réunion, qui aurait pu\nrester une fête locale, aux proportions solennelles d'une manifestation natio-\nnale et patriotique. L'lnstitut, c'est-à-dire la représentation de ce que la\nFrance possède de plus éminent dans les lettres, les sciences et les arts, a bien\nvoulu y présider par une députation de ses membres : la municipalité rouen-\nnaise lui en exprime sa profonde reconnaissance. Elle adresse aussi ses vifs\nremercîments aux honorables reppésentants de l'autorité publique, aux délé-\ngués de la presse, aux artistes, à tant d'hommes distingués qui ont voulu s'as-\nsocier à sa pensée. Enfin notre cœur à tous est rempli dune chaleureuse\ngratitude pour ces intéressantes sociétés musicales qui sont venues en si grand\nnombre déposer leur hommage au pied de la statue de Boieldieu!\n« Dans les oeuvres de la peinture, de la statuaire, de la poésie, l'homme se\nretrouve toujours, sans doute, et sur le théâtre qu'il remplit de son inces-\nsante agitation ; mais c'est seulement une contemplation qu elles offrent à ses\nregards, à son intelligence et à son âme ; un spectacle toujours digne assuré-"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "280", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.40", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3424, "texte": "ment de nous attacher, mais auquel nous ne pouvons que passivement as-\nsister.\n« Bien différent est le rôle de la musique î Si elle veut se manifester et\nvivre, pour ainsi dire, il faut qu'elle s'associe directement à nos actes.\n« Du reste, elle se laisse posséder, sans exiger une initiation laborieuse et\npermise seulement à des privilégiés; par faculté naturelle, la foule entière\nnon-seulement la comprend, mais l'interprète et l'exprime. Au foyer, la fa-\nmille la mêle à son travail et à ses plaisirs; dans le temple, la prière s'élève\navec elle de toutes les bouches; sur le champ de bataille, elle enflamme le\npatriotisme et combat avec le soldat!\n« Gomment donc n'aimerions-nous pas cette compagne fidèle de nos dou-\nleurs et de nos joies, de nos pensées et de nos actions? Et comment notre\naffection ne s'étendrait-elle pas jusqu'à ceux qui nous donnent ainsi, par elle,\nl'expression de nos sentiments et de nos émotions; expression non pas seu-\nlement réelle et vraie, mais parée des plus gracieux et des plus puissants at-\ntraits !\n« Qui a pu lire la vie de Boieldieu sans s'éprendre d'une affectueuse sollici-\ntude pour cet enfant que la nature a pourvu de tous ses dons? L'étincelle\njaillit de son vif esprit, de son imagination féconde, presque sans choc et\nsans aucun effort. Il ébauche deux compositions sur ce Théâtre-des-Arts\nque voici près de nous, et ses premiers essais obtiennent une réussite assez\nflatteuse pour qu'il s'élance encore [une fois vers Paris.\n« Mais là régnent des maîtres consommés dans leur art, les Méhul, les\nCherubini, restés illustres. Avant d'être admis à rivaliser avec eux et d'obte-\nnir un thème pour développer ses chants, il faut que Boieldieu marque ainsi\nsa place comme virtuose : victoire facile et promptement remportée! Quel-\nques mélodies dont la source sera chez lui toujours prête à jaillir, séduisent\nles écrivains, et les poèmes abondent. Dès lors, la scène de l'Opéra-Comique\nsera bientôt gagnée : Zor aime et Zulnare, Beniowski, le Calife de Bagdad\nparaissent, et voilà l'artiste, presque adolescent, devenu l'idole du public!\n« Pourtant, c'est un peu par surprise que la place est sitôt enlevée! Si les\nauditeurs se sont laissé séduire à la première lueur du génie, l'art a le droit\nde n'être pas si facilement satisfait. Mais Boieldieu est heureusement supérieur\naux décevantes trahisons de la vanité; malgré le premier enivrement, il com-\nprend la sévère amitié, qui lui reproche « d'avoir de si beaux succès et de\nfaire si peu pour les mériter ! » Aussitôt la surabondance incorrecte est sacri-\nfiée à la recherche de la science, et Boieldieu apprend à ne plus accepter trop\nfacilement la parure de sa pensée. Et, à présent, le voilà pourvu des armes\nutiles, même au génie; de sorte que nul ne pourra plus contester son droit\naux applaudissements des salles charmées. Ce sont alors des œuvres vraiment\nmaîtresses qu'il produit : Ma Tante Aurore, puis Aline, reine de Golconde,\nles Voitures versées et ce Jean de Paris, qui le fera s'écrier lui-même : « Ah !\nquel succès! »\n« Et, en effet, Boieldieu est parvenu aux sommets de sa carrière : il va\ndonner la Fête au village voisin et le Petit Chaperon rouge; puis, enfin, la\nDame Blanche apparaît et le conduit, non pas au succès, mais au triomphe,\nmais à une sorte d'apothéose! comme le dit son dernier historien.\n« Et le mot sera presque juste, messieurs, car les contemporains, séduits"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "281", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.41", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2592, "texte": "et ravis, ne se lasseront plus d'applaudir le créateur du chef-d'œuvre de l'o-\npéra comique, et presque celui de la musique française! Les magistrats de sa\nville natale votèrent une médaille à son effigie, comme on ne le fait guère\npour les glorieux que lorsqu'ils ont vécu! Enfin, les générations suivantes,\nqui ne se fatigueront pas elles-mêmes de voir et d'entendre l'enchanteresse,\nne nommeront plus le maître sans évoquer la Dame Blanche, non pas comme\nla protectrice aimable et fidèle du dernier des chevaliers d'Avenel, mais plutôt\ncomme la muse elle-même descendue des régions de l'éternelle lumière pour\ndéposer sur le front du maître le rayon de l'immortalité! »\nAprès ce discours fort applaudi, la cantate de M. Ambroise Thomas,\nintitulée : Hommage à Boieldieu, a été exécutée par les Orphéons de\nLille, du Bon-Marché de Paris, d'Elbeuf, par les élèves des écoles com-\nmunales de Rouen et du cours Beauvoisine, la musique municipale,\ncelles du 24e et du 28e de ligne. Cette énorme masse chorale et instru-\nmentale était sous la direction de M. Collin, professeur au Conservatoire\nde Paris.\nLa belle exécution de cette cantate, par tant d'éléments divers, est\nd'autant plus remarquable qu'elle n'avait été précédée d'aucune répéti-\ntion générale,.\nMais ce qui à surtout excité une explosion de bravos, c'est l'attitude\nde tous ces exécutants, qu'une pluie diluvienne ne parvenait pas à\ntroubler, et qui, préoccupés uniquement du pieux hommage rendu au\ngénie, semblaient indifférents au trouble de l'atmosphère et à la véritable\ninondation qui les entourait.\nLa foule elle-même, impressionnée par ce spectacle, restait compacte\net pressée, et son émotion se manifesta bientôt par un immense applau-\ndissement.\nLes concours ont commencé à une heure et demie dans les différents\nendroits fixés; partout la foule était considérable, et surtout au Théâtre-\ndes-Arts où avaient lieu les concours d'excellence des orphéons. Quatre\nsociétés se trouvaient en présence: i° la Sainte-Cécile de Cherbourg,\ndirecteur M. A. Barrière, 60 exécutants; 20 les Orphéonistes lillois,\ndirecteur M. E. Boulanger, 110 exécutants; 3° les Orphéonistes\nd'Amiens, directeur M. Grigny, 60 exécutants ; 40 les Enfants de Lutèce,\ndirecteur M. Gaubert, 100 exécutants. Chaque société a chanté d'abord\nun chœur imposé : le Retour d'Amérique, par M. Ad. Boieldieu, et un\nmorceau de son choix. La lutte a été acharnée, surtout entre les Lillois\net les Enfants de Lutèce. Les orphéonistes lillois ont transporté d'enthou-\nsiasme tous les spectateurs pendant l'exécution du beau chœur d'Am-"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "282", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.42", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1920, "texte": "broiseThomas, intitulé: le Carnaval de Rome. Il est difficile d'arriver à\nune perfection plus grande.\nNous avons également entendu Y Harmonie de Cannes qui concourait\ndans la division supérieure et la musique municipale du Mans, division\nd'excellence. Pour notre compte personnel, nous n'avons que des éloges\nà adresser à ces deux sociétés.\nA cinq heures et demie, la distribution des prix avait lieu sur la place\nde l'Hôtel-de-Ville. Malgré le mauvais temps, trente mille personnes\nassistaient à cette solennité. Les tribunes menaçaient de s'effondrer\n4\nsous le poids des spectateurs. Ne pouvant donner la liste complète des\nrécompenses, nous nous bornerons à mettre sous les yeux des lecteurs\nde la Chronique musicale les noms des vainqueurs des concours d'ex-\ncellence.\nORPHÉONS\nDIVISION D'EXCELLENCE\nPrix, une couronne d'or, offerte par l'Académie des Sciences, Arts et\nBelles-Lettres de Rouen, et une prime de i 500 fr. offerte par le conseil\ngénéral : Les Orphéonistes lillois, directeur M. E. Boulanger. Men-\ntion honorable, une médaille d'or et un orgue-harmonium de 400 fr.,\nofferts par le Nouvelliste de Rouen : Les Enfants de Lutèce, directeur\nM. Gaubert.\nComme nous l'avons dit plus haut, ce prix a été disputé avec ardeur;\nle jury était partagé par 4 voix contre 4; c'est celle du président qui a\nfait pencher la balance. Disons tout de suite qu'aucune protestation n'a\neu lieu ni de la part du public, ni de celle des Enfants de Lutèce.\n«\nHARMONIES\nDIVISION D'EXCELLENCE\nPrix, une couronne d'or offerte par le Cercle le Baby-Club et une\nprime de 1 500 fr, : Musique municipale du Mans, directeur M. Fabre.\nMention honorable avec médaille d'or : Musique municipale de\nSaint-Germain-en-Laye, directeur M. Carlos Allârd.\nFANFARES\nDIVISION D'EXCELLENCE\nPrix, une couronne d'or offerte par la Société libre d'Emulation, du\nCommerce et de l'lndustrie, et une prime de i,500 francs : Cercle"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "283", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.43", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2640, "texte": "des XV de Binche (Belgique), directeur M. Delhaye. Mention ho-\nnorable et un piston de 230 fr., offert par la maison Millereau : fanfare\nd'Oissel, directeur M. Bergeret.\nL'Harmonie de Cannes, dont nous avons déjà parlé, a obtenu un pre-\nmier prix; le directeur de l'orphéon des Alsaciens-Lorrains, qui a égale-\nment obtenu un prix, a été l'objet d'une manifestation particulière. A son\narrivée sur l'estrade, tout le monde s'est levé, le général Lebrun, comman-\ndant supérieur, le maire, M. Nétien, le préfet, M» A. Thomas, et tous les\nmembres de l'lnstitut lui ont adressé de sincères félicitations et lui ont\ndonné une vigoureuse accolade; la foule était particulièrement émue.\nA sept heures et demie, la distribution était terminée et la foule se re-\ntirait, agréablement impressionnée par le spectacle des manifestations\nspontanées, quelquefois naïves mais toujours sincères, qui avait eu lieu\npendant le cours de la cérémonie.\nUn banquet de 250 couverts a été offert, ensuite, par l'administration\net par le conseil municipal, aux membres des concours musicaux, à un\ncertain nombre d'invités et à la presse parisienne.\nAce banquet avaient pris place MM. le général Valazé, Cordier, Buée,\ndéputés, les membres de l'lnstitut dont nous avons déjà donné les noms,\nles principaux représentants de l'autorité militaire, judiciaire et admi-\nnistrative, et plusieurs membres delà famille Boieldieu. On y remarquait\naussi M. Halanzier, et M. Roger, de l'Opéra,\nCette journée devait finir par un feu d'artifice qui a été contremandé\npour cause de mauvais temps, L'administration Ta reporté au surlen-\ndemain mardi. Cette nouvelle a été portée à la connaissance du public\npar un crieur précédé d'un tambour.\nLundi 14. Le programme de la féte portait l'ascension d'un ballon\nLa Muse, monté par MM. Godard et W. de Fonvielle; mais un accident\narrivé pendant le gonflement a privé le public de ce spectacle toujours si\nintéressant, et on s'est contenté de lancer dans l'air une douzaine de bal-\nlonnets portant le titre des principaux opéras de Boieldieu et auxquels\nétaient suspendues des missives renfermant l'éloge du maître. Dans\nle courant de la journée ont eu lieu des régates et un brillant carrousel\ndonné au profit des pauvres par les officiers et les volontaires d'un an du\n12e régiment de chasseurs. Différents prix, composés d'objets d'art, ont été\ndonnés aux vainqueurs des jeux ; une médaille à l'effigie de Boieldieu a\nété remise à tous les sous-officiers, et une montre en aluminium à tous\nles soldats qui ont pris part au carrousel.\nLe soir il y avait foule à la représentation de gala donnée au Théâtre-"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "284", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.44", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1746, "texte": "des-Arts. Le spectacle se composait du Nouveau Seigneur du village\net des deux premiers actes de la Dame Blanche, par mesdames Brunet-\nLafleur et Ducasse, MM. Léon Achard, Neveu, Barnolt, Lefebvre, les\nchœurs et l'orchestre de M. Ch. Lamoureux. Entre le premier et le\ndeuxième acte de la Dame Blanche, a eu lieu la cérémonie du couron-\nnement du buste de Boieldieu. M. Maubant a dit avec une voix émue et\navec l'autorité que lui donne son beau talent les stances suivantes de\nM. Frédéric Deschamps, avocat et conseiller municipal:\nI\nPourquoi, depuis trois jours, cette foule animée?\nCes fanfares, ces chants, ces fêtes et ces jeux?\nPourquoi ? C'est qu'une chère et grande renommée\nAppelle un souvenir à jamais glorieux.\nC'est qu'il y a cent ans, une naissance illustre\nEnrichit notre sol, déjà béni du ciel,\nC'est que Dieu, nous voulant doter d'un nouveau lustre,\nFit naître le « petit Boiel( 1). »\nPetit, mais grand bientôt ; sa première romance\nDéjà de ses succès inaugura le cours,\nEt la France avec lui redit la peine immense\nDe vivre loin de ses amours (2).\nIl venait compléter le faisceau de nos gloires ;\nNous avions de grands noms, les Corneille, Poussin ;\nBoieldieu nous promit de nouvelles victoires,\nFaisant chanter le clavecin.\nRien n'allait plus manquer à notre Normandie,\nVers et tableaux déjà brillaient de toutes parts ;\n£7 Boieldieu naissait, roi de la mélodie,\nElu du plus charmant des arts.\nLtf musique ! art divin ! des sphères éternelles,\nDe la voûte éthérée elle semble venir.\nElle y doit remonter, ses Tiotes on* des ailes,\nPowr mieux nous y ravir.\n\n(i) Petit nom donné à Boieldieu à la Maîtrise de la cathédrale de Rouen.\n(2) S'il est vrai que d'être deux, l'une des premières romances de Boieldieu."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "285", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.45", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 1444, "texte": "Même en ces régions, quand Boieldieu s'élève,\nIl conserve Vinstinct de la réalité ;\nSon inspiration, même en touchant aux rêves,\nLs/ e;?cor dans /a vérité.\n\\ • -\nDtf/?s cet amour du vrai, chaque sujet l'inspire.\nQuelle fécondité ! ballades, fabliaux,\nAvec des sons divers Boieldieu sait tout dire :\nSes airs sont des portraits, ses chants sont des tableaux.\nQuel puissant coloris ! Il est peintre en musique\nIl sait tout reproduire ; z7 sa/J tout imiter ;\nLa gaîté, la bravoure ou la terreur comique,\nTomé sy Wewf refléter.\nLe baptême joyeux, ses refrains et ses fêtes,\nAppelant au festin les parents, les amis,\nLes thèmes écossais, les cors et les musettes,\nEt les montagnards réunis ;\nTout, jusqu'à la chaleur de Venchère publique,\nOù Georges Brown assiste, e£ se laisse entraîner,\nJus qiC aux fuseaux légers du rouet mélodique\nQue dame Marguerite en chantantfiit tourner.\nC'est par le naturel que Boieldieu sait plaire.\nIl brille par un don merveilleux, la clarté.\nAussi simple que grand, noble que populaire,\nIl prit le droit chemin de la célébrité.\nVrai créateur du genre, il arrive à son heure,\nAprès Grétry, Méhul, dépassant leur succès,\n£7 suivi par Adam, par Hérold, il demeure\nLe premier des maîtres français !\nII\nUn jour le roi Soleil, cet astre de Versailles,\nPowr scw front rayonnant rêvant plus d'un laurier,\nPar les jeux de la paix faisant trêve aux batailles,\nVoulut se ménager un spectacle princier."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "286", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.46", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1506, "texte": "Pour que Psyché, sujet dont il fit choix lui-même,\nBrillât par tous les arts à la fois embelli,\nA Molière, à Corneille, il demande un poème,\nCeux-ciy la musique à Lulli.\nLe succès fut complet, Psyché fit merveille,\nFers musique auraient pu naître au même lieu\nSi Boieldieu fût né plus tôt; /e grand Corneille, .\nPour collaborateur eut choisi Boieldieu.\nNous les avons unis tous deux sur nos rivages,\nLeurs bronzes, sur nos quais, venus se dresser.\nNe croirait-on pas voir ces deux nobles images\nSe sourire et fraterniser?\nIII\nLes temps marchent sans cesse, et dans ceux où nous sommes,\nCe n'est plus pour un seul que sont tous les regards.\nCe n'est plus pour un seul, fût-il, parmi les hommes,\nLe premier, le plus grand, que fleurissent les arts.\nIls s'adressent à tous, nul, dhine humeur altière,\nNe pouvant aujourd'hui dire : oc l'État c'est moi ! »\nA tous, humbles, puissants, /a nation entière,\nAu peuple, aujourd'hui le grand roi.\nEn pleine liberté, sous cette ère nouvelle,\nBoieldieu mit au jour ses chefs-d'œuvre divers;\nPar eux il a conquis la gloire universelle,\nIl a franchi les monts et traversé les mers.\nG/z / ce grand nom cette enceinte est petite !\nPour pouvoir} Boieldieu, t'honorer dignement,\nIl faudrait de ces murs reculer la limite;\nIl faudrait plus qu'un temple et plus qu'un monument.\nMais où trouver jamais un cirque, des arènes,\nUn Colisée ouvert aux flots des spectateurs,\nUn Forum appelant les foules souveraines\nQui pourrait recevoir tous tes admirateurs ?"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "287", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.47", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 1600, "texte": "Soyons donc, des absents délégués volontaires,\nNous qui, dhin tel spectacle avons eu la faveur,\nEt du monde chantant, chaleureux mandataires,\nDe nos ovations multiplions l'ardeur.\nî ar bonheur, pour marquer ce grand anniversaire,\nPour prouver nos respects au chantre des Deux-Nuits,\nNous avons rencontré plus d'un auxiliaire\nEt trouvé âiéminents appuis.\nDe vaillants orphéons, sympathiques phalanges,\nSont accourus vers nous en bataillons épais ;\nDans la langue du maître , ils chantent ses louanges,\nMilice harmonieuse et soldats de la paix.\nParis et l'Opéra, de leurs cimes suprêmes,\n-FowJ descendre pour nous ces chanteurs favoris,\nSans lesquels on voit perdre, chefs-d'œuvre eux-mêmes,\nLa plus belle part de leur prix.\n£7 l'lnstitut nous prête un de ses plus grands maîtres,\nQwz saisit ww motif charmant et l'empruntant,\nReconnaît Boieldieu pour l'un de ses ancêtres\nEt le célèbre en l'imitant.\nEnfin, im fils pieux, artiste de naissance,\nQwf wewf rendre à son père un si touchant honneur,\nS'est pour ce grand devoir armé de la science,\nQwe lui communiqua ïintime professeur.\nGroupons-nous, serrons-nous tous autour de ce buste,\nEt contemplant ces traits vénérés et chéris,\nInclinons-nous, émus, devant ce front auguste\nQue le feu du génie illuminait jadis.\nO Boieldieu ! merci de l'éclat que tu donnes\nA ta vieille cité ! Merci, maître immortel !\nA toi nos fleurs, à toi nos palmes, nos couronnes,\nA toi notre hommage éternelé\nCes stances ont été très applaudies, puis tous les artistes se sont\ngroupés autour du buste du maître ; à côté, se trouvaient Rogeret Duprez"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "288", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.48", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2284, "texte": "tenant en mains des palmes d'or dont ils entouiaient le front de celui\ndont on venait de chanter les louanges.\nAu dehors, la foule se pressait dans les principales rues et sur les\nquais brillamment illuminés. La pluie avait fait relâche presque toute\nla journée à la grande satisfaction de tout le monde. A une heure du\nmatin, la fête n'était pas encore terminée.\nMardi i 5. Sous la direction de M. Ch. Lamoureux, une grande\nmesse en musique, delà composition de M. Ad. Boieldieu, a été exécutée\nà la cathédrale par la Société de Y Harmonie sacrée. On comprendra que\nce n'est pas le moment de nous livrer à une critique détaillée de l'œuvre\ndu fils d'un de nos grands maîtres; nous nous bornerons donc aujour-\nd'hui à constater que l'exécution en a été fort belle.\nNous ne voudrions pas mêler une note discordante dans le compte\nrendu des fêtes données par la ville de Rouen; néanmoins, nous ne pou-\nvons pas passer sous silence la mauvaise organisation du festival du\nthéâtre du Cirque, qui aurait pu clôturer d'une façon magistrale le\ncentenaire de Boieldieu et qui au contraire a laissé les rares spectateurs\nsous une impression de désillusion et de dépit. Le programme, qui avait\nété changé plusieurs fois, n'a même pas été exécuté entièrement. Une\nchanteuse (c'est mademoiselle Tuai), qui a passé dans l'ombre quelques\nannées à TOpéra-Comique et que les organisateurs de la fête auraient pu\nse dispenser d'inviter, a trouvé le moyen de se faire chuter par le plus\nbienveillant des publics. M. Bosquin, de l'Opéra, s'est brusquement\narrêté au milieu de l'air du Petit Chaperon rouge, prétextant une subite\nindisposition, et il est revenu, au bout de quelques instants, chanter le\nmême morceau avec une pureté de voix qui a charmé l'auditoire et qui\nlui a valu de nombreux applaudissements.\nPoultier a eu un franc et bien légitime succès; nous pourrions diie\nun triomphe. Acclamé par le public ravi, il a dû reparaître quatre fois\nsur la scène et bisser sa romance : « Beau pays de France » des\nDeux Nuits. Malgré ses soixante-un Poultier a encore cette voix\nadorable qui lui a valu tant de succès autrefois. Il dit surtout la romance\navec un sentiment admirable.\nMademoiselle HeilbronnetM. Caron,de l'Opéra, ont été favorablement\naccueillis.\n\nLOUIS JEANNIN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-06-15-01-c021", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-06-15_01#c021", "volume": "bmtnabc_1875-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "289", "page_fin": "294", "image_debut": 49, "image_fin": 54, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.2.6", "titre_corps": "CHRONOLOGIE DE L'ANNÉE 1875", "titre_sommaire": "CHRONOLOGIE DE L'ANNÉE 1875", "signature_source": "A. P", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 49, "page_imprimee": "289", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.49", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1860, "texte": "CHRONOLOGIE DE L'ANNÉE 1875\n\nSMO4%S (1)\nler Mars. FOLIES-BERGÈRE. Première représentation de : Patchou-ly,\nopérette en un acte, paroles de MM. A. de Bausset et René de Saint-Prest,\nmusique de M. Ben-Tayoux.\n2. SALLE TAITBOUT. (Concert-Danbé). Exécution d'un acte de Callirhoé,\nopéra de Destouches, représenté pour la première fois à l'Académie royale\nde Musique le 27 décembre 1712.\n3. OPÉRA. Un fait absolument étrange et heureusement exceptionnel,\nl'indisposition simultanée de six ténors, oblige ce théâtre à faire relâche, et\nmotive une affiche ainsi conçue : Théâtre national de l Opéra. Aujourd'hui\nmercredi 3 mars 1875, relâche par indispositions de MM. Villaret, Salomon,\nSilva, Achard, Bosquin, Vergnet. Nous croyons ce fait sans exemple dans\nles annales de nos théâtres lyriques. OPÉRA-COMIQUE. Première représen-\ntation de : Carmen, opéra comique en trois actes et quatre tableaux, paroles\nde MM. Henri Meilhac et Ludovic Halévy, musique de M. Georges Bizet.\n5 ou 6. VIENNE. Première représentation : la Reine de Saba, opéra, mu-\nsique de M. Goldmarck.\n6. SOCIÉTÉ PHILHARMONIQUE. Première audition de fragments de la Sym-\nphonie gothique, de M. Benjamin Godard. CONCERT DE M. SAINT-SAENS.\nPremière audition d'un quatuor en si bémol de M. Saint-Saens, pour piano\net instruments à cordes.\n11. FOLIES-DRAMATIQUES. Première représentation : Clair de lune, opéra\nbouffe en trois actes, paroles de MM. Ernest Dubreuil et Henri Bocage,\nmusique de M. Auguste Coedès.\n12. SOCIÉTÉ CHORALE D'AMATEURS. Première audition d'une marche avec\nchœur, extraite de Dimitri, opéra inédit de M. Victorien Joncières.\n(1) Le 22 février, on donnait à Brème la première représentation d'Edda, opéra\nde M. Reinthaler ; le 23, à Leipzig, première représentation : les Voisins, opérette\nde M. Auguste Horn, et à Florence, première représentation de Dolorès, opéra de\nM. Auteri."}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "290", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.50", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2952, "texte": "i 3. SALLE PLEYEL. Concert de M. Georges Pfeiffer, dans lequel on en-\ntend deux œuvres nouvelles de ce compositeur : i° Agar, scènes lyriques,\nparoles de M. Paul Collin, chantées par madame Barthe-Banderali, made-\nmoiselle Vidal et M. Manoury; 20 Troisième concerto pour piano, avec ac-\ncompagnement d'orchestre, exécuté par l'auteur.\nCONCERTS POPULAIRES, Première audition de l'ouverture de Sigurd,\ngrand opéra inédit de M. Ernest Reyer.\nÏB# SOCIÉTÉ DE L'HARMONIE SACRÉE. Première audition : Ëve, mystère en\ntrois parties, paroles de M. Louis Gallet, musique de M. J. Massenet. Les\nsoli sont chantés par madame Brunet-Lafleur, MM. Lassalle et Prunet.\nGÊNES (Théâtre Carlo-Felice). Première représentation : La Comtessa d!Al-\ntcnbergaopéra sérieux en quatre actes, paroles de l'avocat J. P., musique\nde M. Giovanni Rossi.\n•20. SOCIÉTÉ PHILHARMONIQUE. Première audition d'une ouverture inédite\nde M. O. Dhavernas. CAFÉ-CONCERT DE LA PÉPINIÈRE. Première représen-\ntation : Les Diamants de Florinette, opérette en un acte, paroles de MM. Or-\ndonneau et Ernest Hamm, musique de M. Desormes.\n26. SOCIÉTÉ DES CONCERTS. Première audition :La Salutation angélique,\nchœur avec solo de soprano, de M. Charles Gounod. CONCERTS POPU-\nLAIRES. Première audition ( en France) du Requiem, de M. Johannes Brahms.\nASSOCIATION ARTISTIQUE. Premières auditions : 10 Jésus sur le lac de Tibé-\nriade, scène tirée de l'Évangile, musique de M. Charles Gounod; le solo de\nbaryton est chanté par M. Bouhy; 2° premier acte de Samson, drame bibli-\nque, paroles de M. Lemaire, musique de M. Camille Saint-Saens ; les solos\npar mademoiselle Bruant, MM. Caisso, Bouhy, Couturier et Taskin.\n27. FOLIES-BOBINO. Première représentation : Une Ruse sous Louis XV,\nopérette en un acte, paroles de M. Corbié, musique de M. Clairville fils.\n28. SALLE TAITBOUT (Inauguration comme théâtre régulier). Premières\nreprésentations : Les Trois grands Prix, opérette en un acte, paroles de\nMM. Delilia et Lesenne, musique de M. Firmin Bernicat; Le Hanneton de\nla Châtelaine, opérette en un acte, paroles de M. Lassouche, musique de\nM. Georges Douay.\n29. FLORENCE (Théâtre de la Pergola). Première représentation : Luigi\nXI, opéra sérieux en quatre actes, paroles de M. Carlo d'Ormeville, musi-\nque de M. Lucca Fumagalli.\n30. SALLE VENTADOUR. Première audition : La Forêt, poème symphoni-\nque en trois parties, paroles et musique de madame la comtesse de Grandval.\nFOLIES-BERGÈRE. Première représentation : Une Nuit au poste, opérette\nen un acte, paroles et musique de M. Edé (1).\n\n(i) Nous avons encore à enregistrer, pour le mois de marss sans en pouvoir fixer5\nla date précise, les premières représentations suivantes: —MARSEILLE (théâtre du\nGymnase) : le Barbier du Roi, opéra comique en un acte, paroles de M. J. Caccia>\nmusique de M. Léopold Guigou. MARSEILLE: la Fiancée de Venise, opéra comique,\nparoles de M. Molinari, musique de M. Wroblewsky. PERPIGNAN : Guillaume dé"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "291", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.51", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2553, "texte": "cylv%iL\n5 Avril. SALLE TAITBOUT. Première représentation : Amphitryon, opéra\ncomique en un acte, paroles de MM. Nuitter et Beaumont, musique de M.\nP. Lacome.\n8. MARSEILLE (Grand-Théâtre). Première représentation : Fatma, opéra\ncomique en un acte, paroles de M. Devoisin, musique de M. Flégier.\n9. LYON (Grand-Théâtre). Première représentation : Le Rêve du Sultan,\nballet en deux actes, de M. Alessandri, musique de M. Besson,\n10.— OPÉRA. Début de M. Boudouresque dans le rôle du cardinal Brogni,\nde la Juive. BRUXELLES (Fantaisies-Parisiennes). Première représenta-\ntion : La Filleule du Roi, opéra comique en trois actes, paroles de MM. Cor-\nmon et Raymond Deslandes, musique de M. Vogel\n22. FOLIES-DRAMATIQUES. Première représentation : Alice de Nevers,\n« opéra fantaisiste » en trois actes, paroles et musique de M. Hervé.\nBOUFFES-PARISIENS. Premières représentations: Les Hannetons, revue en trois\nactes, paroles de M, Albert Millaud, musique de M. Offenbach; Les Mules\nde Sujette, opérette en un acte, paroles de M. Francis Tourte, musique de M.\nGeorges Douay.\n23. FOLIES-BERGÈRE. Première représentation : L'Homme est un singe\nperfectionné, opérette en un acte, paroles de M. Haymil, musique de M. Gé-\nraldy.\n24. M. Antoine Rubinstein est élu membre correspondant de l'Académie\ndes Beaux-Arts, en remplacement de M. Daussoigne-Méhul.\n25. Inauguration, à Rouen, du monument funèbre élevé à la mémoire\nd'Amédée Méreaux.\n26. OPÉRA. Reprise des Huguenots. Mademoiselle Krauss joue pour la\npremière fois le rôle de Valentine.\n27. RENAISSANCE. Première représentation : La Reine Indigo, opéra\nbouffe en trois actes, paroles (imitées de l'allemand) de MM. Adolphe Jaime\net Victor Wilder, musique de M. Johann Strauss.\n\nBarbareny, opéra comique, musique de M. Coft. LIÈGE: M. Canardier, s. v. p.,\nopéra comique en un acte, paroles de MM. Gustave Lagye et Dupont, musique de\nM. Joseph Michel. FLORENCE: le Mariage d'lsabelle, opérette en un acte, paroles\nde MM. le duc de Dino et le marquis de Talleyrand-Périgord, musique de M. Léo-*\npold Hackensollner* —— BOLOGNE (théâtre du Corso).* Anxore a suo tempo, opéra\nsemi-seria en trois actes, paroles et musique de M. G. Tofano, BRESCIA: Scom-\nburga, opéra, musique de M. Pellegrini. VIENNE (théâtre an der Wien): Cagliostro\nopéra bouffe, musique de M. Johann Strauss. TRIESTE: Jeanne d'Arc, drame de\nSchiller, avec musique nouvelle de M. Fr. Mair. STETTIN: Van Dyck, opéra,\nparoles de M. Ernest Pasqué, musique de M. Robert Emmerick. MUNICH: Dorn-\nroschen, opéra, musique de M. Ferdinand Langer."}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "292", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.52", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2683, "texte": "2G, SALLE DU CONSERVATOIRE. Concert donné par M. Henri Reber. Au-\nditions de l'ouverture de Naïm, grand opéra inédit, de l'ouverture et de di-\nvers fragments de Roland, grand opéra inédit, écrit sur le poème de Qui-\nnault, et de plusieurs mélodies vocales inédites (i).\nCÎMoAI\nlERIER Mai. SALLE DU CONSERVATOIRE. Exécution, en séance intime donnée\npar le compositeur : le Partisan, opéra « romantique » en trois actes,\nparoles de MM. Mario Uchard et Elie Cabrol, musique de M. le comte d'Os-\nmond. SOCIÉTÉ NATIONALE DE MUSIQUE. Premières exécutions: Ouverture de\nla Nativité, poème sacré, paroles de M. Emile Cicile, musique de M. Henri\nMaréchal; andante et scherzo d'une symphonie de M. Charles Lefebvre.\n2. BRUXELLES (église Notre-Dame de Finistère). Première exécution\nd'une messe à trois voix d hommes, avec accompagnement d oigue, de Don\nAdolpho, ancien premier prix d'orgue et de composition du Conservatoire\nde Bruxelles.\n4. SALLE VENTADOUR. Première exécution à Paris de la Tour de BabeU\ndrame biblique en quatre tableaux, paroles françaises de M. Victor Wilder,\nmusique de M. Antoine Rubinstein. Dans la même séance, M. Rubinstein\nexécute son 5e concerto (inédit) pour piano avec accompagnement d'or-\nchestre.\n8. OPÉRA-COMIQUE. Première représentation : VAmour africain, opéra\ncomique en deux actes, paroles de M. Ernest Legouvé, musique de M. Emile\nPaladilhe.\n10. OPÉRA-COMIQUE. Première représentation : Don Mucarade, opéra\nbouffe en un acte, paroles de M. Jules Barbier, musique de M. Ernest Bou-\nlanger.\nll# ALCAZAR D?ETE. Premières représentations : les Deux vieux Coqs,\nopérette en un acte, paroles de MM. Péricaud et Delormel, musique de\nM. Octave Fouque ; Trottins et Modistes, divertissement de mademoiselle\nMariquita, musique de M. Olivier Métra. —MILAN (théâtre Castelli). Première\nreprésentation : il Duca di Tapigliano « opéra comica » en deux actes et un\nprologue, paroles de M. A. Ghislanzoni, musique de M. Antonio Cagnoni.\n\n(1) Nous avons encore à enregistrer, pour le mois d'avril, les premières représen-\ntations suivantes: ANGERS: La Branche de genêt, opéra-comique, paroles de M.Jules\nRogeran, musique de M. Febvre. CONCERT DE LA SCALA: Un Amour d'épicier,\nopérette en un acte, paroles de M. Perrin, musique de M. Javelot. ANVERS: le\nCapitaine Robert, opéra comique en un acte, paroles de MM. Van Ryn et Lagye,\nmusique de M. Joseph Mertens. GOTHA: la Malédiction du chanteur, opéra, poëme\nimité de la ballade d'Uhland, musique de M. Auguste Longert. DUSSELDORF: le\nMénétrier de Gmund, opéra comique en un acte, paroles de M. Hermann Hirschel,\nmusique de M. Joseph Stich. BARCELONE: Quasimodo, opéra sérieux, musique de\nM. Pedrell."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "293", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.53", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2676, "texte": "i 5. —SOCIÉTÉ NATIONALE DE MUSIQUE. 7E concert avec orchestre, dans\nlequel on exécute pour la première fois les œuvres suivantes : Sympho-\nnie chevaleresque (prière et allegro), de M. Vincent d'lndy; Cantique\nde Jean Racine, choeur de M. Gabriel Fauré ; Kermesse (1, Paysage ; 2, In-\n; 3, Fête), de M. Théodore Dubois; Lénore, symphonie-ballade\nd'après le poème de Biïrger, par M. Henry Duparc; Rêverie, de M. G. Cou-\nture; Offertoire, chœur, de iM, César Franck ; Chœur tsigane, de M.Victorin\nJoncières; Ouverture d'Astarté, opéra inédit de mademoiselle Augusta\nHolmès.\n17. BRUXELLES (église Sainte-Gudule). Première exécution d'une messe\nà quatre voix d'hommes, de M. Riga.\n20. CONSERVATOIRE. Audition des envois de Rome. Exécution : i° pre-\nmière partie de Judith, drame lyrique en trois parties (paroles de M. Paul\nCollin), musique de M. Charles Lefebvre; 20 fragments de symphonie (an-\ndante en forme de canon, scherzo), de M. Charles Lefebvre; 30 Bethléem,\n2E partie de la Nativité, poème sacré (paroles de M. Emile Cicile), musique\nde M. Henri Maréchal.\n25. NAPLES (théâtre du Fondo). Première représentation : Guidetta,\nopéra séria en trois actes, paroles de M, Sesto Giannini, musique de M. Enrico\nSarria.\n26. THÉATRE-DÉJAZET. Première représentation : l'Emballage d'Arthur,\nopérette en un acte, paroles de M. Talray, musique de M. Patusset. PARIS\n(chez M. et madame de Beynac). Première représentation : le Sorcier de\nSéviile ou la Pupille de Figaro, opéra comique en trois actes, paroles de\nM. de Beynac, musique de madame de Beynac (née Panseron).\n28. VARIÉTÉS. Première représentation : Le Manoir de Pictordu, comé-\ndie-opérette en trois actes, paroles de MM. Saint-Albin et Arnold Mortier,\nmusique de M. Gaston Serpette.\n30. —OPÉRA. Dans une représentation extraordinaire, première exécution :\nMerr.orare du Soldat, pour solo, chœurs et orchestre, de M. Charles Gou-\nnod (1).\nJUI^\n3 Juin. NAPLES (Théâtre Nuovo). Première représentation : Si e No,\nopéra bouffe en trois actes, paroles de MM. E. Cofino, musique de M. Mi-\nchèle Panico.\n\n(1) Nous avons encore à enregistrer, pour le mois de mai, les premières représen-\ntations suivantes : CONCERT TIVOLI : La Toquade de Marton, opérette en un acte,\nparoles et musique de M. Eugène Moniot; ANVERS (Théâtre flamand) : fragments\nde Lyderic Vintendant, opéra, musique de M. Joseph Martins; BOLOGNE (Théâtre\nBrunetti) : Maria e Fernando, opéra en trois actes, paroles de M. Golisciani, musique\nde M. Ferruccio Ferrari; NAPLES (Théâtre Mercadante) : Benvenuto Cellini, opéra,\nmusique de M. Orsini; PALERME (Collège de Musique) : pour les essais (saggi) des\nélèves, oratorio, musique du jeune élève Mendola."}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "294", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.54", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1466, "texte": "5. FLORENCE (Politeama). Première représentation : 1 quattro Rustici,\nopéra bouffe, musique de M. Moscuzza.\n9. OPÉRA-COMIQUE. goome représentation du Domino noir, d'Auber.\n12, 13, 14, i 5 ROUEN. Célébration du centenaire de Boieldieu. Le 12,\ngrand concert militaire sur le cours Boieldieu, dans lequel on exécute le Cen-\ntenaire de Boieldieu, marche de M. Carlos Allard; le i 3, grand concours\nd'orphéons; exécution, au pied de la statue du maître, de la cantate : Hom-\nmage à Boieldieu, paroles de M. Arthur Pougin, musique de M. Ambroise\nThomas; le 14, représentation de gala au théâtre des Arts, composée du\nNouveau Seigneur de village, des deux premiers actes de la Dame blanche,\net d'une pièce de vers de M. Frédéric Deschamps, Hommage à Boieldieu ;\nle i 5, exécution à la cathédrale d'une messe de M. Adrien Boieldieu fils, et\nle soir, dans la salle du cirque de Saint-Sever, grand festival composé de frag-\nments exclusivement tirés des œuvres de Boieldieu (1).\n\nA. P.\n\n(1) Nous avons encore à enregistrer, pour le mois de juin, les premières représen-\ntations suivantes : FOLIES-MARIGNY : La Branche cassée, opérette en un acte, pa-\nroles de M. E. Leroy, musique de M. A. Gros; MILAN (Théâtre Dal Verme) : Un\nMatrimonio sotto la Republica, opéra, musique de Podesta ; MILAN (Théâtre\nSanta-Radegonda) : Il Cacciatore, opéra, musique de M. Canavasso. ROME (Théâtre\nQuirino) : la Vendetta d'un Foletto, opéra bouffe, musique de Mililotti."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[241]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.1", "texte": "MUSIQUE ET PROCÉDURE\nMÊLÉES\n\nKPUIS près de deux ans, les journaux, particu-\nlièrement ceux qui s'occupent de théâtre et de\nmusique, reproduisaient à l'envi cette note à\nsensation : « Les héritiers de Bellini et de\nDonizetti intentent un procès à la Société des\nauteurs et compositeurs dramatiques, au sujet\nde la propriété des droits d'auteurs produits\npar la représentation des chefs-d'œuvre de ces\ndeux grands musiciens. » A voir cette nou-\nvelle ainsi présentée, le lecteur attendri ne doutait pas qu'il ne s'agît\nde malheureux descendants de Bellini et de Donizetti condamnés au\npain de douleur et à l'eau d'angoisse, par suite de l'indigne spoliation\ndont ils étaient victimes.\n\nVIII.\n16"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "242", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.2", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nComme pour toutes les choses dont on parle trop à l'avance, l'événe-\nment a quelque peu trompé l'attente et, cette fois encore, c'est un ridi-\ncuîus mus qui est ne après tout ce bruit. La Société des auteurs et com-\npositeurs opposait une fin de non recevoir absolue à la demande qu'on\nlui adressait : elle a complètement gagné son procès. Pour écarter tout de\nsuite le pathétique d'un débat où il n'a que faire, disons qu'il ne s agis-\nsait nullement de descendants des deux compositeurs italiens, mais d un\néditeur se prétendant cessionnaire, à divers titres, de certains de leurs\nouvrages.\nAvant d'aboutir au dénouement, ce procès important a passé par bien\ndes phases différentes : le dernier coup un coup droit avait été\nprécédé de différentes bottes sous forme de conclusions qui ont\nanimé ce duel judiciaire. Kn un langage moins imagé, il y a eu des\nquestions soulevées qui intéressent a la fois les auteuts et compositeurs\nfrançais et étrangers, c'est-à-dire presque tout le monde des artistes. Il\nn'est donc pas hors de propos de les préciser et d'étudier les solutions\nqu'elles peuvent recevoir.\nI\nC'est en 1872 que fut d'abord formulée la réclamation au sujet des\ndroits illégitimement perçus, disait-on, par la' Société des auteurs et\ncompositeurs sur certaines œuvres de Bellini et de Donizetti: on se pié-\nsentait au nom de la succession de ces compositeurs. Une telle demande\ndevait étonner justement la Société, en ce qui concernait Donizetti, car\nles droits avaient été payés à ses héritiers jusqu'en mai i 865, c'est-à-dire\n17 ans après la mort de ce compositeur, survenue le 8 avril 1848. La\nprétention de l'éditeur, cessionnaire du fondé de pouvoirs de la suc-\ncession de Donizetti, s'appuyait sur la convention internationale con-\nclue entre la France et l'ltalie le 27 juin 1862 et promulguée en France\nle 24 septembre de la même année. Il était bien téméraire, en droit strict,\nd'invoquer, en faveur des héritiers de compositeurs décédés en 1835 et\n1848, le bénéfice d'un traité conclu en 1862; c'était cependant la\nmoindre des hérésies juridiques que ce procès devait faire éclore. On sou-\ntenait aussi que la convention de 1862 accordait, en France, aux Italiens\nle bénéfice des lois italiennes, et, en Italie, aux Français le bénéfice des\nlois françaises. A supposer que pareille prétention eût été accueillie par\nla justice, on aurait eu évidemment à se féliciter d'avoir intenté le procès.\nEn effet, après cette convention internationale, les deux pays, chacun"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "243", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.3", "texte": "MUSIQUE ET PROCÉDURE MÊLÉES\n\nde son côté, avaient modifié la législation sur la propriété littéraire et\nartistique. La France, dans la loi du 14 juillet 1866, affirmait de nouveau\nle principe que l'auteur et le compositeur sont, de leur vivant, proprié-\ntaires absolus de leurs œuvres et étendait de 10 à 5o ans le droit des\nhéritiers ou cessionnaires. L'ltalie, de son côté, avait rendu sur cette\nmatière une loi dont deux articles nous intéressent particulièrement :\nArt. 9. L'exercice du droit de reproduction et de débit appartient ex-\nclusivement à l'auteur durant sa vie. Si l'auteur cesse de vivre avant qu'il se\nsoit écoulé quarante ans à partir de la publication de l'œuvre, le même droit\nexclusif continue à exister au profit de ses héritiers ou ayants cause (eredi\n0 aventi causa) jusqu'à l'accomplissement de ce terme. Cette première\npériode écoulée de l'une ou l'autre des manières qui viennent d'être indi-\nquées, il en commence une seconde de quarante années durant laquelle\nl'œuvre peut être reproduite ou débitée sans consentement spécial de celui\nauquel le droit d'auteur appartient, à la condition de lui payer une redevance\nde\nArt. i 3. Une œuvre dramatique ou une composition musicale destinée\nà un spectacle public, après sa publication complète faite par l'impression\n(fatta colla stampa), peut être représentée sans consentement spécial de l'au-\nteur ou de celui auquel est passé son droit, pourvu que ceux qui veulent la\nreprésenter leur payent une part correspondante (premio corrispondente) à\nune quote part du produit brut (prodotto lordo) du spectacle.\nIl n'y avait donc qu'à choisir, entre les deux lois, celle dont on deman-\nda it le bénéfice. On prit d'abord la loi italienne. Il est bien clair que ni\nl'une ni l'autre ne pouvait être expédiente au réclamant ; mais puisque\nTon s'appuyait sur la convention de 1862 pour obtenir les avantages\nd'une loi sur la propriété littéraire, la seule dont on pût juridiquement\nréclamer l'application était la loi française. L'article lerIer de la convention\nne laissait aucun doute à cet égard :\nLes auteurs de livres, brochures ou autres écrits, de compositions musi-\ncales} etc., etc., jouiront réciproquement dans chacun des deux états, des\navantages qui y sont ou seront attribués par la loi à la propriété des ouvrages\nde littérature et d'art; et ils auront contre toute atteinte portée à leurs droits\nla même protection et le même recours légal que si ceîte atteinte s'adressait\naux auteurs d'ouvrages publiés pour la première fois dans le pays même.\nA ce premier paragraphe si clairement rédigé, les hautes parties con-\ntractantes avaient encore pris soin d'ajouter celui-ci :\nToutefois ces avantages ne leur seront réciproquement assurés que durant\nl'existence de leurs droits dans le pays où la publication originale a été faite\net la durée de leur jouissance dans Vautre pays NE POURRA EXCÉDER CELLE\nfixée par la loi pour les auteurs nationaux."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "244", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.4", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nPour bien comprendre la sagesse de cette disposition, il suffit d exa-\nminer ce qui aurait pu arriver en France, en 1862, après la conclusion\ndu traité international. A cette époque, la propriété littéraire était régie\nparla loi du 19 juillet 1793 qui concédait seulement pour dix ans aux\nhéritiers ou cessionnaires les droits de l'auteur ou compositeur décédé.\nOr, si la loi italienne d'alors avait accordé un laps de temps plus étendu\net que la convention internationale eût garanti, comme on le prétend,\nl'exercice de cette loi en France, il serait arrivé qu un cessionnaire\nquelconque eût été plus favorisé que le fils d'un compositeur français.\nAlors que celui-ci n'aurait pu toucher un centime des droits produits\npar les œuvres de son père mort depuis onze ans par exemple, le ces-\nsionnaire étranger aurait encaissé intégralement, en France, les droits\nd'un compositeur décédé depuis de longues années. Cette injustice\naurait causé un véritable scandale, et c'est afin de l'empêcher qu il\nfut convenu « que la durée de jouissance dans l'autre pays ne-pourrait\nexcéder celle fixée par la loi pour les auteurs nationaux. »\nIl est donc delà dernière évidence que, si la France n'avait pas étendu\nà cinquante ans le droit des héritiers ou cessionnaires, jamais les ayants\ncause d'un auteur ou compositeur étranger n'auraient pu toucher de\ndroits, dix ans écoulés après la mort de l'auteur ou compositeur. Remar-\nquons en passant que le début du deuxième paragraphe interdit en ou-\nvice versa, qu'un auteur ou compositeur puisse jamais jouir de plus\nde droits en pays étranger qu'il n'en aurait dans sa patrie. C'est ainsi\nqu'un Français ne pourrait pas jouir en Italie des avantages de la loi\nitalienne, qui sont plus considérables que ceux de la loi française. Se\nprévaloir de la convention de 1862 pour faire appliquer en France la loi\nitalienne de 1865, était donc une prétention insoutenable.\nMais il y a mieux encore, et peut-être, en fait, la loi italienne précitée\nne pourrait-elle pas servir, même en Italie, aux intérêts du cession-\nnaire :\nArt. 40. S/, au jour de la mise en vigueur de la présente loi, les droits\nd'un auteur sur une de ses œuvres reconnues par les lois précédentes sont\néteints dans chacune des provinces de l'État, nul ne pourra les faire revivre\nen invoquant la présente loi. Mais si ces droits existent encore soit dans\nl'État, soit dans quelques provinces seulement, l'auteur, pourvu qu'il ne les\nait pas déjà aliénés, ou ses représentants en possession desdits droits par\nsuccession légitime ou testamentaire, sont admis à réclamer l'application de\nla présente loi, etc., etc...\nLes avantages dont il est fait mention dans le présent article ne sont\nconcédés qu'à ceux qui, dans le terme rigoureux de trois moisy à compter du"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "245", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.5", "texte": "MUSIQUE ET PROCÉDURE MÊLÉES\n\njour de la mise en vigueur de la présente loi, auront fait la déclaration\nexpresse (esplicita) de leur volonté d'en profiter dans les formes prescrites par\nl'article 20, à l'égard des œuvres publiées pour la première fois.\nIl découle de cet article que l'existence des droits des héritiers de Bel-\nlini et de Donizetti serait subordonnée à une double condition. Il fau-\ndrait savoir d'abord dans lequel des États chacun des opéras avait été\npublié pour la première fois, et ensuite, au cas où les opéras ne seraient\npas tombés dans le domaine public avant la loi de 1865, si les formalités\nprescrites par cette loi ont été exactement remplies. Ainsi, même\nen Italie, la demande du cessionnaire des œuvres de Bellini et de Doni-\nzetti aurait pu être l'objet de sérieuses contestations en droit et en fait.\nMais la loi française de 1866, la seule dont un étranger pût, en\nFrance, invoquer le bénéfice, servait-elle mieux le demandeur? Pas le\nmoins du monde. Il est difficile de soutenir qu'une loi, promulguée en\n1866, puisse faire revivre, pour leurs héritiers, les droits de Bellini, mort\nen i 835, et ceux de Donizetti, mort en 1848. A l'égard des ayants cause\nde ces deux compositeurs, les droits étaient expirés pour le premier en\n1845, et pour le second en 18 58. Le cessionnaire prétendait que, la loi\nétendant le délai jusqu'à cinquante ans après la mort de Fauteur, dès\nlors que cette période n'était pas écoulée au moment de la promulgation\nde la loi, celle-ci devait s'appliquer pour le temps qui restait à courir. Il\nest pourtant bien clair que la loi nouvelle n'a pas pu avoir pour objet de\nfaire revivre des droits éteints. S'il en était ainsi, on verrait s'élever de\nbien curieux procès entre tout cessionnaire ayant traité sous l'empire\nde la loi de 1793 et les héritiers qui prétendraient recueillir seuls le béné-\nfice de la nouvelle législation. En résumé, à supposer que la convention\ninternationale pût avoir un effet rétroactif, il n'y avait pas lieu de s'en\nprévaloir pour obtenir, en France, le bénéfice de la loi italienne, non\nplus que pour se réclamer de la loi française.\nII\nSans renoncer à mettre en avant les droits de la succession des compo-\nsiteurs, le demandeur imagina bientôt un nouveau système et invoqua, en\noutre, les droits des librettistes. L'éditeur déclara que le comte Pepoli lui\navait cédé ses droits sur le poème d'/ Puritani, et que la dame Amalia\nBranca, veuve del signor Felice Romani, lui avait transmis les siens sur\nles livrets de Norma, de la Sonnambula et d I Capuletti e Montecchi.\nDe même pour les opéras de Donizetti : les droits sur Luciadi Lammer-"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "246", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.6", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nmoor lui avaient été consentis par Cammarano, décédé le 18 juillet i 852,\nmais dont la veuve avait survécu jusqu'au 21 décembre 1868. Pour\nÀlina regina di Golconda, Anna Bolenay ÏElisire d'Amore,\nBorgia, il représentait encore, non plus la veuve de Cammarano, mais\ncelle de Romani; et pour tous les opéras de Donizetti composés sur des\npoèmes de Jacopo Ferretti, il tenait ses droits des enfants du librettiste.\nCe nouveau système constituait un véritable mouvement tournant, et\nl'on prenait dès lors grand soin d'indiquer ou que les héritiers des au-\nteurs des paroles étaient vi vants, ou qu'ils n'étaient morts que postérieu-\nrement à la loi italienne. Mais si, pour les dates, la question devenait\nmeilleure, le droit perdait précisément en qualité ce qu'il pouvait gagner\nen actualité. En effet, réclamer pour les opéras susdits au nom de Bel-\nlini et de Donizetti ou bien simplement au nom de Jacopo Ferretti et de\nFelice Romani, il y avait là une différence essentielle au point de vue du\ndroit, différence qui se faisait également sentir dans Vintérêt de la de-\nmande. Mais on ne devait pas s'arrêter pour si peu, et, dans ce procès, où\nTon a successivement fait appel à tous les textes de loi les plus contradic-\ntoires (on a même un instant mis en avant le décret du 5 février 1810),\non n'hésita pas à plaider la thèse de Vindivisibilité. Voici comment elle\nfut formulée :\n« Attendu, disait-on, que ces droits ne subsistent pas seulement sur\nles paroles des opéras, mais sur l'ensemble formé par la réunion des pa-\nroles et de la musique, propriété commune que le décès de l'un des deux\nauteurs ne peut avoir pour effet d'anéantir à l'égard de l'autre, en le\nfaisant tomber dans le domaine public; qu'il est au contraire de principe\nque, la propriété subsistant à l'égard d'un des collaborateurs, les droits\nde l'autre se trouvent sauvegardés et subsistent dans leur entier, etc »\nCela revient à dire qu'au cas où Bellini, mort le 24 septembre iB3 5,\naurait donné, au commencement de cette même année, un opéra composé\nsur le livret d'un jeune homme de vingt-cinq ans, celui-ci, s'il avait le\nbonheur de vivre cent ans, comme Fontenelle, empêcherait jusqu'à sa\nmort l'opéra de Bellini de tomber dans le domaine public, soit, dans cette\nhypothèse, jusqu'en 1910. C'est alors seulement que commencerait pour\nles héritiers ou cessionnaires le délai de cinquante ans. S'il fallait un\ncertain courage pour soutenir de pareilles choses, il convient de recon-\nnaître que cet argument n'a même pas le mérite de la nouveauté, Il se\nproduisit et fut jugé en juin 1858 à propos d'un procès entre l'héritier\nde Victor Ducange et la Commission des auteurs et compositeurs. Le\ntribunal a décidé la divisibilité des droits d'auteur en fait de domaine\npublic : la jurisprudence confirmait donc l'usage constamment pratiqué."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "247", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.7", "texte": "MUSIQUE ET PROCÉDURE MÊLÉES\n\nCette théorie de l'indivisibilité a été, dans le débat actuel, combattue\npar Mc Nicolet, au nom de la Société, avec une malice spirituelle. Tout\nl'auditoire, le tribunal lui-même, malgré sa gravité, ne pouvait s empe-\ncher de sourire en entendant l'avocat demander si 1 on soutenait sérieu-\nsement « que l'œuvre de Bellini serait préservée du domaine public par\nle fait de M. Romani et que Donizetti recevrait le même service de\nM. Comma Cammo Cammarano. »\nA supposer même que cette thèse invraisemblable eût triomphé, le re-\nclamant n'en aurait pu tirer aucun secours pour son procès. A qui s'adres-\nsait-il? Ala Société des auteurs et compositeurs. Or, cette Société ne\nstipule et n'encaisse que pour ses sociétce que ne furent jamais les\nlibrettistes en question : il ne leur était donc dû aucun compte. En outie,\nelle n'a jamais touché de droits que sur les opéras d origine française,\nc'est-à-dire, pour Donizetti (qui seul fit partie de la Société) sur\nFavorite, la Fille du Régiment et Luc qu'il faut dis-\ntinguer de la Lucia italienne. Mais, quand le compositeur n'était pas un\nde ses membres, jamais la Société ne perçut de droits pour la leprésenta-\ntion en France des ouvrages donnés originairement en Italie, à moins\n(exception fréquente) que les librettistes anciens, se trouvant à court\nd'imagination, n'eussent fait un emprunt par trop large à son réper-\ntoire.\nPour apprécier à leur valeur les facultés créatrices et l'originalité de\npoètes tels que Romani, Pepoli et Cammarano, il suffit d énuméier les\nlivrets les plus connus éclos dans leur trop complaisante imagination.\nRomani a emprunté le sujet de Zaira à Voltaire, celui d'/ Capuletti à\nShakespeare, Norma à Soumet, la Sonnambula à Scribe et G. Delavigne,\nAlina regina di Golcondaà Sedaine, à Scribe,\nBorgiaà Victor Hugo, etc. Le comte Pepoli, aujourd'hui séna-\nteur du royaume d'ltalie pour d'autres titres que ses livrets d'opéra, n'a\npu écrire I Puritanique grâce àla pièce d'Ancelot. Si Cammarano, à\nson tour, a composé le livret de Lucia d'après Walter Scott et celui de\nLuisa Miller d'après Schiller, il est juste de dire qu'il a imaginé à lui seul\nil Trovatore, c'est à dire la charade la plus tragiquement bouffonne, le\nlogogriphe le plus absurde qu'on ait jamais proposé à 1 intelligence\nd'honnêtes spectateurs.\nIl y a déjà quelques années que cette question du droit des auteurs\noriginaux sur Y adaptation dans une langue étrangère a été soulevée pai\nmadame veuve Scribe et jugée en sa faveur. Il fut décidé que les opéras\ndont la musique avait été composée sur des poèmes tires d ouvrages\nfrançais ne peuvent être exécutés en France qu avec 1 assentiment des"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "248", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.8", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nvéritables créateurs, sous peine d'être considérés comme des contre-\nfaçons. Depuis lors, les auteurs français n'ont jamais autorisé la repré-\nsentation desdits ouvrages italiens qu'à la condition de toucher l'intégra-\nlité des droits, comme s'il s'agissait des ouvrages originaux eux-mêmes.\nOn peut juger, par la liste précédente, du peu qui doit rester aux illustres\npoètes italiens, puisqu'ils n'ont fait, le plus souvent, que s'approprier,\nen les gâtant, les pièces et les idées d'autrui.\nSi ron mesure le chemin parcouru dans la discussion, on constatera\nqu'après avoir d'abord invoqué le droit des compositeurs, puis celui des\nlibrettistes, il ne s'agissait plus en dernier lieu que de celui des adaptateurs\nd'ouvrages français à la scène italienne. Il était cependant bien facile de\nne pas prendre ces chemins de traverse; il suffisait d'établir des droits\nréels sur la propriété de la musique des opéras en question et de s'adres-\nser à la justice française pour lui soumettre la solution de ce point: la\nloi de 1866 a-t-elle un effet rétroactif pour Bellini et Donizetti morts an-\ntérieurement à sa promulgation ? Il est bien probable qu'on n'aurait pas\neu gain de cause, mais on se serait évité de plaider successivement une\nsérie de moyens inutiles et l'on aurait eu au moins le mérite de poser\nnettement une question intéressante.\nIII\nLa Société n'a pas cru devoir se livrer à toute cette discussion, non\nque l'issue en pût être douteuse, mais parce qu'elle n'avait pas à discuter\navec le cessionnaire : il demandait des comptes et la Société n'en doit qu'à\nses membres. S'il avait des droits à faire valoir, que ne s'adressait-il\naux directeurs : mieux encore, que ne faisait-il interdire la représentation ?\nLa Société a établi, en outre, qu'elle n'avait jamais encaissé de droits pour\nles opéras de Bellini et de Donizetti. En vertu de ses traités avec les diffé-\nrents théâtres, elle perçoit un droit stipulé à forfait, quelle que soit la com-\nposition du spectacle, et elle le touche dans tous les cas, que l'œuvre jouée\nsoit ou non celle d'un auteur sociétaire, ou qu'elle soit tombée dans le\ndomaine public : pour l'Opéra-Comique, par exemple, ce droit est actuel-\nlementde 12 pour 100 (1).\n\n(1) Ce taux est nouvellement établi à l'Opéra-Comique. Une modification radicale\naux traités antérieurs fut provoquée précisément par l'abus que faisait ce théâtre\ndes pièces du vieux répertoire, au détriment des compositeurs modernes. Nous em-\npruntons le récit détaillé de ce grave conflit à un travail important publié, il y\na quelques années, par M. Adolphe Jullien, qu'il n'est pas besoin de présenter aux\nlecteurs de la Chronique musicale."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "249", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.9", "texte": "MUSIQUE ET PROCÉDURE MÊLÉES\n\nA l'Opéra Italien, le forfait était en dernier lieu de 10 pour 100.\nC'est peu après 1866, que fut conclue la première convention entre le\nThéâtre-Italien et la Société des auteurs, à la suite des procès intentés\npar les héritiers de Scribe pour arrêter les représentations de la Son-\nnambula, de VElisire, d'un Ballo in maschera, et par M. Victor Hugo\nà propos de Rigoletto. M. Bagier, alors directeur du théâtre, ayant\nperdu ce procès, consentit à payer un droit fixe de 100 francs, moitié\npour la musique, moitié pour les paroles, chaque fois que le Théâtre-\nItalien jouerait un ouvrage traduit ou imité d'une pièce composée\npar un membre de la Société. Quand M. Strakosch devint directeur, il\n« Jusqu'à ces dernières années, écrit M. Ad. Jullien, l'État attribuait au théâtre de\nl'Opéra-Comique une subvention de 240,000 francs, soit la somme de 20,000 par\nmois, sous condition qu'il représenterait par an vingt actes nouveaux : c'est ce qui\nétait stipulé dans le traité conclu entre le théâtre et la Société des auteurs et com-\npositeurs dramatiques.\n» Or, nous trouvons au bout de vingt ans, —de 1848 à 1867, ibi actes nou-\nveaux au lieu de 400! Voilà par quelle scrupuleuse observation de son cahier des\ncharges l'Opéra-Comique s'est montré digne de toucher les 240,000 fr. de subven-\ntion. Une seule année (185->) on a atteint, quel hasard! on a même dépassé,\nquel prodige ! le nombre fixé; on a joué 21 actes. C'était sous la direction de M. E.\nPerrin. Mais aussi, en 1862 et 1867, on s'en est tenu modestement à 7. C'était\nencore sous la direction de M. Perrin, puis sous celle de MM. de Leuven et Ritt.\n» Dès lors, la Société des auteurs et compositeurs dramatiques, excitée par les\nréclamations des jeunes auteurs et emportée par son propre intérêt, à dû prendre\nen main la cause de ses membres ainsi lésés par la négligence persistante de\nl'Opéra-Comique. Elle décida, en mai 1868, que son comité devrait saisir la Commis-\nsion du budget, au Corps législatif, des griefs reprochés à la direction de l'Opéra-\nComique, et demander que la subvention ne fût désormais délivrée au théâtre qu'en\nproportion de l'accomplissement des obligations que lui imposait le cahier des\ncharges. M. de Leuven comprit alors qu'il fallait se soumettre; après de longues\ndiscussions, la paix fut signée au mois de juillet 1868, et l'ancien traité modifié.\n» L'Opéra-Comique ne devait plus jouer annuellement que douze actes au lieu de\nvingt. C'était un notable soulagement. Il est vrai que, d'un autre côté, les ouvrages\ndu domaine public étaient soumis au même droit que ceux des auteurs vivants.\nCette clause, qui paraît singulière au premier abord, était la conséquence naturelle\nde la faveur dont jouissaient à ce théâtre les levers de rideau tirés de l'ancien réper\ntoire, Rose et Colas, les Sabots, les Deux Chasseurs et la Laitière, qui étaient connus\nde tout le monde, mais qui avaient pour la direction le grand mérite de ne payer\naucun droit.\n» Du moment qu'on les assimilait, pour la perception des droits, aux ouvrages\nd'auteurs vivants, il n'y avait plus aucun profit pour le théâtre à préférer constam-\nment Monsigny ou Duni à MM. Guiraud ou Samuel David. Bien plus, les ouvrages\nmodernes devaient avoir plus d'attraits pour le public, qui avait les oreilles rebat-\ntues des charmants refrains du siècle dernier. Le raisonnement était irréfutable et le\nrésultat certain. Par le fait, depuis lors, est-ce bienveillance subite pour les jeunes\nauteurs, est-ce l'effet immédiat de cette nouvelle clause, toujours est-il que l'Opéra-\nComique fit la place la plus large aux levers de rideau signés d'auteurs vivants. »\n(Voir la Municipalité du 26 novembre 1871.)"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "250", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.10", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nconvint de payer une somme fixe de 500 francs par mois, pour se dé-\ngager de toute autre obligation. Enfin, lorsque M. Bagier reprit une\nseconde fois la direction du théâtre en vue d'y exploiter à la fois le\ngenre italien et l'opéra français, il consentit un forfait de 10 pour 100 à\nprélever sur la recette brute de chaque soir, que la pièce jouée fût\ntombée ou non dans le domaine public, que l'auteur de cette pièce fût\nou non membre de la Société.\nDans ces conditions, on ne peut pas dire que la Société encaisse des\ndroits pour Bellini ou Donizetti quand on représente quelqu'un de leurs\nopéras ; elle perçoit en vertu de son traité et n'empêche nullement les\nhéritiers ou cessionnaires de faire valoir leurs titres, s'ils en ont, auprès\ndes directeurs de théâtres. C'est ainsi qu'a jugé, dans son audience du\n2 juin, la ire chambre du Tribunal civil de la Seine, présidée par\n• .\nM, Aubépin, conformément aux conclusions de M. le substitut Ribot.\nUn dernier mot maintenant sur le traité qui lie la Commission des\nauteurs et compositeurs avec les directeurs. Me Durier, qui soutenait\nla demande de l'éditeur cessionnaire, a violemment attaqué cette conven-\ntion : a Peut-on voir, dit-il en résumé, rien de plus illégal à la fois et de\nplus immoral, rien de plus contraire aux intérêts bien entendus de l'art ?\nComment là Commission peut-elle s'arroger le droit d'imposer sa volonté\naux directeurs qui sont ainsi opprimés dans leurs intérêts et dans leur\nliberté? Et le public î On le condamne à ne plus entendre que de la\nmusique moderne, puisqu'un même droit frappant les pièces nouvelles\net celles du domaine public, les directeurs ne sont plus portés à donner\nces dernières ? C'est ainsi que les immortels chefs-d'œuvre de la musique\nne sont plus représentés ! »\nLe traité en question, croyons-nous, n'est ni immoral ni illégal. La\nSociété possède un répertoire extrêmement riche fait de ses\nmembres ; elle pouvait, comme autrefois, demander, pour une pièce\nnouvelle de tel auteur en vogue, des droits de 20, 25 et même 3o pour 100,\nsauf à ne rien toucher quand on ne jouait pas d'œuvre lui appartenant.\nTout au contraire, la Commission, d'accord en cela avec les directeurs,\na pensé qu'il était de l'intérêt commun de fixer un abonnement à\nforfait» De cette manière, le directeur, connaissant d'avance sur quel\ntaux il devra payer, n'est plus obligé d'avoir autant de comptabilités\ndifférentes qu'il a d'œuvres dans son répertoire; de son côté, la Société\npeut, elle aussi, compter sur un budget dont la moyenne n'est guère\nvariable, ce qui lui permet d'équilibrer ses dépenses sur les recettes\nprévues. Il n'y a donc rien là que de très moral et de parfaitement légal,\npuisque les parties contractantes stipulent de ce qui leur appartient en"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "251", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.11", "texte": "MUSIQUE ET PROCÉDURE MÊLÉES\n\npropre. Quant à l'oppression dont les directeurs seraient victimes, cela\nfait sourire et l'on pense, malgré soi, à la plaisanterie devenue classique\ndu « lapin qui a commencé ».\nRestent les intérêts si respectables de l'art dont on empêcherait ainsi\nla libre manifestation. Cet argument aurait une réelle valeur s'il ne se\ntournait précisément contre ceux qui l'invoquent ; mais avant d'être\ncontraints de payer même pour les ouvrages du domaine public, les\ndirecteurs allaient rechercher jusqu'à des pièces sans valeur et dont le\nseul mérite, à leurs yeux, était de ne payer aucun droit, afin de les\njouer de préférence à tant d'œuvres d'auteurs modernes qui attendaient\nen vain leur tour. Quant aux chefs-d'œuvre véritables, si on les jouait\nalors, on les donne encore aujourd'hui, et l'on continuera de les repré-\nsenter, parce qu'ils attireront un public nombreux tant qu'ils seront\nexécutés d'une manière digne des auteurs qui les ont produits.\n\nLÉOPOLD GRAVIER."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "252", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.12", "texte": "LE\nTHÉATRE DES DEMOISELLES VERRIÈRES\n\n(I\nCHAPITRE II\nu courant des années précédentes, mademoiselle Aurore\nde Saxe, se trouvantlibre par la mort de la dauphine ar-\nrivée en 1767, était allée vivre chez sa mère et avait pris\ndès lors une part active à ces divertissements dramati-\nques. Elle n'était encore âgée que de dix-neuf ans et il\nn'y avait pas plus de quatre années qu'elle avait été re-\nconnue pour fille naturelle du maréchal de Saxe et autorisée à porter son\nnom par arrêt du Parlement.\nLes actes de l'état civil nous apprennent, à ce propos, qu'elle avait été\nbaptisée,, le samedi 19 octobre 1748, en l'église Saint-Gervais et Saint-\nProtais de Paris, sous le nom de Marie-Aurore, fille de Jean-Baptiste\ndelà Rivière, bourgeois de Paris, et de Marie Rinteau, sa femme, et\nqu'elle avait été tenue sur les fonts baptismaux par Antoine-Alexandre\nColbert, marquis de Sourdis} et Geneviève Rinteau, parrain et mar-\nraine. Quel singulier mélange de bourgeoisie, de noblesse et de cour-\ntisanerie! La jeune fille, comme nous avons dit, avait été placée à\nSaint-Cyr par sa cousine la dauphine, qui se chargea de son éducation\net de son mariage, en lui faisant défense expresse de voir et de fréquenter\nsa mère.\nA quinze ans, Aurore était sortie du couvent pour être unie au comte\n\n(i) Voir le numéro du ier juin."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "253", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.13", "texte": "THÉÂTRE DES DEMOISELLES VERRIÈRES\n\nde Horn, bâtard de Louis XV et lieutenant du roi à Schelestadt. C'est\nalors que, ne voulant pas être qualifiée, sur les bans, de fille du bour-\ngeois la Rivière et moins encore de fille de père et mère inconnus, la\ndemoiselle Aurore, avec une décision singulière pour son âge, fournit la\npreuve complète qu'elle était bien fille naturelle du comte de Saxe qui\nl'avait toujours reconnue pour sa fille, tant par la déposition du médecin\nGervais, qui avait présidé à sa naissance, que par celle de sa tante et du\nmarquis de Sourdis, qui l'avaient présentée au baptême. Elle obtint, en\nconséquence, que son extrait baptistaire serait réformé et qu'elle y serait\nportée comme fille naturelle de Maurice, comte de Saxe, maréchal gé-\nnéral des camps et armées de France, et de Marie Rinteau (i).\nLa parenté n'était pas des plus honorables pour qu'une jeune fille la\nréclamât avec une énergie si fière, et son grand-père maternel, du noble\nnom de Rinteau, était sur un singulier pied dans le monde. Voici com-\nment le marquis d'Argenson s'exprime dans ses Mémoires, en date du 21\nnovembre 1748, sur le compte de ce personnage :\n« Des gens qui reviennent de Flandre m'ont compté une partie des fri-\nponneries exercées par le comte de Saxe et le maréchal de Lowendal dans\ncette conquête; Cartouche n'en aurait pas fait davantage, ni plus impu-\ndemment, et leur principal accusateur aujourd'hui a peut-être fait pis,\nmais avec plus de finesse, et dans tout cela, je ne sais qui on a moins\nménagé, du roi ou du public. On tient actuellement au cachot, à Bru-\nxelles, un vieux maq4...., père supposé des demoiselles de Verrière, à qui\nle comte de Saxe avait procuré la garde d'un magasin des plus importants,\nmoyennant les bonnes grâces de ces demoiselles. De plus, il a fait des\nprésents considérables, comme de douze mille livres, au sieur deSourdis,\netc. Il faut rendre ces sommes, on le serre de près, et l'on mènera loin\nnos grands pillards... » D'Argenson n'avait pas l'habitude de mâcher les\nmots et il appelait les gens par leur nom : il est vraiment dommage\nqu'après le père il n'ait pas qualifié les filles.\nLe mariage d'Aurore avec le comte Horn fut célébré en grande pompe,\nun frère utérin de la mariée y assistait, le jeune abbé de Beaumont,\nfils naturel du duc de Bouillon et de mademoiselle Verrières, mais\nAurore ne fut jamais que de nom l'épouse de ce premier mari. Un valet de\nchambre dévoué et le médecin même du comte crurent bien faire en em-\npêchant, par tous les moyens possibles, la jeune épouse de passer la nuit\navec le comte de Horn, et depuis lors les deux époux ne se revirent plus\n\n(1) Voir la Collection de décisions nouvelles et de notions relatives à la jurispru-\ndence actuelle, par MeJ-.-B. Denisart, procureur au Châtelet de Paris (Paris, 1771),\ntome 111, p. 704."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "254", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.14", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nqu'au milieu des fêtes princières qu'ils reçurent en Alsace. Bientôt après,\nle comte fut tué en duel d'un grand coup d'épée. Cette mort tragique\nlaissait Aurore veuve à seize ans sans avoir été femme; la dauphine la\nréintégra aussitôt au couvent, mais, à la mort de celle-ci, Aurore recou-\nvra enfin la liberté de voir sa mère, et elle en profita avec empressement.\nDès qu'elle fut installée dans la maison maternelle, la jeune comtesse\nde Horn voulut réparer, à force de distractions, le beau temps de sa jeu-\nnesse perdu au couvent, et elle tint désormais le premier rôle dans les\nfêtes des demoiselles Verrières. Elle-même a raconté à sa petite-fille la\npart qu'elle avait prise à ces divertissements, et celle-ci nous l'a relatée à\nson tour:\nElles (les sœurs Verrières) vivaient agréablement, avec l'insouciance que\nle peu de sévérité des mœurs de l'époque leur permettait de conserver, et\ncultivant les muses, comme on disait alors. On jouait la comédie chez elles,\nM. de la Harpe y jouait lui-même ses pièces encore inédites. Aurore y fit le\nrôle de Mélanie avec un succès mérité. On s'occupait là exclusivement de\nlittérature et de musique. Aurore était d'une beauté angélique, elle avait une\nintelligence supérieure, une instruction solide, à la hauteur des esprits les\nplus éclairés de son temps ; et cette intelligence fut cultivée et développée\nencore par le commerce, la conversation et l'entourage de sa mère. Elle\navait, en outre, une voix magnifique, et je n'ai jamais connu de meilleure\nmusicienne. On donnait aussi l'opéra-comique chez sa mère. Elle fit Colette\ndans le Devin du Village, Azémia dans les Sauvages (1), tous les principaux\nrôles dans les opéras de Grétry et les pièces de Sedaine\nParmi les hommes célèbres qui fréquentaient la maison de sa mère, elle\nconnut particulièrement Buffon et trouva dans son entretien un charme qui\nresta toujours frais dans sa mémoire. Sa vie fut riante et douce, autant que\nbrillante, à cette époque. Elle inspirait à tous l'amour ou l'amitié. J'ai nom-\nbre de poulets en vers fades que lui adressèrent les beaux esprits de l'époque,\nun entre autres de La Harpe, ainsi tourné :\nDes Césars à vos pieds je mets toute la cour (2).\nce cadeau que Vamitié présente,\nMais n'en dites rien à l'amour\nJe crains qu'il ne me démente.\nLa vogue du spectacle des demoiselles Verrières se prolongea durant\nde longues années; mais les pièces de la Comédie-Française et de la Co-\nmédie-Italienne défrayaient le plus souvent ces récréations dramatiques,\net les gazetiers qui y assistaient ne jugaient à propos d'en parler qu'au-\n\n(1) Le premier opéra de Dalayrac étant de 1782 et son Anémia datant de 1787,\nc'est-à-dire d'une époque où l'une des Verrières était morte, leur société dispersée\net Aurore mère de famille, il est impossible que cette pièce ait été jouée sur leur\nthéâtre quinze ou vingt ans auparavant.\n(2) Il lui envoyait sa traduction des Douçe Césars, de Suétone®"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "255", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.15", "texte": "THEATRE DES DEMOISELLES VERRIÈRES\n\ntant que les.comédiens amateurs représentaient quelque pièce nouvelle,\nne provenant d aucune des deux Comédies. Pidansat de Mairobert, qui\navait succédé à Bachaumont dans la rédaction des Mémoires secrets,\nne manque pas, en pareille circonstance, de rendre hommage au bon\ngoût et au talent des maîtresses de la maison.\n« Les demoiselles Verrières, écrit-il, sont deux courtisanes du vieux\nsérail, puisque Tune d'elles a appartenu au maréchal de Saxe et en a une\nfille; mais leur opulence, la société distinguée qui va chez elles, leurs\ntalens et l'habitude où elles sont de donner des spectacles, y attirent\nbeaucoup de monde. C'est toujours quelque auteur en titre qui a la direc-\ntion de leurs plaisirs. M, Colardeau, longtemps attaché à leur char, se\ntrouve remplacé par M. de la Harpe. On y joue de tems en tems des\npièces nouvelles, qui n'ont paru sur aucun théâtre. Dimanche dernier,\non y a donné Julie, comédie de M. Saurin, imprimée et non repré-\nsentée. Elle a fait peu de sensation; mais Y Espièglerie, petite pièce en\nun acte, y a eu le plus grand succès : elle a paru d'une gaîté charmante,\net le sieur de la Harpe y a supérieurement bien joué. L'ouvrage est du\nsieur Billard du Monceau, le parrain de madame la comtesse Dubarry. »\nSingulière soirée que celle du dimanche 4 octobre 1772, où l'on vit le\nsévère La Harpe, qui fustigeait si vertement auteurs et comédiens, jouer\nlui-même la comédie avec des courtisanes, et donner la réplique à sa\nmaîtresse dans une pièce dont l'auteur n'avait d'autre titre littéraire que\nd'être parrain de la Dubarry; ou l'on vit aussi cette production d'un\nsimple amateur, sans antécédent théâtral, obtenir le plus vif succès et\néclipser une nouvelle comédie de M. Saurin, écrivain dramatique de pro-\nfession, auteur de plusieurs comédies ou tragédies représentées sans\nsuccès, il est vrai à la Comédie-Française, et qui venait, à un an de\ndistance, de faire jouer àce théâtre Spartacus, son ouvrage le plus recom-\nmandable, et d'entrer tête haute à l'Académie française!\n7 4\nLa rupture de Colardeau avec les deux sœurs datait déjà de cinq à six\nans. Rien de plus naturel et qui fût mieux dans l'ordre des choses de ce\nmonde que la substitution de La Harpe à Colardeau dans les préférences\nde mademoiselle Verrière l'aînée; cependant l'auteur de YEpître à\nMinette fut vivement froissé d'une mise à la retraite qui frappait à la\nfois l'auteur et l'amant. Il se retira chez son oncle maternel qui était\ncuré de Saint-Salomon, à Pithiviers, et composa alors (1766) sa comé-\ndie des Perfidies à la mode, inspirée par le cœur plus que par l'esprit.\nUn désaccord survenu entre les comédiens français et l'auteur entrava la\nreprésentation de cette pièce, ce qui n'empêcha pas le public de la\nconnaître et de l'appliquer à qui de droit."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "256", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.16", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nIl paraît, en outre, que Colardeau avait conservé un douloureux sou-\nvenir de cette tendre liaison, et ceux qui n'ignoraient pas cette circons-\ntance, se demandaient s'il ne chercherait pas à tirer vengeance de sa\nmaîtresse en la flétrissant. Aussi, lorsqu'à l'été de 1774, on vit courir\ndans les sociétés un libelle manuscrit des plus cruels contre cette de-\nmoiselle, il n'y eut qu'un cri dans le monde et chacun l'attribua sans\nhésiter à Colardeau. Celui-ci, qui était alors à la campagne, adressa à\nce propos cette lettre au Mercure :\nA Etiolles, ce 25 juillet 1774.\nJe viens d'apprendre, Monsieur, que depuis un mois un libelle manuscrit\nse répand sous mon nom dans les sociétés. Je vous prie d'insérer dans le\nMercure prochain le désaveu que je fais de cette satire aussi indigne de moi\nqu'injuste envers la personne qu'elle attaque. Je lui aurais rendu plutôt cette\njustice que je lui dois, si mon absence de Paris ne m'avait laissé ignorer ce\nqui se passait à cet égard.\nJ'ai l'honneur d'être, etc.\nC O LARDEAU.\nIl semblait qu'un démenti aussi formel adressé au Mercure, à l'Année\nlittéraire et à tous autres écrits périodiques, dût faire tomber ces vilains\nsoupçons; au contraire, il les confirma. En mentionnant ce désaveu gé-\nnéral, le rédacteur des Mémoires secretvoyez un peu quelle méchante\nlangue l ne manque pas d'ajouter: « Cette démarche a réveillé la cu-\nriosité des amateurs, dont le grand nombre ignorait absolument ce dont\nil s'agissoit. On a découvert que c'étoit une satyre en vers contre une\ndemoiselle Verrière, fameuse et antique courtisane, avec lequel ce poète\na vécu, mais on a été confirmé dans la certitude que l'ouvrage étoit de\nlui: on y reconnoît absolument sa touche. On croit qu'impatient de voir\npercer un pareil ouvrage dans le public et voulant le faire rechercher, il\na pris cette tournure usitée depuis longtemps par M. de Voltaire et que\nce philosophe met encore tous les jours en pratique. La charlatanerie\nest devenue fort à la mode dans notre monde littéraire. »\nMoins de deux ans après, Colardeau mourait à la fleur de l'âge: il n'a-\nvait pas encore quarante-quatre ans. Il venait d'être élu membre de l'A-\ncadémie française, malgré toutes les cabales et les intrigues de l'ambitieux\nLa Harpe, qui, l'ayant remplacé dans le cœur de mademoiselle Verrière,\nvoulait aussi le primer à l'Académie; mais Colardeau ne put jouir du\nprivilège d'être immortel de son vivant. La joie d'avoir triomphé porta\nun coup mortel à sa pauvre constitution, minée depuis longtemps par un\nmal incurable; le jour de sa réception publique était déjà fixé, lorsque\nson état empira par suite des fatigues que lui occasionnèrent les visites\nd'usage qu'il avait dû rendre à ses confrères."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "257", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.17", "texte": "« Les visites m'ont tué ! » disait-il douloureusement dans la dernière\nlettre qu il écrivit à son oncle. Le dimanche de Pâques, 16 avril 1776,\nI affable Colaideau lendait le dernier soupir, rue Cassette, dans l'hôtel\ndu comte de la Vieuville, qui s'était fait son protecteur et chez lequel\nil avait trouvé la plus douce et la plus généreuse hospitalité. Par une\nsingulière coïncidence, qui semblait être loi de nature entre ces deux\nécnvains, ce tut La Haipe qui lui succéda à l'Académie comme\nailleurs et qui dut louer, après sa mort, celui qu'il avait tant critiqué\net combattu de son vivant, comme homme et comme auteur.\nLe trépas prématuré du poète reporta naturellement l'attention sur les\ndemoiselles Verrières, mais de telle façon qu'elles auraient sans doute pré-\nféré qu'on parlât moins d'elles. « M. Colardeau vient de mourir, disent\nLs Mémoires secrets, avant d'avoir pu s'asseoir dans le fauteuil\nacadémique et y prononcer son discours de réception ; en sorte que, par\nun événement singulier et dont il n'y a peut-être pas d'exemple, le\nsuccesseur aura deux éloges à faire. M. Colardeau_, tout jeune encore ou\ndu moins dans la vigueur de l'âge, périt victime d'une passion malheu-\nreuse. On peut se rappeler la satyre sanglante qu'il publia, il y a deux\nans environ, contre une demoiselle Verrière, dont on a parlé. Outre la\ndouleur d'avoir été trompé par cette courtisane ingrate et perfide,, il paraît\nqu'elle lui avait laissé un souvenir amer de ses embrassements, et que la\nsanté délicate du poète en a été altérée au point de périr insensiblement.\nII étoit cependant depuis plusieurs années attaché à une marquise de la\nVieuville, femme donnant dans le bel esprit et dans la philosophie, et chez\nlaquelle il vivoit. Comme elle étoit veuve depuis quelque temps, le bruit\ncouroit qu'il l'avoit épousée ou l'épouseroit. »\nC'est aussi vers cette époque que l'aînée des Verrières trépassa de mort\nsubite. « Je crois qu'Aurore avait environ vingt-cinq ans lorsqu'elle\nperdit sa mère, dit madame Sand. Mademoiselle Verrière mourut un\nsoir, au moment de se mettre au lit, sans être indisposée le moins du\nmonde et en se plaignant seulement d'avoir un peu froid aux pieds. Elle\ns'assit devant le feu, et tandis que sa femme de chambre lui faisait chauf-\nfer sa pantoufle, elle rendit l'esprit sans dire un mot ni exhaler un sou-\npir, Quand la femme de chambre l'eut chaussée elle lui demanda si elle\nse sentait bien réchauffée, et n'en obtenant pas de réponse, elle la regarda\nau visage et s'aperçut que le dernier sommeil avait fermé ses yeux. »\nL'usage voulait alors qu'une jeune fille ou une jeune veuve, sans pa-\nrents pour la guider à travers le monde, se retirât au couvent ; mais cette\nretraite n'avait rien de bien sévère. On s'y installait confortablement,\nmême avec une certaine élégance : on y recevait des visites, on en sortait\n\nVIII.\nTHÉÂTRE DES DEMOISELLES VERRIÈRES\nl 7"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "258", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.18", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nle matin ou le soir avec un chaperon plus ou moins respectable ;\nc'était une sorte de précaution contre la calomnie, une affaire d'étiquette\net de goût. Aurore ne voulut manquer ni à l'étiquette ni au bon goût et\nelle rentra pour la troisième fois au couvent.\nCHAPITRE III\nLe temps avait rapidement marché au milieu de ces fêtes, et les deux\nsœurs, déjà classées dans « le vieux sérail » en 1772, avaient dû prendre\nleur retraite. Elles avaient longtemps retenu par ces distractions l'agréa-\nble société qui s'était formée autour d'elles, mais elles la virent peu à peu\nse dissoudre à mesure que, lage venant, elles avaient plus de peine à\nréparer par la recherche des divertissements et le charme de leurs réunions\nles atteintes du temps contre leur propre personne. La mort et aussi l'in-\nconstance de la mode firent de nombreux vides dans cette société naguère\nsi brillante; mais parmi ceux qui gardèrent aux deux courtisanes sur le\nretour l'amitié et l'attachement qu'ils leur avaient marqués au temps de\nleur splendeur, il faut compter au premier rang Dupin de Francueil. Il\nfit plus que demeurer leur ami, il entra dans leur famille.\nLorsque le séduisant Dupin de Francueil avait gagné le cœur de\nmadame d'Épinay, il venait d'atteindre la trentaine et était, depuis huit\nans, receveur général des finances pour Metz et l'Alsace, et secrétaire du\ncabinet du roi : c'était en 1746. Claude-Louis Dupin avait pris le sur-\nnom de Francueil pour se distinguer de son père, le fermier général\nClaude Dupin, qui l'avait eu d'un premier lit, et s'était remarié avec\nmademoiselle Marie-Magdeleine Fontaine, l'une des trois filles natu-\nrelles du banquier Samuel Bernard et de mademoiselle Fontaine.\n«Elles étaient trois sœurs, dit Jean-Jacques, qu'on pouvait appeler\nles trois Grâces : madame de la Touche, qui fit une escapade en Angle-\nterre avec le duc de Kingston, madame Darti, la maîtresse, et bien plus,\nl'amie et l'unique et sincère amie de M. le prince de Conti, femme ado-\nrable autant par la douceur, par la bonté de son charmant caractère\nque par l'agrément de son esprit et par l'inaltérable gaieté de son hu-\nmeur. » La troisième était la belle madame Dupin.\nC'était sur le conseil de sa belle-mère que Dupin de Francueil avait\népousé une jeune fille, Suzanne Bollioud, sa cadette seulement de trois\nans et qui devait faire le modèle des épouses. Elle était « bien laide et\nbien douce, » au dire de Rousseau, et adorait son mari qui « ne lui ren-\ndait assurément pas l'amour qu'elle avait pour lui ». Il s'en fallait bien,"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "259", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.19", "texte": "THÉÂTRE DES DEMOISELLES VERRIÈRES\n\nen effet, que cette liaison avec madame d Epinay fût la première infi-\ndélité que Francueil fît à sa femme. Les mauvaises langues disaient\nmême qu'il avait été au mieux avec sa belle-mère, madame Dupin, qui\navait pris soin de le marier ; mais personne n'avait pu fournir la preuve\nde ce méchant propos. Il est à remarquer toutefois que madame Dupin\navait de qui tenir en ce genre ; rien d'étonnant, dès lors, à ce qu'elle\nchassât de race, comme ses sœurs.\nLa famille Dupin représentant avec éclat le monde élégant et distingué\ndes financier s du dix-huitième siècle, et M. Dupin de Francueil jouant\nun îôle capital à la fin de notre travail, il est intéressant de connaître,\n—• d après des documents manuscrits dans quelles circonstances ro-\nmanesques s était fait le mariage de M. Dupin avec sa seconde femme,\net comment cette dame était assez peu scrupuleuse en affaires et en en-\ngagements. C est ce que nous apprend l'article consacré à Dupin, dans\nles notices sur les fermiers généraux, rédigées sur la demande et pour\n1 usage particulier du ministre au milieu du siècle dernier.\nNé d'une bonne famille de Châteauroux, en Berry, il fat longtemps capi-\ntaine dans le régiment d'Anjou-infanterie, et quitta le service militaire à la\nmort de son père pour prendre sa charge (de receveur des tailles de l'élection\nde Chateauroux), qu'il exerça jusqu'au temps de l'époque heureuse de son\nmariage en secondes nopces avec une des filles naturelles de Samuel Bernard\net de la demoiselle Fontaine, qui arriva comme on va dire.\nLa dame de Barbançois, qui est cette fille aînée de la fortune, revenant de\nprendre les eaux à Bourbon, pour une maladie de langueur qu'elle avoit,\npassa, en revenant à Paris, par Chateauroux et se trouva fort incommodée\nà l'hôtellerie de Sainte-Catherine où elle étoit descendue. Le sieur Dupin,\nnaturellement poly et galant, sans connoître cette dame, ne l'ayant jamais\nvue, alla luy offrir un appartement chez luy où elle seroit plus décemment\net commodément que dans une auberge. Cette dame eut d'abord de la peine\nà accepter des offres si obligeantes, faites par un homme qu'elle ne connois-\nsoit point du tout, mais il les reïtera de si bonne grâce et avec un air per-\nsuasif qui lui est naturel, et fit tant d'instance auprès d'elle, qu'enfin elle\nles accepta et consentit à se faire transporter avec ses domestiques et son\ntrain en la maison de Dupin qui étoit très logeable, la plus propre et la\nmieux située de la ville. Dès qu'elle y fut, Dupin lui donna tous ses soins et\nses attentions au rétablissement de sa santé; ce qui réussit. Elle se trouva\nmieux et en état de partir pour Paris; il ne voulut pas qu'elle déboursât rien,\nni pour elle, ni pour son domestique, ni pour ses médicamens ; poussant la\ngalanterie plus loin, il voulut l'accompagner jusqu'à Paris, pour être toujours\nà portée de la secourir en cas que dans la route il luy vînt quelque accident\nde rechutte. Elle fut touchée d'un procédé aussi désintéressé et aussi galant.\nA leur arrivée, elle l'en fit remercier par la demoiselle Martel sa mère, qui en\nfît un récit des mieux circonstanciés à Samuel Bernard.\nCe Crésus moderne voulut voir un homme si rare dans les bons procédés;"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "260", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.20", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nil lui trouva tant de mérite que, ne voulant point être en reste de politesse\navec luy et de générosité, il s'informa surtout de la situation où Dupin pou-\nvoir être; ayant sçu qu'il étoit veuf, il lui fit proposer en mariage la sœur\ncadette de madame de Barbançois, qui étoit aussi fille de Bernard et de la\ndemoiselle Fontaine, avec la'charge de receveur général des finances des\ntrois évêchés, Metz, \"Toul et Verdun. Dupin accepta \\olontiers ces otlics\navantageuses pour lui, trouvant par ce moyen une jeune et belle femme et\nriche; il fixa par ce mariage son séjour à Paris, où il fit venir son ménage\net son fils, qu'il avoit eu de sa première femme, qui est actuellement maître\ndes requêtes. Bernard ne s'en tint pas là, il eut le crédit d'obtenir pour son\ngendre une place de fermier général, et il en fit lui-même les fonds, de sorte\nqu'en peu de temps Dupin se vit, pour ainsi dire, accablé des faveurs de la\nfortune, d'une jolie femme et de deux places les plus lucratives de la finance,\ndont il ne mésuse point, ne se méconnoit nullement. Quelqu'uni qu'il fût\navec Bernard et sa belle-mère, mademoiselle Fontaine, l'intérêt les a cepen-\ndant brouillés pour quelque temps : en voicy l'occasion où par bonheur pour\nDupin, il n'avoit point participé.\nCette demoiselle Fontaine étant à sa belle maison de Passy, et sa fille\nmadame Dupin, avec elle, mademoiselle de Fontaine eut besoin de quelque\nchose qui étoit enfermé dans une armoire; et n'ayant point, pour le moment\nde femme de chambre auprès d'elle pour le luy donner, elle pria sa fille, la\ndame Dupin, de fouiller dans cette armoire et lui en donna la clef. Celle-cy,\nen cherchant ce que sa mère luy demandoit, trouva rengagement que Dupin,\nson mary, avoit fait à Samuel Bernard pour raison de ses fonds, qu'iï lui\navoit avancés dans les fermes générales. Cet écrit étoit dans un pot à 1 eau\nd'argent, et, en femme d'esprit, elle prit promptement le papier et l'avala\nsur-le-champ, afin qu'il n'en restât aucun vestige. Ce ne fut que quelque\ntemps après que la demoiselle Fontaine, cherchant cet engagement et ne le\ntrouvant plus, se ressouvint qu'elle avoit, dans sa maladie, confié la clef de\nson armoire à sa fille : de là, elle jugea que ce ne pouvoit être que sa fille,\nEnsuite, à la fin, sachant que M. Dupin n'avoit aucune part à ce tour subtil,\nil leur pardonna, leur fit présent de cette somme et les revit comme aupara-\nvant.\nLe sieur Dupin, depuis qu'il est en place, a acquis une grande et belle terre\nportant le titre de marquisat de Chenonceaux, terre qui appartenoit autrefois\nà François ler,Ier, Roy de France, et qu'il donna àla comtesse de Cnateaubriant,\nl'une de ses maîtresses. Il y a fait des augmentations et embellissements\nconsidérables, le château étoit presque ruiné et entièrement détruit. Cet\nendroit est situé entre la Touraine et le Blaisois, il en a fait un lieu de déli-\nces et de plaisir (i).\nCe dernier paragraphe répond au doute exprimé par madame Sand,\nqui dit ne plus se rappeler lequel des deux, de Dupin ou de made-\nmoiselle Fontaine, possédait en propre la terre de Chenonceaux à l'époque\n\n(i) Mémoires pour servir à l'histoire du pu manuscrits. Notice\nsur Dupin qui porte pour armes : d'azur à trois coquilles d'or posées deux en chef\net une en pointe."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "261", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.21", "texte": "THÉÂTRE DES DEMOISELLES VERRIÈRES\n\nde leur union. Ce n'était, paraît-il, ni l'un ni l'autre, puisque Dupin\nl'acheta, par la suite, du fruit des bénéfices réalisés dans sa charge de\nfermier général. A partir de ce jour il se fit appeler gros comme le bras:\nDu PIN DE GHENONCEAUX.\nDupin avait eu de ce second mariage un autre fils, Armand-Jacques\ndu Pin de Chenonceaux, auquel il fit attribuer en survivance ses fonc-\ntions financières et qui épousa, le 8 octobre 1749, une jeune et jolie per-\nsonne de dix-neuf ans, Louise-Alexandrine-Julie de Rochechouart, fille\nde Bertrand, appelé le vicomte de Rochechouart, et de Julie-Sophie de\nRochechouart-Jars. Il courut alors dans Paris des mots malicieux sur ce\nmariage, que le marquis d'Argenson s'empresse de rapporter dans ses\nMémoires : « On dit, de trois filles de condition qui ont épousé trois\nfinanciers, ces trois turlupinades : Que madame de Béthune a reçu la\npomme d'or de Pâris; mademoiselle de la Tour-du-Pin a bien dit son\noraison de Saint-Julien; et mademoiselle de Rochechouart a épousé\nM. de Ghenonceaux pour Dupin (1). »\nTout n'était pas rose, d'ailleurs, dans ces fonctions si recherchées et si\nlucratives de fermier général. On y risquait quelquefois jusqu'à ses os,\ncomme le prouve l'aventure suivante arrivée à Dupin de Chenonceaux\nle fils, à la fin d'octobre 1754, et que d'Argenson note avec une visible\nsatisfaction : « Le Sieur de Chenonceaux, fermier général en survivance\ndu sieur Dupin, son père, a été réprimandé pour avoir pris sur lui de\nfaire surseoir à la vente des marchandises de la compagnie des Indes, à\nLorient. Il voulait faire payer les droits de ferme aux pacotilles des\nmatelots, et visiter les ballots qui étaient pour M. le duc d'Orléans. On\na pensé le jeter dans la rivière ; il s'est enfui déguisé et a bien fait. »\nRevenons au premier fils de Dupin, à Dupin de Francueil. Lorsque\nnous l'avons retrouvé composant de la musique pour le théâtre des\nsoeurs Verrières, il avait perdu depuis dix ans son excellente femme que\ntant d'infidélités publiques avaient dû singulièrement froisser et dé-\nsoler. Tout en continuant son métier di imprésario d'un théâtre de cour-\ntisanes, Francueil s'était acquitté tant bien que mal de ses devoirs de\npère et avait uni sa fille à M. Vallet de Villeneuve : ce mariage avait été\ncélébré le 9 février 1768.\nUn an plus tard, presque jour pour jour, le 25 février, M. Dupin le\npère disparaissait de ce monde, et Dupin abandonnait aussitôt ce sur-\nnom distinctif de Francueil, dont il n'avait plus besoin, puisque son\nfrère consanguin se faisait toujours appeler de Chenonceaux. Il continua\n\n(1) Mémoires du marquis d'Argenson, 11 décembre 1749."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "262", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.22", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nde mener la vie dissipée et bruyante qu'il poursuivait depuis sa ving-\ntième année ; mais il n'avait plus auprès de lui ni père, ni femme, ni\nfille, et le poids de la solitude lui pesait davantage à mesure qu'il avan-\nçait en âge. Il avait soixante-deux ans et était veut depuis vingt-trois,\nlorsqu'il prit un grand parti et décida de se remarier.\nIl se rendit alors auprès de son amie mademoiselle Verrière et lui de-\nmanda solennellement la main de sa nièce, qui vivait toujours au couvent.\nLe mariage fut conclu malgré la disproportion d'âge qui existait entre\nun mari qui avait plus du double d'années que sa femme, et au mois de\nmars 1777, l'union légitime de M. Dupin de Francueil avec mademoiselle\nAurore de Saxe, comtesse de Horn, fille naturelle du maréchal de Saxe et\nde mademoiselle Verrière, fut consacrée en Angleterre, dans la chapelle\nde l'ambassade française. Les époux et parents avaient jugé prudent de\nne pas célébrer cette cérémonie à Paris, où ils connaissaient trop de\nmonde, et un monde trop enclin à la raillerie.\nJuste neuf mois après leur mariage, le i 3 janvier 1778, les deux\népoux eurent un fils, Maurice-François-Elisabeth Dupin, engagé volon-\ntaire sous la République Française et père de madame George Sand.\nL'éminent écrivain a tracé un charmant portrait de son grand-père à\nsoixante-cinq ans, tel que sa grand'mère l'avait connu et qu'elle le dé-\npeignait à ceux qui ne l'avaient pas vu ; de plus, madame Sand a ra-\nconté aussi, d'après les souvenirs de sa grand' mère, le mariage de Dupin\nde Francueil avec Aurore de Saxe, la vie de plaisirs et les malheureuses\nspéculations qui engloutirent une bonne partie de leur fortune, et enfin\nla mort de Francueil à soixante-douze ans.\n•\nAurore se décida, vers l'âge de trente ans, à épouser M. Dupin de Francueil,\nmon grand-père, qui en avait alors soixante-deux. M. Dupin de Francueil,\nle même que J.-J. Rousseau, dans ses Mémoires, et madame d'Épinay, dans\nsa Correspondance, désignent sous le nom de Francueil seulement, était\nl'homme charmant par excellence, comme on l'entendait au siècle dernier.\nIl n'était point de haute noblesse, étant fils de M. Dupin, fermier général\nqui avait quitté l'épée pour la finance. Lui-même était receveur général à\nl'époque où il épousa ma grand'mère. C'était une famille bien apparentée et\nancienne, ayant quatre in-folio de lignage bien établi par grimoire héraldique\navec vignettes coloriées fort jolies. Quoi qu il en soit, ma grand'mère hésita\nlongtemps à faire cette alliance, non que l'âge de M. Dupin fût une objection\ncapitale, mais parce que son entourage, à elle, le tenait pour un trop petit\npersonnage à mettre en regard de mademoiselle de Saxe, comtesse de Horn.\nLe préjugé céda devant des considérations de fortune, M. Dupin étant fort\nriche à cette époque. Pour ma grand'mère, l'ennui d'être séquestrée au\ncouvent dans le plus bel âge de sa vie, les soins assidus, la grâce, l'esprit et\nl'aimable caractère de son vieux adorateur, eurent plus de poids que l'appât"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "263", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.23", "texte": "THÉÂTRE DES DEMOISELLES VERRIÈRES\n\ndes richesses. Après deux ou trois ans d'hésitation, durant lesquels il ne\npassa pas un jour sans venir au parloir déjeuner et causer avec elle, elle\ncouronna son amour et devint madame Dupin\nReceveur général du duché d'Albret, M. Dupin passait, avec sa femme et\nson fils, une partie de l'année à Châteauroux. Ils habitaient le vieux château\nqui sert aujourd'hui de local aux bureaux de la préfecture, et qui domine de\nsa masse pittoresque le cours de l'lndre et les vastes prairies qu'elle arrose.\nM. Dupin, qui avait cessé de s'appeler Francueil depuis la mort de son père,\nétablit à Châteauroux des manufactures de drap, et répandit par son activité\net ses largesses beaucoup d'argent dans le pays. Il était prodigue, sensuel, et\nmenait un train de prince. Il avait à ses gages une troupe de musiciens, de\ncuisiniers, de parasites, de laquais, de chevaux et de chiens, donnant tout à\npleines mains, au plaisir, à la bienfaisance, voulant être heureux et que tout\nle monde le fût avec lui.\nMon grand-père mourut dix ans après son mariage, laissant un\ngrand désordre dans ses comptes avec l'État et dans ses affaires personnelles.\nMa grand'mère montra la bonne tête qu'elle avait en s'entourant de sages\nconseils et en s'occupant de toutes choses avec activité. Elle liquida promp-\ntement, et, toutes dettes payées, tant à l'État qu'aux particuliers, elle se\ntrouva ruinée, c'est-à-dire, à la tête de soixante-quinze mille livres de rente.\nC'est ainsi que cette étude, commencée en plein dix-huitième siècle, se\ntermine au milieu du nôtre. Il a suffi de la sémillante personnalité de\nDupin de Francueil, pour nous conduire insensiblement du théâtre\nde la chaussée d'Antin au seuil du théâtre de Nohant. Cette page de\nrHistoire de ma vie forme véritablement le dernier épilogue du spec-\ntacle des demoiselles Verrières, puisqu'il s'agit tout à la fois de leur fille\net nièce comme de leur ami, gendre et compositeur en titre, et que\nl'écrivain est leur arrière-petite-fille et nièce.\n\nADOLPHE JULLIEN."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "264", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.24", "texte": "ANDRÉ PHILIDOR\n\n(I)\nXII\nES troubles de la situation politique en France firent\nque les journaux s'occupèrent peu de la mort de Phi-\nlidor, qui, en d'autres circonstances, eût certainement\nému le public. Les détails particuliers manquaient\nd'ailleurs sur cet événement, qui s'était passé loin de\nParis, hors des frontières. On aurait tort de croire, ce-\npendant, que le fait fut accueilli avec indifférence ; les preuves du con-\ntraire sont abondantes.\nTout d'abord, on songea à organiser une représentation au bénéfice\nde la veuve de Philidor, qu'on savait sans fortune. Comment se fait-il\nque ce ne soit ni à l'Opéra, ni au Théâtre Favart, ni même dans aucun\ndes nombreux théâtres lyriques existant alors qu'ait eu lieu cette repré-\nsentation? Toujours est-il que c'est le Théâtre Français de la rue de\nLouvois qui se chargea de payer la dette de reconnaissance que l'art\nmusical devait à l'un de ses plus illustres enfants. Dans son programme\nde spectacles du 24 floréal an V (i 3 mai 1797); la Qiiotidienne annon-\n\n(1) Voir les numéros des i 5 juin, i 5 juillet, lerIer septembre, ler octobre, iei'novembre,\nlerIer décembre 1874, i9l' janvier, ier février, ier mars et ier mai 1875."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "265", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.25", "texte": "ANDRÉ PHILIDOR\n\nçait ainsi cette soirée : « Aujourd'hui, concert au bénéfice de la veuve\nPhilidor, dans lequel madame Walbonne-Barbier, MM. Garat et Richer\nchanteront. L orchestre, compose des artistes de la Loge olympique,\nexécutera au commencement de la seconde partie la nouvelle ouverture\ndu Jeune Henri, de la composition de Méhul ; MM. Ozi. Frédéric\n* y\nDuvernoy, Grahel, et autres artistes exécuteront différents morceaux. »\nPeu de mois après, le Théâtre Favart, qui n'était autre que l'ancienne\nComédie-Italienne, et qui depuis longtemps servait une pension à Phi-\nlidoi, en accoida une à sa veuve (i). Le même théâtre avait déjà songé\nà monter et à produire au public un ouvrage laissé par Philidor, et que\nle maître n'avait pas eu le temps d'achever complètement.\nCet ouvrage était en trois actes, et avait pour titre : Bélisaire. L'au-\nteur des paroles était d'Antilly.\nC'est le 4 octobre 1796 qu'eut lieu la première représentation de\nBélisaire, et, à l'issue de celle-ci, une sorte d'apothéose de Philidor.\nCe n'était point là le seul ouvrage que Philidor eût laissé en porte*\nfeuille. Il en est, à ma connaissance, au moins trois autres qu'il avait\nentrepris, si non complètement achevés. L'un est un grand opéra inti-\ntulé Protogene, dont Sedaine lui avait confié le livret (2); le second\nn est autre que Y Alceste, de Quinault, retouchée par le marquis des\nRaisins de Saint-Marc, auteur de quelques autres poèmes d'opéras ; au\ntome deuxième de l'édition des œuvres complètes de cet écrivain cour-\ntisan, ancien officier aux gardes, on trouve ce poème â'Alceste« ou le\n7riomphe dAlcide) « tragédie lyrique de Quinault, avec beaucoup de\nchangements, » accompagné de cette note : « Cet ouvrage a été arrangé\nen 1776, à la prière de messires les intendants des menus plaisirs du\nroi, alors administrateurs de l'Opéra. Il est entre les mains de M. Phi-\nlidor, qui en fait la musique (3). Enfin, le troisième ouvrage, le seul\n\n(1) V. Indicateur dramatique pour l'an VII, p. 97.\n(2) V. Spectacles de Paris an VIII, p. 302.\n(S) Il y a vraiment ici quelque chose d'étrange. C'est le 2 3 avril 1776 que Gluck,\naprès l'avoir refaite en partie, donnait à l'Opéra son Alceste, représentée précédem-\nment à Vienne, et ce chef-d'œuvre, froidement accueilli d'abord, obtient bientôt un\nénorme succès. Or, c'est en cette même année 1776 qu'un écrivain, à la prière des\nadministrateurs de l'Opéra, s'avise de remanier à son tour le poème de Quinault, et\nque Philidor se charge d'en faire la musique! J'avoue que ceci me semble incom-\npréhensible. Il n'y a pas à douter pourtant; le livret de Saint-Marc est là qui fait\nfoi, et ce livret, compris dans les œuvres complètes de l'auteur (1789, trois volumes\nin-8°), publié du vivant de Philidor, n'a amené de la part de celui-ci, que je sache,\naucune réclamation-"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "266", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.26", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\npeut-être qu'il eût mené complètement à terme, était une incarnation\nnouvelle d'une de ses anciennes productions.\nOn se rappelle qu'en 1773, Philidor avait fait jouer devant la cour, à\nFontainebleau, un opéra comique en deux actes, Zémire et Mélide, ou\nle Navigateur, qui ne fut point représenté par la suite à la Comédie-\nItalienne, comme on eût dû s'y attendre. Cet ouvrage fut de sa part\nl'objet d'une double refonte, d'abord pour ce théâtre, puis pour l'Opéra,\nauquel certains personnages désiraient le voir passer.\nGardel aîné, maître de ballets à l'Opéra, avait été frappé de la nou-\nveauté et de l'agrément du sujet du Premier Navigateur, dont il devait\nrégler les divertissements. Il conçut aussitôt le projet de s'approprier\nl'idée, et d'en faire un ballet-pantomime ; mais comme le ministre n'au-\nrait point toléré un pareil larcin, Gardel commença par entrav.er la\nreprésentation de l'opéra, travailla dans le plus grand secret à son ballet,\npuis, le moment venu, c'est-à-dire le ministre n'étant plus en place, fit\nmettre en répétition son Grand Navigateur, qui fut représenté le\n26 juillet 1785 avec beaucoup de succès. Dès qu'il eut connaissance de\ncette infamie, Philidor alla se plaindre au nouveau ministre, M. de\nBreteuil, en lui demandant justice; mais, malgré la bonne volonté de\ncelui-ci, tout fut inutile. Gardel dirigeait les ballets et les danses de la\ncour, ce qui lui valait beaucoup d'influence et de protecteurs. On fît\ndonc aux plaintes de Philidor une réponse brutale et à peu près dans c«\ngoût : Le poème n'est point de vous; la musique seule est votre pro-\npriété. Or, que réclamez-vous, puisque pas un seul morceau de votre\ncomposition n'est entré dans le ballet dont vous parlez? Quant au sujet,\nvous auriez tort de croire qu'il appartient à Falbaire, en réalité, il est à\nGessner, dans les œuvres duquel chacun est libre de puiser.\nVoilà comment il se fait que le Premier Navigateur ne fut jamais\nreprésenté.\nXIII\nJ'ai dit, à l'origine de ce travail, qu'il y avait lieu de s'étonner de l'oubli\nqui enveloppait aujourd'hui le nom de Philidor, et du dédain dans lequel\non tenait ses œuvres. On a pu se rendre compte, par les citations faites\nau cours de ce récit, des sentiments tout autres que les contemporains\nprofessaient à son égard. On acquiert la conviction que, parmi nos\nmusiciens français,pas une renommée ne dépassa la sienne, et qu'il était"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "267", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.27", "texte": "ANDRÉ PHILIDOR\n\nclassé à l'égal des plus grands, ce qui rend plus inexplicable encore Tin-\njustice de la postérité à son égard.\nLa place occupée par Philidor est très considérable dans l'histoire de\nla musique dramatique en France pendant la seconde moitié du dix-hui-\ntième siècle, et elle est surtout importante en ce qui concerne la part prise\npar le compositeur dans la formation de notre opéra comique, Dans l'es-\npace de vingt-neuf ans, de 1759 à 1788, il n'avait pas donné moins de\nvingt-cinq ouvrages, formant un total assez respectable de quarante-qua-\ntre actes, représentés sur six théâtres différents: l'Opéra, l'Opéra-\nComique, la Comédie-Italienne, le théâtre de la cour à Fontainebleau, le\npetit théâtre du Bois de Boulogne, et celui des petits comédiens du duc\nde Beaujolais. En joignant à cela Bélisaire, qui ne fut représenté qu'a-\nprès sa mort, Alceste et Protogène, qui furent au moins mis sur le métier,\nsinon complètement achevés, la part plus ou moins considérable de col-\nlaboration qu'on lui accorde dans la Bagarre, dans la Rosière de Sa-\nlency, dans les Pèlerins de la Mecque, son bagage dramatique acquiert\ndes proportions qui ne sont pas absolument communes. Et là ne se borne\npas l'ensemble de son œuvre, puisqu'il y faut ajouter encore, outre les\nmotets qu'il écrivit dans ses jeunes années pour la chapelle, outre l'ode\nde Dryden sur le Pouvoir de l'Harmonie, qu'il semble bien avoir mise en\nmusique, son oratorio du Carmen seculare, le Lauda Jérusalem et le\nTe Deum qu'il fit exécuter au concert spirituel, la Messe qu'il composa\nen 1766 pour l'anniversaire de la mort de Rameau, et enfin un Recueil\nd'ariettes à voix seule et grande symphonie qu'il publia en collabora-\ntion du chanteur Trial et qui commença à paraître en 1766. Philidor,\non peut le dire, avait donc pour lui la fécondité, qui est toujours l'indice\nd'une organisation robuste.\nMais cette fécondité, qui prenait sa source dans un tempérament gé-\nnéreux, était aidée par un talent supérieur et d'une rare souplesse. Nous\navons acquis la preuve que Philidor avait entrevu, dès ses débuts, la ré-\nforme que Gluck vint opérer chez nous, puisque ses projets novateurs\navaient effrayé Rebel, directeur de l'Opéra,, et que plus tard, avantl'arri-\nvée de l'auteur Alceste et d'Armide, il avait commencé, dansErnelinde,\nde mettre ces projets à exécution. Son rôle fut plus brillant et plus effectif\ndans le genre de l'Opéra-Comique ; là, il passa maître du premier coup, et\ndu premier il délimita le genre, et le poussa à sa plus grande extension. Plus\nfoncièrement dramatique que Duni et presque aussi aimable, possédant\nà la foi?, comme Monsigny, le sentiment comique et le sentiment pathé-\ntique, plus grand dans son style et plus élevé que Grétry, avec une allure\npeut-être moins égale et moins soutenue, il était plus instruit et surtout"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "268", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.28", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nplus hardi que tous trois, et possédait une force de conception, une habi-\nleté de procédés et une sûreté de main qu'aucun deux n'a jamais connues,\nLa forme de ses morceaux est généralement très remarquable, son har-\nmonie très riche et souvent neuve pour l'époque, son instrumentation\ncolorée, nerveuse et fournie; de plus, il est doué d'un instinct scénique\npresque infaillible et d'un sens dramatique incontestable.\nTelles sont les rares qualités qui permirent à Philidor de parcourir\nune si brillante carrière, et de tenir la scène pendant près d'un quart de\nsiècle sans presque jamais faiblir et en ne rencontrant pour ainsi dire\nque des succès. Et il ne faudrait point croire que Philidor fût un génie\nnaïf, en quelque sorte inconscient, qui produisait pour produire et sans\nse rendre un compte exact de ses désirs et de ses aspirations. Outre que\nnous savons quelles étaient ses visées en ce qui concerne le drame lyri-\nque, nous allons voir, par un document peu connu, qu'il n'agissait pas\nà l'aventure et qu'il avait une volonté fermement arrêtée. Ce document\nn'est autre que la dédicace de la partition du Sorcier, dédicace adressée\nbravement au public, et dans laquelle Philidor fait preuve à la fois de\nmodestie, de courage et de bon sens.\nr\\ , \" s i\nC'est sous vos yeux que mes faibles talens ont pris naissance, c'est votre\nbonté qui de jour en jour les anime, c'est donc à vous seul que j'en dois\nThommage, au milieu des contradictions, des inquiétudes et même des cha-\ngrins que l'artiste le plus heureux ne peut éviter. J'ai regardé votre suffrage\ncomme ma véritable récompense. C'est la seule où j'aspire, elle m'enhardit et\nme console. Ennemi de la brigue, je n'ai qu'un but, c'est de vous plaire. Et\nsans chercher de ces moyens obscurs, mais trop souvent employés, ce n'est\nqu'en étudiant votre goût, en consultant vos lumières, en travaillant, en un\nmot, que je prétends y parvenir. Dans un genre nouveau qu'une partie de la\nnation voudrait combattre encore, mais qu'elle aime, si je me suis permis des\nvues plus profondes et peut-être des hardiesses, ce sont ces vrais connais-\nseurs en musique, ces oreilles amantes de l'harmonie, c'est vous-même enfin\nqui semblés me l'avoir ordonné en applaudissant à mes premiers essais.\nPénétré de tant de bontés, mais jaloux d'y répondre et d'en mériter encore,\nj'ose ici vous supplier d'agréer le témoignage sincère de la reconnaissance et\ndu respect que doit au public éclairé qui l'encourage et le protège,\nSon très humble et très obéissant serviteur,\nA. D. PHILIDOR.\nDe tels sentiments font honneur à un artiste, et le montrent sous un\njour tout particulièrement favorable. Que d'autres viennent, un siècle\nplus tard, comme l'a fait Berlioz, le déchirer sans le connaître, et essayer,\nà l'aide de grands mots appliqués à de petites choses, de le déshonorer,\nils ne pourront rien lui enlever de sa valeur et de son véritable génie."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "269", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.29", "texte": "ANDRÉ PHILIDOR\n\nBerlioz, qui avait suivi Sévelinges dans cette voie absurde, a été lui-\nmême imité par M. de Basterot qui, dans son Traité élémentaire du\nJeu des Echecs, ne se borne pas à essayer de rabaisser Philidor comme\njoueur d'échecs, mais cherche à ternir aussi sa renommée de compositeur,\nsans paraître se douter qu'ici le terrain sur lequel il marche lui est com-\nplètement inconnu. ce Malheureusement pour lui, dit-il, l'œil scru-\ntateur de la critique, qui a découvert tant d'erreurs dans son Analyse\ndes Echecs, s'est portée avec une égale sévérité sur ses œuvres musicales.\nIl paraît prouvé, quoi qu'en ait dit M. Fétis et plus récemment le pro-\nfesseur Allen, que Philidor, dans son opéra du Sorcier, a pillé Y Orphée\nde Gluck; « il a copié, dit Berlioz, sa mélodie [Objet de mon amour),\n« sa basse, son harmonie, et même les échos du hautbois de son petit\n« orchestre placé dans la coulisse un des plagiats les plus audacieux\ncc dont il y ait d'exemple dans l'histoire de la musique (1). »\nEh bien, en dépit des assertions de ses détracteurs, malgré Sévelinges,\nmalgré Berlioz, malgré M. de Basterot, la gloire de Philidor comme\njoueur d'échecs n'est pas encore effacée, que je sache ; et quant à son\ngénie musical, constaté par tant de succès, par tant de suffrages, par\ntant d'œuvres remarquables en divers genres, ces œuvres sont là pour\nl'affirmer, pour le rendre éclatant aux yeux de tous ceux qui voudront\nbien prendre la peine de les lire avec soin, de les étudier avec attention,\nde les juger avec sincérité. Pour ceux-là, loin d'avoir rien à craindre,\nla renommée de Philidor a tout à gagner, et ne peut que trouver son\nprofit à un examen scrupuleux (2).\n\n(1) Traité élémentaire du Jeu des Echecs, deuxième édition. Paris, Allouard,\ni 863, in-B°.\nParmi les travaux récents les plus importants publiés sur Philidor, il faut men-\ntionner, outre celui de M. Allen, déjà cité, qui est très enthousiaste, celui intitulé :\nPhilidor auteur et joueur d'échecs, publié par M. Von der Lasa dans la Berliner\nSchach\\eitung, et dont il a paru une traduction dans la Nouvelle Régence en 1862.\nM. Von der Lasa, tout en combattant certains points de la théorie de Philidor, ne le\nconsidère pas moins comme un joueur de premier ordre et comme un didacticien re-\nmarquable,\n(2) En 1802, on donna à l'Opéra un pastiche intitulé Saïd et qualifié « d'oratorio\nen action, » composé de fragments tirés de diverses œuvres de Mozart, Paisiello,\nHaendel, Haydn, Philidor et Gossec. Les arrangeurs étaient Morel, Deschamps et\nDesprez pour les paroles, Lachnith et Kalkbrenner pour la musique. Le succès fut\ntrès grand, et un chroniqueur disait : « Laïs se surpassa, pour ainsi dire, en exécu-\ntant les fragmens du Carmen seculare de Philidor, et un passage délicieux d'un\nfinale de Mozart.\nLe souvenir de Philidor était très vivant il y a soixante ans, et ses œuvres\nn'étaient pas abandonnées, puisque Lemazurier, dans VOpinion du Parterre de 1810,\nécrivait ceci, en annonçant rengagement d'une nouvelle artiste à POpéra-Comique :\n« .... En s'attachant mademoiselle Regnault, ce théâtre a placé dans ses rangs"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "270", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.30", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nXIV\nL'artiste n'est pas seul intéressant dans Philidor; l'homme est encore\nfort curieux à observer, et si quelques-uns ont essayé de le faire jusqu'ici,\nce n'a été que d'une façon bien superficielle, et, on peut l'affirmer, en\nprenant souvent le contre-pied de la vérité.\nIl faut remarquer tout d'abord que certains biographes, certains chro-\nniqueurs, ont fait à Philidor une réputation d'inintelligence, disons\nmieux, de sottise inepte vraiment difficile à admettre, et l'ont représenté\ncomme une sorte de niais accompli, de Jean Bête toujours prêt à se\nrépandre en absurdes balourdises. Or, Diderot a pu dire avec raison\nqu'on peut être un très grand joueur d'échecs et un sot, mais il est\nmalaisé de croire qu'un artiste supérieur comme Philidor ait pu être en\nmême temps un imbécile. D'ailleurs, Diderot lui-même, qui montra tou-\njours tant d'estime et d'admiration pour l'auteur d'Ernelinde, ne l'aurait\ncertainement pas prisé si fort, ne lui aurait pas porté un si vif intérêt,\ns'il l'avait cru à ce point dénué d'intelligence.\nLa vérité est que Philidora toujours préoccupé de musique ou d'échecs,\ntoujours l'esprit tendu, le cerveau obsédé par une idée fixe, était fort\ndistrait, répondait souvent à tort et à travers aux questions qu'on lui\nadressait, et que c'est la singularité fréquente de ces réponses qui l'a fait\nprendre pour un sot par de plus sots que lui. On a souvent cité une\nexclamation de Laborde, qui, au milieu d'un repas, lui ayant entendu\ndire plusieurs trivialités, s'écria tout à coup : « Voyez cet homme-là,\nil n'a pas le sens commun, c'est tout génie ! » Outre que le mot a pu être\nmal rapporté, cela ne veut point dire encore que Laborde ait voulu le\ntraiter d'imbécile.\nIl est vrai que ses distractions amenaient parfois sur ses lèvres des\nréparties d'une amusante naïveté, réparties que quelques-uns provo-\nquaient à plaisir. Un de ses parents, Bouvier, violoniste attaché à l'or-\n\nune cantatrice distinguée, capable d'exécuter, avec autant de grâce que de facilité,\nl'excellente musique de Philidor, de Grétry et de Monsigny. »\nPhilidor fit quelques élèves : d'abord son biographe. Laborde, qui, quoique\namateur, fit jouer un assez grand nombre d'opéras; le compositeur Lachnith, le\npremier arrangeur et l'introducteur de Mozart en France; madame de Genlis, qui\ndit elle-même, au tome ler de ses Mémoires: « Philidor me donna des leçons d'ac-\ncompagnement. )) Fétis penche même à croire, et ce me semble, avec assez de\nraison, que Dezèdes, l'aimable auteur de Biaise et Babet et des Trois Fermiers,\naurait bien pu recevoir des leçons de Philidor, « le seul maître, dit-il fort justement,\nqui sût alors en France écrire avec correction. »"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "271", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.31", "texte": "ANDRÉ PHILIDOR\n\nchestre de l'Opéra-Comique, lui dit un jour : a Mon rêve est devoir\nune voiture; je me mettrais à la fenêtre, et j'aurais le plaisir de me voir\npasser.» Philidor lui répond avec le plus grand sang-froid : —Vous\ndites là une bêtise, mon bon ami, car on ne peut être à la fois à la fenêtre\net en voiture ; vous ne pourriez donc vous voir passer, »\nUne autre fois, c'était au baptême de son fils aîné, le parrain, interrogé\npar le prêtre sur le nom qu'il voulait donner à son filleul, et déclarant\nqu'il voulait l'appeler Joseph : «Je ne veux pas que mon fils porte ce\nnom, s'écrie vivement Philidor; Joseph, c'est le patron des c... ! » Et, en\ndisant cela, il était d'un sérieux imperturbable.\nUn matin, son beau-frère, Richer, qui avait absolument à lui parler,\nentre dans sa chambre, Philidor étant encore au lit avec sa femme :\n« Comment, ma sœur, fait Richer en jouant l'étonnement, je vous trouve\ncouchée avec M. Philidor? Mais, mon ami, c'est ma femme, » répond\ncelui-ci naïvement.\nEntrant un soir dans les coulisses de la Comédie-Italienne avec un de\nses fils, qui était en très bons termes avec une des artistes de ce théâtre,\nmademoiselle Colombe aînée, et rencontrant justement cette jeune per-\nsonne, il lui dit à brûle-pourpoint, et du ton le plus aimable : Ah !\nMademoiselle, je vous remercie de vous être chargée de ce gaillard-là ;\nj'espère que vous en serez contente. » On devine la figure des deux jeunes\ngens, à l'audition de ce compliment inattendu.\nC'est à un autre de ses fils, dont il connaissait le rendez-vous habituel,\nqu'il dit un jour, à table, en regardant sa montre : « Partez, Fré-\ndéric, allez, mon fils, il ne faut jamais faire attendre les dames. »\nSa femme était la première à .rire de ces naïvetés, auxquelles elle était\nhabituée. Mais ces naïvetés, je le répète, n'étaient point de la sottise, et\nceux qui le connaissaient savaient à quoi s'en tenir à ce sujet. Les frag-\nments de lettres que j'ai reproduits plus haut sont de nature à faire\njuger Philidor d'autre façon ; et s'il était nécessaire, je citerais encore les\nlignes suivantes, par lesquelles il définissait le jeu d'échecs « un objet\nd'amusement sérieux, dans lequel je me suis fait quelque réputation, et\nqui, présentant au génie, à chaque instant, la complication d'un pro-\nblème nouveau à résoudre, ne laisse pas, même aux sujets ordinaires, le\nmérite d'en soupçonner la profondeur et l'étendue. » L'homme qui pou-\nvait s'exprimer d'une façon aussi claire, aussi précise, aussi élégante,\nn'était certainement pas ce qu'on a voulu le faire croire.\nD'ailleurs, la sensibilité artistique dont il faisait preuve plaiderait, s'il\nen était besoin, en faveur de son intelligence. Voici l'un des exemples les\nplus charmants de cette sensibilité. C'était au retour d'un de ses voyages"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "272", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.32", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nde Londres ; pendant son absence, Sacchini avait donné à l'Opéra l'un\nde ses chefs-d'œuvre, Œdipe à Colone. A peine arrivé, Philidor s'em-\npresse de demander des nouvelles de l'ouvrage, des beautés que Ton y\nsignale, de l'accueil qui lui a été fait par le public. cc Cela a-t-il\nréussi? » demanda-t-il à son fils André. cc Oui, mon père, beaucoup.\nCite-t-on quelque morceau particulièrement ? Oui, certes ;il y a\nau troisième acte un trio que chacun s'accorde à trouver magnifique.\nVraiment ? Eh bien, va me le chercher, et me le rapporte aussitôt. » Le\njeune homme part incontinent, et revient promptement avec le trio.\nPhilidor lui prend le morceau des mains, l'examine en silence, attenti-\nvement, le lit ainsi d'un bout à l'autre sans prononcer une parole, et l'en-\nfant, tout surpris, voit bientôt de grosses larmes couler des yeux de son\npère3 attendri par la lecture d'un si beau chef-d'œuvre.\ncc Simple, naïf, ingénu, plein de bonhomie, le grand Philidor avait\nune bonté, une générosité inépuisables, dont le souvenir attendri\nentoure sa mémoire d'un ; profonde vénération (i). » Ces paroles rendent\nfidèlement le côté moral du caractère de Philidor. Il était, en effet,* bon,\nsimple, serviable, obligeant, et surtout généreux. Les artistes malheu-\nreux qui avaient recours à lui et le nombre en était grand ne le\nfaisaient jamais en vain, et plus d'une fois, dans sa générosité irréfléchie,\nil lui arrivait de se trouver empêché de sortir, parce que, faute d'argent,\net ne pouvant satisfaire autrement aux demandes qui lui étaient faites,\nil avait abandonné ses vêtements aux malheureux qui étaient venus\nl'implorer.\nMais il n'était pas seulement bon humainement, si l'on peut ainsi dire,\nil l'était aussi artistiquement, ce qui est plus rare peut-être. Grétry, qui\na rarement dit du bien de ses confrères, s'est plu à lui rendre un hom-\nmage éclatant dans ses Mémoires; il avait eu l'occasion, au début de sa\ncarrière, d'apprécier la rare obligeance de Philidor, qui s'était vigou-\nreusement employé pour lui être utile, et voici comm:nt, après avoir\nénuméré toutes les difficultés qu'il avait éprouvées pour se procurer son\npremier poème, il s'exprime à ce sujet : ce Philidor et Duni s'occupaient\ncependant et de bonne foi à me faire avoir un poème : les habiles gens\nsont naturellement bons et honnêtes; l'homme instruit voit avec tant\nd'intérêt ce qu'il en coûte au vrai talent pour se faire connaître, que la\ncrainte même de protéger son rival ne peut Fempêcher d'agir en sa\nfaveur. Philidor m'annonce enfin qu'il a répondu de moi, et qu'un poète\nvjut bien me confier l'ouvrage qu'on lui destinait» Je me rends chez lui\n\n(1) Notice du Palamede."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "273", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.33", "texte": "au jour indiqué : l'auteur lit : à chaque scène ma téte s'exaltait au point\nque je trouvais à l'instant le motif et le caractère qui convenait (sic) à\nchaque morceau ; je réponds que cet ouvrage n'eût pas été le plus mau-\nvais des miens. Lorsqu'après de longues études, l'âme commande avec\ncette impétuosité, elle ne laisse pas à 1 esprit le temps de s'égarer. Je ne\ntrouvai le poème que médiocre et froid ; mais la flamme qui me brûlait\neût pu le réchauffer. J'embrassai l'auteur; comment ne vit-il pas dans\nmes yeux qu'une si belle ardeur ne serait pas inutile à son succès ? Non,\nil ne le vit pas ! car, trois jours après, au lieu de recevoir le manuscrit,\nPhilidor m'apprit que l'auteur avait changé d'avis. 11 me permettait\ncependant de travailler à son poème, pourvu que ce fût avec Philidor,\nsi cela nous convenait à tous deux. Allons, courage, mon ami, me\ndit cet honnête homme, je ne crains pas de joindre ma musique à la\nvôtre. Je dois le craindre, moi, lui dis-je, car si la pièce réussit, elle\nsera de vous; si elle tombe, le public ne verra que moi. » Cette affaire\nn eut pas de suite, et malgré toute sa bonne volonté, Philidor ne put\nêtre utile à Grétry, qui finit par se frayer une autre route ; mais malgré\nson caractère aigre et jaloux, celui-ci ne put s'empêcher de reconnaître\nle bon vouloir de l'artiste qui aurait voulu le patronner, et en donna\nplus tard, à la mémoire de ce dernier, ce témoignage éclatant de sa\nreconnaissance.\nUne certaine tradition veut aussi que Philidor ait rendu à Rousseau\nun signalé service, service d'autre nature. C'était à l'époque où Rous-\nseau, qui ne songeait pas encore à écrire son Dictionnaire de Musique,\ns occupait de son Devin du village. On a affirmé que Philidor lui vint\nen aide en cette circonstance, en arrangeant les accompagnements et\nl'orchestre de sa partition, dont il était assurément incapable de venir à\nbout. Philidor, à ce moment, n'avait pas encore abordé le théâtre, mais,\navec l'excellente éducation musicale qu'il avait reçue, il était parfaite-\nment apte à s'acquitter d'une telle besogne (1).\n\n(i) Ce qui me porterait à accorder crédit à cette tradition, c'est une petite décou-\nverte que j'ai faite récemment, et qui m'a montré le nom de Philidor directement\nmêlé au Devin du Village. Voici, en effet, le titre exact d'une édition gravée de\nla partition de cet ouvrage :—« Le Devin du Village, intermède représenté à Fon-\ntainebleau, devant Leurs Majestés, les 18 et 24 octobre 1752, et à Paris, par l'Aca-\ndémie royale de musique, le ier mars ijbS, par J.-J. Rousseau, avec Variette\najoutée par M. Philidor, chantée par M. Caillot. » (Paris, Leclerc, rue Saint-Honoré,\nentre la rue des Prouvaires et la rue Du four, à Sainte-Cécile.)\nPour que Rousseau consentît à laisser mettre, même dans ces conditions, un\nautre nom à côté du sien, il me semble qu'il devait avoir de puissantes raisons, et\ncela me paraîtrait expliquer la collaboration de Philidor quant au travail pratique\nde la partition.\n\n273\nANDRÉ PHILIDOR\n18"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "274", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.34", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nLa générosité des sentiments de Philidor ne se particulaiisait pas dans\nle cercle des gens qu'il voyait cliaque JOUI elle s étendait jusqu aux\naffaires publiques. Nous avons vu avec quelle joie sincère il a\\ait\naccueilli les premiers événements de la Révolution, dans laquelle il pré-\nvoyait bien l'affranchissement futur de son pays. Les mouvements popu-\nlaires, d'ailleurs, ne l'effrayaient pas ; habitant souvent Londies, il y\nétait accoutumé de longue date, et lorsqu'il revenait à Paris, il les étu-\ndiait avec une sorte de curiosité. Plus d une fois, entendant les agita-\ntions de la rue, il se levait vivement, et disait en souriant à sa femme :\n« Je crois, ma foi, qu'ils finiront par mettre le feu aux quatre coins\nde Paris. Ma femme, donne-moi ma canne et mon chapeau, je veux\naller voir l'émeute.. »\nSes enfants, qui connaissaient ses sentiments libéraux, s'en amusaient\nparfois avec lui, et le faisaient enrager en faisant étalage des idées les\nplus réactionnaires. Quand on avait bien bataillé, Philidor s'écriait tout\nà coup, en s'adressant au plus exalté : « Eh bien, mon ami, je ne te\nconseille pas d'aller dire tout cela dans un café. Tu te ferais un mauvais\nparti. »\nPhilidor resta jusqu'à la fin de sa vie dans les mêmes sentiments. On\npeut le croire, du moins, par l'extrait suivant d'une lettre de lui, la der-\nnière dont j'aie eu connaissance, qui montre en même temps de sa part\nune noble fierté d'artiste. Cette lettre, adressée à sa femme, était datée de\nLondres, 20 thermidor, 2e décadi, 2e année de la République, «ou\njeudi 7 août 1794, vieux style. » C'est la Revue et Galette musicale du\n6 décembre 1846 qui en a publié ce court et intéressant extrait : Je\nsuis très flatté qu'on ait songé au chœur à'Ernelinde ( Jurons sur ces\nglaives sanglants ) pour une fête publique, et j'espère qu'on aura pro-\nduit ce serment avec succès. J'avoue que je ne connais rien en musique\nd'aussi fier, d'aussi auguste et d'aussi martial que ce morceau, et plus\npropre pour des républicains libres et victorieux »\nOn a rapporté de lui un fait assez original. « Philidor avait deux\nsœurs restées demoiselles, et qui étaient dans le commerce. Il leur fallait,\nen ce temps de maîtrises, être représentées par un homme qui pût faire\npartie d'une confrérie. Philidor s'empressa de s'impatroniserdans le corps\ndes merciers, qu'il choisit, on ne sait trop pourquoi. Il trouvait ce titre\nsuperbe, et dans tous les actes publics il prenait le titre de Marchand\nmercier. C'est ainsi que sur les actes de baptême de ses enfants on trouve\npour indication, fils, fille de Philidor, (1).\n\n(1) Notice du Palamède.Cette notice ajoute : « Ces deux soeurs, retirées du"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "275", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.35", "texte": "ANDRÉ PHILIDOR\n\nIl me faut, en terminant, rectifier une erreur qui a été répandue par\ndivers biographes, et qui me semble avoir été mise en cours par Choron\net Fayolle, dans leur Dictionnaire Philidor n'a jamais\nété aveugle, comme ils l'affirment, et n'a jamais été menacé de l'être. La\nnotice du Palamède est très nette et très précise à cet égard.\nCette même notice contient les lignes suivantes, au sujet du buste de\nPhilidor : a Le buste de Philidor fut commandé par la ville de Paris\nà Pajou, célèbre sculpteur du temps; il fut exécuté en terre cuite et il est\nd'une ressemblance parfaite. Après qu'on en eut fait plusieurs copies en\nplâtre, la ville offrit l'original à madame Philidor ; il est aujourd'hui en\nla possession de la belle-fille et bru de celui-ci (?).\nSur les exemplaires en plâtre de ce buste, on avait tracé les vers sui-\nvants :\nAvoir ton âme et ton génie;\nPar les mains de Pajou voir ton buste sculpté,\nC'est, selon moi, le sort le plus digne d'envie,\nC'est être deux fois sûr de l'immortalité (i).\n\nARTHUR POUGIN.\n\ncommerce et âgées, demeuraient rue Taranne, faubourg Saint-Germain, et c'est\nchez elles que Diderot, ainsi que Colin d'Harleville, dans les dernières années de\nleur vie, passaient toutes leurs soirées, ce dont on s'étonne, ces deux sœurs étant,\nà un assez haut degré, tout le contraire de spirituelles. »\n(i) Il y a quelques années, un jeune sculpteur, M.Edouard Patou, fit un nouveau\nbuste de Philidor, d'une touche délicate et d'un modelé très fin; ce buste figura à\nl'Exposition annuelle des Beaux-Arts. J'ai déjà signalé un joli portrait dessiné et\ngravé par Bartolozzi, dans la seconde édition de l'Analyse du Jeu des Echecs; je\nrappellerai celui dessiné par Cochin et gravé par Saint-Aubin, dont la Chronique\nmusicale a placé une reproduction très fidèle en tête du premier article du présent\ntravail."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "276", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.36", "texte": "GEORGES BIZET\n\nEORGES Bizet est mort, plein de vie, dans la nuit du mer-\ncredi au jeudi 3 juin. Pendant toute la journée du jeudi,\non pouvait lire, affiché au foyer de TOpéra-Comique, ce\nfunèbre télégramme :\nParis, de Bougival, déposé le 3 juin, àlO heures 27 matin,\nCamille du Locle, 3y, rwe Z,e Peletier, Paris.\n« La plus horrible catastrophe : notre pauvre mort cette nuit.\n» LUDOVIC HALÉVY. »\nCe laconisme est gros de larmes : sympathique à tous pour son talent,\nBizet était adoré des siens pour les belles qualités de son âme.\nLa Chronique musicale , parla plume de M. Arthur Pougin, a retracé\ndéjà, dans sa livraison du i 5 mars, la carrière artistique de ce jeune maî-\ntre, qui marchait à la tête de l'école nouvelle-venue, explorant courageu-\nsement la route périlleuse du progrès. Pour Bizet au moins, ces dangers\nn'auront pas été sans gloire et quand la mort l'a frappé, il s'ouvrait un\npassage vers le succès. Cette volonté patiente et tenace qu'il apportait\ndans la lutte, il en avait hérité d'Halévy, dont il était l'élève et le\ngendre.\nLes obsèques de Georges Bizet ont eu lieu à l'église de la Trinité, au\nmilieu de l'immense assemblée de ses amis, dont la douleur était grande»\nLe service funèbre en musique se composait de morceaux empruntés à\nson œuvre:\ni° Entrée d'orgue improvisée par A. Bazille, sur les motifs des Pê-"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "277", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.37", "texte": "GEORGES BIZET\n\ncheurs de Perles; 20 ouverture de Patrie, exécutée par l'orchestre du\nCirque d'hiver, sous la direction de M. Pasdeloup; 3° adapté\nsur les paroles du duo àzs Pêcheurs et chanté par MM. Du-\nchesne et Bouhy; 4° Andatite de l'Artéspar l'orchestre Pasdeloup;\n5° Agnus Deichanté par M. Lhérie; 6° Adagietto de par\nl'orchestre Pasdeloup; 70 sortie improvisée par M. Bazille, sur les mo-\ntifs de Carmen.\nMM. Camille Doucet, président de la Société des auteurs dramatiques,\nAmbroise Thomas et Charles Gounod, de l'lnstitut, et du Locle, direc-\nteur de l'Opéra-Comique, tenaient les cordons du char funèbre. Le deuil\nétait conduit par MM. H. Rodrigues et Ludovic Halévy.\nTrois discours ont été prononcés sur la tombe : le premier par M. Jules\nBarbier au nom de la Société des auteurs dramatiques; les deux autres,\npar MM. du Locle et Gounod.\nLorsque l'artiste n'est plus, l'œuvre reste pour rappeler sa mémoire à\nceux qui lui survivent. Le soir de l'enterrement de Bizet, l'Opéra-Co-\nmique représentait sa Carmen. Galli-Marié avait peine à retenir ses\nlarmes, et son émotion avait gagné toute la salle.\nBizet n'avait pas encore trente-sept ans, étant né le 25 octobre iB3B.\nIl laisse en portefeuille plusieurs ouvrages inédits dont le Ménestrel nous\npromet le catalogue, accompagné de notes et souvenirs. Il travaillait à\nun oratorio sur Geneviève,patronne de Paris, ainsi qu'à un grand opéra\nsur le Cid.\nNous nous ferons un devoir de recueillir pieusement tous les docu-\nments qui viendront se joindre à ceux qu'a déjà publiés la Chronique\nmusicale sur Georges Bizet.\n\nO. LE TRIOUX."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "278", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.38", "texte": "LE\nCENTENAIRE DE BOIELDIEU\n\nOTRE correspondant spécial, M. Louis Jeannin, représen-\ntait la Chronique musicale au centenaire de Boieldieu, cé-\nlébré les 12, i 3, 14 et i 5 juin par la ville de Rouen, pa-\ntrie de l'illustre maître.\nIl nous adresse, au sujet de ces fêtes, le compte rendu\nsuivant, le plus complet qui ait été publié jusqu'ici dans la\npresse parisienne.\nSamedi, 12 juin. A six heures du soir, la vieille cloche de Rouen\nannonçait par ses retentissantes volées la solennité prête à commencer.\nC'était, dit le Journal de Rouen, comme le baptême de l'immortalité qui\nsonnait pour le glorieux fils de Rouen, à la tour de l'antique Hôtel-de-\nVille où siégeaient lors de la naissance de Boieldieu, les magis-\ntrats de la cité. Une heure plus tard, différents morceaux étaient\nexécutés auprès de la statue du maître par les musiques des 26e et 28e\nde ligne, par la musique municipale de Rouen et par celle de Saint-\nGermain-en-Laye, puis la retraite aux flambeaux partait de la mairie et\nparcourait la ville au milieu des acclamations d'une foule énorme,\nbravant la pluie torrentielle qui tombait depuis le commencement de la\nfête.\nDimanche i 3. Dès le matin, l'animation est immense sur tous les\npoints de la ville. Le temps semble se remettre au beau.— A neuf heures\ncommençait le défilé des sociétés musicales qui devaient prendre part"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "279", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.39", "texte": "LE CENTENAIRE DE BOIELDIEU\n\nau concours. Les Sociétés formaient un cortège de près de 1400 mètres,\n—on en remarquait et on en applaudissait un certain nombre dont la\ntenue et les costumes faisaient sensation: l'Orphéon et l'Harmonie de\nCannes, costume de toile grise, béret rouge et képi; la musique munici-\npale du Mans ; la société de Gand, en uniforme de bersaglieri ; l'Harmonie\nde Billy-Montigny dont la bannière est surmontée de quatre couronnes\nd'or et de nombreuses médailles; l'orphéon de Lille, avec ses 110 mem-\nbres présentant un peloton d'une tenue parfaite; l'orphéon Alsacien-Lor-\nrain et les Mineurs de Louvain, précédés d'un rang d'hommes armés du\npic de mineurs.\nA mesure que ces sociétés passaient devant la statue de Boieldieu, elles\ndéposaient au pied du monument des couronnes d'immortelles; la mu-\nsique municipale de la Ville, qui marchait en tête, avait déjà déposé sur\nle front de l'auteur de la Dame Blanche une couronne d'or.\nUne estrade avait été dressée pour les membres de l'autorité. L'lnsti-\ntut était représenté par MM. de Laborde, secrétaire perpétuel de l'Aca-\ndémie des Beaux-Arts ; Ambroise Thomas, directeur du Conservatoire\nde musique ; Paul Baudry, Charles Garnier, François, graveur, et\nM. Etienne de Cardailhac, membre libre. Sur la même estrade se trou-\nvaient : le maire de Rouen, le préfet, les membres du Conseil municipal\net les membres du jury, M. Adrien Boieldieu était l'objet de la plus\nsympathique attention des sociétés musicales.\nM. Nétien, maire de Rouen, s'est levé et a prononcé le discours sui-\nvant :\n« Messieurs,\n(( Notre premier devoir, en ce jour, est de saluer les hôtes, dont la pré-\nsence anime et honore notre ville, en élevant cette réunion, qui aurait pu\nrester une fête locale, aux proportions solennelles d'une manifestation natio-\nnale et patriotique. L'lnstitut, c'est-à-dire la représentation de ce que la\nFrance possède de plus éminent dans les lettres, les sciences et les arts, a bien\nvoulu y présider par une députation de ses membres : la municipalité rouen-\nnaise lui en exprime sa profonde reconnaissance. Elle adresse aussi ses vifs\nremercîments aux honorables reppésentants de l'autorité publique, aux délé-\ngués de la presse, aux artistes, à tant d'hommes distingués qui ont voulu s'as-\nsocier à sa pensée. Enfin notre cœur à tous est rempli dune chaleureuse\ngratitude pour ces intéressantes sociétés musicales qui sont venues en si grand\nnombre déposer leur hommage au pied de la statue de Boieldieu!\n« Dans les oeuvres de la peinture, de la statuaire, de la poésie, l'homme se\nretrouve toujours, sans doute, et sur le théâtre qu'il remplit de son inces-\nsante agitation ; mais c'est seulement une contemplation qu elles offrent à ses\nregards, à son intelligence et à son âme ; un spectacle toujours digne assuré-"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "280", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.40", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nment de nous attacher, mais auquel nous ne pouvons que passivement as-\nsister.\n« Bien différent est le rôle de la musique î Si elle veut se manifester et\nvivre, pour ainsi dire, il faut qu'elle s'associe directement à nos actes.\n« Du reste, elle se laisse posséder, sans exiger une initiation laborieuse et\npermise seulement à des privilégiés; par faculté naturelle, la foule entière\nnon-seulement la comprend, mais l'interprète et l'exprime. Au foyer, la fa-\nmille la mêle à son travail et à ses plaisirs; dans le temple, la prière s'élève\navec elle de toutes les bouches; sur le champ de bataille, elle enflamme le\npatriotisme et combat avec le soldat!\n« Gomment donc n'aimerions-nous pas cette compagne fidèle de nos dou-\nleurs et de nos joies, de nos pensées et de nos actions? Et comment notre\naffection ne s'étendrait-elle pas jusqu'à ceux qui nous donnent ainsi, par elle,\nl'expression de nos sentiments et de nos émotions; expression non pas seu-\nlement réelle et vraie, mais parée des plus gracieux et des plus puissants at-\ntraits !\n« Qui a pu lire la vie de Boieldieu sans s'éprendre d'une affectueuse sollici-\ntude pour cet enfant que la nature a pourvu de tous ses dons? L'étincelle\njaillit de son vif esprit, de son imagination féconde, presque sans choc et\nsans aucun effort. Il ébauche deux compositions sur ce Théâtre-des-Arts\nque voici près de nous, et ses premiers essais obtiennent une réussite assez\nflatteuse pour qu'il s'élance encore [une fois vers Paris.\n« Mais là régnent des maîtres consommés dans leur art, les Méhul, les\nCherubini, restés illustres. Avant d'être admis à rivaliser avec eux et d'obte-\nnir un thème pour développer ses chants, il faut que Boieldieu marque ainsi\nsa place comme virtuose : victoire facile et promptement remportée! Quel-\nques mélodies dont la source sera chez lui toujours prête à jaillir, séduisent\nles écrivains, et les poèmes abondent. Dès lors, la scène de l'Opéra-Comique\nsera bientôt gagnée : Zor aime et Zulnare, Beniowski, le Calife de Bagdad\nparaissent, et voilà l'artiste, presque adolescent, devenu l'idole du public!\n« Pourtant, c'est un peu par surprise que la place est sitôt enlevée! Si les\nauditeurs se sont laissé séduire à la première lueur du génie, l'art a le droit\nde n'être pas si facilement satisfait. Mais Boieldieu est heureusement supérieur\naux décevantes trahisons de la vanité; malgré le premier enivrement, il com-\nprend la sévère amitié, qui lui reproche « d'avoir de si beaux succès et de\nfaire si peu pour les mériter ! » Aussitôt la surabondance incorrecte est sacri-\nfiée à la recherche de la science, et Boieldieu apprend à ne plus accepter trop\nfacilement la parure de sa pensée. Et, à présent, le voilà pourvu des armes\nutiles, même au génie; de sorte que nul ne pourra plus contester son droit\naux applaudissements des salles charmées. Ce sont alors des œuvres vraiment\nmaîtresses qu'il produit : Ma Tante Aurore, puis Aline, reine de Golconde,\nles Voitures versées et ce Jean de Paris, qui le fera s'écrier lui-même : « Ah !\nquel succès! »\n« Et, en effet, Boieldieu est parvenu aux sommets de sa carrière : il va\ndonner la Fête au village voisin et le Petit Chaperon rouge; puis, enfin, la\nDame Blanche apparaît et le conduit, non pas au succès, mais au triomphe,\nmais à une sorte d'apothéose! comme le dit son dernier historien.\n« Et le mot sera presque juste, messieurs, car les contemporains, séduits"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "281", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.41", "texte": "LE CENTENAIRE DE BOIELDIEU\n\net ravis, ne se lasseront plus d'applaudir le créateur du chef-d'œuvre de l'o-\npéra comique, et presque celui de la musique française! Les magistrats de sa\nville natale votèrent une médaille à son effigie, comme on ne le fait guère\npour les glorieux que lorsqu'ils ont vécu! Enfin, les générations suivantes,\nqui ne se fatigueront pas elles-mêmes de voir et d'entendre l'enchanteresse,\nne nommeront plus le maître sans évoquer la Dame Blanche, non pas comme\nla protectrice aimable et fidèle du dernier des chevaliers d'Avenel, mais plutôt\ncomme la muse elle-même descendue des régions de l'éternelle lumière pour\ndéposer sur le front du maître le rayon de l'immortalité! »\nAprès ce discours fort applaudi, la cantate de M. Ambroise Thomas,\nintitulée : Hommage à Boieldieu, a été exécutée par les Orphéons de\nLille, du Bon-Marché de Paris, d'Elbeuf, par les élèves des écoles com-\nmunales de Rouen et du cours Beauvoisine, la musique municipale,\ncelles du 24e et du 28e de ligne. Cette énorme masse chorale et instru-\nmentale était sous la direction de M. Collin, professeur au Conservatoire\nde Paris.\nLa belle exécution de cette cantate, par tant d'éléments divers, est\nd'autant plus remarquable qu'elle n'avait été précédée d'aucune répéti-\ntion générale,.\nMais ce qui à surtout excité une explosion de bravos, c'est l'attitude\nde tous ces exécutants, qu'une pluie diluvienne ne parvenait pas à\ntroubler, et qui, préoccupés uniquement du pieux hommage rendu au\ngénie, semblaient indifférents au trouble de l'atmosphère et à la véritable\ninondation qui les entourait.\nLa foule elle-même, impressionnée par ce spectacle, restait compacte\net pressée, et son émotion se manifesta bientôt par un immense applau-\ndissement.\nLes concours ont commencé à une heure et demie dans les différents\nendroits fixés; partout la foule était considérable, et surtout au Théâtre-\ndes-Arts où avaient lieu les concours d'excellence des orphéons. Quatre\nsociétés se trouvaient en présence: i° la Sainte-Cécile de Cherbourg,\ndirecteur M. A. Barrière, 60 exécutants; 20 les Orphéonistes lillois,\ndirecteur M. E. Boulanger, 110 exécutants; 3° les Orphéonistes\nd'Amiens, directeur M. Grigny, 60 exécutants ; 40 les Enfants de Lutèce,\ndirecteur M. Gaubert, 100 exécutants. Chaque société a chanté d'abord\nun chœur imposé : le Retour d'Amérique, par M. Ad. Boieldieu, et un\nmorceau de son choix. La lutte a été acharnée, surtout entre les Lillois\net les Enfants de Lutèce. Les orphéonistes lillois ont transporté d'enthou-\nsiasme tous les spectateurs pendant l'exécution du beau chœur d'Am-"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "282", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.42", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nbroiseThomas, intitulé: le Carnaval de Rome. Il est difficile d'arriver à\nune perfection plus grande.\nNous avons également entendu Y Harmonie de Cannes qui concourait\ndans la division supérieure et la musique municipale du Mans, division\nd'excellence. Pour notre compte personnel, nous n'avons que des éloges\nà adresser à ces deux sociétés.\nA cinq heures et demie, la distribution des prix avait lieu sur la place\nde l'Hôtel-de-Ville. Malgré le mauvais temps, trente mille personnes\nassistaient à cette solennité. Les tribunes menaçaient de s'effondrer\n4\nsous le poids des spectateurs. Ne pouvant donner la liste complète des\nrécompenses, nous nous bornerons à mettre sous les yeux des lecteurs\nde la Chronique musicale les noms des vainqueurs des concours d'ex-\ncellence.\nORPHÉONS\nDIVISION D'EXCELLENCE\nPrix, une couronne d'or, offerte par l'Académie des Sciences, Arts et\nBelles-Lettres de Rouen, et une prime de i 500 fr. offerte par le conseil\ngénéral : Les Orphéonistes lillois, directeur M. E. Boulanger. Men-\ntion honorable, une médaille d'or et un orgue-harmonium de 400 fr.,\nofferts par le Nouvelliste de Rouen : Les Enfants de Lutèce, directeur\nM. Gaubert.\nComme nous l'avons dit plus haut, ce prix a été disputé avec ardeur;\nle jury était partagé par 4 voix contre 4; c'est celle du président qui a\nfait pencher la balance. Disons tout de suite qu'aucune protestation n'a\neu lieu ni de la part du public, ni de celle des Enfants de Lutèce.\n«\nHARMONIES\nDIVISION D'EXCELLENCE\nPrix, une couronne d'or offerte par le Cercle le Baby-Club et une\nprime de 1 500 fr, : Musique municipale du Mans, directeur M. Fabre.\nMention honorable avec médaille d'or : Musique municipale de\nSaint-Germain-en-Laye, directeur M. Carlos Allârd.\nFANFARES\nDIVISION D'EXCELLENCE\nPrix, une couronne d'or offerte par la Société libre d'Emulation, du\nCommerce et de l'lndustrie, et une prime de i,500 francs : Cercle"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "283", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.43", "texte": "LE CENTENAIRE DE BOIELDIEU\n\ndes XV de Binche (Belgique), directeur M. Delhaye. Mention ho-\nnorable et un piston de 230 fr., offert par la maison Millereau : fanfare\nd'Oissel, directeur M. Bergeret.\nL'Harmonie de Cannes, dont nous avons déjà parlé, a obtenu un pre-\nmier prix; le directeur de l'orphéon des Alsaciens-Lorrains, qui a égale-\nment obtenu un prix, a été l'objet d'une manifestation particulière. A son\narrivée sur l'estrade, tout le monde s'est levé, le général Lebrun, comman-\ndant supérieur, le maire, M. Nétien, le préfet, M» A. Thomas, et tous les\nmembres de l'lnstitut lui ont adressé de sincères félicitations et lui ont\ndonné une vigoureuse accolade; la foule était particulièrement émue.\nA sept heures et demie, la distribution était terminée et la foule se re-\ntirait, agréablement impressionnée par le spectacle des manifestations\nspontanées, quelquefois naïves mais toujours sincères, qui avait eu lieu\npendant le cours de la cérémonie.\nUn banquet de 250 couverts a été offert, ensuite, par l'administration\net par le conseil municipal, aux membres des concours musicaux, à un\ncertain nombre d'invités et à la presse parisienne.\nAce banquet avaient pris place MM. le général Valazé, Cordier, Buée,\ndéputés, les membres de l'lnstitut dont nous avons déjà donné les noms,\nles principaux représentants de l'autorité militaire, judiciaire et admi-\nnistrative, et plusieurs membres delà famille Boieldieu. On y remarquait\naussi M. Halanzier, et M. Roger, de l'Opéra,\nCette journée devait finir par un feu d'artifice qui a été contremandé\npour cause de mauvais temps, L'administration Ta reporté au surlen-\ndemain mardi. Cette nouvelle a été portée à la connaissance du public\npar un crieur précédé d'un tambour.\nLundi 14. Le programme de la féte portait l'ascension d'un ballon\nLa Muse, monté par MM. Godard et W. de Fonvielle; mais un accident\narrivé pendant le gonflement a privé le public de ce spectacle toujours si\nintéressant, et on s'est contenté de lancer dans l'air une douzaine de bal-\nlonnets portant le titre des principaux opéras de Boieldieu et auxquels\nétaient suspendues des missives renfermant l'éloge du maître. Dans\nle courant de la journée ont eu lieu des régates et un brillant carrousel\ndonné au profit des pauvres par les officiers et les volontaires d'un an du\n12e régiment de chasseurs. Différents prix, composés d'objets d'art, ont été\ndonnés aux vainqueurs des jeux ; une médaille à l'effigie de Boieldieu a\nété remise à tous les sous-officiers, et une montre en aluminium à tous\nles soldats qui ont pris part au carrousel.\nLe soir il y avait foule à la représentation de gala donnée au Théâtre-"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "284", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.44", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ndes-Arts. Le spectacle se composait du Nouveau Seigneur du village\net des deux premiers actes de la Dame Blanche, par mesdames Brunet-\nLafleur et Ducasse, MM. Léon Achard, Neveu, Barnolt, Lefebvre, les\nchœurs et l'orchestre de M. Ch. Lamoureux. Entre le premier et le\ndeuxième acte de la Dame Blanche, a eu lieu la cérémonie du couron-\nnement du buste de Boieldieu. M. Maubant a dit avec une voix émue et\navec l'autorité que lui donne son beau talent les stances suivantes de\nM. Frédéric Deschamps, avocat et conseiller municipal:\nI\nPourquoi, depuis trois jours, cette foule animée?\nCes fanfares, ces chants, ces fêtes et ces jeux?\nPourquoi ? C'est qu'une chère et grande renommée\nAppelle un souvenir à jamais glorieux.\nC'est qu'il y a cent ans, une naissance illustre\nEnrichit notre sol, déjà béni du ciel,\nC'est que Dieu, nous voulant doter d'un nouveau lustre,\nFit naître le « petit Boiel( 1). »\nPetit, mais grand bientôt ; sa première romance\nDéjà de ses succès inaugura le cours,\nEt la France avec lui redit la peine immense\nDe vivre loin de ses amours (2).\nIl venait compléter le faisceau de nos gloires ;\nNous avions de grands noms, les Corneille, Poussin ;\nBoieldieu nous promit de nouvelles victoires,\nFaisant chanter le clavecin.\nRien n'allait plus manquer à notre Normandie,\nVers et tableaux déjà brillaient de toutes parts ;\n£7 Boieldieu naissait, roi de la mélodie,\nElu du plus charmant des arts.\nLtf musique ! art divin ! des sphères éternelles,\nDe la voûte éthérée elle semble venir.\nElle y doit remonter, ses Tiotes on* des ailes,\nPowr mieux nous y ravir.\n\n(i) Petit nom donné à Boieldieu à la Maîtrise de la cathédrale de Rouen.\n(2) S'il est vrai que d'être deux, l'une des premières romances de Boieldieu."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "285", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.45", "texte": "LE CENTENAIRE DE BOIELDIEU\n\nMême en ces régions, quand Boieldieu s'élève,\nIl conserve Vinstinct de la réalité ;\nSon inspiration, même en touchant aux rêves,\nLs/ e;?cor dans /a vérité.\n\\ • -\nDtf/?s cet amour du vrai, chaque sujet l'inspire.\nQuelle fécondité ! ballades, fabliaux,\nAvec des sons divers Boieldieu sait tout dire :\nSes airs sont des portraits, ses chants sont des tableaux.\nQuel puissant coloris ! Il est peintre en musique\nIl sait tout reproduire ; z7 sa/J tout imiter ;\nLa gaîté, la bravoure ou la terreur comique,\nTomé sy Wewf refléter.\nLe baptême joyeux, ses refrains et ses fêtes,\nAppelant au festin les parents, les amis,\nLes thèmes écossais, les cors et les musettes,\nEt les montagnards réunis ;\nTout, jusqu'à la chaleur de Venchère publique,\nOù Georges Brown assiste, e£ se laisse entraîner,\nJus qiC aux fuseaux légers du rouet mélodique\nQue dame Marguerite en chantantfiit tourner.\nC'est par le naturel que Boieldieu sait plaire.\nIl brille par un don merveilleux, la clarté.\nAussi simple que grand, noble que populaire,\nIl prit le droit chemin de la célébrité.\nVrai créateur du genre, il arrive à son heure,\nAprès Grétry, Méhul, dépassant leur succès,\n£7 suivi par Adam, par Hérold, il demeure\nLe premier des maîtres français !\nII\nUn jour le roi Soleil, cet astre de Versailles,\nPowr scw front rayonnant rêvant plus d'un laurier,\nPar les jeux de la paix faisant trêve aux batailles,\nVoulut se ménager un spectacle princier."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "286", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.46", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nPour que Psyché, sujet dont il fit choix lui-même,\nBrillât par tous les arts à la fois embelli,\nA Molière, à Corneille, il demande un poème,\nCeux-ciy la musique à Lulli.\nLe succès fut complet, Psyché fit merveille,\nFers musique auraient pu naître au même lieu\nSi Boieldieu fût né plus tôt; /e grand Corneille, .\nPour collaborateur eut choisi Boieldieu.\nNous les avons unis tous deux sur nos rivages,\nLeurs bronzes, sur nos quais, venus se dresser.\nNe croirait-on pas voir ces deux nobles images\nSe sourire et fraterniser?\nIII\nLes temps marchent sans cesse, et dans ceux où nous sommes,\nCe n'est plus pour un seul que sont tous les regards.\nCe n'est plus pour un seul, fût-il, parmi les hommes,\nLe premier, le plus grand, que fleurissent les arts.\nIls s'adressent à tous, nul, dhine humeur altière,\nNe pouvant aujourd'hui dire : oc l'État c'est moi ! »\nA tous, humbles, puissants, /a nation entière,\nAu peuple, aujourd'hui le grand roi.\nEn pleine liberté, sous cette ère nouvelle,\nBoieldieu mit au jour ses chefs-d'œuvre divers;\nPar eux il a conquis la gloire universelle,\nIl a franchi les monts et traversé les mers.\nG/z / ce grand nom cette enceinte est petite !\nPour pouvoir} Boieldieu, t'honorer dignement,\nIl faudrait de ces murs reculer la limite;\nIl faudrait plus qu'un temple et plus qu'un monument.\nMais où trouver jamais un cirque, des arènes,\nUn Colisée ouvert aux flots des spectateurs,\nUn Forum appelant les foules souveraines\nQui pourrait recevoir tous tes admirateurs ?"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "287", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.47", "texte": "LE CENTENAIRE DE BQIELDIEU\n\nSoyons donc, des absents délégués volontaires,\nNous qui, dhin tel spectacle avons eu la faveur,\nEt du monde chantant, chaleureux mandataires,\nDe nos ovations multiplions l'ardeur.\nî ar bonheur, pour marquer ce grand anniversaire,\nPour prouver nos respects au chantre des Deux-Nuits,\nNous avons rencontré plus d'un auxiliaire\nEt trouvé âiéminents appuis.\nDe vaillants orphéons, sympathiques phalanges,\nSont accourus vers nous en bataillons épais ;\nDans la langue du maître , ils chantent ses louanges,\nMilice harmonieuse et soldats de la paix.\nParis et l'Opéra, de leurs cimes suprêmes,\n-FowJ descendre pour nous ces chanteurs favoris,\nSans lesquels on voit perdre, chefs-d'œuvre eux-mêmes,\nLa plus belle part de leur prix.\n£7 l'lnstitut nous prête un de ses plus grands maîtres,\nQwz saisit ww motif charmant et l'empruntant,\nReconnaît Boieldieu pour l'un de ses ancêtres\nEt le célèbre en l'imitant.\nEnfin, im fils pieux, artiste de naissance,\nQwf wewf rendre à son père un si touchant honneur,\nS'est pour ce grand devoir armé de la science,\nQwe lui communiqua ïintime professeur.\nGroupons-nous, serrons-nous tous autour de ce buste,\nEt contemplant ces traits vénérés et chéris,\nInclinons-nous, émus, devant ce front auguste\nQue le feu du génie illuminait jadis.\nO Boieldieu ! merci de l'éclat que tu donnes\nA ta vieille cité ! Merci, maître immortel !\nA toi nos fleurs, à toi nos palmes, nos couronnes,\nA toi notre hommage éternelé\nCes stances ont été très applaudies, puis tous les artistes se sont\ngroupés autour du buste du maître ; à côté, se trouvaient Rogeret Duprez"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "288", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.48", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ntenant en mains des palmes d'or dont ils entouiaient le front de celui\ndont on venait de chanter les louanges.\nAu dehors, la foule se pressait dans les principales rues et sur les\nquais brillamment illuminés. La pluie avait fait relâche presque toute\nla journée à la grande satisfaction de tout le monde. A une heure du\nmatin, la fête n'était pas encore terminée.\nMardi i 5. Sous la direction de M. Ch. Lamoureux, une grande\nmesse en musique, delà composition de M. Ad. Boieldieu, a été exécutée\nà la cathédrale par la Société de Y Harmonie sacrée. On comprendra que\nce n'est pas le moment de nous livrer à une critique détaillée de l'œuvre\ndu fils d'un de nos grands maîtres; nous nous bornerons donc aujour-\nd'hui à constater que l'exécution en a été fort belle.\nNous ne voudrions pas mêler une note discordante dans le compte\nrendu des fêtes données par la ville de Rouen; néanmoins, nous ne pou-\nvons pas passer sous silence la mauvaise organisation du festival du\nthéâtre du Cirque, qui aurait pu clôturer d'une façon magistrale le\ncentenaire de Boieldieu et qui au contraire a laissé les rares spectateurs\nsous une impression de désillusion et de dépit. Le programme, qui avait\nété changé plusieurs fois, n'a même pas été exécuté entièrement. Une\nchanteuse (c'est mademoiselle Tuai), qui a passé dans l'ombre quelques\nannées à TOpéra-Comique et que les organisateurs de la fête auraient pu\nse dispenser d'inviter, a trouvé le moyen de se faire chuter par le plus\nbienveillant des publics. M. Bosquin, de l'Opéra, s'est brusquement\narrêté au milieu de l'air du Petit Chaperon rouge, prétextant une subite\nindisposition, et il est revenu, au bout de quelques instants, chanter le\nmême morceau avec une pureté de voix qui a charmé l'auditoire et qui\nlui a valu de nombreux applaudissements.\nPoultier a eu un franc et bien légitime succès; nous pourrions diie\nun triomphe. Acclamé par le public ravi, il a dû reparaître quatre fois\nsur la scène et bisser sa romance : « Beau pays de France » des\nDeux Nuits. Malgré ses soixante-un Poultier a encore cette voix\nadorable qui lui a valu tant de succès autrefois. Il dit surtout la romance\navec un sentiment admirable.\nMademoiselle HeilbronnetM. Caron,de l'Opéra, ont été favorablement\naccueillis.\n\nLOUIS JEANNIN."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "289", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.49", "texte": "CHRONOLOGIE DE L'ANNÉE 1875\n\nSMO4%S (1)\nler Mars. FOLIES-BERGÈRE. Première représentation de : Patchou-ly,\nopérette en un acte, paroles de MM. A. de Bausset et René de Saint-Prest,\nmusique de M. Ben-Tayoux.\n2. SALLE TAITBOUT. (Concert-Danbé). Exécution d'un acte de Callirhoé,\nopéra de Destouches, représenté pour la première fois à l'Académie royale\nde Musique le 27 décembre 1712.\n3. OPÉRA. Un fait absolument étrange et heureusement exceptionnel,\nl'indisposition simultanée de six ténors, oblige ce théâtre à faire relâche, et\nmotive une affiche ainsi conçue : Théâtre national de l Opéra. Aujourd'hui\nmercredi 3 mars 1875, relâche par indispositions de MM. Villaret, Salomon,\nSilva, Achard, Bosquin, Vergnet. Nous croyons ce fait sans exemple dans\nles annales de nos théâtres lyriques. OPÉRA-COMIQUE. Première représen-\ntation de : Carmen, opéra comique en trois actes et quatre tableaux, paroles\nde MM. Henri Meilhac et Ludovic Halévy, musique de M. Georges Bizet.\n5 ou 6. VIENNE. Première représentation : la Reine de Saba, opéra, mu-\nsique de M. Goldmarck.\n6. SOCIÉTÉ PHILHARMONIQUE. Première audition de fragments de la Sym-\nphonie gothique, de M. Benjamin Godard. CONCERT DE M. SAINT-SAENS.\nPremière audition d'un quatuor en si bémol de M. Saint-Saens, pour piano\net instruments à cordes.\n11. FOLIES-DRAMATIQUES. Première représentation : Clair de lune, opéra\nbouffe en trois actes, paroles de MM. Ernest Dubreuil et Henri Bocage,\nmusique de M. Auguste Coedès.\n12. SOCIÉTÉ CHORALE D'AMATEURS. Première audition d'une marche avec\nchœur, extraite de Dimitri, opéra inédit de M. Victorien Joncières.\n(1) Le 22 février, on donnait à Brème la première représentation d'Edda, opéra\nde M. Reinthaler ; le 23, à Leipzig, première représentation : les Voisins, opérette\nde M. Auguste Horn, et à Florence, première représentation de Dolorès, opéra de\nM. Auteri.\n\nVIII.\nig"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "290", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.50", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ni 3. SALLE PLEYEL. Concert de M. Georges Pfeiffer, dans lequel on en-\ntend deux œuvres nouvelles de ce compositeur : i° Agar, scènes lyriques,\nparoles de M. Paul Collin, chantées par madame Barthe-Banderali, made-\nmoiselle Vidal et M. Manoury; 20 Troisième concerto pour piano, avec ac-\ncompagnement d'orchestre, exécuté par l'auteur.\nCONCERTS POPULAIRES, Première audition de l'ouverture de Sigurd,\ngrand opéra inédit de M. Ernest Reyer.\nÏB# SOCIÉTÉ DE L'HARMONIE SACRÉE. Première audition : Ëve, mystère en\ntrois parties, paroles de M. Louis Gallet, musique de M. J. Massenet. Les\nsoli sont chantés par madame Brunet-Lafleur, MM. Lassalle et Prunet.\nGÊNES (Théâtre Carlo-Felice). Première représentation : La Comtessa d!Al-\ntcnbergaopéra sérieux en quatre actes, paroles de l'avocat J. P., musique\nde M. Giovanni Rossi.\n•20. SOCIÉTÉ PHILHARMONIQUE. Première audition d'une ouverture inédite\nde M. O. Dhavernas. CAFÉ-CONCERT DE LA PÉPINIÈRE. Première représen-\ntation : Les Diamants de Florinette, opérette en un acte, paroles de MM. Or-\ndonneau et Ernest Hamm, musique de M. Desormes.\n26. SOCIÉTÉ DES CONCERTS. Première audition :La Salutation angélique,\nchœur avec solo de soprano, de M. Charles Gounod. CONCERTS POPU-\nLAIRES. Première audition ( en France) du Requiem, de M. Johannes Brahms.\nASSOCIATION ARTISTIQUE. Premières auditions : 10 Jésus sur le lac de Tibé-\nriade, scène tirée de l'Évangile, musique de M. Charles Gounod; le solo de\nbaryton est chanté par M. Bouhy; 2° premier acte de Samson, drame bibli-\nque, paroles de M. Lemaire, musique de M. Camille Saint-Saens ; les solos\npar mademoiselle Bruant, MM. Caisso, Bouhy, Couturier et Taskin.\n27. FOLIES-BOBINO. Première représentation : Une Ruse sous Louis XV,\nopérette en un acte, paroles de M. Corbié, musique de M. Clairville fils.\n28. SALLE TAITBOUT (Inauguration comme théâtre régulier). Premières\nreprésentations : Les Trois grands Prix, opérette en un acte, paroles de\nMM. Delilia et Lesenne, musique de M. Firmin Bernicat; Le Hanneton de\nla Châtelaine, opérette en un acte, paroles de M. Lassouche, musique de\nM. Georges Douay.\n29. FLORENCE (Théâtre de la Pergola). Première représentation : Luigi\nXI, opéra sérieux en quatre actes, paroles de M. Carlo d'Ormeville, musi-\nque de M. Lucca Fumagalli.\n30. SALLE VENTADOUR. Première audition : La Forêt, poème symphoni-\nque en trois parties, paroles et musique de madame la comtesse de Grandval.\nFOLIES-BERGÈRE. Première représentation : Une Nuit au poste, opérette\nen un acte, paroles et musique de M. Edé (1).\n\n(i) Nous avons encore à enregistrer, pour le mois de marss sans en pouvoir fixer5\nla date précise, les premières représentations suivantes: —MARSEILLE (théâtre du\nGymnase) : le Barbier du Roi, opéra comique en un acte, paroles de M. J. Caccia>\nmusique de M. Léopold Guigou. MARSEILLE: la Fiancée de Venise, opéra comique,\nparoles de M. Molinari, musique de M. Wroblewsky. PERPIGNAN : Guillaume dé"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "291", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.51", "texte": "CHRONOLOGIE\n\ncylv%iL\n5 Avril. SALLE TAITBOUT. Première représentation : Amphitryon, opéra\ncomique en un acte, paroles de MM. Nuitter et Beaumont, musique de M.\nP. Lacome.\n8. MARSEILLE (Grand-Théâtre). Première représentation : Fatma, opéra\ncomique en un acte, paroles de M. Devoisin, musique de M. Flégier.\n9. LYON (Grand-Théâtre). Première représentation : Le Rêve du Sultan,\nballet en deux actes, de M. Alessandri, musique de M. Besson,\n10.— OPÉRA. Début de M. Boudouresque dans le rôle du cardinal Brogni,\nde la Juive. BRUXELLES (Fantaisies-Parisiennes). Première représenta-\ntion : La Filleule du Roi, opéra comique en trois actes, paroles de MM. Cor-\nmon et Raymond Deslandes, musique de M. Vogel\n22. FOLIES-DRAMATIQUES. Première représentation : Alice de Nevers,\n« opéra fantaisiste » en trois actes, paroles et musique de M. Hervé.\nBOUFFES-PARISIENS. Premières représentations: Les Hannetons, revue en trois\nactes, paroles de M, Albert Millaud, musique de M. Offenbach; Les Mules\nde Sujette, opérette en un acte, paroles de M. Francis Tourte, musique de M.\nGeorges Douay.\n23. FOLIES-BERGÈRE. Première représentation : L'Homme est un singe\nperfectionné, opérette en un acte, paroles de M. Haymil, musique de M. Gé-\nraldy.\n24. M. Antoine Rubinstein est élu membre correspondant de l'Académie\ndes Beaux-Arts, en remplacement de M. Daussoigne-Méhul.\n25. Inauguration, à Rouen, du monument funèbre élevé à la mémoire\nd'Amédée Méreaux.\n26. OPÉRA. Reprise des Huguenots. Mademoiselle Krauss joue pour la\npremière fois le rôle de Valentine.\n27. RENAISSANCE. Première représentation : La Reine Indigo, opéra\nbouffe en trois actes, paroles (imitées de l'allemand) de MM. Adolphe Jaime\net Victor Wilder, musique de M. Johann Strauss.\n\nBarbareny, opéra comique, musique de M. Coft. LIÈGE: M. Canardier, s. v. p.,\nopéra comique en un acte, paroles de MM. Gustave Lagye et Dupont, musique de\nM. Joseph Michel. FLORENCE: le Mariage d'lsabelle, opérette en un acte, paroles\nde MM. le duc de Dino et le marquis de Talleyrand-Périgord, musique de M. Léo-*\npold Hackensollner* —— BOLOGNE (théâtre du Corso).* Anxore a suo tempo, opéra\nsemi-seria en trois actes, paroles et musique de M. G. Tofano, BRESCIA: Scom-\nburga, opéra, musique de M. Pellegrini. VIENNE (théâtre an der Wien): Cagliostro\nopéra bouffe, musique de M. Johann Strauss. TRIESTE: Jeanne d'Arc, drame de\nSchiller, avec musique nouvelle de M. Fr. Mair. STETTIN: Van Dyck, opéra,\nparoles de M. Ernest Pasqué, musique de M. Robert Emmerick. MUNICH: Dorn-\nroschen, opéra, musique de M. Ferdinand Langer."}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "292", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.52", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\n2G, SALLE DU CONSERVATOIRE. Concert donné par M. Henri Reber. Au-\nditions de l'ouverture de Naïm, grand opéra inédit, de l'ouverture et de di-\nvers fragments de Roland, grand opéra inédit, écrit sur le poème de Qui-\nnault, et de plusieurs mélodies vocales inédites (i).\nCÎMoAI\nlERIER Mai. SALLE DU CONSERVATOIRE. Exécution, en séance intime donnée\npar le compositeur : le Partisan, opéra « romantique » en trois actes,\nparoles de MM. Mario Uchard et Elie Cabrol, musique de M. le comte d'Os-\nmond. SOCIÉTÉ NATIONALE DE MUSIQUE. Premières exécutions: Ouverture de\nla Nativité, poème sacré, paroles de M. Emile Cicile, musique de M. Henri\nMaréchal; andante et scherzo d'une symphonie de M. Charles Lefebvre.\n2. BRUXELLES (église Notre-Dame de Finistère). Première exécution\nd'une messe à trois voix d hommes, avec accompagnement d oigue, de Don\nAdolpho, ancien premier prix d'orgue et de composition du Conservatoire\nde Bruxelles.\n4. SALLE VENTADOUR. Première exécution à Paris de la Tour de BabeU\ndrame biblique en quatre tableaux, paroles françaises de M. Victor Wilder,\nmusique de M. Antoine Rubinstein. Dans la même séance, M. Rubinstein\nexécute son 5e concerto (inédit) pour piano avec accompagnement d'or-\nchestre.\n8. OPÉRA-COMIQUE. Première représentation : VAmour africain, opéra\ncomique en deux actes, paroles de M. Ernest Legouvé, musique de M. Emile\nPaladilhe.\n10. OPÉRA-COMIQUE. Première représentation : Don Mucarade, opéra\nbouffe en un acte, paroles de M. Jules Barbier, musique de M. Ernest Bou-\nlanger.\nll# ALCAZAR D?ETE. Premières représentations : les Deux vieux Coqs,\nopérette en un acte, paroles de MM. Péricaud et Delormel, musique de\nM. Octave Fouque ; Trottins et Modistes, divertissement de mademoiselle\nMariquita, musique de M. Olivier Métra. —MILAN (théâtre Castelli). Première\nreprésentation : il Duca di Tapigliano « opéra comica » en deux actes et un\nprologue, paroles de M. A. Ghislanzoni, musique de M. Antonio Cagnoni.\n\n(1) Nous avons encore à enregistrer, pour le mois d'avril, les premières représen-\ntations suivantes: ANGERS: La Branche de genêt, opéra-comique, paroles de M.Jules\nRogeran, musique de M. Febvre. CONCERT DE LA SCALA: Un Amour d'épicier,\nopérette en un acte, paroles de M. Perrin, musique de M. Javelot. ANVERS: le\nCapitaine Robert, opéra comique en un acte, paroles de MM. Van Ryn et Lagye,\nmusique de M. Joseph Mertens. GOTHA: la Malédiction du chanteur, opéra, poëme\nimité de la ballade d'Uhland, musique de M. Auguste Longert. DUSSELDORF: le\nMénétrier de Gmund, opéra comique en un acte, paroles de M. Hermann Hirschel,\nmusique de M. Joseph Stich. BARCELONE: Quasimodo, opéra sérieux, musique de\nM. Pedrell."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "293", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.53", "texte": "CHRONOLOGIE\n\ni 5. —SOCIÉTÉ NATIONALE DE MUSIQUE. 7E concert avec orchestre, dans\nlequel on exécute pour la première fois les œuvres suivantes : Sympho-\nnie chevaleresque (prière et allegro), de M. Vincent d'lndy; Cantique\nde Jean Racine, choeur de M. Gabriel Fauré ; Kermesse (1, Paysage ; 2, In-\n; 3, Fête), de M. Théodore Dubois; Lénore, symphonie-ballade\nd'après le poème de Biïrger, par M. Henry Duparc; Rêverie, de M. G. Cou-\nture; Offertoire, chœur, de iM, César Franck ; Chœur tsigane, de M.Victorin\nJoncières; Ouverture d'Astarté, opéra inédit de mademoiselle Augusta\nHolmès.\n17. BRUXELLES (église Sainte-Gudule). Première exécution d'une messe\nà quatre voix d'hommes, de M. Riga.\n20. CONSERVATOIRE. Audition des envois de Rome. Exécution : i° pre-\nmière partie de Judith, drame lyrique en trois parties (paroles de M. Paul\nCollin), musique de M. Charles Lefebvre; 20 fragments de symphonie (an-\ndante en forme de canon, scherzo), de M. Charles Lefebvre; 30 Bethléem,\n2E partie de la Nativité, poème sacré (paroles de M. Emile Cicile), musique\nde M. Henri Maréchal.\n25. NAPLES (théâtre du Fondo). Première représentation : Guidetta,\nopéra séria en trois actes, paroles de M, Sesto Giannini, musique de M. Enrico\nSarria.\n26. THÉATRE-DÉJAZET. Première représentation : l'Emballage d'Arthur,\nopérette en un acte, paroles de M. Talray, musique de M. Patusset. PARIS\n(chez M. et madame de Beynac). Première représentation : le Sorcier de\nSéviile ou la Pupille de Figaro, opéra comique en trois actes, paroles de\nM. de Beynac, musique de madame de Beynac (née Panseron).\n28. VARIÉTÉS. Première représentation : Le Manoir de Pictordu, comé-\ndie-opérette en trois actes, paroles de MM. Saint-Albin et Arnold Mortier,\nmusique de M. Gaston Serpette.\n30. —OPÉRA. Dans une représentation extraordinaire, première exécution :\nMerr.orare du Soldat, pour solo, chœurs et orchestre, de M. Charles Gou-\nnod (1).\nJUI^\n3 Juin. NAPLES (Théâtre Nuovo). Première représentation : Si e No,\nopéra bouffe en trois actes, paroles de MM. E. Cofino, musique de M. Mi-\nchèle Panico.\n\n(1) Nous avons encore à enregistrer, pour le mois de mai, les premières représen-\ntations suivantes : CONCERT TIVOLI : La Toquade de Marton, opérette en un acte,\nparoles et musique de M. Eugène Moniot; ANVERS (Théâtre flamand) : fragments\nde Lyderic Vintendant, opéra, musique de M. Joseph Martins; BOLOGNE (Théâtre\nBrunetti) : Maria e Fernando, opéra en trois actes, paroles de M. Golisciani, musique\nde M. Ferruccio Ferrari; NAPLES (Théâtre Mercadante) : Benvenuto Cellini, opéra,\nmusique de M. Orsini; PALERME (Collège de Musique) : pour les essais (saggi) des\nélèves, oratorio, musique du jeune élève Mendola."}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "294", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750615-01.1.54", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\n5. FLORENCE (Politeama). Première représentation : 1 quattro Rustici,\nopéra bouffe, musique de M. Moscuzza.\n9. OPÉRA-COMIQUE. goome représentation du Domino noir, d'Auber.\n12, 13, 14, i 5 ROUEN. Célébration du centenaire de Boieldieu. Le 12,\ngrand concert militaire sur le cours Boieldieu, dans lequel on exécute le Cen-\ntenaire de Boieldieu, marche de M. Carlos Allard; le i 3, grand concours\nd'orphéons; exécution, au pied de la statue du maître, de la cantate : Hom-\nmage à Boieldieu, paroles de M. Arthur Pougin, musique de M. Ambroise\nThomas; le 14, représentation de gala au théâtre des Arts, composée du\nNouveau Seigneur de village, des deux premiers actes de la Dame blanche,\net d'une pièce de vers de M. Frédéric Deschamps, Hommage à Boieldieu ;\nle i 5, exécution à la cathédrale d'une messe de M. Adrien Boieldieu fils, et\nle soir, dans la salle du cirque de Saint-Sever, grand festival composé de frag-\nments exclusivement tirés des œuvres de Boieldieu (1).\n\nA. P.\n\n(1) Nous avons encore à enregistrer, pour le mois de juin, les premières représen-\ntations suivantes : FOLIES-MARIGNY : La Branche cassée, opérette en un acte, pa-\nroles de M. E. Leroy, musique de M. A. Gros; MILAN (Théâtre Dal Verme) : Un\nMatrimonio sotto la Republica, opéra, musique de Podesta ; MILAN (Théâtre\nSanta-Radegonda) : Il Cacciatore, opéra, musique de M. Canavasso. ROME (Théâtre\nQuirino) : la Vendetta d'un Foletto, opéra bouffe, musique de Mililotti."}]}