{"numero_id": "bm-bmtnabc-1875-10-15-01", "volume": "bmtnabc_1875-10-15_01", "ocr_sha256": "ffa74796e72810b94978945ba98b4cb1aedf0f490e4fb1f79030804ce536915c", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabc/issues/1875/10/15_01/bmtnabc_1875-10-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabc/issues/1875/10/15_01/bmtnabc_1875-10-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabc-1875-10-15-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-10-15_01#c001", "volume": "bmtnabc_1875-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "[49]", "page_fin": "58", "image_debut": 1, "image_fin": 10, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.2.1", "titre_corps": "LA TROMPETTE", "titre_sommaire": "LA TROMPETTE", "signature_source": "ALFRED GUICHON", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[49]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.1", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 600, "texte": "LA TROMPETTE\n\nA Trompette est la sœur du Tambour : son his-\ntoire pourrait s'écrire avec du sang. Chez tous\nles peuples, elle a été le témoin provocateur\ndes batailles.\nOn danse au son du violon\nOu bien au son de la musette,\nMais quand retentit le canon,\nLa parole est à la Trompette.\nCet instrument guerrier est la plus violente antithèse du paisible haut-\nbois.\nLa trompette se trouve partout où existent des hommes en société : elle\nest comme l'indice de la civilisation, elle se mêle à toutes les institutions\npolitiques et religieuses, elle préside à toutes les cérémonies et à toutes\nles fêtes."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "50", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.2", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2308, "texte": "Elle déclare la guerre, donne le signal des combats, sonne la retraite\ndes vaincus. Dans les jeux et les fêtes, elle applaudit par ses fanfares à la\nvictoire de ceux qui reçoivent des couronnes. On peut appliquer à la\ntrompette ce que Boileau a dit de l'ode :\nAux athlètes de Pise elle ouvre la barrière,\nChante un vainqueur poudreux\nDans les tournois, elle suivait l'heureux chevalier qui allait recevoir\nle prix de la main des dames.\nElle précède les conquérants, annonce l'arrivée ou les entrevues des\nsouverains, assiste à leurs traites, pour ainsi dire a leuis serments, elle\nannonce aussi la naissance des grands et des puissants de la terre, et les\naccompagne au tombeau.\nDernièrement, quand le lord maire vint à Paris, toutes les fois qu'il\nmontait dans son carosse ou qu'il en descendait, une sonnerie de trom-\npettes se faisait entendre.\nLes peuples les plus éclairés de l'antiquité eurent pour cet instrument\nla plus haute estime. Les emblèmes qui constituent l'art de l'iconologie\nen font foi. On y voit toujours la trompette placée dans la main des dieux,\nsoit dans celle des prêtres, soit dans celle des héros ou autres personnages\ndistingués.\nLes effets de la trompette sont grands et sublimes! Et, comme le fait\nremarquer le célèbre Dauverné :\n« C'est le seul instrument dont le nom ait été prononcé par la bouche de\nl'Éternel (Livre des nombres,ch. x, verset n), que Dieu ait désigné à Moïse,\nqu'il ait fait entendre aux Israélites du haut du mont Sinaï, afin que le peuple\nen fît usage par son ordre, celui enfin qui doit réveiller le genre humain du\nsommeil de la mort. »\nIl est fait mention dans l'Apocalypse des sept anges aux sept trom-\npettes. La trompette de Jéricho a fait le sujet de nombreux commen-\ntaires; à cet égard, nous citerons l'opinion du . de\ngustin et de quelques autres pères de 1 Église, qui pensent que la chute\ndes murs de Jéricho est un fait tout naturel, dû au son des instruments\ndont Gédéon avait fait munir, par ordre de Dieu, les Israélites.\nLa trompette est universelle ; tous les poètes lui donnent une place\ndans leurs oeuvres :\n« Foin du diable qui m'a fait tomber? Comment feront les lances polo-\nnaises, comment feront les sabres polonais pour se frayer un chemin a travers\nle tourbillon des combats aux sons d'une autre trompette?"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "51", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.3", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2636, "texte": "« Que de fois rrai-je point galopé à leur tête au milieu des tonnerres gron-\ndants! Que de fois n'ai-je pas espéré de faire résonner ma trompette dans\nl'air affranchi !\n« Je l'ai espéré, lorsque la mort sanglante volait sur les boulets sifflants; je\nl'ai espéré, lorsqu'elle grinçait à mon oreille sa menace farouche; je l'ai\nespéré.... et je me suis trompé!\n« Afin que mon âme ait moins de peine à quitter mon corps, camarades, je\nvous en supplie, saisissez ma trompette, et jouez-moi cet air que vous savez\nsi bien : « La Pologne n'est pas encore morte! »\n« Oui, jouez-moi cet air, ou ne m'en jouez pas, mais aidez-moi à l'y souffler\nmoi-même avec ma dernière haleine! puis rendez-moi l'instrument. Au jour\ndu dernier jugement, cette trompette me servira.\n« Car, lorsque Dieu criera aux hommes de se lever de terre, lorsqu'il char-\ngera l'épouvante de les faire sortir de leurs tombeaux, il faudra bien qu'il\ncommence par réveiller les trompettes dans leurs cercueils.\n« Quelle joie ce sera, camarades! Gomme alors je m'empresserai de secouer\nla terre qui recouvrira mon corps, pour réveiller aux sons de ma trompette\ntous les peuples de la terre et pour les exciter contre les ennemis. »\nLa mort du Trompette. GEORGE HERWEGH.\nTout porte à croire que l'origine de cet instrument remonte au-delà\ndu déluge. On attribue son invention à Jubal, dont le frère Tubalcaïn\nconnaissait l'art de fondre et de travailler les métaux.\nLe savant Villoteau, dans son bel ouvrage intitulé : Recherches sur\nl'analogie de la musique avec les arts qui ont pour objet limitation du\nlangage, prouve évidemment que Jubal, aidé de son frère Tubalcaïn,\navait inventé non-seulement les instruments à cordes, mais aussi la\ntrompette de métal.\nQuelques auteurs en attribueraient l'invention, soit à Mezraïm, fils\nde Cham, lequel vint après le déluge peupler la Thébaïde, soit à Ménès,\nfondateur de Memphis et premier roi d'Égypte.\nThubal, chef des Ibères pyrénéens, d'origine celtique, aurait inventé\nles cornets ou trompes, au son desquels ces nomades pasteurs rassem-\nblaient leurs troupeaux.\nNe semble-t-il pas que l'idée de la trompette dût se présenter naturel-\nlement à quiconque s'avisa de souffler dans une corne de bœuf ou de\nbélier perforée, dans un roseau percé ou dans une conque ouverte aux\ndeux extrémités de son hélice?\nLes rabbins prétendent que la première trompette, ou plus exactement\nle premier cornet à bouquin (keren), fut une des cornes du bélier immolé\nà Dieu par Abraham au lieu de son fils Isaac. Il est avéré que le keren\nfut connu des patriarches.\nQuand l'usage des métaux fut établi, on substitua le cuivre à la corne,"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "52", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.4", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2121, "texte": "parce qu'on s'aperçut bientôt que ce métal sonore rendait un son puis-\nsant et incisif.\nLa trompette est tantôt appelée tuba, ou lituus, ou cornu, ou\ncfwa, etc.\nSonnant de la buccine,\nEt jouant des coulteaux.\nLucain expose, dans un seul vers, la différence du son de la tuba et du\nlituus :\nStridor lituum, clangorque tubarum.\nSénèque, dans son Œdipe, indique également la différence qui existe\nentre la buccine ou corne d'airain et le lituus :\nSonuitque reflexo classicum cornu,\nLituusque adunco stridulos cantus\nElisit aere.\nEn Suisse et dans le Tyrol, on voit encore aujourd'hui, chez les pay-\nsans, des trompettes faites d'écorce d'arbre, et elles y sont de la plus\nhaute antiquité.\nM. de Bavante, dans son Histoire des ducs de Bourgogne, fait men-\ntion de trompettes de bois que les Suisses firent entendre à l'armée des\nBourguignons, et dont le son effrayant mit cette armée en déroute.\nLe cor des Alpes, très usité encore aujourd'hui sur les montagnes de la\nSuisse, est un tube de bois long de deux à quatre mètres, dont l'extrémité\nforme un évasement qui, lorsqu'on joue, repose sur le sol. L'embouchure\nest celle du trombonne ou de l'ophicléide. Le son rappelle le mugisse-\nment du taureau. Cet instrument est harmonique. Les bergers emploient\nle cor des Alpes pour se donner des signaux d'une montagne à l'autre,\net aussi pour faire parler les échos.\nIl y a à Thoune, dans le canton de Berne, une maison qui fabrique\nspécialement ce rude instrument. De même que Martigny en Valais fait\nune grande exportation de cornets à bouquin.\nJusqu'au temps de l'invasion romaine, les contrées du Nord de l'Eu-\nrope avaient fréquemment retenti du son effroyable de cornes gigan-\ntesques, dépouilles de diverses espèces de taureaux sauvages ou de buffles\nerrant par troupes innombrables dans leurs vastes forêts.\nEn sorte qu'il y avait dans la seule Hibernie (Irlande) sept sortes de\ntrompettes, parmi lesquelles le stuic ou stoc offrait la singularité d'une\nlarge ouverture pratiquée sur le côté de son tube d'airain fort court.\n• /\nLes habitants de la Calédonie (Ecosse) adaptèrent le tube d'airain à"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "53", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.5", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2277, "texte": "une sorte de cornemuse dont le son retentissant excitait leur ardeur guer-\nrière.\nUne trompe gigantesque a été baptisée par les Uranais : le taureau\nd'Uri. Un instrument du même genre, remarquable aussi par sa dimen-\nsion, porte le nom de vache iï Unterivald.\nLes Hébreux, qui avaient conservé la tradition antédiluvienne, n'appe-\nlaient pas la Trompette Tuba, mais\ndes prêtres; le Schophar était celle des armées. Le son de ces trompettes\nremplit de terreur l'armée de Jéroboam et donna une victoire complète\nà roi de Judas. Saul fit entendre le son du Schophar en signe de\ntriomphe. Joab, général de l'armée du roi David, sonna lui-même la re-\ntraite pour arrêter l'impétuosité de ses troupes qui poursuivaient celles\nd'Abner.\nLes Egyptiens appelaient leur trompette Chnouè, les Grecs, Salpinx,\nnous-mêmes l'appelons trompette, diminutif de trompe, dérivé du grec\nStrombos, nom d'une sorte de coquille à l'imitation de laquelle on a\nfait la Trompe. Un coquillage s'appelle Buccin, et celui que Ton nomme\nTriton, figure comme un instrument de musique marine sur un grand\nnombre de bas-reliefs fort anciens.\nSelon le témoignage de M, de Guignard (i72s)les compagnies de fusi-\nliers de montagnes que l'on créa sous Louis XIV au commencement de\n1689 pour les opposer aux miquelets catalans, qui étaient au service des\nEspagnols, avaient dans chaque compagnie, au lieu d'un tambour, un\nCorneur, lequel dit cet auteur se servait d'une grosse coquille de limaçon\nde mer; de sorte que lorsque ces compagnies qui étaient au nombre de\ncent marchaient ensemble, cela formait un bruit champêtre étonnant et\ncependant martial.\nLes Juifs ont conservé l'usage de la trompette dans les grandes syna-\ngogues; pendant le mois à'Elul ou de la Pénitence, la trompette sonne\nmatin et soir>\nChez les Egyptiens elle s'appelle Surmé; c'est le plus bruyant de leurs\ninstruments à vent.\nLes Arabes ont le Néphyr.\nAux Indes, il y en a quatre sortes. Le Bouri, qui serait fort long s'il\nn'était pas replié par le milieu, et qui se termine par un large pavillon.\nLa seconde, appelée : Cambau; elle n'est doublée qu'en un seul tour\nvers le milieu.\nLa troisième, nommée Toutaré, a la forme d'un immense cornet; et\nla quatrième, Kerena, longue de quinze pieds, et rendant un son très\néclatant."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "54", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.6", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2328, "texte": "Les Indous se servent encore d'une trompette appelée Baunk; cet\ninstrument peut se comparer à notre trompette ; il est ordinairement\ncouvert d'un beau vernis rouge.\nLes Chinois et les Tartares ont le Ja ou Lapa, grand tube long de\nneuf pieds, puis une trompette de bois appelée : Ou-tong-cliu, dont la\nforme est celle d'une cloche de trois pieds de longueur et entourée de\ncercles d'or,\nLes Persans ont le Kereney; c'est le principal instrument des musi-\nques militaires.\nLes Turcs, le Boru, trompette d'étain.\nLes trompettes de la Côte de Guinée sont faites avec des dents d'élé-\nphant; il y en a qui pèsent plus de trente livres. Le son de cet instrument\nest étrange.\nDans TAbyssinie, la trompette est faite d'un morceau de roseau de\ncinq pieds de long avec une ouverture large d'environ un demi pouce ; à\nce long bâton se trouve fixé le cou d'une courge qui a précisément la\nforme du pavillon de notre trompette. Cette partie est ornée de petites\ncoquilles blanches, et la totalité de l'instrument est revêtue de par-\nchemin.\nLes Fellatahs ont aussi une trompette longue de douze à quatorze\n\">ieds; elle est faite de morceaux de bois creux avec une embouchure\nd'airain, elle rappellerait ainsi le Cor des Alpes.\nAu Paraguay, chez les Abiponès, l'écaillé de la queue de l'armadille\ndevient entre leurs mains une trompette bruyante.\nAujourd'hui on trouve au Mexique, au Pérou, au Brésil, dans les\nEtats-Unis, au Canada et chez la plupart des peuples des deux Améri-\nques, l'usage de la trompette tel que nous nous en servons.\n« Ce fut sous Louis XII, vers la fin du quinzième siècle, qu'un Français\nnommé Maurin donna à la Trompette sa forme actuelle.\n« Les Trompettes droites, longues de près de six pieds, étaient trop in-\ncommodes pour qu'on ne cherchât pas à en changer la forme, aussi vit-on,\ndès le quinzième siècle, des trompettes doubles ou à tiges repliées.\n« On courbait la tige de diverses façons, quelquefois elle ne formait qu'un\nsimple anneau en tortille, ou bien cette tige était repliée plusieurs fois en\nzig-zag, la seconde courbure étant en sens inverse de la première; enfin cette\ntige, partagée en plusieurs branches, était courbée en deux endroits nommés\npotence; c'est la Trompette de guerre.\n« DE PONTÉCOULANT. »\nHenxner rapporte qu'en Angleterre la reine Elisabeth faisait jouer à"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "55", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.7", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2321, "texte": "l'heure de son dîner dou%e trompettes,deux timbales accompagnées de\nfifres, cornets et tambours.\nL'Archange Gabriel a été considéré comme le patron des trompettistes.\nTous les ans on célébrait une féte en son honneur au son des trompettes\n%\net des timbales.\nEn 1730, on célébra à Vienne le Jubilé de la confirmation du privilège\naccordé aux trompettistes en i 630 par Ferdinand 11.\nDès le treizième siècle, et même bien auparavant, les différentes sortes\nde trompettes se trouvent souvent désignées par les vieux chroniqueurs\n\"qui ont écrit en langue romane, sous les noms de\nCors, Cornets, Buisines, Buccines, Clarons, Claronceaux.\nLes trompettes dont on se servait dans les occasions solennelles étaient\nordinairement des instruments de prix. Car, lorsque le roi Charles V\nmarcha au devant de l'empereur Charles IV, il est dit que :\n« Les Trompettes du Roy, à trompes d'argent, à panonceaux brodés, de-\nvant aloient qui pour faire les gens avancier, par foiz trompoient.\n« CHRISTINE DE PISAN. »\nPar ordre de Louis XIV, Lully composa des morceaux de trompettes\net timbales à l'usage des carrousels.\nLe plus ancien monument qui constate l'authenticité de l'emploi de\ncet instrument dans les orchestres, est l'opéra d'Orfeo composé par Mon-\nteverdeen 1607.\nLa seconde exhibition des trompettes dans la musique de théâtre en\nFrance eut lieu en 1674 dans l'opéra ciAlceste, de Qiiinault et Lully.\nL'emploi des trompettes dans la musique d'église date d'une époque\ndéjà reculée; les compositions célèbres de Haendel, de Bach et autres,\nont une autorité incontestable, car ces grands maîtres ont écrit des\noratorios dans lesquels il existe des parties de trompettes récitantes\nd'une difficulté prodigieuse sous le rapport de l'élévation des notes.\nSignalons la partie de trompettes dans l'andante d'introduction d'lphi-\ngénie en Tauridede Gluck.\nDu temps de Mozart,la trompette avait déjà pris une autre direction,\nla preuve est que ce maestro sentit la nécessité de modifier certains effets\nde cet instrument dans les oratorios du Messie et des Fêtes d'Alexandre\nde Haendel.\nCe n'est que vers 1770 qu'on se servit en France de trompettes à peu\nprès perfectionnées, c'est-à-dire, avec corps de rechange que les frères\nBraun, habiles trompettistes attachés à l'Académie royale de Musique,\napportèrent d'Allemagne."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "56", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.8", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2479, "texte": "Plus tard on agrandit encore le domaine de l'instrument en y ajoutant\nles sons du sol aigu, ré bémol, si naturel, la naturel, et la bémol grave,\ndont nous devons d'abord les prémices si heureuses de leur emploi au\ngénie et à la sagacité des Rossini, des Auber, des Carafa_, des Meyer-\nbeer, des Halévy, des Ambroise Thomas, qui en ont donné l'exemple\ndans leurs chefs-d'œuvre. Berlioz lui donne un rôle important dans le\nTuba mirum de son Requiem, Beethoven dansl'andante de la symphonie\nen la.\nQuoique, à notre avis, la seule vraie trompette soit la trompette droite,\nsans cylindres et sans pistons, nous mentionnerons la trompette à pis-\ntons qui fut employée en 1827 dans l'opéra de Macbethdz la composition\nde M. Chelard, qui n'eut que peu de représentations à cause de l'appari-\ntion du Moïse de Rossini.\nCe n'est que deux années plus tard,en 1829, dans l'opéra de Guillaume\nTell3 que reparut de nouveau la trompette à pistons, pour y figurer en-\nsuite dans divers ouvrages, notamment dans Robert le Diable, la Juive,\nles Huguenots, Obéron, Fra Diavolo, etc.\nC'est depuis peu d'années seulement et sous la direction de Chérubini\nque la trompette et le trombone, qui cependant avaient déjà conquis\nune place importante dans nos orchestres, furent enfin relevés de l'oubli\noù les avaient laissés les directions précédentes du Conservatoire de Mu-\nsique de Paris.\nEn 1833 et 1836, Chérubini obtint de la munificence du gouverne-\nment l'autorisation et les moyens de fonder une classe spéciale pour\nl'enseignement de chacun de ces instruments, jadis relégués dans l'arsenal\nde la guerre.\nCe fut Dauvernés qui le premier inaugura la classe de trompette, et\nla méthode savante qu'il écrivit est adoptée par le Conservatoire de Mu-\nsique comme étant l'œuvre la plus parfaite en ce genre.\nAprès le décès de cet excellent professeur, il appartenait à M. Cerclier\nde continuer l'œuvre commencée.\nM. Cerclier est un habile artiste trompettiste, et comme chanteur il\nremporta des couronnes en jouant le grand opéra à Turin, à Florence, à\nLivourne et à Vérone, où il tenait l'emploi de primo tenore di cartello\nsous le nom de Maggiorelli.\nLe mécanisme de la trompette simple en apparence ne laisse pas que de\nprésenter d'assez grandes difficultés, car, privée de l'avantage du doigté dont\njouissent les autres instruments à vent, la trompette doit parcourir l'échelle\nde ses sons par la seule pression de l'embouchure sur les lèvres, proportion-\nnellement graduée."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "57", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.9", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2611, "texte": "Le son de la trompette est bien capable de saisir et d'entraîner tous les êtres\ndoués de quelque sensibilité.\nSon timbre clair et argentin n'est pas dépourvu d'agrément, même pour\ndes oreilles délicates, si l'on en sonne avec art, mais cet art ne s'acquiert que\npar de laborieuses études, car la nature rebelle de l'instrument exige une\ngrande aptitude, jointe à une volonté persévérante pour s'en rendre maître.\nOn se ferait de la trompette une idée incomplète, affirme Dauverné, si\nl'on ne concevait qu'elle joint à la sublimité et à l'éclat incisif qui appar-\ntiennent essentiellement au type originel et fondamental de l'instrument,\nlequel électrise pour ainsi dire les hommes et les chevaux sur un champ\nde bataille, d'autres qualités variées et même entièrement opposées.\nNous pourrions citer nombre de passages où l'introduction de la trom-\npette a produit les plus heureux effets sans troubler le calme et sans\naltérer la douceur qui doivent régner.\n« Le changement de tonalité apporté par chacun des corps de rechange\ndonne au compositeur la possibilité d'obtenir la variété des timbres dont il\npeut avoir besoin pour nuancer et colorer diversement ses effets. »\nLe rôle de la trompette à l'orchestre, comme dans les corps de musique,\nest important, non qu'il y ait beaucoup à faire, mais parce que la moin-\ndre rentrée, la moindre attaque est presque toujours en dehors, et de-\nmande de la part de l'exécutant une grande sûreté de lèvres et une oreille\nconstamment tendue vers la justesse.\nOn travaillera donc avec soin la qualité du son qui doit être pur et\njamais cuivré, et l'attaque qui doit être franche sans dureté.\nLa trompette est employée avec succès dans l'accompagnement des\nchœurs et dans les finals. Supposons le compositeur à bout d'effets nou-\nveaux. Il a usé de toutes les ressources que lui offrent les cornets, les\ncors, les trombones, les timbales, le tambour, la grosse caisse et cym-\nbales, où trouvera-t-il un crescendo au tutta for^a?\nIl lui reste Ventrée des deux trompettes, et le but qu'il se propose sera\natteint.\n« Non, le principe originel de la Trompette ne doit point être effacé par\nles inventions modernes des pistons et des cylindres, qui ont donné naissance\nà de nouveaux instruments, qui peuvent servir, il est vrai, à enrichir l'ins-\ntrumentation, mais ne remplaceront jamais, sous le rapport de la pureté et de\nla clarté du son, la Trompette naturelle, tant appréciée dans sa simplicité par\nles compositeurs d'intelligence et de goût, et dont je comparerai généralement\nl'emploi dans les partitions, à une couleur vive et éclatante placée sur la pa-"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "58", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.10", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1095, "texte": "lette du peintre, qui ne s'en sert que de temps en temps pour obtenir de bril-\nlantes lumières.\n« DAU VERNE. »\nAinsi dans un orchestre où la trompette éclate,\nNe vous semble-t-il pas devant vos yeux surpris\nVoir tout à coup briller la couleur écarlate?\nSanglant appel de guerre à Vardent coloris.\nLa trompette est l'hôte des hauts sommets.\nCe qu'elle veut, c'est la proclamation de la victoire : elle est orgueilleuse\npar tempérament, résumant toutes les qualités d'une voix de signal, elle\nexige une réponse.\nLa trompette est l'interprète des violences de couleurs de l'aurore, le\ncor lui présente l'opposition du crépuscule.\nSon timbre strident est un appel aux armes, comme le roulement du\ntambour est un écho à ses éclairs déchaînés. Sursum corda, tel est son\ncri. Elle résume l'énergie, la vigilance et l'héroïsme martial.\nAu théâtre, à sa parole, les apparitions voilées de magie s'enfuient\népouvantées, fantômes terrassés par la lumière.\nAu son de la trompette, tout se dévoile, le rideau du temple se déchire,\net l'apothéose surgit des catacombes.\n\nALFRED GUICHON."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-10-15-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-10-15_01#c005", "volume": "bmtnabc_1875-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "59", "page_fin": "70", "image_debut": 11, "image_fin": 22, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.2.2", "titre_corps": "LES COMMENCEMENTS DE SPONTINI 1774-1807", "titre_sommaire": "LES COMMENCEMENTS DE SPONTINI 1774-1807", "signature_source": "ADOLPHE JULLIEN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 11, "page_imprimee": "59", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.11", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1010, "texte": "LES\nCOMMENCEMENTS DE SPONTINI\n1774-1807\n\n(1) Voir le numéro du ier octobre.\n\n(I)\nETTE réussite honorable fut suivie d'un échec. Il s'a-\ngit de Julie ou le Pot de fleurs, représenté à l'Opéra-\nComique le mardi 12 mars iBos, et dont l'insuccès\ndoit être attribué moins encore à la musique incolore\nde Spontini qu'au misérable livret de Jars.\nMondor, M. Chenard.\nJulie, sa nièce, M 1 Desbordes.\nVerseuil, ami de Mondor, M. Solié.\nValcour, jeune officier, M. Elleviou.\nChampagne, valet de Mondor, M. Allaire.\nLa presse et le public firent à cette pièce un accueil des plus froids. Le\nrédacteur du Journal de Paris en parle sur un ton dégagé qui montre\nquelle misère c'était à ses yeux, ce Bien que la chute d'un pot de fleurs\nsoit en quelque sorte le sujet de la pièce, le Pot de fleurs ri est pas\ntombé, et ceux à qui nous empruntons ce joli calembourg, auraient pu\najouter : bien que le Pot de fleurs soit fort peu de chose, ce n'était pas\nune pièce à jeter par les fenêtres.... Il y a des morceaux gracieux dans"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "60", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.12", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2850, "texte": "la musique. L'ouverture est d'un genre neuf. La romance moitié guer-\nrière, moitié galante, que chante Valcour, a un caractère très piquant.\nOn a fait répéter le dernier couplet. Mademoiselle Desbordes, chargée\ndu rôle de Julie, s'en est tirée à merveille. Cette jeune actrice a un vrai\ntalent. Elleviou joue très bien le rôle de Valcour et chante parfaitement\nsa romance. En général, la pièce est bien montée. »\nAux Débats, Geoffroy est plus solennel sans être plus bienveillant :\n« L'ouverture est jolie et très-courte, les couplets que chante Elleviou et\nle petit duo qui leur succède, un autre duo entre l'oncle et la nièce, la\nromance et le quatuor de la fin, ne sont pas sans mérite; mais l'air où\nmademoiselle Desbordes dit qu'elle a du caractère, les réflexions musi-\ncales de Chenard et Solié, sont au-dessous du médiocre : en tout, peu de\nmusique. Elle avait d'abord été composée par M. Fay, ancien acteur de\nce théâtre ; la société comique n'a point voulu de M. Fay pour son mu-\nsicien ; peut-êtie eût-elle bien fait de s'y tenir, quoique M. Fay ne soit\nni de Naples, ni de Malte ; elle s'est obstinée à exiger que la musique de\nM. Fay fût refaite par M. Spontini. C'est ainsi que les sociétaires de\nl'Opéra-Comique ont trouvé le secret de mécontenter M. Fay, sans\naucun avantage ni pour Spontini, ni pour le théâtre. »\nIl faut convenir que ces jugements sont assez justes.. Bien que la par-\ntition de Julie ait été gravée, honneur qu'on n'obtenait pas alors aussi\nfacilement qu'aujourd'hui, c'est un ouvrage des plus insignifiants, un\nseul morceau en a été conservé par les théâtres de vaudeville, c'est l'air :\nIl a donc fallu pour la gloire. Étant postérieur d'un an à Milton, cet\nopéra n'offre même pas l'intérêt que lui attribue Fétis de faire connaître\nle point de départ de Spontini, et, les partitions qu'il écrivit en Italie\nfaisant défaut, d'accuser la prodigieuse transformation qui s'opéra tout\nà coup dans ses facultés ( 1 ).\nLes insuccès répétés de la Petite maison et de Julie ne découragèrent\ncependant pas l'auteur de Milton. Plein de confiance en ses forces,, il\nse remit au travail et chercha l'oubli de ses déboires passés en s'absor-\nbant dans la conception musicale du beau poème de la Vestale, que\nJouy, cédant à ses prières, lui avait bravement remis au lendemain de\nson premier échec.\n\n(i) Fétis dit, en effet, que cette pièce avait été jouée d'abord un an plus tôt, à la\nfin de mars 1804, et que l'insuccès avait décidé Spontini à retirer sa partition pour\ny faire des changements. Julie serait ainsi le premier opéra français de Spontini, au\nHeu de la Petite maison, et cette représentation, en mars iBos, ne serait qu'une\nïeprise. C'est là une erreur : il suffit, en effet, de suivre les spectacles de chaque\njour donnés par les journaux du temps, pour s'assurer que Julie n'avait pas été"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "61", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.13", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2246, "texte": "III\nLA VESTALE\nDe Jouy avait eu le bonheur de voir sa pièce bien accueillie par le\ncomité de l'Académie impériale de musique, alors composé des sieurs\nBonet, directeur-président ; Desfaucherets, Legouvé, Desprez, hommes\nde lettres ; Monsigny, Rey, compositeurs ; Lainez, premier artiste du\nchant; Gardel, maître des ballets; Boutron, machiniste en chef; de\nMareuil, inspecteur général, et Le Craig, secrétaire général.\nUne copie de la décision du comité, en date du 28 messidor an XIII\n(17 juillet i8o5), avait été transmise à M. de Luçay, premier préfet du\nPalais, ayant la surveillance et la direction principale du Théâtre des\nArts. Peu de jours après, ce fonctionnaire recevait une lettre, datée de\nPlombières, et signée du secrétaire des commandements de l'impéra-\ntrice, qui lui parlait avec éloge de la partition de Spontini. Cette lettre\nne produisit pas encore un effet bien appréciable.\nA quelque temps de là, M. de Rémusat revenait à la charge et adres-\nsait à M. de Luçay la lettre suivante :\nSa Majesté l'lmpératrice me charge, mon cher ami, de vous recommander\nM. Spontini, qu'elle vient de s'attacher en qualité de compositeur de musique.\nCe compositeur a un opéra pour l'Académie impériale. Il désirerait bien que\nvous voulussiez le protéger ; vous connaissez son talent distingué, et comme\nje sais votre zèle pour rétablissement que vous administrez, je ne doute pas\nque vous ne vous fassiez un plaisir de concourir à donner au public le plaisir\nd'entendre une composition intéressante.\nAdieu, mon cher ami, je vous souhaite santé et plaisir. Pour moi, je pars\npour Vienne, où je serai, comme partout,\nVotre collègue et ami,\nRÉMUSAT.\nStrasbourg, le 6 frimaire, an XIV.\nSouple et flatteur comme le sont naturellement les Italiens, Spontini\navait su se glisser dans l'entourage de l'impératrice Joséphine et occuper\nbientôt un poste musical à la cour. Il avait dû abandonner successive-\n\njouée, même une fois, en mars 1804, et que la première représentation date seule-\nment de mars ißos. On peut trouver l'explication de l'erreur dans ce fait que la\nmusique, composée d'abord par Fay, avait été, comme nous l'apprend Geoffroy,\njugée inexécutable par les comédiens et remplacée par celle de Spontini."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "62", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.14", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3028, "texte": "ment ses leçons de chant pour se vouer entièrement à sa carrière dra-\nmatique, et sa place d'accompagnateur au théâtre, absolument incom-\npatible avec les fonctions de directeur de la musique de l'lmpératrice,\nque d'heureuses relations de société et peut-être aussi son habile dédi-\ncace de Milton lui avaient fait obtenir. Bien lui en prit d'ailleurs de sa-\ncrifier cette position à une autre place près de la souveraine, car il dut à\ncette place de pouvoir triompher des innombrables obstacles qu'on faisait\nsurgir devant lui, et il trouva dans la bonté naturelle de Joséphine une\nprotection active, sans laquelle il ne serait peut-être pas parvenu à faire\njouer la Vestale, partant à se faire connaître. Il ne négligeait d'ailleurs\naucune occasion d'attirer sur lui les regards d'une princesse déjà bien\ndisposée en sa faveur, et il ne manqua pas d'en saisir une excellente que\nlui offrit bientôt le destin des batailles.\nTous les théâtres de Paris s'empressèrent de célébrer la gloire de Napo-\nléon après la bataille d'Austerlitz (1). Spontini demanda aussitôt à\nBalocchi de lui fournir le texte d'une cantate intitulée /'Eccelsa Gara,\nqu'il se hâta de mettre en musique, et qui fut exécutée au théâtre de\nl'lmpératrice, le 8 février 1806. Le sujet de cette cantate mythologique\nétait d'une fadeur extrême. Apollon et Minerve, descendus aux Champs\nÉlysées, invitaient les plus illustres poètes de la Grèce, de Rome et de\nl'ltalie à exalter la gloire militaire de la France. Homère, Virgile et le\nTasse se disputaient vivement cet honneur; mais Apollon les mettait\nsagement d'accord en proclamant que ce n'était pas trop du Parnasse au\ngrand complet pour célébrer dignement les exploits du plus grand\nhomme des temps anciens et modernes, et, sur un signe de lui, les neuf\nmuses s'unissaient aux poètes pour chanter en chœur des hymnes où\nétaient accumulées toutes les hyperboles de la louange la plus folle.\nSi ce poème ne valait rien, la musique ne devait pas valoir grand\nchose; mais il était d'une adroite politique de ne pas critiquer trop\nvivement une œuvre conçue dans des intentions si louables. Aussi les\njournaux n'en disent-ils pas long, et le rédacteur du Journal de Paris\n\n(i) Les musiciens se mettaient aussi de la partie et faisaient grand bruit dans ce\nconcert de louanges. Lisez plutôt cette annonce mirifique, copiée dans un grand jour-\nnal du temps :\nMUSIQUE. LA GRANDE BATAILLE D'AUSTERLITZ, surnommée la Bataille des trois\nempereurs, fait historique, arrangée à grand orchestre et dédiée à S. A. I. Mons. le\nprince JOSEPH, grand électeur de l'Empire, par L. Jadin, membre du Conservatoire\nde musique. Prix : 9 fr.—NOTA. L'auteur s'est décidé, sur l'invitation de beaucoup\nd'amateurs, d'arranger à grand orchestre la Bataille d'Austerlitz, et le succès qu'elle\na obtenu du public pour le piano, est un garant pour celle que nous annonçons\naujourd'hui, qui réunit tout l'effet musical pour exprimer cette mémorable journée,\ngravée dans le cœur des Français. Elle se vend à Paris, etc."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "63", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.15", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2937, "texte": "s'exprime-t-il avec toute la circonspection d'un habile homme qui pré-\ntend ne pas aventurer son jugement sur une production quasi officielle.\nCette cantate a obtenu tout le succès qu'on peut attendre de ces sortes\nde compositions La musique, comme on sait, ne vit que de mouvements\net de contrastes. Dans YEccelsa Gara, le poète, inspiré par son sujet, a com-\nposé de fort bons vers; mais sur un fonds d'idées qui pouvait donner matière\nà un morceau d'ensemble, le compositeur en a fait neuf. Or, cette profusion\nde morceaux du même caractère devait paraître fastidieuse et c'est là ce qui\nest arrivé. L'effet n'en eût peut-être pas été aussi fâcheux, si tout à la fin de\nson ouvrage le poète n'eût pas fait réciter, par madame Canavassi-Garnier,\ncinquante à soixante vers de récitatif, qui ont fatigué le public et l'ont em-\npêché d'apprécier le finale, morceau fait pour le réveiller. En mettant à part\nces défauts et ces inconvénients qui tiennent à la chose, on a pu remarquer\ndans YEccelsa Gara plusieurs morceaux d'un très beau style. L'ouverture a\nfait beaucoup de plaisir; elle est élégante, gracieuse, légère : on a distingué,\ndans la première partie, un trio d'un superbe effet, bien chanté par madame\nCanavassi-Garnier, par Tarulli et par Barilli. Un grand air chanté par madame\nFerlendis, avec accompagnement de cor anglais, a aussi fait impression et a\nobtenu des applaudissements dont madame Ferlendis a mérité une bonne\npart par un chant sage, un très bon goût d'ornement et une excellente pro-\nnonciation. Enfin, le public a unanimement applaudi un quintetto de la\ndeuxième partie, où se trouvent de beaux effets d'orchestre et une distribu-\ntion brillante des parties vocales. Si cette partition, à laquelle manquent\nles effets des scènes et l'intérêt dramatique, a fait moins de sensation que les\nautres ouvrages de Spontini, ne doutons point que cet estimable compositeur,\nqui a déjà montré un véritable talent sur les scènes française et italienne,\nne sache bientôt prendre sa revanche et arracher des applaudissements à ses\njuges les plus sévères (1).\nL'impératrice avait été très touchée de ce délicat hommage comme\ndes applaudissements qu'il avait soulevés dans le public, et elle en témoi-\ngna sa reconnaissance à l'auteur de la façon la plus éclatante en épousant\nses intérêts et en le défendant contre ses ennemis et ses envieux, dont le\nnombre augmentait chaque jour. L'empereur signa enfin l'ordre de pré-\nparer l'étude et la mise à la scène de la Vestale.\nVoici les devis approximatifs des dépenses :\nDécors 10.720 fr.\nCostumes. i5„ooo\nCopie 3.000\nRépétition extraordinaire 280\nTotal 29.000 fr. (2).\n\n(1) Je noterai ici, à tout hasard, certain opéra : Tutto il mundo a torto, qu'on\ntrouve cité sans plus de renseignements dans quelques notices, mais dont je n'ai\nrencontré de trace nulle part.\n(2) État cité par M. de Lajarte dans les curieux articles qu';il donna Tannée der-"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "64", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.16", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3035, "texte": "On entendait alors par répétition extraordinaire ce qu'on appelle au-\njourd'hui répétition générale, et toute la maison de l'empereur, les\nhauts fonctionnaires de l'État, etc., avaient l'habitude d'y assister :\n280 francs de dépense pour une aussi magnifique assistance, ce n'était\nvraiment pas cher, et l'on peut juger par là si l'empereur faisait de\nnotables économies sur les beaux-arts pour tout reporter à la guerre.\nUn ordre du préfet du Palais fixa enfin au 2 5 octobre 1806 l'entrée en\nrépétition de l'opéra.\nLorsque Berton avait achevé une nouvelle partition, il écrivait d'ha-\nbitude au bas de la dernière page : C'est ici que finit le plaisir et que\nla peine commence, A peine les répétitions de son opéra furent-elles\nentamées, que Spontini put vérifier l'exactitude de cette réflexion peu\nencourageante. Fétis qui suivit en personne les études préparatoires de la\nVestale avec tout l'intérêt d'un homme qui s'instruit et qui voit peu à\npeu une œuvre de génie prendre forme et s'affirmer, a expliqué d'une\nfaçon très claire quelles difficultés, quelles hostilités chaque jour renais-\nsantes le malheureux compositeur rencontrait sur ce théâtre où il ne\ncomptait guère que des rivaux.\nLes répétitions de l'ouvrage avaient commencé, mais là de nouvelles pré-\nventions s'élevèrent, à cause de l'obscurité qui environnait les premières\npensées de l'auteur, car cet homme, entièrement livré aux traditions de la\nmusique italienne de son temps lorsqu'il était arrivé à Paris, cet homme,\ndis-je, s'était tout à coup révélé à lui-même dans ce qu'il y avait en-lui d'ori-\nginal et de créateur, et il avait été appelé à composer une tragédie lyrique pour\nle grand opéra. Au ]ieu de l'ancienne facilité qui lui avait fait improviser ses opé-\nras italiens et ses premiers ouvrages en français, il en était venu à une con-\nception profonde, mais laborieuse. Devenue l'objet de ses méditations, l'ex-\npression forte et vraie des sentiments dramatiques domina toutes ses idées ;\nmais rinhabitude des formes qui pouvaient réaliser cette expression était cause\nque ce qui était senti avec énergie par le compositeur, ne se traduisait que\nd'une manière obscure dans le premier jet de sa pensée. De là venait que\nsa vigoureuse inspiration ne se présentait quelquefois que sous l'aspect d'un\ntravail péniblement élaboré. C'est en cet état qu'il livrait aux copistes la plu-\npart des morceaux de sa Vestale. Mis à l'étude, ces morceaux présentaient\naux chanteurs et aux musiciens de l'orchestre de grandes difficultés ; de là les\nsarcasmes des exécutants mal disposés pour lui et les bruits défavorables à\nl'ouvrage, qui se répandaient de proche en proche. Bien que Spontini en reçût\n\nnière au Ménestrel, et dans lesquels il publia les pièces concernant la Vestale et\nFernand Corte% trouvées par lui aux Archives de l'Opéra, au courant de Pénorme\ntravail qu'il avait entrepris pour vérifier et remettre en ordre toutes les parties\nd'orchestre ou de chant de tous les opéras ou ballets joués à l'Opéra depuis deux\nsiècles."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "65", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.17", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 2800, "texte": "des impressions pénibles, il ne se laissait pas ébranler dans son sentiment\nintime. Dès qu'il avait acquis la conviction des défauts d'un morceau, il se\nremettait à l'œuvre, revoyait sa pensée primitive, Téclaircissait, la dégageait\nde son entourage hétérogène, resserrait les phrases ou leur donnait plus de\ndéveloppement, en améliorait le rhythme et la modulation, et par degrés il\narrivait à la réalisation dramatique dont il était animé. C'est ainsi que tour à\ntour les diverses parties de la partition de la Vestale parvinrent à leur ma-\nturité.\nLes répétitions suivaient lentement leur cours au milieu de ces accrocs\ncontinuels, lorsque quelques membres du comité émirent certaines objec-\ntions appuyées sur la prochaine représentation du ballet de Milon et\nPersuis, Ulysse, qui était à l'étude et qui fut joué sans succès le 27\nfévrier 1807. Le résultat de ces scrupules artistiques ou autres fut de\nrenvoyer la Vestale après Ulysse : la représentation en fut fixée au mois\nd'avril suivant.\nIci se placeraient, d'après Fétis, une œuvre nouvelle et un incident\nscandaleux dans la carrière de Spontini ; mais tout en reproduisant son\nrécit, je dirai quelles raisons majeures m'empêchent de pouvoir y ajouter\nfoi. « La protection de l'impératrice, dit-il, fit triompher Spontini de la\nformidable opposition organisée contre lui, opposition qu'il trouva à son\nposte lorsqu'il fit exécuter un oratorio de sa composition dans un des\nconcerts spirituels donnés au théâtre Louvois pendant la semaine sainte\nde Tannée 1807. Les jeunes musiciens rassemblés au parterre pendant\nl'exécution de cet ouvrage mirent d'autant plus d'obstination à la trou-\nbler, que les répétitions de la Vestale étaient commencées et que tout\nannonçait la prochaine mise en scène de ce grand opéra. Les éclats de\nrire et les huées scandaleuses de ces jeunes gens couvrirent la voix des\nchanteurs et même la sonorité de l'orchestre, de telle sorte qu'il fut im-\npossible d'apprécier le mérite de la composition et que l'exécution ne fut\npas achevée. »\nD'après les circonstances mêmes que précise Fétis, ce scandale n'a pu\navoir lieu que pendant les jours saints de 1806 ou de 1807, puisqu'il fut\nprovoqué par ce fait que la Vestale était en pleines répétitions; or, en\niBos on ne s'en occupait pas encore, et en 1808, toute cabale avait dé-\nsarmé devant l'éclatant succès du nouvel opéra. Les journaux du temps\nnous ont transmis le programme des concerts spirituels de ces deux an-\nnées, programme qu'ils inséraient la veille ou le matin même en insistant\nsur l'œuvre ou l'artiste qui devait former le principal attrait du concert :\nil est donc hors de doute qu'ils n'auraient pas manqué d'appuyer sur une\nœuvre religieuse du compositeur dont tout le monde musical se préoccu-\npait si fort."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "66", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.18", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2701, "texte": "Il n'en est rien. En 1806, la troupe italienne qui donnait des repré-\nsentations au Théâtre de l'lmpératrice, situé rue de Louvois, n organisa\nqu'un concert spirituel, pour le mercredi de la semaine sainte, et y fit\nentendre le Stabat mater d'Haydn. En 1807, Tannée précisée par Fétist\nil y eut trois concerts : les deux premiers (jeudi et vendredi saints 26 et\n27 mars), étaient composés « des plus beaux morceaux des oratorios du\ncélèbre Guglielmi, Sisara e Debora et Giudite e Oloferno le troi-\nsième et dernier eut lieu le samedi et M. Casimir y exécuta brillamment\nplusieurs morceaux sur la harpe. Mais nul indice de Spontini ni d'ora-\ntorio de sa façon, avant ni après aucun concert.\nL'heureux temps fixé pour la représentation de la Vestale, le bien-\nheureux mois d'avril approchait rapidement ;il passa sans que le\ncomité songeât à tenir sa promesse. Cependant les persécutions contre\nle musicien ne cessaient pas malgré ces embarras, et bientôt les élé-\nments eux-mêmes semblèrent se conjurer contre lui. Au mois d août,\nun orage épouvantable fit irruption dans les magasins délabrés des\nMenus-Plaisirs, où l'on avait placé les nouveaux décors de la Vestale.\nIls subirent quelques détériorations, qu'il fallut réparer :delà le\nprétexte d'un nouveau retard saisi avec empressement par les rivaux de\nSpontini.\nPar surcroît de malheur, Pempereur vint à décider que la première\nreprésentation du Triomphe de Trajan serait donnée le 14 octobre 1807.\nAu reçu de cet ordre qui dérangeait tous ses projets financiers, le comité\némit le vœu que la Vestale fût reculée après Trajan, en s appuyant\nsur une raison d'économie que le directeur Bonet de Treiches, ancien\ndéputé de la Haute-Loire à la Convention, fait bien valoir dans son rap-\nport au surintendant. « En faisant passer la Vestale après Trajan, dit-\nil, il y aura une dépense de quinze mille francs en moins, parce que\nl'on se servira des habits de Trajan. » Bref, tout céda devant la volonté\nimpériale et les études de la Vestale furent interrompues pour céder la\nplace à Trajan.\nQu'était-ce donc que ce Triomphe de Trajan auquel on sacrifiait\ntous les droits acquis par Spontini et par Jouy. Ce n'était rien moins\nqu'un grand opéra allégorique à la louange de Napoléon et dans lequel\non avait poussé la flatterie jusqu'à prendre pour sujet de la pièce un\nprétendu trait de la clémence impériale que la poésie, la musique et la\npeinture ont célébré à l'envi sans pouvoir persuader la postérité incré-\ndule. Napoléon, sollicité par la femme d'un principicule allemand qui\navait conspiré contre lui, de faire grâce au coupable, aurait jeté au feu\nles pièces de conviction en disant : « Vous le voyez, madame, je ne puis"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "67", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.19", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2780, "texte": "pas condamner, il n'existe plus de preuves ». On sait trop bien aujour-\nd'hui que l'empereur n'avait pas l'esprit assez étroit pour que l'absence\nde preuves l'empêchât de faire fusiller qui le gênait, mais en ce temps-là\nce trait admirable suffit à Esmenard pour bâtir tout un opéra apologétique :\nà la fin, on voyait Trajan brûler sur un réchaud des pièces criminelles\net faire grâce aux conspirateurs.\nLa musique était de Lesueur et Persuis qui, au 2 janvier de cette\nannée 1807, avaient commencé la série des pièces adulatrices envers\nNapoléon en composant la musique d'un intermède de Baour-Lormian,\nVlnauguration du Temple de la Victoire. Le Triomphe de Trajan,\nqui se terminait par un cortège magnifique pour lequel il fallut\nconstruire un couloir sur la rue Lully, comme dégagement de la scène—\nfut joué le 23 octobre 1807 et produisit la recette énorme de 10,377 fr.\n45 centimes. Cet opéra obtint une belle suite de représentations, dues\nuniquement àla richesse du spectacle, car poème et musique étaient\nau-dessous du médiocre : un seul morceau, la marche triomphale, com-\nposée par Kreutzer, obtint un éclatant succès et devint rapidement\npopulaire au point d'être adopté par toutes les musiques de régiments.\nMême après le Triomphe de Trajan, le comité ne semblait s'occuper\nqu'à regret de la Vestale et voulait jouer encore auparavant un opéra de\nLesueur reçu déjà depuis longtemps, la Mort d'Adam. Recours fut porté\nà l'empereur par les rivaux de Spontini contre ce qu'ils appelaient un\ntour de faveur accordé à la Vestale sur la recommandation de l'impéra-\ntrice, et 1 on attendit humblement la décision du souverain. C'est alors\nque, pour parer le coup qu'on voulait leur porter, Jouy et Spontini\nadressèrent la requête suivante à Napoléon.\nSIRE,\nIl n'est point d'injustice contre laquelle vos sujets ne trouvent un recours\nau pied du trône de Votre Majesté; nous osons donc espérer qu'elle daignera\naccueillir la supplication que nous avons l'honneur de lui adresser, comme\nauteur et comme compositeur de la tragédie lyrique intitulée la Vestale.\nCet ouvrage, reçu par le jury de l'Opéra avec la plus grande faveur, honoré\nde la protection de S. M. l'lmpératrice-Reine, dont vous-même avez ordonné\nla mise en scène il y a plus, d'un an était au moment de paraître lors-\nque l'on en suspendit l'exécution pour s'occuper uniquement de l'opéra de\nTrajan, que la reconnaissance publique attend avec une impatience si vive.\nNous partageons avec trop d'enthousiasme ce sentiment universel pour n'a-\nvoir pas cédé avec joie la place aux auteurs assez heureux pour avoir été\njugés dignes, dans une pareille circonstance, d'être les interprètes de l'admi-\nration générale.\nMais, aujourd'hui, Sire, nous apprenons avec la plus vive douleur que"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "68", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.20", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3244, "texte": "M. le Préfet du Palais, chargé de l'administration de l'Opéra, vient de donner\nl'ordre d'ajourner indéfiniment Ici Vestale, et de faire passer 1 opéra Ici Mort\nd'Adam immédiatement après le Triomphe de Trajan.\nQu'il nous soit permis de représenter à Votre Majesté que 1 opéra de la\nVestale est annoncé depuis six mois, qu'il est depuis longtemps sur 1 affiche,\nque toutes les loges sont louées, que les études sont achevées et les décora-\ntions prêtes ; que le poème même est imprimé sous les auspices de S. M.\nl'lmpératrice, qui a daigné en agréer la dédicace; et que, sans parler du tort\nirréparable que nous causerait le passe-droit dont on nous menace, il serait\négalement préjudiciable aux intérêts de l'Administration, qui se verrait, par\nce retard, obligée de recommencer les travaux que nous avons faits depuis\nsix mois.\nNous osons ajouter, Sire, que les suffrages les plus respectables nous per-\nmettent d'espérer que cet ouvrage ne sera pas indigne d'arrêter un moment\nles regards de Votre Majesté.\nNous la supplions avec respect d'accueillir notre humble réclamation, et\nnous nous estimerions trop heureux si elle daignait nous admettre à l'hon-\nneur de la lui présenter nous-mêmes.\nNous sommes avec le plus profond respect, Sire, de Votre Majesté impé-\npériale et royale, les très-humbles, très-obéissants serviteurs, et très-fidèles\nsujets.\nDE JOUY, SPONTINI.\nMalgré la justesse des raisons indiquées par les deux réclamants, l'empe-\nreur se prononça sans hésiter en faveur de l'auteur des Bardes, dont il ap-\npréciait particulièrement la musique froide et majestueuse, et il décida que\nla Mort d'Adam serait jouée avant la Vestale (1). De retard en retard,\nc'en était peut-être fait du chef-d'œuvre de Spontini si un bienheureux\nhasard n'avait fait que la partition de Lesueur ne se trouva pas prête.\nau moment précis où il fallait la livrer au copiste. Spontini sut assez bien\nprofiter de ce coup de fortune pour reconquérir son tour de représenta-\n\n(i) Où donc M. de Loménie, Raoul - Rochette et Castil-Blaze, se copiant à la\nfile, ont-ils pris l'anecdote d'après laquelle ce serait précisément Napoléon qui\naurait protégé Spontini, en empêchant la Vestale de succomber sous les intrigues\ndes envieux:' D'après Castil-Blaze, les principaux morceaux auraient été exécutés aux\nTuileries en février 1807, sur le désir formel de l'empereur, qui voulait juger cet\nopéra si discuté avant même d'être joué, et bien qu'il ne retrouvât pas là des mélo-\ndies aussi agréables que ses airs préférés de la Molinara, il aurait dit avec chaleur à\nSpontini : « Votre ouvrage abonde en motifs nouveaux, la déclamation en est vraie,\net s'accorde avec le sentiment musical; il y a de beaux airs, des idées d'un effet\nsûr, un finale entraînant. La marche au supplice me paraît admirable. Je vous\ncertifie que vous obtiendrez un grand succès et il sera mérité». Ce récit n'est que\nroman : outre que l'empereur, qui n'aimait aucunement la musique, était incapa-\nble de développer ainsi sa pensée sur une œuvre musicale quelconque, il est avéré\naujourd'hui qu'il n'appuya jamais l'opéra de Spontini, et que, bien au contraire, il le\nrejeta toujours au second rang, d'abord après le Triomphe de Trajan, puis après la\nMort d'Adam."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "69", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.21", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2780, "texte": "tion :la Mort d'Adam fut reculée de plus d'un an, et la Vestale, d'a-\nbord annoncée pour le vendredi 11 décembre, fut définitivement exécu-\ntée le mardi 16 décembre 1807, on sait avec quel foudroyant succès.\nVoici la remarquable distribution de cet ouvrage, exactement copiée\nsur la partition originale : Licinius, général romain, Lainez; Cinna,\nchef de légion, Laïs; le Grand pontife, Dérivis; le chef des Aruspices,\nDuparc; Un Consul, Martin; Julia, jeune vestale, Mme Branchu; la\nGrande vestale, Mlle Maillard. Les artistes de la danse n'étaient pas\nmoins célèbres que ceux du chant ; ils se nommaient Vestris,\nSaint-Amand, Branchu, Baptiste, Petit: Mmes Clotilde, Gardel, Chevi-\ngny, Millière, Bigottini_, Vestris, Rivière, Mareiller aînée et cadette.\nSans pousser plus loin ce travail ni étudier une partition aujourd'hui\nuniversellement connue et admirée, il est bon de relire les jugements\nportés sur la Vestale par les principaux journaux du temps, pour bien\nmontrer d'abord comment ces écrivains ménagèrent leur conversion en\nprésence de ce triomphe, et ensuite comment les œuvres où le génie éclate\nà chaque page furent et seront de tout temps reçues par les critiques avec\ntoutes sortes de ménagements et de restrictions, C'est encore fort heureux\nquand elles ne soulèvent pas une réprobation presque unanime.\n«Il s'en faut bien que la musique soit la partie faible de cet opéra,\ndit le Journal de Paris, elle a complètement réussi, et l'on peut dire\nqu'elle fait le plus grand honneur à la verve lyrique de M. Spontini. Ce\nn'est pas néanmoins que tout y soit également bon; le même motif se\nreproduit trop souvent dans l'ouverture ; l'air de Cinna, au ier acte :\nDans le sein d'un ami fidèle, manque de couleur et d'expression\net enfin, le duo de Licinius et de Julia, au 2e a été froidement\nécouté. Mais tout le reste est du plus beau caractère. Parmi les mor-\nceaux qu'on a généralement applaudis, nous avons remarqué le duo\nplein de sentiment : Quand Vamitié seconde mon courage ; cet air de\nJulia : Impitoyables dieux, suspende% la vengeance, où les accents\nde la passion la plus impérieuse semblent avoir été notés avec du feu;\nle magnifique final du second acte, qui est plein de mouvement, de\nvariété et d'énergie ; et enfin, ce chœur général : O terreur ! ô disgrâce!\noù l'effroi, l'indignation et le désordre du peuple et des soldats sont\nexprimés avec une énergie pittoresque, dont nous ne pourrions donner\nqu'une faible idée. En général, la musique de M. Spontini est pleine de\nverve et de mélodie; et quand il sacrifie aux grâces, ce n'est jamais aux\ndépens du caractère dramatique. »\nLe critique du Journal de VEmpire se perd dans des considérations\nA\nsans fin et sans profit sur la collaboration du parolier et du musicien."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "70", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.22", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2629, "texte": "« L'association nécessaire d'un poète et d'un musicien pour les pièces\nlyriques, est sujette à de grands dangers : si le poète remplit passable-\nment sa tâche, quelquefois le musicien ne sait ce qu'il dit; si, au con-\ntraire, le musicien se trouve par hasard être un Orphée, il arrive que le\npoète n'est qu'un Pradon. Ici, les deux associés sont d'accord ; la musi-\nque et le poème sont de niveau : le partage de gloire est égal. Il y en a\nqui veulent donner tout au musicien : cela n'est pas juste ; chacun le\nsien. Le sujet est bien traité par le poète ; le musicien a bien choisi la\ncouleur du sujet : le poète a indiqué des situations intéressantes; le mu-\nsicien les a rendues. On a justement applaudi de grands traits d'expres-\nsion, de beaux effets dans les chœurs. Cette composition ne peut que\nfaire honneur au talent de M. Spontini, et ajouter beaucoup à la répu-\ntation qu'il s'était faite par d'autres ouvrages. » Remarquez, s'il vous\nplaît, que c'est là la partie musicale de l'article.\nDès le lendemain, le Moniteur s'empresse de constater le brillant\nsuccès. « Cette nouvelle et grande composition a été écoutée avec beau-\ncoup de faveur : le style en a plu. On y a trouvé de la mélodie, du\nchant, et une expression forte et dramatique. La grande scène du second\nacte a été surtout universellement applaudie. » Quelques jours après, le\ncritique développe son jugement et conclut en ces termes 1 après avoir\naccordé force éloges au musicien : « Dans ce succès brillant, je ne\nvois qu un écueil pour lui; c'est qu'on va le bercer de cette idée qu'il a\négalé tout ce que nous avons entendu de mieux, et laissé loin de lui\ntous ses rivaux : lui dire le premier est absurde; lui laisser croire le\nsecond, injuste et dangereux. La musique de la Vestale a de belles\nparties, mais tout n'y est pas également digne d'éloges. Le récitatif laisse\ngénéralement à désirer plus de force et de vérité : notre prosodie peut\nencore être utilement étudiée par l'auteur...» La prosodie et rien que\nla prosodie : voilà bien où perce le bout de l'oreille de Suard, qui pou-\nvait être un excellent juge en littérature, mais qui n'entendait pas grand\nchose à la musique.\nCes restrictions intéressées et ces adroites réserves n'empêchèrent pas\nle public de courir en foule applaudir les admirables accents de cette\ntragédie lyrique et saluer l'avènement du Messie attendu, du composi-\nteur de génie qui allait prendre sur la scène française la place devenue\nvacante depuis la mort de Gluck et le départ de Salieri. Spontini avait\nconquis d'un coup l'immortalité, et il n'avait que trente-sept ans.\n\nADOLPHE JULLIEN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-10-15-01-c008", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-10-15_01#c008", "volume": "bmtnabc_1875-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "71", "page_fin": "71", "image_debut": 23, "image_fin": 23, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.2.3", "titre_corps": "Autographe de Spontini.", "titre_sommaire": "Autographe de Spontini.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 23, "page_imprimee": "71", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.23", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 23, "texte": "Autographe de Spontini."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-10-15-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-10-15_01#c009", "volume": "bmtnabc_1875-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "72", "page_fin": "80", "image_debut": 24, "image_fin": 32, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.2.4", "titre_corps": "UN ABBÉ A L'OPÉRA", "titre_sommaire": "UN ABBÉ A L'OPÉRA", "signature_source": "CH. BARTHÉLEMY", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 24, "page_imprimee": "72", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.24", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1839, "texte": "UN ABBÉ A L'OPÉRA\n\n0)\n'ÉTAIT la première fois que- Ton mettait la Bible su? la\nscène de l'Académie royale de musique. En 1692, il est\nvrai, J'abbé Boyer avait fait de Jephté le sujet d'une tra-\ngédie en trois actes avec chœurs, représentée devant les\ndemoiselles de Saint-Cyr, avec succès ; mais il n'y a au-\ncun rapport entre les œuvres inspirées aux deux abbés par cet épisode à\nla fois si dramatique et si touchant de nos livres saints.\n« Ce n'a pas été sans trembler dit Pellegrin dans une intéressante pré-\nface que j'ai entrepris de mettre sur le théâtre de l'Académie royale de\nmusique un sujet tiré de l'Ecriture sainte. Des amis judicieux avaient beau\nme représenter que ce genre de tragédie n'était nouveau que par rapport au\nlieu où j'allais l'introduire et que ces matières respectables étaient encore\nplus propres au chant qu à la simple déclamation ; j'avais la prévention à\ncombattre, et la prévention ne se donne pas la peine de raisonner.\n« Ceux qui se livraient le plus à cette première surprise, qui fait condamner\naveuglément tout ce qui porte un caractère de nouveauté ou de hardiesse, me\nfaisaient surtout un monstre de la danse. Tout cela ne m'empêcha point d'af-\nfronter le péril; la gloire qui y était attachée le diminuait à mes yeux, à\nmesure que j'avançais dans une si pénible carrière.\n« Mon ouvrage parut enfin. Les premiers juges à qui je le présentai, tout\ninforme qu'il était encore, me louèrent d'avoir choisi un sujet aussi intéres-\nsant que le sacrifice de Jephté, et les larmes qu'une grande princesse\nduchesse du Maine)répandit à une lecture qu'elle m'avait fait l'honneur de\nme demander, achevèrent de me rassurer.\n« Quelques autres lectures que j'en fis après ne furent pas moins heureuses\net me firent concevoir quelque espérance de succès. C'est maintenant au\n\n(i) Voir le numéro du itr octobre.\nJ"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "73", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.25", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 3141, "texte": "public de confirmer cette espérance ou de la renverser. Je n'appellerai point\nde sa décision; mais, je crois que mes juges voudront bien me permettre de\nleur exposer ma cause, sans toutefois m'imputer aucune défiance sur la sûreté\nde leurs lumières.\n« Je ne dirai rien du prologue; les suffrages réunis de ceux à qui j'en ai\ncommuniqué le plan me dispensent de l'apologie.\n« Les libertés que j'ai prises dans la tragédie demandent plus d'indulgence;\nl'épisode d'Ammon parut exciter quelque contradiction; mais je n'ai pas osé\nbannir tout à fait l'amour profane d'un théâtre qui semble n'être fait que\npour cette passion frivole. Le grand Corneille ne fut pas moins timide que\nmoi, quand il exposa pour la première fois une tragédie sainte aux yeux du\npublic étonné; et Sévère amoureux eut autant de partisans que Polyeucte\nmartyr.\n« L'amour que je donne à la fille de Jephté pour un prince idolâtre est\njustement puni par le péril dont elle est menacée, et ce n'est qu'après en\navoir triomphé qu'elle trouve grâce devant le Seigneur.\n« J'établis, dès la seconde scène du premier acte, que Jephté n'a vu Iphise\nque dans l'âge le plus tendre, pour me ménager une scène de reconnaissance.\n« C'est ici le lieu de répondre à une objection qu'on m'a faite. Pourquoi,\nm'a-t-on dit, Iphise, dans l'entr'acte du second au troisième, ne s'est-elle pas\nannoncée à son père?\n« Je réponds à cela que la bienséance ne lui permettait pas de se faire con-\nnaître à Jephté, sans lui être présentée par Almasie, sa mère, et-c'est pour\ncette raison que je lui tais dire dans un à parte qui finit le second acte ; c'est à\nDieu qu'elle s'adresse :\nJe ne puis résister à mon impatience.\n« Seigneur, un seul moment je ne veux que le voir,\nEt je vole où m'appelle un plus sacré devoir.\n« C'est-à-dire au temple, où sa mère l'a devancée.\n« Voici une seconde réponse à la même objection :\n« Jephté, agité de remords à la première vue de sa victime qu'il ne connaît\npas, ordonne à tout le monde de se retirer; n'est-ce pas à sa fille à donner\nl'exemple de l'obéissance qu'on doit aux ordres de son souverain?\n« Je conviens qu'il n'aurait tenu qu'à moi de placer la reconnaissance à la\nfin du second acte; mais j'ai craint de le surcharger de scène. Il y a une cer-\ntaine mesure de temps, dans laquelle un auteur doit se renfermer, s'il ne veut\ns'exposer à ennuyer les spectateurs.\n« Pour ce qui regarde le ballet, dont on me faisait un obstacle insurmon-\ntable, je ne comprends pas sur quoi on pouvait se fonder pour l'exclure de\nma tragédie. L'art de danser n'est-il pas de tous' les temps et ne convient-il\npas à tous les peuples? La nation juive ne s'y adonnait-elle pas autant que\ntoutes les autres? David, le plus saint des rois, ne dansa-t-il pas devant l'arche\ndu Seigneur, comme font mes guerriers dans mon premier acte? La fille de\nJephté n'alla-t-elle pas au devant de son père, vainqueur des Ammonites, avec\ndes tambourins et des danses? Ce sont là les propres termes de la sainte Écri-\nture. Peut-on me blâmer d'y avoir pris la fête de mon second acte? Pouvais-\nje mieux être autorisé? Les tribus d'lsraël, reconnaissant Jephté pour leur"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "74", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.26", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2759, "texte": "souverain, peuvent-elles marquer avec plus d'éclat les acclamations géné-\nrales que par ces mêmes danses qui, chez d'autres peuples, ont été des céré-\nmonies de religion? Je ne dis rien de la fête du quatrième acte; elle est com-\nposée de bergers et de bergères, qui viennent rendre hommage à leur princesse :\nquoi de plus naturel que leurs danses pastorales? Au reste, on a pris soin d'en\nbannir l'indécence ; et je ne crois pas que les plus sévères censeurs en puissent\ndemander davantage.\n« Ce qui me reste à justifier dans ma pièce, c'est le parti que j'ai pris de\nsauver la fille de Jephté : mais, combien d'interprètes, tant juifs que chrétiens,\nne sont-ils pas du sentiment que j'ai adopté, comme le plus favorable àma\ntragédie. D'ailleurs, l'inspiration que je donne à Phinée ne suffit-elle pas pour\nabsoudre ce malheureux père d'un serment qu'il n'a fait que par trop de zèle?\nC'est Dieu même qui le quitte de son vœu, en faveur du repentir de sa fille. »\nIl y a loin de ces minutieuses et modestes explications au sans gêne de\nmauvais goût avec lequel M. Scribe a arrangé ou plutôt dérangé le Po-\nlyeucte de Corneille, sous le titre des Martyrs (de Chateaubriand).\nCroyant avoir rempli héroïquement son devoir de galant homme, en\nvoulant bien avouer qu'il n'était pas... Corneille, M. Scribe n'a pas\npoussé la modestie jusqu'à se taire en présence du toile universel de la\ncritique, qui lui reprochait le travestissement ridicule d'un des chefs-\nd'œuvre de la scène française. Dans une préface qui aspire à être mé-\nchante et qui n'est que médiocre, il laissa tomber de sa plume ces mots\nincroyables de fatuité de vaudevilliste :\n« Ces messieurs vont me reprocher d'avoir refait Corneille*, heureusement\nje suis assez riche pour me moquer de ce que disent les messieurs, et si\nj'avais un bon estomac, j'attendrais l'immortalité avec bien de la patience. »\nM. Scribe eût risqué d'attendre... toujours\n'Revenons à Jephté.\na La nouveauté du genre en avait rendu le succès si douteux qu'on ne\ncroyait pas que Jephté pût être joué deux fois; cette prévention presque\ngénérale n a pas tenu contre les beautés du poème et de la musique, et\nM. l'abbé Pellegrin et M. de Monteclair qui en sont les auteurs, peuvent se\nvanter qu'il y a très peu d'opéras que le public ait honorés de plus d'applau-\ndissements. »\nTels furent l'impression générale et le jugement des connaisseurs, re-\ncueillis par un critique contemporain,, auquel nous laissons le soin de\nsignaler les beautés neuves du chef-d'œuvre de l'abbé.\n« Au prologue, le théâtre représente un lieu orné pour des spectacles, c'est-\nà-dire le théâtre même de l'Académie, dont tous les dieux fabuleux se sont\nemparés, comme du seul temple qui leur reste depuis l'extinction du paga-"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "75", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.27", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 1958, "texte": "nisme. Apollon invite Polymnie et Terpsychore à le seconder dans le dessein\nqu'il a de maintenir le culte qu'on leur rend encore sur ce théâtre. Il s'ex-\nprime ainsi :\nVous qu'avec Apollon en ces lieux on adore,\nSavante Polymnie, aimable Terpsychore,\nPar vos chants, par vos jeux secondez mes désirs;\nCe temple seul nous reste encore ;\nFaisons-y régner les plaisirs.\n« Les deux muses exécutent ces ordres ; elles étalent, à l'envi, ce qu'elles\nont de plus flatteur pour séduire les mortels; mais leur règne n'est pas de\nlongue durée; la Vérité descend des cieux, suivie des vertus qui forment sa\nbrillante cour. Elle leur parle ainsi :\nFantômes séduisants, enfants de Vimposture,\nOsez-vous soutenir ma clarté vive et pure?\ndans Vobscurité\nOù mon brillant aspect vous plonge;\nIl est temps que la vérité\nFasse évanouir le mensonge.\nC'est trop abuser Vunivers;\nRentre\\ dans les enfers.\n« Les faux dieux sont forcés de s'abîmer.\n« La Vérité expose le sujet de la tragédie qu'on va représenter, par ces\nvers qu'elle adresse aux vertus qui l'accompagnent :\nTroupe immortelle comme moi;\nVertus, ornez ces lieux par un nouveau spectacle;\nAnnoncez aux mortels la redoutable loi\nDu Dieu seul dont je suis l'oracle;\nRetirez du tombeau le malheureux Jephté ;\nRappeler son vœu téméraire;\nAu soin d'instruire ajoutez Part de plaire:\nVous pouvez adoucir votre sévérité;\nMais qu'aucun faux brillant n'altère\nLa splendeur de la vérité.\nF « Le choeur des Vertus, suivantes de la Vérité, l'invite à faire briller sur la\nterre sa céleste lumière. Le prologue finit par cet éloge, d'autant plus beau\nqu'il est dans la bouche de la Vérité même :\nUn roi qui me chérit dès l'âge le plus tendre\nFait son unique soin de marcher sur mes pas.\nIl veut qu'en ces heureux climats\nMa seule voix se fasse entendre.\nQu'il triomphe par moiy quand je règne par lui ;\nQiie la terre, le ciel, qu'à l'envi tout conspire\nA faire fleurir an empire\nDont je suis le plus ferme appui"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "76", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.28", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2273, "texte": "(( Passons à la tragédie.\n« Le théâtre représente d'abord le fleuve du Jourdain, dont les flots sépa-\nrent l'armée des Israélites de celle des Ammonites.\n« Jephté ouvre la scène; il témoigne le plaisir qu'il a de revoir Maspha, sa\nchère patrie, après un long exil; la tristesse succède à la joie quand il voit\nles étendards des Ammonites plantés sur les bords du Jourdain.\n« Abdon, l'un des officiers généraux de l'armée Israélite, lui vient annon-\ncer que l'Arche sainte va paraître à la tête des troupes, dont on lui a donné\nle commandement. A cette heureuse nouvelle, Jephté est transporté de joie\net rempli de confiance. C'est ici la scène d'exposition ; l'auteur y apprend aux\nspectateurs des choses essentielles à sa pièce, et qui servent de base à la\nsituation la plus frappante; savoir, qu'il n'a point vu sa fille depuis son en-\nfance; et qu'il ne veut la voir qu'après qu'il aura rempli son premier devoir.\nIl s'exprime ainsi :\nLa gloire du Seigneur fait mon premier devoir ;\nNos tribus, mes soldats, sont toute ma famille.\n« Quoi? lui dit Abdon, l'amour ni le sang ne peut vous émouvoir ?\n* Jephté lui répond :\nDis plutôt que je me défie\nD'un cœur trop prompt à s'attendrir;\nNon; je ne veux rien voir qui m'attache à la vie,\nQuand pour sauver mon peuple il faut vaincre ou mourir.\n« Le Grand-Prêtre Phinée vient annoncer à Jephté que la voix du Seigneur\nconfirme le choix que les Hébreux ont fait de lui, pour régner sur eux; il lui\napprend qu'Ammon, fils du roi des Ammonites et prisonnier dans Maspha, a\ncorrompu la tribu d'Ephraïm, ce qui donne lieu à un très beau duo.\n« Les guerriers Israélites, assemblés par l'ordre de Jephté, viennent atten-\ndre l'Arche sainte. Le Grand-Prêtre et Jephté leur annoncent les prodiges\nque Dieu a faits en faveur de son peuple. Les guerriers se mêlent à ce récit.\nVoici les vers qui forment ce beau chœur, qui fait l'admiration de tout\nParis :\nPHINÉE.\nEnnemis du Maître suprême,\nRedoute\\ son courroux vengeur,\nLa Terre, VEnfer, le Ciel même,\nTout tremble devant le Seigneur.\n« Le chœur répète :\nLa Terre, l'Enfer, le Ciel même,\nTout tremble devant le Seigneur.\nPHINÉE et JEPHTÉ.\nLe Jourdain retourne en arrière,\nLe soleil suspend sa carrière;\nLa mer désarme sa fureur\nEn faveur d'un peuple qu'il aime."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "77", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.29", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 2148, "texte": "« Le chœur reprend :\nLa Terre, l'Enfer, le Ciel meme,\nTout tremble devant le Seigneur.\nPHINÉE et JEPHTÉ.\nLa bruyante trompette, à régal du tonnerre,\nBrise les tours d'airain, jette les murs par terre,\nEt déclare Israël vainqueur;\nElle va porter la terreur\nChe\\ l'ldolâtre qui blasphème.\nLE CHŒUR.\nLa Terre, l'enfer, le Ciel même,\nTout tremble devant le Seigneur.\n« L'Arche paraît de loin aux yeux du Grand-Prêtre; il ordonne aux guer-\nriers de détourner la vue; un nuage lumineux la couvre, comme il arriva la\npremière fois que Moïse la voulut offrir aux yeux du peuple.\n« Abdon annonce à Jephté que les Ammonites viennent de fondre sur le\ncamp des Israélites. Jephté ordonne qu'on assemble ses guerriers sous ses\nétendards au son de la trompette sacrée; et c'est dans ce pressant péril qu'il\nfait ce serment :\nGrand Dieu! sois attentif au serment que je fais.\nContre tes ennemis si je soutiens ta gloire,\nLe premier qu'à mes yeux offrira mon palais,\nSera sur tes autels le prix de ma victoire.\nJe jure de V immoler ;\nG est à toi de choisir le sang qui doit couler.\n« A peine le serment est-il prononcé, que le Jourdain se sépare en deux\net forme deux remparts, au travers desquels l'armée Israélite passe au son\ndes trompettes.\n« Au deuxième acte, le théâtre représente le palais de Jephté; Ammon\nouvre la scène. Abner, son confident, l'exhorte à mettre à profit la liberté\nque la tribu d'Ephraïm vient de lui rendre, et à se sauver d'un lieu où il\npérira, si Jephté revient victorieux. Ammon lui dit qu'il ne saurait quitter\nlphise, fille de Jephté, dont il est amoureux, lphise vient; Ammon lui dé-\nclare son amour. Elle le veut fuir; il la retient; et comme il blasphème\ncontre le Dieu des Hébreux, elle lui dit :\nArrête... A Vunivers crains de servir d'exemple;\nOutrage à ton gré tes faux dieux;\nMais au Dieu d'lsraël ne livre point la guerre;\nIl régit la terre et les cieux,\nEt sur le sacrilège il lance le tonnerre;\nTremble, son bras vengeur est prêt à t'immoler.\n« Elle lui ordonne de se retirer; il lui obéit. lphise fait connaître dans un\nmonologue l'amour qu'elle sent, malgré elle, pour Ammon ; elle s exprime\nainsi :"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "78", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.30", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2644, "texte": "Mes yeux, éteigne\\ dans vos larmes\nDes feux qui dans mon cœur s'allument malgré moi.\nTu vois mes mortelles alarmes,\nDieu puissant, j'ai recours à toi.\nPourquoi faut-il, hélas! que je trouve des charmes\nDans un fatal penchant, condamné par ta loi?\nMes yeux, éteigne\\ dans vos larmes\nDes feux qui dans mon cœur s'allument malgré moi.\n« Almasie, mère d'iphise, vient s'affliger avec sa fille d'un songe terrible\nqu'elle a fait, et dans lequel elle a vu tomber la foudre sur elle : Iphise ne\ndoute point que ce ne soit un châtiment que Dieu lui destine pour la punir\nde son amour pour un idolâtre ; elle en fait un aveu à sa mère, à la fin de la\nscène. Abdon leur annonce la victoire de Jephté; les peuples viennent s'en\nréjouir dans leur palais. Almasie ordonne à sa fille de présider aux jeux,\ntandis qu'elle va dans le Temple rendre grâces à Dieu d'une si heureuse vic-\ntoire. Iphise lui dit qu'elle va bientôt l'y trouver dans un même esprit de\nreconnaissance envers Dieu. Un bruit de trompette annonce l'arrivée de\nJephté; les peuples se mettent en état d'aller au devant de lui; Iphise ne peut\ns'empêcher d'y aller à son tour; elle le fait connaître par ces vers qu'elle\nadresse à Dieu :\nJe ne puis résister à mon impatience;\nSeigneur, un seul moment je ne veux que le voir,\nEt je vole où m'appelle un plus sacré devoir.\n« C'est-à-dire, au Temple, où elle a promis à sa mère de l'aller rejoindre.\n« Le théâtre représente, au troisième acte, une avant cour du palais de\nJephté, ornée d'Arcs de Triomphe ; on y a élevé un trône. Jephté, troublé de\nson serment, fait retirer tous ceux qui le suivent. Il fait entendre qu'il a vu\nsa victime et qu'il n'a osé lui prononcer l'arrêt de sa mort. Il ne sait pas que\ncette victime est sa propre fille. Il se représente, en frémissant, quelle eût\nété la rigueur de son sort si son épouse ou sa fille eussent paru les premières\nà ses yeux; on lui a dit qu'elles sont dans le Temple, ce qui le met dans une\nentière sécurité; cependant il plaint les parents de celle qu'il a vue la\npremière :\nO toi que mon âme attendrie\nA laissé sans obstacle éloigner de ces lieux,\nQ,uels pleurs tu vas coûter aux auteurs de ta vie>\nS'il faut que je remplisse un serment odieux!\n« Almasie vient; Jephté la prie d'excuser le trouble dont elle le trouve\nagité; elle lui confirme que sa fille est dans le Temple. Iphise arrive; Jephté\nfrémit en la voyant, parce qu'il la reconnaît pour celle qu'il a vue la pre-\nmière ; mais de quel coup n'est-il par frappé quand il entend ces mots d'Al-\nmasie :\nApprochez-vous, ma fille.\n« Cette situation a tiré des larmes; voici la fin de cette intéressante scène:"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "79", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.31", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 1461, "texte": "IPHISE, à Jephté.\nVotre présence m'est si chère;\nPourquoi détournez-vous les yeux?\nJEPHTÉ.\nJe devrais les fermer à la clarté des deux.\nIPHISE.\nO mon père, envers vous de quoi suis-je coupable!\nAi-je à vos yeux montré trop peu d'amour?\nAu bruit de votre heureux retour\nJ'ai volé la première.\nJEPHTÉ.\nEh! c'est ce qui m'accable ;\nEt mon malheur est confirmé.\nIPHISE.\nVotre malheur! parler; quelle douleur vous presse?\nAie reprochez-vous ma tendresse?\nJEPHTÉ.\nVous ne m'avez que trop aimé.\nIPHISE.\nHélas!\nJEPHTÉ.\nVotre présence augmente mon supplice;\nEloignez-vous.\nALMASIE, à Jephté.\nQiielle est votre injustice?\nJEPHTÉ.\nOtez~moi cet objet; il me perce le cœur\n« La scène entre Jephté et Almasie n'est guère moins intéressante. Jephté\nlui apprend son serment ; elle lui répond avec transport :\nNon, Dieu n'accepte pas un vœu si téméraire.\nMais pensez-vous, cruel, que nos saintes Tribus,\nMalgré vos ordres absolus,\nNe conserveront pas une fille à sa rnère ?\nTout Israël lui servira de père,\nPuisqiCenftîi vous ne Vêtes plus\n« Ce troisième acte finit par cette leçon, que Phinée fait à Jephté, après la\nfête du couronnement :\nPHINÉE.\nJephté, si tu veux qu'on te craigne,\nLa crainte du Seigneur doit régler tes projets.\nCe n'est pas toi; c'est Dieu qui règne;\nSois le premier de ses sujets.\nGrave au fond de ton cœur sa parole éternelle;\nTiens sans cesse tes yeux attachés sur sa loi;\nDans ses serments il est fidèle;\nNe lui manque jamais de foi."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "80", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.32", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1355, "texte": "« Ces dernières paroles, prononcées au hasard, rappellent à Jephté le fatal\nserment, et font finir l'acte d'une manière plus intéressante et plus propre à\naugmenter le péril.\n« Au quatrième acte, le théâtre représente un jardin, où Almasie a dit à sa\nfille, dans l'acte précédent, de l'aller attendre. Iphise ouvre la scène par ce\nmonologue qui convient à sa situation :\nRuisseaux, qui serpente\\ sur ces fertiles bords,\nAlle% loin de mes yeux répandre les trésors\nQu'on voit couler avec votre onde.\nDans le cours de vos flots, Vun par l'autre chassés,\nRuisseaux, hélas! vous me trace%\nL'image des grandeurs du monde.\nRuisseaux, qui serpente\\ sur ces fertiles bords,\nAlle\\ loin de mes yeux répandre les trésors\nQu'on voit couler avec votre onde.\nn Les bergers et les bergères des rives du Jourdain viennent rendre hom-\nmage à la fille de leur nouveau souverain, et lui présentent les prémices de\nleurs champs, qu'elle rapporte à Dieu par ces vers :\nJ'aime à voir vos soins empressés;\nMais à Vauteur de la nature\nVos chants doivent être adressés.\nCes fruits, ces fleurs, cette verdure,\nTout appartient à ce suprême Roi;\nIl en demande les prémices.\nPour attirer sur vous des regards plus propices,\nImmoleç-lui vos cœurs, c'est sa première loi;\ndans vos sacrifices\nEtre plus fidèle que moi!\n(La fin au prochain numéro.)\n\nCH. BARTHÉLEMY."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-10-15-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-10-15_01#c013", "volume": "bmtnabc_1875-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "81", "page_fin": "87", "image_debut": 33, "image_fin": 39, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.2.5", "titre_corps": "HYGIÈNE DE LA VOIX", "titre_sommaire": "HYGIÈNE DE LA VOIX", "signature_source": "Dr MANDL", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 33, "page_imprimee": "81", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.33", "debut_caractere": 6, "fin_caractere_exclue": 1262, "texte": "HYGIÈNE DE LA VOIX\n\n(>)\nCHAPITRE I\nDcS RAPPORTS DES ORGANES DE LA VOIX AVEC LE MONDE EXTERNE\nES éléments solides qui, sous forme de poussières, se\ntrouvent accidentellement dans l'air, proviennent des\nsources les plus diverses, telles que le terrain, le chauf-\nfage, les substances maniées dans certaines professions\noù elles sont fournies par des végétaux ou des animaux.\nNous devons rappeler ici également la poussière d'eau des cascades ou\ncelle produite par les pulvérisations.\nUne des sources les plus abondantes de poussières sont les terrains\nsecs et sablonneux. Les particules très ténues et très dures de la surface\nsont enlevées par une cause mécanique quelconque, qui met l'air en\nmouvement. Le vent soulève des nuages de poussière du terrain sur\nlequel on se trouve, ou il les apporte de loin, comme par exemple les\nsables des déserts d'Afrique.\nLorsque la combustion des substances employées pour le chauffage\nou pour l'éclairage est vicieuse ou incomplète, l'atmosphère est chargée\nde particules charbonneuses qui constituent la fumée.\n\n(i) Nous devons à l'obligeance de notre collaborateur M. le docteur Mandl, la\ncommunication de ces deux chapitres extraits de son remarquable Manuel de VHy-\ngiène de la Voix, qui va paraître prochainement."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "82", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.34", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2668, "texte": "Dans les professions dans lesquelles on travaille des substances miné-\nrales, les poussières qui se détachent affectent les organes pharyngo*-\nlaryngés par leurs formes, leurs dimensions, leur dureté, quantité, etc.,\nelles agissent d'une manière presqu'exclusivement mécanique. Dans le\ntravail des aiguiseurs, il se dégage une grande quantité de poussière sili-\nceuse des meules, surtout si l'aiguisage se fait à sec. Une partie de cette\npoussière retombe sur le plancher; une autre beaucoup plus considérable\nremplit l'air d'un nuage tellement épais que Ton ne distingue plus aucun\nobjet dans l'atelier; pénétrant dans les poumons, elle s'y accumule et\nforme des noyaux de grandeur variable. Les mineurs sont exposés à une\ndouble source d'insalubrité ; ils respirent un air chimiquement vicié par\nle dégagement accidentel de gaz, et ils respirent en outre l'air rempli de\npoussières. Des conditions analogues existent chez les mouleurs en cuivre,\nles maçons, les plâtriers, les scieurs de pierre, etc.\nLe travail des matières végétales remplit aussi quelquefois l'air de\npoussières très fines; c'est ce qui a lieu par exemple dans les étages\nsupérieurs de filature de lin, dans les ateliers consacrés à l'industrie\ncotonnière, chez les criniers, les chapeliers, les matelassiers, les cardeurs\nde laine ou de soie, etc.\nLes poussières détachées de papiers peints agissent mécaniquement et\nchimiquement, par les substances minérales employées pour les couleurs.\nLes peintures faites à la colle ou les papiers veloutés sont faits avec\ndes couleurs qui renferment quelquefois des substances minérales (orpi-\nment, vermillon, minium, céruse, vert arsenical de Scheele); ces cou-\nleurs se détachent par la dessiccation ou le frottement, et remplissent\nl'air de poussières.\nOn découvre toutes ces poussières, de même que des spores de végé-\ntaux, des germes d/infusoires, etc., à l'aide du microscope, dans les\ncorps poreux (coton), à travers lesquels on a fait passer Fair à l'aide\nd'un appareil aspirateur.\nLes poussières sablonneuses qui pénètrent dans l'arrière-gorge et\ndans les narines, restent adhérentes aux muqueuses et y déterminent un\nsentiment d'âcreté et d'irritation qui provoque la sécrétion d'un mucus\népais, collant, dont on cherche à se débarrasser en toussaillant, en râclant.\nLes personnes qui ont passé Ja soirée près d'une lampe qui charbonne\nou dans un salon où la grande quantité de monde réuni remplit l'air\nd'acide carbonique et empêche la combustion parfaite des bougies, ren-\ndent souvent le lendemain matin de petits crachars, grisâtres ou noirâtres\nà cause des particules charbonneuses qui ont pénétré dans les voies res-"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "83", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.35", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2163, "texte": "piratoires. Si cette aspiration se répète souvent, il se déclare des laryn-\ngites et des bronchites, parfois très persistantes.\nLes accidents sont plus graves lorsque les poussières proviennent des\nsubstances minérales. Les amas accumulés sur les muqueuses pharyngo-\nlaryngées et les noyaux formés à l'intérieur des poumons sont la cause\nd'inflammations plus ou moins étendues qui finissent souvent par déter-\nminer des ulcérations et des cavernes. La voix est altérée, couverte et\npeut se perdre tout à fait. Les poussières végétales sont moins nuisibles;\nl'aspiration du tan est réputée favorable aux organes respiratoires, de\nmême que celle du noir animal (Voy. profession).\nUne règle générale, et dont tout le monde comprend l'impérieuse\napplication, c'est de se soustraire à l'action des poussières. Il faut avant\ntout éviter d aspirer les poussières. On garantit la bouche et les narines,\non tourne le dos au nuage de sable, on cherche un abri, on quitte l'ate-\nlier, etc.\nSi toutefois on a aspiré une quantité plus ou moins considérable de\npoussière, on se gargarise immédiatement avec de l'eau pure et l'on en\nrenifle également. Mais on évitera de toussailler et de râcler ; on ne ferait\nqu'augmenter l'irritation, sans obtenir le résultat désiré. La sécrétion\nmuqueuse qui s'établit à la suite de l'irritation déterminée, ramène et\nexpulse d'elle-même peu à peu les poussières.\nCHAPITRE II\nPROFESSION\nL'occupation à laquelle on se livre habituellement peut exposer l'indi-\nvidu à l'action prolongée d'influences favorables ou nuisibles à la voix.\nI. — Professions diverses.\nCertains ouvriers subissent constamment les effets d'une haute tem-\npérature (forgerons, fondeurs, boulangers, etc.), ou de brusques varia-\ntions de température (soldats, agriculteurs, etc.), ou de l'humidité (dé-\nbardeurs, blanchisseuses, etc.), ou de poussières ou de gaz ou d'autres\nsubstances volatiles (chimistes, photographes, peintres en bâtiments, etc.)\nIl a été déjà question précédemment, dans divers endroits, des altéra-\ntions de la voix que peuvent déterminer ces causes diverses.\nNotons encore ici les empoisonnements lents produits par le manie-"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "84", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.36", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2507, "texte": "ment de certaines substances minérales (plomb, mercure) et qui entraînent\négalement des troubles dans les fonctions du larynx.\nII. — Exercice professionnel de la voix.\nL'exercice régulier et permanent, auquel sont soumis les organes de\nla voix chez les artistes lyriques ou dramatiques, chez les orateurs, les\nprédicateurs, les avocats, etc., exerce une influence notable sur les qua-\nlités anatomiques et physiologiques de ces organes mêmes.\nCette influence dépend d'une part de l'aptitude de l'individu pour la\ncarrière choisie, d'autre part du fonctionnement même.\nLa première condition de I'APTITUDE est, en dehors de la santé générale,\ncelle des organes de la voix au point de vue anatomique et physiolo-\ngique. S'il existe un état maladif dans un point quelconque, il faut qu'il\ndisparaisse ou que l'on renonce à l'exercice professionnel.\nL'exercice de la voix est compatible avec les prédispositions morbides,\nsurtout celles qui résultent de l'hérédité; nous verrons tout à l'heure\nl'influence que peut exercer sur elles le fonctionnement même des or-\nganes de la voix.\nLorsqu'on parle de la santé des organes vocaux, l'attention se fixe\nprincipalement sur le larynx. Dans l'immense majorité des cas, à moins\nqu'il n'existe une maladie particulière, le larynx est apte à l'émission de\nla voix et par conséquent à la production de la parole et du chant. Une\nvoix fausse, rauque ou tremblante, si elle n'est pas le résultat d'une\naffection organique, peut être corrigée par l'exercice.\nToutefois, il ne suffit pas que le larynx soit normalement construit\npour que l'individu ait une belle voix. Un violon peut avoir des cordes\nexcellentes et cependant ne posséder aucune valeur. Aussi est-ce une\nerreur que de chercher uniquement dans la perfection du larynx 1 apti-\ntude au chant. Avec un larynx normalement construit, on saura sans\ndoute toujours parler et au besoin faire des gammes; le larynx pourra\nmême, par l'éducation vocale, atteindre au haut degré de perfection, et\ncependant la voix sera mauvaise, manquera de charme, de suavité,\nd'éclat, de volume. C'est que la santé du larynx et des autres organes\nqui concourent à la production de la voix, n'est que la première condi-\ntion à l'aptitude ; pour que la voix produite réponde aux qualités artis-\ntiques exigées dans le chant ou dans la déclamation, il faut que la struc-\nture générale des organes de la voix soit conforme. Le larynx peut avoir\nles développements les plus complets, ses tissus l'aspect le plus normal,"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "85", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.37", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2605, "texte": "les muscles toute la vigueur voulue; la muqueuse du pharynx peut être\nexempte de tout défaut, et cependant la voix sera grêle, faible, sans éclat,\nsi la configuration de la caisse résonnante, c'est-à-dire le pharynx et le\nthorax, ne sont pas favorables au timbre. Il faut donc examiner avec\nattention, lorsque les mauvaises qualités de la voix persistent après la\nmue, si elles tiennent à la conformation de l'individu ou à un état pa-\nthologique. Dans le premier cas, il faut faire abandonner la carrière\nartistique ou du moins ne pas vouloir, par des efforts incessants, obtenir\ndes résultats contraires à la conformation; non-seulement on manquerait\nle but que Ton se propose, mais encore on déterminerait des irritations\npermanentes qui amèneraient la perte totale de la voix. C'est ainsi que\nse développent les diverses affections dont il a été question à propos de la\nfatigue de la voix.\nL'exercice professionnel de la voix exerce une DOUBLE INFLUENCE :\nd'une part, la santé générale peut s'en ressentir; d'autre part, les organes\nspéciaux de la voix en subissent l'action directe,\nLa santé générale est nécessaire pour que la voix puisse s'exercer dans\nle chant et dans la déclamation.\nA son tour cet exercice agit sur l'économie générale et cette influence\nsur la santé générale ne peut être que favorable, à la condition bien en-\ntendu que l'exercice se fasse sans fatigue et conformément aux préceptes\nexposés précédemment. En effet, dans le chant et dans la déclamation, le\ntravail plus actif de la respiration introduit dans la poitrine une quantité\nplus considérable d'air que la respiration habituelle ; la quantité d'oxy-\ngène consommée par conséquent est plus considérable, la combustion\norganique facilitée et augmentée : toutes circonstances favorables à la\ndigestion, à l'appétit, à la nutrition.\nCe que nous venons de dire s'applique également au jeu des instru-\nments à vents.\nOn avait considéré comme particulièrement exposés à contracter la\nphthisie pulmonaire, les individus obligés à faire de grands efforts de\nvoix ou de respiration, tels que les chanteurs, avocats, joueurs d'instru-\nments à vents, acteurs, etc. Mais des statisticiens (Benoiston de Château-\nneuf, Julius, Lombard, etc.), ont fait voir que l'exercice constant de la\nvoix semble plutôt diminuer qu'augmenter le nombre des phthisiques ;\nen effet, la moyenne générale étant de 114 phthisiques sur 1,000 ma-\nlades appartenant à la même profession, l'exercice constant de la voix ne\nfournit que 75, tandis que les ouvriers qui respirent les vernis, la théré-\nbentine, etc., donnent 369 sur i,ooo."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "86", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.38", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2683, "texte": "Quelques médecins ont même conseillé des inspirations et des expira-\ntions forcées pour combattre la prédisposition à la phthisie.\nSteinbrenner supposait que l'habitude d'une respiration incomplète\nest la principale cause d'une tuberculisation, et proposait comme moyen\nprophylactique la respiration forcée, moyen déjà conseillé par Auten-\nrieth, Crichton, Carswell, Clark, Ramadge, pour prévenir la phthisie. La\nrespiration se faisait avec un appareil fumigatoire, dans lequel l'air ne\npouvait pénétrer que par une ouverture large de 3 à 4 millimètres.\nCette théorie ne repose pas sur des données positives. Il n'existe\naucun signe scientifique qui permette d'affirmer avec certitude la prédis-\nposition à la phthisie; il n'y a que des présomptions tirées de la constitu-\ntion générale, des forces de l'individu, etc., mais qui n'ont aucune valeur\npositive. Même la prédispositition par hérédité est loin d'être certaine ;\nsinon, comme dans toute famille on peut trouver au moins un père ou\nune mère morts de phthisie, tout le monde serait menacé de cette mala-\ndie. Un seul point est certain, c'est que l'exercice fortifie les poumons\net devient ainsi un moyen prophylactique contre les affections inflam-\nmatoires.\nDisons à cette occasion, quoique le sujet ne soit pas en rapport direct\navec l'exercice de la voix, que le jeu des instruments à vent fortifie\négalement les poumons. M. Sax, l'habile facteur d'instruments de musi-\nque en cuivre, affirme même que tous les hommes qui ont pour spécialité\nd'essayer ces instruments, jouissent tous, par rapport à la phthisie, d'une\nimmunité complète.\nEn supposant le mécanisme de la production de la voix exécuté\nd'après les règles hygiéniques, l'exercice non seulement ne sera pas nui-\nsible aux organes de la voix, mais il leur sera même profitable.\nLes muscles intrinsèques du larynx subissent les mêmes lois physiolo-\ngiques que les autres muscles volontaires ; l'exercice approprié à leurs\nforces et à leur destination les rend plus vigoureux, plus souples, aug-\nmente leur tonicité, favorise en un mot tout leur développement. Les\nlarynx d'une texture faible deviendront par conséquent plus forts, àla\ncondition que la faiblesse ne soit pas la conséquence d'un état patholo-\ngique. Les résultats ne sont pas moins heureux pour les poumons : les\npersonnes qui ont la respiration courte, irrégulière, qui sont essoufflées\nàla moindre fatigue, voient disparaître ces incommodités ; la circonfé-\nrence de la poitrine devient plus considérable et augmente de plusieurs\ncentimètres. Cette vigueur donnée aux poumons les rend moins impres-\nsionnables; les congestions, les bronchites et les pneumonies chroniques,"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "87", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.39", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 1479, "texte": "s'établissent plus difficilement. Ces affections sont souvent confondues\navec la phthisie; de là vient l'opinion, suivant laquelle l'exercice de la\nvoix (et plus particulièrement le jeu des instruments à vents) serait un\nmoyen prophylactique contre la phthisie.\nL'influence salutaire toutefois est modifiée par le genre d'exercice au-\nquel on s'est livré : il en existe quatre, à savoir la parole, la lecture à\nhaute voix, la déclamation, le chant.\nLa parole, dans les habitudes ordinaires de la vie et dans la conversa-\ntion intime, n'exerce en général aucune influence marquée. A la suite\nde l'abus, on voit se développer la sécheresse de la bouche et du pharynx,\nla soif, quelquefois de l'enrouement. De tous les exercices, le plus fati-\ngant est la lecture à haute voix faite dans l'intimité, parce qu'habituelle-\nment l'on reste assis, le corps courbé en avant, et que la respiration est\ncourte, précipitée, superficielle, le thype abdominal ne pouvant s'exercer\nlibrement. La lecture mesurée à haute voix, devant une assemblée ou la\ndéclamation occasionne beaucoup moins de fatigue, surtout si l'orateur\nn'est pas obligé de faire des efforts pour dominer le tumulte ou de se\nfaire entendre dans une vaste salle. Cet exercice est même profitable aux\norganes de la voix, moins cependant que le chant, dans lequel chacun\ndes organes, qui concourent à la production de la voix, profite largement\nde la gymnastique à laquelle il doit être soumis.\n\nDr MANDL."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-10-15-01-c017", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-10-15_01#c017", "volume": "bmtnabc_1875-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "88", "page_fin": "89", "image_debut": 40, "image_fin": 41, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.2.6", "titre_corps": "REVUE DES CONCERTS", "titre_sommaire": "REVUE DES CONCERTS", "signature_source": "HENRY COHEN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 40, "page_imprimee": "88", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.40", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1904, "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nCIRQUE-FERNANDO : Concerts modernes de musique classique.\nL est sans doute peu de nos lecteurs qui ne connaissent de\nnom le Cirque-Fernando, dont la création est si récente et la\nfortune si rapide. Construit au coin de la rue des Martyrs et\ndu boulevard Rochechouart, il a donné une vie nouvelle à\nce quartier si éloigné du centre. Par l'élégance de sa cons-\ntruction, le confort qui règne dans son intérieur, et par sa dimension, moin-\ndre que celle des Cirques d'Hiver et d'Été, il a dû tenter les entrepreneurs\nde Concerts; et puisque tel est le sort des Parisiens de n'avoir pour salles qui\npuissent réunir un assez grand nombre d'auditeurs que des Cirques, le Cirque-\nFernando est sans contredit celui qui fera le mieux ressortir tous les détails\nd'une instrumentation fine et élégante.\nDonc le dimanche, 3 octobre 1875, la Société des concerts modernes a\ninauguré la série de ses auditions hebdomadaires sous la direction de M. Henri\n:>\nChollet, qui conduit son orchestre un orchestre d'une cinquantaine de\nmusiciens avec précision, verve et vigueur. Dire jusqu'à quel point est\njustifié le titre de Concerts modernes serait un peu difficile, puisqu'à l'excep-\ntion de Mozart et Méhul, qui sont des anciens, de Paganini, Auber et Schu-\nmann, qui ne sont pas précisément de nouvelles connaissances, il n'y aeu de\nmodernes, à cette première audition, que M. Massenet, et probablement\nl'auteur de la symphonie inédite qui a été exécutée. Je dis probablement,\ncar par une clause bizarre des statuts de la Société, le nom d'aucun auteur\nd'œuvre inédite ne sera dévoilé au public avant sa troisième audition. Quel-\nques lèvres indiscrètes ont bien chuchoté le nom de M. Henri Chollet, comme\nétant le père de cette symphonie. L'est-il, ne l'est-il pas? Respectons l'in-\ncognito et les statuts de la Société.\nL'allégro et le scherzo, en tous cas, sont écrits dans le pur style classique"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "89", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.41", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 1980, "texte": "de Mozart et de Beethoven. Le scherzo contient de jolis motifs et l'allégro a\nde la chaleur. L'andante est beaucoup trop Wagnérien pour mes oreilles;\nje ne l'ai pas bien saisi. La marche funèbre qui termine la symphonie,— ceci\nest tout à fait une idée moderne se distingue par une instrumentation\nélégante et soignée. Passons aux autres morceaux du concert. La manière\ndont a été exécuté le Mouvement perpétuel de Paganini fait autant d'honneur\nau talent des virtuoses de l'orchestre qu'à l'habile direction de M. Chollet.\nL'ouverture des Noces de Figaro, dont par parenthèse la réputation m'a\ntoujours semblé outrageusement surfaite, et l'ouverture de la Muette de\nPortici, ont été brillamment enlevées. La charmante Sevillana de Don César\nde de M. Massenet, a obtenu les honneurs du bis. Enfin, un jeune\nténor, qui possède de belles notes de poitrine, M. Gilandi, a parfaitement\nchanté l'admirable air de Joseph. Quelques voix, par excès de zèle, ont même\nréclamé le bis.\nLe concert du 10 courant a bien tenu ce qu'avait promis le premier. L'ou-\nverture d'Adolphe et Clara, de Dalayrac, et la symphonie d'Haydn, nommée\nla Surprise, ont été très bien exécutées ; l'andante de la symphonie surtout a\nété parfaitement nuancé. Un inédit, petite marche, d'après le\nprogramme, a fait plaisir. Je m'étendrai peu sur le plus ou moins de mé-\nrite de ces œuvres inédites et anonymes, que nous offre M. Henri Chollet*\nIl est évident que si une œuvre nouvelle renferme quelques taches, ce qui\nn'est pas impossible, l'appréciation d'un critique musical ne saurait être la\nmême si eJle est due à un prix de Rome ou à un fruit sec du Conservatoire,\nà un débutant ou à un artiste d'un âge mûr, à un indifférent ou à un ami. Si\nvous avez jamais lu un conte de Mrae de Genlis, intitulé le Palais de la Vérité,\nvous avez dû voir les jolis résultats que procureraient dans les relations du\nmonde la vérité nue et sans fard, dite et proclamée en toute circonstance.\n\nHENRY COHEN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-10-15-01-c021", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-10-15_01#c021", "volume": "bmtnabc_1875-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "90", "page_fin": "96", "image_debut": 42, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.2.7", "titre_corps": "VARIA", "titre_sommaire": "VARIA", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 42, "page_imprimee": "90", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.42", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1937, "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nFAITS DIVERS\nAR arrêté du ministre de l'instruction publique et des\nbeaux-arts, sont nommés professeurs au Conservatoire :\nM. Maurin, professeur de violon, en remplacement de\nM. Alard, admis sur sa demande à faire valoir ses droits\nà la retraite,\nM. Barbot, professeur de chant, en remplacement de\nMme Viardot, démissionnaire.\nM. Maurin, premier prix de violon en 1843, fut le dernier élève de l'illustre\nprofesseur Baillot, dont il a conservé les traditions. M. Maurin est un des\nfondateurs de la Société des derniers quatuors de Beethoven, qui occupe le\npremier rang parmi les Sociétés de musique de chambre.\nM. Barbot est élève de Garcia, dont l'enseignement a laissé au Conserva-\ntoire de glorieux souvenirs. Premier prix de chant de l'année 1847, fut jugé\npar Garcia celui de ses élèves qui pouvait le mieux le suppléer, et il dirigea le\ncours du maître pendant deux ans.\nM. Barbot, longtemps pensionnaire de l'Opéra-Comique, quitta le théâtre\nde bonne heure, mais, avant de se retirer, il créa au Théâtre-Lyrique le rôle\nde Faust, de Gounod, en 1859.\nM. Ambroise Thomas, directeur du Conservatoire, vient de prendre\nune mesure destinée à nous préparer des pépinières de violonistes. Par arrêté\ndu ministre de l'instruction publique en date du 14 octobre, les deux classes\npréparatoires pour le violon sont rétablies. MM. Jules Garcin et Chaîne en\ndeviennent les titulaires avec le titre de professeurs agrégés. M. Jules Garcin\nest l'excellent violon-solo de la Société des concerts et de l'Opéra, où il rem-\nplit également les fonctions de troisième chef. M. Chaîne est un ancien lau-\nréat de notre grande école de musique; des compositions instrumentales es-\ntimées avaient depuis longtemps attiré sur lui l'attention publique.\nLes examens d'admission des 81 aspirants et des 92 aspirantes aux classes\nde chant du Conservatoire ont eu lieu la semaine dernière. Attendu la grande"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "91", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.43", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 3172, "texte": "sévérité désormais apportée aux admissions, i 5 voix d'hommes et i 5 voix de\nfemmes seulement ont été jugées dignes de l'entrée au Conservatoire. C'est\nM. Jules Cohen qui a tenu le piano du matin au soir, pendant deux laborieuses\njournées, pour l'audition des 173 concurrents et concurrentes. M. Ambroise\nThomas présidait le jury, composé de 14 membres.\nOn va célébrer, en Italie, le centenaire de Cristofori, l'inventeur du\npiano. Les fêtes auront lieu à Florence, au mois de mai prochain. Un comité\nprésidé par le commandeur Cassamorata, a invité les principaux pianistes\nà y assister. Il y aura trois grands concerts de piano; l'abbé Liszt a promis\nde se faire entendre.\nLes fêtes du centenaire de Spontini, que vise M. Adolphe Jullien dans\nson article sur les débuts du grand musicien en Italie et à Paris, ont été\ncélébrées successivement à Majolati et à Jesidans le courant du mois dernier.\nLe petit bourg de Majolati, patrie du grand compositeur, qui avait déjà\ncélébré ce centenaire à sa vraie date, c'est-à-dire l'année dernière, d'une\nmanière un peu mesquine (il est vrai qu'il avait été seul en Italie à le faire),\ns'est piqué d'honneur et a voulu montrer ce qu'il pourrait faire, avec son\npeu de ressources, pour honorer la mémoire du maître à la générosité duquel\nil doit la fondation d'un bel hospice pour les vieillards. Bon nombre de villes\nétaient officiellement représentées à cette lête, dont le programme musical se\nbornait à un hymne de circonstance, composé par le maestro Emilio Stac-\nchini, de Jesi, et chanté par quarante voix d'enfants. Discours, tombola, feux\nd'artifice, etc , ont aidé à remplir la journée. C'était modeste, mais c'est tout\nce que pouvait faire Majolati. Quelques jours après, la ville de Jesi donnait\nune série de représentations solennelles de la Vestale. On avait voulu en faire\nune chose digne du nom honoré de Spontini : les études avaient été longues\net patientes; on avait donné un soin particulier à la mise en scène. Tout a\nfort bien réussi. Les principaux rôles étaient remplis par Mmes Wanda Miller\net Barlani-Dini, le ténor Tasca De-Capellio, le baryton Sparapani et la basse\nMiller; tous ces artistes ont droit à des éloges, mais c'est à Mmo Wanda Miller\nque reviennent les honneurs de l'interprétation. Plusieurs autres représenta-\ntions de la Vestale seront encore données à Jesi, où les étrangers abondent,\nattirés par cette vraie fête de lart. Un télégramme de la municipalité de\nJesi a appris àla vénérable Mme Spontini-Erard, à Paris, le succès obtenu\npar le chef-d'œuvre de son mari.\nM. Léon Ehrhart, grand prix de Rome pour la musique, est mort le\n4 octobre, au retour d'une excursion à Venise, au moment où le train de\nBologne à Florence allait arriver à Porretta. M. Léon Ehrhart succombe aux\nsuites d'une maladie de poitrine; il laisse une messe qu'il avait composée à\nla villa Médicis, et un oratorio non achevé. Il travaillait aussi à un acte,\nMaître Martin, qu'il destinait à l'Opéra-Comique.\nNous empruntons à M. Oswald, du Gaulois, les détails suivants sur la fin\nprématurée du jeune pensionnaire de l'Académie de France :\n« ... M. Léon Ehrhart revenait avec un de ses camarades, M. Lambert,"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "92", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.44", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3462, "texte": "d'un voyage d'art et de plaisir qu'ils venaient de faire ensemble à Venise et\nà Bologne. Ils se rendaient à Florence. Tout à coup M. Ehrhart s'affaissa\nsur son compagnon, qui le crut endormi. On entrait sous un tunnel. Sentant\nune pression assez forte sur son épaule, M. Lambert essaya de relever son\nami; mais le corps retombait lourdement sur lui-même. Enfin la lumière\nreparaît. M. Lambert et ses compagnons de route comprennent de suite, à\ndes symptômes trop certains, que le pauvre jeune homme est mort... Il\ns'agissait de s'arrêter à la plus prochaine station, qui était à une heure du\npoint où ils se trouvaient en ce moment. On s'arrête enfin. C'était Porretta.\nAussitôt la catastrophe déclarée, les employés de la gare n'ont qu'une idée :\nun crime a été commis; M. Lambert est mis en état de suspicion... Il a beau\ndire son nom, sa qualité, celle de son camarade, rien n'y fait. Cependant on\navait déposé le pauvre mort sur une des banquettes de la salle d'attente.\nM. Lambert songea alors à tirer de sa poche et à montrer le passeport diplo-\nmatique sur lequel leurs noms étaient inscrits. Tout aussitôt le chef de gare,\nles agents de la police, tous se confondent en excuses; M. Lambert est rendu\nà ses devoirs d amitié. Il retourne à son cher camarade, laissé seul, et veille\nsur lui jusqu'au lendemain.\n« Arrivent alors deux pensionnaires de l'Académie de France, envoyés par\nle directeur pour lui prêter assistance. Les honneurs funèbres sont rendus au\nmort, à l'église et au cimetière, en présence des autorités de la petite ville,\ndes jeunes gens, des employés de la gare, qui ont assisté avec recueillement\net une émotion véritable à ces tristes cérémonies. M. Léon Ehrhart avait\nobtenu, comme compositeur de musique, le grand prix de Rome, il y a deux\nans. Aussi les musiciens de la ville ont-ils voulu suivre le deuil en exécutant\nune marche funèbre. Rien de plus touchant que ce simple cortège, si cruelle-\nment improvisé par la mort. Aux quatre coins du cercueil on avait attaché\n(suivant la coutume du pays) des vers italiens rappelant les noms, les qualités\net la triste fin du jeune homme.\n« M. Léon Ehrhart avait vingt et un ans à peine. Élève de MM. Reber et\nAmbroise Thomas, grand prix de composition, doué d'un talent naturel et\nbrillant, il semblait appelé à la plus heureuse destinée. Sa pauvre mère, qui,\nau moment où je vous écris, sait déjà, hélas! qu'elle n'a plus de fils, ne trou-\nvera de consolations, si elles sont possibles, que dans le témoignage unanime\ndes regrets sympathiques et des afflictions fraternelles dont l'Académie de\nFrance à Rome est en ce moment le siège et l'écho. Un service funèbre doit\nêtre célébré lundi prochain dans l'église Saint-Louis-des-Français.\n« O jeune musicien, dit l'inscription poétique placée sur le cercueil, puisse\nle son des harpes angéliques réjouir ton âme dans l'éternité! »\nM. Gounod s'était rendu avant hier chez M. Oscar Comettant pour\ny prendre les manuscrits détenus depuis plusieurs années par madame\nGeorgina Weldon, et qu'elle s'était décidée à restituer à leur auteur par\nl'entremise de M. Comettant. En prenant congé de ce dernier, M. Gounod\nqui tenait ses manuscrits sous le bras, s'arrêta sur les deux dernières marches\ndu perron afin de serrer la main de M. Comettant. En se retournant il\nposa le pied, non plus sur la marche, mais sur la rampe de pierre de l'escalier,\nrendue fort glissante par une pluie récente, et il tomba lourdement sur les"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "93", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.45", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2908, "texte": "marches d'un autre perron placé à droite. II perdit aussitôt connaissance, on\ncrut un instant qu'il était mort. On le releva et lorsque les docteurs Déan et\nDérivière arrivèrent, le malade avait repris ses esprits, mais ils constatèrent\nune fracture de l'épaule droite, à la réduction de laquelle il a été procédé im-\nmédiatement. L'état de M. Gounod est relativement satisfaisant, mais il fau-\ndra au moins deux mois pour opérer sa guérison.\nMadame Gounod, qui habite Saint-Cloud, prévenue par dépêche, est\narrivée quelques heures après et a trouvé M.Gounod installé chez M.Comet-\ntant, où il est l'objet des soins les plus empressés.\nNous avons un autre accident très fâcheux à enregistrer. M. Charles\nLamoureux a fait, il y a quelques jours, une chute très grave en descendant\nson escalier, il est tombé si malheureusement qu'il s'est foulé le poignet\ngauche, forcé plusieurs doigts de la main droite et fortement contusionné.\nEn proie à une fièvre violente, à la suite de cet accident, M. Lamoureux a\ndû garder le lit depuis lors; son état, aujourd'hui, est aussi satisfaisant que\npossible, mais il faut au malade de grands soins et un repos absolu.\nNous trouvons dans le Figaro, sous la signature de M. Prével, des détails\nintéressants sur les droits d'auteurs aux cafés-concerts et dans les petits\nthéâtres.\nLes nombreux auteurs dramatiques qui n'ont de débouchés pour leurs\npièces que dans les spectacles-concerts ou qui peuvent y autoriser la repré-\nsentation d'ouvrages déjà joués sur les vrais théâtres, ne seront sans doute\npas fâchés de savoir quelle est la rémunération allouée comme droit dans ces\nétablissements.\nCes droits sont payés par abonnements mensuels,\nL'Eldorado donne 10 francs par acte joué dans la soirée.\nL'Alcazar d'hiver vient de signer avec la Société des auteurs et composi-\nteurs dramatiques à raison de 500 francs par mois.\nLa Scala, fermée pour cause de faillite, avait refusé de s'abonner à la So-\nciété dramatique. Elle doit rouvrir prochainement en jouant des pièces.\nBa-ta-clan paye 300 francs par mois. Ce concert a donc pu jouer dernière-\nment, pour la bagatelle de dix francs par jour, un drame de l'importance des\nCrochets du père Martin.\nLe Concert de la Gaîté, boulevard Rochechouart, paye 300 francs.\nLe Concert de la Gaîté, rue de la Gaîté, à Montparnasse, paye 100 francs.\nLe Concert-Européen, place Moncey, paye 400 francs.\nLe Grand-Concert-Parisien, popularisé par La Bordas, paye 300 francs.\nLes Folies-d'Athènes, assimilées aux théâtres de banlieue (on n'y chante\npas la chansonnette), payent 450 francs.\nLes Folies-Montholon (non considérées comme concert) payent 600 francs\npar mois.\nL'Alhambra (concert), faubourg du Temple, paye i3o francs.\nLes Folies-Belleville (théâtre), 600 francs par mois.\nLe Vert-Galant (au Pont-Neuf) n'a jamais voulu traiter avec les auteurs\ndramatiques.\nLe Concert de la Pépinière, rue de la Pépinière, paye 300 francs."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "94", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.46", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2077, "texte": "Le Théâtre de la Tour-d'Auvergne, qui payait 20 francs de droits par jour,\nce qui n'était déjà pas énorme, vient d'obtenir de la Commission de n en plus\npayer que 15 (???)-\nLa Salle Herz paye aux auteurs dramatiques 10 francs par acte énoncé dans\nles programmes de ses concerts.\nLes Délassements-Comiques, faubourg Saint-Martin, ont un abonnement\nde 450 francs par mois,\nTivoli, boulevard Clichy, n'a pas traité avec la rue Saint-Marc.\nLes agents percepteurs de MM. Peragallo et Roger touchent un droit de\n5 o/o en plus sur chaque abonnement, et ces 5 o/o augmentent d'autant le\nchiffre de leurs émoluments.\nLes représentations italiennes données par Rossi et sa troupe a la salle\nVentadour, ont un intérêt énorme pour les artistes lyriques qui tiennent à\nhonneur de se familiariser avec le répertoire de Shakespeare, si peu connu, si\npeu exploité en France. Rossi est un acteur incomparable, qui a étudié Sha-\nkespeare avec piété et qui l'interprète avec un profond sentiment d'artiste.\nC'est du génie que de comprendre ainsi le génie. La presse parisienne tout\nentière, faisant écho aux ovations du public, a salué le succès de cet admirable\ntragédien dans Otello et Hamlet. Il pourrait bien se faire que Rossi, non con-\ntent d'être le plus grand tragique de ce temps-ci, devint un acteur à la mode.\n\nNOUVELLES\n\nARIS< _ Opéra. M. Couturier, premier prix de chant et d'opéra\nau concours du Conservatoire de cette année, va débuter dans le\nrôle de Guillaume de Guillaume Tell.\nL'autorité militaire a accordé une dispense d'une année à M. Cou-\nturier que son âge appelait à servir dans l'armée active.\nOpéra-Comique. Hier a eu lieu la reprise du Val d'Andorre. Les répéti-\ntions du Voyage en Chine sont commencées.\nLe ténor Stéphane, engagé récemment par M. du Locle, doit débuter\nprochainement dans Haydée.\nGaîté. La première représentation du Voyage dans la Lune est toujours\nfixée au 2 5 octobre.\nLes principaux rôles seront interprétés par M. Christian, madame Grivot,\nMM. Laurent, Tissier, Habay et mesdames Zulma-Bouffar, N. Marcus,\nCuinet, B. Méry."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "95", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.47", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2565, "texte": "Folies-Dramatiques. M. Cantin vient de recevoir un ouvrage en trois\nactes, de M. Thys, qui a pour titre : le Fruit vert et qui doit suivre le\nPompon, de M. Lecoq.\nLes rôles de cette dernière pièce ont été ainsi distribués :\nLe vice-roi, M. Milher; Barabino, M. Luco; Castorini, M. Didier; Bas-\ntrocco, M. Legrain; le Podestat, M. Vavasseur ; le docteur Piccolo, madame\nMatz-Ferrare; Fioretta, mademoiselle Caillot; Béatrice, mademoiselle Porel ;\nHortensia, madame Toudouze.\nRenaissance. La première représentation de la Filleule du Roi, est fixée\nau samedi 23 octobre.\nLes deux rôles principaux seront chantés par madame Peschard et made-\nmoiselle Pauline Luigini.\nM. Hostein prépare pour succéder àla Filleule du Roi, la Petite Mariée\nde Lecocq et la Jeunesse de Cagliostro de Strauss.\nA propos de cette dernière pièce, il s'est passé un fait assez singulier.\nM. Wilder s'était chargé de la traduction du libretto allemand. Quelle ne\nfut pas la surprise de M. Hostein lorsqu'il lut le travail de M. Wilder, de\nreconnaître, scène pour scène, le Cagliostro de M. de Saint-Georges, joué\njadis avec succès à Paris, et que le librettiste allemand s'était approprié sans\nfaçon, ainsi que cela se pratique trop souvent à l'étranger à l'égard de nos\nauteurs dramatiques. Il a fallu chercher une nouvelle pièce qui puisse s'adap-\nter à la partition de Johann Strauss.\nVoilà pourquoi la Jeunesse de Cagliostro ne passera qu'après la Petite\nMariée de Lecocq, dans laquelle la charmante Granier va retrouver son\nsuccès de Giroflé-Girofla.\nThéâtre-Taitbout. La Cruche cassée passera dans une dizaine de jours.\nUne fois par semaine, M. Verger, l'ancien directeur des Italiens, donnera\ndes matinées de musique italienne à la salle Taitbout. Ces matinées auront\ndeux parties, composées, la première, de morceaux détachés, et la seconde\nd'un acte d'opéra joué en costume.\nOn assure que M. Verger est en pourparlers avec madame Patti pour\ndécider la diva à inaugurer ces matinées.\nConcerts-Populaires. Dimanche 17 octobre, à deux heures, au Cirque*\nd'Hiver, ierconcert populaire, dirigé par M. J. Pasdeloup (ire série, 15e année).\nEn voici le programme :\ni° Symphonie en la mineur de Mendelssohn : Introduction, allegro agitato,\nscherzo, adagio, finale;\n20 Ouverture du Na'im ou les Maures en Espagne ( ire audition), de H.\nRobert ;\n3° L'Artésienne, drame de M. A. Daudet, musique de G. Bizet : a) prélude,\nb) menuet, c) adagietto, d) carillon;\n40 Largo de Haendel, le solo de hautbois par M. Triébert;\n5° Septuor de Beethoven : Introduction, allegro, adagio, menuet, andante"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "96", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.48", "debut_caractere": 106, "fin_caractere_exclue": 680, "texte": "con variazioni, scherzo, finale, exécuté par MM. Grisez (clarinette), Schubert\n(basson), Mohr (cor), et tous les instruments à cordes. Dimanche prochain,\n24 octobre, deuxième concert populaire de la 1™ série.\nConcerts du Châtelet. M. Colonne annonce la réouverture des Concerts\ndu Châtelet pour le dimanche 3i octobre. Les conditions d'abonnement et le\nprix des places restent les mêmes que par le passé. Comme l'année dernière\négalement, chaque série de dix concerts comprendra deux concerts avec\nchœurs.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-10-15-01-c023", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-10-15_01#c023", "volume": "bmtnabc_1875-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "90", "page_fin": "94", "image_debut": 42, "image_fin": 46, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.2.7.2", "titre_corps": "FAITS DIVERS", "titre_sommaire": "FAITS DIVERS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 42, "page_imprimee": "90", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.42", "debut_caractere": 52, "fin_caractere_exclue": 1937, "texte": "FAITS DIVERS\nAR arrêté du ministre de l'instruction publique et des\nbeaux-arts, sont nommés professeurs au Conservatoire :\nM. Maurin, professeur de violon, en remplacement de\nM. Alard, admis sur sa demande à faire valoir ses droits\nà la retraite,\nM. Barbot, professeur de chant, en remplacement de\nMme Viardot, démissionnaire.\nM. Maurin, premier prix de violon en 1843, fut le dernier élève de l'illustre\nprofesseur Baillot, dont il a conservé les traditions. M. Maurin est un des\nfondateurs de la Société des derniers quatuors de Beethoven, qui occupe le\npremier rang parmi les Sociétés de musique de chambre.\nM. Barbot est élève de Garcia, dont l'enseignement a laissé au Conserva-\ntoire de glorieux souvenirs. Premier prix de chant de l'année 1847, fut jugé\npar Garcia celui de ses élèves qui pouvait le mieux le suppléer, et il dirigea le\ncours du maître pendant deux ans.\nM. Barbot, longtemps pensionnaire de l'Opéra-Comique, quitta le théâtre\nde bonne heure, mais, avant de se retirer, il créa au Théâtre-Lyrique le rôle\nde Faust, de Gounod, en 1859.\nM. Ambroise Thomas, directeur du Conservatoire, vient de prendre\nune mesure destinée à nous préparer des pépinières de violonistes. Par arrêté\ndu ministre de l'instruction publique en date du 14 octobre, les deux classes\npréparatoires pour le violon sont rétablies. MM. Jules Garcin et Chaîne en\ndeviennent les titulaires avec le titre de professeurs agrégés. M. Jules Garcin\nest l'excellent violon-solo de la Société des concerts et de l'Opéra, où il rem-\nplit également les fonctions de troisième chef. M. Chaîne est un ancien lau-\nréat de notre grande école de musique; des compositions instrumentales es-\ntimées avaient depuis longtemps attiré sur lui l'attention publique.\nLes examens d'admission des 81 aspirants et des 92 aspirantes aux classes\nde chant du Conservatoire ont eu lieu la semaine dernière. Attendu la grande"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "91", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.43", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 3172, "texte": "sévérité désormais apportée aux admissions, i 5 voix d'hommes et i 5 voix de\nfemmes seulement ont été jugées dignes de l'entrée au Conservatoire. C'est\nM. Jules Cohen qui a tenu le piano du matin au soir, pendant deux laborieuses\njournées, pour l'audition des 173 concurrents et concurrentes. M. Ambroise\nThomas présidait le jury, composé de 14 membres.\nOn va célébrer, en Italie, le centenaire de Cristofori, l'inventeur du\npiano. Les fêtes auront lieu à Florence, au mois de mai prochain. Un comité\nprésidé par le commandeur Cassamorata, a invité les principaux pianistes\nà y assister. Il y aura trois grands concerts de piano; l'abbé Liszt a promis\nde se faire entendre.\nLes fêtes du centenaire de Spontini, que vise M. Adolphe Jullien dans\nson article sur les débuts du grand musicien en Italie et à Paris, ont été\ncélébrées successivement à Majolati et à Jesidans le courant du mois dernier.\nLe petit bourg de Majolati, patrie du grand compositeur, qui avait déjà\ncélébré ce centenaire à sa vraie date, c'est-à-dire l'année dernière, d'une\nmanière un peu mesquine (il est vrai qu'il avait été seul en Italie à le faire),\ns'est piqué d'honneur et a voulu montrer ce qu'il pourrait faire, avec son\npeu de ressources, pour honorer la mémoire du maître à la générosité duquel\nil doit la fondation d'un bel hospice pour les vieillards. Bon nombre de villes\nétaient officiellement représentées à cette lête, dont le programme musical se\nbornait à un hymne de circonstance, composé par le maestro Emilio Stac-\nchini, de Jesi, et chanté par quarante voix d'enfants. Discours, tombola, feux\nd'artifice, etc , ont aidé à remplir la journée. C'était modeste, mais c'est tout\nce que pouvait faire Majolati. Quelques jours après, la ville de Jesi donnait\nune série de représentations solennelles de la Vestale. On avait voulu en faire\nune chose digne du nom honoré de Spontini : les études avaient été longues\net patientes; on avait donné un soin particulier à la mise en scène. Tout a\nfort bien réussi. Les principaux rôles étaient remplis par Mmes Wanda Miller\net Barlani-Dini, le ténor Tasca De-Capellio, le baryton Sparapani et la basse\nMiller; tous ces artistes ont droit à des éloges, mais c'est à Mmo Wanda Miller\nque reviennent les honneurs de l'interprétation. Plusieurs autres représenta-\ntions de la Vestale seront encore données à Jesi, où les étrangers abondent,\nattirés par cette vraie fête de lart. Un télégramme de la municipalité de\nJesi a appris àla vénérable Mme Spontini-Erard, à Paris, le succès obtenu\npar le chef-d'œuvre de son mari.\nM. Léon Ehrhart, grand prix de Rome pour la musique, est mort le\n4 octobre, au retour d'une excursion à Venise, au moment où le train de\nBologne à Florence allait arriver à Porretta. M. Léon Ehrhart succombe aux\nsuites d'une maladie de poitrine; il laisse une messe qu'il avait composée à\nla villa Médicis, et un oratorio non achevé. Il travaillait aussi à un acte,\nMaître Martin, qu'il destinait à l'Opéra-Comique.\nNous empruntons à M. Oswald, du Gaulois, les détails suivants sur la fin\nprématurée du jeune pensionnaire de l'Académie de France :\n« ... M. Léon Ehrhart revenait avec un de ses camarades, M. Lambert,"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "92", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.44", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3462, "texte": "d'un voyage d'art et de plaisir qu'ils venaient de faire ensemble à Venise et\nà Bologne. Ils se rendaient à Florence. Tout à coup M. Ehrhart s'affaissa\nsur son compagnon, qui le crut endormi. On entrait sous un tunnel. Sentant\nune pression assez forte sur son épaule, M. Lambert essaya de relever son\nami; mais le corps retombait lourdement sur lui-même. Enfin la lumière\nreparaît. M. Lambert et ses compagnons de route comprennent de suite, à\ndes symptômes trop certains, que le pauvre jeune homme est mort... Il\ns'agissait de s'arrêter à la plus prochaine station, qui était à une heure du\npoint où ils se trouvaient en ce moment. On s'arrête enfin. C'était Porretta.\nAussitôt la catastrophe déclarée, les employés de la gare n'ont qu'une idée :\nun crime a été commis; M. Lambert est mis en état de suspicion... Il a beau\ndire son nom, sa qualité, celle de son camarade, rien n'y fait. Cependant on\navait déposé le pauvre mort sur une des banquettes de la salle d'attente.\nM. Lambert songea alors à tirer de sa poche et à montrer le passeport diplo-\nmatique sur lequel leurs noms étaient inscrits. Tout aussitôt le chef de gare,\nles agents de la police, tous se confondent en excuses; M. Lambert est rendu\nà ses devoirs d amitié. Il retourne à son cher camarade, laissé seul, et veille\nsur lui jusqu'au lendemain.\n« Arrivent alors deux pensionnaires de l'Académie de France, envoyés par\nle directeur pour lui prêter assistance. Les honneurs funèbres sont rendus au\nmort, à l'église et au cimetière, en présence des autorités de la petite ville,\ndes jeunes gens, des employés de la gare, qui ont assisté avec recueillement\net une émotion véritable à ces tristes cérémonies. M. Léon Ehrhart avait\nobtenu, comme compositeur de musique, le grand prix de Rome, il y a deux\nans. Aussi les musiciens de la ville ont-ils voulu suivre le deuil en exécutant\nune marche funèbre. Rien de plus touchant que ce simple cortège, si cruelle-\nment improvisé par la mort. Aux quatre coins du cercueil on avait attaché\n(suivant la coutume du pays) des vers italiens rappelant les noms, les qualités\net la triste fin du jeune homme.\n« M. Léon Ehrhart avait vingt et un ans à peine. Élève de MM. Reber et\nAmbroise Thomas, grand prix de composition, doué d'un talent naturel et\nbrillant, il semblait appelé à la plus heureuse destinée. Sa pauvre mère, qui,\nau moment où je vous écris, sait déjà, hélas! qu'elle n'a plus de fils, ne trou-\nvera de consolations, si elles sont possibles, que dans le témoignage unanime\ndes regrets sympathiques et des afflictions fraternelles dont l'Académie de\nFrance à Rome est en ce moment le siège et l'écho. Un service funèbre doit\nêtre célébré lundi prochain dans l'église Saint-Louis-des-Français.\n« O jeune musicien, dit l'inscription poétique placée sur le cercueil, puisse\nle son des harpes angéliques réjouir ton âme dans l'éternité! »\nM. Gounod s'était rendu avant hier chez M. Oscar Comettant pour\ny prendre les manuscrits détenus depuis plusieurs années par madame\nGeorgina Weldon, et qu'elle s'était décidée à restituer à leur auteur par\nl'entremise de M. Comettant. En prenant congé de ce dernier, M. Gounod\nqui tenait ses manuscrits sous le bras, s'arrêta sur les deux dernières marches\ndu perron afin de serrer la main de M. Comettant. En se retournant il\nposa le pied, non plus sur la marche, mais sur la rampe de pierre de l'escalier,\nrendue fort glissante par une pluie récente, et il tomba lourdement sur les"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "93", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.45", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2908, "texte": "marches d'un autre perron placé à droite. II perdit aussitôt connaissance, on\ncrut un instant qu'il était mort. On le releva et lorsque les docteurs Déan et\nDérivière arrivèrent, le malade avait repris ses esprits, mais ils constatèrent\nune fracture de l'épaule droite, à la réduction de laquelle il a été procédé im-\nmédiatement. L'état de M. Gounod est relativement satisfaisant, mais il fau-\ndra au moins deux mois pour opérer sa guérison.\nMadame Gounod, qui habite Saint-Cloud, prévenue par dépêche, est\narrivée quelques heures après et a trouvé M.Gounod installé chez M.Comet-\ntant, où il est l'objet des soins les plus empressés.\nNous avons un autre accident très fâcheux à enregistrer. M. Charles\nLamoureux a fait, il y a quelques jours, une chute très grave en descendant\nson escalier, il est tombé si malheureusement qu'il s'est foulé le poignet\ngauche, forcé plusieurs doigts de la main droite et fortement contusionné.\nEn proie à une fièvre violente, à la suite de cet accident, M. Lamoureux a\ndû garder le lit depuis lors; son état, aujourd'hui, est aussi satisfaisant que\npossible, mais il faut au malade de grands soins et un repos absolu.\nNous trouvons dans le Figaro, sous la signature de M. Prével, des détails\nintéressants sur les droits d'auteurs aux cafés-concerts et dans les petits\nthéâtres.\nLes nombreux auteurs dramatiques qui n'ont de débouchés pour leurs\npièces que dans les spectacles-concerts ou qui peuvent y autoriser la repré-\nsentation d'ouvrages déjà joués sur les vrais théâtres, ne seront sans doute\npas fâchés de savoir quelle est la rémunération allouée comme droit dans ces\nétablissements.\nCes droits sont payés par abonnements mensuels,\nL'Eldorado donne 10 francs par acte joué dans la soirée.\nL'Alcazar d'hiver vient de signer avec la Société des auteurs et composi-\nteurs dramatiques à raison de 500 francs par mois.\nLa Scala, fermée pour cause de faillite, avait refusé de s'abonner à la So-\nciété dramatique. Elle doit rouvrir prochainement en jouant des pièces.\nBa-ta-clan paye 300 francs par mois. Ce concert a donc pu jouer dernière-\nment, pour la bagatelle de dix francs par jour, un drame de l'importance des\nCrochets du père Martin.\nLe Concert de la Gaîté, boulevard Rochechouart, paye 300 francs.\nLe Concert de la Gaîté, rue de la Gaîté, à Montparnasse, paye 100 francs.\nLe Concert-Européen, place Moncey, paye 400 francs.\nLe Grand-Concert-Parisien, popularisé par La Bordas, paye 300 francs.\nLes Folies-d'Athènes, assimilées aux théâtres de banlieue (on n'y chante\npas la chansonnette), payent 450 francs.\nLes Folies-Montholon (non considérées comme concert) payent 600 francs\npar mois.\nL'Alhambra (concert), faubourg du Temple, paye i3o francs.\nLes Folies-Belleville (théâtre), 600 francs par mois.\nLe Vert-Galant (au Pont-Neuf) n'a jamais voulu traiter avec les auteurs\ndramatiques.\nLe Concert de la Pépinière, rue de la Pépinière, paye 300 francs."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "94", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.46", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1324, "texte": "Le Théâtre de la Tour-d'Auvergne, qui payait 20 francs de droits par jour,\nce qui n'était déjà pas énorme, vient d'obtenir de la Commission de n en plus\npayer que 15 (???)-\nLa Salle Herz paye aux auteurs dramatiques 10 francs par acte énoncé dans\nles programmes de ses concerts.\nLes Délassements-Comiques, faubourg Saint-Martin, ont un abonnement\nde 450 francs par mois,\nTivoli, boulevard Clichy, n'a pas traité avec la rue Saint-Marc.\nLes agents percepteurs de MM. Peragallo et Roger touchent un droit de\n5 o/o en plus sur chaque abonnement, et ces 5 o/o augmentent d'autant le\nchiffre de leurs émoluments.\nLes représentations italiennes données par Rossi et sa troupe a la salle\nVentadour, ont un intérêt énorme pour les artistes lyriques qui tiennent à\nhonneur de se familiariser avec le répertoire de Shakespeare, si peu connu, si\npeu exploité en France. Rossi est un acteur incomparable, qui a étudié Sha-\nkespeare avec piété et qui l'interprète avec un profond sentiment d'artiste.\nC'est du génie que de comprendre ainsi le génie. La presse parisienne tout\nentière, faisant écho aux ovations du public, a salué le succès de cet admirable\ntragédien dans Otello et Hamlet. Il pourrait bien se faire que Rossi, non con-\ntent d'être le plus grand tragique de ce temps-ci, devint un acteur à la mode."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-10-15-01-c025", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-10-15_01#c025", "volume": "bmtnabc_1875-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "94", "page_fin": "96", "image_debut": 46, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.2.7.3", "titre_corps": "NOUVELLES", "titre_sommaire": "NOUVELLES", "signature_source": "Pour l'article Varia : Le Secrétaire de la Rédaction, O. LE TRIOUX", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 46, "page_imprimee": "94", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.46", "debut_caractere": 1326, "fin_caractere_exclue": 2077, "texte": "NOUVELLES\n\nARIS< _ Opéra. M. Couturier, premier prix de chant et d'opéra\nau concours du Conservatoire de cette année, va débuter dans le\nrôle de Guillaume de Guillaume Tell.\nL'autorité militaire a accordé une dispense d'une année à M. Cou-\nturier que son âge appelait à servir dans l'armée active.\nOpéra-Comique. Hier a eu lieu la reprise du Val d'Andorre. Les répéti-\ntions du Voyage en Chine sont commencées.\nLe ténor Stéphane, engagé récemment par M. du Locle, doit débuter\nprochainement dans Haydée.\nGaîté. La première représentation du Voyage dans la Lune est toujours\nfixée au 2 5 octobre.\nLes principaux rôles seront interprétés par M. Christian, madame Grivot,\nMM. Laurent, Tissier, Habay et mesdames Zulma-Bouffar, N. Marcus,\nCuinet, B. Méry."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "95", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.47", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2565, "texte": "Folies-Dramatiques. M. Cantin vient de recevoir un ouvrage en trois\nactes, de M. Thys, qui a pour titre : le Fruit vert et qui doit suivre le\nPompon, de M. Lecoq.\nLes rôles de cette dernière pièce ont été ainsi distribués :\nLe vice-roi, M. Milher; Barabino, M. Luco; Castorini, M. Didier; Bas-\ntrocco, M. Legrain; le Podestat, M. Vavasseur ; le docteur Piccolo, madame\nMatz-Ferrare; Fioretta, mademoiselle Caillot; Béatrice, mademoiselle Porel ;\nHortensia, madame Toudouze.\nRenaissance. La première représentation de la Filleule du Roi, est fixée\nau samedi 23 octobre.\nLes deux rôles principaux seront chantés par madame Peschard et made-\nmoiselle Pauline Luigini.\nM. Hostein prépare pour succéder àla Filleule du Roi, la Petite Mariée\nde Lecocq et la Jeunesse de Cagliostro de Strauss.\nA propos de cette dernière pièce, il s'est passé un fait assez singulier.\nM. Wilder s'était chargé de la traduction du libretto allemand. Quelle ne\nfut pas la surprise de M. Hostein lorsqu'il lut le travail de M. Wilder, de\nreconnaître, scène pour scène, le Cagliostro de M. de Saint-Georges, joué\njadis avec succès à Paris, et que le librettiste allemand s'était approprié sans\nfaçon, ainsi que cela se pratique trop souvent à l'étranger à l'égard de nos\nauteurs dramatiques. Il a fallu chercher une nouvelle pièce qui puisse s'adap-\nter à la partition de Johann Strauss.\nVoilà pourquoi la Jeunesse de Cagliostro ne passera qu'après la Petite\nMariée de Lecocq, dans laquelle la charmante Granier va retrouver son\nsuccès de Giroflé-Girofla.\nThéâtre-Taitbout. La Cruche cassée passera dans une dizaine de jours.\nUne fois par semaine, M. Verger, l'ancien directeur des Italiens, donnera\ndes matinées de musique italienne à la salle Taitbout. Ces matinées auront\ndeux parties, composées, la première, de morceaux détachés, et la seconde\nd'un acte d'opéra joué en costume.\nOn assure que M. Verger est en pourparlers avec madame Patti pour\ndécider la diva à inaugurer ces matinées.\nConcerts-Populaires. Dimanche 17 octobre, à deux heures, au Cirque*\nd'Hiver, ierconcert populaire, dirigé par M. J. Pasdeloup (ire série, 15e année).\nEn voici le programme :\ni° Symphonie en la mineur de Mendelssohn : Introduction, allegro agitato,\nscherzo, adagio, finale;\n20 Ouverture du Na'im ou les Maures en Espagne ( ire audition), de H.\nRobert ;\n3° L'Artésienne, drame de M. A. Daudet, musique de G. Bizet : a) prélude,\nb) menuet, c) adagietto, d) carillon;\n40 Largo de Haendel, le solo de hautbois par M. Triébert;\n5° Septuor de Beethoven : Introduction, allegro, adagio, menuet, andante"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "96", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.48", "debut_caractere": 106, "fin_caractere_exclue": 680, "texte": "con variazioni, scherzo, finale, exécuté par MM. Grisez (clarinette), Schubert\n(basson), Mohr (cor), et tous les instruments à cordes. Dimanche prochain,\n24 octobre, deuxième concert populaire de la 1™ série.\nConcerts du Châtelet. M. Colonne annonce la réouverture des Concerts\ndu Châtelet pour le dimanche 3i octobre. Les conditions d'abonnement et le\nprix des places restent les mêmes que par le passé. Comme l'année dernière\négalement, chaque série de dix concerts comprendra deux concerts avec\nchœurs.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. 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Chez tous\nles peuples, elle a été le témoin provocateur\ndes batailles.\nOn danse au son du violon\nOu bien au son de la musette,\nMais quand retentit le canon,\nLa parole est à la Trompette.\nCet instrument guerrier est la plus violente antithèse du paisible haut-\nbois.\nLa trompette se trouve partout où existent des hommes en société : elle\nest comme l'indice de la civilisation, elle se mêle à toutes les institutions\npolitiques et religieuses, elle préside à toutes les cérémonies et à toutes\nles fêtes.\n\nX.\n4"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "50", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.2", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nElle déclare la guerre, donne le signal des combats, sonne la retraite\ndes vaincus. Dans les jeux et les fêtes, elle applaudit par ses fanfares à la\nvictoire de ceux qui reçoivent des couronnes. On peut appliquer à la\ntrompette ce que Boileau a dit de l'ode :\nAux athlètes de Pise elle ouvre la barrière,\nChante un vainqueur poudreux\nDans les tournois, elle suivait l'heureux chevalier qui allait recevoir\nle prix de la main des dames.\nElle précède les conquérants, annonce l'arrivée ou les entrevues des\nsouverains, assiste à leurs traites, pour ainsi dire a leuis serments, elle\nannonce aussi la naissance des grands et des puissants de la terre, et les\naccompagne au tombeau.\nDernièrement, quand le lord maire vint à Paris, toutes les fois qu'il\nmontait dans son carosse ou qu'il en descendait, une sonnerie de trom-\npettes se faisait entendre.\nLes peuples les plus éclairés de l'antiquité eurent pour cet instrument\nla plus haute estime. Les emblèmes qui constituent l'art de l'iconologie\nen font foi. On y voit toujours la trompette placée dans la main des dieux,\nsoit dans celle des prêtres, soit dans celle des héros ou autres personnages\ndistingués.\nLes effets de la trompette sont grands et sublimes! Et, comme le fait\nremarquer le célèbre Dauverné :\n« C'est le seul instrument dont le nom ait été prononcé par la bouche de\nl'Éternel (Livre des nombres,ch. x, verset n), que Dieu ait désigné à Moïse,\nqu'il ait fait entendre aux Israélites du haut du mont Sinaï, afin que le peuple\nen fît usage par son ordre, celui enfin qui doit réveiller le genre humain du\nsommeil de la mort. »\nIl est fait mention dans l'Apocalypse des sept anges aux sept trom-\npettes. La trompette de Jéricho a fait le sujet de nombreux commen-\ntaires; à cet égard, nous citerons l'opinion du . de\ngustin et de quelques autres pères de 1 Église, qui pensent que la chute\ndes murs de Jéricho est un fait tout naturel, dû au son des instruments\ndont Gédéon avait fait munir, par ordre de Dieu, les Israélites.\nLa trompette est universelle ; tous les poètes lui donnent une place\ndans leurs oeuvres :\n« Foin du diable qui m'a fait tomber? Comment feront les lances polo-\nnaises, comment feront les sabres polonais pour se frayer un chemin a travers\nle tourbillon des combats aux sons d'une autre trompette?"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "51", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.3", "texte": "LA TROMPETTE\n\n« Que de fois rrai-je point galopé à leur tête au milieu des tonnerres gron-\ndants! Que de fois n'ai-je pas espéré de faire résonner ma trompette dans\nl'air affranchi !\n« Je l'ai espéré, lorsque la mort sanglante volait sur les boulets sifflants; je\nl'ai espéré, lorsqu'elle grinçait à mon oreille sa menace farouche; je l'ai\nespéré.... et je me suis trompé!\n« Afin que mon âme ait moins de peine à quitter mon corps, camarades, je\nvous en supplie, saisissez ma trompette, et jouez-moi cet air que vous savez\nsi bien : « La Pologne n'est pas encore morte! »\n« Oui, jouez-moi cet air, ou ne m'en jouez pas, mais aidez-moi à l'y souffler\nmoi-même avec ma dernière haleine! puis rendez-moi l'instrument. Au jour\ndu dernier jugement, cette trompette me servira.\n« Car, lorsque Dieu criera aux hommes de se lever de terre, lorsqu'il char-\ngera l'épouvante de les faire sortir de leurs tombeaux, il faudra bien qu'il\ncommence par réveiller les trompettes dans leurs cercueils.\n« Quelle joie ce sera, camarades! Gomme alors je m'empresserai de secouer\nla terre qui recouvrira mon corps, pour réveiller aux sons de ma trompette\ntous les peuples de la terre et pour les exciter contre les ennemis. »\nLa mort du Trompette. GEORGE HERWEGH.\nTout porte à croire que l'origine de cet instrument remonte au-delà\ndu déluge. On attribue son invention à Jubal, dont le frère Tubalcaïn\nconnaissait l'art de fondre et de travailler les métaux.\nLe savant Villoteau, dans son bel ouvrage intitulé : Recherches sur\nl'analogie de la musique avec les arts qui ont pour objet limitation du\nlangage, prouve évidemment que Jubal, aidé de son frère Tubalcaïn,\navait inventé non-seulement les instruments à cordes, mais aussi la\ntrompette de métal.\nQuelques auteurs en attribueraient l'invention, soit à Mezraïm, fils\nde Cham, lequel vint après le déluge peupler la Thébaïde, soit à Ménès,\nfondateur de Memphis et premier roi d'Égypte.\nThubal, chef des Ibères pyrénéens, d'origine celtique, aurait inventé\nles cornets ou trompes, au son desquels ces nomades pasteurs rassem-\nblaient leurs troupeaux.\nNe semble-t-il pas que l'idée de la trompette dût se présenter naturel-\nlement à quiconque s'avisa de souffler dans une corne de bœuf ou de\nbélier perforée, dans un roseau percé ou dans une conque ouverte aux\ndeux extrémités de son hélice?\nLes rabbins prétendent que la première trompette, ou plus exactement\nle premier cornet à bouquin (keren), fut une des cornes du bélier immolé\nà Dieu par Abraham au lieu de son fils Isaac. Il est avéré que le keren\nfut connu des patriarches.\nQuand l'usage des métaux fut établi, on substitua le cuivre à la corne,"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "52", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.4", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nparce qu'on s'aperçut bientôt que ce métal sonore rendait un son puis-\nsant et incisif.\nLa trompette est tantôt appelée tuba, ou lituus, ou cornu, ou\ncfwa, etc.\nSonnant de la buccine,\nEt jouant des coulteaux.\nLucain expose, dans un seul vers, la différence du son de la tuba et du\nlituus :\nStridor lituum, clangorque tubarum.\nSénèque, dans son Œdipe, indique également la différence qui existe\nentre la buccine ou corne d'airain et le lituus :\nSonuitque reflexo classicum cornu,\nLituusque adunco stridulos cantus\nElisit aere.\nEn Suisse et dans le Tyrol, on voit encore aujourd'hui, chez les pay-\nsans, des trompettes faites d'écorce d'arbre, et elles y sont de la plus\nhaute antiquité.\nM. de Bavante, dans son Histoire des ducs de Bourgogne, fait men-\ntion de trompettes de bois que les Suisses firent entendre à l'armée des\nBourguignons, et dont le son effrayant mit cette armée en déroute.\nLe cor des Alpes, très usité encore aujourd'hui sur les montagnes de la\nSuisse, est un tube de bois long de deux à quatre mètres, dont l'extrémité\nforme un évasement qui, lorsqu'on joue, repose sur le sol. L'embouchure\nest celle du trombonne ou de l'ophicléide. Le son rappelle le mugisse-\nment du taureau. Cet instrument est harmonique. Les bergers emploient\nle cor des Alpes pour se donner des signaux d'une montagne à l'autre,\net aussi pour faire parler les échos.\nIl y a à Thoune, dans le canton de Berne, une maison qui fabrique\nspécialement ce rude instrument. De même que Martigny en Valais fait\nune grande exportation de cornets à bouquin.\nJusqu'au temps de l'invasion romaine, les contrées du Nord de l'Eu-\nrope avaient fréquemment retenti du son effroyable de cornes gigan-\ntesques, dépouilles de diverses espèces de taureaux sauvages ou de buffles\nerrant par troupes innombrables dans leurs vastes forêts.\nEn sorte qu'il y avait dans la seule Hibernie (Irlande) sept sortes de\ntrompettes, parmi lesquelles le stuic ou stoc offrait la singularité d'une\nlarge ouverture pratiquée sur le côté de son tube d'airain fort court.\n• /\nLes habitants de la Calédonie (Ecosse) adaptèrent le tube d'airain à"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "53", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.5", "texte": "LA TROMPETTE\n\nune sorte de cornemuse dont le son retentissant excitait leur ardeur guer-\nrière.\nUne trompe gigantesque a été baptisée par les Uranais : le taureau\nd'Uri. Un instrument du même genre, remarquable aussi par sa dimen-\nsion, porte le nom de vache iï Unterivald.\nLes Hébreux, qui avaient conservé la tradition antédiluvienne, n'appe-\nlaient pas la Trompette Tuba, mais\ndes prêtres; le Schophar était celle des armées. Le son de ces trompettes\nremplit de terreur l'armée de Jéroboam et donna une victoire complète\nà roi de Judas. Saul fit entendre le son du Schophar en signe de\ntriomphe. Joab, général de l'armée du roi David, sonna lui-même la re-\ntraite pour arrêter l'impétuosité de ses troupes qui poursuivaient celles\nd'Abner.\nLes Egyptiens appelaient leur trompette Chnouè, les Grecs, Salpinx,\nnous-mêmes l'appelons trompette, diminutif de trompe, dérivé du grec\nStrombos, nom d'une sorte de coquille à l'imitation de laquelle on a\nfait la Trompe. Un coquillage s'appelle Buccin, et celui que Ton nomme\nTriton, figure comme un instrument de musique marine sur un grand\nnombre de bas-reliefs fort anciens.\nSelon le témoignage de M, de Guignard (i72s)les compagnies de fusi-\nliers de montagnes que l'on créa sous Louis XIV au commencement de\n1689 pour les opposer aux miquelets catalans, qui étaient au service des\nEspagnols, avaient dans chaque compagnie, au lieu d'un tambour, un\nCorneur, lequel dit cet auteur se servait d'une grosse coquille de limaçon\nde mer; de sorte que lorsque ces compagnies qui étaient au nombre de\ncent marchaient ensemble, cela formait un bruit champêtre étonnant et\ncependant martial.\nLes Juifs ont conservé l'usage de la trompette dans les grandes syna-\ngogues; pendant le mois à'Elul ou de la Pénitence, la trompette sonne\nmatin et soir>\nChez les Egyptiens elle s'appelle Surmé; c'est le plus bruyant de leurs\ninstruments à vent.\nLes Arabes ont le Néphyr.\nAux Indes, il y en a quatre sortes. Le Bouri, qui serait fort long s'il\nn'était pas replié par le milieu, et qui se termine par un large pavillon.\nLa seconde, appelée : Cambau; elle n'est doublée qu'en un seul tour\nvers le milieu.\nLa troisième, nommée Toutaré, a la forme d'un immense cornet; et\nla quatrième, Kerena, longue de quinze pieds, et rendant un son très\néclatant."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "54", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.6", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nLes Indous se servent encore d'une trompette appelée Baunk; cet\ninstrument peut se comparer à notre trompette ; il est ordinairement\ncouvert d'un beau vernis rouge.\nLes Chinois et les Tartares ont le Ja ou Lapa, grand tube long de\nneuf pieds, puis une trompette de bois appelée : Ou-tong-cliu, dont la\nforme est celle d'une cloche de trois pieds de longueur et entourée de\ncercles d'or,\nLes Persans ont le Kereney; c'est le principal instrument des musi-\nques militaires.\nLes Turcs, le Boru, trompette d'étain.\nLes trompettes de la Côte de Guinée sont faites avec des dents d'élé-\nphant; il y en a qui pèsent plus de trente livres. Le son de cet instrument\nest étrange.\nDans TAbyssinie, la trompette est faite d'un morceau de roseau de\ncinq pieds de long avec une ouverture large d'environ un demi pouce ; à\nce long bâton se trouve fixé le cou d'une courge qui a précisément la\nforme du pavillon de notre trompette. Cette partie est ornée de petites\ncoquilles blanches, et la totalité de l'instrument est revêtue de par-\nchemin.\nLes Fellatahs ont aussi une trompette longue de douze à quatorze\n\">ieds; elle est faite de morceaux de bois creux avec une embouchure\nd'airain, elle rappellerait ainsi le Cor des Alpes.\nAu Paraguay, chez les Abiponès, l'écaillé de la queue de l'armadille\ndevient entre leurs mains une trompette bruyante.\nAujourd'hui on trouve au Mexique, au Pérou, au Brésil, dans les\nEtats-Unis, au Canada et chez la plupart des peuples des deux Améri-\nques, l'usage de la trompette tel que nous nous en servons.\n« Ce fut sous Louis XII, vers la fin du quinzième siècle, qu'un Français\nnommé Maurin donna à la Trompette sa forme actuelle.\n« Les Trompettes droites, longues de près de six pieds, étaient trop in-\ncommodes pour qu'on ne cherchât pas à en changer la forme, aussi vit-on,\ndès le quinzième siècle, des trompettes doubles ou à tiges repliées.\n« On courbait la tige de diverses façons, quelquefois elle ne formait qu'un\nsimple anneau en tortille, ou bien cette tige était repliée plusieurs fois en\nzig-zag, la seconde courbure étant en sens inverse de la première; enfin cette\ntige, partagée en plusieurs branches, était courbée en deux endroits nommés\npotence; c'est la Trompette de guerre.\n« DE PONTÉCOULANT. »\nHenxner rapporte qu'en Angleterre la reine Elisabeth faisait jouer à"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "55", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.7", "texte": "LA TROMPETTE\n\nl'heure de son dîner dou%e trompettes,deux timbales accompagnées de\nfifres, cornets et tambours.\nL'Archange Gabriel a été considéré comme le patron des trompettistes.\nTous les ans on célébrait une féte en son honneur au son des trompettes\n%\net des timbales.\nEn 1730, on célébra à Vienne le Jubilé de la confirmation du privilège\naccordé aux trompettistes en i 630 par Ferdinand 11.\nDès le treizième siècle, et même bien auparavant, les différentes sortes\nde trompettes se trouvent souvent désignées par les vieux chroniqueurs\n\"qui ont écrit en langue romane, sous les noms de\nCors, Cornets, Buisines, Buccines, Clarons, Claronceaux.\nLes trompettes dont on se servait dans les occasions solennelles étaient\nordinairement des instruments de prix. Car, lorsque le roi Charles V\nmarcha au devant de l'empereur Charles IV, il est dit que :\n« Les Trompettes du Roy, à trompes d'argent, à panonceaux brodés, de-\nvant aloient qui pour faire les gens avancier, par foiz trompoient.\n« CHRISTINE DE PISAN. »\nPar ordre de Louis XIV, Lully composa des morceaux de trompettes\net timbales à l'usage des carrousels.\nLe plus ancien monument qui constate l'authenticité de l'emploi de\ncet instrument dans les orchestres, est l'opéra d'Orfeo composé par Mon-\nteverdeen 1607.\nLa seconde exhibition des trompettes dans la musique de théâtre en\nFrance eut lieu en 1674 dans l'opéra ciAlceste, de Qiiinault et Lully.\nL'emploi des trompettes dans la musique d'église date d'une époque\ndéjà reculée; les compositions célèbres de Haendel, de Bach et autres,\nont une autorité incontestable, car ces grands maîtres ont écrit des\noratorios dans lesquels il existe des parties de trompettes récitantes\nd'une difficulté prodigieuse sous le rapport de l'élévation des notes.\nSignalons la partie de trompettes dans l'andante d'introduction d'lphi-\ngénie en Tauridede Gluck.\nDu temps de Mozart,la trompette avait déjà pris une autre direction,\nla preuve est que ce maestro sentit la nécessité de modifier certains effets\nde cet instrument dans les oratorios du Messie et des Fêtes d'Alexandre\nde Haendel.\nCe n'est que vers 1770 qu'on se servit en France de trompettes à peu\nprès perfectionnées, c'est-à-dire, avec corps de rechange que les frères\nBraun, habiles trompettistes attachés à l'Académie royale de Musique,\napportèrent d'Allemagne."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "56", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.8", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nPlus tard on agrandit encore le domaine de l'instrument en y ajoutant\nles sons du sol aigu, ré bémol, si naturel, la naturel, et la bémol grave,\ndont nous devons d'abord les prémices si heureuses de leur emploi au\ngénie et à la sagacité des Rossini, des Auber, des Carafa_, des Meyer-\nbeer, des Halévy, des Ambroise Thomas, qui en ont donné l'exemple\ndans leurs chefs-d'œuvre. Berlioz lui donne un rôle important dans le\nTuba mirum de son Requiem, Beethoven dansl'andante de la symphonie\nen la.\nQuoique, à notre avis, la seule vraie trompette soit la trompette droite,\nsans cylindres et sans pistons, nous mentionnerons la trompette à pis-\ntons qui fut employée en 1827 dans l'opéra de Macbethdz la composition\nde M. Chelard, qui n'eut que peu de représentations à cause de l'appari-\ntion du Moïse de Rossini.\nCe n'est que deux années plus tard,en 1829, dans l'opéra de Guillaume\nTell3 que reparut de nouveau la trompette à pistons, pour y figurer en-\nsuite dans divers ouvrages, notamment dans Robert le Diable, la Juive,\nles Huguenots, Obéron, Fra Diavolo, etc.\nC'est depuis peu d'années seulement et sous la direction de Chérubini\nque la trompette et le trombone, qui cependant avaient déjà conquis\nune place importante dans nos orchestres, furent enfin relevés de l'oubli\noù les avaient laissés les directions précédentes du Conservatoire de Mu-\nsique de Paris.\nEn 1833 et 1836, Chérubini obtint de la munificence du gouverne-\nment l'autorisation et les moyens de fonder une classe spéciale pour\nl'enseignement de chacun de ces instruments, jadis relégués dans l'arsenal\nde la guerre.\nCe fut Dauvernés qui le premier inaugura la classe de trompette, et\nla méthode savante qu'il écrivit est adoptée par le Conservatoire de Mu-\nsique comme étant l'œuvre la plus parfaite en ce genre.\nAprès le décès de cet excellent professeur, il appartenait à M. Cerclier\nde continuer l'œuvre commencée.\nM. Cerclier est un habile artiste trompettiste, et comme chanteur il\nremporta des couronnes en jouant le grand opéra à Turin, à Florence, à\nLivourne et à Vérone, où il tenait l'emploi de primo tenore di cartello\nsous le nom de Maggiorelli.\nLe mécanisme de la trompette simple en apparence ne laisse pas que de\nprésenter d'assez grandes difficultés, car, privée de l'avantage du doigté dont\njouissent les autres instruments à vent, la trompette doit parcourir l'échelle\nde ses sons par la seule pression de l'embouchure sur les lèvres, proportion-\nnellement graduée."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "57", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.9", "texte": "LA TROMPETTE\n\nLe son de la trompette est bien capable de saisir et d'entraîner tous les êtres\ndoués de quelque sensibilité.\nSon timbre clair et argentin n'est pas dépourvu d'agrément, même pour\ndes oreilles délicates, si l'on en sonne avec art, mais cet art ne s'acquiert que\npar de laborieuses études, car la nature rebelle de l'instrument exige une\ngrande aptitude, jointe à une volonté persévérante pour s'en rendre maître.\nOn se ferait de la trompette une idée incomplète, affirme Dauverné, si\nl'on ne concevait qu'elle joint à la sublimité et à l'éclat incisif qui appar-\ntiennent essentiellement au type originel et fondamental de l'instrument,\nlequel électrise pour ainsi dire les hommes et les chevaux sur un champ\nde bataille, d'autres qualités variées et même entièrement opposées.\nNous pourrions citer nombre de passages où l'introduction de la trom-\npette a produit les plus heureux effets sans troubler le calme et sans\naltérer la douceur qui doivent régner.\n« Le changement de tonalité apporté par chacun des corps de rechange\ndonne au compositeur la possibilité d'obtenir la variété des timbres dont il\npeut avoir besoin pour nuancer et colorer diversement ses effets. »\nLe rôle de la trompette à l'orchestre, comme dans les corps de musique,\nest important, non qu'il y ait beaucoup à faire, mais parce que la moin-\ndre rentrée, la moindre attaque est presque toujours en dehors, et de-\nmande de la part de l'exécutant une grande sûreté de lèvres et une oreille\nconstamment tendue vers la justesse.\nOn travaillera donc avec soin la qualité du son qui doit être pur et\njamais cuivré, et l'attaque qui doit être franche sans dureté.\nLa trompette est employée avec succès dans l'accompagnement des\nchœurs et dans les finals. Supposons le compositeur à bout d'effets nou-\nveaux. Il a usé de toutes les ressources que lui offrent les cornets, les\ncors, les trombones, les timbales, le tambour, la grosse caisse et cym-\nbales, où trouvera-t-il un crescendo au tutta for^a?\nIl lui reste Ventrée des deux trompettes, et le but qu'il se propose sera\natteint.\n« Non, le principe originel de la Trompette ne doit point être effacé par\nles inventions modernes des pistons et des cylindres, qui ont donné naissance\nà de nouveaux instruments, qui peuvent servir, il est vrai, à enrichir l'ins-\ntrumentation, mais ne remplaceront jamais, sous le rapport de la pureté et de\nla clarté du son, la Trompette naturelle, tant appréciée dans sa simplicité par\nles compositeurs d'intelligence et de goût, et dont je comparerai généralement\nl'emploi dans les partitions, à une couleur vive et éclatante placée sur la pa-"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "58", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.10", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nlette du peintre, qui ne s'en sert que de temps en temps pour obtenir de bril-\nlantes lumières.\n« DAU VERNE. »\nAinsi dans un orchestre où la trompette éclate,\nNe vous semble-t-il pas devant vos yeux surpris\nVoir tout à coup briller la couleur écarlate?\nSanglant appel de guerre à Vardent coloris.\nLa trompette est l'hôte des hauts sommets.\nCe qu'elle veut, c'est la proclamation de la victoire : elle est orgueilleuse\npar tempérament, résumant toutes les qualités d'une voix de signal, elle\nexige une réponse.\nLa trompette est l'interprète des violences de couleurs de l'aurore, le\ncor lui présente l'opposition du crépuscule.\nSon timbre strident est un appel aux armes, comme le roulement du\ntambour est un écho à ses éclairs déchaînés. Sursum corda, tel est son\ncri. Elle résume l'énergie, la vigilance et l'héroïsme martial.\nAu théâtre, à sa parole, les apparitions voilées de magie s'enfuient\népouvantées, fantômes terrassés par la lumière.\nAu son de la trompette, tout se dévoile, le rideau du temple se déchire,\net l'apothéose surgit des catacombes.\n\nALFRED GUICHON."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "59", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.11", "texte": "LES\nCOMMENCEMENTS DE SPONTINI\n1774-1807\n\n(1) Voir le numéro du ier octobre.\n\n(I)\nETTE réussite honorable fut suivie d'un échec. Il s'a-\ngit de Julie ou le Pot de fleurs, représenté à l'Opéra-\nComique le mardi 12 mars iBos, et dont l'insuccès\ndoit être attribué moins encore à la musique incolore\nde Spontini qu'au misérable livret de Jars.\nMondor, M. Chenard.\nJulie, sa nièce, M 1 Desbordes.\nVerseuil, ami de Mondor, M. Solié.\nValcour, jeune officier, M. Elleviou.\nChampagne, valet de Mondor, M. Allaire.\nLa presse et le public firent à cette pièce un accueil des plus froids. Le\nrédacteur du Journal de Paris en parle sur un ton dégagé qui montre\nquelle misère c'était à ses yeux, ce Bien que la chute d'un pot de fleurs\nsoit en quelque sorte le sujet de la pièce, le Pot de fleurs ri est pas\ntombé, et ceux à qui nous empruntons ce joli calembourg, auraient pu\najouter : bien que le Pot de fleurs soit fort peu de chose, ce n'était pas\nune pièce à jeter par les fenêtres.... Il y a des morceaux gracieux dans"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "60", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.12", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nla musique. L'ouverture est d'un genre neuf. La romance moitié guer-\nrière, moitié galante, que chante Valcour, a un caractère très piquant.\nOn a fait répéter le dernier couplet. Mademoiselle Desbordes, chargée\ndu rôle de Julie, s'en est tirée à merveille. Cette jeune actrice a un vrai\ntalent. Elleviou joue très bien le rôle de Valcour et chante parfaitement\nsa romance. En général, la pièce est bien montée. »\nAux Débats, Geoffroy est plus solennel sans être plus bienveillant :\n« L'ouverture est jolie et très-courte, les couplets que chante Elleviou et\nle petit duo qui leur succède, un autre duo entre l'oncle et la nièce, la\nromance et le quatuor de la fin, ne sont pas sans mérite; mais l'air où\nmademoiselle Desbordes dit qu'elle a du caractère, les réflexions musi-\ncales de Chenard et Solié, sont au-dessous du médiocre : en tout, peu de\nmusique. Elle avait d'abord été composée par M. Fay, ancien acteur de\nce théâtre ; la société comique n'a point voulu de M. Fay pour son mu-\nsicien ; peut-êtie eût-elle bien fait de s'y tenir, quoique M. Fay ne soit\nni de Naples, ni de Malte ; elle s'est obstinée à exiger que la musique de\nM. Fay fût refaite par M. Spontini. C'est ainsi que les sociétaires de\nl'Opéra-Comique ont trouvé le secret de mécontenter M. Fay, sans\naucun avantage ni pour Spontini, ni pour le théâtre. »\nIl faut convenir que ces jugements sont assez justes.. Bien que la par-\ntition de Julie ait été gravée, honneur qu'on n'obtenait pas alors aussi\nfacilement qu'aujourd'hui, c'est un ouvrage des plus insignifiants, un\nseul morceau en a été conservé par les théâtres de vaudeville, c'est l'air :\nIl a donc fallu pour la gloire. Étant postérieur d'un an à Milton, cet\nopéra n'offre même pas l'intérêt que lui attribue Fétis de faire connaître\nle point de départ de Spontini, et, les partitions qu'il écrivit en Italie\nfaisant défaut, d'accuser la prodigieuse transformation qui s'opéra tout\nà coup dans ses facultés ( 1 ).\nLes insuccès répétés de la Petite maison et de Julie ne découragèrent\ncependant pas l'auteur de Milton. Plein de confiance en ses forces,, il\nse remit au travail et chercha l'oubli de ses déboires passés en s'absor-\nbant dans la conception musicale du beau poème de la Vestale, que\nJouy, cédant à ses prières, lui avait bravement remis au lendemain de\nson premier échec.\n\n(i) Fétis dit, en effet, que cette pièce avait été jouée d'abord un an plus tôt, à la\nfin de mars 1804, et que l'insuccès avait décidé Spontini à retirer sa partition pour\ny faire des changements. Julie serait ainsi le premier opéra français de Spontini, au\nHeu de la Petite maison, et cette représentation, en mars iBos, ne serait qu'une\nïeprise. C'est là une erreur : il suffit, en effet, de suivre les spectacles de chaque\njour donnés par les journaux du temps, pour s'assurer que Julie n'avait pas été"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "61", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.13", "texte": "LES COMMENCEMENTS DE SPONTINI\n\nIII\nLA VESTALE\nDe Jouy avait eu le bonheur de voir sa pièce bien accueillie par le\ncomité de l'Académie impériale de musique, alors composé des sieurs\nBonet, directeur-président ; Desfaucherets, Legouvé, Desprez, hommes\nde lettres ; Monsigny, Rey, compositeurs ; Lainez, premier artiste du\nchant; Gardel, maître des ballets; Boutron, machiniste en chef; de\nMareuil, inspecteur général, et Le Craig, secrétaire général.\nUne copie de la décision du comité, en date du 28 messidor an XIII\n(17 juillet i8o5), avait été transmise à M. de Luçay, premier préfet du\nPalais, ayant la surveillance et la direction principale du Théâtre des\nArts. Peu de jours après, ce fonctionnaire recevait une lettre, datée de\nPlombières, et signée du secrétaire des commandements de l'impéra-\ntrice, qui lui parlait avec éloge de la partition de Spontini. Cette lettre\nne produisit pas encore un effet bien appréciable.\nA quelque temps de là, M. de Rémusat revenait à la charge et adres-\nsait à M. de Luçay la lettre suivante :\nSa Majesté l'lmpératrice me charge, mon cher ami, de vous recommander\nM. Spontini, qu'elle vient de s'attacher en qualité de compositeur de musique.\nCe compositeur a un opéra pour l'Académie impériale. Il désirerait bien que\nvous voulussiez le protéger ; vous connaissez son talent distingué, et comme\nje sais votre zèle pour rétablissement que vous administrez, je ne doute pas\nque vous ne vous fassiez un plaisir de concourir à donner au public le plaisir\nd'entendre une composition intéressante.\nAdieu, mon cher ami, je vous souhaite santé et plaisir. Pour moi, je pars\npour Vienne, où je serai, comme partout,\nVotre collègue et ami,\nRÉMUSAT.\nStrasbourg, le 6 frimaire, an XIV.\nSouple et flatteur comme le sont naturellement les Italiens, Spontini\navait su se glisser dans l'entourage de l'impératrice Joséphine et occuper\nbientôt un poste musical à la cour. Il avait dû abandonner successive-\n\njouée, même une fois, en mars 1804, et que la première représentation date seule-\nment de mars ißos. On peut trouver l'explication de l'erreur dans ce fait que la\nmusique, composée d'abord par Fay, avait été, comme nous l'apprend Geoffroy,\njugée inexécutable par les comédiens et remplacée par celle de Spontini."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "62", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.14", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nment ses leçons de chant pour se vouer entièrement à sa carrière dra-\nmatique, et sa place d'accompagnateur au théâtre, absolument incom-\npatible avec les fonctions de directeur de la musique de l'lmpératrice,\nque d'heureuses relations de société et peut-être aussi son habile dédi-\ncace de Milton lui avaient fait obtenir. Bien lui en prit d'ailleurs de sa-\ncrifier cette position à une autre place près de la souveraine, car il dut à\ncette place de pouvoir triompher des innombrables obstacles qu'on faisait\nsurgir devant lui, et il trouva dans la bonté naturelle de Joséphine une\nprotection active, sans laquelle il ne serait peut-être pas parvenu à faire\njouer la Vestale, partant à se faire connaître. Il ne négligeait d'ailleurs\naucune occasion d'attirer sur lui les regards d'une princesse déjà bien\ndisposée en sa faveur, et il ne manqua pas d'en saisir une excellente que\nlui offrit bientôt le destin des batailles.\nTous les théâtres de Paris s'empressèrent de célébrer la gloire de Napo-\nléon après la bataille d'Austerlitz (1). Spontini demanda aussitôt à\nBalocchi de lui fournir le texte d'une cantate intitulée /'Eccelsa Gara,\nqu'il se hâta de mettre en musique, et qui fut exécutée au théâtre de\nl'lmpératrice, le 8 février 1806. Le sujet de cette cantate mythologique\nétait d'une fadeur extrême. Apollon et Minerve, descendus aux Champs\nÉlysées, invitaient les plus illustres poètes de la Grèce, de Rome et de\nl'ltalie à exalter la gloire militaire de la France. Homère, Virgile et le\nTasse se disputaient vivement cet honneur; mais Apollon les mettait\nsagement d'accord en proclamant que ce n'était pas trop du Parnasse au\ngrand complet pour célébrer dignement les exploits du plus grand\nhomme des temps anciens et modernes, et, sur un signe de lui, les neuf\nmuses s'unissaient aux poètes pour chanter en chœur des hymnes où\nétaient accumulées toutes les hyperboles de la louange la plus folle.\nSi ce poème ne valait rien, la musique ne devait pas valoir grand\nchose; mais il était d'une adroite politique de ne pas critiquer trop\nvivement une œuvre conçue dans des intentions si louables. Aussi les\njournaux n'en disent-ils pas long, et le rédacteur du Journal de Paris\n\n(i) Les musiciens se mettaient aussi de la partie et faisaient grand bruit dans ce\nconcert de louanges. Lisez plutôt cette annonce mirifique, copiée dans un grand jour-\nnal du temps :\nMUSIQUE. LA GRANDE BATAILLE D'AUSTERLITZ, surnommée la Bataille des trois\nempereurs, fait historique, arrangée à grand orchestre et dédiée à S. A. I. Mons. le\nprince JOSEPH, grand électeur de l'Empire, par L. Jadin, membre du Conservatoire\nde musique. Prix : 9 fr.—NOTA. L'auteur s'est décidé, sur l'invitation de beaucoup\nd'amateurs, d'arranger à grand orchestre la Bataille d'Austerlitz, et le succès qu'elle\na obtenu du public pour le piano, est un garant pour celle que nous annonçons\naujourd'hui, qui réunit tout l'effet musical pour exprimer cette mémorable journée,\ngravée dans le cœur des Français. Elle se vend à Paris, etc."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "63", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.15", "texte": "LES COMMENCEMENTS DE SPONTINI\n\ns'exprime-t-il avec toute la circonspection d'un habile homme qui pré-\ntend ne pas aventurer son jugement sur une production quasi officielle.\nCette cantate a obtenu tout le succès qu'on peut attendre de ces sortes\nde compositions La musique, comme on sait, ne vit que de mouvements\net de contrastes. Dans YEccelsa Gara, le poète, inspiré par son sujet, a com-\nposé de fort bons vers; mais sur un fonds d'idées qui pouvait donner matière\nà un morceau d'ensemble, le compositeur en a fait neuf. Or, cette profusion\nde morceaux du même caractère devait paraître fastidieuse et c'est là ce qui\nest arrivé. L'effet n'en eût peut-être pas été aussi fâcheux, si tout à la fin de\nson ouvrage le poète n'eût pas fait réciter, par madame Canavassi-Garnier,\ncinquante à soixante vers de récitatif, qui ont fatigué le public et l'ont em-\npêché d'apprécier le finale, morceau fait pour le réveiller. En mettant à part\nces défauts et ces inconvénients qui tiennent à la chose, on a pu remarquer\ndans YEccelsa Gara plusieurs morceaux d'un très beau style. L'ouverture a\nfait beaucoup de plaisir; elle est élégante, gracieuse, légère : on a distingué,\ndans la première partie, un trio d'un superbe effet, bien chanté par madame\nCanavassi-Garnier, par Tarulli et par Barilli. Un grand air chanté par madame\nFerlendis, avec accompagnement de cor anglais, a aussi fait impression et a\nobtenu des applaudissements dont madame Ferlendis a mérité une bonne\npart par un chant sage, un très bon goût d'ornement et une excellente pro-\nnonciation. Enfin, le public a unanimement applaudi un quintetto de la\ndeuxième partie, où se trouvent de beaux effets d'orchestre et une distribu-\ntion brillante des parties vocales. Si cette partition, à laquelle manquent\nles effets des scènes et l'intérêt dramatique, a fait moins de sensation que les\nautres ouvrages de Spontini, ne doutons point que cet estimable compositeur,\nqui a déjà montré un véritable talent sur les scènes française et italienne,\nne sache bientôt prendre sa revanche et arracher des applaudissements à ses\njuges les plus sévères (1).\nL'impératrice avait été très touchée de ce délicat hommage comme\ndes applaudissements qu'il avait soulevés dans le public, et elle en témoi-\ngna sa reconnaissance à l'auteur de la façon la plus éclatante en épousant\nses intérêts et en le défendant contre ses ennemis et ses envieux, dont le\nnombre augmentait chaque jour. L'empereur signa enfin l'ordre de pré-\nparer l'étude et la mise à la scène de la Vestale.\nVoici les devis approximatifs des dépenses :\nDécors 10.720 fr.\nCostumes. i5„ooo\nCopie 3.000\nRépétition extraordinaire 280\nTotal 29.000 fr. (2).\n\n(1) Je noterai ici, à tout hasard, certain opéra : Tutto il mundo a torto, qu'on\ntrouve cité sans plus de renseignements dans quelques notices, mais dont je n'ai\nrencontré de trace nulle part.\n(2) État cité par M. de Lajarte dans les curieux articles qu';il donna Tannée der-"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "64", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.16", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nOn entendait alors par répétition extraordinaire ce qu'on appelle au-\njourd'hui répétition générale, et toute la maison de l'empereur, les\nhauts fonctionnaires de l'État, etc., avaient l'habitude d'y assister :\n280 francs de dépense pour une aussi magnifique assistance, ce n'était\nvraiment pas cher, et l'on peut juger par là si l'empereur faisait de\nnotables économies sur les beaux-arts pour tout reporter à la guerre.\nUn ordre du préfet du Palais fixa enfin au 2 5 octobre 1806 l'entrée en\nrépétition de l'opéra.\nLorsque Berton avait achevé une nouvelle partition, il écrivait d'ha-\nbitude au bas de la dernière page : C'est ici que finit le plaisir et que\nla peine commence, A peine les répétitions de son opéra furent-elles\nentamées, que Spontini put vérifier l'exactitude de cette réflexion peu\nencourageante. Fétis qui suivit en personne les études préparatoires de la\nVestale avec tout l'intérêt d'un homme qui s'instruit et qui voit peu à\npeu une œuvre de génie prendre forme et s'affirmer, a expliqué d'une\nfaçon très claire quelles difficultés, quelles hostilités chaque jour renais-\nsantes le malheureux compositeur rencontrait sur ce théâtre où il ne\ncomptait guère que des rivaux.\nLes répétitions de l'ouvrage avaient commencé, mais là de nouvelles pré-\nventions s'élevèrent, à cause de l'obscurité qui environnait les premières\npensées de l'auteur, car cet homme, entièrement livré aux traditions de la\nmusique italienne de son temps lorsqu'il était arrivé à Paris, cet homme,\ndis-je, s'était tout à coup révélé à lui-même dans ce qu'il y avait en-lui d'ori-\nginal et de créateur, et il avait été appelé à composer une tragédie lyrique pour\nle grand opéra. Au ]ieu de l'ancienne facilité qui lui avait fait improviser ses opé-\nras italiens et ses premiers ouvrages en français, il en était venu à une con-\nception profonde, mais laborieuse. Devenue l'objet de ses méditations, l'ex-\npression forte et vraie des sentiments dramatiques domina toutes ses idées ;\nmais rinhabitude des formes qui pouvaient réaliser cette expression était cause\nque ce qui était senti avec énergie par le compositeur, ne se traduisait que\nd'une manière obscure dans le premier jet de sa pensée. De là venait que\nsa vigoureuse inspiration ne se présentait quelquefois que sous l'aspect d'un\ntravail péniblement élaboré. C'est en cet état qu'il livrait aux copistes la plu-\npart des morceaux de sa Vestale. Mis à l'étude, ces morceaux présentaient\naux chanteurs et aux musiciens de l'orchestre de grandes difficultés ; de là les\nsarcasmes des exécutants mal disposés pour lui et les bruits défavorables à\nl'ouvrage, qui se répandaient de proche en proche. Bien que Spontini en reçût\n\nnière au Ménestrel, et dans lesquels il publia les pièces concernant la Vestale et\nFernand Corte% trouvées par lui aux Archives de l'Opéra, au courant de Pénorme\ntravail qu'il avait entrepris pour vérifier et remettre en ordre toutes les parties\nd'orchestre ou de chant de tous les opéras ou ballets joués à l'Opéra depuis deux\nsiècles."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "65", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.17", "texte": "X.\nLES COMMENCEMENTS DE SPONTINI\nb\n\ndes impressions pénibles, il ne se laissait pas ébranler dans son sentiment\nintime. Dès qu'il avait acquis la conviction des défauts d'un morceau, il se\nremettait à l'œuvre, revoyait sa pensée primitive, Téclaircissait, la dégageait\nde son entourage hétérogène, resserrait les phrases ou leur donnait plus de\ndéveloppement, en améliorait le rhythme et la modulation, et par degrés il\narrivait à la réalisation dramatique dont il était animé. C'est ainsi que tour à\ntour les diverses parties de la partition de la Vestale parvinrent à leur ma-\nturité.\nLes répétitions suivaient lentement leur cours au milieu de ces accrocs\ncontinuels, lorsque quelques membres du comité émirent certaines objec-\ntions appuyées sur la prochaine représentation du ballet de Milon et\nPersuis, Ulysse, qui était à l'étude et qui fut joué sans succès le 27\nfévrier 1807. Le résultat de ces scrupules artistiques ou autres fut de\nrenvoyer la Vestale après Ulysse : la représentation en fut fixée au mois\nd'avril suivant.\nIci se placeraient, d'après Fétis, une œuvre nouvelle et un incident\nscandaleux dans la carrière de Spontini ; mais tout en reproduisant son\nrécit, je dirai quelles raisons majeures m'empêchent de pouvoir y ajouter\nfoi. « La protection de l'impératrice, dit-il, fit triompher Spontini de la\nformidable opposition organisée contre lui, opposition qu'il trouva à son\nposte lorsqu'il fit exécuter un oratorio de sa composition dans un des\nconcerts spirituels donnés au théâtre Louvois pendant la semaine sainte\nde Tannée 1807. Les jeunes musiciens rassemblés au parterre pendant\nl'exécution de cet ouvrage mirent d'autant plus d'obstination à la trou-\nbler, que les répétitions de la Vestale étaient commencées et que tout\nannonçait la prochaine mise en scène de ce grand opéra. Les éclats de\nrire et les huées scandaleuses de ces jeunes gens couvrirent la voix des\nchanteurs et même la sonorité de l'orchestre, de telle sorte qu'il fut im-\npossible d'apprécier le mérite de la composition et que l'exécution ne fut\npas achevée. »\nD'après les circonstances mêmes que précise Fétis, ce scandale n'a pu\navoir lieu que pendant les jours saints de 1806 ou de 1807, puisqu'il fut\nprovoqué par ce fait que la Vestale était en pleines répétitions; or, en\niBos on ne s'en occupait pas encore, et en 1808, toute cabale avait dé-\nsarmé devant l'éclatant succès du nouvel opéra. Les journaux du temps\nnous ont transmis le programme des concerts spirituels de ces deux an-\nnées, programme qu'ils inséraient la veille ou le matin même en insistant\nsur l'œuvre ou l'artiste qui devait former le principal attrait du concert :\nil est donc hors de doute qu'ils n'auraient pas manqué d'appuyer sur une\nœuvre religieuse du compositeur dont tout le monde musical se préoccu-\npait si fort."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "66", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.18", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nIl n'en est rien. En 1806, la troupe italienne qui donnait des repré-\nsentations au Théâtre de l'lmpératrice, situé rue de Louvois, n organisa\nqu'un concert spirituel, pour le mercredi de la semaine sainte, et y fit\nentendre le Stabat mater d'Haydn. En 1807, Tannée précisée par Fétist\nil y eut trois concerts : les deux premiers (jeudi et vendredi saints 26 et\n27 mars), étaient composés « des plus beaux morceaux des oratorios du\ncélèbre Guglielmi, Sisara e Debora et Giudite e Oloferno le troi-\nsième et dernier eut lieu le samedi et M. Casimir y exécuta brillamment\nplusieurs morceaux sur la harpe. Mais nul indice de Spontini ni d'ora-\ntorio de sa façon, avant ni après aucun concert.\nL'heureux temps fixé pour la représentation de la Vestale, le bien-\nheureux mois d'avril approchait rapidement ;il passa sans que le\ncomité songeât à tenir sa promesse. Cependant les persécutions contre\nle musicien ne cessaient pas malgré ces embarras, et bientôt les élé-\nments eux-mêmes semblèrent se conjurer contre lui. Au mois d août,\nun orage épouvantable fit irruption dans les magasins délabrés des\nMenus-Plaisirs, où l'on avait placé les nouveaux décors de la Vestale.\nIls subirent quelques détériorations, qu'il fallut réparer :delà le\nprétexte d'un nouveau retard saisi avec empressement par les rivaux de\nSpontini.\nPar surcroît de malheur, Pempereur vint à décider que la première\nreprésentation du Triomphe de Trajan serait donnée le 14 octobre 1807.\nAu reçu de cet ordre qui dérangeait tous ses projets financiers, le comité\némit le vœu que la Vestale fût reculée après Trajan, en s appuyant\nsur une raison d'économie que le directeur Bonet de Treiches, ancien\ndéputé de la Haute-Loire à la Convention, fait bien valoir dans son rap-\nport au surintendant. « En faisant passer la Vestale après Trajan, dit-\nil, il y aura une dépense de quinze mille francs en moins, parce que\nl'on se servira des habits de Trajan. » Bref, tout céda devant la volonté\nimpériale et les études de la Vestale furent interrompues pour céder la\nplace à Trajan.\nQu'était-ce donc que ce Triomphe de Trajan auquel on sacrifiait\ntous les droits acquis par Spontini et par Jouy. Ce n'était rien moins\nqu'un grand opéra allégorique à la louange de Napoléon et dans lequel\non avait poussé la flatterie jusqu'à prendre pour sujet de la pièce un\nprétendu trait de la clémence impériale que la poésie, la musique et la\npeinture ont célébré à l'envi sans pouvoir persuader la postérité incré-\ndule. Napoléon, sollicité par la femme d'un principicule allemand qui\navait conspiré contre lui, de faire grâce au coupable, aurait jeté au feu\nles pièces de conviction en disant : « Vous le voyez, madame, je ne puis"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "67", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.19", "texte": "LES COMMENCEMENTS DE SPONTINI\n\npas condamner, il n'existe plus de preuves ». On sait trop bien aujour-\nd'hui que l'empereur n'avait pas l'esprit assez étroit pour que l'absence\nde preuves l'empêchât de faire fusiller qui le gênait, mais en ce temps-là\nce trait admirable suffit à Esmenard pour bâtir tout un opéra apologétique :\nà la fin, on voyait Trajan brûler sur un réchaud des pièces criminelles\net faire grâce aux conspirateurs.\nLa musique était de Lesueur et Persuis qui, au 2 janvier de cette\nannée 1807, avaient commencé la série des pièces adulatrices envers\nNapoléon en composant la musique d'un intermède de Baour-Lormian,\nVlnauguration du Temple de la Victoire. Le Triomphe de Trajan,\nqui se terminait par un cortège magnifique pour lequel il fallut\nconstruire un couloir sur la rue Lully, comme dégagement de la scène—\nfut joué le 23 octobre 1807 et produisit la recette énorme de 10,377 fr.\n45 centimes. Cet opéra obtint une belle suite de représentations, dues\nuniquement àla richesse du spectacle, car poème et musique étaient\nau-dessous du médiocre : un seul morceau, la marche triomphale, com-\nposée par Kreutzer, obtint un éclatant succès et devint rapidement\npopulaire au point d'être adopté par toutes les musiques de régiments.\nMême après le Triomphe de Trajan, le comité ne semblait s'occuper\nqu'à regret de la Vestale et voulait jouer encore auparavant un opéra de\nLesueur reçu déjà depuis longtemps, la Mort d'Adam. Recours fut porté\nà l'empereur par les rivaux de Spontini contre ce qu'ils appelaient un\ntour de faveur accordé à la Vestale sur la recommandation de l'impéra-\ntrice, et 1 on attendit humblement la décision du souverain. C'est alors\nque, pour parer le coup qu'on voulait leur porter, Jouy et Spontini\nadressèrent la requête suivante à Napoléon.\nSIRE,\nIl n'est point d'injustice contre laquelle vos sujets ne trouvent un recours\nau pied du trône de Votre Majesté; nous osons donc espérer qu'elle daignera\naccueillir la supplication que nous avons l'honneur de lui adresser, comme\nauteur et comme compositeur de la tragédie lyrique intitulée la Vestale.\nCet ouvrage, reçu par le jury de l'Opéra avec la plus grande faveur, honoré\nde la protection de S. M. l'lmpératrice-Reine, dont vous-même avez ordonné\nla mise en scène il y a plus, d'un an était au moment de paraître lors-\nque l'on en suspendit l'exécution pour s'occuper uniquement de l'opéra de\nTrajan, que la reconnaissance publique attend avec une impatience si vive.\nNous partageons avec trop d'enthousiasme ce sentiment universel pour n'a-\nvoir pas cédé avec joie la place aux auteurs assez heureux pour avoir été\njugés dignes, dans une pareille circonstance, d'être les interprètes de l'admi-\nration générale.\nMais, aujourd'hui, Sire, nous apprenons avec la plus vive douleur que"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "68", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.20", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nM. le Préfet du Palais, chargé de l'administration de l'Opéra, vient de donner\nl'ordre d'ajourner indéfiniment Ici Vestale, et de faire passer 1 opéra Ici Mort\nd'Adam immédiatement après le Triomphe de Trajan.\nQu'il nous soit permis de représenter à Votre Majesté que 1 opéra de la\nVestale est annoncé depuis six mois, qu'il est depuis longtemps sur 1 affiche,\nque toutes les loges sont louées, que les études sont achevées et les décora-\ntions prêtes ; que le poème même est imprimé sous les auspices de S. M.\nl'lmpératrice, qui a daigné en agréer la dédicace; et que, sans parler du tort\nirréparable que nous causerait le passe-droit dont on nous menace, il serait\négalement préjudiciable aux intérêts de l'Administration, qui se verrait, par\nce retard, obligée de recommencer les travaux que nous avons faits depuis\nsix mois.\nNous osons ajouter, Sire, que les suffrages les plus respectables nous per-\nmettent d'espérer que cet ouvrage ne sera pas indigne d'arrêter un moment\nles regards de Votre Majesté.\nNous la supplions avec respect d'accueillir notre humble réclamation, et\nnous nous estimerions trop heureux si elle daignait nous admettre à l'hon-\nneur de la lui présenter nous-mêmes.\nNous sommes avec le plus profond respect, Sire, de Votre Majesté impé-\npériale et royale, les très-humbles, très-obéissants serviteurs, et très-fidèles\nsujets.\nDE JOUY, SPONTINI.\nMalgré la justesse des raisons indiquées par les deux réclamants, l'empe-\nreur se prononça sans hésiter en faveur de l'auteur des Bardes, dont il ap-\npréciait particulièrement la musique froide et majestueuse, et il décida que\nla Mort d'Adam serait jouée avant la Vestale (1). De retard en retard,\nc'en était peut-être fait du chef-d'œuvre de Spontini si un bienheureux\nhasard n'avait fait que la partition de Lesueur ne se trouva pas prête.\nau moment précis où il fallait la livrer au copiste. Spontini sut assez bien\nprofiter de ce coup de fortune pour reconquérir son tour de représenta-\n\n(i) Où donc M. de Loménie, Raoul - Rochette et Castil-Blaze, se copiant à la\nfile, ont-ils pris l'anecdote d'après laquelle ce serait précisément Napoléon qui\naurait protégé Spontini, en empêchant la Vestale de succomber sous les intrigues\ndes envieux:' D'après Castil-Blaze, les principaux morceaux auraient été exécutés aux\nTuileries en février 1807, sur le désir formel de l'empereur, qui voulait juger cet\nopéra si discuté avant même d'être joué, et bien qu'il ne retrouvât pas là des mélo-\ndies aussi agréables que ses airs préférés de la Molinara, il aurait dit avec chaleur à\nSpontini : « Votre ouvrage abonde en motifs nouveaux, la déclamation en est vraie,\net s'accorde avec le sentiment musical; il y a de beaux airs, des idées d'un effet\nsûr, un finale entraînant. La marche au supplice me paraît admirable. Je vous\ncertifie que vous obtiendrez un grand succès et il sera mérité». Ce récit n'est que\nroman : outre que l'empereur, qui n'aimait aucunement la musique, était incapa-\nble de développer ainsi sa pensée sur une œuvre musicale quelconque, il est avéré\naujourd'hui qu'il n'appuya jamais l'opéra de Spontini, et que, bien au contraire, il le\nrejeta toujours au second rang, d'abord après le Triomphe de Trajan, puis après la\nMort d'Adam."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "69", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.21", "texte": "LES COMMENCEMENTS DE SPONTINI\n\ntion :la Mort d'Adam fut reculée de plus d'un an, et la Vestale, d'a-\nbord annoncée pour le vendredi 11 décembre, fut définitivement exécu-\ntée le mardi 16 décembre 1807, on sait avec quel foudroyant succès.\nVoici la remarquable distribution de cet ouvrage, exactement copiée\nsur la partition originale : Licinius, général romain, Lainez; Cinna,\nchef de légion, Laïs; le Grand pontife, Dérivis; le chef des Aruspices,\nDuparc; Un Consul, Martin; Julia, jeune vestale, Mme Branchu; la\nGrande vestale, Mlle Maillard. Les artistes de la danse n'étaient pas\nmoins célèbres que ceux du chant ; ils se nommaient Vestris,\nSaint-Amand, Branchu, Baptiste, Petit: Mmes Clotilde, Gardel, Chevi-\ngny, Millière, Bigottini_, Vestris, Rivière, Mareiller aînée et cadette.\nSans pousser plus loin ce travail ni étudier une partition aujourd'hui\nuniversellement connue et admirée, il est bon de relire les jugements\nportés sur la Vestale par les principaux journaux du temps, pour bien\nmontrer d'abord comment ces écrivains ménagèrent leur conversion en\nprésence de ce triomphe, et ensuite comment les œuvres où le génie éclate\nà chaque page furent et seront de tout temps reçues par les critiques avec\ntoutes sortes de ménagements et de restrictions, C'est encore fort heureux\nquand elles ne soulèvent pas une réprobation presque unanime.\n«Il s'en faut bien que la musique soit la partie faible de cet opéra,\ndit le Journal de Paris, elle a complètement réussi, et l'on peut dire\nqu'elle fait le plus grand honneur à la verve lyrique de M. Spontini. Ce\nn'est pas néanmoins que tout y soit également bon; le même motif se\nreproduit trop souvent dans l'ouverture ; l'air de Cinna, au ier acte :\nDans le sein d'un ami fidèle, manque de couleur et d'expression\net enfin, le duo de Licinius et de Julia, au 2e a été froidement\nécouté. Mais tout le reste est du plus beau caractère. Parmi les mor-\nceaux qu'on a généralement applaudis, nous avons remarqué le duo\nplein de sentiment : Quand Vamitié seconde mon courage ; cet air de\nJulia : Impitoyables dieux, suspende% la vengeance, où les accents\nde la passion la plus impérieuse semblent avoir été notés avec du feu;\nle magnifique final du second acte, qui est plein de mouvement, de\nvariété et d'énergie ; et enfin, ce chœur général : O terreur ! ô disgrâce!\noù l'effroi, l'indignation et le désordre du peuple et des soldats sont\nexprimés avec une énergie pittoresque, dont nous ne pourrions donner\nqu'une faible idée. En général, la musique de M. Spontini est pleine de\nverve et de mélodie; et quand il sacrifie aux grâces, ce n'est jamais aux\ndépens du caractère dramatique. »\nLe critique du Journal de VEmpire se perd dans des considérations\nA\nsans fin et sans profit sur la collaboration du parolier et du musicien."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "70", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.22", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\n« L'association nécessaire d'un poète et d'un musicien pour les pièces\nlyriques, est sujette à de grands dangers : si le poète remplit passable-\nment sa tâche, quelquefois le musicien ne sait ce qu'il dit; si, au con-\ntraire, le musicien se trouve par hasard être un Orphée, il arrive que le\npoète n'est qu'un Pradon. Ici, les deux associés sont d'accord ; la musi-\nque et le poème sont de niveau : le partage de gloire est égal. Il y en a\nqui veulent donner tout au musicien : cela n'est pas juste ; chacun le\nsien. Le sujet est bien traité par le poète ; le musicien a bien choisi la\ncouleur du sujet : le poète a indiqué des situations intéressantes; le mu-\nsicien les a rendues. On a justement applaudi de grands traits d'expres-\nsion, de beaux effets dans les chœurs. Cette composition ne peut que\nfaire honneur au talent de M. Spontini, et ajouter beaucoup à la répu-\ntation qu'il s'était faite par d'autres ouvrages. » Remarquez, s'il vous\nplaît, que c'est là la partie musicale de l'article.\nDès le lendemain, le Moniteur s'empresse de constater le brillant\nsuccès. « Cette nouvelle et grande composition a été écoutée avec beau-\ncoup de faveur : le style en a plu. On y a trouvé de la mélodie, du\nchant, et une expression forte et dramatique. La grande scène du second\nacte a été surtout universellement applaudie. » Quelques jours après, le\ncritique développe son jugement et conclut en ces termes 1 après avoir\naccordé force éloges au musicien : « Dans ce succès brillant, je ne\nvois qu un écueil pour lui; c'est qu'on va le bercer de cette idée qu'il a\négalé tout ce que nous avons entendu de mieux, et laissé loin de lui\ntous ses rivaux : lui dire le premier est absurde; lui laisser croire le\nsecond, injuste et dangereux. La musique de la Vestale a de belles\nparties, mais tout n'y est pas également digne d'éloges. Le récitatif laisse\ngénéralement à désirer plus de force et de vérité : notre prosodie peut\nencore être utilement étudiée par l'auteur...» La prosodie et rien que\nla prosodie : voilà bien où perce le bout de l'oreille de Suard, qui pou-\nvait être un excellent juge en littérature, mais qui n'entendait pas grand\nchose à la musique.\nCes restrictions intéressées et ces adroites réserves n'empêchèrent pas\nle public de courir en foule applaudir les admirables accents de cette\ntragédie lyrique et saluer l'avènement du Messie attendu, du composi-\nteur de génie qui allait prendre sur la scène française la place devenue\nvacante depuis la mort de Gluck et le départ de Salieri. Spontini avait\nconquis d'un coup l'immortalité, et il n'avait que trente-sept ans.\n\nADOLPHE JULLIEN."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "71", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.23", "texte": "Autographe de Spontini."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "72", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.24", "texte": "UN ABBÉ A L'OPÉRA\n\n0)\n'ÉTAIT la première fois que- Ton mettait la Bible su? la\nscène de l'Académie royale de musique. En 1692, il est\nvrai, J'abbé Boyer avait fait de Jephté le sujet d'une tra-\ngédie en trois actes avec chœurs, représentée devant les\ndemoiselles de Saint-Cyr, avec succès ; mais il n'y a au-\ncun rapport entre les œuvres inspirées aux deux abbés par cet épisode à\nla fois si dramatique et si touchant de nos livres saints.\n« Ce n'a pas été sans trembler dit Pellegrin dans une intéressante pré-\nface que j'ai entrepris de mettre sur le théâtre de l'Académie royale de\nmusique un sujet tiré de l'Ecriture sainte. Des amis judicieux avaient beau\nme représenter que ce genre de tragédie n'était nouveau que par rapport au\nlieu où j'allais l'introduire et que ces matières respectables étaient encore\nplus propres au chant qu à la simple déclamation ; j'avais la prévention à\ncombattre, et la prévention ne se donne pas la peine de raisonner.\n« Ceux qui se livraient le plus à cette première surprise, qui fait condamner\naveuglément tout ce qui porte un caractère de nouveauté ou de hardiesse, me\nfaisaient surtout un monstre de la danse. Tout cela ne m'empêcha point d'af-\nfronter le péril; la gloire qui y était attachée le diminuait à mes yeux, à\nmesure que j'avançais dans une si pénible carrière.\n« Mon ouvrage parut enfin. Les premiers juges à qui je le présentai, tout\ninforme qu'il était encore, me louèrent d'avoir choisi un sujet aussi intéres-\nsant que le sacrifice de Jephté, et les larmes qu'une grande princesse\nduchesse du Maine)répandit à une lecture qu'elle m'avait fait l'honneur de\nme demander, achevèrent de me rassurer.\n« Quelques autres lectures que j'en fis après ne furent pas moins heureuses\net me firent concevoir quelque espérance de succès. C'est maintenant au\n\n(i) Voir le numéro du itr octobre.\nJ"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "73", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.25", "texte": "UN ABBÉ A L'OPÉRA\n\npublic de confirmer cette espérance ou de la renverser. Je n'appellerai point\nde sa décision; mais, je crois que mes juges voudront bien me permettre de\nleur exposer ma cause, sans toutefois m'imputer aucune défiance sur la sûreté\nde leurs lumières.\n« Je ne dirai rien du prologue; les suffrages réunis de ceux à qui j'en ai\ncommuniqué le plan me dispensent de l'apologie.\n« Les libertés que j'ai prises dans la tragédie demandent plus d'indulgence;\nl'épisode d'Ammon parut exciter quelque contradiction; mais je n'ai pas osé\nbannir tout à fait l'amour profane d'un théâtre qui semble n'être fait que\npour cette passion frivole. Le grand Corneille ne fut pas moins timide que\nmoi, quand il exposa pour la première fois une tragédie sainte aux yeux du\npublic étonné; et Sévère amoureux eut autant de partisans que Polyeucte\nmartyr.\n« L'amour que je donne à la fille de Jephté pour un prince idolâtre est\njustement puni par le péril dont elle est menacée, et ce n'est qu'après en\navoir triomphé qu'elle trouve grâce devant le Seigneur.\n« J'établis, dès la seconde scène du premier acte, que Jephté n'a vu Iphise\nque dans l'âge le plus tendre, pour me ménager une scène de reconnaissance.\n« C'est ici le lieu de répondre à une objection qu'on m'a faite. Pourquoi,\nm'a-t-on dit, Iphise, dans l'entr'acte du second au troisième, ne s'est-elle pas\nannoncée à son père?\n« Je réponds à cela que la bienséance ne lui permettait pas de se faire con-\nnaître à Jephté, sans lui être présentée par Almasie, sa mère, et-c'est pour\ncette raison que je lui tais dire dans un à parte qui finit le second acte ; c'est à\nDieu qu'elle s'adresse :\nJe ne puis résister à mon impatience.\n« Seigneur, un seul moment je ne veux que le voir,\nEt je vole où m'appelle un plus sacré devoir.\n« C'est-à-dire au temple, où sa mère l'a devancée.\n« Voici une seconde réponse à la même objection :\n« Jephté, agité de remords à la première vue de sa victime qu'il ne connaît\npas, ordonne à tout le monde de se retirer; n'est-ce pas à sa fille à donner\nl'exemple de l'obéissance qu'on doit aux ordres de son souverain?\n« Je conviens qu'il n'aurait tenu qu'à moi de placer la reconnaissance à la\nfin du second acte; mais j'ai craint de le surcharger de scène. Il y a une cer-\ntaine mesure de temps, dans laquelle un auteur doit se renfermer, s'il ne veut\ns'exposer à ennuyer les spectateurs.\n« Pour ce qui regarde le ballet, dont on me faisait un obstacle insurmon-\ntable, je ne comprends pas sur quoi on pouvait se fonder pour l'exclure de\nma tragédie. L'art de danser n'est-il pas de tous' les temps et ne convient-il\npas à tous les peuples? La nation juive ne s'y adonnait-elle pas autant que\ntoutes les autres? David, le plus saint des rois, ne dansa-t-il pas devant l'arche\ndu Seigneur, comme font mes guerriers dans mon premier acte? La fille de\nJephté n'alla-t-elle pas au devant de son père, vainqueur des Ammonites, avec\ndes tambourins et des danses? Ce sont là les propres termes de la sainte Écri-\nture. Peut-on me blâmer d'y avoir pris la fête de mon second acte? Pouvais-\nje mieux être autorisé? Les tribus d'lsraël, reconnaissant Jephté pour leur"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "74", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.26", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nsouverain, peuvent-elles marquer avec plus d'éclat les acclamations géné-\nrales que par ces mêmes danses qui, chez d'autres peuples, ont été des céré-\nmonies de religion? Je ne dis rien de la fête du quatrième acte; elle est com-\nposée de bergers et de bergères, qui viennent rendre hommage à leur princesse :\nquoi de plus naturel que leurs danses pastorales? Au reste, on a pris soin d'en\nbannir l'indécence ; et je ne crois pas que les plus sévères censeurs en puissent\ndemander davantage.\n« Ce qui me reste à justifier dans ma pièce, c'est le parti que j'ai pris de\nsauver la fille de Jephté : mais, combien d'interprètes, tant juifs que chrétiens,\nne sont-ils pas du sentiment que j'ai adopté, comme le plus favorable àma\ntragédie. D'ailleurs, l'inspiration que je donne à Phinée ne suffit-elle pas pour\nabsoudre ce malheureux père d'un serment qu'il n'a fait que par trop de zèle?\nC'est Dieu même qui le quitte de son vœu, en faveur du repentir de sa fille. »\nIl y a loin de ces minutieuses et modestes explications au sans gêne de\nmauvais goût avec lequel M. Scribe a arrangé ou plutôt dérangé le Po-\nlyeucte de Corneille, sous le titre des Martyrs (de Chateaubriand).\nCroyant avoir rempli héroïquement son devoir de galant homme, en\nvoulant bien avouer qu'il n'était pas... Corneille, M. Scribe n'a pas\npoussé la modestie jusqu'à se taire en présence du toile universel de la\ncritique, qui lui reprochait le travestissement ridicule d'un des chefs-\nd'œuvre de la scène française. Dans une préface qui aspire à être mé-\nchante et qui n'est que médiocre, il laissa tomber de sa plume ces mots\nincroyables de fatuité de vaudevilliste :\n« Ces messieurs vont me reprocher d'avoir refait Corneille*, heureusement\nje suis assez riche pour me moquer de ce que disent les messieurs, et si\nj'avais un bon estomac, j'attendrais l'immortalité avec bien de la patience. »\nM. Scribe eût risqué d'attendre... toujours\n'Revenons à Jephté.\na La nouveauté du genre en avait rendu le succès si douteux qu'on ne\ncroyait pas que Jephté pût être joué deux fois; cette prévention presque\ngénérale n a pas tenu contre les beautés du poème et de la musique, et\nM. l'abbé Pellegrin et M. de Monteclair qui en sont les auteurs, peuvent se\nvanter qu'il y a très peu d'opéras que le public ait honorés de plus d'applau-\ndissements. »\nTels furent l'impression générale et le jugement des connaisseurs, re-\ncueillis par un critique contemporain,, auquel nous laissons le soin de\nsignaler les beautés neuves du chef-d'œuvre de l'abbé.\n« Au prologue, le théâtre représente un lieu orné pour des spectacles, c'est-\nà-dire le théâtre même de l'Académie, dont tous les dieux fabuleux se sont\nemparés, comme du seul temple qui leur reste depuis l'extinction du paga-"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "75", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.27", "texte": "UN ABBÉ A L'OPÉRA\n\nnisme. Apollon invite Polymnie et Terpsychore à le seconder dans le dessein\nqu'il a de maintenir le culte qu'on leur rend encore sur ce théâtre. Il s'ex-\nprime ainsi :\nVous qu'avec Apollon en ces lieux on adore,\nSavante Polymnie, aimable Terpsychore,\nPar vos chants, par vos jeux secondez mes désirs;\nCe temple seul nous reste encore ;\nFaisons-y régner les plaisirs.\n« Les deux muses exécutent ces ordres ; elles étalent, à l'envi, ce qu'elles\nont de plus flatteur pour séduire les mortels; mais leur règne n'est pas de\nlongue durée; la Vérité descend des cieux, suivie des vertus qui forment sa\nbrillante cour. Elle leur parle ainsi :\nFantômes séduisants, enfants de Vimposture,\nOsez-vous soutenir ma clarté vive et pure?\ndans Vobscurité\nOù mon brillant aspect vous plonge;\nIl est temps que la vérité\nFasse évanouir le mensonge.\nC'est trop abuser Vunivers;\nRentre\\ dans les enfers.\n« Les faux dieux sont forcés de s'abîmer.\n« La Vérité expose le sujet de la tragédie qu'on va représenter, par ces\nvers qu'elle adresse aux vertus qui l'accompagnent :\nTroupe immortelle comme moi;\nVertus, ornez ces lieux par un nouveau spectacle;\nAnnoncez aux mortels la redoutable loi\nDu Dieu seul dont je suis l'oracle;\nRetirez du tombeau le malheureux Jephté ;\nRappeler son vœu téméraire;\nAu soin d'instruire ajoutez Part de plaire:\nVous pouvez adoucir votre sévérité;\nMais qu'aucun faux brillant n'altère\nLa splendeur de la vérité.\nF « Le choeur des Vertus, suivantes de la Vérité, l'invite à faire briller sur la\nterre sa céleste lumière. Le prologue finit par cet éloge, d'autant plus beau\nqu'il est dans la bouche de la Vérité même :\nUn roi qui me chérit dès l'âge le plus tendre\nFait son unique soin de marcher sur mes pas.\nIl veut qu'en ces heureux climats\nMa seule voix se fasse entendre.\nQu'il triomphe par moiy quand je règne par lui ;\nQiie la terre, le ciel, qu'à l'envi tout conspire\nA faire fleurir an empire\nDont je suis le plus ferme appui"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "76", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.28", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\n(( Passons à la tragédie.\n« Le théâtre représente d'abord le fleuve du Jourdain, dont les flots sépa-\nrent l'armée des Israélites de celle des Ammonites.\n« Jephté ouvre la scène; il témoigne le plaisir qu'il a de revoir Maspha, sa\nchère patrie, après un long exil; la tristesse succède à la joie quand il voit\nles étendards des Ammonites plantés sur les bords du Jourdain.\n« Abdon, l'un des officiers généraux de l'armée Israélite, lui vient annon-\ncer que l'Arche sainte va paraître à la tête des troupes, dont on lui a donné\nle commandement. A cette heureuse nouvelle, Jephté est transporté de joie\net rempli de confiance. C'est ici la scène d'exposition ; l'auteur y apprend aux\nspectateurs des choses essentielles à sa pièce, et qui servent de base à la\nsituation la plus frappante; savoir, qu'il n'a point vu sa fille depuis son en-\nfance; et qu'il ne veut la voir qu'après qu'il aura rempli son premier devoir.\nIl s'exprime ainsi :\nLa gloire du Seigneur fait mon premier devoir ;\nNos tribus, mes soldats, sont toute ma famille.\n« Quoi? lui dit Abdon, l'amour ni le sang ne peut vous émouvoir ?\n* Jephté lui répond :\nDis plutôt que je me défie\nD'un cœur trop prompt à s'attendrir;\nNon; je ne veux rien voir qui m'attache à la vie,\nQuand pour sauver mon peuple il faut vaincre ou mourir.\n« Le Grand-Prêtre Phinée vient annoncer à Jephté que la voix du Seigneur\nconfirme le choix que les Hébreux ont fait de lui, pour régner sur eux; il lui\napprend qu'Ammon, fils du roi des Ammonites et prisonnier dans Maspha, a\ncorrompu la tribu d'Ephraïm, ce qui donne lieu à un très beau duo.\n« Les guerriers Israélites, assemblés par l'ordre de Jephté, viennent atten-\ndre l'Arche sainte. Le Grand-Prêtre et Jephté leur annoncent les prodiges\nque Dieu a faits en faveur de son peuple. Les guerriers se mêlent à ce récit.\nVoici les vers qui forment ce beau chœur, qui fait l'admiration de tout\nParis :\nPHINÉE.\nEnnemis du Maître suprême,\nRedoute\\ son courroux vengeur,\nLa Terre, VEnfer, le Ciel même,\nTout tremble devant le Seigneur.\n« Le chœur répète :\nLa Terre, l'Enfer, le Ciel même,\nTout tremble devant le Seigneur.\nPHINÉE et JEPHTÉ.\nLe Jourdain retourne en arrière,\nLe soleil suspend sa carrière;\nLa mer désarme sa fureur\nEn faveur d'un peuple qu'il aime."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "77", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.29", "texte": "UN ARBÉ A L'OPÉRA\n\n« Le chœur reprend :\nLa Terre, l'Enfer, le Ciel meme,\nTout tremble devant le Seigneur.\nPHINÉE et JEPHTÉ.\nLa bruyante trompette, à régal du tonnerre,\nBrise les tours d'airain, jette les murs par terre,\nEt déclare Israël vainqueur;\nElle va porter la terreur\nChe\\ l'ldolâtre qui blasphème.\nLE CHŒUR.\nLa Terre, l'enfer, le Ciel même,\nTout tremble devant le Seigneur.\n« L'Arche paraît de loin aux yeux du Grand-Prêtre; il ordonne aux guer-\nriers de détourner la vue; un nuage lumineux la couvre, comme il arriva la\npremière fois que Moïse la voulut offrir aux yeux du peuple.\n« Abdon annonce à Jephté que les Ammonites viennent de fondre sur le\ncamp des Israélites. Jephté ordonne qu'on assemble ses guerriers sous ses\nétendards au son de la trompette sacrée; et c'est dans ce pressant péril qu'il\nfait ce serment :\nGrand Dieu! sois attentif au serment que je fais.\nContre tes ennemis si je soutiens ta gloire,\nLe premier qu'à mes yeux offrira mon palais,\nSera sur tes autels le prix de ma victoire.\nJe jure de V immoler ;\nG est à toi de choisir le sang qui doit couler.\n« A peine le serment est-il prononcé, que le Jourdain se sépare en deux\net forme deux remparts, au travers desquels l'armée Israélite passe au son\ndes trompettes.\n« Au deuxième acte, le théâtre représente le palais de Jephté; Ammon\nouvre la scène. Abner, son confident, l'exhorte à mettre à profit la liberté\nque la tribu d'Ephraïm vient de lui rendre, et à se sauver d'un lieu où il\npérira, si Jephté revient victorieux. Ammon lui dit qu'il ne saurait quitter\nlphise, fille de Jephté, dont il est amoureux, lphise vient; Ammon lui dé-\nclare son amour. Elle le veut fuir; il la retient; et comme il blasphème\ncontre le Dieu des Hébreux, elle lui dit :\nArrête... A Vunivers crains de servir d'exemple;\nOutrage à ton gré tes faux dieux;\nMais au Dieu d'lsraël ne livre point la guerre;\nIl régit la terre et les cieux,\nEt sur le sacrilège il lance le tonnerre;\nTremble, son bras vengeur est prêt à t'immoler.\n« Elle lui ordonne de se retirer; il lui obéit. lphise fait connaître dans un\nmonologue l'amour qu'elle sent, malgré elle, pour Ammon ; elle s exprime\nainsi :"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "78", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.30", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nMes yeux, éteigne\\ dans vos larmes\nDes feux qui dans mon cœur s'allument malgré moi.\nTu vois mes mortelles alarmes,\nDieu puissant, j'ai recours à toi.\nPourquoi faut-il, hélas! que je trouve des charmes\nDans un fatal penchant, condamné par ta loi?\nMes yeux, éteigne\\ dans vos larmes\nDes feux qui dans mon cœur s'allument malgré moi.\n« Almasie, mère d'iphise, vient s'affliger avec sa fille d'un songe terrible\nqu'elle a fait, et dans lequel elle a vu tomber la foudre sur elle : Iphise ne\ndoute point que ce ne soit un châtiment que Dieu lui destine pour la punir\nde son amour pour un idolâtre ; elle en fait un aveu à sa mère, à la fin de la\nscène. Abdon leur annonce la victoire de Jephté; les peuples viennent s'en\nréjouir dans leur palais. Almasie ordonne à sa fille de présider aux jeux,\ntandis qu'elle va dans le Temple rendre grâces à Dieu d'une si heureuse vic-\ntoire. Iphise lui dit qu'elle va bientôt l'y trouver dans un même esprit de\nreconnaissance envers Dieu. Un bruit de trompette annonce l'arrivée de\nJephté; les peuples se mettent en état d'aller au devant de lui; Iphise ne peut\ns'empêcher d'y aller à son tour; elle le fait connaître par ces vers qu'elle\nadresse à Dieu :\nJe ne puis résister à mon impatience;\nSeigneur, un seul moment je ne veux que le voir,\nEt je vole où m'appelle un plus sacré devoir.\n« C'est-à-dire, au Temple, où elle a promis à sa mère de l'aller rejoindre.\n« Le théâtre représente, au troisième acte, une avant cour du palais de\nJephté, ornée d'Arcs de Triomphe ; on y a élevé un trône. Jephté, troublé de\nson serment, fait retirer tous ceux qui le suivent. Il fait entendre qu'il a vu\nsa victime et qu'il n'a osé lui prononcer l'arrêt de sa mort. Il ne sait pas que\ncette victime est sa propre fille. Il se représente, en frémissant, quelle eût\nété la rigueur de son sort si son épouse ou sa fille eussent paru les premières\nà ses yeux; on lui a dit qu'elles sont dans le Temple, ce qui le met dans une\nentière sécurité; cependant il plaint les parents de celle qu'il a vue la\npremière :\nO toi que mon âme attendrie\nA laissé sans obstacle éloigner de ces lieux,\nQ,uels pleurs tu vas coûter aux auteurs de ta vie>\nS'il faut que je remplisse un serment odieux!\n« Almasie vient; Jephté la prie d'excuser le trouble dont elle le trouve\nagité; elle lui confirme que sa fille est dans le Temple. Iphise arrive; Jephté\nfrémit en la voyant, parce qu'il la reconnaît pour celle qu'il a vue la pre-\nmière ; mais de quel coup n'est-il par frappé quand il entend ces mots d'Al-\nmasie :\nApprochez-vous, ma fille.\n« Cette situation a tiré des larmes; voici la fin de cette intéressante scène:"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "79", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.31", "texte": "UN ABBÉ A L'OPERA\n\nIPHISE, à Jephté.\nVotre présence m'est si chère;\nPourquoi détournez-vous les yeux?\nJEPHTÉ.\nJe devrais les fermer à la clarté des deux.\nIPHISE.\nO mon père, envers vous de quoi suis-je coupable!\nAi-je à vos yeux montré trop peu d'amour?\nAu bruit de votre heureux retour\nJ'ai volé la première.\nJEPHTÉ.\nEh! c'est ce qui m'accable ;\nEt mon malheur est confirmé.\nIPHISE.\nVotre malheur! parler; quelle douleur vous presse?\nAie reprochez-vous ma tendresse?\nJEPHTÉ.\nVous ne m'avez que trop aimé.\nIPHISE.\nHélas!\nJEPHTÉ.\nVotre présence augmente mon supplice;\nEloignez-vous.\nALMASIE, à Jephté.\nQiielle est votre injustice?\nJEPHTÉ.\nOtez~moi cet objet; il me perce le cœur\n« La scène entre Jephté et Almasie n'est guère moins intéressante. Jephté\nlui apprend son serment ; elle lui répond avec transport :\nNon, Dieu n'accepte pas un vœu si téméraire.\nMais pensez-vous, cruel, que nos saintes Tribus,\nMalgré vos ordres absolus,\nNe conserveront pas une fille à sa rnère ?\nTout Israël lui servira de père,\nPuisqiCenftîi vous ne Vêtes plus\n« Ce troisième acte finit par cette leçon, que Phinée fait à Jephté, après la\nfête du couronnement :\nPHINÉE.\nJephté, si tu veux qu'on te craigne,\nLa crainte du Seigneur doit régler tes projets.\nCe n'est pas toi; c'est Dieu qui règne;\nSois le premier de ses sujets.\nGrave au fond de ton cœur sa parole éternelle;\nTiens sans cesse tes yeux attachés sur sa loi;\nDans ses serments il est fidèle;\nNe lui manque jamais de foi."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "80", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.32", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\n« Ces dernières paroles, prononcées au hasard, rappellent à Jephté le fatal\nserment, et font finir l'acte d'une manière plus intéressante et plus propre à\naugmenter le péril.\n« Au quatrième acte, le théâtre représente un jardin, où Almasie a dit à sa\nfille, dans l'acte précédent, de l'aller attendre. Iphise ouvre la scène par ce\nmonologue qui convient à sa situation :\nRuisseaux, qui serpente\\ sur ces fertiles bords,\nAlle% loin de mes yeux répandre les trésors\nQu'on voit couler avec votre onde.\nDans le cours de vos flots, Vun par l'autre chassés,\nRuisseaux, hélas! vous me trace%\nL'image des grandeurs du monde.\nRuisseaux, qui serpente\\ sur ces fertiles bords,\nAlle\\ loin de mes yeux répandre les trésors\nQu'on voit couler avec votre onde.\nn Les bergers et les bergères des rives du Jourdain viennent rendre hom-\nmage à la fille de leur nouveau souverain, et lui présentent les prémices de\nleurs champs, qu'elle rapporte à Dieu par ces vers :\nJ'aime à voir vos soins empressés;\nMais à Vauteur de la nature\nVos chants doivent être adressés.\nCes fruits, ces fleurs, cette verdure,\nTout appartient à ce suprême Roi;\nIl en demande les prémices.\nPour attirer sur vous des regards plus propices,\nImmoleç-lui vos cœurs, c'est sa première loi;\ndans vos sacrifices\nEtre plus fidèle que moi!\n(La fin au prochain numéro.)\n\nCH. BARTHÉLEMY."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "81", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.33", "texte": "X.\n6\n\nHYGIÈNE DE LA VOIX\n\n(>)\nCHAPITRE I\nDcS RAPPORTS DES ORGANES DE LA VOIX AVEC LE MONDE EXTERNE\nES éléments solides qui, sous forme de poussières, se\ntrouvent accidentellement dans l'air, proviennent des\nsources les plus diverses, telles que le terrain, le chauf-\nfage, les substances maniées dans certaines professions\noù elles sont fournies par des végétaux ou des animaux.\nNous devons rappeler ici également la poussière d'eau des cascades ou\ncelle produite par les pulvérisations.\nUne des sources les plus abondantes de poussières sont les terrains\nsecs et sablonneux. Les particules très ténues et très dures de la surface\nsont enlevées par une cause mécanique quelconque, qui met l'air en\nmouvement. Le vent soulève des nuages de poussière du terrain sur\nlequel on se trouve, ou il les apporte de loin, comme par exemple les\nsables des déserts d'Afrique.\nLorsque la combustion des substances employées pour le chauffage\nou pour l'éclairage est vicieuse ou incomplète, l'atmosphère est chargée\nde particules charbonneuses qui constituent la fumée.\n\n(i) Nous devons à l'obligeance de notre collaborateur M. le docteur Mandl, la\ncommunication de ces deux chapitres extraits de son remarquable Manuel de VHy-\ngiène de la Voix, qui va paraître prochainement."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "82", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.34", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nDans les professions dans lesquelles on travaille des substances miné-\nrales, les poussières qui se détachent affectent les organes pharyngo*-\nlaryngés par leurs formes, leurs dimensions, leur dureté, quantité, etc.,\nelles agissent d'une manière presqu'exclusivement mécanique. Dans le\ntravail des aiguiseurs, il se dégage une grande quantité de poussière sili-\nceuse des meules, surtout si l'aiguisage se fait à sec. Une partie de cette\npoussière retombe sur le plancher; une autre beaucoup plus considérable\nremplit l'air d'un nuage tellement épais que Ton ne distingue plus aucun\nobjet dans l'atelier; pénétrant dans les poumons, elle s'y accumule et\nforme des noyaux de grandeur variable. Les mineurs sont exposés à une\ndouble source d'insalubrité ; ils respirent un air chimiquement vicié par\nle dégagement accidentel de gaz, et ils respirent en outre l'air rempli de\npoussières. Des conditions analogues existent chez les mouleurs en cuivre,\nles maçons, les plâtriers, les scieurs de pierre, etc.\nLe travail des matières végétales remplit aussi quelquefois l'air de\npoussières très fines; c'est ce qui a lieu par exemple dans les étages\nsupérieurs de filature de lin, dans les ateliers consacrés à l'industrie\ncotonnière, chez les criniers, les chapeliers, les matelassiers, les cardeurs\nde laine ou de soie, etc.\nLes poussières détachées de papiers peints agissent mécaniquement et\nchimiquement, par les substances minérales employées pour les couleurs.\nLes peintures faites à la colle ou les papiers veloutés sont faits avec\ndes couleurs qui renferment quelquefois des substances minérales (orpi-\nment, vermillon, minium, céruse, vert arsenical de Scheele); ces cou-\nleurs se détachent par la dessiccation ou le frottement, et remplissent\nl'air de poussières.\nOn découvre toutes ces poussières, de même que des spores de végé-\ntaux, des germes d/infusoires, etc., à l'aide du microscope, dans les\ncorps poreux (coton), à travers lesquels on a fait passer Fair à l'aide\nd'un appareil aspirateur.\nLes poussières sablonneuses qui pénètrent dans l'arrière-gorge et\ndans les narines, restent adhérentes aux muqueuses et y déterminent un\nsentiment d'âcreté et d'irritation qui provoque la sécrétion d'un mucus\népais, collant, dont on cherche à se débarrasser en toussaillant, en râclant.\nLes personnes qui ont passé Ja soirée près d'une lampe qui charbonne\nou dans un salon où la grande quantité de monde réuni remplit l'air\nd'acide carbonique et empêche la combustion parfaite des bougies, ren-\ndent souvent le lendemain matin de petits crachars, grisâtres ou noirâtres\nà cause des particules charbonneuses qui ont pénétré dans les voies res-"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "83", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.35", "texte": "HYGIÈNE DE LA VOIX\n\npiratoires. Si cette aspiration se répète souvent, il se déclare des laryn-\ngites et des bronchites, parfois très persistantes.\nLes accidents sont plus graves lorsque les poussières proviennent des\nsubstances minérales. Les amas accumulés sur les muqueuses pharyngo-\nlaryngées et les noyaux formés à l'intérieur des poumons sont la cause\nd'inflammations plus ou moins étendues qui finissent souvent par déter-\nminer des ulcérations et des cavernes. La voix est altérée, couverte et\npeut se perdre tout à fait. Les poussières végétales sont moins nuisibles;\nl'aspiration du tan est réputée favorable aux organes respiratoires, de\nmême que celle du noir animal (Voy. profession).\nUne règle générale, et dont tout le monde comprend l'impérieuse\napplication, c'est de se soustraire à l'action des poussières. Il faut avant\ntout éviter d aspirer les poussières. On garantit la bouche et les narines,\non tourne le dos au nuage de sable, on cherche un abri, on quitte l'ate-\nlier, etc.\nSi toutefois on a aspiré une quantité plus ou moins considérable de\npoussière, on se gargarise immédiatement avec de l'eau pure et l'on en\nrenifle également. Mais on évitera de toussailler et de râcler ; on ne ferait\nqu'augmenter l'irritation, sans obtenir le résultat désiré. La sécrétion\nmuqueuse qui s'établit à la suite de l'irritation déterminée, ramène et\nexpulse d'elle-même peu à peu les poussières.\nCHAPITRE II\nPROFESSION\nL'occupation à laquelle on se livre habituellement peut exposer l'indi-\nvidu à l'action prolongée d'influences favorables ou nuisibles à la voix.\nI. — Professions diverses.\nCertains ouvriers subissent constamment les effets d'une haute tem-\npérature (forgerons, fondeurs, boulangers, etc.), ou de brusques varia-\ntions de température (soldats, agriculteurs, etc.), ou de l'humidité (dé-\nbardeurs, blanchisseuses, etc.), ou de poussières ou de gaz ou d'autres\nsubstances volatiles (chimistes, photographes, peintres en bâtiments, etc.)\nIl a été déjà question précédemment, dans divers endroits, des altéra-\ntions de la voix que peuvent déterminer ces causes diverses.\nNotons encore ici les empoisonnements lents produits par le manie-"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "84", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.36", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nment de certaines substances minérales (plomb, mercure) et qui entraînent\négalement des troubles dans les fonctions du larynx.\nII. — Exercice professionnel de la voix.\nL'exercice régulier et permanent, auquel sont soumis les organes de\nla voix chez les artistes lyriques ou dramatiques, chez les orateurs, les\nprédicateurs, les avocats, etc., exerce une influence notable sur les qua-\nlités anatomiques et physiologiques de ces organes mêmes.\nCette influence dépend d'une part de l'aptitude de l'individu pour la\ncarrière choisie, d'autre part du fonctionnement même.\nLa première condition de I'APTITUDE est, en dehors de la santé générale,\ncelle des organes de la voix au point de vue anatomique et physiolo-\ngique. S'il existe un état maladif dans un point quelconque, il faut qu'il\ndisparaisse ou que l'on renonce à l'exercice professionnel.\nL'exercice de la voix est compatible avec les prédispositions morbides,\nsurtout celles qui résultent de l'hérédité; nous verrons tout à l'heure\nl'influence que peut exercer sur elles le fonctionnement même des or-\nganes de la voix.\nLorsqu'on parle de la santé des organes vocaux, l'attention se fixe\nprincipalement sur le larynx. Dans l'immense majorité des cas, à moins\nqu'il n'existe une maladie particulière, le larynx est apte à l'émission de\nla voix et par conséquent à la production de la parole et du chant. Une\nvoix fausse, rauque ou tremblante, si elle n'est pas le résultat d'une\naffection organique, peut être corrigée par l'exercice.\nToutefois, il ne suffit pas que le larynx soit normalement construit\npour que l'individu ait une belle voix. Un violon peut avoir des cordes\nexcellentes et cependant ne posséder aucune valeur. Aussi est-ce une\nerreur que de chercher uniquement dans la perfection du larynx 1 apti-\ntude au chant. Avec un larynx normalement construit, on saura sans\ndoute toujours parler et au besoin faire des gammes; le larynx pourra\nmême, par l'éducation vocale, atteindre au haut degré de perfection, et\ncependant la voix sera mauvaise, manquera de charme, de suavité,\nd'éclat, de volume. C'est que la santé du larynx et des autres organes\nqui concourent à la production de la voix, n'est que la première condi-\ntion à l'aptitude ; pour que la voix produite réponde aux qualités artis-\ntiques exigées dans le chant ou dans la déclamation, il faut que la struc-\nture générale des organes de la voix soit conforme. Le larynx peut avoir\nles développements les plus complets, ses tissus l'aspect le plus normal,"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "85", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.37", "texte": "HYGIÈNE DE LA VOIX\n\nles muscles toute la vigueur voulue; la muqueuse du pharynx peut être\nexempte de tout défaut, et cependant la voix sera grêle, faible, sans éclat,\nsi la configuration de la caisse résonnante, c'est-à-dire le pharynx et le\nthorax, ne sont pas favorables au timbre. Il faut donc examiner avec\nattention, lorsque les mauvaises qualités de la voix persistent après la\nmue, si elles tiennent à la conformation de l'individu ou à un état pa-\nthologique. Dans le premier cas, il faut faire abandonner la carrière\nartistique ou du moins ne pas vouloir, par des efforts incessants, obtenir\ndes résultats contraires à la conformation; non-seulement on manquerait\nle but que Ton se propose, mais encore on déterminerait des irritations\npermanentes qui amèneraient la perte totale de la voix. C'est ainsi que\nse développent les diverses affections dont il a été question à propos de la\nfatigue de la voix.\nL'exercice professionnel de la voix exerce une DOUBLE INFLUENCE :\nd'une part, la santé générale peut s'en ressentir; d'autre part, les organes\nspéciaux de la voix en subissent l'action directe,\nLa santé générale est nécessaire pour que la voix puisse s'exercer dans\nle chant et dans la déclamation.\nA son tour cet exercice agit sur l'économie générale et cette influence\nsur la santé générale ne peut être que favorable, à la condition bien en-\ntendu que l'exercice se fasse sans fatigue et conformément aux préceptes\nexposés précédemment. En effet, dans le chant et dans la déclamation, le\ntravail plus actif de la respiration introduit dans la poitrine une quantité\nplus considérable d'air que la respiration habituelle ; la quantité d'oxy-\ngène consommée par conséquent est plus considérable, la combustion\norganique facilitée et augmentée : toutes circonstances favorables à la\ndigestion, à l'appétit, à la nutrition.\nCe que nous venons de dire s'applique également au jeu des instru-\nments à vents.\nOn avait considéré comme particulièrement exposés à contracter la\nphthisie pulmonaire, les individus obligés à faire de grands efforts de\nvoix ou de respiration, tels que les chanteurs, avocats, joueurs d'instru-\nments à vents, acteurs, etc. Mais des statisticiens (Benoiston de Château-\nneuf, Julius, Lombard, etc.), ont fait voir que l'exercice constant de la\nvoix semble plutôt diminuer qu'augmenter le nombre des phthisiques ;\nen effet, la moyenne générale étant de 114 phthisiques sur 1,000 ma-\nlades appartenant à la même profession, l'exercice constant de la voix ne\nfournit que 75, tandis que les ouvriers qui respirent les vernis, la théré-\nbentine, etc., donnent 369 sur i,ooo."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "86", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.38", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nQuelques médecins ont même conseillé des inspirations et des expira-\ntions forcées pour combattre la prédisposition à la phthisie.\nSteinbrenner supposait que l'habitude d'une respiration incomplète\nest la principale cause d'une tuberculisation, et proposait comme moyen\nprophylactique la respiration forcée, moyen déjà conseillé par Auten-\nrieth, Crichton, Carswell, Clark, Ramadge, pour prévenir la phthisie. La\nrespiration se faisait avec un appareil fumigatoire, dans lequel l'air ne\npouvait pénétrer que par une ouverture large de 3 à 4 millimètres.\nCette théorie ne repose pas sur des données positives. Il n'existe\naucun signe scientifique qui permette d'affirmer avec certitude la prédis-\nposition à la phthisie; il n'y a que des présomptions tirées de la constitu-\ntion générale, des forces de l'individu, etc., mais qui n'ont aucune valeur\npositive. Même la prédispositition par hérédité est loin d'être certaine ;\nsinon, comme dans toute famille on peut trouver au moins un père ou\nune mère morts de phthisie, tout le monde serait menacé de cette mala-\ndie. Un seul point est certain, c'est que l'exercice fortifie les poumons\net devient ainsi un moyen prophylactique contre les affections inflam-\nmatoires.\nDisons à cette occasion, quoique le sujet ne soit pas en rapport direct\navec l'exercice de la voix, que le jeu des instruments à vent fortifie\négalement les poumons. M. Sax, l'habile facteur d'instruments de musi-\nque en cuivre, affirme même que tous les hommes qui ont pour spécialité\nd'essayer ces instruments, jouissent tous, par rapport à la phthisie, d'une\nimmunité complète.\nEn supposant le mécanisme de la production de la voix exécuté\nd'après les règles hygiéniques, l'exercice non seulement ne sera pas nui-\nsible aux organes de la voix, mais il leur sera même profitable.\nLes muscles intrinsèques du larynx subissent les mêmes lois physiolo-\ngiques que les autres muscles volontaires ; l'exercice approprié à leurs\nforces et à leur destination les rend plus vigoureux, plus souples, aug-\nmente leur tonicité, favorise en un mot tout leur développement. Les\nlarynx d'une texture faible deviendront par conséquent plus forts, àla\ncondition que la faiblesse ne soit pas la conséquence d'un état patholo-\ngique. Les résultats ne sont pas moins heureux pour les poumons : les\npersonnes qui ont la respiration courte, irrégulière, qui sont essoufflées\nàla moindre fatigue, voient disparaître ces incommodités ; la circonfé-\nrence de la poitrine devient plus considérable et augmente de plusieurs\ncentimètres. Cette vigueur donnée aux poumons les rend moins impres-\nsionnables; les congestions, les bronchites et les pneumonies chroniques,"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "87", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.39", "texte": "HYGIÈNE DE LA. VOIX\n\ns'établissent plus difficilement. Ces affections sont souvent confondues\navec la phthisie; de là vient l'opinion, suivant laquelle l'exercice de la\nvoix (et plus particulièrement le jeu des instruments à vents) serait un\nmoyen prophylactique contre la phthisie.\nL'influence salutaire toutefois est modifiée par le genre d'exercice au-\nquel on s'est livré : il en existe quatre, à savoir la parole, la lecture à\nhaute voix, la déclamation, le chant.\nLa parole, dans les habitudes ordinaires de la vie et dans la conversa-\ntion intime, n'exerce en général aucune influence marquée. A la suite\nde l'abus, on voit se développer la sécheresse de la bouche et du pharynx,\nla soif, quelquefois de l'enrouement. De tous les exercices, le plus fati-\ngant est la lecture à haute voix faite dans l'intimité, parce qu'habituelle-\nment l'on reste assis, le corps courbé en avant, et que la respiration est\ncourte, précipitée, superficielle, le thype abdominal ne pouvant s'exercer\nlibrement. La lecture mesurée à haute voix, devant une assemblée ou la\ndéclamation occasionne beaucoup moins de fatigue, surtout si l'orateur\nn'est pas obligé de faire des efforts pour dominer le tumulte ou de se\nfaire entendre dans une vaste salle. Cet exercice est même profitable aux\norganes de la voix, moins cependant que le chant, dans lequel chacun\ndes organes, qui concourent à la production de la voix, profite largement\nde la gymnastique à laquelle il doit être soumis.\n\nDr MANDL."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "88", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.40", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nCIRQUE-FERNANDO : Concerts modernes de musique classique.\nL est sans doute peu de nos lecteurs qui ne connaissent de\nnom le Cirque-Fernando, dont la création est si récente et la\nfortune si rapide. Construit au coin de la rue des Martyrs et\ndu boulevard Rochechouart, il a donné une vie nouvelle à\nce quartier si éloigné du centre. Par l'élégance de sa cons-\ntruction, le confort qui règne dans son intérieur, et par sa dimension, moin-\ndre que celle des Cirques d'Hiver et d'Été, il a dû tenter les entrepreneurs\nde Concerts; et puisque tel est le sort des Parisiens de n'avoir pour salles qui\npuissent réunir un assez grand nombre d'auditeurs que des Cirques, le Cirque-\nFernando est sans contredit celui qui fera le mieux ressortir tous les détails\nd'une instrumentation fine et élégante.\nDonc le dimanche, 3 octobre 1875, la Société des concerts modernes a\ninauguré la série de ses auditions hebdomadaires sous la direction de M. Henri\n:>\nChollet, qui conduit son orchestre un orchestre d'une cinquantaine de\nmusiciens avec précision, verve et vigueur. Dire jusqu'à quel point est\njustifié le titre de Concerts modernes serait un peu difficile, puisqu'à l'excep-\ntion de Mozart et Méhul, qui sont des anciens, de Paganini, Auber et Schu-\nmann, qui ne sont pas précisément de nouvelles connaissances, il n'y aeu de\nmodernes, à cette première audition, que M. Massenet, et probablement\nl'auteur de la symphonie inédite qui a été exécutée. Je dis probablement,\ncar par une clause bizarre des statuts de la Société, le nom d'aucun auteur\nd'œuvre inédite ne sera dévoilé au public avant sa troisième audition. Quel-\nques lèvres indiscrètes ont bien chuchoté le nom de M. Henri Chollet, comme\nétant le père de cette symphonie. L'est-il, ne l'est-il pas? Respectons l'in-\ncognito et les statuts de la Société.\nL'allégro et le scherzo, en tous cas, sont écrits dans le pur style classique"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "89", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.41", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nde Mozart et de Beethoven. Le scherzo contient de jolis motifs et l'allégro a\nde la chaleur. L'andante est beaucoup trop Wagnérien pour mes oreilles;\nje ne l'ai pas bien saisi. La marche funèbre qui termine la symphonie,— ceci\nest tout à fait une idée moderne se distingue par une instrumentation\nélégante et soignée. Passons aux autres morceaux du concert. La manière\ndont a été exécuté le Mouvement perpétuel de Paganini fait autant d'honneur\nau talent des virtuoses de l'orchestre qu'à l'habile direction de M. Chollet.\nL'ouverture des Noces de Figaro, dont par parenthèse la réputation m'a\ntoujours semblé outrageusement surfaite, et l'ouverture de la Muette de\nPortici, ont été brillamment enlevées. La charmante Sevillana de Don César\nde de M. Massenet, a obtenu les honneurs du bis. Enfin, un jeune\nténor, qui possède de belles notes de poitrine, M. Gilandi, a parfaitement\nchanté l'admirable air de Joseph. Quelques voix, par excès de zèle, ont même\nréclamé le bis.\nLe concert du 10 courant a bien tenu ce qu'avait promis le premier. L'ou-\nverture d'Adolphe et Clara, de Dalayrac, et la symphonie d'Haydn, nommée\nla Surprise, ont été très bien exécutées ; l'andante de la symphonie surtout a\nété parfaitement nuancé. Un inédit, petite marche, d'après le\nprogramme, a fait plaisir. Je m'étendrai peu sur le plus ou moins de mé-\nrite de ces œuvres inédites et anonymes, que nous offre M. Henri Chollet*\nIl est évident que si une œuvre nouvelle renferme quelques taches, ce qui\nn'est pas impossible, l'appréciation d'un critique musical ne saurait être la\nmême si eJle est due à un prix de Rome ou à un fruit sec du Conservatoire,\nà un débutant ou à un artiste d'un âge mûr, à un indifférent ou à un ami. Si\nvous avez jamais lu un conte de Mrae de Genlis, intitulé le Palais de la Vérité,\nvous avez dû voir les jolis résultats que procureraient dans les relations du\nmonde la vérité nue et sans fard, dite et proclamée en toute circonstance.\n\nHENRY COHEN."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "90", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.42", "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nFAITS DIVERS\nAR arrêté du ministre de l'instruction publique et des\nbeaux-arts, sont nommés professeurs au Conservatoire :\nM. Maurin, professeur de violon, en remplacement de\nM. Alard, admis sur sa demande à faire valoir ses droits\nà la retraite,\nM. Barbot, professeur de chant, en remplacement de\nMme Viardot, démissionnaire.\nM. Maurin, premier prix de violon en 1843, fut le dernier élève de l'illustre\nprofesseur Baillot, dont il a conservé les traditions. M. Maurin est un des\nfondateurs de la Société des derniers quatuors de Beethoven, qui occupe le\npremier rang parmi les Sociétés de musique de chambre.\nM. Barbot est élève de Garcia, dont l'enseignement a laissé au Conserva-\ntoire de glorieux souvenirs. Premier prix de chant de l'année 1847, fut jugé\npar Garcia celui de ses élèves qui pouvait le mieux le suppléer, et il dirigea le\ncours du maître pendant deux ans.\nM. Barbot, longtemps pensionnaire de l'Opéra-Comique, quitta le théâtre\nde bonne heure, mais, avant de se retirer, il créa au Théâtre-Lyrique le rôle\nde Faust, de Gounod, en 1859.\nM. Ambroise Thomas, directeur du Conservatoire, vient de prendre\nune mesure destinée à nous préparer des pépinières de violonistes. Par arrêté\ndu ministre de l'instruction publique en date du 14 octobre, les deux classes\npréparatoires pour le violon sont rétablies. MM. Jules Garcin et Chaîne en\ndeviennent les titulaires avec le titre de professeurs agrégés. M. Jules Garcin\nest l'excellent violon-solo de la Société des concerts et de l'Opéra, où il rem-\nplit également les fonctions de troisième chef. M. Chaîne est un ancien lau-\nréat de notre grande école de musique; des compositions instrumentales es-\ntimées avaient depuis longtemps attiré sur lui l'attention publique.\nLes examens d'admission des 81 aspirants et des 92 aspirantes aux classes\nde chant du Conservatoire ont eu lieu la semaine dernière. Attendu la grande"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "91", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.43", "texte": "VARIA\n\nsévérité désormais apportée aux admissions, i 5 voix d'hommes et i 5 voix de\nfemmes seulement ont été jugées dignes de l'entrée au Conservatoire. C'est\nM. Jules Cohen qui a tenu le piano du matin au soir, pendant deux laborieuses\njournées, pour l'audition des 173 concurrents et concurrentes. M. Ambroise\nThomas présidait le jury, composé de 14 membres.\nOn va célébrer, en Italie, le centenaire de Cristofori, l'inventeur du\npiano. Les fêtes auront lieu à Florence, au mois de mai prochain. Un comité\nprésidé par le commandeur Cassamorata, a invité les principaux pianistes\nà y assister. Il y aura trois grands concerts de piano; l'abbé Liszt a promis\nde se faire entendre.\nLes fêtes du centenaire de Spontini, que vise M. Adolphe Jullien dans\nson article sur les débuts du grand musicien en Italie et à Paris, ont été\ncélébrées successivement à Majolati et à Jesidans le courant du mois dernier.\nLe petit bourg de Majolati, patrie du grand compositeur, qui avait déjà\ncélébré ce centenaire à sa vraie date, c'est-à-dire l'année dernière, d'une\nmanière un peu mesquine (il est vrai qu'il avait été seul en Italie à le faire),\ns'est piqué d'honneur et a voulu montrer ce qu'il pourrait faire, avec son\npeu de ressources, pour honorer la mémoire du maître à la générosité duquel\nil doit la fondation d'un bel hospice pour les vieillards. Bon nombre de villes\nétaient officiellement représentées à cette lête, dont le programme musical se\nbornait à un hymne de circonstance, composé par le maestro Emilio Stac-\nchini, de Jesi, et chanté par quarante voix d'enfants. Discours, tombola, feux\nd'artifice, etc , ont aidé à remplir la journée. C'était modeste, mais c'est tout\nce que pouvait faire Majolati. Quelques jours après, la ville de Jesi donnait\nune série de représentations solennelles de la Vestale. On avait voulu en faire\nune chose digne du nom honoré de Spontini : les études avaient été longues\net patientes; on avait donné un soin particulier à la mise en scène. Tout a\nfort bien réussi. Les principaux rôles étaient remplis par Mmes Wanda Miller\net Barlani-Dini, le ténor Tasca De-Capellio, le baryton Sparapani et la basse\nMiller; tous ces artistes ont droit à des éloges, mais c'est à Mmo Wanda Miller\nque reviennent les honneurs de l'interprétation. Plusieurs autres représenta-\ntions de la Vestale seront encore données à Jesi, où les étrangers abondent,\nattirés par cette vraie fête de lart. Un télégramme de la municipalité de\nJesi a appris àla vénérable Mme Spontini-Erard, à Paris, le succès obtenu\npar le chef-d'œuvre de son mari.\nM. Léon Ehrhart, grand prix de Rome pour la musique, est mort le\n4 octobre, au retour d'une excursion à Venise, au moment où le train de\nBologne à Florence allait arriver à Porretta. M. Léon Ehrhart succombe aux\nsuites d'une maladie de poitrine; il laisse une messe qu'il avait composée à\nla villa Médicis, et un oratorio non achevé. Il travaillait aussi à un acte,\nMaître Martin, qu'il destinait à l'Opéra-Comique.\nNous empruntons à M. Oswald, du Gaulois, les détails suivants sur la fin\nprématurée du jeune pensionnaire de l'Académie de France :\n« ... M. Léon Ehrhart revenait avec un de ses camarades, M. Lambert,"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "92", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.44", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nd'un voyage d'art et de plaisir qu'ils venaient de faire ensemble à Venise et\nà Bologne. Ils se rendaient à Florence. Tout à coup M. Ehrhart s'affaissa\nsur son compagnon, qui le crut endormi. On entrait sous un tunnel. Sentant\nune pression assez forte sur son épaule, M. Lambert essaya de relever son\nami; mais le corps retombait lourdement sur lui-même. Enfin la lumière\nreparaît. M. Lambert et ses compagnons de route comprennent de suite, à\ndes symptômes trop certains, que le pauvre jeune homme est mort... Il\ns'agissait de s'arrêter à la plus prochaine station, qui était à une heure du\npoint où ils se trouvaient en ce moment. On s'arrête enfin. C'était Porretta.\nAussitôt la catastrophe déclarée, les employés de la gare n'ont qu'une idée :\nun crime a été commis; M. Lambert est mis en état de suspicion... Il a beau\ndire son nom, sa qualité, celle de son camarade, rien n'y fait. Cependant on\navait déposé le pauvre mort sur une des banquettes de la salle d'attente.\nM. Lambert songea alors à tirer de sa poche et à montrer le passeport diplo-\nmatique sur lequel leurs noms étaient inscrits. Tout aussitôt le chef de gare,\nles agents de la police, tous se confondent en excuses; M. Lambert est rendu\nà ses devoirs d amitié. Il retourne à son cher camarade, laissé seul, et veille\nsur lui jusqu'au lendemain.\n« Arrivent alors deux pensionnaires de l'Académie de France, envoyés par\nle directeur pour lui prêter assistance. Les honneurs funèbres sont rendus au\nmort, à l'église et au cimetière, en présence des autorités de la petite ville,\ndes jeunes gens, des employés de la gare, qui ont assisté avec recueillement\net une émotion véritable à ces tristes cérémonies. M. Léon Ehrhart avait\nobtenu, comme compositeur de musique, le grand prix de Rome, il y a deux\nans. Aussi les musiciens de la ville ont-ils voulu suivre le deuil en exécutant\nune marche funèbre. Rien de plus touchant que ce simple cortège, si cruelle-\nment improvisé par la mort. Aux quatre coins du cercueil on avait attaché\n(suivant la coutume du pays) des vers italiens rappelant les noms, les qualités\net la triste fin du jeune homme.\n« M. Léon Ehrhart avait vingt et un ans à peine. Élève de MM. Reber et\nAmbroise Thomas, grand prix de composition, doué d'un talent naturel et\nbrillant, il semblait appelé à la plus heureuse destinée. Sa pauvre mère, qui,\nau moment où je vous écris, sait déjà, hélas! qu'elle n'a plus de fils, ne trou-\nvera de consolations, si elles sont possibles, que dans le témoignage unanime\ndes regrets sympathiques et des afflictions fraternelles dont l'Académie de\nFrance à Rome est en ce moment le siège et l'écho. Un service funèbre doit\nêtre célébré lundi prochain dans l'église Saint-Louis-des-Français.\n« O jeune musicien, dit l'inscription poétique placée sur le cercueil, puisse\nle son des harpes angéliques réjouir ton âme dans l'éternité! »\nM. Gounod s'était rendu avant hier chez M. Oscar Comettant pour\ny prendre les manuscrits détenus depuis plusieurs années par madame\nGeorgina Weldon, et qu'elle s'était décidée à restituer à leur auteur par\nl'entremise de M. Comettant. En prenant congé de ce dernier, M. Gounod\nqui tenait ses manuscrits sous le bras, s'arrêta sur les deux dernières marches\ndu perron afin de serrer la main de M. Comettant. En se retournant il\nposa le pied, non plus sur la marche, mais sur la rampe de pierre de l'escalier,\nrendue fort glissante par une pluie récente, et il tomba lourdement sur les"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "93", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.45", "texte": "VARIA\n\nmarches d'un autre perron placé à droite. II perdit aussitôt connaissance, on\ncrut un instant qu'il était mort. On le releva et lorsque les docteurs Déan et\nDérivière arrivèrent, le malade avait repris ses esprits, mais ils constatèrent\nune fracture de l'épaule droite, à la réduction de laquelle il a été procédé im-\nmédiatement. L'état de M. Gounod est relativement satisfaisant, mais il fau-\ndra au moins deux mois pour opérer sa guérison.\nMadame Gounod, qui habite Saint-Cloud, prévenue par dépêche, est\narrivée quelques heures après et a trouvé M.Gounod installé chez M.Comet-\ntant, où il est l'objet des soins les plus empressés.\nNous avons un autre accident très fâcheux à enregistrer. M. Charles\nLamoureux a fait, il y a quelques jours, une chute très grave en descendant\nson escalier, il est tombé si malheureusement qu'il s'est foulé le poignet\ngauche, forcé plusieurs doigts de la main droite et fortement contusionné.\nEn proie à une fièvre violente, à la suite de cet accident, M. Lamoureux a\ndû garder le lit depuis lors; son état, aujourd'hui, est aussi satisfaisant que\npossible, mais il faut au malade de grands soins et un repos absolu.\nNous trouvons dans le Figaro, sous la signature de M. Prével, des détails\nintéressants sur les droits d'auteurs aux cafés-concerts et dans les petits\nthéâtres.\nLes nombreux auteurs dramatiques qui n'ont de débouchés pour leurs\npièces que dans les spectacles-concerts ou qui peuvent y autoriser la repré-\nsentation d'ouvrages déjà joués sur les vrais théâtres, ne seront sans doute\npas fâchés de savoir quelle est la rémunération allouée comme droit dans ces\nétablissements.\nCes droits sont payés par abonnements mensuels,\nL'Eldorado donne 10 francs par acte joué dans la soirée.\nL'Alcazar d'hiver vient de signer avec la Société des auteurs et composi-\nteurs dramatiques à raison de 500 francs par mois.\nLa Scala, fermée pour cause de faillite, avait refusé de s'abonner à la So-\nciété dramatique. Elle doit rouvrir prochainement en jouant des pièces.\nBa-ta-clan paye 300 francs par mois. Ce concert a donc pu jouer dernière-\nment, pour la bagatelle de dix francs par jour, un drame de l'importance des\nCrochets du père Martin.\nLe Concert de la Gaîté, boulevard Rochechouart, paye 300 francs.\nLe Concert de la Gaîté, rue de la Gaîté, à Montparnasse, paye 100 francs.\nLe Concert-Européen, place Moncey, paye 400 francs.\nLe Grand-Concert-Parisien, popularisé par La Bordas, paye 300 francs.\nLes Folies-d'Athènes, assimilées aux théâtres de banlieue (on n'y chante\npas la chansonnette), payent 450 francs.\nLes Folies-Montholon (non considérées comme concert) payent 600 francs\npar mois.\nL'Alhambra (concert), faubourg du Temple, paye i3o francs.\nLes Folies-Belleville (théâtre), 600 francs par mois.\nLe Vert-Galant (au Pont-Neuf) n'a jamais voulu traiter avec les auteurs\ndramatiques.\nLe Concert de la Pépinière, rue de la Pépinière, paye 300 francs."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "94", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.46", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nLe Théâtre de la Tour-d'Auvergne, qui payait 20 francs de droits par jour,\nce qui n'était déjà pas énorme, vient d'obtenir de la Commission de n en plus\npayer que 15 (???)-\nLa Salle Herz paye aux auteurs dramatiques 10 francs par acte énoncé dans\nles programmes de ses concerts.\nLes Délassements-Comiques, faubourg Saint-Martin, ont un abonnement\nde 450 francs par mois,\nTivoli, boulevard Clichy, n'a pas traité avec la rue Saint-Marc.\nLes agents percepteurs de MM. Peragallo et Roger touchent un droit de\n5 o/o en plus sur chaque abonnement, et ces 5 o/o augmentent d'autant le\nchiffre de leurs émoluments.\nLes représentations italiennes données par Rossi et sa troupe a la salle\nVentadour, ont un intérêt énorme pour les artistes lyriques qui tiennent à\nhonneur de se familiariser avec le répertoire de Shakespeare, si peu connu, si\npeu exploité en France. Rossi est un acteur incomparable, qui a étudié Sha-\nkespeare avec piété et qui l'interprète avec un profond sentiment d'artiste.\nC'est du génie que de comprendre ainsi le génie. La presse parisienne tout\nentière, faisant écho aux ovations du public, a salué le succès de cet admirable\ntragédien dans Otello et Hamlet. Il pourrait bien se faire que Rossi, non con-\ntent d'être le plus grand tragique de ce temps-ci, devint un acteur à la mode.\n\nNOUVELLES\n\nARIS< _ Opéra. M. Couturier, premier prix de chant et d'opéra\nau concours du Conservatoire de cette année, va débuter dans le\nrôle de Guillaume de Guillaume Tell.\nL'autorité militaire a accordé une dispense d'une année à M. Cou-\nturier que son âge appelait à servir dans l'armée active.\nOpéra-Comique. Hier a eu lieu la reprise du Val d'Andorre. Les répéti-\ntions du Voyage en Chine sont commencées.\nLe ténor Stéphane, engagé récemment par M. du Locle, doit débuter\nprochainement dans Haydée.\nGaîté. La première représentation du Voyage dans la Lune est toujours\nfixée au 2 5 octobre.\nLes principaux rôles seront interprétés par M. Christian, madame Grivot,\nMM. Laurent, Tissier, Habay et mesdames Zulma-Bouffar, N. Marcus,\nCuinet, B. Méry."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "95", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.47", "texte": "VARIA\n\nFolies-Dramatiques. M. Cantin vient de recevoir un ouvrage en trois\nactes, de M. Thys, qui a pour titre : le Fruit vert et qui doit suivre le\nPompon, de M. Lecoq.\nLes rôles de cette dernière pièce ont été ainsi distribués :\nLe vice-roi, M. Milher; Barabino, M. Luco; Castorini, M. Didier; Bas-\ntrocco, M. Legrain; le Podestat, M. Vavasseur ; le docteur Piccolo, madame\nMatz-Ferrare; Fioretta, mademoiselle Caillot; Béatrice, mademoiselle Porel ;\nHortensia, madame Toudouze.\nRenaissance. La première représentation de la Filleule du Roi, est fixée\nau samedi 23 octobre.\nLes deux rôles principaux seront chantés par madame Peschard et made-\nmoiselle Pauline Luigini.\nM. Hostein prépare pour succéder àla Filleule du Roi, la Petite Mariée\nde Lecocq et la Jeunesse de Cagliostro de Strauss.\nA propos de cette dernière pièce, il s'est passé un fait assez singulier.\nM. Wilder s'était chargé de la traduction du libretto allemand. Quelle ne\nfut pas la surprise de M. Hostein lorsqu'il lut le travail de M. Wilder, de\nreconnaître, scène pour scène, le Cagliostro de M. de Saint-Georges, joué\njadis avec succès à Paris, et que le librettiste allemand s'était approprié sans\nfaçon, ainsi que cela se pratique trop souvent à l'étranger à l'égard de nos\nauteurs dramatiques. Il a fallu chercher une nouvelle pièce qui puisse s'adap-\nter à la partition de Johann Strauss.\nVoilà pourquoi la Jeunesse de Cagliostro ne passera qu'après la Petite\nMariée de Lecocq, dans laquelle la charmante Granier va retrouver son\nsuccès de Giroflé-Girofla.\nThéâtre-Taitbout. La Cruche cassée passera dans une dizaine de jours.\nUne fois par semaine, M. Verger, l'ancien directeur des Italiens, donnera\ndes matinées de musique italienne à la salle Taitbout. Ces matinées auront\ndeux parties, composées, la première, de morceaux détachés, et la seconde\nd'un acte d'opéra joué en costume.\nOn assure que M. Verger est en pourparlers avec madame Patti pour\ndécider la diva à inaugurer ces matinées.\nConcerts-Populaires. Dimanche 17 octobre, à deux heures, au Cirque*\nd'Hiver, ierconcert populaire, dirigé par M. J. Pasdeloup (ire série, 15e année).\nEn voici le programme :\ni° Symphonie en la mineur de Mendelssohn : Introduction, allegro agitato,\nscherzo, adagio, finale;\n20 Ouverture du Na'im ou les Maures en Espagne ( ire audition), de H.\nRobert ;\n3° L'Artésienne, drame de M. A. Daudet, musique de G. Bizet : a) prélude,\nb) menuet, c) adagietto, d) carillon;\n40 Largo de Haendel, le solo de hautbois par M. Triébert;\n5° Septuor de Beethoven : Introduction, allegro, adagio, menuet, andante"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "96", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.48", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\nParis. Alcan-Lévy, imprimeur breveté, rue de Oi,\nîroprièt aire-Gérant : HE ULHQ^'K\n\ncon variazioni, scherzo, finale, exécuté par MM. Grisez (clarinette), Schubert\n(basson), Mohr (cor), et tous les instruments à cordes. Dimanche prochain,\n24 octobre, deuxième concert populaire de la 1™ série.\nConcerts du Châtelet. M. Colonne annonce la réouverture des Concerts\ndu Châtelet pour le dimanche 3i octobre. Les conditions d'abonnement et le\nprix des places restent les mêmes que par le passé. Comme l'année dernière\négalement, chaque série de dix concerts comprendra deux concerts avec\nchœurs.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "[97]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751015-01.1.49", "texte": "MADAME DUGAZON."}]}