{"numero_id": "bm-bmtnabc-1875-12-01-01", "volume": "bmtnabc_1875-12-01_01", "ocr_sha256": "812500e1aee1e216ca039cc9c9c9940f00d1d0a0347c4125ac8853cdb3eaeeb5", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabc/issues/1875/12/01_01/bmtnabc_1875-12-01_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabc/issues/1875/12/01_01/bmtnabc_1875-12-01_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabc-1875-12-01-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-12-01_01#c001", "volume": "bmtnabc_1875-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "[193]", "page_fin": "201", "image_debut": 1, "image_fin": 9, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.2.1", "titre_corps": "LA FOIRE SAINT-GERMAIN", "titre_sommaire": "LA FOIRE SAINT-GERMAIN", "signature_source": "A. PRADINES", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[193]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.1", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 687, "texte": "LA FOIRE SAINT-GERMAIN\n\nPREMIÈRE PARTIE\nLA FOIRE\nI\nui se souvient encore de la Foire Saint-Germain ?\nAutant vaudrait demander qui se souvient des\nvieilles lunes. Elle méritait pourtant bien de vivre,\nde se perpétuer tout au moins par le souvenir!\nFameuse non seulement en France mais dans le\nmonde entier, n'a-t-elle pas été le berceau de notre\nOpéra-Comique? la grande école où se sont formés\nune foule d'auteurs, d'acteurs et de chanteurs dont les noms ne sont pas\nles moins glorieux de tous ceux qui figurent dans nos annales littéraires\net dramatiques? Ajoutons que l'histoire particulière de la Foire Saint-\nGermain est peut-être l'épisode le plus curieux, le plus intéressant et le"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "194", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.2", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2469, "texte": "plus pittoresque de l'histoire de Paris pendant les seizième, dix-septième\net dix-huitième siècles.\nPar malheur, en France, nous n'avons que peu ou point le culte des\nsouvenirs. Cela tient peut-être à ce que nous ne connaissons que très-\nsommairement notre histoire nationale.\nQuoi qu'il en soit, il nous a semblé qu'il était du devoir de la Chro-\nnique musicale de donner un souvenir à la Foire Saint-Germain. C'est\nce que nous allons faire, à grands traits, il est vrai, mais cependant d'une\nmanière suffisante pour en donner une idée exacte, et aussi pour sollici-\nter les plumes plus autorisées que la nôtre à faire plus et mieux.\nII\na existé deux Foires Saint-Germain.\nDe la première, on ne connaît ni l'origine, ni l'emplacement qu'elle\noccupait autour de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, ni aucun détail\npropre à nous éclairer sur ce qui s'y passait. On sait seulement que les\nreligieux de Saint-Germain-des-Prés en étaient les propriétaires encore\ndans le douzième siècle; qu'elle ouvrait quinze jours après Pâques et\nqu'elle durait trois semaines. Pour le surplus, une charte, signée du roi\nLouis-le-Jeune et de quatre grands officiers de la couronne, nous apprend\nque, dans le courant de l'année 1176, l'abbé Hugues, avec le consente-\nment de sa communauté, céda à ce monarque la moitié des revenus de\nla Foire, à la condition de n'en rien aliéner et de garantir aux cédants la\nreprise de leurs droits sur cette moitié dès qu'il n'en jouirait plus.\nA quel titre, pour quelle compensation les religieux firent-ils cette\ncession? La charte ne le dit pas.\nUn second et dernier document atteste que la première Foire existait\nencore cent neuf années plus tard. Il porte, en effet, qu'en 1 285 les reli-\ngieux de Saint-Germain-des-Prés cédèrent à Philippe-le-Hardi l'autre\nmoitié des revenus, à charge par lui de les débarrasser d'une rente de\nquarante livres qu'ils étaient tenus de payer à l'Université pour une rixe\nsurvenue entre leurs domestiques et les écoliers, rixe dans laquelle un de\nces derniers avait été tué. La singularité de cette cession est qu'à partir\nde l'année où elle fut faite, on ne trouve plus traces de la Foire. Philippe-\nle-Hardi la supprima-t-il, ou bien se continua-t-elle jusqu'à ce que les\ncalamités de la guerre de Cent ans l'eussent fait disparaître? C'est ce\nqu'il nous importe peu de savoir, car, d'une part, l'obscurité qui enve-\nloppe cette première Foire prouve suffisamment qu'elle ne jouit d'aucune"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "195", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.3", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2481, "texte": "vogue, et, d'autre part, que toutes les probabilités sont qu'elle avait cessé\nde se tenir bien longtemps avant l'établissement de la seconde.\nIII\nL'origine de la seconde Foire est parfaitement connue, La voici :\nLes guerres civiles qui désolèrent les règnes de Jean-le-Bon et de\nCharles VI avaient réduit les religieux de Saint-Germain-des-Prés à\nl'état le plus déplorable. Charles VII s'émut de leur sort, mais ne fit rien\npoui eux. Louis XI, quoique plus coriace, se laissa attendrir par leur\nabbé Floreau, et lui accorda, sur sa demande, le privilège de la Foire en\nquestion, plus nombre de franchises, telles que celles d'aides, de péage\net autres impôts, à la seule réserve de ceux de vin et de pieds fourchés.\nCes franchises devaient durer huit jours pleins. Pendant ce temps, les\nmarchands forains pouvaient y apporter, exposer en vente, vendre,\ndébiter, échanger et troquer toute sorte de marchandises, sans qu'on pût\nprocéder par voie de saisie et exécution sur lesdites marchandises, soit\nquand elles étaient entrées en Foire, soit lorsqu'on les y conduisait, soit\nenfin quand on les en ramenait sans y avoir été vendues. Même pour\nles deniers royaux on ne pouvait rien contre eux.\nLes lettres-patentes établissant cette Foire sont du 12 mars 1484.\nElles ont été depuis plusieurs fois confirmées par les successeurs de\nLouis XI, entre autres, par Charles VIII, par Louis XII en 1499,\net finalement par Louis XIV, en 1711, pour être agréable à César\nd'Estrées, cardinal, évêque d'Albano, abbé commendataire etadminis\ntrateur perpétuel de l'abbaye et de l'église de Saint-Germain-des-Prés.\nIl est à peine besoin de faire remarquer que la cause déterminante de\nla vogue que nous allons voir prendre à la Foire, est exclusivement due,\nau début, à la très grande importance des franchises et privilèges dont\nelle jouissait.\nD'après les lettres-patentes de Louis XI, la foire devait ouvrir chaque\nannée le ier octobre et durer huit jours; mais comme de la sorte sa fin\ncorrespondait au commencement de celle de Saint-Denis, les religieux\nde cette abbaye formèrent opposition contre ceux de Saint-Germain-des-\nPrés. On n'eut égard à leurs remontrances qu'en 1484; mais, pour lors,\nà leur requête, le Parlement transféra l'ouverture de la Foire Saint-Ger-\nmain-des-Prés au 3 février, tandis que la Chambre des vacations, égale-\nment saisie du litige, la fixa au 12 novembre.\nEn 1485, Charles VIII trancha le différend dans le sens de l'arrêt du\nParlement."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "196", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.4", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2640, "texte": "Il n'est pas probable que la Foire ait été tenue pendant le temps que\ndura la procédure. L'opinion la plus généralement accréditée est que\nl'inauguration solennelle eut lieu le 3 février 1486.\nLa décision de Charles VIII ne fut pas cependant tout d abord défini-\ntive, car nous voyons ce roi, en 1491, diviser la Foire en deux, et fixer\nl'ouverture de l'une au lendemain de la Saint-Mathias, et celle de l'autre\nau lendemain de la Saint-Martin. D'après cet arrangement, dont les\nmotifs sont inconnus, chaque Foire ne devait durer que quatre jours.\nAutre variation en 1502 : à la fin de janvier, le Parlement, à cause des\ntroubles, fixa l'ouverture au lendemain de Qiiasimodo, et permit néan-\nmoins aux marchands qui avaient fait venir des draps et autres marchan-\ndises, de les vendre et de les exposer à Paris depuis le 3 jusqu'au 11\nfévrier. De même en isoß, à la sollicitation du cardinal de Bourbon,\nabbé de Saint-Germain-des-Prés, le Conseil privé arrêta que la Foire\nouvrirait le 26 mars. En 15g5, elle commença le lundi 6 février, veille\ndu mardi-gras. L'année suivante, elle s'ouvrit le 3 février. Ce n'est que\ndepuis lors que l'ouverture n'a plus varié sensiblement.\nJusqu'à Henri IV, la Foire n'avait jamais tenu plus de huit jours,\nMais, en 1595, ce roi lui accorda une licence de deux semaines de plus,\nsoi-disant pour dédommager les religieux de Saint-Germain-des-Prés\ndes pertes qu'ils avaient essuyées pendant la Ligue et durant le siège de\nParis. Disons que cette année la Foire ouvrit pour la première fois\ndepuis sept ans. Elle avait été fermée, en 1588, à cause de la guerre\ncivile.\nQuelques chroniques prétendent cependant qu'il y eut Foire encore en\n1589, mais que, par ordre du duc d'Aumale, gouverneur de Paris, et du\nprévôt des marchands, elle se tint aux halles.\nCela étant, la Foire aurait été déplacée deux fois pendant sa longue\nexistence. Nous trouvons, en effet, dans les mémoires du temps de la\nrégence de Marie de Médicis, qu'en 1611, la Foire Saint-Germain se\ntint, par commandement de la reine, à Saint-Jacques-de-l'Hôpital, rue\nSaint-Denis et aux galeries du Louvre. Les motifs qu'on en donne ont\ntrait à un différend grave survenu entre le comte de Soissons et le\nduc de Guise, au sujet du mariage de ce dernier avec mademoiselle de\nJoyeuse, veuve du duc de Montpensier.\nNous avons dit que Henri IV prolongea la durée de la Foire de deux\nsemaines, en 1595. Le même roi la prolongea une seconde fois en 1607.\nIl faut conclure de tout cela que, pendant bien des années, sa durée ne\nlaissa pas d'être fort variable.\nSauvai raconte, à ce propos, que souvent on vit la Foire se tenir la"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "197", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.5", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2256, "texte": "semaine même de la Passion, et que les marchands obtenaient cette tolé-\nrance au moyen d'une certaine somme d'argent qu'ils payaient soit au\nbailli de Saint-Germain-des-Prés, soit à l'abbé lui-même, « Maintenant,\npoursuit-il, elle dure deux mois. » Toutefois, ce n'était pas en vertu\nd'un texte précis, car le même Sauvai ajoute : « Le roi seul dispose de\n't sa durée; il la prolonge tant qu'il lui plaît, et tant qu'elle dure, il en\n« continue la franchise, sans exiger ni même prétendre de l'argent de\n« qui que ce soit-. »\nRappelons que Sauvai écrivait en iyos.\nL'annonce de la foire se faisait chaque année au public, par une or-\ndonnance du lieutenant de police, publiée à son de trompe et affichée\ndans les carrefours et places de Paris.\nIl en était de même de l'arrêt du Conseil, par lequel le roi en accordait\nla continuation au-delà du terme fixé.\nL'ouverture avait lieu sur les 10 heures du matin ; elle était faite par\nle lieutenant de police, accompagné des commissaires du Châtelet, des\nsyndics de la foire et des gardes des marchands, qui criaient à haute\nvoix-:\nMessieurs, ouvrez vos loges !\nLe tout était précédé et suivi de fanfares et de sonneries de trompettes\net de hautbois.\nUne foule toujours énorme se pressait à cette cérémonie.\nLes réjouissances publiques commençaient aussitôt après et ne discon-\ntinuaient qu'à la fermeture.\nIV\nLorsque Louis XI octroya aux religieux de Saint-Germain-des-Prés le\nprivilège de la foire, ce quartier où nous allons la voir s'établir n'était\nqu'une vaste et pittoresque solitude. On n'y voyait que prés, terres labou-\nrées, vignes, jardins, chemins bordés d'arbres (principalement de noyers\net de saules), étroits sentiers serpentant entre des haies vives. Çà et là,\ndisséminées, émergeaient des touffes de verdure les toitures de quelques\ngrosses fermes et de petites maisonnettes; voilà les grandes lignes du\npaysage. Comme détail, montrons la vaste et imposante abbaye, avec ses\nfossés profonds et pleins d'eau, enjambés par de massifs pont-levis ; son\nenceinte grisâtre de murs épais tout crénelés et flanqués de hautes tours\nrondes; puis, autour de cette masse, mais dans l'éloignement, deux ou\ntrois couvents, une maladrerie, la villa royale du roi de Navarre, l'église"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "198", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.6", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2576, "texte": "Saint-Sulpice, avec sa toiture à dos d'âne, hérissée de clochers et de clo-\nchetons en pointe, et le cimetière qui la flanque au midi; enfin, cinq ou\nsix maisons particulières à prétentions de palais, tapies au milieu de\njardins ombreux. Sur l'une de ces maisons s'élèvera plus tard le palais\ndu Luxembourg; sur une autre, l'hôtel de Henri de Bourbon, prince de\nCondé. N'oublions pas d'indiquer, à une faible distance des murs de\nl'abbaye, deux pigeonniers en poivrière, seize étaux ou boucheries, une\nauberge, et surtout, comme cachet du temps, les silhouettes menaçantes\ndes fourches patibulaires et d'un pilori dressés vis-à- vis du principal\npont-levis, en-deça du fossé sur lequel on bâtit en 1636 la rue Sainte-\nMarguerite.\nSi maintenant nous portons nos regards dans l'espace, voici sur quoi\nils s'arrêtent au dernier plan :\nA l'ouest et au midi, c'est la campagne sans fin ; au nord, par delà la\nSeine, l'hôtel de Nesle avec sa tour légendaire et le vieux Louvre flanqué\nde tourelles; la butte de Montmartre couronnée par le monastère de\nce nom; à l'est, la vue se heurte aussitôt aux créneaux de l'enceinte de\nParis.\nTrois portes faisaient communiquer le faubourg Saint-Germain avec\nla ville. La première, dite porte de Nesle, située sur le bord de la Seine,\nouvrait sur le petit Pré-aux-Clercs. La deuxième, dite porte de Bussy,\ndébouchait rue Saint-André-des-Arts, près de la rue Contrescarpe.\nLa troisième, qui portait le nom du faubourg, se dressait au bout de la\nrue des Cordeliers (aujourd'hui rue de l'Ecole-de-Médecine), entre la\nrue du Paon et la cour du Commerce.\nDe chacune de ces portes partaient des chemins qui s'enfonçaient à\ntravers champs. La majeure partie des grandes voies de communication\ndu quartier Saint-Germain suivait le tracé de ces mêmes chemins avant\nla dernière transformation de Paris.\nAinsi, de la porte Saint-Germain partaient deux voies : l'une passait\nentre les boucheries et débouchait en face du pilori ; l'autre se dirigeait\nvers l'église Saint-Sulpice, longeait le porche et allait aboutir au chemin\ndu Colombier,en détachant sur son passage deux sentiers qui se diri-\ngeaient, le premier à gauche, sur le chemin de Yaugirard, et le second à\ndroite, vers le fossé méridional de l'abbaye, jusqu'à l'allée dite de la\nBlanche-Oie.\nPareillement de la porte de Bussy : le chemin qui en partait allait\naboutir au pont-levis de l'abbaye, mais avant, il détachait deux sentiers,\n1 un à gauche, parallèle à l'enceinte et dit de /'Ecorcherie, l'autre à\ndroite, connu sous le nom de chemin du Pré-aux-Clercs. Or, que"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "199", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.7", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2570, "texte": "sont devenus tous ces chemins et tous ces sentiers ? Ils sont devenus\nautant de rues sous les noms de: Saint-Sulpice, Tournon, Vieux-\nColombier, des Canettes, du Four, des Boucheries, de Bussy5 de\nGrégoire-de-Tours, et finalement de Seine.\nC'est au milieu des terrains circonscrits par les chemins où sont au-\njourd'hui les rues Grégoire-de-Tours, Saint-Sulpice, des Canettes, du\nFour et de la rue de TEcole-de-Médecine, que les religieux de Saint-\nGermain-des-Prés établirent leur Foire.\nCe terrain n'était pas absolument vide. En plus des boucheries, et\ns'aboutant avec elles en allant vers la rue du Four, il y avait un enclos\net une maisonnette que les religieux avaient achetés en 1480, d'un sieur\nEtienne Sandrin, pour y loger le greffier de l'abbaye. Par derrière cet\nenclos commençaient les jardins de la villa du roi de Navarre dont l'en-\ntrée devait se trouver au coin des rues de Tournon et de Saint-Sulpice.\nTout le reste était moitié prés et moitié champs.\nCela dit, faisons disparaître par la pensée l'enclos Sandrin à l'exception\nde la maison du greffier, plus la villa royale, et nous aurons l'emplace-\nment exact de la Foire primitive.\nCe que nous disons de faire par la pensée, les religieux l'exécutèrent à\nla lettre, après quoi ils firent construire 340 loges en bois, et le 3 février\nde l'an i486, ils ouvrirent leur Foire.\nSelon toute probabilité, la première et celles qui suivirent, pendant\nun assez long temps, ressemblèrent à toutes les Foires possibles. C'est\npourquoi nous n'insisterons pas sur sa physionomie. Disons seulement\nque l'aspect des loges avait un pauvre coup d'oeil, et que la partie dé-\ncouverte ou préau, destinée à la vente du bétail, était tellement couverte\nd'herbes, le sol était si peu ferme, il se détrempait si vite à la moindre\npluie et la saison ne permettait pas de compter sur le soleil, que,\ndès le premier jour, on la baptisa le Pré crotté.\nAvant de poursuivre, notons que la villa du roi de Navarre, que les\nreligieux de Saint-Germain-des-Prés firent disparaître pour établir la\nFoire, avait appartenu à Philippe-le-Bon, roi de Navarre, et à son fils\nCharles-le-Mauvais. Philippe-le-Bon l'avait fait construire au milieu\nde vignes qu'il avait achetées au célèbre Raoul de Presle. Plus tard,\nCharles VI la donna à Jean-de-France, duc de Berry et comte du Poitou,\nlequel la céda aux religieux en 1399, afin de décharger l'hôtel et le jardin\nde Nesle d'une rente de neuf sols quatre deniers parisis dont était grevée\ncette résidence au profit de l'abbaye, et d'être tenu quitte des arrérages."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "200", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.8", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2372, "texte": "V\nJusqu'en 1511, c'est-à-dire pendant vingt-cinq années, on n'apporta\naucune amélioration ni aux bâtiments, ni au champ de la Foire. Les\ntravaux qu'on y exécutait n'avaient d'autre but que de réparer ce qui\ns'avariait d'une année à l'autre. Mais, quelques soins qu'on en eût, les\nconstructions premières avaient été élevées si à la légère, elles étaient si\npeu résistantes, qu'à l'époque dont nous parlons, elles menaçaient\nruine. Au lieu de faire comme ses devanciers, de procéder par réparations\net replâtrages, l'abbé Briçonnet, qui voyait d'ailleurs que la Foire était\nune excellente affaire, donna ordre d'abattre le tout et de procéder à une\nreconstruction générale sur des bases cette fois solides et avec des maté-\nriaux de durée. En même temps, il fit clôturer entièrement la Foire.\nC'était devenu nécessaire parce qu'on avait commencé à construire sur\nles flancs.\nL'inauguration des nouvelles constructions eut lieu en isi2, à la\nsatisfaction générale. Tout le monde se plut à en louer la solidité, l'élé-\ngance, îa commodité et le confortable.\nIl paraît que la charpente était un pur chef-d'œuvre qui n'avait pas\nson semblable dans le monde entier. La vérité est que tous ceux qui\nont parlé d'elle de visu, aussi bien les Français que les étrangers, s'ac-\ncordent à dire que c'était « un travail que les gens du métier venaient\n« admirer et étudier. »\nLa nouvelle construction se composait d'un seul bâtiment divisé en\ndeux halles contiguës, ayant chacune i3o pas de long sur 100 de large.\nNeuf rues tirées au cordeau et qui se coupaient à angles droits la parta-\ngeaient en vingt-quatre parties, représentant autant de rues désignées\npar les noms des marchands qui les occupaient et y étalaient. Il y avait\nla rue aux orfèvres, aux merciers, aux peintres, aux tabletiers, aux\nayenciers, aux lingères, etc., etc.\nOn ne dit pas le nombre des loges qu'elle renfermait, mais les mé-\nmoires du temps nous apprennent que chacune d'elles était composée\nd'une boutique au rez-de-chaussée et d'une chambre au-dessus. Quel-\nques-unes même étaient accompagnées d'une cour avec un puits pour\néteindre le feu en cas d'incendie.\nOn y avait ménagé jusqu'à une chapelle pour dire la messe pendant\nla durée de la Foire.\nJamais on ne vit rien de plus hardi que cette charpente, dit Sauvai.\nEt il ajoute : « c'est le plus grand couvert qui soit au monde. »"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "201", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.9", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1360, "texte": "La célébrité européenne de la Foire Saint-Germain date de l'année\nisi2. Les Parisiens en firent leur lieu de délices privilégié. Il ne\ndésemplissait pour ainsi dire jamais. Les rois, les plus grands\nseigneurs de la cour, la plus haute société de la ville tant parmi la\nnoblesse que parmi la bourgeoisie, et le « menu peuple », pour nous\nservir d'une expression consacrée en ce temps-là, s'y confondaient dans\nun péle-mêle des plus pittoresques, eu égard à l'éclat et àla diversité\ntrès-accentuée des toilettes et des costumes.\nIl est impossible aujourd'hui de se représenter cette cohue, dans la-\nquelle chacun se confondait et « s'esbatait sans contrainte », avec le ton,\nl'allure, la mise, l'esprit de sa classe et de sa caste. Jamais on ne vit\ngaîté plus bruyante et plus folâtre, entrain plus naturel et plus déluré.\nAh ! quelle rutilante kermesse ! Et elle alla croissant d'année en année,\nà mesure que les divertissements, les jeux, les spectacles, les distractions\nde toutes sortes se multiplièrent. Les chroniqueurs du temps jadis ont-\nils exagéré la gaîté gauloise de nos ancêtres, ces repues franches de bon\nrire assaisonnées au gros sel? Non, certes. Et la raison en est que rois\net seigneurs aimaient à venir s'en régaler dans cette Foire Saint-Germain\noù elle se donnait rendez-vous.\n(La suite prochainement.)\n\nA. PRADINES."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-12-01-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-12-01_01#c005", "volume": "bmtnabc_1875-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "202", "page_fin": "209", "image_debut": 10, "image_fin": 17, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.2.2", "titre_corps": "LES THÉATRES A PARIS", "titre_sommaire": "LES THÉATRES A PARIS", "signature_source": "ARTHUR POUGIN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 10, "page_imprimee": "202", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.10", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1459, "texte": "LES THÉATRES A PARIS\nPENDANT LA RÉVOLUTION\n\n(i)\nE décret de 1791 laissant le champ libre à toute espèce\nd'entreprises dramatiques, Boursault-Malherbe songea\nà en tirer profit. Il avisa un vaste terrain, formant\nune cour qui bordait l'ancien passage des Nourrices,\npassage qui allait de la rue Saint-Martin à la rue\nQuincampoix, et, en moins de deux mois, y fit cons-\ntruire une belle salle de spectacle, à laquelle il donna le nom de Théâtre-\nMolière (2). On peut s'assurer encore aujourd'hui de la position qu'oc-\ncupait ce théâtre, puisqu'il n'a point été détruit, comme tant d'autres,\nmais transformé en une vaste salle de danse, qui, conservant son ap-\npellation primitive, est encore désignée sous le nom. de Bal-Molière (3).\n\n(1) Voir le numéro du i 5 novembre.\n(2) «t Secondé par un très habile charpentier, cet entrepreneur a prouvé que ce\nqu'on avait regardé comme impossible était très facile; car, en moins de deux mois,\non avu le locr.l tout à fait changé, une salle assez vaste et très agréable bâtie, et\ntous les alentours pour ainsi dire recréés; telle personne qui avait passé deux mois\navant ne pouvait en croire ses yeux, sur tant de changements opérés à la fois. »\n(Spectacles de Paris, 1792).\n(3) Le passage des Nourrices existe encore, mais il a changé de nom, prenant\nprécisément celui de la salle qu'on avait construite à son côté. C'est aujourd'hui le\npassage Molière, qui va de la rue Saint-Martin, n° 15g, àla rue Quincampoix,\nn° 82."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "203", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.11", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2748, "texte": "La salle nouvelle était composée de trois rangs de loges, d'un parterre et\nd'un pourtour ; les dispositions en étaient très heureuses et en faisaient\nl'une des plus jolies de Paris; de nombreuses glaces, placées à chaque\npremière loge, complétaient une ornementation de très bon goût, et, en\nréfléchissant les spectateurs, semblaient en doubler le nombre. Une\nélégante façade s'élevait sur la rue Saint-Martin, et une seconde sortie\ndonnait sur la rue Quincampoix. C'est à ce propos que Brazier, dans\nson Histoire des Petits Théâtres de Paris, se livre à une petite disser-\ntation d'une philosophie un peu naïve : « Cette rue Quincampoix,\ndit-il, avait obtenu sous la régence une célébrité malheureuse. C'est là\nqu'avaient lieu les échanges de la banque de l'Écossais Law. L'or et\nl'argent y devenaient papier, et le papier, rien. Ce honteux trafic ruina\nle trésor royal, et réduisit à la misère un grand nombre de familles.\nC'était donc une idée heureuse et philanthropique que celle de bâtir un\nthéâtre destiné à faire rire, dans un quartier où tant d'honnêtes gens\navaient pleuré. Substituer le nom de Molière à celui de Law, mettre le\ntalent et l'esprit là où la fraude et l'intrigue avaient établi leur comptoir,\nc'était, en quelque sorte, purifier le lieu au feu du génie, c'était balayer\nJe s écuries d'Augias »\nComme la plupart de ceux qui se fondaient alors, le théâtre Molière\nétait destiné, dans la pensée de son fondateur, à jouer à peu près tous\nles genres Sa troupe était nombreuse, choisie, bien composée, quoique\naucun des artistes qui en faisaient partie n'ait brillé par la suite d'un\nvif éclat sur les grandes scènes de la capitale; il faut excepter cependant\nde cette remarque madame Scio (mademoiselle Messié), artiste de pre-\nmier ordre, comédienne chaleureuse et passionnée, cantatrice d'un\nimmense talent, qui fut plus tard l'un des sujets les plus justement\nremarqués de FOpéra-Comique, où sa voix incomparable faisait mer-\nveille, ainsi que le pathétique de son jeu (i). Voici, d'ailleurs, quel était,\nà l'époque de la création, la composition du personnel du théâtre\nMolière :\n\n(i) Cette artiste admirable, qui fut une des gloires de l'Opéra-Comique, où elle\nse faisait remarquer par ses étonnantes qualités dramatiques dans un temps où\nprécisément le répertoire de ce théâtre subissait une transformation profonde et\ntournait au genre lugubre, était femme d'un compositeur distingué, auteur de plu-\nsieurs opéras, qui, en même temps qu'elle, appartenait au Théâtre Molière, dont il\nétait le chef d'orchestre, et où il fit représenter plusieurs ouvrages. Scio mourut\nd'une phthisie pulmonaire en 1796, et sa femme, à peine âgée de trente-neuf ans,\nmourut en 1807, des suites d'une maladie semblable."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "204", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.12", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2234, "texte": "ACTEURS. ACTRICES.\nMM. Gontïer. MM. Doligny. Boursault-Malherbe.\nVolange. Monet. Scio.\nVilleneuve. Centaure. Dubois.\nCompain. Clémence. Beaupré.\nJeannin. Boursault-Malherbe. Duversin.\nDuverger. Pithoux. Quidor.\nSaint-Amand. Johannet. Saint-Amand.\nDufaux. Boyer. Leclerc.\nValcour. Legey. Dougny.\nGosse. Valmont. Decroix.\nVaillère.\n/\nL'inauguration se fît le 11 juin 1791, par deux pièces du grand ré-\npertoire, le Babillard, de Boissy, et le Misanthrope, dans lequel Bour-\nsault et sa femme, jouant Alceste et Célimène, se firent vivement ap-\nplaudir, ainsi que Vileneuve dans le rôle d'Eraste. Le lendemain on\ndonnait VEtourdi, où Compain, qui jouait le valet, obtint à son tour\nun grand succès et se fit rappeler (1).\nMais la pensée de Boursault-Malherbe n'était point de se livrer à 1 ex-\nploitation des œuvres classiques. Bien au contraire, doué d'une énorme\nactivité, et sachant imprimer cette activité à son personnel, il fit remar-\nquer son théâtre par le nombre invraisemblable de pièces nouvelles\nqu'il livrait sans cesse au public; il ne se passait point de semaine qu'il\nn'en donnât au moins une. Seulement, ses opinions influèrent singu-\nlièrement sur la nature et le choix de son répertoire, et l'on peut dire\nqu'il fit du théâtre Molière un théâtre politique au premier chef, mis\nau service des idées les plus avancées. « Plusieurs auteurs patriotes,\ndisait un annaliste, ont porté à ce théâtre des pièces désespérantes pour\nl'aristocratie. Elle y est complètement bafouée et livrée à la risée pu-\nblique. La meilleure de ces pièces est la Ligue des fanatiques et des\n\n(1) Ce Compain ne demeura pas longtemps au Théâtre Molière, et alla bientôt\ntenir son emploi au Grand-Théâtre de Bordeaux. « Dès l'origine de la Révolution,\ndit un chroniqueur, il s'était montré chaud partisan des principes démagogiques.\nDénonciateur et affilié au sans-culottisme le plus dégoûtant, Compain devint le\nhéros des terroristes de Bordeaux. A la chute de Robespierre, comme il n'était plus\ncraint des Bordelais, il fut un jour assailli, sur la place de la Comédie, à coups de\ncanne et de sabre. Laissé presque pour mort sur la place, il fut transporté à\n'hôpital, où il expira deux heures après, le 4 Germinal an V. »"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "205", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.13", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2756, "texte": "tyrans (tragédie en trois actes, de Ronsin), où les plus fameux émi-\ngrants paraissent avec leur caractère connu, et où leurs perfides inven-\ntions sont aussi bien développées que victorieusement combattues (i). »\nUn autre, récapitulant ce que le théâtre et son directeur avaient pro-\nduit, prenait les choses avec moins de philosophie : Eh! mon-\nsieur Malherbe, s'écriait-il, que n'agissiez-vous avec franchise et\nloyauté, d'après vous-même enfin, et non d'après les factieux qui vous\négaraient pour prolonger l'anarchie par l'influence de votre spectacle ? Si\nvous eussiez tenu le juste milieu que doit tenir tout entrepreneur sage\net prudent, si, au lieu d'insulter grièvement en scène le chef de la na-\ntion et sa malheureuse compagne, vous ne vous fussiez jamais écarté du\nrespect que la loi veut qu'on ait pour le premier citoyen de l'empire,\nsi vous vous fussiez abstenu des idées atroces et sanguinaires, si, au\nlieu de prêcher sans cesse le désordre, la licence, le meurtre, la haine et\nla fureur, sous le faux prétexte de la liberté, qui n'en impose plus à\npersonne, vous vous fussiez attaché à n'inspirer que des idées de dou-\nceur, de modération et de paix, votre spectacle, qu'on fuit et qu'on\nabhorre, serait aujourd'hui l'un des plus fréquentés de Paris, et tous\nles journalistes estimés se seraient fait un plaisir d'encourager vos succès\npar un éloge mérité. Mais la haine et l'opprobre, dont vous êtes la pre-\nmière victime, ont rejailli de vos pièces jusque sur votre personne, et se\nsont étendues de votre personne jusque sur les acteurs innocents qui\ncomposent votre malheureuse troupe. Quelqu'honnêtes qu'ils puissent\nêtre, ils n'en sont pas moins punis de votre mal-adresse; en sortant de\nchez vous, ils auront toutes les peines imaginables à se placer ailleurs;\net si vous changez de plan, en vous rendant à la force de la vérité, il\nfaudra bien du temps et des efforts pour faire revenir le public en votre\nfaveur (2). » Il faut croire pourtant que les acteurs du théâtre Molière\npartageaient les idées politiques de leur directeur, car le Journal de\nParis du 21 juillet 1791 rendait compte en ces termes d'un incident\nqui s'était produit la veille à l'Assemblée nationale : « Une dépu-\ntation de comédiens du théâtre de Molière s'est présentée à la barre pour\nexprimer le regret de ne pouvoir aller combattre sur la frontière, faire\nune soumission pour l'entretien de six soldats, et prendre l'engagement\nde ne jamais jouer sur leur théâtre des pièces dont l'esprit et les maximes\nseraient contraires à la Constitution. Voilà des sentiments dignes de\nceux qui se sont voués à l'art dramatique sous les auspices du nom de\n\n(1) Spectacles de Paris, 1792.\n(2) Almanach général des Spectacles, pour i'année 17924"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "206", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.14", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2660, "texte": "Molière lui-même, cet homme dont l'âme était aussi excellente que le\ngénie était rare. Que de fois sa vertu et les vices des autres le firent\nprofondément gémir! Et combien il eût été malheureux s'il eût vécu\nde nos jours, en voyant d'un côté des hommes qui souillent la liberté\npar eurs intrigues, et de l'autre des hommes qui veulent rétablir l'aris-\ntocratie et le despotisme par leurs forfaits. »\nDans l'ordre politique, puisqu'il faut parler ainsi, le théâtre Molière\nreprésentait, avec la Ligue des fanatiques et des tyrans, citée plus\nhaut, la Revue des armées noires et blanches, de Louvet, le Véritable\nAmi des Lois et les Crimes de la Féodalité, de la t citoyenne » Ville-\nneuve, la Mort de Vamiral Coligny, ancien drame de Baculard d'Ar-\nnaud, la France régénérée, petit ouvrage épisodique, en vers , de\nChaussard, Louis XIV et le Masque de fer, la Feuille des Bénéfices,\nle Père Gérard de retour à sa ferme, vaudevilles de circonstance. A\nces divers ouvrages, où se reflétaient les préoccupations du moment,\nvenaient se joindre d'autres pièces d'un caractère moins tranché : les\nBons Amis, comédie en trois actes, de Valmont; le retour de Nicodème,\nvaudeville en un acte, de Courtois; le Réveil de Camaillaka, opéra-\ncomique en deux actes, paroles de Monet, musique deScio; le Sopha,\nopéra-comique en un acte, musique de Scio; la Peau de l'Ours, opéra-\ncomique en un acte, musique d'Arquier; les Solitaires anglais, comé-\ndie en trois actes, de Boursault-Malherbe; Henriot et Boulotte, parodie\ndu Henri VIII de Marie-Joseph Chénier... On voit que le théâtre\nMolière faisait véritablement preuve d'une activité rare.\nMais son directeur avait des boutades singulières. Comme ses opi-\nnions effarouchaient un certain nombre de journalistes, et que ceux-ci\nse refusaient absolument à parler des pièces... colorées qu'il faisait\nreprésenter, l'administrateur patriote, outré de cette conspiration du\nsilence ourdie par quelques écrivains, monte un jour sur la scène, et\ns'adressant au public : « Messieurs, dit-il, puisque les journalistes ne\nveulent pas absolument parler des pièces qu'on joue chez moi, je vous\navertis que j'en ferai afficher les succès à la porte de mon spectacle. »\nLes Anglais, on le voit, n'auraient pas beau jeu à se targuer de l'inven-\ntion de ce procédé, si bien mis en pratique par eux. Boursault les avait\ndevancés.\nCependant, son entreprise ne réussissait pas au gré de ses désirs, et les\névénements du 10 août 1792 avaient amené la fermeture du théâtre\nMoliere. Boursault, d'ailleurs, venait d'être nommé député à la Conven-\ntion ; le 7 septembre, il résigna donc ses fonctions de directeur entre les"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "207", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.15", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 3399, "texte": "mains de ses pensionnaires (1). Ceux-ci se constituèrent alors en société,\nsous la gérance d'un des leurs, nommé Villeneuve, s'adjoignirent quel-\nques nouveaux camarades, et rouvrirent leur théâtre le 2 9 du même mois,\nsous le titre modifié de Théâtre National de Molière, par une repré-\nsentation donnée au bénéfice des veuves et des orphelins. Il se soutint\nquelque temps, et une pièce à grand spectacle, d'un caractère mys-\ntique, le Château du Diable, y attira même la foule pendant plusieurs\nmois (2).\nEn 1793, la gérance passe des mains de Villeneuve dans celles de son\ncamarade Lachapelle (3), et, vu les événements, le théâtre adopte la\ndénomination nouvelle de Théâtre des S ans-Culottes. Son existence\nsous ce titre ne fut pas de longue durée ; il n'avait décidément pas su\nconquérir la faveur du public, et il dut fermer ses portes dans le cou-\nrant de Tannée, pour ne les rouvrir régulièrement que quatre ans plus\ntard. Je dis régulièrement, parce que, pendant cette fermeture réelle, on\ny donnait cependant assez fréquemment des représentations au bénéfice\ndes pauvres. Voici comment s'exprimait à ce sujet un critique du temps :\n« Ce théâtre n'annonce point, par des affiches répandues dans tous les\n\n(1) Parmi les pièces jouées dans les premiers mois de 1792, je citerai les suivan-\ntes : Trois ans de l'histoire de France, drame politique de Plancher-Valcour ;\ntrois petites pièces de circonstance, Simonneau, de Josse, le Suisse de Chateauvieux,\nde Dorvigny, et le Brave Thénard ; le Débarquement de la Sainte-Famille à\nAlger (!!!), de Plancher-Valcour; Cahin-Caha, parodie de la Mort d'Abel, de Legouvé ;\nle Baptême des Villageois, etc., etc. Il en est une qui mérite une mention toute\nspéciale; c'est celle-ci, dont je reproduis avec une scrupuleuse exactitude le titre\nimprimé : « Mutius Scœvola au camp de Porsenna, mélodrame en 3 actes et en\nvers, précédé d'une scène de chant dialoguée, servant de prologue, et suivi du\nTriomphe de la Liberté, fête civique et religieuse, mêlée de chants et de danses,\nmusique du citoyen Granier, attaché à l'orchestre de Rouen. Cette pièce a été jouée\nà Rouen, en octobre 1791, et à Paris, en avril 1792, sur le théâtre de Molière, et\nsur divers autres théâtres de la République. » (3e édition. Paris, Maradan, an 11. in 8).\nA la suite du prologue se trouve cette note, qui est un trait de génie : c Quelques\ncritiques ne manqueront pas de relever les vers de quatorze pieds qui se trouvent\nà la fin de chacune des strophes, mais il me semble que la liberté doit s'étendre à\ntout (!!!). * Disons plutôt, en ce cas, que la liberté doit s'attendre à tout.\n(2) Trois semaines après la réouverture, le 20 octobre 1792, on avait donné la\npremière représentation d'une pièce de circonstance, le Diner du roi de Prusse à\nParis, retardé par indisposition de son armée, « pièce historique » en deux actes,\nen vers. Il est regrettable de ne pas connaître le nom de l'écrivain qui traitait en\nvers un tel sujet, et qui ne redoutait pas sur l'affiche les proportions inusitées d'un\nsemblable titre.\n(3) « Lachapelle a été condamné à mort par le tribunal révolutionnaire, et exécuté\nle 24 mars 1794. Son théâtre avait été imprimé en 1786, au profit de sa belle-mère.\nBarbier, dans son Dictionnaire des Anonymes, lui attribue encore la traduction de\nla Chute, de Rufin, 1780, in-8. » (BRAZIER : Histoire des Petits Théâtres de\nParis.)"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "208", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.16", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2639, "texte": "quartiers de Paris, les pièces qu'on y représente; on y va au hasard, et,\ncomme le spectacle ne coûte que quinze sous par place, si l'on s'ennuie,\nau moins s'ennuie-t-on à bon marché; ne s'ennuie-t-on pas quelquefois\npour beaucoup plus ? Ce sont des sociétés bourgeoises qui s'amusent à\njouer la comédie à ce théâtre : leur but est trop louable pour ne pas\nimposer silence à la critique (i). »\nC'est le 27 floréal an VI (17 mai 1798) qu'il fit sérieusement sa réou-\nverture, sous le nouveau titre de Thé\nÉlèves de VOpéra-Comique. Il avait cette fois à sa tête un écrivain\nestimable, Joigny, auteur de l'agréable comédie\ncelui-ci prenait au sérieux ses devoirs d'administrateur ; il avait recruté\nun personnel assez heureux, composé pour la plupart d'artistes qui déjà\ns'étaient fait connaître avantageusement sur divers théâtres de Paris, et\nparmi lesquels se faisaient remarquer Bosquier-Gavaudan et Baptiste le\nChanteur, et l'on peut dire que le temps de la direction de Joigny fut,\nsous tous les rapports, l'un des plus satisfaisants de l'existence de ce\nthéâtre. On n'y donnait plus ni grands drames noirs, ni pantomimes à\nfracas, ni machines politiques, mais de petites comédies, des vaudevilles\ngracieux, d'aimables opéras-comiques dont la musique était écrite par\nde jeunes compositeurs, Quaisin, Gresnich, Lemière de Corvey, Lebrun\nle futur auteur du Rossignol,qui, pendant vingt ans, fit les délices des\nhabitués de l'Opéra, et quelques autres. On joua ainsi successivement,\noutre un prologue d'ouverture, intitulé\nune jolie petite comédie de madame de Montenclos, une\nautre comédie, de Levrier, Sigisberte, un vaudeville agréable, Helvé-\ntius à Voré;puis plusieurs opéras comiques : paroles de\nJoigny, musique de Quaisin, les Deu de Sewrin et Le-\nmière de Corvey, les deux Crispins,de Lemière de Corvey (paroles et\nmusique), le Prisonnier en Prusse,musique de Porta,\nde rose,de Levrier deChampriou et Gaveaux, qui obtint un immense\nsuccès, le Fou malgré lui, les Époux En même temps,\non reprenait une foule d'ouvrages connus et joués à d'autres théâtres ;\nla Pupille, de Fagan; le Legs, de Marivaux; le Père de Famille, de\n\n(1) Vérités à l'ordre du jour, Pans, an VI. Cependant, on y jouait encore par-\nois quelques pièces nouvelles. Voici la liste de celles qui y furent données du\nler janvier au i,r décembre 1797 : la Baronne drame en trois actes, en\nvers, de Cubière-Palmezeaux; la Matinée de comédie en trois actes, en\nprose, de Rome; la Réduction de Mantoue,comédie en deux actes, en prose ;\nNouveaux enrichis, comédie en un acte, en prose; opéra comique en\nun acte. La première seule a été imprimée."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "209", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.17", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 1189, "texte": "Diderot; le Mercure galant, àzßoursault; de Monvel;\nla Femme jalouse, de Desforges ; Vlmpromptu de campagne, de Pois-\nson ; la Jeune Indiennede Chamfort; de Rochon de\nChabannes; la Gageure imprévue, de Sedaine; l'Habitant de la Gua-\ndeloupe, de. Mercier; la belle Fermière,de mademoiselle Julie Can-\ndeille ; la Métromanie, de Piron ; les Folies amoureuses, de Regnard;\nle Consentement forcé, de Guyot de Merville ; l'Amour et la raison, de\nPigault-Lebrun ', l Ecole des Maris, de Molière 5 la Feinte par amour,\nde Destouches ; puis, dans le genre de l'opéra comique : Biaise et Babet,\nles deux petits Savoyards, la Colon\nChasseurs et la Laitière, le Petit Matelot, l'Amour filial, le Sorcier,\nle Nouveau Don Quichotte,etc., etc.\nOn voit que ce répertoire était choisi avec goût ; d'autre part, le prix\ndes places était modique, la troupe bien composée et faisant plaisir à\nvoir, et le public ne faisait point défaut. Mais il est des entreprises mal-\nheureuses, et celle-ci en est une preuve : après divers tiraillemenls,\nla discorde finit par se mettre dans le personnel, qui se disloqua dans le\ncourantde l'an VIJI.\n(La suite prochainement.)\n\nARTHUR POUGIN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-12-01-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-12-01_01#c009", "volume": "bmtnabc_1875-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "210", "page_fin": "218", "image_debut": 18, "image_fin": 26, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.2.3", "titre_corps": "LE MÉCANISME VOCAL ET LE CHANT", "titre_sommaire": "LE MÉCANISME VOCAL ET LE CHANT", "signature_source": "ANDRÉE LACOMBE", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 18, "page_imprimee": "210", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.18", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1033, "texte": "LE\nMÉCANISME VOCAL ET LE CHANT\n\n'(0\nV\nDE LA PRONONCIATION.\nON nombre de chanteurs, en émettant le son, le gâtent\npar la prononciation défectueuse, gutturale, nasale de\ncertaines voyelles, de certaines syllabes. Les uns re-\ndoutent l'A, les autres craignent l'l, ou l'U, tous\ncrient après ON, OU, IN, AN, etc., etc.\nUne méthode de chant qui ne ferait pas disparaître\nentièrement les difficultés prétendues invincibles que présentent 1 arti-\nculation de ces voyelles, de ces syllabes, resterait loin du but qu il s agit\nd'atteindre.\nAvec mon système, système logique puisqu'il continue la nature et\nqu?il l'aide, les soi-disant obstacles infranchissables dont on fait tant de\nbruit disparaîtront sans retour.\nOn obtient une excellente sonorité :\ni° Sur la voyelle A, par le soulèvement des basses cotes sternales\nqu'on tire en arrière au moment qu'on abaisse le diaphragme ;\n2° Sur TE, en avançant avec énergie la mâchoire inférieure et en\nserrant fortement les coins des lèvres appuyés aux dents ;\n\n(i) Voir le numéro du i 5 novembre."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "211", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.19", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2194, "texte": "3° Sur PI, en poussant et pressant les coins des lèvres sur les œillères ;\n4° Sur rO, par la même pression, en y ajoutant le soulèvement très\nprononcé de la lèvre supérieure, pour continuer le voile du palais et em-\npêcher toute sonorité nasale;\n5° Sur TU, en poussant avec une force croissante les dents inférieures\net en disposant les lèvres comme pour siffler.\nPour OU, voyelle composée, la position reste la même, mais la con-\ntinuation du palais par la lèvre supérieure devra être plus marquée\nencore.\nQuant aux cinq autres voyelles composées : AN, IN, ON, UN, EU,\nelles ne nécessitent réellement que des modifications imperceptibles dans\nles dispositions de la bouche, et l'élève parviendra de suite à les pronon-\ncer parfaitement sans qu'il soit utile de lui fournir de plus amples ren-\nseignements, s il n'est pas absolument dénué de sens commun.\nOn articulera lentement les mots; comme l'air et le son, on les refou-\nleia, on les maintiendra dans la poitrine 5 on les y enfoncera par une\npoussée des dents inférieures semblable à celle par laquelle on obtient\nBEU A, qui est le type de l'articulation.\nCette poussée des dents inférieures étant maintenue, la bouche se\ntiouvant ouverte, on fera en sorte, avant d'aspirer l'air, de suspendre\nun moment 1 expiration, comme on la suspend un moment avant de\nchanter.\nVI\nPARENTHÈSE\nVous aurez déjà remarqué, Messieurs, que l'élèveacquiert par des voies\nidentiques une émission, une prononciation, une articulation irrépro-\nchables. Vous aurez remarqué aussi que la mâchoire inférieure joue un\nrôle considérable dans le mécanisme que je vous explique. Ce rôle vous\nsemblera d'autant plus digne d'attention qu'il permet aux personnes\ndont l'ouïe manque de finesse ou dont l'oreille est fausse, de percevoir\nexactement le son, de le reproduire avec justesse, car, provoquant la\ndistension de la partie du visage qui contient l'organe de l'audition, la\ntension de la mâchoire inférieure ouvre aux rayons sonores une route\nmoins étroite vers le tympan, et elle offre à ceux dont la constitution\nest imparfaite le moyen de corriger la nature en mettant sûrement,\nimmédiatement en contact la voix et le sens auditif."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "212", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.20", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2069, "texte": "En outre et dès qu'on sait la faire fonctionner, la mâchoire inférieure\nremplit Foffice de la clef pour l'accordeur de pianos, des chevilles pour\nle violoniste*, elle fixe le son avec une extrême précision. C est à coup\nsûr qu'elle lui assigne son point d'attache, et qu'elle fournit au chanteur\nles moyens de faire résonner des sons splendides, des vibrations puis-\nsantes dans le corps le plus frêle. Fût-on malade, épuisé, la voix ne\ndéviera pas si la mâchoire reste tendue et demeure en communication\navec le diaphragme où se trouve l'âme de l'instrument humain.\nVII\nAVANTAGES CORPORELS RESULTANT DE L'APPLICATION\nDE LA MÉTHODE\nExécutés avec précision, les mouvements dont j'ai signalé l'impor-\ntance et démontré l'efficacité font prospérer la poitrine, l'élargissent,\nabaissent les épaules les plus élevées, rétrécissent le dos de tout ce que\nla poitrine gagne en ampleur, amincissent la taille, effacent le ventre,\nquelque proéminent quil soit, embellissent maintes femmes, maintes\njeunes filles, en donnant à leur corps des proportions harmonieuses,\nmaintiennent, redressent le sein qui garde ou reprend sa place naturelle,\net obligent les élèves, tous les élèves, sans exception, à faire élargir le\nhaut de leurs vêtements de i 5 à 17 centimètres, à en raccourcir le dos,\nà en allonger le devant, à en amincir la ceinture. Ces changements, ces\naméliorations, ces transformations se produisent en trois ou quatre\nmois; je les ai obtenus même che\\ des mères âgées de quarante-cinq\nans.\nVIII\nDEUX RECOMMANDATIONS\nEt maintenant je supplie les femmes de supprimer absolument le\ncorset dont elles n'auront plus que faire aussitôt qu'elles suivront mes\ninstructions, et j'invite les jeunes gens des deux sexes, surtout ceux qui\nsongent à aborder le théâtre, à porter une ceinture en coutil caout-\nchoucté, à double pression, à ligne courbe à sa partie inférieure, revêtue\nd'œillets qui permettent de la serrer à volonté et garnie en bas, à l'inté-\nrieur de trois petits coussins de crin destinés à soutenir le bas-ventre.\nCes précaution sont ufi"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "213", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.21", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2376, "texte": "La suppression du corset est une condition sans laquelle il deviendrait\nimpossible de réaliser aucun des résultats dont il est parlé, parce que\ntout ce qui comprime, si peu que ce soit, les muscles et les côtes, paralyse\ninévitablement le développement ou le replacement des organes.\nQu'on ne s'y trompe point, d'ailleurs : le corset n'est pas seulement\nun instrument de supplice; c'est un agent de déformation, de destruc-\ntion ; il altère la pureté des lignes, il suscite des maladies. Rien de per-\nnicieux comme cette cuirasse féminine, qui peut occasionner et qui\noccasionne des désordres graves en pesant sur les intestins, en rappro-\nchant outre mesure les côtes, en paralysant les muscles, en s'opposant à\nla flexibilité du torse, en affectant certaines parties qui devraient\ndemeurer saines et fortes.\nSi les femmes étaient sages, elles renonceraient enfin à cet engin ridi-\ncule et nuisible; elles se rappelleraient qu'il faut mettre au monde des\nenfants robustes, et cette pensée, sans doute, les déferait de leur goût\npour les tailles de guêpes. Eh ! mesdames, les tailles de guêpes sont-elles\nsi conformes à la véritable beauté? Je me permets d'en douter lorsque\nje regarde ces admirables statues antiques aux proportions si gracieuses\net si belles.\nCe qui remplacera bientôt le corset, c'est la volonté appliquée à la\nscience du mouvement, à la régénération des races civilisées.\nQuant à la ceinture, dont je recommande l'emploi à toutes les fillettes\ncommençant à sauter à la corde, à toutes les jeunes filles apprenant à\ndanser ou allant au bal, il sera bonde s'en servir dès le début des études\nvocales. Elle ne saurait diminuer le ventre de grosseur, mais elle le\nsoutient, point essentiel. Elle est une sorte de thermomètre indiquant\nà l'élève s'il opère ou non tous les mouvements de bas en haut ; elle\nl'avertit d'abord dès qu'en chantant il exerce la moindre pression sur les\nintestins. En outre, elle sert, pour ainsi dire, de plancher aux vibrations\nsonores.\nL'emploi de la ceinture semblera si favorable aux élèves qu'ils conti-\nnueront à en faire usage, même s'ils cessaient de chanter.\nIX\nEXERCICES\nL'élève commencera par appliquer les divers mouvements que je viens\nd'énumérer à la lecture à haute voix de cette méthode jusqu'à ce qu'il la\nsache par cœur. En la récitant, il s'appliquera à faire ressortir les nuances"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "214", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.22", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2694, "texte": "de prononciation qui existent entre ET et EST, entre AIME et\nA\nSUPREME, entre une voyelle brève et une voyelle longue, entre les\nsinguliers et les pluriels, entre les mots terminés par une seule voyelle,\ncomme, par exemple, ENNEMI, PERDU, FLÉTRI et ceux termi-\nnés par deux voyelles dont la dernière se prononce à peine, comme\nAMIE, ÉMUE, PATRIE; entre les diphtongues UI dans étui, IA\ndans diable, fiacre, lEU dans dieu, milieu, pieu, lEN dans mien,\ntien, etc., etc., et les syllabes composées simplement d'une consonne et\nd'une voyelle, comme FI dans figure. LI et TÉ dans liberté, etc., etc.;\ndans la conversation on tient rarement compte de ces différences :\nc'est un tort. La langue veut être respectée. Quand l'usage, l'afféterie,\nla négligence, le défaut d'instruction, de mauvaises habitudes con-\ntractées çà et là l'appauvrissent, la défigurent, c'est à l'artiste à lui\nrendre sa richesse, son charme, sa dignité; c'est à l'acteur, au chanteur,\nà l'orateur à observer avec soin ses inflexions si variées, si délicates.\nBeaucoup de Français, même parmi ceux qui savent leur langue, ont\nune prononciation incorrecte, vicieuse, quelquepois grotesque. Peu de\npersonnes, au contraire, se doutent que notre idiome si vertement criti-\nqué abonde en admirables sonorités qui n'ont rien à envier à la langue\nitalienne. Ce sont ces sonorités-là, négligées par le public, avilies par la\nfoule, qu'il s'agit de rétablir, de conserver.\nAu surplus, ce qui arrive chez nous arrive en Italie, en Angleterre, en\nAllemagne. S'imagine-t-on qu'à Florence, à Rome, les Italiens parlent\net chantent tous d'une façon satisfaisante ? Si on se le figurait, on se\ntromperait singulièrement. Allez à Milan, à Gênes, à Bologne, écoutez\nles naturels de ce beau pays italien où l'on suppose que les voix pous-\nsent comme des champignons, et dites-moi s'il s'y trouve beaucoup\nd'organes purs et sonores. Vous avez entendu cent fois des Italiens\nchanter, parler de la gorge et du nez. Pourquoi ? parce que, ainsi que\nla majorité de nos compatriotes, ils ne cherchent point cette sonorité\ndistinguée, cette bonne émission, cette prononciation excellente sans\nlesquelles il ne saurait y avoir de voix vraiment belles, ni d'organes\nnobles et séduisants.\nLa lingua toscana in bocca romana, pura, chiara, distinta è raris-\nsima même chez les Toscans, même chez les Romains. C'est cependant\nchez les Romains que la parole et le chant ont le plus de sonorité. En\nsomme, les gens distingués à tous égards etparlant bellement leur langue\nne sont pas nombreux; mais j'ai toujours remarqué que ceux qui ont\nun bel organe ont grand air.\nL'élève expliquera la méthode au professeur, afin que celui-ci puisse"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "215", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.23", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2023, "texte": "savoir si le disciple s'est rendu compte de toutes choses. Ce travail ne\nsera interrompu qu'au moment où le chanteur possédera complètement\nles moyens que la science du mécanisme vocal met à sa disposition. Il\ntrouvera à la fin de cette première partie des exercices que le maître lui\nfera consciencieusement étudier. Ces exercices ont pour objet de fondre\nentre eux les divers registres de la voix à laquelle ils donneront une\nhomogénéité complète. Quand l'élève les dira parfaitement, ii ne sera\ncertes pas encore an artiste ; mais il saura conduire sa voix, aucune diffi-\nculté ne lui paraîtra étrangère et il aura rassemblé tous les matériaux\nnécessaires à l'art du chant.\nX\nHYGIÈNE\nOn fait fonctionner journellement ses bras, ses jambes, son cerveau ;\npourquoi n'obligerait-on pas les poumons, le cœur, le foie, les reins à\nfonctionner mieux, avec plus d'activités à se mouvoir efficacement dans\nles limites qui leur sont assignées ? Cette gymnastique ne serait-elle pas\nfavorable à l'ensemble de 1 organisme ? N amèneiait-elle pas une juste\nrépartition du sang dans toutes les parties du corps?\nQui en doute ?\nOr, mon système permet au chanteur d'exercer les organes internes et\nde communiquer à ceux-ci, comme à ceux-là, une intensité de vie extra-\nordinaire. Grâce à ce système, Messieurs, on obtient les résultats sui-\nvants :\nLes mouvements opérés de bas en sauf ceux de la pointe des\népaules et du diaphragme, sont salutaires, hygiéniques, sans danger\naucun.\nExercée avec précaution, la poitrine se consolide.\nLes poumons se mouvant comme un soufflet d'orgue, se dilatent et se\nrenforcent du faîte à la base.\nHabilement mis en jeu, les muscles intercostaux acquièrent un déve-\nloppement, un assouplissement qui profitent à la poitrine et dont les\nautres muscles se ressentent.\nLe cœur s'éveille et vibre sous Vinfluence du mouvement costal.\nL'estomac devient plus vigoureux à la seule condition qu'on ne chante\nque trois heures après avoir mangé.\nLe ventre disparaît; entièrement."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "216", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.24", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2331, "texte": "Les reins se sentent à l'aise par suite de la disposition générale du\ncorps.\nQuant aux maladies du foie, les chanteurs, on le sait, n'eurent jamais\nà les redouter et il est sans exemple, dit-on, qu'ils aient été atteints de\ncrises hépatiques ou d'hypertrophie; ils n'ont donc rien à craindre de\nce côté en dépit de la bile qu'ils ne manqueront pas de se faire en mainte\noccasion.\nLe cou ne grossit ni ne se déforme.\nLe larynx, ménagé, se meut sans peine et opère facilement sa modeste\nascension.\nOuvert parla tension buccale, le gosier cessant d'être malmené, irrité,\nfroissé, ne se congestionne plus.\nQuoique enrhumé on peut chanter.\nCeux dont la croissance, par une raison quelconque, n'a pas été com-\nplète, grandissent.\nLe torse gagne en vigueur, en souplesse, en beauté.\nEn beauté, ai-je dit ?\nOui.\nEt à propos de cette dernière expression, Messieurs, laissez-moi vous\ndemander si la beauté, celle des proportions du moins, ne vous paraît\npas pouvoir résulter un jour pour tous les hommes du bon emploi et par\nconséquent de l'équilibre de leurs facultés ! Est-ce là une supposition\nhasardée, inacceptable, un rêve ? Je ne le crois pas. La pensée ne modifie-\nt-elle pas la physionomie et jusqu'aux traits du visage ? Pourquoi une\nexistence bien dirigée, bien remplie, acceptée par des générations succes-\nsives comme un noble héritage, n'influerait-elle pas, àla longue, sur\nnotre forme extérieure ?\nMais je me hâte de quitter le terrain des possibilités, de l'idéal peut-\nêtre, pour rentrer dans le domaine du réel.\nJusqu'au moment où la science du mécanisme vocal cesse de présenter\ndes difficultés, voulez-vous savoir, Messieurs, où l'élève éprouve une\ngrande fatigue pendant les trois ou quatre premiers mois en prenant ses\nleçons? C'est aux jarrets. Et cela se comprend, puisqu'on agit sur les\nmuscles de bas en haut. Quant à la gorge, à la poitrine, si la moindre\nlassitude s'y faisait sentir, c'est que la méthode serait mal comprise, mal\nenseignée, mal appliquée. Loin d'affecter les organes, les moyens que\nj'emploie les développent, les consolident, les guérissent. C'est à ce point\nqu'un enfant dont la colonne vertébrale aurait une tendance à dévier\nne pourrait trouver rien de meilleur pour se redresser que l'exercice du\nchant pratiqué de cette manière. Il m'est arrivé de rendre égales les"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "217", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.25", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2436, "texte": "épaules d'une jeune fille qui passait pour bossue et qui est actuellement\nune des plus belles personnes qu'on puisse voir, Et remarquez, Mes-\nsieurs, qu'il n'y pas lieu de crier au miracle : de pareils faits se repro-\nduisent journellement sous mes yeux. Ce qui étonne tout le monde me\nsemble aujourd'hui très simple : j'ai découvert un des secrets de la\nnature, voilà tout; mais je suis un peu fière de ma découverte, je\nl'avoue, et je suis heureuse du bien immense qu'elle fera.\nEn attendant que Messieurs les professeurs examinent mon système,\nqu'ils Pétudient, qu'ils se l'approprient, qu'ils constatent son action im-\nmédiate sur leurs élèves, je soutiens, j'affirme, et je puis prouver que\ntous ceux qui parlent peuvent chanter, acquérir une belle voix, la con-\nserver intacte jusqu'à un âge avancé, en tripler, en quadrupler le volume\npar le travail; que ceux qui en ont une belle, ce qui est toujours préfé-\nrable, en augmenteront l'étendue et en doubleront la puissance en faisant\nleurs études; que ceux enfin qui ont la poitrine délicate la renforceront\nindubitablement et que, à moins de tubercules avancés, ils pourront\nrecouvrer la santé par ce travail qui est un régénérateur.\nVers la quarante-cinquième année, les forces vitales commençant à\ndiminuer, tendent à se concentrer pour alimenter le corps et pour l'aider\nà franchir sans infirmités sa dernière étape; à cette époque de la vie, si\ndifficile à traverser, il faut faire des efforts pour que le sang qui a perdu\nde sa chaleur, de son circule pourtant dans tout l'organisme.\nLes personnes de mon sexe qui voudront parer aux inconvénients iné-\nvitables du retour d'âge, éviter les engorgements si dangereux de l'utérus\net passer sans inquiétude entre une multitude d'incommodités, éviteront\nbien des souffrances en faisant usage de ma méthode. C'est un moyen\nhygiénique dont j'ai déjà eu l'occasion de constater sur autrui les excel-\nlents effets et que je ne saurais trop recommander aux dames qui tiennent\nà prolonger leur existence et à conserver la santé.\nXI\nRÉSUMÉ DE LA MÉTHODE\nL'élève observera soigneusement toutes mes recommandations; il\nn'en négligera aucune : il songera à la position générale du corps, aux\nmouvements simultanés du creux de l'estomac, de la mâchoire*inté-\nrieure et des lèvres, à la respiration, à l'émission, à la nécessité de sus*\npendre Ix respiration avant d'émettre le son; il fera jouer sans relâche"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "218", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.26", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2564, "texte": "les basses côtes sternales, les poumons en respirant profondément,\nle diaphragme, la mâchoire inférieure qu'il avancera avec énergie et\nqu'il ramènera à cette position chaque fois qu'elle s'en sera éloignée\npar un mouvement inévitable au moment de la prise d'air, mouvement\nqu'il faut s'appliquer à restreindre; il exigera des poumons, des basses\ncôtes sternales qu'il tirera én arrière et du diaphragme un mouvement\nde va-et-vient semblable à celui d'un soufflet d'orgue dont on se garde\nd'épuiser entièrement l'air; il se rappellera que tous les mouvements,\nà l'exception de ceux du diaphragme et de la pointe des épaules, s'ac-\ncomplissent de bas en haut ; il n'oubliera point que les mouvements\ngénéraux se font en avant, que rien ne peint la bêtise comme des lèvres\nmolles dont on dirait les coins retenus par des agrafes dans une espèce\nde renfoncement formé par un sourire stéréotypé, et que les lèvres ne\ndoivent pas être dans cet état lorsqu'elles n'y sont pas contraintes par\nun franc rire ou par un rire tranquille. La bouche, comme le torse,\ndoit se projeter en avant; non soutenue, elle signifie ivresse, vieil-\nlesse ou idiotie. Il ne faut pourtant rien exagérer, surtout quand on ne\nchante pas, et cependant on s'appliquera, même en marchant, à con-\nserver la position corporelle propre à l'émission vocale ; assis, on fera\nbien de l'observer encore ; c'est une excellente habitude dont les bureau-\ncrates se trouveraient à merveille. Cela les empêcherait de plier le torse en\ndeux pour écrire et de se fatiguer l'estomac. On se souviendra de mettre\nle son en rapport avec le diaphragme par la tension de la mâchoire\ninférieure, tension sans laquelle l'ouverture qui lui permettra de des-\ncendre ne se ferait pas. Le diaphragme est le tremplin de la voix; c'est\nlà que le son doit aller se poser pour rebondir ensuite et s'élancer à\nl'extérieur par le conduit buccal. L'élève s'en souviendra. S'il l'oubliait,\nle son, posé, arrêté à mi-chemin, serait faible, mou, manquerait de\njustesse et résonnerait infailliblement dans la gorge. Appuyé à l'endroit\nindiqué, au contraire, et dirigé directement par le gosier bien ouvert\nvers l'étroite embouchure formée par les lèvres, il vibrera superbement.\nAlors il ne saurait être ni faux ni nasal. D'ailleurs, le prît-on dans la\ngorge, il redescendra dans la poitrine si, pendant sa tenue, l'élève exé-\ncute les mouvements voulus, et, réintégré à sa place naturelle, il rede-\nviendra juste instantanément. J'en ai fait cent fois l'expérience.\nfLa suite prochainement.)\n\nANDRÉE LACOMBE."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-12-01-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-12-01_01#c013", "volume": "bmtnabc_1875-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "219", "page_fin": "227", "image_debut": 27, "image_fin": 35, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.2.4", "titre_corps": "L'ÉCOLE DE L'ORCHESTRE", "titre_sommaire": "L'ÉCOLE DE L'ORCHESTRE", "signature_source": "MAURICE CRISTAL", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 27, "page_imprimee": "219", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.27", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1544, "texte": "L'ÉCOLE DE L'ORCHESTRE\n\nE public, non moins que les musiciens et même les\nexécutants, ne sait pas toujours apprécier les mérites\nou juger les défauts des hommes auxquels incombe\nla direction de l'armée instrumentale. Généralement,\non ne sait pas se rendre compte des difficultés de la\nbesogne des chefs d'orchestre si sourent routinière ou\nmal jugée.\nAu Conservatoire de Paris, on a projeté de créer une école d'orchestre\nqui fait défaut en Allemagne, en Autriche, en Russie, en Angleterre, en\nScandinavie, en Suisse, en Italie, en Espagne. Cette école, qui est un\nde ces projets rêvés et toujours inexécutés en Europe, va se trouver con-\nstituée en Amérique. Dans le Collège de musique qui va être élevé dans\nle Central-Park, à New-York, une école d'orchestre sera fondée. Comme\nla dotation de ce Collège musical est d'un million de livres sterling et\nque le directeur exige que les plus habiles maîtres, les plus estimés com-\npositeurs y soient attachés; comme d'autres donateurs se joindront au\ndonateur premier et veilleront, selon l'habitude américaine, à ce que\nl'idée du fondateur primitif ne soit ni altérée, ni faussée, ni affaiblie, il\nest à espérer que cette école d'orchestre sera maintenue à la hauteur de\ntoutes les autres fondations américaines.\nCe ne sera point du reste la première fois que les européens vieillis et\nankylosés dans leur impéritie, se seront laissés devancer par le peuple\njeune, intelligent, oseur, qui a donné au roman Edgar Poë, et Joaquim\nMiller à la poésie. New-York est la métropole commerciale des Etats-"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "220", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.28", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2667, "texte": "Unis. Nul doute que lorsque les savants de Boston, la cité esthétique et\ndoctorale, et les philanthropes de Philadelphie, la ville moraliste de\nWilliam Penn, auront vu dans New-York se fonder avec éclat, avec\nutilité surtout, un Collège musical, ils ne veuillent à leur tour doter\nleurs villes d'une école lyrique non moins splendide et utilitairement\naménagée.\nL'on prévoit déjà qu'avant cinquante ans, l'Amérique du Nord, sur\ntoute sa surface, sera fournie d'orchestres vaillants, bien assortis, et\nsurtout munis d'excellents chefs d'orchestre. Les compositeurs ne feront\npas défaut non plus. Puisqu'il y aura des auditoires, des exécutant?,\ndes chefs d'orchestre, des salles de spectacle, des halles de concert, le\nterrain sera tout préparé, tout fécondé, et la moisson ne sera pas tardive.\nLes compositeurs écriront une musique originale comme Poe et Miller\nont écrit des poèmes originaux; nos lèvres rassasiées de choses écœu-\nrantes trouveront enfin quelque part une saveur sauvage, inattendue,\nvivifiante. La musique aura enfin cette franchise d'accent, cette ferveur\nde rajeunissement, ce renouvellement de pensée, cette réformation d'art\nqu'on cherche vainement chez nos maîtres les plus vantés mais ce\nsera en Amérique.\nLa direction d'une armée musicale, instrumentale ou chantante, ou\nsimplement de fanfare nombreuse ou limitée dans son personnel, est\nune affaire complexe, une charge méritoire, une œuvre d'improvisation\net aussi de méditations préventives; il y faut à la fois le tact, la souplesse,\nla divination et la science complète. L'abnégation y est aussi de mise,\ncar c'est toujours l'idée d'un autre que le chef d'orchestre fait exécuter,\net, sous la main, il a des hommes qu'il faut savoir manier au moral au\nmoins tout autant qu'il faut savoir employer leur aptitude et la discipli-\nner en vue de l'effet à produire.\nChef de musique, maître de chapelle, chef d'attaque, chef d'orchestre,\netc.,, ce sont là des termes bien différents. Le chef d'attaque est le musi-\ncien chargé de conduire tous les chanteurs qui dans un chœur disent la\nmême partie : il y a le chef et la cheffe. Le chef de musique est le musicien\nqui se trouve à la tête d'un corps de musique militaire; c'est aussi un\nchef d'orchestre. Dans les orchestres de femmes,, qui désormais ne\nsont plus une rareté, la directrice d'orchestre reste nommée chef. L'at-\ntribution cheffe reste consacrée pour la motrice d'attaque dans les\nchœurs.\nOn n'a pas de terme pour la hiérarchie très nombreuse des exécutants\nentre lesquels se subdivise la direction qui, tout entière, est entre les\nmains du chef. Les premiers violons, les seconds violons, les basses, etc.,"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "221", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.29", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2853, "texte": "tout cela doit marcher ensemble,, se toucher du coude, comme on dit,\net cependant avoir l'œil sur le maître dont le bâton ou l'archet vivifie,\nrhythme, scande, et donne l'impulsion à tous les instrumentistes et à tous\nles chanteurs. Il y a au reste direction dès que deux instrumentistes ou\nchanteurs veulent opérer ensemble, et, tout de suite, cette direction\ns'attribue d'instinct au moins inhabile. C'est ce qui fait que les virtuoses,\nles solistes, les pianistes qui n'ont pas reçu la discipline éducatrice de\nl'accompagnement, se trouvent si maladroits, si empêchés lorsqu'ils\nveulent s'atteler à un duo, à un trio, à un quatuor, ou même simple-\nment accompagner une romance.\nDans la musique de chambre, il y a toujours un dirigeur, un chef,\nun maître, et lui seul indique le rhythme, marque les pulsations. Ce qui\nfait la supériorité constatée de l'exécution restreinte de la musique de\nchambre, c'est que, sans compétition d'amour-propre, l'élection du chef\nse fait entre gens instruits, bien élevés et réunis pour se procurer un\nplaisir délicat. Lorsque dans les fêtes de petites villes, on rassemble ces\nmusiciens déjà façonnés par la musique de chambre, on est tout étonné\nde les trouver excellents pour la musique d'orchestre. La raison en est\nque leur éducation d'accompagnement est toute faite; mais c'est alors\nque la difficulté commence, parce qu'au lieu de les laisser choisir eux-\nmêmes leurs chefs parmi ceux qu'ils sont accoutumés à suivre dans le\nquatuor, on leur impose d'habitude un musicien quelconque affublé du\ntitre de chef d'orchestre, mais non doué ni instruit pour cette direction.\nM. Sauzay, dans son érudite et très littéraire étude sur Y Ecole d'ac-\ncompagnement, a touché à cette question. M. de Lenz l'a abordée aussi.\nDans les revues musicales semées en Europe, on tiouve quelques articles\nsur ce sujet. Néanmoins, le domaine musical auquel appartient la direc-\ntion de l'orchestre a peu tenté les critiques d'art. On peut s'assurer qu'il\nn'a pas été négligé par Wagner, et les artistes connaissent tous le chapitre\nqu'il a consacré à ce sujet dans ses œuvres complètes (Gesammalte\nSchriften und dichtungen, 4e vol., Leipzig), et où ses sagaces observa-\ntions sont appuyées sur des modèles, des citations de partitions et une\nappropriation de technologie dont nous n'avons pas ici la ressource.\nLorsqu'un auditoire ne se rend pas compte d'une œuvre consacrée,\nlorsqu'il ne la comprend pas et ne la voit pas se développer à son oreille\net à son entendement avec clarté, on peut conclure que le chef d'orchestre\nignore son métier. Les instrumentistes, les chanteurs sont bien plus\nprès d'un jugement réel et toujours juste lorsqu'ils se prononcent sur\nleur directeur musical, par la raison qu'ils sont menés et que tout de\nsuite tout leur devient facile, tout se débrouille, tout s'aplanit devant"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "222", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.30", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2830, "texte": "eux si leur chef sait tenir les rênes, si l'on peut dire de lui qu'// connaît\nson affaire. Ils ont le sentiment qu'ils sont bien conduits dès la pre-\nmière mesure, et, dès le premier battement, ils sentent aussi s'ils ont à\nleur tête un artiste incapable.\nQuand un musicien a été une fois manié par un chef habile, il admet\nl'axiome que mieux vaut un ensemble d'exécutants secondaires avec un\ndirecteur expert, que les meilleurs virtuoses avec un imbécile pour les\ncommander. Ce qu'on rencontre le plus souvent, c'est un orchestre\nrécalcitrant autant que peu instruit, et, pour le diriger, un chef incapa-\nble. Aussi, la musique exécutée en France, où cette association d'inca-\npacités est fort commune, ne tente-t-elle aucun auditeur, et les premiers\nessais n'ayant pas réussi, chacun se retire mécontent. Ainsi s'explique\nqu'il n'existe dans tant de villes ni Salle de concert ni Opéra. Le genre\nde musique qu'on y exécute s'y borne aux idées simples d'airs de danse,\nde pièces de concertos, à la récréation délicate de la musique camérale\nou au quatuor vocal, ou bien encore à l'exécution savante de la musique\nd'orgue qui est très brillamment représentée dans nos départements.\nLorsque ces mêmes musiciens veulent transformer Part, introduire l'élé-\nment dramatique, se grouper pour la symphonie-musique, instruments,\nchants, chœurs, tout devient réfractaire parce qu'il ne se trouve plus\npour tout coordonner un chef qui sache utiliser ces forces dispersées, et\ndont l'aptitude directrice corresponde aux qualités des musiciens qui\ndoivent être dirigés et qui ne demandent qu'à bien faire\nDans les départements, la leçon d'accompagnement est donc reçue\ndans les séances de musique intime où s'exécute le quatuor. Mais com-\nbien d'instrumentistes ne reçoivent pas cette éducation I D'où il résulte\nqu'il y a dans l'école d'orchestre un double enseignement. Il y a la leçon\nd'accompagnement, il y a la leçon de direction. Il s'agit entre le chef et\nles exécutants de jouer ensemble, de suivre une mesure, un rhythme\nindiqué, de commencer et de finir en même temps. Cela n'est point\ndéjà facile. Il faut en outre étudier cet ensemble, trouver le sens complet\ndes pages que le compositeur a écrites et mettre en relief, c'est-à-dire\nexécuter ce que le compositeur a créé, éclairer son œuvre, faire com-\nprendre son idée, en montrer toutes les beautés. Cette collaboration\nréclame entre les exécutants et le chef une similitude d'éducation, une\nconnaissance commune du vocabulaire musical, un sentiment semblable\nde l'art et de ses manifestations. Mais comme le coup d'ouïe, la percep-\ntion auditive est différente, chaque instrumentiste, chaque chanteur est\nle point de départ d'un effet et le point d'arrivée de tous les autres effets\nmultiples. Tout se transforme selon le point d'ouie de chaque musicien"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "223", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.31", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2721, "texte": "et le rôle qu'il joue. Lui, le chef, doit tout voir, tout pressentir, tout\npréparer avec impartialité et tout faire converger vers le but qu'a mar-\nqué l'auteur et dont il doit avant tout avoir l'idéale compréhension.\nLa coutume est désormais d'élever les musiciens de manière à ce\nque rien de la musique ne leur soit étranger, ni l'acoustique, ni l'har-\nmonie, ni la facture instrumentale, ni l'orchestration, ni la partie ma-\nthématique qui est afférente à la musique et dont Hoené Wronski,\nDurutte, Hehmoltz, Auguste Comte, Pierre Laffitte ont établi les bases.\nLe résultat de cette complète éducation sera excellent et l'ironie ne\npourra plus s'attaquer à des musiciens comme nous en avons tant connu,\nqui parviennent après une longue vie à n'être que l'appendice de leur\nclarinette ou de leur violon et qui n'ont aucune intelligence de ce qui\npeut être un art dans son ensemble, dans son origine et dans son but\nesthétique. Mais ce que l'exécution gagnera à être suivie par des instru-\nmentistes musicalement instruits, c'est ce qu'on ne comprend pas\nencore assez en France, tandis qu'en Amérique, 011 Y a si bien compris\nqu'il est admis déjà en principe que l'école d'orchestre dans le Collège\nmusical ne s'ouvrira pour le chef comme pour l'exécutant que lorsque\nson éducation générale en musique aura été complétée dans tous les\nsens. L'école d'accompagnement et l'école de direction viendront couron-\nner le tout.\nToutes les ressources de l'art moderne doivent être connues du chef\nd'orchestre et doivent lui être familières. Si son cerveau rétréci ne peut\ncomprendre que la musique admise comme classique, il ne pourra faire\nexécuter de la musique moderne que celle qui s'est faite en copie des\nœuvres vantées, et il repoussera les compositeurs contemporains qui\nvoudront franchir les barrières,, ou bien il trahira leurs efforts et falsifiera\nleurs idées; il s'asservira à la tradition lorsqu'il exécutera les œuvres\ndites classiques, et l'on sait que dans ces conditions la tradition va sans\ncesse en s?altérant jusqu'à ce qu'un chef d'orchestre de génie, comme\npar exemple Habeneck, reconstitue l'œuvre et lui rende son rhythme,\nson accent et son premier élan.\nIl y a plusieurs manières de dire avec génie une belle phrase. La\nsymphonie en ut mineur en est un exemple. Beethoven réclamait pour\nles quatre premières notes de l'allégro le mouvement solennel d'un large\nandante con moto. Il pensait faire ainsi mieux ressortir le caractère\nmythique du morceau. Il disait : « C'est ainsi que le Destin (fatum)\nfrappe à notre porte. » L'allégro con brio ne devait commencer d'après\nlui qu'à la sixième mesure, et le changement devait trouver place au\npassage analogue de la deuxième partie."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "224", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.32", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2770, "texte": "En Allemagne on frappe, conformément à la tradition de Beethoven,\nles quatre notes en quatre coups saccadés. Habeneck réforma la tradi-\ntion, et cette entrée n'en reste pas moins sublime. Telle qu on nous la\ndonne au Conservatoire, sous la tradition d'Habeneck, ces quatre notes\nsont toute une révélation. C'est qu'aussi Habeneck n'était pas seulement\nun homme d'étude, un pédant ferré sur ses quatre règles d arithmétique\nmusicale; il sentait, il comprenait, il devinait, et quand il avait en main\nson bâton de maîtrise instrumentale, il était un révélateur, un créateur,\n■\nle type admirable du chef d'orchestre.\nEcoutez les sonates de Beethoven 109, 110, 111, et aussi 106 et quel-\nques autres. Si c'est un Français qui les exécute, vous ne les comprenez\npas, elles vous ennuient. Prenez un Suisse, un Allemand, un Scandi-\nnave, un Anglais, vous comprenez aussitôt. Le sens intime se révèle,\nc'est que l'étude de Beethoven s'opère dans le Nord dans le vrai sens\nd'un monde musical fermé à nos études fantaisistes, routinières et de\nchic, pour dire le mot vrai tel que l'argot l'a créé. De c/zfc, il n'y en a\npas dans Beethoven; mais si un pianiste y en met, vous êtes sûr que\nBeethoven devient aussitôt incompréhensible, insaisissable. Listz,\nRosenhaim, Olga de Janina, Hans de Bulow, Rubinstein, madame\nSzarvady, s'occupent avant tout de bien comprendre le maître, puis de\nl'interpréter comme ils l'ont compris. Cela seul suffit à leur succès. Les\nvirtuoses qui enguirlandent Beethoven, qui l'enjolivent, lui donnent du\nchic, sont eux-mêmes les meurtriers de leur talent, et le public qui ne\ncomprend pas ce qu'ils jouent se demande pourquoi ils ont un piano\nentre leurs mains, de même que lorsqu'il entend Schumann, Wagner,\nBrahms, Berlioz, interprétés au hasard, il s'irrite et réclame que chan-\nteurs, chef d'orchestre et instrumentistes soient renvoyés à la férule sco-\nlaire, puisqu'ils prétendent faire comprendre à l'auditeur l'œuvre qu'ils\nne comprennent pas eux-mêmes.\nAux concerts du Conservatoire, on arrive à détourner Beethoven\nd'une intensive interprétation par suite de l'absence de discipline de\nl'orchestre sous la main autoritaire d'un chef qui sache exactement ce\nqu'il veut. Chaque instrumentiste accomplit sa tâche comme si lui seul\nétait écouté; il remplit son office avec une virtuosité incomparable ;\nmais l'ensemble de toutes ces virtuosités toutes mises en relief fait perdre\nà l'ensemble de l'œuvre son caractère d'unité, de personnalité. Chaque\ndétail est cloisonné et la perspective disparaît. Ainsi, un orchestre\némérite ne trouve en résumé d'autre résultat que d'avoir exécute\navec perfection les subdivisions du détail, ce qui est l'œuvre des com-\nmençants. Que fait un professeur de quatuor ou d'orchestre quand"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "225", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.33", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2878, "texte": "il a affaire a des élèves ? Il se préoccupe des observations de détail, de la\npénétration, de la séparation naturelle des phrases, de la nécessité de\nfaire ressortir le chant à quelque partie qu'il se trouve, de l'importance\ndes silences, de l'utilité de faire sentir les notes de basses qui modulent,\nde mettie, en un mot, chaque chose à sa place et de mettre en emploi\ntoutes les icssources musicales delà mélodie, de l'harmonie, du rhythme,\ndes nuances et des sonorités, car partout où l'exécution est faible, l'idée\nsans clarté, la phrase sans accent, on peut être assuré qu'une de ces\nressources musicales a été mise de côté ou négligée.\nC est en effet par la recherche de la perfection apportée à chacun des\nmo\\ ens indiqués que s établit l'équilibre dans l'exécution ; mais cet équi-\nlibre relève tout entier du chef d orchestre, le travail précédent dépen-\ndant surtout de l'habileté des exécutants faisant œuvre d'élèves studieux,\net c est le chef d orchestre seul qui donne à l'emploi de ces moyens indi-\nqués la valeur réelle en leur faisant occuper la place que, d'après sa saga-\ncité, leur assigne leur importance relative.\nOn n'a pas assez parlé de l'étude de la perspective en musique. L'art\ndu chef d'orchestre est de discipliner l'exécution de façon à mettre en\nrelief l'idée première et de la colorer, de la nuancer par Pidée accessoire\nen reléguant au premier ou au dernier plan ces fonds, ces repoussoirs,\nces ombres portées, ces accompagnements sur lesquels, en clarté ou en\ntouche sombre l'idée principale doit se détacher. Dans l'exécution d'un\nchef-d œuvre, tout instrument pense, et le chef d'orchestre réglemente cet\nensemble de pensées concourantes et en lie la gerbe. L'exécutant, lui,\ns'absorbe dans sa partie, mais en s'abandonnant avec souplesse à l'im-\npulsion qui lui est donnée. Lui, le chef d'orchestre, il entend et dirige\nles renversements de la haute à la basse, les imitations rapprochées, les\nchangements de ton, toutes les complications transcendantes; il ménage\nles forte, les piano, les crescendo, les smorzando, les coïncidences des\nphrases mélodiques qui, d'abord entendues séparément, sont ensuite\nréunies, superposées, entrelacées et s'alternent dans un mariage bien\nassorti tantôt au chant, tantôt à l'accompagnement, tantôt en majeur\nénergique et pompeux, tantôt en mineur dans l'échelle élevée des tons,\ndans les tristesses aériennes de l'idéal inaccessible. Il surveille avec un\nsoin tout particulier les modulations, il contrôle aux violons la tenue\ndu son, aux instruments à vent Tintempestivité bruyante, et à toute son\narmée, vaste ensemble de parties, trios, quatuors, qui ont\nchacune son intérêt, l'homogénéité de jeu, d'efforts, de résultats. Un\nbon chef d'orchestre sauve souvent, par l'élégance et le fini de l'exécution,\nun morceau que tachent des détails vulgaires; de même un inintel-"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "226", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.34", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2875, "texte": "lisent batteur de mesure rend triviales les plus sublimes compositions.\nLe secret de l'habileté dans la direction orchestrale, c'est de trouver le\nvéritable sens de ce qu'il laut jouer. Ce n est pas une qualité qui s acquiert,\nloin de là ; une disposition naturelle fait seule deviner le côte philoso-\nphique et poétique d'une œuvre qu'on a fouillée dans toute sa paitie\ntechnique. Quand on a été doué de cette faculté, on l'améliore, on 1 ac-\ncroît, on la guide, on l'affine 5 mais l'éducation ne supplée pas le goût\nnaturel, l'innéité du sens orchestral, de la virtuosité directrice de l'or-\nchestre qui palpe en quelque sorte le caractère de l'œuvre musicale et\naussitôt le formule à travers ses complexes exécutants instrumentistes.\nL'histoire musicale, dans la technologie spéciale de l'orchestre, fournit\ndes renseignements, des traditions qu il faut avant tout connaître5 c est\nune érudition à acquérir, surtout à se creer personnellement, cai ici tout\néchappe au commentaire matériel, et les mots sont insuffisants, les\nchiffres trompeurs, les commentaires égarent. C'est la le génie du chef\nd'orchestre de savoir trouver le style de chaque maître et de chaque\népoque, et de féconder son aptitude innée par l'érudition, la compa-\nraison, l'expérience et ce flair particulier sans lequel un chef d oicncstie\nn'est qu'un vulgaire bâtonnier de tréteau.\nHabeneck, à qui la France doit la résurrection de ses grands opéras et\nla création des concerts du Conservatoire d'où sont sorties toutes les\nautres associations symphoniques, est le représentant disparu de la\ngéniale direction orchestrale. Par sa longue habitude de 1 enseignement,\nson esprit intuitif de la musique instrumentale, par son activité, sa\nmaîtrisante volonté, il s'était acquis sur l'orchestre de 1 Académie de\nmusique une autorité que nul ne songeait à lui contester et dont il se\nservit pour doter la France d'une incomparable armée d exécutants aux-\nquels il confia la révélation même de Beethoven. Aux répétitions géné-=\nraies, on ne pouvait assez admirer combien il savait s imposer à ces\nmasses intelligentes que, d'un signe presque invisible, il îetenait ou\nlançait. Comme les moindres détails se relevaient par une appréciation\nscrupuleuse, avec quel art il nuançait, il moirait la nuance! Dix fois,\nau besoin, la difficulté était attaquée, reprise, fouillée à nouveau 5 pas\nune note, pas une intention n'échappait à sa susceptibilité auditive et es-\nthétique que rien n'égarait ou ne calmait. Pour lui, chaque instrument,\nchaque son d'orchestre avait nom d'homme, et si, au moment d obtenir\nson effet tant cherché, l'inadvertance d'un cor ou d'un basson venait\ntout Habeneck s'agitait sur son banc, frappait son pupitre à coups\nredoublés, et, fixant sur le maladroit trouble-fête sa face irritée, il le\ndésignait aux blâmes du public et le rappelait à l'ordre sans merci."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "227", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.35", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1633, "texte": "Habeneck possédait la confiance des maîtres, et bien qu'il lui repro-\nchât quelquefois de ne point accompagner ses chanteurs avec assez de\nménagements, Rossini vantait sans cesse sa promptitude de coup d'œil\net sa communicative ardeur. Lorsque Meyerbeer savait à n'en pas\ndouter qu'Habeneck dirigeait les Huguenots ou Robert le Diable, il\navait l'habitude de dire : « Ce soir je suis libre, je peux me promener ou\ndormir, Habeneck est à l'orchestre. Tout va bien. »\nIl n'était pas toujours poli; avec Habeneck on sait toujours à quoi\ns'en tenir, disait Berlioz, c'est un caractère d'une inaltérable égalité,\nil est toujours en colère. Il est vrai qu'on a vu mieux depuis. On a\nvu des cuistres grossièrement élevés, d'allures perfides et qui,compen-\nsaient par l'absence de toute loyauté leur talent introuvable, et les\norchestres ont dépéri entre leurs mains. En musique, c'est de tradi-\ntion, on rencontre rarement des gens bien élevés, au moins faut-il que\nle talent soit une compensation. Habeneck, qui sut ne pas se distraire\naux velléités écrivailleuses qui n'étaient pas son affaire, eut\ngrâce à sa merveilleuse aptitude, d'avoir sa part dans les ouvrages qui,\npendant un quart de siècle, se sont produits sur la scène française. Cela\nvaut mieux, pour sa gloire, que d'avoir composé trois ou quatre mé-\nchants opéras ou d'avoir, d'une plume venimeuse, critiqué tous les\ngrands musiciens de son époque et d'avoir insulté Schumann, Auber,\nBerlioz, Meyerbeer, Wagner, Rossini et Verdi, comme le font chaque\njour tels maîtres sots que je n'ai pas besoin de nommer.\n( La fin prochainement.)\n\nMAURICE CRISTAL."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-12-01-01-c017", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-12-01_01#c017", "volume": "bmtnabc_1875-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "228", "page_fin": "233", "image_debut": 36, "image_fin": 41, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.2.5", "titre_corps": "REVUE DES CONCERTS", "titre_sommaire": "REVUE DES CONCERTS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 36, "page_imprimee": "228", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.36", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2062, "texte": "REVUE DES CONCERTS\nCONCERTS POPULAIRES : Komarinskaja, deux airs russes de Glinka. Symphonie es-\npagnole de M. Lalo; M. Sarasate. Concerto en ut majeur, pour piano, de Beetho-\nven; madame Montigny-Rémaury. Concerto en mi majeur, pour violon, de\nM. Vieuxtemps; M. Marsick. Adagietto de M. Raff. Suite d'orchestre en sol de\nM. Ten Brink.— CONCERTS DU CHATELET : Concerto en mi bémol de Liszt. Madame\nJaëll. Le Sacrifice. Roméo et Juliette.—CONCERTS DU CIRQUE FERNANDO.— CONCERTS\nARBAN. SALLE FRASCATI.\nONCERTS POPULAIRES. Michel Glinka n'est pas seu-\nlement un des plus illustres compositeurs que la Russie ait\nproduits jusqu'à ce jour, c'est un musicien d'un ordre très\nélevé. On s'est trop habitué chez nous à ne le considérer que\ncomme un amateur distingué, et bien des gens vous diront\nque le succès d'enthousiasme obtenu par son œuvre capitale, La Vie pour\nle doit être attribué avant tout au caractère éminemment patriotique du\nsujet traité par le musicien. Pour la plupart des artistes, Glinka n'est qu un\nhabile arrangeur des mélodies de son pays, dont il s'est largement inspiré\ndans ses deux opéras, la Vie pour le Rouslann et Lioudmita; pour la\nmasse du public parisien, c'est un inconnu ou peu s'en faut. Glinka vint à\nParis en 1844; il y fit entendre plusieurs fragments de ses oeuvres dans un\nconcert organisé à la salle Herz, sous la direction de Tilmant. Ceux qui ont\nassisté à ce concert en ont conservé une impression peu favorable; les autres\nconnaissent à peine le nom du compositeur. Cette ignorance, jointe à la mé-\nfiance naturelle qu'inspire toujours au public parisien le nom d'un inconnu\nou d'un étranger, explique jusqu'à un certain point le médiocre succès\nobtenu par les rares compositions de Glinka que nous ont fait connaître les\nConcerts populaires. L'ouverture de la Vie pour le exécutée il y a quel-\nques années, ne rencontra que des critiques fort injustes pour la plupart et\nfort désobligeantes; quant à la fantaisie sur deux airs russes intitulée Koma-\nrinskaja, on ne l'a guère mieux appréciée, et la récente audition qui en a"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "229", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.37", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 3176, "texte": "été donnée au 5e concert de la irc série a laissé le public absolument froid.\nC'est là pourtant une œuvre des plus remarquables, et le compositeur qui\nl'a écrite était certainement un symphoniste de premier ordre. Elle est bâtie\nsur deux petits thèmes, deux airs populaires de 3o à 40 mesures ; le compo-\nsiteur a pris ces deux idées mélodiques très simples en elles-mêmes, et il en\na tiré toutes les conséquences qu'elles renfermaient. C'est merveille de voir\navec quelle abondance il a su les tourner et les retourner de manière à les\nprésenter successivement sous toutes leurs faces, avec quelle facilité il les\nprend, les quitte, les ramène, les unit, les sépare, avec quel art il les module\net les nuance de mille façons, avec quel talent il arrive à en former un tissu\nharmonique, où se révèlent la science et l'habileté des maîtres les plus\nconsommés. Malheureusement le gros du public reste insensible à tous ces\nraffinements du contrepoint; la mélodie originale lui a paru étrange ou lui\na déplu, l'œuvre qui en est le développement lui paraît baroque ou en-\nnuyeuse, et, pour lui, toute la science du compositeur est nulle et non\navenue, du moment que l'idée première n'est pas à sa convenance. « Tous\nles motifs sont bons, disait Haydn, l'art consiste surtout dans la manière\nde traiter un thème et de le conduire, et c'est au compositeur à faire en sorte\nque l'idée la plus insignifiante prenne une physionomie, se renforce, croisse,\ns'étende et que le nain deviennent géant à nos yeux étonnés. » Pénétrons-nous\nbien de ces paroles du maître qui renferment en peu de mots les principes\nessentiels de la symphonie, et nous n'aurons pas de peine à reconnaître que\nle musicien qui a su faire de deux airs populaires un morceau symphonique\naussi complet, traitait la musique autrement que comme un art d'agrément\net avait tiré quelque profit des leçons qu'il avait reçues de son savant maître\nDehn et de l'étude approfondie qu'il avait faite de l'œuvre du maître des\nmaîtres, Beethoven.\nJ'ai déjà longuement analysé la Symphonie espagnole pour violon prin-\ncipal et orchestre de M. Lalo,jeny reviendrai pas. Cette belle composition,\nune des plus remarquables de l'école française moderne, a été exécutée pour\nla seconde fois au cinquième concert par M. Sarasate, avec un talent et une\nvirtuosité hors ligne. L'œuvre et l'interprète ont été accueillis par les plus\nchaleureux applaudissements. Puisque j'en suis au chapitre des virtuoses, rien\nne m'empêche de grouper dans un même alinéa les différents concertos qui\nont été exécutés dans la période dont je fais le compte rendu. Il est à remar-\nquer que voilà déjà cinq dimanches de suite que M. Pasdeloup nous fait enten-\ndre des concertos variés et nous présente des solistes différents, sans compter\nun sixième concerto et un sixième soliste, qui nous attendent dimanche pro-\nchain. D'aucuns trouvent que c'est beaucoup de concertos à la fois, mais on\nne peut pas contenter tout le monde et... le public qui semble prendre un\ntrès vif plaisir à cette interminable exhibition de pianistes, de violonistes et\nde violoncellistes.\nMadame Montigny-Remaury a joué au sixième kconcert le concerto en ut"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "230", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.38", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2977, "texte": "majeur pour piano de Beethoven avec un style excellent et un art infini des\nnuances. On rappelle toujours comme une merveille, à propos de ce concerto,\nqu'à la répétition, le clavecin se trouvait d'un demi-ton trop bas et que\nBeethoven dut jouer sa partie en ut majeur, étant accompagné en ut\nnaturel. Sans doute une pareille facilité de transposition aurait de quoi nous\nétonner de la part d'un virtuose, exécutant le morceau à première vue ou\nmême après l'avoir étudié dans le ton où il est écrit, mais j'avoue qu'elle ne\nm'offre rien d'extraordinaire de la part du compositeur, jouant lui-même le\nmorceau qu'il vient d'écrire, qu'il a encore dans la tête, et le transposant\nimmédiatement d'un demi-ton. Beethoven est assez riche de gloire pour qu'il\nsoit permis de faire bon marché de cette petite légende.\nOn nous a présenté au septième concert M. Marsick, avec le concerto en\nmi majeur pour violon de M. Vieuxtemps. Bonne exécution, mais piètre\nmusique. Il n'y a pas ombre de style symphonique dans ce concerto, dont le\nvrai titre serait : Morceau de violon avec accompagnement d'orchestre. C'est\nune suite ennuyeuse de motifs, écrits avec une certaine abondance mélodique,\nje n'en disconviens pas, mais trop souvent plats et insignifiants ou empha-\ntiques et de mauvais goût.Pas de développement, orchestre réduit constam-\nment au rôle de simple accompagnateur; en un mot, le concerto de M. Vieux-\ntemps peut être un exercice excellent pour mettre en lumière les qualités\nd'un virtuose, mais c'est une œuvre sans aucune valeur au point de vue\nsymphonique pur et sans aucune affinité avec le concerto classique, tel que\nle comprenaient Beethoven et Mendelssohn, tel que le comprennent encore\naujourd'hui MM. Lalo, Saint*Saëns et Max Bruch.\nUadagietto de M. Raff, inscrit au programme du septième concert n'est\npeut-être pas très original comme idées, mais c'est une page fort joliment\nécrite, sobrement développée et d'un style excellent. Je n'en dirai pas autant\nde la Suite en sol de M. Ten-Brink, et je m'étonne vraiment que\nM. Pasdeloup s'obstine à maintenir au répertoire une œuvre aussi triviale\nau fond que négligée dans la forme et digne tout au plus des concerts-pro-\nmenades du Waux-Hall et du Casino-Cadet. Mise à sa vraie place, la fan-\ntaisie symphonique de l'auteur de Calonice pourrait être jugée avec quelque\nindulgence, mais nous avons le droit de nous montrer plus difficile quand\nil s'agit de compositions exécutées dansla maison de Beethoven et de Mozart,\nà côté des chefs-d'œuvre de l'art clasique, et je crois qu'il est permis, sans\nêtre trop exigeant, de demander que les musiciens qui ont la prétention de\ns'y faire jouer sachent penser et écrire, et qu'à défaut de style, ils aient au\nmoins un peu de tenue.\nH. Marcello.\nCONCERTS DU CHATELET. L'hiver s'annonce comme devant être\ntrès fertile en concerts. Outre les concerts du Châtelet qui poursuivent\nbrillamment leur carrière, et ceux du cirque Fernando qui ont du premier"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "231", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.39", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 3136, "texte": "coup conquis la sympathie du public, je vois poindre à l'horizon les Concerts-\nDanbé— ils ne voudront pas déserter leur poste, —et tous ceux que donne-\nront les nombreux artistes en renom qui embellissent tous les ans nos soirées\nmusicales, ou viennent de loin pour recevoir à Paris la consécration de leur\ntalent. Je me vois donc obligé dès à présent de prendre le parti, dans mon\ncompte rendu, de ne parler absolument que des nouveautés quant aux com-\npositions, à moins d'un mot lancé de temps à autre pour rappeler quelles\nœuvres connues ont été exécutées; et quant aux artistes, chanteurs ou ins-\ntrumentistes, comme chacun possède son individualité, mon intention est de\nn'en laisser passer aucun sans dire l'effet qu'il aura produit sur le public.\nLe troisième concert du Châtelet nous a offert madame Jaëll, dans le concerto\nen mi bémol, de Liszt, et le Sacrifice, chant biblique de M. Georges Boyer,\nmusique de M. Théodore Ritter, le sympathique compositeur, réminent\npianiste et l'élégant ténor. Madame Jaell, dont il est superflu de vouloir louer\nl'immense talent, a mis ses doigts féeriques au service de la plus ingrate, de\nla plus discordante, de la plus incompréhensible musique qu'il soit donné\nd'entendre. Et comment cette grande artiste a-t-elle pu se mettre, non\ndans les doigts, car là, tout lui est possible et facile, —mais dans la tête cet\nincohérent concerto qui n'a ni plan ni intention, où l'adagio suit 1 allegro,\noù le vivace suit l'adagio, sans repos, sans séparation, sans laisser respirer\nl'artiste ni le public ?\nLe Sacrifice est une scène assez courte, mais d'un grand style. L'intro-\nduction instrumentale, où les effets d'orchestre sont supérieurement traités,\ndéveloppe un beau et large motif. L'air qui suit, et qu on eût désiré un peu\nplus long, quoique écrit dans la limite extrême de la voix de basse dans le\nhaut, a été interprété par M. Gailhard avec la magnifique voix qu on lui\nconnaît et une pureté irréprochable.\nRien d'inédit au quatrième concert. Passons au cinquième.\nRoméo et Juliette, le drame lyrique de Berlioz, que M. Colonne a voulu\nremettre en lumière avec un grand éclat, fut exécuté pour la première fois\ndans la salle du Conservatoire, le 24 novembre 1839. La nouvelle inter-\nprétation n'aurait rien laissé à désirer si M. Colonne n'avait eu la malencon-\ntreuse idée de donner à chanter à mademoiselle Vergin, soprano-lauréate aux\nderniers concours du Conservatoire, la partie de contralto, originaiiement\nécrite pour madame Widmann. Et cela est dommage, autant pour mademoi-\nselle Vergin, qui n'a pu y déployer ses belles notes hautes, que pour 1 effet\ndes stances du prologue. L'analyse complète de 1 œuvre de Berlioz deman-\nderait plus d'espace que je n'en ai à ma disposition. Je me bornerai à citer la\nsplendide fete che% Capulet, où se trouve une mélodie de la plus grande\nbeauté, le scherzetto chanté par M. Furst, dans lequel la voix solo et\nles chœurs dialoguent d'une manière très curieuse, la Scène d amow,\nmorceau symphonique où l'expression déborde, la Reine Mab, scherzo\ninstrumental très original, le bel air du père Laurent ; « Pauvie enfant"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "232", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.40", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2884, "texte": "que je pleure », parfaitement chanté par M. Bouhy, et enfin le Serment\nde réconciliation, qui termine la partition. C'est un morceau religieux\nde la plus grande élévation. Des applaudissements enthousiastes ont salué\nla plupart des scènes que je viens de nommer. D'autres malheureusement\nont profondément ennuyé. Telles sont le Convoi de Juliette et Y Agonie et la\nmort des deux amants. Sans m'étendre sur les taches qui déparent cette\nœuvre si pleine de vie, il faut rendre hommage au génie de Berlioz qui, seul\npeut-être, était capable de l'enfanter, surtout étant si mal secondé par les\ndétestables paroles du poëme.\nCIRQUE FERNANDO. Le huitième et dernier concert de la première\nsérie a été remarquable. Ce n'est pas que l'ouverture inédite du Voyage en\nSuisse ait beaucoup ajouté à l'attrait de cette séance, car l'introduction est\nd une longueur démesurée, et 1 allegro est un de ces morceaux dont il n'y a\nni mal ni bien à dire; mais Y Adagio et Menuet (première audition) est un\npetit chef-d œuvre de grâce et de finesse. Le menuet rappelle, sans qu'il y ait\ntoutefois la moindre ressemblance, tous les jolis menuets du dix-huitième\nsiècle, depuis ceux d Exaudet et de Grétry, jusqu'à celui que Mozart a placé\ndans Don Juan. Madame Olga de Janina, la grande prêtresse de Liszt et de\nChopin, a exécuté une étude de concert de Liszt, étrange et baroque comme\ntout ce qui soit de la plume de cet illustre pianiste. Je lui ferai pour le choix\nde ses morceaux le même reproche que j'ai adressé plus haut à madame Jaell.\nCes dames auiont oeau faire, tout leur talent ne fera pas prendre à Paris\nune musique que Liszt lui-meme n'y a pu faire réussir. La meilleure preuve\nqu il soit possible d en donner, c'est qu aux concours du Conservatoire, le\ncomité qui décide du morceau à faire exécuter par les élèves, et qu'on ne\npeut ceites pas accuser ae trop sacrifier aux Grâces, ne fait jamais tomber\nson choix sui un concerto de Liszt, à cause de son manque absolu de chant\net de chai me. Ce charme, je l'ai trouvé dans le Rossignol, mélodie russe\nd'Alabief, quoique transcrit pour le piano par Liszt. Madame Olga de Janina l'a\nadmirablement joué. Aussi le public, transporté, le lui a redemandé à l'una-\nnimité.\nLe premier concert de la deuxième série n'a rien donné de neuf, si ce n'est\npeut-être un andante en la bémol, annonce comme étant une première audi-\ntion. Mais comme cet andante portait le nom de son auteur, M. Félicien\nDavid, il est probable, d'après la règle que s'est imposée M. Henri Chollet,\nque ce n'était une première audition que pour le cirque Fernando. Quoi\nqu il en soit, ce morceau a fait plaisir, bien qu'on en ait trouvé le motif un\npeu trop développé. L'ouverture de Madrid, dont j'ai parlé avec éloge dans\nle dernier numéro, et qui a été exécutée pour la troisième fois à ce concert,\nest de M. Henri Chollet. Toutes mes félicitations."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "233", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.41", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 1458, "texte": "Mlle Varni a chanté le bel air de Fernand Cortès avec beaucoup de succès.\nIl faudra cependant qu'elle travaille à faire davantage sortir sa voix.\nSALLE FRASCATI. Concert-Arban. Si je n'ai pas parlé plus tôt\ndu Concert-Arban, c'est à la multiplicité des soirées musicales et à l'infinie\nvariété des morceaux de genres différents dont son habile directeur gratifie\nle public qu'il faut s'en prendre. En effet, les concerts organisés par M. Arban\nsont les plus éclectiques de Paris. Tous les styles, toutes les écoles s'y cou-\ndoient. A côté du sévère allegro ou andante d'une symphonie classique,\nrésonne un joyeux air de danse, soit valse ou polka. A une ouverture d'un\ndes grands maîtres de la scène, relevée par toutes les splendeurs de l'or-\nchestre, succède une fantaisie pour l'orgue Alexandre, exécutée par la gra-\ncieuse Marie Deschamps, avec autant de talent que de charme. Les airs, les\nchœurs enfin, tout s'entremêle dans cette vaste salle avec un rare bonheur,\net la parfaite ordonnance du programme y tient constamment le public en\néveil.\nJe me propose de revenir plus d'une fois sur le mérite de l'orchestre et\ndes artistes solos qu'il renferme. Je parlerai aussi des bals masqués, car Arban\nest un admirable compositeur de musique de danse. Si l'on y fumait un peu\nmoins, aucun genre d'attraction ni de séduction ne manquerait à cette salle,\nqui seule peut consoler les parisiens de la perte des bals de l'Opéra.\nHenry Cohen."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-12-01-01-c021", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-12-01_01#c021", "volume": "bmtnabc_1875-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "234", "page_fin": "236", "image_debut": 42, "image_fin": 44, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.2.6", "titre_corps": "REVUE DES THÉATRES LYRIQUES", "titre_sommaire": "REVUE DES THÉATRES LYRIQUES", "signature_source": "RAOUL DE SAINT-ARROMAN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 42, "page_imprimee": "234", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.42", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1530, "texte": "REVUE DES THÉATRES LYRIQUES\n\nTHÉÂTRE TAITBOUT : La Cruche cassée, opérette en trois actes, de MM. Noriac et\nMoineaux, musique de M. Vasseur.\nOMMii son aînée la Timbale, la pièce que nous venons\nd'entendre spécule sur les aspirations égrillardes du\npublic voué à l'opérette. Son succès est donc assuré.\nFaut-il en féliciter chaudement les auteurs? Je ne le\npense pas. Ils ont tous les deux assez de talent pour\nse consacrer à des travaux d'une gaieté plus conve-\nnable et pour lutter, armés d'un esprit véritable et de bonne compagnie,\ncontre le mauvais goût du temps présent. Ils nous donneront bientôt\nl'occasion de le constater.\nLa pièce a subi, nous dit-on, les grands coups de ciseaux d'une censure\npudibonde. Les auteurs et la direction en ont fait grand bruit ; mais\npour ma part je trouve que les ciseaux censeurs ont agi avec une discré-\ntion pleine de bénignité,\nQue pouvaient dire de plus croustillant MM. Noriac et Moineaux ?\nLe point de départ de la nouvelle opérette est poétique. Il est emprunté\nau célèbre tableau de Greuze, et Céline Chaumont représente ce tableau\ndu maître avec une grâce toute particulière.\nC'est sous Louis XV, avec tout l'appareil de l'époque, un chevalier\nLovelace, un bailli trompé, un tabellion giotesque des paysans tru-\nmeaux des costumes pimpants que se déroule l'action suivante.\nColette doit se marier. Elle attend —• au moment où le rideau se\nlève, son fiancé Marcaillou qui est allé chercher fortune à Paris —et elle\nva ainsi qu'un vieil usage l'exige chercher de l'eau àla fontaine."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "235", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.43", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2691, "texte": "Si elle accomplit sa mission sans accident, elle se mariera, mais si elle\ncasse sa cruche, ce sera une preuve que sa vertu n'est plus suffisante.\nOr, il arrive que, chemin faisant, elle rencontre le chevalier Gaston\nqui lui prend un baiser de force. Colette laisse tomber sa cruche qui\nsubit un accroc respectable. Voyez-vous cette fatalité! Cette cruche\ndamnée est déjà tombée plusieurs fois, tantôt sur les cailloux d'une\nroute, un autre jour sur le coin d'un perron, jamais elle n'avait été félée\net voilà que tombant doucement sur l'herbe elle se brise !\nDame! tant va la cruche à l'eau....\nIl faut dissimuler cet horrible et compromettant accident; justement\nun rémouleur étranger au pays s'est installé devant la maison de Colette.\nElle est sauvée si elle a le courage de lui donner sa cruche à raccommoder.\nAprès quelques tergiversations, elle confie son malheur à l'étranger.\nMais, hélas! cet étranger n'est autre qu'Hilaire, le fiancé attendu.\nDe là, rupture, accusation portée contre le chevalier qui est bel est\nbien condamné par le bailli à réparer sa séduction par un mariage.\nLa femme du bailli, dont les rapports avec le chevalier sont tout à fait\nintimes, tente d'éviter cette union. Mais le chevalier, qui d'abord a\nrésisté, trouve de réels charmes à Colette et accepte avec joie une con-\ndamnation qui le lie à jamais à une aimable femme.\nNaturellement, le contrat signé par les époux, et rédigé par le tabellion\ndans un moment de gaîté bachique, porte le nom d'Hilaire à la place de\ncelui du chevalier et Colette, blanche comme lait des accusations portées\ncontre sa vertu, épousera son bien aimé Hilaire pendant que le chevalier\nreviendra à la tendre épouse du bailli.\nSur cette ligne principale se greffent quatre rôles épisodiques.\nL'un d'eux tenu avec un entrain et une grâce extrême par mademoi-\nselle Céline Montaland (Javotte), celui d'Elmire, joué et chanté par\nmadame Perier, celui d'Omphale, mal interprété par la grande made-\nmoiselle d'Harcourt et celui d'Hector dévolu à mademoiselle Debreux.\nLa pièce, je l'ai dit, dépasse la limite des plaisanteries permises. Il\ns'agit perpétuellement de la constatation d'un fait, fort peu intéressant\nen lui-même. Il s'agit de savoir si Colette a cassé ou n'a pas cassé sa\ncruche. Et comme on sait ce que parler veut dire, les joyeusetés pimen-\ntées se succèdent indéfiniment, apportant chacune une dose de gingembre\nqui ne peut satisfaire les gens de goût.\nM. Vasseur a écrit une partition ni meilleure ni pire que celle de la\nTimbale. 11 a trouvé pour madame Chaumont quelques notes agréables,\nauxquelles cette excellente artiste prête toute la délicatesse de son talent\nplein de mutinerie."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "236", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.44", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1118, "texte": "On ne peut pas mieux dire le poème à double sens et les couplets\nlégers que la transfuge des Variétés. Elle est inimitable. Madame Chau-\nmont n'a jamais mérité davantage les éloges de la critique.\nMademoiselle Montaland chante au troisième acte une chanson\nespagnole qui la place immédiatement après madame Chaumont.\nOn n'est pas plus jolie ni plus piquante.\nM. Bonnet est amusant en rémouleur scrupuleux, et Galabert donne\nau tabellion une physionomie très gaie. Mercier est excellent dans son\nrôle de père.\nQuant à M. René Luguet, il semble qu'il gagnerait à ne pas charger\naussi outrageusement; sa gaîté attriste et ses effets manquent absolument\nde mesure.\nM. Emmanuel est excellent comédien et fort bon musicien. Il en a\ndonné des preuves.\nSi je n'ai pas consacré à la musique de M. Vasseur un examen plus\nspécial, c'est qu'il me paraît que sa partition est faite avec une facilité\ncondamnable, et qu'à part le récit de madame Chaumont au second acte\net la chanson de madame Montaland au troisième, elle n'a rien d'assez\nintéressant pour qu'on s'y arrête davantage.\n\nRAOUL DE SAINT-ARROMAN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-12-01-01-c025", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-12-01_01#c025", "volume": "bmtnabc_1875-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "237", "page_fin": "240", "image_debut": 45, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.2.7", "titre_corps": "VARIA", "titre_sommaire": "VARIA", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 45, "page_imprimee": "237", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.45", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2397, "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nFAITS DIVERS\nAR décret du 20 novembre, M. le ministre de l'instruction\npublique et des beaux-arts a nommé M. Vizentini direc-\nteur du Théâtre-Lyrique.\nVoici l'exposé des motifs et le texte du projet de loi\nprésenté par M. Wallon, ministre des beaux-arts, d'accord\navec M. Léon Say, ministre des finances, projet de loi\ntendant à l'ouverture d'un crédit de 97,000 francs, appli-\nCable aux frais d'installation du Théâtre-Lyrique dont M. Albert Vizentini a\nété nommé directeur.\n« Le budget du ministère de l'instruction publique, des cultes et des beaux-\narts comprend dans sa seconde section (beaux-arts) un crédit de 100,000 fr.,\napplicable en 1875 aux dépenses du Théâtre-Lyrique. Sur ce crédit, une\nsomme de 3,000 francs seulement a été employée. Il reste aujourd'hui dispo-\nnibles 97,000 francs que la direction du Théâtre-Lyrique aurait reçus, con-\nformément aux déclarations faites au mois de juillet dernier, lors de la discus-\nsion de la loi des finances de l'exercice prochain, si le théâtre avait pu être\nouvert avant la fin de cette année. Des difficultés de diverses natures ont\nempêché longtemps le gouvernement de trouver un directeur qui consentît\nà courir les chances de l'entreprise. Ce directeur est aujourd'hui trouvé; il\ns'est déjà mis à l'œuvre et a commencé les préparatifs nécessaires pour que\nles représentations pussent avoir lieu dès les premiers mois de 1876. Toute-\nfois, il n'a accepté la direction qu'il prend en ce moment, que sous la condi-\ntion de toucher le reliquat qui existe en 1875. Ce reliquat, dans la pensée du\ngouvernement et, on peut le dire, dans celle de l'Assemblée nationale, devait\nêtre principalement affecté à des frais d'installation. Peut-être aurait il pu\nêtre mis immédiatement à la disposition du nouveau directeur, puisque les\ndépenses qu'il doit servir à payer auront été engagées dès 1875; mais nous\navons pensé qu'il était plus régulier d'en référer à votre autorité, en vous\nproposant d'annuler sur 1875 le crédit disponible de 97,000 francs et de le\nreporter à 1876, de sorte que le Théâtre-Lyrique, n'ayant rien reçu en 1875,\nrecevrait en 1877 une subvention totale de 197,000 francs. Tel est l'objet du\nprojet de loi que nous avons l'honneur de vous soumettre; il n'impose aucune\ncharge au Trésor, puisqu'il consiste seulement à opérer un virement de crédit\nd'un exercice à un autre."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "238", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.46", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2923, "texte": "(( Article premier. Il est ouvert au ministre de l'instruction publique,\ndes cultes et des beaux-arts, sur l'exercice 1876 (théâtres nationaux), un\ncrédit supplémentaire de 97,000 francs applicable aux trais d'installation du\nThéâtre-Lyrique.\n« Art. 2. Un crédit de 97,000 francs, inscrit au budget de l'instruction\npublique et des beaux-arts sur l'exercice 1875, est et demeure supprimé. »\nNous lisons dans le Nouvelliste de Rouen : « On sait qu'une grande re-\nprésentation sera donnée le 16 décembre prochain, au Théâtre des Arts de\nRouen, à l'occasion de la naissance de Boieldieu. Cette solennité sera mar-\nquée par la première représentation d'un opéra de son fils, M. Adrien\nBoieldieu : la Halte du roi, dont il a déjà été parlé lors du centenaire. Cette\nsoirée se composera en outre du deuxième acte des Deux Nuits et d'un\ndéfilé dans lequel on verra apparaître tous les personnages des opéras de\nnotre immortel compatriote. Une grande marche de M. Hasselmans, chef\nd'orchestre du théâtre, raccompagnera. »\nUne vente de violons, altos, basses et archets de prix a eu lieu lundi\ndernier à l'hôtel Drouot. La plupart dépendaient de la succession de feu\nM. Maulaz, amateur distingué; il s'y trouvait aussi la contre-basse de feu\nAchille Gouffé, un superbe instrument de Montagnana, qui a été adjugé pour\n2,050 francs. On a remarqué : un alto de Stradivarius (1727), de la plus\ngrande beauté, payé 7,000 francs; un violon du même maître (1714)9 PaYé\n7,900 francs; un autre également de Stradivarius ( 1717), payé 2,220 francs;\nun autre de Bergonzi, mais portant le nom de Stradivarius, payé 1,5sofrancs;\nun alto de Gasparo da Salo, payé 830 francs; un violon de Duiffoprugcar,\npayé 1,010 francs ; un violon authentique de Stainer (1669), payé 610 francs.\nQuelques-uns de ces instruments ont une valeur historique, comme le Duif-\nfoprugcar, par exemple, qui est un curieux spécimen de l'art de la lutherie\nà ses débuts, le Stainer, admirablement conservé, et la contre-basse de\nGouffé.\nDans sa dernière séance, l'Assemblée nationale a eu à se prononcer sur\nla question du loyer de l'Opéra-Comique, lequel a donné lieu à un procès\ndont tout le monde se souvient.\nElle a adopté, à la majorité de 522 voix contre 2, sur 524 votants, un projet\nde loi tendant à ouvrir, au ministre de l'instruction publique, des cultes et\ndes beaux-arts, sur l'exercice 1874, un crédit supplémentaire de 6,500 francs,\napplicable au payement des frais d'une action judiciaire soutenue par l'admi-\nnistration, au sujet du loyer de l'Opéra-Comique.\nUn concours ouvert par la direction de l'Eldorado, pour les paroles\nd'un « chant patriotique », n'a pas donné le résultat qu'on attendait. Quatre\ncent quatre-vingts chansons déposées au secrétariat ont été examinées par le\njury, mais aucune n'a réuni les qualités requises pour obtenir le prix de\n500 francs. Le jury n'a pu décerner qu'une médaille de 100 francs à l'auteur"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "239", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.47", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 1874, "texte": "d'un récit intitulé le Petit Mendiant. Le jury a décidé, à l'unanimité, qu'un\nnouveau concours serait ouvert dans les conditions premières du programme,\net que le prix de 500 francs serait décerné aux meilleures paroles inspirées\npar un sentiment patriotique, et déposées à l'Eldorado du ierau i décembre\nprochain.\n\nNOUVELLES\n\nARIS. Opéra. Lundi dernier on a repris Don Juan avec la\ndistribution suivante :\nDon Juan MM. Faure.\nLeporello Gailhard.\nDon Ottavio- Vergnet.\nMazetto Caron.\nLe commandeur Gaspard.\nDona Anna Mmes Krauss.\nZerline Carvalho.\nDona Elvire Gueymard.\nM. Halanzier vient de céder pour trois mois le baryton Couturier à\nM. Alméras, directeur du Théâtre-Royal d'Anvers.\nOpéra-Comique. Piccolino ne passera pas avant le mois de mars.\nLe centenaire de Boieldieu tombe le 16 décembre. L'Opéra-Comique\nprépare pour cette circonstance une représentation qui ne pourra avoir lieu\nque le 18, afin que les autorités rouennaises, retenues pour une représenta-\ntion analogue au théâtre de Rouen, puissent y assister.\nLe programme de la soirée de l'Opéra-Comique sera composé de :\nLa Dame blanche, le Nouveau Seigneur du village, le Calife de Bagdad.\nThéâtre-Lyrique. M. Vizentini n'aura pas moins de trois premiers\nchefs d'orchestre : le directeur lui-même, MM. Danbé et Thibault. Le sous-\nchef sera M. Boudier. *\nSalle-Ventadour. Les représentations lyriques italiennes ont commencé\net fini lundi dernier par Rigoletto.\nVariétés. Un nouvel engagement de chanteuse : celui de mademoiselle\nDartaux.\nFolies-Dramatiques. On a lu aux artistes la Belle Poule, opérette en trois\nactes de MM. Crémieux, Saint-Albin et Blum, musique de M. Hervé. En\nvoici la distribution :\nPoulette M*11®5 H. Schneider.\nLa marquise de Montenbriche Toudouze.\nFœdora Raphaël.\nLe baron de la Champignolle MM. Milher.\nPoulet Max-Simon.\nJean Marcou Luco.\nLe chevalier d'Aigrefeuilles Didier."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "240", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.48", "debut_caractere": 129, "fin_caractere_exclue": 1138, "texte": "M. Cantin vient d'engager mademoiselle May pour créer le principal\nrôle de Fleur de Baiser, trois actes de M. Cœdès. Fleur de Baiser succédera\nà la Belle Poule. En attendant, on a repris le 2 5 novembre La Fille de ma-\ndame Angot.\nAthénée-Comique. L'Athénée va rouvrir prochainement ses portes,\nsous la direction de M. Montrouge, par une revue de MM. Clairville, Bus-\nnach et H, Roger de Beauvoir.\nConcerts du Conservatoire. Dimanche prochain, réouverture.\nVoici le programme de la première série, programme qui se répète le\ndimanche suivant pour les abonnés de l'autre série,\ni° Symphonie en si bémol de Beethoven; —2O Motet (double chœur n°4),\nde J.-S. Bach ; 3° Concerto pour orgue et orchestre, de Hœndel, par\nM. Alex. Guilmant ; —4O Près du fleuve étranger (chœur), de M. Ch. Gou-\nnod, paraphrase du psaume Super flumina, par M. A. Quételart; 5° Ou-\nverture du Carnaval romain, de H. Berlioz. Le concert sera dirigé par\nM. E. Deldevez.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-12-01-01-c027", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-12-01_01#c027", "volume": "bmtnabc_1875-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "237", "page_fin": "239", "image_debut": 45, "image_fin": 47, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.2.7.2", "titre_corps": "FAITS DIVERS", "titre_sommaire": "FAITS DIVERS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 45, "page_imprimee": "237", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.45", "debut_caractere": 52, "fin_caractere_exclue": 2397, "texte": "FAITS DIVERS\nAR décret du 20 novembre, M. le ministre de l'instruction\npublique et des beaux-arts a nommé M. Vizentini direc-\nteur du Théâtre-Lyrique.\nVoici l'exposé des motifs et le texte du projet de loi\nprésenté par M. Wallon, ministre des beaux-arts, d'accord\navec M. Léon Say, ministre des finances, projet de loi\ntendant à l'ouverture d'un crédit de 97,000 francs, appli-\nCable aux frais d'installation du Théâtre-Lyrique dont M. Albert Vizentini a\nété nommé directeur.\n« Le budget du ministère de l'instruction publique, des cultes et des beaux-\narts comprend dans sa seconde section (beaux-arts) un crédit de 100,000 fr.,\napplicable en 1875 aux dépenses du Théâtre-Lyrique. Sur ce crédit, une\nsomme de 3,000 francs seulement a été employée. Il reste aujourd'hui dispo-\nnibles 97,000 francs que la direction du Théâtre-Lyrique aurait reçus, con-\nformément aux déclarations faites au mois de juillet dernier, lors de la discus-\nsion de la loi des finances de l'exercice prochain, si le théâtre avait pu être\nouvert avant la fin de cette année. Des difficultés de diverses natures ont\nempêché longtemps le gouvernement de trouver un directeur qui consentît\nà courir les chances de l'entreprise. Ce directeur est aujourd'hui trouvé; il\ns'est déjà mis à l'œuvre et a commencé les préparatifs nécessaires pour que\nles représentations pussent avoir lieu dès les premiers mois de 1876. Toute-\nfois, il n'a accepté la direction qu'il prend en ce moment, que sous la condi-\ntion de toucher le reliquat qui existe en 1875. Ce reliquat, dans la pensée du\ngouvernement et, on peut le dire, dans celle de l'Assemblée nationale, devait\nêtre principalement affecté à des frais d'installation. Peut-être aurait il pu\nêtre mis immédiatement à la disposition du nouveau directeur, puisque les\ndépenses qu'il doit servir à payer auront été engagées dès 1875; mais nous\navons pensé qu'il était plus régulier d'en référer à votre autorité, en vous\nproposant d'annuler sur 1875 le crédit disponible de 97,000 francs et de le\nreporter à 1876, de sorte que le Théâtre-Lyrique, n'ayant rien reçu en 1875,\nrecevrait en 1877 une subvention totale de 197,000 francs. Tel est l'objet du\nprojet de loi que nous avons l'honneur de vous soumettre; il n'impose aucune\ncharge au Trésor, puisqu'il consiste seulement à opérer un virement de crédit\nd'un exercice à un autre."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "238", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.46", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2923, "texte": "(( Article premier. Il est ouvert au ministre de l'instruction publique,\ndes cultes et des beaux-arts, sur l'exercice 1876 (théâtres nationaux), un\ncrédit supplémentaire de 97,000 francs applicable aux trais d'installation du\nThéâtre-Lyrique.\n« Art. 2. Un crédit de 97,000 francs, inscrit au budget de l'instruction\npublique et des beaux-arts sur l'exercice 1875, est et demeure supprimé. »\nNous lisons dans le Nouvelliste de Rouen : « On sait qu'une grande re-\nprésentation sera donnée le 16 décembre prochain, au Théâtre des Arts de\nRouen, à l'occasion de la naissance de Boieldieu. Cette solennité sera mar-\nquée par la première représentation d'un opéra de son fils, M. Adrien\nBoieldieu : la Halte du roi, dont il a déjà été parlé lors du centenaire. Cette\nsoirée se composera en outre du deuxième acte des Deux Nuits et d'un\ndéfilé dans lequel on verra apparaître tous les personnages des opéras de\nnotre immortel compatriote. Une grande marche de M. Hasselmans, chef\nd'orchestre du théâtre, raccompagnera. »\nUne vente de violons, altos, basses et archets de prix a eu lieu lundi\ndernier à l'hôtel Drouot. La plupart dépendaient de la succession de feu\nM. Maulaz, amateur distingué; il s'y trouvait aussi la contre-basse de feu\nAchille Gouffé, un superbe instrument de Montagnana, qui a été adjugé pour\n2,050 francs. On a remarqué : un alto de Stradivarius (1727), de la plus\ngrande beauté, payé 7,000 francs; un violon du même maître (1714)9 PaYé\n7,900 francs; un autre également de Stradivarius ( 1717), payé 2,220 francs;\nun autre de Bergonzi, mais portant le nom de Stradivarius, payé 1,5sofrancs;\nun alto de Gasparo da Salo, payé 830 francs; un violon de Duiffoprugcar,\npayé 1,010 francs ; un violon authentique de Stainer (1669), payé 610 francs.\nQuelques-uns de ces instruments ont une valeur historique, comme le Duif-\nfoprugcar, par exemple, qui est un curieux spécimen de l'art de la lutherie\nà ses débuts, le Stainer, admirablement conservé, et la contre-basse de\nGouffé.\nDans sa dernière séance, l'Assemblée nationale a eu à se prononcer sur\nla question du loyer de l'Opéra-Comique, lequel a donné lieu à un procès\ndont tout le monde se souvient.\nElle a adopté, à la majorité de 522 voix contre 2, sur 524 votants, un projet\nde loi tendant à ouvrir, au ministre de l'instruction publique, des cultes et\ndes beaux-arts, sur l'exercice 1874, un crédit supplémentaire de 6,500 francs,\napplicable au payement des frais d'une action judiciaire soutenue par l'admi-\nnistration, au sujet du loyer de l'Opéra-Comique.\nUn concours ouvert par la direction de l'Eldorado, pour les paroles\nd'un « chant patriotique », n'a pas donné le résultat qu'on attendait. Quatre\ncent quatre-vingts chansons déposées au secrétariat ont été examinées par le\njury, mais aucune n'a réuni les qualités requises pour obtenir le prix de\n500 francs. Le jury n'a pu décerner qu'une médaille de 100 francs à l'auteur"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "239", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.47", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 321, "texte": "d'un récit intitulé le Petit Mendiant. Le jury a décidé, à l'unanimité, qu'un\nnouveau concours serait ouvert dans les conditions premières du programme,\net que le prix de 500 francs serait décerné aux meilleures paroles inspirées\npar un sentiment patriotique, et déposées à l'Eldorado du ierau i décembre\nprochain."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabc-1875-12-01-01-c029", "article_bluemountain": "bmtnabc_1875-12-01_01#c029", "volume": "bmtnabc_1875-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "239", "page_fin": "240", "image_debut": 47, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.2.7.3", "titre_corps": "NOUVELLES", "titre_sommaire": "NOUVELLES", "signature_source": "Pour l'article Varia : Le Secrétaire de la Rédaction, O. LE TRIOUX", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 47, "page_imprimee": "239", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.47", "debut_caractere": 323, "fin_caractere_exclue": 1874, "texte": "NOUVELLES\n\nARIS. Opéra. Lundi dernier on a repris Don Juan avec la\ndistribution suivante :\nDon Juan MM. Faure.\nLeporello Gailhard.\nDon Ottavio- Vergnet.\nMazetto Caron.\nLe commandeur Gaspard.\nDona Anna Mmes Krauss.\nZerline Carvalho.\nDona Elvire Gueymard.\nM. Halanzier vient de céder pour trois mois le baryton Couturier à\nM. Alméras, directeur du Théâtre-Royal d'Anvers.\nOpéra-Comique. Piccolino ne passera pas avant le mois de mars.\nLe centenaire de Boieldieu tombe le 16 décembre. L'Opéra-Comique\nprépare pour cette circonstance une représentation qui ne pourra avoir lieu\nque le 18, afin que les autorités rouennaises, retenues pour une représenta-\ntion analogue au théâtre de Rouen, puissent y assister.\nLe programme de la soirée de l'Opéra-Comique sera composé de :\nLa Dame blanche, le Nouveau Seigneur du village, le Calife de Bagdad.\nThéâtre-Lyrique. M. Vizentini n'aura pas moins de trois premiers\nchefs d'orchestre : le directeur lui-même, MM. Danbé et Thibault. Le sous-\nchef sera M. Boudier. *\nSalle-Ventadour. Les représentations lyriques italiennes ont commencé\net fini lundi dernier par Rigoletto.\nVariétés. Un nouvel engagement de chanteuse : celui de mademoiselle\nDartaux.\nFolies-Dramatiques. On a lu aux artistes la Belle Poule, opérette en trois\nactes de MM. Crémieux, Saint-Albin et Blum, musique de M. Hervé. En\nvoici la distribution :\nPoulette M*11®5 H. Schneider.\nLa marquise de Montenbriche Toudouze.\nFœdora Raphaël.\nLe baron de la Champignolle MM. Milher.\nPoulet Max-Simon.\nJean Marcou Luco.\nLe chevalier d'Aigrefeuilles Didier."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "240", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.48", "debut_caractere": 129, "fin_caractere_exclue": 1138, "texte": "M. Cantin vient d'engager mademoiselle May pour créer le principal\nrôle de Fleur de Baiser, trois actes de M. Cœdès. Fleur de Baiser succédera\nà la Belle Poule. En attendant, on a repris le 2 5 novembre La Fille de ma-\ndame Angot.\nAthénée-Comique. L'Athénée va rouvrir prochainement ses portes,\nsous la direction de M. Montrouge, par une revue de MM. Clairville, Bus-\nnach et H, Roger de Beauvoir.\nConcerts du Conservatoire. Dimanche prochain, réouverture.\nVoici le programme de la première série, programme qui se répète le\ndimanche suivant pour les abonnés de l'autre série,\ni° Symphonie en si bémol de Beethoven; —2O Motet (double chœur n°4),\nde J.-S. Bach ; 3° Concerto pour orgue et orchestre, de Hœndel, par\nM. Alex. Guilmant ; —4O Près du fleuve étranger (chœur), de M. Ch. Gou-\nnod, paraphrase du psaume Super flumina, par M. A. Quételart; 5° Ou-\nverture du Carnaval romain, de H. Berlioz. Le concert sera dirigé par\nM. E. Deldevez.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[193]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.1", "texte": "LA FOIRE SAINT-GERMAIN\n\nPREMIÈRE PARTIE\nLA FOIRE\nI\nui se souvient encore de la Foire Saint-Germain ?\nAutant vaudrait demander qui se souvient des\nvieilles lunes. Elle méritait pourtant bien de vivre,\nde se perpétuer tout au moins par le souvenir!\nFameuse non seulement en France mais dans le\nmonde entier, n'a-t-elle pas été le berceau de notre\nOpéra-Comique? la grande école où se sont formés\nune foule d'auteurs, d'acteurs et de chanteurs dont les noms ne sont pas\nles moins glorieux de tous ceux qui figurent dans nos annales littéraires\net dramatiques? Ajoutons que l'histoire particulière de la Foire Saint-\nGermain est peut-être l'épisode le plus curieux, le plus intéressant et le\n\nI"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "194", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.2", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nplus pittoresque de l'histoire de Paris pendant les seizième, dix-septième\net dix-huitième siècles.\nPar malheur, en France, nous n'avons que peu ou point le culte des\nsouvenirs. Cela tient peut-être à ce que nous ne connaissons que très-\nsommairement notre histoire nationale.\nQuoi qu'il en soit, il nous a semblé qu'il était du devoir de la Chro-\nnique musicale de donner un souvenir à la Foire Saint-Germain. C'est\nce que nous allons faire, à grands traits, il est vrai, mais cependant d'une\nmanière suffisante pour en donner une idée exacte, et aussi pour sollici-\nter les plumes plus autorisées que la nôtre à faire plus et mieux.\nII\na existé deux Foires Saint-Germain.\nDe la première, on ne connaît ni l'origine, ni l'emplacement qu'elle\noccupait autour de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, ni aucun détail\npropre à nous éclairer sur ce qui s'y passait. On sait seulement que les\nreligieux de Saint-Germain-des-Prés en étaient les propriétaires encore\ndans le douzième siècle; qu'elle ouvrait quinze jours après Pâques et\nqu'elle durait trois semaines. Pour le surplus, une charte, signée du roi\nLouis-le-Jeune et de quatre grands officiers de la couronne, nous apprend\nque, dans le courant de l'année 1176, l'abbé Hugues, avec le consente-\nment de sa communauté, céda à ce monarque la moitié des revenus de\nla Foire, à la condition de n'en rien aliéner et de garantir aux cédants la\nreprise de leurs droits sur cette moitié dès qu'il n'en jouirait plus.\nA quel titre, pour quelle compensation les religieux firent-ils cette\ncession? La charte ne le dit pas.\nUn second et dernier document atteste que la première Foire existait\nencore cent neuf années plus tard. Il porte, en effet, qu'en 1 285 les reli-\ngieux de Saint-Germain-des-Prés cédèrent à Philippe-le-Hardi l'autre\nmoitié des revenus, à charge par lui de les débarrasser d'une rente de\nquarante livres qu'ils étaient tenus de payer à l'Université pour une rixe\nsurvenue entre leurs domestiques et les écoliers, rixe dans laquelle un de\nces derniers avait été tué. La singularité de cette cession est qu'à partir\nde l'année où elle fut faite, on ne trouve plus traces de la Foire. Philippe-\nle-Hardi la supprima-t-il, ou bien se continua-t-elle jusqu'à ce que les\ncalamités de la guerre de Cent ans l'eussent fait disparaître? C'est ce\nqu'il nous importe peu de savoir, car, d'une part, l'obscurité qui enve-\nloppe cette première Foire prouve suffisamment qu'elle ne jouit d'aucune"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "195", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.3", "texte": "LA FOIRE SAINT-GERMAIN\n\nvogue, et, d'autre part, que toutes les probabilités sont qu'elle avait cessé\nde se tenir bien longtemps avant l'établissement de la seconde.\nIII\nL'origine de la seconde Foire est parfaitement connue, La voici :\nLes guerres civiles qui désolèrent les règnes de Jean-le-Bon et de\nCharles VI avaient réduit les religieux de Saint-Germain-des-Prés à\nl'état le plus déplorable. Charles VII s'émut de leur sort, mais ne fit rien\npoui eux. Louis XI, quoique plus coriace, se laissa attendrir par leur\nabbé Floreau, et lui accorda, sur sa demande, le privilège de la Foire en\nquestion, plus nombre de franchises, telles que celles d'aides, de péage\net autres impôts, à la seule réserve de ceux de vin et de pieds fourchés.\nCes franchises devaient durer huit jours pleins. Pendant ce temps, les\nmarchands forains pouvaient y apporter, exposer en vente, vendre,\ndébiter, échanger et troquer toute sorte de marchandises, sans qu'on pût\nprocéder par voie de saisie et exécution sur lesdites marchandises, soit\nquand elles étaient entrées en Foire, soit lorsqu'on les y conduisait, soit\nenfin quand on les en ramenait sans y avoir été vendues. Même pour\nles deniers royaux on ne pouvait rien contre eux.\nLes lettres-patentes établissant cette Foire sont du 12 mars 1484.\nElles ont été depuis plusieurs fois confirmées par les successeurs de\nLouis XI, entre autres, par Charles VIII, par Louis XII en 1499,\net finalement par Louis XIV, en 1711, pour être agréable à César\nd'Estrées, cardinal, évêque d'Albano, abbé commendataire etadminis\ntrateur perpétuel de l'abbaye et de l'église de Saint-Germain-des-Prés.\nIl est à peine besoin de faire remarquer que la cause déterminante de\nla vogue que nous allons voir prendre à la Foire, est exclusivement due,\nau début, à la très grande importance des franchises et privilèges dont\nelle jouissait.\nD'après les lettres-patentes de Louis XI, la foire devait ouvrir chaque\nannée le ier octobre et durer huit jours; mais comme de la sorte sa fin\ncorrespondait au commencement de celle de Saint-Denis, les religieux\nde cette abbaye formèrent opposition contre ceux de Saint-Germain-des-\nPrés. On n'eut égard à leurs remontrances qu'en 1484; mais, pour lors,\nà leur requête, le Parlement transféra l'ouverture de la Foire Saint-Ger-\nmain-des-Prés au 3 février, tandis que la Chambre des vacations, égale-\nment saisie du litige, la fixa au 12 novembre.\nEn 1485, Charles VIII trancha le différend dans le sens de l'arrêt du\nParlement."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "196", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.4", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nIl n'est pas probable que la Foire ait été tenue pendant le temps que\ndura la procédure. L'opinion la plus généralement accréditée est que\nl'inauguration solennelle eut lieu le 3 février 1486.\nLa décision de Charles VIII ne fut pas cependant tout d abord défini-\ntive, car nous voyons ce roi, en 1491, diviser la Foire en deux, et fixer\nl'ouverture de l'une au lendemain de la Saint-Mathias, et celle de l'autre\nau lendemain de la Saint-Martin. D'après cet arrangement, dont les\nmotifs sont inconnus, chaque Foire ne devait durer que quatre jours.\nAutre variation en 1502 : à la fin de janvier, le Parlement, à cause des\ntroubles, fixa l'ouverture au lendemain de Qiiasimodo, et permit néan-\nmoins aux marchands qui avaient fait venir des draps et autres marchan-\ndises, de les vendre et de les exposer à Paris depuis le 3 jusqu'au 11\nfévrier. De même en isoß, à la sollicitation du cardinal de Bourbon,\nabbé de Saint-Germain-des-Prés, le Conseil privé arrêta que la Foire\nouvrirait le 26 mars. En 15g5, elle commença le lundi 6 février, veille\ndu mardi-gras. L'année suivante, elle s'ouvrit le 3 février. Ce n'est que\ndepuis lors que l'ouverture n'a plus varié sensiblement.\nJusqu'à Henri IV, la Foire n'avait jamais tenu plus de huit jours,\nMais, en 1595, ce roi lui accorda une licence de deux semaines de plus,\nsoi-disant pour dédommager les religieux de Saint-Germain-des-Prés\ndes pertes qu'ils avaient essuyées pendant la Ligue et durant le siège de\nParis. Disons que cette année la Foire ouvrit pour la première fois\ndepuis sept ans. Elle avait été fermée, en 1588, à cause de la guerre\ncivile.\nQuelques chroniques prétendent cependant qu'il y eut Foire encore en\n1589, mais que, par ordre du duc d'Aumale, gouverneur de Paris, et du\nprévôt des marchands, elle se tint aux halles.\nCela étant, la Foire aurait été déplacée deux fois pendant sa longue\nexistence. Nous trouvons, en effet, dans les mémoires du temps de la\nrégence de Marie de Médicis, qu'en 1611, la Foire Saint-Germain se\ntint, par commandement de la reine, à Saint-Jacques-de-l'Hôpital, rue\nSaint-Denis et aux galeries du Louvre. Les motifs qu'on en donne ont\ntrait à un différend grave survenu entre le comte de Soissons et le\nduc de Guise, au sujet du mariage de ce dernier avec mademoiselle de\nJoyeuse, veuve du duc de Montpensier.\nNous avons dit que Henri IV prolongea la durée de la Foire de deux\nsemaines, en 1595. Le même roi la prolongea une seconde fois en 1607.\nIl faut conclure de tout cela que, pendant bien des années, sa durée ne\nlaissa pas d'être fort variable.\nSauvai raconte, à ce propos, que souvent on vit la Foire se tenir la"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "197", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.5", "texte": "LA FOIRE SAINT-GERMAIN\n\nsemaine même de la Passion, et que les marchands obtenaient cette tolé-\nrance au moyen d'une certaine somme d'argent qu'ils payaient soit au\nbailli de Saint-Germain-des-Prés, soit à l'abbé lui-même, « Maintenant,\npoursuit-il, elle dure deux mois. » Toutefois, ce n'était pas en vertu\nd'un texte précis, car le même Sauvai ajoute : « Le roi seul dispose de\n't sa durée; il la prolonge tant qu'il lui plaît, et tant qu'elle dure, il en\n« continue la franchise, sans exiger ni même prétendre de l'argent de\n« qui que ce soit-. »\nRappelons que Sauvai écrivait en iyos.\nL'annonce de la foire se faisait chaque année au public, par une or-\ndonnance du lieutenant de police, publiée à son de trompe et affichée\ndans les carrefours et places de Paris.\nIl en était de même de l'arrêt du Conseil, par lequel le roi en accordait\nla continuation au-delà du terme fixé.\nL'ouverture avait lieu sur les 10 heures du matin ; elle était faite par\nle lieutenant de police, accompagné des commissaires du Châtelet, des\nsyndics de la foire et des gardes des marchands, qui criaient à haute\nvoix-:\nMessieurs, ouvrez vos loges !\nLe tout était précédé et suivi de fanfares et de sonneries de trompettes\net de hautbois.\nUne foule toujours énorme se pressait à cette cérémonie.\nLes réjouissances publiques commençaient aussitôt après et ne discon-\ntinuaient qu'à la fermeture.\nIV\nLorsque Louis XI octroya aux religieux de Saint-Germain-des-Prés le\nprivilège de la foire, ce quartier où nous allons la voir s'établir n'était\nqu'une vaste et pittoresque solitude. On n'y voyait que prés, terres labou-\nrées, vignes, jardins, chemins bordés d'arbres (principalement de noyers\net de saules), étroits sentiers serpentant entre des haies vives. Çà et là,\ndisséminées, émergeaient des touffes de verdure les toitures de quelques\ngrosses fermes et de petites maisonnettes; voilà les grandes lignes du\npaysage. Comme détail, montrons la vaste et imposante abbaye, avec ses\nfossés profonds et pleins d'eau, enjambés par de massifs pont-levis ; son\nenceinte grisâtre de murs épais tout crénelés et flanqués de hautes tours\nrondes; puis, autour de cette masse, mais dans l'éloignement, deux ou\ntrois couvents, une maladrerie, la villa royale du roi de Navarre, l'église"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "198", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.6", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nSaint-Sulpice, avec sa toiture à dos d'âne, hérissée de clochers et de clo-\nchetons en pointe, et le cimetière qui la flanque au midi; enfin, cinq ou\nsix maisons particulières à prétentions de palais, tapies au milieu de\njardins ombreux. Sur l'une de ces maisons s'élèvera plus tard le palais\ndu Luxembourg; sur une autre, l'hôtel de Henri de Bourbon, prince de\nCondé. N'oublions pas d'indiquer, à une faible distance des murs de\nl'abbaye, deux pigeonniers en poivrière, seize étaux ou boucheries, une\nauberge, et surtout, comme cachet du temps, les silhouettes menaçantes\ndes fourches patibulaires et d'un pilori dressés vis-à- vis du principal\npont-levis, en-deça du fossé sur lequel on bâtit en 1636 la rue Sainte-\nMarguerite.\nSi maintenant nous portons nos regards dans l'espace, voici sur quoi\nils s'arrêtent au dernier plan :\nA l'ouest et au midi, c'est la campagne sans fin ; au nord, par delà la\nSeine, l'hôtel de Nesle avec sa tour légendaire et le vieux Louvre flanqué\nde tourelles; la butte de Montmartre couronnée par le monastère de\nce nom; à l'est, la vue se heurte aussitôt aux créneaux de l'enceinte de\nParis.\nTrois portes faisaient communiquer le faubourg Saint-Germain avec\nla ville. La première, dite porte de Nesle, située sur le bord de la Seine,\nouvrait sur le petit Pré-aux-Clercs. La deuxième, dite porte de Bussy,\ndébouchait rue Saint-André-des-Arts, près de la rue Contrescarpe.\nLa troisième, qui portait le nom du faubourg, se dressait au bout de la\nrue des Cordeliers (aujourd'hui rue de l'Ecole-de-Médecine), entre la\nrue du Paon et la cour du Commerce.\nDe chacune de ces portes partaient des chemins qui s'enfonçaient à\ntravers champs. La majeure partie des grandes voies de communication\ndu quartier Saint-Germain suivait le tracé de ces mêmes chemins avant\nla dernière transformation de Paris.\nAinsi, de la porte Saint-Germain partaient deux voies : l'une passait\nentre les boucheries et débouchait en face du pilori ; l'autre se dirigeait\nvers l'église Saint-Sulpice, longeait le porche et allait aboutir au chemin\ndu Colombier,en détachant sur son passage deux sentiers qui se diri-\ngeaient, le premier à gauche, sur le chemin de Yaugirard, et le second à\ndroite, vers le fossé méridional de l'abbaye, jusqu'à l'allée dite de la\nBlanche-Oie.\nPareillement de la porte de Bussy : le chemin qui en partait allait\naboutir au pont-levis de l'abbaye, mais avant, il détachait deux sentiers,\n1 un à gauche, parallèle à l'enceinte et dit de /'Ecorcherie, l'autre à\ndroite, connu sous le nom de chemin du Pré-aux-Clercs. Or, que"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "199", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.7", "texte": "LA FOIRE SAINT-GERMAIN\n\nsont devenus tous ces chemins et tous ces sentiers ? Ils sont devenus\nautant de rues sous les noms de: Saint-Sulpice, Tournon, Vieux-\nColombier, des Canettes, du Four, des Boucheries, de Bussy5 de\nGrégoire-de-Tours, et finalement de Seine.\nC'est au milieu des terrains circonscrits par les chemins où sont au-\njourd'hui les rues Grégoire-de-Tours, Saint-Sulpice, des Canettes, du\nFour et de la rue de TEcole-de-Médecine, que les religieux de Saint-\nGermain-des-Prés établirent leur Foire.\nCe terrain n'était pas absolument vide. En plus des boucheries, et\ns'aboutant avec elles en allant vers la rue du Four, il y avait un enclos\net une maisonnette que les religieux avaient achetés en 1480, d'un sieur\nEtienne Sandrin, pour y loger le greffier de l'abbaye. Par derrière cet\nenclos commençaient les jardins de la villa du roi de Navarre dont l'en-\ntrée devait se trouver au coin des rues de Tournon et de Saint-Sulpice.\nTout le reste était moitié prés et moitié champs.\nCela dit, faisons disparaître par la pensée l'enclos Sandrin à l'exception\nde la maison du greffier, plus la villa royale, et nous aurons l'emplace-\nment exact de la Foire primitive.\nCe que nous disons de faire par la pensée, les religieux l'exécutèrent à\nla lettre, après quoi ils firent construire 340 loges en bois, et le 3 février\nde l'an i486, ils ouvrirent leur Foire.\nSelon toute probabilité, la première et celles qui suivirent, pendant\nun assez long temps, ressemblèrent à toutes les Foires possibles. C'est\npourquoi nous n'insisterons pas sur sa physionomie. Disons seulement\nque l'aspect des loges avait un pauvre coup d'oeil, et que la partie dé-\ncouverte ou préau, destinée à la vente du bétail, était tellement couverte\nd'herbes, le sol était si peu ferme, il se détrempait si vite à la moindre\npluie et la saison ne permettait pas de compter sur le soleil, que,\ndès le premier jour, on la baptisa le Pré crotté.\nAvant de poursuivre, notons que la villa du roi de Navarre, que les\nreligieux de Saint-Germain-des-Prés firent disparaître pour établir la\nFoire, avait appartenu à Philippe-le-Bon, roi de Navarre, et à son fils\nCharles-le-Mauvais. Philippe-le-Bon l'avait fait construire au milieu\nde vignes qu'il avait achetées au célèbre Raoul de Presle. Plus tard,\nCharles VI la donna à Jean-de-France, duc de Berry et comte du Poitou,\nlequel la céda aux religieux en 1399, afin de décharger l'hôtel et le jardin\nde Nesle d'une rente de neuf sols quatre deniers parisis dont était grevée\ncette résidence au profit de l'abbaye, et d'être tenu quitte des arrérages."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "200", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.8", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nV\nJusqu'en 1511, c'est-à-dire pendant vingt-cinq années, on n'apporta\naucune amélioration ni aux bâtiments, ni au champ de la Foire. Les\ntravaux qu'on y exécutait n'avaient d'autre but que de réparer ce qui\ns'avariait d'une année à l'autre. Mais, quelques soins qu'on en eût, les\nconstructions premières avaient été élevées si à la légère, elles étaient si\npeu résistantes, qu'à l'époque dont nous parlons, elles menaçaient\nruine. Au lieu de faire comme ses devanciers, de procéder par réparations\net replâtrages, l'abbé Briçonnet, qui voyait d'ailleurs que la Foire était\nune excellente affaire, donna ordre d'abattre le tout et de procéder à une\nreconstruction générale sur des bases cette fois solides et avec des maté-\nriaux de durée. En même temps, il fit clôturer entièrement la Foire.\nC'était devenu nécessaire parce qu'on avait commencé à construire sur\nles flancs.\nL'inauguration des nouvelles constructions eut lieu en isi2, à la\nsatisfaction générale. Tout le monde se plut à en louer la solidité, l'élé-\ngance, îa commodité et le confortable.\nIl paraît que la charpente était un pur chef-d'œuvre qui n'avait pas\nson semblable dans le monde entier. La vérité est que tous ceux qui\nont parlé d'elle de visu, aussi bien les Français que les étrangers, s'ac-\ncordent à dire que c'était « un travail que les gens du métier venaient\n« admirer et étudier. »\nLa nouvelle construction se composait d'un seul bâtiment divisé en\ndeux halles contiguës, ayant chacune i3o pas de long sur 100 de large.\nNeuf rues tirées au cordeau et qui se coupaient à angles droits la parta-\ngeaient en vingt-quatre parties, représentant autant de rues désignées\npar les noms des marchands qui les occupaient et y étalaient. Il y avait\nla rue aux orfèvres, aux merciers, aux peintres, aux tabletiers, aux\nayenciers, aux lingères, etc., etc.\nOn ne dit pas le nombre des loges qu'elle renfermait, mais les mé-\nmoires du temps nous apprennent que chacune d'elles était composée\nd'une boutique au rez-de-chaussée et d'une chambre au-dessus. Quel-\nques-unes même étaient accompagnées d'une cour avec un puits pour\néteindre le feu en cas d'incendie.\nOn y avait ménagé jusqu'à une chapelle pour dire la messe pendant\nla durée de la Foire.\nJamais on ne vit rien de plus hardi que cette charpente, dit Sauvai.\nEt il ajoute : « c'est le plus grand couvert qui soit au monde. »"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "201", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.9", "texte": "LA FOIRE SAINT-GERMAIN\n\nLa célébrité européenne de la Foire Saint-Germain date de l'année\nisi2. Les Parisiens en firent leur lieu de délices privilégié. Il ne\ndésemplissait pour ainsi dire jamais. Les rois, les plus grands\nseigneurs de la cour, la plus haute société de la ville tant parmi la\nnoblesse que parmi la bourgeoisie, et le « menu peuple », pour nous\nservir d'une expression consacrée en ce temps-là, s'y confondaient dans\nun péle-mêle des plus pittoresques, eu égard à l'éclat et àla diversité\ntrès-accentuée des toilettes et des costumes.\nIl est impossible aujourd'hui de se représenter cette cohue, dans la-\nquelle chacun se confondait et « s'esbatait sans contrainte », avec le ton,\nl'allure, la mise, l'esprit de sa classe et de sa caste. Jamais on ne vit\ngaîté plus bruyante et plus folâtre, entrain plus naturel et plus déluré.\nAh ! quelle rutilante kermesse ! Et elle alla croissant d'année en année,\nà mesure que les divertissements, les jeux, les spectacles, les distractions\nde toutes sortes se multiplièrent. Les chroniqueurs du temps jadis ont-\nils exagéré la gaîté gauloise de nos ancêtres, ces repues franches de bon\nrire assaisonnées au gros sel? Non, certes. Et la raison en est que rois\net seigneurs aimaient à venir s'en régaler dans cette Foire Saint-Germain\noù elle se donnait rendez-vous.\n(La suite prochainement.)\n\nA. PRADINES."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "202", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.10", "texte": "LES THÉATRES A PARIS\nPENDANT LA RÉVOLUTION\n\n(i)\nE décret de 1791 laissant le champ libre à toute espèce\nd'entreprises dramatiques, Boursault-Malherbe songea\nà en tirer profit. Il avisa un vaste terrain, formant\nune cour qui bordait l'ancien passage des Nourrices,\npassage qui allait de la rue Saint-Martin à la rue\nQuincampoix, et, en moins de deux mois, y fit cons-\ntruire une belle salle de spectacle, à laquelle il donna le nom de Théâtre-\nMolière (2). On peut s'assurer encore aujourd'hui de la position qu'oc-\ncupait ce théâtre, puisqu'il n'a point été détruit, comme tant d'autres,\nmais transformé en une vaste salle de danse, qui, conservant son ap-\npellation primitive, est encore désignée sous le nom. de Bal-Molière (3).\n\n(1) Voir le numéro du i 5 novembre.\n(2) «t Secondé par un très habile charpentier, cet entrepreneur a prouvé que ce\nqu'on avait regardé comme impossible était très facile; car, en moins de deux mois,\non avu le locr.l tout à fait changé, une salle assez vaste et très agréable bâtie, et\ntous les alentours pour ainsi dire recréés; telle personne qui avait passé deux mois\navant ne pouvait en croire ses yeux, sur tant de changements opérés à la fois. »\n(Spectacles de Paris, 1792).\n(3) Le passage des Nourrices existe encore, mais il a changé de nom, prenant\nprécisément celui de la salle qu'on avait construite à son côté. C'est aujourd'hui le\npassage Molière, qui va de la rue Saint-Martin, n° 15g, àla rue Quincampoix,\nn° 82."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "203", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.11", "texte": "LES THÉÂTRES A PARIS\n\nLa salle nouvelle était composée de trois rangs de loges, d'un parterre et\nd'un pourtour ; les dispositions en étaient très heureuses et en faisaient\nl'une des plus jolies de Paris; de nombreuses glaces, placées à chaque\npremière loge, complétaient une ornementation de très bon goût, et, en\nréfléchissant les spectateurs, semblaient en doubler le nombre. Une\nélégante façade s'élevait sur la rue Saint-Martin, et une seconde sortie\ndonnait sur la rue Quincampoix. C'est à ce propos que Brazier, dans\nson Histoire des Petits Théâtres de Paris, se livre à une petite disser-\ntation d'une philosophie un peu naïve : « Cette rue Quincampoix,\ndit-il, avait obtenu sous la régence une célébrité malheureuse. C'est là\nqu'avaient lieu les échanges de la banque de l'Écossais Law. L'or et\nl'argent y devenaient papier, et le papier, rien. Ce honteux trafic ruina\nle trésor royal, et réduisit à la misère un grand nombre de familles.\nC'était donc une idée heureuse et philanthropique que celle de bâtir un\nthéâtre destiné à faire rire, dans un quartier où tant d'honnêtes gens\navaient pleuré. Substituer le nom de Molière à celui de Law, mettre le\ntalent et l'esprit là où la fraude et l'intrigue avaient établi leur comptoir,\nc'était, en quelque sorte, purifier le lieu au feu du génie, c'était balayer\nJe s écuries d'Augias »\nComme la plupart de ceux qui se fondaient alors, le théâtre Molière\nétait destiné, dans la pensée de son fondateur, à jouer à peu près tous\nles genres Sa troupe était nombreuse, choisie, bien composée, quoique\naucun des artistes qui en faisaient partie n'ait brillé par la suite d'un\nvif éclat sur les grandes scènes de la capitale; il faut excepter cependant\nde cette remarque madame Scio (mademoiselle Messié), artiste de pre-\nmier ordre, comédienne chaleureuse et passionnée, cantatrice d'un\nimmense talent, qui fut plus tard l'un des sujets les plus justement\nremarqués de FOpéra-Comique, où sa voix incomparable faisait mer-\nveille, ainsi que le pathétique de son jeu (i). Voici, d'ailleurs, quel était,\nà l'époque de la création, la composition du personnel du théâtre\nMolière :\n\n(i) Cette artiste admirable, qui fut une des gloires de l'Opéra-Comique, où elle\nse faisait remarquer par ses étonnantes qualités dramatiques dans un temps où\nprécisément le répertoire de ce théâtre subissait une transformation profonde et\ntournait au genre lugubre, était femme d'un compositeur distingué, auteur de plu-\nsieurs opéras, qui, en même temps qu'elle, appartenait au Théâtre Molière, dont il\nétait le chef d'orchestre, et où il fit représenter plusieurs ouvrages. Scio mourut\nd'une phthisie pulmonaire en 1796, et sa femme, à peine âgée de trente-neuf ans,\nmourut en 1807, des suites d'une maladie semblable."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "204", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.12", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nACTEURS. ACTRICES.\nMM. Gontïer. MM. Doligny. Boursault-Malherbe.\nVolange. Monet. Scio.\nVilleneuve. Centaure. Dubois.\nCompain. Clémence. Beaupré.\nJeannin. Boursault-Malherbe. Duversin.\nDuverger. Pithoux. Quidor.\nSaint-Amand. Johannet. Saint-Amand.\nDufaux. Boyer. Leclerc.\nValcour. Legey. Dougny.\nGosse. Valmont. Decroix.\nVaillère.\n/\nL'inauguration se fît le 11 juin 1791, par deux pièces du grand ré-\npertoire, le Babillard, de Boissy, et le Misanthrope, dans lequel Bour-\nsault et sa femme, jouant Alceste et Célimène, se firent vivement ap-\nplaudir, ainsi que Vileneuve dans le rôle d'Eraste. Le lendemain on\ndonnait VEtourdi, où Compain, qui jouait le valet, obtint à son tour\nun grand succès et se fit rappeler (1).\nMais la pensée de Boursault-Malherbe n'était point de se livrer à 1 ex-\nploitation des œuvres classiques. Bien au contraire, doué d'une énorme\nactivité, et sachant imprimer cette activité à son personnel, il fit remar-\nquer son théâtre par le nombre invraisemblable de pièces nouvelles\nqu'il livrait sans cesse au public; il ne se passait point de semaine qu'il\nn'en donnât au moins une. Seulement, ses opinions influèrent singu-\nlièrement sur la nature et le choix de son répertoire, et l'on peut dire\nqu'il fit du théâtre Molière un théâtre politique au premier chef, mis\nau service des idées les plus avancées. « Plusieurs auteurs patriotes,\ndisait un annaliste, ont porté à ce théâtre des pièces désespérantes pour\nl'aristocratie. Elle y est complètement bafouée et livrée à la risée pu-\nblique. La meilleure de ces pièces est la Ligue des fanatiques et des\n\n(1) Ce Compain ne demeura pas longtemps au Théâtre Molière, et alla bientôt\ntenir son emploi au Grand-Théâtre de Bordeaux. « Dès l'origine de la Révolution,\ndit un chroniqueur, il s'était montré chaud partisan des principes démagogiques.\nDénonciateur et affilié au sans-culottisme le plus dégoûtant, Compain devint le\nhéros des terroristes de Bordeaux. A la chute de Robespierre, comme il n'était plus\ncraint des Bordelais, il fut un jour assailli, sur la place de la Comédie, à coups de\ncanne et de sabre. Laissé presque pour mort sur la place, il fut transporté à\n'hôpital, où il expira deux heures après, le 4 Germinal an V. »"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "205", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.13", "texte": "LES THÉÂTRES A PARIS\n\ntyrans (tragédie en trois actes, de Ronsin), où les plus fameux émi-\ngrants paraissent avec leur caractère connu, et où leurs perfides inven-\ntions sont aussi bien développées que victorieusement combattues (i). »\nUn autre, récapitulant ce que le théâtre et son directeur avaient pro-\nduit, prenait les choses avec moins de philosophie : Eh! mon-\nsieur Malherbe, s'écriait-il, que n'agissiez-vous avec franchise et\nloyauté, d'après vous-même enfin, et non d'après les factieux qui vous\négaraient pour prolonger l'anarchie par l'influence de votre spectacle ? Si\nvous eussiez tenu le juste milieu que doit tenir tout entrepreneur sage\net prudent, si, au lieu d'insulter grièvement en scène le chef de la na-\ntion et sa malheureuse compagne, vous ne vous fussiez jamais écarté du\nrespect que la loi veut qu'on ait pour le premier citoyen de l'empire,\nsi vous vous fussiez abstenu des idées atroces et sanguinaires, si, au\nlieu de prêcher sans cesse le désordre, la licence, le meurtre, la haine et\nla fureur, sous le faux prétexte de la liberté, qui n'en impose plus à\npersonne, vous vous fussiez attaché à n'inspirer que des idées de dou-\nceur, de modération et de paix, votre spectacle, qu'on fuit et qu'on\nabhorre, serait aujourd'hui l'un des plus fréquentés de Paris, et tous\nles journalistes estimés se seraient fait un plaisir d'encourager vos succès\npar un éloge mérité. Mais la haine et l'opprobre, dont vous êtes la pre-\nmière victime, ont rejailli de vos pièces jusque sur votre personne, et se\nsont étendues de votre personne jusque sur les acteurs innocents qui\ncomposent votre malheureuse troupe. Quelqu'honnêtes qu'ils puissent\nêtre, ils n'en sont pas moins punis de votre mal-adresse; en sortant de\nchez vous, ils auront toutes les peines imaginables à se placer ailleurs;\net si vous changez de plan, en vous rendant à la force de la vérité, il\nfaudra bien du temps et des efforts pour faire revenir le public en votre\nfaveur (2). » Il faut croire pourtant que les acteurs du théâtre Molière\npartageaient les idées politiques de leur directeur, car le Journal de\nParis du 21 juillet 1791 rendait compte en ces termes d'un incident\nqui s'était produit la veille à l'Assemblée nationale : « Une dépu-\ntation de comédiens du théâtre de Molière s'est présentée à la barre pour\nexprimer le regret de ne pouvoir aller combattre sur la frontière, faire\nune soumission pour l'entretien de six soldats, et prendre l'engagement\nde ne jamais jouer sur leur théâtre des pièces dont l'esprit et les maximes\nseraient contraires à la Constitution. Voilà des sentiments dignes de\nceux qui se sont voués à l'art dramatique sous les auspices du nom de\n\n(1) Spectacles de Paris, 1792.\n(2) Almanach général des Spectacles, pour i'année 17924"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "206", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.14", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nMolière lui-même, cet homme dont l'âme était aussi excellente que le\ngénie était rare. Que de fois sa vertu et les vices des autres le firent\nprofondément gémir! Et combien il eût été malheureux s'il eût vécu\nde nos jours, en voyant d'un côté des hommes qui souillent la liberté\npar eurs intrigues, et de l'autre des hommes qui veulent rétablir l'aris-\ntocratie et le despotisme par leurs forfaits. »\nDans l'ordre politique, puisqu'il faut parler ainsi, le théâtre Molière\nreprésentait, avec la Ligue des fanatiques et des tyrans, citée plus\nhaut, la Revue des armées noires et blanches, de Louvet, le Véritable\nAmi des Lois et les Crimes de la Féodalité, de la t citoyenne » Ville-\nneuve, la Mort de Vamiral Coligny, ancien drame de Baculard d'Ar-\nnaud, la France régénérée, petit ouvrage épisodique, en vers , de\nChaussard, Louis XIV et le Masque de fer, la Feuille des Bénéfices,\nle Père Gérard de retour à sa ferme, vaudevilles de circonstance. A\nces divers ouvrages, où se reflétaient les préoccupations du moment,\nvenaient se joindre d'autres pièces d'un caractère moins tranché : les\nBons Amis, comédie en trois actes, de Valmont; le retour de Nicodème,\nvaudeville en un acte, de Courtois; le Réveil de Camaillaka, opéra-\ncomique en deux actes, paroles de Monet, musique deScio; le Sopha,\nopéra-comique en un acte, musique de Scio; la Peau de l'Ours, opéra-\ncomique en un acte, musique d'Arquier; les Solitaires anglais, comé-\ndie en trois actes, de Boursault-Malherbe; Henriot et Boulotte, parodie\ndu Henri VIII de Marie-Joseph Chénier... On voit que le théâtre\nMolière faisait véritablement preuve d'une activité rare.\nMais son directeur avait des boutades singulières. Comme ses opi-\nnions effarouchaient un certain nombre de journalistes, et que ceux-ci\nse refusaient absolument à parler des pièces... colorées qu'il faisait\nreprésenter, l'administrateur patriote, outré de cette conspiration du\nsilence ourdie par quelques écrivains, monte un jour sur la scène, et\ns'adressant au public : « Messieurs, dit-il, puisque les journalistes ne\nveulent pas absolument parler des pièces qu'on joue chez moi, je vous\navertis que j'en ferai afficher les succès à la porte de mon spectacle. »\nLes Anglais, on le voit, n'auraient pas beau jeu à se targuer de l'inven-\ntion de ce procédé, si bien mis en pratique par eux. Boursault les avait\ndevancés.\nCependant, son entreprise ne réussissait pas au gré de ses désirs, et les\névénements du 10 août 1792 avaient amené la fermeture du théâtre\nMoliere. Boursault, d'ailleurs, venait d'être nommé député à la Conven-\ntion ; le 7 septembre, il résigna donc ses fonctions de directeur entre les"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "207", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.15", "texte": "LES THÉÂTRES A PARIS\n\nmains de ses pensionnaires (1). Ceux-ci se constituèrent alors en société,\nsous la gérance d'un des leurs, nommé Villeneuve, s'adjoignirent quel-\nques nouveaux camarades, et rouvrirent leur théâtre le 2 9 du même mois,\nsous le titre modifié de Théâtre National de Molière, par une repré-\nsentation donnée au bénéfice des veuves et des orphelins. Il se soutint\nquelque temps, et une pièce à grand spectacle, d'un caractère mys-\ntique, le Château du Diable, y attira même la foule pendant plusieurs\nmois (2).\nEn 1793, la gérance passe des mains de Villeneuve dans celles de son\ncamarade Lachapelle (3), et, vu les événements, le théâtre adopte la\ndénomination nouvelle de Théâtre des S ans-Culottes. Son existence\nsous ce titre ne fut pas de longue durée ; il n'avait décidément pas su\nconquérir la faveur du public, et il dut fermer ses portes dans le cou-\nrant de Tannée, pour ne les rouvrir régulièrement que quatre ans plus\ntard. Je dis régulièrement, parce que, pendant cette fermeture réelle, on\ny donnait cependant assez fréquemment des représentations au bénéfice\ndes pauvres. Voici comment s'exprimait à ce sujet un critique du temps :\n« Ce théâtre n'annonce point, par des affiches répandues dans tous les\n\n(1) Parmi les pièces jouées dans les premiers mois de 1792, je citerai les suivan-\ntes : Trois ans de l'histoire de France, drame politique de Plancher-Valcour ;\ntrois petites pièces de circonstance, Simonneau, de Josse, le Suisse de Chateauvieux,\nde Dorvigny, et le Brave Thénard ; le Débarquement de la Sainte-Famille à\nAlger (!!!), de Plancher-Valcour; Cahin-Caha, parodie de la Mort d'Abel, de Legouvé ;\nle Baptême des Villageois, etc., etc. Il en est une qui mérite une mention toute\nspéciale; c'est celle-ci, dont je reproduis avec une scrupuleuse exactitude le titre\nimprimé : « Mutius Scœvola au camp de Porsenna, mélodrame en 3 actes et en\nvers, précédé d'une scène de chant dialoguée, servant de prologue, et suivi du\nTriomphe de la Liberté, fête civique et religieuse, mêlée de chants et de danses,\nmusique du citoyen Granier, attaché à l'orchestre de Rouen. Cette pièce a été jouée\nà Rouen, en octobre 1791, et à Paris, en avril 1792, sur le théâtre de Molière, et\nsur divers autres théâtres de la République. » (3e édition. Paris, Maradan, an 11. in 8).\nA la suite du prologue se trouve cette note, qui est un trait de génie : c Quelques\ncritiques ne manqueront pas de relever les vers de quatorze pieds qui se trouvent\nà la fin de chacune des strophes, mais il me semble que la liberté doit s'étendre à\ntout (!!!). * Disons plutôt, en ce cas, que la liberté doit s'attendre à tout.\n(2) Trois semaines après la réouverture, le 20 octobre 1792, on avait donné la\npremière représentation d'une pièce de circonstance, le Diner du roi de Prusse à\nParis, retardé par indisposition de son armée, « pièce historique » en deux actes,\nen vers. Il est regrettable de ne pas connaître le nom de l'écrivain qui traitait en\nvers un tel sujet, et qui ne redoutait pas sur l'affiche les proportions inusitées d'un\nsemblable titre.\n(3) « Lachapelle a été condamné à mort par le tribunal révolutionnaire, et exécuté\nle 24 mars 1794. Son théâtre avait été imprimé en 1786, au profit de sa belle-mère.\nBarbier, dans son Dictionnaire des Anonymes, lui attribue encore la traduction de\nla Chute, de Rufin, 1780, in-8. » (BRAZIER : Histoire des Petits Théâtres de\nParis.)"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "208", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.16", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nquartiers de Paris, les pièces qu'on y représente; on y va au hasard, et,\ncomme le spectacle ne coûte que quinze sous par place, si l'on s'ennuie,\nau moins s'ennuie-t-on à bon marché; ne s'ennuie-t-on pas quelquefois\npour beaucoup plus ? Ce sont des sociétés bourgeoises qui s'amusent à\njouer la comédie à ce théâtre : leur but est trop louable pour ne pas\nimposer silence à la critique (i). »\nC'est le 27 floréal an VI (17 mai 1798) qu'il fit sérieusement sa réou-\nverture, sous le nouveau titre de Thé\nÉlèves de VOpéra-Comique. Il avait cette fois à sa tête un écrivain\nestimable, Joigny, auteur de l'agréable comédie\ncelui-ci prenait au sérieux ses devoirs d'administrateur ; il avait recruté\nun personnel assez heureux, composé pour la plupart d'artistes qui déjà\ns'étaient fait connaître avantageusement sur divers théâtres de Paris, et\nparmi lesquels se faisaient remarquer Bosquier-Gavaudan et Baptiste le\nChanteur, et l'on peut dire que le temps de la direction de Joigny fut,\nsous tous les rapports, l'un des plus satisfaisants de l'existence de ce\nthéâtre. On n'y donnait plus ni grands drames noirs, ni pantomimes à\nfracas, ni machines politiques, mais de petites comédies, des vaudevilles\ngracieux, d'aimables opéras-comiques dont la musique était écrite par\nde jeunes compositeurs, Quaisin, Gresnich, Lemière de Corvey, Lebrun\nle futur auteur du Rossignol,qui, pendant vingt ans, fit les délices des\nhabitués de l'Opéra, et quelques autres. On joua ainsi successivement,\noutre un prologue d'ouverture, intitulé\nune jolie petite comédie de madame de Montenclos, une\nautre comédie, de Levrier, Sigisberte, un vaudeville agréable, Helvé-\ntius à Voré;puis plusieurs opéras comiques : paroles de\nJoigny, musique de Quaisin, les Deu de Sewrin et Le-\nmière de Corvey, les deux Crispins,de Lemière de Corvey (paroles et\nmusique), le Prisonnier en Prusse,musique de Porta,\nde rose,de Levrier deChampriou et Gaveaux, qui obtint un immense\nsuccès, le Fou malgré lui, les Époux En même temps,\non reprenait une foule d'ouvrages connus et joués à d'autres théâtres ;\nla Pupille, de Fagan; le Legs, de Marivaux; le Père de Famille, de\n\n(1) Vérités à l'ordre du jour, Pans, an VI. Cependant, on y jouait encore par-\nois quelques pièces nouvelles. Voici la liste de celles qui y furent données du\nler janvier au i,r décembre 1797 : la Baronne drame en trois actes, en\nvers, de Cubière-Palmezeaux; la Matinée de comédie en trois actes, en\nprose, de Rome; la Réduction de Mantoue,comédie en deux actes, en prose ;\nNouveaux enrichis, comédie en un acte, en prose; opéra comique en\nun acte. La première seule a été imprimée."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "209", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.17", "texte": "LES THEATRES A PARIS\nX.\nT\n14\n\nDiderot; le Mercure galant, àzßoursault; de Monvel;\nla Femme jalouse, de Desforges ; Vlmpromptu de campagne, de Pois-\nson ; la Jeune Indiennede Chamfort; de Rochon de\nChabannes; la Gageure imprévue, de Sedaine; l'Habitant de la Gua-\ndeloupe, de. Mercier; la belle Fermière,de mademoiselle Julie Can-\ndeille ; la Métromanie, de Piron ; les Folies amoureuses, de Regnard;\nle Consentement forcé, de Guyot de Merville ; l'Amour et la raison, de\nPigault-Lebrun ', l Ecole des Maris, de Molière 5 la Feinte par amour,\nde Destouches ; puis, dans le genre de l'opéra comique : Biaise et Babet,\nles deux petits Savoyards, la Colon\nChasseurs et la Laitière, le Petit Matelot, l'Amour filial, le Sorcier,\nle Nouveau Don Quichotte,etc., etc.\nOn voit que ce répertoire était choisi avec goût ; d'autre part, le prix\ndes places était modique, la troupe bien composée et faisant plaisir à\nvoir, et le public ne faisait point défaut. Mais il est des entreprises mal-\nheureuses, et celle-ci en est une preuve : après divers tiraillemenls,\nla discorde finit par se mettre dans le personnel, qui se disloqua dans le\ncourantde l'an VIJI.\n(La suite prochainement.)\n\nARTHUR POUGIN."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "210", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.18", "texte": "LE\nMÉCANISME VOCAL ET LE CHANT\n\n'(0\nV\nDE LA PRONONCIATION.\nON nombre de chanteurs, en émettant le son, le gâtent\npar la prononciation défectueuse, gutturale, nasale de\ncertaines voyelles, de certaines syllabes. Les uns re-\ndoutent l'A, les autres craignent l'l, ou l'U, tous\ncrient après ON, OU, IN, AN, etc., etc.\nUne méthode de chant qui ne ferait pas disparaître\nentièrement les difficultés prétendues invincibles que présentent 1 arti-\nculation de ces voyelles, de ces syllabes, resterait loin du but qu il s agit\nd'atteindre.\nAvec mon système, système logique puisqu'il continue la nature et\nqu?il l'aide, les soi-disant obstacles infranchissables dont on fait tant de\nbruit disparaîtront sans retour.\nOn obtient une excellente sonorité :\ni° Sur la voyelle A, par le soulèvement des basses cotes sternales\nqu'on tire en arrière au moment qu'on abaisse le diaphragme ;\n2° Sur TE, en avançant avec énergie la mâchoire inférieure et en\nserrant fortement les coins des lèvres appuyés aux dents ;\n\n(i) Voir le numéro du i 5 novembre."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "211", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.19", "texte": "LE MÉCANISME VOCAL ET LE CHANT\n\n3° Sur PI, en poussant et pressant les coins des lèvres sur les œillères ;\n4° Sur rO, par la même pression, en y ajoutant le soulèvement très\nprononcé de la lèvre supérieure, pour continuer le voile du palais et em-\npêcher toute sonorité nasale;\n5° Sur TU, en poussant avec une force croissante les dents inférieures\net en disposant les lèvres comme pour siffler.\nPour OU, voyelle composée, la position reste la même, mais la con-\ntinuation du palais par la lèvre supérieure devra être plus marquée\nencore.\nQuant aux cinq autres voyelles composées : AN, IN, ON, UN, EU,\nelles ne nécessitent réellement que des modifications imperceptibles dans\nles dispositions de la bouche, et l'élève parviendra de suite à les pronon-\ncer parfaitement sans qu'il soit utile de lui fournir de plus amples ren-\nseignements, s il n'est pas absolument dénué de sens commun.\nOn articulera lentement les mots; comme l'air et le son, on les refou-\nleia, on les maintiendra dans la poitrine 5 on les y enfoncera par une\npoussée des dents inférieures semblable à celle par laquelle on obtient\nBEU A, qui est le type de l'articulation.\nCette poussée des dents inférieures étant maintenue, la bouche se\ntiouvant ouverte, on fera en sorte, avant d'aspirer l'air, de suspendre\nun moment 1 expiration, comme on la suspend un moment avant de\nchanter.\nVI\nPARENTHÈSE\nVous aurez déjà remarqué, Messieurs, que l'élèveacquiert par des voies\nidentiques une émission, une prononciation, une articulation irrépro-\nchables. Vous aurez remarqué aussi que la mâchoire inférieure joue un\nrôle considérable dans le mécanisme que je vous explique. Ce rôle vous\nsemblera d'autant plus digne d'attention qu'il permet aux personnes\ndont l'ouïe manque de finesse ou dont l'oreille est fausse, de percevoir\nexactement le son, de le reproduire avec justesse, car, provoquant la\ndistension de la partie du visage qui contient l'organe de l'audition, la\ntension de la mâchoire inférieure ouvre aux rayons sonores une route\nmoins étroite vers le tympan, et elle offre à ceux dont la constitution\nest imparfaite le moyen de corriger la nature en mettant sûrement,\nimmédiatement en contact la voix et le sens auditif."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "212", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.20", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nEn outre et dès qu'on sait la faire fonctionner, la mâchoire inférieure\nremplit Foffice de la clef pour l'accordeur de pianos, des chevilles pour\nle violoniste*, elle fixe le son avec une extrême précision. C est à coup\nsûr qu'elle lui assigne son point d'attache, et qu'elle fournit au chanteur\nles moyens de faire résonner des sons splendides, des vibrations puis-\nsantes dans le corps le plus frêle. Fût-on malade, épuisé, la voix ne\ndéviera pas si la mâchoire reste tendue et demeure en communication\navec le diaphragme où se trouve l'âme de l'instrument humain.\nVII\nAVANTAGES CORPORELS RESULTANT DE L'APPLICATION\nDE LA MÉTHODE\nExécutés avec précision, les mouvements dont j'ai signalé l'impor-\ntance et démontré l'efficacité font prospérer la poitrine, l'élargissent,\nabaissent les épaules les plus élevées, rétrécissent le dos de tout ce que\nla poitrine gagne en ampleur, amincissent la taille, effacent le ventre,\nquelque proéminent quil soit, embellissent maintes femmes, maintes\njeunes filles, en donnant à leur corps des proportions harmonieuses,\nmaintiennent, redressent le sein qui garde ou reprend sa place naturelle,\net obligent les élèves, tous les élèves, sans exception, à faire élargir le\nhaut de leurs vêtements de i 5 à 17 centimètres, à en raccourcir le dos,\nà en allonger le devant, à en amincir la ceinture. Ces changements, ces\naméliorations, ces transformations se produisent en trois ou quatre\nmois; je les ai obtenus même che\\ des mères âgées de quarante-cinq\nans.\nVIII\nDEUX RECOMMANDATIONS\nEt maintenant je supplie les femmes de supprimer absolument le\ncorset dont elles n'auront plus que faire aussitôt qu'elles suivront mes\ninstructions, et j'invite les jeunes gens des deux sexes, surtout ceux qui\nsongent à aborder le théâtre, à porter une ceinture en coutil caout-\nchoucté, à double pression, à ligne courbe à sa partie inférieure, revêtue\nd'œillets qui permettent de la serrer à volonté et garnie en bas, à l'inté-\nrieur de trois petits coussins de crin destinés à soutenir le bas-ventre.\nCes précaution sont ufi"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "213", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.21", "texte": "LE MÉCANISME VOCAL ET LE CHANT\n\nLa suppression du corset est une condition sans laquelle il deviendrait\nimpossible de réaliser aucun des résultats dont il est parlé, parce que\ntout ce qui comprime, si peu que ce soit, les muscles et les côtes, paralyse\ninévitablement le développement ou le replacement des organes.\nQu'on ne s'y trompe point, d'ailleurs : le corset n'est pas seulement\nun instrument de supplice; c'est un agent de déformation, de destruc-\ntion ; il altère la pureté des lignes, il suscite des maladies. Rien de per-\nnicieux comme cette cuirasse féminine, qui peut occasionner et qui\noccasionne des désordres graves en pesant sur les intestins, en rappro-\nchant outre mesure les côtes, en paralysant les muscles, en s'opposant à\nla flexibilité du torse, en affectant certaines parties qui devraient\ndemeurer saines et fortes.\nSi les femmes étaient sages, elles renonceraient enfin à cet engin ridi-\ncule et nuisible; elles se rappelleraient qu'il faut mettre au monde des\nenfants robustes, et cette pensée, sans doute, les déferait de leur goût\npour les tailles de guêpes. Eh ! mesdames, les tailles de guêpes sont-elles\nsi conformes à la véritable beauté? Je me permets d'en douter lorsque\nje regarde ces admirables statues antiques aux proportions si gracieuses\net si belles.\nCe qui remplacera bientôt le corset, c'est la volonté appliquée à la\nscience du mouvement, à la régénération des races civilisées.\nQuant à la ceinture, dont je recommande l'emploi à toutes les fillettes\ncommençant à sauter à la corde, à toutes les jeunes filles apprenant à\ndanser ou allant au bal, il sera bonde s'en servir dès le début des études\nvocales. Elle ne saurait diminuer le ventre de grosseur, mais elle le\nsoutient, point essentiel. Elle est une sorte de thermomètre indiquant\nà l'élève s'il opère ou non tous les mouvements de bas en haut ; elle\nl'avertit d'abord dès qu'en chantant il exerce la moindre pression sur les\nintestins. En outre, elle sert, pour ainsi dire, de plancher aux vibrations\nsonores.\nL'emploi de la ceinture semblera si favorable aux élèves qu'ils conti-\nnueront à en faire usage, même s'ils cessaient de chanter.\nIX\nEXERCICES\nL'élève commencera par appliquer les divers mouvements que je viens\nd'énumérer à la lecture à haute voix de cette méthode jusqu'à ce qu'il la\nsache par cœur. En la récitant, il s'appliquera à faire ressortir les nuances"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "214", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.22", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nde prononciation qui existent entre ET et EST, entre AIME et\nA\nSUPREME, entre une voyelle brève et une voyelle longue, entre les\nsinguliers et les pluriels, entre les mots terminés par une seule voyelle,\ncomme, par exemple, ENNEMI, PERDU, FLÉTRI et ceux termi-\nnés par deux voyelles dont la dernière se prononce à peine, comme\nAMIE, ÉMUE, PATRIE; entre les diphtongues UI dans étui, IA\ndans diable, fiacre, lEU dans dieu, milieu, pieu, lEN dans mien,\ntien, etc., etc., et les syllabes composées simplement d'une consonne et\nd'une voyelle, comme FI dans figure. LI et TÉ dans liberté, etc., etc.;\ndans la conversation on tient rarement compte de ces différences :\nc'est un tort. La langue veut être respectée. Quand l'usage, l'afféterie,\nla négligence, le défaut d'instruction, de mauvaises habitudes con-\ntractées çà et là l'appauvrissent, la défigurent, c'est à l'artiste à lui\nrendre sa richesse, son charme, sa dignité; c'est à l'acteur, au chanteur,\nà l'orateur à observer avec soin ses inflexions si variées, si délicates.\nBeaucoup de Français, même parmi ceux qui savent leur langue, ont\nune prononciation incorrecte, vicieuse, quelquepois grotesque. Peu de\npersonnes, au contraire, se doutent que notre idiome si vertement criti-\nqué abonde en admirables sonorités qui n'ont rien à envier à la langue\nitalienne. Ce sont ces sonorités-là, négligées par le public, avilies par la\nfoule, qu'il s'agit de rétablir, de conserver.\nAu surplus, ce qui arrive chez nous arrive en Italie, en Angleterre, en\nAllemagne. S'imagine-t-on qu'à Florence, à Rome, les Italiens parlent\net chantent tous d'une façon satisfaisante ? Si on se le figurait, on se\ntromperait singulièrement. Allez à Milan, à Gênes, à Bologne, écoutez\nles naturels de ce beau pays italien où l'on suppose que les voix pous-\nsent comme des champignons, et dites-moi s'il s'y trouve beaucoup\nd'organes purs et sonores. Vous avez entendu cent fois des Italiens\nchanter, parler de la gorge et du nez. Pourquoi ? parce que, ainsi que\nla majorité de nos compatriotes, ils ne cherchent point cette sonorité\ndistinguée, cette bonne émission, cette prononciation excellente sans\nlesquelles il ne saurait y avoir de voix vraiment belles, ni d'organes\nnobles et séduisants.\nLa lingua toscana in bocca romana, pura, chiara, distinta è raris-\nsima même chez les Toscans, même chez les Romains. C'est cependant\nchez les Romains que la parole et le chant ont le plus de sonorité. En\nsomme, les gens distingués à tous égards etparlant bellement leur langue\nne sont pas nombreux; mais j'ai toujours remarqué que ceux qui ont\nun bel organe ont grand air.\nL'élève expliquera la méthode au professeur, afin que celui-ci puisse"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "215", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.23", "texte": "LE MÉCANISME VOCAL ET LE CHANT\n\nsavoir si le disciple s'est rendu compte de toutes choses. Ce travail ne\nsera interrompu qu'au moment où le chanteur possédera complètement\nles moyens que la science du mécanisme vocal met à sa disposition. Il\ntrouvera à la fin de cette première partie des exercices que le maître lui\nfera consciencieusement étudier. Ces exercices ont pour objet de fondre\nentre eux les divers registres de la voix à laquelle ils donneront une\nhomogénéité complète. Quand l'élève les dira parfaitement, ii ne sera\ncertes pas encore an artiste ; mais il saura conduire sa voix, aucune diffi-\nculté ne lui paraîtra étrangère et il aura rassemblé tous les matériaux\nnécessaires à l'art du chant.\nX\nHYGIÈNE\nOn fait fonctionner journellement ses bras, ses jambes, son cerveau ;\npourquoi n'obligerait-on pas les poumons, le cœur, le foie, les reins à\nfonctionner mieux, avec plus d'activités à se mouvoir efficacement dans\nles limites qui leur sont assignées ? Cette gymnastique ne serait-elle pas\nfavorable à l'ensemble de 1 organisme ? N amèneiait-elle pas une juste\nrépartition du sang dans toutes les parties du corps?\nQui en doute ?\nOr, mon système permet au chanteur d'exercer les organes internes et\nde communiquer à ceux-ci, comme à ceux-là, une intensité de vie extra-\nordinaire. Grâce à ce système, Messieurs, on obtient les résultats sui-\nvants :\nLes mouvements opérés de bas en sauf ceux de la pointe des\népaules et du diaphragme, sont salutaires, hygiéniques, sans danger\naucun.\nExercée avec précaution, la poitrine se consolide.\nLes poumons se mouvant comme un soufflet d'orgue, se dilatent et se\nrenforcent du faîte à la base.\nHabilement mis en jeu, les muscles intercostaux acquièrent un déve-\nloppement, un assouplissement qui profitent à la poitrine et dont les\nautres muscles se ressentent.\nLe cœur s'éveille et vibre sous Vinfluence du mouvement costal.\nL'estomac devient plus vigoureux à la seule condition qu'on ne chante\nque trois heures après avoir mangé.\nLe ventre disparaît; entièrement."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "216", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.24", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nLes reins se sentent à l'aise par suite de la disposition générale du\ncorps.\nQuant aux maladies du foie, les chanteurs, on le sait, n'eurent jamais\nà les redouter et il est sans exemple, dit-on, qu'ils aient été atteints de\ncrises hépatiques ou d'hypertrophie; ils n'ont donc rien à craindre de\nce côté en dépit de la bile qu'ils ne manqueront pas de se faire en mainte\noccasion.\nLe cou ne grossit ni ne se déforme.\nLe larynx, ménagé, se meut sans peine et opère facilement sa modeste\nascension.\nOuvert parla tension buccale, le gosier cessant d'être malmené, irrité,\nfroissé, ne se congestionne plus.\nQuoique enrhumé on peut chanter.\nCeux dont la croissance, par une raison quelconque, n'a pas été com-\nplète, grandissent.\nLe torse gagne en vigueur, en souplesse, en beauté.\nEn beauté, ai-je dit ?\nOui.\nEt à propos de cette dernière expression, Messieurs, laissez-moi vous\ndemander si la beauté, celle des proportions du moins, ne vous paraît\npas pouvoir résulter un jour pour tous les hommes du bon emploi et par\nconséquent de l'équilibre de leurs facultés ! Est-ce là une supposition\nhasardée, inacceptable, un rêve ? Je ne le crois pas. La pensée ne modifie-\nt-elle pas la physionomie et jusqu'aux traits du visage ? Pourquoi une\nexistence bien dirigée, bien remplie, acceptée par des générations succes-\nsives comme un noble héritage, n'influerait-elle pas, àla longue, sur\nnotre forme extérieure ?\nMais je me hâte de quitter le terrain des possibilités, de l'idéal peut-\nêtre, pour rentrer dans le domaine du réel.\nJusqu'au moment où la science du mécanisme vocal cesse de présenter\ndes difficultés, voulez-vous savoir, Messieurs, où l'élève éprouve une\ngrande fatigue pendant les trois ou quatre premiers mois en prenant ses\nleçons? C'est aux jarrets. Et cela se comprend, puisqu'on agit sur les\nmuscles de bas en haut. Quant à la gorge, à la poitrine, si la moindre\nlassitude s'y faisait sentir, c'est que la méthode serait mal comprise, mal\nenseignée, mal appliquée. Loin d'affecter les organes, les moyens que\nj'emploie les développent, les consolident, les guérissent. C'est à ce point\nqu'un enfant dont la colonne vertébrale aurait une tendance à dévier\nne pourrait trouver rien de meilleur pour se redresser que l'exercice du\nchant pratiqué de cette manière. Il m'est arrivé de rendre égales les"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "217", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.25", "texte": "LE MÉCANISME VOCAL ET LE CHANT\n\népaules d'une jeune fille qui passait pour bossue et qui est actuellement\nune des plus belles personnes qu'on puisse voir, Et remarquez, Mes-\nsieurs, qu'il n'y pas lieu de crier au miracle : de pareils faits se repro-\nduisent journellement sous mes yeux. Ce qui étonne tout le monde me\nsemble aujourd'hui très simple : j'ai découvert un des secrets de la\nnature, voilà tout; mais je suis un peu fière de ma découverte, je\nl'avoue, et je suis heureuse du bien immense qu'elle fera.\nEn attendant que Messieurs les professeurs examinent mon système,\nqu'ils Pétudient, qu'ils se l'approprient, qu'ils constatent son action im-\nmédiate sur leurs élèves, je soutiens, j'affirme, et je puis prouver que\ntous ceux qui parlent peuvent chanter, acquérir une belle voix, la con-\nserver intacte jusqu'à un âge avancé, en tripler, en quadrupler le volume\npar le travail; que ceux qui en ont une belle, ce qui est toujours préfé-\nrable, en augmenteront l'étendue et en doubleront la puissance en faisant\nleurs études; que ceux enfin qui ont la poitrine délicate la renforceront\nindubitablement et que, à moins de tubercules avancés, ils pourront\nrecouvrer la santé par ce travail qui est un régénérateur.\nVers la quarante-cinquième année, les forces vitales commençant à\ndiminuer, tendent à se concentrer pour alimenter le corps et pour l'aider\nà franchir sans infirmités sa dernière étape; à cette époque de la vie, si\ndifficile à traverser, il faut faire des efforts pour que le sang qui a perdu\nde sa chaleur, de son circule pourtant dans tout l'organisme.\nLes personnes de mon sexe qui voudront parer aux inconvénients iné-\nvitables du retour d'âge, éviter les engorgements si dangereux de l'utérus\net passer sans inquiétude entre une multitude d'incommodités, éviteront\nbien des souffrances en faisant usage de ma méthode. C'est un moyen\nhygiénique dont j'ai déjà eu l'occasion de constater sur autrui les excel-\nlents effets et que je ne saurais trop recommander aux dames qui tiennent\nà prolonger leur existence et à conserver la santé.\nXI\nRÉSUMÉ DE LA MÉTHODE\nL'élève observera soigneusement toutes mes recommandations; il\nn'en négligera aucune : il songera à la position générale du corps, aux\nmouvements simultanés du creux de l'estomac, de la mâchoire*inté-\nrieure et des lèvres, à la respiration, à l'émission, à la nécessité de sus*\npendre Ix respiration avant d'émettre le son; il fera jouer sans relâche"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "218", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.26", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nles basses côtes sternales, les poumons en respirant profondément,\nle diaphragme, la mâchoire inférieure qu'il avancera avec énergie et\nqu'il ramènera à cette position chaque fois qu'elle s'en sera éloignée\npar un mouvement inévitable au moment de la prise d'air, mouvement\nqu'il faut s'appliquer à restreindre; il exigera des poumons, des basses\ncôtes sternales qu'il tirera én arrière et du diaphragme un mouvement\nde va-et-vient semblable à celui d'un soufflet d'orgue dont on se garde\nd'épuiser entièrement l'air; il se rappellera que tous les mouvements,\nà l'exception de ceux du diaphragme et de la pointe des épaules, s'ac-\ncomplissent de bas en haut ; il n'oubliera point que les mouvements\ngénéraux se font en avant, que rien ne peint la bêtise comme des lèvres\nmolles dont on dirait les coins retenus par des agrafes dans une espèce\nde renfoncement formé par un sourire stéréotypé, et que les lèvres ne\ndoivent pas être dans cet état lorsqu'elles n'y sont pas contraintes par\nun franc rire ou par un rire tranquille. La bouche, comme le torse,\ndoit se projeter en avant; non soutenue, elle signifie ivresse, vieil-\nlesse ou idiotie. Il ne faut pourtant rien exagérer, surtout quand on ne\nchante pas, et cependant on s'appliquera, même en marchant, à con-\nserver la position corporelle propre à l'émission vocale ; assis, on fera\nbien de l'observer encore ; c'est une excellente habitude dont les bureau-\ncrates se trouveraient à merveille. Cela les empêcherait de plier le torse en\ndeux pour écrire et de se fatiguer l'estomac. On se souviendra de mettre\nle son en rapport avec le diaphragme par la tension de la mâchoire\ninférieure, tension sans laquelle l'ouverture qui lui permettra de des-\ncendre ne se ferait pas. Le diaphragme est le tremplin de la voix; c'est\nlà que le son doit aller se poser pour rebondir ensuite et s'élancer à\nl'extérieur par le conduit buccal. L'élève s'en souviendra. S'il l'oubliait,\nle son, posé, arrêté à mi-chemin, serait faible, mou, manquerait de\njustesse et résonnerait infailliblement dans la gorge. Appuyé à l'endroit\nindiqué, au contraire, et dirigé directement par le gosier bien ouvert\nvers l'étroite embouchure formée par les lèvres, il vibrera superbement.\nAlors il ne saurait être ni faux ni nasal. D'ailleurs, le prît-on dans la\ngorge, il redescendra dans la poitrine si, pendant sa tenue, l'élève exé-\ncute les mouvements voulus, et, réintégré à sa place naturelle, il rede-\nviendra juste instantanément. J'en ai fait cent fois l'expérience.\nfLa suite prochainement.)\n\nANDRÉE LACOMBE."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "219", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.27", "texte": "L'ÉCOLE DE L'ORCHESTRE\n\nE public, non moins que les musiciens et même les\nexécutants, ne sait pas toujours apprécier les mérites\nou juger les défauts des hommes auxquels incombe\nla direction de l'armée instrumentale. Généralement,\non ne sait pas se rendre compte des difficultés de la\nbesogne des chefs d'orchestre si sourent routinière ou\nmal jugée.\nAu Conservatoire de Paris, on a projeté de créer une école d'orchestre\nqui fait défaut en Allemagne, en Autriche, en Russie, en Angleterre, en\nScandinavie, en Suisse, en Italie, en Espagne. Cette école, qui est un\nde ces projets rêvés et toujours inexécutés en Europe, va se trouver con-\nstituée en Amérique. Dans le Collège de musique qui va être élevé dans\nle Central-Park, à New-York, une école d'orchestre sera fondée. Comme\nla dotation de ce Collège musical est d'un million de livres sterling et\nque le directeur exige que les plus habiles maîtres, les plus estimés com-\npositeurs y soient attachés; comme d'autres donateurs se joindront au\ndonateur premier et veilleront, selon l'habitude américaine, à ce que\nl'idée du fondateur primitif ne soit ni altérée, ni faussée, ni affaiblie, il\nest à espérer que cette école d'orchestre sera maintenue à la hauteur de\ntoutes les autres fondations américaines.\nCe ne sera point du reste la première fois que les européens vieillis et\nankylosés dans leur impéritie, se seront laissés devancer par le peuple\njeune, intelligent, oseur, qui a donné au roman Edgar Poë, et Joaquim\nMiller à la poésie. New-York est la métropole commerciale des Etats-"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "220", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.28", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nUnis. Nul doute que lorsque les savants de Boston, la cité esthétique et\ndoctorale, et les philanthropes de Philadelphie, la ville moraliste de\nWilliam Penn, auront vu dans New-York se fonder avec éclat, avec\nutilité surtout, un Collège musical, ils ne veuillent à leur tour doter\nleurs villes d'une école lyrique non moins splendide et utilitairement\naménagée.\nL'on prévoit déjà qu'avant cinquante ans, l'Amérique du Nord, sur\ntoute sa surface, sera fournie d'orchestres vaillants, bien assortis, et\nsurtout munis d'excellents chefs d'orchestre. Les compositeurs ne feront\npas défaut non plus. Puisqu'il y aura des auditoires, des exécutant?,\ndes chefs d'orchestre, des salles de spectacle, des halles de concert, le\nterrain sera tout préparé, tout fécondé, et la moisson ne sera pas tardive.\nLes compositeurs écriront une musique originale comme Poe et Miller\nont écrit des poèmes originaux; nos lèvres rassasiées de choses écœu-\nrantes trouveront enfin quelque part une saveur sauvage, inattendue,\nvivifiante. La musique aura enfin cette franchise d'accent, cette ferveur\nde rajeunissement, ce renouvellement de pensée, cette réformation d'art\nqu'on cherche vainement chez nos maîtres les plus vantés mais ce\nsera en Amérique.\nLa direction d'une armée musicale, instrumentale ou chantante, ou\nsimplement de fanfare nombreuse ou limitée dans son personnel, est\nune affaire complexe, une charge méritoire, une œuvre d'improvisation\net aussi de méditations préventives; il y faut à la fois le tact, la souplesse,\nla divination et la science complète. L'abnégation y est aussi de mise,\ncar c'est toujours l'idée d'un autre que le chef d'orchestre fait exécuter,\net, sous la main, il a des hommes qu'il faut savoir manier au moral au\nmoins tout autant qu'il faut savoir employer leur aptitude et la discipli-\nner en vue de l'effet à produire.\nChef de musique, maître de chapelle, chef d'attaque, chef d'orchestre,\netc.,, ce sont là des termes bien différents. Le chef d'attaque est le musi-\ncien chargé de conduire tous les chanteurs qui dans un chœur disent la\nmême partie : il y a le chef et la cheffe. Le chef de musique est le musicien\nqui se trouve à la tête d'un corps de musique militaire; c'est aussi un\nchef d'orchestre. Dans les orchestres de femmes,, qui désormais ne\nsont plus une rareté, la directrice d'orchestre reste nommée chef. L'at-\ntribution cheffe reste consacrée pour la motrice d'attaque dans les\nchœurs.\nOn n'a pas de terme pour la hiérarchie très nombreuse des exécutants\nentre lesquels se subdivise la direction qui, tout entière, est entre les\nmains du chef. Les premiers violons, les seconds violons, les basses, etc.,"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "221", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.29", "texte": "L'ÉCOLE DE L'ORCHESTRE\n\ntout cela doit marcher ensemble,, se toucher du coude, comme on dit,\net cependant avoir l'œil sur le maître dont le bâton ou l'archet vivifie,\nrhythme, scande, et donne l'impulsion à tous les instrumentistes et à tous\nles chanteurs. Il y a au reste direction dès que deux instrumentistes ou\nchanteurs veulent opérer ensemble, et, tout de suite, cette direction\ns'attribue d'instinct au moins inhabile. C'est ce qui fait que les virtuoses,\nles solistes, les pianistes qui n'ont pas reçu la discipline éducatrice de\nl'accompagnement, se trouvent si maladroits, si empêchés lorsqu'ils\nveulent s'atteler à un duo, à un trio, à un quatuor, ou même simple-\nment accompagner une romance.\nDans la musique de chambre, il y a toujours un dirigeur, un chef,\nun maître, et lui seul indique le rhythme, marque les pulsations. Ce qui\nfait la supériorité constatée de l'exécution restreinte de la musique de\nchambre, c'est que, sans compétition d'amour-propre, l'élection du chef\nse fait entre gens instruits, bien élevés et réunis pour se procurer un\nplaisir délicat. Lorsque dans les fêtes de petites villes, on rassemble ces\nmusiciens déjà façonnés par la musique de chambre, on est tout étonné\nde les trouver excellents pour la musique d'orchestre. La raison en est\nque leur éducation d'accompagnement est toute faite; mais c'est alors\nque la difficulté commence, parce qu'au lieu de les laisser choisir eux-\nmêmes leurs chefs parmi ceux qu'ils sont accoutumés à suivre dans le\nquatuor, on leur impose d'habitude un musicien quelconque affublé du\ntitre de chef d'orchestre, mais non doué ni instruit pour cette direction.\nM. Sauzay, dans son érudite et très littéraire étude sur Y Ecole d'ac-\ncompagnement, a touché à cette question. M. de Lenz l'a abordée aussi.\nDans les revues musicales semées en Europe, on tiouve quelques articles\nsur ce sujet. Néanmoins, le domaine musical auquel appartient la direc-\ntion de l'orchestre a peu tenté les critiques d'art. On peut s'assurer qu'il\nn'a pas été négligé par Wagner, et les artistes connaissent tous le chapitre\nqu'il a consacré à ce sujet dans ses œuvres complètes (Gesammalte\nSchriften und dichtungen, 4e vol., Leipzig), et où ses sagaces observa-\ntions sont appuyées sur des modèles, des citations de partitions et une\nappropriation de technologie dont nous n'avons pas ici la ressource.\nLorsqu'un auditoire ne se rend pas compte d'une œuvre consacrée,\nlorsqu'il ne la comprend pas et ne la voit pas se développer à son oreille\net à son entendement avec clarté, on peut conclure que le chef d'orchestre\nignore son métier. Les instrumentistes, les chanteurs sont bien plus\nprès d'un jugement réel et toujours juste lorsqu'ils se prononcent sur\nleur directeur musical, par la raison qu'ils sont menés et que tout de\nsuite tout leur devient facile, tout se débrouille, tout s'aplanit devant"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "222", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.30", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\neux si leur chef sait tenir les rênes, si l'on peut dire de lui qu'// connaît\nson affaire. Ils ont le sentiment qu'ils sont bien conduits dès la pre-\nmière mesure, et, dès le premier battement, ils sentent aussi s'ils ont à\nleur tête un artiste incapable.\nQuand un musicien a été une fois manié par un chef habile, il admet\nl'axiome que mieux vaut un ensemble d'exécutants secondaires avec un\ndirecteur expert, que les meilleurs virtuoses avec un imbécile pour les\ncommander. Ce qu'on rencontre le plus souvent, c'est un orchestre\nrécalcitrant autant que peu instruit, et, pour le diriger, un chef incapa-\nble. Aussi, la musique exécutée en France, où cette association d'inca-\npacités est fort commune, ne tente-t-elle aucun auditeur, et les premiers\nessais n'ayant pas réussi, chacun se retire mécontent. Ainsi s'explique\nqu'il n'existe dans tant de villes ni Salle de concert ni Opéra. Le genre\nde musique qu'on y exécute s'y borne aux idées simples d'airs de danse,\nde pièces de concertos, à la récréation délicate de la musique camérale\nou au quatuor vocal, ou bien encore à l'exécution savante de la musique\nd'orgue qui est très brillamment représentée dans nos départements.\nLorsque ces mêmes musiciens veulent transformer Part, introduire l'élé-\nment dramatique, se grouper pour la symphonie-musique, instruments,\nchants, chœurs, tout devient réfractaire parce qu'il ne se trouve plus\npour tout coordonner un chef qui sache utiliser ces forces dispersées, et\ndont l'aptitude directrice corresponde aux qualités des musiciens qui\ndoivent être dirigés et qui ne demandent qu'à bien faire\nDans les départements, la leçon d'accompagnement est donc reçue\ndans les séances de musique intime où s'exécute le quatuor. Mais com-\nbien d'instrumentistes ne reçoivent pas cette éducation I D'où il résulte\nqu'il y a dans l'école d'orchestre un double enseignement. Il y a la leçon\nd'accompagnement, il y a la leçon de direction. Il s'agit entre le chef et\nles exécutants de jouer ensemble, de suivre une mesure, un rhythme\nindiqué, de commencer et de finir en même temps. Cela n'est point\ndéjà facile. Il faut en outre étudier cet ensemble, trouver le sens complet\ndes pages que le compositeur a écrites et mettre en relief, c'est-à-dire\nexécuter ce que le compositeur a créé, éclairer son œuvre, faire com-\nprendre son idée, en montrer toutes les beautés. Cette collaboration\nréclame entre les exécutants et le chef une similitude d'éducation, une\nconnaissance commune du vocabulaire musical, un sentiment semblable\nde l'art et de ses manifestations. Mais comme le coup d'ouïe, la percep-\ntion auditive est différente, chaque instrumentiste, chaque chanteur est\nle point de départ d'un effet et le point d'arrivée de tous les autres effets\nmultiples. Tout se transforme selon le point d'ouie de chaque musicien"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "223", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.31", "texte": "L'ÉCOLE DE L'ORCHESTRE\n\net le rôle qu'il joue. Lui, le chef, doit tout voir, tout pressentir, tout\npréparer avec impartialité et tout faire converger vers le but qu'a mar-\nqué l'auteur et dont il doit avant tout avoir l'idéale compréhension.\nLa coutume est désormais d'élever les musiciens de manière à ce\nque rien de la musique ne leur soit étranger, ni l'acoustique, ni l'har-\nmonie, ni la facture instrumentale, ni l'orchestration, ni la partie ma-\nthématique qui est afférente à la musique et dont Hoené Wronski,\nDurutte, Hehmoltz, Auguste Comte, Pierre Laffitte ont établi les bases.\nLe résultat de cette complète éducation sera excellent et l'ironie ne\npourra plus s'attaquer à des musiciens comme nous en avons tant connu,\nqui parviennent après une longue vie à n'être que l'appendice de leur\nclarinette ou de leur violon et qui n'ont aucune intelligence de ce qui\npeut être un art dans son ensemble, dans son origine et dans son but\nesthétique. Mais ce que l'exécution gagnera à être suivie par des instru-\nmentistes musicalement instruits, c'est ce qu'on ne comprend pas\nencore assez en France, tandis qu'en Amérique, 011 Y a si bien compris\nqu'il est admis déjà en principe que l'école d'orchestre dans le Collège\nmusical ne s'ouvrira pour le chef comme pour l'exécutant que lorsque\nson éducation générale en musique aura été complétée dans tous les\nsens. L'école d'accompagnement et l'école de direction viendront couron-\nner le tout.\nToutes les ressources de l'art moderne doivent être connues du chef\nd'orchestre et doivent lui être familières. Si son cerveau rétréci ne peut\ncomprendre que la musique admise comme classique, il ne pourra faire\nexécuter de la musique moderne que celle qui s'est faite en copie des\nœuvres vantées, et il repoussera les compositeurs contemporains qui\nvoudront franchir les barrières,, ou bien il trahira leurs efforts et falsifiera\nleurs idées; il s'asservira à la tradition lorsqu'il exécutera les œuvres\ndites classiques, et l'on sait que dans ces conditions la tradition va sans\ncesse en s?altérant jusqu'à ce qu'un chef d'orchestre de génie, comme\npar exemple Habeneck, reconstitue l'œuvre et lui rende son rhythme,\nson accent et son premier élan.\nIl y a plusieurs manières de dire avec génie une belle phrase. La\nsymphonie en ut mineur en est un exemple. Beethoven réclamait pour\nles quatre premières notes de l'allégro le mouvement solennel d'un large\nandante con moto. Il pensait faire ainsi mieux ressortir le caractère\nmythique du morceau. Il disait : « C'est ainsi que le Destin (fatum)\nfrappe à notre porte. » L'allégro con brio ne devait commencer d'après\nlui qu'à la sixième mesure, et le changement devait trouver place au\npassage analogue de la deuxième partie."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "224", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.32", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nEn Allemagne on frappe, conformément à la tradition de Beethoven,\nles quatre notes en quatre coups saccadés. Habeneck réforma la tradi-\ntion, et cette entrée n'en reste pas moins sublime. Telle qu on nous la\ndonne au Conservatoire, sous la tradition d'Habeneck, ces quatre notes\nsont toute une révélation. C'est qu'aussi Habeneck n'était pas seulement\nun homme d'étude, un pédant ferré sur ses quatre règles d arithmétique\nmusicale; il sentait, il comprenait, il devinait, et quand il avait en main\nson bâton de maîtrise instrumentale, il était un révélateur, un créateur,\n■\nle type admirable du chef d'orchestre.\nEcoutez les sonates de Beethoven 109, 110, 111, et aussi 106 et quel-\nques autres. Si c'est un Français qui les exécute, vous ne les comprenez\npas, elles vous ennuient. Prenez un Suisse, un Allemand, un Scandi-\nnave, un Anglais, vous comprenez aussitôt. Le sens intime se révèle,\nc'est que l'étude de Beethoven s'opère dans le Nord dans le vrai sens\nd'un monde musical fermé à nos études fantaisistes, routinières et de\nchic, pour dire le mot vrai tel que l'argot l'a créé. De c/zfc, il n'y en a\npas dans Beethoven; mais si un pianiste y en met, vous êtes sûr que\nBeethoven devient aussitôt incompréhensible, insaisissable. Listz,\nRosenhaim, Olga de Janina, Hans de Bulow, Rubinstein, madame\nSzarvady, s'occupent avant tout de bien comprendre le maître, puis de\nl'interpréter comme ils l'ont compris. Cela seul suffit à leur succès. Les\nvirtuoses qui enguirlandent Beethoven, qui l'enjolivent, lui donnent du\nchic, sont eux-mêmes les meurtriers de leur talent, et le public qui ne\ncomprend pas ce qu'ils jouent se demande pourquoi ils ont un piano\nentre leurs mains, de même que lorsqu'il entend Schumann, Wagner,\nBrahms, Berlioz, interprétés au hasard, il s'irrite et réclame que chan-\nteurs, chef d'orchestre et instrumentistes soient renvoyés à la férule sco-\nlaire, puisqu'ils prétendent faire comprendre à l'auditeur l'œuvre qu'ils\nne comprennent pas eux-mêmes.\nAux concerts du Conservatoire, on arrive à détourner Beethoven\nd'une intensive interprétation par suite de l'absence de discipline de\nl'orchestre sous la main autoritaire d'un chef qui sache exactement ce\nqu'il veut. Chaque instrumentiste accomplit sa tâche comme si lui seul\nétait écouté; il remplit son office avec une virtuosité incomparable ;\nmais l'ensemble de toutes ces virtuosités toutes mises en relief fait perdre\nà l'ensemble de l'œuvre son caractère d'unité, de personnalité. Chaque\ndétail est cloisonné et la perspective disparaît. Ainsi, un orchestre\némérite ne trouve en résumé d'autre résultat que d'avoir exécute\navec perfection les subdivisions du détail, ce qui est l'œuvre des com-\nmençants. Que fait un professeur de quatuor ou d'orchestre quand"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "225", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.33", "texte": "L'ÉCOLE DE L'ORCHESTRE\nX.\ni 5\n\nil a affaire a des élèves ? Il se préoccupe des observations de détail, de la\npénétration, de la séparation naturelle des phrases, de la nécessité de\nfaire ressortir le chant à quelque partie qu'il se trouve, de l'importance\ndes silences, de l'utilité de faire sentir les notes de basses qui modulent,\nde mettie, en un mot, chaque chose à sa place et de mettre en emploi\ntoutes les icssources musicales delà mélodie, de l'harmonie, du rhythme,\ndes nuances et des sonorités, car partout où l'exécution est faible, l'idée\nsans clarté, la phrase sans accent, on peut être assuré qu'une de ces\nressources musicales a été mise de côté ou négligée.\nC est en effet par la recherche de la perfection apportée à chacun des\nmo\\ ens indiqués que s établit l'équilibre dans l'exécution ; mais cet équi-\nlibre relève tout entier du chef d orchestre, le travail précédent dépen-\ndant surtout de l'habileté des exécutants faisant œuvre d'élèves studieux,\net c est le chef d orchestre seul qui donne à l'emploi de ces moyens indi-\nqués la valeur réelle en leur faisant occuper la place que, d'après sa saga-\ncité, leur assigne leur importance relative.\nOn n'a pas assez parlé de l'étude de la perspective en musique. L'art\ndu chef d'orchestre est de discipliner l'exécution de façon à mettre en\nrelief l'idée première et de la colorer, de la nuancer par Pidée accessoire\nen reléguant au premier ou au dernier plan ces fonds, ces repoussoirs,\nces ombres portées, ces accompagnements sur lesquels, en clarté ou en\ntouche sombre l'idée principale doit se détacher. Dans l'exécution d'un\nchef-d œuvre, tout instrument pense, et le chef d'orchestre réglemente cet\nensemble de pensées concourantes et en lie la gerbe. L'exécutant, lui,\ns'absorbe dans sa partie, mais en s'abandonnant avec souplesse à l'im-\npulsion qui lui est donnée. Lui, le chef d'orchestre, il entend et dirige\nles renversements de la haute à la basse, les imitations rapprochées, les\nchangements de ton, toutes les complications transcendantes; il ménage\nles forte, les piano, les crescendo, les smorzando, les coïncidences des\nphrases mélodiques qui, d'abord entendues séparément, sont ensuite\nréunies, superposées, entrelacées et s'alternent dans un mariage bien\nassorti tantôt au chant, tantôt à l'accompagnement, tantôt en majeur\nénergique et pompeux, tantôt en mineur dans l'échelle élevée des tons,\ndans les tristesses aériennes de l'idéal inaccessible. Il surveille avec un\nsoin tout particulier les modulations, il contrôle aux violons la tenue\ndu son, aux instruments à vent Tintempestivité bruyante, et à toute son\narmée, vaste ensemble de parties, trios, quatuors, qui ont\nchacune son intérêt, l'homogénéité de jeu, d'efforts, de résultats. Un\nbon chef d'orchestre sauve souvent, par l'élégance et le fini de l'exécution,\nun morceau que tachent des détails vulgaires; de même un inintel-"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "226", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.34", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nlisent batteur de mesure rend triviales les plus sublimes compositions.\nLe secret de l'habileté dans la direction orchestrale, c'est de trouver le\nvéritable sens de ce qu'il laut jouer. Ce n est pas une qualité qui s acquiert,\nloin de là ; une disposition naturelle fait seule deviner le côte philoso-\nphique et poétique d'une œuvre qu'on a fouillée dans toute sa paitie\ntechnique. Quand on a été doué de cette faculté, on l'améliore, on 1 ac-\ncroît, on la guide, on l'affine 5 mais l'éducation ne supplée pas le goût\nnaturel, l'innéité du sens orchestral, de la virtuosité directrice de l'or-\nchestre qui palpe en quelque sorte le caractère de l'œuvre musicale et\naussitôt le formule à travers ses complexes exécutants instrumentistes.\nL'histoire musicale, dans la technologie spéciale de l'orchestre, fournit\ndes renseignements, des traditions qu il faut avant tout connaître5 c est\nune érudition à acquérir, surtout à se creer personnellement, cai ici tout\néchappe au commentaire matériel, et les mots sont insuffisants, les\nchiffres trompeurs, les commentaires égarent. C'est la le génie du chef\nd'orchestre de savoir trouver le style de chaque maître et de chaque\népoque, et de féconder son aptitude innée par l'érudition, la compa-\nraison, l'expérience et ce flair particulier sans lequel un chef d oicncstie\nn'est qu'un vulgaire bâtonnier de tréteau.\nHabeneck, à qui la France doit la résurrection de ses grands opéras et\nla création des concerts du Conservatoire d'où sont sorties toutes les\nautres associations symphoniques, est le représentant disparu de la\ngéniale direction orchestrale. Par sa longue habitude de 1 enseignement,\nson esprit intuitif de la musique instrumentale, par son activité, sa\nmaîtrisante volonté, il s'était acquis sur l'orchestre de 1 Académie de\nmusique une autorité que nul ne songeait à lui contester et dont il se\nservit pour doter la France d'une incomparable armée d exécutants aux-\nquels il confia la révélation même de Beethoven. Aux répétitions géné-=\nraies, on ne pouvait assez admirer combien il savait s imposer à ces\nmasses intelligentes que, d'un signe presque invisible, il îetenait ou\nlançait. Comme les moindres détails se relevaient par une appréciation\nscrupuleuse, avec quel art il nuançait, il moirait la nuance! Dix fois,\nau besoin, la difficulté était attaquée, reprise, fouillée à nouveau 5 pas\nune note, pas une intention n'échappait à sa susceptibilité auditive et es-\nthétique que rien n'égarait ou ne calmait. Pour lui, chaque instrument,\nchaque son d'orchestre avait nom d'homme, et si, au moment d obtenir\nson effet tant cherché, l'inadvertance d'un cor ou d'un basson venait\ntout Habeneck s'agitait sur son banc, frappait son pupitre à coups\nredoublés, et, fixant sur le maladroit trouble-fête sa face irritée, il le\ndésignait aux blâmes du public et le rappelait à l'ordre sans merci."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "227", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.35", "texte": "L'ÉCOLE DE L'ORCHESTRE\n\nHabeneck possédait la confiance des maîtres, et bien qu'il lui repro-\nchât quelquefois de ne point accompagner ses chanteurs avec assez de\nménagements, Rossini vantait sans cesse sa promptitude de coup d'œil\net sa communicative ardeur. Lorsque Meyerbeer savait à n'en pas\ndouter qu'Habeneck dirigeait les Huguenots ou Robert le Diable, il\navait l'habitude de dire : « Ce soir je suis libre, je peux me promener ou\ndormir, Habeneck est à l'orchestre. Tout va bien. »\nIl n'était pas toujours poli; avec Habeneck on sait toujours à quoi\ns'en tenir, disait Berlioz, c'est un caractère d'une inaltérable égalité,\nil est toujours en colère. Il est vrai qu'on a vu mieux depuis. On a\nvu des cuistres grossièrement élevés, d'allures perfides et qui,compen-\nsaient par l'absence de toute loyauté leur talent introuvable, et les\norchestres ont dépéri entre leurs mains. En musique, c'est de tradi-\ntion, on rencontre rarement des gens bien élevés, au moins faut-il que\nle talent soit une compensation. Habeneck, qui sut ne pas se distraire\naux velléités écrivailleuses qui n'étaient pas son affaire, eut\ngrâce à sa merveilleuse aptitude, d'avoir sa part dans les ouvrages qui,\npendant un quart de siècle, se sont produits sur la scène française. Cela\nvaut mieux, pour sa gloire, que d'avoir composé trois ou quatre mé-\nchants opéras ou d'avoir, d'une plume venimeuse, critiqué tous les\ngrands musiciens de son époque et d'avoir insulté Schumann, Auber,\nBerlioz, Meyerbeer, Wagner, Rossini et Verdi, comme le font chaque\njour tels maîtres sots que je n'ai pas besoin de nommer.\n( La fin prochainement.)\n\nMAURICE CRISTAL."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "228", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.36", "texte": "REVUE DES CONCERTS\nCONCERTS POPULAIRES : Komarinskaja, deux airs russes de Glinka. Symphonie es-\npagnole de M. Lalo; M. Sarasate. Concerto en ut majeur, pour piano, de Beetho-\nven; madame Montigny-Rémaury. Concerto en mi majeur, pour violon, de\nM. Vieuxtemps; M. Marsick. Adagietto de M. Raff. Suite d'orchestre en sol de\nM. Ten Brink.— CONCERTS DU CHATELET : Concerto en mi bémol de Liszt. Madame\nJaëll. Le Sacrifice. Roméo et Juliette.—CONCERTS DU CIRQUE FERNANDO.— CONCERTS\nARBAN. SALLE FRASCATI.\nONCERTS POPULAIRES. Michel Glinka n'est pas seu-\nlement un des plus illustres compositeurs que la Russie ait\nproduits jusqu'à ce jour, c'est un musicien d'un ordre très\nélevé. On s'est trop habitué chez nous à ne le considérer que\ncomme un amateur distingué, et bien des gens vous diront\nque le succès d'enthousiasme obtenu par son œuvre capitale, La Vie pour\nle doit être attribué avant tout au caractère éminemment patriotique du\nsujet traité par le musicien. Pour la plupart des artistes, Glinka n'est qu un\nhabile arrangeur des mélodies de son pays, dont il s'est largement inspiré\ndans ses deux opéras, la Vie pour le Rouslann et Lioudmita; pour la\nmasse du public parisien, c'est un inconnu ou peu s'en faut. Glinka vint à\nParis en 1844; il y fit entendre plusieurs fragments de ses oeuvres dans un\nconcert organisé à la salle Herz, sous la direction de Tilmant. Ceux qui ont\nassisté à ce concert en ont conservé une impression peu favorable; les autres\nconnaissent à peine le nom du compositeur. Cette ignorance, jointe à la mé-\nfiance naturelle qu'inspire toujours au public parisien le nom d'un inconnu\nou d'un étranger, explique jusqu'à un certain point le médiocre succès\nobtenu par les rares compositions de Glinka que nous ont fait connaître les\nConcerts populaires. L'ouverture de la Vie pour le exécutée il y a quel-\nques années, ne rencontra que des critiques fort injustes pour la plupart et\nfort désobligeantes; quant à la fantaisie sur deux airs russes intitulée Koma-\nrinskaja, on ne l'a guère mieux appréciée, et la récente audition qui en a"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "229", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.37", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nété donnée au 5e concert de la irc série a laissé le public absolument froid.\nC'est là pourtant une œuvre des plus remarquables, et le compositeur qui\nl'a écrite était certainement un symphoniste de premier ordre. Elle est bâtie\nsur deux petits thèmes, deux airs populaires de 3o à 40 mesures ; le compo-\nsiteur a pris ces deux idées mélodiques très simples en elles-mêmes, et il en\na tiré toutes les conséquences qu'elles renfermaient. C'est merveille de voir\navec quelle abondance il a su les tourner et les retourner de manière à les\nprésenter successivement sous toutes leurs faces, avec quelle facilité il les\nprend, les quitte, les ramène, les unit, les sépare, avec quel art il les module\net les nuance de mille façons, avec quel talent il arrive à en former un tissu\nharmonique, où se révèlent la science et l'habileté des maîtres les plus\nconsommés. Malheureusement le gros du public reste insensible à tous ces\nraffinements du contrepoint; la mélodie originale lui a paru étrange ou lui\na déplu, l'œuvre qui en est le développement lui paraît baroque ou en-\nnuyeuse, et, pour lui, toute la science du compositeur est nulle et non\navenue, du moment que l'idée première n'est pas à sa convenance. « Tous\nles motifs sont bons, disait Haydn, l'art consiste surtout dans la manière\nde traiter un thème et de le conduire, et c'est au compositeur à faire en sorte\nque l'idée la plus insignifiante prenne une physionomie, se renforce, croisse,\ns'étende et que le nain deviennent géant à nos yeux étonnés. » Pénétrons-nous\nbien de ces paroles du maître qui renferment en peu de mots les principes\nessentiels de la symphonie, et nous n'aurons pas de peine à reconnaître que\nle musicien qui a su faire de deux airs populaires un morceau symphonique\naussi complet, traitait la musique autrement que comme un art d'agrément\net avait tiré quelque profit des leçons qu'il avait reçues de son savant maître\nDehn et de l'étude approfondie qu'il avait faite de l'œuvre du maître des\nmaîtres, Beethoven.\nJ'ai déjà longuement analysé la Symphonie espagnole pour violon prin-\ncipal et orchestre de M. Lalo,jeny reviendrai pas. Cette belle composition,\nune des plus remarquables de l'école française moderne, a été exécutée pour\nla seconde fois au cinquième concert par M. Sarasate, avec un talent et une\nvirtuosité hors ligne. L'œuvre et l'interprète ont été accueillis par les plus\nchaleureux applaudissements. Puisque j'en suis au chapitre des virtuoses, rien\nne m'empêche de grouper dans un même alinéa les différents concertos qui\nont été exécutés dans la période dont je fais le compte rendu. Il est à remar-\nquer que voilà déjà cinq dimanches de suite que M. Pasdeloup nous fait enten-\ndre des concertos variés et nous présente des solistes différents, sans compter\nun sixième concerto et un sixième soliste, qui nous attendent dimanche pro-\nchain. D'aucuns trouvent que c'est beaucoup de concertos à la fois, mais on\nne peut pas contenter tout le monde et... le public qui semble prendre un\ntrès vif plaisir à cette interminable exhibition de pianistes, de violonistes et\nde violoncellistes.\nMadame Montigny-Remaury a joué au sixième kconcert le concerto en ut"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "230", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.38", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nmajeur pour piano de Beethoven avec un style excellent et un art infini des\nnuances. On rappelle toujours comme une merveille, à propos de ce concerto,\nqu'à la répétition, le clavecin se trouvait d'un demi-ton trop bas et que\nBeethoven dut jouer sa partie en ut majeur, étant accompagné en ut\nnaturel. Sans doute une pareille facilité de transposition aurait de quoi nous\nétonner de la part d'un virtuose, exécutant le morceau à première vue ou\nmême après l'avoir étudié dans le ton où il est écrit, mais j'avoue qu'elle ne\nm'offre rien d'extraordinaire de la part du compositeur, jouant lui-même le\nmorceau qu'il vient d'écrire, qu'il a encore dans la tête, et le transposant\nimmédiatement d'un demi-ton. Beethoven est assez riche de gloire pour qu'il\nsoit permis de faire bon marché de cette petite légende.\nOn nous a présenté au septième concert M. Marsick, avec le concerto en\nmi majeur pour violon de M. Vieuxtemps. Bonne exécution, mais piètre\nmusique. Il n'y a pas ombre de style symphonique dans ce concerto, dont le\nvrai titre serait : Morceau de violon avec accompagnement d'orchestre. C'est\nune suite ennuyeuse de motifs, écrits avec une certaine abondance mélodique,\nje n'en disconviens pas, mais trop souvent plats et insignifiants ou empha-\ntiques et de mauvais goût.Pas de développement, orchestre réduit constam-\nment au rôle de simple accompagnateur; en un mot, le concerto de M. Vieux-\ntemps peut être un exercice excellent pour mettre en lumière les qualités\nd'un virtuose, mais c'est une œuvre sans aucune valeur au point de vue\nsymphonique pur et sans aucune affinité avec le concerto classique, tel que\nle comprenaient Beethoven et Mendelssohn, tel que le comprennent encore\naujourd'hui MM. Lalo, Saint*Saëns et Max Bruch.\nUadagietto de M. Raff, inscrit au programme du septième concert n'est\npeut-être pas très original comme idées, mais c'est une page fort joliment\nécrite, sobrement développée et d'un style excellent. Je n'en dirai pas autant\nde la Suite en sol de M. Ten-Brink, et je m'étonne vraiment que\nM. Pasdeloup s'obstine à maintenir au répertoire une œuvre aussi triviale\nau fond que négligée dans la forme et digne tout au plus des concerts-pro-\nmenades du Waux-Hall et du Casino-Cadet. Mise à sa vraie place, la fan-\ntaisie symphonique de l'auteur de Calonice pourrait être jugée avec quelque\nindulgence, mais nous avons le droit de nous montrer plus difficile quand\nil s'agit de compositions exécutées dansla maison de Beethoven et de Mozart,\nà côté des chefs-d'œuvre de l'art clasique, et je crois qu'il est permis, sans\nêtre trop exigeant, de demander que les musiciens qui ont la prétention de\ns'y faire jouer sachent penser et écrire, et qu'à défaut de style, ils aient au\nmoins un peu de tenue.\nH. Marcello.\nCONCERTS DU CHATELET. L'hiver s'annonce comme devant être\ntrès fertile en concerts. Outre les concerts du Châtelet qui poursuivent\nbrillamment leur carrière, et ceux du cirque Fernando qui ont du premier"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "231", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.39", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\ncoup conquis la sympathie du public, je vois poindre à l'horizon les Concerts-\nDanbé— ils ne voudront pas déserter leur poste, —et tous ceux que donne-\nront les nombreux artistes en renom qui embellissent tous les ans nos soirées\nmusicales, ou viennent de loin pour recevoir à Paris la consécration de leur\ntalent. Je me vois donc obligé dès à présent de prendre le parti, dans mon\ncompte rendu, de ne parler absolument que des nouveautés quant aux com-\npositions, à moins d'un mot lancé de temps à autre pour rappeler quelles\nœuvres connues ont été exécutées; et quant aux artistes, chanteurs ou ins-\ntrumentistes, comme chacun possède son individualité, mon intention est de\nn'en laisser passer aucun sans dire l'effet qu'il aura produit sur le public.\nLe troisième concert du Châtelet nous a offert madame Jaëll, dans le concerto\nen mi bémol, de Liszt, et le Sacrifice, chant biblique de M. Georges Boyer,\nmusique de M. Théodore Ritter, le sympathique compositeur, réminent\npianiste et l'élégant ténor. Madame Jaell, dont il est superflu de vouloir louer\nl'immense talent, a mis ses doigts féeriques au service de la plus ingrate, de\nla plus discordante, de la plus incompréhensible musique qu'il soit donné\nd'entendre. Et comment cette grande artiste a-t-elle pu se mettre, non\ndans les doigts, car là, tout lui est possible et facile, —mais dans la tête cet\nincohérent concerto qui n'a ni plan ni intention, où l'adagio suit 1 allegro,\noù le vivace suit l'adagio, sans repos, sans séparation, sans laisser respirer\nl'artiste ni le public ?\nLe Sacrifice est une scène assez courte, mais d'un grand style. L'intro-\nduction instrumentale, où les effets d'orchestre sont supérieurement traités,\ndéveloppe un beau et large motif. L'air qui suit, et qu on eût désiré un peu\nplus long, quoique écrit dans la limite extrême de la voix de basse dans le\nhaut, a été interprété par M. Gailhard avec la magnifique voix qu on lui\nconnaît et une pureté irréprochable.\nRien d'inédit au quatrième concert. Passons au cinquième.\nRoméo et Juliette, le drame lyrique de Berlioz, que M. Colonne a voulu\nremettre en lumière avec un grand éclat, fut exécuté pour la première fois\ndans la salle du Conservatoire, le 24 novembre 1839. La nouvelle inter-\nprétation n'aurait rien laissé à désirer si M. Colonne n'avait eu la malencon-\ntreuse idée de donner à chanter à mademoiselle Vergin, soprano-lauréate aux\nderniers concours du Conservatoire, la partie de contralto, originaiiement\nécrite pour madame Widmann. Et cela est dommage, autant pour mademoi-\nselle Vergin, qui n'a pu y déployer ses belles notes hautes, que pour 1 effet\ndes stances du prologue. L'analyse complète de 1 œuvre de Berlioz deman-\nderait plus d'espace que je n'en ai à ma disposition. Je me bornerai à citer la\nsplendide fete che% Capulet, où se trouve une mélodie de la plus grande\nbeauté, le scherzetto chanté par M. Furst, dans lequel la voix solo et\nles chœurs dialoguent d'une manière très curieuse, la Scène d amow,\nmorceau symphonique où l'expression déborde, la Reine Mab, scherzo\ninstrumental très original, le bel air du père Laurent ; « Pauvie enfant"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "232", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.40", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nque je pleure », parfaitement chanté par M. Bouhy, et enfin le Serment\nde réconciliation, qui termine la partition. C'est un morceau religieux\nde la plus grande élévation. Des applaudissements enthousiastes ont salué\nla plupart des scènes que je viens de nommer. D'autres malheureusement\nont profondément ennuyé. Telles sont le Convoi de Juliette et Y Agonie et la\nmort des deux amants. Sans m'étendre sur les taches qui déparent cette\nœuvre si pleine de vie, il faut rendre hommage au génie de Berlioz qui, seul\npeut-être, était capable de l'enfanter, surtout étant si mal secondé par les\ndétestables paroles du poëme.\nCIRQUE FERNANDO. Le huitième et dernier concert de la première\nsérie a été remarquable. Ce n'est pas que l'ouverture inédite du Voyage en\nSuisse ait beaucoup ajouté à l'attrait de cette séance, car l'introduction est\nd une longueur démesurée, et 1 allegro est un de ces morceaux dont il n'y a\nni mal ni bien à dire; mais Y Adagio et Menuet (première audition) est un\npetit chef-d œuvre de grâce et de finesse. Le menuet rappelle, sans qu'il y ait\ntoutefois la moindre ressemblance, tous les jolis menuets du dix-huitième\nsiècle, depuis ceux d Exaudet et de Grétry, jusqu'à celui que Mozart a placé\ndans Don Juan. Madame Olga de Janina, la grande prêtresse de Liszt et de\nChopin, a exécuté une étude de concert de Liszt, étrange et baroque comme\ntout ce qui soit de la plume de cet illustre pianiste. Je lui ferai pour le choix\nde ses morceaux le même reproche que j'ai adressé plus haut à madame Jaell.\nCes dames auiont oeau faire, tout leur talent ne fera pas prendre à Paris\nune musique que Liszt lui-meme n'y a pu faire réussir. La meilleure preuve\nqu il soit possible d en donner, c'est qu aux concours du Conservatoire, le\ncomité qui décide du morceau à faire exécuter par les élèves, et qu'on ne\npeut ceites pas accuser ae trop sacrifier aux Grâces, ne fait jamais tomber\nson choix sui un concerto de Liszt, à cause de son manque absolu de chant\net de chai me. Ce charme, je l'ai trouvé dans le Rossignol, mélodie russe\nd'Alabief, quoique transcrit pour le piano par Liszt. Madame Olga de Janina l'a\nadmirablement joué. Aussi le public, transporté, le lui a redemandé à l'una-\nnimité.\nLe premier concert de la deuxième série n'a rien donné de neuf, si ce n'est\npeut-être un andante en la bémol, annonce comme étant une première audi-\ntion. Mais comme cet andante portait le nom de son auteur, M. Félicien\nDavid, il est probable, d'après la règle que s'est imposée M. Henri Chollet,\nque ce n'était une première audition que pour le cirque Fernando. Quoi\nqu il en soit, ce morceau a fait plaisir, bien qu'on en ait trouvé le motif un\npeu trop développé. L'ouverture de Madrid, dont j'ai parlé avec éloge dans\nle dernier numéro, et qui a été exécutée pour la troisième fois à ce concert,\nest de M. Henri Chollet. Toutes mes félicitations."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "233", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.41", "texte": "REVUE DES CONCERTS\n\nMlle Varni a chanté le bel air de Fernand Cortès avec beaucoup de succès.\nIl faudra cependant qu'elle travaille à faire davantage sortir sa voix.\nSALLE FRASCATI. Concert-Arban. Si je n'ai pas parlé plus tôt\ndu Concert-Arban, c'est à la multiplicité des soirées musicales et à l'infinie\nvariété des morceaux de genres différents dont son habile directeur gratifie\nle public qu'il faut s'en prendre. En effet, les concerts organisés par M. Arban\nsont les plus éclectiques de Paris. Tous les styles, toutes les écoles s'y cou-\ndoient. A côté du sévère allegro ou andante d'une symphonie classique,\nrésonne un joyeux air de danse, soit valse ou polka. A une ouverture d'un\ndes grands maîtres de la scène, relevée par toutes les splendeurs de l'or-\nchestre, succède une fantaisie pour l'orgue Alexandre, exécutée par la gra-\ncieuse Marie Deschamps, avec autant de talent que de charme. Les airs, les\nchœurs enfin, tout s'entremêle dans cette vaste salle avec un rare bonheur,\net la parfaite ordonnance du programme y tient constamment le public en\néveil.\nJe me propose de revenir plus d'une fois sur le mérite de l'orchestre et\ndes artistes solos qu'il renferme. Je parlerai aussi des bals masqués, car Arban\nest un admirable compositeur de musique de danse. Si l'on y fumait un peu\nmoins, aucun genre d'attraction ni de séduction ne manquerait à cette salle,\nqui seule peut consoler les parisiens de la perte des bals de l'Opéra.\nHenry Cohen."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "234", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.42", "texte": "REVUE DES THÉATRES LYRIQUES\n\nTHÉÂTRE TAITBOUT : La Cruche cassée, opérette en trois actes, de MM. Noriac et\nMoineaux, musique de M. Vasseur.\nOMMii son aînée la Timbale, la pièce que nous venons\nd'entendre spécule sur les aspirations égrillardes du\npublic voué à l'opérette. Son succès est donc assuré.\nFaut-il en féliciter chaudement les auteurs? Je ne le\npense pas. Ils ont tous les deux assez de talent pour\nse consacrer à des travaux d'une gaieté plus conve-\nnable et pour lutter, armés d'un esprit véritable et de bonne compagnie,\ncontre le mauvais goût du temps présent. Ils nous donneront bientôt\nl'occasion de le constater.\nLa pièce a subi, nous dit-on, les grands coups de ciseaux d'une censure\npudibonde. Les auteurs et la direction en ont fait grand bruit ; mais\npour ma part je trouve que les ciseaux censeurs ont agi avec une discré-\ntion pleine de bénignité,\nQue pouvaient dire de plus croustillant MM. Noriac et Moineaux ?\nLe point de départ de la nouvelle opérette est poétique. Il est emprunté\nau célèbre tableau de Greuze, et Céline Chaumont représente ce tableau\ndu maître avec une grâce toute particulière.\nC'est sous Louis XV, avec tout l'appareil de l'époque, un chevalier\nLovelace, un bailli trompé, un tabellion giotesque des paysans tru-\nmeaux des costumes pimpants que se déroule l'action suivante.\nColette doit se marier. Elle attend —• au moment où le rideau se\nlève, son fiancé Marcaillou qui est allé chercher fortune à Paris —et elle\nva ainsi qu'un vieil usage l'exige chercher de l'eau àla fontaine."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "235", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.43", "texte": "REVUE DES THÉÂTRES LYRIQUES\n\nSi elle accomplit sa mission sans accident, elle se mariera, mais si elle\ncasse sa cruche, ce sera une preuve que sa vertu n'est plus suffisante.\nOr, il arrive que, chemin faisant, elle rencontre le chevalier Gaston\nqui lui prend un baiser de force. Colette laisse tomber sa cruche qui\nsubit un accroc respectable. Voyez-vous cette fatalité! Cette cruche\ndamnée est déjà tombée plusieurs fois, tantôt sur les cailloux d'une\nroute, un autre jour sur le coin d'un perron, jamais elle n'avait été félée\net voilà que tombant doucement sur l'herbe elle se brise !\nDame! tant va la cruche à l'eau....\nIl faut dissimuler cet horrible et compromettant accident; justement\nun rémouleur étranger au pays s'est installé devant la maison de Colette.\nElle est sauvée si elle a le courage de lui donner sa cruche à raccommoder.\nAprès quelques tergiversations, elle confie son malheur à l'étranger.\nMais, hélas! cet étranger n'est autre qu'Hilaire, le fiancé attendu.\nDe là, rupture, accusation portée contre le chevalier qui est bel est\nbien condamné par le bailli à réparer sa séduction par un mariage.\nLa femme du bailli, dont les rapports avec le chevalier sont tout à fait\nintimes, tente d'éviter cette union. Mais le chevalier, qui d'abord a\nrésisté, trouve de réels charmes à Colette et accepte avec joie une con-\ndamnation qui le lie à jamais à une aimable femme.\nNaturellement, le contrat signé par les époux, et rédigé par le tabellion\ndans un moment de gaîté bachique, porte le nom d'Hilaire à la place de\ncelui du chevalier et Colette, blanche comme lait des accusations portées\ncontre sa vertu, épousera son bien aimé Hilaire pendant que le chevalier\nreviendra à la tendre épouse du bailli.\nSur cette ligne principale se greffent quatre rôles épisodiques.\nL'un d'eux tenu avec un entrain et une grâce extrême par mademoi-\nselle Céline Montaland (Javotte), celui d'Elmire, joué et chanté par\nmadame Perier, celui d'Omphale, mal interprété par la grande made-\nmoiselle d'Harcourt et celui d'Hector dévolu à mademoiselle Debreux.\nLa pièce, je l'ai dit, dépasse la limite des plaisanteries permises. Il\ns'agit perpétuellement de la constatation d'un fait, fort peu intéressant\nen lui-même. Il s'agit de savoir si Colette a cassé ou n'a pas cassé sa\ncruche. Et comme on sait ce que parler veut dire, les joyeusetés pimen-\ntées se succèdent indéfiniment, apportant chacune une dose de gingembre\nqui ne peut satisfaire les gens de goût.\nM. Vasseur a écrit une partition ni meilleure ni pire que celle de la\nTimbale. 11 a trouvé pour madame Chaumont quelques notes agréables,\nauxquelles cette excellente artiste prête toute la délicatesse de son talent\nplein de mutinerie."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "236", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.44", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\nOn ne peut pas mieux dire le poème à double sens et les couplets\nlégers que la transfuge des Variétés. Elle est inimitable. Madame Chau-\nmont n'a jamais mérité davantage les éloges de la critique.\nMademoiselle Montaland chante au troisième acte une chanson\nespagnole qui la place immédiatement après madame Chaumont.\nOn n'est pas plus jolie ni plus piquante.\nM. Bonnet est amusant en rémouleur scrupuleux, et Galabert donne\nau tabellion une physionomie très gaie. Mercier est excellent dans son\nrôle de père.\nQuant à M. René Luguet, il semble qu'il gagnerait à ne pas charger\naussi outrageusement; sa gaîté attriste et ses effets manquent absolument\nde mesure.\nM. Emmanuel est excellent comédien et fort bon musicien. Il en a\ndonné des preuves.\nSi je n'ai pas consacré à la musique de M. Vasseur un examen plus\nspécial, c'est qu'il me paraît que sa partition est faite avec une facilité\ncondamnable, et qu'à part le récit de madame Chaumont au second acte\net la chanson de madame Montaland au troisième, elle n'a rien d'assez\nintéressant pour qu'on s'y arrête davantage.\n\nRAOUL DE SAINT-ARROMAN."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "237", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.45", "texte": "VARIA\nCorrespondance. — Faits divers. — Nouvelles.\n\nFAITS DIVERS\nAR décret du 20 novembre, M. le ministre de l'instruction\npublique et des beaux-arts a nommé M. Vizentini direc-\nteur du Théâtre-Lyrique.\nVoici l'exposé des motifs et le texte du projet de loi\nprésenté par M. Wallon, ministre des beaux-arts, d'accord\navec M. Léon Say, ministre des finances, projet de loi\ntendant à l'ouverture d'un crédit de 97,000 francs, appli-\nCable aux frais d'installation du Théâtre-Lyrique dont M. Albert Vizentini a\nété nommé directeur.\n« Le budget du ministère de l'instruction publique, des cultes et des beaux-\narts comprend dans sa seconde section (beaux-arts) un crédit de 100,000 fr.,\napplicable en 1875 aux dépenses du Théâtre-Lyrique. Sur ce crédit, une\nsomme de 3,000 francs seulement a été employée. Il reste aujourd'hui dispo-\nnibles 97,000 francs que la direction du Théâtre-Lyrique aurait reçus, con-\nformément aux déclarations faites au mois de juillet dernier, lors de la discus-\nsion de la loi des finances de l'exercice prochain, si le théâtre avait pu être\nouvert avant la fin de cette année. Des difficultés de diverses natures ont\nempêché longtemps le gouvernement de trouver un directeur qui consentît\nà courir les chances de l'entreprise. Ce directeur est aujourd'hui trouvé; il\ns'est déjà mis à l'œuvre et a commencé les préparatifs nécessaires pour que\nles représentations pussent avoir lieu dès les premiers mois de 1876. Toute-\nfois, il n'a accepté la direction qu'il prend en ce moment, que sous la condi-\ntion de toucher le reliquat qui existe en 1875. Ce reliquat, dans la pensée du\ngouvernement et, on peut le dire, dans celle de l'Assemblée nationale, devait\nêtre principalement affecté à des frais d'installation. Peut-être aurait il pu\nêtre mis immédiatement à la disposition du nouveau directeur, puisque les\ndépenses qu'il doit servir à payer auront été engagées dès 1875; mais nous\navons pensé qu'il était plus régulier d'en référer à votre autorité, en vous\nproposant d'annuler sur 1875 le crédit disponible de 97,000 francs et de le\nreporter à 1876, de sorte que le Théâtre-Lyrique, n'ayant rien reçu en 1875,\nrecevrait en 1877 une subvention totale de 197,000 francs. Tel est l'objet du\nprojet de loi que nous avons l'honneur de vous soumettre; il n'impose aucune\ncharge au Trésor, puisqu'il consiste seulement à opérer un virement de crédit\nd'un exercice à un autre."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "238", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.46", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\n\n(( Article premier. Il est ouvert au ministre de l'instruction publique,\ndes cultes et des beaux-arts, sur l'exercice 1876 (théâtres nationaux), un\ncrédit supplémentaire de 97,000 francs applicable aux trais d'installation du\nThéâtre-Lyrique.\n« Art. 2. Un crédit de 97,000 francs, inscrit au budget de l'instruction\npublique et des beaux-arts sur l'exercice 1875, est et demeure supprimé. »\nNous lisons dans le Nouvelliste de Rouen : « On sait qu'une grande re-\nprésentation sera donnée le 16 décembre prochain, au Théâtre des Arts de\nRouen, à l'occasion de la naissance de Boieldieu. Cette solennité sera mar-\nquée par la première représentation d'un opéra de son fils, M. Adrien\nBoieldieu : la Halte du roi, dont il a déjà été parlé lors du centenaire. Cette\nsoirée se composera en outre du deuxième acte des Deux Nuits et d'un\ndéfilé dans lequel on verra apparaître tous les personnages des opéras de\nnotre immortel compatriote. Une grande marche de M. Hasselmans, chef\nd'orchestre du théâtre, raccompagnera. »\nUne vente de violons, altos, basses et archets de prix a eu lieu lundi\ndernier à l'hôtel Drouot. La plupart dépendaient de la succession de feu\nM. Maulaz, amateur distingué; il s'y trouvait aussi la contre-basse de feu\nAchille Gouffé, un superbe instrument de Montagnana, qui a été adjugé pour\n2,050 francs. On a remarqué : un alto de Stradivarius (1727), de la plus\ngrande beauté, payé 7,000 francs; un violon du même maître (1714)9 PaYé\n7,900 francs; un autre également de Stradivarius ( 1717), payé 2,220 francs;\nun autre de Bergonzi, mais portant le nom de Stradivarius, payé 1,5sofrancs;\nun alto de Gasparo da Salo, payé 830 francs; un violon de Duiffoprugcar,\npayé 1,010 francs ; un violon authentique de Stainer (1669), payé 610 francs.\nQuelques-uns de ces instruments ont une valeur historique, comme le Duif-\nfoprugcar, par exemple, qui est un curieux spécimen de l'art de la lutherie\nà ses débuts, le Stainer, admirablement conservé, et la contre-basse de\nGouffé.\nDans sa dernière séance, l'Assemblée nationale a eu à se prononcer sur\nla question du loyer de l'Opéra-Comique, lequel a donné lieu à un procès\ndont tout le monde se souvient.\nElle a adopté, à la majorité de 522 voix contre 2, sur 524 votants, un projet\nde loi tendant à ouvrir, au ministre de l'instruction publique, des cultes et\ndes beaux-arts, sur l'exercice 1874, un crédit supplémentaire de 6,500 francs,\napplicable au payement des frais d'une action judiciaire soutenue par l'admi-\nnistration, au sujet du loyer de l'Opéra-Comique.\nUn concours ouvert par la direction de l'Eldorado, pour les paroles\nd'un « chant patriotique », n'a pas donné le résultat qu'on attendait. Quatre\ncent quatre-vingts chansons déposées au secrétariat ont été examinées par le\njury, mais aucune n'a réuni les qualités requises pour obtenir le prix de\n500 francs. Le jury n'a pu décerner qu'une médaille de 100 francs à l'auteur"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "239", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.47", "texte": "VARIA\n\nd'un récit intitulé le Petit Mendiant. Le jury a décidé, à l'unanimité, qu'un\nnouveau concours serait ouvert dans les conditions premières du programme,\net que le prix de 500 francs serait décerné aux meilleures paroles inspirées\npar un sentiment patriotique, et déposées à l'Eldorado du ierau i décembre\nprochain.\n\nNOUVELLES\n\nARIS. Opéra. Lundi dernier on a repris Don Juan avec la\ndistribution suivante :\nDon Juan MM. Faure.\nLeporello Gailhard.\nDon Ottavio- Vergnet.\nMazetto Caron.\nLe commandeur Gaspard.\nDona Anna Mmes Krauss.\nZerline Carvalho.\nDona Elvire Gueymard.\nM. Halanzier vient de céder pour trois mois le baryton Couturier à\nM. Alméras, directeur du Théâtre-Royal d'Anvers.\nOpéra-Comique. Piccolino ne passera pas avant le mois de mars.\nLe centenaire de Boieldieu tombe le 16 décembre. L'Opéra-Comique\nprépare pour cette circonstance une représentation qui ne pourra avoir lieu\nque le 18, afin que les autorités rouennaises, retenues pour une représenta-\ntion analogue au théâtre de Rouen, puissent y assister.\nLe programme de la soirée de l'Opéra-Comique sera composé de :\nLa Dame blanche, le Nouveau Seigneur du village, le Calife de Bagdad.\nThéâtre-Lyrique. M. Vizentini n'aura pas moins de trois premiers\nchefs d'orchestre : le directeur lui-même, MM. Danbé et Thibault. Le sous-\nchef sera M. Boudier. *\nSalle-Ventadour. Les représentations lyriques italiennes ont commencé\net fini lundi dernier par Rigoletto.\nVariétés. Un nouvel engagement de chanteuse : celui de mademoiselle\nDartaux.\nFolies-Dramatiques. On a lu aux artistes la Belle Poule, opérette en trois\nactes de MM. Crémieux, Saint-Albin et Blum, musique de M. Hervé. En\nvoici la distribution :\nPoulette M*11®5 H. Schneider.\nLa marquise de Montenbriche Toudouze.\nFœdora Raphaël.\nLe baron de la Champignolle MM. Milher.\nPoulet Max-Simon.\nJean Marcou Luco.\nLe chevalier d'Aigrefeuilles Didier."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "240", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabc18751201-01.1.48", "texte": "LA CHRONIQUE MUSICALE\nPropriétaire-Gérant : QA H HE ULHoA Cl\\\"L-.\nTaris, Alcan-Lévy, imprimeur breveté, rue de Latayette, 01 .•\n\nM. Cantin vient d'engager mademoiselle May pour créer le principal\nrôle de Fleur de Baiser, trois actes de M. Cœdès. Fleur de Baiser succédera\nà la Belle Poule. En attendant, on a repris le 2 5 novembre La Fille de ma-\ndame Angot.\nAthénée-Comique. L'Athénée va rouvrir prochainement ses portes,\nsous la direction de M. Montrouge, par une revue de MM. Clairville, Bus-\nnach et H, Roger de Beauvoir.\nConcerts du Conservatoire. Dimanche prochain, réouverture.\nVoici le programme de la première série, programme qui se répète le\ndimanche suivant pour les abonnés de l'autre série,\ni° Symphonie en si bémol de Beethoven; —2O Motet (double chœur n°4),\nde J.-S. Bach ; 3° Concerto pour orgue et orchestre, de Hœndel, par\nM. Alex. Guilmant ; —4O Près du fleuve étranger (chœur), de M. Ch. Gou-\nnod, paraphrase du psaume Super flumina, par M. A. Quételart; 5° Ou-\nverture du Carnaval romain, de H. Berlioz. Le concert sera dirigé par\nM. E. Deldevez.\n\nPour l'article Varia :\nLe Secrétaire de la Rédaction,\nO. LE TRIOUX."}]}