{"numero_id": "bm-bmtnabc-1875-10-01-01", "volume": "bmtnabc_1875-10-01_01", "ocr_sha256": "9ddb2a415667e1cf8a90abca54c459af5b192e6220e785d89ad22b1973829daf", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabc/issues/1875/10/01_01/bmtnabc_1875-10-01_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabc/issues/1875/10/01_01/bmtnabc_1875-10-01_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabc-1875-10-01-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-10-01_01#c001", "volume": "bmtnabc_1875-10-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "[5]", "page_fin": "12", "image_debut": 1, "image_fin": 8, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.2.1", "titre_corps": "UN ABBÉ A L'OPÉRA", "titre_sommaire": "UN ABBÉ A L'OPÉRA", "signature_source": "CH. BARTHÉLEMY", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[5]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.1", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 746, "texte": "UN ABBÉ A L'OPÉRA\n\nE titre n'est nullement une épigramme. Il in-\ndique seulement un des côtés d'une intéressante\nquestion d'histoire littéraire très peu connue, ou\nplutôt mal connue, et par conséquent méconnue,\nce qui est pis encore; nous voulons parler du\nrôle du clergé dans la poésie lyrique, le libretto,\ncomme on dit en Italie, où divers ecclésiastiques\nen tête desquels Métastase— se firent une\ngrande renommée. En ce genre, on n'a compté\nchez nous qu'un abbé vraiment digne d'être cité, mais son nom est resté\nchargé d'un ridicule qu'il était certes loin de mériter, ainsi que le prouve\n1 étude de sa vie, de son caractère et de ses ouvrages. Mais, auparavant, quel-\ncx cM(f cxxrssurle rôle du clergé dans les choses de théâtre méritent de"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "6", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.2", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2707, "texte": "servir de préface à ce travail à la fois philosophique et littéraire, et qui\nvient résoudre une question de la plus haute importance.\nNé dans l'Église, abrité d'abord sous la voûte même de ses temples, le\nthéâtre, institution essentiellement religieuse dès son origine, a compté\nses premiers auteurs et aussi ses premiers acteurs parmi les membres du\nclergé. Les mystères du moyen âge, sortes de pièces édifiantes emprun-\ntées à l'ancien et au nouveau Testaments, et dans lesquelles le drame, la\ncomédie et l'opéra se fondaient en un ensemble non dépourvu de ma-\njesté, sont là pour attester toute la vérité de notre assertion.\nNe nous étonnons donc pas de voir, par la suite jusqu'à la première\nmoitié du dix-huitième siècle au moins, un grand nombre de mem-\nbres du clergé, depuis des cardinaux jusqu'à de simples abbés, écrire des\npièces de théâtre ou en faire représenter sur des scènes dressées par leurs\nsoins et souvent même à leurs frais.\nPour ne citer que quelques exemples de ce fait, à l'étranger d'abord,\nen Espagne, Calderon et Lope de Vega, tous deux prêtres et chanoines,\nont laissé un nom à jamais illustre dans l'histoire de l'art dramatique de\nleur pays. Leurs pièces étaient représentées après révision du saint Office,\nce tribunal aussi éclairé que vraiment libéral, en dépit de toutes les\nerreurs, de tous les mensonges et de toutes les calomnies dont on a essayé\nde charger sa mémoire.\nEn Italie et en Autriche, l'illustre Métastase après le cardinal Bi-\nbiena et plusieurs autres princes de l'Église éleva la tragédie et l'opéra\nà leur apogée et mérita les éloges du pieux et savant pape Benoît XIV.\nChez nous, Richelieu et Mazarin, tous deux cardinaux, imprimèrent,\nau dix-septième siècle, un mouvement nouveau, large et fécond au théâtre\nnational. Mazarin dota la France d'un spectacle magique, l'Opéra ;et un\nprêtre, l'abbé Perrin, écrivit les premiers libretti, Orphée, Ariane,\nPomone, etc.\nParmi les ecclésiastiques qui, à l'exemple des abbés d'Aubignac,\nAbeille, Boyer, Genest, d AllainvaL, Le Blanc, etc., illustrèrent de leurs\nœuvres et de leurs succès les diverses scènes de Paris, il faut citer, en\npremière ligne, l'abbé Pellegrin, à la fois auteur de tragédies, de comé-\ndies, de vaudevilles et d'opéras, entre lesquels : Pélopée, le Nouveau\nmonde et Jephté peuvent être considérés comme d'excellents ouvrages\ndont l'étude doit tirer le nom de leur auteur d'un injuste oubli, pour la\nplupart des lecteuis, ou d un ridicule immérité, pour quelques esprits\nencore sous le coup d'une épi gramme de mauvais goût.\nL'Opéra est particulièrement le genre dans lequel l'abbé Pellegrin ale\nmieux léussi, en combinant heureusement les beautés de la poésie avec"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "7", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.3", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 2452, "texte": "les exigences de la musique, et l'on peut dire en toute vérité que si nul\nn'a surpassé Quinault, nul aussi ne l'a suivi de plus près, avec Roy et\npeut-être même avant Roy, que Pellegrin dans Jephté et Hippolyte et\nAricie.\nPellegrin a eu, de plus, l'honneur d'inaugurer un genre que Quinault\nn'avait pas même soupçonné, le genre sacré : il y a eu depuis des imita-\nteurs mais pas un rival, pas même un digne émule non-seulement en\nFrance, mais encore à l'étranger. Il existe en effet un abîme immense\nentre Jephté et le Joseph d'Alexandre Duval, qui, sans la belle musique\nde Méhul, ne fût pas arrivé jusqu'à nous. Nous ne mentionnerons que\npour mémoire l'Enfant prodigue, de M. Scribe, caricature presque\nsacrilège d'une des plus touchantes pages de la Bible et dont la représen-\ntation a fait aussi peu d'honneur au librettiste qu'au musicien, auteur de\npartitions remarquables telles que la Muette de Portici, le Maçon, le\nDomino noir et bien d'autres encore.\nL'analyse des œuvres les plus remarquables de l'abbé Pellegrin en ce\ngenre difficile, auquel on n'a pas encore rendu toute la justice qui lui est\ndue, va montrer comment notre poète avait compris et réalisé l'idéal de\nla tragédie lyrique et aussi quelles études ce genre, éminemment litté-\nraire et poétique (quoi que l'on en dise), nécessite, pour y réussir à l'égal\nde Quinault, de La Mothe, de Roy, de Gentil Bernard, enfin de l'écri-\nvain même dont on va lire la vie et connaître les œuvres.\nUn mot d'abord de l'épigramme, qui résume en deux vers, pour\nle public quelque peu lettré, la biographie et les productions de l'abbé\nPellegrin :\nIl dînait de Vautel et soupait du théâtre,\nLe matin catholique et le soir idolâtre.\nEt Ton s'empresse de s'écrier : « C'est bien là le trait de Voltaire! »\nOr, Voltaire qui a pas mal de méchancetés très légitimement ac-\nquises à son actif, n'a rien à voir dans celle-ci dont l'auteur est un\npoète obscur, Charles Renay; son nom est tout ce qu'on sait de sa bio-\ngraphie; une épitaphe en épigramme, tout ce que l'on connaît de ses\nœuvres : c'est peu sans doute, et cependant ça été assez pour ensevelir le\npauvre abbé dans le ridicule...\nSimon-Joseph Pellegrin naquit à Marseille en 1663. Son père, con-\nseiller au siège de cette ville, le fît entrer fort jeune dans l'ordre des Ser-\nvîtes, et il demeura assez longtemps parmi ces religieux, à Moutiers, dans\nle diocèse de Riez. Puis, Pellegrin s'embarqua sur un vaisseau, en qua-"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "8", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.4", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2273, "texte": "lité d'aumônier; et, après avoir fait deux courses (comme on disait alors),\nil revint en France en 1703 : il avait alors quarante ans.\nA cette époque, il concourut pour le prix de poésie proposé par l'Aca-\ndémie française et le remporta, en 1704, par son Epître sur le glorieux\nsuccès des armes de Sa Majesté. Avec cette épître, il avait envoyé une\node qui balança quelque temps les suffrages, —de sorte qu'il fut rival de\nlui-même.\nDes citations auront ici un double intérêt au point de vue du talent\npoétique de l'abbé et de l'actualité, hélas! douloureuse d'un sujet émi-\nnemment patriotique et bien glorieux, en 1703.\n. Une seule campagne\nSuffit pour réprimer l'orgueil de l'Allemagne.\nD'une ombre de bonheur le Germain enivré\nSe promettait partout un triomphe assuré,\nEt déjà menaçant l'intrépide Bavière,\nD'un torrent de soldats inondait la frontière.\nVains projets! tes guerriers, ton tonnerre à la main,\nJusqu'à ton allié vont s'ouvrir un chemin :\nAu seul nom de Louis, les forêts s'éclair cis sent,\nLes rochers sont brisés et les monts s'aplanissent.\nA ce terrible aspect les Germains éperdus\nAbandonnent leurs Jorts vainement défendus\nTes nombreux escadrons dont VAlsace est couverte\nDe Brisak assiégé leur annoncent la perte\nBrisak est-il soumis? il faut prendre Landau :\nA cueillir des lauriers tes mains sont toujours prêtes,\nEty pour hâter la paix, tu hâtas tes conquêtes.\nLandau cède au vainqueur ; ses superbes secours\nDéjà sont dissipés ou livrés aux vautours,\nEt tu dois aux efforts d un reste de campagne\nUn succès qui trois mois occupe l'Allemagne\nMadame de Maintenon voulut voir l'auteur de l'épître et de l'ode, qui\nvint peu après à Paris. Pellegrin, ayant reçu de la marquise un accueil\ntrès gracieux, profita de cette circonstance pour la supplier de lui obtenir\nune dispense du pape et un bref de translation dans l'ordre de Cluni ce\nqui lui fut accordé.\nFixe a Paris, sans aucune espèce de fortune et ayant à sa charge des\nPaiems très pauvres, l'abbé fut obligé, pour subsister, de travailler\nbeaucoup et dans tous les genres; mais c'est à peine si ses nombreuses\nproductions lui rapportaient de quoi subvenir à ses propres besoins et à\nceux de sa famille.\nEn 1703, jl publia des Cantiques spirituels sur les points les plus"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "9", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.5", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 1819, "texte": "importants de la religion, sur différents airs d'opéra, pour les dames\nde Saint-Cyr ; et la même année vit paraître du fécond abbé deux forts\nvolumes in-8° ayant pour titre : Histoire de Vancien et du nouveau\nTestament mise en cantiques, sur les airs de l'opéra et des vaudevilles',\npuis encore, les Psaumes de David, en vers français, sur les plus beaux\nairs de Lulli, Lambert et Campra, etc., etc., etc., environ un effectif\nde cinq cent mille vers (!), le tout aujourd'hui entièrement oublié, et\navec juste raison, il faut le dire.\nSes Noëls nouveaux et ses Cantiques pour les catéchismes et les mis-\nsions devinrent rapidement populaires dans les campagnes et dans les\ncouvents de province, où on les chante encore.\nDeux vers de Voltaire ont consacré le souvenir de ce succès; parlant\ndes travaux des laboureurs, il dit :\nIls chantent cependant ; leur voix fausse et rustique\nGaiment de Pellegrin détonne un vieux cantique.\nVoici deux strophes d'une de ces poésies religieuses, dont l'accent par-\nticulièrement doux lui a valu de venir jusqu'à nous dans les divers re-\ncueils de cantiques les plus justement restés populaires:\nAIR : Charmante Gabrielle.\nBel astre que f adore,\nSoleil qui luis pour moi,\nC'est toi seul que j'implore,\nJe veux n'aimer que toi ;\nC'est ma plus chère envie,\nDans ce beau jour\nOù je ne dois la vie\nQu'à ton amour\nSorti de l'esclavage ;\nOù j'ai toujours été,\nJe te veux en hommage\nOffrir ma liberté.\nC'est ma plus chère envie\nDe la poésie religieuse, Pellegrin passa au Théâtre-Français, où, sous\nle nom de La Serre, il donna, en 1705, sa première pièce, la tragédie de\nPolydore, suivie bientôt de la Mort d'Ulysse (1706), ouvrages que\nnous ne mentionnons que pour mémoire. Polydore eut du succès,\ndit-on.\nEnfin, Pellegrin arrive à l'Opéra en 1713, où, sous le nom de La"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "10", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.6", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2012, "texte": "Roque, directeur du Mercure, il fait représenter son premier ouvrage :\nMédée et Jason, tragédie lyrique en cinq actes, avec un prologue.\nCet opéra eut un grand succès, qui se soutint dans les cinq reprises\nque l'on en fit, les deux premières, en 1713 ;la troisième, en 1727 ;\nla quatrième, en 1736, et la cinquième, en 1749-\nOn lit dans le Mercure du mois de juin 1727 :\n« Cet opéra, qui fut condamné dès sa naissance à un oubli éternel, et qui\nne surmonta qu'avec peine ce premier orage, n'en a point essuyé à cette der-\nnière reprise. Les applaudissements ont été unanimes Quoique le poème\nsoit assez long, il a paru trop court à la plupart des spectateurs. Le sujet,\nquoique des plus noirs, est devenu intéressant par la manière dont il est\ntraité. »\nDans le premier acte, la scène (II) où Créuse veut détourner Jason\nde l'hymen qu'il projette avec elle est pleine d'intérêt.\nAu deuxième acte, le songe de Créuse (scène Ire) est une heureuse\ninspiration bien rendue ; citons-en quelques vers :\nA peine le sommeil vient me fermer les yeux,\nQue j'entends gronder le tonnerre.\nUn nuage s'entrouvre, et du plus haut des cieux,\nJe vois un char brûlant descendre sur la terre.\nMédée est dans ce char qui fait frémir les airs ;\nSes yeux étincelants de rage\nSont plus ardents que les éclairs\nQu'on voit briller pendant Forage,\npalais de Créon soudain est enflammé ;\nJason, par l'amour animé,\nCherche au travers des feux à s ouvrir un passage ;\nContre lui, contre moi tout Venfer est armé.\nJ'invoque en vain les dieux, que pour lui seul j'implore ;\nSur lui Médée avance, un poignard à la main :\nJe ne vois point le coup qui lui perce le sein y\nMais du sang de Jason ce poignard fume encore.\nLa quatrième scène du troisième acte, entre Jason et Médée, a passé —•\ndit le Mercure pour une des plus belles de la pièce. »\nQuinault eût applaudi ce dialogue énergique, concis et passionné, où\nl'amour et les remords se combattent avec tant d'éloquence :\nMÉDÉE, à Jason,\nArrête.\nJASON ,\nAh! laissez-moi."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "11", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.7", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 1071, "texte": "MÉDÉE.\nPerfide, tu me fuis!\nJASON.\nNon, non} je ne puis rien entendre.\nMÉDÉE,\nElle est morte si tu la suis.\nJASON.\nJuste ciel!\nMÉDÉE.\nSur ses pas je vois ce qui t'appelle\nTu veux, en me fuyant, Vassurer de ta Joi.\nMais, quand tu sens une flamme nouvelle,\nCruel, ta ri outrages que moi...\nJASON.\n✓\nC'esf m 1 arracher à ma vertu\nQue de m associer à vos crimes.\nMÉDÉE.\nQwe/ reproche! Ciel! fen frémis,\ne'esJ Jason qui m'en accable!\nQuoi! des mortels le plus coupable!\nJASON.\nQuels crimes sont les miens?\nMÉDÉE.\nTous cet/A- que fai commis.\nJASON.\nDieux! le poison? le parricide?\nMÉDÉE.\nCe so/?£ là nos communs forfaits.\nJASON.\nSî/r tes dieux!\nMÉDÉE.\nJe ne /es ai faits\nQue pour trop aimer un perfide.\ncc On convient dit le critique auquel nous empruntons les traits les\nplus saillants d'un compte rendu contemporain, on convient que dans\ncette scène le poète et le musicien se sont également bien servis. »\nAu quatrième acte (scène ni), lorsque Créon gémit des maux qui dé-\nsolent son peuple, Pellegrin lui met à la bouche ces vers touchants et\npaternels :"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "12", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.8", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1441, "texte": "Que de sang, que de morts viennent de toutes parts\nS'offrir en foule à mes regards!\nNe puis-je être immolé pour un peuple que f aime !\nMais quand vous me montres de si tristes objets,\nDieux! dans chacun de mes sujets,\nN'est-ce pas m'immoler moi-même ?\nAu cinquième acte, enfin, la scène (îv) entre Jason et Médée est admi-\nrablement traitée; la dissimulation de Médée est rendue avec un art\ninfini.\nOn reconnaît, en étudiant ce poème de Pellegrin, qu'il avait lu et pro-\nfondément médité les chefs-d'œuvre de Quinault et s'en était vivement\npénétré.\nUn an après, en 1714» Pellegrin donna un second opéra, sous le titre\nde Télémaque, repris en 1730 avec succès. Cette fois, ce fut le chevalier\nPellegrin, frère de 1 abbé, qui accepta d'être le parrain de l'œuvre nou-\nvelle.\nLe Mercure de rendant compte de la reprise de Télémaque,\ns'exprime ainsi :« Le succès que cet opéra avait eu en 1714, où il fut\ndonne pour \\a premicre semblait repondre de celui de la reprise ;\n1 attente du public na pas été trompée; les applaudissements qu'on a\ndonnés à la première représentation de la reprise continuent. »\nIl y a de fort belles scènes dans ce poème, inspiré par le chef-d'œuvre\nde Fénelon.\nMais, sans nous attarder davantage à énumérer les diverses œuvres\ndramatiques et autres de l'abbé Pellegrin, arrivons à sa tragédie lyrique\nsacrée, à son opéra de Jephté, représenté en 1732.\n(La suite prochainement.)\n\nCH. BARTHÉLEMY."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-10-01-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-10-01_01#c005", "volume": "bmtnabc_1875-10-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "13", "page_fin": "16", "image_debut": 9, "image_fin": 12, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.2.2", "titre_corps": "LES CORS DE POTEMKIN", "titre_sommaire": "LES CORS DE POTEMKIN", "signature_source": "H. MARET", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 9, "page_imprimee": "13", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.9", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1644, "texte": "LES CORS DE POTEMKIN\n\nN 1763, le carnaval fut très brillant à Moscou.\nLa moitié de la population répandue par les rues,\ndans les costumes les plus bizarres, se livrait à une\njoie tumultueuse, que le froid extraordinaire qu'il\nfaisait ce jour-là ne paraissait nullement troubler.\nLes toits étaient couverts de neige; l'ouragan souf-\nfiait avec des ailes de neige ; on respirait un brouillard de neige ; un\npâle soleil brillait sur la terre que couvrait la neige, bien qu'il n'en\ntombât plus ; l'haleine qui sortait de la bouche se changeait en neige ;\nla neige s'attachait aux cheveux, aux cils et à tous les vêtements ; chaque\nporte de maison qui s'ouvrait remplissait les chambres de neige.\nSur ce lit de neige, au milieu de cette atmosphère de neige, s'ébat-\ntaient des milliers de gamins, hurlaient des tas de chiens, criaient des\nmarchands de gâteaux, couraient des chevaux emportés, jouaient des\nhommes et des femmes. Des cerceaux roulaient sur les trottoirs, des lan-\nternes allumées en plein midi pendaient aux arbres morts, des cliquetis\nde tambours et d'instruments retentissaient dans tous les coins.\nLes fenêtres étaient garnies de gens qui regardaient passer les caval-\ncades, et échangeaient des lazzis avec les masques ; mais l'endroit où la\nfoule se portait en plus grande abondance était une longue place, où\nl'on avait préparé un spectacle sans aucune analogie avec les réjouis-\nsances des peuples occidentaux.\nImaginez un immense traîneau, sur lequel on avait élevé une colline,\nline véritable colline de terre, de six toises de hauteur sur quarante de\ncirconférence. Toute cette colline était boisée ; des pins, et les àutres"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "14", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.10", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2645, "texte": "arbres dont la verdure est éternelle, avaient été plantés le long de ses\nflancs et sur son sommet; dans cette gigantesque forêt roulante parfai-\ntement close de tous côtés, on avait lâché des cerfs, des lièvres et des re-\nnards ; et là-dedans on chassait.\nDe la place, les spectateurs ne pouvaient guère qu'entrevoir de temps\nen temps les bonnets fourrés de ceux qui poursuivaient les bétes. Aussi\nla surprise fut-elle considérable et l'admiration profonde, quand, du sein\nde cette oasis, on entendit jaillir un concert de cors, qui avait quelque\nchose de magique. Les Russes, qui sont fort superstitieux, pouvaient\ncroire à quelque enchantement, et cette forêt artificielle semblait sortir\nd'une légende de leurs poètes.\nTout à coup, il y eut un étonnement plus grand, qui se manifesta par\ndes cris et des hourrahs. L'immense machine se mit en mouvement, et\nle traîneau glissa sur la neige. Les arbres, les bêtes, les chasseurs, le\nconcert mystérieux, la montagne tout entière, tout cela changea de place\net marcha. L'explication fut bientôt donnée par l'aspect de vingt-deux\nsuperbes bœufs d'Ukraine, qu'on avait attelés au traîneau et qui le traî-\nnaient doucement.\nLe traîneau, absolument caché par la décoration de verdure, ce qui\nchangeait sa promenade en rêve fantastique, s'achemina jusqu'à la mai-\nson du général Betzkoï. Là, dînait l'impératrice. Pendant tout le dîner,\nla montagne demeura devant les fenêtres, laissant échapper par instants\nune harmonie merveilleuse. Beaucoup de morceaux de musique furent\nexécutés par les cors avec une perfection invraisemblable.\nIl faut expliquer en quoi consistait cette musique, et comment on\navait pu parvenir à produire cet effet grandiose.\nL'inventeur de ce procédé était le maître de chapelle de l'impératrice\nElisabeth. 11 s'appelait Maresch, et était Allemand non pas précisé-\nment Allemand, mais Bohémien, ce qui n'est pas la même chose. C'est\nlui qui avait imaginé ce concert de cors de chasse, qui, aujourd'hui\nencore, est un des grands plaisirs que se donne la cour de Russie.\nVoici comme on le compose :\n.°n Prend une certaine quantité de cors, plus ou moins longs, plus ou\nmoins courbes, mais chacun ne rendant qu'un seul ton. Les morceaux\nqu'on exécute avec ces instruments comprennent quatre-vingt-onze tons\nou demi-tons divers. Chaque ton étant rendu par un cor, quatre-vingt-\nonze musiciens seraient donc nécessaires pour jouer le morceau; mais,\nau moyen d'une habile distribution des parties, on s'arrange pour qu'un\nseul puisse se charger de plusieurs cors dans le même morceau. Cepen-\ndant, même interprétés de cette façon, les morceaux les plus simples"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "15", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.11", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2774, "texte": "exigent au moins vingt musiciens ; le plus souvent, on en emploie qua-\nrante et parfois davantage.\nChacun d'eux n'a donc qu'un même ton à faire entendre, et attend\npar conséquent que ce ton se présente dans la partition. On le voit, de\nmême, qu'un prince espagnol s'avisa de jouer aux échecs dans la cour de\nson palais, en employant, au lieu de pièces, des personnes naturelles ;\nainsi, Maresch eut l'idée de composer un gigantesque orgue de Barbarie\navec des hommes et des cors, au lieu de bois et de métal. Il n'y a pas,\nen réalité, autre chose dans son invention.\nToute la dilficulté, et elle est grande, consiste dans l'extrême précision\nde mesure, toujours malaisée à obtenir, car, s'il est impossible à la ma-\nchine de s élever à la hauteur de l'homme, il est bien rare aussi que\n1 homme puisse égaler la machine. Puis il y a encore l'art des liaisons et\ndes nuances, sans lequel il n y a plus d'esprit ni d'effet dans une compo-\nsition, et qui demande une longue étude ainsi qu'un soin minutieux.\nC'est cet art qui a été porté à une perfection à laquelle il est difficile de\ncroire quand on n'a pas assisté à l'un de ces concerts.\nCe ne sont pas seulement, en effet, des airs simples, des phrases non-\ncompliquées qu'ont à rendre les exécutants; ils interprètent ainsi des\nmorceaux de Mozart, de Haydn, des concertos de Jarnowich, etc., en un\nmot, tout ce que joue un orchestre ordinaire.\nMaintenant le îcsultat est-il le meroe, et dirait-on un orchestre? Point\ndu tout. L'harmonie produite ainsi est toute spéciale et ne ressemble à\naucune autre. On peut s'en faire une idée en entendant le jeu d'un grand\norgue; c'est dire que la musique grave et presque religieuse convient\nmieux que toute autre a ces instruments, et qu'il ne faudrait pas s'aviser\nde leur confier l'exécution d'une de nos opérettes. Non-seulement les\nsons ont une majesté imposante, mais encore ils ne peuvent se succéder\nqu'avec une lenteur relative et forment un écho qui, de près, embrouille-\nterriblement les presto. Cependant les nuances de son ont une déli-\ncatesse et une finesse d'expressions que l'orgue ne connut jamais. En-\ntendue dans un demi-lointain, cette musique offre quelque ressemblance\navec l'harmonica. Plus vous vous éloignez, plus elle acquiert de charme,\nbien entendu jusqu'à ce que le charme cesse, faute de bruit ; mais ne riez\npas, car, pour cesser de percevoir les sons de ces cors, il vous faudrait un\ntemps plus considérable que vous ne pensez. Par une belle nuit, quand\nl'air est pur et le temps calme, cette musique se fait entendre, et fort dis-\ntinctement, à plus d'une lieue et demie de distance.\nVous n'êtes pas sans avoir écouté, dans les forêts, par une soirée sans\nnuages, soit qu'accoudé au balcon vous rêviez solitaire, soit que vous"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "16", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.12", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1688, "texte": "parcouriez à deux les sentiers pleins de gazon, ce chant mélancolique du\ncor de chasse, qu'on bannit de nos cités, où il ne sert que d'amusement\ndans les nuits de débauche. Rien ne fait tressaillir le cœur, et ne rem-\nplit la tête de songes, et ne prépare aux émotions douces ou doulou-\nreuses comme ces sons glissant sur le vent dans le silence. Que serait-ce\ndonc si, au lieu d'un air banal, ces mêmes sons, répercutés par l'écho,\nvous apportaient, admirablement détaillées, les inspirations du génie,\nles rêveries des grands maîtres ? Quelle audition serait comparable à\ncelle-là ? Et que sont vos concerts de chambre, vos interprétations d'opéra,\ndans une salle chauffée à blanc, semée de distractions et de causeries,\nauprès de cette harmonie lointaine qui traverse la nature pour venir\nexpirer dans votre oreille ravie ?\nLe prince Potemkin, ce même favori, qui créait des villages sous les\npas des impératrices, adorait cette sorte de musique. C'est pourquoi ces\ncors ont pris son nom. Il se faisait escorter, dans toutes ses expéditions,\npar une bande de ces musiciens, garde d'honneur d'un nouveau genre.\nHinrichs, qui a beaucoup écrit sur l'art musical, pense que les Occi-\ndentaux pourraient introduire cette musique russe dans leurs églises.\n« Je ne puis rien me figurer, dit-il, de plus majestueux et de plus sublime\nque le Stabat de Bach (ou ceux de Pergolèse et de Rossini), exécuté\ndans une grande église par un double chœur bien composé, dont les\nbasses seraient renforcées et animées par cette musique de cors. »\nNous doutons que le souhait d'Hinrichs soit exaucé ; aussi n'est-ce\nqu'à titre de curiosité que nous rapportons son opinion.\n\nH. MARET."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-10-01-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-10-01_01#c009", "volume": "bmtnabc_1875-10-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "17", "page_fin": "30", "image_debut": 13, "image_fin": 26, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.2.3", "titre_corps": "LE COUSIN-JACQUES", "titre_sommaire": "LE COUSIN-JACQUES", "signature_source": "ARTHUR POUGIN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 13, "page_imprimee": "17", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.13", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1307, "texte": "LE COUSIN-JACQUES\n\nE Cousin-Jacques était un être singulier, à la fois\nécrivain politique, journaliste, auteur dramatique et\ncompositeur. Il a publié cette feuille originale et bien\nconnue des curieux, les Lim à\nlaquelle succédèrent le Co ,\nNouvelles Lunes et le Cons ou\nhonnêtes gens, qui parurent de 1785 à 1792; il a produit quelques\npoèmes facétieux, Hurluberlu ou ou\nScience du Bonheur, les Petites Maiso\nConstitution de la Lune; il a mis au jour diverses brochures politiques,\net enfin il a fait représenter, sur divers théâtres, un assez grand nombre\nde pièces, soit opéras, soit opéras comiques, soit vaudevilles, dont il\nécrivait la plupart du temps les paroles et la musique, et dont quelques-\nunes obtinrent véritablement des succès d'enthousiasme.\nM. Charles Monselet a consacré, dans son livre :\nDédaignés, une excellente étude au Cousin-Jacques, considéré comme\nexcentrique et homme littéraire. Mais jusqu'ici on en a bien peu parlé\ncomme musicien. La notice de Fétis contient, pour lui comme pour tant\nd'autres, nombre d'erreurs ou d'omissions. Je ne veux pas entreprendre\nici un travail étendu sur cet artiste encore bien ignoré ; mais je rappel-\nlerai à son sujet quelques souvenirs, puis je donnerai la liste complète et\nannotée de toutes ses productions dramatiques, intéressantes surtout"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "18", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.14", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2713, "texte": "parce que les éditions de ses pièces contiennent des notes parfois très\ncurieuses.\nLe Cousin-Jacques s'est portraicturé lui-même :\nBeffroy de Reigny, dit Le Cousin-Jacques, écuyer, né à Laon, le 6 no-\nvembre 1757; du Musée de Paris, des académies d'Arras et de Breta-\netc., etc., portant cheveux blonds, taille de cinq pieds six pouces,\nayant la joue et l'œil gauche endommagés par le feu, et demeurant à\nParis, rue des Vieux-Augustins, hôtel de Beauvais, n° 264. »\nOn voit que ce nom de Cousin-Jacques n'était qu'un pseudonyme. Il\ns'appelait en réalité Beffray, et on l'appela Beffroy pour le distinguer de\nses deux frères, Beffray de Beauvoir et Beffray de Jisomprez ; ces divers\nnoms proviennent de différents fiefs appartenant à leur père.\nM. Monselet a raconté comment après avoir fait ses études au collège\nLouis-le-Grand, avec Camille Desmoulins, Jehanne et Robespierre;\naprès avoir pris le collet et être devenu abbé pendant quelque temps ;\naprès avoir fait son « pèlerinage » à Ferney et commencé à tâter de la\nlittérature, il prit le pseudonyme sous lequel il se fit connaître :~«A\ncette époque,, notre héros, qui menait la vie errante du chevalier de\nBoufflers, fut amené assez singulièrement à adopter le pseudonyme sous\nlequel il est connu et classé en littérature. Il se promenait, avec quelques\ndames évaporées, dans un village des environs de Tournay ; la conversa-\ntion roulait sur les noms de guerre que prennent certains auteurs ; à ce\npropos on citait Y Anonyme de Vaugirard, Frère Sylvain des Arden-\nnés, et l'on cherchait pour l'abbé un sobriquet qui caractérisât son talent\nbadin et un peu fou. Sur ces entrefaites passe un pauvre appelé Cousin-\nJacques parce qu'il était allié à tous les gens du village, et dont l'habit,\ncomposé de sept différentes couleurs, attirait de très loin les regards.\nBon! s'écrièrent aussitôt les dames en chœur, ce costume est tout à fait\nanalogue à l'imagination de notre poète, il faut l'appeler Cousin-Jacques.\nElles n'en eurent pas le démenti; l'abbé prit la plaisanterie au sérieux,\nd'autant plus qu'il trouvait le sobriquet à son gré. »\nJe renvoie à la charmante étude de M. Monselet ceux qui seront\ncurieux de détails biographiques sur le Cousin-Jacques, ceux qui vou-\ndront se renseigner sur la vogue de ses Lunes et de ses Nouvelles Lunes,\nsur le succès et les chutes de ses productions dramatiques, sur sa réelle\nvaleur littéraire. Je rapporterai seulement, au sujet des Lunes, les cou-\nplets suivants, qui ont échappé au consciencieux biographe, et que j'ai\nretrouvés dans le Journal général de France du 7 août 1787. C'était\npendant un des voyages fréquents qu'il faisait dans son pays natal. Le\njournal les reproduit ainsi :"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "19", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.15", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 1944, "texte": "table au Cousin-Jacques, à son passage à l'abbaye du Mont-Saint-\nQuentin-lès-Péronne, en Picardie :\nAIR : Il faut quand on aime une fois.\nToi qui sèmes mille agrémens\nSur les jeux de Thalie ;\nQui tantôt peins les sentimens\nEt tantôt la folie :\nTu fournis à l'esprit, au cœur\nDe quoi se satisfaire ;\nDis-nous par quel art enchanteur\nTu sais si bien nous plaire.\nDe ton journal ingénieux\nQue j'aime la lecture !\nDu ruisseau le plus gracieux\nTon style a le murmure.\nLa morale sait s'y cacher\nPour mieux faire fortune;\nComme Roland, j'aime à chercher\nLa raison dans la lune.\nPar M. de Robécourt, avocat du Roi au\nBaillage de Péronne.\nLe Cousin-Jacques se survécut. Après avoir obtenu de très grands\nsuccès, il mourut à peu près ignoré, le 17 décembre 1811, à l'âge de\ncinquante-quatre ans. « Il nous semble, dit M. Monselet, qu'après tout\nle Cousin-Jacques dut.s'en aller de ce monde sans trop de tristesse; il fut\npendant quinze ans un auteur à la mode ; ses pièces firent ce qu'on\nappelle fureur. Que pouvait-il exiger de plus ? Il eut toutes les satisfac-\ntions d'amour-propre que l'on peut désirer; longtemps on fit des bon-\nnets et des poufs aux Ailes de VAmour ; un faïencier s'enrichit en ven-\ndant des gobelets au Cousin-Jacques, en cristal, très joliment sculptés,\nornés d'un croissant avec des étoiles parsemées à l'entour. Enfin il existe\nencore dans la rue du Four-Saint-Germain un vieux magasin à l'enseigne\nde la Petite Nannette. En faut il davantage pour constituer une célébrité\névidente? »\n1\nLes airs du Cousin Jacques Savaient pas moins de succès que ses\ncouplets. A certaine époque, les uns et les autres étaient sur toutes les\nlèvres, et tout Paris les savait par cœur. Sa musique était franche,\nrhythmée, mélodique, et facile à retenir; elle devint aussitôt populaire, et\nquelques-uns de sponts-neufs eurent une vogue véritablement pro-\ndigieuse. Au point de vue de la forme et de la profondeur, elle n'avait"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "20", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.16", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2937, "texte": "pas une grande portée, mais elle était claire et coulante, et un annaliste\nen a ainsi caractérisé la valeur :\nbles; presque toutes ses pièces contiennent des vaudevilles et des airs de\nsa composition, qui furent chantés dans toute la France. Si la meilleure\nmusique est celle qui se propage et se répète le plus généralement, celle\ndu Cousin-Jacques devait être excellente.» En tout cas, en effet, il est\njuste de dire que ce n'est pas toujours la plus mauvaise. Sa valeui consiste\nsurtout dans l'emploi qu'on en fait.\nAu reste, le Cousin-Jacques, qui n'était ni envieux ni jaloux, savait\nxendre à ses confrères, auteurs et compositeurs dramatiques, la justice\nqui leur était due. A l'époque de ses plus grands succès, il était le colla-\nborateur assidu d'un journal-programme quotidien de théâtre le Coui -\nrier des spectacles, mais il évitait, justement à cause de sa position, d y\nfaire de la critique dramatique. Il ne put se tenir pourtant, lorsque parut\nau théâtre Feydeau le charmant opéra comique de Picard et Devienne,\nles Comédiens ambulants, de prendre la plume et de dire, avec une véri-\ntable abondance de cœur, tout le bien qu'il pensait des deux auteurs de\ncet aimable ouvrage. 11 publia donc une première lettre, dans laquelle\nil faisait une analyse élogieuse de la pièce de Picard, et une seconde,\nqu'il consacrait à la musique de Devienne. Celle-ci est vraiment curieuse,\net trouve tout naturellement sa place ici. La voici dans son entier, telle\nqu'elle parut dans le Courrier des Spectacles du 18 Nivôse an VII :\nEncore un mot sur les Comédiens ambulans. J'aime à revenir sur les\nbonnes choses, et j'appelle bonnes choses tout ce qui porte le sceau du naturel\net de la véritable gaieté. Un de nos cousins du Parnasse savoit bien ce qu'il\ndisoit, quand il prétendoit que\nTous les genres sont bons, hors le genre ennuyeux.\nJe connais bien le proverbe : Un barbier rase /'autre, et il s'applique sou-\nVent à des auteurs du même genre qui se flagornent dans les journaux, de la\nmeilleure foi du monde. Mais, outre qu'un intérêt personnel n'a pu m'en-\ngager à faire l'éloge des auteurs de la pièce, outre qu'il n'est nullement pro-\nbable qu'à la première folie qu'on va jouer de moi à Feydeau, les citoyens\nPicard et Devienne me rendront la pareille, je dirai, pour leur défense et pour\nla mienne : i° que je ne me mêle jamais de juger le théâtre, et que ce n'est\npoint cette partie que j'ai adoptée dans votre journal, parce qu'elle est trop\nassujettissante pour mon caractère indépendant, parce que ceux qui s'en\nchargent la traitent mieux que je ne pourrois faire, et parce qu'un écrivain\ndramatique, jugeant des pièces de ses confrères, seroit suspect à bon droit,\ncomme juge et partie; 20 que je ne suis nullement lié avec Picard, que je\nn'entrevois que deux ou trois fois dans le mois; 3° enfin que, s'il s'agit ici de\nbarbier, ce seroit moi qu'on raseroit à coup sûr, attendu que Picard, pour"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "21", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.17", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 3553, "texte": "les paroles, et Devienne, pour la musique, sont en état de faire la barbe, non-\nseulement à moi, mais à bien d'autres.\nJ'ai déjà observé que Picard possédoit à un degré supérieur le vis comica,\nsi précieux à la scène. On a fait au théâtre, à ce sujet, une plaisanteiie, qui,\nsi elle n'est pas excellente, prouve du moins 1 idee que ceux qui connoissent\ncet auteur et sa conduite se sont formée de son caractère et de ses moeurs, on\nm'a dit, au sujet du mot vis, qu'il n'avoit que celui-là; c'est qu'en effet on ne\nlui connoit aucun vice ; c'est un très-mauvais calembourg, je le sais7 mais il\nfaut s'attacher au sens.\nQuant à ce but moral que je voudrois voir un peu plus marqué dans ses\npièces, il m'en parla l'autre jour et m'observa plaisamment que s'il eût mis\nde la moralité dans des comédiens ambulans de l'espèce de ceux qu'il a voulu\npeindre, il auroit péché contre la première règle du théâtre, la vraisemblance.\nJe suis parfaitement de son avis là-dessus; d ailleurs, j ai remarqué que les\nauteurs les plus moraux dans leurs ouvrages, ne le sont pas également dans\nleur conduite ; en raison inverse de cette observation fondée sur une triste\nexpérience, on voit des auteurs, dont les noms et le caiactcie sont infiniment\nestimables, comme Picard par exemple, et dont les noms respirent beaucoup\nplus de gaieté et d'esprit que de morale.\nLa musique des Comédiens ambulans m'a paru extrêmement bien conçue,\nDevienne a saisi l'esprit général de la pièce cians son ou\\eiture et non pas\nchaque détail des scènes successivement, ce qui est un défaut très remar-\nquable dans quelques auteurs. Il a encore saisi, non pas le sens isolé de\nchaque vers dans tous les morceaux de chant, mais bien la situation de 1 ame\ndu chanteur et l'expression particulière à chaque rôle, ce qui constituera\ntoujours le talent lyrique au théâtre.\nD'abord, en entendant l'ouverture, on est tenté de s'écrier : Vous êtes\norfèvre, monsieur Josse! 6t l'on devine aisement qu un artiste tel que De-\nvienne ne pouvait pas en conscience faire la musique d une pièce où il s agit\nd'une lutte entre plusieurs chanteuses, sans préluder par une lutte entre les\npremiers talens de 1 orchestre dans ce qu on appelle 1 haï mome, surtout quand\nl'auteur en fait partie (i). Mais AI. Josse est d autant plus excusable d aimer\nY orfèvrerie, que son or n'a point d alliage et qu il est meme au titre le plus\nfin. Ce n'est pas seulement Y harmonie qu on entend lorsque Frédéric, Sallentin,\nHugot, Duvernoy et Devienne exécutent un concerto ,• c est plus encore, selon\nmoi; c'est le véritable harmonica (!), si j'en juge par l'impression qu'ils font\nsur l'âme des auditeurs. Ceci soit dit sans porter préjudice aux talens de ceux\ndont je ne parle pas. Ce seroit une prévention coupable que celle qui ne\n\n(i) Par opposition au quatuor, qui se compose de la totalité des instruments à\narchet, on appelle harmonie, dans un orchestre, la réunion de tous les instruments\nà vent, et, plus spécialement encore, celle des instruments à vent en bois : flûtes,\nclarinettes, hautbois et bassons (la réunion des cuivres prenant le nom d a fanfare,\net celle des instruments de percussion celui de batterie). <( Vous êtes orfèvre, mon-\nsieur Josse, » s'écrie le Cousin Jacques en s'adressant à Devienne, c'est-à-dire «vous\njouez admirablement de la flûte et du basson, vous écrivez à merveille pour tous les\ninstruments qui tiennent à la famille de ceux-ci, vous êtes premier basson à Feydeau,\net vous avez voulu faire montre de votre talent personnel et de celui de vos cama-\nrades. »"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "22", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.18", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2594, "texte": "feroit jamais l'éloge d'un artiste qu'aux dépens d'un autre; comme de toutes\nles erreurs, la plus déplorable et la plus funeste au progrès des arts et des\nlettres, c'est de ne pouvoir accorder du mérite à une pièce de théâtre, à tel\ngenre, à teJ acteur, sans déprimer les pièces, le genre et les acteurs qui ne\nleur ressemblent pas : c'est ici le cas de finir comme j'ai commencé :\nTous les genres sont bonsf hors le genre ennuyeux.\nSalut et estime.\nLE COUSIN JACQUES.\nJ'ai voulu voir, dans ce qui a été publié du Dictionnaire néologique\ndu Cousin-Jacques, s'il avait parlé de quelques-uns des musiciens de\nson temps, et ce qu'il en avait pu dire. J'ai trouvé trois petits articles\nsur Berton, sur Boieldieu et sur Cherubini (i). Voici ce qu'il dit du\npremier :\nBERTON, compositeur de musique. Il a fait celle de Montano et Stéphanie,\ndu Délire, des Rigueurs du cloître, et une foule d'autres. C'est un de nos\nplus savants compositeurs, et un de ceux qui ont le plus approfondi cet art.\nIl faut tout le talent qu'on lui connaît, pour faire oublier les petites saillies\nqu'il s'est permises contre Le Moyne.\nCeci nous fait naturellement supposer que Berton, qui était assez\ngouailleur, s'était laissé entraînera quelques plaisanteries sur le compte\nde l'auteur de Phèdre, à'Electre et de Louis IX en Egypte. Celui-ci,\ndont on peut discuter le talent, mais qui était un oseur en musique,\navait sans doute effarouché le puritanisme classique de l'auteur dAline,\nreine de Golconde. Or, le Cousin-Jacques était l'ami, le collaborateur\net un peu 1 élève de Lemoye; de la vient évidemment la petite rancune\nqu'il avait gardée à Berton.\nVoici le petit article concernant Boieldieu, qui, à cette époque, en\nétait encore au Calife, auquel il avait prélude par quelques essais heu-\nreux, mais moins importants :\nBoyel-Dieu, jeune homme qui a donné les plus hautes espérances de son\ntalent pour la composition. La musique de la Famille suisset au théâtre Fey-\ndeau, est ce qui la fait connaître; mais ce qui le distingue particulièrement,\nc est le genre de la romance. Deux jours fai connu le bonheur Zelmire a\ntrahi ma tendresse, S'il est vrai que d'être deux, etc., sont les premiers vers\ndes romances pour lesquels il a fait des airs charmants. Mais la musique du\nCalife de Bagda aux Italiens, lui fait une réputation plus solide. A mesure\nque cet artiste avancera dans la carrière, il sentira que la modestie est le plus\n\n(i) On sait que cette espèce d'encyclopédie, dont le Cousin-Jacques avait entrepris\nseul la rédaction et la publication, s'est arrêté au mot : Côtes-du-Nord."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "23", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.19", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 2404, "texte": "bel apanage du talent; il sentira que les petites cotteries de société, où l'on\nfait un commerce de coups d'encensoirs, ne sont jamais que l'écueil de\nl'homme de génie; il sentira qu'on n'est jamais plus estimé que lorsqu'on\nimmole la mode au bon goût, et que pour réussir complettement dans quel-\nque genre que ce soit, il faut avant tout se défier des flatteurs et ne pas juger\nles auteurs que l'on ne connaît pas.\nA a\nLa dernière partie, et surtout les dernières lignes de cet article, un\npeu mélangé de miel et de vinaigre, sont un peu énigmatiques, à soixante-\nquinze ans de distance de l'époque à laquelle il a été écrit. L'auteur\nsemble taxer d'orgueil le musicien le plus véritablement modeste qui ait\njamais existé; il paraît presque se plaindre d'un homme dont le caractère\néminemment honnête est resté toujours à l'abri de tout soupçon d'injus-\ntice ou de mauvais procédé à l'égard de ses confrères, et qui, même à\nl'apogée de sa gloire et au plus fort de ses succès, n'a jamais cherché\nqu'à être utile à ceux qui avaient besoin de son aide et agréable à tous.\nJe renonce à découvrir la cause des petits coups d'épingle du Cousin-\nJacques, qui d'ailleurs n'était point méchant et qui ne dut\npas tenir rigueur à Boieldieu.\nEnfin, voici les quelques mots relatifs à Cherubini :\nChérubini, né à Florence, naturalisé Français, l'un des inspecteurs du\nConservatoire de musique, est sans contredit un de nos plus savants, de nos\nplus ingénieux et de nos plus aimables compositeurs.\nL'écrivain, on le voit, ne s'est pas mis en grands frais d'appréciation\npour l'auteur applaudi de Médée et de VHôtellerie portugaise. Quel-\nques épithètes, quelques louanges banales par leur généralité, et c'est\ntout. Toutefois, ces trois lignes ont cela de bon qu'elles nous apprennent\nqu'à l'époque où le Cousin-Jacques écrivait son Dictionnaire néologi-\nque, c'est-à-dire en l'an VII ou Tan VIII, Cherubini était déjà naturalisé\nFrançais.\nJe vais, maintenant, dresser la liste des œuvres théâtrales et musicales\ndu Cousin-Jacques ; la voici, telle et plus complète qu'elle n'a jamais été\ndonnée jusqu'à ce jour:\nLes Ailes de VAmour, comédie en un acte, en vers et en vaudevilles,\nmêlée d'airs nouveaux (paroles et musique), Comédie-Italienne, 23 mai\n1786. Avec cette dédicace à Grétry, en forme de couplet sur un air\nde la pièce :\nAu vrai génie, au vrai talent,\nLorsque f ose offrir mon hommage,"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "24", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.20", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2219, "texte": "C'est l'hommage du sentiment.\nVotre œil, saws doute, en mon ouvrage,\niV<? verra rien que d'imparfait.\nAu séjour des neuf immortelles *\nPour me voir voler tout d'un trait,\n// me faut prêter vos ailes.\nLes Clefs du Jardin, ou les Pots de fleurs, divertissement en vers\net en vaudevilles, Comédie-Italienne, pour la clôture du théâtre, 24\nmars 1787 (1).\nCompliment en vers en vaudevilles, Comédie-Italienne, pour la ren-\ntrée, 16 avril 1787.\nLa Fin du Bail, ou le Repas des Fermiers, divertissement en prose\net en vaudevilles, Comédie-Italienne, pour la clôture, 8 mars 1788.\nSans adieux, compliment de clôture, Comédie-Italienne, 24 mars\n1789.\nLa Couronne de fleurs,compliment en un acte et en vaudevilles,\nComédie-Italienne, pour la rentrée, 20 avril 1789.\nCompliment d'ouverture,prononcé au Théâtre-Montansier, 1790.\nCompliment d'ouverture, prononcé au Théâtre des Beaujolais, 1790.\nApollon directeur, pièce en un acte, Théâtre des Beaujolais (pour\nl'inauguration de leur nouvelle salle du boulevard du Temple), 1790.\nJean-Bête, « comédie en prose et en trois actes, avec ouverture nou-\nvelle, ronde et vaudeville, » (paroles et musique), Théâtre des Grands-\nDanseurs du Roi (Nicolet), juillet 1790. Cette pièce, reçue d'abord\naux Variétés amusantes du Palais-Royal, puis au Théâtre-Montansier,\net n'ayant pu, par suite de difficultés diverses, être jouée sur aucun des\ndeux, fut portée par l'auteur au théâtre de Nicolet.\nLa Fédération du Parnasse,divertissement en un acte, mêlé de\nvaudevilles et d'airs nouveaux (paroles et musique), Théâtre des Beau-\njolais, juillet 1790.\nLe Retour du Champ-de-Mars, divertissement en un acte, mêlé de\nvaudevilles et d'airs nouveaux (paroles et musique), Théâtre des Beau-\njolais, juillet 1790. Cette pièce formait la suite de la précédente, et\nétait jouée dans la même soirée.\nLes Folies dansantes,opéra comique en deux actes (paroles et musi-\nque), Théâtre du Délassement-Comique, 1790.\n\n(1) A cette époque, les théâtres étaient tenus de fermer leurs portes pendant\ntoute la quinzaine de Pâques. On adressait alors au public un compliment pour la\nclôture, et un a la reouverture. On voit que le Cousin-Jacques en a écrit plusieurs\npour la Comedie-Itahenne."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "25", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.21", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 2644, "texte": "Louis XII, comédie en trois actes et en prose, mêlée d'airs nouveaux,\nparoles de Valcour, musique du Cousin-Jacques, Théâtre du Délasse-\nment-Comique, 1790.—Le Cousin-Jacques a écrit quelques pièces dont\nil a fait faire la musique par d'autres compositeurs; mais celle-ci est la\nseule, à ma connaissance, dont il ait écrit la musique sur des paroles\nqui n'étaient point de lui. Louis XII n'est pas compris dans l'excellent\ncatalogue dressé par M. Charles Monselet.\nNicodème dans la Lune, ou la Révolution pacifique, « folie en prose\net en trois actes, mêlée d'ariettes et de vaudevilles, » (paroles et musique\ndu Cousin-Jacques, accompagnements de Leblanc), Théâtre-Français\ncomique et lyrique, 7 novembre 1790. Cette fantaisie obtint un\nénorme succès, que constatent tous les journaux du temps. La première\nédition de la pièce porte qu'elle fut représentée pour la cinquantième fois\nle lundi 21 février 1791, et la seconde édition nous apprend que la quatre-\nvingt-dix-septième représentation en eut lieu le 22 mai suivant.—Au\nsujet de cette pièce, on lit dans VÀlmanach général de tous les Specta-\ncles (1790 :\nairs de ses paroles ; il serait à souhaiter que tous les auteurs fussent assez\nmusiciens pour faire de même. L'intention musicale ne peut être mieux\nrendue que par celui qui fait les paroles. M. Leblanc, maître de musique\nde ce spectacle, a fait les accompagnements de Nicodème, et a arrangé\nl'ouverture, d'après le plan dressé par le Cousin-Jacques, auquel il s'est,\npour ainsi dire, identifié.... » Un autre chroniqueur (Lemazurier, dans\nVOpinion du Parterre de 1812), disait :\net le Club des bonnes gens obtinrent un succès qui passa de beaucoup\ncelui du Mariage de Figaro, un succès si grand, qu'il paraîtra sans\ncloute incroyable à ceux qui liront l'histoire dramatique des dernières\nannées du dix-huitième siècle. »\nL'Histoire universelle, comédie en vers et en deux actes, mêlés de\nvaudevilles et d'airs nouveaux, Théâtre de Monsieur, 1 5 décembre 1790.\nParoles du Cousin-Jacques; « les airs nouveaux, dit VAlmanach général\nde tous les Spectacles, sont de M. Martin, de M. Chardiny, et du\nCousin Jacques lui-même. »\nLes Capucins, ou Faisons la paix, comédie en prose et en deux actes,\nmêlée de quelques morceaux de chant (paroles et musique), Théâtre de\nMonsieur. 26 février 1791. Pièce politique, huée et siffiée àce point\nque sa première et unique représentation ne put être achevée. Il s'y pro-\nduisit cependant un fait rare et singulier, que l'auteur rapporte ainsi\ndans son Dictionnaire néologique, après avoir constaté son échec :\n((....Néanmoins, on vit une chose jusque-là, dit-on, sans exemple au"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "26", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.22", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2803, "texte": "théâtre : Vailière débita une tirade de deux pages et demie en prose, en\nfaveur du Roi, qu'on voulut avoir bis, et qu'il fut obligé de répéter\ntout entière au milieu des applaudissements universels. »\nLe Club des bonnes gens, ou le Curé français, « folie en vers et\nen deux actes, mêlée de vaudevilles et d'airs nouveaux (paroles du\nCousin-Jacques, musique du Cousin-Jacques et de Gaveaux), Théâtre\nde Monsieur, 24 septembre 1791.—Autre pièce politique, dont le succès,\nau contraire, fut très grand; une édition faite à Marseille en 1795, avec\nune modification dans le sous-titre (Le Club des bonnes gens, ou la\nRéconciliation). porte ceci : « Représentée pour la première fois à\nParis, au Théâtre de Monsieur, aujourd'hui de la rue Feydeau, les 24,\n25 et 26 septembre 1791 ; interrompue en mars 1792, après 46 représen-\ntations; reprise au même théâtre le quintidi 25 Messidor, Tan troisième\nde la République (lundi i 3 juillet 1795) avec les corrections et additions,\net pour la huitième fois, le 17 Thermidor an IV. »La première édition\nporte cette note : « L'ouverture, l'accompagnement et plusieurs airs nou-\nveaux sont de M. Gaveaux, premier amoureux du Théâtre de Monsieur ;\nles seize autres airs nouveaux de l'auteur de la pièce. » Et cette dédicace à\nGavaux :—«Autrefois le rang était l'idole du génie, et les talents ne rou-\ngissaient pas de se prostituer à la naissance ou à l'argent*, aujourd'hui les\nbeaux-arts se sont remis à leur place ; l'homme de lettre {sic) s'allie à l'ar-\ntiste, et je vous dédie celle de mes productions que j'estime le plus, Vous\navez su monter ma lyre au ton de la vôtre ; vous avez composé plusieurs\nairs sur mes paroles, une ouverture charmante, et des accompagnements\npour mes airs; on reconnaît dans vos accords le goût et l'âme d'un chan-\nteur plein de grâce et d'expression. Le cadeau que vous m'avez fait ne\npeut se payer que par l'amitié ; tout autre remercîment serait indigne\nde moi. Agréez donc, mon ami, l'hommage de cette pièce, comme un\ngarant de mon attachement et de ma reconnaissance. »\nLes Deux Nicodème, ou les Français sur la planète de Jupiter,\nopéra-folie en prose et en deux actes (paroles et musique), Théâtre-\nFeydeau, 21 novembre 1791.\ngénéral de tous les Spectacles, a su l'éclat de la première représentation\nde cette pièce, qui a été si tumultueuse que 1 officier municipal a paru\nsur le théâtre pour rappeler les spectateurs au bon ordre. Une cabale\npréméditée depuis six mois a occasionné tout ce trouble. L'auteur ayant\nretranché tout ce qui pouvait servir de prétexte aux malintentionnés\npour troubler le repos public, la seconde représentation a complètement\nréussi, et la troisième, la quatrième, la cinquième pareillement.... »Le\nfait est que l'esprit réactionnaire, quoique fort honnête, qui animait les"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "27", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.23", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 2555, "texte": "pièces du Cousin-Jacques, en rendait généralement la représentation\nfort orageuse.\nNicodème aux Enfers, pièce en cinq actes, Théâtre....,, 1798.—\n« Dans une note du Chansonnier bourgeois, tom. 111, page 85 (dit\nM. Ch. Monselet dans les Oubliés et les Dédaignés), le Cousin-Jacques\nparle de cette pièce, qui, écrit-il, a eu vingt-deux représentations; mais\nil oublie de désigner le théâtre. J'ai dit que je ne croyais pas que Nico-\ndème aux Enfers eût été imprimé. » Pour ma part, j'ai cherché vaine-\nment les traces de cet ouvrage. On voit, en tous cas, que le Cousin-\nJacques exploitait vigoureusement ce type de Nicodème créé par lui,\ncomme Dorvigny avait fait pour Janot et Pompigny pour Barogo.\nAllons, ça va, ou le Quaker en France, tableau patriotique en vers\net en un acte, mêlé de vaudevilles, Théâtre-Feydeau, 7 Brumaire an II\n(28 octobre 1793). <— J'ignore si cette pièce contenait de la musique\nnouvelle.\nToute la Grèce, ou Ce que peut la Liberté, tableau patriotique en\nun acte, paroles du Cousin-Jacques, musique de Lemoyne, opéra,\n16 Nivôse an II (5 janvier 1794).\nLe Compère Luc, ou les Dangers de ïlvrognerie, opéra-comique en\ndeux actes, paroles du Cousin-Jacques, musique de Lemoyne, Théâtre\nFeydeaUj ler ventôse an II (19 février 1794). « Tombé, disent les Spec-\ntacles de Paris, en dépit d'une belle musique qui n'a pu soutenir un\npoème rempli de traits de mauvais goût et de trivialités. » Non com-\npris dans le catalogue de M. Charles Monselet.\nDémostliènes, tableau patriotique en un acte et en vers, Opéra-Co-\nmique national (Théâtre Favart), 2 germinal an II (22 mars 1794).\nJ'ignore si cette pièce contenait de la musique nouvelle.\nLa Petite Nannette, opéra-comique en deux actes, mêlé de vaudevilles\net d'airs nouveaux (paroles et musique), Théâtre Feydeau, 19 frimaire\nan V(9 décembre 1796). Très grand succès.\nTurlututu, empereur de ïlsle Verte, « folie, bêtise, farce ou parade,\ncomme on voudra, en prose et en trois actes, avec une ouverture, des\nentr'actes, des marches, des chœurs, des cérémonies, du tapage, le dia-\nble, etc., etc., paroles et musique du Cousin-Jacques, représentée à moi-\ntié le lundi 3 juillet 1797 (i 5 messidor an V), et ensuite tout à fait le\nsurlendemain mercredi, J 7 messidor, sur le théâtre de la Cité. »\nJean-Baptiste, opéra-comique en un acte et en prose (paroles et mu-\nsique), Théâtre Feydeau, i 3 prairial an VI (ier juin 1798).\nUn Rien ou VHabit de noces, « folie épisodique en un acte et en prose,\nmêlée de vaudevilles et d'airs nouveaux » (paroles et musique), Ambigu-"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "28", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.24", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2871, "texte": "Comique, 19 prairial an VI (7 juin 1798). Au sujet de la musique de\ncette pièce, que le Cousin-Jacques trouvait excellente, comme tout ce\nqu'il faisait, on trouve, dans la préface de la pièce, ces lignes, qui ne\nsont pas sans quelque intérêt :\nramène à dire quelque chose de ma musique. Ma musique! ce n'est pas\nlà le mot, c'est tout au plus une musiquette ; et je suis venu au monde\ntout exprès pour ajouter ce mot-là, par mon diminutif de talent pour la\ncomposition, au dictionnaire néologique de notre siècle. Au reste, mes\nairs plaisent; on les chante partout; beaucoup d'amateurs les trouvent\ngentils; c'est tout ce que je veux. Je les crois naturels; on les dit origi-\nnaux; c'est fort bien; je n'en demande pas davantage. Grétry m'a sou-\nvent répété de ne suivre en musique que mon imagination et mon cœur ;\nmon pauvre Lemoyne, qui est presque mort dans mes bras, tout sévère\net maussade qu'il était dans ses remontrances, souriait parfois aux airs\nque je lui chantais. Mais un homme, que j'aime infiniment, un homme,\ndont j'adore le talent, un homme, avec lequel de nombreux rapports d'es-\nprit, d'état et de sentiments m'ont lié plus étroitement qu'avec beaucoup\nd'autres artistes, un homme, qui joint à la qualité de littérateur vraiment\ninstruit celle d'un compositeur plein de grâce et d'expression, un homme,\nque j'applaudis toujours à la scène avec un nouveau plaisir, et qui ne se\ndoute pourtant ni du zèle que je lui marque, ni de ce que je dis de lui\nmaintenant, c'est Gaveaux. C'est avec Gaveaux que j'ai appris à donner\nà mes airs plus de régularité, à mes ritournelles plus d'expression, à mes\npremiers violons plus de grâces et d'originalité; c'est avec Gaveaux que\nj'ai connu enfin ce que c'était qu'une marche d'harmonie; c'est avec Ga-\nveaux, et surtout en étudiant sa méthode sur ses ouvrages, que j'ai com-\npris ce que c'était qu'une clarinette, et pourquoi j'écrivais un cor en ut,\ntout en le marquant en mi bémol, quand j'étais en si. Toutes choses\nénigmatiques, qui me cassaient la tête auparavant en pure perte. C'est\navec Gaveaux que j'ai su qu'une basse peut avoir de l'esprit séparément,\nmais qu'il ne faut pas que chaque partie ait de l'esprit en même temps,\nparce que trop de confusion nuit à l'esprit de chaque partie, et que la\npartie chantante doit toujours dominer, comme le sujet principal d'un\ntableau doit saillir seul au milieu de tout ce qui n'est qu'accessoire. Enfin,\nc'est avec Gaveaux, en lui volant, de force ou de gré, quelques momens\nprécieux, dût-il enrager de tout son cœur contre moi, que mon ignorance\nse décrassera, et que ma petite lyre de village finira par rendre des sons\nplus agréables et moins défectueux : ceci soit dit sans offenser tous les\n•\ncompositeurs qui m'aiment et que j'aime aussi. Ils ont leur mérite sans\ndoute; mais on ne se commande pas là-dessus. Mon genre est original,"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "29", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.25", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 2674, "texte": "et ce n'est ma faute s'il éprouve une force d'attraction vers tel ou tel\ntalent... »\nLe Grand Genre, opéra-comique en un acte (paroles et musique),\nAmbigu-Comique, 24 nivôse an VII (i 3 janvier 1799).\nMagdelon, comédie épisodique en prose et en un acte, mêlée d'ariettes\n(paroles et musique), Théâtre du Palais-Égalité (Montansier), 16 prai-\nrial an VII (4 juin 1799).\nEmilie, ou les Caprices, comédie en vers et en trois actes, Théâtre des\nJeunes-Artistes, 21 messidor an VII (9 juillet 1799).\nLes Deux Charbonniers, ou les Contrastes, comédie en prose et en\ndeux actes, mélée d'ariettes (paroles et musique), Théâtre Montansier,\n7 fructidor an VII (24 août 1799).\nLe Bonhomme, ou Poulot et Fanchon, opéra-comique en un acte (pa\nrôles et musique), Théâtre Montansier, 21 frimaire an VIII (11 décembre\nJ 799)' ~ Non compris dons le catalogue de M. Charles Monselet (1).\nEn dehors du théâtre, voici ce que le Cousin-Jacques a publié en fait\nde musique :\nLes Soirées chantantes, ou le Chansonnier bourgeois (Paris, Mou-\ntardier, an XII, 3 vol. in-12, le premier de 296 pages, le second de 284,\net le troisième de 290.)\nDélassements du Cousin-Jacques, ou Etrennes lyriques pour Pannée\n1787, dédiées à Mme Dugazon. (Recueil de romances gravées5 in-12 de\n£0 pages, chez Mme Borelly.)\nMme Dugazon venait de faire, dans la Nina de Dalayrac, Tune de ses\nplus magnifiques créations, lorsque le Cousin-Jacques lui dédia ce petit\nrecueil de romances. Bachaumont disait à ce sujet : ■— « Le Cousin-\nJacques, qui ne fait rien comme les autres, vient de dédier à Mme Duga-\n\n(t) A ce répertoire il faut ajouter quelques autres pièces : Coriolinet, ou Rome\nsauvée, « folie héroï-comique en vaudevilles et en trois actes, » cataloguée par\nM. Charles Monselet, imprimée en 1786, mais non représentée sans doute; Syl-\nviiis Nerva, ou VEcole des Familles, drame lyrique en trois actes, paroles du Cou-\nsin-Jacques, musique de Lemoyne, imprimée en l'an 111, reçue et répétée à l'Opéra,\nmais non représentée; Vlvrogne 'vertueux, opéra comique en deux actes, paroles\ndu Cousin-Jacques, musique de Lemoyne, annoncée dans une note de Toute la\nGrèce et dans I'Almanach général de tous les Spectacles ( 1791 ) comme étant reçue à\nl'étude au théâtre de Monsieur, mais qui, malgré la mention de Y Annuaire drama-\ntique de 1813, n'a évidemment jamais été joué; —Le Retour de Nicodème, pièce en\nquatre actes, « annoncée depuis près d'un an sur les affiches » du Théâtre-Français\ncomique et lyrique, selon Y Almanach général de tous les Spectacles (1792), et qui\nne doit pas avoir été jouée non plus; enfin, les Trois Nicodèmes, pièce mentionnée\nen divers endroits, mais non représentée."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "30", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.26", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 724, "texte": "zon ses Délassements, ou Etrennes lyriques pour l'année 1787. A la fin\nde son épître en vers, il lui dit :\n« Ce qui nous plaît, ce qui te rend si belle,\n« C'est la nature et c'est la vérité\n« Avec laquelle\n« Je suis pour la vie, Nina, ton très-humble serviteur et cousin, etc. »\nRomances de Berquin, mises en musique. (Paris, 1798, 2 vol. in-8.)\nHurluberlu, ou le Célibataire (poème comique et moral (avec neur\nairs notés), par le Cousin-Jacques (Londres [Paris ?], 1783, in-B°.)\nEt dire que de tout cela, soit poésie, soit musique, rien, absolument rien\nn'est resté, et que le Cousin-Jacques n'est connu aujourd'hui que de\nquelques curieux acharnés de la musique et de la littérature!\n\nARTHUR POUGIN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-10-01-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-10-01_01#c013", "volume": "bmtnabc_1875-10-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "31", "page_fin": "43", "image_debut": 27, "image_fin": 39, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.2.4", "titre_corps": "LES COMMENCEMENTS DE SPONTINI 1774-1807", "titre_sommaire": "LES COMMENCEMENTS DE SPONTINI 1774-1807", "signature_source": "ADOLPHE JULLIEN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 27, "page_imprimee": "31", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.27", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1222, "texte": "LES\nCOMMENCEMENTS DE SPONTINI\n1774-1807\n\nE 5 du mois dernier, la petite ville de Majolati, mise\nen goût par les nombreux centenaires célébrés de-\npuis un an ou deux en France et en Italie, faut-il\nrappeler Pétrarque, Boieldieu, Michel-Ange, Saboly?\nse souvenait qu'elle aussi avait donné le jour à\n1 un de ces privilégiés de la fortune, de ces hommes\nde génie qui font le renom de leur cité natale, et, bien que l'anniversaire\nde la naissance de Spontini fût passé depuis près d'un an, elle fêtait\naussi brillamment que possible la venue au monde du grand musicien.\nItalien d'origine, l'auteur de la Vestale est devenu presque français\npar ses chefs-d'œuvre, et, comme tant d'illustres compositeurs, il a fait\nrejaillir un peu de sa gloire sur son pays d'adoption. Il acquittait ainsi\nune juste dette de reconnaissance, car c'est au contact de la scène\nfrançaise, à l'étude des chefs-d'œuvre éclos depuis près d'un siècle à\nl'Opéra français qu'ils doivent, les uns comme les autres, Gluck comme\nPiccinni, Sacchini comme Salieri,Spontini comme Meyerbeer et Rossini,\nla complète révélation de leur génie et la pleine possession de leurs\nforces musicales.\nA ce titre, le centenaire de Spontini doit nous intéresser plus vive»"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "32", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.28", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2314, "texte": "ment que tout autre, et le moment me paraît opportun pour publier\nquelques recherches sur les premières années de Spontini et sur ses\ndébuts à Paris. Ce sont toujours les commencements qu'on connaît le\nmoins dans la carrière des grands musiciens, par la simple raison que les\ninvestigations des premiers écrivains ayant toujours porté sur l'époque\nla plus glorieuse et la plus facile à étudier, ceux qui viennent après ont\nbeaucoup plus court de paraphraser simplement ce qui a déjà été dit\navant eux, et de passer le plus rapidement possible sur ces commence-\nments qu'il serait plus embarrassant d'élucider.\nQuand il s'agit d'un compositeur comme Spontini, ces années de dé-\nboires et de revers sont d'autant plus intéressantes à connaître, car elles\nrenferment un enseignement salutaire, en ce qu'elles montrent à tous\nles musiciens comment, fût-on doué du plus grand génie, il faut toujours\ncommencer par lutter, par échouer, par accepter les pièces les plus pi-\ntoyables avant de rencontrer le poëme qui doit révéler votre puissance\ncréatrice à la foule et vous faire faire le premier pas dans la voie de l'im-\nmortalité.\nC'est donc àla période des débuts de Spontini à Paris, jusqu'à l'ap-\nparition de la Vestale, que se restreint ce petit travail. Alors même\nque le temps ne m'aurait pas manqué, je n'aurais pu en entreprendre un\nplus long sans aller sur les brisées d'un excellent confrère, qui se propose\nde donner au Ménestrel une étude biographique et critique absolu-\nment complète sur l'auteur de Fernand Corte\\ : je désire simplement\nque mes recherches puissent en éviter quelques-unes à M, Victor\nWilder.\nI\nEN ITALIE\nIl y avait, à la fin du dernier siècle, dans la petite ville de Jesi (États-\nRomains), un enfant de six ans, très éveillé, que ses parents, cultiva-\nteurs aises, destinaient au sacerdoce. Ce petit garçon, le second de cinq\nentants dont trois devinrent prêtres, était né le 14 novembre 1774, dans\nun village voisin, à Majolati, et s'appelait Luigi-Gaspare-Pacifico\nSpontini. Il avait été confié, par ses parents, à son oncle paternel, Joseph\nSpontini, doyen de 1 église Santa-Maria del Piano, à Jesi, qui s'était\nchargé d'élever le bambin en vue de l'état ecclésiastique. Ce n était pas\nlà une petite affaire, car son neveu ne paraissait pas avoir reçu du ciel"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "33", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.29", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2718, "texte": "une vocation très prononcée. La seule chose qui l'intéressât dans l'église,\nc'était le son des cloches.\nLe carillon de Santa-Maria était célèbre bien loin à la ronde. Aussitôt\nqu'il entrait en branle pour sonner messes, vêpres ou angélus, si l'on\ncherchait Gaspare afin de lui confier l'encensoir ou les burettes, on était\nsûr de le trouver perché dans le clocher même, et délicieusement absorbé\npar le plaisir d ouïr de près ce bruyant concert. Un jour, il pensa payer\ncher ce passe-temps favori. Une effroyable tempête éclata comme le\ncarillon de Santa-Maria sonnait à toute volée. Installé à sa place ordi-\nnaire, l'entant écoutait avec bonheur cet orchestre d'airain auquel le\nroulement du tonnerre formait comme une basse continue, quand la\nfoudre tomba sur le clocher et renversa le jeune dilettante, qui fut jeté\ndans l'étage inférieur. Heureusement pour lui que les ouvertures de cha-\nque étage n'étaient pas en ligne perpendiculaire, sans quoi il eût été\nprécipité jusqu'en bas : il en fut quitte pour la peur et une belle collec-\ntion de bosses et de contusions.\nA quelque temps de là, l'oncle de Gaspare, désirant faire construire\nun orgue, manda à Jesi un organiste de Recanati, nommé Crudeli.\nTout en travaillant à son instrument, cet artiste, logé chez le doyen,\ns exerçait de temps à autre sur un clavecin qu'il avait apporté avec lui.\nCe fut une révélation pour l'enfant, qui se tenait aux côtés du musicien\nlorsqu'il jouait, l'écoutait avec une attention soutenue et s'essayait à\n1 imiter dès qu'il tournait le dos. Crudeli devina bientôt qu'il y avait en\nGaspare le germe d'un talent qui ne tarderait pas à se développer; il lui\ndonna quelques leçons, lui apprit un peu à jouer de l'orgue, si bien qu'à\nl'époque de son départ, M. le doyen consentit à voir son neveu con-\ntinuer l'étude de la musique sacrée, espérant encore que cette science aide-\nrait à 1 avancement du futur abbé. Mais une circonstance fortuite vint\nbientôt 1 alarmer de nouveau sur la vocation ecclésiastique de son\npupille.\nEn étudiant la musique d'église comme délassement, Gaspare était\ntenu de fréquenter assidûment le séminaire de Jesi pour y poursuivre\nses études littéraires. Or, en se rendant chaque jour à sa classe, l'enfant\navait remarqué sur son chemin une fenêtre, et à cette fenêtre une jeune\net jolie fille, à la beauté de laquelle il ne manquait jamais de rendre\nhommage en ôtant poliment son chapeau. Le bruit de cette galanterie\nprécoce, qui amusait le voisinage, étant venu aux oreilles du sévère\ndoyen, il jugea le cas assez grave pour nécessiter l'emploi des grandes\nmesures : le galant Gaspare fut menacé du fouet. La fierté du jeune\ngarçon se révolta d'un pareil traitement, et il s'enfuit à Monte-San-Vito,"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "34", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.30", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2827, "texte": "autre village de la marche d'Ancône, où demeurait un frère de sa mère,\nqui consentit à le recueillir.\nCet oncle se montra plein de bonté pour lui, et le confia au maître de\nchapelle de l'endroit, nommé Quintiliani, afin qu'il le guidât dans ses\nétudes musicales. Une année se passa, au bout de laquelle Gaspare re-\nvint à Jesi, chez son oncle Joseph, qui, renonçant dès lors à lui faire\nendosser la soutane, et voulant qu'il suivît librement sa vocation tout\nen continuant ses études classiques, le remit entre les mains du chanteur\nCiuffolotti et de l'organiste Menghini. Plus tard, il le fit entrer dans l'é-\ncole de Bartoli, maître de chapelle à Jesi, puis dans celle de Bonanni,\nde la chapelle de Masaccio, avec lequel l'enfant étudia la théorie musi-\ncale d'après les traités de Martini, de Fux, de Paolini et de Gasparini.\nQuand il fut parvenu à l'adolescence, Gaspare obtint non sans peine\nde son père, qui regrettait vivement de le voir renoncer au sacerdoce, la\npermission de se présenter au Conservatoire de la Pietà dei Turcliini, à\nNaples. Il y fut admis en 1791, et put dès lors compléter son éducation\nmusicale sous la direction de deux maîtres célèbres, Sala et Tritta. Il y\nfit de rapides progrès et obtint bientôt le titre de maestrino, qui équi-\nvaudrait à Temploi de répétiteur des Conservatoires de France. Tout en\ncontinuant d'étudier, Gaspare composait des cantates, des oratorios,\nqu'il allait faire exécuter dans les couvents de Naples et des environs,\nvoire même des morceaux d'opéra, que Paisiello, Fioravanti et Cimarosa,\njugèrent dignes d'être intercalés dans quelques-unes de leurs partitions:\nc'est l'usage en Italie pour les jeunes compositeurs de débuter ainsi sous\nle patronage de leurs aînés en gloire et en succès. Dans le cas présent,\nces morceaux plurent aseez au public pour qu'un des directeurs du\nThéâtre Argentina proposât au jeune musicien de déserter l'école et de\nvenir avec lui à Rome, en faisant briller à ses yeux l'espoir d'avoir un\nopéra entier à mettre en musique.\nGaspare, qui avait alors vingt-deux ans c'était en 1796, ne se fit\npas prier pour consentir à cette escapade. L'imprésario, du nom de Sis-\nmondi, lui procura un faux passeport, à l'aide duquel il put s'échapper\nde Naples. Presque tous les compositeurs réputés d'ltalie s'étaient donné\nrendez-vous à Rome, au carnaval de cette année, pour s'y disputer les\nhonneurs de la scène. En voyant apparaître sur le théâtre de leurs suc-\ncès l'échappé du Conservatoire de Naples, ce fut parmi eux un cri géné-\nral pour faire rentrer à l'école ce concurrent improvisé; et l'écolier en\nrupture de bancs ne dut la faveur de rester à Rome pour y composer son\nopéra qu'à la protection du gouverneur de la ville dont il avait su con-\nquérir les bonnes grâces. Il écrivit donc et mit à la scène, en moins de"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "35", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.31", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2521, "texte": "six semaines, son opéra-buffa, 1 Puntigli delle donne : ce premier ou-\nvrage de Spontini fut joué le 26 décembre 1796, et obtint un succès\nd'enthousiasme, auquel ne contribuèrent pas peu la jeunesse et la bonne\nmine de l'auteur. Il fut porté en triomphe au sortir du théâtre, comme\nc'est l'usage en Italie, au bruit des acclamations, à la lueur des torches,\nsous une pluie de fleurs. A quelque temps de là, Gaspare rentrait en\nvainqueur dans cette ville de Naples, d'où il était sorti naguère en\nfugitif.\nPiccinni usa à son égard de la plus grande bienveillance ; non-seu-\nlement il le fit rentrer au Conservatoire, mais il l'admit au nombre de\nses élèves et se plut, ainsi que Cimarosa, à le diriger dans ses premiers\nessais avec une bonté toute paternelle. Gaspare écrivit, sous la direction\nde 1 auteur de Didon, son second opéra, /'Eroismo ridicolo, qui fut\nreprésenté à Rome en 1797. L'année suivante, il fit jouer, dans la même\nville, il I\"into pittore, puis la Fuga in maschera à Naples, Vlsola disa-\nbitata à Florence, ainsi que son premier opéra-seria, Teseo riconosciuto,\nqui lui valut une ample moisson de lauriers et de sonnets. Dans une de\nses pièces de vers se trouvait une bien flatteuse prophétie que l'avenir a\npleinement vérifiée, au contraire de tant de prédictions élogieuses aux-\nquelles le temps prête un sens cruellement ironique :\nChe se cotanto, in sul april degV anni\nOprar col sno pote musico ingegno\nChe sia quando abbia piu robusti i vanni? (1)\nUne fois lancé dans cette voie, Spontini n'avait plus qu'à se laisser\naller et à composer tous les opéras sérieux ou bouffons que lui comman-\ndaient les imprésarios. Il écrivit deux nouveaux ouvrages dans le courant\nde 1799 : Chepiù guardanï en vede, à Florence, et la Finta philosofa à\nNaples. Peu de temps après, la cour de Naples, réfugiée en Sicile à la suite\nde l'invasion des troupes françaises, appela Spontini à Palerme : le com-\npositeur répondit à cet appel, sur le refus de Cimarosa qui se trouvait\nalors malade. Dans le trajet, le jeune maestro eut à subir une furieuse\ntempête : il garda toujours le souvenir de cet effroyable ouragan, et se\nplaisait même à attribuer le caractère imposant des œuvres de sa matu-\nrité à l'impression du spectacle grandiose et terrible qu'avait produit sur\nlui ce cataclysme.\n\n(i) Que fera-t-il lorsqu'il pourra s'élever d'un vol plus sûr, celui qui, n'étant\nencore qu'au printemps de la vie, a pu produire de telles œuvres par la force natu-\nrelie de son génie musical !"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "36", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.32", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2315, "texte": "Son séjour à Palerme fut marqué par trois autres opéras : I Qiiadri par-\nlanti, Sofronia e Olindoet Gli elusi qui datent de l'annee 1800 ;\nmais le dérangement de sa santé, d'autres disent une aventure galante\net qui menaçait de tourner au tragique, contraignit Spontini de quitter\nla Sicile au plus vite. A en croire le roman, il aimait une dame de haute\nnoblesse qui n'aurait pas cru déroger en épousant un artiste, mais dont\nla famille était trop orgueilleuse pour tolérer une pareille alliance et\ntrop puissante pour ne pas l'empêcher de quelque manière que ce fut.\nEn présence du danger qui menaçait sa vie, le jeune musicien prit le\nparti le plus sage et pour parler le style du temps il s'éloigna non\nsans regret du théâtre de ses succès et de 1 objet de ses amours.\nIl se rendit d'abord à Rome où il fit jouer, en 1801, un nouvel opéra,\nGli Amanti in cimento, ossia il Geloso audace. puis il fut appelé à\nVenise, où il composa, pour la célèbre cantatrice Moricelli, la Princi-\npessa d'Amalfi, dont le titre fut changé en celui d\"Adelina Senese, les\nopinions du temps défendant de parler de princesses. Apiès quoi, Spon-\ntini fit encore jouer, dans la même ville, le dernier de ses ouvrages ita-\nliens, le Metamorfosi di Pasquale : on était alors à la fin de 1 année\n1802.\nCependant l'ambition mordait au cœur le jeune musicien. Il rêvait de\nplus grands triomphes que ceux qu'il allait quêtant de ville en ville à\ntravers la péninsule; il voulait venir en trance. Durant son séjour à\nPalerme, il s'était précisément lié d'amitié avec une famille française qui\nallait rentrer dans sa patrie Spontini crut voir la une occasion favoiable\nde tenter la fortune à l'étranger et résolut de partir. De Venise, il ramena\nprécipitamment son père à Jesi et courut retrouver ses amis à Naples .\nquelques jours après il s'embarquait avec eux pour Marseille.\nII\nEN FRANCE\nSpontini arriva à Paris en iBo3. Il y donna d'abord des leçons de\nchant qu'il obtint par la protection des Barillon, des Michel, des Réca-\nmier et autres notabilités financières du temps, pour lesquelles des ban-\nquiers et négociants de Marseille lui avaient donné des lettres de recom-\nmandation. Fétis le connut alors chez un modeste facteur de pianos de\nla rue Sainte-Avoye : le jeune Gaspare y venait quelquefois implorer de"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "37", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.33", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2757, "texte": "nouvelles leçons, mais déjà fier en son obscurité et plein de confiance en\nl'avenir.\nLe grand point étant de se faire connaître, il s'efforça d'abord de faire\nreprésenter au Théâtre-Italien un de ses opéras écrits en Italie. Il choisit\nla Finta Filosofa ( la Philosophe par feinte ) qui avait été jouée à Na-\nples en 1799. La première représentation eut lieu à l'Opéra-Italien, le\nsamedi 11 février 1804, en présence du Premier Consul et de Joséphine.\nLes journaux, en l'annonçant, avaient soin de dire que la partition était\n« de M. Spontini, du Conservatoire de Naples et élève de Cimarosa » ;\nelle était chantée par Martinelli, Aliprandi, Crucciati, Oliveti, et\nMmes Nava-Aliprandi, Fedi et Cantoni.\nCet opéra fut bien accueilli et obtint un succès d'autant plus flatteur que\nle public se tenait sur ses gardes, prétendant exercer rigoureusement ses\nfonctions de juge. La jeunesse de l'auteur inspirait de la défiance et sa\nréputation si grande en Italie était presque nulle à Paris. On savait de\nplus qu'il briguait l'honneur d'écrire pour les théâtres nationaux : que\nde motifs pour se décider à être sévère et à ne pas s'abandonner aux pre-\nmières impressions ! Malgré cette disposition générale des esprits, l'au-\nteur remporta un triomphe des plus éclatants. Le public voulait n'ap-\nprouver qu'avec choix : il applaudit tout avec transport.\nCependant, prévenu comme il était, il ne se laissa gagner que vers la\nmoitiédu premier acte, à l'audition d'un très joli quintette ; au deuxième,\nil applaudit vivement le duo des deux bouffons : Di questo figlio\namato, et le septuor final, qui, au dire d'un critique du temps, est le\nmorceau le plus extraordinaire de l'ouvrage, « tant l'auteur y a déployé\nde finesse et d'intelligence dramatique». Au troisième acte, on remar-\nqua surtout un duo entre madame Nava et Martinelli : peut-être l'aurait-\non fait répéter si les acteurs n'avaient paru las ; « et l'on conçoit que les\nrépétitions d'une pareille musique les eût cruellement fatigués, » dit\nnaïvement le critique du Journal de Paris. Bref, à la fin du spectacle,\nl'heureux compositeur dut paraître sur la scène au milieu des plus vifs\napplaudissements.\nCette ovation toute italienne obtenue avec un opéra italien, ne prou-\nvait rien pour l'avenir du débutant. Il le comprit et voulut se signaler à\nl'attention du public par un succès plus sérieux remporté sur un théâtre\nfrançais et avec une pièce française. Il crut en avoir trouvé l'occasion\ndans la Petite maison, opéra-comique en trois actes, de Dieulafoy et\nGersaint. Deux mois lui suffirent pour écrire ce long ouvrage, qui,\nannoncé longtemps à l'avance, parut enfin, à TOpéra-Comique, le\nsamedi 12 mai 1804. Malheureusement le sujet de la pièce était mal choisi"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "38", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.34", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2704, "texte": "pour l'époque, et ce tableau de mœurs assez licencieuses indisposa le\npublic à ce point que la représentation ne put pas finir (i).\n« C'est un pesant fardeau quun nom trop tôt fameux!\ns'écrie le Journal de Paris. On avait embouché toutes les trompettes\nde la renommée pour nous prôner d'avance la Petite maison, et en une\nheure et demie la voilà tombée. Elle vient de crouler au bruit des sifflets\nles plus aigres que nous ayons entendus de notre vie,, et au moment\n«\nmême où nous écrivons (onze heures du soir), ils font encore retentir la\nsalle; la pièce n'a pas été jusqu'à la fin. Certes, le poème est bien ma',\nconçu, et le dialogue bien pauvre d'esprit; mais ce serait une injustice\nque de décerner une couronne au musicien en condamnant impitoyable-\nment l'auteur des paroles. A l'exception d'un joli trio et d'un chœur\nvillageois, tous les morceaux de musique nous ont paru médiocres: ils\nont en général de la légèreté et de la franchise; mais point de caractère\nscénique, point de sentiment. On ne doit que des éloges aux comédiens.\nChacun d'eux a fait de son mieux pour soutenir la pièce; mais il est des\nchoses impossibles, et nous ne sommes plus au temps des miracles. »\nLe jugement est sévère. La stricte justice voulait qu'en pareille\ncirconstance on distinguât bien la part des librettistes et celle du musicien ;\nmais, sans se préoccuper d'une distinction qu'il juge superflue, le critique\nn'épargne que les acteurs, à savoir : Elleviou, qui jouait le grand seigneur\ncaché sous le nom de Lambert; Martin, son valet; Juliet, M. Duplan;\nGavaudan, un marquis; madame Gavaudan, la naïve Lucile ; madame\nGonthier, Marguerite; puis Lesage, Batiste, Paul, Valière, mesdames\nScio-Messie et Hubert-Lesage, chargés de rôles secondaires.\nSi le Journal de Paris a la bienveillance de taire les détails de ce\nscandale, Geoffroy, qui rédigeait alors le feuilleton des Débats et qui, ne\nconnaissant en musique que l'ancien opéra français, était fort hostile\naux musiciens italiens, se complaît à raconter ces troubles dans les\nmoindre détails. C'est un curieux récit et qui mérite d'être connu.\nLa pièce était parvenue sans encombre notable, jusque vers le milieu\n\n(i) Fétis dément formellement certaine note manuscrite (peut-être de Spontini)\nqui attribuait cette opposition à une cabale du Conservatoire. * J'étais à la repré-\nsentation, écrit-il, et quoique je fusse sorti du Conservatoire depuis un an, après\navoir terminé mes études de composition, je connaissais tous les professeurs et la\nplupart des élèves, et je ne les aperçus pas dans cette soirée. L'opposition du Con -\nervatoire de D*ris contre Spontini ne fut ue trop réelle, mais elle se constitua un\npeu oïus 1i <_"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "39", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.35", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 3034, "texte": "du second acte : on écoutait par égard pour les chanteurs, par politesse\npour le musicien étranger, lorsque la patience lassée n a pu résister à l'appa-\nrition d'un bedeau de paroisse : délicatesse inconcevable, puisqu'on souffre\nbien sur la scène des évêques, des curés, des moines et des religieuses; mais\nce qui a surtout fait éclater l'orage, c'est le propos assez plat d'un valet qui\ndit, en parlant d'un bourgeois qu'on veut faire passer pour un seigneur\ndéguisé :\nCe monsieur n'est ni seigneur ni prince ;\nC'est tout au plus s 1 il est chrétien.\nCette sottise méritait plus de mépris et de pitié que de colère ; et l'affaire\nse serait peut-être raccommodée, sans une autre balourdise du valet malen-\ncontreux, qui prend le contrat de vente d'une maison pour un écrin de\npierreries.\nLes sifflets trop longtemps contenus se sont alors débordés, et leur violence\nn'a pu même être réprimée par la présence auguste des deux princes de\nl'Opéra-Comique, Elleviou et Martin, alors en scène. Ces deux chanteurs,\npeu accoutumés à une pareille musique, sont restés interdits et muets; leur\ngosier glacé a refusé passage aux roulades :\nVox faucibus hœsit.\nElleviou, plus ardent et plus vif, s'est avancé sur le bord du théâtre, et,\nd'un ton où le dépit étouffé perçait à travers le respect, a demandé si l'on\nvoulait permettre que l'on continuât la pièce. Le public, par ses applaudis-\nsements, et même par un consentement formel, a fait assez connaître qu'il\ndésirait en voir la fin; mais les sifflets succédant bientôt à ces marques d'ap-\nprobation, et le tumulte ne cessant point, les acteurs en ont conclu qu'on ne\nvoulait plus les entendre : ils ont pris brusquement leur parti, comme gens\nqui se croient personnellement offensés.\nLes musiciens ont donné le premier signal de la retraite ; en un clin d'œil\nl'orchestre a été évacué» Cette fuite indiscrète et prématurée était l'annonce\nd'une rupture ouverte : les acteurs ont suivi les musiciens; on a baissé la\ntoile; et pour que le public ne pût douter de l'intention qu'on avait de le\nchasser promptement, on descendait le lustre, on baissait la rampe, on\ncommençait à enlever les pupitres, et pendant tout ce déménagement la salle\nretentissait du plus effroyable vacarme : les uns demandaient la pièce, les\nautres seulement la musique; ceux-ci applaudissaient Elleviou, ceux-là\nBlasius, chef-d'orchestre : on criait, on sifflait, on riait, et personne ne s'en\nallait, chacun voulait voir le dénouement de cette farce.\nEnfin les comédiens, très embarrassés de leurs hôtes, ont jugé qu'ils ne\npouvaient pas en conscience les laisser passer la nuit au théâtre; on a levé\nla toile. Le semainier perpétuel a paru avec le commissaire pour annoncer\nune indisposition soudaine de madame Scio : cette nouvelle a été reçue avec\ndes huées; le commissaire ne pouvant se faire entendre, s'est longtemps pro-\nmené sur la scène, auditeur et spectateur des cris, et du désordre qui allait\ntoujours croissant. Elleviou et Martin sont venus au secours du commissaire,"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "40", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.36", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2798, "texte": "amenant pour renfort le musicien, dont la vue leur a paru propre à rétablir\nl'harmonie dans un concert si discordant.\nElleviou a essayé quelques excuses qu'on a mal accueillies : alors toutes\nles négociations ont été rompues, et l'on a baissé définitivement la toile. Il\nétait plus d'onze heures; le parterre, forcé de se retirer, a voulu laisser en\npartant des marques éclatantes de son courroux; les bancs, les pupitres, les\ninstruments de musique ont payé pour les acteurs et les musiciens; on a fait\nun grand carnage de ces victimes innocentes, et le champ de bataille est resté\ncouvert de débris, monuments de la vengeance publique.\nPuis le critique de continuer sur ce ton, de reprocher aux chanteurs\nleur humeur hautaine, de faire le procès au compositeur dont on avait\nannoncé le nouvel ouvrage avec trop de fracas, au librettiste dont la pièce\n« joignait l'indécence à la platitude », de complimenter légèrement les\nacteurs pour leurs efforts méritoires et enfin d'arriver à la musique, dont\nil fait prompte justice en quelques lignes.\n« La musique, dit-il, n'a pas répondu à l'attente extraordinaire du\npublic et aux éloges extravagants de certains journaux : quelques mor-\nceaux agréables, un trio, un air d'Elleviou, un choeur annoncent que le\njeune compositeur a des moyens; mais il faut qu'il étudie la scène, qu'il\napprenne le grand art de donner à la musique l'expression du sujet ;de\nmettre dans un ouvrage de l'unité, du dessein ; en un mot, l'art de faire\ndire quelque chose à la musique, secret inconnu à tant de savants musi-\nciens. La pièce nouvelle a été précédée des Chasseurs et la laitière.\nQuelle distance de cette musique à celle de la Petite maison! Tout,\ndans la première, est imitatif, pittoresque, dramatique; la seconde n'a\nqu'un agrément frivole, qu'un vain éclat : on peut dire presque à chaque\nmorceau : Que me veux-tu ? Cependant les Chasseurs et la laitière\nsont méprisés, mutilés, estropiés ; c'est pour nous de la musique de\nvillage. On m'a vivement reproché d'avoir douté que le musicien de la\nPetite maison fût au niveau de la réputation colossale qu'on prétendait\nlui faire; j'ai cru lui rendre service en le préservant du poison de la\nflatterie : la présomption et les louanges avortées font avorter tous les\njeunes talents. »\nCela n'est malheureusement que trop vrai, mais tel n'est pas le cas\npour le premier ouvrage français de Spontini. La Petite maison fut\nencore jouée le lundi suivant et le mercredi ; elle fut même annoncée pour\nle vendredi, mais on changea d'avis et cette pièce disparut à jamais de\nl'affiche. C'était un grave échec pour le compositeur. Il faut dire aussi\nque l'époque à laquelle Spontini arrivait à Paris était des moins favora-\nbles pour son début, car il y avait alors parmi les musiciens français, et"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "41", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.37", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2607, "texte": "surtout parmi les professeurs et les élèves du Conservatoire, une alliance\ndéfensive contre les compositeurs italiens et contre la musique de leur\nécole. Diverses circonstances plus ou moins graves avaient amené cet\nétat de choses et cette ligue des nationaux contre les étrangers.\nC'étaient d'abord les compositeurs italiens, Della-Maria et Nicolo en\ntête, qui, n'ayant eu que de médiocres succès dans leur étaient\nvenus chercher fortune à Paris et avaient envahi l'Opéra-Comique,\nimprovisant des partitions avec la facilité traditionnelle des compositeurs\nde leur école et remplissant ainsi une grande partie du répertoire. D'autre\npart, depuis 1801, une troupe d'opéra italien était à demeure à Paris et\nfaisait ainsi concurrence à TOpéra-Comique et même à l'Opéra : ce\nthéâtre avait ses habitués qui exaltaient la musique italienne et dépré-\nciaient les œuvres des compositeurs français. Ce fut précisément à cette\népoque qu'arriva Spontini, et les deux partis lui firent également mau-\nvais accueil. Les compositeurs français le traitèrent comme un de ces ar-\ntistes ultramontains dont la présence à Paris leur barrait l'accès des\nthéâtres, et ses compatriotes ne virent en lui qu'un nouveau rival.\nPeu de jours après cet échec, Spontini trouva une large compensation\ndansle poème de la Vestale que Jouylui confia. L'auteur avait successi-\nvement offert cette tragédie à Méhul et à Cherubini, mais ni l'un ni l'autre\nn'en avaient compris le mérite, et celui-ci venait de la lui rendre après\navoir longtemps hésité à la mettre en musique. Ce poème dédaigné par\nces deux maîtres de la scène française était un trésor sans prix aux yeux du\njeune musicien, car il allait lui fournir l'occasion de mettre en évidence\nune puissance de génie qu'il ne croyait peut-être pas posséder.\nDe son côté, Dieulafoi devait bien offrira son collaborateur réparation\nde la déroute où il l'avait entraîné avec la Petite maison et il lui remit\nun ouvrage qu'il venait d'écrire précisément avec Jouy : c'était un drame\nen un acte, Milton. Spontini se hâta de le mettre en musique, et le\nmardi 27 novembre 1804 représentation en fut donnée au Théâtre-\nFeydeau.\nMilton, vieillard, poète, aveugle. M. Solié.\nEmma, sa fille. MmeGavaudan.\nLord Davenant, sous le nom d'Arthur. M. Gavaudan.\nGodwin, quaker, juge de paix. M. Chenard.\nMiss Charlotte, sa nièce, fille surannée. Mme Crétu.\nCette fois, le musicien fut plus heureux et sortit enfin de la série de\nmésaventures qu'il avait éprouvées au théâtre depuis son arrivée à\nParis. Avec l'esprit clairvoyant des artistes véritablement doués, il avait"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "42", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.38", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2786, "texte": "tiré profit des attaques de ses ennemis; son style avait pris plus d'am-\npleur, sa manière avait acquis plus de variété et plus de couleur : toutes\nqualités précieuses pour bien rendre en musique un ouvrage dont la\ndonnée dramatique aurait mieux convenu au cadre de l'Opéra qu'à la\nscène de POpéra-Comique. En s'essayant avec ce poème qui demandait\nde nobles accents, l'auteur sembla préluder aux grands succès qui l'atten-\ndaient sur notre première scène lyrique.\nL'ouverture est traitée d'une main légère et paraissait du moins\nagréable à entendre, si elle ne s'accordait pas trop avec les sentiments\ntendres ou les épisodes touchants du drame auquel elle servait de prolo-\ngue. On peut reprocher au premier air de Charlotte et au trio qui suit\nentre Charlotte, Arthur et Godwin, d'être écrits trop haut, mais en re-\nvanche la romance d'Emma : J'aurai le sort de la fleur des déserts,\nest d'une simplicité aimable et accompagnée d'une façon charmante.\nL'hymne au soleil chanté par Milton est une mélodie d'une inspiration\nassez large, d'un style trop fleuri à la voix comme à l'orchestre avec ces\narpèges incessants des violons et surtout dans la partie de cor solo qui\nconcerte avec le chanteur; cependant le début de ce morceau, d'une\nsimplicité noble, fait pressentir quelque peu la transformation qui allait\ns'opérer bientôt dans le talent du musicien. L'air écossais : les\nriantes campagnes, est arrangé successivement à deux et trois voix avec\nbeaucoup de goût. Le duo d'Arthur et d'Emma : Quels traits ! quelle\ngrâce touchante ! qui devient un quatuor, par l'arrivée de Charlotte et\nde Godwin, renferme encore de gracieux passages ainsi que le quintette\nfinal où se trouve intercalée une improvisation du poète, un hymne à\nl'Hymen, qui a bien inspiré le compositeur.\nCe remarquable ouvrage obtint un succès mérité. Le public surtout\nlui fit bon accueil; la critique, au contraire, resta sur ses gardes et tint\ninjustement rigueur au musicien pour ses échecs précédents. Voici,\nen premier lieu, le jugement du Journal de Paris : « L'opéra de\nMilton vient de réussir. Le grand poète qui en est le héros, est repré-\nsenté, comme nous l'avions annoncé, aveugle et fuyant la vengeance de\nCharles 11. Accueilli et caché par un quaker, il est découvert par un\njeune seigneur, qui, sous le nom supposé d'Arthur, s'introduit dans la\nmaison, et se fait aimer par Emma (c'est la fille du poète). Milton, qui\ncroit à cet Arthur beaucoup plus d'âge qu'il n'en a, lui accorde toute sa\nconfiance. Le quaker, au contraire, s'en méfie. On découvre à la fin que\nce jeune homme est le fils d'un duc que Milton avait soustrait à la mort\nsous le protectorat de Cromwell, et la grâce que ce fils reconnaissant\napporte à Milton (au grand étonnement de tout le monde, excepté du"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "43", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.39", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2100, "texte": "public), forme à la fois le coup de théâtre et le dénoûment de la pièce.\nPeu d'action, des situations fausses : Milton est représenté comme un\nvieillard aimable et spirituel; mais rien de ce qu'il dit ne décèle son\ngénie impétueux et bizarre. Musique composée avec beaucoup de goût ;\nplus de beautés dans l'orchestre que dans la partie vocale. Peu d'idées\ndramatiques; beaucoup trop de morceaux, et des morceaux beaucoup\ntrop longs. »\nL'aristarque du journal des Débats se départ un peu de sa sévérité\nvis à vis du musicien italien, et, tout en gardant encore une sage réserve,\nil s'efforce d'établir une justebalan.ee entre les encouragements et les cri-\ntiques. cc La musique est de M. Spontini, élève de M. Cimarosa.\nBeaucoup de richesses, peu de choix, d'ordre et d'économie. Ce compo-\nsiteur fécond et prodigue a de la peine à s'arrêter, et ne sait pas encore\nfinir. Son ouverture est brillante et très longue ; plusieurs de ses mor-\nceaux sont charmants et très longs : c'est un beau défaut que l'excessive\nabondance, mais c'est un grand défaut. M. Spontini charge un peu trop\nson orchestre; il n'a pas toujours l'intention dramatique assez nette et\nassez précise ; il a besoin d'étudier encore notre goût, notre scène et notre\nGrétry, mais il a tout ce qu'il faut pour profiter de ces connaissances :\nson talent ne demande qu'une meilleure direction: il a fait assez dans\ncet ouvrage pour prouver qu'il est capable de faire très bien. »\nTout heureux de ce premier succès, l'auteur dédia sa partition à\nl'lmpératrice des Français en reconnaissance des paroles encourageantes\nqu'elle avait bien voulu lui adresser à son début en France et qui, disait-\nil, cc avaient été le plus puissant aiguillon pour son faible talent». Le\nsuccès, du reste, s'affermit bientôt. Quoi qu'en aient dit les critiques, cet\nouvrage, repris plusieurs fois, a toujours été entendu avec plaisir, et la\ntraduction allemande que l'auteur en fit faire plus tard fut reçue avec\nfaveur dans plusieurs villes, notamment à Vienne, à Dresde et à Weimar.\n(La fin prochainement.)\n\nADOLPHE JULLIEN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-10-01-01-c017", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-10-01_01#c017", "volume": "bmtnabc_1875-10-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "44", "page_fin": "48", "image_debut": 40, "image_fin": 44, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.2.5", "titre_corps": "VARIA", "titre_sommaire": "VARIA", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 40, "page_imprimee": "44", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.40", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1756, "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nFAITS DIVERS\nONSIEUR Campocasso, qui avait été nommé directeur du\nThéâtre-Lyrique en remplacement de M. Arsène Hous-\nsaye, démissionnaire, vient également d'adresser sa dé-\nmission à M. le Ministre de l'instruction publique et\ndes beaux-arts. .\nLes terrains de l'ancien Opéra, qui n'ont pas trouvé\nd'acquéreurs à l'adjudication du 17 juillet dernier, sont\nde nouveau mis en vente. L'adjudication de ces huit lots aura lieu le samedi\n6 novembre prochain.\nSix lots se trouvent en bordure de la rue Chauchat prolongée; un autre\nlot se trouve rue Rossini et le dernier est situé rue Le Peletier, au coin de\nl'ancien passage.\nVoici la superficie de ces divers lots avec la mise à prix :\nIlot n° I. Lot i. rue Rossini 17 mètres de façade : superficie,\n373 m. 05. Mise à prix : 209,000 fr.\nLot 2. Situé au coin de la rue Rossini et de la rue Chauchat prolongée\nfaçade : rue Rossini, 19 m,j façade : rue Chauchat, 23 m. 02. Superficie :\n471 m. 88. Mise à prix : 302,000 fr.\nLot 3. Rue Chauchat façade 16 m. 75. Superficie : 450 m. 12. 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De mémoire\nd'habitué, on n'avait vu deux artistes se charger avec tant d'animosité et\nd'emportement.\n« Tout à coup, cependant, il y eut dans la salle un cri de stupéfaction\nindignée : Méphistophélès venait de recevoir à bout portant une botte terrible\ndu soldat Valentin, et chancelait en arrière, pour s'affaisser entre les bras de\nFaust... Cette péripétie n'était pas dans la pièce, et le public connaisseur\ns'apprêtait à siffler la « bévue » quand il se passa, sur la scène, un tohu-bohu\nextraordinaire : figurants, comparses et acteurs se précipitaient vers la basse\nGiulio en levant les bras au ciel et en jetant des cris d'alarme, pendant que\nla signora Arapella, costumée en Marguerite, accourut et se jeta en sanglo-\ntant sur le corps de son Giulio convulsionnant, sur le plancher du théâtre.\n« On comprit alors que le duel avait été on ne peut plus sérieux et que\nPacassi venait de tuer son heureux rival en plein opéra et sous les yeux du\npublic\n« L'émoi fut indescriptible.\n« Des policemen s'élancèrent sur la scène et l'on baissa le rideau, pendant\nque Marguerite, folle de douleur, recueillait le dernier soupir de l'infortuné\nMéphisto et que les détectives garrottaient Valentin pour le conduire en\nprison... »\nOn parlera longtemps, à Zanesville, de ce coup de théâtre aussi sanglant\nqu'imprévu.\nNous le croyons sans peine.\n\nNOUVELLES\n\nARIS. Opéra. M. Faure est encore indisposé; il ne pourra re-\nprendre son service que dans quelque temps.\nLe baryton Lassalle est réserviste. Dès son retour on reprendra\nHamlet avec mademoiselle de Reszké.\nM. Léon Achard, dont le congé est expiré, répète actuellement les\nHuguenots.\nM. Gally, le jeune lauréat du Conservatoire qui devait faire ses débuts dans\ncet opéra, est forcé d'entrer dans les rangs de l'armée pour faire l'année du\nvolontariat. Il n'a pu, dit-on, obtenir un congé."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "47", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.43", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2449, "texte": "L'audition du Dimitri, opéra de M. Joncières, aeu lieu le 23 septembre\ncomme nous l'avions annoncé. La presse n'ayant pas été convoquée, nous ne\npouvons dire si la musique de notre contrère a été bien accueillie.\nCependant on annonce que madame Carvalho aurait demandé à l'auteur\nde chanter le principal rôle. Gela serait de bon augure.\nIl paraîtrait que, d'accord avec madame de Mac-Mahon, madame Ade-\nlina Patti a remis au printemps prochain la représentation au bénéfice des\ninondés, dont nous avions parlé dans un précédent numéro.\nLa célèbre cantatrice se ferait entendre dans Rigoletto.\nM. Halanzier a engagé un baryton, M. Gresse, qui débutera dans le rôle\nde Saint-Bris des Huguenots.\nOpéra-Comique. Les répétitions générales du Val d'Andorre touchent\nà leur fin. La première représentation sera donnée vers le milieu de la se-\nmaine prochaine.\nC'est M. Nicot qui remplira le rôle de Saturnin, primitivement distribué\nà M. Caisso. Enfin on assure que M. Montjauze chantera le rôle de Stéphane.\nA l'Opéra-Comique, les répétitions de la Statue, de M. Reyer, commen-\nceront le mois prochain.\nMontjauze a été spécialement engagé par M. du Locle pour chanter le\nrôle qu'il a créé à l'ancien Théâtre-Lyrique, et c'est mademoiselle Chapuy\nqui succédera à mademoiselle Baretta dans le rôle de l'héroïne.\nOn parle aussi de reprendre le Voyage en Chine.\nC'est Ismaël qui jouera le rôle de Pompery, créé par Couderc. Le rôle de\nRonsenville, qui fut dans l'origine joué par Sainte-Foy, aura cette fois Pon-\nchard pour interprète.\nA propos de Couderc, nous apprenons avec plaisir que le sympathique\nchanteur est en bonne voie de guérison. Il a quitté la maison de santé du\ndocteur Dubois.\nLes répétitions de Piccolino) le nouvel opéra comique de MM. Sardou et\nGuiraud, sont poussées activement.\nThéâtre^ltalien. M. Léon Escudier commencera ses représentations le\nler1er avril prochain. La Messe de Requiem de Verdi sera donnée six fois, et\nAida dix-huit fois.\nLa direction des choeurs est confiée à M. Raoul Pugno.\nVerdi conduira l'orchestre tous les soirs.\nL'année suivante, M. Escudier nous fera entendre la del destino.\nGaîté. La première représentation du Voyage dans la Lune est fixée au\n2 5 octobre.\nLe baryton Devoyod, que nous avons entendu à l'Opéra et qui, depuis\ndeux ou trois ans, a obtenu de grands succès à la Monnaie, de Bruxelles\nvient d'être engagé à la Gaîté pour l'hiver de 1876.\nM. Devoyod créera un rôle dans Paul et Virginie."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "48", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.44", "debut_caractere": 99, "fin_caractere_exclue": 603, "texte": "Folies-Dramatiques. M. Cantin vient de recevoir une opérette de\nM. Darder titre : la Nuit aux baisers.\nSalle Taitbout. L'ouverture du théâtre Taitbout aura lieu vers le 2 5 oc-\ntobre. La Cruche cassée sera interprétée par :\nColette Mmes Chaumont\nElmire Périer\nJavotte Montaland\nOmphale Darcourt\nHector Debreux\nBatistine Liona.\nMarcaillou MM. Bonnet\nSaint-Pourçain Luguet\nDe la Jugulaire Emmanuel\nChalumeau Mercier\nUn tabellion Galabert\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-10-01-01-c019", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-10-01_01#c019", "volume": "bmtnabc_1875-10-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "44", "page_fin": "46", "image_debut": 40, "image_fin": 42, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.2.5.2", "titre_corps": "FAITS DIVERS", "titre_sommaire": "FAITS DIVERS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 40, "page_imprimee": "44", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.40", "debut_caractere": 52, "fin_caractere_exclue": 1756, "texte": "FAITS DIVERS\nONSIEUR Campocasso, qui avait été nommé directeur du\nThéâtre-Lyrique en remplacement de M. 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Les répétitions générales du Val d'Andorre touchent\nà leur fin. La première représentation sera donnée vers le milieu de la se-\nmaine prochaine.\nC'est M. Nicot qui remplira le rôle de Saturnin, primitivement distribué\nà M. Caisso. Enfin on assure que M. Montjauze chantera le rôle de Stéphane.\nA l'Opéra-Comique, les répétitions de la Statue, de M. Reyer, commen-\nceront le mois prochain.\nMontjauze a été spécialement engagé par M. du Locle pour chanter le\nrôle qu'il a créé à l'ancien Théâtre-Lyrique, et c'est mademoiselle Chapuy\nqui succédera à mademoiselle Baretta dans le rôle de l'héroïne.\nOn parle aussi de reprendre le Voyage en Chine.\nC'est Ismaël qui jouera le rôle de Pompery, créé par Couderc. Le rôle de\nRonsenville, qui fut dans l'origine joué par Sainte-Foy, aura cette fois Pon-\nchard pour interprète.\nA propos de Couderc, nous apprenons avec plaisir que le sympathique\nchanteur est en bonne voie de guérison. Il a quitté la maison de santé du\ndocteur Dubois.\nLes répétitions de Piccolino) le nouvel opéra comique de MM. Sardou et\nGuiraud, sont poussées activement.\nThéâtre^ltalien. M. Léon Escudier commencera ses représentations le\nler1er avril prochain. La Messe de Requiem de Verdi sera donnée six fois, et\nAida dix-huit fois.\nLa direction des choeurs est confiée à M. Raoul Pugno.\nVerdi conduira l'orchestre tous les soirs.\nL'année suivante, M. Escudier nous fera entendre la del destino.\nGaîté. La première représentation du Voyage dans la Lune est fixée au\n2 5 octobre.\nLe baryton Devoyod, que nous avons entendu à l'Opéra et qui, depuis\ndeux ou trois ans, a obtenu de grands succès à la Monnaie, de Bruxelles\nvient d'être engagé à la Gaîté pour l'hiver de 1876.\nM. Devoyod créera un rôle dans Paul et Virginie."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "48", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.44", "debut_caractere": 99, "fin_caractere_exclue": 603, "texte": "Folies-Dramatiques. M. Cantin vient de recevoir une opérette de\nM. Darder titre : la Nuit aux baisers.\nSalle Taitbout. L'ouverture du théâtre Taitbout aura lieu vers le 2 5 oc-\ntobre. La Cruche cassée sera interprétée par :\nColette Mmes Chaumont\nElmire Périer\nJavotte Montaland\nOmphale Darcourt\nHector Debreux\nBatistine Liona.\nMarcaillou MM. Bonnet\nSaint-Pourçain Luguet\nDe la Jugulaire Emmanuel\nChalumeau Mercier\nUn tabellion Galabert\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[5]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.1", "texte": "UN ABBÉ A L'OPÉRA\n\nE titre n'est nullement une épigramme. Il in-\ndique seulement un des côtés d'une intéressante\nquestion d'histoire littéraire très peu connue, ou\nplutôt mal connue, et par conséquent méconnue,\nce qui est pis encore; nous voulons parler du\nrôle du clergé dans la poésie lyrique, le libretto,\ncomme on dit en Italie, où divers ecclésiastiques\nen tête desquels Métastase— se firent une\ngrande renommée. En ce genre, on n'a compté\nchez nous qu'un abbé vraiment digne d'être cité, mais son nom est resté\nchargé d'un ridicule qu'il était certes loin de mériter, ainsi que le prouve\n1 étude de sa vie, de son caractère et de ses ouvrages. Mais, auparavant, quel-\ncx cM(f cxxrssurle rôle du clergé dans les choses de théâtre méritent de"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "6", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.2", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nservir de préface à ce travail à la fois philosophique et littéraire, et qui\nvient résoudre une question de la plus haute importance.\nNé dans l'Église, abrité d'abord sous la voûte même de ses temples, le\nthéâtre, institution essentiellement religieuse dès son origine, a compté\nses premiers auteurs et aussi ses premiers acteurs parmi les membres du\nclergé. Les mystères du moyen âge, sortes de pièces édifiantes emprun-\ntées à l'ancien et au nouveau Testaments, et dans lesquelles le drame, la\ncomédie et l'opéra se fondaient en un ensemble non dépourvu de ma-\njesté, sont là pour attester toute la vérité de notre assertion.\nNe nous étonnons donc pas de voir, par la suite jusqu'à la première\nmoitié du dix-huitième siècle au moins, un grand nombre de mem-\nbres du clergé, depuis des cardinaux jusqu'à de simples abbés, écrire des\npièces de théâtre ou en faire représenter sur des scènes dressées par leurs\nsoins et souvent même à leurs frais.\nPour ne citer que quelques exemples de ce fait, à l'étranger d'abord,\nen Espagne, Calderon et Lope de Vega, tous deux prêtres et chanoines,\nont laissé un nom à jamais illustre dans l'histoire de l'art dramatique de\nleur pays. Leurs pièces étaient représentées après révision du saint Office,\nce tribunal aussi éclairé que vraiment libéral, en dépit de toutes les\nerreurs, de tous les mensonges et de toutes les calomnies dont on a essayé\nde charger sa mémoire.\nEn Italie et en Autriche, l'illustre Métastase après le cardinal Bi-\nbiena et plusieurs autres princes de l'Église éleva la tragédie et l'opéra\nà leur apogée et mérita les éloges du pieux et savant pape Benoît XIV.\nChez nous, Richelieu et Mazarin, tous deux cardinaux, imprimèrent,\nau dix-septième siècle, un mouvement nouveau, large et fécond au théâtre\nnational. Mazarin dota la France d'un spectacle magique, l'Opéra ;et un\nprêtre, l'abbé Perrin, écrivit les premiers libretti, Orphée, Ariane,\nPomone, etc.\nParmi les ecclésiastiques qui, à l'exemple des abbés d'Aubignac,\nAbeille, Boyer, Genest, d AllainvaL, Le Blanc, etc., illustrèrent de leurs\nœuvres et de leurs succès les diverses scènes de Paris, il faut citer, en\npremière ligne, l'abbé Pellegrin, à la fois auteur de tragédies, de comé-\ndies, de vaudevilles et d'opéras, entre lesquels : Pélopée, le Nouveau\nmonde et Jephté peuvent être considérés comme d'excellents ouvrages\ndont l'étude doit tirer le nom de leur auteur d'un injuste oubli, pour la\nplupart des lecteuis, ou d un ridicule immérité, pour quelques esprits\nencore sous le coup d'une épi gramme de mauvais goût.\nL'Opéra est particulièrement le genre dans lequel l'abbé Pellegrin ale\nmieux léussi, en combinant heureusement les beautés de la poésie avec"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "7", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.3", "texte": "UN ABBÉ A L'OPÉRA\n\nles exigences de la musique, et l'on peut dire en toute vérité que si nul\nn'a surpassé Quinault, nul aussi ne l'a suivi de plus près, avec Roy et\npeut-être même avant Roy, que Pellegrin dans Jephté et Hippolyte et\nAricie.\nPellegrin a eu, de plus, l'honneur d'inaugurer un genre que Quinault\nn'avait pas même soupçonné, le genre sacré : il y a eu depuis des imita-\nteurs mais pas un rival, pas même un digne émule non-seulement en\nFrance, mais encore à l'étranger. Il existe en effet un abîme immense\nentre Jephté et le Joseph d'Alexandre Duval, qui, sans la belle musique\nde Méhul, ne fût pas arrivé jusqu'à nous. Nous ne mentionnerons que\npour mémoire l'Enfant prodigue, de M. Scribe, caricature presque\nsacrilège d'une des plus touchantes pages de la Bible et dont la représen-\ntation a fait aussi peu d'honneur au librettiste qu'au musicien, auteur de\npartitions remarquables telles que la Muette de Portici, le Maçon, le\nDomino noir et bien d'autres encore.\nL'analyse des œuvres les plus remarquables de l'abbé Pellegrin en ce\ngenre difficile, auquel on n'a pas encore rendu toute la justice qui lui est\ndue, va montrer comment notre poète avait compris et réalisé l'idéal de\nla tragédie lyrique et aussi quelles études ce genre, éminemment litté-\nraire et poétique (quoi que l'on en dise), nécessite, pour y réussir à l'égal\nde Quinault, de La Mothe, de Roy, de Gentil Bernard, enfin de l'écri-\nvain même dont on va lire la vie et connaître les œuvres.\nUn mot d'abord de l'épigramme, qui résume en deux vers, pour\nle public quelque peu lettré, la biographie et les productions de l'abbé\nPellegrin :\nIl dînait de Vautel et soupait du théâtre,\nLe matin catholique et le soir idolâtre.\nEt Ton s'empresse de s'écrier : « C'est bien là le trait de Voltaire! »\nOr, Voltaire qui a pas mal de méchancetés très légitimement ac-\nquises à son actif, n'a rien à voir dans celle-ci dont l'auteur est un\npoète obscur, Charles Renay; son nom est tout ce qu'on sait de sa bio-\ngraphie; une épitaphe en épigramme, tout ce que l'on connaît de ses\nœuvres : c'est peu sans doute, et cependant ça été assez pour ensevelir le\npauvre abbé dans le ridicule...\nSimon-Joseph Pellegrin naquit à Marseille en 1663. Son père, con-\nseiller au siège de cette ville, le fît entrer fort jeune dans l'ordre des Ser-\nvîtes, et il demeura assez longtemps parmi ces religieux, à Moutiers, dans\nle diocèse de Riez. Puis, Pellegrin s'embarqua sur un vaisseau, en qua-"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "8", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.4", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nlité d'aumônier; et, après avoir fait deux courses (comme on disait alors),\nil revint en France en 1703 : il avait alors quarante ans.\nA cette époque, il concourut pour le prix de poésie proposé par l'Aca-\ndémie française et le remporta, en 1704, par son Epître sur le glorieux\nsuccès des armes de Sa Majesté. Avec cette épître, il avait envoyé une\node qui balança quelque temps les suffrages, —de sorte qu'il fut rival de\nlui-même.\nDes citations auront ici un double intérêt au point de vue du talent\npoétique de l'abbé et de l'actualité, hélas! douloureuse d'un sujet émi-\nnemment patriotique et bien glorieux, en 1703.\n. Une seule campagne\nSuffit pour réprimer l'orgueil de l'Allemagne.\nD'une ombre de bonheur le Germain enivré\nSe promettait partout un triomphe assuré,\nEt déjà menaçant l'intrépide Bavière,\nD'un torrent de soldats inondait la frontière.\nVains projets! tes guerriers, ton tonnerre à la main,\nJusqu'à ton allié vont s'ouvrir un chemin :\nAu seul nom de Louis, les forêts s'éclair cis sent,\nLes rochers sont brisés et les monts s'aplanissent.\nA ce terrible aspect les Germains éperdus\nAbandonnent leurs Jorts vainement défendus\nTes nombreux escadrons dont VAlsace est couverte\nDe Brisak assiégé leur annoncent la perte\nBrisak est-il soumis? il faut prendre Landau :\nA cueillir des lauriers tes mains sont toujours prêtes,\nEty pour hâter la paix, tu hâtas tes conquêtes.\nLandau cède au vainqueur ; ses superbes secours\nDéjà sont dissipés ou livrés aux vautours,\nEt tu dois aux efforts d un reste de campagne\nUn succès qui trois mois occupe l'Allemagne\nMadame de Maintenon voulut voir l'auteur de l'épître et de l'ode, qui\nvint peu après à Paris. Pellegrin, ayant reçu de la marquise un accueil\ntrès gracieux, profita de cette circonstance pour la supplier de lui obtenir\nune dispense du pape et un bref de translation dans l'ordre de Cluni ce\nqui lui fut accordé.\nFixe a Paris, sans aucune espèce de fortune et ayant à sa charge des\nPaiems très pauvres, l'abbé fut obligé, pour subsister, de travailler\nbeaucoup et dans tous les genres; mais c'est à peine si ses nombreuses\nproductions lui rapportaient de quoi subvenir à ses propres besoins et à\nceux de sa famille.\nEn 1703, jl publia des Cantiques spirituels sur les points les plus"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "9", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.5", "texte": "UN ABBÉ A L'OPÉRA\n\nimportants de la religion, sur différents airs d'opéra, pour les dames\nde Saint-Cyr ; et la même année vit paraître du fécond abbé deux forts\nvolumes in-8° ayant pour titre : Histoire de Vancien et du nouveau\nTestament mise en cantiques, sur les airs de l'opéra et des vaudevilles',\npuis encore, les Psaumes de David, en vers français, sur les plus beaux\nairs de Lulli, Lambert et Campra, etc., etc., etc., environ un effectif\nde cinq cent mille vers (!), le tout aujourd'hui entièrement oublié, et\navec juste raison, il faut le dire.\nSes Noëls nouveaux et ses Cantiques pour les catéchismes et les mis-\nsions devinrent rapidement populaires dans les campagnes et dans les\ncouvents de province, où on les chante encore.\nDeux vers de Voltaire ont consacré le souvenir de ce succès; parlant\ndes travaux des laboureurs, il dit :\nIls chantent cependant ; leur voix fausse et rustique\nGaiment de Pellegrin détonne un vieux cantique.\nVoici deux strophes d'une de ces poésies religieuses, dont l'accent par-\nticulièrement doux lui a valu de venir jusqu'à nous dans les divers re-\ncueils de cantiques les plus justement restés populaires:\nAIR : Charmante Gabrielle.\nBel astre que f adore,\nSoleil qui luis pour moi,\nC'est toi seul que j'implore,\nJe veux n'aimer que toi ;\nC'est ma plus chère envie,\nDans ce beau jour\nOù je ne dois la vie\nQu'à ton amour\nSorti de l'esclavage ;\nOù j'ai toujours été,\nJe te veux en hommage\nOffrir ma liberté.\nC'est ma plus chère envie\nDe la poésie religieuse, Pellegrin passa au Théâtre-Français, où, sous\nle nom de La Serre, il donna, en 1705, sa première pièce, la tragédie de\nPolydore, suivie bientôt de la Mort d'Ulysse (1706), ouvrages que\nnous ne mentionnons que pour mémoire. Polydore eut du succès,\ndit-on.\nEnfin, Pellegrin arrive à l'Opéra en 1713, où, sous le nom de La"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "10", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.6", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nRoque, directeur du Mercure, il fait représenter son premier ouvrage :\nMédée et Jason, tragédie lyrique en cinq actes, avec un prologue.\nCet opéra eut un grand succès, qui se soutint dans les cinq reprises\nque l'on en fit, les deux premières, en 1713 ;la troisième, en 1727 ;\nla quatrième, en 1736, et la cinquième, en 1749-\nOn lit dans le Mercure du mois de juin 1727 :\n« Cet opéra, qui fut condamné dès sa naissance à un oubli éternel, et qui\nne surmonta qu'avec peine ce premier orage, n'en a point essuyé à cette der-\nnière reprise. Les applaudissements ont été unanimes Quoique le poème\nsoit assez long, il a paru trop court à la plupart des spectateurs. Le sujet,\nquoique des plus noirs, est devenu intéressant par la manière dont il est\ntraité. »\nDans le premier acte, la scène (II) où Créuse veut détourner Jason\nde l'hymen qu'il projette avec elle est pleine d'intérêt.\nAu deuxième acte, le songe de Créuse (scène Ire) est une heureuse\ninspiration bien rendue ; citons-en quelques vers :\nA peine le sommeil vient me fermer les yeux,\nQue j'entends gronder le tonnerre.\nUn nuage s'entrouvre, et du plus haut des cieux,\nJe vois un char brûlant descendre sur la terre.\nMédée est dans ce char qui fait frémir les airs ;\nSes yeux étincelants de rage\nSont plus ardents que les éclairs\nQu'on voit briller pendant Forage,\npalais de Créon soudain est enflammé ;\nJason, par l'amour animé,\nCherche au travers des feux à s ouvrir un passage ;\nContre lui, contre moi tout Venfer est armé.\nJ'invoque en vain les dieux, que pour lui seul j'implore ;\nSur lui Médée avance, un poignard à la main :\nJe ne vois point le coup qui lui perce le sein y\nMais du sang de Jason ce poignard fume encore.\nLa quatrième scène du troisième acte, entre Jason et Médée, a passé —•\ndit le Mercure pour une des plus belles de la pièce. »\nQuinault eût applaudi ce dialogue énergique, concis et passionné, où\nl'amour et les remords se combattent avec tant d'éloquence :\nMÉDÉE, à Jason,\nArrête.\nJASON ,\nAh! laissez-moi."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "11", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.7", "texte": "UN ABBÉ A L'OPÉRA\n\nMÉDÉE.\nPerfide, tu me fuis!\nJASON.\nNon, non} je ne puis rien entendre.\nMÉDÉE,\nElle est morte si tu la suis.\nJASON.\nJuste ciel!\nMÉDÉE.\nSur ses pas je vois ce qui t'appelle\nTu veux, en me fuyant, Vassurer de ta Joi.\nMais, quand tu sens une flamme nouvelle,\nCruel, ta ri outrages que moi...\nJASON.\n✓\nC'esf m 1 arracher à ma vertu\nQue de m associer à vos crimes.\nMÉDÉE.\nQwe/ reproche! Ciel! fen frémis,\ne'esJ Jason qui m'en accable!\nQuoi! des mortels le plus coupable!\nJASON.\nQuels crimes sont les miens?\nMÉDÉE.\nTous cet/A- que fai commis.\nJASON.\nDieux! le poison? le parricide?\nMÉDÉE.\nCe so/?£ là nos communs forfaits.\nJASON.\nSî/r tes dieux!\nMÉDÉE.\nJe ne /es ai faits\nQue pour trop aimer un perfide.\ncc On convient dit le critique auquel nous empruntons les traits les\nplus saillants d'un compte rendu contemporain, on convient que dans\ncette scène le poète et le musicien se sont également bien servis. »\nAu quatrième acte (scène ni), lorsque Créon gémit des maux qui dé-\nsolent son peuple, Pellegrin lui met à la bouche ces vers touchants et\npaternels :"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "12", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.8", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nQue de sang, que de morts viennent de toutes parts\nS'offrir en foule à mes regards!\nNe puis-je être immolé pour un peuple que f aime !\nMais quand vous me montres de si tristes objets,\nDieux! dans chacun de mes sujets,\nN'est-ce pas m'immoler moi-même ?\nAu cinquième acte, enfin, la scène (îv) entre Jason et Médée est admi-\nrablement traitée; la dissimulation de Médée est rendue avec un art\ninfini.\nOn reconnaît, en étudiant ce poème de Pellegrin, qu'il avait lu et pro-\nfondément médité les chefs-d'œuvre de Quinault et s'en était vivement\npénétré.\nUn an après, en 1714» Pellegrin donna un second opéra, sous le titre\nde Télémaque, repris en 1730 avec succès. Cette fois, ce fut le chevalier\nPellegrin, frère de 1 abbé, qui accepta d'être le parrain de l'œuvre nou-\nvelle.\nLe Mercure de rendant compte de la reprise de Télémaque,\ns'exprime ainsi :« Le succès que cet opéra avait eu en 1714, où il fut\ndonne pour \\a premicre semblait repondre de celui de la reprise ;\n1 attente du public na pas été trompée; les applaudissements qu'on a\ndonnés à la première représentation de la reprise continuent. »\nIl y a de fort belles scènes dans ce poème, inspiré par le chef-d'œuvre\nde Fénelon.\nMais, sans nous attarder davantage à énumérer les diverses œuvres\ndramatiques et autres de l'abbé Pellegrin, arrivons à sa tragédie lyrique\nsacrée, à son opéra de Jephté, représenté en 1732.\n(La suite prochainement.)\n\nCH. BARTHÉLEMY."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "13", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.9", "texte": "LES CORS DE POTEMKIN\n\nN 1763, le carnaval fut très brillant à Moscou.\nLa moitié de la population répandue par les rues,\ndans les costumes les plus bizarres, se livrait à une\njoie tumultueuse, que le froid extraordinaire qu'il\nfaisait ce jour-là ne paraissait nullement troubler.\nLes toits étaient couverts de neige; l'ouragan souf-\nfiait avec des ailes de neige ; on respirait un brouillard de neige ; un\npâle soleil brillait sur la terre que couvrait la neige, bien qu'il n'en\ntombât plus ; l'haleine qui sortait de la bouche se changeait en neige ;\nla neige s'attachait aux cheveux, aux cils et à tous les vêtements ; chaque\nporte de maison qui s'ouvrait remplissait les chambres de neige.\nSur ce lit de neige, au milieu de cette atmosphère de neige, s'ébat-\ntaient des milliers de gamins, hurlaient des tas de chiens, criaient des\nmarchands de gâteaux, couraient des chevaux emportés, jouaient des\nhommes et des femmes. Des cerceaux roulaient sur les trottoirs, des lan-\nternes allumées en plein midi pendaient aux arbres morts, des cliquetis\nde tambours et d'instruments retentissaient dans tous les coins.\nLes fenêtres étaient garnies de gens qui regardaient passer les caval-\ncades, et échangeaient des lazzis avec les masques ; mais l'endroit où la\nfoule se portait en plus grande abondance était une longue place, où\nl'on avait préparé un spectacle sans aucune analogie avec les réjouis-\nsances des peuples occidentaux.\nImaginez un immense traîneau, sur lequel on avait élevé une colline,\nline véritable colline de terre, de six toises de hauteur sur quarante de\ncirconférence. Toute cette colline était boisée ; des pins, et les àutres"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "14", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.10", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\narbres dont la verdure est éternelle, avaient été plantés le long de ses\nflancs et sur son sommet; dans cette gigantesque forêt roulante parfai-\ntement close de tous côtés, on avait lâché des cerfs, des lièvres et des re-\nnards ; et là-dedans on chassait.\nDe la place, les spectateurs ne pouvaient guère qu'entrevoir de temps\nen temps les bonnets fourrés de ceux qui poursuivaient les bétes. Aussi\nla surprise fut-elle considérable et l'admiration profonde, quand, du sein\nde cette oasis, on entendit jaillir un concert de cors, qui avait quelque\nchose de magique. Les Russes, qui sont fort superstitieux, pouvaient\ncroire à quelque enchantement, et cette forêt artificielle semblait sortir\nd'une légende de leurs poètes.\nTout à coup, il y eut un étonnement plus grand, qui se manifesta par\ndes cris et des hourrahs. L'immense machine se mit en mouvement, et\nle traîneau glissa sur la neige. Les arbres, les bêtes, les chasseurs, le\nconcert mystérieux, la montagne tout entière, tout cela changea de place\net marcha. L'explication fut bientôt donnée par l'aspect de vingt-deux\nsuperbes bœufs d'Ukraine, qu'on avait attelés au traîneau et qui le traî-\nnaient doucement.\nLe traîneau, absolument caché par la décoration de verdure, ce qui\nchangeait sa promenade en rêve fantastique, s'achemina jusqu'à la mai-\nson du général Betzkoï. Là, dînait l'impératrice. Pendant tout le dîner,\nla montagne demeura devant les fenêtres, laissant échapper par instants\nune harmonie merveilleuse. Beaucoup de morceaux de musique furent\nexécutés par les cors avec une perfection invraisemblable.\nIl faut expliquer en quoi consistait cette musique, et comment on\navait pu parvenir à produire cet effet grandiose.\nL'inventeur de ce procédé était le maître de chapelle de l'impératrice\nElisabeth. 11 s'appelait Maresch, et était Allemand non pas précisé-\nment Allemand, mais Bohémien, ce qui n'est pas la même chose. C'est\nlui qui avait imaginé ce concert de cors de chasse, qui, aujourd'hui\nencore, est un des grands plaisirs que se donne la cour de Russie.\nVoici comme on le compose :\n.°n Prend une certaine quantité de cors, plus ou moins longs, plus ou\nmoins courbes, mais chacun ne rendant qu'un seul ton. Les morceaux\nqu'on exécute avec ces instruments comprennent quatre-vingt-onze tons\nou demi-tons divers. Chaque ton étant rendu par un cor, quatre-vingt-\nonze musiciens seraient donc nécessaires pour jouer le morceau; mais,\nau moyen d'une habile distribution des parties, on s'arrange pour qu'un\nseul puisse se charger de plusieurs cors dans le même morceau. Cepen-\ndant, même interprétés de cette façon, les morceaux les plus simples"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "15", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.11", "texte": "LES CORS DE POTEMKIN\n\nexigent au moins vingt musiciens ; le plus souvent, on en emploie qua-\nrante et parfois davantage.\nChacun d'eux n'a donc qu'un même ton à faire entendre, et attend\npar conséquent que ce ton se présente dans la partition. On le voit, de\nmême, qu'un prince espagnol s'avisa de jouer aux échecs dans la cour de\nson palais, en employant, au lieu de pièces, des personnes naturelles ;\nainsi, Maresch eut l'idée de composer un gigantesque orgue de Barbarie\navec des hommes et des cors, au lieu de bois et de métal. Il n'y a pas,\nen réalité, autre chose dans son invention.\nToute la dilficulté, et elle est grande, consiste dans l'extrême précision\nde mesure, toujours malaisée à obtenir, car, s'il est impossible à la ma-\nchine de s élever à la hauteur de l'homme, il est bien rare aussi que\n1 homme puisse égaler la machine. Puis il y a encore l'art des liaisons et\ndes nuances, sans lequel il n y a plus d'esprit ni d'effet dans une compo-\nsition, et qui demande une longue étude ainsi qu'un soin minutieux.\nC'est cet art qui a été porté à une perfection à laquelle il est difficile de\ncroire quand on n'a pas assisté à l'un de ces concerts.\nCe ne sont pas seulement, en effet, des airs simples, des phrases non-\ncompliquées qu'ont à rendre les exécutants; ils interprètent ainsi des\nmorceaux de Mozart, de Haydn, des concertos de Jarnowich, etc., en un\nmot, tout ce que joue un orchestre ordinaire.\nMaintenant le îcsultat est-il le meroe, et dirait-on un orchestre? Point\ndu tout. L'harmonie produite ainsi est toute spéciale et ne ressemble à\naucune autre. On peut s'en faire une idée en entendant le jeu d'un grand\norgue; c'est dire que la musique grave et presque religieuse convient\nmieux que toute autre a ces instruments, et qu'il ne faudrait pas s'aviser\nde leur confier l'exécution d'une de nos opérettes. Non-seulement les\nsons ont une majesté imposante, mais encore ils ne peuvent se succéder\nqu'avec une lenteur relative et forment un écho qui, de près, embrouille-\nterriblement les presto. Cependant les nuances de son ont une déli-\ncatesse et une finesse d'expressions que l'orgue ne connut jamais. En-\ntendue dans un demi-lointain, cette musique offre quelque ressemblance\navec l'harmonica. Plus vous vous éloignez, plus elle acquiert de charme,\nbien entendu jusqu'à ce que le charme cesse, faute de bruit ; mais ne riez\npas, car, pour cesser de percevoir les sons de ces cors, il vous faudrait un\ntemps plus considérable que vous ne pensez. Par une belle nuit, quand\nl'air est pur et le temps calme, cette musique se fait entendre, et fort dis-\ntinctement, à plus d'une lieue et demie de distance.\nVous n'êtes pas sans avoir écouté, dans les forêts, par une soirée sans\nnuages, soit qu'accoudé au balcon vous rêviez solitaire, soit que vous"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "16", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.12", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nparcouriez à deux les sentiers pleins de gazon, ce chant mélancolique du\ncor de chasse, qu'on bannit de nos cités, où il ne sert que d'amusement\ndans les nuits de débauche. Rien ne fait tressaillir le cœur, et ne rem-\nplit la tête de songes, et ne prépare aux émotions douces ou doulou-\nreuses comme ces sons glissant sur le vent dans le silence. Que serait-ce\ndonc si, au lieu d'un air banal, ces mêmes sons, répercutés par l'écho,\nvous apportaient, admirablement détaillées, les inspirations du génie,\nles rêveries des grands maîtres ? Quelle audition serait comparable à\ncelle-là ? Et que sont vos concerts de chambre, vos interprétations d'opéra,\ndans une salle chauffée à blanc, semée de distractions et de causeries,\nauprès de cette harmonie lointaine qui traverse la nature pour venir\nexpirer dans votre oreille ravie ?\nLe prince Potemkin, ce même favori, qui créait des villages sous les\npas des impératrices, adorait cette sorte de musique. C'est pourquoi ces\ncors ont pris son nom. Il se faisait escorter, dans toutes ses expéditions,\npar une bande de ces musiciens, garde d'honneur d'un nouveau genre.\nHinrichs, qui a beaucoup écrit sur l'art musical, pense que les Occi-\ndentaux pourraient introduire cette musique russe dans leurs églises.\n« Je ne puis rien me figurer, dit-il, de plus majestueux et de plus sublime\nque le Stabat de Bach (ou ceux de Pergolèse et de Rossini), exécuté\ndans une grande église par un double chœur bien composé, dont les\nbasses seraient renforcées et animées par cette musique de cors. »\nNous doutons que le souhait d'Hinrichs soit exaucé ; aussi n'est-ce\nqu'à titre de curiosité que nous rapportons son opinion.\n\nH. MARET."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "17", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.13", "texte": "LE COUSIN-JACQUES\n\nE Cousin-Jacques était un être singulier, à la fois\nécrivain politique, journaliste, auteur dramatique et\ncompositeur. Il a publié cette feuille originale et bien\nconnue des curieux, les Lim à\nlaquelle succédèrent le Co ,\nNouvelles Lunes et le Cons ou\nhonnêtes gens, qui parurent de 1785 à 1792; il a produit quelques\npoèmes facétieux, Hurluberlu ou ou\nScience du Bonheur, les Petites Maiso\nConstitution de la Lune; il a mis au jour diverses brochures politiques,\net enfin il a fait représenter, sur divers théâtres, un assez grand nombre\nde pièces, soit opéras, soit opéras comiques, soit vaudevilles, dont il\nécrivait la plupart du temps les paroles et la musique, et dont quelques-\nunes obtinrent véritablement des succès d'enthousiasme.\nM. Charles Monselet a consacré, dans son livre :\nDédaignés, une excellente étude au Cousin-Jacques, considéré comme\nexcentrique et homme littéraire. Mais jusqu'ici on en a bien peu parlé\ncomme musicien. La notice de Fétis contient, pour lui comme pour tant\nd'autres, nombre d'erreurs ou d'omissions. Je ne veux pas entreprendre\nici un travail étendu sur cet artiste encore bien ignoré ; mais je rappel-\nlerai à son sujet quelques souvenirs, puis je donnerai la liste complète et\nannotée de toutes ses productions dramatiques, intéressantes surtout\n\nX.\n2"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "18", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.14", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nparce que les éditions de ses pièces contiennent des notes parfois très\ncurieuses.\nLe Cousin-Jacques s'est portraicturé lui-même :\nBeffroy de Reigny, dit Le Cousin-Jacques, écuyer, né à Laon, le 6 no-\nvembre 1757; du Musée de Paris, des académies d'Arras et de Breta-\netc., etc., portant cheveux blonds, taille de cinq pieds six pouces,\nayant la joue et l'œil gauche endommagés par le feu, et demeurant à\nParis, rue des Vieux-Augustins, hôtel de Beauvais, n° 264. »\nOn voit que ce nom de Cousin-Jacques n'était qu'un pseudonyme. Il\ns'appelait en réalité Beffray, et on l'appela Beffroy pour le distinguer de\nses deux frères, Beffray de Beauvoir et Beffray de Jisomprez ; ces divers\nnoms proviennent de différents fiefs appartenant à leur père.\nM. Monselet a raconté comment après avoir fait ses études au collège\nLouis-le-Grand, avec Camille Desmoulins, Jehanne et Robespierre;\naprès avoir pris le collet et être devenu abbé pendant quelque temps ;\naprès avoir fait son « pèlerinage » à Ferney et commencé à tâter de la\nlittérature, il prit le pseudonyme sous lequel il se fit connaître :~«A\ncette époque,, notre héros, qui menait la vie errante du chevalier de\nBoufflers, fut amené assez singulièrement à adopter le pseudonyme sous\nlequel il est connu et classé en littérature. Il se promenait, avec quelques\ndames évaporées, dans un village des environs de Tournay ; la conversa-\ntion roulait sur les noms de guerre que prennent certains auteurs ; à ce\npropos on citait Y Anonyme de Vaugirard, Frère Sylvain des Arden-\nnés, et l'on cherchait pour l'abbé un sobriquet qui caractérisât son talent\nbadin et un peu fou. Sur ces entrefaites passe un pauvre appelé Cousin-\nJacques parce qu'il était allié à tous les gens du village, et dont l'habit,\ncomposé de sept différentes couleurs, attirait de très loin les regards.\nBon! s'écrièrent aussitôt les dames en chœur, ce costume est tout à fait\nanalogue à l'imagination de notre poète, il faut l'appeler Cousin-Jacques.\nElles n'en eurent pas le démenti; l'abbé prit la plaisanterie au sérieux,\nd'autant plus qu'il trouvait le sobriquet à son gré. »\nJe renvoie à la charmante étude de M. Monselet ceux qui seront\ncurieux de détails biographiques sur le Cousin-Jacques, ceux qui vou-\ndront se renseigner sur la vogue de ses Lunes et de ses Nouvelles Lunes,\nsur le succès et les chutes de ses productions dramatiques, sur sa réelle\nvaleur littéraire. Je rapporterai seulement, au sujet des Lunes, les cou-\nplets suivants, qui ont échappé au consciencieux biographe, et que j'ai\nretrouvés dans le Journal général de France du 7 août 1787. C'était\npendant un des voyages fréquents qu'il faisait dans son pays natal. Le\njournal les reproduit ainsi :"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "19", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.15", "texte": "LE COUSIN JACQUES\n\ntable au Cousin-Jacques, à son passage à l'abbaye du Mont-Saint-\nQuentin-lès-Péronne, en Picardie :\nAIR : Il faut quand on aime une fois.\nToi qui sèmes mille agrémens\nSur les jeux de Thalie ;\nQui tantôt peins les sentimens\nEt tantôt la folie :\nTu fournis à l'esprit, au cœur\nDe quoi se satisfaire ;\nDis-nous par quel art enchanteur\nTu sais si bien nous plaire.\nDe ton journal ingénieux\nQue j'aime la lecture !\nDu ruisseau le plus gracieux\nTon style a le murmure.\nLa morale sait s'y cacher\nPour mieux faire fortune;\nComme Roland, j'aime à chercher\nLa raison dans la lune.\nPar M. de Robécourt, avocat du Roi au\nBaillage de Péronne.\nLe Cousin-Jacques se survécut. Après avoir obtenu de très grands\nsuccès, il mourut à peu près ignoré, le 17 décembre 1811, à l'âge de\ncinquante-quatre ans. « Il nous semble, dit M. Monselet, qu'après tout\nle Cousin-Jacques dut.s'en aller de ce monde sans trop de tristesse; il fut\npendant quinze ans un auteur à la mode ; ses pièces firent ce qu'on\nappelle fureur. Que pouvait-il exiger de plus ? Il eut toutes les satisfac-\ntions d'amour-propre que l'on peut désirer; longtemps on fit des bon-\nnets et des poufs aux Ailes de VAmour ; un faïencier s'enrichit en ven-\ndant des gobelets au Cousin-Jacques, en cristal, très joliment sculptés,\nornés d'un croissant avec des étoiles parsemées à l'entour. Enfin il existe\nencore dans la rue du Four-Saint-Germain un vieux magasin à l'enseigne\nde la Petite Nannette. En faut il davantage pour constituer une célébrité\névidente? »\n1\nLes airs du Cousin Jacques Savaient pas moins de succès que ses\ncouplets. A certaine époque, les uns et les autres étaient sur toutes les\nlèvres, et tout Paris les savait par cœur. Sa musique était franche,\nrhythmée, mélodique, et facile à retenir; elle devint aussitôt populaire, et\nquelques-uns de sponts-neufs eurent une vogue véritablement pro-\ndigieuse. Au point de vue de la forme et de la profondeur, elle n'avait"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "20", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.16", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\npas une grande portée, mais elle était claire et coulante, et un annaliste\nen a ainsi caractérisé la valeur :\nbles; presque toutes ses pièces contiennent des vaudevilles et des airs de\nsa composition, qui furent chantés dans toute la France. Si la meilleure\nmusique est celle qui se propage et se répète le plus généralement, celle\ndu Cousin-Jacques devait être excellente.» En tout cas, en effet, il est\njuste de dire que ce n'est pas toujours la plus mauvaise. Sa valeui consiste\nsurtout dans l'emploi qu'on en fait.\nAu reste, le Cousin-Jacques, qui n'était ni envieux ni jaloux, savait\nxendre à ses confrères, auteurs et compositeurs dramatiques, la justice\nqui leur était due. A l'époque de ses plus grands succès, il était le colla-\nborateur assidu d'un journal-programme quotidien de théâtre le Coui -\nrier des spectacles, mais il évitait, justement à cause de sa position, d y\nfaire de la critique dramatique. Il ne put se tenir pourtant, lorsque parut\nau théâtre Feydeau le charmant opéra comique de Picard et Devienne,\nles Comédiens ambulants, de prendre la plume et de dire, avec une véri-\ntable abondance de cœur, tout le bien qu'il pensait des deux auteurs de\ncet aimable ouvrage. 11 publia donc une première lettre, dans laquelle\nil faisait une analyse élogieuse de la pièce de Picard, et une seconde,\nqu'il consacrait à la musique de Devienne. Celle-ci est vraiment curieuse,\net trouve tout naturellement sa place ici. La voici dans son entier, telle\nqu'elle parut dans le Courrier des Spectacles du 18 Nivôse an VII :\nEncore un mot sur les Comédiens ambulans. J'aime à revenir sur les\nbonnes choses, et j'appelle bonnes choses tout ce qui porte le sceau du naturel\net de la véritable gaieté. Un de nos cousins du Parnasse savoit bien ce qu'il\ndisoit, quand il prétendoit que\nTous les genres sont bons, hors le genre ennuyeux.\nJe connais bien le proverbe : Un barbier rase /'autre, et il s'applique sou-\nVent à des auteurs du même genre qui se flagornent dans les journaux, de la\nmeilleure foi du monde. Mais, outre qu'un intérêt personnel n'a pu m'en-\ngager à faire l'éloge des auteurs de la pièce, outre qu'il n'est nullement pro-\nbable qu'à la première folie qu'on va jouer de moi à Feydeau, les citoyens\nPicard et Devienne me rendront la pareille, je dirai, pour leur défense et pour\nla mienne : i° que je ne me mêle jamais de juger le théâtre, et que ce n'est\npoint cette partie que j'ai adoptée dans votre journal, parce qu'elle est trop\nassujettissante pour mon caractère indépendant, parce que ceux qui s'en\nchargent la traitent mieux que je ne pourrois faire, et parce qu'un écrivain\ndramatique, jugeant des pièces de ses confrères, seroit suspect à bon droit,\ncomme juge et partie; 20 que je ne suis nullement lié avec Picard, que je\nn'entrevois que deux ou trois fois dans le mois; 3° enfin que, s'il s'agit ici de\nbarbier, ce seroit moi qu'on raseroit à coup sûr, attendu que Picard, pour"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "21", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.17", "texte": "LE COUSIN-JACQUES\n\nles paroles, et Devienne, pour la musique, sont en état de faire la barbe, non-\nseulement à moi, mais à bien d'autres.\nJ'ai déjà observé que Picard possédoit à un degré supérieur le vis comica,\nsi précieux à la scène. On a fait au théâtre, à ce sujet, une plaisanteiie, qui,\nsi elle n'est pas excellente, prouve du moins 1 idee que ceux qui connoissent\ncet auteur et sa conduite se sont formée de son caractère et de ses moeurs, on\nm'a dit, au sujet du mot vis, qu'il n'avoit que celui-là; c'est qu'en effet on ne\nlui connoit aucun vice ; c'est un très-mauvais calembourg, je le sais7 mais il\nfaut s'attacher au sens.\nQuant à ce but moral que je voudrois voir un peu plus marqué dans ses\npièces, il m'en parla l'autre jour et m'observa plaisamment que s'il eût mis\nde la moralité dans des comédiens ambulans de l'espèce de ceux qu'il a voulu\npeindre, il auroit péché contre la première règle du théâtre, la vraisemblance.\nJe suis parfaitement de son avis là-dessus; d ailleurs, j ai remarqué que les\nauteurs les plus moraux dans leurs ouvrages, ne le sont pas également dans\nleur conduite ; en raison inverse de cette observation fondée sur une triste\nexpérience, on voit des auteurs, dont les noms et le caiactcie sont infiniment\nestimables, comme Picard par exemple, et dont les noms respirent beaucoup\nplus de gaieté et d'esprit que de morale.\nLa musique des Comédiens ambulans m'a paru extrêmement bien conçue,\nDevienne a saisi l'esprit général de la pièce cians son ou\\eiture et non pas\nchaque détail des scènes successivement, ce qui est un défaut très remar-\nquable dans quelques auteurs. Il a encore saisi, non pas le sens isolé de\nchaque vers dans tous les morceaux de chant, mais bien la situation de 1 ame\ndu chanteur et l'expression particulière à chaque rôle, ce qui constituera\ntoujours le talent lyrique au théâtre.\nD'abord, en entendant l'ouverture, on est tenté de s'écrier : Vous êtes\norfèvre, monsieur Josse! 6t l'on devine aisement qu un artiste tel que De-\nvienne ne pouvait pas en conscience faire la musique d une pièce où il s agit\nd'une lutte entre plusieurs chanteuses, sans préluder par une lutte entre les\npremiers talens de 1 orchestre dans ce qu on appelle 1 haï mome, surtout quand\nl'auteur en fait partie (i). Mais AI. Josse est d autant plus excusable d aimer\nY orfèvrerie, que son or n'a point d alliage et qu il est meme au titre le plus\nfin. Ce n'est pas seulement Y harmonie qu on entend lorsque Frédéric, Sallentin,\nHugot, Duvernoy et Devienne exécutent un concerto ,• c est plus encore, selon\nmoi; c'est le véritable harmonica (!), si j'en juge par l'impression qu'ils font\nsur l'âme des auditeurs. Ceci soit dit sans porter préjudice aux talens de ceux\ndont je ne parle pas. Ce seroit une prévention coupable que celle qui ne\n\n(i) Par opposition au quatuor, qui se compose de la totalité des instruments à\narchet, on appelle harmonie, dans un orchestre, la réunion de tous les instruments\nà vent, et, plus spécialement encore, celle des instruments à vent en bois : flûtes,\nclarinettes, hautbois et bassons (la réunion des cuivres prenant le nom d a fanfare,\net celle des instruments de percussion celui de batterie). <( Vous êtes orfèvre, mon-\nsieur Josse, » s'écrie le Cousin Jacques en s'adressant à Devienne, c'est-à-dire «vous\njouez admirablement de la flûte et du basson, vous écrivez à merveille pour tous les\ninstruments qui tiennent à la famille de ceux-ci, vous êtes premier basson à Feydeau,\net vous avez voulu faire montre de votre talent personnel et de celui de vos cama-\nrades. »"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "22", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.18", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nferoit jamais l'éloge d'un artiste qu'aux dépens d'un autre; comme de toutes\nles erreurs, la plus déplorable et la plus funeste au progrès des arts et des\nlettres, c'est de ne pouvoir accorder du mérite à une pièce de théâtre, à tel\ngenre, à teJ acteur, sans déprimer les pièces, le genre et les acteurs qui ne\nleur ressemblent pas : c'est ici le cas de finir comme j'ai commencé :\nTous les genres sont bonsf hors le genre ennuyeux.\nSalut et estime.\nLE COUSIN JACQUES.\nJ'ai voulu voir, dans ce qui a été publié du Dictionnaire néologique\ndu Cousin-Jacques, s'il avait parlé de quelques-uns des musiciens de\nson temps, et ce qu'il en avait pu dire. J'ai trouvé trois petits articles\nsur Berton, sur Boieldieu et sur Cherubini (i). Voici ce qu'il dit du\npremier :\nBERTON, compositeur de musique. Il a fait celle de Montano et Stéphanie,\ndu Délire, des Rigueurs du cloître, et une foule d'autres. C'est un de nos\nplus savants compositeurs, et un de ceux qui ont le plus approfondi cet art.\nIl faut tout le talent qu'on lui connaît, pour faire oublier les petites saillies\nqu'il s'est permises contre Le Moyne.\nCeci nous fait naturellement supposer que Berton, qui était assez\ngouailleur, s'était laissé entraînera quelques plaisanteries sur le compte\nde l'auteur de Phèdre, à'Electre et de Louis IX en Egypte. Celui-ci,\ndont on peut discuter le talent, mais qui était un oseur en musique,\navait sans doute effarouché le puritanisme classique de l'auteur dAline,\nreine de Golconde. Or, le Cousin-Jacques était l'ami, le collaborateur\net un peu 1 élève de Lemoye; de la vient évidemment la petite rancune\nqu'il avait gardée à Berton.\nVoici le petit article concernant Boieldieu, qui, à cette époque, en\nétait encore au Calife, auquel il avait prélude par quelques essais heu-\nreux, mais moins importants :\nBoyel-Dieu, jeune homme qui a donné les plus hautes espérances de son\ntalent pour la composition. La musique de la Famille suisset au théâtre Fey-\ndeau, est ce qui la fait connaître; mais ce qui le distingue particulièrement,\nc est le genre de la romance. Deux jours fai connu le bonheur Zelmire a\ntrahi ma tendresse, S'il est vrai que d'être deux, etc., sont les premiers vers\ndes romances pour lesquels il a fait des airs charmants. Mais la musique du\nCalife de Bagda aux Italiens, lui fait une réputation plus solide. A mesure\nque cet artiste avancera dans la carrière, il sentira que la modestie est le plus\n\n(i) On sait que cette espèce d'encyclopédie, dont le Cousin-Jacques avait entrepris\nseul la rédaction et la publication, s'est arrêté au mot : Côtes-du-Nord."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "23", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.19", "texte": "LE COUSIN-JACQUES\n\nbel apanage du talent; il sentira que les petites cotteries de société, où l'on\nfait un commerce de coups d'encensoirs, ne sont jamais que l'écueil de\nl'homme de génie; il sentira qu'on n'est jamais plus estimé que lorsqu'on\nimmole la mode au bon goût, et que pour réussir complettement dans quel-\nque genre que ce soit, il faut avant tout se défier des flatteurs et ne pas juger\nles auteurs que l'on ne connaît pas.\nA a\nLa dernière partie, et surtout les dernières lignes de cet article, un\npeu mélangé de miel et de vinaigre, sont un peu énigmatiques, à soixante-\nquinze ans de distance de l'époque à laquelle il a été écrit. L'auteur\nsemble taxer d'orgueil le musicien le plus véritablement modeste qui ait\njamais existé; il paraît presque se plaindre d'un homme dont le caractère\néminemment honnête est resté toujours à l'abri de tout soupçon d'injus-\ntice ou de mauvais procédé à l'égard de ses confrères, et qui, même à\nl'apogée de sa gloire et au plus fort de ses succès, n'a jamais cherché\nqu'à être utile à ceux qui avaient besoin de son aide et agréable à tous.\nJe renonce à découvrir la cause des petits coups d'épingle du Cousin-\nJacques, qui d'ailleurs n'était point méchant et qui ne dut\npas tenir rigueur à Boieldieu.\nEnfin, voici les quelques mots relatifs à Cherubini :\nChérubini, né à Florence, naturalisé Français, l'un des inspecteurs du\nConservatoire de musique, est sans contredit un de nos plus savants, de nos\nplus ingénieux et de nos plus aimables compositeurs.\nL'écrivain, on le voit, ne s'est pas mis en grands frais d'appréciation\npour l'auteur applaudi de Médée et de VHôtellerie portugaise. Quel-\nques épithètes, quelques louanges banales par leur généralité, et c'est\ntout. Toutefois, ces trois lignes ont cela de bon qu'elles nous apprennent\nqu'à l'époque où le Cousin-Jacques écrivait son Dictionnaire néologi-\nque, c'est-à-dire en l'an VII ou Tan VIII, Cherubini était déjà naturalisé\nFrançais.\nJe vais, maintenant, dresser la liste des œuvres théâtrales et musicales\ndu Cousin-Jacques ; la voici, telle et plus complète qu'elle n'a jamais été\ndonnée jusqu'à ce jour:\nLes Ailes de VAmour, comédie en un acte, en vers et en vaudevilles,\nmêlée d'airs nouveaux (paroles et musique), Comédie-Italienne, 23 mai\n1786. Avec cette dédicace à Grétry, en forme de couplet sur un air\nde la pièce :\nAu vrai génie, au vrai talent,\nLorsque f ose offrir mon hommage,"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "24", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.20", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nC'est l'hommage du sentiment.\nVotre œil, saws doute, en mon ouvrage,\niV<? verra rien que d'imparfait.\nAu séjour des neuf immortelles *\nPour me voir voler tout d'un trait,\n// me faut prêter vos ailes.\nLes Clefs du Jardin, ou les Pots de fleurs, divertissement en vers\net en vaudevilles, Comédie-Italienne, pour la clôture du théâtre, 24\nmars 1787 (1).\nCompliment en vers en vaudevilles, Comédie-Italienne, pour la ren-\ntrée, 16 avril 1787.\nLa Fin du Bail, ou le Repas des Fermiers, divertissement en prose\net en vaudevilles, Comédie-Italienne, pour la clôture, 8 mars 1788.\nSans adieux, compliment de clôture, Comédie-Italienne, 24 mars\n1789.\nLa Couronne de fleurs,compliment en un acte et en vaudevilles,\nComédie-Italienne, pour la rentrée, 20 avril 1789.\nCompliment d'ouverture,prononcé au Théâtre-Montansier, 1790.\nCompliment d'ouverture, prononcé au Théâtre des Beaujolais, 1790.\nApollon directeur, pièce en un acte, Théâtre des Beaujolais (pour\nl'inauguration de leur nouvelle salle du boulevard du Temple), 1790.\nJean-Bête, « comédie en prose et en trois actes, avec ouverture nou-\nvelle, ronde et vaudeville, » (paroles et musique), Théâtre des Grands-\nDanseurs du Roi (Nicolet), juillet 1790. Cette pièce, reçue d'abord\naux Variétés amusantes du Palais-Royal, puis au Théâtre-Montansier,\net n'ayant pu, par suite de difficultés diverses, être jouée sur aucun des\ndeux, fut portée par l'auteur au théâtre de Nicolet.\nLa Fédération du Parnasse,divertissement en un acte, mêlé de\nvaudevilles et d'airs nouveaux (paroles et musique), Théâtre des Beau-\njolais, juillet 1790.\nLe Retour du Champ-de-Mars, divertissement en un acte, mêlé de\nvaudevilles et d'airs nouveaux (paroles et musique), Théâtre des Beau-\njolais, juillet 1790. Cette pièce formait la suite de la précédente, et\nétait jouée dans la même soirée.\nLes Folies dansantes,opéra comique en deux actes (paroles et musi-\nque), Théâtre du Délassement-Comique, 1790.\n\n(1) A cette époque, les théâtres étaient tenus de fermer leurs portes pendant\ntoute la quinzaine de Pâques. On adressait alors au public un compliment pour la\nclôture, et un a la reouverture. On voit que le Cousin-Jacques en a écrit plusieurs\npour la Comedie-Itahenne."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "25", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.21", "texte": "LE COUSIN-JACQUES\n\nLouis XII, comédie en trois actes et en prose, mêlée d'airs nouveaux,\nparoles de Valcour, musique du Cousin-Jacques, Théâtre du Délasse-\nment-Comique, 1790.—Le Cousin-Jacques a écrit quelques pièces dont\nil a fait faire la musique par d'autres compositeurs; mais celle-ci est la\nseule, à ma connaissance, dont il ait écrit la musique sur des paroles\nqui n'étaient point de lui. Louis XII n'est pas compris dans l'excellent\ncatalogue dressé par M. Charles Monselet.\nNicodème dans la Lune, ou la Révolution pacifique, « folie en prose\net en trois actes, mêlée d'ariettes et de vaudevilles, » (paroles et musique\ndu Cousin-Jacques, accompagnements de Leblanc), Théâtre-Français\ncomique et lyrique, 7 novembre 1790. Cette fantaisie obtint un\nénorme succès, que constatent tous les journaux du temps. La première\nédition de la pièce porte qu'elle fut représentée pour la cinquantième fois\nle lundi 21 février 1791, et la seconde édition nous apprend que la quatre-\nvingt-dix-septième représentation en eut lieu le 22 mai suivant.—Au\nsujet de cette pièce, on lit dans VÀlmanach général de tous les Specta-\ncles (1790 :\nairs de ses paroles ; il serait à souhaiter que tous les auteurs fussent assez\nmusiciens pour faire de même. L'intention musicale ne peut être mieux\nrendue que par celui qui fait les paroles. M. Leblanc, maître de musique\nde ce spectacle, a fait les accompagnements de Nicodème, et a arrangé\nl'ouverture, d'après le plan dressé par le Cousin-Jacques, auquel il s'est,\npour ainsi dire, identifié.... » Un autre chroniqueur (Lemazurier, dans\nVOpinion du Parterre de 1812), disait :\net le Club des bonnes gens obtinrent un succès qui passa de beaucoup\ncelui du Mariage de Figaro, un succès si grand, qu'il paraîtra sans\ncloute incroyable à ceux qui liront l'histoire dramatique des dernières\nannées du dix-huitième siècle. »\nL'Histoire universelle, comédie en vers et en deux actes, mêlés de\nvaudevilles et d'airs nouveaux, Théâtre de Monsieur, 1 5 décembre 1790.\nParoles du Cousin-Jacques; « les airs nouveaux, dit VAlmanach général\nde tous les Spectacles, sont de M. Martin, de M. Chardiny, et du\nCousin Jacques lui-même. »\nLes Capucins, ou Faisons la paix, comédie en prose et en deux actes,\nmêlée de quelques morceaux de chant (paroles et musique), Théâtre de\nMonsieur. 26 février 1791. Pièce politique, huée et siffiée àce point\nque sa première et unique représentation ne put être achevée. Il s'y pro-\nduisit cependant un fait rare et singulier, que l'auteur rapporte ainsi\ndans son Dictionnaire néologique, après avoir constaté son échec :\n((....Néanmoins, on vit une chose jusque-là, dit-on, sans exemple au"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "26", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.22", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nthéâtre : Vailière débita une tirade de deux pages et demie en prose, en\nfaveur du Roi, qu'on voulut avoir bis, et qu'il fut obligé de répéter\ntout entière au milieu des applaudissements universels. »\nLe Club des bonnes gens, ou le Curé français, « folie en vers et\nen deux actes, mêlée de vaudevilles et d'airs nouveaux (paroles du\nCousin-Jacques, musique du Cousin-Jacques et de Gaveaux), Théâtre\nde Monsieur, 24 septembre 1791.—Autre pièce politique, dont le succès,\nau contraire, fut très grand; une édition faite à Marseille en 1795, avec\nune modification dans le sous-titre (Le Club des bonnes gens, ou la\nRéconciliation). porte ceci : « Représentée pour la première fois à\nParis, au Théâtre de Monsieur, aujourd'hui de la rue Feydeau, les 24,\n25 et 26 septembre 1791 ; interrompue en mars 1792, après 46 représen-\ntations; reprise au même théâtre le quintidi 25 Messidor, Tan troisième\nde la République (lundi i 3 juillet 1795) avec les corrections et additions,\net pour la huitième fois, le 17 Thermidor an IV. »La première édition\nporte cette note : « L'ouverture, l'accompagnement et plusieurs airs nou-\nveaux sont de M. Gaveaux, premier amoureux du Théâtre de Monsieur ;\nles seize autres airs nouveaux de l'auteur de la pièce. » Et cette dédicace à\nGavaux :—«Autrefois le rang était l'idole du génie, et les talents ne rou-\ngissaient pas de se prostituer à la naissance ou à l'argent*, aujourd'hui les\nbeaux-arts se sont remis à leur place ; l'homme de lettre {sic) s'allie à l'ar-\ntiste, et je vous dédie celle de mes productions que j'estime le plus, Vous\navez su monter ma lyre au ton de la vôtre ; vous avez composé plusieurs\nairs sur mes paroles, une ouverture charmante, et des accompagnements\npour mes airs; on reconnaît dans vos accords le goût et l'âme d'un chan-\nteur plein de grâce et d'expression. Le cadeau que vous m'avez fait ne\npeut se payer que par l'amitié ; tout autre remercîment serait indigne\nde moi. Agréez donc, mon ami, l'hommage de cette pièce, comme un\ngarant de mon attachement et de ma reconnaissance. »\nLes Deux Nicodème, ou les Français sur la planète de Jupiter,\nopéra-folie en prose et en deux actes (paroles et musique), Théâtre-\nFeydeau, 21 novembre 1791.\ngénéral de tous les Spectacles, a su l'éclat de la première représentation\nde cette pièce, qui a été si tumultueuse que 1 officier municipal a paru\nsur le théâtre pour rappeler les spectateurs au bon ordre. Une cabale\npréméditée depuis six mois a occasionné tout ce trouble. L'auteur ayant\nretranché tout ce qui pouvait servir de prétexte aux malintentionnés\npour troubler le repos public, la seconde représentation a complètement\nréussi, et la troisième, la quatrième, la cinquième pareillement.... »Le\nfait est que l'esprit réactionnaire, quoique fort honnête, qui animait les"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "27", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.23", "texte": "LE COUSIN-JACQUES\n\npièces du Cousin-Jacques, en rendait généralement la représentation\nfort orageuse.\nNicodème aux Enfers, pièce en cinq actes, Théâtre....,, 1798.—\n« Dans une note du Chansonnier bourgeois, tom. 111, page 85 (dit\nM. Ch. Monselet dans les Oubliés et les Dédaignés), le Cousin-Jacques\nparle de cette pièce, qui, écrit-il, a eu vingt-deux représentations; mais\nil oublie de désigner le théâtre. J'ai dit que je ne croyais pas que Nico-\ndème aux Enfers eût été imprimé. » Pour ma part, j'ai cherché vaine-\nment les traces de cet ouvrage. On voit, en tous cas, que le Cousin-\nJacques exploitait vigoureusement ce type de Nicodème créé par lui,\ncomme Dorvigny avait fait pour Janot et Pompigny pour Barogo.\nAllons, ça va, ou le Quaker en France, tableau patriotique en vers\net en un acte, mêlé de vaudevilles, Théâtre-Feydeau, 7 Brumaire an II\n(28 octobre 1793). <— J'ignore si cette pièce contenait de la musique\nnouvelle.\nToute la Grèce, ou Ce que peut la Liberté, tableau patriotique en\nun acte, paroles du Cousin-Jacques, musique de Lemoyne, opéra,\n16 Nivôse an II (5 janvier 1794).\nLe Compère Luc, ou les Dangers de ïlvrognerie, opéra-comique en\ndeux actes, paroles du Cousin-Jacques, musique de Lemoyne, Théâtre\nFeydeaUj ler ventôse an II (19 février 1794). « Tombé, disent les Spec-\ntacles de Paris, en dépit d'une belle musique qui n'a pu soutenir un\npoème rempli de traits de mauvais goût et de trivialités. » Non com-\npris dans le catalogue de M. Charles Monselet.\nDémostliènes, tableau patriotique en un acte et en vers, Opéra-Co-\nmique national (Théâtre Favart), 2 germinal an II (22 mars 1794).\nJ'ignore si cette pièce contenait de la musique nouvelle.\nLa Petite Nannette, opéra-comique en deux actes, mêlé de vaudevilles\net d'airs nouveaux (paroles et musique), Théâtre Feydeau, 19 frimaire\nan V(9 décembre 1796). Très grand succès.\nTurlututu, empereur de ïlsle Verte, « folie, bêtise, farce ou parade,\ncomme on voudra, en prose et en trois actes, avec une ouverture, des\nentr'actes, des marches, des chœurs, des cérémonies, du tapage, le dia-\nble, etc., etc., paroles et musique du Cousin-Jacques, représentée à moi-\ntié le lundi 3 juillet 1797 (i 5 messidor an V), et ensuite tout à fait le\nsurlendemain mercredi, J 7 messidor, sur le théâtre de la Cité. »\nJean-Baptiste, opéra-comique en un acte et en prose (paroles et mu-\nsique), Théâtre Feydeau, i 3 prairial an VI (ier juin 1798).\nUn Rien ou VHabit de noces, « folie épisodique en un acte et en prose,\nmêlée de vaudevilles et d'airs nouveaux » (paroles et musique), Ambigu-"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "28", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.24", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nComique, 19 prairial an VI (7 juin 1798). Au sujet de la musique de\ncette pièce, que le Cousin-Jacques trouvait excellente, comme tout ce\nqu'il faisait, on trouve, dans la préface de la pièce, ces lignes, qui ne\nsont pas sans quelque intérêt :\nramène à dire quelque chose de ma musique. Ma musique! ce n'est pas\nlà le mot, c'est tout au plus une musiquette ; et je suis venu au monde\ntout exprès pour ajouter ce mot-là, par mon diminutif de talent pour la\ncomposition, au dictionnaire néologique de notre siècle. Au reste, mes\nairs plaisent; on les chante partout; beaucoup d'amateurs les trouvent\ngentils; c'est tout ce que je veux. Je les crois naturels; on les dit origi-\nnaux; c'est fort bien; je n'en demande pas davantage. Grétry m'a sou-\nvent répété de ne suivre en musique que mon imagination et mon cœur ;\nmon pauvre Lemoyne, qui est presque mort dans mes bras, tout sévère\net maussade qu'il était dans ses remontrances, souriait parfois aux airs\nque je lui chantais. Mais un homme, que j'aime infiniment, un homme,\ndont j'adore le talent, un homme, avec lequel de nombreux rapports d'es-\nprit, d'état et de sentiments m'ont lié plus étroitement qu'avec beaucoup\nd'autres artistes, un homme, qui joint à la qualité de littérateur vraiment\ninstruit celle d'un compositeur plein de grâce et d'expression, un homme,\nque j'applaudis toujours à la scène avec un nouveau plaisir, et qui ne se\ndoute pourtant ni du zèle que je lui marque, ni de ce que je dis de lui\nmaintenant, c'est Gaveaux. C'est avec Gaveaux que j'ai appris à donner\nà mes airs plus de régularité, à mes ritournelles plus d'expression, à mes\npremiers violons plus de grâces et d'originalité; c'est avec Gaveaux que\nj'ai connu enfin ce que c'était qu'une marche d'harmonie; c'est avec Ga-\nveaux, et surtout en étudiant sa méthode sur ses ouvrages, que j'ai com-\npris ce que c'était qu'une clarinette, et pourquoi j'écrivais un cor en ut,\ntout en le marquant en mi bémol, quand j'étais en si. Toutes choses\nénigmatiques, qui me cassaient la tête auparavant en pure perte. C'est\navec Gaveaux que j'ai su qu'une basse peut avoir de l'esprit séparément,\nmais qu'il ne faut pas que chaque partie ait de l'esprit en même temps,\nparce que trop de confusion nuit à l'esprit de chaque partie, et que la\npartie chantante doit toujours dominer, comme le sujet principal d'un\ntableau doit saillir seul au milieu de tout ce qui n'est qu'accessoire. Enfin,\nc'est avec Gaveaux, en lui volant, de force ou de gré, quelques momens\nprécieux, dût-il enrager de tout son cœur contre moi, que mon ignorance\nse décrassera, et que ma petite lyre de village finira par rendre des sons\nplus agréables et moins défectueux : ceci soit dit sans offenser tous les\n•\ncompositeurs qui m'aiment et que j'aime aussi. Ils ont leur mérite sans\ndoute; mais on ne se commande pas là-dessus. Mon genre est original,"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "29", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.25", "texte": "LE COUSIN-JACQUES\n\net ce n'est ma faute s'il éprouve une force d'attraction vers tel ou tel\ntalent... »\nLe Grand Genre, opéra-comique en un acte (paroles et musique),\nAmbigu-Comique, 24 nivôse an VII (i 3 janvier 1799).\nMagdelon, comédie épisodique en prose et en un acte, mêlée d'ariettes\n(paroles et musique), Théâtre du Palais-Égalité (Montansier), 16 prai-\nrial an VII (4 juin 1799).\nEmilie, ou les Caprices, comédie en vers et en trois actes, Théâtre des\nJeunes-Artistes, 21 messidor an VII (9 juillet 1799).\nLes Deux Charbonniers, ou les Contrastes, comédie en prose et en\ndeux actes, mélée d'ariettes (paroles et musique), Théâtre Montansier,\n7 fructidor an VII (24 août 1799).\nLe Bonhomme, ou Poulot et Fanchon, opéra-comique en un acte (pa\nrôles et musique), Théâtre Montansier, 21 frimaire an VIII (11 décembre\nJ 799)' ~ Non compris dons le catalogue de M. Charles Monselet (1).\nEn dehors du théâtre, voici ce que le Cousin-Jacques a publié en fait\nde musique :\nLes Soirées chantantes, ou le Chansonnier bourgeois (Paris, Mou-\ntardier, an XII, 3 vol. in-12, le premier de 296 pages, le second de 284,\net le troisième de 290.)\nDélassements du Cousin-Jacques, ou Etrennes lyriques pour Pannée\n1787, dédiées à Mme Dugazon. (Recueil de romances gravées5 in-12 de\n£0 pages, chez Mme Borelly.)\nMme Dugazon venait de faire, dans la Nina de Dalayrac, Tune de ses\nplus magnifiques créations, lorsque le Cousin-Jacques lui dédia ce petit\nrecueil de romances. Bachaumont disait à ce sujet : ■— « Le Cousin-\nJacques, qui ne fait rien comme les autres, vient de dédier à Mme Duga-\n\n(t) A ce répertoire il faut ajouter quelques autres pièces : Coriolinet, ou Rome\nsauvée, « folie héroï-comique en vaudevilles et en trois actes, » cataloguée par\nM. Charles Monselet, imprimée en 1786, mais non représentée sans doute; Syl-\nviiis Nerva, ou VEcole des Familles, drame lyrique en trois actes, paroles du Cou-\nsin-Jacques, musique de Lemoyne, imprimée en l'an 111, reçue et répétée à l'Opéra,\nmais non représentée; Vlvrogne 'vertueux, opéra comique en deux actes, paroles\ndu Cousin-Jacques, musique de Lemoyne, annoncée dans une note de Toute la\nGrèce et dans I'Almanach général de tous les Spectacles ( 1791 ) comme étant reçue à\nl'étude au théâtre de Monsieur, mais qui, malgré la mention de Y Annuaire drama-\ntique de 1813, n'a évidemment jamais été joué; —Le Retour de Nicodème, pièce en\nquatre actes, « annoncée depuis près d'un an sur les affiches » du Théâtre-Français\ncomique et lyrique, selon Y Almanach général de tous les Spectacles (1792), et qui\nne doit pas avoir été jouée non plus; enfin, les Trois Nicodèmes, pièce mentionnée\nen divers endroits, mais non représentée."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "30", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.26", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nzon ses Délassements, ou Etrennes lyriques pour l'année 1787. A la fin\nde son épître en vers, il lui dit :\n« Ce qui nous plaît, ce qui te rend si belle,\n« C'est la nature et c'est la vérité\n« Avec laquelle\n« Je suis pour la vie, Nina, ton très-humble serviteur et cousin, etc. »\nRomances de Berquin, mises en musique. (Paris, 1798, 2 vol. in-8.)\nHurluberlu, ou le Célibataire (poème comique et moral (avec neur\nairs notés), par le Cousin-Jacques (Londres [Paris ?], 1783, in-B°.)\nEt dire que de tout cela, soit poésie, soit musique, rien, absolument rien\nn'est resté, et que le Cousin-Jacques n'est connu aujourd'hui que de\nquelques curieux acharnés de la musique et de la littérature!\n\nARTHUR POUGIN."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "31", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.27", "texte": "LES\nCOMMENCEMENTS DE SPONTINI\n1774-1807\n\nE 5 du mois dernier, la petite ville de Majolati, mise\nen goût par les nombreux centenaires célébrés de-\npuis un an ou deux en France et en Italie, faut-il\nrappeler Pétrarque, Boieldieu, Michel-Ange, Saboly?\nse souvenait qu'elle aussi avait donné le jour à\n1 un de ces privilégiés de la fortune, de ces hommes\nde génie qui font le renom de leur cité natale, et, bien que l'anniversaire\nde la naissance de Spontini fût passé depuis près d'un an, elle fêtait\naussi brillamment que possible la venue au monde du grand musicien.\nItalien d'origine, l'auteur de la Vestale est devenu presque français\npar ses chefs-d'œuvre, et, comme tant d'illustres compositeurs, il a fait\nrejaillir un peu de sa gloire sur son pays d'adoption. Il acquittait ainsi\nune juste dette de reconnaissance, car c'est au contact de la scène\nfrançaise, à l'étude des chefs-d'œuvre éclos depuis près d'un siècle à\nl'Opéra français qu'ils doivent, les uns comme les autres, Gluck comme\nPiccinni, Sacchini comme Salieri,Spontini comme Meyerbeer et Rossini,\nla complète révélation de leur génie et la pleine possession de leurs\nforces musicales.\nA ce titre, le centenaire de Spontini doit nous intéresser plus vive»"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "32", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.28", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nment que tout autre, et le moment me paraît opportun pour publier\nquelques recherches sur les premières années de Spontini et sur ses\ndébuts à Paris. Ce sont toujours les commencements qu'on connaît le\nmoins dans la carrière des grands musiciens, par la simple raison que les\ninvestigations des premiers écrivains ayant toujours porté sur l'époque\nla plus glorieuse et la plus facile à étudier, ceux qui viennent après ont\nbeaucoup plus court de paraphraser simplement ce qui a déjà été dit\navant eux, et de passer le plus rapidement possible sur ces commence-\nments qu'il serait plus embarrassant d'élucider.\nQuand il s'agit d'un compositeur comme Spontini, ces années de dé-\nboires et de revers sont d'autant plus intéressantes à connaître, car elles\nrenferment un enseignement salutaire, en ce qu'elles montrent à tous\nles musiciens comment, fût-on doué du plus grand génie, il faut toujours\ncommencer par lutter, par échouer, par accepter les pièces les plus pi-\ntoyables avant de rencontrer le poëme qui doit révéler votre puissance\ncréatrice à la foule et vous faire faire le premier pas dans la voie de l'im-\nmortalité.\nC'est donc àla période des débuts de Spontini à Paris, jusqu'à l'ap-\nparition de la Vestale, que se restreint ce petit travail. Alors même\nque le temps ne m'aurait pas manqué, je n'aurais pu en entreprendre un\nplus long sans aller sur les brisées d'un excellent confrère, qui se propose\nde donner au Ménestrel une étude biographique et critique absolu-\nment complète sur l'auteur de Fernand Corte\\ : je désire simplement\nque mes recherches puissent en éviter quelques-unes à M, Victor\nWilder.\nI\nEN ITALIE\nIl y avait, à la fin du dernier siècle, dans la petite ville de Jesi (États-\nRomains), un enfant de six ans, très éveillé, que ses parents, cultiva-\nteurs aises, destinaient au sacerdoce. Ce petit garçon, le second de cinq\nentants dont trois devinrent prêtres, était né le 14 novembre 1774, dans\nun village voisin, à Majolati, et s'appelait Luigi-Gaspare-Pacifico\nSpontini. Il avait été confié, par ses parents, à son oncle paternel, Joseph\nSpontini, doyen de 1 église Santa-Maria del Piano, à Jesi, qui s'était\nchargé d'élever le bambin en vue de l'état ecclésiastique. Ce n était pas\nlà une petite affaire, car son neveu ne paraissait pas avoir reçu du ciel"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "33", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.29", "texte": "une vocation très prononcée. La seule chose qui l'intéressât dans l'église,\nc'était le son des cloches.\nLe carillon de Santa-Maria était célèbre bien loin à la ronde. Aussitôt\nqu'il entrait en branle pour sonner messes, vêpres ou angélus, si l'on\ncherchait Gaspare afin de lui confier l'encensoir ou les burettes, on était\nsûr de le trouver perché dans le clocher même, et délicieusement absorbé\npar le plaisir d ouïr de près ce bruyant concert. Un jour, il pensa payer\ncher ce passe-temps favori. Une effroyable tempête éclata comme le\ncarillon de Santa-Maria sonnait à toute volée. Installé à sa place ordi-\nnaire, l'entant écoutait avec bonheur cet orchestre d'airain auquel le\nroulement du tonnerre formait comme une basse continue, quand la\nfoudre tomba sur le clocher et renversa le jeune dilettante, qui fut jeté\ndans l'étage inférieur. Heureusement pour lui que les ouvertures de cha-\nque étage n'étaient pas en ligne perpendiculaire, sans quoi il eût été\nprécipité jusqu'en bas : il en fut quitte pour la peur et une belle collec-\ntion de bosses et de contusions.\nA quelque temps de là, l'oncle de Gaspare, désirant faire construire\nun orgue, manda à Jesi un organiste de Recanati, nommé Crudeli.\nTout en travaillant à son instrument, cet artiste, logé chez le doyen,\ns exerçait de temps à autre sur un clavecin qu'il avait apporté avec lui.\nCe fut une révélation pour l'enfant, qui se tenait aux côtés du musicien\nlorsqu'il jouait, l'écoutait avec une attention soutenue et s'essayait à\n1 imiter dès qu'il tournait le dos. Crudeli devina bientôt qu'il y avait en\nGaspare le germe d'un talent qui ne tarderait pas à se développer; il lui\ndonna quelques leçons, lui apprit un peu à jouer de l'orgue, si bien qu'à\nl'époque de son départ, M. le doyen consentit à voir son neveu con-\ntinuer l'étude de la musique sacrée, espérant encore que cette science aide-\nrait à 1 avancement du futur abbé. Mais une circonstance fortuite vint\nbientôt 1 alarmer de nouveau sur la vocation ecclésiastique de son\npupille.\nEn étudiant la musique d'église comme délassement, Gaspare était\ntenu de fréquenter assidûment le séminaire de Jesi pour y poursuivre\nses études littéraires. Or, en se rendant chaque jour à sa classe, l'enfant\navait remarqué sur son chemin une fenêtre, et à cette fenêtre une jeune\net jolie fille, à la beauté de laquelle il ne manquait jamais de rendre\nhommage en ôtant poliment son chapeau. Le bruit de cette galanterie\nprécoce, qui amusait le voisinage, étant venu aux oreilles du sévère\ndoyen, il jugea le cas assez grave pour nécessiter l'emploi des grandes\nmesures : le galant Gaspare fut menacé du fouet. La fierté du jeune\ngarçon se révolta d'un pareil traitement, et il s'enfuit à Monte-San-Vito,\n\na.\nLES COMMENCEMENTS DE SPONTINI\n3"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "34", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.30", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nautre village de la marche d'Ancône, où demeurait un frère de sa mère,\nqui consentit à le recueillir.\nCet oncle se montra plein de bonté pour lui, et le confia au maître de\nchapelle de l'endroit, nommé Quintiliani, afin qu'il le guidât dans ses\nétudes musicales. Une année se passa, au bout de laquelle Gaspare re-\nvint à Jesi, chez son oncle Joseph, qui, renonçant dès lors à lui faire\nendosser la soutane, et voulant qu'il suivît librement sa vocation tout\nen continuant ses études classiques, le remit entre les mains du chanteur\nCiuffolotti et de l'organiste Menghini. Plus tard, il le fit entrer dans l'é-\ncole de Bartoli, maître de chapelle à Jesi, puis dans celle de Bonanni,\nde la chapelle de Masaccio, avec lequel l'enfant étudia la théorie musi-\ncale d'après les traités de Martini, de Fux, de Paolini et de Gasparini.\nQuand il fut parvenu à l'adolescence, Gaspare obtint non sans peine\nde son père, qui regrettait vivement de le voir renoncer au sacerdoce, la\npermission de se présenter au Conservatoire de la Pietà dei Turcliini, à\nNaples. Il y fut admis en 1791, et put dès lors compléter son éducation\nmusicale sous la direction de deux maîtres célèbres, Sala et Tritta. Il y\nfit de rapides progrès et obtint bientôt le titre de maestrino, qui équi-\nvaudrait à Temploi de répétiteur des Conservatoires de France. Tout en\ncontinuant d'étudier, Gaspare composait des cantates, des oratorios,\nqu'il allait faire exécuter dans les couvents de Naples et des environs,\nvoire même des morceaux d'opéra, que Paisiello, Fioravanti et Cimarosa,\njugèrent dignes d'être intercalés dans quelques-unes de leurs partitions:\nc'est l'usage en Italie pour les jeunes compositeurs de débuter ainsi sous\nle patronage de leurs aînés en gloire et en succès. Dans le cas présent,\nces morceaux plurent aseez au public pour qu'un des directeurs du\nThéâtre Argentina proposât au jeune musicien de déserter l'école et de\nvenir avec lui à Rome, en faisant briller à ses yeux l'espoir d'avoir un\nopéra entier à mettre en musique.\nGaspare, qui avait alors vingt-deux ans c'était en 1796, ne se fit\npas prier pour consentir à cette escapade. L'imprésario, du nom de Sis-\nmondi, lui procura un faux passeport, à l'aide duquel il put s'échapper\nde Naples. Presque tous les compositeurs réputés d'ltalie s'étaient donné\nrendez-vous à Rome, au carnaval de cette année, pour s'y disputer les\nhonneurs de la scène. En voyant apparaître sur le théâtre de leurs suc-\ncès l'échappé du Conservatoire de Naples, ce fut parmi eux un cri géné-\nral pour faire rentrer à l'école ce concurrent improvisé; et l'écolier en\nrupture de bancs ne dut la faveur de rester à Rome pour y composer son\nopéra qu'à la protection du gouverneur de la ville dont il avait su con-\nquérir les bonnes grâces. Il écrivit donc et mit à la scène, en moins de"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "35", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.31", "texte": "LES COMMENCEMENTS DE SPONTINI\n\nsix semaines, son opéra-buffa, 1 Puntigli delle donne : ce premier ou-\nvrage de Spontini fut joué le 26 décembre 1796, et obtint un succès\nd'enthousiasme, auquel ne contribuèrent pas peu la jeunesse et la bonne\nmine de l'auteur. Il fut porté en triomphe au sortir du théâtre, comme\nc'est l'usage en Italie, au bruit des acclamations, à la lueur des torches,\nsous une pluie de fleurs. A quelque temps de là, Gaspare rentrait en\nvainqueur dans cette ville de Naples, d'où il était sorti naguère en\nfugitif.\nPiccinni usa à son égard de la plus grande bienveillance ; non-seu-\nlement il le fit rentrer au Conservatoire, mais il l'admit au nombre de\nses élèves et se plut, ainsi que Cimarosa, à le diriger dans ses premiers\nessais avec une bonté toute paternelle. Gaspare écrivit, sous la direction\nde 1 auteur de Didon, son second opéra, /'Eroismo ridicolo, qui fut\nreprésenté à Rome en 1797. L'année suivante, il fit jouer, dans la même\nville, il I\"into pittore, puis la Fuga in maschera à Naples, Vlsola disa-\nbitata à Florence, ainsi que son premier opéra-seria, Teseo riconosciuto,\nqui lui valut une ample moisson de lauriers et de sonnets. Dans une de\nses pièces de vers se trouvait une bien flatteuse prophétie que l'avenir a\npleinement vérifiée, au contraire de tant de prédictions élogieuses aux-\nquelles le temps prête un sens cruellement ironique :\nChe se cotanto, in sul april degV anni\nOprar col sno pote musico ingegno\nChe sia quando abbia piu robusti i vanni? (1)\nUne fois lancé dans cette voie, Spontini n'avait plus qu'à se laisser\naller et à composer tous les opéras sérieux ou bouffons que lui comman-\ndaient les imprésarios. Il écrivit deux nouveaux ouvrages dans le courant\nde 1799 : Chepiù guardanï en vede, à Florence, et la Finta philosofa à\nNaples. Peu de temps après, la cour de Naples, réfugiée en Sicile à la suite\nde l'invasion des troupes françaises, appela Spontini à Palerme : le com-\npositeur répondit à cet appel, sur le refus de Cimarosa qui se trouvait\nalors malade. Dans le trajet, le jeune maestro eut à subir une furieuse\ntempête : il garda toujours le souvenir de cet effroyable ouragan, et se\nplaisait même à attribuer le caractère imposant des œuvres de sa matu-\nrité à l'impression du spectacle grandiose et terrible qu'avait produit sur\nlui ce cataclysme.\n\n(i) Que fera-t-il lorsqu'il pourra s'élever d'un vol plus sûr, celui qui, n'étant\nencore qu'au printemps de la vie, a pu produire de telles œuvres par la force natu-\nrelie de son génie musical !"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "36", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.32", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nSon séjour à Palerme fut marqué par trois autres opéras : I Qiiadri par-\nlanti, Sofronia e Olindoet Gli elusi qui datent de l'annee 1800 ;\nmais le dérangement de sa santé, d'autres disent une aventure galante\net qui menaçait de tourner au tragique, contraignit Spontini de quitter\nla Sicile au plus vite. A en croire le roman, il aimait une dame de haute\nnoblesse qui n'aurait pas cru déroger en épousant un artiste, mais dont\nla famille était trop orgueilleuse pour tolérer une pareille alliance et\ntrop puissante pour ne pas l'empêcher de quelque manière que ce fut.\nEn présence du danger qui menaçait sa vie, le jeune musicien prit le\nparti le plus sage et pour parler le style du temps il s'éloigna non\nsans regret du théâtre de ses succès et de 1 objet de ses amours.\nIl se rendit d'abord à Rome où il fit jouer, en 1801, un nouvel opéra,\nGli Amanti in cimento, ossia il Geloso audace. puis il fut appelé à\nVenise, où il composa, pour la célèbre cantatrice Moricelli, la Princi-\npessa d'Amalfi, dont le titre fut changé en celui d\"Adelina Senese, les\nopinions du temps défendant de parler de princesses. Apiès quoi, Spon-\ntini fit encore jouer, dans la même ville, le dernier de ses ouvrages ita-\nliens, le Metamorfosi di Pasquale : on était alors à la fin de 1 année\n1802.\nCependant l'ambition mordait au cœur le jeune musicien. Il rêvait de\nplus grands triomphes que ceux qu'il allait quêtant de ville en ville à\ntravers la péninsule; il voulait venir en trance. Durant son séjour à\nPalerme, il s'était précisément lié d'amitié avec une famille française qui\nallait rentrer dans sa patrie Spontini crut voir la une occasion favoiable\nde tenter la fortune à l'étranger et résolut de partir. De Venise, il ramena\nprécipitamment son père à Jesi et courut retrouver ses amis à Naples .\nquelques jours après il s'embarquait avec eux pour Marseille.\nII\nEN FRANCE\nSpontini arriva à Paris en iBo3. Il y donna d'abord des leçons de\nchant qu'il obtint par la protection des Barillon, des Michel, des Réca-\nmier et autres notabilités financières du temps, pour lesquelles des ban-\nquiers et négociants de Marseille lui avaient donné des lettres de recom-\nmandation. Fétis le connut alors chez un modeste facteur de pianos de\nla rue Sainte-Avoye : le jeune Gaspare y venait quelquefois implorer de"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "37", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.33", "texte": "LES COMMENCEMENTS DE SPONTINI\n\nnouvelles leçons, mais déjà fier en son obscurité et plein de confiance en\nl'avenir.\nLe grand point étant de se faire connaître, il s'efforça d'abord de faire\nreprésenter au Théâtre-Italien un de ses opéras écrits en Italie. Il choisit\nla Finta Filosofa ( la Philosophe par feinte ) qui avait été jouée à Na-\nples en 1799. La première représentation eut lieu à l'Opéra-Italien, le\nsamedi 11 février 1804, en présence du Premier Consul et de Joséphine.\nLes journaux, en l'annonçant, avaient soin de dire que la partition était\n« de M. Spontini, du Conservatoire de Naples et élève de Cimarosa » ;\nelle était chantée par Martinelli, Aliprandi, Crucciati, Oliveti, et\nMmes Nava-Aliprandi, Fedi et Cantoni.\nCet opéra fut bien accueilli et obtint un succès d'autant plus flatteur que\nle public se tenait sur ses gardes, prétendant exercer rigoureusement ses\nfonctions de juge. La jeunesse de l'auteur inspirait de la défiance et sa\nréputation si grande en Italie était presque nulle à Paris. On savait de\nplus qu'il briguait l'honneur d'écrire pour les théâtres nationaux : que\nde motifs pour se décider à être sévère et à ne pas s'abandonner aux pre-\nmières impressions ! Malgré cette disposition générale des esprits, l'au-\nteur remporta un triomphe des plus éclatants. Le public voulait n'ap-\nprouver qu'avec choix : il applaudit tout avec transport.\nCependant, prévenu comme il était, il ne se laissa gagner que vers la\nmoitiédu premier acte, à l'audition d'un très joli quintette ; au deuxième,\nil applaudit vivement le duo des deux bouffons : Di questo figlio\namato, et le septuor final, qui, au dire d'un critique du temps, est le\nmorceau le plus extraordinaire de l'ouvrage, « tant l'auteur y a déployé\nde finesse et d'intelligence dramatique». Au troisième acte, on remar-\nqua surtout un duo entre madame Nava et Martinelli : peut-être l'aurait-\non fait répéter si les acteurs n'avaient paru las ; « et l'on conçoit que les\nrépétitions d'une pareille musique les eût cruellement fatigués, » dit\nnaïvement le critique du Journal de Paris. Bref, à la fin du spectacle,\nl'heureux compositeur dut paraître sur la scène au milieu des plus vifs\napplaudissements.\nCette ovation toute italienne obtenue avec un opéra italien, ne prou-\nvait rien pour l'avenir du débutant. Il le comprit et voulut se signaler à\nl'attention du public par un succès plus sérieux remporté sur un théâtre\nfrançais et avec une pièce française. Il crut en avoir trouvé l'occasion\ndans la Petite maison, opéra-comique en trois actes, de Dieulafoy et\nGersaint. Deux mois lui suffirent pour écrire ce long ouvrage, qui,\nannoncé longtemps à l'avance, parut enfin, à TOpéra-Comique, le\nsamedi 12 mai 1804. Malheureusement le sujet de la pièce était mal choisi"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "38", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.34", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\npour l'époque, et ce tableau de mœurs assez licencieuses indisposa le\npublic à ce point que la représentation ne put pas finir (i).\n« C'est un pesant fardeau quun nom trop tôt fameux!\ns'écrie le Journal de Paris. On avait embouché toutes les trompettes\nde la renommée pour nous prôner d'avance la Petite maison, et en une\nheure et demie la voilà tombée. Elle vient de crouler au bruit des sifflets\nles plus aigres que nous ayons entendus de notre vie,, et au moment\n«\nmême où nous écrivons (onze heures du soir), ils font encore retentir la\nsalle; la pièce n'a pas été jusqu'à la fin. Certes, le poème est bien ma',\nconçu, et le dialogue bien pauvre d'esprit; mais ce serait une injustice\nque de décerner une couronne au musicien en condamnant impitoyable-\nment l'auteur des paroles. A l'exception d'un joli trio et d'un chœur\nvillageois, tous les morceaux de musique nous ont paru médiocres: ils\nont en général de la légèreté et de la franchise; mais point de caractère\nscénique, point de sentiment. On ne doit que des éloges aux comédiens.\nChacun d'eux a fait de son mieux pour soutenir la pièce; mais il est des\nchoses impossibles, et nous ne sommes plus au temps des miracles. »\nLe jugement est sévère. La stricte justice voulait qu'en pareille\ncirconstance on distinguât bien la part des librettistes et celle du musicien ;\nmais, sans se préoccuper d'une distinction qu'il juge superflue, le critique\nn'épargne que les acteurs, à savoir : Elleviou, qui jouait le grand seigneur\ncaché sous le nom de Lambert; Martin, son valet; Juliet, M. Duplan;\nGavaudan, un marquis; madame Gavaudan, la naïve Lucile ; madame\nGonthier, Marguerite; puis Lesage, Batiste, Paul, Valière, mesdames\nScio-Messie et Hubert-Lesage, chargés de rôles secondaires.\nSi le Journal de Paris a la bienveillance de taire les détails de ce\nscandale, Geoffroy, qui rédigeait alors le feuilleton des Débats et qui, ne\nconnaissant en musique que l'ancien opéra français, était fort hostile\naux musiciens italiens, se complaît à raconter ces troubles dans les\nmoindre détails. C'est un curieux récit et qui mérite d'être connu.\nLa pièce était parvenue sans encombre notable, jusque vers le milieu\n\n(i) Fétis dément formellement certaine note manuscrite (peut-être de Spontini)\nqui attribuait cette opposition à une cabale du Conservatoire. * J'étais à la repré-\nsentation, écrit-il, et quoique je fusse sorti du Conservatoire depuis un an, après\navoir terminé mes études de composition, je connaissais tous les professeurs et la\nplupart des élèves, et je ne les aperçus pas dans cette soirée. L'opposition du Con -\nervatoire de D*ris contre Spontini ne fut ue trop réelle, mais elle se constitua un\npeu oïus 1i <_"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "39", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.35", "texte": "LES COMMENCEMENTS DE SPONTINI\n\ndu second acte : on écoutait par égard pour les chanteurs, par politesse\npour le musicien étranger, lorsque la patience lassée n a pu résister à l'appa-\nrition d'un bedeau de paroisse : délicatesse inconcevable, puisqu'on souffre\nbien sur la scène des évêques, des curés, des moines et des religieuses; mais\nce qui a surtout fait éclater l'orage, c'est le propos assez plat d'un valet qui\ndit, en parlant d'un bourgeois qu'on veut faire passer pour un seigneur\ndéguisé :\nCe monsieur n'est ni seigneur ni prince ;\nC'est tout au plus s 1 il est chrétien.\nCette sottise méritait plus de mépris et de pitié que de colère ; et l'affaire\nse serait peut-être raccommodée, sans une autre balourdise du valet malen-\ncontreux, qui prend le contrat de vente d'une maison pour un écrin de\npierreries.\nLes sifflets trop longtemps contenus se sont alors débordés, et leur violence\nn'a pu même être réprimée par la présence auguste des deux princes de\nl'Opéra-Comique, Elleviou et Martin, alors en scène. Ces deux chanteurs,\npeu accoutumés à une pareille musique, sont restés interdits et muets; leur\ngosier glacé a refusé passage aux roulades :\nVox faucibus hœsit.\nElleviou, plus ardent et plus vif, s'est avancé sur le bord du théâtre, et,\nd'un ton où le dépit étouffé perçait à travers le respect, a demandé si l'on\nvoulait permettre que l'on continuât la pièce. Le public, par ses applaudis-\nsements, et même par un consentement formel, a fait assez connaître qu'il\ndésirait en voir la fin; mais les sifflets succédant bientôt à ces marques d'ap-\nprobation, et le tumulte ne cessant point, les acteurs en ont conclu qu'on ne\nvoulait plus les entendre : ils ont pris brusquement leur parti, comme gens\nqui se croient personnellement offensés.\nLes musiciens ont donné le premier signal de la retraite ; en un clin d'œil\nl'orchestre a été évacué» Cette fuite indiscrète et prématurée était l'annonce\nd'une rupture ouverte : les acteurs ont suivi les musiciens; on a baissé la\ntoile; et pour que le public ne pût douter de l'intention qu'on avait de le\nchasser promptement, on descendait le lustre, on baissait la rampe, on\ncommençait à enlever les pupitres, et pendant tout ce déménagement la salle\nretentissait du plus effroyable vacarme : les uns demandaient la pièce, les\nautres seulement la musique; ceux-ci applaudissaient Elleviou, ceux-là\nBlasius, chef-d'orchestre : on criait, on sifflait, on riait, et personne ne s'en\nallait, chacun voulait voir le dénouement de cette farce.\nEnfin les comédiens, très embarrassés de leurs hôtes, ont jugé qu'ils ne\npouvaient pas en conscience les laisser passer la nuit au théâtre; on a levé\nla toile. Le semainier perpétuel a paru avec le commissaire pour annoncer\nune indisposition soudaine de madame Scio : cette nouvelle a été reçue avec\ndes huées; le commissaire ne pouvant se faire entendre, s'est longtemps pro-\nmené sur la scène, auditeur et spectateur des cris, et du désordre qui allait\ntoujours croissant. Elleviou et Martin sont venus au secours du commissaire,"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "40", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.36", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\namenant pour renfort le musicien, dont la vue leur a paru propre à rétablir\nl'harmonie dans un concert si discordant.\nElleviou a essayé quelques excuses qu'on a mal accueillies : alors toutes\nles négociations ont été rompues, et l'on a baissé définitivement la toile. Il\nétait plus d'onze heures; le parterre, forcé de se retirer, a voulu laisser en\npartant des marques éclatantes de son courroux; les bancs, les pupitres, les\ninstruments de musique ont payé pour les acteurs et les musiciens; on a fait\nun grand carnage de ces victimes innocentes, et le champ de bataille est resté\ncouvert de débris, monuments de la vengeance publique.\nPuis le critique de continuer sur ce ton, de reprocher aux chanteurs\nleur humeur hautaine, de faire le procès au compositeur dont on avait\nannoncé le nouvel ouvrage avec trop de fracas, au librettiste dont la pièce\n« joignait l'indécence à la platitude », de complimenter légèrement les\nacteurs pour leurs efforts méritoires et enfin d'arriver à la musique, dont\nil fait prompte justice en quelques lignes.\n« La musique, dit-il, n'a pas répondu à l'attente extraordinaire du\npublic et aux éloges extravagants de certains journaux : quelques mor-\nceaux agréables, un trio, un air d'Elleviou, un choeur annoncent que le\njeune compositeur a des moyens; mais il faut qu'il étudie la scène, qu'il\napprenne le grand art de donner à la musique l'expression du sujet ;de\nmettre dans un ouvrage de l'unité, du dessein ; en un mot, l'art de faire\ndire quelque chose à la musique, secret inconnu à tant de savants musi-\nciens. La pièce nouvelle a été précédée des Chasseurs et la laitière.\nQuelle distance de cette musique à celle de la Petite maison! Tout,\ndans la première, est imitatif, pittoresque, dramatique; la seconde n'a\nqu'un agrément frivole, qu'un vain éclat : on peut dire presque à chaque\nmorceau : Que me veux-tu ? Cependant les Chasseurs et la laitière\nsont méprisés, mutilés, estropiés ; c'est pour nous de la musique de\nvillage. On m'a vivement reproché d'avoir douté que le musicien de la\nPetite maison fût au niveau de la réputation colossale qu'on prétendait\nlui faire; j'ai cru lui rendre service en le préservant du poison de la\nflatterie : la présomption et les louanges avortées font avorter tous les\njeunes talents. »\nCela n'est malheureusement que trop vrai, mais tel n'est pas le cas\npour le premier ouvrage français de Spontini. La Petite maison fut\nencore jouée le lundi suivant et le mercredi ; elle fut même annoncée pour\nle vendredi, mais on changea d'avis et cette pièce disparut à jamais de\nl'affiche. C'était un grave échec pour le compositeur. Il faut dire aussi\nque l'époque à laquelle Spontini arrivait à Paris était des moins favora-\nbles pour son début, car il y avait alors parmi les musiciens français, et"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "41", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.37", "texte": "LES COMMENCEMENTS DE SPONTINI\n\nsurtout parmi les professeurs et les élèves du Conservatoire, une alliance\ndéfensive contre les compositeurs italiens et contre la musique de leur\nécole. Diverses circonstances plus ou moins graves avaient amené cet\nétat de choses et cette ligue des nationaux contre les étrangers.\nC'étaient d'abord les compositeurs italiens, Della-Maria et Nicolo en\ntête, qui, n'ayant eu que de médiocres succès dans leur étaient\nvenus chercher fortune à Paris et avaient envahi l'Opéra-Comique,\nimprovisant des partitions avec la facilité traditionnelle des compositeurs\nde leur école et remplissant ainsi une grande partie du répertoire. D'autre\npart, depuis 1801, une troupe d'opéra italien était à demeure à Paris et\nfaisait ainsi concurrence à TOpéra-Comique et même à l'Opéra : ce\nthéâtre avait ses habitués qui exaltaient la musique italienne et dépré-\nciaient les œuvres des compositeurs français. Ce fut précisément à cette\népoque qu'arriva Spontini, et les deux partis lui firent également mau-\nvais accueil. Les compositeurs français le traitèrent comme un de ces ar-\ntistes ultramontains dont la présence à Paris leur barrait l'accès des\nthéâtres, et ses compatriotes ne virent en lui qu'un nouveau rival.\nPeu de jours après cet échec, Spontini trouva une large compensation\ndansle poème de la Vestale que Jouylui confia. L'auteur avait successi-\nvement offert cette tragédie à Méhul et à Cherubini, mais ni l'un ni l'autre\nn'en avaient compris le mérite, et celui-ci venait de la lui rendre après\navoir longtemps hésité à la mettre en musique. Ce poème dédaigné par\nces deux maîtres de la scène française était un trésor sans prix aux yeux du\njeune musicien, car il allait lui fournir l'occasion de mettre en évidence\nune puissance de génie qu'il ne croyait peut-être pas posséder.\nDe son côté, Dieulafoi devait bien offrira son collaborateur réparation\nde la déroute où il l'avait entraîné avec la Petite maison et il lui remit\nun ouvrage qu'il venait d'écrire précisément avec Jouy : c'était un drame\nen un acte, Milton. Spontini se hâta de le mettre en musique, et le\nmardi 27 novembre 1804 représentation en fut donnée au Théâtre-\nFeydeau.\nMilton, vieillard, poète, aveugle. M. Solié.\nEmma, sa fille. MmeGavaudan.\nLord Davenant, sous le nom d'Arthur. M. Gavaudan.\nGodwin, quaker, juge de paix. M. Chenard.\nMiss Charlotte, sa nièce, fille surannée. Mme Crétu.\nCette fois, le musicien fut plus heureux et sortit enfin de la série de\nmésaventures qu'il avait éprouvées au théâtre depuis son arrivée à\nParis. Avec l'esprit clairvoyant des artistes véritablement doués, il avait"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "42", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.38", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ntiré profit des attaques de ses ennemis; son style avait pris plus d'am-\npleur, sa manière avait acquis plus de variété et plus de couleur : toutes\nqualités précieuses pour bien rendre en musique un ouvrage dont la\ndonnée dramatique aurait mieux convenu au cadre de l'Opéra qu'à la\nscène de POpéra-Comique. En s'essayant avec ce poème qui demandait\nde nobles accents, l'auteur sembla préluder aux grands succès qui l'atten-\ndaient sur notre première scène lyrique.\nL'ouverture est traitée d'une main légère et paraissait du moins\nagréable à entendre, si elle ne s'accordait pas trop avec les sentiments\ntendres ou les épisodes touchants du drame auquel elle servait de prolo-\ngue. On peut reprocher au premier air de Charlotte et au trio qui suit\nentre Charlotte, Arthur et Godwin, d'être écrits trop haut, mais en re-\nvanche la romance d'Emma : J'aurai le sort de la fleur des déserts,\nest d'une simplicité aimable et accompagnée d'une façon charmante.\nL'hymne au soleil chanté par Milton est une mélodie d'une inspiration\nassez large, d'un style trop fleuri à la voix comme à l'orchestre avec ces\narpèges incessants des violons et surtout dans la partie de cor solo qui\nconcerte avec le chanteur; cependant le début de ce morceau, d'une\nsimplicité noble, fait pressentir quelque peu la transformation qui allait\ns'opérer bientôt dans le talent du musicien. L'air écossais : les\nriantes campagnes, est arrangé successivement à deux et trois voix avec\nbeaucoup de goût. Le duo d'Arthur et d'Emma : Quels traits ! quelle\ngrâce touchante ! qui devient un quatuor, par l'arrivée de Charlotte et\nde Godwin, renferme encore de gracieux passages ainsi que le quintette\nfinal où se trouve intercalée une improvisation du poète, un hymne à\nl'Hymen, qui a bien inspiré le compositeur.\nCe remarquable ouvrage obtint un succès mérité. Le public surtout\nlui fit bon accueil; la critique, au contraire, resta sur ses gardes et tint\ninjustement rigueur au musicien pour ses échecs précédents. Voici,\nen premier lieu, le jugement du Journal de Paris : « L'opéra de\nMilton vient de réussir. Le grand poète qui en est le héros, est repré-\nsenté, comme nous l'avions annoncé, aveugle et fuyant la vengeance de\nCharles 11. Accueilli et caché par un quaker, il est découvert par un\njeune seigneur, qui, sous le nom supposé d'Arthur, s'introduit dans la\nmaison, et se fait aimer par Emma (c'est la fille du poète). Milton, qui\ncroit à cet Arthur beaucoup plus d'âge qu'il n'en a, lui accorde toute sa\nconfiance. Le quaker, au contraire, s'en méfie. On découvre à la fin que\nce jeune homme est le fils d'un duc que Milton avait soustrait à la mort\nsous le protectorat de Cromwell, et la grâce que ce fils reconnaissant\napporte à Milton (au grand étonnement de tout le monde, excepté du"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "43", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.39", "texte": "LES COMMENCEMENTS DE SPONTINI\n\npublic), forme à la fois le coup de théâtre et le dénoûment de la pièce.\nPeu d'action, des situations fausses : Milton est représenté comme un\nvieillard aimable et spirituel; mais rien de ce qu'il dit ne décèle son\ngénie impétueux et bizarre. Musique composée avec beaucoup de goût ;\nplus de beautés dans l'orchestre que dans la partie vocale. Peu d'idées\ndramatiques; beaucoup trop de morceaux, et des morceaux beaucoup\ntrop longs. »\nL'aristarque du journal des Débats se départ un peu de sa sévérité\nvis à vis du musicien italien, et, tout en gardant encore une sage réserve,\nil s'efforce d'établir une justebalan.ee entre les encouragements et les cri-\ntiques. cc La musique est de M. Spontini, élève de M. Cimarosa.\nBeaucoup de richesses, peu de choix, d'ordre et d'économie. Ce compo-\nsiteur fécond et prodigue a de la peine à s'arrêter, et ne sait pas encore\nfinir. Son ouverture est brillante et très longue ; plusieurs de ses mor-\nceaux sont charmants et très longs : c'est un beau défaut que l'excessive\nabondance, mais c'est un grand défaut. M. Spontini charge un peu trop\nson orchestre; il n'a pas toujours l'intention dramatique assez nette et\nassez précise ; il a besoin d'étudier encore notre goût, notre scène et notre\nGrétry, mais il a tout ce qu'il faut pour profiter de ces connaissances :\nson talent ne demande qu'une meilleure direction: il a fait assez dans\ncet ouvrage pour prouver qu'il est capable de faire très bien. »\nTout heureux de ce premier succès, l'auteur dédia sa partition à\nl'lmpératrice des Français en reconnaissance des paroles encourageantes\nqu'elle avait bien voulu lui adresser à son début en France et qui, disait-\nil, cc avaient été le plus puissant aiguillon pour son faible talent». Le\nsuccès, du reste, s'affermit bientôt. Quoi qu'en aient dit les critiques, cet\nouvrage, repris plusieurs fois, a toujours été entendu avec plaisir, et la\ntraduction allemande que l'auteur en fit faire plus tard fut reçue avec\nfaveur dans plusieurs villes, notamment à Vienne, à Dresde et à Weimar.\n(La fin prochainement.)\n\nADOLPHE JULLIEN."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "44", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.40", "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nFAITS DIVERS\nONSIEUR Campocasso, qui avait été nommé directeur du\nThéâtre-Lyrique en remplacement de M. Arsène Hous-\nsaye, démissionnaire, vient également d'adresser sa dé-\nmission à M. le Ministre de l'instruction publique et\ndes beaux-arts. .\nLes terrains de l'ancien Opéra, qui n'ont pas trouvé\nd'acquéreurs à l'adjudication du 17 juillet dernier, sont\nde nouveau mis en vente. L'adjudication de ces huit lots aura lieu le samedi\n6 novembre prochain.\nSix lots se trouvent en bordure de la rue Chauchat prolongée; un autre\nlot se trouve rue Rossini et le dernier est situé rue Le Peletier, au coin de\nl'ancien passage.\nVoici la superficie de ces divers lots avec la mise à prix :\nIlot n° I. Lot i. rue Rossini 17 mètres de façade : superficie,\n373 m. 05. Mise à prix : 209,000 fr.\nLot 2. Situé au coin de la rue Rossini et de la rue Chauchat prolongée\nfaçade : rue Rossini, 19 m,j façade : rue Chauchat, 23 m. 02. Superficie :\n471 m. 88. Mise à prix : 302,000 fr.\nLot 3. Rue Chauchat façade 16 m. 75. Superficie : 450 m. 12. Mise à\nprix : 248,000 fr.\nLot 4. rue Chauchat façade 16 m. 226. Superficie : 491 m. 48.\nMise à prix : 271,000 fr.\nLes trois lots suivants se trouvent rue Chauchat, à droite :\nollot n° H* Lot 5. Rues Rossini et Chauchat, avec façade respective de\ni 3 m. G 49 et 20 m. 996; superficie : 400 m. 06; mise à prix : 256,000 fr.\nLot 6. Façade, 17 mètres; superficie, 410 m. 98; mise à prix :\n231,000 fr.\nLot 7. Façade, 18 mètres ; superficie, 435 m. 58; mise à prix\n240,000 fr.\n.86 et dernier lot, attenant au lot précédent. Façade sur la rue Le Pele- *\ntier : i 5 m. 102 ; superficie, 406 m. 19 ; mise à prix : 240,000 fr.\nLa première vacation a produit 1,699,500 francs pour 6 lots."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "45", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.41", "texte": "VARIA\n\nPour remplir les formalités préalables à son entrée en possession, l'adjudi-\ncataire aura un délai d'un mois pendant lequel il ne payera pas d intérêts.\nLe prix principal de l'adjudication sera divisé en cinquièmes et payé, savoir :\nle premier cinquième dans le mois à partir du jour de 1 adjudication et les\nquatre autres cinquièmes d'année en année, à partir de 1 expiration du terme\naccordé pour le payement du premier cinquième.\nL'adjudicataire payera les droits de timbre et d'enregistrement du procès-\nverbal d'adjudication et des annonces.\nLe droit d'enregistrement n'est que de 2 fr. 5o p. 100 du prix de l'adjudi-\ncation, décimes compris.\nAlard, le célèbre violoniste, vient de donner sa démission de professeur\ndu Conservatoire, après trente-trois ans d'exercice, pendant lesquels il a\nformé un nombre considérable d'élèves.\nOn ne sait encore qui le remplacera. Trois noms seront mis en avant :\nceux de MM. Mauzin, Chaîne et Sarasate.\n%\nMme Viardot quitte aussi le Conservatoire, où elle était professeur de\nchant depuis quatre ans.\nNous empruntons à notre confrère François Oswald, du Gaulois, le récit\nsuivant :\nNous traduisons de la Chronique américaine du Wiekly Messingcr, de\nZanesville (Ohio), le fait suivant, auquel une des œuvres de Gounod, Faust,\nqu'on joue en ce moment, imprime un cachet d'actualité effrayante et qui\nfournit en même temps un échantillon de la manière dont les Italiens, en\nAmérique, entendent la « poésie » du duel.\nVoici cet à-propos tragique :\n« Un événement dramatique inouï a mis cette semaine toute Ja petite cité\nde Zanesville en émoi.\n« Nous possédons ici depuis quelque temps une compagnie lyrique ita-\nlienne qui joue le répertoire connu. Parmi les artistes de cette troupe, il y a\nla basse Giulio et le baryton Pacassi, qui s'étaient pris de rivalité amoureuse\npour les beaux yeux de la signora Arapella, prima-donna.\na II paraît que Giulio tenait la corde dans les bonnes grâces de la diva et\nne se gênait pas pour en taquiner son rival chaque fois qu'il en trouvait l'oc-\ncasion. De là des mots vils, des querelles et, finalement, une haine qui, allant\ncroissant, ne présageait rien de bon. Déjà, à deux ou trois reprises, les cama-\nrades avaient dû intervenir pour empêcher des rencontres sérieuses.\n« Mercredi, cependant, les deux rivaux s'étaient livrés à une dispute plus\nviolente que d'habitude, et le baryton Pacassi avait fini par provoquer la\nbasse Giulio à un duel à mort. Or, Giulio, artiste jusqu'au bout des ongles,\ntenait à donner au cartel un cachet dramatique inusité. Il accepta le duel,\nmais sous certaines conditions, auxquelles Pacassi souscrivit...\n« Et voici ce qui arriva :\n« Le lendemain, la troupe donnait Faust, de Gounod, traduit en italien.\nGiulio remplissait le rôle de Méphistophélès, et Pacassi celui de Valentin. On"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "46", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.42", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nsait qu'au cinquième tableau, Faust a un duel avec Valentin, mais que c est\nl'épée infernale de Méphistophélès qui achève le frère de Marguerite.\nEh bien, c'était ce passage que les deux rivaux avaient choisi pour vider\nleur affaire personnelle en pleine scène, et sous les yeux d'un public qui\nignorait le premier mot du dissentiment de nos artistes.\n« Jamais nous n'avons assisté à un spectacle pareil.\n« Quand Pacassi-Valentin est sorti de la demeure de Marguerite, il est\ntombé en garde contre Giulio-Méphisto, et les deux hommes se sont mis à\nferrailler avec une rage que le public a pris pour monnaie courante. Les\napplaudissements et les trépignements montaient jusqu'au délire. De mémoire\nd'habitué, on n'avait vu deux artistes se charger avec tant d'animosité et\nd'emportement.\n« Tout à coup, cependant, il y eut dans la salle un cri de stupéfaction\nindignée : Méphistophélès venait de recevoir à bout portant une botte terrible\ndu soldat Valentin, et chancelait en arrière, pour s'affaisser entre les bras de\nFaust... Cette péripétie n'était pas dans la pièce, et le public connaisseur\ns'apprêtait à siffler la « bévue » quand il se passa, sur la scène, un tohu-bohu\nextraordinaire : figurants, comparses et acteurs se précipitaient vers la basse\nGiulio en levant les bras au ciel et en jetant des cris d'alarme, pendant que\nla signora Arapella, costumée en Marguerite, accourut et se jeta en sanglo-\ntant sur le corps de son Giulio convulsionnant, sur le plancher du théâtre.\n« On comprit alors que le duel avait été on ne peut plus sérieux et que\nPacassi venait de tuer son heureux rival en plein opéra et sous les yeux du\npublic\n« L'émoi fut indescriptible.\n« Des policemen s'élancèrent sur la scène et l'on baissa le rideau, pendant\nque Marguerite, folle de douleur, recueillait le dernier soupir de l'infortuné\nMéphisto et que les détectives garrottaient Valentin pour le conduire en\nprison... »\nOn parlera longtemps, à Zanesville, de ce coup de théâtre aussi sanglant\nqu'imprévu.\nNous le croyons sans peine.\n\nNOUVELLES\n\nARIS. Opéra. M. Faure est encore indisposé; il ne pourra re-\nprendre son service que dans quelque temps.\nLe baryton Lassalle est réserviste. Dès son retour on reprendra\nHamlet avec mademoiselle de Reszké.\nM. Léon Achard, dont le congé est expiré, répète actuellement les\nHuguenots.\nM. Gally, le jeune lauréat du Conservatoire qui devait faire ses débuts dans\ncet opéra, est forcé d'entrer dans les rangs de l'armée pour faire l'année du\nvolontariat. Il n'a pu, dit-on, obtenir un congé."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "47", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.43", "texte": "VARIA\n\nL'audition du Dimitri, opéra de M. Joncières, aeu lieu le 23 septembre\ncomme nous l'avions annoncé. La presse n'ayant pas été convoquée, nous ne\npouvons dire si la musique de notre contrère a été bien accueillie.\nCependant on annonce que madame Carvalho aurait demandé à l'auteur\nde chanter le principal rôle. Gela serait de bon augure.\nIl paraîtrait que, d'accord avec madame de Mac-Mahon, madame Ade-\nlina Patti a remis au printemps prochain la représentation au bénéfice des\ninondés, dont nous avions parlé dans un précédent numéro.\nLa célèbre cantatrice se ferait entendre dans Rigoletto.\nM. Halanzier a engagé un baryton, M. Gresse, qui débutera dans le rôle\nde Saint-Bris des Huguenots.\nOpéra-Comique. Les répétitions générales du Val d'Andorre touchent\nà leur fin. La première représentation sera donnée vers le milieu de la se-\nmaine prochaine.\nC'est M. Nicot qui remplira le rôle de Saturnin, primitivement distribué\nà M. Caisso. Enfin on assure que M. Montjauze chantera le rôle de Stéphane.\nA l'Opéra-Comique, les répétitions de la Statue, de M. Reyer, commen-\nceront le mois prochain.\nMontjauze a été spécialement engagé par M. du Locle pour chanter le\nrôle qu'il a créé à l'ancien Théâtre-Lyrique, et c'est mademoiselle Chapuy\nqui succédera à mademoiselle Baretta dans le rôle de l'héroïne.\nOn parle aussi de reprendre le Voyage en Chine.\nC'est Ismaël qui jouera le rôle de Pompery, créé par Couderc. Le rôle de\nRonsenville, qui fut dans l'origine joué par Sainte-Foy, aura cette fois Pon-\nchard pour interprète.\nA propos de Couderc, nous apprenons avec plaisir que le sympathique\nchanteur est en bonne voie de guérison. Il a quitté la maison de santé du\ndocteur Dubois.\nLes répétitions de Piccolino) le nouvel opéra comique de MM. Sardou et\nGuiraud, sont poussées activement.\nThéâtre^ltalien. M. Léon Escudier commencera ses représentations le\nler1er avril prochain. La Messe de Requiem de Verdi sera donnée six fois, et\nAida dix-huit fois.\nLa direction des choeurs est confiée à M. Raoul Pugno.\nVerdi conduira l'orchestre tous les soirs.\nL'année suivante, M. Escudier nous fera entendre la del destino.\nGaîté. La première représentation du Voyage dans la Lune est fixée au\n2 5 octobre.\nLe baryton Devoyod, que nous avons entendu à l'Opéra et qui, depuis\ndeux ou trois ans, a obtenu de grands succès à la Monnaie, de Bruxelles\nvient d'être engagé à la Gaîté pour l'hiver de 1876.\nM. Devoyod créera un rôle dans Paul et Virginie."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "48", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751001-01.1.44", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\nPans. Alcan-Lévy, rue de Latayette, bi.\nl'ropviétaire-Gérant : HEULHodcEJD.\n\nFolies-Dramatiques. M. Cantin vient de recevoir une opérette de\nM. Darder titre : la Nuit aux baisers.\nSalle Taitbout. L'ouverture du théâtre Taitbout aura lieu vers le 2 5 oc-\ntobre. La Cruche cassée sera interprétée par :\nColette Mmes Chaumont\nElmire Périer\nJavotte Montaland\nOmphale Darcourt\nHector Debreux\nBatistine Liona.\nMarcaillou MM. Bonnet\nSaint-Pourçain Luguet\nDe la Jugulaire Emmanuel\nChalumeau Mercier\nUn tabellion Galabert\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}