{"numero_id": "bm-bmtnabc-1875-08-01-01", "volume": "bmtnabc_1875-08-01_01", "ocr_sha256": "ce02b2432d3942a9b8fc21997af69264370fc1d7a4481d60726a2902e759cd5c", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabc/issues/1875/08/01_01/bmtnabc_1875-08-01_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabc/issues/1875/08/01_01/bmtnabc_1875-08-01_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabc-1875-08-01-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-08-01_01#c001", "volume": "bmtnabc_1875-08-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "[97]", "page_fin": "106", "image_debut": 1, "image_fin": 10, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.2.1", "titre_corps": "ROSSINI, BEETHOVEN ET L'ÉCOLE ITALIENNE CONTEMPORAINE", "titre_sommaire": "ROSSINI, BEETHOVEN ET L'ÉCOLE ITALIENNE CONTEMPORAINE", "signature_source": "LOUIS LACOMBE", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[97]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.1", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 777, "texte": "ROSSINI, BEETHOVEN\nET L'ÉCOLE ITALIENNE CONTEMPORAINE\n\n'ART a besoin de liberté pour rester sain, pour\ndemeurer fier et grand. Semblable au rossignol,\nil ne vit pas en cage. Il aime à secouer sa che-\nvelure éclatante aux quatre vents du ciel. Il lui\nfaut le plein soleil, les étendues, l'azur incom-\nmensurable. Est-il esclave, aussitôt il dépérit,\nLa contrainte le bâillonne, l'épuisé, l'étouffé.\nLe despotisme le frappe d'impuissance. Soumis\nà des volontés inflexibles, à des systèmes reli-\ngieux ou politiques qui ne le laissent pas maître de lui-même, il devient\nce qu il peut. Il était robuste, le voilà rachitique. Enfermé\ndans de certaines limites, rivé malgré lui peut-être à la loi commune,\nsubissant les fluctuations de la politique courante, forcé d'obéir aux"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "98", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.2", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2536, "texte": "mandataires d'un ordre de choses déterminé, il se rabat sur les senti-\nments individuels. Cherche-t-il a sortir du cercle étroit ou se meut\nforcément sa pensée, on l'arrête * porte-t-il trop haut la tête ,onle 1 ap-\npelle à l'ordre ; se révolte-t-il, on l'exile ou on le condamne au carcere\nduro. Alors, triste et résigné, il écoute la brise qui passe, il prête 1 oreille\nau murmure des flots, il cueille une fleur dont le parlum 1 enivre; il ne\npense plus, il rêve ; spectateur d'un drame immense joué par les puis-\nsants de la terre, drame dont il ne peut raconter les péripéties terribles,\nil se réfugie dans la poésie vague, dans le genre, dans l'inutile. Il lime,\nil cisèle. La formule seule le préoccupe et il finit par se rapetisser entiè-\nrement dans un travail sans intérêt et sans but. Ou bien il se jette\ndans l'indifférence, dans la matière, dans la vie à outrance, dans le\nscepticisme, dans le plaisir, dans le faux, dans la courtisanerie, dans la\ndomesticité. Il s'énerve, il se démoralise ; il renonce sans vergogne a ses\nconvictions pour adorer publiquement le dieu qu'il il préconise\ndes principes qu'il hait, il lèche les pieds du maître, il se tait devant\nl'étranger. Il est à vendre, on l'achète. Ses ailes tombent, il a le pouce de\nla force brutale sur le front. Se trouve-t-il à plaindre? non; il dîne tous\nles jours, il s'enivre quelquefois, il se prostitue, il rit. il oublie qu on\nne se soustrait aux exigences de la liberté que pour s abrutir aux bras de\nla licence. Traître à ses devoirs, craintif, flatteur, voluptueux, léger,\nil court les palais et les ruelles, mendiant quelques pièces d'or, quêtant\nles applaudissements vulgaires et réclamant la récompense due a ses\nsacrifices. Il est plat, vil, hideux. Désintéressé des hautes questions\nsociales, il végète misérablement, il s'amuse, il s'étourdit. Quel événe-\nment ou quel homme lui rendra sa beauté, sa dignité, son indépen-\ndance ?\nL'idée est une grande guerrière : elle veut la lutte, le sang et les\nlarmes. Le passé lui envoie, comme Junon à Hercule, des serpents pour\nla dévorer, et il faut que, sous peine de mort, elle dompte les animaux\nvenimeux qui la poursuivent à travers les ruines et les tombeaux, dans\nl'espoir de l'atteindre, de s'enrouler autour d'elle et de la tuer. Tous ces\ntyrans, ces préjugés, ces intérêts se liguent contre elle. Patience! pa-\ntience 1 Elle grandira, elle combattra, elle vaincra. Qu'attend-elle donc?\nSon jour,\n*••••••••\nL'art dont les rapports évidents avec la religion, la politique, les"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "99", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.3", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2740, "texte": "mœurs, le climat, le paysage et les êtres qui l'animent, ne sauraient être\ncontestés, est-il, ainsi que le prétend Ballanche, la décoration de la\nsociété ? Non : il en est l'âme ; il est la société même sous la forme\ndonnée par les artistes supérieurs à ses sensations, à ses sentiments, à\nses idées. Les tendances des peuples, spiritualisées par le génie avide\nd'idéal, illustrées par le talent, voilà l'art.\nMais 1 art aliecte plus particulièrement ou les sens ou le cœur, ou\n1 espiit ; de là des œuvres d ordres bien différents, sensuelles, sentimen-\ntales, intellectuelles; delà, aussi, des appréciations diverses formulées\npar les connaisseurs, par les amateurs et par la foule sur les productions\nartistiques.\nLa diversité de ces appréciations inspirait à Berlioz cette réflexion :\n« Qui peut définir le Beau ? ce qui est beau pour l'un ne Test pas pour\nl'autre. » C'était, on le voit, la négation du Beau. Et cependant le Beau\nexiste, il peut être défini, et les siècles ne se trompent pas quand il s'agit\nde signaler l'éternelle et resplendissante Beauté.\nLes définitions du Beau fourmillent; j'en citerai deux qui me parais-\nsent remarquables. On connaît généralement la première ; elle date de deux\nmille trois cents ans environ, et nous fut léguée par Platon. La voici :\n« Le Beau est la splendeur du vrai. » La seconde appartient à M. de\nMaistre : « Le Beau, dans tous les genres imaginables, dit-il, est ce qui\nplaît à la vertu éclairée. » Or, la définition de Platon me semble supé-\nlieure à celle de M. de Maistre de toute la distance qui sépare l'absolu\ndu relatif. Platon a pensé à Dieu, de Maistre a pensé à l'homme, à\nun certain homme. Au surplus, il serait triste, désolant, redoutable, que\nle Beau n'attirât pas la vertu éclairée; il n'en est point ainsi, heureuse-\nment; le Beau, au contraire, possède la faculté particulière, providen-\ntielle, de charmer l'ignorance et d'éclairer le vice perdus dans les ténè-\nbres. L'enfant n'est encore ni instruit, ni vertueux ; pourtant il s'arrête\ntout pensif devant un site pittoresque ; une fleur l'enchante, les vives\ncouleurs d'un papillon le séduisent, la demoiselle bleue ou verte qui\nvole au boid de 1 eau le ravit, il admire le soleil levant ; il sent, derrière\nl'astre qui colore sa petite figure émue, l'lnconnu sublime dont sa mère\nlui révéla le nom. Le soir, il admire les arbres touffus de la forêt frisson-\nnant au vent ; le cri des éléments déchaînés l'émeut profondément; il\naime l'âme mystérieuse qui respire et se cache dans la nature; il veut\ngravir la montagne. Qu'y a-t-il au delà de cette montagne? une autre\nmontagne. Tant mieux ! il y montera, s'écriant comme Goethe ;\nImmer lïôher muss ich steigen,\nImmcr weiter muss ich schaun"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "100", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.4", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2673, "texte": "Je veux monter toujours plus haut,\nJe veux regarder toujours plus loin.\nIl lui semble que son ascension le rapproche des étoiles.\nPasse-t-il à côté d'une église? Son imagination s'éveille, son pouls bat\navec force; il pénètre dans l'immense édifice; l'ombre, les vitraux ma-\ngnifiques, les colonnes élancées, les pas qui retentissent dans l'enceinte\nsacrée, les statues des saints vaguement éclairées, les gémissements de\nl'orgue, le chant grave des prêtres, tout cela l'ébranlé. Il se prosterne,\nil s'agenouille, il pleure; instinctivement il prie, ses lèvres innocentes\nbalbutient : Seigneur !\nEntend-il lire? Ce sont les pensées simples, profondes souvent, géné-\nreuses et noblement exprimées toujours, qui le frappent d'abord. Dans\nun opéra, dans une symphonie, il saisira vite les mélodies saillantes ;\ncelles qui auront un cachet inaccoutumé d'élévation l'entraîneront ;\nsans savoir pourquoi, il les préférera. Qui fait naître en lui ces émotions\ninexprimables, ces élans impétueux, ces mouvements passionnés? C'est\nla création, fille de Dieu ; c'est l'art, fils de l'homme ; c'est le. Beau. Eh\nbien! les masses ressemblent à l'enfant : comme lui, elles sont naïves;\ncomme lui, elles sont susceptibles de recevoir une forte impulsion ; comme\nlui elles se laissent aller à leur instinct, et cet instinct, don précieux,\nles sert mieux parfois que les connaissances incomplètes qui, chez cer-\ntains amateurs, remplacent l'intuition et le sens commun par le parti pris\net le préjugé. Ne médisons donc pas de l'instinct, et ne nous imaginons\npas, surtout, que ce qui plaît à la vertu éclairée soit précisément et in-\nfailliblement empreint de cette splendeur du vrai dont parle si judicieu-\nsement Platon. Grâce aux bons instincts de la foule, si faciles à éveiller,\ntout irait donc à merveille pour les artistes et pour leurs ouvrages, si des\ngens qui se supposent gratuitement très compétents, n'égaraient pas\nl'opinion publique, qu ils prétendent diriger, et s'ils ne la détournaient\npas fréquemment de la voie où marche le vrai pour la conduire, en vue\nd'intérêts personnels étrangers à l'art, dans le chemin orné de fondrières\noù trébuche le faux. Ah! le faux, c'est notre plaie. Le faux s'introduit\nclandestinement partout. Usé avant l'âge, fardant ses vieilles joues\ncreuses, portant perruque ou se teignant les cheveux, il se couvre d'ori-\npeaux, il se pare de bijoux Ruolz, il fait des grimaces en guise de sou-\nrires, il montre ses ozanores et dit : « Je suis le vrai. » Et voilà le dan-\nger ! Car les imbéciles, les ignorants, les faibles, victimes du demi-savoir,\nde la spéculation et de la mauvaise foi, finissent par croire que le faux"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "101", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.5", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2726, "texte": "est en effet le vrai. On s'habitue à ses charlataneries, à son langage fre-\nlaté, à sa mine effrontée ; il se glisse furtivement, et par des moyens que\nla conscience réprouve, dans la religion, dans la politique, dans l'indus-\ntrie, dans le commerce, dans les arts. Il affirme que la raison ne doit\npas être écoutée, que la tyrannie a toutes les vertus, que le despotisme\nest une bonne chose, que la liberté ne vaut rien, que l'égalité est une\ndétestable invention, que la guerre, inévitable et d'institution divine,\nnaturellement, procure une gloire avantageuse aux nations, que les dé-\ncouvertes, les inventions sont dangereuses, étant la ruine des capita-\nlistes ; qu'un mensonge, lorsqu'il est productif, a sa valeur, et que la\nconvention doit tenir en laisse la danse, la mimique, la sculpture, la\npeinture, la musique et la poésie.\n%\nEn un mot, il empoisonne les sources de la vie intellectuelle et mo-\nrale, il souffle sur la lumière, il se campe insolemment devant la vérité\nqu'il bafoue, criant aux badauds qui l'écoutent : « Cette fille toute nue\nque vous apercevez là-bas sur la margelle d'un puits, un miroir à la\nmain, je la connais : C'est une drôlesse ! »\nTant que l'ltalie dut supporter la domination étrangère, vivre sous\nun régime ennemi de toute liberté et se courber sous le bâton, il eût été\nparfaitement inutile de lui parler de rénovation.\nAujourd'hui, l'ltalie devenue libre se recueille; sa résurrection dépend\nd'elle ; elle le sent, elle le sait ; rassemblant ses forces, elle s'élancera\nbientôt, virile et victorieuse, vers les hauteurs où s'épanouit l'art im-\nmortel qui, pour produire des chefs-d'œuvre, doit s'appuyer sur l'indé-\npendance et la vertu.\nUne robe noire qui couvre tout, un sabre qui n'épargne rien,, des ci-\nseaux qui ne se lassent pas de rogner, c'est plus qu'il n'en faut pour\nétablir le règne du faux d'une manière solide et durable. A cette heure,\nla robe noire perd de son influence,, le sabre a tourné sa pointe d'un\nautre côté, et les ciseaux se reposent un peu; l'ltalie s'appartient presque,\nelle respire tant bien que mal. N'ayant plus dans le flanc la griffe au-\ntrichienne, rentrée en possession d'elle-même, elle s'efforcera sans doute\nde reconquérir promptement sa vigueur compromise par l'abus des seuls\nplaisirs qu'on l'autorisât naguère à goûter. On ne lui permettait que la\ndépravation. L'Autriche, secondée par des princillons farouches, bigots,\ndévoués à la politique papale et élevés à l'école de Machiavel, s'était faite\nentremetteuse pour observer plus aisément les riches provinces où se\ndébattait une population dont elle tordait le cœur, dont elle éteignait\nla pensée. Elle savait que la volupté, qui engendre les tyrans, engendre"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "102", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.6", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2778, "texte": "aussi les nations soumises, et elle prétendait conserver ses rapines en\nénervant, en abrutissant un grand peuple.\nJe dirai maintenant quand, comment, par qui, et jusqu'à quel point\nle faux s'est incarné, au dix-neuvième siècle, dans l'école musicale\nitalienne.\nMozart, le fondateur du drame lyrique, le précurseur de Meyerbeer,\nétait mort l'année même 011 Cherubini faisait représenter Lodoiska ;\nGluck reposait depuis 1787 au sein de cette noble terre, qui, après nous\navoir nourris, bercés, charmés, nous reprend et nous donne un dernier\nasile ; Spontini, âgé de douze ou treize ans, étudiait à Jesi sans se douter\nqu'il s'adosserait au mausolée de Gluck et qu'il annoncerait Rossini.\nOn était en 1792, Ja France révolutionnaire effrayait les souverains;\nCondorcet venait de rédiger sa fameuse adresse à la France; c'est alors\nque naquit à Pesaro un enfant qui couvait, lui aussi, une révolution,\nrévolution pacifique, bruyante toutefois ; il allait conquérir le monde\nen riant. En trempant légèrement sa plume dans l'encre, en couvrant\nrapidement le papier de milliers de notes vives, brillantes, pimpantes,\ncolorées, folles, il devait, à vingt et un ans, enfanter une partition dont\nle succès fut tel que Fauteur aurait pu en avoir le vertige, s'il ne se fût\naccoutumé, presque dès Fenfance, à se moquer de tout : de la science,\nde ses maîtres, de la critique, du public et de lui-même. Fils de deux\nmusiciens ambulants, un joueur de cor et une cantatrice médiocre, le\nnouveau-né, en attendant qu'il traitât la musique dramatique à sa fa-\nçon, tétait comme un simple mortel en vue du golfe de Venise. Le\npoupon, frais, rose, gras, remplissait, je suppose, son métier de nour-\nrisson en conscience ; il serrait à pleines mains le vase arrondi d'où\ncoulait pour lui la boisson blanche et sucrée, et je parierais que, le jour\noù il s abreuva pour la première fois, il vida d'un trait la charmante\nbouteille. Ses coups d'essai, là comme ailleurs, furent sans doute des\ncoups de maître. L'enfant qui, le 29 février 1792, faisait si gaillarde-\nment son entrée dans le monde, c'était, vous l'avez deviné, Joacchino\nRossini. Il se développait paisiblement au giron maternel tandis que,\nà Paris, une petite fille, tenue sur les fonts par Thuriot, un vainqueur\nde la Bastille, et baptisée par un autre vainqueur, Fauchet, recevait\naux sons de l'orgue, hurlant l'horrible Ça ira! ce nom étrange : Pétion-\nNationale-Pique ! On raffolait des piques en ce moment-là. Les piques\nfraternisaient avec les baïonnettes. Peut-être le bruit de la lutte pari-\nsienne, répercutée par les échos de la Suisse, parvint-il aux oreilles de\ncelui qui, trente-sept ans plus tard, chanta la délivrance de l'Helvétie.\nJoacchino commença-t-il à étudier la musique à douze ans comme le"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "103", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.7", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2868, "texte": "prétend Stendhal, ou jouait-il déjà à dix ans, ainsi que l'assure Fétis, la\nseconde partie de cor dans les orchestres forains où son père le condui-\nsait? Un biographe consciencieux ferait là-dessus des recherches consi-\ndérables, il interrogerait un à un avec une patience louable les volumes\nfort nombreux, écrits sur la vie et les ouvrages de Rossini, il évoquerait\nles ombres de Stendhal et de Fétis, il leur demanderait solennellement\nce qui en est, et, les fantômes ne répondant plus depuis longtemps aux\nquestions qu'on leur adresse, il finirait par vous donner une conclusion\nde son crû, basée sur une foule d'excellentes suppositions. Quant à moi,\nje ne conclurai à ce sujet, ne me souciant point d'attirer sur mes talons\ntous les Mirecourt du globe. En revanche, je puis dire sans me compro-\nmettre que Joacchino entra, le 20 mars 1807, au Lycée de Bologne, et\nqu'il eut pour professeur de composition musicale le père Stanislas\nMattei. Le brave abbé se disposait à guider Joacchino dans les dédales\ndu contrepoint double, du canon et de la fugue, lorsqu'il s'avisa de dire\nà son élève : « Tu en sais assez maintenant pour écrire un opéra» »\nc( Vraiment, maître? alors je n'ai pas besoin d'en savoir davantage;\nadieu ! » C'est ainsi que Rossini se sépara de Mattei. Ce trait seul peint le\ncaractère du futur auteur de Guillaume Tell, il montre la nature de\nson esprit, et il explique, non les succès, mais les défaillances de l'aven-\ntureux maestro.\nPendant que le grand Napoléon saignait la France à blanc, en 1813,\nRossini remportait une victoire qui ne coûta pas une goutte de sang. On\nreprésentait pour la première fois à Venise un opéra dont le prodigieux\nsuccès trouve jusqu'à un certain point sa justification dans de jolies mé-\nlodies et principalement dans une cavatine célèbre. Di tanti palpiti, air\nprécédé d'un large et beau récitatif, composé en cinq minutes, juste le\ntemps de faire cuire du riz (s'il faut en croire la tradition) et appelé pour\ncette raison Y Aria dei ri\\i, prit un soir sa volée, sortant délia Fenice, et,\nplus agile que les pigeons de Saint-Marc, fît le tour du domaine humain.\nLe compositeur porté aux nues, la partition portée aux étoiles, toutes\nles villes de la Péninsule se disputèrent Rossini. Vers cette époque\nl'heureux chantre de Tancrède écrivant à sa mère, adressait ses lettres :\nAIV onoratissima signora Rossini, madré del célébré maestro, in Bo-\nlogna, Et Rossini pouvait se décerner ainsi le triomphe à lui-même\nsans trop d'orgueil et sans le moindre ridicule, car les salons, les anti-\nchambres, les rues, les établissements publics, les palais retentissaient de\nla divina melodia. S'enfermait-il chez lui? Des passants fredonnaient\nsous sa fenêtre : Di tanti palpiti ; entrait-il au café pour se rafraîchir?\nQuelque musicien ambulant s'arrêtant à deux pas de lui sans le connaître,"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "104", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.8", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2653, "texte": "je présume, s'accompagnait sur la guitare: Di tantipalpiti; glissait-il\nparmi les lagunes dans une barque mystérieuse soigneusement close ?\nLe gondolier murmurait: Di tanti palpiti, Dans cette dernière circons-\ntance cela ressemblait assez à un à propos. Quoi qu'il en soit on n'accu-\nmula jamais tant de palpiti ; l'univers entier, je crois, soupira sur cet\nair-là. Enfin Rossini, tout en s \"'amusant et en amusant les autres, tout\nen risquant des plaisanteries d'un goût douteux, comme, par exemple,\nlorsqu'il exhiba devant un Monsignore qui le surprit un matin au lit,\nses bras, ses jambes et le reste (i), ou lorsqu'il se mit à débiter des polis-\nsonneries en patois bolonais chez un cardinal (2) qui le suppliait de ne\nchanter que le moins possible des chants d'amour, Rossini composa\nI Italienne à Alger, le Turc en Italie, Élisabeth, reine d'Angleterre,\nOthello, Armide, la Donna del La go, Zelmira, Mosè. Ces différentes\npartitions bouffes ou dramatiques réussirent ; quant à son chef-d'œuvre,\nII barbiere, il lui valut à Rome, en 181 6, des sifflets passagers et une\ngloire qui durera autant que la musique. Jamais, même dans Y opéra\nséria, on n'avait entendu de* morceaux conçus dans de pareilles propor-\ntions, Le grand final que nous savons tous par cœur est à lui seul un\nmonument. Que de vivacité! que d'esprit ! quelle verve inépuisable!\nComme les voix et l'orchestre, luttant ensemble sans se confondre, ar-\nrivent sûrement à produire l'effet voulu ! Cet effet, on n'a même pas le\ntemps de le désirer : les mélodies succèdent aux mélodies, elles vous en-\nveloppent, elles vous pressent ; elles vous charment, elles vous ravissent.\nJoyeuses, elles vous entraînent à leur suite à travers les plaisirs bariolés\noù le plaisir, l'espièglerie, la grâce, la gaieté s'ébattent follement en\nplein soleil, tandis que le caprice pousse des éclats de rire en se roulant\ndans l'herbe et les fleurs. Figurez-vous un feu d'artifice de roulades,\nune pluie de phrases syllabiques, une avalanche de pensées musicales\nsaillantes, un brio incessant, un rayonnement continuel. Si Beaumar-\nchais, ressuscité, avait pu entendre cette ravissante partition, il eût dit\nà Rossini : Bravo, frère !\nEn 1822, Rossini courtise mademoiselle Colbrand (3), cantatrice re-\nmarquable: il l'enlève à l'imprésario Barbaja dont il se moque (4) et il\népouse, avec la diva, une superbe dot (5) ; en 1823, il gagne à Londres,\n\n(1) Stendhal.\n(2) Idem.\n(3) a Cette femme, qui hors la scène a toute la dignité d'une marchande de modes. »\nStendhal.\n(4) Un homme de rien (M, Louis de Loménie, Galerie des contemporains illustres,\nnotice sur Rossini).\n(5) Idem."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "105", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.9", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2868, "texte": "en cinq mois, deux cent cinquante mille francs; en 1829, il fait repré-\nsenter Guillaume Tell; de 1827 à 1837, les Larochefoucauld, les\nCharles X, les Rothschild, les Aguado arrondissent sa fortune ; s'il avait\nmal administré le théâtre Italien, en revanche il avait fort bien dirigé ses\naffaires et il quittait la France en 1837, après s'y être enrichi de la meil-\nleure grâce.\nMais peut-on avoir habité la France et ne pas souhaiter d'y revenir?\nRossini y revint donc. 11 y vécut en prince, il y fut accueilli comme un\ndieu ; des enthousiastes se jetaient à ses genoux et lui baisaient les\nmains ; on le caressait, on le choyait. Sachant qu'il prisait la bonne\nchère, on lui envoyait à foison pâtés, gibier, volailles, vins, liqueurs,\ncafés. J'ai vu dix fois aux fenêtres de sa cour des faisans, des perdreaux,\ndes lièvres côte à côte avec de respectables représentants strasbourgeois,\net toulousains. Rossini se montrait d'une impartialité parfaite envers\nces ambassadeurs orientaux et méridionaux qui plaidaient si bien leur\ncause sans parler, et il ne sut jamais s'il devait accorder la préférence\naux oies sur les canards ou aux canards sur les oies. Le cygne de Pesaro,\ncomme on l'appelait, était l'objet d'un véritable culte. Ce n'étaient que\nprose louangeuse, vers sonnets enthousiastes, couronnes,\nsérénades, concerts dont toute autre musique que la sienne était exclue.\nLe maestro respirait sans difficulté l'encens qu'on brûlait autour de lui,\net ses narines se dilataient délicieusement. Les meilleurs chanteurs de\nl'Europe interprétaient ses compositions, les plus célèbres exécutants les\nredisaient sur leurs instruments-, à force de répéter aux envieux que de\nson vivant il ne laisserait pas publier une note de lui, il avait muselé\nl'envie toujours prête à mordre les lauriers d'autrui, fussent ceux d'un\nvieillard. A Passy comme à Paris, sa maison s'emplissait chaque jour de\nvisiteurs venus de tous les points du globe. Les bourgeois, les grands\nseigneurs, les artistes, ces grands seigneurs de la pensée, le recherchaient\nà l'envi. Fin, aimable, moqueur, spirituel, il cachait volontiers un sar-\ncasme dans les plis d'un sourire. Beaucoup de gens le quittaient ravis,\nsans s'apercevoir qu'il leur avait décoché plus d'un trait mordant. On\nriait près d'eux ; ils riaient aussi, puis ils se retiraient vers onze heures\nbattus, légèrement égratignés et satisfaits. Cette existence avait ses dou-\nceurs. Malheureusement rien ne dure, et la mort qui n'épargne personne,\nfrappe à la porte de ceux qui jouissent comme à la porte de ceux qui\nsouffrent. Elle entre, elle tue, elle sort. Prends ta bêche, fossoyeur! Un\nsoir la faucheuse se glissa dans l'alcôve de Rossini et lui ferma les yeux.\nMonstre, que fais-tu donc de ces êtres qui remplissent l'univers de\nleur nom glorieux et qui disparaissent soudain dans la nuit profonde?"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "106", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.10", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1112, "texte": "Tu emportes leur vaine dépouille, cela, je le sais ; mais leur moi véritable,\nleur intelligence, leur âme enfin, ton antre ne saurait la contenir ! Elle\nglisse entre tes phalanges osseuses, elle échappe à ton embrassement\nf ital. Que devient-elle tandis que tu travailles dans l'ombre et que tu\nfauches l'étoile comme l'atome ? Où s'envole-t-elle ? le sais-tu ? Réponds !\nAh ! je comprends ; ton squelette jauni n'a pas de chair, ta bouche n'a\npas de lèvres, tes orbites n'ont pas de prunelles; tu es aveugle et muette;\ntu es sourde aussi ; tu passes et tu repasses dans les ténèbres sans voir,\nsans parler, sans entendre. L'Eternel t'a dit : Marche! et tu vas, rédui-\nsant les corps en cendre et les sentant tomber au moindre contact de tes\nos. La suite, le but, tu les ignores; tu ignores même ton véritable nom\nqui est : transformation. Tu ne sais rien de l'éternité, et tu ne sais rien\ndes génies, et tu ne sais rien du progrès. Fauche, fauche, fauche, spectre\nfarouche ! A peine as-tu passé que la matière se ranime et que l'âme se\nréincarne.\n(La suite prochainement.)\n\nLOUIS LACOMBE."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-08-01-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-08-01_01#c005", "volume": "bmtnabc_1875-08-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "107", "page_fin": "113", "image_debut": 11, "image_fin": 17, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.2.2", "titre_corps": "FRAGMENTS DES MÉMOIRES INEDITS DU CHEVALIER SIGISMOND NEUKOMM", "titre_sommaire": "FRAGMENTS DES MÉMOIRES INEDITS DU CHEVALIER SIGISMOND NEUKOMM", "signature_source": "E. 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Ce travail\nm'avait été commandé par mon maître, qui, de plus, avait eu la bonté\nde fixer lui-même les honoraires que l'éditeur devait me payer.\nJe partageais donc mon temps entre la composition et mes leçons dont\nje n'augmentai pas le nombre, préférant consacrer mes moments à ma\npropre instruction musicale, et me bornant à donner mes soins aux\néleves favoris, en tète desquels je dois citer Pauline Milder et le second\nfils du grand Mozart. Haydn m'avait prié de me charger de cet enfant\nqui promettait plus que l'homme ne pouvait tenir. Il n'avait pas les ailes\nde eon père, et en tous cas, celui-ci l'avait écrasé dans son berceau de\ntout le poids de son génie. Il ne devrait jamais venir à l'idée du fils d'un\ngrand homme de marcher sur les traces de son père. Aussi bien, Philippe-\nEmmanuel Bach eût brillé comme une étoile de première grandeur, s'il\nn'eût été éclipsé d'avance par son père, l'immortel Jean-Sébastien. La\nnature ne répète pas deux fois ses merveilles dans la même famille.\n\n(i) Voir le numéro du i 5 juillet."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "108", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.12", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2751, "texte": "Je ne terminerai pas ce chapitre sans parler des remarquables person-\nnalités qui se partageaient le sceptre musical durant mon séjour à Vienne.\nA cette époque, la musique était tenue en haute estime dans la capitale\nde l'Autriche. La plupart des grands seigneurs, le prince Esterhazy en\ntête, dont Haydn était maître de chapelle, avaient des musiciens à leur\nservice, et dans toutes les maisons aristocratiques, on était sûr d'enten-\ndre une ou deux fois par semaine des quatuors et des symphonies parfai-\ntement exécutés. Que de fois j'ai vu des personnes réunies dans un salon,\nquitter la conversation pour se ranger autour d'un piano et exécuter à\nlivre ouvert un oratorio, une messe ou un opéra entier. C'est qu'à cette\népoque, tous les habitants de Vienne, hommes et femmes, étaient musi-\nciens et qu'on n'attachait pas plus de mérite à déchiffrer la musique qu'à\nlire son journal.\nJe puis donc dire que lors de mon séjour à Vienne, du printemps de\n1798 à l'été de 1804, la musique y était à son apogée. Mozart avait\ndisparu, mais l'horizon était encore embrasé des rayons de son génie, et\nHaydn, de retour de son second voyage en Angleterre, était au sommet\nde sa gloire ; puis, semblables à des étoiles gravitant autour de ces deux\nastres éclatants, un grand nombre de musiciens concouraient à l'œuvre\nde domination musicale que s'était méritée la capitale de l'Autriche.\nParmi ces musiciens de second ordre, je dois citer en première ligne\nAlbrechtsberger et Salieri.\nLe premier, ancien condisciple des deux Haydn, et maître de chapelle\n/\nà Péglise-cathédrale de Saint-Etienne, s'était voué principalement à l'en-\nseignement de la composition musicale; il était savant théoricien et ses\ncompositions étaient dans le style le plus sévère. Quanta Salieri, maître\nde chapelle de la cour, il avait profité des conseil de Gluck et, par ses\nopéras Tarare et les Danaides, avait montré qu'il pouvait aspirer à\ndevenir le digne successeur du père de la tragédie lyrique; mais en quit-\ntant Paris et en revenant à Vienne, il dut se renfermer de nouveau\ndans les bornes étroites de l'opéra italien, pour se conformer au goût du\npublic, et suivre le chemin battu des autres compositeurs italiens, ses\ncontemporains. Cependant il leur est toujours resté bien supérieur.\nDans la suite, il a composé des messes et d'autres morceaux d'église pour\nla chapelle de l'empereur,\nPlus tard, lors de mon séjour à Vienne à l'époque du congrès tenu en\ncette ville, je connus plus intimement Salieri, et j'appris à l'apprécier\nsuffisamment pour que je me fisse un devoir sacré de réfuter après sa\nmort un article infâme paru dans un journal, dans lequel il était dit que\nSalieri avait empoisonné Mozart, et qu'il l'avait confessé lui-même à son"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "109", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.13", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2843, "texte": "lil de mort. Je n'ai pas besoin de faire ressortir ici tout l'odieux de cette\nfable. Au su de tous ses contemporains, Salieri s'était de tout temps\nmontré jaloux des succès de Mozart, et il n'y avait aucun rapproche-\nment entr'eux; mais de là à donner matière à une accusation pareille, il\ny a loin, surtout lorsque celle-ci s'adresse à un homme qui jouissait,\ncomme Salieri, de l'estime et de la considération de la cour et de la ville.\nUn autre compositeur très distingué de ce temps était Joseph Weigl,\nmaître de chapelle de l'opéra italien de la cour. Ses nombreux ouvrages\neurent un succès mérité, et même Vamor Marinaro et la Famille suisse\nont joui d'une vogue véritable. Weigl était filleul de Haydn.\nJ'ai parlé plus haut de Sussmayer. Ce compositeur, dont un heureux\nhasard a répandu le nom dans le monde entier, a droit à quelques lignes.\nSa position de maître de chapelle à l'opéra allemand lui fournit l'occasion\nde se produire. Son meilleur opéra est le Miroir d\\Arcadie, représenté\nen 1794. Il a composé en outre plusieurs messes, mais son meilleur ou-\nvrage est sans contredit son oratorio Moïse.\nC'est ici le lieu de parler de sa collaboration au Requiem de Mozart.\nJe transcrirai donc fidèlement ce que m'a raconté à ce sujet madame\nMozart. Les amis du maître, regrettant qu'il 11' ait pu terminer cet\nouvrage, engagèrent sa veuve à faire achever ce chef-d'œuvre par un des\nélèves de Mozart qui eût eu connaissance de cet ouvrage avant la mort\nde son auteur. Madame Mozart pensa tout d'abord à Eybler qui était,\nplus qu'aucun autre, capable de mener à bonne fin cette entreprise.\nMais Eybler, dont la modestie était extrême, donna un prétexte et refusa\nla proposition qui lui était faite. Moins scrupuleux, Sussmayer céda aux\nsollicitations de madame Mozart. Il entreprit cette tâche difficile, et il\ns'en acquitta si bien qu'aujourd'hui encore, les amateurs ordinaires don-\nnent la préférence, parmi les morceaux qui composent le Requiem de\nMozart, tel qu'on l'exécute, au Sanctus, au Benedictus étal' Agnus Dei.\nIls changeraient probablement d'opinion s'ils savaient que ces fragments\nsont entièrement de la composition de Sussmayer. Le Benedictus sur-\ntout est assurément, il convient de le dire, fort gracieux et rend très\nnoblement les sentiments qu'il doit exprimer; mais pour nous autres,\ngens de l'art, il y a bien loin de ces morceaux à cet admirable Recordare,\nJe su pie, qui est à la hauteur de tout ce que Mozart a jamais écrit de\nplus beau, de plus touchant. Tous les accompagnements, du commence-\nment à la fin, sont de Sussmayer, Mozart n'ayant fait qu'indiquer les\npremières mesures des dessins que Sussmayera continués et dont il a fait\nusage jusqu'au bout du morceau, quand il l'a pu, comme dans le Confu-\ntatis maledictis. On sait qu'après la mort de Mozart, l'éditeur André,"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "110", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.14", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2663, "texte": "d'OfFenbach, se rendit acquéreur de tous les manuscrits originaux du\nmaître. Dans la suite, j'ai passé une longue journée chez André à exami\nner minutieusement ces reliques précieuses, et j'ai tenu entre mes mains\nle Requiem, tel que Mozart l'avait laissé en mourant. André en a publié\ndepuis un fac-similé d'une fidélité telle, qu'on y remarque jusqu'aux\nfeuilles de papier de musique laissées en blanc. Je possède un exemplaire\nde cette curieuse publication.\nSussmayer mourut à la fleur de l'âge. Il était musicien jusqu'au bout\ndes ongles, mais il n'était que musicien.\nA la suite de Sussmayer, les noms de Gyrowetz et de Seyfried se trou-\nvent tout naturellement sous ma plume.\nLorsque j'arrivai à Vienne, Gyrowetz y était de retour d'un voyage en\nAngleterre. Il y avait composé plusieurs symphonies, fort goûtées du\npublic, et il aurait dû y rester, car il y était estimé, autant pour son\ntalent que pour ses qualités personnelles. Dans la suite, il obtint la\nplace de maître de chapelle du théâtre allemand, à Vienne, et il composa\npour cette scène la musique de quelques grands ballets, ainsi que de\nplusieurs opéras, dont quelques-uns, notamment Y Oculiste, sont restés\nau répertoire. Par suite des malheurs de la guerre, la cour d'Autriche\ndut plus tard abandonner ses théâtres impériaux et royaux à des entre-\npreneurs qui, ne prenant aucun souci de la partie artistique de leur ex-\nploitation, laissèrent tout dépérir. Gyrowetz fut du nombre de ceux qui\nfurent congédiés, et actuellement, âgé de plus de quatre-vingt-dix ans, il\nn'a d'autre ressource pour vivre que le produit d'un concert que ses\namis donnent tous les ans à son bénéfice. Lors de mon dernier séjour à\nVienne, en 1842, Gyrowetz me raconta que Y imprésario lui faisait\npayer son billet d'entrée, même quand on jouait ses propres ouvrages.\nLe fils de Mozart devait également payer, quand il voulait entendre les\nopéras de son père.\nLe chevalier de Seyfried, émule de Gyrowretz, eut une carrière moins\npénible que l'auteur de YOculiste. Sa musique est pleine de verve et\nd'expression, et ses opéras peuvent figurer à côté de tout ce qu'il y a de\nbeau dans ce genre, quoi qu'ils n'aient peut-être point le mérite d'une\ngrande originalité.\nSeyfried me conduit à parler de son maître de piano, Kozeluch. Ce\nKozeluch, en qualité dé professeur de tous les enfants de la famille impé-\nriale, jouissait d'un grand crédit. J'avais une lettre de recommandation\npour lui, Il me reçut du haut de sa grandeur et me dit que j'eusse bien\nmieux fait de rester auprès de Michel Haydn, que de venir étudier sous\nson frère Joseph. Il faut dire, pour être juste, que Kozeluch n'aimait"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "111", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.15", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2619, "texte": "point l'auteur des Saisons, et qu'il ne négligeait aucune occasion de\nmanifester ses sentiments à son égard. Un jour qu'on exécutait une\nnouvelle symphonie de Haydn, et qu'il assistait à cette audition en com-\npagnie de Mozart, il dit, en entendant une modulation neuve et inat-\ntendue : <(— Je n'aurais pas fait cela! » Mozart répondit, aussitôt :\n« Ni moi non plus; mais savez-vous pourquoi nous ne l'aurions fait\nni l'un ni l'autre ? C'est parce que cela ne nous serait pas venu à l'esprit. »\nIl est à supposer que Kozeluch garda rancune à Mozart de cette ré-\nflexion ; car, lorsqu'il entendit peu de temps après l'ouverture de la\nFlûte enchantée, il s'écria : « Ce pauvre Mozart, on dirait qu'il a voulu\nfaire là quelque chose. »\nCe redoutable censeur a composé la musique de quelques ballets et\nbeaucoup de sonates pour le piano.\nPuisque nous parlons des grotesques, nous ne saurions passer sous\nsilence le plus grotesque de tous.\nNous avons nommé le célèbre Schickaneder, directeur du théâtre\nder Wieden, et auteur d'une quantité de pièces bien mauvaises. Le seul\ntitre qu'il ait à la reconnaissance du public est l'idée qu'il a eue de faire\ncomposer par Mozart la musique de la Flûte enchantée. Il s'était dit\nl'auteur du libretto, d'ailleurs, assez médiocre, de cet ouvrage; mais il\nn'a pas même ce mérite; car, il l'acheta d'un jeune homme inconnu et\nse borna à confectionner les mauvais vers que Mozart recouvrit de sa\nmusique divine.\nLe succès qui accueillit ce chef-d'œuvre et qui se maintint longtemps\nencore après son apparition, inspira à Schickaneder la lumineuse idée\nde donner une suite à la Flûte enchantée. Dans ce but, il versifia les\nparoles d'une seconde partie de cet ouvrage. Mozart, s'il eût vécu, n'eût\ncertainement point entrepris ce travail ; mais Schickaneder ne se laissa\npoint arrêter par cette considération, et pour composer la musique de\nson monstre-nouveau-né, il engagea Winter, maître de chapelle de la\ncour de Munich.\nWinter s'était fait connaître en Italie, en France et en Allemagne, par\nun grand nombre d'excellents opéras, notamment par son Sacrifice\ninterrompu, qui figurait honorablement à côté des ouvrages de Mozart.\nCependant, et malgré ces antécédents, l'entreprise de Schickaneder était\nhasardeuse, et Winter pouvait être sûr d'avance que la comparaison\ntournerait à son désavantage. Mais Schickaneder sut le gagner. Winter\nse mit donc à la besogne, et composa la musique de la suite de la Flûte\nenchantée. L'ouvrage, monté avec magnificence, fut représenté avec le\nplus grand soin. Il renfermait de grandes beautés et eut un très hono-"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "112", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.16", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2776, "texte": "Rable succès d'estime; on peut même dire qu'il eût été apprécié encore\ndavantage, si le public ne se fût mis en tête que la seconde partie devait\nêtre supérieure à la première composée par Mozart. Or, à l'impossible\nnul n'est tenu !\nA peu près deux ans auparavant, Winter avait composé la musique\ndu second acte d'un autre opéra de Schickaneder, les Pyramides de\nBabylone. Le premier acte était d'un habile professeur de Vienne,\nnommé Mederitsch (à ce nom trop difficile à prononcer, il avait substitué\ncelui de Gallus, sous lequel il était généralement connu). Sa mort préma-\nturée ne lui permit point d'achever l'œuvre commencée, et ce fut Winter\nqui fut, ainsi que je l'ai dit, chargé du soin de mener l'entreprise à fin ( i ).\nLe théâtre der Wieden était très suivi, grâce à l'activité de son\ndirecteur. Schickaneder avait eu, comme je l'ai dit, la bonne fortune de\ntomber sur la Flûte enchantée, de Mozart, et cette circonstance avait\nfavorisé ses commencements ; mais il avait un terrible rival en la per-\nsonne de son confrère, le directeur du théâtre de Leopoldstadt, qui oppo-\nsait à tous ses efforts, la fécondité de deux auteurs populaires, Wenzel\nMuller et Kauer.\nCe petit théâtre de faubourg était toujours rempli d'un public tout à\npart et de bas étage. Plus que tout autre, Wenzel Muller avait le don\nd'écrire pour ce monde ; ses mélodies avaient du charme, sans être com-\nmunes, et tous ses auditeurs les chantaient en sortant du spectacle. Aussi,\nMuller s'était-il fait une haute opinion de son propre mérite, et à ce\nsujet, je ne saurais passer sous silence une anecdote que je tiens de la\nbouche même de Haydn. Un jour que Muller présentait « au père de la\nsymphonie » un étranger qui se confondait en admiration sur les chefs-\nd'œuvre du grand maître, il ajouta, comme pour donner plus de poids\naux compliments de son compagnon : « Le fait est, M. Haydn, que\npersonne n'a fait de meilleurs quatuors que vous ! » Haydn répliqua :\n« Vous êtes trop bon, monsieur Muller, mais c'est bien malheureux que\nje ne sache pas faire autre chose ! »\nWenzel Millier était chef d'orchestre du théâtre de Léopoldstadt. Son\nconcurrent, Kauer, n'y était que simple violon. Il possédait le même\ngenre de talent que Millier, mais àun degré inférieur. Ses ouvrages, et\n\n(i) Fétîs, dans sa Biographie universelle des Musiciens, confond les Pyramides de\nBabylone, qu'il appelle les Ruines de Babylone, avec la seconde partie de la Flûte\nenchantée. Suivant lui, Gallus aurait donc collaboré à ce dernier ouvrage. Fétis ne\nparle pas non plus de l'empêchement survenu dans son achèvement, par suite de la\nmort prématurée de Gallus. Il ne donne pas, d'ailleurs, la date de la mort de ce\ncompositeur, et se borne à dire qu'il vivait encore à Lemberg, vers iB3o."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "113", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.17", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2229, "texte": "surtout la Nymphe du Danube, ont enrichi bon nombre de directions de\nthéâtres ; mais Kauer n'en profita point, et même il mourut dans la\nmisère, après avoir descendu l'échelle artistique jusqu'à n'être plus que\nl'un des derniers exécutants à l'orchestre d'un très infime théâtre, situé\ndans le faubourg de Josephstadt.\nJ'aurais encore une légion de compositeurs de beaucoup de mérite à\nnommer. J'en citerai seulement quelques-uns parmi les plus distingués,\ntels que : les deux frères Wranitzky, Piehl, Taeufer, Kronimer, Preindl,\nHoffmeister, l'abbé Stadler, etc.\nCependant, une nouvelle génération venait de paraître, qui devait\nremplacer, sinon faire oublier celle qui l'avait précédée. Cette génération\nreconnaissait pour chef Népomucène Hummel.\nHummel avait été, comme Mozart, un enfant-prodige, et comme\nMozart, il eut le bonheur de donner raison aux espérances que ses pré-\ncoces dispositions avaient fait naître. Il présentait donc un cas excep-\ntionnel ; car, les malheureux enfants-prodiges ont d'ordinaire le sort\ndes plantes de serre-chaude qui, à force de pousser, s'étiolent et meu-\nrent avant le temps. Les nombreux ouvrages de Hummel sont encore\nentre les mains de tout le monde; et leur mérite leur assure une longue\nvie.\nCet excellent musicien était en même temps un des plus grands pia-\nnistes de son temps, et surtout ses savantes improvisations auraient été\nconsidérées comme des chefs-d'œuvre, si l'on avait pu les fixer par écrit.\nIl était élève d'Albrechtsberger, de Mozart et de Salierij. et l'on voit à\ns:s ouvrages qu'il a profité de chacun de ces trois maîtres.\nA la même époque, Beethoven commençait à lancer ces gerbes de feu\nqui, dans la suite, devaient embraser tout l'horizon du monde musical.\nCe grand homme était doué d'un génie sublime, mais son exemple fut\nmauvais pour ses successeurs, puisque la génération qui a suivi a pensé,\nà son exemple, que tout lui était permis. Or, il en est résulté que, voulant\nsurpasser ce modèle inimitable, on l'a seulement dépassé. Et voilà\npourquoi ces flammes volcaniques sont remplacées par de simples feux-\nfollets qui sautillent sur la surface des marais. J'aurai occasion de\nreparler du grand Beethoven.\n\nE. NEUKOMM."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-08-01-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-08-01_01#c009", "volume": "bmtnabc_1875-08-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "114", "page_fin": "126", "image_debut": 18, "image_fin": 30, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.2.3", "titre_corps": "CASTIL-BLAZE", "titre_sommaire": "CASTIL-BLAZE", "signature_source": "CHARLES SOULLIER", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 18, "page_imprimee": "114", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.18", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1538, "texte": "(0\nN jour (c'était en 1838), le grand traducteur musicien,\nje le crois du moins, voulut me traduire aussi moi-\nmême. Toutefois j'aime mieux dire, car il faut être gé-\nnéreux envers les morts, que nous nous rencon-\ntrâmes dans une idée, encore inédite aujourd'hui, et\ndont je donnerai plus tard la clef à nos lecteurs. Il s'agit\nd'un nouveau système d'horloge musicienne. J'en avais imaginé un que\nje lui communiquai; il en imagina un autre à peu près dans le même\ntemps. Je les décrivis, un jour, tous les deux en commençant par le sien,\nbien qu'il me soit facile de prouver, par des dates précises, que le mien\nfut conçu le premier; mais comme il fut soumis à l'Académie des\nsciences qui en fit son rapport dans sa séance du 21 février 1838, et que\nl'exécution de mon plan a été confiée à M. Collin, l'un de nos plus ha-\nbiles mécaniciens, je ne veux ni ne dois le dévoiler encore; il fera\nl'objet d'un article spécial que nous publierons peut-être dans la\nChronique musicale. Je reprends le fil de ma narration.\nHenri Blaze, rédacteur musical de la Revue des Deux-Mondes,\ndont le propriétaire M. Buloz, ci-devant directeur du Théâtre-\nFrançais, était devenu son beau-frère: Henri Blaze, disons-nous, à\nqui nous devons la traduction complète du Faust de Goethe, plusieurs\npoèmes remarquables, une petite biographie de nos principaux musi-\nciens contemporains, et d'excellents articles d'appréciation, n'était\nmalheureusement pas toujours d'accord avec son père. Cette situation\n\nCASTIL-BLAZE\n\n(1) Voir les numéros des ler et i 5 juillet."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "115", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.19", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2642, "texte": "fâcheuse dont nous ne révélerons point ici les mystères, lesquels se rat-\ntachent d ailleui s à des intérêts domestiques auxquels nous ne devons\npas toucher, fut une des principales sources des chagrins de notre vieux\ncompatiiote, chagrins dont 1 abeille, disait-il, était obligée d'adoucir ou\nde déguiser l'amertume avec le miel de ses aiguillons. Quand il venait\nà me parlei de lui, il essayait de s'étourdir à l'aide de la plaisanterie,\naime qu il maniait assez habilement, mais souvent avec peu de réserve\ncontre n importe qui*, car dans ses moments de verve caustique, il n'aurait\npas meme épargne son père. C est pourquoi il avait beaucoup d'ennemis\ncachés, bien qu'il ne fût en réalité l'ennemi de personne.\nOn sait que Castil-Blaze avait épousé en 1812,à Avignon, mademoi-\nselle Bury ou de Bury, fille d un architecte de cette ville ; et, en souvenir\nde ce mariage, il me laconta confidentiellement, quelques années avant\nsa mort, une anecdote des plus singulièrement romanesques, qu'il me\npria de ne révéler qu'après qu'il aurait disparu de ce monde.\nEcoutez le récit de cette histoire merveilleuse 1 c'est le héros lui-même\nqui va parler.\n« Mademoiselle Bury allait se marier; c'était le jour de la célébration\nde son mariage, et il devait y avoir, dans sa maison même, soirée dan-\nsante et musicale. Cette soiree devait meme preceder la cérémonie\nnuptiale à la mairie et à l'église, contrairement à l'usage le plus ordi-\nnaiie, mais ainsi que cela se pratiquait et se pratique encore aujourd'hui\nà Avignon.\n« On me savait musicien, claveciniste, chanteur et même un peu corn-\npositeui 5 en province on est décoré de ce titre pompeux et l'on vous\nprend pour un Mozart dès que vous avez produit seulement une\nromance. C'était du moins comme cela, dans notre pays, sous le premier\nEmpire.\n« J oseï ai meme vous dire que, dans cette soiree, j'eus à faire à moi\nseul tous les frais du concert. J'y devins tour à tour la basse, le concor-\ndant et la taille; et tout cela, sans préjudice de mes fonctions de chef\nd 01 cheslie ou d orchestre meme. Toutefois, comme on m'avait invité\naussi a un bal, et qu'évidemment je ne pouvais pas me faire danser moi-\nmême, on avait eu soin de se procurer deux violons, un violoncelle et\nune clarinette; de sorte que j'alternais avec les ménétriers.\n« Mais laissons là le concert : le quadrille va commencer.\n« Et, en effet, un grand vide s'étant établi au centre du salon, chaque\ndanseur s'empare d'une danseuse, et sept jeunes couples sont déjà en\nplace Quelle chance!... sur huit danseuses de bonne volonté, on\nm'avait, par discrétion peut-être, laissé la meilleure, mademoiselle Bury!"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "116", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.20", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2355, "texte": "Je pars vers elle comme un trait d'amour, et voilà le quadrille au complet,\n« Dans les petits bals de province, la danse n'est le plus souvent qu'un\nprétexte : comme on a toujours quelque chose à dire, on y chuchotte\net l'on y jase plus qu'on n'y danse. Qui sait, dans un duo de cette sorte,\ntous les traits que l'on peut avoir à exécuter et tout ce que\nl'on peut se dire à l'oreille entre une poule et un pantalon, entre un été\net unz pastourelle ! Pour moi, qui fus toujours assez jacquart de mon\nnaturel provençal, je me suis cependant quelquefois trouvé là un peu en\ndéfaut, un peu embarrassé ; mais, cette fois, mon embarras était plus\ngauche encore que de coutume, car, que dire à une nouvelle mariée qui\nne l'est pas encore ? Faut-il la complimenter sur un bonheur qui n'est\npour elle qu'un problème ?Ce n'est pas même décent ; et puis, en\ngénéral, le sexe n'aime pas qu'on lui fasse trop généreusement preuve\nd'abnégation.... Or, pendant que la clarinette coquenardait, et que la\nmusique des pieds lui répondait à peu près en mesure, je me disais à part\nmoi-même : « Qu'est-ce que je pourrais donc bien conter? »\n« Enfin, en dépit de mon embarras, comme il fallait de toute rigueur\nrompre le tacetet fermer le point d'orgue, il me vint une singulière idée\nen tête : Tout le monde avait complimenté la future, et, comme je ne\nveux rien faire comme tout le monde, j'essayai de faire le contraire de\ntous en attaquant de travers : Que voulez-vous, je suis fantaisiste! Je\nme mis à plaindre ma partenaire, à me plaindre moi-même, en ayant\nmême l'air de pleurer un peu pour elle et pour moi. Le diable tente quel-\nquefois même les moins audacieux ! le moyen était tout neuf ; il me\nplut, je le mis en œuvre et il me réussit au delà de toute ambition, ainsi\nque vous allez le voir.\ntard ! lui dis-je mystérieusement à l'oreille.\n« Tout ce que ce peut-être eut d'écho retentissant à mon oreille\njmxiais musique celeste ou chant de séraphin ne seront capables de vous\nl'exprimer !...\n« Ce fut comme un premier coup d'archet électrique !\n« La danse finie, je ne voyais plus que des brouillards au milieu des-\nquels resplendissait ce mot magique : Peut-être !\nvoudriez-vous vous désaltérer? Accepteriez-vous un sorbet ? me dit le\nfutur de son ton le plus gracieux.\n« Mais, tout en acceptant ce qu'il m'offrait de si bonne grâce, je ne"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "117", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.21", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2330, "texte": "savais plus ce que je faisais, ce que je disais, ce que je voyais ni ce que\nj'entendais.\n<( Enfin, le bal, le concert, la bouillotte et tous les autres accessoires\nde la fête étant terminés, il fallut se disposer à monter en voiture pour\naller à la mairie. M. le premier adjoint, qui était un des principaux in-\nvités, se leva pour donner le signal du départ ;et fouette cocher !\na Nous sommes à la mairie. Abrégeons quelques détails afin d'arriver\nplus vite au fait. L'organe de la loi adresse la parole en ces termes à la\nblanche colombe qui s'incline devant lui :\nA NON.\n« Voyez-vous d'ici, le tableau ?\n« Mouvement général de surprise! Agitation fébrile parmi les assistants!\nColloques animés, mêlés de gestes d'indignation parmi les parents, qui se\nrapprochent comme un seul homme autour de l'indigne future , au\nrisque de l'étouffer.\n« De son côté, couvert de honte, le prétendu gesticule et semble vou-\nloir chercher son chapeau pour se dérober aux regards inquisiteurs des\nassistants.\n« Moi-même je me demande quel rôle je dois jouer dans le drame.\n« Le trouble et l'agitation sont à leur comble !\n« Cependant, comme il faut une fin à tout, même à ce qui n'a point\neu de commencement, on se décide à se retirer, sans avoir pu arracher\nde la bouche de la jeune fille autre syllabe que la particule négative.\n« Chacun se creusait le cerveau pour pénétrer le mystère d'un chan-\ngement si subit. Quelques-uns parmi les parents eurent même la cruelle\npensée de venir me le demander à moi, Y auteur... (car j'étais déjà alors\nun peu connu dans le public en qualité d'auteur dramatique), et, comme\nsi je devais être initié à l'intrigue de la pièce, on m'interrogeait sur ce\nsingulier dénouement.\n« Mais... c'était écrit, ou plutôt, on ne devait rien écrire dans cette\nsoirée on ne peut plus mystérieuse pour tous, même pour moi ; car, il\nfaut l'avouer, malgré le charmant peut-être, j'étais fort loin de m'attendre\nà tout ce qui venait de se passer, et surtout à ce qui devait en résulter\nplus tard.\n« Ai-je besoin de vous faire connaître l'issue des événements qui s'ac-\ncomplirent par suite de la réponse inattendue de mademoiselle Bury ?\nVous l'avez sans doute devinée, bien qu'elle soit sans précédent peut-\nêtre dans les fastes de l'état civil.\n« Trois mois après, mademoiselle Bury endossait, pour la deuxième"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "18", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.22", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2163, "texte": "fois de sa vie, la robe nuptiale ; mais cette dernière fois, ce fut la bonne;\nsa jolie bouche avait hâte de s'ouvrir pour répondre oui ; et ce oui sacra-\nmentel, c'est moi qui devais le recueillir. »\nTel fut le récit du célèbre transformateur musicien. Son mariage\nmême devait être une traduction ou une transfiguration dont il devait\ndevenir l'éditeur propriétaire, comme il le devint des meilleures œuvres\nmusicales.\nVoilà Castil-Blaze marié !\nC'est ainsi que nous sont venus au monde madame Buloz et M. le\nbaron de Bury ! Voilà comment trouva le bonheur exceptionnel d'un\nexcellent mariage celui qui ne voulut jamais rien faire comme le commun\ndes martyrs !\nV\nLittérature musicale. Les Théâtres lyriques de Paris.\nmusicale. Messe de Rossini.\nLes six dernières années de la vie et des travaux de Castil-Blaze furent\nréellement utiles à l'art musical et à l'histoire de la littérature lyrique.\nOutre les Théâtres lyriques de Paris, comprenant l'Académie impé-\nriale de musique, Y Opéra-Italien et livres qui ont\nété écrits vers 185 5, mais dont il ne put livrer à l'impression que les\ndeux premiers, il avait l'intention de publier aussi le\ndont il traçait les premières pages quand la mort vint le surprendre. La\ncritique soulevée dans ses derniers ouvrages, notamment celle qui touche\nà la parodie, est un monument impérissable, dont les esprits les plus\nrevéches parmi ses détracteurs doivent lui savoir gré.\nAprès Molière musicien, vers 1852, vint, en r856, sa fameuse\nbrochure sur l'opéra français : Vérité\ncadence finale de l'opéra italien, à 1848 1856, qui suscita\nà son auteur une avalanche de petits pamphlets, publics ou particu-\nliers, authentiques ou anonymes, dont quelques-uns étaient gros de\nplates sottises. Triste et inévitable destin de tous les novateurs qui\nveulent se poser en chefs de file devant leurs contemporains et semblent\ndire en notes mal sonnantes à leurs oreilles : « Rien de ce que vous\n« avez fait jusqu'à ce jour n'était selon les lois de la raison et de l'har-\n« monie : voici la seule bonne règle à suivre; c'est moi qui, le premier,\n« osai vous l'enseigner : soumettez-vous ! » Haro! leur crie-t-on de"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "119", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.23", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2629, "texte": "tous côtés en les repoussant dans l'ornière d'où ils veulent sortir de\nleur vivant ; et leurs doctrines ne commencent à être un peu goûtées\nqu'après qu'ils sont descendus dans la tombe.\nCastil-Blaze voulait prouver à nos paroliers, comme il les appelait,\nmais, autrement dit, à nos auteurs dramatiques musiciens chargés d'écrire\nles livrets des opéras, que la langue française, aussi bien que la langue\nitalienne, est susceptible d'être coupée sous la musique d'une manière\ntout à fait intelligible et agréable à l'oreille ; et, afin d'ériger le précepte\nen exemple, il écrivit lui-même un sujet d'étude : ce modèle à suivre\nfut Bernabo,\nBernabo n'était autre chose qu'un bel et bon pastiche en un acte,\npétri dans le moule de cette pièce de Molière dont le titre scabreux ne\npeut être prononcé aujourd'hui aux oreilles délicates des dames sans\noffusquer les maris. Il y avait là du Cimarosa, du Paisiello, du Fari-\nnelli, du Guglielmi, du Salieri, etc., etc. C'était délicieux, mais cela ne\nvalait rien pour Paris. Cette charmante macédoine où l'on remarquait\naussi des couplets dont la mélodie inédite était d'une excellente facture,\narriva tout exprès pour servir d'auxiliaire à la brochure que nous ve-\nnons de citer.\n« La langue française, dit l'auteur lui-même dans les quelques lignes\nen forme de préface qui précèdent son livret, est un instrument dont nos\nparoliers veulent jouer sans en avoir appris la gamme et le doigter. De\nlà vient l'argot rebutant, l'indéchiffrable charabia que Ton dégoise sur\nnos théâtres lyriques. Les mots chantés y sont brisés, fêlés, fracassés,\npulvérisés de telle sorte, les syllabes y frappent si souvent à faux sous les\nnotes, que l'auditoire ne comprend plus du tout ce que veulent dire les\nacteurs. En écrivant par fantaisie la partition de Bernabo, je ne pensais\nqu'à meubler la bibliothèque de l'Académie française d'un ouvrage\nqu'elle pourrait opposer aux assassins comme aux détracteurs de notre\nidiome. »\nJ'ai sous les yeux, au moment où je trace ces lignes, quelques lettres\nqui me furent écrites par Castil-Blaze à Saint-Quentin, dans le temps\noù ses antagonistes les plus acharnés s'efforçaient à combattre la réforme\nsalutaire, mais gênante, qu'il voulait introduire dans la construction\ndes vers lyriques. J'extrais quelques passages de l'une d'elles ; ils pour-\nront servir à l'intelligence de la question qui s'agite ici : c'était à l'oc-\ncasion d'un article assez virulent que M. Baralle, alors rédacteur en chef\nde l1 Univers musical, lui avait adressé dans un de ses numéros de juillet\n1856, où il renvoyait l'auteur du système nouveau à ses propres écrits."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "120", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.24", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2332, "texte": "« Ce Baralle, dit-il, a travaillé sur un thème qu'il n'a pas compris :\nil a voulu se montrer méchant et s'est enferré. Il sait si peu ce que c'est\nque l'accent, qu'il le note à faux. Voyez au bas de la page 110 : des neuf\naccents qu'il souligne, huit sont excellents. Le :e est détestable, il ne Ta\npas même remarqué :\nMais / le soir, près / d'elle\nil faudrait :\nLe / soir) auprès / d'elle\n« En 1824, je n'avais pas encore trouvé mon système de versification\nlyrique. Je ne l'ai mis en pratique exacte et suivie qu'en 1828 pour\nl'ltalienne à Alger, Anne de Boulen, Oberon, Fidelio, etc.\n« J'étais surpris que les paroliers ne m'eussent rien dit encore ; ma\nbrochure réclamait vivement ces attaques. Elles sont d'autant plus utiles\nqu'elles portent à faux.\n« Le 19, jour de mon départ pour Avignon, je rencontrai chez Le-\ngouix un dilettante qui lisait et commentait le Baralle en chantant, et\nqui disait ce que je viens d'écrire au sujet des neuf accents soulignés.\nVous voyez que tous les Parisiens ne sont pas des cruches. Plusieurs\ncommencent à me comprendre. Je demanderai l'article de Théodore\nAnne, qui sera moins stupide, sans doute. Il y a des sourds qui ne\nveulent pas entendre. S'ils ralentissaient leur feu, la note, mise sur\nla Chanson de Rolland, est encore un chat, un tigre, que je leur jette\nentre les jambes (1).\n« Le seul moyen de me battre et de prouver que les Parisiens écrivent\nen vers, serait de me montrer une chanson, romance ou cantique fran-\nçais dont la musique s'appliquerait juste à tous les couplets. Les stances\nenvers de neuf syllabes exceptées : ici la cadence est forcée ; mais aussi\nles chansons de ce genre sont-elles très rares, etc., etc. »\nJ'ai dû m'étendre un peu, avec détails, sur cette question, devenue\ndepuis de plus en plus brûlante, de la prosodie lyrique. Aujourd'hui>\nl'on ne blâme plus, l'on approuve et l'on essaie de mettre en pratique le\nsystème de ce rénovateur trop hardi ou trop cassant, mais vrai, qui\navait ameuté contre lui la troupe routinière des poètes et des littérateurs.\nIl y a une circonstance de la vie artistique de Castil-Blaze et une\n\n(1) Cette Chanson de Rolland est un chœur à quatre voix d'hommes qu'il avait\nfait pour le camp de Sathonay (Lyon), où il fut chanté. Il fut chanté aussi, en ma\nprésence, par la Socie'te' chorale d'Arras,"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "121", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.25", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2682, "texte": "partie de ses travaux sur laquelle on a été un peu plus en droit de le\ncensurer ; ce fut lorsqu'il eut la singulière idée de bâtir une messe sur\nles mélodies de Rossini. Et cependant, là encore on aurait pu l'absoudre,\nsi l'on avait été appelé, comme nous l'avons été, à entendre l'effet pro-\ndigieux que produisait cette œuvre monumentale, lorsqu'elle était étu-\ndiée et exécutée convenablement. Rien n'était saisissant comme l'ensemble\nde cette exécution grandiose, pour peu que Ton eût le courage de\ndégager son esprit des exigences de la pensée grégorienne.\nM. d'Ortigue désapprouva hautement son ami et compatriote d'avoir\nosé entreprendre ce travail, qu'il ne considérait pas seulement comme\nune simple peccadille, mais comme un véritable crime de lèze-dignité\nliturgique et une coupable profanation de Fart. A son point de vue,\nd'Ortigue a mille fois raison ; mais les motifs de cette rigidité scholas-\ntique s'effacent ou s'amoindrissent en présence des effets réels et du vif\nplaisir que l'on éprouve à entendre, majestueusement groupés ensemble,\ntous ces chefs-d'œuvre de mélodie que l'on ne peut savourer ailleurs\nque séparément.\nLa musique, nous l'avons dit ailleurs, n'est pas, comme la peinture et\nla statuaire, un art fixe et stationnaire pour lequel le temps a imposé\nnon-seulement des règles et des principes, mais des types et des modèles\nimmuables. Elle doit, au contraire, toute sa valeur, tout son agrément\net toute sa grâce au libre arbitre de la variété et du changement. Elle est,\nau théâtre surtout, comme la mode, une fille légère et folâtre dont les\ncharmes ne peuvent vieillir sans se rider, veulent se renouveler, se re-\nproduire et se multiplier à l'infini, Cela est si vrai, que les grands maîtres,\nadmirés il y a cinquante ans, sont aujourd'hui mis de côté pour faire\nplace à d'autres qui, dans un demi-siècle, seront oubliés à leur tour. Or,\nsi la musique vieillit en perdant de son charme au théâtre, pourquoi ne\nvieillirait-elle pas aussi en perdant de sa valeur à l'église? Pourquoi là\nseulement prendrait-elle un caractère toujours égal qui ne saurait être\nmodifié par le temps ?\nMais revenons à notre sujet. Castil-Blaze, comme tous les compo-\nsiteurs dramatiques, qui, à la fin de leur carrière, cherchent, avant de plier\nbagage, à faire amende honorable à l'Église, en quittant le théâtre qui\nles fuit et qui devient ainsi pour eux la maison du démon, Castil-Blaze\ndisons-nous, voulut produire, lui aussi, sa messe ; et cette messe fut\net ne pouvait être qu'une transformation.\nVoici, à l'occasion de ce travail, qui fut à peu près le dernier de notre\ncritique musicien, une anecdote assez piquante qui eut lieu le 14 mars\n1856."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "122", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.26", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2277, "texte": "Quelques années auparavant, Castil-Blaze assistait à l'Opéra italien, à\nune répétition de la Donna del Lago, lorsqu'aux premières mesures du\nquintette en la bémol, Crudele sospetto (do, ré, mi) il s'aperçut que la\nmélodie s'adaptait parfaitement au qui tollis peccata mundi du Gloria.\nCette découverte, que le hasard avait amenée, le mit en goût, et dès le\nlendemain, il mettait la main à l'œuvre pour produire, avec divers\nmorceaux des meilleurs opéras du même auteur, une messe tout entière\nqui fut appelée, très improprement depuis, MESSE DE ROSSINI.\nAu bout de quelques mois la partition en était achevée, lorsque, par\nune belle journée du printemps de l'année qui venait d'expirer, un\nhomme, remarquable par son obésité et déjà avancé en âge, l'aborda\nsoudainement, et, lui frappant sur l'épaule :\nHola! hein !... vous filez bien fièrement, vous, mon vieux !\nAh ! c'est vous, signor maestro illnstrissimo; excusez-moi :Je\nsuis myope.\nEh bien, donnez-moi le bras et promenons nos cent quarante prin-\ntemps, l'un portant l'autre, au milieu de ces boursiers de l'Opéra; mais,\nafin que nous cheminions parmi eux incognito, et qu'on nous prenne\npour deux agioteurs de profession, marchons adagio et parlons sotto\nvoce. Voyons, dites-m0i.... vous qui faites toujours quelque chose,\nque faites-vous dans ce moment?\nCe que je fais... moi? oh! vous voulez me flatter aujourd'hui,\nsignor maestro ! je ne fais pas, moi; mais je fais peut-être mieux, car\nje fais tout le contraire : Je défais, je reconstruis, je transfigure, je trans-\nforme, je transplante, je transvase, je... »\nEt il allait continuer sa kyrielle lorsque la foule des joueurs, devenue\nplus compacte, les poussa du boulevard de Gand jusques dans la rue\nLepeletier.\nAux préliminaires de cette conversation, vous avez, lecteurs, sans\ndoute déjà deviné que l'interlocuteur de Castil-Blaze n'était autre que\nl'illustre auteur de Guillaume TelL\n« Vous me demandez ce que je fais, reprit le grand arrangeur\nmusicien?\nOui, je vous le demande ?\nEh bien, je fais.,, ou plutôt, je viens de faire,...\nDites, que venez vous de faire ?\nUne messe de Rossini.\nToujours caustique et facétieux! vous n'en démordrez donc jamais?\nEt n'allez pas croire, maestrissimo, que ce soit là chose facile I\nessayez plutôt."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "123", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.27", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1933, "texte": "Parodier un air est déjà assez mal aisé, bien qu'il soit permis de tour-\nner a piacere les paroles nouvelles que Ton ajuste à la musique donnée.\nMais adapter le texte immuable de la messe à des mélodies qu'il faut\nconserver dans toute leur pureté, maintenir un parfait accord de senti-\nment, de couleur, d'expression entre les éléments épars que vous\nréunissez; soutenir cet accord au point de faire croire que ces chants\ndépaysés ont été composés pour leurs paroles nouvelles : hoc opus, liic\nlabor est. C'est ainsi que Gluck arrangea ses opéras français.\nMais enfin n'importe; cette difficulté, moi, je l'ai vaincue et ma...\nvotre messe est terminée.\nMa foi, mon ami, vous êtes vraiment un homme extraordinaire? »\nEt les voilà, l'un (Rossini) interpellant en latin, l'autre (Castil-Blaze)\nrépondant en italien.\nVoyons, dit le premier, par quoi avez-vous pu représenter le\nCredo? Credo in unum Deum.\nEcco ridente in cielo...\nC'est en chœur au moins que vous l'avez traité?\nSans doute; n'était-ce pas sa forme primitive dans Aureliano in\nPalmira (il le lui chante).\nBravo! parfait î je ne me doutais pas d'avoir fait un Credo si maj-\nestueux et si bien prosodié.\nLe Kyrie ?\nSanto imen, chœur religieux d'Otello.\nChriste eleison ?\nQuintette en Canon, de Mose.\nPrière de Ninetta [La ladrà),\nCrucifixus ?\nChœur des ténèbres de Mose.\nPassons du solennel, du triste au gai. Cum sancto spiritu, et vi-\ntam venturi seculi? c'est là que les maîtres placent leurs fugues pleines\nde vivacité, quelquefois de brillante folie.\nJe me suis emparé des strettes animées des quintetti de Cenerentola,\ndu final de Semiramide.\nBien trouvé!\nPermettez que je vous soumette le manuscrit de votre messe.\nNon pas, je la verrai quand elle sera grande. C'est un vrai tour de\nforce heureusement accompli; je vous réponds du succès ; peut-être vous\nfallait-il encore celui-là! »\nLa conversation s'était tellement animée que Castil-Blaze, sans s'en"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "124", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.28", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2574, "texte": "douter, avait passé insensiblement du sotto voce au forte, du\nme\\\\o forte au forte piano, et du forte piano au fortissimo ;et si bien\nque tous les lions, et tous les badauds du boulevard de Gand s'étaient\nattroupés autour d'eux, en se disant : « Qu'est-ce que c'est? »\nCe sont, disait celui-ci, deux joueurs dégommés qui chantent leur\nde prof un dis.\nCe sont deux actionnaires de M. Mirés, disait celui-là,\nC'est, disait l'autre, un fou et un voleur.\nC'est.... c'est.... c'est.... »\nEnfin, je ne sais pas ce que l'on n'aurait pas dit encore, si l'un des\ndeux promeneurs, celui qui avait peur des attroupements et des chemins\nde fer, n'eût lui-même harangué la foule croissante.\n« Eh ! signori francesi, ne faites point ici de mauvaises traductions!\n/\ncc L'Etat n'est pas en danger, soyez tranquilles. Je suis, moi, ce\nstupide musicien qui ne sait plus rien faire ; je ne compte plus; mais ce\nvénérable patriarche est Castil-Blaze. Respectez-le; c'est mon second\npère ; c'est lui qui m'a traduit en français, en provençal, en latin et m'a\nprendre possession de l'Europe. Ce n'est pas tout, le gaillard veut main-\ntenant me conduire en paradis. Je m'en alarme peu, car je présume\nqu'il n'est pas lui-même très-pressé de se mettre en route, Retirez-\nvous donc ; laissez-le passer son chemin, et si, en retour du bon office,\nvous ne recevez rien de moi, vous voudrez bien du moins accepter de lui\nune messe de Rossini! »\nAprès la messe dite de Rossini, qui fut brillamment exécutée sous\nnos yeux à Saint-Quentin, pendant que l'auteur en dirigeait, de son\ncôté, une autre exécution à Mormoiron (Vaucluse), il revint une\ndernière fois à Paris, rue de Buffault, n° 9, où sentant qu'il s'affai-\nblissait de jour en jour et que sa santé s'altérait, il s'efforça de réunir\ntoutes ses facultés physiques et morales pour mettre la dernière main à\nses œuvres complètes dont il était le propriétaire-éditeur.\nJe le trouvai, un matin, plongé dans le travail, en quelque sorte her-\nculéen, travail pour lui d'autant plus pénible et lourd qu'il n'avait ja-\nmais voulu de secrétaire et n'était aidé par personne. Je vis là, entassés\nles uns sur les autres, des restes d'éditions de vingt oeuvres divers ; des\nquatuors d'instruments à cordes, des trios de bassons, des messes, des\nopéras, des chœurs, des motets ou cantiques pour le mois de Marie, et\nune foule de vieilles romances ou chansonnettes, tant françaises que\nprovençales dont il s'était, disait-il, rendu coupable dans sa jeunesse,\nsoit à Avignon, lorsqu'il était clerc dans l'étude de son père, soit à Paris,"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "125", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.29", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2739, "texte": "lorsqu'il étudiait en droit, mais parmi lesquelles je remarquai le chant des\nThermopyles, la jolie romance du Roi René, et, s'il m'était permis\nd'en citer encore une, Cou Pata de Juver, chanson trop libre dont je\nne prendrais même pas la liberté de citer seulement le titre, si je n'étais\npas à peu près certain qu'il ne sera pas compris par nos lecteurs français.\nCastil-Blaze me fit cadeau du dernier exemplaire qui restait encore de\nson Dictionnaire de musique moderne, portant le millésime de 1821,\nque je conserve comme une sorte de relique, quoiqu'il n'ait plus pour\nmoi que le mérite du souvenir.\nLe lendemain de ce jour, j'allai encore voir mon vieil ami et le trouvai\nplongé dans les mêmes collectionnements ou défrichements littéraires,\nmais beaucoup plus sérieux qu'à l'ordinaire et très fatigué. Je crains de\nne pas pouvoir le finir, me dit-il d'une voix mal assurée », car il redoutait\nla mort: la seule pensée lui en faisait horreur, parce qu'il craignait\nqu'elle ne vînt le surprendre au milieu d'un travail commencé, et il ne\nparlait d'elle que lorsqu'il ne songeait point à son arrivée prochaine.\nPar l'article le, qu'il savait très bien que je comprendrais sans autre\ncomplément de phrase, il voulait désigner son livre intitulé Y Opéra-\ncomique, cette troisième partie essentielle, mais restée inachevée, de\nY Histoire des Théâtres lyriques de Paris, dont il avait publié depuis\npeu les deux premières : Y Académie Impériale de musique et l'Opéra\nItalien, de 1645 à 1852.\nIl tenait beaucoup à cet ouvrage, ou plutôt à ces trois livres distincts\nde l'opéra en France, qu'il avait accompagnés à grands frais d'un splen-\ndide et considérable recueil de musique gravée, contenant tous les\nmorceaux de chant et de symphonie qui, depuis deux cents ans, s'étaient\nrendus célèbres dans ces trois théâtres.\nLe texte de ces trois livres, aussi bien que les deux volumes du Molière\nmusicien, est rempli de notes ou citations curieuses et d'aperçus histori-\nques très piquants, qui ont une grande valeur pour les littérateurs\nspéciaux et sont d'autant plus précieux qu'ils avaient été puisés en grande\npartie dans les recueils inédits et peu connus de Beffara. Je lui dis :\n« Vous le finirez » et lui serrai encore une fois la main en le quittant. Il\nrépondit à ce dernier mot par un signe de tête négatif que je compris\ntrop bien et qui m'arracha une larme.\nCeci se passait vers le milieu de l'année 1857. Je venais de visiter\nLille et la Picardie, où j'avais fait exécuter avec éclat la fameuse Messe\ndite de Rossini, et je me proposais de la faire connaître aussi à Nantes,\nà Rennes et dans d'autres villes de la Bretagne. Or, j'étais arrivé depuis\nenviron un mois à Saint-Malo, lorsqu'un jour, le 21 décembre de la"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "126", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.30", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 788, "texte": "même année, étant allé visiter sur une pointe de roches où il est situé, au\nbord de la Manche, le tombeau de Chateaubriand, et nr étant assis sur\nla roche couverte de mousse qui l'entoure, j'ouvris un journal de Paris,\noù j'eus la douleur de lire les lignes suivantes sous la rubrique du i 3 du\nmême mois :\n« Un célèbre critique musicien, l'ancien XXX des Débats et le pre-\n« mier introducteur en France des chefs-d'œuvre de Rossini, de Mozart\n« et de Weber, qui, pour conserver la liberté de sa plume incisive, dé-\n« clina les plus hautes dignités artistiques et littéraires, y compris celle\n« de directeur du Conservatoire de Musique de Paris, Castil-Blaze, est\n(c mort vendredi dernier, 11 décembre courant, à l'âge de soixante-treize\n« ans; »\n\nCHARLES SOULLIER."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-08-01-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-08-01_01#c013", "volume": "bmtnabc_1875-08-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "127", "page_fin": "137", "image_debut": 31, "image_fin": 41, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.2.4", "titre_corps": "LES COSTUMES DE THÉATRE", "titre_sommaire": "LES COSTUMES DE THÉATRE", "signature_source": "ADOLPHE JULLIEN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 31, "page_imprimee": "127", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.31", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1224, "texte": "LES COSTUMES DE THÉATRE\nDURANT UN SIECLE ET DEMI\nCHAPITRE PREMIER\n\nETTE étude n'a pas pour but de retracer l'historique\ncomplet du costume théâtral depuis l'origine du\nthéâtre français jusqu'à nos jours., en expliquant\ntoutes les variations que ces vêtements ont subies\ntrois siècles durant, ainsi que les circonstances for-\ntuites ou tentatives réfléchies qui ont provoqué ces\nchangements et qui ont amené cette partie de la représentation drama-\ntique au point de perfection relative qu'elle comporte aujourd'hui.\nCe serait là un travail de longue haleine qui formerait au moins la\nmatière d'un gros volume, à l'étudier sous ses aspects principaux avec les\ndéveloppements et considérations artistiques qu'il devrait renfermer.\nNos soins se sont bornes à recueillir nombre de renseignements\ncurieux sur une période déterminé et à les grouper le plus clairement\npossible, avec les réflexions et détails historiques strictement nécessaires,\nde façon a donner une étude bien complète de cette branche importante\nde 1 art dramatique, pendant un laps de temps assez étendu sur lequel\nont toujours passé trop rapidement les écrivains qui se sont occupés de\ncette intéressante question du costume au théâtre. Pour quinze ou vingt,"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "128", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.32", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2605, "texte": "au bas mot, qui ont pris cette histoire au milieu du dix-huitième siècle,\nc'est-à-dire au moment où Lekain et mademoiselle Clairon, àla\nComédie-Française, et madame Favart, à la Comédie-Italienne,\napportaient, comme de concert, une première amélioration notable aux\ncostumes de luxueuse fantaisie jusqu'alors adoptés et admirés, il ne de\ntrouve qu'un seul auteur qui consacre mieux qu'une analyse succincte\naux époques antérieures à ce point de départ général (i).\nNos investigations ont porté de préférence sur cette période d'autant\nplus curieuse à étudier qu'elle est moins connue, surtout au point de vue\nqui nous occupe, et la simple lecture de ces chapitres, détachés en\nquelque sorte d'une histoire générale encore à venir, suffira, pensons-\nnous, à montrer qu'il y avait beaucoup à dire rien qu'au sujet du\ncostume sur ces temps reculés. Nous avons pris pour point de départ\nl'origine même du théâtre français, et nous avons poursuivi nos recher-\nches à travers les livres et gravures, jusqu'au moment précis où nous\nrejoignions les travaux de la plupart des historiens dramatiques, c'est-à-\n--dire jusqu'au premier tiers du siècle dernier.\nLa mise en scène des mystères était tantôt splendide, tantôt d?une\npauvreté naïve. Ici, de misérables troupes, dans une petite ville, repré-\nsentaient une action religieuse ou dramatique ; un simple échafaud avec\ndes compartiments étiquetés de diverses façons suffisait à indiquer le\nlieu de la scène et remplaçait ,un décor complet. Là, au contraire, des\nacteurs exercés, largement rétribués, représentaient pour de riches cités,\nune pièce bien étudiée, pourvue de tous ses décors et accessoires. Mais,\ngrande que fût la richesse de la mise en scène, les mystères, se jouant\nle plus souvent en plein air, ne constituaient pas ce que nous avons\nappelé le théâtre.\nLe luxe des jeux théâtraux était alors réservé aux riches seigneurs\nqui organisaient des fêtes dans leurs châteaux. Lorsque des troupes de\ncomédiens commencèrent à donner des représentations publiques, un\nou deux décors faisaient tous les frais du spectacle : ce ne fut guère qu'à\npartir de 1636 ou 3y, pour les représentations du Cid, de Corneille, et\nde la Sophronisbe, de Mairet, que les comédiens prirent l'habitude\nd'avoir un décor approprié à chaque pièce. Mais avant d'arriver aux\nthéâtres réguliers, il faut parler des magnifiques fêtes dramatiques don-\nnées, en ce temps, dans des châteaux seigneuriaux ou à la cour de\n\n(i) Nous voulons parler de l'intéressant ouvrage de M. Ludovic Celler : Les\nDécors, les Costumes et la Mise en scène au dix-septième siècle."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "129", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.33", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2807, "texte": "France, et en particulier du célèbre Ballet de la Reine, dont l'apparition\nfut considérée comme une merveille sans exemple dans le passé, sans imi-\ntation possible dans l'avenir.\nLe Balet comyque de la Royne, de Beaujoyeulx, représenté dans la\nsalle du Petit-Bourbon, en isBi, aux fêtes du mariage du duc de\nJoyeuse, pair de France, avec mademoiselle de Vaudemont, sœur de la\nreine, marque la première ébauche du genre qui devint l'opéra et qui est\ndû à l'union inégale de' la poésie, de la musique, des décorations et de\nla danse. Henri 111, voulant honorer les époux par la magnificence de la\nfête, prétendit que rien ne fut épargné pour un pareil mariage : riches\nhabits, festins, mascarades, courses, combats à la barrière, ballets à pied\net à cheval, concerts, tout se succéda si bien que Brantôme lui-même,\nquoiqu'il trouve le ballet des Polonais « inimitable, » déclare que les\n« noces de M. de Joyeuse ont surpassé toutes les fêtes et cérémonies du\ntemps. » Le désir de rendre ces noces superbes « ne dépassa pas le désir\nd'exécuter ces splendeurs, » et la noblesse « apporta son argent, comme\nsa vie, lorsqu'il s'agissait de la couronne. »\nCatherine de Médicis voulut s'occuper en personne de la composition\ndu ballet ; elle envoya donc quérir l'illustre Baltazarini, que le maréchal\nde Brissac, gouverneur de Piémont, lui avait adressé d'ltalie, avec une\nbande choisie de violons, et qu'elle avait bientôt honoré du titre si envié\nde son valet de chambre. Insinuant, flatteur, industrieux, le jeune Italien\navait su promptement se concilier les faveurs des grands, et il était\ndevenu l'organisateur attitré de toutes les fêtes galantes, bals, festins et\nmascarades qui se donnaient à la cour si luxueuse et si corrompue des\nValois. Cette fois, il se surpassa et composa sur les indications de la\nreine-mère, son mirifique ballet de Circé, dont il a laissé la description\nla plus pompeuse à la postérité.\nLe dimanche i 5 octobre, la reine donna grand festin au Louvre, et\naprès le repas, « le ballet de Circé et de ses nymphes, le plus beau, le\nmieux ordonné et exécuté qu'aucun auparavant, » comme dit L'Estoile.\nIl y aurait fatigue à suivre l'auteur dans le récit de cette représentation,\nqui, commencée à dix heures du soir, ne se termina qu'à trois heures\ndu matin, « sans qu'une telle longueur ennuyast ni depleust aux assis-\ntans, tel étoit et si grand le contentement de chacun, » écrit le glorieux\nBaltazarini avec un plaisant amour-propre. Il suffira de lui emprunter,\npour le sujet qui nous occupe, le dessin de quelques costumes, en laissant\nde côté les merveilles de la mise en scène, grottes de diamants, nuages\npleins d'étoiles lumineuses, treille d'or couverte de raisins, orangers,\ngrenadiers, pommiers avec leurs fruits en or, argent, soie et plumes."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "130", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.34", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3299, "texte": "Gircé l'enchanteresse estoit vestue d'une robe d'or, de deux couleurs,\nestoffee partout de petites houppes d'or et de soye, et voylee de grands crespes\nd'argent et de soye : ses garnitures de teste, col et bras, estans merveilleuse-\nment enrichies de pierreries et perles d'inestimable valeur : en sa main, elle\nportoit une verge d'or de cinq pieds, tout ainsi que l'ancienne Circé en usoit,\nlorsque, par l'attouchement de cette verge, elle convertissoit les hommes en\nbestes et en choses inanimées.\nLes Naïades estoyent vestues de toile d'argent, enrichie par dessus de\ncrespe d'argent et incarnat, qui bouillonnoyent sur les flancs, et tout autour\ndu corps, et aux bouts partout, de petites houppes d'or et de soye incarnate,\nqui donnoit grâce à cette parure. Leurs chefs estoyent parez et ornez de\npetits triangles enrichis de diamans, rubis, perles, et autres pierreries exquises\net precieuses, comme estoyent leurs cols et bras garnis de coliers, carquans\net bracelets ; et tous leurs vestemens couverts et estoffez de pierreries, qui\nbrilloyent et estincelloyent tout ainsi qu'on voit la nuict les estoiles paroistre\nau manteau azuré du firmament. Aussi cette parure a esté estimée la plus\nsuperbe, riche et pompeuse, qui se soit jamais veue porter en masquarade.\nMercure estoit accoustré , tout ainsi que le descrivent les poetes, vestu de\nsatin incarnadin d'Espagne, passementé d'or fort industrieusement, les bro-\ndequins dorez, ayant des ailes à ses talons qui signifioyent la légèreté de sa\ncourse : son chef aussi estoit affublé d'un petit chapeau ailé des deux costez,\net doré par tout : son manteau estoit de toile d'or violette : puis en sa main\nportoit le caducée, avec lequel jadis il endormit Argus pour le service de\nJupiter.\nLa deesse Minerve vestue d'une robe de toile d'or, avec son corcelet de\ntoile d'argent : au milieu duquel et devant et derrière estoit effigiee la teste\neffroyable de Meduse faitte d'or bruny : la salade et habillement de teste de\ntoile d'argent, et enrichi d'une infinité de pierreries et perles d'inestimable\nvaleur. Sur le derrière du timbre y avoit un pennache embelli de plumes\nd'Aigrette. La deesse portoit en la main droite la lance toute doree, et en la\ngauche l'escu et pavois où estoit encore peinte la teste de Gorgone Meduse,\nd'or et d'argent bruny.\nLe sieur de Savornin représentant Jupiter s'apparut en la nuee vestu d'un\nhabillement de toile d'or, ses brodequins estoyent de cuir doré, et son man-\nteau de satin jaulne, chamarré de franges d'or, double de camelot d'or : por-\ntant en une main son sceptre, en l'autre, le foudre effroyable, et en sa teste\nune belle couronne, le tout fait d'or bruny. A travers de son corps, il estoit\nparé d'une riche escharpe reluisante comme le soleil, pour les perles et pier-\nreries dont il estoit couvert, et entre ses iambes une grande aigle d'or bruny.\nMême profusion d'or, de soie et de pierreries sur tous les autres cos-\ntumes, sur ceux de Pan, du Gentilhomme fugitif, des Tritons et des\nSirènes, de Glaucus et de Thétys, des Vertus et des Dryades : les Satyres\nseuls se distinguaient au milieu de ces splendeurs par une nudité trop\nfidèlement copiée d'après l'antique. La pompe inouïe du spectacle, le\nluxe féerique des décorations et des costumes cachaient aux yeux d'une"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "131", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.35", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2602, "texte": "cour encore sérieusement éprise de la mythologie, ce que cette représen-\ntation des intrigues de l'Olympe antique avait de ridicule et de naïf.\nLor, l'argent, les rubis, les diamants, les dentelles répandues à profusion\nsur les dieux et sur les hommes, au ciel et sur la terre, éblouissaient les\nyeux de la foule émerveillée et l'empêchaient de distinguer les parties\nencore informes de ce long poème et les rouages grossiers qui faisaient\nmouvoir les plus lourdes machines.\nCette fête lut telle qu'on n'en avait pas vu de mémoire d'homme, et\nBeaujoyeulx, dans sa dédicace au roi de France et de Pologne, put dire\nà bon droit, avec la suffisance de l'auteur encensé et la finesse d'un cour-\ntisan accompli : « ... Mais quant à l'agréable, d'avoir su tempérer cette\nmaitiale inclination, de plaisirs honnêtes, de passe-temps exquis,\nde récréation émerveillable en sa variété, inimitable en beauté, incom-\npaiable en sa délicieuse nouveauté : Ton me pardonnera, si je maintiens\nque vous n'avez eu ni prédécesseur, ni aurez (comme je pense) de\nsuccesseur (i). »\nCe succès, sans précédent, suscita à Baltazarini maints rivaux brûlant\ntous de se mesurer avec lui et d'éclipser en richesse le spectacle des noces\ndu duc de Joyeuse.\nQuinze années plus tard, le 25 février 1596, Nicolas de Montreux\nfaisait représenter au château de Nantes, devant le duc de Mercœur,\ngouverneur de Bretagne, une pastorale pleine de jeux de scène empruntés\naux Italiens, et dont les décors laissaient loin derrière eux toutes les\nsplendeurs du Ballet de la Reine. Cette pièce avait pour titre : Arimène ;\nelle fut aussitôt imprimée et l'auteur n'oublia pas d'enrichir cette publi-\ncation de précieux détails sur la mise en scène.\nIl seiait fastidieux de raconter en détail ces cinq grands intermèdes\nmythologiques : le combat des Dieux et des Titans, l'histoire de Pâris\net Hélène, d'Andromède et Persée, d'Argos et 10, d'Orphée aux Enfers,\nqui donnèient lieu à cet étalage sans fin de décors d'une richesse éblouis-\nsante. Nous prendrons seulement note des différents costumes qui font\ngrand honneur à la riche imagination de Montreux et du célèbre astro-\nlogue Côme Ruggieii, alors retenu prisonnier dans la forteresse de\nNantes, et qui lui fut un aide précieux pour la partie décorative, d'où\ndépendait tout le succès.\nCes acteurs étoient habillez à la forme des pasteurs d'Arcadie, tous de satin\ne diverses couleurs, enrichiz de clincamp, la panetière de clincamp, les\n\n(I) V°U- pour Plus de détails, le livre de M. Ludovic Celler :\nOpéra et h Ballet de la Reine. (Un vol. in-18, chez Didier, 1868.)"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "132", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.36", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2539, "texte": "botines de la couleur de leurs habits, semées de roses de clincamp, leurs\nchapeaux de mesme et la houlette argentée en la main, les habits fort cscla-\ntants, riches et bien faicts.\nArimène habillée de satin orangé.\nErmange, vieil pasteur, de satin à couleur de feuille morte.\nFloridor habillé à la françoise, de satin cramoisi, la cappe de mesme, dou-\nblée de clincamp, l'espée dorée et le fourreau de velours cramoisi.\nCloridan habillé de satin blanc.\nCircimant habillé de satin noir, à la mode des anciens mages d'Egypte.\nFurluquin, serviteur de Floridor, habillé à la harlequine.\nAlphize, de satin jaulne paillé, avec un javelot en sa superbe main.\nArgence, vieille bergère, de satin gris.\nClorice, bergère, de satin vert.\nAssave, le pédant, de noir, en robbe pedantesque.\nAldire, sage pasteur, de tanné.\nOrithie, nymphe, de jaulne doré, avec une coiffure poinctue, à la mode\ndes nymphes.\nComment douter qu'un aussi merveilleux spectacle n'ait pas remporté\nun succès bien gagné par tant d'efforts de fantaisie imaginative ? Ces cinq\nlongs actes et leurs appendices mythologiques qui nous paraîtraient\naujourd'hui d'une insipide monotonie, excitèrent une profonde admira-\ntion. L'auteur, du reste, prend soin de l'apprendre aux générations à\nvenir, par ces modestes paroles qui terminent dignement son récit :\n<( Chacun se retira plus ennuyé de la. fin que de la longueur de la\nchose (i). »\nNos voisins d'Outre-Manche avaient à cette époque des divertisse-\nments analogues : c'étaient les masques, jeux dramatiques en grande\nfaveur à la cour des souverains d'Angleterre, pendant les seizième et dix-\nseptième siècles. Le masque anglais était un spectacle d'une pompe extraor-\ndinaire et bizarre, un ensemble de musique, de danses, de festins, de\nscènes parlées ou mimées par des personnages allégoriques revêtus de\nsplendides costumes. Suivant la chronique d'Holinsted, l'un des pre-\nmiers masques aurait été joué sous Henri VIII, en 15 10.\nUn des plus brillants fut celui composé par Thomas Campion, docteur\nmédecin, et représenté à White-Hall, le 6 janvier 1606, au mariage de lord\nJames Hax, comte de Carlisle, avec lady Anna, fille unique d'Edward,\nlord Denny. Dans la description de la scène où se joua ce masque, on\nvoit qu'il y avait, parmi les décorations, des arbres d'or, des collines, un\n\n(i) Cette représentation solennelle a été décrite d'après le propre récit de Mon-\ntreux par M. L. Lacour, dans un article publié il y a déjà longtemps à la Revue\nfrançaise et intitulé : Un opéra au seizième siècle*"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "133", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.37", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2719, "texte": "bosquet de Flore orné de toutes sortes de fleurs d'où jaillissaient des\nrayons de lumière, la maison de la Nuit, dont les noirs piliers étaient\nsemés d'étoiles d'or, et qui, à l'intérieur, n'était pleine que de nuages et\nd'oiseaux de nuit, etc. Le reste à l'avenant : c'était comme à la cour de\nFrance, un déploiement interminable de splendeurs et de merveilles de\ntoutes sortes,\nParis allait bientôt pouvoir admirer les magnificences théâtrales de\nl'ltalie. Mazarin, se souvenant des fêtes auxquelles il avait assisté en\nPiémont, manda dans la capitale le machiniste Torelli, avec une troupe\nde comédiens, qui montèrent au Petit-Bourbon, en 1645, la Finta Pa\\\\ay\nde Strozzi. C'était l'histoire d'Achille à Scyros, du voyage d'Ulysse et de\nDiomède, des amours interrompus de Déïdamie, et du départ d'Achille\npour la guerre de Troie. Ulysse, Diomède et les habitants de Scyros por-\ntaient d'abord la cuirasse ajustée, la double jupe courte couverte de\nlanières, et le manteau drapé sur l'épaule ; mais plus tard, Ulysse s ima-\ngina de changer de costume. Il endossa alors une cuirasse avec une\nécharpe en tiavers comme les gardes des Valois, il eut une triple jupe\ndécoupée, Pépée attachée à Pécharpe, le casque lourdement empanaché.\nDe son côté, Achille, sous ses atours féminins, ressemblait à une dame\nde la cour de France; il portait la jupe longue, ouverte sur une jupe\nplus courte, les manches larges avec dentelles, le corsage à guimpe et\ntenait un éventail à la main.\nMalgré les murmures chaque jour plus menaçants de ses adversaires\npolitiques, Mazarin continua de faire représenter des drames lyriques\npar les artistes qu'il avait fait venir d Italie. La Fronde commençait bien\nd'agiter Paris, mais les troubles précurseurs des dissensions civiles ne fai-\nsaient pas trêve aux fêtes théâtrales, et les représentations se succédèrent\nà la cour, de 1647 à i 650, sans être interrompues autrement que d'une\nfaçon très passagère au plus fort de la guerre civile, et lorsque la petite\nvérole mit en danger les jours du jeune roi.\nLes plus curieuses des comédies en musique représentées à cette époque,\nsont : le Mariage d'Orphée et d'Eurydice, ou la grande Journée des\nMachines, et P Orfeo ed Euridice : l'un, amalgame de chant, de danse\net de déclamation, combiné par le sieur Chappoton et représenté en\n1640, parla troupe royale*, l'autre, avec paroles italiennes et musique\nfort importante de Rossi, joué en 1643, dans la salle du l alais-Royal.\nCes deux grandes machines théâtrales brillaient par une mise en scène\nriche et compliquée, mais elles ne présentaient aucune particularité sail-\nlante dans les costumes qui vont prendre un nouvel essor avec lAndro-\nmède, de Pierre Corneille."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "134", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.38", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2731, "texte": "C'est en i 650 que cette tragédie mêlée de chants et de danses fut jouée\nau théâtre du Petit-Bourbon, avec un grand appareil de mise en scène,\ndont on peut se faire ane idée par les gravures des costumes et des dé-\nçois conservées a la Bibliothèque nationale. La G civette de France , du\n18 février i 650, n hésite pas à déclarer que les Grecs et les Romains sont\nsui passés, que les miracles des prêtres égyptiens ne sont rien en compa-\nraison des merveilles d'Andromède. Les ,c méchaniques » de Torelli\nplurent tant au public que certains amateurs les retournèrent voir\nplusieurs foi s de suite. Les costumes n'étaient nullement inférieurs aux\nmerveilles de la décoration : Vénus et toutes les femmes étaient somp-\ntueusement vetues à la mode du jour, tandis que les hommes portaient,\ncomme les personnages de Mirante, le riche baudrier, les longs cheveux\nbouclés, la cuirasse et le casque à grandes plumes.\nTous les gens de théâtre alors, et ceux qui jouaient la comédie ou\ndéclamaient la tragédie plus encore que ceux qui chantaient l'opéra,\nétaient assez proches parents des comédiens ambulants de Scarron * tous\nmenaient gaîment la vie errante et aventureuse des héros du Roman\ncomique. En quelques mots, nous sommes au fait. Le joyeux auteur,\nqui riait et faisait rire les autres pour se distraire de ses souffrances, nous\na bien vite présenté ces véridiques personnages : il les a copiés sur le\nvif, eux, leurs habitudes et leurs costumes. C'est l'enfance de l'art, c'est\nla Bohême pauvre d'argent, mais riche d'esprit, c'est la commedia\ndelV arte, venue d'ltalie.\n« ~. Un jeune homme, aussi pauvre d'habits que riche de mine, mar-\nchait à coté de la charrette... Au lieu de chapeau, il n'avait qu'un bonnet\nde nuit, entortillé de jarretières de différentes couleurs .. Son pourpoint\nétait une casaque de grisette, ceinte avec une courroie, laquelle lui servait\naussi à soutenir une épée qui était si longue qu'on ne s'en pouvait aider\nadroitement sans fourchette. Il portait des chausses trouées à bas d'atta-\nches, comme celles des comédiens quand ils représentent un héros de\n1 antiquité, et il avait, au lieu de souliers, des brodequins à l'antique que\nles boues avaient gâté jusqu à la cheville du pied. » Celui-ci, c'est Le\nDestin, le jeune premier, et, comme tel, le mieux nippé de la troupe.\nJugez par là des autres, du bilieux La Rancunes, de la gracieuse Angé-\nlique ou de la charmante L'Étoile ».\nS'agit-il de donner la comédie et de distraire la brillante compagnie\nréunie au tripot de la Biche : « Fournissez vos habits,, disent les comé-\ndiens, et nous jouerons avant que la nuit vienne. » M. de la Rappinière,\nle rieur de.la ville du Mans, offre aussitôt une vieille robe de sa femme à"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "135", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.39", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2677, "texte": "La Caverne, et la tripotière deux ou trois paires d'habits qu'elle avait en\ngage, à Destin et à La Rancune. Tout s'arrange au mieux: Destin fera\nHérode, La Caverne jouera Marianne et Salomé, le vieux La Rancune\ntiendra tous les autres rôles.\n« Le parti plut à la compagnie, et le diable de la Rappinière, qui\ns'avisait toujours de quelque malice, dit qu'il ne fallait point d'autres\nhabits que ceux de deux jeunes hommes de la ville qui jouaient une partie\ndans le tripot, et que mademoiselle de la Caverne, en son habit d'ordi-\nnaire, pourrait passer pour tout ce qu'on voudrait dans une comédie.\nAussitôt dit, aussitôt fait; en moins d'un demi-quart d'heure, les comé-\ndiens eurent bu chacun deux ou trois coups, furent travestis, et l'assem-\nblée qui s'était grossie, ayant pris place dans la chambre haute, on vit\nderrière un drap sale que l'on leva, le comédien Destin couché sur un\nmatelas, un corbillon sur la tête, qui lui servait de couronne, se frottant\nun peu les yeux comme un homme qui s'éveille, et récitant du ton de\nMondori, le rôle d'Hérode... »\nMondori était né à Orléans ; il fut durant assez longtemps le chef et\nl'orateur de la troupe du Marais, où il représentait avec talent les rois\net les empereurs. Ce fut précisément ce personnage d'Hérode dans la\nMarianne, de Tristan, qui le conduisit au tombeau. Il mourut en 1651,\nd'une attaque d'apoplexie, causée probablement par les efforts surhumains\nqu'il faisait dans ce rôle : l'auteur se glorifia bêtement de ce triste événe-\nment et alla jusqu'à défier ses rivaux de tuer ainsi quelque comédien\nsous leurs vers.\nMondori fut le premier à rejeter l'usage de la perruque. « Il était de\ntaille moyenne, mais bien prise, disent les frères Parfaict ; la mine haute,\nle visage agréable et expressif. Il avait de petits cheveux coupés avec les-\nquels il jouait tous les rôles de héros, sans avoir jamais voulu mettre de\nperruque. » Scarron a donc doublement raison de le citer et de le criti-\nquer, car, malgré ses défauts, une déclamation et un jeu outrés,\nMondory était l'acteur le plus en renom du temps et méritait de l'être.\nBien que cet étalage de parures et de décorations éblouissantes ou dé-\nfraîchies ravît toujours la grande masse du public, quelques esprits sensés\nétaient déjà frappés de ce que ces travestissements avaient de grotesque,\net les railleries commençaient à percer sous l'enthousiasme général. Sorel\ns'en moque spirituellement dans sa Maison des Jeux :\n« J'ai vu quelquefois, dit Hermogène, passer à Paris de ces gens-là,\nqui n'avoient chacun qu'un habit pour toute sorte de personnages et ne\nse déguisoient que par de fausses barbes ou par quelque marque assez"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "136", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.40", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2685, "texte": "faible, selon le personnage qu'ils représentoient ; Apollon et Hercules y\nparaissoient en chausse et en pourpoint ; mais pourquoi ne les eût-on pas\nhabillés à la françoise? N'y a-t-il pas eu un Hercule gaulois? Cet Her-\ncule, se voulant faire remarquer, avoit seulement les bras retroussés\ncomme un cuisinier qui est en faction, et tenoit une petite bûche sur son\népaule pour sa massue, de telle sorte qu'en cet équipage Ton l'eût pris\nencore pour un gagne-denier qui demande à fendre du bois. Pour\nApollon, il avoit derrière sa tête une grande plaque jaune prise de quelqu e\narmoirie, pour contrefaire le soleil, et tous les autres dieux n'étoient pas\nmieux atournés ; jugez donc ce que ce pou voit être des mortels... »\nLesage décrit aussi, par la bouche d'un des personnages de Gil-Blas,\nle bizarre costume que revêtait alors un roi de tragédie. Scipion, le\nsecrétaire du tout puissant seigneur de Santillane, avait été, dans son\nenfance, au nombre des marmitons de l'archevêque de Séville. Pages et\ndomestiques s'avisèrent un jour, pour célébrer l'anniversaire de monsei-\ngneur, de représenter une tragi-comédie. Ils choisirent celle des Béna-\nrides, et son jeune âge fit désigner Scipion pour faire le rôle du jeune\nroi de Léon enlevé par les Maures. Après de nombreuses répétitions et\nbien des préparatifs pour rendre la fête magnifique, on n'avait rien\népargné, le maître devant payer toute la dépense, —l'archevêque fixa le\njour de la représentation.\nce Le jour venu, continue Scipion, qui raconte ses aventures à son\nmaître, chaque acteur ne s'occupa que de son habillement. Pour le mien,\nil me fut apporté par un tailleur accompagné de notre majordome, qui,\ns'étant donné la peine de me répéter mon rôle, se faisait un plaisir de me\nvoir habiller. Le tailleur me revêtit d'une robe de velours bleu, garnie de\ngalons et de boutons d'or, avec des manches pendantes, ornées de franges\ndu même métal ; et le majordome lui-même me posa sur la tête une\ncouronne de carton, parsemée de quantité de perles fines mêlées parmi\nde faux diamants. De plus, ils me mirent une ceinture de soie, couleur\nde rose, à fleurs d'argent. Et, à chaque chose dont ils me paraient, il me\nsemblait qu'ils m'attachaient des ailes pour m'envoler et m'en aller (1 ). »\nScarron, de son côté, ne manque pas, dans le Virgile travesti, dévêtir\nle pieux Enée, au moment le plus délicat du poème, d'un costume\ndont il accuse bien les côtés burlesques, mais qui peut donner une idée\nassez exacte de la façon dont le héros troyen se serait affublé à cette\népoque pour paraître en scène et peindre son amoureux tourment à la\ndame de ses pensées.\n\n(1) Histoire de Gil-Blas, liv. x ; chap. x."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "137", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.41", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 623, "texte": "Ce gentil dieu que je vous di,\nPour ne rien faire en étourdi,\nSe posa sur une chaumière.\nLà, de double talonnière\nDésembarrassant son talon,\nIl vit faisant le violon\nVis-à-vis de sa violone,\nMessire sEneas en personne,\nPoudré, /me, fardé, tondu :\nUn riche habit bien étendu,\nAugmentoit fort sa bonne mine,\n// etozï étaminé,\nLe manteau de drap de Sidonf\nPrésent de la dame Didon.\nComme cette reine amoureuse\nEtoit une grande couseuse,\nElle avoit fort adroitement\nChamarré d'un beau passement\nEt parsemé de points d'aiguille,\nAutant Vhabit que la mandille.\n(La suite prochainement.)\n\nADOLPHE JULLIEN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-08-01-01-c017", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-08-01_01#c017", "volume": "bmtnabc_1875-08-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "138", "page_fin": "139", "image_debut": 42, "image_fin": 43, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.2.5", "titre_corps": "ÉCOLE DE MUSIQUE RELIGIEUSE", "titre_sommaire": "ÉCOLE DE MUSIQUE RELIGIEUSE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 42, "page_imprimee": "138", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.42", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1421, "texte": "ÉCOLE DE MUSIQUE RELIGIEUSE\nPALMARÈS POUR L'ANNEE IS 7 5\nA distribution des prix de l'Ecole de musique reli-\ngieuse, dirigée par M. Gustave Lefèvre, a eu lieu\nmardi 27 juillet, sous la présidence de M. Deville,\ndélégué du ministre de l'instruction publique et des\ncultes, assisté du directeur, des professeurs et du\ncomité des études.\nLe directeur a rendu compte des travaux de Tannée et on a procédé à\nla distribution des prix.\nVoici le nom des lauréats pour les études musicales :\nSOLFÈGE. 3e division. Pas de nomination.\n2E division. PRIX ex œquo : Joseph Rigoud, Paul Combes ; lERIER ac-\ncessit ex œquo : Victor Linglin, Baichère ; 2E accessit ex œquo : Albert\nGougelet, Charles Martin; mention honorable, Gabriel Boidin.\nIRC division. lERIER PRIX : Désiré Létang; 2E PRIX : Philippe Bellenot.\nHARMONIE PRATIQUE. PRIX : Casimir Baille; accessit, Désiré Létang.\nHARMONIE ÉCRITE. 2E division. PRIX : Henri Lenormand ; ac-\ncessit, Victor Linglin ; mention, A. Gougelet; Paul Combes.\nire division. - Rappel du prix : Charles Bresselle. lERIER PRIX : Désiré\nLétang; accessit, François Fimbel.\nFUGUE. Pas de concurrent.\nCONTRE-POINT. Mention : Désiré Létang. (C'est la plus haute ré-\ncompense).\nCOMPOSITION MUSICALE. ier PRIX, fondé par S. Exc. le ministre de\nl'instruction publique, des cultes et des beaux-arts : Pas de prix. Mention\ntrès honorable. Casimir Baille.\nPIANO. 4E division. PRIX d'encouragement: Louis Josset."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "139", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.43", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 1405, "texte": "3e division.PßlX : Charles Hétuin ; accessit, Louis Gabry, Paul\nGuthmann.\n2E division. iCl' PRIX ex œquo: Charles Dunster, Joseph Rigaud ;\n2ePRIX: Albert Gougelet; ier accessit, J. Erb; 2E accessit, Victor Linglin ;\n3° accessit, Joseph Baichère.\ni division. iei PRIX: Casimir Baille; 2E PRIX: Gustave Meyer ;\nicr accessit, Philippe Bellenot; 2° accessit, Henri Boacourt.\nPL AIN-CHANT ÉCRIT ET ACCOMPAGNÉ. lERIER PRIX fondé par S. ExC. le\nministre de 1 instruction publique, des cultes et des beaux-arts : Rappel\ndu lORIOR PRIX de 1874, Gabriel Boidin.\nlERIER PRIX: Désiré Létang; 2E PRIX: Charles Bresselle ; ier accessit,\nFrançois Fimbel; 2e accessit, Victor Linglin ; mention honorable, Al-\nbert Gougelet, Paul Combes.\nORGUE. 2\" division. iep PRIX Joseph Rigaud, Charles\nDunster; 2E PRIX : Gustave Mayer; ior accessit, H. Boncourt; 2E ac-\ncessit ex œquo : Emile Bettinger, Jérôme Gross; mention, Paul Combes.\nire division. 1 \" PRIX fondé par S. Exc. le ministre de l'instruction\npublique, des cultes et des beaux-arts: Casimir Baille ; 3ePRIX\nPhilippe Bellenot, Charles Martin ; accessit, Henri Boncourt.\nPiix d honneur donné par le Directeur à 1 élève désigné par ses con-\ndisciples comme ayant eu pendant toute l'année une bonne conduite, de\nbons et fraternels rapports avec tous, et dont le travail a toujours été\nméritoire.\nEx œquo : Alphonse Dornbirrer, Henri Boncourt."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-08-01-01-c021", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-08-01_01#c021", "volume": "bmtnabc_1875-08-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "140", "page_fin": "144", "image_debut": 44, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.2.6", "titre_corps": "VARIA", "titre_sommaire": "VARIA", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 44, "page_imprimee": "140", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.44", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1798, "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nFAITS DIVERS\nA présentation du budget des théâtres à l'Assemblée na-\ntionale n'a donné lieu à aucun discours. 11 a été voté\njeudi dernier sans opposition. Les subventions sont donc\nce qu'elles étaient l'année dernière :\nL'Opéra 800,000 fr.\nLe Théâtre-Français ~. 240,000 fr.\nL'Opéra-Comique 140,000 fr.\nL'Odéon 60,000 fr.\nLe Théâtre-Lyrique 100,000 fr.\nIl faut ajouter à cette dernière subvention 95,000 francs qui restent sur les\n100,000 votés Tan dernier.\nLa question du droit des pauvres n'a pas été portée à la tribune. Dans une\nséance tenue l'avant-veille, les directeurs des théâtres délégués avaient de-\nmandé l'adoption de l'amendement de MM. Raoul Duval et Ganivet, dont\nnous avons donné le texte dans notre précédent numéro.\nLa sous-commission, par l'organe de son rapporteur M. le comte d'Osmoy,\nn'a pu que promettre d'étudier à fond la question et de soumettre les résul-\ntats de cet examen à l'Assemblée pour le prochain budget. Prenant acte de\ncette promesse, MM. Duval et Ganivet ont retiré leur amendement. Au\ncours de la séance publique d.e jeudi, M. le comte d'Osmoy a déposé une de-\nmande de crédit supplémentaire (6,000 francs) pour payer les frais du procès\nque l'Opéra-Comique a soutenu à propos de son foyer.\nLes compositeurs de musique, désirant remercier M. d'Osmoy de la\ncampagne par lui ouverte en faveur du Théâtre-Lyrique, viennent de lui\nadresser la lettre suivante :\n« A Monsieur le comte d'Osmoy, rapporteur de la sous-commission des\nbeaux-arts près la commission du budget.\n« Monsieur le comte,\n« Nous vous remercions bien vivement de la chaleur avec laquelle vous\navez défendu le principe du Théâtre-Lyrique, en même temps que les inté-\nrêts des compositeurs français, devant la commission du budget et devant la"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "141", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.45", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2450, "texte": "commission consultative des théâtres. Grâce à vous, monsieur le comte, nous\nallons enfin rentrer en possession de ce théâtre producteur qui s'appelle le\nThéâtre-Lyrique. Vous avez bien voulu faire droit à nos demandes, et vous\navez pu faire agréer aux deux commissions, ainsi qu'à M. le ministre, les\nvœux que nous avions formés.\n« Nous venons vous prier, monsieur le comte, d'agréer l'expression de\ntoute notre gratitude et l'assurance de notre profond respect.\n« Ln 1 absence de M. Vaucorbeil, président, ont signé :\n« Edmond MEMBRÉE, Victorin JONCIÈRES, vice-présidents; Samuel\nDAVID, secrétaire; J.-B. WEKERLIN, bibliothécaire archiviste;\nTh. DUBOIS, GASTINEL, GUILLOT DE SAINBRIS, DE LAJARTE, Ch.\nLAMOUREUX, ORTOLAN, VERRIMST, D'INGRANDE, membres du\ncomité. »\nOn a procédé, dans la salle ordinaire des criées, au Tribunal de Com-\nmerce, à la vente aux enchères publiques des terrains de l'ancien Opéra,\ndivisés en 14 lots :\nLe lel1e 1 lot (449 mètres 16 cent.J a été adjugé à M. Lehideux, banquier,\npour la somme de 294,000\nLe 2e lot (281 mètres 83 cent.) à M. Dumont 290,100\n3e lot (488 mètres) à M. Pasquet, pour.. 337,100\nLe 1ie lot ( 379 mètres 5o cent. ) à M. Massion, pour le compte\nde la Société de crédit général français 209,100\nLe 12e lot (457 mètres 28 cent.) au même 307,100\nLe i3e lot (451 mètrer 5o cent.) àM. Goguet 262,100\nTotal * 1,699,500\nLes 4e, se,5e, 6e, 7e, Be,8e, 9e, 10e et 14e lots n'ayant pas trouvé d'acquéreurs aux\nprix demandés, la date de la deuxième vente sera ultérieurement fixée.\nL administration de l'Opéra a versé à la souscription pour les inondés\n28,602 fr. 40, produit net de la représentation du 3 juillet. L'Assistance pu-\nblique a fait abandon du droit des pauvres, soit 3,225 fr. 43, et la Société des\nauteurs et compositeurs dramatiques a renoncé également à ses droits, 2,297\nfr. 98.\nNous insérons avec empressement la lettre suivante que vient de nous\nadresser M Danbé, l'excellent chef d'orchestre, fondateur des concerts si\nconnus, en ce moment directeur du Casino de Néris :\n« Cher monsieur,\n« Au moment où tous les artistes tiennent à honneur de venir en aide aux\nmalheureuses victimes des inondations, je vous-serai reconnaissant d'infor-\nmer vos lecteurs que le Casino de Néris, dont j'ai la direction, a récolté, tant\npar la représentation que par la quête, une somme de trois mille francs\nexempte de tous frais.\n« Permettez-moi de vous citer les noms des excellents artistes qui y ont"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "142", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.46", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2127, "texte": "pris part avec le plus grand dévouement; ce sont : mesdemoiselles C. Girard\net Morand, MM. L. Fugère, Emile Bourgeois, Abel Moisson, Victor Sureau et\n« Votre bien dévoué,\n« J. DANBÉ. »\nLe buste de Beethoven, œuvre de M. Vidal, remarquée au Salon de 1875,\na été acheté pour le nouvel Opéra par l'administration des Beaux-Arts.\nOn parle d'un opéra en trois actes de M. Litolff, poème de M. Brésil,\ntitre : la Mandragore. Cette œuvre serait représentée pour la première\nfois au théâtre des Galeries-Saint-Hubert de Bruxelles. Décidément la Bel-\ngique veut nous disputer nos premières représentations lyriques.\nLes Associations des artistes dramatiques et des artistes musiciens\nfondées par le baron Taylor, viennent de publier leur annuaire 1875 qui\ntémoigne de la puissance de l'épargne la plus modeste bien dirigée. L'Asso-\nciation des artistes dramatiques est arrivée à posséder aujourd'hui 85,000 fr.\nde rente. Elle vient de liquider cette année 24 pensions. En voici l'intéressant\ntableau :\nA partir du iev janvier 1875.\nSociétaire de âge années de service\nMme Déjazet (Virginie) 1840 77 65 Paris 500 »\nMme Wagner Adalbert, 1810 61 2 3 Paris 300 »\nM. Grafetot, 1840 62 40 Montaubansoo »\nM. Peupin, 1841 63 41 Paris 500 »\nMme Hébert Massy, 1841 60 37 Toulouse 500 »\nM. Aimé Gibert, 1842 66 41 Paris 500 »\nM. Desandre (Théodore) 1842 65 38 Bisandol. 500 »\nM. Joliet (Léon), 1842 63 3o Paris 500 »\nM. Cabot (Charles) 1842 68 43 Paris 500 »\nM.André (Jérôme), 1842 64 23 Sèvres 500 »\nM. Birré (Armand) 1842 65 48 Bordeaux 500 »\nMme Viverge (Jeanne), 1842 64 37 Nice 500 »\nM. Camoin, 1842 72 20 Marseille 500 »\nM. Victor Delmary, 1842 64 39 Vassy 500 »\nM. Barbier-Beaumont, 1842 64 32 Paris • 500 »\nM. Godin, 1842 67 40 Paris 500 »\nA partir du ier juillet 1875.\nSociétaire de âge années de service\nM. Duprez, 1840 63 25 Paris 400 »\nM. Lesbros, 1840 65 45 Marseille 500 >»\nM. Berthier, 1842 62 43 Paris 500 »\nM. Wable, 1842 68 53 Bordeaux 300 »\nM. Kelm (Joseph), 1842 70 44 Paris 500 »\nM. Prilleux, 1843 60 37 Triel 500 »\nM. Billiard-Réal, 1843 61 43 Paris 500 »\nMlle Séfélie Lemaire, 1843 68 3o Paris 500 »"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "143", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.47", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 1943, "texte": "L Association des artistes musiciens est moins riche. Toutefois, elle\ncomptait, au 3i décembre 1874, 52,985 fr.de rente, et voici quelques chiffres\nqui prouvent tout le bien tait aux sociétaires par cette institution toute\npaternelle.\nRÉSUMÉ SUR LES PENSIONS ET SECOURS AU lERIER JANVIER 187 5.\n92 Pensions a 300 27,600\n63 Pensions à 200 , 12,600\n21 Pensions à 180 3,780\n8 Pensions temporaires à des orphelins 1,140\n184 Pensions à servir en 1875. Total 45,120\nEn secours mutuels , 6,012\nTotal, 51.132\nL Association a créé, en i 853, au ier janvier 1875, tant en pensions\néteintes qu'en pensions actives, de droit et de secours, 425 pensions,\nayant coûté, avec les secours éventuels pendant la même période la somme\n732,279 fr. 2 3\nDe plus, elle a payé en frais judiciaires, inhumations\net dépenses de pharmacie 19,819 74\nTotal 752,098 fr. 97\nLe nombre des pensions de droit créées du ier juillet 1868 (date de la pre-\nmière création) au icr janvier 1875, est de DEUX CENT QUINZE.\n\nNOUVELLES\n\nARIS. Opéra. Mademoiselle d'Obigny-Derval, la fille du régisseur\ndu Gymnase, vient d'être engagée par M. Halanzier. 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Au\ncours de la séance publique d.e jeudi, M. le comte d'Osmoy a déposé une de-\nmande de crédit supplémentaire (6,000 francs) pour payer les frais du procès\nque l'Opéra-Comique a soutenu à propos de son foyer.\nLes compositeurs de musique, désirant remercier M. d'Osmoy de la\ncampagne par lui ouverte en faveur du Théâtre-Lyrique, viennent de lui\nadresser la lettre suivante :\n« A Monsieur le comte d'Osmoy, rapporteur de la sous-commission des\nbeaux-arts près la commission du budget.\n« Monsieur le comte,\n« Nous vous remercions bien vivement de la chaleur avec laquelle vous\navez défendu le principe du Théâtre-Lyrique, en même temps que les inté-\nrêts des compositeurs français, devant la commission du budget et devant la"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "141", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.45", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2450, "texte": "commission consultative des théâtres. 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Lehideux, banquier,\npour la somme de 294,000\nLe 2e lot (281 mètres 83 cent.) à M. Dumont 290,100\n3e lot (488 mètres) à M. Pasquet, pour.. 337,100\nLe 1ie lot ( 379 mètres 5o cent. ) à M. Massion, pour le compte\nde la Société de crédit général français 209,100\nLe 12e lot (457 mètres 28 cent.) au même 307,100\nLe i3e lot (451 mètrer 5o cent.) àM. Goguet 262,100\nTotal * 1,699,500\nLes 4e, se,5e, 6e, 7e, Be,8e, 9e, 10e et 14e lots n'ayant pas trouvé d'acquéreurs aux\nprix demandés, la date de la deuxième vente sera ultérieurement fixée.\nL administration de l'Opéra a versé à la souscription pour les inondés\n28,602 fr. 40, produit net de la représentation du 3 juillet. L'Assistance pu-\nblique a fait abandon du droit des pauvres, soit 3,225 fr. 43, et la Société des\nauteurs et compositeurs dramatiques a renoncé également à ses droits, 2,297\nfr. 98.\nNous insérons avec empressement la lettre suivante que vient de nous\nadresser M Danbé, l'excellent chef d'orchestre, fondateur des concerts si\nconnus, en ce moment directeur du Casino de Néris :\n« Cher monsieur,\n« Au moment où tous les artistes tiennent à honneur de venir en aide aux\nmalheureuses victimes des inondations, je vous-serai reconnaissant d'infor-\nmer vos lecteurs que le Casino de Néris, dont j'ai la direction, a récolté, tant\npar la représentation que par la quête, une somme de trois mille francs\nexempte de tous frais.\n« Permettez-moi de vous citer les noms des excellents artistes qui y ont"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "142", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.46", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2127, "texte": "pris part avec le plus grand dévouement; ce sont : mesdemoiselles C. 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Cherche-t-il a sortir du cercle étroit ou se meut\nforcément sa pensée, on l'arrête * porte-t-il trop haut la tête ,onle 1 ap-\npelle à l'ordre ; se révolte-t-il, on l'exile ou on le condamne au carcere\nduro. Alors, triste et résigné, il écoute la brise qui passe, il prête 1 oreille\nau murmure des flots, il cueille une fleur dont le parlum 1 enivre; il ne\npense plus, il rêve ; spectateur d'un drame immense joué par les puis-\nsants de la terre, drame dont il ne peut raconter les péripéties terribles,\nil se réfugie dans la poésie vague, dans le genre, dans l'inutile. Il lime,\nil cisèle. La formule seule le préoccupe et il finit par se rapetisser entiè-\nrement dans un travail sans intérêt et sans but. Ou bien il se jette\ndans l'indifférence, dans la matière, dans la vie à outrance, dans le\nscepticisme, dans le plaisir, dans le faux, dans la courtisanerie, dans la\ndomesticité. Il s'énerve, il se démoralise ; il renonce sans vergogne a ses\nconvictions pour adorer publiquement le dieu qu'il il préconise\ndes principes qu'il hait, il lèche les pieds du maître, il se tait devant\nl'étranger. Il est à vendre, on l'achète. Ses ailes tombent, il a le pouce de\nla force brutale sur le front. Se trouve-t-il à plaindre? non; il dîne tous\nles jours, il s'enivre quelquefois, il se prostitue, il rit. il oublie qu on\nne se soustrait aux exigences de la liberté que pour s abrutir aux bras de\nla licence. Traître à ses devoirs, craintif, flatteur, voluptueux, léger,\nil court les palais et les ruelles, mendiant quelques pièces d'or, quêtant\nles applaudissements vulgaires et réclamant la récompense due a ses\nsacrifices. Il est plat, vil, hideux. Désintéressé des hautes questions\nsociales, il végète misérablement, il s'amuse, il s'étourdit. 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Les tendances des peuples, spiritualisées par le génie avide\nd'idéal, illustrées par le talent, voilà l'art.\nMais 1 art aliecte plus particulièrement ou les sens ou le cœur, ou\n1 espiit ; de là des œuvres d ordres bien différents, sensuelles, sentimen-\ntales, intellectuelles; delà, aussi, des appréciations diverses formulées\npar les connaisseurs, par les amateurs et par la foule sur les productions\nartistiques.\nLa diversité de ces appréciations inspirait à Berlioz cette réflexion :\n« Qui peut définir le Beau ? ce qui est beau pour l'un ne Test pas pour\nl'autre. » C'était, on le voit, la négation du Beau. Et cependant le Beau\nexiste, il peut être défini, et les siècles ne se trompent pas quand il s'agit\nde signaler l'éternelle et resplendissante Beauté.\nLes définitions du Beau fourmillent; j'en citerai deux qui me parais-\nsent remarquables. On connaît généralement la première ; elle date de deux\nmille trois cents ans environ, et nous fut léguée par Platon. La voici :\n« Le Beau est la splendeur du vrai. » La seconde appartient à M. de\nMaistre : « Le Beau, dans tous les genres imaginables, dit-il, est ce qui\nplaît à la vertu éclairée. » Or, la définition de Platon me semble supé-\nlieure à celle de M. de Maistre de toute la distance qui sépare l'absolu\ndu relatif. Platon a pensé à Dieu, de Maistre a pensé à l'homme, à\nun certain homme. Au surplus, il serait triste, désolant, redoutable, que\nle Beau n'attirât pas la vertu éclairée; il n'en est point ainsi, heureuse-\nment; le Beau, au contraire, possède la faculté particulière, providen-\ntielle, de charmer l'ignorance et d'éclairer le vice perdus dans les ténè-\nbres. L'enfant n'est encore ni instruit, ni vertueux ; pourtant il s'arrête\ntout pensif devant un site pittoresque ; une fleur l'enchante, les vives\ncouleurs d'un papillon le séduisent, la demoiselle bleue ou verte qui\nvole au boid de 1 eau le ravit, il admire le soleil levant ; il sent, derrière\nl'astre qui colore sa petite figure émue, l'lnconnu sublime dont sa mère\nlui révéla le nom. Le soir, il admire les arbres touffus de la forêt frisson-\nnant au vent ; le cri des éléments déchaînés l'émeut profondément; il\naime l'âme mystérieuse qui respire et se cache dans la nature; il veut\ngravir la montagne. Qu'y a-t-il au delà de cette montagne? une autre\nmontagne. Tant mieux ! il y montera, s'écriant comme Goethe ;\nImmer lïôher muss ich steigen,\nImmcr weiter muss ich schaun"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "100", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.4", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nJe veux monter toujours plus haut,\nJe veux regarder toujours plus loin.\nIl lui semble que son ascension le rapproche des étoiles.\nPasse-t-il à côté d'une église? Son imagination s'éveille, son pouls bat\navec force; il pénètre dans l'immense édifice; l'ombre, les vitraux ma-\ngnifiques, les colonnes élancées, les pas qui retentissent dans l'enceinte\nsacrée, les statues des saints vaguement éclairées, les gémissements de\nl'orgue, le chant grave des prêtres, tout cela l'ébranlé. Il se prosterne,\nil s'agenouille, il pleure; instinctivement il prie, ses lèvres innocentes\nbalbutient : Seigneur !\nEntend-il lire? Ce sont les pensées simples, profondes souvent, géné-\nreuses et noblement exprimées toujours, qui le frappent d'abord. Dans\nun opéra, dans une symphonie, il saisira vite les mélodies saillantes ;\ncelles qui auront un cachet inaccoutumé d'élévation l'entraîneront ;\nsans savoir pourquoi, il les préférera. Qui fait naître en lui ces émotions\ninexprimables, ces élans impétueux, ces mouvements passionnés? C'est\nla création, fille de Dieu ; c'est l'art, fils de l'homme ; c'est le. Beau. Eh\nbien! les masses ressemblent à l'enfant : comme lui, elles sont naïves;\ncomme lui, elles sont susceptibles de recevoir une forte impulsion ; comme\nlui elles se laissent aller à leur instinct, et cet instinct, don précieux,\nles sert mieux parfois que les connaissances incomplètes qui, chez cer-\ntains amateurs, remplacent l'intuition et le sens commun par le parti pris\net le préjugé. Ne médisons donc pas de l'instinct, et ne nous imaginons\npas, surtout, que ce qui plaît à la vertu éclairée soit précisément et in-\nfailliblement empreint de cette splendeur du vrai dont parle si judicieu-\nsement Platon. Grâce aux bons instincts de la foule, si faciles à éveiller,\ntout irait donc à merveille pour les artistes et pour leurs ouvrages, si des\ngens qui se supposent gratuitement très compétents, n'égaraient pas\nl'opinion publique, qu ils prétendent diriger, et s'ils ne la détournaient\npas fréquemment de la voie où marche le vrai pour la conduire, en vue\nd'intérêts personnels étrangers à l'art, dans le chemin orné de fondrières\noù trébuche le faux. Ah! le faux, c'est notre plaie. Le faux s'introduit\nclandestinement partout. Usé avant l'âge, fardant ses vieilles joues\ncreuses, portant perruque ou se teignant les cheveux, il se couvre d'ori-\npeaux, il se pare de bijoux Ruolz, il fait des grimaces en guise de sou-\nrires, il montre ses ozanores et dit : « Je suis le vrai. » Et voilà le dan-\nger ! Car les imbéciles, les ignorants, les faibles, victimes du demi-savoir,\nde la spéculation et de la mauvaise foi, finissent par croire que le faux"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "101", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.5", "texte": "ROSSINI, BEETHOVEN, ETC.\n\nest en effet le vrai. On s'habitue à ses charlataneries, à son langage fre-\nlaté, à sa mine effrontée ; il se glisse furtivement, et par des moyens que\nla conscience réprouve, dans la religion, dans la politique, dans l'indus-\ntrie, dans le commerce, dans les arts. Il affirme que la raison ne doit\npas être écoutée, que la tyrannie a toutes les vertus, que le despotisme\nest une bonne chose, que la liberté ne vaut rien, que l'égalité est une\ndétestable invention, que la guerre, inévitable et d'institution divine,\nnaturellement, procure une gloire avantageuse aux nations, que les dé-\ncouvertes, les inventions sont dangereuses, étant la ruine des capita-\nlistes ; qu'un mensonge, lorsqu'il est productif, a sa valeur, et que la\nconvention doit tenir en laisse la danse, la mimique, la sculpture, la\npeinture, la musique et la poésie.\n%\nEn un mot, il empoisonne les sources de la vie intellectuelle et mo-\nrale, il souffle sur la lumière, il se campe insolemment devant la vérité\nqu'il bafoue, criant aux badauds qui l'écoutent : « Cette fille toute nue\nque vous apercevez là-bas sur la margelle d'un puits, un miroir à la\nmain, je la connais : C'est une drôlesse ! »\nTant que l'ltalie dut supporter la domination étrangère, vivre sous\nun régime ennemi de toute liberté et se courber sous le bâton, il eût été\nparfaitement inutile de lui parler de rénovation.\nAujourd'hui, l'ltalie devenue libre se recueille; sa résurrection dépend\nd'elle ; elle le sent, elle le sait ; rassemblant ses forces, elle s'élancera\nbientôt, virile et victorieuse, vers les hauteurs où s'épanouit l'art im-\nmortel qui, pour produire des chefs-d'œuvre, doit s'appuyer sur l'indé-\npendance et la vertu.\nUne robe noire qui couvre tout, un sabre qui n'épargne rien,, des ci-\nseaux qui ne se lassent pas de rogner, c'est plus qu'il n'en faut pour\nétablir le règne du faux d'une manière solide et durable. A cette heure,\nla robe noire perd de son influence,, le sabre a tourné sa pointe d'un\nautre côté, et les ciseaux se reposent un peu; l'ltalie s'appartient presque,\nelle respire tant bien que mal. N'ayant plus dans le flanc la griffe au-\ntrichienne, rentrée en possession d'elle-même, elle s'efforcera sans doute\nde reconquérir promptement sa vigueur compromise par l'abus des seuls\nplaisirs qu'on l'autorisât naguère à goûter. On ne lui permettait que la\ndépravation. L'Autriche, secondée par des princillons farouches, bigots,\ndévoués à la politique papale et élevés à l'école de Machiavel, s'était faite\nentremetteuse pour observer plus aisément les riches provinces où se\ndébattait une population dont elle tordait le cœur, dont elle éteignait\nla pensée. Elle savait que la volupté, qui engendre les tyrans, engendre"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "102", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.6", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\naussi les nations soumises, et elle prétendait conserver ses rapines en\nénervant, en abrutissant un grand peuple.\nJe dirai maintenant quand, comment, par qui, et jusqu'à quel point\nle faux s'est incarné, au dix-neuvième siècle, dans l'école musicale\nitalienne.\nMozart, le fondateur du drame lyrique, le précurseur de Meyerbeer,\nétait mort l'année même 011 Cherubini faisait représenter Lodoiska ;\nGluck reposait depuis 1787 au sein de cette noble terre, qui, après nous\navoir nourris, bercés, charmés, nous reprend et nous donne un dernier\nasile ; Spontini, âgé de douze ou treize ans, étudiait à Jesi sans se douter\nqu'il s'adosserait au mausolée de Gluck et qu'il annoncerait Rossini.\nOn était en 1792, Ja France révolutionnaire effrayait les souverains;\nCondorcet venait de rédiger sa fameuse adresse à la France; c'est alors\nque naquit à Pesaro un enfant qui couvait, lui aussi, une révolution,\nrévolution pacifique, bruyante toutefois ; il allait conquérir le monde\nen riant. En trempant légèrement sa plume dans l'encre, en couvrant\nrapidement le papier de milliers de notes vives, brillantes, pimpantes,\ncolorées, folles, il devait, à vingt et un ans, enfanter une partition dont\nle succès fut tel que Fauteur aurait pu en avoir le vertige, s'il ne se fût\naccoutumé, presque dès Fenfance, à se moquer de tout : de la science,\nde ses maîtres, de la critique, du public et de lui-même. Fils de deux\nmusiciens ambulants, un joueur de cor et une cantatrice médiocre, le\nnouveau-né, en attendant qu'il traitât la musique dramatique à sa fa-\nçon, tétait comme un simple mortel en vue du golfe de Venise. Le\npoupon, frais, rose, gras, remplissait, je suppose, son métier de nour-\nrisson en conscience ; il serrait à pleines mains le vase arrondi d'où\ncoulait pour lui la boisson blanche et sucrée, et je parierais que, le jour\noù il s abreuva pour la première fois, il vida d'un trait la charmante\nbouteille. Ses coups d'essai, là comme ailleurs, furent sans doute des\ncoups de maître. L'enfant qui, le 29 février 1792, faisait si gaillarde-\nment son entrée dans le monde, c'était, vous l'avez deviné, Joacchino\nRossini. Il se développait paisiblement au giron maternel tandis que,\nà Paris, une petite fille, tenue sur les fonts par Thuriot, un vainqueur\nde la Bastille, et baptisée par un autre vainqueur, Fauchet, recevait\naux sons de l'orgue, hurlant l'horrible Ça ira! ce nom étrange : Pétion-\nNationale-Pique ! On raffolait des piques en ce moment-là. Les piques\nfraternisaient avec les baïonnettes. Peut-être le bruit de la lutte pari-\nsienne, répercutée par les échos de la Suisse, parvint-il aux oreilles de\ncelui qui, trente-sept ans plus tard, chanta la délivrance de l'Helvétie.\nJoacchino commença-t-il à étudier la musique à douze ans comme le"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "103", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.7", "texte": "ROSSINI, BEETHOVEN, ETC.\n\nprétend Stendhal, ou jouait-il déjà à dix ans, ainsi que l'assure Fétis, la\nseconde partie de cor dans les orchestres forains où son père le condui-\nsait? Un biographe consciencieux ferait là-dessus des recherches consi-\ndérables, il interrogerait un à un avec une patience louable les volumes\nfort nombreux, écrits sur la vie et les ouvrages de Rossini, il évoquerait\nles ombres de Stendhal et de Fétis, il leur demanderait solennellement\nce qui en est, et, les fantômes ne répondant plus depuis longtemps aux\nquestions qu'on leur adresse, il finirait par vous donner une conclusion\nde son crû, basée sur une foule d'excellentes suppositions. Quant à moi,\nje ne conclurai à ce sujet, ne me souciant point d'attirer sur mes talons\ntous les Mirecourt du globe. En revanche, je puis dire sans me compro-\nmettre que Joacchino entra, le 20 mars 1807, au Lycée de Bologne, et\nqu'il eut pour professeur de composition musicale le père Stanislas\nMattei. Le brave abbé se disposait à guider Joacchino dans les dédales\ndu contrepoint double, du canon et de la fugue, lorsqu'il s'avisa de dire\nà son élève : « Tu en sais assez maintenant pour écrire un opéra» »\nc( Vraiment, maître? alors je n'ai pas besoin d'en savoir davantage;\nadieu ! » C'est ainsi que Rossini se sépara de Mattei. Ce trait seul peint le\ncaractère du futur auteur de Guillaume Tell, il montre la nature de\nson esprit, et il explique, non les succès, mais les défaillances de l'aven-\ntureux maestro.\nPendant que le grand Napoléon saignait la France à blanc, en 1813,\nRossini remportait une victoire qui ne coûta pas une goutte de sang. On\nreprésentait pour la première fois à Venise un opéra dont le prodigieux\nsuccès trouve jusqu'à un certain point sa justification dans de jolies mé-\nlodies et principalement dans une cavatine célèbre. Di tanti palpiti, air\nprécédé d'un large et beau récitatif, composé en cinq minutes, juste le\ntemps de faire cuire du riz (s'il faut en croire la tradition) et appelé pour\ncette raison Y Aria dei ri\\i, prit un soir sa volée, sortant délia Fenice, et,\nplus agile que les pigeons de Saint-Marc, fît le tour du domaine humain.\nLe compositeur porté aux nues, la partition portée aux étoiles, toutes\nles villes de la Péninsule se disputèrent Rossini. Vers cette époque\nl'heureux chantre de Tancrède écrivant à sa mère, adressait ses lettres :\nAIV onoratissima signora Rossini, madré del célébré maestro, in Bo-\nlogna, Et Rossini pouvait se décerner ainsi le triomphe à lui-même\nsans trop d'orgueil et sans le moindre ridicule, car les salons, les anti-\nchambres, les rues, les établissements publics, les palais retentissaient de\nla divina melodia. S'enfermait-il chez lui? Des passants fredonnaient\nsous sa fenêtre : Di tanti palpiti ; entrait-il au café pour se rafraîchir?\nQuelque musicien ambulant s'arrêtant à deux pas de lui sans le connaître,"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "104", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.8", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nje présume, s'accompagnait sur la guitare: Di tantipalpiti; glissait-il\nparmi les lagunes dans une barque mystérieuse soigneusement close ?\nLe gondolier murmurait: Di tanti palpiti, Dans cette dernière circons-\ntance cela ressemblait assez à un à propos. Quoi qu'il en soit on n'accu-\nmula jamais tant de palpiti ; l'univers entier, je crois, soupira sur cet\nair-là. Enfin Rossini, tout en s \"'amusant et en amusant les autres, tout\nen risquant des plaisanteries d'un goût douteux, comme, par exemple,\nlorsqu'il exhiba devant un Monsignore qui le surprit un matin au lit,\nses bras, ses jambes et le reste (i), ou lorsqu'il se mit à débiter des polis-\nsonneries en patois bolonais chez un cardinal (2) qui le suppliait de ne\nchanter que le moins possible des chants d'amour, Rossini composa\nI Italienne à Alger, le Turc en Italie, Élisabeth, reine d'Angleterre,\nOthello, Armide, la Donna del La go, Zelmira, Mosè. Ces différentes\npartitions bouffes ou dramatiques réussirent ; quant à son chef-d'œuvre,\nII barbiere, il lui valut à Rome, en 181 6, des sifflets passagers et une\ngloire qui durera autant que la musique. Jamais, même dans Y opéra\nséria, on n'avait entendu de* morceaux conçus dans de pareilles propor-\ntions, Le grand final que nous savons tous par cœur est à lui seul un\nmonument. Que de vivacité! que d'esprit ! quelle verve inépuisable!\nComme les voix et l'orchestre, luttant ensemble sans se confondre, ar-\nrivent sûrement à produire l'effet voulu ! Cet effet, on n'a même pas le\ntemps de le désirer : les mélodies succèdent aux mélodies, elles vous en-\nveloppent, elles vous pressent ; elles vous charment, elles vous ravissent.\nJoyeuses, elles vous entraînent à leur suite à travers les plaisirs bariolés\noù le plaisir, l'espièglerie, la grâce, la gaieté s'ébattent follement en\nplein soleil, tandis que le caprice pousse des éclats de rire en se roulant\ndans l'herbe et les fleurs. Figurez-vous un feu d'artifice de roulades,\nune pluie de phrases syllabiques, une avalanche de pensées musicales\nsaillantes, un brio incessant, un rayonnement continuel. Si Beaumar-\nchais, ressuscité, avait pu entendre cette ravissante partition, il eût dit\nà Rossini : Bravo, frère !\nEn 1822, Rossini courtise mademoiselle Colbrand (3), cantatrice re-\nmarquable: il l'enlève à l'imprésario Barbaja dont il se moque (4) et il\népouse, avec la diva, une superbe dot (5) ; en 1823, il gagne à Londres,\n\n(1) Stendhal.\n(2) Idem.\n(3) a Cette femme, qui hors la scène a toute la dignité d'une marchande de modes. »\nStendhal.\n(4) Un homme de rien (M, Louis de Loménie, Galerie des contemporains illustres,\nnotice sur Rossini).\n(5) Idem."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "105", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.9", "texte": "ROSSINI, BEETHOVEN, ETC.\n\nen cinq mois, deux cent cinquante mille francs; en 1829, il fait repré-\nsenter Guillaume Tell; de 1827 à 1837, les Larochefoucauld, les\nCharles X, les Rothschild, les Aguado arrondissent sa fortune ; s'il avait\nmal administré le théâtre Italien, en revanche il avait fort bien dirigé ses\naffaires et il quittait la France en 1837, après s'y être enrichi de la meil-\nleure grâce.\nMais peut-on avoir habité la France et ne pas souhaiter d'y revenir?\nRossini y revint donc. 11 y vécut en prince, il y fut accueilli comme un\ndieu ; des enthousiastes se jetaient à ses genoux et lui baisaient les\nmains ; on le caressait, on le choyait. Sachant qu'il prisait la bonne\nchère, on lui envoyait à foison pâtés, gibier, volailles, vins, liqueurs,\ncafés. J'ai vu dix fois aux fenêtres de sa cour des faisans, des perdreaux,\ndes lièvres côte à côte avec de respectables représentants strasbourgeois,\net toulousains. Rossini se montrait d'une impartialité parfaite envers\nces ambassadeurs orientaux et méridionaux qui plaidaient si bien leur\ncause sans parler, et il ne sut jamais s'il devait accorder la préférence\naux oies sur les canards ou aux canards sur les oies. Le cygne de Pesaro,\ncomme on l'appelait, était l'objet d'un véritable culte. Ce n'étaient que\nprose louangeuse, vers sonnets enthousiastes, couronnes,\nsérénades, concerts dont toute autre musique que la sienne était exclue.\nLe maestro respirait sans difficulté l'encens qu'on brûlait autour de lui,\net ses narines se dilataient délicieusement. Les meilleurs chanteurs de\nl'Europe interprétaient ses compositions, les plus célèbres exécutants les\nredisaient sur leurs instruments-, à force de répéter aux envieux que de\nson vivant il ne laisserait pas publier une note de lui, il avait muselé\nl'envie toujours prête à mordre les lauriers d'autrui, fussent ceux d'un\nvieillard. A Passy comme à Paris, sa maison s'emplissait chaque jour de\nvisiteurs venus de tous les points du globe. Les bourgeois, les grands\nseigneurs, les artistes, ces grands seigneurs de la pensée, le recherchaient\nà l'envi. Fin, aimable, moqueur, spirituel, il cachait volontiers un sar-\ncasme dans les plis d'un sourire. Beaucoup de gens le quittaient ravis,\nsans s'apercevoir qu'il leur avait décoché plus d'un trait mordant. On\nriait près d'eux ; ils riaient aussi, puis ils se retiraient vers onze heures\nbattus, légèrement égratignés et satisfaits. Cette existence avait ses dou-\nceurs. Malheureusement rien ne dure, et la mort qui n'épargne personne,\nfrappe à la porte de ceux qui jouissent comme à la porte de ceux qui\nsouffrent. Elle entre, elle tue, elle sort. Prends ta bêche, fossoyeur! Un\nsoir la faucheuse se glissa dans l'alcôve de Rossini et lui ferma les yeux.\nMonstre, que fais-tu donc de ces êtres qui remplissent l'univers de\nleur nom glorieux et qui disparaissent soudain dans la nuit profonde?"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "106", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.10", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nTu emportes leur vaine dépouille, cela, je le sais ; mais leur moi véritable,\nleur intelligence, leur âme enfin, ton antre ne saurait la contenir ! Elle\nglisse entre tes phalanges osseuses, elle échappe à ton embrassement\nf ital. Que devient-elle tandis que tu travailles dans l'ombre et que tu\nfauches l'étoile comme l'atome ? Où s'envole-t-elle ? le sais-tu ? Réponds !\nAh ! je comprends ; ton squelette jauni n'a pas de chair, ta bouche n'a\npas de lèvres, tes orbites n'ont pas de prunelles; tu es aveugle et muette;\ntu es sourde aussi ; tu passes et tu repasses dans les ténèbres sans voir,\nsans parler, sans entendre. L'Eternel t'a dit : Marche! et tu vas, rédui-\nsant les corps en cendre et les sentant tomber au moindre contact de tes\nos. La suite, le but, tu les ignores; tu ignores même ton véritable nom\nqui est : transformation. Tu ne sais rien de l'éternité, et tu ne sais rien\ndes génies, et tu ne sais rien du progrès. Fauche, fauche, fauche, spectre\nfarouche ! A peine as-tu passé que la matière se ranime et que l'âme se\nréincarne.\n(La suite prochainement.)\n\nLOUIS LACOMBE."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "107", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.11", "texte": "FRAGMENTS DES MÉMOIRES INEDITS\nDU\nCHEVALIER SIGISMOND NEUKOMM\n\nM\nE continuais donc à travailler assidûment, nais sans rien\npublier, car il ne me venait pas à l'idée que je pusse tirer\nparti de ce que je faisais, soit pour me faire connaître, soit\npour tirer de mes œuvres quelque profit pécuniaire. Les\npremières publications portant mon nom furent l'arrange-\nment pour le piano des Sept paroles et des Saisons de Haydn. Ce travail\nm'avait été commandé par mon maître, qui, de plus, avait eu la bonté\nde fixer lui-même les honoraires que l'éditeur devait me payer.\nJe partageais donc mon temps entre la composition et mes leçons dont\nje n'augmentai pas le nombre, préférant consacrer mes moments à ma\npropre instruction musicale, et me bornant à donner mes soins aux\néleves favoris, en tète desquels je dois citer Pauline Milder et le second\nfils du grand Mozart. Haydn m'avait prié de me charger de cet enfant\nqui promettait plus que l'homme ne pouvait tenir. Il n'avait pas les ailes\nde eon père, et en tous cas, celui-ci l'avait écrasé dans son berceau de\ntout le poids de son génie. Il ne devrait jamais venir à l'idée du fils d'un\ngrand homme de marcher sur les traces de son père. Aussi bien, Philippe-\nEmmanuel Bach eût brillé comme une étoile de première grandeur, s'il\nn'eût été éclipsé d'avance par son père, l'immortel Jean-Sébastien. La\nnature ne répète pas deux fois ses merveilles dans la même famille.\n\n(i) Voir le numéro du i 5 juillet."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "108", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.12", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nJe ne terminerai pas ce chapitre sans parler des remarquables person-\nnalités qui se partageaient le sceptre musical durant mon séjour à Vienne.\nA cette époque, la musique était tenue en haute estime dans la capitale\nde l'Autriche. La plupart des grands seigneurs, le prince Esterhazy en\ntête, dont Haydn était maître de chapelle, avaient des musiciens à leur\nservice, et dans toutes les maisons aristocratiques, on était sûr d'enten-\ndre une ou deux fois par semaine des quatuors et des symphonies parfai-\ntement exécutés. Que de fois j'ai vu des personnes réunies dans un salon,\nquitter la conversation pour se ranger autour d'un piano et exécuter à\nlivre ouvert un oratorio, une messe ou un opéra entier. C'est qu'à cette\népoque, tous les habitants de Vienne, hommes et femmes, étaient musi-\nciens et qu'on n'attachait pas plus de mérite à déchiffrer la musique qu'à\nlire son journal.\nJe puis donc dire que lors de mon séjour à Vienne, du printemps de\n1798 à l'été de 1804, la musique y était à son apogée. Mozart avait\ndisparu, mais l'horizon était encore embrasé des rayons de son génie, et\nHaydn, de retour de son second voyage en Angleterre, était au sommet\nde sa gloire ; puis, semblables à des étoiles gravitant autour de ces deux\nastres éclatants, un grand nombre de musiciens concouraient à l'œuvre\nde domination musicale que s'était méritée la capitale de l'Autriche.\nParmi ces musiciens de second ordre, je dois citer en première ligne\nAlbrechtsberger et Salieri.\nLe premier, ancien condisciple des deux Haydn, et maître de chapelle\n/\nà Péglise-cathédrale de Saint-Etienne, s'était voué principalement à l'en-\nseignement de la composition musicale; il était savant théoricien et ses\ncompositions étaient dans le style le plus sévère. Quanta Salieri, maître\nde chapelle de la cour, il avait profité des conseil de Gluck et, par ses\nopéras Tarare et les Danaides, avait montré qu'il pouvait aspirer à\ndevenir le digne successeur du père de la tragédie lyrique; mais en quit-\ntant Paris et en revenant à Vienne, il dut se renfermer de nouveau\ndans les bornes étroites de l'opéra italien, pour se conformer au goût du\npublic, et suivre le chemin battu des autres compositeurs italiens, ses\ncontemporains. Cependant il leur est toujours resté bien supérieur.\nDans la suite, il a composé des messes et d'autres morceaux d'église pour\nla chapelle de l'empereur,\nPlus tard, lors de mon séjour à Vienne à l'époque du congrès tenu en\ncette ville, je connus plus intimement Salieri, et j'appris à l'apprécier\nsuffisamment pour que je me fisse un devoir sacré de réfuter après sa\nmort un article infâme paru dans un journal, dans lequel il était dit que\nSalieri avait empoisonné Mozart, et qu'il l'avait confessé lui-même à son"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "109", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.13", "texte": "LE CHEVALIER SIGISMOND NEUKOMM\n\nlil de mort. Je n'ai pas besoin de faire ressortir ici tout l'odieux de cette\nfable. Au su de tous ses contemporains, Salieri s'était de tout temps\nmontré jaloux des succès de Mozart, et il n'y avait aucun rapproche-\nment entr'eux; mais de là à donner matière à une accusation pareille, il\ny a loin, surtout lorsque celle-ci s'adresse à un homme qui jouissait,\ncomme Salieri, de l'estime et de la considération de la cour et de la ville.\nUn autre compositeur très distingué de ce temps était Joseph Weigl,\nmaître de chapelle de l'opéra italien de la cour. Ses nombreux ouvrages\neurent un succès mérité, et même Vamor Marinaro et la Famille suisse\nont joui d'une vogue véritable. Weigl était filleul de Haydn.\nJ'ai parlé plus haut de Sussmayer. Ce compositeur, dont un heureux\nhasard a répandu le nom dans le monde entier, a droit à quelques lignes.\nSa position de maître de chapelle à l'opéra allemand lui fournit l'occasion\nde se produire. Son meilleur opéra est le Miroir d\\Arcadie, représenté\nen 1794. Il a composé en outre plusieurs messes, mais son meilleur ou-\nvrage est sans contredit son oratorio Moïse.\nC'est ici le lieu de parler de sa collaboration au Requiem de Mozart.\nJe transcrirai donc fidèlement ce que m'a raconté à ce sujet madame\nMozart. Les amis du maître, regrettant qu'il 11' ait pu terminer cet\nouvrage, engagèrent sa veuve à faire achever ce chef-d'œuvre par un des\nélèves de Mozart qui eût eu connaissance de cet ouvrage avant la mort\nde son auteur. Madame Mozart pensa tout d'abord à Eybler qui était,\nplus qu'aucun autre, capable de mener à bonne fin cette entreprise.\nMais Eybler, dont la modestie était extrême, donna un prétexte et refusa\nla proposition qui lui était faite. Moins scrupuleux, Sussmayer céda aux\nsollicitations de madame Mozart. Il entreprit cette tâche difficile, et il\ns'en acquitta si bien qu'aujourd'hui encore, les amateurs ordinaires don-\nnent la préférence, parmi les morceaux qui composent le Requiem de\nMozart, tel qu'on l'exécute, au Sanctus, au Benedictus étal' Agnus Dei.\nIls changeraient probablement d'opinion s'ils savaient que ces fragments\nsont entièrement de la composition de Sussmayer. Le Benedictus sur-\ntout est assurément, il convient de le dire, fort gracieux et rend très\nnoblement les sentiments qu'il doit exprimer; mais pour nous autres,\ngens de l'art, il y a bien loin de ces morceaux à cet admirable Recordare,\nJe su pie, qui est à la hauteur de tout ce que Mozart a jamais écrit de\nplus beau, de plus touchant. Tous les accompagnements, du commence-\nment à la fin, sont de Sussmayer, Mozart n'ayant fait qu'indiquer les\npremières mesures des dessins que Sussmayera continués et dont il a fait\nusage jusqu'au bout du morceau, quand il l'a pu, comme dans le Confu-\ntatis maledictis. On sait qu'après la mort de Mozart, l'éditeur André,"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "110", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.14", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nd'OfFenbach, se rendit acquéreur de tous les manuscrits originaux du\nmaître. Dans la suite, j'ai passé une longue journée chez André à exami\nner minutieusement ces reliques précieuses, et j'ai tenu entre mes mains\nle Requiem, tel que Mozart l'avait laissé en mourant. André en a publié\ndepuis un fac-similé d'une fidélité telle, qu'on y remarque jusqu'aux\nfeuilles de papier de musique laissées en blanc. Je possède un exemplaire\nde cette curieuse publication.\nSussmayer mourut à la fleur de l'âge. Il était musicien jusqu'au bout\ndes ongles, mais il n'était que musicien.\nA la suite de Sussmayer, les noms de Gyrowetz et de Seyfried se trou-\nvent tout naturellement sous ma plume.\nLorsque j'arrivai à Vienne, Gyrowetz y était de retour d'un voyage en\nAngleterre. Il y avait composé plusieurs symphonies, fort goûtées du\npublic, et il aurait dû y rester, car il y était estimé, autant pour son\ntalent que pour ses qualités personnelles. Dans la suite, il obtint la\nplace de maître de chapelle du théâtre allemand, à Vienne, et il composa\npour cette scène la musique de quelques grands ballets, ainsi que de\nplusieurs opéras, dont quelques-uns, notamment Y Oculiste, sont restés\nau répertoire. Par suite des malheurs de la guerre, la cour d'Autriche\ndut plus tard abandonner ses théâtres impériaux et royaux à des entre-\npreneurs qui, ne prenant aucun souci de la partie artistique de leur ex-\nploitation, laissèrent tout dépérir. Gyrowetz fut du nombre de ceux qui\nfurent congédiés, et actuellement, âgé de plus de quatre-vingt-dix ans, il\nn'a d'autre ressource pour vivre que le produit d'un concert que ses\namis donnent tous les ans à son bénéfice. Lors de mon dernier séjour à\nVienne, en 1842, Gyrowetz me raconta que Y imprésario lui faisait\npayer son billet d'entrée, même quand on jouait ses propres ouvrages.\nLe fils de Mozart devait également payer, quand il voulait entendre les\nopéras de son père.\nLe chevalier de Seyfried, émule de Gyrowretz, eut une carrière moins\npénible que l'auteur de YOculiste. Sa musique est pleine de verve et\nd'expression, et ses opéras peuvent figurer à côté de tout ce qu'il y a de\nbeau dans ce genre, quoi qu'ils n'aient peut-être point le mérite d'une\ngrande originalité.\nSeyfried me conduit à parler de son maître de piano, Kozeluch. Ce\nKozeluch, en qualité dé professeur de tous les enfants de la famille impé-\nriale, jouissait d'un grand crédit. J'avais une lettre de recommandation\npour lui, Il me reçut du haut de sa grandeur et me dit que j'eusse bien\nmieux fait de rester auprès de Michel Haydn, que de venir étudier sous\nson frère Joseph. Il faut dire, pour être juste, que Kozeluch n'aimait"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "111", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.15", "texte": "LE CHEVALIER SIGISxMOND NEUKOMM\n\npoint l'auteur des Saisons, et qu'il ne négligeait aucune occasion de\nmanifester ses sentiments à son égard. Un jour qu'on exécutait une\nnouvelle symphonie de Haydn, et qu'il assistait à cette audition en com-\npagnie de Mozart, il dit, en entendant une modulation neuve et inat-\ntendue : <(— Je n'aurais pas fait cela! » Mozart répondit, aussitôt :\n« Ni moi non plus; mais savez-vous pourquoi nous ne l'aurions fait\nni l'un ni l'autre ? C'est parce que cela ne nous serait pas venu à l'esprit. »\nIl est à supposer que Kozeluch garda rancune à Mozart de cette ré-\nflexion ; car, lorsqu'il entendit peu de temps après l'ouverture de la\nFlûte enchantée, il s'écria : « Ce pauvre Mozart, on dirait qu'il a voulu\nfaire là quelque chose. »\nCe redoutable censeur a composé la musique de quelques ballets et\nbeaucoup de sonates pour le piano.\nPuisque nous parlons des grotesques, nous ne saurions passer sous\nsilence le plus grotesque de tous.\nNous avons nommé le célèbre Schickaneder, directeur du théâtre\nder Wieden, et auteur d'une quantité de pièces bien mauvaises. Le seul\ntitre qu'il ait à la reconnaissance du public est l'idée qu'il a eue de faire\ncomposer par Mozart la musique de la Flûte enchantée. Il s'était dit\nl'auteur du libretto, d'ailleurs, assez médiocre, de cet ouvrage; mais il\nn'a pas même ce mérite; car, il l'acheta d'un jeune homme inconnu et\nse borna à confectionner les mauvais vers que Mozart recouvrit de sa\nmusique divine.\nLe succès qui accueillit ce chef-d'œuvre et qui se maintint longtemps\nencore après son apparition, inspira à Schickaneder la lumineuse idée\nde donner une suite à la Flûte enchantée. Dans ce but, il versifia les\nparoles d'une seconde partie de cet ouvrage. Mozart, s'il eût vécu, n'eût\ncertainement point entrepris ce travail ; mais Schickaneder ne se laissa\npoint arrêter par cette considération, et pour composer la musique de\nson monstre-nouveau-né, il engagea Winter, maître de chapelle de la\ncour de Munich.\nWinter s'était fait connaître en Italie, en France et en Allemagne, par\nun grand nombre d'excellents opéras, notamment par son Sacrifice\ninterrompu, qui figurait honorablement à côté des ouvrages de Mozart.\nCependant, et malgré ces antécédents, l'entreprise de Schickaneder était\nhasardeuse, et Winter pouvait être sûr d'avance que la comparaison\ntournerait à son désavantage. Mais Schickaneder sut le gagner. Winter\nse mit donc à la besogne, et composa la musique de la suite de la Flûte\nenchantée. L'ouvrage, monté avec magnificence, fut représenté avec le\nplus grand soin. Il renfermait de grandes beautés et eut un très hono-"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "112", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.16", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nRable succès d'estime; on peut même dire qu'il eût été apprécié encore\ndavantage, si le public ne se fût mis en tête que la seconde partie devait\nêtre supérieure à la première composée par Mozart. Or, à l'impossible\nnul n'est tenu !\nA peu près deux ans auparavant, Winter avait composé la musique\ndu second acte d'un autre opéra de Schickaneder, les Pyramides de\nBabylone. Le premier acte était d'un habile professeur de Vienne,\nnommé Mederitsch (à ce nom trop difficile à prononcer, il avait substitué\ncelui de Gallus, sous lequel il était généralement connu). Sa mort préma-\nturée ne lui permit point d'achever l'œuvre commencée, et ce fut Winter\nqui fut, ainsi que je l'ai dit, chargé du soin de mener l'entreprise à fin ( i ).\nLe théâtre der Wieden était très suivi, grâce à l'activité de son\ndirecteur. Schickaneder avait eu, comme je l'ai dit, la bonne fortune de\ntomber sur la Flûte enchantée, de Mozart, et cette circonstance avait\nfavorisé ses commencements ; mais il avait un terrible rival en la per-\nsonne de son confrère, le directeur du théâtre de Leopoldstadt, qui oppo-\nsait à tous ses efforts, la fécondité de deux auteurs populaires, Wenzel\nMuller et Kauer.\nCe petit théâtre de faubourg était toujours rempli d'un public tout à\npart et de bas étage. Plus que tout autre, Wenzel Muller avait le don\nd'écrire pour ce monde ; ses mélodies avaient du charme, sans être com-\nmunes, et tous ses auditeurs les chantaient en sortant du spectacle. Aussi,\nMuller s'était-il fait une haute opinion de son propre mérite, et à ce\nsujet, je ne saurais passer sous silence une anecdote que je tiens de la\nbouche même de Haydn. Un jour que Muller présentait « au père de la\nsymphonie » un étranger qui se confondait en admiration sur les chefs-\nd'œuvre du grand maître, il ajouta, comme pour donner plus de poids\naux compliments de son compagnon : « Le fait est, M. Haydn, que\npersonne n'a fait de meilleurs quatuors que vous ! » Haydn répliqua :\n« Vous êtes trop bon, monsieur Muller, mais c'est bien malheureux que\nje ne sache pas faire autre chose ! »\nWenzel Millier était chef d'orchestre du théâtre de Léopoldstadt. Son\nconcurrent, Kauer, n'y était que simple violon. Il possédait le même\ngenre de talent que Millier, mais àun degré inférieur. Ses ouvrages, et\n\n(i) Fétîs, dans sa Biographie universelle des Musiciens, confond les Pyramides de\nBabylone, qu'il appelle les Ruines de Babylone, avec la seconde partie de la Flûte\nenchantée. Suivant lui, Gallus aurait donc collaboré à ce dernier ouvrage. Fétis ne\nparle pas non plus de l'empêchement survenu dans son achèvement, par suite de la\nmort prématurée de Gallus. Il ne donne pas, d'ailleurs, la date de la mort de ce\ncompositeur, et se borne à dire qu'il vivait encore à Lemberg, vers iB3o."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "113", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.17", "texte": "LE CHEVALIER SIGISMOND NEUKOMM\nIX.\n8\n\nsurtout la Nymphe du Danube, ont enrichi bon nombre de directions de\nthéâtres ; mais Kauer n'en profita point, et même il mourut dans la\nmisère, après avoir descendu l'échelle artistique jusqu'à n'être plus que\nl'un des derniers exécutants à l'orchestre d'un très infime théâtre, situé\ndans le faubourg de Josephstadt.\nJ'aurais encore une légion de compositeurs de beaucoup de mérite à\nnommer. J'en citerai seulement quelques-uns parmi les plus distingués,\ntels que : les deux frères Wranitzky, Piehl, Taeufer, Kronimer, Preindl,\nHoffmeister, l'abbé Stadler, etc.\nCependant, une nouvelle génération venait de paraître, qui devait\nremplacer, sinon faire oublier celle qui l'avait précédée. Cette génération\nreconnaissait pour chef Népomucène Hummel.\nHummel avait été, comme Mozart, un enfant-prodige, et comme\nMozart, il eut le bonheur de donner raison aux espérances que ses pré-\ncoces dispositions avaient fait naître. Il présentait donc un cas excep-\ntionnel ; car, les malheureux enfants-prodiges ont d'ordinaire le sort\ndes plantes de serre-chaude qui, à force de pousser, s'étiolent et meu-\nrent avant le temps. Les nombreux ouvrages de Hummel sont encore\nentre les mains de tout le monde; et leur mérite leur assure une longue\nvie.\nCet excellent musicien était en même temps un des plus grands pia-\nnistes de son temps, et surtout ses savantes improvisations auraient été\nconsidérées comme des chefs-d'œuvre, si l'on avait pu les fixer par écrit.\nIl était élève d'Albrechtsberger, de Mozart et de Salierij. et l'on voit à\ns:s ouvrages qu'il a profité de chacun de ces trois maîtres.\nA la même époque, Beethoven commençait à lancer ces gerbes de feu\nqui, dans la suite, devaient embraser tout l'horizon du monde musical.\nCe grand homme était doué d'un génie sublime, mais son exemple fut\nmauvais pour ses successeurs, puisque la génération qui a suivi a pensé,\nà son exemple, que tout lui était permis. Or, il en est résulté que, voulant\nsurpasser ce modèle inimitable, on l'a seulement dépassé. Et voilà\npourquoi ces flammes volcaniques sont remplacées par de simples feux-\nfollets qui sautillent sur la surface des marais. J'aurai occasion de\nreparler du grand Beethoven.\n\nE. NEUKOMM."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "114", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.18", "texte": "(0\nN jour (c'était en 1838), le grand traducteur musicien,\nje le crois du moins, voulut me traduire aussi moi-\nmême. Toutefois j'aime mieux dire, car il faut être gé-\nnéreux envers les morts, que nous nous rencon-\ntrâmes dans une idée, encore inédite aujourd'hui, et\ndont je donnerai plus tard la clef à nos lecteurs. Il s'agit\nd'un nouveau système d'horloge musicienne. J'en avais imaginé un que\nje lui communiquai; il en imagina un autre à peu près dans le même\ntemps. Je les décrivis, un jour, tous les deux en commençant par le sien,\nbien qu'il me soit facile de prouver, par des dates précises, que le mien\nfut conçu le premier; mais comme il fut soumis à l'Académie des\nsciences qui en fit son rapport dans sa séance du 21 février 1838, et que\nl'exécution de mon plan a été confiée à M. Collin, l'un de nos plus ha-\nbiles mécaniciens, je ne veux ni ne dois le dévoiler encore; il fera\nl'objet d'un article spécial que nous publierons peut-être dans la\nChronique musicale. Je reprends le fil de ma narration.\nHenri Blaze, rédacteur musical de la Revue des Deux-Mondes,\ndont le propriétaire M. Buloz, ci-devant directeur du Théâtre-\nFrançais, était devenu son beau-frère: Henri Blaze, disons-nous, à\nqui nous devons la traduction complète du Faust de Goethe, plusieurs\npoèmes remarquables, une petite biographie de nos principaux musi-\nciens contemporains, et d'excellents articles d'appréciation, n'était\nmalheureusement pas toujours d'accord avec son père. Cette situation\n\nCASTIL-BLAZE\n\n(1) Voir les numéros des ler et i 5 juillet."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "115", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.19", "texte": "CASTIL-BLAZE\n\nfâcheuse dont nous ne révélerons point ici les mystères, lesquels se rat-\ntachent d ailleui s à des intérêts domestiques auxquels nous ne devons\npas toucher, fut une des principales sources des chagrins de notre vieux\ncompatiiote, chagrins dont 1 abeille, disait-il, était obligée d'adoucir ou\nde déguiser l'amertume avec le miel de ses aiguillons. Quand il venait\nà me parlei de lui, il essayait de s'étourdir à l'aide de la plaisanterie,\naime qu il maniait assez habilement, mais souvent avec peu de réserve\ncontre n importe qui*, car dans ses moments de verve caustique, il n'aurait\npas meme épargne son père. C est pourquoi il avait beaucoup d'ennemis\ncachés, bien qu'il ne fût en réalité l'ennemi de personne.\nOn sait que Castil-Blaze avait épousé en 1812,à Avignon, mademoi-\nselle Bury ou de Bury, fille d un architecte de cette ville ; et, en souvenir\nde ce mariage, il me laconta confidentiellement, quelques années avant\nsa mort, une anecdote des plus singulièrement romanesques, qu'il me\npria de ne révéler qu'après qu'il aurait disparu de ce monde.\nEcoutez le récit de cette histoire merveilleuse 1 c'est le héros lui-même\nqui va parler.\n« Mademoiselle Bury allait se marier; c'était le jour de la célébration\nde son mariage, et il devait y avoir, dans sa maison même, soirée dan-\nsante et musicale. Cette soiree devait meme preceder la cérémonie\nnuptiale à la mairie et à l'église, contrairement à l'usage le plus ordi-\nnaiie, mais ainsi que cela se pratiquait et se pratique encore aujourd'hui\nà Avignon.\n« On me savait musicien, claveciniste, chanteur et même un peu corn-\npositeui 5 en province on est décoré de ce titre pompeux et l'on vous\nprend pour un Mozart dès que vous avez produit seulement une\nromance. C'était du moins comme cela, dans notre pays, sous le premier\nEmpire.\n« J oseï ai meme vous dire que, dans cette soiree, j'eus à faire à moi\nseul tous les frais du concert. J'y devins tour à tour la basse, le concor-\ndant et la taille; et tout cela, sans préjudice de mes fonctions de chef\nd 01 cheslie ou d orchestre meme. Toutefois, comme on m'avait invité\naussi a un bal, et qu'évidemment je ne pouvais pas me faire danser moi-\nmême, on avait eu soin de se procurer deux violons, un violoncelle et\nune clarinette; de sorte que j'alternais avec les ménétriers.\n« Mais laissons là le concert : le quadrille va commencer.\n« Et, en effet, un grand vide s'étant établi au centre du salon, chaque\ndanseur s'empare d'une danseuse, et sept jeunes couples sont déjà en\nplace Quelle chance!... sur huit danseuses de bonne volonté, on\nm'avait, par discrétion peut-être, laissé la meilleure, mademoiselle Bury!"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "116", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.20", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nJe pars vers elle comme un trait d'amour, et voilà le quadrille au complet,\n« Dans les petits bals de province, la danse n'est le plus souvent qu'un\nprétexte : comme on a toujours quelque chose à dire, on y chuchotte\net l'on y jase plus qu'on n'y danse. Qui sait, dans un duo de cette sorte,\ntous les traits que l'on peut avoir à exécuter et tout ce que\nl'on peut se dire à l'oreille entre une poule et un pantalon, entre un été\net unz pastourelle ! Pour moi, qui fus toujours assez jacquart de mon\nnaturel provençal, je me suis cependant quelquefois trouvé là un peu en\ndéfaut, un peu embarrassé ; mais, cette fois, mon embarras était plus\ngauche encore que de coutume, car, que dire à une nouvelle mariée qui\nne l'est pas encore ? Faut-il la complimenter sur un bonheur qui n'est\npour elle qu'un problème ?Ce n'est pas même décent ; et puis, en\ngénéral, le sexe n'aime pas qu'on lui fasse trop généreusement preuve\nd'abnégation.... Or, pendant que la clarinette coquenardait, et que la\nmusique des pieds lui répondait à peu près en mesure, je me disais à part\nmoi-même : « Qu'est-ce que je pourrais donc bien conter? »\n« Enfin, en dépit de mon embarras, comme il fallait de toute rigueur\nrompre le tacetet fermer le point d'orgue, il me vint une singulière idée\nen tête : Tout le monde avait complimenté la future, et, comme je ne\nveux rien faire comme tout le monde, j'essayai de faire le contraire de\ntous en attaquant de travers : Que voulez-vous, je suis fantaisiste! Je\nme mis à plaindre ma partenaire, à me plaindre moi-même, en ayant\nmême l'air de pleurer un peu pour elle et pour moi. Le diable tente quel-\nquefois même les moins audacieux ! le moyen était tout neuf ; il me\nplut, je le mis en œuvre et il me réussit au delà de toute ambition, ainsi\nque vous allez le voir.\ntard ! lui dis-je mystérieusement à l'oreille.\n« Tout ce que ce peut-être eut d'écho retentissant à mon oreille\njmxiais musique celeste ou chant de séraphin ne seront capables de vous\nl'exprimer !...\n« Ce fut comme un premier coup d'archet électrique !\n« La danse finie, je ne voyais plus que des brouillards au milieu des-\nquels resplendissait ce mot magique : Peut-être !\nvoudriez-vous vous désaltérer? Accepteriez-vous un sorbet ? me dit le\nfutur de son ton le plus gracieux.\n« Mais, tout en acceptant ce qu'il m'offrait de si bonne grâce, je ne"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "117", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.21", "texte": "CASTIL-BLAZE\n\nsavais plus ce que je faisais, ce que je disais, ce que je voyais ni ce que\nj'entendais.\n<( Enfin, le bal, le concert, la bouillotte et tous les autres accessoires\nde la fête étant terminés, il fallut se disposer à monter en voiture pour\naller à la mairie. M. le premier adjoint, qui était un des principaux in-\nvités, se leva pour donner le signal du départ ;et fouette cocher !\na Nous sommes à la mairie. Abrégeons quelques détails afin d'arriver\nplus vite au fait. L'organe de la loi adresse la parole en ces termes à la\nblanche colombe qui s'incline devant lui :\nA NON.\n« Voyez-vous d'ici, le tableau ?\n« Mouvement général de surprise! Agitation fébrile parmi les assistants!\nColloques animés, mêlés de gestes d'indignation parmi les parents, qui se\nrapprochent comme un seul homme autour de l'indigne future , au\nrisque de l'étouffer.\n« De son côté, couvert de honte, le prétendu gesticule et semble vou-\nloir chercher son chapeau pour se dérober aux regards inquisiteurs des\nassistants.\n« Moi-même je me demande quel rôle je dois jouer dans le drame.\n« Le trouble et l'agitation sont à leur comble !\n« Cependant, comme il faut une fin à tout, même à ce qui n'a point\neu de commencement, on se décide à se retirer, sans avoir pu arracher\nde la bouche de la jeune fille autre syllabe que la particule négative.\n« Chacun se creusait le cerveau pour pénétrer le mystère d'un chan-\ngement si subit. Quelques-uns parmi les parents eurent même la cruelle\npensée de venir me le demander à moi, Y auteur... (car j'étais déjà alors\nun peu connu dans le public en qualité d'auteur dramatique), et, comme\nsi je devais être initié à l'intrigue de la pièce, on m'interrogeait sur ce\nsingulier dénouement.\n« Mais... c'était écrit, ou plutôt, on ne devait rien écrire dans cette\nsoirée on ne peut plus mystérieuse pour tous, même pour moi ; car, il\nfaut l'avouer, malgré le charmant peut-être, j'étais fort loin de m'attendre\nà tout ce qui venait de se passer, et surtout à ce qui devait en résulter\nplus tard.\n« Ai-je besoin de vous faire connaître l'issue des événements qui s'ac-\ncomplirent par suite de la réponse inattendue de mademoiselle Bury ?\nVous l'avez sans doute devinée, bien qu'elle soit sans précédent peut-\nêtre dans les fastes de l'état civil.\n« Trois mois après, mademoiselle Bury endossait, pour la deuxième"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "18", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.22", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nfois de sa vie, la robe nuptiale ; mais cette dernière fois, ce fut la bonne;\nsa jolie bouche avait hâte de s'ouvrir pour répondre oui ; et ce oui sacra-\nmentel, c'est moi qui devais le recueillir. »\nTel fut le récit du célèbre transformateur musicien. Son mariage\nmême devait être une traduction ou une transfiguration dont il devait\ndevenir l'éditeur propriétaire, comme il le devint des meilleures œuvres\nmusicales.\nVoilà Castil-Blaze marié !\nC'est ainsi que nous sont venus au monde madame Buloz et M. le\nbaron de Bury ! Voilà comment trouva le bonheur exceptionnel d'un\nexcellent mariage celui qui ne voulut jamais rien faire comme le commun\ndes martyrs !\nV\nLittérature musicale. Les Théâtres lyriques de Paris.\nmusicale. Messe de Rossini.\nLes six dernières années de la vie et des travaux de Castil-Blaze furent\nréellement utiles à l'art musical et à l'histoire de la littérature lyrique.\nOutre les Théâtres lyriques de Paris, comprenant l'Académie impé-\nriale de musique, Y Opéra-Italien et livres qui ont\nété écrits vers 185 5, mais dont il ne put livrer à l'impression que les\ndeux premiers, il avait l'intention de publier aussi le\ndont il traçait les premières pages quand la mort vint le surprendre. La\ncritique soulevée dans ses derniers ouvrages, notamment celle qui touche\nà la parodie, est un monument impérissable, dont les esprits les plus\nrevéches parmi ses détracteurs doivent lui savoir gré.\nAprès Molière musicien, vers 1852, vint, en r856, sa fameuse\nbrochure sur l'opéra français : Vérité\ncadence finale de l'opéra italien, à 1848 1856, qui suscita\nà son auteur une avalanche de petits pamphlets, publics ou particu-\nliers, authentiques ou anonymes, dont quelques-uns étaient gros de\nplates sottises. Triste et inévitable destin de tous les novateurs qui\nveulent se poser en chefs de file devant leurs contemporains et semblent\ndire en notes mal sonnantes à leurs oreilles : « Rien de ce que vous\n« avez fait jusqu'à ce jour n'était selon les lois de la raison et de l'har-\n« monie : voici la seule bonne règle à suivre; c'est moi qui, le premier,\n« osai vous l'enseigner : soumettez-vous ! » Haro! leur crie-t-on de"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "119", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.23", "texte": "CASTIL-BLAZE\n\ntous côtés en les repoussant dans l'ornière d'où ils veulent sortir de\nleur vivant ; et leurs doctrines ne commencent à être un peu goûtées\nqu'après qu'ils sont descendus dans la tombe.\nCastil-Blaze voulait prouver à nos paroliers, comme il les appelait,\nmais, autrement dit, à nos auteurs dramatiques musiciens chargés d'écrire\nles livrets des opéras, que la langue française, aussi bien que la langue\nitalienne, est susceptible d'être coupée sous la musique d'une manière\ntout à fait intelligible et agréable à l'oreille ; et, afin d'ériger le précepte\nen exemple, il écrivit lui-même un sujet d'étude : ce modèle à suivre\nfut Bernabo,\nBernabo n'était autre chose qu'un bel et bon pastiche en un acte,\npétri dans le moule de cette pièce de Molière dont le titre scabreux ne\npeut être prononcé aujourd'hui aux oreilles délicates des dames sans\noffusquer les maris. Il y avait là du Cimarosa, du Paisiello, du Fari-\nnelli, du Guglielmi, du Salieri, etc., etc. C'était délicieux, mais cela ne\nvalait rien pour Paris. Cette charmante macédoine où l'on remarquait\naussi des couplets dont la mélodie inédite était d'une excellente facture,\narriva tout exprès pour servir d'auxiliaire à la brochure que nous ve-\nnons de citer.\n« La langue française, dit l'auteur lui-même dans les quelques lignes\nen forme de préface qui précèdent son livret, est un instrument dont nos\nparoliers veulent jouer sans en avoir appris la gamme et le doigter. De\nlà vient l'argot rebutant, l'indéchiffrable charabia que Ton dégoise sur\nnos théâtres lyriques. Les mots chantés y sont brisés, fêlés, fracassés,\npulvérisés de telle sorte, les syllabes y frappent si souvent à faux sous les\nnotes, que l'auditoire ne comprend plus du tout ce que veulent dire les\nacteurs. En écrivant par fantaisie la partition de Bernabo, je ne pensais\nqu'à meubler la bibliothèque de l'Académie française d'un ouvrage\nqu'elle pourrait opposer aux assassins comme aux détracteurs de notre\nidiome. »\nJ'ai sous les yeux, au moment où je trace ces lignes, quelques lettres\nqui me furent écrites par Castil-Blaze à Saint-Quentin, dans le temps\noù ses antagonistes les plus acharnés s'efforçaient à combattre la réforme\nsalutaire, mais gênante, qu'il voulait introduire dans la construction\ndes vers lyriques. J'extrais quelques passages de l'une d'elles ; ils pour-\nront servir à l'intelligence de la question qui s'agite ici : c'était à l'oc-\ncasion d'un article assez virulent que M. Baralle, alors rédacteur en chef\nde l1 Univers musical, lui avait adressé dans un de ses numéros de juillet\n1856, où il renvoyait l'auteur du système nouveau à ses propres écrits."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "120", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.24", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\n« Ce Baralle, dit-il, a travaillé sur un thème qu'il n'a pas compris :\nil a voulu se montrer méchant et s'est enferré. Il sait si peu ce que c'est\nque l'accent, qu'il le note à faux. Voyez au bas de la page 110 : des neuf\naccents qu'il souligne, huit sont excellents. Le :e est détestable, il ne Ta\npas même remarqué :\nMais / le soir, près / d'elle\nil faudrait :\nLe / soir) auprès / d'elle\n« En 1824, je n'avais pas encore trouvé mon système de versification\nlyrique. Je ne l'ai mis en pratique exacte et suivie qu'en 1828 pour\nl'ltalienne à Alger, Anne de Boulen, Oberon, Fidelio, etc.\n« J'étais surpris que les paroliers ne m'eussent rien dit encore ; ma\nbrochure réclamait vivement ces attaques. Elles sont d'autant plus utiles\nqu'elles portent à faux.\n« Le 19, jour de mon départ pour Avignon, je rencontrai chez Le-\ngouix un dilettante qui lisait et commentait le Baralle en chantant, et\nqui disait ce que je viens d'écrire au sujet des neuf accents soulignés.\nVous voyez que tous les Parisiens ne sont pas des cruches. Plusieurs\ncommencent à me comprendre. Je demanderai l'article de Théodore\nAnne, qui sera moins stupide, sans doute. Il y a des sourds qui ne\nveulent pas entendre. S'ils ralentissaient leur feu, la note, mise sur\nla Chanson de Rolland, est encore un chat, un tigre, que je leur jette\nentre les jambes (1).\n« Le seul moyen de me battre et de prouver que les Parisiens écrivent\nen vers, serait de me montrer une chanson, romance ou cantique fran-\nçais dont la musique s'appliquerait juste à tous les couplets. Les stances\nenvers de neuf syllabes exceptées : ici la cadence est forcée ; mais aussi\nles chansons de ce genre sont-elles très rares, etc., etc. »\nJ'ai dû m'étendre un peu, avec détails, sur cette question, devenue\ndepuis de plus en plus brûlante, de la prosodie lyrique. Aujourd'hui>\nl'on ne blâme plus, l'on approuve et l'on essaie de mettre en pratique le\nsystème de ce rénovateur trop hardi ou trop cassant, mais vrai, qui\navait ameuté contre lui la troupe routinière des poètes et des littérateurs.\nIl y a une circonstance de la vie artistique de Castil-Blaze et une\n\n(1) Cette Chanson de Rolland est un chœur à quatre voix d'hommes qu'il avait\nfait pour le camp de Sathonay (Lyon), où il fut chanté. Il fut chanté aussi, en ma\nprésence, par la Socie'te' chorale d'Arras,"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "121", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.25", "texte": "CASTIL-BLAZE\n\npartie de ses travaux sur laquelle on a été un peu plus en droit de le\ncensurer ; ce fut lorsqu'il eut la singulière idée de bâtir une messe sur\nles mélodies de Rossini. Et cependant, là encore on aurait pu l'absoudre,\nsi l'on avait été appelé, comme nous l'avons été, à entendre l'effet pro-\ndigieux que produisait cette œuvre monumentale, lorsqu'elle était étu-\ndiée et exécutée convenablement. Rien n'était saisissant comme l'ensemble\nde cette exécution grandiose, pour peu que Ton eût le courage de\ndégager son esprit des exigences de la pensée grégorienne.\nM. d'Ortigue désapprouva hautement son ami et compatriote d'avoir\nosé entreprendre ce travail, qu'il ne considérait pas seulement comme\nune simple peccadille, mais comme un véritable crime de lèze-dignité\nliturgique et une coupable profanation de Fart. A son point de vue,\nd'Ortigue a mille fois raison ; mais les motifs de cette rigidité scholas-\ntique s'effacent ou s'amoindrissent en présence des effets réels et du vif\nplaisir que l'on éprouve à entendre, majestueusement groupés ensemble,\ntous ces chefs-d'œuvre de mélodie que l'on ne peut savourer ailleurs\nque séparément.\nLa musique, nous l'avons dit ailleurs, n'est pas, comme la peinture et\nla statuaire, un art fixe et stationnaire pour lequel le temps a imposé\nnon-seulement des règles et des principes, mais des types et des modèles\nimmuables. Elle doit, au contraire, toute sa valeur, tout son agrément\net toute sa grâce au libre arbitre de la variété et du changement. Elle est,\nau théâtre surtout, comme la mode, une fille légère et folâtre dont les\ncharmes ne peuvent vieillir sans se rider, veulent se renouveler, se re-\nproduire et se multiplier à l'infini, Cela est si vrai, que les grands maîtres,\nadmirés il y a cinquante ans, sont aujourd'hui mis de côté pour faire\nplace à d'autres qui, dans un demi-siècle, seront oubliés à leur tour. Or,\nsi la musique vieillit en perdant de son charme au théâtre, pourquoi ne\nvieillirait-elle pas aussi en perdant de sa valeur à l'église? Pourquoi là\nseulement prendrait-elle un caractère toujours égal qui ne saurait être\nmodifié par le temps ?\nMais revenons à notre sujet. Castil-Blaze, comme tous les compo-\nsiteurs dramatiques, qui, à la fin de leur carrière, cherchent, avant de plier\nbagage, à faire amende honorable à l'Église, en quittant le théâtre qui\nles fuit et qui devient ainsi pour eux la maison du démon, Castil-Blaze\ndisons-nous, voulut produire, lui aussi, sa messe ; et cette messe fut\net ne pouvait être qu'une transformation.\nVoici, à l'occasion de ce travail, qui fut à peu près le dernier de notre\ncritique musicien, une anecdote assez piquante qui eut lieu le 14 mars\n1856."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "122", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.26", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nQuelques années auparavant, Castil-Blaze assistait à l'Opéra italien, à\nune répétition de la Donna del Lago, lorsqu'aux premières mesures du\nquintette en la bémol, Crudele sospetto (do, ré, mi) il s'aperçut que la\nmélodie s'adaptait parfaitement au qui tollis peccata mundi du Gloria.\nCette découverte, que le hasard avait amenée, le mit en goût, et dès le\nlendemain, il mettait la main à l'œuvre pour produire, avec divers\nmorceaux des meilleurs opéras du même auteur, une messe tout entière\nqui fut appelée, très improprement depuis, MESSE DE ROSSINI.\nAu bout de quelques mois la partition en était achevée, lorsque, par\nune belle journée du printemps de l'année qui venait d'expirer, un\nhomme, remarquable par son obésité et déjà avancé en âge, l'aborda\nsoudainement, et, lui frappant sur l'épaule :\nHola! hein !... vous filez bien fièrement, vous, mon vieux !\nAh ! c'est vous, signor maestro illnstrissimo; excusez-moi :Je\nsuis myope.\nEh bien, donnez-moi le bras et promenons nos cent quarante prin-\ntemps, l'un portant l'autre, au milieu de ces boursiers de l'Opéra; mais,\nafin que nous cheminions parmi eux incognito, et qu'on nous prenne\npour deux agioteurs de profession, marchons adagio et parlons sotto\nvoce. Voyons, dites-m0i.... vous qui faites toujours quelque chose,\nque faites-vous dans ce moment?\nCe que je fais... moi? oh! vous voulez me flatter aujourd'hui,\nsignor maestro ! je ne fais pas, moi; mais je fais peut-être mieux, car\nje fais tout le contraire : Je défais, je reconstruis, je transfigure, je trans-\nforme, je transplante, je transvase, je... »\nEt il allait continuer sa kyrielle lorsque la foule des joueurs, devenue\nplus compacte, les poussa du boulevard de Gand jusques dans la rue\nLepeletier.\nAux préliminaires de cette conversation, vous avez, lecteurs, sans\ndoute déjà deviné que l'interlocuteur de Castil-Blaze n'était autre que\nl'illustre auteur de Guillaume TelL\n« Vous me demandez ce que je fais, reprit le grand arrangeur\nmusicien?\nOui, je vous le demande ?\nEh bien, je fais.,, ou plutôt, je viens de faire,...\nDites, que venez vous de faire ?\nUne messe de Rossini.\nToujours caustique et facétieux! vous n'en démordrez donc jamais?\nEt n'allez pas croire, maestrissimo, que ce soit là chose facile I\nessayez plutôt."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "123", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.27", "texte": "CASTIL-BLAZE\n\nParodier un air est déjà assez mal aisé, bien qu'il soit permis de tour-\nner a piacere les paroles nouvelles que Ton ajuste à la musique donnée.\nMais adapter le texte immuable de la messe à des mélodies qu'il faut\nconserver dans toute leur pureté, maintenir un parfait accord de senti-\nment, de couleur, d'expression entre les éléments épars que vous\nréunissez; soutenir cet accord au point de faire croire que ces chants\ndépaysés ont été composés pour leurs paroles nouvelles : hoc opus, liic\nlabor est. C'est ainsi que Gluck arrangea ses opéras français.\nMais enfin n'importe; cette difficulté, moi, je l'ai vaincue et ma...\nvotre messe est terminée.\nMa foi, mon ami, vous êtes vraiment un homme extraordinaire? »\nEt les voilà, l'un (Rossini) interpellant en latin, l'autre (Castil-Blaze)\nrépondant en italien.\nVoyons, dit le premier, par quoi avez-vous pu représenter le\nCredo? Credo in unum Deum.\nEcco ridente in cielo...\nC'est en chœur au moins que vous l'avez traité?\nSans doute; n'était-ce pas sa forme primitive dans Aureliano in\nPalmira (il le lui chante).\nBravo! parfait î je ne me doutais pas d'avoir fait un Credo si maj-\nestueux et si bien prosodié.\nLe Kyrie ?\nSanto imen, chœur religieux d'Otello.\nChriste eleison ?\nQuintette en Canon, de Mose.\nPrière de Ninetta [La ladrà),\nCrucifixus ?\nChœur des ténèbres de Mose.\nPassons du solennel, du triste au gai. Cum sancto spiritu, et vi-\ntam venturi seculi? c'est là que les maîtres placent leurs fugues pleines\nde vivacité, quelquefois de brillante folie.\nJe me suis emparé des strettes animées des quintetti de Cenerentola,\ndu final de Semiramide.\nBien trouvé!\nPermettez que je vous soumette le manuscrit de votre messe.\nNon pas, je la verrai quand elle sera grande. C'est un vrai tour de\nforce heureusement accompli; je vous réponds du succès ; peut-être vous\nfallait-il encore celui-là! »\nLa conversation s'était tellement animée que Castil-Blaze, sans s'en"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "124", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.28", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ndouter, avait passé insensiblement du sotto voce au forte, du\nme\\\\o forte au forte piano, et du forte piano au fortissimo ;et si bien\nque tous les lions, et tous les badauds du boulevard de Gand s'étaient\nattroupés autour d'eux, en se disant : « Qu'est-ce que c'est? »\nCe sont, disait celui-ci, deux joueurs dégommés qui chantent leur\nde prof un dis.\nCe sont deux actionnaires de M. Mirés, disait celui-là,\nC'est, disait l'autre, un fou et un voleur.\nC'est.... c'est.... c'est.... »\nEnfin, je ne sais pas ce que l'on n'aurait pas dit encore, si l'un des\ndeux promeneurs, celui qui avait peur des attroupements et des chemins\nde fer, n'eût lui-même harangué la foule croissante.\n« Eh ! signori francesi, ne faites point ici de mauvaises traductions!\n/\ncc L'Etat n'est pas en danger, soyez tranquilles. Je suis, moi, ce\nstupide musicien qui ne sait plus rien faire ; je ne compte plus; mais ce\nvénérable patriarche est Castil-Blaze. Respectez-le; c'est mon second\npère ; c'est lui qui m'a traduit en français, en provençal, en latin et m'a\nprendre possession de l'Europe. Ce n'est pas tout, le gaillard veut main-\ntenant me conduire en paradis. Je m'en alarme peu, car je présume\nqu'il n'est pas lui-même très-pressé de se mettre en route, Retirez-\nvous donc ; laissez-le passer son chemin, et si, en retour du bon office,\nvous ne recevez rien de moi, vous voudrez bien du moins accepter de lui\nune messe de Rossini! »\nAprès la messe dite de Rossini, qui fut brillamment exécutée sous\nnos yeux à Saint-Quentin, pendant que l'auteur en dirigeait, de son\ncôté, une autre exécution à Mormoiron (Vaucluse), il revint une\ndernière fois à Paris, rue de Buffault, n° 9, où sentant qu'il s'affai-\nblissait de jour en jour et que sa santé s'altérait, il s'efforça de réunir\ntoutes ses facultés physiques et morales pour mettre la dernière main à\nses œuvres complètes dont il était le propriétaire-éditeur.\nJe le trouvai, un matin, plongé dans le travail, en quelque sorte her-\nculéen, travail pour lui d'autant plus pénible et lourd qu'il n'avait ja-\nmais voulu de secrétaire et n'était aidé par personne. Je vis là, entassés\nles uns sur les autres, des restes d'éditions de vingt oeuvres divers ; des\nquatuors d'instruments à cordes, des trios de bassons, des messes, des\nopéras, des chœurs, des motets ou cantiques pour le mois de Marie, et\nune foule de vieilles romances ou chansonnettes, tant françaises que\nprovençales dont il s'était, disait-il, rendu coupable dans sa jeunesse,\nsoit à Avignon, lorsqu'il était clerc dans l'étude de son père, soit à Paris,"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "125", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.29", "texte": "CASTIL-BLAZE\n\nlorsqu'il étudiait en droit, mais parmi lesquelles je remarquai le chant des\nThermopyles, la jolie romance du Roi René, et, s'il m'était permis\nd'en citer encore une, Cou Pata de Juver, chanson trop libre dont je\nne prendrais même pas la liberté de citer seulement le titre, si je n'étais\npas à peu près certain qu'il ne sera pas compris par nos lecteurs français.\nCastil-Blaze me fit cadeau du dernier exemplaire qui restait encore de\nson Dictionnaire de musique moderne, portant le millésime de 1821,\nque je conserve comme une sorte de relique, quoiqu'il n'ait plus pour\nmoi que le mérite du souvenir.\nLe lendemain de ce jour, j'allai encore voir mon vieil ami et le trouvai\nplongé dans les mêmes collectionnements ou défrichements littéraires,\nmais beaucoup plus sérieux qu'à l'ordinaire et très fatigué. Je crains de\nne pas pouvoir le finir, me dit-il d'une voix mal assurée », car il redoutait\nla mort: la seule pensée lui en faisait horreur, parce qu'il craignait\nqu'elle ne vînt le surprendre au milieu d'un travail commencé, et il ne\nparlait d'elle que lorsqu'il ne songeait point à son arrivée prochaine.\nPar l'article le, qu'il savait très bien que je comprendrais sans autre\ncomplément de phrase, il voulait désigner son livre intitulé Y Opéra-\ncomique, cette troisième partie essentielle, mais restée inachevée, de\nY Histoire des Théâtres lyriques de Paris, dont il avait publié depuis\npeu les deux premières : Y Académie Impériale de musique et l'Opéra\nItalien, de 1645 à 1852.\nIl tenait beaucoup à cet ouvrage, ou plutôt à ces trois livres distincts\nde l'opéra en France, qu'il avait accompagnés à grands frais d'un splen-\ndide et considérable recueil de musique gravée, contenant tous les\nmorceaux de chant et de symphonie qui, depuis deux cents ans, s'étaient\nrendus célèbres dans ces trois théâtres.\nLe texte de ces trois livres, aussi bien que les deux volumes du Molière\nmusicien, est rempli de notes ou citations curieuses et d'aperçus histori-\nques très piquants, qui ont une grande valeur pour les littérateurs\nspéciaux et sont d'autant plus précieux qu'ils avaient été puisés en grande\npartie dans les recueils inédits et peu connus de Beffara. Je lui dis :\n« Vous le finirez » et lui serrai encore une fois la main en le quittant. Il\nrépondit à ce dernier mot par un signe de tête négatif que je compris\ntrop bien et qui m'arracha une larme.\nCeci se passait vers le milieu de l'année 1857. Je venais de visiter\nLille et la Picardie, où j'avais fait exécuter avec éclat la fameuse Messe\ndite de Rossini, et je me proposais de la faire connaître aussi à Nantes,\nà Rennes et dans d'autres villes de la Bretagne. Or, j'étais arrivé depuis\nenviron un mois à Saint-Malo, lorsqu'un jour, le 21 décembre de la"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "126", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.30", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nmême année, étant allé visiter sur une pointe de roches où il est situé, au\nbord de la Manche, le tombeau de Chateaubriand, et nr étant assis sur\nla roche couverte de mousse qui l'entoure, j'ouvris un journal de Paris,\noù j'eus la douleur de lire les lignes suivantes sous la rubrique du i 3 du\nmême mois :\n« Un célèbre critique musicien, l'ancien XXX des Débats et le pre-\n« mier introducteur en France des chefs-d'œuvre de Rossini, de Mozart\n« et de Weber, qui, pour conserver la liberté de sa plume incisive, dé-\n« clina les plus hautes dignités artistiques et littéraires, y compris celle\n« de directeur du Conservatoire de Musique de Paris, Castil-Blaze, est\n(c mort vendredi dernier, 11 décembre courant, à l'âge de soixante-treize\n« ans; »\n\nCHARLES SOULLIER."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "127", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.31", "texte": "LES COSTUMES DE THÉATRE\nDURANT UN SIECLE ET DEMI\nCHAPITRE PREMIER\n\nETTE étude n'a pas pour but de retracer l'historique\ncomplet du costume théâtral depuis l'origine du\nthéâtre français jusqu'à nos jours., en expliquant\ntoutes les variations que ces vêtements ont subies\ntrois siècles durant, ainsi que les circonstances for-\ntuites ou tentatives réfléchies qui ont provoqué ces\nchangements et qui ont amené cette partie de la représentation drama-\ntique au point de perfection relative qu'elle comporte aujourd'hui.\nCe serait là un travail de longue haleine qui formerait au moins la\nmatière d'un gros volume, à l'étudier sous ses aspects principaux avec les\ndéveloppements et considérations artistiques qu'il devrait renfermer.\nNos soins se sont bornes à recueillir nombre de renseignements\ncurieux sur une période déterminé et à les grouper le plus clairement\npossible, avec les réflexions et détails historiques strictement nécessaires,\nde façon a donner une étude bien complète de cette branche importante\nde 1 art dramatique, pendant un laps de temps assez étendu sur lequel\nont toujours passé trop rapidement les écrivains qui se sont occupés de\ncette intéressante question du costume au théâtre. Pour quinze ou vingt,"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "128", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.32", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nau bas mot, qui ont pris cette histoire au milieu du dix-huitième siècle,\nc'est-à-dire au moment où Lekain et mademoiselle Clairon, àla\nComédie-Française, et madame Favart, à la Comédie-Italienne,\napportaient, comme de concert, une première amélioration notable aux\ncostumes de luxueuse fantaisie jusqu'alors adoptés et admirés, il ne de\ntrouve qu'un seul auteur qui consacre mieux qu'une analyse succincte\naux époques antérieures à ce point de départ général (i).\nNos investigations ont porté de préférence sur cette période d'autant\nplus curieuse à étudier qu'elle est moins connue, surtout au point de vue\nqui nous occupe, et la simple lecture de ces chapitres, détachés en\nquelque sorte d'une histoire générale encore à venir, suffira, pensons-\nnous, à montrer qu'il y avait beaucoup à dire rien qu'au sujet du\ncostume sur ces temps reculés. Nous avons pris pour point de départ\nl'origine même du théâtre français, et nous avons poursuivi nos recher-\nches à travers les livres et gravures, jusqu'au moment précis où nous\nrejoignions les travaux de la plupart des historiens dramatiques, c'est-à-\n--dire jusqu'au premier tiers du siècle dernier.\nLa mise en scène des mystères était tantôt splendide, tantôt d?une\npauvreté naïve. Ici, de misérables troupes, dans une petite ville, repré-\nsentaient une action religieuse ou dramatique ; un simple échafaud avec\ndes compartiments étiquetés de diverses façons suffisait à indiquer le\nlieu de la scène et remplaçait ,un décor complet. Là, au contraire, des\nacteurs exercés, largement rétribués, représentaient pour de riches cités,\nune pièce bien étudiée, pourvue de tous ses décors et accessoires. Mais,\ngrande que fût la richesse de la mise en scène, les mystères, se jouant\nle plus souvent en plein air, ne constituaient pas ce que nous avons\nappelé le théâtre.\nLe luxe des jeux théâtraux était alors réservé aux riches seigneurs\nqui organisaient des fêtes dans leurs châteaux. Lorsque des troupes de\ncomédiens commencèrent à donner des représentations publiques, un\nou deux décors faisaient tous les frais du spectacle : ce ne fut guère qu'à\npartir de 1636 ou 3y, pour les représentations du Cid, de Corneille, et\nde la Sophronisbe, de Mairet, que les comédiens prirent l'habitude\nd'avoir un décor approprié à chaque pièce. Mais avant d'arriver aux\nthéâtres réguliers, il faut parler des magnifiques fêtes dramatiques don-\nnées, en ce temps, dans des châteaux seigneuriaux ou à la cour de\n\n(i) Nous voulons parler de l'intéressant ouvrage de M. Ludovic Celler : Les\nDécors, les Costumes et la Mise en scène au dix-septième siècle."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "129", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.33", "texte": "LES COSTUMES DE THÉÂTRE\nIX.\n9\n\nFrance, et en particulier du célèbre Ballet de la Reine, dont l'apparition\nfut considérée comme une merveille sans exemple dans le passé, sans imi-\ntation possible dans l'avenir.\nLe Balet comyque de la Royne, de Beaujoyeulx, représenté dans la\nsalle du Petit-Bourbon, en isBi, aux fêtes du mariage du duc de\nJoyeuse, pair de France, avec mademoiselle de Vaudemont, sœur de la\nreine, marque la première ébauche du genre qui devint l'opéra et qui est\ndû à l'union inégale de' la poésie, de la musique, des décorations et de\nla danse. Henri 111, voulant honorer les époux par la magnificence de la\nfête, prétendit que rien ne fut épargné pour un pareil mariage : riches\nhabits, festins, mascarades, courses, combats à la barrière, ballets à pied\net à cheval, concerts, tout se succéda si bien que Brantôme lui-même,\nquoiqu'il trouve le ballet des Polonais « inimitable, » déclare que les\n« noces de M. de Joyeuse ont surpassé toutes les fêtes et cérémonies du\ntemps. » Le désir de rendre ces noces superbes « ne dépassa pas le désir\nd'exécuter ces splendeurs, » et la noblesse « apporta son argent, comme\nsa vie, lorsqu'il s'agissait de la couronne. »\nCatherine de Médicis voulut s'occuper en personne de la composition\ndu ballet ; elle envoya donc quérir l'illustre Baltazarini, que le maréchal\nde Brissac, gouverneur de Piémont, lui avait adressé d'ltalie, avec une\nbande choisie de violons, et qu'elle avait bientôt honoré du titre si envié\nde son valet de chambre. Insinuant, flatteur, industrieux, le jeune Italien\navait su promptement se concilier les faveurs des grands, et il était\ndevenu l'organisateur attitré de toutes les fêtes galantes, bals, festins et\nmascarades qui se donnaient à la cour si luxueuse et si corrompue des\nValois. Cette fois, il se surpassa et composa sur les indications de la\nreine-mère, son mirifique ballet de Circé, dont il a laissé la description\nla plus pompeuse à la postérité.\nLe dimanche i 5 octobre, la reine donna grand festin au Louvre, et\naprès le repas, « le ballet de Circé et de ses nymphes, le plus beau, le\nmieux ordonné et exécuté qu'aucun auparavant, » comme dit L'Estoile.\nIl y aurait fatigue à suivre l'auteur dans le récit de cette représentation,\nqui, commencée à dix heures du soir, ne se termina qu'à trois heures\ndu matin, « sans qu'une telle longueur ennuyast ni depleust aux assis-\ntans, tel étoit et si grand le contentement de chacun, » écrit le glorieux\nBaltazarini avec un plaisant amour-propre. Il suffira de lui emprunter,\npour le sujet qui nous occupe, le dessin de quelques costumes, en laissant\nde côté les merveilles de la mise en scène, grottes de diamants, nuages\npleins d'étoiles lumineuses, treille d'or couverte de raisins, orangers,\ngrenadiers, pommiers avec leurs fruits en or, argent, soie et plumes."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "130", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.34", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nGircé l'enchanteresse estoit vestue d'une robe d'or, de deux couleurs,\nestoffee partout de petites houppes d'or et de soye, et voylee de grands crespes\nd'argent et de soye : ses garnitures de teste, col et bras, estans merveilleuse-\nment enrichies de pierreries et perles d'inestimable valeur : en sa main, elle\nportoit une verge d'or de cinq pieds, tout ainsi que l'ancienne Circé en usoit,\nlorsque, par l'attouchement de cette verge, elle convertissoit les hommes en\nbestes et en choses inanimées.\nLes Naïades estoyent vestues de toile d'argent, enrichie par dessus de\ncrespe d'argent et incarnat, qui bouillonnoyent sur les flancs, et tout autour\ndu corps, et aux bouts partout, de petites houppes d'or et de soye incarnate,\nqui donnoit grâce à cette parure. Leurs chefs estoyent parez et ornez de\npetits triangles enrichis de diamans, rubis, perles, et autres pierreries exquises\net precieuses, comme estoyent leurs cols et bras garnis de coliers, carquans\net bracelets ; et tous leurs vestemens couverts et estoffez de pierreries, qui\nbrilloyent et estincelloyent tout ainsi qu'on voit la nuict les estoiles paroistre\nau manteau azuré du firmament. Aussi cette parure a esté estimée la plus\nsuperbe, riche et pompeuse, qui se soit jamais veue porter en masquarade.\nMercure estoit accoustré , tout ainsi que le descrivent les poetes, vestu de\nsatin incarnadin d'Espagne, passementé d'or fort industrieusement, les bro-\ndequins dorez, ayant des ailes à ses talons qui signifioyent la légèreté de sa\ncourse : son chef aussi estoit affublé d'un petit chapeau ailé des deux costez,\net doré par tout : son manteau estoit de toile d'or violette : puis en sa main\nportoit le caducée, avec lequel jadis il endormit Argus pour le service de\nJupiter.\nLa deesse Minerve vestue d'une robe de toile d'or, avec son corcelet de\ntoile d'argent : au milieu duquel et devant et derrière estoit effigiee la teste\neffroyable de Meduse faitte d'or bruny : la salade et habillement de teste de\ntoile d'argent, et enrichi d'une infinité de pierreries et perles d'inestimable\nvaleur. Sur le derrière du timbre y avoit un pennache embelli de plumes\nd'Aigrette. La deesse portoit en la main droite la lance toute doree, et en la\ngauche l'escu et pavois où estoit encore peinte la teste de Gorgone Meduse,\nd'or et d'argent bruny.\nLe sieur de Savornin représentant Jupiter s'apparut en la nuee vestu d'un\nhabillement de toile d'or, ses brodequins estoyent de cuir doré, et son man-\nteau de satin jaulne, chamarré de franges d'or, double de camelot d'or : por-\ntant en une main son sceptre, en l'autre, le foudre effroyable, et en sa teste\nune belle couronne, le tout fait d'or bruny. A travers de son corps, il estoit\nparé d'une riche escharpe reluisante comme le soleil, pour les perles et pier-\nreries dont il estoit couvert, et entre ses iambes une grande aigle d'or bruny.\nMême profusion d'or, de soie et de pierreries sur tous les autres cos-\ntumes, sur ceux de Pan, du Gentilhomme fugitif, des Tritons et des\nSirènes, de Glaucus et de Thétys, des Vertus et des Dryades : les Satyres\nseuls se distinguaient au milieu de ces splendeurs par une nudité trop\nfidèlement copiée d'après l'antique. La pompe inouïe du spectacle, le\nluxe féerique des décorations et des costumes cachaient aux yeux d'une"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "131", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.35", "texte": "LES COSTUMES DE THÉÂTRE\n\ncour encore sérieusement éprise de la mythologie, ce que cette représen-\ntation des intrigues de l'Olympe antique avait de ridicule et de naïf.\nLor, l'argent, les rubis, les diamants, les dentelles répandues à profusion\nsur les dieux et sur les hommes, au ciel et sur la terre, éblouissaient les\nyeux de la foule émerveillée et l'empêchaient de distinguer les parties\nencore informes de ce long poème et les rouages grossiers qui faisaient\nmouvoir les plus lourdes machines.\nCette fête lut telle qu'on n'en avait pas vu de mémoire d'homme, et\nBeaujoyeulx, dans sa dédicace au roi de France et de Pologne, put dire\nà bon droit, avec la suffisance de l'auteur encensé et la finesse d'un cour-\ntisan accompli : « ... Mais quant à l'agréable, d'avoir su tempérer cette\nmaitiale inclination, de plaisirs honnêtes, de passe-temps exquis,\nde récréation émerveillable en sa variété, inimitable en beauté, incom-\npaiable en sa délicieuse nouveauté : Ton me pardonnera, si je maintiens\nque vous n'avez eu ni prédécesseur, ni aurez (comme je pense) de\nsuccesseur (i). »\nCe succès, sans précédent, suscita à Baltazarini maints rivaux brûlant\ntous de se mesurer avec lui et d'éclipser en richesse le spectacle des noces\ndu duc de Joyeuse.\nQuinze années plus tard, le 25 février 1596, Nicolas de Montreux\nfaisait représenter au château de Nantes, devant le duc de Mercœur,\ngouverneur de Bretagne, une pastorale pleine de jeux de scène empruntés\naux Italiens, et dont les décors laissaient loin derrière eux toutes les\nsplendeurs du Ballet de la Reine. Cette pièce avait pour titre : Arimène ;\nelle fut aussitôt imprimée et l'auteur n'oublia pas d'enrichir cette publi-\ncation de précieux détails sur la mise en scène.\nIl seiait fastidieux de raconter en détail ces cinq grands intermèdes\nmythologiques : le combat des Dieux et des Titans, l'histoire de Pâris\net Hélène, d'Andromède et Persée, d'Argos et 10, d'Orphée aux Enfers,\nqui donnèient lieu à cet étalage sans fin de décors d'une richesse éblouis-\nsante. Nous prendrons seulement note des différents costumes qui font\ngrand honneur à la riche imagination de Montreux et du célèbre astro-\nlogue Côme Ruggieii, alors retenu prisonnier dans la forteresse de\nNantes, et qui lui fut un aide précieux pour la partie décorative, d'où\ndépendait tout le succès.\nCes acteurs étoient habillez à la forme des pasteurs d'Arcadie, tous de satin\ne diverses couleurs, enrichiz de clincamp, la panetière de clincamp, les\n\n(I) V°U- pour Plus de détails, le livre de M. Ludovic Celler :\nOpéra et h Ballet de la Reine. (Un vol. in-18, chez Didier, 1868.)"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "132", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.36", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nbotines de la couleur de leurs habits, semées de roses de clincamp, leurs\nchapeaux de mesme et la houlette argentée en la main, les habits fort cscla-\ntants, riches et bien faicts.\nArimène habillée de satin orangé.\nErmange, vieil pasteur, de satin à couleur de feuille morte.\nFloridor habillé à la françoise, de satin cramoisi, la cappe de mesme, dou-\nblée de clincamp, l'espée dorée et le fourreau de velours cramoisi.\nCloridan habillé de satin blanc.\nCircimant habillé de satin noir, à la mode des anciens mages d'Egypte.\nFurluquin, serviteur de Floridor, habillé à la harlequine.\nAlphize, de satin jaulne paillé, avec un javelot en sa superbe main.\nArgence, vieille bergère, de satin gris.\nClorice, bergère, de satin vert.\nAssave, le pédant, de noir, en robbe pedantesque.\nAldire, sage pasteur, de tanné.\nOrithie, nymphe, de jaulne doré, avec une coiffure poinctue, à la mode\ndes nymphes.\nComment douter qu'un aussi merveilleux spectacle n'ait pas remporté\nun succès bien gagné par tant d'efforts de fantaisie imaginative ? Ces cinq\nlongs actes et leurs appendices mythologiques qui nous paraîtraient\naujourd'hui d'une insipide monotonie, excitèrent une profonde admira-\ntion. L'auteur, du reste, prend soin de l'apprendre aux générations à\nvenir, par ces modestes paroles qui terminent dignement son récit :\n<( Chacun se retira plus ennuyé de la. fin que de la longueur de la\nchose (i). »\nNos voisins d'Outre-Manche avaient à cette époque des divertisse-\nments analogues : c'étaient les masques, jeux dramatiques en grande\nfaveur à la cour des souverains d'Angleterre, pendant les seizième et dix-\nseptième siècles. Le masque anglais était un spectacle d'une pompe extraor-\ndinaire et bizarre, un ensemble de musique, de danses, de festins, de\nscènes parlées ou mimées par des personnages allégoriques revêtus de\nsplendides costumes. Suivant la chronique d'Holinsted, l'un des pre-\nmiers masques aurait été joué sous Henri VIII, en 15 10.\nUn des plus brillants fut celui composé par Thomas Campion, docteur\nmédecin, et représenté à White-Hall, le 6 janvier 1606, au mariage de lord\nJames Hax, comte de Carlisle, avec lady Anna, fille unique d'Edward,\nlord Denny. Dans la description de la scène où se joua ce masque, on\nvoit qu'il y avait, parmi les décorations, des arbres d'or, des collines, un\n\n(i) Cette représentation solennelle a été décrite d'après le propre récit de Mon-\ntreux par M. L. Lacour, dans un article publié il y a déjà longtemps à la Revue\nfrançaise et intitulé : Un opéra au seizième siècle*"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "133", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.37", "texte": "LES COSTUMES DE THÉÂTRE\n\nbosquet de Flore orné de toutes sortes de fleurs d'où jaillissaient des\nrayons de lumière, la maison de la Nuit, dont les noirs piliers étaient\nsemés d'étoiles d'or, et qui, à l'intérieur, n'était pleine que de nuages et\nd'oiseaux de nuit, etc. Le reste à l'avenant : c'était comme à la cour de\nFrance, un déploiement interminable de splendeurs et de merveilles de\ntoutes sortes,\nParis allait bientôt pouvoir admirer les magnificences théâtrales de\nl'ltalie. Mazarin, se souvenant des fêtes auxquelles il avait assisté en\nPiémont, manda dans la capitale le machiniste Torelli, avec une troupe\nde comédiens, qui montèrent au Petit-Bourbon, en 1645, la Finta Pa\\\\ay\nde Strozzi. C'était l'histoire d'Achille à Scyros, du voyage d'Ulysse et de\nDiomède, des amours interrompus de Déïdamie, et du départ d'Achille\npour la guerre de Troie. Ulysse, Diomède et les habitants de Scyros por-\ntaient d'abord la cuirasse ajustée, la double jupe courte couverte de\nlanières, et le manteau drapé sur l'épaule ; mais plus tard, Ulysse s ima-\ngina de changer de costume. Il endossa alors une cuirasse avec une\nécharpe en tiavers comme les gardes des Valois, il eut une triple jupe\ndécoupée, Pépée attachée à Pécharpe, le casque lourdement empanaché.\nDe son côté, Achille, sous ses atours féminins, ressemblait à une dame\nde la cour de France; il portait la jupe longue, ouverte sur une jupe\nplus courte, les manches larges avec dentelles, le corsage à guimpe et\ntenait un éventail à la main.\nMalgré les murmures chaque jour plus menaçants de ses adversaires\npolitiques, Mazarin continua de faire représenter des drames lyriques\npar les artistes qu'il avait fait venir d Italie. La Fronde commençait bien\nd'agiter Paris, mais les troubles précurseurs des dissensions civiles ne fai-\nsaient pas trêve aux fêtes théâtrales, et les représentations se succédèrent\nà la cour, de 1647 à i 650, sans être interrompues autrement que d'une\nfaçon très passagère au plus fort de la guerre civile, et lorsque la petite\nvérole mit en danger les jours du jeune roi.\nLes plus curieuses des comédies en musique représentées à cette époque,\nsont : le Mariage d'Orphée et d'Eurydice, ou la grande Journée des\nMachines, et P Orfeo ed Euridice : l'un, amalgame de chant, de danse\net de déclamation, combiné par le sieur Chappoton et représenté en\n1640, parla troupe royale*, l'autre, avec paroles italiennes et musique\nfort importante de Rossi, joué en 1643, dans la salle du l alais-Royal.\nCes deux grandes machines théâtrales brillaient par une mise en scène\nriche et compliquée, mais elles ne présentaient aucune particularité sail-\nlante dans les costumes qui vont prendre un nouvel essor avec lAndro-\nmède, de Pierre Corneille."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "134", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.38", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nC'est en i 650 que cette tragédie mêlée de chants et de danses fut jouée\nau théâtre du Petit-Bourbon, avec un grand appareil de mise en scène,\ndont on peut se faire ane idée par les gravures des costumes et des dé-\nçois conservées a la Bibliothèque nationale. La G civette de France , du\n18 février i 650, n hésite pas à déclarer que les Grecs et les Romains sont\nsui passés, que les miracles des prêtres égyptiens ne sont rien en compa-\nraison des merveilles d'Andromède. Les ,c méchaniques » de Torelli\nplurent tant au public que certains amateurs les retournèrent voir\nplusieurs foi s de suite. Les costumes n'étaient nullement inférieurs aux\nmerveilles de la décoration : Vénus et toutes les femmes étaient somp-\ntueusement vetues à la mode du jour, tandis que les hommes portaient,\ncomme les personnages de Mirante, le riche baudrier, les longs cheveux\nbouclés, la cuirasse et le casque à grandes plumes.\nTous les gens de théâtre alors, et ceux qui jouaient la comédie ou\ndéclamaient la tragédie plus encore que ceux qui chantaient l'opéra,\nétaient assez proches parents des comédiens ambulants de Scarron * tous\nmenaient gaîment la vie errante et aventureuse des héros du Roman\ncomique. En quelques mots, nous sommes au fait. Le joyeux auteur,\nqui riait et faisait rire les autres pour se distraire de ses souffrances, nous\na bien vite présenté ces véridiques personnages : il les a copiés sur le\nvif, eux, leurs habitudes et leurs costumes. C'est l'enfance de l'art, c'est\nla Bohême pauvre d'argent, mais riche d'esprit, c'est la commedia\ndelV arte, venue d'ltalie.\n« ~. Un jeune homme, aussi pauvre d'habits que riche de mine, mar-\nchait à coté de la charrette... Au lieu de chapeau, il n'avait qu'un bonnet\nde nuit, entortillé de jarretières de différentes couleurs .. Son pourpoint\nétait une casaque de grisette, ceinte avec une courroie, laquelle lui servait\naussi à soutenir une épée qui était si longue qu'on ne s'en pouvait aider\nadroitement sans fourchette. Il portait des chausses trouées à bas d'atta-\nches, comme celles des comédiens quand ils représentent un héros de\n1 antiquité, et il avait, au lieu de souliers, des brodequins à l'antique que\nles boues avaient gâté jusqu à la cheville du pied. » Celui-ci, c'est Le\nDestin, le jeune premier, et, comme tel, le mieux nippé de la troupe.\nJugez par là des autres, du bilieux La Rancunes, de la gracieuse Angé-\nlique ou de la charmante L'Étoile ».\nS'agit-il de donner la comédie et de distraire la brillante compagnie\nréunie au tripot de la Biche : « Fournissez vos habits,, disent les comé-\ndiens, et nous jouerons avant que la nuit vienne. » M. de la Rappinière,\nle rieur de.la ville du Mans, offre aussitôt une vieille robe de sa femme à"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "135", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.39", "texte": "LES COSTUMES DE THÉÂTRE\n\nLa Caverne, et la tripotière deux ou trois paires d'habits qu'elle avait en\ngage, à Destin et à La Rancune. Tout s'arrange au mieux: Destin fera\nHérode, La Caverne jouera Marianne et Salomé, le vieux La Rancune\ntiendra tous les autres rôles.\n« Le parti plut à la compagnie, et le diable de la Rappinière, qui\ns'avisait toujours de quelque malice, dit qu'il ne fallait point d'autres\nhabits que ceux de deux jeunes hommes de la ville qui jouaient une partie\ndans le tripot, et que mademoiselle de la Caverne, en son habit d'ordi-\nnaire, pourrait passer pour tout ce qu'on voudrait dans une comédie.\nAussitôt dit, aussitôt fait; en moins d'un demi-quart d'heure, les comé-\ndiens eurent bu chacun deux ou trois coups, furent travestis, et l'assem-\nblée qui s'était grossie, ayant pris place dans la chambre haute, on vit\nderrière un drap sale que l'on leva, le comédien Destin couché sur un\nmatelas, un corbillon sur la tête, qui lui servait de couronne, se frottant\nun peu les yeux comme un homme qui s'éveille, et récitant du ton de\nMondori, le rôle d'Hérode... »\nMondori était né à Orléans ; il fut durant assez longtemps le chef et\nl'orateur de la troupe du Marais, où il représentait avec talent les rois\net les empereurs. Ce fut précisément ce personnage d'Hérode dans la\nMarianne, de Tristan, qui le conduisit au tombeau. Il mourut en 1651,\nd'une attaque d'apoplexie, causée probablement par les efforts surhumains\nqu'il faisait dans ce rôle : l'auteur se glorifia bêtement de ce triste événe-\nment et alla jusqu'à défier ses rivaux de tuer ainsi quelque comédien\nsous leurs vers.\nMondori fut le premier à rejeter l'usage de la perruque. « Il était de\ntaille moyenne, mais bien prise, disent les frères Parfaict ; la mine haute,\nle visage agréable et expressif. Il avait de petits cheveux coupés avec les-\nquels il jouait tous les rôles de héros, sans avoir jamais voulu mettre de\nperruque. » Scarron a donc doublement raison de le citer et de le criti-\nquer, car, malgré ses défauts, une déclamation et un jeu outrés,\nMondory était l'acteur le plus en renom du temps et méritait de l'être.\nBien que cet étalage de parures et de décorations éblouissantes ou dé-\nfraîchies ravît toujours la grande masse du public, quelques esprits sensés\nétaient déjà frappés de ce que ces travestissements avaient de grotesque,\net les railleries commençaient à percer sous l'enthousiasme général. Sorel\ns'en moque spirituellement dans sa Maison des Jeux :\n« J'ai vu quelquefois, dit Hermogène, passer à Paris de ces gens-là,\nqui n'avoient chacun qu'un habit pour toute sorte de personnages et ne\nse déguisoient que par de fausses barbes ou par quelque marque assez"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "136", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.40", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nfaible, selon le personnage qu'ils représentoient ; Apollon et Hercules y\nparaissoient en chausse et en pourpoint ; mais pourquoi ne les eût-on pas\nhabillés à la françoise? N'y a-t-il pas eu un Hercule gaulois? Cet Her-\ncule, se voulant faire remarquer, avoit seulement les bras retroussés\ncomme un cuisinier qui est en faction, et tenoit une petite bûche sur son\népaule pour sa massue, de telle sorte qu'en cet équipage Ton l'eût pris\nencore pour un gagne-denier qui demande à fendre du bois. Pour\nApollon, il avoit derrière sa tête une grande plaque jaune prise de quelqu e\narmoirie, pour contrefaire le soleil, et tous les autres dieux n'étoient pas\nmieux atournés ; jugez donc ce que ce pou voit être des mortels... »\nLesage décrit aussi, par la bouche d'un des personnages de Gil-Blas,\nle bizarre costume que revêtait alors un roi de tragédie. Scipion, le\nsecrétaire du tout puissant seigneur de Santillane, avait été, dans son\nenfance, au nombre des marmitons de l'archevêque de Séville. Pages et\ndomestiques s'avisèrent un jour, pour célébrer l'anniversaire de monsei-\ngneur, de représenter une tragi-comédie. Ils choisirent celle des Béna-\nrides, et son jeune âge fit désigner Scipion pour faire le rôle du jeune\nroi de Léon enlevé par les Maures. Après de nombreuses répétitions et\nbien des préparatifs pour rendre la fête magnifique, on n'avait rien\népargné, le maître devant payer toute la dépense, —l'archevêque fixa le\njour de la représentation.\nce Le jour venu, continue Scipion, qui raconte ses aventures à son\nmaître, chaque acteur ne s'occupa que de son habillement. Pour le mien,\nil me fut apporté par un tailleur accompagné de notre majordome, qui,\ns'étant donné la peine de me répéter mon rôle, se faisait un plaisir de me\nvoir habiller. Le tailleur me revêtit d'une robe de velours bleu, garnie de\ngalons et de boutons d'or, avec des manches pendantes, ornées de franges\ndu même métal ; et le majordome lui-même me posa sur la tête une\ncouronne de carton, parsemée de quantité de perles fines mêlées parmi\nde faux diamants. De plus, ils me mirent une ceinture de soie, couleur\nde rose, à fleurs d'argent. Et, à chaque chose dont ils me paraient, il me\nsemblait qu'ils m'attachaient des ailes pour m'envoler et m'en aller (1 ). »\nScarron, de son côté, ne manque pas, dans le Virgile travesti, dévêtir\nle pieux Enée, au moment le plus délicat du poème, d'un costume\ndont il accuse bien les côtés burlesques, mais qui peut donner une idée\nassez exacte de la façon dont le héros troyen se serait affublé à cette\népoque pour paraître en scène et peindre son amoureux tourment à la\ndame de ses pensées.\n\n(1) Histoire de Gil-Blas, liv. x ; chap. x."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "137", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.41", "texte": "LES COSTUMES DE THÉÂTRE\n\nCe gentil dieu que je vous di,\nPour ne rien faire en étourdi,\nSe posa sur une chaumière.\nLà, de double talonnière\nDésembarrassant son talon,\nIl vit faisant le violon\nVis-à-vis de sa violone,\nMessire sEneas en personne,\nPoudré, /me, fardé, tondu :\nUn riche habit bien étendu,\nAugmentoit fort sa bonne mine,\n// etozï étaminé,\nLe manteau de drap de Sidonf\nPrésent de la dame Didon.\nComme cette reine amoureuse\nEtoit une grande couseuse,\nElle avoit fort adroitement\nChamarré d'un beau passement\nEt parsemé de points d'aiguille,\nAutant Vhabit que la mandille.\n(La suite prochainement.)\n\nADOLPHE JULLIEN."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "138", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.42", "texte": "ÉCOLE DE MUSIQUE RELIGIEUSE\nPALMARÈS POUR L'ANNEE IS 7 5\nA distribution des prix de l'Ecole de musique reli-\ngieuse, dirigée par M. Gustave Lefèvre, a eu lieu\nmardi 27 juillet, sous la présidence de M. Deville,\ndélégué du ministre de l'instruction publique et des\ncultes, assisté du directeur, des professeurs et du\ncomité des études.\nLe directeur a rendu compte des travaux de Tannée et on a procédé à\nla distribution des prix.\nVoici le nom des lauréats pour les études musicales :\nSOLFÈGE. 3e division. Pas de nomination.\n2E division. PRIX ex œquo : Joseph Rigoud, Paul Combes ; lERIER ac-\ncessit ex œquo : Victor Linglin, Baichère ; 2E accessit ex œquo : Albert\nGougelet, Charles Martin; mention honorable, Gabriel Boidin.\nIRC division. lERIER PRIX : Désiré Létang; 2E PRIX : Philippe Bellenot.\nHARMONIE PRATIQUE. PRIX : Casimir Baille; accessit, Désiré Létang.\nHARMONIE ÉCRITE. 2E division. PRIX : Henri Lenormand ; ac-\ncessit, Victor Linglin ; mention, A. Gougelet; Paul Combes.\nire division. - Rappel du prix : Charles Bresselle. lERIER PRIX : Désiré\nLétang; accessit, François Fimbel.\nFUGUE. Pas de concurrent.\nCONTRE-POINT. Mention : Désiré Létang. (C'est la plus haute ré-\ncompense).\nCOMPOSITION MUSICALE. ier PRIX, fondé par S. Exc. le ministre de\nl'instruction publique, des cultes et des beaux-arts : Pas de prix. Mention\ntrès honorable. Casimir Baille.\nPIANO. 4E division. PRIX d'encouragement: Louis Josset."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "139", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.43", "texte": "ÉCOLE DE MUSIQUE RELIGIEUSE\n\n3e division.PßlX : Charles Hétuin ; accessit, Louis Gabry, Paul\nGuthmann.\n2E division. iCl' PRIX ex œquo: Charles Dunster, Joseph Rigaud ;\n2ePRIX: Albert Gougelet; ier accessit, J. Erb; 2E accessit, Victor Linglin ;\n3° accessit, Joseph Baichère.\ni division. iei PRIX: Casimir Baille; 2E PRIX: Gustave Meyer ;\nicr accessit, Philippe Bellenot; 2° accessit, Henri Boacourt.\nPL AIN-CHANT ÉCRIT ET ACCOMPAGNÉ. lERIER PRIX fondé par S. ExC. le\nministre de 1 instruction publique, des cultes et des beaux-arts : Rappel\ndu lORIOR PRIX de 1874, Gabriel Boidin.\nlERIER PRIX: Désiré Létang; 2E PRIX: Charles Bresselle ; ier accessit,\nFrançois Fimbel; 2e accessit, Victor Linglin ; mention honorable, Al-\nbert Gougelet, Paul Combes.\nORGUE. 2\" division. iep PRIX Joseph Rigaud, Charles\nDunster; 2E PRIX : Gustave Mayer; ior accessit, H. Boncourt; 2E ac-\ncessit ex œquo : Emile Bettinger, Jérôme Gross; mention, Paul Combes.\nire division. 1 \" PRIX fondé par S. Exc. le ministre de l'instruction\npublique, des cultes et des beaux-arts: Casimir Baille ; 3ePRIX\nPhilippe Bellenot, Charles Martin ; accessit, Henri Boncourt.\nPiix d honneur donné par le Directeur à 1 élève désigné par ses con-\ndisciples comme ayant eu pendant toute l'année une bonne conduite, de\nbons et fraternels rapports avec tous, et dont le travail a toujours été\nméritoire.\nEx œquo : Alphonse Dornbirrer, Henri Boncourt."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "140", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.44", "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nFAITS DIVERS\nA présentation du budget des théâtres à l'Assemblée na-\ntionale n'a donné lieu à aucun discours. 11 a été voté\njeudi dernier sans opposition. Les subventions sont donc\nce qu'elles étaient l'année dernière :\nL'Opéra 800,000 fr.\nLe Théâtre-Français ~. 240,000 fr.\nL'Opéra-Comique 140,000 fr.\nL'Odéon 60,000 fr.\nLe Théâtre-Lyrique 100,000 fr.\nIl faut ajouter à cette dernière subvention 95,000 francs qui restent sur les\n100,000 votés Tan dernier.\nLa question du droit des pauvres n'a pas été portée à la tribune. Dans une\nséance tenue l'avant-veille, les directeurs des théâtres délégués avaient de-\nmandé l'adoption de l'amendement de MM. Raoul Duval et Ganivet, dont\nnous avons donné le texte dans notre précédent numéro.\nLa sous-commission, par l'organe de son rapporteur M. le comte d'Osmoy,\nn'a pu que promettre d'étudier à fond la question et de soumettre les résul-\ntats de cet examen à l'Assemblée pour le prochain budget. Prenant acte de\ncette promesse, MM. Duval et Ganivet ont retiré leur amendement. Au\ncours de la séance publique d.e jeudi, M. le comte d'Osmoy a déposé une de-\nmande de crédit supplémentaire (6,000 francs) pour payer les frais du procès\nque l'Opéra-Comique a soutenu à propos de son foyer.\nLes compositeurs de musique, désirant remercier M. d'Osmoy de la\ncampagne par lui ouverte en faveur du Théâtre-Lyrique, viennent de lui\nadresser la lettre suivante :\n« A Monsieur le comte d'Osmoy, rapporteur de la sous-commission des\nbeaux-arts près la commission du budget.\n« Monsieur le comte,\n« Nous vous remercions bien vivement de la chaleur avec laquelle vous\navez défendu le principe du Théâtre-Lyrique, en même temps que les inté-\nrêts des compositeurs français, devant la commission du budget et devant la"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "141", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.45", "texte": "VARIA\n\ncommission consultative des théâtres. Grâce à vous, monsieur le comte, nous\nallons enfin rentrer en possession de ce théâtre producteur qui s'appelle le\nThéâtre-Lyrique. Vous avez bien voulu faire droit à nos demandes, et vous\navez pu faire agréer aux deux commissions, ainsi qu'à M. le ministre, les\nvœux que nous avions formés.\n« Nous venons vous prier, monsieur le comte, d'agréer l'expression de\ntoute notre gratitude et l'assurance de notre profond respect.\n« Ln 1 absence de M. Vaucorbeil, président, ont signé :\n« Edmond MEMBRÉE, Victorin JONCIÈRES, vice-présidents; Samuel\nDAVID, secrétaire; J.-B. WEKERLIN, bibliothécaire archiviste;\nTh. DUBOIS, GASTINEL, GUILLOT DE SAINBRIS, DE LAJARTE, Ch.\nLAMOUREUX, ORTOLAN, VERRIMST, D'INGRANDE, membres du\ncomité. »\nOn a procédé, dans la salle ordinaire des criées, au Tribunal de Com-\nmerce, à la vente aux enchères publiques des terrains de l'ancien Opéra,\ndivisés en 14 lots :\nLe lel1e 1 lot (449 mètres 16 cent.J a été adjugé à M. Lehideux, banquier,\npour la somme de 294,000\nLe 2e lot (281 mètres 83 cent.) à M. Dumont 290,100\n3e lot (488 mètres) à M. Pasquet, pour.. 337,100\nLe 1ie lot ( 379 mètres 5o cent. ) à M. Massion, pour le compte\nde la Société de crédit général français 209,100\nLe 12e lot (457 mètres 28 cent.) au même 307,100\nLe i3e lot (451 mètrer 5o cent.) àM. Goguet 262,100\nTotal * 1,699,500\nLes 4e, se,5e, 6e, 7e, Be,8e, 9e, 10e et 14e lots n'ayant pas trouvé d'acquéreurs aux\nprix demandés, la date de la deuxième vente sera ultérieurement fixée.\nL administration de l'Opéra a versé à la souscription pour les inondés\n28,602 fr. 40, produit net de la représentation du 3 juillet. L'Assistance pu-\nblique a fait abandon du droit des pauvres, soit 3,225 fr. 43, et la Société des\nauteurs et compositeurs dramatiques a renoncé également à ses droits, 2,297\nfr. 98.\nNous insérons avec empressement la lettre suivante que vient de nous\nadresser M Danbé, l'excellent chef d'orchestre, fondateur des concerts si\nconnus, en ce moment directeur du Casino de Néris :\n« Cher monsieur,\n« Au moment où tous les artistes tiennent à honneur de venir en aide aux\nmalheureuses victimes des inondations, je vous-serai reconnaissant d'infor-\nmer vos lecteurs que le Casino de Néris, dont j'ai la direction, a récolté, tant\npar la représentation que par la quête, une somme de trois mille francs\nexempte de tous frais.\n« Permettez-moi de vous citer les noms des excellents artistes qui y ont"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "142", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.46", "texte": ". LA CHRONIQUE MUSICALE\n\npris part avec le plus grand dévouement; ce sont : mesdemoiselles C. Girard\net Morand, MM. L. Fugère, Emile Bourgeois, Abel Moisson, Victor Sureau et\n« Votre bien dévoué,\n« J. DANBÉ. »\nLe buste de Beethoven, œuvre de M. Vidal, remarquée au Salon de 1875,\na été acheté pour le nouvel Opéra par l'administration des Beaux-Arts.\nOn parle d'un opéra en trois actes de M. Litolff, poème de M. Brésil,\ntitre : la Mandragore. Cette œuvre serait représentée pour la première\nfois au théâtre des Galeries-Saint-Hubert de Bruxelles. Décidément la Bel-\ngique veut nous disputer nos premières représentations lyriques.\nLes Associations des artistes dramatiques et des artistes musiciens\nfondées par le baron Taylor, viennent de publier leur annuaire 1875 qui\ntémoigne de la puissance de l'épargne la plus modeste bien dirigée. L'Asso-\nciation des artistes dramatiques est arrivée à posséder aujourd'hui 85,000 fr.\nde rente. Elle vient de liquider cette année 24 pensions. En voici l'intéressant\ntableau :\nA partir du iev janvier 1875.\nSociétaire de âge années de service\nMme Déjazet (Virginie) 1840 77 65 Paris 500 »\nMme Wagner Adalbert, 1810 61 2 3 Paris 300 »\nM. Grafetot, 1840 62 40 Montaubansoo »\nM. Peupin, 1841 63 41 Paris 500 »\nMme Hébert Massy, 1841 60 37 Toulouse 500 »\nM. Aimé Gibert, 1842 66 41 Paris 500 »\nM. Desandre (Théodore) 1842 65 38 Bisandol. 500 »\nM. Joliet (Léon), 1842 63 3o Paris 500 »\nM. Cabot (Charles) 1842 68 43 Paris 500 »\nM.André (Jérôme), 1842 64 23 Sèvres 500 »\nM. Birré (Armand) 1842 65 48 Bordeaux 500 »\nMme Viverge (Jeanne), 1842 64 37 Nice 500 »\nM. Camoin, 1842 72 20 Marseille 500 »\nM. Victor Delmary, 1842 64 39 Vassy 500 »\nM. Barbier-Beaumont, 1842 64 32 Paris • 500 »\nM. Godin, 1842 67 40 Paris 500 »\nA partir du ier juillet 1875.\nSociétaire de âge années de service\nM. Duprez, 1840 63 25 Paris 400 »\nM. Lesbros, 1840 65 45 Marseille 500 >»\nM. Berthier, 1842 62 43 Paris 500 »\nM. Wable, 1842 68 53 Bordeaux 300 »\nM. Kelm (Joseph), 1842 70 44 Paris 500 »\nM. Prilleux, 1843 60 37 Triel 500 »\nM. Billiard-Réal, 1843 61 43 Paris 500 »\nMlle Séfélie Lemaire, 1843 68 3o Paris 500 »"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "143", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.47", "texte": "VARIA\n\nL Association des artistes musiciens est moins riche. Toutefois, elle\ncomptait, au 3i décembre 1874, 52,985 fr.de rente, et voici quelques chiffres\nqui prouvent tout le bien tait aux sociétaires par cette institution toute\npaternelle.\nRÉSUMÉ SUR LES PENSIONS ET SECOURS AU lERIER JANVIER 187 5.\n92 Pensions a 300 27,600\n63 Pensions à 200 , 12,600\n21 Pensions à 180 3,780\n8 Pensions temporaires à des orphelins 1,140\n184 Pensions à servir en 1875. Total 45,120\nEn secours mutuels , 6,012\nTotal, 51.132\nL Association a créé, en i 853, au ier janvier 1875, tant en pensions\néteintes qu'en pensions actives, de droit et de secours, 425 pensions,\nayant coûté, avec les secours éventuels pendant la même période la somme\n732,279 fr. 2 3\nDe plus, elle a payé en frais judiciaires, inhumations\net dépenses de pharmacie 19,819 74\nTotal 752,098 fr. 97\nLe nombre des pensions de droit créées du ier juillet 1868 (date de la pre-\nmière création) au icr janvier 1875, est de DEUX CENT QUINZE.\n\nNOUVELLES\n\nARIS. Opéra. Mademoiselle d'Obigny-Derval, la fille du régisseur\ndu Gymnase, vient d'être engagée par M. Halanzier. On annonce\naussi 1 engagement de la ballerine mademoiselle Anna Buisseret.\nMademoiselle de Reszké vient de signer un engagement de trois ans.\nSes appointements sont portés au chiffre de 35,000 francs pour la première\nannée, 43,000 fr. pour la seconde, et 60,000 fr, pour la troisième, avec trois\nmois de congé par an.\nPar suite de la double indisposition de mesdemoiselles Bloch et Daram,\nle rôle de la reine d Uamlet a été chanté par mademoiselle Mauduit, et celui\nde la reine des Huguenots, par mademoiselle Moisset.\nLes décors de Faust sont prêts. Mais mademoiselle Baux, qui doit faire\nses débuts dans le rôle de Marguerite, étant enrhumée, la reprise de cet opéra\na été retardée. M. Gailhard prend son congé aujourd'hui, Faure ne rentrera\nque le i 5 septembre ; c'est probablement M. Bataille qui chantera Mephis-\ntophélès."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "144", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750801-01.1.48", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\nFropriétaire-Gérant : HEULH&2\nParis Alcan-Lévy, imprimeur breveté, rue de Latayette, 61.\n\nOn reparle aussi dQ Robert le Diable. Mademoiselle de Reszké y chante-\nrait successivement Isabelle et Alice.\nLe Comte Ory revient aussi à l'ordre du jour. C'est toujours le ténor\nVergnet qui est désigné pour chanter l'opéra de Rossini.\nMademoiselle Sangalli a quitté Paris. Elle reviendra au mois de février\nprochain pour créer le nouveau ballet Silvia de M. Léo Delibes,\nThéâtre-Lyrique. Comme nous lavions fait pressentir, c'est M. Arsène\nHoussaye qui est nommé directeur du Théâtre-Lyrique ; mais cette nomi-\nnation n'a pas encore paru au Journal officiel.\nOpéra-Comique. La réouverture de ce théâtre se fera avec la Clef d'or\nde M. Eugène Gautier.\nLes artistes de l'Opéra-Comique, qui ont donné en société quelques repré-\nsentations, à Enghien, vont partir pour le Havre.\nVariétés. Réouverture aujourd'hui avec le Manoir de Pictordu, musique\nde M. Serpette.\nLe 4 de ce mois, madame Peschard et M. Edouard Georges ont com-\nmencé leur tournée artistique, en créant, à Cabourg, un opéra comique en\nun acte, Au port, paroles de MM. J. Ruelle et Escudier, musique de M. Rey.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}