{"numero_id": "bm-bmtnabc-1875-11-15-01", "volume": "bmtnabc_1875-11-15_01", "ocr_sha256": "b930f2c3813576b6c9fe3ca40dededb963a2bdabe30ab6b6ec4f710362e40273", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabc/issues/1875/11/15_01/bmtnabc_1875-11-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabc/issues/1875/11/15_01/bmtnabc_1875-11-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabc-1875-11-15-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-11-15_01#c001", "volume": "bmtnabc_1875-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "[145]", "page_fin": "152", "image_debut": 1, "image_fin": 8, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.2.1", "titre_corps": "LE MÉCANISME VOCAL ET LE CHANT", "titre_sommaire": "LE MÉCANISME VOCAL ET LE CHANT", "signature_source": "ANDRÉE LACOMBE", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[145]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.1", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 606, "texte": "LE\nMÉCANISME VOCAL ET LE CHANT\n\nHO\nA Messieurs A. Thomas et Gevaè'rt,\nMESSIEURS\nES professeurs de chant pullulent, les méthodes\nfourmillent, les élèves des deux sexes se desti-\nnant au théâtre, rêvant le succès, la gloire, la\nfortune, foisonnent. Maîtres et disciples tra-\nvaillent avec ardeur. Et pourtant l'insuffisance\ndes résultats obtenus frappe les yeux les moins\nclairvoyants. Nos artistes, pour la plupart, four-\nnissent à peine une carrière de quatre ou cinq\nannées. Au bout de deux ans, leurs voix che-\nvrotent; souvent elles sont anéanties à 1 heure des débuts. A quoi\n\n(i) Tous droits réservés."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "146", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.2", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2163, "texte": "cela tient-il ? La génération actuelle manque-t-elle de ressort ? les mé-\nthodes n'expliquent-elles pas tout ? les professeurs ignorent-ils le mot de\ncette énigme : la science du mécanisme vocal ?\nQuoi qu'il en soit, le public se plaint. Pour expliquer une calamité dont\nil n'aperçoit pas les causes, il suppose le dépérissement de notre race et il\nn'est pas loin d'accuser la Providence de la faiblesse de nos chanteurs et\nde la fragilité de leur organe.\nIl n'y a plus de voix, tel est le cri général.\nPlus de voix !\nC'est comme si on disait : il n'y a plus de forêts sur le globe, d'étoiles\ndans l'azur, de fleurs dans les champs.\nLa fauvette et le rossignol ont beau jeter leurs roulades aux sentiers\njoyeux, leur larynx demeure en bon état : pourquoi le nôtre se détériore-\nrait-il?\nL'oiseau qui gazouille du matin au soir conserve sa voix : pourquoi\nl'homme perdrait-il la sienne ?\nAh ! si nous manquons de contraltos, de ténors, de basses profondes,\nce n'est pas la faute de la nature! La nature fait largement les choses, et\nnous aurions tort de lui adresser des reproches.\nMessieurs,\nToute créature humaine bien constituée et bien portante ade là\nvoix ou peut en avoir.\nNe vous récriez pas; je n'avance rien de trop: je le prouverai dans\nun moment.\nJe le répète donc sans forfanterie, mais avec conviction, avec assu-\nrance : Toute créature humaine bien constituée et bien portante ade la\nvoix ou peut en avoir.\nJ'appuie cette déclaration sur des faits.\nCeci posé, il me reste à démontrer l'exactitude de mon affirmation î\nc'est ce que je vais faire.\nEt d'abord la question à résoudre était celle-ci :\nExiste-t-il un maniement des organes internes constituant une science\ndont l'art du chant puisse profiter ?\nJ'examinai : mes recherches et ce qu'on appelle le hasard me servirent\nsi favorablement que je puis aujourd'hui présenter aux personnes déci-\ndées à étudier sérieusement, un ensemble complet de principes indiscu-\ntables, un faisceau de connaissances positives, une théorie qu'il est\nloisible à chacun de réduire en pratique. Par conséquent, la question\nprésentée sous forme dubitative dans le paragraphe précédent est pour"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "147", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.3", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2066, "texte": "moi définitivement résolue. Elle le sera bientôt aussi pour tout être in-\ntelligent et loyal.\nJe divise les voix en deux catégories : dans l'une, je place les voix\nrares qui sortent naturellement (et que des professeurs malhabiles gâtent\nsouvent) ; dans l'autre, je range la classe beaucoup plus nombreuse des\nvoix qui existent en quelque sorte à l'état latent, et que, grâce à certains\nmoyens, il est toujours possible de développer, de former, de réformer,\nde créer, si j'ose ainsi parler.\nCe sont ces moyens, infaillibles dès qu'ils sont intelligemment em-\nployés sous la direction d'une personne instruite, que je veux porter à la\nconnaissance de tous. En les adoptant, on supprimera définitivement l'em-\npirisme si fatal au véritable savoir., on s'appuiera sur des bases solides,\non sera en possession d'une science réelle, incontestable, on ne dira plus\nseulement ce qu'il faut faire, on dira comment il faut faire. Je vais\ndonc expliquer les mouvements qui coopèrent à la production du son,\nle fonctionnement des organes de l'appareil vocal, le mécanisme compli-\nqué dont les éléments multiples exercent une action directe ou indirecte\nsur la voix.\nI\nPOSITION GÉNÉRALE DU CORPS.\nLe buste à peina penché en avant, la partie postérieure rejetée en\narrière, un peu chez les hommes, beaucoup chez les femmes, les\njambes légèrement écartées, afin que le bas-ventre bien dégagé ne re-\nmonte pas sous la pression des cuisses, le chanteur évitera absolument\nde se cambrer. La cambrure, nuisible à l'excès, désastreuse pour les reins\nqu'elle fatigue, rend la taille plate, surtout par devant, et resserre les\norganes contenus dans la région stomachique.\nII\nMOUVEMENTS SIMULTANÉS DU CREUX DE L'ESTOMAC, DE LA MACHOIRE\nINFÉRIEURE ET DES LÈVRES.\n. La position générale du corps étant prise, l'élève creusera sans exagé-\nration le milieu de l'estomac, il avancera autant qu'il pourra la mâchoire\ninférieure en serrant de toutes ses forces les coins de la lèvre sur les\ndents qui ne doivent pas se toucher et qu'il ne faut jamais serrer dans"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "148", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.4", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2330, "texte": "le fond. Il laissera l'épaisseur d'un doigt entre les grosses molaires du\nhaut et celles du bas, il disposera le centre de la lèvre inferieuie en 101 me\nd'égouttoir. Il ramènera et serrera également contre les dents latérales\nla lèvre supérieure dont il tendra et soulèvera le milieu pour ootenir une\nforme voûtée continuant le voile du palais. Il obtiendra ainsi une soi te\nd'embouchure qui lui permettra de conduire et de chasser droit et loin\nla colonne d'air et le son, sans que l'air ni le son ne s égarent dans le\nnez et dans les sinuosités frontales.\nLe creux qu'il faut faire à l'estomac amène un commencement de\nsoulèvement et de dilatation des côtes qui se trouvent tirées en arrière,\net facilite la respiration abdominale en abaissant le diaphragme; la\nforme donnée à la bouche maintient le son dans une direction détermi-\nnée : ces deux mouvements s'opèrent ensemble et de manière à ne pas\nmodifier la position générale du corps.\nIII\nRESPIRATION.\nRespirer à fond, conserver Pair longtemps dans les poumons, Py\ncomprimer, s'en servir, savoir le renouveler sans que cette opération soit\nune souffrance pour soi ou pour l'auditoire, voilà la difficulté. Il s agit\nde la vaincre, car si Pair rencontre le moindre obstacle, s'il ne remplit\npas les poumons entièrement, si, en passant, il offense le larynx, le chan-\nteur perd sa sécurité, il altère sa voix, il l'affaiblit, il la rend désagréable,\nil la ruine, il nuit à l'expression des sentiments qu'il doit rendre, il porte\natteinte à son talent, il se tue lui-même.\nPrenons l'enfant au berceau, regardons-le dormir. Où la respiration\nprend-elle son attache ? au nombril d'où elle étend son développement\nau bas-ventre et à la base des côtes simultanément. Si cet enfant est en\nbonne santé, s'il n'a aucun vice de conformation, l'aspiration de Pair\nne se manifestera pas autrement.\nLa vérité de cette observation tombant sous le sens, nous n'avons\nplus à nous demander où le chanteur, 1 acteur, l'orateur, le prédicateur,\nl'avocat, le député, tous ceux qui ont à parler ou à chanter en puolic\ndoivent prendre la respiration; ils la prendront à 1 endroit où nous\nPavons vue fonctionner chez l'enfant endormi.\nOui, mais cela n'est pas facile.\nComment l'élève, assis ou debout, conservera-t-il ou rétabiira-t-il en\nchantant la respiration abdominale?"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "149", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.5", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2654, "texte": "L'aspiration tend constamment à se raccourcir, à s'arrêter dans la\ngorge ; comment la conduira-t-il à son point d'appui naturel, le nombril?\nComment forcera-t-il l'air à descendre à l'extrémité des poumons sans\nles froisser, sans les blesser ? Comment empêchera-t-il la voix de che-\nvroter dans le gosier congestionné et l'obligera-t-il à vibrer dans la\njpoitrine?\nRéponse :\nEn exécutant rigoureusement les mouvements qui précèdent et ceux\nqui suivent.\nOuvrant la bouche dans toute sa hauteur, ce qui amènera un léger\nretour de la mâchoire inférieure vers la position normale qu'elle avait\nabandonnée, on se le rappelle, l'élève, entravant ce retour de son mieux,\naspirera l'air au nombril et l'y retiendra par l'entier soulèvement, par\nl'entière dilatation des côtes auxquelles il s'efforcera de donner toute la\ntension possible; en même temps il suspendra la respiration; alors il re-\nmettra la bouche dans la position voulue et il émettra le son sur la syl-\nlabe BEU très ouverte;— ce sera là son premier exercice vocal; enfin\nil tirera avec énergie la pointe des épaules vers le sol, il avancera la mâ-\nchoire inférieure le plus qu'il pourra, (ces deux mouvements se font à\nla fois, séparément ils ne produiraient rien de bon), et il portera le BEU\nsur l'A des Italiens, de façon à obtenir BEU—A. Ce BEU doit être pris\nau creux de l'estomac. Le son sur lequel on 1 articulera, également atta-\nqué au creux de l'estomac, vibrera désormais dans la poitrine qui, com-\nplètement dilatée à sa base, formera une chambre d'harmonie d'autant\nplus vaste que la capacité du thorax sera plus considérable et que les\npoumons contiendront plus d'air. Lair, soumis à 1 action de la volonté\npar ces différentes manœuvres, produira l'effet de la vapeur comprimée\net vibrante dans la locomotive, et le chanteur deviendra le mécanicien\nde la machine humaine, le maître absolu de ses évolutions internes, le\nrégulateur de certains mouvements dont il augmentera ou diminuera ta\npuissance à son gré. C'est à lui de travailler ce que je lui enseigne jus-\nqu'à ce que cela lui devienne naturel, aisé, jusqu'à ce que cela se fasse\nsans effort, quoique puissamment. Lorsqu'il sera familiarisé avec cette\ngymnastique, lorsque le maniement de ce mécanisme sera devenu un jeu\npour lui, lorsqu'il saura bien manœuvrer 1 estomac, soulever, dilater et\ntendre en arrière, lentement et sans secousses, les côtes, seirei les co ns\nde la bouche sur les molaires, avancer la mâchoire inférieure, respirer et\nfaire jouer les poumons, ces soufflets humains, il veiia sa langue s apla\ntir et se creuser au milieu sur toute sa longueui poui foimei un viaduc,"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "150", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.6", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2466, "texte": "un chemin où l'air et le son passeront librement; il verra la luette se\nperdre dans le voile du palais, les piliers de la voûte s'affiner, l'ouverture\ndu larynx devenir libre et large, tandis que la bouche, moins grande en\napparence, deviendra ferme comme si elle était en métal. Dès lors il\npourra conduire sa voix comme il le voudra, éviter la fatigue des agents\nrespirateurs auxquels il ne nuira plus en les mettant en contact avec\nl'air, et il produira des sons ronds, pleins et beaux ; en outre il pourra\nmoduler ces sons, leur donner nn commencement, un milieu et une fin,\nles enfler et les diminuer, les douer d'une homogénéité parfaite, les atta-\nquer avec éclat et dédaigner ces affreux ports de voix qui donnent aux\nmalheureux qui les emploient l'air d'avoir Vestomac en révolte. Il ne\nlaissera jamais s'épuiser totalement la provision d'air contenue dans les\npoumons, il la ménagera, il renouvellera de suite ce qu'il en aura dé-\npensé, c'est-à-dire le moins possible ; car, plus il tiendra d'air en réserve,\nplus le son aura de force. N'en eût-il qu'un atome, il se souviendra\nqu'en soulevant, en dilatant les côtes, en forçant la mâchoire inférieure à\nse maintenir rigoureusement en avant, en conservant aux lèvres la dis-\nposition indiquée, il aura toujours la faculté de le renvoyer vibrer dans\nla poitrine et de terminer largement la phrase commencée sans que per-\nsonne s'aperçoive qu'il est à bout de ressources.\nIV\nÉMISSION DU SON.\nToute cette gymnastique, on le devine, a pour but la bonne émission\ndu son.\nOr, pour bien émettre le son, pour le prendre invariablement à l'en-\ndroit voulu, pour que, accompagné ou non du mot, il ne soit en aucun\ncas attaqué en dessous, il est nécessaire, à chaque nouvelle respiration,\nde suspendre l'air aspiré et, chaque fois qu'il l'a été, de le comprimer.\nCela ne demande que la durée d'un éclair. Si l'on expire Pair dès qu'il a\nété aspiré, les poumons se vident instantanément et le son, poussé par l'air\nnon retenu à la place qu'il doit occuper et d'où il ne doit sortir que par\nla volonté du chanteur, remonte soudain dans la gorge qu'il offense et\ns'y brise faute de conducteur. Il faut donc, après chaque prise d'air, un\nmoment d'arrêt joint à une tension du thorax et de la bouche dans leurs\nmouvements respectifs. Ces mouvements, aussi rapides que la pensée,\nne doivent sous aucun prétexte entraver la mesure.\nSi je me suis clairement expliqué, Messieurs, vous aurez compris que"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "151", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.7", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2932, "texte": "le son sortira d'autant mieux, qu'il gagnera d'autant plus en vigueur que\nle chanteur sera plus riche en air comprimé; vous serez persuadés qu'il\nfaut dépenser avec économie l'élément précieux qui prête un support au\nson, qui le nourrit, qui porte ses ondulations au loin ; vous aurez acquis\nla certitude que si l'air et le son ne sont pas refoulés l'un et l'autre dans\nla poitrine par la dilatation des côtes et par la poussée de la mâchoire\ninférieure, le son se dégradera, s'oblitérera, s'éraillera et que, si les organes\nqui concourent à son émission se détendent, il perdra vite sa justesse par-\nfaite et sa beauté, par la raison toute simple qu'il se produira à l'aven-\nture et que l'élève, ne le contenant plus par la volonté, aura, permettez-\nmoi cette figure, déposé la voix.\nEn effet, si la mâchoire recule, la porte du larynx se ferme et on\nchante dans la gorge; faites-en l'expérience vous-mêmes, Messieurs:\nmettez la mâchoire en arrière, essayez de chanter et vous verrez ! La gorge\nétant serrée, l'air ne saurait descendre librement; si les lèvres se desser-\nrent, adieu l'embouchure de l'instrument ! Molles, flasques., prononçant\nà peine, elles cessent de conduire l'air et le son ; partant, mauvaise arti-\nculation. La colonne d'air ne rencontrant nulle résistance chez ses conduc-\ntrices naturelles, les lèvres, ne va plus droit et loin devant elle, à la\nfaçon d'une fusée, pour porter l'onde sonore dans l'enceinte où elle va\nrayonner et s'épandre; non! elle s'échappe de tous côtés, à droite, à\ngauche, sans vibration, sans couleur; si on laisse remonter les épaules,\nla poitrine se rétrécit, elle perd sa forme bombée, elle rentre ; la largeur\ndu thorax diminue par en haut et, chez la femme, le sein se déplace,\ns'affaisse; si les côtes reprennent leur place ordinaire, le diaphragme re-\nmonte et la capacité du thorax diminue par en bas. Les côtes se rappro-\nchant, les poumons se replient instantanément et se refusent à recevoir\nl'air en quantité suffisante. Alors plus d'air comprimé ; s'il en reste un\npeu dans ce que j'appellerai le goulot de la bouteille, on n'en sait\nque faire, et le son, mal établi, vacille dans la gorge où il grince, car il\nest matériellement impossible de le nourrir avec cette bribe d'air; d'ail-\nleurs la chambre d'harmonie étant fermée, les cordes vocales ne peuvent\npas renvoyer le son, l'y faire vibrer; nul moyen de lui donner un com-\n•\nmencement, un milieu et une fin, de l'obliger à serpenter, à passer par\ntoutes les nuances. De là l'impossibilité pour l'artiste de chanter une\nphrase largement, de la terminer avec sûreté, avec force, avec grâce.\nPrivé des ressources que je lui fournis, que je lui indique, l'élève, j'y\ninsiste, chantera dans la gorge, et aussi dans le nez, et aussi dans les\nsinus frontaux ; au lieu de vibrer et de faire vibrer les autres, il chevro-\ntera, et les auditeurs serreront les dents comme s'ils mâchaient de"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "152", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.8", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1472, "texte": "l'oseille crue. Au lieu de doubler, de tripler la force de sa voix par un\ntravail raisonné, raisonnable, d'accord avec les vues de la nature, il la\nperdra avant le temps et il attirera sur les organes vocaux une conges-\ntion dont il ne se débarrassera peut-être jamais.\nL'éternel sourire de la danseuse ne convient nullement à la cantatrice.\nLa première se sert de ses jambes, la seconde de son larynx : c'est fort\ndifférent, L'élargissement de la bouche souriante quand même et dont\nles coins semblent tirés en arrière par des ficelles, donne ce que j'ai sou-\nvent entendu appeler une voix blanche, et ce que j'appelle, moi, une voix\nplate, niaise, sans chaleur, sans vie. Il ôteà l'organe l'expression des sen-\ntiments nobles, grands et fiers, il lui interdit les communications de la\npensée en ce qu'elle a d'élevé, de profond, de magistral, il s'oppose aux\nmouvements dramatiques, aux élans de la passion, il entrave l'émission,\nil gêne la respiration. L'élargissement buccal, on le voit, est une habi-\ntude détestable, une véritable calamité pour les facultés physiques et\nmorales qu'il trahit. L'esprit et le cœur sont la double palette du chan-\nteur; mais comment se servir de cette palette si la voix, si la respiration\nsont entravés dans leurs fonctions ? Comment y broyer toutes les cou-\nleurs, y combiner toutes les nuances, si la matière élève un obstacle aux\nmanifestations de l'intelligence ?\n(La suite prochainement.)\n\nANDRÉE LACOMBE."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-11-15-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-11-15_01#c005", "volume": "bmtnabc_1875-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "153", "page_fin": "165", "image_debut": 9, "image_fin": 21, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.2.2", "titre_corps": "LES INSTRUMENTS A ARCHET", "titre_sommaire": "LES INSTRUMENTS A ARCHET", "signature_source": "J. GALLAY", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 9, "page_imprimee": "153", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.9", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1718, "texte": "LES INSTRUMENTS A ARCHET\nA L'EXPOSITION UNIVERSELLE DE VIENNE, EN 1873\n\n(1)\nES maisons qui représentent le plus dignement la\nlutherie moderne ont montré, en général, peu d'em-\npressement à répondre à l'appel de la commission\nd'organisation de l'Exposition deVienne: aucun envoi\nde l'Angleterre, de la Russie, et de l'Espagne ne figure\nau catalogue, et les principaux luthiers parisiens ont\nfait également défaut à ce rendez-vous international. Un luthier lyon-\nnais, M. Sylvestre neveu, et une honorable maison de Mirecourt ont\nseuls représenté à Vienne cette branche importante de 1 art et de 1 indus-\ntrie. L'abstention de la lutherie parisienne nous paraît difficile à justifier.\nOn a mis en avant les epreuves que notre pays a traversées, le caiactere\nmodeste des récompenses offertes aux exposants, 1 éloignement et beau-\ncoup d'autres difficultés matérielles. Mais sont-ce là de bien sérieux\nmotifs d'excuse? D'autres exposants, moins favoiisés assurément, ont su\ntriompher d'obstacles plus considérables. Ceux-là ont compris qu il y\navait obligation d'honneur à apporter, dans cette circonstance, son\ncontingent et son effort. Le succès a repondu aux sacrifices, et 1 on sait\nquelle grande et belle place la France a su piendre a Vienne, et les\n\n(1) La Chronique Musicale doit à l'obligeance de M. oallay, membie du Jury in-\nternational à l'Exposition universelle de Vienne, en 1873, la communication de son\nRAPPORT SUR LES INSTRUMENTS DE MUSIQUE, Instruments à archet, qui soit des\npresses de l'lmprimerie nationale. C'est un document de la plus haute importance\npour l'histoire de la lutherie moderne, qui a sa place marquée dans notre pio-\ngramme. L'auteur est d'ailleurs des plus compétents dans la matière."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "154", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.10", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2363, "texte": "nombreuses récompenses dont nos exposants ont été honorés par le\nJ ury.\nSous le bénéfice de ces réflexions, nous abordons notre tâche de rap-\nporteur.\nI\nOn a déjà fait justement remarquer que, dans les diverses expositions,\nl'art du luthier se présente dans des conditions relativement peu favora-\nbles, Les instruments à archet, comparés aux autres produits de l'art et\nde l'industrie, sont en effet dans une situation particulière; l'instrument\nle plus fini et le plus irréprochable au point de vue de la facture et de\nla construction intrinsèque reçoit souvent des années et du jeu de l'ar-\ntiste son entier achèvement, sa véritable valeur. Le son, qui est le prin-\ncipal objectif, n'est pas toujours d'une main d'ouvrier ; le temps est ici\nle grand maître, et si les conditions d'audition sont égales, encore faut-\nil tenir compte et du jeu des experts qui prêtent leur concours au Jury\net de beaucoup d'autres circonstances qui rendent l'appréciation singu-\nlièrement délicate.\nLa lutherie d'art et de précision pouvait-elle accuser des progrès très\nsensibles depuis les dernières expositions internationales, et notam-\nment depuis 1867? A vrai dire, nous ne l'espérions pas; la lutherie, qui\nrelève de l'art, semble avoir dit son dernier mot depuis la fin du dix-\nhuitième siècle, et les chefs-d'œuvre que les écoles de Crémone et de Brescia\nnous ont légués feront longtemps encore le désespoir de nos maîtres\nluthiers.\nEn lutherie industrielle au contraire, le progrès est constant et indé-\nfini ; aussi n'était-ce pas sans un vif intérêt que nous attendions l'expo-\nsition des instruments des diverses maisons étrangères, notamment les\nviolons de Graslitz, de Schwenbach, de Mark-Neukirchen et de Mit-\ntenwald, ces grands comptoirs de lutherie allemande. Nous étions sur-\ntout curieux de les comparer avec les instruments de Mirecourt, si\nremarqués en 1867, Cet examen viendra en son lieu et place; nous\nsuivrons dans notre rapport l'ordre même qui a présidé à notre travail ;\ndisons seulement que, malgré notre désir d'être complet, l'ivraie a été\nmêlée ici au bon grain dans une proportion telle, que les intéressés de-\nvront nous savoir gré de certaines omissions. On peut craindre qu'il\nn'en soit toujours ainsi tant que les spécimens exposés n'auront pas été\nd'abord soumis à une commission d'admission. Les exposants eux-mêmes"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "155", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.11", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 1393, "texte": "réclameront un jour ce travail d épuration préalable ; l'avantage qui en\nrésultera pour eux est car ils seront ainsi plus sûrement désignés\nau suffrage du Jury des récompenses. Avec l'organisation actuelle, tout\njugement d'ensemble est devenu bien difficile.\nII\nAvant d'entrer dans le détail, il convient de constater les noms des\nnations représentées et le chiffre de leurs exposants, autant que l'ont\npermis un catalogue incomplet, l'installation sommaire de quelques\nvitrines, l'absence des mandataires de plusieurs exposants étrangers,\nenfin le manque de renseignements utiles sur le prix, les origines,\nl'époque de la fabrication, etc ; voici comment ont peut établir cette\nnomenclature :\nAutriche i 3 exposants\nHongrie .. 2\nBelgique 1\nFrance * 2\nAllemagne 19\nItalie 1\nAmérique 1\nLe local affecté aux auditions était peu approprié à sa destination ;\nnéanmoins le concours a eu lieu dans d'assez bonnes conditions, grâce\nà l'obligeance de MM. les professeurs Dont, Râver et Krâl, artistes dis-\ntingués du Grand Opéra de Vienne et de la Chapelle de S. M. l'Empereur\nd'Autriche.\nL'examen a commencé par les instruments viennois.\nAUTRICHE.\n*\nM. G. LEMBŒCK.— M. Lembœck a présenté au Jury plusieurs instru-\nments d'imitation, entre autres :\nImitations de violon.\nMagini * ••• 4\nStradivarius .... * * 1\nBergonzi 1\nGuarnerius 1\nMagini (alto) 1\nMaginL (violoncelles) » 2"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "156", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.12", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2501, "texte": "En 1867, on reprochait avec raison à M. Lembœck l'exagération de\nses modèles; Jos. Guarnerius était son type de prédilection, à l'exclusion\nde tous les autres maîtres italiens. La main-d'œuvre laissait à désirer,\net le son avait été jugé mince et sans charme. Aujourd'hui, sans avoir\nabandonné la facture d'imitation, le luthier Viennois est revenu au\npatron normal ; la qualité du son est aussi meilleure. Les deux basses\nexaminées par la commission ont été particulièrement remarquées ; le\nchoix du bois est supérieur, mais le vernis est léger; il y a aussi trop de\nfrottis, et les pattes des ff sont d'un dessin un peu lourd. L'alto a été\njugé d'une bonne sonorité et d'un excellent timbre. En résumé, il y a un\nprogrès réel dans l'ensemble de l'exposition de M. Lembœck.\nM. D. BITTNER. La vitrine de M. Bittner, l'une des plus complètes\nde l'exposition, ne compte pas moins de 6 violoncelles, 4 violons, 2 altos\net 1 viole d'amour.\nLe choix des bois mis en œuvre par M. Bittner ne laisse rien à désirer ;\nmais nous avons le regret de ne pouvoir constater un progrès depuis la\ndernière exposition. Il semble que M. Bittner persiste de parti pris dans\nles défauts qui lui avaient été reprochés : les éclisses de ses instruments\nsont toujours basses, et le vernis d'un ton brun fortement encollé. L'au-\ndition n'a pas été plus favorable à cet exposant : les violons ont une so-\nnorité courte et sans charme ; le son de la basse est sourd et cotonneux.\nL'enture à vis, que M. Bittner a adoptée, est peu plaisante, et l'avantage\nde cet agencement nous paraît problématique au point de vue des varia-\ntions atmosphériques.\nLa viole d'amour est seule d'une bonne facture, et le vernis est de\nmeilleure qualité. Cet instrument fait plus d'honneur à M. Bittner que\ntout le reste de son exposition. Cette viole, jouée avec talent par\nM. Kral, auteur d'une méthode estimée pour cet instrument, a été enten-\ndue avec un véritable plaisir. La sonorité est bonne et la qualité du son\nsympathique.\nM. C.-F. SCHMIDT. M. Schmidt est dans la même voie d'imitation\nque M. Bittner. Ce luthier a présenté plusieurs imitations Magini. Le\nvernis est trop lavé, et la facture générale ne rachète pas ce défaut.\nM. Schmidt a exposé quelques accessoires de lutherie qui témoignent\nd'un esprit de recherches : un système de gaîne destinée à protéger les\ncordes du violon lorsqu'il est hors de sa boîte ; des chevilles avec arrêts\nqui empêchent de chasser dans la volute et donnent une certaine fixité."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "157", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.13", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2398, "texte": "M. Schmidt travaille pour l'exportation ; ses prix très modérés sont\ncependant inférieurs à ceux des produits similaires de Mirecourt.\nM. J.-J. BÛCHER. MM. LUTZ et Ce. Nous citerons pour mémoire la\nvitrine de M. J.-J. Bûcher, qui ne se distingue que par le choix des bois;\nla main-d'œuvre laisse trop à désirer. Celle de MM. Lutz et C% au\ncontraire, témoigne d'une facture plus franche. La contre-basse particu-\nlièrement est d'une bonne coupe et d'un joli vernis. La marque de\nMM. Lutz est honorablement connue en Allemagne, Cette maison date\nde 1792, et sa lutherie purement industrielle lulte avec avantage avec\nles produits de Markneukirchen.\nM. ZACH (TH.). M. Zach est récemment établi à Vienne. Il a quitté\ndepuis quelques années Pesth où il s'était déjà fait remarquer. L'expo-\nsition de M. Zach a mérité tous les suffrages de la commission par la\ndistinction de sa facture et la sonorité des spécimens qu'il a présentés.\nUne imitation très réussie de Jos. Guarnerius a surtout fixé l'attention\ndu Jury : un vernis chaud de ton et d'une pâte très fine, un son vibrant\net égal, un choix de bois hors ligne, telles sont les qualités qui ont valu\nà M, Zach d'unanimes éloges.\nLa basse imitation de Stradivarius et copie exacte du bel instru-\nment de M. Davidoff, réminent professeur du conservatoire de Saint-Pé-\ntersbourg, a moins plu ; la sonorité est courte et un peu métallique. Nous\nne quitterons pas M. Zach sans dire un mot de la disposition que ce\nluthier a adoptée pour le tirage des cordes, en les faisant tirer sous le\ncordier au lieu de les faire passer par-dessus les œillères de la queue.\nM. Zach croit à une pression plus énergique sur le chevalet. La démons-\ntration qui n'a pas été suivie de contre-épreuve n'a pu être concluante,\nfaite dans cette audition d'ailleurs un peu sommaire.\nNous mentionnerons aussi pour mémoire le singulier quatuor exécuté\npar M. Zach pour le compte et sur les dessins de feu M. [le professeur\nLiharzick. Ces instruments, dont la construction est basée, suivant\nl'inventeur, « sur des calculs mathématiques et cabalistiques » (sic),\nn'ont pas tenu les promesses de M. Liharzick. La bizarrerie des lormes,\nles éclisses curvilignes, l'extension du volume, ne produisent qu'une\nsonorité étrange et vulgaire, qui contraste singulièrement avec celle du\nquatuor instrumental classique. Il ne faut voir là qu'une fantaisie d ama«"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "158", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.14", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1776, "texte": "teur moins raisonnée que le violon trapézoïde de Savart, et qui paraît\ncondamnée à l'oubli.\nEn résumé, cette exposition nous a laissé les meilleurs souvenirs.\nM, Zach est un chercheur, et nous lui donnons rendez-vous avec con-\nfiance à la prochaine exposition internationale.\nMM. NEMESSANYI et SCHUNDA. MM. Nemessanyi et Schunda, de\nPesth, ont envoyé d'estimables imitations. Le choix des bois est heureux,\net la main-d'œuvre est assez soignée. Le vernis de M. Schunda laisse à\ndésirer. Les fj aussi sont trop ouverts. Les chevilles à clef ne feront\npas renoncer à l'usage des chevilles ordinaires bien ajustées.\nM. STECHER. Les violons de M. Stecher, de Salzbourg, sont\nassez bonne sonorité, mais sans charme. Il taut aussi regretter l'épais-\nseur du vernis.\nM. PLACHT, de Vienne. M. Placht mérite d'être mis hors de pair,\net sa fabrication est meilleure ; c'est là de la bonne lutherie industrielle\nproprement dite; ses violons à 16 florins la douzaine ne sont pas abso-\nlument des instruments de bazar, mais ils ne peuvent lutter avec les\nviolons lorrains établis dans les mêmes conditions de prix.\nMM. J. DIENER, de Graslitz (Bohême). Les envois de MM. Jos-\nDiener sont remarquables par le choix des bois; la sonorité de ces instru-\nments est douce, mais sans grande portée. Il faut regretter la mauvaise\nqualité du vernis, d'un jaune clair, qui laisse le bois, pour ainsi dire, à\ndécouvert.\nALLEMAGNE.\nM. GRIMM, de Berlin. L'exposition de M. Grimm, de Berlin, avait\nété remarquée en 1867; ses beaux bois, maillés un peu trop largement\npeut-être, étaient aussi de bonne qualité. On reprochait alors à ses ins-\ntruments une sonorité inégale et la crudité de son vernis rouge. Depuis\ncette époque, M. Grimm paraît avoir modifié sa facture. Le vernis a"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "159", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.15", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 1877, "texte": "gagné ; le dessin des violons et des basses est toujours très ferme et d'après\nles meilleurs types. Malheureusement, la sonorité est restée rude et peu\nsympathique.\nM. H. TH. HÉBERLEIN, de Markneukirchen. M. Héberlein a pré-\nsenté des violons et des altos d'un assez beau bois, mais d'un vernis\nsombre et peu plaisant. La facture est médiocre; les prix sont, il est vrai,\ntrès modérés ; mais, à ce point de vue particulier, nous essayerons de\nmontrer, lorsque nous nous occuperons des produits similaires de Mire-\ncourt, combien ces instruments restent au-dessous des spécimens\nenvoyés à Vienne par M. Thibouville.\nNous signalerons encore, dans la vitrine de M. Héberlein, un violon\nà éclisses curvilignes, dit Violon russeLa facture en est assez soignée,\nmais le son manque de distinction et de portée.\nM. HEIDEGGER, de Passau (Bavière). MM. Heidegger, Michel\nSchuster junior, de Markneukirchen, et Haimburger, de Munich, ont\nenvoyé beaucoup d'instruments inférieurs que leur bon marché ne sau-\nrait faire remarquer, tant la main-d'œuvre est défectueuse.\nM. GLAESEL, de Markneukirchen. M, Glaesel a présenté un quatuor\nassez réussi comme facture, et qu'il livre au prix de 750 francs ; les bois\nsont de bonne qualité, et l'alto a été particulièrement distingué par la\ncommission.\nM. KRINER, de Stuttgard. M. Kriner a exposé un violon à cordes\nmétalliques d'une sonorité su i generispeu sympathique. C'est là une\ntentative sans intérêt.\nM. NEUNER, de Mittenwald.— Les instruments de la grande fabrique\nde Mittenwald, dirigée par M. Neuner, et qui occupe une grande place\ndans la lutherie industrielle allemande, n'ont pu être l'objet d'un exa-\nmen concluant. Le représentant de M. Neuner n'a pu donner à la\ncommission les renseignements qu'elle était en droit de réclamer, prin-\ncipalement la série des prix ; nous n'avons pas vu davantage les violons"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "160", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.16", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1852, "texte": "annoncés à 2 kreutzers pièce. L'exposition de M, Neuner a été ainsi\nincomplète, et les affirmations du catalogue, sans contrôle possible, ont\nprovoqué les justes observations de la commission.\nBELGIQUE.\nM. VUILLAUME, de Bruxelles. M. Vuillaume a envoyé à Vienne un\ndouble quatuor. L'un des deux violoncelles est une copie fort correcte de\nl'instrument de F. Servais. Le son est puissant, mais sans rondeur, et le\nvernis légèrement opaque. Nous reprocherons surtout à M. Vuillaume\nla pauvreté du fond de l'instrument. Nous nous expliquons difficilement\nla disette de bois qui Ta réduit à mettre en œuvre une pièce aussi défec-\ntueuse.\nLe son du violoncelle n° 2 manque de distinction ; mais la facture est\ndes plus soignées. Les violons et les altos, joués avec beaucoup de talent\npar M. Dont, ont fait une meilleure impression. Le son de l'alto, grand\npatron, a été surtout apprécié; le timbre est bien celui de l'instrument ;\nil est franc, libre, et la main-d'œuvre ne laisse rien à désirer.\nITALIE.\nNous passerons sous silence les envois de l'ltalie. Ils sont tous d'une\ndéplorable faiblesse. Rien de plus triste que de voir au fond de ces instru-\nments les noms glorieux de Crémone et de Brescia... C'est en présence\nd'une pareille exhibition qu'on se prend à regretter les rigueurs d'une\ncommission d'examen préalable, qui aurait nécessairement écarté ces\ntristes spécimens d'un art dégénéré.\nETATS-UNIS D'AMÉRIQUE.\nUn luthier américain, M. Gemûnder, de New-York, a soumis àla\ncommission un seul violon, qui faisait la meilleure figure dans sa\nvitrine; c'est une belle et bonne imitation de Jos. Guarnerius, et qui\noffre plus d'un rapport dans les procédés d'exécution, surtout pour le\nvernis, avec le remarquable spécimen (copie du même maître) présenté\npar M. Zach. Seulement, malgré les affirmations si absolues de M. Ger-"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "161", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.17", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2430, "texte": "mùnder, en ce qui concerne la sonorité de cette copie, et tout en recon-\nnaissant les qualités estimables de l'instrument, la commission s'est\nconvaincue qu'il était loin de pouvoir lutter avec le violon présenté par\nM Zach dans les mêmes conditions d'imitation.\nM. Gemûnder ne s'était pas fait représenter par un mandataire muni\nd'instructions suffisantes pour édifier le Jury sur certains procédés de\npréparations des bois et particuliers, a-t-on dit, à ce facteur : il a été\nvaguement question d'un procédé de séchage des tables par le borate de\nsoude.\nDans ces conditions, c'est-à-dire sans renseignements précis, i° sur\nles matières employées en solution, 2° sur leur mode d'introduction dans\nles fibres du bois (imbibition ou injection), il nous est impossible de\nformuler des conclusions pratiques.\nNous croyons toutefois en nous basant, il est vrai, sur des données\nthéoriques qu'il y a dans cette voie de sérieux efforts à tenter; nous\nestimons que les données actuelles de la science permettent d'étudier ce\nproblème dans des conditions de précision presque absolue. Si les\nrecherches sont dirigées avec toute la rigueur d'une expérimentation\nscientifique, il sera possible de reproduire d'une façon graphique les\nmoindres variationsde l'état vibratoire d'une surface sonore; maisce serait\nsortir du cadre de cette revue que de chercher à expliquer comment les\n*\nprocédés de Savart ou la méthode de notre savant collègue, M. Lissa-\njous, concernant l'étude optique des intervalles musicaux, pourraient\ntrouver ici des applications; nous n'avons d'ailleurs pour cela ni autorité\nni compétence. Disons seulement que les procédés mystérieux de prépa-\nration des bois du luthier américain peuvent être le point de départ\nd'autres recherches. Jusqu'à présent, l'action des sels acides peut être\nconsidérée comme de nul effet sur la substance ligneuse ; resterait à\nétudier au microscope et par transparence les modifications que des\ninjections produiraient sur des tables de sapin méthodiquement dispo-\nsées, en tenant compte du titre de la solution employée; mais, encore\nune fois, ce sont là des recherches purement scientifiques. Nous atten-\ndrons que M. Gemûnder soit plus explicite : nous livrerons alors ses\naffirmations à de plus compétents.\nFRANCE.\nM. SILVESTRE neveu (Lyon). M. Silvestre neveu, de Lyon, est le\nseul luthier français qui, avec M. Thibouville, de Mirecourt, ait répondu"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "162", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.18", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2577, "texte": "avec empressement à l'appel de la commission de Vienne. M. Silvestie\nporte un nom bien connu des artistes et des amateurs lyonnais. Ses\noncles, Pierre et Hippolyte Silvestre, dignes émules de Lupot et fonda-\nteurs de la maison (1829), ont laissé des instruments estimés dont le\ntemps n'a fait que consacrer les qualités distinguées. Honoré lui-même\nde diverses récompenses aux précédentes expositions, et tout récemment\nd'une médaille d'argent à l'Exposition de Lyon (1872), M. Silvestie a\nenvoyé à Vienne un quatuor qui a été très apprécié. La qualité du son\ndu violon est tout à fait italienne. L'un de ces instruments, qui lait\npartie de la collection de M. le comte de Chaponay, amateur émérite de\nLyon, avait été joué avant de figurer à l'Exposition ; mais le violon\nn° 2, qui n'était pas dans les mêmes conditions, est également doué dun\ntimbre très sympathique. Le violoncelle a paru d une sonoiité plus\ncouverte. L'alto a beaucoup de rondeur et d'égalité. Disons aussi que la\ncoupe, le choix du bois et la transparence du vernis de ces différents\nspécimens constituent un ensemble de qualités sérieuses et personnelles\nà M. Silvestre. Ce luthier marche de près sur les traces de M. Vuillaume\net de MM. Gand et Bernardel, nos habiles luthiers parisiens.\n| MM. THIBOUVILLE-LAMY (J.) (Paris-Mirecourt). Nous sommes ici\ndevant la vitrine la plus intéressante, sans contredit, de l'exposition spé-\nciale qui nous intéresse. Déjà, en 1867, M. Thibouville s était mis hors\nde pair parmi les luthiers tant par l'importance de la fabrica-\ntion industrielle que par la supériorité de sa main-d'œuvre. Le but de\ncet honorable exposant est évidemment de produire à bon marché, ce\nqui ne veut pas dire que M. Thibouville se soit désintéressé des études\ntechniques pour rechercher des succès faciles et lucratifs ; il suffit d'étu-\ndier son exposition pour être convaincu qu'un esprit mercantile ne\ndomine pas sa fabrication.\nUn de nos collègues s'est chargé d'examiner les instruments à vent,\nen bois et en cuivre, les orgues et l'instrument nouveau dit Pianista que\nM. Thibouville a présenté au Jury. Disons seulement que cet appareil\ningénieux, qui s'applique aux claviers ordinaires, paraît destiné à rem-\nplacer les pianos dits mécaniques, dont 011 connaît l'uniformité et la\nsécheresse de jeu.\nNous n'avons à nous occuper ici que des instruments à archet pré-\nsentés par M. Thibouville* Ceux-ci devaient fixer notre attention au\ndouble point de vue de la facture et du prix de revient.\nLes violons de prix moyen sont d'une bonne fabrication industrielle."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "163", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.19", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2643, "texte": "Ils se distinguent, comme par le passé, par l'élégance de la coupe, les\nbois et le vernis. Les accessoires, tels que les chevilles, la touche, le\nchevalet et le cordier, sont aussi très soignés; mais ce que nous avons\nconstate avec pLiisîr, ce sont les qualités de sonorité de ces spécimens,\net le siicccs obtenu loisque nous les avons comparés aux instruments\nsimilaires des principales maisons de Markneukirchen. Les violons de\n1 ancienne ecole de Paris sauraient encore moins lutter. Bref, ces violons\net ces violoncelles sont d excellents instruments d'orchestre qu'une légère\nrévision, une sorte de mise au point, améliorerait sensiblement. Dans\nces conditions, un aitiste les jouerait sans hésitation. C'est là précisément\nla supériorité incontestable des instruments de nos maisons de Mirecourt\nsur les pioduits que les fabriques de Graslitz et de Mittenwald livrent\naux orchestres allemands, et qu'un remaniement serait impuissant à\ntransformer au même degré, sans parler de leur facture, sorte de marque\nde fabrique indélébile, qui fera toujours reléguer ces instruments dans\nles orchestres d'une certaine catégorie.\nIl est vrai de dire que les conditions de fabrication de M. Thibouville\nsont autres que celles des maisons étrangères. Tout diffère : l'outillage,\nl'emploi des procédés mécaniques, le découpage, le filetage, le vernis-\nsage* etc. Nos \\oisins, cela est visible, se sont attardés dans la pratique\ndes anciennes méthodes.\nLe personnel des établissements de M. Thibouville s'élève à plus de\n400 ouvriers,tant à Paris-Grenelle qu'à Mirecourt; il faut encore y ajou-\nter des ouvrières vernisseuses.\nOn sait combien, en présence de la dépréciation du salaire des femmes,\n1 existence d'un grand nombre d'ouvrières est aujourd'hui précaire.\nM. Thibouville, en leur donnant accès dans ses ateliers, a fait une œuvre\naussi bonne qu'elle est intelligente ; car il a ouvert une carrière de plus\nà l'activité féminine. Les connaissances requises pour le modeste emploi\nqui leur est confié ne sont pas au-dessus du niveau de l'intelligence de\nces jeunes apprenties; il est même permis de croire que beaucoup\nd'entre elles se montreraient dignes d'un rôle moins limité. A défaut\nde connaissances techniques, que nous ne regardons pas comme impos-\nsibles à acquérir, ne pourrait-on pas compter sur une certaine habileté de\nmain dans une profession qui n'exige qu'une dépense de force presque\nnulle ?\nVoici, à titre de renseignement, le prix de revient du violon de nou-\nvelle fabrication que M. Thibouville peut livrer aujourd'hui au prix\nde 5 francs, d'après le décompte communiqué par lui à la commissioi :"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "164", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.20", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1909, "texte": "Bois de fond of. 20 c.\nBois de la table 0 20\nBois du manche 0 °-*\nFaçon du manche 0 1\nTouche bois blanc noirci 0 20\nFaçon du fond et de la table. o 15\n* • ç\nDécoupage àla scie 0 1D\nMontage sur meule de la table et du fond... 1 2 5\nVernis 1 00\nMontage, cordes, chevalet, cordier......*.* o y 5\n4 10\n6 p. 0/0 sur frais généraux 2 5\n4 35\n15 p. 0/0 de bénéfice o 70\nTOTAL... 5 o5\nM. Thibouville nous a annoncé qu'il avait en cours d'exécution un\nnouvel outil qui lui permettrait de faire les manches par un moyen mé-\ncanique.\nLe violon de 5 francs a été joué pendant notre séjour à Vienne dans\nun concert donné chez M. du Sommerard, notre honoiable commissaire\ngénéral, et l'étonnement a été grand lorsque, après avoii applaudi le\nvirtuose qui s'était chargé de faire chanter 1 instrument, on a appiis\nqu'on pouvait l'acquérir, séance tenante, aux incroyables conditions de\nprix dont les exposants étrangers se sont émus.\nIl ne faut pas se montrer trop exigeant pour les qualités d'ampleur et\nde distinction de son que recherche tout instrumentiste ; mais il est\nincontestable que le violon expertisé sonnait bien, librement, et qu il a\nfait illusion à beaucoup d'auditeurs. M. Thibouville ne nous a pas\ncaché qu'il avait choisi entre beaucoup de ses pareils 1 instrument soumis\nà notre appréciation*, qu'il l'avait soigneusement pourvu de cordes\njustes, et qu'il avait ajusté un chevalet choisi; c était son droit. Le pro-\nblème d'une création industrielle qui confine à 1 art n en a pas moins é\\C\nrésolu à l'honneur de M. Thibouville. Nos collègues de 1 étranger ont\nd'ailleurs rendu justice à un procédé de fabrication qui rend le violon\naccessible aux bourses les plus modestes.\nNous aurions encore beaucoup à dire sur Mirecourt et sur les diffé-\nrentes études qu'y poursuit M. Thibouville; mais quelques unes d entie\nelles sont trop peu avancées pour être l'objet d une critique ou dun"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "165", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.21", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 1265, "texte": "éloge; nous encourageons seulement cet honorable exposant à continuer\nses études sur le chevalet. Celui qu'il a soumis à la commission, quoique\ninachevé, offre de l'intérêt et modifie sensiblement le son des instruments\naigres et criards.\nEn résumé, l'exposition de M. Thibouville a été l'objet des suffrages\nunanimes delà commission. Nous avons regretté qu'une interprétation\nétroite du règlement ait fait décider que les diplômes d'honneur ne se*\nraient pas demandés pour les exposants du groupe XV.\nPour qui se rappelle les humbles commencements de Mirecourt et les\ncompare aujourd'hui aux progrès réalisés, pour qui surtout pressent\nl'avenir industriel de la laborieuse cité lorraine et le développement de\nl'exportation de ses produits, il y a lieu de regretter la modestie des\nencouragements accordés au représentant le plus autorisé de cette inté-\nressante industrie.\nEn terminant, nous exprimerons de nouveau le regret de n'avoir pas\ntrouvé à Vienne les envois de nos grandes maisons parisiennes.\nA leur défaut, la fabrication de Mirecourt pourra du moins revendi-\nquer l'honneur d'avoir seule accepté le concours et conquis le premier\nrang parmi les maisons étrangères qui se consacrent à la lutherie in-\ndustrielle.\n\nJ. GALLAY."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-11-15-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-11-15_01#c009", "volume": "bmtnabc_1875-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "166", "page_fin": "167", "image_debut": 22, "image_fin": 23, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.2.3", "titre_corps": "UN PORTRAIT DE BEETHOVEN", "titre_sommaire": "UN PORTRAIT DE BEETHOVEN", "signature_source": "P. SELIGMANN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 22, "page_imprimee": "166", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.22", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1641, "texte": "UN PORTRAIT DE BEETHOVEN\n\nN dilettante allemand, qui disait avoir beaucoup connu\nBeethoven, vint un jour à Paris, avec un portrait sur\ntoile de l'illustre maître. C'était le seul, disait-il, qui\nrappelât exactement les traits de Beethoven. On le crut\nsur parole. Qui pouvait garantir la ressemblance?... Les\nsociétaires des concerts du Conservatoire décrétèrent que ce portrait\nserait lithographié, qu'eux seuls en auraient un exemplaire, et qu'ensuite\non briserait la pierre. En ce temps-là, les jeunes de l'orchestre ne tou-\nchaient que le tiers et même le quart de la somme qui revenait à\nchacun des sociétaires; j'étais parmi les jeunes, Ainsi nous n'avions\npas droit au portrait.\nCe Beethoven, avec les yeux au ciel, avec ses cheveux convenable-\nment pommadés et son manteau doublé d'hermine, contrastait singu-\nlièrement avec Fidée que nous nous faisions de l'illustre compositeur;\nnous arrêtions nos yeux sur cette tête dont le regard manquait de pro-\nfondeur, et nous nous refusions à reconnaître dans ce portrait le créateur\nd'œuvres si puissantes. Non, cette téte ne pouvait être celle de Beetho-\nven ; c'était celle d'un Abeilard, affaibli regrettant... sa patrie.\nQuand, après une répétition longue et fatigante pour tous, mais pro-\nductive seulement pour quelques uns, nous quittions cette glacière,\nappelée Salle des Menus-Plaisirs (bien menus en effet, les plaisirs !..) et\nque nous rencontrions le vieux dilettante allemand vissé invariablement\nà son portrait sous le bras, nous disions entre nous : Allons, voilà encore\nl'ami... du portrait de Beethoven.\nIl arrive souvent que le peintre, ayant à reproduire un grand person-"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "167", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.23", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2294, "texte": "nage, donne beaucoup plus qu'on lui demande. On ne veut que la\nvérité; lui, veut frapper l'imagination. J'ai connu Silvio Pellico, et\nj'affirme qu'il eût été difficile de deviner en lui le patriote martyr et le\npoète inspiré. Petit, voûté,, peut-être même un peu bossu, il ressemblait\nà un de ces bons Flamands de Téniers, descendu de son tonneau. Il\nétait alors à Turin, bibliothécaire de je ne sais plus quelle maison prin-\ncière. Vous figurez-vous Silvio Pellico avec des manches de percaline,\nla plume à l'oreille et le pince-nez entre les yeux? Ce serait pourtant\nplus vrai que de l'habiller avec une lévite à brandebourgs et des bottes\nà revers jaunes, comme Laferrière dans ses rôles de séducteur irrésis-\ntible. Une tête byronienne, c'est beau ; mais la vérité, c'est plus beau\nencore.\nNous connaissons un portrait très réaliste de Schubert. Certes, cette\ngrosse tête frisée et ornée de grosses lunettes n'est pas flattée, cela empê-\nche-t-il que Schubert soit le chantre mélodieux de tant d'immortelles\nœuvres ?\nJe me trouvais un jour à Turin. devant l'étalage d'un libraire, je\nremarquai sur le frontispice d'un morceau de musique un portrait de\nBeethoven. Ce portrait avait cela de curieux que le divin maître était\nreprésenté en pied, avec une longue redingote, un pantalon à sous-\npieds, comme le Rossini du contrôle de l'Opéra (relégué maintenant\naux Italiens), le chapeau sur l'oreille, les cheveux au vent, les mains\nderrière le dos, et avec des gants. Au-dessous du portrait il y avait un\nfac-similé de sa signature. J'entrai chez le libraire et j'achetai le mor-\nceau pour avoir le portrait, comme jadis j'avais acheté la Pensée de\nReissiger pour avoir le portrait de Weber. J'ouvris la première feuille.\nUne surprise m'était réservée. C'était le thème que Beethoven a com-\nposé et mis en variations dans sa sonate dédiée à Kreutzer; et pour que\nle vulgaire ne se méprît pas sur la beauté de l'œuvre et sût bien de quoi\nil était question, après ces mots : Pensée de Louis Van Beethoven,\nl'éditeur avait eu la prudence de faire graver en grosses lettres : Air du\ntrémolo de Bériot. On le voit, j'avais fait une bonne affaire. Je ne\nvoulais que le portrait qui accompagne cette notice, et je possède en\nmême temps une curiosité musicale.\n\nP. SELIGMANN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-11-15-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-11-15_01#c013", "volume": "bmtnabc_1875-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "168", "page_fin": "176", "image_debut": 24, "image_fin": 32, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.2.4", "titre_corps": "LES THÉATRES A PARIS", "titre_sommaire": "LES THÉATRES A PARIS", "signature_source": "ARTHUR POUGIN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 24, "page_imprimee": "168", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.24", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1523, "texte": "LES THÉATRES A PARIS\nPENDANT LA RÉVOLUTION\n\nL est une époque de l'histoire des théâtres à Paris, qui,\non peut le dire, est presque absolument inconnue,\nnon seulement du public, mais même des chercheurs,\ndes érudits et des curieux : c'est l'époque révolution-\nnaire. Cette période de l'histoire théâtrale a pourtant\nune importance réelle, et elle est tout particulièrement\nintéressante, à beaucoup de points de vue. Elle n'embrasse pas, d'ailleurs,\nun espace de moins de seize ans et demi, puisqu'elle s'étend à partir du\ni 3 janvier 1791, date du décret par lequel l'Assemblée nationale inau-\ngurait le régime de la liberté la plus complète en ces matières, jusqu'au\n8 août 1807. Cette dernière date est celle du décret de Napoléon lerIer qui\nrétablissait les privilèges dramatiques, faisait cesser violemment l'exis-\ntence d'un grand nombre d'entreprises alors en possession de la faveur\npublique, en les prévenant neuf jours à l'avance, et réduisait à huit,\nc'est-à-dire aux deux tiers de ceux existant en 1790, le nombre des\nthéâtres destinés à alimenter la curiosité du public parisien.\nCe côté particulier de l'histoire du théâtre nous ayant depuis long-\ntemps attiré, nous nous trouvons, après plus de dix années de recherches\nactives et difficiles, pourvu d'une formidable collection de notes, d'au-\ntant plus précieuses que le sujet n'a jamais été abordé dans son ensemble.\nNous voudrions faire connaître ici, à l'aide de ces notes, quelques-uns\ndes nombreux théâtres que le décret de 1791 fit éclore promptement et"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "169", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.25", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2729, "texte": "successivement à Paris pendant la période que nous venons de déter-\nminer, et pour cela, dans la forme comme dans le fond, nous ne préten-\ndrons pas au titre d'historien, mais à celui de simple chroniqueur. C'est\nlà un chapitre de l'histoire de la Révolution qui n'a jamais été, non-\nseulement tracé, mais même effleuré, et dont nous demandons mo-\ndestement à poser les bases. A défaut d'autre intérêt, il présenterait au\nmoins celui de la curiosité ; nous osons affirmer que cet attrait n'est pas\nle seul, et que sa connaissance ne sera pas sans quelque utilité.\nDès les premiers jours de la Révolution, la question si importante de\nla liberté des théâtres s'imposait à tous les esprits ; chacun comprenait\nla nécessité d'une réforme sous ce rapport, et, le 24 août 1790, une péti-\ntion était présentée à l'Assemblée nationale,demandant : i° l'abolition\ndes privilèges de spectacle ; 20 la jouissance pour tous les théâtres,\nindistinctement, des ouvrages des auteurs anciens; 3° la faculté pour\ntout particulier, possédant un théâtre ou le faisant construire, d'y faire\njouer la comédie ; 40 enfin, le droit, pour les auteurs vivants, de sta-\ntuer eux-mêmes sur la valeur de leurs ouvrages, de gré à gré avec les\ndirecteurs, ceux-ci ne pouvant en aucun cas les faire représenter sans le\nconsentement des premiers. Cette pétition, rédigée et présentée par\nLa Harpe, avait été signée par lui, ainsi que par Chamfort, Sedaine,\nMercier, Fenouillot de Falbaire, Ducis, Leblanc, Palissot, Bret, Marie-\nJoseph Chénier, Cailhava, Fabre d'Eglantine, Lemierre, Collot d'Her-\nbois, Fallet, Laujon, Dudoyer, Beaumarchais, Forgeot, Sauvigny,\nGudin, Maisonneuve, Blin de Sainmore, Murville et Cubières-Palme-\nzeaux.\nDès le 15 novembre suivant, l'Assemblée s'occupait de cette pétition,\net son comité de constitution, dans une décision prise par lui et signée\npar Chapelier, Rabaud et Target, déclarait que « le principe général est\nque tout homme peut établir un spectacle, et que la police en a la sur-\nveillance ». Le 13 janvier, en séance, la question fut mise à l'ordre du\njour, et une longue discussion s'établit, à laquelle prirent part, outre\nChapelier, deux hommes qu'on ne s'attendrait pas sans doute à trouver\nen cette affaire : l'abbé Maury et Robespierre lui-même. A la suite de\ncette discussion, l'Assemblée rendit un décret qui fut signé par le roi le\n19 du même mois, et dont voici la teneur :\nArticle ler.Ier. Tout citoyen pourra élever un théâtre public, et y faire repré-\nsenter des pièces de tous les genres, en faisant, préalablement à l'établisse-\nment de son théâtre, sa déclaration à la municipalité des lieux» —Article 11.\nLes ouvrages des auteurs morts depuis cinq ans et plus sont une propriété"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "170", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.26", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3024, "texte": "publique, et peuvent, nonobstant tous anciens privilèges qui sont abolis,\nêtre représentés sur tous les théâtres indistinctement. Article 111. Les\nouvrages des auteurs vivans ne pouront être représentés sur aucun théâtre\npublic, dans toute l'étendue de la France, sans le consentement formel et par\nécrit des auteurs, sous peine de confiscation du produit total des représenta-\ntions au profit des auteurs. Article IV. La disposition de l'article 111\ns'applique aux ouvrages déjà représentés, quels que soient les anciens régle-\nmens; néanmoins, les actes qui auraient été passés entre des comédiens et\ndes auteurs vivans, ou des auteurs morts depuis moins de cinq ans, seront\nexécutés. —Article V. Les héritiers ou les cessionnaires des auteurs seront\npropriétaires de leurs ouvrages, durant l'espace de cinq années après la mort\nde l'auteur. Article VI. Les entrepreneurs, ou les membres des différens\nthéâtres, seront, à raison de leur état, sous l'inspection des municipalités ;\nils ne recevront des ordres que des officiers municipaux, qui ne pourront\npas arrêter ni défendre la représentation d'une pièce, sauf ]a responsabilité\ndes auteurs et des comédiens, et qui ne pourront rien enjoindre aux comé-\ndiens que conformément aux lois et aux règlemens de police, règlemens\nsur lesquels le comité de constitution dressera incessamment un projet\nd'instruction. Provisoirement, les anciens règlemens seront exécutés. —•\nArticle VII. Il n'y aura qu'une garde extérieure, dont les troupes\nde ligne ne seront point chargées, si ce n'est dans le cas où les officiers mu-\nnicipaux leur en feraient la réquisition formelle. Il y aura toujours un ou\nplusieurs officiers civils dans l'intérieur des salles, et la garde n'y pénétrera\nque dans le cas où la sûreté publique serait compromise, et sur la réquisition\nexpresse de l'officier, lequel se conformera aux lois et aux règlemens de\npolice. Tout citoyen sera tenu d'obéir provisoirement à l'officier civil.\n« Mandons et ordonnons à tous les tribunaux, corps administratifs et\nmunicipalités, que les présentes ils fassent transcrire sur leurs registres, lire,\npublier et afficher dans leurs ressorts et départemens respectifs, et exécuter\ncomme Loi du Royaume. En foi de quoi Nous avons signé et fait contresigner\nces dites présentes, auxquelles Nous avons fait apposer le sceau de l'État.\nA Paris,# le dix-neuvième jour du mois de janvier, l'an de grâce mil sept\ncent quatre-vingt-onze, et de notre règne le dix-septième.\n« Louis,\n« M. L. F » Duport. »\nOn voit que d'un seul coup ce bref décret réglait toute la matière,\nnon seulement en instituant sur les bases les plus larges la liberté théâ-\ntrale, mais encore en établissant pour l'avenir les rapports entre auteurs\net entrepreneurs, et en disposant la police ordinaire des salles de spec-\ntacle. Lorsqu'il fut rendu, les théâtres existant à Paris étaient au\nnombre de douze, savoir :\nOpéra;\nComédie-Française (Théâtre de la Nation) ;\nComédie-Italienne, eu Théâtre Favart (Opéra-Comique national) ;"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "171", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.27", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 1489, "texte": "Théâtre de Monsieur (Feydeau) ;\nThéâtre des Beaujolais ;\nThéâtre Montansier ;\nThéâtre-Français comique et lyrique;\nVariétés (ex-Variétés-Amusantes) ;\nAmbigu-Comique ;\nThéâtre de Nicolet (Grands-Danseurs du roi) ;\nThéâtre des Associés ;\nThéâtre du Délassement-Comique.\nLe nouvel ordre de choses fit pousser les spectacles, on peut le dire,\ncomme des champignons, si bien que dans le cours de cette même année\ni79i,onen compta jusqu'à trente-cinq ! Cette progression inouïe fit\ndire à un auteur dramatique, qui n'avait point signé la pétition\nLa Harpe, le Cousin-Jacques, de joyeuse mémoire, que, pour peu que\ncela continuât, on aurait bientôt un théâtre par rue, un acteur par mai-\nson, un musicien par cave et un auteur par grenier»\nVoici les noms des vingt-trois théâtres nouveaux qui s'étaient venus\njoindre si rapidement à ceux établis sous l'ancien régime :\nThéâtre Louvois ;\nThéâtre du Marais ;\nThéâtre de Molière ;\nÉlèves de Thalie ;\nThéâtre des Neuf-Millions (c'est le nom original que devait porter\ncelui que la Montansier faisait bâtir rue de la Loi, et qu'elle prétendait\ndiriger en même temps que celui qu'elle administrait déjà au Palais-\nRoyal);\nThéâtre d'Emulation ;\nLes Petits Comédiens français;\nThéâtre de la Concorde ;\nThéâtre des Muses ;\nLycée dramatique ;\nThéâtre du Mont-Parnasse ;\nThéâtre du Vaudeville;\nWauxhall d'été;\nThéâtre d'Henri IV (alors en construction, qui prit le titre de Théâtre\nde la Cité) ;\nVariétés Lyriques;\nThéâtre du café Yon;"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "172", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.28", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2408, "texte": "Théâtre de la Liberté ;\nNouvelles Variétés;\nThéâtre du Cirque;\nThéâtre du sieur Moreau ;\nThéâtre de Thalie ;\nThéâtres (deux) de la place Louis XV.\nTrente-cinq théâtres, parmi lesquels dix au moins avaient une impor-\ntance considérable, trente-cinq théâtres pour une ville dont la population\natteignait à peine alors le chiffre de 600,000 habitants, c'était beaucoup\nassurément. Plus de] la moitié de ces établissements, dirigés par des\nhommes absolument étrangers à l'art dramatique, possédant des tioupes\net un répertoire impossibles, étaient dans un piteux état. C était ce mau-\nvais sort de quelques entreprises placées sous la main de spéculateurs\ninintelligents, qui faisait dire à un écrivain du temps, annonçant l'ou-\nverture prochaine d'un nouveau spectacle : ce Encore un théâtre, rue\nAumaire. C'est la rue des cordonniers et des savetiers ; les directeurs\ntraînent déjà la savate. »\nChaque mois, en effet, en voyait éclore de nouveaux. On eut ainsi,\nsuccessivement, le théâtre de la Cité, le théâtre du Lycée des le\nthéâtre Louvois, le théâtre des Amis de la Patrie, le théâtre des Sans-\nCulottes, le théâtre de la Montagne, les Jeunes-Artistes, les Jeunes-\nÉlèves, les Jeunes-Comédiens, le théâtre des Victoires-Nationales, le\nthéâtre Mythologique, le théâtre Mozart, le théâtre des Troubadours, les\nNouveaux-Troubadours, le théâtre Sans Prétention, le théâtre Mareux,\nle théâtre des Amis des Arts, le théâtre Doyen, le théâtre du Boudoir\ndes Muses (!), le Petit-Vaudeville, Je théâtre d'Émulation, le théâtre de\nla Société Olympique, le théâtre de l'Estrapade, les Veillées de Momus (!l),\nle théâtre de la rue du Renard-Saint-Méry, et beaucoup d'autres\nencore.\nMais, comme on le pense bien, tout cela ne vivait pas simultanément,\net il n'y eut jamais, ainsi qu'on l'a dit, cinquante et quelques théâtres\nouverts à la fois dans Paris. Quelques uns ont joui d'une vie glorieuse,\nsinon toujours prospère ; d'autres et c'est le plus grand nombre\nn'eurent, au contraire, qu'une existence précaire et bornée. Ceux-ci\nouvraient leurs portes au public, mais pour les fermer presque aussitôt;\nune nouvelle administration surgissait alors qui leur rendait la vie pour\nquelques instants, changeant l'enseigne et variant peu la marchandise,\net bientôt, après une nouvelle catastrophe, un troisième entrepreneur se\nprésentait qui donnait un troisième titre à rétablissement. C'est ainsi"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "173", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.29", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2355, "texte": "que, malgré les noms de soixante-dix théâtres environ qui sont venus\njusqu'à nous, il n'en a guère été construit plus de quarante dans cette\népoque de remue-ménage universel. Mais ces théâtres changeaient à\ntout instant de nom, de directeur et de personnel, et la confusion iné-\nvitable qui résulte de ces changements incessants fait que l'histoire théâ-\ntrale de ce temps est aujourd'hui, après soixante-dix ou quatre-vingts\nans, extrêmement difficile à établir.\nNous tâcherons de nous reconnaître dans ce chaos, et de faire tenir le\nfil au lecteur afin que, nous suivant docilement, il ne puisse s'égarer.\nI\nTHÉATRE MOLIÈRE\nDe tous les établissements dramatiques que le décret du i 3 janvier\n17*91 fit surgir à Paris, l'un des premiers fut le théâtre Molière, dont l'in-\nauguration eut lieu le 1 t juin suivant, juste cinq mois après la promul-\ngation de ce décret. Le fondateur de ce théâtre était un homme actif,\nétrange, hardi, intelligent, et particulièrement expert en ces matières,\nayant été comédien et entrepreneur de spectacles à-Paris, en province et\nà l'étranger. Ce personnage, qui était arrière-petit-fils du poète comique\nBoursault, était connu sous le nom de Boursault-Malherbe, et, comme\nCollot d'Herbois, qui avait été aussi comédien, il devait être appelé à\njouer un rôle politique dans les sombres événements qui se préparaient ;\nmais un rôle plus modeste et surtout moins sanglant que celui de Collot.\nJean-François Boursault était né à Paris en 1762. « Mon père, a-t-i!\ndit lui-même (1), petit-fils de Boursault le poète, était négociant rue\nSaint-Antoine, et, par sa réputation, rangé dans la classe des notables\nde la ville de Paris. Il me destinait au barreau, et fit soigner mes études ;\nmais l'amour des lettres m'entraîna dans la carrière du théâtre, où je pris\nle nom de Malherbe. Ma conduite, un talent assez remarquable, quel-\nques ouvrages dramatiques me firent rechercher dans les piemières villes\nde France. J'ai passé.dix-huit ans de ma jeunesse tant à Lille, Liège,\nAmiens, Marseille, Toulouse, Grenoble, Bordeaux, Lyon et Rouen,\nqu'à Paris, où je fus mandé lors de la mort ds Lekain et de ijeliecour»\n\n(1) Dans une brochure en réponse à des calomniateurs politiques: « Notice sur\nla vie publique et privée de Boursault-Malherbe,en réponse à quelques pamphlets.»\nParis, impr. Lebègue, 1819, in-8."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "174", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.30", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3246, "texte": "Dans toutes ces villes, mes mœurs furent celles que, depuis Molière,\nLanoue, Dufresny, nombre d'auteurs et d'acteurs à talent ont honorées\net honorent encore tous les jours. » Ce langage n'est peut-être pas très\nmodeste, mais c'est celui d'un honnête homme, fort de sa conscience (i).\nBoursault, en effet, après avoir obtenu en province de grands succès\ndans les premiers rôles tragiques, avait été appelé à la Comédie-Fran-\nçaise à la mort de Lekain : mais comme Larive venait de débuter et de\n> 7\nréussir dans l'emploi tragique, il dut se borner à l'emploi comique, et\ndébuta d'une façon très heureuse, le 5 décembre 1778, dans les deux\nrôles d Ariste du Philosophe marié et du chevalier d'Étieulette dans\nGageure imprévue.Malgré son succès, il ne tarda pas à retourner en\nprovince, devint actionnaire et administrateur du Grand-Théâtre de\nMarseille, puis bientôt alla établir un théâtre français à Palerme, sous\nles auspices du prince Caraccioli.\nLorsque la Révolution éclata en France, il revint à Paris, adopta les\nidées nouvelles avec une grande chaleur et les propagea par tous les\nmoyens en son pouvoir, même, nous le verrons plus loin, à l'aide du\nthéâtre qu'il'fonda en 1791. Il ne conserva pas longtemps, d'ailleurs, la\ndirection de ce théâtre. S étant rendu en province, en 1792, pour y rece-\nvoir le dernier soupir de son père, il revint bientôt à Paris, où les évé-\nnements du 10 août amenèrent la fermeture momentanée du Théâtre\nMolière. Comme les affaires politiques le préoccupaient et qu'il venait\nd'être nommé électeur, il abandonna sa direction, alla siéger, au bout de\nquelques mois, à la Convention, puis partit en province pour diverses\nmissions.\n\n(i) Sous la Restauration, alors qu'il occupait une situation industrielle impor*\ntante, et qu'il avait acquis une grande fortune, Boursault fut en butte à diverses\naccusations. On affirma d'abord qu'à la Convention, dont il avait été membre, il\navait voté la mort de Louis XVI, ce qui était matériellement faux, puisque, nommé\nd'abord électeur de Paris pbur la section des Lombards, puis premier député sup-\npléant, il n'avait commencé à siéger qu'après le procès et la mort du roi; le calom-\nniateur, Barruel-Beauvert, attaqué par lui, dut se rétracter. On l'accusa ensuite de\nconcussion et de dilapidation des deniers publics dans les diverses missions politi-\nques, militaires ou administratives dont il avait été chargé pendant la Révolution,\ndans les départements de la Loire-Inférieure, de la Sarthe, de l'lle-et-Vilaine, des\nCôtes-du-Nord, du Morbihan, de la Mayenne, et dans le Coijitat-Venaissin; Boursault\nrépondit, dans la brochure dont nous venons d'extraire un fragment, accumula les\npreuves, les témoignages, fit appel à tous ceux qui l'avaient connu à cette époque,\net réduisit ses diffamateurs au silence. L'auteur de l'article sur Boursault-Malherbe,\ninséré dans la Biographie Michaud, n'a certainement pas eu connaissance de cet\nécrit concluant, autrement il n'aurait pas écrit qu' « au milieu de ses nombreuses\ncontradictions, il est bien difficile d'apprécier d'une manière équitable la vie poli-\ntique d'un des hommes, sinon les plus sincères et les plus utiles de cette époque,\nau moins le plus actif dans une sphère inférieure. »"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "175", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.31", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2923, "texte": "En 1806, nous le retrouvons à la tête de son théâtre, agonisant, après\nune foule de vicissitudes, dans des mains incapables. Grâce à son\nhabileté, l'entreprise est assez rapidement remise à flot, lorsque le décret\nimpérial de 1807 vient la condamner à mort. « Réduit à se créer un\nautre genre d'industrie, dit alors un biographe, Boursault sollicita et\nobtint à ferme le nettoyage de la ville de Paris, et, quelque temps après,\nles maisons de jeu. Il gagna dans les boues et dans les tripots une for-\ntune immense ; mais, comme pour s'en faire pardonner l'origine, For\nque lui versaient le creps et la roulette était employé en achats de vieux\ntableaux, et il semblait vouloir purifier une fortune venant des immon-\ndices en l'employant à réunir les plantes les plus rares des deux hémi-\nsphères dans les serres admirables de sa villa de la rue Blanche. Riche à\nmillions, entouré des merveilles de 1 art et de la nature, Boursault, pres-\nque septuagénaire, sentit encore se réveiller dans son cœur sa première,\nsa plus foi te passion : celle du théâtre. En iB3o, il acheta trois millions\nla salle Ventadour, qui en avait coûté sept àla liste civile : il gagna\ni,500,000 mille francs à cette première opération; il est vrai qu'il re-\nperdit ce bénéfice et une forte somme en sus dans la direction de l'Opéra-\nComique, qu il garda pendant 1 année iB3o. Doué d'un coup d'œi.l sûr,\nil comprit sa faute,et songea à trancher dans le vif pour se tirer d'affaire\net se soustraire à une ruine complète. Boursault assembla un matin dans\nle foyer tous les artistes et tous les employés du théâtre; il les reçut assis\ndevant une table chargée de piles de pièces d'or et de billets de banque.\nOn eût dit que, se souvenant de ses anciennes fonctions, il avait invité\ntoute sa troupe à une partie de trente et quarante. Quand chacun eut\npris place, le directeur se leva et dit : « Mesdames et messieurs, j'ai\nsigné avec vous tous des traités de longue durée ; vous pouvez m'obliger\nà continuer l'exploitation de mon privilège; je m'y ruinerai, et mon\ninévitable désastre vous coûtera quelque chose. Si, au contraire, vous\nvoulez bien me permettre de me retirer et de rompre immédiatement;\nvos traités, je vous paie sur l'heure, à titre d'indemnité, une année de\nvos appointements. » Les artistes étaient éblouis et fascinés par la vue\ndu trésor étalé devant eux ; ils acceptèrent tous la proposition et furent\npayés comptant. Cela coûta plusieurs centaines de mille francs à Bour-\nsault; mais, au prix de ce sacrifice, sa fortune, qui était immense, fut\nsauvée. Après ce coup de maître, il vendit sa galerie, il démolit ses serres,\nles plus riches et les plus soignées qui fussent à Paris, et peut-être en\nEurope, et il fit percer sur son beau parc la rue qui porte son nom.\nTour à tour comédien, législateur, fournisseur, écrivain, directeur de\nthéâtres, directeur des jeux, Boursault, qui avait conservé une grande"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "176", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.32", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 567, "texte": "verdeur d'esprit et de corps, malgré une vie pleine de vicissitudes,\nmourut à Paris, âgé de quatre-vingts ans, 1842. Il laissa en mourant une\nfortune de près de trois millions (1). »\nNous avons fait connaître ce qu'était Boursault-Malherbe; nous allons\nmaintenant retracer Thistore du théâtre fondé par lui.\n(La suite prochainement.)\n\nARTHUR POUGIN.\n\n0\n(i) Nous avons vu, d'après la brochure de Boursault lui-même, citée plus haut,\nqu'il était né en 1752. Il était donc âgé, lorsqu'il mourut, non de quatre-vingts,\nmais de quatre-vingt-dix ans."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-11-15-01-c017", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-11-15_01#c017", "volume": "bmtnabc_1875-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 33, "image_fin": 40, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.2.5", "titre_corps": "TRIO ITALIEN BURLESQUE Compose' par le Sieur CAMBERT, Maistre de la musique de la feüe Reyne Mère, pour LE JALOUX INVISIBLE, Comédie de Brécourt. (1666) Con moto.", "titre_sommaire": "TRIO ITALIEN BURLESQUE Compose' par le Sieur CAMBERT, Maistre de la musique de la feüe Reyne Mère, pour LE JALOUX INVISIBLE, Comédie de Brécourt. (1666) Con moto.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.33", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 203, "texte": "TRIO ITALIEN BURLESQUE\nCompose' par le Sieur CAMBERT, Maistre de la musique\nde la feüe Reyne Mère, pour\nLE JALOUX INVISIBLE, Comédie de Brécourt.\n(1666)\nCon moto.\nTranscrit avec Piano\npar J. B. WEKERLIN."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.40", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 26, "texte": "J. PERRIN. Graveur."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-11-15-01-c018", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-11-15_01#c018", "volume": "bmtnabc_1875-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "178", "image_debut": 41, "image_fin": 42, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.2.6", "titre_corps": "LE TRIO BURLESQUE DE CAMBERT", "titre_sommaire": "LE TRIO BURLESQUE DE CAMBERT", "signature_source": "J.-B. WEKERLIN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.41", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1294, "texte": "LE\nTRIO BURLESQUE DE CAMBERT\n\nES œuvres de Cambert sont fort rares : nous avons\ndonc saisi avec empressement l'occasion qui nous était\nofferte par M. Heulhardde reproduire ce trio comique,\nd'après l'édition du Jaloux invisible, de Brécourt\n( 1666). Cette édition princeps renferme le trio de Cari-\nse)li noté pour les irois voix avec l'indication musique\nde Cambert.\nLully prenait son bien et même celui des autres partout où il y avait\nquelque chose à sa convenance ; nous trouvons en effet ce trio de Cam-\nbert dans la cinquième entrée des Fragments de Lully. Ce ballet fut\nreprésenté le 10 septembre 1702. Lully ou son airangeur, car en 1702\nLully était mort, fait précéder le trio de Cambert par un\nlequel Cariselli joue à peu près le rôle d'un idiot :\nPerché critdo amore\nCon tanto rigore\nHai ferito il coco co core\nDel povero Cariselli?\nAprès ce récitatif vient le trio de Bon di Cariselli, tel que Cambert\nla écrit, à l'exception d'un nouveau récitatif de Cariselli qui ne se trouve\npas dans le trio de Cambert, par la simple raison que les paroles n'au-\nraient eu aucun sens dans la pièce de Brécourt. Cariselli continue donc:\nLa Bella cli adoro mi trova un poco bruto, etc. Puis entrent trois Pan-\ntalons et deux Scaramouches portant la burette (cette entrée est jouée par"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "178", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.42", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1337, "texte": "les violons). Les Pantalons chantent dalla baretta ogni cosa espetta, etc.,\nainsi que cela se trouve dans le trio de Cambert. Viennent Safrina et\nCasini qui ont une scène d'amour, différents pas et enfin une danse des\nScaramouches. La strette dll grande fecco cornuto ne se trouve que\ndans la pièce de Brécourt. Ce trio de Cambert paraît avoir été très popu-\nlaire et très goûté, car sous la forme de cet arrangement, tel qu'on le\ntrouve dans les Fragments de Lully, il reparaît à la suite de Fêtes de\nThalie par Mouret, puis avec le Ballet de la Grotte de Versailles, avec\nla Princesse ayzcAlceste, avec Pourceangnac,avec les Amours\nde Mars et de Vénus, etc. 11 paraît qu'il n'y avait pas de fête complète\nsans le trio de Cambert. L'astucieux Italien, après avoir volé à Cambert\nson privilège de l'Opéra, lui volait encore sa musique. D'après le cata-\nlogue des Ballets, opéras et autres ouvrages lyriques (de La Vallière,\n1760), les paroles de l'arrangement des Fragments de Lully sont de\nDanchet, et les arrangements de la musique par Campra.\nDans le Dictionnaire des Léris 1763, on trouve encore\nce renseignement au Ballet des Fragments de Lully : « Ces entrées\nsont suivies du Divertissement comique de Cariselli, qui avait paru\nanciennement à la cour et qu'on a revu plusieurs fois depuis. »\n\nJ.-B. WEKERLIN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-11-15-01-c022", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-11-15_01#c022", "volume": "bmtnabc_1875-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "179", "page_fin": "181", "image_debut": 43, "image_fin": 45, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.2.7", "titre_corps": "REVUE DES CONCERTS", "titre_sommaire": "REVUE DES CONCERTS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 43, "page_imprimee": "179", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.43", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1770, "texte": "REVUE DES CONCERTS\nCONCERTS POPULAIRES ; Concerto pour violon, de M. Max Bruch, exécuté par\nM. Mauhin. Concerto pour piano, de Rubinstein (op. 70), exécuté par M. Diémer,\n- CONCERT DU CHATELET. ►«» CIRQUE FERNANDO.\nONCERTS POPULAIRES. Les programmes de cette\ndernière quinzaine ne fournirent guère matière à de longs\ndéveloppements, et je me bornerai, pour cette fois, à la\nstricte énumération des œuvres exécutées.\nSymphonie \"pastorale et symphonie en ut majeur de\nBeethoven, Allegretto de la symphonie-cantate de Men-\ndelssohn, fragment d'une œuvre importante, qu'on a le\ngrand tort de ne jamais exécuter intégralement en France. Le Songe d'une\nNuit d'Été. Ouverture de Don Juan et fragments du quintette en la de Mozart.\nAu Larghetto de ce quintette qu'on a l'habitude d'isoler et d'exécuter seul\ndans les concerts à orchestre, M. Pasdeloup a jugé à propos, depuis l'année\ndernière, d'ajouter le Menuet et Y Allegretto con variaponi; j'ai déjà eu l'oc-\ncasion d'expliquer tout au long pourquoi cette addition me semblait regret-\ntable, je n'y reviendrai pas. Rêverie de Schumann et Entr'acte de Taubert,\ndeux charmants tableaux de chevalet qui se perdent un peu au milieu des\ntoiles grandioses de ce musée de l'art classique. Concerto pour violon de\nM. Max Bruch, exécuté pour la première fois en France au Concert National'\nen 1873. C'est une œuvre d'un style terme, net et très clair, qui mérite de\nprendre rang au nombre des œuvres classiques du violon. M. Mauhin l'a\nrendue avec un talent honnête et consciencieux; son jeu est correct, mais\nmou, les attaques sont parfois mal assurées, le son manque d'ampleur et\nl'exécution générale gagnerait beaucoup à être relevée par un peu plus de\nverve et de maestria. 4e Concerto pour piano (op. 70) de Rubinstein, exécuté"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "180", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.44", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2813, "texte": "par M. Diémer, œuvre remarquable, très mélodique et d'un style très sou-\ntenu; un peu terne de coloris. M. Diémer l'exécute avec cette délicatesse de\ntouche, cette pureté de mécanisme et ce jeu facile, délicat et brillant tout à\nla fois qui caractérisent son talent. Ces qualités suffisent à bien rendre les\ndeux premiers morceaux ; il faudrait pour donner au finale toute sa valeur, la\nvigueur et la bravoure de M. Rubinstein lui-même.\nH. Marcello.\nCONCERT DU CHATELET. - Après six mois de repos et de silence, le\nThéâtre du Châtelet vient de rouvrir ses portes au public avide de se nourrir\nà nouveau des belles mélodies, des riches effets d'instrumentation des grands\nmaîtres, et de l'excellente exécution qu'il est certain de rencontrer chez les\nartistes de M. Colonne. Le premier concert, par un sentiment de délicatesse de\nla part de son éminent chef d'orchestre, a été consacré à la mémoire du jeune\net brillant compositeur, enlevé soudainement, comme par un coup de foudre,\nà l'art qu'il honorait et qui le pleure comme un de ses plus dignes représen-\ntants. Un lamcnto, morceau symphonique dû àla plume de M. Massxenet, une\npoésie de M. Gallet, récitée par madame Galli-Marié, et une audition de Patrie,\nl'une des meilleures productions de Bizet, tel a été l'hommage offert à la mé-\nmoire de l'artiste regretté. Le lamento, dont tout le commencement est su-\npérieurement développé, se termine par une magnifique entrée des instru-\nments de cuivre, qui apparaît comme un chant de triomphe. Madame Galli-\nMarié a su communiquer à tout l'auditoire l'émotion qui la dominait, et\nl'aimable cantatrice a été rappelée. Le 4e concerto pour piano, de M. Saint-\nSaens, renferme de grandes beautés, surtout dans 1 introduction, 1 andante et\nle scherzo. L'intermède et le finale ont moins rencontré de sympathies dans\nle public, mais on ne saurait toutefois nier l'art avec lequel le piano se marie\navec l'orchestre dans cette remarquable composition.\nLe concert du 7 novembre a donné pour nouveauté une Pastoi aie de\nM. P. Lacombe. Cet artiste, adepte fervent du genre classique, à ce qui!\nsemble, a rencontré une très heureuse phrase musicale qu il a bien dévelop-\npée et que le public a parfaitement accueillie, en applaudissant vi\\ement la\nPastorale. Quant au concerto de violon de Max Bruch, c est à M. Sarasate\nque revient tout l'honneur de son succès \", il a paru long, hérissé de dit fi—\ncultés, et n'offre rien de bien saillant. L'air de ballet, des Scènes pittoresques\nde M. Massenet, a réussi comme toujours et a été répété à la grande satisfac-\ntion de l'auditoire.\nCIRQUE-FERNANDO. L'Ouverture de Roméo et Juliette, de Steibelt,\navec la qualification sur le programme à'ancien style, a commence le cin-\nquième concert. J'avoue que le style d ; cette ouverture ne m'a pas paru plus"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "181", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.45", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 1886, "texte": "ancien que celui de toutes les symphonies de Mozart et de Haydn, dont elle\nest le reflet. Il s'y trouve un andante large et d'un beau caractère, un allegro\nvigoureux, et le motif principal a du charme. L'instrumentation est bonne ;\nmais il lui manque la vie dramatique et cette chaleur communicative] qui\nse rencontre dans les ouvertures de la Flûte enchantée, de la Chasse du\njeune Henri, de la Vestale, parmi celle de l'ancien répertoire, et dans celles\ndu Freischutde Zampa et de Guillaume Tell, dans le répertoire moderne.\nLa Bourrée de Bach, instrumentée par M. Gevaert, a produit peu d'effet. La\nseconde audition de la symphonie inédite et anonyme en ut a confirmé le\nsuccès qu'elle avait obtenu à la première.\nLe sixième concert a été remarquable de tout point. Je laisse de côté la\nlongue et confuse ouverture de Fier-à-bras, de Schubert, et même la sym-\nphonie en ut de Haydn, dite l'Ours, dans laquelle rien à mon avis ne révèle\nle grand compositeur, sauf le menuet, qui est d'une fraîcheur et d'une grâce\nindicibles. La Marche des Ménétriers de la Cour, de M. Reber, est un mor-\nceau caractéristique, qui a reçu un fort bon accueil. Mais les trois perles du\nConcert ont été la Marche en re, de Mendelssohn, l'air des Noces de Figaro,\nchanté par mademoiselle Belgirard, avec une voix large, puissante, une pu-\nreté de son irréprochable et un excellent accent dramatique qui lui ont valu\ntrois rappels, et l'Ouverture de la Chasse du jeune Henri. Cette marche de\nMendelssohn, qui date de 1841, et que la Société des Concerts du Conserva-\ntoire semble ignorer, puisqu'elle ne la fait jamais entendre, est une page\nsplendide. Le solo de trombone basse, à coulisses, exécuté par M. Venon, a\nexcité un véritable enthousiasme, et la marche a été bissée à l'unanimité. Le\npublic s'est retiré en applaudissant à outrance la célèbre ouverture de Méhul.\nHenry Cohen."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-11-15-01-c026", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-11-15_01#c026", "volume": "bmtnabc_1875-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "182", "page_fin": "186", "image_debut": 46, "image_fin": 50, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.2.8", "titre_corps": "REVUE DES THÉÂTRES LYRIQUES", "titre_sommaire": "REVUE DES THÉÂTRES LYRIQUES", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 46, "page_imprimee": "182", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.46", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1666, "texte": "REVUE DES THÉÂTRES LYRIQUES\nBOUFFES-PARISIENS : La Créole, opérette en trois actes, paroles de M. Albert Millaud,\nmusique de M. Jacques Offenbach. FOLIES-DRAMATIQUES : Le Pompon, opéra\ncomique en trois actes, parolesjde MM. Chivot et Duru, musique de M. Ch. Lecocq,\nRANÇAIS, mes frères, qui vous êtes surnommés vous-\nmêmes, par la voix d'un des vôtres, le peuple le plus\nspirituel de la terre et il y avait là-dedans tout à\nla fois un peu de vérité et un peu de vanité croyez\nque dans un demi-siècle vos descendants auront le\ndroit de dire qu'une fois au moins vous en avez été\nle plus inepte et le plus bête. Quand ceux-ci se souviendront que pen-\ndant vingt ans votre théâtre n'aura vécu que de cette chose idiote,\nodieuse et malsaine qui s'appelle l'opérette, que pendant vingt ans vous\naurez été en proie à cette littérature lubrique et dévergondée, que pen-\ndant vingt ans vous aurez fait votre fétiche d'un joueur de guimbarde\nqui aura passé sur le corps de tous les vrais musiciens, qui aura acca-\nparé tous les théâtres, depuis les plus infimes jusqu'aux plus relevés, et\nqui aura personnifié chez vous cet art chaste et pur de la musique*\nFrançais, mes frères, croyez-le bien, vos descendants concevront de\nvous une bien fâcheuse opinion.\nL'opérette se meurt, dit-on, l'opérette est morte. Hélas! l'opérette\nn est pas morte encore, malheureusement. Je crois bien que sa santé\ncourt de grands risques, à la vérité, mais son râle se prolonge plus que\nde raison, et elle nous invite encore trop fréquemment à assister aux\nscènes de sa triviale agonie. Je sais bien que Madame VArchiduc n'a\npas fait florès, je sais bien que la Boulangère a des écus ne fera pas"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "183", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.47", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2771, "texte": "fortune, je sais bien que l'existence de la Créole ne sera pas de longue\ndurée, mais tout cela néanmoins prolonge notre supplice, et il serait\ngrand temps que cette mascarade sans goût, sans esprit et sans valeur se\ndécidât enfin à cacher ses oripeaux, et à rentrer dans le grabat d'où elle\nn'aurait jamais dû sortir.\nPour en venir directement à la Créole, on se rappelle sans doute que\nle premier fruit de la collaboration de MM. Albert Millaud et Jacques\nOffenbach, produit sous le titre de Madame VArchiduc, n'avait été que\nmédiocrement heureux. Malgré les lazzis fanés du « poète », malgré les\nenchantements de la lyre du musicien, malgré la présence d'une artiste\nqui est vraiment une charmeuse, madame Judic, Madame l'Archiduc\navait traîné péniblement une vie somnolente, et Ton eût dit que l'infor-\ntunée ne marchait qu'armée d'une paire de formidables béquilles, pour-\nsuivant cahin-caha le cours d'une carrière uniforme et languissante.\nIl en sera de même, croyez-le bien, de la Créole, si tant est même que\ncelle-ci parvienne à se maintenir quelque temps sur l'affiche, ce qui n'est\npas absolument prouvé. Malgré les efforts que le théâtricule a mis au\nservice de ses fournisseurs; malgré son vaisseau du troisième acte, qui\nressemble à ceux de VAfricaine, et du Fils de la Nuit\ncomme M. Offenbach ressemble à un musicien; malgré le langage nègre\nque M. Millaud a prêté, on ne sait pourquoi, à sa créole; malgré l'intel-\nligence véritable et l'incontestable talent de madame Judic, les admira-\nteurs du genre ne se pâment qu'à moitié devant les prodiges de leur\nidole, et Ton peut voir clairement que la puissance et l'autorité de l'au-\nteur de BarkouJ] du Papillon et du Pont des Soupirs vont diminuant\nde jour en jour. Or, il n'y a pas de milieu, et quand celui qu'on a ap-\npelé le roi de l'opérette ne remporte pas une complète victoire à la tête\nde sa vaillante armée, on peut tenir pour certain qu il est en déroute, car\ndans cet ordre d'idées il n'y a pas de résultat indécis, et c est le cas de\ndire qu'il faut vaincre ou mourir.\nVous raconterai-je tout au long les incidents puérils qui émaillent le\nlivret banal de la Créole ? Vous ferai-je une analyse détaillée des mon-\nstruosités musicales qui se font remarquer dans la partition ? Ma foi\nnon, car cela ne vous amuserait assurément pas plus que moi. On a bien\nessayé, le premier soir, de faire un quasi-succès à deux ou trois mor-\nceaux un peu plus croustillants que les autres, une chanson créole\nc'est-à-dire nègre, une berceuse, une complainte grotesque, mais de\nde tout cela il ne reste déjà pas grand'chose aujourd hui, et demain le\nsouvenir même sera effacé. J'aime mieux me borner à vous aire que\nmadame Judic est toujours charmante, que mademoiselle Van-Ghell ne"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "184", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.48", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2449, "texte": "manque ni de grâce ni d'intelligence, qu'une jeune débutante, made-\nmoiselle Luce Couturier, est toute mignonne et toute aimable, et enfin\nque le comique Daubray n'a pas été cette fois à la hauteur de ses parte-\nnaires féminins.\nEt sur ce, lecteur, je prie le ciel qu'il vous tienne en garde contre la\nCréole et ses semblables.\nO. L. T.\nFOLIES-DRAMATIQUES. - Le Pompon.— Est-il bien nécessaire\nde vous raconter par le détail la fable imaginée par MM. Chivot et Duru?\nJe ne le crois pas. La représentation de leur pièce n'a pas réussi à inté-\nresser les spectateurs, le récit aurait encore moins de chances d'inté-\nresser les lecteurs, et d'ailleurs de pareilles élucubrations ne valent guère\nqu'on s'y arrête longuement. Voici, en deux mots, le sujet du Pompon :\nUn brigand fameux, du nom de Tivolini, exploite tranquillement la Si-\ncile, au nez et à la barbe du seigneur Barabino et de toute la police du\nvice-roi. Chaque année, pendant les fêtes du carnaval, il choisit Palerme\npour centre de ses opérations, et dirige ses hommes aux bons endroits,\nau moyen d'un signe de ralliement, qui varie à chaque nouvelle campa-\ngne. Cette fois, il a mis un pompon rouge à son feutre gris; la police en\nest informée, et voilà tous ses limiers lancés sur la piste du feutre gris au\npompon rouge. Supposez maintenant qu'un honnête jeune homme, le\ndocteur Piccolo, se coiffe par mégarde du susdit feutre, qu'une main in-\nconnue aura glissé à la place de son propre chapeau, et vous aurez le\nnœud de l'imbroglio et l'explication du titre de la pièce. Naturellement\nPiccolo est pris pour le bandit ; on lui fait son procès, on va le pendre,\nlorsque le vrai Tivolini est arrêté. L'innocence triomphe, le crime est\npuni et tout se termine par un mariage, que dis-je, par quatre mariages\net par quelques maigres applaudissements.\nLe premier acte est assez bien fait, le second est absolument vide,\nquant au troisième, il renferme une situation qui aurait pu devenir fort\nplaisante, si, au lieu d'en éparpiller l'effet, les auteurs avaient su le con-\ndenser dans une scène brillante et rapide.\nLa musique que M. Lecocq a composée sur ce livret peu divertissant,\nn ajoute aucun intérêt à la pièce de MM. Chivot et Dura : elle n'ajoutera\nrien non plus à la réputation du compositeur de la Fille de madame\nAngot. Je ne sais si je m'abuse, mais il me semble que M. Lecocq en\nprend bien à son aise depuis ce succès retentissant qui a porté jusqu'au"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "185", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.49", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2886, "texte": "fin fond des deux hémisphères les refrains égrillards de sa muse popu-\nlaire. Est-ce que la Fille de Madame Angot marquerait définitivement\nl'apogée de cet aimable talent, peu en progrès dans Giroflé-Girofla et\nfort au-dessous de lui-même dans les Prés-Saint-Gervais et le Pompon?\nOu bien M. Lecocq, satisfait d'un succès qui lui a procuré tout à la fois,\ngloire et fortune, serait-il disposé à mettre désormais en pratique 1' « an-\nrea mediocritas » si vantée par le poète? Quoiqu'il en soit, sa nouvelle\npartition est bien faible. Peu d'idées, peu de verve, peu ou point de tra-\nvaillas la moindre originalité; tout cela est d'une banalité et d'une\nmédiocrité désespérantes. Rien ne se détache sur le fond gris et terne de\ncette longue suite de couplets, de duos et de morceaux d'ensemble, dont\nles rhythmes sautillants et les motifs sans expression finissent rapide-\nment par amener la fatigue et la satiété. Quand j'aurai cité au premier\nacte les couplets de Piccolo, avec le final assez habilement construit, où.\nse trouve encadré le chœur « Il a le Pompon » qui deviendra rapidement\npopulaire et, au troisième acte, la jolie phrase du duo entre Piccolo et\nFioretta « Laissez-le tomber de vos lèvres roses, cet aveu, etc. » fort dé-\nlicate de sentiment et très finement accompagnée, je serai bien près d'a«\nvoir signalé tous les morceaux qui méritent d'être remarqués.\nLes couplets de Fioretta « Vojre% mes beaux bouquets »et son duo avec\nPiccolo au premier acte manquent d'invention; la chanson de la Folie\nn'est que de l'Offenbach très ordinaire; quant au quintette bouffe du ju-\ngement, il est bien en scène sans doute, mais la force comique lui fait\nabsolument défaut.\nCette médiocrité de la musique, jointe au peu d'intérêt du libretto, ex-\nplique suffisamment l'insuccès du Pompon. Il est encore une autre cause\nqui achève, je crois, de justifier la froideur du public à l'égard de l'œuvre\nnouvelle de MM. Chivot, Duru et Lecocq, c'est que, malgré son titre d'o-\npéra comique, le Pompon appartient à un genre mixte et fort indéterminé,\nqui n'est plus la bouffonnerie musicale d'Offenbach ou d'Hervé et qui est\nencore bien loin de l'opéra comique, même de l'opéra comique de M. Bou-\nlanger ou de M. Bazin (de l'lnstitut). Il en résulte que le spectateur se\ntrouve un peu désorienté en face d'une composition qui ne lui offre ni\nle gros rire et les farces de tréteaux de l'opérette, ni la grâce négligée et\nla finesse spirituelle de l'opéra comique et qui, en fin de compte, ne sa-\ntisfait complètement aucune de ses préférences. On s'accorde d'ailleurs à\nreconnaître que l'engouement du public pour l'opérette commence à être\nfortement entamé et je crois, pour ma part, que ie beau temps des farces\ngrossières et trop souvent ineptes, qui composaient depuis quelques an-\nnées le divertissement favori du peuple le plus spirituel de la terre, est à"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "186", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.50", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 889, "texte": "jamais passé. Le succès de la Fille de Madame Angot a porté le dernier\ncoup à ces platitudes abêtissantes; il a imprimé une nouvelle direction\nau goût du public et marqué l'origine d'une transformation qui s'élabore\nen ce moment et qui tend à élever progressivement l'opérette au niveau\nde Topera comique léger, à la façon d'Adam et de Clapisson.\nL'interprétation du Pompon est tîes soignée. Madame Matz-Ferrare\n(Piccolo) chante avec goût et joue avec intelligence. Mademoiselle Caillot,\nqui débutait dans le rôle de Fioretta, possède déjà une certaine expérience\nde l'art du chant; elle a beaucoup réussi. Mesdames Toudouze et Pau-\nrelle, MM. Milher et Luco sont amusants et tirent le meilleur parti des\nrôles fort ingrats qui leur ont été dévolus. Le chef d'orchestre conduit en\népileptique et se donne des airs d'importance qui sont à mourir de rire.\nH. Marcello."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-11-15-01-c030", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-11-15_01#c030", "volume": "bmtnabc_1875-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "187", "page_fin": "192", "image_debut": 51, "image_fin": 56, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.2.9", "titre_corps": "VARIA", "titre_sommaire": "VARIA", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 51, "page_imprimee": "187", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.51", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1447, "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nFAITS DIVERS\nONSIEUR Wallon, ministre de l'instruction publique, a envoyé\nhier à Ernesto Rossi une magnifique coupe de Sèvres.\nL'envoi était accompagné de la lettre suivante :\nCabinet du ministre de l'instruction publique, des cultes\net des beaux-arts.\n« Monsieur,\n« Je vous prie de vouloir bien accepter la coupe de Sèvres que je vous\nenvoie en souvenir de votre passage à Paris, et comme un hommage que\nje suis heureux de rendre à votre beau talent.\n« Recevez, Monsieur, l'assurance de ma considération distinguée.\n« WALLON. »\nM. du Locle, assez souffrant depuis quelque temps, va aller passer un\nmois en Egypte.\nPendant son absence, il sera suppléé par M. Charles Nuitter dans les fonc-\ntions de directeur de l'Opéra-Comique.\nVoici quelques détails intéressants sur la musique japonaise :\nAu Japon, les musiciens se divisent en quatre classes : la première est\nformée de musiciens ne jouant que de la musique religieuse ; la seconde, de\nmusiciens se contentant de la musique profane ; la troisième, de musiciens\naveugles et la quatrième, enfin, se compose de femmes faisant delà musique.\nLes musiciens religieux et les musiciens profanes forment certaines tribus,\nse réunissant à des époques déterminées dans le but d'exécuter de la musique\nreligieuse et de la musique profane. Autrefois, les princes se donnaient le\nluxe de chapelles privées; inutile de dire qu'il existe nombre de musiciens"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "188", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.52", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3054, "texte": "jouant, pour de l'argent, chez les particuliers. Dans les tribus, il y a différents\ngrades, degrés et distinctions.\nOutre les tambours, etc., il y a des instruments à cordes et des instru-\nments à vent ; de ces derniers, il n'en existe pas de cuivre, ni de com-\npliqués, à clefs, à coulisses et autres accessoires ; il n'y a que des instru-\nments purs pour la musique religieuse et des instruments impurs pour la\nmusique profane. On distingue douze espèces de modes : un pour chaque\nmois; chacun a cinq tons. Les instruments servant à donner l'accord sont\nde formes diverses; il en existe un dans le genre de la flûte de Pan. Les\ncordes sont faites de soie enduite de cire. Les notes indiquent simplement le\nnuméro de la corde qu'il faut toucher ou, pour les flûtes, le trou qu'il faut\nboucher. Le nom et le numéro du ton peuvent également se désigner. Pour\nles tons intermédiaires, il y a à côté du signe indiquant le ton un second\nsigne qui dit s'il faut appuyer ou céder. Il y a, en outre, des désignations\nparticulières pour la valeur des notes. La mesure et le rhythme ne sont pas\nindiqués ; mais il paraît que la mesure à deux temps et la mesure à quatre\ntemps sont de beaucoup les plus fréquentes. Les notes s'écrivent de haut en\nbas; le texte se met sur le côté gauche. Le chant est toujours à l'unisson\navec 1 instrument principal. La musique japonaise a, en général, beaucoup\nd analogie avec la musique chinoise qui déchire les oreilles, comme on sait;\nles Japonais trouvent la musique européenne encore plus affreuse que nous\ntrouvons détestable la leur.\nL'histoire du testament de Laget laissant toute sa fortune à mademoi-\nselle Daram se complique d'une façon intéressante.\nM. Lafargue disait l'autre jour :\n« On a raconté que M. Laget avait institué son élève, mademoiselle Daram,\nde l'Opéra, sa légataire universelle; mais voici maintenant une autre\nversion :\nDepuis aeux ans, Laget s'était retiré chez un autre de ses élèves,\nM. Cazeaux, qui tint quelque temps à Paris l'emploi de première basse de\n1 Opéra. Or, à la mort de Laget, on a trouvé dans ses papiers un testament\nannulant le premier, et qui laisse sa fortune entière à M. Cazeaux.\nMais la Liberté d'hier soir rectifie cette information de la façon suivante ~\n« Nous avons entendu parler de ces faits, mais d'une façon bien différente.\nCe serait, au contraire, le testament en faveur de mademoiselle Daram\nprésenté le dernier, et qui annulerait celui de M. Cazeaux,\n« Mademoiselle Daram a reçu ce testament quelques jours après la mort\nde son professeur, sous une enveloppe portant le timbre de la Villette,\ncirconstance assez singulière, puisque Laget est mort aux environs de Tou-\nlouse. •\n« Ce testament n'était accompagné d'aucune lettre ; mais dans l'intérieur\nde 1 enveloppe étaient écrits ces mots énigmatiques : Mystère et prudence. »\n« Laget ne s'était pas retiré chez son élève Cazeaux ; c'est au contraire\nCazeaux et sa famille qui s'étaient réfugiés chez Laget au moment de l'inon-\ndation de Toulouse, qui les avait chassés de leur domicile. »"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "189", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.53", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2793, "texte": "D'autre part, on assure que mademoiselle Daram est déjà revenue de Tou-\nlouse où elle a palpé l'héritage qui, du reste, se réduit déjà à 50,000 fr.\nSera-t-elle donc obligée de les rendre à M. Cazeaux ?\nDepuis le mois de janvier 1875, époque de son ouverture, le nouvel\nOpéra a donné 148 représentations.\nLa recette brute a été de 2,772,894 fr. 57 c., soit une moyenne de 18,735 fr.\npar représentation.\nLes frais de chaque représentation, largement comptés, s'élèvent à environ\n11,000 fr., droit des pauvres compris.\nLe bénéfice jusqu'à ce jour serait donc de i,036,000 environ, dont\nM. Halanzier a la moitié, soit siB,ooofr.\nNous trouvons dans le Gaulois le récit de l'intéressante cause suivante:\n« Une curieuse querelle, celle-là. Nul de nos lecteurs, et nous pourrions\ndire nul des lecteurs de tous les journaux français, n'ignore qu'il est de par\nle monde un musicien essentiellement original qui a nom Jules Klein. Jules\nKlein a une spécialité; il sait trouver des titres bizarres à ses mélodies, valses\net polkas. Il possède de plus un réel talent, celui de savoir manier la réclame\navec une habileté qui rendrait le grand Barnum lui-même jaloux.\nt Qui n'a lu mille fois, en effet, à la troisième page de toutes les grandes\nfeuilles parisiennes, ces affriolantes petites annonces en une ou deux lignes :\n« Valses enivrantes : LÈVRES DE FEU, FRAISES AU CHAMPAGNE, par J. Klein.\n« Divines, les polkas : CŒUR D'ARTICHAUT, PEAU DE SATIN.\n« Pianos, ouvrez-vous : Jules Klein publie des œuvres nouvelles : PATTE DE\nVELOURS, valse jolie comme FRAISES AU CHAMPAGNE et SOUPIRS ET BAISERS,\nmélodie.\n« C'est du délire : on n'c itend plus que PAZZA D'/MORE.\n• « Succès du jour : BARCAROLE DU LAC DE GJWÈVE.\n« Jules Klein est le roi de la valse. Voici les fleurons de sa couronne, etc.\n« La cour de Louis XIV eût adoré PATTE DE VELOURS,\nG Nous sommes loin de reprocher à M. Jules Klein le soin qu'il prend de\nsa célébrité, surtout en présence de la concurrence d'un autre Klein, compo-\nsiteur de musique, lui aussi, non moins fort sur la réclame que 1 auteur de\nCuir de Russie qui produit des œuvres artistiques du même genre, dans le\nmême format et avec une similitude dans les titres constituant bel et bien,\nvolontairement ou involontairement, l'occasion dun doute pour îe public.\n« C'est ainsi qu'à l'instar de son confrère et homonym?, M. Henri Klein a\nfait insérer dans nombre de journaux, et souvent au-dessus et au-dessous\nmême des annonces de Jules Klein, de petits boniments dans le genre de\nceux-ci :\n« Entendre les ravissantes valses ELECTRICITY, BAISERS DE FLAMME et PÉCHÉ\nVÉNIEL, de H. Klein, c'est un rêve.\n« Qiiand on entend ELECTRICITY, on désire BAISER DE FLAMME, en espéi ant\nPÉCHÉ VÉNIEL de Klein.\n« Pour le coup, Jules Klein s'est fâche tout rouge. Klein tout court . c en"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "190", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.54", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3123, "texte": "était trop. Mettez votre prénom au moins, monsieur, que Pon sache que\nvous n'êtes pas le véritable Klein, le seul et unique Klein, le Klein qui fait\nrêver. De là procès. C'est M. Schœn, éditeur de musique, quia été actionné.\n« M. Jules Klein, prétendant que M. Schœn a cherché à établir une con-\nfusion entre les deux publications, a assigné ce dernier en suppression du\nnom de M. H. Klein sur les œuvres dont il est l'éditeur, sous une pénalité de\nioo francs par chaque jour de retard, en paiement de 30,000 francs à titre de\ndommages-intérêts et en insertion du jugement dans vingt journaux de Paris\net de l'étranger.\n« Il va sans dire que de tout ce qui précède nous ne voulons pas inférer le\nmoindre jugement sur l'enivrement et l'électricité de la musique de ces mes-\nsieurs. Nous sommes trop incompétents dans ces matières; mais enfin nous\npouvons constater que le but de Jules Klein, le véritable : se faire faire une\nréclame retentissante en plein Tribunal de commerce, a été admirablement\natteint.\n« En effet, Mô Doumerc, avec cette verve et cet humour qui caractérisent\nson talent, a développé, dans une plaidoirie qui a été un vrai feu d'artifice\nde spirituelles boutades, les griefs très sérieux dont avait à se plaindre son\nclient, et le tribunal, adoptant les motifs principaux de ses conclusions, a\nrendu un jugement aux termes duquel il est dit et ordonné qu'à partir du\njour de la signification du présent jugement, Schœn sera tenu, soit dans la\npublication des œuvres musicales de Henri Klein, soit dans les annonces y\nrelatives, de mettre, à l'avenir, le prénom de Henri en toutes lettres de\ngrosseur égale à celles du nom Klein, sinon et faute de ce faire, dit qu'il y\nsera fait droit, et condamne l'éditeur en tous les dépens.\n« Allons, pianos, ouvrez-vous I Le véritable Klein vous réserve des mer-\nveilles, et son adversaire aussi.\nL'institut musical d'Orléans vient de prendre une bonne mesure. Il s'est\nassuré le concours de madame Lefébure-Wély qui viendra de Paris, deux fois\npar semaine, donner ses leçons de chant à Orléans. C'est là un exemple facile\nà suivre pour les villes qui avoisinent Paris et sont privées de professeurs de\npremier ordre.\nDeux filles du compositeur romain Polcelli, l,élève favori de Haydn, font\nsavoir par l'organe des journaux de Pesth qu'elles se trouvent dans la plus\ngrande misère et qu'elles sont en conséquence disposées à se défaire de tous\nles souvenirs de l'illustre compositeur des Saisons, qu'elles ont gardés\" en\nleur possession. Outre plusieurs bijoux authentiques, elles ont une grande\nquantité de lettres et de manuscrits autographes, qu'elles sont prêtes à céder\naux amateurs.\nDimanche 5 décembre* réouverture des séances de la Société des concerté\ndu Conservatoire (4e année). Les abonnés qui désirent conserver les places\nqu'ils occupaient l'année dernière, sont priés d'en faire retirer les coupons\nau bureau de location, 2, rue du Conservatoire, le jeudi 11, le vendredi 12\nou le samedi 13 novembre, de midi à quatre heures, pour la série impaire des\nconcerts (nouvel abonnement); le jeudi 18, le vendredi 19 ou le samedi 20,"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "191", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.55", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2842, "texte": "de midi à quatre heures, pour la série paire des concerts (ancien abonne-\nment). Passé ce délai, il en sera disposé.\nDans le Ménestrel du 6 novembre, M. A. Moreno donne les renseigne-\nments suivants sur l'Opéra-Populaire dont il est actuellement question :\n« M. Adolphe Sax serait le Charles Garnier de la nouvelle salle en ques-\ntion, qui aurait la forme d'un œuf gigantesque, couvé depuis bientôt vingt\nans par le célèbre inventeur des instruments Sax.\n« Cet œuf, infiniment plus penché que la tour de Pise, renfermerait dans\nsa formidable coque un minimum de dix mille spectateurs, tous, selon le pro-\ngramme, entendant et voyant bien, La scène serait à l'avenant, comme pro-\nportion, et l'orchestre toujours placé devant la rampe, mais absolument\ninvisible, à l'instar de l'orchestre de Bayreuth, style Wagner.\n« Une commission a été instituée à l'effet de se prononcer sur les effets et\nles moyens à la meilleure et plus prompte solution possible de ce\ncolossal projet. On a pensé que le moment propice à la construction d'un\npareil édifice était celui où la France, d'accord avec l'Angleterre, il est\nvrai, ose entreprendre le tunnel sous-marin, qui doit délivrer les Parisiens\ndu mal de mer. Les pratiques anglais ne nous ont-ils pas d'ailleurs devaneé\nen fait de salles monstres ? Albert Hall ne tient pas moins de dix mille per-\nsonnes, et Cristal Palace en renferme de trente à cent mille, à volonté. Seu-\nlement, ces diables d'Anglais, toujours essentiellement pratiques, n'ont\nconstruit de semblables salles qu'en vue de leurs oratorios, de leurs festivals,\net non en vue du théâtre proprement dit.\n« Le projet français vise au contraire le théâtre, puisqu'il s'agit d'un opéra\npopulaire à prix réduit, qui permette au peuple la culture de la bonne mu»\nsique, en le dégrisant des cafés-concerts et de l'opérette. L'idée est élevée,\nmorale et civilisatrice; souhaitons-lui une heureuse réalisation.\n« La commission organisée par M. Léonce Détroyat, directeur de la Liberté,\nse réunit aujourd'hui même,dimanche matin, sous la présidence de M. Emile\nde Girardin. Elle se compose d'hommes politiques-dilettantes, d'auteurs dra-\nmatiques, d'hommes de lettres, d'artistes, de directeurs de théâtres etdeii#\nmusiciens. C'est la première fois en France, croyons-nous, qu'on aura songé\naux musiciens pour une fondation musicale. Jusqu'ici, on leur avait préféré\ndes médecins et des avocats, Témoin la commission du Nouvel Opéra, au\nsein de laquelle M. Thomas n'a été appelé qu'm extremis, pour cause\ncoustique vocale et orchestrale, »\n\nNOUVELLES\n\nARIS. - Opéra. M. Gally, la nouvelle basse-taille engagée par\nM. Halanzier à la suite de ses succès aux concours du Conserva-\ntoire, débutera ces jours-ci dans le rôle de Marcel des Huguenots.\nM. Faure fera sa rentrée vendredi dans Hamlet. Madame Gar-\nvalho chantera le rôle d'Ophélie."}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "192", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.56", "debut_caractere": 126, "fin_caractere_exclue": 881, "texte": "Opéra-Comique. On a repris vendredi dernier Haydée pour les débuts\nde M. Stéphane, un jeune ténor qui compte de nombreux succès en pro-\nvince.\nCe soir : reprise de Carmen.\nThéâtre-Italien. —Avant la prise de possession par M. Escudier, de la\nsalle Ventadour, nous aurons des représentations d'opéra italien, alternant\navec les représentations dramatiques de M. E. Rossh L'imprésario de cette\nentreprise lyrique se nomme M. Enrico.\nRenaissance. La Reine Indigo a reparu sur l'affiche le 12, avec madame\nPeschard dans le rôle créé par madame Zulma-Bouffar.\nBouffes-Parisiens. On répète activement La Timbale d'argent de\nM. M. Noriacet Vasseur. Cette opérette remplacera bientôt la Créole.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-11-15-01-c032", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-11-15_01#c032", "volume": "bmtnabc_1875-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "187", "page_fin": "191", "image_debut": 51, "image_fin": 55, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.2.9.2", "titre_corps": "FAITS DIVERS", "titre_sommaire": "FAITS DIVERS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 51, "page_imprimee": "187", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.51", "debut_caractere": 52, "fin_caractere_exclue": 1447, "texte": "FAITS DIVERS\nONSIEUR Wallon, ministre de l'instruction publique, a envoyé\nhier à Ernesto Rossi une magnifique coupe de Sèvres.\nL'envoi était accompagné de la lettre suivante :\nCabinet du ministre de l'instruction publique, des cultes\net des beaux-arts.\n« Monsieur,\n« Je vous prie de vouloir bien accepter la coupe de Sèvres que je vous\nenvoie en souvenir de votre passage à Paris, et comme un hommage que\nje suis heureux de rendre à votre beau talent.\n« Recevez, Monsieur, l'assurance de ma considération distinguée.\n« WALLON. »\nM. du Locle, assez souffrant depuis quelque temps, va aller passer un\nmois en Egypte.\nPendant son absence, il sera suppléé par M. Charles Nuitter dans les fonc-\ntions de directeur de l'Opéra-Comique.\nVoici quelques détails intéressants sur la musique japonaise :\nAu Japon, les musiciens se divisent en quatre classes : la première est\nformée de musiciens ne jouant que de la musique religieuse ; la seconde, de\nmusiciens se contentant de la musique profane ; la troisième, de musiciens\naveugles et la quatrième, enfin, se compose de femmes faisant delà musique.\nLes musiciens religieux et les musiciens profanes forment certaines tribus,\nse réunissant à des époques déterminées dans le but d'exécuter de la musique\nreligieuse et de la musique profane. Autrefois, les princes se donnaient le\nluxe de chapelles privées; inutile de dire qu'il existe nombre de musiciens"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "188", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.52", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3054, "texte": "jouant, pour de l'argent, chez les particuliers. Dans les tribus, il y a différents\ngrades, degrés et distinctions.\nOutre les tambours, etc., il y a des instruments à cordes et des instru-\nments à vent ; de ces derniers, il n'en existe pas de cuivre, ni de com-\npliqués, à clefs, à coulisses et autres accessoires ; il n'y a que des instru-\nments purs pour la musique religieuse et des instruments impurs pour la\nmusique profane. On distingue douze espèces de modes : un pour chaque\nmois; chacun a cinq tons. Les instruments servant à donner l'accord sont\nde formes diverses; il en existe un dans le genre de la flûte de Pan. Les\ncordes sont faites de soie enduite de cire. Les notes indiquent simplement le\nnuméro de la corde qu'il faut toucher ou, pour les flûtes, le trou qu'il faut\nboucher. Le nom et le numéro du ton peuvent également se désigner. Pour\nles tons intermédiaires, il y a à côté du signe indiquant le ton un second\nsigne qui dit s'il faut appuyer ou céder. Il y a, en outre, des désignations\nparticulières pour la valeur des notes. La mesure et le rhythme ne sont pas\nindiqués ; mais il paraît que la mesure à deux temps et la mesure à quatre\ntemps sont de beaucoup les plus fréquentes. Les notes s'écrivent de haut en\nbas; le texte se met sur le côté gauche. Le chant est toujours à l'unisson\navec 1 instrument principal. La musique japonaise a, en général, beaucoup\nd analogie avec la musique chinoise qui déchire les oreilles, comme on sait;\nles Japonais trouvent la musique européenne encore plus affreuse que nous\ntrouvons détestable la leur.\nL'histoire du testament de Laget laissant toute sa fortune à mademoi-\nselle Daram se complique d'une façon intéressante.\nM. Lafargue disait l'autre jour :\n« On a raconté que M. Laget avait institué son élève, mademoiselle Daram,\nde l'Opéra, sa légataire universelle; mais voici maintenant une autre\nversion :\nDepuis aeux ans, Laget s'était retiré chez un autre de ses élèves,\nM. Cazeaux, qui tint quelque temps à Paris l'emploi de première basse de\n1 Opéra. Or, à la mort de Laget, on a trouvé dans ses papiers un testament\nannulant le premier, et qui laisse sa fortune entière à M. Cazeaux.\nMais la Liberté d'hier soir rectifie cette information de la façon suivante ~\n« Nous avons entendu parler de ces faits, mais d'une façon bien différente.\nCe serait, au contraire, le testament en faveur de mademoiselle Daram\nprésenté le dernier, et qui annulerait celui de M. Cazeaux,\n« Mademoiselle Daram a reçu ce testament quelques jours après la mort\nde son professeur, sous une enveloppe portant le timbre de la Villette,\ncirconstance assez singulière, puisque Laget est mort aux environs de Tou-\nlouse. •\n« Ce testament n'était accompagné d'aucune lettre ; mais dans l'intérieur\nde 1 enveloppe étaient écrits ces mots énigmatiques : Mystère et prudence. »\n« Laget ne s'était pas retiré chez son élève Cazeaux ; c'est au contraire\nCazeaux et sa famille qui s'étaient réfugiés chez Laget au moment de l'inon-\ndation de Toulouse, qui les avait chassés de leur domicile. »"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "189", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.53", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2793, "texte": "D'autre part, on assure que mademoiselle Daram est déjà revenue de Tou-\nlouse où elle a palpé l'héritage qui, du reste, se réduit déjà à 50,000 fr.\nSera-t-elle donc obligée de les rendre à M. Cazeaux ?\nDepuis le mois de janvier 1875, époque de son ouverture, le nouvel\nOpéra a donné 148 représentations.\nLa recette brute a été de 2,772,894 fr. 57 c., soit une moyenne de 18,735 fr.\npar représentation.\nLes frais de chaque représentation, largement comptés, s'élèvent à environ\n11,000 fr., droit des pauvres compris.\nLe bénéfice jusqu'à ce jour serait donc de i,036,000 environ, dont\nM. Halanzier a la moitié, soit siB,ooofr.\nNous trouvons dans le Gaulois le récit de l'intéressante cause suivante:\n« Une curieuse querelle, celle-là. Nul de nos lecteurs, et nous pourrions\ndire nul des lecteurs de tous les journaux français, n'ignore qu'il est de par\nle monde un musicien essentiellement original qui a nom Jules Klein. Jules\nKlein a une spécialité; il sait trouver des titres bizarres à ses mélodies, valses\net polkas. Il possède de plus un réel talent, celui de savoir manier la réclame\navec une habileté qui rendrait le grand Barnum lui-même jaloux.\nt Qui n'a lu mille fois, en effet, à la troisième page de toutes les grandes\nfeuilles parisiennes, ces affriolantes petites annonces en une ou deux lignes :\n« Valses enivrantes : LÈVRES DE FEU, FRAISES AU CHAMPAGNE, par J. Klein.\n« Divines, les polkas : CŒUR D'ARTICHAUT, PEAU DE SATIN.\n« Pianos, ouvrez-vous : Jules Klein publie des œuvres nouvelles : PATTE DE\nVELOURS, valse jolie comme FRAISES AU CHAMPAGNE et SOUPIRS ET BAISERS,\nmélodie.\n« C'est du délire : on n'c itend plus que PAZZA D'/MORE.\n• « Succès du jour : BARCAROLE DU LAC DE GJWÈVE.\n« Jules Klein est le roi de la valse. Voici les fleurons de sa couronne, etc.\n« La cour de Louis XIV eût adoré PATTE DE VELOURS,\nG Nous sommes loin de reprocher à M. Jules Klein le soin qu'il prend de\nsa célébrité, surtout en présence de la concurrence d'un autre Klein, compo-\nsiteur de musique, lui aussi, non moins fort sur la réclame que 1 auteur de\nCuir de Russie qui produit des œuvres artistiques du même genre, dans le\nmême format et avec une similitude dans les titres constituant bel et bien,\nvolontairement ou involontairement, l'occasion dun doute pour îe public.\n« C'est ainsi qu'à l'instar de son confrère et homonym?, M. Henri Klein a\nfait insérer dans nombre de journaux, et souvent au-dessus et au-dessous\nmême des annonces de Jules Klein, de petits boniments dans le genre de\nceux-ci :\n« Entendre les ravissantes valses ELECTRICITY, BAISERS DE FLAMME et PÉCHÉ\nVÉNIEL, de H. Klein, c'est un rêve.\n« Qiiand on entend ELECTRICITY, on désire BAISER DE FLAMME, en espéi ant\nPÉCHÉ VÉNIEL de Klein.\n« Pour le coup, Jules Klein s'est fâche tout rouge. Klein tout court . c en"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "190", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.54", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3123, "texte": "était trop. Mettez votre prénom au moins, monsieur, que Pon sache que\nvous n'êtes pas le véritable Klein, le seul et unique Klein, le Klein qui fait\nrêver. De là procès. C'est M. Schœn, éditeur de musique, quia été actionné.\n« M. Jules Klein, prétendant que M. Schœn a cherché à établir une con-\nfusion entre les deux publications, a assigné ce dernier en suppression du\nnom de M. H. Klein sur les œuvres dont il est l'éditeur, sous une pénalité de\nioo francs par chaque jour de retard, en paiement de 30,000 francs à titre de\ndommages-intérêts et en insertion du jugement dans vingt journaux de Paris\net de l'étranger.\n« Il va sans dire que de tout ce qui précède nous ne voulons pas inférer le\nmoindre jugement sur l'enivrement et l'électricité de la musique de ces mes-\nsieurs. Nous sommes trop incompétents dans ces matières; mais enfin nous\npouvons constater que le but de Jules Klein, le véritable : se faire faire une\nréclame retentissante en plein Tribunal de commerce, a été admirablement\natteint.\n« En effet, Mô Doumerc, avec cette verve et cet humour qui caractérisent\nson talent, a développé, dans une plaidoirie qui a été un vrai feu d'artifice\nde spirituelles boutades, les griefs très sérieux dont avait à se plaindre son\nclient, et le tribunal, adoptant les motifs principaux de ses conclusions, a\nrendu un jugement aux termes duquel il est dit et ordonné qu'à partir du\njour de la signification du présent jugement, Schœn sera tenu, soit dans la\npublication des œuvres musicales de Henri Klein, soit dans les annonces y\nrelatives, de mettre, à l'avenir, le prénom de Henri en toutes lettres de\ngrosseur égale à celles du nom Klein, sinon et faute de ce faire, dit qu'il y\nsera fait droit, et condamne l'éditeur en tous les dépens.\n« Allons, pianos, ouvrez-vous I Le véritable Klein vous réserve des mer-\nveilles, et son adversaire aussi.\nL'institut musical d'Orléans vient de prendre une bonne mesure. Il s'est\nassuré le concours de madame Lefébure-Wély qui viendra de Paris, deux fois\npar semaine, donner ses leçons de chant à Orléans. C'est là un exemple facile\nà suivre pour les villes qui avoisinent Paris et sont privées de professeurs de\npremier ordre.\nDeux filles du compositeur romain Polcelli, l,élève favori de Haydn, font\nsavoir par l'organe des journaux de Pesth qu'elles se trouvent dans la plus\ngrande misère et qu'elles sont en conséquence disposées à se défaire de tous\nles souvenirs de l'illustre compositeur des Saisons, qu'elles ont gardés\" en\nleur possession. Outre plusieurs bijoux authentiques, elles ont une grande\nquantité de lettres et de manuscrits autographes, qu'elles sont prêtes à céder\naux amateurs.\nDimanche 5 décembre* réouverture des séances de la Société des concerté\ndu Conservatoire (4e année). Les abonnés qui désirent conserver les places\nqu'ils occupaient l'année dernière, sont priés d'en faire retirer les coupons\nau bureau de location, 2, rue du Conservatoire, le jeudi 11, le vendredi 12\nou le samedi 13 novembre, de midi à quatre heures, pour la série impaire des\nconcerts (nouvel abonnement); le jeudi 18, le vendredi 19 ou le samedi 20,"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "191", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.55", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2544, "texte": "de midi à quatre heures, pour la série paire des concerts (ancien abonne-\nment). Passé ce délai, il en sera disposé.\nDans le Ménestrel du 6 novembre, M. A. Moreno donne les renseigne-\nments suivants sur l'Opéra-Populaire dont il est actuellement question :\n« M. Adolphe Sax serait le Charles Garnier de la nouvelle salle en ques-\ntion, qui aurait la forme d'un œuf gigantesque, couvé depuis bientôt vingt\nans par le célèbre inventeur des instruments Sax.\n« Cet œuf, infiniment plus penché que la tour de Pise, renfermerait dans\nsa formidable coque un minimum de dix mille spectateurs, tous, selon le pro-\ngramme, entendant et voyant bien, La scène serait à l'avenant, comme pro-\nportion, et l'orchestre toujours placé devant la rampe, mais absolument\ninvisible, à l'instar de l'orchestre de Bayreuth, style Wagner.\n« Une commission a été instituée à l'effet de se prononcer sur les effets et\nles moyens à la meilleure et plus prompte solution possible de ce\ncolossal projet. On a pensé que le moment propice à la construction d'un\npareil édifice était celui où la France, d'accord avec l'Angleterre, il est\nvrai, ose entreprendre le tunnel sous-marin, qui doit délivrer les Parisiens\ndu mal de mer. Les pratiques anglais ne nous ont-ils pas d'ailleurs devaneé\nen fait de salles monstres ? Albert Hall ne tient pas moins de dix mille per-\nsonnes, et Cristal Palace en renferme de trente à cent mille, à volonté. Seu-\nlement, ces diables d'Anglais, toujours essentiellement pratiques, n'ont\nconstruit de semblables salles qu'en vue de leurs oratorios, de leurs festivals,\net non en vue du théâtre proprement dit.\n« Le projet français vise au contraire le théâtre, puisqu'il s'agit d'un opéra\npopulaire à prix réduit, qui permette au peuple la culture de la bonne mu»\nsique, en le dégrisant des cafés-concerts et de l'opérette. L'idée est élevée,\nmorale et civilisatrice; souhaitons-lui une heureuse réalisation.\n« La commission organisée par M. Léonce Détroyat, directeur de la Liberté,\nse réunit aujourd'hui même,dimanche matin, sous la présidence de M. Emile\nde Girardin. Elle se compose d'hommes politiques-dilettantes, d'auteurs dra-\nmatiques, d'hommes de lettres, d'artistes, de directeurs de théâtres etdeii#\nmusiciens. C'est la première fois en France, croyons-nous, qu'on aura songé\naux musiciens pour une fondation musicale. Jusqu'ici, on leur avait préféré\ndes médecins et des avocats, Témoin la commission du Nouvel Opéra, au\nsein de laquelle M. Thomas n'a été appelé qu'm extremis, pour cause\ncoustique vocale et orchestrale, »"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-11-15-01-c034", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-11-15_01#c034", "volume": "bmtnabc_1875-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "191", "page_fin": "192", "image_debut": 55, "image_fin": 56, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.2.9.3", "titre_corps": "NOUVELLES", "titre_sommaire": "NOUVELLES", "signature_source": "Pour l'article Varia : Le Secrétaire de la Rédaction, O. LE TRIOUX", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 55, "page_imprimee": "191", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.55", "debut_caractere": 2546, "fin_caractere_exclue": 2842, "texte": "NOUVELLES\n\nARIS. - Opéra. M. Gally, la nouvelle basse-taille engagée par\nM. Halanzier à la suite de ses succès aux concours du Conserva-\ntoire, débutera ces jours-ci dans le rôle de Marcel des Huguenots.\nM. Faure fera sa rentrée vendredi dans Hamlet. Madame Gar-\nvalho chantera le rôle d'Ophélie."}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "192", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.56", "debut_caractere": 126, "fin_caractere_exclue": 881, "texte": "Opéra-Comique. On a repris vendredi dernier Haydée pour les débuts\nde M. Stéphane, un jeune ténor qui compte de nombreux succès en pro-\nvince.\nCe soir : reprise de Carmen.\nThéâtre-Italien. —Avant la prise de possession par M. Escudier, de la\nsalle Ventadour, nous aurons des représentations d'opéra italien, alternant\navec les représentations dramatiques de M. E. Rossh L'imprésario de cette\nentreprise lyrique se nomme M. Enrico.\nRenaissance. La Reine Indigo a reparu sur l'affiche le 12, avec madame\nPeschard dans le rôle créé par madame Zulma-Bouffar.\nBouffes-Parisiens. On répète activement La Timbale d'argent de\nM. M. Noriacet Vasseur. Cette opérette remplacera bientôt la Créole.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[145]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.1", "texte": "LE\nMÉCANISME VOCAL ET LE CHANT\n\nHO\nA Messieurs A. Thomas et Gevaè'rt,\nMESSIEURS\nES professeurs de chant pullulent, les méthodes\nfourmillent, les élèves des deux sexes se desti-\nnant au théâtre, rêvant le succès, la gloire, la\nfortune, foisonnent. Maîtres et disciples tra-\nvaillent avec ardeur. Et pourtant l'insuffisance\ndes résultats obtenus frappe les yeux les moins\nclairvoyants. Nos artistes, pour la plupart, four-\nnissent à peine une carrière de quatre ou cinq\nannées. Au bout de deux ans, leurs voix che-\nvrotent; souvent elles sont anéanties à 1 heure des débuts. A quoi\n\n(i) Tous droits réservés.\n\nX«\n10"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "146", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.2", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\ncela tient-il ? La génération actuelle manque-t-elle de ressort ? les mé-\nthodes n'expliquent-elles pas tout ? les professeurs ignorent-ils le mot de\ncette énigme : la science du mécanisme vocal ?\nQuoi qu'il en soit, le public se plaint. Pour expliquer une calamité dont\nil n'aperçoit pas les causes, il suppose le dépérissement de notre race et il\nn'est pas loin d'accuser la Providence de la faiblesse de nos chanteurs et\nde la fragilité de leur organe.\nIl n'y a plus de voix, tel est le cri général.\nPlus de voix !\nC'est comme si on disait : il n'y a plus de forêts sur le globe, d'étoiles\ndans l'azur, de fleurs dans les champs.\nLa fauvette et le rossignol ont beau jeter leurs roulades aux sentiers\njoyeux, leur larynx demeure en bon état : pourquoi le nôtre se détériore-\nrait-il?\nL'oiseau qui gazouille du matin au soir conserve sa voix : pourquoi\nl'homme perdrait-il la sienne ?\nAh ! si nous manquons de contraltos, de ténors, de basses profondes,\nce n'est pas la faute de la nature! La nature fait largement les choses, et\nnous aurions tort de lui adresser des reproches.\nMessieurs,\nToute créature humaine bien constituée et bien portante ade là\nvoix ou peut en avoir.\nNe vous récriez pas; je n'avance rien de trop: je le prouverai dans\nun moment.\nJe le répète donc sans forfanterie, mais avec conviction, avec assu-\nrance : Toute créature humaine bien constituée et bien portante ade la\nvoix ou peut en avoir.\nJ'appuie cette déclaration sur des faits.\nCeci posé, il me reste à démontrer l'exactitude de mon affirmation î\nc'est ce que je vais faire.\nEt d'abord la question à résoudre était celle-ci :\nExiste-t-il un maniement des organes internes constituant une science\ndont l'art du chant puisse profiter ?\nJ'examinai : mes recherches et ce qu'on appelle le hasard me servirent\nsi favorablement que je puis aujourd'hui présenter aux personnes déci-\ndées à étudier sérieusement, un ensemble complet de principes indiscu-\ntables, un faisceau de connaissances positives, une théorie qu'il est\nloisible à chacun de réduire en pratique. Par conséquent, la question\nprésentée sous forme dubitative dans le paragraphe précédent est pour"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "147", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.3", "texte": "LE MÉCANISME VOCAL ET LE CHANT\n\nmoi définitivement résolue. Elle le sera bientôt aussi pour tout être in-\ntelligent et loyal.\nJe divise les voix en deux catégories : dans l'une, je place les voix\nrares qui sortent naturellement (et que des professeurs malhabiles gâtent\nsouvent) ; dans l'autre, je range la classe beaucoup plus nombreuse des\nvoix qui existent en quelque sorte à l'état latent, et que, grâce à certains\nmoyens, il est toujours possible de développer, de former, de réformer,\nde créer, si j'ose ainsi parler.\nCe sont ces moyens, infaillibles dès qu'ils sont intelligemment em-\nployés sous la direction d'une personne instruite, que je veux porter à la\nconnaissance de tous. En les adoptant, on supprimera définitivement l'em-\npirisme si fatal au véritable savoir., on s'appuiera sur des bases solides,\non sera en possession d'une science réelle, incontestable, on ne dira plus\nseulement ce qu'il faut faire, on dira comment il faut faire. Je vais\ndonc expliquer les mouvements qui coopèrent à la production du son,\nle fonctionnement des organes de l'appareil vocal, le mécanisme compli-\nqué dont les éléments multiples exercent une action directe ou indirecte\nsur la voix.\nI\nPOSITION GÉNÉRALE DU CORPS.\nLe buste à peina penché en avant, la partie postérieure rejetée en\narrière, un peu chez les hommes, beaucoup chez les femmes, les\njambes légèrement écartées, afin que le bas-ventre bien dégagé ne re-\nmonte pas sous la pression des cuisses, le chanteur évitera absolument\nde se cambrer. La cambrure, nuisible à l'excès, désastreuse pour les reins\nqu'elle fatigue, rend la taille plate, surtout par devant, et resserre les\norganes contenus dans la région stomachique.\nII\nMOUVEMENTS SIMULTANÉS DU CREUX DE L'ESTOMAC, DE LA MACHOIRE\nINFÉRIEURE ET DES LÈVRES.\n. La position générale du corps étant prise, l'élève creusera sans exagé-\nration le milieu de l'estomac, il avancera autant qu'il pourra la mâchoire\ninférieure en serrant de toutes ses forces les coins de la lèvre sur les\ndents qui ne doivent pas se toucher et qu'il ne faut jamais serrer dans"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "148", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.4", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nle fond. Il laissera l'épaisseur d'un doigt entre les grosses molaires du\nhaut et celles du bas, il disposera le centre de la lèvre inferieuie en 101 me\nd'égouttoir. Il ramènera et serrera également contre les dents latérales\nla lèvre supérieure dont il tendra et soulèvera le milieu pour ootenir une\nforme voûtée continuant le voile du palais. Il obtiendra ainsi une soi te\nd'embouchure qui lui permettra de conduire et de chasser droit et loin\nla colonne d'air et le son, sans que l'air ni le son ne s égarent dans le\nnez et dans les sinuosités frontales.\nLe creux qu'il faut faire à l'estomac amène un commencement de\nsoulèvement et de dilatation des côtes qui se trouvent tirées en arrière,\net facilite la respiration abdominale en abaissant le diaphragme; la\nforme donnée à la bouche maintient le son dans une direction détermi-\nnée : ces deux mouvements s'opèrent ensemble et de manière à ne pas\nmodifier la position générale du corps.\nIII\nRESPIRATION.\nRespirer à fond, conserver Pair longtemps dans les poumons, Py\ncomprimer, s'en servir, savoir le renouveler sans que cette opération soit\nune souffrance pour soi ou pour l'auditoire, voilà la difficulté. Il s agit\nde la vaincre, car si Pair rencontre le moindre obstacle, s'il ne remplit\npas les poumons entièrement, si, en passant, il offense le larynx, le chan-\nteur perd sa sécurité, il altère sa voix, il l'affaiblit, il la rend désagréable,\nil la ruine, il nuit à l'expression des sentiments qu'il doit rendre, il porte\natteinte à son talent, il se tue lui-même.\nPrenons l'enfant au berceau, regardons-le dormir. Où la respiration\nprend-elle son attache ? au nombril d'où elle étend son développement\nau bas-ventre et à la base des côtes simultanément. Si cet enfant est en\nbonne santé, s'il n'a aucun vice de conformation, l'aspiration de Pair\nne se manifestera pas autrement.\nLa vérité de cette observation tombant sous le sens, nous n'avons\nplus à nous demander où le chanteur, 1 acteur, l'orateur, le prédicateur,\nl'avocat, le député, tous ceux qui ont à parler ou à chanter en puolic\ndoivent prendre la respiration; ils la prendront à 1 endroit où nous\nPavons vue fonctionner chez l'enfant endormi.\nOui, mais cela n'est pas facile.\nComment l'élève, assis ou debout, conservera-t-il ou rétabiira-t-il en\nchantant la respiration abdominale?"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "149", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.5", "texte": "LE MÉCANISME VOCAL ET LE CHANT\n\nL'aspiration tend constamment à se raccourcir, à s'arrêter dans la\ngorge ; comment la conduira-t-il à son point d'appui naturel, le nombril?\nComment forcera-t-il l'air à descendre à l'extrémité des poumons sans\nles froisser, sans les blesser ? Comment empêchera-t-il la voix de che-\nvroter dans le gosier congestionné et l'obligera-t-il à vibrer dans la\njpoitrine?\nRéponse :\nEn exécutant rigoureusement les mouvements qui précèdent et ceux\nqui suivent.\nOuvrant la bouche dans toute sa hauteur, ce qui amènera un léger\nretour de la mâchoire inférieure vers la position normale qu'elle avait\nabandonnée, on se le rappelle, l'élève, entravant ce retour de son mieux,\naspirera l'air au nombril et l'y retiendra par l'entier soulèvement, par\nl'entière dilatation des côtes auxquelles il s'efforcera de donner toute la\ntension possible; en même temps il suspendra la respiration; alors il re-\nmettra la bouche dans la position voulue et il émettra le son sur la syl-\nlabe BEU très ouverte;— ce sera là son premier exercice vocal; enfin\nil tirera avec énergie la pointe des épaules vers le sol, il avancera la mâ-\nchoire inférieure le plus qu'il pourra, (ces deux mouvements se font à\nla fois, séparément ils ne produiraient rien de bon), et il portera le BEU\nsur l'A des Italiens, de façon à obtenir BEU—A. Ce BEU doit être pris\nau creux de l'estomac. Le son sur lequel on 1 articulera, également atta-\nqué au creux de l'estomac, vibrera désormais dans la poitrine qui, com-\nplètement dilatée à sa base, formera une chambre d'harmonie d'autant\nplus vaste que la capacité du thorax sera plus considérable et que les\npoumons contiendront plus d'air. Lair, soumis à 1 action de la volonté\npar ces différentes manœuvres, produira l'effet de la vapeur comprimée\net vibrante dans la locomotive, et le chanteur deviendra le mécanicien\nde la machine humaine, le maître absolu de ses évolutions internes, le\nrégulateur de certains mouvements dont il augmentera ou diminuera ta\npuissance à son gré. C'est à lui de travailler ce que je lui enseigne jus-\nqu'à ce que cela lui devienne naturel, aisé, jusqu'à ce que cela se fasse\nsans effort, quoique puissamment. Lorsqu'il sera familiarisé avec cette\ngymnastique, lorsque le maniement de ce mécanisme sera devenu un jeu\npour lui, lorsqu'il saura bien manœuvrer 1 estomac, soulever, dilater et\ntendre en arrière, lentement et sans secousses, les côtes, seirei les co ns\nde la bouche sur les molaires, avancer la mâchoire inférieure, respirer et\nfaire jouer les poumons, ces soufflets humains, il veiia sa langue s apla\ntir et se creuser au milieu sur toute sa longueui poui foimei un viaduc,"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "150", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.6", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nun chemin où l'air et le son passeront librement; il verra la luette se\nperdre dans le voile du palais, les piliers de la voûte s'affiner, l'ouverture\ndu larynx devenir libre et large, tandis que la bouche, moins grande en\napparence, deviendra ferme comme si elle était en métal. Dès lors il\npourra conduire sa voix comme il le voudra, éviter la fatigue des agents\nrespirateurs auxquels il ne nuira plus en les mettant en contact avec\nl'air, et il produira des sons ronds, pleins et beaux ; en outre il pourra\nmoduler ces sons, leur donner nn commencement, un milieu et une fin,\nles enfler et les diminuer, les douer d'une homogénéité parfaite, les atta-\nquer avec éclat et dédaigner ces affreux ports de voix qui donnent aux\nmalheureux qui les emploient l'air d'avoir Vestomac en révolte. Il ne\nlaissera jamais s'épuiser totalement la provision d'air contenue dans les\npoumons, il la ménagera, il renouvellera de suite ce qu'il en aura dé-\npensé, c'est-à-dire le moins possible ; car, plus il tiendra d'air en réserve,\nplus le son aura de force. N'en eût-il qu'un atome, il se souviendra\nqu'en soulevant, en dilatant les côtes, en forçant la mâchoire inférieure à\nse maintenir rigoureusement en avant, en conservant aux lèvres la dis-\nposition indiquée, il aura toujours la faculté de le renvoyer vibrer dans\nla poitrine et de terminer largement la phrase commencée sans que per-\nsonne s'aperçoive qu'il est à bout de ressources.\nIV\nÉMISSION DU SON.\nToute cette gymnastique, on le devine, a pour but la bonne émission\ndu son.\nOr, pour bien émettre le son, pour le prendre invariablement à l'en-\ndroit voulu, pour que, accompagné ou non du mot, il ne soit en aucun\ncas attaqué en dessous, il est nécessaire, à chaque nouvelle respiration,\nde suspendre l'air aspiré et, chaque fois qu'il l'a été, de le comprimer.\nCela ne demande que la durée d'un éclair. Si l'on expire Pair dès qu'il a\nété aspiré, les poumons se vident instantanément et le son, poussé par l'air\nnon retenu à la place qu'il doit occuper et d'où il ne doit sortir que par\nla volonté du chanteur, remonte soudain dans la gorge qu'il offense et\ns'y brise faute de conducteur. Il faut donc, après chaque prise d'air, un\nmoment d'arrêt joint à une tension du thorax et de la bouche dans leurs\nmouvements respectifs. Ces mouvements, aussi rapides que la pensée,\nne doivent sous aucun prétexte entraver la mesure.\nSi je me suis clairement expliqué, Messieurs, vous aurez compris que"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "151", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.7", "texte": "LE MÉCANISME VOCAL ET LE CHANT\n\nle son sortira d'autant mieux, qu'il gagnera d'autant plus en vigueur que\nle chanteur sera plus riche en air comprimé; vous serez persuadés qu'il\nfaut dépenser avec économie l'élément précieux qui prête un support au\nson, qui le nourrit, qui porte ses ondulations au loin ; vous aurez acquis\nla certitude que si l'air et le son ne sont pas refoulés l'un et l'autre dans\nla poitrine par la dilatation des côtes et par la poussée de la mâchoire\ninférieure, le son se dégradera, s'oblitérera, s'éraillera et que, si les organes\nqui concourent à son émission se détendent, il perdra vite sa justesse par-\nfaite et sa beauté, par la raison toute simple qu'il se produira à l'aven-\nture et que l'élève, ne le contenant plus par la volonté, aura, permettez-\nmoi cette figure, déposé la voix.\nEn effet, si la mâchoire recule, la porte du larynx se ferme et on\nchante dans la gorge; faites-en l'expérience vous-mêmes, Messieurs:\nmettez la mâchoire en arrière, essayez de chanter et vous verrez ! La gorge\nétant serrée, l'air ne saurait descendre librement; si les lèvres se desser-\nrent, adieu l'embouchure de l'instrument ! Molles, flasques., prononçant\nà peine, elles cessent de conduire l'air et le son ; partant, mauvaise arti-\nculation. La colonne d'air ne rencontrant nulle résistance chez ses conduc-\ntrices naturelles, les lèvres, ne va plus droit et loin devant elle, à la\nfaçon d'une fusée, pour porter l'onde sonore dans l'enceinte où elle va\nrayonner et s'épandre; non! elle s'échappe de tous côtés, à droite, à\ngauche, sans vibration, sans couleur; si on laisse remonter les épaules,\nla poitrine se rétrécit, elle perd sa forme bombée, elle rentre ; la largeur\ndu thorax diminue par en haut et, chez la femme, le sein se déplace,\ns'affaisse; si les côtes reprennent leur place ordinaire, le diaphragme re-\nmonte et la capacité du thorax diminue par en bas. Les côtes se rappro-\nchant, les poumons se replient instantanément et se refusent à recevoir\nl'air en quantité suffisante. Alors plus d'air comprimé ; s'il en reste un\npeu dans ce que j'appellerai le goulot de la bouteille, on n'en sait\nque faire, et le son, mal établi, vacille dans la gorge où il grince, car il\nest matériellement impossible de le nourrir avec cette bribe d'air; d'ail-\nleurs la chambre d'harmonie étant fermée, les cordes vocales ne peuvent\npas renvoyer le son, l'y faire vibrer; nul moyen de lui donner un com-\n•\nmencement, un milieu et une fin, de l'obliger à serpenter, à passer par\ntoutes les nuances. De là l'impossibilité pour l'artiste de chanter une\nphrase largement, de la terminer avec sûreté, avec force, avec grâce.\nPrivé des ressources que je lui fournis, que je lui indique, l'élève, j'y\ninsiste, chantera dans la gorge, et aussi dans le nez, et aussi dans les\nsinus frontaux ; au lieu de vibrer et de faire vibrer les autres, il chevro-\ntera, et les auditeurs serreront les dents comme s'ils mâchaient de"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "152", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.8", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nl'oseille crue. Au lieu de doubler, de tripler la force de sa voix par un\ntravail raisonné, raisonnable, d'accord avec les vues de la nature, il la\nperdra avant le temps et il attirera sur les organes vocaux une conges-\ntion dont il ne se débarrassera peut-être jamais.\nL'éternel sourire de la danseuse ne convient nullement à la cantatrice.\nLa première se sert de ses jambes, la seconde de son larynx : c'est fort\ndifférent, L'élargissement de la bouche souriante quand même et dont\nles coins semblent tirés en arrière par des ficelles, donne ce que j'ai sou-\nvent entendu appeler une voix blanche, et ce que j'appelle, moi, une voix\nplate, niaise, sans chaleur, sans vie. Il ôteà l'organe l'expression des sen-\ntiments nobles, grands et fiers, il lui interdit les communications de la\npensée en ce qu'elle a d'élevé, de profond, de magistral, il s'oppose aux\nmouvements dramatiques, aux élans de la passion, il entrave l'émission,\nil gêne la respiration. L'élargissement buccal, on le voit, est une habi-\ntude détestable, une véritable calamité pour les facultés physiques et\nmorales qu'il trahit. L'esprit et le cœur sont la double palette du chan-\nteur; mais comment se servir de cette palette si la voix, si la respiration\nsont entravés dans leurs fonctions ? Comment y broyer toutes les cou-\nleurs, y combiner toutes les nuances, si la matière élève un obstacle aux\nmanifestations de l'intelligence ?\n(La suite prochainement.)\n\nANDRÉE LACOMBE."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "153", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.9", "texte": "LES INSTRUMENTS A ARCHET\nA L'EXPOSITION UNIVERSELLE DE VIENNE, EN 1873\n\n(1)\nES maisons qui représentent le plus dignement la\nlutherie moderne ont montré, en général, peu d'em-\npressement à répondre à l'appel de la commission\nd'organisation de l'Exposition deVienne: aucun envoi\nde l'Angleterre, de la Russie, et de l'Espagne ne figure\nau catalogue, et les principaux luthiers parisiens ont\nfait également défaut à ce rendez-vous international. Un luthier lyon-\nnais, M. Sylvestre neveu, et une honorable maison de Mirecourt ont\nseuls représenté à Vienne cette branche importante de 1 art et de 1 indus-\ntrie. L'abstention de la lutherie parisienne nous paraît difficile à justifier.\nOn a mis en avant les epreuves que notre pays a traversées, le caiactere\nmodeste des récompenses offertes aux exposants, 1 éloignement et beau-\ncoup d'autres difficultés matérielles. Mais sont-ce là de bien sérieux\nmotifs d'excuse? D'autres exposants, moins favoiisés assurément, ont su\ntriompher d'obstacles plus considérables. Ceux-là ont compris qu il y\navait obligation d'honneur à apporter, dans cette circonstance, son\ncontingent et son effort. Le succès a repondu aux sacrifices, et 1 on sait\nquelle grande et belle place la France a su piendre a Vienne, et les\n\n(1) La Chronique Musicale doit à l'obligeance de M. oallay, membie du Jury in-\nternational à l'Exposition universelle de Vienne, en 1873, la communication de son\nRAPPORT SUR LES INSTRUMENTS DE MUSIQUE, Instruments à archet, qui soit des\npresses de l'lmprimerie nationale. C'est un document de la plus haute importance\npour l'histoire de la lutherie moderne, qui a sa place marquée dans notre pio-\ngramme. L'auteur est d'ailleurs des plus compétents dans la matière."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "154", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.10", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nnombreuses récompenses dont nos exposants ont été honorés par le\nJ ury.\nSous le bénéfice de ces réflexions, nous abordons notre tâche de rap-\nporteur.\nI\nOn a déjà fait justement remarquer que, dans les diverses expositions,\nl'art du luthier se présente dans des conditions relativement peu favora-\nbles, Les instruments à archet, comparés aux autres produits de l'art et\nde l'industrie, sont en effet dans une situation particulière; l'instrument\nle plus fini et le plus irréprochable au point de vue de la facture et de\nla construction intrinsèque reçoit souvent des années et du jeu de l'ar-\ntiste son entier achèvement, sa véritable valeur. Le son, qui est le prin-\ncipal objectif, n'est pas toujours d'une main d'ouvrier ; le temps est ici\nle grand maître, et si les conditions d'audition sont égales, encore faut-\nil tenir compte et du jeu des experts qui prêtent leur concours au Jury\net de beaucoup d'autres circonstances qui rendent l'appréciation singu-\nlièrement délicate.\nLa lutherie d'art et de précision pouvait-elle accuser des progrès très\nsensibles depuis les dernières expositions internationales, et notam-\nment depuis 1867? A vrai dire, nous ne l'espérions pas; la lutherie, qui\nrelève de l'art, semble avoir dit son dernier mot depuis la fin du dix-\nhuitième siècle, et les chefs-d'œuvre que les écoles de Crémone et de Brescia\nnous ont légués feront longtemps encore le désespoir de nos maîtres\nluthiers.\nEn lutherie industrielle au contraire, le progrès est constant et indé-\nfini ; aussi n'était-ce pas sans un vif intérêt que nous attendions l'expo-\nsition des instruments des diverses maisons étrangères, notamment les\nviolons de Graslitz, de Schwenbach, de Mark-Neukirchen et de Mit-\ntenwald, ces grands comptoirs de lutherie allemande. Nous étions sur-\ntout curieux de les comparer avec les instruments de Mirecourt, si\nremarqués en 1867, Cet examen viendra en son lieu et place; nous\nsuivrons dans notre rapport l'ordre même qui a présidé à notre travail ;\ndisons seulement que, malgré notre désir d'être complet, l'ivraie a été\nmêlée ici au bon grain dans une proportion telle, que les intéressés de-\nvront nous savoir gré de certaines omissions. On peut craindre qu'il\nn'en soit toujours ainsi tant que les spécimens exposés n'auront pas été\nd'abord soumis à une commission d'admission. Les exposants eux-mêmes"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "155", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.11", "texte": "LES INSTRUMENTS A ARCHET\n\nréclameront un jour ce travail d épuration préalable ; l'avantage qui en\nrésultera pour eux est car ils seront ainsi plus sûrement désignés\nau suffrage du Jury des récompenses. Avec l'organisation actuelle, tout\njugement d'ensemble est devenu bien difficile.\nII\nAvant d'entrer dans le détail, il convient de constater les noms des\nnations représentées et le chiffre de leurs exposants, autant que l'ont\npermis un catalogue incomplet, l'installation sommaire de quelques\nvitrines, l'absence des mandataires de plusieurs exposants étrangers,\nenfin le manque de renseignements utiles sur le prix, les origines,\nl'époque de la fabrication, etc ; voici comment ont peut établir cette\nnomenclature :\nAutriche i 3 exposants\nHongrie .. 2\nBelgique 1\nFrance * 2\nAllemagne 19\nItalie 1\nAmérique 1\nLe local affecté aux auditions était peu approprié à sa destination ;\nnéanmoins le concours a eu lieu dans d'assez bonnes conditions, grâce\nà l'obligeance de MM. les professeurs Dont, Râver et Krâl, artistes dis-\ntingués du Grand Opéra de Vienne et de la Chapelle de S. M. l'Empereur\nd'Autriche.\nL'examen a commencé par les instruments viennois.\nAUTRICHE.\n*\nM. G. LEMBŒCK.— M. Lembœck a présenté au Jury plusieurs instru-\nments d'imitation, entre autres :\nImitations de violon.\nMagini * ••• 4\nStradivarius .... * * 1\nBergonzi 1\nGuarnerius 1\nMagini (alto) 1\nMaginL (violoncelles) » 2"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "156", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.12", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nEn 1867, on reprochait avec raison à M. Lembœck l'exagération de\nses modèles; Jos. Guarnerius était son type de prédilection, à l'exclusion\nde tous les autres maîtres italiens. La main-d'œuvre laissait à désirer,\net le son avait été jugé mince et sans charme. Aujourd'hui, sans avoir\nabandonné la facture d'imitation, le luthier Viennois est revenu au\npatron normal ; la qualité du son est aussi meilleure. Les deux basses\nexaminées par la commission ont été particulièrement remarquées ; le\nchoix du bois est supérieur, mais le vernis est léger; il y a aussi trop de\nfrottis, et les pattes des ff sont d'un dessin un peu lourd. L'alto a été\njugé d'une bonne sonorité et d'un excellent timbre. En résumé, il y a un\nprogrès réel dans l'ensemble de l'exposition de M. Lembœck.\nM. D. BITTNER. La vitrine de M. Bittner, l'une des plus complètes\nde l'exposition, ne compte pas moins de 6 violoncelles, 4 violons, 2 altos\net 1 viole d'amour.\nLe choix des bois mis en œuvre par M. Bittner ne laisse rien à désirer ;\nmais nous avons le regret de ne pouvoir constater un progrès depuis la\ndernière exposition. Il semble que M. Bittner persiste de parti pris dans\nles défauts qui lui avaient été reprochés : les éclisses de ses instruments\nsont toujours basses, et le vernis d'un ton brun fortement encollé. L'au-\ndition n'a pas été plus favorable à cet exposant : les violons ont une so-\nnorité courte et sans charme ; le son de la basse est sourd et cotonneux.\nL'enture à vis, que M. Bittner a adoptée, est peu plaisante, et l'avantage\nde cet agencement nous paraît problématique au point de vue des varia-\ntions atmosphériques.\nLa viole d'amour est seule d'une bonne facture, et le vernis est de\nmeilleure qualité. Cet instrument fait plus d'honneur à M. Bittner que\ntout le reste de son exposition. Cette viole, jouée avec talent par\nM. Kral, auteur d'une méthode estimée pour cet instrument, a été enten-\ndue avec un véritable plaisir. La sonorité est bonne et la qualité du son\nsympathique.\nM. C.-F. SCHMIDT. M. Schmidt est dans la même voie d'imitation\nque M. Bittner. Ce luthier a présenté plusieurs imitations Magini. Le\nvernis est trop lavé, et la facture générale ne rachète pas ce défaut.\nM. Schmidt a exposé quelques accessoires de lutherie qui témoignent\nd'un esprit de recherches : un système de gaîne destinée à protéger les\ncordes du violon lorsqu'il est hors de sa boîte ; des chevilles avec arrêts\nqui empêchent de chasser dans la volute et donnent une certaine fixité."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "157", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.13", "texte": "LES INSTRUMENTS A ARCHET\n\nM. Schmidt travaille pour l'exportation ; ses prix très modérés sont\ncependant inférieurs à ceux des produits similaires de Mirecourt.\nM. J.-J. BÛCHER. MM. LUTZ et Ce. Nous citerons pour mémoire la\nvitrine de M. J.-J. Bûcher, qui ne se distingue que par le choix des bois;\nla main-d'œuvre laisse trop à désirer. Celle de MM. Lutz et C% au\ncontraire, témoigne d'une facture plus franche. La contre-basse particu-\nlièrement est d'une bonne coupe et d'un joli vernis. La marque de\nMM. Lutz est honorablement connue en Allemagne, Cette maison date\nde 1792, et sa lutherie purement industrielle lulte avec avantage avec\nles produits de Markneukirchen.\nM. ZACH (TH.). M. Zach est récemment établi à Vienne. Il a quitté\ndepuis quelques années Pesth où il s'était déjà fait remarquer. L'expo-\nsition de M. Zach a mérité tous les suffrages de la commission par la\ndistinction de sa facture et la sonorité des spécimens qu'il a présentés.\nUne imitation très réussie de Jos. Guarnerius a surtout fixé l'attention\ndu Jury : un vernis chaud de ton et d'une pâte très fine, un son vibrant\net égal, un choix de bois hors ligne, telles sont les qualités qui ont valu\nà M, Zach d'unanimes éloges.\nLa basse imitation de Stradivarius et copie exacte du bel instru-\nment de M. Davidoff, réminent professeur du conservatoire de Saint-Pé-\ntersbourg, a moins plu ; la sonorité est courte et un peu métallique. Nous\nne quitterons pas M. Zach sans dire un mot de la disposition que ce\nluthier a adoptée pour le tirage des cordes, en les faisant tirer sous le\ncordier au lieu de les faire passer par-dessus les œillères de la queue.\nM. Zach croit à une pression plus énergique sur le chevalet. La démons-\ntration qui n'a pas été suivie de contre-épreuve n'a pu être concluante,\nfaite dans cette audition d'ailleurs un peu sommaire.\nNous mentionnerons aussi pour mémoire le singulier quatuor exécuté\npar M. Zach pour le compte et sur les dessins de feu M. [le professeur\nLiharzick. Ces instruments, dont la construction est basée, suivant\nl'inventeur, « sur des calculs mathématiques et cabalistiques » (sic),\nn'ont pas tenu les promesses de M. Liharzick. La bizarrerie des lormes,\nles éclisses curvilignes, l'extension du volume, ne produisent qu'une\nsonorité étrange et vulgaire, qui contraste singulièrement avec celle du\nquatuor instrumental classique. Il ne faut voir là qu'une fantaisie d ama«"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "158", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.14", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nteur moins raisonnée que le violon trapézoïde de Savart, et qui paraît\ncondamnée à l'oubli.\nEn résumé, cette exposition nous a laissé les meilleurs souvenirs.\nM, Zach est un chercheur, et nous lui donnons rendez-vous avec con-\nfiance à la prochaine exposition internationale.\nMM. NEMESSANYI et SCHUNDA. MM. Nemessanyi et Schunda, de\nPesth, ont envoyé d'estimables imitations. Le choix des bois est heureux,\net la main-d'œuvre est assez soignée. Le vernis de M. Schunda laisse à\ndésirer. Les fj aussi sont trop ouverts. Les chevilles à clef ne feront\npas renoncer à l'usage des chevilles ordinaires bien ajustées.\nM. STECHER. Les violons de M. Stecher, de Salzbourg, sont\nassez bonne sonorité, mais sans charme. Il taut aussi regretter l'épais-\nseur du vernis.\nM. PLACHT, de Vienne. M. Placht mérite d'être mis hors de pair,\net sa fabrication est meilleure ; c'est là de la bonne lutherie industrielle\nproprement dite; ses violons à 16 florins la douzaine ne sont pas abso-\nlument des instruments de bazar, mais ils ne peuvent lutter avec les\nviolons lorrains établis dans les mêmes conditions de prix.\nMM. J. DIENER, de Graslitz (Bohême). Les envois de MM. Jos-\nDiener sont remarquables par le choix des bois; la sonorité de ces instru-\nments est douce, mais sans grande portée. Il faut regretter la mauvaise\nqualité du vernis, d'un jaune clair, qui laisse le bois, pour ainsi dire, à\ndécouvert.\nALLEMAGNE.\nM. GRIMM, de Berlin. L'exposition de M. Grimm, de Berlin, avait\nété remarquée en 1867; ses beaux bois, maillés un peu trop largement\npeut-être, étaient aussi de bonne qualité. On reprochait alors à ses ins-\ntruments une sonorité inégale et la crudité de son vernis rouge. Depuis\ncette époque, M. Grimm paraît avoir modifié sa facture. Le vernis a"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "159", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.15", "texte": "LES INSTRUMENTS A ARCHET\n\ngagné ; le dessin des violons et des basses est toujours très ferme et d'après\nles meilleurs types. Malheureusement, la sonorité est restée rude et peu\nsympathique.\nM. H. TH. HÉBERLEIN, de Markneukirchen. M. Héberlein a pré-\nsenté des violons et des altos d'un assez beau bois, mais d'un vernis\nsombre et peu plaisant. La facture est médiocre; les prix sont, il est vrai,\ntrès modérés ; mais, à ce point de vue particulier, nous essayerons de\nmontrer, lorsque nous nous occuperons des produits similaires de Mire-\ncourt, combien ces instruments restent au-dessous des spécimens\nenvoyés à Vienne par M. Thibouville.\nNous signalerons encore, dans la vitrine de M. Héberlein, un violon\nà éclisses curvilignes, dit Violon russeLa facture en est assez soignée,\nmais le son manque de distinction et de portée.\nM. HEIDEGGER, de Passau (Bavière). MM. Heidegger, Michel\nSchuster junior, de Markneukirchen, et Haimburger, de Munich, ont\nenvoyé beaucoup d'instruments inférieurs que leur bon marché ne sau-\nrait faire remarquer, tant la main-d'œuvre est défectueuse.\nM. GLAESEL, de Markneukirchen. M, Glaesel a présenté un quatuor\nassez réussi comme facture, et qu'il livre au prix de 750 francs ; les bois\nsont de bonne qualité, et l'alto a été particulièrement distingué par la\ncommission.\nM. KRINER, de Stuttgard. M. Kriner a exposé un violon à cordes\nmétalliques d'une sonorité su i generispeu sympathique. C'est là une\ntentative sans intérêt.\nM. NEUNER, de Mittenwald.— Les instruments de la grande fabrique\nde Mittenwald, dirigée par M. Neuner, et qui occupe une grande place\ndans la lutherie industrielle allemande, n'ont pu être l'objet d'un exa-\nmen concluant. Le représentant de M. Neuner n'a pu donner à la\ncommission les renseignements qu'elle était en droit de réclamer, prin-\ncipalement la série des prix ; nous n'avons pas vu davantage les violons"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "160", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.16", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nannoncés à 2 kreutzers pièce. L'exposition de M, Neuner a été ainsi\nincomplète, et les affirmations du catalogue, sans contrôle possible, ont\nprovoqué les justes observations de la commission.\nBELGIQUE.\nM. VUILLAUME, de Bruxelles. M. Vuillaume a envoyé à Vienne un\ndouble quatuor. L'un des deux violoncelles est une copie fort correcte de\nl'instrument de F. Servais. Le son est puissant, mais sans rondeur, et le\nvernis légèrement opaque. Nous reprocherons surtout à M. Vuillaume\nla pauvreté du fond de l'instrument. Nous nous expliquons difficilement\nla disette de bois qui Ta réduit à mettre en œuvre une pièce aussi défec-\ntueuse.\nLe son du violoncelle n° 2 manque de distinction ; mais la facture est\ndes plus soignées. Les violons et les altos, joués avec beaucoup de talent\npar M. Dont, ont fait une meilleure impression. Le son de l'alto, grand\npatron, a été surtout apprécié; le timbre est bien celui de l'instrument ;\nil est franc, libre, et la main-d'œuvre ne laisse rien à désirer.\nITALIE.\nNous passerons sous silence les envois de l'ltalie. Ils sont tous d'une\ndéplorable faiblesse. Rien de plus triste que de voir au fond de ces instru-\nments les noms glorieux de Crémone et de Brescia... C'est en présence\nd'une pareille exhibition qu'on se prend à regretter les rigueurs d'une\ncommission d'examen préalable, qui aurait nécessairement écarté ces\ntristes spécimens d'un art dégénéré.\nETATS-UNIS D'AMÉRIQUE.\nUn luthier américain, M. Gemûnder, de New-York, a soumis àla\ncommission un seul violon, qui faisait la meilleure figure dans sa\nvitrine; c'est une belle et bonne imitation de Jos. Guarnerius, et qui\noffre plus d'un rapport dans les procédés d'exécution, surtout pour le\nvernis, avec le remarquable spécimen (copie du même maître) présenté\npar M. Zach. Seulement, malgré les affirmations si absolues de M. Ger-"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "161", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.17", "texte": "LES INSTRUMENTS A ARCHET\nX.\n11\n\nmùnder, en ce qui concerne la sonorité de cette copie, et tout en recon-\nnaissant les qualités estimables de l'instrument, la commission s'est\nconvaincue qu'il était loin de pouvoir lutter avec le violon présenté par\nM Zach dans les mêmes conditions d'imitation.\nM. Gemûnder ne s'était pas fait représenter par un mandataire muni\nd'instructions suffisantes pour édifier le Jury sur certains procédés de\npréparations des bois et particuliers, a-t-on dit, à ce facteur : il a été\nvaguement question d'un procédé de séchage des tables par le borate de\nsoude.\nDans ces conditions, c'est-à-dire sans renseignements précis, i° sur\nles matières employées en solution, 2° sur leur mode d'introduction dans\nles fibres du bois (imbibition ou injection), il nous est impossible de\nformuler des conclusions pratiques.\nNous croyons toutefois en nous basant, il est vrai, sur des données\nthéoriques qu'il y a dans cette voie de sérieux efforts à tenter; nous\nestimons que les données actuelles de la science permettent d'étudier ce\nproblème dans des conditions de précision presque absolue. Si les\nrecherches sont dirigées avec toute la rigueur d'une expérimentation\nscientifique, il sera possible de reproduire d'une façon graphique les\nmoindres variationsde l'état vibratoire d'une surface sonore; maisce serait\nsortir du cadre de cette revue que de chercher à expliquer comment les\n*\nprocédés de Savart ou la méthode de notre savant collègue, M. Lissa-\njous, concernant l'étude optique des intervalles musicaux, pourraient\ntrouver ici des applications; nous n'avons d'ailleurs pour cela ni autorité\nni compétence. Disons seulement que les procédés mystérieux de prépa-\nration des bois du luthier américain peuvent être le point de départ\nd'autres recherches. Jusqu'à présent, l'action des sels acides peut être\nconsidérée comme de nul effet sur la substance ligneuse ; resterait à\nétudier au microscope et par transparence les modifications que des\ninjections produiraient sur des tables de sapin méthodiquement dispo-\nsées, en tenant compte du titre de la solution employée; mais, encore\nune fois, ce sont là des recherches purement scientifiques. Nous atten-\ndrons que M. Gemûnder soit plus explicite : nous livrerons alors ses\naffirmations à de plus compétents.\nFRANCE.\nM. SILVESTRE neveu (Lyon). M. Silvestre neveu, de Lyon, est le\nseul luthier français qui, avec M. Thibouville, de Mirecourt, ait répondu"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "162", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.18", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\navec empressement à l'appel de la commission de Vienne. M. Silvestie\nporte un nom bien connu des artistes et des amateurs lyonnais. Ses\noncles, Pierre et Hippolyte Silvestre, dignes émules de Lupot et fonda-\nteurs de la maison (1829), ont laissé des instruments estimés dont le\ntemps n'a fait que consacrer les qualités distinguées. Honoré lui-même\nde diverses récompenses aux précédentes expositions, et tout récemment\nd'une médaille d'argent à l'Exposition de Lyon (1872), M. Silvestie a\nenvoyé à Vienne un quatuor qui a été très apprécié. La qualité du son\ndu violon est tout à fait italienne. L'un de ces instruments, qui lait\npartie de la collection de M. le comte de Chaponay, amateur émérite de\nLyon, avait été joué avant de figurer à l'Exposition ; mais le violon\nn° 2, qui n'était pas dans les mêmes conditions, est également doué dun\ntimbre très sympathique. Le violoncelle a paru d une sonoiité plus\ncouverte. L'alto a beaucoup de rondeur et d'égalité. Disons aussi que la\ncoupe, le choix du bois et la transparence du vernis de ces différents\nspécimens constituent un ensemble de qualités sérieuses et personnelles\nà M. Silvestre. Ce luthier marche de près sur les traces de M. Vuillaume\net de MM. Gand et Bernardel, nos habiles luthiers parisiens.\n| MM. THIBOUVILLE-LAMY (J.) (Paris-Mirecourt). Nous sommes ici\ndevant la vitrine la plus intéressante, sans contredit, de l'exposition spé-\nciale qui nous intéresse. Déjà, en 1867, M. Thibouville s était mis hors\nde pair parmi les luthiers tant par l'importance de la fabrica-\ntion industrielle que par la supériorité de sa main-d'œuvre. Le but de\ncet honorable exposant est évidemment de produire à bon marché, ce\nqui ne veut pas dire que M. Thibouville se soit désintéressé des études\ntechniques pour rechercher des succès faciles et lucratifs ; il suffit d'étu-\ndier son exposition pour être convaincu qu'un esprit mercantile ne\ndomine pas sa fabrication.\nUn de nos collègues s'est chargé d'examiner les instruments à vent,\nen bois et en cuivre, les orgues et l'instrument nouveau dit Pianista que\nM. Thibouville a présenté au Jury. Disons seulement que cet appareil\ningénieux, qui s'applique aux claviers ordinaires, paraît destiné à rem-\nplacer les pianos dits mécaniques, dont 011 connaît l'uniformité et la\nsécheresse de jeu.\nNous n'avons à nous occuper ici que des instruments à archet pré-\nsentés par M. Thibouville* Ceux-ci devaient fixer notre attention au\ndouble point de vue de la facture et du prix de revient.\nLes violons de prix moyen sont d'une bonne fabrication industrielle."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "163", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.19", "texte": "LES INSTRUMENTS A ARCHET\n\nIls se distinguent, comme par le passé, par l'élégance de la coupe, les\nbois et le vernis. Les accessoires, tels que les chevilles, la touche, le\nchevalet et le cordier, sont aussi très soignés; mais ce que nous avons\nconstate avec pLiisîr, ce sont les qualités de sonorité de ces spécimens,\net le siicccs obtenu loisque nous les avons comparés aux instruments\nsimilaires des principales maisons de Markneukirchen. Les violons de\n1 ancienne ecole de Paris sauraient encore moins lutter. Bref, ces violons\net ces violoncelles sont d excellents instruments d'orchestre qu'une légère\nrévision, une sorte de mise au point, améliorerait sensiblement. Dans\nces conditions, un aitiste les jouerait sans hésitation. C'est là précisément\nla supériorité incontestable des instruments de nos maisons de Mirecourt\nsur les pioduits que les fabriques de Graslitz et de Mittenwald livrent\naux orchestres allemands, et qu'un remaniement serait impuissant à\ntransformer au même degré, sans parler de leur facture, sorte de marque\nde fabrique indélébile, qui fera toujours reléguer ces instruments dans\nles orchestres d'une certaine catégorie.\nIl est vrai de dire que les conditions de fabrication de M. Thibouville\nsont autres que celles des maisons étrangères. Tout diffère : l'outillage,\nl'emploi des procédés mécaniques, le découpage, le filetage, le vernis-\nsage* etc. Nos \\oisins, cela est visible, se sont attardés dans la pratique\ndes anciennes méthodes.\nLe personnel des établissements de M. Thibouville s'élève à plus de\n400 ouvriers,tant à Paris-Grenelle qu'à Mirecourt; il faut encore y ajou-\nter des ouvrières vernisseuses.\nOn sait combien, en présence de la dépréciation du salaire des femmes,\n1 existence d'un grand nombre d'ouvrières est aujourd'hui précaire.\nM. Thibouville, en leur donnant accès dans ses ateliers, a fait une œuvre\naussi bonne qu'elle est intelligente ; car il a ouvert une carrière de plus\nà l'activité féminine. Les connaissances requises pour le modeste emploi\nqui leur est confié ne sont pas au-dessus du niveau de l'intelligence de\nces jeunes apprenties; il est même permis de croire que beaucoup\nd'entre elles se montreraient dignes d'un rôle moins limité. A défaut\nde connaissances techniques, que nous ne regardons pas comme impos-\nsibles à acquérir, ne pourrait-on pas compter sur une certaine habileté de\nmain dans une profession qui n'exige qu'une dépense de force presque\nnulle ?\nVoici, à titre de renseignement, le prix de revient du violon de nou-\nvelle fabrication que M. Thibouville peut livrer aujourd'hui au prix\nde 5 francs, d'après le décompte communiqué par lui à la commissioi :"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "164", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.20", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nBois de fond of. 20 c.\nBois de la table 0 20\nBois du manche 0 °-*\nFaçon du manche 0 1\nTouche bois blanc noirci 0 20\nFaçon du fond et de la table. o 15\n* • ç\nDécoupage àla scie 0 1D\nMontage sur meule de la table et du fond... 1 2 5\nVernis 1 00\nMontage, cordes, chevalet, cordier......*.* o y 5\n4 10\n6 p. 0/0 sur frais généraux 2 5\n4 35\n15 p. 0/0 de bénéfice o 70\nTOTAL... 5 o5\nM. Thibouville nous a annoncé qu'il avait en cours d'exécution un\nnouvel outil qui lui permettrait de faire les manches par un moyen mé-\ncanique.\nLe violon de 5 francs a été joué pendant notre séjour à Vienne dans\nun concert donné chez M. du Sommerard, notre honoiable commissaire\ngénéral, et l'étonnement a été grand lorsque, après avoii applaudi le\nvirtuose qui s'était chargé de faire chanter 1 instrument, on a appiis\nqu'on pouvait l'acquérir, séance tenante, aux incroyables conditions de\nprix dont les exposants étrangers se sont émus.\nIl ne faut pas se montrer trop exigeant pour les qualités d'ampleur et\nde distinction de son que recherche tout instrumentiste ; mais il est\nincontestable que le violon expertisé sonnait bien, librement, et qu il a\nfait illusion à beaucoup d'auditeurs. M. Thibouville ne nous a pas\ncaché qu'il avait choisi entre beaucoup de ses pareils 1 instrument soumis\nà notre appréciation*, qu'il l'avait soigneusement pourvu de cordes\njustes, et qu'il avait ajusté un chevalet choisi; c était son droit. Le pro-\nblème d'une création industrielle qui confine à 1 art n en a pas moins é\\C\nrésolu à l'honneur de M. Thibouville. Nos collègues de 1 étranger ont\nd'ailleurs rendu justice à un procédé de fabrication qui rend le violon\naccessible aux bourses les plus modestes.\nNous aurions encore beaucoup à dire sur Mirecourt et sur les diffé-\nrentes études qu'y poursuit M. Thibouville; mais quelques unes d entie\nelles sont trop peu avancées pour être l'objet d une critique ou dun"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "165", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.21", "texte": "LES INSTRUMENTS A ARCHET j\n\néloge; nous encourageons seulement cet honorable exposant à continuer\nses études sur le chevalet. Celui qu'il a soumis à la commission, quoique\ninachevé, offre de l'intérêt et modifie sensiblement le son des instruments\naigres et criards.\nEn résumé, l'exposition de M. Thibouville a été l'objet des suffrages\nunanimes delà commission. Nous avons regretté qu'une interprétation\nétroite du règlement ait fait décider que les diplômes d'honneur ne se*\nraient pas demandés pour les exposants du groupe XV.\nPour qui se rappelle les humbles commencements de Mirecourt et les\ncompare aujourd'hui aux progrès réalisés, pour qui surtout pressent\nl'avenir industriel de la laborieuse cité lorraine et le développement de\nl'exportation de ses produits, il y a lieu de regretter la modestie des\nencouragements accordés au représentant le plus autorisé de cette inté-\nressante industrie.\nEn terminant, nous exprimerons de nouveau le regret de n'avoir pas\ntrouvé à Vienne les envois de nos grandes maisons parisiennes.\nA leur défaut, la fabrication de Mirecourt pourra du moins revendi-\nquer l'honneur d'avoir seule accepté le concours et conquis le premier\nrang parmi les maisons étrangères qui se consacrent à la lutherie in-\ndustrielle.\n\nJ. GALLAY."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "166", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.22", "texte": "UN PORTRAIT DE BEETHOVEN\n\nN dilettante allemand, qui disait avoir beaucoup connu\nBeethoven, vint un jour à Paris, avec un portrait sur\ntoile de l'illustre maître. C'était le seul, disait-il, qui\nrappelât exactement les traits de Beethoven. On le crut\nsur parole. Qui pouvait garantir la ressemblance?... Les\nsociétaires des concerts du Conservatoire décrétèrent que ce portrait\nserait lithographié, qu'eux seuls en auraient un exemplaire, et qu'ensuite\non briserait la pierre. En ce temps-là, les jeunes de l'orchestre ne tou-\nchaient que le tiers et même le quart de la somme qui revenait à\nchacun des sociétaires; j'étais parmi les jeunes, Ainsi nous n'avions\npas droit au portrait.\nCe Beethoven, avec les yeux au ciel, avec ses cheveux convenable-\nment pommadés et son manteau doublé d'hermine, contrastait singu-\nlièrement avec Fidée que nous nous faisions de l'illustre compositeur;\nnous arrêtions nos yeux sur cette tête dont le regard manquait de pro-\nfondeur, et nous nous refusions à reconnaître dans ce portrait le créateur\nd'œuvres si puissantes. Non, cette téte ne pouvait être celle de Beetho-\nven ; c'était celle d'un Abeilard, affaibli regrettant... sa patrie.\nQuand, après une répétition longue et fatigante pour tous, mais pro-\nductive seulement pour quelques uns, nous quittions cette glacière,\nappelée Salle des Menus-Plaisirs (bien menus en effet, les plaisirs !..) et\nque nous rencontrions le vieux dilettante allemand vissé invariablement\nà son portrait sous le bras, nous disions entre nous : Allons, voilà encore\nl'ami... du portrait de Beethoven.\nIl arrive souvent que le peintre, ayant à reproduire un grand person-"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "167", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.23", "texte": "UN PORTRAIT DE BEETHOVEN\n\nnage, donne beaucoup plus qu'on lui demande. On ne veut que la\nvérité; lui, veut frapper l'imagination. J'ai connu Silvio Pellico, et\nj'affirme qu'il eût été difficile de deviner en lui le patriote martyr et le\npoète inspiré. Petit, voûté,, peut-être même un peu bossu, il ressemblait\nà un de ces bons Flamands de Téniers, descendu de son tonneau. Il\nétait alors à Turin, bibliothécaire de je ne sais plus quelle maison prin-\ncière. Vous figurez-vous Silvio Pellico avec des manches de percaline,\nla plume à l'oreille et le pince-nez entre les yeux? Ce serait pourtant\nplus vrai que de l'habiller avec une lévite à brandebourgs et des bottes\nà revers jaunes, comme Laferrière dans ses rôles de séducteur irrésis-\ntible. Une tête byronienne, c'est beau ; mais la vérité, c'est plus beau\nencore.\nNous connaissons un portrait très réaliste de Schubert. Certes, cette\ngrosse tête frisée et ornée de grosses lunettes n'est pas flattée, cela empê-\nche-t-il que Schubert soit le chantre mélodieux de tant d'immortelles\nœuvres ?\nJe me trouvais un jour à Turin. devant l'étalage d'un libraire, je\nremarquai sur le frontispice d'un morceau de musique un portrait de\nBeethoven. Ce portrait avait cela de curieux que le divin maître était\nreprésenté en pied, avec une longue redingote, un pantalon à sous-\npieds, comme le Rossini du contrôle de l'Opéra (relégué maintenant\naux Italiens), le chapeau sur l'oreille, les cheveux au vent, les mains\nderrière le dos, et avec des gants. Au-dessous du portrait il y avait un\nfac-similé de sa signature. J'entrai chez le libraire et j'achetai le mor-\nceau pour avoir le portrait, comme jadis j'avais acheté la Pensée de\nReissiger pour avoir le portrait de Weber. J'ouvris la première feuille.\nUne surprise m'était réservée. C'était le thème que Beethoven a com-\nposé et mis en variations dans sa sonate dédiée à Kreutzer; et pour que\nle vulgaire ne se méprît pas sur la beauté de l'œuvre et sût bien de quoi\nil était question, après ces mots : Pensée de Louis Van Beethoven,\nl'éditeur avait eu la prudence de faire graver en grosses lettres : Air du\ntrémolo de Bériot. On le voit, j'avais fait une bonne affaire. Je ne\nvoulais que le portrait qui accompagne cette notice, et je possède en\nmême temps une curiosité musicale.\n\nP. SELIGMANN."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "168", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.24", "texte": "LES THÉATRES A PARIS\nPENDANT LA RÉVOLUTION\n\nL est une époque de l'histoire des théâtres à Paris, qui,\non peut le dire, est presque absolument inconnue,\nnon seulement du public, mais même des chercheurs,\ndes érudits et des curieux : c'est l'époque révolution-\nnaire. Cette période de l'histoire théâtrale a pourtant\nune importance réelle, et elle est tout particulièrement\nintéressante, à beaucoup de points de vue. Elle n'embrasse pas, d'ailleurs,\nun espace de moins de seize ans et demi, puisqu'elle s'étend à partir du\ni 3 janvier 1791, date du décret par lequel l'Assemblée nationale inau-\ngurait le régime de la liberté la plus complète en ces matières, jusqu'au\n8 août 1807. Cette dernière date est celle du décret de Napoléon lerIer qui\nrétablissait les privilèges dramatiques, faisait cesser violemment l'exis-\ntence d'un grand nombre d'entreprises alors en possession de la faveur\npublique, en les prévenant neuf jours à l'avance, et réduisait à huit,\nc'est-à-dire aux deux tiers de ceux existant en 1790, le nombre des\nthéâtres destinés à alimenter la curiosité du public parisien.\nCe côté particulier de l'histoire du théâtre nous ayant depuis long-\ntemps attiré, nous nous trouvons, après plus de dix années de recherches\nactives et difficiles, pourvu d'une formidable collection de notes, d'au-\ntant plus précieuses que le sujet n'a jamais été abordé dans son ensemble.\nNous voudrions faire connaître ici, à l'aide de ces notes, quelques-uns\ndes nombreux théâtres que le décret de 1791 fit éclore promptement et"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "169", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.25", "texte": "LES THÉÂTRES A PARIS\n\nsuccessivement à Paris pendant la période que nous venons de déter-\nminer, et pour cela, dans la forme comme dans le fond, nous ne préten-\ndrons pas au titre d'historien, mais à celui de simple chroniqueur. C'est\nlà un chapitre de l'histoire de la Révolution qui n'a jamais été, non-\nseulement tracé, mais même effleuré, et dont nous demandons mo-\ndestement à poser les bases. A défaut d'autre intérêt, il présenterait au\nmoins celui de la curiosité ; nous osons affirmer que cet attrait n'est pas\nle seul, et que sa connaissance ne sera pas sans quelque utilité.\nDès les premiers jours de la Révolution, la question si importante de\nla liberté des théâtres s'imposait à tous les esprits ; chacun comprenait\nla nécessité d'une réforme sous ce rapport, et, le 24 août 1790, une péti-\ntion était présentée à l'Assemblée nationale,demandant : i° l'abolition\ndes privilèges de spectacle ; 20 la jouissance pour tous les théâtres,\nindistinctement, des ouvrages des auteurs anciens; 3° la faculté pour\ntout particulier, possédant un théâtre ou le faisant construire, d'y faire\njouer la comédie ; 40 enfin, le droit, pour les auteurs vivants, de sta-\ntuer eux-mêmes sur la valeur de leurs ouvrages, de gré à gré avec les\ndirecteurs, ceux-ci ne pouvant en aucun cas les faire représenter sans le\nconsentement des premiers. Cette pétition, rédigée et présentée par\nLa Harpe, avait été signée par lui, ainsi que par Chamfort, Sedaine,\nMercier, Fenouillot de Falbaire, Ducis, Leblanc, Palissot, Bret, Marie-\nJoseph Chénier, Cailhava, Fabre d'Eglantine, Lemierre, Collot d'Her-\nbois, Fallet, Laujon, Dudoyer, Beaumarchais, Forgeot, Sauvigny,\nGudin, Maisonneuve, Blin de Sainmore, Murville et Cubières-Palme-\nzeaux.\nDès le 15 novembre suivant, l'Assemblée s'occupait de cette pétition,\net son comité de constitution, dans une décision prise par lui et signée\npar Chapelier, Rabaud et Target, déclarait que « le principe général est\nque tout homme peut établir un spectacle, et que la police en a la sur-\nveillance ». Le 13 janvier, en séance, la question fut mise à l'ordre du\njour, et une longue discussion s'établit, à laquelle prirent part, outre\nChapelier, deux hommes qu'on ne s'attendrait pas sans doute à trouver\nen cette affaire : l'abbé Maury et Robespierre lui-même. A la suite de\ncette discussion, l'Assemblée rendit un décret qui fut signé par le roi le\n19 du même mois, et dont voici la teneur :\nArticle ler.Ier. Tout citoyen pourra élever un théâtre public, et y faire repré-\nsenter des pièces de tous les genres, en faisant, préalablement à l'établisse-\nment de son théâtre, sa déclaration à la municipalité des lieux» —Article 11.\nLes ouvrages des auteurs morts depuis cinq ans et plus sont une propriété"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "170", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.26", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\npublique, et peuvent, nonobstant tous anciens privilèges qui sont abolis,\nêtre représentés sur tous les théâtres indistinctement. Article 111. Les\nouvrages des auteurs vivans ne pouront être représentés sur aucun théâtre\npublic, dans toute l'étendue de la France, sans le consentement formel et par\nécrit des auteurs, sous peine de confiscation du produit total des représenta-\ntions au profit des auteurs. Article IV. La disposition de l'article 111\ns'applique aux ouvrages déjà représentés, quels que soient les anciens régle-\nmens; néanmoins, les actes qui auraient été passés entre des comédiens et\ndes auteurs vivans, ou des auteurs morts depuis moins de cinq ans, seront\nexécutés. —Article V. Les héritiers ou les cessionnaires des auteurs seront\npropriétaires de leurs ouvrages, durant l'espace de cinq années après la mort\nde l'auteur. Article VI. Les entrepreneurs, ou les membres des différens\nthéâtres, seront, à raison de leur état, sous l'inspection des municipalités ;\nils ne recevront des ordres que des officiers municipaux, qui ne pourront\npas arrêter ni défendre la représentation d'une pièce, sauf ]a responsabilité\ndes auteurs et des comédiens, et qui ne pourront rien enjoindre aux comé-\ndiens que conformément aux lois et aux règlemens de police, règlemens\nsur lesquels le comité de constitution dressera incessamment un projet\nd'instruction. Provisoirement, les anciens règlemens seront exécutés. —•\nArticle VII. Il n'y aura qu'une garde extérieure, dont les troupes\nde ligne ne seront point chargées, si ce n'est dans le cas où les officiers mu-\nnicipaux leur en feraient la réquisition formelle. Il y aura toujours un ou\nplusieurs officiers civils dans l'intérieur des salles, et la garde n'y pénétrera\nque dans le cas où la sûreté publique serait compromise, et sur la réquisition\nexpresse de l'officier, lequel se conformera aux lois et aux règlemens de\npolice. Tout citoyen sera tenu d'obéir provisoirement à l'officier civil.\n« Mandons et ordonnons à tous les tribunaux, corps administratifs et\nmunicipalités, que les présentes ils fassent transcrire sur leurs registres, lire,\npublier et afficher dans leurs ressorts et départemens respectifs, et exécuter\ncomme Loi du Royaume. En foi de quoi Nous avons signé et fait contresigner\nces dites présentes, auxquelles Nous avons fait apposer le sceau de l'État.\nA Paris,# le dix-neuvième jour du mois de janvier, l'an de grâce mil sept\ncent quatre-vingt-onze, et de notre règne le dix-septième.\n« Louis,\n« M. L. F » Duport. »\nOn voit que d'un seul coup ce bref décret réglait toute la matière,\nnon seulement en instituant sur les bases les plus larges la liberté théâ-\ntrale, mais encore en établissant pour l'avenir les rapports entre auteurs\net entrepreneurs, et en disposant la police ordinaire des salles de spec-\ntacle. Lorsqu'il fut rendu, les théâtres existant à Paris étaient au\nnombre de douze, savoir :\nOpéra;\nComédie-Française (Théâtre de la Nation) ;\nComédie-Italienne, eu Théâtre Favart (Opéra-Comique national) ;"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "171", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.27", "texte": "LES THÉÂTRES A PARIS\n\nThéâtre de Monsieur (Feydeau) ;\nThéâtre des Beaujolais ;\nThéâtre Montansier ;\nThéâtre-Français comique et lyrique;\nVariétés (ex-Variétés-Amusantes) ;\nAmbigu-Comique ;\nThéâtre de Nicolet (Grands-Danseurs du roi) ;\nThéâtre des Associés ;\nThéâtre du Délassement-Comique.\nLe nouvel ordre de choses fit pousser les spectacles, on peut le dire,\ncomme des champignons, si bien que dans le cours de cette même année\ni79i,onen compta jusqu'à trente-cinq ! Cette progression inouïe fit\ndire à un auteur dramatique, qui n'avait point signé la pétition\nLa Harpe, le Cousin-Jacques, de joyeuse mémoire, que, pour peu que\ncela continuât, on aurait bientôt un théâtre par rue, un acteur par mai-\nson, un musicien par cave et un auteur par grenier»\nVoici les noms des vingt-trois théâtres nouveaux qui s'étaient venus\njoindre si rapidement à ceux établis sous l'ancien régime :\nThéâtre Louvois ;\nThéâtre du Marais ;\nThéâtre de Molière ;\nÉlèves de Thalie ;\nThéâtre des Neuf-Millions (c'est le nom original que devait porter\ncelui que la Montansier faisait bâtir rue de la Loi, et qu'elle prétendait\ndiriger en même temps que celui qu'elle administrait déjà au Palais-\nRoyal);\nThéâtre d'Emulation ;\nLes Petits Comédiens français;\nThéâtre de la Concorde ;\nThéâtre des Muses ;\nLycée dramatique ;\nThéâtre du Mont-Parnasse ;\nThéâtre du Vaudeville;\nWauxhall d'été;\nThéâtre d'Henri IV (alors en construction, qui prit le titre de Théâtre\nde la Cité) ;\nVariétés Lyriques;\nThéâtre du café Yon;"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "172", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.28", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nThéâtre de la Liberté ;\nNouvelles Variétés;\nThéâtre du Cirque;\nThéâtre du sieur Moreau ;\nThéâtre de Thalie ;\nThéâtres (deux) de la place Louis XV.\nTrente-cinq théâtres, parmi lesquels dix au moins avaient une impor-\ntance considérable, trente-cinq théâtres pour une ville dont la population\natteignait à peine alors le chiffre de 600,000 habitants, c'était beaucoup\nassurément. Plus de] la moitié de ces établissements, dirigés par des\nhommes absolument étrangers à l'art dramatique, possédant des tioupes\net un répertoire impossibles, étaient dans un piteux état. C était ce mau-\nvais sort de quelques entreprises placées sous la main de spéculateurs\ninintelligents, qui faisait dire à un écrivain du temps, annonçant l'ou-\nverture prochaine d'un nouveau spectacle : ce Encore un théâtre, rue\nAumaire. C'est la rue des cordonniers et des savetiers ; les directeurs\ntraînent déjà la savate. »\nChaque mois, en effet, en voyait éclore de nouveaux. On eut ainsi,\nsuccessivement, le théâtre de la Cité, le théâtre du Lycée des le\nthéâtre Louvois, le théâtre des Amis de la Patrie, le théâtre des Sans-\nCulottes, le théâtre de la Montagne, les Jeunes-Artistes, les Jeunes-\nÉlèves, les Jeunes-Comédiens, le théâtre des Victoires-Nationales, le\nthéâtre Mythologique, le théâtre Mozart, le théâtre des Troubadours, les\nNouveaux-Troubadours, le théâtre Sans Prétention, le théâtre Mareux,\nle théâtre des Amis des Arts, le théâtre Doyen, le théâtre du Boudoir\ndes Muses (!), le Petit-Vaudeville, Je théâtre d'Émulation, le théâtre de\nla Société Olympique, le théâtre de l'Estrapade, les Veillées de Momus (!l),\nle théâtre de la rue du Renard-Saint-Méry, et beaucoup d'autres\nencore.\nMais, comme on le pense bien, tout cela ne vivait pas simultanément,\net il n'y eut jamais, ainsi qu'on l'a dit, cinquante et quelques théâtres\nouverts à la fois dans Paris. Quelques uns ont joui d'une vie glorieuse,\nsinon toujours prospère ; d'autres et c'est le plus grand nombre\nn'eurent, au contraire, qu'une existence précaire et bornée. Ceux-ci\nouvraient leurs portes au public, mais pour les fermer presque aussitôt;\nune nouvelle administration surgissait alors qui leur rendait la vie pour\nquelques instants, changeant l'enseigne et variant peu la marchandise,\net bientôt, après une nouvelle catastrophe, un troisième entrepreneur se\nprésentait qui donnait un troisième titre à rétablissement. C'est ainsi"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "173", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.29", "texte": "LES THÉÂTRES A PARIS\n\nque, malgré les noms de soixante-dix théâtres environ qui sont venus\njusqu'à nous, il n'en a guère été construit plus de quarante dans cette\népoque de remue-ménage universel. Mais ces théâtres changeaient à\ntout instant de nom, de directeur et de personnel, et la confusion iné-\nvitable qui résulte de ces changements incessants fait que l'histoire théâ-\ntrale de ce temps est aujourd'hui, après soixante-dix ou quatre-vingts\nans, extrêmement difficile à établir.\nNous tâcherons de nous reconnaître dans ce chaos, et de faire tenir le\nfil au lecteur afin que, nous suivant docilement, il ne puisse s'égarer.\nI\nTHÉATRE MOLIÈRE\nDe tous les établissements dramatiques que le décret du i 3 janvier\n17*91 fit surgir à Paris, l'un des premiers fut le théâtre Molière, dont l'in-\nauguration eut lieu le 1 t juin suivant, juste cinq mois après la promul-\ngation de ce décret. Le fondateur de ce théâtre était un homme actif,\nétrange, hardi, intelligent, et particulièrement expert en ces matières,\nayant été comédien et entrepreneur de spectacles à-Paris, en province et\nà l'étranger. Ce personnage, qui était arrière-petit-fils du poète comique\nBoursault, était connu sous le nom de Boursault-Malherbe, et, comme\nCollot d'Herbois, qui avait été aussi comédien, il devait être appelé à\njouer un rôle politique dans les sombres événements qui se préparaient ;\nmais un rôle plus modeste et surtout moins sanglant que celui de Collot.\nJean-François Boursault était né à Paris en 1762. « Mon père, a-t-i!\ndit lui-même (1), petit-fils de Boursault le poète, était négociant rue\nSaint-Antoine, et, par sa réputation, rangé dans la classe des notables\nde la ville de Paris. Il me destinait au barreau, et fit soigner mes études ;\nmais l'amour des lettres m'entraîna dans la carrière du théâtre, où je pris\nle nom de Malherbe. Ma conduite, un talent assez remarquable, quel-\nques ouvrages dramatiques me firent rechercher dans les piemières villes\nde France. J'ai passé.dix-huit ans de ma jeunesse tant à Lille, Liège,\nAmiens, Marseille, Toulouse, Grenoble, Bordeaux, Lyon et Rouen,\nqu'à Paris, où je fus mandé lors de la mort ds Lekain et de ijeliecour»\n\n(1) Dans une brochure en réponse à des calomniateurs politiques: « Notice sur\nla vie publique et privée de Boursault-Malherbe,en réponse à quelques pamphlets.»\nParis, impr. Lebègue, 1819, in-8."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "174", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.30", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nDans toutes ces villes, mes mœurs furent celles que, depuis Molière,\nLanoue, Dufresny, nombre d'auteurs et d'acteurs à talent ont honorées\net honorent encore tous les jours. » Ce langage n'est peut-être pas très\nmodeste, mais c'est celui d'un honnête homme, fort de sa conscience (i).\nBoursault, en effet, après avoir obtenu en province de grands succès\ndans les premiers rôles tragiques, avait été appelé à la Comédie-Fran-\nçaise à la mort de Lekain : mais comme Larive venait de débuter et de\n> 7\nréussir dans l'emploi tragique, il dut se borner à l'emploi comique, et\ndébuta d'une façon très heureuse, le 5 décembre 1778, dans les deux\nrôles d Ariste du Philosophe marié et du chevalier d'Étieulette dans\nGageure imprévue.Malgré son succès, il ne tarda pas à retourner en\nprovince, devint actionnaire et administrateur du Grand-Théâtre de\nMarseille, puis bientôt alla établir un théâtre français à Palerme, sous\nles auspices du prince Caraccioli.\nLorsque la Révolution éclata en France, il revint à Paris, adopta les\nidées nouvelles avec une grande chaleur et les propagea par tous les\nmoyens en son pouvoir, même, nous le verrons plus loin, à l'aide du\nthéâtre qu'il'fonda en 1791. Il ne conserva pas longtemps, d'ailleurs, la\ndirection de ce théâtre. S étant rendu en province, en 1792, pour y rece-\nvoir le dernier soupir de son père, il revint bientôt à Paris, où les évé-\nnements du 10 août amenèrent la fermeture momentanée du Théâtre\nMolière. Comme les affaires politiques le préoccupaient et qu'il venait\nd'être nommé électeur, il abandonna sa direction, alla siéger, au bout de\nquelques mois, à la Convention, puis partit en province pour diverses\nmissions.\n\n(i) Sous la Restauration, alors qu'il occupait une situation industrielle impor*\ntante, et qu'il avait acquis une grande fortune, Boursault fut en butte à diverses\naccusations. On affirma d'abord qu'à la Convention, dont il avait été membre, il\navait voté la mort de Louis XVI, ce qui était matériellement faux, puisque, nommé\nd'abord électeur de Paris pbur la section des Lombards, puis premier député sup-\npléant, il n'avait commencé à siéger qu'après le procès et la mort du roi; le calom-\nniateur, Barruel-Beauvert, attaqué par lui, dut se rétracter. On l'accusa ensuite de\nconcussion et de dilapidation des deniers publics dans les diverses missions politi-\nques, militaires ou administratives dont il avait été chargé pendant la Révolution,\ndans les départements de la Loire-Inférieure, de la Sarthe, de l'lle-et-Vilaine, des\nCôtes-du-Nord, du Morbihan, de la Mayenne, et dans le Coijitat-Venaissin; Boursault\nrépondit, dans la brochure dont nous venons d'extraire un fragment, accumula les\npreuves, les témoignages, fit appel à tous ceux qui l'avaient connu à cette époque,\net réduisit ses diffamateurs au silence. L'auteur de l'article sur Boursault-Malherbe,\ninséré dans la Biographie Michaud, n'a certainement pas eu connaissance de cet\nécrit concluant, autrement il n'aurait pas écrit qu' « au milieu de ses nombreuses\ncontradictions, il est bien difficile d'apprécier d'une manière équitable la vie poli-\ntique d'un des hommes, sinon les plus sincères et les plus utiles de cette époque,\nau moins le plus actif dans une sphère inférieure. »"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "175", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.31", "texte": "LES THEATRES A PARIS\n\nEn 1806, nous le retrouvons à la tête de son théâtre, agonisant, après\nune foule de vicissitudes, dans des mains incapables. Grâce à son\nhabileté, l'entreprise est assez rapidement remise à flot, lorsque le décret\nimpérial de 1807 vient la condamner à mort. « Réduit à se créer un\nautre genre d'industrie, dit alors un biographe, Boursault sollicita et\nobtint à ferme le nettoyage de la ville de Paris, et, quelque temps après,\nles maisons de jeu. Il gagna dans les boues et dans les tripots une for-\ntune immense ; mais, comme pour s'en faire pardonner l'origine, For\nque lui versaient le creps et la roulette était employé en achats de vieux\ntableaux, et il semblait vouloir purifier une fortune venant des immon-\ndices en l'employant à réunir les plantes les plus rares des deux hémi-\nsphères dans les serres admirables de sa villa de la rue Blanche. Riche à\nmillions, entouré des merveilles de 1 art et de la nature, Boursault, pres-\nque septuagénaire, sentit encore se réveiller dans son cœur sa première,\nsa plus foi te passion : celle du théâtre. En iB3o, il acheta trois millions\nla salle Ventadour, qui en avait coûté sept àla liste civile : il gagna\ni,500,000 mille francs à cette première opération; il est vrai qu'il re-\nperdit ce bénéfice et une forte somme en sus dans la direction de l'Opéra-\nComique, qu il garda pendant 1 année iB3o. Doué d'un coup d'œi.l sûr,\nil comprit sa faute,et songea à trancher dans le vif pour se tirer d'affaire\net se soustraire à une ruine complète. Boursault assembla un matin dans\nle foyer tous les artistes et tous les employés du théâtre; il les reçut assis\ndevant une table chargée de piles de pièces d'or et de billets de banque.\nOn eût dit que, se souvenant de ses anciennes fonctions, il avait invité\ntoute sa troupe à une partie de trente et quarante. Quand chacun eut\npris place, le directeur se leva et dit : « Mesdames et messieurs, j'ai\nsigné avec vous tous des traités de longue durée ; vous pouvez m'obliger\nà continuer l'exploitation de mon privilège; je m'y ruinerai, et mon\ninévitable désastre vous coûtera quelque chose. Si, au contraire, vous\nvoulez bien me permettre de me retirer et de rompre immédiatement;\nvos traités, je vous paie sur l'heure, à titre d'indemnité, une année de\nvos appointements. » Les artistes étaient éblouis et fascinés par la vue\ndu trésor étalé devant eux ; ils acceptèrent tous la proposition et furent\npayés comptant. Cela coûta plusieurs centaines de mille francs à Bour-\nsault; mais, au prix de ce sacrifice, sa fortune, qui était immense, fut\nsauvée. Après ce coup de maître, il vendit sa galerie, il démolit ses serres,\nles plus riches et les plus soignées qui fussent à Paris, et peut-être en\nEurope, et il fit percer sur son beau parc la rue qui porte son nom.\nTour à tour comédien, législateur, fournisseur, écrivain, directeur de\nthéâtres, directeur des jeux, Boursault, qui avait conservé une grande"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "176", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.32", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nverdeur d'esprit et de corps, malgré une vie pleine de vicissitudes,\nmourut à Paris, âgé de quatre-vingts ans, 1842. Il laissa en mourant une\nfortune de près de trois millions (1). »\nNous avons fait connaître ce qu'était Boursault-Malherbe; nous allons\nmaintenant retracer Thistore du théâtre fondé par lui.\n(La suite prochainement.)\n\nARTHUR POUGIN.\n\n0\n(i) Nous avons vu, d'après la brochure de Boursault lui-même, citée plus haut,\nqu'il était né en 1752. Il était donc âgé, lorsqu'il mourut, non de quatre-vingts,\nmais de quatre-vingt-dix ans."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.33", "texte": "TRIO ITALIEN BURLESQUE\nCompose' par le Sieur CAMBERT, Maistre de la musique\nde la feüe Reyne Mère, pour\nLE JALOUX INVISIBLE, Comédie de Brécourt.\n(1666)\nCon moto.\nTranscrit avec Piano\npar J. B. WEKERLIN.\n\n- 1 -"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.34", "texte": "o\n-1-"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.35", "texte": "3\n-1-"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.36", "texte": "4\n1 -"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.37", "texte": "5\n-1-"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.38", "texte": "6\n-1-"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.39", "texte": "7\n-1 -"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.40", "texte": "8\n-1-\n\nJ. PERRIN. Graveur."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.41", "texte": "•A\n' * •\niz\n\nLE\nTRIO BURLESQUE DE CAMBERT\n\nES œuvres de Cambert sont fort rares : nous avons\ndonc saisi avec empressement l'occasion qui nous était\nofferte par M. Heulhardde reproduire ce trio comique,\nd'après l'édition du Jaloux invisible, de Brécourt\n( 1666). Cette édition princeps renferme le trio de Cari-\nse)li noté pour les irois voix avec l'indication musique\nde Cambert.\nLully prenait son bien et même celui des autres partout où il y avait\nquelque chose à sa convenance ; nous trouvons en effet ce trio de Cam-\nbert dans la cinquième entrée des Fragments de Lully. Ce ballet fut\nreprésenté le 10 septembre 1702. Lully ou son airangeur, car en 1702\nLully était mort, fait précéder le trio de Cambert par un\nlequel Cariselli joue à peu près le rôle d'un idiot :\nPerché critdo amore\nCon tanto rigore\nHai ferito il coco co core\nDel povero Cariselli?\nAprès ce récitatif vient le trio de Bon di Cariselli, tel que Cambert\nla écrit, à l'exception d'un nouveau récitatif de Cariselli qui ne se trouve\npas dans le trio de Cambert, par la simple raison que les paroles n'au-\nraient eu aucun sens dans la pièce de Brécourt. Cariselli continue donc:\nLa Bella cli adoro mi trova un poco bruto, etc. Puis entrent trois Pan-\ntalons et deux Scaramouches portant la burette (cette entrée est jouée par"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "178", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.42", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nles violons). Les Pantalons chantent dalla baretta ogni cosa espetta, etc.,\nainsi que cela se trouve dans le trio de Cambert. Viennent Safrina et\nCasini qui ont une scène d'amour, différents pas et enfin une danse des\nScaramouches. La strette dll grande fecco cornuto ne se trouve que\ndans la pièce de Brécourt. Ce trio de Cambert paraît avoir été très popu-\nlaire et très goûté, car sous la forme de cet arrangement, tel qu'on le\ntrouve dans les Fragments de Lully, il reparaît à la suite de Fêtes de\nThalie par Mouret, puis avec le Ballet de la Grotte de Versailles, avec\nla Princesse ayzcAlceste, avec Pourceangnac,avec les Amours\nde Mars et de Vénus, etc. 11 paraît qu'il n'y avait pas de fête complète\nsans le trio de Cambert. L'astucieux Italien, après avoir volé à Cambert\nson privilège de l'Opéra, lui volait encore sa musique. D'après le cata-\nlogue des Ballets, opéras et autres ouvrages lyriques (de La Vallière,\n1760), les paroles de l'arrangement des Fragments de Lully sont de\nDanchet, et les arrangements de la musique par Campra.\nDans le Dictionnaire des Léris 1763, on trouve encore\nce renseignement au Ballet des Fragments de Lully : « Ces entrées\nsont suivies du Divertissement comique de Cariselli, qui avait paru\nanciennement à la cour et qu'on a revu plusieurs fois depuis. »\n\nJ.-B. WEKERLIN."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "179", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.43", "texte": "REVUE DES CONCERTS\nCONCERTS POPULAIRES ; Concerto pour violon, de M. Max Bruch, exécuté par\nM. Mauhin. Concerto pour piano, de Rubinstein (op. 70), exécuté par M. Diémer,\n- CONCERT DU CHATELET. ►«» CIRQUE FERNANDO.\nONCERTS POPULAIRES. Les programmes de cette\ndernière quinzaine ne fournirent guère matière à de longs\ndéveloppements, et je me bornerai, pour cette fois, à la\nstricte énumération des œuvres exécutées.\nSymphonie \"pastorale et symphonie en ut majeur de\nBeethoven, Allegretto de la symphonie-cantate de Men-\ndelssohn, fragment d'une œuvre importante, qu'on a le\ngrand tort de ne jamais exécuter intégralement en France. Le Songe d'une\nNuit d'Été. Ouverture de Don Juan et fragments du quintette en la de Mozart.\nAu Larghetto de ce quintette qu'on a l'habitude d'isoler et d'exécuter seul\ndans les concerts à orchestre, M. Pasdeloup a jugé à propos, depuis l'année\ndernière, d'ajouter le Menuet et Y Allegretto con variaponi; j'ai déjà eu l'oc-\ncasion d'expliquer tout au long pourquoi cette addition me semblait regret-\ntable, je n'y reviendrai pas. Rêverie de Schumann et Entr'acte de Taubert,\ndeux charmants tableaux de chevalet qui se perdent un peu au milieu des\ntoiles grandioses de ce musée de l'art classique. Concerto pour violon de\nM. Max Bruch, exécuté pour la première fois en France au Concert National'\nen 1873. C'est une œuvre d'un style terme, net et très clair, qui mérite de\nprendre rang au nombre des œuvres classiques du violon. M. Mauhin l'a\nrendue avec un talent honnête et consciencieux; son jeu est correct, mais\nmou, les attaques sont parfois mal assurées, le son manque d'ampleur et\nl'exécution générale gagnerait beaucoup à être relevée par un peu plus de\nverve et de maestria. 4e Concerto pour piano (op. 70) de Rubinstein, exécuté"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "180", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.44", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\npar M. Diémer, œuvre remarquable, très mélodique et d'un style très sou-\ntenu; un peu terne de coloris. M. Diémer l'exécute avec cette délicatesse de\ntouche, cette pureté de mécanisme et ce jeu facile, délicat et brillant tout à\nla fois qui caractérisent son talent. Ces qualités suffisent à bien rendre les\ndeux premiers morceaux ; il faudrait pour donner au finale toute sa valeur, la\nvigueur et la bravoure de M. Rubinstein lui-même.\nH. Marcello.\nCONCERT DU CHATELET. - Après six mois de repos et de silence, le\nThéâtre du Châtelet vient de rouvrir ses portes au public avide de se nourrir\nà nouveau des belles mélodies, des riches effets d'instrumentation des grands\nmaîtres, et de l'excellente exécution qu'il est certain de rencontrer chez les\nartistes de M. Colonne. Le premier concert, par un sentiment de délicatesse de\nla part de son éminent chef d'orchestre, a été consacré à la mémoire du jeune\net brillant compositeur, enlevé soudainement, comme par un coup de foudre,\nà l'art qu'il honorait et qui le pleure comme un de ses plus dignes représen-\ntants. Un lamcnto, morceau symphonique dû àla plume de M. Massxenet, une\npoésie de M. Gallet, récitée par madame Galli-Marié, et une audition de Patrie,\nl'une des meilleures productions de Bizet, tel a été l'hommage offert à la mé-\nmoire de l'artiste regretté. Le lamento, dont tout le commencement est su-\npérieurement développé, se termine par une magnifique entrée des instru-\nments de cuivre, qui apparaît comme un chant de triomphe. Madame Galli-\nMarié a su communiquer à tout l'auditoire l'émotion qui la dominait, et\nl'aimable cantatrice a été rappelée. Le 4e concerto pour piano, de M. Saint-\nSaens, renferme de grandes beautés, surtout dans 1 introduction, 1 andante et\nle scherzo. L'intermède et le finale ont moins rencontré de sympathies dans\nle public, mais on ne saurait toutefois nier l'art avec lequel le piano se marie\navec l'orchestre dans cette remarquable composition.\nLe concert du 7 novembre a donné pour nouveauté une Pastoi aie de\nM. P. Lacombe. Cet artiste, adepte fervent du genre classique, à ce qui!\nsemble, a rencontré une très heureuse phrase musicale qu il a bien dévelop-\npée et que le public a parfaitement accueillie, en applaudissant vi\\ement la\nPastorale. Quant au concerto de violon de Max Bruch, c est à M. Sarasate\nque revient tout l'honneur de son succès \", il a paru long, hérissé de dit fi—\ncultés, et n'offre rien de bien saillant. L'air de ballet, des Scènes pittoresques\nde M. Massenet, a réussi comme toujours et a été répété à la grande satisfac-\ntion de l'auditoire.\nCIRQUE-FERNANDO. L'Ouverture de Roméo et Juliette, de Steibelt,\navec la qualification sur le programme à'ancien style, a commence le cin-\nquième concert. J'avoue que le style d ; cette ouverture ne m'a pas paru plus"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "181", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.45", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nancien que celui de toutes les symphonies de Mozart et de Haydn, dont elle\nest le reflet. Il s'y trouve un andante large et d'un beau caractère, un allegro\nvigoureux, et le motif principal a du charme. L'instrumentation est bonne ;\nmais il lui manque la vie dramatique et cette chaleur communicative] qui\nse rencontre dans les ouvertures de la Flûte enchantée, de la Chasse du\njeune Henri, de la Vestale, parmi celle de l'ancien répertoire, et dans celles\ndu Freischutde Zampa et de Guillaume Tell, dans le répertoire moderne.\nLa Bourrée de Bach, instrumentée par M. Gevaert, a produit peu d'effet. La\nseconde audition de la symphonie inédite et anonyme en ut a confirmé le\nsuccès qu'elle avait obtenu à la première.\nLe sixième concert a été remarquable de tout point. Je laisse de côté la\nlongue et confuse ouverture de Fier-à-bras, de Schubert, et même la sym-\nphonie en ut de Haydn, dite l'Ours, dans laquelle rien à mon avis ne révèle\nle grand compositeur, sauf le menuet, qui est d'une fraîcheur et d'une grâce\nindicibles. La Marche des Ménétriers de la Cour, de M. Reber, est un mor-\nceau caractéristique, qui a reçu un fort bon accueil. Mais les trois perles du\nConcert ont été la Marche en re, de Mendelssohn, l'air des Noces de Figaro,\nchanté par mademoiselle Belgirard, avec une voix large, puissante, une pu-\nreté de son irréprochable et un excellent accent dramatique qui lui ont valu\ntrois rappels, et l'Ouverture de la Chasse du jeune Henri. Cette marche de\nMendelssohn, qui date de 1841, et que la Société des Concerts du Conserva-\ntoire semble ignorer, puisqu'elle ne la fait jamais entendre, est une page\nsplendide. Le solo de trombone basse, à coulisses, exécuté par M. Venon, a\nexcité un véritable enthousiasme, et la marche a été bissée à l'unanimité. Le\npublic s'est retiré en applaudissant à outrance la célèbre ouverture de Méhul.\nHenry Cohen."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "182", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.46", "texte": "REVUE DES THÉÂTRES LYRIQUES\nBOUFFES-PARISIENS : La Créole, opérette en trois actes, paroles de M. Albert Millaud,\nmusique de M. Jacques Offenbach. FOLIES-DRAMATIQUES : Le Pompon, opéra\ncomique en trois actes, parolesjde MM. Chivot et Duru, musique de M. Ch. Lecocq,\nRANÇAIS, mes frères, qui vous êtes surnommés vous-\nmêmes, par la voix d'un des vôtres, le peuple le plus\nspirituel de la terre et il y avait là-dedans tout à\nla fois un peu de vérité et un peu de vanité croyez\nque dans un demi-siècle vos descendants auront le\ndroit de dire qu'une fois au moins vous en avez été\nle plus inepte et le plus bête. Quand ceux-ci se souviendront que pen-\ndant vingt ans votre théâtre n'aura vécu que de cette chose idiote,\nodieuse et malsaine qui s'appelle l'opérette, que pendant vingt ans vous\naurez été en proie à cette littérature lubrique et dévergondée, que pen-\ndant vingt ans vous aurez fait votre fétiche d'un joueur de guimbarde\nqui aura passé sur le corps de tous les vrais musiciens, qui aura acca-\nparé tous les théâtres, depuis les plus infimes jusqu'aux plus relevés, et\nqui aura personnifié chez vous cet art chaste et pur de la musique*\nFrançais, mes frères, croyez-le bien, vos descendants concevront de\nvous une bien fâcheuse opinion.\nL'opérette se meurt, dit-on, l'opérette est morte. Hélas! l'opérette\nn est pas morte encore, malheureusement. Je crois bien que sa santé\ncourt de grands risques, à la vérité, mais son râle se prolonge plus que\nde raison, et elle nous invite encore trop fréquemment à assister aux\nscènes de sa triviale agonie. Je sais bien que Madame VArchiduc n'a\npas fait florès, je sais bien que la Boulangère a des écus ne fera pas"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "183", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.47", "texte": "REVUE DES THEATRES LYRIQUES\n\nfortune, je sais bien que l'existence de la Créole ne sera pas de longue\ndurée, mais tout cela néanmoins prolonge notre supplice, et il serait\ngrand temps que cette mascarade sans goût, sans esprit et sans valeur se\ndécidât enfin à cacher ses oripeaux, et à rentrer dans le grabat d'où elle\nn'aurait jamais dû sortir.\nPour en venir directement à la Créole, on se rappelle sans doute que\nle premier fruit de la collaboration de MM. Albert Millaud et Jacques\nOffenbach, produit sous le titre de Madame VArchiduc, n'avait été que\nmédiocrement heureux. Malgré les lazzis fanés du « poète », malgré les\nenchantements de la lyre du musicien, malgré la présence d'une artiste\nqui est vraiment une charmeuse, madame Judic, Madame l'Archiduc\navait traîné péniblement une vie somnolente, et Ton eût dit que l'infor-\ntunée ne marchait qu'armée d'une paire de formidables béquilles, pour-\nsuivant cahin-caha le cours d'une carrière uniforme et languissante.\nIl en sera de même, croyez-le bien, de la Créole, si tant est même que\ncelle-ci parvienne à se maintenir quelque temps sur l'affiche, ce qui n'est\npas absolument prouvé. Malgré les efforts que le théâtricule a mis au\nservice de ses fournisseurs; malgré son vaisseau du troisième acte, qui\nressemble à ceux de VAfricaine, et du Fils de la Nuit\ncomme M. Offenbach ressemble à un musicien; malgré le langage nègre\nque M. Millaud a prêté, on ne sait pourquoi, à sa créole; malgré l'intel-\nligence véritable et l'incontestable talent de madame Judic, les admira-\nteurs du genre ne se pâment qu'à moitié devant les prodiges de leur\nidole, et Ton peut voir clairement que la puissance et l'autorité de l'au-\nteur de BarkouJ] du Papillon et du Pont des Soupirs vont diminuant\nde jour en jour. Or, il n'y a pas de milieu, et quand celui qu'on a ap-\npelé le roi de l'opérette ne remporte pas une complète victoire à la tête\nde sa vaillante armée, on peut tenir pour certain qu il est en déroute, car\ndans cet ordre d'idées il n'y a pas de résultat indécis, et c est le cas de\ndire qu'il faut vaincre ou mourir.\nVous raconterai-je tout au long les incidents puérils qui émaillent le\nlivret banal de la Créole ? Vous ferai-je une analyse détaillée des mon-\nstruosités musicales qui se font remarquer dans la partition ? Ma foi\nnon, car cela ne vous amuserait assurément pas plus que moi. On a bien\nessayé, le premier soir, de faire un quasi-succès à deux ou trois mor-\nceaux un peu plus croustillants que les autres, une chanson créole\nc'est-à-dire nègre, une berceuse, une complainte grotesque, mais de\nde tout cela il ne reste déjà pas grand'chose aujourd hui, et demain le\nsouvenir même sera effacé. J'aime mieux me borner à vous aire que\nmadame Judic est toujours charmante, que mademoiselle Van-Ghell ne"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "184", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.48", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nmanque ni de grâce ni d'intelligence, qu'une jeune débutante, made-\nmoiselle Luce Couturier, est toute mignonne et toute aimable, et enfin\nque le comique Daubray n'a pas été cette fois à la hauteur de ses parte-\nnaires féminins.\nEt sur ce, lecteur, je prie le ciel qu'il vous tienne en garde contre la\nCréole et ses semblables.\nO. L. T.\nFOLIES-DRAMATIQUES. - Le Pompon.— Est-il bien nécessaire\nde vous raconter par le détail la fable imaginée par MM. Chivot et Duru?\nJe ne le crois pas. La représentation de leur pièce n'a pas réussi à inté-\nresser les spectateurs, le récit aurait encore moins de chances d'inté-\nresser les lecteurs, et d'ailleurs de pareilles élucubrations ne valent guère\nqu'on s'y arrête longuement. Voici, en deux mots, le sujet du Pompon :\nUn brigand fameux, du nom de Tivolini, exploite tranquillement la Si-\ncile, au nez et à la barbe du seigneur Barabino et de toute la police du\nvice-roi. Chaque année, pendant les fêtes du carnaval, il choisit Palerme\npour centre de ses opérations, et dirige ses hommes aux bons endroits,\nau moyen d'un signe de ralliement, qui varie à chaque nouvelle campa-\ngne. Cette fois, il a mis un pompon rouge à son feutre gris; la police en\nest informée, et voilà tous ses limiers lancés sur la piste du feutre gris au\npompon rouge. Supposez maintenant qu'un honnête jeune homme, le\ndocteur Piccolo, se coiffe par mégarde du susdit feutre, qu'une main in-\nconnue aura glissé à la place de son propre chapeau, et vous aurez le\nnœud de l'imbroglio et l'explication du titre de la pièce. Naturellement\nPiccolo est pris pour le bandit ; on lui fait son procès, on va le pendre,\nlorsque le vrai Tivolini est arrêté. L'innocence triomphe, le crime est\npuni et tout se termine par un mariage, que dis-je, par quatre mariages\net par quelques maigres applaudissements.\nLe premier acte est assez bien fait, le second est absolument vide,\nquant au troisième, il renferme une situation qui aurait pu devenir fort\nplaisante, si, au lieu d'en éparpiller l'effet, les auteurs avaient su le con-\ndenser dans une scène brillante et rapide.\nLa musique que M. Lecocq a composée sur ce livret peu divertissant,\nn ajoute aucun intérêt à la pièce de MM. Chivot et Dura : elle n'ajoutera\nrien non plus à la réputation du compositeur de la Fille de madame\nAngot. Je ne sais si je m'abuse, mais il me semble que M. Lecocq en\nprend bien à son aise depuis ce succès retentissant qui a porté jusqu'au"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "185", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.49", "texte": "REVUE DES THÉÂTRES LYRIQUES\n\nfin fond des deux hémisphères les refrains égrillards de sa muse popu-\nlaire. Est-ce que la Fille de Madame Angot marquerait définitivement\nl'apogée de cet aimable talent, peu en progrès dans Giroflé-Girofla et\nfort au-dessous de lui-même dans les Prés-Saint-Gervais et le Pompon?\nOu bien M. Lecocq, satisfait d'un succès qui lui a procuré tout à la fois,\ngloire et fortune, serait-il disposé à mettre désormais en pratique 1' « an-\nrea mediocritas » si vantée par le poète? Quoiqu'il en soit, sa nouvelle\npartition est bien faible. Peu d'idées, peu de verve, peu ou point de tra-\nvaillas la moindre originalité; tout cela est d'une banalité et d'une\nmédiocrité désespérantes. Rien ne se détache sur le fond gris et terne de\ncette longue suite de couplets, de duos et de morceaux d'ensemble, dont\nles rhythmes sautillants et les motifs sans expression finissent rapide-\nment par amener la fatigue et la satiété. Quand j'aurai cité au premier\nacte les couplets de Piccolo, avec le final assez habilement construit, où.\nse trouve encadré le chœur « Il a le Pompon » qui deviendra rapidement\npopulaire et, au troisième acte, la jolie phrase du duo entre Piccolo et\nFioretta « Laissez-le tomber de vos lèvres roses, cet aveu, etc. » fort dé-\nlicate de sentiment et très finement accompagnée, je serai bien près d'a«\nvoir signalé tous les morceaux qui méritent d'être remarqués.\nLes couplets de Fioretta « Vojre% mes beaux bouquets »et son duo avec\nPiccolo au premier acte manquent d'invention; la chanson de la Folie\nn'est que de l'Offenbach très ordinaire; quant au quintette bouffe du ju-\ngement, il est bien en scène sans doute, mais la force comique lui fait\nabsolument défaut.\nCette médiocrité de la musique, jointe au peu d'intérêt du libretto, ex-\nplique suffisamment l'insuccès du Pompon. Il est encore une autre cause\nqui achève, je crois, de justifier la froideur du public à l'égard de l'œuvre\nnouvelle de MM. Chivot, Duru et Lecocq, c'est que, malgré son titre d'o-\npéra comique, le Pompon appartient à un genre mixte et fort indéterminé,\nqui n'est plus la bouffonnerie musicale d'Offenbach ou d'Hervé et qui est\nencore bien loin de l'opéra comique, même de l'opéra comique de M. Bou-\nlanger ou de M. Bazin (de l'lnstitut). Il en résulte que le spectateur se\ntrouve un peu désorienté en face d'une composition qui ne lui offre ni\nle gros rire et les farces de tréteaux de l'opérette, ni la grâce négligée et\nla finesse spirituelle de l'opéra comique et qui, en fin de compte, ne sa-\ntisfait complètement aucune de ses préférences. On s'accorde d'ailleurs à\nreconnaître que l'engouement du public pour l'opérette commence à être\nfortement entamé et je crois, pour ma part, que ie beau temps des farces\ngrossières et trop souvent ineptes, qui composaient depuis quelques an-\nnées le divertissement favori du peuple le plus spirituel de la terre, est à"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "186", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.50", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\njamais passé. Le succès de la Fille de Madame Angot a porté le dernier\ncoup à ces platitudes abêtissantes; il a imprimé une nouvelle direction\nau goût du public et marqué l'origine d'une transformation qui s'élabore\nen ce moment et qui tend à élever progressivement l'opérette au niveau\nde Topera comique léger, à la façon d'Adam et de Clapisson.\nL'interprétation du Pompon est tîes soignée. Madame Matz-Ferrare\n(Piccolo) chante avec goût et joue avec intelligence. Mademoiselle Caillot,\nqui débutait dans le rôle de Fioretta, possède déjà une certaine expérience\nde l'art du chant; elle a beaucoup réussi. Mesdames Toudouze et Pau-\nrelle, MM. Milher et Luco sont amusants et tirent le meilleur parti des\nrôles fort ingrats qui leur ont été dévolus. Le chef d'orchestre conduit en\népileptique et se donne des airs d'importance qui sont à mourir de rire.\nH. Marcello."}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "187", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.51", "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nFAITS DIVERS\nONSIEUR Wallon, ministre de l'instruction publique, a envoyé\nhier à Ernesto Rossi une magnifique coupe de Sèvres.\nL'envoi était accompagné de la lettre suivante :\nCabinet du ministre de l'instruction publique, des cultes\net des beaux-arts.\n« Monsieur,\n« Je vous prie de vouloir bien accepter la coupe de Sèvres que je vous\nenvoie en souvenir de votre passage à Paris, et comme un hommage que\nje suis heureux de rendre à votre beau talent.\n« Recevez, Monsieur, l'assurance de ma considération distinguée.\n« WALLON. »\nM. du Locle, assez souffrant depuis quelque temps, va aller passer un\nmois en Egypte.\nPendant son absence, il sera suppléé par M. Charles Nuitter dans les fonc-\ntions de directeur de l'Opéra-Comique.\nVoici quelques détails intéressants sur la musique japonaise :\nAu Japon, les musiciens se divisent en quatre classes : la première est\nformée de musiciens ne jouant que de la musique religieuse ; la seconde, de\nmusiciens se contentant de la musique profane ; la troisième, de musiciens\naveugles et la quatrième, enfin, se compose de femmes faisant delà musique.\nLes musiciens religieux et les musiciens profanes forment certaines tribus,\nse réunissant à des époques déterminées dans le but d'exécuter de la musique\nreligieuse et de la musique profane. Autrefois, les princes se donnaient le\nluxe de chapelles privées; inutile de dire qu'il existe nombre de musiciens"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "188", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.52", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\njouant, pour de l'argent, chez les particuliers. Dans les tribus, il y a différents\ngrades, degrés et distinctions.\nOutre les tambours, etc., il y a des instruments à cordes et des instru-\nments à vent ; de ces derniers, il n'en existe pas de cuivre, ni de com-\npliqués, à clefs, à coulisses et autres accessoires ; il n'y a que des instru-\nments purs pour la musique religieuse et des instruments impurs pour la\nmusique profane. On distingue douze espèces de modes : un pour chaque\nmois; chacun a cinq tons. Les instruments servant à donner l'accord sont\nde formes diverses; il en existe un dans le genre de la flûte de Pan. Les\ncordes sont faites de soie enduite de cire. Les notes indiquent simplement le\nnuméro de la corde qu'il faut toucher ou, pour les flûtes, le trou qu'il faut\nboucher. Le nom et le numéro du ton peuvent également se désigner. Pour\nles tons intermédiaires, il y a à côté du signe indiquant le ton un second\nsigne qui dit s'il faut appuyer ou céder. Il y a, en outre, des désignations\nparticulières pour la valeur des notes. La mesure et le rhythme ne sont pas\nindiqués ; mais il paraît que la mesure à deux temps et la mesure à quatre\ntemps sont de beaucoup les plus fréquentes. Les notes s'écrivent de haut en\nbas; le texte se met sur le côté gauche. Le chant est toujours à l'unisson\navec 1 instrument principal. La musique japonaise a, en général, beaucoup\nd analogie avec la musique chinoise qui déchire les oreilles, comme on sait;\nles Japonais trouvent la musique européenne encore plus affreuse que nous\ntrouvons détestable la leur.\nL'histoire du testament de Laget laissant toute sa fortune à mademoi-\nselle Daram se complique d'une façon intéressante.\nM. Lafargue disait l'autre jour :\n« On a raconté que M. Laget avait institué son élève, mademoiselle Daram,\nde l'Opéra, sa légataire universelle; mais voici maintenant une autre\nversion :\nDepuis aeux ans, Laget s'était retiré chez un autre de ses élèves,\nM. Cazeaux, qui tint quelque temps à Paris l'emploi de première basse de\n1 Opéra. Or, à la mort de Laget, on a trouvé dans ses papiers un testament\nannulant le premier, et qui laisse sa fortune entière à M. Cazeaux.\nMais la Liberté d'hier soir rectifie cette information de la façon suivante ~\n« Nous avons entendu parler de ces faits, mais d'une façon bien différente.\nCe serait, au contraire, le testament en faveur de mademoiselle Daram\nprésenté le dernier, et qui annulerait celui de M. Cazeaux,\n« Mademoiselle Daram a reçu ce testament quelques jours après la mort\nde son professeur, sous une enveloppe portant le timbre de la Villette,\ncirconstance assez singulière, puisque Laget est mort aux environs de Tou-\nlouse. •\n« Ce testament n'était accompagné d'aucune lettre ; mais dans l'intérieur\nde 1 enveloppe étaient écrits ces mots énigmatiques : Mystère et prudence. »\n« Laget ne s'était pas retiré chez son élève Cazeaux ; c'est au contraire\nCazeaux et sa famille qui s'étaient réfugiés chez Laget au moment de l'inon-\ndation de Toulouse, qui les avait chassés de leur domicile. »"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "189", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.53", "texte": "VARIA\n\nD'autre part, on assure que mademoiselle Daram est déjà revenue de Tou-\nlouse où elle a palpé l'héritage qui, du reste, se réduit déjà à 50,000 fr.\nSera-t-elle donc obligée de les rendre à M. Cazeaux ?\nDepuis le mois de janvier 1875, époque de son ouverture, le nouvel\nOpéra a donné 148 représentations.\nLa recette brute a été de 2,772,894 fr. 57 c., soit une moyenne de 18,735 fr.\npar représentation.\nLes frais de chaque représentation, largement comptés, s'élèvent à environ\n11,000 fr., droit des pauvres compris.\nLe bénéfice jusqu'à ce jour serait donc de i,036,000 environ, dont\nM. Halanzier a la moitié, soit siB,ooofr.\nNous trouvons dans le Gaulois le récit de l'intéressante cause suivante:\n« Une curieuse querelle, celle-là. Nul de nos lecteurs, et nous pourrions\ndire nul des lecteurs de tous les journaux français, n'ignore qu'il est de par\nle monde un musicien essentiellement original qui a nom Jules Klein. Jules\nKlein a une spécialité; il sait trouver des titres bizarres à ses mélodies, valses\net polkas. Il possède de plus un réel talent, celui de savoir manier la réclame\navec une habileté qui rendrait le grand Barnum lui-même jaloux.\nt Qui n'a lu mille fois, en effet, à la troisième page de toutes les grandes\nfeuilles parisiennes, ces affriolantes petites annonces en une ou deux lignes :\n« Valses enivrantes : LÈVRES DE FEU, FRAISES AU CHAMPAGNE, par J. Klein.\n« Divines, les polkas : CŒUR D'ARTICHAUT, PEAU DE SATIN.\n« Pianos, ouvrez-vous : Jules Klein publie des œuvres nouvelles : PATTE DE\nVELOURS, valse jolie comme FRAISES AU CHAMPAGNE et SOUPIRS ET BAISERS,\nmélodie.\n« C'est du délire : on n'c itend plus que PAZZA D'/MORE.\n• « Succès du jour : BARCAROLE DU LAC DE GJWÈVE.\n« Jules Klein est le roi de la valse. Voici les fleurons de sa couronne, etc.\n« La cour de Louis XIV eût adoré PATTE DE VELOURS,\nG Nous sommes loin de reprocher à M. Jules Klein le soin qu'il prend de\nsa célébrité, surtout en présence de la concurrence d'un autre Klein, compo-\nsiteur de musique, lui aussi, non moins fort sur la réclame que 1 auteur de\nCuir de Russie qui produit des œuvres artistiques du même genre, dans le\nmême format et avec une similitude dans les titres constituant bel et bien,\nvolontairement ou involontairement, l'occasion dun doute pour îe public.\n« C'est ainsi qu'à l'instar de son confrère et homonym?, M. Henri Klein a\nfait insérer dans nombre de journaux, et souvent au-dessus et au-dessous\nmême des annonces de Jules Klein, de petits boniments dans le genre de\nceux-ci :\n« Entendre les ravissantes valses ELECTRICITY, BAISERS DE FLAMME et PÉCHÉ\nVÉNIEL, de H. Klein, c'est un rêve.\n« Qiiand on entend ELECTRICITY, on désire BAISER DE FLAMME, en espéi ant\nPÉCHÉ VÉNIEL de Klein.\n« Pour le coup, Jules Klein s'est fâche tout rouge. Klein tout court . c en"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "190", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.54", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nétait trop. Mettez votre prénom au moins, monsieur, que Pon sache que\nvous n'êtes pas le véritable Klein, le seul et unique Klein, le Klein qui fait\nrêver. De là procès. C'est M. Schœn, éditeur de musique, quia été actionné.\n« M. Jules Klein, prétendant que M. Schœn a cherché à établir une con-\nfusion entre les deux publications, a assigné ce dernier en suppression du\nnom de M. H. Klein sur les œuvres dont il est l'éditeur, sous une pénalité de\nioo francs par chaque jour de retard, en paiement de 30,000 francs à titre de\ndommages-intérêts et en insertion du jugement dans vingt journaux de Paris\net de l'étranger.\n« Il va sans dire que de tout ce qui précède nous ne voulons pas inférer le\nmoindre jugement sur l'enivrement et l'électricité de la musique de ces mes-\nsieurs. Nous sommes trop incompétents dans ces matières; mais enfin nous\npouvons constater que le but de Jules Klein, le véritable : se faire faire une\nréclame retentissante en plein Tribunal de commerce, a été admirablement\natteint.\n« En effet, Mô Doumerc, avec cette verve et cet humour qui caractérisent\nson talent, a développé, dans une plaidoirie qui a été un vrai feu d'artifice\nde spirituelles boutades, les griefs très sérieux dont avait à se plaindre son\nclient, et le tribunal, adoptant les motifs principaux de ses conclusions, a\nrendu un jugement aux termes duquel il est dit et ordonné qu'à partir du\njour de la signification du présent jugement, Schœn sera tenu, soit dans la\npublication des œuvres musicales de Henri Klein, soit dans les annonces y\nrelatives, de mettre, à l'avenir, le prénom de Henri en toutes lettres de\ngrosseur égale à celles du nom Klein, sinon et faute de ce faire, dit qu'il y\nsera fait droit, et condamne l'éditeur en tous les dépens.\n« Allons, pianos, ouvrez-vous I Le véritable Klein vous réserve des mer-\nveilles, et son adversaire aussi.\nL'institut musical d'Orléans vient de prendre une bonne mesure. Il s'est\nassuré le concours de madame Lefébure-Wély qui viendra de Paris, deux fois\npar semaine, donner ses leçons de chant à Orléans. C'est là un exemple facile\nà suivre pour les villes qui avoisinent Paris et sont privées de professeurs de\npremier ordre.\nDeux filles du compositeur romain Polcelli, l,élève favori de Haydn, font\nsavoir par l'organe des journaux de Pesth qu'elles se trouvent dans la plus\ngrande misère et qu'elles sont en conséquence disposées à se défaire de tous\nles souvenirs de l'illustre compositeur des Saisons, qu'elles ont gardés\" en\nleur possession. Outre plusieurs bijoux authentiques, elles ont une grande\nquantité de lettres et de manuscrits autographes, qu'elles sont prêtes à céder\naux amateurs.\nDimanche 5 décembre* réouverture des séances de la Société des concerté\ndu Conservatoire (4e année). Les abonnés qui désirent conserver les places\nqu'ils occupaient l'année dernière, sont priés d'en faire retirer les coupons\nau bureau de location, 2, rue du Conservatoire, le jeudi 11, le vendredi 12\nou le samedi 13 novembre, de midi à quatre heures, pour la série impaire des\nconcerts (nouvel abonnement); le jeudi 18, le vendredi 19 ou le samedi 20,"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "191", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.55", "texte": "VARIA\n\nde midi à quatre heures, pour la série paire des concerts (ancien abonne-\nment). Passé ce délai, il en sera disposé.\nDans le Ménestrel du 6 novembre, M. A. Moreno donne les renseigne-\nments suivants sur l'Opéra-Populaire dont il est actuellement question :\n« M. Adolphe Sax serait le Charles Garnier de la nouvelle salle en ques-\ntion, qui aurait la forme d'un œuf gigantesque, couvé depuis bientôt vingt\nans par le célèbre inventeur des instruments Sax.\n« Cet œuf, infiniment plus penché que la tour de Pise, renfermerait dans\nsa formidable coque un minimum de dix mille spectateurs, tous, selon le pro-\ngramme, entendant et voyant bien, La scène serait à l'avenant, comme pro-\nportion, et l'orchestre toujours placé devant la rampe, mais absolument\ninvisible, à l'instar de l'orchestre de Bayreuth, style Wagner.\n« Une commission a été instituée à l'effet de se prononcer sur les effets et\nles moyens à la meilleure et plus prompte solution possible de ce\ncolossal projet. On a pensé que le moment propice à la construction d'un\npareil édifice était celui où la France, d'accord avec l'Angleterre, il est\nvrai, ose entreprendre le tunnel sous-marin, qui doit délivrer les Parisiens\ndu mal de mer. Les pratiques anglais ne nous ont-ils pas d'ailleurs devaneé\nen fait de salles monstres ? Albert Hall ne tient pas moins de dix mille per-\nsonnes, et Cristal Palace en renferme de trente à cent mille, à volonté. Seu-\nlement, ces diables d'Anglais, toujours essentiellement pratiques, n'ont\nconstruit de semblables salles qu'en vue de leurs oratorios, de leurs festivals,\net non en vue du théâtre proprement dit.\n« Le projet français vise au contraire le théâtre, puisqu'il s'agit d'un opéra\npopulaire à prix réduit, qui permette au peuple la culture de la bonne mu»\nsique, en le dégrisant des cafés-concerts et de l'opérette. L'idée est élevée,\nmorale et civilisatrice; souhaitons-lui une heureuse réalisation.\n« La commission organisée par M. Léonce Détroyat, directeur de la Liberté,\nse réunit aujourd'hui même,dimanche matin, sous la présidence de M. Emile\nde Girardin. Elle se compose d'hommes politiques-dilettantes, d'auteurs dra-\nmatiques, d'hommes de lettres, d'artistes, de directeurs de théâtres etdeii#\nmusiciens. C'est la première fois en France, croyons-nous, qu'on aura songé\naux musiciens pour une fondation musicale. Jusqu'ici, on leur avait préféré\ndes médecins et des avocats, Témoin la commission du Nouvel Opéra, au\nsein de laquelle M. Thomas n'a été appelé qu'm extremis, pour cause\ncoustique vocale et orchestrale, »\n\nNOUVELLES\n\nARIS. - Opéra. M. Gally, la nouvelle basse-taille engagée par\nM. Halanzier à la suite de ses succès aux concours du Conserva-\ntoire, débutera ces jours-ci dans le rôle de Marcel des Huguenots.\nM. Faure fera sa rentrée vendredi dans Hamlet. Madame Gar-\nvalho chantera le rôle d'Ophélie."}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "192", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751115-01.1.56", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\nParis, Alcan-Lévy, imprimeur breveté, rue de bi.\nPropriétaire-Gérant : QdlyTH UCJ\\ HEU L H Q/i Cl\\ CD\\\n\nOpéra-Comique. On a repris vendredi dernier Haydée pour les débuts\nde M. Stéphane, un jeune ténor qui compte de nombreux succès en pro-\nvince.\nCe soir : reprise de Carmen.\nThéâtre-Italien. —Avant la prise de possession par M. Escudier, de la\nsalle Ventadour, nous aurons des représentations d'opéra italien, alternant\navec les représentations dramatiques de M. E. Rossh L'imprésario de cette\nentreprise lyrique se nomme M. Enrico.\nRenaissance. La Reine Indigo a reparu sur l'affiche le 12, avec madame\nPeschard dans le rôle créé par madame Zulma-Bouffar.\nBouffes-Parisiens. On répète activement La Timbale d'argent de\nM. M. Noriacet Vasseur. Cette opérette remplacera bientôt la Créole.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}