{"numero_id": "bm-bmtnabc-1875-09-01-01", "volume": "bmtnabc_1875-09-01_01", "ocr_sha256": "4d57ea9ae60b416588ab0d28908ad91a32806114e6a2976272e4742d156a7e52", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabc/issues/1875/09/01_01/bmtnabc_1875-09-01_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabc/issues/1875/09/01_01/bmtnabc_1875-09-01_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabc-1875-09-01-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-09-01_01#c001", "volume": "bmtnabc_1875-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "[193]", "page_fin": "198", "image_debut": 1, "image_fin": 6, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.2.1", "titre_corps": "LES PRIX DE ROME DE L'ACADÉMIE DES BEAUX-ARTS", "titre_sommaire": "LES PRIX DE ROME DE L'ACADÉMIE DES BEAUX-ARTS", "signature_source": "O. LE TRIOUX", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[193]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.1", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 658, "texte": "LES\nPRIX DE ROME\nDE L'ACADÉMIE DES BEAUX-ARTS\n\nA LEUR ORIGINE\nl m'est tombé sous la main, récemment, une\nbrochure fort intéressante, et très rare aujour-\nd'hui, dont je vais extraire quelques fragments.\nOn sait que notre Académie des Beaux-Arts\nn'existait pas, en tant qu'Académie, au com-\nmencement de ce siècle, et qu'elle formait sim-\nplement une classe,la classe des Beaux-Arts\nde l'lnstitut national ; en fait, la situation était\nla même, la dénomination seule différait. La\nbrochure dont je veux parler est donc simplement, dans un format plus\nrestreint, l'analogue de celle que publie chaque année l'Académie des\nBeaux-Arts, et elle porte ce titre : N"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "194", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.2", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2719, "texte": "Beaux-Arts de llnstitut national pendant Van xn (1803-1804)., lue à\nla séance publique du 7 vendémiaire an XIII, par Joachim Le Breton,\nsecrétaire perpétuel de la classe, membre de celle d'Histoire et de Litté-\nrature ancienne, et de la Légion d'honneur.\nNous allons, si vous le voulez bien, extraire de ce document intéres-\nsant les documents importants qui se rapportent à la musique.\nA cette époque, le grand prix de composition musicale, connu sous le\nnom de grand prix de Rome, et dont le jugement était réservé à la classe\ndes Beaux-Arts, était récemment institué; il avait été décerné pour la\npremière fois Tannée précédente, et le règlement relatif aux travaux des\nélèves envoyés à Rome venait seulement d'être élaboré. L'académicien\nrapporteur s'exprime ainsi à ce sujet :\n« Le ministre de l'lntérieur a prescrit au directeur de l'école de\nRome de faire exécuter un règlement pour les musiciens compositeurs,\npensionnaires à la même école. La classe espère qu'il contribuera à nous\nformer de grands maîtres. »\nLa prétention de la classe était sans doute excessive, car les grands\nmaîtres, généralement, ne se forment pas à Y aide de simples règlements.\nToutefois, il faut convenir que celui-ci avait du bon :\nt( Il oblige les pensionnaires musiciens à envoyer, chaque année, à la\nclasse des Beaux-Arts : i° l'analyse des principaux ouvrages d'un célèbre\ncompositeur italien, en commençant par Palestrina, fondateur de l'école ;\n20 une scène italienne, de leur composition, dont les paroles seront prises\ndans Métastase ; 3° une scène française dont les paroles seront données\npar la classe des Beaux-Arts ; 40 un morceau de musique, à quatre par-\nties, la première année ; à cinq, la seconde année ; à six, la troisième\nannée ; à sept, la quatrième; à huit, la cinquième et dernière année.\n« Dans toutes les villes d'ltalie où ils séjourneront quelque temps, ils\nrecueilleront les airs populaires les plus anciens, en s'appliquant à la\nrecherche des particularités traditionnelles qui pourront contribuer à en\nexpliquer l'origine et l'usage. Ces recherches serviront de matière à une\nnotice historique qui sera placée à la tête de chaque recueil.\ncc A l'expiration de leur première année de séjour en Italie, les musi-\nciens compositeurs ne pourront plus correspondre avec le bureau de la\nclasse des Beaux-Arts qu'en langue italienne.\n« Ils pourront quitter Rome pour résider et étudier dans les villes\nd'ltalie qui offrent des ressources à leur art par la variété des genres et\ndu goût. Mais la classe des Beaux-Arts de l'lnstitut ne déterminera\nl'époque et la durée de ce déplacement que d?après un rapport de la sec-\ntion de musique sur le caractère du talent de chaque compositeur. »"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "195", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.3", "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 3056, "texte": "Il y avait bien quelques puérilités, mais il y avait aussi de sages me-\nsures dans ces obligations imposées aux élèves de notre école de Rome.\nL'étude des vieux maîtres italiens, étude forcée, puisqu'on exigeait de\nl'élève un rapport détaillé ; étude féconde, puisque ce rapport était forcé-\nment critique et analytique et l'obligeait ainsi à formuler ses impres-\nsions d'une façon nette, à se rendre un compte exact de ses sensations ;\nles recherches relatives aux chants populaires, qui portaient son esprit\nsur une branche de l'art toute différente, et fécondaient son intelligence par\nla comparaison ; l'obligation, non-seulement d'apprendre, mais de savoir\nla langue italienne, de façon à l'écrire correctement au bout d'une année,\ntout cela était excellent.\nEn cette année 1804, il n'y eut pas de grand prix de composition\nmusicale, mais seulement deux seconds prix. Le rapporteur le fait remar-\nquer en ces termes, d'ailleurs peu littéraires :\n« Le concours pour le grand prix de composition musicale présente\ncette particularité qu il a obtenu deux seconds prix, et n'a point atteint\nle premier. Voici les motifs de ce jugement :\n« Quoique les compositions des deux concurrents soient d'un mérite\ndistingué, on a cru qu'à leur âge il serait plus utile de les laisser conti-\nnuer, pendant une année encore, les études classiques qui fondent les\ngrands succès. Mais il a paru extrêmement difficile d'assigner un degré\nde supériorité assez marqué, pour ravir la couronne à l'un en faveur de\n1 autre. L'avantage que le premier aurait pu mériter, sous un rapport\nessentiel, serait réclamé par un mérite d'un autre genre, non moins\nessentiel, dans le second (1), »\nEn faisant pressentir que, par ce fait même, le prochain concours de\ncomposition musicale serait sans doute très brillant, le rapporteur annon-\n\n(1) Ces deux seconds prix étaient décernés à Ferdinand Gasse et à Victor Dourlen,\nle premier âgé de vingt-quatre ans, le second de vingt-trois ans et demi. L'année\nsuivante, tous deux obtinrent le premier prix, mais Tordre était renversé, et Dour-\nlen était cette fois nommé le premier. La cantate était la même pour les deux\nannées; elle était d'Arnault, et le sujet peint bien l'époque : Cupidon pleurant Psyché.\nVioloniste distingué, Gasse, qui était élève de Gossec, fit représenter à Naples, à la\nsuite de son séjour réglementaire en Italie, un opéra bouffe intitulé la Finta\nZingara. De retour en France, il entra à l'orchestre de l'Opéra, publia un certain\nnombre de compositions pour le violon, et fit représenter trois ouvrages à l'Opéra-\nComique. On ignore la date de sa mort. Elève aussi de Gossec, Dourlen, av.mt\nson départ pour Rome, donna à l'Opéra-Comique son premier ouvrage, Philoclès„\nPlus tard, il en fit représenter plusieurs autres. Mais c'est surtout comme théoricien,\ncomme professeur d'harmonie au Conservatoire, comme auteur d'ouvrages didacti-\nques, entre autres un excellent traité d'harmonie, qu'il s'est fait une grande répu-\ntation. Dourlen est mort en 1864, âgé de près de quatre-vingt-cinq ans."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "196", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.4", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2749, "texte": "çait à ses collègues une nouvelle très fâcheuse, la mort prématurée du\njeune Androt, couronné l'année précédente, le premier musicien français\nqui avait obtenu le prix de Rome et profité des dispositions du règlement\nde l'lnstitut à cet égard :\n« L'École française des Beaux-Arts, à Rome, continuait donc Le Bre-\nton, attendra avec impatience ce concours qui doit la consoler de la\nperte cruelle qu'elle vient de faire. Elle est venue de ce jeune musicien\nque nous couronnâmes, il y a un an, dans cette auguste enceinte, et qui\navait déjà dépassé les hautes espérances que nous en avions conçues.\nVous applaudîtes alors à sa première composition, fruit d'un concours\nde quelques jours; vous allez entendre ses derniers accens, dans le mor-\nceau d'étude qu'il nous a envoyé, pour satisfaire à un de ses devoirs, et\nqu'il composa peu de jours avant sa mort. Mais quelle différence, Mes-\nsieurs, dans vos sensations et les nôtres ! Le laurier d'Apollon dont nous\nceignîmes sa tête, l'espoir qui réalise d'avance les succès de l'avenir, la\ntendre bienveillance, tous les sentiments généreux qui s'attachent aux\njeunes talents, et qui leur composent une seconde couronne plus belle\nque toutes les autres, sont changés en une branche de cyprès et en un\nsentiment de deuil! Vous le ressentez surtout, vous, maîtres qui le for-\nmâtes en peu d'années, condisciples qui l'estimiez pour la douceur de\nses mœurs et l'honnêteté de son âme, plus encore que pour son talent.\nMais quelle que soit votre douleur, elle ne surpassera point celle du\nvénérable Guglielmi, l'honneur de votre art à Rome, et qui l'avait comme\nadopté pour fils, celle du directeur et des pensionnaires de l'école de\nRome, et de notre ambassadeur, S. E. le cardinal Fesch, qui ne l'a pas\nquitté dans ses derniers moments, et lui a donné les plus touchants\ntémoignages d'intérêt et de bonté.\n« La correspondance de Rome, à cette époque, représente cette perte\ncomme un sujet de regret général. C'est ainsi qu'on en a écrit au précé-\ndent ambassadeur, le sénateur Cacault; c'est ainsi que s'expriment les\nautres pensionnaires, ses dignes émules de gloire, dans 1 epanchement\nde l'intimité.\n« Albert-Auguste Androt était né à Paris en 1781, Il fut admis, en\nl'an v, au Conservatoire de musique, à l'étude du solfège. En l'an VII, il\nentra dans la classe d'harmonie dont M. Catel est professeur, et il rem-\nporta le premier prix de ce cours. En l'an VIII, il passa dans la classe de\ncomposition de M. Gossec. Pendant l'an xi, il fut répétiteur d'une classe\nd'harmonie, sous la surveillance de M. Catel. Dans cette même année, il\nremporta le prix de composition que donne le Conservatoire, et concou-\nrut pour le grand prix de composition musicale proposé par la classe des"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "197", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.5", "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 2728, "texte": "Beaux-Arts de l'lnstitut national, qui lui fut décerné dans notre séance\npublique de vendémiaire, an xn.\n« Arrivé à Rome au commencement de l'hiver, il se livra avec ardeur\nà l'étude; avec trop d'ardeur, peut-être! Le célèbre Guglielmi lui promit\nses conseils. Ce grand maître fut étonné de la force des études qu'avait\nfaites son nouvel élève, et il prit plaisir à rendre justice à l'école qui don-\nnait des bases aussi solides à renseignement de la musique. Il adopta\ntout à fait son premier lauréat. L'intérêt, qui avait commencé par l'es-\ntime de l'élève et de ses maîtres, devint bientôt un sentiment de tendresse\npaternelle.\n« Guglielmi l'encouragea à composer un morceau de musique reli-\ngieuse qui fut exécuté dans une église, pendant la semaine sainte, et qui\nobtint un tel succès que la direction du principal théâtre de Rome solli-\ncita le jeune compositeur de faire la musique du grand opéra d'automne.\nAndrot, modeste jusqu'à la timidité, et à qui ses premiers maîtres avaient\nrecommandé de ne pas se presser de travailler pour le public, refusait\ncette honorable demande : son mentor voulut qu'il l'acceptât. Il obéit à\nGuglielmi. Il laisse cet ouvrage presque terminé. L'on a mandé au séna-\nteur Cacault qu'il avait composé encore une messe funèbre qu'on doit\nexécuter dans l'église Saint-Louis. Tel est le produit déjà riche d'une vie\nmoissonnée avant sa fleur, avant vingt-trois ans! C'est ainsi surtout que\nce regrettable jeune homme a employé les neuf mois qu'il a vécu à Rome.\nIl travaillait, m'écrit-on, depuis cinq heures du matin jusqu'au soir. Le\nier fructidor, il mourut àla suite d'une hémorrhagie, comme Pergolèse.\n« Mais suspendez un instant vos regrets, amis de l'art, pour payer au\ndernier maître d'Albert-Auguste Androt le tribut d'estime et de recon-\nnaissance qui lui est dû. La noble protection qu'il lui accorda, les services\nqu'il lui rendit, appartiennent plus à l'élévation de l'âme qu'à la supé-\nriorité des talents, car ceux-ci ne s'honorent pas toujours par tant de\ngénérosité !\n« Il y a dans le champ où croît le laurier des plantes vénéneuses qu'on\na quelquefois le malheur de cueillir avec lui. Ceux qui s'en repaissent\ndeviennent ennemis des succès qui ne sont pas les leurs. Ce n'est plus de\nla gloire seulement qu'ils désirent, ils veulent surtout de la domination,\nune réputation exclusive : il leur faut des rivaux humiliés, des victimes !\nLeur haine s'attache aux éléments qui sont féconds, aux talents, aux\nétablissements qui peuvent produire. C'est le breuvage de Circé : il en-\nlève à l'homme tout ce qu'il avait de généreux, et ne lui laisse que des\npassions qui ne sont plus humaines. Telles sont, dans la carrière des\narts, l'envie, l'ambition démesurée."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "198", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.6", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1731, "texte": "« Je vous les signale, jeunes artistes, pour que vous les fouliez aux\npieds. Vous voulez de la gloire! mais vous voulez aussi être heureux.\nL'envie et l'excessive ambition sont incompatibles avec le bonheur et\nsouillent la gloire.\n« Bien différent de ceux que nous venons de caractériser, Guglielmi\naccueille la jeunesse déjà savante et veut lui apprendre le secret de plaire.\nGuglielmi honore une école étrangère et nouvelle, sans en avoir reçu ni\nhommages, ni mais parce qu'il en a jugé les succès, c'est-à-\n-dire l'utilité. Il rend justice au Conservatoire de France, que d'autres\naiment mieux calomnier dans l'ombre ou persécuter dans ses élèves. Il se\nréjouit d'en voir sortir de bonnes méthodes d'enseignement, justifiées par\nles artistes qu'elles ont formés. Honorons donc Guglielmi, illustre par\nson génie; mais honorons-le encore parce qu'il aime l'art pour ses pro-\ngrès, pour l'art lui-même. »\nTout ceci nous peint les commencements du Conservatoire, les com-\nmencements de cette nobïe école de Rome qu'il paraît de bon goût, à\nquelques esprits superficiels, de railler plus que de raison, et qui, au seul\npoint de vue musical, a produit des artistes comme Hérold, Fétis,\nHalévy, Labarre, Adolphe Adam. Berlioz, Boulanger, Maillard, Georges\nBizet, MM. Ambroise Thomas, Gounod, Victor Massé, Deldevez, Jules\nMassenet, Ernest Guiraud, Théodore Dubois, Charles Lenepveu, sans\ncompter MM. Duprato, Deffès, Georges Mathias, Charles Dancla, Fer-\ndinand Poise, Aristide Hignard, Boisselot, Georges Bousquet, Barbe-\nreau, Panseron_,-etc., etc. A ce seul point de vue, les détails qu'on vient\nde lire ne nous ont point paru sans intérêt, et il ne nous a pas semblé\ninutile de les reproduire.\n\nO. LE TRIOUX."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-09-01-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-09-01_01#c005", "volume": "bmtnabc_1875-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "199", "page_fin": "209", "image_debut": 7, "image_fin": 17, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.2.2", "titre_corps": "LES COSTUMES DE THÉATRE", "titre_sommaire": "LES COSTUMES DE THÉATRE", "signature_source": "ADOLPHE JULLIEN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 7, "page_imprimee": "199", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.7", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1244, "texte": "LES COSTUMES DE THÉATRE\nDURANT UN SIECLE ET DEMI\n\nCHAPITRE II\nE luxe et la misère, qui se heurtaient dans les repré-\nsentations dramatiques de cette époque et qui for-\nmaient de si étranges contrastes sur le dos des comé-\ndiens, provenaient de la diversité d'origine de leurs\ncostumes, et aussi des états de service plus ou moins\nprolongés des différentes pièces de leur garde-robe.\nLes acteurs, gagnant peu, se gardaient bien de faire de la dépense et de\nsacrifier leur petit pécule au luxe de la mise en scène. Ils avaient deux\nhabits complets : l'un pour la tragédie, l'autre pour la comédie, et, fai-\nsant de nécessité vertu, tenaient à honneur de les faire durer le plus\nlongtemps possible. Parfois, pourtant, le roi, les ministres ou les grands\noffraient des costumes aux acteurs qu'ils honoraient de leur protection :\nces vêtements, alors, étaient plus brillants et plus riches, sans être des-\nsinés d'une façon plus convenable.\nVoici ce que l'honnête Chappuzeau dit à cet égard dans son livre sur\nle Théâtre François, publié en 1674 : « Grande depence en habits.\nCet article de la depence des Comédiens est plus considérable qu'on ne\ns'imagine. Il y a peu de pièces nouuelles qui ne leur coûtent de nou«\n\n(1) Voir le numéro du ier août."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "200", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.8", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2223, "texte": "ueaux ajustemens, et le faux or ny le faux argent, qui rougissent bien\ntost, n'y estant point employez, vn seul habit à la Romaine ira souuent\nà cinq cens escus. Ils aiment mieux vser de ménagé en toute autre\nchose pour donner plus de contentement au Public, et il y a tel Comé-\ndien, dont l'equipage vaut plus de dix mille francs. 11 est vray que,\nlorsqu'ils représentent une piece qui n'est vniquement que pour les\nplaisirs du Roy, les Gentils-hommes de la Chambre ont ordre de donner\nà chaque Acteur, pour ses ajustemens nécessaires, vne somme de cent\nescus ou quatre cens liures, et, s'il arriue qu'vn même Acteur ayt deux\nou trois personnages à représenter, il touche de l'argent comme pour\ndeux ou pour trois (1). »\nRichelieu avait donné l'exemple de ces libéralités princières. Lors de\nla représentation du Menteur (1642), il fit présent à Bellerose, le meil-\nleur comédien de l'Hôtel de Bourgogne, d'un somptueux habit de cour,\ndont celui-ci se para pour représenter Dorante. Quatre ans plus tard,\nquand madame Petit de Beauchamp, dite la belle brune, joua d'original\nle rôle de Rodogune, elle reçut du cardinal l'hommage d'un magnifique\nhabit à la romaine (2).\nLouis XIV suivit l'exemple du cardinal, et, quand le Sicilien, de\nMolière, fut représenté à Saint-Germain dans le ballet des Muses\n(janvier 1667), il fit cadeau de deux superbes mantes à mesdemoiselles\nde Brie et Molière pour jouer leurs rôles d'lsidore et de Zaïde.\nSurtout, on y voit deux esclaves\nQui peuvent donner des entraves ;\nDeux Grecques, qui Grecques en tout,\nI euvent pousser cent cœurs à bout,\nComme étant tout-à-fait charmantes,\nEt dont enfin les riches mantes,\nValent bien de l'argent, ma foi :\nCe sont aussi présents du Roi (3).\nA l'occasion, les comédiens ne rougissaient pas de stimuler la géné-\nrosité des grands. Lorsque Quinault fit jouer, en 1665, à l'Hôtel de\nBourgogne, sa comédie de la Mère coquette ou.les Amants brouillés,\nRaymond Poisson, le Crispin sans rival, le chef de cette célèbre famille\n\n(1) Chappuzeau, Théâtre-François, liv. 111, chap. XXVIII.\n(2) Mercure de 1740.\n(3) Robinet, Lettres en vers à Madame, 19 juin 1667. Le Sicilien fut joué à Paris,\nau théâtre du Palais-Royal, le 10 juin 1667."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "201", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.9", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 1935, "texte": "de comédiens, se trouva fort embarrassé pour jouer le rôle du marquis,\nle premier marquis ridicule qui tût mis sur le théâtre. Où et comment\nse procurer un costume en rapport avec l'élégance du rôle ? Le spirituel\nacteur s'en tira par Tépître suivante :\nA MONSEIGNEUR LE DUC DE CREQUV\nLes Amants brouillés, de Quinault,\nVont dans peu de jours faire rage ;\nJ'y joue un marquis, et je gage\nD'y faire rire comme il faut ;\nC'est un marquis de conséquence,\nObligé de faire dépense\nPour soutenir sa qualité ;\nMais, s'il manque un peu d'industrie,\nIl faudra, de nécessité\\\nQue faille, malgré sa fierté,\nL'habiller à la friperie.\nVous, des ducs le plus magnifique,\nEt le plus généreux aussi,\nJe voudrais bien pouvoir ici\nFaire votre pangéyrique :\nJe n'irai point citer vos illustres aïeux\nQu'on place dans l'histoire au rang des demi-dieux :\nJe trouve en vous de quoi me satisfaire ;\nToutes vos actions passent sans contredit\nMafoi !je ne sais comment faire\nPour vous demander un habit (i).\nDans leur comédie de Ragotin (1684), La Fontaine et Champmeslé\nont reproduit quelques traits de mœurs de Lépoque,et ils ont justement\nsaisi sur le vif cette habitude qu'avaient alors les grands seigneurs de\nvêtir les comédiens à la mode.\nLA BAGUENAUDIÈRE.\nQue dites-vous de mon habit de chasse ?\nLA RANCUNE.\nQu'il est beau pour jouer un baron de la Crasse.\nLA BAGUENAUDIÈRE.\nJe vous en fais présent.\nLe quatrième acte, où se trouve une parodie de la Cléopâtre, de Cha-\npelle, est sans contredit le meilleur, et les auteurs nous y apprennent\n\n(1) Les frères Parfaîct, Histoire du Théâtre-Français, IX. a Raimond Poisson,\ncomédien de l'Hôtel de Bourgogne, était excellent par son jeu naturel, mais, il bre-\ndouillait et n'avait pas de gras de jambe; il imagina de mettre des bottines ; son fil s\net son petit-fils avaient hérité de son jeu naturel, de son bredouillement et de ses\nbottines.» (Saint-Foix, Essais historiques, IV.)"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "202", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.10", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2464, "texte": "par leurs railleries que la célèbre reine égyptienne paraissait dans cette\ntragédie vêtue d'un costume espagnol. A ces mots de la reine, repré-\nsentée par Ragotin : « Je veux miauler, moi!» la nourrice Charmion\nrepart :\nD'où vient cette tristesse ?\nQuelle raison vous fait négliger vos appas ?\nEn quel état ici paraissez-vous ? hélas !\nUne reine d'Egypte en habit d'Espagnole !\nOn va vous prendre ainsi pour Jeanneton la folle.\nAlle% couvrir ce corps d'un autre accoutrement ;\nDans votre garde-robe entrons vite un moment ;\nVene% vermillonner ce visage de plâtre.\nDans leur nouveauté, les pièces de Rotrou, de Corneille, de Racine\nétaient jouées en habits de ville de l'époque. Sertoriuset Pompée parais-\nsaient sur la scène en habits brodés d'or sur toutes les tailles, portant\nun large baudrier auquel Tépée était suspendue, et un grand chapeau\norné de plumes. Oreste, César, Horace étaient burlesquement travestis\nen courtisans de la plus grande cour d'Europe, et cette mode, qui nous\nparaîtrait aujourd'hui si déplaisante, ne choquait en rien nos ancêtres,\nqui semblaient, à dire vrai, ne juger les œuvres dramatiques que par\nles yeux de la pensée en faisant abstraction complète de la représenta-\ntion théâtrale.\nIl est à remarquer que, dans toute l'histoire du théâtre en France,\nnon-seulement la déclamation et le jeu des acteurs sont en rapport\navec le costume théâtral et en ont suivi les modifications, mais que ce\nrapport existait aussi assez souvent entre les costumes et les défauts des\npièces. Rien n'est isolé au théâtre ; tout se tient au contraire et s'en-\nchaîne : défauts et décadence, qualités et progrès.\nPour se bien figurer l'effet que devaient produire ses tragi-comédies\net la convenance des sentiments que Corneille prêtait à ses personnages,\nil faut voir les dessins d'Abraham Bosse. S'agit-il du costume des\nhommes, voici les grands cheveux bouclés, la fraise plate, le haut de\nchausses à bouts de dentelles, le justaucorps à petites basques, la longue\népée retombant obliquement sur les reins. Pour les femmes, c'est le\ncorsage court et rond, le sein entièrement découvert des portraits d'Anne\nd'Autriche, la large jupe à queue dont l'étoffe robuste et ample retombe\nde tous côtés en plis magnifiques; ce sont les modes de la jeunesse de\nmesdames de Ghevreuse, de Hautefort, etc. Jamais costume ne fut plus\nnaturellement grand, n'imposa plus, ne justifia mieux les madrigaux\nprécieux et les adorations exagérées,"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "203", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.11", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2701, "texte": "Si maintenant de Corneille nous passons à celui qu'il appelait son\npère, au collaborateur de Richelieu, à cet heureux Rotrou, dont la sin-\ncérité poétique est attestée par sa noble mort et dont Caffieri a fait le\ntype du poète, ce n'est pas à Abraham Bosse, homme paisible et qui ne\ncourt guère les aventures et la campagne, qu'il faut nous adresser pour\navoir des costumes convenables, mais au peintre de la grande route et\ndes champs, à l'aventureux lorrain Jacques Callot. Pour bien saisir\nVenceslas, il faut se représenter ces grands soudards du Siège de la\nRochelle et des Misères de la Guerre, au chapeau pointu et emplumé\nramené sur les yeux, aux bottes fortes, aux moustaches à trois poils,\nrace fine mais fortement trempée, gens policés à neuf, mais retournant\nvite à la nature dès que la passion les rend fous, et se permettant alors\nle brigandage et les violences de toutes sortes. Tels sont les héros de\nCallot, tels sont ceux de Rotrou (i).\nLe grand carrousel donné en 1662 sur la place qui emprunta son nom\nà cette cérémonie, et les divertissements de Versailles dits Plaisirs de\nVîle enchantée (1664), peuvent nous fixer sur le costume des tragédies\nde Racine. C'est le costume militaire d'apparat des empereurs romains\nqui a servi de modèle. A côté des statues en costume civil, toge ou man-\nteau dont s'inspirera Talma, l'antiquité nous a laissé plusieurs figures\nd'empereurs revêtus de cuirasses légères prenant les formes des hanches\net descendant par devant en s'arrondissant pour couvrir le ventre, avec\ndes ornements repoussés, sphynx, génies, esclaves enchaînés. Une\ndouble tunique passe par dessous presque entièrement couverte par de\nlourdes broderies. Des knémides damasquinées s'ajustent aux sandales,,\naux épaules des bouffants et des franges.\nLe grand roi devait adopter, embellir et défigurer ce riche cos-\ntume. Il le porta souvent dans les carrousels, d'où il passa dans l'opéra\net la tragédie. La cuirasse, tout en gardant la même forme, est devenue\nun corps de brocart ; les knémides se sont changées en brodequins de\nsoie brodée s'adaptant sur des souliers à talons rouges et les nœuds de\nrubans remplacent les franges des épaules. Enfin, un tonnelet dentelé\nrond et courte un petit glaive dont le baudrier passe sous la cuirasse,\npar dessus tout cela la perruque et la cravate à nœud de satin : voilà ce\nqui composait l'habit à la romaine du dix-septième siècle. Le casque de\ncarrousel, qui reste dans l'opéra, est le plus souvent remplacé dans la\ntragédie par le chapeau de cour avec plumes (2).\nBref, le costume le plus riche et le plus ridicule qu'on puisse voir et\n\n(1-2) M. Lamé, article sur le Costume au théâtre (Le Présentf n* i 3)."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "204", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.12", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2806, "texte": "dont Voltaire fait, en deux lignes, une description si burlesque : « On\nvoyait arriver Auguste avec la démarche d'un matamore, coiffé d'une\nperruque carrée qui descendait par devant jusqu'à la ceinture ; cette\nperruque était farcie de feuilles de laurier et surmontée d'un large cha-\npeau avec deux rangs de plumes rouges ».\nCes brillants costumes de cour appelaient naturellement la galanterie\net le langage choisi des héros de Racine. Segrais rapporte qu'étant au-\nprès de lui à la première représentation de Bajazet (1672), Corneille lui\nfit observer que tous les personnages de la tragédie avaient, sous des\nhabits turcs, des sentiments français. « Je ne le dis qu'à vous, d'autres\ncroiraient que la jalousie me fait parler; » ajouta le poète alors obligé,\npour faire jouer ses pièces, de s'adresser aux comédiens du Marais, les\nouvrages de son rival occupant, à l'exclusion de tout autre, la troupe de\nl'Hôtel de Bourgogne.\nCorneille disait vrai : sous l'habit turc ou prétendu tel de Bajazet,\nd'Acomat et de Koxane, on devine les gentilshommes et les nobles dames\nde la cour de France. Quoi qu'en dise Louis Racine, Corneille avait\nraison, et aussi madame de Sévigné écrivant à sa fille : «... Je voudrais\nvous envoyer la Chàmpmêlé pour vous réchauffer la pièce : le personnage\nde Bajazet est glacé; les mœurs des Turcs y sont mal observées : ils ne\nfont point tant de façons pour se marier : le dénouement n'est point\npréparé : on n'entre point dans les raisons de cette grande tuerie ».\n« Ne voit-on pas les plus grands des auteurs fléchir sous l'influence de\nleur temps,—dit Talma dans sa notice sur Lekain,—et Racine lui-même,\nle divin Racine y soumettre trop souvent la hauteur de son génie? » Dans\nAndromaque, Oreste et Pylade, bien que liés par l'amitié la plus vive,\nne sont point placés sur la même ligne. Oreste tutoie Pylade, et celui-ci\ntraite son ami de seigneur et ne se sert jamais à son égard que du mot\nvous. Les convenances du théâtre ne permettaient sans doute pas alors\nque le confident tutoyât son maître. A l'exemple du monde réel, les co-\nmédiens tenaient beaucoup à leurs rangs imaginaires, et étaient très\nsévères entre eux sur les convenances et sur l'étiquette.\nLe rôle de Néron, dans Britannicus, subit aussi par instants l'influence\nde l'époque. Le tyran dont le langage dénote bien d'abord le libertinage\net la férocité naissante, montre une galanterie toute moderne dès qu'il\ns'adresse à Junie. il l'aborde en des termes d'une affectation doucereuse,\net n'oserait certes pas violer les lois de la galanterie au point de parler à\nsa maîtresse autrement que ne l'aurait fait le grand roi en personne.\nTalma explique en fort bons termes pourquoi le début de cette scène,\nqui vers la fin reprend sa véritable couleur, est très difficile à jouer. « Il"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "205", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.13", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2287, "texte": "fallait toujours de belles manières pour parler aux femmes, conclut-il,\net Racine aurait cru blesser toutes les convenances en donnant à Néron,\ndans son entretien avec Junie, ce feu, cette ivresse, ce désordre dont il\nest agité dans la scène antérieure : un tel langage eût par trop choqué\ndes oreilles habituées au doux langage des ruelles. »\nVoltaire, dans son Temple du Goût, signale ce défaut par une critique\négalement fine et judicieuse.\nPlus pur, plus élégant, plus tendre,\nEt parlant au cœur de plus près,\nNous attachant sans nous surprendre,\nEt ne se démentant jamais,\nRacine observe les portraits\nDe de Xipharès,\nDe Britannicus, d'Hippolyte.\nA peine il distingue leurs traits;\nIls ont tous le même mérite :\nTendres, galants, doux et discrets ;\nEt VAmour9 qui marche à leur suite,\nLes croit des courtisans français.\nToutefois Racine, en homme qui connaissait à fond l'antiquité, avait\nsenti l'invraisemblance des coutumes du théâtre de l'époque. Il tenta\nmême de s'opposer tant soit peu à ces anachronismes, surtout quand\nBaron voulut jouer Achille d'lphigénie avec une perruque frisée. Mais\nle poëte avait affaire à trop forte partie et il fut contraint de céder à la\nmode. Il se résigna même d'assez bonne grâce, car nulle part il n'a laissé\néchapper le moindre blâme sur ce ridicule usage. Une seule fois, Racine\nconsacra à la mise en scène quelques lignes d'une de ses préfaces, celle\nd'Esther. Il s'empresse de proclamer que les rôles d'hommes de sa tra-\ngédie n'ont pas laissé d'être représentés par des filles avec toute la bien-\nséance de leur sexe, puis il ajoute : «La chose leur a été d'autant plus\naisée, qu'anciennement les habits des Persans et des Juifs étaient de\nlongues robes qui tombaient jusqu'à terre, »\nOn ne se douterait guère, à l'entendre, que les représentations d'Esther\nà Saint-Cyr furent des plus brillantes pour l'époque et qu'elles se firent,\nc'est Louis Racine qui le note,\nles habits, les décorations et la musique. » L'adroit courtisan dut se re-\nprocher par la suite de n'avoir pas parlé en termes plus flatteurs du luxe\ndéployé par madame de Maintenon pour sa tragédie sacrée.\nLe temps s'écoulait sans modifier sensiblement les usages reçus. Vingt\nans après la spirituelle requête de Raymond Poisson au duc de Créquy,"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "206", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.14", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2619, "texte": "les comédiens endossaient encore des vêtements de cour pour représenter\nles héros antiques à la Comédie ou sur les théâtres aussi richement\npourvus des collèges. A défaut d'argent, ils les empruntaient à quelque\nadroit valet ou s'en faisaient faire cadeau.\nPans l'Homme à bonnes fortunes, Pasquin, à bout d'expédients et ne\nsachant comment expliquer la disparition du juste-au-corps de son maître\nMoncade, s'écrie : « Monsieur, il faut vous dire la vérité; je Vai preslé\npour une Tragédie au Collège. Mon juste-au-corps au Collège ? à\nun enfant ? - Non, Monsieur ; c est un grand garçon, beau, bien fait\ncomme vous et qui fait le Roy de la Tragédie. »\nC'est le célèbre Baron qui écrit cela en 1686, et nul mieux que lui ne\nsaurait donner une idée exacte des usages du temps. Du reste, le grand\ncomédien qui avait réformé la diction ampoulée de ses prédécesseurs,\nBaron qui, à soixante-huit ans, soulevait encore l'enthousiasme et qui\nmérita d'être surnommé tout d'une voix le Roscius de son siècle, Baron\nqui avait failli rompre avec Racine pour une question de coiffure, ne\nparaît pas avoir compris mieux qu'aucun de ses contemporains l'har-\nmonie du costume.\nEt pourtant il aimait éperdument son art et ne négligeait rien de ce\nqui pouvait contribuer à l'illusion, sinon par la vérité, au moins par la\npompe théâtrale. Quand il jouait quelque rôle d'empereur ou de roi, il se\nfaisait toujours précéder de huit ou dix figurants habillés à la romaine.\n«Je me souviens, dit Collé, que représentant le grand-prêtre dans\nAthalie, des gagistes qu'il avait fait habiller en lévites ne se présentant\npas assez tôt pour un jeu de théâtre nécessaire, il cria tout haut: Un\nlévite ! un lévite ! Comment, par le mordieu, pas un b de lévite !\nCeux qui étaient sur le théâtre l'entendirent et rirent de tout leur cœur\nde sa colère d'enthousiaste (1). »\nM. Bonnassies qui a voué une juste admiration au grand comédien et\nqui a réédité avec luxe sa jolie comédie F Homme à bonnes fortunes, a\nmis en tête de son livre une curieuse préface où il s'efforce d'atténuer,\nde transformer même en qualités les défauts qu'on a l'habitude de re-\nprocher à l'homme et à l'acteur: à celui-ci son extrême orgueil, à celui-là\nson insouciance du costume. « Louis XIV, dit-il, réédita les splendeurs\nimpériales, en les panachant, pour plus grande liesse, de mythologie,\nde magie, de chevalerie : tout n'écait-il pas possible avec un art aristo-\ncratique basé sur la tradition savante? De là ces fêtes théâtrales dont la\ntragédie et l'opéra n'étoient que des actes, et où régnoit la fantaisie,\n\n(1) Journal de Collé, mars 1750."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "207", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.15", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2535, "texte": "c'est-à-dire la vie idéale, mascarade enivrée de la vie réelle qu'on tâchoit\nde faire oublier.... Ainsi donc, en écartant toute solution sur le point\nd'actualité, on doit reconnoître que Baron étoit dans le vrai, en jouant\navec des costumes fantaisistes. »\nCette raison serait admissible à la rigueur en ce qui regarde les tra-\ngédies de Racine, mais elle ne saurait s'appliquer à celles de Corneille.\nIl nous semble, en outre, que Facteur de génie doit savoir se soustraire\naux influences de son temps et braver les critiques de ses contemporains\npour corriger leur goût, qu'il doit, en un mot, leur enseigner le beau en\ndépit de leur résistance. Or, loin d'avoir cette courageuse initiative,\nBaron, de l'aveu même de ses panégyristes, s'est borné à apporter dans\nses costumes l'intelligence que dénotait son jeu, l'intelligence poétique.\nIl en fut ainsi dans le rôle d'Arnolphe dont il conserva, comme Pro-\nvost deux siècles plus tard, la véritable tradition et qu'il joua tel que\nMolière l'avait conçu. Il le représentait bourgeoisement, sans charger,\nmais avec noblesse et dignité, et s'habillait en conséquence, non pas,\ncomme ses camarades et ses successeurs, avec un surtout de vieille gui-\npure, les cheveux en désordre et le reste à l'avenant, mais avec un habit\nde velours, une veste d'étoffe, des bas noirs, une perruque bien peignée\net le chapeau sur la tête.\nIci Baron avait pleinement raison, mais en était-il de même quand il\nendossait un bel habit de velours noir à passe-poil de satin cramoisi\npour jouer Cinna et qu'il se campait sur le chef un chapeau orné de su-\nperbes plumes d'un rouge éclatant? A ces vers :\nLe fils tout dégouttant du meurtre de son père,\nEt, sa tête à la main, demandant son salaire\nil figurait avec son chapeau la tête sanglante du père et l'agitait avec\nforce jusqu'à ce que le public cessât de battre des mains; ce qui n'arrivait\njamais qu'après trois ou quatre reprises (i). Etait-ce enfin faire preuve\nde goût que d'accuser par une mise élégante le contraste de ses rôles avec\nson âge vrai, et de jouer par exemple, à soixante-dix ans passés, le jeune\nMisaël, des Machabées de Lamotte, vêtu comme les enfants des bourgeois\nparisiens, avec un joli toquet et de gracieuses manches pendantes (2)?\nCette tragédie fut jouée en 1721, et le grand acteur se croyait encore en\n1671, à l'heureuse époque où il représentait l'amour dans Psyché. Cette\népigramme le dut cruellement désabuser :\n\n(1) Madame Talma, Études sur l'art théâtral, p. 209.\n(2) Anecdotes dramatiques, I."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "208", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.16", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2536, "texte": "Le vieux Baron, pour Vhonneur d'lsraël,\n/<? rôle enfantin du jeune Misaël,\nEt, pour rendre la scène exacte,\n// seyaz7 raser à chaque acte.\nTandis que l'indifférence de Racine et la vanité satisfaite de Baron\nlaissaient la mode régner en souveraine à l'Hôtel de Bourgogne, Molière,\nmontrant toujours un vif souci de tout ce qui pouvait aider au succès\nde ses propres pièces ou de celles des auteurs qu'il appelait à lui, exerçait\nune salutaire surveillance sur sa vaillante petite troupe et s'efforçait de\nfaire respecter la vérité et la convenance au théâtre du Palais-Royal (i).\nLa preuve en est dans certains traits rapportés par Grimarest au courant\nde sa Vie de Molière.\nEn jolie femme qu'elle était et en coquette émérite, mademoiselle Mo-\nlière aimait ardemment la parure. Le jour de la première représentation\nde Tartufe,sachant bien qu'une pièce qui avait soulevé de si furieux\ndébats avant même d'être jouée, attirerait un grand concours de monde,\nelle y voulut briller par l'éclat de ses vêtements et se fit faire en secret\nun habit magnifique : longtemps à l'avance elle était à sa toilette. Mo-\nlière entre dans la loge de sa femme qu'il trouve parée comme une chasse,\n« Comment donc, mademoiselle ! s'écrie-t-il à cette vue, que voulez-\nvous dire avec cet ajustement? ne savez-vous pas que vous êtes incom-\nmodée dans la pièce ? et vous voilà éveillée et ornée comme si vous alliez\nà une féte! Déshabillez-vous vite, et prenez un habit convenable àla\nsituation où vous devez être. » Peu s'en fallut que sa femme refusât de\njouer, tant elle était désolée de ne pouvoir faire parade d'un habit qui lui\ntenait plus à cœur que la pièce.\nMolière travaillait souvent d'après nature pour composer plus sûre-\nment ; aussi avait-il pris Rohaut, bien qu'il fût son ami, pour modèle\ndu maître de philosophie dans le Afin de\nrendre sa copie plus exacte, il fît dessein d'emprunter un vieux chapeau\nde Rohaut pour le donner à Du Croisy, qui devait figurer le personnage\ndans la pièce. Il envoya Baron chez le philosophe pour le prier de lui\nprêter ce précieux chapeau d'une forme si singulière qu'il n'avait pas\nson pareil; mais cette ambassade échoua par la maladresse de Baron,\nqui dévoila au philosophe quel usage on voulait faire de son étonnant\ncouvre-chef. Celui-ci refusa avec indignation de le déshonorer en le\n\n(i) On trouvera, à la fin de Fouvrage de M. Eudore Soulié, Recherches sur Molière\net sur sa famille, l'inventaire dressé après sa mort qui comprend le détail minutieux\nde ses habits de théâtre."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "209", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.17", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2381, "texte": "laissant paraître sur un théâtre, et force fut à Du Croisy de se couvrir\nla tête avec le premier chapeau venu.\n« On joue présentement à l'Hôtel de Bourgogne VAmour médecin,\nécrit Guy Patin; tout Paris y va en foule pour voir représenter les\nmédecins de la cour, et principalement Esprit et Guénaut, avec des\nmasques faits tout exprès; on y a ajouté Desfougerais. Ainsi l'on se\nmoque de ceux qui tuent le monde impunément. » Ce caustique méde-\ncin, toujours en quête de ce qu'on faisait ou disait contre ses confrères,\nnous prouve par ces lignes que Molière prenait soin, à l'occasion, de\ndonner à ses acteurs des masques ressemblant aux originaux quil vou-\nlait exposer en scène.\nCette lettre de Guy Patin étant datée du 25 septembre 1665, il s'agit\névidemment ici de VAmour médecin, joué àla cour le 15 septembre de\ncette année et le 22 à Paris. Lors des premiers temps du Théâtre-Fran-\nçais, les acteurs avaient adopté les masques, usités de toute ancienneté\ndans les spectacles d Italie; mais ils en avaient restreint l'usage aux rôles\nde vieillards et de vieilles femmes. Quand on assiste à une représenta-\ntion du Menteur et qu'on entend la scène admirable qui débute par cette\nbelle apostrophe : Etes-vous gentilhomme? on ne conçoit guère que\nl'acteur qui la prononçait fût caché sous un masque presque semblable\nà celui du Pantalon de la Comédie-Italienne. C'est pourtant la vérité\nexacte, et la preuve s'en trouve dans ce vers de la Suite du Menteur,\npar lequel Cliton termine le récit qu'il fait à son maître de la comédie\ncomposée à Paris sur leurs premières aventures :\nVotre feu père même est joué sous le masque.\nMolière avait adopté le masque pour représenter Mascarille dans\nl Etourdi et les Précieuses ridicules; il le donna plus tard à Hubert\net à Du Croisy pour jouer, dans les Fourberies de S cap in, les rôles\nd'Argante et de Géronte. En mai 1736, lors de la reprise de cette\npièce, les acteurs chargés de ces deux rôles se montrèrent fidèles à la\ntradition, comme le prouve cet extrait du Mercure, rédigé alors par\nle chevalier de La Roque : « Reprise des Fourberies de Scapin. Il y\navait dix ou douze ans qu'on n'avait joué cette pièce. Dangeville et\nDubreuil jouent les deux vieillards sous le masque. C'est la seule pièce\nrestée au théâtre où l'usage du masque se soit conservé. »\n( La suite prochainement.)\n\nADOLPHE JULLIEN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-09-01-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-09-01_01#c009", "volume": "bmtnabc_1875-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "210", "page_fin": "216", "image_debut": 18, "image_fin": 24, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.2.3", "titre_corps": "ROSSINI, BEETHOVEN", "titre_sommaire": "ROSSINI, BEETHOVEN", "signature_source": "LOUIS LACOMBE", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 18, "page_imprimee": "210", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.18", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1504, "texte": "ROSSINI, BEETHOVEN\nET L'ÉCOLE ITALIENNE CONTEMPORAINE\n\n(i)\nN vient de voir Beethoven observant les êtres et les\nchoses, étudiant, contemplant le réel qui se meut au\nsein de l'infini et que l'infini pénètre; le réel qui con-\ntient à un degré quelconque le souffle de vie et qui,\naveuglément ou sciemment, s'agite sous l'attraction\ndivine ; on va le voir se mesurer avec le drame, avec\nl'histoire.\nShakespeare, Gœthe, voilà ses hommes; Egmont, Coriolan, voilà ses\nhéros. Le musicien se contente-t-il de peindre Lamoral et Caïus Mar-\ncius? Non il les ressuscite ! ces figures surhumaines revivent en effet;\nces hommes reparaissent, formidables, et ce ne sont point des fantômes,\ndes apparences : ils se meuvent, ils sentent, ils pensent, ils agissent.\nLes supplications de Véturie domptant la colère de Coriolan irrité contre\nRome, qui l'avait exilé; Egmont marchant au supplice en vainqueur et\npayant de sa tête la délivrance de sa patrie, tels sont les sujets de ces\npages colossales. Le compositeur, dans l'ouverture de Coriolan, plane à\nune telle hauteur qu'on se demande, presque effrayé de tant de génie,\ns'il rivalise seulement avec le dramaturge anglais ou s'il le domine.\nCependant Beethoven ne se croit pas quitte envers l'humanité parce\nqu'il a chanté la victoire remportée sur un Romain par les larmes de sa\nmère et le sacrifice d'un patriote mourant glorieusement pour son pays.\nIl sait que la philanthropie est au-dessus de l'amour maternel et du pa-\n\n(i) Voir les numéros des i®* et i 5 août."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "211", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.19", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2473, "texte": "triotisme ; il sait que tous les hommes sont solidaires et que si l'amour\nest, par excellence, le moteur de la divinité, il est aussi le meilleur con-\nseillez de la lace humaine dont il sera un jour la joie suprême et sacrée.\nMais écoutez, d un bout à l'autre de l'Allemagne on répète une ode de\nSchiller , les vieillaids, les mères partagent l'enthousiasme des étudiants,\ndes jeunes filles; les strophes du poète s'impriment dans toutes les mé-\nmoires, elles délassent les travailleurs ou les aident à supporter leurs\nfatigues, elles sortent de toutes les bouches, elles retentissent sur tous\nles chemins, sur les places, dans les rues, dans les ateliers, dans les fabri-\nques, partout où il y a des cœurs qui battent ; alors l'avare laisse glisser\nune pièce de monnaie de ses doigts osseux, le tyran oublie un moment\nqu il prétend asservir la terre, l'envie cesse un instant de mordre, l'é-\ngoïste sent sa poitrine se dilater et il s'en étonne, les souffrances se câl-\ninent, les misères respirent, les opprimés oublient les oppresseurs, des\nplcuis d attendrissement coulent des paupières rougies. Et savez-vous\npourquoi 1 Allemagne est ainsi émue, vibrante? C'est parce que Schiller\na écrit :\nSeyd urnschlungen, millionen!\nDiesen kuss der Welt!\nBrvider ïïberm\nMûss ein lieber Vater wohnen.\nC'est-à-dire ;\nSoye% embrassés, millions!\nCe baiser au monde entier!\nFrères au-delà des étoiles\nDemeure un père bien-aimé.\n-Beethoven lit et relit cette ode, il la médité, il la considère comme le\nnouveau Credo de l'univers pensant. Une œuvre immense germe dans\nla tête du symphoniste; il veut que les masses aient un chant simple et\nsacré qui les unira dans un même élan fraternel; il veut que le peuple\npuisse joindre sa voix formidable à 1 orchestre qui va bondir joyeux sous\nles paroles de Schiller. Il cherche un motif, il ne le trouve pas d'abord, il\nse désespère; enfin il s'écrie un jour avec transport, lch hab'es, ich\nhab'es! (Je le tiens, je le tiens!) Et il le tenait réellement. Beethoven\nn'était pas seulement un compositeur sans rival, c'était encore un penseur,\net son plan, beaucoup plus vaste que celui de Schiller, consistait à mettre\nen présence les douleurs, les efforts, les luttes, les tendances des temps\npassés et l'aurore des temps futurs ; à montrer les nations s'avançant dé-\nlibérément vers la civilisation, vers la paix, vers la joie, jetant bas les\nvices, haillons dont elles sont couvertes, se parant de toutes les vertus,"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "212", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.20", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2899, "texte": "s'épanouissant dans un splendide rayonnement, se tenant embrassées et\nrespirant librement dans la lumière vénérable qui les entoure. Beethoven\nest à l'œuvre; il rassemble dans un splendide final les éléments d'amour\net conséquemment de bonheur épars, dans les trois premiers morceaux de\nsa symphonie, comme ils le sont sur la terre, éléments séparés par d'in-\nnombrables obstacles, combattus par la violence, entravés par l'égoïsme\net l'ignorance, vil couple dont naquit une nuit la haine. Petit à petit,\nces éléments dispersés se réunissent, s'affirment, s'imposent ; les souf-\nfrances diminuent, les corps s'embellissent parce que les âmes s'épurent,\nla pensée brise ses chaînes, le travail s'appuie à la liberté, le frère ne\ndoute plus de son frère, l'époux et l'épouse ne font qu'un, la vie est\nmoins courte, l'aïeul toujours vert contemple avec orgueil, avec tendresse,\nles générations qu'il a semées ; l'harmonie est partout, la nature même\ns'embellit et c'est le règne de Dieu qui commence.\nSchiller! Beethoven! c'était là votre rêve, n'est-ce pas? Vous ne cher-\nchiez pas tant à divertir les hommes qu'à leur désigner le but à pour-\nsuivre, à atteindre? L'amour de l'humanité était en vous, vous le teniez\nde vous et vous le répandiez sur des milliers de têtes attentives et char-\nmées, comme le soleil répand ses rayons dans l'azur où scintillent les\nastres, ces fleurs du ciel. Vous aimiez, vous aimiez sincèrement vos\nsemblables et c'est votre attachement profond à tout ce qu'on doit chérir\nqui vous fit si grands. Noble et cher Beethoven, chez toi le talent, le\ngénie, le caractère étaient, que dis-je! sont au même niveau. Oui, sont;\ncar en quittant ce globe pour la mort, tu nous as légué tes ouvrages im-\nmortels où l'on te retrouve tout entier. Mozart est un grand artiste,\nRossini a du génie, toi, Beethoven, tu es un grand homme! Tu ne des-\ncendis jamais des hauteurs de ton idéal pour solliciter les faveurs du\npublic, tu méprisas la fortune lorsqu'elle se présenta à toi sous les traits\nimmondes du reniement ; quand tu te hasardas dans les régions supé-\nrieures et inexplorées où réside la fière beauté immaculée, tu t'aperçus\nvite que nul ne te suivait. Que t'importait cela? Tu savais qu'on te re-\njoindrait plus tard et tu poursuivis seul ta route. On te critiquait vio-\nlemment, on te montrait au doigt en disant : « Ce fou! ; » les artistes te\nraillaient, le monde te plaignait insolemment, des souscripteurs te fai-\nsaient l'aumône de leur signature pour que tu pusses décider un éditeur\nà publier tes dernières partitions ; on te protégeait, on t'applaudissait du\nbout des doigts, aucune humiliation ne t'était épargnée; la direction de\nl'Opéra de Vienne refusait ta magnifique ouverture de et t'obli-\ngeait à en écrire une autre, et puis une autre encore, pour revenir à la\nfin à la première, retour impertinent qui ressemblait à une nouvelle in-"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "213", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.21", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2906, "texte": "suite ; et toi, le dédain sur les lèvres, tu suivais des yeux les idiots qui ne\nte comprenaient pas, et malgré tes maux, malgré tes déceptions, alors que\ntu aurais pu, toi aussi, sacrifier quelque chose à la fortune aveugle et au\nmauvais goût non moins aveugle qu'elle, tu demeuras ferme dans ta\nprobité, tu gardas intacte la fidélité à tes principes. Tes principes, c'é-\ntaient tes trésors, et tu les respectais, et tu les aimais, et tu ne les vendais\npas, et tu portais haut la tête. Oh! que j'aurais voulu te voir, te con-\nnaître, te serrer la main, t'appeler mon ami! Mon ami? mais tu Tes, tu\nl'es depuis le soir où j'entendis pour la première fois de ta musique.\nC'était à Munster, à un concert de la société philharmonique, on exécu-\ntait la symphonie en si bémol, j'allais jouer le troisième concerto de\nRies, un des trois ou quatre morceaux classiques qu'on m'eût appris au\nConservatoire de musique, où j'avais remporté mon premier prix trois\nans avant cette époque. Oubliant ma préoccupation bien naturelle au\nmoment de paraître en public, j'écoutais avec avidité cette délicieuse\nsymphonie qui m'initiait soudain à des jouissances que les compositions\ndont on me nourrissait ne m'avaient nullement fait pressentir. Avais-je\nentendu prononcer le nom de Beethoven dans les classes du Conserva-\ntoire? Je ne m'en souviens pas ; mais je ne l'oubliai plus, et mon premier\nsoin en arrivant à Vienne, j'avais seize ans, fut de m'enquérir de\nmon nouvel ami. Dès lors, je vécus dans son intimité; il me fit une\nmultitude de confidences; je pleurai avec lui, je souris avec lui, j'abor-\ndai, aidé par lui, des rivages inconnus, des sommets qui parurent long-\ntemps inaccessibles, j'admirai les régions innommées où il me transpor-\ntait sur ses ailes d'ange; sa chevelure s'emplissait d'étoiles, son hymne\néclatait dans les vastes cieux, des échos perdus dans de prodigieuses pro-\nfondeurs le répétaient en chœur; à travers les cordes de sa lyre, où vibrait\ntoute son âme, j'apercevais une multitude de créatures plus parfaites que\nl'homme, tandis que, des sillons terrestres, s'élevaient, dans une lueur\nd'apothéose, des myriades de populations régénérées.\nMe voilà loin de Rossini et de l'école italienne qu'il a fondée. Il faut\ny revenir, car j'ai à montrer les conséquences du système rossinien. à\nparler des quelques compositeurs qui l'ont adopté et à dire un mot au\nsujet de Bellini et de Donizetti, deux chantres célèbres dont l'un mourut\npoitrinaire et l'autre fou. Inférieurs à Rossini en ce qui concerne l'in-\nvention, l'ampleur des formes, l'étendue des morceaux, la majesté des\nidées, le piquant des modulations et l'art de manier l'orchestre, Bellini\net Donizetti ne sont cependant pas sans mérite. Quoique ne se méfiant\npas assez des réminiscences contre lesquelles ils heurtent et brisent leur\nindividualité, ils ont un style propre, une originalité relative, un peu"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "214", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.22", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2747, "texte": "endommagée si l'on veut, saillante pourtant et qui se manifeste dans\nleurs principaux opéras: la Sonnanbula, Norma, I Puritani, XÉlisir\nd'amore, Il furioso, Lucia. Lorsque Molière prenait quelque chose\naux anciens, lorsque Rossini empruntait des mélodies à Haydn, à Mo-\nzart, à Spontini, le moraliste et le compositeur faisaient subir une trans-\nformation aux éléments dont ils s'emparaient. Bellini, Donizetti ne\nprennent point cette peine. Ils imitent, ils pillent Rossini sans scrupule\net, en le contrefaisant, en le dépouillant, ils l'amoindrissent ; ils ne\njettent pas, comme leur modèle, un coup-d'œil pénétrant sur la France,\nsur l'Allemagne : ils se confinent dans leur nationalité, ils s'isolent dans\nleur manière de sentir; ils ne possèdent pas la folle insouciance qui en-\ngendra Il barbiere, ni le sentiment patriotique qui inspira Guillaume\nTell; ils possèdent encore moins les vues humanitaires d'un Beethoven.\nIls se laissent vivre, ils s'exhalent. Leurs productions sans virilité, sans\nélévation et totalement privées de ce précieux savoir si justement cher\naux Allemands, ne se soutiennent que par une inspiration douteuse,\nmonotone, par un mouvement dramatique factice, purement extérieur,\npar une agitation fébrile dénuée d'énergie, par l'heureuse disposition des\nvoix dans les ensembles et par le mérite des chanteurs. Les Lablache,\nles Rubini, les Grisi, la grande Malibran, vingt autres interprêtes fameux\nont mis leur âme au service de vulgaires cavatines italiennes surchargées\nde vocalises qui seraient peut-être à leur place dans une méthode, dans\nun solfège, mais qui, n'exprimant rien par elles-mêmes, sont fort dé-\nplacées à la scène.\nDonizetti espéra-t-il remplacer Rossini au Grand-Opéra où il arriva,\nlorsque le cygne de Pesaro eut résolu de garder le silence? S'il l'a jamais\ncru, il s'est singulièrement trompé. Les Martyrs, la Favorite, repré-\nsentés sur notre première scène lyrique, ne sauraient être considérés que\ncomme des ébauches. Passons.\nJe pourrais signaler au moins un joli morceau vraiment bien venu\ndans presque toutes les œuvres de Donizetti.\nEn est-il jusqu'à trois, dans la même partition, que je pourrais\ncompter? J'en doute. Néanmoins YElisir d'amore foisonne de gracieux\net légers motifs; Il furioso contient des phrases expressives malheureu-\nsement trop langoureuses, et Lucia ne périra pas tout entière, grâce à\nun large et beau septuor admirablement écrit au point de vue vocal,\net qui a pris rang parmi les meilleures et les plus émouvantes inspira-\ntions de l'école italienne. Ce magnifique passage égaré dans Lucia\nmontre ce que Donizetti, si richement doué, fût devenu, si la réflexion\net le travail eussent aidé son instinct, son sentiment musical, et si, livré"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "215", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.23", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2788, "texte": "àla passion la plus funeste de toutes lorsqu'elle est comprise d'une cer-\ntaine façon, il n'eût pas jeté aux trois points cardinaux de l'amour la\nsève indispensable aux travaux intellectuels.\nBellini me paraît supérieur à Donizetti. J'aime sa sensibilité vraie.\nA travers les mollesses, les mièvreries, les traits incolores dont abon-\ndent / Montecchi, la Sonnanbula, Norma, se glissent des élans drama-\ntiques sincères, de brusques mouvements énergiques d'une surprenante\nvigueur. Derrière le Bellini que nous connaissons se cachait évidemment\nun Bellini que nous ne connaissons pas. Comprenant que son éducation\nmusicale était très imparfaite, Bellini, vers la fin de sa carrière, allait\nétudier au Conservatoire, partitions en main, les symphonies de Beet-\nhoven. Les Puritains furent le premier résultat, et le dernier, hélas !\ndes transformations qui s'opéraient dans l'esprit du jeune maître : Bellini\ns'éteignit au moment où recevant une forte impulsion, son talent com-\nmençait àse développer dans un sens viril et grandiose. L'orchestre des\nPuritains diffère étrangement de celui de Norma ; les idées qu'il exprime\nsont parfois robustes, brillantes, colorées, hardies même. Le jeune lion\namoureux, auquel la volupté avait rogné les ongles, sent repousser ses\ngriffes et renaître ses forces; il gonfle ses naseaux, il hérisse sa crinière,\nses prunelles s'emplissent de lumière*, il est beau ainsi. Courage! cou-\nrage ! Bellini va chanter encore ; ses lèvres s'entr'ouvrent... Ah! malheurt\nc'est un flot de sang qui sort de sa bouche....\nBellini et Donizetti morts, on leur cherche un successeur. On offre la\npourpre à M. Verdi qui fait son possible pour la mériter. Malgré ses\nefforts, Part continue à décliner visiblement en Italie. La musique y de-\nvient un hurlement; la manie des unissons a succédé à la manie des\ntierces; les chanteurs: sopranos, barytons, ténors, basses, écrasés par\nune instrumentation violente, poussent des cris désespérés, désespérants,\net se brisent la voix à ce métier, qui exige plutôt des stentors que des\nApollons.\nLes formes vieillies empruntées à Rossini subsistent ; aucune modifi-\ncation ne vient les rajeunir; Mercadante, Carafa, Verdi, les frères Ricci\ns'en servent après Spontini, Meyerbeer, Boieldieu, Hérold, Auber, Ha-\nlévy, Adolphe Adam, etc., etc. Dans les cabalettes, dans les duos, dans\nles trios, dans les finals, chaque motif se répète régulièrement deux fois,\ncomme si ce retour obstiné au thème était indispensable; partout des\nmoyens, des accompagnements, des fioritures identiques. On se copie\nsans vergogne, on se vole sans pudeur, on tripote les mêmes bribes mé-\nlodiques, espèce de servantes à tout faire; on emploie pour la cent\nmillième fois le même rhythme brutal, éhonté, stupide, efflanqué, qui"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "216", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.24", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2250, "texte": "accompagne sur la scène, au-delà des.Aîpes, tous les guerriers et toutes\nles queues-rouges du globe. Ici l'incohérence, là les ténèbres. Le bruit\ntient lieu d'harmonie et on se demande avec une sorte de stupeur quel\nrapport il peut y avoir entre les éclats de cette sonorité sauvage et les\nniaiseries qu'elle met en évidence. Ce tohu-bohu instrumental, vocal et\ngrotesque exaspère les gens de goût qui cherchent naïvement une idée\ndans les élucubrations incolores et rebutantes dont il s'agit.\nCependant les journaux annoncent de temps en temps l'apparition sou-\ndaine d'un maestro fraîchement éclos, un soir, aux feux de la rampe, sur\nune des nombreuses scènes d'ltalie. Inconnu hier, le compositeur est illus-\ntre aujourd'hui. Son nouvel opéra il en avait donc composé d'autres ?\nlui a valu un triomphe; le public l'a rappelé trente-six fois de suite après\nle premier acte, et quatre-vingts fois à la fin du spectacle. Il a ramassé\nvingt bouquets; il a eu une sérénade. Tant mieux. C'est une nouvelle\nétoile qui se lève, assure-t-on. Voyons cela. J'inspecte l'azur du côté où\nl'oranger fleurit. Rien. Je m'arme d'un télescope. Rien encore. Je monte\nà l'Observatoire. Toujours rien. Naturellement mon regard change de\ndirection. Qu'est-ce donc qui brille là, à terre? Tiens! c'est un grain de\npoudre d'or venu je ne sais d'où et gisant sur la route. La brise le sou-\nlève et le fait resplendir au soleil; elle en soulève dix autres, cent autres,\nmille autres ; et tous reluisent, et tous prennent des apparences hu-\nmaines, et tous entonnent une mélodie qui est toujours la même, tous\nse la disputent, et tous continuent à briller à quelques pouces du sol, car\nils sont couverts de paillettes. Que disent ces pygmées? Ils disent à voix\nhaute: Nous sommes les successeurs des grands musiciens italiens. Je\nme détourne pour ne plus voir ces ombres bizarres flottant à l'horizon.\nEn ce moment un coup de vent survient et j'entends un ricanement sec\net railleur. Je me retourne vivement : la camarde, vieux squelette clas-\nsique, était debout devant moi et riait à se tenir les côtes. Elle venait de\nsouffler sur le tas des maëstri : Poudre d'or, pygmées et paillettes avaient\ndisparu et il n'en restait pas trace.\n\nLOUIS LACOMBE."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-09-01-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-09-01_01#c013", "volume": "bmtnabc_1875-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "217", "page_fin": "222", "image_debut": 25, "image_fin": 30, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.2.4", "titre_corps": "LES SOUPIRS D'UNE FLUTE", "titre_sommaire": "LES SOUPIRS D'UNE FLUTE", "signature_source": "A. THURNER", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 25, "page_imprimee": "217", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.25", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1514, "texte": "(0\nAUTRES soir s, on donnait, comme lever de rideau, le\nRossignol de Lebrun. Madame Cinti remplaçait ma-\ndemoiselle Hymm, et Tulou lui donnait la réplique.\nVous devinez comme cette année 1829 me laisse encore\nun grand souvenir : ce fut une représentation unique\ndans l'histoire de l'art, où le mélodieux Cimarosa fut interprété à la fois\nparMarietta Malibran, Henriette Sontag et Laure Cinti-Damoreau.\nJe deviendrais fastidieuse en nombrant les soirées où l'inimitable\nTulou porta mes triomphes à leur apogée. Je traversai triomphante les\ngrandes œuvres de Meyerbeer, et les grands jours du Conservatoire.\nJe vis Mendelssohn ravir par sa jeune renommée le public ardent de\ni 832, avec le Songe d'une Nuit d'été, ses quatuors, son otetto et son\nadmirable concerto en sol. Je me trouvais au milieu des hommes que\nvoici: Habeneck, Bertin de Vaux, Baillot, Rubini, Girod de l'Ain,\nSchlesinger, de Tracy, le peintre Gérard,, mesdames Mars, Persiani et\nTaglioni, les pianistes Hilleret Kalkbrenner, le Saint-simonien Enfantin\net le poète V. Hugo, Paganini, Nourrit, Delacroix, Lablache et tant\nd'autres que j'oublie.... Une circonstance particulière m'a frappée dans\nl'une des dernières soirées que je passai à l'Opéra. —Tulou se tenait\nà son pupitre, quand, dans un entracte, il vit défaillir l'un de ses col-\nlègues de l'orchestre. C'était un artiste, qui avait coutume de lire un bré-\nviaire, et rien n'était plus bizarre que cet homme d'une dévotion sincère,\n\nLES SOUPIRS D'UNE FLUTE\n\n(1) Voir le numéro du i 5 août."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "218", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.26", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2745, "texte": "s'isolant par sa piété du lieu où ses occupations l'appelaient. On res-\npectait son originalité et on admirait son rare talent.\nlui dit Tulou, en se précipitant vers lui, venez avec moi respirer au\ndehors une atmosphère plus saine.» Tulou transporta pour ainsi dire\nson camarade au foyer, où les soins les plus empressés lui furent prodi-\ngués, puis une voiture le reconduisit à son domicile de Belleville, où\nUrhan ne tarda pas à expirer quelque temps après à l'âge de 56 ans....\nJe me souviens avoir fait une pérégrination artistique, avec Tulou,\npar un hiver très rigoureux. Nous étions dans le midi de la France, et\nnéanmoins comme cela arrive quelquefois une température sibé-\nrienne semblait donner un démenti à notre position topographique.\nNous venions de Perpignan nous dirigeant vers Montpellier. Des rafales\nviolentes fouettèrent notre diligence, vraie maison roulante des Messa-\ngeries Lafitte et Caillard. Le lourd véhicule avançait lentement à travers\nune épaisse couche de neige. Malgré un attelage de renfort, arrivés près\nd'une côte, les voyageurs lurent obligés de descendre.\nO misère! ô fatalité! c'est ce vulgaire incident qui fut Forigine de\nma chute et de mes souffrances !\nParmi nos compagnons de route, se trouvait un jeune homme pâle,\nlong et sec. De grands cheveux noirs, plats et gras, mettaient sa nuque à\nl'abri des frimas. Sa mise décelait à la fois un mélange d'indigence et de\nfaste. Un habit noir collant sur sa personne plutôt qu'il ne la vêtissait,\nune cravate jadis blanche, des bottines vernies, un chapeau pyramidal,\ntel était le costume de ce fantastique personnage. Son regard brillant et\nvif prenait ordinairement, lorsqu'on le fixait, un aspect humble et même\nbéat. Quant à sa parole, l'accent en était si étrange, que je le qualifierais\nvolontiers de familièrement respectueux, si cette façon de m'exprimer\npeut faire connaître ma pensée. Entre temps, il sifflotait quelque lambeau\nd'opéra italien. Il avisa Tulou et le prit pour objectif de son verbiage.\nHélas !... il ne fut pas nécessaire à l'illustre virtuose d'attendre longtemps\npour apprendre que son compagnon de voiture était —disait-il l'une\ndes merveilles musicales de l'ltalie. Tulou prit naïvement la balle au\nbond, mais quand son interlocuteur sut à qui il venait de lancer une\nsemblable assertion, son allure changea d'aspect.\nLe matamore rengaina sa grande flamberge et vira de bord. Il se disait\nnapolitain et se nomma: il cavalière del Fior, ténor di primo cartello\nde Santa Radegonda de Milan.\n11 narrait avec une intarissable faconde les palpitantes péripéties de\nde l'incendie d'un théâtre. Il avait accompli des prodiges de dévoue-\nment dans ce sinistre, et à la suite de ses héroïques efforts, le délicieux"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "219", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.27", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2706, "texte": "timbre de sa voix avait été irrémédiablement altéré. Depuis ce malheur,\ndisait-il, il se servait de la flûte, pour donner un libre cours à sa voca-\ntion musicale. Une suite non interrompue de désastres le poursuivait.\nLa fée Guignon était sa jettatura. Peu à peu il avait vendu livres,\npartitions, jusqu'à la flûte elle-même.\nAujourd'hui il cumulait les professions de copiste, d'accordeur et de\ndOttor délia lingua di Dante. Parlant de sa flûte, «ah! Mossiou, disait-\nil dans son affreux jargon, c'était encore là ouné voix de perdoue! »\nHeureusement, répliqua Tulou avec un malin sourire et un accent\naffectueux, heureusement que celle-ci peut se remplacer, ce n'est qu'une\nvoix de bois„ » Atroce calembour qui fut le signal de mes malheurs!\nNéanmoins, il cavalière sut si bien capter la commisération du\nmaître, que ce dernier, dont le cœur était à l'égal du talent, lui\npromit son appui, afin de le soustraire à ses infortunes imméritées....\nLe lendemain nous étions dans la petite ville de ***, del Fior apparut\nchez Tulou. Une souffrance réelle était peinte sur les traits allongés du\njprofessore. Rempli d'une sympathique émotion, Tulou se souvint de sa\npromesse.\nIl lui offrit d'abord un rouleau d'écus, lui prépara de nombreuses\nlettres de recommandation, puis me prit ô mes beaux jours évanouis !\net m'offrit en ces termes à ce chanteur sans voix, à ce flûtiste sans\nflûte: a Mon ami, l'argent s'épuise, les meilleures recommandations\nsont sujettes à de nombreuses vicissitudes ; ce qui ne s'épuise pas et\nappuie une parole obligeante, c'est le travail persévérant et intelligent.\nDe graves devoirs m'appellent à Paris, et, de là, à Nantes. Je médite la\ncréation d'une fabrique de flûtes. Conservez celle-ci en souvenir de moi ;\nici les luthiers sont rares, étudiez, faites-vous entendre avantageuse-\nment. Donnez-moi de vos nouvelles, je m'intéresse vivement à votre\nsort. Je souhaite que mon instrument vous désenguignonne et qu'il soit\npour vous une flûte enchantée!—> Per bacco! Maestro, vous êtes le Diou\ndes artistes, s'écria del Fior, j'étais dans le marasme et vous me sauvez\ndu précipice ! vostra générosité me donne la dolce sperança de vous de-\ndicare toute ma vie e tutto sospiro délia mia anima ! Vos remercie-\nments me suffisent, adieu, jeune homme, écrivez-moi dans peu de\ntemps ; courage et espérance! » tels furent les derniers mots que j'entendis\nprononcer par le merveilleux artiste.\nO Tulou! m'écriai-je, agitée par de funestes pressentiments ! . . .\nJe restai plongée dans un long silence, quand un jour je\nme sentis retirée de mon étui de velours et introduite brusquement dans\nle pan d'un vieil habit, en compagnie d'une pipe ignoble et d'un flacon"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "220", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.28", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2581, "texte": "à essence nauséabonde. J'appartenais à delFior!.... Pendant quelque\ntemps celui-ci marchait d'un pas précipité. Par une déchirure de son vê-\ntement je m'aperçus qu'il faisait nuit.\nLe cavalière s'arrêta devant une maison d'apparence maussade. Le\nviolent mouvement de sa course avait donné au pan dans lequel j'étais\nblottie 1 oscillation d'un pendule. Je heurtai la pipe et la brisai : pre-\nmière éraflure.\nSoudain, des doigts malpropres me saisissent il cavalière souffle\navec rage dans mon corps sonore, et écorche une atroce ritournelle.\nEtait-ce un signal? je ne sais. Toujours est-il qu'après ce début, del\nFior monte lestement un escalier à pente rapide et se trouve incontinent\ndans la chambre d'une deuxième ingénuité riant aux éclats avec un\njeune premier du théâtre. L'intrusion burlesque du cavalière donna\nlieu à la plus interminable série de quolibets de la part des deux jeunes\ngens. Inhabile dans la riposte spirituelle, del Fior devint furieux et\ncommença à venger son sot amour-propre par des voies de fait.\nIl me saisit avec frénésie, asséna de violents coups au jeune premier.\nRoulée a terre, piétinée, reprise avec rage, mes belles clefs furent tordues\nou brisées, mon corps fut couvert d'infâmes meurtrissures! Enfin, del\nFior me remit dans sa poche maudite. Je crus être sauvée, quand tout\nà coup, il dégringola les escaliers avec un bruit épouvantable; le fameux\nflacon se brisa et m'inonda d'un liquide fade et écœurant.\nPeu de temps après cette équipée, il maestro del Fior annonça un\nconcert. A grand renfort de réclames habiles, à l'aide des lettres de re-\ncommandation de Tulou, par ses félines obséquiosités, la servilité de ses\ndémarches, il parvint à recruter un public,.. Le grand jour ou plutôt le\ngrand soir arrive.\nL'auditoire est nombreux et... heureux augure! paraît animé de dis-\npositions bienveillantes. En premier lieu, le programme annonce une\nouverture exécutée par les amateurs de la société d'Euterpe: applau-\ndissements d'estime. Survient ensuite le bénéficiaire. Mouvement dans\nla salle; l'artillerie des lorgnettes fonctionne.\nDel Fior s avance avec grâce, jette avec une fière assurance quelques\nregards complaisants sur le public, salue légèrement et commence\nC'était la maudite ritournelle du rendez-vous !... On chuchotte, on mur-\nmure;— martyrisée déjà, il cavalière continue mon supplice en me\nfaisant rendre des traits incohérents, des rhythmes sauvages, des sons\nodieux.\nImperturbable, del Fior recommence les passages et mutile avec\nflegme des lambeaux de mélodie. Un orage se prépare, il cavalière le"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "221", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.29", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2607, "texte": "pressent habitué sans doute à ces sortes de dangers, il me dépose\ngalamment sur un piano, et souriant s'avance vers l'auditoire : « Mes-\ndames et messieurs, dit-il, zé zouis désolé de l'aventure fatale qui nié\nfrappe. Zé né pouis continuer mon souperbe concerto, car voyez, mes-\ndames (et il entrouvrit la bouche), z'ai ouné dent qui mé manque!...\nexcousez l'infortune. Mais ze vais avoir l'honneur de vous donner uné\nséance dé physique amousante !... »\nO Pan ! je vous laisse à penser de quelle manière ce discours fut\naccueilli. Le lormidable rire des dieux de l'Olympe eut un écho ce jour-\nlà dans la salle de concert de***. Les dames se tordaient dans une hilarité\ncontagieuse, les hommes lançaient apostrophes et quolibets au malen-\ncontreux Napolitain. Les uns prenaient cette grotesque mystification en\nplaisantant ; d'autres, indignés', réclamaient à grands cris le prix de\nleurs places. Le tumulte augmenta, lorsque l'on vit \\cphysicien déployer\nun jeu de cartes.\nIl tenta d'imposer silence en frappant violemment l'estrade du pied.\nPeine inutile ! la tempête était déchaînée. Tout à coup l'on voit surgir\nle jeune premier du théâtre. D'un mouvement rapide il s'élance auprès\ndel cavalière,s'empare de moi et se met à battre sur son dos une mesure\nfantastique.\nJe tombai mutilée! je perdis connaissance et je perdis également quel-\nques-unes des clefs qui me restaient encore !...\nCette scène est restée dans mes esprits troublés comme un horrible\ncauchemar... Je me réveillai un jour entre les doigts d'un apprenti\nluthier des Vosges. « Hé, père Michel ! cria-t-il à un ébéniste, son voisin,\ndemain, jour de baptême de mon filleul, le petit Léon, je vous ferai\nentendre un galoubet perfectionné. » « Entendu! » répondit une voix\njoyeuse. Le lendemain, autour d'une table, pareils à une guirlande de\nfleurs, se tenaient assis ébénistes, entrepreneurs de bâtisses, luthiers et\nchaudronniers. L'heureux père Michel savourait son bonheur paternel\nen avalant force rasades d'un petit vin blanc, quand le jeune parrain,\nqui depuis la veille m'avait fait subir d'horribles tortures pour me trans-\nformer, ô Tromlitz! en flûte Boehm, commença à insuffler une suite de\nsons qui devaient former une ronde populaire. Tout à coup, il s'inter-\nrompit, ses regards venaient de se fixer sur un fragment de journal ainsi\nconçu : « On nous écrit de Nantes, à la date du 23 juillet i 865, que le\ncélèbre Tulou y vient de succomber dans sa soixante-dix-neuvième\nannée. » Buvons et chantons, dit l'ébéniste. Une chanson de\nBéranger, dit un convive. Les Etoiles qui filent! répondit le\nluthier"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "222", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.30", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2684, "texte": "Cinq ans après cet épisode, le jeune Vosgien m'emporta par delà les\nmontagnes. Il s'était joint à quelques-uns de ses compatriotes et gravis-\nsait les pentes boisées, qui du village de Lapoutroie se perdent sur leur\nversant oriental, dans les vallées de Sainte-Marie et de Munster. Ces\njeunes hommes marchaient résolûment, gravement, comme vers un but\naustère, comme pour accomplir un devoir sacré. Pas de chants, mais des\nparoles échangées à voix basse. Les feuilles sèches crépitaient sous une\nbise glacée ; le vert sombre des hauts sapins se détachait, dans le fond du\npaysage, sur la neige qui s'arrondissait au sommet du Ballon d'Alsace.\nCe groupe de piétons sarrêta dans un bourg nomme Hunawihr, nom\nqui rappelle le souvenir sanglant des Huns se ruant autrefois sur ces\ncontrées. Là on rencontra plusieurs francs-tireurs de Colmar. On ne\ns'était jamais vu et cependant des poignées de mains fraternelles s'échan-\ngèrent de part et d;autre. Au bout de quelques jours, Petrus, le luthier,\nfut incorporé. On fit des campements dans la forêt de la Hardt ; les uns\ns'aventurèrent jusque vers le Rhin et le traversèrent avec intrépidité ;\nd'autres eurent pour mission de tourner la plaine par le flanc des mon-\ntagnes, afin de dépister des détachements ennemis.\nDes lueurs sinistres s'élevèrent certaines nuits à l'horizon ; je me rap-\npelai alors ce que j'entendis à Vienne ; nul doute, j'assistais de nouveau à\nla guerre. Petrus me portait à sa ceinture, près de sa cartouchière ; il fut\nconvenu, dans la petite expédition qui lui incombait dans les montagnes,\nde rallier ses compagnons par quelques-unes de mes notes.\nIls partirent une vingtaine environ. On se dirigea vers les Trois-Epis,\nau-delà de Colmar ; on laissa l'hôtellerie du Vieux-Château à droite, et\non pénétra dans les gorges qui mènent au burg de Hohenkœnisberg\n(Haut-Mont-Royal).\nSoudain on signala des uniformes badois au détour d'une vallée. Un\nmalencontreux coup de feu part de notre côté ; à peine Petrus a-t-il le\ntemps de réunir ses quelqués hommes que déjà surgissent à travers les\nbroussailles une multitude d'ennemis. Des décharges terribles ébranlè-\nrent tout à coup les échos, en se répercutant dans les montagnes avec\ndes roulements sinistres... Une balle frappa mortellement l'enfant des\nVosges; une autre m'atteignit et brisa la moitié de mon corps\nAujourd'hui, ô Pan ! vous me voyez dans la baraque d'un bûcheron,\nd'un schlitter. Le pauvre homme a rendu un pieux devoir à Petrus et m'a\nrecueillie. A peine puis-je sourire à la grande Nature, qui est toute har-\nmonie; je pleure l'humanité, et aspire-à rentrer dans le néant d'où vous\nm'avez soustraite, ô dieu Pan !\n\nA.THURNER."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-09-01-01-c016", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-09-01_01#c016", "volume": "bmtnabc_1875-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "223", "page_fin": "233", "image_debut": 31, "image_fin": 41, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.2.5", "titre_corps": "DE L'ÉTAT ACTUEL DE LA MUSIQUE EN ITALIE", "titre_sommaire": "DE L'ÉTAT ACTUEL DE LA MUSIQUE EN ITALIE", "signature_source": "Le Chevalier VAN ELEWYCK", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 31, "page_imprimee": "223", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.31", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1548, "texte": "DE L'ÉTAT ACTUEL\nDE LA\nMUSIQUE EN ITALIE\n\nOTRE collaborateur, M. le chevalier Van Elewyck, docteur\nès-sciences politiques et administratives, maître de cha-\npelle de la collégiale de Saint-Pierre, à Louvain, etc., etc.;\nvient de publier, sous ce titre : De l'état actuel de la mu-\nsique en Italie, le rapport officiel qu'il adresse à M. le\nMinistre de l'lntérieur de Belgique, au retour de la mis-\nsion artistique dont il a été chargé en Italie.\nM. Van Elewyck a visité tous les Conservatoires, les principales Maîtrises\nde chapelle et un bon nombre d'écoles privées. Il n'a pas négligé la musique\nprofane, les concerts, les théâtres, les orchestres militaires, les chants popu-\nlaires, les tendances nouvelles des compositeurs, la critique, en un mot tout\nce qui concerne la propagation de l'art.\nSon rapport, divisé en deux parties, est le résumé de cette inspection.\nDans la première, il passe en revue les choses intéressantes qu'il a rencon-\ntrées ville par ville; dans la seconde, il expose des considérations générales et\ndes conclusions pratiques au point de vue de la Belgique.\nM. Van Elewyck nous a permis, à titre de bonne confraternité, de publier\nici les parties de son travail qui nous paraîtraient les plus aptes à exciter l'in-\ntérêt de nos lecteurs, et sa compétence reconnue, en matière de pédagogie\nmusicale, nous fait justement croire qu'elles seront accueillies, comme elles\nle méritent) par nos lecteurs.\nNous avons suivi, dans ces extraits, l'ordre des villes d'ltalie adopté par\nnotre collaborateur dans son rapport général."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "224", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.32", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2249, "texte": "GÈNES\nLa gloire de l'établissement génois (le Conservatoire), c'est son an-\ntique et admirable salle de concert. Au point de vue de la beauté\narchitecturale et de l'acoustique, nulle ville d'ltalie ne possède une\nsalle qui en approche. Elle fut construite autrefois par les pères Ora-\ntorieiib, ce qui est tout dire.\nQuel est le musicien au courant de l'histoire, qui ne sache ce que\nSt. Philippe de Néri et ses disciples ont fait, dans toute l'ltalie, pour la\npropagation de la bonne musique? C'est pour eux qu'Animuccia, Pales-\ntrina et tant d'autres compositeurs de génie ont spécialement écrit.\nC'est chez eux qu'est né Y Oratorio, l'épopée musicale, la forme la plus\nélevée de l'art.\n/\nAussi, quand on se rappelle que l'Eglise catholique, de l'aveu même\nde ceux qui ne croient pas à ses dogmes, a été de tout temps la mère\nnourricière des beaux-arts, on se demande, en entrant dans la salle des\nOratoriens de Gênes, comment il a pu venir, de nos jours, à l'esprit\nd'hommes sérieux, de réclamer la proscription de la musique de nos\ntemples ! A entendre ces il ne nous resterait plus qu'à faire\nun auto-da-fé de milliers de chefs-d'œuvre. Ils ne savent pas que l'unité\ndiatonique en musique est absolument la même chose que la mono-\nchromie en peinture. Que diraient-ils s'il fallait enlever de nos basiliques\nles toiles de Michel-Ange, de Raphaël, de Rubens et de Fra Angelico\nlui-même! Car Fra Angelico était polychromiste comme tous les\npeintres, et il n'existe pas d'église au monde où, seuls, les tableaux en\ngrisaille aient été admis.\nDu reste, dans les rares diocèses où ces demandes ont été faites, il se\ntrouve que là précisément le plain-chant et le jeu de l'orgue laissent,\ncomme exécution, le plus à désirer. D'où il résulte qu'après avoir tenté\nde supprimer toute musique pluritonique et tout orchestre, on n'avait\nrien de présentable à mettre à la place\nJe supplierai toujours les catholiques de ne pas oublier que l'homme\nqui, dans les temps modernes, a le plus fait pour la musique sacrée, qui\na appelé à lui les plus grands compositeurs, qui a organisé ces séances\nsacrées dans lesquelles est né Y Oratorio, saint Philippe de Néri, a été\nélevé par les Souverains Pontifes aux honneurs de la canonisation !"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "225", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.33", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2332, "texte": "BOLOGNE\nLe Conservatoire (Liceo musicale) a subi une grande transformation\nen 1804. Il s'est appelé Liceo Filarmonico depuis iBos, puis Liceo\nRossini, enfin Liceo Comunale. Rossini y fit ses études sous le P. Mattei\net plus tard (de 1839 à 1848), il en tut le Directeur honoraire (1).\nLe lycée se trouve actuellement sous le régime du règlement promul-\ngué par l'administration municipale en 1860. Il ne constitue pas, à\nproprement dire, un Conservatoire royal, d'où résulte que son organisa-\ntion n'a pas dû être approuvée par l'Etat.\nLe Conservatoire tend à réaliser, autant que possible, l'unité et la\nsystématisation dans les méthodes. Celles-ci sont adoptées après une\ndiscussion approfondie au sein de la réunion académique des profes-\nseurs. Le maître de la classe intérieure est complètement assujetti à\ncelui de la classe supérieure. De même, le Maestrino (chef de file dans\nune classe) est subordonné à son professeur et n'a, sur ses condisciples,\nque l'autorité qu'on lui délègue momentanément.\nIl y a des exercices d'ensemble pour les instruments à cordes et des\nexercices à grand orchestre, où les élèves compositeurs sont appelés à\nproduire leurs essais.\nLe nombre total des élèves du Conservatoire de Bologne est actuelle-\nment d'environ iso. Ils sont tous externes.\nBologne possède aussi une Académie philharmonique, véritable\nsociété savante dont l'histoire mériterait de faire l'objet d'un travail\nspécial. Elle date de 1666, selon d'autres de 1668, et a pour principal\nfondateur un noble bolonais, Vincenzo Maria Carati.\nElle jouit, aujourd'hui encore, des prérogatives de la personnalité\ncivile.\nLes académiciens sont divisés en deux classes : les Numerari et\nOnorari. A cette dernière sont associés les savants et les compositeurs\nillustres de l'étranger. L'artiste qui désire obtenir le grade de Maestro\ncompositore numerario doit fournir une fugue à cinq parties réelles,\n\n(1) Dans son testament, Rossini laisse, par décision, à la ville de Bologne, une\nsomme de cent trancs pour l'hospice des pauvres, et une autre, également de cent\nfrancs, à rétablissement Délia Vita. 11 avait quitté Bologne en 1848, à cause des ava-\nnies que les révolutionnaires lui y avaient faites, parce qu'ils le savaient être par-\ntisan de Pie IX, en l'honneur de qui il avait écrit une composition."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "226", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.34", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2666, "texte": "écrite sur un thème désigné par le sort, un motet religieux composé sur\nune base de plain-chant développée en quatre parties d'imitation et,\nenfin, une composition dans le style fleuri, avec accompagnement\nd'orchestre. Les conditions sont moins difficiles à remplir pour celui qui\naspire à devenir Maestro compositore onorario. Il suffit de présenter un\nfugue à cinq parties réelles et de communiquer deux partitions, Tune\npurement symphonique et l'autre pour voix avec accompagnement\nd'orchestre. Il faut, en plus, une déclaration d'un maître connu de\nl'Académie, certifiant que les oeuvres sont bien réellement composées par\nl'aspirant au grade d'académicien honoraire.\nL'Académie, en sa qualité de personne civile, a à sa tête : un Repré-\nsentant du Fondateur, un Président, un Vice-Président, un Directeur\necclésiastique, deux Conservateurs, trois Conseillers pour les aiîaires\nd'art et deux pour les affaires d'administration, trois Avocats consultants,\nun Secrétaire, un Sous-Secrétaire, un Caissier, un Archiviste, un\nÉconome, un Contrôleur, un Notaire, un Procureur, un Médecin et un\nChirurgien! On le voit, cette Académie constitue une véritable famille\nde musiciens, groupés par les liens de la plus intime confraternité.\nIndépendamment des séances littéraires et musicologiques qu'elle\ntient, elle organise des exercices publics pour l'interprétation des œuvres\ncomposées par les académiciens ou pour eux.\nEn exécution du testament de son fondateur, la fête de saint Antoine\nde Padoue doit être solennisée par une messe et des vêpres en musique.\nLes membres ont entre eux une association pieuse pour les services reli-\ngieux en cas de mort. Ils ont aussi une caisse de prévoyance en faveur\nde ceux qui pourraient se trouver dans la nécessité d'y recourir.\nL''Académie philharmonique de Bologne jouit d'une réputation euro-\npéenne. Elle a rendu d'incontestables services à la propagation de notre\nart. Les plus grands artistes comme les plus savants musicologues se\nsont toujours trouvés honorés d'en faire partie. Elle a eu ses vicissitudes\net ses tiraillements. Ses polémiques avec 1 zLiceo comunale sont connues\nen Italie, mais des querelles de ce genre sont inévitables dans une ville\noù la rivalité n'existe qu'entre deux établissements. Du reste, en suppri-\nmant les points d'aigreur personnelle qui s'y sont souvent trouvés mêlés,\non peut dire de cette lutte que du choc des intelligences est souvent née\nla lumière.\nLa basilique de San Petronio à Bologne possède une maîtrise de\nchapelle remarquable, dont le directeur est M. le chevalier Gaetano\nGaspari.\nVoici les proportions vocales et instrumentales de la maîtrise de San"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "227", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.35", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2347, "texte": "Petronio : i organiste, i 5 chanteurs (ténors et basses), 11 violons\n(6 premiers, 5 seconds), 2 altos, 2 violoncelles, 4 contrebasses, 1 flûte, 2\nhautbois, 2 clarinettes, 1 basson, 2 cors, 1 trompette et 1 trombone. Ce\nsont à peu près les proportions des maîtrises de Bavière et de la Basse-\nAutriche. Ce sont aussi celles de plusieurs villes flamandes de Belgique.\nLes membres de la maîtrise reçoivent des appointements mensuels et ont\ndroit à une pension de la part de la Fabrique.\nJe n'ai qu'un reproche à adresser à cette organisation, c'est qu'elle\npeid de vue 1 éducation des eniants. l emploi d'enfants dans une\nmaîtrise, il est impossible de créer des traditions.\nFLORENCE\n11. R. ISTITUTO MUSICALE FIORENTINO a pour but renseignement de\n1 art musical sous toutes ses formes, tant au point de vue\npar les cours nombreux qui sont donnés dans son Conservatoire, qu'au\npoint de vue de la théorie, par l'étude des questions scientifiques\nqu aborde et élucidé la section académique. Il n'est pas de progrès préco-\nnisé pour 1 une ou 1 autre des branches de la musique que l'Académie\nde Florence n'examine à fond et ne cherche à propager dès qu'elle en a\nreconnu la valeur.\nL'lstituto, hâtons-nous de le dire, cherche moins à produire des vir-\ntuoses et des savants hors ligne qu'à élever lentement, mais sérieuse-\nment, le niveau général de Fart. Le règlement organique insiste sur ce\npoint.\nL'enseignement est gratuit. L'établissement, à la différence de ceux\ndont nous avons parlé jusqu'à cette heure, a toutes les prérogatives d'un\nConservatoire royal. Le nombre des classes, tel qu'il est fixé par un\ndéciei royal, se trouve ainsi place sous le contrôle direct et permanent du\ngouvernement.\nOutre la classe de lecture musicale proprement dite, il y a une classe\nde solfège pour les instrumentistes, et une autre pour ceux qui se des-\ntinent au chant. Nos petites villes de province, en Belgique, feraient\nbien d'adopter pour leurs écoles cette division.\nLes classes de piano sont nombreuses. En général, elles sont bien\ndonnées. On pourrait demander peut-être que, pour ces cours, les instru-\nments fussent de meilleure qualité, ce qui faciliterait aux professeurs\nrenseignement de la musique classique. Il est si nécessaire dans le style\nd'imitation de faire ressortir les diverses parties réelles de la partition î"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "228", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.36", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2586, "texte": "Ce n'est, à Florence, ni de la faute du maître ni de celle de l'élève si,\npour les détails d'interprétation, le piano ne répond pas au jeu de\nl'exécutant.\nL'accompagnement sur la basse chiffrée et la lecture des grandes parti-\ntions comportent cinq années de travail. C'est peut-être un peu long\npour une branche spéciale que les élèves, en général, n'ont pas à appro-\nfondir isolément. Il est bien rare, en effet, qu'on n'y joigne pas l'étude\nde la composition proprement dite et celle de l'orgue.\nL'école d'harmonie et de contrepoint compte trois années pour l'har-\nmonie et deux années pour le contrepoint. Total, pour le cours entier :\ncinq ans.\nLe cours de contrepoint fugué, de fugue proprement dite et de haute\ncomposition se donne en cinq années, savoir : une année pour le contre-\npoint fugué, deux pour le canon et la grande fugue, et deux pour la\ncomposition. Les récipiendaires de ce cours ont à étudier l'histoire et la\nlittérature italienne, la littérature française ; ils doivent savoir asse% de\nlatin pour ne commettre aucune erreur dans la prosodie des textes\nliturgiques. Il leur est strictement enjoint de fréquenter, de même que\nles élèves de basse-continue, d'orgue et d'harmonie, la classe d'esthétique\net celle de l'histoire spéciale de Fart musical. Ces derniers cours se don-\nnent en deux ans. Enfin, les mêmes récipiendaires ont encore à suivre\nles classes de chant, de déclamation lyrique, celles de perfectionnement\ndes instruments et notamment du violon.\nLe cours de harpe comprend sept ans d'études, ce qui me paraît un\npeu long.\nLes classes de chant se donnent en six ans, mais, avec les classes de\nperfectionnement, qui sont de trois elles constituent un ensemble\nde neuf années. Les élèves qui ont chanté, pour moi, sans être supérieurs\nà ceux de nos Conservatoires royaux de Bruxelles et de Liège, m'ont\nparu plus forts que ceux de Naples, mais inférieurs à ceux de Milan. II\nest bon d'ajouter qu'une comparaison comme celle que je viens de faire\nn'est pas absolue et ne peut se prendre comme critérium de la valeur\nintrinsèque des cours.\nIl n'y a pas, au Conservatoire royal de Florence, de distribution de\nprix. On y considère les dons de prix comme des occasions de partialité\n(avis très contestable à mon sens). Mais il y a de fréquentes exécutions\npubliques, d'où résulte un contrôle permanent de l'opinion. Enfin, on\naccorde des subsides pécuniaires aux élèves les plus méritants.\nTerminons notre aperçu sur l'lnstitut royal de Florence par quelques\nmots sur sa bibliothèque. Elle est divisée en deux grandes sections, dont"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "229", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.37", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2483, "texte": "la première se compose d'ouvrages de littérature musicale, et la seconde,\nde partitions.\nLa partie la plus considérable provient des collections de la famille\nGrand-Ducale de Toscane, particulièrement de celle du duc Ferdi-\nnand 111, qui fut un amateur éclairé. Ce sont des compositions sacrées,\nthéâtrales et symphoniques.\nLa bibliothèque est riche, surtout en œuvres de l'école allemande.\nLes livres et les partitions de l'ancienne Académie des Beaux-Arts\nsont venus se joindre à ceux de Ylstituto ; enfin, l'ensemble de la biblio-\nthèque s'est trouvé encore accru par des collections privées provenant\nde diverses familles.\nVlstituto possède quelques instruments rares, fabriqués par des lu-\nthiers célèbres, tels que Gabrielli, Ruggiero, Amati, Stradivarius.\nJe me résume en deux mots : L'Établissement royal de Florence est\nune des bonnes créations des temps modernes. Il est destiné à occuper\nune place brillante dans l'histoire de l'art. Son savant président et les\nintelligents collaborateurs qu'il a groupés autour de lui, tant à l'Aca-\ndémie qu'au Conservatoire, ont réussi à doter la ville d'un des plus\nbeaux joyaux de sa couronne artistique.\nLa musique dite de chambre est en honneur à Florence. Qui ne connaît,\nde nom au moins, le célèbre cercle florentin Società del Quartetto ?\nVoici deux mots sur son origine :\nEn 1859, le docteur Abrahamo Basevi suspendit, à cause de la guerre,\nla publication de son journal VArmonia. Il crut alors être utile et\nagréable aux amateurs de bonne musique par la création d'une autre\nœuvre. Il organisa des exécutions de quatuors de Beethoven. Ces séances\nfurent nommées d'abord Mattinate Beethoviane. Elles eurent pour\nprincipaux interprètes les professeurs Giovacchini, Bruni, Laschi et\nSbolci. Le succès fut tel que, la même année, on résolut de fonder un\ncercle spécial de musique classique, sous le titre de Società del Quar-\ntetto. De 1861 jusqu'à nos jours, la Société organisa une foule de fêtes,\nencouragea les compositeurs par des concours, stimula les exécutants\npar des impressions vendues à bon marché et par la fondation du jour-\nnal le Bocclierini, œuvres dans lesquelles M. l'éditeur Guidi a une\nlarge part. Rien d'étonnant si, en peu de temps, le Cercle du Quartetto\narriva à la célébrité.\nOn créa des Membres protecteurs et des Membres effectifs, et on fit\nappel aux illustrations étrangères, parmi lesquelles je citerai Meyerbeer\net notre vénérable directeur de Bruxelles, teu M. Fétis père."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "230", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.38", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2589, "texte": "En 1863, la Société commença à donner des concerts populaires, dont\nles premiers débuts furent brillants.\nElle organisa aussi, dès 1864, des conférences sur la musique. Celles-\nci réussirent non moins bien. C'est à l'exemple du quartette de Florence\net en imitant les nombreux sacrifices que M. l'éditeur Guidi s'était\nimposés pour développer l'œuvre, que M. l'éditeur Ricordi, de Milan,\nfonda à son tour, en cette dernière ville, une société semblable (1864).\nEn 1865, sous la direction de M. Basevi, le Cercle florentin donna des\nséances historiques, dans lesquelles furent produites les œuvres des\nanciens maîtres de l'école italienne.\nDès cette époque aussi, le célèbre violoniste Bazzini, aujourd'hui\nprofesseur de composition à Milan, et son émule, Giovanni Becker,\napportèrent leur vaillant concours aux concerts de la Société.\nEn 1866, on reprit les concerts populaires, avec un personnel de plus\nde cent exécutants, placés sous l'habile direction du chevalier Théodule\nMabellini.\nEn 1868, on organisa des concerts avec Conférences, qui intéressèrent\nvivement le public. Puis, il y eut des concerts symphoniques, placés\nsous la haute direction du marquis d'Arcaïs, du commandeur Casamo-\nrata, du professeur Cianchi et d'autres artistes. Enfin, le Gouvernement\naccepta d'être le Protecteur de la Société.\nEn résumé, le quartette florentin, qui est peut-être aujourd'hui\ndépassé, en fait de valeur, par celui de Milan, est une gloire pour la\nToscane et a rendu d'incontestables services à l'art.\nLes grands concerts symphoniques que l'on donne aujourd'hui à\nFlorence, sont tous fort beaux. Pendant mon séjour en cette ville, il y\nen a eu de très remarquables. J'ai aussi assisté, dans la salle des répéti-\ntions du théâtre, à l'audition de deux quatuors composés par M. Giulio\nRoberti. Unité, variété, finesse de détails, contraste, gradation, toutes\nces qualités se trouvent réunies dans ces partitions et leur mériteraient\ncertainement les honneurs de l'impression.\nQuant à la musique sacrée, on serait dans le vrai en disant qu'elle mé-\nrite un blâme sévère. Le clergé s'est, pour ainsi dire, résigné à renoncer\nau concours de l'orchestre, à cause du style concertant et théâtral.\nMais il n'a pas assez remarqué qu'il manquait d'organistes pour rem-\nplacer, par un jeu sévère et correct, la frivolité des ariettes symphoniques.\nJ'ai entendu, à l'église des PP. Franciscains du Borgo Ognissanti,\njouer sur l'orgue, pendant la grand'messe du dimanche, des fragments\nd'opéra alternant avec les chœurs de la liturgie et produisant la plus\ndétestable cacophonie."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "231", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.39", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2502, "texte": "ROME\nA Rome,, je me suis, pour ainsi dire, exclusivement occupé de musi-\nque religieuse, et seulement au point de vue de la pratique.\nJ'aurai à parler du plain-chant, de l'orgue et de la musique chorale.\nAbsence complète d'unité dans le plain-chant, multiplicité d'éditions,\naccompagnements d'orgue très divers,, mais presque tous fort incorrects,\nvoilà le résumé fidèle de l'état actuel des choses à Rome.\nTout plain-chantiste sait qu'on peut exécuter les sublimes mélodies\ndu rituel de deux manières différentes : ou bien à l'allemande, en chan-\ntant lentement, gravement, en appuyant sur le son des voyelles et,\npartant, sur leur valeur dans l'échelle de la gamme diatonique; ou bien\n/\nà Pitalienne, ce qui est indubitablement l'ancienne tradition de l'Eglise.\nLa deuxième manière permet la note d'agrément, le supplément d'orne-\nment et exige une grande force de rhythme dans l'articulation de la\nconsonne. On ne pratique à Rome ni l'une ni l'autre de ces méthodes.\nDans mainte église de second rang on ne semble pas même se douter de\nl'existence de deux systèmes.\nL'accompagnement d'orgue laisse non moins à désirer. Le style des\norganistes est léger dans leurs préludes et improvisations ; on dirait qu'ils\nprennent plaisir à faire entendre des motifs profanes. Ajoutons que\nla plupart d'entre eux n'ont pas fait d'études sérieuses. Ce sont, dans\nles églises desservies par des religieux, des membres de l'ordre ou de la\ncongrégation, auxquels aucun maître compétent n'a enseigné les vrais\nprincipes.\nComme valeur instrumentale, les orgues sont rort incomplètes. Les\nItaliens ignorent les progrès réalisés en France, en Belgique, en Angle-\nterre et en Allemagne depuis un demi-siècle. Les jeux dits de fond,\nsont insuffisants. On y emploie exclusivement les anciens registres de\nmutation et de fourniture, lesquels donnent à la sonorité le caractère\nnasillard du cornet ou le son strident du plein-jeu. Mais ces registres\nmanquent absolument des effets graves et mélodieux qui caractérisent\nla musique religieuse, et de la variété de timbre et d'harmonie dont s'est\nenrichie la facture moderne. Le nombre des claviers est minime. Les\npédales séparées, à double gamme complète, sont inconnues.\nJ'ai eu le bonheur de voir, un jour, à Paris, dans le cabinet d'études\ndu plus grand facteur de notre siècle, un plan, travaillé pendant de lon-\ngues années, pour doter Saint-Pierre du Vatican d'un orgue monu-\nmental, gigantesque, digne des immenses proportions de ce temple. Le"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "232", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.40", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2737, "texte": "plan a été conçu par pur amour de l'art et ne sortira peut-être jamais\ndu cabinet où il a été élaboré. Que de fois cet hiver, en écoutant dans la\nBasilique Vaticane les accords des petites orgues portatives qu'on y\nemploie, ai-je pensé à la belle conception de M. Aristide Cavaillé-Coll !\nSon oeuvre serait le complément naturel des splendeurs que le Bra-\nmante, Raphaël et Michel-Ange y ont accumulées. En matière d'art,\nil n'y a pas de frontières, et ce n'est pas parce qu'un compatriote ne l'a\npas imaginé que je me dispenserai de louer l'admirable projet de\nM. Cavaillé.\nJ'arrive au chant d'ensemble dans les basiliques.\nJ'ai eu l'honneur de le dire à deux grands maîtres de chapelle de Rome,\nje comprends pourquoi, à notre époque, les Belges n'ont plus cette vive\nadmiration que nos parents professaient pour les chœurs des maîtrises\nitaliennes, et, notamment, pour ceux de la ville éternelle. Que de pro-\ngrès sous le rapport du chant sans accompagnement ont été réalisés en\nBelgique depuis une quarantaine d'années ! En iB3o, nous ne possé-\ndions pas trois Sociétés de chœurs. Peu après cette date, MM. de Mar-\nneffe et Lintermans, à Bruxelles, Louis de Clercq, à Gand, les chevaliers\nde Burbure, à Termonde, se mettaient à l'œuvre pour créer des Sociétés\nchorales, et aujourd'hui notre chère Patrie en compte plus qu'elle n'a de\nclochers de paroisses ! Certes, nos chœurs à voix d'hommes seules ne\nconviendront jamais pour l'interprétation du contrepoint ecclésiastique,\ndont les parties de soprani et d'alti constituent des éléments virtuels.\nMais l'expression, la justesse, l'aplomb, l'ensemble, l'antithèse des effets\nont fait des progrès inespérés en Belgique. Il ne serait plus possible,\naujourd'hui, à un directeur belge d'entendre les chœurs d'ltalie sans\nrecevoir, au premier abord, une impression de désappointement. Et cette\nimpression est plus forte encore, parce que nous n'exécutons presque\njamais le contrepoint palestinien, dont les traditions sont perdues dans\nnos contrées depuis un siècle. Or, la musique a, elle aussi,\nses effets de couleur expressive, mais totalement différents de ceux de la\ntransitonie moderne.\nA Rome, les traditions anciennes de l'interprétation du style diatoni-\nque existe encore, mais affaiblies. J'ai été étonné de la lenteur des mou-\nvements imposés dans le chant des fugues. De plus, une chose défec-\ntueuse à tous égards, est la disposition indiquée aux chanteurs dans les\ntribunes. En général, ces tribunes sont élevées au chœur dans une partie\nlatérale d'où le son ne peut se propager d'une manière ample et soute-\nnue. Il en résulte des effets d'écho qu'on éviterait en réunissant les\nchanteurs à l'entrée du chœur ou derrière le maître-autel. Les maîtres"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "233", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.41", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2439, "texte": "de chapelle, au lieu de ranger leurs hommes en demi-cercle, d'où résul-\nterait que chaque partie pourrait entendre ce que chantent les trois\nautres parties, les placent comme suit : les soprani en avant, puis les\nalti, puis les ténors, puis les basses. Évidemment, dans les dispositions\nactuelles, les derniers chantent sans savoir l'effet que produisent devant\neux les voix plus élevées.\nHeureusement que les choristes romains ont un rare talent pour con-\nserver le diapason tonal. Je l'attribue à leur longue habitude de chanter\nsans accompagnement. Sous ce rapport, les maîtrises italiennes sont bien\nsupérieures à celles de notre pays.\nOn fait beaucoup de musique dans le style moderne en l'église princi-\npale des RR. PP. Jésuites. Les puristes, à Rome, en trouvent le genre\ntrop concertant. Je dois me ranger à cet avis quant aux solos de virtuo-\nsité. Mais il ne faut pas oublier que les Pères Jésuites sont encore à peu\nprès les seuls religieux qui aient à cœur d'encourager la composition\nsacrée, et si une restauration de l'art s'accomplit, ce qui est inévitable,\nelle s'intronisera chez eux.\nAucun artiste n'ignore l'intérêt tout spécial que notre Saint-Père le\nPape porte à la musique sacrée. On sait les mesures nombreuses que\nPie IX a prises dans le cours de son long règne pour améliorer cette\nbranche de Fart et la ramener à sa splendeur d'autrefois. Une des meil-\nleures créations du Souverain Pontife est l'institution de l'école de\nchant de San Salvatore in Lauro. En formant les enfants, dès leur bas-\nâge, au service des maîtrises, en utilisant le timbre argentin et frais de\nleurs belles voix, en les faisant concourir aux exécutions de tous les\ndimanches et fêtes, on développe l'émulation dans les générations futures\net la réforme suivra naturellement. Seulement, quand on veut utiliser des\nvoix non formées, il faut faire un choix de morceaux adapté à leurs\nmoyens physiques. Peu de partitions de l'ancienne école romaine leur\nseront accessibles. Ce que je dis ici est tacile à démontrer. Un enfant de\ndix à douze ans ne saisira pas plus la magnificence du contre-point pales-\ntinien qu'il ne déclamera parfaitement les beaux vers du Dante ou qu'il\nne comprendra la grandeur du Moïse de Michel-Ange.\nIl conviendra donc que les compositeurs s'exercent à écrire dans des\nconditions vocales inconnues aux maîtres anciens, ou, pour mieux\ndire, inappliquées par eux.\n\nLe Chevalier VAN ELEWYCK."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-09-01-01-c020", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-09-01_01#c020", "volume": "bmtnabc_1875-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "234", "page_fin": "240", "image_debut": 42, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.2.6", "titre_corps": "VARIA", "titre_sommaire": "VARIA", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 42, "page_imprimee": "234", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.42", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2094, "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nFAITS DIVERS\n\nous avons annoncé dans notre précédent numéro qu'une\nallocation de 10,000 francs avait été votée par le Conseil\nmunicipal de Paris pour encouragement à la musique.\nVoici de quelle façon cette somme sera répartie :\ni° Un prix de 300 francs et un de 200 francs aux deux\ninstituteurs d'écoles communales laïques qui présenteront\nles meilleurs élèves de musique parmi les jeunes garçons\nadmis à cet enseignement 500 francs.\n2° Trois médailles de 500 francs chacune aux établissements libres d'ensei-\ngnement musical qui, par leur bonne organisation, le nombre et le mérite des\nprofesseurs, les matières enseignées, etc., offrent un ensemble de nature\nà élever le niveau de l'instruction musicale en dehors du Conserva-\ntoire i,500 francs.\n3° Un prix annuel de 3,000 francs à l'œuvre musicale la plus remar-\nquable qui se sera révélée en dehors du théâtre (symphonie, oratorio,\netc.) 3,000 francs.\n4° Deux prix de 1,000 francs chacun pour un chant à voix seule, destiné\nà être chanté à l'unisson par le peuple, et un chant à quatre voix destiné aux\norphéons de la Ville de Paris. Ces pièces devront avoir pour objet la gran-\ndeur et l'amour de la patrie. Elles seront l'objet de concours de poésie et de\nmusique. Les poètes recevront chacun 500 fr. pour leur poème. 3,000 francs.\n5° Deux prix de 500 francs chacun aux sociétés chorales particulières qui\nprésenteront le meilleur chœur de femmes 1,000 francs.\n6° Retenue annuelle de 1,000 francs pour couvrir les frais d'examen de\nmusique pour les jeunes filles qui se destinent au professorat. Des diplômes\nde capacité, pour la musique à deux degrés, seront le complément des di-\nplômes délivrés pour l'instruction ordinaire par la Ville de Paris. 1,000 francs.\nLa déclaration suivante, par laquelle est abrogée la section 3de l'article\niv de la convention concernant les droits d'auteur conclue entre la Grande-\nBretagne et la France le 3 novembre jßsl,vient d'être publiée dans la Galette\nofficielle de Londres.\n« Le gouvernement de Sa Majesté la reine du Royaume-Uni de la Grande*"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "235", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.43", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2771, "texte": "Bretagne et d'lrlande et le gouvernement de la République française, désirant\nassurer plus complètement dans chacun des deux pays la protection légale de\nla propriété des œuvres dramatiques et prévenir les difficultés d'interpréta-\ntion que peuvent faire naître les procès contre le plagiat d'ouvrages passant\npour des imitations ou des adaptations faites de bonne foi, sont convenus des\ndispositions suivantes :\n» Est abrogé le paragraphe 3 de l'article iv de la convention du 3 novem-\nbre 1851, concernant la garantie réciproque de la propriété des œuvres\nlittéraires ou artitisques, dont la teneur est comme suit : « Il est entendu\nque la protection stipulée parle présent article n'est pas destinée à empêcher\nles imitations ou les adaptations faites de bonne foi d'œuvres dramatiques à\nla scène, en Angleterre et en France respectivement, mais seulement les tra-\nductions plagiaires. »\n» En conséquence, en décidant les questions de plagiat d'œuvres dramati-\nques, les cours de justice des pays respectifs appliqueront l'article 4 de ladite\nconvention du 3 novembre 1851, comme si le paragraphe 3 sus-énoncé n'y\navait pas été inséré.\n» La présente déclaration aura la même valeur et la même durée que la\nconvention du 3 novembre 1851, à laquelle elle est annexée.\n» En foi de quoi, les soussignés, dûment autorisés à cet effet, ont signé la\nprésente déclaration et y ont apposé leurs sceaux.\n» Fait double à Londres, le 11 août 1875.\n» Signé : DERBY,\n» D'HARCOURT. »\nM. Massenet vient de terminer la partition du Roi de Lahore, opéra en\ntrois actes, paroles de M. L. Gallet.\nLa reprise des Dragons de Villars, à l'Opéra-Comique, redonne une\ncertaine actualité au souvenir suivant, rappelé par Dorante, le courriériste de\nla Patrie :\nC'est à l'École des Beaux-Arts, rue des Petits-Augustins, maintenant\nrue Bonaparte, que les concurrents pour le grand prix de composition musi-\ncale furent d'abord mis en loge. 11 s'agissait d'une réclusion de trente et un\njours.\nDans ces heures d'isolement, quand l'inspiration faisait obstinément défaut\net que la nostalgie de la maison paternelle commençait à gagner l'esprit,\nquelques tempéraments nerveux, mal apaisés par de froides récréations au\nmilieu d'une société sans confidence, parmi des camarades nécessairement\nrivaux, arrivaient facilement à l'exaltation et à la fièvre.\nUn jour, l'un d'eux, pris d'une espèce de délire, déchira en morceaux son\nœuvre terminée, renonçant ainsi au concours et à ses chances.\nLe père Pingard ramassa précieusement les débris de la cantate mutilée,\nles rassembla au moyen d'une infinité de petites bandes de papier végétal, et\nengagea vivement le concurrent désespéré à se présenter au concours.\nCette cantate eut d'embléç et du premier coup le grand prix de composition\nmusicale."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "236", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.44", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2753, "texte": "Elle était d'Aimé Maillart, Fauteur de des Dragons de Villars,\ndes Pêcheurs de Catane et de Lara.\nJohann Strauss travaille en ce moment à remanier la partition d'un\nopéra-bouffe qui a obtenu cet hiver un vif succès dans la capitale de l'Au-\ntriche.\nLe livret allemand est intitulé : Cagliostro à Vienne. La traduction fran-\nçaise s'appellera la : Jeunesse de Cagliostro.\nNous lisons dans le Ménestrel :\nLes répétitions au théâtre de Bayreuth sont terminées, et la petite ville si\nvivante et si animée pendant quelques jours est rentrée dans sa tranquillité\ncoutumière. Les rapports entre le maître et ses visiteurs ont été pleins de\ncordialité, mais madame Cosima Wagner ne leur a pas toujours fait bon vi-\nsage. Elle a brouillé son mari non-seulement avec le ténor Niemann et\nmadame Marianne Brandt, mais encore avec plusieurs journalistes qui avaient\ndéfendu la cause wagnérienne unguibus et rostro. C'est Hans de Bulow qui\ndoit se frotter les mains!\nVoici un document très curieux: c'est le contrat fait entre le duc Sforza\nCesarini, directeur du théâtre de la T'our-Argentine, à Rome, et le maestro\nG. Rossini, pour l'opéra le Barbier de Séville.\nTHEATRE NOBLE DE LA TOUR ARGENTINE.\nRome, i 5 décembre 1815\nLe présent a été fait sous seing privé, mais qui aura la même valeur qu'un\ncontrat enregistré, stipule entre les parties contractantes :\nMonsieur le duc Sforza Cesarini, directeur du susdit théâtre, commande\nau maestro G. Rossini, pour la prochaine saison du carnaval de 1816, lequel\nRossini promet et s'engage à composer et mettre en scène le second opéra\nbouffe qui sera représenté pendant la dite saison au théâtre indiqué, et sur\nle libretto si nouveau ou si ancien qui lui sera donné par le directeur.\nLe maestro Rossini s'engage à remettre la partition à la moitié du mois de\njuin et de l'adapter à la voix des chanteurs, tant pour la bonne réussite de la\nmusique que pour la convenance et les exigences des chanteurs.\nLe maestro Rossini admet aussi et s'engage à se trouver à Rome, pour ré-\npondre au présent contrat, pas plus tard que la fin de décembre courant et\nde remettre à la copie le premier acte de son opéra, parfaitement complet le\n20 juin 1816. Ainsi dit, le 20 juin, afin de pouvoir faire les répétitions\npromptement, et de pouvoir mettre en scène le jour qu'il plaira au directeur,\nlequel a fixé la première représentation vers le cinq février. Le maestro Rossini\ndevra également remettre à la copie, en temps voulu, le second acte de son\nopéra, pour pouvoir être mis en scène le jour ultérieurement indiqué; au-\ntrement le maestro Rossini s'exposerait à tous les dommages, parce qu'il doii\nen être ainsi et pas autrement.\nLe maestro Rossini sera en outre obligé de diriger son opéra selon l'usage,"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "237", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.45", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 3139, "texte": "et d'assister personnellement à toutes les répétitions de chant et d'orchestre,\ntoutes les fois que cela sera nécessaire, tant au théâtre qu'autre part, à la vo-\nlonté du directeur; il s'oblige encore à assister aux trois premières représen-\ntations qui seront données consécutivement et en diriger l'exécution à\nl'orchestre, etc., etc., parce qu'il doit en être ainsi et pas autrement.\nEn récompense de ses fatigues, le duc Sforza Gesarini s'oblige à lui payer\nla somme et quantité de trois cents écus romains après les trois premières re-\nprésentations, qu'il devra diriger à l'orchestre.\nIl est convenu qu'en cas d'interdiction ou de clôture du théâtre, soit par\nle fait des autorités, soit pour tout autre motif imprévu, il sera fait suivant\nles habitudes des autres théâtres de Rome.\nPour garantir l'entier assentiment au premier contrat, il sera signé par le\ndirecteur susdit et par le maestro G. Rossini ; de plus, le directeur accorde le\nlogement au maestro Rossini pour tout le temps du contrat dans la même\nmaison assignée à M. Luigi Zamboni.\n« Dans un coin ignoré du vieux Paris, dit M. F. Oswald, du Gaulois,\nvivent un vieillard de quatre-vingt-dix ans et sa fille, vieille demoiselle, qui\nn'a eu en sa vie qu'une passion, la musique, et qu'un amour, le chevalier\nGluck, amour innocent et respectable s'il en fut. Lisant un jour les pages de\nBerlioz sur le créateur vénéré de la musique dramatique en France, pages\ndébordantes d'enthousiasme, un passage la frappa, celui où le compositeur\nfrançais s'écrie : « Il ne se trouve donc pas un prince soi-disant protecteur\n« des arts assez riche pour venger la mémoire de Gluck des vulgaires éditions\n« qu'on a infligées à ses partitions, et nous rendre dans leur splendeur pre-\n« mière ces œuvres qui sont notre livre sacré ? » La vieille demoiselle se dit:\nPuisque ce prince-là ne s'est point rencontré, c'est moi qui élèverai ce monu-\nment à la gloire de mon chevalier ! On fit le compte de la fortune du respec-\ntable ménage, du vieillard et de sa fille, on en déduisit le nécessaire pour la\nvie de tous deux. Quarante mille francs restaient disponibles : Gluck sera\nvengé des éditions profanes! L'édition est commencée, une des œuvres a déjà\nparu. » Ajoutons à notre tour que cette noble et courageuse enthousiaste se\nnomme mademoiselle Pelletan, et qu'elle est la nièce du député de la Seine\nqui porte le même nom.\nLa Société des auteurs et compositeurs dramatiques vient enfin d'étendre\nson action dans les pays étrangers. Jusqu'ici la Belgique et la Suisse seules\npayaient des droits pour la représentation des œuvres françaises ; cette lacune\nregrettable va être comblée. Voici la lettre circulaire que le comité de la\nSociété vient d'adresser aux directeurs des théâtres étrangers :\n« Paris, le août ißys.\n« Monsieur le Directeur,\na Nous avons l'honneur de vous informer que la Société des auteurs et\ncompositeurs dramatiques de France vient de créeruneAgence internationale\nà Paris, rue Saint-Marc, 30, au siège social.\n« Cette Société, dont nous sommes les mandataires, renferme dans son sein\ntous les auteurs et compositeurs dramatiques de France, sans exception."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "238", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.46", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2576, "texte": "« Elle a été fondée il y a quarante-six ans, et, depuis cette époque, elle\nfonctionne régulièrement et légalement.\n« La Société des auteurs et compositeurs dramatiques est constituée par\nacte passé devant Me 1 homas et son collègue, notaires à Paris, en date du\n18 novembre 1837.\n« Elle charge une Commission élue de défendre ses intérêts et elle confie\nà une agence le soin de percevoir ses droits.\n« Les deux titulaires de cette agence sont MM. Peragallo et Roger, demeu-\nrant à Paris, rue Saint-Marc, 30. Ce sont eux qui agissent pour nous dans\ntoute la France. C'est à eux seuls que nous venons de confier la direction de\nnotre Agence internationale.\n« En créant cette agence, nous avons un double but :\n« Faciliter 1 échange de nos relations avec les directeurs des théâtres\nétrangers.\n« Supprimer les charges que nécessitait le concours des intermédiaires.\n« Depuis quelques années, les directeurs étrangers ont compris qu'il était\nde leur intérêt de s'assurer le droit régulier de représenter les œuvres fran-\nçaises.\n<( Aussi, dès qu'une œuvre était représentée à Paris, ou seulement annoncée\ndans les journaux, cherchaient-ils les moyens de traiter avec l'auteur. Ces\nnégociations n'ont pas toujours eu des résultats satisfaisants pour les direc-\nteurs étrangers qui, jusqu'à présent, étaient forcés de s'adresser à des inter-\nmédiaires dont le concours leur était onéreux.\n« Aujourd'hui, grâce à notre Agence internationale, les directeurs sauront\nsûrement à qui s'adresser et n'auront plus à craindre ni retards, ni frais ex-\ncessifs.\n« Dès qu'une œuvre française sera jouée ici ou annoncée dans les journaux,\nils pourront se mettre directement en relations avec MM. Péragallo et Roger.\n« Une fois les conditions débattues et acceptées, nos agents ont tout pou-\nvoir pour en assurer l'exécution par l'entremise de leurs correspondants\ndans toutes les grandes villes d'Europe et d'Amérique.\n« Nous espérons, Monsieur, que vous comprendrez les avantages qui\ndoivent résulter pour vous de la création de cette Agence internationale, et\nque vous voudrez bien entrer en relations directes avec nos agents généraux,\nque nous accréditons auprès de vous.\n« Agréez, etc.\n« Pour la Commission des Auteurs et Compositeurs dramatiques, composée\nde MM. CAMILLE DOUCET, président; FERDINAND DUGUÉ, MICHEL\nMASSON, JULES BARBIER, vice-présidents; HENRI BECQUE, HENRI DE\nBORNIER, EDOUARD CADOL, ALFRED DURU, EUGÈNE LABICHE, CHARLES\nDE LA ROUNAT, CHARLES LECOCQ, LOUIS LÈROY, ÉMILE DE NAJAC,\nEDOUARD PAILLERON, THÉOPHILE SEMET;\n\nLe Président,\nCamille Doucet. »"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "239", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.47", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 1864, "texte": "NOUVELLES\n\nARIS. Opéra. Madame Gueymard fera sa rentrée le ier septem-\nbre dans les Huguenots, madame Garvalho le 6, dans Faust, et\nM. Faure le i 5, dans Hamlet. Mademoiselle de Reszké reprendra\nle rôle de Marguerite de Fausty après madame Garvalho. Don Juan\nne passera qu'au mois d'octobre.\n—On parle de transporter à l'Opéra Rigoletto, pour M. Faure.\n—En attendant, les études de Jeanne d'Arc continuent. Les ensembles\nsont sus, mais les répétitions avec les sujets ne commenceront qu'en octobre.\nM. Mermet a supprimé le personnage d'lsabeau de Bavière.\nVoici la distribution des principaux rôles :\nCharles VII Faure\nJeanne d'Arc Mlle 'Krauss\nAgnès Sorel Mme Carvalho\nOpéra-ComiqueUn jeune ténor, M. Valdejo, sorti du Conservatoire il y a\ndeux ans, vient de faire de très bons débuts dans Zampa et la Dame blanche. Il\nest engagé à Lyon pour toute la saison d'hiver, après quoi, il reviendra pren-\ndre sa place à l'Opéra-Comique. Il continuera ses débuts dans l'Éclair,\nd'Halévy.\n- M. Lucien Collin vient d'être engagé par M. du Locle. Ce jeune artiste,\npremier prix d'harmonie au Conservatoire, était attaché depuis trois ans à\nl'orchestre de l'Opéra-Comique en qualité de premier cornet à pistons.\nVoici la distribution du Val d'Andorre, que l'Opéra-Comique va repren-\ndre prochainement :\nJacques Sincère Obin\nStéphan Stéphan\nSaturnin Caisso\nLe Joyeux Barré\nLendormi Teste\nLe Syndic Dufriche\nRose-de-Mai Mmes Chapuy\nGeorgette Ducasse\nThérésa Vidal\nM. Stéphan vient de Troyes, où il chantait les ténors de demi-caractère\ndans le grand opéra\nM. Caisso est un des lauréats de cette année au Conservatoire.\nMademoiselle Vidal a joué l'an dernier, à l'Opéra-Populaire, le rôle de\nPhryné dans les Amours du diable.\nThéâtre-Lyrique. M. Arsène Houssaye renonce à la direction du Théâtre-\nLyrique. Il est remplacé par M. Campo-Casso, l'ancien directeur du Théâtre"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "240", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.48", "debut_caractere": 117, "fin_caractere_exclue": 1153, "texte": "de la Monnaie à Bruxelles. Mais M. Campo-Casso sera-t-il plus heureux que\nson prédécesseur et parviendra-t-il à trouver un théâtre en temps utile ?\nNous en doutons.\nBouffes-Parisiens. La réouverture de ce théâtre aura lieu aujourd'hui avec\nla Jolie Parfumeuse pour la rentrée de madame Théo et de M. Daubray. Le\nrôle de Bavolet servira de début à mademoiselle Zélie Weill et celui de Poirot\nà M. Colombey.\nLa pièce a été remontée à neuf, et le personnel des coryphées et des\nchœurs complètement renouvelé.\nAprès la Jolie Parfumeuse, viendra un spectacle composé de trois pièces\nen un acte pour mesdames Théo, Luce, Couturier, MM. Daubray et Co-\nlombey.\nQuant à la Créole, on attend madame Judic pour en faire la lecture, et la\npièce passera du 15 au 20 octobre.\nMadame Théo a renouvelé son engagement pour trois ans.\nFolies-Dramatique s. Aujourd'hui, pour la réouverture, reprise des\nCent Vierges avec la distribution que nous avons donnée dans un pré-\ncédent numéro.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-09-01-01-c022", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-09-01_01#c022", "volume": "bmtnabc_1875-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "234", "page_fin": "238", "image_debut": 42, "image_fin": 46, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.2.6.2", "titre_corps": "FAITS DIVERS", "titre_sommaire": "FAITS DIVERS", "signature_source": "Le Président, Camille Doucet. »", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 42, "page_imprimee": "234", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.42", "debut_caractere": 52, "fin_caractere_exclue": 2094, "texte": "FAITS DIVERS\n\nous avons annoncé dans notre précédent numéro qu'une\nallocation de 10,000 francs avait été votée par le Conseil\nmunicipal de Paris pour encouragement à la musique.\nVoici de quelle façon cette somme sera répartie :\ni° Un prix de 300 francs et un de 200 francs aux deux\ninstituteurs d'écoles communales laïques qui présenteront\nles meilleurs élèves de musique parmi les jeunes garçons\nadmis à cet enseignement 500 francs.\n2° Trois médailles de 500 francs chacune aux établissements libres d'ensei-\ngnement musical qui, par leur bonne organisation, le nombre et le mérite des\nprofesseurs, les matières enseignées, etc., offrent un ensemble de nature\nà élever le niveau de l'instruction musicale en dehors du Conserva-\ntoire i,500 francs.\n3° Un prix annuel de 3,000 francs à l'œuvre musicale la plus remar-\nquable qui se sera révélée en dehors du théâtre (symphonie, oratorio,\netc.) 3,000 francs.\n4° Deux prix de 1,000 francs chacun pour un chant à voix seule, destiné\nà être chanté à l'unisson par le peuple, et un chant à quatre voix destiné aux\norphéons de la Ville de Paris. Ces pièces devront avoir pour objet la gran-\ndeur et l'amour de la patrie. Elles seront l'objet de concours de poésie et de\nmusique. Les poètes recevront chacun 500 fr. pour leur poème. 3,000 francs.\n5° Deux prix de 500 francs chacun aux sociétés chorales particulières qui\nprésenteront le meilleur chœur de femmes 1,000 francs.\n6° Retenue annuelle de 1,000 francs pour couvrir les frais d'examen de\nmusique pour les jeunes filles qui se destinent au professorat. Des diplômes\nde capacité, pour la musique à deux degrés, seront le complément des di-\nplômes délivrés pour l'instruction ordinaire par la Ville de Paris. 1,000 francs.\nLa déclaration suivante, par laquelle est abrogée la section 3de l'article\niv de la convention concernant les droits d'auteur conclue entre la Grande-\nBretagne et la France le 3 novembre jßsl,vient d'être publiée dans la Galette\nofficielle de Londres.\n« Le gouvernement de Sa Majesté la reine du Royaume-Uni de la Grande*"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "235", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.43", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2771, "texte": "Bretagne et d'lrlande et le gouvernement de la République française, désirant\nassurer plus complètement dans chacun des deux pays la protection légale de\nla propriété des œuvres dramatiques et prévenir les difficultés d'interpréta-\ntion que peuvent faire naître les procès contre le plagiat d'ouvrages passant\npour des imitations ou des adaptations faites de bonne foi, sont convenus des\ndispositions suivantes :\n» Est abrogé le paragraphe 3 de l'article iv de la convention du 3 novem-\nbre 1851, concernant la garantie réciproque de la propriété des œuvres\nlittéraires ou artitisques, dont la teneur est comme suit : « Il est entendu\nque la protection stipulée parle présent article n'est pas destinée à empêcher\nles imitations ou les adaptations faites de bonne foi d'œuvres dramatiques à\nla scène, en Angleterre et en France respectivement, mais seulement les tra-\nductions plagiaires. »\n» En conséquence, en décidant les questions de plagiat d'œuvres dramati-\nques, les cours de justice des pays respectifs appliqueront l'article 4 de ladite\nconvention du 3 novembre 1851, comme si le paragraphe 3 sus-énoncé n'y\navait pas été inséré.\n» La présente déclaration aura la même valeur et la même durée que la\nconvention du 3 novembre 1851, à laquelle elle est annexée.\n» En foi de quoi, les soussignés, dûment autorisés à cet effet, ont signé la\nprésente déclaration et y ont apposé leurs sceaux.\n» Fait double à Londres, le 11 août 1875.\n» Signé : DERBY,\n» D'HARCOURT. »\nM. Massenet vient de terminer la partition du Roi de Lahore, opéra en\ntrois actes, paroles de M. L. Gallet.\nLa reprise des Dragons de Villars, à l'Opéra-Comique, redonne une\ncertaine actualité au souvenir suivant, rappelé par Dorante, le courriériste de\nla Patrie :\nC'est à l'École des Beaux-Arts, rue des Petits-Augustins, maintenant\nrue Bonaparte, que les concurrents pour le grand prix de composition musi-\ncale furent d'abord mis en loge. 11 s'agissait d'une réclusion de trente et un\njours.\nDans ces heures d'isolement, quand l'inspiration faisait obstinément défaut\net que la nostalgie de la maison paternelle commençait à gagner l'esprit,\nquelques tempéraments nerveux, mal apaisés par de froides récréations au\nmilieu d'une société sans confidence, parmi des camarades nécessairement\nrivaux, arrivaient facilement à l'exaltation et à la fièvre.\nUn jour, l'un d'eux, pris d'une espèce de délire, déchira en morceaux son\nœuvre terminée, renonçant ainsi au concours et à ses chances.\nLe père Pingard ramassa précieusement les débris de la cantate mutilée,\nles rassembla au moyen d'une infinité de petites bandes de papier végétal, et\nengagea vivement le concurrent désespéré à se présenter au concours.\nCette cantate eut d'embléç et du premier coup le grand prix de composition\nmusicale."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "236", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.44", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2753, "texte": "Elle était d'Aimé Maillart, Fauteur de des Dragons de Villars,\ndes Pêcheurs de Catane et de Lara.\nJohann Strauss travaille en ce moment à remanier la partition d'un\nopéra-bouffe qui a obtenu cet hiver un vif succès dans la capitale de l'Au-\ntriche.\nLe livret allemand est intitulé : Cagliostro à Vienne. La traduction fran-\nçaise s'appellera la : Jeunesse de Cagliostro.\nNous lisons dans le Ménestrel :\nLes répétitions au théâtre de Bayreuth sont terminées, et la petite ville si\nvivante et si animée pendant quelques jours est rentrée dans sa tranquillité\ncoutumière. Les rapports entre le maître et ses visiteurs ont été pleins de\ncordialité, mais madame Cosima Wagner ne leur a pas toujours fait bon vi-\nsage. Elle a brouillé son mari non-seulement avec le ténor Niemann et\nmadame Marianne Brandt, mais encore avec plusieurs journalistes qui avaient\ndéfendu la cause wagnérienne unguibus et rostro. C'est Hans de Bulow qui\ndoit se frotter les mains!\nVoici un document très curieux: c'est le contrat fait entre le duc Sforza\nCesarini, directeur du théâtre de la T'our-Argentine, à Rome, et le maestro\nG. Rossini, pour l'opéra le Barbier de Séville.\nTHEATRE NOBLE DE LA TOUR ARGENTINE.\nRome, i 5 décembre 1815\nLe présent a été fait sous seing privé, mais qui aura la même valeur qu'un\ncontrat enregistré, stipule entre les parties contractantes :\nMonsieur le duc Sforza Cesarini, directeur du susdit théâtre, commande\nau maestro G. Rossini, pour la prochaine saison du carnaval de 1816, lequel\nRossini promet et s'engage à composer et mettre en scène le second opéra\nbouffe qui sera représenté pendant la dite saison au théâtre indiqué, et sur\nle libretto si nouveau ou si ancien qui lui sera donné par le directeur.\nLe maestro Rossini s'engage à remettre la partition à la moitié du mois de\njuin et de l'adapter à la voix des chanteurs, tant pour la bonne réussite de la\nmusique que pour la convenance et les exigences des chanteurs.\nLe maestro Rossini admet aussi et s'engage à se trouver à Rome, pour ré-\npondre au présent contrat, pas plus tard que la fin de décembre courant et\nde remettre à la copie le premier acte de son opéra, parfaitement complet le\n20 juin 1816. Ainsi dit, le 20 juin, afin de pouvoir faire les répétitions\npromptement, et de pouvoir mettre en scène le jour qu'il plaira au directeur,\nlequel a fixé la première représentation vers le cinq février. Le maestro Rossini\ndevra également remettre à la copie, en temps voulu, le second acte de son\nopéra, pour pouvoir être mis en scène le jour ultérieurement indiqué; au-\ntrement le maestro Rossini s'exposerait à tous les dommages, parce qu'il doii\nen être ainsi et pas autrement.\nLe maestro Rossini sera en outre obligé de diriger son opéra selon l'usage,"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "237", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.45", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 3139, "texte": "et d'assister personnellement à toutes les répétitions de chant et d'orchestre,\ntoutes les fois que cela sera nécessaire, tant au théâtre qu'autre part, à la vo-\nlonté du directeur; il s'oblige encore à assister aux trois premières représen-\ntations qui seront données consécutivement et en diriger l'exécution à\nl'orchestre, etc., etc., parce qu'il doit en être ainsi et pas autrement.\nEn récompense de ses fatigues, le duc Sforza Gesarini s'oblige à lui payer\nla somme et quantité de trois cents écus romains après les trois premières re-\nprésentations, qu'il devra diriger à l'orchestre.\nIl est convenu qu'en cas d'interdiction ou de clôture du théâtre, soit par\nle fait des autorités, soit pour tout autre motif imprévu, il sera fait suivant\nles habitudes des autres théâtres de Rome.\nPour garantir l'entier assentiment au premier contrat, il sera signé par le\ndirecteur susdit et par le maestro G. Rossini ; de plus, le directeur accorde le\nlogement au maestro Rossini pour tout le temps du contrat dans la même\nmaison assignée à M. Luigi Zamboni.\n« Dans un coin ignoré du vieux Paris, dit M. F. Oswald, du Gaulois,\nvivent un vieillard de quatre-vingt-dix ans et sa fille, vieille demoiselle, qui\nn'a eu en sa vie qu'une passion, la musique, et qu'un amour, le chevalier\nGluck, amour innocent et respectable s'il en fut. Lisant un jour les pages de\nBerlioz sur le créateur vénéré de la musique dramatique en France, pages\ndébordantes d'enthousiasme, un passage la frappa, celui où le compositeur\nfrançais s'écrie : « Il ne se trouve donc pas un prince soi-disant protecteur\n« des arts assez riche pour venger la mémoire de Gluck des vulgaires éditions\n« qu'on a infligées à ses partitions, et nous rendre dans leur splendeur pre-\n« mière ces œuvres qui sont notre livre sacré ? » La vieille demoiselle se dit:\nPuisque ce prince-là ne s'est point rencontré, c'est moi qui élèverai ce monu-\nment à la gloire de mon chevalier ! On fit le compte de la fortune du respec-\ntable ménage, du vieillard et de sa fille, on en déduisit le nécessaire pour la\nvie de tous deux. Quarante mille francs restaient disponibles : Gluck sera\nvengé des éditions profanes! L'édition est commencée, une des œuvres a déjà\nparu. » Ajoutons à notre tour que cette noble et courageuse enthousiaste se\nnomme mademoiselle Pelletan, et qu'elle est la nièce du député de la Seine\nqui porte le même nom.\nLa Société des auteurs et compositeurs dramatiques vient enfin d'étendre\nson action dans les pays étrangers. Jusqu'ici la Belgique et la Suisse seules\npayaient des droits pour la représentation des œuvres françaises ; cette lacune\nregrettable va être comblée. Voici la lettre circulaire que le comité de la\nSociété vient d'adresser aux directeurs des théâtres étrangers :\n« Paris, le août ißys.\n« Monsieur le Directeur,\na Nous avons l'honneur de vous informer que la Société des auteurs et\ncompositeurs dramatiques de France vient de créeruneAgence internationale\nà Paris, rue Saint-Marc, 30, au siège social.\n« Cette Société, dont nous sommes les mandataires, renferme dans son sein\ntous les auteurs et compositeurs dramatiques de France, sans exception."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "238", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.46", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2576, "texte": "« Elle a été fondée il y a quarante-six ans, et, depuis cette époque, elle\nfonctionne régulièrement et légalement.\n« La Société des auteurs et compositeurs dramatiques est constituée par\nacte passé devant Me 1 homas et son collègue, notaires à Paris, en date du\n18 novembre 1837.\n« Elle charge une Commission élue de défendre ses intérêts et elle confie\nà une agence le soin de percevoir ses droits.\n« Les deux titulaires de cette agence sont MM. Peragallo et Roger, demeu-\nrant à Paris, rue Saint-Marc, 30. Ce sont eux qui agissent pour nous dans\ntoute la France. C'est à eux seuls que nous venons de confier la direction de\nnotre Agence internationale.\n« En créant cette agence, nous avons un double but :\n« Faciliter 1 échange de nos relations avec les directeurs des théâtres\nétrangers.\n« Supprimer les charges que nécessitait le concours des intermédiaires.\n« Depuis quelques années, les directeurs étrangers ont compris qu'il était\nde leur intérêt de s'assurer le droit régulier de représenter les œuvres fran-\nçaises.\n<( Aussi, dès qu'une œuvre était représentée à Paris, ou seulement annoncée\ndans les journaux, cherchaient-ils les moyens de traiter avec l'auteur. Ces\nnégociations n'ont pas toujours eu des résultats satisfaisants pour les direc-\nteurs étrangers qui, jusqu'à présent, étaient forcés de s'adresser à des inter-\nmédiaires dont le concours leur était onéreux.\n« Aujourd'hui, grâce à notre Agence internationale, les directeurs sauront\nsûrement à qui s'adresser et n'auront plus à craindre ni retards, ni frais ex-\ncessifs.\n« Dès qu'une œuvre française sera jouée ici ou annoncée dans les journaux,\nils pourront se mettre directement en relations avec MM. Péragallo et Roger.\n« Une fois les conditions débattues et acceptées, nos agents ont tout pou-\nvoir pour en assurer l'exécution par l'entremise de leurs correspondants\ndans toutes les grandes villes d'Europe et d'Amérique.\n« Nous espérons, Monsieur, que vous comprendrez les avantages qui\ndoivent résulter pour vous de la création de cette Agence internationale, et\nque vous voudrez bien entrer en relations directes avec nos agents généraux,\nque nous accréditons auprès de vous.\n« Agréez, etc.\n« Pour la Commission des Auteurs et Compositeurs dramatiques, composée\nde MM. CAMILLE DOUCET, président; FERDINAND DUGUÉ, MICHEL\nMASSON, JULES BARBIER, vice-présidents; HENRI BECQUE, HENRI DE\nBORNIER, EDOUARD CADOL, ALFRED DURU, EUGÈNE LABICHE, CHARLES\nDE LA ROUNAT, CHARLES LECOCQ, LOUIS LÈROY, ÉMILE DE NAJAC,\nEDOUARD PAILLERON, THÉOPHILE SEMET;\n\nLe Président,\nCamille Doucet. »"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-09-01-01-c024", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-09-01_01#c024", "volume": "bmtnabc_1875-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "239", "page_fin": "240", "image_debut": 47, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.2.6.3", "titre_corps": "NOUVELLES", "titre_sommaire": "NOUVELLES", "signature_source": "Pour l'article Varia : Le Secrétaire de la Rédaction, O. LE TRIOUX", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 47, "page_imprimee": "239", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.47", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 1864, "texte": "NOUVELLES\n\nARIS. Opéra. Madame Gueymard fera sa rentrée le ier septem-\nbre dans les Huguenots, madame Garvalho le 6, dans Faust, et\nM. Faure le i 5, dans Hamlet. Mademoiselle de Reszké reprendra\nle rôle de Marguerite de Fausty après madame Garvalho. Don Juan\nne passera qu'au mois d'octobre.\n—On parle de transporter à l'Opéra Rigoletto, pour M. Faure.\n—En attendant, les études de Jeanne d'Arc continuent. Les ensembles\nsont sus, mais les répétitions avec les sujets ne commenceront qu'en octobre.\nM. Mermet a supprimé le personnage d'lsabeau de Bavière.\nVoici la distribution des principaux rôles :\nCharles VII Faure\nJeanne d'Arc Mlle 'Krauss\nAgnès Sorel Mme Carvalho\nOpéra-ComiqueUn jeune ténor, M. Valdejo, sorti du Conservatoire il y a\ndeux ans, vient de faire de très bons débuts dans Zampa et la Dame blanche. Il\nest engagé à Lyon pour toute la saison d'hiver, après quoi, il reviendra pren-\ndre sa place à l'Opéra-Comique. Il continuera ses débuts dans l'Éclair,\nd'Halévy.\n- M. Lucien Collin vient d'être engagé par M. du Locle. Ce jeune artiste,\npremier prix d'harmonie au Conservatoire, était attaché depuis trois ans à\nl'orchestre de l'Opéra-Comique en qualité de premier cornet à pistons.\nVoici la distribution du Val d'Andorre, que l'Opéra-Comique va repren-\ndre prochainement :\nJacques Sincère Obin\nStéphan Stéphan\nSaturnin Caisso\nLe Joyeux Barré\nLendormi Teste\nLe Syndic Dufriche\nRose-de-Mai Mmes Chapuy\nGeorgette Ducasse\nThérésa Vidal\nM. Stéphan vient de Troyes, où il chantait les ténors de demi-caractère\ndans le grand opéra\nM. Caisso est un des lauréats de cette année au Conservatoire.\nMademoiselle Vidal a joué l'an dernier, à l'Opéra-Populaire, le rôle de\nPhryné dans les Amours du diable.\nThéâtre-Lyrique. M. Arsène Houssaye renonce à la direction du Théâtre-\nLyrique. Il est remplacé par M. Campo-Casso, l'ancien directeur du Théâtre"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "240", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.48", "debut_caractere": 117, "fin_caractere_exclue": 1153, "texte": "de la Monnaie à Bruxelles. Mais M. Campo-Casso sera-t-il plus heureux que\nson prédécesseur et parviendra-t-il à trouver un théâtre en temps utile ?\nNous en doutons.\nBouffes-Parisiens. La réouverture de ce théâtre aura lieu aujourd'hui avec\nla Jolie Parfumeuse pour la rentrée de madame Théo et de M. Daubray. 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La\nbrochure dont je veux parler est donc simplement, dans un format plus\nrestreint, l'analogue de celle que publie chaque année l'Académie des\nBeaux-Arts, et elle porte ce titre : N\n\nIX.\n13"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "194", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.2", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nBeaux-Arts de llnstitut national pendant Van xn (1803-1804)., lue à\nla séance publique du 7 vendémiaire an XIII, par Joachim Le Breton,\nsecrétaire perpétuel de la classe, membre de celle d'Histoire et de Litté-\nrature ancienne, et de la Légion d'honneur.\nNous allons, si vous le voulez bien, extraire de ce document intéres-\nsant les documents importants qui se rapportent à la musique.\nA cette époque, le grand prix de composition musicale, connu sous le\nnom de grand prix de Rome, et dont le jugement était réservé à la classe\ndes Beaux-Arts, était récemment institué; il avait été décerné pour la\npremière fois Tannée précédente, et le règlement relatif aux travaux des\nélèves envoyés à Rome venait seulement d'être élaboré. L'académicien\nrapporteur s'exprime ainsi à ce sujet :\n« Le ministre de l'lntérieur a prescrit au directeur de l'école de\nRome de faire exécuter un règlement pour les musiciens compositeurs,\npensionnaires à la même école. La classe espère qu'il contribuera à nous\nformer de grands maîtres. »\nLa prétention de la classe était sans doute excessive, car les grands\nmaîtres, généralement, ne se forment pas à Y aide de simples règlements.\nToutefois, il faut convenir que celui-ci avait du bon :\nt( Il oblige les pensionnaires musiciens à envoyer, chaque année, à la\nclasse des Beaux-Arts : i° l'analyse des principaux ouvrages d'un célèbre\ncompositeur italien, en commençant par Palestrina, fondateur de l'école ;\n20 une scène italienne, de leur composition, dont les paroles seront prises\ndans Métastase ; 3° une scène française dont les paroles seront données\npar la classe des Beaux-Arts ; 40 un morceau de musique, à quatre par-\nties, la première année ; à cinq, la seconde année ; à six, la troisième\nannée ; à sept, la quatrième; à huit, la cinquième et dernière année.\n« Dans toutes les villes d'ltalie où ils séjourneront quelque temps, ils\nrecueilleront les airs populaires les plus anciens, en s'appliquant à la\nrecherche des particularités traditionnelles qui pourront contribuer à en\nexpliquer l'origine et l'usage. Ces recherches serviront de matière à une\nnotice historique qui sera placée à la tête de chaque recueil.\ncc A l'expiration de leur première année de séjour en Italie, les musi-\nciens compositeurs ne pourront plus correspondre avec le bureau de la\nclasse des Beaux-Arts qu'en langue italienne.\n« Ils pourront quitter Rome pour résider et étudier dans les villes\nd'ltalie qui offrent des ressources à leur art par la variété des genres et\ndu goût. Mais la classe des Beaux-Arts de l'lnstitut ne déterminera\nl'époque et la durée de ce déplacement que d?après un rapport de la sec-\ntion de musique sur le caractère du talent de chaque compositeur. »"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "195", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.3", "texte": "LES PRIX DE ROME\n\nIl y avait bien quelques puérilités, mais il y avait aussi de sages me-\nsures dans ces obligations imposées aux élèves de notre école de Rome.\nL'étude des vieux maîtres italiens, étude forcée, puisqu'on exigeait de\nl'élève un rapport détaillé ; étude féconde, puisque ce rapport était forcé-\nment critique et analytique et l'obligeait ainsi à formuler ses impres-\nsions d'une façon nette, à se rendre un compte exact de ses sensations ;\nles recherches relatives aux chants populaires, qui portaient son esprit\nsur une branche de l'art toute différente, et fécondaient son intelligence par\nla comparaison ; l'obligation, non-seulement d'apprendre, mais de savoir\nla langue italienne, de façon à l'écrire correctement au bout d'une année,\ntout cela était excellent.\nEn cette année 1804, il n'y eut pas de grand prix de composition\nmusicale, mais seulement deux seconds prix. Le rapporteur le fait remar-\nquer en ces termes, d'ailleurs peu littéraires :\n« Le concours pour le grand prix de composition musicale présente\ncette particularité qu il a obtenu deux seconds prix, et n'a point atteint\nle premier. Voici les motifs de ce jugement :\n« Quoique les compositions des deux concurrents soient d'un mérite\ndistingué, on a cru qu'à leur âge il serait plus utile de les laisser conti-\nnuer, pendant une année encore, les études classiques qui fondent les\ngrands succès. Mais il a paru extrêmement difficile d'assigner un degré\nde supériorité assez marqué, pour ravir la couronne à l'un en faveur de\n1 autre. L'avantage que le premier aurait pu mériter, sous un rapport\nessentiel, serait réclamé par un mérite d'un autre genre, non moins\nessentiel, dans le second (1), »\nEn faisant pressentir que, par ce fait même, le prochain concours de\ncomposition musicale serait sans doute très brillant, le rapporteur annon-\n\n(1) Ces deux seconds prix étaient décernés à Ferdinand Gasse et à Victor Dourlen,\nle premier âgé de vingt-quatre ans, le second de vingt-trois ans et demi. L'année\nsuivante, tous deux obtinrent le premier prix, mais Tordre était renversé, et Dour-\nlen était cette fois nommé le premier. La cantate était la même pour les deux\nannées; elle était d'Arnault, et le sujet peint bien l'époque : Cupidon pleurant Psyché.\nVioloniste distingué, Gasse, qui était élève de Gossec, fit représenter à Naples, à la\nsuite de son séjour réglementaire en Italie, un opéra bouffe intitulé la Finta\nZingara. De retour en France, il entra à l'orchestre de l'Opéra, publia un certain\nnombre de compositions pour le violon, et fit représenter trois ouvrages à l'Opéra-\nComique. On ignore la date de sa mort. Elève aussi de Gossec, Dourlen, av.mt\nson départ pour Rome, donna à l'Opéra-Comique son premier ouvrage, Philoclès„\nPlus tard, il en fit représenter plusieurs autres. Mais c'est surtout comme théoricien,\ncomme professeur d'harmonie au Conservatoire, comme auteur d'ouvrages didacti-\nques, entre autres un excellent traité d'harmonie, qu'il s'est fait une grande répu-\ntation. Dourlen est mort en 1864, âgé de près de quatre-vingt-cinq ans."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "196", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.4", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nçait à ses collègues une nouvelle très fâcheuse, la mort prématurée du\njeune Androt, couronné l'année précédente, le premier musicien français\nqui avait obtenu le prix de Rome et profité des dispositions du règlement\nde l'lnstitut à cet égard :\n« L'École française des Beaux-Arts, à Rome, continuait donc Le Bre-\nton, attendra avec impatience ce concours qui doit la consoler de la\nperte cruelle qu'elle vient de faire. Elle est venue de ce jeune musicien\nque nous couronnâmes, il y a un an, dans cette auguste enceinte, et qui\navait déjà dépassé les hautes espérances que nous en avions conçues.\nVous applaudîtes alors à sa première composition, fruit d'un concours\nde quelques jours; vous allez entendre ses derniers accens, dans le mor-\nceau d'étude qu'il nous a envoyé, pour satisfaire à un de ses devoirs, et\nqu'il composa peu de jours avant sa mort. Mais quelle différence, Mes-\nsieurs, dans vos sensations et les nôtres ! Le laurier d'Apollon dont nous\nceignîmes sa tête, l'espoir qui réalise d'avance les succès de l'avenir, la\ntendre bienveillance, tous les sentiments généreux qui s'attachent aux\njeunes talents, et qui leur composent une seconde couronne plus belle\nque toutes les autres, sont changés en une branche de cyprès et en un\nsentiment de deuil! Vous le ressentez surtout, vous, maîtres qui le for-\nmâtes en peu d'années, condisciples qui l'estimiez pour la douceur de\nses mœurs et l'honnêteté de son âme, plus encore que pour son talent.\nMais quelle que soit votre douleur, elle ne surpassera point celle du\nvénérable Guglielmi, l'honneur de votre art à Rome, et qui l'avait comme\nadopté pour fils, celle du directeur et des pensionnaires de l'école de\nRome, et de notre ambassadeur, S. E. le cardinal Fesch, qui ne l'a pas\nquitté dans ses derniers moments, et lui a donné les plus touchants\ntémoignages d'intérêt et de bonté.\n« La correspondance de Rome, à cette époque, représente cette perte\ncomme un sujet de regret général. C'est ainsi qu'on en a écrit au précé-\ndent ambassadeur, le sénateur Cacault; c'est ainsi que s'expriment les\nautres pensionnaires, ses dignes émules de gloire, dans 1 epanchement\nde l'intimité.\n« Albert-Auguste Androt était né à Paris en 1781, Il fut admis, en\nl'an v, au Conservatoire de musique, à l'étude du solfège. En l'an VII, il\nentra dans la classe d'harmonie dont M. Catel est professeur, et il rem-\nporta le premier prix de ce cours. En l'an VIII, il passa dans la classe de\ncomposition de M. Gossec. Pendant l'an xi, il fut répétiteur d'une classe\nd'harmonie, sous la surveillance de M. Catel. Dans cette même année, il\nremporta le prix de composition que donne le Conservatoire, et concou-\nrut pour le grand prix de composition musicale proposé par la classe des"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "197", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.5", "texte": "LES PRIX DE ROME\n\nBeaux-Arts de l'lnstitut national, qui lui fut décerné dans notre séance\npublique de vendémiaire, an xn.\n« Arrivé à Rome au commencement de l'hiver, il se livra avec ardeur\nà l'étude; avec trop d'ardeur, peut-être! Le célèbre Guglielmi lui promit\nses conseils. Ce grand maître fut étonné de la force des études qu'avait\nfaites son nouvel élève, et il prit plaisir à rendre justice à l'école qui don-\nnait des bases aussi solides à renseignement de la musique. Il adopta\ntout à fait son premier lauréat. L'intérêt, qui avait commencé par l'es-\ntime de l'élève et de ses maîtres, devint bientôt un sentiment de tendresse\npaternelle.\n« Guglielmi l'encouragea à composer un morceau de musique reli-\ngieuse qui fut exécuté dans une église, pendant la semaine sainte, et qui\nobtint un tel succès que la direction du principal théâtre de Rome solli-\ncita le jeune compositeur de faire la musique du grand opéra d'automne.\nAndrot, modeste jusqu'à la timidité, et à qui ses premiers maîtres avaient\nrecommandé de ne pas se presser de travailler pour le public, refusait\ncette honorable demande : son mentor voulut qu'il l'acceptât. Il obéit à\nGuglielmi. Il laisse cet ouvrage presque terminé. L'on a mandé au séna-\nteur Cacault qu'il avait composé encore une messe funèbre qu'on doit\nexécuter dans l'église Saint-Louis. Tel est le produit déjà riche d'une vie\nmoissonnée avant sa fleur, avant vingt-trois ans! C'est ainsi surtout que\nce regrettable jeune homme a employé les neuf mois qu'il a vécu à Rome.\nIl travaillait, m'écrit-on, depuis cinq heures du matin jusqu'au soir. Le\nier fructidor, il mourut àla suite d'une hémorrhagie, comme Pergolèse.\n« Mais suspendez un instant vos regrets, amis de l'art, pour payer au\ndernier maître d'Albert-Auguste Androt le tribut d'estime et de recon-\nnaissance qui lui est dû. La noble protection qu'il lui accorda, les services\nqu'il lui rendit, appartiennent plus à l'élévation de l'âme qu'à la supé-\nriorité des talents, car ceux-ci ne s'honorent pas toujours par tant de\ngénérosité !\n« Il y a dans le champ où croît le laurier des plantes vénéneuses qu'on\na quelquefois le malheur de cueillir avec lui. Ceux qui s'en repaissent\ndeviennent ennemis des succès qui ne sont pas les leurs. Ce n'est plus de\nla gloire seulement qu'ils désirent, ils veulent surtout de la domination,\nune réputation exclusive : il leur faut des rivaux humiliés, des victimes !\nLeur haine s'attache aux éléments qui sont féconds, aux talents, aux\nétablissements qui peuvent produire. C'est le breuvage de Circé : il en-\nlève à l'homme tout ce qu'il avait de généreux, et ne lui laisse que des\npassions qui ne sont plus humaines. Telles sont, dans la carrière des\narts, l'envie, l'ambition démesurée."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "198", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.6", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\n« Je vous les signale, jeunes artistes, pour que vous les fouliez aux\npieds. Vous voulez de la gloire! mais vous voulez aussi être heureux.\nL'envie et l'excessive ambition sont incompatibles avec le bonheur et\nsouillent la gloire.\n« Bien différent de ceux que nous venons de caractériser, Guglielmi\naccueille la jeunesse déjà savante et veut lui apprendre le secret de plaire.\nGuglielmi honore une école étrangère et nouvelle, sans en avoir reçu ni\nhommages, ni mais parce qu'il en a jugé les succès, c'est-à-\n-dire l'utilité. Il rend justice au Conservatoire de France, que d'autres\naiment mieux calomnier dans l'ombre ou persécuter dans ses élèves. Il se\nréjouit d'en voir sortir de bonnes méthodes d'enseignement, justifiées par\nles artistes qu'elles ont formés. Honorons donc Guglielmi, illustre par\nson génie; mais honorons-le encore parce qu'il aime l'art pour ses pro-\ngrès, pour l'art lui-même. »\nTout ceci nous peint les commencements du Conservatoire, les com-\nmencements de cette nobïe école de Rome qu'il paraît de bon goût, à\nquelques esprits superficiels, de railler plus que de raison, et qui, au seul\npoint de vue musical, a produit des artistes comme Hérold, Fétis,\nHalévy, Labarre, Adolphe Adam. Berlioz, Boulanger, Maillard, Georges\nBizet, MM. Ambroise Thomas, Gounod, Victor Massé, Deldevez, Jules\nMassenet, Ernest Guiraud, Théodore Dubois, Charles Lenepveu, sans\ncompter MM. Duprato, Deffès, Georges Mathias, Charles Dancla, Fer-\ndinand Poise, Aristide Hignard, Boisselot, Georges Bousquet, Barbe-\nreau, Panseron_,-etc., etc. A ce seul point de vue, les détails qu'on vient\nde lire ne nous ont point paru sans intérêt, et il ne nous a pas semblé\ninutile de les reproduire.\n\nO. LE TRIOUX."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "199", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.7", "texte": "LES COSTUMES DE THÉATRE\nDURANT UN SIECLE ET DEMI\n\nCHAPITRE II\nE luxe et la misère, qui se heurtaient dans les repré-\nsentations dramatiques de cette époque et qui for-\nmaient de si étranges contrastes sur le dos des comé-\ndiens, provenaient de la diversité d'origine de leurs\ncostumes, et aussi des états de service plus ou moins\nprolongés des différentes pièces de leur garde-robe.\nLes acteurs, gagnant peu, se gardaient bien de faire de la dépense et de\nsacrifier leur petit pécule au luxe de la mise en scène. Ils avaient deux\nhabits complets : l'un pour la tragédie, l'autre pour la comédie, et, fai-\nsant de nécessité vertu, tenaient à honneur de les faire durer le plus\nlongtemps possible. Parfois, pourtant, le roi, les ministres ou les grands\noffraient des costumes aux acteurs qu'ils honoraient de leur protection :\nces vêtements, alors, étaient plus brillants et plus riches, sans être des-\nsinés d'une façon plus convenable.\nVoici ce que l'honnête Chappuzeau dit à cet égard dans son livre sur\nle Théâtre François, publié en 1674 : « Grande depence en habits.\nCet article de la depence des Comédiens est plus considérable qu'on ne\ns'imagine. Il y a peu de pièces nouuelles qui ne leur coûtent de nou«\n\n(1) Voir le numéro du ier août."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "200", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.8", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nueaux ajustemens, et le faux or ny le faux argent, qui rougissent bien\ntost, n'y estant point employez, vn seul habit à la Romaine ira souuent\nà cinq cens escus. Ils aiment mieux vser de ménagé en toute autre\nchose pour donner plus de contentement au Public, et il y a tel Comé-\ndien, dont l'equipage vaut plus de dix mille francs. 11 est vray que,\nlorsqu'ils représentent une piece qui n'est vniquement que pour les\nplaisirs du Roy, les Gentils-hommes de la Chambre ont ordre de donner\nà chaque Acteur, pour ses ajustemens nécessaires, vne somme de cent\nescus ou quatre cens liures, et, s'il arriue qu'vn même Acteur ayt deux\nou trois personnages à représenter, il touche de l'argent comme pour\ndeux ou pour trois (1). »\nRichelieu avait donné l'exemple de ces libéralités princières. Lors de\nla représentation du Menteur (1642), il fit présent à Bellerose, le meil-\nleur comédien de l'Hôtel de Bourgogne, d'un somptueux habit de cour,\ndont celui-ci se para pour représenter Dorante. Quatre ans plus tard,\nquand madame Petit de Beauchamp, dite la belle brune, joua d'original\nle rôle de Rodogune, elle reçut du cardinal l'hommage d'un magnifique\nhabit à la romaine (2).\nLouis XIV suivit l'exemple du cardinal, et, quand le Sicilien, de\nMolière, fut représenté à Saint-Germain dans le ballet des Muses\n(janvier 1667), il fit cadeau de deux superbes mantes à mesdemoiselles\nde Brie et Molière pour jouer leurs rôles d'lsidore et de Zaïde.\nSurtout, on y voit deux esclaves\nQui peuvent donner des entraves ;\nDeux Grecques, qui Grecques en tout,\nI euvent pousser cent cœurs à bout,\nComme étant tout-à-fait charmantes,\nEt dont enfin les riches mantes,\nValent bien de l'argent, ma foi :\nCe sont aussi présents du Roi (3).\nA l'occasion, les comédiens ne rougissaient pas de stimuler la géné-\nrosité des grands. Lorsque Quinault fit jouer, en 1665, à l'Hôtel de\nBourgogne, sa comédie de la Mère coquette ou.les Amants brouillés,\nRaymond Poisson, le Crispin sans rival, le chef de cette célèbre famille\n\n(1) Chappuzeau, Théâtre-François, liv. 111, chap. XXVIII.\n(2) Mercure de 1740.\n(3) Robinet, Lettres en vers à Madame, 19 juin 1667. Le Sicilien fut joué à Paris,\nau théâtre du Palais-Royal, le 10 juin 1667."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "201", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.9", "texte": "LES COSTUMES DE THÉÂTRE\n\nde comédiens, se trouva fort embarrassé pour jouer le rôle du marquis,\nle premier marquis ridicule qui tût mis sur le théâtre. Où et comment\nse procurer un costume en rapport avec l'élégance du rôle ? Le spirituel\nacteur s'en tira par Tépître suivante :\nA MONSEIGNEUR LE DUC DE CREQUV\nLes Amants brouillés, de Quinault,\nVont dans peu de jours faire rage ;\nJ'y joue un marquis, et je gage\nD'y faire rire comme il faut ;\nC'est un marquis de conséquence,\nObligé de faire dépense\nPour soutenir sa qualité ;\nMais, s'il manque un peu d'industrie,\nIl faudra, de nécessité\\\nQue faille, malgré sa fierté,\nL'habiller à la friperie.\nVous, des ducs le plus magnifique,\nEt le plus généreux aussi,\nJe voudrais bien pouvoir ici\nFaire votre pangéyrique :\nJe n'irai point citer vos illustres aïeux\nQu'on place dans l'histoire au rang des demi-dieux :\nJe trouve en vous de quoi me satisfaire ;\nToutes vos actions passent sans contredit\nMafoi !je ne sais comment faire\nPour vous demander un habit (i).\nDans leur comédie de Ragotin (1684), La Fontaine et Champmeslé\nont reproduit quelques traits de mœurs de Lépoque,et ils ont justement\nsaisi sur le vif cette habitude qu'avaient alors les grands seigneurs de\nvêtir les comédiens à la mode.\nLA BAGUENAUDIÈRE.\nQue dites-vous de mon habit de chasse ?\nLA RANCUNE.\nQu'il est beau pour jouer un baron de la Crasse.\nLA BAGUENAUDIÈRE.\nJe vous en fais présent.\nLe quatrième acte, où se trouve une parodie de la Cléopâtre, de Cha-\npelle, est sans contredit le meilleur, et les auteurs nous y apprennent\n\n(1) Les frères Parfaîct, Histoire du Théâtre-Français, IX. a Raimond Poisson,\ncomédien de l'Hôtel de Bourgogne, était excellent par son jeu naturel, mais, il bre-\ndouillait et n'avait pas de gras de jambe; il imagina de mettre des bottines ; son fil s\net son petit-fils avaient hérité de son jeu naturel, de son bredouillement et de ses\nbottines.» (Saint-Foix, Essais historiques, IV.)"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "202", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.10", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\npar leurs railleries que la célèbre reine égyptienne paraissait dans cette\ntragédie vêtue d'un costume espagnol. A ces mots de la reine, repré-\nsentée par Ragotin : « Je veux miauler, moi!» la nourrice Charmion\nrepart :\nD'où vient cette tristesse ?\nQuelle raison vous fait négliger vos appas ?\nEn quel état ici paraissez-vous ? hélas !\nUne reine d'Egypte en habit d'Espagnole !\nOn va vous prendre ainsi pour Jeanneton la folle.\nAlle% couvrir ce corps d'un autre accoutrement ;\nDans votre garde-robe entrons vite un moment ;\nVene% vermillonner ce visage de plâtre.\nDans leur nouveauté, les pièces de Rotrou, de Corneille, de Racine\nétaient jouées en habits de ville de l'époque. Sertoriuset Pompée parais-\nsaient sur la scène en habits brodés d'or sur toutes les tailles, portant\nun large baudrier auquel Tépée était suspendue, et un grand chapeau\norné de plumes. Oreste, César, Horace étaient burlesquement travestis\nen courtisans de la plus grande cour d'Europe, et cette mode, qui nous\nparaîtrait aujourd'hui si déplaisante, ne choquait en rien nos ancêtres,\nqui semblaient, à dire vrai, ne juger les œuvres dramatiques que par\nles yeux de la pensée en faisant abstraction complète de la représenta-\ntion théâtrale.\nIl est à remarquer que, dans toute l'histoire du théâtre en France,\nnon-seulement la déclamation et le jeu des acteurs sont en rapport\navec le costume théâtral et en ont suivi les modifications, mais que ce\nrapport existait aussi assez souvent entre les costumes et les défauts des\npièces. Rien n'est isolé au théâtre ; tout se tient au contraire et s'en-\nchaîne : défauts et décadence, qualités et progrès.\nPour se bien figurer l'effet que devaient produire ses tragi-comédies\net la convenance des sentiments que Corneille prêtait à ses personnages,\nil faut voir les dessins d'Abraham Bosse. S'agit-il du costume des\nhommes, voici les grands cheveux bouclés, la fraise plate, le haut de\nchausses à bouts de dentelles, le justaucorps à petites basques, la longue\népée retombant obliquement sur les reins. Pour les femmes, c'est le\ncorsage court et rond, le sein entièrement découvert des portraits d'Anne\nd'Autriche, la large jupe à queue dont l'étoffe robuste et ample retombe\nde tous côtés en plis magnifiques; ce sont les modes de la jeunesse de\nmesdames de Ghevreuse, de Hautefort, etc. Jamais costume ne fut plus\nnaturellement grand, n'imposa plus, ne justifia mieux les madrigaux\nprécieux et les adorations exagérées,"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "203", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.11", "texte": "LES COSTUMES DE THÉÂTRE\n\nSi maintenant de Corneille nous passons à celui qu'il appelait son\npère, au collaborateur de Richelieu, à cet heureux Rotrou, dont la sin-\ncérité poétique est attestée par sa noble mort et dont Caffieri a fait le\ntype du poète, ce n'est pas à Abraham Bosse, homme paisible et qui ne\ncourt guère les aventures et la campagne, qu'il faut nous adresser pour\navoir des costumes convenables, mais au peintre de la grande route et\ndes champs, à l'aventureux lorrain Jacques Callot. Pour bien saisir\nVenceslas, il faut se représenter ces grands soudards du Siège de la\nRochelle et des Misères de la Guerre, au chapeau pointu et emplumé\nramené sur les yeux, aux bottes fortes, aux moustaches à trois poils,\nrace fine mais fortement trempée, gens policés à neuf, mais retournant\nvite à la nature dès que la passion les rend fous, et se permettant alors\nle brigandage et les violences de toutes sortes. Tels sont les héros de\nCallot, tels sont ceux de Rotrou (i).\nLe grand carrousel donné en 1662 sur la place qui emprunta son nom\nà cette cérémonie, et les divertissements de Versailles dits Plaisirs de\nVîle enchantée (1664), peuvent nous fixer sur le costume des tragédies\nde Racine. C'est le costume militaire d'apparat des empereurs romains\nqui a servi de modèle. A côté des statues en costume civil, toge ou man-\nteau dont s'inspirera Talma, l'antiquité nous a laissé plusieurs figures\nd'empereurs revêtus de cuirasses légères prenant les formes des hanches\net descendant par devant en s'arrondissant pour couvrir le ventre, avec\ndes ornements repoussés, sphynx, génies, esclaves enchaînés. Une\ndouble tunique passe par dessous presque entièrement couverte par de\nlourdes broderies. Des knémides damasquinées s'ajustent aux sandales,,\naux épaules des bouffants et des franges.\nLe grand roi devait adopter, embellir et défigurer ce riche cos-\ntume. Il le porta souvent dans les carrousels, d'où il passa dans l'opéra\net la tragédie. La cuirasse, tout en gardant la même forme, est devenue\nun corps de brocart ; les knémides se sont changées en brodequins de\nsoie brodée s'adaptant sur des souliers à talons rouges et les nœuds de\nrubans remplacent les franges des épaules. Enfin, un tonnelet dentelé\nrond et courte un petit glaive dont le baudrier passe sous la cuirasse,\npar dessus tout cela la perruque et la cravate à nœud de satin : voilà ce\nqui composait l'habit à la romaine du dix-septième siècle. Le casque de\ncarrousel, qui reste dans l'opéra, est le plus souvent remplacé dans la\ntragédie par le chapeau de cour avec plumes (2).\nBref, le costume le plus riche et le plus ridicule qu'on puisse voir et\n\n(1-2) M. Lamé, article sur le Costume au théâtre (Le Présentf n* i 3)."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "204", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.12", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ndont Voltaire fait, en deux lignes, une description si burlesque : « On\nvoyait arriver Auguste avec la démarche d'un matamore, coiffé d'une\nperruque carrée qui descendait par devant jusqu'à la ceinture ; cette\nperruque était farcie de feuilles de laurier et surmontée d'un large cha-\npeau avec deux rangs de plumes rouges ».\nCes brillants costumes de cour appelaient naturellement la galanterie\net le langage choisi des héros de Racine. Segrais rapporte qu'étant au-\nprès de lui à la première représentation de Bajazet (1672), Corneille lui\nfit observer que tous les personnages de la tragédie avaient, sous des\nhabits turcs, des sentiments français. « Je ne le dis qu'à vous, d'autres\ncroiraient que la jalousie me fait parler; » ajouta le poète alors obligé,\npour faire jouer ses pièces, de s'adresser aux comédiens du Marais, les\nouvrages de son rival occupant, à l'exclusion de tout autre, la troupe de\nl'Hôtel de Bourgogne.\nCorneille disait vrai : sous l'habit turc ou prétendu tel de Bajazet,\nd'Acomat et de Koxane, on devine les gentilshommes et les nobles dames\nde la cour de France. Quoi qu'en dise Louis Racine, Corneille avait\nraison, et aussi madame de Sévigné écrivant à sa fille : «... Je voudrais\nvous envoyer la Chàmpmêlé pour vous réchauffer la pièce : le personnage\nde Bajazet est glacé; les mœurs des Turcs y sont mal observées : ils ne\nfont point tant de façons pour se marier : le dénouement n'est point\npréparé : on n'entre point dans les raisons de cette grande tuerie ».\n« Ne voit-on pas les plus grands des auteurs fléchir sous l'influence de\nleur temps,—dit Talma dans sa notice sur Lekain,—et Racine lui-même,\nle divin Racine y soumettre trop souvent la hauteur de son génie? » Dans\nAndromaque, Oreste et Pylade, bien que liés par l'amitié la plus vive,\nne sont point placés sur la même ligne. Oreste tutoie Pylade, et celui-ci\ntraite son ami de seigneur et ne se sert jamais à son égard que du mot\nvous. Les convenances du théâtre ne permettaient sans doute pas alors\nque le confident tutoyât son maître. A l'exemple du monde réel, les co-\nmédiens tenaient beaucoup à leurs rangs imaginaires, et étaient très\nsévères entre eux sur les convenances et sur l'étiquette.\nLe rôle de Néron, dans Britannicus, subit aussi par instants l'influence\nde l'époque. Le tyran dont le langage dénote bien d'abord le libertinage\net la férocité naissante, montre une galanterie toute moderne dès qu'il\ns'adresse à Junie. il l'aborde en des termes d'une affectation doucereuse,\net n'oserait certes pas violer les lois de la galanterie au point de parler à\nsa maîtresse autrement que ne l'aurait fait le grand roi en personne.\nTalma explique en fort bons termes pourquoi le début de cette scène,\nqui vers la fin reprend sa véritable couleur, est très difficile à jouer. « Il"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "205", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.13", "texte": "LES COSTUMES DE THÉÂTRE\n\nfallait toujours de belles manières pour parler aux femmes, conclut-il,\net Racine aurait cru blesser toutes les convenances en donnant à Néron,\ndans son entretien avec Junie, ce feu, cette ivresse, ce désordre dont il\nest agité dans la scène antérieure : un tel langage eût par trop choqué\ndes oreilles habituées au doux langage des ruelles. »\nVoltaire, dans son Temple du Goût, signale ce défaut par une critique\négalement fine et judicieuse.\nPlus pur, plus élégant, plus tendre,\nEt parlant au cœur de plus près,\nNous attachant sans nous surprendre,\nEt ne se démentant jamais,\nRacine observe les portraits\nDe de Xipharès,\nDe Britannicus, d'Hippolyte.\nA peine il distingue leurs traits;\nIls ont tous le même mérite :\nTendres, galants, doux et discrets ;\nEt VAmour9 qui marche à leur suite,\nLes croit des courtisans français.\nToutefois Racine, en homme qui connaissait à fond l'antiquité, avait\nsenti l'invraisemblance des coutumes du théâtre de l'époque. Il tenta\nmême de s'opposer tant soit peu à ces anachronismes, surtout quand\nBaron voulut jouer Achille d'lphigénie avec une perruque frisée. Mais\nle poëte avait affaire à trop forte partie et il fut contraint de céder à la\nmode. Il se résigna même d'assez bonne grâce, car nulle part il n'a laissé\néchapper le moindre blâme sur ce ridicule usage. Une seule fois, Racine\nconsacra à la mise en scène quelques lignes d'une de ses préfaces, celle\nd'Esther. Il s'empresse de proclamer que les rôles d'hommes de sa tra-\ngédie n'ont pas laissé d'être représentés par des filles avec toute la bien-\nséance de leur sexe, puis il ajoute : «La chose leur a été d'autant plus\naisée, qu'anciennement les habits des Persans et des Juifs étaient de\nlongues robes qui tombaient jusqu'à terre, »\nOn ne se douterait guère, à l'entendre, que les représentations d'Esther\nà Saint-Cyr furent des plus brillantes pour l'époque et qu'elles se firent,\nc'est Louis Racine qui le note,\nles habits, les décorations et la musique. » L'adroit courtisan dut se re-\nprocher par la suite de n'avoir pas parlé en termes plus flatteurs du luxe\ndéployé par madame de Maintenon pour sa tragédie sacrée.\nLe temps s'écoulait sans modifier sensiblement les usages reçus. Vingt\nans après la spirituelle requête de Raymond Poisson au duc de Créquy,"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "206", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.14", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nles comédiens endossaient encore des vêtements de cour pour représenter\nles héros antiques à la Comédie ou sur les théâtres aussi richement\npourvus des collèges. A défaut d'argent, ils les empruntaient à quelque\nadroit valet ou s'en faisaient faire cadeau.\nPans l'Homme à bonnes fortunes, Pasquin, à bout d'expédients et ne\nsachant comment expliquer la disparition du juste-au-corps de son maître\nMoncade, s'écrie : « Monsieur, il faut vous dire la vérité; je Vai preslé\npour une Tragédie au Collège. Mon juste-au-corps au Collège ? à\nun enfant ? - Non, Monsieur ; c est un grand garçon, beau, bien fait\ncomme vous et qui fait le Roy de la Tragédie. »\nC'est le célèbre Baron qui écrit cela en 1686, et nul mieux que lui ne\nsaurait donner une idée exacte des usages du temps. Du reste, le grand\ncomédien qui avait réformé la diction ampoulée de ses prédécesseurs,\nBaron qui, à soixante-huit ans, soulevait encore l'enthousiasme et qui\nmérita d'être surnommé tout d'une voix le Roscius de son siècle, Baron\nqui avait failli rompre avec Racine pour une question de coiffure, ne\nparaît pas avoir compris mieux qu'aucun de ses contemporains l'har-\nmonie du costume.\nEt pourtant il aimait éperdument son art et ne négligeait rien de ce\nqui pouvait contribuer à l'illusion, sinon par la vérité, au moins par la\npompe théâtrale. Quand il jouait quelque rôle d'empereur ou de roi, il se\nfaisait toujours précéder de huit ou dix figurants habillés à la romaine.\n«Je me souviens, dit Collé, que représentant le grand-prêtre dans\nAthalie, des gagistes qu'il avait fait habiller en lévites ne se présentant\npas assez tôt pour un jeu de théâtre nécessaire, il cria tout haut: Un\nlévite ! un lévite ! Comment, par le mordieu, pas un b de lévite !\nCeux qui étaient sur le théâtre l'entendirent et rirent de tout leur cœur\nde sa colère d'enthousiaste (1). »\nM. Bonnassies qui a voué une juste admiration au grand comédien et\nqui a réédité avec luxe sa jolie comédie F Homme à bonnes fortunes, a\nmis en tête de son livre une curieuse préface où il s'efforce d'atténuer,\nde transformer même en qualités les défauts qu'on a l'habitude de re-\nprocher à l'homme et à l'acteur: à celui-ci son extrême orgueil, à celui-là\nson insouciance du costume. « Louis XIV, dit-il, réédita les splendeurs\nimpériales, en les panachant, pour plus grande liesse, de mythologie,\nde magie, de chevalerie : tout n'écait-il pas possible avec un art aristo-\ncratique basé sur la tradition savante? De là ces fêtes théâtrales dont la\ntragédie et l'opéra n'étoient que des actes, et où régnoit la fantaisie,\n\n(1) Journal de Collé, mars 1750."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "207", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.15", "texte": "LES COSTUMES DE THÉÂTRE\n\nc'est-à-dire la vie idéale, mascarade enivrée de la vie réelle qu'on tâchoit\nde faire oublier.... Ainsi donc, en écartant toute solution sur le point\nd'actualité, on doit reconnoître que Baron étoit dans le vrai, en jouant\navec des costumes fantaisistes. »\nCette raison serait admissible à la rigueur en ce qui regarde les tra-\ngédies de Racine, mais elle ne saurait s'appliquer à celles de Corneille.\nIl nous semble, en outre, que Facteur de génie doit savoir se soustraire\naux influences de son temps et braver les critiques de ses contemporains\npour corriger leur goût, qu'il doit, en un mot, leur enseigner le beau en\ndépit de leur résistance. Or, loin d'avoir cette courageuse initiative,\nBaron, de l'aveu même de ses panégyristes, s'est borné à apporter dans\nses costumes l'intelligence que dénotait son jeu, l'intelligence poétique.\nIl en fut ainsi dans le rôle d'Arnolphe dont il conserva, comme Pro-\nvost deux siècles plus tard, la véritable tradition et qu'il joua tel que\nMolière l'avait conçu. Il le représentait bourgeoisement, sans charger,\nmais avec noblesse et dignité, et s'habillait en conséquence, non pas,\ncomme ses camarades et ses successeurs, avec un surtout de vieille gui-\npure, les cheveux en désordre et le reste à l'avenant, mais avec un habit\nde velours, une veste d'étoffe, des bas noirs, une perruque bien peignée\net le chapeau sur la tête.\nIci Baron avait pleinement raison, mais en était-il de même quand il\nendossait un bel habit de velours noir à passe-poil de satin cramoisi\npour jouer Cinna et qu'il se campait sur le chef un chapeau orné de su-\nperbes plumes d'un rouge éclatant? A ces vers :\nLe fils tout dégouttant du meurtre de son père,\nEt, sa tête à la main, demandant son salaire\nil figurait avec son chapeau la tête sanglante du père et l'agitait avec\nforce jusqu'à ce que le public cessât de battre des mains; ce qui n'arrivait\njamais qu'après trois ou quatre reprises (i). Etait-ce enfin faire preuve\nde goût que d'accuser par une mise élégante le contraste de ses rôles avec\nson âge vrai, et de jouer par exemple, à soixante-dix ans passés, le jeune\nMisaël, des Machabées de Lamotte, vêtu comme les enfants des bourgeois\nparisiens, avec un joli toquet et de gracieuses manches pendantes (2)?\nCette tragédie fut jouée en 1721, et le grand acteur se croyait encore en\n1671, à l'heureuse époque où il représentait l'amour dans Psyché. Cette\népigramme le dut cruellement désabuser :\n\n(1) Madame Talma, Études sur l'art théâtral, p. 209.\n(2) Anecdotes dramatiques, I."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "208", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.16", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nLe vieux Baron, pour Vhonneur d'lsraël,\n/<? rôle enfantin du jeune Misaël,\nEt, pour rendre la scène exacte,\n// seyaz7 raser à chaque acte.\nTandis que l'indifférence de Racine et la vanité satisfaite de Baron\nlaissaient la mode régner en souveraine à l'Hôtel de Bourgogne, Molière,\nmontrant toujours un vif souci de tout ce qui pouvait aider au succès\nde ses propres pièces ou de celles des auteurs qu'il appelait à lui, exerçait\nune salutaire surveillance sur sa vaillante petite troupe et s'efforçait de\nfaire respecter la vérité et la convenance au théâtre du Palais-Royal (i).\nLa preuve en est dans certains traits rapportés par Grimarest au courant\nde sa Vie de Molière.\nEn jolie femme qu'elle était et en coquette émérite, mademoiselle Mo-\nlière aimait ardemment la parure. Le jour de la première représentation\nde Tartufe,sachant bien qu'une pièce qui avait soulevé de si furieux\ndébats avant même d'être jouée, attirerait un grand concours de monde,\nelle y voulut briller par l'éclat de ses vêtements et se fit faire en secret\nun habit magnifique : longtemps à l'avance elle était à sa toilette. Mo-\nlière entre dans la loge de sa femme qu'il trouve parée comme une chasse,\n« Comment donc, mademoiselle ! s'écrie-t-il à cette vue, que voulez-\nvous dire avec cet ajustement? ne savez-vous pas que vous êtes incom-\nmodée dans la pièce ? et vous voilà éveillée et ornée comme si vous alliez\nà une féte! Déshabillez-vous vite, et prenez un habit convenable àla\nsituation où vous devez être. » Peu s'en fallut que sa femme refusât de\njouer, tant elle était désolée de ne pouvoir faire parade d'un habit qui lui\ntenait plus à cœur que la pièce.\nMolière travaillait souvent d'après nature pour composer plus sûre-\nment ; aussi avait-il pris Rohaut, bien qu'il fût son ami, pour modèle\ndu maître de philosophie dans le Afin de\nrendre sa copie plus exacte, il fît dessein d'emprunter un vieux chapeau\nde Rohaut pour le donner à Du Croisy, qui devait figurer le personnage\ndans la pièce. Il envoya Baron chez le philosophe pour le prier de lui\nprêter ce précieux chapeau d'une forme si singulière qu'il n'avait pas\nson pareil; mais cette ambassade échoua par la maladresse de Baron,\nqui dévoila au philosophe quel usage on voulait faire de son étonnant\ncouvre-chef. Celui-ci refusa avec indignation de le déshonorer en le\n\n(i) On trouvera, à la fin de Fouvrage de M. Eudore Soulié, Recherches sur Molière\net sur sa famille, l'inventaire dressé après sa mort qui comprend le détail minutieux\nde ses habits de théâtre."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "209", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.17", "texte": "LES COSTUMES DE THÉÂTRE\nIX.\n*4\n\nlaissant paraître sur un théâtre, et force fut à Du Croisy de se couvrir\nla tête avec le premier chapeau venu.\n« On joue présentement à l'Hôtel de Bourgogne VAmour médecin,\nécrit Guy Patin; tout Paris y va en foule pour voir représenter les\nmédecins de la cour, et principalement Esprit et Guénaut, avec des\nmasques faits tout exprès; on y a ajouté Desfougerais. Ainsi l'on se\nmoque de ceux qui tuent le monde impunément. » Ce caustique méde-\ncin, toujours en quête de ce qu'on faisait ou disait contre ses confrères,\nnous prouve par ces lignes que Molière prenait soin, à l'occasion, de\ndonner à ses acteurs des masques ressemblant aux originaux quil vou-\nlait exposer en scène.\nCette lettre de Guy Patin étant datée du 25 septembre 1665, il s'agit\névidemment ici de VAmour médecin, joué àla cour le 15 septembre de\ncette année et le 22 à Paris. Lors des premiers temps du Théâtre-Fran-\nçais, les acteurs avaient adopté les masques, usités de toute ancienneté\ndans les spectacles d Italie; mais ils en avaient restreint l'usage aux rôles\nde vieillards et de vieilles femmes. Quand on assiste à une représenta-\ntion du Menteur et qu'on entend la scène admirable qui débute par cette\nbelle apostrophe : Etes-vous gentilhomme? on ne conçoit guère que\nl'acteur qui la prononçait fût caché sous un masque presque semblable\nà celui du Pantalon de la Comédie-Italienne. C'est pourtant la vérité\nexacte, et la preuve s'en trouve dans ce vers de la Suite du Menteur,\npar lequel Cliton termine le récit qu'il fait à son maître de la comédie\ncomposée à Paris sur leurs premières aventures :\nVotre feu père même est joué sous le masque.\nMolière avait adopté le masque pour représenter Mascarille dans\nl Etourdi et les Précieuses ridicules; il le donna plus tard à Hubert\net à Du Croisy pour jouer, dans les Fourberies de S cap in, les rôles\nd'Argante et de Géronte. En mai 1736, lors de la reprise de cette\npièce, les acteurs chargés de ces deux rôles se montrèrent fidèles à la\ntradition, comme le prouve cet extrait du Mercure, rédigé alors par\nle chevalier de La Roque : « Reprise des Fourberies de Scapin. Il y\navait dix ou douze ans qu'on n'avait joué cette pièce. Dangeville et\nDubreuil jouent les deux vieillards sous le masque. C'est la seule pièce\nrestée au théâtre où l'usage du masque se soit conservé. »\n( La suite prochainement.)\n\nADOLPHE JULLIEN."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "210", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.18", "texte": "ROSSINI, BEETHOVEN\nET L'ÉCOLE ITALIENNE CONTEMPORAINE\n\n(i)\nN vient de voir Beethoven observant les êtres et les\nchoses, étudiant, contemplant le réel qui se meut au\nsein de l'infini et que l'infini pénètre; le réel qui con-\ntient à un degré quelconque le souffle de vie et qui,\naveuglément ou sciemment, s'agite sous l'attraction\ndivine ; on va le voir se mesurer avec le drame, avec\nl'histoire.\nShakespeare, Gœthe, voilà ses hommes; Egmont, Coriolan, voilà ses\nhéros. Le musicien se contente-t-il de peindre Lamoral et Caïus Mar-\ncius? Non il les ressuscite ! ces figures surhumaines revivent en effet;\nces hommes reparaissent, formidables, et ce ne sont point des fantômes,\ndes apparences : ils se meuvent, ils sentent, ils pensent, ils agissent.\nLes supplications de Véturie domptant la colère de Coriolan irrité contre\nRome, qui l'avait exilé; Egmont marchant au supplice en vainqueur et\npayant de sa tête la délivrance de sa patrie, tels sont les sujets de ces\npages colossales. Le compositeur, dans l'ouverture de Coriolan, plane à\nune telle hauteur qu'on se demande, presque effrayé de tant de génie,\ns'il rivalise seulement avec le dramaturge anglais ou s'il le domine.\nCependant Beethoven ne se croit pas quitte envers l'humanité parce\nqu'il a chanté la victoire remportée sur un Romain par les larmes de sa\nmère et le sacrifice d'un patriote mourant glorieusement pour son pays.\nIl sait que la philanthropie est au-dessus de l'amour maternel et du pa-\n\n(i) Voir les numéros des i®* et i 5 août."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "211", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.19", "texte": "RQSSINI, BEETHOVEN, ETC.\n\ntriotisme ; il sait que tous les hommes sont solidaires et que si l'amour\nest, par excellence, le moteur de la divinité, il est aussi le meilleur con-\nseillez de la lace humaine dont il sera un jour la joie suprême et sacrée.\nMais écoutez, d un bout à l'autre de l'Allemagne on répète une ode de\nSchiller , les vieillaids, les mères partagent l'enthousiasme des étudiants,\ndes jeunes filles; les strophes du poète s'impriment dans toutes les mé-\nmoires, elles délassent les travailleurs ou les aident à supporter leurs\nfatigues, elles sortent de toutes les bouches, elles retentissent sur tous\nles chemins, sur les places, dans les rues, dans les ateliers, dans les fabri-\nques, partout où il y a des cœurs qui battent ; alors l'avare laisse glisser\nune pièce de monnaie de ses doigts osseux, le tyran oublie un moment\nqu il prétend asservir la terre, l'envie cesse un instant de mordre, l'é-\ngoïste sent sa poitrine se dilater et il s'en étonne, les souffrances se câl-\ninent, les misères respirent, les opprimés oublient les oppresseurs, des\nplcuis d attendrissement coulent des paupières rougies. Et savez-vous\npourquoi 1 Allemagne est ainsi émue, vibrante? C'est parce que Schiller\na écrit :\nSeyd urnschlungen, millionen!\nDiesen kuss der Welt!\nBrvider ïïberm\nMûss ein lieber Vater wohnen.\nC'est-à-dire ;\nSoye% embrassés, millions!\nCe baiser au monde entier!\nFrères au-delà des étoiles\nDemeure un père bien-aimé.\n-Beethoven lit et relit cette ode, il la médité, il la considère comme le\nnouveau Credo de l'univers pensant. Une œuvre immense germe dans\nla tête du symphoniste; il veut que les masses aient un chant simple et\nsacré qui les unira dans un même élan fraternel; il veut que le peuple\npuisse joindre sa voix formidable à 1 orchestre qui va bondir joyeux sous\nles paroles de Schiller. Il cherche un motif, il ne le trouve pas d'abord, il\nse désespère; enfin il s'écrie un jour avec transport, lch hab'es, ich\nhab'es! (Je le tiens, je le tiens!) Et il le tenait réellement. Beethoven\nn'était pas seulement un compositeur sans rival, c'était encore un penseur,\net son plan, beaucoup plus vaste que celui de Schiller, consistait à mettre\nen présence les douleurs, les efforts, les luttes, les tendances des temps\npassés et l'aurore des temps futurs ; à montrer les nations s'avançant dé-\nlibérément vers la civilisation, vers la paix, vers la joie, jetant bas les\nvices, haillons dont elles sont couvertes, se parant de toutes les vertus,"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "212", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.20", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ns'épanouissant dans un splendide rayonnement, se tenant embrassées et\nrespirant librement dans la lumière vénérable qui les entoure. Beethoven\nest à l'œuvre; il rassemble dans un splendide final les éléments d'amour\net conséquemment de bonheur épars, dans les trois premiers morceaux de\nsa symphonie, comme ils le sont sur la terre, éléments séparés par d'in-\nnombrables obstacles, combattus par la violence, entravés par l'égoïsme\net l'ignorance, vil couple dont naquit une nuit la haine. Petit à petit,\nces éléments dispersés se réunissent, s'affirment, s'imposent ; les souf-\nfrances diminuent, les corps s'embellissent parce que les âmes s'épurent,\nla pensée brise ses chaînes, le travail s'appuie à la liberté, le frère ne\ndoute plus de son frère, l'époux et l'épouse ne font qu'un, la vie est\nmoins courte, l'aïeul toujours vert contemple avec orgueil, avec tendresse,\nles générations qu'il a semées ; l'harmonie est partout, la nature même\ns'embellit et c'est le règne de Dieu qui commence.\nSchiller! Beethoven! c'était là votre rêve, n'est-ce pas? Vous ne cher-\nchiez pas tant à divertir les hommes qu'à leur désigner le but à pour-\nsuivre, à atteindre? L'amour de l'humanité était en vous, vous le teniez\nde vous et vous le répandiez sur des milliers de têtes attentives et char-\nmées, comme le soleil répand ses rayons dans l'azur où scintillent les\nastres, ces fleurs du ciel. Vous aimiez, vous aimiez sincèrement vos\nsemblables et c'est votre attachement profond à tout ce qu'on doit chérir\nqui vous fit si grands. Noble et cher Beethoven, chez toi le talent, le\ngénie, le caractère étaient, que dis-je! sont au même niveau. Oui, sont;\ncar en quittant ce globe pour la mort, tu nous as légué tes ouvrages im-\nmortels où l'on te retrouve tout entier. Mozart est un grand artiste,\nRossini a du génie, toi, Beethoven, tu es un grand homme! Tu ne des-\ncendis jamais des hauteurs de ton idéal pour solliciter les faveurs du\npublic, tu méprisas la fortune lorsqu'elle se présenta à toi sous les traits\nimmondes du reniement ; quand tu te hasardas dans les régions supé-\nrieures et inexplorées où réside la fière beauté immaculée, tu t'aperçus\nvite que nul ne te suivait. Que t'importait cela? Tu savais qu'on te re-\njoindrait plus tard et tu poursuivis seul ta route. On te critiquait vio-\nlemment, on te montrait au doigt en disant : « Ce fou! ; » les artistes te\nraillaient, le monde te plaignait insolemment, des souscripteurs te fai-\nsaient l'aumône de leur signature pour que tu pusses décider un éditeur\nà publier tes dernières partitions ; on te protégeait, on t'applaudissait du\nbout des doigts, aucune humiliation ne t'était épargnée; la direction de\nl'Opéra de Vienne refusait ta magnifique ouverture de et t'obli-\ngeait à en écrire une autre, et puis une autre encore, pour revenir à la\nfin à la première, retour impertinent qui ressemblait à une nouvelle in-"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "213", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.21", "texte": "ROSSINI, BEETHOVEN, ETC.\n\nsuite ; et toi, le dédain sur les lèvres, tu suivais des yeux les idiots qui ne\nte comprenaient pas, et malgré tes maux, malgré tes déceptions, alors que\ntu aurais pu, toi aussi, sacrifier quelque chose à la fortune aveugle et au\nmauvais goût non moins aveugle qu'elle, tu demeuras ferme dans ta\nprobité, tu gardas intacte la fidélité à tes principes. Tes principes, c'é-\ntaient tes trésors, et tu les respectais, et tu les aimais, et tu ne les vendais\npas, et tu portais haut la tête. Oh! que j'aurais voulu te voir, te con-\nnaître, te serrer la main, t'appeler mon ami! Mon ami? mais tu Tes, tu\nl'es depuis le soir où j'entendis pour la première fois de ta musique.\nC'était à Munster, à un concert de la société philharmonique, on exécu-\ntait la symphonie en si bémol, j'allais jouer le troisième concerto de\nRies, un des trois ou quatre morceaux classiques qu'on m'eût appris au\nConservatoire de musique, où j'avais remporté mon premier prix trois\nans avant cette époque. Oubliant ma préoccupation bien naturelle au\nmoment de paraître en public, j'écoutais avec avidité cette délicieuse\nsymphonie qui m'initiait soudain à des jouissances que les compositions\ndont on me nourrissait ne m'avaient nullement fait pressentir. Avais-je\nentendu prononcer le nom de Beethoven dans les classes du Conserva-\ntoire? Je ne m'en souviens pas ; mais je ne l'oubliai plus, et mon premier\nsoin en arrivant à Vienne, j'avais seize ans, fut de m'enquérir de\nmon nouvel ami. Dès lors, je vécus dans son intimité; il me fit une\nmultitude de confidences; je pleurai avec lui, je souris avec lui, j'abor-\ndai, aidé par lui, des rivages inconnus, des sommets qui parurent long-\ntemps inaccessibles, j'admirai les régions innommées où il me transpor-\ntait sur ses ailes d'ange; sa chevelure s'emplissait d'étoiles, son hymne\néclatait dans les vastes cieux, des échos perdus dans de prodigieuses pro-\nfondeurs le répétaient en chœur; à travers les cordes de sa lyre, où vibrait\ntoute son âme, j'apercevais une multitude de créatures plus parfaites que\nl'homme, tandis que, des sillons terrestres, s'élevaient, dans une lueur\nd'apothéose, des myriades de populations régénérées.\nMe voilà loin de Rossini et de l'école italienne qu'il a fondée. Il faut\ny revenir, car j'ai à montrer les conséquences du système rossinien. à\nparler des quelques compositeurs qui l'ont adopté et à dire un mot au\nsujet de Bellini et de Donizetti, deux chantres célèbres dont l'un mourut\npoitrinaire et l'autre fou. Inférieurs à Rossini en ce qui concerne l'in-\nvention, l'ampleur des formes, l'étendue des morceaux, la majesté des\nidées, le piquant des modulations et l'art de manier l'orchestre, Bellini\net Donizetti ne sont cependant pas sans mérite. Quoique ne se méfiant\npas assez des réminiscences contre lesquelles ils heurtent et brisent leur\nindividualité, ils ont un style propre, une originalité relative, un peu"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "214", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.22", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nendommagée si l'on veut, saillante pourtant et qui se manifeste dans\nleurs principaux opéras: la Sonnanbula, Norma, I Puritani, XÉlisir\nd'amore, Il furioso, Lucia. Lorsque Molière prenait quelque chose\naux anciens, lorsque Rossini empruntait des mélodies à Haydn, à Mo-\nzart, à Spontini, le moraliste et le compositeur faisaient subir une trans-\nformation aux éléments dont ils s'emparaient. Bellini, Donizetti ne\nprennent point cette peine. Ils imitent, ils pillent Rossini sans scrupule\net, en le contrefaisant, en le dépouillant, ils l'amoindrissent ; ils ne\njettent pas, comme leur modèle, un coup-d'œil pénétrant sur la France,\nsur l'Allemagne : ils se confinent dans leur nationalité, ils s'isolent dans\nleur manière de sentir; ils ne possèdent pas la folle insouciance qui en-\ngendra Il barbiere, ni le sentiment patriotique qui inspira Guillaume\nTell; ils possèdent encore moins les vues humanitaires d'un Beethoven.\nIls se laissent vivre, ils s'exhalent. Leurs productions sans virilité, sans\nélévation et totalement privées de ce précieux savoir si justement cher\naux Allemands, ne se soutiennent que par une inspiration douteuse,\nmonotone, par un mouvement dramatique factice, purement extérieur,\npar une agitation fébrile dénuée d'énergie, par l'heureuse disposition des\nvoix dans les ensembles et par le mérite des chanteurs. Les Lablache,\nles Rubini, les Grisi, la grande Malibran, vingt autres interprêtes fameux\nont mis leur âme au service de vulgaires cavatines italiennes surchargées\nde vocalises qui seraient peut-être à leur place dans une méthode, dans\nun solfège, mais qui, n'exprimant rien par elles-mêmes, sont fort dé-\nplacées à la scène.\nDonizetti espéra-t-il remplacer Rossini au Grand-Opéra où il arriva,\nlorsque le cygne de Pesaro eut résolu de garder le silence? S'il l'a jamais\ncru, il s'est singulièrement trompé. Les Martyrs, la Favorite, repré-\nsentés sur notre première scène lyrique, ne sauraient être considérés que\ncomme des ébauches. Passons.\nJe pourrais signaler au moins un joli morceau vraiment bien venu\ndans presque toutes les œuvres de Donizetti.\nEn est-il jusqu'à trois, dans la même partition, que je pourrais\ncompter? J'en doute. Néanmoins YElisir d'amore foisonne de gracieux\net légers motifs; Il furioso contient des phrases expressives malheureu-\nsement trop langoureuses, et Lucia ne périra pas tout entière, grâce à\nun large et beau septuor admirablement écrit au point de vue vocal,\net qui a pris rang parmi les meilleures et les plus émouvantes inspira-\ntions de l'école italienne. Ce magnifique passage égaré dans Lucia\nmontre ce que Donizetti, si richement doué, fût devenu, si la réflexion\net le travail eussent aidé son instinct, son sentiment musical, et si, livré"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "215", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.23", "texte": "ROSSINI, BEETHOVEN, ETC.\n\nàla passion la plus funeste de toutes lorsqu'elle est comprise d'une cer-\ntaine façon, il n'eût pas jeté aux trois points cardinaux de l'amour la\nsève indispensable aux travaux intellectuels.\nBellini me paraît supérieur à Donizetti. J'aime sa sensibilité vraie.\nA travers les mollesses, les mièvreries, les traits incolores dont abon-\ndent / Montecchi, la Sonnanbula, Norma, se glissent des élans drama-\ntiques sincères, de brusques mouvements énergiques d'une surprenante\nvigueur. Derrière le Bellini que nous connaissons se cachait évidemment\nun Bellini que nous ne connaissons pas. Comprenant que son éducation\nmusicale était très imparfaite, Bellini, vers la fin de sa carrière, allait\nétudier au Conservatoire, partitions en main, les symphonies de Beet-\nhoven. Les Puritains furent le premier résultat, et le dernier, hélas !\ndes transformations qui s'opéraient dans l'esprit du jeune maître : Bellini\ns'éteignit au moment où recevant une forte impulsion, son talent com-\nmençait àse développer dans un sens viril et grandiose. L'orchestre des\nPuritains diffère étrangement de celui de Norma ; les idées qu'il exprime\nsont parfois robustes, brillantes, colorées, hardies même. Le jeune lion\namoureux, auquel la volupté avait rogné les ongles, sent repousser ses\ngriffes et renaître ses forces; il gonfle ses naseaux, il hérisse sa crinière,\nses prunelles s'emplissent de lumière*, il est beau ainsi. Courage! cou-\nrage ! Bellini va chanter encore ; ses lèvres s'entr'ouvrent... Ah! malheurt\nc'est un flot de sang qui sort de sa bouche....\nBellini et Donizetti morts, on leur cherche un successeur. On offre la\npourpre à M. Verdi qui fait son possible pour la mériter. Malgré ses\nefforts, Part continue à décliner visiblement en Italie. La musique y de-\nvient un hurlement; la manie des unissons a succédé à la manie des\ntierces; les chanteurs: sopranos, barytons, ténors, basses, écrasés par\nune instrumentation violente, poussent des cris désespérés, désespérants,\net se brisent la voix à ce métier, qui exige plutôt des stentors que des\nApollons.\nLes formes vieillies empruntées à Rossini subsistent ; aucune modifi-\ncation ne vient les rajeunir; Mercadante, Carafa, Verdi, les frères Ricci\ns'en servent après Spontini, Meyerbeer, Boieldieu, Hérold, Auber, Ha-\nlévy, Adolphe Adam, etc., etc. Dans les cabalettes, dans les duos, dans\nles trios, dans les finals, chaque motif se répète régulièrement deux fois,\ncomme si ce retour obstiné au thème était indispensable; partout des\nmoyens, des accompagnements, des fioritures identiques. On se copie\nsans vergogne, on se vole sans pudeur, on tripote les mêmes bribes mé-\nlodiques, espèce de servantes à tout faire; on emploie pour la cent\nmillième fois le même rhythme brutal, éhonté, stupide, efflanqué, qui"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "216", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.24", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\naccompagne sur la scène, au-delà des.Aîpes, tous les guerriers et toutes\nles queues-rouges du globe. Ici l'incohérence, là les ténèbres. Le bruit\ntient lieu d'harmonie et on se demande avec une sorte de stupeur quel\nrapport il peut y avoir entre les éclats de cette sonorité sauvage et les\nniaiseries qu'elle met en évidence. Ce tohu-bohu instrumental, vocal et\ngrotesque exaspère les gens de goût qui cherchent naïvement une idée\ndans les élucubrations incolores et rebutantes dont il s'agit.\nCependant les journaux annoncent de temps en temps l'apparition sou-\ndaine d'un maestro fraîchement éclos, un soir, aux feux de la rampe, sur\nune des nombreuses scènes d'ltalie. Inconnu hier, le compositeur est illus-\ntre aujourd'hui. Son nouvel opéra il en avait donc composé d'autres ?\nlui a valu un triomphe; le public l'a rappelé trente-six fois de suite après\nle premier acte, et quatre-vingts fois à la fin du spectacle. Il a ramassé\nvingt bouquets; il a eu une sérénade. Tant mieux. C'est une nouvelle\nétoile qui se lève, assure-t-on. Voyons cela. J'inspecte l'azur du côté où\nl'oranger fleurit. Rien. Je m'arme d'un télescope. Rien encore. Je monte\nà l'Observatoire. Toujours rien. Naturellement mon regard change de\ndirection. Qu'est-ce donc qui brille là, à terre? Tiens! c'est un grain de\npoudre d'or venu je ne sais d'où et gisant sur la route. La brise le sou-\nlève et le fait resplendir au soleil; elle en soulève dix autres, cent autres,\nmille autres ; et tous reluisent, et tous prennent des apparences hu-\nmaines, et tous entonnent une mélodie qui est toujours la même, tous\nse la disputent, et tous continuent à briller à quelques pouces du sol, car\nils sont couverts de paillettes. Que disent ces pygmées? Ils disent à voix\nhaute: Nous sommes les successeurs des grands musiciens italiens. Je\nme détourne pour ne plus voir ces ombres bizarres flottant à l'horizon.\nEn ce moment un coup de vent survient et j'entends un ricanement sec\net railleur. Je me retourne vivement : la camarde, vieux squelette clas-\nsique, était debout devant moi et riait à se tenir les côtes. Elle venait de\nsouffler sur le tas des maëstri : Poudre d'or, pygmées et paillettes avaient\ndisparu et il n'en restait pas trace.\n\nLOUIS LACOMBE."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "217", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.25", "texte": "(0\nAUTRES soir s, on donnait, comme lever de rideau, le\nRossignol de Lebrun. Madame Cinti remplaçait ma-\ndemoiselle Hymm, et Tulou lui donnait la réplique.\nVous devinez comme cette année 1829 me laisse encore\nun grand souvenir : ce fut une représentation unique\ndans l'histoire de l'art, où le mélodieux Cimarosa fut interprété à la fois\nparMarietta Malibran, Henriette Sontag et Laure Cinti-Damoreau.\nJe deviendrais fastidieuse en nombrant les soirées où l'inimitable\nTulou porta mes triomphes à leur apogée. Je traversai triomphante les\ngrandes œuvres de Meyerbeer, et les grands jours du Conservatoire.\nJe vis Mendelssohn ravir par sa jeune renommée le public ardent de\ni 832, avec le Songe d'une Nuit d'été, ses quatuors, son otetto et son\nadmirable concerto en sol. Je me trouvais au milieu des hommes que\nvoici: Habeneck, Bertin de Vaux, Baillot, Rubini, Girod de l'Ain,\nSchlesinger, de Tracy, le peintre Gérard,, mesdames Mars, Persiani et\nTaglioni, les pianistes Hilleret Kalkbrenner, le Saint-simonien Enfantin\net le poète V. Hugo, Paganini, Nourrit, Delacroix, Lablache et tant\nd'autres que j'oublie.... Une circonstance particulière m'a frappée dans\nl'une des dernières soirées que je passai à l'Opéra. —Tulou se tenait\nà son pupitre, quand, dans un entracte, il vit défaillir l'un de ses col-\nlègues de l'orchestre. C'était un artiste, qui avait coutume de lire un bré-\nviaire, et rien n'était plus bizarre que cet homme d'une dévotion sincère,\n\nLES SOUPIRS D'UNE FLUTE\n\n(1) Voir le numéro du i 5 août."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "218", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.26", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ns'isolant par sa piété du lieu où ses occupations l'appelaient. On res-\npectait son originalité et on admirait son rare talent.\nlui dit Tulou, en se précipitant vers lui, venez avec moi respirer au\ndehors une atmosphère plus saine.» Tulou transporta pour ainsi dire\nson camarade au foyer, où les soins les plus empressés lui furent prodi-\ngués, puis une voiture le reconduisit à son domicile de Belleville, où\nUrhan ne tarda pas à expirer quelque temps après à l'âge de 56 ans....\nJe me souviens avoir fait une pérégrination artistique, avec Tulou,\npar un hiver très rigoureux. Nous étions dans le midi de la France, et\nnéanmoins comme cela arrive quelquefois une température sibé-\nrienne semblait donner un démenti à notre position topographique.\nNous venions de Perpignan nous dirigeant vers Montpellier. Des rafales\nviolentes fouettèrent notre diligence, vraie maison roulante des Messa-\ngeries Lafitte et Caillard. Le lourd véhicule avançait lentement à travers\nune épaisse couche de neige. Malgré un attelage de renfort, arrivés près\nd'une côte, les voyageurs lurent obligés de descendre.\nO misère! ô fatalité! c'est ce vulgaire incident qui fut Forigine de\nma chute et de mes souffrances !\nParmi nos compagnons de route, se trouvait un jeune homme pâle,\nlong et sec. De grands cheveux noirs, plats et gras, mettaient sa nuque à\nl'abri des frimas. Sa mise décelait à la fois un mélange d'indigence et de\nfaste. Un habit noir collant sur sa personne plutôt qu'il ne la vêtissait,\nune cravate jadis blanche, des bottines vernies, un chapeau pyramidal,\ntel était le costume de ce fantastique personnage. Son regard brillant et\nvif prenait ordinairement, lorsqu'on le fixait, un aspect humble et même\nbéat. Quant à sa parole, l'accent en était si étrange, que je le qualifierais\nvolontiers de familièrement respectueux, si cette façon de m'exprimer\npeut faire connaître ma pensée. Entre temps, il sifflotait quelque lambeau\nd'opéra italien. Il avisa Tulou et le prit pour objectif de son verbiage.\nHélas !... il ne fut pas nécessaire à l'illustre virtuose d'attendre longtemps\npour apprendre que son compagnon de voiture était —disait-il l'une\ndes merveilles musicales de l'ltalie. Tulou prit naïvement la balle au\nbond, mais quand son interlocuteur sut à qui il venait de lancer une\nsemblable assertion, son allure changea d'aspect.\nLe matamore rengaina sa grande flamberge et vira de bord. Il se disait\nnapolitain et se nomma: il cavalière del Fior, ténor di primo cartello\nde Santa Radegonda de Milan.\n11 narrait avec une intarissable faconde les palpitantes péripéties de\nde l'incendie d'un théâtre. Il avait accompli des prodiges de dévoue-\nment dans ce sinistre, et à la suite de ses héroïques efforts, le délicieux"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "219", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.27", "texte": "LES SOUPIRS D'UNE FLUTE\n\ntimbre de sa voix avait été irrémédiablement altéré. Depuis ce malheur,\ndisait-il, il se servait de la flûte, pour donner un libre cours à sa voca-\ntion musicale. Une suite non interrompue de désastres le poursuivait.\nLa fée Guignon était sa jettatura. Peu à peu il avait vendu livres,\npartitions, jusqu'à la flûte elle-même.\nAujourd'hui il cumulait les professions de copiste, d'accordeur et de\ndOttor délia lingua di Dante. Parlant de sa flûte, «ah! Mossiou, disait-\nil dans son affreux jargon, c'était encore là ouné voix de perdoue! »\nHeureusement, répliqua Tulou avec un malin sourire et un accent\naffectueux, heureusement que celle-ci peut se remplacer, ce n'est qu'une\nvoix de bois„ » Atroce calembour qui fut le signal de mes malheurs!\nNéanmoins, il cavalière sut si bien capter la commisération du\nmaître, que ce dernier, dont le cœur était à l'égal du talent, lui\npromit son appui, afin de le soustraire à ses infortunes imméritées....\nLe lendemain nous étions dans la petite ville de ***, del Fior apparut\nchez Tulou. Une souffrance réelle était peinte sur les traits allongés du\njprofessore. Rempli d'une sympathique émotion, Tulou se souvint de sa\npromesse.\nIl lui offrit d'abord un rouleau d'écus, lui prépara de nombreuses\nlettres de recommandation, puis me prit ô mes beaux jours évanouis !\net m'offrit en ces termes à ce chanteur sans voix, à ce flûtiste sans\nflûte: a Mon ami, l'argent s'épuise, les meilleures recommandations\nsont sujettes à de nombreuses vicissitudes ; ce qui ne s'épuise pas et\nappuie une parole obligeante, c'est le travail persévérant et intelligent.\nDe graves devoirs m'appellent à Paris, et, de là, à Nantes. Je médite la\ncréation d'une fabrique de flûtes. Conservez celle-ci en souvenir de moi ;\nici les luthiers sont rares, étudiez, faites-vous entendre avantageuse-\nment. Donnez-moi de vos nouvelles, je m'intéresse vivement à votre\nsort. Je souhaite que mon instrument vous désenguignonne et qu'il soit\npour vous une flûte enchantée!—> Per bacco! Maestro, vous êtes le Diou\ndes artistes, s'écria del Fior, j'étais dans le marasme et vous me sauvez\ndu précipice ! vostra générosité me donne la dolce sperança de vous de-\ndicare toute ma vie e tutto sospiro délia mia anima ! Vos remercie-\nments me suffisent, adieu, jeune homme, écrivez-moi dans peu de\ntemps ; courage et espérance! » tels furent les derniers mots que j'entendis\nprononcer par le merveilleux artiste.\nO Tulou! m'écriai-je, agitée par de funestes pressentiments ! . . .\nJe restai plongée dans un long silence, quand un jour je\nme sentis retirée de mon étui de velours et introduite brusquement dans\nle pan d'un vieil habit, en compagnie d'une pipe ignoble et d'un flacon"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "220", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.28", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nà essence nauséabonde. J'appartenais à delFior!.... Pendant quelque\ntemps celui-ci marchait d'un pas précipité. Par une déchirure de son vê-\ntement je m'aperçus qu'il faisait nuit.\nLe cavalière s'arrêta devant une maison d'apparence maussade. Le\nviolent mouvement de sa course avait donné au pan dans lequel j'étais\nblottie 1 oscillation d'un pendule. Je heurtai la pipe et la brisai : pre-\nmière éraflure.\nSoudain, des doigts malpropres me saisissent il cavalière souffle\navec rage dans mon corps sonore, et écorche une atroce ritournelle.\nEtait-ce un signal? je ne sais. Toujours est-il qu'après ce début, del\nFior monte lestement un escalier à pente rapide et se trouve incontinent\ndans la chambre d'une deuxième ingénuité riant aux éclats avec un\njeune premier du théâtre. L'intrusion burlesque du cavalière donna\nlieu à la plus interminable série de quolibets de la part des deux jeunes\ngens. Inhabile dans la riposte spirituelle, del Fior devint furieux et\ncommença à venger son sot amour-propre par des voies de fait.\nIl me saisit avec frénésie, asséna de violents coups au jeune premier.\nRoulée a terre, piétinée, reprise avec rage, mes belles clefs furent tordues\nou brisées, mon corps fut couvert d'infâmes meurtrissures! Enfin, del\nFior me remit dans sa poche maudite. Je crus être sauvée, quand tout\nà coup, il dégringola les escaliers avec un bruit épouvantable; le fameux\nflacon se brisa et m'inonda d'un liquide fade et écœurant.\nPeu de temps après cette équipée, il maestro del Fior annonça un\nconcert. A grand renfort de réclames habiles, à l'aide des lettres de re-\ncommandation de Tulou, par ses félines obséquiosités, la servilité de ses\ndémarches, il parvint à recruter un public,.. Le grand jour ou plutôt le\ngrand soir arrive.\nL'auditoire est nombreux et... heureux augure! paraît animé de dis-\npositions bienveillantes. En premier lieu, le programme annonce une\nouverture exécutée par les amateurs de la société d'Euterpe: applau-\ndissements d'estime. Survient ensuite le bénéficiaire. Mouvement dans\nla salle; l'artillerie des lorgnettes fonctionne.\nDel Fior s avance avec grâce, jette avec une fière assurance quelques\nregards complaisants sur le public, salue légèrement et commence\nC'était la maudite ritournelle du rendez-vous !... On chuchotte, on mur-\nmure;— martyrisée déjà, il cavalière continue mon supplice en me\nfaisant rendre des traits incohérents, des rhythmes sauvages, des sons\nodieux.\nImperturbable, del Fior recommence les passages et mutile avec\nflegme des lambeaux de mélodie. Un orage se prépare, il cavalière le"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "221", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.29", "texte": "LES SOUPIRS D'UNE FLUTE\n\npressent habitué sans doute à ces sortes de dangers, il me dépose\ngalamment sur un piano, et souriant s'avance vers l'auditoire : « Mes-\ndames et messieurs, dit-il, zé zouis désolé de l'aventure fatale qui nié\nfrappe. Zé né pouis continuer mon souperbe concerto, car voyez, mes-\ndames (et il entrouvrit la bouche), z'ai ouné dent qui mé manque!...\nexcousez l'infortune. Mais ze vais avoir l'honneur de vous donner uné\nséance dé physique amousante !... »\nO Pan ! je vous laisse à penser de quelle manière ce discours fut\naccueilli. Le lormidable rire des dieux de l'Olympe eut un écho ce jour-\nlà dans la salle de concert de***. Les dames se tordaient dans une hilarité\ncontagieuse, les hommes lançaient apostrophes et quolibets au malen-\ncontreux Napolitain. Les uns prenaient cette grotesque mystification en\nplaisantant ; d'autres, indignés', réclamaient à grands cris le prix de\nleurs places. Le tumulte augmenta, lorsque l'on vit \\cphysicien déployer\nun jeu de cartes.\nIl tenta d'imposer silence en frappant violemment l'estrade du pied.\nPeine inutile ! la tempête était déchaînée. Tout à coup l'on voit surgir\nle jeune premier du théâtre. D'un mouvement rapide il s'élance auprès\ndel cavalière,s'empare de moi et se met à battre sur son dos une mesure\nfantastique.\nJe tombai mutilée! je perdis connaissance et je perdis également quel-\nques-unes des clefs qui me restaient encore !...\nCette scène est restée dans mes esprits troublés comme un horrible\ncauchemar... Je me réveillai un jour entre les doigts d'un apprenti\nluthier des Vosges. « Hé, père Michel ! cria-t-il à un ébéniste, son voisin,\ndemain, jour de baptême de mon filleul, le petit Léon, je vous ferai\nentendre un galoubet perfectionné. » « Entendu! » répondit une voix\njoyeuse. Le lendemain, autour d'une table, pareils à une guirlande de\nfleurs, se tenaient assis ébénistes, entrepreneurs de bâtisses, luthiers et\nchaudronniers. L'heureux père Michel savourait son bonheur paternel\nen avalant force rasades d'un petit vin blanc, quand le jeune parrain,\nqui depuis la veille m'avait fait subir d'horribles tortures pour me trans-\nformer, ô Tromlitz! en flûte Boehm, commença à insuffler une suite de\nsons qui devaient former une ronde populaire. Tout à coup, il s'inter-\nrompit, ses regards venaient de se fixer sur un fragment de journal ainsi\nconçu : « On nous écrit de Nantes, à la date du 23 juillet i 865, que le\ncélèbre Tulou y vient de succomber dans sa soixante-dix-neuvième\nannée. » Buvons et chantons, dit l'ébéniste. Une chanson de\nBéranger, dit un convive. Les Etoiles qui filent! répondit le\nluthier"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "222", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.30", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nCinq ans après cet épisode, le jeune Vosgien m'emporta par delà les\nmontagnes. Il s'était joint à quelques-uns de ses compatriotes et gravis-\nsait les pentes boisées, qui du village de Lapoutroie se perdent sur leur\nversant oriental, dans les vallées de Sainte-Marie et de Munster. Ces\njeunes hommes marchaient résolûment, gravement, comme vers un but\naustère, comme pour accomplir un devoir sacré. Pas de chants, mais des\nparoles échangées à voix basse. Les feuilles sèches crépitaient sous une\nbise glacée ; le vert sombre des hauts sapins se détachait, dans le fond du\npaysage, sur la neige qui s'arrondissait au sommet du Ballon d'Alsace.\nCe groupe de piétons sarrêta dans un bourg nomme Hunawihr, nom\nqui rappelle le souvenir sanglant des Huns se ruant autrefois sur ces\ncontrées. Là on rencontra plusieurs francs-tireurs de Colmar. On ne\ns'était jamais vu et cependant des poignées de mains fraternelles s'échan-\ngèrent de part et d;autre. Au bout de quelques jours, Petrus, le luthier,\nfut incorporé. On fit des campements dans la forêt de la Hardt ; les uns\ns'aventurèrent jusque vers le Rhin et le traversèrent avec intrépidité ;\nd'autres eurent pour mission de tourner la plaine par le flanc des mon-\ntagnes, afin de dépister des détachements ennemis.\nDes lueurs sinistres s'élevèrent certaines nuits à l'horizon ; je me rap-\npelai alors ce que j'entendis à Vienne ; nul doute, j'assistais de nouveau à\nla guerre. Petrus me portait à sa ceinture, près de sa cartouchière ; il fut\nconvenu, dans la petite expédition qui lui incombait dans les montagnes,\nde rallier ses compagnons par quelques-unes de mes notes.\nIls partirent une vingtaine environ. On se dirigea vers les Trois-Epis,\nau-delà de Colmar ; on laissa l'hôtellerie du Vieux-Château à droite, et\non pénétra dans les gorges qui mènent au burg de Hohenkœnisberg\n(Haut-Mont-Royal).\nSoudain on signala des uniformes badois au détour d'une vallée. Un\nmalencontreux coup de feu part de notre côté ; à peine Petrus a-t-il le\ntemps de réunir ses quelqués hommes que déjà surgissent à travers les\nbroussailles une multitude d'ennemis. Des décharges terribles ébranlè-\nrent tout à coup les échos, en se répercutant dans les montagnes avec\ndes roulements sinistres... Une balle frappa mortellement l'enfant des\nVosges; une autre m'atteignit et brisa la moitié de mon corps\nAujourd'hui, ô Pan ! vous me voyez dans la baraque d'un bûcheron,\nd'un schlitter. Le pauvre homme a rendu un pieux devoir à Petrus et m'a\nrecueillie. A peine puis-je sourire à la grande Nature, qui est toute har-\nmonie; je pleure l'humanité, et aspire-à rentrer dans le néant d'où vous\nm'avez soustraite, ô dieu Pan !\n\nA.THURNER."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "223", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.31", "texte": "DE L'ÉTAT ACTUEL\nDE LA\nMUSIQUE EN ITALIE\n\nOTRE collaborateur, M. le chevalier Van Elewyck, docteur\nès-sciences politiques et administratives, maître de cha-\npelle de la collégiale de Saint-Pierre, à Louvain, etc., etc.;\nvient de publier, sous ce titre : De l'état actuel de la mu-\nsique en Italie, le rapport officiel qu'il adresse à M. le\nMinistre de l'lntérieur de Belgique, au retour de la mis-\nsion artistique dont il a été chargé en Italie.\nM. Van Elewyck a visité tous les Conservatoires, les principales Maîtrises\nde chapelle et un bon nombre d'écoles privées. Il n'a pas négligé la musique\nprofane, les concerts, les théâtres, les orchestres militaires, les chants popu-\nlaires, les tendances nouvelles des compositeurs, la critique, en un mot tout\nce qui concerne la propagation de l'art.\nSon rapport, divisé en deux parties, est le résumé de cette inspection.\nDans la première, il passe en revue les choses intéressantes qu'il a rencon-\ntrées ville par ville; dans la seconde, il expose des considérations générales et\ndes conclusions pratiques au point de vue de la Belgique.\nM. Van Elewyck nous a permis, à titre de bonne confraternité, de publier\nici les parties de son travail qui nous paraîtraient les plus aptes à exciter l'in-\ntérêt de nos lecteurs, et sa compétence reconnue, en matière de pédagogie\nmusicale, nous fait justement croire qu'elles seront accueillies, comme elles\nle méritent) par nos lecteurs.\nNous avons suivi, dans ces extraits, l'ordre des villes d'ltalie adopté par\nnotre collaborateur dans son rapport général."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "224", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.32", "texte": "LA. CHRONIQUE MUSICALE\n\nGÈNES\nLa gloire de l'établissement génois (le Conservatoire), c'est son an-\ntique et admirable salle de concert. Au point de vue de la beauté\narchitecturale et de l'acoustique, nulle ville d'ltalie ne possède une\nsalle qui en approche. Elle fut construite autrefois par les pères Ora-\ntorieiib, ce qui est tout dire.\nQuel est le musicien au courant de l'histoire, qui ne sache ce que\nSt. Philippe de Néri et ses disciples ont fait, dans toute l'ltalie, pour la\npropagation de la bonne musique? C'est pour eux qu'Animuccia, Pales-\ntrina et tant d'autres compositeurs de génie ont spécialement écrit.\nC'est chez eux qu'est né Y Oratorio, l'épopée musicale, la forme la plus\nélevée de l'art.\n/\nAussi, quand on se rappelle que l'Eglise catholique, de l'aveu même\nde ceux qui ne croient pas à ses dogmes, a été de tout temps la mère\nnourricière des beaux-arts, on se demande, en entrant dans la salle des\nOratoriens de Gênes, comment il a pu venir, de nos jours, à l'esprit\nd'hommes sérieux, de réclamer la proscription de la musique de nos\ntemples ! A entendre ces il ne nous resterait plus qu'à faire\nun auto-da-fé de milliers de chefs-d'œuvre. Ils ne savent pas que l'unité\ndiatonique en musique est absolument la même chose que la mono-\nchromie en peinture. Que diraient-ils s'il fallait enlever de nos basiliques\nles toiles de Michel-Ange, de Raphaël, de Rubens et de Fra Angelico\nlui-même! Car Fra Angelico était polychromiste comme tous les\npeintres, et il n'existe pas d'église au monde où, seuls, les tableaux en\ngrisaille aient été admis.\nDu reste, dans les rares diocèses où ces demandes ont été faites, il se\ntrouve que là précisément le plain-chant et le jeu de l'orgue laissent,\ncomme exécution, le plus à désirer. D'où il résulte qu'après avoir tenté\nde supprimer toute musique pluritonique et tout orchestre, on n'avait\nrien de présentable à mettre à la place\nJe supplierai toujours les catholiques de ne pas oublier que l'homme\nqui, dans les temps modernes, a le plus fait pour la musique sacrée, qui\na appelé à lui les plus grands compositeurs, qui a organisé ces séances\nsacrées dans lesquelles est né Y Oratorio, saint Philippe de Néri, a été\nélevé par les Souverains Pontifes aux honneurs de la canonisation !"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "225", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.33", "texte": "DE LA MUSIQUE EN ITALIE\nIX.\n15\n\nBOLOGNE\nLe Conservatoire (Liceo musicale) a subi une grande transformation\nen 1804. Il s'est appelé Liceo Filarmonico depuis iBos, puis Liceo\nRossini, enfin Liceo Comunale. Rossini y fit ses études sous le P. Mattei\net plus tard (de 1839 à 1848), il en tut le Directeur honoraire (1).\nLe lycée se trouve actuellement sous le régime du règlement promul-\ngué par l'administration municipale en 1860. Il ne constitue pas, à\nproprement dire, un Conservatoire royal, d'où résulte que son organisa-\ntion n'a pas dû être approuvée par l'Etat.\nLe Conservatoire tend à réaliser, autant que possible, l'unité et la\nsystématisation dans les méthodes. Celles-ci sont adoptées après une\ndiscussion approfondie au sein de la réunion académique des profes-\nseurs. Le maître de la classe intérieure est complètement assujetti à\ncelui de la classe supérieure. De même, le Maestrino (chef de file dans\nune classe) est subordonné à son professeur et n'a, sur ses condisciples,\nque l'autorité qu'on lui délègue momentanément.\nIl y a des exercices d'ensemble pour les instruments à cordes et des\nexercices à grand orchestre, où les élèves compositeurs sont appelés à\nproduire leurs essais.\nLe nombre total des élèves du Conservatoire de Bologne est actuelle-\nment d'environ iso. Ils sont tous externes.\nBologne possède aussi une Académie philharmonique, véritable\nsociété savante dont l'histoire mériterait de faire l'objet d'un travail\nspécial. Elle date de 1666, selon d'autres de 1668, et a pour principal\nfondateur un noble bolonais, Vincenzo Maria Carati.\nElle jouit, aujourd'hui encore, des prérogatives de la personnalité\ncivile.\nLes académiciens sont divisés en deux classes : les Numerari et\nOnorari. A cette dernière sont associés les savants et les compositeurs\nillustres de l'étranger. L'artiste qui désire obtenir le grade de Maestro\ncompositore numerario doit fournir une fugue à cinq parties réelles,\n\n(1) Dans son testament, Rossini laisse, par décision, à la ville de Bologne, une\nsomme de cent trancs pour l'hospice des pauvres, et une autre, également de cent\nfrancs, à rétablissement Délia Vita. 11 avait quitté Bologne en 1848, à cause des ava-\nnies que les révolutionnaires lui y avaient faites, parce qu'ils le savaient être par-\ntisan de Pie IX, en l'honneur de qui il avait écrit une composition."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "226", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.34", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nécrite sur un thème désigné par le sort, un motet religieux composé sur\nune base de plain-chant développée en quatre parties d'imitation et,\nenfin, une composition dans le style fleuri, avec accompagnement\nd'orchestre. Les conditions sont moins difficiles à remplir pour celui qui\naspire à devenir Maestro compositore onorario. Il suffit de présenter un\nfugue à cinq parties réelles et de communiquer deux partitions, Tune\npurement symphonique et l'autre pour voix avec accompagnement\nd'orchestre. Il faut, en plus, une déclaration d'un maître connu de\nl'Académie, certifiant que les oeuvres sont bien réellement composées par\nl'aspirant au grade d'académicien honoraire.\nL'Académie, en sa qualité de personne civile, a à sa tête : un Repré-\nsentant du Fondateur, un Président, un Vice-Président, un Directeur\necclésiastique, deux Conservateurs, trois Conseillers pour les aiîaires\nd'art et deux pour les affaires d'administration, trois Avocats consultants,\nun Secrétaire, un Sous-Secrétaire, un Caissier, un Archiviste, un\nÉconome, un Contrôleur, un Notaire, un Procureur, un Médecin et un\nChirurgien! On le voit, cette Académie constitue une véritable famille\nde musiciens, groupés par les liens de la plus intime confraternité.\nIndépendamment des séances littéraires et musicologiques qu'elle\ntient, elle organise des exercices publics pour l'interprétation des œuvres\ncomposées par les académiciens ou pour eux.\nEn exécution du testament de son fondateur, la fête de saint Antoine\nde Padoue doit être solennisée par une messe et des vêpres en musique.\nLes membres ont entre eux une association pieuse pour les services reli-\ngieux en cas de mort. Ils ont aussi une caisse de prévoyance en faveur\nde ceux qui pourraient se trouver dans la nécessité d'y recourir.\nL''Académie philharmonique de Bologne jouit d'une réputation euro-\npéenne. Elle a rendu d'incontestables services à la propagation de notre\nart. Les plus grands artistes comme les plus savants musicologues se\nsont toujours trouvés honorés d'en faire partie. Elle a eu ses vicissitudes\net ses tiraillements. Ses polémiques avec 1 zLiceo comunale sont connues\nen Italie, mais des querelles de ce genre sont inévitables dans une ville\noù la rivalité n'existe qu'entre deux établissements. Du reste, en suppri-\nmant les points d'aigreur personnelle qui s'y sont souvent trouvés mêlés,\non peut dire de cette lutte que du choc des intelligences est souvent née\nla lumière.\nLa basilique de San Petronio à Bologne possède une maîtrise de\nchapelle remarquable, dont le directeur est M. le chevalier Gaetano\nGaspari.\nVoici les proportions vocales et instrumentales de la maîtrise de San"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "227", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.35", "texte": "DE LA MUSIQUE EN ITALIE\n\nPetronio : i organiste, i 5 chanteurs (ténors et basses), 11 violons\n(6 premiers, 5 seconds), 2 altos, 2 violoncelles, 4 contrebasses, 1 flûte, 2\nhautbois, 2 clarinettes, 1 basson, 2 cors, 1 trompette et 1 trombone. Ce\nsont à peu près les proportions des maîtrises de Bavière et de la Basse-\nAutriche. Ce sont aussi celles de plusieurs villes flamandes de Belgique.\nLes membres de la maîtrise reçoivent des appointements mensuels et ont\ndroit à une pension de la part de la Fabrique.\nJe n'ai qu'un reproche à adresser à cette organisation, c'est qu'elle\npeid de vue 1 éducation des eniants. l emploi d'enfants dans une\nmaîtrise, il est impossible de créer des traditions.\nFLORENCE\n11. R. ISTITUTO MUSICALE FIORENTINO a pour but renseignement de\n1 art musical sous toutes ses formes, tant au point de vue\npar les cours nombreux qui sont donnés dans son Conservatoire, qu'au\npoint de vue de la théorie, par l'étude des questions scientifiques\nqu aborde et élucidé la section académique. Il n'est pas de progrès préco-\nnisé pour 1 une ou 1 autre des branches de la musique que l'Académie\nde Florence n'examine à fond et ne cherche à propager dès qu'elle en a\nreconnu la valeur.\nL'lstituto, hâtons-nous de le dire, cherche moins à produire des vir-\ntuoses et des savants hors ligne qu'à élever lentement, mais sérieuse-\nment, le niveau général de Fart. Le règlement organique insiste sur ce\npoint.\nL'enseignement est gratuit. L'établissement, à la différence de ceux\ndont nous avons parlé jusqu'à cette heure, a toutes les prérogatives d'un\nConservatoire royal. Le nombre des classes, tel qu'il est fixé par un\ndéciei royal, se trouve ainsi place sous le contrôle direct et permanent du\ngouvernement.\nOutre la classe de lecture musicale proprement dite, il y a une classe\nde solfège pour les instrumentistes, et une autre pour ceux qui se des-\ntinent au chant. Nos petites villes de province, en Belgique, feraient\nbien d'adopter pour leurs écoles cette division.\nLes classes de piano sont nombreuses. En général, elles sont bien\ndonnées. On pourrait demander peut-être que, pour ces cours, les instru-\nments fussent de meilleure qualité, ce qui faciliterait aux professeurs\nrenseignement de la musique classique. Il est si nécessaire dans le style\nd'imitation de faire ressortir les diverses parties réelles de la partition î"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "228", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.36", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nCe n'est, à Florence, ni de la faute du maître ni de celle de l'élève si,\npour les détails d'interprétation, le piano ne répond pas au jeu de\nl'exécutant.\nL'accompagnement sur la basse chiffrée et la lecture des grandes parti-\ntions comportent cinq années de travail. C'est peut-être un peu long\npour une branche spéciale que les élèves, en général, n'ont pas à appro-\nfondir isolément. Il est bien rare, en effet, qu'on n'y joigne pas l'étude\nde la composition proprement dite et celle de l'orgue.\nL'école d'harmonie et de contrepoint compte trois années pour l'har-\nmonie et deux années pour le contrepoint. Total, pour le cours entier :\ncinq ans.\nLe cours de contrepoint fugué, de fugue proprement dite et de haute\ncomposition se donne en cinq années, savoir : une année pour le contre-\npoint fugué, deux pour le canon et la grande fugue, et deux pour la\ncomposition. Les récipiendaires de ce cours ont à étudier l'histoire et la\nlittérature italienne, la littérature française ; ils doivent savoir asse% de\nlatin pour ne commettre aucune erreur dans la prosodie des textes\nliturgiques. Il leur est strictement enjoint de fréquenter, de même que\nles élèves de basse-continue, d'orgue et d'harmonie, la classe d'esthétique\net celle de l'histoire spéciale de Fart musical. Ces derniers cours se don-\nnent en deux ans. Enfin, les mêmes récipiendaires ont encore à suivre\nles classes de chant, de déclamation lyrique, celles de perfectionnement\ndes instruments et notamment du violon.\nLe cours de harpe comprend sept ans d'études, ce qui me paraît un\npeu long.\nLes classes de chant se donnent en six ans, mais, avec les classes de\nperfectionnement, qui sont de trois elles constituent un ensemble\nde neuf années. Les élèves qui ont chanté, pour moi, sans être supérieurs\nà ceux de nos Conservatoires royaux de Bruxelles et de Liège, m'ont\nparu plus forts que ceux de Naples, mais inférieurs à ceux de Milan. II\nest bon d'ajouter qu'une comparaison comme celle que je viens de faire\nn'est pas absolue et ne peut se prendre comme critérium de la valeur\nintrinsèque des cours.\nIl n'y a pas, au Conservatoire royal de Florence, de distribution de\nprix. On y considère les dons de prix comme des occasions de partialité\n(avis très contestable à mon sens). Mais il y a de fréquentes exécutions\npubliques, d'où résulte un contrôle permanent de l'opinion. Enfin, on\naccorde des subsides pécuniaires aux élèves les plus méritants.\nTerminons notre aperçu sur l'lnstitut royal de Florence par quelques\nmots sur sa bibliothèque. Elle est divisée en deux grandes sections, dont"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "229", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.37", "texte": "DE LA MUSIQUE EN ITALIE\n\nla première se compose d'ouvrages de littérature musicale, et la seconde,\nde partitions.\nLa partie la plus considérable provient des collections de la famille\nGrand-Ducale de Toscane, particulièrement de celle du duc Ferdi-\nnand 111, qui fut un amateur éclairé. Ce sont des compositions sacrées,\nthéâtrales et symphoniques.\nLa bibliothèque est riche, surtout en œuvres de l'école allemande.\nLes livres et les partitions de l'ancienne Académie des Beaux-Arts\nsont venus se joindre à ceux de Ylstituto ; enfin, l'ensemble de la biblio-\nthèque s'est trouvé encore accru par des collections privées provenant\nde diverses familles.\nVlstituto possède quelques instruments rares, fabriqués par des lu-\nthiers célèbres, tels que Gabrielli, Ruggiero, Amati, Stradivarius.\nJe me résume en deux mots : L'Établissement royal de Florence est\nune des bonnes créations des temps modernes. Il est destiné à occuper\nune place brillante dans l'histoire de l'art. Son savant président et les\nintelligents collaborateurs qu'il a groupés autour de lui, tant à l'Aca-\ndémie qu'au Conservatoire, ont réussi à doter la ville d'un des plus\nbeaux joyaux de sa couronne artistique.\nLa musique dite de chambre est en honneur à Florence. Qui ne connaît,\nde nom au moins, le célèbre cercle florentin Società del Quartetto ?\nVoici deux mots sur son origine :\nEn 1859, le docteur Abrahamo Basevi suspendit, à cause de la guerre,\nla publication de son journal VArmonia. Il crut alors être utile et\nagréable aux amateurs de bonne musique par la création d'une autre\nœuvre. Il organisa des exécutions de quatuors de Beethoven. Ces séances\nfurent nommées d'abord Mattinate Beethoviane. Elles eurent pour\nprincipaux interprètes les professeurs Giovacchini, Bruni, Laschi et\nSbolci. Le succès fut tel que, la même année, on résolut de fonder un\ncercle spécial de musique classique, sous le titre de Società del Quar-\ntetto. De 1861 jusqu'à nos jours, la Société organisa une foule de fêtes,\nencouragea les compositeurs par des concours, stimula les exécutants\npar des impressions vendues à bon marché et par la fondation du jour-\nnal le Bocclierini, œuvres dans lesquelles M. l'éditeur Guidi a une\nlarge part. Rien d'étonnant si, en peu de temps, le Cercle du Quartetto\narriva à la célébrité.\nOn créa des Membres protecteurs et des Membres effectifs, et on fit\nappel aux illustrations étrangères, parmi lesquelles je citerai Meyerbeer\net notre vénérable directeur de Bruxelles, teu M. Fétis père."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "230", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.38", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nEn 1863, la Société commença à donner des concerts populaires, dont\nles premiers débuts furent brillants.\nElle organisa aussi, dès 1864, des conférences sur la musique. Celles-\nci réussirent non moins bien. C'est à l'exemple du quartette de Florence\net en imitant les nombreux sacrifices que M. l'éditeur Guidi s'était\nimposés pour développer l'œuvre, que M. l'éditeur Ricordi, de Milan,\nfonda à son tour, en cette dernière ville, une société semblable (1864).\nEn 1865, sous la direction de M. Basevi, le Cercle florentin donna des\nséances historiques, dans lesquelles furent produites les œuvres des\nanciens maîtres de l'école italienne.\nDès cette époque aussi, le célèbre violoniste Bazzini, aujourd'hui\nprofesseur de composition à Milan, et son émule, Giovanni Becker,\napportèrent leur vaillant concours aux concerts de la Société.\nEn 1866, on reprit les concerts populaires, avec un personnel de plus\nde cent exécutants, placés sous l'habile direction du chevalier Théodule\nMabellini.\nEn 1868, on organisa des concerts avec Conférences, qui intéressèrent\nvivement le public. Puis, il y eut des concerts symphoniques, placés\nsous la haute direction du marquis d'Arcaïs, du commandeur Casamo-\nrata, du professeur Cianchi et d'autres artistes. Enfin, le Gouvernement\naccepta d'être le Protecteur de la Société.\nEn résumé, le quartette florentin, qui est peut-être aujourd'hui\ndépassé, en fait de valeur, par celui de Milan, est une gloire pour la\nToscane et a rendu d'incontestables services à l'art.\nLes grands concerts symphoniques que l'on donne aujourd'hui à\nFlorence, sont tous fort beaux. Pendant mon séjour en cette ville, il y\nen a eu de très remarquables. J'ai aussi assisté, dans la salle des répéti-\ntions du théâtre, à l'audition de deux quatuors composés par M. Giulio\nRoberti. Unité, variété, finesse de détails, contraste, gradation, toutes\nces qualités se trouvent réunies dans ces partitions et leur mériteraient\ncertainement les honneurs de l'impression.\nQuant à la musique sacrée, on serait dans le vrai en disant qu'elle mé-\nrite un blâme sévère. Le clergé s'est, pour ainsi dire, résigné à renoncer\nau concours de l'orchestre, à cause du style concertant et théâtral.\nMais il n'a pas assez remarqué qu'il manquait d'organistes pour rem-\nplacer, par un jeu sévère et correct, la frivolité des ariettes symphoniques.\nJ'ai entendu, à l'église des PP. Franciscains du Borgo Ognissanti,\njouer sur l'orgue, pendant la grand'messe du dimanche, des fragments\nd'opéra alternant avec les chœurs de la liturgie et produisant la plus\ndétestable cacophonie."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "231", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.39", "texte": "DE LA MUSIQUE EN ITALIE\n\nROME\nA Rome,, je me suis, pour ainsi dire, exclusivement occupé de musi-\nque religieuse, et seulement au point de vue de la pratique.\nJ'aurai à parler du plain-chant, de l'orgue et de la musique chorale.\nAbsence complète d'unité dans le plain-chant, multiplicité d'éditions,\naccompagnements d'orgue très divers,, mais presque tous fort incorrects,\nvoilà le résumé fidèle de l'état actuel des choses à Rome.\nTout plain-chantiste sait qu'on peut exécuter les sublimes mélodies\ndu rituel de deux manières différentes : ou bien à l'allemande, en chan-\ntant lentement, gravement, en appuyant sur le son des voyelles et,\npartant, sur leur valeur dans l'échelle de la gamme diatonique; ou bien\n/\nà Pitalienne, ce qui est indubitablement l'ancienne tradition de l'Eglise.\nLa deuxième manière permet la note d'agrément, le supplément d'orne-\nment et exige une grande force de rhythme dans l'articulation de la\nconsonne. On ne pratique à Rome ni l'une ni l'autre de ces méthodes.\nDans mainte église de second rang on ne semble pas même se douter de\nl'existence de deux systèmes.\nL'accompagnement d'orgue laisse non moins à désirer. Le style des\norganistes est léger dans leurs préludes et improvisations ; on dirait qu'ils\nprennent plaisir à faire entendre des motifs profanes. Ajoutons que\nla plupart d'entre eux n'ont pas fait d'études sérieuses. Ce sont, dans\nles églises desservies par des religieux, des membres de l'ordre ou de la\ncongrégation, auxquels aucun maître compétent n'a enseigné les vrais\nprincipes.\nComme valeur instrumentale, les orgues sont rort incomplètes. Les\nItaliens ignorent les progrès réalisés en France, en Belgique, en Angle-\nterre et en Allemagne depuis un demi-siècle. Les jeux dits de fond,\nsont insuffisants. On y emploie exclusivement les anciens registres de\nmutation et de fourniture, lesquels donnent à la sonorité le caractère\nnasillard du cornet ou le son strident du plein-jeu. Mais ces registres\nmanquent absolument des effets graves et mélodieux qui caractérisent\nla musique religieuse, et de la variété de timbre et d'harmonie dont s'est\nenrichie la facture moderne. Le nombre des claviers est minime. Les\npédales séparées, à double gamme complète, sont inconnues.\nJ'ai eu le bonheur de voir, un jour, à Paris, dans le cabinet d'études\ndu plus grand facteur de notre siècle, un plan, travaillé pendant de lon-\ngues années, pour doter Saint-Pierre du Vatican d'un orgue monu-\nmental, gigantesque, digne des immenses proportions de ce temple. Le"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "232", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.40", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nplan a été conçu par pur amour de l'art et ne sortira peut-être jamais\ndu cabinet où il a été élaboré. Que de fois cet hiver, en écoutant dans la\nBasilique Vaticane les accords des petites orgues portatives qu'on y\nemploie, ai-je pensé à la belle conception de M. Aristide Cavaillé-Coll !\nSon oeuvre serait le complément naturel des splendeurs que le Bra-\nmante, Raphaël et Michel-Ange y ont accumulées. En matière d'art,\nil n'y a pas de frontières, et ce n'est pas parce qu'un compatriote ne l'a\npas imaginé que je me dispenserai de louer l'admirable projet de\nM. Cavaillé.\nJ'arrive au chant d'ensemble dans les basiliques.\nJ'ai eu l'honneur de le dire à deux grands maîtres de chapelle de Rome,\nje comprends pourquoi, à notre époque, les Belges n'ont plus cette vive\nadmiration que nos parents professaient pour les chœurs des maîtrises\nitaliennes, et, notamment, pour ceux de la ville éternelle. Que de pro-\ngrès sous le rapport du chant sans accompagnement ont été réalisés en\nBelgique depuis une quarantaine d'années ! En iB3o, nous ne possé-\ndions pas trois Sociétés de chœurs. Peu après cette date, MM. de Mar-\nneffe et Lintermans, à Bruxelles, Louis de Clercq, à Gand, les chevaliers\nde Burbure, à Termonde, se mettaient à l'œuvre pour créer des Sociétés\nchorales, et aujourd'hui notre chère Patrie en compte plus qu'elle n'a de\nclochers de paroisses ! Certes, nos chœurs à voix d'hommes seules ne\nconviendront jamais pour l'interprétation du contrepoint ecclésiastique,\ndont les parties de soprani et d'alti constituent des éléments virtuels.\nMais l'expression, la justesse, l'aplomb, l'ensemble, l'antithèse des effets\nont fait des progrès inespérés en Belgique. Il ne serait plus possible,\naujourd'hui, à un directeur belge d'entendre les chœurs d'ltalie sans\nrecevoir, au premier abord, une impression de désappointement. Et cette\nimpression est plus forte encore, parce que nous n'exécutons presque\njamais le contrepoint palestinien, dont les traditions sont perdues dans\nnos contrées depuis un siècle. Or, la musique a, elle aussi,\nses effets de couleur expressive, mais totalement différents de ceux de la\ntransitonie moderne.\nA Rome, les traditions anciennes de l'interprétation du style diatoni-\nque existe encore, mais affaiblies. J'ai été étonné de la lenteur des mou-\nvements imposés dans le chant des fugues. De plus, une chose défec-\ntueuse à tous égards, est la disposition indiquée aux chanteurs dans les\ntribunes. En général, ces tribunes sont élevées au chœur dans une partie\nlatérale d'où le son ne peut se propager d'une manière ample et soute-\nnue. Il en résulte des effets d'écho qu'on éviterait en réunissant les\nchanteurs à l'entrée du chœur ou derrière le maître-autel. Les maîtres"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "233", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.41", "texte": "DE LA MUSIQUE EN ITALIE\n\nde chapelle, au lieu de ranger leurs hommes en demi-cercle, d'où résul-\nterait que chaque partie pourrait entendre ce que chantent les trois\nautres parties, les placent comme suit : les soprani en avant, puis les\nalti, puis les ténors, puis les basses. Évidemment, dans les dispositions\nactuelles, les derniers chantent sans savoir l'effet que produisent devant\neux les voix plus élevées.\nHeureusement que les choristes romains ont un rare talent pour con-\nserver le diapason tonal. Je l'attribue à leur longue habitude de chanter\nsans accompagnement. Sous ce rapport, les maîtrises italiennes sont bien\nsupérieures à celles de notre pays.\nOn fait beaucoup de musique dans le style moderne en l'église princi-\npale des RR. PP. Jésuites. Les puristes, à Rome, en trouvent le genre\ntrop concertant. Je dois me ranger à cet avis quant aux solos de virtuo-\nsité. Mais il ne faut pas oublier que les Pères Jésuites sont encore à peu\nprès les seuls religieux qui aient à cœur d'encourager la composition\nsacrée, et si une restauration de l'art s'accomplit, ce qui est inévitable,\nelle s'intronisera chez eux.\nAucun artiste n'ignore l'intérêt tout spécial que notre Saint-Père le\nPape porte à la musique sacrée. On sait les mesures nombreuses que\nPie IX a prises dans le cours de son long règne pour améliorer cette\nbranche de Fart et la ramener à sa splendeur d'autrefois. Une des meil-\nleures créations du Souverain Pontife est l'institution de l'école de\nchant de San Salvatore in Lauro. En formant les enfants, dès leur bas-\nâge, au service des maîtrises, en utilisant le timbre argentin et frais de\nleurs belles voix, en les faisant concourir aux exécutions de tous les\ndimanches et fêtes, on développe l'émulation dans les générations futures\net la réforme suivra naturellement. Seulement, quand on veut utiliser des\nvoix non formées, il faut faire un choix de morceaux adapté à leurs\nmoyens physiques. Peu de partitions de l'ancienne école romaine leur\nseront accessibles. Ce que je dis ici est tacile à démontrer. Un enfant de\ndix à douze ans ne saisira pas plus la magnificence du contre-point pales-\ntinien qu'il ne déclamera parfaitement les beaux vers du Dante ou qu'il\nne comprendra la grandeur du Moïse de Michel-Ange.\nIl conviendra donc que les compositeurs s'exercent à écrire dans des\nconditions vocales inconnues aux maîtres anciens, ou, pour mieux\ndire, inappliquées par eux.\n\nLe Chevalier VAN ELEWYCK."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "234", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.42", "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nFAITS DIVERS\n\nous avons annoncé dans notre précédent numéro qu'une\nallocation de 10,000 francs avait été votée par le Conseil\nmunicipal de Paris pour encouragement à la musique.\nVoici de quelle façon cette somme sera répartie :\ni° Un prix de 300 francs et un de 200 francs aux deux\ninstituteurs d'écoles communales laïques qui présenteront\nles meilleurs élèves de musique parmi les jeunes garçons\nadmis à cet enseignement 500 francs.\n2° Trois médailles de 500 francs chacune aux établissements libres d'ensei-\ngnement musical qui, par leur bonne organisation, le nombre et le mérite des\nprofesseurs, les matières enseignées, etc., offrent un ensemble de nature\nà élever le niveau de l'instruction musicale en dehors du Conserva-\ntoire i,500 francs.\n3° Un prix annuel de 3,000 francs à l'œuvre musicale la plus remar-\nquable qui se sera révélée en dehors du théâtre (symphonie, oratorio,\netc.) 3,000 francs.\n4° Deux prix de 1,000 francs chacun pour un chant à voix seule, destiné\nà être chanté à l'unisson par le peuple, et un chant à quatre voix destiné aux\norphéons de la Ville de Paris. Ces pièces devront avoir pour objet la gran-\ndeur et l'amour de la patrie. Elles seront l'objet de concours de poésie et de\nmusique. Les poètes recevront chacun 500 fr. pour leur poème. 3,000 francs.\n5° Deux prix de 500 francs chacun aux sociétés chorales particulières qui\nprésenteront le meilleur chœur de femmes 1,000 francs.\n6° Retenue annuelle de 1,000 francs pour couvrir les frais d'examen de\nmusique pour les jeunes filles qui se destinent au professorat. Des diplômes\nde capacité, pour la musique à deux degrés, seront le complément des di-\nplômes délivrés pour l'instruction ordinaire par la Ville de Paris. 1,000 francs.\nLa déclaration suivante, par laquelle est abrogée la section 3de l'article\niv de la convention concernant les droits d'auteur conclue entre la Grande-\nBretagne et la France le 3 novembre jßsl,vient d'être publiée dans la Galette\nofficielle de Londres.\n« Le gouvernement de Sa Majesté la reine du Royaume-Uni de la Grande*"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "235", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.43", "texte": "VARIA\n\nBretagne et d'lrlande et le gouvernement de la République française, désirant\nassurer plus complètement dans chacun des deux pays la protection légale de\nla propriété des œuvres dramatiques et prévenir les difficultés d'interpréta-\ntion que peuvent faire naître les procès contre le plagiat d'ouvrages passant\npour des imitations ou des adaptations faites de bonne foi, sont convenus des\ndispositions suivantes :\n» Est abrogé le paragraphe 3 de l'article iv de la convention du 3 novem-\nbre 1851, concernant la garantie réciproque de la propriété des œuvres\nlittéraires ou artitisques, dont la teneur est comme suit : « Il est entendu\nque la protection stipulée parle présent article n'est pas destinée à empêcher\nles imitations ou les adaptations faites de bonne foi d'œuvres dramatiques à\nla scène, en Angleterre et en France respectivement, mais seulement les tra-\nductions plagiaires. »\n» En conséquence, en décidant les questions de plagiat d'œuvres dramati-\nques, les cours de justice des pays respectifs appliqueront l'article 4 de ladite\nconvention du 3 novembre 1851, comme si le paragraphe 3 sus-énoncé n'y\navait pas été inséré.\n» La présente déclaration aura la même valeur et la même durée que la\nconvention du 3 novembre 1851, à laquelle elle est annexée.\n» En foi de quoi, les soussignés, dûment autorisés à cet effet, ont signé la\nprésente déclaration et y ont apposé leurs sceaux.\n» Fait double à Londres, le 11 août 1875.\n» Signé : DERBY,\n» D'HARCOURT. »\nM. Massenet vient de terminer la partition du Roi de Lahore, opéra en\ntrois actes, paroles de M. L. Gallet.\nLa reprise des Dragons de Villars, à l'Opéra-Comique, redonne une\ncertaine actualité au souvenir suivant, rappelé par Dorante, le courriériste de\nla Patrie :\nC'est à l'École des Beaux-Arts, rue des Petits-Augustins, maintenant\nrue Bonaparte, que les concurrents pour le grand prix de composition musi-\ncale furent d'abord mis en loge. 11 s'agissait d'une réclusion de trente et un\njours.\nDans ces heures d'isolement, quand l'inspiration faisait obstinément défaut\net que la nostalgie de la maison paternelle commençait à gagner l'esprit,\nquelques tempéraments nerveux, mal apaisés par de froides récréations au\nmilieu d'une société sans confidence, parmi des camarades nécessairement\nrivaux, arrivaient facilement à l'exaltation et à la fièvre.\nUn jour, l'un d'eux, pris d'une espèce de délire, déchira en morceaux son\nœuvre terminée, renonçant ainsi au concours et à ses chances.\nLe père Pingard ramassa précieusement les débris de la cantate mutilée,\nles rassembla au moyen d'une infinité de petites bandes de papier végétal, et\nengagea vivement le concurrent désespéré à se présenter au concours.\nCette cantate eut d'embléç et du premier coup le grand prix de composition\nmusicale."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "236", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.44", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nElle était d'Aimé Maillart, Fauteur de des Dragons de Villars,\ndes Pêcheurs de Catane et de Lara.\nJohann Strauss travaille en ce moment à remanier la partition d'un\nopéra-bouffe qui a obtenu cet hiver un vif succès dans la capitale de l'Au-\ntriche.\nLe livret allemand est intitulé : Cagliostro à Vienne. La traduction fran-\nçaise s'appellera la : Jeunesse de Cagliostro.\nNous lisons dans le Ménestrel :\nLes répétitions au théâtre de Bayreuth sont terminées, et la petite ville si\nvivante et si animée pendant quelques jours est rentrée dans sa tranquillité\ncoutumière. Les rapports entre le maître et ses visiteurs ont été pleins de\ncordialité, mais madame Cosima Wagner ne leur a pas toujours fait bon vi-\nsage. Elle a brouillé son mari non-seulement avec le ténor Niemann et\nmadame Marianne Brandt, mais encore avec plusieurs journalistes qui avaient\ndéfendu la cause wagnérienne unguibus et rostro. C'est Hans de Bulow qui\ndoit se frotter les mains!\nVoici un document très curieux: c'est le contrat fait entre le duc Sforza\nCesarini, directeur du théâtre de la T'our-Argentine, à Rome, et le maestro\nG. Rossini, pour l'opéra le Barbier de Séville.\nTHEATRE NOBLE DE LA TOUR ARGENTINE.\nRome, i 5 décembre 1815\nLe présent a été fait sous seing privé, mais qui aura la même valeur qu'un\ncontrat enregistré, stipule entre les parties contractantes :\nMonsieur le duc Sforza Cesarini, directeur du susdit théâtre, commande\nau maestro G. Rossini, pour la prochaine saison du carnaval de 1816, lequel\nRossini promet et s'engage à composer et mettre en scène le second opéra\nbouffe qui sera représenté pendant la dite saison au théâtre indiqué, et sur\nle libretto si nouveau ou si ancien qui lui sera donné par le directeur.\nLe maestro Rossini s'engage à remettre la partition à la moitié du mois de\njuin et de l'adapter à la voix des chanteurs, tant pour la bonne réussite de la\nmusique que pour la convenance et les exigences des chanteurs.\nLe maestro Rossini admet aussi et s'engage à se trouver à Rome, pour ré-\npondre au présent contrat, pas plus tard que la fin de décembre courant et\nde remettre à la copie le premier acte de son opéra, parfaitement complet le\n20 juin 1816. Ainsi dit, le 20 juin, afin de pouvoir faire les répétitions\npromptement, et de pouvoir mettre en scène le jour qu'il plaira au directeur,\nlequel a fixé la première représentation vers le cinq février. Le maestro Rossini\ndevra également remettre à la copie, en temps voulu, le second acte de son\nopéra, pour pouvoir être mis en scène le jour ultérieurement indiqué; au-\ntrement le maestro Rossini s'exposerait à tous les dommages, parce qu'il doii\nen être ainsi et pas autrement.\nLe maestro Rossini sera en outre obligé de diriger son opéra selon l'usage,"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "237", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.45", "texte": "VARIA\n\net d'assister personnellement à toutes les répétitions de chant et d'orchestre,\ntoutes les fois que cela sera nécessaire, tant au théâtre qu'autre part, à la vo-\nlonté du directeur; il s'oblige encore à assister aux trois premières représen-\ntations qui seront données consécutivement et en diriger l'exécution à\nl'orchestre, etc., etc., parce qu'il doit en être ainsi et pas autrement.\nEn récompense de ses fatigues, le duc Sforza Gesarini s'oblige à lui payer\nla somme et quantité de trois cents écus romains après les trois premières re-\nprésentations, qu'il devra diriger à l'orchestre.\nIl est convenu qu'en cas d'interdiction ou de clôture du théâtre, soit par\nle fait des autorités, soit pour tout autre motif imprévu, il sera fait suivant\nles habitudes des autres théâtres de Rome.\nPour garantir l'entier assentiment au premier contrat, il sera signé par le\ndirecteur susdit et par le maestro G. Rossini ; de plus, le directeur accorde le\nlogement au maestro Rossini pour tout le temps du contrat dans la même\nmaison assignée à M. Luigi Zamboni.\n« Dans un coin ignoré du vieux Paris, dit M. F. Oswald, du Gaulois,\nvivent un vieillard de quatre-vingt-dix ans et sa fille, vieille demoiselle, qui\nn'a eu en sa vie qu'une passion, la musique, et qu'un amour, le chevalier\nGluck, amour innocent et respectable s'il en fut. Lisant un jour les pages de\nBerlioz sur le créateur vénéré de la musique dramatique en France, pages\ndébordantes d'enthousiasme, un passage la frappa, celui où le compositeur\nfrançais s'écrie : « Il ne se trouve donc pas un prince soi-disant protecteur\n« des arts assez riche pour venger la mémoire de Gluck des vulgaires éditions\n« qu'on a infligées à ses partitions, et nous rendre dans leur splendeur pre-\n« mière ces œuvres qui sont notre livre sacré ? » La vieille demoiselle se dit:\nPuisque ce prince-là ne s'est point rencontré, c'est moi qui élèverai ce monu-\nment à la gloire de mon chevalier ! On fit le compte de la fortune du respec-\ntable ménage, du vieillard et de sa fille, on en déduisit le nécessaire pour la\nvie de tous deux. Quarante mille francs restaient disponibles : Gluck sera\nvengé des éditions profanes! L'édition est commencée, une des œuvres a déjà\nparu. » Ajoutons à notre tour que cette noble et courageuse enthousiaste se\nnomme mademoiselle Pelletan, et qu'elle est la nièce du député de la Seine\nqui porte le même nom.\nLa Société des auteurs et compositeurs dramatiques vient enfin d'étendre\nson action dans les pays étrangers. Jusqu'ici la Belgique et la Suisse seules\npayaient des droits pour la représentation des œuvres françaises ; cette lacune\nregrettable va être comblée. Voici la lettre circulaire que le comité de la\nSociété vient d'adresser aux directeurs des théâtres étrangers :\n« Paris, le août ißys.\n« Monsieur le Directeur,\na Nous avons l'honneur de vous informer que la Société des auteurs et\ncompositeurs dramatiques de France vient de créeruneAgence internationale\nà Paris, rue Saint-Marc, 30, au siège social.\n« Cette Société, dont nous sommes les mandataires, renferme dans son sein\ntous les auteurs et compositeurs dramatiques de France, sans exception."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "238", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.46", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\n« Elle a été fondée il y a quarante-six ans, et, depuis cette époque, elle\nfonctionne régulièrement et légalement.\n« La Société des auteurs et compositeurs dramatiques est constituée par\nacte passé devant Me 1 homas et son collègue, notaires à Paris, en date du\n18 novembre 1837.\n« Elle charge une Commission élue de défendre ses intérêts et elle confie\nà une agence le soin de percevoir ses droits.\n« Les deux titulaires de cette agence sont MM. Peragallo et Roger, demeu-\nrant à Paris, rue Saint-Marc, 30. Ce sont eux qui agissent pour nous dans\ntoute la France. C'est à eux seuls que nous venons de confier la direction de\nnotre Agence internationale.\n« En créant cette agence, nous avons un double but :\n« Faciliter 1 échange de nos relations avec les directeurs des théâtres\nétrangers.\n« Supprimer les charges que nécessitait le concours des intermédiaires.\n« Depuis quelques années, les directeurs étrangers ont compris qu'il était\nde leur intérêt de s'assurer le droit régulier de représenter les œuvres fran-\nçaises.\n<( Aussi, dès qu'une œuvre était représentée à Paris, ou seulement annoncée\ndans les journaux, cherchaient-ils les moyens de traiter avec l'auteur. Ces\nnégociations n'ont pas toujours eu des résultats satisfaisants pour les direc-\nteurs étrangers qui, jusqu'à présent, étaient forcés de s'adresser à des inter-\nmédiaires dont le concours leur était onéreux.\n« Aujourd'hui, grâce à notre Agence internationale, les directeurs sauront\nsûrement à qui s'adresser et n'auront plus à craindre ni retards, ni frais ex-\ncessifs.\n« Dès qu'une œuvre française sera jouée ici ou annoncée dans les journaux,\nils pourront se mettre directement en relations avec MM. Péragallo et Roger.\n« Une fois les conditions débattues et acceptées, nos agents ont tout pou-\nvoir pour en assurer l'exécution par l'entremise de leurs correspondants\ndans toutes les grandes villes d'Europe et d'Amérique.\n« Nous espérons, Monsieur, que vous comprendrez les avantages qui\ndoivent résulter pour vous de la création de cette Agence internationale, et\nque vous voudrez bien entrer en relations directes avec nos agents généraux,\nque nous accréditons auprès de vous.\n« Agréez, etc.\n« Pour la Commission des Auteurs et Compositeurs dramatiques, composée\nde MM. CAMILLE DOUCET, président; FERDINAND DUGUÉ, MICHEL\nMASSON, JULES BARBIER, vice-présidents; HENRI BECQUE, HENRI DE\nBORNIER, EDOUARD CADOL, ALFRED DURU, EUGÈNE LABICHE, CHARLES\nDE LA ROUNAT, CHARLES LECOCQ, LOUIS LÈROY, ÉMILE DE NAJAC,\nEDOUARD PAILLERON, THÉOPHILE SEMET;\n\nLe Président,\nCamille Doucet. »"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "239", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.47", "texte": "VARIA\n\nNOUVELLES\n\nARIS. Opéra. Madame Gueymard fera sa rentrée le ier septem-\nbre dans les Huguenots, madame Garvalho le 6, dans Faust, et\nM. Faure le i 5, dans Hamlet. Mademoiselle de Reszké reprendra\nle rôle de Marguerite de Fausty après madame Garvalho. Don Juan\nne passera qu'au mois d'octobre.\n—On parle de transporter à l'Opéra Rigoletto, pour M. Faure.\n—En attendant, les études de Jeanne d'Arc continuent. Les ensembles\nsont sus, mais les répétitions avec les sujets ne commenceront qu'en octobre.\nM. Mermet a supprimé le personnage d'lsabeau de Bavière.\nVoici la distribution des principaux rôles :\nCharles VII Faure\nJeanne d'Arc Mlle 'Krauss\nAgnès Sorel Mme Carvalho\nOpéra-ComiqueUn jeune ténor, M. Valdejo, sorti du Conservatoire il y a\ndeux ans, vient de faire de très bons débuts dans Zampa et la Dame blanche. Il\nest engagé à Lyon pour toute la saison d'hiver, après quoi, il reviendra pren-\ndre sa place à l'Opéra-Comique. Il continuera ses débuts dans l'Éclair,\nd'Halévy.\n- M. Lucien Collin vient d'être engagé par M. du Locle. Ce jeune artiste,\npremier prix d'harmonie au Conservatoire, était attaché depuis trois ans à\nl'orchestre de l'Opéra-Comique en qualité de premier cornet à pistons.\nVoici la distribution du Val d'Andorre, que l'Opéra-Comique va repren-\ndre prochainement :\nJacques Sincère Obin\nStéphan Stéphan\nSaturnin Caisso\nLe Joyeux Barré\nLendormi Teste\nLe Syndic Dufriche\nRose-de-Mai Mmes Chapuy\nGeorgette Ducasse\nThérésa Vidal\nM. Stéphan vient de Troyes, où il chantait les ténors de demi-caractère\ndans le grand opéra\nM. Caisso est un des lauréats de cette année au Conservatoire.\nMademoiselle Vidal a joué l'an dernier, à l'Opéra-Populaire, le rôle de\nPhryné dans les Amours du diable.\nThéâtre-Lyrique. M. Arsène Houssaye renonce à la direction du Théâtre-\nLyrique. Il est remplacé par M. Campo-Casso, l'ancien directeur du Théâtre"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "240", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18750901-01.1.48", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\nPropriétaire-Gérant : HEULHd* cl\\\nParis. Alcan-Lévy, imprimeur breveté, rue de Latayette, 61.\n\nde la Monnaie à Bruxelles. Mais M. Campo-Casso sera-t-il plus heureux que\nson prédécesseur et parviendra-t-il à trouver un théâtre en temps utile ?\nNous en doutons.\nBouffes-Parisiens. La réouverture de ce théâtre aura lieu aujourd'hui avec\nla Jolie Parfumeuse pour la rentrée de madame Théo et de M. Daubray. Le\nrôle de Bavolet servira de début à mademoiselle Zélie Weill et celui de Poirot\nà M. Colombey.\nLa pièce a été remontée à neuf, et le personnel des coryphées et des\nchœurs complètement renouvelé.\nAprès la Jolie Parfumeuse, viendra un spectacle composé de trois pièces\nen un acte pour mesdames Théo, Luce, Couturier, MM. Daubray et Co-\nlombey.\nQuant à la Créole, on attend madame Judic pour en faire la lecture, et la\npièce passera du 15 au 20 octobre.\nMadame Théo a renouvelé son engagement pour trois ans.\nFolies-Dramatique s. Aujourd'hui, pour la réouverture, reprise des\nCent Vierges avec la distribution que nous avons donnée dans un pré-\ncédent numéro.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}