{"numero_id": "bm-bmtnabc-1875-07-15-01", "volume": "bmtnabc_1875-07-15_01", "ocr_sha256": "d49e3df14af6e7da131e8e3b027f76bd19dfc645df600554fe1ca8e1782f2030", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabc/issues/1875/07/15_01/bmtnabc_1875-07-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabc/issues/1875/07/15_01/bmtnabc_1875-07-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabc-1875-07-15-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-07-15_01#c001", "volume": "bmtnabc_1875-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "[49]", "page_fin": "58", "image_debut": 1, "image_fin": 10, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.2.1", "titre_corps": "FRAGMENTS DES MÉMOIRES INÉDITS DU CHEVALIER SIGIMOND NEUKOMM", "titre_sommaire": "FRAGMENTS DES MÉMOIRES INÉDITS DU CHEVALIER SIGIMOND NEUKOMM", "signature_source": "E. NEUKOMM", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[49]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.1", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 607, "texte": "FRAGMENTS DES MÉMOIRES INÉDITS\nDU\nCHEVALIER SIGIMOND NEUKOMM\n\nI\nSALZBOURG\nA famille est originaire de la Souabe, où elle a\nbrillé de quelque éclat à diverses époques, no-\ntamment durant les guerres de trente ans et de\nsept ans. Plusieurs de ses membres figurèrent\navec honneur sur les champs de bataille, à la\nsuite de leurs princes souverains, et l'un d'eux,\nAntoine Neukomm, devenu conseiller intime\ndu dernier comte palatin de Neubourg, après\navoir dignement porté l'épée à ses côtés, mérita\nd'être anobli, sur la proposition de ce dernier, par l'empereur Joseph 11,\nainsi que ses frères Xavier et David."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "50", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.2", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2703, "texte": "Mon père, David Neukomm, fils de celui que je viens de citer, était\nné à Deffingen, près de Gunzbourg, en Souabe. Il avait tait d excel-\nlentes études classiques, et, vers l'âge de vingt ans, il se rendit à Salz-\nbourg pour y prendre ses grades universitaires. Ses connaissances éten-\ndues lui permettaient d'aspirer à un emploi important. Mais de lourdes\ncharges de famille décidèrent autrement de son avenir : il se contenta\n_ ' _ • 1\nd'une modeste place de professeur à l'Ecole normale, qu'on venait de\ncréer.\nMon père était très doux, très bon, mais en même temps très sévère\net très grave. Je ne me souviens pas de l'avoir vu rire une seule fois.\nPar contre, je ne l'ai jamais vu en colère. Il parlait peu, mais ses paroles\navaient de la portée. Il aimait passionnément la musique et avait acquis\nun bon talent d amateur sur le violon. Il m'accompagnait parfois sui\ncet instrument quand il pouvait dérober un quart d heure à ses occupa-\ntions multiples. Je me rappelle aussi que lorsque je fus en état de jouer\nun petit morceau, il me mena chez le vieux Mozart, père de l'immortel\nauteur de Don Juan.Ce vénérable vieillard daigna écouter avec bonté\ncette misère, lui qui avait été accoutumé à entendre son fils improviser\nen maître, dès l'âge de cinq ans, sur un motif donné à l'improviste.\nNon cuilibet licet adiré Corinthumf\nJ'ai donc connu Mozart le père, mais non son fils, qui avait quitté\nSalzbourg peu de temps après ma naissance, et qui était mort lorsque\nj'arrivai à Vienne en 179^*\nJe suis le premier enfant né du mariage de mon père et de ma mère,\net je fus l'aîné de vingt-trois enfants ! Il fallut toute l'économie de ma\nbonne mère et toute l'application de mon pere, qui, dès cinq heures du\nmatin, était chaque jour au travail, pour venir à bout d'élever cette\nnombreuse famille. Notre table était simple, mais nous ne connûmes\njamais ni luxe ni misère. Je suis né le 10 juillet J 778.\nJ'étais ce qu'on est convenu d'appeler un enfant précoce; à quatre ans,\nje savais lire, et, une année plus tard, j écrivais d'une bonne main d'éco-\nlier. Un homme qui venait parfois à la maison s'amusait à m'apprendre\nà siffler des airs, que je retenais et rendais parfaitement. Ce fut ainsi que\nse révéla mon goût pour la musique. Lorsque j'eus atteint l'âge de sept\nans, je commençai l'étude de cet art, qui est devenu la passion de toute\nma vie, sous la'direction d'un excellent organiste de la ville, nommé\nWeissaner, qui, en moins d'un an, me mit à même de toucher l'orgue\nde l'église d'un village voisin. A neuf ans, je commençai mes classes au\nlycée, et mon père me donna un répétiteur qui me poussa de façon à\nparcourir honorablement tous les degiés de mes humanités."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "51", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.3", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2615, "texte": "La musique marchait de iront avec mes études ; aussi fus-je bientôt\nen état de suppléer non-seulement mon maître, mais encore plusieurs\nautres organistes de la ville dans leurs pénibles fonctions, notamment\nMichel Haydn, dont la femme était parente de ma mère. Michel Haydn,\nfrère du grand Haydn, et lui-même compositeur plein de mérite, était,\nà cette époque, maître des concerts de la cour et premier organiste de la\ncathédrale.\nPour donner une idée de ce qu'était un service solennel dans cette\ncathédrale, il me faut remonter plus haut, et montrer ce qu'était Salz-\nbourg au temps où je me reporte. Salzbourg, ou plutôt le pays de Salz-\nbourg, formait alors une principauté ecclésiastique, dont le souverain,\narchevêque, légat du Saint-Siège et primat d'Allemagne, était élu par le\nchapitre, composé de vingt-quatre chanoines, tous princes ou comtes,\nappartenant aux premières maisons de l'empire.\nLes princes-archevêques de Salzbourg jouissaient de tous les droits et\nde toutes les prérogatives des autres souverains, et, souvent, au moyen\nâge, ils avaient pris part aux guerres qui déchirèrent l'Allemagne durant\ntant de siècles.\nJe suis né sous le gouvernement du prince-archevêque comte Collo-\nredo, homme d'esprit et beaucoup plus éclairé que les autres souverains\nses voisins. Il avait hérité de ses prédécesseurs d'une cour complète,\ncomposée de ce qu on appelait autrefois de grands seigneurs, et d'une\nexcellente chapelle qui se taisait entendre aux concerts de la cour et à\nla cathédrale.\nDans cette magnifique église, construite tout en marbre et dans le\nmeilleur style italien, étaient placées six orgues, savoir : quatre dans les\nquatie jubés, un dans le choeur, et le sixième un orgue monumental\nà l'autre extrémité de l'édifice, faisant face au maître-autel.\nLes jouis de grande tête, les musiciens étaient disposés de la manière\nsuivante : Sur le jubé à droite étaient placés tous les chanteurs solistes,\nquelques instruments à vent, le maître de chapelle (en ce temps-là c'était\nun abbé italien du nom de Gatti), le premier organiste de semaine (il y\nen avait deux qui alternaient pour remplir cette fonction), et enfin les\nvioloncelles et les contre-basses. Sur le jubé à gauche étaient disposés\nles auties instruments à cordes, et les deux autres jubés étaient occupés\npai deux bandes de trompettes et de timbaliers, qui sonnaient alternati-\nvement des fanfares. Ces trompettes et ces timbaliers portaient, dans les\ngrandes circonstances, l'ancien costume espagnol. Enfin, dans le chœur,\nétaient placés le maître-autel, le trône du prince, les stalles des cha-"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "52", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.4", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2687, "texte": "noines, les bancs pour les chantres et les entants de la maîtrise, etl orgue\npour accompagner les grands morceaux d'ensemble.\nA l'heure fixée pour le service, le prince-ârchevêque, revêtu de son\ngrand costume de cardinal, descendait les degrés de son palais, qui est\nattenant à la cathédrale. Il était précédé de ses pages, tous jeunes gens\nde familles nobles, et suivi des gentilshommes de sa cour. Les chefs des\ndifférentes branches d'administration, les magistrats de la ville et le\nbourgmestre fermaient le cortège, qui s'avançait majestueusement entre\nune double haie de hallebardiers et de gardes-du-corps.\nA l'entrée du prince dans l'église, le grand orgue jouait à pleins jeux.\nEn ce temps-là, c'était généralement moi qui le tenais, comme suppléant\nà l'organiste en titre. Arrivé près du maître-autel, le prince prenait place\nsur son trône. Les trompettes sonnaient des fanfares, puis la grand'-\nmesse commençait. Le même cérémonial accompagnait la sortie du\nprince.\nQu'on me pardonne cette digression : elle est l'image fidèle d'une\nscène dont la génération actuelle, même dans mon pays, n'a plus aucune\nidée. Je reprends mon récit où je l'ai interrompu.\nMa qualité d'enfant précoce se manifestait également sous le rapport\ndu sentiment. Il me souvient qu'à peine âgé de huit ans, je fis à une\npetite fille une proposition de mariage, et tâchai de lui faire comprendre\nqu'il y aurait pour elle honneur et avantage à épouser « un homme »\nqui, certainement, serait un jour organiste de la ville, peut-être même\nde la cathédrale, auquel cas la bienheureuse épouse serait au moins\nl'égale d'une impératrice. Plus tard, je mis plus de mystère dans mes\nadorations, et la belle qui fut l'objet de ma seconde flamme, et à laquelle\nje n'adressai jamais la parole, ne put se douter de la tendresse qu'elle\navait inspirée au futur organiste. Mes déclarations les plus hardies se\nbornaient à tirer mon chapeau en passant sous ses fenêtres, sans oser\nregarder si elle avait pu me voir. Je me plaisais dans la solitude, et sur\nun de ces charmants monticules qui environnent la ville, je me retirais\ndans l'endroit le plus sauvage pour dévorer les Idylles de Gessner, le\njeune Werther, de Gœthe, et tous nos poètes qui ont chanté l'amour\net les beautés de la nature; puis, lorsque mon cœur, s'était gonflé au\npoint d'être prêt de se fendre, je tirais ma flûte de ma poche et je filais\ndes sons à faire pleurer d'attendrissement les rochers qui m'entouraient.\nLe souvenir de ce temps a encore aujourd'hui des charmes pour moi,\ncar mon cœur s'obstine à ne vouloir point apprendre à vieillir avec moi.\nIl se révolte contre le millésime de mon acte de naissance !Le docteur"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "53", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.5", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2853, "texte": "Gall a bien raison de dire que l'homme est à l'âge de trois ans tout ce\nqu'il sera à l'âge de quatre-vingt-dix !\nDepuis ma première enfance, j'ai toujours eu un extrême désir d'ap-\nprendre toutes choses. La position de mon père venait à mon aide. Le\ncorps enseignant dont il faisait partie m'avait admis gratuitement à\ntous les cours, de manière que j'ai reçu une instruction scientifique\nassez étendue. Pour la musique, j'y faisais des progrès assez rapides :\nJ'apprenais à jouer plusieurs instruments, en commençant par le violon\net la flûte. Par la suite, ces exercices m'ont été d'une grande utilité, et\nj'ai pu me convaincre que tout compositeur doit apprendre à jouer de\ntous les instruments, ne fût-ce que pour éviter, dans ses ouvrages, des\ndifficultés qui, dans les instruments à vent surtout, résultent des clefs\net des mauvais sons. Un autre conseil que je donnerai aux élèves qui se\nvouent à la composition musicale, serait d'apprendre à chanter. La voix\nest un instrument beaucoup plus difficile à manier qu'on ne le pense or-\ndinairement, et il y a tels compositeurs, fort admirés d'ailleurs, qui écri-\nvent très mal pour la voix et dont la simple inspection de leurs ouvrages\nindique suffisamment qu'ils n'ont pas appris à chanter*\nJ'abandonnai bientôt l'étude suivie des instruments à archet, mais je\nrestai fidèle à ma flûte, ce qui me permit de figurer fort jeune à l'or-\nchestre du théâtre. Mes occupations n'y étaient point considérables, car\non ne jouait que trois fois par semaine, encore n'y avait-il pas de flûtes\nles jours de comédie ; mais du moins ces petits services me valurent-ils\nmes entrées, ce qui me procura la bonne occasion d'entendre de la musi-\nque. Les soirées passées au théâtre de Salzbourg me remettent en mé-\nmoire une aventure de mon enfance, que je ne puis passer sous silence.\nOn représentait alors souvent des tragédies et des drames détestables\ntirés des légendes du moyen âge. Ces pièces et les romans de la même\népoque étaient fort à la mode. Nos jeunes têtes s'en enflammèrent.\nOr, quoique je fusse l'un des plus jeunes parmi mes condisciples, j'étais\nl'instigateur en toutes choses. Me voilà donc à concevoir la sublime idée\nde créer une association de preux chevaliers. Aussitôt, nous confection-\nnâmes des casques, des cuirasses et des boucliers en carton recouvert de\npapier argenté, avec force devises et enluminures. Puis nous prîmes des\nnoms de guerre. Si j'ai bonne mémoire, j'avais choisi, moi chétif garçon,\ncelui de Cœur de Lion. Comme on pense, les duels à outrance étaient\nl'objet principal de nos réunions chevaleresques; et, en vérité, nous nous\nbattions comme des enragés et nos épées étaient dentelées comme des\nscies. Je me hâte de dire que, dans tous nos combats, jamais une goutte\nde sang ne fut répandue, le sort déterminant ceux des combattants qui"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "54", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.6", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2824, "texte": "devaient mordre la poussière. Or il advint qu'un jour nous convînmes\nde ressusciter le combat des Horaces et des Curiaces. Nous portâmes\ntout notre attirail sur une colline située à peu de distance de la\nville, et là, au grand jour, nous organisâmes notre rencontre. Tout alla\nfort bien, et les vaincus se roulèrent convenablement dans la poussière.\nMais, hélas! nous avions compté sans un promeneur qui nous dénonça\nà notre professeur. J'ai oublié de dire qu'au moment où cette action\navait lieu, nous aurions dû assister à nos cours. Dès le lendemain, le\nprofesseur fit une grande enquête sur cet événement. Il ordonna que le\nchef de l'entreprise se dénonçât; mais personne ne le fit, nos statuts nous\ndéfendant ce sous peine de mort » de divulguer les secrets de notre ordre.\nCependant je me dévouai, et pour épargner un pensum à mes frères d'ar-\nmes, je me déclarai leur chef et leur séducteur. Je savais que je n'avais\npas grand'chose à craindre, mon professeur étant grand amateur de mu-\nsique. Je fus donc quitte pour une bonne réprimande, à laquelle s'ajouta\nla défense expresse de jamais jouer aux preux chevaliers. Ainsi passe la\ngloire de ce monde! Sic transit gloria mundi !\nEn me rappelant ces premières années de ma jeunesse, je suis\nétonné d'avoir trouvé le temps de faire tout ce que j'ai fait. Mais mon\npère m'avait enseigné le secret de la valeur du temps, Quiconque sait\napprécier les minutes est sûr de trouver des heures! Mon père, qui était,\nainsi que je l'ai dit, tous les matins à cinq heures à son travail, me\nréveillait à la même heure, et assis à ses côtés je préparais mes leçons.\nParfois mes yeux se refermaient involontairement, et alors un «TM dors »\nde mon père me rappelait à Tordre. Parfois aussi j'avais, comme tous les\nenfants de mon âge, des moments où la paresse s'emparait de moi. Or\nje me rappelle que, dans un de ces moments, mon père me dit un jour\navec un accent qui m'émut profondément : ce Tu ne fais rien qui vaille?\nHélas ! je désirais tant te mettre en état de gagner ta vie moins pénible-\nment que moi. » Avec de telles paroles, mon père m'aurait fait traverser\ndes flammes. Je me corrigeai et travaillai désormais sans relâche.\nLorsque j'eus atteint l'âge de quatorze ans, je fus nommé àla place\nd'organiste de l'Université. Cette fonction me donnait assez d'occupations;\nmais aussi mes émoluments étaient de cinquante florins par an. Je me\ncroyais unCrésus. Néanmoins, outre mon propre service, je continuai\nà suppléer mes confrères, notamment mon vénéré maître Michel Haydn,\nsous la direction duquel j'étudiais alors la composition.\nDurant tout le temps de l'Avent, il y avait tous les jours, à cinq heures\ndu matin,, une grand'messe à la cathédrale. C'est à ce service que Haydn\nm'envoyait à sa place. Tous les matins, je partais donc de la maison."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "55", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.7", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2283, "texte": "ma petite lanterne à la main, pour me rendre, à travers une épaisse\ncouche de neige, à la cathédrale. Mais c'était surtout le dimanche que\nmes fonctions devenaient vraiment pénibles. Qu'on en juge plutôt : A\ncinq heures, ma grand'messe à la cathédrale ; à six heures et demie, à\nl'église de la Trinité, au delà du pont, aussi pour Haydn ; à huit heures,\npour mon propre compte, à l'église de l'Université; à neuf heuies, à la\ngrande église ; à neuf heures et demie, au grand orgue de la cathédrale ;\nà deux heures, à l'Université ; à trois heures, à la cathédrale, et souvent\nencore à cinq heures dans quelque autre église paroissiale. On conçoit\nque cette activité fut pour moi une excellente école.\nA dix-sept ans, je terminai ma carrière universitaire, et dès lors je me\ndécidai à me vouer entièrement à la composition musicale. On me pro-\nposa une place de répétiteur à l'Opéra. Je l'acceptai avec empressement.\nMes nouvelles fonctions consistaient à faire répéter les chanteurs, qui,\npour la plupart, n'étaient pas musiciens. Il en résulta que je sus par\ncœur tous les opéras qu'on montait, ce qui me fut utile, puisque ce\ntravail me familiarisait avec les chefs-d oeuvre de Mozart et d autres\ngrands maîtres.\nMais les recettes n'ayant pu couvrir les dépenses, la direction fut\nobligée de fermer le théâtre au bout d'une année d'exploitation. En pré-\nsence de cette catastrophe, mon enthousiasme pour la musique me fit\nprendre un grand parti. Je résolus de me rendre à Vienne, qui alors\nétait le pays par excellence de la bonne musique. J'avais à peine de quoi\nfournir aux frais de mon voyage ; mais j'avais le courage que ma con-\nfiance en Dieu m'a donné et qui ne m'a jamais abandonné. Et puis,\nMichel Haydn m'avait promis des lettres de recommandation, et c est\nmuni d'une introduction auprès de son frère Joseph introduction que\nje regardais comme un bien suprême que je quittai la maison pater-\nnelle le 19 mars 1798.\nII\nVIENNE\nJ'arrivai à Vienne le jour même de la première exécution de 1 orato-\nrio : Les Sept Paroles de Jésus-Christ.\nHaydn avait composé cet ouvrage, quinze années auparavant, sur la\ndemande du chapitre de la cathédrale de Cadix. C'étaient des morceaux\nde musique instrumentale destinés à être exécutés le vendredi saint."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "56", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.8", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2563, "texte": "L'église, toute tendue de noir, n'était éclairée que par une seule lampe\nsuspendue au milieu du vaisseau. Après la symphonie d'introduction,\nle prêtre montait à l'autel et prononçait la première parole : Mon père,\npardonnez-leur, car ils ne savent ce qu' ils font ; puis il prononçait une\ncourte dissertation sur ce texte, et l'orchestre jouait la seconde sympho-\nnie, qui exprime le sens des paroles. Le prêtre remontait ensuite à l'au-\ntel et alternait avec l'orchestre jusqu'à la fin de la septième et dernière\nparole. Le tout se terminait par une symphonie qui exprime le tremble-\nment de terre qui, suivant l'histoire, marqua le moment de la mort du\nChrist.\nA son retour de son second voyage en Angleterre, Haydn, passant\npar Passau, apprit que le maître de chapelle du prince-évêque de cette\nville avait conçu l'heureuse idée d'adapter à sa musique des paroles et\ndes parties de chant. Haydn, pensant avec raison qu'il pouvait faire ce\ntravail mieux qu'aucun autre, reprit cette idée et composa des parties de\nchant sur des paroles que lui fournit son protecteur et ami, le baron van\nSwieten. C'est sous cette forme que cet ouvrage admirable fut exécuté\npour la première fois le jour de mon arrivée à Vienne. L'impression que\nproduisit sur moi l'audition de ce chef-d'œuvre est encore vivante en\nmon esprit, quoique cinquante années se soient écoulées depuis cette\népoque.\nJ'étais bien pressé de remettre au grand Haydn la lettre de son frère.\nJe me rendis donc chez lui dès le lendemain. Il était sorti. On me fit\nentrer dans son cabinet de travail pour attendre son retour. Le cœur me\nbattait, et je puis dire que jamais croyant ne s'est approché avec plus de\nvénération du Saint Sépulcre de Jérusalem que je ne m'approchai du\nmauvais piano, couvert de manuscrits, au-dessus duquel était suspendu\nle portrait du maître, peint en Angleterre.\nHaydn rentra au bout de peu d'instants. Il me reçut assez froide-\nment, et, après avoir lu la lettre de son frère, il m'adressa la parole en\nces termes :\ncc Mon frère désire que je vous prenne pour élève, mais je n'en ai\npoint le temps. Je travaille à un grand ouvrage (c'était la Création) qui\nm'occupe exclusivement. Mon frère me dit que vous avez terminé avec\nsuccès vos études de contre-point. Apportez-moi quelqu'un de vos ou-\nvrages pour que je voie ce que vous pouvez faire. Mais venez de grand\nmatin, avant que je me mette au travail. »\nJe retournai au bout de peu de jours chez Haydn. Lorsqu'il eut par-\ncouru mes pauvres petits essais, il me dit d'un air plein de bienveil-\nlance :"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "57", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.9", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2679, "texte": "<( C'est bien; continuez à travailler, et montrez-moi tout ce que vous\nferez. »\nDès ce moment, une nouvelle existence commença pour moi.\nJ'avais retrouvé à Vienne un compatriote, ancien ami de la famille de\nma mère, M. Milder, courrier du cabinet de l'empereur. Il avait deux\nfilles, dont l'aînée, Pauline, montrait quelques dispositions pour la mu-\nsique. Dans l'intention de m'être utile, M. Milder me proposa de lui\ndonner des leçons en échange du logement qu'il m'offrit. J'acceptai de\ngrand cœur et commençai l'instruction musicale de Pauline_, alors âgée\nde quatorze ou quinze ans. Je ne me doutais guère que mon élève devien-\ndrait un jour la célèbre madame Milder-Hauptmann. M. Milder ne\nborna point sa bienveillance à cette délicate attention. Il me procura\nquelques petites leçons, mais à grand'peine, car, quoique âgé de vingt\nans, j'en portais à peine seize. Il fallait donc prendre toutes les leçons\nqui se présentaient. Or, comme elles se trouvaient généralement dans\ndes quartiers assez excentriques, je perdais beaucoup de temps à courir\nle cachet, temps précieux qu'il me fallait regagner sur mes heures de\nsommeil. Mais rien ne me décourageait, et je faisais des progrès non-\nseulement dans mon art, mais encore dans l'affection de mon bien-aimé\nmaître Haydn, qui me traitait comme un fils. Je n'avais pas non plus\nnégligé mes études classiques; et même il me prit,, vers cette époque,\nfantaisie d'étudier la médecine. J'aurais peut-être déserté pour elle la\nmusique, si mes moyens pécuniaires me l'eussent permis.\nMes excès de travail me valurent au bout de peu de temps une fièvre\nnerveuse qui me conduisit aux portes du tombeau. Je m'en remis pour-\ntant grâce aux soins de la bonne famille Milder, et en dépit d'une sur-\nprise, arrangée par mes amis pour célébrer ma convalescence, et qui\noccasionna une rechute qui faillit me devenir funeste : ce fut Sussmayer,\nbien connu par son achèvement du Requiem de Mozart, qui fut la cause\ninvolontaire de cette recrudescence de la maladie; il avait composé la\nmusique d'une cantate que nos amis exécutèrent dans une chambre\nvoisine de la mienne ; je n'en avais point été prévenu, et un tremblement\nviolent me saisit; la fièvre me reprit et ma convalescence fut longue et\npénible; mais la jeunesse a tant de ressources que j'eus la joie de re-\nprendre mes chères occupations.\nJe me désolais souvent en voyant ce que d'autres compositeurs avaient\nproduit à l'âge où j'étais ; Mozart surtout, qui dès sa naissance avait été\ngrand, me causait des vertiges, mais les bonnes paroles de Haydn me\nramenaient à la raison.\nJe ne saurais à ce sujet passer sous silence un conseil qu'il me donna"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "58", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.10", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1259, "texte": "et qui me fut profitable. J'avais, en étudiant les chefs-d'œuvre des\ngrands maîtres du seizième siècle, découvert dans un ouvrage du père\nAthanase Kircher [Musurgia universalis, sive ars magna consoni\net dissoni inX libros digesta) un canon énigmatique à trente-six parties\nréelles, savoir : à neuf chœurs à quatre parties. J'avais eu la patience de\nmettre ce canon en partition, ainsi que plusieurs autres, et je pris\ntellement goût à ce genre d'exercices, que pendant un certain temps je\nne fis plus que des canons énigmatiques. Haydn m'avertit du danger\nque je courais. Il me démontra que je faisais fausse route et me mit en\ngarde contre mes entraînements. Je renonçai donc à mes canons et je\nm'en applaudis, car, dans le fait, ces difficultés vaincues ne sont qu'un\njeu d'esprit, et la musique a un plus noble but.\nJe veux payer ici le tribut de la reconnaissance particulière que je\ndois à mon ami Joseph Eybler. Il avait été élève d'Albrechtsberger et\nde Mozart, et Haydn faisait le plus grand cas de son talent. Eybler me\nprit en affection, et ses conseils m'ont fait le plus grand bien. Je lui sou-\nmettais mes travaux, et dans ses critiques il se montrait plus sévère que\nHaydn lui-même.\n(La suite prochainement,)\n\nE. NEUKOMM."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-07-15-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-07-15_01#c005", "volume": "bmtnabc_1875-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "59", "page_fin": "72", "image_debut": 11, "image_fin": 24, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.2.2", "titre_corps": "L'OREILLE", "titre_sommaire": "L'OREILLE", "signature_source": "ADOLPHE BITARD", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 11, "page_imprimee": "59", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.11", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1375, "texte": "L'OREILLE\n\n<0\nES limites des sons perceptibles à l'oreille ne peuvent\nêtre fixées d'une manière immuable; elles s'éloignent\nou se rapprochent suivant les individus, indépendam-\nment de toute affection morbide et de tout obstacle\nmatériel. Les limites admises par la science ne sont\ndonc calculées que sur une moyenne assez peu exacte\nelle-même, on le comprend, par l'impossibilité de saisir l'humanité tout\nentière par les oreilles, sous prétexte d'expériences d'acoustique transcen-\ndante.\nQuoique Savart prétende qu'une corde agitée de manière à donner seu-\nlement huit vibrations par seconde produit un son perceptible (2), il est\nreconnu que l'oreille humaine ne perçoit nettement qu'un son produit\npar trente-deux vibrations simples par seconde au moins. Helmholtz (3)\nexige soixante vibrations.\nQuant à la limite supérieure des sons, Despretz, renchérissant sur\nSavart, la recule à 73,000 vibrations par seconde. Mais d'après les\nexpériences plus récentes de Kœnig, les notes les plus aiguës qui se puis-\nsent entendre distinctement que le savant mécanicien, du moins,\n\n(1) Voir le numéro du ler juillet,\n(2) Revue encyclopédique, juillet 1831. Annales de Chimie et de Physique\nvol. XXXVI.\n(3) Die Lehre von den Ton Empfindungen, von H. Helmholtz (Braunschweig,\ni 865). A été traduit par M. G. Guéroult, sous ce titre : Théorie physiologique de la\nMusique. Paris, 1868."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "60", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.12", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2552, "texte": "puisse entendre distinctement ne donnent pas plus de 45,000 vibra-\ntions.\nLes limites moyennes des sons perceptibles se trouvent ainsi renfer-\nmées entre 60 et 45,000 vibrations par seconde. L'étendue de la faculté\nd'entendre chez l'homme embrasse donc près de dix octaves, quoique les\nvibrations d'une note à l'extrémité la plus élevée soient au moins sept\ncents fois plus rapides que celles qui produisent les sons les plus graves.\nComme des vibrations beaucoup plus rapides existent nécessairement,\non peut dire que des petits animaux, tels que la cigale, le grillon, etc.,\ndont la faculté de percevoir les sons semble presque commencer où la\nnôtre finit, entendent des sons infiniment plus aigus, dont nous n'avons\nnulle idée. De même, sans doute, il y a des insectes dont les sensations\nn'ont rien de commun avec les nôtres, mais qui sont doués d'une puis-\nsance d'excitation particulière et d'un sens percevant les vibrations qui\nfrappent nos propres sens, mais dans un tel éloignement que l'animal\nqui les perçoit peut être considéré comme possédant un sens différent,\ns'accordant avec le nôtre seulement dans le milieu par lequel il est excité,\net qui n'est probablement pas affecté par les vibrations plus lentes aux-\nquelles nous sommes sensibles (1).\nUn fait assez curieux et qui échappe généralement à l'attention, c'est\nque, de même que nombre de personnes voient mieux d'un œil que de\nl'autre, beaucoup ont les deux oreilles fort inégalement sensibles. On ne\ns'aperçoit pas de cette différence, pas plus qu'on ne s'aperçoit de 1 imper-\nfection de l'un des deux yeux, parce que les deux organes agissent de\nconserve, atténuant les imperfections l'un de l'autre, tout en s'emparant,\npour le transmettre au cerveau : les yeux, du relief des objets; l'oreille,\ndu relief des sons, qui est le timbre. Mais que l'on se bouche les oreilles\nl'une après l'autre, ou que Yon ferme alternativement les deux yeux, et\nl'on ne tardera pas à se convaincre que l'infirmité peu grave que nous\nsignalons est beaucoup trop répandue.\nIttard affirme avoir connu une personne dont les deux oreilles enten-\ndaient toujours une note différente. Cette assertion d'lttard a rencontré\nbien des incrédules, et j'en ai vu rire de pitié des gens fort sensés, mais\nétrangers aux sciences naturelles. Cependant qu'on nous permette de\npoursuivre notre rapprochement entre la vue et l'ouïe, et sans doute la\nchose paraîtra moins étrange.\nIl existe une aberration bien connue de l'organe de la vision, prove-\n\n(1) Wollaston : Abstract of Papers, etc."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "61", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.13", "debut_caractere": 11, "fin_caractere_exclue": 2662, "texte": "nant, soit d'une affection de la rétine ou du nerf optique, soit d'un défaut\nde parallélisme des axes visuels, et qui produit cette hallucination singu-\nlière de faire voir à la personne qui en est atteinte, les objets doubles ou\nmême multiples. Cette affection a reçu en conséquence le nom de diplo-\npie (vue double), que le vulgaire traduit bévue (i). Rien en théorie ne\ns'oppose à ce que la même infirmité affecte l'ouïe; et si peu avancés que\nnous soyons dans la pratique, nous n'ignorons pas que les hallucinations\nauditives sont tout aussi nombreuses et variées que les hallucinations\noptiques.\nLa berlue (Amblyopie) n'est-elle pas une autre affection de l'œil dont\nl'analogue se retrouve dans l'oreille? On recherche, on observe qu'il y a\ndes personnes qui entendent mal d'une oreille ou de toutes les deux, et\nl'on bâtit trop souvent là-dessus une théorie, fort savante, sans doute,\nmais où le cas pathologique est complètement laissé de côté par je ne sais\nquelle préoccupation du « curieux » plus nuisible évidemment qu'utile\nà la science. Voici, par exemple, Flessel qui pousse si loin ses observa-\ntions en ce genre qu'il en arrive, dans le cas de sensibilité inégale, à cette\nconclusion, que le phénomène est objectif zt que le diapason donne ef-\nfectivement une note différente selon qu'il vibre devant une oreille ou\ndevant l'autre! D'où il suit que c'est le diapason qui a tort ou que\nFlessel a la berlue !\nLe mirage a son similaire auditif dans Yacousmate, hallucination par\nlaquelle on entend dans les airs des bruits de voix et d'instruments qui\nn'y sont naturellement pas, de même que le mirage offre à la vue le spec-\ntacle trompeur d'îles verdoyantes épanouies sur l'immensité sans bornes\nde la mer, oasis parfumées, agrémentées de sources pures, dans l'étendue\ndes sables brûlants du désert.\nEnfin, outre la surdité complète et irrémédiable produite par la para-\nlysie du nerf acoustique, une foule d'affections connues, spéciales, s'at-\ntaquent à l'organe de l'ouïe : Yhypercousie, qui fait entendre les sons\nplus fort que nature; la surdité incomplète ou dysécie; la paracousie,\nqui fait entendre des bruits imaginaires; Xhypéréthésie, ou excès de sen-\nsibilité du nerf acoustique, etc., etc.\nBayle, tombant en convulsions au bruit d'un filet d'eau coulant d'un\nrobinet, nous offre un assez curieux exemple d'hypéréthésie.\n\n(i) Je reçois précisément une lettre d'un médecin de mes amis, dans laquelle il\nme raconte qu'il soigne actuellement, pour une autre affection, un jeune homme\nd'une de nos grandes villes du sud-ouest, atteint de diplopie bien caractérisée :\nconséquence de la maladie pour laquelle il est en traitement."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "62", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.14", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2561, "texte": "Willis cite plusieurs personnes dures d'oreilles, c'est-à-dire atteintes\nde dysécie (ouïe faible), du moins apparemment, qui n'entendaient\nles sons faibles qu'autant qu'un grand bruit les accompagnait ou,\nplus exactement, leur servait de véhicule. C'est à tort, en tout cas, que\nWillis donne à ce phénomène le nom de paracousie, qui sert à indiquer\nle cas, non des gens qui sont durs d'oreilles, mais de ceux qui entendent\nde travers.\nMais, écrire un traité des maladies de l'oreille n'est pas notre but; ce\nserait, d'ailleurs, la tâche' d'une plume autrement compétente que la\nnôtre. Si nous avons indiqué sommairement à quels maux l'oreille est\nsujette et l'insuffisance, selon nous, des observations médicales dont ce\nfragile et merveilleux organe a été jusqu'ici l'objet, c'est un peu pour\ndétruire quelques illusions et beaucoup pour préparer ce qui nous reste\nà dire sur cet intéressant sujet, que nous ne saurions épuiser.\nIII\nLes personnes chez lesquelles le sens de l'ouïe est parfait, possèdent,\nainsi que nous Pavons dit en commençant, la faculté précieuse de distin-\nguer toutes les relations qui existent entre les sons de ton différent, de\ndécomposer, comme le prisme fait les couleurs, les sons les plus com-\nplexes, les plus chargés d'harmoniques, en vibrations simples (1). Les\npersonnes qui jouissent de cette faculté sont douées de ce qu'on appelle\nune oreille musicale à des degrés différents, bien entendu.\nMais il en est qui n'ont d'autre faculté que celle d'entendre.\nL'oreille humaine est, comme nous l'avons vu, immergée dans un\nocéan fluide dont chaque ondulation produit son effet. Répétées à des\nintervalles réguliers et rapides, ces ondulations donnent à une « oreille\nmusicale » la sensation d'une note musicale; à des intervalles irrégu-\nliers, c'est le sentiment du bruit qu'on éprouve (2). Eh! bien, à de cer-\ntaines oreilles, régulières ou irrégulières, toutes les ondulations du fluide\nauditif n'apportent que la sensation du bruit, et la musique n'est pour\n\n(1) Suivant Weber, l'oreille d'un musicien exercé distingue parfaitement deux\nnotes dont les vibrations respectives sont entre elles dans la proportion de 1000 à\n1001. ( Wellenlehre auf Expérimente Gegrundet, Von den Brûdern Ernst Heinrich\nWeber und Wilhelm Weber. Leipzig, 1825).\n(2) Hooke le premier, en 1681, produisit un son musical par des petits coups\nlégers répétés à intervalles égaux et rapides. Sa crécelle, la sirène de Cagnard de la\nTour, la roue dentée de Savart ont été construites pour la démonstration mécanique\nde ce phénomène."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "63", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.15", "debut_caractere": 11, "fin_caractere_exclue": 2221, "texte": "elles, suivant le mot de Théophile Gautier, qu'un bruit qui coûte cher.\nElles n'ont aucune idée du plaisir qu'éprouvent les oreilles mieux douées\nà suivre dans leur évolution merveilleuse une succession de notes choi-\nsies avec art, et ne sauraient distinguer un ton d'un autre.\nD'autres, sans être absolument insensibles à la musique, ne font point\nde différence entre les productions horripilantes de l'orgue de Barbarie\net les accents de l'instrument le plus parfait.\nJe connais une personne douée d'une vue excellente, quoique déjà\nâgée, qui a toute sa vie parfaitement distingué les sept couleurs du\nprisme, et qui n'a jamais rien entendu aux nuances intermédiaires les\nplus nettes, les plus tranchées. N'y a-t-il pas une grande similitude\nentre l'infirmité de cette personne, assez bonne musicienne, pour com-\nble, et les personnes dénuées d'oreille musicale?\nSaint-Augustin, anathématisant les malheureux qui n'aiment pas la\nmusique, prouvait l'excellente organisation de son oreille, bien plus en-\ncore que l'étendue de sa charité chrétienne; et Shakespeare, faisant dire\nà l'un de ses personnages qu'il faut se méfier de\nThe man that hath no music in himself... (i)\nparce que cet homme est capable des actions les plus noires, Shakespeare\nn'est pas moins blâmable que Saint-Augustin. Il faut plaindre ces in-\nfortunés, mais bien se garder de leur faire une mauvaise réputation ou\nde les envoyer au diable, car ils sont les victimes, non les instruments\nde leur infortune,\nDes hommes extrêmement remarquables, des hommes distingués par\nun grand talent poétique même, ont vécu totalement dénués d'oreille\nmusicale.\nTel fut le cas de Pope, un des maîtres incontestés du rhythme poétique.\nPope avouait ingénûment son infirmité qui le rendait incapable de saisir\nla moindre différence entre les contorsions ridicules d'un abject violon-\nneux de carrefour et les meilleures exécutions des plus beaux morceaux\nde HaendeL\nW. Johnson (2) raconte qu'un ecclésiastique de sa connaissance, en\nsortant d'une représentation donnée par la Catalani, lui avouait se trou-\n\n(1) The Merchant of Veniee* Act V, se. I.\n(2) f amiliar introduction to the principles of. Physical science, VoL I, p* 242*\n(Philadelphia, iB3s)*"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "64", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.16", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2595, "texte": "ver dans l'impossibilité la plus complète de dire en quoi sa « performance »\ndifférait de celle d'un vulgaire chanteur de ballades, ajoutant gravement\nqu'il éprouvait autant de plaisir à entendre l'un que l'autre.\nPlus sérieusement atteint, la Mothe Le Vayer ne pouvait souffrir le\nson d'aucun instrument, quelque harmonieux 'qu'il fût. Mais le bruit\ndu tonnerre et le sifflement des vents le plongeaient dans un véritable\nravissement.\nJean-Jacques Rousseau parle d'une dame qu'il connut à Paris, sur\nlaquelle la musique produisait ce singulier effet de la faire éclater d'un\nrire convuisif tout à fait involontaire.\nWalter Scott, quoique non absolument incapable de goûter de bonne\nmusique, ne put jamais, quoi qu'il fît, acquérir pour lui-même la moindre\nnotion pratique de l'art musical. Il fut placé dans sa jeunesse sous la di-\nrection d'un maître éminent d'Edimbourg; mais après des efforts inouïs,\nbientôt reconnus inutiles, le professeur dut renoncer à la tâche entreprise\net Télève abandonner toute tentative pour cause d'absolu défaut de cet\nélément indispensable du succès : une oreille musicale.\nCes exemples pourraient être multipliés à l'infini, et sans aller si\nloin, on en trouverait la matière de plusieurs volumes rien que dans le\ncercle ordinaire de ses connaissances. Mais un phénomène plus rare, of-\nfrant des complications qui déroutent toute théorie dont la base n'a pas\nune solidité éprouvée, se présente naturellement sous notre plume.\nCelui que nous pourrions appeler le père, mais qui, en tout cas, fut le\nparrain de la science acoustique, Joseph Sauveur, naquit sourd-muet. Il\nresta muet jusqu'à l'âge de sept ans, n'eut jamais la parole libre, et fut\ntoute sa vie presque sourd. Il avait une voix fausse et nul sentiment\nmusical. Pour la vérification de ses expériences, il était obligé d'avoir\nrecours à des musiciens. Et ce fut Sauveur qui, le premier, découvrit\nque le caractère d'une note dépend du nombre des vibrations qui l'agi-\ntent dans une période donnée! (i)\nL'homme n'est pas maître de ses sens; c'est un axiome philosophique\nauquel la vie de Sauveur semble donner un énergique démenti, mais\nSauveur est une grande et fort rare exception, sans parler de son organi-\nsation particulière qui le rendait si étrangement propre aux mathémati-\n\n(i) Saunderson, le professeur aveugle, enseignait, vers le même temps, l'optique\nà l'Université de Cambridge, mais il n'y excella qu'en ce qui concerne seulement les\ncuriosités de cette science. En quoi il ne peut être comparé à Sauveur, qui fit faire\nà l'acoustique ses premiers pas sérieux."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "65", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.17", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2362, "texte": "ques, car il était mécanicien avant que de parler et apprenait tout jeune\nencore la géométrie sans maître.\nConsidérant le peu de pouvoir que 1 homme en général est capable\nd exercer our ses sens, et sur le sens de l'ouïe particulièrement, on com-\nprend qu'on puisse être Wagnérien autrement que par préjugé d'école,\nc est-à-dire de bonne foi : peut-être suffit-il pour cela d'une tension ex-\ncessive des trois mille cordes de la lyre de Corti.\nOn a coutume de dire qu'il ne faut pas disputer des goûts ni des cou-\nleurs; il ne serait que juste d'ajouter : ni des préférences musicales, qui\nsont tout aussi impérieuses et exclusives.\nIl existe des organes qu'une douce et simple mélodie charmera tou-\njours bien davantage que l'harmonie la plus savante et la plus riche. Or,\nles organes de cette sorte ne laissent pas que de venir se loger, parfois,\ndans la cavité de l'os pétreux d'un critique qui ne se doute pas de son\ninfirmité, si c en est une. Et, par contre, il en est d'autres qui exi-\ngent les complications les plus inextricables du mélange harmonique et\nne sauraient se satisfaire à moins. Mais comment accorder les posses-\nseurs de deux organes si différents et empêcher qu'ils n'en viennent aux\nmains dans les occasions solennelles?\nC'est toujours l'histoire « du démêlé d'un poète tragique avec un au-\nteur comique ; » nul ne sera capable de les mettre d'accord, s'il n'y em-\nploie un grain d'hypocrisie, ne pouvant àla fois préférer le tragique et\nle comique; et c'est précisément de préférence qu'il s'agit : « Pour un\ncomposeur de farces, dit Giblet, vous avez bien de la vanité. » ce Pour\nun versificateur qui ne doit sa réputation qu'à de faux brillants, repart\nCalidas, vous vous en faites bien accroire. » (Ï) Montés sur ce ton, on\nfinit rarement par s'embrasser, et une haine mortelle sépare à jamais\nl'organe plus délicat de l'organe plus robuste. Survienne une révolution,\nil y aura lieu de s'étonner si l'un des deux n'envoie pas, pour le moins,\nl'autre étudier l'harmonie des vagues déferlant sur les récifs de corail de\nla Nouvelle Calédonie.\nEst-il besoin d'expliquer comment un critique très savant, très judi-\ncieux et aussi impartial qu'on peut l'être en pareille matière, peut être\nde bonne foi un fort méchant juge?...\nIV\nL'homme ne paraît pas être né musicien, bien que l'origine de xla\n\n(i) Lesage. Le Diable Boiteux, chap, XIV."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "66", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.18", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2707, "texte": "musique se perde littéralement dans la nuit des temps, mais il est cei\ntainement né avec une oreille musicale (i). Gomment eùt-il été sensible,\nautrement, aux accents des oiseaux des bois, ses premiers maîtres ? Qui\naurait indiqué à Jubal l'art de construire la cithare et la flûte, s'il n'avait\neu pour guide sûr une oreille douée des qualités requises pour distin-\nguer, bien qu'inconsciemment, les rapports des sons?\nLes Grecs tournent assez lestement la difficulté en attribuant à leurs\ndieux l'invention de la musique et de la plupart des instruments. Tout\ns'enchaîne alors logiquement : l'homme a été à l'école des dieux, et il\nprofita si bien de leurs leçons, qu'il ne cesse de perfectionner un art\nquelque peu entaché de barbarie à l'époque lointaine où il en reçut les\néléments des maîtres de l'Olympe ; ce qui n'est guère flatteur poux ceux-\nci, j'en conviens.\nQuoi qu'il en soit, les Grecs comprenaient si bien l'influence exercée\nsur l'esprit par l'harmonie des sons, que l'histoire de leurs héros, les\nlégendes de leurs dieux, leurs leçons de morale, la plupart de leurs lois,\nenfin, étaient écrites en vers, mises en musique, et chantées publique-\nment en choeur au son des instruments. Les memes usages se retiou-\nvent également chez les Hébreux,\nC'était au reste l'opinion des philosophes que la musique était indis-\npensable pour former une nation à la vertu ; et Platon assurait que la\nmusique d'un peuple ne peut être altérée sans affecter la constitution de\nl'État. Platon avait raison, car, de son vivant même, ce grand art com-\nmença à tomber en décadence, entraînant la décadence de la nation\ngrecque par la dépravation de ses mœurs.\nLes Pythagoriciens avaient bâti toute une théorie philosophique de la\nmusique sur cette base nuageuse que l'âme humaine est un composé\nd'harmonie. Ils prétendaient qu'il y avait dans l'effet musical autre\nchose que la sensation : un principe immatériel, mais intelligible, domi-\nnant le principe matériel ; une sorte de combinaison de rapports de\nnombres se débattant comme des diables, puis s'arrêtant tout à coup par\nune résolution soudaine d'équations mélodieuses. Eh bien! en y met-\ntant un peu de bonne volonté, ne pourrait-on pas découvrir dans cette\nmerveille de brouillamini métaphysique, les germes, fort empâtés, il est\nvrai, de la théorie des ondulations sonores ?\n\nÇi) Darwin est d'avis que l'habitude d'émettre des sons musicaux s'est développée\nd'abord, comme moyen de séduction, chez les ancêtres primitifs de l'homme, et a\ndû s'associer ainsi aux émotions les plus énergiques qu'ils pussent ressentir : à\nl'amour, àla rivalité, àla victoire. (Voir l'Expression des émotions^te. Revue\nscientifique, iôaoût 1873)."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "67", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.19", "debut_caractere": 11, "fin_caractere_exclue": 2701, "texte": "On ferait des volumes avec les récits, dont fourmillent les anciens\nauteurs, des miracles accomplis parla musique :\nLes bêtes féroces, puis les esprits infernaux, l'occasion venue, char-\nmés parles accents de l'époux infortuné de la belle Eurydice ; les murs\nde Thèbes bâtis, en dansant, au son de la lyre du divin Amphion.\nSans oublier ceux de Jéricho, qui tombent au son des trompettes du\ni3e chasseurs sonnant le réveil en fanfare ! lci, l'ordre des temps est\nchangé ; là, ce sont les flots, les arbres et jusqu'aux rochers qui entrent\nen danse, charmés par les doux accords du sistre ou de la flûte de Pan.\nLe granit verse des larmes ; l'homme pleure des perles ; le Sahara est\ntransformé en pays de Cocagne : Tels sont les prodiges ordinairement\naccomplis par les sons musicaux. Ces exagérations mêmes ne nous indi-\nquent-elles pas quelle puissante influence exerçait la musique sur\nPoreille... des poètes de ces naïves légendes? En somme, l'exagération\nn'est pas si grande qu'elle le paraît, et l'influence de la musique s'étend\nen réalité àla nature inanimée. Mais ce n'est pas ici le lieu d'entrer\ndans des développements de cette nature.\nLe premier fait qui sort, du moins en partie, des brouillards de la\nlégende, c'est celui de David chassant le diable du royal corps de Saûl\nen jouant de la harpe. Ce diable avait évidemment quelque degré de\nparenté avec celui que le chanteur Farinelli avait mission de chasser du\ncorps notl moins royal de Philippe V d'Espagne, au commencement du\nsiècle dernier : Mettons que c'était une très noire et très lancinante mé-\nlancolie, et il nous reste deux exemples très présentables et classiques au\npremier chef de l'influence de la musique sur le cerveau des gens dont\nl'organe auditif est parfaitement constitué.\nEt, tenez, voici un exemple emprunté à des sources beaucoup moins\nimposantes, il est vrai, mais tout aussi authentiques. Au mois de jan-\nvier 1873, les journaux publiaient le fait-divers suivant que je débar-\nrasse des enjolivements de style habituels aux reporters soucieux d'un\nconsciencieux tirage à la ligne : Dans une maison de la rue Sedaine,\nles cris :« Au secours ! à l'assassin ! » se font entendre en plein jour.\nCes cris sont poussés par un pauvre vieillard que des malheurs de famille,\namenés par les douloureux événements de 1870-71, ont rendu fou. Il\nmenace de se précipiter par la fenêtre, dans la conviction que sa chambre\nsolitaire est peuplée de gens qui en veulent à sa vie. Survient une jeune\nfille qui, sans mot dire, se met au piano et joue un air doux et mélan-\ncolique que le fait-divers ne nomme pas. Alors, l'exaltation du vieillard,\nqui lutte en ce moment avec des agents de police occupés à l'empêcher"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "68", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.20", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2468, "texte": "de se jeter par la fenêtre, tombe comme par enchantement, il s'attendrit\net bientôt s'affaisse dans un fauteuil. La jeune fille au piano, sa nièce,\nvient de renouveler le miracle de David, en chassant du corps du pauvre\nvieillard le démon qui l'obsède !\nDe même qu'elle a le pouvoir de chasser le diable, la musique jouit\naussi de la singulière prérogative de l'évoquer et de l'introduire où il n'a\nque faire. On sait quel « diable-au-corps » produisent les accents belli-\nqueux de la Marseillaise...\nThimothée, le Thébain, s'amusa un jour à exciter la fureur du Grand\nAlexandre, en lui jouant un air Phrygien, à tel point qu'il saisit ses\narmes tout à coup et menaçait de tout exterminer, Ce que voyant, l'ar-\ntiste s'empresse de passer sans retard au mode Lydien, qui ramène aussi-\ntôt le héros à des sentiments plus doux.\nCassiodore nous a transmis une lettre de Théodoric à Boëce, écrite\nvers 490 avant J.-G. (1), qui contient, outre une curieuse appréciation\nde l'art musical à cette époque, l'analyse des cinq modes usités et de leur\ninfluence sur l'âme humaine.\ncc... Qu'y a-t-il, s'écrie Théodoric, de supérieur à cet art divin, qui,\npar sa douce harmonie, embrasse tous les corps célestes, et, par une\npuissance pleine de charmes, réunit les éléments de la Nature partout\népars et isolés. Toutes les conceptions qui modifient l'être humain sup-\nposent une constante harmonie. C'est elle qui met la convenance dans\nnos pensées, la beauté dans nos discours, la régularité dans nos mouve-\nments, quand elle arrive dans nos oreilles, coordonnée par de savantes\nlois; elle commande et inspire nos chants et change nos esprits et nos\ncœurs\n« Elle charme la tristesse, hélas ! si funeste; elle apaise les emporte-\nments furieux ; elle change en douceur la cruauté la plus féroce ; elle\nranime les cœurs lâches et les esprits indolents ; elle procure le sommeil\nsalutaire à celui que de tristes veilles tourmentaient; elle rappelle aux\nsaintes lois de la chasteté l'homme flétri par un amour impur; elle\ndissipe l'ennui, toujours si contraire aux bonnes pensées; elle change\nles haines funestes en secours bienfaisants; et, par le plus heureux\nmode de guérison, elle bannit de lame les passions par l'attrait même\ndu plaisir Elle parle sans langue et en se faisant obéir des choses\ninsensibles; elle exerce sur les sens un souverain empire.\n« Toute cette harmonie s'obtient, ici-bas, par le moyen de cinq tons,\n\n(1) Cassiodore. Lib. li, ep. 40."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "69", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.21", "debut_caractere": 11, "fin_caractere_exclue": 2319, "texte": "dont chacun porte le nom de la province où il fut inventé. Car la bonté\ndivine, en imprimant la beauté à tous ses ouvrages, Ta répandue et dis-\npersée dans des lieux divers.\n<( Le ton Dorien recommande la pudeur et produit des mœurs chastes ;\n« Le ton Phrygien excite au combat et remplit d'une ardeur\nfurieuse.\ncc UEolien calme les tempêtes de l'âme et charme par le sommeil les\ncœurs déjà calmés par ses accords.\n« Le Toscan donne de l'intelligence aux plus ignorants et de l'ardeur\npour les biens célestes aux hommes appesantis par le désir des biens de\nce monde.\n« Le Lydien, inventé pour bannir de l'âme les soucis et les chagrins,\nla soulage et la fortifie par ses accords mélodieux.\n« Ces cinq tons se divisent chacun en trois parties, car tous ont un\ndessus, un médium et une basse; et comme toutes ces inflexions de la\nvoix, harmonisées par des sons alternatifs, ne peuvent exister l'un sans\nl'autre, on a sagement inventé les quinze modes musicaux qui embras-\nsent tous les chants assortis à nos divers organes (i) »\nTout cela pour en venir à trouver un chanteur digne d'être présenté à\nson beau-frère Clovis, roi des Francs. Théodoric était homme de style\net vain de ses connaissances artistiques; mais il nous indique à quel\nmode avait recours Y enchanteur pour produire tel ou tel phénomène\npsychique sur la personne du patient qu'il se choisissait, et l'on a vu,\npar l'exemple d'Alexandre, que ce choix tombait aussi bien sur les grands\nque sur les petits. Sachons donc gré à Théodoric du fait, sinon de l'in-\ntention.\nLe poète Tyrtée, choisi pour général sur les avis de l'oracle par\nles Lacédémoniens découragés, ranime leur courage par ses chants et les\nconduit d'un bon pas à la victoire.\nOn sait, d'autre part, comment Terpandre apaisa une sédition qui\nvenait d'éclater à Lacédémone, avec sa cithare pour toute arme offensive\net son art pour bouclier.\nA l'occasion d'une de ces émeutes plus bruyantes que terribles qui\nsignalèrent les dernières années de l'empire, je ne sais plus quel officier\nsupérieur (ou général) proposa d'employer le moyen de 1 erpandre, revu\net augmenté, pour faire cesser tout ce tapage, en faisant défiler la musi-\nque militaire à travers Paris, c'est-à-dire, d'un bout à l'autre des boule-\n\n(1) A. Jouve. Étude sur Boëce. (Revue Indépendante, t 5 novembre 1866)."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "70", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.22", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2492, "texte": "vards en ébullition. J'ai beaucoup regretté pour ma part qu'on n'ait pas\ntenté l'exécution d'un tel projet, car j'ai conservé l'entière et inaltérable\nconviction que le moyen réussirait infailliblement.\nLes chants des Bardes Gaulois n'arrêtaient-ils pas les fureurs des\ncombattants ivres de sang plus sûrement que n'aurait pu le faire la plus\npuissante intervention armée, le mandat « d'arrêt » le plus énergique\nment libellé ?\nCette action si manifeste de la musique sur le cerveau, et par suite sur\ntoute l'économie de l'homme, a fait naître dans bien des esprits divers,\nl'idée de l'employer comme agent thérapeutique.\nC'est ainsi que le P. Kircher, qui s'est beaucoup occupé du sujet,\ncomme de tout ce qui se rapporte aux phénomènes de l'acoustique,\nnous assure que la musique est, par excellence, le remède de la danse de\nSaint-Guy, entre autres maux nombreux qu'elle guérit également.\nC'était d'ailleurs une croyance très répandue au moyen-âge que toutes\nles affections nerveuses, et jusqu'à l'épilepsie et la rage, étaient guéries\npar la musique. Que cette croyance ne fût pas entièrement dépourvue\nde sens, nous croyons l'avoir démontré par des exemples; mais nous\nferons sagement de ne pas nous engager trop avant dans cette voie, car\nnous ne tarderions guère à y rencontrer des auteurs qui auraient bien\nfait d'expérimenter sur eux-mêmes l'influence des sons musicaux sur la\nsottise.\nCitons pourtant ce dernier exemple, emprunté à VHistoire de VAca-\ndémie des Sciences :\n« Un musicien illustre, grand compositeur, fut attaqué d'une fièvre\nqui, ayant toujours augmenté, devint continue avec des redoublements.\nLe septième jour il tomba dans un délire très violent et presque sans\naucun intervalle, accompagné de cris, de larmes, de terreurs et d'une\ninsomnie perpétuelle. Le troisième jour de son délire, il demanda à en-\ntendre un concert dans sa chambre ; son médecin n'y consentit qu'avec\nbeaucoup de peine. On lui chanta les cantates de Bernier, Dès les pre-\nmiers accords qu'il entendit, son visage prit un air serein, ses yeux\nfurent tranquilles, les convulsions cessèrent absolument; il versa des\nlarmes de plaisir et fut sans fièvre durant tout le concert ; mais dès qu'il\nfut fini, il retomba dans son premier état. On ne manqua pas de conti-\nnuer l'usage d'un remède dont le succès avait été si imprévu et si heu-\nreux. Dix jours de musique le guérirent entièrement, sans autre secours\nqu'une saignée au pied qui fut la seconde pendant sa maladie. )>"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "71", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.23", "debut_caractere": 11, "fin_caractere_exclue": 2484, "texte": "Un médecin a repris tout récemment la thèse du P. Kircher (1).\nJe ne vois pas qu'il y ait apporté des faits nouveaux, mais j'estime que\nles anciens suffisent à justifier une sérieuse étude de ce moyen curatif,\naussi efficace, peut-être, qu'une infusion de cloportes (oniscus asellus)\nfût-ce dans l'hydropisie.\ncc Les mouvements mesurés et réguliers, dit Condorcet (2) s'exécutent\navec moins de fatigue. Ceux qui les voient et les entendent en saisissent\nl'ordre, ou les rapports, avec plus de facilité. Ils sont donc, par cette\ndouble raison, une source de plaisir. » C'est en vertu de ce principe, et\npour transformer une fatigue en plaisir qu'on place un orchestre ambu-\nlant à la tête d'un régiment en marche. Il faut, pour bien se rendre\ncompte du phénomène, voir une colonne de fantassins harassés, affaissés,\ndébandés, perdus, se rallier, relever la tête et marcher d'un pas alerte au\nson d'un simple et modeste clairon.\nJe lis dans Y Eco d'ltalia, qui se publie à New-York, qu'une ligue de\nhatres familiœ s'est récemment constituée à Quincy (Illinois), et qu'elle\na voté la résolution de ne point permettre aux jeunes filles d'apprendre\nla musique, qu'elles n'aient d'abord appris à pétrir le pain, à laver la\nvaisselle, qu'elles ne se soient, en un mot, rendues habiles dans tous\nles petits soins pleins d'attraits de la vie domestique.\nC'est un tort grave. Sans aller jusqu'à prétendre que la vaisselle serait\nmieux lavée si elle l'était en musique, je professe l'opinion que les choses\nn'en vont que mieux et plus régulièrement chez les personnes dont\nl'oreille est exercée à saisir la mesure, et que les pères de famille de F Illi-\nnois sont des sauvages.\nLes femmes hindoues n'évoluent guère que chargées comme des mules.\nOn les voit aller portant sur la tête d'immenses jarres d'eau (quelque-\nfois quatre ou cinq superposées), des pièces d'étoffes pesantes, des gerbes\nde cannes à sucre, des fagots, des paniers remplis ; un enfant à cali-\nfourchon sur une hanche et maintenu d'une main, l'autre main n'ayant\ngarde de rester libre. Elles vont, ainsi chargées, avec une grâce et une\nlégèreté inconnues de nos paysannes parce que nos paysannes n'ont\npas, comme elles, d'énormes pendants d'oreilles et des anneaux d'argent\naux bras et aux chevilles, dont le tintement cadencé accompagne leur\nmarche !\n\n(1) D1' Chomet. Influence de la Musique sur la santé, etc. — Paris, 1874.\n(2) Esquisse d'un tableau historique des Progrès de l'esprit humain, (Première\népoque),"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "72", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.24", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2007, "texte": "Quiconque a vu des matelots, manœuvrant au cabestan, s'accompa-\ngner d'un chant au rhythme particulièrement cadencé, comprend l'har-\nmonie et la force que cet accompagnement donne à leurs mouvements\naisés et presque gracieux.\nLes orateurs romains avaient également recours à la musique pour\nrégler les différentes intonations de leurs discours. Ils se donnaient à\neux-mêmes une répétition générale la veille d'un grand événement ora-\ntoire, et se faisaient accompagner par le son des instruments, comme un\nartiste par le souffleur.\nImaginez M. Jules Simon répétant un discours sur l'enseignement\nsupérieur ou sur le libre échange au son de la petite flûte, ou M. Em-\nmanuel Arago défendant la liberté de la presse avec accompagnement\nde trombonne : vous aurez une idée de la scène qui se passait chez\nCicéron, la veille d'une séance importante au Sénat romain !...\nEn résumé, des organes de nos sens (y compris le sixième sens indiqué\npar Brillat-Savarin), l'oreille est certainement le plus délicat et le plus\nsensible. D'où vient donc que c'est précisément celui de nos organes avec\nlequel on en use avec le moins de ménagement ?\nIl existe des ordonnances de police très sévères, rendues expressément\nen vue de la protection de l'odorat et de la vision.\nLe goût et le toucher se défendent bravement eux-mêmes.\nMais l'ouïe n'est armée ni pour l'offensive ni pour la défensive\npuisque se boucher les oreilles pour ne pas entendre est un moyen re-\nconnu insuffisant.\nCependant il n'est venu à l'esprit d'aucune autorité quelconque d'or-\ndonner des mesures préventives contre les bruits discordants, qui consti-\ntuent la majorité des combinaisons sonores, tout comme les oreilles\ndéfectueuses sont en majorité écrasante dans la foule des oreilles.\nEt c'est justement ce qui explique l'incurie chronique que je signale\nen vain, laquelle a pour complice l'indifférence de la multitude en ma-\ntière d'acoustique.\nL'harmonie n'est pourtant pas chose de si mince importance.\n\nADOLPHE BITARD."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-07-15-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-07-15_01#c009", "volume": "bmtnabc_1875-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "73", "page_fin": "78", "image_debut": 25, "image_fin": 30, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.2.3", "titre_corps": "LE VIOLONCELLE", "titre_sommaire": "LE VIOLONCELLE", "signature_source": "ALFRED GUICHON", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 25, "page_imprimee": "73", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.25", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1451, "texte": "LE VIOLONCELLE\n\nNOTES D'UN COMPILATEUR\n'HOMME chante. La Clarinette déclame. Le Bas-\nson gronde. - La Flûte gazouille. Le Hautbois\ngémit. La Trompette appelle. Le Cor soupire.\nLes Timbales tonnent. Le Trombone rugit.\nLe Tambour marche. Les Cymbales éclatent.\nLe Violon rêve. Le Violoncelle pr^ie.\nLe violoncelle, en effet, a un caractère grave et recueilli ; il est émou-\nvant, il est majestueux, il élève l'âme vers les régions célestes. Chanteur\nsublime, il sait pourtant descendre au rôle plus modeste d'accompagna-\nteur ; on l 1 a vu même, dans de fréquentes occasions, perdre sa voix au\nmilieu des cent voix de l'orchestre, effacer sa personnalité,, s'égarer dans\nla foule, se faire humble alors, mais utile encore.\nSi, en ce monde, les êtres vivants valaient autant que les choses inertes,\nnous verrions, à l'exemple du violoncelle, nos fières cantatrices et nos\nglorieux ténors ne pas dédaigner parfois de faire leur petite partie dans\nles chœurs.\n« Dans les orchestres modernes très riches, où les violoncelles sont en\ngrand nombre, on les divise souvent en premiers et seconds. Les premiers\nexécutent une partie spéciale, mélodique ou harmonique, et les seconds\ndoublent les contre-basses à l'octave ou à l'unisson.\nRossini dans l'introduction de l'ouverture de Guillaume Tell a écrit un\nquintette pour cinq violoncelles soli, accompagnés en pizzicato par les autres\nvioloncelles divisés en premiers et seconds. Ces timbres graves, de la même"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "74", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.26", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2401, "texte": "nature, sont là d'un excellent effet, et servent à faire ressortir encore l'or-\nchestration éclatante de l'allégro suivant. »\nBERLIOZ. Traité d'orchestration.\n« Parmi les instruments, le violoncelle est doué d'une admirable magie.\n» J'ai remarqué que tous ses virtuoses étaient les plus honnêtes gens du\nmonde.\ny> J'eus le bonheur d'être élève de D.uport le jeune.\n» Par quel miracle, lui dis-je un jour, toutes vos notes dans les mouvements\nles plus vifs sortent-elles si pures?\n« C'est, me répondit-il avec un modeste et doux sourire de vieillard,\nqu'aussitôt levé je vais depuis bien longtemps à ma basse comme à une vieille\népouse que j'aime.\n« L'étude de cet instrument est à la fois délicieuse et pénible.\n« On me demandera la cause de cette heureuse influença qui domine les\nvirtuoses violoncellistes ?\n« C'est l'inspiration que donne cet instrument à ceux qui font leur habitude,\nleur état d'en jouer ; c'est qu'il ne fait vibrer continuellement à leur âme que\nl'expression de la mélancolie, de la chaste tendresse et de la religion.\n« Ne lui demandez, ô artistes! ni festivité, ni folâtreries, ni volupté; il\nvous répondra par ce vers de Boileau, auquel je ne change qu'un mot :\n« Le rire sur ma touche est en mauvaise humeur, »\n<c Et pourquoi, ambitieux artistes, lui demanderiez-vous plus que son beau\nvolume de son; que sa double corde, qui a quelque chose de la majesté de\nl'orgue; que ses arpèges si variés, si vigoureux ou si légers; que ses har-\nmoniques, douces comme la flûte plaintive, et plus enfin que ses trois pures\noctaves.\n« Tout en accompagnant ne chante-t-il pas? Il exprime aussi la passion,\nen quelques mesures sans doute, mais si délicieusement ou si énergiquement,\nqu'il vous force à l'écouter.\n« Quant à la forme de cet instrument, elle est si noble, si avantageuse au\nbras blanc et à la main d'une vierge ou d'une femme, que les peintres du\nmoyen-âge en ont tiré dans leurs tableaux une immense ressource.\n« Témoin la fameuse Sainte-Cécile posant son admirable main sur la\ntouche d'une basse de viole ; témoin Paul jouant lui-même de cet\ninstrument à ses Noces de Cana.\n« Aussi la forme de cet instrument comme son timbre et son expression,\nont-ils leurs dilettanti. Ce sont ses ouïes en forme d'S barré, son beau et\nvieux vernis à l'huile, ses tables d'érable et de sapin, et surtout sa volute,\npresque ionique, qui les charment, »\nDENNE BARON."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "75", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.27", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2814, "texte": "« Ce qui fait la double nature du violoncelle, c'est précisée snt en ce qu'il\nest comme instrument solo d'un caractère tout à fait spécial, an instrument\nque rien ne peut remplacer, ni imiter, soit dans son timbre, soit dans sa\npuissance toute mystérieuse à pénétrer l'âme jusqu'au fond par ses accents.\n«Le violoncelle palpite continuellement, seul il a une vie à lui particu-\nlière.\n« Sans lui l'harmonie est disloquée, les instruments sont disjoints entre-\neux. Permettez-moi cette expression : les instruments ne s'aiment pas entre-\neux.\n« Il est comme le fil qui relie tout, comme le souffle de vie qui éclaire, qui\nanime et fait palpiter les masses harmonieuses.\n« Malheureusement on l'a fait déchoir de son trône en le rabaissant au\nsimple rôle de contre-basse ou de mixture entre la contre-basse et l'alto.\n«Je ne veux pas dire par là que le violoncelle doive chanter continuelle-\nment ; non, car ici encore il ne serait point dans le rôle qui lui est propre ;\nmais ce qu'il devrait toujours faire, qu'il chante ou ne chante pas, ce serait\nde laisser circuler son souffle divin sur l'ensemble harmonique de l'orchestre,\ncar c'est lui qui en fait l'homogénéité de couleur et d'expression.\n« Une pédale de modulation au violoncelle est toujours d'un grand effet ;\nune note jetée, un pizzicato donné à propos à cet instrument, sont autant de\nmoyens qui ne devraient jamais être négligés.\na QueJ est l'instrument qui puisse soupirer comme le violoncelle ? Comme\nil rend bien les différentes situations de l'âme !\nQuel instrument est capable comme lui d'exprimer la douleur, la sérénité,\nle désespoir, l'espérance, la béatitude ?\n« Le violoncelle seul est celui de tous les instruments qui puisse san-\ngloter.\n« Aussi est-ce inutilement qu'on s'efforce à lui faire grimacer ces mignar-\ndises qui ne peuvent que profaner la noblesse et la dignité de son caractère.\n«Il réunit toutes les ressources des autres instruments solo; tout en res-\ntant, lui, inimitable, il remplace avantageusement tous les autres.\n« Son timbre est tout particulier, il tient du Cor et de la Voix humaine.\n« Ses effets sont très variés. Ses tenues et ses coulés sont sublimes. Ses\npizzicati sont d'un caractère très dramatique, ils tiennent de la harpe, mais\nils ont une énergie spéciale.\n<( Les accents du violoncelle qui chante semblent n'être point nés sur cette\nterre, et planer dans les régions étranges pour s'adresser à Dieu direc-\ntement.\n« Ses sons ont un caractère de pureté, de simplicité et de grandeur que\nrien n'égale. Ils imposent l'admiration et le recueillement, et c'est précisé-\nment à cause de toutes ces qualités que le violoncelliste doit s'attacher à\ntoujours bien phraser, en plaçant sa respiration d'une manière très régulière.\n« Le violoncelle ne charme pas, il ne charme jamais, parce qu'il ne"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "76", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.28", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2329, "texte": "s'adresse jamais aux sens, comme le peuvent faire tous les autres instruments*\n11 élève l'âme, l'agrandit et la place sous le regard du Créateur. »\nEMILE DE BRET.\nL'étendue du violoncelle est sensiblement celle de la voix humaine, à\nla prendre depuis le contre ut grave que donnent (exceptionnellement)\nles chantres des chapelles russes, jusqu'aux sons aigus des soprani.\nIl est vrai que la limite du possible vers les régions hautes n'est pas\nrigoureusement fixée sur le violoncelle ; elle dépend de l'habileté du\nvirtuose.\nCette parité de diapason entre la voix humaine et celle du violoncelle\nn'est pas moins peut-être que la cause principale du charme que nous\ntrouvons en lui. C'est un écho, un miroir sonore de nous-mêmes !\nComme instrument d'ensemble, le violoncelle apporte un contingent\nde sons précieux à l'orchestre. Il se prête, d'ailleurs, comme le violon,\nson congénère, à tous les jeux de l'harmonie, de la double corde, du\npizzicato, de l'arpége ; mais on l'entend aussi comme soliste dans la so-\nnate, le concerto, Fair varié, etc.\nLa musique pour violoncelle s'écrit sur trois clefs, qui en font en\nréalité quatre : la clef de Fa, la clef à? Ut (quatrième ligne), et la clef de\nSol, qui se prend dans deux acceptions distinctes.\nLorsque la clef de Sol se trouve en tête du morceau ou immédiate-\nment placée après la clef de Fa, l'instrumentiste doit jouer à l'octave\nbasse des notes écrites; mais si elle intervient après la clef àiUt, elle\nreprend sa signification exacte, et les notes qui suivent doivent être\nexécutées à leur octave réelle.\nCette double interprétation d'une clef était à relever, car nous ne\ncroyons pas qu'on en puisse citer un exemple analogue dans l'histoire\ndes autres instruments.\nEt si on nous demandait d'esquisser l'histoire du violoncelle, nous\nn'aurions pas à remonter aux époques fabuleuses des peuples pasteurs,\nainsi que nous l'avons fait dans notre travail sur le hautbois (i).\nLe violoncelle est un des derniers nés de la famille de l'orchestre, à\nmoins cependant qu'on ne le considère comme une simple modification\nde la basse de viole.\nCe dernier instrument avait communément sept cordes, dont les trois\nplus graves étaient (d'après l'invention de Marais) recouvertes d'un fil\nmétallique en spirale.\n(i) Voir la Chronique musicale du ier juillet 1874."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "77", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.29", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2151, "texte": "Dans les premiers temps, le violoncelle avait cinq cordes : Ut, Sol,\nRé, La, Ré, mais cette dernière ne tarda pas à être supprimée.\nC'est vers la fin du dix-septième siècle que le violoncelle fut inventé,\npar le P. Tardieu de Tarascon. Telle est du moins l'opinion la plus\nrépandue.\n« Mais d'autres auteurs affirment que créé par Bonoccini, maître de cha-\npelle du roi de Portugal, il a été apporté en France et mis en vogue par\nStruck Ratestin.\nDE PONTÉCOULANT.\nCe qu'il y a de certain, c'est que vers 1680, sept ans avant la mort de\nLulli, le violoncelle fut introduit à l'Opéra de Paris par un nommé\nBatistini. Mais le premier virtuose qui brilla sur le violoncelle fut Fran-\ncinello, musicien romain. Puis vint, comme fondateur de l'école fran-\nçaise, Berthauld (de Valenciennes), qui se rendit célèbre dès le commen-\ncement du dix-huitième siècle.\nLes Allemands eurent Romberg et Maximilien Bohrer ; les Anglais :\nCrossdill et Linley.\nEnfin, il nous faudrait citer encore bien des noms parmi les illustra-\ntions du violoncelle, si nous voulions en donner une liste complète.\nQu'il nous suffise de rappeler ceux de : Duport, Janson, Breval, La-\nmarre, Baudiot, Norblin, et dans des temps plus modernes : Servais,\nBatta, Vaslin, Piatti, Poëncet, Jacquard, etc...\nLa littérature moderne s'est montrée sobre dans l'emploi du violon-\ncelle comme moyen pour obtenir un effet dramatique.\nVoici cependant deux passages importants d'œuvres d'un mérite reel,\net qui sont restées populaires :\n« Alors par une ouverture du rideau, ils aperçurent un jeune homme, de\ntrente ans environ, assis sur un tabouret assez élevé et jouant du violoncelle.\nIl se livrait évidemment en lui quelque combat terrible ! sans doute la\nlutte acharnée de la volonté contre la douleur; car de temps en temps son\ntront se rembrunissait, et tout en continuant de tirer les plus tristes accords\nde son instrument, il fermait les yeux, comme si ne voyant plus les choses\nextérieures, il eût perdu avec elles le sentiment de sa douleur intime.\n« Enfin le violoncelle sembla, comme un homme à l'agonie, pousser un\ncri déchirant, et l'archet tomba des mains du musicien."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "78", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.30", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1154, "texte": "« Voilà le roman que vous cherchiez, mon cher poète, il est là dans cette\npauvre maison, dans cet homme qui souffre, dans ce violoncelle qui pleure. »\nALEXANDRE DUMAS. Les Mohicans de Paris.\n« Pendant ce temps Ah îje vivrais dix mille ans, je n'oublierais pas un\nseul détail de cette scène !.... pendant ce temps les doigts du vieillard posés\nsur les cordes, en tiraient par saccades des sons, des plaintes qui m'entraient\ndans l'âme.... La jeune fille se réveilla.... Mon père, dit-elle en souriant,\nj'ai une grâce à vous demander.... jouez-moi le Chant du Calvaire 1.... Non,\nnon, dit-il en essayant de sourire aussi, 1ui.... le jour de ton mariage,\npetite! L'enfant le regarda fixement sans répondre.... Il baissa les\nyeux, il secoua ses cheveux blancs sur son front plus pâle que le marbre, et\nprit son archet !.... J'entendis alors le Chant du Calvaire !.... 0ui.... Pen-\ndant qu'il jouait, je voyais de grosses larmes tomber une à une sur ses pau-\nvres mains amaigries et tremblantes.... Il pleurait! Le bois et le cuivre\npleuraient !.... Et moi !.... L'enfant seul ne pleurait pas !\nOCTAVE FEUILLET. Dalila.\n\nALFRED GUICHON."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-07-15-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-07-15_01#c013", "volume": "bmtnabc_1875-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "79", "page_fin": "88", "image_debut": 31, "image_fin": 40, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.2.4", "titre_corps": "CASTIL-BLAZE", "titre_sommaire": "CASTIL-BLAZE", "signature_source": "CHARLES SOULLIER", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 31, "page_imprimee": "79", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.31", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1326, "texte": "(,)\nIII\nProcès à l'occasion de Freyschut— Changement d'industrie. Revers de fortune.\nExcentricités littéraires. Le traducteur devient néologue. Rendez-vous\nla musique?\nES critiques rancunières de la presse, qui n'étaient que\ndes représailles plus ou moins jalouses contre les\nsuccès d'argent du traducteur de Robin des Bois, me\nrappellent une circonstance qui se produisit plus tard,\nmais dont le souvenir m'arrive assez à point à propos\nde Weber, pour me permettre de transgresser un peu\nl'ordre chronologique.\nJe veux parler du singulier procès qui fut mis en instance au tribunal\ncivil de Paris et dans lequel nous eûmes la désopilante satisfaction de\nvoir M. le comte Thadée Tyrzkicwich, rédacteur de la Revue musicale\nde Leipzig, assigner M. Nestor Roqueplan, alors directeur de l'Académie\nimpériale de musique à Paris, contre la représentation, selon lui peu or-\nthodoxe, de FreyschiXtqui venait d'avoir lieu sur cette grande scène,\nle 7 octobre 1853. La plaisante boutade du mélophile saxon me ramène\ntout naturellement à initier nos lecteurs à certaines particularités\nlittéraires, musicales et dramatiques qui ne sont probablement point\nencore sorties du petit cercle de dilettanti méridionaux dont je faisais\npartie encore, il y a une trentaine d'années, à Avignon.\n\nCASTIL-BLAZE\n\n(i) Voir le numéro du iei' juillet."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "80", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.32", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2263, "texte": "Cela dit en passant, je vais essayer de rapporter une scène comique ou\nplutôt une bizarre conversation qui eut lieu en ma présence au toyer\ndu théâtre de cette ville, certain soir où Ton venait d'y représenter cet\nopéra.\nLes deux interlocuteurs étaient Castil-Blaze lui-même et un ama-\nteur zélé de l'endroit. Celui-ci dit à l'autre en l'abordant cavalièrement\ndans cet idiome provençal, si énergique, et qu'il faut bien, quoiqu'il en\ncoûte à un narrateur fidèle, renoncer à reproduire en français :\nDites-moi donc, Blaze, votre Robin des Bois, si enchanteur, qu'est-\nce qu'il nous chante ? Que demandent tous ces chasseurs? Pourquoi\ntoutes ces bêtes féroces ? En un mot, qu'est-ce que tout cela signifie ?\nJe ne sais pas.\nComment ! vous ne savez pas ! vous avez traduit cette pièce dans\nnotre belle langue européenne et vous ne savez pas ce qu'elle veut nous\ndire ! vous n'en comprenez pas le sens, le but, la moralité, l'intrigue\nenfin !\nPas le moins du monde.\nVous plaisantez, je crois!\nJe ne plaisante jamais que quand je me mets en colère.... Cela\nm'est arrivé quelquefois dans les Débats, par exemple.... et alors, je\nne suis même plus Castil-Blaze, je m'appelle XXX. Mais d'abord, en-\ntendons-nous bien. Qui vous a dit que j'étais le traducteur de cette\npièce ?\nMais c'est vous-même qui le dites ou qui le laissez dire sur l'affiche\ndu théâtre.\nL'affiche, selon son habitude, ne sait pas ou ne doit pas savoir ce\nqu'elle dit.\nMais pour moi, le ciel m'est témoin que je n'ai rien fait qu arranger\nla musique, à peu de chose près, de ce magnifique opéra sur les paroles\nfrançaises dont la prose m'avait été livrée et que j'ai mise en vers de\nmon mieux pour les adapter à la mélodie : voilà tout.\nCe n'est pas vous-même qui l'avez traduite de l'allemand ?\nJ'en suis parfaitement incapable ! Je ne sais pas un mot de ce\njargon barbare et anti-musical. Seulement, comme j'avais remarqué,\ndans cette partition, une scène, celle de la fonte des balles, trop difficile\npour être interprétée sur la plupart de nos théâtres de province, seules\nscènes, après celle de l'Odéon où mon exhibition fantastique pouvait\nêtre exploitée avec quelque succès, je proposai à mon collaborateur d'en\nalléger sa traduction et nous la supprimâmes entièrement."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "81", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.33", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1808, "texte": "Cette scène n'était donc point absolument indispensable à l'intel-\nligence du drame ?\nJe pense tout le contraire, car elle y sert, je crois, de nœud à l'in-\ntrigue.\nMais lorsque le public ne comprend pas une pièce,, elle l'ennuie et\nil n'en veut plus ?\n#••••• ♦ * • % é £ • » ♦ • • • •••••• 9\nMon opinion est que c'est exactement tout le contraire; c'est-à-dire\nque lorsque le public ne comprend pas une pièce la première fois, il veut\naller la voir une seconde, puis une troisième, puis une quatrième, jusqu'à\nla fin des fins, c'est-à-dire jusqu'à ce que son intelligence soit satisfaite,\net comme une traduction, transformation ou transfiguration, selon ce\nqu'il vous plaira le mieux de l'appeler, est une chose, le plus souvent,\nincompréhensible, cela fait qu'il y revient indéfiniment.,, et voilà.\nAh! ah! ah!\nComprenez-vous maintenant?\nJe commence à saisir la ficelle.\nJ'en suis fort aise. Eh bien, sachez encore, mon cher ami, qu'un\nopéra n'est une pièce de théâtre que pour les musiciens, et que ceux qui\nne vont à sa représentation que pour les paroles sont des ânons ou des\nimbéciles.... Or, comme le plus grand nombre...\nJe n'irai plus....\nJe ne dis pas cela pour vous, mon cher! Dieu m'en garde ? Je sais\nbien que vous êtes un bon amateur qui allez toujours à l'opéra quand\nmême; mais\nAh ! ce sont des ânons ou des imbéciles.... Je ne suis pas curieux\nle moins du monde.... Je n'irai plus voir Robin des Bois\nQu'importe? si vous n'allez plus le voir, d'autres iront l'entendre\net par une bonne raison, c'est qu'ils n'y comprendront jamais rien.\nVous êtes vraiment un homme extraordinaire !\n• Non, mon ami, je ne suis qu'un homme positif ; c'est pourquoi\nje sais peut-être un peu mieux que vous que les choses de ce monde\ndoivent être divisées et classées en deux grandes catégories bien distinctes"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "82", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.34", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2725, "texte": "qui sont les bonnes choses et les choses bonnes. Je sais que ce ne sont pas\ntoujours les hommes de génie qui réussissent dans leurs entreprises, mais\nplutôt les hommes ingénieux, et qu'en un mot le savoir faire vaut\nmieux que le savoir. Voilà, mon cher ami, toute ma rhétorique et toute\nma morale : j'en ai tiré une nouvelle industrie que j'ai résolu d'aller\nexploiter à Paris sur tous les tons. »\nAinsi finit cette bizarre conversation de Castil-Blaze et de l'amateur\nVauclusien. Telle était la logique du premier introducteur de la musi-\nque exotique en France, et cette logique était alors, est encore aujour-\nd'hui et sera toujours parfaitement dans le vrai. Aussi, personne ne\nvoulait-il croire, il y a vingt ans, qu'un homme sensé parmi les Alle-\nmands, ait pu songer à venir chercher querelle à la reproduction, selon\nlui vicieuse, à Paris, d'un opéra qui y a acquis, depuis quarante ans,\nson droit de cité en enrichissant celui qui l'y a importé, tandis que ce\nmême opéra, créé et fidèlement exécuté en Allemagne, y a vu mourir\nde Lfaim son sublime auteur. Mais laissons cela et reprenons le fil de\nnotre notice biographique.\n11 y eut un moment où l'abeille parasite, ne trouvant plus de fleurs\ndans le domaine public, s'efforça de vivre de son propre domaine. Cette\nsubite transmigration n'est pas toujours facile ; mais Castil-Blaze, qui\nosait tout, osa la tenter. Dès ce moment il vola de ses propres ailes :\nla cendre des morts ne fut plus ostensiblement remuée; les vivants\neux-mêmes n'eurent plus rien à dire. Quant à Weber, il était mort à\nLondres depuis 1826, au moment où il préparait une représentation\nextraordinaire de son Freyschiitqui eut lieu peu de temps après, au\nbénéfice de sa veuve et de ses enfants. Il y a des gloires qui ne sont que\ndes éclairs passagers, comme il y a des existences humaines qui 11e\nsont venues briller sur la terre que pour y être éprouvées au creuset du\nmalheur.\nCastil-Blaze venait de s'improviser compositeur de musique. Mais\naussi, à partir du jour où cette belle pensée lui était venue à l'esprit, le\ncortège des billets de banque rebroussa chemin de la rue Buffault, qu'il\nhabitait, jusque chez les graveurs, les imprimeurs et les fabricants de pa-\npier. C'était bien le cas de dire avec le proverbe, que ce qui arrive par\nla flûte s'en va par le tambour. Cette flûte, c'était Freyschût% et le\nBarbier de Séville, et ce tambour, destiné à ne pas faire grand bruit par\nlui-même, c'était : ou les Jeux du roi René, grand opéra en\nquatre actes, exorcisé, dès son apparition en 1840, par l'Académie royale\nde musique, et exécuté à Montpellier dans une première et dernière re-\nprésentation, le i 5 août 184.1. Ce furent ensuite : la Colombe, opéra en"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "83", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.35", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2679, "texte": "un acte, qui n'eut pas un meilleur sort ; Choriste et liquoristes, qui\neurent cependant le bon esprit de ne pas sortir de l'officine du distilla-\nteur ; et enfin Pigeon vole ou Flûte et Poignard, autre volatile musical\nen un acte, dont la première représentation eut lieu à Avignon, le ven-\ndredi 3 mars 1843, devant un public de compatriotes et d'amis (nous\nen faisions partiej), restés froids et impassibles en présence d'un poëme\nglacial, sans intérêt, sans intrigue, encadré d'une mélodie sans unité,\nsorte d'énigme à travers laquelle on était cependant curieux de percer,\nafin de deviner à quelle école appartenaient tels ou tels duos, trios, qua-\ntuors, quintettes, plus ou moins bien assaisonnés de roucoulements\nde flûte, comme feu le Rossignol de Lebrun. Ne forçons pas notre\ntalent, etc.\nSur le libretto de cette pièce, publié à Paris chez Boulé, on lisait les\nlignes suivantes, moins piquantes que burlesques, mais que nous signa-\nlons néanmoins, afin d'achever d'initier le lecteur dans tous les replis de\nla nature bizarre de l'esprit dont nous nous occupons. Ces lignes figu-\nrent sur le frontispice de l'ouvrage en forme d'avis aux acheteurs : pré-\ncaution, s'il en fut jamais, très inutile :\nPartition réduite avec accompagnement de clavecin,et disposée pour\nla conduite de V orchestre : i 5,000 francs, et comptant i 5 francs ;\nvarties d'orchestre et le livret, so,ooofrancs, et comptant sofrancs.\nVous voyez par là que l'amour de la gloire ou l'ambition avaient\ntourné l'esprit du critique au point de ne plus savoir se reconnaître lui-\nmême, et que pour avoir voulu devenir un habile homme, il avait cessé\ndsêtre un homme habile. Le savoir faire ne l'emportait plus sur le\nsavoir, car le savoir ne voulait plus céder le pas au savoir faire : O\nhumanité !\nMais ce n'est pas tout encore. Le diable ne veut jamais s'arrêter en\nbon chemin, surtout quand il voit que ce chemin commence à être\nparsemé d'épines. Pour comble de malheur, notre héros ambitieux essaya\nde conjurer ses revers dramatiques à l'aide de la spéculation financière,\nressource qui ne sympathise guère avec les combinaisons du contre-\npoint, de la littérature et des arts. Il joua à la Bourse, et il perdit le\nreste de ses écus» Il aurait pu y perdre quelque chose de plus précieux\nencore :sa santé s'altéra, et un moment on craignit pour sa raison,\nmême pour ses jours. Toutefois, il en fut quitte pour ses billets de banque\net une forte maladie qui faillit le conduire prématurément ad patres.\nMais reportons nos souvenirs vers des temps meilleurs, qui rappellent\ndes circonstances ou des pensées plus riantes.\nUne des particularités qui distinguaient le célèbre critique musical"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "84", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.36", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2678, "texte": "dont nous avons étudié et recueilli les traits les plus caractéristiques,\nc'était, nous l'avons déjà dit, sa prétention à l'originalité, au pittoresque\net au néologisme. Il abhorrait ce que l'on appelle très improprement\nles lieux communs, et il affectait de ne jamais suivre les lignes tracées.\nCette prétention frise quelquefois le pédantisme chez les écrivains qui\nne sont pas tout à fait des Montaigne, des Sterne ou des Rabelais. Elle\nle fourvoya plus d'une fois dans des excentricités pittoresques ou des\nsinuosités labyrinthiennes qui décelaient moins l'originalité que le\nbaroque.\nOn devait être, d'ailleurs, justement surpris et offusqué de voir le\nsavant musicien qui ne pouvait rayonner par lui-même, puisqu'il n'était\nqu'un réflecteur de la gloire d'autrui, se poser tout à coup en aristarque\nuniversel ou chien enragé qui déchire et mord au hasard tout ce qui\nveut briller ou s'élever autour de lui.\nToutefois, de temps en temps, des étincelles de génie et des apprécia-\ntions lumineuses perçaient encore au travers de ces obscurités affectées\nde rhéteur. On lui doit d'heureuses rectifications, quelques termes nou-\nveaux d'une utilité réelle, restés en vigueur, et surtout un système ré-\ngulier de prosodie que nul musicien littérateur n'avait avant lui compris\nni mis en pratique d'une manière claire et nette. Nous reviendrons, en\nson lieu et place, sur ce chapitre important. Nous n'avons pas encore\nabordé les hautes questions de l'art au sujet de la coupe musicale du\nvers, que nos plus grands librettistes, Scribe en tête, ont si cavalièrement\ndédaignée ou négligée.\nNous avons dit que Castil-Blaze avait créé quelques mots heureux ou\nutiles que nos littérateurs musiciens ont fini par adopter : ainsi, à pro-\npos du mot librettiste que nous venons d'employer, quoiqu'on le trou-\nvât vicieux dans l'acception nouvelle qu'on lui donne au théâtre, at-\ntendu, disait-il, qu'il est déjà en crédit dans les bureaux de police et\nchez les batteurs d'or, il en imagina un spécial : parolier ; et aux qua-\nlifications assez triviales ou vulgaires de et de ballet,\nil substitua ballerin et ballerine, de l'italien ballare, danser. Ces termes\nont définitivement pris racine parmi ceux de notre vocabulaire musical.\nDans d'autres circonstances, il a été moins heureux ; ainsi, lorsque,\np. 482 ou 483 de son Molière musicien, il déblatère vivement contre\nl'Académie française qui n'a pas écrit, dans son dictionnaire,\nau lieu de arpège (manière d'attaquer les sons successivement comme\nsur la harpe), il a oublié de remarquer que ce mot, comme beaucoup\nd'autres termes français de musique, dérive de l'italien qui\nlui-même provient de arpa, harpe."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "85", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.37", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2519, "texte": "Mais nous avons dit que Castil-Blaze affectait de ne rien faire et de ne\nrien dire comme tout le monde ; c'est ce qui nous explique une foule de\ncritiques hasardées, heureuses ou malheureuses, selon qu'il se trouvait\nplus ou moins en veine, mais que nous nous dispenserons d'énumérer\nici, attendu qu'il faudrait le passer lui-même en revue du haut en bas,\nc'est-à-dire depuis son chapeau castillan jusqu'à sa griffe, dont le blason\nn'avait pour tout emblème héraldique qu'une clef de sol. Quant à ses\nsalutations épistolaires, avec ses amis elles s'exprimaient invariablement\ncomme suit : votre infiniment DÉVOT !... S'il avait dit dévoué au lieu de\ndévot, il aurait craint de déroger à son système arrêté de singularisa-\ntion universelle.\nEnfin, il avait voulu se distinguer jusque dans son cachet de corres-\npondance, qui était composé d'un commencement & allegro, au ton de\nla majeur, avec clef d'ut quatrième ligne, et ces deux notes en accord\nsur la portée : la, mi.\nNous terminerons ce chapitre par une petite incartade ou apostrophe\nen guise d'anecdote plaisante, car avec lui il y en avait dans tous les\ntons ;etlà il pouvait se vanter d'être fécond créateur. Voici :\nUn amateur musicien (je crois que c'était Bastide, père d'un avocat\navignonnais, aujourd'hui bon musicien lui-même) lui avait emprunté\nje ne sais quel cahier de musique auquel lui, Castil-Blaze, tenait beau-\ncoup, mais que son ami avait oublié dans ses rayons. Près de deux ans\ns'étaient écoulés depuis le jour où il lui avait confié cette musique, d assez\nmince valeur intrinsèque, et qu'il n'osait plus lui réclamer. Il ne savait\ncomment s'y prendre un peu poliment, lorsqu'un jour, l'abordant au\nmilieu d'un cercle d'amis, il lui adressa la parole en ces termes en le\nfrappant légèrement sur l'épaule :\nEscouta, Bastide...\nHein?\nRende\\ la musica, vo ? (Rendez-vous la musique, vous?)\nPourquoi me demandez-vous cela ? fit Bastide qui ne se rappelait\npas.\nOh ! ne vous formalisez pas ! c'est une simple question que je vous\nadresse. La règle des habitudes n'est pas encore bien fixée sur cette\nquestion arithmétique. Il y a de certaines choses qui se rendent ou ne\nse rendent pas. C'est une variante avec point d'orgue ad libitum ; il en\nest même qu'il serait de fort mauvais ton de restituer : une épingle, un\npain à cacheter ou une feuille de papier à lettres, par exemple ; eh bien,\nla musique, aux yeux de certaines personnes, est, à peu de chose près,\ndans cette infime catégorie-là. Cependant, à son endroit, les avis sont"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "86", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.38", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2176, "texte": "encore partagés : les uns la rendent, les autres ne la rendent pas. Ainsi,\ncomme bien vous pensez, ceux-ci la gardent à perpétuité ; pour eux il y\na prescription. C'est pourquoi il m'était curieux de savoir de quel côté,\nà ce sujet, un homme de sens délicat, tel que vous, aime à pencher. »\nBastide, nous l'avons dit, ne se rappelait pas, et il regardait Blaze,\nfixé ment entre les deux yeux, pour tâcher d'y lire sa pensée et y démêler\nle motif de sa bizarre interpellation.\nQuel original ! se dit-il à part.\nEnfin, la rendez-vous ou ne la rendez-vous pas ? reprit Blaze un\npeu plus brusquement : dites oui ou non.\nMais, parbleu, oui, je la rends !\nEh bien, j'en suis fort aise, et je ne vous en demande pas davan-\ntage ; c'était une simple question de curiosité. Adieu ! portez-vous\nbien ! »\nEt il lui serra la main en le quittant sans s'expliquer plus clairement.\nLe lendemain, Bastide, après avoir passé la nuit et une bonne partie\ndu jour sous Je poids de cette singulière question, qui n'avait été\njusque-là pour lui qu'une énigme, vint à se rappeler que son ami lui\navait en effet prêté, dans le temps, un cahier de musique ; qu'il avait\nnégligé de le lui rendre, d'abord par paresse, puis par oubli ; et, ayant\neu le bonheur de le retrouver parmi ses papiers, il se hâta d'aller le lui\nrapporter, avec force compliments sur sa manière nouvelle, très délicate\net très originale, de réclamer ses droits.\nJe me suis servi depuis, mainte fois moi-même, de ce moyen-là pour\nme faire rendre ma musique prêtée ; mais le stratagème, quoique bon,\nne m'a pas toujours également bien réussi, probablement parce qu'il\nn était qu'une pâle traduction du texte original.\nLa musique prêtée meurt et ne se rend pas. C'est comme la garde...\nje voulais dire que, le plus souvent, celui qui la tient la garde... et ce-\npendant... voyez donc la bizarrerie capricieuse des choses de ce monde !\nLe musicien qui s'était depuis si longtemps impunément et irrévocable-\nment approprié la musique d'autrui, n'avait eu, ce jour-là, qu'à dire un\nmot pour se faire restituer la sienne !...\n* ♦ • .\nQu'on vienne nous dire après que cet homme d'art n'avait pas d'ima-\ngination !"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "87", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.39", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2442, "texte": "IV\nSon genre d'esprit. Encore ses traductions.— Horloges musiciennes. Henri-\nBlaze, baron de Bury, fils de CastiL Mariage du père.l Singulière anecdote à\nl'occasion de ce mariage. Peut-être !\nIl me tarde, en écrivant ces pages, consacrées à la mémoire de notre\ntrès regretté Castil-Blaze, d'arriver au moment où je n'aurai plus que\nde doux souvenirs, d'honorables travaux et d'heureux faits à constater\nsur la vie et les écrits de l'excellent ami et du savant musicien que j'ai\nconnu et su apprécier dès ma plus tendre jeunesse. Il venait fréquem-\nment, le soir, chez un de mes oncles paternels, depuis député et maire\nde notre ville natale, sous la Restauration; mais, même avant cette\népoque, il s'y rendait fréquemment certains jours marqués de la semaine,\nconcurremment avec d'autres bourgeois et bourgeoises du pays, aussi\nbons appréciateurs de la belle musique de Rossini, toute nouvelle alors,\nque zélés amateurs de la bouillotte, jeu de cartes très en vogue avant que\nle boston et le whist nous fussent arrivés d'Angleterre.\nBien que le célèbre critique musicien fût déjà alors grand jeune\nhomme et moi encore enfant, je me rappelle qu'on appréciait déjà beau-\ncoup son esprit caustique et mordant, et que l'on écoutait même avec\nplaisir les chansonnettes et les romances de son crû, comme aussi les char-\nmants quatuors pour voix d'hommes qu'il arrangeait sur nos meilleurs\nairs connus. Mais il avait, il faut en convenir, un penchant immodéré\npour les jeux de mots, les pointes d'esprits et le calembourg. Pour se les\nrappeler tous, il faudrait avoir la mémoire prodigieuse de son excellent\npère, Henri-Sébastien-Blaze, notaire très estimé de la ville d'Avignon ;\nlequel, par parenthèse, lorsqu'un client venait le trouver à son étude\npour une date ou pour un nom, ne consultait presque jamais ses regis-\ntres, et lui disait en posant son index sur son front : « Mes minutes à\nmoi, répondent à la seconde; elles sont toutes là. » Le calembourg était\nhéréditaire dans cette charmante famille : ceux du fils, je ne les citerai\ndonc pas tous, mais quelques-uns suffiront pour en apprécier la valeur\ncomme une sorte d'échantillon des autres.\nUn soir donc qu'on attendait, chez mon oncle, un peu plus de monde\nqu'à l'ordinaire à l'occasion d'une grande soirée, un domestique étant\nvenu allumer les quatre quinquets de l'antichambre, l'un d'eux s'étei-\ngnit ; « François, lui dis-je, il yena un d'éteint. Tu fais erreur, mon"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "88", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.40", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1458, "texte": "petit ami, s'écria Blaze qui arrivait en ce moment, ne vois-tu pas qu'ils\nsont tous quatre en fer blanc? » Ceci était assez trivial, mais une de ses\npointes les plus précieuses, qui cependant perdra beaucoup, étant ra-\ncontée en français, la voici :\nUn jour d'été qu'il faisait chez lui sa toilette de garçon, la femme de\nchambre de sa mère, jeune fille simple et naïve, entra par hasard dans\nsa chambre à coucher au moment où il changeait de linge et venait de\ndéposer sur son lit le vêtement indispensable ; elle fit un cri en l'aperce-\nvant dans cet état de complète nudité et tourna le dos pour fuir,\n« Oh ! n'ayez pas peur, lui cria-t-il, car vous l'avez échappé belle;\net si vous étiez entrée une minute plus tôt, vous risquiez de me trouver\nen chemise. »\nMais laissons la babiole qui veut toujours aussi trouver sa place dans\nune biographie et arrivons aux choses graves qui seules ont quelque va-\nleur devant les esprits sérieux de notre siècle auxquels cette revue\ns'adresse principalement.\nPour ce qui est des traductions lyriques de Castil-Blaze, outre les\nNoces de Figaro, la Flûte enchantée, le Barbier de Sévi lie, le Ma-\nriage secret et Freyschutil avait traduit la Pie voleuse, Otello,\nMoïse, la Donna del Lago, Euriante, Anna Boleyn, etc. Plus tard on\nvit paraître à l'Opéra le fameux Don Juan de Mozart qu'il avait depuis\npeu retouché en collaboration avec son fils Henri.\n(La suite prochainement.)\n\nCHARLES SOULLIER."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-07-15-01-c017", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-07-15_01#c017", "volume": "bmtnabc_1875-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "89", "page_fin": "96", "image_debut": 41, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.2.5", "titre_corps": "VARIA", "titre_sommaire": "VARIA", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 41, "page_imprimee": "89", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.41", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1960, "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nFAITS DIVERS\nES membres de la section musicale de l'lnstitut, assistés\nde trois jurés adjoints et des membres du bureau de\nl'Académie des beaux-arts, assistaient, le vendredi 2 juil-\nlet, au Conservatoire, à l'audition préalable, à huis clos,\ndes cantates pour le prix de Rome. Le lendemain samedi,\naudition définitive, suivie du jugement du concours par\ntoutes les sections réunies de l'lnstitut. Les six cantates\nécrites sur la Ciyteinnestre de M. Ballu ont été interprétées ainsi qu il suit .\ni° Cantate de M. Dutacq, chantée par M. Caisso, élève du Conservatoire;\nM. Dufriche, de l'Opéra-Comique, et mademoiselle Belgirard, élève du Con-\nservatoire;\n20 Cantate de M. Pop-Méarini : chantée par MM. Villaret, Roques, élève\ndu Conservatoire, et mademoiselle Mulat ;\n3o Cantate de M. Véronge de la Nux : chantée par MM. Vergnet, Manoury\net mademoiselle Puisais, élève du Conservatoire ;\n4° Cantate de M. Marmontel : chantée par MM. Coppel, Couturier, élève\ndu Conservatoire, et mademoiselle Iîowe ;\n5° Cantate de M. Hillemacher : chantée par MM. Grisy, Menu et made-\nmoiselle Arnaud, tous trois de l'Opéra ;\n6° Cantate de M. Wormser : chantée par MM. Bosquin, Bouhyjet madame\nKrauss.\nC'est cette dernière cantate qui a été couronnée. En conséquence :\nM. Wormser, élève de M. François Bazin, a été proclamé lauréat du con-\nCDurs et on lui a décerné le premier grand prix. Le jury n'a pas cru devoir\ndécerner un second prix, mais une mention honorable a été accordée a\nM. Dutacq, élève de M. Henri Reber.\nLes concours publics du Conservatoire de musique et de déclamation\nsont fixés ainsi qu'il suit : Chant, vendredi 2 3 juillet; piano, samedi 24;\nopéra comique, lundi 26; tragédie et comédie, mardi 27; opéra, mercredi 28;\nvioloncelle et violon, jeudi 29; et les instruments à vent, le vendredi 3o\njuillet.\nM. Edouard Hanslick, le critique musical de la Neue Freue Presse de\nVienne, a visité récemment Paris."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "90", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.42", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3514, "texte": "Il consacre dans son journal un feuilleton au nouvel Opéra. M. Hanslick\nconsent à voir dans l'oeuvre de Garnier la huitième merveille du monde.\nMais s'il regarde le monument comme une œuvre d'art admirable, il est loin\nd'éprouver le même enthousiasme pour les chanteurs qui ont inauguré la\nnouvelle salle. Nous donnons, d'après le Guide musical de Bruxelles, la tra-\nduction de l'article de M. Hanslick, dont nous lui laissons toute la respon-\nsabilité, déclarant ne vouloir partager d'aucune façon sa manière de\nsur certains de nos artistes :\n« Depuis son ouverture, le 5 janvier 1875, jusqu'à la fin de mai, dit\nM. Hanslick, le Grand-Opéra de Paris n'a représenté que la Juive, Guil-\nlaume Tell, Hamlet, la Favorite, et en dernier lieu les Huguenots. Ainsi,\ncinq opéras en cinq mois ! Quelques soirées ont donc permis au public\nd'épuiser tout le répertoire. Il est vrai de dire que pendant toute cette\npériode, c'était moins la représentation que le monument lui-même que l'on\nallait voir, et le vrai spectacle n'était ni sur la scène ni dans la salle, mais\nc'était la salle elle-même.\n« Les trois coups vigoureusement appliqués sur le bois sonore viennent de\nretentir : moyen quelque peu préhistorique de remplacer le sonde la cloche,\nmais qu'une honorable tradition a fait conserver dans toute la France. Le\nrideau se lève. On donne les Huguenots, Nous remarquons avec satisfaction\nque les archets des violons ne se mettent en aucune façon en travers des\nregards des spectateurs et que le bruit des instruments ne couvre pas le\nchant : l'orchestre est placé plus bas qu'à Vienne, et avec raison. L'acous-\ntique est excellente, quoique sous ce rapport le nouvel Opéra ne soit pas à\nla hauteur de l'ancien que l'incendie a détruit rue Le Peletier et où le bois\ndominait dans la construction. Le chant résonne dans la salle beaucoup\nmieux que l'orchestre, de qui l'on est en droit d'attendre plus de vigueur et\nde brillant. Ce n'est pas qu'il soit placé trop bas, mais son insuffisance\nnumérique ne lui permet pas de se faire entendre avec la force nécessaire\ndans un si grand vaisseau. Dix à quatorze violons de plus, et l'orchestre ne\nlaisserait plus rien à désirer. Occupons-nous maintenant de l'exécution elle-\nmême. On peut affirmer hardiment que le mérite des artistes n'est nulle-\nment en rapport avec la grandeur et la magnificence du bâtiment. Ces\noiseaux chanteurs ne méritent pas la cage dorée qu'on leur a faite. Il n'y a\nde remarquable que la mise en scène, les décorations, les costumes et les\nballets. Quant aux chanteurs, à l'exception d'un ou deux, il ne leur est pas\npermis d'avoir la prétention d'être des artistes de premier ordre, dignes du\nGrand-Opéra de Paris, dont le devoir cependant serait de posséder ce qu'il\ny a de mieux en ce genre. Deux faits qui prouveront mieux que tout ce que\nje puis dire la décadence musicale du célèbre Institut, c'est que Gounod et\nVerdi ne veulent lui confier l'exécution, l'un de son Polyeucte, l'autre de\nson Aida, aussi longtemps que des changements ne seront pas introduits\ndans le personnel actuel. Le ténor Villaret chantait Raoul, Villaret, cette\nespèce de bourgeois vieux et pansu, dont la mimique consiste en un sourire\nperpétuellement niais et dont l'action se borne à deux mouvements stéréo-\ntypés des bras. Sa voix est encore forte, mais n'a plus le moindre velouté\nni la moindre fraîcheur. Villaret n'a jamais su ce que c'est que chanter, et\ndès le premier air (Plus blanche, etc.j, que l'on ne peut crier, laissait aper*"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "91", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.43", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 3585, "texte": "cevoir toute son insuffisance. Dans un rôle comme celui de Raoul, l'aspect\nseul de cet homme est déjà comique. Je ne pouvais m empêcher de jeter à\nchaque instant les yeux sur Roger qui se trouvait au parterre, et qui contem-\nplait Raoul de la scène d'un regard profondément mélancolique. Quelles\npensées devaient s'élever dans l'âme de cet intelligent et sympathique artiste\nqui, dans ce même rôle, avait ému et ravi tous les cœurs! Mademoiselle\nGabrielle Krauss chantait Valentine avec cette voix creuse et tremblante qu'à\nVienne nous ne connaissons que trop. Bonne musicienne, intelligente et\nayant l'habitude des planches, elle remplit convenablement son rôle, sans\npouvoir parvenir cependant dans aucune scène à émouvoir ses auditeurs. Le\npublic qui, il est vrai, laisse à la claque le soin d'applaudir, mais qui cepen-\ndant sort de sa réserve ordinaire quand il s'agit d'un de ses favoris, comme\nFaure, madame Miolan et d'autres, avait à l'égard de mademoiselle Krauss\nune attitude presque entièrement passive. La critique parisienne elle-même,\nen général si bienveillante et d'une prédilection si particulière pour made-\nmoiselle Krauss, avait recours, pour parler de sa Valentine, à des détours où\nperçaient à la fois mille difficultés et le désir de trouver tout bien. Sans nul\ndoute, le principal mérite de cette artiste, aux yeux du public de Paris, c'est\nla sûreté et la correction avec laquelle elle manie la langue française.\n« Madame Miolan-Carvalho, une dame de quarante à cinquante ans,\navec des restes heureusement conservés de voix et de beauté, chantait la\nReine. Elle remplit aussi les rôles de Marguerite, d'Ophélie ; c'est donc\ncomme un véritable ange sauveur qu'elle a pris son vol de l'Opéra-Comique\nau Grand-Opéra dans la détresse. Madame Miolan sait tirer un excellent\nparti de ses moyens, et s'il lui manque la profondeur et l'énergie de la\npassion, elle séduit cependant par le charme d'un art plein de mesure et\nd'élégance. Le public parisien conserve pour ses artistes une tendre sympa-\nthie, et le souvenir des beaux jours de la Miolan vient, comme un écho\nsonore, embellir pour lui son chant d'à présent. Aussi, la vénération qu'on\nporte à cette artiste est-elle, à Paris, parfaitement compréhensible et fondée.\nComme madame Miolan surpasse en talent toutes les autres chanteuses, aussi\nFaure, le célèbre baryton, est à la tête de tous les chanteurs du Grand-Opéra.\nSon jeu libre et élégant trahit encore> toujours, son origine de l'Opéra-\nComique. Pour la noble formation et le velouté parfait du son, pour la\nnetteté de l'articulation, pour tout ce qui regarde l'art de la vocalisation et\nl'exquisse expression du chant, Faure est incomparable. Ce n'est que là où il\nfaut à la voix une puissance et une énergie métalliques, que Faure ne s'élève\npas à la grandeur d'effets qu'obtient notre Beck dans ces mêmes passages. Le\ndon Juan de Faure finit précisément où commence le don Juan de Beck : à\nla scène du festin au deuxième finale. Sans se mettre en avant plus qu'il ne\nfaut, Faure sait faire les rôles comme celui de Nevers, dans les Huguenots, le\npoint central de l'action. Le vieux Belval fait encore un excellent Marcel.\nDans Hamlet, Faure est plein d'intelligence et d'exquis sentiment, et\nmadame Miolan remplit le rôle d'Ophélie avec une grâce tranquille. Mais ils\nsont plus que médiocrement secondés par madame Gueymard, sans voix\ncomme sans talent dans la reine Gertrude, par Ponsard, un roiClaudius tout\nà fait médiocre, et par Bosquin, un bien triste Laërte,\n« Lors de la représentation de la Juive, de Halévy, j'eus l'occasion d'en-"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "92", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.44", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3341, "texte": "tendre une autre partie de la troupe du Grand-Opéra. Mademoiselle Mauduit,\ndans le personnage de Rachel, est bien la plus médiocre et la moins intéres-\nsante artiste qu'on puisse s'imaginer. On ne peut pas dire qu'elle soit mau-\nvaise, c'est la nullité même. M. Salomon, qui représente Éléazar, gagne\nrapidement la sympathie d'auditeurs qui, le jour auparavant, ont eu à souffrir\nM. Villaret. Robuste et d'une taille élevée, Salomon possède une voix de\nténor tendre, sonore, seulement un peu voilée dans le haut, et qui fait\nautant de plaisir que son jeu simple et franc. Aussi prédisons-nous à ce\njeune artiste, que la nature a très heureusement doué, une belle carrière,\npourvu qu'il ait l'application et l'intelligence nécessaires. Cette dernière\nqualité ne brillait pas trop dans la façon dont il avait conçu le rôle\nauquel il ne comprenait pas grand'chose. Aucun des traits nationaux du Juif,\npas plus que son caractère fanatique et vindicatif, n'étaient rendus. Salomon\njouait tout le personnage, la tête majestueusement relevée, plein d'onction\net de conciliation, comme s'il voulait bénir toute la chrétienté! en un mot,\nun véritable apôtre. Jamais je n'ai vu si peu d'intelligence dramatique.\nMadame Daram, une petite personne pas trop charmante, chantait Eudoxie\nconvenablement, d'une petite voix prompte à s'émouvoir. Bosquin, comme\nprince Léopold, était évidemment un maître d'école saxon déguisé et de\nl'effet le plus comique. Certes, tout est loin d'être parfait aux représentations\nde l'Opéra de Vienne, mais quand on se trouve au Grand-Opéra de Paris et\nque Ton songe à des chanteurs comme Ehun, Materna, Wilt, Beck, Roki-\ntansky, Millier, Labatt, etc., il est impossible de ne pas éprouver une agréable\nsensation patriotique.\n« Mais portons plutôt nos regards vers les plus beaux côtés du Grand-\nOpéra et finissons par la mise en scène, ce mot pris dans le sens le plus large.\nD'abord les décors. On n'a pas cherché à éblouir les yeux à tout prix par\nl'éclat et les effets de couleur; ce sont des tableaux poétiquement conçus et\npleins de caractère. Qu'il est beau et qu'il répond parfaitement à la scène, ce\npaysage de neige avec la terrasse, au premier acte d'Hamlet ! Qu'il est royale-\nment magnifique, le parc de Chenonceaux, au deuxième acte des Huguenots,\navec son escalier monumental où toute une armée de pages, de dames de la\ncour et de hallebardiers est si pittoresquement groupée ! Qu'il est charmant\net grandiose à la fois, le tableau de la prairie, au troisième acte de la Juive,\navec son château féodal et ses monts imposants ! A cet art de la décoration\nrépondent la richesse, le pittoresque, la fidélité historique des costumes, le\nparfait arrangement des groupes et de leurs évolutions sur la scène. Quant\naux ballets, ils déploient une splendeur pleine de goût et une grande préci-\nsion de mouvements.\n« EDOUARD HANSLICK. »\nLes sous-commissions de l'intérieur et des beaux-arts réunies ont entendu\nM. de Nervaux, directeur général de l'Assistance publique, à l'occasion de\ndivers amendements relatifs au droit des pauvres et déposés par MM. Raoul\nDuval, Beau, etc.\nM. Beau propose notamment, comme nous l'avons déjà indiqué, de réduire\nle droit des pauvres pour les concerts non quotidiens. Ainsi, d'après son\namendement, la taxe prélevée par l'administration ne serait que de 3 o/o."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "93", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.45", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2676, "texte": "M. de Nervaux s'est appliqué à démontrer aux sous-commissions du budget\nque les droits des pauvres ne sauraient être réduits sans qu'il en résultât un\nbouleverssment dans le budget de la ville de Paris. En effet, d'après le direc-\nteur de l'Assistance publique, les revenus annuels de cette administration sont\nde 7,353,000 fr., qui se décomposent comme suit:\nMont-de-Piété , 328,000 fr.\nConcession de cimetières 210,000 »\nDroit des pauvres 2,000,000 »\nRevenus mobiliers et immobiliers de l'Assistance publique... 4,81 5,000 »\nT0ta1.... 7,353,000 »\nIl faut ajouter à ce chiffre la subvention accordée par la ville de Paris et\nqui s'élève à 13,200,000 fr. Or, si le droit des pauvres subissait des réduc-\ntions, il faudrait élever d'une somme équivalente la subvention accordée par\nla Ville.\nEntrant ensuite dans le détail des taxes perçues au nom du droit des\npauvres, M. de Nervaux a donné les chiffres correspondants des recettes\nbrutes des théâtres, cafés-concerts, concerts, bals, et du droit des pauvres\npendant les dernières années.\nVoici les chiffres pour l'année 1874 :\nRecettes brutes. Droit des pauvres.\nThéâtres 19,565,278 64 1,761,407 40\nCafés-concerts 2,196,323 01 223,780 12\nConcerts « 325,672 60 66,214 76\nBals i,i25,256 i 5 214,238 48\nAssauts, fêtes diverses, etc 53,3g3 08\n23,212,530 40 2,3i9,033 84\nM. de Nervaux ne croit donc pas qu'il soit possible d'opérer la réduction\ndemandée par M. Beau pour les concerts non quotidiens, tels que les con-\ncerts du Conservatoire, les concerts Pasdeloup, et ce dernier, soit dit entre\nparenthèses, paie 400 francs par séance, sur une recette estimée à 5,000 fr.\nenviron.\nLes sous-commissions, après une courte délibération, ont décidé qu'elles\nentendraient M. le préfet de la Seine. M. Tirard a été chargé de demander\nà M. Ferdinand Duval de venir s'entendre avec elles.\nPlusieurs membres estiment qu'il serait néanmoins possible de réduire les\ntaxes sur les concerts non quotidiens en augmentant, par compensation, les\ndroits des pauvres pour les bals publics.\nCette intéressante question sera d'ailleurs prochainement discutée.\n- Le 7 juillet, à neuf heures du matin, la Commission consultative des\nthéâtres a été convoquée pour discuter la question du Théâtre-Lyrique, ou\nplutôt celle de la nomination du directeur de ce théâtre.\nM. Wallon est tout à fait disposé en faveur du Théâtre-Lyrique, ainsi que\nnous l'avons déjà dit dans un précédent article, et il est d'avis de donner à\nson futur directeur les 97,500 fr. (chiffre exact), « comme entrée de jeu, »\nsuivant sa propre expression. La Commission du budget a, de son côté, con-\nsenti à ajouter aux 100,000 francs inscrits au prochain budget, le reliquat"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "94", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.46", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3144, "texte": "de la dernière subvention. La nouvelle contradictoire, envoyée par l'agence\nHavas, et reproduite par plusieurs de nos confrères, était donc inexacte.\nIl serait possible que la nomination du directeur du Théâtre-Lyrique suivît\nde près la réunion d'hier, et qu'après avoir entendu les divers avis des\nmembres de la Commission consultative, le ministre des Beaux-Arts prît une\ndécision.\nAux termes du cahier des charges de l'Opéra, les bénéfices sont liquidés\ntous les deux ans, et l'État prélève la moitié de ces bénéfices.\nLa somme ainsi obtenue doit être affectée :\ni° A la reconstitution du matériel dans le cas où le crédit de 2,400,000 fr.?\nvoté par l'Assemblée serait insuffisant ;\n2° A l'amélioration des représentations de l'art lyrique en France.\nPar suite d'une combinaison proposée par la Commission et acceptée\npar les parties intéressées, l'État pourrait avoir la libre disposition de ces\nonds et les employer au profit du Théâtre-Lyrique.\nLa collecte faite par M. Gailhard, parmi le personnel de l'Opéra, au\nprofit des inondés du Midi, s'est élevée au chiffre de 5,294 francs.\nGrande activité au théâtre de Bayreuth, dont la construction est aujour-\nd'hui presque entièrement achevée. Pendant qu'une légion d'ouvriers se hâte\nde terminer les travaux de la scène, Wagner lui-même s'est mis àla tête de\nsa petite troupe, dont les premiers sujets sont : Madame Friedrich-Materna,\nMM. Niemann, Betz et Scaria. Les répétitions au foyer ont commencé le\nier juillet; du ier au i 5 août auront lieu les répétitions à l'orchestre. C'est le\nKapellmeister Hans Richter qui en prendra la direction. La question des\ncostumes, très délicate à trancher, a été résolue par le professeur Dœpler de\nBerlin. Cet artiste a soumis à Wagner ses esquisses et le maître s'est montré\ntrès satisfait du talent avec lequel il avait réalisé ses conceptions. Le profes-\nseur Dœpler a donc pris la direction de ce travail important, et tous les cos-\ntumes seront confectionnés sous son contrôle, à Berlin et à Meiningen, qui a\nla spécialité des armes antiques et moyen âge. Une autre question pratique\npréoccupe vivement Wagner ; c'est celle de savoir où l'on pourra héberger la\npopulation artistique accourue à Bayreuth pour assister aux représentations\nde la trétalogie. Bayreuth, on le sait, est une petite ville de 18,000 habitants\nqui se trouvera certainement fort embarrassée de l'affluence d'étrangers que\nva lui amener la curieuse solennité qui se prépare. Il est donc question de\nconstruire un grand hôtel, comprenant 400 chambres meublées et 600 lits.\nCe projet soulève naturellement une question de capitaux que les comités\nwagnériens s'occupent en ce moment de résoudre.\nMM. Beau et d'Osmoy ont présenté, sur la demande de l'Association des\nartistes musiciens, présidée par M. le baron Taylor, un amendement àla loi\ndu budget fixant à 3 0/0 le droit des pauvres sur les concerts non quotidiens,\ndroit qui, depuis trois ans, a été augmenté d'une manière inouïe par l'Assis-\ntance publique de Paris. Ces concerts sont ceux que donnent occasionnelle-\nment des artistes, des sociétés artistiques ou de bienfaisance, à la différence"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "95", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.47", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2739, "texte": "des cafés-concerts et des concerts-promenades, qui sont quotidiens et imposés\ncomme les théâtres à 10 o/o.\nLes concerts non quotidiens peuvent, en vertu de l'interprétation d'une\nancienne loi du 8 thermidor an V, être taxés jusqu'à 25 o/o. Toutes les admi-\nnistrations qui se sont succédé depuis 80 ans avaient compris la nécessité de\nn imposer les concerts au benefice d artistes que d'un droit minime, qui va-\nriait de 3o à 5o francs au plus par concert ; mais, depuis trois ans, l'Assis-\ntance publique a élevé ses prétentions jusqu'à demander à la Société des\nconcerts du Conservatoire 800 francs par concert pour la prochaine saison,\nau lieu de 300 francs qu'elle payait jusqu'en 1873. Cette Société a déclaré\nqu'elle cesserait ses concerts si lon persistait à lui réclamer plus que les 400\nfrancs qu'elle a payés depuis trois ans.\nNous avons déjà le Théâtre-Italien et le Théâtre-Lyrique fermés et leur\npersonnel sans emploi ; faudra-t-il que Paris soit aussi privé des beaux con-\ncerts du Conservatoire ?\nIl est bon qu on sache que la Société des concerts ayant à partager le bé-\nnéfice de ses concerts entre ses iso membres, il ne revient en moyenne à\nchaque artiste que b francs par heure pour le temps employé aux concerts\net aux nombreuses répétitions qu'ils nécessitent. Il va sans dire que les autres\nSociétés artistiques ayant des recettes moins élevées que celles du Conserva-\ntoiie, 11e peuvent donner à leurs membres que des bénéfices encore beaucoup\nmoindres.\nL amendement de MM. Beau et d'Osmoy paraît avoir beaucoup de chances\nd être adopté par l'Assemblée nationale, parce qu'il respecte le principe du\ndroit des pauvies, tout en ménageant les intérêts des artistes 5 la fixation du\ndroit à 3 0/0 pour les concerts de musique sérieuse et ceux au bénéfice d'ar-\ntistes aurait pour conséquence de rétablir ce droit tel à peu près qu'il était\nperçu avant les augmentations réclamées par l'Assistance publique depuis\n1873.\nL'Assemblée nationale comprendra certainement qu'entraver le mouve-\nment artistique de Paris et retirer une de ses ressources à une classe nom-\nbreuse et peu fortunée d'artistes n'est pas le moyen de remplir la caisse de\nl'Assistance publique, car ses exigences exagérées amèneraient inévitable-\nment une diminution dans le nombre des concerts et nuiraient autant aux\nhospices qu'aux artistes.\n\nNOUVELLES\n\nARIS. Opéra. —• Mademoiselle Rosine Bloch a pris le rôle de la\nReine dans Hamlet à la place de madame Gueymard, actuellement\nen congé.\nAprès le ballet de M. Léo Delibes qui est entré en répétition,\non mettra à l'étude un opéra ballet de M. de Saint-Georges. Le titre de ce\nnouvel ouvrage n'est pas encore arrêté.\nLes auditions se succèdent» Plusieurs ténors ont été entendus. M. Vitaux,"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "96", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.48", "debut_caractere": 125, "fin_caractere_exclue": 1606, "texte": "ténor du grand Opéra de Bordeaux, devait débuter dans les Huguenots. Au\ndernier moment il s'est retiré.\nUn autre ténor, M. Valdejo, premier sujet de l'Opéra-Comique à Liège et\nà Lyon pendant ces dernières années, s'est fait entendre aussi et son auditon\na été des plus heureuses.\nOpéra-Comique. Capoul revenant de Londres a passé par Paris et pris\nconnaissance de son rôle dans Paul et Virginie, sous la direction même de\nl'auteur, qui tenait le piano. Cette lecture aurait complètement réussi à\ntous les égards. On dit mademoiselle Heilbron destinée au rôle de Virginie.\nVariétés. Mademoiselle Aimée rentrera aux Variétés dans les Brigands,\nque M. Bertrand a l'intention de reprendre vers la fin de septembre, avant\nde jouer la Boulangère, dont les répétitions vont commencer le 20 août.\nFolies-Dramatiques. Réouverture le ier août avec Les Cinq francs d'un\nbourgeois de Paris.\nThéâtre-Taibout.— Le théâtre Taibout a trouvé preneur. Cette petite salle\nsi élégante mais si peu chanceuse jusqu'ici vient d'être louée à M. de Molènes\nqui dirigeait tout récemment l'Alcazar d'hiver. Le nouveau directeur se pro-\npose de former une troupe capable d'y jouer le répertoire d'opérettes.\nM. Kowalski vient de partir pour faire une tournée en Bretagne en\ncompagnie de madame Alhaiza, mademoiselle Sanglés, et MM. Raoult, Ne-\nveu, Poter, Pitel et Hammeral.\nJeudi prochain, premier concert à Rennes au bénéfice des inondés.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-07-15-01-c019", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-07-15_01#c019", "volume": "bmtnabc_1875-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "89", "page_fin": "95", "image_debut": 41, "image_fin": 47, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.2.5.2", "titre_corps": "FAITS DIVERS", "titre_sommaire": "FAITS DIVERS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 41, "page_imprimee": "89", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.41", "debut_caractere": 52, "fin_caractere_exclue": 1960, "texte": "FAITS DIVERS\nES membres de la section musicale de l'lnstitut, assistés\nde trois jurés adjoints et des membres du bureau de\nl'Académie des beaux-arts, assistaient, le vendredi 2 juil-\nlet, au Conservatoire, à l'audition préalable, à huis clos,\ndes cantates pour le prix de Rome. Le lendemain samedi,\naudition définitive, suivie du jugement du concours par\ntoutes les sections réunies de l'lnstitut. Les six cantates\nécrites sur la Ciyteinnestre de M. Ballu ont été interprétées ainsi qu il suit .\ni° Cantate de M. Dutacq, chantée par M. Caisso, élève du Conservatoire;\nM. Dufriche, de l'Opéra-Comique, et mademoiselle Belgirard, élève du Con-\nservatoire;\n20 Cantate de M. Pop-Méarini : chantée par MM. Villaret, Roques, élève\ndu Conservatoire, et mademoiselle Mulat ;\n3o Cantate de M. Véronge de la Nux : chantée par MM. Vergnet, Manoury\net mademoiselle Puisais, élève du Conservatoire ;\n4° Cantate de M. Marmontel : chantée par MM. Coppel, Couturier, élève\ndu Conservatoire, et mademoiselle Iîowe ;\n5° Cantate de M. Hillemacher : chantée par MM. Grisy, Menu et made-\nmoiselle Arnaud, tous trois de l'Opéra ;\n6° Cantate de M. Wormser : chantée par MM. Bosquin, Bouhyjet madame\nKrauss.\nC'est cette dernière cantate qui a été couronnée. En conséquence :\nM. Wormser, élève de M. François Bazin, a été proclamé lauréat du con-\nCDurs et on lui a décerné le premier grand prix. Le jury n'a pas cru devoir\ndécerner un second prix, mais une mention honorable a été accordée a\nM. Dutacq, élève de M. Henri Reber.\nLes concours publics du Conservatoire de musique et de déclamation\nsont fixés ainsi qu'il suit : Chant, vendredi 2 3 juillet; piano, samedi 24;\nopéra comique, lundi 26; tragédie et comédie, mardi 27; opéra, mercredi 28;\nvioloncelle et violon, jeudi 29; et les instruments à vent, le vendredi 3o\njuillet.\nM. Edouard Hanslick, le critique musical de la Neue Freue Presse de\nVienne, a visité récemment Paris."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "90", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.42", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3514, "texte": "Il consacre dans son journal un feuilleton au nouvel Opéra. M. Hanslick\nconsent à voir dans l'oeuvre de Garnier la huitième merveille du monde.\nMais s'il regarde le monument comme une œuvre d'art admirable, il est loin\nd'éprouver le même enthousiasme pour les chanteurs qui ont inauguré la\nnouvelle salle. Nous donnons, d'après le Guide musical de Bruxelles, la tra-\nduction de l'article de M. Hanslick, dont nous lui laissons toute la respon-\nsabilité, déclarant ne vouloir partager d'aucune façon sa manière de\nsur certains de nos artistes :\n« Depuis son ouverture, le 5 janvier 1875, jusqu'à la fin de mai, dit\nM. Hanslick, le Grand-Opéra de Paris n'a représenté que la Juive, Guil-\nlaume Tell, Hamlet, la Favorite, et en dernier lieu les Huguenots. Ainsi,\ncinq opéras en cinq mois ! Quelques soirées ont donc permis au public\nd'épuiser tout le répertoire. Il est vrai de dire que pendant toute cette\npériode, c'était moins la représentation que le monument lui-même que l'on\nallait voir, et le vrai spectacle n'était ni sur la scène ni dans la salle, mais\nc'était la salle elle-même.\n« Les trois coups vigoureusement appliqués sur le bois sonore viennent de\nretentir : moyen quelque peu préhistorique de remplacer le sonde la cloche,\nmais qu'une honorable tradition a fait conserver dans toute la France. Le\nrideau se lève. On donne les Huguenots, Nous remarquons avec satisfaction\nque les archets des violons ne se mettent en aucune façon en travers des\nregards des spectateurs et que le bruit des instruments ne couvre pas le\nchant : l'orchestre est placé plus bas qu'à Vienne, et avec raison. L'acous-\ntique est excellente, quoique sous ce rapport le nouvel Opéra ne soit pas à\nla hauteur de l'ancien que l'incendie a détruit rue Le Peletier et où le bois\ndominait dans la construction. Le chant résonne dans la salle beaucoup\nmieux que l'orchestre, de qui l'on est en droit d'attendre plus de vigueur et\nde brillant. Ce n'est pas qu'il soit placé trop bas, mais son insuffisance\nnumérique ne lui permet pas de se faire entendre avec la force nécessaire\ndans un si grand vaisseau. Dix à quatorze violons de plus, et l'orchestre ne\nlaisserait plus rien à désirer. Occupons-nous maintenant de l'exécution elle-\nmême. On peut affirmer hardiment que le mérite des artistes n'est nulle-\nment en rapport avec la grandeur et la magnificence du bâtiment. Ces\noiseaux chanteurs ne méritent pas la cage dorée qu'on leur a faite. Il n'y a\nde remarquable que la mise en scène, les décorations, les costumes et les\nballets. Quant aux chanteurs, à l'exception d'un ou deux, il ne leur est pas\npermis d'avoir la prétention d'être des artistes de premier ordre, dignes du\nGrand-Opéra de Paris, dont le devoir cependant serait de posséder ce qu'il\ny a de mieux en ce genre. Deux faits qui prouveront mieux que tout ce que\nje puis dire la décadence musicale du célèbre Institut, c'est que Gounod et\nVerdi ne veulent lui confier l'exécution, l'un de son Polyeucte, l'autre de\nson Aida, aussi longtemps que des changements ne seront pas introduits\ndans le personnel actuel. Le ténor Villaret chantait Raoul, Villaret, cette\nespèce de bourgeois vieux et pansu, dont la mimique consiste en un sourire\nperpétuellement niais et dont l'action se borne à deux mouvements stéréo-\ntypés des bras. Sa voix est encore forte, mais n'a plus le moindre velouté\nni la moindre fraîcheur. Villaret n'a jamais su ce que c'est que chanter, et\ndès le premier air (Plus blanche, etc.j, que l'on ne peut crier, laissait aper*"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "91", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.43", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 3585, "texte": "cevoir toute son insuffisance. Dans un rôle comme celui de Raoul, l'aspect\nseul de cet homme est déjà comique. Je ne pouvais m empêcher de jeter à\nchaque instant les yeux sur Roger qui se trouvait au parterre, et qui contem-\nplait Raoul de la scène d'un regard profondément mélancolique. Quelles\npensées devaient s'élever dans l'âme de cet intelligent et sympathique artiste\nqui, dans ce même rôle, avait ému et ravi tous les cœurs! Mademoiselle\nGabrielle Krauss chantait Valentine avec cette voix creuse et tremblante qu'à\nVienne nous ne connaissons que trop. Bonne musicienne, intelligente et\nayant l'habitude des planches, elle remplit convenablement son rôle, sans\npouvoir parvenir cependant dans aucune scène à émouvoir ses auditeurs. Le\npublic qui, il est vrai, laisse à la claque le soin d'applaudir, mais qui cepen-\ndant sort de sa réserve ordinaire quand il s'agit d'un de ses favoris, comme\nFaure, madame Miolan et d'autres, avait à l'égard de mademoiselle Krauss\nune attitude presque entièrement passive. La critique parisienne elle-même,\nen général si bienveillante et d'une prédilection si particulière pour made-\nmoiselle Krauss, avait recours, pour parler de sa Valentine, à des détours où\nperçaient à la fois mille difficultés et le désir de trouver tout bien. Sans nul\ndoute, le principal mérite de cette artiste, aux yeux du public de Paris, c'est\nla sûreté et la correction avec laquelle elle manie la langue française.\n« Madame Miolan-Carvalho, une dame de quarante à cinquante ans,\navec des restes heureusement conservés de voix et de beauté, chantait la\nReine. Elle remplit aussi les rôles de Marguerite, d'Ophélie ; c'est donc\ncomme un véritable ange sauveur qu'elle a pris son vol de l'Opéra-Comique\nau Grand-Opéra dans la détresse. Madame Miolan sait tirer un excellent\nparti de ses moyens, et s'il lui manque la profondeur et l'énergie de la\npassion, elle séduit cependant par le charme d'un art plein de mesure et\nd'élégance. Le public parisien conserve pour ses artistes une tendre sympa-\nthie, et le souvenir des beaux jours de la Miolan vient, comme un écho\nsonore, embellir pour lui son chant d'à présent. Aussi, la vénération qu'on\nporte à cette artiste est-elle, à Paris, parfaitement compréhensible et fondée.\nComme madame Miolan surpasse en talent toutes les autres chanteuses, aussi\nFaure, le célèbre baryton, est à la tête de tous les chanteurs du Grand-Opéra.\nSon jeu libre et élégant trahit encore> toujours, son origine de l'Opéra-\nComique. Pour la noble formation et le velouté parfait du son, pour la\nnetteté de l'articulation, pour tout ce qui regarde l'art de la vocalisation et\nl'exquisse expression du chant, Faure est incomparable. Ce n'est que là où il\nfaut à la voix une puissance et une énergie métalliques, que Faure ne s'élève\npas à la grandeur d'effets qu'obtient notre Beck dans ces mêmes passages. Le\ndon Juan de Faure finit précisément où commence le don Juan de Beck : à\nla scène du festin au deuxième finale. Sans se mettre en avant plus qu'il ne\nfaut, Faure sait faire les rôles comme celui de Nevers, dans les Huguenots, le\npoint central de l'action. Le vieux Belval fait encore un excellent Marcel.\nDans Hamlet, Faure est plein d'intelligence et d'exquis sentiment, et\nmadame Miolan remplit le rôle d'Ophélie avec une grâce tranquille. Mais ils\nsont plus que médiocrement secondés par madame Gueymard, sans voix\ncomme sans talent dans la reine Gertrude, par Ponsard, un roiClaudius tout\nà fait médiocre, et par Bosquin, un bien triste Laërte,\n« Lors de la représentation de la Juive, de Halévy, j'eus l'occasion d'en-"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "92", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.44", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3341, "texte": "tendre une autre partie de la troupe du Grand-Opéra. Mademoiselle Mauduit,\ndans le personnage de Rachel, est bien la plus médiocre et la moins intéres-\nsante artiste qu'on puisse s'imaginer. On ne peut pas dire qu'elle soit mau-\nvaise, c'est la nullité même. M. Salomon, qui représente Éléazar, gagne\nrapidement la sympathie d'auditeurs qui, le jour auparavant, ont eu à souffrir\nM. Villaret. Robuste et d'une taille élevée, Salomon possède une voix de\nténor tendre, sonore, seulement un peu voilée dans le haut, et qui fait\nautant de plaisir que son jeu simple et franc. Aussi prédisons-nous à ce\njeune artiste, que la nature a très heureusement doué, une belle carrière,\npourvu qu'il ait l'application et l'intelligence nécessaires. Cette dernière\nqualité ne brillait pas trop dans la façon dont il avait conçu le rôle\nauquel il ne comprenait pas grand'chose. Aucun des traits nationaux du Juif,\npas plus que son caractère fanatique et vindicatif, n'étaient rendus. Salomon\njouait tout le personnage, la tête majestueusement relevée, plein d'onction\net de conciliation, comme s'il voulait bénir toute la chrétienté! en un mot,\nun véritable apôtre. Jamais je n'ai vu si peu d'intelligence dramatique.\nMadame Daram, une petite personne pas trop charmante, chantait Eudoxie\nconvenablement, d'une petite voix prompte à s'émouvoir. Bosquin, comme\nprince Léopold, était évidemment un maître d'école saxon déguisé et de\nl'effet le plus comique. Certes, tout est loin d'être parfait aux représentations\nde l'Opéra de Vienne, mais quand on se trouve au Grand-Opéra de Paris et\nque Ton songe à des chanteurs comme Ehun, Materna, Wilt, Beck, Roki-\ntansky, Millier, Labatt, etc., il est impossible de ne pas éprouver une agréable\nsensation patriotique.\n« Mais portons plutôt nos regards vers les plus beaux côtés du Grand-\nOpéra et finissons par la mise en scène, ce mot pris dans le sens le plus large.\nD'abord les décors. On n'a pas cherché à éblouir les yeux à tout prix par\nl'éclat et les effets de couleur; ce sont des tableaux poétiquement conçus et\npleins de caractère. Qu'il est beau et qu'il répond parfaitement à la scène, ce\npaysage de neige avec la terrasse, au premier acte d'Hamlet ! Qu'il est royale-\nment magnifique, le parc de Chenonceaux, au deuxième acte des Huguenots,\navec son escalier monumental où toute une armée de pages, de dames de la\ncour et de hallebardiers est si pittoresquement groupée ! Qu'il est charmant\net grandiose à la fois, le tableau de la prairie, au troisième acte de la Juive,\navec son château féodal et ses monts imposants ! A cet art de la décoration\nrépondent la richesse, le pittoresque, la fidélité historique des costumes, le\nparfait arrangement des groupes et de leurs évolutions sur la scène. Quant\naux ballets, ils déploient une splendeur pleine de goût et une grande préci-\nsion de mouvements.\n« EDOUARD HANSLICK. »\nLes sous-commissions de l'intérieur et des beaux-arts réunies ont entendu\nM. de Nervaux, directeur général de l'Assistance publique, à l'occasion de\ndivers amendements relatifs au droit des pauvres et déposés par MM. Raoul\nDuval, Beau, etc.\nM. Beau propose notamment, comme nous l'avons déjà indiqué, de réduire\nle droit des pauvres pour les concerts non quotidiens. Ainsi, d'après son\namendement, la taxe prélevée par l'administration ne serait que de 3 o/o."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "93", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.45", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2676, "texte": "M. de Nervaux s'est appliqué à démontrer aux sous-commissions du budget\nque les droits des pauvres ne sauraient être réduits sans qu'il en résultât un\nbouleverssment dans le budget de la ville de Paris. En effet, d'après le direc-\nteur de l'Assistance publique, les revenus annuels de cette administration sont\nde 7,353,000 fr., qui se décomposent comme suit:\nMont-de-Piété , 328,000 fr.\nConcession de cimetières 210,000 »\nDroit des pauvres 2,000,000 »\nRevenus mobiliers et immobiliers de l'Assistance publique... 4,81 5,000 »\nT0ta1.... 7,353,000 »\nIl faut ajouter à ce chiffre la subvention accordée par la ville de Paris et\nqui s'élève à 13,200,000 fr. Or, si le droit des pauvres subissait des réduc-\ntions, il faudrait élever d'une somme équivalente la subvention accordée par\nla Ville.\nEntrant ensuite dans le détail des taxes perçues au nom du droit des\npauvres, M. de Nervaux a donné les chiffres correspondants des recettes\nbrutes des théâtres, cafés-concerts, concerts, bals, et du droit des pauvres\npendant les dernières années.\nVoici les chiffres pour l'année 1874 :\nRecettes brutes. Droit des pauvres.\nThéâtres 19,565,278 64 1,761,407 40\nCafés-concerts 2,196,323 01 223,780 12\nConcerts « 325,672 60 66,214 76\nBals i,i25,256 i 5 214,238 48\nAssauts, fêtes diverses, etc 53,3g3 08\n23,212,530 40 2,3i9,033 84\nM. de Nervaux ne croit donc pas qu'il soit possible d'opérer la réduction\ndemandée par M. Beau pour les concerts non quotidiens, tels que les con-\ncerts du Conservatoire, les concerts Pasdeloup, et ce dernier, soit dit entre\nparenthèses, paie 400 francs par séance, sur une recette estimée à 5,000 fr.\nenviron.\nLes sous-commissions, après une courte délibération, ont décidé qu'elles\nentendraient M. le préfet de la Seine. M. Tirard a été chargé de demander\nà M. Ferdinand Duval de venir s'entendre avec elles.\nPlusieurs membres estiment qu'il serait néanmoins possible de réduire les\ntaxes sur les concerts non quotidiens en augmentant, par compensation, les\ndroits des pauvres pour les bals publics.\nCette intéressante question sera d'ailleurs prochainement discutée.\n- Le 7 juillet, à neuf heures du matin, la Commission consultative des\nthéâtres a été convoquée pour discuter la question du Théâtre-Lyrique, ou\nplutôt celle de la nomination du directeur de ce théâtre.\nM. Wallon est tout à fait disposé en faveur du Théâtre-Lyrique, ainsi que\nnous l'avons déjà dit dans un précédent article, et il est d'avis de donner à\nson futur directeur les 97,500 fr. (chiffre exact), « comme entrée de jeu, »\nsuivant sa propre expression. La Commission du budget a, de son côté, con-\nsenti à ajouter aux 100,000 francs inscrits au prochain budget, le reliquat"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "94", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.46", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3144, "texte": "de la dernière subvention. La nouvelle contradictoire, envoyée par l'agence\nHavas, et reproduite par plusieurs de nos confrères, était donc inexacte.\nIl serait possible que la nomination du directeur du Théâtre-Lyrique suivît\nde près la réunion d'hier, et qu'après avoir entendu les divers avis des\nmembres de la Commission consultative, le ministre des Beaux-Arts prît une\ndécision.\nAux termes du cahier des charges de l'Opéra, les bénéfices sont liquidés\ntous les deux ans, et l'État prélève la moitié de ces bénéfices.\nLa somme ainsi obtenue doit être affectée :\ni° A la reconstitution du matériel dans le cas où le crédit de 2,400,000 fr.?\nvoté par l'Assemblée serait insuffisant ;\n2° A l'amélioration des représentations de l'art lyrique en France.\nPar suite d'une combinaison proposée par la Commission et acceptée\npar les parties intéressées, l'État pourrait avoir la libre disposition de ces\nonds et les employer au profit du Théâtre-Lyrique.\nLa collecte faite par M. Gailhard, parmi le personnel de l'Opéra, au\nprofit des inondés du Midi, s'est élevée au chiffre de 5,294 francs.\nGrande activité au théâtre de Bayreuth, dont la construction est aujour-\nd'hui presque entièrement achevée. Pendant qu'une légion d'ouvriers se hâte\nde terminer les travaux de la scène, Wagner lui-même s'est mis àla tête de\nsa petite troupe, dont les premiers sujets sont : Madame Friedrich-Materna,\nMM. Niemann, Betz et Scaria. Les répétitions au foyer ont commencé le\nier juillet; du ier au i 5 août auront lieu les répétitions à l'orchestre. C'est le\nKapellmeister Hans Richter qui en prendra la direction. La question des\ncostumes, très délicate à trancher, a été résolue par le professeur Dœpler de\nBerlin. Cet artiste a soumis à Wagner ses esquisses et le maître s'est montré\ntrès satisfait du talent avec lequel il avait réalisé ses conceptions. Le profes-\nseur Dœpler a donc pris la direction de ce travail important, et tous les cos-\ntumes seront confectionnés sous son contrôle, à Berlin et à Meiningen, qui a\nla spécialité des armes antiques et moyen âge. Une autre question pratique\npréoccupe vivement Wagner ; c'est celle de savoir où l'on pourra héberger la\npopulation artistique accourue à Bayreuth pour assister aux représentations\nde la trétalogie. Bayreuth, on le sait, est une petite ville de 18,000 habitants\nqui se trouvera certainement fort embarrassée de l'affluence d'étrangers que\nva lui amener la curieuse solennité qui se prépare. Il est donc question de\nconstruire un grand hôtel, comprenant 400 chambres meublées et 600 lits.\nCe projet soulève naturellement une question de capitaux que les comités\nwagnériens s'occupent en ce moment de résoudre.\nMM. Beau et d'Osmoy ont présenté, sur la demande de l'Association des\nartistes musiciens, présidée par M. le baron Taylor, un amendement àla loi\ndu budget fixant à 3 0/0 le droit des pauvres sur les concerts non quotidiens,\ndroit qui, depuis trois ans, a été augmenté d'une manière inouïe par l'Assis-\ntance publique de Paris. Ces concerts sont ceux que donnent occasionnelle-\nment des artistes, des sociétés artistiques ou de bienfaisance, à la différence"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "95", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.47", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2340, "texte": "des cafés-concerts et des concerts-promenades, qui sont quotidiens et imposés\ncomme les théâtres à 10 o/o.\nLes concerts non quotidiens peuvent, en vertu de l'interprétation d'une\nancienne loi du 8 thermidor an V, être taxés jusqu'à 25 o/o. Toutes les admi-\nnistrations qui se sont succédé depuis 80 ans avaient compris la nécessité de\nn imposer les concerts au benefice d artistes que d'un droit minime, qui va-\nriait de 3o à 5o francs au plus par concert ; mais, depuis trois ans, l'Assis-\ntance publique a élevé ses prétentions jusqu'à demander à la Société des\nconcerts du Conservatoire 800 francs par concert pour la prochaine saison,\nau lieu de 300 francs qu'elle payait jusqu'en 1873. Cette Société a déclaré\nqu'elle cesserait ses concerts si lon persistait à lui réclamer plus que les 400\nfrancs qu'elle a payés depuis trois ans.\nNous avons déjà le Théâtre-Italien et le Théâtre-Lyrique fermés et leur\npersonnel sans emploi ; faudra-t-il que Paris soit aussi privé des beaux con-\ncerts du Conservatoire ?\nIl est bon qu on sache que la Société des concerts ayant à partager le bé-\nnéfice de ses concerts entre ses iso membres, il ne revient en moyenne à\nchaque artiste que b francs par heure pour le temps employé aux concerts\net aux nombreuses répétitions qu'ils nécessitent. Il va sans dire que les autres\nSociétés artistiques ayant des recettes moins élevées que celles du Conserva-\ntoiie, 11e peuvent donner à leurs membres que des bénéfices encore beaucoup\nmoindres.\nL amendement de MM. Beau et d'Osmoy paraît avoir beaucoup de chances\nd être adopté par l'Assemblée nationale, parce qu'il respecte le principe du\ndroit des pauvies, tout en ménageant les intérêts des artistes 5 la fixation du\ndroit à 3 0/0 pour les concerts de musique sérieuse et ceux au bénéfice d'ar-\ntistes aurait pour conséquence de rétablir ce droit tel à peu près qu'il était\nperçu avant les augmentations réclamées par l'Assistance publique depuis\n1873.\nL'Assemblée nationale comprendra certainement qu'entraver le mouve-\nment artistique de Paris et retirer une de ses ressources à une classe nom-\nbreuse et peu fortunée d'artistes n'est pas le moyen de remplir la caisse de\nl'Assistance publique, car ses exigences exagérées amèneraient inévitable-\nment une diminution dans le nombre des concerts et nuiraient autant aux\nhospices qu'aux artistes."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-07-15-01-c021", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-07-15_01#c021", "volume": "bmtnabc_1875-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "95", "page_fin": "96", "image_debut": 47, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.2.5.3", "titre_corps": "NOUVELLES", "titre_sommaire": "NOUVELLES", "signature_source": "Pour l'article Varia : Le Secrétaire de la Rédaction, O. LE TRIOUX", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 47, "page_imprimee": "95", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.47", "debut_caractere": 2342, "fin_caractere_exclue": 2739, "texte": "NOUVELLES\n\nARIS. Opéra. —• Mademoiselle Rosine Bloch a pris le rôle de la\nReine dans Hamlet à la place de madame Gueymard, actuellement\nen congé.\nAprès le ballet de M. Léo Delibes qui est entré en répétition,\non mettra à l'étude un opéra ballet de M. de Saint-Georges. Le titre de ce\nnouvel ouvrage n'est pas encore arrêté.\nLes auditions se succèdent» Plusieurs ténors ont été entendus. M. Vitaux,"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "96", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.48", "debut_caractere": 125, "fin_caractere_exclue": 1606, "texte": "ténor du grand Opéra de Bordeaux, devait débuter dans les Huguenots. Au\ndernier moment il s'est retiré.\nUn autre ténor, M. Valdejo, premier sujet de l'Opéra-Comique à Liège et\nà Lyon pendant ces dernières années, s'est fait entendre aussi et son auditon\na été des plus heureuses.\nOpéra-Comique. Capoul revenant de Londres a passé par Paris et pris\nconnaissance de son rôle dans Paul et Virginie, sous la direction même de\nl'auteur, qui tenait le piano. Cette lecture aurait complètement réussi à\ntous les égards. On dit mademoiselle Heilbron destinée au rôle de Virginie.\nVariétés. Mademoiselle Aimée rentrera aux Variétés dans les Brigands,\nque M. Bertrand a l'intention de reprendre vers la fin de septembre, avant\nde jouer la Boulangère, dont les répétitions vont commencer le 20 août.\nFolies-Dramatiques. Réouverture le ier août avec Les Cinq francs d'un\nbourgeois de Paris.\nThéâtre-Taibout.— Le théâtre Taibout a trouvé preneur. Cette petite salle\nsi élégante mais si peu chanceuse jusqu'ici vient d'être louée à M. de Molènes\nqui dirigeait tout récemment l'Alcazar d'hiver. Le nouveau directeur se pro-\npose de former une troupe capable d'y jouer le répertoire d'opérettes.\nM. Kowalski vient de partir pour faire une tournée en Bretagne en\ncompagnie de madame Alhaiza, mademoiselle Sanglés, et MM. Raoult, Ne-\nveu, Poter, Pitel et Hammeral.\nJeudi prochain, premier concert à Rennes au bénéfice des inondés.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[49]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.1", "texte": "FRAGMENTS DES MÉMOIRES INÉDITS\nDU\nCHEVALIER SIGIMOND NEUKOMM\n\nI\nSALZBOURG\nA famille est originaire de la Souabe, où elle a\nbrillé de quelque éclat à diverses époques, no-\ntamment durant les guerres de trente ans et de\nsept ans. Plusieurs de ses membres figurèrent\navec honneur sur les champs de bataille, à la\nsuite de leurs princes souverains, et l'un d'eux,\nAntoine Neukomm, devenu conseiller intime\ndu dernier comte palatin de Neubourg, après\navoir dignement porté l'épée à ses côtés, mérita\nd'être anobli, sur la proposition de ce dernier, par l'empereur Joseph 11,\nainsi que ses frères Xavier et David.\n\nIX.\n4"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "50", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.2", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nMon père, David Neukomm, fils de celui que je viens de citer, était\nné à Deffingen, près de Gunzbourg, en Souabe. Il avait tait d excel-\nlentes études classiques, et, vers l'âge de vingt ans, il se rendit à Salz-\nbourg pour y prendre ses grades universitaires. Ses connaissances éten-\ndues lui permettaient d'aspirer à un emploi important. Mais de lourdes\ncharges de famille décidèrent autrement de son avenir : il se contenta\n_ ' _ • 1\nd'une modeste place de professeur à l'Ecole normale, qu'on venait de\ncréer.\nMon père était très doux, très bon, mais en même temps très sévère\net très grave. Je ne me souviens pas de l'avoir vu rire une seule fois.\nPar contre, je ne l'ai jamais vu en colère. Il parlait peu, mais ses paroles\navaient de la portée. Il aimait passionnément la musique et avait acquis\nun bon talent d amateur sur le violon. Il m'accompagnait parfois sui\ncet instrument quand il pouvait dérober un quart d heure à ses occupa-\ntions multiples. Je me rappelle aussi que lorsque je fus en état de jouer\nun petit morceau, il me mena chez le vieux Mozart, père de l'immortel\nauteur de Don Juan.Ce vénérable vieillard daigna écouter avec bonté\ncette misère, lui qui avait été accoutumé à entendre son fils improviser\nen maître, dès l'âge de cinq ans, sur un motif donné à l'improviste.\nNon cuilibet licet adiré Corinthumf\nJ'ai donc connu Mozart le père, mais non son fils, qui avait quitté\nSalzbourg peu de temps après ma naissance, et qui était mort lorsque\nj'arrivai à Vienne en 179^*\nJe suis le premier enfant né du mariage de mon père et de ma mère,\net je fus l'aîné de vingt-trois enfants ! Il fallut toute l'économie de ma\nbonne mère et toute l'application de mon pere, qui, dès cinq heures du\nmatin, était chaque jour au travail, pour venir à bout d'élever cette\nnombreuse famille. Notre table était simple, mais nous ne connûmes\njamais ni luxe ni misère. Je suis né le 10 juillet J 778.\nJ'étais ce qu'on est convenu d'appeler un enfant précoce; à quatre ans,\nje savais lire, et, une année plus tard, j écrivais d'une bonne main d'éco-\nlier. Un homme qui venait parfois à la maison s'amusait à m'apprendre\nà siffler des airs, que je retenais et rendais parfaitement. Ce fut ainsi que\nse révéla mon goût pour la musique. Lorsque j'eus atteint l'âge de sept\nans, je commençai l'étude de cet art, qui est devenu la passion de toute\nma vie, sous la'direction d'un excellent organiste de la ville, nommé\nWeissaner, qui, en moins d'un an, me mit à même de toucher l'orgue\nde l'église d'un village voisin. A neuf ans, je commençai mes classes au\nlycée, et mon père me donna un répétiteur qui me poussa de façon à\nparcourir honorablement tous les degiés de mes humanités."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "51", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.3", "texte": "LE CHEVALIER SIGISMOND NEUKOMM\n\nLa musique marchait de iront avec mes études ; aussi fus-je bientôt\nen état de suppléer non-seulement mon maître, mais encore plusieurs\nautres organistes de la ville dans leurs pénibles fonctions, notamment\nMichel Haydn, dont la femme était parente de ma mère. Michel Haydn,\nfrère du grand Haydn, et lui-même compositeur plein de mérite, était,\nà cette époque, maître des concerts de la cour et premier organiste de la\ncathédrale.\nPour donner une idée de ce qu'était un service solennel dans cette\ncathédrale, il me faut remonter plus haut, et montrer ce qu'était Salz-\nbourg au temps où je me reporte. Salzbourg, ou plutôt le pays de Salz-\nbourg, formait alors une principauté ecclésiastique, dont le souverain,\narchevêque, légat du Saint-Siège et primat d'Allemagne, était élu par le\nchapitre, composé de vingt-quatre chanoines, tous princes ou comtes,\nappartenant aux premières maisons de l'empire.\nLes princes-archevêques de Salzbourg jouissaient de tous les droits et\nde toutes les prérogatives des autres souverains, et, souvent, au moyen\nâge, ils avaient pris part aux guerres qui déchirèrent l'Allemagne durant\ntant de siècles.\nJe suis né sous le gouvernement du prince-archevêque comte Collo-\nredo, homme d'esprit et beaucoup plus éclairé que les autres souverains\nses voisins. Il avait hérité de ses prédécesseurs d'une cour complète,\ncomposée de ce qu on appelait autrefois de grands seigneurs, et d'une\nexcellente chapelle qui se taisait entendre aux concerts de la cour et à\nla cathédrale.\nDans cette magnifique église, construite tout en marbre et dans le\nmeilleur style italien, étaient placées six orgues, savoir : quatre dans les\nquatie jubés, un dans le choeur, et le sixième un orgue monumental\nà l'autre extrémité de l'édifice, faisant face au maître-autel.\nLes jouis de grande tête, les musiciens étaient disposés de la manière\nsuivante : Sur le jubé à droite étaient placés tous les chanteurs solistes,\nquelques instruments à vent, le maître de chapelle (en ce temps-là c'était\nun abbé italien du nom de Gatti), le premier organiste de semaine (il y\nen avait deux qui alternaient pour remplir cette fonction), et enfin les\nvioloncelles et les contre-basses. Sur le jubé à gauche étaient disposés\nles auties instruments à cordes, et les deux autres jubés étaient occupés\npai deux bandes de trompettes et de timbaliers, qui sonnaient alternati-\nvement des fanfares. Ces trompettes et ces timbaliers portaient, dans les\ngrandes circonstances, l'ancien costume espagnol. Enfin, dans le chœur,\nétaient placés le maître-autel, le trône du prince, les stalles des cha-"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "52", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.4", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nnoines, les bancs pour les chantres et les entants de la maîtrise, etl orgue\npour accompagner les grands morceaux d'ensemble.\nA l'heure fixée pour le service, le prince-ârchevêque, revêtu de son\ngrand costume de cardinal, descendait les degrés de son palais, qui est\nattenant à la cathédrale. Il était précédé de ses pages, tous jeunes gens\nde familles nobles, et suivi des gentilshommes de sa cour. Les chefs des\ndifférentes branches d'administration, les magistrats de la ville et le\nbourgmestre fermaient le cortège, qui s'avançait majestueusement entre\nune double haie de hallebardiers et de gardes-du-corps.\nA l'entrée du prince dans l'église, le grand orgue jouait à pleins jeux.\nEn ce temps-là, c'était généralement moi qui le tenais, comme suppléant\nà l'organiste en titre. Arrivé près du maître-autel, le prince prenait place\nsur son trône. Les trompettes sonnaient des fanfares, puis la grand'-\nmesse commençait. Le même cérémonial accompagnait la sortie du\nprince.\nQu'on me pardonne cette digression : elle est l'image fidèle d'une\nscène dont la génération actuelle, même dans mon pays, n'a plus aucune\nidée. Je reprends mon récit où je l'ai interrompu.\nMa qualité d'enfant précoce se manifestait également sous le rapport\ndu sentiment. Il me souvient qu'à peine âgé de huit ans, je fis à une\npetite fille une proposition de mariage, et tâchai de lui faire comprendre\nqu'il y aurait pour elle honneur et avantage à épouser « un homme »\nqui, certainement, serait un jour organiste de la ville, peut-être même\nde la cathédrale, auquel cas la bienheureuse épouse serait au moins\nl'égale d'une impératrice. Plus tard, je mis plus de mystère dans mes\nadorations, et la belle qui fut l'objet de ma seconde flamme, et à laquelle\nje n'adressai jamais la parole, ne put se douter de la tendresse qu'elle\navait inspirée au futur organiste. Mes déclarations les plus hardies se\nbornaient à tirer mon chapeau en passant sous ses fenêtres, sans oser\nregarder si elle avait pu me voir. Je me plaisais dans la solitude, et sur\nun de ces charmants monticules qui environnent la ville, je me retirais\ndans l'endroit le plus sauvage pour dévorer les Idylles de Gessner, le\njeune Werther, de Gœthe, et tous nos poètes qui ont chanté l'amour\net les beautés de la nature; puis, lorsque mon cœur, s'était gonflé au\npoint d'être prêt de se fendre, je tirais ma flûte de ma poche et je filais\ndes sons à faire pleurer d'attendrissement les rochers qui m'entouraient.\nLe souvenir de ce temps a encore aujourd'hui des charmes pour moi,\ncar mon cœur s'obstine à ne vouloir point apprendre à vieillir avec moi.\nIl se révolte contre le millésime de mon acte de naissance !Le docteur"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "53", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.5", "texte": "LE CHEVALIER SIGISMOND NEUKOMM\n\nGall a bien raison de dire que l'homme est à l'âge de trois ans tout ce\nqu'il sera à l'âge de quatre-vingt-dix !\nDepuis ma première enfance, j'ai toujours eu un extrême désir d'ap-\nprendre toutes choses. La position de mon père venait à mon aide. Le\ncorps enseignant dont il faisait partie m'avait admis gratuitement à\ntous les cours, de manière que j'ai reçu une instruction scientifique\nassez étendue. Pour la musique, j'y faisais des progrès assez rapides :\nJ'apprenais à jouer plusieurs instruments, en commençant par le violon\net la flûte. Par la suite, ces exercices m'ont été d'une grande utilité, et\nj'ai pu me convaincre que tout compositeur doit apprendre à jouer de\ntous les instruments, ne fût-ce que pour éviter, dans ses ouvrages, des\ndifficultés qui, dans les instruments à vent surtout, résultent des clefs\net des mauvais sons. Un autre conseil que je donnerai aux élèves qui se\nvouent à la composition musicale, serait d'apprendre à chanter. La voix\nest un instrument beaucoup plus difficile à manier qu'on ne le pense or-\ndinairement, et il y a tels compositeurs, fort admirés d'ailleurs, qui écri-\nvent très mal pour la voix et dont la simple inspection de leurs ouvrages\nindique suffisamment qu'ils n'ont pas appris à chanter*\nJ'abandonnai bientôt l'étude suivie des instruments à archet, mais je\nrestai fidèle à ma flûte, ce qui me permit de figurer fort jeune à l'or-\nchestre du théâtre. Mes occupations n'y étaient point considérables, car\non ne jouait que trois fois par semaine, encore n'y avait-il pas de flûtes\nles jours de comédie ; mais du moins ces petits services me valurent-ils\nmes entrées, ce qui me procura la bonne occasion d'entendre de la musi-\nque. Les soirées passées au théâtre de Salzbourg me remettent en mé-\nmoire une aventure de mon enfance, que je ne puis passer sous silence.\nOn représentait alors souvent des tragédies et des drames détestables\ntirés des légendes du moyen âge. Ces pièces et les romans de la même\népoque étaient fort à la mode. Nos jeunes têtes s'en enflammèrent.\nOr, quoique je fusse l'un des plus jeunes parmi mes condisciples, j'étais\nl'instigateur en toutes choses. Me voilà donc à concevoir la sublime idée\nde créer une association de preux chevaliers. Aussitôt, nous confection-\nnâmes des casques, des cuirasses et des boucliers en carton recouvert de\npapier argenté, avec force devises et enluminures. Puis nous prîmes des\nnoms de guerre. Si j'ai bonne mémoire, j'avais choisi, moi chétif garçon,\ncelui de Cœur de Lion. Comme on pense, les duels à outrance étaient\nl'objet principal de nos réunions chevaleresques; et, en vérité, nous nous\nbattions comme des enragés et nos épées étaient dentelées comme des\nscies. Je me hâte de dire que, dans tous nos combats, jamais une goutte\nde sang ne fut répandue, le sort déterminant ceux des combattants qui"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "54", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.6", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ndevaient mordre la poussière. Or il advint qu'un jour nous convînmes\nde ressusciter le combat des Horaces et des Curiaces. Nous portâmes\ntout notre attirail sur une colline située à peu de distance de la\nville, et là, au grand jour, nous organisâmes notre rencontre. Tout alla\nfort bien, et les vaincus se roulèrent convenablement dans la poussière.\nMais, hélas! nous avions compté sans un promeneur qui nous dénonça\nà notre professeur. J'ai oublié de dire qu'au moment où cette action\navait lieu, nous aurions dû assister à nos cours. Dès le lendemain, le\nprofesseur fit une grande enquête sur cet événement. Il ordonna que le\nchef de l'entreprise se dénonçât; mais personne ne le fit, nos statuts nous\ndéfendant ce sous peine de mort » de divulguer les secrets de notre ordre.\nCependant je me dévouai, et pour épargner un pensum à mes frères d'ar-\nmes, je me déclarai leur chef et leur séducteur. Je savais que je n'avais\npas grand'chose à craindre, mon professeur étant grand amateur de mu-\nsique. Je fus donc quitte pour une bonne réprimande, à laquelle s'ajouta\nla défense expresse de jamais jouer aux preux chevaliers. Ainsi passe la\ngloire de ce monde! Sic transit gloria mundi !\nEn me rappelant ces premières années de ma jeunesse, je suis\nétonné d'avoir trouvé le temps de faire tout ce que j'ai fait. Mais mon\npère m'avait enseigné le secret de la valeur du temps, Quiconque sait\napprécier les minutes est sûr de trouver des heures! Mon père, qui était,\nainsi que je l'ai dit, tous les matins à cinq heures à son travail, me\nréveillait à la même heure, et assis à ses côtés je préparais mes leçons.\nParfois mes yeux se refermaient involontairement, et alors un «TM dors »\nde mon père me rappelait à Tordre. Parfois aussi j'avais, comme tous les\nenfants de mon âge, des moments où la paresse s'emparait de moi. Or\nje me rappelle que, dans un de ces moments, mon père me dit un jour\navec un accent qui m'émut profondément : ce Tu ne fais rien qui vaille?\nHélas ! je désirais tant te mettre en état de gagner ta vie moins pénible-\nment que moi. » Avec de telles paroles, mon père m'aurait fait traverser\ndes flammes. Je me corrigeai et travaillai désormais sans relâche.\nLorsque j'eus atteint l'âge de quatorze ans, je fus nommé àla place\nd'organiste de l'Université. Cette fonction me donnait assez d'occupations;\nmais aussi mes émoluments étaient de cinquante florins par an. Je me\ncroyais unCrésus. Néanmoins, outre mon propre service, je continuai\nà suppléer mes confrères, notamment mon vénéré maître Michel Haydn,\nsous la direction duquel j'étudiais alors la composition.\nDurant tout le temps de l'Avent, il y avait tous les jours, à cinq heures\ndu matin,, une grand'messe à la cathédrale. C'est à ce service que Haydn\nm'envoyait à sa place. Tous les matins, je partais donc de la maison."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "55", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.7", "texte": "LE CHEVALIER SIGISMOND NEUKOMM\n\nma petite lanterne à la main, pour me rendre, à travers une épaisse\ncouche de neige, à la cathédrale. Mais c'était surtout le dimanche que\nmes fonctions devenaient vraiment pénibles. Qu'on en juge plutôt : A\ncinq heures, ma grand'messe à la cathédrale ; à six heures et demie, à\nl'église de la Trinité, au delà du pont, aussi pour Haydn ; à huit heures,\npour mon propre compte, à l'église de l'Université; à neuf heuies, à la\ngrande église ; à neuf heures et demie, au grand orgue de la cathédrale ;\nà deux heures, à l'Université ; à trois heures, à la cathédrale, et souvent\nencore à cinq heures dans quelque autre église paroissiale. On conçoit\nque cette activité fut pour moi une excellente école.\nA dix-sept ans, je terminai ma carrière universitaire, et dès lors je me\ndécidai à me vouer entièrement à la composition musicale. On me pro-\nposa une place de répétiteur à l'Opéra. Je l'acceptai avec empressement.\nMes nouvelles fonctions consistaient à faire répéter les chanteurs, qui,\npour la plupart, n'étaient pas musiciens. Il en résulta que je sus par\ncœur tous les opéras qu'on montait, ce qui me fut utile, puisque ce\ntravail me familiarisait avec les chefs-d oeuvre de Mozart et d autres\ngrands maîtres.\nMais les recettes n'ayant pu couvrir les dépenses, la direction fut\nobligée de fermer le théâtre au bout d'une année d'exploitation. En pré-\nsence de cette catastrophe, mon enthousiasme pour la musique me fit\nprendre un grand parti. Je résolus de me rendre à Vienne, qui alors\nétait le pays par excellence de la bonne musique. J'avais à peine de quoi\nfournir aux frais de mon voyage ; mais j'avais le courage que ma con-\nfiance en Dieu m'a donné et qui ne m'a jamais abandonné. Et puis,\nMichel Haydn m'avait promis des lettres de recommandation, et c est\nmuni d'une introduction auprès de son frère Joseph introduction que\nje regardais comme un bien suprême que je quittai la maison pater-\nnelle le 19 mars 1798.\nII\nVIENNE\nJ'arrivai à Vienne le jour même de la première exécution de 1 orato-\nrio : Les Sept Paroles de Jésus-Christ.\nHaydn avait composé cet ouvrage, quinze années auparavant, sur la\ndemande du chapitre de la cathédrale de Cadix. C'étaient des morceaux\nde musique instrumentale destinés à être exécutés le vendredi saint."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "56", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.8", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nL'église, toute tendue de noir, n'était éclairée que par une seule lampe\nsuspendue au milieu du vaisseau. Après la symphonie d'introduction,\nle prêtre montait à l'autel et prononçait la première parole : Mon père,\npardonnez-leur, car ils ne savent ce qu' ils font ; puis il prononçait une\ncourte dissertation sur ce texte, et l'orchestre jouait la seconde sympho-\nnie, qui exprime le sens des paroles. Le prêtre remontait ensuite à l'au-\ntel et alternait avec l'orchestre jusqu'à la fin de la septième et dernière\nparole. Le tout se terminait par une symphonie qui exprime le tremble-\nment de terre qui, suivant l'histoire, marqua le moment de la mort du\nChrist.\nA son retour de son second voyage en Angleterre, Haydn, passant\npar Passau, apprit que le maître de chapelle du prince-évêque de cette\nville avait conçu l'heureuse idée d'adapter à sa musique des paroles et\ndes parties de chant. Haydn, pensant avec raison qu'il pouvait faire ce\ntravail mieux qu'aucun autre, reprit cette idée et composa des parties de\nchant sur des paroles que lui fournit son protecteur et ami, le baron van\nSwieten. C'est sous cette forme que cet ouvrage admirable fut exécuté\npour la première fois le jour de mon arrivée à Vienne. L'impression que\nproduisit sur moi l'audition de ce chef-d'œuvre est encore vivante en\nmon esprit, quoique cinquante années se soient écoulées depuis cette\népoque.\nJ'étais bien pressé de remettre au grand Haydn la lettre de son frère.\nJe me rendis donc chez lui dès le lendemain. Il était sorti. On me fit\nentrer dans son cabinet de travail pour attendre son retour. Le cœur me\nbattait, et je puis dire que jamais croyant ne s'est approché avec plus de\nvénération du Saint Sépulcre de Jérusalem que je ne m'approchai du\nmauvais piano, couvert de manuscrits, au-dessus duquel était suspendu\nle portrait du maître, peint en Angleterre.\nHaydn rentra au bout de peu d'instants. Il me reçut assez froide-\nment, et, après avoir lu la lettre de son frère, il m'adressa la parole en\nces termes :\ncc Mon frère désire que je vous prenne pour élève, mais je n'en ai\npoint le temps. Je travaille à un grand ouvrage (c'était la Création) qui\nm'occupe exclusivement. Mon frère me dit que vous avez terminé avec\nsuccès vos études de contre-point. Apportez-moi quelqu'un de vos ou-\nvrages pour que je voie ce que vous pouvez faire. Mais venez de grand\nmatin, avant que je me mette au travail. »\nJe retournai au bout de peu de jours chez Haydn. Lorsqu'il eut par-\ncouru mes pauvres petits essais, il me dit d'un air plein de bienveil-\nlance :"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "57", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.9", "texte": "LE CHEVALIER SIGISMOND NEUKOMM\n\n<( C'est bien; continuez à travailler, et montrez-moi tout ce que vous\nferez. »\nDès ce moment, une nouvelle existence commença pour moi.\nJ'avais retrouvé à Vienne un compatriote, ancien ami de la famille de\nma mère, M. Milder, courrier du cabinet de l'empereur. Il avait deux\nfilles, dont l'aînée, Pauline, montrait quelques dispositions pour la mu-\nsique. Dans l'intention de m'être utile, M. Milder me proposa de lui\ndonner des leçons en échange du logement qu'il m'offrit. J'acceptai de\ngrand cœur et commençai l'instruction musicale de Pauline_, alors âgée\nde quatorze ou quinze ans. Je ne me doutais guère que mon élève devien-\ndrait un jour la célèbre madame Milder-Hauptmann. M. Milder ne\nborna point sa bienveillance à cette délicate attention. Il me procura\nquelques petites leçons, mais à grand'peine, car, quoique âgé de vingt\nans, j'en portais à peine seize. Il fallait donc prendre toutes les leçons\nqui se présentaient. Or, comme elles se trouvaient généralement dans\ndes quartiers assez excentriques, je perdais beaucoup de temps à courir\nle cachet, temps précieux qu'il me fallait regagner sur mes heures de\nsommeil. Mais rien ne me décourageait, et je faisais des progrès non-\nseulement dans mon art, mais encore dans l'affection de mon bien-aimé\nmaître Haydn, qui me traitait comme un fils. Je n'avais pas non plus\nnégligé mes études classiques; et même il me prit,, vers cette époque,\nfantaisie d'étudier la médecine. J'aurais peut-être déserté pour elle la\nmusique, si mes moyens pécuniaires me l'eussent permis.\nMes excès de travail me valurent au bout de peu de temps une fièvre\nnerveuse qui me conduisit aux portes du tombeau. Je m'en remis pour-\ntant grâce aux soins de la bonne famille Milder, et en dépit d'une sur-\nprise, arrangée par mes amis pour célébrer ma convalescence, et qui\noccasionna une rechute qui faillit me devenir funeste : ce fut Sussmayer,\nbien connu par son achèvement du Requiem de Mozart, qui fut la cause\ninvolontaire de cette recrudescence de la maladie; il avait composé la\nmusique d'une cantate que nos amis exécutèrent dans une chambre\nvoisine de la mienne ; je n'en avais point été prévenu, et un tremblement\nviolent me saisit; la fièvre me reprit et ma convalescence fut longue et\npénible; mais la jeunesse a tant de ressources que j'eus la joie de re-\nprendre mes chères occupations.\nJe me désolais souvent en voyant ce que d'autres compositeurs avaient\nproduit à l'âge où j'étais ; Mozart surtout, qui dès sa naissance avait été\ngrand, me causait des vertiges, mais les bonnes paroles de Haydn me\nramenaient à la raison.\nJe ne saurais à ce sujet passer sous silence un conseil qu'il me donna"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "58", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.10", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\net qui me fut profitable. J'avais, en étudiant les chefs-d'œuvre des\ngrands maîtres du seizième siècle, découvert dans un ouvrage du père\nAthanase Kircher [Musurgia universalis, sive ars magna consoni\net dissoni inX libros digesta) un canon énigmatique à trente-six parties\nréelles, savoir : à neuf chœurs à quatre parties. J'avais eu la patience de\nmettre ce canon en partition, ainsi que plusieurs autres, et je pris\ntellement goût à ce genre d'exercices, que pendant un certain temps je\nne fis plus que des canons énigmatiques. Haydn m'avertit du danger\nque je courais. Il me démontra que je faisais fausse route et me mit en\ngarde contre mes entraînements. Je renonçai donc à mes canons et je\nm'en applaudis, car, dans le fait, ces difficultés vaincues ne sont qu'un\njeu d'esprit, et la musique a un plus noble but.\nJe veux payer ici le tribut de la reconnaissance particulière que je\ndois à mon ami Joseph Eybler. Il avait été élève d'Albrechtsberger et\nde Mozart, et Haydn faisait le plus grand cas de son talent. Eybler me\nprit en affection, et ses conseils m'ont fait le plus grand bien. Je lui sou-\nmettais mes travaux, et dans ses critiques il se montrait plus sévère que\nHaydn lui-même.\n(La suite prochainement,)\n\nE. NEUKOMM."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "59", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.11", "texte": "L'OREILLE\n\n<0\nES limites des sons perceptibles à l'oreille ne peuvent\nêtre fixées d'une manière immuable; elles s'éloignent\nou se rapprochent suivant les individus, indépendam-\nment de toute affection morbide et de tout obstacle\nmatériel. Les limites admises par la science ne sont\ndonc calculées que sur une moyenne assez peu exacte\nelle-même, on le comprend, par l'impossibilité de saisir l'humanité tout\nentière par les oreilles, sous prétexte d'expériences d'acoustique transcen-\ndante.\nQuoique Savart prétende qu'une corde agitée de manière à donner seu-\nlement huit vibrations par seconde produit un son perceptible (2), il est\nreconnu que l'oreille humaine ne perçoit nettement qu'un son produit\npar trente-deux vibrations simples par seconde au moins. Helmholtz (3)\nexige soixante vibrations.\nQuant à la limite supérieure des sons, Despretz, renchérissant sur\nSavart, la recule à 73,000 vibrations par seconde. Mais d'après les\nexpériences plus récentes de Kœnig, les notes les plus aiguës qui se puis-\nsent entendre distinctement que le savant mécanicien, du moins,\n\n(1) Voir le numéro du ler juillet,\n(2) Revue encyclopédique, juillet 1831. Annales de Chimie et de Physique\nvol. XXXVI.\n(3) Die Lehre von den Ton Empfindungen, von H. Helmholtz (Braunschweig,\ni 865). A été traduit par M. G. Guéroult, sous ce titre : Théorie physiologique de la\nMusique. Paris, 1868."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "60", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.12", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\npuisse entendre distinctement ne donnent pas plus de 45,000 vibra-\ntions.\nLes limites moyennes des sons perceptibles se trouvent ainsi renfer-\nmées entre 60 et 45,000 vibrations par seconde. L'étendue de la faculté\nd'entendre chez l'homme embrasse donc près de dix octaves, quoique les\nvibrations d'une note à l'extrémité la plus élevée soient au moins sept\ncents fois plus rapides que celles qui produisent les sons les plus graves.\nComme des vibrations beaucoup plus rapides existent nécessairement,\non peut dire que des petits animaux, tels que la cigale, le grillon, etc.,\ndont la faculté de percevoir les sons semble presque commencer où la\nnôtre finit, entendent des sons infiniment plus aigus, dont nous n'avons\nnulle idée. De même, sans doute, il y a des insectes dont les sensations\nn'ont rien de commun avec les nôtres, mais qui sont doués d'une puis-\nsance d'excitation particulière et d'un sens percevant les vibrations qui\nfrappent nos propres sens, mais dans un tel éloignement que l'animal\nqui les perçoit peut être considéré comme possédant un sens différent,\ns'accordant avec le nôtre seulement dans le milieu par lequel il est excité,\net qui n'est probablement pas affecté par les vibrations plus lentes aux-\nquelles nous sommes sensibles (1).\nUn fait assez curieux et qui échappe généralement à l'attention, c'est\nque, de même que nombre de personnes voient mieux d'un œil que de\nl'autre, beaucoup ont les deux oreilles fort inégalement sensibles. On ne\ns'aperçoit pas de cette différence, pas plus qu'on ne s'aperçoit de 1 imper-\nfection de l'un des deux yeux, parce que les deux organes agissent de\nconserve, atténuant les imperfections l'un de l'autre, tout en s'emparant,\npour le transmettre au cerveau : les yeux, du relief des objets; l'oreille,\ndu relief des sons, qui est le timbre. Mais que l'on se bouche les oreilles\nl'une après l'autre, ou que Yon ferme alternativement les deux yeux, et\nl'on ne tardera pas à se convaincre que l'infirmité peu grave que nous\nsignalons est beaucoup trop répandue.\nIttard affirme avoir connu une personne dont les deux oreilles enten-\ndaient toujours une note différente. Cette assertion d'lttard a rencontré\nbien des incrédules, et j'en ai vu rire de pitié des gens fort sensés, mais\nétrangers aux sciences naturelles. Cependant qu'on nous permette de\npoursuivre notre rapprochement entre la vue et l'ouïe, et sans doute la\nchose paraîtra moins étrange.\nIl existe une aberration bien connue de l'organe de la vision, prove-\n\n(1) Wollaston : Abstract of Papers, etc."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "61", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.13", "texte": "L'OREILLE\n\nnant, soit d'une affection de la rétine ou du nerf optique, soit d'un défaut\nde parallélisme des axes visuels, et qui produit cette hallucination singu-\nlière de faire voir à la personne qui en est atteinte, les objets doubles ou\nmême multiples. Cette affection a reçu en conséquence le nom de diplo-\npie (vue double), que le vulgaire traduit bévue (i). Rien en théorie ne\ns'oppose à ce que la même infirmité affecte l'ouïe; et si peu avancés que\nnous soyons dans la pratique, nous n'ignorons pas que les hallucinations\nauditives sont tout aussi nombreuses et variées que les hallucinations\noptiques.\nLa berlue (Amblyopie) n'est-elle pas une autre affection de l'œil dont\nl'analogue se retrouve dans l'oreille? On recherche, on observe qu'il y a\ndes personnes qui entendent mal d'une oreille ou de toutes les deux, et\nl'on bâtit trop souvent là-dessus une théorie, fort savante, sans doute,\nmais où le cas pathologique est complètement laissé de côté par je ne sais\nquelle préoccupation du « curieux » plus nuisible évidemment qu'utile\nà la science. Voici, par exemple, Flessel qui pousse si loin ses observa-\ntions en ce genre qu'il en arrive, dans le cas de sensibilité inégale, à cette\nconclusion, que le phénomène est objectif zt que le diapason donne ef-\nfectivement une note différente selon qu'il vibre devant une oreille ou\ndevant l'autre! D'où il suit que c'est le diapason qui a tort ou que\nFlessel a la berlue !\nLe mirage a son similaire auditif dans Yacousmate, hallucination par\nlaquelle on entend dans les airs des bruits de voix et d'instruments qui\nn'y sont naturellement pas, de même que le mirage offre à la vue le spec-\ntacle trompeur d'îles verdoyantes épanouies sur l'immensité sans bornes\nde la mer, oasis parfumées, agrémentées de sources pures, dans l'étendue\ndes sables brûlants du désert.\nEnfin, outre la surdité complète et irrémédiable produite par la para-\nlysie du nerf acoustique, une foule d'affections connues, spéciales, s'at-\ntaquent à l'organe de l'ouïe : Yhypercousie, qui fait entendre les sons\nplus fort que nature; la surdité incomplète ou dysécie; la paracousie,\nqui fait entendre des bruits imaginaires; Xhypéréthésie, ou excès de sen-\nsibilité du nerf acoustique, etc., etc.\nBayle, tombant en convulsions au bruit d'un filet d'eau coulant d'un\nrobinet, nous offre un assez curieux exemple d'hypéréthésie.\n\n(i) Je reçois précisément une lettre d'un médecin de mes amis, dans laquelle il\nme raconte qu'il soigne actuellement, pour une autre affection, un jeune homme\nd'une de nos grandes villes du sud-ouest, atteint de diplopie bien caractérisée :\nconséquence de la maladie pour laquelle il est en traitement."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "62", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.14", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nWillis cite plusieurs personnes dures d'oreilles, c'est-à-dire atteintes\nde dysécie (ouïe faible), du moins apparemment, qui n'entendaient\nles sons faibles qu'autant qu'un grand bruit les accompagnait ou,\nplus exactement, leur servait de véhicule. C'est à tort, en tout cas, que\nWillis donne à ce phénomène le nom de paracousie, qui sert à indiquer\nle cas, non des gens qui sont durs d'oreilles, mais de ceux qui entendent\nde travers.\nMais, écrire un traité des maladies de l'oreille n'est pas notre but; ce\nserait, d'ailleurs, la tâche' d'une plume autrement compétente que la\nnôtre. Si nous avons indiqué sommairement à quels maux l'oreille est\nsujette et l'insuffisance, selon nous, des observations médicales dont ce\nfragile et merveilleux organe a été jusqu'ici l'objet, c'est un peu pour\ndétruire quelques illusions et beaucoup pour préparer ce qui nous reste\nà dire sur cet intéressant sujet, que nous ne saurions épuiser.\nIII\nLes personnes chez lesquelles le sens de l'ouïe est parfait, possèdent,\nainsi que nous Pavons dit en commençant, la faculté précieuse de distin-\nguer toutes les relations qui existent entre les sons de ton différent, de\ndécomposer, comme le prisme fait les couleurs, les sons les plus com-\nplexes, les plus chargés d'harmoniques, en vibrations simples (1). Les\npersonnes qui jouissent de cette faculté sont douées de ce qu'on appelle\nune oreille musicale à des degrés différents, bien entendu.\nMais il en est qui n'ont d'autre faculté que celle d'entendre.\nL'oreille humaine est, comme nous l'avons vu, immergée dans un\nocéan fluide dont chaque ondulation produit son effet. Répétées à des\nintervalles réguliers et rapides, ces ondulations donnent à une « oreille\nmusicale » la sensation d'une note musicale; à des intervalles irrégu-\nliers, c'est le sentiment du bruit qu'on éprouve (2). Eh! bien, à de cer-\ntaines oreilles, régulières ou irrégulières, toutes les ondulations du fluide\nauditif n'apportent que la sensation du bruit, et la musique n'est pour\n\n(1) Suivant Weber, l'oreille d'un musicien exercé distingue parfaitement deux\nnotes dont les vibrations respectives sont entre elles dans la proportion de 1000 à\n1001. ( Wellenlehre auf Expérimente Gegrundet, Von den Brûdern Ernst Heinrich\nWeber und Wilhelm Weber. Leipzig, 1825).\n(2) Hooke le premier, en 1681, produisit un son musical par des petits coups\nlégers répétés à intervalles égaux et rapides. Sa crécelle, la sirène de Cagnard de la\nTour, la roue dentée de Savart ont été construites pour la démonstration mécanique\nde ce phénomène."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "63", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.15", "texte": "L'OREILLE\n\nelles, suivant le mot de Théophile Gautier, qu'un bruit qui coûte cher.\nElles n'ont aucune idée du plaisir qu'éprouvent les oreilles mieux douées\nà suivre dans leur évolution merveilleuse une succession de notes choi-\nsies avec art, et ne sauraient distinguer un ton d'un autre.\nD'autres, sans être absolument insensibles à la musique, ne font point\nde différence entre les productions horripilantes de l'orgue de Barbarie\net les accents de l'instrument le plus parfait.\nJe connais une personne douée d'une vue excellente, quoique déjà\nâgée, qui a toute sa vie parfaitement distingué les sept couleurs du\nprisme, et qui n'a jamais rien entendu aux nuances intermédiaires les\nplus nettes, les plus tranchées. N'y a-t-il pas une grande similitude\nentre l'infirmité de cette personne, assez bonne musicienne, pour com-\nble, et les personnes dénuées d'oreille musicale?\nSaint-Augustin, anathématisant les malheureux qui n'aiment pas la\nmusique, prouvait l'excellente organisation de son oreille, bien plus en-\ncore que l'étendue de sa charité chrétienne; et Shakespeare, faisant dire\nà l'un de ses personnages qu'il faut se méfier de\nThe man that hath no music in himself... (i)\nparce que cet homme est capable des actions les plus noires, Shakespeare\nn'est pas moins blâmable que Saint-Augustin. Il faut plaindre ces in-\nfortunés, mais bien se garder de leur faire une mauvaise réputation ou\nde les envoyer au diable, car ils sont les victimes, non les instruments\nde leur infortune,\nDes hommes extrêmement remarquables, des hommes distingués par\nun grand talent poétique même, ont vécu totalement dénués d'oreille\nmusicale.\nTel fut le cas de Pope, un des maîtres incontestés du rhythme poétique.\nPope avouait ingénûment son infirmité qui le rendait incapable de saisir\nla moindre différence entre les contorsions ridicules d'un abject violon-\nneux de carrefour et les meilleures exécutions des plus beaux morceaux\nde HaendeL\nW. Johnson (2) raconte qu'un ecclésiastique de sa connaissance, en\nsortant d'une représentation donnée par la Catalani, lui avouait se trou-\n\n(1) The Merchant of Veniee* Act V, se. I.\n(2) f amiliar introduction to the principles of. Physical science, VoL I, p* 242*\n(Philadelphia, iB3s)*"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "64", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.16", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nver dans l'impossibilité la plus complète de dire en quoi sa « performance »\ndifférait de celle d'un vulgaire chanteur de ballades, ajoutant gravement\nqu'il éprouvait autant de plaisir à entendre l'un que l'autre.\nPlus sérieusement atteint, la Mothe Le Vayer ne pouvait souffrir le\nson d'aucun instrument, quelque harmonieux 'qu'il fût. Mais le bruit\ndu tonnerre et le sifflement des vents le plongeaient dans un véritable\nravissement.\nJean-Jacques Rousseau parle d'une dame qu'il connut à Paris, sur\nlaquelle la musique produisait ce singulier effet de la faire éclater d'un\nrire convuisif tout à fait involontaire.\nWalter Scott, quoique non absolument incapable de goûter de bonne\nmusique, ne put jamais, quoi qu'il fît, acquérir pour lui-même la moindre\nnotion pratique de l'art musical. Il fut placé dans sa jeunesse sous la di-\nrection d'un maître éminent d'Edimbourg; mais après des efforts inouïs,\nbientôt reconnus inutiles, le professeur dut renoncer à la tâche entreprise\net Télève abandonner toute tentative pour cause d'absolu défaut de cet\nélément indispensable du succès : une oreille musicale.\nCes exemples pourraient être multipliés à l'infini, et sans aller si\nloin, on en trouverait la matière de plusieurs volumes rien que dans le\ncercle ordinaire de ses connaissances. Mais un phénomène plus rare, of-\nfrant des complications qui déroutent toute théorie dont la base n'a pas\nune solidité éprouvée, se présente naturellement sous notre plume.\nCelui que nous pourrions appeler le père, mais qui, en tout cas, fut le\nparrain de la science acoustique, Joseph Sauveur, naquit sourd-muet. Il\nresta muet jusqu'à l'âge de sept ans, n'eut jamais la parole libre, et fut\ntoute sa vie presque sourd. Il avait une voix fausse et nul sentiment\nmusical. Pour la vérification de ses expériences, il était obligé d'avoir\nrecours à des musiciens. Et ce fut Sauveur qui, le premier, découvrit\nque le caractère d'une note dépend du nombre des vibrations qui l'agi-\ntent dans une période donnée! (i)\nL'homme n'est pas maître de ses sens; c'est un axiome philosophique\nauquel la vie de Sauveur semble donner un énergique démenti, mais\nSauveur est une grande et fort rare exception, sans parler de son organi-\nsation particulière qui le rendait si étrangement propre aux mathémati-\n\n(i) Saunderson, le professeur aveugle, enseignait, vers le même temps, l'optique\nà l'Université de Cambridge, mais il n'y excella qu'en ce qui concerne seulement les\ncuriosités de cette science. En quoi il ne peut être comparé à Sauveur, qui fit faire\nà l'acoustique ses premiers pas sérieux."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "65", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.17", "texte": "ques, car il était mécanicien avant que de parler et apprenait tout jeune\nencore la géométrie sans maître.\nConsidérant le peu de pouvoir que 1 homme en général est capable\nd exercer our ses sens, et sur le sens de l'ouïe particulièrement, on com-\nprend qu'on puisse être Wagnérien autrement que par préjugé d'école,\nc est-à-dire de bonne foi : peut-être suffit-il pour cela d'une tension ex-\ncessive des trois mille cordes de la lyre de Corti.\nOn a coutume de dire qu'il ne faut pas disputer des goûts ni des cou-\nleurs; il ne serait que juste d'ajouter : ni des préférences musicales, qui\nsont tout aussi impérieuses et exclusives.\nIl existe des organes qu'une douce et simple mélodie charmera tou-\njours bien davantage que l'harmonie la plus savante et la plus riche. Or,\nles organes de cette sorte ne laissent pas que de venir se loger, parfois,\ndans la cavité de l'os pétreux d'un critique qui ne se doute pas de son\ninfirmité, si c en est une. Et, par contre, il en est d'autres qui exi-\ngent les complications les plus inextricables du mélange harmonique et\nne sauraient se satisfaire à moins. Mais comment accorder les posses-\nseurs de deux organes si différents et empêcher qu'ils n'en viennent aux\nmains dans les occasions solennelles?\nC'est toujours l'histoire « du démêlé d'un poète tragique avec un au-\nteur comique ; » nul ne sera capable de les mettre d'accord, s'il n'y em-\nploie un grain d'hypocrisie, ne pouvant àla fois préférer le tragique et\nle comique; et c'est précisément de préférence qu'il s'agit : « Pour un\ncomposeur de farces, dit Giblet, vous avez bien de la vanité. » ce Pour\nun versificateur qui ne doit sa réputation qu'à de faux brillants, repart\nCalidas, vous vous en faites bien accroire. » (Ï) Montés sur ce ton, on\nfinit rarement par s'embrasser, et une haine mortelle sépare à jamais\nl'organe plus délicat de l'organe plus robuste. Survienne une révolution,\nil y aura lieu de s'étonner si l'un des deux n'envoie pas, pour le moins,\nl'autre étudier l'harmonie des vagues déferlant sur les récifs de corail de\nla Nouvelle Calédonie.\nEst-il besoin d'expliquer comment un critique très savant, très judi-\ncieux et aussi impartial qu'on peut l'être en pareille matière, peut être\nde bonne foi un fort méchant juge?...\nIV\nL'homme ne paraît pas être né musicien, bien que l'origine de xla\n\n(i) Lesage. Le Diable Boiteux, chap, XIV.\n\nIX,\nL'OREILLE\n5"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "66", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.18", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nmusique se perde littéralement dans la nuit des temps, mais il est cei\ntainement né avec une oreille musicale (i). Gomment eùt-il été sensible,\nautrement, aux accents des oiseaux des bois, ses premiers maîtres ? Qui\naurait indiqué à Jubal l'art de construire la cithare et la flûte, s'il n'avait\neu pour guide sûr une oreille douée des qualités requises pour distin-\nguer, bien qu'inconsciemment, les rapports des sons?\nLes Grecs tournent assez lestement la difficulté en attribuant à leurs\ndieux l'invention de la musique et de la plupart des instruments. Tout\ns'enchaîne alors logiquement : l'homme a été à l'école des dieux, et il\nprofita si bien de leurs leçons, qu'il ne cesse de perfectionner un art\nquelque peu entaché de barbarie à l'époque lointaine où il en reçut les\néléments des maîtres de l'Olympe ; ce qui n'est guère flatteur poux ceux-\nci, j'en conviens.\nQuoi qu'il en soit, les Grecs comprenaient si bien l'influence exercée\nsur l'esprit par l'harmonie des sons, que l'histoire de leurs héros, les\nlégendes de leurs dieux, leurs leçons de morale, la plupart de leurs lois,\nenfin, étaient écrites en vers, mises en musique, et chantées publique-\nment en choeur au son des instruments. Les memes usages se retiou-\nvent également chez les Hébreux,\nC'était au reste l'opinion des philosophes que la musique était indis-\npensable pour former une nation à la vertu ; et Platon assurait que la\nmusique d'un peuple ne peut être altérée sans affecter la constitution de\nl'État. Platon avait raison, car, de son vivant même, ce grand art com-\nmença à tomber en décadence, entraînant la décadence de la nation\ngrecque par la dépravation de ses mœurs.\nLes Pythagoriciens avaient bâti toute une théorie philosophique de la\nmusique sur cette base nuageuse que l'âme humaine est un composé\nd'harmonie. Ils prétendaient qu'il y avait dans l'effet musical autre\nchose que la sensation : un principe immatériel, mais intelligible, domi-\nnant le principe matériel ; une sorte de combinaison de rapports de\nnombres se débattant comme des diables, puis s'arrêtant tout à coup par\nune résolution soudaine d'équations mélodieuses. Eh bien! en y met-\ntant un peu de bonne volonté, ne pourrait-on pas découvrir dans cette\nmerveille de brouillamini métaphysique, les germes, fort empâtés, il est\nvrai, de la théorie des ondulations sonores ?\n\nÇi) Darwin est d'avis que l'habitude d'émettre des sons musicaux s'est développée\nd'abord, comme moyen de séduction, chez les ancêtres primitifs de l'homme, et a\ndû s'associer ainsi aux émotions les plus énergiques qu'ils pussent ressentir : à\nl'amour, àla rivalité, àla victoire. (Voir l'Expression des émotions^te. Revue\nscientifique, iôaoût 1873)."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "67", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.19", "texte": "L'OREILLE\n\nOn ferait des volumes avec les récits, dont fourmillent les anciens\nauteurs, des miracles accomplis parla musique :\nLes bêtes féroces, puis les esprits infernaux, l'occasion venue, char-\nmés parles accents de l'époux infortuné de la belle Eurydice ; les murs\nde Thèbes bâtis, en dansant, au son de la lyre du divin Amphion.\nSans oublier ceux de Jéricho, qui tombent au son des trompettes du\ni3e chasseurs sonnant le réveil en fanfare ! lci, l'ordre des temps est\nchangé ; là, ce sont les flots, les arbres et jusqu'aux rochers qui entrent\nen danse, charmés par les doux accords du sistre ou de la flûte de Pan.\nLe granit verse des larmes ; l'homme pleure des perles ; le Sahara est\ntransformé en pays de Cocagne : Tels sont les prodiges ordinairement\naccomplis par les sons musicaux. Ces exagérations mêmes ne nous indi-\nquent-elles pas quelle puissante influence exerçait la musique sur\nPoreille... des poètes de ces naïves légendes? En somme, l'exagération\nn'est pas si grande qu'elle le paraît, et l'influence de la musique s'étend\nen réalité àla nature inanimée. Mais ce n'est pas ici le lieu d'entrer\ndans des développements de cette nature.\nLe premier fait qui sort, du moins en partie, des brouillards de la\nlégende, c'est celui de David chassant le diable du royal corps de Saûl\nen jouant de la harpe. Ce diable avait évidemment quelque degré de\nparenté avec celui que le chanteur Farinelli avait mission de chasser du\ncorps notl moins royal de Philippe V d'Espagne, au commencement du\nsiècle dernier : Mettons que c'était une très noire et très lancinante mé-\nlancolie, et il nous reste deux exemples très présentables et classiques au\npremier chef de l'influence de la musique sur le cerveau des gens dont\nl'organe auditif est parfaitement constitué.\nEt, tenez, voici un exemple emprunté à des sources beaucoup moins\nimposantes, il est vrai, mais tout aussi authentiques. Au mois de jan-\nvier 1873, les journaux publiaient le fait-divers suivant que je débar-\nrasse des enjolivements de style habituels aux reporters soucieux d'un\nconsciencieux tirage à la ligne : Dans une maison de la rue Sedaine,\nles cris :« Au secours ! à l'assassin ! » se font entendre en plein jour.\nCes cris sont poussés par un pauvre vieillard que des malheurs de famille,\namenés par les douloureux événements de 1870-71, ont rendu fou. Il\nmenace de se précipiter par la fenêtre, dans la conviction que sa chambre\nsolitaire est peuplée de gens qui en veulent à sa vie. Survient une jeune\nfille qui, sans mot dire, se met au piano et joue un air doux et mélan-\ncolique que le fait-divers ne nomme pas. Alors, l'exaltation du vieillard,\nqui lutte en ce moment avec des agents de police occupés à l'empêcher"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "68", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.20", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nde se jeter par la fenêtre, tombe comme par enchantement, il s'attendrit\net bientôt s'affaisse dans un fauteuil. La jeune fille au piano, sa nièce,\nvient de renouveler le miracle de David, en chassant du corps du pauvre\nvieillard le démon qui l'obsède !\nDe même qu'elle a le pouvoir de chasser le diable, la musique jouit\naussi de la singulière prérogative de l'évoquer et de l'introduire où il n'a\nque faire. On sait quel « diable-au-corps » produisent les accents belli-\nqueux de la Marseillaise...\nThimothée, le Thébain, s'amusa un jour à exciter la fureur du Grand\nAlexandre, en lui jouant un air Phrygien, à tel point qu'il saisit ses\narmes tout à coup et menaçait de tout exterminer, Ce que voyant, l'ar-\ntiste s'empresse de passer sans retard au mode Lydien, qui ramène aussi-\ntôt le héros à des sentiments plus doux.\nCassiodore nous a transmis une lettre de Théodoric à Boëce, écrite\nvers 490 avant J.-G. (1), qui contient, outre une curieuse appréciation\nde l'art musical à cette époque, l'analyse des cinq modes usités et de leur\ninfluence sur l'âme humaine.\ncc... Qu'y a-t-il, s'écrie Théodoric, de supérieur à cet art divin, qui,\npar sa douce harmonie, embrasse tous les corps célestes, et, par une\npuissance pleine de charmes, réunit les éléments de la Nature partout\népars et isolés. Toutes les conceptions qui modifient l'être humain sup-\nposent une constante harmonie. C'est elle qui met la convenance dans\nnos pensées, la beauté dans nos discours, la régularité dans nos mouve-\nments, quand elle arrive dans nos oreilles, coordonnée par de savantes\nlois; elle commande et inspire nos chants et change nos esprits et nos\ncœurs\n« Elle charme la tristesse, hélas ! si funeste; elle apaise les emporte-\nments furieux ; elle change en douceur la cruauté la plus féroce ; elle\nranime les cœurs lâches et les esprits indolents ; elle procure le sommeil\nsalutaire à celui que de tristes veilles tourmentaient; elle rappelle aux\nsaintes lois de la chasteté l'homme flétri par un amour impur; elle\ndissipe l'ennui, toujours si contraire aux bonnes pensées; elle change\nles haines funestes en secours bienfaisants; et, par le plus heureux\nmode de guérison, elle bannit de lame les passions par l'attrait même\ndu plaisir Elle parle sans langue et en se faisant obéir des choses\ninsensibles; elle exerce sur les sens un souverain empire.\n« Toute cette harmonie s'obtient, ici-bas, par le moyen de cinq tons,\n\n(1) Cassiodore. Lib. li, ep. 40."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "69", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.21", "texte": "L'OREILLE\n\ndont chacun porte le nom de la province où il fut inventé. Car la bonté\ndivine, en imprimant la beauté à tous ses ouvrages, Ta répandue et dis-\npersée dans des lieux divers.\n<( Le ton Dorien recommande la pudeur et produit des mœurs chastes ;\n« Le ton Phrygien excite au combat et remplit d'une ardeur\nfurieuse.\ncc UEolien calme les tempêtes de l'âme et charme par le sommeil les\ncœurs déjà calmés par ses accords.\n« Le Toscan donne de l'intelligence aux plus ignorants et de l'ardeur\npour les biens célestes aux hommes appesantis par le désir des biens de\nce monde.\n« Le Lydien, inventé pour bannir de l'âme les soucis et les chagrins,\nla soulage et la fortifie par ses accords mélodieux.\n« Ces cinq tons se divisent chacun en trois parties, car tous ont un\ndessus, un médium et une basse; et comme toutes ces inflexions de la\nvoix, harmonisées par des sons alternatifs, ne peuvent exister l'un sans\nl'autre, on a sagement inventé les quinze modes musicaux qui embras-\nsent tous les chants assortis à nos divers organes (i) »\nTout cela pour en venir à trouver un chanteur digne d'être présenté à\nson beau-frère Clovis, roi des Francs. Théodoric était homme de style\net vain de ses connaissances artistiques; mais il nous indique à quel\nmode avait recours Y enchanteur pour produire tel ou tel phénomène\npsychique sur la personne du patient qu'il se choisissait, et l'on a vu,\npar l'exemple d'Alexandre, que ce choix tombait aussi bien sur les grands\nque sur les petits. Sachons donc gré à Théodoric du fait, sinon de l'in-\ntention.\nLe poète Tyrtée, choisi pour général sur les avis de l'oracle par\nles Lacédémoniens découragés, ranime leur courage par ses chants et les\nconduit d'un bon pas à la victoire.\nOn sait, d'autre part, comment Terpandre apaisa une sédition qui\nvenait d'éclater à Lacédémone, avec sa cithare pour toute arme offensive\net son art pour bouclier.\nA l'occasion d'une de ces émeutes plus bruyantes que terribles qui\nsignalèrent les dernières années de l'empire, je ne sais plus quel officier\nsupérieur (ou général) proposa d'employer le moyen de 1 erpandre, revu\net augmenté, pour faire cesser tout ce tapage, en faisant défiler la musi-\nque militaire à travers Paris, c'est-à-dire, d'un bout à l'autre des boule-\n\n(1) A. Jouve. Étude sur Boëce. (Revue Indépendante, t 5 novembre 1866)."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "70", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.22", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nvards en ébullition. J'ai beaucoup regretté pour ma part qu'on n'ait pas\ntenté l'exécution d'un tel projet, car j'ai conservé l'entière et inaltérable\nconviction que le moyen réussirait infailliblement.\nLes chants des Bardes Gaulois n'arrêtaient-ils pas les fureurs des\ncombattants ivres de sang plus sûrement que n'aurait pu le faire la plus\npuissante intervention armée, le mandat « d'arrêt » le plus énergique\nment libellé ?\nCette action si manifeste de la musique sur le cerveau, et par suite sur\ntoute l'économie de l'homme, a fait naître dans bien des esprits divers,\nl'idée de l'employer comme agent thérapeutique.\nC'est ainsi que le P. Kircher, qui s'est beaucoup occupé du sujet,\ncomme de tout ce qui se rapporte aux phénomènes de l'acoustique,\nnous assure que la musique est, par excellence, le remède de la danse de\nSaint-Guy, entre autres maux nombreux qu'elle guérit également.\nC'était d'ailleurs une croyance très répandue au moyen-âge que toutes\nles affections nerveuses, et jusqu'à l'épilepsie et la rage, étaient guéries\npar la musique. Que cette croyance ne fût pas entièrement dépourvue\nde sens, nous croyons l'avoir démontré par des exemples; mais nous\nferons sagement de ne pas nous engager trop avant dans cette voie, car\nnous ne tarderions guère à y rencontrer des auteurs qui auraient bien\nfait d'expérimenter sur eux-mêmes l'influence des sons musicaux sur la\nsottise.\nCitons pourtant ce dernier exemple, emprunté à VHistoire de VAca-\ndémie des Sciences :\n« Un musicien illustre, grand compositeur, fut attaqué d'une fièvre\nqui, ayant toujours augmenté, devint continue avec des redoublements.\nLe septième jour il tomba dans un délire très violent et presque sans\naucun intervalle, accompagné de cris, de larmes, de terreurs et d'une\ninsomnie perpétuelle. Le troisième jour de son délire, il demanda à en-\ntendre un concert dans sa chambre ; son médecin n'y consentit qu'avec\nbeaucoup de peine. On lui chanta les cantates de Bernier, Dès les pre-\nmiers accords qu'il entendit, son visage prit un air serein, ses yeux\nfurent tranquilles, les convulsions cessèrent absolument; il versa des\nlarmes de plaisir et fut sans fièvre durant tout le concert ; mais dès qu'il\nfut fini, il retomba dans son premier état. On ne manqua pas de conti-\nnuer l'usage d'un remède dont le succès avait été si imprévu et si heu-\nreux. Dix jours de musique le guérirent entièrement, sans autre secours\nqu'une saignée au pied qui fut la seconde pendant sa maladie. )>"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "71", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.23", "texte": "L'OREILLE\n\nUn médecin a repris tout récemment la thèse du P. Kircher (1).\nJe ne vois pas qu'il y ait apporté des faits nouveaux, mais j'estime que\nles anciens suffisent à justifier une sérieuse étude de ce moyen curatif,\naussi efficace, peut-être, qu'une infusion de cloportes (oniscus asellus)\nfût-ce dans l'hydropisie.\ncc Les mouvements mesurés et réguliers, dit Condorcet (2) s'exécutent\navec moins de fatigue. Ceux qui les voient et les entendent en saisissent\nl'ordre, ou les rapports, avec plus de facilité. Ils sont donc, par cette\ndouble raison, une source de plaisir. » C'est en vertu de ce principe, et\npour transformer une fatigue en plaisir qu'on place un orchestre ambu-\nlant à la tête d'un régiment en marche. Il faut, pour bien se rendre\ncompte du phénomène, voir une colonne de fantassins harassés, affaissés,\ndébandés, perdus, se rallier, relever la tête et marcher d'un pas alerte au\nson d'un simple et modeste clairon.\nJe lis dans Y Eco d'ltalia, qui se publie à New-York, qu'une ligue de\nhatres familiœ s'est récemment constituée à Quincy (Illinois), et qu'elle\na voté la résolution de ne point permettre aux jeunes filles d'apprendre\nla musique, qu'elles n'aient d'abord appris à pétrir le pain, à laver la\nvaisselle, qu'elles ne se soient, en un mot, rendues habiles dans tous\nles petits soins pleins d'attraits de la vie domestique.\nC'est un tort grave. Sans aller jusqu'à prétendre que la vaisselle serait\nmieux lavée si elle l'était en musique, je professe l'opinion que les choses\nn'en vont que mieux et plus régulièrement chez les personnes dont\nl'oreille est exercée à saisir la mesure, et que les pères de famille de F Illi-\nnois sont des sauvages.\nLes femmes hindoues n'évoluent guère que chargées comme des mules.\nOn les voit aller portant sur la tête d'immenses jarres d'eau (quelque-\nfois quatre ou cinq superposées), des pièces d'étoffes pesantes, des gerbes\nde cannes à sucre, des fagots, des paniers remplis ; un enfant à cali-\nfourchon sur une hanche et maintenu d'une main, l'autre main n'ayant\ngarde de rester libre. Elles vont, ainsi chargées, avec une grâce et une\nlégèreté inconnues de nos paysannes parce que nos paysannes n'ont\npas, comme elles, d'énormes pendants d'oreilles et des anneaux d'argent\naux bras et aux chevilles, dont le tintement cadencé accompagne leur\nmarche !\n\n(1) D1' Chomet. Influence de la Musique sur la santé, etc. — Paris, 1874.\n(2) Esquisse d'un tableau historique des Progrès de l'esprit humain, (Première\népoque),"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "72", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.24", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nQuiconque a vu des matelots, manœuvrant au cabestan, s'accompa-\ngner d'un chant au rhythme particulièrement cadencé, comprend l'har-\nmonie et la force que cet accompagnement donne à leurs mouvements\naisés et presque gracieux.\nLes orateurs romains avaient également recours à la musique pour\nrégler les différentes intonations de leurs discours. Ils se donnaient à\neux-mêmes une répétition générale la veille d'un grand événement ora-\ntoire, et se faisaient accompagner par le son des instruments, comme un\nartiste par le souffleur.\nImaginez M. Jules Simon répétant un discours sur l'enseignement\nsupérieur ou sur le libre échange au son de la petite flûte, ou M. Em-\nmanuel Arago défendant la liberté de la presse avec accompagnement\nde trombonne : vous aurez une idée de la scène qui se passait chez\nCicéron, la veille d'une séance importante au Sénat romain !...\nEn résumé, des organes de nos sens (y compris le sixième sens indiqué\npar Brillat-Savarin), l'oreille est certainement le plus délicat et le plus\nsensible. D'où vient donc que c'est précisément celui de nos organes avec\nlequel on en use avec le moins de ménagement ?\nIl existe des ordonnances de police très sévères, rendues expressément\nen vue de la protection de l'odorat et de la vision.\nLe goût et le toucher se défendent bravement eux-mêmes.\nMais l'ouïe n'est armée ni pour l'offensive ni pour la défensive\npuisque se boucher les oreilles pour ne pas entendre est un moyen re-\nconnu insuffisant.\nCependant il n'est venu à l'esprit d'aucune autorité quelconque d'or-\ndonner des mesures préventives contre les bruits discordants, qui consti-\ntuent la majorité des combinaisons sonores, tout comme les oreilles\ndéfectueuses sont en majorité écrasante dans la foule des oreilles.\nEt c'est justement ce qui explique l'incurie chronique que je signale\nen vain, laquelle a pour complice l'indifférence de la multitude en ma-\ntière d'acoustique.\nL'harmonie n'est pourtant pas chose de si mince importance.\n\nADOLPHE BITARD."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "73", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.25", "texte": "LE VIOLONCELLE\n\nNOTES D'UN COMPILATEUR\n'HOMME chante. La Clarinette déclame. Le Bas-\nson gronde. - La Flûte gazouille. Le Hautbois\ngémit. La Trompette appelle. Le Cor soupire.\nLes Timbales tonnent. Le Trombone rugit.\nLe Tambour marche. Les Cymbales éclatent.\nLe Violon rêve. Le Violoncelle pr^ie.\nLe violoncelle, en effet, a un caractère grave et recueilli ; il est émou-\nvant, il est majestueux, il élève l'âme vers les régions célestes. Chanteur\nsublime, il sait pourtant descendre au rôle plus modeste d'accompagna-\nteur ; on l 1 a vu même, dans de fréquentes occasions, perdre sa voix au\nmilieu des cent voix de l'orchestre, effacer sa personnalité,, s'égarer dans\nla foule, se faire humble alors, mais utile encore.\nSi, en ce monde, les êtres vivants valaient autant que les choses inertes,\nnous verrions, à l'exemple du violoncelle, nos fières cantatrices et nos\nglorieux ténors ne pas dédaigner parfois de faire leur petite partie dans\nles chœurs.\n« Dans les orchestres modernes très riches, où les violoncelles sont en\ngrand nombre, on les divise souvent en premiers et seconds. Les premiers\nexécutent une partie spéciale, mélodique ou harmonique, et les seconds\ndoublent les contre-basses à l'octave ou à l'unisson.\nRossini dans l'introduction de l'ouverture de Guillaume Tell a écrit un\nquintette pour cinq violoncelles soli, accompagnés en pizzicato par les autres\nvioloncelles divisés en premiers et seconds. Ces timbres graves, de la même"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "74", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.26", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nnature, sont là d'un excellent effet, et servent à faire ressortir encore l'or-\nchestration éclatante de l'allégro suivant. »\nBERLIOZ. Traité d'orchestration.\n« Parmi les instruments, le violoncelle est doué d'une admirable magie.\n» J'ai remarqué que tous ses virtuoses étaient les plus honnêtes gens du\nmonde.\ny> J'eus le bonheur d'être élève de D.uport le jeune.\n» Par quel miracle, lui dis-je un jour, toutes vos notes dans les mouvements\nles plus vifs sortent-elles si pures?\n« C'est, me répondit-il avec un modeste et doux sourire de vieillard,\nqu'aussitôt levé je vais depuis bien longtemps à ma basse comme à une vieille\népouse que j'aime.\n« L'étude de cet instrument est à la fois délicieuse et pénible.\n« On me demandera la cause de cette heureuse influença qui domine les\nvirtuoses violoncellistes ?\n« C'est l'inspiration que donne cet instrument à ceux qui font leur habitude,\nleur état d'en jouer ; c'est qu'il ne fait vibrer continuellement à leur âme que\nl'expression de la mélancolie, de la chaste tendresse et de la religion.\n« Ne lui demandez, ô artistes! ni festivité, ni folâtreries, ni volupté; il\nvous répondra par ce vers de Boileau, auquel je ne change qu'un mot :\n« Le rire sur ma touche est en mauvaise humeur, »\n<c Et pourquoi, ambitieux artistes, lui demanderiez-vous plus que son beau\nvolume de son; que sa double corde, qui a quelque chose de la majesté de\nl'orgue; que ses arpèges si variés, si vigoureux ou si légers; que ses har-\nmoniques, douces comme la flûte plaintive, et plus enfin que ses trois pures\noctaves.\n« Tout en accompagnant ne chante-t-il pas? Il exprime aussi la passion,\nen quelques mesures sans doute, mais si délicieusement ou si énergiquement,\nqu'il vous force à l'écouter.\n« Quant à la forme de cet instrument, elle est si noble, si avantageuse au\nbras blanc et à la main d'une vierge ou d'une femme, que les peintres du\nmoyen-âge en ont tiré dans leurs tableaux une immense ressource.\n« Témoin la fameuse Sainte-Cécile posant son admirable main sur la\ntouche d'une basse de viole ; témoin Paul jouant lui-même de cet\ninstrument à ses Noces de Cana.\n« Aussi la forme de cet instrument comme son timbre et son expression,\nont-ils leurs dilettanti. Ce sont ses ouïes en forme d'S barré, son beau et\nvieux vernis à l'huile, ses tables d'érable et de sapin, et surtout sa volute,\npresque ionique, qui les charment, »\nDENNE BARON."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "75", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.27", "texte": "LE VIOLONCELLE\n\n« Ce qui fait la double nature du violoncelle, c'est précisée snt en ce qu'il\nest comme instrument solo d'un caractère tout à fait spécial, an instrument\nque rien ne peut remplacer, ni imiter, soit dans son timbre, soit dans sa\npuissance toute mystérieuse à pénétrer l'âme jusqu'au fond par ses accents.\n«Le violoncelle palpite continuellement, seul il a une vie à lui particu-\nlière.\n« Sans lui l'harmonie est disloquée, les instruments sont disjoints entre-\neux. Permettez-moi cette expression : les instruments ne s'aiment pas entre-\neux.\n« Il est comme le fil qui relie tout, comme le souffle de vie qui éclaire, qui\nanime et fait palpiter les masses harmonieuses.\n« Malheureusement on l'a fait déchoir de son trône en le rabaissant au\nsimple rôle de contre-basse ou de mixture entre la contre-basse et l'alto.\n«Je ne veux pas dire par là que le violoncelle doive chanter continuelle-\nment ; non, car ici encore il ne serait point dans le rôle qui lui est propre ;\nmais ce qu'il devrait toujours faire, qu'il chante ou ne chante pas, ce serait\nde laisser circuler son souffle divin sur l'ensemble harmonique de l'orchestre,\ncar c'est lui qui en fait l'homogénéité de couleur et d'expression.\n« Une pédale de modulation au violoncelle est toujours d'un grand effet ;\nune note jetée, un pizzicato donné à propos à cet instrument, sont autant de\nmoyens qui ne devraient jamais être négligés.\na QueJ est l'instrument qui puisse soupirer comme le violoncelle ? Comme\nil rend bien les différentes situations de l'âme !\nQuel instrument est capable comme lui d'exprimer la douleur, la sérénité,\nle désespoir, l'espérance, la béatitude ?\n« Le violoncelle seul est celui de tous les instruments qui puisse san-\ngloter.\n« Aussi est-ce inutilement qu'on s'efforce à lui faire grimacer ces mignar-\ndises qui ne peuvent que profaner la noblesse et la dignité de son caractère.\n«Il réunit toutes les ressources des autres instruments solo; tout en res-\ntant, lui, inimitable, il remplace avantageusement tous les autres.\n« Son timbre est tout particulier, il tient du Cor et de la Voix humaine.\n« Ses effets sont très variés. Ses tenues et ses coulés sont sublimes. Ses\npizzicati sont d'un caractère très dramatique, ils tiennent de la harpe, mais\nils ont une énergie spéciale.\n<( Les accents du violoncelle qui chante semblent n'être point nés sur cette\nterre, et planer dans les régions étranges pour s'adresser à Dieu direc-\ntement.\n« Ses sons ont un caractère de pureté, de simplicité et de grandeur que\nrien n'égale. Ils imposent l'admiration et le recueillement, et c'est précisé-\nment à cause de toutes ces qualités que le violoncelliste doit s'attacher à\ntoujours bien phraser, en plaçant sa respiration d'une manière très régulière.\n« Le violoncelle ne charme pas, il ne charme jamais, parce qu'il ne"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "76", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.28", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ns'adresse jamais aux sens, comme le peuvent faire tous les autres instruments*\n11 élève l'âme, l'agrandit et la place sous le regard du Créateur. »\nEMILE DE BRET.\nL'étendue du violoncelle est sensiblement celle de la voix humaine, à\nla prendre depuis le contre ut grave que donnent (exceptionnellement)\nles chantres des chapelles russes, jusqu'aux sons aigus des soprani.\nIl est vrai que la limite du possible vers les régions hautes n'est pas\nrigoureusement fixée sur le violoncelle ; elle dépend de l'habileté du\nvirtuose.\nCette parité de diapason entre la voix humaine et celle du violoncelle\nn'est pas moins peut-être que la cause principale du charme que nous\ntrouvons en lui. C'est un écho, un miroir sonore de nous-mêmes !\nComme instrument d'ensemble, le violoncelle apporte un contingent\nde sons précieux à l'orchestre. Il se prête, d'ailleurs, comme le violon,\nson congénère, à tous les jeux de l'harmonie, de la double corde, du\npizzicato, de l'arpége ; mais on l'entend aussi comme soliste dans la so-\nnate, le concerto, Fair varié, etc.\nLa musique pour violoncelle s'écrit sur trois clefs, qui en font en\nréalité quatre : la clef de Fa, la clef à? Ut (quatrième ligne), et la clef de\nSol, qui se prend dans deux acceptions distinctes.\nLorsque la clef de Sol se trouve en tête du morceau ou immédiate-\nment placée après la clef de Fa, l'instrumentiste doit jouer à l'octave\nbasse des notes écrites; mais si elle intervient après la clef àiUt, elle\nreprend sa signification exacte, et les notes qui suivent doivent être\nexécutées à leur octave réelle.\nCette double interprétation d'une clef était à relever, car nous ne\ncroyons pas qu'on en puisse citer un exemple analogue dans l'histoire\ndes autres instruments.\nEt si on nous demandait d'esquisser l'histoire du violoncelle, nous\nn'aurions pas à remonter aux époques fabuleuses des peuples pasteurs,\nainsi que nous l'avons fait dans notre travail sur le hautbois (i).\nLe violoncelle est un des derniers nés de la famille de l'orchestre, à\nmoins cependant qu'on ne le considère comme une simple modification\nde la basse de viole.\nCe dernier instrument avait communément sept cordes, dont les trois\nplus graves étaient (d'après l'invention de Marais) recouvertes d'un fil\nmétallique en spirale.\n(i) Voir la Chronique musicale du ier juillet 1874."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "77", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.29", "texte": "LE VIOLONCELLE\n\nDans les premiers temps, le violoncelle avait cinq cordes : Ut, Sol,\nRé, La, Ré, mais cette dernière ne tarda pas à être supprimée.\nC'est vers la fin du dix-septième siècle que le violoncelle fut inventé,\npar le P. Tardieu de Tarascon. Telle est du moins l'opinion la plus\nrépandue.\n« Mais d'autres auteurs affirment que créé par Bonoccini, maître de cha-\npelle du roi de Portugal, il a été apporté en France et mis en vogue par\nStruck Ratestin.\nDE PONTÉCOULANT.\nCe qu'il y a de certain, c'est que vers 1680, sept ans avant la mort de\nLulli, le violoncelle fut introduit à l'Opéra de Paris par un nommé\nBatistini. Mais le premier virtuose qui brilla sur le violoncelle fut Fran-\ncinello, musicien romain. Puis vint, comme fondateur de l'école fran-\nçaise, Berthauld (de Valenciennes), qui se rendit célèbre dès le commen-\ncement du dix-huitième siècle.\nLes Allemands eurent Romberg et Maximilien Bohrer ; les Anglais :\nCrossdill et Linley.\nEnfin, il nous faudrait citer encore bien des noms parmi les illustra-\ntions du violoncelle, si nous voulions en donner une liste complète.\nQu'il nous suffise de rappeler ceux de : Duport, Janson, Breval, La-\nmarre, Baudiot, Norblin, et dans des temps plus modernes : Servais,\nBatta, Vaslin, Piatti, Poëncet, Jacquard, etc...\nLa littérature moderne s'est montrée sobre dans l'emploi du violon-\ncelle comme moyen pour obtenir un effet dramatique.\nVoici cependant deux passages importants d'œuvres d'un mérite reel,\net qui sont restées populaires :\n« Alors par une ouverture du rideau, ils aperçurent un jeune homme, de\ntrente ans environ, assis sur un tabouret assez élevé et jouant du violoncelle.\nIl se livrait évidemment en lui quelque combat terrible ! sans doute la\nlutte acharnée de la volonté contre la douleur; car de temps en temps son\ntront se rembrunissait, et tout en continuant de tirer les plus tristes accords\nde son instrument, il fermait les yeux, comme si ne voyant plus les choses\nextérieures, il eût perdu avec elles le sentiment de sa douleur intime.\n« Enfin le violoncelle sembla, comme un homme à l'agonie, pousser un\ncri déchirant, et l'archet tomba des mains du musicien."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "78", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.30", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\n« Voilà le roman que vous cherchiez, mon cher poète, il est là dans cette\npauvre maison, dans cet homme qui souffre, dans ce violoncelle qui pleure. »\nALEXANDRE DUMAS. Les Mohicans de Paris.\n« Pendant ce temps Ah îje vivrais dix mille ans, je n'oublierais pas un\nseul détail de cette scène !.... pendant ce temps les doigts du vieillard posés\nsur les cordes, en tiraient par saccades des sons, des plaintes qui m'entraient\ndans l'âme.... La jeune fille se réveilla.... Mon père, dit-elle en souriant,\nj'ai une grâce à vous demander.... jouez-moi le Chant du Calvaire 1.... Non,\nnon, dit-il en essayant de sourire aussi, 1ui.... le jour de ton mariage,\npetite! L'enfant le regarda fixement sans répondre.... Il baissa les\nyeux, il secoua ses cheveux blancs sur son front plus pâle que le marbre, et\nprit son archet !.... J'entendis alors le Chant du Calvaire !.... 0ui.... Pen-\ndant qu'il jouait, je voyais de grosses larmes tomber une à une sur ses pau-\nvres mains amaigries et tremblantes.... Il pleurait! Le bois et le cuivre\npleuraient !.... Et moi !.... L'enfant seul ne pleurait pas !\nOCTAVE FEUILLET. Dalila.\n\nALFRED GUICHON."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "79", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.31", "texte": "(,)\nIII\nProcès à l'occasion de Freyschut— Changement d'industrie. Revers de fortune.\nExcentricités littéraires. Le traducteur devient néologue. Rendez-vous\nla musique?\nES critiques rancunières de la presse, qui n'étaient que\ndes représailles plus ou moins jalouses contre les\nsuccès d'argent du traducteur de Robin des Bois, me\nrappellent une circonstance qui se produisit plus tard,\nmais dont le souvenir m'arrive assez à point à propos\nde Weber, pour me permettre de transgresser un peu\nl'ordre chronologique.\nJe veux parler du singulier procès qui fut mis en instance au tribunal\ncivil de Paris et dans lequel nous eûmes la désopilante satisfaction de\nvoir M. le comte Thadée Tyrzkicwich, rédacteur de la Revue musicale\nde Leipzig, assigner M. Nestor Roqueplan, alors directeur de l'Académie\nimpériale de musique à Paris, contre la représentation, selon lui peu or-\nthodoxe, de FreyschiXtqui venait d'avoir lieu sur cette grande scène,\nle 7 octobre 1853. La plaisante boutade du mélophile saxon me ramène\ntout naturellement à initier nos lecteurs à certaines particularités\nlittéraires, musicales et dramatiques qui ne sont probablement point\nencore sorties du petit cercle de dilettanti méridionaux dont je faisais\npartie encore, il y a une trentaine d'années, à Avignon.\n\nCASTIL-BLAZE\n\n(i) Voir le numéro du iei' juillet."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "80", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.32", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nCela dit en passant, je vais essayer de rapporter une scène comique ou\nplutôt une bizarre conversation qui eut lieu en ma présence au toyer\ndu théâtre de cette ville, certain soir où Ton venait d'y représenter cet\nopéra.\nLes deux interlocuteurs étaient Castil-Blaze lui-même et un ama-\nteur zélé de l'endroit. Celui-ci dit à l'autre en l'abordant cavalièrement\ndans cet idiome provençal, si énergique, et qu'il faut bien, quoiqu'il en\ncoûte à un narrateur fidèle, renoncer à reproduire en français :\nDites-moi donc, Blaze, votre Robin des Bois, si enchanteur, qu'est-\nce qu'il nous chante ? Que demandent tous ces chasseurs? Pourquoi\ntoutes ces bêtes féroces ? En un mot, qu'est-ce que tout cela signifie ?\nJe ne sais pas.\nComment ! vous ne savez pas ! vous avez traduit cette pièce dans\nnotre belle langue européenne et vous ne savez pas ce qu'elle veut nous\ndire ! vous n'en comprenez pas le sens, le but, la moralité, l'intrigue\nenfin !\nPas le moins du monde.\nVous plaisantez, je crois!\nJe ne plaisante jamais que quand je me mets en colère.... Cela\nm'est arrivé quelquefois dans les Débats, par exemple.... et alors, je\nne suis même plus Castil-Blaze, je m'appelle XXX. Mais d'abord, en-\ntendons-nous bien. Qui vous a dit que j'étais le traducteur de cette\npièce ?\nMais c'est vous-même qui le dites ou qui le laissez dire sur l'affiche\ndu théâtre.\nL'affiche, selon son habitude, ne sait pas ou ne doit pas savoir ce\nqu'elle dit.\nMais pour moi, le ciel m'est témoin que je n'ai rien fait qu arranger\nla musique, à peu de chose près, de ce magnifique opéra sur les paroles\nfrançaises dont la prose m'avait été livrée et que j'ai mise en vers de\nmon mieux pour les adapter à la mélodie : voilà tout.\nCe n'est pas vous-même qui l'avez traduite de l'allemand ?\nJ'en suis parfaitement incapable ! Je ne sais pas un mot de ce\njargon barbare et anti-musical. Seulement, comme j'avais remarqué,\ndans cette partition, une scène, celle de la fonte des balles, trop difficile\npour être interprétée sur la plupart de nos théâtres de province, seules\nscènes, après celle de l'Odéon où mon exhibition fantastique pouvait\nêtre exploitée avec quelque succès, je proposai à mon collaborateur d'en\nalléger sa traduction et nous la supprimâmes entièrement."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "81", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.33", "texte": "Cette scène n'était donc point absolument indispensable à l'intel-\nligence du drame ?\nJe pense tout le contraire, car elle y sert, je crois, de nœud à l'in-\ntrigue.\nMais lorsque le public ne comprend pas une pièce,, elle l'ennuie et\nil n'en veut plus ?\n#••••• ♦ * • % é £ • » ♦ • • • •••••• 9\nMon opinion est que c'est exactement tout le contraire; c'est-à-dire\nque lorsque le public ne comprend pas une pièce la première fois, il veut\naller la voir une seconde, puis une troisième, puis une quatrième, jusqu'à\nla fin des fins, c'est-à-dire jusqu'à ce que son intelligence soit satisfaite,\net comme une traduction, transformation ou transfiguration, selon ce\nqu'il vous plaira le mieux de l'appeler, est une chose, le plus souvent,\nincompréhensible, cela fait qu'il y revient indéfiniment.,, et voilà.\nAh! ah! ah!\nComprenez-vous maintenant?\nJe commence à saisir la ficelle.\nJ'en suis fort aise. Eh bien, sachez encore, mon cher ami, qu'un\nopéra n'est une pièce de théâtre que pour les musiciens, et que ceux qui\nne vont à sa représentation que pour les paroles sont des ânons ou des\nimbéciles.... Or, comme le plus grand nombre...\nJe n'irai plus....\nJe ne dis pas cela pour vous, mon cher! Dieu m'en garde ? Je sais\nbien que vous êtes un bon amateur qui allez toujours à l'opéra quand\nmême; mais\nAh ! ce sont des ânons ou des imbéciles.... Je ne suis pas curieux\nle moins du monde.... Je n'irai plus voir Robin des Bois\nQu'importe? si vous n'allez plus le voir, d'autres iront l'entendre\net par une bonne raison, c'est qu'ils n'y comprendront jamais rien.\nVous êtes vraiment un homme extraordinaire !\n• Non, mon ami, je ne suis qu'un homme positif ; c'est pourquoi\nje sais peut-être un peu mieux que vous que les choses de ce monde\ndoivent être divisées et classées en deux grandes catégories bien distinctes\n\nIX.\nCASTIL-BLAZE\n6"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "82", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.34", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nqui sont les bonnes choses et les choses bonnes. Je sais que ce ne sont pas\ntoujours les hommes de génie qui réussissent dans leurs entreprises, mais\nplutôt les hommes ingénieux, et qu'en un mot le savoir faire vaut\nmieux que le savoir. Voilà, mon cher ami, toute ma rhétorique et toute\nma morale : j'en ai tiré une nouvelle industrie que j'ai résolu d'aller\nexploiter à Paris sur tous les tons. »\nAinsi finit cette bizarre conversation de Castil-Blaze et de l'amateur\nVauclusien. Telle était la logique du premier introducteur de la musi-\nque exotique en France, et cette logique était alors, est encore aujour-\nd'hui et sera toujours parfaitement dans le vrai. Aussi, personne ne\nvoulait-il croire, il y a vingt ans, qu'un homme sensé parmi les Alle-\nmands, ait pu songer à venir chercher querelle à la reproduction, selon\nlui vicieuse, à Paris, d'un opéra qui y a acquis, depuis quarante ans,\nson droit de cité en enrichissant celui qui l'y a importé, tandis que ce\nmême opéra, créé et fidèlement exécuté en Allemagne, y a vu mourir\nde Lfaim son sublime auteur. Mais laissons cela et reprenons le fil de\nnotre notice biographique.\n11 y eut un moment où l'abeille parasite, ne trouvant plus de fleurs\ndans le domaine public, s'efforça de vivre de son propre domaine. Cette\nsubite transmigration n'est pas toujours facile ; mais Castil-Blaze, qui\nosait tout, osa la tenter. Dès ce moment il vola de ses propres ailes :\nla cendre des morts ne fut plus ostensiblement remuée; les vivants\neux-mêmes n'eurent plus rien à dire. Quant à Weber, il était mort à\nLondres depuis 1826, au moment où il préparait une représentation\nextraordinaire de son Freyschiitqui eut lieu peu de temps après, au\nbénéfice de sa veuve et de ses enfants. Il y a des gloires qui ne sont que\ndes éclairs passagers, comme il y a des existences humaines qui 11e\nsont venues briller sur la terre que pour y être éprouvées au creuset du\nmalheur.\nCastil-Blaze venait de s'improviser compositeur de musique. Mais\naussi, à partir du jour où cette belle pensée lui était venue à l'esprit, le\ncortège des billets de banque rebroussa chemin de la rue Buffault, qu'il\nhabitait, jusque chez les graveurs, les imprimeurs et les fabricants de pa-\npier. C'était bien le cas de dire avec le proverbe, que ce qui arrive par\nla flûte s'en va par le tambour. Cette flûte, c'était Freyschût% et le\nBarbier de Séville, et ce tambour, destiné à ne pas faire grand bruit par\nlui-même, c'était : ou les Jeux du roi René, grand opéra en\nquatre actes, exorcisé, dès son apparition en 1840, par l'Académie royale\nde musique, et exécuté à Montpellier dans une première et dernière re-\nprésentation, le i 5 août 184.1. Ce furent ensuite : la Colombe, opéra en"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "83", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.35", "texte": "CASTIL-BLAZE\n\nun acte, qui n'eut pas un meilleur sort ; Choriste et liquoristes, qui\neurent cependant le bon esprit de ne pas sortir de l'officine du distilla-\nteur ; et enfin Pigeon vole ou Flûte et Poignard, autre volatile musical\nen un acte, dont la première représentation eut lieu à Avignon, le ven-\ndredi 3 mars 1843, devant un public de compatriotes et d'amis (nous\nen faisions partiej), restés froids et impassibles en présence d'un poëme\nglacial, sans intérêt, sans intrigue, encadré d'une mélodie sans unité,\nsorte d'énigme à travers laquelle on était cependant curieux de percer,\nafin de deviner à quelle école appartenaient tels ou tels duos, trios, qua-\ntuors, quintettes, plus ou moins bien assaisonnés de roucoulements\nde flûte, comme feu le Rossignol de Lebrun. Ne forçons pas notre\ntalent, etc.\nSur le libretto de cette pièce, publié à Paris chez Boulé, on lisait les\nlignes suivantes, moins piquantes que burlesques, mais que nous signa-\nlons néanmoins, afin d'achever d'initier le lecteur dans tous les replis de\nla nature bizarre de l'esprit dont nous nous occupons. Ces lignes figu-\nrent sur le frontispice de l'ouvrage en forme d'avis aux acheteurs : pré-\ncaution, s'il en fut jamais, très inutile :\nPartition réduite avec accompagnement de clavecin,et disposée pour\nla conduite de V orchestre : i 5,000 francs, et comptant i 5 francs ;\nvarties d'orchestre et le livret, so,ooofrancs, et comptant sofrancs.\nVous voyez par là que l'amour de la gloire ou l'ambition avaient\ntourné l'esprit du critique au point de ne plus savoir se reconnaître lui-\nmême, et que pour avoir voulu devenir un habile homme, il avait cessé\ndsêtre un homme habile. Le savoir faire ne l'emportait plus sur le\nsavoir, car le savoir ne voulait plus céder le pas au savoir faire : O\nhumanité !\nMais ce n'est pas tout encore. Le diable ne veut jamais s'arrêter en\nbon chemin, surtout quand il voit que ce chemin commence à être\nparsemé d'épines. Pour comble de malheur, notre héros ambitieux essaya\nde conjurer ses revers dramatiques à l'aide de la spéculation financière,\nressource qui ne sympathise guère avec les combinaisons du contre-\npoint, de la littérature et des arts. Il joua à la Bourse, et il perdit le\nreste de ses écus» Il aurait pu y perdre quelque chose de plus précieux\nencore :sa santé s'altéra, et un moment on craignit pour sa raison,\nmême pour ses jours. Toutefois, il en fut quitte pour ses billets de banque\net une forte maladie qui faillit le conduire prématurément ad patres.\nMais reportons nos souvenirs vers des temps meilleurs, qui rappellent\ndes circonstances ou des pensées plus riantes.\nUne des particularités qui distinguaient le célèbre critique musical"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "84", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.36", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ndont nous avons étudié et recueilli les traits les plus caractéristiques,\nc'était, nous l'avons déjà dit, sa prétention à l'originalité, au pittoresque\net au néologisme. Il abhorrait ce que l'on appelle très improprement\nles lieux communs, et il affectait de ne jamais suivre les lignes tracées.\nCette prétention frise quelquefois le pédantisme chez les écrivains qui\nne sont pas tout à fait des Montaigne, des Sterne ou des Rabelais. Elle\nle fourvoya plus d'une fois dans des excentricités pittoresques ou des\nsinuosités labyrinthiennes qui décelaient moins l'originalité que le\nbaroque.\nOn devait être, d'ailleurs, justement surpris et offusqué de voir le\nsavant musicien qui ne pouvait rayonner par lui-même, puisqu'il n'était\nqu'un réflecteur de la gloire d'autrui, se poser tout à coup en aristarque\nuniversel ou chien enragé qui déchire et mord au hasard tout ce qui\nveut briller ou s'élever autour de lui.\nToutefois, de temps en temps, des étincelles de génie et des apprécia-\ntions lumineuses perçaient encore au travers de ces obscurités affectées\nde rhéteur. On lui doit d'heureuses rectifications, quelques termes nou-\nveaux d'une utilité réelle, restés en vigueur, et surtout un système ré-\ngulier de prosodie que nul musicien littérateur n'avait avant lui compris\nni mis en pratique d'une manière claire et nette. Nous reviendrons, en\nson lieu et place, sur ce chapitre important. Nous n'avons pas encore\nabordé les hautes questions de l'art au sujet de la coupe musicale du\nvers, que nos plus grands librettistes, Scribe en tête, ont si cavalièrement\ndédaignée ou négligée.\nNous avons dit que Castil-Blaze avait créé quelques mots heureux ou\nutiles que nos littérateurs musiciens ont fini par adopter : ainsi, à pro-\npos du mot librettiste que nous venons d'employer, quoiqu'on le trou-\nvât vicieux dans l'acception nouvelle qu'on lui donne au théâtre, at-\ntendu, disait-il, qu'il est déjà en crédit dans les bureaux de police et\nchez les batteurs d'or, il en imagina un spécial : parolier ; et aux qua-\nlifications assez triviales ou vulgaires de et de ballet,\nil substitua ballerin et ballerine, de l'italien ballare, danser. Ces termes\nont définitivement pris racine parmi ceux de notre vocabulaire musical.\nDans d'autres circonstances, il a été moins heureux ; ainsi, lorsque,\np. 482 ou 483 de son Molière musicien, il déblatère vivement contre\nl'Académie française qui n'a pas écrit, dans son dictionnaire,\nau lieu de arpège (manière d'attaquer les sons successivement comme\nsur la harpe), il a oublié de remarquer que ce mot, comme beaucoup\nd'autres termes français de musique, dérive de l'italien qui\nlui-même provient de arpa, harpe."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "85", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.37", "texte": "CASTIL-BLAZE\n\nMais nous avons dit que Castil-Blaze affectait de ne rien faire et de ne\nrien dire comme tout le monde ; c'est ce qui nous explique une foule de\ncritiques hasardées, heureuses ou malheureuses, selon qu'il se trouvait\nplus ou moins en veine, mais que nous nous dispenserons d'énumérer\nici, attendu qu'il faudrait le passer lui-même en revue du haut en bas,\nc'est-à-dire depuis son chapeau castillan jusqu'à sa griffe, dont le blason\nn'avait pour tout emblème héraldique qu'une clef de sol. Quant à ses\nsalutations épistolaires, avec ses amis elles s'exprimaient invariablement\ncomme suit : votre infiniment DÉVOT !... S'il avait dit dévoué au lieu de\ndévot, il aurait craint de déroger à son système arrêté de singularisa-\ntion universelle.\nEnfin, il avait voulu se distinguer jusque dans son cachet de corres-\npondance, qui était composé d'un commencement & allegro, au ton de\nla majeur, avec clef d'ut quatrième ligne, et ces deux notes en accord\nsur la portée : la, mi.\nNous terminerons ce chapitre par une petite incartade ou apostrophe\nen guise d'anecdote plaisante, car avec lui il y en avait dans tous les\ntons ;etlà il pouvait se vanter d'être fécond créateur. Voici :\nUn amateur musicien (je crois que c'était Bastide, père d'un avocat\navignonnais, aujourd'hui bon musicien lui-même) lui avait emprunté\nje ne sais quel cahier de musique auquel lui, Castil-Blaze, tenait beau-\ncoup, mais que son ami avait oublié dans ses rayons. Près de deux ans\ns'étaient écoulés depuis le jour où il lui avait confié cette musique, d assez\nmince valeur intrinsèque, et qu'il n'osait plus lui réclamer. Il ne savait\ncomment s'y prendre un peu poliment, lorsqu'un jour, l'abordant au\nmilieu d'un cercle d'amis, il lui adressa la parole en ces termes en le\nfrappant légèrement sur l'épaule :\nEscouta, Bastide...\nHein?\nRende\\ la musica, vo ? (Rendez-vous la musique, vous?)\nPourquoi me demandez-vous cela ? fit Bastide qui ne se rappelait\npas.\nOh ! ne vous formalisez pas ! c'est une simple question que je vous\nadresse. La règle des habitudes n'est pas encore bien fixée sur cette\nquestion arithmétique. Il y a de certaines choses qui se rendent ou ne\nse rendent pas. C'est une variante avec point d'orgue ad libitum ; il en\nest même qu'il serait de fort mauvais ton de restituer : une épingle, un\npain à cacheter ou une feuille de papier à lettres, par exemple ; eh bien,\nla musique, aux yeux de certaines personnes, est, à peu de chose près,\ndans cette infime catégorie-là. Cependant, à son endroit, les avis sont"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "86", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.38", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nencore partagés : les uns la rendent, les autres ne la rendent pas. Ainsi,\ncomme bien vous pensez, ceux-ci la gardent à perpétuité ; pour eux il y\na prescription. C'est pourquoi il m'était curieux de savoir de quel côté,\nà ce sujet, un homme de sens délicat, tel que vous, aime à pencher. »\nBastide, nous l'avons dit, ne se rappelait pas, et il regardait Blaze,\nfixé ment entre les deux yeux, pour tâcher d'y lire sa pensée et y démêler\nle motif de sa bizarre interpellation.\nQuel original ! se dit-il à part.\nEnfin, la rendez-vous ou ne la rendez-vous pas ? reprit Blaze un\npeu plus brusquement : dites oui ou non.\nMais, parbleu, oui, je la rends !\nEh bien, j'en suis fort aise, et je ne vous en demande pas davan-\ntage ; c'était une simple question de curiosité. Adieu ! portez-vous\nbien ! »\nEt il lui serra la main en le quittant sans s'expliquer plus clairement.\nLe lendemain, Bastide, après avoir passé la nuit et une bonne partie\ndu jour sous Je poids de cette singulière question, qui n'avait été\njusque-là pour lui qu'une énigme, vint à se rappeler que son ami lui\navait en effet prêté, dans le temps, un cahier de musique ; qu'il avait\nnégligé de le lui rendre, d'abord par paresse, puis par oubli ; et, ayant\neu le bonheur de le retrouver parmi ses papiers, il se hâta d'aller le lui\nrapporter, avec force compliments sur sa manière nouvelle, très délicate\net très originale, de réclamer ses droits.\nJe me suis servi depuis, mainte fois moi-même, de ce moyen-là pour\nme faire rendre ma musique prêtée ; mais le stratagème, quoique bon,\nne m'a pas toujours également bien réussi, probablement parce qu'il\nn était qu'une pâle traduction du texte original.\nLa musique prêtée meurt et ne se rend pas. C'est comme la garde...\nje voulais dire que, le plus souvent, celui qui la tient la garde... et ce-\npendant... voyez donc la bizarrerie capricieuse des choses de ce monde !\nLe musicien qui s'était depuis si longtemps impunément et irrévocable-\nment approprié la musique d'autrui, n'avait eu, ce jour-là, qu'à dire un\nmot pour se faire restituer la sienne !...\n* ♦ • .\nQu'on vienne nous dire après que cet homme d'art n'avait pas d'ima-\ngination !"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "87", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.39", "texte": "CASTIL-BLAZE\n\nIV\nSon genre d'esprit. Encore ses traductions.— Horloges musiciennes. Henri-\nBlaze, baron de Bury, fils de CastiL Mariage du père.l Singulière anecdote à\nl'occasion de ce mariage. Peut-être !\nIl me tarde, en écrivant ces pages, consacrées à la mémoire de notre\ntrès regretté Castil-Blaze, d'arriver au moment où je n'aurai plus que\nde doux souvenirs, d'honorables travaux et d'heureux faits à constater\nsur la vie et les écrits de l'excellent ami et du savant musicien que j'ai\nconnu et su apprécier dès ma plus tendre jeunesse. Il venait fréquem-\nment, le soir, chez un de mes oncles paternels, depuis député et maire\nde notre ville natale, sous la Restauration; mais, même avant cette\népoque, il s'y rendait fréquemment certains jours marqués de la semaine,\nconcurremment avec d'autres bourgeois et bourgeoises du pays, aussi\nbons appréciateurs de la belle musique de Rossini, toute nouvelle alors,\nque zélés amateurs de la bouillotte, jeu de cartes très en vogue avant que\nle boston et le whist nous fussent arrivés d'Angleterre.\nBien que le célèbre critique musicien fût déjà alors grand jeune\nhomme et moi encore enfant, je me rappelle qu'on appréciait déjà beau-\ncoup son esprit caustique et mordant, et que l'on écoutait même avec\nplaisir les chansonnettes et les romances de son crû, comme aussi les char-\nmants quatuors pour voix d'hommes qu'il arrangeait sur nos meilleurs\nairs connus. Mais il avait, il faut en convenir, un penchant immodéré\npour les jeux de mots, les pointes d'esprits et le calembourg. Pour se les\nrappeler tous, il faudrait avoir la mémoire prodigieuse de son excellent\npère, Henri-Sébastien-Blaze, notaire très estimé de la ville d'Avignon ;\nlequel, par parenthèse, lorsqu'un client venait le trouver à son étude\npour une date ou pour un nom, ne consultait presque jamais ses regis-\ntres, et lui disait en posant son index sur son front : « Mes minutes à\nmoi, répondent à la seconde; elles sont toutes là. » Le calembourg était\nhéréditaire dans cette charmante famille : ceux du fils, je ne les citerai\ndonc pas tous, mais quelques-uns suffiront pour en apprécier la valeur\ncomme une sorte d'échantillon des autres.\nUn soir donc qu'on attendait, chez mon oncle, un peu plus de monde\nqu'à l'ordinaire à l'occasion d'une grande soirée, un domestique étant\nvenu allumer les quatre quinquets de l'antichambre, l'un d'eux s'étei-\ngnit ; « François, lui dis-je, il yena un d'éteint. Tu fais erreur, mon"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "88", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.40", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\npetit ami, s'écria Blaze qui arrivait en ce moment, ne vois-tu pas qu'ils\nsont tous quatre en fer blanc? » Ceci était assez trivial, mais une de ses\npointes les plus précieuses, qui cependant perdra beaucoup, étant ra-\ncontée en français, la voici :\nUn jour d'été qu'il faisait chez lui sa toilette de garçon, la femme de\nchambre de sa mère, jeune fille simple et naïve, entra par hasard dans\nsa chambre à coucher au moment où il changeait de linge et venait de\ndéposer sur son lit le vêtement indispensable ; elle fit un cri en l'aperce-\nvant dans cet état de complète nudité et tourna le dos pour fuir,\n« Oh ! n'ayez pas peur, lui cria-t-il, car vous l'avez échappé belle;\net si vous étiez entrée une minute plus tôt, vous risquiez de me trouver\nen chemise. »\nMais laissons la babiole qui veut toujours aussi trouver sa place dans\nune biographie et arrivons aux choses graves qui seules ont quelque va-\nleur devant les esprits sérieux de notre siècle auxquels cette revue\ns'adresse principalement.\nPour ce qui est des traductions lyriques de Castil-Blaze, outre les\nNoces de Figaro, la Flûte enchantée, le Barbier de Sévi lie, le Ma-\nriage secret et Freyschutil avait traduit la Pie voleuse, Otello,\nMoïse, la Donna del Lago, Euriante, Anna Boleyn, etc. Plus tard on\nvit paraître à l'Opéra le fameux Don Juan de Mozart qu'il avait depuis\npeu retouché en collaboration avec son fils Henri.\n(La suite prochainement.)\n\nCHARLES SOULLIER."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "89", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.41", "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nFAITS DIVERS\nES membres de la section musicale de l'lnstitut, assistés\nde trois jurés adjoints et des membres du bureau de\nl'Académie des beaux-arts, assistaient, le vendredi 2 juil-\nlet, au Conservatoire, à l'audition préalable, à huis clos,\ndes cantates pour le prix de Rome. Le lendemain samedi,\naudition définitive, suivie du jugement du concours par\ntoutes les sections réunies de l'lnstitut. Les six cantates\nécrites sur la Ciyteinnestre de M. Ballu ont été interprétées ainsi qu il suit .\ni° Cantate de M. Dutacq, chantée par M. Caisso, élève du Conservatoire;\nM. Dufriche, de l'Opéra-Comique, et mademoiselle Belgirard, élève du Con-\nservatoire;\n20 Cantate de M. Pop-Méarini : chantée par MM. Villaret, Roques, élève\ndu Conservatoire, et mademoiselle Mulat ;\n3o Cantate de M. Véronge de la Nux : chantée par MM. Vergnet, Manoury\net mademoiselle Puisais, élève du Conservatoire ;\n4° Cantate de M. Marmontel : chantée par MM. Coppel, Couturier, élève\ndu Conservatoire, et mademoiselle Iîowe ;\n5° Cantate de M. Hillemacher : chantée par MM. Grisy, Menu et made-\nmoiselle Arnaud, tous trois de l'Opéra ;\n6° Cantate de M. Wormser : chantée par MM. Bosquin, Bouhyjet madame\nKrauss.\nC'est cette dernière cantate qui a été couronnée. En conséquence :\nM. Wormser, élève de M. François Bazin, a été proclamé lauréat du con-\nCDurs et on lui a décerné le premier grand prix. Le jury n'a pas cru devoir\ndécerner un second prix, mais une mention honorable a été accordée a\nM. Dutacq, élève de M. Henri Reber.\nLes concours publics du Conservatoire de musique et de déclamation\nsont fixés ainsi qu'il suit : Chant, vendredi 2 3 juillet; piano, samedi 24;\nopéra comique, lundi 26; tragédie et comédie, mardi 27; opéra, mercredi 28;\nvioloncelle et violon, jeudi 29; et les instruments à vent, le vendredi 3o\njuillet.\nM. Edouard Hanslick, le critique musical de la Neue Freue Presse de\nVienne, a visité récemment Paris."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "90", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.42", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nIl consacre dans son journal un feuilleton au nouvel Opéra. M. Hanslick\nconsent à voir dans l'oeuvre de Garnier la huitième merveille du monde.\nMais s'il regarde le monument comme une œuvre d'art admirable, il est loin\nd'éprouver le même enthousiasme pour les chanteurs qui ont inauguré la\nnouvelle salle. Nous donnons, d'après le Guide musical de Bruxelles, la tra-\nduction de l'article de M. Hanslick, dont nous lui laissons toute la respon-\nsabilité, déclarant ne vouloir partager d'aucune façon sa manière de\nsur certains de nos artistes :\n« Depuis son ouverture, le 5 janvier 1875, jusqu'à la fin de mai, dit\nM. Hanslick, le Grand-Opéra de Paris n'a représenté que la Juive, Guil-\nlaume Tell, Hamlet, la Favorite, et en dernier lieu les Huguenots. Ainsi,\ncinq opéras en cinq mois ! Quelques soirées ont donc permis au public\nd'épuiser tout le répertoire. Il est vrai de dire que pendant toute cette\npériode, c'était moins la représentation que le monument lui-même que l'on\nallait voir, et le vrai spectacle n'était ni sur la scène ni dans la salle, mais\nc'était la salle elle-même.\n« Les trois coups vigoureusement appliqués sur le bois sonore viennent de\nretentir : moyen quelque peu préhistorique de remplacer le sonde la cloche,\nmais qu'une honorable tradition a fait conserver dans toute la France. Le\nrideau se lève. On donne les Huguenots, Nous remarquons avec satisfaction\nque les archets des violons ne se mettent en aucune façon en travers des\nregards des spectateurs et que le bruit des instruments ne couvre pas le\nchant : l'orchestre est placé plus bas qu'à Vienne, et avec raison. L'acous-\ntique est excellente, quoique sous ce rapport le nouvel Opéra ne soit pas à\nla hauteur de l'ancien que l'incendie a détruit rue Le Peletier et où le bois\ndominait dans la construction. Le chant résonne dans la salle beaucoup\nmieux que l'orchestre, de qui l'on est en droit d'attendre plus de vigueur et\nde brillant. Ce n'est pas qu'il soit placé trop bas, mais son insuffisance\nnumérique ne lui permet pas de se faire entendre avec la force nécessaire\ndans un si grand vaisseau. Dix à quatorze violons de plus, et l'orchestre ne\nlaisserait plus rien à désirer. Occupons-nous maintenant de l'exécution elle-\nmême. On peut affirmer hardiment que le mérite des artistes n'est nulle-\nment en rapport avec la grandeur et la magnificence du bâtiment. Ces\noiseaux chanteurs ne méritent pas la cage dorée qu'on leur a faite. Il n'y a\nde remarquable que la mise en scène, les décorations, les costumes et les\nballets. Quant aux chanteurs, à l'exception d'un ou deux, il ne leur est pas\npermis d'avoir la prétention d'être des artistes de premier ordre, dignes du\nGrand-Opéra de Paris, dont le devoir cependant serait de posséder ce qu'il\ny a de mieux en ce genre. Deux faits qui prouveront mieux que tout ce que\nje puis dire la décadence musicale du célèbre Institut, c'est que Gounod et\nVerdi ne veulent lui confier l'exécution, l'un de son Polyeucte, l'autre de\nson Aida, aussi longtemps que des changements ne seront pas introduits\ndans le personnel actuel. Le ténor Villaret chantait Raoul, Villaret, cette\nespèce de bourgeois vieux et pansu, dont la mimique consiste en un sourire\nperpétuellement niais et dont l'action se borne à deux mouvements stéréo-\ntypés des bras. Sa voix est encore forte, mais n'a plus le moindre velouté\nni la moindre fraîcheur. Villaret n'a jamais su ce que c'est que chanter, et\ndès le premier air (Plus blanche, etc.j, que l'on ne peut crier, laissait aper*"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "91", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.43", "texte": "VARIA\n\ncevoir toute son insuffisance. Dans un rôle comme celui de Raoul, l'aspect\nseul de cet homme est déjà comique. Je ne pouvais m empêcher de jeter à\nchaque instant les yeux sur Roger qui se trouvait au parterre, et qui contem-\nplait Raoul de la scène d'un regard profondément mélancolique. Quelles\npensées devaient s'élever dans l'âme de cet intelligent et sympathique artiste\nqui, dans ce même rôle, avait ému et ravi tous les cœurs! Mademoiselle\nGabrielle Krauss chantait Valentine avec cette voix creuse et tremblante qu'à\nVienne nous ne connaissons que trop. Bonne musicienne, intelligente et\nayant l'habitude des planches, elle remplit convenablement son rôle, sans\npouvoir parvenir cependant dans aucune scène à émouvoir ses auditeurs. Le\npublic qui, il est vrai, laisse à la claque le soin d'applaudir, mais qui cepen-\ndant sort de sa réserve ordinaire quand il s'agit d'un de ses favoris, comme\nFaure, madame Miolan et d'autres, avait à l'égard de mademoiselle Krauss\nune attitude presque entièrement passive. La critique parisienne elle-même,\nen général si bienveillante et d'une prédilection si particulière pour made-\nmoiselle Krauss, avait recours, pour parler de sa Valentine, à des détours où\nperçaient à la fois mille difficultés et le désir de trouver tout bien. Sans nul\ndoute, le principal mérite de cette artiste, aux yeux du public de Paris, c'est\nla sûreté et la correction avec laquelle elle manie la langue française.\n« Madame Miolan-Carvalho, une dame de quarante à cinquante ans,\navec des restes heureusement conservés de voix et de beauté, chantait la\nReine. Elle remplit aussi les rôles de Marguerite, d'Ophélie ; c'est donc\ncomme un véritable ange sauveur qu'elle a pris son vol de l'Opéra-Comique\nau Grand-Opéra dans la détresse. Madame Miolan sait tirer un excellent\nparti de ses moyens, et s'il lui manque la profondeur et l'énergie de la\npassion, elle séduit cependant par le charme d'un art plein de mesure et\nd'élégance. Le public parisien conserve pour ses artistes une tendre sympa-\nthie, et le souvenir des beaux jours de la Miolan vient, comme un écho\nsonore, embellir pour lui son chant d'à présent. Aussi, la vénération qu'on\nporte à cette artiste est-elle, à Paris, parfaitement compréhensible et fondée.\nComme madame Miolan surpasse en talent toutes les autres chanteuses, aussi\nFaure, le célèbre baryton, est à la tête de tous les chanteurs du Grand-Opéra.\nSon jeu libre et élégant trahit encore> toujours, son origine de l'Opéra-\nComique. Pour la noble formation et le velouté parfait du son, pour la\nnetteté de l'articulation, pour tout ce qui regarde l'art de la vocalisation et\nl'exquisse expression du chant, Faure est incomparable. Ce n'est que là où il\nfaut à la voix une puissance et une énergie métalliques, que Faure ne s'élève\npas à la grandeur d'effets qu'obtient notre Beck dans ces mêmes passages. Le\ndon Juan de Faure finit précisément où commence le don Juan de Beck : à\nla scène du festin au deuxième finale. Sans se mettre en avant plus qu'il ne\nfaut, Faure sait faire les rôles comme celui de Nevers, dans les Huguenots, le\npoint central de l'action. Le vieux Belval fait encore un excellent Marcel.\nDans Hamlet, Faure est plein d'intelligence et d'exquis sentiment, et\nmadame Miolan remplit le rôle d'Ophélie avec une grâce tranquille. Mais ils\nsont plus que médiocrement secondés par madame Gueymard, sans voix\ncomme sans talent dans la reine Gertrude, par Ponsard, un roiClaudius tout\nà fait médiocre, et par Bosquin, un bien triste Laërte,\n« Lors de la représentation de la Juive, de Halévy, j'eus l'occasion d'en-"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "92", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.44", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ntendre une autre partie de la troupe du Grand-Opéra. Mademoiselle Mauduit,\ndans le personnage de Rachel, est bien la plus médiocre et la moins intéres-\nsante artiste qu'on puisse s'imaginer. On ne peut pas dire qu'elle soit mau-\nvaise, c'est la nullité même. M. Salomon, qui représente Éléazar, gagne\nrapidement la sympathie d'auditeurs qui, le jour auparavant, ont eu à souffrir\nM. Villaret. Robuste et d'une taille élevée, Salomon possède une voix de\nténor tendre, sonore, seulement un peu voilée dans le haut, et qui fait\nautant de plaisir que son jeu simple et franc. Aussi prédisons-nous à ce\njeune artiste, que la nature a très heureusement doué, une belle carrière,\npourvu qu'il ait l'application et l'intelligence nécessaires. Cette dernière\nqualité ne brillait pas trop dans la façon dont il avait conçu le rôle\nauquel il ne comprenait pas grand'chose. Aucun des traits nationaux du Juif,\npas plus que son caractère fanatique et vindicatif, n'étaient rendus. Salomon\njouait tout le personnage, la tête majestueusement relevée, plein d'onction\net de conciliation, comme s'il voulait bénir toute la chrétienté! en un mot,\nun véritable apôtre. Jamais je n'ai vu si peu d'intelligence dramatique.\nMadame Daram, une petite personne pas trop charmante, chantait Eudoxie\nconvenablement, d'une petite voix prompte à s'émouvoir. Bosquin, comme\nprince Léopold, était évidemment un maître d'école saxon déguisé et de\nl'effet le plus comique. Certes, tout est loin d'être parfait aux représentations\nde l'Opéra de Vienne, mais quand on se trouve au Grand-Opéra de Paris et\nque Ton songe à des chanteurs comme Ehun, Materna, Wilt, Beck, Roki-\ntansky, Millier, Labatt, etc., il est impossible de ne pas éprouver une agréable\nsensation patriotique.\n« Mais portons plutôt nos regards vers les plus beaux côtés du Grand-\nOpéra et finissons par la mise en scène, ce mot pris dans le sens le plus large.\nD'abord les décors. On n'a pas cherché à éblouir les yeux à tout prix par\nl'éclat et les effets de couleur; ce sont des tableaux poétiquement conçus et\npleins de caractère. Qu'il est beau et qu'il répond parfaitement à la scène, ce\npaysage de neige avec la terrasse, au premier acte d'Hamlet ! Qu'il est royale-\nment magnifique, le parc de Chenonceaux, au deuxième acte des Huguenots,\navec son escalier monumental où toute une armée de pages, de dames de la\ncour et de hallebardiers est si pittoresquement groupée ! Qu'il est charmant\net grandiose à la fois, le tableau de la prairie, au troisième acte de la Juive,\navec son château féodal et ses monts imposants ! A cet art de la décoration\nrépondent la richesse, le pittoresque, la fidélité historique des costumes, le\nparfait arrangement des groupes et de leurs évolutions sur la scène. Quant\naux ballets, ils déploient une splendeur pleine de goût et une grande préci-\nsion de mouvements.\n« EDOUARD HANSLICK. »\nLes sous-commissions de l'intérieur et des beaux-arts réunies ont entendu\nM. de Nervaux, directeur général de l'Assistance publique, à l'occasion de\ndivers amendements relatifs au droit des pauvres et déposés par MM. Raoul\nDuval, Beau, etc.\nM. Beau propose notamment, comme nous l'avons déjà indiqué, de réduire\nle droit des pauvres pour les concerts non quotidiens. Ainsi, d'après son\namendement, la taxe prélevée par l'administration ne serait que de 3 o/o."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "93", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.45", "texte": "VARIA\n\nM. de Nervaux s'est appliqué à démontrer aux sous-commissions du budget\nque les droits des pauvres ne sauraient être réduits sans qu'il en résultât un\nbouleverssment dans le budget de la ville de Paris. En effet, d'après le direc-\nteur de l'Assistance publique, les revenus annuels de cette administration sont\nde 7,353,000 fr., qui se décomposent comme suit:\nMont-de-Piété , 328,000 fr.\nConcession de cimetières 210,000 »\nDroit des pauvres 2,000,000 »\nRevenus mobiliers et immobiliers de l'Assistance publique... 4,81 5,000 »\nT0ta1.... 7,353,000 »\nIl faut ajouter à ce chiffre la subvention accordée par la ville de Paris et\nqui s'élève à 13,200,000 fr. Or, si le droit des pauvres subissait des réduc-\ntions, il faudrait élever d'une somme équivalente la subvention accordée par\nla Ville.\nEntrant ensuite dans le détail des taxes perçues au nom du droit des\npauvres, M. de Nervaux a donné les chiffres correspondants des recettes\nbrutes des théâtres, cafés-concerts, concerts, bals, et du droit des pauvres\npendant les dernières années.\nVoici les chiffres pour l'année 1874 :\nRecettes brutes. Droit des pauvres.\nThéâtres 19,565,278 64 1,761,407 40\nCafés-concerts 2,196,323 01 223,780 12\nConcerts « 325,672 60 66,214 76\nBals i,i25,256 i 5 214,238 48\nAssauts, fêtes diverses, etc 53,3g3 08\n23,212,530 40 2,3i9,033 84\nM. de Nervaux ne croit donc pas qu'il soit possible d'opérer la réduction\ndemandée par M. Beau pour les concerts non quotidiens, tels que les con-\ncerts du Conservatoire, les concerts Pasdeloup, et ce dernier, soit dit entre\nparenthèses, paie 400 francs par séance, sur une recette estimée à 5,000 fr.\nenviron.\nLes sous-commissions, après une courte délibération, ont décidé qu'elles\nentendraient M. le préfet de la Seine. M. Tirard a été chargé de demander\nà M. Ferdinand Duval de venir s'entendre avec elles.\nPlusieurs membres estiment qu'il serait néanmoins possible de réduire les\ntaxes sur les concerts non quotidiens en augmentant, par compensation, les\ndroits des pauvres pour les bals publics.\nCette intéressante question sera d'ailleurs prochainement discutée.\n- Le 7 juillet, à neuf heures du matin, la Commission consultative des\nthéâtres a été convoquée pour discuter la question du Théâtre-Lyrique, ou\nplutôt celle de la nomination du directeur de ce théâtre.\nM. Wallon est tout à fait disposé en faveur du Théâtre-Lyrique, ainsi que\nnous l'avons déjà dit dans un précédent article, et il est d'avis de donner à\nson futur directeur les 97,500 fr. (chiffre exact), « comme entrée de jeu, »\nsuivant sa propre expression. La Commission du budget a, de son côté, con-\nsenti à ajouter aux 100,000 francs inscrits au prochain budget, le reliquat"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "94", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.46", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nde la dernière subvention. La nouvelle contradictoire, envoyée par l'agence\nHavas, et reproduite par plusieurs de nos confrères, était donc inexacte.\nIl serait possible que la nomination du directeur du Théâtre-Lyrique suivît\nde près la réunion d'hier, et qu'après avoir entendu les divers avis des\nmembres de la Commission consultative, le ministre des Beaux-Arts prît une\ndécision.\nAux termes du cahier des charges de l'Opéra, les bénéfices sont liquidés\ntous les deux ans, et l'État prélève la moitié de ces bénéfices.\nLa somme ainsi obtenue doit être affectée :\ni° A la reconstitution du matériel dans le cas où le crédit de 2,400,000 fr.?\nvoté par l'Assemblée serait insuffisant ;\n2° A l'amélioration des représentations de l'art lyrique en France.\nPar suite d'une combinaison proposée par la Commission et acceptée\npar les parties intéressées, l'État pourrait avoir la libre disposition de ces\nonds et les employer au profit du Théâtre-Lyrique.\nLa collecte faite par M. Gailhard, parmi le personnel de l'Opéra, au\nprofit des inondés du Midi, s'est élevée au chiffre de 5,294 francs.\nGrande activité au théâtre de Bayreuth, dont la construction est aujour-\nd'hui presque entièrement achevée. Pendant qu'une légion d'ouvriers se hâte\nde terminer les travaux de la scène, Wagner lui-même s'est mis àla tête de\nsa petite troupe, dont les premiers sujets sont : Madame Friedrich-Materna,\nMM. Niemann, Betz et Scaria. Les répétitions au foyer ont commencé le\nier juillet; du ier au i 5 août auront lieu les répétitions à l'orchestre. C'est le\nKapellmeister Hans Richter qui en prendra la direction. La question des\ncostumes, très délicate à trancher, a été résolue par le professeur Dœpler de\nBerlin. Cet artiste a soumis à Wagner ses esquisses et le maître s'est montré\ntrès satisfait du talent avec lequel il avait réalisé ses conceptions. Le profes-\nseur Dœpler a donc pris la direction de ce travail important, et tous les cos-\ntumes seront confectionnés sous son contrôle, à Berlin et à Meiningen, qui a\nla spécialité des armes antiques et moyen âge. Une autre question pratique\npréoccupe vivement Wagner ; c'est celle de savoir où l'on pourra héberger la\npopulation artistique accourue à Bayreuth pour assister aux représentations\nde la trétalogie. Bayreuth, on le sait, est une petite ville de 18,000 habitants\nqui se trouvera certainement fort embarrassée de l'affluence d'étrangers que\nva lui amener la curieuse solennité qui se prépare. Il est donc question de\nconstruire un grand hôtel, comprenant 400 chambres meublées et 600 lits.\nCe projet soulève naturellement une question de capitaux que les comités\nwagnériens s'occupent en ce moment de résoudre.\nMM. Beau et d'Osmoy ont présenté, sur la demande de l'Association des\nartistes musiciens, présidée par M. le baron Taylor, un amendement àla loi\ndu budget fixant à 3 0/0 le droit des pauvres sur les concerts non quotidiens,\ndroit qui, depuis trois ans, a été augmenté d'une manière inouïe par l'Assis-\ntance publique de Paris. Ces concerts sont ceux que donnent occasionnelle-\nment des artistes, des sociétés artistiques ou de bienfaisance, à la différence"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "95", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.47", "texte": "VARIA\n\ndes cafés-concerts et des concerts-promenades, qui sont quotidiens et imposés\ncomme les théâtres à 10 o/o.\nLes concerts non quotidiens peuvent, en vertu de l'interprétation d'une\nancienne loi du 8 thermidor an V, être taxés jusqu'à 25 o/o. Toutes les admi-\nnistrations qui se sont succédé depuis 80 ans avaient compris la nécessité de\nn imposer les concerts au benefice d artistes que d'un droit minime, qui va-\nriait de 3o à 5o francs au plus par concert ; mais, depuis trois ans, l'Assis-\ntance publique a élevé ses prétentions jusqu'à demander à la Société des\nconcerts du Conservatoire 800 francs par concert pour la prochaine saison,\nau lieu de 300 francs qu'elle payait jusqu'en 1873. Cette Société a déclaré\nqu'elle cesserait ses concerts si lon persistait à lui réclamer plus que les 400\nfrancs qu'elle a payés depuis trois ans.\nNous avons déjà le Théâtre-Italien et le Théâtre-Lyrique fermés et leur\npersonnel sans emploi ; faudra-t-il que Paris soit aussi privé des beaux con-\ncerts du Conservatoire ?\nIl est bon qu on sache que la Société des concerts ayant à partager le bé-\nnéfice de ses concerts entre ses iso membres, il ne revient en moyenne à\nchaque artiste que b francs par heure pour le temps employé aux concerts\net aux nombreuses répétitions qu'ils nécessitent. Il va sans dire que les autres\nSociétés artistiques ayant des recettes moins élevées que celles du Conserva-\ntoiie, 11e peuvent donner à leurs membres que des bénéfices encore beaucoup\nmoindres.\nL amendement de MM. Beau et d'Osmoy paraît avoir beaucoup de chances\nd être adopté par l'Assemblée nationale, parce qu'il respecte le principe du\ndroit des pauvies, tout en ménageant les intérêts des artistes 5 la fixation du\ndroit à 3 0/0 pour les concerts de musique sérieuse et ceux au bénéfice d'ar-\ntistes aurait pour conséquence de rétablir ce droit tel à peu près qu'il était\nperçu avant les augmentations réclamées par l'Assistance publique depuis\n1873.\nL'Assemblée nationale comprendra certainement qu'entraver le mouve-\nment artistique de Paris et retirer une de ses ressources à une classe nom-\nbreuse et peu fortunée d'artistes n'est pas le moyen de remplir la caisse de\nl'Assistance publique, car ses exigences exagérées amèneraient inévitable-\nment une diminution dans le nombre des concerts et nuiraient autant aux\nhospices qu'aux artistes.\n\nNOUVELLES\n\nARIS. Opéra. —• Mademoiselle Rosine Bloch a pris le rôle de la\nReine dans Hamlet à la place de madame Gueymard, actuellement\nen congé.\nAprès le ballet de M. Léo Delibes qui est entré en répétition,\non mettra à l'étude un opéra ballet de M. de Saint-Georges. Le titre de ce\nnouvel ouvrage n'est pas encore arrêté.\nLes auditions se succèdent» Plusieurs ténors ont été entendus. M. Vitaux,"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "96", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750715-01.1.48", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\nParis Alcan-Lévy, imprimeur breveté, rue de Latayette, 61*\n1 ropriétaire-Gérant : Q/î CRJTH HE UL H&ï\n\nténor du grand Opéra de Bordeaux, devait débuter dans les Huguenots. Au\ndernier moment il s'est retiré.\nUn autre ténor, M. Valdejo, premier sujet de l'Opéra-Comique à Liège et\nà Lyon pendant ces dernières années, s'est fait entendre aussi et son auditon\na été des plus heureuses.\nOpéra-Comique. Capoul revenant de Londres a passé par Paris et pris\nconnaissance de son rôle dans Paul et Virginie, sous la direction même de\nl'auteur, qui tenait le piano. Cette lecture aurait complètement réussi à\ntous les égards. On dit mademoiselle Heilbron destinée au rôle de Virginie.\nVariétés. Mademoiselle Aimée rentrera aux Variétés dans les Brigands,\nque M. Bertrand a l'intention de reprendre vers la fin de septembre, avant\nde jouer la Boulangère, dont les répétitions vont commencer le 20 août.\nFolies-Dramatiques. Réouverture le ier août avec Les Cinq francs d'un\nbourgeois de Paris.\nThéâtre-Taibout.— Le théâtre Taibout a trouvé preneur. Cette petite salle\nsi élégante mais si peu chanceuse jusqu'ici vient d'être louée à M. de Molènes\nqui dirigeait tout récemment l'Alcazar d'hiver. Le nouveau directeur se pro-\npose de former une troupe capable d'y jouer le répertoire d'opérettes.\nM. Kowalski vient de partir pour faire une tournée en Bretagne en\ncompagnie de madame Alhaiza, mademoiselle Sanglés, et MM. Raoult, Ne-\nveu, Poter, Pitel et Hammeral.\nJeudi prochain, premier concert à Rennes au bénéfice des inondés.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}