{"numero_id": "bm-bmtnabc-1875-08-15-01", "volume": "bmtnabc_1875-08-15_01", "ocr_sha256": "e955fb01e618c01ab09130115a4a72f8403d192a5d763d2c7c8a3b69aaf51907", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabc/issues/1875/08/15_01/bmtnabc_1875-08-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabc/issues/1875/08/15_01/bmtnabc_1875-08-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabc-1875-08-15-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-08-15_01#c001", "volume": "bmtnabc_1875-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "[145]", "page_fin": "154", "image_debut": 1, "image_fin": 10, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.2.1", "titre_corps": "LES CONCOURS DU CONSERVATOIRE", "titre_sommaire": "LES CONCOURS DU CONSERVATOIRE", "signature_source": "ARTHUR POUGIN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[145]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.1", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 735, "texte": "LES\nCONCOURS DU CONSERVATOIRE\n\nes concours du Conservatoire m'ont paru cette\nannée, pour les classes vocales comme pour les\nclasses instrumentales, présenter ce qu'on peut\nappeler une bonne moyenne; je les ai trouvés\nplus solides que brillants, et s'ils n'ont point\nmis en relief, comme cela arrive parfois, quel-\nques personnalités accusées, ils ont témoigné\nen faveur du niveau général des études, qui\nsemble très satisfaisant. Le public n'a pas eu\nl'ennui d'entendre, comme il se trouve trop souvent, des médiocrités\nlamentables, et, à bien peu d'exceptions près, 011 peut dire que tous les\nélèves présentés étaient vraiment dignes de concourir, et qu'aucun ne\nfaisait tache sur l'ensemble. D'ailleurs, en raison même de cette bonne"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "146", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.2", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2842, "texte": "moyenne dont on a pu se rendre compte, il est permis de croire que les\nélèves qui ont pris part aux épreuves de cette année et que nous retrou-\nverons dans un an, seront tout à fait formés, et que les prochains concours\nnous offriront un certain nombre de sujets excellents.\nQuelques observations peuvent ne pas être inutiles, avant d'entamer\nle compte-rendu détaillé de ces séances intéressantes. Tout d'abord, il\nest juste de remarquer que, en ce qui concerne les classes vocales, le\nchoix des morceaux est beaucoup meilleur, généralement, qu'il ne Tétait\nnaguère. Ainsi, Ton peut constater avec plaisir que dans le concours de\nchant proprement dit, la musique de Verdi, si fort en honneur il y a\nquelques années, au grand détriment du style et du goût, a fait place à\ndes œuvres plus saines, d'un caractère plus noble, plus pur et plus élevé.\nLes élèves chanteurs nous ont offert cette fois des airs de Joseph, du\nSiège de Corinthe, de S émir amis, & Orphée, du Pardon de Ploërmel,\ndes Huguenots, de Faust, du Prophète, du FreischutiïOberon, de\nla Dame blanche, et personne ne contestera sans doute que ceci ne soit\nmeilleur, au point de vue du vrai style musical, que des airs de la Tra-\nviata, du Trovatore, ou de Rigoletto (ici, je ne critique pas la valeur\ndes œuvres ; j'insiste simplement sur leur caractère relatif). La même\nobservation est applicable, à peu de chose près, aux concours d'opéra et\nd'opéra comique, et il me semble qu'il en faut féliciter tout à la fois la\ndirection du Conservatoire, les professeurs et les élèves.\nPar contre, je m'étonnerai qu'on s'obstine à choisir, pour les concours\nde piano, des morceaux pris dans les œuvres de Chopin. Chopin était\nassurément un grand maître, mais c'est un musicien absolument roman-\ntique, et il me semble que le Conservatoire doit être avant tout le gardien\njaloux, fidèle et vigilant des grandes traditions classiques. En tout état\nde cause, le choix de cette musique ne peut manquer d'être fâcheux à\nbeaucoup d'égards. Cette année, par exemple, on avait adopté le grand\nconcerto en mi mineur de Chopin pour le concours des classes féminines.\nEh bien, je me demande comment routes ces infortunées jeunes filles\nauraient pu s'y prendre pour déployer, dans ce morceau diabolique,\nautre chose que des qualités de virtuosité. Or, si le mécanisme est une\ndes conditions premières d'une bonne exécution, je suis d'avis qu'un\nstyle pur et quelque sentiment passionné ne sont pas tout à fait nuisibles\nà la valeur d'un artiste. Mais il se trouve justement que le concerto en\nquestion se compose uniquement d'un interminable déluge de notes,\nd'une foule de traits qui se succèdent sans la moindre interruption, et\nqu'il est impossible à l'être le mieux doué au point de vue de la passion\nd'y faire preuve de quelque sentiment ou de quelque tendresse, de mon-"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "147", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.3", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2762, "texte": "trer autre chose que l'agilité prestigieuse de ses doigts. D'autre part, et\nen ce qui concerne le style, voici ce qui arrive infailliblement : ou l'élève\na le sentiment du style particulier à Chopin, et alors il voudra exécuter\n1 œuvie comme elle doit 1 être, avec des altérations de mouvement inces-\nsantes, avec des libertés énormes dans l'interprétation; il aura alors le\nstyle de Chopin, et non le vrai style musical : ou bien il jouera la note\ntelle qu elle est écrite, dans un mouvement sec et régulier, sans se per-\nmettre aucune licence, aucune infraction à la mesure, et alors il jouera\nle morceau dans un style qui se rapprochera du style classique, mais\nqui sera la négation même de celui de Chopin. Il n'y a pas à sortir de\nlà, er cela est si vrai que j ai vu des élèves intelligentes, qui avaient voulu\nétudier le concerto comme elles le comprenaient, c'est-à-dire intelligem-\nment, et que leurs professeurs ont dû rappeler à la raison, sous ce pré-\ntexte qu au Conservatoire la musique de Chopin ne doit pas se jouer\ncomme il la faut jouer ailleurs. J'en reviens donc à mon dire, et je trouve\nque le comité des études a grand tort de choisir de tels morceaux de\nconcours. La bonne musique de piano, Dieu merci, n'est pas rare dans\nl'ordre classique, puisque les plus grands maîtres ont prodigué les chefs-\nd'œuvre pour cet instrument. Qu'on s'en tienne donc à Beethoven, à\nMozart, à Hummel, à Moschelès, à Weber, à Dussek, à Clementi, et\ntout sera beaucoup mieux.\nCeci dit, nous allons entrer dans l'examen raisonné des concours.\nLes épreuves vocales ont mis en présence trente-deux élèves des deux\nsexes, dont quatorze hommes et dix-huit femmes. De ces trente-deux\njeunes gens, qui tous ont pris part au concours de chant proprement dit,\nquatorze (sept pour chaque sexe) se sont montrés dans le concours\ndopéia comique* huit (quatre de chaque côté) dans celui d'opéra, et dix\nse sont abstenus sous ce rapport. Parmi les hommes, nous trouvons\ndaboid M. Couturier, qui a obtenu les deux premiers prix de chant et\nd opéia en chantant le bel air d'Hoël du Pardon de Ploëryyiel et en\njouant la grande scène des cartes de Charles VI. Elève de M. Roger,\nM. Couturier possède une belle voix de baryton chaude et vibrante, juste\net étendue ; il phrase avec intelligence, il a de la verve et de l'ampleur,\net tait preuve de sentiment. Il devra, par exemple, se défier d'un chevro-\ntement précoce, et travailler encore à assouplir sa vocalisation. Quant\naux qualités du comédien, il a encore à faire pour les acquérir. Néan-\nmoins, ce jeune homme, qui n'est âgé que de vingt-et-un ans, paraît\navoir un bel avenir devant lui, M. Caisso, qui est élève de M. Ro-\nmain Bussine pour le chant, a dit avec un goût véritable, mais avec"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "148", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.4", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2807, "texte": "une voix bien ténue, 1 air de 1 Orphée de Gluck Jai pet du mon Eurjr\ndice; le ténor voilé de M. Caisso est malheureusement sans accent et\nsans portée, sans couleur comme sans caractère. Cependant le jury lui a\ndécerné un second prix de chant, et deux jours après un second prix\nd'opéra comique pour la façon toute aimable dont il a joué une scène du\nTableau parlant, après avoir fort bien donné la réplique à quelques-uns\nde ses camarades, dans des fragments de 1 Eclair, du Caïd et des Diamants\nde la Couronne. M. Queulain, qui a obtenu un premier accessit de\nchant, un premier accessit dopéra et un second prix d'opéra comique,\nfera un excellent sujet scénique, en dépit de sa taille un peu exiguë. Ce\njeune homme est doué d'un beau baryton grave, corsé et caractérisé,\nbien timbré et d une bonne étendue. Comme chanteur, il a de 1 allure\ndans la phrase, de la chaleur dans le débit, de 1 accent, de la facilité,\npresque du style, de la grandeur et de la vaillance. Il a chanté en artiste,\nde façon à faire honneur à son maître, M. Grosset,le grand air du Siège\ni\nde Corinthe, dont il a merveilleusement exécuté les vocalises. Pour son\nconcours d'opéra, il a joué une scène de L aust, et pour 1 opéra comique,\nune scène du Toréador, en y montrant beaucoup d'intelligence et un\nbon sentiment scénique; si Ton ajoute à cela la façon charmante dont il\na chanté, dans une réplique, la partie de Falstaff dans le trio du premier\nacte du Songe dyune nuit d'été, on ne sera pas étonne de son succès. Si\nM. Queulain continue de travailler, il pourrait bien être le lion des\nprochains concours.\nM. Maire, qui a obtenu un second accessit de chant, me paraît avoir\nl'étoffe d'un artiste à venir. Sa voix de ténor est d'un joli timbre, cares-\nsante et très juste; elle est conduite avec goût, avec élégance, avec\nsobriété; enfin, le chanteur articule très bien, et trouve des nuances\nd'un effet charmant. M. Collin, un bon musicien, qui est premier\npiston à rOpéra-Comique, et qui ne demanderait pas mieux que de\nmonter de l'orchestre sur la scène, s'est vu décerner un second accessit de\nchant et un premier accessit d'opéra comique. Son baryton léger, gra-\ncieux et veloute, est dirige non sans gràcc, mais d une façon encoie\ninexoénmentee. NI. Collin, beaucoup a tiavaiilei encore, mais qui\na d heureuses dispositions, a gentiment dit une scène du Maître de cha-\nmelle. M. Demasy s'est fait attribuer un premier accessit de chant en\nfaisant entendre l'air des tombeaux de Lucie. Une voix de ténor qui ne\nmanque ni de force ni cie chaleur, un accent diamatique ties intense,\nplus de passion que de correction, une articulation pâteuse, tels sont les\nqualités et les défauts de ce jeune homme, en qui d ailleurs paraît résider\nle tempérament d'un artiste. Peut-être n'en dirai-je pas autant de"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "149", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.5", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2703, "texte": "M. Gally, malgré le second prix d'opéra que le jury a cru devoir lui\ndécerner. M. Gally possède une basse chantante superbe, ronde et puis-\nsante, sonore et juste, mais il ne sait ni chanter ni phraser; il pousse à\ntort et à travers, et ne connaît pas plus les éléments de l'art du chanteur\nque du comédien.\nParmi les élèves non couronnés je citerai M. Daydon, un baryton\ngrave, qui ne manque ni d'intelligence ni de quelque style, mais qui ne\nsait pas vocaliser, et dont la voix, encore mal posée, sort parfois de la\ngorge; M. Maris, qui est bien novice comme chanteur, mais qui, dans\nle concours d'opéra comique, n'a pas mal dit la scène du tambour-major\ndu Caïd, quoiqu'en forçant les effets plus que de raison; enfin,\nM. Roques, qui me semble avoir été oublié à tort par le jury, car sa\nvoix de baryton, franche et corsée, n'est pas mal posée; il articule avec\nnetteté, et ne manque ni de facilité ni de goût.\nDu côté des femmes, le sujet le plus remarquable est assurément ma-\ndemoiselle Vergin, qui, à côté d'un simple premier accessit de chant, a ob-\ntenu les deux seuls premiers prix d'opéra et d'opéra-comique. En ce qui\nconcerne son concours de chant, qu'elle a passé avec le grand air de Sémi-\nramis, voici les notos que je retrouve sur mon calepin, relativement à\nmademoiselle Vergin : « Vraie nature d'artiste; du goût, du style, du\nsentiment musical, bon phrasé, de jolies nuances; vocalisation quelque-\nfois bonne, mais qui a besoin d'être encore travaillée; en somme, très\nbonnes qualités, mais qui devront être perfectionnées. » Si je ne me suis\npas abusé sur la valeur de l'artiste, il me semble que cela méritait mieux\nqu'un premier accessit. Pour ce qui est du concours d'opéra, où made-\nmoiselle Vergin s'est montrée dans le second acte à'Hamlet, voici encore\nce que disent mes notes : «Bien en scène; de la passion, de la tendresse,\ndu goût, de jolies nuances et des détails charmants dans le chant; arti-\nculation excellente; il y a là de l'intelligence, et il y aura du talent ;\nmais, d'ailleurs étendue, la voix, excellente pour l'opéra comique, sera-\nt-elle suffisante pour l'opéra ?» Je crois qu'en effet mademoiselle Vergin\nsera mieux placée dans l'opéra comique que dans le drame lyrique ;\nmais pour cela il lui faudra apprendre à dire le dialogue et à modérer\nses gestes, car ces deux défauts ont été saillants dans la scène qu'elle a\ndite du Songe d'une nuit d'été ; elle n'en a pas moins bien chanté le duo\navec Olivia, la chanson de ou elle a montré de la crânerie et de\nl'élégance, et le trio. En résumé, je crois que mademoiselle Vergin a tout\nce qu'il faut pour faire une grande artiste, à la condition qu'elle ne croie\npas l'être déjà."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "150", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.6", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2822, "texte": "A côté d'elle, nous avons vu une jeune fille charmante et tout à fait\nbien douée, mais dans un ordre secondaire. Mademoiselle Bilbaut-\nVauchelet a les qualités requises pour faire une adorable Dugazon, mais sa\nvoix, comme son physique, lui interdira l'emploi des chanteuses légères.\nÉlégante et mignonne, gracieuse et jolie, mademoiselle Bilbaut-Vau-\nchelet, dont la physionomie enjouée rappelle les types Louis XV les plus\nheureux, semble un pastel de Latour descendu de son cadre. Cette jeune\npersonne, très souffrante, paraît-il, le jour du concours, n'a point semblé\ntellement supérieure qu'on n'ait été un peu étonné de lui voir attribuer\nl'unique premier prix de chant. Mais le jury a dû tenir compte de son\nindisposition, et il savait d'ailleurs à qui il avait affaire. Mademoiselle\nBilbaut-Vauchelet est une excellente musicienne, qui, à l'âge de neuf\nans, brillait dans les concerts en jouant du violon, qui joue aujourd'hui\nfort bien du piano, qui vient d'obtenir une première médaille de solfège,\net qui, enfin, est beaucoup supérieure, comme chanteuse, à ce que nous\nl'avons vue le jour du concours. Sa voix, d'ailleurs, est bonne, quoique\nun peu faible : elle a de l'agilité, et elle bat le trille avec une précision\nque nous n'avons retrouvée dans aucune autre élève. Après avoir été\nune première fois couronnée, mademoiselle Bilbaut-Vauchelet a obtenu\nun second prix d'opéra comique en disant d'une façon charmante, avec\ngrâce, avec esprit, avec aisance, avec gentillesse, une scène du Tableau\nparlant; j'ajouterai qu'elle avait donné deux excellentes répliques dans\nVEclair et dans le Maître de chapelle.\nL'air admirable de Marguerite des Huguenots, l'un des plus beaux à\ncoup sûr qui existent dans le style orné, après avoir valu le premier\nprix de chant à mademoiselle Vauchelet, a valu les deux seconds prix à\nmademoiselle Bilange et à mademoiselle Larochelle. A ne prendre que\nla séance du concours, je suis d'avis que cette dernière est celle qui l'a le\nmieux chanté; la voix de mademoiselle Larochelle est d'une bonne\nétendue, d'un beau métal et d'une rare égalité, et l'artiste joint àla\ngrâce, au goût, au style, une bonne articulation, une vocalisation souple\net brillante, et des nuances charmantes dans la demi-teinte. Quant à\nmademoiselle Bilange, son soprano est corsé et bien portant, sa vocali-\nsation est légère et fine, son exécution chaude et. colorée, mais elle a\nbesoin de surveiller la justesse de ses intonations, qui n'est pas toujours\nparfaite. Après avoir brillé dans le concours de chant, ces deux jeunes\nfilles ont complètement échoué dans celui d'opéra comique, où le jury\nne les a trouvées dignes d'aucune récompense. J'avoue, à mon regret,\nque je partage entièrement l'opinion du jury.\nMademoiselle Sauné, qui avait obtenu un second accessit de chant en"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "151", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.7", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2603, "texte": "disant d'une façon froide et un peu banale l'air de la Fille du Régi-\nment, a remporté un brillant premier accessit d'opéra comique en jouant\navec beaucoup d'intelligence et d'adresse, d'entrain et de sensibilité, une\nscène des Dragons de Villars, qu'elle a même chantée beaucoup mieux\nque son air de concours. Il y a certainement de l'avenir dans cette jeune\nfille. Mademoiselle Bâtard, Tunique contralto du concours, s'est vu\ndécerner un premier accessit de chant avec l'air du Prophète; cette\njeune personne a fait preuve de bonnes qualités d'ensemble : elle phrase\nsagement, sobrement, avec intelligence; quant à sa voix, dont le métal\nest splendide,, qui est belle, grasse, sonore et absolument juste, elle est\nd'une étendue de plus de deux octaves, car le la grave et le contre-itf\ndièze aigu sortent avec la plus grande facilité. Mademoiselle Bâtard a\néchoué dans le concours d'opéra, quoiqu'elle n'ait point mal dit la scène\ndu Miserere du Trouvère.\nJe citerai encore : Mademoiselle Lafont (deuxième accessit de chant),\nqui, dans Y air de la Reine de Saba, a fait remarquer une belle voix, de\nbelles qualités d'ensemble et d'étude, et' a déployé de la flamme et de la\npassion; Mademoiselle Fontaine (deuxième accessit d'opéra comique),\nqui a joué avec naturel et avec intelligence, d'une façon fort distinguée\net en véritable comédienne, une scène du premier acte des Diamants de\nla couronne, et dont la voix saine et franche, mais pas toujours très\njuste, avait brillé au concours de chant dans l'air d'Hamlet ; enfin,\nmademoiselle Regaudiat, une jeune fille mignonne, à la voix gentille et\nfrêle, qui semble spirituelle et intelligente, et qui a dit gentiment, mais\navec un peu de sécheresse, rair du Concert àla Cour.\nPassons maintenant aux classes instrumentales, en commençant par\nle piano.\nLe jury n'a pas cru devoir accorder aucun premier prix aux élèves\nmasculins. Je confesse que le jury m'a semblé sévère, et je crois qu'il\naurait pu en décerner un pour le moins. Estimons-nous heureux,\ncependant, qu'il ait jugé à propos de donner deux seconds prix, l'un à\nM. Dolmetsch, élève de M. Marmontel, l'autre àM. Dusautoy, élève\nde M. Mathias. M. Dolmetsch est déjà un artiste ; il a du style, de la\nvaillance et un excellent mécanisme, qualités qui ne sont point de trop\npour l'exécution de la première ballade de Chopin, morceau choisi pour\ne concours, et dont on connaît l'extrême difficulté; M. Dusautoy, lui\naussi, est un artiste déjà formé, dont le talent est fort remarquable, et\nqui s'est distingué par la netteté surprenante avec laquelle il a déchif-"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "152", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.8", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2744, "texte": "fré. Trois premiers accessits ont été adjugés à M. Rabaud, élève de\nM. Mathias, et à MM. Debussy et Lemoine, élèves de M. Marmontel.\nM. Rabaud a un jeu plein de finesse et de distinction ; le jeune Debussy\nest un bambin qui promet pour l'avenir un virtuose exceptionnel, et\nM. Lemoine fait preuve de solides qualités acquises Enfin, deux seconds\naccessits sont très justement échus à M. Mestres, élève de M. Marmon-\ntel, et à M. O'Kelly, élève de M. Mathias. Mais pourquoi n'a-t-on pas\njugé à propos d'encourager M. Thomai, qui avait passé un très bon\nconcours ?\nQuatorze jeunes gens s'étaient produits le matin. Trente-trois jeunes\nfilles se sont fait entendre dans l'après-midi ; ce qui faisait, étant donnée\nFépreuve de lecture à vue obligatoire pour chaque élève, un total de\nquatre-vingt-quatorze morceaux entendus dans cette seule journée.\nD'ailleurs, l'ensemble du concours féminin a été excellent, et même\nparmi les jeunes filles non couronnées, il s'en trouve de très méritantes,\net qui font regretter que le jury ne se soit pas montré plus généreux.\nDeux premiers prix seulement ont été décernés, l'un à mademoiselle\nlaravant, l'autre à mademoiselle Pottier» Mademoiselle Taravant a un\njoli son, des doigts solides et souples, une exécution colorée par d'heu-\nreux détails; mademoiselle Pottier a un jeu plus ferme que brillant, du\nson, un bon mécanisme, mais elle manque un peu de grâce et d'élé-\ngance, et n'est point sans quelque roideur; chez l'une comme chez\nl'autre, il y a encore absence de personnalité, d'originalité. Je regrette\nque mademoiselle Dandeville, qui avait obtenu un second prix l'an\npassé, n'ait pas été appelée à partager cette année le premier avec ses\ndeux compagnes ; si le jeu de cette jeune fille n'est pas encore complète-\nment en dehors, s'il n'atteint pas la perfection, du moins peut-on dire\nqu'elle a un son limpide et expansit, un mécanisme élégant et sûr, une\nexécution brillante et soignée, dans laquelle la grâce est unie à la vi-\ngueur. Assurément, mademoiselle Dandeville est une pianiste déjà for-\nmée, et qui mérite de sincères éloges.\nTrois seconds prix ont été attribués à mesdemoiselles Gentil, Chau-\nveau et Carrier-Belleuse. Mademoiselle Gentil, élève de madame Mas-\nsart, a des doigts excellents, du goût, de la finesse, du sentiment ; il y\naura certainement une artiste chez cette enfant, qui a merveilleusement\ndéchiffré, et avec un sens musical étonnant. Mademoiselle Chauveau,\nelle aussi, possède de très bonnes qualités, qui ne demandent qu'à être\ndéveloppées encore par un travail intelligent. Quant à mademoiselle\nCarrier-Belleuse, qui est élève de M. Delaborde, elle fait le plus grand\nhonneur à son professeur : un son limpide et pur, une exécution souple"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "153", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.9", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2683, "texte": "et colorée, un mécanisme parfait, une grande élégance dans le doigté et\ndans le phrasé, un style excellent, telles sont les qualités de cette jeune\npersonne, qui a obtenu un second prix à son premier concours,, et à qui\nune seule voix dans le jury a manqué pour le premier prix.\nLes premiers accessits sont échus à mesdemoiselles Mouzin, élève de\nM. Delaborde, Schmidt, élève de madame Massart, et Vizinet, élève de\nM. Delaborde. Mademoiselle Mouzin possède de bonnes qualités d'étude,\nqui ne laissent percer encore aucun sentiment individuel ; mademoi-\nselle Schmidt a un son moelleux et corsé, de bons doigts, et son exécu-\ntion, bonne dans son ensemble, quoique manquant un peu de brillant,\nn est pas sans quelques heureux détails ; mademoiselle Vizinet est une\nfillette de onze ans à peine, dont le gentil petit jeu, le joli petit son et la\ncrânerie aimable ont eu le plus grand succès auprès de l'auditoire.\nTrois seconds accessits ont été donnés à mesdemoiselles Perret, Miclos\net Lagoanère. J'ai surtout distingué mademoiselle Miclos, dont le jeu se\nfait remarquer par une grande netteté, de bons doigts, un son moelleux,\nde la grâce et de jolies nuances. « Quelques jeunes filles encore ont bien\nmérité du jury, qui cependant n'a pas cru devoir les récompenser; ce\nsont : Mademoiselle Demeyer, qui a de bons doigts, de l'éclat et de la\nvigueur ; mademoiselle Guintrange, dont le jeu est à la fois aimable et\nsolide, et qui paraît avoir de l'avenir ; mademoiselle Migette, en aui\nlon a remarqué un bon mécanisme, un jeu net, chaleureux et coloré ;\nmademoiselle Brzezicka, dont les qualités d'ensemble demandent encore\ndu développement, mais qui a du brio, d'excellents doigts, un bon sen-\ntiment musical, et qui surtout a fort bien déchiffré, avec crânerie, d'une\nfaçon originale, en donnant au morceau une allure toute particulière ;\nenfin, mademoiselle Halbronn, dont le jeu, bien jeune encore sans doute\net bien neuf au point de vue du style, n'est cependant point dépourvu\nd'élégance et de correction.\nNous arrivons aux concours d'instruments à cordes, et il nous faut\nconstater, en ce qui concerne le violoncelle, la fâcheuse impression qu'a\nproduite sur les artistes le premier prix décerné à mademoiselle Hille-\nmacher. Cette jeune personne possède assurément un mécanisme remar-\nquable, elle ne manque point de style, mais elle a joué faux d'un bout\nà l'autre de son concerto, et ceci est un vice redhibitoire qui ne devrait\npoint trouver grâce. Combien est supérieur M. Bruneau, qui manque\npeut-être un peu d'élan, mais qui est certainement un artiste, et dont le\nbeau son, le beau mécanisme, la belle justesse et le beau style ont fait"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "154", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.10", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1571, "texte": "merveille! M. Bruneau, qui avait eu précédemment le second prix, a\npourtant été dédaigné par le jury ! M. Farnow, qui a obtenu le second\nprix, a tait preuve de très bonnes qualités d'ensemble et d'acquis. Un\npremier et un second accessit ont été décernés à MM. Puzenat et Bob.\nMademoiselle Pommereul et M. Diaz-Albertini se sont partagé les\ndeux premiers prix de violon. Le jeu de mademoiselle Pommereul est\nmignon, élégant, assuré, non absolument supérieur, mais très fini et\ntrès délicat. M. Diaz-Albertini a montré de la grâce, son exécution est\nfine, l'archet est bien conduit, et l'ensemble ne laisse rien à désirer.\nL'unique second prix est échu à un jeune homme, M. Heymann, dans\nlequel il y a certainement l'étoffe d'un artistef M. Heymann, dont le\njeu est encore inégal et parfois incorrect, a néanmoins du feu, de la\ngrandeur, du style, un beau son et un archet superbe. J'en dirai\npresque autant de MM. Berthelier et Gibier, à qui ont été décernés les\npremiers accessits; l'un et l'autre se font remarquer par un tempéra-\nment rare, par des qualités à la fois solides et pleines d'éclat, par une\nexécution chaude et colorée. Enfin, deux seconds accessits ont été accor-\ndés à MM. Figueroa et Naegelin, qui les avaient bien mérités. Je citerai\nencore les noms de MM. Torthe, Bernis et Birbet, qui me semblent\ndignes d'encouragement, et qui promettent pour l'avenir.\nEn somme, et il faut le répéter, les concours de 1875 ont été satisfai-\nsants à beaucoup d'égards, et prouvent en faveur de l'enseignement du\nConservatoire.\n\nARTHUR POUGIN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-08-15-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-08-15_01#c005", "volume": "bmtnabc_1875-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "155", "page_fin": "162", "image_debut": 11, "image_fin": 18, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.2.2", "titre_corps": "PALMARÈS", "titre_sommaire": "PALMARÈS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 11, "page_imprimee": "155", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.11", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1229, "texte": "PALMARÈS\nDU CONSERVATOIRE DE MUSIQUE POUR L'ANNÉE 1875\nCONTRE-POINT ET FUGUE.\nJURY: MM. Ambroise Thomas (président), Barbereau, Benoist, Jules\n(,ohen, Charles Colin, Théodore Dubois, Henri Fissot, Massenet et\nPrumier.\n(14 concurrents.)\nPas de premier prix :\n2e prix : M. Mancini, élève de M. H. Reber.\nier accessit: Mlle Renaud, élève de M. F. Bazin; 2• accessit: M. Rousseau, élève\nde M. F. Bazin; M. Levêque, élève de M. H. Reber.\nHARMONIE.\nJURY: MM. Ambroise Thomas (président); Samuel David,\nLéo Delibes, Duprato,Emile Durand, C.Franck, GuiraudetMembrée.\n(12 concurrents.)\nier prix: M. Karren, élève de M. Th. Dubois.\n2e prix : M. Guilhaud et M. Blot, élèves de M. Aug. Savard.\nier accessit: M. Couture, élève de M. Th. Dubois; 2e accessit: M. Ravera, élève de\nM. A. Savard; M. Dechamps, élève de M. Th. Dubois.\nHARMONIE ET ACCOMPAGNEMENT,\nJURY: MM. Ambroise Thomas (président); Barthe,Ba\\ille> Charles\nColin, Th. Dubois, Fissot, Lecouppey, Paladilhe et Henri Potier.\nHommes. (7 concurrents.)\nier prix: M. Broutin, élève de M. Emile Durand; M. Blanc, élève\nde M. Duprato.\nPas de second prix.\nIe* accessit: M. Lemoine, élève de M. E. Durand ; ze accessit; M, Mestres, élève\nde M. Duprato; M» Falkenberg, élève de M, E. Durand,"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "156", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.12", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1968, "texte": "Femmes. (7 concurrentes.)\nier prix : MllO Guinard, élève de M. Ed. Batiste; Mn« Genty, élève de\nMme Dufresne.\n2e prix: Mlle Papot, élève de Mme Dufresne.\nier accessit: Mlle Cotta, élève de M. Ed. Batiste; 2e accessit; Mlle Galliata, élève de\nMme Dufresne.\nSOLFEGE.\nJURY: MM. Ambroise Thomas (président); Charles Colin, Émile\nDurand, Moulin, G. Pfeiffer, C.Prumier, H. Salomon, Aug. Savard\net Wekerlin.\nHommes. (36 concurrents.)\nire médaillé : M. Destefani, élève de M. Lavignac ; M. Piffaretti,\nélève de M. N. Alkan; Schwartz, élève de M. Marmontel fils ; M. Caron,\nélève de M. N. Alkan; M. Marty, élève de M. Gillette; M. Sabloo,\nélève de M. N. Alkan.\n?.e médaille : M. Debussy, M. Vasseur, M. Grand-Jany, M. O'Kelly,\nélèves de M. Lavignac.\n3e médaille : M. Sujol, élève de M. Gillette ; M. Mathé, élève de\nM. N. Alkan; M. Etesse, élève de M. Rougnon; M. Kaiser,, élève de\nM. N. Alkan.\nFemmes. (62 concurrentes.)\nire médaille : Mlle Maillochon, élève de Mlle Donne; Mlle Chrétien,\nM,le Barreau, élèves de M, Le Bel; Mile Archainbaud, élève de Mme De-\nvrainne ; Mlle Thuillier, élève de M. Le Bel ; Mlle Rousseau, M,le Potel,\nélèves de Mlle Roulle ; Mlle Prat, élève de M. Le Bel.\n2e médaille : Mlle Ramat, élève de Mlle Donne; Mlle Holsmann,\nMlle Lévy, élèves de Mlle Hardouin ; Mlle Prestat, élève de M. Dessi-\nrier ; Mlle Klin, Mlle Erster, élèves de M. Le Bel; Mlle Gonzalès, élève\nde Mlle Roulle.\n3e médaille : Mlle Molard} élève de Mlle Donne; Mlle Haincelain, élève\nde Mme Devrainne ; Mlle Coutelot, élève de de Mlle Hardouin ; Mlle Mi-\nneur, élève de Mlle Mercié-Porte ; Mlle Lefrançois, élève de Mlle Roulle ;\nMlle Lizeray, Ml,e Stambach, élèves de Mme Devrainne ; Mlle Chandelier,\nélève de M. Le Bel; Mlls Hubbard, Mllede Larriba, élèves de Mlle Roulle.\nSOLFEGE.\nClasse spéciale pour les chanteurs.\nJURY: MM. Ambroise Thomas (président); Napoléon Alkan, Boiel-\ndieu\\ Oscar Comettant, Lavignac, Marmontel, Pessard, Valenti et\nVervoitte."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "157", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.13", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 1555, "texte": "Hommes. (i 3 concurrents.)\nilO médaille :M. Roques, élève de M. Danhauser.\n2e médaille : M. Maris, élève de M. Danhauser.\n3e médaille : M. Maire, élève de M. Rougnon.\nFemmes. (21 concurrentes.)\nire médaille : Mlle Gélabert, élève de M. Duvernoy ; Mlle Laferrière,\nélève de M. Mouzin.\n2e médaille : Mlles Boulard, Ploux (Edith), élèves de M. Mouzin.\n3e médaille : Grard, Regaudiat, Puisais, élèves de M. Mouzin.\nCHANT.\nJURY : MM. Ambroise Thomas (président); Charles Gounod, Fran-\nçois (membres de l'lnstitut); Ernest Semet, Bonne-\nhée, Wartel, Wekerlin, Eugène Gautier.\nHommes. (14 concurrents.)\ni 1 prix :M. Couturier, élève de M. Roger.\n2e prix : M. Caisso, élève de M. Romain Bussine.\nler accessit :M. Queulain, élève de M. Grosset ;M. Demasy, élève de M. E. Bou-\nlanger ;2e accessit :M. Maire, élève de M, Saint-Yves Bax; M. Collin, ' élève de\nM. R. Bussine.\nFemmes. (18 concurrentes.)\nier prix : Mlle Bilbaut-Vauchelet, élève de M. Bax.\n2\" prix : Mlle Bilange, élève de M. Roger; Mlle Larochelle, élève de\nM. Grosset.\niCr accessit : Mllc Bâtard, élève de M. Boulanger; Mlic Vergin, élève de M. Henri\nPotier; 2E accessit : M 1 Puisais, élève DE MME Viardot ; M»e Sauné, élève de M. Ro-\nger ; Mlle Lafont, élève de M. Saint-Yves Bax.\nDECLAMATION LYRIQUE.\nOPÉRA,\nJURY: MM. Ambroise Thomas (président),\nF. membres de Vlnstitut, A.\nGeorges, Eugène Gautier, Membrée\n(8 concurrents. 4 hommes et 4 femmes.)\nProfesseur: M. ISMAEL.\nPRIX DES ÉLÈVES HOMMES.\nler prix: M. Couturier,\n2e prix: M. Gally.\nier accessit: M. Queulain."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "158", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.14", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1531, "texte": "PRIX DES ÉLÈVES FEMMES.\nlerIer prix: Mlle Vergin.\nOPÉRA COMIQUE.\nJURY: MM. Ambroise Thomas (président) ; A. de Beauplan, chef du\nbureau des théâtres, Charles Gounod, François Ba\\in, membres de\nVlnstitut, Eugène Gautier, dfe Saint-Georges, C. du Locle, Ernest\nBoulanger, A» Boieldieu.\n(Concurrents : 7 hommes, 7 femmes ; 11 scènes.)\nPRIX DES ÉLÈVES HOMMES.\nPas de premier prix.\n2« prix : M. Caisso, élève de M, Charles Ponchard; M.\nélève de M. Mocker.\ni«r accessit: M. Gollin, élève de M. Charles Ponchard; 2e accessit: M. Furst, élève\nde M. Mocker.\nPRIX DES ÉLÈVES FEMMES.\nlERIER prix: Mlle Vergin, élève de M. Mocker.\n2e prix: Mlle Bilbaut-Vauchelet, élève de M. Ponchard.\nicr accessit: Mlle Sauné, élève de M. Mocker; 2e accessit: Mlle Fontaine, élève de\nM. Ponchard.\nORGUE.\nJURY : MM. Ambroise Thomas (président) ; Benoist, Babille, Jules\nCohen, Colin, Flwart, Fissot, Guilmant et Widor.\n(6 concurrents.)\nProfesseur : M. C. FRANCK.\nPas de prix.\nler accessit : M.Rousseau, M. Verschneider, M. d'lndy ;2e accessit : Mllc Renaud.\nPIANO.\nJURY : MM. Ambroise Thomas (président); Besofôi, Jules Cohen,\nAlphonse Duvernoy, Fissot, Guiraud, Massenet7 Paladilhe et Georges\nPfeiffer.\nHommes. (14 concurrents.)\nPremière ballade de Chopin.\nPas de premier prix.\n2e prix : M. Dolmetsch, élève de M. Marmontel ; M. Dusautoy,\nélève de M. Mathias.\nier accessit :M. Rabeau, élève de M. Mathias ; MM. Debussy, Lemoine, élèves de\nM; Marmontel ; 2e accessit : MM. Mestres, élève de M» Marmontel ; O. Kelly, élève\nde M» Mathias*"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "159", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.15", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 1812, "texte": "Femmes. (33 concurrentes.)\nPremier morceau du deuxième concerto en fa mineur de Chopin.\nier prix : Mlles Taravant, Pottier, élèves de M. Lecouppey.\n2e prix : Mlle Gentil, élève de Mme Massart \\ Mlle Chauveau, élève de\nM. Lecouppey; M,le Carrier-Belleuse, élève de M. Delaborde.\nlerIer accessit : Mlle Mouzin, élève de M. Delaborde ; Mlle Schmidt, élève de Mme Mas-\nsart ; Mlle Visinet, élève de M. Delaborde; 2e accessit : Mlles Perrey, Miclos7 Lagoa-\nnère, élèves de Mme Massart.\nÉTUDE DU CLAVIER.\nJURY : MM. Ambroise Thomas (président) ; Alkan (N.), Baillot,\nFissot, Marmontel, Mathias, Neustedt, Pfeijffer, Potier.\n(6 Hommes, 33 Femmes. 39 Concurrents.)\nPremier morceau du concerto en Ut # mineur de Riès.\nilc médaille : Mlle Mége, élève de M. Chéné ; Mlles Barreau, Maillo-\nchon et Givry, élèves de Mme Emile Rety ; Mlle Plé, élève de Mm* Tar-\npet; Mtle Hunger, élève de Mme Chéné; MUe Germain, élève de Mme Rety.\n2e médaille : Mlle Lizeray, élève de Mme Tarpet; Mlle Colombier,\nélève de Mme Chéné; Mlles Chrétien et Chandelier, élèves de Mme Rety ;\nMUes Desmazes et Baluze,, élèves de Mme Chéné ;M. Piffaretti, élève de\nM. Decombes.\n3e médaille : Miles Poiraux et Cœur, élèves de Mme Tarpet; Mlles Cour-\ntaux et Collin, élèves de Mme E. Rety ; Mlle Maurice, élève de Mme Chéné ;\nMUe Kin, élève de Mme E. Rety ;M. Roger, élève de M. Anthiome.\nHARPE.\nJURY : MM. Ambroise Thomas (président); Samuel David,\nLéo Delibes, Duprato, Emile Durand, C. Franck, Guiraud et\nMembrée.\nProfesseur : M. C. PRUMIER.\n(3 concurrents.)\nTroisième fantaisie de M. C. Prumier.\nPas de premier prix.\n2e prix : M. Boussagol.\nPas de premier accessit; 2e accessit : Mllc Smittw\nVIOLON.\nJURY : MM> Ambroise Thomas (président), DeldevePasdeloup,\nChaine, Colonne, Lamoureux, Lasserre, Lebouc et Sarasate."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "160", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.16", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1276, "texte": "(22 concurrents.)1\n19e concerto (Lettre G.) de Kreutzer.\nier prix : Mllc Pommereul et M. Diaz-Albertini, élèves de M. Alard.\n2e prix :M. Heymann, élève de M. Alard.\ni°r accessit : M. Berthelier, élève de M. Massart et, M. Gibier, élève de M. Sauzay\n2E accessit :M. Figueroa, élève de M. Alard et M. Naegelin, élève de M. Massart.\nVIOLONCELLE.\nMême Jury.\n(8 concurrents.)\nSixième concerto de Romberg\nlERIER prix : Mlle Hillemacher, élève de M. Franchomme.\n2e prix : M.Farnow, élève de M. Chevillard.\nier accessit :M. Puzenat, élève de M, Franchomme.\n2e accessit :M. Boh, élève de M. Franchomme.\nCONTREBASSE.\nJURY : MM. Ambroise Thomas (président); François Ernest\nAltès, Chevillard, Deloffre, Franchomme. Lamoureux, Rabaud et\nVerrimst.\nProfesseur : M. LABRO.\n(5 concurrents.)\nHuitième concertino en Ré majeur de Labro.\nier prix: M. Bernard.\n2e prix :M. Florus (Gérard).\nler accessit : MM. Charon et Morel 2E accessit: M. Goldstein.\nINSTRUMENTS A VENT.\nJURY: MM. Ambroise Thomas (président); Baillot, Léo Delibes,\nLamoureux, Pasdeloup, Paulus, Rose, Rousselot et Taffanel.\nFLUTE.\nProfesseur: M. Henry ALTÈS.\n(8 concurrents.)\nQuatrième solo à?Altès en La majeur.\nier prix: M. Bertram.\nPas de second prix.\nlERIER accessit: M. Michel; 2E accessit: M. Brunot."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "161", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.17", "debut_caractere": 43, "fin_caractere_exclue": 736, "texte": "HAUTBOIS.\nProfesseur : M. Charles COLIN.\n(7 concurrents.)\nTroisième solo de Ch. Colin.\nicr prix: M. Boullard.\n20 prix : MM. Balbreck et Silenne.\ni«r accessit: M. Kelsen; 2« accessit: M. Etesse.\nCLARINETTE.\nProfesseur: M. A. LEROY.\n(6 concurrents.)\nOnzième\nlERIER prix : M. Bourdin.\n2« prix : M. Mimart.\naccessit; M. Perpignan; 2' accessit: M. Taffin.\nBASSON.\nProfesseur: M. JANCOURT\n(3 concurrents.)\nAdagio et finale\nler prix : M. Jacot.\n2e prix: M. Philibert.\ni«r accessit: M. Canneva.\nCOR.\nProfesseur: M. MOHR.\n(4 concurrents.)\nSolo de Mohr.\nierprix: M. Bonvoust.\nPas de second prix.\n1\" accessit: M. Penable.\nCORNET A PISTONS.\nProfesseur: M. MAURT.\n(5 concurrents.)\ni\"\ni*r prix: M. Jaussaud."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "162", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.18", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 362, "texte": "2e prix : M. Galipeau.\ni«r accessit: M. Franquin; 2• accessit: M. Dervaux.\nTROMPETTE.\nProfesseur: M. CERCLIER.\n(5 concurrents.)\nFantaisie de Cerclier.\nPas de prix.\nPas de i*r accessit; 2« accessit : M. Craisté.\nTROMBONE.\nProfesseur: M. DELISSË.\n(3 concurrents.)\nSolo de concours par Demersseman.\nier prix: M. Blachère.\n2* prix: M, Pothier."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-08-15-01-c008", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-08-15_01#c008", "volume": "bmtnabc_1875-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "163", "page_fin": "170", "image_debut": 19, "image_fin": 26, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.2.3", "titre_corps": "ROSSINI, BEETHOVEN", "titre_sommaire": "ROSSINI, BEETHOVEN", "signature_source": "LOUIS LACOMBE", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 19, "page_imprimee": "163", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.19", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1695, "texte": "ROSSINI, BEETHOVEN\nET L'ÉCOLE ITALIENNE CONTEMPORAINE\n\n(I)\nA vie de Rossini explique son œuvre. Au début de sa\ncarrière, le futur maître renonce volontairement à ter-\nminer ses études. Ce qu'il ne sait pas, il le demande\nà l'expérience, à la pratique. Il préfère le plaisir au\ntravail; il compose en courant. Les femmes lui plai-\nsent parce qu'elles l'amusent (2); il n'en aime aucune.\nne prend ni ne sent la passion terrible qui éclaire et brûle comme le\nsoleil; il ne sonde pas ce gouffre : l'amour. Il est à peine voluptueux.\nPeu enclin à observer, il exprime moins la réalité que les apparences.\nIl a beaucoup d'esprit, beaucoup de finesse, des mots heureux; les\n\n(1) Voir le numéro du icr août,\n(2) « Les grandes dames se l'arrachaient; la Ma... (a), cantatrice bouffe alors dans\nla fleur de la jeunesse, du talent et de la beauté, l'enleva aux grandes dames, et,\npour ne pas être en reste avec lui; elle lui sacrifia, dit-on, stoïquement le prince\nLucien Bonaparte, jusqu'au moment où la plus jolie, et jusqu'alors la plus vertueuse\nfemme de la Lombardie, l'enleva à son tour à la Ma..., jusqu'au moment... Je n'en\nfinirais pas si je voulais parcourir cette longue filière de triomphes que traversa\nvainement le mariage, qui se poursuivirent jusqu'en ces derniers temps,» ceci fut\nécrit vers iBso «et 11e s'arrêtèrent qu'à l'original de Judith dans le beau tableau\nde M, Horace Vernet. » Notice déjà citée.\n(a) Il s'agit sans doute de Marietta Marcolini. Rossini composa pour elle YEquivoca\nstravaganta (Bologne, 1811. —il était alors âgé de dix-neuf ans,— la Pietra ciel\nParagone (Milan, 1812), Yltaliana in Algeri (Venise, iBi3j. Marietta Marcolini\nexcellait en effet dans l'opéra buffa."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "164", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.20", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2647, "texte": "théâtres et les cœurs s'ouvrent partout pour lui ; il vole de fête en fête;\nil change à la fois de ville et de maîtresse. Mais il lui taut de l'argent\npour mener cette joyeuse existence. Rien de plus facile. Il écrit deux\nou trois opéras en quelques mois, et sa prodigieuse fécondité n'est\njamais en défaut. En 18 13 ,il broche : II Figlio per atfardo, Tan-\ncrède, Vltaliana in Algeri;en 1814,\nin Italia; en 1816, outre Torvaldo e Dorlisca, il fabrique un Othello\nquelconque, et, enfin, la même année, il taille sa plume et donne le\nBarbier, une merveille. Excepté dans ce dernier ouvrage et dans la pre-\nmière moitié de Guillaume Tell.,Rossini prodigue les mélodies au\nhasard; il les répand çà et là au mépris de la situation, des person-\nnages, des paroles. Coloriste brillant, il se trompe sur l'emploi des cou-\nleurs; il ne s'inquiète point de l'expression juste, il ne se soucie point\nde la vérité dramatique. La pensée lui manque-t-elle? Il la remplace par\ndes traits dont on ne voit pas la portée. Il galoppe dans le faux ou dans\nle vide avec une hardiesse qui lui fait pardonner ses erreurs ; c'est en\nsomme un beau cavalier, et il est superbe en selle; aussi applaudit-on\njusqu'à ses plus étranges sorties contre la raison, le bon sens et le vrai.\nRossini porle à son père un attachement sincère, et cet attachement\nlui inspirera plus tard, au deuxième acte de 2 t'//, cette page si\nsentie, si noblement éloquente :\nSes jours qu'ils ont\nJe ne les ai pas défendus.\nRossini, qui a plutôt pour domaine le magnifique que le sublime (1),\njette sans regret dans un coin ses lauriers et sa pourpre pour courir les\naventures une couronne de roses au front, une marotte à la main, un\nfifre aux dents. Toujours gai, toujours aimable, toujours fécond, il\nchante à Venise, à Rome, à Milan, à Naples, l'insouciante chanson du\nplaisir. C'est le plaisir qui se cache dans la tombe de Ninus, deiricre\nOthello étouffant Desdémone, derrière Maometto secondo ; c'est encore\nlui qui conduit Moïse en Egypte et lui fait traverser la mer Rouge ; il\n\n(i) Un fanatique de Rossini, P. Scudo, paraît avoir entrevu cette vérité, car il\ns'exprime ainsi dans un livre publié en i 852 chez Victor Lecou sous ce titre : Cri-\ntique et littérature musicales : «On sent que la gaîté de Rossini est fiévreuse et\nmenaçante; il est à Cimarosa ce que Beaumarchais est à Molière, plus mordant\nque vrai, plus brillant que profond (a); et en écoutant cette musique qui vous monte\nà l'esprit comme une liqueur chargée de gaz, on comprend que 1 auteur est né dans\nun temps de troubles et de tempêtes... »\n(a) Ces phrases ne sont pas soulignées dans le texte»"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "165", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.21", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2781, "texte": "tutoie Zelmira, il chiffonne la donna de Lago, il fait des niches à la Cene-\nrentola, il travestit Armide. Oui, oui ! le plaisir, ce joli oiseau de pas-\nsage, lance sa roulade dans toutes ces brillantes partitions ; il met un\nmasque à Sémiramis, un domino au jeune Arnold, gazouillant un duo\navec Mathilde et dit, en accompagnant ses paroles d'une gambade :\n« Nous jouons la comédie, après tout ; notre objet est de divertir la\nfoule, et chacun sait aussi bien que moi que ceci est un spectacle, »\nPourtant Rossini reprend sa pourpre et ses lauriers; sa figure, bellelors-\nqu'elle devient sérieuse, apparaît au-dessus des nuages, sa face rayonne\ncomme un astre, on le regarde avec admiration: les fines lèvres du maître\ns'entr'ouvrent, sa voix éclate, et ces mots retentissent à travers 1 espace :\naJe suis grand quand je veux! » Puis il ajoute en riant : « Mais cela\nm'ennuie. » Et pendant que vous le cherchez encore dans le ciel où son\nimage s'efface, il passe auprès de vous au bras du scepticisme, oubliant\nque l'art est une affirmation.\nIl considère les libretti qu'il met en musique comme des cadres où le\nmusicien est libre de faire entrer ce qu'il veut. Que l'auteur le mène en\nEgypte, en Assyrie, en Grèce ou en Chine, peu lui importe! Que le\npoète lui fournisse tel ou tel type, ça lui est égal ! Il ne s'inquiète pas de\nconserver leurs physionomies particulières aux siècles, aux milieux, aux\ncaractères. Ainsi que Voltaire, avec lequel il a plus d'un point de contact,\nil déteint sur ses personnages : Sémiramis, Assur, Desdémone, Mahomet,\nFigaro, Arnold sont autant de petits Rossini. On voit par la combien\nest erronée la comparaison qu'on a voulu établir entre Rossini et\nMozart. Ce que Mozart respectait profondément, Rossini le dédaignait.\nTout est vrai dans Don Juan, tout n'est pas vrai dans Guillaume Tell.\nMozart tient compte de la vérité dramatique, Rossini sen moque;\nMozart est maître dans toutes les parties de son art; Rossini, non.\nJoacchino se contente de l'inspiration et de ce qu'il apprend chemin\nfaisant ; Wolfgang joint à l'inspiration une science réelle.\nFortement caractérisé, le génie rossinien pèche par la tenue. Il allie\ndans le même morceau le trivial au sublime sans que cette disparate soit\nvoulue ou motivée. S'il introduit le grandiose dans le bouffe avec un\nbonheur sans égal, il laisse se glisser dans Y opéra séria des phrases, des\nmorceaux qui ne seraient pas déplacés dans le Turc en Italie ou dans\nVltalienne à Alger.\nL'ampleur des formes, l'abondance des idées mélodiques, auxquelles\ns'ajoute parfois le piquant des harmonies, la largeur du style, la grandeur\nde certaines scènes éparses dans plusieurs ouvrages, notamment le final\nde Moïse et, dans le Siège de Corinthe, la fameuse bénédiction des dra-"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "166", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.22", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2843, "texte": "peaux, une franche et spirituelle maestria, un intarissable brio, une\nsomptueuse originalité, voilà ce que j'admire sans restriction chez le\ncompositeur extraordinaire qui m'emporte d'un coup d'aile en plein azur\net subitement, s'abattant sur la terre, entre dans un lieu public pour\nm'offrir un sorbet ou un verre de limonade.\nLes beautés de la nature charmèrent Rossini; pourtant elles n'éveillè-\nrent en lui que des impressions; elles ne lui suggérèrent pas des vues\ntranscendantales ; il en saisit, il en aima surtout le côté pittoresque, ex-\ntérieur, aimable : les splendeurs des sommets neigeux, les bruits des\navalanches, les bords du torrent, les monts d'où tombent avec fracas les\ncascades retentissantes, les forêts escaladant les rochers ou les montagnes,\ntout cela lui plut sans lui ouvrir des horizons divins, sans le conduire\nà une contemplation plus haute. Il ne quitte pas le monde visible,\nil se tient dans les limites de son domaine, le globe; il subit patiemment\nson milieu. Né pour chanter, il chante, sans se demander sur quels prin-\ncipes l'art repose; il accepte l'existence telle que les circonstances la lui\nfont; il ne se sent aucun goût pour les luttes héroïques où le penseur\nrenouvelle ses forces et les décuple. Enfant de l'ltalie asservie, il pousse\nà l'occasion un cri qui s'éteint promptement dans un éclat de rire, et il\ndonne à ses ailes juste assez d'envergure pour que leur battement s'en-\ntende par toute la terre. Au demeurant, je l'ai dit et je le maintiens, il\nest le chantre du plaisir. Je ne lui en fais pas un crime, je le constate.\nCe Titan ne voulut pas être un Frométhée. Il se chauffe de loin au feu\ndu ciel, qu'il ne se soucie point de dérober, et il soustrait prudemment\nses flancs au vautour. Dès qu'il sort du champ de la fantaisie et de l'ima-\ngination pour aborder le drame, il se heurte contre une foule d'éléments\nqu'il n'a pas étudiés, qu'il connaît imparfaitement ou qu'il ne connaît\npoint* Il ne fouille pas l'histoire, il ne demande rien à la philosophie, la\nreligion le laisse indifférent, il ne creuse pas ses sujets, il interroge su-\nperficiellement le coeur humain, il n'entend rien à l'amour. Aussi, la\nrévolution dramatique opérée par Rossini fut-elle exclusivement musi-\ncale; aussi reste-t-il au-dessous du souffle infini qui caresse les Gluck et\nles Beethoven sans l'effleurer. L'illustre maestro n'aimait pas qu'on\nlouât devant lui ces hommes gigantesques, en qui il sentait instinctive-\nment une puissance supérieure à la sienne. Il constatait en eux une\nénergie secrète, une conscience rigoureuse, un talent, une conviction qui\nFinquiétaient. Il comprenait vaguement que ces artistes ont tous mis de\nleur chair et de leur sang dans leurs créations d'où toute formule banale,\ntoute vaine apparence est soigneusement bannie et où le spectateur, l'au-"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "167", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.23", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2778, "texte": "diteur retrouvent l'homme avec ses douleurs ses joies passa-\ngères, ses aspirations indestructibles.\nRossini sera longtemps le premier des compositeurs qui croient ou\ncroiront pouvoir arriver au rang suprême et s'y maintenir par l'inspira-\ntion seule. Son influence en Italie, en France, en Allemagne, tut\nconsidérable, tyrannique, irrésistible; aucun des maîtres venus après\nlui ne s'est entièrement soustrait à cette influence. On a abusé des longs\nmorceaux d'ensemble où les acteurs animés de sentiments divers chan-\ntent pourtant à tour de rôle le même motil ; on a abusé des redites, des\nroulades, des ornements déplacés, des formules, du crescendo, des cui-\nvres, de la grosse caisse et des cymbales ; les accompagnements tombèrent\nbientôt dans la banalité; on n'eut aucun respect pour la déclamation,\npour Faccent vrai, pour la prosodie ; sous prétexte que Rossini s'était\ntiré d'affaire à force de sève, on s'imagina que les études les moins indis-\npensables étaient devenues inutiles, et le premier venu se mit à abattre\ndes opéras presque sans y songer. On vit arriver des musicailleurs qui\ndéshonorèrent l'art; une cohue sans nom envahit les théâtres d Italie où\nbrillèrent comme des étoiles de première grandeur les Bellini, les Doni-\nzetti, les Carafa, les Ricci e tutti quanti.\nBien qu'il eût doté l'art de formes nouvelles magistralement dévelop-\npées ; bien qu'il eût défriché son champ et affirmé sa luxuriante indivi-\ndualité, Rossini donna le signal de cette déplorable décadence qui faillit\ndétruire en Europe le sentiment du Beau.\nAujourd'hui, Rossini appartient à l'histoire; ses actes, son système\nmusical, son oeuvre, peuvent et doivent etre discutés sévèrement. Oui,\nsévèrement. Une voix, celle de la conscience, criait à Gain .« Qu as-\ntu fait de ton frère ? » La même voix a pu crier à Rossini : « Qu'as-tu\nfait de ton génie ? As-tu travaillé avec persévérance à son éclosion ? L as-\ntu développé par la méditation ? A l'église, le sentiment chrétien t a-t-il\ninspiré ? Au théâtre, as-tu tenu compte des temps, des faits, des situa-\ntions, des caractères ? N'as-tu pas jeté le même vêtement pailleté, bril-\nlant, léger, sur toutes choses, te jotiant ainsi du sens dramatique et en-\nluminant les images les plus diverses des memes couleurs éclatantes ?\nMis-tu ton talent de niveau avec ton intelligence? L'or que tu nous\njetais n'était-il pas mélangé de clinquant ? Rossini! Rossini I la postérité\nte reprochera de n'avoir pas pris la vie au sérieux, de t être attardé aux\njouissances passagères et d'avoir paré de colifichets la beauté suprême. »\nJe puis dès à présent résumer ainsi les différentes propositions émises\ndans le cours de ce fragment d'étude.\nLa pensée ne souffre aucune contrainte ; elle s'étiole dans certains"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "168", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.24", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2724, "texte": "milieux ; elle veut l'air, le grand-jour, l'espace; l'esclavage la tue, le\ndespotisme la matérialise, le faux la rend ridicule, la convention l'ar-\nrête et la glace; non unie au talent, elle demeure inféconde. L'ar-\ntiste qui ne se rattache par aucun lien à l'infini, que le présent seul\ncaptive, qui ne songe pas à l'avenir, que les questions religieuses,\npolitiques, philosophiques laissent indifférent, qui néglige de s ap-\npuyer sur les principes moraux imposés à l'humanité par la foi, par\nla raison, par la justice, et qui se confine dans son moi, pourra éblouir\nson siècle, il ne le fera pas avancer. Pourquoi ? Parce qu'il n'apporte pas\navec son individualité, si riche qu'on la suppose, un idéal supérieur ;\ncet artiste-là ne relève que de son désir, il n'a d'autre guide que son\npenchant, il est de la race des maîtres qui ne contiennent pas tout\nl'homme.\nJe méprisé également l'apothéose et le pamphlet ; le détracteur m'ins-\npire du dégoût, 1 apologiste excite mon dédain * je cherche la vérité à\ntraveis leurs mensonges respectifs, et quand je crois la découvrir, je la\ndis simplement, car c'est d'elle seule que je me soucie. Cependant, et\nmalgré la loyauté de mes appréciations, je vais soulever, je le sais, une\nmultitude de récriminations : je porte atteinte à des intérêts, je blesse\ndes amours-propres, j'effarouche des habitudes ; on criera à la profana-\ntion, à la partialité ; ceux même qui comprendront parfaitement mes\nrestrictions, mes observations, feindront hypocritement de ne pas me\ncomprendre. Qu'y puis-je ? Rien, hélas! Mais ceux qui ont quelque\nnotion de mon caractère se souviendront, sans que j'aie besoin de le\nleui rappeler, que la parole, chez moi, est l'expression aussi scrupuleu-\nsement exacte que possible de ma pensée.\nUn rapprochement suffira pour édifier le lecteur sur le plue ou le\nmoins de justesse de mes jugements, et ce rapprochement est tout entier\ndans deux noms : Rossini, Beethoven. Certes, il serait absurde, scan-\ndaleux, extravagant, de comparer Rossini à Beethoven. —Vraiment?\nVous allez voir.\nBeethoven aimait Dieu, l'art et son prochain plus que lui-même. Tou-\njours prêt à sacrifier son bien-être à ses convictions, il marchait droit\ndans la vie * il n'accordait aucune lâche concession aux jouissances et\naux intérêts matériels ; ses actes obéissaient à ses principes ; il mettait\nen pratique les préceptes de la plus rigoureuse morale ; lecteur assidu de\nPlaton, partisan de la Révolution française, républicain sincère, il ad-\nmira Bonaparte, le croyant un libérateur; il détesta Napoléon, le ju-\ngeant un despote ; il vit dans l'homme du 18 brumaire un second Oreste\nqui, lui aussi, tua sa mère. Il avait dédié la symphonie héroïque au"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "169", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.25", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2909, "texte": "capitaine qui se vantait de semer partout les idées républicaines; il re-\nfusa sa dédicace à l'ambitieux qui devait les enchaîner sous la pourpre\net tâcher de les étouffer. Naïf et bon. il souffrait dans le milieu aristo-\ncratique où il vivait. S'il s'emportait souvent contre la société dorée\nqu'il fréquentait malgré lui, sa colère ne durait guère et elle tombait\nau moindre mot d'amitié; on l'apaisait avec une parole affectueuse,\navec une caresse. Nulle haine, nulle rancune dans cette âme généreuse.\nL'ingratitude des autres envers lui ne le décourageait pas, le dévoue-\nment lui était familier. Ardent, mais chaste, Beethoven voyait dans\nl'amour autre chose qu'une satisfaction sensuelle, un plaisir dont l'abus\nconduit à l'énervement, à l'égoïsme, à la cruauté, à l'abrutissement, à\nun abrutissement qui est la mort anticipée; il y voyait un océan de ten-\ndresse où l'être moral se plonge et se retrempe, une lumière plus qu'une\nflamme, une aspiration plus qu'un contact, une force et non une fai-\nblesse ;il y voyait une élévation et non un abaissement. Prophète à\nsa manière, l'illustre artiste supporta courageusement les tortures et les\ncoups d'épingle imposés par la foule à ceux qui ne sentent pas comme\nelle, qui ne pensent pas comme elle, qui voient plus loin et mieux\nqu'elle. Décrié, déchiré par la jalousie, il chanta la fraternité en embras-\nsant Schiller, et il éleva au peuple un monument immortel : la neu-\nvième symphonie. Il dédaignait les formules devenues le signal des\napplaudissements sans valeur, il méprisait les enjolivements inutiles,\nles vulgarités inconscientes ; il haïssait les formes conventionnelles,\nsorte de vêtements qui ne sont pas faits sur mesure, et il ne visait jamais\nau succès, persuadé qu'il vaut mieux l'attendre que de courir après lui.\nIl gardait toujours au fond de son cœur un pardon pour ceux qui l'a-\nvaient offensé. Exploité, trahi, dévalisé par ses perfides neveux, il les\nexcusait, bien qu'ils méritassent un blâme sévère; candide, il leur don-\nnait des conseils et de l'argent, et au même moment ces misérables le\ntournaient en ridicule ; ils dépouillaient et bafouaient leur dupe.\nSimple, il préférait les champs à la ville, la chaumière au château, le\npeuple à la noblesse. Sa surdité précoce le rendait misanthrope ; il fuyait\nles salons, il passait des jours et des nuits hors de chez lui, dans la cam-\npagne ; il allait, triste solitaire, par la plaine, par la montagne ; il s'as-\nseyait sur un tronc d'arbre, il se couchait à demi sur la rive, et là, près\ndu ruisseau chanteur, caché à tous les yeux, oubliant le monde, il écri-\nvait quelque chef-d'œuvre, la symphonie pastorale, peut-être, concep-\ntion adorable où les bruits de la nature ne sont que le prétexte de l'hymne\nchanté par ce penseur àla gloire de Dieu. Il mettait dans sa musique\nl'ombre qui s'étend sur la lisière de la forêt majestueuse, le gazouille-"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "170", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.26", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2233, "texte": "ment familier de l'eau courant sur les cailloux, les clartés où les oiseaux\nse jouent, le papillon au vol léger, la verte demoiselle ou la demoiselle\nbleue se mirant dans Tonde ou se posant sur un brin d'herbe; il y met-\ntait un reflet des vastes profondeurs où se retirent le chevreuil craintif et\nla biche aux doux yeux, le bourdonnement sympathique des insectes,\nquand, par une chaude matinée de printemps, ils bruissent et vivent\ndans la lumière, la sérénité du ciel, le feuillage frais, immobile et silen-\ncieux, les mousses odorantes, la fauvette venant faire coquettement sa\ntoilette au bord du ruisselet auquel elle mêle son gentil ramage, et le\ntapage charmant des étangs jaseurs parmi les grands prés et les bois.\nEntendez-vous la vive mélodie qui invite les filles à la danse? Enten-\ndez-vous les bonds un peu lourds des gars et le choc bienveillant des\nchoppes? Les fumeurs rêvent, les buveurs causent, les ménétriers se dis-\ntinguent, la bourrée retentit, les danseurs, mains enlacées, sautent sur le\npré. —Oh! oh! ce grondement lointain est de sinistre augure; Forage\nsera terrible! il va éclater, il éclate. Lèvent se déchaîne et pousse de\nlongs sifflements, la pluie se précipite avec fracas et rebondit sur le sol;\nles arbres, rudement secoués, mugissent, l'éclair brille; on entend le\ncraquement des branches brisées par la rafale; la nature souffre et se la-\nmente; les nuages courent dans l'espace, les roulements de tonnerre\ns'étendent, se rapprochent, se succèdent avec rapidité; on dirait qu'ils\nsont partout à la fois; la foudre tombe dans un torrent de feu écarlate,\nblanc, violet, bleu, éblouissant, c'est sublime! Enfin les nuées s'é-\ncartent, l'azur reparaît, le calme se rétablit, les dernières gouttes d'eau\nchuchottent; les oiseaux, abrités sous les feuilles, secouent et enflent\nleurs plumes avec un petit cri précurseur du beau temps, et les pay-\nsans rassurés se réunissent de nouveau pour rendre grâce à la Provi-\ndence. Le prêtre chante, les campagnards répondent en chœur tandis\nque de la vallée, transformée en encensoir, les parfums de la terre mon-\ntent dans l'air comme la prière des villageois s'élance vers l'Être su-\nprême !\n(La suite prochainement.)\n\nLOUIS LACOMBE."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-08-15-01-c012", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-08-15_01#c012", "volume": "bmtnabc_1875-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "171", "page_fin": "178", "image_debut": 27, "image_fin": 34, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.2.4", "titre_corps": "LES SOUPIRS D'UNE FLUTE", "titre_sommaire": "LES SOUPIRS D'UNE FLUTE", "signature_source": "A. THURNER", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 27, "page_imprimee": "171", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.27", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1625, "texte": "LES SOUPIRS D'UNE FLUTE\n\nPan ! Dieu propice, toi qui inspiras Briseïs sur ses\nrustiques pipeaux, aie pitié de moi! Aux triomphes\nont succédé les outrages, à la fierté la honte, à la gloire\nla douleur !\nJe suis née àLeipsick en 1787; le fameuxTrômlitz me\ncréa, avec quel amour vous le savez, ô Pan ! L'ancienne\net vénérable famille des flûtes traversières tomba sinon dans l'oubli, au\nmoins dans l'indifférence publique.\nAh! jours trois fois heureux! lorsque Trômlitz, rayonnant de joie, me\nfit rendre ces sons purs et veloutés devant son digne ami le docteur\nRibœck ! ces sons, hélas ! sources de mes misères actuelles. Comme chacun\nalors admirait mon brillant corps d'ébène armé de ses huit merveilleuses\nclefs d'argent ! Je dormais dans une gaîne de velours cramoisi et me re-\nposais au bruit flatteur des éloges accordés à mes nombreuses perfections.\nFortunés moments !.... Quelques mois après ma naissance, j'étais en\nla possession de Forster, le célèbre compositeur Viennois.\nC'était l'heureux temps où l'empereur Joseph II se liait d'amitié avec\nHaydn, Mozart et Gluck.\nOn répétait un jour un sextuor chez Forster, dans sa petite maison de\nla Marien-strasse non loin du théâtre lorsque, au milieu\ndu menuet, parut un jeune homme d'environ dix-sept ans. L'expression\nde sa physionomie avait quelque chose d'accentué et d'énergique; le\nbaron Zmeskall, secrétaire de l'empereur, qui faisait sa partie de violon-\ncelle, accueillit le nouvel arrivant avec un sourire de bienveillance.\nQuand on eut terminé, il se leva et le présenta au cercle d'artistes et\nd'amateurs réunis, comme un compositeur très protégé par son Excel-"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "172", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.28", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2468, "texte": "lence Sérénissime l'Électeur de Cologne. On pria le jeune homme de se\nmettre au clavecin; incontinent il improvisa sur le thème du rondo\nqu'il venait d'entendre. Un murmure d'admiration parcourut l'auditoire.\nCari Scholl, le fameux flûtiste, se trouvait également là; il présente au\njeune homme une sonate nouvelle en duo avec lui. Je rendis alors des\nnotes d'une suavité bans pareille, mes gammes étaient semblables à des\nspirales lumineuses enchâssant l'harmonie de notre remarquable par-\ntenaire\nQuelques jours après cette réunion, il y avait concert à la Cour. Cari\nScholl, Zmeskall, entre autres, y furent admis. Je me souviens que nous\nrencontrâmes ce jour-là, dans une chaise à porteurs, un homme âgé, mais\ndont la constitution paraissait néanmoins encore assez robuste, le visage\ncouturé par la petite vérole, la perruque bien poudrée, le front haut et\nfier. C'était le chevalier Gluck.\nArrivés au palais, nous fûmes reçus par le baron Van Swieten, mé-\ndecin de Marie-Thérèse.\nSoyez les bienvenus, Messieurs, dit ce dernier, nous entendrons\ndu nouveau aujourd'hui. Merci, cher baron, répondit Zmeskall,\nmais de votre côté avez-vous reçu ma missive de ce matin, vous priant\nde présenter un jeune compositeur au comte de Waldstein, chambellan\nde Sa Majesté.\nVos désirs sont accomplis, et, pour vous en convaincre, veuillez\nbien, cher baron et vous M. Scholl, me suivre.\nOn passa à travers une suite d'appartements où circulaient déjà nom-\nbre de seigneurs et de dames, quand les sons d'un clavecin parvinrent\njusqu'à nous.\nCe n'était pas encore le concert de la Cour, puisque Salieri, le maître\nde chapelle de l'empereur, n'était pas dans la salle de musique, et néan-\nmoins nous entendions, après quelques instants, comme un murmure\nconfus, décelant la présence d'une nombreuse société. Au bout d'une\nsomptueuse galerie, nous apparut enfin un cercle d'auditeurs entourant\nun magnifique flûgel de Gottfried Silbermann.\nL'exécutant paraissait fort jeune; il avait le Iront beau, les yeux à\nfleur de tête, la nuque ornée d'une petite queue. C'était le jeune homme\nqui parut chez Forster.\nUn autre personnage se tenait près de lui. Celui-ci paraissait âgé\nd'environ trente ans ; malgré un nez fortement busqué, sa physionomie\navait quelque chose de fin et de singulièrement expressif. Il portait l'épée\net avait un habit à la française. « Sire, dit-il, en se tournant vers\nJoseph 11, lequel venait d'apparaître subitement, sans se départir dç"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "173", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.29", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2540, "texte": "son sourire d'aimable bonhomie, Sire, que Votre Majesté pardonne à\nce jeune compositeur, le plus grand coupable c'est moi qui ai....—Vous\nêtes doublement pardonné, d abord parce que je savais à l'avance parle\ncomte de Waldstein votre réunion ici et que de plus ce n'est pas l'empe-\nreur qui vous a entendu, mais un simple amateur de musique. Quant à\nce virtuose, quel est-il ? Sire, il fera beaucoup parler de lui dans le\nmonde, c est un enfant des bords du Rhin, protégé par l'Électeur de\nCologne. Je souhaite à votre prédiction une réalisation semblable à\ncelle que nous fit notre cher solitaire d'Eisenstadt, notre excellent Haydn.\nPailons un peu de vous : Que viens-je d'apprendre par Swieten ? Vous\nallez, dit-il, quitter Vienne? Non pour longtemps, sire. Puis-je\noublier les bontés de l'empereur pour moi, sa protection contre la\ncabale italienne qui, à peine il y a un an, faillit ensevelir les\ndiFigaro ? Dans peu de jours, je me trouverai à Prague, où, avec\nl'aide de Dieu, j'espère faire entendre à ses excellents habitants un\nopéra d'un genre tout nouveau. Après cela, Wolfgang songera à retrou-\nver le meilleur des pères. Quel lugubre présage avez-vous, mon cher\nMozart? Sire, ce que j'aimais le plus après Dieu, c'était mon vénéré\npèie , sa mort emportera bientôt mon âme * mais il reste notre immortel\nHaydn et... ce jeune homme... Qui se nomme?...\nLudwig Van Beethoven, répondit Mozart d'une voix émue et en\nlançant des i égards où se peignaient a la fois l'admiration et le respect\nle plus profond.\nAh ! 1 heuieux temps que c était alors ! Après les souffrances que\nj'ai depuis éprouvées, après les mécomptes qui m'ont assaillie, je ne\nsaurais me souvenir sans attendrissement de cette belle époque où la\nmusique îcgnait en souveraine dans une cour et une société parfumées\nd'élégances.\nJ ai paru non-seulement à la cour, où la sympathique Marie-Thérèse,\npi incesse deNaples, chantait un air d'Anfossi, de Sacchini ou de Salieri,\noù 1 empereur François tenait le premier violon dans un quatuor, où\nbrillaient les frères Lichnowscki, ces nobles gentilshommes élèves de\nMozait, mais je parus aussi aux réunions du comte Razumowski, et chez\n1 abbé Stadler, où Punto, le célèbre corniste, ne tarissait plus lorsqu'on\nexécutait une œuvre de Mozart, particulièrement ses quatuors dédiés à\nHaydn. Je passerai sous silence quelques prérégrinations que je fis avec\nCari Scholl à Berlin, où vivait le souvenir d'un fameux flûtiste qui avait\nréellement régné, le grand Frédéric; à Prague, où je participai à la"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "174", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.30", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2456, "texte": "création de Don Giovanni ; à Leipsick, mon lieu de naissance, où Scholl\nlia connaissance avec Quantz, le vieux Quantz, qui enthousiasmait sur\nune antique traversière Trômlitz lui-même.\nJ'arrive à Tannée 1808. Des rumeurs étranges parcouraient la ville\nde Vienne ; Scholl habitait l'un des faubourgs, et depuis le jour où le\nprince Esterhazy avait convié chez lui la fleur de la noblesse pour fêter\nJoseph Haydn à la fin de sa carrière, depuis ce jour où je participai à\nl'exécution de la Création, Scholl m'avait abandonnée.\nLe printemps de 1809 survint; un rossignol chantait dans le massif\ndu petit jardin qui entourait l'habitation de mon possesseur, mais tout\nparaissait solitude autour de moi.\nSoudain, des sifflements aigus se firent entendre, une pluie de fer\ns'abattit sur la ville. Une explosion terrible éclata dans l'un des fau-\nbourgs. Les cloches de l'église de Liechtenthal sonnaient à toute volée.\nTout à coup, un enfant de douze ans environ fit irruption dans la\nchambre où j'étais réléguée. « Herr Scholl, cria-t-il d'une voix vibrante,\nmeister Holzer vous demande, venez à la chapelle de l'église prier pour\n/\nl'empereur François et pour Haydn qui se meurt. » Etonné de n'avoir\npas reçu de réponse, l'enfant fureta du regard l'appartement et s'en alla\nen entonnant avec un profond sentiment musical l'hymne : « Gott,\nerhalte Fran% den Kaiser ! »\nJe sus plus tard le nom de cet enfant : c'était le fils d'un pauvre ma-\ngister chargé d'une nombreuse famille, le vieux père Schubert.\nSinguliers moments que ceux que je passai alors ! Une morne soli-\ntude planait dans la maison, le silence était au dedans et le bruit au\ndehors.\nUn gai soleil filtrait à travers les branches de lilas parfumés, les\noiseaux se pourchassaient avec de petits cris joyeux, et au milieu de ce\ncharmant réveil de la nature, ô Pan, des clameurs sinistres parvenaient\njusqu'à moi.\nCela dura quelques jours ainsi, je crois, quand j'entendis la voix\ncassée et tremblante d'émotion du respectable .Mauser, un voisin :\n« Herr Fran\\ose, daignez prendre possession de ces lieux, nous sommes\ntrop heureux d'offrir l'hospitalité à un cavalier tel que vous. » Un offi-\n«\ncier français d'une rare élégance devint l'hôte de ma maison. Adieu\nalors, tranquillité et quiétude ! Des éclats de rire, des propos joyeux\nme frappèrent à travers mes rêveries germaniques. L'officier appartenait\naux houzards de la garde de Napoléon; il paraissait issu d'une noble"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "175", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.31", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2597, "texte": "famille, car ses allures avaient un cachet de distinction qui tranchait\nsingulièrement avec celles de ses amis. « Tiens, quelle trouvaille, dit-il\nun jour en m'apercevant, une flûte à huit clefs ! Quel adorable bijou !\nJe l'offrirai à mon cher Dalvimare si l'empereur et les destins m'en\nlaissent le temps. Dalvimare connaît du monde, il composera un duo\npour harpe et flûte sur l'entrée des Français à Vienne et me fera la\ndédicace. C'est une idée. »\nAlors l'officier se mit à chanter un air qui commençait par ces mots :\n« Une fièvre brûlante, » puis il essaya de me faire rendre quelques sons.\nQuoique peu habile, il réussit néanmoins. Sortie dès lors de ma réclu-\nsion, je devins l'interprète des romances françaises à la vogue à cette\népoque : Un jeune troubadour qui chante et fait la guerre, Pauvre\nJacques, quoi encore? Ah î la Sentinelle, surtout, espèce d'air mi-partie\nlangoureux, mi-partie martial.\nCette existence fut de courte durée pour moi. « Monsieur Mauser,\ndit un jour le jeune Français, l'ordre de notre départ pour la France\nnous est donné; en souvenir des soins que vous nous avez prodigués,\ngardez ceci en souvenir de moi. » En disant ces mots, il tendit au vieil-\nlard une magnifique tabatière en or. « Mais, je me permet-\ntrai de vous demander un souvenir. Parlez, monseigneur.—Cette\nflûte a charmé mes loisirs, je serais heureux d'en pouvoir faire l'acquisi-\ntion ; y consentez-vous ? Très haut seigneur, je m'incline devant vos\ndésirs; puissiez-vous devenir ein KiXnstler comme mon regretté ami\nScholl. J>\nLes semaines succédèrent aux semaines et les mois aux mois, quand\non me sortit de nouveau de ma gaîne de velours. Je me trouvais dans\nun salon octogone, orné d'attributs de musique. Sur un panneau, on\nvoyait Apollon escorté des neuf Muses, des bergers delà molle et douce\nlonie scandant des théories à l'aide de la double flûte, puis les noms de\nquelques musiciens célèbres sans doute.\nUn personnage très élégant, très irisé, très musqué s'empara de moi.\nLe salon s'emplissait de femmes charmantes, coiffées à la grecque, et\nd'hommes dont le suprême bon ton, paraît-il, était d'exhiber une quan-\ntité de breloques sur des gilets verts et des culottes chamois. « Quel\nbonheur de se revoir après tant d'événements, cher duc î disait l'un.\nEt vous, répondait un autre,, que fîtes-vous pendant le règne de l'usur-\npateur ? Allez-vous encore, Messieurs, vous entretenir de la Quoti-\ndienne de ce matin, ripostait une gracieuse personne coiffée à la Roxe-\nlane; chut! nous allons entendre M. Romagnesi; le voilà qui s'avance\navec M. Dalvimare. »"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "176", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.32", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2650, "texte": "Le bruissement des conversations s'éteignit, et un concert commença.\nOn chanta un duo de Picaros et Diego, de Dalayrac ; une romance\nnouvelle :le Champ d'asile, puis le morceau capital fut un duo pour\nchant et flûte. Ce morceau était une sorte de prémisse d'un opéra nou-\nveau. Le personnage musqué me passa entre les mains d'un artiste, que\nl'on nommait autour de moi M. Drouet. « Le duo du Rossignol, œuvre\ninédite de M. Etienne, pour les paroles, et de M. Lebrun, pour la mu-\nsique, qui sera représentée après-demain 16 avril 1816, au théâtre royal\nde l'Opéra ! » annonça le monsieur frisé. « Mademoiselle Hymm et\nM. Drouet, continua-t-il, ont bien voulu nous en octroyer la primeur. »\nUn bruit d'applaudissements se fit entendre. Puis enfin se déroulèrent,\nd'une part, les vocalises les plus légères, de l'autre, les trilles et les\ngammes les plus éblouissantes.\nAh'! que j'étais heureuse enfin d'avoir rencontré quelqu'un qui me\nrendît la vie, le bonheur, la gloire! Hélas ! ce n'était qu'une illusion !\nO Pan ! je retombai bientôt de nouveau dans l'oubli.\nLe mélomane chez lequel j'étais ensevelie accumulait, des trésors de\ncuriosité musicale avec la passion du collectionneur.\nDe longues années s'écoulèrent ; il mourut. Dans cet intervalle,\nj'entrai en relations avec un violon, fils du célèbre Stradivarius. Je me\nsouviens qu'un jour, son insupportable fatuité, ses allures de grand sei-\ngneur, les frémissements de sa chanterelle, lorsqu'il m'énumérait com-\nplaisamment les soupirs amoureux qu'il avait provoqués dans sa longue\nexistence, ne tardèrent pas à me déplaire. Je lui préférai un modeste\nclavecin dont les sons ténus et tremblants donnaient quelque vague\nécho de Rameau et de Couperin. Ah ! que de Julies et de Saint-Preux\neffeuillèrent en duos des bouquets à Chloris, auprès de ses touches jau-\nnies par le Temps ! Ses panneaux, couverts de bergeries amoureuses de\nLancret, semblaient encore refléter l'image de quelque abbé de Bernis\ndevisant entre une nymphe d'Opéra et M. de Crébillon fils. J'appré-\nciai également un estimable alto : la conversation pleine de sens et de\nréserve de ce vertueux instrument tranchait singulièrement sur les fa-\ndaises nauséabondes que grattaient sans cesse une coterie de guitares,\nde mandolines et de guimbardes.\nCes pécores ne tarissaient point sur leurs sérénades. « Notre frémisse-\nment sonore, disaient-elles, est l'aile enchanteresse qui porte les chants\nd'amour auprès des belles. Nous sommes l'aveu brûlant, et après nous,\nqu'est donc le ridicule rôle d'un malheureux galoubet ? La belle origine\nvraiment ! descendre du chalumeau d'un pâtre de la Béotie et venir"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "177", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.33", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2518, "texte": "échouer entre les doigts d'un aveugle ! L'âne de La Fontaine ne jouait-il\npas de la flûte ? »\nL'indignation fit jaillir de mon âme un trait ascendant d'un tel éclat,\nqu un tumulte indescriptible régna pendant quelques instants dans la\nsalle de musique.\nUn rustique basson, de sa voix nazillarde, prit énergiquement ma\ndéfense et rappela le droit de noblesse qui nous était acquis à tous, en\nexceptant toutefois mes malencontreuses railleuses. « Bach, Haydn,\nGluck, Mozart, Beethoven, nous ont confié des rôles dans leurs immor-\ntels poèmes, continua-t-il, tandis que ces mijaurées édentées n'en ont ja-\nmais été que d'obscures comparses. »\nUn murmure de satisfaction parcourut l'assemblée. On félicita il\nsigrior fagotto sur son à-propos, et on l'assura qu'il avait réellement\nmérité de la part de Beethoven la place qu'il lui a assignée dans ses\nsymphonies merveilleuses,\nA ce propos, la mandoline n'y tint plus : « Misérables! grinca-t-elle,\nvous insultez à Mozart et à Grétry ! vous profanez la sérénade divine de\nDon Giovanni et l'amoureuse complainte de Y Amant jaloux ! » Elle\nfut prise d'une sorte de vertige ; un évanouissement dans les règles s'en\nsuivit. Elle se laissa choir sur le parquet. A ce bruit, apparut un homme\njeune encore; il riait aux éclats. « La voilà donc brisée, disait-il, cette\nantique compagne de madame la marquise Flèche d'Amour ! Qu'êtes-\nvous devenus, Colin et Colette, et toi, mon pauvre Fleuve du Tage,\nton souvenir s'en est-il allé par morceaux ? » acheva-t-il comme oraison\nfunèbre, et tout rentra dans le silence.\nPeu de temps après cet événement, une circonstance modifia mon\nsort. Cette même salle de musique devint un lieu de rendez-vous très fré-\nquents d'artistes, mais ces séances avaient un tout autre caractère que\ncelles où brillaient autrefois Dalvimare et Romagnesi ; elles reportaient\nvolontiers mes souvenirs vers les premières années de ma vie, dans la\nmodeste demeure de Forster.\nCe souvenir me rendit un peu de joie. Un gentilhomme de Clermont-\nFerrand vint fréquemment dans cet asile artistique. C'est là qu'eurent\nlieu les auditions de nombreux morceaux appelés : musique di caméra.\nLes noms qui brillèrent le plus souvent dans ces réunions furent ceux\nd'Onslow, d'Habeneck, de Schneitzhoffer. Rarement on y chantait, à\npart une ou deux séances, où j'entendis un homme de belle stature, à\nla physionomie remarquablement expressive, soulever ses auditeurs par\nun air commençant ainsi : « Largo al fattotum. On l'appelait Garcia ;"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "178", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.34", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1116, "texte": "avec lui, je vis Rossini, dans le rayonnement de sa jeune gloire, puis\nmadame Fodor.\nDans Tune de ces matinées musicales, vint un jour l'incomparable\nTulou ! Il m'essaya. Avec quels ravissements je fus écoutée ! J'eus des\nélans sublimes, des hardiesses indescriptibles ! Quelle finesse et quelle\nténuité dans mes sons ! quel perlé dans mes trilles! Le maître me confia\nl'une de ses plus vertigineuses variations. Une tempête de bravos salua\nmes dernières notes.\nLe lendemain, je fus offerte au grand virtuose, comme un témoignage\nd'admiration et de sympathie. Ah ! quelle année que celle qui marque\n1829 au cadran des siècles! Le 3 août, mes notes scintillèrent dans la\ncréation de Guillaume Tell. Certes, on applaudissait Adolphe Nourrit,\nDabadie, Alexis Dupont et la délicieuse Cinti-Damoreau ; mais aussi,\nquels transports, lorsque mes notes, pareilles à des gouttes d'eau irisées\npar un rayon de soleil, filtraient claires et lumineuses au milieu du\npuissant orchestre ! Une pluie de diamants ruisselait au-dessus du chant\nagreste du Ran{ des vaches.\n(La suite prochainement.)\n\nA. THURNER."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-08-15-01-c016", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-08-15_01#c016", "volume": "bmtnabc_1875-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "179", "page_fin": "183", "image_debut": 35, "image_fin": 39, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.2.5", "titre_corps": "LE THÉATRE DE BAYREUTH", "titre_sommaire": "LE THÉATRE DE BAYREUTH", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 35, "page_imprimee": "179", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.35", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1716, "texte": "LE THÉATRE DE BAYREUTH\nE journal le Gaulois vient de publier, sous la signature\nde son correspondant le Docteur Karl, des détails très\ncurieux sur le théâtre de Bayreuth et sur le poëme\ndes Niebelungen que Richard Wagner a mis en mu-\nsique. Nous donnons ci-après les passages de cette\ncorrespondance, qui nous ont paru les plus intéres-\nsants pour nos lecteurs :\nLe corps du bâtiment a. la forme d'un segment de cercle comprenant à\npeu près le sixième d'une circonférence. Les fauteuils ou, pour parler plus\nexactement, les endroits où seront installés les fauteuils,présentent la forme\nde gradins; ils rappellent les installations des anciens amphithéâtres. Chaque\nrangée est un peu plus élevée que la rangée précédente, et la scène, la salle,\ngrâce à des couloirs ménagés entre les fauteuils, ressemblent assez exacte-\nment à un vaste éventail ouvert. Il n'y a qu'une rangée de loges, placée\nau-dessus des fauteuils, à peu près comme les baignoires de nos théâtres.\nCe sont les seules loges que Wagner ait voulu tolérer dans son théâtre\nréformé.\nLes côtés de la salle sont fermés par de grands murs en maçonnerie, dont\nquelques colonnes dissimulent assez mal la laideur. On parlait d y peindre des\nfresques; mais on a reculé devant la dépense.\nes loges des artistes sont installées dans l'espace vide qui existe\nentre ces grands murs et le mur principal du bâtiment. La disposition de\nces loges est telle, qu'elles sont plus nombreuses et plus vastes vers la scène\nqu'à l'endroit le plus éloigné.\nDans une brochure intéressante, Wagner a rendu compte lui-même des\nraisons qui l'avaient porté à donner cette forme à ce bâtiment. 11 aurait\nvoulu que chaque spectateur fût isolé et n'eût que la vue de la scène ; mais"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "180", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.36", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3054, "texte": "il n'a pas osé établir entre chaque fauteuil des séparations qui auraient fait\nressembler sa salle de spectacle aux galeries de certaines chapelles de prison\ndans lesquelles les condamnés voient le prêtre et l'autel sans jamais pouvoir\ns'apercevoir entre eux.\nAfin de rendre l'illusion dramatique plus complète, il s'est particulièrement\noccupé des effets de perspective et, surtout, il a fait en sorte que l'orchestre\nfût placé à une telle profondeur qu'aucun spectateur ne pût l'apercevoir.\nC'est vous dire qu'avec une telle idée il est impossible d'établir des loges de\ncoté. Les occupants auraient aperçu au moins une partie des musiciens, et\nleur attention aurait été détournée du spectacle.\nL'architecte qui a aidé Wagner à exécuter ses plans a voulu qu'il y ait un\nespace vide entre la scène et le premier rang des fauteuils,\n« C'est cet espace, m'a dit Wagner, que nous avons appelé d'un commun\naccord: « golfe mystique » paice qu'il sépare le réel de l'idéal. » Chaque\nspectateur (je continue à rapporter les paroles de Wagner) sera placé dans un\nthéâtron, dans le sens étymologique du mot, et entre lui et la scène, il n y\naura de perceptible qu'une impression vague de distance résultant de l'heu-\nreuse combinaison des deux proscéniums formée par le sous-sol où sera\nl'orchestre et parle « golfe mystique ».\n« Les décors apparaîtront au spectateur comme dans un rêve. La musique\nsortira du golfe mystique comme les voix d'esprits célestes. »\n* • •\nJe ne sais quelle impression produira à la représentation l'œuvre immense\nde Wagner.\nIl a voulu tirer le plus grand effet possible de la poésie, de la musique et de\nla danse, ces trois filles de l'imagination, et il a essayé de faire à chacune\nd'elles sa part naturelle, sans en laisser prédominer aucune.\nJe n'insisterai pas sur les origines de la légende que Wagner a choisie. Ce\nsont les Eddas de l'lrlande qui ont fourni le sujet de la trilogie des Niebelun-\nQcn. C'est un canevas sur lequel les écrivains modernes de l'Allemagne\niO # w il'\naiment à broder et, pour la première fois depuis 1862, la musique y a cherche\ndes inspirations.\nL'œuvre de Wagner se compose de trois parties : le Walkyre (die Walhure)\nLiegfried et le Crépuscule des dieux (Gotter dœmmerung) ;le tout est pré-\ncédé d'une introduction int'tulée : Rheingold. Ce prologue a la même lon-\ngueur que chacune des autres parties, et l'exécution complète de l'œuvre\nexigera quatre soirées. C'est donc, à proprement parler, une tétralogie.\nPermettez-moi aujourd'hui de faire rapidement l'analyse du Rheingold.\nTrois races d'êtres se disputent l'empire du monde. Les Niebelungen ou\nnains, une race minuscule, mais astucieuse, habitant dans des grottes pro-\nfondes, près du centre de la terre. Leur royaume s'appelle Niebelheim ; les\nhabitants sont des mineurs et des forgerons.\nA la surface de la terre, qui n'est pas encore cultivée, dans les crevasses et\ndans les anfractuosités des rochers, vivent les géants, une race sans intelli-\ngence, mais d'une prodigieuse force physique. Au sommet lumineux des"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "181", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.37", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3461, "texte": "montagnes, les dieux mènent une vie joyeuse et jouissent en paix d'une éter-\nnelle jeunesse. Votan, l'Odin Scandinave, est le Jupiter de cet Olympe du\nNord. Feia, sa femme, qui aspire à avoir la suprématie dans la communauté,\nen est la Junon. Donner amoncelle les orages et brandit le tonnerre. Fria,\nla charmante sœur de Feia, distribue les fruits d'or dont le jus fortifiant\npermet aux dieux de conserver la force et l'éternelle jeunesse. Loge, un demi-\ndieu, le Loki Scandinave, est le dieu du feu et de la fourberie. C'est une sorte\nde Mercure, avec une teinte de Méphistophélès, un être sarcastique fertile\nen expédients et qui a toujours quelque stratagème dans son sac.\nLes nains, les géants, les dieux aspirent à avoir plus de puissance que la na-\nture ne leur en a accordé. Mais, pour être maître du monde, il faut posséder\nl'or qui garnit des cavernes profondes dans les entrailles de la terre ou il gît\nau fond du lit des torrents rapides comme un sable brillant. Les gardiennes\nde l'or sont les trois filles du Rhin, Xoglinde, Vellguna et Hosshilde.\nAu premier acte on voit ces charmantes personnes se promenant comme\ndes sirènes dans les profondeurs d'une rivière limpide et se donnant gaie-\nment la chasse de rocher en rocher. La musique est extrêmement belle. Elle\nest coulante comme les eaux du Rhin et accompagne admirablement les\nmouvements gracieux des nymphes qui prennent leurs ébats. Le décor, s'il\nest réussi, sera d'un grand effet. Albéric, le nain, est assis sur le bord d'un\nrocher, et il contemple les ébats de ces jolies filles avec un intérêt qui grandit\nà chaque instant. Il en devient amoureux et demande la permission de\nprendre part à leurs jeux.\nElles rivalisent d'efforts pour l'agacer, et l'attirent tantôt à droite, tantôt à\ngauche, tantôt en haut, tantôt en bas du fleuve, car il n'a pas l'habitude de\nl'élément humide. 11 se fatigue rapidement dans cet exercice.\nLes nymphes, d'ailleurs, ne le craignent pas beaucoup, car elles savent qu'un\nêtre qui est sous l'influence de l'amour n'a aucune puissance sur les trésors\nqu'elles ont mission de garder.\nElles ont le tort de se communiquer leurs sentiments en aparté, comme\ncela se fait au théâtre. Le nain, qui est malin, les entend et renonce immé-\ndiatement aux séductions de l'amour. Il redevient capable de s'emparer des\ntrésors, et la toile tombe sur les cris de désespoir des nymphes et l'air de\ntriomphe d'Albéric.\nPour rendre plus claire cette analyse, je dois dès maintenant énoncer cer-\ntains détails épisodiques qui sont indiqués dans le dialogue du premier acte.\nAlbéric a appris de ses sœurs qu'afin de devenir maître du globe, il fallait\ntransformer un morceau de l'or en anneau et conserver toujours ce talisman\nen sa possession. Il descend dans le Niebelheim, réduit tous les nains à l'es-\nclavage et, quand son anneau est forgé, il contraint ces malheureuses créa-\ntures à fouiller nuit et jour les entrailles de la terre afin d'y chercher le pré-\ncieux métal dont il est insatiable.\nPeu à peu, les vagues vertes du Rhin se changent en nuages épais et en\nvapeurs, puis cette brume disparaît et montre les dieux réunis dans une plaine\nentourée de montagnes. Dans le lointain, on voit des tours roses, les châ-\nteaux forts et les bastions de Walhalla, demeure des dieux ambitieux.\nPour arriver à la réalisation de ses rêves de souveraineté universelle, Votan\na fait un marché avec les géants. Ils lui ont bâti une forteresse imprenable"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "182", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.38", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3380, "texte": "du haut de laquelle lui et les siens peuvent gouverner sans crainte le monde.\nEn revanche, les géants doivent recevoir comme prix la belle Freia, déesse\nde l'éternelle jeunesse.\nLes géants Fafner et Fasold accomplissent leur travail en une nuit et\nviennent réclamer leur récompense. Mais Votan se repent de sa promesse et\nles autres dieux ne peuvent se résoudre à perdre Freia.\nDonner est partisan des moyens héroïques. Il brandit son immense marteau\ndans les airs. Votan objecte qu'il est protecteur des traités et qu'il ne peut\ndonner l'exemple de leur non-observation. Que faire? Loge, qui est fertile en\nexpédients, pourrait seul trouver un moyen de tourner la difficulté. Mais où\nest Loge? Pourquoi tarde-t-il aussi longtemps à venir? Les géants l'at-\ntendent avec une impatience croissante à chaque instant. A la fin, Loge ar-\nrive, et conformément à son habitude, il se lance dans de longs discours. Il\na, dit-il, parcouru tous les coins du monde et il a partout remarqué que le\nplus riche trésor que l'homme puisse posséder était l'amour de la femme.\n1 artout, dans 1 eau, dans le ciel, dans 1 air, l'amour est le plus grand des\nbiens. Un seul être a eu assez de force pour renoncer aux joies de l'amour, et\na par suite acquis un immense pouvoir: c'est Albéric, le prince des Niebe-\nlungen.\nLes géants prêtent une oreille attentive à cette histoire et consentent àla\nfin à renoncer à la possession de la toujours belle et toujours aimable Freia,\nsi Votan peut leur donner en compensation le trésor du nain Albéric.\nLa pauvre Freia est emmenée comme otage, et les dieux, privés de leurs\nrepas quotidiens de fruits d or, perdent leur vigueur et leur jeunesse. Ils de-\nviennent vieux et faibles. Donner ne peut pas soulever son marteau. Froh,le\ndieu du plaisir, sent le cœur lui manquer; Loge, qui est le moins atteint par\nla perte du fruit d'or, rassemble les autres dieux, blâme le marché qui a été\nfait, critique leur ambition insatiable, cause de tous leur maux.\nVotan et Loge se rendent à Niebelheim, où les pauvres nains tremblent\nsous le fouet d'Albéric, leur maître avare et tyrannique, et travaillent nuit et\n]our pour lui trouver de l'or.\nNon-seulement Albéric possède l'anneau magique, mais encore il s'est\nfait forger par son frère même une cuirasse qui rend invisible celui qui la\nporte. Il peut ainsi suivre les travailleurs partout où ils se trouvent et faire\njouer son fouet au moment le plus inattendu, lorsqu'ils se laissent aller àla\nparesse. On entend un bruit effrayant dans tout le Niebelheim, et le bruit des\nmarteaux de forge frappant les enclumes est admirablement rendu par la\nmusique. Jamais Wagner, qui a un talent particulier pour l'harmonie des-\ncriptive, n'est arrivé à d'aussi puissants effets d'imitation.\nVotan et Loge se présentent à Albéric. En parvenu qu'il est, Albéric est\nvulgaire, est stupide ; il ne cherche qu'à faire parade de son pouvoir surna-\nturel, et il offre à ses visiteurs de prendre la forme qu'ils pourront désirer.\nPour leur donner un exemple de la puissance de sa cuirasse, il leur apparaît\nd'abord sous les traits d'un gigantesque serpent. « C'est fort bien, dit Loge;\nmais nous aimerions bien mieux vous voir sous la forme d'une sauterelle ou\nquelque animal de petites dimensions. » Albéric se transforme en crapaud.\n« Attrapez-le! » dit Loge. Tumulte épouvantable. Albéric est fait prisonnier."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "183", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.39", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2724, "texte": "Il est obligé de donner des monceaux d'or, son armure et sa bague, cette\nbague qui lui aurait permis d'acquérir de nouveaux trésors,\nAlbéric prononce une malédiction épouvantable, et, dès qu'il est libre, dis-\nparaît.\nVotan et Loge, transportés de joie, retournent chez eux avec la rançon de\nFreia. Mais le géant Fasold aime Freia et refuse de la rendre, à moins que le\ntrésor offert soit assez considérable pour la couvrir de la tête aux pieds.\nQuand la déesse est enfouie sous des masses d'or, Fasold, que l'amour a\nrendu très clairvoyant, aperçoit le reflet de sa chevelure à travers une cre-\nvasse. Loge bouche le trou avec sa cuirasse magique.\nFasold prétend alors qu'il aperçoit l'un des yeux de Freia à travers un in-\nterstice. Tous les trésors sont épuisés. Il ne reste plus que la bague d'Albéric\nqui est au doigt de Votan. Votan refuse de la donner, et les géants vont em-\nmener Freia, quand se dresse une majestueuse apparition.\nC'est Erda, la plus antique des déesses, celle qui a la science universelle.\nElle prononce quelques paroles mystérieuses et engage Votan à renoncer\nà la possession du talisman et à racheter Freia. Votan hésite, mais la toute-\npuissante Erda ouvre devant lui le livre de la destinée. Votan jette la bague,\net Freia est libre.\nLa malédiction d'Albéric cette malédiction qu'il a formulée en abandon-\nnant sa bague, commence à produire son effet.\nLes deux géants Fafner et Fasold se disputent la bague magique. Fasold\ntombe tué par son frère. Toute la nature ressent le contre-coup de la malé-\ndiction d'Albéric, et Donner, le dieu du tonnerre, obscurcit l'air troublé en\nprovoquant un orage épouvantable. Enfin, le ciel redevient limpide, et il est\ntraversé par un immense arc-en-ciel. C'est là un pont que les dieux, qui ont\nretrouvé leur jeunesse et leur beauté, grâce à l'influence régénératrice de\nFreia, traversent triomphalement pour se rendre à leur nouvelle demeure, la\nglorieuse Walhalla.\nTel est le prologue de la trilogie de Wagner.\nL'exécution de cette œuvre sera parfaite, si l'on en juge par les exécutants.\nMademoiselle Sattler-Grun, mezzo-soprano du théâtre de Cobourg, et qui\nest connue sur la scène italienne, représente dignement Freia. Le rôle de\nFria est confié à mademoiselle Houp, de Cassel, excellent soprano, et ceux\ndes trois filles du Rhin à mesdemoiselles Lehmann et à madame Lammert,\nde Berlin. Bœtz, de Berlin, jouera le rôle de Volan. La basse Niering, de\nl'Opéra de Darmstadt, est un excellent Jupiter tonnant. Herr Lich, un bon\nFroh. MM. Ellers, de Cobourg, et Reichenberg, de Gratz, représentent les\ngéants Fasold et Fafner. Le rôle du nain même est joué par M. Schlosser, de\nMunich, et celui de Loge par Vogel, de la même ville."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-08-15-01-c020", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-08-15_01#c020", "volume": "bmtnabc_1875-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "184", "page_fin": "192", "image_debut": 40, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.2.6", "titre_corps": "VARIA", "titre_sommaire": "VARIA", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 40, "page_imprimee": "184", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.40", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2274, "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nFAITS DIVERS\n. Arsène Houssaye, agréé par M. le ministre de l'lnstruc-\ntion publique et des Beaux-Arts en qualité de directeur\ndu Théâtre-Lyrique, n'a pas encore reçu la consécration\nofficielle de ce titre, et cela sur sa prière.\nDe grandes difficultés se présentent. La salle Ventadour,\nseule disponible actuellement, a été louée pour six années\npar M. Léon Escudier qui veut y installer le Théâtre-\nItalien. Des démarches ont été faites auprès de M. Castellano, propriétaire\nde l'ancien Théâtre-Lyrique, ainsi que des décors, costumes et partitions qui\nservaient à son exploitation. Mais rien n'a encore été conclu.\nM. Houssaye ne se décourage pas, et il a fait répéter ces jours-ci, dans la\nsalle du Conservatoire, YArtnide de Gluck. Plusieurs engagements ont été\nsignés, entr autres celui de M. Henri Litolii comme chef d orchestre, et celui\nde M. Justament qui est chargé de la mise en scène et des divertissements\nde l'opéra de Gluck.\nOn a beaucoup parlé de la démission de M. Arsène Iloussaye 5 cela est in-\nexact. M. Houssaye n'ayant pas encore été nommé officiellement, n'a pas à\ndonner sa démission.\nLe Théâtre-Lyrique a un partisan convaincu dans le ministre des Beaux-\nArts, M. Wallon. Voici à ce sujet un fragment du discours qu'il a prononcé\nà la distribution des prix des concours du Conservatoire:\n« Mais l'Opéra ne suffisait pas au développement de l'art musical. Pour\naborder cette grande scène, il faut un nom, et pour se faire un nom, il faut\nune scène. L'Opéra-Comique, avec son caractère spécial qui ne doit pas être\naltéré, ne pouvait répondre seul à ces besoins. C'est pour cela qu'il ya un\ncertain nombre d'années on avait ouvert à la musique un autre théâtre, qui\nfut comme le vestibule de l'Opéra et un lieu d'essai pour les compositeurs et\nles chanteurs; une vraie scène, d'ailleurs, et non pas seulement une école\nproduisant, avec moins d'appareil et de dépense, des œuvres que le nombreux\npublic pût venir entendre à moins de frais, produisant quelquefois des pièces\ndignes d'être transportées tout entières sur la grande scène. N'est-ce pas au\nThéâtre-Lyrique que Gounod a donné Faust avant que l'Opéra l'ait adopté?\nCe théâtre, détruit dans les incendies de la Commune, et pour lequel l'As-"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "185", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.41", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2794, "texte": "semblée nationale maintenait comme en espé. ance une subvention, même\nquand il n'existait plus, est à la veille de se relever. Je puis aujourd'hui vous\nen donner la complète assurance, et par là le vœu le plus vit que j aie recueilli\ndes artistes à mon entrée au ministère sera satisfait. L'organisation musicale\nse trouvera ainsi complète, depuis les bancs de l'école jusqu'au faîte le plus\nhaut où l'art que l'on enseigne ici puisse s'élever.\n« Nous avons au Conservatoire, comme par une sorte de prélude à la\ngrande publicité, ces exercices où vous vous disputez les prix que nous allons\ndécerner aujourd'hui. A ceux qui l'ont emporté dans le premier de ces con-\ncours et que l'lnstitut envoie à Rome, le Conservatoire offre encore une\nscène, des interprètes, un public; leurs morceaux y sont exécutés par cet or-\nchestre incomparable qui, pendant la saison d'hiver, nous a fait entendre\nBeethoven et Mozart comme Beethoven et Mozart ne se sont jamais en-\ntendus.\n« Revenus de Rome, ils ne se verront pas condamnés à vieillir sans qu'ar-\nrive pour eux le jour de la représentation, séchant d'attente, et quelquefois\nréduits, pour vivre, à déshonorer dans les compositions qui ont cours sur les\ntréteaux des théâtres de bas étage ou des cafés-concerts, un talent formé à\nl'école des grands maîtres. S'ils ont vraiment le souffle de l'art, ils trouveront,\nselon leurs inspirations, à se faire accueillir soit à l'Opéra-Comique, soit au\nThéâtre-Lyrique, et, de cette dernière scène, un vrai succès les élèvera sur\nla scène enviée de l'Opéra. »\nM. A. Danhauser, professeur au Conservatoire, vient d'être nommé ins-\npecteur de l'enseignement du chant dans les écoles de la ville de Paris, en\nremplacement de M. Foulon, décédé.\nM. Edmond Membrée, l'auteur de /'Esclave, vient d'être nommé cheva-\nlier de la Légion d'honneur.\nVoici quelques détails sur la grande fête orphéonique organisée par\nmadame la maréchale de Mac-Mahon, et qui aura lieu le 29 août prochain\ndans le jardin des Tuileries, au bénéfice des inondés.\nLes Sociétés réunies des enfants de Lutèce, du Louvre, du Temple, de\nl'Union musicale, des Enfants de Paris, du Choral de Belleville, auxquelles\nse joindront sans doute les Enfants de Saint-Denis et l'Odéon, chanteront les\nchoeurs suivants : Salut aux chanteurs, d'AmbroiseThomas ; chœur des soldats,\ndu Faust, de Gounod; l'Enclume, d'Adam ; le Voyage en Chine, de Bazin ;\nles Martyrs aux arènes, de Laurent de Rillé.\nDes musiques d'harmonie alterneront avec les chœurs et feront entendre\nquatre morceaux.\nEnfin, un chœur final sera chanté par un ensemble de plus de mille orphéo-\nnistes.\nPour cette solennité, le prix d'entrée dans le jardin des Tuileries sera fixé\nà 5o centimes, et un certain nombre de places, à un prix plus élevé, seront\nréservées sur les terrasses."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "186", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.42", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3478, "texte": "Notre collaborateur M. Edmond Neukomm vient de publier chez Ca-\nsimir Pont, libraire, 97, rue Richelieu, une plaquette très intéressante inti-\ntulée: Trois jours à Rouen. Souvenirs du centenaire de Boieldieu. Nous en\nextrayons le chapitre suivant sur les orphéons :\n« Sous l'empire, les pompiers n'avaient qu'un père,M.Janvier de la Motte,\ntandis que les orphéons en avaient plus de mille, ce qui influa défavorable-\nment sur leur prospérité.\n« Aucune époque ne fut, en effet, plus fâcheuse que l'ère impériale, pour\nl'essor de cette institution. Né sous d'heureux auspices, placé dès son début\nsous la direction d'hommes zélés et convaincus, l'orphéon avait rapidement\njeté ses racines au cœur même des populations. Lorsque Wilhem, son fon-\ndateur, mourut, il put croire que son œuvre était assurée, et elle l'était en\neffet; seulement Wilhem avait compté sans les dix-huit années de stagnation,\nqui se produisirent après sa mort.\n<( Mais dira-t-on, en aucun temps les fondations de sociétés chorales et ins-\ntrumentales n'ont été aussi nombreuses que sous l'empire. J'en demeure\nd'accord, mais j'ajoute que jamais aussi les progrès de l'art populaire n'ont\nété moins sensibles qu'à cette époque. Le gouvernement issu du coup d'État\navait compris de prime abord tout le parti qu'il pouvait tirer de ces forces\nvives, disséminées aux quatre coins de la France. Ces forces, il les avait sous\nla main, organisées, embrigadées, facilement réunissables ; il s'agissait d'en\njouer habilement. C'est ce que comprit le gouvernement impérial, et c'est\ndans ce but qu'il flatta outre mesure l'institution orphéonique. En peu de\ntemps, les concours se multiplièrent. Au lieu de réunir les chanteurs pour\nchanter, on les réunit pour les combler de médailles. Puis vint l'abus des\nbannières, des casquettes brodées, des insignes rutilants. Chaque chef-lieu\nde canton devint un chef-lieu de concours. Chaque maire, chaque garde\nchampêtre devint un protecteur éclairé des arts. Et les médailles de pleuvoir\ntoujours, de pleuvoir sans cesse! En vérité, quelle somme les orphéons ne\npourraient-ils point mettre à la disposition des malheureux inondés du midi,\ns'ils voulaient envoyer à la fonte, je ne dirai pas toutes leurs médailles,-mais\nseulement celles qu'on leur a décernées parce qu'il fallait bien placer tous les\nprix que les jurys avaient mission de répartir ?\n« Or, qu'est-il résulté de ces abus? Les sociétés, flattées, adulées et toujours\nrécompensées, se sont promptement départies des habitudes studieuses im-\nposées par Wilhem. Les prix leur arrivaient immérités, de plus en plus fré-\nquents, de plus en plus pesants, mais la qualité du chant ou du jeu allait di-\nminuant, on avait commencé par chanter, par jouer moins bien, on finit par\nchanter, par jouer mal. Quelques sociétés tinrent bon contre cet entraîne-\nment, je me hâte de le constater ; mais le plus grand nombre a périclité.\nIl faut donc supprimer les concours, dira-t-on? Non, certes. Mais il faut les\nrégler, les restreindre et surtout ne demander aux municipalités et n'accepter\nd'elles qu'un très petit nombre de récompenses: de la sorte, ces dernières ac-\nquerront une valeur réelle, et l'on ne sera plus exposé à se boucher les\noreilles pour ne pas entendre les fausses notes d'un orphéon ou d'une fanfare,\ndont la bannière ne porte pas moins de trois rangées de médailles et l'effigie\nde l'ex-souverain.\n« Si j'insiste sur ce fâcheux état de choses, c'est parce que je sais qu'on s'oc*"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "187", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.43", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2859, "texte": "cupe activement de lui porter remède. Il s'est formé depuis un an un Institut\norphéonique, dont le but est de réformer complètement l'organisation des\nsociétés. Placé sous la présidence d'un excellent musicien, M. Gastinel, et\nsous la direction d'hommes dévoués, parmi lesquels je citerai M. Delaporte,\nl'un des plus fervents disciples de Wilhem, cet Institut peut rendre d'im-\nmenses services. Mais, surtout, qu'il soit sévère, rigide même; qu'il ferme\nobstinément la porte aux médiocrités ; qu'il rejette impitoyablement d'une\ndivision supérieure dans une division inférieure toute société qui perdra du\nterrain.\n« Ce n'est que par suite de mesures radicales qu'il répondra aux espérances\nqu'ont mises en lui les vrais amis de l'art popularisé, et c'est à ce prix que\nles deux vers célèbres de Béranger cesseront d'être une fiction :\nLes cœurs sont bien prêts de s'entendre\nQuand les voix ont fraternisé. »\n—La Presse de Vienne annonce qu'un différend s'est élevé entre Wagner et\nle ténor Niemann, qui était à Bayreuth pour les répétitions de la trilogie. A\nla suite de ce différend, Niemann a renvoyé son rôle et s'en est retourné à\nBerlin. Si regrettable que soit cet incident, il ne retardera en rien les études\ndéjà commencées des Niebelungen. On aurait déjà mis la main sur le ténor\nqui remplacera Niemann.\nLa Société des compositeurs de musique a adressé au préfet de la Seine\nune pétition pour obtenir que la musique figurât au budget des beaux-arts\nde la ville de Paris. M. Hérold, à l'appui de cette demande, a proposé au\nconseil municipal un amendement, à l'effet d'allouer annuellement une\nsomme de 10,000 francs pour ouvrir un concours musical, en y rattachant\nles sociétés orphéoniques de Paris. Cet amendement vient d'être adopté.\nM. de Lauzières vient d'avoir la douleur de perdre sa belle-fille, madame\nla comtesse de Lauzières-Thémines, décédée à Cherbourg à la suite d'une\nmaladie de poitrine. Elle n'avait pas encore dix-neuf ans.\nC'est une rude épreuve pour notre sympathique collaborateur, et nous\nnous associons vivement à sa douleur.\nM. Victorien Joncières, critique musical de la Liberté, auteur de Sardana-\npale et du Dernier jour de Pompé'i, a eu à l'Opéra une audition de son opéra\nDimitri, avec solistes, orchestre et chœurs. On y remarquait M. le ministre\net plusieurs membres de la Commission consultative des théâtres ; MM. Ca-\nmille Doucet, de Beauplan, de Vaucorbeil et des Chapelles; MM. Détroyat,\nGarnier, Mario Uchard, quelques journalistes, abonnés et amis de la maison.\nDès le début de la soirée, l'une des interprètes de Dimitri, mademoiselle\nDaram, a dû renoncer à son rôle à la suite d'une violente attaque de nerfs.\nL'audition a été ajournée. Les autres interprètes de M. Joncières étaient:\nMM. Gailhard, Vergnet et mademoiselle Bloch.\nM. Joncières a obtenu de M. le ministre de l'instruction publique et des"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "188", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.44", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2713, "texte": "beaux-arts la promesse d'une nouvelle audition ; mais elle se trouve ren-\nvoyée au mois de septembre par suite de l'absence de M. Gailhard, qui a pris\nson congé le ier août.\nOn admire fort, dans le public, l'énergie déployée par M. de Joncières à\nla poursuite de cette audition, et l'on souhaite que le mérite de sa musique\nsoit à la même hauteur,\nVoici, d'après il Trovatore, l'énumération complète des opéras italiens\njoués dans le courant du premier semestre ißys :\ni° Elena in Troja, opéra buffa de d'Alessio, au Politeama de Naples;\n2° Colomba, opéra de Fava, à Bologne;\n3° Il Pipistrello, opéra de Giosa, au théâtre Filarmonico de Naples:\n4° Gustavo Wasa, opéra séria de Marchetti, à la Scala de Milan;\n5° Amore Vendetta, opéra séria de Marchio, au théâtre de Reggio;\n6° Corinna, opéra séria de Reboça, au théâtre Mercadante de Naples ;\n7° Selvaggia, opéra séria de Schira, à la Fenice de Venise;\n8° Dolores, opéra séria d'Auteri-Manzocchi, à la Pergola de Florence;\n9° Don Luigi di Toledo, opéra buffa de Ceriani, au Politeama de Naples ;\nio° La Figlia di Bianca, opéra buffa de d'Alessio, au même théâtre ;\n11° Amore a suo tempo, opéra séria de Tofano, à Bologne ;\n12° Scomburga, opéra séria de Pellegrini, à Brescia ;\ni 3° Luigi XI, de Fumagalli, opéra séria, à la Pergola de Florence ;\n140 La Rosa del Cadore, opéra séria de Predazzi, à Alexandrie ;\n15° Le tre Zie, opéra buffa de Giacomelli, à Livourne;\ni 6° Il Ritorno del Coscritto, opéra buffa de Tolomei, à Sienne;\n170 Don opéra buffa de Mognone, an Teatro Nuovo de Naples;\n180 La Fauta, opéra semi-seria, de de Miceli, au Filarmonico de Naples;\n190 Le Rivali senf amante, opéra buffa de Greco Filoteo, au Circolo de\nNaples ;\n20° Filippo, opéra séria de Crescimanno, à la Pergola de Florence;\n2i° Isabella Orsini, opéra séria de Rossi Isodoro, à Pavie;\n220 Una Burla, opéra buffa de Parisini, à Bologne ;\n23° Maria e Fernando, opéra séria de Feruccio Ferrari, à Bologne;\n240 Guidetia, opéra semi-seria, de Sarria, au théâtre Mercadante de Naples ;\n25° Benvenuto Cellini, opéra séria d'Orsini, au même théâtre;\n26° I Quattro Rustici, opéra buffa de Moscurza, au Politeama de Florence ;\n270 II Cacciatore, opéra butfa de Canavasso, au théâtre Sainte-Radegonde ;\n28° Un Matrimonio sotto la Republica, opéra séria de Podesta, au dal\nVerme de Milan ;\n290 Sténo, opéra buffa de Panico, au Teatro Nuovo de Naples;\n3o° La Vendetta d'un folletto, opéra buffa de Mililotti, au Teatro Quirino\nde Rome ;\n3i0 I Viaggi, opéra buffa de d'Arienzo, au théâtre Castelli de Milan.\nIl est à remarquer que sur ces trente et un ouvrages nouveaux, il en a\nété donné onze à Naples.\nM. Alex. Guilmant, organiste de la Trinité, termine en ce moment la"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "189", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.45", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 3251, "texte": "musique d'un oratorio-symphonie en deux parties, qui a pour titre : Sainte\nGeneviève de Paris. Le poème est de M. Charles Barthélémy, notre collabo-\nrateur. Cette œuvre sera probablement exécutée cet hiver à Paris.\nL'Exposition de 1875 est ouverte au Palais de l'lndustrie des Champs-\nElysées. La section des instruments de musique est certainement une des\nparties les plus importantes de cette exposition, et tout le monde s'y porte\navec empressement et intérêt. La direction a nommé M. Henry Toby com-\nmissaire de cette classe; l'excellent artiste fait souvent entendre les orgues et\nles pianos de nos premières maisons, et tous les vendredis une charmante\npianiste, qui a obtenu beaucoup de succès dans les salons l'hiver dernier,\nmadame Tassoni, se joint à lui pour exécuter des morceaux à deux pianos,\nqui produisent un grand effet.\nM. Hippolyte Babou vient de publier chez Lemerre un nouveau livre\nde critique, sous ce titre piquant: Les Sensations d'un juré* Bien que notre\nrecueil soit étroitement attaché à sa ligne monographique, il ne nous est pas\ninterdit de saluer au passage une œuvre littéraire de cette valeur. On sait\nque l'auteur des Lettres satiriques et critiques ne s'adresse qu'aux esprits dé-\nlicats. C'est un maître styliste, qui a toujours combattu pour les franchises\nde notre belle langue française. On lira avec plaisir l'extrait suivant de son\nétude sur Brizeux et Mistral. Il nous a paru que M. Hippolyte Babou s'im-\nprovisait, dans ce passage, excellent critique musical:\n« J'ai ri, je l'avoue, et sans méchanceté, lorsque M. Frédéric Mistral lança\nsur Paris les six mille vers incandescents de Mireille. Je ne soupçonnais\npas alors que M. Gounod mettrait ce patois en musique; je ne prévoyais pas\nles huit ou neuf cents strophes de Calenda ou Calendal, qui pourrait bien à\nson tour être mis en musique par quelque Serpette ou quelque Massenet.\nAyant relu naguère Marie et la Fleur d'or, j'ai tenté de relire Mireille, et\nj'ai relu Calendal. Eh bien, oui, j'en conviens, ce sont de vrais libretti\nd'opéra, mais traiter ces historiettes de poèmes, quel enfantillage !\nM. Frédéric Mistral, dans son second livre, invoque fièrement l'âme im-\npérissable de la Provence, comme si la Provence, au dix-neuvième siècle,\navait une âme distincte de celle de la France. L'invocation est étonnante ;\nla voici :\n« Ame de mon pays, s'écrie le félibre, toi qui rayonnes manifeste dans son\nhistoire et dans sa langue.... par la grandeur des souvenirs; toi qui nous\nsauves l'espérance ; toi qui, dans la jeunesse, et plus chaud et plus beau,\nmalgré la mort et le fossoyeur, fais reverdir le sang des pères ; toi qui inspiras\nes doux troubadours, et fis plus tard mistraliser la voix de Mirabeau...\nAme éternellement renaissante, âme joyeuse, et fière et vive, qui hennis dans\ne bruit du Rhône et de son vent; âme des bois pleins d'harmonie et des\nalanques pleines de soleil; âme pieuse de la patrie, je t'appelle! incarne-toi\nans mes vers provençaux 1 » Et savez-vous ce que l'âme de la Provence, ainsi\nappelée, va chanter sur la grande lyre, après son incarnation? Tout simple-\nment les amours d'un pêcheur d'anchois et d'une sauvagesse qui vit à denn-\nnue dans les bois de sapins, dans les grottes suspendues aux flancs des mon-"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "190", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.46", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2933, "texte": "tagnes, sur les falaises inaccessibles battues par les flots de la Méditerranée.\nIl est vrai que cette sauvagesse descend des princes de Caux, illustre famille\nprovençale, qui descend elle-même de Balthazar, un des trois mages de la\nlégende évangélique. De plus, elle est si savante qu'elle peut enseigner à\nCalendal, le pêcheur d anchois, toute l'histoire guerrière, littéraire et galante\nde l'immortelle Provence. Et ses enseignements ne se bornent pas là, croyez-\nle bien. Elle apprend encore à Calendal la sainte religion de la Nature (une\nsorte de panthéisme provençal), les sublimités raffinées du pur amour (l'amour\nexclusivement provençal) et les héroïques grandeurs du vrai patriotisme (le\npatriotisme strictement provençal). Si l'on supprimait, tout le long du poème,\nles innombrables strophes remplies de ces prédications de l'âme de la Pro-\nvence, il resterait une historiette cent fois moins intéressante et, en revanche,\ncent fois plus courte que celle de Mireille. La poésie et la langue de Calendal\nsont pour le moins aussi artificielles que la poésie et la langue de Mireille.\nMême style plaqué de vieille mosaïque provençale et de marqueterie mo-\nderne, àla française. Mélange de sentiment populaire et d'enflure pseudo-\nlyrique, pseudo-romantique. Versification, tour à tour emphatique, précieuse\net vulgaire, où quelques cris naïfs interrompent trop rarement le roulement\nmonotone d une perpétuelle vague de sonorité. A nos yeux, le beau roman\nde ce regrettable Jules de la Madelène, le Marquis des Saffras, quoique écrit\nen français, a bien plus de saveur provençale que les œuvres de l'auteur de\nMireille. Notre langue française, vivante et complète expression d'un grand\npeuple, a bien plus de ressources, même pour peindre la nature et les mœurs\nde la Provence, que cette langue d'or entièrement dégénérée qui, tout en se\nvantant de sa prétendue richesse, demande à chaque instant, et sans s'en\ndouter, le pain et le vêtement à la littérature française. M. Frédéric Mistral,\net ses deux amis, MM. Roumanille et Aubauel, précisément parce qu'ils ont\ndu talent, sont forcés d'écrire en français sous un masque provençal ; com-\nment se fait-il qu'ils ne jettent pas le masque et qu'ils n'écrivent pas en fran-\nçais purement et simplement! Le poëte gascon Jasmin a recueilli autant de\ncouronnes en son temps que M. Frédéric Mistral dans le nôtre. L'auteur des\nPapillotes, comme l'auteur de Mireille, a été chevalier de la Légion d'honneur\net lauréat de l'Académie française. Que restera-t-il de Jasmin et de Mistral ?\nce qui resterait du poëte Brizeux s'il avait chanté en bas-breton.\nA là distribution des prix du Conservatoire, M. le Ministre de l'instruc-\ntion publique a proclamé : Chevalier de la Légion d'honneur, M, Augustin\nSavard, professeur d'harmonie; et officier d'Académie, M. J. B. Wekerlin,\nbibliothécaire du Conservatoire, et Jules Cohen, professeur de la classe\nd'ensemble."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "191", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.47", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2254, "texte": "NOUVELLES\n\nARIS. Opéra. Madame Fursch-Madier a continué avec succès ses\ndébuts dans le rôle de Valentine des Huguenots. Elle a été rappelée\naprès le quatrième acte.\n- Demain reprise de Guillaume Tell. Mademoiselle de Reszké chantera\npour la première fois Mathilde; les rôles de Guillaume et d'Arnold seront\nremplis par MM. Lassalle et Salomon.\nM. Couturier, qui a obtenu cette année le premier prix de chant au\nConservatoire, est engagé par M. Halanzier, à raison de 7,000 fr. par an.\nMadame Marie Sass doit, dit-on, faire sa rentrée à l'Opéra dans\nl'Africaine.\n*— L'Opéra reprendra Faust dans les premiers jours du mois prochain, on\nattend l'expiration du congé de madame Carvalho.\nOn annonce pour le commencement d'octobre Don Juan,avec MM.Faure\net Gailhard. Mademoiselle Krauss chantera Dona Anna, madame Gueymard\nDona Elvire, et madame Carvalho, Zerline.\nOpéra-Comique. Réouverture demain 16 août, avec la Fille du Régi-\nment. MM. Duchesne et Melchissédec dans Richard cœur de lion.\nLe Val d'Andorre passera probablement dans le courant de septembre,\navec Obin et mademoiselle Chapuy.\nOn répète activement Piccolino, trois actes de Sardou, musique de Gui-\nraud, chanté par madameGalli-Marié, MM.Duchesne, Melchissedec, madame\nFranck et M. Duvernoy.\nThéâtre-Italien. L'ouverture de ce théâtre se fera au mois d'avril pro-\nchain avec Aida. M. L. Escudier a engagé mesdames T. Stolz, Waldmann,\nMM. Masini, Pandolfini et Medini, interprètes de l'œuvre de Verdi en Italie\net à Vienne. Le chef d'orchestre de la troupe sera M. E. Muzio.\nBouffes-ParisiensOn sait que les Bouffes vont faire leur réouverture\navec Théo dans la. Jolie Parfumeuse. Viendra ensuite, avant la Créole, un\nspectacle coupé dont les deux éléments principaux seront Pomme d'Api,\npour Théo, et un petit acte dont Offenbach a promis d'écrire la musique et\nqui doit servir de début à la jeune mademoiselle Luce, la fille de la tragé-\ndienne Cornélie.\nFolies-Dramatiques. Les Folies-Dramatiques donneront les Gent-Vierges\nvers le 20 août. Le rôle créé par mademoiselle Vanghell aux Variétés sera\njoué par madame Prelly, et celui de mademoiselle Gabrielle Gauthier par\nmademoiselle Tassilly. Kopp sera remplacé par Milher, Hittemans par Luco,\net Berthelier par le débutant Max Simon»"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "192", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.48", "debut_caractere": 128, "fin_caractere_exclue": 814, "texte": "Variétés. MM. Meilhac et Haiévy ont lu aux artistes la Boulangère aux\nEcus, musique d'Offenbach. La première représentation aura lieu au mois de\nnovembre.\nVoici la distribution des principaux rôles :\nBernadille, MM. Dupuis.\nFlammèche, Berthelier.\nLe commissaire, Pradeau.\nCoquebert, Baron.\nDélicat, Léonce.\nMargot, Almes Schneider.\nToinon, Paola Marié.\nRenaissance. —Le ier septembre, réouverture de ce théâtre. On donnera\nune reprise de Giroflé-Girofla avec la distribution suivante :\nBoléro, MM. Dailly.\nMarasquin, Puget.\nMourzouk, Vauthier.\nAurore, Mmrs Alphonsine.\nGiroflé, Granier.\nPedro. Fany.\nPaquita,] Panizé.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-08-15-01-c022", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-08-15_01#c022", "volume": "bmtnabc_1875-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "184", "page_fin": "190", "image_debut": 40, "image_fin": 46, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.2.6.2", "titre_corps": "FAITS DIVERS", "titre_sommaire": "FAITS DIVERS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 40, "page_imprimee": "184", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.40", "debut_caractere": 52, "fin_caractere_exclue": 2274, "texte": "FAITS DIVERS\n. Arsène Houssaye, agréé par M. le ministre de l'lnstruc-\ntion publique et des Beaux-Arts en qualité de directeur\ndu Théâtre-Lyrique, n'a pas encore reçu la consécration\nofficielle de ce titre, et cela sur sa prière.\nDe grandes difficultés se présentent. La salle Ventadour,\nseule disponible actuellement, a été louée pour six années\npar M. Léon Escudier qui veut y installer le Théâtre-\nItalien. Des démarches ont été faites auprès de M. Castellano, propriétaire\nde l'ancien Théâtre-Lyrique, ainsi que des décors, costumes et partitions qui\nservaient à son exploitation. Mais rien n'a encore été conclu.\nM. Houssaye ne se décourage pas, et il a fait répéter ces jours-ci, dans la\nsalle du Conservatoire, YArtnide de Gluck. Plusieurs engagements ont été\nsignés, entr autres celui de M. Henri Litolii comme chef d orchestre, et celui\nde M. Justament qui est chargé de la mise en scène et des divertissements\nde l'opéra de Gluck.\nOn a beaucoup parlé de la démission de M. Arsène Iloussaye 5 cela est in-\nexact. M. Houssaye n'ayant pas encore été nommé officiellement, n'a pas à\ndonner sa démission.\nLe Théâtre-Lyrique a un partisan convaincu dans le ministre des Beaux-\nArts, M. Wallon. Voici à ce sujet un fragment du discours qu'il a prononcé\nà la distribution des prix des concours du Conservatoire:\n« Mais l'Opéra ne suffisait pas au développement de l'art musical. Pour\naborder cette grande scène, il faut un nom, et pour se faire un nom, il faut\nune scène. L'Opéra-Comique, avec son caractère spécial qui ne doit pas être\naltéré, ne pouvait répondre seul à ces besoins. C'est pour cela qu'il ya un\ncertain nombre d'années on avait ouvert à la musique un autre théâtre, qui\nfut comme le vestibule de l'Opéra et un lieu d'essai pour les compositeurs et\nles chanteurs; une vraie scène, d'ailleurs, et non pas seulement une école\nproduisant, avec moins d'appareil et de dépense, des œuvres que le nombreux\npublic pût venir entendre à moins de frais, produisant quelquefois des pièces\ndignes d'être transportées tout entières sur la grande scène. N'est-ce pas au\nThéâtre-Lyrique que Gounod a donné Faust avant que l'Opéra l'ait adopté?\nCe théâtre, détruit dans les incendies de la Commune, et pour lequel l'As-"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "185", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.41", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2794, "texte": "semblée nationale maintenait comme en espé. ance une subvention, même\nquand il n'existait plus, est à la veille de se relever. Je puis aujourd'hui vous\nen donner la complète assurance, et par là le vœu le plus vit que j aie recueilli\ndes artistes à mon entrée au ministère sera satisfait. L'organisation musicale\nse trouvera ainsi complète, depuis les bancs de l'école jusqu'au faîte le plus\nhaut où l'art que l'on enseigne ici puisse s'élever.\n« Nous avons au Conservatoire, comme par une sorte de prélude à la\ngrande publicité, ces exercices où vous vous disputez les prix que nous allons\ndécerner aujourd'hui. A ceux qui l'ont emporté dans le premier de ces con-\ncours et que l'lnstitut envoie à Rome, le Conservatoire offre encore une\nscène, des interprètes, un public; leurs morceaux y sont exécutés par cet or-\nchestre incomparable qui, pendant la saison d'hiver, nous a fait entendre\nBeethoven et Mozart comme Beethoven et Mozart ne se sont jamais en-\ntendus.\n« Revenus de Rome, ils ne se verront pas condamnés à vieillir sans qu'ar-\nrive pour eux le jour de la représentation, séchant d'attente, et quelquefois\nréduits, pour vivre, à déshonorer dans les compositions qui ont cours sur les\ntréteaux des théâtres de bas étage ou des cafés-concerts, un talent formé à\nl'école des grands maîtres. S'ils ont vraiment le souffle de l'art, ils trouveront,\nselon leurs inspirations, à se faire accueillir soit à l'Opéra-Comique, soit au\nThéâtre-Lyrique, et, de cette dernière scène, un vrai succès les élèvera sur\nla scène enviée de l'Opéra. »\nM. A. Danhauser, professeur au Conservatoire, vient d'être nommé ins-\npecteur de l'enseignement du chant dans les écoles de la ville de Paris, en\nremplacement de M. Foulon, décédé.\nM. Edmond Membrée, l'auteur de /'Esclave, vient d'être nommé cheva-\nlier de la Légion d'honneur.\nVoici quelques détails sur la grande fête orphéonique organisée par\nmadame la maréchale de Mac-Mahon, et qui aura lieu le 29 août prochain\ndans le jardin des Tuileries, au bénéfice des inondés.\nLes Sociétés réunies des enfants de Lutèce, du Louvre, du Temple, de\nl'Union musicale, des Enfants de Paris, du Choral de Belleville, auxquelles\nse joindront sans doute les Enfants de Saint-Denis et l'Odéon, chanteront les\nchoeurs suivants : Salut aux chanteurs, d'AmbroiseThomas ; chœur des soldats,\ndu Faust, de Gounod; l'Enclume, d'Adam ; le Voyage en Chine, de Bazin ;\nles Martyrs aux arènes, de Laurent de Rillé.\nDes musiques d'harmonie alterneront avec les chœurs et feront entendre\nquatre morceaux.\nEnfin, un chœur final sera chanté par un ensemble de plus de mille orphéo-\nnistes.\nPour cette solennité, le prix d'entrée dans le jardin des Tuileries sera fixé\nà 5o centimes, et un certain nombre de places, à un prix plus élevé, seront\nréservées sur les terrasses."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "186", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.42", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3478, "texte": "Notre collaborateur M. Edmond Neukomm vient de publier chez Ca-\nsimir Pont, libraire, 97, rue Richelieu, une plaquette très intéressante inti-\ntulée: Trois jours à Rouen. Souvenirs du centenaire de Boieldieu. Nous en\nextrayons le chapitre suivant sur les orphéons :\n« Sous l'empire, les pompiers n'avaient qu'un père,M.Janvier de la Motte,\ntandis que les orphéons en avaient plus de mille, ce qui influa défavorable-\nment sur leur prospérité.\n« Aucune époque ne fut, en effet, plus fâcheuse que l'ère impériale, pour\nl'essor de cette institution. Né sous d'heureux auspices, placé dès son début\nsous la direction d'hommes zélés et convaincus, l'orphéon avait rapidement\njeté ses racines au cœur même des populations. Lorsque Wilhem, son fon-\ndateur, mourut, il put croire que son œuvre était assurée, et elle l'était en\neffet; seulement Wilhem avait compté sans les dix-huit années de stagnation,\nqui se produisirent après sa mort.\n<( Mais dira-t-on, en aucun temps les fondations de sociétés chorales et ins-\ntrumentales n'ont été aussi nombreuses que sous l'empire. J'en demeure\nd'accord, mais j'ajoute que jamais aussi les progrès de l'art populaire n'ont\nété moins sensibles qu'à cette époque. Le gouvernement issu du coup d'État\navait compris de prime abord tout le parti qu'il pouvait tirer de ces forces\nvives, disséminées aux quatre coins de la France. Ces forces, il les avait sous\nla main, organisées, embrigadées, facilement réunissables ; il s'agissait d'en\njouer habilement. C'est ce que comprit le gouvernement impérial, et c'est\ndans ce but qu'il flatta outre mesure l'institution orphéonique. En peu de\ntemps, les concours se multiplièrent. Au lieu de réunir les chanteurs pour\nchanter, on les réunit pour les combler de médailles. Puis vint l'abus des\nbannières, des casquettes brodées, des insignes rutilants. Chaque chef-lieu\nde canton devint un chef-lieu de concours. Chaque maire, chaque garde\nchampêtre devint un protecteur éclairé des arts. Et les médailles de pleuvoir\ntoujours, de pleuvoir sans cesse! En vérité, quelle somme les orphéons ne\npourraient-ils point mettre à la disposition des malheureux inondés du midi,\ns'ils voulaient envoyer à la fonte, je ne dirai pas toutes leurs médailles,-mais\nseulement celles qu'on leur a décernées parce qu'il fallait bien placer tous les\nprix que les jurys avaient mission de répartir ?\n« Or, qu'est-il résulté de ces abus? Les sociétés, flattées, adulées et toujours\nrécompensées, se sont promptement départies des habitudes studieuses im-\nposées par Wilhem. Les prix leur arrivaient immérités, de plus en plus fré-\nquents, de plus en plus pesants, mais la qualité du chant ou du jeu allait di-\nminuant, on avait commencé par chanter, par jouer moins bien, on finit par\nchanter, par jouer mal. Quelques sociétés tinrent bon contre cet entraîne-\nment, je me hâte de le constater ; mais le plus grand nombre a périclité.\nIl faut donc supprimer les concours, dira-t-on? Non, certes. Mais il faut les\nrégler, les restreindre et surtout ne demander aux municipalités et n'accepter\nd'elles qu'un très petit nombre de récompenses: de la sorte, ces dernières ac-\nquerront une valeur réelle, et l'on ne sera plus exposé à se boucher les\noreilles pour ne pas entendre les fausses notes d'un orphéon ou d'une fanfare,\ndont la bannière ne porte pas moins de trois rangées de médailles et l'effigie\nde l'ex-souverain.\n« Si j'insiste sur ce fâcheux état de choses, c'est parce que je sais qu'on s'oc*"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "187", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.43", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2859, "texte": "cupe activement de lui porter remède. Il s'est formé depuis un an un Institut\norphéonique, dont le but est de réformer complètement l'organisation des\nsociétés. Placé sous la présidence d'un excellent musicien, M. Gastinel, et\nsous la direction d'hommes dévoués, parmi lesquels je citerai M. Delaporte,\nl'un des plus fervents disciples de Wilhem, cet Institut peut rendre d'im-\nmenses services. Mais, surtout, qu'il soit sévère, rigide même; qu'il ferme\nobstinément la porte aux médiocrités ; qu'il rejette impitoyablement d'une\ndivision supérieure dans une division inférieure toute société qui perdra du\nterrain.\n« Ce n'est que par suite de mesures radicales qu'il répondra aux espérances\nqu'ont mises en lui les vrais amis de l'art popularisé, et c'est à ce prix que\nles deux vers célèbres de Béranger cesseront d'être une fiction :\nLes cœurs sont bien prêts de s'entendre\nQuand les voix ont fraternisé. »\n—La Presse de Vienne annonce qu'un différend s'est élevé entre Wagner et\nle ténor Niemann, qui était à Bayreuth pour les répétitions de la trilogie. A\nla suite de ce différend, Niemann a renvoyé son rôle et s'en est retourné à\nBerlin. Si regrettable que soit cet incident, il ne retardera en rien les études\ndéjà commencées des Niebelungen. On aurait déjà mis la main sur le ténor\nqui remplacera Niemann.\nLa Société des compositeurs de musique a adressé au préfet de la Seine\nune pétition pour obtenir que la musique figurât au budget des beaux-arts\nde la ville de Paris. M. Hérold, à l'appui de cette demande, a proposé au\nconseil municipal un amendement, à l'effet d'allouer annuellement une\nsomme de 10,000 francs pour ouvrir un concours musical, en y rattachant\nles sociétés orphéoniques de Paris. Cet amendement vient d'être adopté.\nM. de Lauzières vient d'avoir la douleur de perdre sa belle-fille, madame\nla comtesse de Lauzières-Thémines, décédée à Cherbourg à la suite d'une\nmaladie de poitrine. Elle n'avait pas encore dix-neuf ans.\nC'est une rude épreuve pour notre sympathique collaborateur, et nous\nnous associons vivement à sa douleur.\nM. Victorien Joncières, critique musical de la Liberté, auteur de Sardana-\npale et du Dernier jour de Pompé'i, a eu à l'Opéra une audition de son opéra\nDimitri, avec solistes, orchestre et chœurs. On y remarquait M. le ministre\net plusieurs membres de la Commission consultative des théâtres ; MM. Ca-\nmille Doucet, de Beauplan, de Vaucorbeil et des Chapelles; MM. Détroyat,\nGarnier, Mario Uchard, quelques journalistes, abonnés et amis de la maison.\nDès le début de la soirée, l'une des interprètes de Dimitri, mademoiselle\nDaram, a dû renoncer à son rôle à la suite d'une violente attaque de nerfs.\nL'audition a été ajournée. Les autres interprètes de M. Joncières étaient:\nMM. Gailhard, Vergnet et mademoiselle Bloch.\nM. Joncières a obtenu de M. le ministre de l'instruction publique et des"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "188", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.44", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2713, "texte": "beaux-arts la promesse d'une nouvelle audition ; mais elle se trouve ren-\nvoyée au mois de septembre par suite de l'absence de M. Gailhard, qui a pris\nson congé le ier août.\nOn admire fort, dans le public, l'énergie déployée par M. de Joncières à\nla poursuite de cette audition, et l'on souhaite que le mérite de sa musique\nsoit à la même hauteur,\nVoici, d'après il Trovatore, l'énumération complète des opéras italiens\njoués dans le courant du premier semestre ißys :\ni° Elena in Troja, opéra buffa de d'Alessio, au Politeama de Naples;\n2° Colomba, opéra de Fava, à Bologne;\n3° Il Pipistrello, opéra de Giosa, au théâtre Filarmonico de Naples:\n4° Gustavo Wasa, opéra séria de Marchetti, à la Scala de Milan;\n5° Amore Vendetta, opéra séria de Marchio, au théâtre de Reggio;\n6° Corinna, opéra séria de Reboça, au théâtre Mercadante de Naples ;\n7° Selvaggia, opéra séria de Schira, à la Fenice de Venise;\n8° Dolores, opéra séria d'Auteri-Manzocchi, à la Pergola de Florence;\n9° Don Luigi di Toledo, opéra buffa de Ceriani, au Politeama de Naples ;\nio° La Figlia di Bianca, opéra buffa de d'Alessio, au même théâtre ;\n11° Amore a suo tempo, opéra séria de Tofano, à Bologne ;\n12° Scomburga, opéra séria de Pellegrini, à Brescia ;\ni 3° Luigi XI, de Fumagalli, opéra séria, à la Pergola de Florence ;\n140 La Rosa del Cadore, opéra séria de Predazzi, à Alexandrie ;\n15° Le tre Zie, opéra buffa de Giacomelli, à Livourne;\ni 6° Il Ritorno del Coscritto, opéra buffa de Tolomei, à Sienne;\n170 Don opéra buffa de Mognone, an Teatro Nuovo de Naples;\n180 La Fauta, opéra semi-seria, de de Miceli, au Filarmonico de Naples;\n190 Le Rivali senf amante, opéra buffa de Greco Filoteo, au Circolo de\nNaples ;\n20° Filippo, opéra séria de Crescimanno, à la Pergola de Florence;\n2i° Isabella Orsini, opéra séria de Rossi Isodoro, à Pavie;\n220 Una Burla, opéra buffa de Parisini, à Bologne ;\n23° Maria e Fernando, opéra séria de Feruccio Ferrari, à Bologne;\n240 Guidetia, opéra semi-seria, de Sarria, au théâtre Mercadante de Naples ;\n25° Benvenuto Cellini, opéra séria d'Orsini, au même théâtre;\n26° I Quattro Rustici, opéra buffa de Moscurza, au Politeama de Florence ;\n270 II Cacciatore, opéra butfa de Canavasso, au théâtre Sainte-Radegonde ;\n28° Un Matrimonio sotto la Republica, opéra séria de Podesta, au dal\nVerme de Milan ;\n290 Sténo, opéra buffa de Panico, au Teatro Nuovo de Naples;\n3o° La Vendetta d'un folletto, opéra buffa de Mililotti, au Teatro Quirino\nde Rome ;\n3i0 I Viaggi, opéra buffa de d'Arienzo, au théâtre Castelli de Milan.\nIl est à remarquer que sur ces trente et un ouvrages nouveaux, il en a\nété donné onze à Naples.\nM. Alex. Guilmant, organiste de la Trinité, termine en ce moment la"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "189", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.45", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 3251, "texte": "musique d'un oratorio-symphonie en deux parties, qui a pour titre : Sainte\nGeneviève de Paris. Le poème est de M. Charles Barthélémy, notre collabo-\nrateur. Cette œuvre sera probablement exécutée cet hiver à Paris.\nL'Exposition de 1875 est ouverte au Palais de l'lndustrie des Champs-\nElysées. La section des instruments de musique est certainement une des\nparties les plus importantes de cette exposition, et tout le monde s'y porte\navec empressement et intérêt. La direction a nommé M. Henry Toby com-\nmissaire de cette classe; l'excellent artiste fait souvent entendre les orgues et\nles pianos de nos premières maisons, et tous les vendredis une charmante\npianiste, qui a obtenu beaucoup de succès dans les salons l'hiver dernier,\nmadame Tassoni, se joint à lui pour exécuter des morceaux à deux pianos,\nqui produisent un grand effet.\nM. Hippolyte Babou vient de publier chez Lemerre un nouveau livre\nde critique, sous ce titre piquant: Les Sensations d'un juré* Bien que notre\nrecueil soit étroitement attaché à sa ligne monographique, il ne nous est pas\ninterdit de saluer au passage une œuvre littéraire de cette valeur. On sait\nque l'auteur des Lettres satiriques et critiques ne s'adresse qu'aux esprits dé-\nlicats. C'est un maître styliste, qui a toujours combattu pour les franchises\nde notre belle langue française. On lira avec plaisir l'extrait suivant de son\nétude sur Brizeux et Mistral. Il nous a paru que M. Hippolyte Babou s'im-\nprovisait, dans ce passage, excellent critique musical:\n« J'ai ri, je l'avoue, et sans méchanceté, lorsque M. Frédéric Mistral lança\nsur Paris les six mille vers incandescents de Mireille. Je ne soupçonnais\npas alors que M. Gounod mettrait ce patois en musique; je ne prévoyais pas\nles huit ou neuf cents strophes de Calenda ou Calendal, qui pourrait bien à\nson tour être mis en musique par quelque Serpette ou quelque Massenet.\nAyant relu naguère Marie et la Fleur d'or, j'ai tenté de relire Mireille, et\nj'ai relu Calendal. Eh bien, oui, j'en conviens, ce sont de vrais libretti\nd'opéra, mais traiter ces historiettes de poèmes, quel enfantillage !\nM. Frédéric Mistral, dans son second livre, invoque fièrement l'âme im-\npérissable de la Provence, comme si la Provence, au dix-neuvième siècle,\navait une âme distincte de celle de la France. L'invocation est étonnante ;\nla voici :\n« Ame de mon pays, s'écrie le félibre, toi qui rayonnes manifeste dans son\nhistoire et dans sa langue.... par la grandeur des souvenirs; toi qui nous\nsauves l'espérance ; toi qui, dans la jeunesse, et plus chaud et plus beau,\nmalgré la mort et le fossoyeur, fais reverdir le sang des pères ; toi qui inspiras\nes doux troubadours, et fis plus tard mistraliser la voix de Mirabeau...\nAme éternellement renaissante, âme joyeuse, et fière et vive, qui hennis dans\ne bruit du Rhône et de son vent; âme des bois pleins d'harmonie et des\nalanques pleines de soleil; âme pieuse de la patrie, je t'appelle! incarne-toi\nans mes vers provençaux 1 » Et savez-vous ce que l'âme de la Provence, ainsi\nappelée, va chanter sur la grande lyre, après son incarnation? Tout simple-\nment les amours d'un pêcheur d'anchois et d'une sauvagesse qui vit à denn-\nnue dans les bois de sapins, dans les grottes suspendues aux flancs des mon-"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "190", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.46", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2933, "texte": "tagnes, sur les falaises inaccessibles battues par les flots de la Méditerranée.\nIl est vrai que cette sauvagesse descend des princes de Caux, illustre famille\nprovençale, qui descend elle-même de Balthazar, un des trois mages de la\nlégende évangélique. De plus, elle est si savante qu'elle peut enseigner à\nCalendal, le pêcheur d anchois, toute l'histoire guerrière, littéraire et galante\nde l'immortelle Provence. Et ses enseignements ne se bornent pas là, croyez-\nle bien. Elle apprend encore à Calendal la sainte religion de la Nature (une\nsorte de panthéisme provençal), les sublimités raffinées du pur amour (l'amour\nexclusivement provençal) et les héroïques grandeurs du vrai patriotisme (le\npatriotisme strictement provençal). Si l'on supprimait, tout le long du poème,\nles innombrables strophes remplies de ces prédications de l'âme de la Pro-\nvence, il resterait une historiette cent fois moins intéressante et, en revanche,\ncent fois plus courte que celle de Mireille. La poésie et la langue de Calendal\nsont pour le moins aussi artificielles que la poésie et la langue de Mireille.\nMême style plaqué de vieille mosaïque provençale et de marqueterie mo-\nderne, àla française. Mélange de sentiment populaire et d'enflure pseudo-\nlyrique, pseudo-romantique. Versification, tour à tour emphatique, précieuse\net vulgaire, où quelques cris naïfs interrompent trop rarement le roulement\nmonotone d une perpétuelle vague de sonorité. A nos yeux, le beau roman\nde ce regrettable Jules de la Madelène, le Marquis des Saffras, quoique écrit\nen français, a bien plus de saveur provençale que les œuvres de l'auteur de\nMireille. Notre langue française, vivante et complète expression d'un grand\npeuple, a bien plus de ressources, même pour peindre la nature et les mœurs\nde la Provence, que cette langue d'or entièrement dégénérée qui, tout en se\nvantant de sa prétendue richesse, demande à chaque instant, et sans s'en\ndouter, le pain et le vêtement à la littérature française. M. Frédéric Mistral,\net ses deux amis, MM. Roumanille et Aubauel, précisément parce qu'ils ont\ndu talent, sont forcés d'écrire en français sous un masque provençal ; com-\nment se fait-il qu'ils ne jettent pas le masque et qu'ils n'écrivent pas en fran-\nçais purement et simplement! Le poëte gascon Jasmin a recueilli autant de\ncouronnes en son temps que M. Frédéric Mistral dans le nôtre. L'auteur des\nPapillotes, comme l'auteur de Mireille, a été chevalier de la Légion d'honneur\net lauréat de l'Académie française. Que restera-t-il de Jasmin et de Mistral ?\nce qui resterait du poëte Brizeux s'il avait chanté en bas-breton.\nA là distribution des prix du Conservatoire, M. le Ministre de l'instruc-\ntion publique a proclamé : Chevalier de la Légion d'honneur, M, Augustin\nSavard, professeur d'harmonie; et officier d'Académie, M. J. B. Wekerlin,\nbibliothécaire du Conservatoire, et Jules Cohen, professeur de la classe\nd'ensemble."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-08-15-01-c024", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-08-15_01#c024", "volume": "bmtnabc_1875-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "191", "page_fin": "192", "image_debut": 47, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.2.6.3", "titre_corps": "NOUVELLES", "titre_sommaire": "NOUVELLES", "signature_source": "Pour l'article Varia : Le Secrétaire de la Rédaction, O. LE TRIOUX", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 47, "page_imprimee": "191", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.47", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2254, "texte": "NOUVELLES\n\nARIS. Opéra. Madame Fursch-Madier a continué avec succès ses\ndébuts dans le rôle de Valentine des Huguenots. Elle a été rappelée\naprès le quatrième acte.\n- Demain reprise de Guillaume Tell. Mademoiselle de Reszké chantera\npour la première fois Mathilde; les rôles de Guillaume et d'Arnold seront\nremplis par MM. Lassalle et Salomon.\nM. Couturier, qui a obtenu cette année le premier prix de chant au\nConservatoire, est engagé par M. Halanzier, à raison de 7,000 fr. par an.\nMadame Marie Sass doit, dit-on, faire sa rentrée à l'Opéra dans\nl'Africaine.\n*— L'Opéra reprendra Faust dans les premiers jours du mois prochain, on\nattend l'expiration du congé de madame Carvalho.\nOn annonce pour le commencement d'octobre Don Juan,avec MM.Faure\net Gailhard. Mademoiselle Krauss chantera Dona Anna, madame Gueymard\nDona Elvire, et madame Carvalho, Zerline.\nOpéra-Comique. Réouverture demain 16 août, avec la Fille du Régi-\nment. MM. Duchesne et Melchissédec dans Richard cœur de lion.\nLe Val d'Andorre passera probablement dans le courant de septembre,\navec Obin et mademoiselle Chapuy.\nOn répète activement Piccolino, trois actes de Sardou, musique de Gui-\nraud, chanté par madameGalli-Marié, MM.Duchesne, Melchissedec, madame\nFranck et M. Duvernoy.\nThéâtre-Italien. L'ouverture de ce théâtre se fera au mois d'avril pro-\nchain avec Aida. M. L. Escudier a engagé mesdames T. Stolz, Waldmann,\nMM. Masini, Pandolfini et Medini, interprètes de l'œuvre de Verdi en Italie\net à Vienne. Le chef d'orchestre de la troupe sera M. E. Muzio.\nBouffes-ParisiensOn sait que les Bouffes vont faire leur réouverture\navec Théo dans la. Jolie Parfumeuse. Viendra ensuite, avant la Créole, un\nspectacle coupé dont les deux éléments principaux seront Pomme d'Api,\npour Théo, et un petit acte dont Offenbach a promis d'écrire la musique et\nqui doit servir de début à la jeune mademoiselle Luce, la fille de la tragé-\ndienne Cornélie.\nFolies-Dramatiques. Les Folies-Dramatiques donneront les Gent-Vierges\nvers le 20 août. Le rôle créé par mademoiselle Vanghell aux Variétés sera\njoué par madame Prelly, et celui de mademoiselle Gabrielle Gauthier par\nmademoiselle Tassilly. Kopp sera remplacé par Milher, Hittemans par Luco,\net Berthelier par le débutant Max Simon»"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "192", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.48", "debut_caractere": 128, "fin_caractere_exclue": 814, "texte": "Variétés. MM. Meilhac et Haiévy ont lu aux artistes la Boulangère aux\nEcus, musique d'Offenbach. La première représentation aura lieu au mois de\nnovembre.\nVoici la distribution des principaux rôles :\nBernadille, MM. Dupuis.\nFlammèche, Berthelier.\nLe commissaire, Pradeau.\nCoquebert, Baron.\nDélicat, Léonce.\nMargot, Almes Schneider.\nToinon, Paola Marié.\nRenaissance. —Le ier septembre, réouverture de ce théâtre. On donnera\nune reprise de Giroflé-Girofla avec la distribution suivante :\nBoléro, MM. Dailly.\nMarasquin, Puget.\nMourzouk, Vauthier.\nAurore, Mmrs Alphonsine.\nGiroflé, Granier.\nPedro. Fany.\nPaquita,] Panizé.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[145]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.1", "texte": "LES\nCONCOURS DU CONSERVATOIRE\n\nes concours du Conservatoire m'ont paru cette\nannée, pour les classes vocales comme pour les\nclasses instrumentales, présenter ce qu'on peut\nappeler une bonne moyenne; je les ai trouvés\nplus solides que brillants, et s'ils n'ont point\nmis en relief, comme cela arrive parfois, quel-\nques personnalités accusées, ils ont témoigné\nen faveur du niveau général des études, qui\nsemble très satisfaisant. Le public n'a pas eu\nl'ennui d'entendre, comme il se trouve trop souvent, des médiocrités\nlamentables, et, à bien peu d'exceptions près, 011 peut dire que tous les\nélèves présentés étaient vraiment dignes de concourir, et qu'aucun ne\nfaisait tache sur l'ensemble. D'ailleurs, en raison même de cette bonne\n\nIX.\n10"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "146", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.2", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nmoyenne dont on a pu se rendre compte, il est permis de croire que les\nélèves qui ont pris part aux épreuves de cette année et que nous retrou-\nverons dans un an, seront tout à fait formés, et que les prochains concours\nnous offriront un certain nombre de sujets excellents.\nQuelques observations peuvent ne pas être inutiles, avant d'entamer\nle compte-rendu détaillé de ces séances intéressantes. Tout d'abord, il\nest juste de remarquer que, en ce qui concerne les classes vocales, le\nchoix des morceaux est beaucoup meilleur, généralement, qu'il ne Tétait\nnaguère. Ainsi, Ton peut constater avec plaisir que dans le concours de\nchant proprement dit, la musique de Verdi, si fort en honneur il y a\nquelques années, au grand détriment du style et du goût, a fait place à\ndes œuvres plus saines, d'un caractère plus noble, plus pur et plus élevé.\nLes élèves chanteurs nous ont offert cette fois des airs de Joseph, du\nSiège de Corinthe, de S émir amis, & Orphée, du Pardon de Ploërmel,\ndes Huguenots, de Faust, du Prophète, du FreischutiïOberon, de\nla Dame blanche, et personne ne contestera sans doute que ceci ne soit\nmeilleur, au point de vue du vrai style musical, que des airs de la Tra-\nviata, du Trovatore, ou de Rigoletto (ici, je ne critique pas la valeur\ndes œuvres ; j'insiste simplement sur leur caractère relatif). La même\nobservation est applicable, à peu de chose près, aux concours d'opéra et\nd'opéra comique, et il me semble qu'il en faut féliciter tout à la fois la\ndirection du Conservatoire, les professeurs et les élèves.\nPar contre, je m'étonnerai qu'on s'obstine à choisir, pour les concours\nde piano, des morceaux pris dans les œuvres de Chopin. Chopin était\nassurément un grand maître, mais c'est un musicien absolument roman-\ntique, et il me semble que le Conservatoire doit être avant tout le gardien\njaloux, fidèle et vigilant des grandes traditions classiques. En tout état\nde cause, le choix de cette musique ne peut manquer d'être fâcheux à\nbeaucoup d'égards. Cette année, par exemple, on avait adopté le grand\nconcerto en mi mineur de Chopin pour le concours des classes féminines.\nEh bien, je me demande comment routes ces infortunées jeunes filles\nauraient pu s'y prendre pour déployer, dans ce morceau diabolique,\nautre chose que des qualités de virtuosité. Or, si le mécanisme est une\ndes conditions premières d'une bonne exécution, je suis d'avis qu'un\nstyle pur et quelque sentiment passionné ne sont pas tout à fait nuisibles\nà la valeur d'un artiste. Mais il se trouve justement que le concerto en\nquestion se compose uniquement d'un interminable déluge de notes,\nd'une foule de traits qui se succèdent sans la moindre interruption, et\nqu'il est impossible à l'être le mieux doué au point de vue de la passion\nd'y faire preuve de quelque sentiment ou de quelque tendresse, de mon-"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "147", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.3", "texte": "LES CONCOURS DU CONSERVATOIRE\n\ntrer autre chose que l'agilité prestigieuse de ses doigts. D'autre part, et\nen ce qui concerne le style, voici ce qui arrive infailliblement : ou l'élève\na le sentiment du style particulier à Chopin, et alors il voudra exécuter\n1 œuvie comme elle doit 1 être, avec des altérations de mouvement inces-\nsantes, avec des libertés énormes dans l'interprétation; il aura alors le\nstyle de Chopin, et non le vrai style musical : ou bien il jouera la note\ntelle qu elle est écrite, dans un mouvement sec et régulier, sans se per-\nmettre aucune licence, aucune infraction à la mesure, et alors il jouera\nle morceau dans un style qui se rapprochera du style classique, mais\nqui sera la négation même de celui de Chopin. Il n'y a pas à sortir de\nlà, er cela est si vrai que j ai vu des élèves intelligentes, qui avaient voulu\nétudier le concerto comme elles le comprenaient, c'est-à-dire intelligem-\nment, et que leurs professeurs ont dû rappeler à la raison, sous ce pré-\ntexte qu au Conservatoire la musique de Chopin ne doit pas se jouer\ncomme il la faut jouer ailleurs. J'en reviens donc à mon dire, et je trouve\nque le comité des études a grand tort de choisir de tels morceaux de\nconcours. La bonne musique de piano, Dieu merci, n'est pas rare dans\nl'ordre classique, puisque les plus grands maîtres ont prodigué les chefs-\nd'œuvre pour cet instrument. Qu'on s'en tienne donc à Beethoven, à\nMozart, à Hummel, à Moschelès, à Weber, à Dussek, à Clementi, et\ntout sera beaucoup mieux.\nCeci dit, nous allons entrer dans l'examen raisonné des concours.\nLes épreuves vocales ont mis en présence trente-deux élèves des deux\nsexes, dont quatorze hommes et dix-huit femmes. De ces trente-deux\njeunes gens, qui tous ont pris part au concours de chant proprement dit,\nquatorze (sept pour chaque sexe) se sont montrés dans le concours\ndopéia comique* huit (quatre de chaque côté) dans celui d'opéra, et dix\nse sont abstenus sous ce rapport. Parmi les hommes, nous trouvons\ndaboid M. Couturier, qui a obtenu les deux premiers prix de chant et\nd opéia en chantant le bel air d'Hoël du Pardon de Ploëryyiel et en\njouant la grande scène des cartes de Charles VI. Elève de M. Roger,\nM. Couturier possède une belle voix de baryton chaude et vibrante, juste\net étendue ; il phrase avec intelligence, il a de la verve et de l'ampleur,\net tait preuve de sentiment. Il devra, par exemple, se défier d'un chevro-\ntement précoce, et travailler encore à assouplir sa vocalisation. Quant\naux qualités du comédien, il a encore à faire pour les acquérir. Néan-\nmoins, ce jeune homme, qui n'est âgé que de vingt-et-un ans, paraît\navoir un bel avenir devant lui, M. Caisso, qui est élève de M. Ro-\nmain Bussine pour le chant, a dit avec un goût véritable, mais avec"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "148", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.4", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nune voix bien ténue, 1 air de 1 Orphée de Gluck Jai pet du mon Eurjr\ndice; le ténor voilé de M. Caisso est malheureusement sans accent et\nsans portée, sans couleur comme sans caractère. Cependant le jury lui a\ndécerné un second prix de chant, et deux jours après un second prix\nd'opéra comique pour la façon toute aimable dont il a joué une scène du\nTableau parlant, après avoir fort bien donné la réplique à quelques-uns\nde ses camarades, dans des fragments de 1 Eclair, du Caïd et des Diamants\nde la Couronne. M. Queulain, qui a obtenu un premier accessit de\nchant, un premier accessit dopéra et un second prix d'opéra comique,\nfera un excellent sujet scénique, en dépit de sa taille un peu exiguë. Ce\njeune homme est doué d'un beau baryton grave, corsé et caractérisé,\nbien timbré et d une bonne étendue. Comme chanteur, il a de 1 allure\ndans la phrase, de la chaleur dans le débit, de 1 accent, de la facilité,\npresque du style, de la grandeur et de la vaillance. Il a chanté en artiste,\nde façon à faire honneur à son maître, M. Grosset,le grand air du Siège\ni\nde Corinthe, dont il a merveilleusement exécuté les vocalises. Pour son\nconcours d'opéra, il a joué une scène de L aust, et pour 1 opéra comique,\nune scène du Toréador, en y montrant beaucoup d'intelligence et un\nbon sentiment scénique; si Ton ajoute à cela la façon charmante dont il\na chanté, dans une réplique, la partie de Falstaff dans le trio du premier\nacte du Songe dyune nuit d'été, on ne sera pas étonne de son succès. Si\nM. Queulain continue de travailler, il pourrait bien être le lion des\nprochains concours.\nM. Maire, qui a obtenu un second accessit de chant, me paraît avoir\nl'étoffe d'un artiste à venir. Sa voix de ténor est d'un joli timbre, cares-\nsante et très juste; elle est conduite avec goût, avec élégance, avec\nsobriété; enfin, le chanteur articule très bien, et trouve des nuances\nd'un effet charmant. M. Collin, un bon musicien, qui est premier\npiston à rOpéra-Comique, et qui ne demanderait pas mieux que de\nmonter de l'orchestre sur la scène, s'est vu décerner un second accessit de\nchant et un premier accessit d'opéra comique. Son baryton léger, gra-\ncieux et veloute, est dirige non sans gràcc, mais d une façon encoie\ninexoénmentee. NI. Collin, beaucoup a tiavaiilei encore, mais qui\na d heureuses dispositions, a gentiment dit une scène du Maître de cha-\nmelle. M. Demasy s'est fait attribuer un premier accessit de chant en\nfaisant entendre l'air des tombeaux de Lucie. Une voix de ténor qui ne\nmanque ni de force ni cie chaleur, un accent diamatique ties intense,\nplus de passion que de correction, une articulation pâteuse, tels sont les\nqualités et les défauts de ce jeune homme, en qui d ailleurs paraît résider\nle tempérament d'un artiste. Peut-être n'en dirai-je pas autant de"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "149", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.5", "texte": "LES CONCOURS DU CONSERVATOIRE\n\nM. Gally, malgré le second prix d'opéra que le jury a cru devoir lui\ndécerner. M. Gally possède une basse chantante superbe, ronde et puis-\nsante, sonore et juste, mais il ne sait ni chanter ni phraser; il pousse à\ntort et à travers, et ne connaît pas plus les éléments de l'art du chanteur\nque du comédien.\nParmi les élèves non couronnés je citerai M. Daydon, un baryton\ngrave, qui ne manque ni d'intelligence ni de quelque style, mais qui ne\nsait pas vocaliser, et dont la voix, encore mal posée, sort parfois de la\ngorge; M. Maris, qui est bien novice comme chanteur, mais qui, dans\nle concours d'opéra comique, n'a pas mal dit la scène du tambour-major\ndu Caïd, quoiqu'en forçant les effets plus que de raison; enfin,\nM. Roques, qui me semble avoir été oublié à tort par le jury, car sa\nvoix de baryton, franche et corsée, n'est pas mal posée; il articule avec\nnetteté, et ne manque ni de facilité ni de goût.\nDu côté des femmes, le sujet le plus remarquable est assurément ma-\ndemoiselle Vergin, qui, à côté d'un simple premier accessit de chant, a ob-\ntenu les deux seuls premiers prix d'opéra et d'opéra-comique. En ce qui\nconcerne son concours de chant, qu'elle a passé avec le grand air de Sémi-\nramis, voici les notos que je retrouve sur mon calepin, relativement à\nmademoiselle Vergin : « Vraie nature d'artiste; du goût, du style, du\nsentiment musical, bon phrasé, de jolies nuances; vocalisation quelque-\nfois bonne, mais qui a besoin d'être encore travaillée; en somme, très\nbonnes qualités, mais qui devront être perfectionnées. » Si je ne me suis\npas abusé sur la valeur de l'artiste, il me semble que cela méritait mieux\nqu'un premier accessit. Pour ce qui est du concours d'opéra, où made-\nmoiselle Vergin s'est montrée dans le second acte à'Hamlet, voici encore\nce que disent mes notes : «Bien en scène; de la passion, de la tendresse,\ndu goût, de jolies nuances et des détails charmants dans le chant; arti-\nculation excellente; il y a là de l'intelligence, et il y aura du talent ;\nmais, d'ailleurs étendue, la voix, excellente pour l'opéra comique, sera-\nt-elle suffisante pour l'opéra ?» Je crois qu'en effet mademoiselle Vergin\nsera mieux placée dans l'opéra comique que dans le drame lyrique ;\nmais pour cela il lui faudra apprendre à dire le dialogue et à modérer\nses gestes, car ces deux défauts ont été saillants dans la scène qu'elle a\ndite du Songe d'une nuit d'été ; elle n'en a pas moins bien chanté le duo\navec Olivia, la chanson de ou elle a montré de la crânerie et de\nl'élégance, et le trio. En résumé, je crois que mademoiselle Vergin a tout\nce qu'il faut pour faire une grande artiste, à la condition qu'elle ne croie\npas l'être déjà."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "150", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.6", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nA côté d'elle, nous avons vu une jeune fille charmante et tout à fait\nbien douée, mais dans un ordre secondaire. Mademoiselle Bilbaut-\nVauchelet a les qualités requises pour faire une adorable Dugazon, mais sa\nvoix, comme son physique, lui interdira l'emploi des chanteuses légères.\nÉlégante et mignonne, gracieuse et jolie, mademoiselle Bilbaut-Vau-\nchelet, dont la physionomie enjouée rappelle les types Louis XV les plus\nheureux, semble un pastel de Latour descendu de son cadre. Cette jeune\npersonne, très souffrante, paraît-il, le jour du concours, n'a point semblé\ntellement supérieure qu'on n'ait été un peu étonné de lui voir attribuer\nl'unique premier prix de chant. Mais le jury a dû tenir compte de son\nindisposition, et il savait d'ailleurs à qui il avait affaire. Mademoiselle\nBilbaut-Vauchelet est une excellente musicienne, qui, à l'âge de neuf\nans, brillait dans les concerts en jouant du violon, qui joue aujourd'hui\nfort bien du piano, qui vient d'obtenir une première médaille de solfège,\net qui, enfin, est beaucoup supérieure, comme chanteuse, à ce que nous\nl'avons vue le jour du concours. Sa voix, d'ailleurs, est bonne, quoique\nun peu faible : elle a de l'agilité, et elle bat le trille avec une précision\nque nous n'avons retrouvée dans aucune autre élève. Après avoir été\nune première fois couronnée, mademoiselle Bilbaut-Vauchelet a obtenu\nun second prix d'opéra comique en disant d'une façon charmante, avec\ngrâce, avec esprit, avec aisance, avec gentillesse, une scène du Tableau\nparlant; j'ajouterai qu'elle avait donné deux excellentes répliques dans\nVEclair et dans le Maître de chapelle.\nL'air admirable de Marguerite des Huguenots, l'un des plus beaux à\ncoup sûr qui existent dans le style orné, après avoir valu le premier\nprix de chant à mademoiselle Vauchelet, a valu les deux seconds prix à\nmademoiselle Bilange et à mademoiselle Larochelle. A ne prendre que\nla séance du concours, je suis d'avis que cette dernière est celle qui l'a le\nmieux chanté; la voix de mademoiselle Larochelle est d'une bonne\nétendue, d'un beau métal et d'une rare égalité, et l'artiste joint àla\ngrâce, au goût, au style, une bonne articulation, une vocalisation souple\net brillante, et des nuances charmantes dans la demi-teinte. Quant à\nmademoiselle Bilange, son soprano est corsé et bien portant, sa vocali-\nsation est légère et fine, son exécution chaude et. colorée, mais elle a\nbesoin de surveiller la justesse de ses intonations, qui n'est pas toujours\nparfaite. Après avoir brillé dans le concours de chant, ces deux jeunes\nfilles ont complètement échoué dans celui d'opéra comique, où le jury\nne les a trouvées dignes d'aucune récompense. J'avoue, à mon regret,\nque je partage entièrement l'opinion du jury.\nMademoiselle Sauné, qui avait obtenu un second accessit de chant en"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "151", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.7", "texte": "LES CONCOURS DU CONSERVATOIRE\n\ndisant d'une façon froide et un peu banale l'air de la Fille du Régi-\nment, a remporté un brillant premier accessit d'opéra comique en jouant\navec beaucoup d'intelligence et d'adresse, d'entrain et de sensibilité, une\nscène des Dragons de Villars, qu'elle a même chantée beaucoup mieux\nque son air de concours. Il y a certainement de l'avenir dans cette jeune\nfille. Mademoiselle Bâtard, Tunique contralto du concours, s'est vu\ndécerner un premier accessit de chant avec l'air du Prophète; cette\njeune personne a fait preuve de bonnes qualités d'ensemble : elle phrase\nsagement, sobrement, avec intelligence; quant à sa voix, dont le métal\nest splendide,, qui est belle, grasse, sonore et absolument juste, elle est\nd'une étendue de plus de deux octaves, car le la grave et le contre-itf\ndièze aigu sortent avec la plus grande facilité. Mademoiselle Bâtard a\néchoué dans le concours d'opéra, quoiqu'elle n'ait point mal dit la scène\ndu Miserere du Trouvère.\nJe citerai encore : Mademoiselle Lafont (deuxième accessit de chant),\nqui, dans Y air de la Reine de Saba, a fait remarquer une belle voix, de\nbelles qualités d'ensemble et d'étude, et' a déployé de la flamme et de la\npassion; Mademoiselle Fontaine (deuxième accessit d'opéra comique),\nqui a joué avec naturel et avec intelligence, d'une façon fort distinguée\net en véritable comédienne, une scène du premier acte des Diamants de\nla couronne, et dont la voix saine et franche, mais pas toujours très\njuste, avait brillé au concours de chant dans l'air d'Hamlet ; enfin,\nmademoiselle Regaudiat, une jeune fille mignonne, à la voix gentille et\nfrêle, qui semble spirituelle et intelligente, et qui a dit gentiment, mais\navec un peu de sécheresse, rair du Concert àla Cour.\nPassons maintenant aux classes instrumentales, en commençant par\nle piano.\nLe jury n'a pas cru devoir accorder aucun premier prix aux élèves\nmasculins. Je confesse que le jury m'a semblé sévère, et je crois qu'il\naurait pu en décerner un pour le moins. Estimons-nous heureux,\ncependant, qu'il ait jugé à propos de donner deux seconds prix, l'un à\nM. Dolmetsch, élève de M. Marmontel, l'autre àM. Dusautoy, élève\nde M. Mathias. M. Dolmetsch est déjà un artiste ; il a du style, de la\nvaillance et un excellent mécanisme, qualités qui ne sont point de trop\npour l'exécution de la première ballade de Chopin, morceau choisi pour\ne concours, et dont on connaît l'extrême difficulté; M. Dusautoy, lui\naussi, est un artiste déjà formé, dont le talent est fort remarquable, et\nqui s'est distingué par la netteté surprenante avec laquelle il a déchif-"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "152", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.8", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nfré. Trois premiers accessits ont été adjugés à M. Rabaud, élève de\nM. Mathias, et à MM. Debussy et Lemoine, élèves de M. Marmontel.\nM. Rabaud a un jeu plein de finesse et de distinction ; le jeune Debussy\nest un bambin qui promet pour l'avenir un virtuose exceptionnel, et\nM. Lemoine fait preuve de solides qualités acquises Enfin, deux seconds\naccessits sont très justement échus à M. Mestres, élève de M. Marmon-\ntel, et à M. O'Kelly, élève de M. Mathias. Mais pourquoi n'a-t-on pas\njugé à propos d'encourager M. Thomai, qui avait passé un très bon\nconcours ?\nQuatorze jeunes gens s'étaient produits le matin. Trente-trois jeunes\nfilles se sont fait entendre dans l'après-midi ; ce qui faisait, étant donnée\nFépreuve de lecture à vue obligatoire pour chaque élève, un total de\nquatre-vingt-quatorze morceaux entendus dans cette seule journée.\nD'ailleurs, l'ensemble du concours féminin a été excellent, et même\nparmi les jeunes filles non couronnées, il s'en trouve de très méritantes,\net qui font regretter que le jury ne se soit pas montré plus généreux.\nDeux premiers prix seulement ont été décernés, l'un à mademoiselle\nlaravant, l'autre à mademoiselle Pottier» Mademoiselle Taravant a un\njoli son, des doigts solides et souples, une exécution colorée par d'heu-\nreux détails; mademoiselle Pottier a un jeu plus ferme que brillant, du\nson, un bon mécanisme, mais elle manque un peu de grâce et d'élé-\ngance, et n'est point sans quelque roideur; chez l'une comme chez\nl'autre, il y a encore absence de personnalité, d'originalité. Je regrette\nque mademoiselle Dandeville, qui avait obtenu un second prix l'an\npassé, n'ait pas été appelée à partager cette année le premier avec ses\ndeux compagnes ; si le jeu de cette jeune fille n'est pas encore complète-\nment en dehors, s'il n'atteint pas la perfection, du moins peut-on dire\nqu'elle a un son limpide et expansit, un mécanisme élégant et sûr, une\nexécution brillante et soignée, dans laquelle la grâce est unie à la vi-\ngueur. Assurément, mademoiselle Dandeville est une pianiste déjà for-\nmée, et qui mérite de sincères éloges.\nTrois seconds prix ont été attribués à mesdemoiselles Gentil, Chau-\nveau et Carrier-Belleuse. Mademoiselle Gentil, élève de madame Mas-\nsart, a des doigts excellents, du goût, de la finesse, du sentiment ; il y\naura certainement une artiste chez cette enfant, qui a merveilleusement\ndéchiffré, et avec un sens musical étonnant. Mademoiselle Chauveau,\nelle aussi, possède de très bonnes qualités, qui ne demandent qu'à être\ndéveloppées encore par un travail intelligent. Quant à mademoiselle\nCarrier-Belleuse, qui est élève de M. Delaborde, elle fait le plus grand\nhonneur à son professeur : un son limpide et pur, une exécution souple"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "153", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.9", "texte": "LES CONCOURS DU CONSERVATOIRE\n\net colorée, un mécanisme parfait, une grande élégance dans le doigté et\ndans le phrasé, un style excellent, telles sont les qualités de cette jeune\npersonne, qui a obtenu un second prix à son premier concours,, et à qui\nune seule voix dans le jury a manqué pour le premier prix.\nLes premiers accessits sont échus à mesdemoiselles Mouzin, élève de\nM. Delaborde, Schmidt, élève de madame Massart, et Vizinet, élève de\nM. Delaborde. Mademoiselle Mouzin possède de bonnes qualités d'étude,\nqui ne laissent percer encore aucun sentiment individuel ; mademoi-\nselle Schmidt a un son moelleux et corsé, de bons doigts, et son exécu-\ntion, bonne dans son ensemble, quoique manquant un peu de brillant,\nn est pas sans quelques heureux détails ; mademoiselle Vizinet est une\nfillette de onze ans à peine, dont le gentil petit jeu, le joli petit son et la\ncrânerie aimable ont eu le plus grand succès auprès de l'auditoire.\nTrois seconds accessits ont été donnés à mesdemoiselles Perret, Miclos\net Lagoanère. J'ai surtout distingué mademoiselle Miclos, dont le jeu se\nfait remarquer par une grande netteté, de bons doigts, un son moelleux,\nde la grâce et de jolies nuances. « Quelques jeunes filles encore ont bien\nmérité du jury, qui cependant n'a pas cru devoir les récompenser; ce\nsont : Mademoiselle Demeyer, qui a de bons doigts, de l'éclat et de la\nvigueur ; mademoiselle Guintrange, dont le jeu est à la fois aimable et\nsolide, et qui paraît avoir de l'avenir ; mademoiselle Migette, en aui\nlon a remarqué un bon mécanisme, un jeu net, chaleureux et coloré ;\nmademoiselle Brzezicka, dont les qualités d'ensemble demandent encore\ndu développement, mais qui a du brio, d'excellents doigts, un bon sen-\ntiment musical, et qui surtout a fort bien déchiffré, avec crânerie, d'une\nfaçon originale, en donnant au morceau une allure toute particulière ;\nenfin, mademoiselle Halbronn, dont le jeu, bien jeune encore sans doute\net bien neuf au point de vue du style, n'est cependant point dépourvu\nd'élégance et de correction.\nNous arrivons aux concours d'instruments à cordes, et il nous faut\nconstater, en ce qui concerne le violoncelle, la fâcheuse impression qu'a\nproduite sur les artistes le premier prix décerné à mademoiselle Hille-\nmacher. Cette jeune personne possède assurément un mécanisme remar-\nquable, elle ne manque point de style, mais elle a joué faux d'un bout\nà l'autre de son concerto, et ceci est un vice redhibitoire qui ne devrait\npoint trouver grâce. Combien est supérieur M. Bruneau, qui manque\npeut-être un peu d'élan, mais qui est certainement un artiste, et dont le\nbeau son, le beau mécanisme, la belle justesse et le beau style ont fait"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "154", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.10", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nmerveille! M. Bruneau, qui avait eu précédemment le second prix, a\npourtant été dédaigné par le jury ! M. Farnow, qui a obtenu le second\nprix, a tait preuve de très bonnes qualités d'ensemble et d'acquis. Un\npremier et un second accessit ont été décernés à MM. Puzenat et Bob.\nMademoiselle Pommereul et M. Diaz-Albertini se sont partagé les\ndeux premiers prix de violon. Le jeu de mademoiselle Pommereul est\nmignon, élégant, assuré, non absolument supérieur, mais très fini et\ntrès délicat. M. Diaz-Albertini a montré de la grâce, son exécution est\nfine, l'archet est bien conduit, et l'ensemble ne laisse rien à désirer.\nL'unique second prix est échu à un jeune homme, M. Heymann, dans\nlequel il y a certainement l'étoffe d'un artistef M. Heymann, dont le\njeu est encore inégal et parfois incorrect, a néanmoins du feu, de la\ngrandeur, du style, un beau son et un archet superbe. J'en dirai\npresque autant de MM. Berthelier et Gibier, à qui ont été décernés les\npremiers accessits; l'un et l'autre se font remarquer par un tempéra-\nment rare, par des qualités à la fois solides et pleines d'éclat, par une\nexécution chaude et colorée. Enfin, deux seconds accessits ont été accor-\ndés à MM. Figueroa et Naegelin, qui les avaient bien mérités. Je citerai\nencore les noms de MM. Torthe, Bernis et Birbet, qui me semblent\ndignes d'encouragement, et qui promettent pour l'avenir.\nEn somme, et il faut le répéter, les concours de 1875 ont été satisfai-\nsants à beaucoup d'égards, et prouvent en faveur de l'enseignement du\nConservatoire.\n\nARTHUR POUGIN."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "155", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.11", "texte": "PALMARÈS\nDU CONSERVATOIRE DE MUSIQUE POUR L'ANNÉE 1875\nCONTRE-POINT ET FUGUE.\nJURY: MM. Ambroise Thomas (président), Barbereau, Benoist, Jules\n(,ohen, Charles Colin, Théodore Dubois, Henri Fissot, Massenet et\nPrumier.\n(14 concurrents.)\nPas de premier prix :\n2e prix : M. Mancini, élève de M. H. Reber.\nier accessit: Mlle Renaud, élève de M. F. Bazin; 2• accessit: M. Rousseau, élève\nde M. F. Bazin; M. Levêque, élève de M. H. Reber.\nHARMONIE.\nJURY: MM. Ambroise Thomas (président); Samuel David,\nLéo Delibes, Duprato,Emile Durand, C.Franck, GuiraudetMembrée.\n(12 concurrents.)\nier prix: M. Karren, élève de M. Th. Dubois.\n2e prix : M. Guilhaud et M. Blot, élèves de M. Aug. Savard.\nier accessit: M. Couture, élève de M. Th. Dubois; 2e accessit: M. Ravera, élève de\nM. A. Savard; M. Dechamps, élève de M. Th. Dubois.\nHARMONIE ET ACCOMPAGNEMENT,\nJURY: MM. Ambroise Thomas (président); Barthe,Ba\\ille> Charles\nColin, Th. Dubois, Fissot, Lecouppey, Paladilhe et Henri Potier.\nHommes. (7 concurrents.)\nier prix: M. Broutin, élève de M. Emile Durand; M. Blanc, élève\nde M. Duprato.\nPas de second prix.\nIe* accessit: M. Lemoine, élève de M. E. Durand ; ze accessit; M, Mestres, élève\nde M. Duprato; M» Falkenberg, élève de M, E. Durand,"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "156", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.12", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nFemmes. (7 concurrentes.)\nier prix : MllO Guinard, élève de M. Ed. Batiste; Mn« Genty, élève de\nMme Dufresne.\n2e prix: Mlle Papot, élève de Mme Dufresne.\nier accessit: Mlle Cotta, élève de M. Ed. Batiste; 2e accessit; Mlle Galliata, élève de\nMme Dufresne.\nSOLFEGE.\nJURY: MM. Ambroise Thomas (président); Charles Colin, Émile\nDurand, Moulin, G. Pfeiffer, C.Prumier, H. Salomon, Aug. Savard\net Wekerlin.\nHommes. (36 concurrents.)\nire médaillé : M. Destefani, élève de M. Lavignac ; M. Piffaretti,\nélève de M. N. Alkan; Schwartz, élève de M. Marmontel fils ; M. Caron,\nélève de M. N. Alkan; M. Marty, élève de M. Gillette; M. Sabloo,\nélève de M. N. Alkan.\n?.e médaille : M. Debussy, M. Vasseur, M. Grand-Jany, M. O'Kelly,\nélèves de M. Lavignac.\n3e médaille : M. Sujol, élève de M. Gillette ; M. Mathé, élève de\nM. N. Alkan; M. Etesse, élève de M. Rougnon; M. Kaiser,, élève de\nM. N. Alkan.\nFemmes. (62 concurrentes.)\nire médaille : Mlle Maillochon, élève de Mlle Donne; Mlle Chrétien,\nM,le Barreau, élèves de M, Le Bel; Mile Archainbaud, élève de Mme De-\nvrainne ; Mlle Thuillier, élève de M. Le Bel ; Mlle Rousseau, M,le Potel,\nélèves de Mlle Roulle ; Mlle Prat, élève de M. Le Bel.\n2e médaille : Mlle Ramat, élève de Mlle Donne; Mlle Holsmann,\nMlle Lévy, élèves de Mlle Hardouin ; Mlle Prestat, élève de M. Dessi-\nrier ; Mlle Klin, Mlle Erster, élèves de M. Le Bel; Mlle Gonzalès, élève\nde Mlle Roulle.\n3e médaille : Mlle Molard} élève de Mlle Donne; Mlle Haincelain, élève\nde Mme Devrainne ; Mlle Coutelot, élève de de Mlle Hardouin ; Mlle Mi-\nneur, élève de Mlle Mercié-Porte ; Mlle Lefrançois, élève de Mlle Roulle ;\nMlle Lizeray, Ml,e Stambach, élèves de Mme Devrainne ; Mlle Chandelier,\nélève de M. Le Bel; Mlls Hubbard, Mllede Larriba, élèves de Mlle Roulle.\nSOLFEGE.\nClasse spéciale pour les chanteurs.\nJURY: MM. Ambroise Thomas (président); Napoléon Alkan, Boiel-\ndieu\\ Oscar Comettant, Lavignac, Marmontel, Pessard, Valenti et\nVervoitte."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "157", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.13", "texte": "PALMARÈS DU CONSERVATOIRE (I 875)\n\nHommes. (i 3 concurrents.)\nilO médaille :M. Roques, élève de M. Danhauser.\n2e médaille : M. Maris, élève de M. Danhauser.\n3e médaille : M. Maire, élève de M. Rougnon.\nFemmes. (21 concurrentes.)\nire médaille : Mlle Gélabert, élève de M. Duvernoy ; Mlle Laferrière,\nélève de M. Mouzin.\n2e médaille : Mlles Boulard, Ploux (Edith), élèves de M. Mouzin.\n3e médaille : Grard, Regaudiat, Puisais, élèves de M. Mouzin.\nCHANT.\nJURY : MM. Ambroise Thomas (président); Charles Gounod, Fran-\nçois (membres de l'lnstitut); Ernest Semet, Bonne-\nhée, Wartel, Wekerlin, Eugène Gautier.\nHommes. (14 concurrents.)\ni 1 prix :M. Couturier, élève de M. Roger.\n2e prix : M. Caisso, élève de M. Romain Bussine.\nler accessit :M. Queulain, élève de M. Grosset ;M. Demasy, élève de M. E. Bou-\nlanger ;2e accessit :M. Maire, élève de M, Saint-Yves Bax; M. Collin, ' élève de\nM. R. Bussine.\nFemmes. (18 concurrentes.)\nier prix : Mlle Bilbaut-Vauchelet, élève de M. Bax.\n2\" prix : Mlle Bilange, élève de M. Roger; Mlle Larochelle, élève de\nM. Grosset.\niCr accessit : Mllc Bâtard, élève de M. Boulanger; Mlic Vergin, élève de M. Henri\nPotier; 2E accessit : M 1 Puisais, élève DE MME Viardot ; M»e Sauné, élève de M. Ro-\nger ; Mlle Lafont, élève de M. Saint-Yves Bax.\nDECLAMATION LYRIQUE.\nOPÉRA,\nJURY: MM. Ambroise Thomas (président),\nF. membres de Vlnstitut, A.\nGeorges, Eugène Gautier, Membrée\n(8 concurrents. 4 hommes et 4 femmes.)\nProfesseur: M. ISMAEL.\nPRIX DES ÉLÈVES HOMMES.\nler prix: M. Couturier,\n2e prix: M. Gally.\nier accessit: M. Queulain."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "158", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.14", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nPRIX DES ÉLÈVES FEMMES.\nlerIer prix: Mlle Vergin.\nOPÉRA COMIQUE.\nJURY: MM. Ambroise Thomas (président) ; A. de Beauplan, chef du\nbureau des théâtres, Charles Gounod, François Ba\\in, membres de\nVlnstitut, Eugène Gautier, dfe Saint-Georges, C. du Locle, Ernest\nBoulanger, A» Boieldieu.\n(Concurrents : 7 hommes, 7 femmes ; 11 scènes.)\nPRIX DES ÉLÈVES HOMMES.\nPas de premier prix.\n2« prix : M. Caisso, élève de M, Charles Ponchard; M.\nélève de M. Mocker.\ni«r accessit: M. Gollin, élève de M. Charles Ponchard; 2e accessit: M. Furst, élève\nde M. Mocker.\nPRIX DES ÉLÈVES FEMMES.\nlERIER prix: Mlle Vergin, élève de M. Mocker.\n2e prix: Mlle Bilbaut-Vauchelet, élève de M. Ponchard.\nicr accessit: Mlle Sauné, élève de M. Mocker; 2e accessit: Mlle Fontaine, élève de\nM. Ponchard.\nORGUE.\nJURY : MM. Ambroise Thomas (président) ; Benoist, Babille, Jules\nCohen, Colin, Flwart, Fissot, Guilmant et Widor.\n(6 concurrents.)\nProfesseur : M. C. FRANCK.\nPas de prix.\nler accessit : M.Rousseau, M. Verschneider, M. d'lndy ;2e accessit : Mllc Renaud.\nPIANO.\nJURY : MM. Ambroise Thomas (président); Besofôi, Jules Cohen,\nAlphonse Duvernoy, Fissot, Guiraud, Massenet7 Paladilhe et Georges\nPfeiffer.\nHommes. (14 concurrents.)\nPremière ballade de Chopin.\nPas de premier prix.\n2e prix : M. Dolmetsch, élève de M. Marmontel ; M. Dusautoy,\nélève de M. Mathias.\nier accessit :M. Rabeau, élève de M. Mathias ; MM. Debussy, Lemoine, élèves de\nM; Marmontel ; 2e accessit : MM. Mestres, élève de M» Marmontel ; O. Kelly, élève\nde M» Mathias*"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "159", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.15", "texte": "PALMARÈS DU CONSERVATOIRE (I 875)\n\nFemmes. (33 concurrentes.)\nPremier morceau du deuxième concerto en fa mineur de Chopin.\nier prix : Mlles Taravant, Pottier, élèves de M. Lecouppey.\n2e prix : Mlle Gentil, élève de Mme Massart \\ Mlle Chauveau, élève de\nM. Lecouppey; M,le Carrier-Belleuse, élève de M. Delaborde.\nlerIer accessit : Mlle Mouzin, élève de M. Delaborde ; Mlle Schmidt, élève de Mme Mas-\nsart ; Mlle Visinet, élève de M. Delaborde; 2e accessit : Mlles Perrey, Miclos7 Lagoa-\nnère, élèves de Mme Massart.\nÉTUDE DU CLAVIER.\nJURY : MM. Ambroise Thomas (président) ; Alkan (N.), Baillot,\nFissot, Marmontel, Mathias, Neustedt, Pfeijffer, Potier.\n(6 Hommes, 33 Femmes. 39 Concurrents.)\nPremier morceau du concerto en Ut # mineur de Riès.\nilc médaille : Mlle Mége, élève de M. Chéné ; Mlles Barreau, Maillo-\nchon et Givry, élèves de Mme Emile Rety ; Mlle Plé, élève de Mm* Tar-\npet; Mtle Hunger, élève de Mme Chéné; MUe Germain, élève de Mme Rety.\n2e médaille : Mlle Lizeray, élève de Mme Tarpet; Mlle Colombier,\nélève de Mme Chéné; Mlles Chrétien et Chandelier, élèves de Mme Rety ;\nMUes Desmazes et Baluze,, élèves de Mme Chéné ;M. Piffaretti, élève de\nM. Decombes.\n3e médaille : Miles Poiraux et Cœur, élèves de Mme Tarpet; Mlles Cour-\ntaux et Collin, élèves de Mme E. Rety ; Mlle Maurice, élève de Mme Chéné ;\nMUe Kin, élève de Mme E. Rety ;M. Roger, élève de M. Anthiome.\nHARPE.\nJURY : MM. Ambroise Thomas (président); Samuel David,\nLéo Delibes, Duprato, Emile Durand, C. Franck, Guiraud et\nMembrée.\nProfesseur : M. C. PRUMIER.\n(3 concurrents.)\nTroisième fantaisie de M. C. Prumier.\nPas de premier prix.\n2e prix : M. Boussagol.\nPas de premier accessit; 2e accessit : Mllc Smittw\nVIOLON.\nJURY : MM> Ambroise Thomas (président), DeldevePasdeloup,\nChaine, Colonne, Lamoureux, Lasserre, Lebouc et Sarasate."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "160", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.16", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\n(22 concurrents.)1\n19e concerto (Lettre G.) de Kreutzer.\nier prix : Mllc Pommereul et M. Diaz-Albertini, élèves de M. Alard.\n2e prix :M. Heymann, élève de M. Alard.\ni°r accessit : M. Berthelier, élève de M. Massart et, M. Gibier, élève de M. Sauzay\n2E accessit :M. Figueroa, élève de M. Alard et M. Naegelin, élève de M. Massart.\nVIOLONCELLE.\nMême Jury.\n(8 concurrents.)\nSixième concerto de Romberg\nlERIER prix : Mlle Hillemacher, élève de M. Franchomme.\n2e prix : M.Farnow, élève de M. Chevillard.\nier accessit :M. Puzenat, élève de M, Franchomme.\n2e accessit :M. Boh, élève de M. Franchomme.\nCONTREBASSE.\nJURY : MM. Ambroise Thomas (président); François Ernest\nAltès, Chevillard, Deloffre, Franchomme. Lamoureux, Rabaud et\nVerrimst.\nProfesseur : M. LABRO.\n(5 concurrents.)\nHuitième concertino en Ré majeur de Labro.\nier prix: M. Bernard.\n2e prix :M. Florus (Gérard).\nler accessit : MM. Charon et Morel 2E accessit: M. Goldstein.\nINSTRUMENTS A VENT.\nJURY: MM. Ambroise Thomas (président); Baillot, Léo Delibes,\nLamoureux, Pasdeloup, Paulus, Rose, Rousselot et Taffanel.\nFLUTE.\nProfesseur: M. Henry ALTÈS.\n(8 concurrents.)\nQuatrième solo à?Altès en La majeur.\nier prix: M. Bertram.\nPas de second prix.\nlERIER accessit: M. Michel; 2E accessit: M. Brunot."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "161", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.17", "texte": "PALMARÈS DU CONSERVATOIRE |(iB74)\nIX.\nI I\n\nHAUTBOIS.\nProfesseur : M. Charles COLIN.\n(7 concurrents.)\nTroisième solo de Ch. Colin.\nicr prix: M. Boullard.\n20 prix : MM. Balbreck et Silenne.\ni«r accessit: M. Kelsen; 2« accessit: M. Etesse.\nCLARINETTE.\nProfesseur: M. A. LEROY.\n(6 concurrents.)\nOnzième\nlERIER prix : M. Bourdin.\n2« prix : M. Mimart.\naccessit; M. Perpignan; 2' accessit: M. Taffin.\nBASSON.\nProfesseur: M. JANCOURT\n(3 concurrents.)\nAdagio et finale\nler prix : M. Jacot.\n2e prix: M. Philibert.\ni«r accessit: M. Canneva.\nCOR.\nProfesseur: M. MOHR.\n(4 concurrents.)\nSolo de Mohr.\nierprix: M. Bonvoust.\nPas de second prix.\n1\" accessit: M. Penable.\nCORNET A PISTONS.\nProfesseur: M. MAURT.\n(5 concurrents.)\ni\"\ni*r prix: M. Jaussaud."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "162", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.18", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\n2e prix : M. Galipeau.\ni«r accessit: M. Franquin; 2• accessit: M. Dervaux.\nTROMPETTE.\nProfesseur: M. CERCLIER.\n(5 concurrents.)\nFantaisie de Cerclier.\nPas de prix.\nPas de i*r accessit; 2« accessit : M. Craisté.\nTROMBONE.\nProfesseur: M. DELISSË.\n(3 concurrents.)\nSolo de concours par Demersseman.\nier prix: M. Blachère.\n2* prix: M, Pothier."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "163", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.19", "texte": "ROSSINI, BEETHOVEN\nET L'ÉCOLE ITALIENNE CONTEMPORAINE\n\n(I)\nA vie de Rossini explique son œuvre. Au début de sa\ncarrière, le futur maître renonce volontairement à ter-\nminer ses études. Ce qu'il ne sait pas, il le demande\nà l'expérience, à la pratique. Il préfère le plaisir au\ntravail; il compose en courant. Les femmes lui plai-\nsent parce qu'elles l'amusent (2); il n'en aime aucune.\nne prend ni ne sent la passion terrible qui éclaire et brûle comme le\nsoleil; il ne sonde pas ce gouffre : l'amour. Il est à peine voluptueux.\nPeu enclin à observer, il exprime moins la réalité que les apparences.\nIl a beaucoup d'esprit, beaucoup de finesse, des mots heureux; les\n\n(1) Voir le numéro du icr août,\n(2) « Les grandes dames se l'arrachaient; la Ma... (a), cantatrice bouffe alors dans\nla fleur de la jeunesse, du talent et de la beauté, l'enleva aux grandes dames, et,\npour ne pas être en reste avec lui; elle lui sacrifia, dit-on, stoïquement le prince\nLucien Bonaparte, jusqu'au moment où la plus jolie, et jusqu'alors la plus vertueuse\nfemme de la Lombardie, l'enleva à son tour à la Ma..., jusqu'au moment... Je n'en\nfinirais pas si je voulais parcourir cette longue filière de triomphes que traversa\nvainement le mariage, qui se poursuivirent jusqu'en ces derniers temps,» ceci fut\nécrit vers iBso «et 11e s'arrêtèrent qu'à l'original de Judith dans le beau tableau\nde M, Horace Vernet. » Notice déjà citée.\n(a) Il s'agit sans doute de Marietta Marcolini. Rossini composa pour elle YEquivoca\nstravaganta (Bologne, 1811. —il était alors âgé de dix-neuf ans,— la Pietra ciel\nParagone (Milan, 1812), Yltaliana in Algeri (Venise, iBi3j. Marietta Marcolini\nexcellait en effet dans l'opéra buffa."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "164", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.20", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nthéâtres et les cœurs s'ouvrent partout pour lui ; il vole de fête en fête;\nil change à la fois de ville et de maîtresse. Mais il lui taut de l'argent\npour mener cette joyeuse existence. Rien de plus facile. Il écrit deux\nou trois opéras en quelques mois, et sa prodigieuse fécondité n'est\njamais en défaut. En 18 13 ,il broche : II Figlio per atfardo, Tan-\ncrède, Vltaliana in Algeri;en 1814,\nin Italia; en 1816, outre Torvaldo e Dorlisca, il fabrique un Othello\nquelconque, et, enfin, la même année, il taille sa plume et donne le\nBarbier, une merveille. Excepté dans ce dernier ouvrage et dans la pre-\nmière moitié de Guillaume Tell.,Rossini prodigue les mélodies au\nhasard; il les répand çà et là au mépris de la situation, des person-\nnages, des paroles. Coloriste brillant, il se trompe sur l'emploi des cou-\nleurs; il ne s'inquiète point de l'expression juste, il ne se soucie point\nde la vérité dramatique. La pensée lui manque-t-elle? Il la remplace par\ndes traits dont on ne voit pas la portée. Il galoppe dans le faux ou dans\nle vide avec une hardiesse qui lui fait pardonner ses erreurs ; c'est en\nsomme un beau cavalier, et il est superbe en selle; aussi applaudit-on\njusqu'à ses plus étranges sorties contre la raison, le bon sens et le vrai.\nRossini porle à son père un attachement sincère, et cet attachement\nlui inspirera plus tard, au deuxième acte de 2 t'//, cette page si\nsentie, si noblement éloquente :\nSes jours qu'ils ont\nJe ne les ai pas défendus.\nRossini, qui a plutôt pour domaine le magnifique que le sublime (1),\njette sans regret dans un coin ses lauriers et sa pourpre pour courir les\naventures une couronne de roses au front, une marotte à la main, un\nfifre aux dents. Toujours gai, toujours aimable, toujours fécond, il\nchante à Venise, à Rome, à Milan, à Naples, l'insouciante chanson du\nplaisir. C'est le plaisir qui se cache dans la tombe de Ninus, deiricre\nOthello étouffant Desdémone, derrière Maometto secondo ; c'est encore\nlui qui conduit Moïse en Egypte et lui fait traverser la mer Rouge ; il\n\n(i) Un fanatique de Rossini, P. Scudo, paraît avoir entrevu cette vérité, car il\ns'exprime ainsi dans un livre publié en i 852 chez Victor Lecou sous ce titre : Cri-\ntique et littérature musicales : «On sent que la gaîté de Rossini est fiévreuse et\nmenaçante; il est à Cimarosa ce que Beaumarchais est à Molière, plus mordant\nque vrai, plus brillant que profond (a); et en écoutant cette musique qui vous monte\nà l'esprit comme une liqueur chargée de gaz, on comprend que 1 auteur est né dans\nun temps de troubles et de tempêtes... »\n(a) Ces phrases ne sont pas soulignées dans le texte»"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "165", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.21", "texte": "ROSSINI, BEETHOVEN, ETC.\n\ntutoie Zelmira, il chiffonne la donna de Lago, il fait des niches à la Cene-\nrentola, il travestit Armide. Oui, oui ! le plaisir, ce joli oiseau de pas-\nsage, lance sa roulade dans toutes ces brillantes partitions ; il met un\nmasque à Sémiramis, un domino au jeune Arnold, gazouillant un duo\navec Mathilde et dit, en accompagnant ses paroles d'une gambade :\n« Nous jouons la comédie, après tout ; notre objet est de divertir la\nfoule, et chacun sait aussi bien que moi que ceci est un spectacle, »\nPourtant Rossini reprend sa pourpre et ses lauriers; sa figure, bellelors-\nqu'elle devient sérieuse, apparaît au-dessus des nuages, sa face rayonne\ncomme un astre, on le regarde avec admiration: les fines lèvres du maître\ns'entr'ouvrent, sa voix éclate, et ces mots retentissent à travers 1 espace :\naJe suis grand quand je veux! » Puis il ajoute en riant : « Mais cela\nm'ennuie. » Et pendant que vous le cherchez encore dans le ciel où son\nimage s'efface, il passe auprès de vous au bras du scepticisme, oubliant\nque l'art est une affirmation.\nIl considère les libretti qu'il met en musique comme des cadres où le\nmusicien est libre de faire entrer ce qu'il veut. Que l'auteur le mène en\nEgypte, en Assyrie, en Grèce ou en Chine, peu lui importe! Que le\npoète lui fournisse tel ou tel type, ça lui est égal ! Il ne s'inquiète pas de\nconserver leurs physionomies particulières aux siècles, aux milieux, aux\ncaractères. Ainsi que Voltaire, avec lequel il a plus d'un point de contact,\nil déteint sur ses personnages : Sémiramis, Assur, Desdémone, Mahomet,\nFigaro, Arnold sont autant de petits Rossini. On voit par la combien\nest erronée la comparaison qu'on a voulu établir entre Rossini et\nMozart. Ce que Mozart respectait profondément, Rossini le dédaignait.\nTout est vrai dans Don Juan, tout n'est pas vrai dans Guillaume Tell.\nMozart tient compte de la vérité dramatique, Rossini sen moque;\nMozart est maître dans toutes les parties de son art; Rossini, non.\nJoacchino se contente de l'inspiration et de ce qu'il apprend chemin\nfaisant ; Wolfgang joint à l'inspiration une science réelle.\nFortement caractérisé, le génie rossinien pèche par la tenue. Il allie\ndans le même morceau le trivial au sublime sans que cette disparate soit\nvoulue ou motivée. S'il introduit le grandiose dans le bouffe avec un\nbonheur sans égal, il laisse se glisser dans Y opéra séria des phrases, des\nmorceaux qui ne seraient pas déplacés dans le Turc en Italie ou dans\nVltalienne à Alger.\nL'ampleur des formes, l'abondance des idées mélodiques, auxquelles\ns'ajoute parfois le piquant des harmonies, la largeur du style, la grandeur\nde certaines scènes éparses dans plusieurs ouvrages, notamment le final\nde Moïse et, dans le Siège de Corinthe, la fameuse bénédiction des dra-"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "166", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.22", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\npeaux, une franche et spirituelle maestria, un intarissable brio, une\nsomptueuse originalité, voilà ce que j'admire sans restriction chez le\ncompositeur extraordinaire qui m'emporte d'un coup d'aile en plein azur\net subitement, s'abattant sur la terre, entre dans un lieu public pour\nm'offrir un sorbet ou un verre de limonade.\nLes beautés de la nature charmèrent Rossini; pourtant elles n'éveillè-\nrent en lui que des impressions; elles ne lui suggérèrent pas des vues\ntranscendantales ; il en saisit, il en aima surtout le côté pittoresque, ex-\ntérieur, aimable : les splendeurs des sommets neigeux, les bruits des\navalanches, les bords du torrent, les monts d'où tombent avec fracas les\ncascades retentissantes, les forêts escaladant les rochers ou les montagnes,\ntout cela lui plut sans lui ouvrir des horizons divins, sans le conduire\nà une contemplation plus haute. Il ne quitte pas le monde visible,\nil se tient dans les limites de son domaine, le globe; il subit patiemment\nson milieu. Né pour chanter, il chante, sans se demander sur quels prin-\ncipes l'art repose; il accepte l'existence telle que les circonstances la lui\nfont; il ne se sent aucun goût pour les luttes héroïques où le penseur\nrenouvelle ses forces et les décuple. Enfant de l'ltalie asservie, il pousse\nà l'occasion un cri qui s'éteint promptement dans un éclat de rire, et il\ndonne à ses ailes juste assez d'envergure pour que leur battement s'en-\ntende par toute la terre. Au demeurant, je l'ai dit et je le maintiens, il\nest le chantre du plaisir. Je ne lui en fais pas un crime, je le constate.\nCe Titan ne voulut pas être un Frométhée. Il se chauffe de loin au feu\ndu ciel, qu'il ne se soucie point de dérober, et il soustrait prudemment\nses flancs au vautour. Dès qu'il sort du champ de la fantaisie et de l'ima-\ngination pour aborder le drame, il se heurte contre une foule d'éléments\nqu'il n'a pas étudiés, qu'il connaît imparfaitement ou qu'il ne connaît\npoint* Il ne fouille pas l'histoire, il ne demande rien à la philosophie, la\nreligion le laisse indifférent, il ne creuse pas ses sujets, il interroge su-\nperficiellement le coeur humain, il n'entend rien à l'amour. Aussi, la\nrévolution dramatique opérée par Rossini fut-elle exclusivement musi-\ncale; aussi reste-t-il au-dessous du souffle infini qui caresse les Gluck et\nles Beethoven sans l'effleurer. L'illustre maestro n'aimait pas qu'on\nlouât devant lui ces hommes gigantesques, en qui il sentait instinctive-\nment une puissance supérieure à la sienne. Il constatait en eux une\nénergie secrète, une conscience rigoureuse, un talent, une conviction qui\nFinquiétaient. Il comprenait vaguement que ces artistes ont tous mis de\nleur chair et de leur sang dans leurs créations d'où toute formule banale,\ntoute vaine apparence est soigneusement bannie et où le spectateur, l'au-"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "167", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.23", "texte": "ROSSINI, BEETHOVEN, ETC.\n\nditeur retrouvent l'homme avec ses douleurs ses joies passa-\ngères, ses aspirations indestructibles.\nRossini sera longtemps le premier des compositeurs qui croient ou\ncroiront pouvoir arriver au rang suprême et s'y maintenir par l'inspira-\ntion seule. Son influence en Italie, en France, en Allemagne, tut\nconsidérable, tyrannique, irrésistible; aucun des maîtres venus après\nlui ne s'est entièrement soustrait à cette influence. On a abusé des longs\nmorceaux d'ensemble où les acteurs animés de sentiments divers chan-\ntent pourtant à tour de rôle le même motil ; on a abusé des redites, des\nroulades, des ornements déplacés, des formules, du crescendo, des cui-\nvres, de la grosse caisse et des cymbales ; les accompagnements tombèrent\nbientôt dans la banalité; on n'eut aucun respect pour la déclamation,\npour Faccent vrai, pour la prosodie ; sous prétexte que Rossini s'était\ntiré d'affaire à force de sève, on s'imagina que les études les moins indis-\npensables étaient devenues inutiles, et le premier venu se mit à abattre\ndes opéras presque sans y songer. On vit arriver des musicailleurs qui\ndéshonorèrent l'art; une cohue sans nom envahit les théâtres d Italie où\nbrillèrent comme des étoiles de première grandeur les Bellini, les Doni-\nzetti, les Carafa, les Ricci e tutti quanti.\nBien qu'il eût doté l'art de formes nouvelles magistralement dévelop-\npées ; bien qu'il eût défriché son champ et affirmé sa luxuriante indivi-\ndualité, Rossini donna le signal de cette déplorable décadence qui faillit\ndétruire en Europe le sentiment du Beau.\nAujourd'hui, Rossini appartient à l'histoire; ses actes, son système\nmusical, son oeuvre, peuvent et doivent etre discutés sévèrement. Oui,\nsévèrement. Une voix, celle de la conscience, criait à Gain .« Qu as-\ntu fait de ton frère ? » La même voix a pu crier à Rossini : « Qu'as-tu\nfait de ton génie ? As-tu travaillé avec persévérance à son éclosion ? L as-\ntu développé par la méditation ? A l'église, le sentiment chrétien t a-t-il\ninspiré ? Au théâtre, as-tu tenu compte des temps, des faits, des situa-\ntions, des caractères ? N'as-tu pas jeté le même vêtement pailleté, bril-\nlant, léger, sur toutes choses, te jotiant ainsi du sens dramatique et en-\nluminant les images les plus diverses des memes couleurs éclatantes ?\nMis-tu ton talent de niveau avec ton intelligence? L'or que tu nous\njetais n'était-il pas mélangé de clinquant ? Rossini! Rossini I la postérité\nte reprochera de n'avoir pas pris la vie au sérieux, de t être attardé aux\njouissances passagères et d'avoir paré de colifichets la beauté suprême. »\nJe puis dès à présent résumer ainsi les différentes propositions émises\ndans le cours de ce fragment d'étude.\nLa pensée ne souffre aucune contrainte ; elle s'étiole dans certains"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "168", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.24", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nmilieux ; elle veut l'air, le grand-jour, l'espace; l'esclavage la tue, le\ndespotisme la matérialise, le faux la rend ridicule, la convention l'ar-\nrête et la glace; non unie au talent, elle demeure inféconde. L'ar-\ntiste qui ne se rattache par aucun lien à l'infini, que le présent seul\ncaptive, qui ne songe pas à l'avenir, que les questions religieuses,\npolitiques, philosophiques laissent indifférent, qui néglige de s ap-\npuyer sur les principes moraux imposés à l'humanité par la foi, par\nla raison, par la justice, et qui se confine dans son moi, pourra éblouir\nson siècle, il ne le fera pas avancer. Pourquoi ? Parce qu'il n'apporte pas\navec son individualité, si riche qu'on la suppose, un idéal supérieur ;\ncet artiste-là ne relève que de son désir, il n'a d'autre guide que son\npenchant, il est de la race des maîtres qui ne contiennent pas tout\nl'homme.\nJe méprisé également l'apothéose et le pamphlet ; le détracteur m'ins-\npire du dégoût, 1 apologiste excite mon dédain * je cherche la vérité à\ntraveis leurs mensonges respectifs, et quand je crois la découvrir, je la\ndis simplement, car c'est d'elle seule que je me soucie. Cependant, et\nmalgré la loyauté de mes appréciations, je vais soulever, je le sais, une\nmultitude de récriminations : je porte atteinte à des intérêts, je blesse\ndes amours-propres, j'effarouche des habitudes ; on criera à la profana-\ntion, à la partialité ; ceux même qui comprendront parfaitement mes\nrestrictions, mes observations, feindront hypocritement de ne pas me\ncomprendre. Qu'y puis-je ? Rien, hélas! Mais ceux qui ont quelque\nnotion de mon caractère se souviendront, sans que j'aie besoin de le\nleui rappeler, que la parole, chez moi, est l'expression aussi scrupuleu-\nsement exacte que possible de ma pensée.\nUn rapprochement suffira pour édifier le lecteur sur le plue ou le\nmoins de justesse de mes jugements, et ce rapprochement est tout entier\ndans deux noms : Rossini, Beethoven. Certes, il serait absurde, scan-\ndaleux, extravagant, de comparer Rossini à Beethoven. —Vraiment?\nVous allez voir.\nBeethoven aimait Dieu, l'art et son prochain plus que lui-même. Tou-\njours prêt à sacrifier son bien-être à ses convictions, il marchait droit\ndans la vie * il n'accordait aucune lâche concession aux jouissances et\naux intérêts matériels ; ses actes obéissaient à ses principes ; il mettait\nen pratique les préceptes de la plus rigoureuse morale ; lecteur assidu de\nPlaton, partisan de la Révolution française, républicain sincère, il ad-\nmira Bonaparte, le croyant un libérateur; il détesta Napoléon, le ju-\ngeant un despote ; il vit dans l'homme du 18 brumaire un second Oreste\nqui, lui aussi, tua sa mère. Il avait dédié la symphonie héroïque au"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "169", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.25", "texte": "ROSSINI, BEETHOVEN, ETC.\n\ncapitaine qui se vantait de semer partout les idées républicaines; il re-\nfusa sa dédicace à l'ambitieux qui devait les enchaîner sous la pourpre\net tâcher de les étouffer. Naïf et bon. il souffrait dans le milieu aristo-\ncratique où il vivait. S'il s'emportait souvent contre la société dorée\nqu'il fréquentait malgré lui, sa colère ne durait guère et elle tombait\nau moindre mot d'amitié; on l'apaisait avec une parole affectueuse,\navec une caresse. Nulle haine, nulle rancune dans cette âme généreuse.\nL'ingratitude des autres envers lui ne le décourageait pas, le dévoue-\nment lui était familier. Ardent, mais chaste, Beethoven voyait dans\nl'amour autre chose qu'une satisfaction sensuelle, un plaisir dont l'abus\nconduit à l'énervement, à l'égoïsme, à la cruauté, à l'abrutissement, à\nun abrutissement qui est la mort anticipée; il y voyait un océan de ten-\ndresse où l'être moral se plonge et se retrempe, une lumière plus qu'une\nflamme, une aspiration plus qu'un contact, une force et non une fai-\nblesse ;il y voyait une élévation et non un abaissement. Prophète à\nsa manière, l'illustre artiste supporta courageusement les tortures et les\ncoups d'épingle imposés par la foule à ceux qui ne sentent pas comme\nelle, qui ne pensent pas comme elle, qui voient plus loin et mieux\nqu'elle. Décrié, déchiré par la jalousie, il chanta la fraternité en embras-\nsant Schiller, et il éleva au peuple un monument immortel : la neu-\nvième symphonie. Il dédaignait les formules devenues le signal des\napplaudissements sans valeur, il méprisait les enjolivements inutiles,\nles vulgarités inconscientes ; il haïssait les formes conventionnelles,\nsorte de vêtements qui ne sont pas faits sur mesure, et il ne visait jamais\nau succès, persuadé qu'il vaut mieux l'attendre que de courir après lui.\nIl gardait toujours au fond de son cœur un pardon pour ceux qui l'a-\nvaient offensé. Exploité, trahi, dévalisé par ses perfides neveux, il les\nexcusait, bien qu'ils méritassent un blâme sévère; candide, il leur don-\nnait des conseils et de l'argent, et au même moment ces misérables le\ntournaient en ridicule ; ils dépouillaient et bafouaient leur dupe.\nSimple, il préférait les champs à la ville, la chaumière au château, le\npeuple à la noblesse. Sa surdité précoce le rendait misanthrope ; il fuyait\nles salons, il passait des jours et des nuits hors de chez lui, dans la cam-\npagne ; il allait, triste solitaire, par la plaine, par la montagne ; il s'as-\nseyait sur un tronc d'arbre, il se couchait à demi sur la rive, et là, près\ndu ruisseau chanteur, caché à tous les yeux, oubliant le monde, il écri-\nvait quelque chef-d'œuvre, la symphonie pastorale, peut-être, concep-\ntion adorable où les bruits de la nature ne sont que le prétexte de l'hymne\nchanté par ce penseur àla gloire de Dieu. Il mettait dans sa musique\nl'ombre qui s'étend sur la lisière de la forêt majestueuse, le gazouille-"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "170", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.26", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nment familier de l'eau courant sur les cailloux, les clartés où les oiseaux\nse jouent, le papillon au vol léger, la verte demoiselle ou la demoiselle\nbleue se mirant dans Tonde ou se posant sur un brin d'herbe; il y met-\ntait un reflet des vastes profondeurs où se retirent le chevreuil craintif et\nla biche aux doux yeux, le bourdonnement sympathique des insectes,\nquand, par une chaude matinée de printemps, ils bruissent et vivent\ndans la lumière, la sérénité du ciel, le feuillage frais, immobile et silen-\ncieux, les mousses odorantes, la fauvette venant faire coquettement sa\ntoilette au bord du ruisselet auquel elle mêle son gentil ramage, et le\ntapage charmant des étangs jaseurs parmi les grands prés et les bois.\nEntendez-vous la vive mélodie qui invite les filles à la danse? Enten-\ndez-vous les bonds un peu lourds des gars et le choc bienveillant des\nchoppes? Les fumeurs rêvent, les buveurs causent, les ménétriers se dis-\ntinguent, la bourrée retentit, les danseurs, mains enlacées, sautent sur le\npré. —Oh! oh! ce grondement lointain est de sinistre augure; Forage\nsera terrible! il va éclater, il éclate. Lèvent se déchaîne et pousse de\nlongs sifflements, la pluie se précipite avec fracas et rebondit sur le sol;\nles arbres, rudement secoués, mugissent, l'éclair brille; on entend le\ncraquement des branches brisées par la rafale; la nature souffre et se la-\nmente; les nuages courent dans l'espace, les roulements de tonnerre\ns'étendent, se rapprochent, se succèdent avec rapidité; on dirait qu'ils\nsont partout à la fois; la foudre tombe dans un torrent de feu écarlate,\nblanc, violet, bleu, éblouissant, c'est sublime! Enfin les nuées s'é-\ncartent, l'azur reparaît, le calme se rétablit, les dernières gouttes d'eau\nchuchottent; les oiseaux, abrités sous les feuilles, secouent et enflent\nleurs plumes avec un petit cri précurseur du beau temps, et les pay-\nsans rassurés se réunissent de nouveau pour rendre grâce à la Provi-\ndence. Le prêtre chante, les campagnards répondent en chœur tandis\nque de la vallée, transformée en encensoir, les parfums de la terre mon-\ntent dans l'air comme la prière des villageois s'élance vers l'Être su-\nprême !\n(La suite prochainement.)\n\nLOUIS LACOMBE."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "171", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.27", "texte": "LES SOUPIRS D'UNE FLUTE\n\nPan ! Dieu propice, toi qui inspiras Briseïs sur ses\nrustiques pipeaux, aie pitié de moi! Aux triomphes\nont succédé les outrages, à la fierté la honte, à la gloire\nla douleur !\nJe suis née àLeipsick en 1787; le fameuxTrômlitz me\ncréa, avec quel amour vous le savez, ô Pan ! L'ancienne\net vénérable famille des flûtes traversières tomba sinon dans l'oubli, au\nmoins dans l'indifférence publique.\nAh! jours trois fois heureux! lorsque Trômlitz, rayonnant de joie, me\nfit rendre ces sons purs et veloutés devant son digne ami le docteur\nRibœck ! ces sons, hélas ! sources de mes misères actuelles. Comme chacun\nalors admirait mon brillant corps d'ébène armé de ses huit merveilleuses\nclefs d'argent ! Je dormais dans une gaîne de velours cramoisi et me re-\nposais au bruit flatteur des éloges accordés à mes nombreuses perfections.\nFortunés moments !.... Quelques mois après ma naissance, j'étais en\nla possession de Forster, le célèbre compositeur Viennois.\nC'était l'heureux temps où l'empereur Joseph II se liait d'amitié avec\nHaydn, Mozart et Gluck.\nOn répétait un jour un sextuor chez Forster, dans sa petite maison de\nla Marien-strasse non loin du théâtre lorsque, au milieu\ndu menuet, parut un jeune homme d'environ dix-sept ans. L'expression\nde sa physionomie avait quelque chose d'accentué et d'énergique; le\nbaron Zmeskall, secrétaire de l'empereur, qui faisait sa partie de violon-\ncelle, accueillit le nouvel arrivant avec un sourire de bienveillance.\nQuand on eut terminé, il se leva et le présenta au cercle d'artistes et\nd'amateurs réunis, comme un compositeur très protégé par son Excel-"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "172", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.28", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nlence Sérénissime l'Électeur de Cologne. On pria le jeune homme de se\nmettre au clavecin; incontinent il improvisa sur le thème du rondo\nqu'il venait d'entendre. Un murmure d'admiration parcourut l'auditoire.\nCari Scholl, le fameux flûtiste, se trouvait également là; il présente au\njeune homme une sonate nouvelle en duo avec lui. Je rendis alors des\nnotes d'une suavité bans pareille, mes gammes étaient semblables à des\nspirales lumineuses enchâssant l'harmonie de notre remarquable par-\ntenaire\nQuelques jours après cette réunion, il y avait concert à la Cour. Cari\nScholl, Zmeskall, entre autres, y furent admis. Je me souviens que nous\nrencontrâmes ce jour-là, dans une chaise à porteurs, un homme âgé, mais\ndont la constitution paraissait néanmoins encore assez robuste, le visage\ncouturé par la petite vérole, la perruque bien poudrée, le front haut et\nfier. C'était le chevalier Gluck.\nArrivés au palais, nous fûmes reçus par le baron Van Swieten, mé-\ndecin de Marie-Thérèse.\nSoyez les bienvenus, Messieurs, dit ce dernier, nous entendrons\ndu nouveau aujourd'hui. Merci, cher baron, répondit Zmeskall,\nmais de votre côté avez-vous reçu ma missive de ce matin, vous priant\nde présenter un jeune compositeur au comte de Waldstein, chambellan\nde Sa Majesté.\nVos désirs sont accomplis, et, pour vous en convaincre, veuillez\nbien, cher baron et vous M. Scholl, me suivre.\nOn passa à travers une suite d'appartements où circulaient déjà nom-\nbre de seigneurs et de dames, quand les sons d'un clavecin parvinrent\njusqu'à nous.\nCe n'était pas encore le concert de la Cour, puisque Salieri, le maître\nde chapelle de l'empereur, n'était pas dans la salle de musique, et néan-\nmoins nous entendions, après quelques instants, comme un murmure\nconfus, décelant la présence d'une nombreuse société. Au bout d'une\nsomptueuse galerie, nous apparut enfin un cercle d'auditeurs entourant\nun magnifique flûgel de Gottfried Silbermann.\nL'exécutant paraissait fort jeune; il avait le Iront beau, les yeux à\nfleur de tête, la nuque ornée d'une petite queue. C'était le jeune homme\nqui parut chez Forster.\nUn autre personnage se tenait près de lui. Celui-ci paraissait âgé\nd'environ trente ans ; malgré un nez fortement busqué, sa physionomie\navait quelque chose de fin et de singulièrement expressif. Il portait l'épée\net avait un habit à la française. « Sire, dit-il, en se tournant vers\nJoseph 11, lequel venait d'apparaître subitement, sans se départir dç"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "173", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.29", "texte": "LES SOUPIRS D'UNE FLUTE\n\nson sourire d'aimable bonhomie, Sire, que Votre Majesté pardonne à\nce jeune compositeur, le plus grand coupable c'est moi qui ai....—Vous\nêtes doublement pardonné, d abord parce que je savais à l'avance parle\ncomte de Waldstein votre réunion ici et que de plus ce n'est pas l'empe-\nreur qui vous a entendu, mais un simple amateur de musique. Quant à\nce virtuose, quel est-il ? Sire, il fera beaucoup parler de lui dans le\nmonde, c est un enfant des bords du Rhin, protégé par l'Électeur de\nCologne. Je souhaite à votre prédiction une réalisation semblable à\ncelle que nous fit notre cher solitaire d'Eisenstadt, notre excellent Haydn.\nPailons un peu de vous : Que viens-je d'apprendre par Swieten ? Vous\nallez, dit-il, quitter Vienne? Non pour longtemps, sire. Puis-je\noublier les bontés de l'empereur pour moi, sa protection contre la\ncabale italienne qui, à peine il y a un an, faillit ensevelir les\ndiFigaro ? Dans peu de jours, je me trouverai à Prague, où, avec\nl'aide de Dieu, j'espère faire entendre à ses excellents habitants un\nopéra d'un genre tout nouveau. Après cela, Wolfgang songera à retrou-\nver le meilleur des pères. Quel lugubre présage avez-vous, mon cher\nMozart? Sire, ce que j'aimais le plus après Dieu, c'était mon vénéré\npèie , sa mort emportera bientôt mon âme * mais il reste notre immortel\nHaydn et... ce jeune homme... Qui se nomme?...\nLudwig Van Beethoven, répondit Mozart d'une voix émue et en\nlançant des i égards où se peignaient a la fois l'admiration et le respect\nle plus profond.\nAh ! 1 heuieux temps que c était alors ! Après les souffrances que\nj'ai depuis éprouvées, après les mécomptes qui m'ont assaillie, je ne\nsaurais me souvenir sans attendrissement de cette belle époque où la\nmusique îcgnait en souveraine dans une cour et une société parfumées\nd'élégances.\nJ ai paru non-seulement à la cour, où la sympathique Marie-Thérèse,\npi incesse deNaples, chantait un air d'Anfossi, de Sacchini ou de Salieri,\noù 1 empereur François tenait le premier violon dans un quatuor, où\nbrillaient les frères Lichnowscki, ces nobles gentilshommes élèves de\nMozait, mais je parus aussi aux réunions du comte Razumowski, et chez\n1 abbé Stadler, où Punto, le célèbre corniste, ne tarissait plus lorsqu'on\nexécutait une œuvre de Mozart, particulièrement ses quatuors dédiés à\nHaydn. Je passerai sous silence quelques prérégrinations que je fis avec\nCari Scholl à Berlin, où vivait le souvenir d'un fameux flûtiste qui avait\nréellement régné, le grand Frédéric; à Prague, où je participai à la"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "174", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.30", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ncréation de Don Giovanni ; à Leipsick, mon lieu de naissance, où Scholl\nlia connaissance avec Quantz, le vieux Quantz, qui enthousiasmait sur\nune antique traversière Trômlitz lui-même.\nJ'arrive à Tannée 1808. Des rumeurs étranges parcouraient la ville\nde Vienne ; Scholl habitait l'un des faubourgs, et depuis le jour où le\nprince Esterhazy avait convié chez lui la fleur de la noblesse pour fêter\nJoseph Haydn à la fin de sa carrière, depuis ce jour où je participai à\nl'exécution de la Création, Scholl m'avait abandonnée.\nLe printemps de 1809 survint; un rossignol chantait dans le massif\ndu petit jardin qui entourait l'habitation de mon possesseur, mais tout\nparaissait solitude autour de moi.\nSoudain, des sifflements aigus se firent entendre, une pluie de fer\ns'abattit sur la ville. Une explosion terrible éclata dans l'un des fau-\nbourgs. Les cloches de l'église de Liechtenthal sonnaient à toute volée.\nTout à coup, un enfant de douze ans environ fit irruption dans la\nchambre où j'étais réléguée. « Herr Scholl, cria-t-il d'une voix vibrante,\nmeister Holzer vous demande, venez à la chapelle de l'église prier pour\n/\nl'empereur François et pour Haydn qui se meurt. » Etonné de n'avoir\npas reçu de réponse, l'enfant fureta du regard l'appartement et s'en alla\nen entonnant avec un profond sentiment musical l'hymne : « Gott,\nerhalte Fran% den Kaiser ! »\nJe sus plus tard le nom de cet enfant : c'était le fils d'un pauvre ma-\ngister chargé d'une nombreuse famille, le vieux père Schubert.\nSinguliers moments que ceux que je passai alors ! Une morne soli-\ntude planait dans la maison, le silence était au dedans et le bruit au\ndehors.\nUn gai soleil filtrait à travers les branches de lilas parfumés, les\noiseaux se pourchassaient avec de petits cris joyeux, et au milieu de ce\ncharmant réveil de la nature, ô Pan, des clameurs sinistres parvenaient\njusqu'à moi.\nCela dura quelques jours ainsi, je crois, quand j'entendis la voix\ncassée et tremblante d'émotion du respectable .Mauser, un voisin :\n« Herr Fran\\ose, daignez prendre possession de ces lieux, nous sommes\ntrop heureux d'offrir l'hospitalité à un cavalier tel que vous. » Un offi-\n«\ncier français d'une rare élégance devint l'hôte de ma maison. Adieu\nalors, tranquillité et quiétude ! Des éclats de rire, des propos joyeux\nme frappèrent à travers mes rêveries germaniques. L'officier appartenait\naux houzards de la garde de Napoléon; il paraissait issu d'une noble"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "175", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.31", "texte": "LES SOUPIRS D'UNE FLUTE\n\nfamille, car ses allures avaient un cachet de distinction qui tranchait\nsingulièrement avec celles de ses amis. « Tiens, quelle trouvaille, dit-il\nun jour en m'apercevant, une flûte à huit clefs ! Quel adorable bijou !\nJe l'offrirai à mon cher Dalvimare si l'empereur et les destins m'en\nlaissent le temps. Dalvimare connaît du monde, il composera un duo\npour harpe et flûte sur l'entrée des Français à Vienne et me fera la\ndédicace. C'est une idée. »\nAlors l'officier se mit à chanter un air qui commençait par ces mots :\n« Une fièvre brûlante, » puis il essaya de me faire rendre quelques sons.\nQuoique peu habile, il réussit néanmoins. Sortie dès lors de ma réclu-\nsion, je devins l'interprète des romances françaises à la vogue à cette\népoque : Un jeune troubadour qui chante et fait la guerre, Pauvre\nJacques, quoi encore? Ah î la Sentinelle, surtout, espèce d'air mi-partie\nlangoureux, mi-partie martial.\nCette existence fut de courte durée pour moi. « Monsieur Mauser,\ndit un jour le jeune Français, l'ordre de notre départ pour la France\nnous est donné; en souvenir des soins que vous nous avez prodigués,\ngardez ceci en souvenir de moi. » En disant ces mots, il tendit au vieil-\nlard une magnifique tabatière en or. « Mais, je me permet-\ntrai de vous demander un souvenir. Parlez, monseigneur.—Cette\nflûte a charmé mes loisirs, je serais heureux d'en pouvoir faire l'acquisi-\ntion ; y consentez-vous ? Très haut seigneur, je m'incline devant vos\ndésirs; puissiez-vous devenir ein KiXnstler comme mon regretté ami\nScholl. J>\nLes semaines succédèrent aux semaines et les mois aux mois, quand\non me sortit de nouveau de ma gaîne de velours. Je me trouvais dans\nun salon octogone, orné d'attributs de musique. Sur un panneau, on\nvoyait Apollon escorté des neuf Muses, des bergers delà molle et douce\nlonie scandant des théories à l'aide de la double flûte, puis les noms de\nquelques musiciens célèbres sans doute.\nUn personnage très élégant, très irisé, très musqué s'empara de moi.\nLe salon s'emplissait de femmes charmantes, coiffées à la grecque, et\nd'hommes dont le suprême bon ton, paraît-il, était d'exhiber une quan-\ntité de breloques sur des gilets verts et des culottes chamois. « Quel\nbonheur de se revoir après tant d'événements, cher duc î disait l'un.\nEt vous, répondait un autre,, que fîtes-vous pendant le règne de l'usur-\npateur ? Allez-vous encore, Messieurs, vous entretenir de la Quoti-\ndienne de ce matin, ripostait une gracieuse personne coiffée à la Roxe-\nlane; chut! nous allons entendre M. Romagnesi; le voilà qui s'avance\navec M. Dalvimare. »"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "176", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.32", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nLe bruissement des conversations s'éteignit, et un concert commença.\nOn chanta un duo de Picaros et Diego, de Dalayrac ; une romance\nnouvelle :le Champ d'asile, puis le morceau capital fut un duo pour\nchant et flûte. Ce morceau était une sorte de prémisse d'un opéra nou-\nveau. Le personnage musqué me passa entre les mains d'un artiste, que\nl'on nommait autour de moi M. Drouet. « Le duo du Rossignol, œuvre\ninédite de M. Etienne, pour les paroles, et de M. Lebrun, pour la mu-\nsique, qui sera représentée après-demain 16 avril 1816, au théâtre royal\nde l'Opéra ! » annonça le monsieur frisé. « Mademoiselle Hymm et\nM. Drouet, continua-t-il, ont bien voulu nous en octroyer la primeur. »\nUn bruit d'applaudissements se fit entendre. Puis enfin se déroulèrent,\nd'une part, les vocalises les plus légères, de l'autre, les trilles et les\ngammes les plus éblouissantes.\nAh'! que j'étais heureuse enfin d'avoir rencontré quelqu'un qui me\nrendît la vie, le bonheur, la gloire! Hélas ! ce n'était qu'une illusion !\nO Pan ! je retombai bientôt de nouveau dans l'oubli.\nLe mélomane chez lequel j'étais ensevelie accumulait, des trésors de\ncuriosité musicale avec la passion du collectionneur.\nDe longues années s'écoulèrent ; il mourut. Dans cet intervalle,\nj'entrai en relations avec un violon, fils du célèbre Stradivarius. Je me\nsouviens qu'un jour, son insupportable fatuité, ses allures de grand sei-\ngneur, les frémissements de sa chanterelle, lorsqu'il m'énumérait com-\nplaisamment les soupirs amoureux qu'il avait provoqués dans sa longue\nexistence, ne tardèrent pas à me déplaire. Je lui préférai un modeste\nclavecin dont les sons ténus et tremblants donnaient quelque vague\nécho de Rameau et de Couperin. Ah ! que de Julies et de Saint-Preux\neffeuillèrent en duos des bouquets à Chloris, auprès de ses touches jau-\nnies par le Temps ! Ses panneaux, couverts de bergeries amoureuses de\nLancret, semblaient encore refléter l'image de quelque abbé de Bernis\ndevisant entre une nymphe d'Opéra et M. de Crébillon fils. J'appré-\nciai également un estimable alto : la conversation pleine de sens et de\nréserve de ce vertueux instrument tranchait singulièrement sur les fa-\ndaises nauséabondes que grattaient sans cesse une coterie de guitares,\nde mandolines et de guimbardes.\nCes pécores ne tarissaient point sur leurs sérénades. « Notre frémisse-\nment sonore, disaient-elles, est l'aile enchanteresse qui porte les chants\nd'amour auprès des belles. Nous sommes l'aveu brûlant, et après nous,\nqu'est donc le ridicule rôle d'un malheureux galoubet ? La belle origine\nvraiment ! descendre du chalumeau d'un pâtre de la Béotie et venir"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "177", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.33", "texte": "LES SOUPIRS D'UNE FLUTE\nIX.\nI 2\n\néchouer entre les doigts d'un aveugle ! L'âne de La Fontaine ne jouait-il\npas de la flûte ? »\nL'indignation fit jaillir de mon âme un trait ascendant d'un tel éclat,\nqu un tumulte indescriptible régna pendant quelques instants dans la\nsalle de musique.\nUn rustique basson, de sa voix nazillarde, prit énergiquement ma\ndéfense et rappela le droit de noblesse qui nous était acquis à tous, en\nexceptant toutefois mes malencontreuses railleuses. « Bach, Haydn,\nGluck, Mozart, Beethoven, nous ont confié des rôles dans leurs immor-\ntels poèmes, continua-t-il, tandis que ces mijaurées édentées n'en ont ja-\nmais été que d'obscures comparses. »\nUn murmure de satisfaction parcourut l'assemblée. On félicita il\nsigrior fagotto sur son à-propos, et on l'assura qu'il avait réellement\nmérité de la part de Beethoven la place qu'il lui a assignée dans ses\nsymphonies merveilleuses,\nA ce propos, la mandoline n'y tint plus : « Misérables! grinca-t-elle,\nvous insultez à Mozart et à Grétry ! vous profanez la sérénade divine de\nDon Giovanni et l'amoureuse complainte de Y Amant jaloux ! » Elle\nfut prise d'une sorte de vertige ; un évanouissement dans les règles s'en\nsuivit. Elle se laissa choir sur le parquet. A ce bruit, apparut un homme\njeune encore; il riait aux éclats. « La voilà donc brisée, disait-il, cette\nantique compagne de madame la marquise Flèche d'Amour ! Qu'êtes-\nvous devenus, Colin et Colette, et toi, mon pauvre Fleuve du Tage,\nton souvenir s'en est-il allé par morceaux ? » acheva-t-il comme oraison\nfunèbre, et tout rentra dans le silence.\nPeu de temps après cet événement, une circonstance modifia mon\nsort. Cette même salle de musique devint un lieu de rendez-vous très fré-\nquents d'artistes, mais ces séances avaient un tout autre caractère que\ncelles où brillaient autrefois Dalvimare et Romagnesi ; elles reportaient\nvolontiers mes souvenirs vers les premières années de ma vie, dans la\nmodeste demeure de Forster.\nCe souvenir me rendit un peu de joie. Un gentilhomme de Clermont-\nFerrand vint fréquemment dans cet asile artistique. C'est là qu'eurent\nlieu les auditions de nombreux morceaux appelés : musique di caméra.\nLes noms qui brillèrent le plus souvent dans ces réunions furent ceux\nd'Onslow, d'Habeneck, de Schneitzhoffer. Rarement on y chantait, à\npart une ou deux séances, où j'entendis un homme de belle stature, à\nla physionomie remarquablement expressive, soulever ses auditeurs par\nun air commençant ainsi : « Largo al fattotum. On l'appelait Garcia ;"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "178", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.34", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\navec lui, je vis Rossini, dans le rayonnement de sa jeune gloire, puis\nmadame Fodor.\nDans Tune de ces matinées musicales, vint un jour l'incomparable\nTulou ! Il m'essaya. Avec quels ravissements je fus écoutée ! J'eus des\nélans sublimes, des hardiesses indescriptibles ! Quelle finesse et quelle\nténuité dans mes sons ! quel perlé dans mes trilles! Le maître me confia\nl'une de ses plus vertigineuses variations. Une tempête de bravos salua\nmes dernières notes.\nLe lendemain, je fus offerte au grand virtuose, comme un témoignage\nd'admiration et de sympathie. Ah ! quelle année que celle qui marque\n1829 au cadran des siècles! Le 3 août, mes notes scintillèrent dans la\ncréation de Guillaume Tell. Certes, on applaudissait Adolphe Nourrit,\nDabadie, Alexis Dupont et la délicieuse Cinti-Damoreau ; mais aussi,\nquels transports, lorsque mes notes, pareilles à des gouttes d'eau irisées\npar un rayon de soleil, filtraient claires et lumineuses au milieu du\npuissant orchestre ! Une pluie de diamants ruisselait au-dessus du chant\nagreste du Ran{ des vaches.\n(La suite prochainement.)\n\nA. THURNER."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "179", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.35", "texte": "LE THÉATRE DE BAYREUTH\nE journal le Gaulois vient de publier, sous la signature\nde son correspondant le Docteur Karl, des détails très\ncurieux sur le théâtre de Bayreuth et sur le poëme\ndes Niebelungen que Richard Wagner a mis en mu-\nsique. Nous donnons ci-après les passages de cette\ncorrespondance, qui nous ont paru les plus intéres-\nsants pour nos lecteurs :\nLe corps du bâtiment a. la forme d'un segment de cercle comprenant à\npeu près le sixième d'une circonférence. Les fauteuils ou, pour parler plus\nexactement, les endroits où seront installés les fauteuils,présentent la forme\nde gradins; ils rappellent les installations des anciens amphithéâtres. Chaque\nrangée est un peu plus élevée que la rangée précédente, et la scène, la salle,\ngrâce à des couloirs ménagés entre les fauteuils, ressemblent assez exacte-\nment à un vaste éventail ouvert. Il n'y a qu'une rangée de loges, placée\nau-dessus des fauteuils, à peu près comme les baignoires de nos théâtres.\nCe sont les seules loges que Wagner ait voulu tolérer dans son théâtre\nréformé.\nLes côtés de la salle sont fermés par de grands murs en maçonnerie, dont\nquelques colonnes dissimulent assez mal la laideur. On parlait d y peindre des\nfresques; mais on a reculé devant la dépense.\nes loges des artistes sont installées dans l'espace vide qui existe\nentre ces grands murs et le mur principal du bâtiment. La disposition de\nces loges est telle, qu'elles sont plus nombreuses et plus vastes vers la scène\nqu'à l'endroit le plus éloigné.\nDans une brochure intéressante, Wagner a rendu compte lui-même des\nraisons qui l'avaient porté à donner cette forme à ce bâtiment. 11 aurait\nvoulu que chaque spectateur fût isolé et n'eût que la vue de la scène ; mais"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "180", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.36", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nil n'a pas osé établir entre chaque fauteuil des séparations qui auraient fait\nressembler sa salle de spectacle aux galeries de certaines chapelles de prison\ndans lesquelles les condamnés voient le prêtre et l'autel sans jamais pouvoir\ns'apercevoir entre eux.\nAfin de rendre l'illusion dramatique plus complète, il s'est particulièrement\noccupé des effets de perspective et, surtout, il a fait en sorte que l'orchestre\nfût placé à une telle profondeur qu'aucun spectateur ne pût l'apercevoir.\nC'est vous dire qu'avec une telle idée il est impossible d'établir des loges de\ncoté. Les occupants auraient aperçu au moins une partie des musiciens, et\nleur attention aurait été détournée du spectacle.\nL'architecte qui a aidé Wagner à exécuter ses plans a voulu qu'il y ait un\nespace vide entre la scène et le premier rang des fauteuils,\n« C'est cet espace, m'a dit Wagner, que nous avons appelé d'un commun\naccord: « golfe mystique » paice qu'il sépare le réel de l'idéal. » Chaque\nspectateur (je continue à rapporter les paroles de Wagner) sera placé dans un\nthéâtron, dans le sens étymologique du mot, et entre lui et la scène, il n y\naura de perceptible qu'une impression vague de distance résultant de l'heu-\nreuse combinaison des deux proscéniums formée par le sous-sol où sera\nl'orchestre et parle « golfe mystique ».\n« Les décors apparaîtront au spectateur comme dans un rêve. La musique\nsortira du golfe mystique comme les voix d'esprits célestes. »\n* • •\nJe ne sais quelle impression produira à la représentation l'œuvre immense\nde Wagner.\nIl a voulu tirer le plus grand effet possible de la poésie, de la musique et de\nla danse, ces trois filles de l'imagination, et il a essayé de faire à chacune\nd'elles sa part naturelle, sans en laisser prédominer aucune.\nJe n'insisterai pas sur les origines de la légende que Wagner a choisie. Ce\nsont les Eddas de l'lrlande qui ont fourni le sujet de la trilogie des Niebelun-\nQcn. C'est un canevas sur lequel les écrivains modernes de l'Allemagne\niO # w il'\naiment à broder et, pour la première fois depuis 1862, la musique y a cherche\ndes inspirations.\nL'œuvre de Wagner se compose de trois parties : le Walkyre (die Walhure)\nLiegfried et le Crépuscule des dieux (Gotter dœmmerung) ;le tout est pré-\ncédé d'une introduction int'tulée : Rheingold. Ce prologue a la même lon-\ngueur que chacune des autres parties, et l'exécution complète de l'œuvre\nexigera quatre soirées. C'est donc, à proprement parler, une tétralogie.\nPermettez-moi aujourd'hui de faire rapidement l'analyse du Rheingold.\nTrois races d'êtres se disputent l'empire du monde. Les Niebelungen ou\nnains, une race minuscule, mais astucieuse, habitant dans des grottes pro-\nfondes, près du centre de la terre. Leur royaume s'appelle Niebelheim ; les\nhabitants sont des mineurs et des forgerons.\nA la surface de la terre, qui n'est pas encore cultivée, dans les crevasses et\ndans les anfractuosités des rochers, vivent les géants, une race sans intelli-\ngence, mais d'une prodigieuse force physique. Au sommet lumineux des"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "181", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.37", "texte": "LE THÉÂTRE DE BAYREUTH\n\nmontagnes, les dieux mènent une vie joyeuse et jouissent en paix d'une éter-\nnelle jeunesse. Votan, l'Odin Scandinave, est le Jupiter de cet Olympe du\nNord. Feia, sa femme, qui aspire à avoir la suprématie dans la communauté,\nen est la Junon. Donner amoncelle les orages et brandit le tonnerre. Fria,\nla charmante sœur de Feia, distribue les fruits d'or dont le jus fortifiant\npermet aux dieux de conserver la force et l'éternelle jeunesse. Loge, un demi-\ndieu, le Loki Scandinave, est le dieu du feu et de la fourberie. C'est une sorte\nde Mercure, avec une teinte de Méphistophélès, un être sarcastique fertile\nen expédients et qui a toujours quelque stratagème dans son sac.\nLes nains, les géants, les dieux aspirent à avoir plus de puissance que la na-\nture ne leur en a accordé. Mais, pour être maître du monde, il faut posséder\nl'or qui garnit des cavernes profondes dans les entrailles de la terre ou il gît\nau fond du lit des torrents rapides comme un sable brillant. Les gardiennes\nde l'or sont les trois filles du Rhin, Xoglinde, Vellguna et Hosshilde.\nAu premier acte on voit ces charmantes personnes se promenant comme\ndes sirènes dans les profondeurs d'une rivière limpide et se donnant gaie-\nment la chasse de rocher en rocher. La musique est extrêmement belle. Elle\nest coulante comme les eaux du Rhin et accompagne admirablement les\nmouvements gracieux des nymphes qui prennent leurs ébats. Le décor, s'il\nest réussi, sera d'un grand effet. Albéric, le nain, est assis sur le bord d'un\nrocher, et il contemple les ébats de ces jolies filles avec un intérêt qui grandit\nà chaque instant. Il en devient amoureux et demande la permission de\nprendre part à leurs jeux.\nElles rivalisent d'efforts pour l'agacer, et l'attirent tantôt à droite, tantôt à\ngauche, tantôt en haut, tantôt en bas du fleuve, car il n'a pas l'habitude de\nl'élément humide. 11 se fatigue rapidement dans cet exercice.\nLes nymphes, d'ailleurs, ne le craignent pas beaucoup, car elles savent qu'un\nêtre qui est sous l'influence de l'amour n'a aucune puissance sur les trésors\nqu'elles ont mission de garder.\nElles ont le tort de se communiquer leurs sentiments en aparté, comme\ncela se fait au théâtre. Le nain, qui est malin, les entend et renonce immé-\ndiatement aux séductions de l'amour. Il redevient capable de s'emparer des\ntrésors, et la toile tombe sur les cris de désespoir des nymphes et l'air de\ntriomphe d'Albéric.\nPour rendre plus claire cette analyse, je dois dès maintenant énoncer cer-\ntains détails épisodiques qui sont indiqués dans le dialogue du premier acte.\nAlbéric a appris de ses sœurs qu'afin de devenir maître du globe, il fallait\ntransformer un morceau de l'or en anneau et conserver toujours ce talisman\nen sa possession. Il descend dans le Niebelheim, réduit tous les nains à l'es-\nclavage et, quand son anneau est forgé, il contraint ces malheureuses créa-\ntures à fouiller nuit et jour les entrailles de la terre afin d'y chercher le pré-\ncieux métal dont il est insatiable.\nPeu à peu, les vagues vertes du Rhin se changent en nuages épais et en\nvapeurs, puis cette brume disparaît et montre les dieux réunis dans une plaine\nentourée de montagnes. Dans le lointain, on voit des tours roses, les châ-\nteaux forts et les bastions de Walhalla, demeure des dieux ambitieux.\nPour arriver à la réalisation de ses rêves de souveraineté universelle, Votan\na fait un marché avec les géants. Ils lui ont bâti une forteresse imprenable"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "182", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.38", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ndu haut de laquelle lui et les siens peuvent gouverner sans crainte le monde.\nEn revanche, les géants doivent recevoir comme prix la belle Freia, déesse\nde l'éternelle jeunesse.\nLes géants Fafner et Fasold accomplissent leur travail en une nuit et\nviennent réclamer leur récompense. Mais Votan se repent de sa promesse et\nles autres dieux ne peuvent se résoudre à perdre Freia.\nDonner est partisan des moyens héroïques. Il brandit son immense marteau\ndans les airs. Votan objecte qu'il est protecteur des traités et qu'il ne peut\ndonner l'exemple de leur non-observation. Que faire? Loge, qui est fertile en\nexpédients, pourrait seul trouver un moyen de tourner la difficulté. Mais où\nest Loge? Pourquoi tarde-t-il aussi longtemps à venir? Les géants l'at-\ntendent avec une impatience croissante à chaque instant. A la fin, Loge ar-\nrive, et conformément à son habitude, il se lance dans de longs discours. Il\na, dit-il, parcouru tous les coins du monde et il a partout remarqué que le\nplus riche trésor que l'homme puisse posséder était l'amour de la femme.\n1 artout, dans 1 eau, dans le ciel, dans 1 air, l'amour est le plus grand des\nbiens. Un seul être a eu assez de force pour renoncer aux joies de l'amour, et\na par suite acquis un immense pouvoir: c'est Albéric, le prince des Niebe-\nlungen.\nLes géants prêtent une oreille attentive à cette histoire et consentent àla\nfin à renoncer à la possession de la toujours belle et toujours aimable Freia,\nsi Votan peut leur donner en compensation le trésor du nain Albéric.\nLa pauvre Freia est emmenée comme otage, et les dieux, privés de leurs\nrepas quotidiens de fruits d or, perdent leur vigueur et leur jeunesse. Ils de-\nviennent vieux et faibles. Donner ne peut pas soulever son marteau. Froh,le\ndieu du plaisir, sent le cœur lui manquer; Loge, qui est le moins atteint par\nla perte du fruit d'or, rassemble les autres dieux, blâme le marché qui a été\nfait, critique leur ambition insatiable, cause de tous leur maux.\nVotan et Loge se rendent à Niebelheim, où les pauvres nains tremblent\nsous le fouet d'Albéric, leur maître avare et tyrannique, et travaillent nuit et\n]our pour lui trouver de l'or.\nNon-seulement Albéric possède l'anneau magique, mais encore il s'est\nfait forger par son frère même une cuirasse qui rend invisible celui qui la\nporte. Il peut ainsi suivre les travailleurs partout où ils se trouvent et faire\njouer son fouet au moment le plus inattendu, lorsqu'ils se laissent aller àla\nparesse. On entend un bruit effrayant dans tout le Niebelheim, et le bruit des\nmarteaux de forge frappant les enclumes est admirablement rendu par la\nmusique. Jamais Wagner, qui a un talent particulier pour l'harmonie des-\ncriptive, n'est arrivé à d'aussi puissants effets d'imitation.\nVotan et Loge se présentent à Albéric. En parvenu qu'il est, Albéric est\nvulgaire, est stupide ; il ne cherche qu'à faire parade de son pouvoir surna-\nturel, et il offre à ses visiteurs de prendre la forme qu'ils pourront désirer.\nPour leur donner un exemple de la puissance de sa cuirasse, il leur apparaît\nd'abord sous les traits d'un gigantesque serpent. « C'est fort bien, dit Loge;\nmais nous aimerions bien mieux vous voir sous la forme d'une sauterelle ou\nquelque animal de petites dimensions. » Albéric se transforme en crapaud.\n« Attrapez-le! » dit Loge. Tumulte épouvantable. Albéric est fait prisonnier."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "183", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.39", "texte": "LE THÉÂTRE DE BAYREUTH\n\nIl est obligé de donner des monceaux d'or, son armure et sa bague, cette\nbague qui lui aurait permis d'acquérir de nouveaux trésors,\nAlbéric prononce une malédiction épouvantable, et, dès qu'il est libre, dis-\nparaît.\nVotan et Loge, transportés de joie, retournent chez eux avec la rançon de\nFreia. Mais le géant Fasold aime Freia et refuse de la rendre, à moins que le\ntrésor offert soit assez considérable pour la couvrir de la tête aux pieds.\nQuand la déesse est enfouie sous des masses d'or, Fasold, que l'amour a\nrendu très clairvoyant, aperçoit le reflet de sa chevelure à travers une cre-\nvasse. Loge bouche le trou avec sa cuirasse magique.\nFasold prétend alors qu'il aperçoit l'un des yeux de Freia à travers un in-\nterstice. Tous les trésors sont épuisés. Il ne reste plus que la bague d'Albéric\nqui est au doigt de Votan. Votan refuse de la donner, et les géants vont em-\nmener Freia, quand se dresse une majestueuse apparition.\nC'est Erda, la plus antique des déesses, celle qui a la science universelle.\nElle prononce quelques paroles mystérieuses et engage Votan à renoncer\nà la possession du talisman et à racheter Freia. Votan hésite, mais la toute-\npuissante Erda ouvre devant lui le livre de la destinée. Votan jette la bague,\net Freia est libre.\nLa malédiction d'Albéric cette malédiction qu'il a formulée en abandon-\nnant sa bague, commence à produire son effet.\nLes deux géants Fafner et Fasold se disputent la bague magique. Fasold\ntombe tué par son frère. Toute la nature ressent le contre-coup de la malé-\ndiction d'Albéric, et Donner, le dieu du tonnerre, obscurcit l'air troublé en\nprovoquant un orage épouvantable. Enfin, le ciel redevient limpide, et il est\ntraversé par un immense arc-en-ciel. C'est là un pont que les dieux, qui ont\nretrouvé leur jeunesse et leur beauté, grâce à l'influence régénératrice de\nFreia, traversent triomphalement pour se rendre à leur nouvelle demeure, la\nglorieuse Walhalla.\nTel est le prologue de la trilogie de Wagner.\nL'exécution de cette œuvre sera parfaite, si l'on en juge par les exécutants.\nMademoiselle Sattler-Grun, mezzo-soprano du théâtre de Cobourg, et qui\nest connue sur la scène italienne, représente dignement Freia. Le rôle de\nFria est confié à mademoiselle Houp, de Cassel, excellent soprano, et ceux\ndes trois filles du Rhin à mesdemoiselles Lehmann et à madame Lammert,\nde Berlin. Bœtz, de Berlin, jouera le rôle de Volan. La basse Niering, de\nl'Opéra de Darmstadt, est un excellent Jupiter tonnant. Herr Lich, un bon\nFroh. MM. Ellers, de Cobourg, et Reichenberg, de Gratz, représentent les\ngéants Fasold et Fafner. Le rôle du nain même est joué par M. Schlosser, de\nMunich, et celui de Loge par Vogel, de la même ville."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "184", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.40", "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nFAITS DIVERS\n. Arsène Houssaye, agréé par M. le ministre de l'lnstruc-\ntion publique et des Beaux-Arts en qualité de directeur\ndu Théâtre-Lyrique, n'a pas encore reçu la consécration\nofficielle de ce titre, et cela sur sa prière.\nDe grandes difficultés se présentent. La salle Ventadour,\nseule disponible actuellement, a été louée pour six années\npar M. Léon Escudier qui veut y installer le Théâtre-\nItalien. Des démarches ont été faites auprès de M. Castellano, propriétaire\nde l'ancien Théâtre-Lyrique, ainsi que des décors, costumes et partitions qui\nservaient à son exploitation. Mais rien n'a encore été conclu.\nM. Houssaye ne se décourage pas, et il a fait répéter ces jours-ci, dans la\nsalle du Conservatoire, YArtnide de Gluck. Plusieurs engagements ont été\nsignés, entr autres celui de M. Henri Litolii comme chef d orchestre, et celui\nde M. Justament qui est chargé de la mise en scène et des divertissements\nde l'opéra de Gluck.\nOn a beaucoup parlé de la démission de M. Arsène Iloussaye 5 cela est in-\nexact. M. Houssaye n'ayant pas encore été nommé officiellement, n'a pas à\ndonner sa démission.\nLe Théâtre-Lyrique a un partisan convaincu dans le ministre des Beaux-\nArts, M. Wallon. Voici à ce sujet un fragment du discours qu'il a prononcé\nà la distribution des prix des concours du Conservatoire:\n« Mais l'Opéra ne suffisait pas au développement de l'art musical. Pour\naborder cette grande scène, il faut un nom, et pour se faire un nom, il faut\nune scène. L'Opéra-Comique, avec son caractère spécial qui ne doit pas être\naltéré, ne pouvait répondre seul à ces besoins. C'est pour cela qu'il ya un\ncertain nombre d'années on avait ouvert à la musique un autre théâtre, qui\nfut comme le vestibule de l'Opéra et un lieu d'essai pour les compositeurs et\nles chanteurs; une vraie scène, d'ailleurs, et non pas seulement une école\nproduisant, avec moins d'appareil et de dépense, des œuvres que le nombreux\npublic pût venir entendre à moins de frais, produisant quelquefois des pièces\ndignes d'être transportées tout entières sur la grande scène. N'est-ce pas au\nThéâtre-Lyrique que Gounod a donné Faust avant que l'Opéra l'ait adopté?\nCe théâtre, détruit dans les incendies de la Commune, et pour lequel l'As-"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "185", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.41", "texte": "VARIA\n\nsemblée nationale maintenait comme en espé. ance une subvention, même\nquand il n'existait plus, est à la veille de se relever. Je puis aujourd'hui vous\nen donner la complète assurance, et par là le vœu le plus vit que j aie recueilli\ndes artistes à mon entrée au ministère sera satisfait. L'organisation musicale\nse trouvera ainsi complète, depuis les bancs de l'école jusqu'au faîte le plus\nhaut où l'art que l'on enseigne ici puisse s'élever.\n« Nous avons au Conservatoire, comme par une sorte de prélude à la\ngrande publicité, ces exercices où vous vous disputez les prix que nous allons\ndécerner aujourd'hui. A ceux qui l'ont emporté dans le premier de ces con-\ncours et que l'lnstitut envoie à Rome, le Conservatoire offre encore une\nscène, des interprètes, un public; leurs morceaux y sont exécutés par cet or-\nchestre incomparable qui, pendant la saison d'hiver, nous a fait entendre\nBeethoven et Mozart comme Beethoven et Mozart ne se sont jamais en-\ntendus.\n« Revenus de Rome, ils ne se verront pas condamnés à vieillir sans qu'ar-\nrive pour eux le jour de la représentation, séchant d'attente, et quelquefois\nréduits, pour vivre, à déshonorer dans les compositions qui ont cours sur les\ntréteaux des théâtres de bas étage ou des cafés-concerts, un talent formé à\nl'école des grands maîtres. S'ils ont vraiment le souffle de l'art, ils trouveront,\nselon leurs inspirations, à se faire accueillir soit à l'Opéra-Comique, soit au\nThéâtre-Lyrique, et, de cette dernière scène, un vrai succès les élèvera sur\nla scène enviée de l'Opéra. »\nM. A. Danhauser, professeur au Conservatoire, vient d'être nommé ins-\npecteur de l'enseignement du chant dans les écoles de la ville de Paris, en\nremplacement de M. Foulon, décédé.\nM. Edmond Membrée, l'auteur de /'Esclave, vient d'être nommé cheva-\nlier de la Légion d'honneur.\nVoici quelques détails sur la grande fête orphéonique organisée par\nmadame la maréchale de Mac-Mahon, et qui aura lieu le 29 août prochain\ndans le jardin des Tuileries, au bénéfice des inondés.\nLes Sociétés réunies des enfants de Lutèce, du Louvre, du Temple, de\nl'Union musicale, des Enfants de Paris, du Choral de Belleville, auxquelles\nse joindront sans doute les Enfants de Saint-Denis et l'Odéon, chanteront les\nchoeurs suivants : Salut aux chanteurs, d'AmbroiseThomas ; chœur des soldats,\ndu Faust, de Gounod; l'Enclume, d'Adam ; le Voyage en Chine, de Bazin ;\nles Martyrs aux arènes, de Laurent de Rillé.\nDes musiques d'harmonie alterneront avec les chœurs et feront entendre\nquatre morceaux.\nEnfin, un chœur final sera chanté par un ensemble de plus de mille orphéo-\nnistes.\nPour cette solennité, le prix d'entrée dans le jardin des Tuileries sera fixé\nà 5o centimes, et un certain nombre de places, à un prix plus élevé, seront\nréservées sur les terrasses."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "186", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.42", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nNotre collaborateur M. Edmond Neukomm vient de publier chez Ca-\nsimir Pont, libraire, 97, rue Richelieu, une plaquette très intéressante inti-\ntulée: Trois jours à Rouen. Souvenirs du centenaire de Boieldieu. Nous en\nextrayons le chapitre suivant sur les orphéons :\n« Sous l'empire, les pompiers n'avaient qu'un père,M.Janvier de la Motte,\ntandis que les orphéons en avaient plus de mille, ce qui influa défavorable-\nment sur leur prospérité.\n« Aucune époque ne fut, en effet, plus fâcheuse que l'ère impériale, pour\nl'essor de cette institution. Né sous d'heureux auspices, placé dès son début\nsous la direction d'hommes zélés et convaincus, l'orphéon avait rapidement\njeté ses racines au cœur même des populations. Lorsque Wilhem, son fon-\ndateur, mourut, il put croire que son œuvre était assurée, et elle l'était en\neffet; seulement Wilhem avait compté sans les dix-huit années de stagnation,\nqui se produisirent après sa mort.\n<( Mais dira-t-on, en aucun temps les fondations de sociétés chorales et ins-\ntrumentales n'ont été aussi nombreuses que sous l'empire. J'en demeure\nd'accord, mais j'ajoute que jamais aussi les progrès de l'art populaire n'ont\nété moins sensibles qu'à cette époque. Le gouvernement issu du coup d'État\navait compris de prime abord tout le parti qu'il pouvait tirer de ces forces\nvives, disséminées aux quatre coins de la France. Ces forces, il les avait sous\nla main, organisées, embrigadées, facilement réunissables ; il s'agissait d'en\njouer habilement. C'est ce que comprit le gouvernement impérial, et c'est\ndans ce but qu'il flatta outre mesure l'institution orphéonique. En peu de\ntemps, les concours se multiplièrent. Au lieu de réunir les chanteurs pour\nchanter, on les réunit pour les combler de médailles. Puis vint l'abus des\nbannières, des casquettes brodées, des insignes rutilants. Chaque chef-lieu\nde canton devint un chef-lieu de concours. Chaque maire, chaque garde\nchampêtre devint un protecteur éclairé des arts. Et les médailles de pleuvoir\ntoujours, de pleuvoir sans cesse! En vérité, quelle somme les orphéons ne\npourraient-ils point mettre à la disposition des malheureux inondés du midi,\ns'ils voulaient envoyer à la fonte, je ne dirai pas toutes leurs médailles,-mais\nseulement celles qu'on leur a décernées parce qu'il fallait bien placer tous les\nprix que les jurys avaient mission de répartir ?\n« Or, qu'est-il résulté de ces abus? Les sociétés, flattées, adulées et toujours\nrécompensées, se sont promptement départies des habitudes studieuses im-\nposées par Wilhem. Les prix leur arrivaient immérités, de plus en plus fré-\nquents, de plus en plus pesants, mais la qualité du chant ou du jeu allait di-\nminuant, on avait commencé par chanter, par jouer moins bien, on finit par\nchanter, par jouer mal. Quelques sociétés tinrent bon contre cet entraîne-\nment, je me hâte de le constater ; mais le plus grand nombre a périclité.\nIl faut donc supprimer les concours, dira-t-on? Non, certes. Mais il faut les\nrégler, les restreindre et surtout ne demander aux municipalités et n'accepter\nd'elles qu'un très petit nombre de récompenses: de la sorte, ces dernières ac-\nquerront une valeur réelle, et l'on ne sera plus exposé à se boucher les\noreilles pour ne pas entendre les fausses notes d'un orphéon ou d'une fanfare,\ndont la bannière ne porte pas moins de trois rangées de médailles et l'effigie\nde l'ex-souverain.\n« Si j'insiste sur ce fâcheux état de choses, c'est parce que je sais qu'on s'oc*"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "187", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.43", "texte": "VARIA\n\ncupe activement de lui porter remède. Il s'est formé depuis un an un Institut\norphéonique, dont le but est de réformer complètement l'organisation des\nsociétés. Placé sous la présidence d'un excellent musicien, M. Gastinel, et\nsous la direction d'hommes dévoués, parmi lesquels je citerai M. Delaporte,\nl'un des plus fervents disciples de Wilhem, cet Institut peut rendre d'im-\nmenses services. Mais, surtout, qu'il soit sévère, rigide même; qu'il ferme\nobstinément la porte aux médiocrités ; qu'il rejette impitoyablement d'une\ndivision supérieure dans une division inférieure toute société qui perdra du\nterrain.\n« Ce n'est que par suite de mesures radicales qu'il répondra aux espérances\nqu'ont mises en lui les vrais amis de l'art popularisé, et c'est à ce prix que\nles deux vers célèbres de Béranger cesseront d'être une fiction :\nLes cœurs sont bien prêts de s'entendre\nQuand les voix ont fraternisé. »\n—La Presse de Vienne annonce qu'un différend s'est élevé entre Wagner et\nle ténor Niemann, qui était à Bayreuth pour les répétitions de la trilogie. A\nla suite de ce différend, Niemann a renvoyé son rôle et s'en est retourné à\nBerlin. Si regrettable que soit cet incident, il ne retardera en rien les études\ndéjà commencées des Niebelungen. On aurait déjà mis la main sur le ténor\nqui remplacera Niemann.\nLa Société des compositeurs de musique a adressé au préfet de la Seine\nune pétition pour obtenir que la musique figurât au budget des beaux-arts\nde la ville de Paris. M. Hérold, à l'appui de cette demande, a proposé au\nconseil municipal un amendement, à l'effet d'allouer annuellement une\nsomme de 10,000 francs pour ouvrir un concours musical, en y rattachant\nles sociétés orphéoniques de Paris. Cet amendement vient d'être adopté.\nM. de Lauzières vient d'avoir la douleur de perdre sa belle-fille, madame\nla comtesse de Lauzières-Thémines, décédée à Cherbourg à la suite d'une\nmaladie de poitrine. Elle n'avait pas encore dix-neuf ans.\nC'est une rude épreuve pour notre sympathique collaborateur, et nous\nnous associons vivement à sa douleur.\nM. Victorien Joncières, critique musical de la Liberté, auteur de Sardana-\npale et du Dernier jour de Pompé'i, a eu à l'Opéra une audition de son opéra\nDimitri, avec solistes, orchestre et chœurs. On y remarquait M. le ministre\net plusieurs membres de la Commission consultative des théâtres ; MM. Ca-\nmille Doucet, de Beauplan, de Vaucorbeil et des Chapelles; MM. Détroyat,\nGarnier, Mario Uchard, quelques journalistes, abonnés et amis de la maison.\nDès le début de la soirée, l'une des interprètes de Dimitri, mademoiselle\nDaram, a dû renoncer à son rôle à la suite d'une violente attaque de nerfs.\nL'audition a été ajournée. Les autres interprètes de M. Joncières étaient:\nMM. Gailhard, Vergnet et mademoiselle Bloch.\nM. Joncières a obtenu de M. le ministre de l'instruction publique et des"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "188", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.44", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nbeaux-arts la promesse d'une nouvelle audition ; mais elle se trouve ren-\nvoyée au mois de septembre par suite de l'absence de M. Gailhard, qui a pris\nson congé le ier août.\nOn admire fort, dans le public, l'énergie déployée par M. de Joncières à\nla poursuite de cette audition, et l'on souhaite que le mérite de sa musique\nsoit à la même hauteur,\nVoici, d'après il Trovatore, l'énumération complète des opéras italiens\njoués dans le courant du premier semestre ißys :\ni° Elena in Troja, opéra buffa de d'Alessio, au Politeama de Naples;\n2° Colomba, opéra de Fava, à Bologne;\n3° Il Pipistrello, opéra de Giosa, au théâtre Filarmonico de Naples:\n4° Gustavo Wasa, opéra séria de Marchetti, à la Scala de Milan;\n5° Amore Vendetta, opéra séria de Marchio, au théâtre de Reggio;\n6° Corinna, opéra séria de Reboça, au théâtre Mercadante de Naples ;\n7° Selvaggia, opéra séria de Schira, à la Fenice de Venise;\n8° Dolores, opéra séria d'Auteri-Manzocchi, à la Pergola de Florence;\n9° Don Luigi di Toledo, opéra buffa de Ceriani, au Politeama de Naples ;\nio° La Figlia di Bianca, opéra buffa de d'Alessio, au même théâtre ;\n11° Amore a suo tempo, opéra séria de Tofano, à Bologne ;\n12° Scomburga, opéra séria de Pellegrini, à Brescia ;\ni 3° Luigi XI, de Fumagalli, opéra séria, à la Pergola de Florence ;\n140 La Rosa del Cadore, opéra séria de Predazzi, à Alexandrie ;\n15° Le tre Zie, opéra buffa de Giacomelli, à Livourne;\ni 6° Il Ritorno del Coscritto, opéra buffa de Tolomei, à Sienne;\n170 Don opéra buffa de Mognone, an Teatro Nuovo de Naples;\n180 La Fauta, opéra semi-seria, de de Miceli, au Filarmonico de Naples;\n190 Le Rivali senf amante, opéra buffa de Greco Filoteo, au Circolo de\nNaples ;\n20° Filippo, opéra séria de Crescimanno, à la Pergola de Florence;\n2i° Isabella Orsini, opéra séria de Rossi Isodoro, à Pavie;\n220 Una Burla, opéra buffa de Parisini, à Bologne ;\n23° Maria e Fernando, opéra séria de Feruccio Ferrari, à Bologne;\n240 Guidetia, opéra semi-seria, de Sarria, au théâtre Mercadante de Naples ;\n25° Benvenuto Cellini, opéra séria d'Orsini, au même théâtre;\n26° I Quattro Rustici, opéra buffa de Moscurza, au Politeama de Florence ;\n270 II Cacciatore, opéra butfa de Canavasso, au théâtre Sainte-Radegonde ;\n28° Un Matrimonio sotto la Republica, opéra séria de Podesta, au dal\nVerme de Milan ;\n290 Sténo, opéra buffa de Panico, au Teatro Nuovo de Naples;\n3o° La Vendetta d'un folletto, opéra buffa de Mililotti, au Teatro Quirino\nde Rome ;\n3i0 I Viaggi, opéra buffa de d'Arienzo, au théâtre Castelli de Milan.\nIl est à remarquer que sur ces trente et un ouvrages nouveaux, il en a\nété donné onze à Naples.\nM. Alex. Guilmant, organiste de la Trinité, termine en ce moment la"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "189", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.45", "texte": "VARIA\n\nmusique d'un oratorio-symphonie en deux parties, qui a pour titre : Sainte\nGeneviève de Paris. Le poème est de M. Charles Barthélémy, notre collabo-\nrateur. Cette œuvre sera probablement exécutée cet hiver à Paris.\nL'Exposition de 1875 est ouverte au Palais de l'lndustrie des Champs-\nElysées. La section des instruments de musique est certainement une des\nparties les plus importantes de cette exposition, et tout le monde s'y porte\navec empressement et intérêt. La direction a nommé M. Henry Toby com-\nmissaire de cette classe; l'excellent artiste fait souvent entendre les orgues et\nles pianos de nos premières maisons, et tous les vendredis une charmante\npianiste, qui a obtenu beaucoup de succès dans les salons l'hiver dernier,\nmadame Tassoni, se joint à lui pour exécuter des morceaux à deux pianos,\nqui produisent un grand effet.\nM. Hippolyte Babou vient de publier chez Lemerre un nouveau livre\nde critique, sous ce titre piquant: Les Sensations d'un juré* Bien que notre\nrecueil soit étroitement attaché à sa ligne monographique, il ne nous est pas\ninterdit de saluer au passage une œuvre littéraire de cette valeur. On sait\nque l'auteur des Lettres satiriques et critiques ne s'adresse qu'aux esprits dé-\nlicats. C'est un maître styliste, qui a toujours combattu pour les franchises\nde notre belle langue française. On lira avec plaisir l'extrait suivant de son\nétude sur Brizeux et Mistral. Il nous a paru que M. Hippolyte Babou s'im-\nprovisait, dans ce passage, excellent critique musical:\n« J'ai ri, je l'avoue, et sans méchanceté, lorsque M. Frédéric Mistral lança\nsur Paris les six mille vers incandescents de Mireille. Je ne soupçonnais\npas alors que M. Gounod mettrait ce patois en musique; je ne prévoyais pas\nles huit ou neuf cents strophes de Calenda ou Calendal, qui pourrait bien à\nson tour être mis en musique par quelque Serpette ou quelque Massenet.\nAyant relu naguère Marie et la Fleur d'or, j'ai tenté de relire Mireille, et\nj'ai relu Calendal. Eh bien, oui, j'en conviens, ce sont de vrais libretti\nd'opéra, mais traiter ces historiettes de poèmes, quel enfantillage !\nM. Frédéric Mistral, dans son second livre, invoque fièrement l'âme im-\npérissable de la Provence, comme si la Provence, au dix-neuvième siècle,\navait une âme distincte de celle de la France. L'invocation est étonnante ;\nla voici :\n« Ame de mon pays, s'écrie le félibre, toi qui rayonnes manifeste dans son\nhistoire et dans sa langue.... par la grandeur des souvenirs; toi qui nous\nsauves l'espérance ; toi qui, dans la jeunesse, et plus chaud et plus beau,\nmalgré la mort et le fossoyeur, fais reverdir le sang des pères ; toi qui inspiras\nes doux troubadours, et fis plus tard mistraliser la voix de Mirabeau...\nAme éternellement renaissante, âme joyeuse, et fière et vive, qui hennis dans\ne bruit du Rhône et de son vent; âme des bois pleins d'harmonie et des\nalanques pleines de soleil; âme pieuse de la patrie, je t'appelle! incarne-toi\nans mes vers provençaux 1 » Et savez-vous ce que l'âme de la Provence, ainsi\nappelée, va chanter sur la grande lyre, après son incarnation? Tout simple-\nment les amours d'un pêcheur d'anchois et d'une sauvagesse qui vit à denn-\nnue dans les bois de sapins, dans les grottes suspendues aux flancs des mon-"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "190", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.46", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ntagnes, sur les falaises inaccessibles battues par les flots de la Méditerranée.\nIl est vrai que cette sauvagesse descend des princes de Caux, illustre famille\nprovençale, qui descend elle-même de Balthazar, un des trois mages de la\nlégende évangélique. De plus, elle est si savante qu'elle peut enseigner à\nCalendal, le pêcheur d anchois, toute l'histoire guerrière, littéraire et galante\nde l'immortelle Provence. Et ses enseignements ne se bornent pas là, croyez-\nle bien. Elle apprend encore à Calendal la sainte religion de la Nature (une\nsorte de panthéisme provençal), les sublimités raffinées du pur amour (l'amour\nexclusivement provençal) et les héroïques grandeurs du vrai patriotisme (le\npatriotisme strictement provençal). Si l'on supprimait, tout le long du poème,\nles innombrables strophes remplies de ces prédications de l'âme de la Pro-\nvence, il resterait une historiette cent fois moins intéressante et, en revanche,\ncent fois plus courte que celle de Mireille. La poésie et la langue de Calendal\nsont pour le moins aussi artificielles que la poésie et la langue de Mireille.\nMême style plaqué de vieille mosaïque provençale et de marqueterie mo-\nderne, àla française. Mélange de sentiment populaire et d'enflure pseudo-\nlyrique, pseudo-romantique. Versification, tour à tour emphatique, précieuse\net vulgaire, où quelques cris naïfs interrompent trop rarement le roulement\nmonotone d une perpétuelle vague de sonorité. A nos yeux, le beau roman\nde ce regrettable Jules de la Madelène, le Marquis des Saffras, quoique écrit\nen français, a bien plus de saveur provençale que les œuvres de l'auteur de\nMireille. Notre langue française, vivante et complète expression d'un grand\npeuple, a bien plus de ressources, même pour peindre la nature et les mœurs\nde la Provence, que cette langue d'or entièrement dégénérée qui, tout en se\nvantant de sa prétendue richesse, demande à chaque instant, et sans s'en\ndouter, le pain et le vêtement à la littérature française. M. Frédéric Mistral,\net ses deux amis, MM. Roumanille et Aubauel, précisément parce qu'ils ont\ndu talent, sont forcés d'écrire en français sous un masque provençal ; com-\nment se fait-il qu'ils ne jettent pas le masque et qu'ils n'écrivent pas en fran-\nçais purement et simplement! Le poëte gascon Jasmin a recueilli autant de\ncouronnes en son temps que M. Frédéric Mistral dans le nôtre. L'auteur des\nPapillotes, comme l'auteur de Mireille, a été chevalier de la Légion d'honneur\net lauréat de l'Académie française. Que restera-t-il de Jasmin et de Mistral ?\nce qui resterait du poëte Brizeux s'il avait chanté en bas-breton.\nA là distribution des prix du Conservatoire, M. le Ministre de l'instruc-\ntion publique a proclamé : Chevalier de la Légion d'honneur, M, Augustin\nSavard, professeur d'harmonie; et officier d'Académie, M. J. B. Wekerlin,\nbibliothécaire du Conservatoire, et Jules Cohen, professeur de la classe\nd'ensemble."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "191", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.47", "texte": "VARIA\n\nNOUVELLES\n\nARIS. Opéra. Madame Fursch-Madier a continué avec succès ses\ndébuts dans le rôle de Valentine des Huguenots. Elle a été rappelée\naprès le quatrième acte.\n- Demain reprise de Guillaume Tell. Mademoiselle de Reszké chantera\npour la première fois Mathilde; les rôles de Guillaume et d'Arnold seront\nremplis par MM. Lassalle et Salomon.\nM. Couturier, qui a obtenu cette année le premier prix de chant au\nConservatoire, est engagé par M. Halanzier, à raison de 7,000 fr. par an.\nMadame Marie Sass doit, dit-on, faire sa rentrée à l'Opéra dans\nl'Africaine.\n*— L'Opéra reprendra Faust dans les premiers jours du mois prochain, on\nattend l'expiration du congé de madame Carvalho.\nOn annonce pour le commencement d'octobre Don Juan,avec MM.Faure\net Gailhard. Mademoiselle Krauss chantera Dona Anna, madame Gueymard\nDona Elvire, et madame Carvalho, Zerline.\nOpéra-Comique. Réouverture demain 16 août, avec la Fille du Régi-\nment. MM. Duchesne et Melchissédec dans Richard cœur de lion.\nLe Val d'Andorre passera probablement dans le courant de septembre,\navec Obin et mademoiselle Chapuy.\nOn répète activement Piccolino, trois actes de Sardou, musique de Gui-\nraud, chanté par madameGalli-Marié, MM.Duchesne, Melchissedec, madame\nFranck et M. Duvernoy.\nThéâtre-Italien. L'ouverture de ce théâtre se fera au mois d'avril pro-\nchain avec Aida. M. L. Escudier a engagé mesdames T. Stolz, Waldmann,\nMM. Masini, Pandolfini et Medini, interprètes de l'œuvre de Verdi en Italie\net à Vienne. Le chef d'orchestre de la troupe sera M. E. Muzio.\nBouffes-ParisiensOn sait que les Bouffes vont faire leur réouverture\navec Théo dans la. Jolie Parfumeuse. Viendra ensuite, avant la Créole, un\nspectacle coupé dont les deux éléments principaux seront Pomme d'Api,\npour Théo, et un petit acte dont Offenbach a promis d'écrire la musique et\nqui doit servir de début à la jeune mademoiselle Luce, la fille de la tragé-\ndienne Cornélie.\nFolies-Dramatiques. Les Folies-Dramatiques donneront les Gent-Vierges\nvers le 20 août. Le rôle créé par mademoiselle Vanghell aux Variétés sera\njoué par madame Prelly, et celui de mademoiselle Gabrielle Gauthier par\nmademoiselle Tassilly. Kopp sera remplacé par Milher, Hittemans par Luco,\net Berthelier par le débutant Max Simon»"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "192", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750815-01.1.48", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\nI ropriétaire-Gérant : oA I^TH HE ULH zï CJ\\\nParis. Alcan-Lévy, imprimeur breveté, rue de Lalayette, 61,\n\nVariétés. MM. Meilhac et Haiévy ont lu aux artistes la Boulangère aux\nEcus, musique d'Offenbach. La première représentation aura lieu au mois de\nnovembre.\nVoici la distribution des principaux rôles :\nBernadille, MM. Dupuis.\nFlammèche, Berthelier.\nLe commissaire, Pradeau.\nCoquebert, Baron.\nDélicat, Léonce.\nMargot, Almes Schneider.\nToinon, Paola Marié.\nRenaissance. —Le ier septembre, réouverture de ce théâtre. On donnera\nune reprise de Giroflé-Girofla avec la distribution suivante :\nBoléro, MM. Dailly.\nMarasquin, Puget.\nMourzouk, Vauthier.\nAurore, Mmrs Alphonsine.\nGiroflé, Granier.\nPedro. Fany.\nPaquita,] Panizé.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}